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Titre

VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.

Titre d'après la table

Septiéme Lettre sur quelques Sujets de Litterature,

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551
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1315
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568
Incipit

Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse et un esprit de curiosité,

Texte
VII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,

JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre

il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
Genre
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Soumis par Anonyme le