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Incipit

Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre

Texte
Nous croyons devoir rendre compte ici
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Soumis par Anonyme le