Titre
MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Titre d'après la table
Memoire addressé à l'Auteur du Mercure,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
31
Page de début dans la numérisation
36
Page de fin
48
Page de fin dans la numérisation
53
Incipit
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome caché ci-devant dans plusieurs
Texte
MEMOIRE
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Source externe
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Vers et prose
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