Fichier
Nom du fichier
1745, 02, vol. 1
Taille
43.20 Mo
Format
Nombre de pages
223
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
FEVRIER. 1745.
A PARIS,
)Chez
GUILLAUMECAVELIER,
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai deConti,
à la descente du Pont-Neuf.
JEANDENULLY,auPalais.
M.DCC. XLV.
Avu Approbation & Privilège dit Roy,
A V I.S.
L ADRESSEgénérale ejl à Monsieur
de tA B si UF RE, dTHôtel de Ponchartrain.
On prie très-lnflamment ceux qui
neus adre[feront des Paquets par la Poste,
d'enaffranchir le Port, pour nous épargner le
depiaijîr de les rébufer, & à eux celui de ne
pas i oir paraître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers, qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main,&plus promptemçnt,
n'auront qu'à écrire à l'adressè ci-dessus
indiquée, on se conformera très-exactementk
leurs intentions.
Prix XXX. SOLS.
-r/,-e/i D ver.F, yue'tiProje,
\JDE,A LA VEZERL.
ParM". V.
K^oeur aLnuz¿f¿ clcC/aAztét
1 Kfuspendtoncourscuidacteilx
,
Klrrclt,Veicre cfic/nintcc,
lpPLdtJ:J' ecu-niat.ts xJmeJ't'e.
Oui le pur cristal de ta source
,
Ces bois, ces feuillages naissants
Qui par tout ombragent ta course
Me rendent mes premiers accents.
Le brillant canal de Blan duze
Par les vers jadis fut chanté;
De ncs jours l'aimable Vaucluse
Leur doit son immortalité,
Je dirai ces digues bruyantes)
Rochers nuit&jour humectes
ui de tes ondes blanchillante$
Brifent les coups précipités.
Je louerai le superbe Hêtre
Qui me fert drappui sur ce bord,
Je peindrai cette Isle champêtre
Donttes eaux défendent l'abord.
0 Driade de ces boccages
Sans cesse nous te chanterons,
Cettede craindre les outrages
Des sacrileges bûcherons.
Jamais le Faune sur tes rives
Brulé du feu de ses désirs,*
DP tes compagnes fugitives viendratroublerJ-s plaisir.
La Nuit rien n'y rompt le silence
Que le doux murmure des eaux,
Bien-tôt l'Aurore qui s'avance
Y joint les Concerts des oiseaux.
Mais permets aussi que ma Lyre
Unisse à ces accords touchants
Les fons que Calliope inspire ;
L'Amour n'anime plus mes chants.
Je ne perds plus mes réveries
À rendre ces profanes noms
t)e déÍirs, de peines cheries
Dont j'ai fatigué les vallons.
Des éleves de la sagesse
J'entreprends les nobles travaux,
Et du Dieu qui fit mon yvresse
Content je quitte, les drapeaux.
MANUSCRITINDIEN
traduit par M. facques, Marchand Evensaillisse
rue Moufetar.
Les EnchanteursBUta BaguedePwjptnee.
CONTI.
1L ya un allés grand Pays dans l'Afie .qui
n'etf habité que par des Bergers.On l'appelle
les Prairies tranquilles, elles font bordées
d'un côté par la Mer, & de l'autre par
des Montagnes prefqu'inacceflibln qui confinent
aux Etats d'un Enchanteur nommé
Afiramond. Les Bergers decette Contrée
suivent sans s'en écarter les Loix de la Simple
nature. Il n'y a point parmi eux de Supérieur,
ils font tous amis parce qu'ils font
égaux,& vivent ensemble comme s'ilsétoient
freres. Leurs biens ne' font pourtant pas en
commun;ils n'en n'ont d'autres que leurs
troupeaux, & chaque famille a son troupeau
séparé. Comme tous les paturages de ce Pays
font également bons, que le Climat yest
toujours temperé & qu'il n'y a point de bêtes
sauvages, il n'arrive jamais d'accident à aucun
troupeau, &'la paix publique n'est jamais
troublée par aucun malheur particulier. Le,
1eul obstacle au bonheur continuel de cePeu-
.ple tranquille estlevoisinage de l'Enchanteur
, ce n'est pas qu'il ne leur laisse toute liberté,
mais ils font obligés de lui payer un
rributlqui leur est fort onereux, c'efi que
tous les quatre ans il a droit de venir chés
eux faire la revue des filles qui ont atteint
l'âge de quatorze ans, & il estmaîtred'emmener
celle qui lui plaît le plus.Comme dans
lesPrairies tranquilles tous les peres & ineres
aiment leurs enfans, & que tous les jeunes
gens font amoureux,ce tribut paroïtfort dur
aux Bergers quoiqu'il ne foit pas toujours
exigé avec la derniere rigueur
1
& la crainte
qu'inspire la viGte d'Aftramond netrouble
pas peu la félicité Pastorale de cette Contrée.
Mais on se contente de gémir tout bas de
crainte d'attirer pis.
Un jour que le VieillardArifton un des
plus riches & des plus refpedables Patriarches
de la Contrée se promenoit sur le bord
de la Mer, il y apperçutassés près du bord
une corbeille dans laquelle il y avoit un en- fant que pouffait vers le rivage un petit chien
noir &blanc quinageoit de toutes sesforces.
Ce fpettacle attendrit Arifton, il se déshabilloit
déja pour aller audevant du berceau
flottant &soulager le pauvre animal qui lui
faisoit pitié,mais il n'en eut pas le tems, &
le petit chien arriva en un clin d'oeil jufqu'àJui
avec la corbeille qu'il ne lâcha quû
quand elle fut aux pieds du Vieillard. Alors
il s'y coucha lui-méme-& paroilToit attendre
qu'Arifton se chargeât du dépôtqu'il venoit
de lui confier. Arifton regardoit avec furprise
ce qui se passoit au tour de lui. Il ne
cessoit de connderer l'enfant, dont la phiiionômie
le charmoit.Ii fourioit au Vieillard,
lui tendoit ses petits bras comme pour demander
l'hospitalité
,
le petit chien aboyoit
doucement & sa voix n'étoit pas comme
celle des. chiens ordinaires, elle ressemblait
au chant des Fauvetes. Ariflon droitattendri
1
les larmes couloient de ses yeux, ilprit la corbeille,&baisacentfoisle petit
enfant qui lui rendit fe6 baisers avec une grace
eharni-ante.11 pouvoit avoir huit ou dix mois,
ses langes étoient de belles dentelles, & il
avoit un gros Diamant sur son bonnet. Le
Vieillard content du trésor qu'il venoit d'acquérir
, s'achemina vers son habitation, le
petit chien marchoit devant lui & paroiffoit
lui servir de guide, comme s'il eut fçu
le chemin;en approchant de famaifon Arif-;
ton entendit des cris qui lui firent doublerj
le pas, un de ses enfans vint à sa rencontre &
lui dit que sa femme étoit en travail, c'étoit
la cause des cris qu'il entendoit,.mais ils cefferent
un instant après, Arifton entra dans la
j chambre de sa femme & vit le petit chien
1ui descendoitdulit de l'accouchée. Efl-ce
vous, bon homme,s'écria la femme qui m'amenezce
joli petit animal? c'est une Fée sans
doute ou un Génie secourable, je foufFrois
des douleurs extrêmes, il a fauté sur mon lit,
m'a touché avec sa patte,mes douleurs ont
¡ cène, & je fuis accouchée sans peine d'une
40lie petite fille. Ariftonvitalors la plus jolie
enfant du monde dont sa famiile yenoit
'de s'accroître
,
il la baisa tendrement'en
l'approchant de la corbeille. Aussi-tôt lnfant
qui y étoit s'agita extraordinairemeiK,
il sembloit qu'il voulut faire place à la nouvelle
fille d'Arifton
,
il la ferroit avec (es petites
mains & il formoit de petits fons doux
comme s'il avoit eu peur de l'effrayer. Cela
fepmarumtfeort singulier à Arirton ainsi qu'à sa
qui n'avoit pas encore pris-garde à
cet enfant. Elle le baisa beaucoup,rélolut
de l'allaiter aulîi bien que sa fille, & frappés
descaresses qu'il venoit de faire à leur
4leils le nommeient Cardrant. Leurs premières
années n'eurent rien de remarquable.
Ils reçurent l'éducation commune àtousles
enfans de la Contrée, c'est-à-dire, qu'on les
forma à être moderés dans leurs désirs, à
refpeâer les Vieillards, à aimer leurs
cajmrades & à dire toujours la vérité.
A l'âge de 1Õ ans Caressant & planchette fai- riet l'admiratioii&l'amour de toutelaContrce.
Caressant surpassoit les Bergers de son
âge par son esprit & par son adresse
, car on
avoit foin d'exercer l'un&l'autre par des jeux.
Les exercices du corps ctoient la Lutte &•la
Course; ceux de l'esprit étoient des questions
que les Vieillards propofoient sur des sujets
de Morale proportionnésfelon l'âge &1 a
portée des rcpondans. On s'affembloit pour
cela deux fois la semaine dans une prairie
&c'étoit làque la jeuneflfe s'éxerçoit: les filles,
& les garçons étoient ensemble. On commençoit
par les questions & un jour on demanda
à Caressant qui avoit alors près de
quatorze ans ce qu'il falloit pour être heureux.
Etre fage, répondit-il, & il en
reila-Ià comme s'il eut craint d'en trop dire , & regarda en rougissant Blanchette qui rougit
aussi. Les Vieillards le remarquèrent &
voulurent fçavoirce que Caressant avoit pensé
; ils n'eurent pour cela qu'à le demander,
car on ne mentoitpoint dans ce Pays & on ne ]
refusoit rien aux Vieillards. Caressant leur dit j
d'nn airassés embarassé qu'il avoit vou!u dire j
que pour être heureux il lui sembloit qu'il ne j
luffit pas d'être fâge, mais qu'il faut aimer j
& plaire à ce qu'on aime. J'aime Blanchet- J
te,ajouta-t-il, en paroissant se rassurer, je |
ne le lui ai jamais dit,mais je ne crois pas
quellepuine l'ignorer. Depuis que je ,me *
connois je ne fuis occupé que de lui plaire.,
I
je ne veux vivre que pour elle, & je ne fuis
affligé que de la difficulté de m'en rendre
digne.Jetâcherai du moins de faire en forte
que personne n'en foit plus digne que moi.
A ce discours toute l'auemblée se regarda en
souriant.
Blanchette rougitroit encore davantage.
Arifion qui la vitdécontenancée la raÍfura.
Ma fille, lui dit-il, & vous mes amis, apprenez
un secret qui n'est encore connu que
de moi & de CareÍfant, qui sans doute est
le fils de quelque grand Prince. A ce mot
de Prince il se fit un murmure confus, non
pas que ce titre imposàt aux Bergers, dans
cette Contrée les refpeéts ne se rendent
qu'à la Vertu, mais on étoitétonné de
cette avanture. Arifton raconta comment il
avoit trouvé Caressant, il montra lesuperbe
Diamant de sa cocffure, & personne ne douta
de la grandeur de sa naissance. Tout cela donnoit
bien à penser à Blanchette. Il y avoit
longtems qu'elle sçavoit que Caressantn'étoit
pas son frere, mais elle avoitignoré son
rang jusqu'alors & elle commença à craindre,
car elle avoit oui dire à ses parens que
les Rois & les Princes n'aimoient véritablement
qu'eux-mêmes. Arifton qui devinoit la
cause de l'embarras de sa fille adressa la parole
à Caressant: vous sçavez nos moeurs lui dit-il, , vous connoissez ma tendresse pour
vous; cette Contrée est bordée par des monts
escarpés qui la séparent de tous les Royaumes
de rAGe parmi lesquels sans doute est
celui où regnent vos parens; rien ne me
paroîtra difficile pour vous fcrvir. Je traverserai
les montagnes avec vous, & je vous
rnenerai dans les Lieux où on refpeéèe les
Princes pour l'amour de leur dignité; mais
vous aimez Blanchette & je ne crois pas
que ma fille vous foit ingrate. Je ferois outré
d'être obligé de vous refuser, mais en
quittant nos prairies vous ne devez plus songer
à ma fille. Choisissez entre la grandeur
pour laquelle vous êtes né & la tranquillité
dans laquelle vous pouvez vivre, si vous reftez
parmi nous: j'ai peu de bien &je dois j
le partager entre tous mes enfans
, vous
partagerez avec eux, & votre part fera double
en épousant Blanchette. A ce mot Arifton
fut interrompu par Caressàntqui partit
comme un éclair pour se jetter à ses pieds,
il les baigna de tes larmes, sa voix étoit
étouffée, il ne pouvoit parler. Il prononçoit
feulement le nom de Blanckette à qui il
tendoit la main, quoique la posture où il
étoit l'empêchâ& de la voir. Arifton le releva
en l'embrassant. J'entends votre silence,
dit-il, & ce jour est Je plus doux de ma vie.
Blanchette est à vous, si vous lui plaisez;
j Alors Carefhtnt se proflerna de nouveau aux •
piedsd'Arifton, & Blanchette versant un
torrent de larmes de joye accourut embrasser
aussi les genoux de son pere. Careffafit,
s'écria-t-elle, Blanchette
est
à vous & ne
fera jamais qu'à vous. Aimez vous, chers ensans
, dit Ariston en les relevant, aimez vous
toujours autant que vous êtes aimablese-cette
scene fit pleurer presquetoutel'alïemblée.
Toute la Contrée partagea la joye des jeunes
amans. On les regardoit déjà comme
époux, & rienneparoissoit égaler leur félicité.
Cependant pour célébrer leur mariage
il failoit attendre que l'Enchanteur Astramond
eût fait sa revue,car on ne pouvoit
marieraucune fille dans lePaysqu'après qu'elle
lui avoit paru indigne de son choix. Une
année se passa & elle parut à Blanchette &
;
à Careilant plus courte qu'un moment, ils nel'avoient employée qu'às'aimer & à se
le dire, le tems de la revue fatale appro- choit, & déjà on en commençoit les pré-
[ paratifs. Blanchette n'avoit pas de grandes
inquiétudes, il lui sembloit que mille de ses
compagnes devoient avoir la préférence sur elle, mais Caressant étoit dans un trouble
) qu'on ne sçauroit exprimer. Il ne lui pa- roissoit pas poflibie que l'Enchanteur, s'il
; avoirdesyeux,pût choiflrllne autre que Blanchette.
La jeune Bergere aimoit cette in-
> quiétude qui lui prouvoit l'amour de Caressant,
mais quand les derniers jours qui précédoient
la revue arrivèrent, elle commença
à craindre aussi, & l'idée qu'il n'étoit pas
impossible qu'on la séparâs de son amant la
faisoitfrémir; elle lui jura mille-fois qu'elle
mourroit plûtôt que d'être à un autre qu'à
lui, il s'en falloit bien que cette promessele
consolât, il n'envifageoit rien que d'af- *
freux & il n'osoit pas feulement douter de
son malheur, il passa les quinze dernieres
nuits sans fermer l'oeil, & Blanchette de son
côté ne dormit gueres mieux que lui, aullî
tous deux au bout de ce tems étoient à
peine reconnoifTables, Arifion s'en inquié
ta& en parla à sa fille. Ne vous
allarmezi
pas, mon pere, lui répondit-elle, je ne fçaurois
perdre trop de ce qui pourroit attirer!
sur moi le choix de l'Enchanteur. S'il choi-I
fit une autre que moi, si je fuis assés heureufer
pour paffer ma vie avec vous & avec le-*
poux que vous m'avez destiné
, croyez queI
je ne ferai pas long-tems sans reprendre cette
fanté qui vous est chere ; mais si le Ciel;
est contraire à mes voeux, si le choix d'Af.'
tramond m'oblige à le suivre, qu'ai-je à fairei
d'une viequ'il me faudroit paffer loin de*
vous & loin de Caressant? La veille de cet
jour redoutable arriva enfin. Caressantallât
trouver Blanchette dès la pointe du jour;;
j'ai, lui dit-il, ma chere Blanchette) un pro-,
jet à vous confier. Cet Enchanteur vous ainiera
sans doute s'il vous voit & nous ne f<ilU
rions espérer qu'il choisisse une autre que
vous, mais il n'est peut-être pas sans pitié,
il ignore notre amour, il ne sçait pas que
¡fon choix doit être l'arrêt de mort d'un homme
qui nel'a jamaisoftenfé. J'irai à sa rencontre,
je mouillerai ses genoux de mes
pleurs, je lui demanderai en grace de ne
vous pas voir & de permettre que vous
feule ne paroiÛiez pas à sa revue. Je le toucherai
peut-être ou je mourrai à tes pieds.
Enfin,charmante Blanchette,il n'y a pas d'autre
parti à prendre, si vous paroiflèz vous ferez
à l'Enchanteur. Pendant ce discours de
Caressant sa MaîtreiTe versoit un torrent de
larmes, c'étoit de ces larmes douces que chérissent
les amans & qu'rnfpire l'assuranced'être
aimé. L'idéeduPrince parut très raisonnable
à Blanchette, elle ne concevoit pas
qu'on pût refuser quelque chose à Caressant,
<cependant ils voulurent avoir l'approbation
d'Arifion
,
& ils coururent lui confier leur
dessein,mais le fage vieillard le defaprouva
& leur fit entendre qu'il étoit imprudent :
vous croyez, leur dit-il, tous les coeurs faits
comme le vôtre, mais, mes enfans, au de-là
>
des bornes de cette Contrée rien ne reÍrem- [tble à ce que vous voyez ici. Nous ne con- noiJfonsque la nature & nous ne l'avons
pas défigurée, le refle du monde ne s'oc-l
cupe qu'à rétauflerou à la corrompre. V0-:
tre démarche ne fera naître dans rame d'Af-:
tramond que de la curiofiré, & la curiosité;
y fera naître l'amour. Attendez votre fort J
je ne dis pas sans crainte, mais sans foiblesse ,1
& ayez confiance aux Dieux qui aiment laf
vertu. Ce discours auroit plû àtout autre
qu'à des amans, il ne servit qu'à augmen-jj
ter letrouble des
enfansd'Ariiton
en leur;
ôtant le seul rayon d'espoir qu'ils avaient.
conçu;ils passerent le refle du jour & toute
la nuit dans un état horrible. Enfin ce jour,
ce funeste jour parut, toutes les filles furent
rangées en rond dans une grande fale de
branchages ornés de fleurs qu'on avoit éle-,
véeaumilieu de la prairie. Cette fale ne recevoit
de jour que par le haut afin que la
lumiere se distribuât également sur tous les
visages. C'était l'Enchanteur lui-même qui
avoit ordonné que cela fut ainsi. Autour de
cette fale étoient tous les jeunes Bergers:
dont lesMaitressesétoient renferrnée;la terreur
étoit peinte sur leursvisages & dans tous:
leurs mouvemens. On entendoit parmi ,eux
lin murmure confus & ils s'agitoient comme
de jeunes Arbr ffcaux battus de la tempête
au milieu d'eux tous on difKnguoitCaref-•
fant à sa pâleur mortelle & à i'égarement:
de ses yeux, c'étoient les feules marques auxquelles
on put le reconnoître
t tant la frayeur
avoitdéfiguré son beau visage. L'Enchanteur
étoit attendu avec impatience, il arriva en-
Ifin & entra dans le (-don. Il y parut non pas
Dcomme un Tyran injuste,ou comme un Ravif-
Meur barbare.Il avoit la phifïonomie douce &
1 la contenance paisible,& il se trouva peut-être
plus d'une Bergere qui lui trouva feulemerit
îl'airtropindiffèrent: en effet une impression
bde langueur étoit repandue sur toute sa personne
,
il ne paroissoit pas fort pressé de faire
un choix & promena ses yeux assés froiderement
sur cette charmante assemblée. Cette
disposition de l'Enchanteur qui n'échapa à
personne, rassura un peu la tendre Blanchette
& lui donna le courage de faire un
mouvement qui devoit la faire remarquer;
Caressant avoit voulu que le petit chien noir & blanc suivît Blanchette dans le salon de
verdure. Confervé par lui & fauvé de la
fureur des eaux „
il esperoit qu'il garantiroit
)sa iMaîtrefle du danger qu'elle couroit: le
petit animal étoit entré de bonne grace
bdans le salon, mais des que l'Enchanteur
Eavoit paru, il s'étoit mis à trembler & fem-
Jbloitchercher à s'enfuir. Il étoit déjaà quel-
? ques pas de Blanchette,elle craignit de le perbdre
& elle sortit de la place pour le prenbdre
dans ses bras. Ce mouvement attira l'at-
Jtention de l'Enchanteur
,
il s'approcha & se
trouva vis-à-vis de Blanchette comme elle
se relevoit en tenant son petit chien. Les
Bergeres attentives remarquèrent qu'en ce'
moment Astramond parut troublé, il rougit
& personne ne douta que Blanchette ne l'eût
atteint d'une violente passion.En effet il la.
toucha de sa baguette& dans l'infant elle se
sentit transportée dans un char où Aftramond
s'affit à coté d'elle, & le char fut
dérobé par un nuage à tous les yeux. Toutes
les Bergeressortirent en foule du salon,
& tous les Bergers heureux qu'Astramond
ne pouvoit plus troubler se précipiterent
dans leurs bras. Dans cette Contrée innocente
les désirs de l'amour ne faisoient pas oublier
les devoirs de l'amitié. Bien-tôt tous
ces Amans heureux se ralïemblerent autour
de CareÍfant pour le secourir: il s'étaitéva.
noui à la nouvelle du choix de l'Enchanteur
& on le porta chés Arifton
,
sans qu'il reprit
l'usage de ses sens. Là les jeunes Bergers
le laiuerent,& allèrentgoûter leur bonheur
, sans se rejouir de sa peine, tandis
qu'Ariston & sa femme les larmes aux yeux,
s'empresserent de lui rendre les foins les plus
tendres. Les premieres marques de connoissance
qu'il donna furent des signes de desespoir
,
ses discours étoient sans liaison&tous
ses mouvemens étoient furieux. La douleurprofonde
du pere & 4e la mere de Blanchette
calma un peu ses transports, il devint
plus tranquille & il parvint à pouvoir
se plaindre, mais plusieurs jours se
passerent sans qu'il voulût voir la lumiere
1 ni prendre aucune nouriture. A la fin vaincu
par les tendres prieres de ses hôtes qui
n'étoientgueres moins affligés que lui, il
>
consentit à vivre, mais il ne s'y détermina
quepar une esperance, dont il ne putse désendre
,
de rejoindre Blanchette & de fléchir
l'Enchanteur. Dès queCaressant eut pris sa
résolution,il la déclaraàAriston
, en lui dii
santadieu, & quelques difficultés infurmonr
tables qu'on lui présentât, rien ne put le
détourner de quitter un séjour où Blan-
> chette n'étoit plus, & d'aller chercher celui
) qu'elle, habitoit. On eut beau lui dire que la demeure d'Aitramond étoit inaccessible
mon-seulement aux traces, mais même aux
yeux des mortels. Il partit ne pouvant choi-
Hil' qu'entre la mort ou la recherche de Blancherte,
& laissa tout le Canton des Bergers
affligé de sa perte & de son malheur. Ariston
5& sa femme vouloient l'accompagner, mais il ne le souffrit pas, craignant avec raison
qu'ils ne succombassent aux fatigues & aux
dangers qu'il envifageoit avec joye pour lui
bdans son entreprise; ils le conduisirent feu-
> ement jusqu'aux Montagnes où il se séparerent
après les adieux les plus tendres & les
plus douloureux. C'étoit feulement quand il
avoit voulu partir,que Caressant s'étoit apperçu
qu'avec Blanchette il avoit perdu son petit
chien, jusques-Ià il n'avoit fongé qu'à sa
Maîtresse. Cette seconde perte rendit encore
la premiere plus sensible,&lemalheureux
Caressant s'engagea dans les Montagnes sans
secours, sans précautions, & avec le seul
désir d'y trouver la mort. Il y marcha deux
jours & deux nuits sans presque s'arrêter &
sans sçavoir où il alloit, il cherchoit Blanchette
& la demandoit à tous les rochers;
parmi lesquels il erroit. L'eau des torrens
le désalteroit, quelques fruits sauvages faisoient
sa nourriture, & la concavité des.
roches lui servoit d'azile pour se reposer,
car ces lieux steriles étoient sans aucunes.
habitations, parce qu'ilsn'étoient pas susceptibles
de culture. Le trisse Caressant ne:
s'appercevoit pas de l'horreur qui l'environnoit,
il ne s'appercevoit que d'avoir perdu
Blanchette
,
& feulement quand il se trouvoit
arrêté par quelque précipice, il songeoit
qbulaensc'i,l n'avoit pas perdu son chien noir &
ce petit animal l'auroit guidé par uni
chemin plus praticable. Il ne prenoit pas
garde qu'ilne taisoit que tournoyer dansce
atfreufes Montagnes. Il avoitl'esprit trop
troublé pour faire quelque attention à for
chemin
,
& au bout de huit jours de marche
tprefque continuelle il se retrouva à cent pas
de l'endroit où il s'étoitseparéd'Ariston. Il
le reconnut, parce que la lassitude extrême
dont il étoit accablé affoiblissant tous ses
~lens affoiblit aussi sa douleur,& lui laissa promener
ses regards autour de lui avec un peu
He tranquillité;mais en reconnoissant qu'il
s'étoit égaré, l'idée du tems qu'il avoitperaiu
renouvella si vivement sa douleur qu'il
perdit connoissance
,
extenué par l'excès de
Ia fatigue & le peu de nouriture qu'il avoit
pris: dénué de toute apparence de secours,
Ile malheureux
Caressant
étoit pret à finir
elfe vie dans cet évanouissement. J1 revintcependant
& son premier mouvement fut d'en
tsetre faché; bientôt il se sçut mauvais gré de
sentir son ame dans une assiete plus tranquile,
&enfin ils'apperçutavec surprise qu'il
étoit dans un appartement superbe, couché
sur
»
un beau lit, au pied duquel étoit son
petit chien noir & blanc, & à côté un pigeon
d'une blancheur & d'une beauté extraordinaires.
A cette vue il se sentit pénéiîré
d'une joye pure,il baisa son petit chien
\Mi!Ic fois avec transport & lui demanda des
nouvelles de Blanchette. A ce mot le pigeon
blanc battit des aisles & le petit chien par
JCes mouvemens n'annonça que des choses
heureuses : cette conversation muette dura
..JWü¡;-tems, & Caressant ne s'en laiïoit pa¡
Il partageoit ses caresses entre le chien & le
pigeon pour qui il se trouvoit beaucoup
d'inclination, & de moment en moment il
sentoit renaître en son coeur le calme & l'espérance
„
quand un homme d'une figure
majestueuse entra dans la chambre. Vous
voyez, dit-il en s'approchant du lit, vous
voyez, aimable Caressant, l'Enchanteur qui
vient de vous sauver la vie, mais c'est aufit
celui qui vous a ravi Blanchette & votre petit
chien. A ces mots Caressant fauta à terre
avec une action mêlée de respect & de colere
,
& un second mouvement le fit prosterner
aux pieds de l'Enchanteur qu'il baignoit
de larmes sans avoir la force de proferer
une feule parole: le petit chien & le
pigeon pleuroient aussi, &l'Enchanteur laissa
échapper quelques larmes, mais se faisant
effort il releva Caressant avec amitié & lui.
adressa ainsi la parole. Vous me suppliez
Caressant, comme un Juge severe, & cependant
vous êtes aussi nécessaire à mon
bonheur que je le fuis au vôtre.AimezBlanchette
,elle vous aime & n'existe plus pour
moi; mais vous ne fçauriez la posseder que.
vous ne m'apportiez la Bague de Puissance,
quiest dans le Palais des Fées; partez &<.
marchez pendant sept jours vers le Midi,
vous arriverez au Palais. Prenez y la Bague
qu'on vous permettra de toucher,& soyez
nir qu'en me l'apportant, vous recevrez
blanchette en échange pour ne vous en fésarer
jamais. Je ne puis vous donner ici
cotre petit chien ni ce beau pigeon, mais
vous les garde avecfidelité, je vousassu-
5 avec vérité que leur bonheur & le mien
épendentainsi
que le vôtre du succès de
otre entreprise.
Ce discours de l'Enchanteur donna beaucoup
d'espérance à Caressant, il remercia
stramond de ses promesses & s'engagea de
oon coeur à lui apporter cette Bague mer-
~illeuse dont Blanchette devoit être le prix.
auroit bien voulu emmener le petit chien
: le pigeon,mais l'Enchanteur n'avoit garde
s'en défaifir
,
& Caressant partit, chagrin de
artir seul,mais plein d'ardeur& d'esperance.
'empressement qu'il avoit de se voir maî- e d'un trésor qui devoit lui rendre Blanchet-
1 ; lui fit faire une diligence incroyable, & dès
: matin du septiéme jour, il apperçut le
calais des Fées, qui se voyoit de fort loin rl'éclat des Pierres précieusesdont il étoit
onstruit. Cette vûe redoubla son ardeur,
ais ses forces ne repondoient pas à ses de- s ,
& comme il avoit marché presque sans
arréter, il se sentit épuisé, & fut obligé delJlfféoir
fous un Palmier: il s'y endormit, &
se réveillant il fut surpris de se trouver
nus une tente de drap d'Or & sur un riche
sopha au bout duquel étoit assis un
homme
d'une phisionomie un peu sombre
,
mais maj
jestueuse & dont les traits avoient quelque aiq
de ceux d'Astramond: il gardoit un profond!
silence lorsque cet Inconnu lui adressa la parole
d'un ton prévenant.
» Vous voyez 4
»dit-il
, un malheureux qui comme vous
M
doit son malheur à la méchanceté d'Astra-
»mond. Le cruel est mon frere,mais les
»
sentimens de la nature ne lui font pas cony
nus, & il me persécute depuis lemoment
n de ma naissance. Nous sommes égaux en
„ pouvoir & il n'a pu me dépouiller du mien
»mais il m'a porté de plus sensibles coups. Il
n m'a enlevé ce que j'aime. Vous soupirez
continua l'Inconnu, en s'appercevant que cè
mot d'enlévement frappoit vivement Caressant:
n
joignons nos larmes & notre vengean-
'f ce. Il tient fous son pouvoir la Fée que!
« j'adorois métamorphosée en chien, 8c
»votre adorable Blanchette fous la figu-
M re d'un pigeon est réduite aux mêmes ex-
» trêmités par sa barbarie. Mais la Bague de
r puissance peut nous rendre tous deux heu
se reux. Ni lui ni moi ne pouvons en être paf
„ sesseurs; c'est à vous, aimable & malheu
» reux Caressant,que les destinées la réser-
M vent. Servons nous-en pour notre ven-
M geance & notre bonheur; dès que vou
8; en ferez le maître vous n'avez qu'à sou
l' baiter d'être dans mon Palais, vousy
fereo'
-;:, ferez transporté sur le champ.Vous me concc)
fierez la Bague précieuse
,
je partirai, &
tO,
dans un clin d'oeil j'aurai puni le cruel
co?
persécuteur de nos amours, & je vousrentes
drai votre aimable maitresse. Ne redoutez
c*. plus Astramond; la Bague vous rendra
te)
son maître, & comme elle ne fc peut obc'b
tenir que de la volonté de celui qui la pof-
U)
séde, vous n'avezrien à craindre des efforts
»qu'il feroit en vain pour vous l'arracher.
c)Adieu cherCaressant, je pourrois vous en
a dire davantage & vous donner un nom qui
0 m'attireroit votre amour & votre refped:,
mais je ne veux rien tenir que de votre reconnoissance
& de votre compassion. Ne
perdez point de tems, & si vous êtes sen-
1 sible au service que je vous rends en vous
; apprenant les causes de votre infortune &
1 les moyens de la reparer, daignez m'asso-
) cier au bonheur dont je vous enseigne les
)
chemins. Je vous attends demain dans
mon Palais. En finissant ces paroles l'Inconnu
disparut sans donner à Caressant le
noms de lui repondre. Il demeura quelques
~olomens à refléchir surl'avanture singuliére
~iui venoit de lui arriver. Il repassoit dans sa
émoire tout ce qu'il venoit d'entendre, &
~and la bonté de son coeur ne l'auroit pas
teressé au fort des malheureux, quand ion
~oopre intéret ne lui auroit pas paru lié avec
celui de l'Inconnu, le discours de cet homme
n'avoit pas été si obscur pour Caressant qu'il.
ne crût y entrevoir que cet Inconnu étoit
ton pere, & dès-lors il lui devoit toute sa
tendresse & sa confiance. Cette idée ac- j
cordoit fort bien avec ce qu'il avoit appris
d'Ariston, de la manière dont ill'avoit trouvé
exposé sur les eaux & conduit au rivage
par le petit chien noir & blanc qui sans doute
étoit sa mere, métamorphosée, comme
disoit l'Inconnu, par Astramond. Les reflexions
qui déterminérent Caressant à se
rendre le lendemain chésl'Inconnu, l'occu-*
perent, & retarderent un peu sa marche, de
sorte qu'ilétoit nuit quand il arriva au Palais
: ce Palais, est pour ainsi-dire, la Cour
des Fées. C'est-là qu'habite la Souveraine
)
& c'estde-là qu'elle dirige à son gré tous les
evénemens du monde en présidant aux démarches
des Intelligences qui les conduifentj
Caressant fut très- bien reçu par les Fées,
mais il ne vit point la Fée souveraine, elle.
étoit déja renfermée pour travailler aux
af-i
faires de l'Univers; elle travailloit dès que
le Soleil étoit couché & n'étoit visible
geul
pendant le jour qu'elle passoit à donner se
ordres & à bien instruire ceux qui devoiena
Jes exécuter. Elle n'eut pas besoin qu'on
l'avertît de l'arrivée de Caressant. Elle en
étoitinstruite depuis longtems, elle fç^vqia
sa naissance
,
sa fortune, sa destinée&avoit
ordonné qu'on le fit coucher dans l'appartement
des songes
: c'étoit celui qu'elle donnoit
à ceux qu'elle vouloit favoriser, car il
n'étoit pas permis aux Fées de revéler entié-
,
rement aux hommes leur destinée, c'est un
pouvoir réservé feulement auxDieux, mais
elles pouvoient donner à ceux qu'elles en
trouvoient dignes, quelques idées qui les
instruisissent un peu sans les éclaircir tout-àfait,
ce qu'elles faisoient aisément & communément
par des songes. Caressant trouva
dans son appartement un repas préparé;
plusieurs Fées & plusieurs Génies soupérent
avec lui, & lui firent avec beaucoup de politesse
les honneurs de leur habitation. Ils
Î s'apperçurent qu'il étoit rêveur & inquiet, &
ne voulant pas l'importuner, ilsle laisserent
seul de bonne heure après lui avoirdit qu'ils
r viendroient le prendre le lendemain matin
pour le pi-ecentcrà la Fée souveraine. Ca-
1 ressant resté seul se coucha sur une estrade
) de velours qui étoit au fond de la chambre,
S & quelques sujets de reflexions qu'il pût
avoir, lafatigue du voyage l'endormit bientôt
; vers la fin de la nuit à l'heure où les
songes font la plus vive impression, il lui
sembla être dans la Plaine ou il avoit passé
LJa veille à quelques pas du PalaisdesFées.
111 n'y étoit pas
seul.
A sa gauche étoit Astramond
qui le tenoit par la main, à la gau- ched'Astramond étoit un vieillard vénérable,
& à la gauche de ce vieillard un homme
qu'il reconnut pour çelui qu'il avoir renconné
la veille, qu'il croyoit son pere,
Vis-à-vis d'eux étoit une Dame d'une beauté
parfaite & d'une taille imposante; cette
Dame reçut des mains du vieillard une Bague
d'une Turquoise gravée, & vint la présenter
à Caressant. Dès que celui-ci l'eut à son
doigt, la Dame, le vieillard & Aftramond
disparurent.L'Inconnu resta & Caressant
Je vit s'avancer à lui tenant Blanchette par
la main. L'amoureux Caressant vola à leur
rencontre, & dansl'infant qu'il les touchoit
il vit Blanchette changer de figure, & l'Inconnu
s'abimer dans la terre. L'émotion que
ce fonge fit sentir à Caressant le reveilla
,
&
à son réveil les mêmes idées se représenterent
si vivement à son imagination, qu'il douta
si son rêve n'étoit pas une réalité. Il faisoit
réflexion à tant de choses extraordinaires qui
lui arrivoient, & reconnoissant quelqu'avis
mystérieux dans le songe qu'il venoit de faire,
il tâchoit de l'accorder avec la conversation
de l'Inconnu qui étoit lui-même un ]
des personnages deson rêve, mais il trouvoit
bien de ladifficulté àlier toutes ces idées,& ilytravailloit assés inutilement lorsqu'on vint -
l'avertir que la Fée souveraine
l'attendoit,
Quand il fut à la porte de son appartement
elle descendit de son TroIlnc,fit plusieurs pas
au-decant de lui, & lui adressa ainsi la parole
: « Je vous connois, jeune homme, & je
» vous aime parceque vous êtes vertueux.
M
Soyez-le toujours, & desfendez-vous des
» piéges qui font femés au-tour de vous.
5) N'oubliez jamais les bienfaits, quand vous
M
auriez reçu des injures de la même main.
Vous allez être possesseur d'un trésor qui
) vous appartient, & qui vous rendra plus
»
puissant que les plus puissans Rois. Souve-
= nez-vous que la puissance doit être accom-
« pagnce de la justice, & quela justice éxiss
ge une exacte connoissance de la vérité.
i) Daignez suivre mes avis, cher Caressant,
*>
défiez - vous toujours des apparences,
» voyez & faites tout par vous-même si vous
5, le pouvez, par là vous ferez bien-tôt heu-
M reux & vous ferezle bonheur de tout ce
» que vous devez aimer. En finissant ce
discours elle présenta à Caressant laBague
enchantée & acheva de le déconcerter; il
s'étoit troublé d'abord en reconnoissant la
Fée souveraine pour la Dame qu'il avoit vu
en fonge recevoir des mains du vieillard une Turquoise
,
& cette Turquoise étoit précisément
la Bague mystérieuse que la Fée lui
offrait en ce moment. Cette justification
d'une partie de son rêve interdit Caressan;
ses yeuxs'attachoient à terre, & il n'osoit
avancer la main pour prendre la Bague: la
Fée pour l'encourager reprit ainsi la parole:
&» Acceptez, Caressant,ce bien qui est à vous, ne songez qu'à en faire un bon ufagc :
»
souvenez-vous de votre rêve & de mescon-
»
feils, le sçais où vous allez: rendez vous-y
« promtement, votre fort s'y éclaircira.»
Caressant un peu remis par ces paroles remercia
la Fée, accepta la Bague& s'étant
souhaité dans le Palais de l'Enchanteurinconnu
,
il s'apperçut dans l'instant qu'il y étoir.
CePalais étoit superbe & rempli des plus
belles personnes de l'un &de l'autre sexe, au
milieudesquellesl'Enchanteur parut venant à
la rencontre de Caveiîant.Toute cette Cour
avoit une contenance fort triste, & ne
sembloit pas faire de trop bon gré cortege
au maîtreduPalais; celui-ci s'avança vers
Caressant & t'embrassa d'un air très satisfait ;
après lui avoir fait voir les beautés de son
Palais qui marquoient merveilleusement sa
puissance, il le conduisit dans un jardin
luperbe, où s'étantassis fous un cabinet de
Chevre-feuille
,
l'Enchanteur prit ainsi la
parole. Cher Caressant, vous voila maître
d'un trésor qui vous rend égal en puissance
à moi & au perfide Astramond mon frere.
Vous jugeriez aisément avec quelle joye je
vois votre bonne fortune, si vous sçaviez1
quels font les sentimens qui m'interessent à
Vous, mais vous n'avez rien fait si vous ne
mettez Astramond hors d'état de vous disputer
Blanchette ; quelque pouvoir que vous
donne votre Bague enchantée dont je
connois toute la vertu, ce n'est pas assés,
le pouvoir est inutile & même dangereux
pour qui ne sçait pas s'en servir:vous n'êtes
pas initié aux mysteres de la magie, & sans
cet art les Talismans les plus forts ne font
rien. Outre l'intérêt tendre que je prends
à votre bonheur, vous sçavez qu'un intérêt
plus personnel encore m'anime a soutenir la
justice de votre cause. Vous sçavez que nos
querelles font pareilles, & que notre vengeance
doit être commune. Familier dès ma'
plus tendreenfance avec les enchantemens,
j'ai les connoissances & l'expérience qu'exige
la réussite de notre entreprise, confiez-moi
donc promptement votre anneau, & croyez
qu'avant la fin du jour nous verrons Astramond
humilié à nos pieds, & l'objet de
notre amour heureux dans nos bras. L'Enchanteur
se tût après ces mots, & examina
avec attention la contenance de Caressant,
qui ne se pressoit pas de répondre. Il se rappelloit
son reve dans le Palais des Fées,&
les fages conseils qu'il avoit reçus de la Fée
souveraine qui avoient un rapport assés clair
& à son rêve & à toutes ses avantures. On lui
avoit recommandé bien précisément de ne
pas se fier aux apparences, & de faire tout
ce qu'il pourroit par lui même. D'ailleurs
il y avoit dans le discours de l'Inconnu des
obscurités qui sembloient avoir quelque
chose d'artificieux. Caressant ne comprenait.
pas pourquoicet homme ne se déclarait
pas tout naturellement son pere, comme il
avoit voulu le faire entendre dans cette
seconde conversation
,
ainsi que dans la
premiere.Aprèsavoir réfléchi profondement
a toutes ces choses pendant quelque tems,
Caressant se détermina à ne le pointdésaisir
de son anneau, à seclïiivir le la vérité
des faits que racoutoit l'Inconnu ,& enfin à
terminer lui-même au moyen de son anneau
ses malheurs & ceux de Blanchette. Cette
résolution qu'il déclara à l'Enchanteur parut
lui déplaire beaucoup. Sa phisionomie se
renfrogna dans le premier instant
,
mais
bientôt maître dans l'art de composer son
visage, il prit la parole avec l'airleplus
insinuant
, & sans se plaindre du parti que
prenoit Caressant, il lui fit seratirquec'étoit
le chemin le plus long & le moins sur pour
venir à bout de leurs desseins ; le plus difficile
,
dit-il ensuite
,
n'est pas de recouvrer
Blancherte
,
je puis esperer de vous la rendre
par les efforts de ma feule puissance, mais
ce n'est rien faire si nous ne mettons pas
Astramond hors d'étatde l'enlever une
seconde; fois la feule Bague dont vous êtes
possesseur est supérieure auxconjurations
d'Astramond,maisvous manquez des sciences
nécessaires pour en faire un bon usage
,
ainsi
votre défiance recule votre bonheur, & celui
d'un homme qui peut-être ne vous a pas
étéinutile,& acru vous donner des marques
de l'intérêt tendre qu'il prend à vous. Cependant
je n'en ferai pas moins ardent à vous
servir, je vais vous quitter, & j'espere
qu'avant le retour du soleil, je vous ramenerai
Blanchette. Peut-être cette preuve de
monamour pour vous memeritera-t-elle
votre amitié, & qu'alors vous ne croirez
pas imprudent de me confier cette Bague
puissante
,
dont l'usage très difficile peut
seul procurer ma satisfaction & assurer
la vôtre. En disant ces mots, l'Enchanteur
frappa des mains &toute sa fuite accourut
auprès de lui: mesamis,leurdit-il, ayez
foin de cet hôte aimable,tâchez de divertir
sa melancolie, & ne lui laissez rien à desirer
de tout ce qui peut être en votre puissance.
Alors il demandason char, monta dessus &
s'éleva dans les airs où bientôt on le perdit
de vûe. Caressant retourna au Palais fort
étonné de tant de merveilles, fort inquiet de
la fuite de tout cela,.& incertainmême de
ses propres sentimens. On lui fit voir le
Palais où toutesles choses rares & superbes
croient rafiembices avec profusion. Ensuite
on le mena dans une sale de Spectacle, où
on lui fit entendre une Musique mélodieuse
, & d'où on le ramena à l'heure du souper
dans un salon orné des peintures les plus
agréables, dans lequel il trouva une table
servie fort délicatement. Ily fut suivi par
les courtisans de l'Enchanteur, & pendant
son souper tomes les belles personnes que
renfermoit ce Palais, jouerent des Instrumens
, chanterent des Odes galantes, &
danserent des danses de tous les genres,
Caressant étoit trop occupé de son amour
Se de la conduite
,
qu'il avoit à tenir, pour
que tous ces divertissement lui fissent une
vive impression
,
il en fut médiocrement
touché, & la chose à laquelle il fit le plus
d'attention, ce fut l'air de contrainte & de
triflefferépandu sur le visage de toutes ces
belles personnes qui s'empressoient àle divertir.
Son souper ne fut pas long, il se retira j
dans son appartement,dès qu'il crut pouvoir
le faire sans marquer trop de mépris
pour les jeux qu'on lui offrait, & après
avoir remercié avec beaucoup de politesse
ceux qui s'étaient donné la peine de les exécuter
,on le conduisit jusqu'à la porte de sa
chambre
,
& on l'y laissa entrer seul, parcequ'il
ne voulut pas accepter l'offre de le
servir
, que lui firent les courtisans de l'Enchanteur.
Un instant après qu'il fut dans sa
chambre où appuyé sur une table il s'abandonnoit
à ses reflexions, il entendit ouvrir
sa
@
porte. Il se retourna pour voir ce que
c'était, & en se retournant il apperçutsa
chere Blanchette conduite par l'Enchanteur
maîtrede ce Palais. En ce moment toutes
ses inquiétudess'évanouirent, & - ses sens
furent penetrés de la joye la plus pure: il
vole à Blanchette, & les yeux mouillés de
larmes, il embrasse ses genoux ne prononçant
que des mots mal articulés & entrecoupés
par l'excès de son transport. Bhnchette
le releva en lui donnant sa main à
baiser
,
& prenant la parole- avec un air,
où il y avoit plus de douceur & de modestieque
de joye, Caressant,luidit-elle
,
vous lisez si
dans mon coeur, vous voyez combien
j'en fuis touchée, & vous sçaurez bientôt
qL, 1 tôtquej'éprouve les mêmes sentimens que
je vous inipire
,
maisvousaurez déformais
tout le tems de vous livrer à voire amour,
& la passion ne doit pas fairetaire la vertu.
Voulez-vous être ingrat envers celui qui vous
fait voir Blanchette? prosternons nous à ses
pieds, & recevons (es bienfaits avec la
reconnoissance qui leur est due. Non,interrompit
l'Enchanteur, vous ne me devez rien
Caressant, j'ai travaillé pour moi en travail-'
lant pour vous, & je préparois mon bonheur
en avançant le vôtre. Peut-êtrequ'à présent
vous m'accorderez votre confiance; adieu.Je
vous laisse avecBlanchette;après une absence
si longue, & dans un instant aussi doux je
crpis que vous avez bien des choses à vous
dire. Il sortitenfinissantces mots, sans Gue
Caressantéperdu de son bonheur, fut 1en
état delui dire une seule parole. Quand
Caressant se vit seul avec sa maitresse
,
il
sentit redoubler ses transports, il s'approcha
d'elle avec une ardeur qui tenoit de l'yvresse,
mais elle le repoussa doucement, & s'allant
asseoir sur un Sopha, pouffa de profonds soupirs
,
& répandit un torrent de larmes.
Quavez-vous, ma Blanchette, dit le tendre
Caressant, vous me percez le coeur. Carénéne
lui dit-elle, touchez-moi avec votre Bague,
& désirez que je vous paroisse ce que je suis,
l'Enchanteur estuntraître, & je ne fuis
point Blanchette. Caressant à ces mots sentit
un frisson mortel courir dans ses veines. Il
croyoit bien les larmes & l'aveu sincere de
cette femme, mais il se trouvoit retombé
dans toute l'horreur de ses malheurs passes;
& il ne pouvoit se resoudre à perdre du j
moins la ressemblance de Blanchette,quoiqu'il
se reprochât en même tems d'avoir été-1v
la dupe d'une illusion qu'il croyoit que
son coeur auroit dû démêler. II étoit dans j
a
cetétat
,
immobile, & n'écoutant plus la
Dame du Sopha qui cherchoit à le calmer,
lorsque l'Enchanteur parut d'un airmenaçant
& sa baguette à la main, attentif à ce qui
se passoit entre Caressant & la fausse BJaITchette
qui étoit son ouvrage; il avoit par
la puissance de son art connu que sa ruse
étoit découverte, & il accouroit pour se venger
, non pas de Caressant que la Turquoife
garantissoit de tout enchantement,
mais de l'innocente & malheureuse créature
par qui il avoit voulu faire réussir ses
noirceurs. Dès qu'elle le vit entrer elle s'enfuit,
& se cachant derriereCaressant,elle
le conjura de la sauver. Caressant étoit trop
troublé pour l'entendre, mais la nécessité
animant son courage, & retablissant sa
présence d'esprit
,
il courut à l'Enchanteur
qui étendoit déja sa baguette pour en frapper
l'image de Blanchette, & il le toucha
avec sa Bague
, en souhaitant par un mouvement
naturel qu'elle put mettre le Magicien
hors d'état de nuire. Aussitôt l'Enchanteur
demeura immobile dans la même attitude
où il étoit, & semblable à une Matuc,
On donnera la fuiteincejpimment,
TRADUCTIO.LV de l'Epitre de D",tnire a
Hercule, par Ad. Richer.
MOnsieurRicher donna en 1723 un
Recueil de Poësies de differens genres,
qui fut bien reçu du Public. On en
peut voir l'Extrait dans le Journal des Sçavans
de cette année Huit des Héroïdes d'Ovide
que M. Richer avoit traduites ne faisoient
pas le moindre ornement de ce Recueil.
En voici une nouvelle, c'est la neuvièmequi
est celle de Déjanire à Hercule.
M.
Richer
s'est donnéici une liberté qu'il
n'avoit pas osé prendre dans ses premieres
traduttions. Il a senti que la prodigieuse fécondité
de son original pouvoit sassèr le
Lecteur
,
& content de rendre les idées d'Ovide
, il n'a pas crû devoir les répéter aussi
souvent que lui fous des tours differens.
Peut-être trouvera-t-on qu'il auroit du avoir
plus de scrupule, & traduire son Auteur
avec un refpeâ: aveugle
,
qui eût confervé
les fautes comme les beautés de l'original.
Peut-être d'autres Letteurs fçauront-ils bon
gré à M. Richerd'avoirdcbarafïe Ovide de
ces ornemens vicieux & superflus
,
qui font
d'ailleurs plus supportables en Latin,qu'ils
ne le seroienten François;au reste Al.Pvicher
a traduit toutes les Heroïdes
,
& les
a traduites sans en rien retrancher, & si
l'Essai qu'il proposeaujourd'hui trouvoit
quelques Critiques, il est en état de restituer
à Ovide tout ce qu'il n'a supprimé que
dans la vûe de plaire au Public.
C'est le même M. Richer qui est Auteur
de deux Recueils de Fablesestimés.
DE'JANIRE à HERCULE,
Ontente
qu'entous lieu la victoire te Live,
Je me plains que ton coeur se livre àta captive.
Un bruits'est répandu peu digne de ton nom, Qu'un Heros, triomphant du couroux de Junon ,
Et dont aucuns travaux n'ont vaincu le courage,
De la fille d'Euryte a subi l esclavage.
Ah!que ton fier Tyran & la Reine des Dieux
Avec joie ont appris ce bruit injurieux!
Mais de quel oeil le Dieu qui lance le tonnerre ,
Ce Dieu qui pour donner un Alcide à la Terre,
Sçut arrêter l'Aurore Se prolongea la nuit
,
Volt il le joug honteux où l'Amour t'a réduit?
Venus plus que Junon est fatale à ta gloire.
Par Junon opprimé,tu cours à la victoire,
EtVénus insultant à ton courage altier,
Au milieu d'un triomphe a pû t'humilier!
Par l'effort de ton bras, aux monistres si terrible,
Voi la Terre, les Mers, voi l'Univers paisible.
Où le Soleil commence, & termine son cours,
De ce bras protecteur tout ressent le seconrs.
De la voute céleste où ta valeur te guide,
Atlas soutint le poids, secondé par Alcide;
Mais que te fert l'éclat de tant d'exploits divers,
Qu'à mieux montrer ta honte aux yeux de l'Univers
?
Deux couleuvres, dit-on, dans tes mains étouffées,
D'Herculeencore enfant font les premiers trophées,
Lorsque dès ton berceau ton coeur impérieux
Montroit un digne fils du plus puissant des Dieux.
Comment si courageux dès ta tendre jeunesse ,
Héros, nousfais-tu voir cette indigne foiblesse ?
De cent monstres vainqueur, tu cédes à ton tour,
Et l'effroi des Tyrans est fournis à l'Amour.
On croit mon fort heureux, quand un noble hymenée
Au plus grand des Mortels unir ma destinée,
Lorsque j'ai pour beau-pere un Dieu qui dans ses
mains
Tient un foudre bruyant redoutable aux humains.
Ah ! que l'on vante à tort un titre ridicule!
Ce n'est pas un bonheur d'être femme d'Hercule..
Cet honneur séduisant n'est qu'un fardeau fatal.
Voulez-vous vivre heureuse ? épousez votre égal.
CeHéros, entraîné par son bouillant courage,
Me néglige
,
& ce lieu n'est pour lui qu'un passage;
En cent climats divers son coeur conduit ses pas,
Aux hydres, aux lions il livre des combats,
Et moi, loin d'un Epoux, dont la gloire me prive,
Seule dans ce Palais désolée & plaintive,
Je fais des voeux au Ciel, & crains que cet Epoux
D'un funeste revers n'éprouve enfin les coups.
L'esprit toujours troublé d'images effrayantes,
Ou je me peins Cerbere aux trois gueules béantes,
Ou je voi des lions de ton fang alterés.
Je consulte en tremblant les auspices sacrés.
1 Cent présages affreux à mes yeux se presentent.
Des songes menaçans chaque nuit m'épouvantent.
Aux plus legers discours mon ame ajoutant foi,
! Se remplit tour à tour d'esperance & d'effroi.
r Victime de Junon,à te perdre obstinée
, Sous le joug le plus dur je gémis enchaînée.
) Ces maux feroient trop doux. Ton coeur que j'ai
perdu
Prodigue en mille endroits un amour qui m'est dû,
Et tous les jours épris de nouvelles maîtresses,
Tu rends le monde entier témoin de tes foiblesses.
Surlesbords.duMéandre en un lâche séjour
, X)n vit ton coeur épris du plus honteux amour.
C'est là que fous le joug d'une indigne rivale
Tu vieillis sans honneur, vil esclave d'Omphale.
Defleurs &; de rubans ton front est donc paré,
Qui d'un noble laurier devroit être entouré !
Tu n'as point honte enfin,aveuglé par taflâme,
De cacher un Héros fous l'habit d'une femme!
Plein d'un feu que ton coeur se plaît d'entretenir
Tu n'as de tes travaux qu'un lâche souvenir ;
A l'affreux Busiris
,
s'il eût vû ta parure,
Le nom de son vainqueur paroîtroit une injure;
Antée en rougiroit, sa honte en ces momens
Te voudroit arracher ces lâches ornemens.
Quel opprobre! L'on dit que dans ces lieux infarneS
Vilement confondu,caché parmi des femmes,
A d'indignes emplois onoccupe tes mains,
Par leur force jadis utileaux humains;
Qu'Omphale qui se plaît à ferrer ces entraves
Te mesure la tâche ainsi qu'à ses esclaves.
Et tu peux cependant en cet état honteux
De tes nombreux exploits faire un récit pompeux !
Pour mieux encor sur toi signaler sa viéloite
,
Ta Maîtresse revêt les marques de ta gloire. "1
Vante nous maintenant ta force & ton grand coeur,
Quand tu cesses d'être homme auprès d'un tel vainqueur.
Entre tant de hauts faits, que ta honteravale ,
Le plus grand eût été de triompher d'Omphale.
Pour elle tu vainquis. Renonce à tes lauriers;
Elle usurpe ton nom& tes travaux guerriers.
Voilà ce que de toi m'apprit la Renommée;
Je pouvois me flaterd'être mal informée ;
Detescruelsmépris dumoinsj'ai pû douter:
Mais voici qu'àmes yeux tu les fais éclater
Au milieu de ces murs une femme étrangère
Entre, le coeur tout fier de ta flâme adultére.
A ce fatal aspect, qui comble mes malheurs,
Puis-jedissimulermes trop justes douleurs
Sans en avoir pû fuir l'odieuse rencontre,
A mes yeux indignés ta captive se montre,
Non en pleurs, désolée & les cheveux épars
Mais promenant partout ses infolensregards.
Ah! quand d'un tel affront j'occupe ma pensée
J'en frémis, & d'horreur je demeure glacée.
Tu m'aimas cependant.Mes innocens appas
Deuxfois( n'en rougis point) fçurent armer ton
bras.
,Achloüs en pleurs dans son onde troublée
Cache honteusement sa tête mutilée.
Nessus d'un trait mortel s'est vu percer le flanc
r
Et tombant fous tes coups rougit l'eau de son fang.
0 triste souvenir! Qu'ai-je fait, malheureuse!
Quand je trace ces mots, une nouvelle affreuse
M'apprend que mon amour inquiet& jaloux
Des plus cruels tourmens fait périr mon Epoux.
Détestable artifice! habillement funeste,
Que par moi t'envoya la colere celeste.
Oui, la mort par mes mains te décoche ses traits;
Et je ne mourrois point après de tels forfaits
Peux- tu douter encor,cruelle Déjanire,
Si tu dois t'immoler, quand ton Epoux expire?
Croi pourtant, cher Epoux,( j'en attelle les noeuds
De cet auguste hymen qui nous unit tous deux)
Que je n'ai point formé de dessein parricide.
Mon coeur estimprudent,mais il n'est point perside.
Nessus mourant m'appelle, & me tient ce discours.
Si ton Epoux volage avoit d'autres amours,
Mon fang fçaura pour toi ranimer sa tendresse.
De croire un imposteur
,
hélas ! j'eus la foiblesse ;
D'un fang empoisonné je teins ce vêtement,
Et je t'en fais un don, qui cause ton tourment:
Peux-tu douter encor, cruelle Déjanire,
Si tu dois t'immoler,quand ton Epoux expire
Oui, oui, c'est trop tarder à venger ton trépas.
Je te fuis. Voi voler mon ombre sur tes pas.
Omon pere! reçoiles adieux de ta fille.
Adieu, mon cher Hyllus, adieu triste famille.
Soleil, à qui je fuis un objet odieux,
Pour la derniere fois je parois à tes yeux.
DISSERTATION
'Sur Faustine
,
femme de l'Empereur Marc-
Aurele Antonin.
,Par M. Jacques Marchand Eventalllijîe ,
rttë lk,ouffctar.
IL Y a peu de faits historiques aussi géné
ralement reçus que les déréglemens de
cette Imperatr ice des Romains. Son nom
rappelle l'idée de Messaline,& les suffrages
de plusieursHistoriens paroissent former un
corps de preuves incontestables. On fera
sans doute fort étonné de voir quelqu'un
entreprendre après 1600 ans la révision de
ce procès,& lesLecteursmal instruits s'écrieront
que c'est porter à son comble l'audace
du Pyrrhonisme, mais ceux qui sont accoutumésàfaire
usage en lisant d'une critique
sage&éclairée,ne trouveront rien d'extraordinaire
dans cette entreprise. Cen'est pas
une choserare pour eux,que de vuir renverfer
par des titres authentiques les témoignanges
d'Auteurs anciens qui paroissent devoir
etre nos seuls guides.Devons-nous avoir peine
si croire que les hommes se soient trompés;
nous qui nous trompons si souvent? Je vais
examiner la nature des preuves qui ont
donné à Faustine la réputation d'incontinence
qu'elle a eûë jusqu'à présent ; je rapporterai
les faits & les titres incontestables
qui y peuvent être contraires;j'examinerai les
uns & les autres avec l'attention qu'on doit
à la recherche delavérité,sans melaisser prévenir
par le désir d'avancer une opinion singuliere
; cet espritdesingularité est d'autant
moins capable de me faire illusion, que les
gens qui sçavent être simples & unis,
font
ce
qu'on trouve le plus rarement dans notre
siécle.
Je commencerai ici mon examen par
cette réponse si célebre
, que fit, dit-on, :
Marc-Aurele à ceux qui le pressoient de répudier
sa femme. Si je la répudie, lui saison-
dire, ilfaut donc lui rendre sa dot, &
cette dot, ajouteCapitolin, qui rapporte le
Conte, étoit - ce autre chose que l'Empire?
M. Dacierajudicieusement remarque que
l'Empireavoit éé destiné à Marc -Aurele
par Hadrien, indépendamment de ce mariage;
lorsqu'il fût adopté par Antonin,il étoit
engagé à la Soeur de L. Commodus. D'ail-
J leurs, l'Empire n'étoit rien moins que Patrimonial
, & le filsmême ne fuccedoit pas de
droit à son Pere. J'ajouterai
, que supposé
que les déreglemens de Faustine soient aussi
réels, qu'on le dit, on ne peut nier au moins
ijjue Marc-Aurele les a ignorés, ce qui renverse
absolument cette Fable.
Dans le Livre qu'il nous a laine, en comptant
les. graces que les Dieux lui ont faites,
de remercie les Dieux, dit-il, de m'avoir
'Ionn une Epousesi douce si complaisante ,si
pleine de tendresse pourmoi & d'unesigrande
simplicitédemoeurs,& qu'on ne dise point,
qu'il vouloit cacher aux autres les déréglemens
de sa femme. Ce Livre étoit fait uniquement
pour lui ; il s'y rend compte de ses
pensées les plus intimes & met, pour ainsi
dire, son ame à néçQuverr. D'ailleurs, les
déréglemens de Faustine étant tels & aussi
publics, qu'on le suppose, s'ill'avoit fçû,
auroit-il pu esperer d'en imposer aux Romains
par cette finesse ? Etoit-elle digne de
la noblesse de son ame? Et ne devoit-il pas
sentir qu'elle ne pouvoit que lui donner un ri- dicule de plus? Il faut donc convenirqu'iln'a
jamais été instruitdes déréglemens de Faustine
,
-Se que tout ce que les Historiens
ont dit à ce sujet, estmanifestement faux.
Mais est-il possible que ces débauches
ayent été telles qu'on le dit, & queM.Aurele
les ait ignorées? Croira-t-on que l'Imperatrice
des Romainsait pu s'abandonner à des
Histrions& à des Gladiateurs,passer des journées
entieres à Baïes sur le rivage,pour voir
baigner les Matelots,&choisir ainsi les complies
de ses déréglemens ? Croira-t-on,dis-je
qu'en se livrant à tant d'excès, connus de
tous les Romains,elle ait pu passer dans l'esprit
de son mari pour une femme remplie
de vertu? Qu'on observe qu'au milieu de la
liberté de nos moeurs il feroit impossible à
une femme, même d'un rang ordinaire, de
voiler de pareils mysteres, & que la bienséance
des Dames Romaines avoir des Loix
beaucoup plus austeres que la nôtre. D'ailleurs,
Marc-Aurele n'étoit point un homme
simple, ni crédule; il aimoit l'humanité,
mais ne l'estimoit pas; il étoit disposé à supporter
patiemment les défauts des hommes,
mais non à les croire parfaits ; il n'étoit
ni gouverné par sa femme, ni fait pour
l'être. Comment parmi tant d'amis, qui lui
étoient si attachés & dont il écoutoit si volontiers
les avis,danstoutl'Empire dont il
étoit adoré ne se feroit
-
il pas trouvé quelqu'un
quil'eutéclairésur les désordres de sa
maison?Et du moins après la mort de Faustine
, lorsqu'on n'avoit p lusà craindre sonrefsentiment,
n'auroit-on pasdû instruire son
mari,ne fut-ce que pour le consoler de la douleur
immoderée qu'iltémoigna de cette mort,
&lui faire voir le ridicule des honneurs exces
siss qu'il fit décerner à la mémoire de cette
Princesse?Capitolin dit que dans une Comédie
qui fut représentée devant lui, un Valet
répondà son imbecille deMaître quilui demandait;
mandoit le nom de l'adultere qui le deshonoroit,
c'estTullus,qu'interrogé encore
une fois, il répondit de mêmeTullus, & à
la troisiémeenfin, dixi, ter Tullus, & que
Tertullus étoit un des Amans de Faustine.
Il ajoute que le peuple même parloit hautement
des déreglemens de cette Princesse.
Je demande si on peut supposer que Marc-
Aurele ait été assésimbecille pour se refufer
à ces lumieres. Ce Prince fit des Loix
pour reformer la conduite des Dames Romaines;
auroit-il négligé sa propre l\lai(on?
Enfin je crois voir la source de tant d'erreurs.
La Vertu de Marc-Aurele étoit si revérée
par les Romains, & les vices de Commode
, son fils, si détestés, que par un préjugé
assés naturel, on doit avoir imaginé
que ce monstre ne pouvoit être le fils d'un
peresi fage ,& comme il avoit les inclinations
d'un Gladiateur on lui a cherché un
pere tel qu'il le méritoit.Ceque j'avance
paroîtra prouvé, quand j'aurai rapporté le
Conte que faitlemême Capitolin que j'ai
déjà cité, qui dit sur Faustine plusieurschoses
contradictoires, & mêmeparoît en cet endroit
la justifier. Il rapporte qu'elle devint
amoureuse d'un Gladiateur; qu'honteuse de
cette passion indigne, elle l'avoiia à son Ma- ri, & lui demanda ses conseils pour en
triompher;que Marc-Aurele alla consulter
lesChaldeens, qui lui conseillerent de faire
tuer le Gladiateur ; qu'il falloit après que
Faustine,s'arrosât du langdece maiheureux,
& qu'au sortir de cette dégoûtante cértmonie,
elle allât trouver son Mari.L'Historien
ajoute que l'avis des Chaldcensfutsuivi, &
que Commode fut le fruit de ce ridicule
commerce. Ce Conte tout absurde qu'ilest,
prouve au moins que les Romains ne pouroient
s'accoutumer à croire Commode fils
de Marc-Aurele. J'ajouterai que l'extérieur
de Marc-Aurele étoit si grave & si sévere,
qu'il devoit faire un étrange contraste avec
celui d'une jeune Princeflfe ; que cette premiere
imprellîon peut avoir préparé les esprits
à forger &à recevoir des Contes, qui
auront trouvéplus de croyance, à mesure
qu'ils se feront plus éloignés de leur source.
Personne n'ignore combien la malignité des
hommes eH: crédule sur-tout ce qui la sert,&
qu'il ne faut pas même de vraisemblance pour
nous tromper, dès qu'on nous prend par cèt
endroit.
J'ajouterai qu'il se trouve un très-grand
nombre de Médailles de Faustine avec cette
Inscription, Pudicitia; quoique l'exacte vérité
ne dicte pas toujours ces Inscriptions
flateuses, cependant il est sans exemple,que
l'on ait choisi pour loüer un Prince,la Vertu
qu"il avoit le moins. Je ne crois pas
qu'on ait jamais vanté la sobriété d'Alexandre
ni la continence de César, -1
Ma derniere Reflexion fera, que les Auteurs
qui ont noirci la réputation. de Faultine,
méritent peu de foi. Capitolin toujours
peu judicieux, & jamais exad
,
dit le pour
& le contre. Dion dans la feule vie de Marc-
Aurele rapporte comme très
-
furs trois
Contes manifestement faux, & qui prouvent
combien il prêtoit aisément l'oreille à la calomnie.
Hérodien
,
Historien plus judicieux
ne dit mot de tout ceci.
Il résultera de toutes ces considérations,
que c'efi sans fondement que Faustine est
mise au même rang que Messaline. Je ne
prctendrois pas;garantir que sa conduite
ait été sans taches, maisqu'au moins elle a
fçu les cacher à son Mari & au Public, &
qu'elle doit être au rang de celles dont la
postérité ne dit ni bien ni mal.
VERS sur le portrait de Madame lu Prtncejfe de
R. 0 HAN, par Mde. V. LAtour, dans ce Pastel dont l'éclat nous enchante,
La divine Rohan à nos yeux efl: parlante.
Que d'amours malheureux naissent de son regard,
Qui cacheront toujours leur charmante blessure !
Son portrait nous paroîtle chef-d'oeuvr..: de l'Art,
Comme cette beauté celui de la Nature.
LES REVEURS.
FABLE
Par Monsieur Richer.
D
Eux Dormeursgrands visionnaires
S'entretenoient un jour de leurs chimeres ;
Quand je dors, disoit l'un, je fuis de l'Univers
L'homme le plus heureux, je crois voir sur la Scène
La touchante Gaussîn
,
le sublime du rrefne
,
D'Oedipe&de Zaïre exprimer les beaux vers.
Souvent je m'imagine encore
Entendre Chasle, la le Maure,
Remplir l'air tour-à-tour d'accens mélodieux.
Après un fpe<ftacle admirable
Suit un repas délicieux;
Une Compagnie agréable
Zn accroît les plaisirs que je trouve trop courts.
Je possede avec la richife
Devrais amis, le copur de ma MaîtrelTe.
Quelferoit mon bonheur!si je dormois toujours ;
Mon sommeil, lui repondit l'autre ,
Diffère entièrement du vôtre,
Et si le Litl remplissoit mes souhaits,
Je ne m'y livrerois jamais.
Quand sur mes sens Morphée exerce son empire
, Alors je souffre le martyre,
De sinistresOiseaux je crois ouir les cris:
Je perds un grand procès,& j'entends à ma porte
D'importuns créanciers hurler une cohorte.
Tantôt je fais un Livre;onune mes Ecrits,
Quelquefois je me précipite
Du Sommet d'un rocher dans le fein d'Amphitrite.
Je me fauve à la nage, & regagne le bord,
Transi de froid & demi mort,
Enfin par les noeuds dhymenée
( Voilà mon Songe le plus noir)
J'unis ma triste destinée
Avec une Guenon,grondant matin & foir ;
Jugezde la tristesse où ce rêve me plonge.
Si je ne dormois point, que je ferois heureux !
Où tend ce récit fabuleux?
Nous sommes ces Dormeurs, & la vie estun songe,
REPOIVSEdeM.delaSoR,IvIERHà
la Critique ctun Anonyme, AU sujet de fis
Reflexions sur leflyle Marotique
3
injeré,s
dans le Mercure de Juin 1742, 1 vol.
J E n'ai vû que depuis peu, Monsieur
,
la
prose & les vers prétendus Marotiques
que vous vous êtes donne la peine de taire
contre moi au sujet de mes Reflexions sur
l'abus que l'on fait du ftyîe de Maître Clement.
Je vous suisextrêmement obligé, Monsieur
, de l'honneur que vous m'avez fait de
me critiquer. Tous ceux quise melent d'écrire
n'ont pas un pareil avantage: je regarde
cette faveur comme une bonne fortune
pour moi.
Revenons à Marot
,
le Poète le plusdélicat
,
le plus élégant, le plus naturel, &
peut-être leplus inimitable,malgré la prodigieuse
quantité de versificateurs qui se piquent
de l'imiter.
Ne croyez pas, Monsieur, comme vous, l'inferez que cet aimable favori d'Apollon
ne fut propre qu'à un seul genre: il ne badine
pas toujours; il sçait émouvoir & charger
sur plus d'un ton. Avez-vous lu son Histoire
de Léandre & d'Hero? elle m'a fait
verser des larmes.
Qu'imagincz-vous,Monsieur, qui ait con-*
sacré le style de Clement Marot, aussi bien
que celui du célébré Traducteur des Hommes
Illustres de Plutarque,son Contemporain?
*
C'est que ces grands Maîtres, quoiau'en
différent genre,avoient atteint toute la
hauteur
du Langage de leur siécle
,
& qu'ils soutenoient
leurs expressions de toute la délicatesse
du genie le plus heureux, d'un genie
qui leur étoit propre. D'ailleurs le commerce
de la Cour influoit sur le bon gout qu'ils
sçavoient répandre dans leurs Ouvrages: c'etoit
le Regne de François I.
Les Poësies de Remi Belleau, de Joachim
du Bellay & de tant d'autres vous rejouissènt-
elles beaucoup? On ne sçauroit
pourtant dire affuremenr que ces Rimeurs
ayent manqué d'esprit, mais incontestablement
ils ont manqué du genie qui abondoit
dans Marot:plusieurs d'entr'eux l'ont connu,
mais aucun d'eux ne lui a ressemblé.
Parlons de Konsard; Ronsard les délices
d'une Cour, où sans doute les Mufes
pleuroient encore la perte qu'elles venoient
* Amiot naquit en 1$14.
C. Marot est merc en 1J44.
de faire de leur augufieProteétuf * : Rorffard
,
dont je ne fçaurois lire vingt vers sans
avoir des nausées ; que dites-vous de celuilà,
Monsieur ? faudra-t-il en emprunter les
expressîons pour se rendre aimable & badin
? je les aimerois encore mieux que ses
tours.
Au refle,Monsieur, ( j'ose le repeterici)
je crois que l'on gagne beaucoup plus à
s'exprimer noblement suivant l'usage de son
tems, qu'à vouloir toujours employer des
expressîons surannées, dont peut-être aujourdhuilafinesse
& l'élegance nous échappent.
Ce font les tours desgrands Maîtres
que nous admirons,qu'il taut tâcher de leur
dérober plutôt que leurs Façons de s'exprimer
; nous en uferions mal: dumoins il
faut avoir la main légere quand on s'abandonne
à ces fortes de pillages, il n'appartient
qu'aux la Fontaines & aux Rousseaux de
sçavoir se les approprier,sans leur rien faire
perdre de leur delicatessè & de leur énergie.
En briguant de Marot l'élégant badinage,
N'imitons pas toujours son suranné Langage:
Le Marotiquesans défauts
Est dans le tour, non dans les mots.
* François l.
Enfin
,
Monsieur, ce n'est pas là votre
doctrine; vous avez établi la vôtre sur des
dogmes tout ditlerens, .& toujours avec ce
genie délicat & plaçant dont vous vous
piquez sans doute. Mais peut-être n'avezvous
pas fait une perite réfléxion qui n'est
échapée à personne. La voici.
Lorsque par une ironie des plus fines,
assaisonnée de tout l'enjoument dont vous
êtes capable
„ vous insinuiez si plaisamment
que mes Reflexions avoient mis Marot au
tombeau, ne vous apperceviez vous point
qu'au même infant, par un contraire tout
des plus marqués, vos vers reflufcitoient
Ronsard.? Il n'y a eu personne qui n'ait reconnu
sa voix, & déjà
Mais terminons sur ce Chapitre
Le long volume d'une Epitre,
Dont le Barbouilleur égaré,
Confus, interdit, effaré,
Malgré les beaux tours qu'il prodigue,
Voit chaque trait mal digeré.
C'est envain que l'esprit s'intrigue,
C'est envain que l'esprit nous luit,
Si la raison ne nous conduit.
On étale assés de science
,
Mais avec l'ordre Sel'élégance
Laclartés'éclipse & noussuic.
Revenons encore à la prose : j'ai une
grace à vous demander. Lorsquil vous prendra
envie de rire à mes dépens
,
daignez,
Monsieur ,comme je le fais, vous servir de
la voye des Ouvrages périodiques. Vous
mettrez par là le Public à portée ds juger
de nos differends. D'ailleurs il sera bien {!!e
de rire avec celui qui auraicsrieurs de ion
côré. Je fuis avec beaucoup dereconnuissance,
Monsïeur ou Meilleurs, car j'ignore
qui & combien vous êtes, votre &c.
A la Soriniere , en Anjou.
,AMADEMO1SELLE DANGEVILLi
representant l'Amour dans la Comédie
des Graces.
DIeu
de Paphos, on va quitter ta Cour;
Ton sceptre dans tes mains te devient inutile,
Ta puissànce n'est plus, & pour être l'Amour
,
Tous les Coeurs ont choisi l'aimable Dangeville.
Elle a ta voix,ton Langage,tes yeux,
Tu fus charmant,elle ell plus belle encore;
Non tu n'as plus de credit en ces lieux,
C'est elle feule qu'on adore. B.
EPITRE
De M.fie la Soriniere à M. des Forges
Maillard à Foccafîondesa Puce ait Roi, inftrée
dans le Mercure de Novembre 1 vol.
AMi
Maillard,l'honneur
de ta Province,
L'Horace du Climat Breton,
Lorsque tu célébres ton Prince,
Que tu prens un aimable ton!
Ce mot,enfant de l'allégresse
,
Que je repete d'après toi,
Est plein d'amour & de tendresse :
Et je repeterai sans cesse
VIVE LE ROI,VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de sa gloire,
Et le punir de ses vertus!
Ils feroient bien mieux de se taire:
Dans un champ si vaste & si beau
Quand ils furpaflèroient Rousseau
,
Ils n'égaleroient pas Voltaire.
Je hais ces vers entortillés,
Je hais ces écrits faméliques,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et superbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
*
Non, je n'estime que très peu
Ces vers dont la burlesque enssure
A plus de phlegme que de feu,
Et semblent abhorrer la nature.
Pour toi rimer ce n'est qu'an jeu
Où se plaît ta Mufe docile,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raisonnemeiït.
Quand pourrai-je
, en suivant tes traces;,
Errer dans le sacré Vallon,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'inspire le dotle Apollon
>
Et consacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chansons
Que t'apprit l'Amant de Lesbie
r
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à ses Nourissons >
A la Sorin1ere en Anjou,
- DIALOGUE
IDE SYLLA ET D' EDCRATE,*
QUelques jours aprèsque Sylla sefut démis
de la Diaatur, j'apris que la réputation
que j'arois parmi les Philosophes lui
faisoit souhaiter de me voir; il étoit à sa
maison de Tibur où il jouissoit des premiers
r momens tranquilles de sa vie: je ne sentis
point devant lui le désordre où nous jette
ordinairement la présence des grands- hommes
,& dès que nous fumes seuls ; Sylla,luidis-
je
, vous vous êtes donc misvous-même
i dans cet état de médiocrité qui afflige pref-
'_que tous les humains? vous avez renoncé à
1 cet Empire que votre gloire & vos
-
vertus
rvous donnoientfurtcus les hommes,la fortu-
Ine semble être gênée de ne plus v.s élever
aux honneurs.
Eucrate me dit - il, si je ne fuis plus en kfpeétacle à l'Univers, c'efi la faute des
jcnofes humaines, qui ont des bornes, &
*s Ce qu'on fait dire dans ce Dialogue à Sylla
rrn'est que pour développer son caradlere
,
qui étoit
xelui d'un homme cruel, & dun mauvais Citoyen
Mc r en même tems ppur inspirer de l'horreur &. du
runépris.
non pas la mienne; j'ai cru avoir rempli
ma destinée, dès que je n'ai plus eii à faire
de grandes choses ; je n'étois point fait
pour gouverner tranquillement un peuple
esclave
: j'aime à remporter des victoires, à
fonder ou détruire des Etats, à faire des Ligues
,à punir un Usurpateur mais pour ces
minces détails de Gouvernement où les genies
médiocres ont tant d'avantages, cette
lente exécution des Loix
, cette discipline
d'une Milice tranquille, mon ame ne sçauroit
s'en occuper.
Il est singulier, lui dis-je, que vous ayez
porcé tant de délicatesse dans l'ambition: ,-
nous avons bien vû de grands hommes peu
touchés du vain éclat & de la pompe qui
entourent ceux qui gouvernent, mais il y en
bien peu qui n'ayent été sensibles au plaisir
de gouverner & de faire rendre à leur fantaisse
le refpcft qui n'est dû qu'aux Loix,
Et mai me ditil, Eucrate
,
je n'ai jamais
été si peu content que lorsque je me fuis vu
maître absolu dans Rome, que j'ai regardé
autour de moi, & que je n'ai trouvé ni
rivaux ni ennemis.
J'ai cru qu'on diroit quelque jour que
je n'avoischâtie que des eiclaves : veux-tu,
me fuis-je dit, que dans ta Patrie il n'y ait
lus d'hommes qui puissent être touchés de
:a gloire? & puisque tu établis la Tyrannie,
te vois tu pas bien qu'il n'y aura point après
:oi de Prince si lâche que la lfaterie ne téale,
&ne pare de ton nom „
de tes titres'
te de tes vertus même ?
Seigneur,vous changez toutes mes idées;
le la façon dont je vous voyois agirje croyois
que vous aviez de l'ambition,mais aucun
imour pour la gloire: je voyois bien que
votre ame étoit haute, mais je ne foupçonlois
pas qu'elle fut grande: tout dans votre
riesembloit me montrer un homme dévoré
lu désir de commander, & qui plein des
plus funestespallions, se chargeoit avec
jlaifir de la honte, des remords & de la
àaffeffemême attachée à la Tyrannie, car
2ufin vous avez tout sacrifié à votre puifance,
vous vous êtes rendu redoutable a
tous les Romains,vous avez exercé sans pi-
:ié les fondions de la plus terribleMagiftra-
:ure qui fut jamais; le Sénat ne vit qu'en
:remblant un défenfeurli impitoyable ; quelqu'un
vous dit, Sylla
,
jusqu'à quandrépaniras
tu le fang Romain?Veux-tu ne commander
qu'à des murailles? Pour lors vous
publiâtes ces Tables qui décidèrent de la vie
te de la mort de chaque Citoyen.
Et c'est tout le fang que j'ai versé qui m'a
mis en état de faire la plus grande de toutes
les adions: si j'avois gouverné les Romains
avec douceur, quelle merveille que l'ennui,
que le dégoût, qu'un caprice m'eussent fait
quitter le gouvernement ! Mais je me fuis
démis de la Diétature dans le tems qu'il n'y
avoit pas un seul homme dans l'Univers qui
ne crut que laDiétature étoit mon seul azilc:
j'ai paru devant les Romains, Citoyen au milieu
de mes Citoyens ,& j'ai oseleur dire;
je fuis prêt à rendre compte de tout le fang
que j'ai versé pour la République; je répondrai
à tous ceux qui viendront me demander
leur pere, leur fils ou leur frere : tous
les Romains se font tus devant moi.
Cette belle adion dont vous me parlez
me paroît bien imprudente,il est vrai que
vous avez eu pour vous le nouvel étonnement
dans tequel vous avez mis les Romains,
mais comment ofates-vous leur parler de
vous justifier & prendre pour juges des gens
qui vous devoient tant de vengeances?
Quand toutes vos aébons n'auroient été que
severes pendant que vous étiez lemaitie,
elles devenoient descrimes affreux pendant
que vous ne l'étiez plus.
Vous appeliez des crimes, me dit-il, ce
qui a faitle salut de la Répuplique,vouliez-
vous que je ville tranquillement des Sénateurs
trahir le Sénat pour ce peuple, qui
s'imaginant que la liberté doit étre auili extrcme
que le peut être l'esclavage, cherchoit
à abolir la Magistraturemême?
Le peuple gêné par les Loix&par la gravité
du Sénat a toujourstravaillé à renverser
l'un & l'autre, mais celui qui est ailes ambitieux
pour le servir contre le Sénat &
les Loix, le fut toujours assés pour devenir
sson maître: c'efl: ainsi que nous avons vu
tfinir ttnt deRépubliques dans la Grece &
.dans l'Italie.
Pour prévenir un pareil malheur, le Sérnat
a toujours été obligé d'occuper à la
tguerre ce peuple indocile, il a été forcé
tmalgrélui à ravager la terre & à foumetitre
tant de Nations dont l'obéissance nous
[pefe. A présent que l'Univers n'a plus
)d'ennemis à nous donner, quel feroit le defrtin
de la République? Et sans moi le Sétnat
auroit-il pu empêcher que le peuple
>dans sa fureur aveugle pour la liberté, ne
Me livrât lui-même à Marius, ou au premier
'Tyran qui lui auroit fait espérerl'indépen-
) dance?
Les Dieux qui ont donné à la plûpart
>des hommes une lâche ambition, ont atitaché
à la liberté presque autant de malheurs
qu'à la servitude
,
mais quel que doirve
être le prix de cette noble liberté, il
ifaut bien le payer aux Dieux.
La Mer engloutitlesVaissèaux; elle fubmerge
des Pays entiers, & elleeft pourtant
utile aux humains.
La Posterité jugera ce que Rome n'a
pas encore osé examiner; elle trouvera
peut-être que je n'ai pas verséasiés de fang,
& que tous les partisans de Marius n'ont
pas été proscrits.
Il faut, que je vous l'avoue, Sylla, vous
m'étonnez;quoi c'est pour le bien dotre
Patrie que vous avez versé tant de Sang,
& vous avez eu de l'attachement pour elle?
Eucrate
, me dit-il, je n'eus jamais cet
amour dominant pour la Patrie dont nous
trouvons tant dexemples dans les premiers
tems de la République; & j'aime autant Coriolan
qui porte la flamme & le fer jusqu'aux
murailles de sa Ville ingrate, qui
fait repentir chaque Citoyen de l'affront
que lui a fait chaque Citoyea, que celui
quichassa les Gaulois du Capitole: je ne me
fuis jamais picqué d'être l'elclave ni l'idolâtre
de la société de mes pareils, & cet
amour tant vanté est une passion trop
populaire pour être compatible avec la
hauteur de mon ame: je me fuis uniquement
conduit par mes réflexions, & furtomt
par le mépris que j'ai eu pour les hommes
; on peut juger par la maniéré dont
j'ai traité le seul grand peuple de l'Univers,
islel'excès de ce mépris pour tous les auures.
J'ai cru qu'étant sur la terre il falloit que
('y sufle libre :sijetoisnéchés les Barbares
s'aurois moins cherché à usurper le Trône
)dour commander, que pour ne pas obéir;
)<€ dans une République,j'ai obtenu la gloire
des Conquérans en ne cherchant que celle
lies hommes libres.
Lorsqu'avec mes soldats je fuis entré
;Aans Rome,je ne respirois ni la fureur ni la
vengeance; j'ai jugé sans haine, mais aulli sans
[oiciéjesRomainsétonnes:vous étiez libres,
i-i-je dit, & vous vouliez vivre esclaves
,
>non; mais mourez & vous aurez l'avantage
..ae mourir Citoyens d'une Ville libre.
J'ai cru
qu'ôterlaliberté à une République
dont j'étoisCitoyen,étoit le plus
igrand des crimes'; j'ai puni ce crime-là, &
se ne me fuis pas embarrasse si je ferois le
loon ou le mauvaisGénie de la République.
Cependant le gouvernement de nos pères
i été rétabli; le peuple a expié tous les af-
"ironts qu'il avoir faits aux Nobles; la crainte
a suspendu les jaloulïes
,
& Rome n'a
jamais été si tranquille.
Vous voyez ce qui m'a determiné à toutes
ses sanglantes tragédies que vous avez vues.
.Í;i j'avois vécu dans ces jours heureux de la
Républiqueoù les Citoyens tranquilles dans
leurs
maiions
y rendoient auxDieux une ame
libre, vous m'auriez vu passer ma vie dans
cette retraite que je n'ai obtenuë que par tant
de fang & de sueur.
Seigneur, lui dis-je, il est heureux que.
le Ciel ait épargné au genre humain le nombre
des hommes tels que vous; nés pour
la médiocrité, nous sommes accablés par le)
esprits sublimes ; pour qu'un homme loiraudessus
de l'humanité, il en coûte trop cher
à tous les autres.
Vous avez regardé l'ambition des Héros
comme une passîon commune, & vous n'avez
fait cas que de l'ambition qui raisonne;
le désir insatiable de dominer que vous avez
trouvé dans le coeur de quelques Citoyens
vous a fait prendre la rélolution d'être un
homme extraordinaire : l'amour de votre
liberté vous a fait prendre celle d'etre terrible
& cruel. Qui diroit qu'un héroisme de
principe eût été plus funeste qu'un héroisme
d'impétuosité? Mais si pour vous empêcher
d'être esclave il vous a fallu ufurper
la Dictature, comment avez-vousosé la
rendre? Le Peuple Romain, dites-vous,
vous a vû désarmé, & n'a point attenté sur
votre vie: c'eftun danger auquel vous avez
échappé; un plus grand danger peut vous
attendre, il peut vous arriver de voir quel
-
j[ue jour un grand criminel jouir de votre
modération & vous confondre dans la fou-
2 d'un peuple fournis.
J'ai un nom, me dit-il, & il me suffit pour
na fureté & celle du peuple Romain, ce
)tom arrête toutes les entreprises, & il n'y
J'point d'ambition qui n'en foit épouvantée :
(ylla respire & son Génie est plus puissant
jue celui de tous les Romains;SyJia a aucour
de lui Cheronée, Orchomene, & Sirrnion
; Sylla a donné à chaque famille de
¡Xome un exemple domestique&terrible;
rlhaque Romain m'aura toujours devant
!S yeux, & dans ses fondes même je
iui apparoitraicouvertde fang; il croira
3oir les funestesTables, & lire son nom à la
léte des Proscrits : on murmure en secret
Dontre mes Loix
,
maiselles ne feront pas
BfFacées par des flotsmême de fang Romain:
s e fuis-je pas au milieu de Rome? vous trou-
)Derez encore chés moi le Javelot quej'avois Orchomene, & le Bouclier que je portai
mr les murailles d'Athènes: parce que je
"ai point de Liéleurs
, en fuis - je moins
yylla? J'ai pour moi le Sénatavec laJuftise
& les Loix: le Sénat a pour lui mon gé-
)iie, ma fortune & ma gloire. •
LJ'avque, lui dis.je, que quand on a une fois
ait trembler quelqu'un, on confeive prêt,
uue toujours quelque chose de l'avantage
uu'on a pris.
Sans doute, me dit-il, j'ai étonné les hom.
mes, & c'est beaucoup:repassez dansvotre
mémoirel'histoire de ma vie,VOMS verrez que
j'ai tout tiré de ce principe, & qu'il a été
l'ame de toutes mes actions: ressouvenez
vous de mes démêlés avec Marius; je fus indigné
de voir un homme sans nom, fier de la
bafTeffe de sa naissance, entreprendre de
ramener les premieres familles de Rome
dans la foule du peuple,& dans cette situation
je portois tout le poids d'une grande
ame;jetois jeune & je me résolus de me mettre
en état de demander compte à Marius de
ses mépris; pour cela je l'attaquai avec ses
propres armes, c'est-à-dire par des victoires
contre les ennemis de la République.
Lorsque parle caprice du fort je tusobligé
de sortir de Rome, je me conduisîs de
même ; j'allai faire la guerre à Mithridate,
& je crus détruire Marius à force de vaincre
l'ennemi de Marius; pendant que je laissai
ce Romain jouir de son pouvoir sur la populace
,
je multiplioisCesmortifications, Se
je le forçois tous les jours d'aller au Capir
tole rendre graces aux Dieux des succès dont
je le défefperois: je lui faisois une guerre de
réfutation plus cruelle cent-fois que celle que
mes Légions faisoient au Roi barbare: il ne
sortoit pas un seul mot de ma bouche qui
ne marquât mon audace, & mes moindres
aaions toujours superbes étoient pour Marius
de funestes présages,enfinMithridate
demanda la paix; les conditions étoient
raisonnables, & si Rome avoit été tranquille ,
ou si ma fortune n'avoit pas été chancelante,
je les aurois acceptées, mais le mauvais état
de mes affaires m'obligea de les rendre plus
dures:j'éxigeai qu'il détruisît sa florre, &
qu'il rendit aux Rois ses voisins tous les
Etats dont il les avoit dépouillés
: je te laissè,
lui dis-je, le Royaume de tes peres, à toi qui
devrais me remercier de ce que je te laisse
la main avec laquelle tu as signé l'ordre de
faire mourir en un jour cent mille Romains.
Mithridate resta immobile, & Marius au milieu
de Rome en trembla.
Cette même audace qui m'a si bien servi
contre Mithridate, contre Marius, contre son
fils, contre Cinna, contre Telesinus, contre
le peuplequi a soutenu toute ma Dictature,
a auisi défendu ma vie le jour que je l'ai quittée,&
ce jourassurema liberté pour jamais.
Seigneur, lui dis - je
,
Marius raisonnoit
t comme vous, lorsque couvert du fang de
ses ennemis & de celui des Romains, il
montroit cette audace que vous avez punie;
vous avez bien pourvous quelques vidoires
de plus, & de plus grands excès, mais en
prenant la Dictature, vous avez donné l'exemple
du crime que vous avez puni.VQil.
l'exemple qui fera suivi, & non pas celui
d'une modération qu'on ne fera qu'admirer
Quand les Dieux ont souffert que Sylla
se foit impunément fait Dictateur dans Rome,
ils y ont proscrit la liberté pour jamais;
il faudroit qu'ils fissent trop de miracles pour
arracher à présent du coeur de tous les Capitaines
Romains l'ambition de regner;
vous leur avez appris qu'il y avoit une voye
bien fure pour alW à la Tyrannie, & la garder
sans péril; vous avez divulgué ce fatal
secret, & oté ce qui fait seulles bons Citoyens
d'une
République
trop riche & trop
grande, le désespoir de pouvoir l'opprimer.
Il changea de visage, & se tut un moment.
Je ne crains, me dit-il avec émotion, qu'un i
homme dans lequel je crois voir Marius. Le
hazard ou bien un destin plus fort me l'a
fait épargner ; je le regarde sans cesse, j'étudie
son ame, il y cache des desseins profonds,
mais s'il ose jamais former celui de commander
à des hommes que j'ai fait mes égaux,
je jure par les Dieux que je punirai son in
folence.
ODE,
O D E.
AM* * *
*
J'Ai
lu de l'ami de Mecene
iles vers par ta muse imités,
b. liiis jaloux que l'Hypocrene
{Pour loi roule ses flots sans peine
f,JU:qucs dans l'ombre des cités.
Mais helas ! ta paresse abuse
Des pinceaux remis dans tes mains,
Pour chanter les bords de Blandufe
, Horace conduisoit sa Mufe
Dans les campagnes des Sabins.
La Nature ne se découvre
Que dans les champs & les hameaux ;
C'est-là qu'à nos yeux elle s'ouvre,
Tandis que l'habitant du Louvre
La voit à travers des rideaux,
L'ennemi des Zéphirs s'envole;
UVa doux calme regne dans l'air,
Etle Printempsvainqueur d'Eole
Dans les gouffresvoisinsduPole
Précipite le sombre Hyver.
Vien voir renaître les bocages
,
Les jardins,les pres,les guerecs.
Tout embellit nos passages,
JU!qL;';m prélude des orages
Qui sont tant de peur à Cérès.
Ce ne font plus ces froides ond..
Dont le Verseau dans ses fureurs
Grossit nos soùrces Vagabondes.
C'est l'heureux tribut d'eaux fécondes
D'où naissent les fruits & les fleurs.
Le Soleil an bruit de Tonnerre
Nous annonce ainsi son retour ,
Et le Ciel abreuvant la Terre,
Dans tous les germes qu'elle enferre
Darde le feu de son amour.
Tout se ranime, tout s'épure,
L'Univers s'arrache au sommeil.
Vien donc; c'estun trait d'Epicure
Que de jouir de la Nature
pans le moment de son réveil.
Sur le gason de maTerrasse
Vien respirer l'air le plus pur.
Pour des citoyens du Parnasse
Nourris des vers charmans d'Horace
Tout est Lucretile & Tibur.
Mais peut-être quand je t'invite ,
Veux-tu sçavoir ce qui t'attend
Dans ma retraite favorite;
En premier lieu de ta visite
Un coeur à coup sur très - content.
Au logis rien de magnifique ,
Au dehors ni parc ni forêts,
- Le jour, promenade rustique
,
Le soir, propos joyeux, Musique,
Quelques souvenirs indiscrets.
Poësie, Histoire, Morale,
point d'importun,nul embarras:
Vins assés bons, chere frugale,
Et dans ton hôte humeur égale,
Hors le jour que tu partiras.
De Pompignan.
EPITR E du même à Madame rl, Alarquifè
de M. à l'occafton de l'Odeprecedctitc,
A Fompignall, te 6 Juillet 1744.
V
Ous vous amusez aux dépens
De ma pauvre Muse Gasconne,
Mais ne croyez pas qu'elle donne
Dans tous vos propos séduisans.
Pasteur timide & solitaire
J'ose à peine dans les hameaux
Chanter aux pieds d'une Bergere ;
Croirai-je que mes chalumeaux
Forment des fons quipuisent plaire
A la divinité deSeaux?
Je sçais• trop que la Cour brillante
D'une auguste fille des Dieux
Dans ses Concerts délicieux
Ne veut point de voix dissonante :
Que ce vallon tant célébré,
Par tant de Fêtesconsacré,
Des Arts est l'azile ordinaire.
Et que Seaux retentit encor
PF Vers charmans faits à S. Maur,
Et des chansons de S. Aulaire.
Car aprenezqu'au fond des bois
Souvent la Coursiere à cent voixs
Parle aux habitans du Village ,
Et revele en plus d'un Langage
Les plaisirs des Dieux & des Rois.
Or pour revenir à ma Mufe
,
Laissezlà
,
simple en ses atours,
Loin du faste pompeux des Cours
Enfler ici la Cornemuse
D'unfaible enfant des Troubadours;
Jamais loin de l'ombre des hêtres
Le son de ma voix ne s'étend;
Tout au plus la Garonne entend
Le bruit de mes accords champêtres.
Sur ces bords je n'ai pour témoins
Que des Bergers & ma Silvie;
Pour chanter devant Octavie
Ilfautêtre Virgile aumoins.
Ne m'abutez pas davantage
Par l'espoir d'un brillant suffrage
Peu fait pour mesruniquesairs.
Offrez, s'ils peuvent être offerts,
Mes voeux , mon respect
, mon hommage,
Mais neparlez point de mes vers.
R E MA R 9SE Ssur un passage de Virgilt
quatrième livre des Georgiques.
I L s'est élevé une querelle entre deux
de nos Ecrivains sur le sens de ces huit
vers de Virgile.
Kam fjfla Pelloei gensfortemta Camp,
dccoliteffufolfagnuûtemflttmfHe Nilttm,
Et arcumpiftisvehitutsuarurct Phafelis,
Qitaque PharnrAtll vicinia Per/idis urget
Et viridem JEgyptum ttigrà foecnndat utena ,
Et diversa rnensseptem difenrrit in Ors,
Usque coloratis amnisdevexus*b Indif ,
Omnis in hac'certam regio jatit arte falittem.
Voici la Traduction lapluslitterale qu'il
m'a été possible de faire de ces vers en François
intelligible.
C'est dans cet art que fonde sa ressource
infaillible toute cette Contrée qu'arrose le
Nil, foit vers ces cantons où le peuple fortune
d'Alexandrie se promene sur des gondoles
peintes autour de ses champs inondés,
foit vers ceux ou ce fleuve descendu du
Pays des Ethiopiens basanés presse les terres
Voisines de l'Empire des Perses,& fertilisant
par son noirlimon l'Egypte verdoyante, se
partage dans plusieurs canaux qui le portent
dans la Mer par sept embouchures.
Je n'ai suivi ni la traduction de M. l'Abbé
D. F. qui supprime une partie de l'original
ou s'en écarte, ni celle de M. Bourgeois
qui a quelque chose de dur & de confus.
La principale difficulté de ce passage
conGfie, comme ils en conviennent tous
les deux, dans ce vers.
Quctftte PbaretrAtoe vicinta Perfidis arget
Comment peut - on dire que le Nil presse
les terres voisines de la Perse? Le vasse Pays
de l'Arabie, dit M. l'Abbé Dess. est entre
la Perse & l'Egypte,ainsi on ne peut resoudre
selon lui cette difficulté, qu'en supposant
une Colonie de Perfesdans la haute Egypte.
Salluste,ajoute-t-il, fait mention de cette
Colonie sur la foi des livres Puniques. Suivant
M. Bourgeois, au contraire, il faut entendre
l'Arabie, c'est le sentiment qu'avoit
déja suivi le Pere dela Rue, qui n'est ni
aussi absurde, ni aussi ridicule que M. l'Abbé
D. F. s'éfforce de le faire paroître. En effet
sans qu'il soit besoin de repondre à tous les
raisonnemensque ce Traducteur moderne
entasse pour le combatre & qui ne roulent
après tout que sur une équivoque,une explicatioh
toute simple & toute naturelle suffit
pour en décider. Par Persis Virgile entend
non la Perse proprement dite, mais tout
l'ancien Empire des Perses, comme1OITC]LÎ
par tfmathia *il entend non la Macedoine
proprement dite., mais toutes les Provinces
qui avoient fait partie de l'ancien Roy aume
de Macedoine ; ou lorsqu'il étend le nom d;
Parthi.¡Jf.à tous lesPays que comprenoit l'Empire
des Parthes. Or les frontières de J'Egypte
du côté de l'Arabieétoientaussicel
les de l'Empire des Perses, car cet Empire
qui comprenoit l'Egypte & ptefqae tous les
Pays d'alentour, étoit borné à l'Orient de
l'Egypte par l'Arabie qui n'en dependoit pas
&n'en a jamais dépendu, comme le remarqueDiodore
de Sicile. Par consequentle bras
Oriental du Nil, qui terminoit l'Egypte du
côté de l'Arabie,pressoit aussi de ce côté les
Contrées limitrophes de l'Empire des Perfes
vicinia Persidis, comme le Rhin presse à sa
droite les Pays voisins de la France
, oa
quun bras du Po presse les ProvincesVoisines
de l'Etat de l'Eglise.
Mais s'agit-il dans Virgile d'un bras Oriental
du Nil? Sans doute, & c'est ce qui clt
évident, parce que le Poëte l'oppose à celui
qui passe près d'Alexandrie, qui est le plus
Occidental.
* Georg.I. I. v. 4po.
Ec.I.V.63.
''Oua ïcltâi %dn<f> ttin'cti.iC.ciiiJP;
1
Ouitrjrte Pbuntrtittrvh't,iia I'erjtdi<wgct
Ce n'est là, dit M. l'Abbe D. F. qu'une
description Poëtique & charmante des fertiles
Campagnes de l'Egypte
,
&qui en doute?
mais cela empêche-t-il que chacun de ces
membres distingués par ces quà,, & caracterisés
par des traits différens
,
n'y désigne
bien nettement un canton particulier des
campagnes que le Poëte décrit?
Quant à la maniere dont M. l'Abbé des
F. refout lui-même la difficulté
,
il est facile
de montrer qu'elle n'est bâtie que sur un faitsupposé &
surune
lourde faut, eu Géographie.
Eneffet dansquel ancien Historien
, dans quel Géographe, dans quel Auteur
en un mot a-t-il lu qu'il se fut jamais
établi une Colonie de Perdes dans la Haute
Egypte? C'est un sa - absolument supposé
qu'on le défie d'appuyer même d'aucune,
conjecture tant foit peu raisonnable.
Pour les Perfes dont parleSalluste quipaslerent
en Affrique & s'y fixèrent fous le nom
de Numides, ils ne demeuraient ni dans l'Egypte
ni auprès, & à cet égard notre érudit
Obfervateur ne e trompe que de 5 à six
cent lieues, car ¡ lle est la distance que tous
les Géographes toutes les Cartes mettent
; au moins entre; Nil& le Pays des Numides
dont il s'agit GdlS Salluste.
Je ne crois pas au reste devoir faire re
marquer l'inexaétidude de la Version de ces
huit vers par M.l'Abbé D. F. Alexandrier.
le tein balané desEthiopiens,!e noir limon du-
Nil feront apparemment de ces circonftances
qu'un Traduéteur habile peut
négliger
qni ne font pas tableau &c. il le dira, & il
trouvera même des raisons pour montrer
que Certa Salus n'est pas ressource infaillible
,
mais feule ressource, que Viriâh Egyp-
, tus n'etf pas l'Egypte verdoyante
,
mais lje,
Baffe Egypte il en trouvera pour prouver
que le Nil n'engraisse la Baffe Egypte qu'après
avoir arrose les Pays voisins de la Perser ,;
& qu'il a du le dire,quoique Virgile ne difo
rien de semblable & que cela répugné éga
lemçnt à l'Histoire & à la Géograpnie.
Il Biton Capo d'anno alla Signera * * *
figlia del Signor Prefde. 1 * *. otu gioia ed imago
,
Amor, gloria, ed onore
D'illustre Genitore
Che fai d'ogni ben pago.
O tu che in giouin feno
Le Grazie e l'Onelhdc
Uuifci all'Am:stad.e r
E Risoalmo e sereno :
Onde per grandifpetto
Di paso la Regina
S'en fugge e si confina
Nel fuo antico ricetto.
Io che d'amor già fchivo
In libercade or regno
Dopo lungo fervaggio,
Deh qual poss'io in omaggic
T'offrir tributo degno ,
E che ti fpieglii al vivo,
Col stil che a te conviene ,
De'voti miei l'ardore,
Se solo a te apparriene,
Un tributo d'amore !
Imitation des vers precedens. D'Un pere illustre adorable portrait,
Honneur des Arts,jeune & belle SilvÍe,
Des dons de plaire assemblage parfait,
Vous qu'amour fuit, & que Venus envie,
Tous les talens qu'envousl'onvoit fleurir3
Votre vertu, vos charmes & votre âge
Meriteroientunful genre d'homnjage
,
Mais l'amitié ne fçauroic vous l'offrir.
EXPLICAT10N d'un Aîarbrc
que, par M. l'A!'t Venuti
,
de ï Cttdcmie
de Cortone, Ccrrejpondat'itHoïisr.iirz
de rAcadémie des Infi"f'!l'Jtiols
,
Bibliothécaire
de l'Academie de Bordean-:
1
C
Associé de FAcA,de;*ne de MOilt¡;tj,iÙvm.
LEs PP. Jesuites du Coîlege de Rome
viennent de faire acquisition d'un ancien
Marbre, qu'ils ont ajouté à leur Cabinet,
commence par le P. Kirker
, & considérablement
augmenté de nos jours par les
foins des PP. Volpi & Contucci. L'Inscription
grarée sur ce Marbre, quoique trèscourte,
ne laisse pas d'être singuliere, hn
Yoici :
CARPUS.AUG. LIB.
PALLANTIANUS
SANCTIS
DRACONIBUS
,.,
D, D.
Ce Carfus, si je ne me trompe,était
sa Affranchi de l'Empereur Néron> & le
i même que celui dont nous avons une Inf-
) cription dans le Recueil de Gruter
,
qui est
> conçuë en ces termes:
CARPUS. AUG. LIB.
PALANTIANUS
ADJUTOR. CLAUDII
ATHENODORl. PRAEF. -
ANNONAE.FECIT.SIBI
ET. CLAUDIAE. CALE.
CONJUGI. PIISSIMAE. ET
TI. CLAUDIO. ROMANO
VERNA*E.ET.LIBERTIS
LIBERTABUS, POSTERISQ. EOR.
Le surnom de PalUntianus peut avoir
été donné à Carpus par Pallantia sa mere.
• qui étoit apparemment de la famille du célébré
Pallas Affranchi de l'Empereur Claude.
Et il estvraisemblable que Pallas l'avait
introduit à la Co-jr de Néron, heririerprefomptif
de l'Empire. Pfcut-étre que le Carpus
de Petrone
,
dont le nom fut (1 souvent
pour Trimalcion le sujet d'un jeu de mots,
est le même que celui de notre Infcriptioru
Je me flate d'avoir deviné la raison pour
laquelle Pallantianus érigea un Autel votif
aux saints Dragons, fanbtis Draconibus. On
jugera si ma conjeéture est bien fondée. (
Nous lisons dans Suetone
,
qu'après que
Claude eut rappellé Agrippine
,
le jeune
Neron s'acquit tellement la faveur du peuple
& l'amitié des Grands, que Messaline
femme de l'Empereur en fut jalouse au point
d'envoyer des assàssîns pour l'étrangler pendant
son sommeil ; au moins le bruit en
courut-il alors. On ajoutoit que ceux que
Messaline avoit chargés de cette exécution
avoient vu un Dragon qui s'élançoit du lit
du jeune Prince, & qu'ils s'étoient enfuis
sur le champ. L'Historien nous apprend que
ce qui donna origine à cette fable, ce fut
que l'on trouva dans le lit de Néron près
de son chevet la dépouille d'un serpent.
Agrippine en tira un si favorable augure,
qu'elle fit faire des bracelets d'or qui reafermoient
cette dépouille de serpent.Neron
porta long-tems ces bracelets en foraine
d'amulette. Sentant enfin qu'ils lui reprochoient
trop souvent la mort de sa mere,
il s'en défit. Mais dans ses derniers malheurs,
il s'en ressouvint
,
& fit chercher en,vain
ces p écieux bracelets. i De tout cela on peut conjecturer que la j
l fable de ce serpent avoit surpris la crédu- llité de quelques courtisans, & qu'elle avoit fpû servir à la politique des autres. Ce qu'il
ry a de sûr,c'est: que les flateurs en profite- trent , pour persuader au peuple que les
Dieux veilloient sur la destinée de leur
Maître.
-
On sçaitque presque toutes les Nations
ont attaché aux Dragons une idée de Divi
nité
, ou de représentation de la Divinité:
aussiest-il vraisemblable que Carpus Affranchi
de Neron
, en courtisan habile, avoit
dédié un Autel fanttis Draconlbus, en
mémoire de ce qui s'étoit patte dans la jeunelTe
de Néron. Le fait que je viens de rapporter
,
d'après Suetone, se trouve avec
quelque petit changement dans Dion,
dans Tacite & dans plusieurs autres Auteurs.
LEPOINTDU JOUR.
- L
E feu des Etoiles
Commenceà pâlir,
La nuit dans ses voiles
Court s'ensevelir,
L'ombre diminue
EC comme une nue
S'éleve & s'enfuit,
Le jour la poursuit,
Et par sa présence
Chasse le silence
Enfantdelanuit.
L'Amoureux Satyre
Déja dans les bois
Contesonmartyre,
Mais sourde à sa voix
La Nimphe timide
Fuit d'un pas rapide.
Surle front brulé
De ce Dieuhalé
Regnent la licence,
L'ardeur, les desirs,
Et l'intem perance
Source desplaiiirs.
Mais d&ja l'Aurore
Du feu de ses yeux
Embellit& dore
Les portes des Cieux.
Sontein brille encore
Des vives couleurs
Qu'on voit sur les fleurs
Qu'elle faitéclore:
LeDieudusommeil
Foible, mais vermeil,
Remonte avec peine
Sur son Char d'ébene ;
Dans les airs portés
Les aimables Congés
Suivis des mensonges
Sont à ses côtés,
Près de lui voltige
L'amour qui s'afflige
De voir la clarté;
Trop de jour rend fage,
Sans obscurité
Plus de badinage
Plus de liberté.
Sur un Lit de Roses
Fraîchement écloses
Flore du grand jour
Attend le retour;,
Le jeune Zéphire
A ses pieds soupire,
Et le Dieu badin
Volant autour d'elle
Du bout de Ton aile
Découvre son fein.
L'Abeille agissante
Vole à son travail ,
De la fleur naissante
Enleve l'émail,
Tandis que moins fage
Le Papillon vain
Parcourt en volage
La Rose & le Thin ;
Chefdes infidéles
Ainsî***
Papillon desbelles
Est toujours leur Dieu;
Aimable & parjure
Il charme & trahit,
Trompeur ilrafrurei
Perfide il jouit;
Qu'on lui foit rebelle,
Seumis & fidelle
Ilestenflâmé,
Si tôt qu'on l'appelle
Il craint d'être aimé;
Plus de complaisance
Adieu les roupirs,
Dans la jouissance
Il perd la constance
Avec les desirs.
Une clarté pure
Embellit ces lieux,
Et dans sa parure
La simple Nature
Brille à tous les yeux j
Philomelle éveille
Par ses doux GoncefK
Echo qui sommeille
Au fond des deserts,
Et prenant sa route
Au plus haut des Cieux
Phoebus glorieux
Pouffe vers leur voute
Son char radieux.
Quittez, Atalante,
Le fein du repos;
La troupe galante
Des Dieux de Paptot
De ma jeune Amante
Ouvre les rideaux.
Qu'un voile de gaze
La cache à mes yeux,
Qu'elle les embraze
S'ils font curieux!
Sans rouge & sans mouche 1
Que toutes ses fleurs
Au feu de ma bouche
Doivent leurs couleurs!
Que le jourseleve
Pour remplir ses voeux,*
Que le jour s'achève
Pour me rendre heureux!
SECRET IMPORTANT.
EN 1735 feu M. Dufay fit voiràJAcal
démie Royale des Sciences
diverfea
épreuves, qui avoient été faites en sa présence
,
d'une poudre d'or, de laquelle on avoit
exécuté des desseins en reliefsur des plaques
d'or & d'argent: on jugea alors qu'il feroi£
bon d'en acquerir le secret de l'Italien qui
le possedoit,pour le communiquer aux Ar
tifres. M. Dufay l'acheta,mais ce fut à con
dition qu'il ne feroit rendu public qu'après
neuf années révolues. On a fait l'ouverture
du paquet cacheté qui le contenoit dan
l'Assemblée de l'Académie du 9 du mois de
Janvier dernier, & l'intention de feu M. Dufay
étant que les Ouvriers en bijoux d'or &
d'argent puissent en profiter
,
Meilleurs les
Auteurs du Mercure de France font priés de
iifaire imprimer,ainsi qu'il fuit.
- à fairedesreliefs sur or & argentfins
, en
el'appliquant avec le Pinceau. Secret acheté M. PARISKI.
» On prend quatre parties de chaux d'or
cbien pure, précipitée du départ: on l'annoncelle
sur une petite table d'Agathe, &
oon fait dans le milieu un petit enfonceiment
avec le doigt,dans lequel on verse
bdeux parties de Mercure, revivifié d" Ci-
.nabre, qu'on a eu foin de pcierexaéleunent
auparavanr.
.<M
Aussitôtqu'on a mis le Mercure dans cet
enfoncement, on y jette de J'esprit d'Ail,
ipqui fermente sur le champ avec le Mercure
<fJ!x. l'or, & sans perdre de tems, on mele
1JX. broye bien le tout avec une petite mollette
d'Agathe, jufclu"a e ce que le mélange foit seché & remis en poudre. Je n'ai pas
,cpe(¿ la quantité d'elprit d'Ail, Darce que
AM. Pariskim'aassuré que tout l'inconveimientqu'il
y avoir à en trop mettre, étoit
pqu'il lalloitbroyer plus long-tems. J'en
cavois trop mis ehèâivement, & j'ai laine
jvaporer une partie de la liqueur sans y
13toucher, ensorte que ma poudre n'a été
qparfaitement seche que le lendemain.
:?J Pour -employer cette poudre sur J'oroij
'J sur l'argent, il faut i Que la piece foi
n très-nette & l'argent le plus fin, parce
9. qu'on est obligé de la chauffer & que ce
Il'
la noircit, quand l'argent n'est pas fin. Immediatement
avant que d'y appliquer l'os,
préparé, on la frote avecdu jus de citron
M on délayeensuite un peu de la poudre qu
M
est grise & comme de la cendre, avec d
3)
jus de citron, & on l'employe sur la piéc
M
d'or ou d'argent avec une facilité infini
ai & aussi épaisse que l'on veut, puisqu'il n'
»D a qu'à mettre plusieurs couches l'une su
;u
l'autre, ou laisser épaissir un peu le me
v lange avant que de l'appliquer. On peu
p aussi travailler cette pâte appliquée, lor
qu'elle est séche, avec des ebauchoirs,
M on en a trop mis sur la pièce.
»
Lorsque la poudre estappliquée, corn
a me on vient de le dire, & qu'on en a cou
„ vert le desseinprécédemment tracé,
„ fait chauffer la piece sur les charbons
„ pour faire évaporer le Mercure. Plus on 1
»
chauffe ,moins il reste de Mercure,& par
j, conséquent plus l'or est haut en couleur
n Cependant il reste toujours allés pâle, Si
ce seroit une chose utile que de trouve
n un moyen de lui donner de la couleur
as car on feroit avec cette poudre des orne
», mens d'une très-grande beauté & avec un
j»
facilité infinie tant sur l'orque sur l'ar
»gent.
Lorsque l'or est devenu jaune surle feu,on
le frote avec le doigt & un peu de fable
broyé, & il prend du brillant.Alors on
r peut lecizeler& reparer comme à l'ordii
naire:si ce n'est qu'il est plus mol ou plus
spongieux:ainsi pour le travailler
,
il vaut
mieux l'enfoncer avec le cizelet, que l'en-
1 lever avec le burin. Il est rare qu'il se déta-
>
che,mais si cela arrivoit,il seroit aussi facile
d'yen remettre que cela l'a été la pre-
1
miere fois.
M
Il faut avertir que l'esprit d'Ail est d'une
f puanteur infuportable : Il faut prendre
garde d'en jetter par terre,car quelques
t goutes quiy étoient tombées ont infecté
la maison pendant deux jours. Cet esprit
«
se fait en chargeant une cornuë de gousses
d'Ail pilées: on lutte bien la cornuë avec
son récipient & on distille au bain de sao
ble. On se sert indistinctement de toute
la liqueur claire qui apassé dans le
o
récipient,en la séparantseulementde l'hui!e
foetide. Je ne sçais sile suc d'Ail ne seroit
m pas aussi bien.
» Lorsqu'on a délayé avec du jus de citron
Il
plus de poudre qu'il n'en faut ou qu'on
n n'en peut employer surle champ, elle ne
Co) peut plus servir une autre fois, après avoir
- été séchée.Il faut la jetter dans l'eau où elle
u se précipite: on lave dans la même eau les
» pinceaux, la petite table d'Agathe & lî
v molette dont on s'estservi; l'or se préci-
» pite & or peut le refondie pour en faire
1
•y»
de nouvelle chaux. j
Fin du Manuscrit de M. Dufay.
Cette chaux peut se faire par le dépose
ordinaire de l'argent & de l'or: ou en précipitant
l'or d'une dissolution très-affoiblie,par
le moyen des lamines de cuivre rouge bien
nettes: ou en affoiblissant une dissolution d'oi
par 2 5 ou 30 parties de vin de Champagne
ou de vin du Rhin, & exposant le vaisseau au
ra!dI ; cette derniere operation donne une
chaux très-fine& d'une belle couleur. J'ai
ajoutécesindications pour faciliter l'operation
que vous êtes priés de publier. J'ai
J'honneur d'être, &c. 1
Le7Février1745, 1
NOUVELLES
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS,&C.
S'LES VIES des Hommes IlluflresdeU
- France depuis le commencement de la Monarchie
jnfquàpresent par M. d'Anvigny
, Tom. X1& X II. Les grands Capitaines,
in-12. Amflerdam 1745 ,
&se vendent à
Paris chésLearas Grande Sale du Palais.
A L courolln.
<-~
Es deux derniers volumes de l' Ouvrage
de M. D. n'ensont pas la partie la
oins importante. L'Histoire de France devient
plus intéressante pour nous à mesure
qu'elle s'approche davantage du tems où
cous vivons, mais indépendamment de cette
nison les Capitaines dont M. D. nous done
les Vies, ont vécu dans des tems si fertiles
grands évenemens, que ce seul motif
fiffiroit pour qu'on fut curieux de les conîoître.
[ Le Maréchal de Cossé, le Connétable de
ontmorency, les Maréchaux de la Viell-
Illle, de MontlucJ& deMatignon ont servi
uus les Regnes de FrançoisI, de Henri II
,
de François11. de ( harlés IX. & de HenriIII.
Regnes toujours agités pendant lef-j
quels la France sans cesse exposée auxj
prages ,
éprouva tour à tour les malheurs
de la guerre soutenuë sans succès contre l'étranger,
& les horreurs pluscruelles encore
des dissentions domestiques. Jamais on ne
vît paraître à la fois tant de gens dontla nér
cessité des circonstances, & une expérie
ce continuellement soutenuë avoient développé
les talens ; jamais tant d'intérêts contraires
ne donnerent lieu à l'ambition de
faire jouer plus de ressorts différens. Jamais
enfin le vice ne trouva plus d'occasion de
s'exercer & la vertu n'eut jamais plus de
piéges à éviter; par conséquent nul tem
dont il soit plus important de connoître &
d'érudier l'Histoire.
Combien de fois le Connétable de Mont
morency ne vit-il-pas changerla face des affailis
dans le cours d'une vie pleine de succès
é.dltan'5,& de revers cruels? Lorsqu'il naquic àChantilly en 1493,les Montmorency ainsi
que les Chatillons,se trouvoient à la tête
de la haute Noblese du Royaume;les premiers
possédoient les plusgrandes Chargesj
de la Cour,&leurcrédit étoit d'autant plus
considérable
,
qu'il leur étoit plus facile j
qu'aux autres de résiderhabituellement au-yj
jptrçs de nos Rois ; les principaux
Domaines
de leur Maison étoient aux environs de la
Kapitaie. Anne de Montmorency ne vitau-
>de(lus de lui en naissant que la Maison
Royale ,avec qui la sienne avoit d'étroites
sailiances, & comme les Princes du fang viwoicnc
pour la plupart dans les Terres de
Heurs apanages, les Montmorency étoient
souvent comptés immédiatement après 1«
Roi.
-
Mais ce fut encore plus à ses talens qu'à
l'avantage de sanaissance que Montmorency
Ijdut sa prompte élévation;il entra très-jeufile
au Conseil & jouit de la faveur & de la
x'O'l'hance de François I. qui le chargea dé
pelusieurs négociations importantes. Nous ne
suivrons pas dans les guerres d'Italie dont
l'Histoire est si connuë. Il fut enfin fait prisonnier
à la funestejournée de Pavie & suivit
ple Roi a Madrid. Ce fut lui qui en exécution
du traité de Madrid fut chargé avec le Maréchal
de Lautrec de faire
l'échange
des deux
fils de France contre la personne du Roi,
ce qui s'exécuta sur le bord de la riviere
d'Andaye.
Les services que Montmorency avoit
endus en cette occasion furent récompenses
par la Charge de Grand-Maître que le
Roi lui donna. L'autorité dont Montmorency
se vit alorsrevetu lui fournit l'occasion
le déployer plus que jamais toute l'austerité
de son caractere; on le nomma unanime, h
ment le Caton de la Cour; les Courtisans
étonnés crurent voir renaîtreaumilieu d'une
Cour galante ces Censeurs dont les Roplains
respectoient & craignoientl'inflexible
sévérité. Lorsque la guerre se ralluma en 1536:
entre la France 8c l'Espagne, Montmorency
nommé Généralissimedel'armée, sauva la
France par une conduite semblable à celle
queFabius Cunctator avoit tenuë contre Annibal.
Le point capital du Maréchal étoit
de ne risquer aucun combat, & de laisser
à Charles V. toute la fatigue de la Campagne.
Il avoit placé son Camp près d'Avignon,
de telle forte qu'il pouvoit recevoir
par le Rhône les vivres&les munition
de guerre dont il avoit besoin, & empêcher
qu'il n'en passat dans l'armée de l'Empereur.
Le Roi posté à Valence avec un corps d'armée
pouvoit fortifier le Camp d'Avignon,
en cas qu'il fût menacé. La vivacité Françoise
s'accommodoit mal d'un plan de défenses
de cette nature, & le Maréchal ayant à con..,
seiller un Monarque plein de feu & à conduire
un peuple ardent, ami des expéditions
brillantes, eut bien des murmures à eûuyer;..
& eut, pour ainsidire, à domptersa Nalion,
pour se mettre en état de vaincre 1.
ennemis. Le succès le justifia pleinement
Charles V, vit périrsonarmée sans avoir
combattu, & fut obligé de faire une retraite
quiluicoûta encore beaucoup de monde,
& dereconnoître en fuyant, que Montmorenci
étoit le plus grand Capitaine de son
tems.
Ce fut deux ans après cette Campagne
brillante qu'il fût fait Connétable. Cette
Charge n'avoit point étédonnée depuis la
) défection du Connétable de Bourbon. Montmorency
revêtu des deux plus importantes
Dignités de l'Etat, honoré de la confiance
> de
son
Maître, & de l'estime de sa Nation, se
voyoit dans la situation la plus brillante,
mais cet éclat fut peu durable; desintrigues
i>de Cour firent disgracier le Connétable, qui
aussi peu surpris qu'affligé de cetevénement,
soutint sa disgrace en homme supérieur à la
1 faveur; il se retira à Chantilly, Sey vêcut
> comme s'il n'eut jamais été à la Cour.
v Cependant aprèscinq ans de retraite, il
vitlascene changer une seconde fois. Hen- ri II. devenu Roi par la mort de son pere
irappella Montmorency, & lui rendit sa prenmiere
autorité mais il s'élevoit alors un Ri-
'ïval dangereux du Connétable; c'est le fameux
Duc de Guise qui faisoit chaque jour
de nouveaux progrès dans la faveur du Roi
;:( dans l'estime ries Peuples, & qui avec fè
Cardinal de Lorraine jetta les fondemens
de la Ligue qui futsi funeste à la France.
L'habileté de ce Prince, l'éclat de ses succès,
l'amour de la nouveauté lui donnerent de
grands avantages sur Montmorency,que la
Fortune commença alors do ne plus si bieni
servir. L'activité du Duc, la rapidité de Tes
opérations étoient bien plus faites pour
éblouir les François que la lente prudence
du Connétable. Le Duc étoit le Héros d' j
la Nation, & le peuple qui ne croit pouvoir
louer le mérite dont il est frappé que p.iri
des comparaisons souvent injustes & toujours
odieuses
,
montroit autant d'ardeur ;
pourrabaisser la réputation du Connétable,
ue pour éxalter celle du Prince Lorrain qui
étoit devenu son Idole.
Les choses étoient en cet état lorsque lat
mort de Henri II.changea la face de la
Cour, & fut le prélude de cette foule d'événemens
funestes qui mirent la France à deux
doigts de sa perte.
La Cour qui étoit déja partagée par des
factions puissantes,vivement animées lesunes
contre les autres, se vit plus agitée que jamais,
lorsque lesdifférens partis se virent en liberté
de faire des mouvemens, que le Roi par
£â jeunesse&son peu d'expérience n'étoit pas
en état dereprimer. La Maison de Guise & celle du canné-J
table se disputoient depuis long-tems
Ial
principale autorité. Un troisiéme parti plus
redoutable encore parut alors surles îangs,
c'étoit celui des Princes du Sang, qui par le
droit de leur naissance, & par la considérationqu'on
leur devoit, étoient de puissans
Concurrens.
La Reine Mere, (Catherine de Médicis
) redoutoit également ces trois factions
, cependant elle se voyoit obligée de
choisir entr'elles, & ce choix étoit fort difficile
à faire, il étoit à craindre que les Princes
du Sang ne devinssent trop puissans, il
y avoit peu de fond à faire sur le Connétable
qui étoit fort âgé, & d'ailleurs la
Reine le haissoit personnellement; Catherine
ne redoutoit pas moins les Guises, que les
[ Princes du Sang. Le grand nombre de Princes
qui se trouvoient dans cette Maison, leurs
t grandes qualités, les établissemensqu'ils post
sédoient, le nombre considérable de créatures
qu'ils s'étoient faites,enfin le crédit
> que leur donnoit leur qualité d'Oncles de la
t jeune Reine, l'autoritéqu'ilsavoient sur el- le, & l'ascendantque pouvoit prendre si
; aisément sur l'esprit d'un jeune Roi une
Princesse jeune & aimable à qui la beauté seu- le pouvoit tenir lieu d'adresse, dès qu'elle auroit
envie de séduire; toutes ces considérations
rendoient Catherine de Médicis fort
incertaine sur le choix qu'elle avoit à faire
Les Guises furent assés adroits pour la déterminer
en leur faveur. Le Connétable
avoit fongé de son côté à s'appuyer des Princes
du Sang: dès le tems de la blessûre du
Roi prévoyant ce qui alloit arriver, il
avoit envoyé un Gentilhomme au Roi de
Navarre, pour l'engager à venir au plutôt à la
Cour, mais ce Prince ne fit pas toutel'attention
qu'il devoit à cet avis important, &
écoutatrop de petits ressentimens qu'il avoit
contre le Connétable, & qu'il auroit du sacrifier
à des intérêts plus pressans.
Les premiers jours du nouveau Regne furent
marqués parla disgrace du Connétable.
Il se retira pour la féconde fois à Chantilly
où il apprit bien tôt après qu'on lui avojt
ôté sa charge de Grand- Maître pour la donner
au Duc de Guise. Montmorency sentit
vivement ce traitement, quoique pour l'adoucir
en quelque forte on eut fait son filsMaréchal
de France: il se lia avec le Prince de
Condé; le Vidame de Chartres, Chatillon
Amiral de France qui étoit son neveu, beaucoup
d'autres mécontens entrèrent dans ce
Parti, & il est à remarquer que cette faction
qui fut enfin celle des Protestans, fut formée
d'abord jpar un Catholique zèlé; le Connétable
etoit attaché à sa Religion avec toute
l'ardeur qu'inspirent la probité & la vertu
; ce fut en ce tems là qu'échoua la Coujurationd'Amboise;
la prévoyance du Duc
de Guise déconcerta toutes les mesures de
ses ennemis. Le Roi de Navarre &: le Prince
de Condéfurent arrêtés aux Etats d'Orléans,
le Prince fut condamné à mort, &le
Connétable voyoit son Parti ruiné, sans ressource,
si la mort de FrançoisII. n'eut apporté
un nouveau changement dans les affaires.
Catherine de Médicis sentant le besoin
qu'elle avoit du Connétable dans ces circonstances
difficiles, envoya lui dire qu'il
se rendit promptement à Orléans qu'elle
avoit besoin de ses conseils, & qu'elle vouloit
qu'il rentrât dans l'exercice de sa Charge.
Ce nouveau rayon de faveur étoit peu de
chose; les Guises jouissoient toujours d'un
plus grand crédit; la Reine qui avoit fait
mettre en liberté le Prince de Condé, &
qui s'étoit reconciliée avec le Roi de Navarre
, n'avoit d'autre objet que de conferver
la principale autorité en tenant la balance
égale entre les deux Partis: le Connétable
alors lié d'intérêts avec le Roi de Navarre
, se trouvoit dans une de ces portionscritiques
où tout est une occasion de fautes,
& où souvent on ne peut choisir que le
moins dangereux de plusieurs mauvais partis.
On se servit adroitement de son attacher
ment à laReligion Romaine, pour lui faire
abandonnerle Parti du Roi de Navarre &
du Prince de Condé, qui avoient armé les
Huguenots en leur faveur. Le zèle de Montmorency
s'alluma contre le:, Novateurs, & les
Guises s'en servirent utilement pour le ramener
à eux. Le Roi de Navarre par une conduite
plus singuliére encore changea aulTî de
Parti, & se rangea ducôté des Guises, sans
songer qu'il alloit se rendre leur esclave, au
lieu qu'il eût été le maître dans sa fadion.
Enfin l'aigreur que produisoit la différence
des Communions se joignant à l'animositéqu'avoit
excité l'opposition des intérests,
& le Prince de Condé se trouvant assés fort
pour en venir à une guerre ouverte, on mitde
part & d'autre des armées en Campagne; ainsi commencerent ces Guerres cruelles qui
durérent trente ans,&qui coûterent à la France
tant de sang & tant de crimes. La Religion
en fut le pretexte, l'ambition des
Grands en fut le motif, le malheur des peuplesen
futlasuite funeste; laBataille de
Dreux donnée par le Connétable le 19 Decembre
1562 fut également funeste aux
deux Généraux; Montmorency fut battu
& fait prisonnier, & le Prince de Condé
quicroyoitlavictoireassurée vit avec éron..
nement le Duc de Guise & le Marêchal
de S. André rétablir laBataille, & mettre
ses troupes en déroute; il fut lui-même
obligé de se
-
rendre, & ne jouit pas longtems
duplaisirde se croire vainqueur. On
lit dans le Journal de Henri III. que le Cardinal
de Lorraine ayant appris la nouvelle
de cette Bataille dit au courier ces mots:
tout va bien, puis que monfrere (si sauvé. l'v,
parle-t-on plus à Parisde nous faire renàrt
nos comptes. ? Puisse tournant vers un de ses
familiers: à ce queje vois, dit-il, M. mon,
frere & moi oirons nos comptes tout seuls ;
M. le Connétableestprisonnierd'un côté &
M. le Prince de l'autre, voilà où je les a,."-
mandois. La mort du Duc de Guisequi fut
assassiné peu de tems après devant Orléans
facilita la liberté de ces deux prisonniers importans,
& amena une paix qui fut peu durable.
Ce fut alors que fut donné (le 19
Mars 1563) le fameux Edit appellé l'Edit
de pacification.
Mais trois ans après la Guerre se ralluma
avec plus de fureur ; le Prince de Condé
& l'Amiral de Coligny ayant manque leurentreprise
de Meaux, où ils comptoient se rendre
maîtres de la personne du Roi
,
vinrent
camper dans la plaine S. Denis; la Reine
qui vouloit éviter la guerie envoya au Prince
de Condé le Chancelier de l'Hôpital,
mais le Prince refusa toutes les voyes d'accommodement
qui furent proposées 1 le
Connétable accompagné des Maréchaux de-
Montmorency & de Cossé & d'un Secrétaire
d'Etat, s'avança jusqu'à moitié chemin
de S. Denis, pour avoir avec le Prince de*
Condé une conférence qui ne réussit pas
mieux. Le Prince y vint avec les principaux
Chefs de son parti, mais cette négociation
fut aussi infructueuse que la précédente :
La discussion des intérests respectifs ne fit
qu'aigrir de plus en plus les esprits ; on
se sépara sans avoir rien conclu & plus disposé
que jamais à en venir à une Bataille.
Le Prince de Condé nétoit pas dans une
position avantageuse, il n'avoitque1500
chevaux,& 1800 hommes d'Infanterie: lereste
de ses troupes étoit allé du côté de.
Poissy pour s'opposer au passage d'un fecours
qui venoit à l'armée Royale alors en-<
fermée dans- Paris avec le Connétable. Ce
dernier informé du partage des troupes du j
Prince, sortit de Paris le 10 Novembreavec
12000 hommes d'Infanterie,3000
chevaux & 14Pieces de canon. Le Prince
1 de Condé n'en avoit point, & se préparoit à
Êiire une rigoureuse résistance,malgré l'avis 1
de ceux qui vouloient qu'on se battît en re- 1
traite, mais comme le Connétable ne put
avoir rangé ses troupes en Bataille avant qua- .i]
tre heures ç4,foir,, le Prince crut qu'ense 1
défendant quelque tems, la nuit sépareroit
les deux armées.
,
& lui donneroit les
L moyens de se retirer sans être poursuivi, aintfï
il se prépara à la Bataille, sans en espérer
> d'autre avantage que celuide faire sa retraite
sans risque.
J>
Cependant il songea à étendre ses trou-
50 pes pour n'être pas enveloppé. Il appuya
in la droite à S. Ouën, sa gauche étoit à
:C8'
Aubervilliers; le Prince commandoit au
x» centre avec l'Amiral de Chatillon; le
» Connétable commença par faire battre
O) Aubervilliers par son Artillerie; comme
,c» elle incommodoit considérablement ce
CO)
poste, Vardes qui le gardoit avec Genlis,
coe
alla droit aux Arquebusiers qui défen-
CM
doient le canon, & les renversa: Genlis
« vint le soutenir, mais tous les deux fu-
(Q rent ensuite repoussés par la Cavalerie
o du Maréchal de Cossé. L'Amiral qui vit
« que Genlis ne pouvoit éviter d'être battu,
LoO
marcha aux ennemis avec une contenan-
« ce affurée, lentement néanmoins, pour
- donner le tems à ses Arquebusiers de
u suivre la Cavalerie; il y eût alors dans cet
u endroit un choc furieux que les troupes
<»
de Cossé ne purent soutenir; les Cavaliers
«>
se renverserent sur un Régiment que la
*
Ville de Paris avoit levé à ses frais: c'étoit:
*un.<desplus beaux Régimens qu'on eût vû.
n
jusqu'alors ; il étoit composé de la plus
» belle jeunesse de Paris. On ne pouvoit
M
rien voir de plus leste, ni de plus riche-
» ment armé. ce Bataillon Parisien voyant
09 que l'affaire devenoit sérieuse ,crut ne pou-
»voir mieux faire que de regagner la Ville.
« avec précipitation. cc L'Amiral chargea
alors le Bataillon des Suisses où étoit le Connétable
, & le Prince de Condé y accourut
aussi, jugeant bienque l'évenement de la Bataille
dépendoit de l'avantage que l'on remporteroit
sur le Connétable.
Ce Vieillard respectableâgé de 74 ans,
& non de 80, comme le dit M. D.,se désfendcit
avec courage, quoique presque
abandonné des siens, & couvert de blessu-,
res. »
Lorsque Robert Stuart arrivant sur:
» lui le pistolet à la main, lui cria de se ren-
» dre, il lui dit, en détournant son cheval
» pour éviter le coup, tu ne me connais pas ;
?»
c'est parce que je te connois
,
lui repartie
»Stuart, que je te porte celui-là, en meme-
» tems il lui lâcha le pistolet dans les reins.
» Le Connetable se retourna à l'instant con-
» tre lui, & avec le pommeau de son épee
« qu'il venoit de rompre dans le corps d'ur;
»
Cavalier, il lui brifa la mâchoire. Le coup
» futsiviolent qu'ils tombèrent en mrne<
M tems tous les deux d^ dessus leurs chevaux
« Dansle tems même de cet évenemens
o»
le Prince de Condé qui n'étoit qu'à dix pas
1" du Connétable, fut renversé fous son che-
01 val. La chute des Généraux mit les deux
OJ
partis en déroute. Les Catholiques s'em-
» presserent à dégagerleConnétable, &
?»
les Huguenots à débarrasser le Prince, mais
- dans toute cette confusion ceux des Ca-
03
tholiques qui n'avoient point encore como
battu, furent à portée de le faire avec
n avantage. Le Marêchal de Montmoren-
« cy se fit jour au travers des Huguenots
Q)
& en fit un horrible carnage. L'Amiral emoa
porté par son cheval dont la brides'étoit bri-
» fée disparus un peu après. Le Prince de Con-
P.
dé étoit hors d'état de reparoître. Les Hu-
« guenots ainsi privés de leurs Chefs, & d'ail-
» leurs épuisésparlesefforts qu'ils avoient été
»obligédefaire pendant cette Bataille,se re-
» tirerent vers S. Denis à la faveur de lanui
Cependant le Connétable avoit eu un
» évanouissement qui lui avoit duré quelque
» tems ; aussi-tôt qu'il en fut revenu sa préa
miere attention fut de demander aux gens qui l'environnaient en quel état étoient
»
les affaires. Lorsqu'on lui eut dit que les en-
It
nemisse retiroient,il demanda avec vivacité
» pourquoi on s'amuloit au-tour de lui dant pen- quel'on devoits'ocuper à les suivre. Il
..eut quelque peine à permettre qu'on Tern-
»
portât,il vouloit,disoit-il, mourir au champ
» de Bataille,n'ayant plus rien à desirer puis-
» que le Roi son Maître avoit remporté la
» victoire. on le vit tourner à la mort
,., dès le lendemain; le Roi & sa Reine- vina
rent le visiter; il ne leur parla que de la joie
wju'il avoit de mourir pour la Religion,&
* pour leur service. Il remplit avec beaua
coup de Foi tous les devoirs d'un Chré-
» tien, & montra jusqu'au dernier moment
m une fermeté que rien ne put ébranler. On
» dit même qu'un Cordelier qui l'exhortoit ! ayant cherché à lerassurersur lesfrayeurs
» qu'inspire naturellement l'idée de ,la'
» mort, le Connétable lui dit d'un ton fie
» & hardi, pensez,-vous, mon pere, qu'un
M
homme qui a vécuprès de quatre-vingtans
» avec honneur, n'ait pas appris à mourir un » quart d'heure? Ce grand homme mouru
» de ses blessùres le troisiéme jouraprès la
Bataille de S. Denis,c'est-à-dire, le rz
« Novembre 167.et. Heureux de mourir
au sein de la viétoire
,
& comme lui-même
l'avoit dit, les armes à la main pour la Re
ligion & pour son Roi, plus heureux encore
de n'avoir vû que le commencement de ces
orages dont la violence redoubla après fa* mort. Il n'avoit jamais employé d'autre art
pour faire sa cour que de bien servir for*!
Maître, & plus attentif à se rendre utHA
1
qu'agréable
,
il ne s'avança que par ses ferices,
forcé malgré lui de prendre un parti
lans les factions qui diviserent l'Etat, il ne
lerdit point de vue l'idée de l'intérêtpublic
rendant que les intérêts particuliers aninoient
seuls tous les esprits; grand homme
le guerre,& grand hommed'Etat,& Citoyen
vertueux ,
il servit sa Patrie & son Maître
„ oujours avec zélé & avec fidélité
,
souvent
vec succès, vécut sans remords & mourut
ans foiblesse.
Les morceaux que j'ai cités de M, D. peuvent
donner l'idée de son style; on ne peut
point lui reprocher cette élégancevicieuse
lui prodigue à contre-tems les ornemens
& les fleurs; il a eu grand foin d'éviter ce
défautdanslequel font tombés souvent tant
l'Auteurs célébrés&estimés tels que Salluste,
Quinte-Curce& quelquefoisThucidide, cependantla
matiere qu'achoisie M. D. est fort
ntéressante son style est presque toujours
;Ialr,.& on lit son livre avec plaisir.
ORONOKO traduit de l'Anglois de Madane
Behn, 2 vol. in-12.
Amsterdam
1745.
Quoique l'on trouve ici tout l'interêt que
'on peut exiger d'un Roman, la célébre
negâloife qui en est Auteur, prérend que une Histoire véritable, elle avoit pafTé
une partie de sa vie dans les Indes, elle y
avoit connu le Heros de son Livre, avoit été
témoin d'une partie de ses avantures, & avoit
entendu les autres de sa propre bouche. N'ya-
t-ellerien ajouté pour rendre les faits plus
interessans? c'est une discussion dans laquelle
nous n'entrerons point. Le Traducteur a judicieufement
fait des changemens qui étoient
nécessaires pour assurer le succès de son Livre.
Tout cequi plaît à Londres ne plaît pas
à Paris ; la premiereconditionpour rendre
un Ouvrage intéressant est de
le
plier aux
moeurs & aux façons de penser des Lecteurs.
Cette fage précaution n'a pas peu contribué
,
sans doute, au succès de l'Ouvrage.
On le lit avec plaisîr; le second volume
furtout
est fort intéressant. On fent aisément
qu'un Ouvrage de cette nature n'est fufcefptible guere d'un extrait, c'est au Livre même
qu'il faut avoir recours.
HISTOIRE de l'Académie Royale
des Sciences année 1741 , avec les Memoires
de Mathématique & de Physique.
pour la même année, tirés des Registres
de cette Academie:40. 1744 de l'Imprimerie
Royale.
Les travaux & les succès de Messieurs de
l'Academie des Sciences ont rendu le gout
des Sciences si general
, que nous n'avons
as à craindre de parler à nos Lecteurs un
angage obscur & barbare,en les entreteant
de ce volume. Plus de deux cent
mmes ont faitdes Cours de Physique expérimentale
chés M. l'Abbé Nollet
,
& il
en a même plusieurs que n'ont point ar--
êtées les épines de l'Algebre ni du Calcul inégral
& differentiel, & qui ont voyagé
sians les plaines vastes & arides de la sublime
Géometrie; cependant comme malgré
ela tous les Lecteurs ne font pas Physiiens
& Géometres, & que même parmi
eux qui le sont, il y en a dont les conoissances
ne font pas si étendues que l'exieroient
certaines matieres,
nouschoisirons
elles que nous croirons le plus à la portée
9.0 toutes fortes de Lecteurs.
L'Histoire naturelle a sur-tout cet avaria
age, & on n'avoit point encore vu aucun
olume de ces Mémoires rassembler tant e faits singuliers qui fussent de son ressort.,
elle estl'observation que M.Demours, 1é
ecin de Paris,très-estimé pour les Maladies
es Yeux a lû à l'Academie sur la maniere
ont le Crapaud mâle accouche sa femelle.
Les Crapauds font un genre particulier
ans la classe des Amphibies,& quoi qu'Amhibies
ils se divisent en Aquatiques & Terxstres,
parce que ces derniers qu'on divise
ncore en grande & petite espece,quoique
nés dans l'Eau, n'ypassent que les premiers
jours de leur vie.C'est du Crapaud Terrestre
de la petite espece dont nous avons àJ
parler d'après le Memoire queM. Demoura
a lu à l'Academie sur ce sujet. t
L'occasion de ce Mémoire est un de ceSli heureux hazards dont les Naturalistes seuls
peuvent connoître le prix. Sur le foir d'un
grand jour d'Eté, M. Demours étant dans
le Jardin du Roi,apperçut deux de ces Crapauds
accouplés au bord d'un trou que for
moit en partie unegrande pierre quiétoit
au-dessus. La curiositéle fit approcher pour
toir quelle étoit la cause des mouvemens
qu'ils se donnoient. Deux faits également
nouveaux le surprirent : le premier étoit
l'extreme difficulté qu'avoit la femelle à pondre
ses oeufs, de maniere que sans un secours
étranger elle ne paraissoit pas pouvoir les faire
sortir de son corps: le second, que le-"
mâle travailloit de toutes ses forces & avec :
les pattes de derriere à lui arrachei lesi
oeufs.
Pourbien comprendre la
Méchaniquedes
cet accouchement, ilfaut sçavoir ro. Que
les pattes de ces animaux, tant celles de
devant que celles de dernere, font divisées.al
en plusieurs doigts. C'est par le moyen de CC^-Ï
doigts que le mâle tiroit les oeufs du fonde--1
ment de la femelle..
2°. Que les oeufs sortent du fondement de
ia femelle, parce que le réceptacle dans lequel
ils font contenus jusqu'au tems de la
oonte s'ouvre à la partie inférieure du recüum.
30 .Que lesCrapauds s'accouplent comme
ses grenouilles, c'est-à-dire
,, que le mâle
monte sur le dos de la femelle,l'embrasse
itvec les pattes de devant: la feule différence
qu'il y a,est que le mâle des grenouilles
les pattes de devant asses longues pourembrasser
entiérement la femelle, & pour enrelasser
ses propres doigts par dessous les uns
rxQc les autres, au lieu que les pattes du Cragoaud
mâle étant beaucoup plus courtes, il
ne peut les joindre de même; elles n'atteignent
qu'auxcôtes de la poitrine de la fermelle
: où il les applique quelque fois si fortement,
qu'il y survient une inflammation
avant que les deux animaux se séparent.
: 4°. Enfin que les oeufs de cette espece de
Crapauds font renfermés chacun dans une
roque membraneusetrès-ferme, dans laquelle
est contenu l'embryon, & que ces
oeufs qui font oblongs, &. qui peuvent avoir
ilieux lignes de longueur, font attachés les
dans auxautres,par un court filet très-fort;
:Us forment une espece de chapelet dont
jes grainssont distansles uns des autres deise
itfiron la moitiédeleur lorecur
Ces conformations étant bien entendues,il
y a lieu de croire que la femelle fait beaucoup
.d'enoitpour se procurer la sortie du premier
oeuf, mais dès qu'il est foni c'est au mâle
à faire le reste. C'est alors qu'il commence
à exercer sa fonction d'accoucheur,&il s'en
acquitte avec une adresse qu'on ne soupçon..
neroit pas dans un animal qui paroît si engourdi,
Celui-ci avoit déja tiré le second:
oeuf lorsque M. Demours arrêta sur lui fe&
regards,&il redoubloit ses efforts pour ti-1
rer le troisiéme.
1 e premier oeuf étoit engagé entre le«!f
deux doigtsdumilieu de sa patte droite dei
derriereparlefilet qui i'attachoit au seconds
& c'est en allongeant cette patte qu'il ten-r
doit le cordon du chapelet vis-à-vis le sondement
de la femelle, qui pendant ce tems-
Jà restoit immobile. Il tâchoit aussi de ti-I
saisir du cordon avec la patte gauche, & Il
en vint à bout après plusieurs tentatives. Ce
pendant la présence de l'Observateur ne
l'embarrassoit pas peu, & lui causoitsans
doute bien des distractions
, car tantôt
s'arretoit tout court, & alors il jettoit sur ce
curieux importun des regards fixes, qui mafri;
quoient son inquietude & sa crainte; tan.;.rr
tôt il reprenoit son travail avec plus de prt.)
cipitation qu'auparavant, & un moment
après il paroissoit indécis s'il devoit ~cont
rjiuer ou non. La femelle marquoit aussison
membarras par des mouvemens qui interrom-
~oientquelquefois le mâle dans son opéra-
~ion
,
mais enfin foit que le silence & l'immobilité
du Spectateur eussent dissipé leur
crainte, soit que le cas fut pressant, le mâle
eprit son ouvrage avec la même vigueur,
! & toujours avec de Nouveaux succès.
I La curiosité de M. Demours avoit un au-
~re objet; il observoit attentivement si à
mesure que le mâle tiroit les oeufs il ne les
arrosoit pas de sa liqueur séminale
, car c'est
~par un semblable arrosement, comme le
apportent plusieurs Auteurs, que les oeufs
<jfle ces animauxAquatiques & Amphibies
noont fécondés & en particulier les oeufs des
Grenouilles. C'est ainsi,selon Swammerdam
lO"nn des plus fameux Naturalises de ce fiéalrle,
qu'après un accouplement d'environ 40
uoours ,
la Grenouille mâle féconde les oeufs
siie la femelle au moment qu'elle les a pon- dus,mais comme M. Demours n'apperce-
~oit rien de pareil aux Crapauds accouplés
,
:& que l'endroit où ils se trouvoientétoit
aun peu sombre, il se détermina à les mettre
sur la main. L'Ouvrage fut encore interrompu
pendant quelques instans & reliions
ensuite comme auparavant,mais le nâle ne donna jamais le moindre figne de
3*e que l'Observateur s'attendoit à découvrir
par ses yeux,ou à sentir sur sa main où it
les tint un quart d'heure.
Swammerdam avoit remarqué que hi
mâle de la Grenouille aide aussï à la ponte
de la femelle, mais il paroît que c'estdu
ne maniere moins suivie, moins parfaite
moins décidée queleCrapaud& telle enfin
qu'on ne voit pas clairement que ce secours
y soit absolument nécessaire. cèn'efi peutêtre
qu'en lui ferrant les côtes dans ce mo..r
ment, car la femelle de la Grenouille accouche
fort vite de tous ses oeufs & comme
dit ce même Naturaliste, uno impet."
Ctnnia ejaculatur. *
C'est dommage que quelques Naturalistes
qui ont pris extrêmement à coeur de nous
persuader que c'est aux animaux que nous
devons originairementnos Arts ffifchaniqueSl'
& libéraux, ainsi que nos Scienceslesplus
sublimes, la Géométrie, la Dialectique
, la
Métaphysiquemême,&sur-toutlaMédecine,
n'ayent point eu de connoissance dmjf:
faitque nous venons de rapporter, ilsejjapa
auroient tiré sans doute & très- directe
ment l'Art des Matrones & des
Accouu
cheurs. il
S,,,.am. t.2.P. Bop.
kuijfea
r
RuijreauInlfammable.
Feu M. Raoul Conseiller au Parlement de Bordeaux apprit à M. de Reaumur par
une Lettre du mois de Juillet de l'année
1740,qu'il y avoit dans le Prieuré de Tré-
1 molac de l'Ordre de Clugny à cinq lieues de
Bergerac,un Ruisseau inflammable & brû-
Hant ; ce qui fut découvert il y a huit ans par
iJUn voleur d'écrevisses qui pour mieux appercevoirles
trous où elles se cachent se servoit
de torches de paille allumées. Tant que
@
cet
hommemarcha sur le gravier du lit presque
horisontal de ce Ruisseau,le feu ne prit point
sa l'eau de la superficie, mais étant arrivé à des
endroits plus inégaux & parsemés de creux, il fut bien étonné de voir que l'eau s'enflamma
,au point qu'il en eut sa chemise
brûlée ; c'étoit une ftâme bleuâtre.Monsieur
l'Abbé d'Alemealors Prieur de Trémolac
en fit répeter l'experience deux ou
trois fois,&elleréussit toujours de même; oa eutcroireavec beaucoup de vraisemblance
qu'il est tombée droits qu'il s'est assemblé dans ces creux quelquelimon chargé d'une
matiere sulphureuse,assés en mouvement
,(Jour s'exhaler au travers & au-denus de l'eau
iïc pour y prendre feu à la moindre approche
d'une flamme étrangere,
Il s'en faut bien que la fameuseFontaine 9 brûlante de Dauphiné merite ce nom à aussi
juste titre que le Ruisseau de Trémolac,puisqu'elle
se réduit, du moins aujourd'hui & depuis
fort long-tems, à un simple terrain bitumineux
sans eau, où l'on voit quelquefois
une flamme errante & legére
,
fort sem-'-r
blable à celle de l'eau de vie allumée. 1C i
7 MACHINES ETINTENTIONS*:
approuvéespar l'Academie en 1741.
M. de Genfane déjà connu de l'Acadé---J
mie & du Public par plusieurs Ouvrages de ;f
Méchanique qui ont eu du succès, lui aL
npraénsetnltaé dceetstecriapnntiéoenudneMsqéumaotirreeMcoanccheri,n:,e-:sl suivantes,sçavoir.
Un Niveau construit de maniere que fe^s.
pieces essentielles font à l'abri de l'action du Iii
vent. Il consisteprincipalement en un per-';'
pendicule chargé de deux miroirs un pelfIJ;)
inclinés à la verticale, & sur lesquels les objets
de dehors viennent se peindre à tra--js
vers deux ouvertures garnies de glaces qu'onno
ia ménagées à une boête bien close qui re»-n;
efrme le tout.
r Voyez l'Histoire del'Acad. 1699.P. 23.
Quoique les niveaux à miroirs ne soient
oas une invention nouvelle, celui-ci a paru
cependant bien imaginé par rapport au but
que l'Auteur s'y propose, & l'on a cru en
même tems que ce niveau pourroit être aulli
sxjxad qu'aucun autre- depareil volume.
IL
Une machine destinéeà mesurer par une
seule station de petites distances inaccefbles.
III.
Une maniere d'employer sans roues &
car le moyen d'un tuyau garni d'un piston
b d'une double soûpape
,
l'eau d'une source
lui auroit une certaine chûte
, pour faire
pouvoir des pompes. L'idée a paru nouvelle,
& pouvoir etre mise utilement en
pratique. I V.
Un moyen de substituer aux manivelles
oudées des especes de lanternes qui, avec
; ses aiguillesgarnies de plans inclinés qu'on
sur oppose, font jouer alternativement,
salement & sans aucun faut les pompes
puisquelles on les applique, comme M. de
ensane l'a executé avec succès aux mises
de Pontpean en Bretagne. Cette mamiine
pourra être principalement employée
îîuutes les fois que les manivelles coudées
ausquelles on la substitue
,
feroient de difficile
exécution, ou exigeroient des sommes
considérables pour être construires.
V.
L'incendie arrivée au Louvre le 2 4 Mars
de l'année 1740 a reveillé l'attention du
Public sur les moyens de prévenir de semblables
malheurs, ou d'en rendre les laites
moins funestes. Dans cette vue on n'a rien
imaginéqui pût être plus sûr ni plus expéditif,
que de se procurer dans chaque
maison à la Ville & a la Campagne,une
ou plusieurs pompes capables de remédier
sur le champ au désordre. Alorsquelques
pintes d'eau dardées à propos sur l'endroit
embrasé feront sûrement plus d'effet que
desmuids d'eau qu'on y jetteroit après que
l'incendie est devenu plus considérable. Le
même M. de Gensane a encore présenté
un projet de pompes très- propres à
remplircedessein, & dont l'exécution eit
simple, facile &demédiocre dépense : enr
voici la construction. Deux corps de pompes
font placés à côté l'un de l'autre danÍ'
un bacquet qui leur fournit l'eau, & com--
muniquent tous deux à un réservoir fermé
de toutes parts; ce réservoir est plein en
partie de l'eau que les pompes y fourplUent,&
en partie d'une quantité d'air
qui étant comprimé par l'eau que les pompes
y chassent
,
la comprimeaussi à son
tour, & la force à s'échapper par un tuyau
qui trempe dans l'eau, & qui lui donne
ilflie vers le côté où la main de celui qui
,
dirige la pompe veut la porter; car cc
tuyau est formé d'un cuir flexible qui se
termine par une espece de canule de métal.
Les pistons des pompes font mûs avec
des balanciers qui font levés & abbaisséspar
les dents d'une lanterne, à l'axe de laquelle
est attachée une manivelle que l'on fait
tourner à la main. Ces fortes de pompes qui
agissent par le ressort de l'air, étoient déja
connuës; mais une machine peut être regardée
comme nouvelle, ou par ce qui fait en le fond, ou par la forme qu'on lui
>
donne relativement à certains usages auf-
>
quels on la destine
,
& celle-ci est dans ce
> dernier cas. Du reste M. de Genfane a cal-
) culé qu'une de ces pompes mûe par un
) seul homme, pouvoit élever à 35 ou 40
pieds de hauteur environ 53 pintes d'eau parminutes.
Vï. Un modéle de cheminée de M.d, e Lagny,
dans lequel il procure le moyen d'éteindre
le feu, en ôtant la communication
de l'air exterieur & de celui de lrl
chambre avec le tuyau. Il met une pla-
-
que de fer au haut de l'interieur de la cheminée
& une autre au bas, placées horizontalement,
& portant chacune deux [oul
rillons ou gonds; on fait hausser ou bailser
la plaque d'en haut par le moyen d'une
petite chaîne qni passe sur une poulie ap---
pliquée sur le devant de la cheminée, & qui
descendjusqu'en bas
y
ensorte que la pla--
quepuisse fermer exactement toute l'ou-
- verture quand on tire la chaîne. La plaque
qui est en bas vers le manteau de lacheminée,
peut aisémentêtreabaisséeou hauffée
avec la main ou avec un bâton à crochet.
Il n'y a pas de doute qu'il n'entende
mettre un quarré ou quadre de fer, tantcar
haut qu'en bas, afin que les plaques puissent
bien joindre contre & ne laisser aucun
passage à l'air. Cette maniere d'éteindre les
feu des cheminées a paru fort bonne, extrêmementsimple,
& nullement embarafsante,
È
VII. J
Un lit pour les malades & impotens
dans lequel on a ménagé plus de commodités
qu'en aucun autre qui foit connu,
invente par le sieur Hannot Menuisier.
* VIII.
Un moulin proposé par les sieurs Claude-
I François, & Jean-Claude du Bosc freres,
destiné à être mû, foit par la force du
7 vent, soit par celle de l'eau.
Comme moulin à vent ,
& par sa forrn¡
me exterieure, il est assés semblable à ceux
àqui font connus fous le nom de moulins la Polonoife; mais il en differe à plusieurs
égards.
Car premièrement dans les moulins à
la Polonoife, les plans des aîles font dirijg
gés vers l'axe ou arbre vertical de la roüe
lE aîlée, & font continuésjusqu'à cet axe où
si le trouve la section commune de toutes les
te aîles; au lieu que dans le modele de Mef-
> sieurs du Bosc les aîles font un angle de il
degrés -1 avec les rayons de la roue, & ie
terminent en dedans à une circonferen- ce de moitié plus petite que celle de cette roue ; elle-même est faite à peu-près comme
oHes cages ou tours rondes des moulins à
jdla Polonoise.
Secondement. Dans les moulins à la Poollonoise
l'arbre de la roue est d'une feule pie- ce, & toutes les parties de cette roue étant
fermement arrêtées à l'arbre
,
elle se meut
nécessairement toute entiere, au lieu que la
otroue du moulin de Messieurs du Bosc est
divisée en trois parties dans sa hauteur, &
ces trois parties se peuvent mouvoir sépa- 1
rément, ou deux ensemble,ou toutes trois I
à la fois, ou s'arrêter par le moyen de trois
freins disposés à cette intention; ainsi on
pourra ménager à la volontélaforce du
vent, & empêcher que les meules ne soient
emportées avec trop de rapidité.
Troisiémement. L'inclinaison des aîles de
la roüe aux rayons,& le vuide qui est au
milieu en forme de cylindre ou de tour
creuse, fait que le vent peut frapper le plus
d'aîlesqu'ilest possible, & presque tour le
vent reflechi fous differensangles d'inci-l
dence estmisàprofit,ce qui permet à la roüe P,
de tourner si l'on veut, en plein air, & sans
le secours de 12l,rour extérieure où elle est
renfermée; avantage que l'on n'a pas dans
les moulins à la Polonoife qui ont été ima^É
ginés jusqu'ici. La roiie de ce moulin
fer1
trouve donc par-là & par la tour qui l'environne
à l'abri des accidens que peuvent
causer de violens coups de vent ; autre pro- jv
prieté que n'ont pas les moulins à la Polonoise
ordinaires, dont les volans sont
- exposés à toute la violence du vent, & font :
souvent emportés par des ouragans.
Du reste le moulin de Messieurs du Bose
a comme tous les moulins à la Polonoife,
't l'avantaged'une meule attachée à l'arbre de î
la roue & sans aucun engrenage, d'où i£ 4
tu
résulte beaucoup moins de frottement &
; un entretien plus facile.
Comme moulin à eau, la roüe de celui-
? ci se trouvant entièrement submergée
,
fera
h à l'abri des accidens causés par les glaces,
)¡ou par les autres corps flottans qui vieni)
droient la choquer. Aussi Messieurs du Bosc -
q proposent-ils de placer ces roûesmoitiécou-
7 vertes à l'issüe
, par exemple des arches d'un
q pont & derriere une de ses piles, au moyen
b de quoi l'arbre même feroit totalement hors
bd'atteinte. De plus on seroit dispensé de
lever la roue dans les grandes crûes d'eau
pendant lesquelles le moulin iroit aussi bien
-jque dans les hauteurs d'eau médiocre.
Il est vrai que si ces moulius font à l'aictmdes
glaces & des inondations, ils ne feront
presque d'aucun usage dans les grandes
-)récherees
,
& les basseseaux: car quand
niiine fois la roüe commencera à se découvrir,
elle perdra d'autant plus de sa force
qu'il demeurera plus de partie de sa hauteur
à sec.
Mais malgré cet inconvénient, & quoi-
'Í!gu'en général ces roües horizontales des
:
moulins à eau ne soient pas nouvelles, l'Académie
a jugé que ce moulin pouvoir desiyenir
très-utile par la construction de sa oüe, & par la disposition de ses aîles,suri.
cout si l'on a attention à ne le placer qu'à
des endroits ou il y ait toujours un courant!
d'eau assés profond pour en tenir la
roiie
submergée, & n l'on prend les précautionsl
nécessaires pourempecher que le retarde-
!
meut de la rapidité de l'eau causé par cette
emronligeénn'oecrcoaieehnontonuenadrreés taetrttoerirêi.snstelmeNemnotsu,qvue-i'j.
Un moulinà bras & portatif, de M. Man--
fard Architecte du Roi, & Membre de l'A-*-
cadémie d'Architeéture. Ce moulin qui ne 2
différé des moulins ordinaires que par le peu L d'espace qu'il occupe,& par la disposïtiona
desparties qui le composent, est établi dans r:
une espece de cage de charpente de cinq p
pieds de longueur sur 4 pieds de largeurwil
Deux manivelles font tourner un essieu de 51
1er qui porte un rouet de bois, & ce rouetp
cft engrainé dans une lanterne dont l'axe)
fait tourner une meule de 3, pieds de dia.b
mètre. Dans deux experiences qui en on:;.:
été faites, quatre hommes qui se relayentJ;;:
deux à deux, ont moulu 5 boisseaux de'JD
fCroment en 25 minutes, d'où l'on peut cor, i<
dure que ce moulin moudra près de huiOrj
bj-iOeaux de pareil grain par heure,ce quiiIlf
en bien des rencontres peut être d'un grande
efcouïs. Il n'cil pas moins important pour loi t
Public d'être informé de tous les avantages
qu'il peut tirer des anciennes inventions &
desrichefles qu'ilpoflfede, que d'en acquérir
de nouvelles.
X.
: L'art d'imprimer des Tableaux ou des Efiampescolorées: cet art que le sieur
Christophe le Blond se propose d'exercer,
1& pour lequelil a déja obtenuen1739
>des Lettres Patentes portant Privilege ex-
IcJuEf pour 20années, a paru d'une grantde
utilité par rapport aux Livres d'Anatotime,
de Botanique,& d'Histoire naturelle
)où l'on pourra représenter les objets , avec
Ileurs véritables couleurs. Ce qu'il y a de
Mïngulier c'est que tout cela s'exécute avec
îtrois planches, & avec les trois couleurs,
irouge ,
jaune, & bleuë, qui par leur mènange
produifcnt, toutes les autres couleurs.
OBSERVATIONS ME'TE'OROLOGIQUES
JFAITES A L'ORSERYATOIRE ROYAL.
Pendant l'année M. DCC. XLI.
Par M. MARALDi.
Observarions sur la quantite de la Plujf.
Pouc. lig.
En Janvier i l Février-o8 6
Mars- o 3 16
Avril - o 2
May--1 3 j
Juin - - 1 4
4-I0-4ï
Pouc.lig,
En Juillet7.9
Août - 09f,
Septembre 15
Oétobre o7
Novembre o 1 ,i; Décembre o8
7""t
La quantité de la pluye tombée à rObfervatoire
en 1741 a donc été de 12 pouces
10 lignes, ce qui marque une année seche.
La pluye tombée dans les six premiers mois
n'a été que de quatre pouces 1o lignes f
,
&
celle des six derniers mois a étc de 7 pouces
11 lignes j.
l.a pluye du moisd'Avril qui contribue'
beaucoup àl'abondance des foins, n'a été
que de àlignes. En effet la récolte en a été
très-médiocre, mais elie a été un peu réparée'
par les regains qu'on a faits en Automne,&,
qui font venus après la pluye du mois de
Septembre.
Sur le Thermometre.
te froid de l'hyverde1741 n'a pas été
grand. La liqueur de l'ancien Thermometre
est defcendiie le 26 Janvier par un tems serein
& calme à 18 parties. Celle du Thermometre
de M. de Reaumùr, qui est à côté
de celui-ci
,
à 7 deg. & celle de l'autre qui
est exposé au Nord au dehors de la tour à
8 deg.
Le premier avoitété à 23 deg. f le 25
> de Janvier par un tems demi couvert & un
igrand vent de Nord Nord-Est, & celui de
lM. de Reaumur exposé en dehors à 5 deg. )CesTherffiometres ont à peine marqué la
)congellation pendant les mois de Février,
bde Mars, & d'Avril, de forte que les Arbres
itfruitiers & la Vigne étoient fort avancés à
ïlJa fin d'Avril, & une petite gelée qui estveetniie
la nuitdu30 d'Avril,aupremier de
AMai & la nuit fuivante les a beaucoup en--
dommagés.
1
Les mêmes Thermomerres ont marqué 1
la plus grande chaleur de l'Eté le 7& le 8 1
d'Août, car le premier de ces Thermome- I
très qui le matin du 7 d'Août vers le leverI
du soleil étoit à 61 deg. t est mon. après
IJUdl à 73celui de M. Reaumur exposé f
en dehors à1& le 8 d'Août après midi*
ils étoient. l'un à 75 deg- -1 & l'autre à 17I*
deg. f
Sur le Barometre.
Le Mercure du Barometre s'est soutenu a
tine grande hauteur pendant toute l'année
3741 ,
& il a été à 2,8 pouces 7 lig. le
18 Février, & à 28 pouces 6lig. i. le z
Novembre , par un grand brouillard,il a
été plusieurs fois à 28 pouces 6 lig. pardifferents
tems, sçavoir le 13 &!le14 de Fé-,
vrier par un tems couvert & un petit vent
de Sud-Efi, le 19 du mêmemois par un
grand brouillard. l.es si, n, 15 &18,
de Mars par un tems serein & un vent de'I
Nord-Nord-Hfr, les 23, 24 & 25 d'Avril
par un tems serein & un vent de Nord-Ouest,
ks 22, 1)& 26 Novembre par un grandi
brouillârd,(a.moindre hauteur a étc- à i71
pouces 5 lig.| le 19 de Septembre& à 27;
pouces 6 lig. f, le 20 du mêmemois par
un tems pluvieux. *
Décltnaifon de VAigptille Aimanteè.
M. Maraldi a observé pluteurs fois pen-
.w
dant l'année1741 la Déclinaison de l'Ai.
,
mant avec une aiguille de 12 pouces;, & il l'a
trouvée deî5 deg. 35 ou40 m.yers le NorcU
Ouest.
Nous entretiendrons encore nos Leâeurs
des utiles &c estimables travaux de Mrs. de"
fÀcademie.
LESPASTORALES^ Nemefien, &de
-.
Calpurnius
1
traduites en François avec des
remarques ,
& un discourssur l'Eclogue in
- 11 BfHxelles,chés Baltazar Wixfeld 1744*
Voici deux Poctes qui n'ontpoint encore; ététraduits, ce qui en général pourroit faire
-un préjugé contre eux ;il ne Jaut pourtant
pas cordure de-là
,
qu'ilsneméritent aucune
.estime.Plusieurs Sçavans ont parléd'eux i.avecéloge. P. Crinitus, L. Gyraidiv
Yoffius, Scaliger,Fabricius,Uiitius, Barthius,
1Guidalotti. la pluspart:Philologues celebres
ont fait cas des PoUles de Nemefien & de
Caîpurnius
,
& l'on peut dire que ce font des-
[ Poëtes eftimabres dans le fécond ordre,
On peutencore rappellerp:/ar leur gloirer
»
que dutemps deCharleoiagne leursOuvrages
étoiant du nombre des Livresclassiques, que
l'on expliquoit dans lesEcoles fondées par ce
Prince, maisil faut convenir aussî qu'alors
on ne faisoit pas grand cas de Virgile. Alcuin,
quidonnoit leton à tous les Littérateurs
de son -temps, ne vouloit point que
ses disciples s'amufaflent à la ledure de
l'yEneïde, qu'il traitoit de fables & de reveries,
& il donnoit le nom de VirgiLieils, a
ceux qui lifoientce Poëme àson insçu * luc
sapientia dit-il à l'un d'eux, in Virgiliacis
non invenitur mendaciisunde te habcmus
rirgiliane ? Dans la 34e de ses lettres, il fait
des reproches fort serieux à un Evêque de
ses amis, sur ce qu'il prenoit trop de plaisir à
la leéture de Virgile.
Nemefien & Calpurnius se font surtout attachés
à copier lesEclogues decePoëte, comme
Statius & Silius Italicus ont copié iTEneîde,&
les uns & les autres imitateurs serviles &
foibles font restésbienloin de leur original,
Nemefienétoit de Carthage, & quoique
quelques Auteurs lui ayent fait l'honneur de
le placer fous le Regne daugufte, il est cependant
prouvé qu'il a vécu vers la fin du
troisiéme siecle fous les Empereurs Carns,
Carin & Numerien ses fils,&fous Diocletien.
Numerien aima & estima beaucoup
Nemefien, & le combla des biens:ainsi cc
je Fit.Aie,Edit.Mitbil,
•Toëte qui imitoit foiblement les vers de
WÏrgile en fut du moins une copie fidelle i
fauant à la fortune; Il fut cher à son maître;
2k- jouit d'une faveur plus signalée,& d'une fortune
plus éclatante que l'Auteurde lTEneïde,
)cpeut-re. parce qu'ilavoit moins de talent.
) Ce nctOltpasla le fort ordinaire des Poctes'
ûTous leRegne de Numerien, Calpurnius dont
asesEclogues ont toujours été jointes à celle
)I:le Nemefien,languissoit dans la pauvreté;
Nemefien lui tendit une main secourable
Jii eûtlagéftcrofité de soutenir, & d'encoura-"
)ger un talent qui pouvoit obscurcir le fien.
Il faut pourtant convenir que l'on a quelque
lieu de douter, que Nemefien foit le
véritable Auteur des Eclogues qui font fous
oTon nom, la conformité du style, & d'autres
s"aifons ont porté bien des Critiquesàcroire
jguetout l'Ouvrage est de Calpurnius,&ce
sentiment est fort vrai semblable. Mais en
sre cas, la conduite de Nemefien meriteroit
isncore de plus grands éloges, car alors il ne
aeroit plus que l'Auteur de trois Pocmes
décrits d'un très mauvaisstyle
,
& qui ne deo7oient
pas faire esperer à Calpurnius de trouver
dans Nemefien un Partisan ni un Me.
ene.Pour donner une idée des Ouvrages de
Calpurnius, car nous le regardons comme le
12eul Auteur de ces Eclogues, nous allons-
[sappeller le plan de la troüiéme, dont M*
de Fontenelle a parlé avec éloge.
Des Bergers qui trouvent Pan endormi, îj
veulent jouer de sa flute
,
mais des mortels i
ne peuvent tirer de la Bute d'un Dieu qu'un
son très-désagréable; Pan s'en éveilie, & il
; leur dit que s'ils veulent des chants, il va i
les contenter,alors il leur chante quelque J
chose de l'Histoire de Bacchus, & s'arrête sur < la premiere vendange qui ait été faite. Cette
description est fort agréable, & le même M.
de Fontenelle dont le suffrage est d'un si*'
grand prix, dit dans le même endroit,
Cesi dommage que Virgile n'aitpasfait les vers
de cette Piece, encoreneseroit-il pas necessaire
qu'illes eût tous faits, il auroit eû sans doute
peu de chose à retoucher à ces vers, où le
Poëte décrit l'enfance de Bacchus, & peint
Silene qui le berce dans ses bras.
Quin C5 Silemtis parvumlenemtas alumniim
Aut gremioflVIt , aut refupinisfttfttnetuluïs
,
Et vocat ..drisum digne, motMqtie qutetem
AH-dt, ,Hlt tremulis quaffit Crepit/leula palmis,
O:iDe:tsamden",boryentes peunie Jetas
Veillent
, aut digitis attresajlfiugit acittas,
Afplaudimie manu mutilum capit autbreve mentuiii,
It jîih.x; temiO cullt.litpolltce nares.
Nous allons nous servir des expressions
du Traducteurafin que lesLocteurs soient
; a portée de prononcer à la fois sur l'original
» & sur la Traduction. le vieux Silene lui-même plein d'une
respectueuse tendresse pour ce jeune enfant,
l'échausse dans son fein, le soutient sur ses
bras, & le fait rire en le chatouillant delicatement
; tantôt par un leger mouvement ill'invite au sommeil, & tantôt il le réjouit
en frappant de ses mains tremblantes le sistre
¡.>qu'il tient. Le jeune Dieu souriant à ce babdinage
,
pioce les oreilles de Silene, luiartrache
les poils dont sa poitrine est herinee,
!il frappe sur sa tete chauve, sur son court
mmenton, & il aplatit avec son foible pouce
afle nés du Satyre qui n'est déjà que trop
écrasé.
On trouve à la fuite de chaque Eclogue
des Notes qui, comme le Traducteur le ditlui-même dans sa Préface, fonten petit
nombre
,
asses courtes & débarrassées d'un vain
étalage d'érudition;il auraitcependant été fa-
\',,:ile de donner un air important a cette Very$
on, en la bérifant d'un grand nombre de citations
, & eny prodiguant des passagerGrecs
.;& Latins comme ont fait les derniers Editeurs
l'Hollande, quipour rendre leurs doctesCom-
Mentairesplus interessans, y ont fèmé un peu
l'Hebreu: mais à quoi bon tout cet apareil?
Au défaut de l'érudition que le Traducteur
2 évité avec foin de prodiguer, il a rempli
ses Notes de traits malins, & souvent asses
plaisans, qu'il lance sur les Commentateurs,
dont lestravaux tournés mal-à-propos en
ridicule,ont cependant été fort utiles à la
République des Lettres. On fent bien que,,
nous ne voulons pas parler de tous. jjj
COUTELIER, Libraire,Quai des Au..
gustins, qui a déjàdonné des Editions de
Salluste, de Catulle, & de Lucrece, que l'on
peut comparer aux Editions plus belles des
Elzeviers, vient de donner une Edition de.
Virgile,dont le matériel ne le céde point
aux Ouvrages qu'il a déja donnés. Il est im-"
primé sur de très-beau papier, les propertions
font très judicieuses,les caractères ncm
& bien profilés. 3 vol. in-12. Prix 24 liv. t
Nk Philippe qui a pris foin de cette Edi-.:.
tion, a fait tous ses efforts pour donner k,4
meilleur texte de Virgile qu'il fut polIiblekv.
il a consulté beaucoup de Manuscrits, li>d
s'estdéterminé pour celui de Florence, à:
l'exemple de Daniel Heinsius, qu'il a pris
pour guide. Les variantes font placées a kl
fin de chaque Livre & l'Editeur a décharge
cette partie de toutes celles, qui n'offrant
que quelques minuties, n'auroient fait qu'aug
menter le volume du Livre sans en aug
menter l'utilité; on trouve à la tête troi-
:fies de Virgile, 1?. celle qu'on a fauffemctiqd
-
mputée à Donat, & qui est pleine d'eroeurs
& d'absurdités.2°. celle du P. de la ~uë, qui peut servir à releverleserreurs
.iRe la premiere.Enfin 30. le fragment qui
nous reste de celle qu'avoit composée Phoas,
célèbre Grammairien.
On trouve encore les argumens des dou- eGrammairiens du quatrième siécle
,
&
j
olusieurs morceaux de Poësie fous le titre
osse Proeconia in Viroilium.
On trouve à la téte de l'Ouvrage, à celle
5les Eglogues, & à chaque Livre des Géorgiques
& de l'Æneide des Estampes dont
?aes desseins de Cochin fils, font gravés par
;Quslos, Il est arrivé au sujet de ces tftamoes
un malheur qui a été promptement rearé
; le Libraire qui vouloit contre l'avis
oie l'Editeur mettre des Epigraphes au bas
:3les Estampes, les fit faire à l'insçu de M.
philippe, malheureusement celui qui en fut
hargé y fitplusieurssolécismes & fautes de
quantité qui allarmerent fort l'Edireur sur
e compte duquel le Public devoit les faire
couler ; on a effacé ces Epigraphes sur les
Blanches, & on donne de nouvelles Estam-
.soes à ceux qui ont eu des premieres.
( L'A R T de fixer dans la mémoire les faits
)S plus remarquables de l'Histoire de France
avecunabrégé de tout ce que nos meil
leurs Historiens rapportent de plus intéressant,
tant pour servirdesupplément aux
faits qui n'ont pu entrer dans cette nouvelle
Méthode d'apprendre l'Histoire,que
d'éclaircissemens à ceux qui y font rapportés.
Secoursimaginé pour le soulagement de la
jeunesse tant de l'un que de l'autre Sexe. in-
12à Paris 1745 ,
chés Guillaume Desprez
Imprimeur & Libraire ordinaire du Roi, &
P. G. Cavelierfils, ruë S. Jacques.
L'Auteur de cet Ouvrage a suivi la Méthode
du P. Buffier, qui a mis en vers téchniques
,non feulement l'Histoire de France
, mais celle de tous les Empires. Si l'Antiquité
peut donner duprix à une chose,cette
Méthoded'écrire l'Histoire,paroîtra fort
respectable. C'est en vers que les Druides
Gaulois écrivoient l'Histoiredela Nation;
on chantoit ces vers dans les Fêtes, dans
Jes Cérémonies de Religion, & il y a bien
de l'apparence que cesvers étoient à beaucoup
d'égards semblables aux vers téchniques
que l'on employe aujourd'hui. Si l'on
veut remonter plus haut on trouvera que la
même chose est arrivée chés toutes les Nations
du monde, & que comme l'a remarqué
M. de Voltaire, on a commencé par
ecrire en vers avant que d'écrire en prose.
Au surplus comme cette Méthode d'enfeigner
l'Histoire laisseroit trop de choses à deli-1
.r.r l'Auteur a enrichi son Livre de plusieurs
Notes où il détaille les faits les plus importans,
HistoireCivile,Ecclesiastique &
JLitteraire de la ville de Nismes, avec les
preuves, enrichie de Plans, de Cartes Géographiques
& de divers Monumens gravés
n,n Taille-douce, par M. Mesnard Confeiliser
au Presidial de la même ville, Academicien
honnoraire de l'Académie des Sciences
A: des Belles Lettres de Lyon,& Associé à
lecelle des Belles Lettres de Marseille.
( L'Ouvrage qu'on presente au Publicrenriserme
tous les avantages qui peuvent acompagner
une Histoire particulière, & la
endre utile & interessante; on y trouvera
2DIes recherches qui selon l'ordre des années
puuquel on s'est étroitement assujetti, donnoient
une connoissance étendüe de tout ce
iiilui appartient à la ville de Nismes, l'une
ales plus anciennes ck toutes les Gaules, & es plus florissantes de tout l'Empire Romain
,
sur laquelle néanmoins nous n'avions
ointencored'Ecrit qui méritât quelque
consideration.
) Cet Ouvrage intéressant qui s'imprime
ctuellement, fera rendu public dans le
courant de l'année 1745, & se vendra à saris, chés ChaubertQuaidesAugustins.
Il p aura 3 vol. in-4°. le prix en faveur deceux
qui voudront en retenir des Exemplaires
par avance, fera pour l'Exemplaire eiH
papier ordinaire de vingt-quatre livres enr; feuilles, dont on payera douze livres en re":
tenant l'Exemplaire & douze livres enrece-î
vant l'Ouvrage.
Il n'en fera impriméqu'untrès-petit
nombre en grand papier dont le prix sera
en faveur de ceux qui en auront retenu deçà
Exemplaires;de trente-sixlivres, fçavoâii
dix-huitlivres en prenant le billetd'assurance
& dix-huit livres en recevant l'Ouvragé
On ne fera reçû à en retenir des Exemplaires
que jusqu'au premier Mai 1745 ; ;
ceux qui n'en auront point retenu, payee
ront l'Exemplaire du petit papier 36 livijri
en feuilles, & l'Exemplaire de grand papie
48 liv. aussi en feuilles.
HISTOIRE des Sacremens ou de 1;1
maniere dont ils ont étécélébrés & admi
nistrésdansl'Eglise, & del'usage qu'oto
yen a fait depuis les Apôtresjusqu'à present
Composée par Dom. C. Chardon Religieu
Benedictin de la Congregation de saint~Va'it
nes 1745, chés Guillaume Després
, <
Pierre Guillaume Cavelier, à Paris rue : Jacques.
~E MAITRE des Novices dans "\l.il
de chanter, ou regles Generales, courtes,
* faciles & certaines, pour apprendre parfaitement
le Plain-Chant, precedéesdequelques
motifs & exemples édifiants, qui engagent
les jeunes Ecclesiastiques & les jeunes
Religieux Novices & autres à s'y appliquer,
) de quelques observations sur la formation,
)
conservation
,
destruction, enrouement,
3 extinction de la voix avec leurs remedes, &
moyens de la rendre claire,nette & fono
re, & suivis d'un ampleReceuil d'Antiennés,
Répons, & Méfiés d'une agréable varié- té & tendre devorion pour servir à exercer
tant sur la note que sur la lettre ceux qui
n'ont point de Livres d'Eglise en leur dispo-
;D sition, par frere Remy Carré, Prêtre Religieux
Profés de l'Abbaye de S. Amant de
Boixe, ancien ( hantreTitulaire del'Abbaye
de S. Liguaire, même Ordre, & anjixieune
Observance de S. Benoît, volume
-[iiin-49.
David le jeune, Libraire Quai des Augustins
au S. Esprit débite la nouvelle Edi- ion du Dictionnaire Espagnol de Sobrino
augmentéeconsidérablement, in - 4. 2 vol,
818liv.
[ L'Oracle des Sybille,in-12. 1 vol.
& liv, 10 f,
SEAN CEpublique de la Societé des Science
de Toulouse. Du 21Juin 1744.
L E détail de cette séance ne nous a été communiqué
que depuis peu de jours, c'est ce qui fait que
nous n'en avons pas encore informé lePublic. L'abondance
des Matieres qui remplirentdéjà ce volume,
ne nous permettra pas d'entrer dans un grand
détail aujourdhui
,
mais nous en parlerons une autre
fois plus au long.
- M. d'Ouvrier Président ouvrit la Séançe par
un Discours élégant sur l'utilité des Sciences en général.
Il en marqua les caracfteres avec beaucoup
de précision &. beaucoup d'énergie.
M. d'Arquerlut un Mémoire sur un Phénomene
sminMgu.liGeirareqipuu'iyl.paaorla sburlessproegrèsrdevl'Astérono.- j M. Ricaud sur les Eaux de Bagnieres, 1
M. Gouaré sur la taille des Vignes. j
M. Soubeyran de Scopon Directeur résuma
ces quatre Mémoires, par un précis fort clair &
fort judicieux, qui mettrale public au fait des j
travaux de cette Académie, mieux que nous ne le
pourrions faire: nous l'inférerons une autre IOJÎ
dans notre Journal. i
Z/ytf5*5EAiBLE'E publique de l'AcadémiedesBelles
Lettres de Aïoutaubant,
du25 Aoufl1744.
La Societé Littéraire de Montauban,érigée en
Académie des Belles Lettres par Lettres patentes
du mois de Juillet 1744, enrégitrées au Parlement
de Toulouse le 21 Août suivant, tint son
assemblé: publique le 25d'Août dernier, Fête de
S. Louis. Elle avoit assisté le matin à la Messe célebrée
par Mr l'Evêque, pendant laquelle on exécura
un Motet à grand Choeur, suivi de YT.xvtd:m
pour le Roi, & du Panégyrique de S. Louis prononcé
par M. l'Abbé Pons, neveu du R. Pons
de la Compagnie de Jesus
,
Prédicateur de Sa
Majesté.
La séance de l'après - midi se tint dans le Palais
Episcopal, & commença parla lecture des Lettres
1 atentes ,
de la Lifte des Académiciens, du Règlement
donné par le Roi à la nouvelle Académie,
& de l'Arrêt d'Enregistrement.
M. Forestier Directeur de l'Académie parla enfuite
sur l'érection de la Societé Littéraire en Académie
des Belles Lettres, & finit par l'éloge du
Roi.
M. de Bernoy lut une Ode, qui étoit une Priere
pourle Roi.
M. l'Abbé Belletlut un Discours où il prouva
qu'iln'estpoint de meilleur Citoyen que Vhomm deLettres.
M. Pradal lut -une traduction en Vers de l'Ode
d'Horace, solvitur acris lyems, & une Epitre à M.., le Franc.
M.l'Abbé de Verthamont lut la prerniere partie
d'un Discourssur Pufage des talens, & prouva que 14
Religion fournit abondammant dequoi les exercer.
M. de Lamothe lut un Dialogue en vers de Momus
& des Mufes.
M. Duroy lut une Ode intitulée :le Pbi!ofiph,
Chrétien,
M. Duclos lut un discours préliminaire sur la Traduction
qu'il a faite de l'Oraison de Ciceron pro Ar.,
cbik 1(Ùa ., de l'Episode d'Aristée tirée du quatrieme
livre des Géorgiques,&del'Idyliéd'Ausonne
intitulée Amor craci XIV, La séance fut terminée par la lecture du Programme.
A la nouvelle du Retablissement de la santé
du Roi,l'Académie s'est fait un devoir de faire chanter
le Te Deum enavions de grâces, suivi de l'Exa>
idiat. Le Soir elle a fait faire une brillante ilIu..,
mination dans la maison de M.Forestier, où elle
tient ses asemblées ordinaires.
Programme de l'Académie des Belles Lettres
de Montanban.
M. l'Evêque de Montaubanayant dessinélasom
me de 2^0 liv. pour dpnner un Prix de pareillevaleur
à celui qui au jugement, de la Société Littéraire
établie dans cette Ville par Permission du
Roi,se trouvera avoir fait le meilleur Discours furun
sujet relatif àquelque point de Morale tiré des
Livressaints, suivantl'usagedel'Académie Fran;
çoife; la societé Littéraire érigée en Academie de
Belles Lettres' par Lettres Patentes du mois de Juillet
1744, enregistrées au Parlement de Toulouse le
21Aoûtsuivant, avertitlePublicqu'elledistribuefra
ceprix le 25Août prochain,Fête de S, Lçuis1
deFrance
te Sttjet de ce Discours ferapourVannée 1745".
L'EPREUVE DE L'ADVERSITE' EST POUR
LE SAGE UNE SOURCE DE LUMIERE.
tonformémenrà ces paroles de l'Ecriture: Qui non
tft tentatus ,
quii scit { Eccles. cap. 34. -1r. 9.
Le prix de cette année ayant été reservé, il y
en aura deux à distribuerl'année1745
, ce qui doit
exciter l'émulation des Auteurs.
L'Académie a lieu d'attribuer au peu de tems
que les Auteurs ont eu pour travailler à leur Ouvrage
les négligences ou les fautes qui les ont
fait exclure du Prix.
Toutes fortes de personnes, de quelque qualité
qu'elles soient, feront reçuës à prétendre au Prix,
hors les Membres de l'Académie qui en doivent
être les Juges.
Les Discours ne feront tout au plus que de demie
heure de leaure, & finiront toujours par une
courte Priere à JESUS-CHRIST. Ceux qui en
auront composé, les feront remettre le mois
de Mai prochain entre les mains de M DE BRRNOY
, Secretaire perpetuel de l'Académie en sa
maison ruë Montmura, ou en son absence, à M.
l'Abbé BELLET
, en sa maison ruë Cour de Toulouse.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
signée de deux Docteurs en Théologie. Les
Auteurs n'y mettront point leur nom, mais seulement
une marque ou paraphe, avecun Passag
de l'Ecriture-Sainte ir.: d'un Pérede l'Eglise qu'on
écrira aussi sur le Regiilre du Secretaire de l'Académie.
Le Prix ne fera délivré à aucun,qu'il ne se nomme
,
& qu'il ne sepresente en personne ou par Procureur,
pour le recevoir, & pour signer le Difcoug.
Les Auteurs font priés d'adresserà M.leSecre-,
taire trois copies bien lisiblesde leur Discours, Se
d'affranchir Jes Paquets qui feront envoyés par la
posse. Sans ces deux conditions, les Ouvrages nf
feront point admis au concours.
L e sieurBlondelArchitecte a recommencé
en sa demeure ruë des grands Corde-
1Krs à Paris son cours public tant sur l'Architectrure,
que sur lesSciences &Arts qui
font relarifs au Bâtiment.
Ce cours secontinuera gratuitement deux
années tous les Mardis & Vendredis, depuis
deux heuresjusqu'à (h.
Tous les Mardis ces Leçons auront pour
objet la Théorie du Bâtiment; la connoissance
de la Proportion, de l'Harmonie, de
la Symmetrie,Distribution, Décoration
&c. & les Vendredis on ira sur le terrain;
pour appliquer la Théorie à la Pratique, &
apprendre tant à lever les Plans des Edifi-
;
ces dans tous les genres que des Cartes, j
Têres &c. suivant toutes les règles de 1
l'Arpentage. J
On donnera ces mêmes jours après les le- J
çons d'Architecture, des leçons tant sur la
Théorie que sur la Pratique de la science du
Calcul, de la Géométrie &c. parties de
Mathématiques indispensablement néceffai-I
res à l'Architecture,j
Le sieur Blondel continue de recevoir
chés lui des Eléves ausquels on enseigne toutes
ces différentes parties, de-même quela
coupe des Pierres, pour passer alternativement
de la Théorie àla Pratique du bâtiment.
PAR Brevet de M. le premier Medecin,
confirmé par Messieurs les Commissaires afsemblés
en vertu des Arrêts du Conseil,le
sieur Turben a seulle secret de composer &
fabriquer le véritable Suc de Reglisse de
Guimauve, examiné & approuvé par M.
Géotfroi
,
approuvé par Messieurs les
Medecins de la Faculté de Paris, lesquels
s'en fervent pour toutes les Fluxions
de Poitrine & Maux de Poitrine) Rhumes,
Chaleurs de Gorge, & Afmes; il arrête les
crachemens de fang, détache les flegmes,
fait cracher, adoucit la pituite; il est efficace
pour tous les Poulmoniques : il se transporte
par-tout sans rien perdre de sa qualité.
Il se vend cent sols la livre.
Il al'honneur d'en fournir à la Reine &
à sa Majesté Prumenne.
Le Public est informé ^ue cellequi distribuë
ledit Suc au nom de Mademoiselle Guy
n'a pas ce nom, elleest décedéeen1714.
Le sieur Turben a seul le secret autorifé
par une Sentence contradictoireduChâteletdu7Mars
1727. Giiij
Il demeure prefentetnent Rue S. Honore,
vis-à-vis la Croix dIt Trahoir, à la Co:i9e
d'or aupremier au fond de la cour, entreJ le
Peaujjier & ïF'pinglier; il y a une sonnette
à la porte.
On prendra garde de se tromper;on en vend chifj
l'Epcieràcôté,quin'est pasleveritable.
JE TTONSFRAPPE'SPOU R
le premier jour de Janvier 1745 , avet
l'explication des Types.
I. TREIOR ROYAL.
Un fleuve qui porte le tribut de ses Eaux
à la Mer dont il les a reçues, & pour ame
cesmots. Ut iterum fixant.
II.PARTIES CASUELLES.
Un Oiseau qui s'arrache des plumes pour
construire & accommoder son nid, pour ame
ces mots. Decet ejJè parentem.
III. MARINE.
La Mer agitée par des Vents impétueux
, , avec ces mots pour ame. Movent,nonnununnt.
IV.GALERES.
Neptune qui contient les Vents près de
leur antre, avec ces mots pour ame. Ad
nutum spirare alacres.
V. MAISON DELA KEINE.
Un fep de Vigne chargé de grapes, &
soutenue par un Laurier auquel elle s'effc
attachée, pour ame ces mots. Securahoc
[efpite.
VI. BATIMENSDUROI.
Minerve armée & ayant auprès d'elle divers
Matériaux,& un Edifice qui s'éleve
avec ces mots pour ame. Et bellans colit Anes.
r.VIL ORDINAIREDES GUERRES.
Le Roi des Abeilles qui suivi de son Essain
va se placer sur la branche d'un Chêne,
&& pour ame ces mots. Vitam pro Regepacisci.
VVIII. EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES.
Jupiter descendant du Ciel sur un Nuage
enflâmé & lançant la foudre sur une Ville
qui paroîtdéja toute en feu,pour ame ces
mots.Fulminat invitus.
IX. ARTILLERIE.
La foudre qui tombant sur des Rochers
escarpés les entrouvre & les abbat,pour ame
ces mots. Irato Joveniltutum.
X. CHAMBREAUX DENIERS.
Des Danses & autres Réjouissances au
tour d'un feu de joye
, pour ame ces mots
Incolumi Rege lætitia populi.
EXPLICMIONdesEnigmes&LogogrypheJ.
I. ENIGME.
Air. Tique, Tique, Taque & Ion lan la. v 0 T R E mari n'est pas sot,
Disois-je un jour à Margot:
Vraiment répond la commerre , Je me plains justement de cela ,
J'aimerois mieux au contraire
IQ.u'il ne connut pas un A. LOGOGRYPHE.
Air. VznîeZ. vous ei:.
Dis nous donc la belle Nanette,
Ce biau fringand à cadenette
Te fait-il encor les doux yeux.
Rép. Oh! de son mieux; ( lis )
Stété quand j'sortirons tous deux
,
Oh dame, j'aurai l'air coquette ;
Et ST'EVENTAILestunprésent;
Vantez vous en. II.ENIG M E.
Air. Voccajionjmt le larron
Cessez, Philis, essez d'être inhumaine
,
Goûtez enfin de l'amour les douceurs:
Ah! quel plaisir quand d'une même CHAIN st
Il unit à jamais deux coeurs.
DERNIER LOGOGRYPHE.
Air. Du haut en bas.
Vive Paris,
Où j'onsvû Louis plein de gloire,
Vive Paris,
Où j'allons voir Manueu [oh fils;
Morgué pour sanôce, Grégoire,
Qu'on y va bian varfer à boire!
Vive PARIS. II. LOGOGRYPHE.
Air. Reveillez vous belleendormie.
DIALOGUE.
N.Allons au lit. P.Non. N. eh bien veille,
Tant que tu le trouveras bon;
Il faut pour moi que je sommeille
Etje plante là ce C H A R O N.
Par Mefficurs Nau î5 ~Perus.
EXPLICATION de PEtrjme en Logogryphet
Sans taht tourner au tour du pot'
Je vais vous diremot pour mot
Mon sentimentsur la peinture,
Que votre voile defigure.
Le tout étant fait avec art,
Défigure est en bonne part.
Ceci n'a point trait à l'affaire,
Ainsi paissons droit au mystere.
Des cinq voyelles le puiné ,
Ce qu'Eole met dans un outre.
N'ai-je pas sort bien deviné?
Treve de babil, passons outre,
Ah si
,
si
,
morbleu je sens l'ail,
Que l'on m'apperte un Eventail,
A Rolin par J,f. Craitc de GTlcour en Rbrtoritjtie.
En effet le mot de la premiere Fnigme étoit
A. On a du expliquer le Logogryphe par L-vcntai;,
On y trouve E. htnStAil.i Le mot de l'Enigme qui fuit est Chaîne,& ce-J lui|du Logogryphe qu'on trouve après cette Enig- 1
me est Cba-ov., On y rencontre au moyen de i
quelques licences dans l'Ortographe Aaron, Char a
7u.d, & O/l. Le dernier Logogryphe est Paris, j
La derniere moitié de ce mot prise en des acceptions
differentes peut signifier le Village de Risyprèsd'Essone
,
Ris,Risus, & le Ris, Grain. Nous
observerons cependant que ce mot doit s'écrire
sans S.
Ces Enigmes & Logogryphes ont été devinés
par M. Fournier le fils, Mademoiselle Helene
Rosalie de Châteauneuf., Madame Louzealt;"
M. de S. Germain de Carday ,Madame Martin
d'Arras, M. Balagny, Maître d'Hôtel de M. le
Duc de Villeroy & Officier de Madame la Dauphine,
& M. Jehannin de Chamblanc.
ENI GM A.
Me duosi norint homines, confiflere pOssum
Si plurespereo fors latitare mea efl.
u AUTRE.
E fuis fille de Roi, sans esprit & sanscorps j
Avec mes enfans jeprensvie,
isTe retourne avec eux danslesejour desmorts.
Le même lait à s'aimer les convie,
Et cependant freres dénaturés,
i>rt:haéun d'eux voudroit voir les autres expirés.
b zîls deviennent bientôt pourriture & poussiere :
Ullzis moi qui fuis leur mere, après un certain tem
îi m retrouve la vie avec d'autres enfans
, )iulii comme les premiers à leur heure derniere
t[lS le même tombeaurenfermeront leur inç-re
Et c'est ainfique successivement
Sans éprouver les coups de la maligne envie
De la mort je passe à la vie,
Et de la vie au monument,
Mais si-tôt que j'en sors, le bruit de ma naissance
Que je prends au sein de la France
,
Et qui pour moin'e st qu'un reveil
M'annonce en tous les lieux qu'éclaire le soleil : ]
Alors d'adorateurs une troupe sidelle,
De tout Pays vient me montrer son zéle t
Et repand en mon sein avec profusion
Le lait qui me nourrit, & dont en ma jeunesse,
Prodige d'admiration!
Plus avare qu'en ma vieillesse
Je fais moins de largesse.
Leaeur
, à ce portrait
1
Tu dois connoitre trait pour trait j
Celle qui dans la France ,
Depuis trois mois a pris naissance. ,
ENIGME.
NOus
sommes bien plusieurs ,
mais nous ne
faisons qu'une; 2
Avecraisonaimantlaliberté, ||
Nous prenons d'ordinaire un lieu sombre, écarté
b
i Pour notre retraite commune, Mais nous n'y trouvons pas entiere fûreté :
OOn arme contre nous une troupe cruelle;
AAyant pour nousconnoître une marque fidelle,
Chacun d'eux n'écoutant que le gain, la fureur ,
AArmé d'un instument meurtrier ou vengeur,
Nous vient bientôt livrer une guerre mortelle ;
On noussaisit soudain : liés étroitement
On nous mène à la ville
Quoique blessés mortellement.
s.:.à tout secours nous devient inutile:
Oes hommes sans pitié mais Officiers des Rois
ai/Jous jugent en suivantleursregles & leurs loix;
nOn no us jette aussitôt dans une humble charrette;
Et suivis de l'exécuteur
Dusupplice qu'on nous apprête,
IOUOUS arrivons, helas ! dans ce lieu de douleurs,
Où doit un fer maudit combler tous nos malheurs.
Le cruel dont la bouche
~brodonne nos tourmens, d'un oeil sec & farouche
i51"ient présider lui-même à l'exécution,
p ï q uelqu'autre pour lui n'en fait la fonction.
1
~en'est pas tout,leéleur, comme tu vasl'entendre,
2010s membres disloqués font mis en un monçeau,
~it maints cruelles gens secondant le bourreau,
~llument un grand feu qui les réduit en cendre
,
~immi ,
desassassins
,
dis lenous franchement,
~croient-ils donc traités plus rigoureusement ?
Par 111. GAiL/oft"
LOGOGRYPHE. 1
A Mlle. A.
J
E fuis jeune, badin, imprudent,inconstant 1
Un rien me met Cloris en colere & me pique,
Mais je m'appaise au mêmeinstant ;
De tout défaut je fuis un sûr critique;
La même heure me voit joyeux
, mélancholique;
Ma tête est
, me dit-on, aussi dure qu'un roc:
Certain sçavant pourtant me compare à la cire; t
Son nom? je n'en sçais rien, mais je viens de le +
lire. I
Vous voyez que je fuis plus étourdi qu'un Coq. 2
Lecteur, sans doute tu dévines. I
Maintenant si tu me combines,
Tu trouveras un Instrument
Fort en honneur dans la Gréce & dans Rome, 2
Ce qui soutient la tête d'un grand homme, >
£
Un continent entouré d'eau, J
Un animal,en France une
riviere,I
Le nom d'une noble carriere, I
Ce qui resteau fond du tonneau, •*
Le plus vieux de tous les Prophêtes, m
Un Infiniment que redoutent les bctesl
Qui vivent dans les bois: un métal précieux, m
,
Un bruit que la douleur excite, »
• V
Ou que fait quelqu'un qu'on irrite:
ce qui fait voir; peut-on se montrer mieux?
AUTRE.
»
nez mon Logogryphe en tout son composé ;
ln me gardoit; quiconque auroit osé
l'enlevement faire éclater sa gloire,
N'étoit pas sûr de sa victoire.
Quelqu'un pourtant en vint à bout,
Voilà que je fuis en mon tout.
Qu'en deux l'on me partage,
un c'est un pronom, je fuis pour le Langage
Que l'on tient à l'inferieur,
L'autre estpouruncrieur,
C'est le produit de sa furie:
Ou bien c'si la douce harmonie:
Ou bien encor c'est le repas
nimal dont on fait peu de cas.
F. d'J.
LUDOVICIXV.PANEGYRIS,1
M
Agfius jam bellô
, qukm majcrpace
propitiqua,|
C Maximm àse ipsÓ) mox Lodoïcus triti
1h Duce miles adefl, Héros in Rege, vel info
In viclore Parens Hvflis
, £5 un* Salus:
Rex quèd pacis amans : Quoimilitisoemulus, Heros.
QùotlJit Borbonides
,
Hostis fS inie Pater
Quas beat afpefîus Lodoiei, plctttdite Gentes: .1
Fortunata nimis Galli* plaude tibi:
Régnant unanimes Mavors
,
Thetnis, ",lm.J Minerva.
Sceptra tenente uno nttn.ii* multct testnt.
Ab uno à Senatorifcus Regise Rhemensis Curia
SPECTACLES. 0 1
N continue les représentations de Thé
fée avec un succès égal.L'indisposition
de Mlle. Chevalier a fournil'occasion a
remplir le Rôle de Medée à Mlle. de Ro
mainville & à Mlle. Jaquet.. I
M. de la Tour a aussi remplacé quelque
fois M. Jeliotte. f
«
Dao, adeaæ.volx Cya/Zes. e PAK MBRICE
On donne toujours le Jeudi le Ballet Héoïquedes
Graces, suivi d'une nouvelle Panomime
en pas de deux executée par le Sinor
PietroSoli, & par Mlle. Mimi Daland.
Cette derniere Pantomime sans être
ferieure pour !es agrémens à celles qui
ont precédée leur ell superieure pour le
claisant. C'est une Scene Comique qui ne
iitpasmoins rire que les Sganarelles & les
lascarilles de Mo'iere; cette Pantomime
étéchoisie pour divertir la Cour aux Nôges
de Monseigneur le Dauphin.
On répete Amadis de Grece, Tragédie
e M. Houdart de la Motte, dont la Musique ide M.Destouches Sur-Intendant de la Mu-
JHue de la Chambre du Roi, actuellement
: Sémestre.
Suite des Refléxions sur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
)ucien en faveur de la Danse, parce que
il suffrage d'un Critique mérite plus de foi e les amplificationsfleuries des Panegies.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
20S cesse les Philosophes & les Rhéteurs
ecs les plus accrédités,&qui n'épargnoit
a même lesDeux que la sçavante Athêadoroit,
a fait très-sérieusement l'apolo-
2 de la Danse, condamnéeparles faux sages
; ( car les hypocrites font aullî anciens
que les Religions. ) Oui, Lucien nous tr
çant la route que nous allons Cuivre n'a pa
donné son sentimentcomme l'unique garan
du mérite de la Danse. Il s'en appuyé do
citations les plus imposantes
, tant de f001
jumelé que de l'Antiquité la plus voisine
la Création du monde. La Créte, la Phry
gie
,
les Phéaques, les Thessaliens, les DeC
liens, les Indiens, les Ethiopiens, les m
thiniens, les Tirrheniens, l'Egypte ou
Fable de Prothée, doit son origine * à M
excellent Danseur dont le corps souple & I'a'l
prit ingenieux sçavoient tout contrefaire
tout imitersi adroitement qu'il sembloit dcvx?»
nir ce qu'il imitoit, enfin l'austere & vertueu
se Lacedémone lui fournit mille preuves o > son opinion,soutenue encore par l'autori
d'Hesiode, d'Homere & du divinPlato
Quelle idée n'avoit-on pas alors de la Dard
se ? Nous allons laisser parler Lucien lui
même, on croiroit que nous plaifanreriooi
si nous osions prendre sur notre compte y
qu'il exige des Maîtres de cet Art. Je repr
senterai
,
dit-il, les qualités que doit avoir t "i
bon Danseurpourfaire voir qne sa profefft\'
n'est pas des plus faciles, car il faut que v;
Pantomime ou Danseur de Ballets qui est ceAn
dontj'entens parler,Sçache plusieurs chofls,cu'"
* Luc.Apol. de la Danse.
;s7c la Poësie,laGéometrie, la Musiquec£* stPUlofophiemême, quoiqu'il n'ait pas beiiii
des Ergo de la Dialectique; il faut qu'il it attfft le secret d'exprimer les Passîonsô--les
Mouvemens de l'.-jme que la Rethorique envigne
,& qu'il emprunte de la Peinture & de
Sculpture Its diverses Postures (;"" Contenanes
,
ensortequ'il ne le cede point à Phidias ni
Appelle four ce regard; maissurtout il a
\:foin de mhntire, car il faut que comme Cal-
,.J.,as il fiche le paJTé) le présent & l'avenir
, -+qu'il les ait toujoursprepm dans son efprÙ
s.Jotutrrlleessproeupvroierryepérnesteen)te-rdtai.n:?s!Sl'olc'occacajisoionn..
l.YldtS il doitfcavoir particuikremeutexpliquer
les compilonsdel'Ame Gdtcouvrirfil
sntimenspartesgejles & les mouvemens du
\orps; enjhi il doit avoir ce que Thucidide attribueaFendès,
le secret de voir par toutet
1#11,1, convie,fit.
Ensuite il fait une longue énumeration
e tous les Tableaux que l'excellent Panomime
doit sçavoir peindre, & ce détail
mbrrtfTe tous les évenemens rapportés par
l'Histoire ou inventes par la Fable.
Nouscroyons que c'estici l'occasion de
étruire une erreur moderne généralement
TpandLJc non-seulement dans le Public qui
ouvent ne connoît pas les principes des
plaisirs qu'il goûte, mais qui est encore
plus enracinée dans la tête des Maîtres déL
Danse. Ils n'entendent tous ordinairemenn
par le mot de Pantomime qu'un danseur Coo
mique digne feulementde n'exercersestalen
qu'aux Spestacles de la Foire ; ilsse figurerri,
que toute sa fcienfe doit être bornée au gen
badin & même burlesque. Les Pantomimer
jeux-mêmes, du moins ceux que nous aV'OD(
- vûs sur nos Théâtres partagent çette injust
erreur avec les danseurs sérieux qui les mé
prisent. Ils neconnoissent pas leurs droits
<
se restraignent à un groresque bas & risibl
que. l'ignorance presque universelle leur assin
gne. Que les uns & les autres apprennent
quelaDanse Pantomimerenferme tous lçl
differens caracteres Comiques & Tragique:>[
imaginés & imaginables,que le danseurPam
tomime, c'est-à-dire, le parfait danseur '!L
suivant la définition des Sçavans de tous loi
siecles,doit être noble & serieux dans lel
Ballets Héroïques, galand & naif dans loi
Pastorales. terrible & furieux dans les eïs
trées de Demons. Enfin que tout bon dai£,c
feur doit être Pantomime sur le Théâtre,
que tout Ballet doit être un Tableau e:5
pressis& changeant où l'on reconnoisse li
<
personnages représentés par leurs habill
mens, leurs coëffures,leurs attitudes&lellJ
gesse. Nos Ballets de l'Opera manquera
touyent de toutes ces marques distinctive
iii y voit des Matelots sans rames; des Berseres
coëffées en femmes de la Cour&des
P.tia giciennes en Bavolet; cependant la Danse
uiest muette a besoin pour se faire entendre
iai secours des symboles&desornemens. Si
upiter danfoit, il devroit danser avec son
uoudre, & Mercure avec son Caducée.
) f Qu'on ne se figure pas que ces réflexions
appartiennent qu'au siécle d'Homere,quoiu'elles
soient plus anciennes que l'enleveient
d'Hélene, & que le long siége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne soient
oprouvées que par Lucien ôc par la foule
onnante des Auteurs qu'il a cités. Nous
vons des autoritésrécentes qui préconisent
:IDanCe Pantomime & qui n'admettent qu'elsur
le Théatre où l'on doit toujours voir,
somme le dit Athenée dans ses Entretiens
sue le Ballet est une imitation fidelle des choses
%xe l'on dit & que l'onfait.
Nous avons omis ce qui honore le plus la
1: ense ; on nous permettra de le placer ici.
nousn'avons pas promis un discours scruuleusement
arrangé,qu'on ne nous fasse
::onc point de procès sur les défauts de liai-
ILO. Nous ne sommes comptables que de
J justesse des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cause de surprise
uour les Amateurs & même les Professeurs
: la Danse, c'est que cet exercice regar-
; ; à present comme une occupation frivolo
de la jeunesselégere & dirupee, doit fo
origine à la Religion.Nousfoupçonoon
bien d'illustres Danseurs de ne pas fçavoi
la génealogie de leur Art & de n'en avoi
jamais feuilleté les Titres.) Les Juifs à qA Dieu donna lui-même les Loix& les Cerémo
nie qu'ils ebserverent
,
l'introduisirent dan
leursFêtes&lesPayensaprès eux la confit,
crerent à leurs Dieux. 1
Ainsi donc la Danse est non feulemen
célebre par les Fêtes de la Politique,mai:
encore parcelles de la Religion. Nousn'ac
cumulerons point ici tous les passages d<
l'Ecriture & des Peres de l'Eglile qui conr
firment cetre Proposition. On peut veritieî
cette immense multitude de Collections qia
tont l'Eloge de la Danse dans le Traité d
Ballets anciens&modernesselon lesRéglésdà
Theatre.Composéparle R. P.Menetrier, Sç
vantJesuite, & dedié à M.le Duc d'Aumonè
Nous nous contenterons de nommer D
vid le Prophête Royal, qui dansa devait
l'Arche quand on la portoit de la maifc
d'Obédedon en Bethiéem. I
Ce n'est pas pour trancher des Erud
que nous avons entassé tant de doctes Cl
tations. C'est pour montrer que nous ri
risquons pas des Opinions nouvelles & 9
notre sentiment est soutenu par celui d£
S Des Ballets anciens & modernes Sage
2Sagesdela Grece. Nous sçavons que bien
fxles Lecteurs déferent plus à lacélébrité
des noms qu'à la force des raisons, & que
jttel qui résiste opiniatrément à l'évidence se
ywend dès qu'on lui allegue Ciceron; si
,':)c'etf un opiniatre quin'estimepasles Anociens,
il faut lui oposer Descartes&encore
mmieux Newton. Nous esperons fondés sur
ocette connoissanceexacte du pouvoir immmense
des préjugés, qu'on ne nous regar- dera pas comme l'intimé de la ComeaxEe
des Plaideurs, qui remonte à la Création
du Monde pour tomber sur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous metitra
pas aussi dans la Classe de cet Herille
que peint le Moraliste la Bruiereparmi ses
xcellens Portraits, de cet Herille qui fait di-
"JCe an Prince des Philosophes que l'eaul'enyure,
"t0" à l'Orateur Romain que L'eatt le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
jolies représentationsdeMahomet II. Les
rimes préparées pour Versailles les occupent
n:rop pour leur permettre de donner incef-
:-nIamment une Comedie en cinq Actes de
.1/YI. de Boissi
,
dont ils ont pourtant déja
ommencéles Répétitions.
OOn a continué à la Comédie Italienne le Sieste
de Grenade & ony a ajouté Arlequin The-
;êé,Parodie nouvelle delaTragedie de The-
Mte, quiaété représentée pour la premierefois
le Samedi trente Janvier. C'est une imitation
comique & suivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureusement
appliqués; en voici un échantillon
dans le dénouement,lorsque le Roi d'Athênereconnoit
sonfils par son Epée.
EGE'E A EGLE',
Oui je reconnois cette lame;
Voilà la marque sur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir..,
Quel bonheur imprévu, Madame!
Ici pour aider mon pouvoir,
J'avois un fils grâce à ma femme,
Sans le sçavoir.
Les Ballets font naifs,ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
L'Opéra Comique n'a ouvert son Théâtre
que le trois de Février, par la première
représentation de l'Isle d'Anticire ou la Folie
Medecin de l'Esprit, nouvelle Piécé d'un A&e
precedée de Amour au Village & deMoulinet
premier Parodie de Mahomet Second. Ce
début n'a pas été heureux: on a eu recours
aux Amours Grivois & à l'éternelPigmalion..
Le deux Fevrier jour dela Purifcation, on
exécutaau Concert Spirituel deux Mote ts
grand choeur deM.de la Lande, Cositemini
Domino & Quemadmodum. Le Concert fut
terminé par leJubilate Deo omnisterra,&par
unConcerto deM.delVlondonviHe.Onentendit
dans le même Concert avec une fatisfaction
générale Me. Levi excellente Musicienne,
arrivée depuis peu de Rennes, qui joua un
Concerto des plus brillants surle par-dessus
de Viole. Elle tirade cet instrument des fons
plus vifs&plus parfaits quil n'en produit ordinairement
,& promena son Archet sans ai- -
greur jusqu'au plus haut du manche. Enfin
Paris a confirmé unanimement les suffrages
que lui avoit accordés la Bretagne.
L E Samedi30 Janvier on exécuta chés
la Reine le Prologue & ie premier Acte d'Iphigenie.
Les paroles de cette Tragédie font
de Mrs.Duché & Danchet ; la Musique est de
Mrs. Desmarets & Campra. Les Acteurs du
Prologue furent, Diane Mlle. Deschamps, un
Habitant M. Poirier, une premiere Habitante
Mlle. d'Aigremont, une seconde Habitante
Mlle. Godonéche: dans le premier Acte Iphi-
; genie fut représentée par Mlle. de la Lande:
t Electre par Mlle.Matthieu;M. de Chasséfit
L le Rôle de Thoas &Mlle.Deschampsfit celui
> d'Ismenide.
M. Jacquemin nouvelle Basse-taille exécuta
5 dans le Prologue le Rôle de l'Ordonnateur.
On avoit donné précédemment l'Opera
de Bellerophon Tragédie de Thomas Corneille
, ou plutôt de laist illustre neveu M. de
Fontenelle'; il y a des traitstins&délicats
dans laPoësie qui le decelent:la Musique est
de Lulii: Mrs. du Bourg & la Garde exécuterent
les Rôles du Prologue.
Voici ceux de la Piece, Sténobée Mlle.
dela Lande, Philonoé Mlle. Deschamps,
Argine Me. Godonéche : Amifodar M. de
Chassé
,
le Roi M. Benoît, la Pythie M.
Poirier: Apollon & le Sacrificateur M. Godonêche:
deux Amazones Mmes. Daigremont&
Godoneche, & enfin Bellerophon
M.Jelliotte.
Le I& le4Fevrier le jeune M. Cardone f
'Eleve deM. de Blamont Sur-Intendant de la j
Musique du Roi a fait chanter à la Chapelle i
Ecce nunc benediciteDomlnum Motet à grand
choeur. Ce rare Auteur quoiqu'il n'ait que
quatorze ans, a déja sist chanter deux
fois
devant Sa lajeHé, la premiere, portant son
habit de Page de la Musique
, se la secon- :
de l'année passéeles21 & 23 Mars ; larepu- !
ration qu'il s'est acquise à la Cour s'estrépandue
à la Ville par le Concert Spirituel
ou ilaété fortapplaudi.
Le Mardi16Janvier les Comédiens
François repréfentércnr-à la Cour l'Ecole des
femmes C~ l'EtcdesCoquettes de Dancourt.
Le Jeudi Jjlndromaquc cr la Pupille de M,
î'?scan.
Les Comédiens Italiens représenterent le
33 Fevrier le double Mariage d'Arlequin, ComédieItalienne,
suivie du Ballet des Faunes,
94de la ParodiedeThesée.
Le Jeudi 4 les Comédiens François joue--
rent Mithridate & les Florentins. Le 9 le
\C)ph¡lfophe marié, suivi du Medecin maigrelui.
Le 10 les Italiens représenterent le Defi
d'Ar'equin & de Scapin, ComédieItaliensme
avec le Balet de CoralineJardiniere.
Le 11 les François jouèrent la Tragedie.
mWu Cid & l'Avocat Patelin.
Le 16ils représenterent les FermmesSçawantes&
l'Ecole des Maris.
Le 17 les Italiens representerent Arlequin
10ZIOCH Imaginaire, suivi du Divertissement
sfle Coraline Magicienne.
FRANCE.
WOUVELLES DELACOUR, &C. LE ROI prit le 17 du mois dernier le
deuil pour la mort de la DuchesseDouaisiiere
de Lorraine.
[ Le 15 le Maréchal de Schmettau, Grand-
Maître de l'Artillerie du Roi de Prusse &
finn Ministre Plénipotentiaire, eut une audience
particulière du Roi dans laquelleil
prit congé de S. M. Il fut conduit à cette
audience ainsi qu'à celles de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Mesdame
de Fiance, par M. de Verneuil le fils Introducteur
des Ambassadeurs.
Madame la Dauphineen s'approchant de
S, Jean de Luz trouva une foule innombrable
de peuple qui étoitallé au-devant d'elle
r & qui marqua par sa joye& par ses acclama
tions, que son amour & son reipeét pour
leurs Maje'-és & pour la Famille Royale lui
inspiroient les mêmes sentimens pour cette
Princesse. E le futreçue à laVilleparles Magistrats
qui lui rendirent leurs respects étant
présentés par M. Desgranges Maître des Cérémonies
, & elle entra dans S. Jean de Luz.
au bruit du canon & au milieu d'une double
haie formée par la Bourgeoise.Les Seigneurs
& les Dames de la Cour d'Espagne qui ont
accompagnéMadame la Dauphine depuis
Madridjusqu'à la frontiere des deux Royaumes
;
vinrentleT4du mois dernier prendre
congé de cette Princesse., & elle donna en
cette occasion des preuves de la bonté de
son coeur. Elle alla le mêmejour voir la Mer,
& le foir ainsi que la nuit précédente il yeut
des illuminationsdans toute la Ville.
Le 15 Madame la Dauphine partit de S.
Jean de Luz pour se rendre àBayonne oùel-,
le arriva le même jour. A la porte de la Vil- le M. Desgranges Maître des Cérémonies»
présenta à la Princesse M. de Larnberval qui ycommande pour le Roi, M. Romatet Lieutenant
de Roi de la Citadelle,& les Magistrats
qui complimenterent Madame la Dauphine,
le Maire portant la parole. Madame
la Dauphine en entrant dans la Ville fut faluée
d'une triple Salve de toute l'artillerie de
la Citadelle, des Forts & des Vaisseaux
,
&
elle passa sous un Arc de Triomphede 40
pieds de hauteur, au-dessus duquel étoient
Il
accolléesles Armes de France & celles d'Es-
: pagnes soutenues par deux Dauphins avec
cette Inscription: Qjtam bene perpetuis Sociantur
nexibus ambo! De chaque côté de
l'Arc de Triomphe régnoient deux Galeries,
) dont la supérieure étoit remplie par les Dames
les plus distinguées de laVille, & l'aurtre
l'étoit par 52 jeunes Demoiselles habillées à l'Espagnole Toutes les rues par lesquelles
Madame la Dauphine passaétoient jonchées
)de verdures, tendues de 1 apisseries de Haute-
[Lice & bordées de troupes fous les armes.
Une compagnie de Basques qui étoit allée
sau-devant de cette Princesse à une lieuë de
Lia Ville, l'accompagna en dansant au son
}desFlûtes & des Tambours jusqu'au Palais
Episcopal où elledescenditdecarosse&où
selle a logé pendant son séjour à Bayonne.
Dès que le jour fut baisse les Places publiques,
l'Hôtel de Ville & toutes les rues furent
illuminés.Madame la Dauphine le lendemain
de son arrivéeentendit la Messe dans
l'Eglise Cathédrale à la porte de laquelle elle
fut reçûë par l'Evêque revêtu de ses habits
pontificaux à la tête du Chapitre. La rigueur
du froid, & la brieveté du jour n'ayant
pas permis à Madame la Dauphine d'aller
voir les Ouvrages de la Barre, les préparatifs
faits par les Magistrats pour changer ce lieunaturellement
effrayant en un Paysage des
plus agréables ont été inutiles. Pendant que
la Princesse a demeuré à Bayonne lestroupes
Bourgeoises vétuës de rouge avec des
boutons d'or, leurs Officiers dont les habits
étoient galonnés d'or,la veste d'Etoffed'or
broché, étant à la tête, ont montélaGarde
au Palais Episcopal.
Le 17 Madame la Dauphine partit de
Bayonne après avoirfait présentau Corps de
Ville d'une Médaille d'or, représentant d'un
côté le Roi d'Espagne & de l'autre Monseigneur
le Dauphin. Elle coucha ce jour-làà
S. Vincent, le 18 à Dax, ayant été complimentée
en cette derniere Viile par le Chapitre
& par les Magistrats, le 19 à Tartas,
le 20 au Mont-de-Marfan où elle sejourna
le 11, le 11 à Roquefort de Marfan, le 23
à Captioux,le 24 à Bazas., elle, y fut COÏÏK.
plimentée par l'Evêque à la tête du Chapitre
,
le 25 à Langon, & le 26 à Castres
cette Princesse arriva le 11 à Bordeaux.
Le premier de ce mois M. Fromentin,
Recteur de l'Université se rendit à Versailles
étant accompagné des Doyens des Facultés
& des Procureurs des Nations, & fuirvant
l'ancien usage, il eut l'honneur de présenter
un cierge au Roi, à la Reine & à
iMonfeigneur le Dauphin.
Le même jour le P. Hubault Vicaire
Général des Religieux de la Mercyaccompagné
de trois Religieux de leur Convent
du Marais eut l'honneur de présenterun
xierge à la Reine pour satisfaire à une des
conditions de leur établissement, fait à Paris,
[n 1615 par la Reine Marie de Médicis.
Le 1 de ce moisFête de la Purification le la fainte Vierge, les Chevaliers Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint
Esprit s'étantassemblés vers les dix heures
jflu matin dans le Cabinet du Roi, S. M.
~int un Chapitre & nomma Chevaliers le
Ouc de Modéne, le Comte de Montijo,
~e Prince de Campo Florido, Ambassadeur
uilu Roid'Espagne auprès du Roi, &le
Marquis Scotti. Les preuves du Duc d'Aunont,
du Duc de Randan, du Marquisde:
^Montai, du Marquis de Senecterre, dtLiNIar- uis de Meuze & du Comte de Tavannes,
proposés le premier du mois dernier pour
être Chevaliers ayant été admises dans ce
Chapitre, ils furent introduits dans le Ca- 1
binet de S. M. laquelle les reçût Chevaliers,
de l'Ordre de S. Michel ainsi que le Comte:
de Lautrec admis dès le 2 Juin 1745. Le
Roi sortit ensuite de son Cabinet pour aller
à la Chapelle, S. M. étant précédée de
< Monseigneur le Dauphin, du Duc d'Or-
Jeans,. du Duc de Chartres
,
du Comte de 1
Clermont, du Prince de Conty
,
du Prince
de Dombes, du Comte d'Eu, du Duc de J
Penthievre & des Chevaliers, Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le Duc d'Aumont, J
le Duc de Kandan,le Comte de Lautrec,
leMarquis de Montal
,
le Marquis de Senecterre,
le Marquis de Meuze,& le Comte 1
de Tavannes en habits de Novices mll"-i
choient devant les Chevaliers. S. M. après
avoir assisté à la Bénediction des cierges &J
à la Procession qui se fit dans la cour du
Château, & après avo:ren:endu la grande
Messe celebrée par l'Archevêque de Nar--
bonne Prelat Commandeur de l'Ordre du
S. Esprit monta à son Trône, & elle re:
çût les sept nouveaux Chevaliers Ivec les
céremonies ordinaires, le Comte de la
Moth e Houdancourt,Grand d'Espagne, SA
le Duc de Biron furent parrains du' Duc
d'A umont & du Duc de Randan, le Corott
de Matignon&leMarquis de Fervaques, du
Comte de Lautrec & du Marquis de Montal
Le Marquis de Prie & le Maréchal de c oigny
,du Marquis de Senecterre, du Marquis
de Meuze & du Comte de Tavannes. Les
nouveaux Chevaliers ayant pris leurs places,
leRoisortitdela Chapelle & fut reconduit
en son apartement enla maniere accoutumée.
La Reine & Mesdames de France entendirent
la même Messe dans la Tribune.
L'après midi leurs Majestés accompagnées
de Monseigneur le Dauphin & de Mesdames
deFrance assisterent à la Prédication du P.
Segaut de la Compagnie de Jesus, & enfuite
aux Vêpres chantées par la Musique.
Le même jour la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Roüen son
Grand Aumônier.
Le 6 le Roi quitta le deuil qu'il avoit
pris pour la Duchesse Douairiere de Lorraine
,& le lendemain S. M. le prit en violet
pour la mort de l'Empereur.
Le 8 pendant la Messe du Roi, l'Evêque
d'Alais prêta ferment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le 13 de ce mais l'ouverture de l'Assemblée
générale duClergé de France le fit dans l'Eglise
des Grands Augustins par la McfTe du
S. Esprit à laquelle les Prelats & les autres
Députésqui composent l'Alfèmb"éc ccmmunierent.
L'Archevêque de Tours y officia
pontificalement & le Sermon fut pro-.
nonce par l'Evêque de Troyes. L'Assemblée
a élu pour Présidensl'Archevêque de Paris,
l'Archevêque de Tours, l'Archevêque
de Narbonne, l'Archevêque de Roüen, l'E-.
vêque de Vabres, l'Evêque de Langres,
l'Evêque d'Apt & l'Evêque de Grenoble..
L'Abbé de la Bastie,ancien Agent Général
du Clergé, est Promoteur; l'Abbé de Bussy
, Vice-Promoteur;l'Abbé de Rastignac,
ancien Agent Général du Clergé, Secretaire;
l'Abbé de Coriolis, Vice-Secretaire.
Les nouveaux Agens Généraux du Clerge
sont l'Abbéde Nicolay & l'Abbé de Breteuil.
Le Dimanche 14 le Roi nomma Menins,
de Monseigneur le Dauphin Mrs. de
Puiguion, de Montagu, de Sassenage, de
Talleyran, de S. Herem, deLorge,de
Froulay, & de la Vauguion.
Le Mercredi 17 on répeta la Comédie- 1
Ballet intitulée la Princessede Navarre, qui a j
dû être représentée le Mardi 23 à la Cam;
sur le Théâtre que l'on a construit dans le
Manege de la grande Ecurie. Le dessein de
ce Théâtre a été donné par M. Soldtz Sculpteur
& Déssinateur des menus plaisirs du
Roi & de l'Académie de Peinture & Sculp- *
turc. Nous en donnerons en son lieu une- •
description plus deraillée. Qn^p^reiidde Toub.i d: I.l de cemois*
que le Vaisseau l'Orislame, & la Fregate la
Diane furent carennés le 10 du premier côté
,
& devoient l'être lelendemaindu seconde.
PRISESDE VAISSEAUX.
LA Frégate du Roi l'Athalante commandée
parM. deMotheux s'est emparée
le 22 du mois de Décembre dernier,i
quatre lieuës Ouest du Cap Spartel, du
Brigantin Anglois le Nely, qui étoit chargé
de provisions d'Irlande qu'il portoit a
Gibraltar. *
On mande de S. Malo que le Capitaine
Donat, commandant le Corsaire là Riche
étoit rendu maître de deux Bâtimens lé
~Touccez, de Liverpool, sur lequel il yavoit
Õo barriques d'Huile & 200 peaux de Loup
Marin, & le Joseph Anne de Philadelphie
lIe 150 tonneaux, dont lacargaison con-.
liftoit en 257 Boucauxde Tabac: le premier
de ces deux Vaisseaux est arrivé à S.
lalo , & le second à Morlaix.
On a apris de Bayonne. que la Frégate
Aigle ,de ce Port, y avoit conduit le Naire
la Fidélité, de Darmouth, qui por-
~oit de la Morue seche à Lisbonne.
i Selon les avis reçus de Bordeaux, il ert,
~ontré dans ce Port un BâtimentAnglois
l!;unmé le Dauphin,chargé de Moruesvertes
, d'Huile & d'autres Marchandises
,
lequel
a 'été pris par le Corsairel'Entreprenante
de Bayonne.
On apprend de Calais que le Corsaire
l'Heureuse s'est emparée de quatre petits
Bâtimens ennemis, qu'il a rançonnés pour
la somme de 830 livres Sterlings.
Les lettres de Birefl: marquent que les
deux Frégates la Sirene & la Galatée
,
qui
sortirent de ce Port le 13 Janvier fous le
commandement de Mrs. Gomain & Louvet
, yrentierent le 17 avec un Corsaire
Anglois nommé leBacchus, de t8 canons, de 20pierriers& de 130 hommes d'équipage.
Ces deux Frégates ont repris le Navire
la Marie Françoise de Cherbourg que
ce Corsaireconduisoit en Angleterre. 1
La Chaloupe l'Heureuse de Calais, commandée
par le Capitaine Mathurin Canny
y est revenuë avec quatre rançons qui moii
tentà 18500livres. 1 Onmmde de Calais que les Corsaire
le Louis XV. & le 5. Benoit de ce Port se son
rendus maîtres des Navires Anglois la Providence
,
chargé de Froment, de Beurre,-
Suif, de Draps & d'autres marchandises
lequel venoit de Huile & alloit à Londres
&l'Aigle de Montrose d'environ 50 tOI
neaux, chargé de Tabac
,
d'Eau-de-Vie
& de Chanvre, -ï
Le dernier deces deux Corsaires a rançonné
un autre Bâtiment pour la somme de
6000 livresSterlings.
Le Brigantin la Jeanne Catherine de 60
tonneaux sur lequel il y avoit du Charbon.
de terre a été pris par le Corsaire la Chatte
qui l'a conduit à Dunkerque.
Selon des avis reçus de Brest M. de S.
Allouarn Commandant la Fregate l'Emeraude
a amené dans ce Port leVaisseauAnglois
Vjîugufte de 80 tonneaux qui portoit d'Irlande
à la Jamaïque du Boeuf, du Lard
,. du Fromage & du Savon.
La même Fregate s'est emparée de deux
Bâtimens ennemis destinésaussi pour la Jamaïque
,
& dont l'un est arrivé à Renoudet,
l'autre à Audierne.
La Fregate la Sirene commandée par M.
Gomain a reprisauxAnglois le Navire
François la Soeur auxcinq Freres de la Riviere
de Seure dont la charge consistoit en
Morue, & ce Navire est entré dans le Port
de Brest.
1-
Le Corsaire le Jean fofcph de S. Malo a
conduit aussî à Brest les Bâtimens Anglois
le Jovan Galley de 180 tonneaux, à bord
duquel croient du Bray, du Goudron
,
du
Cacao, de la Cire
,
de la Therebentine &
des Merrains; la Jouanne aussi de 180 ton-
: neaux qui alloit de Boston à Londres avec
un chargement de Bois de Gayac, de Bray
de Merrains & de Goudron, ,, & le Hanover
d'environ cent tonneaux chargé de diff.
rentes marchandises, qui avoit fait voile de
Bristol pour la Virginie.
Un autre Corsaire de S.Malo nommé
l'Astrée s'est rendu des Navires ennemis
le Fanny de 80 tonneaux dont la
cargaison étoit de POEuf& de Beurre
,
&
qui a été mené à Brest, & la Siréne chargé
de Sardines, qui est arrivé à Morlaix.
On mande de S. Malo que la Corsaire
Anglois le Césarde 18 canons ,
da 14 pierriers&
de150 hommes d'équipage a été
pris après une heure de combat par le Capitaine
le Turc commandant le Corsaire
le Grand Turc de ce Port. le même Capitaine
a enlevé les Navires le Jacques Riviere
de 200 tonneaux qui avoit chargé à
Bristol plusieurs marchandises pour la Virginie,
&le Betfej de cent tonneaux destiné
pour la Barbade.
Le CorsaireleLys de S. Malo y a fait,
conduire la Barque Li Marie Yvrme de Rol.
coss chargée de Vin qu'il a reprise sur un.
Armateurde Jersey.
Suivant les lettres de Bayonne le Corfaire
l'Entreprenante de ce Port y a envoyé
une prise Angloise qui alloit de Boston à.
ÀmftercUm avec un chargement de Bois de
Campeche, de Bois de Gayac, de Coton del'asia.0 Le PinquelaNotre-Dame de Cadero commandé
par le Capitaine Mathieu David de
Serre a conduit à Malte une Tartane Angloise
qui portoic des fonds pour faire un.
rachat de Bled.
SLOGE HIST0 R IQJJE,
de M. sîbjbePueelle.
0Uand nous nous sommes proposé d'informer
nos Lecteurs ( Ju moins autant qu'il nous
oisroit possible de recouvrer des Mémoires suffisans)
;lsela vie des hommes qui auront paru avec distin-
~oiion, foit dans l'Eglise, dans les Armes, dans
si Robe ou dan's les Arts, si nous n'avions eu pour
lut que de contenter la vaine curiosité des Lec-
1Jrurs avides d'anecdotes qui concernent leurs
contemporains, & sur-tout de celles qui peuvent
~icitereffer les Gens célebres
, nous nous serionsoposé
un objet bien frivole, & peu convena- E ce à un Ouvrage honoré de la protection du Gou-
~vernement; notre objet., plus digne de l'attention,
nunesprit sage est d'exciter les hommes à la verq
par le souvenir des vertus qu'ils ont vû pratiquer,
r,,en consacrantainsi la mémoire des hommes qui
îit méritél'estime publique, nous perpétuons,
~us multiplions même l'exemple qu'ils ont donné,
emple qui estsans doute la plus forte &laplus-
,lIe de toutes les leçons.
RENE' Pucelle, Abbé ommendataire de S lonarddeCorbigny,
Doyen des Conseillers-Clercs
du Parlement, It ci-devant Conseiller au Conseil
de Conscience pendant la minoritéduRoi.,nâouit
à Paris le I. Février 1655de Claude Pucelle Sel
de Françoisè de Catinat sa femme. 1
Claude Pucelle mourut à41 ans, &
quoiqu'ar.
,rêté au milieu de sa carriere, il tenoit déja depuis
plusieurs années le premier rang dans le Barreau.
Françoise de Catinat étoit fille de Pierre-de Cati-
nat mort Doyen du Parlement, & soeur du Maréchall
de Catinat, mort en 1712. De ce mariage nâqUiJ
rent trois fils.
Pierre Pucelle qui fut premièrement Conseiller
au Parlement en la seconde Chambre des Enquêtes
, & ensuite Premier Président du Parlement
de Grenoble, où il mourut en16?3 j
René Pucelle dont il s'agit 4)
Et Omer Pucelle, Seigneur d'Orgemont, Ma
rêchal des Camps & Armées du Roi, mort en 1730J
M. l'Abbé Pucelle ayant perdn son Pere dès son
bas âge, resta ainsi que ses freres fous la tutelld
d'une Mere éclairée qui veilla avec foin à son éducation.
Il fut mis en pensionau Collège de Louis
le. Grand, & y fit ses humanités; le P. de laRue
étoit alors Professeur de Rethorique
,
ainsi ce su
cet homme célébré qui forma l'esprit de l'Abb
Pucelle
,
puisqu'on peut dire que ce n'etf guére
que dans cette Classe que les enfans commencent
à penser; la mémoire feule travaille dans le tem~
quiprécéde. 1
L'Abbé Pucelle destiné par sa famille à l'Etae
Ecclésiastique, ne pouvoit pas rester plus long-tem
aux Jesuites, où ses Etudes n'auroient pas é
comptées pour prendre des dégrés: -*in-if on -
retira du College de Louis le Grand, pour luifain
faire dans l'Université les Etudes ordinaires cE
1
Philosophie, & les premieres années de la Théologie.
Cependant il éprouvoit que les arrangement de
Camille ne donnent pas la vocation. Quoiqu'il fût
encore dans une extrême jeundfe, la solidité naturelle
de son esprit lui avoit fait sentir de bonne
meure que le choix d'un état dl: l'action la plus importante
de la vie, & décide souvent de la fortune,
rlla bonheur, & mérne de la vertu des hommes;
faisoit sur ce choix de sérieusesréflexions, qu'on
31e néglige que par une indifférence qu'on risque
.e porter après à ses devoirs.
D'ailleurs la professiondes armes offroit à l'Abùé
Pucelle une carrière plus séduisante; Meilleurs
se Catinat ses Oncles, dont l'un fut depuis Marédhal
de France, étoient dès-lors très avancés dans
service, & leur position qui assuroit à leur Neeu
de grands agrémens & bien des facilités, pouiooit
aussi
fournir à son imagination les plus brilnintes
esperances. Ainsi il voulut, sans cependant
> : déterminer encore irrévocablement, essayer pour
nlnfi dire, les Armes,e il fit quelques Campagnes
m- qualité de Volontaire
,
sous les yeux de
2'S Oncles. Les voyages occuperent ensuite quelaiues
années de sa vie. Il visita l'Italie & l'Alle-
~tagne,avec cette curiositéque les Voyageurs
eulent faire passer polirle desir de connoître les
ommes, mais dont ils ne retirent que la con- ~oissance de Pays souvent peu differents du leur,
al le droitde raconter dans leur Patrie des choses
~'u'on ne croit pas toujours.
L'Abbé Pucelle n'employa pas tout le tems
1 ses voyages à observer les lieux par lesquels
sq passoit, son esprit s'étendit par des réflexions
billides, il s'étudia soigneusement lui-même
, &
viriva à Paris déterminé sur l'état qu'il vouloit
dnbrasser.
Il fitses étudesde Droit, passa quelque tems au
Séminaire des Bons Enfans,& après avoir reçu ]
l'Ordre du Soudiaconat. il entra dans le Parle.]
ment en qualité deConseiller-Clerc le 10 Avril
1684, & fut distribuéen la Troisiéme Chambre.
des Enquêtes. ]
L'Abbé Pucelle n'ignoroitnil'étendue ni l'im
portance des engagemens qu'il contractoit ; maisj
la suite a prouvé qu'il n'avoir pas trop présumé de
ses forces, & l'on peut dire que sion voulait,
faire la peintured'un parfait Magistrat, on rappor- teroit j ce qu'a faitl'AbbéPucelle, & que
rcuproi
quement si on vouloir faire le récit de sa vie, on
n'auroit qu'à faire l'énumération des fonctions
d'un parfait Magistrat.
Uniquement occupéde ses devoirs il étoit incapabledese
laisser entraîner par des esperancesde
fortune qUI n'ébranlent que les ames vulgaires,
& il n'étoit pas plus accessible aux illusions de la
gloire, sions au plaisir de jouer un rôle brillant, illudélicates,
capables d'éblouir même des ames
d'un ordre superieur, lorsque plus orgueilleuse,
qu'élevées elles prennent la gloire pour La vertu.
Aucun de ces motifs n'anima jamais l'Abbé Pucelle
; un coeur droit, un esprit éclairé, une application
infatigable le firent bien-tôt remarquer dans
le Parlement. Ilfaisoitses fonctionsavec exactitude
& avecsuccès: il sçavoit démêler le point capital
d'une affaire,&qui faisoit !e noeud de la dimcuiré
ce qui exige non feulement beaucoup de jufieffi
dans l'esprit, mais encore beaucoup de pénétration
& d'étendue; sans avoir en parlant cette éié
gance qui séduit l'oreille, ilavoit cette éloquence
mâle & solide qui porte la conviction dans le
esprits.
Il n'étoit que depuis quelques années dans le Pa
lement;le. feu. Roirécompensalesservices en
nommant à l'Abbaye de : Léonard de Corbigny.
Le détail de la vie d'un homme tel que M. l'Abbé
Pucelle ne peut pas être chargé de beaucoup de
circonstances. 'Un exercice constant des mêmes
vertus,une pratique allîduè des mêmesdevoirs,
Jles occupationstoujours uniformes, Ecoûter des
laideurs qui s'efforcc..1it envain avec milleredises
fatiguantes d'expliquer àleurs Juges leurs procès
qu'ils entendent blal ; monter auTribunaiou revenir
[.s.ans son cabinet étudier avec une attention pénible
l s détailsec & aride d'une affaire chargée de procédures,
chercher la justice dans les détours du labyrinthe
de lachicane;êtretémoin sanscelle de l'injustice
zoes hommes, voir à chaque instant l'humanité dégradée
par l'artifice
, la mauvaise foi, l'oppression ,
.J;C. réprimer les désordres présens; & en voir renaître
de nouveaux entendre gémir des malheureuxausquelsla
diligence la plus active ne peutapporter
qu'un soulagement toujours trop
tardif;
sembler à toutmoment quand on songe qu'on va
decider delafortuneou de la vie des Citoyens.,
pque quelque éclairé que l'onsoit, on peutse méprendre,
parce qu'on est homme, voilà quelles occupations
remplissent la vie d'un Magistrat. C'est Olinti
sue labbéI?uce-.Ile,passa les 18 années qui s1écoulejtnt
depuis1684,
,
jusqu'en 1702. Pendant les Vaoinions
de cette année ilpassa à la Grand'Chambre
poury retrouver les mêmes travaux multipliés.
Lamort du feu Roi arrivéeen 1715 procura à M.
Abbé Pucelle une distinction flateuse, dont il ne
5.0 cas que parce qu'elle lui fournissoit une occa-
) rm de plus d'être utile. M. le Duc d'Orléans, alors
gent du Royaume, 'Co!npofa un Conleil de
conscience,& y donna entrée à M. l'Abbé Pu-
1131 le M. le Cardinal de Noailles, Archevêque de
Paris, M. de Bezons,alors Archevêque de .Bor",
WIlUX, M.Daguesseaualors Procureur Général, d.
puis Chancelier de France, étoient les Membra
de ce Conseil, & la Dignité nouvelle dont M..l'Ab
Pucelle se trouvoit décoré, quelque important
qu'elle fût parelle-même, recevoit un nouvel écl
dumérite de ceux qui la partageoient. 4
Telle a été la carriere qu'a fournie M. L. I
carriere plus remplie de travaux que d'événemenj
qui offre plus de vertus que de faits fînguliersj
& peut être par cela même plus singuliere q
beaucoup d'autres plus éclatantes.
Ses moeurs étoient pures & douces, sa rage
n'avoit point cet air d'austérité,qui souvent a
nonce moins le degré de la vertu que ce qu'ci
coute : par un effort aussi rare il posseda de gran
talens sans prétentions, & jouit d'une grande ri
putation sans orgueil & sans vanité. 1
Il mourut le 7 Janvier dernier âgé de quat
vingt-neuf ans, onze mois & sept jours. Dep
plusieurs années & depuis le dccès de M. More
mort Doyen du Parlement en il étoit
plus ancien du Parlement sans cependant poret
le titre, ni jouir des prérogatives de Doyea
titre affecté aux seuls Conseillers laïcs. I
Illaisse pour héritieres du chef de Messire Pie
Pucelle son frere aîné, mort ainsi que nous l'avo
marqué,premier Président du Parlement de G13
noble, & de Dame Anne Roujaut sa femme
Dame Therese-Félicité Bidal d'Asfeld
,
épouse I
Messire Jean le Nain, Maître des Requêtes, Il
tendant de la Généralité de Languedoc, par m
présentation de feue Dame Pucelle J
mere decédée en 1714 , à son décès femme i
Messire Benoist Bidal, Baron d'Asfeld, Maréhal
des Camps & Armées du Roi, & Dame W
Pucelle, femme de Messire Nicolas Fremontd'
neuil, Conseiller d'Etat ordinaire, Doyen «
Doyens des Maires des Requêtes, & du chefj i
Messire Omer Pucelle, Seigneur d'Orgemont son
frere puiné
, mort Maréchal des Camps & Armées
nhlii Roi, & de Dame Talon ton épouse,
Dame Pucelle femme de Messire
aMe Galiffet.
.TRADUCTIOl.V LITTERALE
d'une Relation écrite de Cars.
1 Le5dela lune de DgematielAkir de la présente
année 1157; les Espions que nous avions en
campagne ayant donné avis s.P le méchant Tha-
Lgas étoit entré à Revan, tout aussitôt l'on fie
construire des retranchements tout au tour de la
place de Cars, dans lesquels on plaça tous les Janissaires,
les Dgebedgis, les Topchis
,
& les autres
troupes qu'il y avoit dans les quartiers ; & le ménantThamas
s'étant rendu au lieu MuradTepessi
19 dela susd. Lune jour de mardi, il arriva à
plaine de Cars, & ayant mis son armée en
ordre de bataille, & faisant tirer ses pieces de
campagne ,il la fit défiler au pied des montagnes vintcampervis à-vis l'armée des Fideles. Tout
Ji suite il divisa son armée en plusieurs corps <5c
3h attaquer nos troupes;nos Fideles Combattans
inflnt aussi-tôtentonné le cri de Guerre alla, aliat
nrent au devant de ces maudits blasphemateurs
p t quatres fideles Compagnons, & soutenus
)a notre Grand Prophète, & le combat s'engajnint
avec vigueur de part & d'autre, il dura
TC opiniâtreté, depuis huit heures du ma.. jusqu'à l'heure dela priere d'après midi, avec
~lieil avantage; le malfaisant Thamas étant venu
jpiiquer nos troupes avec son Arriere-garde,l'Ar-
) '.1 des Fideles l'attira en bataillant sur nos relâchements
St nos Janissaires e Dgebedgis
ayant fait une décharge générale de leurind
queterie l'obligea à regagner son Camp.
Le lendemain nous fîmes enterrer les corps de
Fideles qui avoient éte martyrs dans cette actiom
dont le nombre montoit à deux ou trois
cend
nous eûmes un plus grand nombre de blefrés,&
"ducôtédes KiJtlbacb le nombredesmorts excédl
quatre mille outreunfort grand nombre de blessé
Le jour suivant il se tint dans TonCamp fan
faire aucun mouvement,mais le jour d'après q
étoit up Jeudi ayant fait marcher son armée j
!',int se-porter au-dessus denotre Camp dans 1
lieu nommé Tbciuly JC.iia près du village de Ke
du & commença à faire travailler à couper l'e
de la riviere qui passe devant la Place de Car
-& se mit en disposition de livrer bataille.
la part de l'armée des Fideles Ahmet Khan Vi
-de son Alreffe, & le Chah-zadé étoient moncé
cheval suivis de quelques troupes de cavflerie
vinrent sur le champ de bataille, & du côté ,ci
KijzlbolCÚ, Alymendan Khan ôc Je fils de T
mas avant commencé l'adion , il yeut un ru
combat qui dura depuis trois heures jusqu'à se
& l'ennemi ne pouvant plus résister fut contra
à s'enfuir dans son Camp
,
& le jour d'après
combat, nous tmes enlever nos morts pour 1
donner la sépulture. I
Il se pJlIà quelques jours sans qu'il y eut auc
adlion de part ni d'autre, mais le 29 de la L
susdite, cinq corps de troupes de l'ennemi s'ét
avancés pied àpied devant l'armée des Fid
qui s'arrangerent en pareil ordre pour leur sa
face, le combat ayant commencé dura depuis
heure du matin pïqu'à huit, & les deux arm
étant toutes deux épuisées de forces, la fatigu
obligea de se séparer & de rentrer chacune d
son Camp. Il y eut beaucoup de morts &
bieflôs en cette occasion. T
Thamas en venant pour faire le siege de Cars
avoit emmené avec lui environ vingt mille Pionniers
qu'il avoit amassés parmi les Rayas ou Sujets
des Villages par où il avoit passé, 6c ayant fait
environner lariviere par ses troupes, il fit travailler
à en detourner le cours, & pour cela ayant
iait conflruire plusieurs Mines sur la hauteur des
,montagnes, il fit faire une digue dans la riviere,
dans l'endroit où elle couloit vers la Ville & fit
décharger seseaux vers la plaine de Kapfman de forte , que notre armée se trouva réduite dans
une grande extremité faute d'eau, & nos Soldats
pour subsister furent contraints de creuser des
puits pour étancher leur fois.
Quelques jours après les Ki/ilbach parurent avec
neuf corps de troupes & l'armée des Fideles ne
se trouvant point ailes forte pour résister à leur
.attaque & commençantà plier, Abdullah - Bey
Commandant de 500 hommes qui étoit à l'aîle
droite étant venu au secours des nôtres ranima le courage de nos braves soldats
,
le de forte que combat s'étant rallumé avec ardeur de part &
d'autre dura depuis une heure jusqu'a dix, Abdullah-
Bey taillant tout ce qui se présentoit devant
lui à droite & à gauche, enfonça enfin les entremis
& les poursuivit jusques dans leur camp.
Ce digne Abdullah-Bey fut tué par malheur
adans cette aétion. ( Dieu lui ait fait miséricorde)
éiSi cet homme n'eût point remporté la Couronne
bdu Martyre dans cette journée, il est sûr que
mous nous ferions emparés avec l'aide du Seigneur
bdu camp des Kijilhach.
Le 16 de la Lune de Redjib jour du Dimanche
, Mouftara Bacha joignit notre camp avec les
troupes des Lf/V/;*rt ce qui occasionna une grande eà l'armée des Fideles. Il y eut encore
une action le jour d'après,, & les armées se Ce..
parerent chacune de leur côté sans aucun avan- tage considérable.
Le 18 àl aube du jour les Kijîlhacb attaquèrent
à l'improviste l'armée des Fideles ,& ceux-ci
ayant été un peu dispersés ; le combat dura jufij
qu'après le soleil couché. Les efohis n'ayant p
résister aux efforts de l'ennemi, furent cause d4 ladébandade de notre armée, 6c cela ayant mil
l'épouvante parmi notre Cavalerie,elle fuit pcfttf
dant toute une nuit avec lesLesibis.
Dans les premiers jours de la Lune de Chaban
Kefferelly Effendi fut demandé plusieurs fois
poul
traiter, lui dit-on,d'un accomodement entre les
deux Monarques, cet Effendi fit plusieurs allées
& venues, ôc ceci ayant épouvanté nos Cavaliers
fous le pretexte que le picotin d'orge valoit ui
sequin
,
les troupes de Cavalerie, les Lavtuti.
les troupesdeMr.y ,
les Dtiis Rach." & les troupe,
des Pachas s'enfuirent toutes dans la nuit, & il n'j
eut que nos Piétons qui resterent dans leurs retranchemens,
parce qu'il y avoit encore quel.
ques provisions, nos Moutons & Boeufs trouvant
encore à paître. Thamas ayant appris h
désertion de notre Cavalerie, vint nous enlevé
tous nos Beltiaux & les conduisit dans son Camp
nous n'avions pas de la Cavalerie pour l'en el,
pêcher, que pouvions nous faire? '1
Le cinquième de la Lune de Chaban
les Ki
filbach vinrent attaquer nos retranchemens à la ne
tite pointe du jour, & nous avec le succès 4
Très-Haut ayant fait une forte résistance,
net
eunies le bonheur de les repousser
,
& de 11
çhasser jusqu'à leur Camp. 1
r. Le sixieme l'Ennemi ayant attaqué de noJ
.yeau nos Rerranchmens, les habitans de C
^vinrent tous à noire secours, & les repousserenc
avec l'aide des trcupes nommées akdil Rihdgé*
L Le jour d'après les kijilbach vinrent camper àune
1 portée du Canon de nosrecranchemens, & Thaisnas
ayant fait construire dix-sept ouvrages noml'jnés
Tabias à la portée du mousquet, il fit garnir
:>.cRacun de ces ouvrages de mille Pietons, mais
dès que le jour se fit il vit paroître d'uncôtéles
Enfansdelà Vicfloire & de l'autre lesJanissaires
6 & les Dgebedgts à pied, qui criant allaalla vinrent
eattaquer les troupes qui étoient dans les Ouvraa
ges, lesquelles ne pouvant soutenir l'effort des
ruaôtres , lacherent le pied & s'enfuirent dans leur
Camp. Cest dans cette journée que nos Piétons
supportèrent près de cent têtes Ôc quelques gens
:5_en viejque Enguis - Kan fut tué, & que nous leur
[^«nlevames huit pieces deCampagne qu'ils nommei t
.!-e;¿buk..ek.. Louange foit rendueau Seigneur; cette
3[Journée nous fut si glorieuse qu'il feroit presqu'imjcjpoflible
d'en faire le décail.
Thamas en ctant au désespoir & ne pouvant fu-
)lqipiotrter l'amertume du ca'ice que nous lui avions avaler, fit metre pied à terre à sa Cavalerie,
>$& s'en servant comme d'Infanterie fit avancer en
Ifflmême tems avec elle son canon & le reste de
Jtfon Artillerie pour attaquer nos Retranchemens :
ottous nos Janillàires, les Dge!(d(ii & les ensans
libdits de la Vitfloire en étant fortis & faisant cha- cun rempart d'une pierre,ils se battirent faces h faces huit heures d'Horloge,enfin lesKij.lbacb ne
oqpouvant plus resister furent obliges de fuir dans Jeur Camp, il y eut cinq à six cent fideles qui
uiurent fait martyrs d.ns cette action& deux
-
ou
oifcrois cent qui furent blesses. Ducôtédes Kce que nous ont apo *C'eit-à-direblanc fttbresud.
pris quelques Espions & Fugitifsquise rendirent
auprès de nous, il y eut neuf à dix mille homn.
es de tués, mais n'étant pas encore farisfait de
.ceci
,
il fit porter des canons de gros calibre,
nommé B/i'hewe*,aveclesquels il battit durant
trois jours la Place, per-sonne de nous ne pouvoit
paroîfre dans nos Retranchemens& les Bouiets
pleuvoientcomme la Grêle sur nos têtes.
Cependant grace à Dieu, il n'ya pas eu parmi
nous dix hommes de Matyrs. 5
Le premier jour de la Lune du S. Ramazan qui
étoit celui que Thamas avoir commencé de battre
la Place avec le gros canon, par un miracle,
de la divine Providence, il tomba une grande
pJiiye<jiii ayant forcé la Digue par sept endroits;
différentsde la Riviere dont il a été parlé ci—t
dessus
,
& à laquelle on avoir donné un autre;
cours depuis près de 40 jours
,
elle commença à.¡
reprendre son ancien cours & coula à son ordi
riaire devant la Place de Kars, alors le Kifilba
ne sçachant plus de quel côté se tourner ni ce
qu'il pouvoit faire, ayant fait retirer son canoa
clans son Camp, -nous reçumes leje,r d'après une
Lettre de sa part,par laquelle il mandoit qu'étant
les uns & les autres des Serviteurs de lavraie
roi, il cessoittoutacte d'hostilité jusqu'àce que
Keflèrely Ahmet Essendi fut de retour de Constanrinople,
& nous vîmes ensuite que le quatrié
me de la Lune du S. Ramazan, ayant fait ploye
bagage
,
il partit en tirant ses pieces de Campagne
Si vous êtes curieux d'apprendre tout ce qu
nous avons soufertdans ce Siege & de la difett
que nous y avons essuyée
, je vous dirai qu'un sa
de paille valoit25 parats, dix dragmes de pain
un parât & noUh n'avions point de viande, tous
le reste à proportion alloit de mêmeles
riWfes genscommencoient à mourir de faim ocde
inmifere. Enfin ce mauditest parri, l'hiver a cornsrnhencé
à s"y faire sentir fort rudement, & il eit
loTombé dela Neige,& cependant nous ne sommes
ïeças encore fortis de nos Retranchemens.
NOUVELLES ETRANGERES.
Turquie.
ON a appris de Conftantinopls que le Capitan
Bacha ayant été accusé d'avoir commis plumaeurs
fautes dans l'exercice delà Charge en avoK jJté privé, mais qu'il avoit obtenu le Gouvernesrrment
dela Morée par le crédit du Chef des
tu$unuques Noirs.
I Le Grand Seigneur a chargé Selim Effendi»
'):ecretaire de la Trésorerie d'aller exécuter une
nowmmiifion importante auprès du Grand Mogol.
ALLEMAGNE.
DN mwidede Neuffad du 28 du mois de Décembre
dernier
* que le Prince Charles de Lormanue
qui y avoit établi fbn quartier général de-
Pliuis qu'il s'étoit replié vers le Comté de Glatz
ovvoit détaché quelques troupes irrégulieres qu,i
)Jë[Qient avancées du coté de l'Oder; que deux
ob.>égimens de Hussards par les ordres de ce Pri nse
avoient paiïela NeilTpiès Levvin.
,
à la fatumeur
d'un gué,& qu'ils avoient fait un butin con-
:t,hderable dans plusieurs Villages, dont les Habitans
iu'soient refafé de payer les contributions qu'on.
leur avoitimposées ; que la droite de l'Oder de
puisTeschen jusqu'àRatiborétoit ccupée
parla
Corps d'Insurgens commandés par le Comte Leopold
Palsy; qu'un autre Corps d'Insurgens com j
mandé par le Comte Joseph Efterhàfi,&qui avoit:
pris sa route par la Moravie, avoir pénétré par
Fulneck dans la haute Siiefie; que la premier
Colonne- de ce dernier Corps étok déja arrivée
sur la Mora; qu'elle devoit passer dans les environs
de Troppau. tandis que des troupes de l'armer
du Prince Charles, qui marchoient par la gauche
de la riviere d'Oppa, tâcheroient de s'emparer
Ide quelques postes pour enfermer cette Place ;que trique la communication entre ces troupes & Ici
d'ux corps qui font fous les ordres des Comtes
Leopold Palsy & Joseph Elterhafï feroit affermie
de manière qu'on n eût plus à craindre qu'elle fut
interrompue le Prince Charles de Lorraine aflî-*
gneroit
des
quartiers dé cantonnement à l'arméç
de la Reine d'Hongrie, parce qu'une patrie deî
ttoupes de cette Princesse avoitbesoin de repos
aiais quecelles qui voudroient continuer de faire
la guerre pendant l'hyver feroient libres de tenil
la campagne ,
.& qu'elles jouiroierçjt de la doublé
paye qui leuravoit éré promise. 1
Quatre mille hommes d'Infanterie & de CavaJ
lerie des Pruiïïens ayant passé la Neifsartaquerc
le 12 du mois de Décembre dernier la petite Villi
de Patfchau, où il y avoir environ 1000. homme
de garnison
,
& ils firent contre la Ville un gran
feud'Artillerie. La garnison se défendit avec ta
tte valeur que le Général Luchefi eut le tems de 1
secourir Se de repousser les Prussîens qui se retire
rent cependant en bon ordre en faisant de ters
en tems des décharges d'Artillerie & deMousqu
terie sur le Corps qu'il commandoic.
On a appris du Haut Palatinat qu'un Corps c
lîroupes de la Reine de Hongrie marchoïc vers
AAmberg
,
& que les troupes lmperialles & Franjoifes
conftruifoient un Pont sur le Danube près
He Nohrbourg.
On apprend de Cologne du 10 du mois dernier
jgue l'Eldleur a reçu de S. M. I. une lettre laquelle
porte qu'il ne peut ignorer la façon inouie
iHont l'armée de la Reine de Hongrie,lorfgu'elle
1 abandonné les bords du Rhin, s'ell comportée
1 l'égard des Duchés de Neubourg & de Sultz-
;oach en y commettant toutes fortes de vexations
38c en pillantÔC saccageant tous les lieux oùelle
apalTéj par la feule raison que l'Eledetir Palatin
i l'exemple de quelques autres Princes a conclu
vivec l'Empereur un Traité d'union qui tend. uniquement
au soutien du Chef & au maintien du
yyltême de l'Empire, & parce qu'il a fait mar-,
d'her ses troupes au secours de la Bavière
,
sans
loréjudice toutefois de la neutralisé qui fubfifteen-
¡He ses Etats & ceux de S. M. H. ; qu'il est aile
aie concevoir qu'un procedé de cette nature qu'on ,
3te peut jamais justifier, a dû vivement affliger
3MEmpereur,ic que tout le monde sçait combien
1 est sensible à. S. M. I. de voir ses amis & ses
lAlliés qui défirent véritablement le salut & le
jeepos de la Patrie, çxpofés aux effets de la vena^
eance sans bornes de la Reine de Hongrie, Ôc
uoeurs terres quoique non impliquées dans la présente
guerre, sujettesàdesopprelîionsôc des caruamités
inexprimables. Que plus l'Empereur elt
ucouché de toutes les violences commises dans ses
,-i'rovinces
,
plus il se trouve obligé de défendre
zees Etats de l'Empire., dont les sentimens répondent
à ceux de leur Chef. &d'empêcher autant
'uu'il lui fera possîble que le mal n'aille en augmentant
; que comme il a reçu des avis certains
que contre toute attente la Cour de Vienne a formé
le projet d'une invasion dans les terres de
i'Eledorac de Brandebourg & dans celles de l'Eledteur
Palatin situées sur le bas Rhin, & que
l'exécution de cette entreprise n'est pas éloignée;
il ne peut se dispenser dansces conjontflurescritiques
où le moindre délai semble menacer l'Empire
d'un renversement total) de ne rien omettre
pour secourir les Princes qui se font joints à S.
M. I. afin de retablir la tranquillité en Allemagne
; que l'Empereur aurait fbuhaité d'employer
lès propres troupes à garantir de la devaftarionles
Duchés de Cleves, de Kergue & de Juliers,
mais que cela lui étant impoilible non-seulement
à cause de l'éloignement des troupes Impériales,
mais encore parce qu'elles font nécessaires pour'
la défense de ses Etats Héréditaires, le Roi Très-
Chrétiena consenti de lui accorder de nouveau
un Corps de troupes auxiliaires & de les faire marcher
pour s'oppocer aux errtreprifes que les ennemis
pourroient former contre les Etats des AI'
Jiés de S. M. I., qu'ainsi l'Empereur demande à"
l'Electeur de donner à ces troupes auxiliaireslej
libre passàge
,
conformement aux Confticutions
d
Corps Germanique, & defaire expedierdes ordres
pour qu'on leur füurnifiè tout ce dont elleat
auront besoin pour leur fubfiflance.
Le Maréchal de Maillebois qui commandel
troupes que le Roi de France a envoyées sur 1
Bas-Rhin, a écrit aussi à l'Eledeur une
Lettrepaj
laquelle il lui marque que S. M. T.C. a raI
connoître ses intentions pour le retablissementd
la paix par la Déclaration faite de sa part le m
du mois de Mai de l'année derniere à la Diett
Générale de l'Empire; que l'EIefleur a dû êtres
convaincu dela nécefïcédanslaquelle le
Raid
France s'est trouvé de repousser la force par la
force, 6cde ne pas dififerer plus long-rems de déclarer
la guerre à la Reine de Hongrie & au Roi
de la Grande Bretagne; que tout ce qui s'est
pasle depuis n'a fait que multiplier les motifsqu'a
S. M. T. C. de poursuivre ses ennemis &c ceux
de l'Empire, & de tirer une juste fatisfadlionde
tant d'injures accumulées les unes sur les autres,
aussi bien que des violences que les troupes de S.
M. H. s'appuyant sur des Alliances fatales au repos
du Corps Germanique ne cessent d'exercer sur
les Etats des Princes jaloux de remplir les obligations
qui les lient à leur Chef; que le Roi de
France espere donc que l'Elefteur & les Etats du
Cercle du Rhin feconderont volontiers en tout ce
qui dépendra d'eux une cause aussi juAe que celle
dont il prend la défense
,. tant par rapport à ce
qt!'il se doit à lui-même, que par rapport à ce qu'il doit à l'Empereur, à l'Empire & à ses Alliées
; que S. M. T. C. s'attend en mêmetems que-
TEletteur sans aucun retardement disposera les
Etats confiés à sa direction à accorder aux troupes
Françoises les mêmes facilités& les mêmes fe-
»cours qui ont été accordés aux troupes de la Reine
1de Hongrie & de Ces Alliés ; que non feulement
[les troupes Françoises obtiendront le libre paffa-
! ge ,
mais encore qu'il fera nommé des Commiffaicrespour
regler avec ceux du Roi de France les
t fournitures de toute espece, en fourage, fubfit
stances, voitures ou Chevaux dont ces troupes autiont
besoin, qu'elles payeront sur le pied des
llaxes dont on conviendra.
Le Marêchal de Maillebois finit sa lettre en prot
mettant à l'Electeur d'avoir attention de son côté
; à faire jbferver la discipline la plus exatfte par Les
jitraupes Erançoifes, & à les obliger de se confoimer
aux intentions de S. M. T. C., lesquelles font
que les Etats du cercle du Rhin n'ayent aucun su- jetdeseplaindred'elles. ;
On a appris depuis de Vienne que le 3 1 Decembre
dernier le Prince Charles-de - Lorraine y
revint de l'armée, & qu'il avoit laissé au Comte J
de Traun leComandement en chef des troupes de
la Reine de Hongrie;que la rigueur de la saisonne
permettant plus de tenir la campagne, les troupes
de S. M. H. se disposoient à se rendre dans les
quartiers d hyver qui leur étoient destinés; qu'une
partie deces troupes avoit passél'Oderle30 Décembre
dernier fous les ordres du Général Keil,&
qu'elle deyoit prendre ses quartiers dans le Diftricft
d'Oppelen; que le Général Buckow devoit
distribuer dans les environs du Confluent de la i,
Neifs& de l'Oder celles dont est composé le Corps, !
qu'il commande;que les Régimens d'Infanterie de
FrançoisdeLorraine,deCharlesde Lorraine,&deS.
Ignondevoient alleren Moravie avec quelques autre;
troupes,& qu'on avoit conduit à Vienneplusieurs
pieces d'Artillerie aux armes dePrusse que les
Prussiens avoient laissées dans Prague. J
On mande de Breslau du 4 Janvier que les Gênéraux
du Roi de Prusse ayant conclu avec ceux de
la Reine de Hongrie un Cartel pourl'échange des
prisonniers, des Commissaires des deux armées s'étoient
rendus à Koningin - Gratz pour procéder
à cet échange; qu'il étoit déja revenu danscette-
Province plus de 2000 des soldats Prussïens quiavoient
été pris parles troupes deS. M. H. qu'on,
avoit remis aux Commissaires de cette Princesse,
tous ceux des prisonniers faits sur son armée qui
avoient été distribués dans les Villes & autres lieux
de ce Duché, & que ceux qui avoient été envoyés;
foie en Prusse fait en Pomeranie, devoient être e
cheminpour retourner en Bohëme.
t
Le Lieutenant Général Comte de Nassau a ramer.c
bdans laPrincipauté de Schweidnitzle Corps de crouqpes
quia favorisé la retraite de la garnisonPrussienne,
>t sortie de Prague. Cette g rnifon malgré les fatigues
p,qu'elle a essuyées dans une marche aussi longue 5c
aussi rude que celle de Prague à Friedlan& malgré
elles fréquentes escarmouches qu'elle a euës à foutenir
contre divers détahetnens, n'a pas fait une
perte fort considérable.
Le Baron d'Enfiedel qui la commandoit s'etf ac-
JMuis beaucoup d'honneur par la manière dont il a exécuté sa retraite, & surtout par une marché
forcée qu'il a faite & qu'il a dirigée avec tant de
succès que le Chevalier de Saxe n'a pu réussir à em.
pêcherla jonctionavecleComte de Nassau. Les
troupes dont cette garnison étoit composée ont
aîèêté réparties dans les Principautés de Schweidmitz,
de Jawer & de Lignitz,& elles y doivenc
demeurer pendant l'hyver.
) On a appris de Dresde du 10 Janvier que M. de
Wallenrodt Ministre du Roi de Prusse a fait sçavoir
? S. M. P.de la part de ce Pri nce,que si elle désiroit de passerparlaSilesie, non feulement elle y voya- geroit avec autant de fûreté que dans ses propres Etats, mais encore elle y recevroit tous les honneurs
qui lui sont dûs.
Les lettres de Munich marquent qu'il y avoitde
fréquentes escarmouches du côté de Bourghaufen
)S.de Passau entre les troupes Impériales & celles M.H
O On aété informé parles mêmes lettres qu'un détahement
du Régiment de Hohenzollern des trousses
de l'Empereur avoit occupé la Ville de Bin-
;ni;?ng dans l'Evêché d'Aichftadt.
2 Suivant les avis reçûs de Ratifboneun autre détachement
des mêmes troupes a mis le feu au pont
que le Général Berencklau avoit fait construire fc.
EtterhaufénsurlaNaab.
Les mêmes avis portent q'elestroupes de lafc
Reinede Hongrie quise Sontrendues de la Bohême
dans le Haut Palatinat étoient cantonnées à Neubourg
à Am-Wold, à Nabburg
,
à Kreil, à Frohn- !
berg
,
& à Schwendorff; quelques-unes de ces
troupes ont enveloppé un Bataillon du Régiment
de Saxe des troupes Françoises
»
& ils ont fairprisônniersla
plus grande partie des Officiers & des
soldats dont ce Bataillon est composé.
Lanuit du 7 au 8 de Janvier un Corps destrou--
pesdelaReine de Hongrie étant passé dans une
des lsles du Danube y enleva plusieurs Bateaux
qui yavoient été conduits de Stat-Am-Hoff. Les
Magistrats de Ratisbone en ayant porté des plaintes,
l'Officier qui commande à Stat-Am-Hoff2
fait réponse qu'iln'avoit puse dispenser de se saisir
de ces, Bâteaux, parce qu'il étoit à craindre que
les Impériaux & les François ne s'en servissent
pour surprendre les troupes de S M. H.
Le Baron de Thungen a fait toutes les dispositions
nécessaires pour att aquer la Ville d'Amberg, & il a fait venir d'Egra trente pieces de canon
pourbatrecettePlace;
On assure que la Reine de Hongrie a
conclm
un nouveau Traité d'Alliance avec le Roi de l
Grande Bretagne
, avec le Roi de Pologne en
q.aMrc d'Electeur de Saxe & avec la République-
Dde Horllanede,s&dqueece .Tr.aité a été fignéà) Le CernéedeTraunad'onnéa'vaviiss à sS..-, M. HH~,
cpc les Prussiens ayant jétté deux ponts sur ia
Neill ,&faisant divers mouvemens,ilaordonn
àtoutesles troupes de se tenir prêtes à marcher,,,
& à celles. qui étoient en. Moravie de venir k,
jp.Wd¡:e.
Les Avis reçûs deWarsovie portent que le Roi;
de Pologne Electeur de Saxe a répondu aux offres,
qui lui ont été faites de là part du Roi de Prufle1
par M. de Wallenrodt, qu'il étoit fort sensible à
l'attention de S. M. Pr., & qu'il auroit passé volontiers
par la Silesie, si la Reine de Pologne
Electice de Saxe par des raisons parriculieresn'étoit
obligée d'aller à Cracovie& à Prague.
On a appris de Hanover que le Maréchal 8C.
le Chevalier de Belle-Isle ont été conduits du
Château d'Ofterode à Stade.
Le Comte de Bunau avuit reçu ordre de l'Em--
pereur de reclamer le Maréchal comme ayant été
arrêté contre les Loix du Corps Germanique, qui;
ne permettent pas à un Prince de l'Empire d'attenter
à la liberté d'un Ambassadeur envoyé à la.
Cour Impériale.
On a appris depuis de Haoover que le Chevalier,
deBelle-lile étoit à Stade depuis le 24 du mois:
dernier, mais que le Maréchal son freie n'y p-Gt,
arriver que le 16 parcequ'il a été indisposé.
On mande de Munich que l'Empereur avant sa
mort a déclaré l'Eledeur de Bavière Majeur &:
qu'il lui a recommandé de prendre les
confeiJs
de,
l'Impératrice&ceux des Comtes de Preyfing, de
Tettenbach de de Konigsféld. PRUSSE.
0 N mande de Berlin du 3 Janvier que (eIoa
Jjes avis reçus de Silesie le.Prince Regnant d'Anhalt
Dessau qui commande en chef les troupes du
Roi de Prusse dan cette Province s'étoit mis en
marche avec 42 Bataillions & o Escadrons pour
obliger les troupes de la Reine de Hongrie d'abandonner
divers postes qu'elles occupaient, Si
qu'il devoit avoir pasle la Neill: Qu'un corps de
16000 hommes s'étoit assemblé en même-tems ducôté
de Ratibor fous les ordres du Prince DJÀSdier
d'Anhalt afin de tâcher de couper la retraite
aux Insurgens de Hongrie;qu'il y avoit outre cela
un autre cerps de troupes Prussiennes qui s'étoit
avancé dans le ComtédeGlatz pour s'oposer aux
courses que la Cavaliere Legere de l'Armée de j
S. M. H. faisoit dans cette Province. 1
Il est arrivé à Berlin de divers endroits urt
grand nombre de soldats de recruë qu'on a fait
partir successivement pour les Régimens auxquels
ils font destinés. Tous les corps feront complets
avant le moisd'Avril. Les avis reçûs de Hambourg du 16 du mois dernier
, portent que felon les Lettres écrites de Silesse
les troupes de la Reine de Hongrie ont aban- j
donné de nouveau les postes qu'elles avoient repris
en Silesie & la plus grande partie des Insurgens
de Hongrie s'eltretirée dans la Moravie de- '1
puisles derniersmouvemens faits par l'armée Prufiienne
commandée parle Prince d'Anhalt-Dessau.
On apprend en même-tems de Hanover que le
courier qui avoit été envoyé à Londres par laj
Régence pour informer le Roi de la Grande Bre- 1
tagne de la détention du Maréchal & du Che- ®
Valier de Belle-Isle en étoit revenu, qu'il avoit
aporté un ordre de les faire conduire en Angle- ri
terre & que S. M. B. avoit aprouvé ce qui avoit
été fait par le Bailly d'Elbinguerode. i
On mande de Berlin du 20 du mois dernier i
qu'il y arriva de Silésie le 13 un courier envoyé 1
au Roi par le Prince d'Anhalt - Dessau, par le- j
quel S. M. Pr. a été informée que. ce Général f
ayant raffembIé sur le bord de la Neiffles diffé-
„ rents Corps de troupes qui avoient leurs quartiers
en deçà de cette riviere
, & ayant fait jerter.
deux ponts il passa le 9 la NeifT avec 36000
hommes;qu'il fit le même jour plusïeurs décache- 1
Estiens qui se porterent en avant avec tant de
[promptitude que les troupes de la Reine deHotigrie
n'ayant pas le tems de se préparer à sedéfendre,
abandonnerent précipitamment Patskaw,
Johansberg, Weidenau, Friedberg
,
Ziegenthals,
Zuckmantel
,
Mollendorff& Falckenberg.
On les a poursuivies vivement & on les a obligées
de se retirer de la plus grande partie du
[Pays qui est entre les rivieres de Neifs& d'Oppau.
Le Prince d'Anhalt a marché ensuite à Neuftadt,
dont il s'est rendu maître après avoir mis
en fuite trois Régimens de Hussards qui avoient
formé un camp pour couvrir cette Place& auxquels
on a fait un grand nombre de prisonmiers.
Ce Général a fait lesdispositions nécessairespour
tsr'eems parer aussi de Jagersdorff& de quelques au- postes qui étoient encore. occupés par les
ennemis.
Les troupes de la Reine de Hongrie ont entièrement
abandonné la Haute Silésie.
Le 15 du mois dernier les Hussards ennemis
s'étant repliés sur Jagerfdorff
,
deux Régimens
de Hussards Prussiens les attaquerent à la vue
ïdes Fauxbourgs de la Ville& en tuerent un grand
mombre.
L ESPAGNE Es avis reçus de Madrid du5 du mois dernier
portent que Madame la Dauphine s'étant reposée
un jour à Aranda continua le 28 du mois
précédent sa route, &que le même jour elle
arriva à Lerma
Elle y trouva Don Fernand de Valdes, Corregidor
de Burgos qui y étoit venu pour complimenter
cette Princesse au nom des habitans de la
Ville,
Le 29 Madame la Dauphine après avoir dîne
à Cogollos & après y avoir assîsté au Tf Dtunv
qui fut chanté dans l'Eglise des Religieux Auguslins
r
alla passer la nuit dans le Château du Duc
de Frias, d'où elle vit tirer le foir un magnifique
feu d'artifice que ce Seigneur avoit fait préparer.
S'étant rendue le 30 à Burgos. elle y reçut 1er
complimens du Chapitre de l'Eglise Métropolitaine,
à la tête duquel l'Archevêque porta la
parole; elle reçut aussi ceux du Corps de Ville,
de la principale Noblesse , des Commandeurs de
l'Hôpital Royal & des différentes Communautés
Religieuses, & les Dames de dilbnélion' de lw
Ville furent admises à lui baiser la main. L'aprèsmidi
on lui donna le spectacle d'un Combat de
Taureaux, & le foir on tira un feu d'artifice dans ht.
Place vis-à-vis le Paiais où elle étoit logée..
Cette Princesse se remit le 31 en marche & elle
alla à Birbiesca.
Elle dîna le premier Janvier à Pancorbo oâ
elle fut complimentée par des Députés de la Province
d'Alava & de la Ville de vittoria, & la
nuit su ivante elle coucha à Miranda de Ebro , d'où elle partie le 2, & ayant dîné à la Puebla
elle se rendit le même jour à Vittoria dont les
habitans,ainsi que ceux des autres lieux par lesquels
cette Princesse a passé
,
se font empressés
de lui donner des marques de la joye que leur
inspiroit sa présence. Le foir cette Princesse vit
des fenêtres de n-Iôtel du Marquis de Monte-
Hermoso où elle étoit logée, une magnifique Cavaldade
comptée d'une partie de la Bourgeoifiequi
conduisoit un Char de Triomphe. Après qU'f
les Musiciens qui étoient sur ce Char eurent exécuté
plusieurs pieces choisies de symphonie,on
tira un feu d'artifice, & pendant la nuit toutes,
ailes maisons de la Ville furent illuminées.
Le lendemainMadame la Dauphineadmit la
principale Noblesse & le Corps de Ville à lui
d'baiser la main, & elle reçut les complimens des i Députés de plusieurs Villes. Lorsqu'elle eut dîné
oon lui donna, le spectacle d'un Combat de Taureaux
dans lequel il y eut 18 de ces animaux mis
cà mort. On tira le foir un fecond feu d'artifice,
:&& les illuminations furent renouvellées dans toutes lles ruës.
Madame la Dauphine alla le 4 dîner à Vrribarntrigamboa
& coucher à Salinas. Les Députés de
lla Province d'Alava accompagnerent cettePrinocesse
jusques sur les confins de leur territoire, 8c en entrant sur celui de :a Province de Guipuscoa
, Madame la Dauphine trouva les Députés
pque cette derniere Province avoit envoyés au- devant d'elle pour la complimenter: la même
Province avoit fait prenre les armes aux Milices
du Pays, & ces troupes formoient une doudble
haye sur le passage de cette Princesse.
Le 5 quoique les chemins fussent fort difficile
(jpar la grande quantité de pluye qui étoit tombée,
4 Madame la Dauphine qui avoit dîné à Mondraagpn
arriva à Onate. LeComte de Montijocharggé
de remplir les fonctions de Majordôme Major
sauprès de Madame la Dauphine marcha tout ce jour-là à cheval devant le carosse de cette Prin- cesse
,
la aussi bien que les Marquis de olÚa & de Solana & le Comte d'Anguifola afin d'être
Ilplus en état de donner ses ordres pour que rien
mne retardât la marche.
Le tems fut si fâcheux le 6 que Madame la
Dauphine fut obligée de s'arrêter à Villa-Real,
r«tu elle devoit feulement dîner.
La journée du 7 ayant été un peu plus favorable
la Princesse coucha la nuit suivante à Villa
Franca. Elle descendit à l'Hôtel du Marquis de
Valmediano qui lui donna une très-belle Fêcej
accompagnée d'un feu d'artifice 1
Le Roi d'Espagne reçut le 9 Janvier au Château
du Pardo un courier extraordinaire par lequel
S. M. fut informée que le y les Vaisseaux de
lgauerre le GWuux & la Castille étoient arrivés de
Havanne à la Corogne,& qu'ils avoient aporté
tant pour le compte du Roi que pour celui
des Particuliers huit millions 274565 Piastres,
outre une très - grande quantité de Tabac en
poudre & en feüilles.
On aappris de Madrid du 19 du mois dernier
que le Roi a reçu avis que Madame la Dauphine
ayant couché le 8 à Tolosa, le 9 à Hernani &
< le 10 à Oyarzun, avoir dîné le u à Irun, Se
étoit arrivée le même jour à Fontarabie où elle
avoit trouvé le Marquis de la Farre, son Chevalier
d'honneur qui lui avoir remis de la part du
Roi de France le Portrait de Monseigneur sa
Dauphin. j
L'Intendant de Marine du Ferol amandé au
Roi que l'Armateur Martin Pecqueno avait con- j
duit à Vigo la Galere Angloise le Cb4te.llt d";"oô:1
tifice de cent vingt tonneaux Il
sur laquelle il y
avoit 1500quintaux de Moruë.
Selon les lettres du Corregidor de Bilbao
J
l'Armateur Don Joseph Jornandes est entré dans
ce Port avec un Vaisseau François , qu'il a repris.
à un Armateur Anglois qui s'en étoit emparé. | Le Roi a été informé par des dépêches du Con- 1
sul Espagnol qui réside à Lisbonne
, que leVais-
1
seau Anglois la Julienne de 190 tonneaux, chargé.
de Tabac de Virginie, avoit été mené à Setubal j
ar l'Armateur Don Martin d'Aroftegui.
L'Armateur Laurent Ervin a conduit au Port de Bayona une prise de 80 tonneaux, dont la
xharge consistoit en mille quintaux de Moruë.
Une autre prise de même espece& à peu près
ihide même valeur a été faite à la vue du même
Port par l'Armateur Olivier Colin.
On aappris de Lisbonne par des lettres de l'Isle de S. Michel, une des Açores, que le 5 Octobre
bdernier il y avoit eu un violent Ouragan qui avoit
;ausé des dommages considérables.
GENES ET ISLEDE CORSE. ON mande de Génes du 4 du mois dernier
que selon les lettres écrites de San-Remole
iio du mois précédent le Marquis de Caltellar
Wétoit avancé dans les environs avec 1500 Grenadiers
Espagnols & avec 200 Miquelets, se préq
parant à occuper les hauteurs voisines d'Oneille
lpeour couper à cette Place la communication avec Piedmont, & que le bruit venoit de Ce réqpandre
que les Piedmontois ayant évacué cette
même Place, les Espagnols y étoient entrés lie 31.
On a appris du 11 que l'avant-garde des
1 troupes Espagnoles commandées par l'Infant Don
Philippe s'étoit avancée vers les Terres. de la
[ République de Génes
,
& que l'on a eu la con- firmation de la nouvelle de l'arrivée d'un détachement
de ces troupes dans la Ville d'Oneille lqeusi a été abandonnée par les Piedmontois & dont
Habitans ont envoyé deux Députés,pour porj
ter les clefs de la Ville au Marquis de Castellar.
Le 2 la garnison Piedmontoife qui étoit à Loane
! s'en est aussi retirée, & le même jour le Mar-
> quis de Castellar a fait occuperce poste par u.
RégimentEspagnol. Ce Général est retourné joindre
l'Infant Don Philippe qui est à Nice depuis
le 24 Décembre dernier. )
Selon les lettres reçues de l'Etat
Ecclésiastique
les troupes commandées par le Comte de Gages
ne doivent pas demeurer long-tems dans JeuriÉl
cantonnemens,&il paroissoit qu'elles se difpofoiencl
à faire quelque nouveau mouvement. ;
L'armée qui est fous les ordres du Prince dtf
LBobckoowitzlestoprèsnd'Inoola suir lses c.onfins d j Les Paysans des environs d'Oneille& de Loa.
no n'étant point venus à l'obéissance & n'ayant
point posé les armes dans le tems qui leur avoit
été prescrit, l'Infant Don Philippe a mis tout le
Pays à contribution, & les Habitans ont été taxé àuntiersde leursrevenus.
L'armée du Roi d'Espagne fous les ordres du»
Comte de Gages & celle de la Reine de Hongrie,"
font toujours dans leurs mêmes quartiers de can..-'
tonnement.
i Grande BilETAGNf.1 0 i N a appris de Londres qu'un VaisseauFrançois
de 300tonneaux qui alloit à Buenos,
Ayres a été conduit a Lisbonne parun Armateur.
dePorsmouth. 1
Le Vaisseau le-Éamborough de vingt canonsti
qui croisoit sur la Côte de la Caroline Méridio..:
nale ,
s'est emparé d'un Bâtiment François d
120 tonneaux, de 24 canons & monté de 520f
hommes, & on a trouvé à bord 6'000'1 Piastresj
& quelques caisses remplies de poudre d'or. i
L'Armateur le M.irs de Darmouth qui avoit
été?
pris par les François a été repris par le Vaitfea.,
de guerre le Çnpiainz vers les 48e degré de Lati—^
Eu<ie.
MORTS.
MEssire Jean-Pierred'Aigrefeuille, Chevalier
Seigneur de Caunelles
, lfone, &c. Coniitvëil-
ler duRoi en la Cour des Comptes, Aides & Fiu.
nances de Montpellier en 1689. Président en la
mêmeCour en 1705. Président honoraire en 1724.
&Conseiller d'Etat en 1736. mourut à Montpellier
le 8 Septembre 1744. dans la 79. année de
:ioTon âge
,
étant né le 14 Octobre 1665.
1 Ce Magistrat qui étoit d'une famille distinguée
~octoit encore plus recommandable par ses qualités
personnelles. Son sçavoirprofond, son intégrité,
la douceur de ses moeurs, & sa solide pieté qui ne
bVeft jamais démentie, lui avoient acquis toute i'estisrfpie
& toute la confiance du Public.
Le 26 Décembre 1744, Dame Anne de C.h"ftd
iw'ux, veuve depuis le 2 Février 1731 de Charles ue
~Wienne, Comte de Commarain, mourut au Chl. eau de Commarain en Bourgogne, âgée de 72
nans. Elle étoit fille de César Philippe Comte de
Chastellux, & de Judith de Barillon
,
& soeur de
Guillaume-Antoinede Chastellux
,
lieutenant Général
des armées du Roi, &Commandant en ~oussillon, mort à Perpignan le ix Avril 1742. Eloc
laisse une fille unique,Marie-Judith de Vienne
iuflui avoitépousé en 171ç Joseph-FrançoisDamas,
Marquis d'Antigny, Comte de Ruffey, Baron de
rC:hevreau, Brigadier des armées du Roi, Colonel
diu Régiment de Boulonois, mort le 1 1 May 1736
iijjjui lui alaissé un fils, Jacques-François Damasx
Marquis d'Antigny & une fille, Alexandriner
Victoire-Eleonore Damas.
Voyez pour les Génealogies la derniere Editio"
del'Histoire des Grands
Officiers
dela Couronne.
Le 15 Janvier dernier, mourut à AixMemrc
Thomas deGaliffet. Il avoit été nommé Chef
d'Escadre le t; Decembre dernier. Il étoit dans la
78. année deson âge, & avoit servi avec distinction.
LeCardinal Lucini, del'Ordre de S. Dominique,
est mort à Rome d'une fluxion de Poitrine,agi
de 79 ans. Il se nommoit Louis-Marie, & M
Famille tient un des premiers rangs parmi la
No
blesse du Milanez. Ce f ardinal qui étoit de la Promotion
que le Pape a faite au mois de Septembre
de l'année 1743avoitrempli pendant l'espace d4
iç ans la place de Commissaire Général du S. Ossi.
ce. Il s'étoit rendu extrêmement recommandablt:
par sa pieté & par le sçavoir qu'il a montré dans
ïlléponfe de M. de la Soriniere sur le ilyle Marotique,
5*4 IVersàDangeville, 58
iEpître à M. Desforges-Maillard, 59
IDialogue de Sylla& d'Eucratef 61
yOdeàM.*** 71
IEpître à l'occasion de cette Ode, 76
ïRemarques sur un passage de Virgile, 7*
IVers Italiens & leur imitation
,
8z
ÎJExplication d'un Marbre antique, 84
ILe Point du jour ,
8Î
2 Secret important, pz 4NOUVELLES LITTERAIRESDES BEAUX
ARTS,les Vies des Hommes IHuilres, Tom. XI
& XII. Extrait, DOronoko,traduitdel'Anglois,11j97 rïHiftoire de l'Académie des Sciences, Extrait,114
A-Accouchement des Crapauds, Il ftRuifleau Inflammable, 121
Machines approuvées par l'Académie, 12*
:>ObfervationsMétéorologiques, 1ja
JLesPastoralesdeNémefien, &c. jjf
IINouveIle Edition de Virgile, 14® JL'Art de fixer dans la mémoire les faits les plus
remarquables, ôcc., 141
HHiftoire de la Ville de Nismes, 14J
Hï-Hftoire des Sacremens,&c. 144
IJLe Maître des Novices &c. ibid.
YrNouvelle Edition duDidtionnairedeSobrino,74e
'JL'Oracle desSybilles,
ibicf"
Jaséance publique de la Societé des Sciences dé
Toulouse
, 14e
AAffemblee & Programme de l'Académie des
) Belles-Lettres de Montauban, 147 Cours sur l'Archi[eélure, 158
Uettons frappés pour 1745"t 1S
Explicatin des Enigmes & i-ogogryghes,if Enigmes & Logogryphes, J5 lui"jict 1at.t^jris, 16
CShanopnenetéce:1tacles,ibuibu SuitedesReflexionsiurlesBallets, id
Concerts de la Reine, 17
Pièce?représente'es à laCour, 17
France, Neuvelles de la Cour, de Paris, &c. tbia
Ouverture de l'Assemblée duClergé, 171
Répétition de la Pnncefle de Navarre , Comédie
Ballet
,
i2
Prises des VaHfeaux, 18
Eloge Hifterique de M. l'Abbé Pucelle, 1
Tradudion literalc d'une Relation écrite de Caj
19
Nouvelles etrmgere4 19
Mores, 21,
ERRATA. iA
p 1
Age205. lig.3. du second vol. de Novembre
Paul-Edouard, &c. hfet. Paul-Edouard deman
deur en maintenuë duTitre& Duché dEftoutevilH
Pag. zp. de ce Volume, l. derniere, Careflàn
lisés Caressant.
P. 33.l.2. une feconde ; fo'isJ. une seconde fois
P 43. éclater 1. éclater. -
P. 44. l. 1,expire, expire?
P. ji, 1. 19. Quel seroitmon bonheur! si j
dormois toujours
,
1. Quelseroit mon bonheur si j
dormois toujours! P. 61. l. derniere, pourinspirer, 1. pour a
inspirer. a P.62.1.17 ,ilyen,l.ilyena.
A PARIS,
)Chez
GUILLAUMECAVELIER,
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai deConti,
à la descente du Pont-Neuf.
JEANDENULLY,auPalais.
M.DCC. XLV.
Avu Approbation & Privilège dit Roy,
A V I.S.
L ADRESSEgénérale ejl à Monsieur
de tA B si UF RE, dTHôtel de Ponchartrain.
On prie très-lnflamment ceux qui
neus adre[feront des Paquets par la Poste,
d'enaffranchir le Port, pour nous épargner le
depiaijîr de les rébufer, & à eux celui de ne
pas i oir paraître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers, qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main,&plus promptemçnt,
n'auront qu'à écrire à l'adressè ci-dessus
indiquée, on se conformera très-exactementk
leurs intentions.
Prix XXX. SOLS.
-r/,-e/i D ver.F, yue'tiProje,
\JDE,A LA VEZERL.
ParM". V.
K^oeur aLnuz¿f¿ clcC/aAztét
1 Kfuspendtoncourscuidacteilx
,
Klrrclt,Veicre cfic/nintcc,
lpPLdtJ:J' ecu-niat.ts xJmeJ't'e.
Oui le pur cristal de ta source
,
Ces bois, ces feuillages naissants
Qui par tout ombragent ta course
Me rendent mes premiers accents.
Le brillant canal de Blan duze
Par les vers jadis fut chanté;
De ncs jours l'aimable Vaucluse
Leur doit son immortalité,
Je dirai ces digues bruyantes)
Rochers nuit&jour humectes
ui de tes ondes blanchillante$
Brifent les coups précipités.
Je louerai le superbe Hêtre
Qui me fert drappui sur ce bord,
Je peindrai cette Isle champêtre
Donttes eaux défendent l'abord.
0 Driade de ces boccages
Sans cesse nous te chanterons,
Cettede craindre les outrages
Des sacrileges bûcherons.
Jamais le Faune sur tes rives
Brulé du feu de ses désirs,*
DP tes compagnes fugitives viendratroublerJ-s plaisir.
La Nuit rien n'y rompt le silence
Que le doux murmure des eaux,
Bien-tôt l'Aurore qui s'avance
Y joint les Concerts des oiseaux.
Mais permets aussi que ma Lyre
Unisse à ces accords touchants
Les fons que Calliope inspire ;
L'Amour n'anime plus mes chants.
Je ne perds plus mes réveries
À rendre ces profanes noms
t)e déÍirs, de peines cheries
Dont j'ai fatigué les vallons.
Des éleves de la sagesse
J'entreprends les nobles travaux,
Et du Dieu qui fit mon yvresse
Content je quitte, les drapeaux.
MANUSCRITINDIEN
traduit par M. facques, Marchand Evensaillisse
rue Moufetar.
Les EnchanteursBUta BaguedePwjptnee.
CONTI.
1L ya un allés grand Pays dans l'Afie .qui
n'etf habité que par des Bergers.On l'appelle
les Prairies tranquilles, elles font bordées
d'un côté par la Mer, & de l'autre par
des Montagnes prefqu'inacceflibln qui confinent
aux Etats d'un Enchanteur nommé
Afiramond. Les Bergers decette Contrée
suivent sans s'en écarter les Loix de la Simple
nature. Il n'y a point parmi eux de Supérieur,
ils font tous amis parce qu'ils font
égaux,& vivent ensemble comme s'ilsétoient
freres. Leurs biens ne' font pourtant pas en
commun;ils n'en n'ont d'autres que leurs
troupeaux, & chaque famille a son troupeau
séparé. Comme tous les paturages de ce Pays
font également bons, que le Climat yest
toujours temperé & qu'il n'y a point de bêtes
sauvages, il n'arrive jamais d'accident à aucun
troupeau, &'la paix publique n'est jamais
troublée par aucun malheur particulier. Le,
1eul obstacle au bonheur continuel de cePeu-
.ple tranquille estlevoisinage de l'Enchanteur
, ce n'est pas qu'il ne leur laisse toute liberté,
mais ils font obligés de lui payer un
rributlqui leur est fort onereux, c'efi que
tous les quatre ans il a droit de venir chés
eux faire la revue des filles qui ont atteint
l'âge de quatorze ans, & il estmaîtred'emmener
celle qui lui plaît le plus.Comme dans
lesPrairies tranquilles tous les peres & ineres
aiment leurs enfans, & que tous les jeunes
gens font amoureux,ce tribut paroïtfort dur
aux Bergers quoiqu'il ne foit pas toujours
exigé avec la derniere rigueur
1
& la crainte
qu'inspire la viGte d'Aftramond netrouble
pas peu la félicité Pastorale de cette Contrée.
Mais on se contente de gémir tout bas de
crainte d'attirer pis.
Un jour que le VieillardArifton un des
plus riches & des plus refpedables Patriarches
de la Contrée se promenoit sur le bord
de la Mer, il y apperçutassés près du bord
une corbeille dans laquelle il y avoit un en- fant que pouffait vers le rivage un petit chien
noir &blanc quinageoit de toutes sesforces.
Ce fpettacle attendrit Arifton, il se déshabilloit
déja pour aller audevant du berceau
flottant &soulager le pauvre animal qui lui
faisoit pitié,mais il n'en eut pas le tems, &
le petit chien arriva en un clin d'oeil jufqu'àJui
avec la corbeille qu'il ne lâcha quû
quand elle fut aux pieds du Vieillard. Alors
il s'y coucha lui-méme-& paroilToit attendre
qu'Arifton se chargeât du dépôtqu'il venoit
de lui confier. Arifton regardoit avec furprise
ce qui se passoit au tour de lui. Il ne
cessoit de connderer l'enfant, dont la phiiionômie
le charmoit.Ii fourioit au Vieillard,
lui tendoit ses petits bras comme pour demander
l'hospitalité
,
le petit chien aboyoit
doucement & sa voix n'étoit pas comme
celle des. chiens ordinaires, elle ressemblait
au chant des Fauvetes. Ariflon droitattendri
1
les larmes couloient de ses yeux, ilprit la corbeille,&baisacentfoisle petit
enfant qui lui rendit fe6 baisers avec une grace
eharni-ante.11 pouvoit avoir huit ou dix mois,
ses langes étoient de belles dentelles, & il
avoit un gros Diamant sur son bonnet. Le
Vieillard content du trésor qu'il venoit d'acquérir
, s'achemina vers son habitation, le
petit chien marchoit devant lui & paroiffoit
lui servir de guide, comme s'il eut fçu
le chemin;en approchant de famaifon Arif-;
ton entendit des cris qui lui firent doublerj
le pas, un de ses enfans vint à sa rencontre &
lui dit que sa femme étoit en travail, c'étoit
la cause des cris qu'il entendoit,.mais ils cefferent
un instant après, Arifton entra dans la
j chambre de sa femme & vit le petit chien
1ui descendoitdulit de l'accouchée. Efl-ce
vous, bon homme,s'écria la femme qui m'amenezce
joli petit animal? c'est une Fée sans
doute ou un Génie secourable, je foufFrois
des douleurs extrêmes, il a fauté sur mon lit,
m'a touché avec sa patte,mes douleurs ont
¡ cène, & je fuis accouchée sans peine d'une
40lie petite fille. Ariftonvitalors la plus jolie
enfant du monde dont sa famiile yenoit
'de s'accroître
,
il la baisa tendrement'en
l'approchant de la corbeille. Aussi-tôt lnfant
qui y étoit s'agita extraordinairemeiK,
il sembloit qu'il voulut faire place à la nouvelle
fille d'Arifton
,
il la ferroit avec (es petites
mains & il formoit de petits fons doux
comme s'il avoit eu peur de l'effrayer. Cela
fepmarumtfeort singulier à Arirton ainsi qu'à sa
qui n'avoit pas encore pris-garde à
cet enfant. Elle le baisa beaucoup,rélolut
de l'allaiter aulîi bien que sa fille, & frappés
descaresses qu'il venoit de faire à leur
4leils le nommeient Cardrant. Leurs premières
années n'eurent rien de remarquable.
Ils reçurent l'éducation commune àtousles
enfans de la Contrée, c'est-à-dire, qu'on les
forma à être moderés dans leurs désirs, à
refpeâer les Vieillards, à aimer leurs
cajmrades & à dire toujours la vérité.
A l'âge de 1Õ ans Caressant & planchette fai- riet l'admiratioii&l'amour de toutelaContrce.
Caressant surpassoit les Bergers de son
âge par son esprit & par son adresse
, car on
avoit foin d'exercer l'un&l'autre par des jeux.
Les exercices du corps ctoient la Lutte &•la
Course; ceux de l'esprit étoient des questions
que les Vieillards propofoient sur des sujets
de Morale proportionnésfelon l'âge &1 a
portée des rcpondans. On s'affembloit pour
cela deux fois la semaine dans une prairie
&c'étoit làque la jeuneflfe s'éxerçoit: les filles,
& les garçons étoient ensemble. On commençoit
par les questions & un jour on demanda
à Caressant qui avoit alors près de
quatorze ans ce qu'il falloit pour être heureux.
Etre fage, répondit-il, & il en
reila-Ià comme s'il eut craint d'en trop dire , & regarda en rougissant Blanchette qui rougit
aussi. Les Vieillards le remarquèrent &
voulurent fçavoirce que Caressant avoit pensé
; ils n'eurent pour cela qu'à le demander,
car on ne mentoitpoint dans ce Pays & on ne ]
refusoit rien aux Vieillards. Caressant leur dit j
d'nn airassés embarassé qu'il avoit vou!u dire j
que pour être heureux il lui sembloit qu'il ne j
luffit pas d'être fâge, mais qu'il faut aimer j
& plaire à ce qu'on aime. J'aime Blanchet- J
te,ajouta-t-il, en paroissant se rassurer, je |
ne le lui ai jamais dit,mais je ne crois pas
quellepuine l'ignorer. Depuis que je ,me *
connois je ne fuis occupé que de lui plaire.,
I
je ne veux vivre que pour elle, & je ne fuis
affligé que de la difficulté de m'en rendre
digne.Jetâcherai du moins de faire en forte
que personne n'en foit plus digne que moi.
A ce discours toute l'auemblée se regarda en
souriant.
Blanchette rougitroit encore davantage.
Arifion qui la vitdécontenancée la raÍfura.
Ma fille, lui dit-il, & vous mes amis, apprenez
un secret qui n'est encore connu que
de moi & de CareÍfant, qui sans doute est
le fils de quelque grand Prince. A ce mot
de Prince il se fit un murmure confus, non
pas que ce titre imposàt aux Bergers, dans
cette Contrée les refpeéts ne se rendent
qu'à la Vertu, mais on étoitétonné de
cette avanture. Arifton raconta comment il
avoit trouvé Caressant, il montra lesuperbe
Diamant de sa cocffure, & personne ne douta
de la grandeur de sa naissance. Tout cela donnoit
bien à penser à Blanchette. Il y avoit
longtems qu'elle sçavoit que Caressantn'étoit
pas son frere, mais elle avoitignoré son
rang jusqu'alors & elle commença à craindre,
car elle avoit oui dire à ses parens que
les Rois & les Princes n'aimoient véritablement
qu'eux-mêmes. Arifton qui devinoit la
cause de l'embarras de sa fille adressa la parole
à Caressant: vous sçavez nos moeurs lui dit-il, , vous connoissez ma tendresse pour
vous; cette Contrée est bordée par des monts
escarpés qui la séparent de tous les Royaumes
de rAGe parmi lesquels sans doute est
celui où regnent vos parens; rien ne me
paroîtra difficile pour vous fcrvir. Je traverserai
les montagnes avec vous, & je vous
rnenerai dans les Lieux où on refpeéèe les
Princes pour l'amour de leur dignité; mais
vous aimez Blanchette & je ne crois pas
que ma fille vous foit ingrate. Je ferois outré
d'être obligé de vous refuser, mais en
quittant nos prairies vous ne devez plus songer
à ma fille. Choisissez entre la grandeur
pour laquelle vous êtes né & la tranquillité
dans laquelle vous pouvez vivre, si vous reftez
parmi nous: j'ai peu de bien &je dois j
le partager entre tous mes enfans
, vous
partagerez avec eux, & votre part fera double
en épousant Blanchette. A ce mot Arifton
fut interrompu par Caressàntqui partit
comme un éclair pour se jetter à ses pieds,
il les baigna de tes larmes, sa voix étoit
étouffée, il ne pouvoit parler. Il prononçoit
feulement le nom de Blanckette à qui il
tendoit la main, quoique la posture où il
étoit l'empêchâ& de la voir. Arifton le releva
en l'embrassant. J'entends votre silence,
dit-il, & ce jour est Je plus doux de ma vie.
Blanchette est à vous, si vous lui plaisez;
j Alors Carefhtnt se proflerna de nouveau aux •
piedsd'Arifton, & Blanchette versant un
torrent de larmes de joye accourut embrasser
aussi les genoux de son pere. Careffafit,
s'écria-t-elle, Blanchette
est
à vous & ne
fera jamais qu'à vous. Aimez vous, chers ensans
, dit Ariston en les relevant, aimez vous
toujours autant que vous êtes aimablese-cette
scene fit pleurer presquetoutel'alïemblée.
Toute la Contrée partagea la joye des jeunes
amans. On les regardoit déjà comme
époux, & rienneparoissoit égaler leur félicité.
Cependant pour célébrer leur mariage
il failoit attendre que l'Enchanteur Astramond
eût fait sa revue,car on ne pouvoit
marieraucune fille dans lePaysqu'après qu'elle
lui avoit paru indigne de son choix. Une
année se passa & elle parut à Blanchette &
;
à Careilant plus courte qu'un moment, ils nel'avoient employée qu'às'aimer & à se
le dire, le tems de la revue fatale appro- choit, & déjà on en commençoit les pré-
[ paratifs. Blanchette n'avoit pas de grandes
inquiétudes, il lui sembloit que mille de ses
compagnes devoient avoir la préférence sur elle, mais Caressant étoit dans un trouble
) qu'on ne sçauroit exprimer. Il ne lui pa- roissoit pas poflibie que l'Enchanteur, s'il
; avoirdesyeux,pût choiflrllne autre que Blanchette.
La jeune Bergere aimoit cette in-
> quiétude qui lui prouvoit l'amour de Caressant,
mais quand les derniers jours qui précédoient
la revue arrivèrent, elle commença
à craindre aussi, & l'idée qu'il n'étoit pas
impossible qu'on la séparâs de son amant la
faisoitfrémir; elle lui jura mille-fois qu'elle
mourroit plûtôt que d'être à un autre qu'à
lui, il s'en falloit bien que cette promessele
consolât, il n'envifageoit rien que d'af- *
freux & il n'osoit pas feulement douter de
son malheur, il passa les quinze dernieres
nuits sans fermer l'oeil, & Blanchette de son
côté ne dormit gueres mieux que lui, aullî
tous deux au bout de ce tems étoient à
peine reconnoifTables, Arifion s'en inquié
ta& en parla à sa fille. Ne vous
allarmezi
pas, mon pere, lui répondit-elle, je ne fçaurois
perdre trop de ce qui pourroit attirer!
sur moi le choix de l'Enchanteur. S'il choi-I
fit une autre que moi, si je fuis assés heureufer
pour paffer ma vie avec vous & avec le-*
poux que vous m'avez destiné
, croyez queI
je ne ferai pas long-tems sans reprendre cette
fanté qui vous est chere ; mais si le Ciel;
est contraire à mes voeux, si le choix d'Af.'
tramond m'oblige à le suivre, qu'ai-je à fairei
d'une viequ'il me faudroit paffer loin de*
vous & loin de Caressant? La veille de cet
jour redoutable arriva enfin. Caressantallât
trouver Blanchette dès la pointe du jour;;
j'ai, lui dit-il, ma chere Blanchette) un pro-,
jet à vous confier. Cet Enchanteur vous ainiera
sans doute s'il vous voit & nous ne f<ilU
rions espérer qu'il choisisse une autre que
vous, mais il n'est peut-être pas sans pitié,
il ignore notre amour, il ne sçait pas que
¡fon choix doit être l'arrêt de mort d'un homme
qui nel'a jamaisoftenfé. J'irai à sa rencontre,
je mouillerai ses genoux de mes
pleurs, je lui demanderai en grace de ne
vous pas voir & de permettre que vous
feule ne paroiÛiez pas à sa revue. Je le toucherai
peut-être ou je mourrai à tes pieds.
Enfin,charmante Blanchette,il n'y a pas d'autre
parti à prendre, si vous paroiflèz vous ferez
à l'Enchanteur. Pendant ce discours de
Caressant sa MaîtreiTe versoit un torrent de
larmes, c'étoit de ces larmes douces que chérissent
les amans & qu'rnfpire l'assuranced'être
aimé. L'idéeduPrince parut très raisonnable
à Blanchette, elle ne concevoit pas
qu'on pût refuser quelque chose à Caressant,
<cependant ils voulurent avoir l'approbation
d'Arifion
,
& ils coururent lui confier leur
dessein,mais le fage vieillard le defaprouva
& leur fit entendre qu'il étoit imprudent :
vous croyez, leur dit-il, tous les coeurs faits
comme le vôtre, mais, mes enfans, au de-là
>
des bornes de cette Contrée rien ne reÍrem- [tble à ce que vous voyez ici. Nous ne con- noiJfonsque la nature & nous ne l'avons
pas défigurée, le refle du monde ne s'oc-l
cupe qu'à rétauflerou à la corrompre. V0-:
tre démarche ne fera naître dans rame d'Af-:
tramond que de la curiofiré, & la curiosité;
y fera naître l'amour. Attendez votre fort J
je ne dis pas sans crainte, mais sans foiblesse ,1
& ayez confiance aux Dieux qui aiment laf
vertu. Ce discours auroit plû àtout autre
qu'à des amans, il ne servit qu'à augmen-jj
ter letrouble des
enfansd'Ariiton
en leur;
ôtant le seul rayon d'espoir qu'ils avaient.
conçu;ils passerent le refle du jour & toute
la nuit dans un état horrible. Enfin ce jour,
ce funeste jour parut, toutes les filles furent
rangées en rond dans une grande fale de
branchages ornés de fleurs qu'on avoit éle-,
véeaumilieu de la prairie. Cette fale ne recevoit
de jour que par le haut afin que la
lumiere se distribuât également sur tous les
visages. C'était l'Enchanteur lui-même qui
avoit ordonné que cela fut ainsi. Autour de
cette fale étoient tous les jeunes Bergers:
dont lesMaitressesétoient renferrnée;la terreur
étoit peinte sur leursvisages & dans tous:
leurs mouvemens. On entendoit parmi ,eux
lin murmure confus & ils s'agitoient comme
de jeunes Arbr ffcaux battus de la tempête
au milieu d'eux tous on difKnguoitCaref-•
fant à sa pâleur mortelle & à i'égarement:
de ses yeux, c'étoient les feules marques auxquelles
on put le reconnoître
t tant la frayeur
avoitdéfiguré son beau visage. L'Enchanteur
étoit attendu avec impatience, il arriva en-
Ifin & entra dans le (-don. Il y parut non pas
Dcomme un Tyran injuste,ou comme un Ravif-
Meur barbare.Il avoit la phifïonomie douce &
1 la contenance paisible,& il se trouva peut-être
plus d'une Bergere qui lui trouva feulemerit
îl'airtropindiffèrent: en effet une impression
bde langueur étoit repandue sur toute sa personne
,
il ne paroissoit pas fort pressé de faire
un choix & promena ses yeux assés froiderement
sur cette charmante assemblée. Cette
disposition de l'Enchanteur qui n'échapa à
personne, rassura un peu la tendre Blanchette
& lui donna le courage de faire un
mouvement qui devoit la faire remarquer;
Caressant avoit voulu que le petit chien noir & blanc suivît Blanchette dans le salon de
verdure. Confervé par lui & fauvé de la
fureur des eaux „
il esperoit qu'il garantiroit
)sa iMaîtrefle du danger qu'elle couroit: le
petit animal étoit entré de bonne grace
bdans le salon, mais des que l'Enchanteur
Eavoit paru, il s'étoit mis à trembler & fem-
Jbloitchercher à s'enfuir. Il étoit déjaà quel-
? ques pas de Blanchette,elle craignit de le perbdre
& elle sortit de la place pour le prenbdre
dans ses bras. Ce mouvement attira l'at-
Jtention de l'Enchanteur
,
il s'approcha & se
trouva vis-à-vis de Blanchette comme elle
se relevoit en tenant son petit chien. Les
Bergeres attentives remarquèrent qu'en ce'
moment Astramond parut troublé, il rougit
& personne ne douta que Blanchette ne l'eût
atteint d'une violente passion.En effet il la.
toucha de sa baguette& dans l'infant elle se
sentit transportée dans un char où Aftramond
s'affit à coté d'elle, & le char fut
dérobé par un nuage à tous les yeux. Toutes
les Bergeressortirent en foule du salon,
& tous les Bergers heureux qu'Astramond
ne pouvoit plus troubler se précipiterent
dans leurs bras. Dans cette Contrée innocente
les désirs de l'amour ne faisoient pas oublier
les devoirs de l'amitié. Bien-tôt tous
ces Amans heureux se ralïemblerent autour
de CareÍfant pour le secourir: il s'étaitéva.
noui à la nouvelle du choix de l'Enchanteur
& on le porta chés Arifton
,
sans qu'il reprit
l'usage de ses sens. Là les jeunes Bergers
le laiuerent,& allèrentgoûter leur bonheur
, sans se rejouir de sa peine, tandis
qu'Ariston & sa femme les larmes aux yeux,
s'empresserent de lui rendre les foins les plus
tendres. Les premieres marques de connoissance
qu'il donna furent des signes de desespoir
,
ses discours étoient sans liaison&tous
ses mouvemens étoient furieux. La douleurprofonde
du pere & 4e la mere de Blanchette
calma un peu ses transports, il devint
plus tranquille & il parvint à pouvoir
se plaindre, mais plusieurs jours se
passerent sans qu'il voulût voir la lumiere
1 ni prendre aucune nouriture. A la fin vaincu
par les tendres prieres de ses hôtes qui
n'étoientgueres moins affligés que lui, il
>
consentit à vivre, mais il ne s'y détermina
quepar une esperance, dont il ne putse désendre
,
de rejoindre Blanchette & de fléchir
l'Enchanteur. Dès queCaressant eut pris sa
résolution,il la déclaraàAriston
, en lui dii
santadieu, & quelques difficultés infurmonr
tables qu'on lui présentât, rien ne put le
détourner de quitter un séjour où Blan-
> chette n'étoit plus, & d'aller chercher celui
) qu'elle, habitoit. On eut beau lui dire que la demeure d'Aitramond étoit inaccessible
mon-seulement aux traces, mais même aux
yeux des mortels. Il partit ne pouvant choi-
Hil' qu'entre la mort ou la recherche de Blancherte,
& laissa tout le Canton des Bergers
affligé de sa perte & de son malheur. Ariston
5& sa femme vouloient l'accompagner, mais il ne le souffrit pas, craignant avec raison
qu'ils ne succombassent aux fatigues & aux
dangers qu'il envifageoit avec joye pour lui
bdans son entreprise; ils le conduisirent feu-
> ement jusqu'aux Montagnes où il se séparerent
après les adieux les plus tendres & les
plus douloureux. C'étoit feulement quand il
avoit voulu partir,que Caressant s'étoit apperçu
qu'avec Blanchette il avoit perdu son petit
chien, jusques-Ià il n'avoit fongé qu'à sa
Maîtresse. Cette seconde perte rendit encore
la premiere plus sensible,&lemalheureux
Caressant s'engagea dans les Montagnes sans
secours, sans précautions, & avec le seul
désir d'y trouver la mort. Il y marcha deux
jours & deux nuits sans presque s'arrêter &
sans sçavoir où il alloit, il cherchoit Blanchette
& la demandoit à tous les rochers;
parmi lesquels il erroit. L'eau des torrens
le désalteroit, quelques fruits sauvages faisoient
sa nourriture, & la concavité des.
roches lui servoit d'azile pour se reposer,
car ces lieux steriles étoient sans aucunes.
habitations, parce qu'ilsn'étoient pas susceptibles
de culture. Le trisse Caressant ne:
s'appercevoit pas de l'horreur qui l'environnoit,
il ne s'appercevoit que d'avoir perdu
Blanchette
,
& feulement quand il se trouvoit
arrêté par quelque précipice, il songeoit
qbulaensc'i,l n'avoit pas perdu son chien noir &
ce petit animal l'auroit guidé par uni
chemin plus praticable. Il ne prenoit pas
garde qu'ilne taisoit que tournoyer dansce
atfreufes Montagnes. Il avoitl'esprit trop
troublé pour faire quelque attention à for
chemin
,
& au bout de huit jours de marche
tprefque continuelle il se retrouva à cent pas
de l'endroit où il s'étoitseparéd'Ariston. Il
le reconnut, parce que la lassitude extrême
dont il étoit accablé affoiblissant tous ses
~lens affoiblit aussi sa douleur,& lui laissa promener
ses regards autour de lui avec un peu
He tranquillité;mais en reconnoissant qu'il
s'étoit égaré, l'idée du tems qu'il avoitperaiu
renouvella si vivement sa douleur qu'il
perdit connoissance
,
extenué par l'excès de
Ia fatigue & le peu de nouriture qu'il avoit
pris: dénué de toute apparence de secours,
Ile malheureux
Caressant
étoit pret à finir
elfe vie dans cet évanouissement. J1 revintcependant
& son premier mouvement fut d'en
tsetre faché; bientôt il se sçut mauvais gré de
sentir son ame dans une assiete plus tranquile,
&enfin ils'apperçutavec surprise qu'il
étoit dans un appartement superbe, couché
sur
»
un beau lit, au pied duquel étoit son
petit chien noir & blanc, & à côté un pigeon
d'une blancheur & d'une beauté extraordinaires.
A cette vue il se sentit pénéiîré
d'une joye pure,il baisa son petit chien
\Mi!Ic fois avec transport & lui demanda des
nouvelles de Blanchette. A ce mot le pigeon
blanc battit des aisles & le petit chien par
JCes mouvemens n'annonça que des choses
heureuses : cette conversation muette dura
..JWü¡;-tems, & Caressant ne s'en laiïoit pa¡
Il partageoit ses caresses entre le chien & le
pigeon pour qui il se trouvoit beaucoup
d'inclination, & de moment en moment il
sentoit renaître en son coeur le calme & l'espérance
„
quand un homme d'une figure
majestueuse entra dans la chambre. Vous
voyez, dit-il en s'approchant du lit, vous
voyez, aimable Caressant, l'Enchanteur qui
vient de vous sauver la vie, mais c'est aufit
celui qui vous a ravi Blanchette & votre petit
chien. A ces mots Caressant fauta à terre
avec une action mêlée de respect & de colere
,
& un second mouvement le fit prosterner
aux pieds de l'Enchanteur qu'il baignoit
de larmes sans avoir la force de proferer
une feule parole: le petit chien & le
pigeon pleuroient aussi, &l'Enchanteur laissa
échapper quelques larmes, mais se faisant
effort il releva Caressant avec amitié & lui.
adressa ainsi la parole. Vous me suppliez
Caressant, comme un Juge severe, & cependant
vous êtes aussi nécessaire à mon
bonheur que je le fuis au vôtre.AimezBlanchette
,elle vous aime & n'existe plus pour
moi; mais vous ne fçauriez la posseder que.
vous ne m'apportiez la Bague de Puissance,
quiest dans le Palais des Fées; partez &<.
marchez pendant sept jours vers le Midi,
vous arriverez au Palais. Prenez y la Bague
qu'on vous permettra de toucher,& soyez
nir qu'en me l'apportant, vous recevrez
blanchette en échange pour ne vous en fésarer
jamais. Je ne puis vous donner ici
cotre petit chien ni ce beau pigeon, mais
vous les garde avecfidelité, je vousassu-
5 avec vérité que leur bonheur & le mien
épendentainsi
que le vôtre du succès de
otre entreprise.
Ce discours de l'Enchanteur donna beaucoup
d'espérance à Caressant, il remercia
stramond de ses promesses & s'engagea de
oon coeur à lui apporter cette Bague mer-
~illeuse dont Blanchette devoit être le prix.
auroit bien voulu emmener le petit chien
: le pigeon,mais l'Enchanteur n'avoit garde
s'en défaifir
,
& Caressant partit, chagrin de
artir seul,mais plein d'ardeur& d'esperance.
'empressement qu'il avoit de se voir maî- e d'un trésor qui devoit lui rendre Blanchet-
1 ; lui fit faire une diligence incroyable, & dès
: matin du septiéme jour, il apperçut le
calais des Fées, qui se voyoit de fort loin rl'éclat des Pierres précieusesdont il étoit
onstruit. Cette vûe redoubla son ardeur,
ais ses forces ne repondoient pas à ses de- s ,
& comme il avoit marché presque sans
arréter, il se sentit épuisé, & fut obligé delJlfféoir
fous un Palmier: il s'y endormit, &
se réveillant il fut surpris de se trouver
nus une tente de drap d'Or & sur un riche
sopha au bout duquel étoit assis un
homme
d'une phisionomie un peu sombre
,
mais maj
jestueuse & dont les traits avoient quelque aiq
de ceux d'Astramond: il gardoit un profond!
silence lorsque cet Inconnu lui adressa la parole
d'un ton prévenant.
» Vous voyez 4
»dit-il
, un malheureux qui comme vous
M
doit son malheur à la méchanceté d'Astra-
»mond. Le cruel est mon frere,mais les
»
sentimens de la nature ne lui font pas cony
nus, & il me persécute depuis lemoment
n de ma naissance. Nous sommes égaux en
„ pouvoir & il n'a pu me dépouiller du mien
»mais il m'a porté de plus sensibles coups. Il
n m'a enlevé ce que j'aime. Vous soupirez
continua l'Inconnu, en s'appercevant que cè
mot d'enlévement frappoit vivement Caressant:
n
joignons nos larmes & notre vengean-
'f ce. Il tient fous son pouvoir la Fée que!
« j'adorois métamorphosée en chien, 8c
»votre adorable Blanchette fous la figu-
M re d'un pigeon est réduite aux mêmes ex-
» trêmités par sa barbarie. Mais la Bague de
r puissance peut nous rendre tous deux heu
se reux. Ni lui ni moi ne pouvons en être paf
„ sesseurs; c'est à vous, aimable & malheu
» reux Caressant,que les destinées la réser-
M vent. Servons nous-en pour notre ven-
M geance & notre bonheur; dès que vou
8; en ferez le maître vous n'avez qu'à sou
l' baiter d'être dans mon Palais, vousy
fereo'
-;:, ferez transporté sur le champ.Vous me concc)
fierez la Bague précieuse
,
je partirai, &
tO,
dans un clin d'oeil j'aurai puni le cruel
co?
persécuteur de nos amours, & je vousrentes
drai votre aimable maitresse. Ne redoutez
c*. plus Astramond; la Bague vous rendra
te)
son maître, & comme elle ne fc peut obc'b
tenir que de la volonté de celui qui la pof-
U)
séde, vous n'avezrien à craindre des efforts
»qu'il feroit en vain pour vous l'arracher.
c)Adieu cherCaressant, je pourrois vous en
a dire davantage & vous donner un nom qui
0 m'attireroit votre amour & votre refped:,
mais je ne veux rien tenir que de votre reconnoissance
& de votre compassion. Ne
perdez point de tems, & si vous êtes sen-
1 sible au service que je vous rends en vous
; apprenant les causes de votre infortune &
1 les moyens de la reparer, daignez m'asso-
) cier au bonheur dont je vous enseigne les
)
chemins. Je vous attends demain dans
mon Palais. En finissant ces paroles l'Inconnu
disparut sans donner à Caressant le
noms de lui repondre. Il demeura quelques
~olomens à refléchir surl'avanture singuliére
~iui venoit de lui arriver. Il repassoit dans sa
émoire tout ce qu'il venoit d'entendre, &
~and la bonté de son coeur ne l'auroit pas
teressé au fort des malheureux, quand ion
~oopre intéret ne lui auroit pas paru lié avec
celui de l'Inconnu, le discours de cet homme
n'avoit pas été si obscur pour Caressant qu'il.
ne crût y entrevoir que cet Inconnu étoit
ton pere, & dès-lors il lui devoit toute sa
tendresse & sa confiance. Cette idée ac- j
cordoit fort bien avec ce qu'il avoit appris
d'Ariston, de la manière dont ill'avoit trouvé
exposé sur les eaux & conduit au rivage
par le petit chien noir & blanc qui sans doute
étoit sa mere, métamorphosée, comme
disoit l'Inconnu, par Astramond. Les reflexions
qui déterminérent Caressant à se
rendre le lendemain chésl'Inconnu, l'occu-*
perent, & retarderent un peu sa marche, de
sorte qu'ilétoit nuit quand il arriva au Palais
: ce Palais, est pour ainsi-dire, la Cour
des Fées. C'est-là qu'habite la Souveraine
)
& c'estde-là qu'elle dirige à son gré tous les
evénemens du monde en présidant aux démarches
des Intelligences qui les conduifentj
Caressant fut très- bien reçu par les Fées,
mais il ne vit point la Fée souveraine, elle.
étoit déja renfermée pour travailler aux
af-i
faires de l'Univers; elle travailloit dès que
le Soleil étoit couché & n'étoit visible
geul
pendant le jour qu'elle passoit à donner se
ordres & à bien instruire ceux qui devoiena
Jes exécuter. Elle n'eut pas besoin qu'on
l'avertît de l'arrivée de Caressant. Elle en
étoitinstruite depuis longtems, elle fç^vqia
sa naissance
,
sa fortune, sa destinée&avoit
ordonné qu'on le fit coucher dans l'appartement
des songes
: c'étoit celui qu'elle donnoit
à ceux qu'elle vouloit favoriser, car il
n'étoit pas permis aux Fées de revéler entié-
,
rement aux hommes leur destinée, c'est un
pouvoir réservé feulement auxDieux, mais
elles pouvoient donner à ceux qu'elles en
trouvoient dignes, quelques idées qui les
instruisissent un peu sans les éclaircir tout-àfait,
ce qu'elles faisoient aisément & communément
par des songes. Caressant trouva
dans son appartement un repas préparé;
plusieurs Fées & plusieurs Génies soupérent
avec lui, & lui firent avec beaucoup de politesse
les honneurs de leur habitation. Ils
Î s'apperçurent qu'il étoit rêveur & inquiet, &
ne voulant pas l'importuner, ilsle laisserent
seul de bonne heure après lui avoirdit qu'ils
r viendroient le prendre le lendemain matin
pour le pi-ecentcrà la Fée souveraine. Ca-
1 ressant resté seul se coucha sur une estrade
) de velours qui étoit au fond de la chambre,
S & quelques sujets de reflexions qu'il pût
avoir, lafatigue du voyage l'endormit bientôt
; vers la fin de la nuit à l'heure où les
songes font la plus vive impression, il lui
sembla être dans la Plaine ou il avoit passé
LJa veille à quelques pas du PalaisdesFées.
111 n'y étoit pas
seul.
A sa gauche étoit Astramond
qui le tenoit par la main, à la gau- ched'Astramond étoit un vieillard vénérable,
& à la gauche de ce vieillard un homme
qu'il reconnut pour çelui qu'il avoir renconné
la veille, qu'il croyoit son pere,
Vis-à-vis d'eux étoit une Dame d'une beauté
parfaite & d'une taille imposante; cette
Dame reçut des mains du vieillard une Bague
d'une Turquoise gravée, & vint la présenter
à Caressant. Dès que celui-ci l'eut à son
doigt, la Dame, le vieillard & Aftramond
disparurent.L'Inconnu resta & Caressant
Je vit s'avancer à lui tenant Blanchette par
la main. L'amoureux Caressant vola à leur
rencontre, & dansl'infant qu'il les touchoit
il vit Blanchette changer de figure, & l'Inconnu
s'abimer dans la terre. L'émotion que
ce fonge fit sentir à Caressant le reveilla
,
&
à son réveil les mêmes idées se représenterent
si vivement à son imagination, qu'il douta
si son rêve n'étoit pas une réalité. Il faisoit
réflexion à tant de choses extraordinaires qui
lui arrivoient, & reconnoissant quelqu'avis
mystérieux dans le songe qu'il venoit de faire,
il tâchoit de l'accorder avec la conversation
de l'Inconnu qui étoit lui-même un ]
des personnages deson rêve, mais il trouvoit
bien de ladifficulté àlier toutes ces idées,& ilytravailloit assés inutilement lorsqu'on vint -
l'avertir que la Fée souveraine
l'attendoit,
Quand il fut à la porte de son appartement
elle descendit de son TroIlnc,fit plusieurs pas
au-decant de lui, & lui adressa ainsi la parole
: « Je vous connois, jeune homme, & je
» vous aime parceque vous êtes vertueux.
M
Soyez-le toujours, & desfendez-vous des
» piéges qui font femés au-tour de vous.
5) N'oubliez jamais les bienfaits, quand vous
M
auriez reçu des injures de la même main.
Vous allez être possesseur d'un trésor qui
) vous appartient, & qui vous rendra plus
»
puissant que les plus puissans Rois. Souve-
= nez-vous que la puissance doit être accom-
« pagnce de la justice, & quela justice éxiss
ge une exacte connoissance de la vérité.
i) Daignez suivre mes avis, cher Caressant,
*>
défiez - vous toujours des apparences,
» voyez & faites tout par vous-même si vous
5, le pouvez, par là vous ferez bien-tôt heu-
M reux & vous ferezle bonheur de tout ce
» que vous devez aimer. En finissant ce
discours elle présenta à Caressant laBague
enchantée & acheva de le déconcerter; il
s'étoit troublé d'abord en reconnoissant la
Fée souveraine pour la Dame qu'il avoit vu
en fonge recevoir des mains du vieillard une Turquoise
,
& cette Turquoise étoit précisément
la Bague mystérieuse que la Fée lui
offrait en ce moment. Cette justification
d'une partie de son rêve interdit Caressan;
ses yeuxs'attachoient à terre, & il n'osoit
avancer la main pour prendre la Bague: la
Fée pour l'encourager reprit ainsi la parole:
&» Acceptez, Caressant,ce bien qui est à vous, ne songez qu'à en faire un bon ufagc :
»
souvenez-vous de votre rêve & de mescon-
»
feils, le sçais où vous allez: rendez vous-y
« promtement, votre fort s'y éclaircira.»
Caressant un peu remis par ces paroles remercia
la Fée, accepta la Bague& s'étant
souhaité dans le Palais de l'Enchanteurinconnu
,
il s'apperçut dans l'instant qu'il y étoir.
CePalais étoit superbe & rempli des plus
belles personnes de l'un &de l'autre sexe, au
milieudesquellesl'Enchanteur parut venant à
la rencontre de Caveiîant.Toute cette Cour
avoit une contenance fort triste, & ne
sembloit pas faire de trop bon gré cortege
au maîtreduPalais; celui-ci s'avança vers
Caressant & t'embrassa d'un air très satisfait ;
après lui avoir fait voir les beautés de son
Palais qui marquoient merveilleusement sa
puissance, il le conduisit dans un jardin
luperbe, où s'étantassis fous un cabinet de
Chevre-feuille
,
l'Enchanteur prit ainsi la
parole. Cher Caressant, vous voila maître
d'un trésor qui vous rend égal en puissance
à moi & au perfide Astramond mon frere.
Vous jugeriez aisément avec quelle joye je
vois votre bonne fortune, si vous sçaviez1
quels font les sentimens qui m'interessent à
Vous, mais vous n'avez rien fait si vous ne
mettez Astramond hors d'état de vous disputer
Blanchette ; quelque pouvoir que vous
donne votre Bague enchantée dont je
connois toute la vertu, ce n'est pas assés,
le pouvoir est inutile & même dangereux
pour qui ne sçait pas s'en servir:vous n'êtes
pas initié aux mysteres de la magie, & sans
cet art les Talismans les plus forts ne font
rien. Outre l'intérêt tendre que je prends
à votre bonheur, vous sçavez qu'un intérêt
plus personnel encore m'anime a soutenir la
justice de votre cause. Vous sçavez que nos
querelles font pareilles, & que notre vengeance
doit être commune. Familier dès ma'
plus tendreenfance avec les enchantemens,
j'ai les connoissances & l'expérience qu'exige
la réussite de notre entreprise, confiez-moi
donc promptement votre anneau, & croyez
qu'avant la fin du jour nous verrons Astramond
humilié à nos pieds, & l'objet de
notre amour heureux dans nos bras. L'Enchanteur
se tût après ces mots, & examina
avec attention la contenance de Caressant,
qui ne se pressoit pas de répondre. Il se rappelloit
son reve dans le Palais des Fées,&
les fages conseils qu'il avoit reçus de la Fée
souveraine qui avoient un rapport assés clair
& à son rêve & à toutes ses avantures. On lui
avoit recommandé bien précisément de ne
pas se fier aux apparences, & de faire tout
ce qu'il pourroit par lui même. D'ailleurs
il y avoit dans le discours de l'Inconnu des
obscurités qui sembloient avoir quelque
chose d'artificieux. Caressant ne comprenait.
pas pourquoicet homme ne se déclarait
pas tout naturellement son pere, comme il
avoit voulu le faire entendre dans cette
seconde conversation
,
ainsi que dans la
premiere.Aprèsavoir réfléchi profondement
a toutes ces choses pendant quelque tems,
Caressant se détermina à ne le pointdésaisir
de son anneau, à seclïiivir le la vérité
des faits que racoutoit l'Inconnu ,& enfin à
terminer lui-même au moyen de son anneau
ses malheurs & ceux de Blanchette. Cette
résolution qu'il déclara à l'Enchanteur parut
lui déplaire beaucoup. Sa phisionomie se
renfrogna dans le premier instant
,
mais
bientôt maître dans l'art de composer son
visage, il prit la parole avec l'airleplus
insinuant
, & sans se plaindre du parti que
prenoit Caressant, il lui fit seratirquec'étoit
le chemin le plus long & le moins sur pour
venir à bout de leurs desseins ; le plus difficile
,
dit-il ensuite
,
n'est pas de recouvrer
Blancherte
,
je puis esperer de vous la rendre
par les efforts de ma feule puissance, mais
ce n'est rien faire si nous ne mettons pas
Astramond hors d'étatde l'enlever une
seconde; fois la feule Bague dont vous êtes
possesseur est supérieure auxconjurations
d'Astramond,maisvous manquez des sciences
nécessaires pour en faire un bon usage
,
ainsi
votre défiance recule votre bonheur, & celui
d'un homme qui peut-être ne vous a pas
étéinutile,& acru vous donner des marques
de l'intérêt tendre qu'il prend à vous. Cependant
je n'en ferai pas moins ardent à vous
servir, je vais vous quitter, & j'espere
qu'avant le retour du soleil, je vous ramenerai
Blanchette. Peut-être cette preuve de
monamour pour vous memeritera-t-elle
votre amitié, & qu'alors vous ne croirez
pas imprudent de me confier cette Bague
puissante
,
dont l'usage très difficile peut
seul procurer ma satisfaction & assurer
la vôtre. En disant ces mots, l'Enchanteur
frappa des mains &toute sa fuite accourut
auprès de lui: mesamis,leurdit-il, ayez
foin de cet hôte aimable,tâchez de divertir
sa melancolie, & ne lui laissez rien à desirer
de tout ce qui peut être en votre puissance.
Alors il demandason char, monta dessus &
s'éleva dans les airs où bientôt on le perdit
de vûe. Caressant retourna au Palais fort
étonné de tant de merveilles, fort inquiet de
la fuite de tout cela,.& incertainmême de
ses propres sentimens. On lui fit voir le
Palais où toutesles choses rares & superbes
croient rafiembices avec profusion. Ensuite
on le mena dans une sale de Spectacle, où
on lui fit entendre une Musique mélodieuse
, & d'où on le ramena à l'heure du souper
dans un salon orné des peintures les plus
agréables, dans lequel il trouva une table
servie fort délicatement. Ily fut suivi par
les courtisans de l'Enchanteur, & pendant
son souper tomes les belles personnes que
renfermoit ce Palais, jouerent des Instrumens
, chanterent des Odes galantes, &
danserent des danses de tous les genres,
Caressant étoit trop occupé de son amour
Se de la conduite
,
qu'il avoit à tenir, pour
que tous ces divertissement lui fissent une
vive impression
,
il en fut médiocrement
touché, & la chose à laquelle il fit le plus
d'attention, ce fut l'air de contrainte & de
triflefferépandu sur le visage de toutes ces
belles personnes qui s'empressoient àle divertir.
Son souper ne fut pas long, il se retira j
dans son appartement,dès qu'il crut pouvoir
le faire sans marquer trop de mépris
pour les jeux qu'on lui offrait, & après
avoir remercié avec beaucoup de politesse
ceux qui s'étaient donné la peine de les exécuter
,on le conduisit jusqu'à la porte de sa
chambre
,
& on l'y laissa entrer seul, parcequ'il
ne voulut pas accepter l'offre de le
servir
, que lui firent les courtisans de l'Enchanteur.
Un instant après qu'il fut dans sa
chambre où appuyé sur une table il s'abandonnoit
à ses reflexions, il entendit ouvrir
sa
@
porte. Il se retourna pour voir ce que
c'était, & en se retournant il apperçutsa
chere Blanchette conduite par l'Enchanteur
maîtrede ce Palais. En ce moment toutes
ses inquiétudess'évanouirent, & - ses sens
furent penetrés de la joye la plus pure: il
vole à Blanchette, & les yeux mouillés de
larmes, il embrasse ses genoux ne prononçant
que des mots mal articulés & entrecoupés
par l'excès de son transport. Bhnchette
le releva en lui donnant sa main à
baiser
,
& prenant la parole- avec un air,
où il y avoit plus de douceur & de modestieque
de joye, Caressant,luidit-elle
,
vous lisez si
dans mon coeur, vous voyez combien
j'en fuis touchée, & vous sçaurez bientôt
qL, 1 tôtquej'éprouve les mêmes sentimens que
je vous inipire
,
maisvousaurez déformais
tout le tems de vous livrer à voire amour,
& la passion ne doit pas fairetaire la vertu.
Voulez-vous être ingrat envers celui qui vous
fait voir Blanchette? prosternons nous à ses
pieds, & recevons (es bienfaits avec la
reconnoissance qui leur est due. Non,interrompit
l'Enchanteur, vous ne me devez rien
Caressant, j'ai travaillé pour moi en travail-'
lant pour vous, & je préparois mon bonheur
en avançant le vôtre. Peut-êtrequ'à présent
vous m'accorderez votre confiance; adieu.Je
vous laisse avecBlanchette;après une absence
si longue, & dans un instant aussi doux je
crpis que vous avez bien des choses à vous
dire. Il sortitenfinissantces mots, sans Gue
Caressantéperdu de son bonheur, fut 1en
état delui dire une seule parole. Quand
Caressant se vit seul avec sa maitresse
,
il
sentit redoubler ses transports, il s'approcha
d'elle avec une ardeur qui tenoit de l'yvresse,
mais elle le repoussa doucement, & s'allant
asseoir sur un Sopha, pouffa de profonds soupirs
,
& répandit un torrent de larmes.
Quavez-vous, ma Blanchette, dit le tendre
Caressant, vous me percez le coeur. Carénéne
lui dit-elle, touchez-moi avec votre Bague,
& désirez que je vous paroisse ce que je suis,
l'Enchanteur estuntraître, & je ne fuis
point Blanchette. Caressant à ces mots sentit
un frisson mortel courir dans ses veines. Il
croyoit bien les larmes & l'aveu sincere de
cette femme, mais il se trouvoit retombé
dans toute l'horreur de ses malheurs passes;
& il ne pouvoit se resoudre à perdre du j
moins la ressemblance de Blanchette,quoiqu'il
se reprochât en même tems d'avoir été-1v
la dupe d'une illusion qu'il croyoit que
son coeur auroit dû démêler. II étoit dans j
a
cetétat
,
immobile, & n'écoutant plus la
Dame du Sopha qui cherchoit à le calmer,
lorsque l'Enchanteur parut d'un airmenaçant
& sa baguette à la main, attentif à ce qui
se passoit entre Caressant & la fausse BJaITchette
qui étoit son ouvrage; il avoit par
la puissance de son art connu que sa ruse
étoit découverte, & il accouroit pour se venger
, non pas de Caressant que la Turquoife
garantissoit de tout enchantement,
mais de l'innocente & malheureuse créature
par qui il avoit voulu faire réussir ses
noirceurs. Dès qu'elle le vit entrer elle s'enfuit,
& se cachant derriereCaressant,elle
le conjura de la sauver. Caressant étoit trop
troublé pour l'entendre, mais la nécessité
animant son courage, & retablissant sa
présence d'esprit
,
il courut à l'Enchanteur
qui étendoit déja sa baguette pour en frapper
l'image de Blanchette, & il le toucha
avec sa Bague
, en souhaitant par un mouvement
naturel qu'elle put mettre le Magicien
hors d'état de nuire. Aussitôt l'Enchanteur
demeura immobile dans la même attitude
où il étoit, & semblable à une Matuc,
On donnera la fuiteincejpimment,
TRADUCTIO.LV de l'Epitre de D",tnire a
Hercule, par Ad. Richer.
MOnsieurRicher donna en 1723 un
Recueil de Poësies de differens genres,
qui fut bien reçu du Public. On en
peut voir l'Extrait dans le Journal des Sçavans
de cette année Huit des Héroïdes d'Ovide
que M. Richer avoit traduites ne faisoient
pas le moindre ornement de ce Recueil.
En voici une nouvelle, c'est la neuvièmequi
est celle de Déjanire à Hercule.
M.
Richer
s'est donnéici une liberté qu'il
n'avoit pas osé prendre dans ses premieres
traduttions. Il a senti que la prodigieuse fécondité
de son original pouvoit sassèr le
Lecteur
,
& content de rendre les idées d'Ovide
, il n'a pas crû devoir les répéter aussi
souvent que lui fous des tours differens.
Peut-être trouvera-t-on qu'il auroit du avoir
plus de scrupule, & traduire son Auteur
avec un refpeâ: aveugle
,
qui eût confervé
les fautes comme les beautés de l'original.
Peut-être d'autres Letteurs fçauront-ils bon
gré à M. Richerd'avoirdcbarafïe Ovide de
ces ornemens vicieux & superflus
,
qui font
d'ailleurs plus supportables en Latin,qu'ils
ne le seroienten François;au reste Al.Pvicher
a traduit toutes les Heroïdes
,
& les
a traduites sans en rien retrancher, & si
l'Essai qu'il proposeaujourd'hui trouvoit
quelques Critiques, il est en état de restituer
à Ovide tout ce qu'il n'a supprimé que
dans la vûe de plaire au Public.
C'est le même M. Richer qui est Auteur
de deux Recueils de Fablesestimés.
DE'JANIRE à HERCULE,
Ontente
qu'entous lieu la victoire te Live,
Je me plains que ton coeur se livre àta captive.
Un bruits'est répandu peu digne de ton nom, Qu'un Heros, triomphant du couroux de Junon ,
Et dont aucuns travaux n'ont vaincu le courage,
De la fille d'Euryte a subi l esclavage.
Ah!que ton fier Tyran & la Reine des Dieux
Avec joie ont appris ce bruit injurieux!
Mais de quel oeil le Dieu qui lance le tonnerre ,
Ce Dieu qui pour donner un Alcide à la Terre,
Sçut arrêter l'Aurore Se prolongea la nuit
,
Volt il le joug honteux où l'Amour t'a réduit?
Venus plus que Junon est fatale à ta gloire.
Par Junon opprimé,tu cours à la victoire,
EtVénus insultant à ton courage altier,
Au milieu d'un triomphe a pû t'humilier!
Par l'effort de ton bras, aux monistres si terrible,
Voi la Terre, les Mers, voi l'Univers paisible.
Où le Soleil commence, & termine son cours,
De ce bras protecteur tout ressent le seconrs.
De la voute céleste où ta valeur te guide,
Atlas soutint le poids, secondé par Alcide;
Mais que te fert l'éclat de tant d'exploits divers,
Qu'à mieux montrer ta honte aux yeux de l'Univers
?
Deux couleuvres, dit-on, dans tes mains étouffées,
D'Herculeencore enfant font les premiers trophées,
Lorsque dès ton berceau ton coeur impérieux
Montroit un digne fils du plus puissant des Dieux.
Comment si courageux dès ta tendre jeunesse ,
Héros, nousfais-tu voir cette indigne foiblesse ?
De cent monstres vainqueur, tu cédes à ton tour,
Et l'effroi des Tyrans est fournis à l'Amour.
On croit mon fort heureux, quand un noble hymenée
Au plus grand des Mortels unir ma destinée,
Lorsque j'ai pour beau-pere un Dieu qui dans ses
mains
Tient un foudre bruyant redoutable aux humains.
Ah ! que l'on vante à tort un titre ridicule!
Ce n'est pas un bonheur d'être femme d'Hercule..
Cet honneur séduisant n'est qu'un fardeau fatal.
Voulez-vous vivre heureuse ? épousez votre égal.
CeHéros, entraîné par son bouillant courage,
Me néglige
,
& ce lieu n'est pour lui qu'un passage;
En cent climats divers son coeur conduit ses pas,
Aux hydres, aux lions il livre des combats,
Et moi, loin d'un Epoux, dont la gloire me prive,
Seule dans ce Palais désolée & plaintive,
Je fais des voeux au Ciel, & crains que cet Epoux
D'un funeste revers n'éprouve enfin les coups.
L'esprit toujours troublé d'images effrayantes,
Ou je me peins Cerbere aux trois gueules béantes,
Ou je voi des lions de ton fang alterés.
Je consulte en tremblant les auspices sacrés.
1 Cent présages affreux à mes yeux se presentent.
Des songes menaçans chaque nuit m'épouvantent.
Aux plus legers discours mon ame ajoutant foi,
! Se remplit tour à tour d'esperance & d'effroi.
r Victime de Junon,à te perdre obstinée
, Sous le joug le plus dur je gémis enchaînée.
) Ces maux feroient trop doux. Ton coeur que j'ai
perdu
Prodigue en mille endroits un amour qui m'est dû,
Et tous les jours épris de nouvelles maîtresses,
Tu rends le monde entier témoin de tes foiblesses.
Surlesbords.duMéandre en un lâche séjour
, X)n vit ton coeur épris du plus honteux amour.
C'est là que fous le joug d'une indigne rivale
Tu vieillis sans honneur, vil esclave d'Omphale.
Defleurs &; de rubans ton front est donc paré,
Qui d'un noble laurier devroit être entouré !
Tu n'as point honte enfin,aveuglé par taflâme,
De cacher un Héros fous l'habit d'une femme!
Plein d'un feu que ton coeur se plaît d'entretenir
Tu n'as de tes travaux qu'un lâche souvenir ;
A l'affreux Busiris
,
s'il eût vû ta parure,
Le nom de son vainqueur paroîtroit une injure;
Antée en rougiroit, sa honte en ces momens
Te voudroit arracher ces lâches ornemens.
Quel opprobre! L'on dit que dans ces lieux infarneS
Vilement confondu,caché parmi des femmes,
A d'indignes emplois onoccupe tes mains,
Par leur force jadis utileaux humains;
Qu'Omphale qui se plaît à ferrer ces entraves
Te mesure la tâche ainsi qu'à ses esclaves.
Et tu peux cependant en cet état honteux
De tes nombreux exploits faire un récit pompeux !
Pour mieux encor sur toi signaler sa viéloite
,
Ta Maîtresse revêt les marques de ta gloire. "1
Vante nous maintenant ta force & ton grand coeur,
Quand tu cesses d'être homme auprès d'un tel vainqueur.
Entre tant de hauts faits, que ta honteravale ,
Le plus grand eût été de triompher d'Omphale.
Pour elle tu vainquis. Renonce à tes lauriers;
Elle usurpe ton nom& tes travaux guerriers.
Voilà ce que de toi m'apprit la Renommée;
Je pouvois me flaterd'être mal informée ;
Detescruelsmépris dumoinsj'ai pû douter:
Mais voici qu'àmes yeux tu les fais éclater
Au milieu de ces murs une femme étrangère
Entre, le coeur tout fier de ta flâme adultére.
A ce fatal aspect, qui comble mes malheurs,
Puis-jedissimulermes trop justes douleurs
Sans en avoir pû fuir l'odieuse rencontre,
A mes yeux indignés ta captive se montre,
Non en pleurs, désolée & les cheveux épars
Mais promenant partout ses infolensregards.
Ah! quand d'un tel affront j'occupe ma pensée
J'en frémis, & d'horreur je demeure glacée.
Tu m'aimas cependant.Mes innocens appas
Deuxfois( n'en rougis point) fçurent armer ton
bras.
,Achloüs en pleurs dans son onde troublée
Cache honteusement sa tête mutilée.
Nessus d'un trait mortel s'est vu percer le flanc
r
Et tombant fous tes coups rougit l'eau de son fang.
0 triste souvenir! Qu'ai-je fait, malheureuse!
Quand je trace ces mots, une nouvelle affreuse
M'apprend que mon amour inquiet& jaloux
Des plus cruels tourmens fait périr mon Epoux.
Détestable artifice! habillement funeste,
Que par moi t'envoya la colere celeste.
Oui, la mort par mes mains te décoche ses traits;
Et je ne mourrois point après de tels forfaits
Peux- tu douter encor,cruelle Déjanire,
Si tu dois t'immoler, quand ton Epoux expire?
Croi pourtant, cher Epoux,( j'en attelle les noeuds
De cet auguste hymen qui nous unit tous deux)
Que je n'ai point formé de dessein parricide.
Mon coeur estimprudent,mais il n'est point perside.
Nessus mourant m'appelle, & me tient ce discours.
Si ton Epoux volage avoit d'autres amours,
Mon fang fçaura pour toi ranimer sa tendresse.
De croire un imposteur
,
hélas ! j'eus la foiblesse ;
D'un fang empoisonné je teins ce vêtement,
Et je t'en fais un don, qui cause ton tourment:
Peux-tu douter encor, cruelle Déjanire,
Si tu dois t'immoler,quand ton Epoux expire
Oui, oui, c'est trop tarder à venger ton trépas.
Je te fuis. Voi voler mon ombre sur tes pas.
Omon pere! reçoiles adieux de ta fille.
Adieu, mon cher Hyllus, adieu triste famille.
Soleil, à qui je fuis un objet odieux,
Pour la derniere fois je parois à tes yeux.
DISSERTATION
'Sur Faustine
,
femme de l'Empereur Marc-
Aurele Antonin.
,Par M. Jacques Marchand Eventalllijîe ,
rttë lk,ouffctar.
IL Y a peu de faits historiques aussi géné
ralement reçus que les déréglemens de
cette Imperatr ice des Romains. Son nom
rappelle l'idée de Messaline,& les suffrages
de plusieursHistoriens paroissent former un
corps de preuves incontestables. On fera
sans doute fort étonné de voir quelqu'un
entreprendre après 1600 ans la révision de
ce procès,& lesLecteursmal instruits s'écrieront
que c'est porter à son comble l'audace
du Pyrrhonisme, mais ceux qui sont accoutumésàfaire
usage en lisant d'une critique
sage&éclairée,ne trouveront rien d'extraordinaire
dans cette entreprise. Cen'est pas
une choserare pour eux,que de vuir renverfer
par des titres authentiques les témoignanges
d'Auteurs anciens qui paroissent devoir
etre nos seuls guides.Devons-nous avoir peine
si croire que les hommes se soient trompés;
nous qui nous trompons si souvent? Je vais
examiner la nature des preuves qui ont
donné à Faustine la réputation d'incontinence
qu'elle a eûë jusqu'à présent ; je rapporterai
les faits & les titres incontestables
qui y peuvent être contraires;j'examinerai les
uns & les autres avec l'attention qu'on doit
à la recherche delavérité,sans melaisser prévenir
par le désir d'avancer une opinion singuliere
; cet espritdesingularité est d'autant
moins capable de me faire illusion, que les
gens qui sçavent être simples & unis,
font
ce
qu'on trouve le plus rarement dans notre
siécle.
Je commencerai ici mon examen par
cette réponse si célebre
, que fit, dit-on, :
Marc-Aurele à ceux qui le pressoient de répudier
sa femme. Si je la répudie, lui saison-
dire, ilfaut donc lui rendre sa dot, &
cette dot, ajouteCapitolin, qui rapporte le
Conte, étoit - ce autre chose que l'Empire?
M. Dacierajudicieusement remarque que
l'Empireavoit éé destiné à Marc -Aurele
par Hadrien, indépendamment de ce mariage;
lorsqu'il fût adopté par Antonin,il étoit
engagé à la Soeur de L. Commodus. D'ail-
J leurs, l'Empire n'étoit rien moins que Patrimonial
, & le filsmême ne fuccedoit pas de
droit à son Pere. J'ajouterai
, que supposé
que les déreglemens de Faustine soient aussi
réels, qu'on le dit, on ne peut nier au moins
ijjue Marc-Aurele les a ignorés, ce qui renverse
absolument cette Fable.
Dans le Livre qu'il nous a laine, en comptant
les. graces que les Dieux lui ont faites,
de remercie les Dieux, dit-il, de m'avoir
'Ionn une Epousesi douce si complaisante ,si
pleine de tendresse pourmoi & d'unesigrande
simplicitédemoeurs,& qu'on ne dise point,
qu'il vouloit cacher aux autres les déréglemens
de sa femme. Ce Livre étoit fait uniquement
pour lui ; il s'y rend compte de ses
pensées les plus intimes & met, pour ainsi
dire, son ame à néçQuverr. D'ailleurs, les
déréglemens de Faustine étant tels & aussi
publics, qu'on le suppose, s'ill'avoit fçû,
auroit-il pu esperer d'en imposer aux Romains
par cette finesse ? Etoit-elle digne de
la noblesse de son ame? Et ne devoit-il pas
sentir qu'elle ne pouvoit que lui donner un ri- dicule de plus? Il faut donc convenirqu'iln'a
jamais été instruitdes déréglemens de Faustine
,
-Se que tout ce que les Historiens
ont dit à ce sujet, estmanifestement faux.
Mais est-il possible que ces débauches
ayent été telles qu'on le dit, & queM.Aurele
les ait ignorées? Croira-t-on que l'Imperatrice
des Romainsait pu s'abandonner à des
Histrions& à des Gladiateurs,passer des journées
entieres à Baïes sur le rivage,pour voir
baigner les Matelots,&choisir ainsi les complies
de ses déréglemens ? Croira-t-on,dis-je
qu'en se livrant à tant d'excès, connus de
tous les Romains,elle ait pu passer dans l'esprit
de son mari pour une femme remplie
de vertu? Qu'on observe qu'au milieu de la
liberté de nos moeurs il feroit impossible à
une femme, même d'un rang ordinaire, de
voiler de pareils mysteres, & que la bienséance
des Dames Romaines avoir des Loix
beaucoup plus austeres que la nôtre. D'ailleurs,
Marc-Aurele n'étoit point un homme
simple, ni crédule; il aimoit l'humanité,
mais ne l'estimoit pas; il étoit disposé à supporter
patiemment les défauts des hommes,
mais non à les croire parfaits ; il n'étoit
ni gouverné par sa femme, ni fait pour
l'être. Comment parmi tant d'amis, qui lui
étoient si attachés & dont il écoutoit si volontiers
les avis,danstoutl'Empire dont il
étoit adoré ne se feroit
-
il pas trouvé quelqu'un
quil'eutéclairésur les désordres de sa
maison?Et du moins après la mort de Faustine
, lorsqu'on n'avoit p lusà craindre sonrefsentiment,
n'auroit-on pasdû instruire son
mari,ne fut-ce que pour le consoler de la douleur
immoderée qu'iltémoigna de cette mort,
&lui faire voir le ridicule des honneurs exces
siss qu'il fit décerner à la mémoire de cette
Princesse?Capitolin dit que dans une Comédie
qui fut représentée devant lui, un Valet
répondà son imbecille deMaître quilui demandait;
mandoit le nom de l'adultere qui le deshonoroit,
c'estTullus,qu'interrogé encore
une fois, il répondit de mêmeTullus, & à
la troisiémeenfin, dixi, ter Tullus, & que
Tertullus étoit un des Amans de Faustine.
Il ajoute que le peuple même parloit hautement
des déreglemens de cette Princesse.
Je demande si on peut supposer que Marc-
Aurele ait été assésimbecille pour se refufer
à ces lumieres. Ce Prince fit des Loix
pour reformer la conduite des Dames Romaines;
auroit-il négligé sa propre l\lai(on?
Enfin je crois voir la source de tant d'erreurs.
La Vertu de Marc-Aurele étoit si revérée
par les Romains, & les vices de Commode
, son fils, si détestés, que par un préjugé
assés naturel, on doit avoir imaginé
que ce monstre ne pouvoit être le fils d'un
peresi fage ,& comme il avoit les inclinations
d'un Gladiateur on lui a cherché un
pere tel qu'il le méritoit.Ceque j'avance
paroîtra prouvé, quand j'aurai rapporté le
Conte que faitlemême Capitolin que j'ai
déjà cité, qui dit sur Faustine plusieurschoses
contradictoires, & mêmeparoît en cet endroit
la justifier. Il rapporte qu'elle devint
amoureuse d'un Gladiateur; qu'honteuse de
cette passion indigne, elle l'avoiia à son Ma- ri, & lui demanda ses conseils pour en
triompher;que Marc-Aurele alla consulter
lesChaldeens, qui lui conseillerent de faire
tuer le Gladiateur ; qu'il falloit après que
Faustine,s'arrosât du langdece maiheureux,
& qu'au sortir de cette dégoûtante cértmonie,
elle allât trouver son Mari.L'Historien
ajoute que l'avis des Chaldcensfutsuivi, &
que Commode fut le fruit de ce ridicule
commerce. Ce Conte tout absurde qu'ilest,
prouve au moins que les Romains ne pouroient
s'accoutumer à croire Commode fils
de Marc-Aurele. J'ajouterai que l'extérieur
de Marc-Aurele étoit si grave & si sévere,
qu'il devoit faire un étrange contraste avec
celui d'une jeune Princeflfe ; que cette premiere
imprellîon peut avoir préparé les esprits
à forger &à recevoir des Contes, qui
auront trouvéplus de croyance, à mesure
qu'ils se feront plus éloignés de leur source.
Personne n'ignore combien la malignité des
hommes eH: crédule sur-tout ce qui la sert,&
qu'il ne faut pas même de vraisemblance pour
nous tromper, dès qu'on nous prend par cèt
endroit.
J'ajouterai qu'il se trouve un très-grand
nombre de Médailles de Faustine avec cette
Inscription, Pudicitia; quoique l'exacte vérité
ne dicte pas toujours ces Inscriptions
flateuses, cependant il est sans exemple,que
l'on ait choisi pour loüer un Prince,la Vertu
qu"il avoit le moins. Je ne crois pas
qu'on ait jamais vanté la sobriété d'Alexandre
ni la continence de César, -1
Ma derniere Reflexion fera, que les Auteurs
qui ont noirci la réputation. de Faultine,
méritent peu de foi. Capitolin toujours
peu judicieux, & jamais exad
,
dit le pour
& le contre. Dion dans la feule vie de Marc-
Aurele rapporte comme très
-
furs trois
Contes manifestement faux, & qui prouvent
combien il prêtoit aisément l'oreille à la calomnie.
Hérodien
,
Historien plus judicieux
ne dit mot de tout ceci.
Il résultera de toutes ces considérations,
que c'efi sans fondement que Faustine est
mise au même rang que Messaline. Je ne
prctendrois pas;garantir que sa conduite
ait été sans taches, maisqu'au moins elle a
fçu les cacher à son Mari & au Public, &
qu'elle doit être au rang de celles dont la
postérité ne dit ni bien ni mal.
VERS sur le portrait de Madame lu Prtncejfe de
R. 0 HAN, par Mde. V. LAtour, dans ce Pastel dont l'éclat nous enchante,
La divine Rohan à nos yeux efl: parlante.
Que d'amours malheureux naissent de son regard,
Qui cacheront toujours leur charmante blessure !
Son portrait nous paroîtle chef-d'oeuvr..: de l'Art,
Comme cette beauté celui de la Nature.
LES REVEURS.
FABLE
Par Monsieur Richer.
D
Eux Dormeursgrands visionnaires
S'entretenoient un jour de leurs chimeres ;
Quand je dors, disoit l'un, je fuis de l'Univers
L'homme le plus heureux, je crois voir sur la Scène
La touchante Gaussîn
,
le sublime du rrefne
,
D'Oedipe&de Zaïre exprimer les beaux vers.
Souvent je m'imagine encore
Entendre Chasle, la le Maure,
Remplir l'air tour-à-tour d'accens mélodieux.
Après un fpe<ftacle admirable
Suit un repas délicieux;
Une Compagnie agréable
Zn accroît les plaisirs que je trouve trop courts.
Je possede avec la richife
Devrais amis, le copur de ma MaîtrelTe.
Quelferoit mon bonheur!si je dormois toujours ;
Mon sommeil, lui repondit l'autre ,
Diffère entièrement du vôtre,
Et si le Litl remplissoit mes souhaits,
Je ne m'y livrerois jamais.
Quand sur mes sens Morphée exerce son empire
, Alors je souffre le martyre,
De sinistresOiseaux je crois ouir les cris:
Je perds un grand procès,& j'entends à ma porte
D'importuns créanciers hurler une cohorte.
Tantôt je fais un Livre;onune mes Ecrits,
Quelquefois je me précipite
Du Sommet d'un rocher dans le fein d'Amphitrite.
Je me fauve à la nage, & regagne le bord,
Transi de froid & demi mort,
Enfin par les noeuds dhymenée
( Voilà mon Songe le plus noir)
J'unis ma triste destinée
Avec une Guenon,grondant matin & foir ;
Jugezde la tristesse où ce rêve me plonge.
Si je ne dormois point, que je ferois heureux !
Où tend ce récit fabuleux?
Nous sommes ces Dormeurs, & la vie estun songe,
REPOIVSEdeM.delaSoR,IvIERHà
la Critique ctun Anonyme, AU sujet de fis
Reflexions sur leflyle Marotique
3
injeré,s
dans le Mercure de Juin 1742, 1 vol.
J E n'ai vû que depuis peu, Monsieur
,
la
prose & les vers prétendus Marotiques
que vous vous êtes donne la peine de taire
contre moi au sujet de mes Reflexions sur
l'abus que l'on fait du ftyîe de Maître Clement.
Je vous suisextrêmement obligé, Monsieur
, de l'honneur que vous m'avez fait de
me critiquer. Tous ceux quise melent d'écrire
n'ont pas un pareil avantage: je regarde
cette faveur comme une bonne fortune
pour moi.
Revenons à Marot
,
le Poète le plusdélicat
,
le plus élégant, le plus naturel, &
peut-être leplus inimitable,malgré la prodigieuse
quantité de versificateurs qui se piquent
de l'imiter.
Ne croyez pas, Monsieur, comme vous, l'inferez que cet aimable favori d'Apollon
ne fut propre qu'à un seul genre: il ne badine
pas toujours; il sçait émouvoir & charger
sur plus d'un ton. Avez-vous lu son Histoire
de Léandre & d'Hero? elle m'a fait
verser des larmes.
Qu'imagincz-vous,Monsieur, qui ait con-*
sacré le style de Clement Marot, aussi bien
que celui du célébré Traducteur des Hommes
Illustres de Plutarque,son Contemporain?
*
C'est que ces grands Maîtres, quoiau'en
différent genre,avoient atteint toute la
hauteur
du Langage de leur siécle
,
& qu'ils soutenoient
leurs expressions de toute la délicatesse
du genie le plus heureux, d'un genie
qui leur étoit propre. D'ailleurs le commerce
de la Cour influoit sur le bon gout qu'ils
sçavoient répandre dans leurs Ouvrages: c'etoit
le Regne de François I.
Les Poësies de Remi Belleau, de Joachim
du Bellay & de tant d'autres vous rejouissènt-
elles beaucoup? On ne sçauroit
pourtant dire affuremenr que ces Rimeurs
ayent manqué d'esprit, mais incontestablement
ils ont manqué du genie qui abondoit
dans Marot:plusieurs d'entr'eux l'ont connu,
mais aucun d'eux ne lui a ressemblé.
Parlons de Konsard; Ronsard les délices
d'une Cour, où sans doute les Mufes
pleuroient encore la perte qu'elles venoient
* Amiot naquit en 1$14.
C. Marot est merc en 1J44.
de faire de leur augufieProteétuf * : Rorffard
,
dont je ne fçaurois lire vingt vers sans
avoir des nausées ; que dites-vous de celuilà,
Monsieur ? faudra-t-il en emprunter les
expressîons pour se rendre aimable & badin
? je les aimerois encore mieux que ses
tours.
Au refle,Monsieur, ( j'ose le repeterici)
je crois que l'on gagne beaucoup plus à
s'exprimer noblement suivant l'usage de son
tems, qu'à vouloir toujours employer des
expressîons surannées, dont peut-être aujourdhuilafinesse
& l'élegance nous échappent.
Ce font les tours desgrands Maîtres
que nous admirons,qu'il taut tâcher de leur
dérober plutôt que leurs Façons de s'exprimer
; nous en uferions mal: dumoins il
faut avoir la main légere quand on s'abandonne
à ces fortes de pillages, il n'appartient
qu'aux la Fontaines & aux Rousseaux de
sçavoir se les approprier,sans leur rien faire
perdre de leur delicatessè & de leur énergie.
En briguant de Marot l'élégant badinage,
N'imitons pas toujours son suranné Langage:
Le Marotiquesans défauts
Est dans le tour, non dans les mots.
* François l.
Enfin
,
Monsieur, ce n'est pas là votre
doctrine; vous avez établi la vôtre sur des
dogmes tout ditlerens, .& toujours avec ce
genie délicat & plaçant dont vous vous
piquez sans doute. Mais peut-être n'avezvous
pas fait une perite réfléxion qui n'est
échapée à personne. La voici.
Lorsque par une ironie des plus fines,
assaisonnée de tout l'enjoument dont vous
êtes capable
„ vous insinuiez si plaisamment
que mes Reflexions avoient mis Marot au
tombeau, ne vous apperceviez vous point
qu'au même infant, par un contraire tout
des plus marqués, vos vers reflufcitoient
Ronsard.? Il n'y a eu personne qui n'ait reconnu
sa voix, & déjà
Mais terminons sur ce Chapitre
Le long volume d'une Epitre,
Dont le Barbouilleur égaré,
Confus, interdit, effaré,
Malgré les beaux tours qu'il prodigue,
Voit chaque trait mal digeré.
C'est envain que l'esprit s'intrigue,
C'est envain que l'esprit nous luit,
Si la raison ne nous conduit.
On étale assés de science
,
Mais avec l'ordre Sel'élégance
Laclartés'éclipse & noussuic.
Revenons encore à la prose : j'ai une
grace à vous demander. Lorsquil vous prendra
envie de rire à mes dépens
,
daignez,
Monsieur ,comme je le fais, vous servir de
la voye des Ouvrages périodiques. Vous
mettrez par là le Public à portée ds juger
de nos differends. D'ailleurs il sera bien {!!e
de rire avec celui qui auraicsrieurs de ion
côré. Je fuis avec beaucoup dereconnuissance,
Monsïeur ou Meilleurs, car j'ignore
qui & combien vous êtes, votre &c.
A la Soriniere , en Anjou.
,AMADEMO1SELLE DANGEVILLi
representant l'Amour dans la Comédie
des Graces.
DIeu
de Paphos, on va quitter ta Cour;
Ton sceptre dans tes mains te devient inutile,
Ta puissànce n'est plus, & pour être l'Amour
,
Tous les Coeurs ont choisi l'aimable Dangeville.
Elle a ta voix,ton Langage,tes yeux,
Tu fus charmant,elle ell plus belle encore;
Non tu n'as plus de credit en ces lieux,
C'est elle feule qu'on adore. B.
EPITRE
De M.fie la Soriniere à M. des Forges
Maillard à Foccafîondesa Puce ait Roi, inftrée
dans le Mercure de Novembre 1 vol.
AMi
Maillard,l'honneur
de ta Province,
L'Horace du Climat Breton,
Lorsque tu célébres ton Prince,
Que tu prens un aimable ton!
Ce mot,enfant de l'allégresse
,
Que je repete d'après toi,
Est plein d'amour & de tendresse :
Et je repeterai sans cesse
VIVE LE ROI,VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de sa gloire,
Et le punir de ses vertus!
Ils feroient bien mieux de se taire:
Dans un champ si vaste & si beau
Quand ils furpaflèroient Rousseau
,
Ils n'égaleroient pas Voltaire.
Je hais ces vers entortillés,
Je hais ces écrits faméliques,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et superbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
*
Non, je n'estime que très peu
Ces vers dont la burlesque enssure
A plus de phlegme que de feu,
Et semblent abhorrer la nature.
Pour toi rimer ce n'est qu'an jeu
Où se plaît ta Mufe docile,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raisonnemeiït.
Quand pourrai-je
, en suivant tes traces;,
Errer dans le sacré Vallon,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'inspire le dotle Apollon
>
Et consacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chansons
Que t'apprit l'Amant de Lesbie
r
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à ses Nourissons >
A la Sorin1ere en Anjou,
- DIALOGUE
IDE SYLLA ET D' EDCRATE,*
QUelques jours aprèsque Sylla sefut démis
de la Diaatur, j'apris que la réputation
que j'arois parmi les Philosophes lui
faisoit souhaiter de me voir; il étoit à sa
maison de Tibur où il jouissoit des premiers
r momens tranquilles de sa vie: je ne sentis
point devant lui le désordre où nous jette
ordinairement la présence des grands- hommes
,& dès que nous fumes seuls ; Sylla,luidis-
je
, vous vous êtes donc misvous-même
i dans cet état de médiocrité qui afflige pref-
'_que tous les humains? vous avez renoncé à
1 cet Empire que votre gloire & vos
-
vertus
rvous donnoientfurtcus les hommes,la fortu-
Ine semble être gênée de ne plus v.s élever
aux honneurs.
Eucrate me dit - il, si je ne fuis plus en kfpeétacle à l'Univers, c'efi la faute des
jcnofes humaines, qui ont des bornes, &
*s Ce qu'on fait dire dans ce Dialogue à Sylla
rrn'est que pour développer son caradlere
,
qui étoit
xelui d'un homme cruel, & dun mauvais Citoyen
Mc r en même tems ppur inspirer de l'horreur &. du
runépris.
non pas la mienne; j'ai cru avoir rempli
ma destinée, dès que je n'ai plus eii à faire
de grandes choses ; je n'étois point fait
pour gouverner tranquillement un peuple
esclave
: j'aime à remporter des victoires, à
fonder ou détruire des Etats, à faire des Ligues
,à punir un Usurpateur mais pour ces
minces détails de Gouvernement où les genies
médiocres ont tant d'avantages, cette
lente exécution des Loix
, cette discipline
d'une Milice tranquille, mon ame ne sçauroit
s'en occuper.
Il est singulier, lui dis-je, que vous ayez
porcé tant de délicatesse dans l'ambition: ,-
nous avons bien vû de grands hommes peu
touchés du vain éclat & de la pompe qui
entourent ceux qui gouvernent, mais il y en
bien peu qui n'ayent été sensibles au plaisir
de gouverner & de faire rendre à leur fantaisse
le refpcft qui n'est dû qu'aux Loix,
Et mai me ditil, Eucrate
,
je n'ai jamais
été si peu content que lorsque je me fuis vu
maître absolu dans Rome, que j'ai regardé
autour de moi, & que je n'ai trouvé ni
rivaux ni ennemis.
J'ai cru qu'on diroit quelque jour que
je n'avoischâtie que des eiclaves : veux-tu,
me fuis-je dit, que dans ta Patrie il n'y ait
lus d'hommes qui puissent être touchés de
:a gloire? & puisque tu établis la Tyrannie,
te vois tu pas bien qu'il n'y aura point après
:oi de Prince si lâche que la lfaterie ne téale,
&ne pare de ton nom „
de tes titres'
te de tes vertus même ?
Seigneur,vous changez toutes mes idées;
le la façon dont je vous voyois agirje croyois
que vous aviez de l'ambition,mais aucun
imour pour la gloire: je voyois bien que
votre ame étoit haute, mais je ne foupçonlois
pas qu'elle fut grande: tout dans votre
riesembloit me montrer un homme dévoré
lu désir de commander, & qui plein des
plus funestespallions, se chargeoit avec
jlaifir de la honte, des remords & de la
àaffeffemême attachée à la Tyrannie, car
2ufin vous avez tout sacrifié à votre puifance,
vous vous êtes rendu redoutable a
tous les Romains,vous avez exercé sans pi-
:ié les fondions de la plus terribleMagiftra-
:ure qui fut jamais; le Sénat ne vit qu'en
:remblant un défenfeurli impitoyable ; quelqu'un
vous dit, Sylla
,
jusqu'à quandrépaniras
tu le fang Romain?Veux-tu ne commander
qu'à des murailles? Pour lors vous
publiâtes ces Tables qui décidèrent de la vie
te de la mort de chaque Citoyen.
Et c'est tout le fang que j'ai versé qui m'a
mis en état de faire la plus grande de toutes
les adions: si j'avois gouverné les Romains
avec douceur, quelle merveille que l'ennui,
que le dégoût, qu'un caprice m'eussent fait
quitter le gouvernement ! Mais je me fuis
démis de la Diétature dans le tems qu'il n'y
avoit pas un seul homme dans l'Univers qui
ne crut que laDiétature étoit mon seul azilc:
j'ai paru devant les Romains, Citoyen au milieu
de mes Citoyens ,& j'ai oseleur dire;
je fuis prêt à rendre compte de tout le fang
que j'ai versé pour la République; je répondrai
à tous ceux qui viendront me demander
leur pere, leur fils ou leur frere : tous
les Romains se font tus devant moi.
Cette belle adion dont vous me parlez
me paroît bien imprudente,il est vrai que
vous avez eu pour vous le nouvel étonnement
dans tequel vous avez mis les Romains,
mais comment ofates-vous leur parler de
vous justifier & prendre pour juges des gens
qui vous devoient tant de vengeances?
Quand toutes vos aébons n'auroient été que
severes pendant que vous étiez lemaitie,
elles devenoient descrimes affreux pendant
que vous ne l'étiez plus.
Vous appeliez des crimes, me dit-il, ce
qui a faitle salut de la Répuplique,vouliez-
vous que je ville tranquillement des Sénateurs
trahir le Sénat pour ce peuple, qui
s'imaginant que la liberté doit étre auili extrcme
que le peut être l'esclavage, cherchoit
à abolir la Magistraturemême?
Le peuple gêné par les Loix&par la gravité
du Sénat a toujourstravaillé à renverser
l'un & l'autre, mais celui qui est ailes ambitieux
pour le servir contre le Sénat &
les Loix, le fut toujours assés pour devenir
sson maître: c'efl: ainsi que nous avons vu
tfinir ttnt deRépubliques dans la Grece &
.dans l'Italie.
Pour prévenir un pareil malheur, le Sérnat
a toujours été obligé d'occuper à la
tguerre ce peuple indocile, il a été forcé
tmalgrélui à ravager la terre & à foumetitre
tant de Nations dont l'obéissance nous
[pefe. A présent que l'Univers n'a plus
)d'ennemis à nous donner, quel feroit le defrtin
de la République? Et sans moi le Sétnat
auroit-il pu empêcher que le peuple
>dans sa fureur aveugle pour la liberté, ne
Me livrât lui-même à Marius, ou au premier
'Tyran qui lui auroit fait espérerl'indépen-
) dance?
Les Dieux qui ont donné à la plûpart
>des hommes une lâche ambition, ont atitaché
à la liberté presque autant de malheurs
qu'à la servitude
,
mais quel que doirve
être le prix de cette noble liberté, il
ifaut bien le payer aux Dieux.
La Mer engloutitlesVaissèaux; elle fubmerge
des Pays entiers, & elleeft pourtant
utile aux humains.
La Posterité jugera ce que Rome n'a
pas encore osé examiner; elle trouvera
peut-être que je n'ai pas verséasiés de fang,
& que tous les partisans de Marius n'ont
pas été proscrits.
Il faut, que je vous l'avoue, Sylla, vous
m'étonnez;quoi c'est pour le bien dotre
Patrie que vous avez versé tant de Sang,
& vous avez eu de l'attachement pour elle?
Eucrate
, me dit-il, je n'eus jamais cet
amour dominant pour la Patrie dont nous
trouvons tant dexemples dans les premiers
tems de la République; & j'aime autant Coriolan
qui porte la flamme & le fer jusqu'aux
murailles de sa Ville ingrate, qui
fait repentir chaque Citoyen de l'affront
que lui a fait chaque Citoyea, que celui
quichassa les Gaulois du Capitole: je ne me
fuis jamais picqué d'être l'elclave ni l'idolâtre
de la société de mes pareils, & cet
amour tant vanté est une passion trop
populaire pour être compatible avec la
hauteur de mon ame: je me fuis uniquement
conduit par mes réflexions, & furtomt
par le mépris que j'ai eu pour les hommes
; on peut juger par la maniéré dont
j'ai traité le seul grand peuple de l'Univers,
islel'excès de ce mépris pour tous les auures.
J'ai cru qu'étant sur la terre il falloit que
('y sufle libre :sijetoisnéchés les Barbares
s'aurois moins cherché à usurper le Trône
)dour commander, que pour ne pas obéir;
)<€ dans une République,j'ai obtenu la gloire
des Conquérans en ne cherchant que celle
lies hommes libres.
Lorsqu'avec mes soldats je fuis entré
;Aans Rome,je ne respirois ni la fureur ni la
vengeance; j'ai jugé sans haine, mais aulli sans
[oiciéjesRomainsétonnes:vous étiez libres,
i-i-je dit, & vous vouliez vivre esclaves
,
>non; mais mourez & vous aurez l'avantage
..ae mourir Citoyens d'une Ville libre.
J'ai cru
qu'ôterlaliberté à une République
dont j'étoisCitoyen,étoit le plus
igrand des crimes'; j'ai puni ce crime-là, &
se ne me fuis pas embarrasse si je ferois le
loon ou le mauvaisGénie de la République.
Cependant le gouvernement de nos pères
i été rétabli; le peuple a expié tous les af-
"ironts qu'il avoir faits aux Nobles; la crainte
a suspendu les jaloulïes
,
& Rome n'a
jamais été si tranquille.
Vous voyez ce qui m'a determiné à toutes
ses sanglantes tragédies que vous avez vues.
.Í;i j'avois vécu dans ces jours heureux de la
Républiqueoù les Citoyens tranquilles dans
leurs
maiions
y rendoient auxDieux une ame
libre, vous m'auriez vu passer ma vie dans
cette retraite que je n'ai obtenuë que par tant
de fang & de sueur.
Seigneur, lui dis-je, il est heureux que.
le Ciel ait épargné au genre humain le nombre
des hommes tels que vous; nés pour
la médiocrité, nous sommes accablés par le)
esprits sublimes ; pour qu'un homme loiraudessus
de l'humanité, il en coûte trop cher
à tous les autres.
Vous avez regardé l'ambition des Héros
comme une passîon commune, & vous n'avez
fait cas que de l'ambition qui raisonne;
le désir insatiable de dominer que vous avez
trouvé dans le coeur de quelques Citoyens
vous a fait prendre la rélolution d'être un
homme extraordinaire : l'amour de votre
liberté vous a fait prendre celle d'etre terrible
& cruel. Qui diroit qu'un héroisme de
principe eût été plus funeste qu'un héroisme
d'impétuosité? Mais si pour vous empêcher
d'être esclave il vous a fallu ufurper
la Dictature, comment avez-vousosé la
rendre? Le Peuple Romain, dites-vous,
vous a vû désarmé, & n'a point attenté sur
votre vie: c'eftun danger auquel vous avez
échappé; un plus grand danger peut vous
attendre, il peut vous arriver de voir quel
-
j[ue jour un grand criminel jouir de votre
modération & vous confondre dans la fou-
2 d'un peuple fournis.
J'ai un nom, me dit-il, & il me suffit pour
na fureté & celle du peuple Romain, ce
)tom arrête toutes les entreprises, & il n'y
J'point d'ambition qui n'en foit épouvantée :
(ylla respire & son Génie est plus puissant
jue celui de tous les Romains;SyJia a aucour
de lui Cheronée, Orchomene, & Sirrnion
; Sylla a donné à chaque famille de
¡Xome un exemple domestique&terrible;
rlhaque Romain m'aura toujours devant
!S yeux, & dans ses fondes même je
iui apparoitraicouvertde fang; il croira
3oir les funestesTables, & lire son nom à la
léte des Proscrits : on murmure en secret
Dontre mes Loix
,
maiselles ne feront pas
BfFacées par des flotsmême de fang Romain:
s e fuis-je pas au milieu de Rome? vous trou-
)Derez encore chés moi le Javelot quej'avois Orchomene, & le Bouclier que je portai
mr les murailles d'Athènes: parce que je
"ai point de Liéleurs
, en fuis - je moins
yylla? J'ai pour moi le Sénatavec laJuftise
& les Loix: le Sénat a pour lui mon gé-
)iie, ma fortune & ma gloire. •
LJ'avque, lui dis.je, que quand on a une fois
ait trembler quelqu'un, on confeive prêt,
uue toujours quelque chose de l'avantage
uu'on a pris.
Sans doute, me dit-il, j'ai étonné les hom.
mes, & c'est beaucoup:repassez dansvotre
mémoirel'histoire de ma vie,VOMS verrez que
j'ai tout tiré de ce principe, & qu'il a été
l'ame de toutes mes actions: ressouvenez
vous de mes démêlés avec Marius; je fus indigné
de voir un homme sans nom, fier de la
bafTeffe de sa naissance, entreprendre de
ramener les premieres familles de Rome
dans la foule du peuple,& dans cette situation
je portois tout le poids d'une grande
ame;jetois jeune & je me résolus de me mettre
en état de demander compte à Marius de
ses mépris; pour cela je l'attaquai avec ses
propres armes, c'est-à-dire par des victoires
contre les ennemis de la République.
Lorsque parle caprice du fort je tusobligé
de sortir de Rome, je me conduisîs de
même ; j'allai faire la guerre à Mithridate,
& je crus détruire Marius à force de vaincre
l'ennemi de Marius; pendant que je laissai
ce Romain jouir de son pouvoir sur la populace
,
je multiplioisCesmortifications, Se
je le forçois tous les jours d'aller au Capir
tole rendre graces aux Dieux des succès dont
je le défefperois: je lui faisois une guerre de
réfutation plus cruelle cent-fois que celle que
mes Légions faisoient au Roi barbare: il ne
sortoit pas un seul mot de ma bouche qui
ne marquât mon audace, & mes moindres
aaions toujours superbes étoient pour Marius
de funestes présages,enfinMithridate
demanda la paix; les conditions étoient
raisonnables, & si Rome avoit été tranquille ,
ou si ma fortune n'avoit pas été chancelante,
je les aurois acceptées, mais le mauvais état
de mes affaires m'obligea de les rendre plus
dures:j'éxigeai qu'il détruisît sa florre, &
qu'il rendit aux Rois ses voisins tous les
Etats dont il les avoit dépouillés
: je te laissè,
lui dis-je, le Royaume de tes peres, à toi qui
devrais me remercier de ce que je te laisse
la main avec laquelle tu as signé l'ordre de
faire mourir en un jour cent mille Romains.
Mithridate resta immobile, & Marius au milieu
de Rome en trembla.
Cette même audace qui m'a si bien servi
contre Mithridate, contre Marius, contre son
fils, contre Cinna, contre Telesinus, contre
le peuplequi a soutenu toute ma Dictature,
a auisi défendu ma vie le jour que je l'ai quittée,&
ce jourassurema liberté pour jamais.
Seigneur, lui dis - je
,
Marius raisonnoit
t comme vous, lorsque couvert du fang de
ses ennemis & de celui des Romains, il
montroit cette audace que vous avez punie;
vous avez bien pourvous quelques vidoires
de plus, & de plus grands excès, mais en
prenant la Dictature, vous avez donné l'exemple
du crime que vous avez puni.VQil.
l'exemple qui fera suivi, & non pas celui
d'une modération qu'on ne fera qu'admirer
Quand les Dieux ont souffert que Sylla
se foit impunément fait Dictateur dans Rome,
ils y ont proscrit la liberté pour jamais;
il faudroit qu'ils fissent trop de miracles pour
arracher à présent du coeur de tous les Capitaines
Romains l'ambition de regner;
vous leur avez appris qu'il y avoit une voye
bien fure pour alW à la Tyrannie, & la garder
sans péril; vous avez divulgué ce fatal
secret, & oté ce qui fait seulles bons Citoyens
d'une
République
trop riche & trop
grande, le désespoir de pouvoir l'opprimer.
Il changea de visage, & se tut un moment.
Je ne crains, me dit-il avec émotion, qu'un i
homme dans lequel je crois voir Marius. Le
hazard ou bien un destin plus fort me l'a
fait épargner ; je le regarde sans cesse, j'étudie
son ame, il y cache des desseins profonds,
mais s'il ose jamais former celui de commander
à des hommes que j'ai fait mes égaux,
je jure par les Dieux que je punirai son in
folence.
ODE,
O D E.
AM* * *
*
J'Ai
lu de l'ami de Mecene
iles vers par ta muse imités,
b. liiis jaloux que l'Hypocrene
{Pour loi roule ses flots sans peine
f,JU:qucs dans l'ombre des cités.
Mais helas ! ta paresse abuse
Des pinceaux remis dans tes mains,
Pour chanter les bords de Blandufe
, Horace conduisoit sa Mufe
Dans les campagnes des Sabins.
La Nature ne se découvre
Que dans les champs & les hameaux ;
C'est-là qu'à nos yeux elle s'ouvre,
Tandis que l'habitant du Louvre
La voit à travers des rideaux,
L'ennemi des Zéphirs s'envole;
UVa doux calme regne dans l'air,
Etle Printempsvainqueur d'Eole
Dans les gouffresvoisinsduPole
Précipite le sombre Hyver.
Vien voir renaître les bocages
,
Les jardins,les pres,les guerecs.
Tout embellit nos passages,
JU!qL;';m prélude des orages
Qui sont tant de peur à Cérès.
Ce ne font plus ces froides ond..
Dont le Verseau dans ses fureurs
Grossit nos soùrces Vagabondes.
C'est l'heureux tribut d'eaux fécondes
D'où naissent les fruits & les fleurs.
Le Soleil an bruit de Tonnerre
Nous annonce ainsi son retour ,
Et le Ciel abreuvant la Terre,
Dans tous les germes qu'elle enferre
Darde le feu de son amour.
Tout se ranime, tout s'épure,
L'Univers s'arrache au sommeil.
Vien donc; c'estun trait d'Epicure
Que de jouir de la Nature
pans le moment de son réveil.
Sur le gason de maTerrasse
Vien respirer l'air le plus pur.
Pour des citoyens du Parnasse
Nourris des vers charmans d'Horace
Tout est Lucretile & Tibur.
Mais peut-être quand je t'invite ,
Veux-tu sçavoir ce qui t'attend
Dans ma retraite favorite;
En premier lieu de ta visite
Un coeur à coup sur très - content.
Au logis rien de magnifique ,
Au dehors ni parc ni forêts,
- Le jour, promenade rustique
,
Le soir, propos joyeux, Musique,
Quelques souvenirs indiscrets.
Poësie, Histoire, Morale,
point d'importun,nul embarras:
Vins assés bons, chere frugale,
Et dans ton hôte humeur égale,
Hors le jour que tu partiras.
De Pompignan.
EPITR E du même à Madame rl, Alarquifè
de M. à l'occafton de l'Odeprecedctitc,
A Fompignall, te 6 Juillet 1744.
V
Ous vous amusez aux dépens
De ma pauvre Muse Gasconne,
Mais ne croyez pas qu'elle donne
Dans tous vos propos séduisans.
Pasteur timide & solitaire
J'ose à peine dans les hameaux
Chanter aux pieds d'une Bergere ;
Croirai-je que mes chalumeaux
Forment des fons quipuisent plaire
A la divinité deSeaux?
Je sçais• trop que la Cour brillante
D'une auguste fille des Dieux
Dans ses Concerts délicieux
Ne veut point de voix dissonante :
Que ce vallon tant célébré,
Par tant de Fêtesconsacré,
Des Arts est l'azile ordinaire.
Et que Seaux retentit encor
PF Vers charmans faits à S. Maur,
Et des chansons de S. Aulaire.
Car aprenezqu'au fond des bois
Souvent la Coursiere à cent voixs
Parle aux habitans du Village ,
Et revele en plus d'un Langage
Les plaisirs des Dieux & des Rois.
Or pour revenir à ma Mufe
,
Laissezlà
,
simple en ses atours,
Loin du faste pompeux des Cours
Enfler ici la Cornemuse
D'unfaible enfant des Troubadours;
Jamais loin de l'ombre des hêtres
Le son de ma voix ne s'étend;
Tout au plus la Garonne entend
Le bruit de mes accords champêtres.
Sur ces bords je n'ai pour témoins
Que des Bergers & ma Silvie;
Pour chanter devant Octavie
Ilfautêtre Virgile aumoins.
Ne m'abutez pas davantage
Par l'espoir d'un brillant suffrage
Peu fait pour mesruniquesairs.
Offrez, s'ils peuvent être offerts,
Mes voeux , mon respect
, mon hommage,
Mais neparlez point de mes vers.
R E MA R 9SE Ssur un passage de Virgilt
quatrième livre des Georgiques.
I L s'est élevé une querelle entre deux
de nos Ecrivains sur le sens de ces huit
vers de Virgile.
Kam fjfla Pelloei gensfortemta Camp,
dccoliteffufolfagnuûtemflttmfHe Nilttm,
Et arcumpiftisvehitutsuarurct Phafelis,
Qitaque PharnrAtll vicinia Per/idis urget
Et viridem JEgyptum ttigrà foecnndat utena ,
Et diversa rnensseptem difenrrit in Ors,
Usque coloratis amnisdevexus*b Indif ,
Omnis in hac'certam regio jatit arte falittem.
Voici la Traduction lapluslitterale qu'il
m'a été possible de faire de ces vers en François
intelligible.
C'est dans cet art que fonde sa ressource
infaillible toute cette Contrée qu'arrose le
Nil, foit vers ces cantons où le peuple fortune
d'Alexandrie se promene sur des gondoles
peintes autour de ses champs inondés,
foit vers ceux ou ce fleuve descendu du
Pays des Ethiopiens basanés presse les terres
Voisines de l'Empire des Perses,& fertilisant
par son noirlimon l'Egypte verdoyante, se
partage dans plusieurs canaux qui le portent
dans la Mer par sept embouchures.
Je n'ai suivi ni la traduction de M. l'Abbé
D. F. qui supprime une partie de l'original
ou s'en écarte, ni celle de M. Bourgeois
qui a quelque chose de dur & de confus.
La principale difficulté de ce passage
conGfie, comme ils en conviennent tous
les deux, dans ce vers.
Quctftte PbaretrAtoe vicinta Perfidis arget
Comment peut - on dire que le Nil presse
les terres voisines de la Perse? Le vasse Pays
de l'Arabie, dit M. l'Abbé Dess. est entre
la Perse & l'Egypte,ainsi on ne peut resoudre
selon lui cette difficulté, qu'en supposant
une Colonie de Perfesdans la haute Egypte.
Salluste,ajoute-t-il, fait mention de cette
Colonie sur la foi des livres Puniques. Suivant
M. Bourgeois, au contraire, il faut entendre
l'Arabie, c'est le sentiment qu'avoit
déja suivi le Pere dela Rue, qui n'est ni
aussi absurde, ni aussi ridicule que M. l'Abbé
D. F. s'éfforce de le faire paroître. En effet
sans qu'il soit besoin de repondre à tous les
raisonnemensque ce Traducteur moderne
entasse pour le combatre & qui ne roulent
après tout que sur une équivoque,une explicatioh
toute simple & toute naturelle suffit
pour en décider. Par Persis Virgile entend
non la Perse proprement dite, mais tout
l'ancien Empire des Perses, comme1OITC]LÎ
par tfmathia *il entend non la Macedoine
proprement dite., mais toutes les Provinces
qui avoient fait partie de l'ancien Roy aume
de Macedoine ; ou lorsqu'il étend le nom d;
Parthi.¡Jf.à tous lesPays que comprenoit l'Empire
des Parthes. Or les frontières de J'Egypte
du côté de l'Arabieétoientaussicel
les de l'Empire des Perses, car cet Empire
qui comprenoit l'Egypte & ptefqae tous les
Pays d'alentour, étoit borné à l'Orient de
l'Egypte par l'Arabie qui n'en dependoit pas
&n'en a jamais dépendu, comme le remarqueDiodore
de Sicile. Par consequentle bras
Oriental du Nil, qui terminoit l'Egypte du
côté de l'Arabie,pressoit aussi de ce côté les
Contrées limitrophes de l'Empire des Perfes
vicinia Persidis, comme le Rhin presse à sa
droite les Pays voisins de la France
, oa
quun bras du Po presse les ProvincesVoisines
de l'Etat de l'Eglise.
Mais s'agit-il dans Virgile d'un bras Oriental
du Nil? Sans doute, & c'est ce qui clt
évident, parce que le Poëte l'oppose à celui
qui passe près d'Alexandrie, qui est le plus
Occidental.
* Georg.I. I. v. 4po.
Ec.I.V.63.
''Oua ïcltâi %dn<f> ttin'cti.iC.ciiiJP;
1
Ouitrjrte Pbuntrtittrvh't,iia I'erjtdi<wgct
Ce n'est là, dit M. l'Abbe D. F. qu'une
description Poëtique & charmante des fertiles
Campagnes de l'Egypte
,
&qui en doute?
mais cela empêche-t-il que chacun de ces
membres distingués par ces quà,, & caracterisés
par des traits différens
,
n'y désigne
bien nettement un canton particulier des
campagnes que le Poëte décrit?
Quant à la maniere dont M. l'Abbé des
F. refout lui-même la difficulté
,
il est facile
de montrer qu'elle n'est bâtie que sur un faitsupposé &
surune
lourde faut, eu Géographie.
Eneffet dansquel ancien Historien
, dans quel Géographe, dans quel Auteur
en un mot a-t-il lu qu'il se fut jamais
établi une Colonie de Perdes dans la Haute
Egypte? C'est un sa - absolument supposé
qu'on le défie d'appuyer même d'aucune,
conjecture tant foit peu raisonnable.
Pour les Perfes dont parleSalluste quipaslerent
en Affrique & s'y fixèrent fous le nom
de Numides, ils ne demeuraient ni dans l'Egypte
ni auprès, & à cet égard notre érudit
Obfervateur ne e trompe que de 5 à six
cent lieues, car ¡ lle est la distance que tous
les Géographes toutes les Cartes mettent
; au moins entre; Nil& le Pays des Numides
dont il s'agit GdlS Salluste.
Je ne crois pas au reste devoir faire re
marquer l'inexaétidude de la Version de ces
huit vers par M.l'Abbé D. F. Alexandrier.
le tein balané desEthiopiens,!e noir limon du-
Nil feront apparemment de ces circonftances
qu'un Traduéteur habile peut
négliger
qni ne font pas tableau &c. il le dira, & il
trouvera même des raisons pour montrer
que Certa Salus n'est pas ressource infaillible
,
mais feule ressource, que Viriâh Egyp-
, tus n'etf pas l'Egypte verdoyante
,
mais lje,
Baffe Egypte il en trouvera pour prouver
que le Nil n'engraisse la Baffe Egypte qu'après
avoir arrose les Pays voisins de la Perser ,;
& qu'il a du le dire,quoique Virgile ne difo
rien de semblable & que cela répugné éga
lemçnt à l'Histoire & à la Géograpnie.
Il Biton Capo d'anno alla Signera * * *
figlia del Signor Prefde. 1 * *. otu gioia ed imago
,
Amor, gloria, ed onore
D'illustre Genitore
Che fai d'ogni ben pago.
O tu che in giouin feno
Le Grazie e l'Onelhdc
Uuifci all'Am:stad.e r
E Risoalmo e sereno :
Onde per grandifpetto
Di paso la Regina
S'en fugge e si confina
Nel fuo antico ricetto.
Io che d'amor già fchivo
In libercade or regno
Dopo lungo fervaggio,
Deh qual poss'io in omaggic
T'offrir tributo degno ,
E che ti fpieglii al vivo,
Col stil che a te conviene ,
De'voti miei l'ardore,
Se solo a te apparriene,
Un tributo d'amore !
Imitation des vers precedens. D'Un pere illustre adorable portrait,
Honneur des Arts,jeune & belle SilvÍe,
Des dons de plaire assemblage parfait,
Vous qu'amour fuit, & que Venus envie,
Tous les talens qu'envousl'onvoit fleurir3
Votre vertu, vos charmes & votre âge
Meriteroientunful genre d'homnjage
,
Mais l'amitié ne fçauroic vous l'offrir.
EXPLICAT10N d'un Aîarbrc
que, par M. l'A!'t Venuti
,
de ï Cttdcmie
de Cortone, Ccrrejpondat'itHoïisr.iirz
de rAcadémie des Infi"f'!l'Jtiols
,
Bibliothécaire
de l'Academie de Bordean-:
1
C
Associé de FAcA,de;*ne de MOilt¡;tj,iÙvm.
LEs PP. Jesuites du Coîlege de Rome
viennent de faire acquisition d'un ancien
Marbre, qu'ils ont ajouté à leur Cabinet,
commence par le P. Kirker
, & considérablement
augmenté de nos jours par les
foins des PP. Volpi & Contucci. L'Inscription
grarée sur ce Marbre, quoique trèscourte,
ne laisse pas d'être singuliere, hn
Yoici :
CARPUS.AUG. LIB.
PALLANTIANUS
SANCTIS
DRACONIBUS
,.,
D, D.
Ce Carfus, si je ne me trompe,était
sa Affranchi de l'Empereur Néron> & le
i même que celui dont nous avons une Inf-
) cription dans le Recueil de Gruter
,
qui est
> conçuë en ces termes:
CARPUS. AUG. LIB.
PALANTIANUS
ADJUTOR. CLAUDII
ATHENODORl. PRAEF. -
ANNONAE.FECIT.SIBI
ET. CLAUDIAE. CALE.
CONJUGI. PIISSIMAE. ET
TI. CLAUDIO. ROMANO
VERNA*E.ET.LIBERTIS
LIBERTABUS, POSTERISQ. EOR.
Le surnom de PalUntianus peut avoir
été donné à Carpus par Pallantia sa mere.
• qui étoit apparemment de la famille du célébré
Pallas Affranchi de l'Empereur Claude.
Et il estvraisemblable que Pallas l'avait
introduit à la Co-jr de Néron, heririerprefomptif
de l'Empire. Pfcut-étre que le Carpus
de Petrone
,
dont le nom fut (1 souvent
pour Trimalcion le sujet d'un jeu de mots,
est le même que celui de notre Infcriptioru
Je me flate d'avoir deviné la raison pour
laquelle Pallantianus érigea un Autel votif
aux saints Dragons, fanbtis Draconibus. On
jugera si ma conjeéture est bien fondée. (
Nous lisons dans Suetone
,
qu'après que
Claude eut rappellé Agrippine
,
le jeune
Neron s'acquit tellement la faveur du peuple
& l'amitié des Grands, que Messaline
femme de l'Empereur en fut jalouse au point
d'envoyer des assàssîns pour l'étrangler pendant
son sommeil ; au moins le bruit en
courut-il alors. On ajoutoit que ceux que
Messaline avoit chargés de cette exécution
avoient vu un Dragon qui s'élançoit du lit
du jeune Prince, & qu'ils s'étoient enfuis
sur le champ. L'Historien nous apprend que
ce qui donna origine à cette fable, ce fut
que l'on trouva dans le lit de Néron près
de son chevet la dépouille d'un serpent.
Agrippine en tira un si favorable augure,
qu'elle fit faire des bracelets d'or qui reafermoient
cette dépouille de serpent.Neron
porta long-tems ces bracelets en foraine
d'amulette. Sentant enfin qu'ils lui reprochoient
trop souvent la mort de sa mere,
il s'en défit. Mais dans ses derniers malheurs,
il s'en ressouvint
,
& fit chercher en,vain
ces p écieux bracelets. i De tout cela on peut conjecturer que la j
l fable de ce serpent avoit surpris la crédu- llité de quelques courtisans, & qu'elle avoit fpû servir à la politique des autres. Ce qu'il
ry a de sûr,c'est: que les flateurs en profite- trent , pour persuader au peuple que les
Dieux veilloient sur la destinée de leur
Maître.
-
On sçaitque presque toutes les Nations
ont attaché aux Dragons une idée de Divi
nité
, ou de représentation de la Divinité:
aussiest-il vraisemblable que Carpus Affranchi
de Neron
, en courtisan habile, avoit
dédié un Autel fanttis Draconlbus, en
mémoire de ce qui s'étoit patte dans la jeunelTe
de Néron. Le fait que je viens de rapporter
,
d'après Suetone, se trouve avec
quelque petit changement dans Dion,
dans Tacite & dans plusieurs autres Auteurs.
LEPOINTDU JOUR.
- L
E feu des Etoiles
Commenceà pâlir,
La nuit dans ses voiles
Court s'ensevelir,
L'ombre diminue
EC comme une nue
S'éleve & s'enfuit,
Le jour la poursuit,
Et par sa présence
Chasse le silence
Enfantdelanuit.
L'Amoureux Satyre
Déja dans les bois
Contesonmartyre,
Mais sourde à sa voix
La Nimphe timide
Fuit d'un pas rapide.
Surle front brulé
De ce Dieuhalé
Regnent la licence,
L'ardeur, les desirs,
Et l'intem perance
Source desplaiiirs.
Mais d&ja l'Aurore
Du feu de ses yeux
Embellit& dore
Les portes des Cieux.
Sontein brille encore
Des vives couleurs
Qu'on voit sur les fleurs
Qu'elle faitéclore:
LeDieudusommeil
Foible, mais vermeil,
Remonte avec peine
Sur son Char d'ébene ;
Dans les airs portés
Les aimables Congés
Suivis des mensonges
Sont à ses côtés,
Près de lui voltige
L'amour qui s'afflige
De voir la clarté;
Trop de jour rend fage,
Sans obscurité
Plus de badinage
Plus de liberté.
Sur un Lit de Roses
Fraîchement écloses
Flore du grand jour
Attend le retour;,
Le jeune Zéphire
A ses pieds soupire,
Et le Dieu badin
Volant autour d'elle
Du bout de Ton aile
Découvre son fein.
L'Abeille agissante
Vole à son travail ,
De la fleur naissante
Enleve l'émail,
Tandis que moins fage
Le Papillon vain
Parcourt en volage
La Rose & le Thin ;
Chefdes infidéles
Ainsî***
Papillon desbelles
Est toujours leur Dieu;
Aimable & parjure
Il charme & trahit,
Trompeur ilrafrurei
Perfide il jouit;
Qu'on lui foit rebelle,
Seumis & fidelle
Ilestenflâmé,
Si tôt qu'on l'appelle
Il craint d'être aimé;
Plus de complaisance
Adieu les roupirs,
Dans la jouissance
Il perd la constance
Avec les desirs.
Une clarté pure
Embellit ces lieux,
Et dans sa parure
La simple Nature
Brille à tous les yeux j
Philomelle éveille
Par ses doux GoncefK
Echo qui sommeille
Au fond des deserts,
Et prenant sa route
Au plus haut des Cieux
Phoebus glorieux
Pouffe vers leur voute
Son char radieux.
Quittez, Atalante,
Le fein du repos;
La troupe galante
Des Dieux de Paptot
De ma jeune Amante
Ouvre les rideaux.
Qu'un voile de gaze
La cache à mes yeux,
Qu'elle les embraze
S'ils font curieux!
Sans rouge & sans mouche 1
Que toutes ses fleurs
Au feu de ma bouche
Doivent leurs couleurs!
Que le jourseleve
Pour remplir ses voeux,*
Que le jour s'achève
Pour me rendre heureux!
SECRET IMPORTANT.
EN 1735 feu M. Dufay fit voiràJAcal
démie Royale des Sciences
diverfea
épreuves, qui avoient été faites en sa présence
,
d'une poudre d'or, de laquelle on avoit
exécuté des desseins en reliefsur des plaques
d'or & d'argent: on jugea alors qu'il feroi£
bon d'en acquerir le secret de l'Italien qui
le possedoit,pour le communiquer aux Ar
tifres. M. Dufay l'acheta,mais ce fut à con
dition qu'il ne feroit rendu public qu'après
neuf années révolues. On a fait l'ouverture
du paquet cacheté qui le contenoit dan
l'Assemblée de l'Académie du 9 du mois de
Janvier dernier, & l'intention de feu M. Dufay
étant que les Ouvriers en bijoux d'or &
d'argent puissent en profiter
,
Meilleurs les
Auteurs du Mercure de France font priés de
iifaire imprimer,ainsi qu'il fuit.
- à fairedesreliefs sur or & argentfins
, en
el'appliquant avec le Pinceau. Secret acheté M. PARISKI.
» On prend quatre parties de chaux d'or
cbien pure, précipitée du départ: on l'annoncelle
sur une petite table d'Agathe, &
oon fait dans le milieu un petit enfonceiment
avec le doigt,dans lequel on verse
bdeux parties de Mercure, revivifié d" Ci-
.nabre, qu'on a eu foin de pcierexaéleunent
auparavanr.
.<M
Aussitôtqu'on a mis le Mercure dans cet
enfoncement, on y jette de J'esprit d'Ail,
ipqui fermente sur le champ avec le Mercure
<fJ!x. l'or, & sans perdre de tems, on mele
1JX. broye bien le tout avec une petite mollette
d'Agathe, jufclu"a e ce que le mélange foit seché & remis en poudre. Je n'ai pas
,cpe(¿ la quantité d'elprit d'Ail, Darce que
AM. Pariskim'aassuré que tout l'inconveimientqu'il
y avoir à en trop mettre, étoit
pqu'il lalloitbroyer plus long-tems. J'en
cavois trop mis ehèâivement, & j'ai laine
jvaporer une partie de la liqueur sans y
13toucher, ensorte que ma poudre n'a été
qparfaitement seche que le lendemain.
:?J Pour -employer cette poudre sur J'oroij
'J sur l'argent, il faut i Que la piece foi
n très-nette & l'argent le plus fin, parce
9. qu'on est obligé de la chauffer & que ce
Il'
la noircit, quand l'argent n'est pas fin. Immediatement
avant que d'y appliquer l'os,
préparé, on la frote avecdu jus de citron
M on délayeensuite un peu de la poudre qu
M
est grise & comme de la cendre, avec d
3)
jus de citron, & on l'employe sur la piéc
M
d'or ou d'argent avec une facilité infini
ai & aussi épaisse que l'on veut, puisqu'il n'
»D a qu'à mettre plusieurs couches l'une su
;u
l'autre, ou laisser épaissir un peu le me
v lange avant que de l'appliquer. On peu
p aussi travailler cette pâte appliquée, lor
qu'elle est séche, avec des ebauchoirs,
M on en a trop mis sur la pièce.
»
Lorsque la poudre estappliquée, corn
a me on vient de le dire, & qu'on en a cou
„ vert le desseinprécédemment tracé,
„ fait chauffer la piece sur les charbons
„ pour faire évaporer le Mercure. Plus on 1
»
chauffe ,moins il reste de Mercure,& par
j, conséquent plus l'or est haut en couleur
n Cependant il reste toujours allés pâle, Si
ce seroit une chose utile que de trouve
n un moyen de lui donner de la couleur
as car on feroit avec cette poudre des orne
», mens d'une très-grande beauté & avec un
j»
facilité infinie tant sur l'orque sur l'ar
»gent.
Lorsque l'or est devenu jaune surle feu,on
le frote avec le doigt & un peu de fable
broyé, & il prend du brillant.Alors on
r peut lecizeler& reparer comme à l'ordii
naire:si ce n'est qu'il est plus mol ou plus
spongieux:ainsi pour le travailler
,
il vaut
mieux l'enfoncer avec le cizelet, que l'en-
1 lever avec le burin. Il est rare qu'il se déta-
>
che,mais si cela arrivoit,il seroit aussi facile
d'yen remettre que cela l'a été la pre-
1
miere fois.
M
Il faut avertir que l'esprit d'Ail est d'une
f puanteur infuportable : Il faut prendre
garde d'en jetter par terre,car quelques
t goutes quiy étoient tombées ont infecté
la maison pendant deux jours. Cet esprit
«
se fait en chargeant une cornuë de gousses
d'Ail pilées: on lutte bien la cornuë avec
son récipient & on distille au bain de sao
ble. On se sert indistinctement de toute
la liqueur claire qui apassé dans le
o
récipient,en la séparantseulementde l'hui!e
foetide. Je ne sçais sile suc d'Ail ne seroit
m pas aussi bien.
» Lorsqu'on a délayé avec du jus de citron
Il
plus de poudre qu'il n'en faut ou qu'on
n n'en peut employer surle champ, elle ne
Co) peut plus servir une autre fois, après avoir
- été séchée.Il faut la jetter dans l'eau où elle
u se précipite: on lave dans la même eau les
» pinceaux, la petite table d'Agathe & lî
v molette dont on s'estservi; l'or se préci-
» pite & or peut le refondie pour en faire
1
•y»
de nouvelle chaux. j
Fin du Manuscrit de M. Dufay.
Cette chaux peut se faire par le dépose
ordinaire de l'argent & de l'or: ou en précipitant
l'or d'une dissolution très-affoiblie,par
le moyen des lamines de cuivre rouge bien
nettes: ou en affoiblissant une dissolution d'oi
par 2 5 ou 30 parties de vin de Champagne
ou de vin du Rhin, & exposant le vaisseau au
ra!dI ; cette derniere operation donne une
chaux très-fine& d'une belle couleur. J'ai
ajoutécesindications pour faciliter l'operation
que vous êtes priés de publier. J'ai
J'honneur d'être, &c. 1
Le7Février1745, 1
NOUVELLES
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS,&C.
S'LES VIES des Hommes IlluflresdeU
- France depuis le commencement de la Monarchie
jnfquàpresent par M. d'Anvigny
, Tom. X1& X II. Les grands Capitaines,
in-12. Amflerdam 1745 ,
&se vendent à
Paris chésLearas Grande Sale du Palais.
A L courolln.
<-~
Es deux derniers volumes de l' Ouvrage
de M. D. n'ensont pas la partie la
oins importante. L'Histoire de France devient
plus intéressante pour nous à mesure
qu'elle s'approche davantage du tems où
cous vivons, mais indépendamment de cette
nison les Capitaines dont M. D. nous done
les Vies, ont vécu dans des tems si fertiles
grands évenemens, que ce seul motif
fiffiroit pour qu'on fut curieux de les conîoître.
[ Le Maréchal de Cossé, le Connétable de
ontmorency, les Maréchaux de la Viell-
Illle, de MontlucJ& deMatignon ont servi
uus les Regnes de FrançoisI, de Henri II
,
de François11. de ( harlés IX. & de HenriIII.
Regnes toujours agités pendant lef-j
quels la France sans cesse exposée auxj
prages ,
éprouva tour à tour les malheurs
de la guerre soutenuë sans succès contre l'étranger,
& les horreurs pluscruelles encore
des dissentions domestiques. Jamais on ne
vît paraître à la fois tant de gens dontla nér
cessité des circonstances, & une expérie
ce continuellement soutenuë avoient développé
les talens ; jamais tant d'intérêts contraires
ne donnerent lieu à l'ambition de
faire jouer plus de ressorts différens. Jamais
enfin le vice ne trouva plus d'occasion de
s'exercer & la vertu n'eut jamais plus de
piéges à éviter; par conséquent nul tem
dont il soit plus important de connoître &
d'érudier l'Histoire.
Combien de fois le Connétable de Mont
morency ne vit-il-pas changerla face des affailis
dans le cours d'une vie pleine de succès
é.dltan'5,& de revers cruels? Lorsqu'il naquic àChantilly en 1493,les Montmorency ainsi
que les Chatillons,se trouvoient à la tête
de la haute Noblese du Royaume;les premiers
possédoient les plusgrandes Chargesj
de la Cour,&leurcrédit étoit d'autant plus
considérable
,
qu'il leur étoit plus facile j
qu'aux autres de résiderhabituellement au-yj
jptrçs de nos Rois ; les principaux
Domaines
de leur Maison étoient aux environs de la
Kapitaie. Anne de Montmorency ne vitau-
>de(lus de lui en naissant que la Maison
Royale ,avec qui la sienne avoit d'étroites
sailiances, & comme les Princes du fang viwoicnc
pour la plupart dans les Terres de
Heurs apanages, les Montmorency étoient
souvent comptés immédiatement après 1«
Roi.
-
Mais ce fut encore plus à ses talens qu'à
l'avantage de sanaissance que Montmorency
Ijdut sa prompte élévation;il entra très-jeufile
au Conseil & jouit de la faveur & de la
x'O'l'hance de François I. qui le chargea dé
pelusieurs négociations importantes. Nous ne
suivrons pas dans les guerres d'Italie dont
l'Histoire est si connuë. Il fut enfin fait prisonnier
à la funestejournée de Pavie & suivit
ple Roi a Madrid. Ce fut lui qui en exécution
du traité de Madrid fut chargé avec le Maréchal
de Lautrec de faire
l'échange
des deux
fils de France contre la personne du Roi,
ce qui s'exécuta sur le bord de la riviere
d'Andaye.
Les services que Montmorency avoit
endus en cette occasion furent récompenses
par la Charge de Grand-Maître que le
Roi lui donna. L'autorité dont Montmorency
se vit alorsrevetu lui fournit l'occasion
le déployer plus que jamais toute l'austerité
de son caractere; on le nomma unanime, h
ment le Caton de la Cour; les Courtisans
étonnés crurent voir renaîtreaumilieu d'une
Cour galante ces Censeurs dont les Roplains
respectoient & craignoientl'inflexible
sévérité. Lorsque la guerre se ralluma en 1536:
entre la France 8c l'Espagne, Montmorency
nommé Généralissimedel'armée, sauva la
France par une conduite semblable à celle
queFabius Cunctator avoit tenuë contre Annibal.
Le point capital du Maréchal étoit
de ne risquer aucun combat, & de laisser
à Charles V. toute la fatigue de la Campagne.
Il avoit placé son Camp près d'Avignon,
de telle forte qu'il pouvoit recevoir
par le Rhône les vivres&les munition
de guerre dont il avoit besoin, & empêcher
qu'il n'en passat dans l'armée de l'Empereur.
Le Roi posté à Valence avec un corps d'armée
pouvoit fortifier le Camp d'Avignon,
en cas qu'il fût menacé. La vivacité Françoise
s'accommodoit mal d'un plan de défenses
de cette nature, & le Maréchal ayant à con..,
seiller un Monarque plein de feu & à conduire
un peuple ardent, ami des expéditions
brillantes, eut bien des murmures à eûuyer;..
& eut, pour ainsidire, à domptersa Nalion,
pour se mettre en état de vaincre 1.
ennemis. Le succès le justifia pleinement
Charles V, vit périrsonarmée sans avoir
combattu, & fut obligé de faire une retraite
quiluicoûta encore beaucoup de monde,
& dereconnoître en fuyant, que Montmorenci
étoit le plus grand Capitaine de son
tems.
Ce fut deux ans après cette Campagne
brillante qu'il fût fait Connétable. Cette
Charge n'avoit point étédonnée depuis la
) défection du Connétable de Bourbon. Montmorency
revêtu des deux plus importantes
Dignités de l'Etat, honoré de la confiance
> de
son
Maître, & de l'estime de sa Nation, se
voyoit dans la situation la plus brillante,
mais cet éclat fut peu durable; desintrigues
i>de Cour firent disgracier le Connétable, qui
aussi peu surpris qu'affligé de cetevénement,
soutint sa disgrace en homme supérieur à la
1 faveur; il se retira à Chantilly, Sey vêcut
> comme s'il n'eut jamais été à la Cour.
v Cependant aprèscinq ans de retraite, il
vitlascene changer une seconde fois. Hen- ri II. devenu Roi par la mort de son pere
irappella Montmorency, & lui rendit sa prenmiere
autorité mais il s'élevoit alors un Ri-
'ïval dangereux du Connétable; c'est le fameux
Duc de Guise qui faisoit chaque jour
de nouveaux progrès dans la faveur du Roi
;:( dans l'estime ries Peuples, & qui avec fè
Cardinal de Lorraine jetta les fondemens
de la Ligue qui futsi funeste à la France.
L'habileté de ce Prince, l'éclat de ses succès,
l'amour de la nouveauté lui donnerent de
grands avantages sur Montmorency,que la
Fortune commença alors do ne plus si bieni
servir. L'activité du Duc, la rapidité de Tes
opérations étoient bien plus faites pour
éblouir les François que la lente prudence
du Connétable. Le Duc étoit le Héros d' j
la Nation, & le peuple qui ne croit pouvoir
louer le mérite dont il est frappé que p.iri
des comparaisons souvent injustes & toujours
odieuses
,
montroit autant d'ardeur ;
pourrabaisser la réputation du Connétable,
ue pour éxalter celle du Prince Lorrain qui
étoit devenu son Idole.
Les choses étoient en cet état lorsque lat
mort de Henri II.changea la face de la
Cour, & fut le prélude de cette foule d'événemens
funestes qui mirent la France à deux
doigts de sa perte.
La Cour qui étoit déja partagée par des
factions puissantes,vivement animées lesunes
contre les autres, se vit plus agitée que jamais,
lorsque lesdifférens partis se virent en liberté
de faire des mouvemens, que le Roi par
£â jeunesse&son peu d'expérience n'étoit pas
en état dereprimer. La Maison de Guise & celle du canné-J
table se disputoient depuis long-tems
Ial
principale autorité. Un troisiéme parti plus
redoutable encore parut alors surles îangs,
c'étoit celui des Princes du Sang, qui par le
droit de leur naissance, & par la considérationqu'on
leur devoit, étoient de puissans
Concurrens.
La Reine Mere, (Catherine de Médicis
) redoutoit également ces trois factions
, cependant elle se voyoit obligée de
choisir entr'elles, & ce choix étoit fort difficile
à faire, il étoit à craindre que les Princes
du Sang ne devinssent trop puissans, il
y avoit peu de fond à faire sur le Connétable
qui étoit fort âgé, & d'ailleurs la
Reine le haissoit personnellement; Catherine
ne redoutoit pas moins les Guises, que les
[ Princes du Sang. Le grand nombre de Princes
qui se trouvoient dans cette Maison, leurs
t grandes qualités, les établissemensqu'ils post
sédoient, le nombre considérable de créatures
qu'ils s'étoient faites,enfin le crédit
> que leur donnoit leur qualité d'Oncles de la
t jeune Reine, l'autoritéqu'ilsavoient sur el- le, & l'ascendantque pouvoit prendre si
; aisément sur l'esprit d'un jeune Roi une
Princesse jeune & aimable à qui la beauté seu- le pouvoit tenir lieu d'adresse, dès qu'elle auroit
envie de séduire; toutes ces considérations
rendoient Catherine de Médicis fort
incertaine sur le choix qu'elle avoit à faire
Les Guises furent assés adroits pour la déterminer
en leur faveur. Le Connétable
avoit fongé de son côté à s'appuyer des Princes
du Sang: dès le tems de la blessûre du
Roi prévoyant ce qui alloit arriver, il
avoit envoyé un Gentilhomme au Roi de
Navarre, pour l'engager à venir au plutôt à la
Cour, mais ce Prince ne fit pas toutel'attention
qu'il devoit à cet avis important, &
écoutatrop de petits ressentimens qu'il avoit
contre le Connétable, & qu'il auroit du sacrifier
à des intérêts plus pressans.
Les premiers jours du nouveau Regne furent
marqués parla disgrace du Connétable.
Il se retira pour la féconde fois à Chantilly
où il apprit bien tôt après qu'on lui avojt
ôté sa charge de Grand- Maître pour la donner
au Duc de Guise. Montmorency sentit
vivement ce traitement, quoique pour l'adoucir
en quelque forte on eut fait son filsMaréchal
de France: il se lia avec le Prince de
Condé; le Vidame de Chartres, Chatillon
Amiral de France qui étoit son neveu, beaucoup
d'autres mécontens entrèrent dans ce
Parti, & il est à remarquer que cette faction
qui fut enfin celle des Protestans, fut formée
d'abord jpar un Catholique zèlé; le Connétable
etoit attaché à sa Religion avec toute
l'ardeur qu'inspirent la probité & la vertu
; ce fut en ce tems là qu'échoua la Coujurationd'Amboise;
la prévoyance du Duc
de Guise déconcerta toutes les mesures de
ses ennemis. Le Roi de Navarre &: le Prince
de Condéfurent arrêtés aux Etats d'Orléans,
le Prince fut condamné à mort, &le
Connétable voyoit son Parti ruiné, sans ressource,
si la mort de FrançoisII. n'eut apporté
un nouveau changement dans les affaires.
Catherine de Médicis sentant le besoin
qu'elle avoit du Connétable dans ces circonstances
difficiles, envoya lui dire qu'il
se rendit promptement à Orléans qu'elle
avoit besoin de ses conseils, & qu'elle vouloit
qu'il rentrât dans l'exercice de sa Charge.
Ce nouveau rayon de faveur étoit peu de
chose; les Guises jouissoient toujours d'un
plus grand crédit; la Reine qui avoit fait
mettre en liberté le Prince de Condé, &
qui s'étoit reconciliée avec le Roi de Navarre
, n'avoit d'autre objet que de conferver
la principale autorité en tenant la balance
égale entre les deux Partis: le Connétable
alors lié d'intérêts avec le Roi de Navarre
, se trouvoit dans une de ces portionscritiques
où tout est une occasion de fautes,
& où souvent on ne peut choisir que le
moins dangereux de plusieurs mauvais partis.
On se servit adroitement de son attacher
ment à laReligion Romaine, pour lui faire
abandonnerle Parti du Roi de Navarre &
du Prince de Condé, qui avoient armé les
Huguenots en leur faveur. Le zèle de Montmorency
s'alluma contre le:, Novateurs, & les
Guises s'en servirent utilement pour le ramener
à eux. Le Roi de Navarre par une conduite
plus singuliére encore changea aulTî de
Parti, & se rangea ducôté des Guises, sans
songer qu'il alloit se rendre leur esclave, au
lieu qu'il eût été le maître dans sa fadion.
Enfin l'aigreur que produisoit la différence
des Communions se joignant à l'animositéqu'avoit
excité l'opposition des intérests,
& le Prince de Condé se trouvant assés fort
pour en venir à une guerre ouverte, on mitde
part & d'autre des armées en Campagne; ainsi commencerent ces Guerres cruelles qui
durérent trente ans,&qui coûterent à la France
tant de sang & tant de crimes. La Religion
en fut le pretexte, l'ambition des
Grands en fut le motif, le malheur des peuplesen
futlasuite funeste; laBataille de
Dreux donnée par le Connétable le 19 Decembre
1562 fut également funeste aux
deux Généraux; Montmorency fut battu
& fait prisonnier, & le Prince de Condé
quicroyoitlavictoireassurée vit avec éron..
nement le Duc de Guise & le Marêchal
de S. André rétablir laBataille, & mettre
ses troupes en déroute; il fut lui-même
obligé de se
-
rendre, & ne jouit pas longtems
duplaisirde se croire vainqueur. On
lit dans le Journal de Henri III. que le Cardinal
de Lorraine ayant appris la nouvelle
de cette Bataille dit au courier ces mots:
tout va bien, puis que monfrere (si sauvé. l'v,
parle-t-on plus à Parisde nous faire renàrt
nos comptes. ? Puisse tournant vers un de ses
familiers: à ce queje vois, dit-il, M. mon,
frere & moi oirons nos comptes tout seuls ;
M. le Connétableestprisonnierd'un côté &
M. le Prince de l'autre, voilà où je les a,."-
mandois. La mort du Duc de Guisequi fut
assassiné peu de tems après devant Orléans
facilita la liberté de ces deux prisonniers importans,
& amena une paix qui fut peu durable.
Ce fut alors que fut donné (le 19
Mars 1563) le fameux Edit appellé l'Edit
de pacification.
Mais trois ans après la Guerre se ralluma
avec plus de fureur ; le Prince de Condé
& l'Amiral de Coligny ayant manque leurentreprise
de Meaux, où ils comptoient se rendre
maîtres de la personne du Roi
,
vinrent
camper dans la plaine S. Denis; la Reine
qui vouloit éviter la guerie envoya au Prince
de Condé le Chancelier de l'Hôpital,
mais le Prince refusa toutes les voyes d'accommodement
qui furent proposées 1 le
Connétable accompagné des Maréchaux de-
Montmorency & de Cossé & d'un Secrétaire
d'Etat, s'avança jusqu'à moitié chemin
de S. Denis, pour avoir avec le Prince de*
Condé une conférence qui ne réussit pas
mieux. Le Prince y vint avec les principaux
Chefs de son parti, mais cette négociation
fut aussi infructueuse que la précédente :
La discussion des intérests respectifs ne fit
qu'aigrir de plus en plus les esprits ; on
se sépara sans avoir rien conclu & plus disposé
que jamais à en venir à une Bataille.
Le Prince de Condé nétoit pas dans une
position avantageuse, il n'avoitque1500
chevaux,& 1800 hommes d'Infanterie: lereste
de ses troupes étoit allé du côté de.
Poissy pour s'opposer au passage d'un fecours
qui venoit à l'armée Royale alors en-<
fermée dans- Paris avec le Connétable. Ce
dernier informé du partage des troupes du j
Prince, sortit de Paris le 10 Novembreavec
12000 hommes d'Infanterie,3000
chevaux & 14Pieces de canon. Le Prince
1 de Condé n'en avoit point, & se préparoit à
Êiire une rigoureuse résistance,malgré l'avis 1
de ceux qui vouloient qu'on se battît en re- 1
traite, mais comme le Connétable ne put
avoir rangé ses troupes en Bataille avant qua- .i]
tre heures ç4,foir,, le Prince crut qu'ense 1
défendant quelque tems, la nuit sépareroit
les deux armées.
,
& lui donneroit les
L moyens de se retirer sans être poursuivi, aintfï
il se prépara à la Bataille, sans en espérer
> d'autre avantage que celuide faire sa retraite
sans risque.
J>
Cependant il songea à étendre ses trou-
50 pes pour n'être pas enveloppé. Il appuya
in la droite à S. Ouën, sa gauche étoit à
:C8'
Aubervilliers; le Prince commandoit au
x» centre avec l'Amiral de Chatillon; le
» Connétable commença par faire battre
O) Aubervilliers par son Artillerie; comme
,c» elle incommodoit considérablement ce
CO)
poste, Vardes qui le gardoit avec Genlis,
coe
alla droit aux Arquebusiers qui défen-
CM
doient le canon, & les renversa: Genlis
« vint le soutenir, mais tous les deux fu-
(Q rent ensuite repoussés par la Cavalerie
o du Maréchal de Cossé. L'Amiral qui vit
« que Genlis ne pouvoit éviter d'être battu,
LoO
marcha aux ennemis avec une contenan-
« ce affurée, lentement néanmoins, pour
- donner le tems à ses Arquebusiers de
u suivre la Cavalerie; il y eût alors dans cet
u endroit un choc furieux que les troupes
<»
de Cossé ne purent soutenir; les Cavaliers
«>
se renverserent sur un Régiment que la
*
Ville de Paris avoit levé à ses frais: c'étoit:
*un.<desplus beaux Régimens qu'on eût vû.
n
jusqu'alors ; il étoit composé de la plus
» belle jeunesse de Paris. On ne pouvoit
M
rien voir de plus leste, ni de plus riche-
» ment armé. ce Bataillon Parisien voyant
09 que l'affaire devenoit sérieuse ,crut ne pou-
»voir mieux faire que de regagner la Ville.
« avec précipitation. cc L'Amiral chargea
alors le Bataillon des Suisses où étoit le Connétable
, & le Prince de Condé y accourut
aussi, jugeant bienque l'évenement de la Bataille
dépendoit de l'avantage que l'on remporteroit
sur le Connétable.
Ce Vieillard respectableâgé de 74 ans,
& non de 80, comme le dit M. D.,se désfendcit
avec courage, quoique presque
abandonné des siens, & couvert de blessu-,
res. »
Lorsque Robert Stuart arrivant sur:
» lui le pistolet à la main, lui cria de se ren-
» dre, il lui dit, en détournant son cheval
» pour éviter le coup, tu ne me connais pas ;
?»
c'est parce que je te connois
,
lui repartie
»Stuart, que je te porte celui-là, en meme-
» tems il lui lâcha le pistolet dans les reins.
» Le Connetable se retourna à l'instant con-
» tre lui, & avec le pommeau de son épee
« qu'il venoit de rompre dans le corps d'ur;
»
Cavalier, il lui brifa la mâchoire. Le coup
» futsiviolent qu'ils tombèrent en mrne<
M tems tous les deux d^ dessus leurs chevaux
« Dansle tems même de cet évenemens
o»
le Prince de Condé qui n'étoit qu'à dix pas
1" du Connétable, fut renversé fous son che-
01 val. La chute des Généraux mit les deux
OJ
partis en déroute. Les Catholiques s'em-
» presserent à dégagerleConnétable, &
?»
les Huguenots à débarrasser le Prince, mais
- dans toute cette confusion ceux des Ca-
03
tholiques qui n'avoient point encore como
battu, furent à portée de le faire avec
n avantage. Le Marêchal de Montmoren-
« cy se fit jour au travers des Huguenots
Q)
& en fit un horrible carnage. L'Amiral emoa
porté par son cheval dont la brides'étoit bri-
» fée disparus un peu après. Le Prince de Con-
P.
dé étoit hors d'état de reparoître. Les Hu-
« guenots ainsi privés de leurs Chefs, & d'ail-
» leurs épuisésparlesefforts qu'ils avoient été
»obligédefaire pendant cette Bataille,se re-
» tirerent vers S. Denis à la faveur de lanui
Cependant le Connétable avoit eu un
» évanouissement qui lui avoit duré quelque
» tems ; aussi-tôt qu'il en fut revenu sa préa
miere attention fut de demander aux gens qui l'environnaient en quel état étoient
»
les affaires. Lorsqu'on lui eut dit que les en-
It
nemisse retiroient,il demanda avec vivacité
» pourquoi on s'amuloit au-tour de lui dant pen- quel'on devoits'ocuper à les suivre. Il
..eut quelque peine à permettre qu'on Tern-
»
portât,il vouloit,disoit-il, mourir au champ
» de Bataille,n'ayant plus rien à desirer puis-
» que le Roi son Maître avoit remporté la
» victoire. on le vit tourner à la mort
,., dès le lendemain; le Roi & sa Reine- vina
rent le visiter; il ne leur parla que de la joie
wju'il avoit de mourir pour la Religion,&
* pour leur service. Il remplit avec beaua
coup de Foi tous les devoirs d'un Chré-
» tien, & montra jusqu'au dernier moment
m une fermeté que rien ne put ébranler. On
» dit même qu'un Cordelier qui l'exhortoit ! ayant cherché à lerassurersur lesfrayeurs
» qu'inspire naturellement l'idée de ,la'
» mort, le Connétable lui dit d'un ton fie
» & hardi, pensez,-vous, mon pere, qu'un
M
homme qui a vécuprès de quatre-vingtans
» avec honneur, n'ait pas appris à mourir un » quart d'heure? Ce grand homme mouru
» de ses blessùres le troisiéme jouraprès la
Bataille de S. Denis,c'est-à-dire, le rz
« Novembre 167.et. Heureux de mourir
au sein de la viétoire
,
& comme lui-même
l'avoit dit, les armes à la main pour la Re
ligion & pour son Roi, plus heureux encore
de n'avoir vû que le commencement de ces
orages dont la violence redoubla après fa* mort. Il n'avoit jamais employé d'autre art
pour faire sa cour que de bien servir for*!
Maître, & plus attentif à se rendre utHA
1
qu'agréable
,
il ne s'avança que par ses ferices,
forcé malgré lui de prendre un parti
lans les factions qui diviserent l'Etat, il ne
lerdit point de vue l'idée de l'intérêtpublic
rendant que les intérêts particuliers aninoient
seuls tous les esprits; grand homme
le guerre,& grand hommed'Etat,& Citoyen
vertueux ,
il servit sa Patrie & son Maître
„ oujours avec zélé & avec fidélité
,
souvent
vec succès, vécut sans remords & mourut
ans foiblesse.
Les morceaux que j'ai cités de M, D. peuvent
donner l'idée de son style; on ne peut
point lui reprocher cette élégancevicieuse
lui prodigue à contre-tems les ornemens
& les fleurs; il a eu grand foin d'éviter ce
défautdanslequel font tombés souvent tant
l'Auteurs célébrés&estimés tels que Salluste,
Quinte-Curce& quelquefoisThucidide, cependantla
matiere qu'achoisie M. D. est fort
ntéressante son style est presque toujours
;Ialr,.& on lit son livre avec plaisir.
ORONOKO traduit de l'Anglois de Madane
Behn, 2 vol. in-12.
Amsterdam
1745.
Quoique l'on trouve ici tout l'interêt que
'on peut exiger d'un Roman, la célébre
negâloife qui en est Auteur, prérend que une Histoire véritable, elle avoit pafTé
une partie de sa vie dans les Indes, elle y
avoit connu le Heros de son Livre, avoit été
témoin d'une partie de ses avantures, & avoit
entendu les autres de sa propre bouche. N'ya-
t-ellerien ajouté pour rendre les faits plus
interessans? c'est une discussion dans laquelle
nous n'entrerons point. Le Traducteur a judicieufement
fait des changemens qui étoient
nécessaires pour assurer le succès de son Livre.
Tout cequi plaît à Londres ne plaît pas
à Paris ; la premiereconditionpour rendre
un Ouvrage intéressant est de
le
plier aux
moeurs & aux façons de penser des Lecteurs.
Cette fage précaution n'a pas peu contribué
,
sans doute, au succès de l'Ouvrage.
On le lit avec plaisîr; le second volume
furtout
est fort intéressant. On fent aisément
qu'un Ouvrage de cette nature n'est fufcefptible guere d'un extrait, c'est au Livre même
qu'il faut avoir recours.
HISTOIRE de l'Académie Royale
des Sciences année 1741 , avec les Memoires
de Mathématique & de Physique.
pour la même année, tirés des Registres
de cette Academie:40. 1744 de l'Imprimerie
Royale.
Les travaux & les succès de Messieurs de
l'Academie des Sciences ont rendu le gout
des Sciences si general
, que nous n'avons
as à craindre de parler à nos Lecteurs un
angage obscur & barbare,en les entreteant
de ce volume. Plus de deux cent
mmes ont faitdes Cours de Physique expérimentale
chés M. l'Abbé Nollet
,
& il
en a même plusieurs que n'ont point ar--
êtées les épines de l'Algebre ni du Calcul inégral
& differentiel, & qui ont voyagé
sians les plaines vastes & arides de la sublime
Géometrie; cependant comme malgré
ela tous les Lecteurs ne font pas Physiiens
& Géometres, & que même parmi
eux qui le sont, il y en a dont les conoissances
ne font pas si étendues que l'exieroient
certaines matieres,
nouschoisirons
elles que nous croirons le plus à la portée
9.0 toutes fortes de Lecteurs.
L'Histoire naturelle a sur-tout cet avaria
age, & on n'avoit point encore vu aucun
olume de ces Mémoires rassembler tant e faits singuliers qui fussent de son ressort.,
elle estl'observation que M.Demours, 1é
ecin de Paris,très-estimé pour les Maladies
es Yeux a lû à l'Academie sur la maniere
ont le Crapaud mâle accouche sa femelle.
Les Crapauds font un genre particulier
ans la classe des Amphibies,& quoi qu'Amhibies
ils se divisent en Aquatiques & Terxstres,
parce que ces derniers qu'on divise
ncore en grande & petite espece,quoique
nés dans l'Eau, n'ypassent que les premiers
jours de leur vie.C'est du Crapaud Terrestre
de la petite espece dont nous avons àJ
parler d'après le Memoire queM. Demoura
a lu à l'Academie sur ce sujet. t
L'occasion de ce Mémoire est un de ceSli heureux hazards dont les Naturalistes seuls
peuvent connoître le prix. Sur le foir d'un
grand jour d'Eté, M. Demours étant dans
le Jardin du Roi,apperçut deux de ces Crapauds
accouplés au bord d'un trou que for
moit en partie unegrande pierre quiétoit
au-dessus. La curiositéle fit approcher pour
toir quelle étoit la cause des mouvemens
qu'ils se donnoient. Deux faits également
nouveaux le surprirent : le premier étoit
l'extreme difficulté qu'avoit la femelle à pondre
ses oeufs, de maniere que sans un secours
étranger elle ne paraissoit pas pouvoir les faire
sortir de son corps: le second, que le-"
mâle travailloit de toutes ses forces & avec :
les pattes de derriere à lui arrachei lesi
oeufs.
Pourbien comprendre la
Méchaniquedes
cet accouchement, ilfaut sçavoir ro. Que
les pattes de ces animaux, tant celles de
devant que celles de dernere, font divisées.al
en plusieurs doigts. C'est par le moyen de CC^-Ï
doigts que le mâle tiroit les oeufs du fonde--1
ment de la femelle..
2°. Que les oeufs sortent du fondement de
ia femelle, parce que le réceptacle dans lequel
ils font contenus jusqu'au tems de la
oonte s'ouvre à la partie inférieure du recüum.
30 .Que lesCrapauds s'accouplent comme
ses grenouilles, c'est-à-dire
,, que le mâle
monte sur le dos de la femelle,l'embrasse
itvec les pattes de devant: la feule différence
qu'il y a,est que le mâle des grenouilles
les pattes de devant asses longues pourembrasser
entiérement la femelle, & pour enrelasser
ses propres doigts par dessous les uns
rxQc les autres, au lieu que les pattes du Cragoaud
mâle étant beaucoup plus courtes, il
ne peut les joindre de même; elles n'atteignent
qu'auxcôtes de la poitrine de la fermelle
: où il les applique quelque fois si fortement,
qu'il y survient une inflammation
avant que les deux animaux se séparent.
: 4°. Enfin que les oeufs de cette espece de
Crapauds font renfermés chacun dans une
roque membraneusetrès-ferme, dans laquelle
est contenu l'embryon, & que ces
oeufs qui font oblongs, &. qui peuvent avoir
ilieux lignes de longueur, font attachés les
dans auxautres,par un court filet très-fort;
:Us forment une espece de chapelet dont
jes grainssont distansles uns des autres deise
itfiron la moitiédeleur lorecur
Ces conformations étant bien entendues,il
y a lieu de croire que la femelle fait beaucoup
.d'enoitpour se procurer la sortie du premier
oeuf, mais dès qu'il est foni c'est au mâle
à faire le reste. C'est alors qu'il commence
à exercer sa fonction d'accoucheur,&il s'en
acquitte avec une adresse qu'on ne soupçon..
neroit pas dans un animal qui paroît si engourdi,
Celui-ci avoit déja tiré le second:
oeuf lorsque M. Demours arrêta sur lui fe&
regards,&il redoubloit ses efforts pour ti-1
rer le troisiéme.
1 e premier oeuf étoit engagé entre le«!f
deux doigtsdumilieu de sa patte droite dei
derriereparlefilet qui i'attachoit au seconds
& c'est en allongeant cette patte qu'il ten-r
doit le cordon du chapelet vis-à-vis le sondement
de la femelle, qui pendant ce tems-
Jà restoit immobile. Il tâchoit aussi de ti-I
saisir du cordon avec la patte gauche, & Il
en vint à bout après plusieurs tentatives. Ce
pendant la présence de l'Observateur ne
l'embarrassoit pas peu, & lui causoitsans
doute bien des distractions
, car tantôt
s'arretoit tout court, & alors il jettoit sur ce
curieux importun des regards fixes, qui mafri;
quoient son inquietude & sa crainte; tan.;.rr
tôt il reprenoit son travail avec plus de prt.)
cipitation qu'auparavant, & un moment
après il paroissoit indécis s'il devoit ~cont
rjiuer ou non. La femelle marquoit aussison
membarras par des mouvemens qui interrom-
~oientquelquefois le mâle dans son opéra-
~ion
,
mais enfin foit que le silence & l'immobilité
du Spectateur eussent dissipé leur
crainte, soit que le cas fut pressant, le mâle
eprit son ouvrage avec la même vigueur,
! & toujours avec de Nouveaux succès.
I La curiosité de M. Demours avoit un au-
~re objet; il observoit attentivement si à
mesure que le mâle tiroit les oeufs il ne les
arrosoit pas de sa liqueur séminale
, car c'est
~par un semblable arrosement, comme le
apportent plusieurs Auteurs, que les oeufs
<jfle ces animauxAquatiques & Amphibies
noont fécondés & en particulier les oeufs des
Grenouilles. C'est ainsi,selon Swammerdam
lO"nn des plus fameux Naturalises de ce fiéalrle,
qu'après un accouplement d'environ 40
uoours ,
la Grenouille mâle féconde les oeufs
siie la femelle au moment qu'elle les a pon- dus,mais comme M. Demours n'apperce-
~oit rien de pareil aux Crapauds accouplés
,
:& que l'endroit où ils se trouvoientétoit
aun peu sombre, il se détermina à les mettre
sur la main. L'Ouvrage fut encore interrompu
pendant quelques instans & reliions
ensuite comme auparavant,mais le nâle ne donna jamais le moindre figne de
3*e que l'Observateur s'attendoit à découvrir
par ses yeux,ou à sentir sur sa main où it
les tint un quart d'heure.
Swammerdam avoit remarqué que hi
mâle de la Grenouille aide aussï à la ponte
de la femelle, mais il paroît que c'estdu
ne maniere moins suivie, moins parfaite
moins décidée queleCrapaud& telle enfin
qu'on ne voit pas clairement que ce secours
y soit absolument nécessaire. cèn'efi peutêtre
qu'en lui ferrant les côtes dans ce mo..r
ment, car la femelle de la Grenouille accouche
fort vite de tous ses oeufs & comme
dit ce même Naturaliste, uno impet."
Ctnnia ejaculatur. *
C'est dommage que quelques Naturalistes
qui ont pris extrêmement à coeur de nous
persuader que c'est aux animaux que nous
devons originairementnos Arts ffifchaniqueSl'
& libéraux, ainsi que nos Scienceslesplus
sublimes, la Géométrie, la Dialectique
, la
Métaphysiquemême,&sur-toutlaMédecine,
n'ayent point eu de connoissance dmjf:
faitque nous venons de rapporter, ilsejjapa
auroient tiré sans doute & très- directe
ment l'Art des Matrones & des
Accouu
cheurs. il
S,,,.am. t.2.P. Bop.
kuijfea
r
RuijreauInlfammable.
Feu M. Raoul Conseiller au Parlement de Bordeaux apprit à M. de Reaumur par
une Lettre du mois de Juillet de l'année
1740,qu'il y avoit dans le Prieuré de Tré-
1 molac de l'Ordre de Clugny à cinq lieues de
Bergerac,un Ruisseau inflammable & brû-
Hant ; ce qui fut découvert il y a huit ans par
iJUn voleur d'écrevisses qui pour mieux appercevoirles
trous où elles se cachent se servoit
de torches de paille allumées. Tant que
@
cet
hommemarcha sur le gravier du lit presque
horisontal de ce Ruisseau,le feu ne prit point
sa l'eau de la superficie, mais étant arrivé à des
endroits plus inégaux & parsemés de creux, il fut bien étonné de voir que l'eau s'enflamma
,au point qu'il en eut sa chemise
brûlée ; c'étoit une ftâme bleuâtre.Monsieur
l'Abbé d'Alemealors Prieur de Trémolac
en fit répeter l'experience deux ou
trois fois,&elleréussit toujours de même; oa eutcroireavec beaucoup de vraisemblance
qu'il est tombée droits qu'il s'est assemblé dans ces creux quelquelimon chargé d'une
matiere sulphureuse,assés en mouvement
,(Jour s'exhaler au travers & au-denus de l'eau
iïc pour y prendre feu à la moindre approche
d'une flamme étrangere,
Il s'en faut bien que la fameuseFontaine 9 brûlante de Dauphiné merite ce nom à aussi
juste titre que le Ruisseau de Trémolac,puisqu'elle
se réduit, du moins aujourd'hui & depuis
fort long-tems, à un simple terrain bitumineux
sans eau, où l'on voit quelquefois
une flamme errante & legére
,
fort sem-'-r
blable à celle de l'eau de vie allumée. 1C i
7 MACHINES ETINTENTIONS*:
approuvéespar l'Academie en 1741.
M. de Genfane déjà connu de l'Acadé---J
mie & du Public par plusieurs Ouvrages de ;f
Méchanique qui ont eu du succès, lui aL
npraénsetnltaé dceetstecriapnntiéoenudneMsqéumaotirreeMcoanccheri,n:,e-:sl suivantes,sçavoir.
Un Niveau construit de maniere que fe^s.
pieces essentielles font à l'abri de l'action du Iii
vent. Il consisteprincipalement en un per-';'
pendicule chargé de deux miroirs un pelfIJ;)
inclinés à la verticale, & sur lesquels les objets
de dehors viennent se peindre à tra--js
vers deux ouvertures garnies de glaces qu'onno
ia ménagées à une boête bien close qui re»-n;
efrme le tout.
r Voyez l'Histoire del'Acad. 1699.P. 23.
Quoique les niveaux à miroirs ne soient
oas une invention nouvelle, celui-ci a paru
cependant bien imaginé par rapport au but
que l'Auteur s'y propose, & l'on a cru en
même tems que ce niveau pourroit être aulli
sxjxad qu'aucun autre- depareil volume.
IL
Une machine destinéeà mesurer par une
seule station de petites distances inaccefbles.
III.
Une maniere d'employer sans roues &
car le moyen d'un tuyau garni d'un piston
b d'une double soûpape
,
l'eau d'une source
lui auroit une certaine chûte
, pour faire
pouvoir des pompes. L'idée a paru nouvelle,
& pouvoir etre mise utilement en
pratique. I V.
Un moyen de substituer aux manivelles
oudées des especes de lanternes qui, avec
; ses aiguillesgarnies de plans inclinés qu'on
sur oppose, font jouer alternativement,
salement & sans aucun faut les pompes
puisquelles on les applique, comme M. de
ensane l'a executé avec succès aux mises
de Pontpean en Bretagne. Cette mamiine
pourra être principalement employée
îîuutes les fois que les manivelles coudées
ausquelles on la substitue
,
feroient de difficile
exécution, ou exigeroient des sommes
considérables pour être construires.
V.
L'incendie arrivée au Louvre le 2 4 Mars
de l'année 1740 a reveillé l'attention du
Public sur les moyens de prévenir de semblables
malheurs, ou d'en rendre les laites
moins funestes. Dans cette vue on n'a rien
imaginéqui pût être plus sûr ni plus expéditif,
que de se procurer dans chaque
maison à la Ville & a la Campagne,une
ou plusieurs pompes capables de remédier
sur le champ au désordre. Alorsquelques
pintes d'eau dardées à propos sur l'endroit
embrasé feront sûrement plus d'effet que
desmuids d'eau qu'on y jetteroit après que
l'incendie est devenu plus considérable. Le
même M. de Gensane a encore présenté
un projet de pompes très- propres à
remplircedessein, & dont l'exécution eit
simple, facile &demédiocre dépense : enr
voici la construction. Deux corps de pompes
font placés à côté l'un de l'autre danÍ'
un bacquet qui leur fournit l'eau, & com--
muniquent tous deux à un réservoir fermé
de toutes parts; ce réservoir est plein en
partie de l'eau que les pompes y fourplUent,&
en partie d'une quantité d'air
qui étant comprimé par l'eau que les pompes
y chassent
,
la comprimeaussi à son
tour, & la force à s'échapper par un tuyau
qui trempe dans l'eau, & qui lui donne
ilflie vers le côté où la main de celui qui
,
dirige la pompe veut la porter; car cc
tuyau est formé d'un cuir flexible qui se
termine par une espece de canule de métal.
Les pistons des pompes font mûs avec
des balanciers qui font levés & abbaisséspar
les dents d'une lanterne, à l'axe de laquelle
est attachée une manivelle que l'on fait
tourner à la main. Ces fortes de pompes qui
agissent par le ressort de l'air, étoient déja
connuës; mais une machine peut être regardée
comme nouvelle, ou par ce qui fait en le fond, ou par la forme qu'on lui
>
donne relativement à certains usages auf-
>
quels on la destine
,
& celle-ci est dans ce
> dernier cas. Du reste M. de Genfane a cal-
) culé qu'une de ces pompes mûe par un
) seul homme, pouvoit élever à 35 ou 40
pieds de hauteur environ 53 pintes d'eau parminutes.
Vï. Un modéle de cheminée de M.d, e Lagny,
dans lequel il procure le moyen d'éteindre
le feu, en ôtant la communication
de l'air exterieur & de celui de lrl
chambre avec le tuyau. Il met une pla-
-
que de fer au haut de l'interieur de la cheminée
& une autre au bas, placées horizontalement,
& portant chacune deux [oul
rillons ou gonds; on fait hausser ou bailser
la plaque d'en haut par le moyen d'une
petite chaîne qni passe sur une poulie ap---
pliquée sur le devant de la cheminée, & qui
descendjusqu'en bas
y
ensorte que la pla--
quepuisse fermer exactement toute l'ou-
- verture quand on tire la chaîne. La plaque
qui est en bas vers le manteau de lacheminée,
peut aisémentêtreabaisséeou hauffée
avec la main ou avec un bâton à crochet.
Il n'y a pas de doute qu'il n'entende
mettre un quarré ou quadre de fer, tantcar
haut qu'en bas, afin que les plaques puissent
bien joindre contre & ne laisser aucun
passage à l'air. Cette maniere d'éteindre les
feu des cheminées a paru fort bonne, extrêmementsimple,
& nullement embarafsante,
È
VII. J
Un lit pour les malades & impotens
dans lequel on a ménagé plus de commodités
qu'en aucun autre qui foit connu,
invente par le sieur Hannot Menuisier.
* VIII.
Un moulin proposé par les sieurs Claude-
I François, & Jean-Claude du Bosc freres,
destiné à être mû, foit par la force du
7 vent, soit par celle de l'eau.
Comme moulin à vent ,
& par sa forrn¡
me exterieure, il est assés semblable à ceux
àqui font connus fous le nom de moulins la Polonoife; mais il en differe à plusieurs
égards.
Car premièrement dans les moulins à
la Polonoife, les plans des aîles font dirijg
gés vers l'axe ou arbre vertical de la roüe
lE aîlée, & font continuésjusqu'à cet axe où
si le trouve la section commune de toutes les
te aîles; au lieu que dans le modele de Mef-
> sieurs du Bosc les aîles font un angle de il
degrés -1 avec les rayons de la roue, & ie
terminent en dedans à une circonferen- ce de moitié plus petite que celle de cette roue ; elle-même est faite à peu-près comme
oHes cages ou tours rondes des moulins à
jdla Polonoise.
Secondement. Dans les moulins à la Poollonoise
l'arbre de la roue est d'une feule pie- ce, & toutes les parties de cette roue étant
fermement arrêtées à l'arbre
,
elle se meut
nécessairement toute entiere, au lieu que la
otroue du moulin de Messieurs du Bosc est
divisée en trois parties dans sa hauteur, &
ces trois parties se peuvent mouvoir sépa- 1
rément, ou deux ensemble,ou toutes trois I
à la fois, ou s'arrêter par le moyen de trois
freins disposés à cette intention; ainsi on
pourra ménager à la volontélaforce du
vent, & empêcher que les meules ne soient
emportées avec trop de rapidité.
Troisiémement. L'inclinaison des aîles de
la roüe aux rayons,& le vuide qui est au
milieu en forme de cylindre ou de tour
creuse, fait que le vent peut frapper le plus
d'aîlesqu'ilest possible, & presque tour le
vent reflechi fous differensangles d'inci-l
dence estmisàprofit,ce qui permet à la roüe P,
de tourner si l'on veut, en plein air, & sans
le secours de 12l,rour extérieure où elle est
renfermée; avantage que l'on n'a pas dans
les moulins à la Polonoife qui ont été ima^É
ginés jusqu'ici. La roiie de ce moulin
fer1
trouve donc par-là & par la tour qui l'environne
à l'abri des accidens que peuvent
causer de violens coups de vent ; autre pro- jv
prieté que n'ont pas les moulins à la Polonoise
ordinaires, dont les volans sont
- exposés à toute la violence du vent, & font :
souvent emportés par des ouragans.
Du reste le moulin de Messieurs du Bose
a comme tous les moulins à la Polonoife,
't l'avantaged'une meule attachée à l'arbre de î
la roue & sans aucun engrenage, d'où i£ 4
tu
résulte beaucoup moins de frottement &
; un entretien plus facile.
Comme moulin à eau, la roüe de celui-
? ci se trouvant entièrement submergée
,
fera
h à l'abri des accidens causés par les glaces,
)¡ou par les autres corps flottans qui vieni)
droient la choquer. Aussi Messieurs du Bosc -
q proposent-ils de placer ces roûesmoitiécou-
7 vertes à l'issüe
, par exemple des arches d'un
q pont & derriere une de ses piles, au moyen
b de quoi l'arbre même feroit totalement hors
bd'atteinte. De plus on seroit dispensé de
lever la roue dans les grandes crûes d'eau
pendant lesquelles le moulin iroit aussi bien
-jque dans les hauteurs d'eau médiocre.
Il est vrai que si ces moulius font à l'aictmdes
glaces & des inondations, ils ne feront
presque d'aucun usage dans les grandes
-)récherees
,
& les basseseaux: car quand
niiine fois la roüe commencera à se découvrir,
elle perdra d'autant plus de sa force
qu'il demeurera plus de partie de sa hauteur
à sec.
Mais malgré cet inconvénient, & quoi-
'Í!gu'en général ces roües horizontales des
:
moulins à eau ne soient pas nouvelles, l'Académie
a jugé que ce moulin pouvoir desiyenir
très-utile par la construction de sa oüe, & par la disposition de ses aîles,suri.
cout si l'on a attention à ne le placer qu'à
des endroits ou il y ait toujours un courant!
d'eau assés profond pour en tenir la
roiie
submergée, & n l'on prend les précautionsl
nécessaires pourempecher que le retarde-
!
meut de la rapidité de l'eau causé par cette
emronligeénn'oecrcoaieehnontonuenadrreés taetrttoerirêi.snstelmeNemnotsu,qvue-i'j.
Un moulinà bras & portatif, de M. Man--
fard Architecte du Roi, & Membre de l'A-*-
cadémie d'Architeéture. Ce moulin qui ne 2
différé des moulins ordinaires que par le peu L d'espace qu'il occupe,& par la disposïtiona
desparties qui le composent, est établi dans r:
une espece de cage de charpente de cinq p
pieds de longueur sur 4 pieds de largeurwil
Deux manivelles font tourner un essieu de 51
1er qui porte un rouet de bois, & ce rouetp
cft engrainé dans une lanterne dont l'axe)
fait tourner une meule de 3, pieds de dia.b
mètre. Dans deux experiences qui en on:;.:
été faites, quatre hommes qui se relayentJ;;:
deux à deux, ont moulu 5 boisseaux de'JD
fCroment en 25 minutes, d'où l'on peut cor, i<
dure que ce moulin moudra près de huiOrj
bj-iOeaux de pareil grain par heure,ce quiiIlf
en bien des rencontres peut être d'un grande
efcouïs. Il n'cil pas moins important pour loi t
Public d'être informé de tous les avantages
qu'il peut tirer des anciennes inventions &
desrichefles qu'ilpoflfede, que d'en acquérir
de nouvelles.
X.
: L'art d'imprimer des Tableaux ou des Efiampescolorées: cet art que le sieur
Christophe le Blond se propose d'exercer,
1& pour lequelil a déja obtenuen1739
>des Lettres Patentes portant Privilege ex-
IcJuEf pour 20années, a paru d'une grantde
utilité par rapport aux Livres d'Anatotime,
de Botanique,& d'Histoire naturelle
)où l'on pourra représenter les objets , avec
Ileurs véritables couleurs. Ce qu'il y a de
Mïngulier c'est que tout cela s'exécute avec
îtrois planches, & avec les trois couleurs,
irouge ,
jaune, & bleuë, qui par leur mènange
produifcnt, toutes les autres couleurs.
OBSERVATIONS ME'TE'OROLOGIQUES
JFAITES A L'ORSERYATOIRE ROYAL.
Pendant l'année M. DCC. XLI.
Par M. MARALDi.
Observarions sur la quantite de la Plujf.
Pouc. lig.
En Janvier i l Février-o8 6
Mars- o 3 16
Avril - o 2
May--1 3 j
Juin - - 1 4
4-I0-4ï
Pouc.lig,
En Juillet7.9
Août - 09f,
Septembre 15
Oétobre o7
Novembre o 1 ,i; Décembre o8
7""t
La quantité de la pluye tombée à rObfervatoire
en 1741 a donc été de 12 pouces
10 lignes, ce qui marque une année seche.
La pluye tombée dans les six premiers mois
n'a été que de quatre pouces 1o lignes f
,
&
celle des six derniers mois a étc de 7 pouces
11 lignes j.
l.a pluye du moisd'Avril qui contribue'
beaucoup àl'abondance des foins, n'a été
que de àlignes. En effet la récolte en a été
très-médiocre, mais elie a été un peu réparée'
par les regains qu'on a faits en Automne,&,
qui font venus après la pluye du mois de
Septembre.
Sur le Thermometre.
te froid de l'hyverde1741 n'a pas été
grand. La liqueur de l'ancien Thermometre
est defcendiie le 26 Janvier par un tems serein
& calme à 18 parties. Celle du Thermometre
de M. de Reaumùr, qui est à côté
de celui-ci
,
à 7 deg. & celle de l'autre qui
est exposé au Nord au dehors de la tour à
8 deg.
Le premier avoitété à 23 deg. f le 25
> de Janvier par un tems demi couvert & un
igrand vent de Nord Nord-Est, & celui de
lM. de Reaumur exposé en dehors à 5 deg. )CesTherffiometres ont à peine marqué la
)congellation pendant les mois de Février,
bde Mars, & d'Avril, de forte que les Arbres
itfruitiers & la Vigne étoient fort avancés à
ïlJa fin d'Avril, & une petite gelée qui estveetniie
la nuitdu30 d'Avril,aupremier de
AMai & la nuit fuivante les a beaucoup en--
dommagés.
1
Les mêmes Thermomerres ont marqué 1
la plus grande chaleur de l'Eté le 7& le 8 1
d'Août, car le premier de ces Thermome- I
très qui le matin du 7 d'Août vers le leverI
du soleil étoit à 61 deg. t est mon. après
IJUdl à 73celui de M. Reaumur exposé f
en dehors à1& le 8 d'Août après midi*
ils étoient. l'un à 75 deg- -1 & l'autre à 17I*
deg. f
Sur le Barometre.
Le Mercure du Barometre s'est soutenu a
tine grande hauteur pendant toute l'année
3741 ,
& il a été à 2,8 pouces 7 lig. le
18 Février, & à 28 pouces 6lig. i. le z
Novembre , par un grand brouillard,il a
été plusieurs fois à 28 pouces 6 lig. pardifferents
tems, sçavoir le 13 &!le14 de Fé-,
vrier par un tems couvert & un petit vent
de Sud-Efi, le 19 du mêmemois par un
grand brouillard. l.es si, n, 15 &18,
de Mars par un tems serein & un vent de'I
Nord-Nord-Hfr, les 23, 24 & 25 d'Avril
par un tems serein & un vent de Nord-Ouest,
ks 22, 1)& 26 Novembre par un grandi
brouillârd,(a.moindre hauteur a étc- à i71
pouces 5 lig.| le 19 de Septembre& à 27;
pouces 6 lig. f, le 20 du mêmemois par
un tems pluvieux. *
Décltnaifon de VAigptille Aimanteè.
M. Maraldi a observé pluteurs fois pen-
.w
dant l'année1741 la Déclinaison de l'Ai.
,
mant avec une aiguille de 12 pouces;, & il l'a
trouvée deî5 deg. 35 ou40 m.yers le NorcU
Ouest.
Nous entretiendrons encore nos Leâeurs
des utiles &c estimables travaux de Mrs. de"
fÀcademie.
LESPASTORALES^ Nemefien, &de
-.
Calpurnius
1
traduites en François avec des
remarques ,
& un discourssur l'Eclogue in
- 11 BfHxelles,chés Baltazar Wixfeld 1744*
Voici deux Poctes qui n'ontpoint encore; ététraduits, ce qui en général pourroit faire
-un préjugé contre eux ;il ne Jaut pourtant
pas cordure de-là
,
qu'ilsneméritent aucune
.estime.Plusieurs Sçavans ont parléd'eux i.avecéloge. P. Crinitus, L. Gyraidiv
Yoffius, Scaliger,Fabricius,Uiitius, Barthius,
1Guidalotti. la pluspart:Philologues celebres
ont fait cas des PoUles de Nemefien & de
Caîpurnius
,
& l'on peut dire que ce font des-
[ Poëtes eftimabres dans le fécond ordre,
On peutencore rappellerp:/ar leur gloirer
»
que dutemps deCharleoiagne leursOuvrages
étoiant du nombre des Livresclassiques, que
l'on expliquoit dans lesEcoles fondées par ce
Prince, maisil faut convenir aussî qu'alors
on ne faisoit pas grand cas de Virgile. Alcuin,
quidonnoit leton à tous les Littérateurs
de son -temps, ne vouloit point que
ses disciples s'amufaflent à la ledure de
l'yEneïde, qu'il traitoit de fables & de reveries,
& il donnoit le nom de VirgiLieils, a
ceux qui lifoientce Poëme àson insçu * luc
sapientia dit-il à l'un d'eux, in Virgiliacis
non invenitur mendaciisunde te habcmus
rirgiliane ? Dans la 34e de ses lettres, il fait
des reproches fort serieux à un Evêque de
ses amis, sur ce qu'il prenoit trop de plaisir à
la leéture de Virgile.
Nemefien & Calpurnius se font surtout attachés
à copier lesEclogues decePoëte, comme
Statius & Silius Italicus ont copié iTEneîde,&
les uns & les autres imitateurs serviles &
foibles font restésbienloin de leur original,
Nemefienétoit de Carthage, & quoique
quelques Auteurs lui ayent fait l'honneur de
le placer fous le Regne daugufte, il est cependant
prouvé qu'il a vécu vers la fin du
troisiéme siecle fous les Empereurs Carns,
Carin & Numerien ses fils,&fous Diocletien.
Numerien aima & estima beaucoup
Nemefien, & le combla des biens:ainsi cc
je Fit.Aie,Edit.Mitbil,
•Toëte qui imitoit foiblement les vers de
WÏrgile en fut du moins une copie fidelle i
fauant à la fortune; Il fut cher à son maître;
2k- jouit d'une faveur plus signalée,& d'une fortune
plus éclatante que l'Auteurde lTEneïde,
)cpeut-re. parce qu'ilavoit moins de talent.
) Ce nctOltpasla le fort ordinaire des Poctes'
ûTous leRegne de Numerien, Calpurnius dont
asesEclogues ont toujours été jointes à celle
)I:le Nemefien,languissoit dans la pauvreté;
Nemefien lui tendit une main secourable
Jii eûtlagéftcrofité de soutenir, & d'encoura-"
)ger un talent qui pouvoit obscurcir le fien.
Il faut pourtant convenir que l'on a quelque
lieu de douter, que Nemefien foit le
véritable Auteur des Eclogues qui font fous
oTon nom, la conformité du style, & d'autres
s"aifons ont porté bien des Critiquesàcroire
jguetout l'Ouvrage est de Calpurnius,&ce
sentiment est fort vrai semblable. Mais en
sre cas, la conduite de Nemefien meriteroit
isncore de plus grands éloges, car alors il ne
aeroit plus que l'Auteur de trois Pocmes
décrits d'un très mauvaisstyle
,
& qui ne deo7oient
pas faire esperer à Calpurnius de trouver
dans Nemefien un Partisan ni un Me.
ene.Pour donner une idée des Ouvrages de
Calpurnius, car nous le regardons comme le
12eul Auteur de ces Eclogues, nous allons-
[sappeller le plan de la troüiéme, dont M*
de Fontenelle a parlé avec éloge.
Des Bergers qui trouvent Pan endormi, îj
veulent jouer de sa flute
,
mais des mortels i
ne peuvent tirer de la Bute d'un Dieu qu'un
son très-désagréable; Pan s'en éveilie, & il
; leur dit que s'ils veulent des chants, il va i
les contenter,alors il leur chante quelque J
chose de l'Histoire de Bacchus, & s'arrête sur < la premiere vendange qui ait été faite. Cette
description est fort agréable, & le même M.
de Fontenelle dont le suffrage est d'un si*'
grand prix, dit dans le même endroit,
Cesi dommage que Virgile n'aitpasfait les vers
de cette Piece, encoreneseroit-il pas necessaire
qu'illes eût tous faits, il auroit eû sans doute
peu de chose à retoucher à ces vers, où le
Poëte décrit l'enfance de Bacchus, & peint
Silene qui le berce dans ses bras.
Quin C5 Silemtis parvumlenemtas alumniim
Aut gremioflVIt , aut refupinisfttfttnetuluïs
,
Et vocat ..drisum digne, motMqtie qutetem
AH-dt, ,Hlt tremulis quaffit Crepit/leula palmis,
O:iDe:tsamden",boryentes peunie Jetas
Veillent
, aut digitis attresajlfiugit acittas,
Afplaudimie manu mutilum capit autbreve mentuiii,
It jîih.x; temiO cullt.litpolltce nares.
Nous allons nous servir des expressions
du Traducteurafin que lesLocteurs soient
; a portée de prononcer à la fois sur l'original
» & sur la Traduction. le vieux Silene lui-même plein d'une
respectueuse tendresse pour ce jeune enfant,
l'échausse dans son fein, le soutient sur ses
bras, & le fait rire en le chatouillant delicatement
; tantôt par un leger mouvement ill'invite au sommeil, & tantôt il le réjouit
en frappant de ses mains tremblantes le sistre
¡.>qu'il tient. Le jeune Dieu souriant à ce babdinage
,
pioce les oreilles de Silene, luiartrache
les poils dont sa poitrine est herinee,
!il frappe sur sa tete chauve, sur son court
mmenton, & il aplatit avec son foible pouce
afle nés du Satyre qui n'est déjà que trop
écrasé.
On trouve à la fuite de chaque Eclogue
des Notes qui, comme le Traducteur le ditlui-même dans sa Préface, fonten petit
nombre
,
asses courtes & débarrassées d'un vain
étalage d'érudition;il auraitcependant été fa-
\',,:ile de donner un air important a cette Very$
on, en la bérifant d'un grand nombre de citations
, & eny prodiguant des passagerGrecs
.;& Latins comme ont fait les derniers Editeurs
l'Hollande, quipour rendre leurs doctesCom-
Mentairesplus interessans, y ont fèmé un peu
l'Hebreu: mais à quoi bon tout cet apareil?
Au défaut de l'érudition que le Traducteur
2 évité avec foin de prodiguer, il a rempli
ses Notes de traits malins, & souvent asses
plaisans, qu'il lance sur les Commentateurs,
dont lestravaux tournés mal-à-propos en
ridicule,ont cependant été fort utiles à la
République des Lettres. On fent bien que,,
nous ne voulons pas parler de tous. jjj
COUTELIER, Libraire,Quai des Au..
gustins, qui a déjàdonné des Editions de
Salluste, de Catulle, & de Lucrece, que l'on
peut comparer aux Editions plus belles des
Elzeviers, vient de donner une Edition de.
Virgile,dont le matériel ne le céde point
aux Ouvrages qu'il a déja donnés. Il est im-"
primé sur de très-beau papier, les propertions
font très judicieuses,les caractères ncm
& bien profilés. 3 vol. in-12. Prix 24 liv. t
Nk Philippe qui a pris foin de cette Edi-.:.
tion, a fait tous ses efforts pour donner k,4
meilleur texte de Virgile qu'il fut polIiblekv.
il a consulté beaucoup de Manuscrits, li>d
s'estdéterminé pour celui de Florence, à:
l'exemple de Daniel Heinsius, qu'il a pris
pour guide. Les variantes font placées a kl
fin de chaque Livre & l'Editeur a décharge
cette partie de toutes celles, qui n'offrant
que quelques minuties, n'auroient fait qu'aug
menter le volume du Livre sans en aug
menter l'utilité; on trouve à la tête troi-
:fies de Virgile, 1?. celle qu'on a fauffemctiqd
-
mputée à Donat, & qui est pleine d'eroeurs
& d'absurdités.2°. celle du P. de la ~uë, qui peut servir à releverleserreurs
.iRe la premiere.Enfin 30. le fragment qui
nous reste de celle qu'avoit composée Phoas,
célèbre Grammairien.
On trouve encore les argumens des dou- eGrammairiens du quatrième siécle
,
&
j
olusieurs morceaux de Poësie fous le titre
osse Proeconia in Viroilium.
On trouve à la téte de l'Ouvrage, à celle
5les Eglogues, & à chaque Livre des Géorgiques
& de l'Æneide des Estampes dont
?aes desseins de Cochin fils, font gravés par
;Quslos, Il est arrivé au sujet de ces tftamoes
un malheur qui a été promptement rearé
; le Libraire qui vouloit contre l'avis
oie l'Editeur mettre des Epigraphes au bas
:3les Estampes, les fit faire à l'insçu de M.
philippe, malheureusement celui qui en fut
hargé y fitplusieurssolécismes & fautes de
quantité qui allarmerent fort l'Edireur sur
e compte duquel le Public devoit les faire
couler ; on a effacé ces Epigraphes sur les
Blanches, & on donne de nouvelles Estam-
.soes à ceux qui ont eu des premieres.
( L'A R T de fixer dans la mémoire les faits
)S plus remarquables de l'Histoire de France
avecunabrégé de tout ce que nos meil
leurs Historiens rapportent de plus intéressant,
tant pour servirdesupplément aux
faits qui n'ont pu entrer dans cette nouvelle
Méthode d'apprendre l'Histoire,que
d'éclaircissemens à ceux qui y font rapportés.
Secoursimaginé pour le soulagement de la
jeunesse tant de l'un que de l'autre Sexe. in-
12à Paris 1745 ,
chés Guillaume Desprez
Imprimeur & Libraire ordinaire du Roi, &
P. G. Cavelierfils, ruë S. Jacques.
L'Auteur de cet Ouvrage a suivi la Méthode
du P. Buffier, qui a mis en vers téchniques
,non feulement l'Histoire de France
, mais celle de tous les Empires. Si l'Antiquité
peut donner duprix à une chose,cette
Méthoded'écrire l'Histoire,paroîtra fort
respectable. C'est en vers que les Druides
Gaulois écrivoient l'Histoiredela Nation;
on chantoit ces vers dans les Fêtes, dans
Jes Cérémonies de Religion, & il y a bien
de l'apparence que cesvers étoient à beaucoup
d'égards semblables aux vers téchniques
que l'on employe aujourd'hui. Si l'on
veut remonter plus haut on trouvera que la
même chose est arrivée chés toutes les Nations
du monde, & que comme l'a remarqué
M. de Voltaire, on a commencé par
ecrire en vers avant que d'écrire en prose.
Au surplus comme cette Méthode d'enfeigner
l'Histoire laisseroit trop de choses à deli-1
.r.r l'Auteur a enrichi son Livre de plusieurs
Notes où il détaille les faits les plus importans,
HistoireCivile,Ecclesiastique &
JLitteraire de la ville de Nismes, avec les
preuves, enrichie de Plans, de Cartes Géographiques
& de divers Monumens gravés
n,n Taille-douce, par M. Mesnard Confeiliser
au Presidial de la même ville, Academicien
honnoraire de l'Académie des Sciences
A: des Belles Lettres de Lyon,& Associé à
lecelle des Belles Lettres de Marseille.
( L'Ouvrage qu'on presente au Publicrenriserme
tous les avantages qui peuvent acompagner
une Histoire particulière, & la
endre utile & interessante; on y trouvera
2DIes recherches qui selon l'ordre des années
puuquel on s'est étroitement assujetti, donnoient
une connoissance étendüe de tout ce
iiilui appartient à la ville de Nismes, l'une
ales plus anciennes ck toutes les Gaules, & es plus florissantes de tout l'Empire Romain
,
sur laquelle néanmoins nous n'avions
ointencored'Ecrit qui méritât quelque
consideration.
) Cet Ouvrage intéressant qui s'imprime
ctuellement, fera rendu public dans le
courant de l'année 1745, & se vendra à saris, chés ChaubertQuaidesAugustins.
Il p aura 3 vol. in-4°. le prix en faveur deceux
qui voudront en retenir des Exemplaires
par avance, fera pour l'Exemplaire eiH
papier ordinaire de vingt-quatre livres enr; feuilles, dont on payera douze livres en re":
tenant l'Exemplaire & douze livres enrece-î
vant l'Ouvrage.
Il n'en fera impriméqu'untrès-petit
nombre en grand papier dont le prix sera
en faveur de ceux qui en auront retenu deçà
Exemplaires;de trente-sixlivres, fçavoâii
dix-huitlivres en prenant le billetd'assurance
& dix-huit livres en recevant l'Ouvragé
On ne fera reçû à en retenir des Exemplaires
que jusqu'au premier Mai 1745 ; ;
ceux qui n'en auront point retenu, payee
ront l'Exemplaire du petit papier 36 livijri
en feuilles, & l'Exemplaire de grand papie
48 liv. aussi en feuilles.
HISTOIRE des Sacremens ou de 1;1
maniere dont ils ont étécélébrés & admi
nistrésdansl'Eglise, & del'usage qu'oto
yen a fait depuis les Apôtresjusqu'à present
Composée par Dom. C. Chardon Religieu
Benedictin de la Congregation de saint~Va'it
nes 1745, chés Guillaume Després
, <
Pierre Guillaume Cavelier, à Paris rue : Jacques.
~E MAITRE des Novices dans "\l.il
de chanter, ou regles Generales, courtes,
* faciles & certaines, pour apprendre parfaitement
le Plain-Chant, precedéesdequelques
motifs & exemples édifiants, qui engagent
les jeunes Ecclesiastiques & les jeunes
Religieux Novices & autres à s'y appliquer,
) de quelques observations sur la formation,
)
conservation
,
destruction, enrouement,
3 extinction de la voix avec leurs remedes, &
moyens de la rendre claire,nette & fono
re, & suivis d'un ampleReceuil d'Antiennés,
Répons, & Méfiés d'une agréable varié- té & tendre devorion pour servir à exercer
tant sur la note que sur la lettre ceux qui
n'ont point de Livres d'Eglise en leur dispo-
;D sition, par frere Remy Carré, Prêtre Religieux
Profés de l'Abbaye de S. Amant de
Boixe, ancien ( hantreTitulaire del'Abbaye
de S. Liguaire, même Ordre, & anjixieune
Observance de S. Benoît, volume
-[iiin-49.
David le jeune, Libraire Quai des Augustins
au S. Esprit débite la nouvelle Edi- ion du Dictionnaire Espagnol de Sobrino
augmentéeconsidérablement, in - 4. 2 vol,
818liv.
[ L'Oracle des Sybille,in-12. 1 vol.
& liv, 10 f,
SEAN CEpublique de la Societé des Science
de Toulouse. Du 21Juin 1744.
L E détail de cette séance ne nous a été communiqué
que depuis peu de jours, c'est ce qui fait que
nous n'en avons pas encore informé lePublic. L'abondance
des Matieres qui remplirentdéjà ce volume,
ne nous permettra pas d'entrer dans un grand
détail aujourdhui
,
mais nous en parlerons une autre
fois plus au long.
- M. d'Ouvrier Président ouvrit la Séançe par
un Discours élégant sur l'utilité des Sciences en général.
Il en marqua les caracfteres avec beaucoup
de précision &. beaucoup d'énergie.
M. d'Arquerlut un Mémoire sur un Phénomene
sminMgu.liGeirareqipuu'iyl.paaorla sburlessproegrèsrdevl'Astérono.- j M. Ricaud sur les Eaux de Bagnieres, 1
M. Gouaré sur la taille des Vignes. j
M. Soubeyran de Scopon Directeur résuma
ces quatre Mémoires, par un précis fort clair &
fort judicieux, qui mettrale public au fait des j
travaux de cette Académie, mieux que nous ne le
pourrions faire: nous l'inférerons une autre IOJÎ
dans notre Journal. i
Z/ytf5*5EAiBLE'E publique de l'AcadémiedesBelles
Lettres de Aïoutaubant,
du25 Aoufl1744.
La Societé Littéraire de Montauban,érigée en
Académie des Belles Lettres par Lettres patentes
du mois de Juillet 1744, enrégitrées au Parlement
de Toulouse le 21 Août suivant, tint son
assemblé: publique le 25d'Août dernier, Fête de
S. Louis. Elle avoit assisté le matin à la Messe célebrée
par Mr l'Evêque, pendant laquelle on exécura
un Motet à grand Choeur, suivi de YT.xvtd:m
pour le Roi, & du Panégyrique de S. Louis prononcé
par M. l'Abbé Pons, neveu du R. Pons
de la Compagnie de Jesus
,
Prédicateur de Sa
Majesté.
La séance de l'après - midi se tint dans le Palais
Episcopal, & commença parla lecture des Lettres
1 atentes ,
de la Lifte des Académiciens, du Règlement
donné par le Roi à la nouvelle Académie,
& de l'Arrêt d'Enregistrement.
M. Forestier Directeur de l'Académie parla enfuite
sur l'érection de la Societé Littéraire en Académie
des Belles Lettres, & finit par l'éloge du
Roi.
M. de Bernoy lut une Ode, qui étoit une Priere
pourle Roi.
M. l'Abbé Belletlut un Discours où il prouva
qu'iln'estpoint de meilleur Citoyen que Vhomm deLettres.
M. Pradal lut -une traduction en Vers de l'Ode
d'Horace, solvitur acris lyems, & une Epitre à M.., le Franc.
M.l'Abbé de Verthamont lut la prerniere partie
d'un Discourssur Pufage des talens, & prouva que 14
Religion fournit abondammant dequoi les exercer.
M. de Lamothe lut un Dialogue en vers de Momus
& des Mufes.
M. Duroy lut une Ode intitulée :le Pbi!ofiph,
Chrétien,
M. Duclos lut un discours préliminaire sur la Traduction
qu'il a faite de l'Oraison de Ciceron pro Ar.,
cbik 1(Ùa ., de l'Episode d'Aristée tirée du quatrieme
livre des Géorgiques,&del'Idyliéd'Ausonne
intitulée Amor craci XIV, La séance fut terminée par la lecture du Programme.
A la nouvelle du Retablissement de la santé
du Roi,l'Académie s'est fait un devoir de faire chanter
le Te Deum enavions de grâces, suivi de l'Exa>
idiat. Le Soir elle a fait faire une brillante ilIu..,
mination dans la maison de M.Forestier, où elle
tient ses asemblées ordinaires.
Programme de l'Académie des Belles Lettres
de Montanban.
M. l'Evêque de Montaubanayant dessinélasom
me de 2^0 liv. pour dpnner un Prix de pareillevaleur
à celui qui au jugement, de la Société Littéraire
établie dans cette Ville par Permission du
Roi,se trouvera avoir fait le meilleur Discours furun
sujet relatif àquelque point de Morale tiré des
Livressaints, suivantl'usagedel'Académie Fran;
çoife; la societé Littéraire érigée en Academie de
Belles Lettres' par Lettres Patentes du mois de Juillet
1744, enregistrées au Parlement de Toulouse le
21Aoûtsuivant, avertitlePublicqu'elledistribuefra
ceprix le 25Août prochain,Fête de S, Lçuis1
deFrance
te Sttjet de ce Discours ferapourVannée 1745".
L'EPREUVE DE L'ADVERSITE' EST POUR
LE SAGE UNE SOURCE DE LUMIERE.
tonformémenrà ces paroles de l'Ecriture: Qui non
tft tentatus ,
quii scit { Eccles. cap. 34. -1r. 9.
Le prix de cette année ayant été reservé, il y
en aura deux à distribuerl'année1745
, ce qui doit
exciter l'émulation des Auteurs.
L'Académie a lieu d'attribuer au peu de tems
que les Auteurs ont eu pour travailler à leur Ouvrage
les négligences ou les fautes qui les ont
fait exclure du Prix.
Toutes fortes de personnes, de quelque qualité
qu'elles soient, feront reçuës à prétendre au Prix,
hors les Membres de l'Académie qui en doivent
être les Juges.
Les Discours ne feront tout au plus que de demie
heure de leaure, & finiront toujours par une
courte Priere à JESUS-CHRIST. Ceux qui en
auront composé, les feront remettre le mois
de Mai prochain entre les mains de M DE BRRNOY
, Secretaire perpetuel de l'Académie en sa
maison ruë Montmura, ou en son absence, à M.
l'Abbé BELLET
, en sa maison ruë Cour de Toulouse.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
signée de deux Docteurs en Théologie. Les
Auteurs n'y mettront point leur nom, mais seulement
une marque ou paraphe, avecun Passag
de l'Ecriture-Sainte ir.: d'un Pérede l'Eglise qu'on
écrira aussi sur le Regiilre du Secretaire de l'Académie.
Le Prix ne fera délivré à aucun,qu'il ne se nomme
,
& qu'il ne sepresente en personne ou par Procureur,
pour le recevoir, & pour signer le Difcoug.
Les Auteurs font priés d'adresserà M.leSecre-,
taire trois copies bien lisiblesde leur Discours, Se
d'affranchir Jes Paquets qui feront envoyés par la
posse. Sans ces deux conditions, les Ouvrages nf
feront point admis au concours.
L e sieurBlondelArchitecte a recommencé
en sa demeure ruë des grands Corde-
1Krs à Paris son cours public tant sur l'Architectrure,
que sur lesSciences &Arts qui
font relarifs au Bâtiment.
Ce cours secontinuera gratuitement deux
années tous les Mardis & Vendredis, depuis
deux heuresjusqu'à (h.
Tous les Mardis ces Leçons auront pour
objet la Théorie du Bâtiment; la connoissance
de la Proportion, de l'Harmonie, de
la Symmetrie,Distribution, Décoration
&c. & les Vendredis on ira sur le terrain;
pour appliquer la Théorie à la Pratique, &
apprendre tant à lever les Plans des Edifi-
;
ces dans tous les genres que des Cartes, j
Têres &c. suivant toutes les règles de 1
l'Arpentage. J
On donnera ces mêmes jours après les le- J
çons d'Architecture, des leçons tant sur la
Théorie que sur la Pratique de la science du
Calcul, de la Géométrie &c. parties de
Mathématiques indispensablement néceffai-I
res à l'Architecture,j
Le sieur Blondel continue de recevoir
chés lui des Eléves ausquels on enseigne toutes
ces différentes parties, de-même quela
coupe des Pierres, pour passer alternativement
de la Théorie àla Pratique du bâtiment.
PAR Brevet de M. le premier Medecin,
confirmé par Messieurs les Commissaires afsemblés
en vertu des Arrêts du Conseil,le
sieur Turben a seulle secret de composer &
fabriquer le véritable Suc de Reglisse de
Guimauve, examiné & approuvé par M.
Géotfroi
,
approuvé par Messieurs les
Medecins de la Faculté de Paris, lesquels
s'en fervent pour toutes les Fluxions
de Poitrine & Maux de Poitrine) Rhumes,
Chaleurs de Gorge, & Afmes; il arrête les
crachemens de fang, détache les flegmes,
fait cracher, adoucit la pituite; il est efficace
pour tous les Poulmoniques : il se transporte
par-tout sans rien perdre de sa qualité.
Il se vend cent sols la livre.
Il al'honneur d'en fournir à la Reine &
à sa Majesté Prumenne.
Le Public est informé ^ue cellequi distribuë
ledit Suc au nom de Mademoiselle Guy
n'a pas ce nom, elleest décedéeen1714.
Le sieur Turben a seul le secret autorifé
par une Sentence contradictoireduChâteletdu7Mars
1727. Giiij
Il demeure prefentetnent Rue S. Honore,
vis-à-vis la Croix dIt Trahoir, à la Co:i9e
d'or aupremier au fond de la cour, entreJ le
Peaujjier & ïF'pinglier; il y a une sonnette
à la porte.
On prendra garde de se tromper;on en vend chifj
l'Epcieràcôté,quin'est pasleveritable.
JE TTONSFRAPPE'SPOU R
le premier jour de Janvier 1745 , avet
l'explication des Types.
I. TREIOR ROYAL.
Un fleuve qui porte le tribut de ses Eaux
à la Mer dont il les a reçues, & pour ame
cesmots. Ut iterum fixant.
II.PARTIES CASUELLES.
Un Oiseau qui s'arrache des plumes pour
construire & accommoder son nid, pour ame
ces mots. Decet ejJè parentem.
III. MARINE.
La Mer agitée par des Vents impétueux
, , avec ces mots pour ame. Movent,nonnununnt.
IV.GALERES.
Neptune qui contient les Vents près de
leur antre, avec ces mots pour ame. Ad
nutum spirare alacres.
V. MAISON DELA KEINE.
Un fep de Vigne chargé de grapes, &
soutenue par un Laurier auquel elle s'effc
attachée, pour ame ces mots. Securahoc
[efpite.
VI. BATIMENSDUROI.
Minerve armée & ayant auprès d'elle divers
Matériaux,& un Edifice qui s'éleve
avec ces mots pour ame. Et bellans colit Anes.
r.VIL ORDINAIREDES GUERRES.
Le Roi des Abeilles qui suivi de son Essain
va se placer sur la branche d'un Chêne,
&& pour ame ces mots. Vitam pro Regepacisci.
VVIII. EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES.
Jupiter descendant du Ciel sur un Nuage
enflâmé & lançant la foudre sur une Ville
qui paroîtdéja toute en feu,pour ame ces
mots.Fulminat invitus.
IX. ARTILLERIE.
La foudre qui tombant sur des Rochers
escarpés les entrouvre & les abbat,pour ame
ces mots. Irato Joveniltutum.
X. CHAMBREAUX DENIERS.
Des Danses & autres Réjouissances au
tour d'un feu de joye
, pour ame ces mots
Incolumi Rege lætitia populi.
EXPLICMIONdesEnigmes&LogogrypheJ.
I. ENIGME.
Air. Tique, Tique, Taque & Ion lan la. v 0 T R E mari n'est pas sot,
Disois-je un jour à Margot:
Vraiment répond la commerre , Je me plains justement de cela ,
J'aimerois mieux au contraire
IQ.u'il ne connut pas un A. LOGOGRYPHE.
Air. VznîeZ. vous ei:.
Dis nous donc la belle Nanette,
Ce biau fringand à cadenette
Te fait-il encor les doux yeux.
Rép. Oh! de son mieux; ( lis )
Stété quand j'sortirons tous deux
,
Oh dame, j'aurai l'air coquette ;
Et ST'EVENTAILestunprésent;
Vantez vous en. II.ENIG M E.
Air. Voccajionjmt le larron
Cessez, Philis, essez d'être inhumaine
,
Goûtez enfin de l'amour les douceurs:
Ah! quel plaisir quand d'une même CHAIN st
Il unit à jamais deux coeurs.
DERNIER LOGOGRYPHE.
Air. Du haut en bas.
Vive Paris,
Où j'onsvû Louis plein de gloire,
Vive Paris,
Où j'allons voir Manueu [oh fils;
Morgué pour sanôce, Grégoire,
Qu'on y va bian varfer à boire!
Vive PARIS. II. LOGOGRYPHE.
Air. Reveillez vous belleendormie.
DIALOGUE.
N.Allons au lit. P.Non. N. eh bien veille,
Tant que tu le trouveras bon;
Il faut pour moi que je sommeille
Etje plante là ce C H A R O N.
Par Mefficurs Nau î5 ~Perus.
EXPLICATION de PEtrjme en Logogryphet
Sans taht tourner au tour du pot'
Je vais vous diremot pour mot
Mon sentimentsur la peinture,
Que votre voile defigure.
Le tout étant fait avec art,
Défigure est en bonne part.
Ceci n'a point trait à l'affaire,
Ainsi paissons droit au mystere.
Des cinq voyelles le puiné ,
Ce qu'Eole met dans un outre.
N'ai-je pas sort bien deviné?
Treve de babil, passons outre,
Ah si
,
si
,
morbleu je sens l'ail,
Que l'on m'apperte un Eventail,
A Rolin par J,f. Craitc de GTlcour en Rbrtoritjtie.
En effet le mot de la premiere Fnigme étoit
A. On a du expliquer le Logogryphe par L-vcntai;,
On y trouve E. htnStAil.i Le mot de l'Enigme qui fuit est Chaîne,& ce-J lui|du Logogryphe qu'on trouve après cette Enig- 1
me est Cba-ov., On y rencontre au moyen de i
quelques licences dans l'Ortographe Aaron, Char a
7u.d, & O/l. Le dernier Logogryphe est Paris, j
La derniere moitié de ce mot prise en des acceptions
differentes peut signifier le Village de Risyprèsd'Essone
,
Ris,Risus, & le Ris, Grain. Nous
observerons cependant que ce mot doit s'écrire
sans S.
Ces Enigmes & Logogryphes ont été devinés
par M. Fournier le fils, Mademoiselle Helene
Rosalie de Châteauneuf., Madame Louzealt;"
M. de S. Germain de Carday ,Madame Martin
d'Arras, M. Balagny, Maître d'Hôtel de M. le
Duc de Villeroy & Officier de Madame la Dauphine,
& M. Jehannin de Chamblanc.
ENI GM A.
Me duosi norint homines, confiflere pOssum
Si plurespereo fors latitare mea efl.
u AUTRE.
E fuis fille de Roi, sans esprit & sanscorps j
Avec mes enfans jeprensvie,
isTe retourne avec eux danslesejour desmorts.
Le même lait à s'aimer les convie,
Et cependant freres dénaturés,
i>rt:haéun d'eux voudroit voir les autres expirés.
b zîls deviennent bientôt pourriture & poussiere :
Ullzis moi qui fuis leur mere, après un certain tem
îi m retrouve la vie avec d'autres enfans
, )iulii comme les premiers à leur heure derniere
t[lS le même tombeaurenfermeront leur inç-re
Et c'est ainfique successivement
Sans éprouver les coups de la maligne envie
De la mort je passe à la vie,
Et de la vie au monument,
Mais si-tôt que j'en sors, le bruit de ma naissance
Que je prends au sein de la France
,
Et qui pour moin'e st qu'un reveil
M'annonce en tous les lieux qu'éclaire le soleil : ]
Alors d'adorateurs une troupe sidelle,
De tout Pays vient me montrer son zéle t
Et repand en mon sein avec profusion
Le lait qui me nourrit, & dont en ma jeunesse,
Prodige d'admiration!
Plus avare qu'en ma vieillesse
Je fais moins de largesse.
Leaeur
, à ce portrait
1
Tu dois connoitre trait pour trait j
Celle qui dans la France ,
Depuis trois mois a pris naissance. ,
ENIGME.
NOus
sommes bien plusieurs ,
mais nous ne
faisons qu'une; 2
Avecraisonaimantlaliberté, ||
Nous prenons d'ordinaire un lieu sombre, écarté
b
i Pour notre retraite commune, Mais nous n'y trouvons pas entiere fûreté :
OOn arme contre nous une troupe cruelle;
AAyant pour nousconnoître une marque fidelle,
Chacun d'eux n'écoutant que le gain, la fureur ,
AArmé d'un instument meurtrier ou vengeur,
Nous vient bientôt livrer une guerre mortelle ;
On noussaisit soudain : liés étroitement
On nous mène à la ville
Quoique blessés mortellement.
s.:.à tout secours nous devient inutile:
Oes hommes sans pitié mais Officiers des Rois
ai/Jous jugent en suivantleursregles & leurs loix;
nOn no us jette aussitôt dans une humble charrette;
Et suivis de l'exécuteur
Dusupplice qu'on nous apprête,
IOUOUS arrivons, helas ! dans ce lieu de douleurs,
Où doit un fer maudit combler tous nos malheurs.
Le cruel dont la bouche
~brodonne nos tourmens, d'un oeil sec & farouche
i51"ient présider lui-même à l'exécution,
p ï q uelqu'autre pour lui n'en fait la fonction.
1
~en'est pas tout,leéleur, comme tu vasl'entendre,
2010s membres disloqués font mis en un monçeau,
~it maints cruelles gens secondant le bourreau,
~llument un grand feu qui les réduit en cendre
,
~immi ,
desassassins
,
dis lenous franchement,
~croient-ils donc traités plus rigoureusement ?
Par 111. GAiL/oft"
LOGOGRYPHE. 1
A Mlle. A.
J
E fuis jeune, badin, imprudent,inconstant 1
Un rien me met Cloris en colere & me pique,
Mais je m'appaise au mêmeinstant ;
De tout défaut je fuis un sûr critique;
La même heure me voit joyeux
, mélancholique;
Ma tête est
, me dit-on, aussi dure qu'un roc:
Certain sçavant pourtant me compare à la cire; t
Son nom? je n'en sçais rien, mais je viens de le +
lire. I
Vous voyez que je fuis plus étourdi qu'un Coq. 2
Lecteur, sans doute tu dévines. I
Maintenant si tu me combines,
Tu trouveras un Instrument
Fort en honneur dans la Gréce & dans Rome, 2
Ce qui soutient la tête d'un grand homme, >
£
Un continent entouré d'eau, J
Un animal,en France une
riviere,I
Le nom d'une noble carriere, I
Ce qui resteau fond du tonneau, •*
Le plus vieux de tous les Prophêtes, m
Un Infiniment que redoutent les bctesl
Qui vivent dans les bois: un métal précieux, m
,
Un bruit que la douleur excite, »
• V
Ou que fait quelqu'un qu'on irrite:
ce qui fait voir; peut-on se montrer mieux?
AUTRE.
»
nez mon Logogryphe en tout son composé ;
ln me gardoit; quiconque auroit osé
l'enlevement faire éclater sa gloire,
N'étoit pas sûr de sa victoire.
Quelqu'un pourtant en vint à bout,
Voilà que je fuis en mon tout.
Qu'en deux l'on me partage,
un c'est un pronom, je fuis pour le Langage
Que l'on tient à l'inferieur,
L'autre estpouruncrieur,
C'est le produit de sa furie:
Ou bien c'si la douce harmonie:
Ou bien encor c'est le repas
nimal dont on fait peu de cas.
F. d'J.
LUDOVICIXV.PANEGYRIS,1
M
Agfius jam bellô
, qukm majcrpace
propitiqua,|
C Maximm àse ipsÓ) mox Lodoïcus triti
1h Duce miles adefl, Héros in Rege, vel info
In viclore Parens Hvflis
, £5 un* Salus:
Rex quèd pacis amans : Quoimilitisoemulus, Heros.
QùotlJit Borbonides
,
Hostis fS inie Pater
Quas beat afpefîus Lodoiei, plctttdite Gentes: .1
Fortunata nimis Galli* plaude tibi:
Régnant unanimes Mavors
,
Thetnis, ",lm.J Minerva.
Sceptra tenente uno nttn.ii* multct testnt.
Ab uno à Senatorifcus Regise Rhemensis Curia
SPECTACLES. 0 1
N continue les représentations de Thé
fée avec un succès égal.L'indisposition
de Mlle. Chevalier a fournil'occasion a
remplir le Rôle de Medée à Mlle. de Ro
mainville & à Mlle. Jaquet.. I
M. de la Tour a aussi remplacé quelque
fois M. Jeliotte. f
«
Dao, adeaæ.volx Cya/Zes. e PAK MBRICE
On donne toujours le Jeudi le Ballet Héoïquedes
Graces, suivi d'une nouvelle Panomime
en pas de deux executée par le Sinor
PietroSoli, & par Mlle. Mimi Daland.
Cette derniere Pantomime sans être
ferieure pour !es agrémens à celles qui
ont precédée leur ell superieure pour le
claisant. C'est une Scene Comique qui ne
iitpasmoins rire que les Sganarelles & les
lascarilles de Mo'iere; cette Pantomime
étéchoisie pour divertir la Cour aux Nôges
de Monseigneur le Dauphin.
On répete Amadis de Grece, Tragédie
e M. Houdart de la Motte, dont la Musique ide M.Destouches Sur-Intendant de la Mu-
JHue de la Chambre du Roi, actuellement
: Sémestre.
Suite des Refléxions sur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
)ucien en faveur de la Danse, parce que
il suffrage d'un Critique mérite plus de foi e les amplificationsfleuries des Panegies.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
20S cesse les Philosophes & les Rhéteurs
ecs les plus accrédités,&qui n'épargnoit
a même lesDeux que la sçavante Athêadoroit,
a fait très-sérieusement l'apolo-
2 de la Danse, condamnéeparles faux sages
; ( car les hypocrites font aullî anciens
que les Religions. ) Oui, Lucien nous tr
çant la route que nous allons Cuivre n'a pa
donné son sentimentcomme l'unique garan
du mérite de la Danse. Il s'en appuyé do
citations les plus imposantes
, tant de f001
jumelé que de l'Antiquité la plus voisine
la Création du monde. La Créte, la Phry
gie
,
les Phéaques, les Thessaliens, les DeC
liens, les Indiens, les Ethiopiens, les m
thiniens, les Tirrheniens, l'Egypte ou
Fable de Prothée, doit son origine * à M
excellent Danseur dont le corps souple & I'a'l
prit ingenieux sçavoient tout contrefaire
tout imitersi adroitement qu'il sembloit dcvx?»
nir ce qu'il imitoit, enfin l'austere & vertueu
se Lacedémone lui fournit mille preuves o > son opinion,soutenue encore par l'autori
d'Hesiode, d'Homere & du divinPlato
Quelle idée n'avoit-on pas alors de la Dard
se ? Nous allons laisser parler Lucien lui
même, on croiroit que nous plaifanreriooi
si nous osions prendre sur notre compte y
qu'il exige des Maîtres de cet Art. Je repr
senterai
,
dit-il, les qualités que doit avoir t "i
bon Danseurpourfaire voir qne sa profefft\'
n'est pas des plus faciles, car il faut que v;
Pantomime ou Danseur de Ballets qui est ceAn
dontj'entens parler,Sçache plusieurs chofls,cu'"
* Luc.Apol. de la Danse.
;s7c la Poësie,laGéometrie, la Musiquec£* stPUlofophiemême, quoiqu'il n'ait pas beiiii
des Ergo de la Dialectique; il faut qu'il it attfft le secret d'exprimer les Passîonsô--les
Mouvemens de l'.-jme que la Rethorique envigne
,& qu'il emprunte de la Peinture & de
Sculpture Its diverses Postures (;"" Contenanes
,
ensortequ'il ne le cede point à Phidias ni
Appelle four ce regard; maissurtout il a
\:foin de mhntire, car il faut que comme Cal-
,.J.,as il fiche le paJTé) le présent & l'avenir
, -+qu'il les ait toujoursprepm dans son efprÙ
s.Jotutrrlleessproeupvroierryepérnesteen)te-rdtai.n:?s!Sl'olc'occacajisoionn..
l.YldtS il doitfcavoir particuikremeutexpliquer
les compilonsdel'Ame Gdtcouvrirfil
sntimenspartesgejles & les mouvemens du
\orps; enjhi il doit avoir ce que Thucidide attribueaFendès,
le secret de voir par toutet
1#11,1, convie,fit.
Ensuite il fait une longue énumeration
e tous les Tableaux que l'excellent Panomime
doit sçavoir peindre, & ce détail
mbrrtfTe tous les évenemens rapportés par
l'Histoire ou inventes par la Fable.
Nouscroyons que c'estici l'occasion de
étruire une erreur moderne généralement
TpandLJc non-seulement dans le Public qui
ouvent ne connoît pas les principes des
plaisirs qu'il goûte, mais qui est encore
plus enracinée dans la tête des Maîtres déL
Danse. Ils n'entendent tous ordinairemenn
par le mot de Pantomime qu'un danseur Coo
mique digne feulementde n'exercersestalen
qu'aux Spestacles de la Foire ; ilsse figurerri,
que toute sa fcienfe doit être bornée au gen
badin & même burlesque. Les Pantomimer
jeux-mêmes, du moins ceux que nous aV'OD(
- vûs sur nos Théâtres partagent çette injust
erreur avec les danseurs sérieux qui les mé
prisent. Ils neconnoissent pas leurs droits
<
se restraignent à un groresque bas & risibl
que. l'ignorance presque universelle leur assin
gne. Que les uns & les autres apprennent
quelaDanse Pantomimerenferme tous lçl
differens caracteres Comiques & Tragique:>[
imaginés & imaginables,que le danseurPam
tomime, c'est-à-dire, le parfait danseur '!L
suivant la définition des Sçavans de tous loi
siecles,doit être noble & serieux dans lel
Ballets Héroïques, galand & naif dans loi
Pastorales. terrible & furieux dans les eïs
trées de Demons. Enfin que tout bon dai£,c
feur doit être Pantomime sur le Théâtre,
que tout Ballet doit être un Tableau e:5
pressis& changeant où l'on reconnoisse li
<
personnages représentés par leurs habill
mens, leurs coëffures,leurs attitudes&lellJ
gesse. Nos Ballets de l'Opera manquera
touyent de toutes ces marques distinctive
iii y voit des Matelots sans rames; des Berseres
coëffées en femmes de la Cour&des
P.tia giciennes en Bavolet; cependant la Danse
uiest muette a besoin pour se faire entendre
iai secours des symboles&desornemens. Si
upiter danfoit, il devroit danser avec son
uoudre, & Mercure avec son Caducée.
) f Qu'on ne se figure pas que ces réflexions
appartiennent qu'au siécle d'Homere,quoiu'elles
soient plus anciennes que l'enleveient
d'Hélene, & que le long siége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne soient
oprouvées que par Lucien ôc par la foule
onnante des Auteurs qu'il a cités. Nous
vons des autoritésrécentes qui préconisent
:IDanCe Pantomime & qui n'admettent qu'elsur
le Théatre où l'on doit toujours voir,
somme le dit Athenée dans ses Entretiens
sue le Ballet est une imitation fidelle des choses
%xe l'on dit & que l'onfait.
Nous avons omis ce qui honore le plus la
1: ense ; on nous permettra de le placer ici.
nousn'avons pas promis un discours scruuleusement
arrangé,qu'on ne nous fasse
::onc point de procès sur les défauts de liai-
ILO. Nous ne sommes comptables que de
J justesse des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cause de surprise
uour les Amateurs & même les Professeurs
: la Danse, c'est que cet exercice regar-
; ; à present comme une occupation frivolo
de la jeunesselégere & dirupee, doit fo
origine à la Religion.Nousfoupçonoon
bien d'illustres Danseurs de ne pas fçavoi
la génealogie de leur Art & de n'en avoi
jamais feuilleté les Titres.) Les Juifs à qA Dieu donna lui-même les Loix& les Cerémo
nie qu'ils ebserverent
,
l'introduisirent dan
leursFêtes&lesPayensaprès eux la confit,
crerent à leurs Dieux. 1
Ainsi donc la Danse est non feulemen
célebre par les Fêtes de la Politique,mai:
encore parcelles de la Religion. Nousn'ac
cumulerons point ici tous les passages d<
l'Ecriture & des Peres de l'Eglile qui conr
firment cetre Proposition. On peut veritieî
cette immense multitude de Collections qia
tont l'Eloge de la Danse dans le Traité d
Ballets anciens&modernesselon lesRéglésdà
Theatre.Composéparle R. P.Menetrier, Sç
vantJesuite, & dedié à M.le Duc d'Aumonè
Nous nous contenterons de nommer D
vid le Prophête Royal, qui dansa devait
l'Arche quand on la portoit de la maifc
d'Obédedon en Bethiéem. I
Ce n'est pas pour trancher des Erud
que nous avons entassé tant de doctes Cl
tations. C'est pour montrer que nous ri
risquons pas des Opinions nouvelles & 9
notre sentiment est soutenu par celui d£
S Des Ballets anciens & modernes Sage
2Sagesdela Grece. Nous sçavons que bien
fxles Lecteurs déferent plus à lacélébrité
des noms qu'à la force des raisons, & que
jttel qui résiste opiniatrément à l'évidence se
ywend dès qu'on lui allegue Ciceron; si
,':)c'etf un opiniatre quin'estimepasles Anociens,
il faut lui oposer Descartes&encore
mmieux Newton. Nous esperons fondés sur
ocette connoissanceexacte du pouvoir immmense
des préjugés, qu'on ne nous regar- dera pas comme l'intimé de la ComeaxEe
des Plaideurs, qui remonte à la Création
du Monde pour tomber sur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous metitra
pas aussi dans la Classe de cet Herille
que peint le Moraliste la Bruiereparmi ses
xcellens Portraits, de cet Herille qui fait di-
"JCe an Prince des Philosophes que l'eaul'enyure,
"t0" à l'Orateur Romain que L'eatt le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
jolies représentationsdeMahomet II. Les
rimes préparées pour Versailles les occupent
n:rop pour leur permettre de donner incef-
:-nIamment une Comedie en cinq Actes de
.1/YI. de Boissi
,
dont ils ont pourtant déja
ommencéles Répétitions.
OOn a continué à la Comédie Italienne le Sieste
de Grenade & ony a ajouté Arlequin The-
;êé,Parodie nouvelle delaTragedie de The-
Mte, quiaété représentée pour la premierefois
le Samedi trente Janvier. C'est une imitation
comique & suivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureusement
appliqués; en voici un échantillon
dans le dénouement,lorsque le Roi d'Athênereconnoit
sonfils par son Epée.
EGE'E A EGLE',
Oui je reconnois cette lame;
Voilà la marque sur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir..,
Quel bonheur imprévu, Madame!
Ici pour aider mon pouvoir,
J'avois un fils grâce à ma femme,
Sans le sçavoir.
Les Ballets font naifs,ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
L'Opéra Comique n'a ouvert son Théâtre
que le trois de Février, par la première
représentation de l'Isle d'Anticire ou la Folie
Medecin de l'Esprit, nouvelle Piécé d'un A&e
precedée de Amour au Village & deMoulinet
premier Parodie de Mahomet Second. Ce
début n'a pas été heureux: on a eu recours
aux Amours Grivois & à l'éternelPigmalion..
Le deux Fevrier jour dela Purifcation, on
exécutaau Concert Spirituel deux Mote ts
grand choeur deM.de la Lande, Cositemini
Domino & Quemadmodum. Le Concert fut
terminé par leJubilate Deo omnisterra,&par
unConcerto deM.delVlondonviHe.Onentendit
dans le même Concert avec une fatisfaction
générale Me. Levi excellente Musicienne,
arrivée depuis peu de Rennes, qui joua un
Concerto des plus brillants surle par-dessus
de Viole. Elle tirade cet instrument des fons
plus vifs&plus parfaits quil n'en produit ordinairement
,& promena son Archet sans ai- -
greur jusqu'au plus haut du manche. Enfin
Paris a confirmé unanimement les suffrages
que lui avoit accordés la Bretagne.
L E Samedi30 Janvier on exécuta chés
la Reine le Prologue & ie premier Acte d'Iphigenie.
Les paroles de cette Tragédie font
de Mrs.Duché & Danchet ; la Musique est de
Mrs. Desmarets & Campra. Les Acteurs du
Prologue furent, Diane Mlle. Deschamps, un
Habitant M. Poirier, une premiere Habitante
Mlle. d'Aigremont, une seconde Habitante
Mlle. Godonéche: dans le premier Acte Iphi-
; genie fut représentée par Mlle. de la Lande:
t Electre par Mlle.Matthieu;M. de Chasséfit
L le Rôle de Thoas &Mlle.Deschampsfit celui
> d'Ismenide.
M. Jacquemin nouvelle Basse-taille exécuta
5 dans le Prologue le Rôle de l'Ordonnateur.
On avoit donné précédemment l'Opera
de Bellerophon Tragédie de Thomas Corneille
, ou plutôt de laist illustre neveu M. de
Fontenelle'; il y a des traitstins&délicats
dans laPoësie qui le decelent:la Musique est
de Lulii: Mrs. du Bourg & la Garde exécuterent
les Rôles du Prologue.
Voici ceux de la Piece, Sténobée Mlle.
dela Lande, Philonoé Mlle. Deschamps,
Argine Me. Godonéche : Amifodar M. de
Chassé
,
le Roi M. Benoît, la Pythie M.
Poirier: Apollon & le Sacrificateur M. Godonêche:
deux Amazones Mmes. Daigremont&
Godoneche, & enfin Bellerophon
M.Jelliotte.
Le I& le4Fevrier le jeune M. Cardone f
'Eleve deM. de Blamont Sur-Intendant de la j
Musique du Roi a fait chanter à la Chapelle i
Ecce nunc benediciteDomlnum Motet à grand
choeur. Ce rare Auteur quoiqu'il n'ait que
quatorze ans, a déja sist chanter deux
fois
devant Sa lajeHé, la premiere, portant son
habit de Page de la Musique
, se la secon- :
de l'année passéeles21 & 23 Mars ; larepu- !
ration qu'il s'est acquise à la Cour s'estrépandue
à la Ville par le Concert Spirituel
ou ilaété fortapplaudi.
Le Mardi16Janvier les Comédiens
François repréfentércnr-à la Cour l'Ecole des
femmes C~ l'EtcdesCoquettes de Dancourt.
Le Jeudi Jjlndromaquc cr la Pupille de M,
î'?scan.
Les Comédiens Italiens représenterent le
33 Fevrier le double Mariage d'Arlequin, ComédieItalienne,
suivie du Ballet des Faunes,
94de la ParodiedeThesée.
Le Jeudi 4 les Comédiens François joue--
rent Mithridate & les Florentins. Le 9 le
\C)ph¡lfophe marié, suivi du Medecin maigrelui.
Le 10 les Italiens représenterent le Defi
d'Ar'equin & de Scapin, ComédieItaliensme
avec le Balet de CoralineJardiniere.
Le 11 les François jouèrent la Tragedie.
mWu Cid & l'Avocat Patelin.
Le 16ils représenterent les FermmesSçawantes&
l'Ecole des Maris.
Le 17 les Italiens representerent Arlequin
10ZIOCH Imaginaire, suivi du Divertissement
sfle Coraline Magicienne.
FRANCE.
WOUVELLES DELACOUR, &C. LE ROI prit le 17 du mois dernier le
deuil pour la mort de la DuchesseDouaisiiere
de Lorraine.
[ Le 15 le Maréchal de Schmettau, Grand-
Maître de l'Artillerie du Roi de Prusse &
finn Ministre Plénipotentiaire, eut une audience
particulière du Roi dans laquelleil
prit congé de S. M. Il fut conduit à cette
audience ainsi qu'à celles de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Mesdame
de Fiance, par M. de Verneuil le fils Introducteur
des Ambassadeurs.
Madame la Dauphineen s'approchant de
S, Jean de Luz trouva une foule innombrable
de peuple qui étoitallé au-devant d'elle
r & qui marqua par sa joye& par ses acclama
tions, que son amour & son reipeét pour
leurs Maje'-és & pour la Famille Royale lui
inspiroient les mêmes sentimens pour cette
Princesse. E le futreçue à laVilleparles Magistrats
qui lui rendirent leurs respects étant
présentés par M. Desgranges Maître des Cérémonies
, & elle entra dans S. Jean de Luz.
au bruit du canon & au milieu d'une double
haie formée par la Bourgeoise.Les Seigneurs
& les Dames de la Cour d'Espagne qui ont
accompagnéMadame la Dauphine depuis
Madridjusqu'à la frontiere des deux Royaumes
;
vinrentleT4du mois dernier prendre
congé de cette Princesse., & elle donna en
cette occasion des preuves de la bonté de
son coeur. Elle alla le mêmejour voir la Mer,
& le foir ainsi que la nuit précédente il yeut
des illuminationsdans toute la Ville.
Le 15 Madame la Dauphine partit de S.
Jean de Luz pour se rendre àBayonne oùel-,
le arriva le même jour. A la porte de la Vil- le M. Desgranges Maître des Cérémonies»
présenta à la Princesse M. de Larnberval qui ycommande pour le Roi, M. Romatet Lieutenant
de Roi de la Citadelle,& les Magistrats
qui complimenterent Madame la Dauphine,
le Maire portant la parole. Madame
la Dauphine en entrant dans la Ville fut faluée
d'une triple Salve de toute l'artillerie de
la Citadelle, des Forts & des Vaisseaux
,
&
elle passa sous un Arc de Triomphede 40
pieds de hauteur, au-dessus duquel étoient
Il
accolléesles Armes de France & celles d'Es-
: pagnes soutenues par deux Dauphins avec
cette Inscription: Qjtam bene perpetuis Sociantur
nexibus ambo! De chaque côté de
l'Arc de Triomphe régnoient deux Galeries,
) dont la supérieure étoit remplie par les Dames
les plus distinguées de laVille, & l'aurtre
l'étoit par 52 jeunes Demoiselles habillées à l'Espagnole Toutes les rues par lesquelles
Madame la Dauphine passaétoient jonchées
)de verdures, tendues de 1 apisseries de Haute-
[Lice & bordées de troupes fous les armes.
Une compagnie de Basques qui étoit allée
sau-devant de cette Princesse à une lieuë de
Lia Ville, l'accompagna en dansant au son
}desFlûtes & des Tambours jusqu'au Palais
Episcopal où elledescenditdecarosse&où
selle a logé pendant son séjour à Bayonne.
Dès que le jour fut baisse les Places publiques,
l'Hôtel de Ville & toutes les rues furent
illuminés.Madame la Dauphine le lendemain
de son arrivéeentendit la Messe dans
l'Eglise Cathédrale à la porte de laquelle elle
fut reçûë par l'Evêque revêtu de ses habits
pontificaux à la tête du Chapitre. La rigueur
du froid, & la brieveté du jour n'ayant
pas permis à Madame la Dauphine d'aller
voir les Ouvrages de la Barre, les préparatifs
faits par les Magistrats pour changer ce lieunaturellement
effrayant en un Paysage des
plus agréables ont été inutiles. Pendant que
la Princesse a demeuré à Bayonne lestroupes
Bourgeoises vétuës de rouge avec des
boutons d'or, leurs Officiers dont les habits
étoient galonnés d'or,la veste d'Etoffed'or
broché, étant à la tête, ont montélaGarde
au Palais Episcopal.
Le 17 Madame la Dauphine partit de
Bayonne après avoirfait présentau Corps de
Ville d'une Médaille d'or, représentant d'un
côté le Roi d'Espagne & de l'autre Monseigneur
le Dauphin. Elle coucha ce jour-làà
S. Vincent, le 18 à Dax, ayant été complimentée
en cette derniere Viile par le Chapitre
& par les Magistrats, le 19 à Tartas,
le 20 au Mont-de-Marfan où elle sejourna
le 11, le 11 à Roquefort de Marfan, le 23
à Captioux,le 24 à Bazas., elle, y fut COÏÏK.
plimentée par l'Evêque à la tête du Chapitre
,
le 25 à Langon, & le 26 à Castres
cette Princesse arriva le 11 à Bordeaux.
Le premier de ce mois M. Fromentin,
Recteur de l'Université se rendit à Versailles
étant accompagné des Doyens des Facultés
& des Procureurs des Nations, & fuirvant
l'ancien usage, il eut l'honneur de présenter
un cierge au Roi, à la Reine & à
iMonfeigneur le Dauphin.
Le même jour le P. Hubault Vicaire
Général des Religieux de la Mercyaccompagné
de trois Religieux de leur Convent
du Marais eut l'honneur de présenterun
xierge à la Reine pour satisfaire à une des
conditions de leur établissement, fait à Paris,
[n 1615 par la Reine Marie de Médicis.
Le 1 de ce moisFête de la Purification le la fainte Vierge, les Chevaliers Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint
Esprit s'étantassemblés vers les dix heures
jflu matin dans le Cabinet du Roi, S. M.
~int un Chapitre & nomma Chevaliers le
Ouc de Modéne, le Comte de Montijo,
~e Prince de Campo Florido, Ambassadeur
uilu Roid'Espagne auprès du Roi, &le
Marquis Scotti. Les preuves du Duc d'Aunont,
du Duc de Randan, du Marquisde:
^Montai, du Marquis de Senecterre, dtLiNIar- uis de Meuze & du Comte de Tavannes,
proposés le premier du mois dernier pour
être Chevaliers ayant été admises dans ce
Chapitre, ils furent introduits dans le Ca- 1
binet de S. M. laquelle les reçût Chevaliers,
de l'Ordre de S. Michel ainsi que le Comte:
de Lautrec admis dès le 2 Juin 1745. Le
Roi sortit ensuite de son Cabinet pour aller
à la Chapelle, S. M. étant précédée de
< Monseigneur le Dauphin, du Duc d'Or-
Jeans,. du Duc de Chartres
,
du Comte de 1
Clermont, du Prince de Conty
,
du Prince
de Dombes, du Comte d'Eu, du Duc de J
Penthievre & des Chevaliers, Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Le Duc d'Aumont, J
le Duc de Kandan,le Comte de Lautrec,
leMarquis de Montal
,
le Marquis de Senecterre,
le Marquis de Meuze,& le Comte 1
de Tavannes en habits de Novices mll"-i
choient devant les Chevaliers. S. M. après
avoir assisté à la Bénediction des cierges &J
à la Procession qui se fit dans la cour du
Château, & après avo:ren:endu la grande
Messe celebrée par l'Archevêque de Nar--
bonne Prelat Commandeur de l'Ordre du
S. Esprit monta à son Trône, & elle re:
çût les sept nouveaux Chevaliers Ivec les
céremonies ordinaires, le Comte de la
Moth e Houdancourt,Grand d'Espagne, SA
le Duc de Biron furent parrains du' Duc
d'A umont & du Duc de Randan, le Corott
de Matignon&leMarquis de Fervaques, du
Comte de Lautrec & du Marquis de Montal
Le Marquis de Prie & le Maréchal de c oigny
,du Marquis de Senecterre, du Marquis
de Meuze & du Comte de Tavannes. Les
nouveaux Chevaliers ayant pris leurs places,
leRoisortitdela Chapelle & fut reconduit
en son apartement enla maniere accoutumée.
La Reine & Mesdames de France entendirent
la même Messe dans la Tribune.
L'après midi leurs Majestés accompagnées
de Monseigneur le Dauphin & de Mesdames
deFrance assisterent à la Prédication du P.
Segaut de la Compagnie de Jesus, & enfuite
aux Vêpres chantées par la Musique.
Le même jour la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Roüen son
Grand Aumônier.
Le 6 le Roi quitta le deuil qu'il avoit
pris pour la Duchesse Douairiere de Lorraine
,& le lendemain S. M. le prit en violet
pour la mort de l'Empereur.
Le 8 pendant la Messe du Roi, l'Evêque
d'Alais prêta ferment de fidélité entre les
mains de S. M.
Le 13 de ce mais l'ouverture de l'Assemblée
générale duClergé de France le fit dans l'Eglise
des Grands Augustins par la McfTe du
S. Esprit à laquelle les Prelats & les autres
Députésqui composent l'Alfèmb"éc ccmmunierent.
L'Archevêque de Tours y officia
pontificalement & le Sermon fut pro-.
nonce par l'Evêque de Troyes. L'Assemblée
a élu pour Présidensl'Archevêque de Paris,
l'Archevêque de Tours, l'Archevêque
de Narbonne, l'Archevêque de Roüen, l'E-.
vêque de Vabres, l'Evêque de Langres,
l'Evêque d'Apt & l'Evêque de Grenoble..
L'Abbé de la Bastie,ancien Agent Général
du Clergé, est Promoteur; l'Abbé de Bussy
, Vice-Promoteur;l'Abbé de Rastignac,
ancien Agent Général du Clergé, Secretaire;
l'Abbé de Coriolis, Vice-Secretaire.
Les nouveaux Agens Généraux du Clerge
sont l'Abbéde Nicolay & l'Abbé de Breteuil.
Le Dimanche 14 le Roi nomma Menins,
de Monseigneur le Dauphin Mrs. de
Puiguion, de Montagu, de Sassenage, de
Talleyran, de S. Herem, deLorge,de
Froulay, & de la Vauguion.
Le Mercredi 17 on répeta la Comédie- 1
Ballet intitulée la Princessede Navarre, qui a j
dû être représentée le Mardi 23 à la Cam;
sur le Théâtre que l'on a construit dans le
Manege de la grande Ecurie. Le dessein de
ce Théâtre a été donné par M. Soldtz Sculpteur
& Déssinateur des menus plaisirs du
Roi & de l'Académie de Peinture & Sculp- *
turc. Nous en donnerons en son lieu une- •
description plus deraillée. Qn^p^reiidde Toub.i d: I.l de cemois*
que le Vaisseau l'Orislame, & la Fregate la
Diane furent carennés le 10 du premier côté
,
& devoient l'être lelendemaindu seconde.
PRISESDE VAISSEAUX.
LA Frégate du Roi l'Athalante commandée
parM. deMotheux s'est emparée
le 22 du mois de Décembre dernier,i
quatre lieuës Ouest du Cap Spartel, du
Brigantin Anglois le Nely, qui étoit chargé
de provisions d'Irlande qu'il portoit a
Gibraltar. *
On mande de S. Malo que le Capitaine
Donat, commandant le Corsaire là Riche
étoit rendu maître de deux Bâtimens lé
~Touccez, de Liverpool, sur lequel il yavoit
Õo barriques d'Huile & 200 peaux de Loup
Marin, & le Joseph Anne de Philadelphie
lIe 150 tonneaux, dont lacargaison con-.
liftoit en 257 Boucauxde Tabac: le premier
de ces deux Vaisseaux est arrivé à S.
lalo , & le second à Morlaix.
On a apris de Bayonne. que la Frégate
Aigle ,de ce Port, y avoit conduit le Naire
la Fidélité, de Darmouth, qui por-
~oit de la Morue seche à Lisbonne.
i Selon les avis reçus de Bordeaux, il ert,
~ontré dans ce Port un BâtimentAnglois
l!;unmé le Dauphin,chargé de Moruesvertes
, d'Huile & d'autres Marchandises
,
lequel
a 'été pris par le Corsairel'Entreprenante
de Bayonne.
On apprend de Calais que le Corsaire
l'Heureuse s'est emparée de quatre petits
Bâtimens ennemis, qu'il a rançonnés pour
la somme de 830 livres Sterlings.
Les lettres de Birefl: marquent que les
deux Frégates la Sirene & la Galatée
,
qui
sortirent de ce Port le 13 Janvier fous le
commandement de Mrs. Gomain & Louvet
, yrentierent le 17 avec un Corsaire
Anglois nommé leBacchus, de t8 canons, de 20pierriers& de 130 hommes d'équipage.
Ces deux Frégates ont repris le Navire
la Marie Françoise de Cherbourg que
ce Corsaireconduisoit en Angleterre. 1
La Chaloupe l'Heureuse de Calais, commandée
par le Capitaine Mathurin Canny
y est revenuë avec quatre rançons qui moii
tentà 18500livres. 1 Onmmde de Calais que les Corsaire
le Louis XV. & le 5. Benoit de ce Port se son
rendus maîtres des Navires Anglois la Providence
,
chargé de Froment, de Beurre,-
Suif, de Draps & d'autres marchandises
lequel venoit de Huile & alloit à Londres
&l'Aigle de Montrose d'environ 50 tOI
neaux, chargé de Tabac
,
d'Eau-de-Vie
& de Chanvre, -ï
Le dernier deces deux Corsaires a rançonné
un autre Bâtiment pour la somme de
6000 livresSterlings.
Le Brigantin la Jeanne Catherine de 60
tonneaux sur lequel il y avoit du Charbon.
de terre a été pris par le Corsaire la Chatte
qui l'a conduit à Dunkerque.
Selon des avis reçus de Brest M. de S.
Allouarn Commandant la Fregate l'Emeraude
a amené dans ce Port leVaisseauAnglois
Vjîugufte de 80 tonneaux qui portoit d'Irlande
à la Jamaïque du Boeuf, du Lard
,. du Fromage & du Savon.
La même Fregate s'est emparée de deux
Bâtimens ennemis destinésaussi pour la Jamaïque
,
& dont l'un est arrivé à Renoudet,
l'autre à Audierne.
La Fregate la Sirene commandée par M.
Gomain a reprisauxAnglois le Navire
François la Soeur auxcinq Freres de la Riviere
de Seure dont la charge consistoit en
Morue, & ce Navire est entré dans le Port
de Brest.
1-
Le Corsaire le Jean fofcph de S. Malo a
conduit aussî à Brest les Bâtimens Anglois
le Jovan Galley de 180 tonneaux, à bord
duquel croient du Bray, du Goudron
,
du
Cacao, de la Cire
,
de la Therebentine &
des Merrains; la Jouanne aussi de 180 ton-
: neaux qui alloit de Boston à Londres avec
un chargement de Bois de Gayac, de Bray
de Merrains & de Goudron, ,, & le Hanover
d'environ cent tonneaux chargé de diff.
rentes marchandises, qui avoit fait voile de
Bristol pour la Virginie.
Un autre Corsaire de S.Malo nommé
l'Astrée s'est rendu des Navires ennemis
le Fanny de 80 tonneaux dont la
cargaison étoit de POEuf& de Beurre
,
&
qui a été mené à Brest, & la Siréne chargé
de Sardines, qui est arrivé à Morlaix.
On mande de S. Malo que la Corsaire
Anglois le Césarde 18 canons ,
da 14 pierriers&
de150 hommes d'équipage a été
pris après une heure de combat par le Capitaine
le Turc commandant le Corsaire
le Grand Turc de ce Port. le même Capitaine
a enlevé les Navires le Jacques Riviere
de 200 tonneaux qui avoit chargé à
Bristol plusieurs marchandises pour la Virginie,
&le Betfej de cent tonneaux destiné
pour la Barbade.
Le CorsaireleLys de S. Malo y a fait,
conduire la Barque Li Marie Yvrme de Rol.
coss chargée de Vin qu'il a reprise sur un.
Armateurde Jersey.
Suivant les lettres de Bayonne le Corfaire
l'Entreprenante de ce Port y a envoyé
une prise Angloise qui alloit de Boston à.
ÀmftercUm avec un chargement de Bois de
Campeche, de Bois de Gayac, de Coton del'asia.0 Le PinquelaNotre-Dame de Cadero commandé
par le Capitaine Mathieu David de
Serre a conduit à Malte une Tartane Angloise
qui portoic des fonds pour faire un.
rachat de Bled.
SLOGE HIST0 R IQJJE,
de M. sîbjbePueelle.
0Uand nous nous sommes proposé d'informer
nos Lecteurs ( Ju moins autant qu'il nous
oisroit possible de recouvrer des Mémoires suffisans)
;lsela vie des hommes qui auront paru avec distin-
~oiion, foit dans l'Eglise, dans les Armes, dans
si Robe ou dan's les Arts, si nous n'avions eu pour
lut que de contenter la vaine curiosité des Lec-
1Jrurs avides d'anecdotes qui concernent leurs
contemporains, & sur-tout de celles qui peuvent
~icitereffer les Gens célebres
, nous nous serionsoposé
un objet bien frivole, & peu convena- E ce à un Ouvrage honoré de la protection du Gou-
~vernement; notre objet., plus digne de l'attention,
nunesprit sage est d'exciter les hommes à la verq
par le souvenir des vertus qu'ils ont vû pratiquer,
r,,en consacrantainsi la mémoire des hommes qui
îit méritél'estime publique, nous perpétuons,
~us multiplions même l'exemple qu'ils ont donné,
emple qui estsans doute la plus forte &laplus-
,lIe de toutes les leçons.
RENE' Pucelle, Abbé ommendataire de S lonarddeCorbigny,
Doyen des Conseillers-Clercs
du Parlement, It ci-devant Conseiller au Conseil
de Conscience pendant la minoritéduRoi.,nâouit
à Paris le I. Février 1655de Claude Pucelle Sel
de Françoisè de Catinat sa femme. 1
Claude Pucelle mourut à41 ans, &
quoiqu'ar.
,rêté au milieu de sa carriere, il tenoit déja depuis
plusieurs années le premier rang dans le Barreau.
Françoise de Catinat étoit fille de Pierre-de Cati-
nat mort Doyen du Parlement, & soeur du Maréchall
de Catinat, mort en 1712. De ce mariage nâqUiJ
rent trois fils.
Pierre Pucelle qui fut premièrement Conseiller
au Parlement en la seconde Chambre des Enquêtes
, & ensuite Premier Président du Parlement
de Grenoble, où il mourut en16?3 j
René Pucelle dont il s'agit 4)
Et Omer Pucelle, Seigneur d'Orgemont, Ma
rêchal des Camps & Armées du Roi, mort en 1730J
M. l'Abbé Pucelle ayant perdn son Pere dès son
bas âge, resta ainsi que ses freres fous la tutelld
d'une Mere éclairée qui veilla avec foin à son éducation.
Il fut mis en pensionau Collège de Louis
le. Grand, & y fit ses humanités; le P. de laRue
étoit alors Professeur de Rethorique
,
ainsi ce su
cet homme célébré qui forma l'esprit de l'Abb
Pucelle
,
puisqu'on peut dire que ce n'etf guére
que dans cette Classe que les enfans commencent
à penser; la mémoire feule travaille dans le tem~
quiprécéde. 1
L'Abbé Pucelle destiné par sa famille à l'Etae
Ecclésiastique, ne pouvoit pas rester plus long-tem
aux Jesuites, où ses Etudes n'auroient pas é
comptées pour prendre des dégrés: -*in-if on -
retira du College de Louis le Grand, pour luifain
faire dans l'Université les Etudes ordinaires cE
1
Philosophie, & les premieres années de la Théologie.
Cependant il éprouvoit que les arrangement de
Camille ne donnent pas la vocation. Quoiqu'il fût
encore dans une extrême jeundfe, la solidité naturelle
de son esprit lui avoit fait sentir de bonne
meure que le choix d'un état dl: l'action la plus importante
de la vie, & décide souvent de la fortune,
rlla bonheur, & mérne de la vertu des hommes;
faisoit sur ce choix de sérieusesréflexions, qu'on
31e néglige que par une indifférence qu'on risque
.e porter après à ses devoirs.
D'ailleurs la professiondes armes offroit à l'Abùé
Pucelle une carrière plus séduisante; Meilleurs
se Catinat ses Oncles, dont l'un fut depuis Marédhal
de France, étoient dès-lors très avancés dans
service, & leur position qui assuroit à leur Neeu
de grands agrémens & bien des facilités, pouiooit
aussi
fournir à son imagination les plus brilnintes
esperances. Ainsi il voulut, sans cependant
> : déterminer encore irrévocablement, essayer pour
nlnfi dire, les Armes,e il fit quelques Campagnes
m- qualité de Volontaire
,
sous les yeux de
2'S Oncles. Les voyages occuperent ensuite quelaiues
années de sa vie. Il visita l'Italie & l'Alle-
~tagne,avec cette curiositéque les Voyageurs
eulent faire passer polirle desir de connoître les
ommes, mais dont ils ne retirent que la con- ~oissance de Pays souvent peu differents du leur,
al le droitde raconter dans leur Patrie des choses
~'u'on ne croit pas toujours.
L'Abbé Pucelle n'employa pas tout le tems
1 ses voyages à observer les lieux par lesquels
sq passoit, son esprit s'étendit par des réflexions
billides, il s'étudia soigneusement lui-même
, &
viriva à Paris déterminé sur l'état qu'il vouloit
dnbrasser.
Il fitses étudesde Droit, passa quelque tems au
Séminaire des Bons Enfans,& après avoir reçu ]
l'Ordre du Soudiaconat. il entra dans le Parle.]
ment en qualité deConseiller-Clerc le 10 Avril
1684, & fut distribuéen la Troisiéme Chambre.
des Enquêtes. ]
L'Abbé Pucelle n'ignoroitnil'étendue ni l'im
portance des engagemens qu'il contractoit ; maisj
la suite a prouvé qu'il n'avoir pas trop présumé de
ses forces, & l'on peut dire que sion voulait,
faire la peintured'un parfait Magistrat, on rappor- teroit j ce qu'a faitl'AbbéPucelle, & que
rcuproi
quement si on vouloir faire le récit de sa vie, on
n'auroit qu'à faire l'énumération des fonctions
d'un parfait Magistrat.
Uniquement occupéde ses devoirs il étoit incapabledese
laisser entraîner par des esperancesde
fortune qUI n'ébranlent que les ames vulgaires,
& il n'étoit pas plus accessible aux illusions de la
gloire, sions au plaisir de jouer un rôle brillant, illudélicates,
capables d'éblouir même des ames
d'un ordre superieur, lorsque plus orgueilleuse,
qu'élevées elles prennent la gloire pour La vertu.
Aucun de ces motifs n'anima jamais l'Abbé Pucelle
; un coeur droit, un esprit éclairé, une application
infatigable le firent bien-tôt remarquer dans
le Parlement. Ilfaisoitses fonctionsavec exactitude
& avecsuccès: il sçavoit démêler le point capital
d'une affaire,&qui faisoit !e noeud de la dimcuiré
ce qui exige non feulement beaucoup de jufieffi
dans l'esprit, mais encore beaucoup de pénétration
& d'étendue; sans avoir en parlant cette éié
gance qui séduit l'oreille, ilavoit cette éloquence
mâle & solide qui porte la conviction dans le
esprits.
Il n'étoit que depuis quelques années dans le Pa
lement;le. feu. Roirécompensalesservices en
nommant à l'Abbaye de : Léonard de Corbigny.
Le détail de la vie d'un homme tel que M. l'Abbé
Pucelle ne peut pas être chargé de beaucoup de
circonstances. 'Un exercice constant des mêmes
vertus,une pratique allîduè des mêmesdevoirs,
Jles occupationstoujours uniformes, Ecoûter des
laideurs qui s'efforcc..1it envain avec milleredises
fatiguantes d'expliquer àleurs Juges leurs procès
qu'ils entendent blal ; monter auTribunaiou revenir
[.s.ans son cabinet étudier avec une attention pénible
l s détailsec & aride d'une affaire chargée de procédures,
chercher la justice dans les détours du labyrinthe
de lachicane;êtretémoin sanscelle de l'injustice
zoes hommes, voir à chaque instant l'humanité dégradée
par l'artifice
, la mauvaise foi, l'oppression ,
.J;C. réprimer les désordres présens; & en voir renaître
de nouveaux entendre gémir des malheureuxausquelsla
diligence la plus active ne peutapporter
qu'un soulagement toujours trop
tardif;
sembler à toutmoment quand on songe qu'on va
decider delafortuneou de la vie des Citoyens.,
pque quelque éclairé que l'onsoit, on peutse méprendre,
parce qu'on est homme, voilà quelles occupations
remplissent la vie d'un Magistrat. C'est Olinti
sue labbéI?uce-.Ile,passa les 18 années qui s1écoulejtnt
depuis1684,
,
jusqu'en 1702. Pendant les Vaoinions
de cette année ilpassa à la Grand'Chambre
poury retrouver les mêmes travaux multipliés.
Lamort du feu Roi arrivéeen 1715 procura à M.
Abbé Pucelle une distinction flateuse, dont il ne
5.0 cas que parce qu'elle lui fournissoit une occa-
) rm de plus d'être utile. M. le Duc d'Orléans, alors
gent du Royaume, 'Co!npofa un Conleil de
conscience,& y donna entrée à M. l'Abbé Pu-
1131 le M. le Cardinal de Noailles, Archevêque de
Paris, M. de Bezons,alors Archevêque de .Bor",
WIlUX, M.Daguesseaualors Procureur Général, d.
puis Chancelier de France, étoient les Membra
de ce Conseil, & la Dignité nouvelle dont M..l'Ab
Pucelle se trouvoit décoré, quelque important
qu'elle fût parelle-même, recevoit un nouvel écl
dumérite de ceux qui la partageoient. 4
Telle a été la carriere qu'a fournie M. L. I
carriere plus remplie de travaux que d'événemenj
qui offre plus de vertus que de faits fînguliersj
& peut être par cela même plus singuliere q
beaucoup d'autres plus éclatantes.
Ses moeurs étoient pures & douces, sa rage
n'avoit point cet air d'austérité,qui souvent a
nonce moins le degré de la vertu que ce qu'ci
coute : par un effort aussi rare il posseda de gran
talens sans prétentions, & jouit d'une grande ri
putation sans orgueil & sans vanité. 1
Il mourut le 7 Janvier dernier âgé de quat
vingt-neuf ans, onze mois & sept jours. Dep
plusieurs années & depuis le dccès de M. More
mort Doyen du Parlement en il étoit
plus ancien du Parlement sans cependant poret
le titre, ni jouir des prérogatives de Doyea
titre affecté aux seuls Conseillers laïcs. I
Illaisse pour héritieres du chef de Messire Pie
Pucelle son frere aîné, mort ainsi que nous l'avo
marqué,premier Président du Parlement de G13
noble, & de Dame Anne Roujaut sa femme
Dame Therese-Félicité Bidal d'Asfeld
,
épouse I
Messire Jean le Nain, Maître des Requêtes, Il
tendant de la Généralité de Languedoc, par m
présentation de feue Dame Pucelle J
mere decédée en 1714 , à son décès femme i
Messire Benoist Bidal, Baron d'Asfeld, Maréhal
des Camps & Armées du Roi, & Dame W
Pucelle, femme de Messire Nicolas Fremontd'
neuil, Conseiller d'Etat ordinaire, Doyen «
Doyens des Maires des Requêtes, & du chefj i
Messire Omer Pucelle, Seigneur d'Orgemont son
frere puiné
, mort Maréchal des Camps & Armées
nhlii Roi, & de Dame Talon ton épouse,
Dame Pucelle femme de Messire
aMe Galiffet.
.TRADUCTIOl.V LITTERALE
d'une Relation écrite de Cars.
1 Le5dela lune de DgematielAkir de la présente
année 1157; les Espions que nous avions en
campagne ayant donné avis s.P le méchant Tha-
Lgas étoit entré à Revan, tout aussitôt l'on fie
construire des retranchements tout au tour de la
place de Cars, dans lesquels on plaça tous les Janissaires,
les Dgebedgis, les Topchis
,
& les autres
troupes qu'il y avoit dans les quartiers ; & le ménantThamas
s'étant rendu au lieu MuradTepessi
19 dela susd. Lune jour de mardi, il arriva à
plaine de Cars, & ayant mis son armée en
ordre de bataille, & faisant tirer ses pieces de
campagne ,il la fit défiler au pied des montagnes vintcampervis à-vis l'armée des Fideles. Tout
Ji suite il divisa son armée en plusieurs corps <5c
3h attaquer nos troupes;nos Fideles Combattans
inflnt aussi-tôtentonné le cri de Guerre alla, aliat
nrent au devant de ces maudits blasphemateurs
p t quatres fideles Compagnons, & soutenus
)a notre Grand Prophète, & le combat s'engajnint
avec vigueur de part & d'autre, il dura
TC opiniâtreté, depuis huit heures du ma.. jusqu'à l'heure dela priere d'après midi, avec
~lieil avantage; le malfaisant Thamas étant venu
jpiiquer nos troupes avec son Arriere-garde,l'Ar-
) '.1 des Fideles l'attira en bataillant sur nos relâchements
St nos Janissaires e Dgebedgis
ayant fait une décharge générale de leurind
queterie l'obligea à regagner son Camp.
Le lendemain nous fîmes enterrer les corps de
Fideles qui avoient éte martyrs dans cette actiom
dont le nombre montoit à deux ou trois
cend
nous eûmes un plus grand nombre de blefrés,&
"ducôtédes KiJtlbacb le nombredesmorts excédl
quatre mille outreunfort grand nombre de blessé
Le jour suivant il se tint dans TonCamp fan
faire aucun mouvement,mais le jour d'après q
étoit up Jeudi ayant fait marcher son armée j
!',int se-porter au-dessus denotre Camp dans 1
lieu nommé Tbciuly JC.iia près du village de Ke
du & commença à faire travailler à couper l'e
de la riviere qui passe devant la Place de Car
-& se mit en disposition de livrer bataille.
la part de l'armée des Fideles Ahmet Khan Vi
-de son Alreffe, & le Chah-zadé étoient moncé
cheval suivis de quelques troupes de cavflerie
vinrent sur le champ de bataille, & du côté ,ci
KijzlbolCÚ, Alymendan Khan ôc Je fils de T
mas avant commencé l'adion , il yeut un ru
combat qui dura depuis trois heures jusqu'à se
& l'ennemi ne pouvant plus résister fut contra
à s'enfuir dans son Camp
,
& le jour d'après
combat, nous tmes enlever nos morts pour 1
donner la sépulture. I
Il se pJlIà quelques jours sans qu'il y eut auc
adlion de part ni d'autre, mais le 29 de la L
susdite, cinq corps de troupes de l'ennemi s'ét
avancés pied àpied devant l'armée des Fid
qui s'arrangerent en pareil ordre pour leur sa
face, le combat ayant commencé dura depuis
heure du matin pïqu'à huit, & les deux arm
étant toutes deux épuisées de forces, la fatigu
obligea de se séparer & de rentrer chacune d
son Camp. Il y eut beaucoup de morts &
bieflôs en cette occasion. T
Thamas en venant pour faire le siege de Cars
avoit emmené avec lui environ vingt mille Pionniers
qu'il avoit amassés parmi les Rayas ou Sujets
des Villages par où il avoit passé, 6c ayant fait
environner lariviere par ses troupes, il fit travailler
à en detourner le cours, & pour cela ayant
iait conflruire plusieurs Mines sur la hauteur des
,montagnes, il fit faire une digue dans la riviere,
dans l'endroit où elle couloit vers la Ville & fit
décharger seseaux vers la plaine de Kapfman de forte , que notre armée se trouva réduite dans
une grande extremité faute d'eau, & nos Soldats
pour subsister furent contraints de creuser des
puits pour étancher leur fois.
Quelques jours après les Ki/ilbach parurent avec
neuf corps de troupes & l'armée des Fideles ne
se trouvant point ailes forte pour résister à leur
.attaque & commençantà plier, Abdullah - Bey
Commandant de 500 hommes qui étoit à l'aîle
droite étant venu au secours des nôtres ranima le courage de nos braves soldats
,
le de forte que combat s'étant rallumé avec ardeur de part &
d'autre dura depuis une heure jusqu'a dix, Abdullah-
Bey taillant tout ce qui se présentoit devant
lui à droite & à gauche, enfonça enfin les entremis
& les poursuivit jusques dans leur camp.
Ce digne Abdullah-Bey fut tué par malheur
adans cette aétion. ( Dieu lui ait fait miséricorde)
éiSi cet homme n'eût point remporté la Couronne
bdu Martyre dans cette journée, il est sûr que
mous nous ferions emparés avec l'aide du Seigneur
bdu camp des Kijilhach.
Le 16 de la Lune de Redjib jour du Dimanche
, Mouftara Bacha joignit notre camp avec les
troupes des Lf/V/;*rt ce qui occasionna une grande eà l'armée des Fideles. Il y eut encore
une action le jour d'après,, & les armées se Ce..
parerent chacune de leur côté sans aucun avan- tage considérable.
Le 18 àl aube du jour les Kijîlhacb attaquèrent
à l'improviste l'armée des Fideles ,& ceux-ci
ayant été un peu dispersés ; le combat dura jufij
qu'après le soleil couché. Les efohis n'ayant p
résister aux efforts de l'ennemi, furent cause d4 ladébandade de notre armée, 6c cela ayant mil
l'épouvante parmi notre Cavalerie,elle fuit pcfttf
dant toute une nuit avec lesLesibis.
Dans les premiers jours de la Lune de Chaban
Kefferelly Effendi fut demandé plusieurs fois
poul
traiter, lui dit-on,d'un accomodement entre les
deux Monarques, cet Effendi fit plusieurs allées
& venues, ôc ceci ayant épouvanté nos Cavaliers
fous le pretexte que le picotin d'orge valoit ui
sequin
,
les troupes de Cavalerie, les Lavtuti.
les troupesdeMr.y ,
les Dtiis Rach." & les troupe,
des Pachas s'enfuirent toutes dans la nuit, & il n'j
eut que nos Piétons qui resterent dans leurs retranchemens,
parce qu'il y avoit encore quel.
ques provisions, nos Moutons & Boeufs trouvant
encore à paître. Thamas ayant appris h
désertion de notre Cavalerie, vint nous enlevé
tous nos Beltiaux & les conduisit dans son Camp
nous n'avions pas de la Cavalerie pour l'en el,
pêcher, que pouvions nous faire? '1
Le cinquième de la Lune de Chaban
les Ki
filbach vinrent attaquer nos retranchemens à la ne
tite pointe du jour, & nous avec le succès 4
Très-Haut ayant fait une forte résistance,
net
eunies le bonheur de les repousser
,
& de 11
çhasser jusqu'à leur Camp. 1
r. Le sixieme l'Ennemi ayant attaqué de noJ
.yeau nos Rerranchmens, les habitans de C
^vinrent tous à noire secours, & les repousserenc
avec l'aide des trcupes nommées akdil Rihdgé*
L Le jour d'après les kijilbach vinrent camper àune
1 portée du Canon de nosrecranchemens, & Thaisnas
ayant fait construire dix-sept ouvrages noml'jnés
Tabias à la portée du mousquet, il fit garnir
:>.cRacun de ces ouvrages de mille Pietons, mais
dès que le jour se fit il vit paroître d'uncôtéles
Enfansdelà Vicfloire & de l'autre lesJanissaires
6 & les Dgebedgts à pied, qui criant allaalla vinrent
eattaquer les troupes qui étoient dans les Ouvraa
ges, lesquelles ne pouvant soutenir l'effort des
ruaôtres , lacherent le pied & s'enfuirent dans leur
Camp. Cest dans cette journée que nos Piétons
supportèrent près de cent têtes Ôc quelques gens
:5_en viejque Enguis - Kan fut tué, & que nous leur
[^«nlevames huit pieces deCampagne qu'ils nommei t
.!-e;¿buk..ek.. Louange foit rendueau Seigneur; cette
3[Journée nous fut si glorieuse qu'il feroit presqu'imjcjpoflible
d'en faire le décail.
Thamas en ctant au désespoir & ne pouvant fu-
)lqipiotrter l'amertume du ca'ice que nous lui avions avaler, fit metre pied à terre à sa Cavalerie,
>$& s'en servant comme d'Infanterie fit avancer en
Ifflmême tems avec elle son canon & le reste de
Jtfon Artillerie pour attaquer nos Retranchemens :
ottous nos Janillàires, les Dge!(d(ii & les ensans
libdits de la Vitfloire en étant fortis & faisant cha- cun rempart d'une pierre,ils se battirent faces h faces huit heures d'Horloge,enfin lesKij.lbacb ne
oqpouvant plus resister furent obliges de fuir dans Jeur Camp, il y eut cinq à six cent fideles qui
uiurent fait martyrs d.ns cette action& deux
-
ou
oifcrois cent qui furent blesses. Ducôtédes Kce que nous ont apo *C'eit-à-direblanc fttbresud.
pris quelques Espions & Fugitifsquise rendirent
auprès de nous, il y eut neuf à dix mille homn.
es de tués, mais n'étant pas encore farisfait de
.ceci
,
il fit porter des canons de gros calibre,
nommé B/i'hewe*,aveclesquels il battit durant
trois jours la Place, per-sonne de nous ne pouvoit
paroîfre dans nos Retranchemens& les Bouiets
pleuvoientcomme la Grêle sur nos têtes.
Cependant grace à Dieu, il n'ya pas eu parmi
nous dix hommes de Matyrs. 5
Le premier jour de la Lune du S. Ramazan qui
étoit celui que Thamas avoir commencé de battre
la Place avec le gros canon, par un miracle,
de la divine Providence, il tomba une grande
pJiiye<jiii ayant forcé la Digue par sept endroits;
différentsde la Riviere dont il a été parlé ci—t
dessus
,
& à laquelle on avoir donné un autre;
cours depuis près de 40 jours
,
elle commença à.¡
reprendre son ancien cours & coula à son ordi
riaire devant la Place de Kars, alors le Kifilba
ne sçachant plus de quel côté se tourner ni ce
qu'il pouvoit faire, ayant fait retirer son canoa
clans son Camp, -nous reçumes leje,r d'après une
Lettre de sa part,par laquelle il mandoit qu'étant
les uns & les autres des Serviteurs de lavraie
roi, il cessoittoutacte d'hostilité jusqu'àce que
Keflèrely Ahmet Essendi fut de retour de Constanrinople,
& nous vîmes ensuite que le quatrié
me de la Lune du S. Ramazan, ayant fait ploye
bagage
,
il partit en tirant ses pieces de Campagne
Si vous êtes curieux d'apprendre tout ce qu
nous avons soufertdans ce Siege & de la difett
que nous y avons essuyée
, je vous dirai qu'un sa
de paille valoit25 parats, dix dragmes de pain
un parât & noUh n'avions point de viande, tous
le reste à proportion alloit de mêmeles
riWfes genscommencoient à mourir de faim ocde
inmifere. Enfin ce mauditest parri, l'hiver a cornsrnhencé
à s"y faire sentir fort rudement, & il eit
loTombé dela Neige,& cependant nous ne sommes
ïeças encore fortis de nos Retranchemens.
NOUVELLES ETRANGERES.
Turquie.
ON a appris de Conftantinopls que le Capitan
Bacha ayant été accusé d'avoir commis plumaeurs
fautes dans l'exercice delà Charge en avoK jJté privé, mais qu'il avoit obtenu le Gouvernesrrment
dela Morée par le crédit du Chef des
tu$unuques Noirs.
I Le Grand Seigneur a chargé Selim Effendi»
'):ecretaire de la Trésorerie d'aller exécuter une
nowmmiifion importante auprès du Grand Mogol.
ALLEMAGNE.
DN mwidede Neuffad du 28 du mois de Décembre
dernier
* que le Prince Charles de Lormanue
qui y avoit établi fbn quartier général de-
Pliuis qu'il s'étoit replié vers le Comté de Glatz
ovvoit détaché quelques troupes irrégulieres qu,i
)Jë[Qient avancées du coté de l'Oder; que deux
ob.>égimens de Hussards par les ordres de ce Pri nse
avoient paiïela NeilTpiès Levvin.
,
à la fatumeur
d'un gué,& qu'ils avoient fait un butin con-
:t,hderable dans plusieurs Villages, dont les Habitans
iu'soient refafé de payer les contributions qu'on.
leur avoitimposées ; que la droite de l'Oder de
puisTeschen jusqu'àRatiborétoit ccupée
parla
Corps d'Insurgens commandés par le Comte Leopold
Palsy; qu'un autre Corps d'Insurgens com j
mandé par le Comte Joseph Efterhàfi,&qui avoit:
pris sa route par la Moravie, avoir pénétré par
Fulneck dans la haute Siiefie; que la premier
Colonne- de ce dernier Corps étok déja arrivée
sur la Mora; qu'elle devoit passer dans les environs
de Troppau. tandis que des troupes de l'armer
du Prince Charles, qui marchoient par la gauche
de la riviere d'Oppa, tâcheroient de s'emparer
Ide quelques postes pour enfermer cette Place ;que trique la communication entre ces troupes & Ici
d'ux corps qui font fous les ordres des Comtes
Leopold Palsy & Joseph Elterhafï feroit affermie
de manière qu'on n eût plus à craindre qu'elle fut
interrompue le Prince Charles de Lorraine aflî-*
gneroit
des
quartiers dé cantonnement à l'arméç
de la Reine d'Hongrie, parce qu'une patrie deî
ttoupes de cette Princesse avoitbesoin de repos
aiais quecelles qui voudroient continuer de faire
la guerre pendant l'hyver feroient libres de tenil
la campagne ,
.& qu'elles jouiroierçjt de la doublé
paye qui leuravoit éré promise. 1
Quatre mille hommes d'Infanterie & de CavaJ
lerie des Pruiïïens ayant passé la Neifsartaquerc
le 12 du mois de Décembre dernier la petite Villi
de Patfchau, où il y avoir environ 1000. homme
de garnison
,
& ils firent contre la Ville un gran
feud'Artillerie. La garnison se défendit avec ta
tte valeur que le Général Luchefi eut le tems de 1
secourir Se de repousser les Prussîens qui se retire
rent cependant en bon ordre en faisant de ters
en tems des décharges d'Artillerie & deMousqu
terie sur le Corps qu'il commandoic.
On a appris du Haut Palatinat qu'un Corps c
lîroupes de la Reine de Hongrie marchoïc vers
AAmberg
,
& que les troupes lmperialles & Franjoifes
conftruifoient un Pont sur le Danube près
He Nohrbourg.
On apprend de Cologne du 10 du mois dernier
jgue l'Eldleur a reçu de S. M. I. une lettre laquelle
porte qu'il ne peut ignorer la façon inouie
iHont l'armée de la Reine de Hongrie,lorfgu'elle
1 abandonné les bords du Rhin, s'ell comportée
1 l'égard des Duchés de Neubourg & de Sultz-
;oach en y commettant toutes fortes de vexations
38c en pillantÔC saccageant tous les lieux oùelle
apalTéj par la feule raison que l'Eledetir Palatin
i l'exemple de quelques autres Princes a conclu
vivec l'Empereur un Traité d'union qui tend. uniquement
au soutien du Chef & au maintien du
yyltême de l'Empire, & parce qu'il a fait mar-,
d'her ses troupes au secours de la Bavière
,
sans
loréjudice toutefois de la neutralisé qui fubfifteen-
¡He ses Etats & ceux de S. M. H. ; qu'il est aile
aie concevoir qu'un procedé de cette nature qu'on ,
3te peut jamais justifier, a dû vivement affliger
3MEmpereur,ic que tout le monde sçait combien
1 est sensible à. S. M. I. de voir ses amis & ses
lAlliés qui défirent véritablement le salut & le
jeepos de la Patrie, çxpofés aux effets de la vena^
eance sans bornes de la Reine de Hongrie, Ôc
uoeurs terres quoique non impliquées dans la présente
guerre, sujettesàdesopprelîionsôc des caruamités
inexprimables. Que plus l'Empereur elt
ucouché de toutes les violences commises dans ses
,-i'rovinces
,
plus il se trouve obligé de défendre
zees Etats de l'Empire., dont les sentimens répondent
à ceux de leur Chef. &d'empêcher autant
'uu'il lui fera possîble que le mal n'aille en augmentant
; que comme il a reçu des avis certains
que contre toute attente la Cour de Vienne a formé
le projet d'une invasion dans les terres de
i'Eledorac de Brandebourg & dans celles de l'Eledteur
Palatin situées sur le bas Rhin, & que
l'exécution de cette entreprise n'est pas éloignée;
il ne peut se dispenser dansces conjontflurescritiques
où le moindre délai semble menacer l'Empire
d'un renversement total) de ne rien omettre
pour secourir les Princes qui se font joints à S.
M. I. afin de retablir la tranquillité en Allemagne
; que l'Empereur aurait fbuhaité d'employer
lès propres troupes à garantir de la devaftarionles
Duchés de Cleves, de Kergue & de Juliers,
mais que cela lui étant impoilible non-seulement
à cause de l'éloignement des troupes Impériales,
mais encore parce qu'elles font nécessaires pour'
la défense de ses Etats Héréditaires, le Roi Très-
Chrétiena consenti de lui accorder de nouveau
un Corps de troupes auxiliaires & de les faire marcher
pour s'oppocer aux errtreprifes que les ennemis
pourroient former contre les Etats des AI'
Jiés de S. M. I., qu'ainsi l'Empereur demande à"
l'Electeur de donner à ces troupes auxiliaireslej
libre passàge
,
conformement aux Confticutions
d
Corps Germanique, & defaire expedierdes ordres
pour qu'on leur füurnifiè tout ce dont elleat
auront besoin pour leur fubfiflance.
Le Maréchal de Maillebois qui commandel
troupes que le Roi de France a envoyées sur 1
Bas-Rhin, a écrit aussi à l'Eledeur une
Lettrepaj
laquelle il lui marque que S. M. T.C. a raI
connoître ses intentions pour le retablissementd
la paix par la Déclaration faite de sa part le m
du mois de Mai de l'année derniere à la Diett
Générale de l'Empire; que l'EIefleur a dû êtres
convaincu dela nécefïcédanslaquelle le
Raid
France s'est trouvé de repousser la force par la
force, 6cde ne pas dififerer plus long-rems de déclarer
la guerre à la Reine de Hongrie & au Roi
de la Grande Bretagne; que tout ce qui s'est
pasle depuis n'a fait que multiplier les motifsqu'a
S. M. T. C. de poursuivre ses ennemis &c ceux
de l'Empire, & de tirer une juste fatisfadlionde
tant d'injures accumulées les unes sur les autres,
aussi bien que des violences que les troupes de S.
M. H. s'appuyant sur des Alliances fatales au repos
du Corps Germanique ne cessent d'exercer sur
les Etats des Princes jaloux de remplir les obligations
qui les lient à leur Chef; que le Roi de
France espere donc que l'Elefteur & les Etats du
Cercle du Rhin feconderont volontiers en tout ce
qui dépendra d'eux une cause aussi juAe que celle
dont il prend la défense
,. tant par rapport à ce
qt!'il se doit à lui-même, que par rapport à ce qu'il doit à l'Empereur, à l'Empire & à ses Alliées
; que S. M. T. C. s'attend en mêmetems que-
TEletteur sans aucun retardement disposera les
Etats confiés à sa direction à accorder aux troupes
Françoises les mêmes facilités& les mêmes fe-
»cours qui ont été accordés aux troupes de la Reine
1de Hongrie & de Ces Alliés ; que non feulement
[les troupes Françoises obtiendront le libre paffa-
! ge ,
mais encore qu'il fera nommé des Commiffaicrespour
regler avec ceux du Roi de France les
t fournitures de toute espece, en fourage, fubfit
stances, voitures ou Chevaux dont ces troupes autiont
besoin, qu'elles payeront sur le pied des
llaxes dont on conviendra.
Le Marêchal de Maillebois finit sa lettre en prot
mettant à l'Electeur d'avoir attention de son côté
; à faire jbferver la discipline la plus exatfte par Les
jitraupes Erançoifes, & à les obliger de se confoimer
aux intentions de S. M. T. C., lesquelles font
que les Etats du cercle du Rhin n'ayent aucun su- jetdeseplaindred'elles. ;
On a appris depuis de Vienne que le 3 1 Decembre
dernier le Prince Charles-de - Lorraine y
revint de l'armée, & qu'il avoit laissé au Comte J
de Traun leComandement en chef des troupes de
la Reine de Hongrie;que la rigueur de la saisonne
permettant plus de tenir la campagne, les troupes
de S. M. H. se disposoient à se rendre dans les
quartiers d hyver qui leur étoient destinés; qu'une
partie deces troupes avoit passél'Oderle30 Décembre
dernier fous les ordres du Général Keil,&
qu'elle deyoit prendre ses quartiers dans le Diftricft
d'Oppelen; que le Général Buckow devoit
distribuer dans les environs du Confluent de la i,
Neifs& de l'Oder celles dont est composé le Corps, !
qu'il commande;que les Régimens d'Infanterie de
FrançoisdeLorraine,deCharlesde Lorraine,&deS.
Ignondevoient alleren Moravie avec quelques autre;
troupes,& qu'on avoit conduit à Vienneplusieurs
pieces d'Artillerie aux armes dePrusse que les
Prussiens avoient laissées dans Prague. J
On mande de Breslau du 4 Janvier que les Gênéraux
du Roi de Prusse ayant conclu avec ceux de
la Reine de Hongrie un Cartel pourl'échange des
prisonniers, des Commissaires des deux armées s'étoient
rendus à Koningin - Gratz pour procéder
à cet échange; qu'il étoit déja revenu danscette-
Province plus de 2000 des soldats Prussïens quiavoient
été pris parles troupes deS. M. H. qu'on,
avoit remis aux Commissaires de cette Princesse,
tous ceux des prisonniers faits sur son armée qui
avoient été distribués dans les Villes & autres lieux
de ce Duché, & que ceux qui avoient été envoyés;
foie en Prusse fait en Pomeranie, devoient être e
cheminpour retourner en Bohëme.
t
Le Lieutenant Général Comte de Nassau a ramer.c
bdans laPrincipauté de Schweidnitzle Corps de crouqpes
quia favorisé la retraite de la garnisonPrussienne,
>t sortie de Prague. Cette g rnifon malgré les fatigues
p,qu'elle a essuyées dans une marche aussi longue 5c
aussi rude que celle de Prague à Friedlan& malgré
elles fréquentes escarmouches qu'elle a euës à foutenir
contre divers détahetnens, n'a pas fait une
perte fort considérable.
Le Baron d'Enfiedel qui la commandoit s'etf ac-
JMuis beaucoup d'honneur par la manière dont il a exécuté sa retraite, & surtout par une marché
forcée qu'il a faite & qu'il a dirigée avec tant de
succès que le Chevalier de Saxe n'a pu réussir à em.
pêcherla jonctionavecleComte de Nassau. Les
troupes dont cette garnison étoit composée ont
aîèêté réparties dans les Principautés de Schweidmitz,
de Jawer & de Lignitz,& elles y doivenc
demeurer pendant l'hyver.
) On a appris de Dresde du 10 Janvier que M. de
Wallenrodt Ministre du Roi de Prusse a fait sçavoir
? S. M. P.de la part de ce Pri nce,que si elle désiroit de passerparlaSilesie, non feulement elle y voya- geroit avec autant de fûreté que dans ses propres Etats, mais encore elle y recevroit tous les honneurs
qui lui sont dûs.
Les lettres de Munich marquent qu'il y avoitde
fréquentes escarmouches du côté de Bourghaufen
)S.de Passau entre les troupes Impériales & celles M.H
O On aété informé parles mêmes lettres qu'un détahement
du Régiment de Hohenzollern des trousses
de l'Empereur avoit occupé la Ville de Bin-
;ni;?ng dans l'Evêché d'Aichftadt.
2 Suivant les avis reçûs de Ratifboneun autre détachement
des mêmes troupes a mis le feu au pont
que le Général Berencklau avoit fait construire fc.
EtterhaufénsurlaNaab.
Les mêmes avis portent q'elestroupes de lafc
Reinede Hongrie quise Sontrendues de la Bohême
dans le Haut Palatinat étoient cantonnées à Neubourg
à Am-Wold, à Nabburg
,
à Kreil, à Frohn- !
berg
,
& à Schwendorff; quelques-unes de ces
troupes ont enveloppé un Bataillon du Régiment
de Saxe des troupes Françoises
»
& ils ont fairprisônniersla
plus grande partie des Officiers & des
soldats dont ce Bataillon est composé.
Lanuit du 7 au 8 de Janvier un Corps destrou--
pesdelaReine de Hongrie étant passé dans une
des lsles du Danube y enleva plusieurs Bateaux
qui yavoient été conduits de Stat-Am-Hoff. Les
Magistrats de Ratisbone en ayant porté des plaintes,
l'Officier qui commande à Stat-Am-Hoff2
fait réponse qu'iln'avoit puse dispenser de se saisir
de ces, Bâteaux, parce qu'il étoit à craindre que
les Impériaux & les François ne s'en servissent
pour surprendre les troupes de S M. H.
Le Baron de Thungen a fait toutes les dispositions
nécessaires pour att aquer la Ville d'Amberg, & il a fait venir d'Egra trente pieces de canon
pourbatrecettePlace;
On assure que la Reine de Hongrie a
conclm
un nouveau Traité d'Alliance avec le Roi de l
Grande Bretagne
, avec le Roi de Pologne en
q.aMrc d'Electeur de Saxe & avec la République-
Dde Horllanede,s&dqueece .Tr.aité a été fignéà) Le CernéedeTraunad'onnéa'vaviiss à sS..-, M. HH~,
cpc les Prussiens ayant jétté deux ponts sur ia
Neill ,&faisant divers mouvemens,ilaordonn
àtoutesles troupes de se tenir prêtes à marcher,,,
& à celles. qui étoient en. Moravie de venir k,
jp.Wd¡:e.
Les Avis reçûs deWarsovie portent que le Roi;
de Pologne Electeur de Saxe a répondu aux offres,
qui lui ont été faites de là part du Roi de Prufle1
par M. de Wallenrodt, qu'il étoit fort sensible à
l'attention de S. M. Pr., & qu'il auroit passé volontiers
par la Silesie, si la Reine de Pologne
Electice de Saxe par des raisons parriculieresn'étoit
obligée d'aller à Cracovie& à Prague.
On a appris de Hanover que le Maréchal 8C.
le Chevalier de Belle-Isle ont été conduits du
Château d'Ofterode à Stade.
Le Comte de Bunau avuit reçu ordre de l'Em--
pereur de reclamer le Maréchal comme ayant été
arrêté contre les Loix du Corps Germanique, qui;
ne permettent pas à un Prince de l'Empire d'attenter
à la liberté d'un Ambassadeur envoyé à la.
Cour Impériale.
On a appris depuis de Haoover que le Chevalier,
deBelle-lile étoit à Stade depuis le 24 du mois:
dernier, mais que le Maréchal son freie n'y p-Gt,
arriver que le 16 parcequ'il a été indisposé.
On mande de Munich que l'Empereur avant sa
mort a déclaré l'Eledeur de Bavière Majeur &:
qu'il lui a recommandé de prendre les
confeiJs
de,
l'Impératrice&ceux des Comtes de Preyfing, de
Tettenbach de de Konigsféld. PRUSSE.
0 N mande de Berlin du 3 Janvier que (eIoa
Jjes avis reçus de Silesie le.Prince Regnant d'Anhalt
Dessau qui commande en chef les troupes du
Roi de Prusse dan cette Province s'étoit mis en
marche avec 42 Bataillions & o Escadrons pour
obliger les troupes de la Reine de Hongrie d'abandonner
divers postes qu'elles occupaient, Si
qu'il devoit avoir pasle la Neill: Qu'un corps de
16000 hommes s'étoit assemblé en même-tems ducôté
de Ratibor fous les ordres du Prince DJÀSdier
d'Anhalt afin de tâcher de couper la retraite
aux Insurgens de Hongrie;qu'il y avoit outre cela
un autre cerps de troupes Prussiennes qui s'étoit
avancé dans le ComtédeGlatz pour s'oposer aux
courses que la Cavaliere Legere de l'Armée de j
S. M. H. faisoit dans cette Province. 1
Il est arrivé à Berlin de divers endroits urt
grand nombre de soldats de recruë qu'on a fait
partir successivement pour les Régimens auxquels
ils font destinés. Tous les corps feront complets
avant le moisd'Avril. Les avis reçûs de Hambourg du 16 du mois dernier
, portent que felon les Lettres écrites de Silesse
les troupes de la Reine de Hongrie ont aban- j
donné de nouveau les postes qu'elles avoient repris
en Silesie & la plus grande partie des Insurgens
de Hongrie s'eltretirée dans la Moravie de- '1
puisles derniersmouvemens faits par l'armée Prufiienne
commandée parle Prince d'Anhalt-Dessau.
On apprend en même-tems de Hanover que le
courier qui avoit été envoyé à Londres par laj
Régence pour informer le Roi de la Grande Bre- 1
tagne de la détention du Maréchal & du Che- ®
Valier de Belle-Isle en étoit revenu, qu'il avoit
aporté un ordre de les faire conduire en Angle- ri
terre & que S. M. B. avoit aprouvé ce qui avoit
été fait par le Bailly d'Elbinguerode. i
On mande de Berlin du 20 du mois dernier i
qu'il y arriva de Silésie le 13 un courier envoyé 1
au Roi par le Prince d'Anhalt - Dessau, par le- j
quel S. M. Pr. a été informée que. ce Général f
ayant raffembIé sur le bord de la Neiffles diffé-
„ rents Corps de troupes qui avoient leurs quartiers
en deçà de cette riviere
, & ayant fait jerter.
deux ponts il passa le 9 la NeifT avec 36000
hommes;qu'il fit le même jour plusïeurs décache- 1
Estiens qui se porterent en avant avec tant de
[promptitude que les troupes de la Reine deHotigrie
n'ayant pas le tems de se préparer à sedéfendre,
abandonnerent précipitamment Patskaw,
Johansberg, Weidenau, Friedberg
,
Ziegenthals,
Zuckmantel
,
Mollendorff& Falckenberg.
On les a poursuivies vivement & on les a obligées
de se retirer de la plus grande partie du
[Pays qui est entre les rivieres de Neifs& d'Oppau.
Le Prince d'Anhalt a marché ensuite à Neuftadt,
dont il s'est rendu maître après avoir mis
en fuite trois Régimens de Hussards qui avoient
formé un camp pour couvrir cette Place& auxquels
on a fait un grand nombre de prisonmiers.
Ce Général a fait lesdispositions nécessairespour
tsr'eems parer aussi de Jagersdorff& de quelques au- postes qui étoient encore. occupés par les
ennemis.
Les troupes de la Reine de Hongrie ont entièrement
abandonné la Haute Silésie.
Le 15 du mois dernier les Hussards ennemis
s'étant repliés sur Jagerfdorff
,
deux Régimens
de Hussards Prussiens les attaquerent à la vue
ïdes Fauxbourgs de la Ville& en tuerent un grand
mombre.
L ESPAGNE Es avis reçus de Madrid du5 du mois dernier
portent que Madame la Dauphine s'étant reposée
un jour à Aranda continua le 28 du mois
précédent sa route, &que le même jour elle
arriva à Lerma
Elle y trouva Don Fernand de Valdes, Corregidor
de Burgos qui y étoit venu pour complimenter
cette Princesse au nom des habitans de la
Ville,
Le 29 Madame la Dauphine après avoir dîne
à Cogollos & après y avoir assîsté au Tf Dtunv
qui fut chanté dans l'Eglise des Religieux Auguslins
r
alla passer la nuit dans le Château du Duc
de Frias, d'où elle vit tirer le foir un magnifique
feu d'artifice que ce Seigneur avoit fait préparer.
S'étant rendue le 30 à Burgos. elle y reçut 1er
complimens du Chapitre de l'Eglise Métropolitaine,
à la tête duquel l'Archevêque porta la
parole; elle reçut aussi ceux du Corps de Ville,
de la principale Noblesse , des Commandeurs de
l'Hôpital Royal & des différentes Communautés
Religieuses, & les Dames de dilbnélion' de lw
Ville furent admises à lui baiser la main. L'aprèsmidi
on lui donna le spectacle d'un Combat de
Taureaux, & le foir on tira un feu d'artifice dans ht.
Place vis-à-vis le Paiais où elle étoit logée..
Cette Princesse se remit le 31 en marche & elle
alla à Birbiesca.
Elle dîna le premier Janvier à Pancorbo oâ
elle fut complimentée par des Députés de la Province
d'Alava & de la Ville de vittoria, & la
nuit su ivante elle coucha à Miranda de Ebro , d'où elle partie le 2, & ayant dîné à la Puebla
elle se rendit le même jour à Vittoria dont les
habitans,ainsi que ceux des autres lieux par lesquels
cette Princesse a passé
,
se font empressés
de lui donner des marques de la joye que leur
inspiroit sa présence. Le foir cette Princesse vit
des fenêtres de n-Iôtel du Marquis de Monte-
Hermoso où elle étoit logée, une magnifique Cavaldade
comptée d'une partie de la Bourgeoifiequi
conduisoit un Char de Triomphe. Après qU'f
les Musiciens qui étoient sur ce Char eurent exécuté
plusieurs pieces choisies de symphonie,on
tira un feu d'artifice, & pendant la nuit toutes,
ailes maisons de la Ville furent illuminées.
Le lendemainMadame la Dauphineadmit la
principale Noblesse & le Corps de Ville à lui
d'baiser la main, & elle reçut les complimens des i Députés de plusieurs Villes. Lorsqu'elle eut dîné
oon lui donna, le spectacle d'un Combat de Taureaux
dans lequel il y eut 18 de ces animaux mis
cà mort. On tira le foir un fecond feu d'artifice,
:&& les illuminations furent renouvellées dans toutes lles ruës.
Madame la Dauphine alla le 4 dîner à Vrribarntrigamboa
& coucher à Salinas. Les Députés de
lla Province d'Alava accompagnerent cettePrinocesse
jusques sur les confins de leur territoire, 8c en entrant sur celui de :a Province de Guipuscoa
, Madame la Dauphine trouva les Députés
pque cette derniere Province avoit envoyés au- devant d'elle pour la complimenter: la même
Province avoit fait prenre les armes aux Milices
du Pays, & ces troupes formoient une doudble
haye sur le passage de cette Princesse.
Le 5 quoique les chemins fussent fort difficile
(jpar la grande quantité de pluye qui étoit tombée,
4 Madame la Dauphine qui avoit dîné à Mondraagpn
arriva à Onate. LeComte de Montijocharggé
de remplir les fonctions de Majordôme Major
sauprès de Madame la Dauphine marcha tout ce jour-là à cheval devant le carosse de cette Prin- cesse
,
la aussi bien que les Marquis de olÚa & de Solana & le Comte d'Anguifola afin d'être
Ilplus en état de donner ses ordres pour que rien
mne retardât la marche.
Le tems fut si fâcheux le 6 que Madame la
Dauphine fut obligée de s'arrêter à Villa-Real,
r«tu elle devoit feulement dîner.
La journée du 7 ayant été un peu plus favorable
la Princesse coucha la nuit suivante à Villa
Franca. Elle descendit à l'Hôtel du Marquis de
Valmediano qui lui donna une très-belle Fêcej
accompagnée d'un feu d'artifice 1
Le Roi d'Espagne reçut le 9 Janvier au Château
du Pardo un courier extraordinaire par lequel
S. M. fut informée que le y les Vaisseaux de
lgauerre le GWuux & la Castille étoient arrivés de
Havanne à la Corogne,& qu'ils avoient aporté
tant pour le compte du Roi que pour celui
des Particuliers huit millions 274565 Piastres,
outre une très - grande quantité de Tabac en
poudre & en feüilles.
On aappris de Madrid du 19 du mois dernier
que le Roi a reçu avis que Madame la Dauphine
ayant couché le 8 à Tolosa, le 9 à Hernani &
< le 10 à Oyarzun, avoir dîné le u à Irun, Se
étoit arrivée le même jour à Fontarabie où elle
avoit trouvé le Marquis de la Farre, son Chevalier
d'honneur qui lui avoir remis de la part du
Roi de France le Portrait de Monseigneur sa
Dauphin. j
L'Intendant de Marine du Ferol amandé au
Roi que l'Armateur Martin Pecqueno avait con- j
duit à Vigo la Galere Angloise le Cb4te.llt d";"oô:1
tifice de cent vingt tonneaux Il
sur laquelle il y
avoit 1500quintaux de Moruë.
Selon les lettres du Corregidor de Bilbao
J
l'Armateur Don Joseph Jornandes est entré dans
ce Port avec un Vaisseau François , qu'il a repris.
à un Armateur Anglois qui s'en étoit emparé. | Le Roi a été informé par des dépêches du Con- 1
sul Espagnol qui réside à Lisbonne
, que leVais-
1
seau Anglois la Julienne de 190 tonneaux, chargé.
de Tabac de Virginie, avoit été mené à Setubal j
ar l'Armateur Don Martin d'Aroftegui.
L'Armateur Laurent Ervin a conduit au Port de Bayona une prise de 80 tonneaux, dont la
xharge consistoit en mille quintaux de Moruë.
Une autre prise de même espece& à peu près
ihide même valeur a été faite à la vue du même
Port par l'Armateur Olivier Colin.
On aappris de Lisbonne par des lettres de l'Isle de S. Michel, une des Açores, que le 5 Octobre
bdernier il y avoit eu un violent Ouragan qui avoit
;ausé des dommages considérables.
GENES ET ISLEDE CORSE. ON mande de Génes du 4 du mois dernier
que selon les lettres écrites de San-Remole
iio du mois précédent le Marquis de Caltellar
Wétoit avancé dans les environs avec 1500 Grenadiers
Espagnols & avec 200 Miquelets, se préq
parant à occuper les hauteurs voisines d'Oneille
lpeour couper à cette Place la communication avec Piedmont, & que le bruit venoit de Ce réqpandre
que les Piedmontois ayant évacué cette
même Place, les Espagnols y étoient entrés lie 31.
On a appris du 11 que l'avant-garde des
1 troupes Espagnoles commandées par l'Infant Don
Philippe s'étoit avancée vers les Terres. de la
[ République de Génes
,
& que l'on a eu la con- firmation de la nouvelle de l'arrivée d'un détachement
de ces troupes dans la Ville d'Oneille lqeusi a été abandonnée par les Piedmontois & dont
Habitans ont envoyé deux Députés,pour porj
ter les clefs de la Ville au Marquis de Castellar.
Le 2 la garnison Piedmontoife qui étoit à Loane
! s'en est aussi retirée, & le même jour le Mar-
> quis de Castellar a fait occuperce poste par u.
RégimentEspagnol. Ce Général est retourné joindre
l'Infant Don Philippe qui est à Nice depuis
le 24 Décembre dernier. )
Selon les lettres reçues de l'Etat
Ecclésiastique
les troupes commandées par le Comte de Gages
ne doivent pas demeurer long-tems dans JeuriÉl
cantonnemens,&il paroissoit qu'elles se difpofoiencl
à faire quelque nouveau mouvement. ;
L'armée qui est fous les ordres du Prince dtf
LBobckoowitzlestoprèsnd'Inoola suir lses c.onfins d j Les Paysans des environs d'Oneille& de Loa.
no n'étant point venus à l'obéissance & n'ayant
point posé les armes dans le tems qui leur avoit
été prescrit, l'Infant Don Philippe a mis tout le
Pays à contribution, & les Habitans ont été taxé àuntiersde leursrevenus.
L'armée du Roi d'Espagne fous les ordres du»
Comte de Gages & celle de la Reine de Hongrie,"
font toujours dans leurs mêmes quartiers de can..-'
tonnement.
i Grande BilETAGNf.1 0 i N a appris de Londres qu'un VaisseauFrançois
de 300tonneaux qui alloit à Buenos,
Ayres a été conduit a Lisbonne parun Armateur.
dePorsmouth. 1
Le Vaisseau le-Éamborough de vingt canonsti
qui croisoit sur la Côte de la Caroline Méridio..:
nale ,
s'est emparé d'un Bâtiment François d
120 tonneaux, de 24 canons & monté de 520f
hommes, & on a trouvé à bord 6'000'1 Piastresj
& quelques caisses remplies de poudre d'or. i
L'Armateur le M.irs de Darmouth qui avoit
été?
pris par les François a été repris par le Vaitfea.,
de guerre le Çnpiainz vers les 48e degré de Lati—^
Eu<ie.
MORTS.
MEssire Jean-Pierred'Aigrefeuille, Chevalier
Seigneur de Caunelles
, lfone, &c. Coniitvëil-
ler duRoi en la Cour des Comptes, Aides & Fiu.
nances de Montpellier en 1689. Président en la
mêmeCour en 1705. Président honoraire en 1724.
&Conseiller d'Etat en 1736. mourut à Montpellier
le 8 Septembre 1744. dans la 79. année de
:ioTon âge
,
étant né le 14 Octobre 1665.
1 Ce Magistrat qui étoit d'une famille distinguée
~octoit encore plus recommandable par ses qualités
personnelles. Son sçavoirprofond, son intégrité,
la douceur de ses moeurs, & sa solide pieté qui ne
bVeft jamais démentie, lui avoient acquis toute i'estisrfpie
& toute la confiance du Public.
Le 26 Décembre 1744, Dame Anne de C.h"ftd
iw'ux, veuve depuis le 2 Février 1731 de Charles ue
~Wienne, Comte de Commarain, mourut au Chl. eau de Commarain en Bourgogne, âgée de 72
nans. Elle étoit fille de César Philippe Comte de
Chastellux, & de Judith de Barillon
,
& soeur de
Guillaume-Antoinede Chastellux
,
lieutenant Général
des armées du Roi, &Commandant en ~oussillon, mort à Perpignan le ix Avril 1742. Eloc
laisse une fille unique,Marie-Judith de Vienne
iuflui avoitépousé en 171ç Joseph-FrançoisDamas,
Marquis d'Antigny, Comte de Ruffey, Baron de
rC:hevreau, Brigadier des armées du Roi, Colonel
diu Régiment de Boulonois, mort le 1 1 May 1736
iijjjui lui alaissé un fils, Jacques-François Damasx
Marquis d'Antigny & une fille, Alexandriner
Victoire-Eleonore Damas.
Voyez pour les Génealogies la derniere Editio"
del'Histoire des Grands
Officiers
dela Couronne.
Le 15 Janvier dernier, mourut à AixMemrc
Thomas deGaliffet. Il avoit été nommé Chef
d'Escadre le t; Decembre dernier. Il étoit dans la
78. année deson âge, & avoit servi avec distinction.
LeCardinal Lucini, del'Ordre de S. Dominique,
est mort à Rome d'une fluxion de Poitrine,agi
de 79 ans. Il se nommoit Louis-Marie, & M
Famille tient un des premiers rangs parmi la
No
blesse du Milanez. Ce f ardinal qui étoit de la Promotion
que le Pape a faite au mois de Septembre
de l'année 1743avoitrempli pendant l'espace d4
iç ans la place de Commissaire Général du S. Ossi.
ce. Il s'étoit rendu extrêmement recommandablt:
par sa pieté & par le sçavoir qu'il a montré dans
ïlléponfe de M. de la Soriniere sur le ilyle Marotique,
5*4 IVersàDangeville, 58
iEpître à M. Desforges-Maillard, 59
IDialogue de Sylla& d'Eucratef 61
yOdeàM.*** 71
IEpître à l'occasion de cette Ode, 76
ïRemarques sur un passage de Virgile, 7*
IVers Italiens & leur imitation
,
8z
ÎJExplication d'un Marbre antique, 84
ILe Point du jour ,
8Î
2 Secret important, pz 4NOUVELLES LITTERAIRESDES BEAUX
ARTS,les Vies des Hommes IHuilres, Tom. XI
& XII. Extrait, DOronoko,traduitdel'Anglois,11j97 rïHiftoire de l'Académie des Sciences, Extrait,114
A-Accouchement des Crapauds, Il ftRuifleau Inflammable, 121
Machines approuvées par l'Académie, 12*
:>ObfervationsMétéorologiques, 1ja
JLesPastoralesdeNémefien, &c. jjf
IINouveIle Edition de Virgile, 14® JL'Art de fixer dans la mémoire les faits les plus
remarquables, ôcc., 141
HHiftoire de la Ville de Nismes, 14J
Hï-Hftoire des Sacremens,&c. 144
IJLe Maître des Novices &c. ibid.
YrNouvelle Edition duDidtionnairedeSobrino,74e
'JL'Oracle desSybilles,
ibicf"
Jaséance publique de la Societé des Sciences dé
Toulouse
, 14e
AAffemblee & Programme de l'Académie des
) Belles-Lettres de Montauban, 147 Cours sur l'Archi[eélure, 158
Uettons frappés pour 1745"t 1S
Explicatin des Enigmes & i-ogogryghes,if Enigmes & Logogryphes, J5 lui"jict 1at.t^jris, 16
CShanopnenetéce:1tacles,ibuibu SuitedesReflexionsiurlesBallets, id
Concerts de la Reine, 17
Pièce?représente'es à laCour, 17
France, Neuvelles de la Cour, de Paris, &c. tbia
Ouverture de l'Assemblée duClergé, 171
Répétition de la Pnncefle de Navarre , Comédie
Ballet
,
i2
Prises des VaHfeaux, 18
Eloge Hifterique de M. l'Abbé Pucelle, 1
Tradudion literalc d'une Relation écrite de Caj
19
Nouvelles etrmgere4 19
Mores, 21,
ERRATA. iA
p 1
Age205. lig.3. du second vol. de Novembre
Paul-Edouard, &c. hfet. Paul-Edouard deman
deur en maintenuë duTitre& Duché dEftoutevilH
Pag. zp. de ce Volume, l. derniere, Careflàn
lisés Caressant.
P. 33.l.2. une feconde ; fo'isJ. une seconde fois
P 43. éclater 1. éclater. -
P. 44. l. 1,expire, expire?
P. ji, 1. 19. Quel seroitmon bonheur! si j
dormois toujours
,
1. Quelseroit mon bonheur si j
dormois toujours! P. 61. l. derniere, pourinspirer, 1. pour a
inspirer. a P.62.1.17 ,ilyen,l.ilyena.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères