Titre d'après la table
Discours curieux sur le grand ouvrage de M. l'Abbé Terrasson contre Homere.
Fait partie d'une livraison
Page de début
188
Page de début dans la numérisation
206
Page de fin
198
Page de fin dans la numérisation
216
Incipit
Le grand Ouvrage de Monsieur l'Abbé Terrasson contre Homere
Texte
Le grand Ouvrage de
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
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