Titre
EPITRE A M. L'ABBE DE C.... PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS, Auteur de la traduction en Vers françois de la premiere Lettre d'Héloïse à Abélard, qui a esté si bien recûë du Public.
Titre d'après la table
Epitre à M. l'Abbé de C. par M. de Beauchamps
Fait partie d'une livraison
Page de début
66
Page de début dans la numérisation
269
Page de fin
70
Page de fin dans la numérisation
273
Incipit
Plus glorieux de ton suffrage,
Texte
EPITRE
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Est rédigé par une personne