Titre
LE DIVORCE D'AMOUR ET D'HYMENEE. Par M. le GRAND.
Titre d'après la table
Le Divorce d'Amour & d'Hymenée, par M. le Grand.
Fait partie d'une livraison
Page de début
59
Page de début dans la numérisation
262
Page de fin
66
Page de fin dans la numérisation
269
Incipit
D'où vient que le fils de Cipris
Texte
LE DIVORCE
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux