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Titre

DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA

Titre d'après la table

Description de la Cafrerie & des rivieres de Cuama,

Fait partie d'une livraison
Page de début
75
Page de début dans la numérisation
84
Page de fin
100
Page de fin dans la numérisation
109
Incipit

Il me semble que tout soit en vacances, Hommes & Nouvelles. / L'Ethiopie inferieure ou Affrique Australe, dont nous allons parler

Texte
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93

l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Soumis par conusm le