Titre
LA POUDRE POËME
Titre d'après la table
Poësies,
Fait partie d'une livraison
Page de début
60
Page de début dans la numérisation
69
Page de fin
67
Page de fin dans la numérisation
76
Incipit
Muse, raconte-moi, quel Mortel serieux
Texte
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire