Titre
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Titre d'après la table
Nouvelle Relation du Mississipi.
Fait partie d'une livraison
Page de début
128
Page de début dans la numérisation
549
Page de fin
143
Page de fin dans la numérisation
564
Incipit
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis,
Texte
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux