Titre
LE MERITE ET LA FORTUNE FABLE.
Titre d'après la table
Le Merite & la Fortune, Fable.
Fait partie d'une livraison
Page de début
134
Page de début dans la numérisation
143
Page de fin
139
Page de fin dans la numérisation
148
Incipit
La Fable suivante est d'un Auteur incertain. On soupçonne cependant / Le Mérite, Cadet de fort bonne Maison,
Texte
La Fable ſuivante eſt d'un
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire