→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fait partie d'une section
Page de début
163
Page de début dans la numérisation
626
Page de fin
168
Page de fin dans la numérisation
631
Incipit

HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,

Texte
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Soumis par lechott le