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Incipit

TRAITÉ sur la maniere de lire les Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.

Texte
TRAITÉ sur la maniere de lire les
Auteurs avec utilité, tome 2 & 3, in-12.
A Paris chez la venve de Ph. N. Luttin &
J. H. Butard, rue Saint Jacques, à la Vé-
zité.
Rien n'importe plus dans la république
des Lettres, que d'avoit des Auteurs en-
cellens & des Lecteurs intelligens. Ceun-
ci profitent des travaux des premiers, &
scavent les apprécier; & ceux-là sont ra-
vis de voir qu'ils n'ont pas travaillé en
vain, & qu'on sçait gouter les vérités
qu'ils ont exposées ou démontrées. Que
doit- on penser d'un livre qui forme des
Lecteurs parfaiis, & qui trade aux Auteurs
même, une route certaine qu'ils peuvent
fuivre sans s'égarer? Le Traité que nous
annonçons est tout à la fois l'Axt de lire &
l'Art de composer.
jitized by Go-
ERCUREDE FRANCE.
ateur pose pour principe que tout
nous lisons est exposition ou raisornue-
L'est de ce principe simple & vrai
que sott la méthode que nous examinons.
Si tout ce que noùs lisons est exposition
ou raisonnement, il faut donc pour sça-
voit lire, connoître parfaitement tout ce
qui concerne les faits & les raisonne-
mens; & pour avoir cette connoillance
parfaite, il faut être en état de concevoir,
de réduire, de développet les faits & les
raisonnemens, ensin il faut pouvoir en jo-
ger. Tel est le plan génétal qui enibrasse
toute la méthode de lire.
Dans le premier volume imprimé en
1747, on traite des trois opérations;
concevoit, réduire & développer; & l'on
dut faire alors l'analyse de tout ce que
l'Auteur a renfermé dans ces trois opéra-
tions, comme les moyens de concevoit,
de réduire & de déveloper, &c. Les trois
ordres, l'ordre général, l'ordre des par-
ties principales, l'ordte des pensées &
l'exercice de toutes les opérations sur les
exemples les plus beaux & les plus inter-
ressans.
Le second volume contient les princi-
pes de juger de ce que nous lisons. Pour
bien juger, il faus la science & la liberté,
Digites veOO
FEVRIER. 1752. 137
c'est- à dire, une connoissance exacte de ce qui
fait l'objet de la decision, & un esprii libre
de toute passion qui pourroit nuire au juge-
ment. Vn bon ouvrage, en général, est ce-
lui ou l'idée générale est distribuée en parties
principales, & ou celles-ci soni exposées par
l'ordre des pensées qui convienneni le micux.
Ce n'est là, comme l'on voit, qu'une no-
tion générale; & il faut faire attention
que Iordre dont on parle, est souvent
caché, ainsi que l'Auteur s'en est expli-
qué dans le premier volume page 425.
lorsqu'il distingue deux especes de destribu-
tions, l'une visible, l'autre cachée.
Cetre idée d'un bon ouvrage ainsi éta-
blie, l'on discerne ce qu'il faut dévelop-
per dans les faits & dans les raisonnemens.
A l'égard des faits, on peut les réduire à
quatre fortes, les expositions Oratoires
Poëtiques, Historiques & Dogmatiques;
l'Auteur reprend chaque espece d'expo-
sition, & il entremèle partout les prin-
cipes & les exemples sur lesquels il fait l'ap-
plication. L'exposition oratoire doit eire
soutenus des circonstances dont l'Orateur peut
tirer ses raisonnemens. Tout ce qui ne fouruit
point à ses preuves soit pour les former, soit
pour les éclaircir, doit être retranche. Que
les jeunes Avocats méditent bien ce pré-
cepte; c'est en le pratiquant qu'ils écmair-
a
138 MERCUREDEFRANCE.
cissent leurs causes, & qu'ils s'attachent
à la briéveté si goutée pat ie Juge, si sou-
vent recommandée pat les loix. L'exposi-
tion Dogmatique est celle cu l'on developpe
la nature des choses, leurs effets, leurs pro-
priétés, leurs qualitès; de la naissem les con-
templations, les reflexions, les questions,
les raisonnemens, les décisions, &c. Ces
quatre sortes d'exposuions sont renfermées
oans la premiere section.
La seconde traite du developpiment du
raisonnemeni & de sa nature. Nous avons
bien des logiques, & elles ont toutes leur
mérite; mais le Lecteur verra par lui mê-
me que jusqu'à présent on ne lui en a point
prése itée qui fût si propre pour la litteratu-
re, si conforme à la nature de l'esprithumain
& si facile, par consequent, à pratiquer.
Le taisonnement est uns vérité tirée d'unt
autre vérité ..... Ilya daus teut raison-
nement une proposition qui demonire & unt
proposition qui est demontrée. Vous etes mon
pere, & je ne vous aimerois pas! C'est
un raisonnement; pourquoiI Parce que de
la premiere praposition, vous êtes mon pere
il s'ensuit que je dois vous auner. C'est comne
si je m'exprimois plus simplement & aves
moius de vivacité, vous êtes mon pere, donc
je dois vous aimer.
L'Auteur passe à ce qu'il faut déve-
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FEVRIER. 1752.
lopper dans un raisonnement, & après
être entré dans un détail satisfaisant, il
examine de combien de manieres on déve-
lope un raisonnement. La découverte que
l'Auteur a faite sur cet objet, a du coûter
beaucoup de méditations, & sert infini-
ment dans la composition & la réduction;
cependant quand la vérité, que l'on dé-
couvre, est mise au jour, rien ne paroit
plus aisé. Le raisonnement ne peut se deve-
lopper que de trois manieros. La premiere ma-
niere, est de soutenir la proposition qu'on
a avancée par une seconde proposition, cette
seconde par une troisième, jusqu'à ce que
la derniere soit si évidenie, que l'esprit
n'ait plus rien à desirer ..... La seconde
maniere consiste à poser une vérité ou éviden-
te par elle même, ou deja établis; & d'en
tirer ensuite toutes les verites qui en sorient ne-
cessairement. ... Enfin la troisiemo maniere
de développer un raisonnement, est de
partager une proposition ginérale en proposi-
tions particuliores, parce qu'elles y sont natu-
rellement renfermées. Ces trois manieres
peuvent s'employer alternativement, si
ie sujet à traiter l'éxige: l'Auteur rend
cette menthode sensible par les exemples lea
plus attachans.
Il semble que ces notions fortifiées
d'exemples susfirorent, l'Auteurn en de-
140 MERCUREDEFRANCE.
meure pas là; il discute s'il est toujours né-
cessaire de développer le raisonnement;
il distingue deux manieres de raisonner,
l'une naturelle, l'autre artificielle; il exa-
mine en quelles occasions l'on se sert de
celle ci & de celle-li; il propose des
exemples de toutes deux; il traite séparé-
ment de la force du railonnement, &
comment on juge s'il est bon.
A mesure que la matiere croit, l'Auteur
encourage son Lecteur, & il lui fait voir
dans la troisième section comment on dis-
pose les propositions du raisonnement
pourquoi il faut mettre de la di versité dans
la disposition, quels ornemens convien-
nent au taisonnement. Il semble d'aord
que le raisonnement, se soutienne assez sans
ornemeni, il semble meme que son plus bel
ornement soit de n'en aevoir point. L'ordre
la clarié, la force qui regnent dans tout
raisonnement qui est bon, frappent suffisam-
meut l'esprit; y a t'il que que chose de plus
à désirer? Et quel pourroit donc être l'orne-
ment qui conviendroit au raisonnement? mais
un raisonnnement qui auroit de l'ordre, de la
clarté & de la force, ne peut- il pas n'etre pas as-
sez étendu? Nepeut. il pas n'être pointassez. ani-
me? s'il n'est pas assez. etendu, malgrè l'or-
dre, la clarte & la force, il sera sec; s'il
n'est pas assez anime, il sera froid;, ainsi
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FEVRIER. 1752.
quii on suppose avec l'ordre, la clartè, la
force, qu'on suppose la juste étendue & le
seu dans le raisonnement; ce sera non seule-
ment un raisonnement bon, mais encore un
raisonnement orne, & voila les deux ornemens
qui conviennen: au raisonnement.... Le détail
dans lequel l'Auteur entre, est ravissant; il
parle de la juste étenduë & du feu avec
une clarté qui présente lesobjets sans peine,
& qui les fait concevoit avec plaisir.
Mais faui-il toujours raisonner avec feu,
avec cette chaleur, qui nait de la situa tion
de l'ame? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord distinguer deva sortes de véritès;
les vérites speculatives, & les vérités prati-
ques. En genéral, quand il ne s'agit que de
considerer une véritè sans exiger au delà de
la spéculation, les raisonnemens que l'on
forme pour la faire gouter, soni tranquilles,
& n ont bespin, pour etre approuvés & rè-
çus, que de la clarié & de la force ordinaire à
tout lon raisonnement... Faut-il au contraire
demontrer unevéritè pratique, une véritè quide-
mande qu'on agisse, que l'on exécute, que l'on se
genne, que l'on com batte contre ses propres in-
glinations? Alors le raisonnement ne pout
avoir trop de feu. Quiconque veut persuader,
se penètre lui même de ce qu' il dit; il échauf-
fe ses paroles par la demonstration de ses senti-
mens .... Il faut voir dans le livre même
142 MERCURE DE FRANCE.
les autres distinctions sensées sur les diffe-
rens dégrés de chaleur dans le raisonne-
ment, avec les exemples dont elles sont
accompagnées.
Après avoir examinè tout ce qui regardi
les faits & les raisennemens, il reste à
traiter separémnt de la qualitè des pen-
sées qui entrent dans les unes & dans lu
autres, & de la maniere de s'énencer qu'en
appelle style, c'est ce qui a heve de nom
mettre en état de juger. Ainsi les obser-
vations sur la qualite des pensées & du
style four le sujet de la quatrième & de la
cinquième section, il ne nous est pas possi-
ble, sans passer les bornes, de suivre lAu-
teur dans ces deux objets: le détail est
immense, & la matiere y est approfondie.
Le sixième volume contient l'exercice de
l'opération de juger. L'opération se fait
en grand. C'est un disçours d'éloquence à
examiner, c est, une Tragedie analysée
avant que de porter son jugement, &c.
L'idée que l'Auteur donne de l'éloquen-
ce, est frappante, c'est à la page 5. L'elo-
guence est une dialectique étendue, comme la
dialectique est une éloquence resserée. Cela
tappelle le traits de Zenons qui désignoit
la Réthorique en ouvrant la main, & la
Logique en la fermant. Le livre que
nous annonçons ne sçauroit entre trop tot
Digitinzed bedOOg
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lu ni trop. souvent. Le Sçavant y trouvera
à prositer; au moins conviendra-t'il que
s'il l'avoit cùm, il auroit fait des progrès
prlus rapides & avec moins de peine. A
d'égard de tous les antres, c'est pour eux
un livre nécessaire: qu'il seroit à souhaiter
que les Professeurs des classes supérieures,
comme la Seconde & laRéthorique, voulus-
sentménager chaque jour, une demie-heure,
pour développer à leurs écoliers les princi-
pes d'un livre si méthodique & si refléchi.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Soumis par lechott le