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587
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127
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590
Incipit
DISCOURS prononcé à l'ouverture des leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Texte
DISCOURS prononcé à l'ouverture des
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
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125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
127
ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
leçons publiques de Langue & de Belles-Lettres
Françoises. A Copenhagut, de
l'Imptimerie Royale, & se trouve à Paris.
chez Pissot, Quai des Augustins, au coin
de la rue Gillecœur.
Le but de ce Discours est d'examiner
si un Empire se rend plus respectable par
les Arts qu'il crée que par ceux qu'il adop-
te. Ce sujet très bien choisi par M. Angli-
viel de la Beaumelle, appellé en Danne-
marck pour y enseignet les Belles Lettres
Françoises, est traité avec beaucoup d'es-
prit, & tourné d'une maniere convenable
à la circonstance où se trouvoit l'Auteut,
Voyons, dit-il, ce qui peut rendre un
Empire respectable. C est sans doute la
grandeur, & dans le Prince & dans le
peuple. C'est de cet accord, & de certe
harmonie que résulte la gloire d'un Etat.
Or il me semble que l'adoption des Arts
procure ce double titre de puissance au
degré le plus éminent; quelle dévelope
avec plus d'éclat la grandeur du Prince,
& qu'elle éleve le peuple au plus haut
point de gloire: double objet qui formera
les doux branches de ce Discours.
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125
FEVRIER. 1752.
Le morceau suivant suffira pour faire
connoître le style de M. de la Beaumelle.
A considérer les choses dans un point
dem vûe abstrait, on pourroit peut-être
comparer la gloire du peuple qui adopte
les Arts, à la gloire du peuple qui les
crée.
Les créer, est d'ordinaire le fruit d'un
hazard aveugle, qui semble s'être réservé
le droit de présider à toutes les belles dé-
couvertes: les adopter, est toujours le fruit
d'une raison éclairée. Le premier est quel-
quefois l'effet des talens, le second est
toujours l'ouvrage du goût. Les créer,
c'est, si l'on veut, avoir la supériorité du
génie; les adopter, c'est s'assurer la supé-
riorité du bon sens, supériorité moins
brillante, moins flatteuse, mais plus
réelle & plus solide.
Pour créer les Aris, il ne faut que co-
pier la Nature; le modéle est tracé, tout
y conduit, besoins, inaction, curiosité,
desirs, instinct, rapports, tout ouvre à
l'avanture le sanctuaire de la vérité. Pour
les adopter, il faut lutter contre mille
obstacles: jalousies, préjugé, ignorance
paresse, orgueil, tout concourt à leut fer-
mer l'entrée d'un Etat.
La création des Arrs rend un peuple
célebre: l'adoption des Arts rend un peu-
Fiij
iues b
126 MERCURE DE FRANCE.
ple florissant; les grands hommes alloient
chercher les Arts en Egypte, & reve-
noient donner des loix à la Gréce; les
Romains se formoient à Athénes, & re
venoient à Rome pour gouverner l'Uni-
Vers.
Les Arts sont créés imparfaits, les pre-
mieres productions de la Nature sont
presque toutes informes, les ouvrages da
genie sont marqués à ce caractère de gran-
deut & de négligence, de force & d'im-
perfection, dont le bizarre mélange pro-
duit également l'admiration & la surprise;
mais le génie qui adopte, est le même gé-
nie qui perfectionne; les Arts sont, dans
les mains industrieuses de ce peuple, ce
que des pierres précieuses font entre les
mains d'un Lapidaire habile, qui en faie
sortit tous les feux & l'éclat.
La gloire d'une découverte appartient
en propte à celui qui l'a faite; que sa
Pattie la réclame, qu elle fasse valoir ses
drbits de mere, qu elle emprunte la voit
d'un préjagé consacré; vains efforts! aux
youx du Sage ello ne poutra ravit à l'In-
venteur un seul fleuron de sa couronne.
Mais la gloire de l'adoption des Arts re-
jaillit sur une Nation entiere. Que le
Prince la propose, il en est l'ame du corps
politique, & tous les membres de ce corps
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
127
ont part à la gloire du dépositaire de leur
volonté; qu'un particulier la fasse gouter,
tous ses Concitoyons en recevant ses idées,
lui en disputent l'honneur; il a autant de
rivaux de sa gloite, qu'il a de compatrio-
tes qui favorisent ses desseins, ou qui
partagent ses travaux. En un mot, c'est
un petit nombre d'hommes qui créent;
c est un peuple entier qui adopte.
Je pourrois donc avancer avec quelque-
fondement, qu'il n'y a pas moins de gloire
à adopter les Arts qu'à les créer; mais il
ne s'agit pas ici d'une gloire stérile: il
s'agit d'une gloire, qui féconde en avan-
tages, & se déployant au-dehors, s'y con-
fond avec l'utilité publique; d'une gloire
intérieure, qu tire sa source des lumie-
res & du bonheur, d'une gloire exté-
rieure qui est fondée sur la puissance;
double avantage que procurent les Arts
adoptés.
Source externe
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Domaine