Titre
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Titre d'après la table
Discours prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze,
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Page de début
84
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547
Page de fin
94
Page de fin dans la numérisation
557
Incipit
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses,
Texte
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
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94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
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1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
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ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
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avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
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90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
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captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
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FEVRIER.
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dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
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94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Source externe
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Est probablement rédigé par une personne