Titre
JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
Titre d'après la table
Janus, Allégorie, à M. de Vaumale, par M. l'Abbé Clement,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
79
Page de début dans la numérisation
542
Page de fin
83
Page de fin dans la numérisation
546
Incipit
Voici le tems où la cérémonie,
Texte
JANUS,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
gitized by
81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
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81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
Source externe
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique