Titre d'après la table
Compliment de l'Académie Françoise à Mr le Chancelier.
Fait partie d'une livraison
Page de début
102
Page de début dans la numérisation
113
Page de fin
111
Page de fin dans la numérisation
122
Incipit
Apres cela Mr Boyer luy parla de cette sorte. MONSEIGNEUR, L'Academie
Texte
Apres cela M' Boyer luy
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR,
L'Academie Franque
goife , toujours attentive à tous les
pas à toutes les démarches
fait fon Auguste Protecteur , ne
fçauroit affez louer aujourd'huy
fa Sageffe & fa Justice dans le
choix qu'il a fait de voftre Perfonne
, pourremplir la plus haute
Dignité de l'Eftat , & pour nous
confoler en mefme temps de la
mort de voftre Illuftre Predeceffeur.
Ce n'eft point une de ces éle
vations precipitées quifurprennent
GALANT. 103
Pattente publique , & qui caufent
quelquefois moins de joye que d'étonnement.
Ily a long- temps que
nous vousfuivions des yeux dans
le chemin que vous vous eftes
tracé vous- mefme pour arriver à
laplace où vous etes . Nous avons
vu par quels degrez vous y
estes monté : Une application infatigable
à toutce quifait le Magiftrat
achevé; un Sçavoir à qui
rien n'eft échapé de ce qui fert à
l'adminiftration de laJustice , une
Probité incorruptible , une Experience
confommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiffan
ces de la Politique de la Furif-
I iiij
104 MERCURE
prudence. Mais pourquoy s'enga
ger dans un détail qui feroit trop
long, pour voir dans toute fon etendue
un Merite que vôtre Madestie
a pú vous cacher à vousmeſme
, & qu'elle n'a pû dérober
aux yeux de toute la France? Ne
·fuffit-il pas de voir la Grandeur
que ce Merite vous a procurée ?
Souffrez pour cela , MONSEIGNEUR
, que l'Academie Françoife
quifçait l'Art de définir les
chofes , & d'en faire des images
vives , vous reprefente à vousmefme
, avec cette nouvelle Gloi-
·re qui vous environne . Souffrez
qu'elle vous contemple fur le plus
GALANT. 105
ce
augufte & le plus glorieux Tri
bunal de l'Univers , où vous ef
tes devenu la premiere Intelligen
de l'Estat , fous le plus grand
Roy de la Terre ; l'Organe de fa
Justice fouveraine , l'Oracle de
fes Loix , le Difpenfaieur de fes
Graces , le Dépofitaire defon
Authorité.
Il eft mal- aife, MONSEIGNEUR
, d'ajouter quelque chofe
à de fi grands noms mais au
moins vous (çavez que dans le
Regne de Louis XIV. fi la
Grandeur peut avoir des bornes
La Gloire n'en a point. Luy mefme
en donne l'exemple . S'il a bor
106 MERCURE
néfes conquestes par la Paix , on
voit en mefme temps quelle abondante
moiffon de Gloire il s'eft fait
au milieu de cette Paix. Tant de
milliers d'ames égarées , & ramenées
aufein de l'Eglife , font plus
d'honneur àfa Pieté , que tant de
Places conquifes fur fes Ennemis
n'en ontfait a fa Valeur.. C'est à
cette Gloire plus folide plus
durable que toute autre , que vous
allez contribuer par vos foins &
par vos confeils ,
que
c'est par là
la vostre s'augmentera tous
les
jours.
Cependant
,
MONSEigneur
,
agréez
qu'aprés
vous
avoir
regar
GALANT. 107
dé dans ces importantes occupations
fous cette idée de Grandeur , pour
nous raffurer contre cette Majefté
fifevere & fi terrible qui eft prefque
infeparable de voftre Dignité,
nous regardions en vous cette
charmante politeffe qui vous gagne
les
coeurs de tout le monde ;
cette noble facilité qui vous rend
toujours acceffible au merite &
la vertu ; cette Bonté bienfaifanregenereuse,
qui est le Refuge
des foibles & des malheureux.
Agréez fur tout que
Françoife , qui vous regarde comme
le Chef& lefecond Protecteur
des Sciences & des belles Let
l'Academie
108 MERCURE
tres , fe flatte de cette douce perfée
que vous voudrez bien jetter
quelquefois vos regards für une
Compagnie qui travaille à polir
une Langue que vous parlezfi
bien , qui doit eftre la Langue de
toutes les Nations , & quiſervira
mieux à immortalifer Louis
LE GRAND , que ces bronzes &
que ces marbres qu'on luy prepare
avec tant de magnificence.
Ce Difcours que M¹ Boyer
prononça avec beaucoup de
force & de grace , luy attira.
de grands applaudiffemens .
L'attention que Mrle Chan
celier luy prefta,fit affez con
GALANT. 109
noiftre combien il en eftoit
fatisfait. Ily répondit avec
cette honnefteté qui luy eft
fi naturelle , & avec des termes
pleins de bonté & de reconnoiffance.
Il dit , Qu'on
luyfaifoit beaucoup d'honneur de
croire qu'il avoit une estime particuliere
pour les Gens de Lettres;
Qu'il avoit eu autrefois Meffieurs
Godeau,Chapelain & Conrard,
Illuftres Academiciens de la
premiere
mes & familiers Amis, & qu'il
avoit toujours crû que le Corps des
Gens de Lettres estoit un des plus
confiderables de l'Estat , & que
Institution ,pourfes inti110
MERCURE
fans enx il n'y avoit point de
Regne heureux, poly floriffant;
Que c'estoit un des principaux
avantages de celuy du Roy, comme
c'en estoit un pour les Gens de
Lettres d'avoir dans les admirables
Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence. En
fuite il s'étendit fur le fuccez
incroyable qu'on voit tous
les jours dans cette grande
entrepriſe , & fi digne d'un
Roy Tres - Chreftien , que Sa
Majefté a faite d'exterminer
en France une Secte malheureuſe
qui a duré ſi longGALANT.
III
temps. Il finit par des affeurances
de l'eftime tres -fincere
& tres- paffionnée qu'il a
voit pour l'Academie
Françoife
, & de l'ardeur qu'il
auroit toûjours de la fervir ,
& de luy conferver fes Privileges.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Lors d'un discours à l'Académie Française, M. Boyer célèbre la nomination d'un nouveau dignitaire, dont les mérites et les qualités exceptionnelles sont soulignés. Ce dernier est reconnu pour son application, son savoir, sa probité, son expérience et sa sagesse. Sa trajectoire est comparée à celle du roi Louis XIV, qui a su allier grandeur et gloire durable grâce à ses actions pieuses et politiques. Le nouveau dignitaire est également loué pour sa charmante politesse, sa noble facilité et sa bonté bienfaisante, qui le rendent accessible au mérite et à la vertu. L'Académie apprécie son intérêt pour les sciences et les belles-lettres, espérant qu'il continuera à protéger et à soutenir ces domaines. En réponse, M. Boyer exprime sa reconnaissance et son estime pour les gens de lettres, affirmant l'importance du corps des lettrés pour l'État. Il salue les succès du roi dans l'éradication d'une secte malheureuse en France et assure de son soutien et de son ardent désir de servir l'Académie Française.