Titre d'après la table
Histoire.
Fait partie d'une livraison
Page de début
209
Page de début dans la numérisation
220
Page de fin
221
Page de fin dans la numérisation
232
Incipit
Quelques mesures qu'on prenne pour venir à bout
Texte
Quelques mefures qu'on
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
prenne pour venir à bout
d'une entreprife , elles ne
font jamais affurées , & ce
qu'on employe pour empef
Novembre 1685.
S.
210 MERCURE
cher une chofe , eft bien fou
vent ce qui la fait reüffir. Un
homme tres-riche avoit atteint
un âge fort avancé ,
fans autre chagrin confiderable
, que celuy de n'avoir
point eu d'Enfans, quoy qu'il
fe fuft marié deux fois. Sa fe.
conde Femme , qu'il avoit
épousée depuis quinze ans ,
n'en avoit encore que trente
, & les Neveux du bon.
Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui leur
étoit favorable, faifoient des
voeux tous les jours pour
confervation de fa vie, Cela
GALANT. 211
pendat quelque jeune qu'elle
fuft , une fiévre violente
l'emporta en peu de jours
malgré tous les foins qu'i's
prirent de faire venir les plus
fameux Medecins. Sa mort
les mit en inquietude tou
chant la fucceffion de l'Onclequi
leur pouvoit échaper...
Ils le connoiffoient d'un
temperament fort amou
reux , & fa fanté qui n'eftoit
point affoiblie par fa vieilleſ
fe , leur faifoit apprehender
un troifiéme Mariage . Il n'y
avoit que fix mois qu'il eftoit
veuf lors qu'ils découvri
Sij
212 MERCURE
rent qu'il fongeoit à époufer
une Fille de vingt ans qu'il
voyoit fecretement. Ils firent
d'abord éclater la chofe , &
comme ils eftoient puiffans ,
ils apporterent de ſi grands
obftacles à ce qu'il avoit conclu
, que l'affaire fut rompuë.
Ce ne fut pas affezpour les rafurer
contre la crainte continuelle
où ils eftoient qu'il
ne s'égageât ailleurs, & qu'ils
ne puffent pas toûjours empefcher'
qu'il ne difpofaft de
luy . Pour s'en délivrer entierement
, ils s'emparerent de
fon bien fous divers pretex
GALANT. 213
tes, luy fufciterent quelques
affaires facheufes , & fe ren.
dant maiſtres de fa perfonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon, où le credit qu'ils a
voient leur fit efperer qu'ils
luy laiſſeroient finir les jours.
Afin qu'il la fupportaft avec
moins d'impatience, ils le fi
rent mettre dans une Chambre
fort propre, & à la reſerve
de la liberté, rien ne luy manquoit
de toutes les chofes
qu'il témoignoit fouhaiter.
Il ne manqua pas d'intenter
Procez contre fesNeveuxqui
luy rerenoient fon bien fi in214
MERCURE
juſtement , & qui le trai
toient avec tant d'indignité,
mais il eut beau demander à
eftre oüy , toutes ſes inſtances
furent inutiles , & il fe
paffa deux ans fans qu'il puſt
avoir raifon de la violence
qui luy eftoit faite . Il avoit
quelques Amis de l'un & de
l'autre Sexe , qui n'eſtant
point du party de fes Neveux,
luy rendoient vifite de
temps en temps. S'ils ne
pouvoient le remettre en
liberté , du moins ils le confoloient
dans fa diſgrace , &
c'eftoit toûjours pour luy un
GALANT. 215
foulagement qui adouciſſoit
fes déplaifirs. Un jour que
quelques Dames parloient
d'aller paffer avec luy une
apreſdinée , une jeune Demoiſelle
qui eftoit prefente
voulut les
accompagner
.
Elle n'avoit jamais veu au
cune Prifon , & la curiofité
fut le feul motifqui l'engagea
à eftre de la partie. Le
Prifonnier les receut avec
beaucoup de marques de
joye , & comme il eft naturel
de faire le détail de fes
malheurs , il exagera dans
les termes les plus forts,
216 MERCURE
l'indigne maniere dont fes
Neveux le traitoient , &
ajoûta qu'il reſſentoit d'autant
plus le chagrin de fa
Prifon qu'il eftoit feur d'en
fortir , pourveu qu'on vouluft
luy accorder Audience
. La Demoiſelle à qui le
difcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eftoit la
premiere fois que le Vieilfard
la voyoit , tafcha de le
confoler en le plaignant
.
Elle témoigna entrer dans
ſes interefts & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur
GALANT. 217
leur Compagnie , elle employeroit
tous fes foins pour
obtenir ce qu'il fouhaitoit.
Le bon Homme luy promit
que fi elle luy rendoit un pareil
fervice , il n'eftoit rien
-qu'il ne fift pour elle , & cette
promeffe luy donnant des
veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ferieuſement
àle tirer de Prifon . Elle
avoit fort peu de bien , &
le Vieillard qui pouvoit luy
faire de grands avantages
en l'époufant , l'auroit fort
acccomodée . L'occafion étoit
favorable , il ne s'agiffoit
Novembre 1685. T
218 MERCURE
que d'en profiter. L'agré
ment de fa Perfonne joint à
un efprit fort délicat luy en
donna l'efperance . Ainfi elle
diſpoſa les choſes en faveur
du Prifonnier , & trois ou
quatre vifites qu'elle luy rendit
encore fous pretexte de
venir luy demander quelques
éclairciffemens , l'ayant
mis au point où elle croyoit
devoir l'amener , elle fit agir
fi heureuſement
le pouvoir
de ceux qui s'interef
foient pour elle , qu'enfin
on luy donna Audience.
Cette Audience obtenuë
GALANT 219
il eut bien-toft gagné ſon
Procés. Si toft qu'il fut libre
, il courut marquer la reconnoiffance
à la Demoifelle
, en luy offrant telle partie
de fon bien qu'elle pouvoit
ſouhaiter. Elle répondit
, que n'ayant envisagé
que le feul plaifir de faire
ceffer une injuftice , il fuffifoit
qu'elle cuft réüſſi pour
avoir fujet d'eftre contente.
L'air tout charmant qui accompagna
cette réponſe ,
toucha
fenfiblement le coeur
du Vieillard . Il luy dit tout
tranſporté , que c'eftoit trop
Tij
220 MERCURE
que
peu pour elle qu'une partie
de fon bien , & que s'il eftoit
affez heureux pour ne luy
voir point de repugnance
à l'accepter tout entier avec
fa perfonne , il la rendoit
Maiftreffe de tout. Vous jugez
bien l'offre fut acceptée.
Le Notaire vint : les
Articles furent dreſſez & fignez
, & le Mariage fe fit
en trois jours. Le deſeſpoir
des Neveux fut grand , mais
il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la grof
feffe de la Dame . Le Vieillard
en a une joye inconce
GALANT. 221
vable , & il eſt ravy qu'un
Heritier leur ofte entierement
l'efperance d'avoir ja
mais aucune part à fon bien.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Résumé
Un homme riche et âgé, sans enfants malgré deux mariages, perd sa seconde épouse à l'âge de trente ans. Ses neveux, inquiets qu'il ne se remarie et ait des héritiers, tentent de l'en empêcher. Ils découvrent qu'il projette d'épouser une jeune fille de vingt ans et sabotent ce projet. Pour l'empêcher de se remarier ailleurs, ils s'emparent de ses biens et l'emprisonnent sous divers prétextes. Malgré ses tentatives pour intenter un procès, il reste incarcéré pendant deux ans. Durant sa détention, il reçoit la visite de quelques amis et d'une jeune demoiselle curieuse de voir une prison. Touchée par ses malheurs, elle promet d'utiliser ses relations au Parlement pour l'aider. Elle lui rend plusieurs visites, renforçant ainsi leur lien. Grâce à ses interventions, il obtient une audience et gagne son procès. Libéré, il exprime sa gratitude à la demoiselle en lui offrant une partie de ses biens. Elle refuse, mais il insiste et lui propose de l'épouser et de lui léguer toute sa fortune. Elle accepte, et ils se marient rapidement. Les neveux sont désespérés, surtout lorsqu'ils apprennent que la nouvelle épouse est enceinte, éliminant ainsi toute chance pour eux d'hériter.