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Titre

ODE.

Titre d'après la table

Ode.

Page de début
106
Page de début dans la numérisation
117
Page de fin
127
Page de fin dans la numérisation
138
Incipit

La triste Nouvelle que je vous ay fait attendre sans / PRetendez vous toûjours avec les cri de guerre

Texte
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.

Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage&reguliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Nom
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La lettre annonce la mort de Michel Le Tellier, un ministre sage et respecté, dont la disparition a provoqué une grande tristesse en France. Une ode écrite par M. Magnin célèbre les qualités de Le Tellier, qu'il n'avait pas osé révéler de son vivant par modestie. Cette ode le décrit comme un homme juste et vertueux, apprécié par le roi Louis XIV, qui l'avait nommé chancelier. Le Tellier est loué pour sa sagesse, son équité et sa fidélité constante à l'autorité royale, même dans les périodes tumultueuses. Il est comparé à un marin navigant sereinement malgré les tempêtes, symbolisant sa capacité à gérer les crises avec calme et habileté. L'auteur invite à méditer sur la vie exemplaire de Le Tellier, marquée par une conduite droite et une loyauté inébranlable. Le texte rend également hommage au ministre Louvois, décrit comme un héros dont la carrière est marquée par une constance et une régularité exemplaires. Louvois maintient sa faveur à la cour et vieillit sans jamais rencontrer d'exemples semblables de fermeté. Grâce à sa prudence et son application à ses devoirs, il parvient à éviter les entraves. Son caractère est marqué par une tranquillité et une égalité d'humeur constantes, même face aux honneurs et aux dignités. Il utilise ses biens et ses honneurs avec modestie, guidé par une sagesse supérieure. Ses vertus domestiques sont la base de ses actions héroïques, et il se distingue par une ambition pure et sincère, visant à plaire à Dieu et à son roi. Louvois est comparé à un palmier auguste, florissant sous Louis XIV, et sa gloire est destinée à être immortelle. Le texte se termine par un hommage à Louvois, souhaitant qu'il continue à honorer la France et à inspirer les générations futures.
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne
Soumis par conusm le