Titre
VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
Titre d'après la table
VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
3
Page de début dans la numérisation
238
Page de fin
12
Page de fin dans la numérisation
245
Incipit
ENFIN voici l'instant (a) où triomphe tes vœux,
Texte
VERS fur la Statue érigée à Sa Majesté.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
Signature
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Domaine
Résumé
En juillet 1763, deux textes distincts rendent hommage à des figures notables. Le premier texte est un poème célébrant un monarque, probablement Louis XV, à l'occasion de l'érection d'une statue royale aux Champs-Élysées. Cette statue symbolise la noblesse, la douceur et l'humanité du roi. Les festivités incluent un tir de canons. Le poète compare la réaction de la nature à l'arrivée du roi à celle décrite par Homère et exprime son désir de s'inspirer de la statue. Il invoque l'esprit de Pierre Corneille pour trouver l'inspiration, tout en reconnaissant que ce dernier ne peut plus célébrer le roi actuel. Le second texte est une ode de Germain de Craïn dédiée à Voltaire. L'auteur souligne que Voltaire, à seulement vingt ans, avait déjà surpassé Corneille avec son œuvre Œdipe. Il déplore la mort de Voltaire et encourage les poètes modernes à célébrer le roi, décrit comme un ami du genre humain. L'ode insiste sur la nécessité de rendre hommage au roi et de prier pour sa longévité, comparant les louanges à un soleil tempéré favorisant la croissance des fleurs. L'auteur espère que ses vers seront bien accueillis par le roi sans décourager sa plume.