Titre
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXXI. EXTRAORDINAIRE.
Fait partie d'une livraison
Page de début
238
Page de début dans la numérisation
259
Page de fin
244
Page de fin dans la numérisation
265
Incipit
Lequel de deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite
Texte
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXXI,
EXTRAORDINAIRE .
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petite
Verole à fa Maistreffe , pour
luy faire voir que fa laideur feroit
incapable de le faire changer
; ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour
que de luy voir arriver une pa
reille difgrace
.
P Eut-on dire
Eut-on dire que c'eft aimer ;
Que fouhaiter du mal à la perfonne aimée
?
du Mercure Galant .
239
Il feroit à ce prix dangereux de charmer,
Et d'eftre des Amans dans ce temps eftimée
,
Du moins de tels efprits que celuy de
Damon ,
Qui croit avoir bonne raison
De marquerfon amour pour la belle Sylvie
,
Par mille effroyables fouhaits.
Qui devroient luy donner envie
De lefaire éloigner de fes yeux pour jamais.
Pour vous marquer , dit- il , à quel point
je vous aime ,
Ie voudrois que voftre beau teint
Perdift cette blancheur extréme ,
Et que ce beau vifage auffife vift atteint
Des accidens fâcheux de petite Verole,
Quand avec fa malignité
Elle caufe aux mortels tant de difformité,
Que la moindre partie affez souvent defole,
Enfin qu'elle vous fiſt un objet de pitiés,
220 Extraordinaire
que
de monamitié Ah! ceferoit pour lors
le voudrois vous donner une preuve fiforte
Qu'on en verroit peu de la forte.
le vous aimerois conftamment ,
Et fans changer unſeul moment,
Je vous ferois voir que mon ame ,
Conferveroittoujoursfon amoureuseflame:
Lifidor eft bien oppoſe
A des fentimens fi funeftes ;
Il croiroit meriter tous les carreaux cele
ftes,
S'il eftoit fi malavise
De croire qu'il fuft neceffaire
De faire ces foubaits pour paroître fincere.
I'aime mieux
mour,
que
Philis doute de mon a
A-t-il marqué cent fois , que de faire
ma cour,
En demandant au Ciel de détruire fes
charmes ,
Pour luy prouver quefa laideur
Ne pourroit me caufer d'alarmes,
Ny porter dans monfein changement ny
froideur Oйy,
du Mercure Galant.
241
Oйy , j'aime mieux cent fois paſſer pour
infidelle ,
Pour volage & pour inconftant ,
Que d'avoir le defir qu'ellefuft un inftant,
Et moins agreable , & moins belle .
Ne font- ce pas en verité ,
Ces derniers fentimens qu'il faut que l'on
eftime?
Ils partent d'un efprit plein de folidité ,
Et d'un coeur prévenu d'un amour legitime,
Au lieu qu'on voit les précedens
Parir d'une tefte per fage ,
Quefans doute on verroit aux moindres
accidens
Paroiftre inconftante & volage.
Enfin , s'ilm'eft permis de dire mon avis,
le tins que Lifidor fçait aimer davantage
,
Que fon raiſonnement eft fort jufte &
fort fage,
Et que fesfentimens doivent eftre fuivis.
Q.. d'Octobre 1685. X
242 Extraordinaire
Si l'on peut mourir d'amour.
S'
l'on mouroit d'amour
› mort cent fois
le n'en veux , belle Iris ,
que vous-mefme ,
&
j'en ferots
pour témoin
Depuis que je visfous vos loix
Mon amour n'eft- il pas extréme ?
Aime-t-on avec plus d'ardeur
Que vous en a fait voir mon coeur?
Quoy que fouvent , belle inhumaine,
l'aye eu lieu de douter que vostre cruauté
Ne rendift ma paffion vaine ,
Entendant vos difcours toujours pleins
de fierté.
Ils m'ont fait éprouver un rigoureux martire
,
Souffrir mille fâcheux ennuis ,
Fair perdre le repos , & les jours & les
nuits ,
Raifon qui m'authoriſe à dire ,
Quefi l'amour fait bien fouffrir,
Il ne fçauroit faire mourir,
du Mercure Galant.
243
Si l'on
peut aimer fans jalouſie .
Ermettez ce defaut à mon ardante
PErmeamour ,
Je ne faurois , Iris , aimerfans jalousie;
Mais elle ne tient point de cette phrenefie
Qui ne veut jamais de retour ;
Aifement je me racommode
Pour peu que vos beaux yeux me mar- {
quent de douceur,
3
Vi
Et
I'en ay mesme de la douleur ,
Tant je fuis un jaloux commode.
Comment fouffrir qu'un autre Amant
Vienne vous conter son tourment ,
Dire que pour vous il foûpire ,
Que vos beaux yeux l'ont fceu charmer,
que fi voftre coeur ne fe veut defarmer
,
- Il faudra been- toft qu'il expire ?!
Que vous, par des regards tendres &
languiffans ,
Que je ne peux croire innocens ,
x ij
244
Extraordinaire
Vous témoigniez luy vouloir dire,
Que vostre coeur plaint fon martire 2
Comment , dis-je, fouffrir ces chofes fans
couroux
Ou quelques fentimens jaloux ?
Qui peut les regarder avec indifference,
Ne peut aimer qu'en apparence,
Ce n'est qu'un faible amour , & nom
plein de vigueur ,
Comme l'eft celuy de mon coeur.
ALCIDOR , du Havre.
SUR LES QUESTIONS
DU XXXI,
EXTRAORDINAIRE .
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petite
Verole à fa Maistreffe , pour
luy faire voir que fa laideur feroit
incapable de le faire changer
; ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour
que de luy voir arriver une pa
reille difgrace
.
P Eut-on dire
Eut-on dire que c'eft aimer ;
Que fouhaiter du mal à la perfonne aimée
?
du Mercure Galant .
239
Il feroit à ce prix dangereux de charmer,
Et d'eftre des Amans dans ce temps eftimée
,
Du moins de tels efprits que celuy de
Damon ,
Qui croit avoir bonne raison
De marquerfon amour pour la belle Sylvie
,
Par mille effroyables fouhaits.
Qui devroient luy donner envie
De lefaire éloigner de fes yeux pour jamais.
Pour vous marquer , dit- il , à quel point
je vous aime ,
Ie voudrois que voftre beau teint
Perdift cette blancheur extréme ,
Et que ce beau vifage auffife vift atteint
Des accidens fâcheux de petite Verole,
Quand avec fa malignité
Elle caufe aux mortels tant de difformité,
Que la moindre partie affez souvent defole,
Enfin qu'elle vous fiſt un objet de pitiés,
220 Extraordinaire
que
de monamitié Ah! ceferoit pour lors
le voudrois vous donner une preuve fiforte
Qu'on en verroit peu de la forte.
le vous aimerois conftamment ,
Et fans changer unſeul moment,
Je vous ferois voir que mon ame ,
Conferveroittoujoursfon amoureuseflame:
Lifidor eft bien oppoſe
A des fentimens fi funeftes ;
Il croiroit meriter tous les carreaux cele
ftes,
S'il eftoit fi malavise
De croire qu'il fuft neceffaire
De faire ces foubaits pour paroître fincere.
I'aime mieux
mour,
que
Philis doute de mon a
A-t-il marqué cent fois , que de faire
ma cour,
En demandant au Ciel de détruire fes
charmes ,
Pour luy prouver quefa laideur
Ne pourroit me caufer d'alarmes,
Ny porter dans monfein changement ny
froideur Oйy,
du Mercure Galant.
241
Oйy , j'aime mieux cent fois paſſer pour
infidelle ,
Pour volage & pour inconftant ,
Que d'avoir le defir qu'ellefuft un inftant,
Et moins agreable , & moins belle .
Ne font- ce pas en verité ,
Ces derniers fentimens qu'il faut que l'on
eftime?
Ils partent d'un efprit plein de folidité ,
Et d'un coeur prévenu d'un amour legitime,
Au lieu qu'on voit les précedens
Parir d'une tefte per fage ,
Quefans doute on verroit aux moindres
accidens
Paroiftre inconftante & volage.
Enfin , s'ilm'eft permis de dire mon avis,
le tins que Lifidor fçait aimer davantage
,
Que fon raiſonnement eft fort jufte &
fort fage,
Et que fesfentimens doivent eftre fuivis.
Q.. d'Octobre 1685. X
242 Extraordinaire
Si l'on peut mourir d'amour.
S'
l'on mouroit d'amour
› mort cent fois
le n'en veux , belle Iris ,
que vous-mefme ,
&
j'en ferots
pour témoin
Depuis que je visfous vos loix
Mon amour n'eft- il pas extréme ?
Aime-t-on avec plus d'ardeur
Que vous en a fait voir mon coeur?
Quoy que fouvent , belle inhumaine,
l'aye eu lieu de douter que vostre cruauté
Ne rendift ma paffion vaine ,
Entendant vos difcours toujours pleins
de fierté.
Ils m'ont fait éprouver un rigoureux martire
,
Souffrir mille fâcheux ennuis ,
Fair perdre le repos , & les jours & les
nuits ,
Raifon qui m'authoriſe à dire ,
Quefi l'amour fait bien fouffrir,
Il ne fçauroit faire mourir,
du Mercure Galant.
243
Si l'on
peut aimer fans jalouſie .
Ermettez ce defaut à mon ardante
PErmeamour ,
Je ne faurois , Iris , aimerfans jalousie;
Mais elle ne tient point de cette phrenefie
Qui ne veut jamais de retour ;
Aifement je me racommode
Pour peu que vos beaux yeux me mar- {
quent de douceur,
3
Vi
Et
I'en ay mesme de la douleur ,
Tant je fuis un jaloux commode.
Comment fouffrir qu'un autre Amant
Vienne vous conter son tourment ,
Dire que pour vous il foûpire ,
Que vos beaux yeux l'ont fceu charmer,
que fi voftre coeur ne fe veut defarmer
,
- Il faudra been- toft qu'il expire ?!
Que vous, par des regards tendres &
languiffans ,
Que je ne peux croire innocens ,
x ij
244
Extraordinaire
Vous témoigniez luy vouloir dire,
Que vostre coeur plaint fon martire 2
Comment , dis-je, fouffrir ces chofes fans
couroux
Ou quelques fentimens jaloux ?
Qui peut les regarder avec indifference,
Ne peut aimer qu'en apparence,
Ce n'est qu'un faible amour , & nom
plein de vigueur ,
Comme l'eft celuy de mon coeur.
ALCIDOR , du Havre.
Signature
ALCIDOR, du Havre.
Lieu
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Constitue la réponse à un autre texte
Provient d'un lieu