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Titre

EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.

Titre d'après la table

EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de Luçon à Madame de Grignan.

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Page de fin
76
Page de fin dans la numérisation
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Incipit

JE voudrois être avec vous dans ce bois de S. Andiol, à vous dire au pied

Texte
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque
de LU ÇON , ( Buffy Rabutin ) à Madame
de GRIGNAN. 1701 & fuivant.
JE
E voudrois être avec vous dans ce
bois de S. Andiol , à vous dire au pied
d'un ormeau , ce qui ne s'y eft jamais
dit , qu'on ne peut être avec plus de
refpect , & c .
Je le crois , Madame ; la régle eſt
d'un grand prix pour le bon goût ; mais
la régle naturelle , quand on l'a , n'a
pas befoin de l'art , & ne peut être que
dangereufe avec lui ; elle rend trop
fcrupuleux ; elle éteint le feu de l'imagination
; on eft toujours le compas à
la main ; rien n'échappe & on ne laiſſe
plus rien échapper. Que deviendront
tous ces endroits vifs des Italiens devant
votre critique ?
Je crois que c'eft un des plus grands
charmes de l'Amour , de paffer pour cequ'on
vaut auprès de ce qu'on aime. La
vanité cherche fon compte dans cette
paffion prèfqu'autant que la volupté.
L'amitié qui eft plus raifonnable , &
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus clair-voyante ,
manque de ce charme.
La fantaifie de faire mon devoir m'a
pris comme une autre .
Pour être cru de vous , Madame , vous
me faites toujours retrancher de la vérité.
Je m'apperçois toujours , Madame, que
votre vue porte mille fois plus loin que
la mienne ; vous voyez diftin &tement
des objets que je ne me doute pas qui
foient au monde , & peut-être cela vous
fait- il négliger ceux qui font groffiers
& palpables , & qui , pour parler vulgairement
, crévent les yeux.
J'en fuis avec la fortune à vouloir feulement
me prouver que j'ai fait toutes
mes diligences envers elle ; & , comme
ceux qui bâtiffent , je m'occupe
moins de voir ma maiſon faite , que
de la faire .
Le fiécle s'eft tourné à ne recevoir
de fainteté que dans une vie privée &
tout-à- fait fimple , c'eft - à - dire dans
des gens fi obfcurs qu'on ne les ait point
vus.
Madame votre fille aime auffi peu de
JUILLET. 1763. 75
gens que fi elle étoit dans le plus grand
monde ; mais elle les aime autant
qu'une Religieufe fçait aimer.
Le Miniftre d'aujourd'hui * ne gagne
pas moins qu'un autre à la mort du
Prince d'Orange ; quelle épine hors du
pied de tout le monde ! car je trouve
que les ennemis gagnent autant que
nous à la mort d'un perturbateur du
repos public. J'admire fa vie ; mais je
fuis bien-aife qu'elle foit finie , nonfeulement
comme François
comme homme.
mais
Il est plus ordinaire & plus facile à
l'homme d'avoir de fauffes vertus , que
de produire des actions contre nature ;
ainfi permettez- nous de douter de la
fincérité des regrets de M. de Cambrai,
( fur la mort de M. de Meaux. )
Il n'eft pas en moi , Madame , de refufer
une occafion de vous écrire ; je
crois toujours avoir mille chofes à vous
dire ; & à bien démêler ce fentiment -là ,
fens qu'il me vient du plaifir que j'aurois
de vous parler fur la plupart des
chofes qui fe préfentent à mon efprit.
* M. de Chamillard qui fuccéda à M. de Barbezieux.
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je prends même fouvent la liberté de
vous parler , ou de parler de vous tout
feul ; à la vérité , cela n'a pas l'air d'un
homme trop fage ; mais en lifant furtout
, je penfe : Voilà qui lui plairoit ,
voilà ce qu'elle croit , voilà ce qu'elle ne
croit pas, & ainfi du refte. Pardonnezmoi
, Madame , de vous placer ainfi
par toutes mes penfées ; mais je tâche
à ne vous y placer pas indignement ,
& je vous affure que je fuis bien éloigné
des fentimens que le Roi foupçonnoit
dans Madame de Longueville , il y a
aveu & àveu , comme fagots & fagots.
il ne faut pas ôter aux pénitens la douceur
d'avouer & d'exagérer leurs fautes ,
& à Dieu la gloire qu'il en tire ; je n'oferois
plus , fans frifer l'impiété , venir
à l'application .
Activité
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Dans ses lettres à Madame de Grignan entre 1701 et les années suivantes, l'évêque de Luçon, François de Salignac de La Mothe-Fénelon, partage des réflexions profondes. Il insiste sur l'importance de la règle naturelle dans le goût et critique les excès de scrupules ainsi que l'étouffement de l'imagination causé par l'art. Fénelon admire le charme de l'amour, qui pousse à se surpasser pour l'être aimé, et le distingue de l'amitié, plus raisonnable mais moins passionnée. Il reconnaît la perspicacité de Madame de Grignan, capable de percevoir des détails subtils qu'il néglige parfois. L'évêque aborde également la situation politique, mentionnant la mort du Prince d'Orange et les avantages politiques qui en résultent. Enfin, il exprime son plaisir d'écrire à Madame de Grignan, même lorsqu'il est seul, imaginant ses réactions et pensées.
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Est rédigé par une personne
Soumis par eljorfg le