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1749, 10
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1749.10
Eur. Mercure
5112-1749, 10
< 36617704270019
< 36617704270019 S
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
P DE FRANCE ,
1 7
DEDIE AU ROI.
OCTOBRE. 1749.
1 2 .
LIGIT
UT SPARGAT
Chez
Papillon
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àladefcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
JACQUES BARROIS . Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
AvecApprobation& Privilege du Roi.
-
1
A. VIS.
L
'ADRESSE générale duMercure est
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons ,fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Macon. Nous prions
très - instamment ceux qui nous adreſſeront
des l'aquets par la Poste , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner ledéplaisir de les
rebuter, & à eux, celui de ne pas voirparoître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoirle Mercure
de France de la premiere main , Oplus promptement,
n'auront qu'àécrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera tres-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre fur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rémettre à M. Remondde Sainte Albine.
7
PAIX XXX. SOLS.
BIBLIOTHECA
REGLA
MONACEL S13
!
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1749 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
LETTRE.
De M. le R ... à M. Remond de Sainte
Albine, dans laquelle on trouver a l'Extrait
d'une Comédie qui n'est point connue du
Public.
M
Onfieur , il m'eſt tombé entre les
mains une Comédie en un Acte ,
de M. *** , qui a pour titre
Pauline ou la Prude; elle n'a point
été jouée par quelques raiſons particulie
res;je pense que vous jugerez ainſi que
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
L
moi , par l'extrait que je vais vous en donner
, qu'elle méritoit de l'être .
Pauline eſt une vieille fille qui a renonné
prudemment au monde. Elle n'eſt point
de ces fauflesdévotes qui paſſent les matinées
aux Eglifes , & les ſoirées aux Spectacles
; qui d'une main tiennent une diſcipline
,&de l'autre le pinceau qui renouvelle
leurs attraits ; qui font tour à tour la
méditation dans un Livre pieux , & dans
le ſopha de C.... ou dans quelque Poëte
de toilette : Pauline eſt une Prude décidée,
qui s'enveloppe du manteau de la yertu
depuis les pieds juſqu'à la tête ; qui paye
fes dettes & ſes domeſtiques ; en un mot
qui ſçait pleinement gardet le decorum de
fon état , & donner à ſes défauts le vernis
qui convient. Elle a de la paffion , parce
qu'elle eſt femme; elle eſt prude , parce
qu'elle ne veut point paroître femme , &
elle eſt méchante , par une ſuite de la poſition
où elle ſe trouve : ſouvent la ſcelérareſſe
vient au ſecours de la fauſſe vertu ,
Cette Pauline a une ſociété de Prudes
comme elle, mais on ne voit fur la Scéne
qu'une jeune veuve qui s'eſt embarquée
mal- à- propos dans la pruderie , & qui fait
cependant un excellent caractére; elle s'appelle
Aminte.
Lusette , niéce de Pauline , eſt trop jeu
ОСТОВRE. 1749. 5
ne pour ſçavoir les conféquences des choſes.
La Nature fait voir enelle des diſpo.
fitions admirables .
Dorville , frere de Lucette , eſt un étourdi
, ſi jamais il en fut , mais perillant d'efprit.
Lifi lon, amant de Lucette , eſt un prudent
perſonnage , ſcachant prendre fon
monde à propos , & qui donne habilement
le change à Pauline .
Oronte , pere de Dorville & de Lucette ,
eſt un très-honnête homme .
La Scène est à Paris.
SCENE I.
AMINTE , LUCETTE.
Lucette.
✔Euve depuis deux ans,devous-même mattreffe
,
Quand pour mon frere enfin votre coeur s'inté
reffe,
Pourquoi lui déguiſer.......
Aminte.
Que n'est-il plus prudent !
Ne lui découvrez point quel eſt mon ſentiment .
Vous pouvez cependant exciter ſa conſtance ,
Et lui faire entrevoir un rayon d'eſpérance.
A iij
6 MERCURE DEFRANCE.
Qu'il s'allarme pourtant, que ſçais-je enfin... hélas;
De façon qu'il eſpere & qu'il n'eſpere pas.
Vous m'entendez .
Lucette.
Fort bien ; mais d'où vient ce myſtére a

Je ſoupçonne ma tante & ſa ſociété ....
Aminte àpart.
Vous ſoupçonnez à tort . Et c'eſt la vérité.
Lucette.
'Aminte , il vous fied mal d'être prude à votre âge.
C'eſt jouer de bonne heure un triſte perſonnage.
Aminte briſe ſur ce difcours. Pauline
ſe propoſe de faire partir le lendemain Lucette
pour le Convent , & elle doit entretenir
Aminte à ce ſujet dans un moment.
Aminte annonce cette nouvelle à Lucette.
Lucette , qui juſques là avoit paru avoir
une répugnance extrême pour le Convent,
prend la choſe d'un air fi content , qu'Aminte
lui dit :
Mais depuis quand un Cloître a t'il pour vous des
charmes ?
Lucette.
Il n'en a point encor , quoiqu'il dût en avoir.
On me tourmente ici du matin juſqu'au foir ;
De tous plaiſirs ma tante oſe me faire un crime?
OCTOBRE. 1749. 7
1
Ah! combien eft cruel le zéle qui l'anime !
Le moindre ajustement excite ſon courroux;
Il n'eſt rien d'innocent devant ſes yeux jaloux ;
Elle rebat ſans ceſſe une morale auſtére ,
Qu'a mon âge , après tout , elle ne ſuivit guere :
Mais ce n'eſt pas aſſez de ſes triſtes leçons ;
Je me vois gourmander de toutes les façons.
Ma tante ne voit plus que des prudes comme
elle.
Quand chacune à médire a fait briller ſon zéle,
Qu'aux dépens du public on ceſſe l'entretien ,
Du chapitre public on tombe ſur le mien.
On ne voit rien dans moi que matiere à critique ;
De donner fon lardon chaque prude ſe pique.
Parure , ajustement , mes façons , mon maintien ,
Mon air , mon caractére , on ne fait grace à rien.
Si je baiſſe les yeux , je ſuis une hypocrite ;
Sij'oſe les lever , mon air coquet itrite ;
Si ſur mon air trop vif on veut me critiquer ,
Je fais la prude , on dit que c'eſt pour me moquer..
Je ne ſçais à leurs yeux comment je dois paroître ;
Que faut-il n'être pas ? Ou que faut-il donc être ?
Mais c'eſt un crime encor d'avoir quelques appas ;
J'en vaudrois mieux , dit on , ſi je n'en avois pas.
De plus, je ſuis trop jeune, & pour mon avantage,
Elles defireroient que je fuſſe à leur âge :
Je leur fuis obligée , & je devine bien
Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elles voudroient pouvoir n'être encore qu'au
mien.
àpart.
Aminte.-
baut. :
:
Son fort me fait pitié.Quoi, Lucette eft mordante
Lucette.
Ma fituation est - elle affez touchante ?
Elle dit cependant que le Convent ne
peut lui plaire ; qu'elle ſent bien qu'elle
n'a point de ſecours à attendre d'Oronte ,
fon pere , qui dépend de ſa tante , à cauſe
de fon peu de fortune ; qu'Oronte l'en
croira plutôt que Dorville & elle . Enfin
après bien des détours elle avoue que fon
eſpérance eſt en Lifidor , qui , pour pouvoir
mieux cacher ſon amour à Pauline ,
d'abord a ſçû lui faire ſa cour ,& s'en eſt
fait aimer.
Aminte.
Cela n'eſt pas croyable.
Lucette.
Et c'eſt de mon départ le motif véritable , &c .
Pauline paroît , Lucette ſe retire.
La bonne opinion que Pauline a d'ellemême,&
fa médiſance , ſont ſi bien exprimées
dans cette ſeconde Scéne que je
crois devoir la laiffer toute entiere.
OCTOBRE. 1749.. 9
1
SCENE ΙΙ.
PAULINE , AMINTE .
J
Pauline.
E fors d'avec Doris ,
Qui ſent de nos vertus maintenant tout le prix;
Je dis , nos , excuſez , je n'entendsqquuee les vôtres ,
Ce ſeroit me parer du mérite des autres
1
Aminte.
Vous vous abaiſſez trop.
Pauline...
Etcomme je le doi.
Aminte.
C'eſt votre humilité.
Pauline.
.
1
MonDieu , pardonnez-moi ,
Je n'ai que trop d'orgueil . Vous me couvrez de
honte ,
Quand je vois que de moi vous faites quelque
compte.
Je ſens bien que mon coeur eft plein de vanité ,
Et vous citez partout mon trop d'humilité.
Oui , je ſuis parmi vous en vertus la derniere ;
Pour me faire rougir on me dit la premiere !
J'en ſuis toute confuſe .
Aminte.
Un tel abaiſſemens
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Vous rend encor plus digne. .....
Pauline.
Ah ! de grace un moment.
L'orgueil , comme un éclair , de notre coeur s'ent
pare;
Et vous me loüez tant , que ma vertu s'égare.
Aminte.
De Lucette , je crois , vous voulez me parler ?
Pauline.
Notre Société demain doit s'aſſembler.
Doris m'a demandé que, par mon entremiſe,
Dés demainparmi nous elle put être admiſe ;
Nous devons admirer cette converfion.
Daignez , pour un moment , prêter attention.
( Elles prennent des ſièges. )
Pour vous bien mettre au fait , voulez- vous que
j'explique
Tous ces riens qu'à Doris reproche la critique.
Aminte.
Madame , pour toujours , je veux les ignorer.
Pauline.
Qe ce bon coeur me plaît ,&ſe fait admirer !
Aminte , ainſi que vous,je hais la médiſance ;
Mais ce que j'allois dire, étoit fans conféquence;
Plus le travers fut grand,plus le retour eſt beau.
Dotis me charme donc par un zéle nouveau;
Je mépriſe à l'inſtant une critique noire ;
OCTOBRE. 1749. 11
Sij'en fais mention , c'eſt pour ſa propre gloire.
Je ſçais qu'elle ſe plut d'enchaîner à ſon char
Tous les coeurs que voulut lui donner le hazard;
Elle eut l'art de tromper un mari débonnaire ,
Et ne trompa pas moins quiconque ſçut lui plaire;
Ses yeux étoient plus craints que ceux d'un Bafilic,
Sa langue renfermoit plus de fiel que l'Afpic.
D'elle-même toujours follement idolatre ,
De ſes propres enfans elle futla marâtre :
Plus ces défaurs ſontgrands, plus elle a combattu,
Et j'aime à faire voir l'effort de ſa vertu,
Aminte.
Songez que vous devez me parler de Lucette:
Jeprens part àſon fort.
3
Pauline.
Vous ferez fatisfaite ,
Je finis. Doris veut que je fois l'inſtrument
Qui l'a fait retirer de ſon égarement :
De mes foibles vertus fon ame eft occupée ;
Mon zéle & ma candeur ſemblent l'avoir frappée;
Ce qui la charme en moi, c'eſt ma fimplicité;
Aminte,ſelon vous ,ai-je un air affecté?
Aminte.
Mais .... non.
Pauline.
Quand la vertu chez nous eſtd'habitude,
On évitetoujours ce qui ſent trop la prude.
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Doris me diſoit donc : vous ne reſſemblez pas
Aux trois ſiniſtres foeurs du ſtupide Eurilas
Elles s'arment en vain d'un front trifte & ſevere ,
On perce de leur coeur le tenebreux mystére ;
D'un ſouvenir cuiſant il paroît abattu ,
On y voit des remords & pas une verry
Vous ne reſſemblez pas , me diſoit- elle encore , 2
A la prude Aramis que tout le monde abhorre
Aminte.
Aramis ? Mais, Madame , on en parle très-bien ,
On vante ſes vertus.
Pauline.
Hélas , je n'en ſçais rien.
J'ai tropde charité pour dire le contraire ,
Et n'examine point ſi l'éloge eſt ſincére ;
Mais , Aminte, ici bas , chacun eſt bien méchant
La probité n'eſt plus qu'un dehors apparent.
Ofiécle trop pervers,que le fiécle où nous ſommes !
Le ſeul déguiſement fait la vertudes hommes.
Défions nous toujours de leurs diſcours trompeurs;
Le miel eſt dans leur bouche , & le fiel dans leurs
coeurs :
La louange, aujourd'hui, n'eſt qu'un tour ironique,
Un att d'infiouer le venin ſatytique ;
Trop dangereux effet de ces éloges faux !
La vertu qu'on vous prête éclaire vos défauts.
Tout ce queje vous dis,eſt de quelque importance,
OCTOBRE. 1749. 13
Pour Aramis je crains ce tour de médiſance.
Aminte.
Pour me parler ainſi , vous avez vos raiſons ,
Mais pourquoi me donner ces étranges foupçons
Pauline.
fie in
M
La faire ſoupçonner, eſt loin de nía penſée..
Je vois avec plaifir que j'étois abuſée ;
Je ne vous ai pas crû tant d'ingénuité
Pardonnez moi , penfant qu'avec malignité ,
D'un éloge impoſteurvous ſentiez l'ironie ,
Jevous montrois l'horreur de cette perfidie.
C'eſtmoi qui ſuis coupable, hélas ! innocemment;
Vous penfiez d'Aramis très favorablement,
Je crois reprendre en vous un trait de médiſance
Etmoi je vous fais voir ce que chacun en penſe.
J'en ſuis au déſeſpoir ; mais hélas , ce n'estrien ,
Si vous croyez toujours qu'elle eſt femme de bien.
J'oſe vous en prier, & ſcachez que moi-mêm
Je la crois telle ; enfin je l'eſtime & je l'aime.
Aminte,vous ſçavez juſqu'où va mon ardeur ,
Du prochain qu'on attaque , à défendre Phonneurs
Dès qu'on médit, mon coeur fe remplit detriſteſſe,
Mon défaut furr ce point, c'eſt ma délicateſſe
Je la porte à l'excès. Partourt ma chaviré
Me fait plus admirer que mon humilité.
Çà , parlons de ma niece; il faut que ma ſageſſe
3
14 MERCURE DEFRANCE.
Prévienne les écueils qui perdroient ſa jeuneſſe.
Dès demain elle part , je vous l'ai déja dit ;
Je me ris des diſcours de tout mauvais eſprit ,
Qui voudra me traiter comme tante chagrine ,
En qui, malgré les ans , l'amour propre domine ;
Qui , d'une aimable niece enviant les attraits ,
Dans ſon jaloux dépit , l'exile pour jamais.
J'en atteſte le Ciel , qui connoît ma penſée ,
Que par un bon motifje ſuis autoriſée. : :
Ce monde a des dangers qu'on ne peut trop prévoir.
En garantir Lucette ,eft mon plus grand devoir.
Aminte.
Mais ſi pour cet état Lucette n'eſt point née ,
Voulez- vous pourjamais qu'elle y ſoit condamnée?
Pauline.
Je veux qu'elle obéifle.
Après plufieurs raiſons qu'elle apporte ,
elledit que Lucette eſt ſans bien.
Aminte repréſente que Pauline en a
affez pour ſa niéce ; mais Pauline dit qu'elle
en fait meilleur uſage ; que ni ſa niéce
ni ſon neven n'ont rien à prétendre d'elle.
Elle appelle Lucette.
:
1
OCTOBRE. 1749. 5
1
SCENE III.
PAULINE , AMINTE.
LUCETTE , accourant &faisant un faux
pas.
Ah!
Pauline , d'un ton aigre.
La folle! Il faut courir plus fort.
Mais ....
Lucette.
Pauline.
Mais on peut faireune révérence.
( Lucette fait deux révérences profondes ,
l'une àAminte , l'autre àſa tante.
Pauline à Lucette.
Mon Dieu , que dans vos airs on voit peu de décence!
Lucette.
Pauline.
Je ne vois pas .......
Vraiment on ne voitjamais rien
Ce petit air coquet au fond vous va très bien.
Lucette.
Hé mais , je ne fuis pas fi coquette , ma tante....
Pauline.
Applaudiſſez-vous bien , car vous êtes charmante.
Peut- on fe mettre ainſi
しか
16 MERCURE DEFRANCE.
Lucette.
✓Je ſuis bien ſimplement.
Pauline.
Me mets je ainſi que vous ? Ce ris impertinent ,
Que veut-il dire ?
Lucette .
Rien. Mais fi j'avois votre âge ,
Je me garderois bien d'en mettre davantage.
Pauline.
Il ſemble que je fois bien vieille , à vous ouir ?
Lucette.
Mais vous le ſçavez bien.
Pauline s'emportant..
Je n'y puis plus tenir ;
C'eſt payer mes bontés de trop d'impertinence.
Vous irez au Convent porter votre arrogance ;
S'adouciffant.
Vous partirez demain .. Malgré tous vos travers
Ma bonté vous arrache à ce monde pervers .
:
Sans doute vous penſez qu'un yain courroux me
guide,
Mais vous aurez un jour un eſprit plus ſolide ,
Et vous ſçaurez alors faire diſtinction
D'un zéle indépendant de toute paffion.
Hélas ! ſi quelquefois je parois en colere
Mon zéle prend pour vous ce détour ſalutaire.
AAminte.
Yous pouvez l'en convaincre.
-
Ellefort.

OCTOBRE. 1749 17
SCENE IV.
AMINTE , LUCETTE .
1
Aminte.
Eh bien , vous entendez ?
Lucette.
Puiſſent tous leurs projets n'être point mal fondés
Mon frere vient encor de m'ßter toute crainte ,
Et ma tante àmerveille a donné dans la feinte.
Toute prude qu'elle eft , Lifidor lui plaît fort ,
Mais on lui fera voir , qu'à ſon âge elle a tort
D'écouter la fleurette.
Aminte .
Hélas ! qu'à certain age ,
De tout on ſçait ſe faire une charmante image!
Elle remontre à Lucette, combien celle-ci
doit peu compter ſur une pareille entrepriſe
,par le caractére de Pauline , & c .
Lucette s'en dépite ; fon frere Dorville
furvient; il traite ſes craintes de frivoles ;
il ne ſonge qu'à parler à Aminte de l'amour
qu'il a pour elle. Aminte lui dit
qu'elle n'a plus de goût pour le monde. I
Dorville.
Hé quoi , ſuis-je le monde Ayez du goût pourmois
C'eſttout ce qu'il me faut.
Il déclame contre les Prudes qui em-
:
18 MERCURE DEFRANCE.
pêchent qu'elle ne le paye d'un tendre
retour.
71 1 : 1
Bibianne , il est vrai , marche les yeux baiſſés ,
Mais elle eut tour à tour Licidas & Clitandre ,
Dmon , Philémon , Liimon & Cléandre ,
Et ce ne fut enfin qu'un coup de deſeſpoir .....
Aminte veut s'en aller pour ne le point
entendre ; il la retient. Il continue à vouloir
déchirer les fauſſes dévotes ; enfin elle
ſe met en colere , & il lui dit :
:
Hébien, n'en parlons plus. Aminte me l'ordonne.
Ciel ! faut-il épargner qui n'épargne perſonne ?
Qu'elles jouiffent donc du privilége heureux
D'en pouvoir impoſer à de trop foibles yeux.
Je jure déſormais de voir d'un oeil tranquille
Leur mérité exalté par un peuple imbécille ;
Mais avoir de l'eſprit , du goût , du ſentiment;
Etre belle fans art , ſage avec jugement ;
Couler des jours ſereus dans un monde agréable ,
Et ſans être frivole , être pourtant aimable :
Cependant s'éloignant d'un ſi juſte degré ,
Etre épriſe à l'inſtant d'un parti trop outré ;
De tels originaux adoptant la manie
Vouloir publiquement ſe montrer leur copie ;
Duppes de leurs faux airs , d'un triſte extérieur
A leut direct on ſoumettre en tout ſon coeur ,
Et par trop de ſcrupule & trop de défiance ,
,
:
OCTOBRE. 1749. 19
A leur fombre vertu donner la préférence :
Si j'oſe vous le dire , Aminte,en vérité ,
C'eſt prendre la vertu de ſon mauvais côté.
:
Lucette , par fon petit intérêt vis à vis
fon frere , lui découvre les ſentimens d'Aminte
pour lui ; Aminte paroît s'en fâcher ,
cependant elle lui fait entendre qu'il peut
eſpérer , &
...... Qu'il eſtdes circonstances ,
Des ſituations , certaines occurences ;
!
Qu'il faut abſolument avoir égard aux lieux ;
Qu'il faut , plus qu'on ne penſe , éviter certains
yeux.
Quoiqu'à d'austeres loix librement on s'engage >
Lahonte de changer , en fait un eſclavage.
Lucette ( Scene V I. ) reproche à ſon fre
re , qui la remercie de lui avoir fait connoître
les ſentimens d'Aminte , ſon indolence
ſur ce qui la regarde. Il la badine
beaucoup , & ſe réjouit de ſa crainte.
Comme Lifidor doit venir le rejoirdre , il
lui dit de le laiffer , parce que fi Pauline
venoit à les trouver enſemble , elle pourroit
foupçonner quelque choſe.
Lucette inquiette s'en va & revient
pluſieurs fois. Enfin craignant d'impatientienter
fon frere , elle le laiſſe ſeul. Ilat-
:
• MERCUREDE FRANCE.
tend Liſidor , bien incertain du ſuccès de
fon entrepriſe.
Au lieu de Lifidor , c'eſt Oronte ( Scéne
VII. ) qui a reçû ſa Lettre , & qui en a
auffi reçu une de Pauline, Il demande à
Dorville la cauſe des plaintes de ſa tante.
Dorville répond qu'il eſt bien difficile de
vivre avec une prude.
Que de ces femmes-là l'air eſt bien décevant !
D'un mérite plâtré cette race idolâtre ,
Pour tout le genre humain de montre acariâtre
Blâme , déchire tout & n'admire que foi.
Oronte.
Ce n'eſt pas là , mon fils , ce que je veux ,
Dorville.
Ma foi,
C'eſt à tort que le monde oſe leur faire un crime
De ce faſte arrogant de lent vertu fublime.
Il fautbienque ce monde apprenne avec éclat ,
Qu'il leur fallut livrer plus d'un cruel combat ,
Pour retirer leurs coeurs de cette douce yvreſſe ,
Dont les vapeurs encor enchantoient leur vieilleffe
;
Qu'il leur fallut enfin pleurer le tems paſſé ,
Et faire une vertu d'un repentir forcé.
Ces retours fi bruyans d'ailleurs font néceſſaires.
Une vertu trop fimple échappe aux yeux vulgaires,
Mais montrer par orgueil beaucoup d'humilité ;
OCTOBRE , 1749.
Avoir l'art de médire en toute charité ;
Faire de tout blâmer une maligne étude ;
Avoir le coeur pervers & s'afficher pour prude ??
Ce ſont de ces vertus que l'on doit publier ,
Et devant leur grandeur tout doit s'humilier.
4
Il continue fur ce ton ; fon pere ſe mer
en colere , & le quitte.
Enfin Lifidor ( Scene VIII. ) paroît
il a pouſſe ſi loin ſon intrigue avec Pau
line.
Que, même dès ce soir , cette Pauline altiere ,
A l'amour qu'il a feint ſe livrant toute entiere ,
• Se maſque , vient au bal ,& l'époule en ſecret,
7
Il eſt tellement maître de ſon coeur ,
qu'elle n'a pû lui refuſer ce facrifice ; elle
deshérite pour lui toute fa famille.
A
2
......... Ton pere eſt un vieux radoteur ,
Parce qu'il a perdu ſon bien par un malheur
Ainſi deshérité. Pour ſon neveu Dorville ,
Ce n'est qu'un étourdi , de plus un indocile ,
(Elle ne ment pas trop ) ergo deshérité :
Ta ſoeur est trop coquette , a trop de vanité.
i
Contrefaisant le ton de Pauline.
Deshéritée !
Enfin , c'eſt ma chere perſonne ,
Qui la conſolerades chagrins qu'on lui donne,
22 MRCURE DEFRANCE .
Elle avoit renoncé , dit- elle , au genre humain,
Mais elle ne peut pas me refuſer la main
Pourvû que du ſecret je lui donne aſſurance.
De plus en propre main elle veut par avance
Me remettre un Contrat , & des conditions
Par où vous n'aurez plus nulles prétentions.
Dorville avertit Liſidor de l'arrivée
d'Oronte : Liſidor en conçoit une nouvelle
eſperance ; cependant il ne faut lui
rien découvrir , parce qu'à la moindre nouvelle
, Pauline pourroit changer de batterie
, & il n'y auroit plus moyen de le
tromper.
dé-
Pauline qui vient d'apprendre la venue .
d'Oronte ( Scene IX. ) demande à Dorville
, pourquoi il ne l'en a pas informée.
Un ma foi lâché par Dorville , produit
une Scene fort plaiſante. Pauline fait un
bruit épouvantable fur ce , ma foi. Dorville
lâche des parbleu , des morbleu , &
luidit :
Morj'ea ſçais ſur des riens qui faiſant bacanal *
Arec moins de façons manquent au capital.
Pauline s'écrie : 6 vertu , ſoutiens-moi
contre cette vipére !
* L'A: teur nous permettra de remarquer qu'il
fautdire,bacchanale , & que ce mot est feminin.
OCTOBRE . 1749. 23
Le pere ſurvient , qui veut ſçavoir la
cauſe de ce bruit : Liſidor emmené Dorville
, de peur qu'il ne faſſe quelque étourderie.
Oronte ( Scéne XI . ) demande à ſa ſoeur,
quelle eſt la cauſe de ſon chagrin .
Pauline le prie de ne point penſer
cela.
Votre chere ſanté ,
Puis-je m'en informer ?
Oronte.
Elle àtoujours été
Fort bonne Pour la vôtre eſt, je crois , merveil
leuſe?
Cet embonpoint charmant...
Pauline.
1
}
L'apparence eſt trompeuſe;
Car depuis quelque tems ,je mae porte affez mal
Je me trouve pour tout un dégoût général .
Tout incommode enfin mon eſtomach débile,
Oronte.
Il faut vous ménager .
Icibas.
Pauline.
Ah ! je ſuis inutile
:
Enfin Oronte la prie de lui dire la cauſe
de ſes plaintes améręs contre les enfans .
24 MERCURE DE FRANCE.
S Pauline ne ſçait que lui dire ces gens
dumonde ne trouventjamais rien de mal :
elle fait l'éloge d'elle-même le plus modeſtement
qu'elle peut.
د
Sur mes peines toujours je garde le filence ;
Je ſçais me réſigner , je ſouffre en patience,
Plus on me fait de mal , plus j'accable de biens ;
Je plains les maux d'autrui; mais je chéris les
miens.
Malgré cette douceur qui fait mon caractére ,
La haine du prochain eſt ſouvent mon talaire ,
Et je ne prétends pas , hélas ! que vos enfans
De toutes mes bontés ſoient plus reconnoiſlans.
Oronte la preſſe de lui dire au moins ,
pourquoi elle veut mettre Lucette au Convent
: il ne ſçaura pas plus l'un que l'autre
; elle fe contente de déchirer ſaintement
ſon prochain :
Ce monde dangereux ( lui dit- elle ) vous eft il ind
connu ?
Theatre des plaifirs , tombeau de la vertu ;
Pour ofer y marcher en ce fiécle coupable ,
Qui peut se croise au crime un coeur impénétrable
Notre ſexe ſurtout , je le dis en pleurant ,
Sans honte & fans remords , va toujours s'empi
: rant;
La fille , en fuccombant, n'imite que fa mere
E
OCTOBRE .
25 1749.
Et le vice tranſmis devient héréditaire.
Life , exemple récent , regrette , mais trop tard ,
D'avoir mis , ſans profit , ſon honneur au hazard.
Belle , mais'n'ayant rien , elle uſa d'artifice ,
( Sa mere même fut conſeillere &complice )
Mais Life , voulant faire un fot d'un favori ,
Peut compter vingt amans , ſans avoir un mari.
i
Filles , femmes , tout le ſexe feminin
en un mot ,, paſſe en revûe :: aucune de ſes
foibleſſes n'échappe à la cenſure. Oronte ,
fatigué d'une fatyre , qui lui en laiſſe trop
entrevoir , fans lui rien apprendre de ce
qu'il defire , le témoigne à ſa ſoeur. Celleci
le laiſſe avec Lifidor , que ramene ſon
inquiétude de ſçavoir ce qu'elle dit à
Oronte.
Liſidor la reconduisant au fond du
Théatre , elle lui dit que ces momens font
précieux ; mais qu'il y a une tournure innocente
à donner aux choſes : ſon frere eſt
de ces gens
Dont la foible lumiere eſt toujours en défaur.
Il faut groſſir l'objet qu'on veut faire paroître ,
Pour qu'à leurs yeux trompés , il ſoit ce qu'il doit
être.
Liſidor la ſert , bien differemment de
ce qu'elle penſe , ( Scéne XII, ) mais com-
B
26 MERCUREDE FRANCE.
me il a beaucoup de ménagemens à garder',
voici comme il s'explique pour ſatisfaire
la curioſité du pere.
Depuis aſſez long-tems ,
Je ſuis le ſpectateur de tous leurs differends ,
ンEt ſans rien décider ſur Dorville & Lucette ,
Sur Pauline & fur eux ma langue eſt très-difcrette
;
Mais , s'il falloit juger de leurs diviſions ,
J'ai fait à ce ſujet quelques réflexions.
Oronte.
Que mon coeur allarmé ſe remplit d'eſperances !
Parlez.
Lifidor .
L'âge produitd'étranges differences.
De ſon printems Lucette a commencé le cours ,
Et voit l'Aurore encor des plus beaux de ſes jours :
Son jeune coeur ſortant des mains de la Nature ,
De ce monde enchanteur ignorant l'impoſture ,
Sans ceſſe voudroit voir les innocens plaiſirs ,
Ne ſuivre qu'à ſon gré les innocens defirs .
Four tout dire , Lucette a l'aimable avantage
De jouir des vertus & des moeurs de ſon âge.
Pauline eut autrefois même âge , mêmes moeursi
Mais enfin de cet âge oubliant les douceurs ,
Elle entra dansun autre , en ſuivit les maximes,
Et ſes plaiſirs paſſés luiparurentdes crimes ;
OCTOBRE. 1749. 27
Elle ſe fitdes loix , dans tout ſe réforma.
Ainſi que le préſent , l'avenir l'allarma :
Repentante par goût , auſtére avec méthode ,
De ſon âge en un mot elle ſuivit la mode ,
Et , par tempéramment efclave de ſes moeurs ,
Elle en voulut former des loix pour tous les coeurs.
۱
Oronte trouve cette comparaiſon des
deux âges admirable.
Lifidor met enfin le bon-homme dans
le cas de lui dire :
C'eſt aſſez. Sur l'avis que vous n'avez donné ,
Par la ſeule raiſon je ſerai gouverné.
L
Il faut mettre Oronte au point de ne
pouvoir plus être abuſé par Pauline , & il
n'y a que la partie du Bal qui puiſſe la dévoiler
, & lui ôter les moyens de leur apporter
aucun obſtacle. Dorville & Lucette
viennent pour ſçavoir la réuſſite de la con .
verſation d'Oronte avec Lifidor. Dorville
, tranſporté de joie de voir l'affaire
en ſi bon train , apprend à Lucette qui
l'ignoroit encore ,la maſcarade méditée
de ſa tante : on fait du bruit ; Dorville ,
qui apperçoit le premier Pauline , s'enfuit,
& Lifidor dit à Lucette :
Lucette, ce projet .
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
4 Pouvoit nous rendre heureux ; mais hélas ! c'en
eft fait :
Elle nous écoutoit .
:
SCENE XV .
PAULINE , LUCETTE , LISIDOR.
Pauline.
Ue fait ici Lucette ?
Mes adieux à Monfieur.
Lucette.
Pauline.
La petite coquette !
Retirez- vous.
Lucette , à part,
Je vais me cacher en ce lieu,
SCENE XVI.
LISIDOR , PAULINE.
Lqu'elle a
Ifidor n'eſt point ſans crainte ſur ce
pû entendre ; mais enfin il
prend la réſolution de payer d'effronterie
juſqu'au bout : ſon trouble augmente ,
lorſque Pauline lui dit :
Je ne puis vous tenir
Cette nuit ma parole,
OCTOBRE. 1749 : 29
Lifidor .
OCiel ! quel coupde foudre !
Pauline .
Hélas ! autant que vous , j'ai peine à m'yréſoudre
:
Prévoyez les dangers .
Lifidor.
Je prévois mon malheur.
Pauline.
Vous ne comprenez pas juſqu'où va ma douleur:
Liſidor , le Ciel veut que notre amour s'éprouve ;
Mais daignez regarder l'état où je me trouve;
De grace examinez ma ſituation : .
Un rien m'ôte à jamais ma réputation.
Vous ſçavez à quel point je deſire vous plaire ?
Mon amour est très-pur , mais il veut le myſtére.
Ma trop grande vertu m'a trop fait d'ennemis ,
Et , ce qu'en moi l'on blâme , à tout autre eſt
permis.
On trompe le public,quand on ſçait ſe contraindre,
Mais mon frere en ces lieux , nous avons tout à
craindre ;
11 nous voit de trop près , un rien peut nous trahir :
Que me répondez- vous par ce triſte ſoupir ?
Lifidor.
Que vous me haiſſez , que vous voulez ma perte.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
:
Pauline.
Ai-je donc rejetté l'occaſion offerte ?
Vous oubliez bientôt ce qu'il m'en a coûté.
Eſpériez-vous donc être à ce point écouté.
Que Pauline pour vous hazarderoit ſa gloire :
Voudroit , allant au Bal , je n'oſe encor le croire ,
Participer pour vous àdes plaifirs mondains ,
Et ſe livrer pour vous à des remords certains ?
Ces remords dans mon coeur ſe ſont trop fait
entendre : :
Mais quoi ! De votre ardeur je n'ai pû me défen
dre.
Je ne m'en repens pas ; vous ferez mon époux ;
J'étouffe les remords d'un crime fait pour vous.
Vous ne répondez point ? Le chagrin , qui vous
prefle,
Vous feroit-il douter encor de ma tendreſſfe ?
De ma for vous faut-il, hélas ! d'autres garans ?
Je deshérite enfin pour vous tous mes parens.
Dutort que je leur fais, le Ciel me juſtifie ,
Je l'avoue , & , ſans faire ici de calomnie
Leur conduite... Sur quoi vais je done m'arrêter ?
De ma foi , de mon coeur vous ne pouvez douter .
Lui donnant un papier.
Que mon coeur &mes biens ſoient en votre puilſance
:
Mais pour un peu de tems faiſons-nous violence ,
J'éloignerai mon frere .
OCTOBRE. 1749. 31
Lifidor.
Il faut faire encor plus ,
Tenir votre parole.
Pauline.
Hé quoi !
Lifidor.
Point de refus.
Pauline.
Ecoutez-moi .
Lifidor.
Je crains de fort mal me défendre :
Ma réſolution eſt de ne rien entendre.
Pauline.
D'Oronte ſeulement attendons le départ.
Lifidor.
Ce ſera cette nuit , Madame , ſans retard.
Pauline.
Qu'une fi tendre ardeur pour mon coeur a de
charmes ?
Ciel ! vous voyez ma joie , &j'en répans des lar
mes ,
Mais mon ame ſe livre au noir preſſentiment ,
Que nous ferons trahis en cet heureux moment.
Hé quoi ! voulez-vous donc que notre amour
éclatte
J'yconfens , cher époux , ſi c'eſt ce qui vous flatte.
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
1 De plus même je ſens que cette auſtérité ,
Dont ma vertu ſe fit une néceſſité ;
Que mon air , r mon maintien inſpirent la triſteſſe ,
Et compatiſſent mal avec votre jeuneſſe ;
Je fais ſur ma vertu cet effort dangereux ,
Que mon deſſein n'eſt plus que de plaire à vos
yeux ;
Mais fongez qu'un éclat a des ſuites terribles .
Il faut par des degrés qui ſoient imperceptibles ,
Faire voir au public ce qu'il n'eût jamais crû ,
Sans qu'il ſoit plus ſurpris que s'il l'eût toujours vû.
Ainfi , dans quelque tems, s'il le faut pour vous
plaire ,
Je vous donne la main, & n'en fais plus miſtére.
Lifidor.
Non.
Pauline.
Par quelles raiſons ?
Lifidor.
Je ne puis en donner.
Pauline .
Mais tantd'empreſſement commence à m'étonner .
Lifidor.
Je ne ſuis point preſſé.
: Pauline.
Oui,
Ce n'eſt donc qu'un caprice ?
Lifidor .
OCTOBRE. 1749 . 33
Pauline.
Cruel, à ton coeur je rends plus de juſtice.
Lifidor.
2
Un amant ne perd pas ſes droits facilement.
Tantôt vous me juriez un entier dévouement.
Quand une fois d'un coeur on nous a fait le maître,
C'eſt une lâcheté de n'oſer le paroître.
Je veux ce que je veux.
Pauline.
Me traiter en tyran !
Ah! c'eſt trop me braver.
Lifidor.
C'eſt pour vous éprouver.
Pauline.
Sçais-tu que tu pourrois lafſſer ma complaifance ?
Lifidor.
Il faut vous réſigner à prendre patience.
Pauline.
C'en est trop ; pour jamais je romps .
Lifidor.
Il en ſera ,
Madame , en vérité tout comme il vous plaira.
Ilfort.
Arrêtez.
Pauline , courant après lui.
Lifidor.
Non ,Madame.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
A
Pauline.
Hé bien , vois ma foibleſſe.
Peut- être ,trop ingrat , ris-tu de ma tendreſſer
Peut- être que mon coeur eſt la dupe du tien ?
Mais ce coear , tout à toi , n'examine plus rien.
Faffe le juſteGiel , récompenfant mon zéle ,
Que je ne pleure point un amant infidéle.
Oui , cher amant , je vais couronner tes déſirs.
La nuit vient mettre un terme à tes tendres ſoupirs.
Va, cours te préparer ; revole pour me prendre.
Jetrouve encortrop long le tems qu'il faut at-
.:
tendre.
Lucette , fortant du lieu où elle étoit
cachée , dit qu'elle a bien tremblé pour Lifidor
, & que ſa tante
Parle amour avec tant d'énergie ,
Qu'on diroit qu'elle a fait l'amour toute la vie.
Dorville , qui vient de parler à Liſidor ,
dit que Pauline ſera bien habile, ſi elle leur
échappe; combien ils vont ſe venger ! II
demande à fa ſoeur ou eſt Oronte. Elle lui
apprend qu'il eſt chez Aminte : il va les
rejoindre . A peine eſt- il ſorti , qu'Orónte
arrive &marche à grands pas dans l'obfcurité,
ſans appercevoir Lucette. Aminte l'a
voit fort raffuré ſur ſa fille & fur fon fils ;
• OCTOBRE. 1749.
14
mais Pauline vient de lui apprendre dans
l'inſtant, que ſa fille avoit des entrevûes ſecrettes
avec Lifidor , qu'elle venoit même
de les ſurprendre. Il apperçoit Lucette;
comme ils font prêts d'en venir aux
explications, Dorville & Aminte viennent
mettre le hola. Oronte ne veut rien entendre.
:
Dorville voyant venir Pauline & Lifidor
, tous deux en Domino , Liſidor ayant
une lanterne à la main , dit à Oronte :
Au lieu de mes raiſons , en croirez-vous des fairs ?
SCENE DERNIERE.
ORONTE.
Que vois- je ?
Dorville.
Eloignons- nous , monpere:
Oronte.
Sijamais
Vous me trompez .....
(Dorville les conduit tous dans le fond
du Théatre . )
Pauline à Lifidor.
Mon fang ſeglace dans mes veines,
Avançons.
Lifidor.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE..
Je ne puis.
Pauline.
Lifidor.
Que vos craintes ſont vaines !
Pauline.
Mon ombre m'intimide.... ah ! Ciel ! on fait de
bruit ;
Mais non ... ah ! Liſidor, pour me calmer l'efprit ,
Cherchez de tous côtés , & voyez ſi perſonne
Ne peut nous voir ſortir... tout ce qui m'environne
Me ſemble être ennemi.
( Pendant que Liſidor cherche , elle ôte
fon maſque , & ſe tient ce diſcours. )
Si mon frere à préſent
Wenoit à me ſurprendre en ce déguiſement ,
Qe pourroit-il penſer de ma vertu paffée ?
Combien mes ennemis me tiendroient abaiffée !
J'ai voulu , j'en conviens , ébloüir , impoſer ;
Sans ce retour heureux on m'alloit mépriſer.
D'avoir ſçû me parer d'un dehors néceſſaire
Suis- je donc ſi coupable ? Hé que pouvois-je faire ?
Quand on a ſçû joüir de ſes foibles appas ,
A mon âge on joüit des vertus qu'on n'a pas.
Mais Lifidor revient.Hé bien devons-nous craindre?
( An lieu de Lifidor , Dorville revient
avec la lanterne à la main. )
OCTOBRE. 1749. 37
Ah ! fuyons.
Pauline.
(En ſe retournant , elle ſe trouve vis-àvis
de ſon frere. )
Dorville à Pauline.
Cet habit , ma foi , vous fait àpeindre!
AAminte à Lucette.
Degrace montrez- vous ?
Aminte..
C'eſt tropde cruauté,
Elle eſt aſſez punie:
Pauline.
Il a donc médité
De me déshonorer par un tour ſi funeſte !
Dorville.
Je ne la visljamais , par ma foi , ſi modeſte.
Pauline , les yeux baiffés contre terre.
:
Perfide ! Scélérat !
Dorville àſa tante.
J'oſerois vous prier
De vouloir m'accepter pour votre humble Ecuyer,
Pauline , lui jettant ſon masque à la téte.
Sortez tous de chez moi .
Dorville , l'empêchant de fortir.
Modérez votre bile ;
Votre préſence ici nous eſt encore utile .
38 MERCUREDEFRANCE.
Yous voyez ce contrat ſigné de votre main ?
Pauline veut le lui arracher.
Perfide Liſidor !
Dorville.
Votre courroux eſt vain.
Mon pere , connoiſſez le bon coeur de ma tante ;
Voyez juſqu'à quel point elle eſt compatiſſante ;
Sonbien pouvoit nous perdre, elle veut nous l'ôter;
Liſidor , mieux que nous , en ſçaura profiter.
Pauline.
Rends-moi ...
Dorville.
Quede ce trait votre ame ne s'irrite.
Apprenez qu'à mon tour , moi , je vous desherite.
Ce contrat eſt à moi , j'en fais part à ma ſoeur.
Pauline.
Otons-leur le plaifir de me voir en fureur,
Elle fort.
Lifidor ,ſe démaſquant , à Oronte.
Ah ! Monfieur , pardonnez ; je me fais un ſcrupule
De l'avoir à ce point ſçû rendre ridicule ;
Mais pour vous détromper, un amant • ...
Oronte.
Nous jouer de la forte !
Ellea pů
Aminte à Lifidor.
Oronte eſt convaincu ,
• OCTOBRE. 1749:
Rienne peut maintenant trahir votre eſpérance.
Etmoi ?
Dorville,à Aminte.
Aminte lui donnant la main.
و
Je ne crains plus enfin la médiſance.
Cet Extrait , Monfieur , eſt bien long ,
j'en ai cependant retranché beaucoup.
L'Auteur pouvoit, ſans ſe gêner, faire trois
Actes , car la Piéce telle qu'elle eſt , a autant
d'étendue qu'une pièce en trois Actes.
Je dis même qu'il devoit la mettre en cinq
la matiere eſt aſſez féconde , & le génie
de M *** pouvoit fournir cette carriere
fans peine.
Le comiquede cette Piéce eſt noble &
dans le vrai , la verſification eſt forte &
bien foutenue ; les portraits font bien frappés
, & le caractére de Pauline eſt bien
rempli ; Lucette intéreſſe , maisje voudrois
qu'elle prît plus de part à l'intrigue , cela
auroit fourni plus de jeu &de ſituations .
C'eſt à vous , Monfieur , à juger ſi la Piéce
mérite que vous en faffiez part au Public.
J'ai l'honneur d'être , &c.
S. le R .....
P. S. J'en ai jugé en ami, jugez- en, Mon
fieur , comme Juge éclairé.
40 MERCURE DE FRANCE.
EGLOGUE *.
Preſentée à Madame la Comteſſe de Rofen ,
le jour de ſa Fête , dans ſon Château de
Bollwiller.
PALEMON , LICIDAS , DORIS .
Palemon.
APprens-moi , Licidas , quelle pompe s'apprête
;
Quels tranſports inconnus agitent le hameau ?
J'entens par tout le ſon du chalumeau.
Tous nos bergers épris d'une joye indifcrette ,
Répétent , en danſant , un air tendre & nouveau.
Le beau Daphnis eſt à leur tête.
Daphnis de Galatée a-t'il fait la conquête ,
Et veut- il célébrer un triomphe ſi beau ?
Avant le lever de l'Aurore ,
J'ai vu dans la cour de Flore
Nos bergeres cueillir , au gré de leurs defirs ,
Les tréſors que font éclore
Les careſſes des Zephirs .
J'ai vû dans leur courſe legere
Nos bergers , poursuivant les hôtes des forêts ,
Sur eux épuiſer tous leurs traits.
* Il ne nous est tombé entre les mains qu'une partie
de cette Eglogue. Ce qu'on en va lire , feraregretter
que nous nepuiſſions la donner toute entiere.
OCTOBRE. 1749 .
J'ai vû Cloris , Galatée & Glycere ,
Choiſir les fruits les plus délicieux :
C'étoit pour les offrir , ſans doute à quelques
Dieux.
Au cristal d'une onde claire
D'autres avec des fleurs , qui naiſſent dans ces
lieux ,
Dans le deſſein flatteut de plaire .
Relevoient l'éclat de leurs yeux.
Tous nos paſteurs au plaifir s'abandonnent ;
De l'émail de nos prés nos Belles ſe couronnent ,
Je ne ſçais quel eſt leur projet .
De leurs tranſports leur voix eſt l'interprête ,
Enfin tout m'annonce une fête ,
Etj'en ignore le ſujet.
Licidas.
'Ah ! tu devrois rougir de ne pas le connoître
C'eſt aujourd'hui le plus beau jour ,
Que la ſuite des tems ait jamais fait paroître.
Nous honorons le retour
De la fête la plus belle ;
La fête de Roſen , l'honneur de ce ſéjour ;
Nos bergers avec moins de zéle
Célébreroient les jours conſacrés à Cybelle.
Doris.
Nous allons tous nous ranger auprès d'elle
Chacun à ſon devoir fidelle ,
42 MERCURE DE FRANCE .
:
Va lui marquer ſon reſpect , ſon amour.
Les uns de leur verger lui portent les prémices ,
Moi , la tendre brébis qui faiſoit mes délices :
Licidas lui porte des fleurs.
Que pouvons-nous lui donner davantage ?
Depuis que ſa préſence embellit ce rivage ,
Elle a reçu l'hommage de nos coeurs.
Palemon.
Sur mes brébis innocentes ,
Pan , ne puniſſez point un oubli criminel.
Un encens pur , des prieres ferventes
Vont l'expier fur votre Autel.
Je dois tout à Roſen ,ah ! ma honte eſt extrême.
Vous avez connu mes malheurs ;
J'avois perdu mes biens & ma liberté même ,
Rien ne pouvoit adoucir mes douleurs :
Roſen par un bienfait ſuprême ,
Roſen eſſuya mes pleurs.
Elle connut mes maux , & fa faveur puiſſante
Vint au ſecours d'un malheureux ,
Je languirois encor dans cet état affreux ,
Si ſa main bienfaiſante
Ne m'avoit relevé par ſes ſoins généreux.
Je vais lui préſenter une roſe nouvelle :
Dans mon jardin j'ai choiſi la plus belle ;
Admirez ſes vives couleurs.
Le deſſein que j'avois de l'offrir à Cybelle
Rendra cette fleur digne d'elle ;
OCTOBRE. 43 1749.
D'ailleurs la roſe eſt la reine des fleurs.
Pour lui rendre mon hominage ,
Vous conſentez que je me joigne àvous.
Licidas , n'en fois point jaloux ,
Tu n'en ſeras qu'unpeu plus ſage.
Des amans je connois l'uſage ,
Je mets obſtacle à des propos bien doux ,
Etj'interromps Doris dans ſon tendre langage ;
Mais , berger , calme ton courroux ,
Doris une autre fois t'en dira davantage.
Doris.
Palémon , tu nous fais outrage ,
De nous prêter ces profanes diſcours ;
Nous parlons de Roſen, & non de nos amours.
Dans notre ſouvenir avec des traits de flammes
Son nom à jamais eſt écrit ,
Ses bienfaits occupent notre ame ,
Et ſon mérite occupe notre eſprit.
Licidas.
Je parlois àDoris de cette humeur facile ,
Dont nous reffentons les effets .
Depuis qu'elle eſt dans cet azile ,
Elle amarqué les jours par autantde bienfaits.
Doris.
Je parlois de l'emploi qu'elle fait des richeſſes ,
Et des biens qui lui ſont donnés.
Sa main en répand des largeſfes
44 MERCURE DE FRANCE.
Sur mille & mille infortunés .
Licidas.
Un jour par une grace extrême ,
Dans fon Château je fus admis.
Dieux ! quelle pompe enleva mes eſprits !
Je crus y voir l'éclat du diademe .
Cependant , & berger , ſous ces riches lambris ,
Je ne vis rien de ſi grand qu'elle- même.
Palémon.
Eh ! doit-on en être ſurpris ,
Lorſqu'on connoît ſon illuftre naiſſance ?
Elle eſt du ſang des demi-Dieux ,
wi
Du fang des Grammonts , dont la Franca
Aſouvent honoré les exploits glorieux .
Doris.
Dans nos cabanes ruſtiques ,
Berger , nous ignorons les emplois magnifiques ,
Dont ſes ayeux ont été revêtus ;
Mais nous connoiſſons ſes vertus.
Palémon.
Deux Pasteurs octogenaires ,
Qui jadis de Bellone ont ſuivi les drapeaux ,
Nous ont ſouvent appris , en gardant leurs troupeaux
,
Tous ſes titres héréditaires ;
Lenom de ſon époux & ſes nobles travaux ;
ОСТОBRE .
45 1749.
Et quelquefois for leurs ſimples pipeaux ,
Ils chantoientde ſon fils les exploits militaires.
Par ſon nom ſon mérite & celui de ſes peres ,
Ce fils peut aſpirer aux grades les plus hauts,
Licidas.
Nous faiſons de Roſen des éloges plus beaux ,
Et l'amour , le reſpect que dans nous elle excite ;
Nous font croire, berger , que ſon moindre mé
rite
Eſt d'être fille , femme & mere de Hérps.
Palemon.
Préparons nos préſens , notre courſe eſt finie
Préſentons-nous à ſon auguſte aſpect
Avecbeaucoup de modeſtie.
Ledoux tranſport , dont notre ame eſt ſaiſie,
Ne doit point trahir le reſpect,
Doris.
1
J'entends d'ici les concerts d'allegreſſe .
Bientôt nous allons voir cette aimable Comteffed
ſa noble démarche , à ſon air de grandeur ,
Bergers , nous pourrons la connoître ,
Mais encor plus à ſa douceur.
On ouvre.. Quel éclat ...Ah ! je la vois pas
roître.
Dieux! quelle joye elle inſpire àmon coeur
46 MERCURE DEFRANCE .
Palémon.
C'eſt l'effet que des Dieux fit toujours lapréſence,
:
&c.
:
: ة
Par M. Marin , Avocat au Parlement
de Paris.
洗洗洗洗洗:洗洗
REPONSE
AlAuteur des Réflexionsſur le Programme ,
concernant l'Histoire naturelle,&c. inferées
dans le Mercure d' Avril dernier , p. 168 .
Par M. François Carré.
L'Examen que
Examen que j'ai fait de vos réflexions,
Monfieur , & le plaiſir que j'ai refſenti
en les liſant , m'en a fait faire quelques-
unes que je prends la liberté de vous
communiquer. Par exemple ,
Vous attribuez à l'air la formation des
tempéramens , d'où dérivent , ajoutezvous
, les caractéres , les moeurs , les inclinations
, & les maladies attachées à chaque
climat.
Permettez-moi de vous repréſenter que
ce ſentiment me paroît trop vague , & pas
affez approfondi.
!
:
OCTOBRE. 1749. 47
L'air par lui- même ne contient rien que
de falubre , & la ſanté étant libre ,
fi cet élement devient mal-faiſant ,
dangereux , pernicieux , ce n'eſt que par
accident , ne contenant aucune malignité
en lui-même , plus dans un tems que dans
un autre , plus ſous un climat que ſous un
autre. Il ne devient contagieux que par
les differentes parties , dont il ſe charge
en paſſant ſur des montagnes , des forêts ,
des marécages , des plaines &des eaux ,
dont il s'éleve des ſouffres groſſiers , des
ſels , des antimoines , des vapeurs arſénicales
, mercurielles , vitrioliques , &c. fuivant
que les terres des contrées par leſquelles
il paſſe , contiennent plus oumoins
de ces matieres ,& qu'elles ſont plus ou
moins délayées , attenuées , volatiliſées ,
&c.
La conftitution des ſaiſons contribue
encorebeaucoup aux differentes variations,
auſquelles nous ſommes expoſés , ainſi
que les animaux : donc l'air a moins de
puiſſanceque vous ne ſemblez lui en attri
buer.
L'air eft abſolument néceſſaire au déve
loppement de tous les germes , cela ne
peut être révoqué en doute ; mais cet élement
feul nneepeut opérer toutes ces merveilles
: il eſt abſolument néceſſaire que
48 MERCURE DEFRANCE
d'autres fluides y concourent. Jettez de la
ſemence quelconque dans une terre préparée
comme il convient : fa l'air n'eſt
point aidé d'une humidité convenable , la
ſemence ſe conſervera dans la terre comme
dans un grenier , obſervation que j'ai
faite pluſieurs fois en ma vie.
Si l'air le plus pur & le plus ſain devient
contagieux , étant renfermé en de
certains lieux , comme dans quelques-uns
de nos Hôpitaux , ce n'est que parce que
tous les murs de ces maiſons ſont pour
ainfi dire incruſtés de toutes les cauſesde
mort , dont ils ſe chargent en circulant,
Ajoutez à cela toutes les particules que
reſpirent les mourans & les malades entafſés
les uns parmi les autres , avec trop peu
d'égard à leur état , & aux differens degrés
de leurs maladies : voilà la cauſe principale
de la deſtruction d'un nombre infini
de Citoyens , dont l'air n'eſt que cauſe
étrangere , étant gêné ou renfermé.
La température d'un climat influe beaucoup
ſur les temperamens ; le fond des
terres y concourt auſſi infiniment , parce
que les eaux , les fruits , les animaux , &
tous les alimens qui font utiles à l'homme,
participent à toutes ces qualités , & ceci
n'a pas beſoin d'explication pour des hommes
éclairés qui penſent,
:
Les
OCTOBRE .
1749. 49
Les maladies varient ſous un même climat
, ce qui ne peut être attribué à l'air
nais à la conſtitution de la ſaiſon qui a
précedé , ou qui eſt préſente.
Quelle oppoſition plus grande d'un
François à un Négre , quant à la couleur ?
Attribuera- t'on ce phenoméne à l'air ſeul ?
Je ne le penſe pas..
Rienn'eſt moins ſurprenant que de voir
les differens peuples transferés en Angleterre
, reſſembler aux anciens Bretons ; c'eſt
le même ciel , la même ſituation , la même
expoſition , le même fond , les mêmes
fruits , les mêmes alimens , les mêmes
eaux , la même température. C'eſt par la
même raiſon que les Allemands d'au.
jourd'hui reſſemblent à ceux qui habi
toient leurs terres , il y a trois milleans ;
que les François ſont devenus Gaulois ;
que les chevaux d'Eſpagne & les barbes
deviennent dourdiers en Suiffe , &
que les plantes d'un climat dégenerent,
étant tranſportées dans un autre.
L'eſprit de la Religion , & la nature
des Loix , qui ont également varié , font
les principales cauſes qui ont adouci le
caractére & les moeurs des François &
des Gaulois , qui n'ont formé qu'un même
peuple , dès-là , qu'ils ſe ſont unis
étroitement par des alliances , par l'intérêt
C
:
10 MERCURE DEFRANCE.
commun & général , & qu'ils ont été ſou
mis à la même créance & aux mêmes Loix.
Je dis que c'eſt la Religion & les Loix
qui influent ſur les moeurs des differens
peuples , mais non pas l'air. Si le caractére
des Montagnards , en général , eſt plus dur
& plus ruſtique que celui des Plaines &
des Villes , c'eſt moins une qualité de cet
élement ,que le défaut de commerce & de
ſociété , qui , en poliçant les moeurs , les
forment également , par la néceſſité de ſe
plier aux goûts , aux caprices , & à la façon
de penſer de ceux avec lesquels on eſt
obligé de vivre , comme avec ceux
auſquels on eſt lié , de ceux dont on dépend,
& de ceux même qui nous font foumis.
Quoique l'homme foit en quelque
forte inimitable , il eſt néanmoins imitateur.
Telamon est né & a été élevé dans
une baſſe claſſe , il s'eſt formé par l'uſage
du monde ; l'orgueil & l'ambition l'ont
rendu docile auprès de ceux qui pouvoient
contribuer à ſon avancement. Un
Protecteur , fauſſement perfuadé de ſon dévouement
à ſa perſonne &à ſes interêts ,
ou à qui il a ſçû plaire dans certaines choſes
pour lesquelles il avoit de l'inclination
, lui a procuré une place avantageuſe
, par le privilége qu'il avoit d'abuſer
des revenus du Prince, d'enlever le néceſ
OCTOBRE. 1749.
51
Saire à mille malheureuſes familles , dont
ſa cupidité a causé l'anéantiſſement ; il
tranche aujourd'hui du grand Seigneur ,
dont il a ufurpé le nom , les titres & les
prérogatives , par l'acquiſition d'une ou de
pluſieurs Terres : il ſoutient ce perſonna
ge du mieux qu'il lui eſt poſſible : je demande
ſi ce Phénoméne journalier eſt un
effet de l'air.
Je prie l'Auteur des Réflexions , d'être
perfuadé que ce n'eſt point l'eſprit de cri
tique qui m'a engagé dans cette difcufſion
ſuccincte ; mais le pur amour de la
vérité , & le defir , ſi cela étoit en mon
pouvoir , de lever lesbornes dans leſquelles
on a renfermé le jugement humain
en l'accablant de préjugés pitoyables
comme pour le reſſerter , au lieu de l'étendre
& de l'annoblir. Moins d'univerfalité
, & l'eſprit ſera plus ferme , plus
ſain , & à couvert d'un grand nombre de
maladies.
,
Je me réſerve àdémontrer en ſon lieu ,
que les fluides & les fucs ont infiniment
plus de part que l'air , à certaines maladies
qui ne font point habituelles , & dont les
principes ne réſident point en lui, &
qu'ils concourent beaucoup plus qu'on ne
penſe àcelles qui ſont ordinaires.
A Paris , ce 30 Avril 1749 .
Cij
52 MERCURE DE FRANCE!
EPITRE
A M. J. Etudiant en Droit à Bale.
Toi , qui fais briller, à peine
? en tonprintems,
Des talens qu'on n'obtient que du nombre des ans;
Qui déja des neuf Soeurs devenu le Pupille ,
Trouves vers le Parnaſſe une route facile ;
A rimer , J ... tu m'as ſçû entraîner.
;
En vain mille raiſons ſembloient m'en détourner
Je ſçais que dépourvû du talent néceſſaire ,
Je n'ai pas , comme toi , le vrai moyen de plaire ;
Queje vais me livrer aux fatyriques coups ,
Qu'apprête contre moi leCritique en coutroux;
Mais mon coeur excité par la reconnoiffance ,
S'efforce à ran mer ma muſe qui balance ,
Et voudroit l'engager d'acquitter à ſon tour
L'Ode qu'en ma faveur tu voulus mettre au jour.
LorſqueMars, m'arrachant de nos douces contrées,
Me ramenoit encore au milieu des armées ;
Tu chantas les regrets que j'avois de quitter
Les douces liaiſons qui ſenabloient m'arrêter,
Que n'en coura-t'il point à cet amour fi tendret
Mais l'honneur m'appelloit,je ne pus mendéfendre.
Je courus , j'obéïs , ne comptant d'autre loi,
OCTOBRE. 1749. 53
Que celle de remplir dignement mon emploi.
La gloire m'a conduit au milieu des allarmes ;
Pour elle du repos j'ai quitté les doux charmes ;
J'ai quitté ma Themire & mes tendres amis.
Pour perdre tant de biens , m'en est- il tant promis ?
Mais apprens, cher ami , quelle eſt ma deſtinée ;
Sans doute que déja la prompte renommée
Aſemé juſqu'à toi , dans nos heureux climats ',
Les ſuccès éclarans de nos ſanglants combats *.
Le grand Roi queje fers , enchaînant la victoire,
Voit croître chaque jour ſon triomphe & ſa gloire,
Et ce vaillant Saxon , l'image du Dieu Mars ,
Aſſervit la fortune , & fixe les hazards.
Nous ſuivons nos Héros de conquête en conquête.
Partoutnous triomphons ,ſans que rien nous arrête,
Et ces murs ſi fameux, ces chefs- d'oeuvre de l'art ,
Aux coups que nous portons font un foible rempart.
Mais toi , cher J .. à l'abri de l'orage ,
Tu ſonges àſauver ta raiſon du nauffrage ;
Cultivant les talens dont le Gielt'a comblé ,
Tu trouves le bonheur avec la vérité.
Seul dans ton cabinet , exempt d'inquiétude ,
Tu goûtes les doux fruits d'une agréable étude ,
* La bataille de Fontenoi & l'affaire deMèle.
CetteEpitre fut écrite à lafin de cette Campagne, fi
glorieuse pour la France.
1
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Et pour diverfifier des travaux ſérieux ,
Prenant la Lyre en main , d'un ton mélodicur,
Tu fais couler des vers de ta veine fertile ,
Sûrs de te captiver le goût le moins facile.
Quelquefois à Philis tu chantes ton ardeur ,
Ravi de ſa tendieſſe , ou blamant ſa rigueur,
Ou bien tu nous dépeins le ſçavoir & la gloire
D'un perſonnage illuftre & digne de mémoire .
Tu fçais te diftinguer de toutes les façons:
Ma's moi , que la Nature a privé de ſes dons ,
De répondre à tes vers quelle eſt donc mon audace
?
Qu'au milieu d'une armée on eſt loin du Parnaſſe
Les filles d'Apollon , recherchant le repos ,
S'éloignent du tumulte &des rudes ravaux ,
Nepouvant efperer d'obtenir leur ſuftrage .
Finiffons, c'eſt , je crois , le parti le plus ſage.
Par F... Officier au Régiment Suiſſe de S.*.
* L'Auteur n'avoit que dix-sept ans & demi, lorf
qu'il composa cetteEpitre.
ОСТОBRE. 1749. 55
VERS
***
'A Mad. d'Aft.. à sa maison de campagne de
Ch.. le 15 Juillet 1749 .
VOs propos d'Aft. , admirable ,
Séduisent l'eſprit & le coeur ;
J'en ai ſenti le charme aimable ,
Le fin , le poli , la douceur.
Que ne m'est-il moins difficile
De quitter ces ſauvages lieux ?
Je volerois dans votre afile ,
Séjour plus charmant àmes yeux ,
Que celui qu'habitent les Dieux.
Non , Paphos , Cythere , Idalie ,
Où Vénus fe fait adorer ,
1
1
Sont beaucoup moins dignes d'envie ;
Que ceux où l'on peut admirer ,
Loin du tumulte & des allarmes ,
Envvré de mille douceurs ,
Votre esprit , vos talens , vos charmes,
Qui vous captivent tous les coeurs.
Mais que dis- je ..... hélas ! où m'engage
La vive ardear de mes déſirs ?
Ch .. , ſéjour des rais plaiſins ,
Je ne puis, plus je l'enviſage .
M- flatter du doux avantage-
D'a'ergotiter fous ton ombrage
3
1
1.
f 4
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE:
Mille agrémens délicieux ,
Et fous les loix de ta Déeſſe ,
Couler dans une aimable yvreſſe
Des jours plus beaux que ceux des Dieux
D'un coeur , hélas ! trop ſuſceptible ,
Je dois redouter les écarts.
Ah! pourroit- il être inſenſible
Aux traits puiſſans de vos regards ?
Mais dans l'ardeur inexprimable
De ſes plus tendres ſentimens ,
Près de vous , d'Aft .. trop aimable,
Il trouveroit mille tourmens
U mortel , trop digne d'envie ,
A déja trop ſçû vous toucher,
Alui fi tendrement unie ,
Qui pourroit vous en détacher
D'une démarche téméraire
Evitons le fuccès amer ,
Je ne pourrois aſſez vous plaire ,
Et vous ſçauriez trop m'enflammer.
Si pour garder un coeur tranquille ,
Et m'épargner mille tourmens ,
Je n'oſe donc dans votre afile
Aller paffer d'heureux momens ,
A mon coeur , d'Aft .. adorable ,
Accordez , du moins par pitié ,
Le bien flatteur & défirable .I
D'un peu d'eſtime & d'amitié.
4
شد
Parlemême.
ОСТОВRE.
1749. 57
Onſieur , vous ferez des vers *
Mahonneur de
que
vous adreſſer , tel
uſage que vous jugerez à propos. L'Auteur
ſe rend trop dejustice pour oſer ſe flatter
qu'ils feront placés dans votre Ouvrage
Périodique , où vous obſervez tant de
choix&tant de difcernement , à moins
que cette confidération , qu'il est né dans
une Ville dont la Langue naturelle eſt l'Allemande
, jointe à ſon âge , ne vous faſſe
avoir quelque indulgence. D'ailleurs ,
Monfieur , une approbation auſſi flatteuſe
que la vôtre , & fi peu équivoque , ferviroit
beaucoup à l'encourager à ſe diftinguer
davantage dans une carriere dans laquelle
il ne fait que d'entrer. J'ai l'honneur
d'être avec une très-parfaite eſtime ,
votre , & c .
T.* , ce 19 Août 1749.
* Il s'agit des vers qu'on vient de lire,
.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
SECONDE LETTRE
De D * * R. Bénédictin de Clugny , à D. R.
du même Ordre , contenant la suite des
Remarques qu'il a faites ſur le Livre intitulé
: Mémoires pour ſervir à l'Hiſtoire
du Nivernois & Donziois. Par M. N.
D. L. R. A. Ε. Ρ.
IP
paru par votre réponſe , mon
R. P. que mes remarques ſur le Livre
de M. N. D. I. R. vous faifoient plaifir ;
mais je ne croyois pas pour cela qu'elles
dûffent paroître au grand jour , & j'ai
été furpris de voir ma premiere Lettre imprimée
dans le Mercure de Juin , ſecond
volume.
Je ſuis faché , auſſi bien que vous , que
les Mémoires que D. Doller avoit colligés
pour parvenir àdonner au Public uneHif
toire du Nivernois , ne ſe foient pas trouvés
après fa mort ; ils vous auroient éré
d'un grand ſecours , ce Religieux ayant
parcouru toute cette Province , où on lui
avoit ouvert avec plaifir tous les dépôts de
Titres & Archives , tant des Seigneurs que
des Communautés. Il me ſemble qu'on devroit
au moins trouver quelques-uns des
OCTOBRE. 1749. 59
matériaux qu'il avoit ramalfés. Je ne puis
trop vous exhorter à en faire la recherche
& à les mettre en oeuvre : cependant je
vais continuer à vous communiquer mes
remarques ſur le Livre nouveau , au riſque
qu'elles paroiffent encore dans le Mercure.
L'Auteur , page 61 , parlant de François
deCleves , premier Duc de Nevers , dit
que ce Prince avoit épouse Marguerite de
Bourbon , fille deJacques Duc de Vendôme ,
&foeur d'Antoine de Bourbon.
Le pere d'Antoine & de Marguerite de
Bourbon , que François de Cleves avoit
épousée , ne s'appelloit pas Jacques , mais
Charles de Bourbon , premier Duc de Ven
dôme *.
L'Auteur auroit dû ajoûter qu'en ſecondes
nôces le même François de Cleves
épouſa Marie de Bourbon Saint Paul , veuve
de Jean deBourbon, Comte d'Enguyen,
tué à la bataille de Saint Quentin , de laquelle
ni l'un ni l'autre n'eurent d'enfans .
En troiſieme rôces cette Princeſſe épouſa
Léonor d'Orléans , Duc de Longueville.
Ce Prince ( François deCleves ) ajoûte
* Voyez MM. de Sainte Marthe , page 766 &
fuivantes, & encore pag. 421 édit in-4º de 1619 .
& Coq. Hist. du Niver. pag. 211 , & 310. Ed.
in-4
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
1
l'Auteur , mourut à Nevers le 13 Février
1562. Coquille , Auteur contemporain ,
le dit de même , j'y foufcris : la Tradition
eft pourtant à Nevers , qu'il est mort de
pefte au Château de Cuffi * , à deux lieues
de cette Ville ,& le manufcrit dont je vous
ai parlé à la fin de ma premiere Lettre ,
porte qu'il eſt mort à Cuffi le 13 Février
1561 , qui eſt toujours 1562 , ſuivant la
façon de compter depuis la réformation
du Calendrier .
Même page 61 , François II , ( Duc de
Nevers ) eut pour ſon partage le Duche Pairie
de Nevers , les Comtés d'Auxerre , dé
Rhetel,&c . ce Prince eut ſeulement le titre
de Comte d'Auxerre , l'Auteur le dit luimême
à la page 6 ,.
Page 62 , ce jeune Prince ( l'Auteur parlant
encore de François II , Duc de Nevers
) mourut à l'age de vingt-trois ans ; a'une
bleſſure qu'il avoit reçue par accident le
jour de la bataille de Dreux , avant qu'on
donnât le combat , un nommé des Bordes ,fon
Genulbomme , lui ayant laché imprudemment
fon piſtolet dans les rein .
* Cuffi étoit la maifon de plaiſance des anciens
Comtes & Ducs de Nevers ce Château a été ruiné
par le Maréchal de Montigny en 617 , par ordre
de la Reine Marie de Medicis & du Maréchal
d'Ancre.
OCTOBRE. 1749.
S
5
,
a
1
a
a
Un nommé des Bordes , fon Gentilhomme.
Il n'y a perſonne , qui en lifant ceci , ne
conçoive que le nommé des Bordes étoit un
des domeſtiques de ce Prince ; mais voyons
quel étoit ce des Bordes. Il s'appelloit ,
comme preſque tous les Seigneurs de ſa
Maiſon (l'une des plus conſidérables du
Nivernois ) de ſon nom de Baptême Imbert
, & étoit le Chef de la Maiſon de la
Platiere , petit- neveu d'un Evêque de Nevers
, du même nom , mort en 1518 , &
neveu d'Imbert de la Platiere de Bourdil-
Ion , Maréchal de France ſous Charles IX.
Il étoit Enfeigne de la Compagnie'd'Hommes
d'Armes de M. de Guiſe , lorſque le
funeſte accident dont parle l'Auteur , lui
arriva , & du déſeſpoir qu'il en conçut , il
ſe fit tuer en cette bataille de Dreux * .
Cette Maiſon de la Platiere , dont le magnifique
Château appellé les Bordes , frué
àune lieue & demie de Nevers , marque
encore la grandeur & la haute nobleffe de
ceux qui l'ont poſſedé , eſt fondue par les
femmes dans la Maiſon de la Grange d'Arquien
, qui a donné un Maréchal à la
France ** & une Reine à la Pologne ,
***
* Voyez le P. Daniel , fir 1562.
** Le Maréchal de Montigny , François de la
Grange , mort en 1619 .
Marie de la Grange d'Arquien ,femme de
Jean Sobies , morte àBlois en 1716.
62 MERCURE DE FRANCE.
&la Terre & le Château des Bordes ap
partiennent à préſent à M. le Comte de
Béthune , par ſon ayeule paternelle de la
Maiſon de la Grange d'Arquien , femme
du Marquis de Béthune-Selles , ayeul du
Comte de Béthune, à préſent Seigneur des
Bordes. Voila quel étoit le nommé des Bordes;
voila quels ont été& font ſes parens
&ſes ſucceſſeurs .
Page 70. L'Auteur parlant de Louis de
Gonzague , Duc de Nevers , dir que ce
Prince paffant par Entrein , accompagné de
Soixame Cavaliers , la garnison que la Lique
avoit dans cette petite Ville , dont elle s'étoit
emparée,le chargea fi brusquement , qu'il reçut
au genouil une bleſſure dont il fut incommodé
toute la vie.
Il eſt queſtion ici d'examiner ſi la garniſon
d'Entrein , qui chargea Louis de
Gonzague& le bleſſa au genouil, tenoit
cette Ville pour les Calviniſtes ou pour
les Ligueurs , comme l'avance l'Auteur,&
même ſi alors il étoit queſtion de Ligueurs.
Coquille, qui vivoit en ce tems-là, dans
fon Hiſtoire du Nivernois , page 216 ,
Edition in-4 . parlant de ce Prince , dit
qu'il fit avertir, du Piémont où il éroit
Gouverneur ,le Roi Charles IX . de l'entrepriſe
de Meaux. Quelques lignes plus
bas il ajoûte : » Et mondit Seigneur voyant
OCTOBRE 1749 68
» le Roi en perplexité à cauſe de cette
> ſoudaine& inopinée entrepriſe , fit amas
>>d'une gaillarde armée , telle que pour le
>>tems , le lieu & l'occaſion , ſe pouvoit
>>>dreffer , & l'amena au ſecours du Roi.
> fort à propos & mit ſous l'obéiffance du
» Roi Vienne & Mâcon , & après pluſieurs.
7
exploits de guerre , comme il venoit en
>>icpays de Nivernois pour donner ordre
>>à quelques affaires , accompagné de ſoi-
>>>xante chevaux , il fut chargé par la gar-
>>niſon qui étoit à Entrein ,Ville fienne:
>> au Donziois , qui étoit tenue par les en-..
>>nemis ; ceux qui l'affaillirent furent
>>con battus & mis en fuire , mais il de...
meura bleſſé au genouil d'un coup d'arquebuſe
, dont il porte encore les marque
en fa perſonne , car il eſt demeuré
➡boiteux.
Brantôme , autre Auteur contemporain ,.
-parle auffi de cette bleſſure ,& dit qu'elle
fut faire à ce Prince par un Gentilhomme
- Huguenot & fon vaſlal. Voici comme il
raconte l'affaire , Chapitre de M. le Prin--
cedeConde.
>>Enfin ladite Place de Macon fut priſe
avec beaucoup de réputation de M. de
>> Nevers & de ſes gens , & fi le Roi ne
» lui cu mandé de venir auffi tôt joindre
M. fon frere , il y eût fait de bons ſervi
.
64 MERCUREDE FRANCE.
ces en Dauphiné , Lyonnois & Bourgo-
>> gne . Etant donc arrivé en notre armée ,
>> il demanda congé d'aller juſqu'à No vers
>> voir Madame ſa femme , qu'il n'avoit
>> vûe il y avoit long-tems ; en y allant ,
>> il vint à rencontrer quelques Gentils-
« hommes Huguenots qui alloient à l'ar-
>> mée , dont la plupart étoient fes Vaſſaux
»& voiſins ; fans dire gare , il les chargea
»& en porta par terre un & fon Vaſſal ,
>> qui tout par terre , lui déchargea fon
>> piſtolet à la jambe vers le genouil , & le
>>> bleffa tellement que l'on en attendit
plutôt & long tems la mort que la vie.
•Voila donc l'époque de ce petit combat ,
•fixée à la même année que Louis de Gonzague
prit Mâcon ſur les Calviniftes.. Or
cette priſe arriva en l'année 1567. Mezerai
nous l'apprend , ainſi que la bleſſure
de ce Prince , de laquelle , dit- il , il demeura
boiteux toute fa vie &fort ulcerécontre
lesHuguenots.
Il réſulte de tout ceci que la garniſon
d'Entrein étoit Huguenote , & tenoit cette
petite Ville pour fon parti ,& que le
Duc de Nevers fut bleſſé par un Hugenot
* , & non par un Ligueur. En 1567 ,
* La tradition à Nevers est , qu'il étoit de la
Maiſon de laMagdelaine de Râgny
OCTOBRE. 1749, 69
& ſous le Roi Charles IX, étoit- il queftion
de la ligue ? C'étoit tout au plus un
feu caché fous la cendre , qui ne s'enflamma
que neuf ans après en 1576 , fous
Henri III .
Page 72. L'Auteur dit , que Charles de
Gonzague ( fils de Louis ) ne poſſeda pas
long-tems le Nivernois ; ayant hérité en l'année
1627 , des Duchés de Mantoue &de
Montferrat , il quinta la France pour paffer.
en Italie &poffeder ſes Souverainetés.
Charles de Gonzague a poſſedé le Nivernois
depuis le 23 Octobre 1595 , jour
de la mort de ſon pere ( Ludovic ) jufqu'en
1637 qu'il décéda , ce qui fait quarante-
deux ans de poffeffion , tems confidérable
ſuivant le cours de la nature. Il
eſt vrai qu'il hérita des Duchés de Mantoue
& de Montferrat en 1627 , mais il
ne ceſſa pas pour cela de poſſeder le Nivernois
, & toutes les autres Terres qu'il
avoit en France . L'Auteur n'en convientil
pas tout de ſuite , en diſant : qu'après
ſon décès les biens qu'il avoit en France furent
vendus par Marie de Pologne * ,
Anne , Princesse Palatine , ſes filles , au Cardinal
Mazarin , le 11 Juillet 1659 ?
Il eſt vrai que vingt-deux ans après le
* Il auroit dû dire , par Marie , Reine de Po
logne.
66 MRCURE DEFRANCE.
décès de Charles I. Duc de Mantoue,
Montferrat , Nevers, Mayenne & Rherel,
fes biens de France ( fur lesquels Marie ,
Reine de Pologne , & Anne , Princefle
Palatine,ſes filles , avoient à prendre , la
premiere dix-huit cens mille livres , &la
feconde quinze cens ) furent vendus par
Charles II . petit- fils & fucceſſeur immédiat
de Charles I. comme lui Duc de Mantoue
, Montferrat , Nevers , Mayenne &
Rhetel,&par les deux Princeſſes ci-deſſus,
fes tantes au Cardinal Mazarin .. Mais
P'Auteur qui n'a pas jugé à propos de continuer
la Genealogie de la Maiſon de
Gonzague-Nevers , comme il auroit du
faire au moins juſqu'à la vente du Nivernois
, n'a pas connu ceCharles II. Duc de
Mantoue & de Nevers en même tems,
quoiqu'il ait éré Seigneur pendant vingtdeux
ans du Nivernois. Il eſt vrai que les
deux Princeſſes ſes tantes en avoient la
jouiſſance pour les intérêts de leurs appanages;
mais la justice e rendoit; les foi&
hommage ſe faifoient ; les provitions d'Of
ficiers ſe donasient ; les baux des Fermes
&les ventes des Bois ſe faifoient au nom
de ſon Alteſſe de Mantoue , Charles de
Gonzague.
Je vais continuer cette Génealogie de la
Maiſon de Mantoue - Nevers , juſqu'à a
OCTOBRE. 1749. 67
4
vente du Nivernois , perfuadé pourtant
que vous la ſçavez déja.
Charles I. fils de Ludovico , ou Louis
de Gonzague , & d'Henriette de Cleves-
Nevers , naquit à Paris , le 16 Mai 1580.
Il épouſa Catherine de Lorraine , fille de
Charles de Lorraine , Duc de Mayenne ,
& d'Henriette de Savoye ; ce Prince &
cette Princeſſe ont fondé le Convent des
Minimes de Nevers , & l'ont bâti ainfi
que l'Eglife , dont les Autels font d'une
richeſſe immenfe par la beauté du marbre ,
&des pierres précieuſes qui les compofent
*. Cette fondation a été accomplie à
l'occaſion d'un voeu qu'ils firent à Saint
François de Paule pour avoir un fils , & le
premier de leurs enfans a porté le nom 8
Thabit de ce Saint. Il mourut en 1622
âgé de ſeize ans, & a été enterré dans cette
Eglife , où ſa robe de Minime ſe voit encore
aujourd'hui fufpendue au-deſſus de
ſon epitaphe , & au-deſſus de la robe eſt
un carteau de velours noir , ſur lequel eft
poſéeune Couronne Ducale.
*Ce Prince a auffi bâti le peti.Châtean , & a
contribué aver la Ville, à la conſtruction de la
Place de Nevers une des plus belles de l'Europe
par ſa ſituation , ſi le projetavoit éte entierement
exécuté; la Place de Charleville eft encore un
ouvragedumême Prince.
11.34
:
8 MERCURE DEFRANCE.
4
Leurs autres enfans furent , 1 °. Charles
de Gonzague , qui épouſa Marie de Gonzague
, ſa coufine , & qui mourut avant
fon pere en 1631 , étant âgé de vingtdeux
ans , & laiſſant un fils , appellé Charles
, qui fuit.
2 °. Ferdinand , mort auffi en 1631 ,
fans être marié.
1
3 °. Louiſe-Marie , qui épouſa en 1645
Ladiflas , Roi de Pologne , & apres ſa
mort Jean Cazimir ( frere de ſon premier
mari ) auffi Roi de Pologne , morte à Varſovie
en 1665 .
4° . Anne , qui épouſa Edouard de Ba
viere , Prince Palatin du Rhin .
0
5 ° . Benedicte , Abbeſſe d'Avenay , mor
te en 1637 .
De Charles de Gonzague & de Marie
de Gonzague étoit iſſu Charles II. Duc de
Mantoue , Montferrat , Nevers , Mayenne
&Rhetel , qui naquit en 1629, fuccéda
àſon ayeul Charles I. en 1637. Il épousa
Iſabelle- Claire d'Autriche , fille de l'Ar
chiduc Léopold. Il vendit avec ſes tantes
tous les biens de France au Cardinal Mazarin
, dont les principales Terres étoient
les Duchés de Nivernois , Rhetelois & de
Mayenne. Ce Prince mourut le 14 Août
1665 .
Permettez-moi de vous obſerver ici ,
OCTOBRE. 1749.
ه و
٦٠
רז
it
fa
er
20
۱۰
e
e
a
mon R. P. qu'il eſt étonnant que l'Auteur
nediſe pasun mot du ſiége de Nevers en
1617 , par le Maréchal de Montigny ,
envoyé par la Reine , mere de Louis XIII ,
& le Maréchal d'Ancre , pour s'emparer
des Terres de Charles de Gonzague , &
qui fut levé le 25 Avril par l'ordre du
Rei, en mandant au premier Maréchal la
mort du dernier , & fitôt que la Ducheffe
de Nevers l'cut appriſe , elle offrit de re
cevoir les troupes du Roi dans ſes Places.
Page 73. Le Cardinal Mazarin , dit
l'Auteur , acheta le 11 Juillet 1659, leDuché
de Nevers &la Baronnie de Donzi.
Non- ſeulement ce Cardinalacheta Nei
vers , mais encore: Mayennet, Rhetel , &
tous les biens de France appartenans à la
Maiſon de Mantoue.
Page 76 , parlant des enfansde Michel-
Laurent Mancini , Baron Romain , il dit
que l'aînée des filles , appellée Laure- Victoire
Mancini , épousa les Février 1651 , Louis,
Duc de Vendôme . 20
Elle épousa le Duc de Mercoeur , fils
aîné du Duc de Vendôme. Comme elle
mourut avant le Prince ſon beau- pere ,
elle n'a jamais été appellée pendant ſa vie
que Ducheſſe de Mercoeur.
Page 93 , l'Auteur parlant de la Ville
de Clamecy , fesArmes , dit-il, que l'on voit
70 MERCURE DE FRANCE!
au portail de fon Eglise , & que portoient aus
trefois les Villes de Never's & d'Auxerre
font celles despremiers Seigneurs de ces Villes
de la famille de Landry ; elles ſont d'azur
au lion d'or ſemé de billetes de même.
Les Armes de la Villede Nevers font
encore précifément les mêmes que celles
que rapporte l'Auteur , mais qu'il blazone
mal: c'eft d'azur ſemé de billetes d'or au
lion rampant, de même armé & langué de
gueules. S'il étoit entré dans l'Hôtel-de-
Ville de Nevers , il les autoit vûes de toutes
parts en relief & en peinture , tant
dans les anciennes conſtructions que dans
lesmodernes.
Coquille nous apprend , page 189 de
ſon Hiſtoire de Nivernois , in-4°. qu'après
que les Comtes de Flandres eurent
abandonné les anciennes Armes de la Maiſon
de Nevers , elles furent recueillies
par lesCommunautésdes Villes de Nevers
&d'Auxerre , qui les retenoient encore de
fon tems.
Je ne ſçais ſi la Ville d'Auxerre a con
ſervé les mêmes Armes juſqu'aujourd'hui ;
mais il eſt conſtant que Nevers les conſerve
encore , & elles ſe voyent à la clef
de la voute de la magnifique porte d'entrée
, que cette Ville vient de faire conf
truire du côté de Paris . -
OCTOBRE 1749 7
Page 177. L'Auteur paroît embarraſſe
au ſujet d'un Jean Chevalier , Garnetier de
Clamecy , Garde du Scel de la Prevôté de
cene Ville , & il croit qu'on devroit lire ,
Gruyer de Clamecy.
Pour moi je penſe qu'en vieux langage
Garnetier étoit le même Officier qu'on
appelle aujourd'hui Grenetier , du grenier
à fel, fi tant est qu'il n'y ait pas même
dans l'Acte cité Grenetier ; les gens de la
campagne difent encore, ſouvent garniers
pour greniers ; & ce Jean Chevalier réuniſſon
ſans doute en ſa perſonne la charge
deGrenetier du Grenier à fel de Clamecy ,
à celle de Garde- Scel de la Prevôté de cet
teVille.
ic
Je finirai par cette bagatelle ,qui ne méritoit
pas plus l'attention de l'Auteur que
la mienne , en attendant ma troiſième &
derniere Lettre que je vous enverrai bientôt.
Je ſuis très-parfaitement mon R. P.
votre ,&c.
72 MERCUREDEFRANCE.
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗清洗洗洗洗器
VERS *
De M. de Voltaire à Madame de B... en
lui envoyant la Henriade & l'Histoire de
Charles XII.
D
& fau- Eux Héros differens , l'un ſuperbe
: vage,
L'autre toujours aimable , & toujours amoureux ,
A l'immortalité prétendent tous les deux;
Mais pour être immortel il faut votre fuffrage.
Ah ! ſi ſous tous les deux vous euſſiez vû le jour ,
Plus juſtement leur gloire eût été célébrée.
Henri IV. pour vous auroit quitté d'Eſtrée ,
Et Charles Douze auroit connu l'amour.
* Cette Piéce & les deux ſuivantes font anciennes,
mais nous ne nous souvenons pas qu'elles ayent
été imprimées.
AUTRE.
OCTOBRE. 1749.73
AUTRES.
T
pour excu- AMadame la Comteſſe de ***
fer un jeune homme , qui s'étoit avise de
devenir amoureux d'elle.
ILeſt difficile de taire
:
Ce qu'on fent au fond de fon coeur;
L'exprimer eſt une autre affaire.
Il ne faut point parler qu'on ne ſoit sûr de plaire ,
Souvent on eſt un fat en montrant tant d'ardeur :
Mais ſoupirer tout bas ſeroit-ce vous déplaire ?
Puniffez - vous , ainſi qu'un téméraire
L'amant difcret , ſoumis dans ſon malheur ,
Qui ſçait cacher ſa fainme & fadouleur ?
Ah ! trop de gens vousmettroient en colere.
,
DE
AUTRES.
E C... j'apperçus l'autre jour
Les yeux charmans s'enflammer de colére.
J'allai m'en plaindre au maître de Cythere ,
AugrandDieu que l'on appelle Amour.
Hélas! ta plainte eft inutile ,
D
2
74 MERCURE DEFRANCE.
Me dit ce Dieu , tu perdras tous tes voeux.
Lui plaire n'eſt pas facile ,
La choquer eſt dangereux ,
La ſéduire eſt difficile.
Pyſuis embarraflé moi même avec mes feux ;
Avec tout mon pouvoir, & mes ſoins, & mon zele,
Et tu n'es pas le premier malheureux
Qui vient à moi ſe plaindre d'elle.
すっこ
code
2009 20
APOLOGIE DE L'AΜΙΤΙΕ' .-
5
U
AM. Mor... de Maum...
is i
Ne Lettre des plus herétiques vient
de paroître ,cher ami , dans le fecond
volume du Mercure de Juin ; vos occupations
, toutes férieuſes qu'elles font ,
vous permettront , je penſe , d'y faire attention
; c'eſt devant vous que je la cite ,
c'est-à-dire devant le bon ſens & l'ami de
la justice , pour y être jugée conformément
à la vérité. Voici ma délation , elle
ſentira peut être l'Avocat acharné ; mais
excufez moi , c'eſt votre cauſe & la mienne
que jeplaide.
L'Auteur, ébloui ſans doute des faveurs
enchantereſſes de l'amour yif & récent ,
C
OCTOBRE. 1749. 75
τ
,
-
veut le faire prévaloir ſur les délices de
*l'amitié pure & conſtante. Ce point ,
quelque douteux qu'il foit , peut demeurer
indécis. Mais prétendre du même coup
anéantir l'amitié , c'eſt ce que je ne puis
ſouffrir ; nous y ſommes intéreſſés.
Qu'à l'exemple de mille autres , non
moins aveugles que lui , l'Auteur ſacrifie
aux appas de ſon Iphyſe les vertus morales
dont l'obſervance feroit tort à ſa pafſion
: qu'il foudroye toutes celles qui ne
ſont pas amour , on ne fera que rire de ſa
folie. Mais du moins qu'il laiſſe en repos ,
s'il n'eſt pas d'humeur à l'honorer , l'unique
vertu civile , l'honneur du genre hu
main , l'objet de ſes deſirs , l'amitié ; qu'il
ne trouble pas les délices de ces amis fortunés
,dont les vertus font la reffemblance
, & qui ne tiennent les uns aux autres
que par des cauſes de généroſité , de candeur&
de probité.
Paradoxe infultant , que de foutenir
que l'amour-propre domine fi univerſellement
les hommes , qu'il les rende inhabiles
à s'entr'aimer. Je conviens que cette
paſſion eſt depuis long-tems entée dans le
coeur humain. Maisde même que la colére
n'eſt plus qu'une pure vivacité dans
l'homme, après les continuels combats que
lui livrent la prudence & la force; ne
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
pourroit il pas auffi , cet amour-propre, être
affoibli au point de n'être pour rien dans
la fociété par les vertus fans nombre qui
lui ſont contraires ? De cette victoire fut
l'amour- propre , que d'avantages dans le
commerce des hommes ! Ils deviennent .
ſincéres , francs , officieux , charitables :
ils accourent au devant de leur ami ,pré
viennent ſes beſoins , ſacrifient volontiers
leurs fortunes pour le tirer des malheurs
qui lui ont pu ſurvenir. Eh ! pourquoi
encore un coup , vouloir mettre au nombre
des chiméres une vertu , dont la pratique
eſt ſi ſouvent reconnue , & dont une
infinité d'exemples, ſi on les citoit , ruineroient
ceux qui ſont dans cette Lettre ?
Damon & Arifte , deux Sçavans de different
goût , unis parun autre motif que
leur ſuppoſe l'Ecrivain , ſe brouillent pour
un Rondeau,qui n'est pas aſſez parfait pour
l'eſprit clairvoyant & fcrupuleux d'Ariſte.
Damon défend ſon Rondeau , ſa vivacité
le compromet en invectives que
fon amour propre anime ; Ariſte plus paifible
le laiſſe parler ,& attend que les
premiers mouvemens ſoient paſſés pour
faire connoître ſon tort à ſon ami , mais il
eſt prévenu. Damon àpeine eſt- il tranquiliſé
, il s'apperçoit de ſa promptitude ,
il ahonte de s'être laiffé dominer par une
)
OCTOBRE. 1749. 77
paſſion ſi folle , il ſe jette dans le ſein
d'Arifte , dont l'accueil enjoué & ferein le
confole ; ils renouvellent leur alliance , &
cette legere querelle n'a été que de l'eau
jettée ſur la tournaiſe pour en rendre le
feu plus violent. Qu'il feroit heureux que
notre hérétique , ppoouur réparation au genre
humain , avouât que la difficulté de
trouver une amitié véritable , ne vient pas
tant de notre amour- propre , que du choix
avengle que nous faiſons de nos amis ,&
que les vertus , attachées à cet aimable caractére
de vrais amis , ne ſont pas faites
pour demeurer inutiles , mais pour éclater
dans les rares perfonnages , à qui un goût
fin, un choix délicar, découvrent ceux qui
méritent leur amitié !
Voici une délation bien longue , il eſt
d'ordinaire de payer les délateurs ; mais
je ferai bien payé, cher ami , ſi l'exemple
de notre amitié fincére peut convertir cet
Ecrivain , & le porter à dépoſer le nom
d'Amant , pour prendre ainſi que moi celui
de votre ami ,
-
D. M. O.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
AM. Remond de Sainte Albine.
E me crois obligé , Monfieur , de vous
faire part d'une nouvelle conſtruction
de Thermomérres & de Barométres , plus
prompts & plus juſtes qu'on en ait encore
vû. Des perſonnes de diſtinction les ont
vûs & admirés : leur Auteur ne vouloit
point rendre publique cette découverte ,
que long tems après en avoir diſtribués ,
mais ce n'eſt qu'un tour d'ami que je lui
fais , en vous annonçant une machine fi
utile. Sa demeure eſt chez M. Morabin ,
dans la maiſon de M. Deslyons , Notaire ,
rue Dauphine , au ſecond étage ſur le derriere
, où on le trouve depuis cinq heures
du ſoir juſqu'à huit.
J'ai l'honneur d'être , &c .
J. D. M. P.
OCTOBRE.. 1749. 79
REMERCIMENT
Q
DES MUSES.
AMadame la Marquiſe de P* * *.
Cesont lesMuſes qui parlent.
Uel encens précieux brûle fur nos Autels
Que de nouveaux lauriers ! Que de chants immortels!
Ogloire des Neuf- Soeurs , & du fils de Latone !
Qu'il eſt beau de porter juſques au pied du Trône
Leurs fublimes tranſports, leurs ſcavantes leçons ,
Les jeux , les nobles jeux de leurs chers nourrif
fons;
D'ajouter ſon éclat au feu qui les anime ,
1
D'intéreſſfer pour eux un Hérosmagnanime ,
Sur leurs talens divers de fixer ſes regards ,
Et lui faire à Bellone affocier les Arts !
Jeune Hebé , belle Nymphe , ornement du Per
meffe ,
Ainſi tu ſçais payer notre vive tendreſſe !
De ton amour pour nous les fidéles témoins
Protégent les talens illuſtrés par tes ſoins ;
Tout les flatte , tout ſuit ton goût & ton exemple ,
Le Palais de LOUIS eſt devenu leur Temple ,
Et de ce Temple auguſte , éclairé par res yeux ,
Les Miniftres zélés font les enfans des Dieux.
Diiij
SO MERCURE DE FRANCE.
Couronnons des ſuccès , ſource de notre gloire.
Rend- t'on un vain hommage aux Filles deMé
moire ?
C
A
3
Non. La reconnoiſſance,empreinte dans nos coeurs,
Te répond à jamais de toutes nos faveurs ;
Il n'eſt rienque de nous tu ne puiſſes prétendre.
Partager notre Empire avec toi , c'eſt l'étendre.
Que nos chaats déſormais naiſſent de tes appas ,
Que les fleurs du Parnaſſe écloſent ſous tes pas ,
Que ton fort ſoit égal à nos Deſtins ſuprêmes !
T'invoquer , ce ſera nous invoquer nous-mêmes.
Les Quinauts , les Lullis , les Sophocles François ,
Les Térences enfin , renaîtront à ta voix ,
Et l'on verra la Scéne , & riante & pompeuſe ,
Amuſer & ravir une Cour glorieuse ;
Toi-même quelquefois orner par tes accens ,
Et leurs travaux fameux , & tes propres préfens.
Veille toujours , préſide à nos divins myſtéres ,
Rends du ſacré Valon tous les coeurs tributaires ;
Uniſſons à l'envi nos célestes ardeurs .
Les Déeſſes du Pinde , & les Graces font Soeurs.
2
M. Tanevot.
I
1
OCTOBRE. 1749. SI
LETTRE
De M. de la Soriniere , de l'Académie des
Belles- Lettres d'Angers , à M. Duhamel ,
de l'Académie des Sciences.
S
'Il eſt bien étonnant , Monfieur comme
vous l'avez remarqué dans votre
Mémoire dont a parlé le ſecond volume
du Mercure de Juin , que des plantes terreſtres
vivent & végétent dans de l'eau
pure & fans terre , ne le fera- t'il pas plus
encore de voir de ces mêmes plantes végéter
& vivre, privées de l'un& de l'autre
de ces élemens ?
J'ai vû pluſieurs fois ,Monfieur , des
joubarbes, ſuſpendues à des planchers pendant
l'hyver , y pouffer de longues tiges
au printems , & leur fleur pendant l'été ,
& il eſt certain qu'elles péſoient infiniment
plus pour lors , que dans le tems
qu'on les y avoit fufpendues à un fil.
L'uſage eſt même en ce pays-ci de mettre
ces plantes ſur des thuiles de la conyerture
des maiſons , où elles fe multiplient à l'infini
, fans autre nourriture que de ce qu'elles
peuvent tirer de l'air & des pluies , ou
de la thuile même dans laquelle elles s'enracinent.
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE.
Qui n'a pas vû , à la fin de tous leshyvers
, les oignons pouffer de longues tiges
, ſoit dans les greniers où on les dépoſe
, ſoit dans les cheminées même des
gens du commun qui les y attachent par
longues torches ?
Depuis dix ans , je vois conſtamment
dans mes potagers , qu'on arrache les poireaux
au mois de Mai ,& qu'on les jette
indifferemment ſur un tasde pierres qui
s'y trouvent par hazard,où ils pouſſent leurs
hautes tiges , forment de ſuperbes têtes ,
& donnent abondamment la graine dont
on les regenere tous les ans.
On voit actuellement , dans la cour de
M. le Curé de Saint Pierre de Chemillé ,
une Bille énorme d'un vieux peuplier abbatu
depuis deux ans , qui a produit deux
fois des branches vives & fraîches : il eſt
vrai qu'elle touche à la terre par fon deffous
, mais elle eſt pourtant ſans racines.
S'il m'étoit permis de traiter ici , Monfieur
, une matiere, étrangere à votre Mémoire
, quoique phyſique ,je dirois un
petit mot fur les fourmis , à l'occafion de
celui que M. Carré a fait inferer dans le
Mercure de Mai , ſur l'induſtrie , la ſcience&
la politique de ces petits animaux.
Ce curieux Scrutateur de la nature a
deviné juſte , quand il adit que les four
.OCTOBRE. 1749. 83
mis ne ſe nourriffoient point de bled , &
qu'elles ne mangeoient même pas l'hyver.
Un grain de ſeigle& d'avoine , entre autres
, qu'elles rencontrent fur le chemin ,
leur plaît beaucoup plus que des grains
d'orge , de froment , des pois , & autres
légumes plus difficiles à charrier , &moins
propres à la conſtruction de leurs galeries
pat leurs poids & leur figure courts&
ronde. Il faut pourtant convenir qu'on y
trouve auſſi quelquefois beaucoup de
noyaux de cérifes : mais c'eſt toujours à dé
faut de quelques corps plus allongés.
y
Qu'on coupe de petits brins de chaume ,
de bruiere , de mennes tiges d'herbe ; les
fourmis les emporterontpar préference a
tous les grains , qu'on croit ſi bonnement
qu'elles ramaffent pour leur nourriture &
provifion. Elles n'emmagaſinent rien : elles
font pendant l'hyver preſque fans action
& l'appetit ne les prend jamais , pas même
au point de ronger légèrement les deux
bours d'un grain de feigle pour endétruire le
germe. Leur politique ne va pasjuſques-là ,
&une petite pierre longuette& legere
leur convient autant pour leurs conftructions,
que ces grains qui ont fait dire de f
belles chofes à nos peres fur l'économies
l'expérience le démontre.
Depuis vingt ans , j'examine des four-
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE
د
millieres à fond , & l'action des fourmis
errantes & je vois toujours la même
choſe ; & je certifie qu'on peut ſans crainte
de leur faire tort , aller puifer des fources
de comparaiſons ailleurs que chez elles
, malgré tout ce qu'en ont dit l'élegant
Horace ( bien d'autres avant lui )& de
nos jours les la Fontaines & les Boileaux.
Les hommes ſe répétent&ſe copient toujours
,& l'on eſt ſi perfuadé que le premier
qui a dit une choſe ,a cu de bonnes
raiſons , qu'on n'examine plus .
Les fourmis entaſſent dans tous les ſens
toutes fortes de petites paillettes & de
corps allongés , afin que la pluye pénétre
moins chez elles , & que leurs galeries ſe
forment plus aifément. Un grain d'avoine,
furtout , eft , comme je l'ai déja dit , une
poutre fort commode & facile à remuer :
il faut des eſpaces larges & foutenus pour
contenir les oeufs , & faciliter tous les
mouvemens des fourmis .
J'ai vû des fourmillieres excéder la furface
de la terre de plus d'un pied & demi ;
les fouterrains en pouvoient avoir autant ,
quand elles étoient ſituées en des lieux
fecs & élevés ,& les environs juſqu'à cinq
& fix.
On me demandera comment tous ces
grains , differemment arrangés dans la
OCTOBRE. 1749. 85
Conſtruction de la fourmilliere (ſelon moi)
n'y germent point , fi les fourmis n'ont pas
l'attention d'en détruire les principes ; & je
répondrai une choſe fort fimple & d'expérience.
C'eſt que les fourmis ne les arrangent
que parmi d'autres matieres extraordinairement
féches , où ils ne sçauroient
trouver l'humidité néceſſaire pour leurdéveloppement
: d'ailleurs ces petits animaux
, à force de paffer & repaffer continuellement
fur ces grains , les brûlent &
les defféchent tellement , qu'il n'eſt pas
poffible qu'il leur reſte la moindre féve
la moindre humeur.
Les fourmis brûlent toutes les voies
qu'elles ſe frayent : cela ſe reconnoît fur le
gazon , où leur chemin devient bientôt
marqué , fans herbe , & tout brûlé ; & dans
nos jardins , non-feulement les légumes
qui ſe trouvent fur leur paffage , mais même
les arbres où elles grimpent continuellement
, éprouvent le même ſort , languiffent&
meurent.
Des vers de terre, coupés de la longueur
d'un travers de doigt , ſont entraînés par
les fourmis plus amourenſement qu'un bon
grain de froment , & ces pièces- là deviennent
bientôt dures & deſſéchées par les
moyens que j'ai dit ; elles font d'excellentes
pièces de charpente , & l'on fe garde
86 MERCURE DE FRANCE.
bien de les conſommer , quoique je ne réponde
pas qu'on ne les fucce un peu ; mais
c'eſt toujours pour la même fin .
J'ai vu auſſi des fourmillieres , ou plutôt
des aſſemblées très- conſidérables de petites
fourmis , ſe former fubitement dans
l'âtre d'une cheminée , y prendre des aîles
en moins de deux heures , & s'envoler. La
même choſe eſt arrivée , trois ans de ſuite,
dans la même cheminée ; ſans doute qu'il
étoit reſté bonne proviſion d'oeufs que la
chaleur y entretenoit & faiſoit éclore à
propos.
Je voudrois demander à M. Carré , ſi ,
verſé comme il l'eſt dans les affaires de ces
Républiques , il ſçait ce que ſignifie cette
cérémonie que nous voyons tous les jours
ſe pratiquer ici dans les allées de mes jardins.
Une fourmi en embraffe une autre
qui ſe replie entre ſes ſerres& fes jambes
de devant , fans que cela empêche la porteuſe
de marcher librement ,& de vacquer
à ſes affaires . Se rendent- elles ce ſervice- là
mutuellement ? Lorſqu'on les prend dans
cet état , celle qui étoit portée par l'autre ,.
& dont ledos recourbé ſembloit toucher
la terre , ſe déprend , & en les remettant
à bas , chacune enfile le chemin qui lui
convient. On ne remarque pas que l'une
foit plus petite que l'antre ,& que ce ſoit
OCTOBRE. 1749 . 87
une politeſſe du mâle pour la femelle.
J'ai peur , Monfieur , de vous avoir
ennuyé par la longueur de mes réflexions
: les vêtres n'ont pas fait cet effetlà
ſur moi , & j'ai l'honneur d'être avec
une reſpectueuſe eſtime , Monfieur , votre
, &c .
A la Soriniere , 1749 .
VERS
Soriniere.
Aacaca
DeM. Darnaud , àM. de Voltaire ,fur la
mort de Madame **.
Toi , qui pleures encor l'aimable Genonville,
Qui pleureras toujours cet ami malheureux ,
Ce Vauvenargue , hélas !dont un trépas affreux
Ne ſçut point émouvoir le courage tranquille ,
Et qui fut juſqu'au bout un ſage vertueux !
O! mon cher Apollon ,j'oſe épancher mes larmes
,
Dans ce ſein où les Arts épanchent leurs fecrets.
L'amitié ſeule excita tes regrets ,
L'amour n'a point encor cu part àtes allarmes,
Et moi , d'un fort plus rigoureux
Victime infortunée ,
Frappé de tous les coups , dans la mêmejournée
Je les pleure à la fois tousdeux.
T
J
1
88 MERCURE DE FRANCE.
1
Je perds une maîtreſſe , une amie , une mere ;:
Des talens , des vertus , l'aſſemblage parfait ;
Une femme qui m'inſtruiſoit ;
Un Sage qui ſçavoit me plaire' ;
Un eſprit vigoureux , toujours maître de foi ,
Qui pénétroit le mien de ſa vive lumiere ,
Un coeur...j'ai tout perdu , Voltaire ,
Le coeur le plus ſenſible,& qui n'aimoit que moi.
Chere ombre que j'adore , & qui vis dans mon
ame;
Qui ſçauras y regaer juſqu'aux derniers momens ,
Je dois à ton amour ces nobles ſentimens ,
Ces fublimes tranfports , cette feconde flamme ,
La mere des vertus ,& l'eſprit des talens.
Combien de fois ſur tes divins ouvrages
A-t'elle , & mon cher maître , attaché ſes beaux
yeux ?
1
Quel charme elle goûtoit en ces momens heureux
,
Aleur prodiguer ſes ſuffrages !
Qu'avec tranſport elle s'en pénétroit !
Avec Mérope elle étoit mere ,
Avec Zaïre elle pleuroit ,
Et raiſonnoit avec Voltaire.
Elle n'eſt plus ; c'en eſt fait , & les Dieux
Ne me laiſſent qu'un coeur tout plein decette
image.
Ah !ceffe d'exiger que maMuſe s'engage
OCTOBRE. 1749. 89
A fuivre ton vol dans les Cieux.
Je vais , gémiſſant loin du monde ,
M'enſévelir dans ma douleur profonde ,
Et goûter toute la douceur
De ce plaifir dont tu nous peins les charmes
Le ſeul , hélas ! qui ſuive la douleur.
Je vais m'enyvrer de mes larmes ,
En remplir fans ceſſe mon coeur.
Crois-moi ; le véritable Sage
Eſt celui , dans un tel malheur ,
Qui ſçait s'attendrir davantage.
FRAGMENT de la réponſe de M. de
Voltaire , à M. Darnaud .
J
E vous aime cent fois davantage , mon
cher Darnaud , depuis que j'ai lû votre
lettre & vos vers. Vous avez un coeur tel
que je le cherchois , & vous le faites parler
avec la plus tendre éloquence. Du
tems que j'aimois , j'aurois penſé comme
vous , fi j'avois fais une telle perte , mais
à préfent je n'aime plus que mes amis.
Pour vous , vous ferez bientôt conſolé par
une nouvelle maîtreffe ,& après avoir fi
bien exprimé vos regrets , vous chanterez
vos nouveaux plaiſirs. V. & c .
t
ALuneville , ce 21 Juillet 1749.
90 MERCUREDEFRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
SUITE :
Des Recherches fur les Evêques de
Genéve.
E continue, Monfieur, à vous envoyer
Ju
,
lens
Evêques de Genéve. Peut- être y en aurat'il
quelqu'une dont les R R. PP. Bénédictins
pourront faire uſage ,quand ils en feront
à l'Archevêché de Vienne & de ſes
Suffragans , dans leur nouvelle Edition de
la Gaule Chrétienne. Et ſuppoſé qu'il ne
s'y trouvât rien de nouveau pour eux , ils
verront au moins notre zéle à répondre
à l'invitation qu'ils ont faite dans leur
Préface à leur fournir des Mémoires
pour la perfection de leur Ouvrage. Ne
m'adreſſant pas directement à eux , mais
me ſervant de la voye de votre Journal ,
je ne m'en tiendrai pas uniquement à relever
quelques erreurs de la précédente
Edition du Gallia Chriſtiana. Elles roulent
principalement ſur le tems où ont vêcu ces
Prélats, Pour corriger un peu la ſéchereſſe
de ces fortes de diſcuſſions , je joindrai
dans la ſuite des particularitésde leur vie ,
ce qui ſera plus du goût de la plupart des
OCTOBRE. 1749. 91
Lecteurs ,que le ſimple redreſſement de
quelques dates.
Je me ſuis engagé dans ma Lettre précédente,
à donner quelque éclairciſſement
fur Salonius, que l'on prétend avoir été un
de nos premiers Evêques de Genève , &
qui eſt omis dans la plupart de nos Catalogues.
Je m'en tiendrai aujourd'hui à cet
article.
2.
En Janvier 1736 le Supérieur du Séminaire
de Lyon,M. l'Abbé de Vaugimois,
fit faire des recherches ſur ce Salonius.
Voici la Lettre qu'il écrivit à Genéve
pour cela.
Je vous prie , Monfieur , de m'informer
d'un fait qui regarde l'Edition du Bréviaire
de Lyon , qui se fait àpréſent. Les Historiens
tiennent que S. Eucher de Lyon eut deux fils
avant son Episcopat, sçavoir Salonius Ve
ranius. Il n'y a point de douteſur ce dernier ;
c'est S. Véran , Evêque de Vence , mais on
n'est pas si sûr d'où Salonius fut Evêque.
Quelques Auteurs ont dit qu'il fut Evêque
Genuæ. On croit que c'eſt de lui dont leMar.
tirologe parle au 28 de Septembre. On vou
droit doncsçavoir fi la Tradition de l'Eglife
de Genève eft qu'ily ait eu un Salonius , s'il
eft reconnu pour Saint ,& en troisième lieu
pour fils de S. Eucher de Lyon. Dans l'Hiftoire
Litteraire des Ecrivains de France ,
92 MERCURE DE FRANCE.
donnée depuis peu par les Bénédictins de faint
Maur , il y a une Differtation pour prouver
que S. Salonius a été Evêque de Genève
fils de S. Eucher. * Je vous prie de me don
ner quelque éclairciſſement là- deſſus .
Voici la réponſe que fit à cette Lettre
un de nos Bibliothecaires .
>> Il eſt bien certain que l'Egliſe de Ge-
» néve a eu pour Evêque un Salonius , qui
>>ſouſcrivit en 567 au deuxième Concile de
Lyon , Salonius in Chriſti nomineEpifcopus
* » Ecclefia Genavenfis,& de même en 573 au
>>>>Concile IV. de Paris ; mais ce n'eſt pas
>>le Salonius dont il s'agit. Le fils d'Eucher
>>ſouſcrivit avecſfon pere, au Concile d'O-
>> range de 441 , Salonius Epifcopus fimple.
>>ment , & fans nom de fiége , quoique
> vrai-ſemblablement il fût auſſi Evêque
>>>de Genève. Adon en parle au 28 Septembre
. Genva Civitate depofuio Salonii
» Epifcopi ; & Ufuard au même jour ,
» Civitate Sancti Saloni Epifcopi & Con-
>>fefforis. Ils entendent le fils d'Eucher ,
> célebre par ſa doctrine & par ſa fainte-
> te L'autre Salonius ſeroit abſolument in
>>connu ſans ſes ſouſcriptions. Génes ,
» dans l'Italia Sacra d'Ughelli,compte faint
» Salonius parmi ſes Evêques , avec aufli
*Hift. Litteraire des Gaules , T. II. p. 433-
1
ОСТОBRE.
1749. 93
peu de droit- queGeneve met Diogénes
>>parmi les fiens. は
Il est vrai que les Génois , ou l'Auteur
de l'Italie Sacrée , ont un peu déguisé le
nom de cet Evêque , afin que nous nous
apperçuffions moins qu'ils nous l'avoient
enlevé. Il paroît à la tête du Catalogue ,
ſous le nom de Salomon. On l'appelle enfuite
Salon , & enfin il paroît à la marge
ſous ſon véritable nom de Salonius . * Il
faut eſpérer qu'on nous le rendra à Saint
Germain des Prés .
>> Florus , plus ancien qu'Adon , & publié
par le P. Henſchenius , décide pour
>>>Genève ,Ville de la Gaule , au 28 Sep-
>> tembre. In Gallia Civitate Genva depofitio
S. Salonii Episcopi & Confefforis, Ce
>>Florus étoit Diacre de Lyon , &muni des
>>Martyrologes les plus anciens & les plus
>> corrects , ſelon Vandelbert , ſon contem-
» porain.
>>>Il eſt plus difficile de ſatisfaire à l'au
» tre partie de la queſtion. Les deux Sa
>> lonius ne paroiſſent dans aucun Monu
>>> ment qui ſoit particulier à cette Ville ;
>nulles traces de leur nom dans ſon en
»ceinte ou aux environs. Ils ne paroiſſent
>point dans l'ancien Catalogue que Bonni
* Ughelli , Italia Sacra, T. IV. p. 837. Edin.
de Venise,
94 MERCURE DE FRANCE .
" vard , Prieur de S. Victor , avoit tiré
>> d'un Manufcrit de la Bible , mais dans
>>lequel on ne voit pas non plus S. Ifaac ,
→Evêque de Genéve , qu'Eucher cite dans
>> ſa Lettre à Salvius. Il eſt arrivé à cette
> Egliſe comme à la plupart des autres , de
>>perdre inſenſiblement la mémoire de
>> quelques-uns de ſes premiers Evêques ;
auſſi n'est- il fait aucune mention de faint
Salonius dans le Calendrier du Miſſel
» de Genève , que l'on a manufcrit dans la
»Bibliothéque publique ,& qui fut im-
> primé en 1491 , non-plus que dans la
>> partie de Sanctis . S'il étoit permis de
toucher àun ſujet ſi délicat,on diroit
>>que la concurrence de l'Octave de faint
>Maurice & de ſes Compagnons , miſe
>dans ce Calendrier au 28 Septembre ,
>>auroit fait éclipſer Salonius , & que la
>> Légion Thébéenne auroit trop rempli
>>les eſprits pour y laiſſer quelque place
>> au ſouvenir d'un Saint moins célebre ,
>> quoique fils de celui-là même qui l'avoit
-préſervéede l'oubli.
J'ajoûterai à ces remarques de notre Bi
bliothécaire , que l'on pourroit peut être
donner la raiſon de ce que Salonius ne paroît
point dans l'ancien Catalogue de la
Bible manufcrite de Genéve , ou plutôt
dans la copie que Bonnivard nous en a
OCTOBRE
ور
1749.
conſervée. Le copiſte nous apprend dans
ſaChronique,que les premiers noms étoient
à demi effacés , très- difficiles à lire , &
que dans quelques endroits il avoit été
preſque réduit à deviner. Après cet aveu ,
rious ſommes en droit de conclure qu'il
peut quelquefois s'être mépris. Le troifiéme
Evêque de ſa Liſte eſt un Salvianus. Ib
y avoit vrai-femblablement Salonius dans
l'original , mais dont il ne reſtoit que quelques
lettres. Salvien étoit un nom fort
connu ,&qui ſe ſera préſenté le premier à
l'eſprit d'un copiſte qui tâtonnoir. On
ſçait que Salvien étoit un Prêtre deMarſeille
, qui avoit inſtruit & formé Salonius
&Veran , les deux fils d'Eucher . Auffi
Gennade dit de lui qu'on peut l'appeller
le Maître des Evéques. Bonnivard aura pris
le Maître pour le Diſciple. Ce qui fortifie
cette conjecture , c'eſt qu'outre la reffemblance
de nom , Salvianus a précisément la
place que devroit occuper Salonius. Le
voilà donc retrouvé dans le Catalogue primitif.
Les FF. de Sainte Marthe ont ſuivi
l'erreur du copifte Bonnivard ,& nous ont
donné Salvianus pour notre troifiéme Evêque
; ilme ſembleque les nouveaux Edi
teurs ne doivent pas héſiter à rendre cette
place à Salonius.
۔و
Les Editeurs du Rituel d'Anecy,malgré
MERCURE DEFRANCE.
leur attention à groffir leur Lifte & à
multiplier nos Evêques , n'ont point
connu celui- ci , & il leur a entierement ,
échappé. Ils ont fait ſeulement mention.
du Salonius qui ſouſcrivit au ſecond Concile
de Lyon , qu'ils comptent pour le
vingt-deuxième ; ils le qualifient de Saint,
on ne ſçait pas pourquoi ; ce n'est qu'au
premier Salonius que ce titre a été affecté.
- Je m'arrête ici , Monfieur , pour ne pas
abuſer de la complaiſance que vous avez à
me donner une place dans votre Journal,
Je pourrai continuer dans la ſuite , ſi vous
voulez bien me le permettre. Je ſuis , &c,
A UN MAUVAIS POETE.
CHaque jour tu reçois un compliment nouveau,
Dis-tu , ſur ta noble élégance ,
La force , l'énergie & l'aimable cadence
De ces vers qu'enfanta ton ſtolide cerveau.
Pour conferver la jouiſſance
De la douce vapeur , Damon , qui t'étourdit ,
Contente- toi de ce que l'on t'en dit ,
Sans chercher ce que l'on en penfe.
Jouin de Saufenil,
AD
OCTOBRE . 1749 .
97

AD AMICUM ABEUNTEM.
Ergo ne abis , Barbare , mihi me carior ipfo , R
Et procul hînc alios quæris , amice , Lares ?
Corpore ſemotum, ſite ſine vivere dura
Fata jubent , animo te tamen uſque ſequar.
Ipſe mihi fingam vultumque habitumque tueri ,
Dulci & colloquio , confiliifque frui.
Nunquam non , Barbæe , tui meminiffe juvabit.
Sic quoque , fic noſtri te meminiſſe juvet.
LETTRE
INTERESSANTE
Pour l'Histoire & la Géographie , écrite par
M. Beneton de Perrin , à M. Remond
de Sainte Albine.
M
Onheur ,une perſonne qui ſçaitque
j'ai traité de la Chevalerie & de
tous les Ordres de Chevaliers , m'ayant
fait appercevoir dans une Gazette de France
du fiecle paſſe , qu'un de ces Ordres
avoit échappé à ma connoiſſance : pour réparer
ma faute , j'ai cherché des preuves de
ce qu'avançoit cette Gazette , & je n'ai pû
E
t
NDHONTR
819
•SLVVLS
98 MERCURE DE FRANCE.
!
en trouver ; cette Gazette , qui eſt du 28
Mars 1671 , contient dans un article ce
qui ſuit.
De Dreſde le premier Mars 1671 .
>> Le Prince Charles , neveu de l'Elec-
>> teur de Saxe , qui eſt Catholique , a inf.
>>titué un Ordre, appellé de Jeſus-Chrift &
>> de la Paffion , en la Ville de l'Elbe , où il
>> fait ſa réſidence ; les Chevaliers qui en
>> font , doivent porter ſur leurs manteaux
>>une grande Croix de ſatin blanc en bro-
>> derie d'argent , au milieu de laquelle ſera
>>l'Image de Notre Sauveur , & au col un
>>Ruban bleu tabiſé , ayant au bout une
> grande Médaille d'or , où la même Ima-
» ge ſera gravée. Comme auſſi vénérer par-
>> ticulierement les Vendredis & Samedis
> Saints & aſſiſter aux Services qui ſe font
>>ces jours. Le 7 du mois paſſé , qui avoit
•été choiſi pour cette inſtitution , l'Ar-
>>chevêque de Lérambert célebra pontifi-
>> calement la Meſſe en l'Egliſe des Réco-
>>lets de ladite Ville de l'Elbe , avec la
>>Muſique de Son Alteffe , & l'harmonie
>>de tymballes & trompettes, aprèsquoi ce
>>Prince mit le Collier de l'Ordre à ce Pré-
>>lat ,& puis auPrince Adolphe, au Prince
>>>Frédéric , ſon frere , àcelui de Nurem-
>>berg , & à pluſieurs autres perſonnes de
la plus haute qualité.....
ОСТО BRE . 1749. 99
Un tel article , ſi bien circonstancié , &
annoncé par un monument affez reconnu
pour être véridique , ne laiſſe pas lieu de
douter que ce qui y eſt porté, n'ait été exécuté
: cependant , comme je le dis , voulant
recourir aux preuves , je n'ai rien
trouvé qui me fatisfaſſe. Il eſt dit :
1 ° . Que l'Ordre de Jesus - Chriſt a été
inſtitué par le Prince Charles , neveu de
l'Electeur de Saxe , qui eſt Catholique ;
j'ai cherché dans Moréri quel étoit l'Eleclecteur
regnant en 1671 , ce devoit être
l'Electeur Jean - Georges II. du nom ,
mais je ne lui ai point trouvé de neveu du
nom de Charles. De plus il me ſemble que
la Branche Electorale de l'illuſtre Maiſon
de Saxe n'étoit point Catholique Romai
ne en cette année 1671 , je ne ſçais pas
même ſi aucune des Branches de cette illuſtre
Maiſon étoit encore rentrée dans la
Catholicité : ſi je ne me trompe pas , comment
un Prince étant cadet , auroit-il
été ſeul d'une Communion différente de
celle de ſes freres & de fon oncle, l'Electeur
?
2°. La cérémonie de l'inſtitution de
l'Ordre de Jesus -Chriſt a été faite , dit- on ,
dans une Egliſe d'une Vil'e appellée l'Elbe,
& elle a été faite par l'Archevêque d'une,
autre Ville nommée Lérambert. J'ai cher-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
ché dans des Dictionnaires Géographiques
ces deux Villes , je ne les ai point trouvées :
Corneille , Baudrand & la Martiniere
m'ont été inutiles. Je n'ai trouvé dans Bau .
drand au pardeſſus de la riviere de l'Elbe
qui paſſe en Saxe , que Eisslelb ou Lissleben
, Ville du même pays , qui eſt la Patrie
de Luther , & dont le nom approche un
peu de celui de l'Elbe ; mais ce n'eſt pas- là
ce qu'il faur. Je n'ai pas été plus heureux
dans la recherche de la Ville de Lérambert
; la Martiniere parle d'Hermanſtein ,
autrement Erenbreiſtein , en Latin Eremberti-
Saxi , qui eſt un Château d'Allemagne
ſur la rive Orientale du Rhin , vis-àvis
de Coblens , & qui appartient à l'Archevêque
de Tréves , étant dans l'Electorat
de ce nom ; mais ce n'eſt point cet
Electeur qui auroit pû être qualifié d'Archevêque
de Lérambert , comme étant Seigneur
de l'Eremberti du Rhin; cette derniere
Ville eſt trop éloignée de la Saxe , &
n'a le nom de Saxi , que parce qu'elle eſt
fur un rocher. Baudran appelle Erenbur
gum une Ville de la Westphalie , dont le
nom ſe rend en Allemand par Statberg; la
Martiniere, qui de ſon côté ne parle point
de cette Statberg , parle de Stadenne, Ville
duDuché de Brémenn , dans la baſſe Saxe ,
tout cela n'eſtpoint encore ce qu'il faut.Où
OCTOBRE. 1749. 101
-
done aller chercher deux Villes , qui cependant
doivent être conſidérables , l'une
étant une Métropole ?
Si la difficulté ne tenoit que pour l'autre
Ville , on pourroit croire qu'il y a un
lieu véritablement appellé l'Elbe , lequel ,
quoique moins conſidérable qu'une Ville ,
n'auroit eu ce nom de Ville,qu'en conſidération
de ce qu'il étoit alors la réſidence
d'un Prince de Maiſon Souveraine; mais
ce moyen n'eſt gueres ſatisfaiſant , parce
qu'un lieu qui eft capitale d'un Etat , & où
il y a un Château & pluſieurs Eglifes , mérite
que des Géographes en parlent.
A l'égard de la Chevalerie inſtituée dans
la Ville de l'Elbe , je ne trouve point non
plus d'autres preuves de ſon exiſtence que
dans la Gazette dont il eſt ici queſtion. Il
ya eu anciennement un Ordre de Jeſus-
- Chriſt , inſtitué vers l'an 1320 , par un Pape.
C'eſt celui qui s'appelle aujourd'hui
- ſimplement l'Ordre de Chrift , & qui eſt
différent de l'Ordre de Chriſt en Portugal :
celui- ci eſt la premiere des Chevaleries de
ce Royaume. Le Dictionnaire Hiſtorique,
de l'Edition d'Hollande , parle d'un Ordre
de la Noble Paſſion, créé par un Prince de
la Maiſon de Saxe , de la Branche de Weffinfeld
; mais cetOrdre n'étant que de l'année
1704 , & la marque étant un Ruban
E üj
102 MERCURE DEFRANCE.
blanc où pend une Etoile d'or , ce ne peut
point être celui que nous recherchons :peutêtre
que celui dont la création eſt de 1671 ,
n'aura pas eu de fuite , & qu'on s'en ſera
tenu à la premiere cérémonie dont parle
la Gazette. Que penſer ſur tout cela ? Je
crois , Monfieur , qu'il y a du vrai dans
l'article en queſtion , mais que l'article a
été mal rédigé , ce qui le rend une Enigme
qu'il faudroit tâcher d'éclaircir. J'ai l'honneur
d'être , &c .
SUITE
De la Lettre * fur le Systême des quatre
couleurs primitives du Sr Gautier.
M
On objet dans cette Lettre eſt d'inftruire
le Public fur mon Art , & de
prouver que le ſyſtême à trois couleurs de
le Blond eſt impraticable & ne peut rendre
tous les objets de la Nature .
* Cette Lettre eſt inferée dans le Mercure de
Juillet 1749 , dans laquelle il s'eſt gliſſé une faute
P'impreſſion , page 169 , lignes 17 & 18 , au lieu
de quatriéme & même cinquième couleurs primitives,
il faut lire , cinquiéme & même ſixiéme couleurs
primitives.
OCTOBRE. 1749. 103
Obfervations utiles ſur la nature des couleurs
imprimées de ma Palette.
On doit obſerver 1º. que les couleurs
de ma Palette ſont telles qu'elles ſortent
de la preſſe, & femblables aux couleurs féches
, en pierre ou en poudre. Elles deviennent
plus brillantes eny paſſant une
colle& un vernis ; alors elles reſſemblent
aux couleurs broyées à l'huile. Ce changement
provient du luiſant que l'huile donne
à ces couleurs , même après être appliquées
ſur un tableau , ſoit avec les huiles
de noix ou les huiles deſficatives , avec leſquelles
on les employe ordinairement.
Les couleurs dont je me fers , ſont auſſi vives
que les plusbelles couleurs de la Peinture
; mais le papier poreux & humide ,
lors de l'impreſſion , reçoit l'huile qui les
humecte , & elles reſtent alors comme elles
étoient dans leur premier état ; mais
par le ſecours du vernis on remplace
leur vivacité.
Je conclus de-là que le vernis donnant
à mes couleurs ce qui leur manque
pour les rendre telles qu'elles ſont en effet
, on peut repréſenter avec les mêmes
couleurs toures ſortes de tableaux peints
en huile : je les ai données ſans vernis ,
afin que chacun puiſſe avec un peu de fa
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
live connoître qu'elles ſortent ainſi de la
preffe .
2 °. Je me ſers de trois clefs pour les differens
tons que je veux donner à mes tableaux,
ceci paroîtra nouveau. ( Je ne crains
pas que l'on indique quelque Mémoire
préſenté à l'Académie , qui en ait fait mention.
) Ces trois clefs font fondées ſur mes
quatre couleurs primitives , & ne ſont que
desdifferentes modulations de ces mêmes
couleurs; la premiere eft propre aux grands
effets du tableau, & n'eſt compoſée que de
couleurs ſolides , mais peu éclatantes ; la
ſeconde eft vive & très- éclatante ; la troifiéme
eſt douce, agréable & tendre ,& roule
eſſentiellement ſur les verds, pour repréſenter
les plantes & les beaux payſages
Flamands .
Je puis faire l'application de ces trois
clefs aux trois goûts les plus connus & les
plus parfaits dans l'Art de peindre , par
exemple:
La premiere clef que je nommerai premiere
Palette , eft celle que j'ai donnée
dans ma Lettre ; les couleurs qui la compoſent
, font
1º. Le noir pur , dit d'Allemagne..
2º. Le bleu terne , dit de Pruffe.
3°. Le jaune d'ocre claire .
4°. Le cinabre.
OCTOBRE. 1749 . 105
,
Avec ces quatre couleurs , on peut rendre
avec facilité ſous la preſſe , l'Anatomie
& les differens Sujets anciens de
l'Ecole de Rome. Les Tableaux des plus
grands Maîtres de cette Ecole comme
ceux de Raphael , des Caraches , de Paul
Veroneſe , &c . n'ont aucune couleur dominante
& vive , qui tue ordinairement
les autres teintes. Ces ſcavans Peintres
n'ont fait valoir ces couleurs que par leur
ingénieuſe appofition , fur tout dans les
draperies,& ont réſervé les fraicheurs pour
les chairs & les ſujets dominans du tableau .
J'ai donné un exemple de cette Palette
dans les Planches de mon Eſpion au Conſeil
deGuerre, & dans celles de mes Salvator
- Roſe , Jules Romain , & Correge ,
que le Public a vû paroître de moi.
La ſeconde clef on ſeconde Palette peut
ſeule nous donner les couleurs vives du
tableau; ces quatre couleurs font ,
1 °. Le noir tendre , dit de vigne .
2°. L'outre-mer premier , ou le bleu vif
& éclatant , que je compoſe moi-même.
3 °. Le jaune doré de ma compoſition ,
couleur de terramérica .
4°. Le rouge de carmin cinabré.
Ces quatre couleurs , quoique pures &
éclatantes , ne peuvent rendre les tableaux
que nous venons de citer dans la premiere
Ev
106 MERCUREDEFRANCE.
Palette. Elles ſont propres ſeulement à repréſenter
les Sujets de l'Ecole Françoiſe , à
donner des draperies de ſoye & les étoffes
de velours , comme l'on peut voir dans les
fameux portraits des grands Maîtres de
nos jours ,& les autres beaux morceaux que
l'Académie de Peinture nous expoſe ſouvent
aux yeux ; elles ſervent auffi à repréſenter
des oiſeaux , des fruits & des fleurs.
Je n'ai mis en uſage cette Palette que dans
la Suzanne de ma ſeconde édition , dans
quelques fleurs & coquilles que j'ai fait
paroître. Je me propoſe d'en donner des
exemples plus complets dans l'Art de peindre
en gravûre, après mon Cours d'Anatomie
, d'après quelque tableau de quelques
célebres Académiciens.
La troifiéme clef eſt propre aux verds
éclatans& de toute nature , qui tiennent
du verd de veſſie , du verd de gris & du
verd d'iris , &c. Je n'ai fait que des
expériences particulieres de cette clef, auxquelles
j'ai réufli , mais que je ne puis citer
par un exemple connu , ce que je me
propoſe de faire dans quelque tems ; c'eſt
le ſeul genre avec lequel on puiſſe donner
les plantes & les payſages Flamands dans
le goûtdu Gaſpe & autres. La gravure &
impreffionde ce troifiéme genre font auffi
oppofées àcelui que j'ai mis au jour , que
OCTOBRE. 1749. 107
l'Art que je pratique, eſt oppoſé à celui de
leBlond.
Les trois couleurs de cette troiſiéme Palette
font additionnées d'une couleur mixte
dubleu& dujaune de la ſeconde Palette, à
cauſe de la grande varieté des verds , comme
je l'ai fait voir dans un payſage , que
j'ai gravé d'après M. de la Jonë. Les quatre
couleurs primitives de cette clef font ,
1º. Couleur noire d'yvoire ou rougeâtre.
2º. Couleur bleue parfaite de ma compoſition
, differente de celle de ma feconde
Palette. Après quoi j'ajoute la couleur
mixte du verd compoſé de bleu & de jaune
dema ſeconde Palette.
3 °. Couleur jaune citron foncé , differente
de celle des jaunes précédens.
4°. Couleur de carmin pur.
Ces trois Palettes peuvent rendre tous
les objets en général que la Nature nous
préſente;elles ſont compoſées des quatre
couleurs primitives , comme on vient de
le démontrer , & elles ne different que
par les tons plus ou moins vifs de chacune
de ces quatre couleurs ; les teintes mixtes
de ces couleurs font proportionnées aux
couleurs meres dont elles ſont compofées ,
&celles que l'on nomme couleurs fales
font compoſéesdediverſes façons,& quoiqu'avec
des couleurs meres differentes ,
6
Evj
108 MERCURE DEFRANCE.
elles doivent toujours être les mêmes,parce
qu'elles ſont les fondemens de la Peinture
en tout genre .
Ces découvertes ſur la nature des couleurs
des differens genres de Peinture, que
le Blond ignoroit , prouvent affez clairement
que cet Artiſte ne mérite pas le nom
d'inventeur,que ſes éleves veulent lui don-,
ner mal- à- propos : car non-feulement if
ne connoiffoit pas le noir comme couleur
primitive , mais il ne diftinguoit pas même
les differentes clefs dont j'ai fait voir
la néceſſité dans la pratique de mon Arr.
Les tableaux qu'il a faits à Londres ſur les
trois couleurs , auxquelles il a ajoûté quelquefois
des teintes empruntées ſur des cuivres
additionels , avoient le défaut de ſe
reſſembler tous dans leurs teintes , quoique
d'après differens Maîtres , * ce qui eft
prouvé évidemment par ce qu'on a dit en
parlant de la pratique de le Blond , qu'on
peut profiter des places vaides dans chaque
planche , pour donner , ſi l'on veut , de certaines
touches qui augmenteront la force & avec
d'autanı plus de facilité , que ta même planche
pourra imprimer ſous un seul coup depref
Se trois ou quatre couleurs à la fois , mettant du
• Les impreſſions tenoient tout à fait de l'Efcampe
ordinaire , elles étoient pleines de traits
de burin,
.
OCTOBRE. 1749. 109
bleu ou differens blancs , ou du verd,ou d'autres
couleurs dans des parties affez éloignées les
unes des autres , pour qu'on puiffe les étendre
les effuyer ſur la planche , fans les confondre.
Cette poſition eſt contre les régles de
la Peinture , car s'il arrive que dans un tableau
il y ait des couleurs vives & brillanlantes
, certainement le reſte du tableau
doit s'accorder avec la vivacité de ces couleurs.
On ne peut donc appliquer ſéparément
au coin d'une planche un ton different
du ton général ; ce feroit pour lors
une piéce rapportée qui ne pourroit produire
qu'un très- mauvais effet ; je m'étonne
que des perſonnes qui ſe piquent de
goût dans la Peinture , ayent adopté cette
fauſſe idée de le Blond .
Pratique des quatre couleurs.
Ma premiere planche ne porte que le
noir , elle eſt gravée pour tous les tons de
cette couleur dans le tableau ; elle ſert encore
pour produire toutes les teintes griſes
, qui ne peuvent être faites que par cette
ſeule couleur avec le blanc du papier.
Cette couleur fur la planche peut nous
rendre , avec le ſecours des trois autres
couleurs & par elle-même , les couleurs
&les teintes ſuivantes.
A, le noir, A E, le gris.Voyez ma Palette.
To MERCURE DE FRANCE.
AC , l'ocre de Rome ou obſcure , compoſée
de noir & de jaune.
ACD , l'ocre brûlée , compoſée de noir,
de jaune & de rouge .
ABCD , la terre d'ombre, compofée des
quatre couleurs .
ABC , La terre verte de Verone , compoſée
de noir , de bleu & de jaune .
AB , l'indigo , compoſé de noir & de
bleu , &c.
Que l'on me prouve que le Blond rendoit
ces teintes fans le ſecours du noir ; je
dirai alors qu'il pouvoit ſe paſſer de ma
quatriéme couleur ; mais le Blond n'ayant
jamais gravé aucun ſujet où il ait employé
la planche noire , il ne peut avoir fait aucun
tableau parfait ſous la preſſe , & il n'a
remedié à ce défaut qu'en migniaturant fes
Estampes , c'est-à-dire , en les finiſſant au
pinceau. Il eſt aiſé de prouver ces vérités ,
non-feulement en indiquant , comme j'ai
fait dans ma précédente Lettre , les ouvrages
qu'il adonnés enFrance &la façon dont
ils étoient gravés , mais encore par les extraits
des piéces rapportées à la fin de ce
difcours. Je reviens à la pratique de mes
quatre couleurs.
Je paſſe d'abord fous la preſſe cette premiere
planche , qui fait ſur le papier une
eſpece de lavé à l'encre de la Chine ; en
OCTOBRE. 1749. FFR
fuite je paſſe ma planche bleue, qui , avec le
fecours de la précédente , fait un camayeu
noir & bleu, dans lequel on trouve le noir,
le bleu , le blanc , le gris , le gris bleu & le
bleu fale , & une grande quantité d'autres
teintes compoſées de ces couleurs. Je paſſe
enfuite ſous la même feuille ma planche
jaune , qui fait avec les teintes précédentes,
lejaune, le verd clair,le verd brun, le verd
celadon , le verd d'herbe , le verd d'olive,
&c. Elle fait encore , avec le ſecours
des teintes noires primitives , les terres
brunes, les jaunes ſales , &c. Après je paſſe
ma planche rouge , laquelle produit le rouge
,& avec les teintes des trois autres , les
pourpres , les orangés , les gris de lin , les
couleurs de roſe , les bruns rouges , les terres
d'ombres , les terres de Cologne , &
une infinité d'autres teintes que les trois
couleurs n'ont jamais produit. Donc ce
n'eſt pas pour aller à la perfection par un
cheminplus courtque l'on doit employer le noir,
comme on a voulu le dire ; mais on employe
cette couleur par une néceffité indiſpenſable
, & par conféquent ceux qui
ont fait des tableaux fans le ſecours de certe
couleur , n'ont pas eu connoiffance de la
nature des couleurs , & ne font pas inventeurs
d'un Art qui n'eſt fondé que ſur la
connoiſſance des couleurs primitives pour
۱
112 MERCURE DE FRANCE.
fixer le vrai nombre des planches , qui
produiſent ſous la preſſe, ſans le ſecoursdu
pinceau , tous les objets naturels.
Effet des quatre couleurs primitives du Sr
Gautier dans les trois clefs de la Peinture.
Un célebre Académicien * ayant vû ma
Lettre à M. de Boze , m'a fait obſerver que
mes Palettes , avec leurs teintes intermédiaires
, pourroient fort bien fixer l'idée
de toutes les couleurs générales , ce qu'il
croyoit poffible par l'application que je
faifois de chaque couleur à des matieres &
des drogues connues en tout pays , defquelles
je pouvois donner par mes trois
Palettes & leurs couleurs primitives &mixtes
,& leurs degrés de clair obfcur , toutes
les teintes imaginables .
Il eſt certain que le cinabre , par exemple,
l'indigo , les ocres, les noirs , & c. font
allez fixes dans leurs teintes , & que dans
ces couleurs ou dans les autres , s'il y a
quelque variation , c'eſt toujours un degré
de teinte intermédiaire que l'on peut auffi
aifément fixer par comparaiſon & même
dire un indigo de tel degré au deſſus du
noir , un outre-mer d'un tel degré au-defſus
de l'indigo , &c. on peut encore dire
un noir de la premiere Palette , un noir de
*M. de Réaumur .
OCTOBRE. 1749. 119
la ſeconde Palette , & ainſi des autres couleurs
, car la diſtinction de ces Palettes eſt
comme celle des tons de deux tuyaux d'Orgue
qui ſont à l'uniſſon , mais dont le premier
eſt ſourd comme le ton d'une flûte
bouchée , & l'autre clair & argentin , comme
celui d'un tuyau de montre , c'est- àdire
, que l'on peut voir deux bleus également
purs & de même degré de clair obfcur
, mais l'un fourd & l'autre vif & éclattant
; voilà quels font les effets de mes trois
Palettes , c'eſt pourquoi l'on voit dans mes
Ouvrages un accord qui ne choque pas la
vûe.
Outre ce que je viens de démontrer , je
veux encore ajoûter ici de ſecondes preuves
, que le Blond n'a jamais pratiqué mon
ſyſtême des quatre couleurs , & que je ne
ſuis pas ſon Eleve.
Preuves contre le Blond & ſes Eleves
en trois couleurs .
1º. Extrait du Journal de Trévoux du
mois d'Août 1737 , page 1442 .
» M. le Blondvient de conduire ſon premier
» efſfai au but ; c'est un Tableau de la fainte
» Vierge , qu'il n'a point choisi & qu'on l'a
» obligé de faire ſervir de premiere épreuve à
>>Son Art. Nous avons vù naître les trois
>> planches , nous les avons vues grainer, met114
MERCUREDEFRANCE.
'" tre à l'eau forte , buriner , &c . nous avons
vû les premieres épreuves & les perfections
➤ſucceſſives ; nous avons vûmettre la couleur,
➡ d'abord le bleu ſur la planche , eſſuyer la
» planche , la mettreſur lepapier mouilléſous
>preſſe. Nous avons vû le papier fortir de
» deſſous la preſſe en camayeu , c'est- à- dire ,
» avec une empreinte, une image toute bleue
de la Vierge.
» Nous avons vû & d'autres ont vû auſſi
>remettre ce même papier ſous la ſeconde
planche , couverte de jaune & eſſuyée à l'or-
» dinaire , & en fortir bleue encore en divers
» endroits ,jaune en d'autres , bleue &jaune,
» c'est-à- dire , verte & diverſement verie en
» divers endroits. Enfin nous avons vû remet-
> tre ce papier & plusieurs papiers ſous la
>> troiſiéme planche toute rouge ,& enfor-
»tir avec toutes les nouvelles couleurs , aurore,
» orangé , cramoisi, pourpre , violet , agathe,
» colombin , &c .
Enſuite il eſt dit plus bas , M. le Blond
» dit qu'il n'entre d'autre noir que celui qui
réſulte du mélange des trois couleurs , après
» avoir dit que ces trois couleurs font toutes
>les couleurs àl'infini.
Il n'eſt pas vraiſemblable que le Blond ,
qui vouloit avoir le ſuffrage du Public ,
les bienfaits du Roi & les lecours de ſes
Aſſociés , cachât alors la quatriéme plan
OCTOBRE. 1749. 115
che , puiſque le premier morceau ayant
manqué , il fut abandonné de tout lemonde
, comme je l'ai déja dit , & de plus ce
qui prouve qu'il ne penſoit pas autrement ,
c'eſt la piéce fuivante , qui eſt le certificat
de l'Imprimeur de défunt ſieur le Blond.
»Je ſouſſignė Jean Mouffle , Maître Imprimeur
en taille- douce de la Ville de Paris,
» certifie , comme Imprimeur de feu M. le
" Blond , qu'ayant imprimé moi ſeul toutes les
>>planches qu'il a fait graver à Paris depuis
» l'obtention de fon privilége jusqu'à sa mort ,
» qui conſiſtent ,sçavoir , au portrait deM.le
»Cardinal de Fleury, au portrait de Vandeık,
» lesquels j'ai vûs graver par M. Tardieu
» & au portrait du Roi , & à une pièce d'A-
>> natomie , que j'ai vû graver par Mrs Blan-
» ckey & Robert ; leſquelles planches n'é-
>> toient gravées qu'en trois couleurs. Et
»que dans celle deM. le Cardinal il y avoit
» une quatrième planche qui portoit le collet
" quelques autres traits de couleur blan-
» che, que dans le portrait du Roi il y avoit
» une quatrième planche , qui portoit un ſe-
» cond bleu pour finir le cordon bleu de ce
» portrait & quelques autres teintes bleues ; je
>>puis de plus certifier que M. le Blond ne
>> s'eft jamais fervi de la planche noire ,
>>quefon Art n'étoit fondé que ſur les trois
» couleurs , bleu , jaune & rouge ; je puis
116
MERCUREDE FRANCE .
" encore certifier , comme selle est la vérité,que
" j'ai auſſi imprimé une Eſtampe de la Vierge,
" qu'il avoit gravée avant d'obtenir ſfon pri
"vilége , laquelle n'étoit faite qu'avec trois
*couleurs trois cuivres , que M. Tournel-
" le , mon confrere , a auſſi imprimée ; j'ai de
» plus imprimé une petite Eſtampe de la Face
» de Notre Seigneur , qu'il avoit apportée
" d'Angleterre , qui n'étoit gravée qu'avec
" trois couleurs & trois cuivres . Je certifie
" auſſique j'ai imprimé chez. M.de Mondorge,
>après la mort de M. le Blond , la pièce d' A-
> natomieque j'ai citée ci-deſſus , laquelle étoit
>toujours en trois planches & en trois cou-
» leurs , comme du vivant de le Blond ; je
* certifieque j'avois preparéde plus troiscuivres
» exrêmement grands pour graver un autre
» portrait du Roi , lorſque M. le Blond mou-
» rut , lequel portrait M. Robert devoit faire
" en trois couleurs , & n'a pas été fini ; en
» foi de quoi j'ai figné le préſent ſuis prêt à
» l'attester à qui il appartiendra. Fait à Paris
> le trente fuillet. Signé à l'original, Moufle ,
» avec paraphe.
Ayant prouvé évidemment que le Blond
n'a jamais connu ni pratiqué les quatre
couleurs primitives , & par conféquent ne
s'eſt jamais ſervi de la planche noire ; de
plus , ayant prouvé que cette quatriéme
couleur eſt la baze du nouvel Art , & que
OCTOBRE . 1749. 117
l'aſſemblage des quatre couleurs primitives
eſt de mon invention ; que je l'ai toujours
mis en pratique , même dans le premier
morceau d'Hiſtoire que j'ai fait à Paris * ;
on peut aisément conclure de- là que je ne
ſuis pas Eleve de le Blond , puiſque ſon
Syſtême eſt totalement oppoſé au mien ,
&que le Blond ne pouvoit pas enſeigner ,
ni à moi , ni à d'autres , ce qu'il ignoroit
lui-même.C'eſt donc avec raiſon que je me
dis Restaurateur ( pour ne pas dire plus )
dans cet Art , qui ſeroit péri ſans moi , &
que je dis que ceux qui pratiqueront mon
ſyſteme , feront mes Eleves & non ceux de
le Blond. Je ſerois ſurpris pendant que les
Etrangers me rendent juſtice, qu'il ſe trouvât
quelque François qui voulût mộter la
gloire de cette découverte.
Voici une Lettre qui certifie auſſi la même
choſe. Elle m'a été adreſſée , après que
le Blond eut fini ſes portraits , par l'un de
Meſſieurs les Commiſſaires nommés par le
Roi dans fon privilége , ( de laquelle l'original
eſt entre mes mains ) pour m'engager
à tirer le Blond de l'embarras où il
étoit , ne pouvant réuffir avec ſes trois
couleurs.
* C'eſt une tête de S. Pierre , faite à quatre planches
& à quatre couleurs , dont j'ai parlé dans ma
précédente Lettre,
IS MERCURE DE FRANCE.
Lettre de M. de M*** écrite à M. Gautier
le 6 Décembre 1739 .
» Voila le tems de faire des propoſitions ,
► Monfieur,&je n'entends pointparler de vous;
» il ſeroit à craindre que vous n'arrivaſſiez
» trop tard. M. de Maurepas & M. d'Ar-
» genſon , l'un Secretaire d'Etat , l'autre à
» la tête de toutes les preſſes de Paris , vinrent
» il y a deuxjours à une aſſemblée chez M.le
» Blond , pour être en état de faire un rapport
>ſur l'Art d'imprimer en trois couleurs. On
» va prendre inceſſamment des arrangemens
>> pour faire quelque choſe de meilleur que
>>les eſſais qu'on a faits juſqu'ici *; encore
» un coup voici le tems de faire des propofitions
,& de montrer ce que vous êtes en
• état de faire , je vous dirai même que je
» crois votre projet capable d'être ſuivi d'une
» certaine façon ; mais sur tout cela il faut
absolument que j'aye une conversation avec
» vous ; évitez, si vous m'en croyez , de par-
» ler à perſonne avant que je vous aye vû. Je
» vais à la campagne jusqu'à Mardi au ſoir :
» toutes les autres matinées je ferai chez moi ;
»ſi vous n'y venez pas dans le courant de la
»ſemaine , je prendrai votre filence pour un
déſiſtement , &vous n'aurez point , s'il vous
* Le Blond avoit fait alors le portrait de M. le
Cardinal de Fleury & de Vandeix.
OCTOBRE. 1749. 119
plaît , de reproche à me faire ; perſonne n'a
" plus d'envie de vous prouver que je suis ,
» Monfieur , votre très- humble &très- obéif-
» fantferviteur, M ***.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Septembre par
Renommée , rocher , marbre & Versailles.
On trouve dans le premier Logogryphe
roche , or , ré , cor , ocre , S. Rock , Hero ,
écho & roc. On trouve dans le ſecond ,
arbre , mer , rame , ame , barre , arme , rare,
mare & Brame. On trouve dans le troiſiéme,
vers , ail , Ifle , Livre , Laïe , Laïs & Sérail .
J
ENIG ΜΕ .
E ſuis un être tout divin ,
Du bien , du mal , ſource féconde ;
Etpartout où je ſuis , je plais à tout le monded
Eſt- il un plus noble deſtin ?
J
7. F. Guichard,
AUTRE.
E ſuis faite pour divertir ,
Et le plus ſouvent j'embarraſſe ;
Je ſuis toujours cachée , &j'ai fi peu d'audace,
120 MERCURE DEFRANCE.
découvrir ; Qu'à tout moment je crains de me trop
Veux-tu ſçavoir pourquoi je n'oſe point paroître
J'ai de juſtes raiſons , tu vas en convenir :
A
Dès qu'une fois on vient àme connoître ,
On m'abandonne ,& toi , tu n'as plus de plaiſir.
J
Par le même.
AUTRE.
E n'habitai jamais la terre ,
Je ſuis auCiel , je crée & les Dieux & les Rois ;
Je donne à l'Univers des loix
Et fais naître à mon gré les biens & la miſére,
Je procure la haine ainſi que l'amitié ;
Que l'on faſſe deux parts , je ſuis dans la moitié ;
Je protége la Médecine ,
Quoiqu'à cet art j'ajoûte peu de foi ;
Tantôt je ris & je badine ,
Tantôt je raille & fais la mine.
Cher Lecteur , c'eſt encore à moi
Que les belles ſont redevables
De l'embonpoint & des attraits
Qui les rendent partout aimables ,
Mais à toute heure auſſi ſur leur ſein je me mets ,
Sans qu'elles diſent rien jamais.
Par lemême,
Du 26 Août 1749 .
AUTRE
OCTOBRE . 1749. 12X
L
AUTRE.
E même Eté , qui me voit naître ,
Me voit auſſi mourir deux fois .
Rien de plus vil que mon nom & mon être ;
Rien de plus grand que mes exploits.
Par moi les Princes & les Rois
Etalent leur magnificence ,
Ettrompé par l'éclat des dons que jediſpenſe,
Entre le Duc & le Bourgeois
L'oeil ne met nulle difference .
:
:
Jouin de Saufeuil.
i
NOUVELLES LITTERAIRES ,
C
DES BEAUX- ARTS , .
ONNOISSANCE des Bautés & des défauts
de la Poëfie & de l'Eloquence
dans la Langue Françaiſe, à l'uſage des jeunes
gens , & ſurtout des Etrangers , avec
des exemples , par ordre alphabétique.
■ Par M. D*** . A Londres , aux dépens de
la Société , 1749. In- 12 . pp. 211 .
En liſant ce titre , on ſera tenté de croire
que l'Auteur ne ſçait pas le François,&dans
cette ſuppoſition , il ſeroitplaiſant qu'ilſe
F
122 MERCURE DE FRANCE.
mêlât de juger nos Orateurs & nos Poëtes
les plus illuftres.
On ſe tromperoit , ſi l'on s'arrêtoit à
la premiere apparence. Nous pouvons
affûrer que M. D. poſſede fort bien laLangue
,& qu'il nous paroît en connoître
toutes les fineſſes. Il n'y a pas même de
témerité , à décider qu'il eſt Poëte. La
préference qu'il donne par tout aux vers
fur la plus excellente proſe ,décéle ſa pro
feffion. Il porte le fanatiſme pour la mefure
& pour la rime , juſqu'à prétendre
que la gêne qu'elles impoſent au Poëte ,le
rend néceſſairement Ecrivain plus correct
& plus exact que le Proſateur.
Par ce trait , il eſt facile de conjecturer
que notre Anonyme n'eſt pas un admirable
Logicien. On ſe confirmera dans cette
opinion par la lecture de ſon ouvrage.
Il promet d'enſeigner aux jeunes gens ,
particulierement aux Etrangers , à démêler
les beautés & les défauts de nos meilleures
Piéces de Poësie & d'Eloquence. A
l'exception d'un morceau fort mal choiſi
dans M. Boffuet , il ne cite pas une ſeule
phrafe de nos Orateurs. Pour l'ordinaire
, il prend dans nos plus grands Poëtes
les endroits les plus négligés. Il leur
oppoſe les vers que M. de Voltaire a travaillés
avec le plus de ſoin. Par là, il fe
:
OCTOBRE. 1749. 123
S
50
10
em
Je
croit autoriſé à conclure que M. de Voltaire
eſt infiniment ſupérieur à tous les plus
beaux génies que la France ait produits.
Nous compoſerions un volume beaucoup
plus conſidérable que celui de l'Auteur , fi
nous voulions relever endétail toutes ſes
autres fautes de Logique.
Sa méthode répond à la juſteſſe de ſes
raiſonnemens. On en jugera par cette Table
des Chapitres de ſon Livre. Amitié ,
Amour. Portrait de l'Amour , tiré de la voliere
de Rouſſeau. Temple de l'Amour , tiré
de la Henriade. Ambition. Armée. Afſſaut.
Bataille. Caractéres & Portraits. Chansons.
Comparaisons. Dialogues en vers , en profe.
Description de l'Enfer. Epigramme , Fable ,
Grandeur de Dieu , Langage , Lettres fami.
lieres . Liberté , Mataphore. Opera. De la
Satyre. Traductions. Du vrai dans les oùvrages.
Quelque ridicule que foit cette brochure
, elle ne ſera pas abſolument inutile
aux Etrangers. Ils y trouveront pluſieurs
bonnes remarques ſur la Grammaire & fur
le ſtyle .
Cependant ils ne doivent pas , même
pour ce qui regarde cette partie , ajouter
également foi àtoutes les déciſions de l'Ariſtarque
qui s'érige en leur Précepteur .
Quelquefois il donne , comme des modé-
)
Fij
124 MERCURE DEFRANCE .
les parfaits d'élegance ,des fragmens de
M. de Voltaire , très -ſuſceptibles de critique.
Quelquefois auſſi il cenſure , dans
d'autres Ecrivains , des expreſſions qui ne
font nullement réprehenfibles .
Du reſte , nous ne jugeons pas néceſſaire
de précautionner les lecteurs contre un
artifice de l'Auteur. Il imite , & ſouvent
avec affez d'art , le ſtyle de M. de Voltaire.
Par tout , il ſuit avec affectation l'ortographe
particuliere à ce Poëte célébre. Pour
mieux perfuader que cette extravagante
production eſt de ce grand homme , il feint
que M. de Voltaire , oubliant à la page
123 qu'il s'eſt déguiſé à la tête de l'ouvrage
ſous le nom de M. D** * . ceſſe par
diſtraction de jouer le rôle d'anonyme ,
& laiſſe imprudemment échapper cette
phraſe , une Description philoſophique des
Cieux , qui n'est que de monſujet. Perſonne
ne ſera la dupe d'une ruſe ſi groffiere.
Si l'on veut avoir des notions plus détaillées
ſur cet arrogant écrit , on peut
confulter la critique ingénieuſe , qui en a
été faite dans la quatriéme feuille de l'ouvrage
périodique , intitulé , Lettres fur
quelques écrits de ce tems.
ESSAIS fur divers ſujets de Littérature &
de Morale . Par M. l'Abbé Trublet , de l'Académie
Royale des Sciences & BellesOCTOBRE.
1749.
125
1
,
Lettres de Pruſſe , Archidiacre & Chanoine
de Saint Malo. Quatrième édition ,
revûe , corrigée & augmentée. A Paris ,
chez Briaffon rue Saint Jacques , à la
Science , 1749. Avec Approbation& Privilége
du Roi . Deux volumes in- 12. Premier
volume pp. 417 , ſecond volume pp .
428 .
M. l'Abbé d' Artigny , Auteur des nouveaux
Mémoires d'Hiſtoire , de Critique ,
&c. en parlant du Livre de M. l'Abbé
Trublet , s'exprime ainſi : Cet ouvrage fi
= estimable par la délicateſſe du ſtyle &par la
= folidité des réflexions , en un mot digne de la
BRUYERE , est venu fort à propos pour dédommager
le Public de cette foule d' Hiftoriettes
, de Mémoires romanesques & d'autres
mauvaiſes productions dont on est accable.
Difficilement pourrions-nous louer d'une
maniere plus lateuſe les Effais de Morale
de Littérature . Nous nous contenterons
de remarquer que M. l'Abbé Trublet jouit
d'un honneur , qui pour l'ordinaire n'eſt
- réſervé qu'aux meilleurs Ecrivains. Son
- Livre a paſſé de notre Langue dans les
- Langues étrangeres ,& il en a paru trois
traductions , deux en Anglois , une en
Allemand , faite par une Dame ſujette du
ث
Roi de Pruffe.
Jaſqu'à préſent , ces Eſſais n'avoient été
1
Fiij
126 MERCURE DEFRANCE.
imprimés qu'en un volume. Maintenant
ils en compoſent deux , mais à la vérité
moins épais , & d'un plus gros caractére
que le volume des trois éditions précédentes.
Indépendamment d'un grand nombre
d'autres additions , M. l'Abbé Trublet
donne onze nouveaux chapitres. Il y ena
trois dans le premier tome ,& ils font intitulés
, des avis , de la raillerie, des Grands.
Voici les titres des chapitres , ajoutés au
tome ſecond : Des Conteurs , de l'Humeur ,
de la Misantropie,de la Singularité, de l'Affectation
, de l'Usage du monde , de la Timidité
, Obſervationsſur les gens d'esprit. Nous
copierons quelques paragraphes , pris au
hazard dans les chapitres qui n'avoient pas
encore vû le jour.
Tome premier , chapitre des Grands
paragr. 10. >> Trois hommes font admis
>>dans la plus étroite familiarité d'un
>>Grand. Le premier , à un ſçavoir étendu
>>joint un eſprit juſte , pénétrant, un gé-
>>nie ſupérieur . Le ſecond eſt un homme
>> d'une imagination vive , enjouée , fe
>>>conde en ſaillies . Le troiſiéme n'a ni le
➤ ſolide du premier , ni l'agrément du ſe-
> cond , mais il eſt ſouple , adroit , flat-
>> teur. Le Grand eſtime beaucoup le pre-
>>mier , s'amuſe du ſecond , & aime le troi-
>> ſieme . C'eſt avec celui- ci qu'il juge des
OCTOBRE. 1749. 127
2
26
S
11
» deux autres ; c'eſt celui-ci qu'il conſulte
* ſur ce qu'il veut faire pour eux , & qui
décide.
Paragr. 34 du même chapitre. » Tel
«Grand , diſgracié pour une action de
>> vertu,ſe répent de l'avoir faite,& feroit,
>>pour rentrer dans ſa place , ce qu'il n'au-
>> roit jamais fait pour y parvenir , ni mê-
> me pour s'y maintenir . La mauvaiſe for-
>>tune l'a corrompu .
Tome 2. chap. des Conteurs. Paragr. 2 .
>>Les voyageurs ſont conteurs. Il faudroit
>> que les conteurs fuſſent voyageurs * , &
> qu'ils parcouruſſent le monde , ſans avoir
>> de demeure fixe.
Chap. de l'Humeur. Paragr. 5. » Quel-
» qu'un diſoit à feu M. l'Abbé de M. que
>>c'étoient fes vapeurs qui lui faisoient
>voir tout en noir. Lesvapeurs , répon-
» dit- il , font donc voir les choses comme elles
»font . .
Chap. de la Misantropie. Paragraphe 3 .
>> Je demandois un jour à deux Chartreux ,
>> pourquoi ils avoient quitté lemonde .
>>Ils me répondirent que c'étoit parce
* Cette derniere phrase qui est fort ingénieuse, feroit
plus vive ,si l'on en retranchoit leſecond membre.
Peut- être seroit-il à propos de mettre , VYAGEAS
SENT TOUJOURS , au lieu de , FUSSENT VOYAGEURS
? L
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE .
;
:
>> qu'ils avoient tout ce qu'il falloit , l'un
» pour y plaire , l'autre pour y déplaire ,
>>>& tous deux par conséquent pour s'y
>>perdre.
Chap. de la Singularité. Paragraphe
4. » Il faut être bien raiſonnable pour
>>être Philoſophe ſans être * ridicule. Il
>>faut être bien Philoſophe , pour être tou-
>> jours très- raifonnable , au péril de paroître
ridicule.
Chap. de l'usage du monde. Paragr. 9.
>>>Si le Philofophe s'ennuye dans le mon-
>> de , il s'y inſtruit , & c'eſt toujours un
>>plaifir .
Chap. des obfervations ſur les gens d'esprit.
Paragraphe 7. » Les grands hommes , dit-
> on ſouvent , font les plus grandes fau-
>> tes. Ce proverbe , car c'en eft preſque
>> un , eſt- il donc bien vrai ? ... Lesgrands
>>hommes font des fautes , parce qu'ils
>> font hommes : Summi funt , homines ta-
» men. Quintil. Et ces fautes ſont gran-
>>des , importantes , parce qu'étant faites
>>par gens qui occupent des poſtes confi-
>>dérables , elles ſont ordinairement en
>> matiere importante ,& ont communé-
> ment de grandes ſuites...
THEORIE des fentimens agréables , où ,
* Il noussemble que le mot paroître auroit plus de
justeffe.
OCTOBRE: 1749. 129
après avoir indiqué les régles que la nature
ſuit dans la diftribution du plaifir ,
on établit les principes de la Théologie
naturelle , & ceux de la Philofophie morale.
A Paris , chez David le jeune , rue
du Hurepoix, au Saint Eſprit, 1749. Avec
Approbation & Privilége. Petit in- 8 ° . pp .
224.
La premiere fois que cet ouvrage a été
imprimé , il le fut à l'inſçu de l'Auteur
dans un recueil de Piéces choiſies , qui a
paru en 1736. Quelque tems après , un
homme de Lettres, qui avoit à la campagne
une Imprimerie pour fon amusement , fit
une jolie édition de ce Traité. Le ſuccès
qu'elle a eu , a déterminé à en donner une
nouvelle , qui felon les apparences ne ſera
pas la derniere. On lit à la tête de celle- ci
cette Epitre Dédicatoire au Roi .
>>SIRE , la Théorie des fentimens agréa-
>> bles n'eſt point une ſpéculation frivole.
>>Elle nous découvre la route du véritable
>> bonheur , & nous fait connoître qu'il
>> n'en eſt point de plus grand que de faire
>> des heureux. Agréez , SIRE , qu'une vé-
>>rité a importante s'autoriſe de votre
>> exemple. C'eſt le prouver que de mon-
>> trer VOTRE MAJESTE' , dans le ſein de
>> la victoire , ſacrifiant les conquêtes les
>>plus flatteuſes à la foi de ſes promeffes
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
.
»& à fon amour pour ſes peuples. Heu-
>>>reuſe la France , ſi ce trait éclatant la
>> perfuade pour toujours , qu'elle n'a rien
>> àdeſirer que de ſçavoir jouir des biens
>> qu'elle poſſede !Heureux le genre hu-
>>>main , ſi tous les Rois , devenus vos imi-
>> tateurs , n'aſpirent à la gloire que par la
>> félicité publique !
Du bon état de nos organes & de nos
facultés dépend notre bonheur. Nos organes
& nos facultés ne peuvent être en
bon état , qu'autant que nous les exerçons .
Le mouvement ou l'action nous eſt donc
néceſſaire. D'un autre côté , bornés & foibles
comme nous le ſommes , toute action
exceſſive & violente uferoit & détruiroit
nos organes. Il ne nous faut donc qu'un
exercice modéré. L'Auteur , partant de ce
principe , paſſe en revûe les plaiſirs des
fens , ceux de l'eſprit & ceux du coeur , &
il fait voir qu'ils ceſſent d'être plaiſirs , ſi
l'on ne les prend avec la juſte modération
que nous preſcrit l'intérêt de notre conſervation.
De là, notre ingénieux Philoſophe
remonte. au premier être , qui nous a
donné préciſement la meſure de ſenſibi.
lité , la plus convenable à nos beſoins.
Bayle eft ici réfuté , & l'on nous montre
comment l'homme trouve ſon bonheur
dans la pratique de ſes devoirs , tant enOCTOBRE.
131
1749.
vers Dieu , qu'envers le prochain & envers
foi-même. Raiſonnant enſuite ſur les
biens & les maux qui ſe trouvent attachés
à chaque condition , l'Auteur recherche
quels font les genres de vie les plus heureux
,& il prouve que dans tous la vertu
eſt la premiere ſource de la félicité .
Ce Livre , rempli de philoſophie & d'érudition
, eſt écrit avec beaucoup d'élégance
& de méthode. Les idées les plus
abſtraites & les plus compliquées y font
expoſées d'une maniere également claire
& fimple. Par tout , elles naiſſent naturellement
les unes des autres , avantage fi
déſirable dans les ouvrages d'eſprit , & fi
rare dans les écrits de ce tems. Nous fommes
redevables de cet excellent abregé de
Théologie naturelle & de Philofophie morale
à M. de Pouilly , qui malgré le peu
d'empreſſement qu'il a eu d'être connu
pendant qu'il a vécu à Paris , s'y eſt fair
une réputation diſtinguée. Depuis plufieurs
années , M. de Pouilly s'eſtøretiré
à Rheims , où pour le bonheur de ſes
concitoyens il eſt chargé d'une des parties
les plus importantes du miniſtére public.
LES AMAZONES . Tragédie. Par Madame
du Bocage. A Paris , chez F. Merigot,
Quai des Auguſtins , à la deſcente duPont
Fvj
132 MERCURE DEFRANCE.
Saint Michel , près la rue Gît- le-coeur , aux
Armes de France , 1749. Avec Approbation
& Privilége.
Nous avons fait connoître ſuffisamment
ce Poëme , mais nous ne pouvons louer
trop ſouvent Madame du Bocage , d'employer
, à de fi nobles occupations , des
jours que tant d'autres perſonnes de fon
fexe , avec l'opulence dont elle jouit ,
paſſeroient dans la molleſſe & dans les
plaiſirs. Elle a dédié ſa Tragédie aux femmes
, & elle leur adreſſe cette Epitre.
2
Belles , dont le puiſſant ſuffrage
Donne au génie un prix flatteur ,
Je vous conſacre mon ouvrage.
S'il a pû toucher votre coeur ,
J'oſe me promettre l'hommage
D'un peuple , votre adorateur .
Quand vous admirez le courage
De l'Amazone fiere & fage ,
Qui de l'Amour fuit l'art stompeur,
Songez que l'appas ſéducteur
De vos traits , de votre langage ,
Met plus de coeurs en eſclavage ,
Que n'en a ſoumis la valeur
Des Héroïnes du vieil âge.
S'il n'eſt plus , ce fameux rivage ,
Où ſans liens& fans vainqueur ,
OCTOBRE . 1749. 133
Sur l'appui d'une loi ſauvage ,
Vous fondâtes votre grandeur ,
De ce triſte & barbare honneur
Notre ſiècle vous dédommage.
Tout fléchit , ſe plaît & s'engage
Sous votre pouvoir euchanteur .
L'univers eſt votre partage.
ART de faire éclore & d'élever en toute
ſaiſon des oiſeaux domestiques de toutes espéces
, foit par le moyen de la chaleur dufumier,
foit par le moyen de celle du feu ordinaire.
Par M. de Réaumur , de l'Académie Royale
desSciences , &c. Commandeur & Intendant
de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis. A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1749 , in- 12 . Vol. 1. pp. 342 ,
ſans y comprendre le Diſcours Préliminaire.
Vol. 2. pp. 339.
En 1747 , M. de Réaumur lut , dans Pafſemblée
publique de l'Académie des
Sciences d'après la Saint Martin , un Mémoire
, qui donnoit une idée générale de
l'art dont il eſt queſtion. Comme ce n'eſt
qu'après un certain tems , que nous pouvons
eſperer de voir tout ce qui peut être
vû par rapport à une matiere qui eſt nouvelle
pour nous , notre illuſtre Académicien
a foupçonné avec raiſon , que tous
les accidens , contre leſquels il faut être
134 MERCURE DEFRANCE.
en garde dans des procédés phyſiques , ne
s'étoient pas encore offerts à lui. Il a voulu
de plus examiner ſi les moyens,dont il s'étoit
ſervi , n'étoient pas fufceptibles de
perfection , & fi l'on n'en pouvoit trouver
d'autres qui méritaſſent de leur être préferés.
Ses ſoupçons ont été vérifiés , & fes
recherches récompenſées. Il s'eſt convaincu
qu'on pouvoit ici employer utilement,
pour faire éclore des poulets , non-ſeulement
la chaleur du fumier , mais encore
celle du feu ordinaire , comme on le fait
en Egypte. En même tems , il a reconnu
que les fours de nos Boulangers , de nos
Pâtiſſiers , & un grand nombre d'autres ,
pouvoient ſervir à cet uſage , ſans que leur
deſtination ordinaire en ſouffrit , & fans
que la quantité de bois qu'on est obligé
d'y brûler , en fût augmentée. Il eſt allé
plus loin , & il s'eſt aſfüré qu'il ne tenoit
qu'à nous d'y faire naître plus de poulets
qu'il n'en naît dans les fours d'Egypte
fi renommés .
Le Traité de M. de Réaumur eſt diviſé
endeux parties. Dans la premiere , l'Auteur
enfeigne l'art de faire éclore les oeufs
des oiſeaux de toutes les claſſes & de tous
les genres. Dans la ſeconde , il indique les
moyens d'élever , ſans le ſecours d'aucune
mere ,les oiſeaux qui ſont nés ſans qu'une
OCTOBRE. 1749. 135
mere ait couvé les oeufs dont ils font fortis.
Six Mémoires differens expliquent tout
ce qui regarde la premiere Partie ,& ils
rempliſſent le premier volume. Le ſecond
volume ne renferme que quatre Mémoires.
On apprendra dans les deux premiers,
à nourrir les poulets de maniere qu'ils ne
puiffent s'appercevoir que les meres leur
manquent. M. de Réaumur dans le troifiéme
fait l'énumeration des uſages , aufquels
peut s'étendre le nouvel art de faire
éclore & d'élever des oiſeaux. On verra
dans le dernier Mémoire de ce ſecond volume
, le détail de divers amufemens que
peut offrir une baffe-cour , Plufieurs font
utiles , & les autres au moins curieux .
La forme de Mémoires , que notre ſçavant
Phyſicien a donnée à ſes autres ouvrages
, lui a paru ici abſolument néceſſaire.
Il a crû auſſi devoir raconter les avantures
déſagréables qui lui ont fait perdre un
grand nombre d'oeufs , celles qui ont fait
avorter dans la coquille bien des poulets
prêts à naître , & celles qui en ont fait
périr beaucoup d'autres parvenus à voir le
jour , & même déja affez grands. S'il eût
laiffé ignorer ces mauvais ſuccès , peut- être
les perſonnes qu'il ſe propoſe d'inſtruire ,
feroient-elles moins attentives à profiter
136 MERCURE DE FRANCE .
des précautions néceſſaires pour les éviter.
Tout l'ouvrage eſt tel que font ordinairement
ceux qui ſortent de la plume de
M. de Réaumur. On ſçait que l'art de compoſer
d'excellens Mémoires Académiques
ne lui eſt pas moins familier , que celui de
découvrir les fecrets de la nature , & de la
ſuivre dans ſes opérations.
ELOGES HISTORIQUES des Hommes illuftres
de la Province du Thymerais , avec un
Catalogue raiſonné de leurs ouvrages.
Par M. D. D. Avocat au Parlement , Lieutenant
Particulier de Châteauneuf. A
Paris , chez Joseph Berthier , Quai des Auguſtins
, à l'Image Saint Pierre , & Charles
de Poilly , Quai de Conti , aux Armes
d'Angleterre , 1749. Avec Approbation
& Privilége. In- 12 . pp. 75.
La petite Province du Thymerais eſt
une des plus anciennes Baronies de ce
Royaume. Elle a été poſſedée par divers
Princes de la Maiſon de France , & enfin
par nos Rois. A cet avantage elle joint
celui d'avoir produit pluſieurs perſonnages
célébres . M. D. D. fe propoſe de recueillir
les principales circonstances de
leurs vies. La partie de ſes recherches, qu'il
fait paroître aujourd'hui , étoit la derniere
dans l'ordre que d'abord il avoit réfolu de
OCTOBRE. 1749. 137
fuivre. Elle eſt auſſi la moins étendue.
Mais il a crû devoir , pour ſe rendre plus
favorables les gens de Lettres , commencer
par donner ce qui concerne quelques
Sçavans de ſa Province. Ceux dont il
parle dans cette premiere Partie de ſon ouvrage
, ſont Lambert du Châtel , ou de Chateauneuf,
& Matthieu le Grand , Juriſconſultes
; Jacques Dulaurens, Jurifconfulte &
Poëte ſatyrique ; Adrien Gueſdou , ou Gadou
, Poëte ; Jean-Baptiste Thiers , Théologien
, Curé de Champrond , dans le
Pays Chartrain , & enſuite de Vibraye ,
dans le Diocéſe du Mans , & François de
Gravelle , Hiſtorien. Si cet eſſai eſt bien
reçu des Lecteurs , il ſera bientôt ſuivi
d'une autre Partie , qui comprendra les
Mémoires hiſtoriques des Seigneurs de
Châteauneuf , & des perſonnes diſtinguées
par leur naiſſance & leurs emplois , qui
font nés , ou ont vêcu dans le Thymerais ,
ou qui y ont eu des Terres de quelque
importance.
LES ETUDES convenables aux Demoiselles .
A Lille , chez André- Joseph Pancoucke ,
& ſe vend à Paris chez Tilliard , Libraire,
Quai des Auguſtins , près le Pont Saint
Michel , 1749. Avec Approbation & Privilége.
Deux volumes in- 12 . vol. 1. pp.
479. vol . 2. pp. 534.
138 MERCURE DEFRANCE:
Le premier Traité de ce Recueil contient
les notions de la Grammaire les plus
effentielles . On verra dans le ſecond les
principales régles de la verſification Françoiſe
,& pluſieurs remarques ſur ce qui
caractériſe le Poëme Epique , la Tragédie,
la Comédie , l'Idille , l'Elegie , l'Eglogue,
la Satyre , &c. Dans le troifiéme , l'Auteur
donne un précis de la Rhétorique.
Ce Traité eſt ſuivi de quelques réflexions
fur l'art d'écrire des Lettres. Après ces réflexions
, on trouve divers abregés de
Géographie , de Chronologie & d'Hiſtoire.
L'Auteur fait ſuccéder à l'Hiſtoire la
Mythologie. De là , il paſſe aux Fables
morales , & il rapporte divers fragmens de
celles de l'admirable la Fontaine. Cet ouvrage
eft terminé par un court Traité d'Arithmétique
, & par un petit nombre d'obſervations
fur les devoirs de bienséance
&de politeffe. Il eſt compofé , pour la
plus grande partie , par demandes & par
réponſes.
AMUSEMENS MATHEMATIQUES , précédés
des élemens d'Arithmétique , d'Algêbre
& de Geométrie , néceſſaires pour
l'intelligence des Problêmes. Chez les
mêmes Libraires , 1749. In- 12. pp. 417 .
Il ne faut chercher dans ce Recueil rien
de nouveau ni de tranſcendant ; mais tout
OCTOBRE. 1749. 139
ce qu'il renferme , eſt préſenté avec beaucoup
de clarté & de préciſion. En un trèscourt
eſpace , l'Auteur a ſçû raſſembler
ce qu'il y a de plus important à ſçavoir ,
non-feulement fur les opérations ordinaires
de l'Arithmétique , mais encore ſur les
fractions , ſur l'élevation des Puiſſances ,
fur l'extraction de leurs racines , fur les
propriétés des nombres , fur les proportions
& les progreſſions, tant Arithmétiques
que Géométriques ; fur la maniere
d'appliquer les lettres au calcul , ſur les
équations , & fur l'art de dégager les inconnues
dont on cherche la valeur. Il en
a uſé de même pour ce qui regarde ſes
Elemens de Géométrie & de Trigonométrie
rectiligne , auſquels il a ajouté quelques
confidérations ſur les Logarithmes.
A la ſuite de ces Elemens, viennent les
Problêmes , qui compoſent l'eſſence de
l'ouvrage , & qui lui ont fait donner par
l'Auteur le nom d'Amusemens Mathématiques
Ils font au nombre de deux cens quarante.
Nous aurions deſiré que l'Auteur
les eût diviſés en differentes claſſes , &
qu'il eût réuni ſous un même titre ceux de
même genre.
Quoique par fon titre il ſemble annoncer
qu'il n'a pour objet que d'amufer ſes
Lecteurs,il s'efforce de faire marcher l'utile
140 MERCURE DEFRANCE.
de pair avec l'agréable , & de familiarifer
les jeunes gens avec le calcul.
HISTOIRE MILITAIRE des Suiffes , avec
les Piéces juſtificatives , dédiée à M. le
Prince de Dombes , Colonel Général des
Suiffes& Grifons au Service de la France.
Par M.le Baron de Zurlauben , Brigadier
des armées du Roi , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiſſes de Sa Majesté ,
& Honoraire Etranger de l'Académie
Royale des Inſcriptions &Belles Lettres.
Trois volumes in- 12 . A Paris , chez Def-
Saint & Saillant , rue Saint Jean de Beatrvais
; Thomas Hériſſant , rue Saint Jacques,
&Vincent , rue Saint Severin .
DISSERTATION ſur l'Autonomie des
Villes & des Peuples foumis àune Puiffance
Etrangère. Par M. l'Abbé de Guasco,
in- 12 . pp. 96. A Avignon , chez Jofeph.
Daniel Hirshner. Cette Differtation aremporté
le prix en 1747 , à l'Académie des
Inſcriptions & Belles Lettres. M. l'Abbé
de Guafco , d'une des familles du Piémont
les plus diftinguées , & auffi recommanda.
ble par fon érudition que par ſa naiſſance ,
a été élû cette année pour remplir une
place d'Honoraire Etranger de cette Academie.
EXPLICATION du flux & reflux dans
leurs véritables circonstances ,qui mani
OCTOBRE. 1749. 14
feſte avec leur exacte expoſition d'après les
Mémoires Académiques , combience phé
noméne, inexplicable dans tout autre ſyſtême
coſmographique & phyſique que le
moderne , en prouve l'exactitude &l'univerſalité
. A Paris , chez Jombert , au coin
de la rue Git-le-coeur , à l'Image Notre-
Dame , 1749 , in- 4°.
EVANGELIARIUM QUADRUPLEX Latine
Verſionis Antiqua , Seu Veteris Italica , nunc
primum in lucem editum ex Codicibus Manuscriptis
aureis , argenteis , purpureis , aliifque
plusquam millenaria antiquitatis , sub
auspiciis Joannis V. Regis Fideliſſimi Lufitanie
, Algarbiorum , &c. A Joſepho Blanchino
, Veronenfi , Presbitero Congregationis
Oratorii Sancti Philippi Nerii,
DISSERTATION ſur l'incertitude des
ſignes de la mort , & ſur l'abus des enterremens
précipités. Par M. Jacques -Jean
- Brubier , Docteur en Médecine. Seconde
édition , deux volumes in- 12 . le premier
qui eſt le ſeul qui ait été refondu , de 609
pages , lans compter la Préface; le ſecond
de 540 pp. prix 6 liv. relié. On trouve
auſſi ſéparément chez le même Libraire le
Mémoire préſenté au Roiſur la néceſſivé d'un
Réglement général au ſujet des enterremens &
embaumemens , ſeconde édition , revûë ,
corrigée & augmentée. Il eſt compris dans
142 MERCURE DE FRANCE.
les deux volumes que nous venons d'annoncer
, & l'on en fait le débit à part , en
faveur de ceux qui ne voudroient point
faire la dépenſe néceſſaire pour acquerir
l'ouvrage en entier. C'en eſt une eſpéce de
précis . A Paris , chez Debure , l'aîné ,
Quai des Auguſtins , à l'Image Saint Paul,
1749.
HISTOIRE GENERALE DES VOYAGES ,
depuis le commencement du XV. fiécle.
Tome VII. Deſcription de la Tartarie
Orientale & du Tibet. A Paris , chez Didot
, Quai des Auguſtins , à la Bible d'or ,
1749 , in-4°. de 621 pages.
RECHERCHES ſur la préceſſion des Equinoxes
& fur la mutation de l'axe de la
terre , dans le ſyſteme Newtonien. Par
M. d'Alembert , des Académies Royales
des Sciences de Paris & de Berlin , & de
la Société Royale de Londres. A Paris ,
chez David l'aîné , rue Saint Jacques.
THEATRE HISTORIQUE , Géographique
Chronologique du Regne de Louis XV.
A Paris , chez Claude-Charles Riolet , Ingénieur
& Graveur , rue Sainte Geneviève,
vis-à vis le Collége de la Marche. Le Roi
a honoré de ſon Médaillon l'Auteur de
cette Carte.
COMMENTAIRE ſur le Parménide de
Platon , avec une Differtation préliminaiOCTOBRE.
1749. 143
A
e
۱
او
01
re. Par M. l'Abbé Antoine Conti , noble
Vénitien , in-4°. de 124 pages , 1743 .
A Venise , chez Jean-Baptiste Pasquali.
L'ouvrage est en Italien.
DISSERTATIONS hiſtoriques & théologiques
contre l'eſpèce d'Ufure , foutenue
par plufieurs Caſuiſtes de morale trop aifée
,&fingulierement par Nicolas Bræderfen
, ſous le nom de l'intérêt du triple
Contrat , avec deux additions au Commentaire
que l'Auteur a déja donné ſur l'Ufure
. Par le R. P. Daniel Concina , de l'Or
dre des Freres Prêcheurs , de la Maiſon de
Saint Jacques de Salomone de Venife. A
Rome , chez Nicolas & Marc Palearini ,
1746 , in- 4°. de 472 pages , y compris
une Table alphabétique des matieres de
16 41 pages , & non compris une Epitre Dédedicatoire
à M. le Cardinal Querini , d'en-
, viron 17 pages , & quatre Approbations
de divers Théologiens de Rome. L'onvrage
est en Latin.
V
TO
LE DICTIONNAIRE Royal , François &
Anglois , & Anglois & François , tiré des
meilleurs Auteurs qui ont écrit dans ces
Langues , autrefois composé à l'uſage de
S. A. R. le Duc de Gloceſter , par M. A.
Boyer. Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée d'environ trois mille deux
cens nouveaux mots , ou nouvelles- phrafes,
144MERCURE DE FRANCE .
1
&d'une Differtation ſur la Profodie Françoiſe
, par M. D. de la S. R. Deux volumes
, in-4° . 1748. A Londres , chez 7.
Brotherton , & autres Libraires , & à Paris,
chez Debure l'aîné , Libraire , Quai des
Auguſtins , à l'Image Saint Paul .
Le même Libraire a reçu beaucoup
de Livres Anglois de Médecine , Phyſique
, Mathématique ,Hiſtoire naturelle ,
&c.
MAGASIN de Londres. Brochure périodique
, in-8 °. de 72 pages d'impreſſion,
en petit caractére àdeux colonnes. Le prix
eſt d'un ſchelling. A Londres, chez R.
Griffiths , Marchand Editeur , & Libraire
en Lugdate-ſtreet , à l'enſeigne de l'âne
chargé de Livres , & chez Guillaume
Meyer, Libraire en Mays-Buildings , dans
S. Martin's lune .
LETTRES ſur l'eſprit de Citoyen , fur
l'idée d'un Roi Citoyen ,& ſur l'état des
differens partis qui ſe trouvoient à l'avenement
de Georges I. à la Couronne. Dans
la même Ville , chez A. Millar , vis- à-vis
la ruë Catherine Street , dans le Strand ,
1749 , in- 8 ° . L'ouvrage est en Anglois.
OBSERVATIONS ſur l'homme , ſur ſa
ſtructure , ſes devoirs , ſes eſperances , en
deux parties. Par M. Harley , Maître ès
Arts. Dans la même Ville , chez Charles
Hitch
OCTOBRE. 1749. 145
Hitch , & Etienne Austen, & chez Jacques
Leake , & Guillaume Frederic , Libraires
à Bath , 1749 , in-8°, L'ouvrage est aussi
enAnglois.
TRAITE' des végétaux étrangers , contenant
l'expoſition de ceux qui ſont mis
communément en uſage dans la pratique
de la Médecine , avec leurs deſcriptions ,
leurs analyſes chymiques , leurs vertus ,
leurs doſes & leurs differens effets , principalement
tirés de la matiere médicale de
M. Etienne -François Géofroi D. M. Profeſſeur
de Chymie à Paris , &c . par Raoul
Thiekneffe D. M. A Londres , chez J. Clarke,
près le Change Royal , C. Davis dans
Holbourn , & autres . 1749 , in-8° . L'on-
-vrage eſt en la même Langue.
TRAITE' des plantes médicinales , qui
ſe trouvent communément dans les environs
& les jardins d'Angleterre , contenant
en particulier leur nature , leurs vertus &
leurs uſages , avec les obſervations des
plus habiles.Médecins , tant anciens que
modernes , communiquées à M. Ray ,&
au ſcavant Docteur Simon Pauli, & approprié
plus particulierement à l'uſage de ceux
queleur condition & leur état prive en
grande partie des conſeils des gens de
P'Art . Par Thomas Short de Sheffield D. M.
Seconde édition , à laquelle on a ajouté un
G
146 MERCUREDE FRANCE.
1
:
Appendix , contenant la vraie préparation
, les uſages , les doſes de la plus grande
partie des eſpéces de remédes néceſſaires
dans les familles , & la maniere de les
conſerver. A Londres , chez R. Manby ,
& H. Shute Cox , dans Ludgate-hill ,
1747 , in-8°.
HISTOIRE abregée de l'état préſent de
la Suéde. A Londres , chez Jean Nours ,
Libraire dans le Strand , 1748. Deux volumes
in- 12. Le premier de 161 pages , &
le ſecond de 154 .
HISTOIRE Eccléſiaſtique par le R. P.
Orfi , tome ſecond , contenant le onziéme
fiécle de l'Eglife. A Rome , &le trouve à
Paris , chez Cavelier , rue Saint Jacques ,
au Lys d'or ; in-4° . de 478. pages.
DISSERTATION du P. Panel , Jéſuite ,
fur une Médaille de la Colonie de Tarragone,
à Zurich , de 18 ; pages in-4°. en
comptant la Traduction Eſpagnole , qui
eſt vis- à- vis du Latin , 1748 .
ORIGINE de l'Univers , expliquée par
un principe de la matiere. ABerlin , 1748,
in- 12 . de 238 pages.
HISTOIREGénérale d'Allemagne par le
P. Barre , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève , & Chancelier de l'Univerſité
de Paris. Tome IX. depuis l'an 1558 julqu'en
1658. AParis, chez Deleſpine &
Heriffant.
OCTOBRE. 1749. 147
LE REGNE MINERAL , diviſé en claſſes ,
& décrit par Jean Gotſchalk Vallerius ,
Docteur en Philofophie & en Médecine ,
Membre du Collége Royal des Médecins ,
& Adjoint de la Faculté de Médecine
d'Upſal , avec figures en taille douce ; in-
8°. de 479 pages. A Stockholm , aux
pens de Laurent Salvius , 1747.
2
dé-
LE REGNE AQUATIQUE , diviſé en claf
ſes , &décrit , avec une manuduction pour
faire les épreuves des eaux , par le niême
Auteur , dans la même Ville , & aux dépens
du même Libraire , 1748 .
PLANTES de l'iſfle de Ceylan , revûës ,
examinées , déterminées & expliquées par
M. Charles Linnaus , Docteur Regent de
Médecine , & Profeſſeur de Botanique a
Upſal. Volume in- 8°. de 240 pages , fans
compter une addition de 14 pages , ni les
Planches ni la Préface . Dans lamême Ville
& aux dépens du même Libraire.
PLANTES ETRANGERES , admiſes dans le
Jardin d'Upfal , par le même , depuis
1742 juſqu'en 1748. Dans la même Ville
& aux dépens du même Libraire.
DISSERTATIONS de M. Celfius , fur les
Plantes de l'Ecriture Sainte. Deux volumes
in- 8 °. 1748. AUpsal, aux dépens de
Auteur...
Tous ces Livres de Suede ſe trouvent
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
auſſi à Paris, chez Guerin , rue Saint Jacques.
4
HARANGUE ſur le Commerce , prononcée
à Bordeaux , par le P. Sauret , Jéfuite.
AToulouse, chez Gaſpard Henault. De onze
pages in-4° .
REFLEXIONS fur l'impiété , priſes du
côté Littéraire , par le P. Lambard , Jéluité.
A la Rochelle , chez René-Jacob Desbordes
, 1749 , de 16 pages in- 8 ° .
OBSERVATIONS ſur la nature du ſang ,
nouvellement tiré des veines des malades
, dans lesquelles on en faitconnoître
les mauvaiſes qualités , & on indique les
remédes convenables pour les corriger &
les détruire. Par. Nicolas-Gervais Deflonchamps,
Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Aggregé au Collège des
Médecins de Rouen , & Médecin ordinaire
de l'HôpitalGénéral des Pauvres de la même
Ville. A Rouen , chez Laurent Dumefmil
, rue des Juifs , à la Juſtice triomphante
, 1748 , volume in - 12. Cet ouvrage
eſt dédié à M. de Ponicarré , Premier Préſident
du Parlement de Normandie.
LE TRAITE' de la Taille de la Pierre
par M. Collot , ſe trouve à Paris , chez
Briaſſon , Libraire , rue Saint Jacques , à
l'AngeGardien & à la Science. Cet ouvrage
a été imprimé à Paris en 172793
:
• OCTOBRE. 1749: 142
L'HISTOIRE de la Médecine , traduite de
l'Anglois de M. Freind , chez le même Libraire
, in-4°.
LES PRONES de M. Symon , Docteur en
Théologie , pour les Dimanches de l'année
, avec quelques Sermons & un Panégyrique.
Deux volumes in- 12. ſe trouvent
àRennes , chez Julien Vatar , Imprimeur-
Libraire .
TRAITE' ſur le véritable ſiége de la
Morve des Chevaux , & les moyens d'y
remédier . Dédié à M. le Prince Charles
de Lorraine , Comte d'Armagnac , Pair &
Grand Ecuyer de France , &c . Par le Sieur
la Foffe , Maître Maréchal à Paris , &
Maréchal de la petite Ecurie du Roi. A
Paris , Quai des Auguſtins , chez David ,
pere , à la Providence , & Gonichon , rue
de la Huchette. 1749. Ce Mémoire a ſubi
l'examen de Meſſieurs de l'Académie Royale
des Sciences , qui ont jugé que les obfervations
de l'Auteur font très - conformes à
la vérité , que fon projet pour la cure des
chevaux malades est fort bien conçu ,&que
fes vûes peuvent être d'une extrême utilité..
MEMOIRES du Chevalier de Montendre
, de Madame & de Mademoiselle
Vancleve. A Nancy , chez Thomas , Imprimeur-
Libraire , rue de la Boucherie , près .
le Palais , & Henry, Libraire , près la porte
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Royale , Ville neuve. Se vend à Paris chez
Quillan , fils , Libraire. Un volume in. 12 .
Par M * * *.
On nous prie d'inférer ici au sujet de ce
Livre la note ſuivante.
د
Le Public , jouiſſant des douceurs de la
paix verra fans doute avec plaifir cet
Ouvrage. Les Anecdotes qu'il renferme
font arrivées à Tournai pendant la derniere
guerre ; elles ne peuvent déplaire
à perfonne , & Meſſieurs les Officiers en
particulier ne feront pas fâchés de les
apprendre. La nobleſſe de ſentimens , la
grandeur d'ame , la valeur , qui ont toujours
fait le caractere diſtinctif de la No
bleſſe Françoiſe , y paroiſſent dans tout
leur jour. Un Officier, autant diftingué par
fon grand coeur & ſes vertus , que par
fon illustre naiſſance , y eſt un modéle
digne d'admiration. On ne peut s'empêcher
de l'aimer , de l'eſtimer , de le plaindre
, de le louer. Sa conduite est un magnifique
éloge du Militaire François.
Madame & Mademoiſelle Vancleve ont
obtenu les applaudiſſemens de tous ceux
qui les ont connus. Le nombre de leurs
admirateurs n'eſt point borné aux habitans
de Tournay ; la gloire de leur nom
a ſouvent retenti dans les Pays-Bas ; mais
afin qu'on ne pense pas qu'on prodigue
OCTOBRE. 1749. Ist
ici un encens qui n'eſt pas dû , dans l'efpérance
de débiter plus promptement cet
Ouvrage, dont on n'a tiré que peu d'exemplaires
, le Public peut s'en conſtituer luimême
le Juge .
Voici un autre avertiſſement ,qu'on nous
prie de faire imprimer.
On a expoſe en vente dans les premiers
jours du mois dernier les Oeuvres
de M. l'Abbé Metaſtaſio , traduites de l'Italien
par M. l'Abbé Bonnet de Chemilin.
Tome I. A Paris , chez la veuve de Lormel
& fils , rue du Foin , à l'Image Sainte
Geneviève , & chez David le jeune , à
l'entrée du Quai des Auguſtins.
M. l'Abbé Metaſtaſio s'est rendu célebre
dans toute l'Italie par des piéces de
Théatre , & des Poëſies diverſes. Ses Tragédies
ſurtout ont mis le comble à ſa réputation
, & il a ſçû cultiver l'Art Dra.
matique , en ce ſiécle même ,avec un fuccès
nouveau. La ſageſſe du génie François
en ce genre d'écrire , lui a ſervi de
régle : il reproduit la délicateffe dans les
ſentimens , le fublime dans les penſées ,
l'intérêt dans les paſſions , la dignité dans
les caractéres , la ſimplicité dans la Poëfie ,
toujours different de lui-même , toujours
rival de ſes modéles .
Ce Poëte dans un âge encore peu avancé
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
jouit de toute ſa gloire , & l'embellit chague
jour par de nouvelles productions de
ſon brillant génie.
Le Traducteur avertit lePublic , que de
faux prétextes de délicateſſe ne lui feront
rien retrancher des précieux Ouvrages qu'il
publie en notre Langue , & qu'il n'y ajoutera
rien par le vain defir de produire ſes
propres penſées .
PROGRAMME.
'Académie des Belles Lettres , Sciences
L& Arts , établie à Bordeaux , diſtribue
chaque année un Prix de Phyſique , fondé
par feu M. le Duc de la Force. C'eſt une
Médaille d'or de la valeur de trois cens
livres.
Elle avoit donné pour ſujet du Prix de
Ja préſente année , la cause de la mue de la
Voix ; elle n'a pas été fatisfaite des Differtations
qui lui ont été envoyées , & n'a point
adjugé de Prix .
Elle propoſe aujourd'hui deux ſujets pour
deuxPrix , qui feront diſtribués le 25 Août
171.
Le premier ſujet , est l'explication de la
nature& de la formation de la Grêle. Le ſecond
eſt de ſçavoir , s'il y a des médicamens ,
OCTOBRE. 1749 . 153
qui affectent certaines parties plutôt que d'autres
du corps humain , & quelle ſeroit la cauſe
decet effet.
Les Differtations ſur ces deux ſujets ne
ſeront reçûes que juſqu'au premier Mai
de l'année 1751. Elles peuvent être en François
, ou en Latin. On demande qu'elles
foient écrites en caracteres bien liſibles.
Au bas des Differtations , il y aura une
Sentence , & l'Auteur mettra dans un billet
ſéparé & cacheté , la même Sentence' ,
avec ſon nom , fon adreſſe , & fes qualités.
Les paquets feront affranchis de port ,
adreſſés àM. le Président Barbot , Secretaire
de l'Académie , fur les Foffés du Chapeau
rouge;; ou au Sieur Brun , Imprimeur , Aggrégé
de laditeAcadémie , rue Saint James.
ABordeaux , ce 25 Août 1749 .
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L

'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
OCTOBRE. 1749. 184
ESTAMPES NOUVELLES ,
L
CARTES , PLANS , &C.
Eſicur Drevet , Graveur du Roi ,
vient de finir le Portrait du Cardinal
d'Auvergne , gravé d'après le célebre Rigaud.
Cette Eſtampe , qui eſt de la grandeur
de celle de M. Boſſuet , répond parfaitement
à la réputation du fieur Drevet ,
&ce fameux Artiſte a ſurpaffé encore dans
celle-ci par la douceur & la force de fon
burin les excellens morceaux qu'il a déja
donnés au public. On trouvera cette Eftampe
chez l'Auteur aux Galeries du Lou
vre.
Il paroît deux autres fort belles Eſtampes
, gravées par le ſieur Duflos , & qui ſe
vendent chez lai , placeDauphine. L'une
eſt le Triomphe d' Amphitrite , & l'autre le
Triomphe de Bacchus , d'après deux Tableaux
de M. Natoire. Elles font dédiées
à M. Orry de Fulvy , Conſeiller d'Etat ,
Intendant des Finances ..
Le ſieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques,
près les Mathurins , qui continue de graver
la ſuite des Hommes Illuſtres du feu
ſieur Defrochers , Graveur ordinaire du
Roi , a mis depuis peu au jour les deux
Portraitsſuivans.
162 MERCURE DE FRANCE:
Le Révérendiffime P. GUILLAUME LE
FEBVRE , Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , Conſeiller , Aumônier du
Roi , Général & Grand-Maître des Chanoines
Réguliers de l'Ordre de la Sainte
Trinité pour la rédemption des Captifs, né
à Paris en 1685 , & élu en 1749 .
EUSEBE RENAUDOT , de l'Académie
Françoiſe , mort le premier Septembre
1720 , âgé de 47 ans. On lit ces vers au
bas , de M. Moraine.
Après le docte Arnaud , par des écrits célébres
Il ſoutint & vengea la Foi ;
De l'Hiſtoire il perça les profondes ténébres.
Auſſi favorisé de l'appui de ſon Roi ,
Il fut l'Auteur fameux de l'utile Gazette.
Renommée , à ton tour prens pour lui la trom
pette.
Deux nouvellesCartes Hydrographiques
méritent l'attention du Public. La premiere
a pour titre , Carte réduite du Golphe du
Méxique & des Iſles de l'Amérique , pour
Servir aux Vaiſſeaux du Roi , dreffée au Dépôt
des Cartes, Plans &Journaux de laMarine
, &c. Cette Carte nous a paru travaillée
avec bien du ſoin & d'un très-grand
détail. On a eu attention de diſtinguer par
des couleurs differentes les poffeffions des
OCTOBRE. 1749 16
diverſes Nations de l'Europe dans cette
partie de l'Amérique ; le bleu marque les
poffeffions des François ; le rouge , celles
des Eſpagnols ; le jaune , les poffeffionsdes
Anglois ; le verd, celles des Hollandois, &
l'orange , celles des Danois ; c'eſt ainfi
qu'elles font indiquées dans le titre de la
Carte. Mais ce qui releve le mérite de cet
ouvrage,& lui donne une ſupériorité marquée
ſur tout ce qui a paru en ce genre ,
c'eſt un Mémoire imprimé en forme d'Analyſe
, qui rend compte des principales
remarques & obſervations dont on s'eft
fervi pour la conſtruction de cette Carte ,
&pour conſtater le grand nombre de corrections
, plus importantes les unes que
les autres , que la fûreté des Navigateurs
exigeoit depuis long-tems. Ce Mémoire
eſt rempli de diſcuſſions géographiques ,
liées tellement les unes avec les autres ,
qu'il n'eft guere poſſible d'en faire l'extrait.
La feconde Carte a pour titre , nouvelle
Carte réduite de la Manche pour le ſervice
des Vaiſſeaux du Roi , &c. Elle eſt auſſi accompagnée
d'un Mémoire fort court , mais
affez curieux ; on y verra avec plaifir que
'Hydrographie , cette ſcience fi belle & fi
utile , doit le jour qu'elle commence à répandre
, aux foins attentifs & à la protection
particuliere des Miniſtres de laMari164
MERCURE DE FRANCE.
ne ,&que nous ſommes en étatde la por
terà un point de perfection où aucune Nation
de l'Europe n'eſt point encore parvenue
.
Ces deux nouvelles Cartes ſont de M.
Bellin , Ingénieur ordinaire de la Marine ,
qui s'eſt livré à l'étude de l'Hydrographie
avec une ardeur peu commune , & dont il
y a déja beaucoup d'ouvrages , recommardables
par leur degré d'exactitude , entre
autres uneMappemonde d'une forme nouvelle
, ſous ce titre , Effai d'une Carte réduite,
contenant les parties connues du Globe
terrestre , &c .
Ce morceau , unique en ſon genre , a
un avantage conſidérable ſur les Mappemondes
ordinaires. Au moyen des Echelles
qu'on y a jointes & des graduations qui
fervent à niarquer les latitudes & les longitudes
, on peut réſoudre tous les Problêimes
Géographiques avec facilité. Une
exécution nette & préciſe & un coup
d'oeil agréable diftinguent cette Carte ,
ainſi que tous les ouvrages de M. Bellin .
Il demeure rue Dauphine auprès de la rue
Chriftine.
Le ſieur Cammas , Peintre de l'Hôtel de
Ville de Toulouſe , vient de faire graver
par le ſieur Robert , Graveur en taille dou-
*ce& en couleur naturelle , demeurant rue
OCTOBRE. 1749. 165.
de la Juſſienne , à Paris , le Plan & Elévation
de la façade de l'Hôtel de Ville de
Toulouſe , qui occupera un des quatre
coins de la Place Royale. Cet ouvrage ,
qui a été approuvé par la Ville le 28 Avril
1739 , eſt du Sr Cammas.
Ce Peintre ayant envoyé à Paris le Plan
& Elévation de l'Hôtel de Ville de Toulouſe
, à moitié de la grandeur dont il eſt
actuellement , le Graveur qui a gravé les
lettres , en mettant au double deleur lon-
_gueur l'échelle des toiſes & celle du mo
dule , a doublé auſſi mal à propos le nome
bre des toiſes dans l'échelle & celui de
leurs fubdiviſions dans le module. On
avertit ceux qui auront ce Plan , de compter
l'échelle , non pour 20 , mais pour 10,
& le module pour 4 au lieu de 8,
Le Plan en queſtion ſe vend à Paris ,
chez le Sr Paillard , Marchand Papetier ,
au coin de la rue de la Feüillade , près la
Place des Victoires , & à Toulouſe , chez
le St Grangeron , rue S. Rome.
On trouve auſſi chez ledit S. Paillard les
Ouvrages du Sr Dernis , ci après , ſçavoir,
Les Parités réciproques de la livre numéraire
ou de compte , inſtituée par l'Empereur
Charlemagne , proportionellement
l'augmentation arrivée ſur le prix du marc
d'argent , depuis le regne de ce Princejul
qu'à celui de Louis XV,
166 1
MRCURE DE FRANCE.
UnTableau ſur les Changes étrangers ,
entre la France & les principales Villes de
l'Europe , calculés ſur les prix de l'argent
monnoyé , ſuppoſés depuis 27 livres le
marc juſqu'à so , & par lequel on peut
voir en tout tems ſi la France eſt créancie .
re des autres Etats , ou ſi au contraire ces
Etats font créanciers de la France.
Un autre Tableau , contenant la réduction
en monnoye de France , des monnoyes
de change des mêmes principales
Villes , le tout calculé ſur les prix du marc
d'argent monnoyé , ſuppoſés depuis 27 livresjuſqu'à
so incluſivement.
LETTRE
De M. Voiſin , Avocat en Parlement
àM. le Vicomte de Polignac.
2
Monfieur,jedois à votre amour pour les
Arts la deſcription de deux Groupes de
marbre , d'un Buſte du Roi , & d'une efquiffe en
terre cuite de ronde boſſe de la bataille de Fontenoy
, que Sa Majesté vit à Choiſy , dans le voyage
qu'elley fit à la fin du mois dernier, ouvrages de
de M. Adam l'aîné , Sculpteur & Profeſſeur de
l'Académie Royale.
L'un des deux Groupes repréſente la Chaffe :
une Nymphe de la ſuite de Diane ,d'une forme
d'environ vingt-cinq à vingt- fix ans , attachant à
une branche de chène avec un ruban un Héron
qu'elle a tué d'un coup de fieche, tourne la tête
OCTOBRE. 1749. I167
1
{
;
pour regarder d'un air de fatisfaction une autre
Nymphe plus jeune,qui eſt aſſiſe derriere elle à
ſes pieds, & qui lui préſente un Arc pour recommencer
la chatle. Une étoffe légere carefle le nud
de la Nymphe qui eſt debout , & ce nud ſe deſſine
avec autantde fineſſe que de préciſion ; une draperie
, quoique plus forte , & qui joue avec une
branche coupée du même chêne , groupe avec les
deux Nymphes , dans leſquelles on remarque , indépendammentde
la correction du deſſein, une rare
intelligence de ciſeau ; on y apperçoit beaucoup
de juſteſle de proportion , foit dans les contours ,
ſoitdans les racourcis , ſoit dans les emmanchemens
; on eſt trappé de ces molleſles de la chair qui
ſe ſentent plus aisément qu'elles ne ſe définiſſent ;
on imagine voir reſpirer ces deux figures , tant il y
a de vie & d'expreffion,
Le Héron, attaché par ſes patres , laiſſe ſentir
lejeu de l'air fur ſes plumes&le duvet qui ſe trouvedeſlous;
le plumage eſt exact, & la force de la
vérité caractérile toute la légereté de cet oiſeau.
Les feuilles de la branche de chêne , où il eſt ſufpendu
, font fouillées & recherchées à jour : Pé
corce de l'arbre & les racines qui paroiſſent fur la
furface de la terre, ne ſont pas plus vraies dans la
nature même. Ce groupe , qui dans tous les points
préſente une vue agréable , eſt d'un ſeul bloc de
marble; il a de hauteur 7 pieds 6 pouces , & la
principale figure s pieds 6 pouces de proportion.
L'autre groupe repréſente la Pêche.
Une Nymphe au bord de la mer monte ſur un
morceau de rocher pour tirer de l'eau le bout
d'un filet plein de poiffons ; une autre Nymphe af
filea le pied dans l'eau,& tire l'autre , boutdu filet;
ony voir un petit Triton qui fait tous ſes efforts
pour ſedébarraſſer des mailles où il eſt rete
168 MERCURE DEFRANCE.
au ,& qui en ſentant l'impoffibilité , ſemble ſe
plaindre à la Nymphe qui eſt ſur le rocher , de ce
qu'elle le tire de ſon élément. La crainte de manquer
ceTriton , qui fait l'ornement de la pêche ,
augmente l'ardeur & la vivacité des deux Nymphes.
La draperie de l'une , qui eſt une étoffe légere ,
Jole au gré du vent , ainſi que ſa chevelure; la
partie du filet qui eſt élevé hors de l'eau , eft àjour
comme le naturel, & de la même délicateſſe ; on y
voit toutes fortes de poiffons , dont quelques-uns
cherchent às'échapper par les mailles.
La draperie de la Nymphe , qui eſt aſſiſe dans
l'eau , paroît un linge mouillé.
Ce groupe eſt agréablement vu de tous côtés ,
laricheſſe des attributs ne dégénére point en confuſion
: il y a des parties de repos qui font valoiz
les autres avec art. Ce groupe a la même proportion
que le précédent .
Le Buste du Roi , que M. Adam retoucha d'après
Sa Majesté , qui voulut bien lui accorder quelques
ſéances , eſt d'une reſſemblance & d'une nobleſſe
infinies. Cet air majestueux & doux , qui eſt
fi naturel à notre Maître , ne l'eſt pas moins dans
le portrait. Un vent léger agite artiſtement la che.
velure, & fait en paſſant àtravers , avec les lauriers
qui l'entrelaffent , un jeu que la nature n'exprimeroitpas
mieux . Ce Buſte doit être placé dans
la galerie de Choify , au milieu desConquêtes du
Roi .
Après ces trois premiers morceaux , Sa Majesté
examina l'efquiffe enterre cuite de la bataille de
Fontenoy, de ronde - boſſe , que M. Adam avoit
auſſi fait porter àChoiſi. Perſonne avant ce célébre
Sculpteur , même dans l'antiquité, n'avoit en- core ofé imaginer ni tenter un ouvrage de cetre
importance:
OCTOBRE . 1749. 169
importance. La préſence de Sa Majesté fait des
Héros de tous ſes ſoldats & l'Egide de Minerve
qu'on remarque ſur ſon bouclier , annonce que la
prudence eſt l'ame de toutes ſes actions , ce qui
Jui aſſure irrévocablement la victoire. Ses ennemis
ne peuvent réſiſter à l'intrépidité des François ,
qu'excitent les regards de leur Souverain.
Le piédeſtal, qui doit foutenir cet ouvrage, auſſi
hardi qu'immenfe , a quatre faces principales &
quatre petits côtés ou pans ſaillans.
D'une des faces de ce piédeſtal , ſuppoſé taillé
dans le roc , fortent comme du centre de la terre ,
les Furies avec leurs flambeaux , pour répandre la
terreur.
A une ſeconde face, eſt repréſentée l'Envie qui
s'échappe d'un antre , & qui mordue à la mammelle
par un Serpent , s'arrache les cheveux & fe
mord les doigts pour exprimer la douleur & la
rage avec leſquelles elle voit ſa défaite.
Aune troisième face , au bout du piédeſtal, du
côté où s'apperçoit la fuite des ennemis , le Déſeſpoir
, un bandeau ſur les yeux , eſt aſſis fur des
trophées compoſés de ſes propres dépouilles , &-
enchaîné à un cyprès.
A P'autre bout du piédeſtal , où l'armée du Roi
triomphe , ſe voit la Victoire avec tout ce qui lui
convient, :
Chacundes quatre angles, ou conſoles en corps
faillans , eſt enrichi d'attributs militaires .
Ce grand & magnifique projet m'inſpira le def
ſein d'en faire l'explication par les inſcriptions
fuivantes.
Du côté de la Victoire .
Victoria ad Fonteniacum Francis , ipsorum Regis
virtute , affignata , Austriacorum , Anglorum , Batavorum
, Hannoverorum , Haſſiacorumque unitorum ,
H
170 MERCURE DEFRANCE.
invitis numero , ſtrenuitate & solertiâ , die Maii xx .
an . M. DCC. XLV .
Victoire que les François,animés par la préſence
du Roi qui les commandoit,ont remportée à Fontenoi
ſur les Autrichiens , les Anglois , les Hollandois
, les Hannoveriens & les Heſſois réunis ,
malgré la ſupériorité de leur nombre , leur bravou
re & leur habileté , le 11 Mai 1745 .
Du côté de l'Envie .
Minus invidia nocet virtuti , quam ipfi machinanti.
L'Envie même ſert à faire triompher la Vertu.
Du côté des Furies .
Quid furent , fi jus imperet , & fi fortior prudentia
debellet ?
La justice de la cauſe du Roi & la prudence de
Sa Majesté diffipent les complots les plus furieux.
Du côté du Déſeſpoir.
Ne defperent , ubi ſpes falutis.
L'eſpérance de la paix que le Roi vainqueur
laiſſe à ſes ennemis vaincus , doit calmer leur défeſpoir.
Aun des angles .
Saxo parens ſecurius imperat.
L'obéiflance & l'amour pour ſon Maître , dont
le Général Saxon ſe fait gloire , aſſûrent le ſuccès
de ſon commandement.
A un fecond angle.
Et Francus , Saxoni imitator , vincit .
Chaque François triomphe ſur les traces de ce
Général Saxon .
A un troifiéme angle.
Sic ductus quiſque miles duceret ad pralium .
Chaque foldat est bon Capitaine ſous de pareils
Généraux.
Au quatriéme angle.
Vulnusfacit audaciorem.
ОСТОBRE. 1749. 171
1
Le François bleſſé n'en devient que plus intrépide.
La vérité & la fineſſe avec lesquelles les deux
groupes & le Buſte du Roi font terminés , font
garantes de ce que produiroit l'eſquiſſe rendue par
le même Auteur , également diftingué par l'élé
gance de penfée & par la hardieffe & l'intelligence
de l'exécution .
Il s'eſt en effet ſi habituellement attaché à Rome
, à examiner quelle étoit la véritable baze de la
perfection des grands hommes , tels que le fameux
Bernin , dont la Sainte Bibianne & le grou
pe d'Apollon & de Daphné devroient être pour
les Sculpteurs un objet d'étude perpétuelle , qu'il a
remarqué par une méditation laborieuſe & expéri
mentale , que la penſée avoit à la vérité ſon mérite
, mais que ce mérite ſe réduiſoit à preſque
rien , quelque brillante qu'elle fût d'ailleurs , loifquecontent
du crayon , l'Artiſte n'avoit ni le courage
ni l'intelligence de réaliser cette penſée par
une exécution terminée .
C'eſt donc par l'examen des ouvrages de ces
grands hommes , qu'on découvre la néceſſité de
l'union indiffoluble de la penſée & du ciſeau , mais
du ciſeau perpétuellemet en exercice. Le Buſte du
feu Roi par le même Bernin eſt encore une preuve
de ce principe; c'eſt à force de ſe le rendre familier,
&par la réflexion & par l'exécution, que M. Adam
fit à Rome, deux ans après y être arrivé, les Buſtes
deNeptune & d'Amphitrite , que feu M. le Cardinal
de Polignac , dont les connoiffances étoient fi
vaſtes , acheta pour décorer ſon célebre cabinet.
S. E. jugeant par ces deux ouvrages que M. Adam
avoit formé ſon goût ſur le plus précieux de l'anti.
que , le chargea de reſtaurer les figures de la famil.
le de Licomede , qui avoient été trouvées ſous des
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ruines. L'Artiſte répondit aux vûes du reſpectable
&ſçavant Prélat; ſon ciſeau reſſuſcita, en quelque
forte , cette famille antique , & l'intelligence ſouveraine,
qui regne dans cette reſtauration , a rendu
preſque impoffible la diſtinction des parties antiques&
de celles dont M. Adam fut le Créateur ,
par une imitation de l'antique , auſſi parfaite que
raiſonnée.
C'eſt à ces précieux morceaux , qui enrichiſſent
actuellement le cabinet du Roi de Pruffe , que
vont être réunis les deux groupes de M. Adam, de
la Chaſſe & de la Pêche , par le préſent que lui en
fait Sa Majefté.
Le judicieux éloge que le Roi a fait de ces deux
groupes & de fon Buſte , ſurtout de la perfection
avec laquelle ils ſont finis, devient , en faiſant
honneur à M. Adam , & en le récompenfant de la
patience & de l'affiduité de ſon travail , la régle
déſormais de tous les Sculpteurs qui voudront aſpirer
à une réputation ſolide. Telle eſt done cette
maxime qu'ils doivent ſe graver profondément
dans l'eſprit ; le crayon d'Apelles devient
preſque inutile au Sculpteur ſans le ciſeau laborieux
de Phidias ou de Praxitelle. J'ai l'honneur
d'être avec un attachement reſpectueux , votre ,
&c.
Voisin.
AParis, ce 30 Juillet 1749 .
OCTOBRE. 173 1749 .
LETTRE
De M. Robert, Géographe ordinaire du Roi,
à M. Remond de Sainte Albine , en
réponse à la Remarque imprimée dans le
Mercure de fuin , second volume , page
1.49 , touchant la Géographie Sacrée.
Monfieur,je
prends la liberté de vous adreffer
cette Lettre , pour répondre à la Remar
que inſerée dans le Mercure , touchant la Geographie
Sacrée. Comme l'Auteur de cette remarque
a trouvé qu'il étoit néceſſaire d'inſtruire le
Public d'une affaire si importante , il eſt bon de remonter
juſqu'à fon origine. Je vous dirai donc ,
Monfieur , qu'ayant conçu le deſſein de donner au
Public une Géographie Sacrée , & y ayant été
excité par pluſieurs perſonnes comme je le marquedans
la Préface ddeeccee Livre,je communiquai
ce deſſein à une perſonne reſpectable , qui connoiffoit
M Sérieux, pour lors Clerc de S. Severin ,
&aujourd'hui Avocat en Parlement , & qui ſçachant
qu'il avoit une pareille idée , lui ht confidence
de ce que je lui avois dit. Cela fit prendre
le parti à M. Serieux de venir me voir , & ce fut
de ce moment que j'eus l'honneur de ſa connoiffance
; il me remitſon ouvrage entre les mains , avec
permiffion d'en agir comme il me plairoit . L'ouvrage
ſe compoſa de concert , fut mis au net , donné
au Cenfeur par moi-même , & enſuite imprimé.
L'impreffion étant faite , M. Serieux ne voulut jamais
permettreque ſon nom y parût, telles prieres
que je lui aye faites. Il me fit même quelques dif
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
ficultés d'y mettre le mien , ſous prétexte d'humilité
; mais je lui fis remarquer que je ne pouvois
m'en diſpenſer , & qu'autrement ce ſeroit pour
moi une humilité trop orgueilleuſe , puiſque je
marquois dans la Préface , que ce Traité étoit fait
pour l'intelligence des Cartes que j'avois conſtruites
d'après Mrs. Sanſon. Pour le contenter , je ne
mis mon nom que comme Editeur . Il exigea de
moi & de mon fils une promeſſe réciproque , que
ni luini nous ne pourrions faire aucun changement
que de concert , ce qui fut appuyé de notre fignature.
Le Livre ne fut pas plutôt en vente , qu'il
s'en dit l'Auteur à toutes les perſonnes qu'il connoiſſoit
, & même on a pouflé , j'oſe le dire , l'infulte
juſqu'à m'envoyer pluſieurs Abbés me deinander
à acheter le livre de M. Serieux , quoique
le livre ne parût en aucun endroit lui appartenir à
ce titre. Tout autre que moi auroit crû que ces
envoyés ne venoient que de fa part. N'eût- il pas
été bien plus ſimple & plus noble de me permettre
de le nommer , comme je l'en avois prié pluſieurs
fois? Tant que ces infultes n'ont été que verbales ,
je n'ai jien dit , mais étant devenues publiques , je
ne pus me difpenfer pour mon honneur , d'inſtruire
le Public de la vérité . Je dis pour mon honneur ,
car qui ne croiroit pas , à entendre l'Auteur de la
remarque , que c'eſt moi qui me ſuis fait mettre
dans les Journaux ? Cependant je puis jurer & affirmer
que non ſeulement je n'en ai rien fait directement
ni indirectement , mais même que je
n'ai vu aucun des Journaux qui en ont parlé , car
fi j'ai été fi long- tems fans donner cette Lettre ,
c'eſt que je n'ai appris l'exiſtence de cette remarque
que tard. C'eſt M. Serieux qui me l'a appris
le premier , comme en étant fâché ; cette nouvelle
ne me fit aucune impreffion , n'étant aucunement
OCTOBRE . 1749. 175
ambitieux du titre d'Auteur ; mais pluſieurs perſonnes
de conſidération , m'en ayant parlé , m'ont
connoître qu'il étoit néceſſfaire que j'y répondiſſe ,
fi non qu'ils le feroient eux-mêmes. Je me fuis déterminé
à voir aujourd'hui le Mercure pour ſçavoir
de quoi il s'agiſſoit , & je me ſuis déterminé ,
quoique malgré moi , à prendre la liberté de vous
envoyer cette Lettre.
Si la vérité doit ſe trouver dans tous les hommes
, ne doit-elle pas , Monfieur , être encore plus
ſévérement obſervée par ceux qui reprennent les
autres ? Où l'Auteur de la remarque a-t'il trouvé
dans la Préface que je reconnoiſlois que l'ouvrage
eſt d'un de mes amis ? S'il reliſoit avec attention
ce qu'il a tranſcrit de la Préface , il ſe trouveroit
en contradiction avec lui-même. Est- ce que l'ouvrage
qu'une perſonne a fait & qu'elle abandonne
àun autre qui travaille ſur la même matiére , pour
en uſer à ſon gré; eſt- ce que , dis -je , un tel abandon
ſignifie que celui à qui on le fait , ne foit pas
Auteur de l'ouvrage ? Pourquoi donc fur ce piedlà
, le grand Dictionnaire Géographique porte-t'il
lenom du célébre la Martiniere ? Pourquoi Morery
paffe-t'il pour Auteur du Dictionnaire Hiſto
rique ? De plus , puiſque M. Serieux m'a abandonné
fon ouvrage pour en diſpoſer à mon gré , de
quelle grace le revendique-t'il aujourd'hui ? Son
amour propre a-t'il lieu d'être bleſſé, après avoir refusé
ſi opiniâtrement de paroître dans cet ouvrage
pour la part qu'il y avoit ? J'ai mis mon nom au Li
vre comme fimple Editeur. Voila ce que la modeſtie
, je puis le dire , la plus ſévére pouvoit exiger
de moi . Il est très certain que je pouvois mettre
mon nom à cet ouvrage , comme Auteur , fans
pafler pour fanfaron parmi les honnêtes gens ,
puiſque le premier volume eſt compoſé fur les ou-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
vrages des Sieurs Sanfon , & que les deux autres
contiennent pluſieurs Differtations de ces Sçavans,
qui en font leplus bel ornement . Or ayant fuccédé
au fond de ces illuſtres Géographes , tous leurs
ouvrages m'appartiennent. De plus encore je ſuis
ſi peu fimple Editeur de cet ouvrage , que M. Serieux
doit ſe reſſouvenir qu'ayant donné de l'argent
à l'Imprimeur pour faire un changement , je
I obligeai à faire remettre les choſes comme elles
étoient , ce qui lui cauſadouble dépenſe. En agiton
ainſi ſur les ouvrages d'autrui ?
Quant au ſecond & troiſieme volumes , je les lui
abandonne volontiers ; il les a pris auſſi ſous la défenſe
en cas de critique , m'abandonnant le premier
& les Differtations , pour répondre . La part
que j'ai à ces deux derniers volumes eſt ſi peu de
choſe , que je ne lui en ferai jamais aucune difficulté.
M. Serieux fera ou paroîtra peut- être fâché
queje l'aye nommé , mais vous voyez , Monfieur,
par le récit fidéle que je vous fais ici , & que je défie
qui que ce ſoit de me démentir ſur un ſeul
point; vous voyez , dis je , Monfieur , que je ne
l'ai fait que dans l'intention de lui faire plaifir ,
ayant donné à connoître par toutes ſes démarches
l'extrême paffion qui lui eſt venue d'être connu
pour Auteur. J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris le 20 Août 1749 .
OCTOBRE. 1749. 177
LETTRE
Aumême , fur le Programme de l'Académie
des Jeux Floraux de Toulouse .
M
Onfieur , l'Académie des Jeux Floraux de
Toulouſe propoſe tous les ans cinq Prix , &
fon intention eſt ſans doute que tout le monde
puifle y prétendre. Ily a cependant , dans le Programme
qu'elle fait imprimer à cette occafion , une
condition qu'il n'eſt quelquefois pas poſſible de
remplir ; elle est même ſujette à pluſieurs inconvéniens.
Cette condition eſt conçue en ces termes :
>> On doit faire remettre par des personnes domici-
» liées à Toulouſe trois copies bien liſibles de cha-
>> que ouvrage à M. le Chevalier d'Aliez .....
>>qui écrira ſur ſon regiſtre le nom , la qualité ou
>> profeffion, & la demeure des perſonnes qui les lui
>>a>uront remifes, leſquelles ſigneront la réception
> que M. le Secretaire en aura écrite dans fon re-
" giſtre , après quoi il leur en expédiera le récé
piflé. M. le Secretaire ne recevra point les pa-
> quets qui lui feront adreflés par la poſte en droi-
>> ture,s'ils ne ſont affranchis de port.... L'Académie
>> exclud du concours tous les ouvrages qui n'ont
> pas été remis à M. le Secretaire par une perſon-
>> ne domiciliée à Toulouſe .... & ceux dont les
> Auteurs ſe ſeront fait connoître avant le juge-
" ment ..... M. le Secretaire avertira les perfon-
" nes qui auront remis les ouvrages que l'Acadé-
" mie aura couronnés , afin que les Auteurs viennent
eux- mêmes recevoir les Prix , &c.....
Je dis en premier lieu , qu'il n'eſt quelquefois pas
poſſible aux Auteurs de remplir cette condition
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
que Académie leur impoſe , parce qu'il arrive
ſouvent qu'on n'a aucune connoiſſance à Toulouſe
, & qu'ainſi on ne peut adreſſer ſes paquets àun
domicilié dans cette Ville pour les remettre à M.
le Secretaire ; par conséquent bien des gens foot
dans l'impoſſibilité de concourir , ce qui ne paroit
pas conforme aux intentions de l'Académie.
J'ai avancé en ſecond lieu que cette loi eſt ſujette
à bien des inconvéniens , car il est néceſſaire
que le Correfpondant de l'Auteur qui veut concourir,
connoiffe cet Auteur , puiſque c'eſt au domicilié
à Toulouſe que M. le Secretaire donne
avis des ouvrages qui ont été couronnés , afin qu'il
le fatſe ſçavoir à l'Auteur. Or fir le domicilié à
Toulouſe ne connoît pas cet Auteur , il eſt impoffible
qu'il lui faffle ſçavoir que ſon ouvrage a été
couronné ; mais d'un autre côté , ſi ce domicilié
ſçait le nom de l'Auteur qui lui a adreſſé ſa production
, il eſt abſolument le maître de ſon fort. Il
peut par indifcretion , par négligence, par mauvaiſe
volonté , peut- être même par un intérêt perſonnel
qu'il prend au Prix , empêcher que l'ouvrage qui
lui eft confié , ne foit admis au concours , puiſque
J'Académie en exclud formellement les ouvrages
dont les Auteurs ſe ſeront fait connoître avant le
jugement , & ceux qui n'auront pas été remis dans
le courant du mois de Janvier. Ainfiou le nom
de l'Auteur peut échapper par indiſcrétion à
Correfpondant , ou lui-même a composé pour concourir
, ou bien il peut négliger de remettre l'ouvrage
à tems , & par là ce même Auteur , fans
qu'il y ait de fa faute, ſe verra privé du fruit de fon
travail .On ne voit pas que la voye de la poſte dont
toutes les Académies de l'Europe permettent de
ſe ſervir , foit ſujette à ces inconvéniens .
fon
Mais à quelle fin a t'on donc inferé dans le Pro
ОСТОBRE. 1749. 179
gramme cet avertiſſement , que M. le Secretaire ne
recevra point les paquets qui lui seront adreſſés par la
pofte , s'ils nesont affranchis de port , & qu'il ne répondra
point aux lettres qu'on lui écrira fans avoir
ceste attention ?
Il ſembleroit par là qu'on auroit la liberté de
prendre la voye de la poſte pour envoyer ſes ouvrages
au concours en affranchiſſant les paquets ,
car quels autres paquets enverroit-on à M. le Secretaire
? Quelles ſont ces réponſes qu'il dit qu'il
ne fera point , à moins qu'on n'affranchiſſe ?
Je crois , Monfieur , que vous voudrez bien inferer
cette Lettre dans votre Journal , & je prie
Meſſieurs de l'Académie des Jeux Floraux , ouM.
leurSecrreettaaiirree ,, de répondre aux objections qu'elle
contient,par la même voie. C'eſt un ſervice qu'on
rendra au Public , ou du moins à ceux qui voulant
concourir pour les Prix de cette Académie , n'ont
aucune connoiſſance à Toulouſe.
J'ai l'honneur d'être , &c.
De *** ce 18 Août 1749 .
LETTRE
Au même , pourſervir de réponse à celles de
M. Caniwel , inſerées dans le Mercure
du mois de Juin Juillet dernier , au
Sujet de la Méthode de M. Daran , Chirurgien
du Roi.
Onfieur, il
MP'honneur de l'humanité & pour ſon avantage,
que les ſuccès de ceux qui cultivent quelque
feroit également à defirer , pour
H
180 MERCURE DE FRANCE.
Science ou quelque Art, ne fiſſent naître que l'émulation.
En conféquence de ce noble ſentiment,
chacun feroit des efforts pour atteindre ceux qui ſe
diftinguent , & il eſt évident que ces efforts généreux
tourneroient entierement au bien de la fociété.
Mais ordinairement les ſuccès ne produiſent
qu'une jaloufie , qu devient toujours préjudicia
ble au Public Elle nuit à la fociété , parce qu'elle
n'a d'autre objet que de déprimer ceux qui ont eu
le bonheur de s'ouvrir une route nouvelle .
Je furs , Monfieur , dans le cas de fervir d'e
preuve des vérités que je viens d'expofer. Mes
fuccès dans le traitement des maladies de l'uréthre
ont produit tous les mauvais effets dont je parle.
Au lieu de s'attacher à découvrir un remède , dont
je fais un fecrer , parce que ma fortune en dépend ,
on a taché de le décrier , & , uſant d'un ſtratageme
, employé , dit on , par l'Abbé Cottin pour
donner un ridicule à Defpreaux , on s'eſt vanté
d'avoir mon reméde. Mais l'infuffisance de celui
que l'on donne pour tel dans une infinité de cas ,
eſt trop fréquemment prouvée, pour que le Public
ne ſe défibuſepas.
La cupidité a fait donner pluſieurs perſonnes
dans un autre travers , dont une légere réflexion
les autoit néanmoins garantis. Is ont acheté à vil
prix d'un Garçon Chirurgien , qui diſoit avoir autrefois
demeuré chez moi , & qui ſe rantoit en
conféquence d'avoir la préparation de mes bougies
, une compoſition qu'ils s'imaginent être la
mienne , comme ſi j'étois affez ſimple pour expofer
aux regards curieux un ſecret auffi intéreſſant
pour moi. Le nombre de ces perſonnes , dupes de
leur avidité , n'est pas petit, au grand dommage
du Public. Il est vrai que ceux- ci ne décrient pas
mon reméde ; leur intérêt eſt de le faire valoir ,
OCTOBRE . 1749. 181
L
& l'on n'auroit point de reproche à leur faire , a
leut reméde étoit réellement le mien. Mais je ſuis
en état de parler plus pertinemment que tout autre
de la vettu du leur. Tous lesjours il me vient des
malades qu'ils ont inutilement traités pendant longtems
, & qui , fortans guéris d'entre mes mains ,
font des preuves parlantes de ladifference qui fe
trouve entre mon reméde & le leur .
Il y en a pluſieurs qui ſe ſont annoncés au Pu
blic , les uns par des Livres , les autres par les nouvelles
publiques ; mais ni les uns ni les autres ne
m'ont pas paru mériter de réponſe . On voit évidemment,
à la lecture de leurs ouvrages ou de
leurs annonces , qu'ils n'ont eu d'autre objet que
de faire entendre au Public crédule, qu'ils avoient
contre les maladies de l'uréthre un reméde autant
& même plus efficace que le mien. Quand ils
auront donné de cette vérité des preuves auffi
authentiques que j'en ai fourni de l'efficacité de ma
méthode , je ferai le premier à leur rendre juſtice.
Mais , en attendant ,je ne ſuis pas obligé de les
en croire ſur leur parole : il eſt bien plutôt à craindre
que ce ne foient des motifs particuliers qui les
faffent agir.
Vous jugez bien , Monfieur , que je ne mettrai
pas de ce nombre M. Cantwel , Docteur- Régent
de la Faculté de Médecine de Paris , nommé Profefleur
de Chirurgie dans les Ecoles de la Faculté ,
de la Société Royale de Londres , & c. On
ne doit ſuppoſer ces fentimens que dans ceux qui
n'ont pas dans la fécondité de leur génie des reffources
fuffifantes pour ſe faire une grande réputation
, & je conviendrai volontiers que M. Cant
wel n'est pas dans ce cas. Le ſecret que j'ai toujours
fait de mon reméde a excité ſorémulation ;
il l'a cherché , il l'a trouvé , dit-il. Je Pen féli
182 MERCURE DE FRANCE.
cite & le Public avec lui . Plus il y aura de perſonnes,
qui en feront en poffeffion, & mieux il
ſera ſervi. Je prendrai cependant la liberté de faire
quelques obſerva ions ſur les Lettres où il parle
de moi , & je le ferai , à meſure qu'elles ſe préſenteront.
L'ordre eſt aſſez indifferent dans un femblable
ſujet.
Je commencerai donc par lever un ſcrupule
qu'a M. Cantwel , au ſujet de la publication de
mon reméde. Il ne le publie pas , dit- il , parce qu'il
ne veut faire aucun tort à ma fortune . Il le feroit
fans cette confidération , parce qu'un Médecin ne
doit point avoir de fecrets .
Je nie d'abord que la compofition de M. Cantwel
font la même que la mienne , & je ſuis en érat
de le prouver , non-ſeulement à M. Cartwel , mais
encore à tous ceux qui pourroient penſer comme
lui. Ce que j'offre de faire toutes les fois que les
circonſtances l'exigeront .
Si donc M. Cantwel a découvert un reméde ,
je ne vois pas pourquoi il ne feroit pas le maître
de le donner au Public. Cette découverte lui appartient
incontestablement. Il peut en gratifier la
ſociété , & il renonce à ſes propres principes , s'il
ne le fait pas. Qu'il avoue donc que c'eſt l'utilité
qu'il compte en tirer , qui l'en empêche ; alors je
n'aurai rien àdire. Mais s'il n'eſt retenu que par
égard pour moi , je le tiens quitte de ce ménagement.
M. Cantwel dit quelques lignes plus bas , qu'il
est bien éloignéde croire quesa bougie foit infaillible
dans tous les cas. Si M. Cantwel entend ici dans
tous les cas des maladies de l'uréthre , où la bougie
peut toucher ce mal immédiatement , ſa bougie
n'est sûrement pas la mienne ; carje ſuis bien
éloigné de croire que la mienne neſoitpas infaillible
OCTOBRE. 1749. 183
dans tous les cas oùje l'employe * . Après ce que j'ai
dit à ce ſujet , dans le diſcours préliminaire de la
nouvelle édition de mes Obſervations Chirurgicales
Sur les maladies de l'uréthre **, je pourrois me difpenſer
de m'étendre ſur cette propofition que j'y ai
ſuffisamment expliquée : mais je répete , en faveur
de ceux qui n'ont pas lû cet ouvrage , que mes remédes
n'agiſlent que ſur les parties qu'ils touchent
immédiatement , & que je m'engage auſſi peu à
guérir les maladies de l'uréthre , qui ſe trouvent
fituées hors de la ſphere de l'activi é de mon reméde
, que je fuis sûr de n'en manquer aucune de
celles où peut s'étendre ſon action . Et que n'aije
pas droit d'en attendre après les cures qu'il a
opérées , & dont le Mercure , Monfieur , eſt le dépoſitaire
? Que l'on prenne la peine de recourir à
Ia Lettre de M. des Hayes de Saumur , inferée
dans le Mercure du mois de Novembre 1747 ,
page 161 , & au Journal Hiſtorique du mois de
Janvier 1748 , page 70 ; & fans remonter fi haut ,
que l'on voye celle de M. Brifleaud , dans celui du
mois de Septembre dernier . Après avoir opéré de
tels prodiges , eft il quelques cas où l'on puiſſe
raitonnablement déſeſpérer de ſes ſuccès ?
Mais je vais combattre M. Cantwel avec des
armes victorieuſes que lui- même m'a fournies . Je
fuis obligé , pour l'intérêt du Public & pour ma
défenſe , de tranſcrire les propres termes du Certificat
qu'il m'a donné , & qui eſt au bas de la vingtneuviéme
obſervation. Il eſt d'autant plus intéxeſſant
, que le malade réuniſſoit tous les accidens
*
J'ai attention de graduer mes fondes , & d'en
varier l'activité , selon la diverſité des cas.
* Imprimées à Paris , chez Debure l'aîné , Libraire,
Quai des Augustins , à l'Image Saint Paul.
4
184 MERCURE DEFRANCE.
des maladies de l'uréthre , & que je fuis encore en
état de le repréſenter jouiſſant d'une ſanté parfaite,
quoiqu'il y ait plus de deux ans qu'il ſoit forti de
mes mains .
* Je , ſouſſigné , Docteur- Régent de la Faculté
> de Médecine de Paris , certifie que dans le mois
d'Août 1746 ,je vis venir chez moi M. G... âgé
> d'environ quarante ans , qui me dit que dans le
deſſein où il étoit de ſe mettre entre les mains
de M. Daran , Chirurgien , demeurant rue de
> Richelieu , & ayant beſoin de faire conftater fon
>> état par un Médecin ou Chirurgien , ainſi que
>>> ce Chirurgien l'exigeoit de tous ſes malades , il
>> venoit me prier de l'obſerver. A quoi m'étant
>> prêté , il m'apprit tout ce qu'il avoit fouffert à la
>> ſuite de pluſieurs galanteries qu'il avoit com-
» mencé d'avoir depuis 1730 , & que fon état pré-
>> ſent étoit tel qu'il ne pouvoit s'affeoir ni marcher
; qu'il n'urinoit , ainſi qu'il nous fit remar-
>>>quer , que goutte à goutte , & avec de grands
efforts ; de plus qu'il avoit une perte d'urine in-
>volontaire nuit& jour, & qu'il ſouffroit des dou
leurs horribles ..... C'eſt dans cet état qu'il me
dit qu'il s'alloit mettre entre les mains dudit Sieur
>> Daran. Environ quatre mois après, je vis de nouveau
venir ce malade chez moi. J'eus la fatisfac-
>> tion de le voir radicalement guéri de toutes les
incommodités , & jouifiant d'une ſanté parfaite .
→ En foi de quoi j'ai ſouſcrit le préſent Certificar ,
> pour ſervir en ce que de beſoin ſera. A Paris , le
trois Avril 1747. Signé , Cantwel.
Tous ces accidens ſe ſont évanouis de l'aveu de
M. Cantwel . J'en ai donc détruit les cauſes . Si
l'on joint cette obfervation avec celles dont je
* Page 206 , des Observations Chirurgicales .
OCTOBRE. 1749. 184
viensde rappeller le ſouvenir , ſans parler de tant
d'autres que j'ai rapportées dans mon Livre , dans
quelle maladie de l'uréthre pourra-t'on révoquer
en doute l'efficacité de mon reméde ? S'il n'en eft
pasde même des bougies de M. Cantwel , ce n'eft
pas la faute de mes préparationis ; il ne doit s'en
prendre qu'à l'imperfection des ſiennes..
Il étoit fort peu intéreſſant que M. Cantwel fit
l'Histoire Généalogique des bougies , qui ont été
employées depuis que les maladies vénériennes
font connues. Ce n'eſt pas la forme que je donne
àun morceau detoile roulée fur elle-même , après
avoir été imbibée de quelque onguent , qui peut
me donner le mérite de Pinvention . C'eſt de ladé-
Couvertedes remédes propres à ſurmonter les cauſes
des maladies de l'uréthre , que je prétends tirer
ma gloire ; c'eſt de la connoiffance particuliere
de toutes celles qui affectent ce canal , connoif
ſance que j'ai tirée du traitement de plus de cing
mille malades paflés par mes mains depuis environ
vingt ans. M. Cantwel auroit pû voir dans le Dif
cours préliminaire de mon Livre , dont je ſçais
qu'il aau moins un exemplaire , que j'ai parlé des
bougies miſes en uſage avant moi , & notamment
de celles de M Col. de Villars , qui en a donné la
deſcription avant que je vinſſe en France. Tout
l'étalage d'érudition de M. Cantwel à cet égard
eſtdonc enpure perte .
Le reſte de ſes deux Lettres pourroit donner
lieu à quelques autres obſervations ; mais il s'agit
dans celle-ci de garantir le Public des préjugés
que M. Cantwel pourroit lui faire prendre , & non
de faire un commentaire de mon Diſcours préliminaire.
Finiſſons donc , & faiſons-le par une ré-
Aexion déja employée dans cette Lettre. Que M.
Cantwel me conſtate par desCertificats auſſi au186
MERCURE DE FRANCE.
thentiques & aufſſi multipliés que jeſuis en étatd'en
produire , la vérité des cures qu'il a opérées dans
les maladies que je traite ,je ferai le premier à lui
applaudir , fans m'embarraſſer d'entrer dans la
queſtion du droit qu'il a d'exercer la Chirurgie.
Mais , en attendant ,je crois avoir celui de m'en
tenir à ce que j'ai dit dans le Diſcours préliminaire
de mon Livre , où j'ai prouvé à tous les Mé
decins & Chirurgiens de bonne foi , que les remédes
par leſquels on a attaqué cette maladie juf
qu'à moi , ont été inſuffifans. Je n'ai pas lieu de
penfer que ceux que l'on employe aujourd'hui ,
foient plus efficaces. J'ai donc pû , ſans craindre
d'encourir la critique de M. Cantwel , ni d'autres
perſonnes , dire que ma méthode eſt nouvelle à
cet égard , puiſqu'elle guérit une maladie réputéc
juſqu'ici incurable.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AParis , ce 5 Septembre 1749.
LETTRE
Daran.
Au même , ſur un article du Mercure
d'Août , concernant la transmutation des
métaux .
Onfieur ,
M
a entrepris , dans le Mercure d'Août , la dédéfenſe
de la Phyſique Hermétique , m'engage à
relever un fait qu'il a rapporté dans le même Mercure
, page 31 , ligne 19 , pour prouver la poſſibilitéde
cette Science. Voici les propres paroles.
la liberté avec laquelle unAuteur
OCTOBRE. 1749. 187
>>Tout le monde ſçait à préſent que l'on peut
>>déſouffrer l'or , & remétalliſer ſon ſouffre , en y
>>joignant du mercure commun. Cette opération
>>qui n'eſt pas philoſophique , & qui ne rend qu'à
>> peine poids pour poids , ſert néanmoins de preu-
>> ve à la vérité de la tranfmutation. On doit con-
>>c>lure qu'il eſt ridicule de nier qu'il ne s'en puiſſe
>> fairede plus confidérable .
S'il y avoit de la réalité dans la ſuſdite opération,
la poſſibilité de tranſmuer les métaux ne
fouffriroit point de conteſtation , mais comme le
fait n'eſt nullement démontré , je crois qu'un
Phyſicien que le préjugé ne guide pas , est toujours
en droit au moins de douter de la tranſmu
tation des métaux , juſqu'à ce que l'Auteur nous
ait donné la méthode de ce prétendu défouffrement
, & de la remetalliſationde l'or. Je ne crois
pas qu'il en doive faire un myſtére , puiſqu'il veut
que ce ſoit une choſe connue de tout le monde ,
ainſi qu'il paroît par ſes paroles ci-deſſus. Au refte
ily va de ſa gloire de prouver un fait qu'il a
avancé , & de prévenir par-là les reproches qu'on
Iui pourroit faire d'avoir voulu abuſer le Public.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D. M. N. P.
188 MERCUREDEFRANCE.
LETTRE
Ecrite par M. Bronzet , Médecin des Hôpitaux
du Roi à Fontainebleau , à M.
Chomel , Médecin ordinaire du Roi , au
Sujet des maux de gorge.
M
Onfieur , la maladie épidemique qui regne
ici depuis deux mois , a tant de conformité
avec celle que vous avez obſervée à Paris , & dont
vous avez donné au Public une defcription fi
exacte & fi curieuſe , que je ne doute point que ce
ne ſoit la même cauſe qui l'ait produite .
,
Outreque la luette eſt allongée & traînante dès
le premier inſtant de la maladie ; qu'il y a une
legére chaleur à la gorge , accompagnée de quelque
douleur.; que la langue eſt plus ou moins
gonflée : qu'ily a un peu de fiévre ; que les amygdales
ſont couvertes d'une tache blanche qui
ronge la luette , qui defcend vers le pharinx , &
qui remonte juſqu'à la membrane pituitaire ; qu'il
y a faignement de més que la reſpiration eſt
gênée & entrecoupée de GGiMfflemens & que
Podeur qui fort des narines & de la bouche ,
eſt putride & infoutenable , il ſurvient encore
des éruptions cutanées qui ſe manifeſtent le premier
ou le ſecond jour de la maladie , qui rentrent
ſubitement & qui réparoiſſent de même.
Le délire ſurvient auſſi quelquefois à la ſuite d'un
grand mal de tête, la langue eſt ſéche , épaiſſe &
chargée d'un limon jaunâtre , les urines ſont troubles
, la chaleur eſt brûlante , les redoublemens
qui ſont précédés de quelques friffons , darent
huit ou neufheures,&finiſſent par une ſueur quel
OCTOBRE. 1749 . 189
quefois legére , quelquefois copicuſe , à laquelle
fuccéde le plus ſouvent un cours de ventre bilieux.
De ſoixante-dix filles qui ont été malades dans
unHôpital fondé par M. le Duc d'Orleans , pref
que toutes ont eu les ſymptômes que je viens de
vous rapporter ; trois ont péri ,j'ai ordonné l'ouverture
d'une, & j'ai trouvé la bile de la véſicule
du fiel extrêmement verte , le foye un peu engorgé
, & les poulmons remplis d'une fanie purulente.
Le lobe gauche étoit adhérent à la plevre , & la
plévre elle- même étoit plus adhérente aux côtes
qu'elle ne l'eſt ordinairement , ce qui me parut
un vice de conformation , plutôt que l'effet de la
maladie : l'eſtomach contenoit une matiere blanchâtre
qui avoit été formée par le mêlange de
P'humeur qu'il ſépare, du pus qui y étoit tombé, &
desalimens ou des reinédes qui avoient été prefcrits.
Le coeur étoit ſec , vuide , ridé & réduit prefque
à la moitié de ſa groſſeur ordinaire ; il n'y
avoit aucune liqueur dans le péricarde ; le ſang
contenu dans la veine cave étoit diſſous . La rate ,
les reins, la veſſie , le pancreas , le méſentere &
les inteſtins , excepté le duodenum , étoient dans
leur état naturel. Outre la grande quantité de bile
jaune & verte qu'il y avoit dans le duodenum ,
il étoit rongé , enflammé , & parſemé de petites
taches livides . Les amygdales , la luette , le larynx
& le pharinx , étoient gonflés & ulcérés , &c
en coupant tranſverſalement la luette , j'en fis dés
couler une humeur tout à fait purulente. Il n'y
avoit aucune altération dans la ſubſtance du cerveau
, ni dans ſes membranes,& ſes vaiſſeaux n'é
zoient point engorgés .
Cette maladie ne provient pas de la boiſſon
d'une cau bourbeuſe ni des grandes chaleurs
190 MERCURE DEFRANCE
4
puiſque l'eau de ce pays- ci est fort claire , & que
nous n'avons pas encore fenti les ardeurs du Soleil
. Il faut donc l'attribuer à l'inconſtance , à la
viciffitude & àl'humidité de l'air , à la conſternation
& à la frayeur que trois morts promptes &
inopinées ont dû cauſer , à une longue faite de
mauvaiſes digestions , à une bile verte , porracée
&corrofive , laquelle venant à s'infinuer dans le
ſang , & à ſe mêler avec toutes les humeurs , &
furtout avec la falive qui lui eſt analogue , en interrompt
la ſecrétion , en corrompt les principes,
en engorge les glandes , & en occaſionne la putréfaction
; auſſi voyons nous que les parotides &
les glandes fublinguales font auſſi gâtées que les
amygdales .
Pourquoin'y a-t'il que les jeunes filles âgées de
dix ou douze ans,qui ſoient attaquées de cette maladie
? N'est- ce pas parce qu'indépendamment de
ce qu'elles reflentent beaucoup plus l'impreſſion
de l'air ,& qu'elles reſpirent plus ſouvent, àraifon
de leur tempéramment plus chaud , & des autres
raiſons rapportées dans Aretée , elles ont une plus
grande quantité de ſang ,qui n'étant pas encore
fuffiſante pour ouvrir les vailleaux de la matrice &
fournir à une évacuation périodique , eſt pourtant
capable de produire tous les effets que nous venons
d'obſerver , car celles qui ont leur écoulement
menstruel , ne font point attaquées de cette
maladie , ou bien en ſont plutôt guéries.
Au lieu de dégénérer en gangraine , le mal de
gorge finit ici par la fuppuration. Mais y a-t'il
beaucoup de difference entre la gangraine du gofier
& ſa ſuppuration imparfaite ? Devons-nous
regarder le mal de gorge comme la maladie ellememe
, ou ſeulement comme le ſigne le plus dangereux
? Et quoique la terminaiſon ſoit differente ,
ОСТОBRE. 1749. 191
la cauſe n'eſt- elle pas toujours la même ? Ne doiton
pas déſigner cette maladie ſous le nom de fié
vre putride , maligne , éreſypelateuſe , puiſqu'elle
en a tous les caractéres ? La façon de la traiter &
de la guérir , ne donne- t'elle pas lieu de le ſoupçonner
? N'est-ce pas par les ſaignées réitérées,
par les vomitifs & les purgatifs employés au commencement
de la maladie , & par les potions cordiales
données à propos , &c. qu'on peut prévenir
les inflammations , les dépôts,les engorgemens des
reſeaux artériels , l'arrêt des liqueurs , la coagulation
du ſang , le trouble des ſecrétions & l'extinction
des forces vitales ; ce ſont là les armes dont
je me ſuis fervi pour combattre la maladie dont il
s'agit. Par ce moyen , peut être aurois-je eu la
fatisfaction de nevoir mourir aucune malade , fi la
crainte , l'indocilité , le faux préjugé du public
touchant les faignées & les vomitifs , lorſqu'il
vient à paroître quelque tâche ſur la peau, & furtout
les ſueurs abondantes qui ont duré tout le
tems de la maladie , n'avoient été autant d'obſtacles
qu'il m'étoit impoſſible de ſurmonter. Je
vous dirai , Monfieur , que le camphre diſſous
dans l'eſprit de vin , & ajouté aux potions cordiales
, ( ainſi que vous l'avez indiqué dans votre
ſcavante Diflertation , après l'avoir ſagement pratiqué
, ) ın'a parfaitement bien réuſſi , ayant prefquetoujours
diminué arrêté ou diffipé lemal de
gorge ; mais le ſecours des évacuations a été le
plus efficace , & c'eſt principalement aux vomitifs
& aux purgatifs que je dois attribuer la guériſon
de cette maladie. Parmi le nombre des malades
les unes ont été guéries le huitiéme ou le quinzićme
jour, d'autres le vingt- uniéme. Pluſieurs font re
tombées , & les mêmes ſymptômes n'ontpas manqué
de reparoître ; enfin ily en a eu qui ont rejet-
,
192 MERCURE DEFRANCE .
:
té une ſanie puante par la bouche , par le nés ou
par les oreilles. Marquez-moi , je vous prie ,
Monfieur,, ce que vous penſez , fur ce quej'ai
P'honneur de vous écrire. Que la politeſſe ne vous
oblige point à me déguiſer votre ſentiment. Le
ſuccès que j'ai eu juſqu'ici , ne sçauroit m'en im.
poſer , & me faire croire que j'ai pris le meilleur
parti. Vous ſçavez mieux que moi, qu'il eſt pluſieurs
façons de guérir les mêmes maladies, & qu'il
ne convient qu'aux Maîtres del'Art , d'employer
la méthode la plus prompte, la plus fûre ,& la
plus conforme aux régles du ſçavoir , de l'expé
tience & de l'obſervation .
Je fuis , &c.
Bronzet.
A Fontainebleau , ce 2 Juillet 1749 .
REPONSE de M. Chomel , Médecin
ordinaire du Roi , à M. Bronzet , Médecin
des Hôpitaux du Roi à Fontainebleau.
M
Onfieur , j'ai lû avec beaucoup de fatisfac
tion la Lettre que vous avez pris la peine
de m'écrire. La maladie que vous avez actuelle .
ment à combattre , eſt entierement la même que
celle que j'ai eu à traiter l'année derniere , & qui
a continué depuis, mais avec moins de violence.
Il y a ſeulement cette difference ( que vous n'avez
pas manqué d'obſerver ) c'eſt que nous n'avions
à Paris aucune eſpéce d'éruption , aucune
chaleur à la peau ,, encore moins de ſueurs , excepté
un Novice de Sainte Geneviève dont j'ai
parlédans maDiffertation , & qu'à Fontainebleau
ces
OCTOBRE. 1749. 193
ces derniers ſymptômes accompagnent la maladie.
Cette maladie regne depuis quelques années en
Angleterre ; de Docteur Fotergil nous en a donné
l'obfervation. On imprime actuellement la Traduction
de cet ouvrage , je vous l'enverrai dès
qu'elle paroîtra : vous y verrez que la maladie
d'Angleterre approche davantage de la vôtre.
On y parle de délire , de ſueurs , d'éruptions à la
peau , de dévoyement , &c. On blame beaucoup
la faignée & les purgatifs ; on conſeille les cordiaux,&
furtout la racine de contrayerva . Sans doute
que les indications n'érant pas les mêmes à Londres
qu'à Paris , on a dû établir une méthode differente.
On a raiſon de propoſer les cordiaux.
Pellendum quò natura vergit . Pour moi ,je devois
les redouter , parce que rien ne ſe déterminant à
la peau , les pores n'étant pas affez ouverts , ces
remedes n'auroient pas manqué de porter à la
gorge , parti afflita nova non eft danda afflictio.
Ainfi dans les cas ſemblables à ceux dont j'ai parlé
daus ma Diflertation ,je perſiſte à propofer la
même méthode ; mais lorsque la maladie ſe portera
vers d'autres parties que la gorge , vers l'eftomaçlı
par exemple , ou vers les inteftins , qu'il y
aura douleur d'entrariles , teneſme , hoquet , &c.
je me garderai bien, de propoſer l'émetique. A
l'égard des véficatoires & du camphre , ils con-,
viendront dans tous les cas .
Vers le mois de Mars dernier , j'ai vu une jeune
perſonne, d'environ vingt-deux ans, attaquée d'un
mal de gorge, fort ſemblable à votre maladie, excepté
qu'il n'y avoit point de gangrene , à moins,
que je n'aye été affez heureux pour la diffiper.Tou.
tes les fois que la malade bûvoit , ou qu'il tomboit
dans l'eftomach quelques goutes de la ſeroſité 4
I
194 MERCURE DE FRANCE.
qui découloit des glandes affectées , la malade fen
toit fur le champ une douleur à l'eftomach, avec un
retour ſubit & violent d'une liqueur âcre , comme
de l'eau forte ( c'étoit ſon expreffion. ) La boiſſon
paſſoit-elle ? Aufſi-tôt après la malade ſentoit une
douleur vive au fondement , avec une envie d'aller
; elle ne rendoit qu'une eau ſavoneuſe blanchâtre
, d'une odeur inſupportable & purulente ;
cette malade fut trois jours dans un très -grand
danger , il n'y avoit ni grande fiévre , ni délire
le ſymptôme leplus fâcheux étoit cette douleur a
-la gorge , qui excitoit ce goût d'eau forte & l'envie
d'aller.
La ſaignée , les véſicatoires , le camphre difſous
dans fort peu d'eſprit de vin , & étendu dans
une priſanne de cachou , l'eau de groſeille , dont
elle uſoit continuellement en gargariſme , arrêterent
le progrès de la maladie , calmerent le feu de
la gorge , diminuerent le gonflement de la luette
& des amygdales : enfin des ſueurs abondantes
nous mirent à l'abri d'une rechûte , je ne propoſai
aucun purgatifque tout ne fût calmé.
Mais revenons à votre obſervation ; votre maladie
ſe terminoit par la ſuppuration , & je n'en ai
jaunais vû. Elle reſſemble encore en ce point à celled'Angleterre.
Vous me demandez ſi ce n'eſt pas une fiévre
maligne. Je crois qu'ici la fiévre n'eſt que l'effet ,
& non pas la cauſe ; & je nommerois cette maladie,
comme a fait Aretée , un ulcere gangréneux
& contagieux.
Au refte vous êtes fort heureux de n'avoir perdu
que trois malades. En Angleterre M. Fotergil dit
que la maladie n'étoit pas fi redoutable qu'en Si.
cile , en Italie & en Eſpagne , où elle a regné vers
le dix-feptiéme fiécle; elle n'apas laiſſé de cauA
1
24
f
OCTOBRE. 1749. I195
fer beaucoup d'allarmes , & d'enlever beaucoup
de monde,plus d'enfans que d'hommes faits ,
plus de filles que de garçons , plus de femmes que
d'hommes.
Je ſuis toujours perfuadé que s'il y a un reméde
qui convienne dans tous les tems de lamaladie , &
qui fatisfaſſe à toutes les indications , c'eſt le camphre,
Rhaſis le donnoit dans les maladies de pourriture
& dans les petites veroles malignes ; c'eſt
un cordial qui calme , qui rétablit les ſecrétions
&facilite la circulation .
A l'égard de la méthode que vous avez employée
, elle me paroît très bonne , & vous avez
l'évenement pour vous, Probat exitus.
Je fuis ,&c.
Chomel..
:
AIR TENDRE.
H
Atez-vous , pareſſeuſe Aurore ;
L'Amour , en me comblant de toutes ſes faveurs ,
Laifle à mes ſens de quoi ſe plaindre encore ,
Au milieu de mille douceurs.
De cette obſcure nuit chaſſez les triſtes ombres ,
Et fans m'ôter les biens les plus délicieux ,
Rendez -moi les plaiſirs que ſes voiles trop fome
bres
Dérobent encor à mes yeux.
τή
196 MERCURE DE FRANCE.
:
L
SPECTACLES.
E Concert Spirituel , exécuté au Château des
Thailleries , le Lundi 8 Septembre ,jour de
la Fête de la Nativité , commença par une ſym.
phonie , qui fut ſuivie de Laudate Dominum ,
Motet à grand choeur de M. Bethizi ; & de ſymphonies
de M. Guignon, jouées par des cors-dechaffe
Allemands. M. Befche ,le cadet , à preſent
Ordinaire de la Muſique du Roi , a chanté Benedictus
Dominus , petit Motet de feu Mouret ;
M. Gavinies a joué ſeul ,& le Concert a fini par.
Dominus Regnavit , Motetde M. Fanton , Maître.
deMuſique de la Sainte Chapelle.
L'Académie Royale de Muſique a continué
avec ſuccès , pendant la plus grande partie du
mois dernier, les repréſentations du Ballet des Ca
ractéres de l'Amour.
Le 6 du mois dernier , les Comédiens François
repréſenterent pour la onzième.& derniere fois ,
la Comédie du Faux Sçavant. Cette Piece nous
ayant été remiſe un peu trop tard , nous en réſervons
l'extrait pour le prochain Mercure.
BOUQUET AU ROIΙ.
Le jour de Saint Louis 1749 .
LE galant Ovide nous conte
Que Philemon & ſa femme Baucis ,
Gens qui des Dieux faifoient grand compte ;
OCTOBRE. 1749. 197
Tous les deux à leur porte affis ,
Voyant entrer chez eux Jupiter & Mercure ,
(Mais que pour tels ils ne connoiffoient pas )
Leur offrirent à l'aventure
Un leger & frugal repas.
La bonne intention fit agréer le zéle
Qu'à ces Divinités ils montroient en ce jour ,
Et les Dieux , en partant pour la céleste Cour ,
Firent d'un pauvre toit la maiſon la plus belle.
Par Philemon , Grand Roi , je ſuis repréſenté :
Ce Bouquet part du coeur , c'eſt toute mon of
1."
frande ,
J'eſe l'offrir à votre Majesté.
Ma fortune n'eſt pas plus grande :
Le traits malins du fort que j'ai toujours bravés ,
M'ont mis dans l'indigence , & je n'oſe le dire.
Demain je n'y ſerai plus , Sire ,
Puiſqu'aujourd'hui vous le ſçavez.
Par le Chevalier de Luſſan , Ingénieur du
Roi , Commandant le Corps des Cadets Dauphins.
I iij
98 MERCURE DE FRANCE.
BOUQUET
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN ,
Le jour de Saint Louis 1749 .
DAignez , Grand Prince, agréer mon hom
mage ,
Et ce ſimple Bouquet , par le zéle arrangé ,
Mon coeur du fiécle d'or conferve le langage ,
:
Que l'intérêt a bien changé.
Etre fincére ; eſt mon partage :
Indépendant du préjugé ,
Vos fublimes vertus font que je vous revére ,
Et ſans être ébloui de votre auguſte rang ,
C Pour vous je donnerois mon ſang ,
Comme à mon Roi , comme à mon Pere
Depuis que ſous vos Etendards
Il me fut permis de paroître ,
Ce zéle pur s'eſt fait connoître :
Vous l'avez honoré ſouvent de vos regards ,
Cher Prince ! ſans ceſſe il m'anime ;
Il dicte mes voeux en ce jour ,
Il vous peint mon ardeur , mon reſpect , mon
amour ;
Untel encens eſt légitime.
Par le même.
OCTOBRE. 1749. 199
:
L
*** &&&&&
FRANCE.
Nouvelles de la Cour,de Paris , &
E Roi a déclaré Lieutenans Généraux de ſes
armées M. de la Mothe d'Hugues ; le Chevalier
d'Aultane ; le Chevalier Chauvelin & le
Marquis de Cernay ; & Maréchaux de Camp , le
Duc d'Antin , Colonel du Régiment de Picardie ,
le Marquis de Bonnac , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , le Comte de Segur , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie ; M. de Curzay , Colonel
du Régiment d'infanterie de Tournaiſis ; le Prince
Louis de Wirtemberg , & le Marquis de
Leyde.
Le 25 du mois d'Août , les Députés des Etats
de la Province de Languedoc eurent audience du
Roi. Ils furent préſentés par le Prince de Dombes
& par le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , & conduits en la maniere accoûtumée
par le Marquis de Brezé , Grand Maître des Cérémonies
, par M. Deſgranges , Maître des Cérémonies
, & par M. de Bourlamacque , Aide-des-
Cérémonies. La Députation étoit compoſée , pour
le Clergé , de l'Evêque du Puy , qui porta la
parole ; du Marquis de Caylus pour la Nobleſſe ,
de Meſſieurs Monneron & Ramond , Députés du
Tiers Etat , & de M. Joubert , Syndic Général de
laProvince.
Le même jour , les Députés des Etats de la Province
d'Artois eurent auſſi audience du Roi ,
étant préſentés par le Prince Charles de Lorraine ,
Gouverneur de la Province , & par le Comte
4
I ilij
200 MERCUREDEFRANCE.
d'Argenſon , Miniſtre & Secretaire d'Etat , &
conduits par le Grand Maître , le Maître , & l'Aide
des Cérémonies. La Députation étoit compo.
fée , pour le Clergé , de l'Abbé de Roquelaure ,
Vicaire Général de l'Evêché d'Arras , qui porta
la parole; du Comte de Coupigny pour la Nobleffe
, & de M Lagniau pour le Tiers-Etat.
Le 26, le Marquis de Saint Germain , Ambaffadeur
ordinaire du Roi de Sardaigne , eut fa premiere
audience de Madame la Dauphine ; ily fut
conduit par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le même jour , le Comte d'Albermale , Gentilhomme
de la Chambre , & Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire du Roi d'Angleterre ,
premiere audience deMonſeigneur leDau
phin; ily fut conduit ,ainſi qu'à celle de Madame
la Dauphine , par le même latroducteur.
cut fa
Le 21 après midi , M. Hamelin , Recteur de
l'Univerſité , accompagné des Doyens des Facultés
de Théologie , de Droit & de Médecine , &
des quatre Procureurs des Nations, fe rendit aux
Ecoles intérieures de Sorbonne , ainſi que l'Abbé
Regnaut , Chanoine de l'Egliſe Métropolitaine ,
&Archidiacre de Paris , & l'Abbé Thierry , Chancelier
de Notre- Dame , pour confirmer , ſuivant
un uſage très- anciennement établi , l'élection du
nouveau Proviſeur de Sorbonne. M. Ribalier ,
Procureur de la Maiſon & Société de Sorbonne ,
fit l'ouverture de l'aſſemblée par un difcours qu'il
adreſla au Recteur de l'Univerſité , & dans lequel
il expliqua les raiſons qui avoient déterminé la
Société de Sorbonne à l'Election du Cardinal de
Tencin pour Proviſeur de cette Maiſon . Lorſque
le Recteur eut répondu à ce difcours , Pabbé
Regnaut & l'Abbé Thierry parlerent ſur le même
ОСТОBRE. 201 1749.
S
ſujet , &tous ayant approuvé , avec les éloges dûs
au mérite du nouveau Proviſeur , l'élection qui
en avoit été faite , elle fut unanimement confir.
mée.
Le 26 , le Cardinal de Tencin prit poſſeſſion de
cette Dignité , avec les cérémonies ufitées en pa
reille occafion .
Le 24 , le Corps-de-Ville ſe rendit à Verſailles ,
& le Duc de Geſvres , Gouverneur de Paris , étant
à la tête , il eut audience du Roi avec les cérémo
nies accoûtumées. Il fur préſenté à Sa Majesté par
le Comte d'Argenſon , Miniſtre & Secretaire
d'Etat , & conduit par le Grand Maître des Céré
monies. Meſſieurs Ruelle & Allen nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du Roi le fer
ment de fidélité , dont le Comte d'Argenfon fit
la lecture , ainſi que du ſcrutin , qui fut préſenté à
Sa Majesté par M. de Villevault , Conſeiller en la
Cour des Aides.
,
Le 25 , Fête de Saint Louis , la Proceſſion des
Carmes du grand Convent , à laquelle leCorpsde-
Ville aſſiſta , alla , ſuivant la coûtume , à la
Chapelle du Palais des Thuilleries , où ces Religieux
chanterent la Meffe.

L'Académie Françoiſe célébra le même jour la
Fête de Saint Louis dans la Chapelle du Louvre..
Pendant la Meſſe , à laquelle l'Archevêque de
Sens , un des Quarante de l'Académie , officia
pontificalement , on chanta un Pſeaume en Mafi
que. M. l'Abbé d'Arty prononça enfuite le Pané
gyrique du Saint.
L'Académie Royale des Inſcriptions & Belles:
Lettres , & celle des Sciences; célébrerent lamême
Fête dans l'Egliſe des Prêtres de l'Oratoire , où le
Panégyrique du Saint fut prononcé par M. l'Abbé
de Boilmont , Chanoine de l'Eglife Cathédrale de
Rouen.
!
Iv
202 MERCUREDE FRANCE.
On a appris par la Frégate du Roi l'Anemone';
commandée par le Chevalier de Tourville , que
les Anglois ayant évacué l'Iſle Royale & ſes dépendances
, en exécution du Traité de Paix ,M
Desherbiers , Capitaine de Vaiſſeau , & Commif.
faire du Roi , en a repris poſleſſion au nom de Sa
Majesté le 23 du mois de Juillet , avec les troupes
gui étoient ſous ſes ordres , & les Habitans qui
ont repaffé dans cette Colonie , où il eſt reſté
Commandant pour le Roi. En conséquence de
cette reſtitution , Sa Majesté a ordonné au Marquis
de Puyzieulx , de déclarer au Comte d'Aibermale
, Ambafladeur de Sa Majesté Britannique ,
que les Lords Sutfex & Catchart étoient libres.
Le 28 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient àdix-huit cens vingt-cinq livres , les Bil
lets de la premiere Lotterie Royale , à fix cens
vingt un , & ceux de la ſeconde ,à cinq cens quatre-
vingt- onze.
Le Roi partit de Verſailles le premier du mois de
Septembre pour ſe rendre à Choiſi , où Sa Majesté
a reſté juſqu'au cinq.
Le premier du même mois , on célébra avec les
cérémonies accoûtumées , dans l'Egliſe de l'Ab.
baye Royale de Saint Denis , le Service folemne !
qui s'y fait tous les ans,, pour le repos de l'ame da
feu Roi Louis XIV. & l'Evêque d'Acqs y officia
pontificalement. Le Prince de Dombes , le Comte
d'Eu & le Duc de Penthiévre , y affifterent , ainſk
que plufieurs Seigneurs de la Cour.
Le 26 Août , le Duc de Biron & le Duc de Gramont
furent reçûs , & prirent ſéance au Parlement,
en qualité de Pairs de France.
Le Roi a donné à la Ville de Paris la Direction
Générale de l'Académie Royale de Muſique , &
le 27 Août M. de Bernage , accompagné des EcheOCTOBRE
.
1749. 203
1
vins , alla en prendre poſſeſſion en vertu des ordres
de Sa Majefté * .
La huitiéme Claſſe de la ſeconde Tontine , établie
en 1696 , eſt éteinte au profit du Roi , par le
décès de la Demoiselle Magdeleine Gauthier ,
arrivé le 21 Juin de cette année , âgée de quatrevingt-
neuf ans paſſés .
Le 4 du mois de Septembre , les Actions de la
Compagnie des Indes étoient à dix-sept cens ſoixante-
quinze livres ; les Billets de la premiere Lotterie
Royale à fix cens vingt ,& ceux de la ſeconde
à cinq cens quatre- vingt-dix. :
Le 7 du mois dernier , la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier,
Le même jour , le Marquis de Brezć prêta ferment
de fidélité entre les mains du Roi , pour la
Charge de Prévôt & Maître des Cérémonies de
l'Ordre du Saint Eſprit,
Le Roi partit le 10 pour Crecy.
Le 9 , le Bailly de Froullay ,Ambaſſadeur ordinaire
de la Religion de Malte , eut une audience
particuliere du Roi ; il y fut conduit par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaſſadeurs.
Sa Majesté a diſpoſé du Régiment de Picardie
vacant par la promotion du Duc d'Antin au grade
*de Maréchal de Camp , en faveur du Marquis de
Bréhant , Brigadier des Armées du Roi , & Colonel
du Régiment d'Infanterie de Medoc.
Elle a donné celui d'Infanterie de Tournaifis
, au Marquis de Joyeuſe , Brigadier des Armées
1
* Les amateurs de l'Opera conçoivent degrandes
esperances de ce nouvel arrangement , conforme
à l'usage des Romains , qui chargeoient les Edi
les duſoin des Spectacles & des Fétes publiques.
204 MERCURE DE FRANCE.
du Roi , & Colonel dans le Régiment des Grenadiers
de France.
Celni dont le Marquis de Segur étoit Colonel ,
au Marquis de Briqueville , Colonel dans le Régiment
desGrenadiers de France .
Celui que commandoit le Marquis de Bonnac ,
au Comte de Briffac , Colonel dans le Régiment
des Grenadiers de France.
Celui de Medoc , au Marquis de Mêmes , Colonel
dansle Régiment des Grenadiers de France.
Celui de Forez ,vacant par la mort du Comte
de Matignon , au Marquis de la Rochecourbon ,
Brigadier des Armées de Sa Majesté , & Colonel
dans le Régiment des Grenadiers de France.
Le Roi a nommé M. de Ballincourt , Capitaine
réformé à la ſuite du Régiment de Cavalerie de
Berry, pour ſervir en qualité deColonel dans ie
Régiment des Grenadicis de Francel
Le 17 , Sa Majesté partit de Grecy , pour ſe
rendre à Navarre. D ;
Le 18 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix ſept cens cinquante cinq livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à fix cens
vingt , & ceux de la ſeconde , à cinq cens quatrevingt-
neuf.
1 .
:
BENEFICES.
A Majesté a accordé l'Abbaye de la Chaize-
SDicaeordre de Saint Benoît ,Diocele de ,
Clermont , au Cardinal de Soubize , Grand Aumônier
de France.
Celle de Saint Evre , même Ordre , Diocèſe de
Toul , au Prince Conſtantin , Premier Aumônier
du Roi.
Celle de Saint Meſmin , même Ordre , Diocèſe
1
OCTOBRE. 1749. 205
d'Orléans , à l'Abbé Colbert, Grand- Vicaire de
l'Evêché d'Orléans .
Celle de Noyers , même Ordre, Diocèse de
Tours. , à l'Abbe Dubois de Sanzay , Chanoine de
Saint Hilaire de Poitiers .
Celle de Chaillot , Ordre de Saint Augustin ,
Diocèſe de Paris , à la Dame d'Argouges de Ranes
, Religieuſe de l'Ordre de S. Augustin .
Le Prieuré de Pontoiſe , même Ordre , Diocèſe
de Rouen , à la Dame du Vivier de Tournefort .
Celui de Château- Thierry , même Ordre , Diocèſe
de Soiſions , à la Dame de Nonant , Religieuſe
de l'Ordre de Saint Benoît.
Le Prieuré de Vézins , Diocèſe de la Rochelle ,.
à l'Abbé Mouſnier , Prêtre,
Le Prieuré Régulier de Néris, Ordre de Saint
Augustin , Diocèle de Bourges , au Pere Marcon
ville , Chanoine Régulier de Sainte Geneviève.
PRIX DE POESIE
Donnéparl'Académie Françoife.
LE E 25 du mois d'Août , Fête de Saint Louis ,
l'Académie Françoiſe tint une affemblée publique
, & elle donna le Prix de Poësie , fondé par
feu M. de Clermont- Tonnerre Evêque Comte
de Noyon . Ce Prix a été adjugé à une Ode
de M. le Chevalier Laurés , fils du Doyen de la
Courdes Aides & Chambre des Comptes de Montpellier.
Le ſujet propoſé étoit l'amour des François
pour leurs Rois , consacré par des monumens publics .
TDM. le Chevalier Laurés entre ainſi en matiere,
i
Non , l'encens qui fume fans ceſſe
Sur les pas des Rois vertuens,
106 MERCUREDEFRANCE.
Ne ſuffit point à la tendreſſe
Des Peuples qu'ils rendent heureux.
Pour remplir leur teconnoiflance ,
Il faut que l'Art par ſa puiſſance
Anime le marbre & l'airain ,
Et que d'immortelles images
Peignent aux yeux de tous les âges
Leur amour pour leur Souverain .
:
La troifiéme ſtrophe, dans laquelle l'Auteur
parle des Médailles & des Jettons , frappés pour
conſerver la mémoire des Souverains , & des événemens
de leurs Regnes , a eu l'approbation de
tous les Connoiffeurs.
j'entens ſous le ſceau de l'Hiſtoire
Gémir des métaux précieux ,
-
Faſtes mobilesde leur gloire ,
Que le zéle porte en tous lieux.
Par un ingénieux emblême
Ils nous tracent dans nos jeux même
Et leurs bienfaits & leurs exploits.
Peuple heureux , ils ſemblent te dire ,
Cesplaisirs que le calme inſpire ,
C'est à ces Dieux que tu les dois. :
:
Pour peu qu'on ſoit ſenſible aux grandes images
, on applaudira à ces vers ſur la Statue de
Henri IV .
Un tendremoue ment me guide
OCTOBRE.
1749. 201

Aux pieds du dernier des Hentis.
O bronze ſacré que j'embraſle !
Quels tranſports d'amour & de joye
Fait naître ce nouveau Titus !
Son front , où fon coeur ſe déploye ,
Retrace toutes les vertus.
Applaudis à ta deſtinée ,
Admire , o Seine fortunée ,
Dequel poids ton fein eft chargé :
Ce jong , dont ton onde s'étonne ,
Sous le Héros qui le couronne ,
En Arc de Triomphe eſt changé.
On ne doit pas moinsd'éloges à la ftrophe ſui
vante.
L'Aquitaine dansſa Statue *
Contemple déja ce Héros.
Fiere de couler à ſa vûe ,
La Garonne éléve ſes flots .
Ses peuples charmés applaudiſſent.
De leurs chants les airs retentiffent.
Seine , je r'entens murmurer ;
Mais ſur tes bords Louis reſpire.
Dans le reſte de ſon Empire
Permets à l'Art de le montrer.
:
L'Auteur termine ſon Ode par cette apoftrophe
M. Bouchardon .
*La Statue érigée à Bordeaux en l'honneur du Roi.
108 MERCURE DE FRANCE.
O toi , qui dois à notre zéle
Retracer ce Roi bien aimé !
Par la grandeur de ton modéle
Que ton ciſeau foit animé.
Qu'un front ſerein peigne ſon ame
Dans ſes yeux fiers & pleins de flamme.
De la bonté marque les traits.
Qu'il s'offre au faîte de la gloire ,
Quand s'arrachant à la victoire ,
Il vole au devant de la Paix.
Plus de quarante Rivaux ont diſputé le prix à M.
le Chevalier Laurés , & l'Ode d'un jeune homme
de dix- neufans , nommé M le Brun , a long- tems
balancé les fuffrages. Elle eſt remplie d'un feu
vraiment poëtique , mais l'Auteur ne joint pas
toujours l'art d'Horace à l'enthouſiaſme de Pindare.
L'Académie devoit donner auſſi cette année le
Prix d'Eloquence , fondé par M. de Balzac , &
elle avoit proposé pour ſujet , Il est avantageux
d'avoir éprouvé l'adverſité.Aucun des Orateurs, qui
font entrés dans la lice , n'a été conronné.
NAISSANCE, MARIAGES
L
Morts .
E S Septembre , est née , & a été baptifée le 9
àS.Eustache Louife-Emmanuelle, fille d'Anne-
Emmanuel- FrançoisGeorges de Crufſol d'Uzés
Marquis d'Amboise , Capitaine de Gendarmerie ,
&deClaude- Louiſe-Angélique Berfin , fon épour
ОСТОBRE. 1749. 109
fe. Elle a été tenue ſur les Fonts de Baptême par
Jean- Baptiste Berfin , Conſeiller du Roi en ſes
Conſeils , Grand Audiencier de France , ſon ayeul
maternel ; & par Anne-Marthe de Catheu , veuve
de Louis Maboul , Marquis de Fors , Conſeiller du
Roi en ſes Conſeils , Maître des Requêtes Ordidinaire
de ſon Hôtel, repréſentée par Anne-Marthe
Louiſe Maboul , ſa fille , veuve de Jean-Emmanuel
de Crufſol d'Uzés , Marquis d'Amboiſe.
Lepremier Septembre,Jean- Baptiste deBojchenvy,
Baronde Drucourt , Boſchenvy , Bordroit & autres
lieux , fils de feu Louis de Bofchenvy , Baron
de Drucourt , & de Marie Godart , épouſa dans
l'Egliſe Paroiffiale de Saint Gervais à Paris Anne-
Therefe Deſnotz , fille de feu Hugues Deſnotz ,
Seigneur de la Motte , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de Saint Louis, Capitaine au Régiment
d'Orléans , & de Thereſe Brioude. La Maiſon de
Boſchenvy est de Normandie , dans le Diocèle de
Lizieux .
Le 7 , Jean- Baptifte- Louis de Clermont d'Amboiſe
, Marquis de Renel & de Monglas , Comte
de Cheverny , Baron de Rupt , Prince de Delin ,
Grand Bailli de Provins , Gouverneur de Chaumont
en Baſſigni , Gouverneur de Mont-Dauphin,
LieutenantGénéral pour le Roi dans le Blefois, pays
Dunois & Vendômois , & Lieutenant Général des
Armées de Sa Majesté , épouſa dans la Chapelle
de l'Hôtel de Rohan , Place Royale , Paroifle de
Saint Paul , Marie-Charlotte de Rohan- Chabot , fille
de Gui-Auguste de Rohan- Chabot , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & de Yvonne - Silvie
de Breil de Rays . Il étoit veufdepuis le 3 Juin
1739 de Henriette de Filtz James, Damedu Palais
de la Reine , & fille du Maréchal Ducde Berwick .
Certe Maiſon de Clermont eſt une des plus an.
ciennes& des plus illuftres de l'Anjou,& fi connue,
116 MERCURE DE FRANCE.
de-même que celle de Rohan ,que leur éclat nous
diſpenſe d'entrer dans aucun détail. Nous nous
contenterons de dire que Jean Baptiste Louis , qui
donne lieu à cet article , eft fils unique & potthume
de Louis de Clermont d'Amboise , Marquis de Renel
,& de Marguerite-Thereſe Colbert de Croiffi , à
préſent veuve de François Spinola, Duc de S. Pierre
, & nous renvoyons le Lecteur au Dictionnaire
des Grand's Officiers de la Couronne de du Fourni .
Le to Août , Louis Joſeph de Goujon de Thuiſi ,
Comte d'Autry , mourut & fut inhumé à Saint
André des Arcs .
Le 24 , Charles Auguſte de Grimaldi , Comte de
Matignon , Brigadier des Armées du Roi & Colo
nel du Régiment de Forez , fils de N. Duc de Valentinois
, Pair de France , mourut à Prats de Mol.
liou , âgé de 27 ans , & y fut inhuiné.
,
Le 28 le Chevalier de Rochambeau , Chef
d'Eſcadre des Armées Navales , mourut dans le
Château de Rochambeau en Vendômois , & y fur
inhumé.
Le 9 Septembre , mourut à Paris , dans la cinquante-
cinquième année de ſon âge , Louiſe-
Magdeleine de Harlai , Comteſſe de Beaumont ,
Marquiſe de Bréval , Vicomteſſe du Piruit , de Pledran,
de la Ville Helio , de Keranhoüet , le Tertre-
Jonan,&c . fille unique d'Achilles de Harlay IV
dunom,Comtede Beaumont , Marquis de Bréval,
&c . Conſeiller d'Etat Ordinaire , & de Dame Louife-
Renée Dulotiet , Marquiſe de Coetjenval.
Elle avoit époulé le 7 Septembre 1711 Chriftian-
Louis de Montmorency - Luxembourg , premier
Baron Chrétien de France, Prince de Tingry, Souverain
de Luxe , &c. Maréchal de France, Chevafier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de la
Province de Flandres , Gouverneur des Ville &
Citadelle de Valenciennes , des Ville & Châteam
OCTOBRE. 1749. 218
de Mantes , Grand-Bailly de Mantes , de Meularn
&du Pays Mantois.
Les enfans qui ſont ſortis de ce mariage font
rapportés dansle premier volume du Mercure du
mois de Décembre 1746 , page 189 , à l'occafion
de M. le Maréchal de Montmorency , mort le 23
Novembre de la inême année.
Madame la Maréchale de Montmorency, objet
de cet article, a foutenu dignement par les qualités
de fon eſprit & par les ſentimens de ſon coeur la
nobleſſe de ſa naiſſance , & de l'illuſtre Maiſon ou
elle étoit entrée , & tous les titres d'honneur dont
elle étoit revêtuë .
Par ſa mort , t, la Branche aînée de la Maiſon de
Harlay , dite des Comtes de Beaumont , eſt éteinte
,& toute cette Maiſon ,ſi diftinguée par les
Grands Hommes qu'elle a produits dans l'Eglife ,
dans l'Epée & dans la Robe , ſe trouve réduite au
jourd'hui à une ſeule perſonne , qui eſt Madame
la Préſidente de Crevecoeur , fille de feu M. de
Harlay de Celly , Conſeiller d'Etat , & petite fille
de M. le Chancelier Boucherat.
Le 10 , Gabrielle- Emilie le Tonnelier- Breteuil ,
épouſe de Florent , Marquis du Chatelet- Lomont ,
Lieutenant Général des armées du Roi,Grand-Bailli
d'Auxois, Gouverneur de Semur, Grand-Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , mourut à Lunéville , âgée
de. 44 ans , & y fut inhumée.
Elle étoit fille de Nicolas le Tonnelier-Breteuil,
Baron de Preuilly , Introducteur des Ambaſſadeurs
, & d'Anne de Froullay, & couſine germaine
de feu François- Victor le Tonnelier Breteuil , Miniftre
& Secretaire d'Etat de la Guerre.
Cette Dame joignoit à ſes agrémens naturels plufieurs
avantages , qui ne font pas communs cher
le sperſonnesde fon ſexe.Quelques- unes avant elle
1
212 MERCURE DEFRANCE.
avoient mérité , par les charmes de leurs Poëfies ,
des places honorables ſur le Parnaſſe ; d'autres s'étoient
diftinguées par leurs progrès dans les Langues
ſçavantes & par d'excellentes Traductions :
mais un très-petit nombre avoit ofé fonder les profondeurs
de la Géométrie , & s'engager dans les
recherches épineuſes d'une ſcience , qui ne préſente
la vérité que dépouillée de rout ornement.
La Marquiſe du Chatelet eſt la ſeule femme de notre
Nation qui ait eu la hardieſſe de publier des ouvrages
ſur des matieres que peu d'hommes font ca
pables d'entendre , & elle l'a fait avec un ſuccès fi
éclatant , que pluſieurs Académies étrangeres ſe
font fait honneur de s'aſſocier cette moderne Amazone,
dont le nom n'avoitpas beſoin de cette marque
de distinction pour paffer à la poſtérité.
La Maiſon de Breteuil, très-ancienne en Picar
die , d'où elle eſt originaire , eſt établie àParis dcpuis
300 ans.
Le 17, Louis- Staniſlas de la Tremoille ,Duc de
Taillebourg , Pair de France , Colonel dans lesGrenadiers
de France , mourut à Paris , dans la feizié
me année de fon âge.
Il étoit fils d'Anne-Charles-Frederic de la Tremoille
, Comte de Taillebourg , qui obtint au
mois d'Octobre 1730 un Brevet de Duc , ſous le
nom de Duc de Chatelleraut , & de N. Joublonouſki
, fille du Comte Joublonouſki , Palatin de
Ruffie. Elle a l'honneur d'être couſine germaine
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine &de Bar.
M. le Duc de Taillebourg étoit petit-fils de
Frederic-Guillaume , Prince de Talmond , Comte
de Taillebourg , qui a commencé la ſeconde Branche
de l'illustre Maiſon de la Tremoille , & arriere
petit- fils de Henri-Charles de la Tremoille ,
Prince de Tarente & de Talmond , & d'Amelie
de Heſſe , fille de Guillaume V. Landgrave de
Hafle Caffel. V. du Fourni , Hift. Généal.
OCTOBRE. 1749. 213
AVIS AU PUBLIC.
U
N Sçavant dans la Pharmacie & la Chymiea
fait la découverte d'un Bechique ſouverain ,
qui a la proprieté de fondre & d'aténuer les humeurs
engorgées dans le poulmon , & d'adoucir
l'acrimonie de la limphe par ſa vertu balſamique ,
&qui eft efficace dans le rhume, la coqueluche , la
difficulté de reſpirer ; dans l'asthme , commençant
&même invétéré ; dans les maladies du poulmon,
lestoux opiniâtres & douleurs de poitrine quelconques.
Nombre de perſonnes , qui en ont fait
ulage , rendront témoignage de ſa bonté , quand
on voudra s'en éclaircir, L'Inventeur a confié &
abandonné ce remede à la veuve Mouton , Marchande
Apoticaire , rue S. Denis , au-deſſus de la
fontaine du Ponceau.
Elle donne avis qu'elle ſeule eſt en poſſeſſion de
ce Bechique , qui eſt extrêmement agréable , tant
àl'odorat qu'au goût,& dont la doſe eſt de demie
once dans une moyenne taſſe de thé léger , pris un
peu chaudement le matin àjeun , une heure avant
le lever , ou même après s'être levé , & le ſoir en
ſe couchant , une heure au moins après le ſouper.
Parmi le grand nombre de perſonnes qui ont
trouvé ce remede tel qu'on l'annonce , il ſuffira
d'indiquer
M. Coullon , chez M. de Courgi , rue des Déjeûneurs
, à droite par la rue Montmartre.
M. Recoquillie , au Collège de Lizieux , rue
Saint Etienne des Grecs .
M. Morin , au Hérault d'armes , rue S. Sauveur.
L'épouse de M. de la Chevrerie , rue de Bonne
Nouvelle.
L'épouſe de M. la Croix , Sculpteur , à l'enſeis
gnede Rien , rue deCleri.
214 MERCURE DE FRANCE .
L'épouſe de M. Gaſſelin , Peintre , rue Beauregard
, près de Bonne-Nouvelle.
M. Sauval , Etudiant en Médecine , rue de la
Jouaillerie.
Mad. Pasquier & Mad. Allain , rue du Petit
Carrean , chez M. Fournier.
M. Tardieu , rue S. Sauveur , chez M. Morin.
M. Turude , Traiteur , à Chaillot .
La veuve Bunon , rue Sainte Avoye , au coin de
la rue de Braque , chez M. Georget , Chirurgien.
M. Cravoifier , chez M. le Préſident de Saint
Lubin , rue neuve des Bons Enfans .
م
APPROBATIO Ν.
Ai lû par , ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Octobre
1749. A Paris , le 28 Septembre 1749 .
P
MAIGNAN DE SAVIGNY.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Lettre de M. R ... à M. Remond de Sainte
Albine , dans laquelle eſt l'Extrait d'une Comédiequi
n'eſt point connue du Public , 3
Eglogue préſentée àMad. la Comteffe de Rofen
le jour de ſa Fête , 40
Réponſe à l'Auteur des Réflexions ſur le Programme
concernant l'Hiſtoire Naturelle,inférées dans
le Mercure d'Avril dernier. Par M. Carré , 46
Epitre à M. J. Etudiant en Droit à Bâle , 52
Vers à Mad, d'Aft ****
Lettre au ſujet de ces Vers ; 57
Seconde Lettre de D ** R. Bénédiain de Clugny ,
à D * * R. du même Ordre , contenant la ſuite
de ſesRemarques ſur le Livre intituléMémoires
pour ſervir à l'Hiſtoire du Nivernois & Donziois
, 58
Vers de M. de Voltaire à Mad. de B *** , en lui
envoyant la Henriade & l'Histoire de Charles
XII.
72
Autres à Mad . la Comteſſe de *** , pour excuſer
un jeune homme qui étoit devenu amoureux
d'elle ,
Autres ,
73
ibid.
Apologie de l'amitié à M Mor... de Manm ** , 74
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ſur une nouvelle
conſtruction de Thermometres & de Barometres
, 78
Remerciment des Muſes à Mad. la Marquiſe de
P***, 79
Lettre de M. de la Soriniere , de l'Académie des
Belles Lettres d'Angers , à M. Duhamel , de
l'Académie Royale des Sciences , - 81
Vers de M. d'Arnaud à M. de Voltaire , ſur la mort
de Mad. ***
f
87
Fragment de la Réponſe de M. de Voltaire à Ma
d'Arnaud , 89
Suite des recherches ſur les Evêques de Genéve, 90
A un mauvais Poëte , 96
Ad amicum abeuntem , 97
Lettre intéreſſante pour l'Hiſtoire & la Géographie
, écrite à M. Remond de Sainte Albine par
M. Beneton de Perrin , ibid.
Suite de la Lettre ſur le Syſtême des quatre couleurs
primitives du Sr Gautier , 102
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Septembre , 119
Enigmes , ibida
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts ,&c. 121
Programme de l'Académie des Belles - Lettres ,
Sciences &Arts , établie à Bordeaux ,
Autre de celle de Dijon ,
152
153
161
155
Estampes nouvelles , Cartes , Plans , &c.
Lettre de M. Voiſin , Avocat au Parlement , à M.
le Vicomte de Polignac, fur la Deſcription de
deuxGroupes &d'un Buſte du Roi ,
Lettre de M. Robert, Géographe ordinaire du Roi,
àM Remond de Sainte Albine, en réponſe à
une remarque ſur la Géographie ſacrée , 173
Lettre au même ſur le Programme de l'Académie
des Jeux Floraux de Toulouſe , 177
Autre au même, pour ſervir de réponſe à celles de
M Cantwel. 179
'Autre au même ſur la tranſmutationdes métaux,186
Lettre de M. Bronzet, Médecin des Hôpitaux du
Roi, à Fontainebleau, à M.Chomel,Médecin ordinaire
du Roi, au ſujet des maux de gorge, 188
Réponſe de M. Chomel à M. Bronzet , 192
Chanſon notée , 195
Spectacles , 196
Bouquet au Roi , ibid.
Autre àMonſeigneur le Dauphin , 198
France, Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 199
Bénéfices , 204
Prix de Poësie donné par l'Académie Françoiſe, 205
Naiſſance , Mariages & Morts , 208
Avis au Public , 213
La Chanson notée doit regarder la page 195
De l'Imprimerie de LBULOT
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le