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Titre

IX. Nouvelle méthode pour désigner les accords.

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Page de fin
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Incipit

Au commencement du dix-septiéme siécle les musiciens françois ne composoient

Texte
1 X.
Nouvelle méthode pour défigner les !
accords.
Au commencement du dix - feptiéme
hécle les muficiens françois ne compo
foient que dans les modes les plus fim
ples; ils traitoient de chromatiques & de
bizarres les rufiques dans les tos de diézes
& de bémols ; mais inftruits enfin &
animés par les Opéra & autres piéces de
Lambert & Lulli , ils commencerent
à faire des Cantates & des Sonates .
Alors le goût de la Mulique s'étendit
fenfiblement. Les amateurs de cet art ,
en France , parurent fe multiplier de plus
en plus , & après avoir reconnu que l'oc
tave muficale peut fe divifer en douze
femi - tons , fur chacun defquels on peut
établir un mode majeur & un mode mineur
, ce qui donne quatre modes
les plus habiles commencerent à établir
les régles , tant de la mélodie , que de
l'harmonie.
Nous devons à Maltot , Théorbifte de
l'Opéra , & à Campion fon fucceffeur ,
la faculté de connoître la marche ou progreffion
des fons & de leurs accords dans
les différentes octaves , & à l'illuftre Rameau
, la connoiffance de la baffe fonda-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
mentale & la théorie de l'harmonie pour
la fixation , le choix & l'extenfion des
accords ,
Mais l'habitude ancienne de défigner
chacun des différens accords parfaits ou
imparfaits , au nombre de plus de vingtcinq,
par
des chiffres arabes , comme fi
c'étoit une affaire de calcul , a laiffé fubfifter
dans l'enfeignement de la musique
françoife , des obfcurités & des difficultés,
qui ont infenfiblement découragé la plûpart
des amateurs , au point , qu'après
avoir fait quelques progrès , ils ont eftimé,
les uns plutôt , les autres plus tard
devoir renoncer à une étude auffi compliquée.
?
On voit à ce fujet dans la differtation
de l'illuftre Rameau , de l'année
1731 , fur les différentes méthodes d'accompagnement
, que ces chiffres font en
trop grand nombre ; qu'ils font pleins de
confufion , d'équivoques & de contradictions
, & que les différentes méthodes
d'accompagnement par ces chiffres ,
forment un labyrinthe d'autant plus impraticable
, qu'elles ne donnent pas de
moyens sûrs de connoître promptement ,
lę ton & fes acceffoires , dans le moment
précis où il change.
C'eft auffi ce qui a engagé les auteurs
SEPTEMBRE . 1769. 197
de l'Encyclopédie , à s'en expliquer de
même à l'article accord ; ils y ont même
ajouté , qu'il faudroit inventer & y fubftituer
de nouveaux fignes , pour la défignation
des différens accords.
Enfin , M. le Dran , après avoir eu fur
ce fujet divers entretiens avec feu M.
Rameau , a eu le bonheur de remplir le
projet des auteurs de l'encyclopédie , en
fubftituant au grand nombre & à la com
plication des fignes ufités felon les anciennes
méthodes, les trois fyllabes Do ,
Di , Ca , & les fept premieres lettres de
l'alphabeth , relatives aux fept degrés des
octaves musicales.
Les amateurs peuvent voir l'expofition
de cette méthode fi fimple dans l'édition
que l'auteur en a donnée , en 1764 , * der.
niere année de la vie de Rameau , qui
n'y avoit pas oppofé d'objection , fi ce
n'eft que cette nouveauté , fi elle étoit
conçue & adoptée rendroit inutiles
prefque tous les livres & recueils des
compofitions muficales chiffrées felon les
anciennes méthodes ; objection qui n'a
pas empêché M. le Dran de faire au pu
* On trouve des exemplaires de cet ouvrage
chez la Chevardiere , marchand de mufique , rue
du Roule. Prix 3 liv . 12 fols.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
blic le don d'une invention , qui naturellement
doit rendre la fcience & l'exé
cution de la mufique plus facile.
En conféquence M. le Dran a depuis
compofé plufieurs piéces muficales dans
les différens tons avec les fimples fignes
Do , Di , Ca , pour fervir d'exemples
dans l'accompagnement fur le clavecin
& fur les autres inftrumens , & même
dans le jeu des pièces , tant fur la guittare
, que fur le théorbe , dont l'exécution
jufqu'à préfent s'eft faite par tablature
en letites alphabétiques ou en chiffres
arabes,avec beaucoup d'obfcurité dans
les tons accidentels diézés ou bémolifés.
Ces deux méthodes , jointes à ces pièces ,
tant pour la guittare que pont lethéorbe,
donnent l'indication facile des différens
accords dans la pofition de la main fur
ces deux inftrumens par les feuls fignes
Do , Di , Ca , & les fept premieres letties
de l'alphabeth .
L'on voit fur le même fujet dans le
dictionnaire de mufique , donné au public
en 1768 , par M. Rouffeau , à l'article
du mot Accompagnement , ce qui
fuit.
>
» Les fignes dont on fe fert pour chif-
» frer les baffes , font en trop grand nombre
; il
93 fi y a peu d'accords fondamenSEPTEMBRE.
1769. 199
» taux ; pourquoi faut- il tant de chiffres
» pour les exprimer ? Ces mêmes fignes
» font équivoques , obfcurs , infuffifans .
30
Par exemple , ils ne déterminent pref-
" que jamais l'efpéce des intervalles
qu'ils expriment , ou qui pis eft , ils
» en indiquent d'une autre efpéce . On
» barre les uns pour marquer des diézes ;
» on en barre d'autres pour marquer des
bémols ; les intervalles majeurs & les
fuperflus , même les diminués s'expri-
» ment fouvent de la même maniere.
Quand les chiffres font doubles , ils
» font trop confus , quand ils font fim-
» ples , ils n'offrent prefque jamais , que
» l'idée d'un feul intervalle , de forte
qu'on en a toujours plufieurs à fous-
» entendre & à déterminer. »
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
Au XVIIIe siècle, les musiciens français se limitaient principalement aux modes simples, jugeant les musiques chromatiques étranges. Influencés par les œuvres de Lambert et Lully, ils commencèrent à composer des cantates et des sonates, contribuant ainsi à la popularisation de la musique. Les amateurs découvrirent que l'octave musicale se divise en douze demi-tons, permettant l'établissement des modes majeurs et mineurs. Des théoriciens tels que Maltot, Campion et Rameau apportèrent des contributions significatives à l'élaboration des règles de la mélodie et de l'harmonie. Cependant, la notation des accords par des chiffres arabes posait des problèmes de clarté et de compréhension, décourageant les amateurs. Rameau et les auteurs de l'Encyclopédie critiquèrent cette méthode, la trouvant confuse et équivoque. En 1764, M. le Dran proposa une nouvelle méthode de notation utilisant les syllabes 'Do', 'Di', 'Ca' et les sept premières lettres de l'alphabet pour simplifier la notation des accords. Cette innovation fut bien accueillie, malgré les objections de Rameau concernant la mise au rebut des anciens recueils musicaux. M. le Dran composa ensuite des pièces musicales utilisant cette nouvelle notation, facilitant ainsi l'apprentissage et l'exécution sur divers instruments comme le clavecin, la guitare et le théorbe.
Fait partie d'un dossier
Soumis par lechott le