Titre
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
Fait partie d'une livraison
Page de début
21
Page de début dans la numérisation
288
Page de fin
25
Page de fin dans la numérisation
292
Incipit
SAGE mortel, heureux génie,
Texte
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE , Avocat
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
Signature
Par M. GAUDE fils, à Nîmes.
Lieu
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
L'épître est adressée à M. de La Bastide, avocat et homme de lettres de Nîmes, célébrant ses multiples talents en philosophie, poésie et éloquence. L'auteur admire particulièrement ses poèmes et discours juridiques, comparant La Bastide à des figures illustres telles que Voltaire et Homère. Son éloquence et son engagement pour la justice, notamment dans l'affaire de Jean Calas, sont soulignés. La Bastide est également loué pour son influence positive sur la communauté, inspirant courage et diligence. L'épître se conclut par des vœux pour qu'il continue à exceller dans les arts et le droit, incarnant ainsi les idéaux d'amitié sincère et d'excellence.
Est adressé ou dédié à une personne
Est probablement rédigé par une personne
Concerne une oeuvre
Provient d'un lieu
Remarque
Sur le destinataire de cette épître, identifiable grâce aux oeuvres mentionnées en note, voir Geneviève Menant-Artigas, « Voltaire et les trois Bastide », Revue d'histoire littéraire de la France, 83e année, no 1, janvier-février 1983, p. 29-44.
Fait partie d'un dossier