Titre
COMÉDIE FRANÇOISE.
Titre d'après la table
COMÉDIE Françoise.
Titre simplifié de l'article récurrent
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
189
Page de début dans la numérisation
416
Page de fin
195
Page de fin dans la numérisation
422
Incipit
LE Bienfait rendu ou le Négociant, Comédie en 5 Actes en vers, de laquelle
Texte
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
Langue
Vers et prose
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