Titre d'après la table
Anecdotes du Règne de Louis XVI,
Fait partie d'une section
Page de début
296
Page de début dans la numérisation
303
Page de fin
302
Page de fin dans la numérisation
309
Incipit
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année
Texte
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
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rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
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Faux
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