Titre d'après la table
Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature,
Fait partie d'une livraison
Page de début
134
Page de début dans la numérisation
141
Page de fin
139
Page de fin dans la numérisation
144
Incipit
Observations sur un Ouvrage intitulé : Le Systême de la Nature, divisées en 2
Texte
Obfervationsfur un Ouvrage intitulé : Le
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Concerne une oeuvre
Remarque
Dans notre copie numérique de référence, les pages de ce texte se succèdent dans le désordre. Pour une lecture plus confortable, consulter la numérisation disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3812746t/f136.item (17 avril 2026). Citation de La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau aux pages 137-138.
Fait partie d'un dossier