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Titre

ÉPITRE A LA PARESSE.

Titre d'après la table

Epître à la Paresse,

Page de début
5
Page de début dans la numérisation
10
Page de fin
9
Page de fin dans la numérisation
14
Incipit

O de mon coeur souveraine maîtresse,

Texte
ÉPITRE A LA PARESSE.
0DE MON COEUR ſouveraine maîtreſſe,
A qui je dois mes plus heureux loiſirs ,
Inſpire-moi , chere &douce Pareſſe !
Je veux chanter ta gloire & mes plaiſirs.
Non , tu n'es point cette lourde Déefle
Qui de Mondor engourdit tous les ſens ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et qui l'endort au ſein de la molleſſe .
Le Dieu du Pinde , aimable enchantereffe ,
Autour de toi raſſemble ſes enfans ;
Tous les beaux- arts t'environnent ſans ceſſe.
Pour mieux charmer tes fortunés momens ,
Le tendre amour lui- même te carrefle ;
Il vient ſourire à tes jeux innocens ,
Et te remplir d'une tranquille ivreſſe.
Mais loin detoi les tranſports furieux
Dontcet enfantagite & trouble l'ame.
Plus pur , plus doux & plus délicieux ,
Le ſentimentte penetre& t'enflame
Pour toi l'Amour n'eſt point un ſéducteur ;
Tel qu'aux beaux jours de Saturne & de Rhée ,
Il eſt ſans fard , il parle avec candeur :
De ſes attraits la ſageſſe parée
Charme les yeux & s'emparedu coeur.
C'eſt bien en vain que l'Amant de Julie ,
Toujours en proie à la mélancolie ,
Eft confumé d'une fougueule ardeur ;
Ah ! je le plains autant que je l'admire.
Que ſert, hélas ! ce ſublime délire ?
C'eſt moins l'amour qu'une aveugle fureur,
Dontje frémis plus qu'elle ne m'attire.
J'aime bien mieux Philémon & Baucis ,
Tous les Bergers du naïf la Fontaine ,
EtdeGefner les Eglés , les Tyrcis ,
Que les accès d'un ſombre énergumene ,
AVRIL . 1746. 7
Quim'inſpirant une ſecrette horreur ,
S'il m'attendrit , plus ſouvent me fait peur *.
Jeveuxbrûler d'une ardeur plus durable ,
Je veux choisir un guide plus aimable.
Suivons Eglé ; ſå modefte douceur
Me fait chérir fa timide innocence.
Ah! j'ai trouvé le repos de mon coeur !
Oui ,je le ſens s'ouvrir ſans violence ,
Nonàl'amour , mais à la bienveillance ,
Etréunir, par un accord heureux ,
Les ſentimens , les plaiſirs vertueux .
Omon Egié! le temps inexorable
Auroit en vain terni tous vos attraits ,
Devos vertus l'empreinte ineffaçable
Me charmeroit encore dans vos traits.
C'estmon amie & non pas ma maîtreile ,
Qui de mes chants ſera le digne objet.
La belle Hélene arma toute laGrece ;
Deguerre , hélas ! ce fut un beau ſujet.
Guidepar toi , Parefle pacifique ,
*ADieu ne plaiſe que j'oſe attaquerM. Roufſeau .
Je reſpecte ſes vertus , ſa vieilleſſe & fon génie . J'ai
d'ailleurs éprouvé ſa bienveillance. Je crois être de ſon
avisen blåmant l'amour violent , & la Nouvelle-Héloïſe
en eſt, ce me ſemble , la cenſure encore plus que
l'apologie. M. Roufſeau nous avertit lui-même de
préférer , pour le mariage , une phyſionomie qui
inſpire la bienveillance & non l'amour.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Je ne veux plus adorer la beauté ,
Ni me livrer à fon charme magique ;
De tout excès je ſuis épouvanté
L'ardent amour eſt ſans doute énergique :
Mais confumé par ſon feu dévorant ,
Il brille , il meurt & s'éteint promptement.
D'un tel effort l'ame toute épuiſée ,
Pientôt le ferme aux plus doux ſentimens,
Etjouit moins , plus elle eſt embratée ;
Tous ſes plaiſirs ne ſont que des tourmens.
Les vrais liens d'une ſage tendreſſe ,
L'aimable eſſor de la délicatelle ,
Valentbien mieux que les emportemens
Er les fureurs d'uneimportune ivrefle.
Demon repos plus épris chaque jour ,
Je n'irai point , fur les pas du vulgaire,
Proſtituer mon encens à la Cour.
Pourquoi courir après une chimere ?
L'ambition nuit autant que l'amour.
Vivant de peu , content du néceſſaire
Le ſuperflu me coûte peu de ſoins.
C'eſt lui , lui ſeul qui fait notre miſere ;
Un parelleux a fort peu de beſoins .
Quelques amis d'humeur toujours égale ,
D'un bon eſprit & fans prétentions ;
De ſimples mets , une table frugale ,
Vin naturel , point d'indigeſtions ;
Modeſte habit , propreté ſans parure ,
AVRIL. 1776. 9
Toilette courte , une douce gaieté ,
Point de procès , une fortune ſure ,
Quoique petite , & toujours la ſanté ;
Sommeil facile , exempt d'inquiétude ,
Réveil paiſible , un peu de mouvement;
Modérément ſe livrer à l'étude ,
Faire du bien ſans trop d'empreſſement ;
Garder en tout un prudent équilibre ;
Autantqu'on peut vivre tranquille & libre ;
Jamais de maître, & conferver pourtant
Pour mes amis un eſprit complaiſant :
Voilà le plande mon heureuſe vie ,
Le réſultat de ma philoſophie.
Sur mes défauts vous me grondez ſouvent ;
Vous me trouvez fingulier , indolent :
Mais convenez , Eglé , que ma parefle
Preſque en tout point reſſemble à la ſageſſe .
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Remarque

Allusion à La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau aux pages 6-7.

Fait partie d'un dossier
Soumis par lechott le