Titre d'après la table
Dialogues sur la musique,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
159
Page de début dans la numérisation
171
Page de fin
163
Page de fin dans la numérisation
174
Incipit
Dialogues sur la Musique, par Mademoiselle de Villers, adressés à son amie,
Texte
la muſique , & inventèrent les arriettes
&le récitatif. Peu de temps après ces
contemporains de Lulli , les Scarlatti
Porpora , Vinci , enrichirent l'orchestre
d'images brillantes , mais toujours analogues
au ſujet , & fubordonnées aux paroles
quel'Acteur chantoit. Après cesgrands
Maîtres, vinrent Sarri , Leo, Haffe, trois
grands Compoſiteurs qui ſuivirent exactement
la déclamation chantante & la
proſodie de la langue Italienne. Vivaldi ,
fameux violon , qui parut en Lombardie,
forma une Chanteuſe, nommée la Fauftina
, à qui il fit exécuter avec la voix
tout ce qu'un violon , une fûte , un hautbois
pouvoient exécuter de ſon temps.
Le Public força , pour ainſi dire , tous
les Chanteurs à fuivre cette route. C'eſt
l'époque de la décadence de la muſique
en Italie. Depuis l'extinction de la famille
des Médicis , iln'y a plus aucun théâ
tre foutenu dans la patrie de la muſique.
L'Entrepreneur d'un opéra paſſager' eſt
dès-lors obligé de ſacrifier au goût dominant
; il fupprime les choeurs & les
objets de dépenſe , & les Compofiteurs
abandonnent l'expreffion pour faire bril.
ler leur orchestre . C'eſt la conduite qu'ont
tenue Jacomelli , Latilla , Gallupi, Perez
JANVIER. 1775. 161
&d'autres; cette dépravation du goût a été
portée ſi loin, que les opéra des Pergoleze,
un des hommes qui a eu le plus de talent,
n'eurent aucun ſuccès à Rome& à Naples .
En France, Rameau, célèbre Compofiteur,
a brillé dans les airs de danſe & dans les
choeurs , mais le goût qu'il a eu pour
T'harmonie lui a trop fait négliger la mélodie:
fon chant eſt preſque toujours dur
& déſagréable. Le plus grand défaut des
Compoſiteurs François , eſt d'avoir méconnu
la profodie de notre langue. M.
Rouſſeau lui-même, écrivain ſi ſupérieur,
a négligé abfolument la proſodie dans ſon
Devin de Village , quoiqu'il ait fait les
paroles & la muſique. Il n'y a aucun de
ſes airs qui n'en préſente des exemples
choquans ; c'eſt qu'il n'a connu la muſique
en fralie que dans ces derniers temps
où l'on n'obſervoir plus la proſodie de la
langue Italienne. Nous ajouterons à cette
occafion qu'il eſt bien étonnant que M.
Gretry, quoique étranger , & ayant été
élevé en Italie , ait mis en muſique depuis
le peu d'années qu'il eſt en France ,
douze poëmes lyriques, & que dans aucun
il n'y ait pas une feule faute deprofo.
die contre la langue qu'il a ſu accentuer
& articuler mieux qu'aucun naturel Fran162
MERCURE DE FRANCE.
çois , indépendamment de l'exprefion
toujours vraie& toujours piquante , qu'il
donne aux paffions & aux ſentimens don E
il eſt l'interprête le plus fidèle . :
Mile. Villers inſiſte ſur une École de
muſique , dans laquelle d'habiles maîtres
apprendroient l'art du chant. Il s'agic
d'abord de bien diftinguer le caractère
des voix : il n'y en a que de quatre eſpèces.
Tous les hommes en général n'ont que
des voix de baffe & de taille ; la haute
contre&le deſſus ſont toujours l'appanage
des femmes & des caftrats: ces quatre
voix forment l'harmonie complette. Si la
baſſe donne le ton , la taille eſt à la tierce ,
la haute-contre à la quinte & le deſſus à
l'octave. Les voix qu'on appelle hautecontre
chez les hommes , ſont ordinairement
des voix forcées , qui n'ont rien de
naturel , & qui rendent des fons inégaux ,
& criards , toutes les fois qu'elles paffent
an-deſſus de leurs tons naturels. Le
maître ne doit faire chanter un tel élève ,
que dans le ton qui lui eſt propre ; il évitera
de le faire crier , ſous prétexte d'augmenter
le volume de ſa voix ; il ne lui
laiſſera pas même donner toute ſa voix ,
juſqu'à qu'il foit bien sûr de ſon intona-
⚫tion.
JANVIER. 1775. 163
Mile. Villers fait dans un ſecond dialogue
, d'excellentes obſervations ſur le
travail du Poëte lyrique , & fur celui du
Muficien. Ce dernier doit s'attacher à
augmenter de beaucoup par le chant&
par l'orcheſtre l'expreſſion du ſentiment ,
ou de l'image que préſentent les vers . Il
doit par conféquent examiner d'abord ce
qu'ils expriment; quelle paſſion ils veu
lent peindre ; y adapter le genre de mue
ſique le plus propre à l'exprimer , en fai
fir l'enſemble , & unir tout le morceau
en un ſeul motif : car il n'eſt rien de ſi
abſurde que d'entendre dans un même
air , des meſures &des mouvemens différens
. Le Muſicien tombe dans un défaut
inſupportable , lorſqu'il emploie les
mots en détail , & non pas la choſe : mais
c'eſt dans ces dialogues même que nous
invitons les maîtres & les amateurs , de
puiſer les vrais principes du goût , & de
la compoſition de la bonne muſique.
&le récitatif. Peu de temps après ces
contemporains de Lulli , les Scarlatti
Porpora , Vinci , enrichirent l'orchestre
d'images brillantes , mais toujours analogues
au ſujet , & fubordonnées aux paroles
quel'Acteur chantoit. Après cesgrands
Maîtres, vinrent Sarri , Leo, Haffe, trois
grands Compoſiteurs qui ſuivirent exactement
la déclamation chantante & la
proſodie de la langue Italienne. Vivaldi ,
fameux violon , qui parut en Lombardie,
forma une Chanteuſe, nommée la Fauftina
, à qui il fit exécuter avec la voix
tout ce qu'un violon , une fûte , un hautbois
pouvoient exécuter de ſon temps.
Le Public força , pour ainſi dire , tous
les Chanteurs à fuivre cette route. C'eſt
l'époque de la décadence de la muſique
en Italie. Depuis l'extinction de la famille
des Médicis , iln'y a plus aucun théâ
tre foutenu dans la patrie de la muſique.
L'Entrepreneur d'un opéra paſſager' eſt
dès-lors obligé de ſacrifier au goût dominant
; il fupprime les choeurs & les
objets de dépenſe , & les Compofiteurs
abandonnent l'expreffion pour faire bril.
ler leur orchestre . C'eſt la conduite qu'ont
tenue Jacomelli , Latilla , Gallupi, Perez
JANVIER. 1775. 161
&d'autres; cette dépravation du goût a été
portée ſi loin, que les opéra des Pergoleze,
un des hommes qui a eu le plus de talent,
n'eurent aucun ſuccès à Rome& à Naples .
En France, Rameau, célèbre Compofiteur,
a brillé dans les airs de danſe & dans les
choeurs , mais le goût qu'il a eu pour
T'harmonie lui a trop fait négliger la mélodie:
fon chant eſt preſque toujours dur
& déſagréable. Le plus grand défaut des
Compoſiteurs François , eſt d'avoir méconnu
la profodie de notre langue. M.
Rouſſeau lui-même, écrivain ſi ſupérieur,
a négligé abfolument la proſodie dans ſon
Devin de Village , quoiqu'il ait fait les
paroles & la muſique. Il n'y a aucun de
ſes airs qui n'en préſente des exemples
choquans ; c'eſt qu'il n'a connu la muſique
en fralie que dans ces derniers temps
où l'on n'obſervoir plus la proſodie de la
langue Italienne. Nous ajouterons à cette
occafion qu'il eſt bien étonnant que M.
Gretry, quoique étranger , & ayant été
élevé en Italie , ait mis en muſique depuis
le peu d'années qu'il eſt en France ,
douze poëmes lyriques, & que dans aucun
il n'y ait pas une feule faute deprofo.
die contre la langue qu'il a ſu accentuer
& articuler mieux qu'aucun naturel Fran162
MERCURE DE FRANCE.
çois , indépendamment de l'exprefion
toujours vraie& toujours piquante , qu'il
donne aux paffions & aux ſentimens don E
il eſt l'interprête le plus fidèle . :
Mile. Villers inſiſte ſur une École de
muſique , dans laquelle d'habiles maîtres
apprendroient l'art du chant. Il s'agic
d'abord de bien diftinguer le caractère
des voix : il n'y en a que de quatre eſpèces.
Tous les hommes en général n'ont que
des voix de baffe & de taille ; la haute
contre&le deſſus ſont toujours l'appanage
des femmes & des caftrats: ces quatre
voix forment l'harmonie complette. Si la
baſſe donne le ton , la taille eſt à la tierce ,
la haute-contre à la quinte & le deſſus à
l'octave. Les voix qu'on appelle hautecontre
chez les hommes , ſont ordinairement
des voix forcées , qui n'ont rien de
naturel , & qui rendent des fons inégaux ,
& criards , toutes les fois qu'elles paffent
an-deſſus de leurs tons naturels. Le
maître ne doit faire chanter un tel élève ,
que dans le ton qui lui eſt propre ; il évitera
de le faire crier , ſous prétexte d'augmenter
le volume de ſa voix ; il ne lui
laiſſera pas même donner toute ſa voix ,
juſqu'à qu'il foit bien sûr de ſon intona-
⚫tion.
JANVIER. 1775. 163
Mile. Villers fait dans un ſecond dialogue
, d'excellentes obſervations ſur le
travail du Poëte lyrique , & fur celui du
Muficien. Ce dernier doit s'attacher à
augmenter de beaucoup par le chant&
par l'orcheſtre l'expreſſion du ſentiment ,
ou de l'image que préſentent les vers . Il
doit par conféquent examiner d'abord ce
qu'ils expriment; quelle paſſion ils veu
lent peindre ; y adapter le genre de mue
ſique le plus propre à l'exprimer , en fai
fir l'enſemble , & unir tout le morceau
en un ſeul motif : car il n'eſt rien de ſi
abſurde que d'entendre dans un même
air , des meſures &des mouvemens différens
. Le Muſicien tombe dans un défaut
inſupportable , lorſqu'il emploie les
mots en détail , & non pas la choſe : mais
c'eſt dans ces dialogues même que nous
invitons les maîtres & les amateurs , de
puiſer les vrais principes du goût , & de
la compoſition de la bonne muſique.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Concerne une oeuvre
Remarque
La première page du texte (p. 159) manque dans notre copie numérique de référence. Nous complétons les données à partir d'une numérisation disponible sur RetroNews. Le site de presse de la BnF : https://www.retronews.fr/journal/mercure-de-france/01-janvier-1775/167/61961fcc-ac5c-4ecb-950f-4d78a6c23ea0 (12 avril 2026). Le Devin du village de Rousseau est mentionné à la page 161.
Fait partie d'un dossier