Titre
COMÉDIE FRANÇOISE.
Titre d'après la table
Comédie Françoise,
Titre simplifié de l'article récurrent
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
174
Page de début dans la numérisation
179
Page de fin
179
Page de fin dans la numérisation
184
Incipit
Les Comédiens François ont donné le samedi 15 de Janvier, la première représentation
Texte
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
Langue
Vers et prose
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