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Titre

L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.

Titre d'après la table

L'Ami parfait,

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24
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556
Page de fin
30
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562
Incipit

Tu veux que je te trace une image fidelle

Texte
L'AMI PARFAIT
à M. D.T. M.D.V.
Tu veux que je te trace une image fidelle
De l'Amitié , ce doux lien des coeurs ;
Union des efprits , des volontés , des moeurs ;
En toi j'en trouve un vrai modéle :
Je répete , Damon , ce que tu m'as appris ;
Retrouve toi dans mes Ecrits.
Un Ami fage , aifé , fincére ,
Eft pour l'homme un bien néceffaire ;
A peine Dieu l'eut- il formé ,
Qu'il défira d'aimer & d'être aimé ;
Que d'elle - même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié fincére , tendre & pure.
Ayons donc des Amis , mais que le choix fait lent ;
Pour éviter enfuite un odieux divorce
Sondons le caractére , & voyons lous l'écorce ;
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner fon coeur , enfuite le dédire ,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proſcrire ,
C'eft paffer pour un homme inquiet , inconftant.
Voulons-nous des Amis auffi longs que la vie ?
Il faut que la`vertu nous lie.
Ne
NOVEMBRE,
25 1744.
Ne prenons point pour nos amis
Ces gens dont les façons , dont les folles maniéres ,
Ridicules par tout , & par tout fingulières ,
Les font paffer pour étourdis :
Ces gens chés qui toûjours l'amour propre réfide
Et dont l'individu fans honneur & fans foi ,
N'eftimant & n'aimant que
foi ,
Lorfque l'intérêt parle eft ou foible , ou perfide :
Ces gens du mérite envieux ,
Dont notre gloire, éblouiroit les yeux :
Ces gens qui veulent qu'on les flate ',
Et chés qui l'amitié n'eſt jamais délicate
Que lorsqu'en leur faveur on fçait approuver tout ,
Défits & paffions , libertinage & goût ,
Tout mauvais coeur enfin , & toute ame perverſe
De l'amitié n'entrent point au commerce ;
Un lien n'eft pas fort que le vice a formé ,
Ce qui s'eftime peu , n'eft pas long- tems aimé ;
1
Mais qu'il eft doux de trouver dans un autre
Un coeur noble , conftant & formé pour le nôtre ;
Un ami , qui fçachant que je fuis en danger ,
Non-feulement me plaint , mais me vient foulager ;
Qui ne demande point mon coeur & mes careffes
Pour mieux fçavoir où je tiens mes richeſſes
Chés qui dans la douleur mon courage abbatu
Puiffe retrouver la vertu ;
Un ami tendre , un coeur fenfible à mes allarmes
Avec qui je verfe des larmes ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Qui du foin de me corriger ,
Spin délicat , veut pourtant fe charger ;
Mais dont la prudente ſageſſe ,
S'accommodant à ma foibleſſe ,
Ne me vient point hors de propos
Moralifer en fifflant mes défauts !
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun fe retrouve foi- même ;
Qu'il fçache eftimer en autrui
Ce que l'on eftime dans lui :
Qu'en fes moeurs , s'il fe peut , il foit irréprochable ;
Rempli fur-tout de piété ,
Qu'il foit dans les devoirs toûjours inviolable ,
Exact fur- tout à la fidélité ..
La taille au refte & les traits du vilage
En amitié font hors d'uſage ;
Si le coeur eft bon & bienfait ,
Que nous importe du portrait ?
Que la raifon donc examine ,
Des Amis feule elle doit faire choix ;
Que mûrement elle le détermine
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raifon l'oblige,
L'amitié ne met point dans les conditions
De flater les penchans , d'aider les paffions.
Cherchons , aimons fa compagnie ,
Mais ne fuivons jamais fes odieux défirs .
NOVEMBRE. 1744.
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Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaifirs ;
Aux débauches s'il nous convie ,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un néceffaire refus .
Tirons- le , s'il fe peut , des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur , montrons lui les délices
Des coeurs par la vertu feulement dominés ;
Mais , fi bravant une leçon fifage ,
Il vit toûjours au crime abandonné ,
De jours en jours réfufons lui l'ufage
De notre coeur , qui par fon voifinage
Se verroit bien - tôt fuborné ;
On devient bien- tôt tel foi -même ,
Que l'eft un coeur pervers qu'on aimes
Un homme , de mocurs diffamé ,
Ne mérite pas d'être aimé .
N'ayons pour nos Amis rien d'amer , rien de rude ;
Fuyons l'aigreur , fuyons la promptitude.
Pour quelque léger manquement
Ne foyons pas d'abord fur le qui-vive ;
L'amitié paffe vite , & n'eft jamais bien vive
Si l'on ne fçait pas aifément
S'excufer mutuellement .
Prenons de nos Amis à propos la défenſe ;
Nous devons foutenir leur réputation ;
Entre deux coeurs telle eft l'affection ,
Que des chagrins de l'un l'autre d'abord s'offenfes
N'imitons pas pourtant ces Amis orgueilleux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Ces Amis dont la flaterie
D'éloges fans ceffe nourrie ,
Eléve leurs Amis juſqu'au fommet des Cieux ;
Tout ce qu'ils font eft bien fait à leurs yeux ;
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir fçu rencontrer des Amis fans défaut :
Si vous leur en trouvez , ils penfent qu'on va croire
Qu'ils n'ont pas fçu les trouver comme il faut ,
Et que voyant de près leurs façons, leurs manieres,
Ils ſe les rendent familiéres.
Scachons dans nos Amis aifément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sont- ils dans le befoin ? Il faut qu'une main
prompte ?
Prévenant leur demande , en prévienne la honte .
Faifons leur nos faveurs de cet air gracieux ,
Qui fçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient
Ne fouffrons pas auffi qu'enfuite ils remercient ,
Et paroiffons oublier pour jamais
Les biens que nous leur avons faits.
Depuis long- tems on l'a dit , la fortune
Entre Amis doit être commune
NOVEMBRE. 1744. zg
Mais pour ne fuivre pas ce Proverbe fâcheux ,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le trifte augure ;
Et pour n'être pas généreux ,
Pour n'unir pas les bienfaits aux careffes ,
On ne choifit que des Amis heureux ,
Qui laiffent en paix nos richeſſes.
D'un bon Ami la principale Loi
C'eft de tenir une promeffe ,
C'eft de bien dégager la foi.
Un ami fur ce point a - t- il de la foibleſſe ?
Il rompra bien- tôt avec moi.
Il me prouve par- là qu'il a quelqu'autre affaire ,
Plus preffante pour lui , que le foin de me plaire.
Nul Ami qui ne foit diſcret ,
Qui ne fçache en fon fein bien cacher un fécret .
Si l'orgueil , fi quelque imprudence
Trahit enfin la confidence ,
Deux coeurs , auparavant étroitement unis ,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis ,
Et peut être jamais averfion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami fuive
Les égards qui font dûs au rang ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
A l'âge , à la fplendeur du fang,
Un Prince-veut- il vous permettre
Quelque familiarité ?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
Une entiére égalité ;
Pour lors l'amitié vous oblige
A céder , àfçavoir plier ,
A fçavoir , en un mot , joindre à l'air familier
Cet air refpectueux que fa naiffance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code , ces avis ,
Mais , Damon , ce n'eft point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde à pepe
fonne ;
Je n'ai que de parfaits Amis.
L. 7. de .....
A Grenoble ce 21 Novembre 1744.
Signature

L. J. de .....

Collectivité
Faux
Lieu
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte 'L'AMI PARFAIT' examine la notion d'amitié, considérée comme un lien essentiel entre les individus depuis l'origine. L'auteur souligne l'importance de choisir judicieusement ses amis, en évitant ceux dont les manières sont ridicules ou intéressées. Un véritable ami se distingue par la sagesse, l'affection, la sincérité et la constance. Il offre soutien dans les épreuves, partage les joies et les peines, et prodigue des conseils avisés sans excès de moralisme. L'amitié authentique repose sur la vertu, la fidélité et la réciprocité. L'auteur recommande de ne pas suivre les désirs nuisibles des amis et de les aider à éviter les vices. Il préconise également de défendre leur réputation et de partager ses biens avec eux, tout en restant discret et fidèle. Une amitié parfaite dure toute la vie et s'appuie sur des valeurs solides et authentiques. Le texte traite également des comportements appropriés entre amis, notamment en présence de personnes de haut rang. Il insiste sur la discrétion et la prudence pour éviter toute aversion durable. Bien que la familiarité soit permise, il est crucial de maintenir un comportement respectueux envers les supérieurs. L'auteur conclut en affirmant n'avoir que des amis parfaits, mentionnant la date du 21 novembre 1744 à Grenoble.
Provient d'un lieu
Soumis par lechott le