Titre
A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
Titre d'après la table
Epitre à M. de Voltaire,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
11
Page de début dans la numérisation
510
Page de fin
15
Page de fin dans la numérisation
514
Incipit
Quand Frederic pour illustrer Berlin
Texte
A M. DE VOLTAIRE
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Domaine
Résumé
Le poème est une lettre destinée à Voltaire, l'encourageant à demeurer à Paris plutôt que d'accepter l'invitation du roi Frédéric II de Prusse pour se rendre à Berlin. L'auteur met en avant les avantages de Paris, où Voltaire peut vivre modestement mais librement, tout en se consacrant à son art littéraire. Il souligne que Voltaire choisit Paris malgré les obstacles et les critiques, car il y trouve l'inspiration et la liberté nécessaires à son écriture. Le texte souligne les talents de Voltaire, notamment sa capacité à composer des tragédies et des poèmes qui émouvront les cœurs. Il mentionne également ses amis et contemporains illustres, tels que Dargental, Pope, Anacréon, Bernis, Helvetius, Bernard et Nevers, soulignant l'influence positive de Voltaire sur eux. Le poème célèbre les contributions de Voltaire aux arts et à la littérature, le comparant à des figures historiques et littéraires prestigieuses comme Ovide, Richelieu, Chapelle, Chaulieu, Bossuet, Saluste, Racine et Corneille. Il note que Voltaire s'est distingué par ses œuvres marquantes, telles que 'Alzire' et 'Orosmane'. L'auteur exprime l'espoir que Voltaire continue à être protégé par les muses et à jouir de l'immortalité grâce à ses œuvres, prédisant pour lui une gloire éternelle et des honneurs durables.
Est adressé ou dédié à une personne