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1744, 11, vol. 2
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NOVEMBRE. 1744.
SECOND VOLVME.
A PARIS,
Ché
GUILLAUME CAVELIER,
rue: s.Jacques.
La Veuve PIS SOT, Quai de Conty , àla descerre du Pont-Neuf.
JEANDENULLY,auPalais.
M. DCC. XLIV.
Avec stpprobwott C- Frivilege du Roi.
A V I j.
L*ÂDRESSEgénérale efl aMonjîeur
DE LA BRUE.RE.)à VHôtel de Pontehartrain,
On prie trcs-inflamment ceux qui
fient adrejferontdesPaquets par la Posse.
d'enaffranchir le Port,pour nous épargner le
Jéplaijilf de les rebuter, 0" à eux celui de ni
pas voir paraître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers,ejui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la prernitremain,& plus prompternent,
Sauront qu'à écrire a L'adreffi Cl-dessus
indiquée ; on seconformera trcs-exaftçmcnt é
leurs intentions,
PAJS XXX. Son,
MERCURE
de France
/IOllê/llb/;f /71'l
ccon:/*\o/u/nc
Ci) , é/;' , cSjJieccsCJuytliircs,
rjel cJ/?utaùP/i
(le Iode uedu 3tL.tv/*e dHoracc
O lUltuiM^cmnCoinule lHanlll).
(limailefille de la t?cille,
.f)(]u.:-rchar/n ilf l/o'isiveté
, lidelc Cbiit^fiere. loutedle,
'Viens, amène la volupté;
Quejoossede^r de ton delire
Nosyours joa^rsentcomme iulinstant
06ur aux. son*.' de ma Ly*r&,
Hâte- /i}¡ * * * tattend.
Ne crains pas cet air de rudesse,
Formé sur de graves leçons ;
La voix qu'inspire la ÎageÍfe
Ne dédaigne pas tes Chansons:
Souvent cette morale austere
Dont Caton voultits'étayer
Célébrant ton joyeux mystere
Avec toi voulut s'égayer. -+
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeursj
Tu forces la haine au silence;
Tu (pis t'assujettir nos moeursi
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvresse abattu,
Et tu fers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
«2S*
Le voile de la politique
Tombe fous tes premiers efforts;
De sa plus secrette pratique
Tu découvres tous les rdforts.
Par toi, le pauvre qu'on opprime
Perd un douloureux souvenir,
Etdansletransport quil'anime
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens,& que les Graces badines,
Qui ne t'abandonnent jamais,
Auxplaisirs que tu nous destines
Joignent leurs féduifans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Astre du jour,
Nous célébrerons tes orgies
,
Sans songer même à son retour,
E. S S A I sur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vernionr,
Peintre ordinaire du Roi, & Profiffiur en
son Académie Royale de Peinture. MR Rigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel faitnaître pour
servir de guide & de modéle aux Arris.
Il reçut en naissant un tempéramment asses
fort pour soûtenir les fatigues d'un longue
& constante étude de la Nature, qu'il se fit
toute sa vie une loi inviolabled'imiter;
maiss'il a fçu la rendre si parfaitement
dans ses Ouvrages,ce n'a pas été en la copiant
servilement,& telle qu'elle se présente
souvent, mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoissoit la grande distance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vu plus
d'une fois effacer des choses qui lui avoient
coûté plusieurs jours de travail, & qui plaisoientaux
plus habiles, pour secontencer
lui-même,& parvenir à cet excellent qu'il
s'était proposé.
Un génie supérieur , né pour la Peinture,'
reussit également dans l'Histoire & dans
le Portrait, on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Raphaël,
Titien, Rubens, Vandeick
, & le
autres
M. Rigaud s'étoit destiné pour l'Histoire,
& il y feroit sans doute parvenu au plus
haut degré 2 il est aisé d'en juger par le progrès
rapide qu'ilfit dans ses Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de distinction par un
Tableau du Crucifiement,que j'ai entre
les mains;surlequel il fut reçû comme
Hifiorien, quoiqu'il ne foit qu'à moitié
composé, & surtout par le précieux Tableau
de la Présentation
,
qu'il a terminé vers la
fin de sa vie; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dès sa jeunesse pour la parfaite
& belle ressemblance dans les Portraits
augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt surchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire
,
sans
avoir pu la reprendre, que pour faire par
intervalle le dernier Tableau dont je viens
de parler.
Il prit pour son modéle dans le Portrait
le fameux Vandeick
,
dont le beau Pinceau
le charma toujours, & dès les premiers
qu'il a faits on y voit cette belle exécution
& cette fraicheur de Carnations, qui
ne viennent que d'un Pinceaulibre & facile.
Il s'attacha dans la fuite à finir soigneusement
tout ce qu'il peignoit ; mais sontrav^
ijljie sent point la peine, se quoiqu'il
utermnineât tout avec amour,on y voit rÕu- belle façon de peindre,Se une
rnaakre,aiiee.
Il a joint à l'aimable naïveté &- à la belle
simplicité de Vandeickunenoblesse dans
ks attitudes, & un conrrafte gracieux, qui
lui ont été particuliers
Il a, pour ainsi-dire,amplifié& étends
les Dra peries de ce célébre Peintre,& répandu
dans ses Compositions. cette grandeur&
cette magnificence qui caracérisent
la Majesté des Rois,& ladignité des Grands.
dont il a été le Peintreparprédilcd-ion.
Personne n'a pousse plus loin que lui l'imitation
de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes, particulièrement
des Velours. Personnen'a sÇtl jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus,
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un seul morceau par laliaisondes
plis, ayant remarqué même dans les
plus grands Maîtres des Draperies qui lembloient
de plusiéurs parties par ce défaut de
liaison,que la Gravurefaitmieux sentir que
le Tableau
a parce qu'elle est dénuée de
Gouleur.
Il étoitennemi de cette simplicïté pauvre
& mesquine, qui n'est point celle de
Vandeick, & jusquaux moindres choses,
il les ennoblissoit & leur donnoit de la
grâce.
Il a porté au plus haut degré cette par- tiesiconndérable dans les Tableaux, où si
peu de Peintres excellent, & où les Connoisseurs
fixent d'abord leur attention, je
veux dire les mains,qu'il a peintes. d'une
beauté & d'une correction parfaire..
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaisent également de près comme
de loin, parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ses
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau,& la vérité des.
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ses autres Ouvrages, c'est qu'à læ
fin les yeux s'affoiblissent, eh 1 quel est le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années.
qui se soit plus maintenu dans la correction
& la puretédu DelTein ? Pour les Draperies,
l'expérience & lesrefiéxions continuelles,
les lui ont fait composer encore plus sçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres, & j'ose avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait )il a surpassé tous ceux qui ron
précédé-
On voit qu'il se peignoir dans ses Ouvrages
: comme il avoir l'ame grande& ks
sentimensélevés, & que toute, sa personne
& ses maniérés avoient un air de distinction
,
de même ses Tableaux portent un
caractère de noblesse qui leur est propre.
Si les plus fameux Graveurs de son tems
ont rendu son nom & les leurs immortels
par leurs belles Estampes, on peut dire
qu'ils lui doivent la meilleure partie de
leur gloire, en ce qu'ilsont trouvé des
Originauxoù ils riont rien eu à deviner, ôc
où toutétoit rendu avec laderniereprécision.
Un mérite si extraordinaire a fait sans
contreditdeM.Rigaud undes grands Peintres
que nous ayons eu, & ses qualités personnellesl'ont
faitchérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable, il
croit Epoux tendre, Ami sincére
,
utile, essentiel
; d'une générofrré peu communey
d'une pieté exemplaire, d'une conversation
agréable & instructive:il gagnoit à être
connu, & plus on le pratiquoit
,
plus on
trouvoit son commerce aimable;enfin un
homme qui avoir sçû joindre à un si haut degré
de perfection dans sonArtune probité si
reconnue, meritoit bien pendant sa vie les
distinctions & les honneurs dontla Cour
& toute l'Europe l'ont comblé, &après famort,
les regrets de toutes les pesonnes vertueuses,&
la vénération que les Artistes anront
touj ours pour sa mémoire.
AM. DE VOLTAIRE
EPIT RE.
Uand
Frédéric pour illustrer Berlin
Veut y fixer votre brillant destin,
Vous y promet richesse, indépendance,
Sublime ami s
, content de peu d'aisance
, -
Sans rang ni place, en butte aux sots esprits,
Au Roi duNordvouspréférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuse fuite
D'appartemem que le tumulte habite,
Mais unazile, ou seul vivant pour foi ,
L'homme sensé tout le jour est son Roiw
Là
, ce génie impatientd'écrire,
Qui l'oeil en feu vous presse, vous infpite
)-
Vous tient tout prêts les tragiques poignards,
Et les trésors des faites de nos Arts, --
7
D'Amourscharmans, vos Dieux àjufterrtilcct;
Un Essain voie autour de vosPupitres
>
Prend votre plume,en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur & de l'esprit,
Sur le Parnasse apportés de Cithere,
Qui vont du Sage égayer l'ait austere.
Vers ce réduit des Mufes révéré
On voit un Temple aux Grâces coosacré,
Où le sçavoir à la beauté s'allie
Ou l'admirant on adore Emilie;
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déesse amenent les Talens j,
De Dargental briguez-y le suffrage
11 joint au goût un coeur du premier âge;
Reconnoissez Pope dans du Resnes
,
.Anacréon aux chants de Pontevel,
Du gai Bernis encouragez l'audace
,
S'il fjait vous suivre, il passera le Tatre;,
Montrez à peindre au jeune Helvetius.
le vrai bonheur qu'il doit à ses vertus,
laites passer sur la sonore Lyre;
Du. vif Bernard tout l'amour qu'il inspire
ïasez le front de l'aimable Nevers;
Dudeux Lauriers des Armes & des Vcrs
Voltaire, ainside vos momens trariquilies
Comptable à tons, vous les rendez utiles,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs & les moissons
Court à grand bruit grossir la Mer profonde,
Vousfécondez ou vous ornez le Monde:
Vous ranimez ces germeslanguissans
De nos Beaux-Arts,autrefois florissans
,
Quand nos talens
r
sans l'effroi de la guerre;
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de si nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ses trésors ;
Phébus,en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies.
'Aufri galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
).
Historien digne des tems d'Auguste,
Vousremplaciez Bossuet & Saluste
,
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il est un Mont oùRacine & Corneille
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univ,ers,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée.
De leurs honneurs vorre ame en enyvrée j
Mais connoissant le péril de marcher
Par les fentiÏcl's qu'ils eurent défricher,
Vous vous frayez une nouvelle route,
Audacieuse,effrayante
,
sans doute.
Où tout prés deux,mais par d'autres fleurs,
Vous partagezl'empire de nos coeurs;
Après Cinna
,
Polieucte,& Roxane
,
On est touché d'Alzire & d'Orosmane.
Combien: de pleurs couloient ces derniers jours:
Eh
,
pourquoi donc en suspendre le cours?
Quand Dumesnil
,
Arbitre dela Scéne
,
Veuve en fureur
, mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant son fils, va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle, hélas! c'est votre fang;
Oui, Dumesnil est Mérope elle-même;
Hait-elle, on hait; s'attendrit-elle, on aime ?
Nous les voyons ces Speftacles vantes
Où dans Arhéne émus, épouvantés,.
Des Peuples doux,suivant leurs coeurs pour guide,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive, on interrompt AaeLliI
On ne veut plus que voir, qu'aimer l'Auteur;
La joye éclate où l'on versoit des larmes:
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes son Berceau,
Qui de ses jours tournez le cher fuseau
De mon ami divines Protectrices
,
Mures, j'ai vû fous vos Astres propices ffe
De son esprit les précoces talens
,
Porter des fleurs même avant son Printems.
Si soutenu sur votre aîle légere
,
En franchisant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux
,
Qu'il soit sans maux,& respecté comme eux.
Présagez-lui par sa présente gloire
Tous les honneurs du Temple de Ménoire.
Ah! puisse-t'il, de vos faveurs flatc
, Joüi vivnt de l'immortalité.
EPPO'NSE duR.P.M.TexteyD.à
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
L'AMI PARFAIT
À M. D.T.M.D.V. TU
veux que je ce trace une image fidelle
De l'Amitié
, ce doux lien des coeurs.
Union des esprits
,
desvolontés,des mceuri;
,
En toi j'en trouve un vrai modèle : Je répété, Damon, ce que tu m'as appris;
Retrouve toi dans mes Ecrits.
Un Ami sage, aisé, sincére,
Est pour l'homme un bien nécessaire; 1
A peine Dieu l'eut-ilformé,
Qu'ildélira d'aimer& d'être aimé;
4. Que d'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié sincére ,tendre & pure.
A yons donc des Amis, mais que le choix soit lent;
Pour éviter ensuite un odieux divorce
Sondons le caractère & voyons sous l'écorce i
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner son coeur, ensuite se dédire,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proscrire
C'est passer pour un homme inquiet,inconstant.
Voulons-nous des Amis aussi longs que la vie ii
Il faut que la vertu nous lie.
Ne
Ne prenons point pour nos amis
Ces gens dqnt les façons, dont les folles manières ,
Ridicules par tout, & par tout singuliéres,
Les font passerpourétourdis;
Ces gens chés qui toujours l'amour propreréside,
Et dont l'individu sans honneur & sans foi,
N'estimant & n'aimant que soi,
lorsque l'intérêt parle est eu foible
,
ouperside;
Ces gens dumérite envieux
,
Dont notre gloire éblouiroit les yeux:
Ces gens quiveulent qu'onlesflate
Et chés qui l'amitié n'etf jamais délicate
Que lorsqu'on leur faveur on (ait approuvertout,
Désirs & passions,libertinage & goût,
Tout mauvais coeur enfin
,
& toute ame perverse y
De l'amitié n'entrent point au commerce;
Un lien o'etf pas fort que le vicea formé
,
Ce qui s'estimepeu
,
n'est pas long-tems aimé;
Mais qu'ilest doux de trouver dans un autre
Un coeur noble, constant & formé pour le noire;
Va ami,qui sçachant que jesuis en danger ,
Non-seulementme plaint,mais me vient soulager;
Qui ne demande point mon coeur & mescaresses
Pour mieux sçavoir où je tiens mes richesses j
Chés qui dans ladouleur mon courage abbatu
Puisse retrouver fiL vertu;
Un ami tendre, uncoeur sensible à mes allarmes j
Avec qui je verse des larmes;
Qui du foin de me corriger,
Soin délicat, veut pourtant se charger;
Mais dontla prudente sagesse
,
S'accommodant à ma foiblesse
,
Ne me vient point hors de propos
Moraliser en sifflant mes défauts!
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun se retrouve soi-même; l
Qu'il sçache estimer en autrui
Ce que l'on estime dans lui:
Qu'en ses moeurs ,s'il se peut, il soit irréprochable
Rempli sur-tout de piété,
Qu'il soit dans ses devoirs toujours inviolable,
Exact sur-tout à la fidélité.
1
La taille au reste & les traits du visage
En amitié font hors d'usage ;
Si le coeur est bon & bienfait,
Que nous importe du portrait ?
Que la raison donc examine,
Des Amis feule elle doit faire choir j
Que mûrement elle le détermine
,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raison l'oblige,
L'amitié ne met point dans ses conditions
De flater les penchans, d'aider les partions.
Cherchons, aimons sa compagnie,
Mais ne suivons jamais ses odieux désirs..
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaisirs;
Aux débauches s'il nous convie
,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un nécessaire refus.
, Tirons-le,s'il se peut, des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur, montrons lui les délices
Des coeurs par la vertu seulement dominés; -.
Mais
,
si bravant une leçon si fage,
Il vit toujours au crime abandonné,
De jours en jours réfusons lui l'urage
De notre coetir, qui par son voisinage
Í
Se verroit bien-tôt suborné ;
On devient bien-tôt tel loi-même,
Que l'est un coeur pervers qu'on aimes
Un homme,de moeurs diffamé,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer,rien de rude
o fuyons l'aigreur, fuyons la promptitude.
> Pour quelque léger manquement
r
Ne soyons pas d'abord sur le qui-vive;
3 L'amitié passe vite, & n'est jamais bien vive
, Si l'on ne sçait pas aisément
S'excuser mutuellement.
; Prenons de nos Amis à propos la défense ;
*, Nous devons soutenir leur réputation;
<• Entre deux coeurs telle est l'attcétion;
Que des chagrinsdel'un l'autre d'abord s'offense;
! N'imitons paspourtant ces Amis orgueilleux,
Ces Amis dont laflateric
D'éloges sans cesse nourrie,
Bléve leurs Amis jusqu'au sommet des Cieux;
Tout ce qu'ils font est bien fait lleurs-yeu;
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir fil! rencontrer des Amis sans défaut:
Si vous leur en trouvez ,
ils pensent qu'on va croi
Qu'ils n'ont pas (û les trouver comme il faut,
Et que voyant deprès leurs façons, leurs manière
Ils se les rendent familières.
Sachons dans nos Amis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sontils dans Je besoin ? Il faut qu'une mai
prompte
Prévenant leur demande
, en prévienne la honte;
saisons leur nos faveurs de cet air gracieux,
Qui sçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient,
Ne[ouffrons pas aussi qu'ensuite ils remercient,
Et paroiffons oublierpour jamais
Les biens que nous leur avons faits. »
Depuis long tems on l'a dit, la fortune
Entre Amis doit être commune, s
Mais pour ne suivre pas ce Proverbe fâcheux
,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triste augure i
<
Et pour n'être pas généreux
,
Pour n'unir pas les bienfaits anx caresses,
Onnechoisie que des Amis heureux,
Qui laissent en paix nos richesses.
D'un bon Ami la principale Loi
C'est de tenir une promesse
,
C'est de bien dégager sa for.
Un ami sur ce point a-t-il de la foiblesse ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par-là qu'il a quelqu'autre affaire;
Plus pressante pour lui, que le qoin de me plaire.
Nul Ami qui ne foit discret,
Qui ne (pehe en son sein bien cacher un sécret.
Si l'orgueil, si quelque imprudence
Trahit enfiu la confidence;
Deux coeurs, auparavant étroitement unis,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis,
Et peut être jamais aversion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami suive
Les égards qui font dûs au une,
A l'âge
,
à la splendeur du sang.
Un Prince veut-il vous permettre
Quelque familiarité?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
,
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
A céder, à sçavoir plier,
rA sçavoir, en un mot, joindre àl'airfamilier
Cet air respectueux que sanaissance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code, ces avis,
Mais, Damon,ce n'est point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde à pek t
sonne;
Je n'ai que de parfaits Amis. ;
L.1-de
A Grenoble ce Z1 Novembre 1744»
EXPERIENCES DE PHYSIQUE. JE me serois bien gardé, Monsieur, de
vous envoyer cette petite découverte,
si des personnestrèsversées dans les matières
Physiques
, ne m'en eussentassûré la
nouveauté
, & si je n'avois moi-mêmevisité
la plûpart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année1743
deuxdifférentes explications sur la même
mariére; je ferois plus que satisfaits'il vouloit
aussi nous produire selon ces systêmes
la raison à toutes les remarques que j'ai
l'honneur de vous proposer.
La premiere remarque que j'ai faire, cft:
que si on tient une larme entre les doigts,
& qu'on en applique un à l'extrémité du
gros bout, on sent contre ce doigtlaplus
grande impulsion.
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
- gros bout de la larme, & qu'ensuite on
rompe le crochet, la queuë se brife totalement
, & le gros bout reste entier dans la
main.
3°. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre sa vertu ,
il
ne paroît ni plus ni moins de pores, ils paroissentmême
de la même grandeur, ce qui
test contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Physiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme environ
un demi-quart d'heure, on peut en
rompre -la queue cinq ou six fois, sans.
qu'on puisse s'appercevoir de quelque esser
particulier, mais Cion la rompt vers le gros
bout, où il paroît de grands vuides , la larme
se brise totalement.
5°. Ceux qui montrent le plus de curio
sité de connoître la nature de cette larme
y (b) disent avoir fait ronger avec de la pondre
d'Emery
, une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne,
fut réduite en poudre; ilsdirent de plus
que si on veut rongerunelarme sans.qll'el.
le se brife, il faut faireune pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la feule poudre d'Emery
le plus brusquement que j'ai pu, à la profondeur
d'environ quatre lignes,sansqu'elle
se soitbrisée.
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau, que j'ai fair bouillir un jour entierv
& la larme a conservé sa vertu.
On trouvera encore que la larme est un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(ibj Mr& Mariote & Rohault &c+-
fnoyen anure pour connoître la pésanteur
respective des liqueurs.
1°. J'ai cassé une larme dans un gobelet
pleind'eau,environné d'air, & le gobelet
s'estdiviséen plusieurs parties :sile gobelet
estplein d'air, il arrijp le contraire.
a°. J'ai caffé une larme dansun gobelet
plein d'eau, environné de vin, à la même
hauteur; & le gobelet s'est fendusans fediviser
totalement: si la hauteur du vin est
moindre, le gobelet se rompra en plusieurs
parties;si le vin & l'eau font en raison réciproque
de hauteur & de poids, le gobelet
ne sera ni fendu nibrisé.
3°. J'ai ca{ft une larme dans ungobelet
plein de mercure ,
environné d'air, & lp
gobelet ne reçoit aucun dommage, maissa
larme remonte sur le mercure, toute percée
de la matiere qui a passé au travers A
sans en
pouvoir écarter les parties
Je fuis, &c..
Barriere î-
JI Bordeaux chés M. Charretier r rttèS,
James et Oélobr: 1744,.
IMITATION de l'Ode III du II Livre
d'Horace,c~~M memento y
&c. -C
Onfervons sur notre
ame
un Empire assuréj.
Sans orgueil, comme sansenvie,
Recevons les succès d'un esprit modéré,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
A tous les malheursde la vie.
Nous mourrons chers Ami; le même sortattend
Et le Mi santrope sévere
Qui de ses tristes jours éloigne l'agrément )
Et celui qui sur la Fougère
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin& sa Bergère.
jouissons àloisir dansce boisécartéi
Du spectacle de la Nature.
Profitons sans effort de l'hospitalité
Quecet ombrage nous assûres.
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmure.
'JLmi, qu'on nous prodigue en ces déserts charmans,
Au. bord de ce cristalliquide,,
Ces éclatantes fleurs, image de nos ans
Que détruit le tems homicide
;
Bûvons
,
employons les momens
Que nous biffe la Parque avide.
Ces Palais, ces Jardins avec foin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître r
Où la Nature & l'Art, rivaux Se réunis,
Par vos soins se font méconnoître
y
Vos trésors
, vos riches lambris,
Tout cela doit changer de meître.
La Chaumiere du pauvre & le Trône des Roig.
Sont égaux aux yeux de la Parque:
Sur le sang ces Dieux même elle exerce les droim,
Et l'instant fatal qu'elle marque,
Soumet sans retour à les loix
Et le Berger & le Monarque;
Gardons-nous de compter sur le frêle avenir;,
Fuyons sa séduisante yvresse
,
Ecartons du passé l'importun souvenir,
Et livrons-nous à la paresse ;
C'est entre les bras du plaisir
Que l'on doit chercherla~lagpfTciDE"
C0VVERTE nouvellesurlesIVotes
des Abbréviations.
L 'Engagement que nous avons pris avec
le Public de l'informer,non-Seulement
detout ce qui [e passera d'intéressant àla
Cour & à Paris, mais encore de l'instruire
exactement del'état de la République dei-
Lettres, ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. C';'H'pnlier
,
qui peut êrtefort utile
a ceux qui étudient l'Histoire de France, &
jetter de grandes lumieres sur cette ~parde
de notre Littérature.
Personne n'ignore de quelle utilité font
lesanciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Histoire. Elles servent de fanal
pour marcher dans ces sentiers ténébreux,&
si cette lumiere n'est pas toujours aussi éclatante
qu'on le souhaireroit
,
il n'en est pas
moins vrai qu'elle est d'un grand secours.
L'étude de ces Chartes a toujours passé parmi
les Sçavans pour une étude importante,
& l'est en effet; mais quelque soin que l'on
ait pris, il y en avoir que l'on n'avoit pu
encore parvenir 1 déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette formed'Abbréviations,si
connues des Anciens, où un seul figne représente
Un mot; cette forme si commodepour
te Copiste, devientbien incommode
plusieurs siécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténèbres. Onn'avoit aucune
notion sur ces Caractéres; un grand nomhre
de Chartes restoient par-là indéchiffrables
, &les Sçavans avoient le regret de
sçavoirqu'ilspossédoient un ample & richetrésor,
dont il leur éroit impossible defaire
usage. Tritheme
,
le Cardinal Bembe Juste Lipse, , tous les Sçavans ont senti l'utilité
de cette découverte
, & la difficulté de
l'execution.
Gruter a donné à la suite de son Recueil
des Inscriptions quelques notions de ces
Caractéres;il a fait imprimerun Nla:n.u(crit
qui contenoit l'explication des Abbréviatrons
inventées par Tyron, l'affranchi de
Ciceron, maisc'étoït peu de chose. La plupart
des Notes des Copistes du moyen âge
font différentes de celles de Tyron ; celles
des différensCopistes ne font pas même
semblables entr'elles;ainsi le travail de Gruternediminuoit
pas beaucoup les difficultes.
D. Mabillon, dans le Supplément a sa
Diplomatique, afaitaussi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains, la matière pouvoir passer pour
neuve;enfin D. Carpentier vient de trouver
la clef de ce chiffre si difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'est faite, un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables, & se prépare
à les donner au Public. Les Caractères
mystérieux feront gravés sous les yeux de
l'Auteur , & le Latin fera mis à côté ligne
pour ligne,ce qui est une précaution aussi
judicieuse que nécessaire.
Il est presque inutile de vanter l'usage
dont ces Chartes peuvent être pour notre-
Histoire; la plupart font très-intéressàntesy
il n'yen a aucune qui ne nous apprenne
quelque chose & qui n'éclaircinequelque
fait de l'Histoire Ecclésiastique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire;elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut, & jettent de la lumière sur ce
qui s'est passé sous Pepin
,.
& fous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems yef£
mieux développée, quant à certains points;.
que dans les Monumensque nous connoissons.
On y voit l'application du Prince r.
faire fleurir le Commerce,& la protection.
dont il honoroit ceux qui rexerçoient.On
y trouve des noms de Lieux, d'Evêques
d'Abbés,de Comtes,&c. ignorés jusquaujourd'hui.
Ces Chartes font dans un Mannulent
cotté2718 de laBibliothèque dit
Roi. Ceux qui sçavent combien l'Hi£
toire de ce tems est qbfcure."connoîtIo
mieux l'importance de cette découverte r & le prix du service que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de parience.
pour achever cet Ouvrage, on se tromperoit
beaucoup,si l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareiltravail
exige aussi beaucoup de sagacité
,
& avec
ces deux ralens, il faut encore du bonheur
pour réussir.
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus
,
où dans un Avertissement il
observe avec railon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres-Quelque important que
soit le Manuscrit qu'il a déchiffré, on en
peur trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laissât
pas périr avec ceux que l'ignorance ou.
la superstition ont déja fait disparoîrre.
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charre, tels que
Dom Carventier les présente au Public dans
son /'rofpettur; mais nos occupationsne nous
permettent pas de nous consacrer au foin
pénible de veiller sur un Graveur, dont en
pareil cas la moindre faute est aussiessentielle
,
qu'elle est aisée à commettre, pour
mettre autant qu'il est en nous le Public au
fait, nous allons imprimer le Latin de la
Chatte.
OMnibus fidelibus f?n£he Dei Ecclesiæ
&C nostris
,
præsentibus scilicet & futuris.
Si aliquid de rebus proprietatis nostræ
ad loca divino cultui destinata conferimus,
hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum, & stabilitatem regni
a Deo nobis commissi pertinere contidimus.
Idcircò notum fieri volumus omnium vestrum
fidelirati, qualiter vir venerabilis
Wolsgerus Wirciburgcnsis Ecclesiæ Episcopus,
ad nostram veniens præsentiam
,
indicavit
nobisquod piæ recordationis Dominus
&: genitor noster Karolus Serenissimus Imperator
Anrecessoribus íÜis illis, & rllisEpifcopis
præcepisset, tft in terra Sclavorum,
qui stans inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi,
una cum comitibtis qui super cosdem
Sclavos constituti erant, procurarent
ut inibi
,
ÍÌeut in cæreris Christianorum 10-
cis Ecclesiæ construerentur
, quatenus ille
populus paganus ad Chritianiratem conversus
habere posset ubi & baprismum perciperet,
& prcedicationem audirer, & ubi
inrer eos, iscus inter exteros Chriftianos
di vinumofficium celebrari posset; & ita a
memoratis Epifcopis & Comitibus, qui tune
temporis eidem populo præpositi fuerant ,
introtuit effe c01'1fed:um,6c Ecclesias quin.
decim ibi suisse constructas ; fed easdem
Ecclesias minime eo tempore suisse dotatas,
fed íÏcur primùm conftru£be fuerunt
,
sic
usque ad præsenremdiem sine dote remanhtre.
ldcircò suggessit atque admonuit ma.n'"
suetudinem nostram
, ut ad easdembasilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis nof-*
træ in eodem pago dare debercmus. Cujus
admonition! atque petirioni
,
quia salubris
esse videbarur
,
adsensum nobis prsebere
placuit. Donamus igitur atque concedimus,
quod ita donatum atque concessum in perpetuum
esse volumus
,
ad præfatasbasilicas
,
quae, trt diximus
,
jussi&confilio Domini
& genitoris nostri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædidorum Sclavorum a
memoratis Episcopis confíruEtx sunt
,
in
eodem pago de proprio nostro ad unamquamque
mansos duos, cum superstantibus
duobustributariis,excepto illo manso super
quem primirùs unaquæque earumdem
Ecclesiarum ædificata est
, eo videlicet modo
, ut quidxquid iidem tributarii in con[u
vel tributo solvere debent
,
hoc totum ad
partem earumdem Ecclesiarumomnitempore
persol vant, & ipsæ Ecclesiæ,cum omnibus
rebus ad se perrinentibus, sub memorati
viri venetabilis illius & successorum ejus
curâacprovidentiâ sint,ut divinum in ei.
-
officium perenniter celebretur, &. populus
terræ illius jugiter
,
prædicationem habeat,
& in eis baptismi Sacramenta percipiat.
Idcirò hanc nostræ auctoritaris præceptionem
concedere jussimus, per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus, sive actorimperialis
,
vel
qualibet potestate prædita persona,ab hac
die in posterummemorato viro venerabili
illi,vel successoribus ejus pro eisdem Ecclesiis
,
vel rebus ad eas nostra liberalitate
concessis
,
repetitionem facere,aut ullam
calumniam ingerere præsumat ; fed liceat
illis memoratas Ecclesias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus
,
absque ullius personæ
& contradictione
,
vel impedimento tenere
,
vel regere , 3c sicut alias Ecctesias ad
Episcopium suum pertinentes
,
secundùm
Canonicam institusionem ordinate atque
disponere. Et ut hæc auctoritas firmior ha..
beatur, & nostris futurisque temporibus ab
omnibus meliùs conferverur
,
placuitnobis
cam & propriis manibus subscribere, & annulli
nostri impressione sigillare.
NOTATIO:II
I Llustre est hoc Historiæ cùm Ecclesiasticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum, seuWinidorum hactenus
incognitas appellarioncs profert; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis 8c Radanzwinidis, qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * fluvios
situ ita sunt appellati. De iis pariter silet
Hugo Grotius in Prolegomenis ad Hi£-
toriam Gothorum,ubi singulas earumdem
Gentium portiones suis nominibus eruditè
distinguit.
Hinc etiam discimus quindecim Ecclesias
,
jubente Carolo Magno, iis in locis
suisse constructas
, ut faciliùs Christianis
operibus populus ille recens ad sidemChristi
conversus
, vacare posset ; quod summatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Ducliesn. to-
2. p. 211. Imperator ( Carolus M. ) precepit
Arnoni Arcbiepiscopo pergere in parter
Sclavorum
,
& providere illam omnem regionem
,
Ecclesiasticum Officium more Episcopali
colere,populosqueinfide&Christianitate prttdicandoconfortare.
Sicut ille pracepit,fecit t
* Rednit&.
illlee venitnaoconfccrttvit Ec/efias
,
ordinal
vit Presbyteros, populitmque prædicando do- :
cuit.
Dotem assignat iisEclesiis Ludovicus
Pius ad preces WolsgeriWirciburgensis
Episcopi
,
sub cujus regimine erant ; quoda
Carolo Magnofactum non fuisse mirum
ctt, cùm „ ex statutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclesiam consecrare , nisi dos
sufficiens Clericis in ea deservituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id prcelTLcitv
Ludovicus Angustus ante annum 8; 2 , quo
Wolsgcrus, 11 idus Novembrisobiit,cùìn
sedisset annos XXII ,
mcnfes VI,dies xi *
ex Chronico Wirziburg.apud Bal"z, torn,
101
Miscell. pag.504. Notandum quoque estBasilicas fiic arpellari
Ecclesias consecratas,quibus Ministrabant
Clerici. t
ON' vient de nous remettre un essai de Gravûre, qui mettra encore
mieux le Public en état dejuger du travail de Dom Carpentier.
Son Ouvrage contiendra 35 Chartes importantes
, une explication
exacte & étenduë des caracteres qu'ila déchifrés
,
& des Notes
historiques sur chacune des Chartes qu'il rapporte, & surl'usage
qu'on en peut faire pour l'Histoire.
Le Graveur chargé de cet Ouvrage, est un jeune homme qui a
beaucoup de zele & de talent, & qui joint à l'habileté qu'il a dans
son Art la connoissance du Latin & du Grec. On comprendra aisément
parl'essai que nous donnons au Public,qu'il faut beaucoup
d'intelligence dans le Graveur pour exécuter les vùës de Dom CarpLeetntrteiesr.
Ce Graveur se nomme P. L. CHARPENTIER, Graveur en , & demeure Cloître S. Julien le Pauvre.
Le Manuscrit dont nous donnons ici le commencement, est une
Charte de Louis le Débonnaire écrite en Notes de Tiron.
l P.L-Scdfs't
Notumsitomnibus Fidelibus nostristampræsentibusquam&futuris
quia quidam homo nomine Ingilbertus questus est coram
missis nostris Etti videlicet Archiepifcopo & Adalberto Comite
eo quod avia sua nomine Angelia ab Hildulfo
.STANCES
Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitens
ceBocage,&c. 'T Tula
formas; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'est le plus heureux choix;
De si beaux yeux; la plus aimablevoix;
Mais elle fuit, Dieu d'amour, quel dommage!
Le douxpiaiur de vivre fous tes loix.
J
Signale enfin ta puissance suprême;
Ehquoi 1 du moins dans tes jours solemnels,
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne tedira - oüil'on m'adore & j'aime.
Que de plaisirs perdus pour les mortels!
Mais n'est-ce point ( ta malice est extrême )
Qu'avec plaisir tu verras déformais
Que la vertu dans son coeur régne en paix?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même
, Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Ke*
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
Pour la priver du tribut de nos voeux,
Dans tous nos cceurs ne plus lancer tes feux,
Etlui ravir ainsi le don de plaire;
Il n'est plus tems;le charme est dans ses yeux.
Par M. de MfJnlcrij.
LE BAISER.
L
E souffle le plus
pur
d'une jeune Bergere
Le souffle d'un enfant qui mord dans le raisin,
L'haleine du Zéphir, qui dès le grand matin
Caresse Flore en pleursdesonaîle legere,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin & plus simple & plus pure
Les trésors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens passager
,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore,
L'air qui presse en volant une naissante fleur,
Et mille autres parfums me ravissent encore ;
Mais un baiser d'Aminte a bien plus de douceur.
VERS a M. de Voltairetpar M. Linant*
L
E nom qu'au prixde ta fauté
L'ont fait tes Vers & ton Histoire
,
Croi moi, n'est point trop acheté;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloireSEANCE
publique de VAcadémie:
des Sciences.. L Académie des Sciences tint une alkill- blée nirhlimi^ II"
--l- 1 A ,J--- r. la coûtume. Le Pub*lvicuc»-c mois, selon qui court avidemment
s'instruire à ces doctes conférences
arrendoit le jour de celle-ci avec un nouvel empressement;onsçavoit
l'un des que MrBouguer, Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y dé- terminer la figure de la Terre, devoitliredans
cette assemblée la relation de son voyage&le détail de ses opérations Astra- nomiques; ce détail
-
étoitd'autant Pltisintéressant
, qu'il devoit,ou mettre
au-deatls
de toutes contradictions la mesure de
la
Terre,déterminée
par les
opérationsfaites
au Nord,ou fournir de nouvelles idées
&ouvrirun nouvelavissurcetteimportante
question.
M.Bouguer,quiparloit devant une corn. tpiaegrneisecontinuellement occupée de ces ma..- &devantunPublicquiles connaît:
au moins superficiellement auroitperdu
inutilementuntemsprécieuxs'ilsefutat.
taché à appfa l'état de la question ) .dOnt [
tous ses Auditeurs étoient instruits, maW
nous,qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs, nous devons faite nos efforts
pour les mettre au fait de la matiereque
nous allons traiter. Si nous sommes assés
heureux pour y réüssir
, nous nous sçaurons
bon gré d'avoirtravaillépour la gloire de
11. B. &. des. Académiciens qui l'ont ac -»- compagné. en augmentant. le nombre de
leurs Juges, & par conséquent de leurs ad- mirateurs.
On a crulong-tems que la Terre étoit
sphérique; cette erreur est aussi ancienne
que la Terre même,ou du moinsque les
Sciences. Danscette supposition il. n'étoit
pasdifficile d'en connoître la. grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait en Géométrie,
le cercle a été divisé en 3^0 parties
égales que l'on aappellées degrés il fuSi*
foit donc de mesurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pour
mesuser ce. degré est simple &. facile; oa
prend avec, un instrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit, par exemple à
Paris,Otl avanceensuite versle Pôle sur le
mêmeMéridien, jusqu'à ce que l'Etoile observée
à Paris ait un degré de hauteur de
moins,.Se. quand on est arrivé en cet en-
«freït;,on cherche alors par desopérations
Gé&
Géométriques la distance de cet endroit à
Paris.Cettedistance ,
réduite en toises
> exprimera la valeur d'un degré de la Terre
en toises.
C'est par cette méthode,ou par d'autres
- qui s'y rapportent, qu'onavoit trouvé que
Paris & Amiens,qui font fous le même
Méridien, font éloignés d'un degré ou environ
,
& l'on avoir conçlu de leur distance
qui est de 2. 5 lieuës, que le degré de la
Terre étoit de 25lieuës, & parconséquent
son circuit de 9000.
En 1672 , M. Richer ,étant envoyé à
l'Isle de Cayenne proche l'Equateur
, trouva
que le Pendule qui battoit les secondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne,
&£ que ses vibrations éroient de plus d'une
seconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Physicien : ilfut aisé
de conclure que la pésanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris,puisque les corps
pésans s'y mouvoientplus lentement. M.1
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux >
&. il découvrit bien-tôt la cause de cette difsérence,
La Terre tournant sur son axe,emporte
avec elle tous les corps qui y font, & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
plus grande,qu'ils font plus éloignes du
Pôle,& doivent être moins pésans, puisqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté
,
si l'on
regarde la Terre comme une masse fluide (& il est certain qu'elle est telle en grande
partie ) on ne peut pas supposer qu'elle foit
parfaitement sphérique, dès que la pésanteur
est plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet., quel'onimagine une colonne
fluide qui ailled'unpoint de la circonférence
de l'Equateur au Centre,& une autre
qui aille du Pôleaumême Centre,ces deux
colonnes doivent être en équilibre; la colonne
de l'Equateur fera donc plus longue
que celle du Pôle, puisqueses parties pésent
moins;le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe, c'est-à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles; & la
Terre, suivantcetteidée,doit être un sphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorieapprit à M. Huguens
;éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il osa entreprendre de déterminer la
différence dudiamètre de l'Equateur à l'axe,
& trouva qu'elle étoit la mêmeque de 578
à 577 ; mais la théorie feule ne pouvoit
donner le degré exact de l'applatissement
de la Terre;elle fera plus ou moins applatie.
suivant les differentes suppositions que
l'on pourra faire sur la pésanteur 8c la densité
de ses parties,que pour établir les calculs, on
est obligéde supposerHomogenes,ce qui surement
n'est pas vrai. M. Huguens suppo
soitque toutes les parties de la Terre font
de même densité
, & pésent toutes vers un
même centre. M. Newton ,
qui supposa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement
suivantune certaine loi, trouva que la difsérence
du diamétre de l'Equateur à l'axe,
étoit comme de 230à 129 , ce qui donne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles.
Ainsi quoique les théorieslesplus vraisemblables
s'accordassent à donner à la Terre
la figure d'un sphéroïde applati, la mesure
actuelle des degrés pouvoit feule détermineraujuste
cette figure, & ce n'étoit que
- par là que l'on pouvoit vérifier si ces célébres
Mathématiciens,qui du fond de leur
cabinet avoient mesuré l'immensité de la
Terre, méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Jîérias tentajfe domos,animoque rotundum
percurrifJe Volum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doiventêtre égaux, si la Terre est parfaitement
sphérique,c'eft-à-dire,que s'il faut
faire 2 5. lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile observée diminue de la hauvfem
d'un degré, il faudra faire encore 25
lieuësdepuis Amiens, en avançant vers le
Pôle, pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur,& ainsi de
fuite.
Il n'en est pas de même, si la Terre n'est
pas exactement ronde: les degrés seront
inégaux, & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, si la Terre est un sphéroide
allongé,c'est-à-dire, si le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe * ils feront
au contraire plus grands vers le Pôle, si la
Terre est un sphéroide applati,c'est-à-dire , si l'axe est plus petit que le diamétre de l'Equateur,
Pour en faire sentir la raison par
une idée, peu Géométrique à la vérité mais palpable , pour tous les lecteurs, imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond, &: partagé par deux diamétres
,
l'un
vertical, qui représentera le diamérre de
l'Equateur,l'autrehorizontal, qui représentera
l'axe
, ou la ligne qui joint les Pôles
; si on presse ce çerceau par lesdeux extrémités
de son diamétre horisontal
,
le diamétre
qui représente l'axe diminuera, l'autre
au contraire, qui représente le diamétre
de l'Equateur
,
s'allongera:or il est évident
que ce cerceau aura perdu de sa courbure
dans l'endroit pressé, c'est-à-dire, aux deux
extrémités de son diamétre horifontal, &
qu'au contraire il fera devenu d'une plus
grande courbure à l'extrémité du diamétre
qui s'estallongé.
On voitpar-là que si la Terre est un sphéroïde
applati, elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur *, elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cercle a moins de
courbure dans le même espace qu'un petit ;
ainsi le degré quiest toujours ':J du
cercle, fera plus grand auPôle qu'à l'Equateur.
Le contraire arrivera si l'on presse le
cerceau verticalement ; ainsi pour trouver
la figure de la Terre il suffit d'en mesurer
deux differens degrés; mais il y auroit de
l'inconvénient à mesurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre; car si la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exaéternent
ronde, les degrés qui feront voisins feront
à peu près égaux, & la différence qu'on
trouvera ne fera pas assés grande pour déterminer
la figure de la Terre, parce que
cette difference pourra provenir en partie
des erreurs inévitables dans les observarions
& dans les mesures.
Il étoitdoncnécessaire de mesurer deux
degréstrès-éloignés, parce que la difference
de deux degrésvoisins
,
qui est petite ,
se trouverarépétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle
On sent assés de quelle importance il
étoit de décider cetre question, Se quelle
peut être son utilité pour la Géographie
& la Navigation. Si la Terre est un sphéroïde
applati, si les degrés font inégaux,
comment connoître exactement la distance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés, sans connoître
le rapport deces degrés entr'eux
, & combien
cette connossance n'est-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
D'ailleurs quel objet plus digne de
la curiosité d'un esprit éclairé, que de connoître
le Globe que nous habitons, & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert les opefrationsî
C'est dansces Vûës que S. M. a envoyé
des Astronomes mesurer un degré de la
Terre vers l'Equateur
, & d'autresmesurer
un degré versle Pôle. M. le Comte de Jldau*
repas, qui honore les Arts d'unep\qte£horr
aussi éclatante qu'éclairée,a étéchargé de
cette entreprit. C'est par les- soins qllem
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des. secours dignes de la magnificencedu
premier Potentat del'Europe
qui les envoyoit, & de la prévoyance d'uft
Ministre
»
qui rappelle à tant d'égardsl'idee
de Mécene, commeson Maître rappelle
l'idée d'Auguste.
Mrs de Maupertuis, Clairaut Camus, 5c
Lemonier, tous Académiciens, allerent en
Laponieen1736, aussi près du Pôle qu'il
est possible d'avoncer.Les Lapons virent sans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unPays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de sortir, les tenant ainsiexilés
dans le lieu de leur naissance. On a (çu
de quelle constance, & de quel courage
ils ont eu besoin pour résister à l'aprêté de
ce climat. Par des opérations faites avec la
plus grande exactitudeaumilieu des glaces
duNord, ils ont conclu que la Terre étoit
un sphéroïdeapplati vers les Pôles, ce que
la difference du diamétre de l'Equateur à
l'axe étoit comme de 178 à 177, ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Astronomes destinés pour aller vers
l'Equateur étoientMrs Godin, Bougitcr
& de la Condamine Académiciens, Argonau-à
tes d'une especenouvelle, qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays, & le bien général des
Nations.
M.defussieu, Docteur-Régent de la Faculté
de Medecine, que l'Académie s'e st
acquis pendant le cours de ce Voyage, lei
a accompagnés pour travailler à l'Histoire
naturelle. M. Seniergues, Chirurgien devoit
l'aider. Les Astronomes avoient encore emmené
plusieurs personnesrdessiner, vérifier
les calculs & reconnoître le Pays, tels
que Mrs Verguin, Couplet, Desordonnais, de
Morainville & Hugot.
M. B. seulest revenu. La difficulté du
Trajet a arrêté ses Compagnons de Voyage,
qui ont été moins heureux,ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage sa relation
en deux parties; l'une contientlerécit
de ce qui luiest arrivé dans ses différentes
courses, les observations qu'il a faites
sur la situation
,
la nature des Pays qu'il a
traversés, sur le caractere des habitans, &c.
C'est une espece de voyage,mais c'est un
voyage fait par un Philosophe, & qui parconséquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs est leur peu de sincerité. Ce
reproche qu'ilsnemérirent que trop souvent,
est le moins grave qu'on puisse leur
faire. La plûpart font des gens peu instruits,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés; ceux qui n'ont été
guidés que par la curiosité, n'ont presque
jamais eu cette cunoGreeclalree, qui fait
que l'on connoît la nature si differented'ellemême
dans des climats souvent peu éloignés
, & les hommes si semblables entr'eux
quand on les examineavec des yeux philosophiques.
Ces Voyageurs ne ressemblent
pas mal à un homme,qui introduit dans,
un Palais examineroit avec une attention
serupuleusejusqu'à la moindre colonne
,
ôc
négligeroitdecannoîrre le Maître de la maison,
M. B. arapporté de ses longs & pénibles
Voyages des observations importantes
sur L'Histoire naturelle,& des remarques
qui ne font pas moins intéressantes sur les
hommes qu'il a vûs.
La seconde partie de son Mémoire contient
le recit des opérations Astronomiques,
par lesquelles il a déterminé avec ses Collégues
la figure de la Terre. Elle est, suivant
eux, un sphéroïde applati versles Pôles
>
le
diamètre de PEqlla-reur & l'axe
,.
font entr',
eux comme 174. à 173 , ce qui revient
au calcul des Astronomes du Nord
,
la legere
différence qui setrouveentre les deux
résultats ne devantêtre impuréequ'aux erreurs
inévirables dans des. opérations,si
compliquées&sidifficiles.
; Ce fut le 16Mai Ly3 5, que lesAcadémiciens
s'embarquerent à la rade de la Ro
chelle sur un Vaisseau du Roi;ils arriverent
heureusement à S. Domingue,après avoiç
relâché quelques jours à.la.Martinique*.
Ils quitterent S.Domingue le30 d'ûe-r
bre
,
& passerent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoirtraversé l'Isthme, ils Ce
rembarquerent à Panama sur la Mer du
Sud, & mouillant dans la rade de Mante le
9 Mars 1736;ils toucherenr enfin pour la
premiere fois la côte du Perou. - 4
Ils avoientencorebien des obstacles àsurmonter
& des fatigues à essuyer avant que
d'arriver à Quito,qni étoit le terme de leurs
courses. Les chemins qui conduisent àcette
Capitaleétoient inondés par les pluyes,
& devoient être impraticables jusqu'aumois
de Juin. Le desir de connoîrre la côte, on
les pluyes avoient déjacessé, engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à se séparer
du reste de leur Compagnie
,
& tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil, ils se disposerent à
parcourir cette côte, qui est la partie de
l'AmériqueMéridionale la plus avancée
vers l'Occident, & la connoissance exacte
qu'ils en eurent, jointe à plusieurs observations
Astronomiques, les dédommageoa
avantageusement de leurs peines.
Ce Pays est de niveau avecla Mer, placé
au milieu de la Zone Torride
,
& parconféquentextrêmement
chaud. Resserré entre la
Mer 8c la Cordeliere,qui estune chaînede
montagnes, plus hautes que toutes celles
que l'on connoît en Europe, il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur: on observe
dans lapartie quiestau-delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarrasser
les Physiciens
,
c'est qu'il n'y pleut jamais , quoique souvent le Ciel y soitfort nébuleux.
Le Pays est fort peu habité, on fait
quelquefois vingt lieuës sans trouver Ull.
Village,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiosité des naturalistes,
n'a pris aucun foin de la commodité
des Voy ageurs.
Mrs Bouguer & de la Condamine étoient
si peu sensibles à cet inconvénient,qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito, afin de multiplier
davantage leurs observations & leurs
richesses Philosophiques.
On verra quelque jour dans la relation
de M. de la Condamine les peinesinfinies
qu'il eut à remonter la ri viere des Emeraudes.
M. Bouguer prit sa route vers Gouayaquil
a travers des bois encore inondés
par les eaux, & où un homme monté sur
le plus grand cheval se trouvoitdans l'eau
& dans la bouë jusqu'aux genoux: après
s'êtredébarassé avec peine de ces marais impraticables,
M. B. arriva enfin le 17 Mai
1756a Caracol
, au pied de la Cordeliere.
Il fallut s'arrêter en cet endroit; les fatigues
d'une route si pénible avoient considerablement
alteré la santé du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin,qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol, avoit emmené
presque toutes les mules de la Province;
il avoir cependant laissé à Caracol la cinquiéme
partie de ses équipages, mais let
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres, & de multiplier le
nombre des bêtes de somme.
Il suffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverser ces montagnes, de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'est que de 8 ou 9 lieuës. Le courageux
Astronomes suivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit prise,
lorsqu'ilamenaàFrançoisPizare un secours
considerable d'Espagnols. Ce Général perdit
soixante-dix de ses gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipicesformés par
les torrens & les ravines, malgré le froid
excessif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige & de glace
y
M.
B. arriva le 10de Juin 17;6 à Quito, un
an& 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin & le reste de sa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüir alors d'un spectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été exposé aux ardeurs de la Zone Torride,
sur le bord de laMer,& aux horreurs de
la froide dans les montagnes, on secroit
transporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrivequelque choseàpeu
près semblable
,
lorsqu'on descend du--
sommet
des Alpes dans les Vallées du Pié3
mont.
On découvreun Paysagréable & cultive,
un grand nombre de Bourgs,&deVillages,
& de petites Villes assés jolies. Les denrées
nécessaires à la vie n'y font pas extrêmement
cheres, parce que le Pays est abondant, mais
les marchandisesquiviennent d'Europe,
les- toiles,les draps, les étoffes de foye y
font d'un prix excessif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer,& 18 à 10 liv. pourun gpbeler de
verre. La vallée de ^^o, qui est large
de 5 à 6 lieuës, est enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
est double , & forme comme deux
murailles, qui sontl'enceinte de ce Pays.
M. B.s'estassûré par ses propres yeux que
cette double chaîne continue jusqu'à 170
- lieuës; ill'a visitée depuisle Sud de Cuença
jusqu'au Nord de Popayan,& il a fçli qu'elle
est double encore plus loin vers le Nord.
La largeur suffisante de cette vallée, &
son exposition à l'égard du Soleil,devroient
y rendre la chaleur insupportable j mais
d'un autre côté le voisinage de la neige, Se
la grande élévation du terrein temperent le
chaud, & ce climat joüir d'une Automne
T
ou si l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes, les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe, tels que les poires , les pommes,les pêches,y croissent également
; tous les grains y viennent fort bien
,, & surtout le froment;les arbres font toujours
en séve
, parce que la temperature de
l'air est toujours à peu près la même.
Les pluyes feules distinguent les faisons.
Il pleut depuislemois de Novembre jusqu'au
mois de Mai; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
en grand nombrypsjalai-icent les agrémens
de ce beau Pays.Les Académiciens y ont
éprouvé une autre espece d'incommodité
» causée par la trop grande subtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito soit entre de
très-hautes montagnes,elle est elle-même
plus élevée au-dessus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe,
& les habitans dé Quitoont appris de nos
Astronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre,& respirent un air plus
subtil de plus d'untiers que celui que respirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
attention particulière
,
c'est qu'il n'a poinr
été plus incommodé lorsqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito, où l'air étoit
plus subtil.
Mais si cette trop grande subtilité de
Fair n'étoit pas un obstacle qui rendit le
sommet des montagnesinaccessible
,
les.
Astronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore, le froid excessif causé
par les neiges.
Ils monterent sur Pichincha
, au pied de
laquelleestsitué Quito. Leur dessein étoir
de faire les Rations de leurs triangles sur le
haut des montagnes, dont les sommets trèsé'
1levé1 s é*toient f{"ort avantageux a cet é1 gardd,
mais le froidyétoitsivif, qu'il leur fut
impossible d'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y sentit bien-tôt desaffections scorbutiques,
les Indiens qui les suivoient&
les autres domestiquesfurent ffïncommodés
, qu'il fallut prendre le parti de descendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat, ils renoncerent
à prendre des postessiélevés,& se
déterminerent à placer leurs signaux sur le
haut des collines, au pied des pyramides
pierreuses. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit, que le Pendule à fecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de a Ignes.
Les Astronomes étoient presquecontinuellement
dans les nuages,quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demieheure; une tempête étoit suivie du
beau tems, & un instant après le tonnerre
recommençoit, d'autant plus terrible, qu'il
éroit plus proche, & se formoit autour
d'eux.
Le sommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume desMétéores,offrit
aux Astronomes un Phénoméne singulier,
qui n'avoit encore été vû de personne,
quoique,comme le remarque M. D. il soit
aussiancien que le monde.
Les Astronomes étoient sur la montagne de
Pambamarea; un nuage, dans lequel ils
étoientenveloppés,leur laissavoir en sedissipant
le Soleil qLl[e levoit trèséclatant; le
nuage passade l'autre côté,& futàpctneà3o,
pas, que chacun d'eux vit son ombre projettée
dessus, & ne voyoit que la sienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une surface
unie. Le peu de distance ne permettoit pas
de distinguer touteslesparties del'ombre,
maisils remarquerent avec surprise que
la tête étoit ornée d'une gloire, ou limbe,
formée de j ou 4 petites couronnes
concentriques,d'une couleur très-vive ,& 1
variées comme le premier Arc-en-Ciel,le j
rouge étant en dehors. Les intervalles en»- f
tre ces cercles étoient égaux, le dernier
cercle étoit beaucoup plus foible
,
& enfin
à une certaine distance
, on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit letout.
Ils ont répété plusieurs fois la mêmeExpérience.
Les diamétres de ces couronnes
changentsouvent de grandeur d'un moment
à l'autre
,
mais en observant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
singulier ne se trace que sur les
nuages glacés, & non sur les goutes de
pluye
, comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diamétre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers; celui
du second, de 17, & ainsi de fuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés.
Quoique la neige rende les montagnes
inaccessibles, cependant MrsBouguer &
de la Condaminen'ont pas craintde monter
sur plusieurs
, tant pour visiter les
volcans qui font en grand nombre sur
ces montagnes, que pour y contenter a;
tant d'autres égards leur intrépide curiosité.
Ils ont observé que sur le sommet de la
montagne de Choussalong, ou le Coraçon,
élevée de 2476 toises, le mercure se soutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign.
1 2 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
la Mer.On n'avoit jamais porté cet Instrument
si haut, & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais personne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages,il faut plus, il faut un courage
qui n'est pas moinsestimable que les
talens qui fournissentle motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
tristes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes jusqu'à une assés
grande profondeur, ne font formées que
de scories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les grosseurs.
On n'entendra pas dire sans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
efi: caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes
, & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur, & d'une aussi grande épaisseur
,
qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de distance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées, ne laissent
aucun doute sur ce fait.
Après avoir donné ses Observations sur
l'Histoire naturelle de ce Pays
,
M. B. passe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays, dérail qui n'est pas moins intéressant
que ce qui a pré1céIddé'.
» Comme la Zone Torride, dit-il, & les
ik-Zonesglacées font, pour ainsi-dire, me*
*» lées au Pérou, qu'on y trouve les cli-
»mats les plus contraires,qu'ilsuffit da
» faire quelques lieuës
,
d'entrer dans la
» Cordeliere ou d'en sortir
y pour trouver.
» des climats plusdifferens entre eux, que
» si l'on traversoit toute l'Europe;cette exn
trême difference ne peut pas manquer
« d'en apporter dans les usages des Peuples,
» & jusques dans leurs inclinations.En bas,
» ilsvivent retirés dans leurs forêts, &;.
» forment comme de petites Républiques,
» dirigées par leurs Curés, & par leurs
»Gouverneurs,assistés de quelques autres
« Officiers, qui font aussi Indiens.
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens,ressemble à celle de l'âge dor.
» Ils vivent tous dansune aussi grande
»union,qu'ils paroissent vivre dans
»une grandeinnocence y ils sontpréve-
» venans & honnêtes;ils ne font capa-
» bles d'aucune défiance; & il ne leur
» tombe pas mêmedansl'esprit qu'on puif-
» se avoir intention de les tromper; les
» portes de leurs maisons font toujours ou-
*> vertes, quoiqu'ils ayent du coton, des
» calebasses, de la pire, espece d'aloës,
»dont ilstirent du fil, & quelques autres
» denrées,dont ilsfontsouvent quelque
» trafic. La grande chaleur leur permetd'al>
ler presque nuds ; ils se peignent ordi.
» nairement en rongeavec le rocou, sou-
» vent ils s'en font une espece de parure ,..
» & ils s'en mettent jusques sur le visage. Il
« paroît qu'ils ont regardé cette Coûtume
» dans son origine, comme une précaution
»» contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou IIdoufiltfues, qu'on trouop
ve en grand nombre dans tous les en-
»droits bas de la Zone Torride qui n'ont
« pas été défrichés.Cesmêmes Indiens font
» de tous les métiers qui leur font nécessai-
» res ; ils font Tisserans,Charpentiers
,
ils
» font les Architectes de leurs maisons
,
les
» constructeurs de leurs Pirogues; quant
» aux grands ouvrages, ils les font ordi-
» nairement en commun;un Indien invite
» tous ses voisins
, il lui suffit de les bien
» traiter, &: la maison
,
quelque grande
» qu'elle foit, est achevée le jour même,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>7 n'est pas étonnant qu'ils menent une vie
heureuse
,
ils ne font gênés par le mêlan-
» ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
t) la terre, qui ne leur manquent jamais,la
»chasse & la pêche leur fournissent d'a-
» bondantes ressources.
Les Indiens qu'on nomme Guerriers,
parce qu'ils n'ont pas été soumis par les Espagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
à
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant sur celle
du cuivre, la mêmedifficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même observé que
ceux qui vivent au bas de laCordeliere,
font aussiblancs que nous, parce qu'ils ne
font pas exposés à un hâle violent & continuel,
qui est, selon lui, la cause de la
carnation des premiers;cependant ces Indiens
blancs font aisés à distinguer des Européens,
par une difference remarquable,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens, qui vivent en
haut dans la Cordeliere
,
c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito
,
n'offrent pas un tableau
aussi riant que le premier.
» Us font tous d'une paresseextrême, Çc »stupidesàl'excès; ih passeront des jour-
» néesentieres assisàlamême place sur les
« talons, sans se remuer;ils fervent dans » les Villes, & on les applique aux champs » à la culture des terres. L'habillement
i
H qu'on leur donne fait partie de leurs sa-
» ges ,
de-même que les légumes & les
» grains qu'on leur donne à la campagne
»pour leur subsistance. Lorsqu'ils
Ce
ma^
» rient, les droits du Curé font excessifs
»de-même y que les frais funéraires lors-
» qu'il meurt quelqu'un de leur petitefa-
11 mille. 11 arrive de tout cela qu'ils n'ont
» jamais rien en leur disposition
, & qu'ils
M
font toujours endettés envers leurs Maî-
» tres. Leur indolence en estconsidérablen
ment augmentée. On ne peut pas assés dire
w combien ils montrent d'indifference pour
» les richesses, & même pour leurs commo-
» dités,peut-être parce qu'ils sentent qu'il
9i leur feroit inutile d'y penser. A cela près
cc
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
» espece de bierre qu'ilsfont avec le Mais,
u on peut dire qu'ils forment une Secte de
»Philosophes Stoiciens, ou plutôt Cini-
» ques. On ne sçaitsouvent quelle espece
nde motif leur proposer, lorsqu'on veut
"en exiger quelque service. On leur offre
»inutilement quelque piéce d'argent, ils
'» répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
ts ne doit pas s'étonner que de pareilles
« gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
'» leur étoit utile d'avoir des poches; 10rC
at qu'on les a obligé de recevoir quelque
9) monnoye, ils la serrent dans leur bouche,
Ils n'ont aucun meuble dans leurs caba
nes, & couchent à terre sur un cuir;ils
mangent peu de viande. Ils élevent quel
que volaille pour faire présent à leur Curé
ou pour se régaler dans les occasions extra
ordinaires.Une de ces grandes occasion
est la mort de quelqu'uncd'entre eux; il
s'assemblent alors, font un grand festin d
tout ce qui a échappé auCuré,ils le mangent
en pleurant, & ne cessent leur fête lugubre
que lorsqu'il ne reste plus rien.
M. B. remarque judicieusement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere,
ont conservé davantage leurs anciennes
moeurs,au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays est plus peuplé, ont plus ressenti
les effets de la dépendance. Malgré les
sages précautions qu'a prises le Gouvernement
Espagnol, ces malheureux font fort
maltraités, surtout par les Métis, qui se
plaisent le plus à appesantir leur joug sur
eux.
On a peine, en voyant ces Peuples, à
croire ce que les Historiens ont publié des
Loix
,
de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un songe,s'il
étoit possible de récuser la foi de tantd'Historiens,&
les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui subsistent encore.
Triste exemple
,
qui montre combien l'esprit
des hommes dépend des circonstances,
& jusqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
l'esclavage, la misere
,
&c.jQua pjfigit humi
divinæ particulam aura. 1
Leslimites étroites dans lesquelles M. B.
étoit obligé de se renfermer, ne lui ont
paspermis de rendre compte au Public d'u
ne infinité d'Observations curieuses qu'il a
faites, tant dans l'Amérique, que dans les
autres Pays quil a traversés. Il n'a point
parlé non plus des Observations faites par
ses Collegues ,& illeur a laissé un moisson
abondante que le Publicrecueillera avec
plaisir, si elle contientdes faits aussi intéressans
& présentés avec autant de clarté
&de précision, qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partieprincipale
du Mémoire de M Bouguer
,
c'estle détail
des Opérations Astronomiques pour déterminer
la figure de la Terre.
M. Bouguerrend compte à l'Assembléede
l'accord parfait qui se trouva entre les deux
différentes mesures que les Astronomes firentde
leur premiere base, qui est à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toujours
danscette longue vallée que forme laCordeliere.
Le Sol enest extrêmement inégal; une
desextrémitésest plus élevée que l'autre
d'environ 126toises, & nos Académiciens
partagés en deux troupes, furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
leniveau à la main, pour sauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nousapprend quecetravail dura 15* jours de
son ç6té,&: que quand les deux compagnies
Je communiquerent leur résultat, il ne se
trouva
trouva qu'une différence d'environ trois
p»uces,sur 6274toises
,
qui en: à peu près
la longueur de cette base.Il a le foin de
nous avertirqu'ilsupprime plusieurs particularités
qu'il n'a pas obmises dans le rapportqu'il
a déja fait à l'Académie; rapport
plus étendu, & dans lequel il a rendu justice
à toutes les personnes qui ont eu part
à l'Ouvrage, Il fut question après cela de
travailler à la dispositiondestriangles; le
choix des stations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
,c'étoit tout le contraire au Pérou,
les Observateurs se trouvans presque continuellement
plongés dans les nuages, ou exposés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du seul foin de leur propre
conservation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui raarchoient
à la vue l'une de l'autre sur les deux
chaînes de montagnes opposées
, & qui en.
c\h,a.ngoienc réciproquement. M. Godin d' A etolt d'un coie accompagne de plusieurs
personnes ; M. Bouguer étoit de l'autre
javec MI de la Condamine, un des Officiers
Espagnols se trouvoit de chaque côté,
Ils ont mesuré généralement tous les angles
Me
leurs triangles , ils l'ont fait avec differens
quarts de ce*rcle
, & leur Méridienne,
1uidl formée de33 triangles principaux,
embrasse une longueur de plus de 60 lieuës.
Ces triangles sontélevés en l'air de 6 à 7
cent toises au-dessusdeQuito, & d'environ
2000 toises au-dessus du niveau de la
Mer. Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur, mais au lieu
que M. Godinterminales siens à la petite
Ville de Cuença, les deux autres Académiciens
allerent un peu plus loin
,
juf^u'à
Tarqui, où une plaine parfaitementunie
leuroffroit une
seconde
base très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers euCfent
bien souhaité que tout se fît toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à se priver volontairement
des conseils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorsqu'il s'agissoit de déterminer par voye 9 Astronomique l'amptitude de l'Arc donc
la mesuregéodesique venoit de leur donner
la longueur en toises. M. Bouguer n'aiffue
pas que
@
la crainte ne lui ait faitparoître
l'inconvénient un peu plus grand, maisil
ajoute que c'est ce quil'a obligé de
passès
dans son particulier plus de trois a11I
auPérou à courir d'une extrêmité de W
Méridienne à l'autre, afin de revêtir
bservations, en les répétant,d'une aurcitéequri
nte liaitssuât audcunelie.u à la moindre
Il n'a eu que cette occupation&PtliS le
ois d'Août de 17 5 9>(i on excepte un voyae
qu'il fit en descendant vers la Mer du
ud
, pour découvrir par rapport à son nieau
la hauteur absoluë des montagnes , ont ils neconnoissoient jllCques-U que les
auteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déjà
un grand nombre d'Observations faites avec
m Secteur de 11 pieds de rayon dans les
mêmes saisons de différentes années consécutives
,
ôc qu'il n'eut par conséquent rien
l craindre,nide la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration delalumiere, il crut qu'il
falloitterminer l'ouvrage par unexpédient
qU'Oh n'avoitencore jamaisemployé, mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés. C'étoit de se rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en se séparant
M. de la Condamine & lui, & d'obferver
en même-temslesmêmes Etoiles.
LesObservations se faisant les mêmes nuits,
ou pour mieuxdire, les mêmes instans, ils
étoient sûrsdesaisir les Etoiles dans le .mê.
me point du Ciel, & de réüssir comme à
les fixer,malgré tous les mouyemens irréguliers
ausquels elle pouvoient être £iijettes.
M.Bouguervint à l'extrémité Septentrionale
à Cochesqui
, & M. de la Condamine
alla à l'extrémité Australe à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe suivre différens chemins,
afin de multiplier davantage leurs
remarques; c'est ce qui les décida sur le
choix des postesoùils se rendirent, car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprèsqu'ils
s'envoyeroient.Ils commencerent le 29 Novembre
1741 a obtenir des Observations
parfaitement simultanées de l'Etoile qui est
au milieu du baudrier d'Orion, que Baver
a désignée par E, & ilscontinuerent à observer
jusqu'au 15Janvier1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés, 7 minutes, 2. secondes, ce qui
ne. faisoit que confirmer les Observations
précédentes. Le même Arc étoit de 176940
toi ces, desorte que le dégréduMéridien
dans le milieude la Zone Torride auroit
56762. toises de longueur,si ce n'est qu'il
faut en retrancher 2.1 toises pour le réduire
au niveau de la Mer à cause de la grande
hauteur des montagnes, ce qui le rend de
56741toises. , M. Bouguer finitsonrécit, en remarail
I
quant, qu'on ne peut sans faire violence
aux Observations, continuer à supposer que
les accroissemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier, font proportionnels
aux quarrés des finus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre est beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a pensé M. Huguens. Les
Expériences sur la gravité des corps justifientla
même chose, en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la *
pesanteur va en diminuant, amesure qu'on
s'éleve en montant sur les montagnes. La
pésanteur des corps est moindre à Quito
qu'elle n'est au bord de la Mer, & si l'on
parvient au sommet de Pichincha,quiest
plus haut, la péfanreur se trouve encore
moindre. M. Bouguer
, en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les exces
des dégrés de Latitude sur le premier, ne
font gueres éloignésd'être proportionnels
aux quatrièmes puissances des Sinus des Latitudes,
ôcque l'axe proprement dit est
au diamètre de l'Equateur çomme 173 à
174 , .OU que répaifleur de la Terre est
moindre dans le lens de son axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie.
L
M. de Jussieu lût après un Mémoire qui
cpnteiYoit la description d'une Plante del&
nouvelle Biscaye au Mexique. Les Efpagncls
ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contray-ervt , qui fembioit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom ,
dont la réputation est très-grande
ebés-eux
,
& même chés nous. , M. de Jussieu a observé,quequoique
ces deux Plantes portent Le même nom,
qu'elles ayent le même goût aromatique&
presque les mêmes vertus, elles
different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * respectifs : la racine
de l'ancien Contrayervaestfibreuse, Be
celle du nouveau est ovale & semblable
à un perit navet; de plus, l'ancien a des
seüilles,sumples
,
arrondies 5c coupées en
trois ou cinq segments, au lieu que le nouveau
les a semblables à la petite quinteseuille,
& a ses fleurs legumineuses; le nouveau
a encore un avantage sur l'ancien,
c'est la facilitédepouvoirêtrecultivé&
multiplié en toutes sortes de Pays par ses
graines, comme les Plantes légumineuses.
L'Académie Royale des Inscriptions &T
Belles-Lettres avoirauai tenu le Mardi x5
de ce mois- son Assemblée publique.
M. Freret y lut l'Eloge deTVï. l'Abbé de
* Le Porc d'une Plante di Ta. figureextérieure
ËotbkUn, & des Observations sur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens, où l'on admira
la vaste & judicieuse érudition de cet Académicien.
M. Belet
,
nouvellement reçft
dans l'Académie, lût aussi un Mémoire sur
ln'ordre politique des Gaules, qui a occasion- changement de nom de plusieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plusavantageuse le choix de l'Académie;
nous parlerons plus au long de ces Ouvrages
dans le Volume du mois prochain.
A l'ouverture de l'Assemblée de l'Académie
on distribua le Programme fiiivant.potit
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
ifrftribaë tous les ans. -
L'Académiedésirant que les Auteurs qui
composent pour le Prix, ayent tout le tems
d'approfondir les matieresde travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter, a résolu
de les publier beaucoup plutôt; elle
annonce dès à présent, que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
distribuëraà Pâques 1746, consiste à examiner
& à déterminer,Quel a été l'état des
Sciences en France sous les Regnes de Charles
VI&deCharles VII.
Le Prix fera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres.
Toutes personnes, de quelque Pays 8c
condition qu'elles soient, excepté celles
qui composent l'Académie, feront admises
à concourir pour ce Prix, & leurs Ouvragespourront
être écrits en François ou
en Latin, à leur choix. Il faudra seulement
les borner à une heure de lecture au plus.
Les Auteurs mettront fimplemeiltde-
Devise à leurs Ouvrages, maispourse
faire connoîtreils y joindront dans un
papier cacheté&écrit de leur propre
main, leurs nom,demeure & qualités8c
ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix.
Les Pieces affranchies de tout port, feront
remises elure les mains du Sécretairc
de l'Académie, avant le premier Decemke174;.
EPITRE,
AM. Bouguer, de VAcadémie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
sur fin retour. ParM. DesforgesMaillard
fin Compatriote.
TU
finis, cher Bouguet, tes travaux & mes
peines
Par ton retour heureux
;
Neptune,dont j'ai craint les fureurs inhumaines
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que sur toi sa funeste vengeance
Ne fittomberses coups,
Voyant tant de Nochers,qu'instruisit ton enfance
A braver son courroux.
Leurs agiles Vaisseaux
,
du Midi jusqu'à l'Ourse ,
Firent voler ton nom, Et ta main quoiqu'absente
) au milieu de lea$
course
,
Dirigea leur timon.
A l'âge où follement la jeunesse enyvrée ,
S'endort dans lesplaisirs,
La tienne plus solide
,
à l'étude livrée ,
Y borna ses désirs.
Ve t'avons nous pas vu fuir la foule inquiette ;
Au sommet de nos Tours,
De l'Astre presque éteint, au bout de la Lunette
Rallumer les contours?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés;
Alors tu méditois dans tes remarques sages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles,
Tes jeux & tes Essais.
Aiglon, tu préparois à l'essor de tes aîles
De plus hardis succès.
Quels chefs-d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
éclore,
Sçavant
,
subtil
,
profond ?
Ton Pays, :e Royaume, oui
,
l'Univers s'honore
Des Lauriers deton front.
Quel'immortel honneur pour les ames bien nées.
A des traits chatouilleux L
C'est lui
,
dont le conseil fia tes destinées
Aux hazards p¿riIJeuï.
Tu quittas, pour complaire au désir du Monarque
Des jours purs & serains
r
Ardent à t'exposer, aumépris de la Parque ,
Surlesflotsincertains,
•
Passant de ton Vaisseau sur des mornes terribles
Deglaçons hérissés:
loties périls plus grands par des retours horriblesj
Succédoienrauxpaflfés.
.sut ces Monts [QUIcillcux
>
redoutables azile*
1
D'un hyveréternel
,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons,qu'unzéleégal inspire,
Ont pan. tesmaux,- Ils partagent ta gloire, & l'Univers va Tiré
* Etvantervostravaux *
D'autres ont avant vous, poussespar Couru sur l'Océan,
Mais leur Art s'ébahit. & l'on vii: leur confiance
Lasséeaubout d'unan.
D'autres ont avant vous pendant plusieursannées,
Soutenu leurespoir,
Mais pour mettre à prosit leursrapidesjournées,
Ils manquoient de sçavoir.
Tu dis, mon cher Bouguer, qu'au plus fort de leS
peines.
J'étoisàtoncôté ,
Et qu'en partant de moi, sur ces rÍ:ves.loimaineJo
Tute sentoisflaté; - -
Crois aussi que partout j'ai porté tonimage
Empreinte dans mon coeur,
Et que dans tes revers ton aimable visage
Fut mon consolateur;
Mais pour peu qu'en neuf an&la Merparût etmk"
J'en perdois le repos k
Xlon amour effrayé grossissoit à nn vue
- Les. dangers &les flots. -
Neptune, épargne, dis-je, une tête si chere
r
Exauceunmalheureux
Sinon porte la mienne
, au gré de ta colère ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tu reviens, & mes jours n'auronsplus d'amertume,
Je revois enchanté,
Sur ton tein refleuri, dans ton oeil qui s'allume,
Renaître la santé.
Rallentistoutefois d'une étude assiduë
L'usage immodéré;
Elle fait ton plaisir, mais le plaisir nous tue,
S'iln'estpastemperé.
La mort, dont le compas n'assigne au plus gran<i;
homme
Qu'un triste & court terrain,
La tête dans les Cieux,renverse l'Astronome,
- SonTélescopeenmain.
Joui d'un doux loisir, si tu veux bien en croire
Ma tendresse & ma foi.
îAprès avoir vêcu
, pour autrui, pour ta gloire j.
Cher Ami, vi pour toi.
'MANVSCRITtraduit de VArabe ,
par M. Jacques, Marchand EventaiUijle a
Paris,ruéMouffetar, oN sçait asses que la coutume du Calife
Haroün Arafchild étoit de fortir
les nuits déguisé
, avec son Grand Visir
Giafar, & Mesrour, Chef des Eunuques,
pour observer ce qui se passoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faisoit une de ces tournées nocturnes lorsqu'il entendit , un grand bruit:il approcha
, & connut que le bruit partoit d'un Caravanferail
;une multitude devoix qui s'élévoient
confusément,paroissoit soutenir
une contestation fort vive, & fort animee.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte; dès qu'on eûtappris que le
Souverain Commandeur des Croyansalloir
paroître, le tumulte s'appaifa, & chacun
attendit en silence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui, il promenoit ses yeux de tous
côtés, & cherchoit à découvrir par lui-mê-
321c la cause du désordre.
Un homme qu'à son habillement on
reconnossoit pour urt Marin, étoit lkaateur
du trouble. On l'auroit jugé à sonair
agitédeménaçant, quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas suffisamment averti. Au fond de la
Chambre, quelques femmessécouroient
une jeune personne, belle comme le
jour. Elle étoit évanoüie, maislapâleur ,
que cet accident répandoit sur son teint lui donnoit l'airplus intéressant , ,sanslui
faire perdre aucune de Ces graces.. Le Calife
la considéroit avec autant de plaisir que
d'attention, lorsque le Marins'avaneant
vers lui lui dit d'un ton fier & audacieux , Seigneur, puisque vous êtes le Calife,vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme soit remise entre mes mains : elleest
mon épouse ;, ne [onffiez pas qu'on me
faffe perdre dans vos Etats un droit si légitime.
Tandis que le Marin parloit, cette
femme évanoüie réprenoit l'usage de fessens
, & commençoit à rouvrir les yeux..
Dès qu'elle l'entendit, elle s'écria,lui mon
époux ! Lui, juste Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah 1 Seigneur, poursuivit-elle,
en se jettant aux pieds du Calife, ayez pitié
d'une infortunée,qui n'a déjà que trop
essuyé de malheurs, & ne mettez point, M.
me livrant à ce Barbare, le comble à toutes.
les horreurs dont j'ai déjà été La victime.
La belle affligée n'avoit pas besoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
son adversaire. Le Calife avoir jugé dès le
premier regard qu'ilavoit porté sur elle,
& il étoit difficilede faire autrement. Elle
joignoit à cette beauté éclatante qui
éblouit, ces traits intéressansquiséduisent
: on sentoit en la regardant ce plaisir
& ce trouble que l'on éprouve à la naissance
d'une passion : ce n'étoit ni cette admiration
,qu'excite la beauté
, quand elle eflr
feule, ni ces désirs momentanés,que fait
naître le caprice àla vue d'une figure qui
plaît;c'éfoit un sentiment plus tendre»
plus délicieux que le premier, plus désinteressé
que le second
, & qu'il est plus aisé
d'éprouver,que de définir.
Le Calife avois ordonné à Mefrour
y
avant que d'entrer dans le Caravanserail de faire venir ses Gardes ils arrivoien,t
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vue,mais sans lui faire
de violence,car il ne vouloir pas paroître
le condamner sans l'entendre; & il passa
avec la belle infortunée
,
Giafar
, & Mefrour
dans une Chambre du Caravanseral
plusrétirée. Il étoit fort im patient d'être
iriftruÍt du fort de cette belle inconnue, &
lui demandoit le récit de ses avantures avec
les égards les plus tendres, & l'empressement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à satisfaire le Calife; la Majesté
d'un si Grand Prince l'intimidoit. Enfin,
lasse de résister à des sollicitations, qu'elle
n'espéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainsi sa parole.
niftoired'EritJ:.ine<)&' de pArelin.
Souverain Commandeur des Croyans
vous me voyez dans un état si médiocre,
que peut-être aurez-vous peine a me croire
, quand je vous dirai que je fuis née Princesse..
Mon Pere se nommoit Eritzin
y
& étoit
Souverain de l'Isle de Ceilan. Vous avez.
entendu parler sans doute de la fameuse
Révolution qui le renversa du Trône. Je
n'étois pas encore née dans ces tems funestes
; mon Pere désespérant de chasser l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle, se sacrifia lui-même au
bien de ses Sujets
, & aima mieux abandonner
un particonsidérable
,
& de solides
espérances qui lui restoient encore, que
d'éterniser la guerre Civile, & d'attifer le
feu qui confunoit sa Patrie. Il fit répandre
le bruit de sa mort, &se retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de toutrcm)
>voit été son Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroir ,
équs'une petite Terre sur le bord de la Mer * agréablement bâtie
,
mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi même dans
4'infortune.
u Ce sur la que mon Pere seretira. Ma
!Merc , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue,murmura d'être obligée de s'ensevelir
ainsi dansune solitude
y
mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la seconde année
de la retraite de mon Pere: il étoit
Idéja consolé de ses malheurs,Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Astrologie, cesspéculations
sublimes remplissoient toute son
On me cachalong-tems l'éclat de ma amer-tems l'écl at tua
naissance : jepassois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard, & sa femme , qui
Ihabitoienr une Terre voisine de la notre,
& qui venoient souventvoir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
société
, & toute ma consolation : nous ftlmes
élévés ensemble dès l'âgele plus tendre
dans l'enfance, & même dans la jeunesse
les gens plus âgés nous paroissent,
r pourainsi dire, des hommes d'une autre
cfpe'ce j ainsi je ne voyoisque Parelin
avec qui je pûlTe lier ce commerce intime ¡-
qui fait seul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus sécrettes
pensées de mon arme ,
j'érois la dépositaire
de ses petits sécrets ; nous étions si contens
quand nous étions ensemble
, que bien-tôt
il nous futimpossibledel'être,quand nous
étions séparés. Mon Pere, qui s'apperçut
de la force de cette inclination naissante,
consulta ses Livres, & voici quel fut le résultat
de ses recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans, lorsqu'il
me fit venir dans son cabinet. Après
m'avoir tenu les discours les plus tendres
sur l'intérêtvif&inquiet qu'il prenoit a
ce qui me regardoit,il me parla de Parelin
; il m'avertit de ce qu'il avoir remarqué
en nous, & m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne sçavois pas encore ce quec'étoit
que l'Amour ÿ je me livrois ingenûment
à mon coeur qui me conduisoit. Le
peu que monPere me dit sur ce sujet, sur
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur,m'instruilît
ausside ma naissance
,
& me fit connoître
que je ne pouvois absolument descendre
itifqu'à Parelin en l'épousant. Cene nouvelle
fut un coup de foudre pour moi:la
fille-du Roi de Ceilan ne pouvoirs'abbaisser
jusqu'à un particulier, dont la naissance
n'étoit pas même noble, & quoique mon
Pere ne fût connu de personne pour ce
qu'ilétoit , il lui restoit le souvenir de sa.,
premiere grandeur, qui l'auroit trop ha-,
milié à ses propres yeux s'il eut consenti i
cette Alliance. ; Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; illui fut défendu de venir au Château.
Pour moi, je passois les nuits à pleu-,
rer,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le pW souvent vu Parelin. Que
je fuis malheureuse
, me disois-je à moimême
! Je fuis la première
,
peut-être, quia
désiréden'être pas née ce que je suis; je
n'ai aucun des avantages, que procure un
rang éclatant, 8c je n'en éprouve que le
désagrément & la contrainte. Mesréflexions
finissoient toujours par conclure,que
je ne pouvois vivre sans aimer,sans voir
Parelin ; mais commentfaire? Je n'osois
en parler à mon Pere
, que mes sollicitations
auroienr orrénfe;j'ofbis encore
moins lui désobéir en écrivant à Parelin,Le
hazard me servit.
Je me promenois souvent dans les Bois,
errante à l'avanture
,
& occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faisoit l'objet, de mes rêveries; il s'étoit
égaré à la chasse; il accourut à moi tics
qu'il m'apperçut. J'eus assés de force fol
moi-mêmepourfuir;hélas! Dès qu'il vit
que je voul*ois m'éloigner, arrêtez, secria-
t-il
.; je ne veux pas vous poursuivre
j & si vous avez dessein de m'éviter,je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
çn disant ces mots ; je m'étais arrêtéeaussi
pour l'écouter; qu'on est foible quand on
aime!De ce moment, il me fut impossible
de faire un pas, pour m'éloigner de lui-, je
ne pouvois détourner mes yeux,qui se si.
xoient malgré moi sur les liens, il pleuroit,
je pleurois aussi : nous ne refdhnes pas long..
tems dans cette situation nous nous approchâmes
1'imde l'autre avec lemême frémissement
, que si nous avions avancé vers un
précipice, mais,malgré cette crainte, je
sentois quej'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il se jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi, je fus prête à me
mettre aux siens au lieu de songer à le relever
, caril me sembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
Parelin, lui dis-je
, ne m'accusez point,
vous n'avez jamais eu de sujet de vons plaindre
de moi, vous n'en n'aurez jamais
s ne
vous plaignez que de mes Parens
,
dont les
ordres nous séparent. Hélas ! dit-il, qui
peur leur suggérer de nous traitersi cruellement?
On craint, lui répondis-je, quç;
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien, s'écria-t-il, car je craignois de
ne vous pas aimer assés,mais que craignentils?
Et quel mal en peut-il arriver? Je ne
pus me réfuser la douceur d'un éclaircissement,
qui s'offroit si naturellement, & me
paroissoit si nécessaire. J'instruisis Parelin.
de mes sentimens: je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoirappris sur ma naissance.
Hélas i me dit-il, si j'avois étéfils du
Roi de Ceilan, & vous fille de mon Pere , la différencedesRangsn'auroit pas été un
obstacle. Je sentis à ce reproche mon coeur
se serrer; mes yeux se remplirent de larmes
; sa générosité sembloitm'accuser, ÔC
quoiqu'il me fut aisé de me justifier
,
à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai- je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui, quoiqu'il
pût arriver; je lui répétai millefois
les sermens de l'aimer toujours;je craignois
d'en faire trop peu pour le rassurer. La nuit
vint, il fallut nous séparer
,
mais ce ne fut
pas sans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château soulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus renier, c'étoit m'êtredélivrée
Ul grand fardeau, 8c l'éclaircissement
.:queje venois d'avoir avec mon Amant, flJ
paroissoitalors un arrangement solide q rien ne pouvoir déconcerter.. l
- Mon Pere fut fort triste pendant le souper.
Je m'apperçus même,qu'en me regard
dant, ses yeux se remplissoient de larmes
j'essayai de dissiper son chagrin par mille
tendrcs caresses, mais je ne faisois que l'ai*
tendrir davantage. Il voulut que ma Mer
se retirât, & lorsque nous fûmes seuls
, Mo
fille
, me dit-il, je veux vous apprendre le
sujet de ma tristesse. Je dois mourir bien
tôt, je serois peu dignedevivre, Li c'étoit
là le sujet de mon inquiétude
,
c'est vou
feule,fille, vous feule
,
qui excitez mes
craintes; toutes mes allarmes se réunissent
sur vous,ainsi que toute ma tendresse, ve,
tre fort est lié trop intimément au mien 1
pour que mes recherches sur l'un ne m'ayent
pas instruit de l'autre. Apprenez,ma fille j
que si vous persistez à aimer Parelin.
, crt1
te passion doit vous attirer lesmalheurs les
plus cruels; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'oncéde à l'Amour
,
il ncuseiH
traîne; si vous n'étouffez pas le vôtre ,it.
vous maîtrisera; vousépouferez Parelin ,£d
lpeasr cette alliance honteuse vous mériterez!
revers les plus funestes
,
dont cet Ky-j
men indigne vous rendrala victime. Je ne
-
4FOUS parle pointde l'orgueil de votre naiftnce
qu'une passion aveugle & impérieuse
ouis
a faitaisément oublier,mais par pitié
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
,
ne courez pas au-devant des mairieurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
khofe,qui vous touchera peu,& qui feroit
Une forte imprellion sur une ame moins
[prévenue. Les Affres vous destinent à époucfer
un Prince qui me vengera, & qui vous
rfera remonrer sur leTrône de vos Ancêtres,
-occupe par l'Usurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus; réfléchissezvous-même à vos
dévoirs ,à vos intérêrs;je ne veux point
exiger de vous des paroles que vous ne me
iréfliferiez pas dans ces derniers momens, ÔC
f que vous oublieriez peut être après. J'aurois
souhaitépouvoir vous en apprendre dava -
tage sur votre fort, mais je n'ai pu voir tout
cela que fort confusément,&c sans aucun détail.
Peu de jours après cette trilleconverfation,
il expira dans mes bras,sans qu'il parut
Aucune altération dans sa santé ; il sembloit
qu'il s'endormit d'un sommeil tranquille.
Je fus long-terns occupée de mes regreti;
je ne pouvois me lasser de pleurer un
Pere si tendre. Parelin respectoitma douleur,&
je n'entendois point parler de lui.ma
r Mere après avoir donne quelque tems à son deuil, me dit enfin, que nous avions grand
f-tortderenoncerà toute lociété). qu'il
loitrevoir nos voisins
;
& fairerevenir Parelin
j ellemelaissamêmeentendre qu'elle
ne s'éloigneroir pas de me le donner pouil
époux. Ce discours, qni peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur, me fit alorssrissonner.
Les dernieres paroles de mon Perem'étoienr
toujours présentes ; je croyois l'en
tendre encore,qui me disoit, que j'expo*
ferois mon Amant à d'affreux dangers, en
répondant à son amour.Je consiai mes allarmes
à ma Mere
,
qui les traita de visions
& de puérilités , ; elle m'aimoit, parce qu'il
est impossible de ne pas aimer ses enfans,
mais du resteses sentimens pour moi étoient
subordonnés à toutes ses sanraifies,& à parier
juste
,
elle n'aimoit qu'elle;elle s'ennuyoir
dans notre solitude. Je connoissois
à fond son caractère, toute jeune que j'étois
, ainsi je ne fus point surprise de voir
arriver au Château les Parens de Parelin ,
& Parelin lui-même. Sa vue me causa une
émotion que je ne puis bien exprimer. Je mel
pavois si jedevois me livrer au plaisir ou
à lacrainte:je voyois dans sesregards uni
amour si vif, il me paroissoit si content de
me revoir, que je croyois déia l'Oracle de
mon Pere prêt a s'accomplir. Il s'ayança
vers moi; jamais il n'avoit été si empreslé&
si séduisant;je n'osois lui répondre,
je
-- jenepouvois me taire;le combat étoitd'autant
plus cruel, quec'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ;étrange
situation i Je frémissoisdevoir mon amant sicendre,moiqui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il,
n'avez-vous plusrien à me dire, lorsqu'il
nous est permis de nous parler?Avez-vous
hérité de la haine de vatre Père? Parëlin,
répondisje,vous feriez plus content demoi
si je vous aimois moins. Je lui apprisenfuite
ce que mon Pere m'avoitprédit sur mon
fort & sur le sien; je lui peignis avec des
expressions si fortes les dangers qui devoient
résulter de notre malheureuse passion
,
je lui promis avec tant de sermens
de n'être jamais à un autre, puisque je ne
pouvois être à lui, qu'il me sembloit qu'il
ne pouvoir réfuser de ressentir mes allarmes,
& d'adopter le projet de nous séparer , "piais ilse jettaàmesgenoux, transporté de
joie; si c'est-là
,
dit-il, le sujet de votre tristesse
,
je fuis le plus heureux des hommes;
j'avois craint votre indifférence, maispuisque
vous m'aimez toujours, il n'en pas
possible que vous vous arrêtiez à des craintes
aussi vaines que celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer
,
mais Parelin imlaissoit
pas le tems de lui répondre;il çft
bien difficile de ne pas écouter un amant
qu'on aimej il est impossible qu'il ne per-
-
suade pas dès qu'onl'écoute: j'avois un si -
,
grand intérêt à le croire, que toutes (es raiions
me paroissoient convainquanres. QU8
nous sommes aveugles! me disoit-il;on
nous menace des plus grands malheurs si
nous nous aimons
,
mais le plus grand ds
tous n'est-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi, je ne connois de plaisir ni de
douleur que par vous; rien ne peut m'intéresser
dans l'Univers que vous seule; dites
que vous m'aimez, je jouis de tous les
biens; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux, si vous ne m'aimiez
plus. Croyez, ma Princesse, croyez que
votre Pere s'est trompé ou peut-êtrevous en
a imposé
, pour vous donner de nouveaux i
,n-ioiifs de soutenir l'orgueil de votre naissance.
Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les sentimens qu'il m'exprimoit, pour
ne pas tirer les mêmes consequences que
4uij il fallut finir par céder à ses instances ,
nous convînmesd'agir l'un & l'autre auprès
<le nos Parens
, & nous nous quittâmes
.¡emplis des espérances les plus flateuses. Je
m'étois persuadée que la prediccion étoit
unpiège que mon Pere m'avoir tendu pour
s'assurerxle moi;il y avoir cependant des
,
momens où mes inquiétudes renaissoient
encore pour mon amant, mais un(eu1 de
ses regards dissipoit iotis les nuages, &
mettoit le calme dans mon ame. Telétoit
alors l'état de nos coeurs, nuis tout changeabien-
tôt de face
, nia viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une fuite d'infortunes & de
miséres.
Parelin fut huit jours sans venir au Château
; ma Mere pendant ce rems étoit de
ort mauvaise humeur, sur-tout contre
moi, & même elle me maltraitoit souvent.
e revois un foir dans mon lità tout ce qui
se passoit,&j'en cherchais la .çan{e , lorialle
j'enrendis qu'on parloir dans la Chamre
de ma Mere qui étoit à côté de la ralentie.
N'en doutez point,disoit une voix qui
m'étoit inconnue
,
il y a quelque choie
ans cet événement qui paire la science
Abdelec ( c'étoit le nom du Pere de Parein)
les philtres amoureux n'operent
oint sur Parelin;ceux de haine, que l'on
rous a donnés pour faire prendre à Eritzine
ont aussi impuilflaris; il faut que quelque
ause sécrette les mette tous deux à l'abri de
leS charmes. Parelin soustre avec une consance
inébranlableletraitement le plus ripureux.
Abdelec l'a fait enfermer dans :achQt obscur, où un il ne vit que de pain &
l'eau
, maisilpersiste à dire qu'il ne vous
épousera jamais, & qu'il mourra mille fo:
plutôt que de trahir la foi qu'il a jurée
Eritzine. Ma Meresouspiroit
, & murnu
roit
, en apprenant ces nouvelles si rri{lf
pour son amour ,& moi je ne pouvois r,
venir de ma surprise. Le reste de la convé
fation se tint si bas que je ne pus en enre
dre un mor. Le lendemain, je trouvai n
Mere de meilleure humeur; son air ére
riant & plus ouvert,elle m'accabloitdec
resses qui me confondoient
,
quand je 1
comparois à ce que j'avois entendula ve
le j'étoisaussî embarrassee avec elle que
j'eusseété coupable, & j'étois déconceri
autant qu'elle auroit dû l'être : mais si
tout je m'abstins réligieusement de ri
boire de ce qu'elle me présentoit. Le se
venir des philtres me faisoit tremble
j'allois apres le repas chercher de 1\
moi-même à une Fontaine qui n'étoit
éloignée du Château.
Cependant Parelin ne paroissait pas
n'avois aucune de ses nouvelles, & la j
de ma Mere commençoit à minquiéter
craignois quelque pitge caché, & j'é
dans une situation où tout étoit un .{
d'allarmes.
J'étois livrée depuis quelques jours
inquiétudes
,
lorsqu'il arriva sur notre
vage
uneRécite Escadre qui étoit cornu
dée par l'homme contrelequel
,
Seigneur *
dit Erirzinç en s'adressant au Calife, vous
venez de me défendre si généreusementr
cet homme piratoit ordinairement sur ces
Mers,mais comme il recevoit alors une espécs
de subside du Roi de Bornéo,il ne descendoit
à terre que comme ami,& nous n'a
vions rien àcraindre de lui. Il vint plufleurs
fois au Château.; ma Mere le reçue,
fort bien pour moi, toujours occupée du
souvenir de Parelin
,
je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate
,
& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiensqu'il
avoir avec ma Mere* - I Sideni, c'est le nom du Pirate
,
voulut à
son tour nous traiter
,
& nous conduisit à -
{on bord, oÙ.' l'.ne sonbord Fête magnifiq.ue nou!
,
oùuneFêtemagnifiquenous
étoitpréparée; à la fin du repas,un homme
qui paroissoitt avoir quelque autorité sur
lésautres, & pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards
,
j'ai sçu depuis que c'etoitunFaquir, mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de son espéce
; cet homme,dis-je , se leva, & alla.
chercher une grande coupe d'or, qu'il remplit
de vin de Chiras; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord présentée but, & me la
rendit, je suivis son exemple, & je remis
la coupe au Pirate, qui la saisit avec empressement.
Pendant que celasepaisoit le
Paquir qui avoir été chercher la coupemarmotoit
encre ses dents quelques paro les en une Langue que je n'entendois pas Mais quelle sur ma huprifê: quand;rn
Mere lé tournait versmoi, m'exhorta 'd\l:
ait- grave '&, àiiftére1^ aimertoute ma vi
l'épouxqquueejejevevrerraroiside choisit! Toutmo s.
f-ailg se glaça,& je crus que je mourro: demon sasissement. Le Faquir-, quipre
rvenednoitomi'asvdo'iér pmoaeuimsmeraSppidrirenquie.
Quoiquejecomprimeaifémenrque je n ^btiVois avoir contracté un engagement o la volonté n'avoir aucune part, je sent
toute l'horreur de lasituationoù je me troi
"vQis; je regardois ma Mere ,
qui,tout
préparée qu'elle étoit à cettescéne
,
étoi
fort déconcertée*, elle pria le Pirate de
fairereconduire chés elle-, elle fut obéie su
le champ, & auretourde la Chaloupe S
déni mir- à la voile. Bien-tôt nous fûmes e
pleine Mer; j'essayai plusieursfoisde m
précipiter dans les eaux, maisonveilloi
sur moi avec tropd'attention
, &: toute
mes tentatives furent inutiles. Je regardo:
sans cesse le Ciel; j'aurois voulu y décor
vrir les signes prochains d'une tempête, l
la mort me paroissoit le seul remédeà.me
mau¡, Sideni n'osoit encore paroître di
vant moi, mais à sa place-leFaquir ne m':
bandonnoit pas, & ne cessait de me persécurer
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raison. Je le laissois parler sans l'écouter
ni lui répondre;mon ame toute absorbée
par le sentiment de ses maux éroit dans un
engourdissement stupide. La préience de Sideni
me retira de cet abbatement
,
mais
pour me faire soutenir des assauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient, & las d'attendre
le succès des exhortations de son Faquir,
avoir pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlirmoins à l'aspect
de son Juge, que je nefis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ses regards
farouches.
Puisque vous ne voulez pas me rendre
justice
,
dit-il, d'un air terrible,je sçauras
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me saisir; le Faquirétoit à côré de
moi, je me jettai à ses pieds, & le priai
d'obtenir du Pirate du moinsundélai de
quelques jours. Le délai fut accordé avec
peine, & Sideni sortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences, si dans huit
jours je ne me rendois à ses désirs.
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours, & d'échapper ainsi
à la brutalité de ce Barbare, mais j'étois si
bien gardée que j'auroisété sa victime
3
si
le Ciel ne m'eut envoyé le secours inesperéj
quevous allez entendre.
Mon Pere m'avoirremisenmourant
des Tablettes d'Email, qu'ilm'avoit recommandé
de garder soigneusement. Je les
avois, mais dans le trouble oùj'éroisje
n'avois- passongeà les regarder, & je n'avois
pas imaginé qu'elles pussent M'être
d'aucune ressource
: je les trouvai par ha--..
zard fous ma main,& je fus fortétonnée dy
voir tracés des Caractères que je n'yavais
pas encore apperçus ; je lus, &je vis qu'on,
m'exhortoit àlire & à prononcer tout haiït
les paroles qui étoient écrites,au bas de la
* page.
J'obéis: je prononçai ces mots myftericujt
que je ne comprenois pas , & à l'instant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable
,
qui me demanda ce queje
désirois: tirez-moi promptemenr d'ici, lui
dis-je: j'eus à peine achevé qu'ilme prit
dans ses bras, & je nie trouvai surle bord
de la Mer.
Aimable Génie,dis-je alors à mon Libérateur
, je vous dois plus que la vie,
mais vousn'avez rien fait pour moi
,
si vems
ne meconduisez où est Parelin. Le Silphe ,
car c'enétoitun, me prit encore dans ses
bras,& je metrouvai fous une voute obscure3
où la lumiere du jour navoit jamais
pérrétré.Jetressaillis
, & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée
,
cependant j'avancois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante; on ne me répondoit
point, & j'étais déja en proie aux plus vives
allarmes; enfin, au bout de quelque
tems j'entendis un soupir
, &: je crus reconnoître
la voix de mon amant: je volai versl'endroit
d'où le bruit parroit : est-ce vous, Parelin,mécri-ai-je,estcevouscher amant?
Qui m'appelle
,
répondit-il d'une voix foible
& mourante? J'approchai, je ferais
qu'ilétoit couché à terre, je m'y jertai aussi:
je n'ai plus qu'un moment à vivre, dit-il,
laissez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris- je, qu'osez-vous me dire? Quoi l
iiureccriinoiffèr-vouis. pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez-vous plus?Il n'oioit
croire ce qu'il enrendait. Je me hâtai de
l'instruire de tout ce qui m'etoit arrivé, &
de l'avanuirefinguatreparlaquelle je me
* trouvois auprès de lui; J'alloismourir, me
dit-il, de la douleur de vous avois perduë j.emourraide la joiede , vous retrouver. Hé
las i En quel tems , en quel état revoyezvous
votre malheureux amant? Il me dit
toutes les persécutions qu'il avoitessuyées
,,
toutes les inrtances de ses Parens pour le
déterminer à épouler ma Mere ,
ils ont.
cru, disoit-il, me contraindre à changerà
force de mauvais traitemns, ils ne (ca";
voient pas qu'étantséparé de vous ,je nd
pouvois sentir qu.: la douleur de vousavoir
dpaenrdsuë. Ma Merevenoit souvent le visiter
sa Prison
, & c'est ce qui avoit causé
fbii erreut quand je l'avois appellé , e l'avoit instruit de mon mariage avec le Pl";
rale Sideni, &. le malheureux désesperé
dece rrifte événement avoir pris le parti
de se laisser mourir de faim. Il y avoirdéjà
cinq jours qu'il n'avoir pris de nourriture;
on lui apporroit tous les jours du pain
qu'il lainoir à terre: sen ramassai un morceau
, il le reçut de ma main,& le mangea
avec
transport
; nous
partageâmesdéfPormais
le pain & l'eau
,
qu'on lui apponoir,
& ce parrage nous les rendo-itpréférables
aux mers les plus délicats. Enfermés dans!
une Caverne obscure,réduits à n'avoir d'au.
tre aliment que de mauvais pain, dJatttre
lit que la terre, nous étions content
parce que nous étions ensemble
t nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été séparés. L'obscuritéme mettoit hors
d'état de confulrer les Tablettes d'Email ,
maisje ne regrettois pas le secours que j'en
aurois pu tirer. Mon amant me suffisoit,
il ne désiroit rien depuis que j'étois près
de lui, & nous aurions consenti volontiers
àparler notre vie danscette especedeTombeau*
Cependant en marchant dans la Caverne
, je sentis fous mes pieds un anneaude
fer, j'y portai la main
,
& je m'apperçûs
que l'anneau tenoit à une espéce de trappe
,
qui résistoit au peu de forces qllC)'CIployois
pour la lever, mais qui me paroissoit
devoir céder à un plus grad effort ;
Parelin commençoit à reprendre ses forces
Je l'engageai à les essayer sur cet anneau, il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un assés petit degré que
nous descendîmes sans balancer. Parelinme
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces soûterrains que dans le tems des
Guerres Civilesonavoit préparés dans tous
les Châteaux pour se sauver en cas de malheur
, & que suivant les apparences celui-ci
nousconduiroit dans la Campagne.
Nous marchâmes assés long-tems sans
que lesconjectures de Parelin se vérifiassent
; j'étois presque morte de lassitude
, enfin
nous apperçûmes une lumiere
,
foible
encore,mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'issuë du (où.
terrain; nous la vîmes bien-tôt en effet:dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier soin
fut d'employer les Tablettes d'Email, &
d'appeller le Silphe qui m'avoir déja si bien
servie. Il parut,& me demanda mes ordres,
Génie,lui dis-je,conduisez-nous quelque
part. bien loin d'ici. Nousfûmesaussitôt
transportés dans une Campagne qui meparut
très-agréable: je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Habitation, je fus
obéie dans le moment;nous vîmes paroître
une Maison sans magnificence, mais élégamment
ornée & trèrs-commodement distribuée
; plusieurs Esclaves attendaient nos
ordres, rien ne nous manquoir de tout ce
qui contribue à la douceur de la vie; nous
nous aimions, nous étions ensemble
y
&
nous prîmes aisément le parti de rester toujours
dans ce lieu, &c d'y oublier tout l'Univers.
Le foir venu, nous songeames a nous
coucher. Parelin me parut fort triste quand
jelui parlai de nous séparer. Croyez-vousy
me dit-il
, que je puisse désormais vivre un
moment éloigné de vous? Ne suis-je pas
votre
époux,puisque vous m'aimez? De
plus, vous voulez toujours rester ici, mais
n'y serons-nous pas toujours dans la même
situation ? Aurons-nous jamais plus de secours
pour donner à notre mariage une
forms plus authentique ; Que voulez-vous
de plus pour rendre notre union sacrée que
l'amour qui en a serré les noeuds? Il me persuadoit
,ou plutôt il m'entraînoit. Cependant
je ne sçaisquelsentiment secret me
retenoit; une voix qui s'élevoit au fond de
mon coeur me crioit de résister
,
mais quand
Parelin parloit, je n'entendois que lui.Si
vous voulez absolument pousuivit-il, vous
assujétir à des formes qui au fond font inutiles
,
appellonsleSilphevotre ami, qu'il
soit le témoin & le depositaire de nos fermens.
JheiKois encore ,
mais, il prit les Ta
bleues, & appella- lui-même le Silphe qui
parut à l'instant.
Génie,lui dit-il, daigner faire notre
bonheur ,& recevez les sermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezveus?
dit le Silphe en s'adressant à moi,
je répondis,en rougissant que c'éroit aussi
mon intention ;il s'éleva alors un Autel au
milieu de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums,& nous fit prononcer
après le ferment de nous aimer toujours; il
eut l'air fort triste pendant toute la cérémonie
, mais j'étois si remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attentionje
n'y songeai qu'après la funeste révolution
qui détruisit notre bonheur; hélas! A. peine
commençoit-il,qu'ildisparut comme
un songe.
Le lendemain, en ouvrant les veux, je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un désert horrible. Je
pouffai un cri perçant quireveilla Parelin
quidormoit à mes côtés.Sasurprise fut
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sil..
phe
,
mais les Caractères tracés sur les Tablettes
étoient absolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois faire de désobéir
à mon Pere en épousant Parelin. Parelin
qui étaiten quelque façon la cause dè
ce malheur ne pouvoit se le pardonner
9 &sa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous désespérions tous les deux
lorsque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi, dit-il,Princesse infortunée
> votre Pere m'avoit mis à votre service
,
ôc
je vous aurois toujours obéi
,
mais vous
vous êtes privée de mon secours en n'observant
aucune des choses qu'il vous avoit
preferites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été ilifqti'à l'épouser, c'en
est fait, n'attendez plus que l'affreuse suite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'est
à regret que j'exécute des ordres si rigoureux
,
mais aussi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux, j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avoispréparée;
adieu
,
malheureux Amans, je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe disparut, & nous laissa dans la
glus grande consternation ; nous n'avions
point vû disparoître le Château; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces momens
si chers & si funestes, tout ce qlit
se passoit autour de nous ne nous frappoit
point, & c'étoitaumilieu d'un désert horrible
que nous avions passé la nuit
,
sans
nous en appercevoir.
Les malheurs que le Silphe nous avoir
annoncés, nous effrayoient encore plus que
lesobjets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne sçavions de quel côté
tourner nos pas; nons craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais, me disoit Parelin;
laséparation est la peine la plus cruelle
que nous puissions éprouver, & si
nous nous mettons à couvert de cet accident,
nous trouverons aisement de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Silphe
nous a ménacés.
Nous restâmes long-tems errants dans ce
désert, n'ofans nous écarter,& vivans deg.
fruits sauvages que nous rencontrions; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas étébientriste, si chacun de
nous n'eut ressenti que ses peines,lorsque
je donnai le jour à un fils. Sans recours
, reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt sauvage
,
je visavec douleur quemespeines
alloient augmenter en s'étendant sur le malheureux
que je faisois naître, &: cette faveur
des Dieux,qui fait laconsolation. des
Epouxheureux
,
fut dans ces premiersmomens
un surcroît de desespoir pour Parelin
& pour moi.
Cependant la vue de mon fils, le charme
de la nature ,-
OiasçlilTiper
mes tristes refléxions
y en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs rendi'-es'
ont une volupté secrette; le sort de cet enfant
infortuné
, me causoit les plus vives
allarmes, mais comme il m'affligeoit
parce que jel'aimois, ce sentiment portoit
avec lui une espece de dédommagement;
mon coeur ne le serroitplus en pleurard
sur lui, il s'ouvroit & s-'épanouhïoic
comme dans h. joye la plus vive,& l'excès
de ma tendresse étoit plus-fort que le sentimentde
mes peines.On neconnoît point les.
ressources du coeur ; je croyois que le mien
épuisé à aimer Parelin, n'étoitplus capable
d'aimer aucue chose
,
mais je vis naître
alors en moi- un nouveau sentiment présque
aulïi vif que le premier ,& quiloin de
rallentir la vivacitéde mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faisoit
monoccupation unique, parce que mon
époux s'en occupaituniquement.
Nous passions une partsiedu jour à l'accabler
de caresses,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit destiné ; je comparois
souvent sesextraits enfantins à ceux de son
pere; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les sentimens les plusvifs & les
caresses les plustendres.
Cette foible confolarion de nos peines
nous sur bien-tôt enlevée; c'est ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie. Je
croyois être au comble de l'infortune, mars
j'ignorois que j'étois destinéeàéprouver
des revers plus affreux.
On donnera la faite dans le VilumeJuivant•
NOVVELLE EpitreAU Roi, parM,
de Voltaire
,
prèfcntêe à Sa Majeflé au
Camp devant Eribonrgi le premier Novembre
1744.
ROi nécessaire au Monde,oii portez-vous voa
pas? Í
De la Fièvre échapé, vous courez aux Combats..
Vousvolez à Fribourg. En vair. la Peironie
Vous disoit, Arrêtez, menagez votre vie,
Il vous faut du régime,& non des foins guerriers i
Un Héros peut dormir couronné de Lauriers.
Le zéle a beau parler, vous n'avez pà le croire.
Rebelle aux Médecins,& fidèle à la gloire,
Vous bravez l'Ennemi
,
les Affauts, les Saisons;
Le poids de la fatigue,& les feux des canons:
Tout l'Etat en frémit, & craint votre courage ;
t
Vos Ennemis, Grand Roi, le craignent davantage;
Ah
,
n'effrayez que Vienne, & rassurez P/lris !
Rendez,rendez la joye à vos Peuples chéris ;
Rendez-nous ce Héros qu'on admire & qu'on aime.
Un Sage nous a dit, que le seulbien suprême,
Le seul bien qui du moins ressemble au vrai bonheur
,
Le seul digne de l'Homme, est de toucher un
coeur:
Si ce Sage eût raison
,
si la Philosophie l')
Plaça dans l'amitié le charme de la vie,
Quel est donc, Justes Dieux! le destin d'un bo.
Roi,
Qui dit, sans se flater, tous les coeurs font à moi ?
A cet Empire heureux qu'il est beau de prétendre si
Vous qui le possedez venez,daignez entendre
Des bornes de ~l'Afrceaux Remparts de Paris
Ce cri que l'Amour seulforme de tant de cris;
Accourez, contemplez ce Peuple dans la joye,
Bénissant le Héros que le Ciel lui renvoye:
Ne le voyez-vous pas tout ce Peuple à genoux ?
Tous ces avides yeux qui ne cherchent que vous *
Tous ces coeurs enflammés volant sur notre bouche?
C'est la le vrai triomphe , & le seul qui vous tou.., che. !
Cent Rois au Capitole en Esclaves traînés,
Leurs Villes, leurs Trésors, & leurs Dieux enchaî^
nés,
(
Ces Chars étincellans, ces Prêtres, cette Armée
Ce Sénat insultant à la Terre opprimée,
Ces Vaincus envoyés du tpecUJe au cercueil,
Ces triomphes de Rome étoient ceux de l'orguëil:
Le vôtre est de l'Amour,& la gloire en est pure.
Un jour les effaçoit, le vôtre à jamais dure:
Ils effrayoient le Monde,& vous le rassûrez.
Vous,l'image des Dieux sur la terre adorés;
Vous, que dans l'Age d'Or elle eût choisi pool
Maître,
Goûtez les jours heureux que vos foins font 104
naître.
Que la Paix florissante enbellisse leurs cours.
Mars fait dès jours brillans
,
la Paix fait de beaux
jours
,
Qu'elle vole à la voix du Vainqueur qui l'appelle
+
Et qui n'a combattu que pour nous & pour elle.
HUITAIN
Sur Louis LE BlEN-AIME'.
DOit-on
mettre autour de son Buste
LOUIS LE GRAND, LOUIS LE JUSTE )
Ces noms qu'il a bien mérités,
D'autres déja les ont portés
r-
Qu'un Titre nouveau le décore.
Ce vrai Roi que son Peuple adore,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME,
Dans ce mot tout est renfermé.
AU ROI
EPITR E.
SIR
E, un de vos sujets, dont la lente vieillesse
Jusqu'au vingtiéme Lustre auroit porté son cours.
Fut poignardé par la douleur traîtresse
Que lui causa sa crainte pour vos jours.
Le désespoir ou la tristesse
Abbatoient dans ce tems les forces, la santé
De la plus robuste jeunesse
,
Je demande la Grâce à Votre Majesté,
Qui pense avec tant de justesse
,
De juger si l'on peut, danslacaducité
Guérir d'une blessûre,& vaincre la détresse
Oii le Corps le plus fort à peine eut résisté.
Je mourois,& cette foiblesse
De mon dernier soupir avantcoareur glacé
Gagne tous mes sens,& me laisse
Dans l'état d'un vrai trépassé. 1
Cent témoins de mon agonie
Mes parens, mes amis, & ma chere Junie
Sans doute alloientbientôt le coeur rempli de
lit. deüil -
Arroser de leurs pleurs ma tombe & mon cercüeil,
Quand,jusqu'àmamaison plaintive
Passe subitement une joyeexcessive,
Qui dans un seul instant partout se répandit, *)
Et les tristes clameurs même aux pieds de mon lit
t
Se changent en cris d'allegresse.
A ce bruit éclatant succede mon réveil
De ce léthargique sommeil
Et comme sortant de l'yvresse
,
Je vois le jour avec étonnement,
Et j'entens résonner sans cesse
De cent VIVIiuROI tout mon appartement;
Alors,& je ne sçais comment,
en Baume souverain dans mon sang s'insinuë
Et je comprends par sentiment
Que de notre bonheur la nouvelle est venue,•<
Que vous vivez,qu'à nos pleurs,qu'à nos voeux
Le Ciel est forcé de se rendre;
Cfand Roi, le croiriez vous? dans ce moment heureux
,
De mon lit on m'a vû descendre.
Ce fait tient du prodige, & du grand merveilleux I
Mais non;& comme moi dans ce danger affreux.
Vossujets étoient morts; c'étoit fait de la France,
Si vous ne vi viez pas pour eux 1
Ce n'est pas tout ; j'apprends votre convalescence ;
Ce moment me déride, & nion visage frais
V.e l'âge de trente ans annonce laprésencel
Je sens que je bois à longs traits
A la fontaine de Jouvence,
Où personne ne bût jamais.
Cette Histoireest très-autentique
,
Et si je ne servois au Temple de Thémis
J'irais au Champ de Mars joindre mon fils unique t verser tout mon fang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers efl; de M. de lt-t Mo",
the, Doyen de la Cour des Aydes de Mon
tauban, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette mêmeVille. Ellene [ë ressent
point de l'infirmité de l'Auteur,ik
l'on y découvre des traits aimables de sentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Mufes,
F
EXT* RAITd'un Ecrit, întittilé:Reutation
des motifs&imputations peu ftltdesé
: contenus dans la réponse de la Cour de Vienne
alaDéclaration faite par le Adiniftre de
Prassele Comte de Dohna
t
a Francfort lA
i Otlohre174f.. L 'Objet de la réponse de la Cour de
Vienne étoit de montrer, 1°. » qu'on
,,n'a pu passer aux mesures prises présenten
ment par S. M. le Roi de Prusse, sans vio..
»1er le Traité de Paix de fireQllt,& que
» parconséquent la Paix se trouve rompue » pour la troisiémefois avec S. M. la Reine
» de Hongrie. 2°. Que les desseins de S. M.
»le Roi de Prusse n'étoient pas si désintéres-
» sés qu'on le prétend de sa part, mais qu'ils
» rendoient à faire des conquêtes sur S. M.
» la Reine de Hongrie.3°. Que toute là
»conduire que la Cour de Vienne a tenuë
» jusqu'ici à l'égard de l'Empereur, de
»l'Empire & de son fyfr-êi-lie,& le refus
ti qu'elle a fait paroître de donner les mains
à un accommodement raisonnable,con- »forme aux Constitutions de l'Empire, ne
n contenoient rien dont on ne pût se justi-
» fier.
Ce
-. Ce sont ces trois suppositionsquel'Ecrit,
en question se propose de détruire.
A l'égarddupremier article, on observe
que pour dire que laPaix. aététrois fois
rompuë ,
il faut supposer qu'il y a eu deux
Traitésde Paix: or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminairesontétélignés
le 11Juin 1742 a
Breslau
, & qui peu de tems après est parvenu
à sa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'est sans raison que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui se passa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff,& qu'elle
donne le nom de Conventionde Kleinfchnellendorff
à l'Acté qui fut remis alors
par le Lord Hindfort Ministre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On observe
que de semblablesarrêtésn'ont de force
qu'aprèsqu'ils ont été signés par les Ministres
respectifs munisdepleinspouvoirs,
& qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans.
L'Ecrit de Kleinfchnellendorffn'a
aucune de ces qualités, le contenu de cette
piéce montre que les conférencestenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à lanégociation de la Paix: il est
cuhne exprimé par l'article 7 que l'ouvrage
définitif de la Paix étoit differé à deux
mois de-là,& on faisoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale,
mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant étéexécutés, comment peut-on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
desimples pourparlers qui n'ont
point eu de suite? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuses
les opérations de S. M. le Roi de Prusse
elle , ne s'est jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
, & qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breslau. On prouve ensuite que les démarches
de S. M. le Roi de Prusse tendantes
au soûtien de l'Empire & de l'Empereur,
ne portent aucune atteinteauTraité de
Breslau.
Ilest notoire que ce Traité a pour objet
la composition entiere de tous les différends
qui régnoiententre les parties contractantes
; il n'y est pas fait la moindre mention
des affairesdel'Empire,cependant les deux
Puissances contractantes font des Etats considerablesdel'Empire,
& l'on ne peut présumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vue ce qu'ils doivent à l'Empire
,
ni entreprendre
rien contre la dignité & l'autotîtc
dnChefsuprême, ou qui tende à briser
leliensacré qui est entre le Chef&ses
Membres. Ainsi quand ils s'engagent comme
il est arrivé par le Traité de Breslau»
d'entretenir une amitié indissoluble , -
de
n'exercer aucune hostilité,&c.ilestclair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirscommuns ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
chose qui foit contraire àces devoirs
,
l'illégalité
de l'entreprise dissout le noeud par lefjuf1
ils font unis, & l'autre est non-seulement
en liberté,mais même -dans l'obligation
de satisfaire aux devoirs que lui impose
laqualité d'Etat de l'Empire, devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre, 8c
qui doivent l'emporter sur tous les engage
piens postérieurs& volontaires.
Tarif que 531. Pr. a pû regarder les entreprisesdeS,
M.la Reine de Hongrie comi
me des suites de la guerre qui est entre elJLej &: S.M.Imp. elle est restéetranquille, mais
lorsqu'elle a vu que la Cour de Vienne enflée
de ses premiers succès méditoit l'oppression
de l'Empire,il lui a été impossible
de voir ces mouvemens d'un oeilindiffe-^
çents après avoir averti la Cour de Vienne
d'userde plus de modération ; après lui
avoir fait connoître nettement que S.M
ainsi que d'autres Eleâctirs.& Princes de
l'Empirenepouvoient conniver à l'oppresisôn
du Chef & des Membres de l'Empire,
qu'ilsseroient forcés de prendre des mesures
rigoureuses
,
désagréables à lad. Cour S. M. Pr. , a été forcée de prend re les résolutions
exprimées dans le fameux Exposè des
Motifs.
On peut dire avec plus de justice que la
Cour de Vienne elle-même, tant publique.
ment que secrettement,apris de longuemaintoutes
fortes de mesures pour énerver
la disposition du Traité de Bressau, On sçait
que son dessein a toujours été de tomber sur
la Silésie, aussi-tôt qu'elle auroit achevé ses
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On est nanti à ce sujet de notices particulières,
que l'on supprime par certains égards.
Les desseins de la
Cour
de Vienne ont suffisamment
éclaté par le Traité de Worms, à
l'occasion duquel on s'est assés nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'onétoit dans l'intention de le mettre
pour bafe des négociations de la Paix générale.
A quelle fin S. M.la Reine de Hongrie
se feroit-elle fait garantir par les parties
contractantes ,
nonseulement les Pays
qu'ellepossede aujourd'hui, mais aussi ceux
qu'elle devoir posseder en vertu des Traités
détaillés dans le second article, excepté feulement
les cessions faites a S. M. le Roi de
Sardaigne si on n'avoir pas eu en vue la,
revendication de la Silésie
N'auroit-on pas du user de la même précaution
pour S. M. P. & dans ce Traité,Be
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait présenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année,aux fins de
réclamer la garantiedel'Empire en f&veuc
de la Pragmatique Sanction Caroline?
Les Ministres de la Cour de Vienne ont
dit assés souvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'yavoit point de paix solide à esperer,à
moins que la Reine de Hongrie ne fut restituée
dans l'entiere possession des Etats Héréditairesde
la Maisond'Autriche,&que
la cession de laSilésie ne pouvoir être regardée
comme une obligation durable.
On passe ensuiteau second article.
La Cour de Vienne prétend que les vues
de S. M. le Roi de Prusse ne font pas déGll"
téressées
, & qu'il veut s'enrichir des dépouilles
deS. M.la Reine de Hongrie;elle
allègue pour preuve un
-
prétendu article sépare
du Traité d'Union- de Francfort:on
croit qu'il suffir de la part de S.. M. Pr. de déclarer
que ce prérendu article secret est une
pièce manifestement fausse & controuvée.
Le Traité d'Union est entre les mains de
4QUt le monde ; il est de nécessité absoluë
que les hauts contractans,dont trois font
des têtes couronnées,d'autres des Electeurs-
& Princes de l'Empire
,
sçachent si le pré
rendu article secret existe
,
& s'il a été ngné
par eux : on s'enrapporte hardiment à leur
témoignage.
Le troisiéme article est l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
tenuejusqu'a présent envers l'Empereur, &
l'Empire.
Les protestations de S.M. la Reine de
Hongriecontrel'Election de l'Empereur, font le premier objet qui se présente; On
observe que le suffrage de Bohéme a été re- v
jette par l'avis unanime du College Electoral
, seul Juge de laconteftation qui s'étoit
élevée à ce sujet ; que l'on a jadicieusement
réservé les droits d'un tiers, & qu'ainsi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut sur ce prétexte
protester contre l'Election de l'Empereur
,
ni s'élever contre un Tribunal, donr
les Empereurs de la Maisond'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de se déporter de ionoppofirion
, moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de se prêter sous condition a
des choses que son devoir d'Etat de l'Empire.
exigenuëment 6c sans restriction.
On rappelle ensuite le dur traitement fait
à la garnison de Braunau & à d'autres garnisons
Impériales contre les articles exprès
des Capitulations accordées, les hostilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peu de mois sur les territoires neutres, SC
même fous le canon des Places neutres de
l'Empire, le paisage de cette même armée
par ces mêmes territoires, l'expulsion du
Chef suprême de l'Empire de tous ses Etats
Héréditaires
, & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgrécesviolences ,
que l'Empirejouit d'un plein repos & n'est
point le théarre de la guerre.
S. M. Pr. s'est proposé depuis deux ans
pour but principal, ou plutôt unique de
toutes ses actions, le rétablissement de la
Paix dans l'Empire,mais la Cour de Vienne
a été infléxible, & le Comte de Dohna Ministre de , S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire,la Cour de Vienneadécliné ce
parti. On n'a point encore pû faireexpliquer
diflitiâemeiit S. M. la Reine de Hongrie
& ses Alliés sur des conditions stables
& essentielles de paix.LesMinistres de
Vienne ont toujours répondu lorsqu'on les
a presses sur la restitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur,que s'il vouloir se
prêter aux manieres de penser de la Cour de
Vienne,il ne seroit ni mieux, ni plus mal
possessionné qu'auparavant ; le Ministèrene
vouloir point entendre parler de la restitution
de l'Electorat de Baviere
, & laissoit
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etablissement
hors de l'Empire, en lui donnant
ou les Deux Siciles,ou les Conquêtes
quel'onprétendoit faire sur la Couronne
de France. Toutes les réponses de la Cour
de Vienne se bornoient à ces expressions
obscures indemnité pour le passé
,
& sécorité
pour l'avenir, expressions qu'on n'a pû
parvenir à lui faire expliquer clairement: -
on laissoit seulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviereon
jettoit principalement ses regards
sur l'Eledtiond'un Roi des Romains,telle
qu'elle dût tomber ou sur le jeune Archiduc
ou sur le Grand Duc de Toscane
,
8c qu'on
laisseroit à l'Empereur la DignitéImpériale
pendant sa vie, mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Viennechés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConseilAulique.&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
Le ministere de Vienne s'est encore plus
évidemment découvert par rapport à ses
desseins sur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a posé cette guerre comme une conditionsine
quâ non« de la réconciliation avec
l'Empereur. Cependant on sçait que de parreilles
guerres entreprises dans le dernier
sïécle,uniquement pour les l-nter-ers de la.
Maison d'Autriche, ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui saignent encore;Se
que les cercles antérieurs le voyent sur le
bord de leur ruine, si ce projet alieu.
Dans cescirconstances
,
S. M. Pr. ne pouvoit
sansmanquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même, se dispenserd'employer
les forces que Dieu lui a miles era
main à la défense de'la Patrie, & au maintien
inaltérable des Constitutions & des Libertésdel'Empire.
S. M. Pr. est trop- persuadée
de ln magnanimité &: de l'équiré des.
sentimens de S. M. la Reine de Hongrie 1
elle a une trop haute estime de sa personne
& de les éminentes qualités, pour vouloir
lui imputer des desseins si pernicieux ; elle
les prend plutôt pour les fuggetirons-ti'ur»
mauvaisConseil,à qui il importe beaucoup
moinsde veiller aux avantages de leur
Souveraine,que de ne pas voir triomphen
le despotisme exercéjusqu'a présent sur les
Etatsde l'Empire,fous les auspicesdes Empereurs
de la Maison d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. est prête à contribuer avecplaisir
à la prospérité de cette Maison, eii
tout ce qui ne blessera point la Justice, la
Liberté de l'Empire,& sa propre sûreté
3.
&elle ne perd point l'esperance que S. M.la
Reine de Hongrie reconnoîcra enfin la DkJ
gniré de 1 Empereur,& lui donnera une
satisfaction enriere sur tous les droits, qui
font si bien fondés.
M. Guiltemeau Bourgeois de Troyes
x
nous a écritqu'il avoirexpliqué l'Enigme
par le mot rien, & le premierLogogryphe
par niche, où Ton trouve aussi chien & Chine.
Nous rétablirons avec plaisir rancien
usage d'inférer dans ce Journal les noms de *
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes,&
nous nous ferons toujours uir
devoir de rendre un rémoignage public i
leur sagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a,
pu deviner le second Logogryphe,on a
dû l'expliquer par le mot triangle, on sçair
qu'un triangle est la moitié d'un quarré de
même base & de même hauteur
, au refieon
trouve dans ce motgare tare,gré,gra—
H »
rite, rat & âne.
ENIGME,
J
E n'aique des plumes légères r
Dans les airs cependant je ne vole jamais
J'aime l'ombre, non pas sur devettesfougerce,
A l'abri d'un bocage frais.
Des corps pésans, qui n'ont que de la, laine,
Presque toujours font au-dessus de moi.
Pour merendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement se promene.
On me voittoujours me cacher
Dans la retraite & le silence;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit
,
bien loin de me chercher.
LOGOGRYFHE.-
J
E ruis, vive
,
je fais legere-;
Le mouvement qui croît redouble mes appas 7
Toutàla fois je furprens & fç/iis plaire r
A ce portrait,leâreur ne me connois-tu pas r
De mes trois parts retranchez la derniere
p
Alors je porte le renom
De ne sentir nullement bon.
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre en Cage;
Mais remarquez un changement nouveau;
Coupez la tête à cet Oiseau,
Je deviens dans l'instant un Polisson langage;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehausser ma gloire,
Car l'un renferme un PuissantSouverain
, L'autre) un Peuple guerrier, renommé dans l'Hifroire.
CHANSON,
Air à boire, par A4, de Cbaffé. A
Donis expira dans les bras de Venus;
Turenne au fein de la Victoire ;
,Un. Buveur doit mourir dans celui de BacchusJO
Disoitle moribond Gregoire.
Amis,pour mériter une immortelle gloire,
Traînez mes pas tremblansau fond de mon Caveau;
Jusqu'au dernier soupir j'y veux restet à boire,
Et le verre à la main périr sur mon Tonneau.
(fyQir 6£c5§çirt,
DÀ£,llJ'téll//> de CAasjey.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX-ARTS,&c. v0 Y A G E S du Capitaine Robert Lade
en différentes parries de l'Afrique,
de l'Asic&del'Amerique , contenant
l'Histoire de sa fortune & l'es observations
sur les colonies &: le commerce des Espagnols
,
des Anglois
,
desHolhndois, &c.
ué Paris
,
chés Didot, Quai des Augustins à la Bible d'or , , 1744 , a vol. in-12.
Ce Livre est traduit de l'Anglois par M.
l'Abbé Prevost, Auteur de plusieurs excel.
lens Ouvrages. Ce n'est pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit son Pays
des trésors delaLittérature Angloise. Le
Public a lu avec plaisir la Vie de Ciceron
& plusieurs , autresTraductions que M. Prevost
lui a présentées ; c'est surtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglais une moisson
abondante :la moitié de leurNation est sans
cesse en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées, & Londres est
la Ville de l'Univers, où il paroîtleplus
de Relarions & de Journaux de Mer,
Notre Littérature le cède donc en ce point
a la LicceratureAngloise, qui à tour autre égard ne peut pas lui être comparée.J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéressent plus généralement toutes sortes
de Lecteurs. La curiosiré qu'ils piquent
& qu'ils satisfont soûrient l'attention de
ceux qui ne lisent que pour s'amuser ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en fc
livrant à des lectures purement agréables
y trouvent dans les Voyageurs dequois'instruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrémentqu'ils trouvent dans cette
lecture. Qjoi de plus digne en effet d'un
espriréclairé, que de considerer les différentes
maniérés dont la Nature a traité les
hommes,& combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur a donné à tous
de semblable ? Malheureusement ce n'est
pas dans cet esprit que lisent la plupart des
hommes
,
mllle de ceux qu'on reconnoît
pour gens sensés & raisonnables. Desfaits
sïnguliers
,
des Descriptions de Pays, de
Peuples,des Phénomènes extraordinaires , souvent incroyables, font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des leéteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'est pas
sans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philosophiques ; elle apprend mille:
choses qu'il est fort avantageux de sçavoir
y
& qu'il seroit honteux d'ignorer; si cette
levure est auissi utile qu'agréable pour toutes
sortes de lecteurs, elle est absolument
nécessaire à ceux qui se destinent ou à voyalgeer
eux mêmes, ou à faire de leur cabinet
commerce de la Mer; il faut qu'ils connoissent
les différentes positions des lieux
de commerce,& qu'ils en possedent l'Hi[4
toire, comme il est nécessaire à nos Ambassadeurs
de connoîtrelaTopographie de
l'Europe,& l'Histoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 90 ans.
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces singularités incroyables,
quin'exitfentsouvent que dans l'imagination
des Voyageurs, plus attentifs à pi.
y quer la curiosité des lecteurs
,
qu'à respecter
la vérité;mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort instructifs sur les colonies
Espagnoles&Angloises. Les stratagêmes
dont lesAnglois se font servis si longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Espagnols, font ici peints au naturel, Be
l'on y voit les sémences des dissensions Be
des querelles qui ont enfinallumé entre les
) deux Nations une guerre dont l'embrasement
s'dl: communiqué
au reste de l'Europe.
Le souvenir de ce qui s'est passé à Car-
11
thagene il y a 3 ans , rend bien intéressant
le Mémoire qui est Inséré ici sur cette Place
célébré & importante. C'est dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Erperance:deBatavia,
de la Jamaïque,de la Georgie; de la Barbade,
des Bermudes, de Juan d'Ulva, & de
Vera Cruz, oiv les négocians font si riches,
que Pan regarde comme pauvre un homme
dont le bien nexcede pas cent millelivres
sterlings y c'est-a-dire, environ deux millions
trois cent mille livres denotremonnoye.
Robert Ladenesecontente pas de donner
au public la relation de ses voyages i ri aramassé les Mémoires de son fils,&de
plusîeurs autres y
& l'on trouve icirapprochées
beaucoup de particularités sur 1^
tentativesqui ont été. faites pour trouver
un passage de la Mer Glaciale dans la Mer
du Sud *,cette collection forme une espece
d'Histoire de cette navigation, qui jusqu'à
présentasipeu réüssi,& quoiqu'on dire le
Voyageur
,
vraisemblablement ne réiïlîira
jamais. Cette recherche importante a longrems
occupé lesAnglois & les Hollandais,
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sudsanspasser fous les Forts des Espagnols ,
& parconséquent auraient partagé avec eux
ce riche commerce..
En 1576,leCapitaine Martin Frohishe
entreprit son premier voyage par le Nord-
Est,&le 12. de Juin ayant découvert- lat
Terre de L brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné son
nom. Il essaya sans succès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays, qui
penserent le faire périr; cependant il ne fut
potnc découragé; trois fois il tenta ce dangereux
voyage,mais toujours avec autant
de danger , &aussi peu de fruit.
Jean David
y
qui forma six ans après,
(en 1585 ) la même entreprise ne
fut
ni
moins constant, ni plus heureux. Il alla dans
son sécond voyage jusqu'a 66 deg. 16m,
Ce desseinparoissoit abandonné 10r(-
qu'en 1607 le Capitaine Henri HudJOll.
s'avança jusqu'a80 deg. 13 m. il passa encore
cent lieuës plus loin dans un troisiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il passât l'hyver dans ces.
terribles lieux, mais il y périt enfin avec
tous Les gens, payant bien cher l'honneur
d'avoir donné sonnom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudson.
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte;ils avoient navigué de ce
côté versl'entrée du détroit avant Henri
Hudson
, mais celui-ci est le premier qoi
ait pénérré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois,ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoise, & que les Sauvages
nomment Manotcousibi ou riviere des
Etrangers, mais ils périrent tous de misere
& de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
surpris, lorsqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
suivant,ils virent tant de corps morts, Se
des hommes d'une figure si différente de la
leur. Malheuresement il y avoir de la poudre
parmi les provisions des Danois, dont
les débris subsistoient encore,ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter.
Les Anglois, les Hollandois, & les Danois
ne font pas les seuls qui ayent cherché
à passer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la SalleFrançois tenta cette entreprise
en 1668
,
mais il y périt malheureusement.
Quelques Anglois de la Virginie ont pré..
tendu avoir traversé tout le continentau,
travers des terres; mais ce n'etf pas là ce
dont il s'agit, il est question de trouver une
voye qui soit propre au commerce,sans
quoi il sert peu de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverser le continent del'Amérique.
Ce qu'ils ont raconté de la fertilité des
terres & de la multitude des Nations quon
,
OLive dans ce Continent doit stater d'antit
plus la curiosité des letteurs ,
qu'il
accorde parfaitement avec les relations,
plusieurs autres Voyageurs ; notre An-
~ois cite de longs ôc intéressans détails de
pile
du P. Hennequin Millionnaire Jelite.
k
M Ce ne font point des Pays déserts 8c
sans culture, telsque les François & les
Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
leurs premieres colonies. Des fruits ÔC.
des grains de toute espece y enrichissent
les campagnes; plusieurs peuples y font
policés jusqu'à se vêtir d'étoffes très-fines;
ils ont l'usage des chevaux avec des selles
leurs Villes font bien bâties & régulierement
fortifiées ; enfin la Nouvelle-
France, la Virginie & la Caroline fetrw
blent n'être suivant ces relations que des
limites stériles & désertes d'une immense
étendue de Paysauquel toutes les faveurs
de la Nature ont été prodiguées, à.
peu près comme la Moscovie & la Tartarieàl'égard
des autres parties de l'Eu. »rope. Entre plusieurs observations,nous chotsissons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti-
lient.
» On trouva des peuples quin'ont rien de
» Barbare * que le nom:un de ces Sauv
»ges, qui fut le premier qu'on rencon*-;
» tra,revenoit de la Chasseavec sa famille
»il fit présent au Chefdes François ~d'und - ses chevaux, & de quelque viande, kj
p priantparsignes d'aller cliés lui avec tow
;» ses gens; enfin pour les mieux engager
» il leur laissa sa femme,sa famille & û;
«cha(ïe
, comme pour leur servir de gages
p & cependant il se rendit au Village, ~pou
:;, faire sçavoir leur arrivée ;aubout de demi
»jours il revint avec des chevaux chargés
»de provisions, & plusieursChefs des Saiw
»vages qui l'accompagnoient ; ils étoien
»suivis de guerriers, habillés fort propre
.n ment de peaux passées
,
& ornées de ¡tlu.
»mes; on les rencontra à trois lieuës dû
»'habitation. Les François y furent reçu
» comme en triomphe& furent logés ohéi
»le grand Capitaine; c'étoitunconcoure
» surprenant de peuple, dont la jeUJloC{Q
» étoit rangée fous les armes. Elle se rdcv'
:'" jour & nuit pour les garder
,
les ~comblan
jy de biens, & de toutes sortes de vivri
« Ce Village qu'on appelle le ~Cenis,est
", des plus considerables de l'Amerique a
» sa grandeur, & par le nombre de ses lt
»bitans;il a bien 20 lieuës de long i
,
*Nous les appelions Sauvages Se non pas fia bares.
-
» moins; ce n'est pas qu'il soit contigûment
»habité; les maisonssontdistribuées par
» dix ou douze,qui font comme des Can-
» tons, & qui ont chacun des noms diffea)
rens. Elles font belles, longues de 40 ou
« 50 pieds,dressées en maniere de ruches
» à miel)IX environnées d'arbres qui se
L rejoignent en haut par les branches;nous
» trou âmes chés ces Cenis plusieurs choses
o qui viennent indubitablement des Espan
gnolscomme des piastres
, & d'autres
»monnoyes, des cuilliers d'argent
,
de la
t" dentelle, des habits
, &c. Nous y vîmes
m entr'autres une Bulle du Pape,qui exemp-
1» te du jeûne les Espagnols du Mexique
a, pendant l'Eté. Les chevaux y font sicomas
muns, qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache; un Çenis voulut donner
» un cheval pour le capuchon d'un Récollet
n de la troupe dont il ayoit envie.
Les observations que citel'Auteur sur les
Tanchas
9 ne font ni moins curieuses ni
moins capables de donner une idée avantageufe
du Continent;son dessein
en donnant
ces extraits
, a éé de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de »l'Amerique, comme decelui de l'Europe
1
» ou plus ou peut-être plus on trouve d'ose
pulence & de politesse,desorre que de
»l'aveu de tout le monde, la France,l'AnM
gleterre, la Hollande & l'Allemagne ~qu
Mibnt réellement au centre, ~l'emporte
JJ assés clairement sur les autres Nations. Sj
cette comparaison étoit la feule preuve ~d
l'assertion du Voyageur, elle seroit bienrê:
renversée; en effet, peut-on dire que U
France, l'Italie
,
la Hollande, &c. font ail
centre du Continent de l'Europe, lorsque
ces différentesRégions font toutes ~bordé
par la Mer? Un Voyageur quiaborderoit
Venise, & qui de-là tirant vers le Nord ~ga
bgineenroit la Suéde ou la Moscovie, serois
éloigné de trouver plus d'opulence
à mesure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe;cette legere remarque n'empê
che pas que dans le fond la réfléxion de
l'Auteur ne soit fort judicieuse
,
& il a sans
doute raison de dire»que quand l'esperant
»ce de trouver la Mer du Sud par la com
munication des rivieres, comme on a déjà
» trouvé le Golphe du Mexique par ~cell
»d'Ouabache & de Mississipi
, ne ~suffiroi
« pas pourfaire entreprendre sérieusement
«de pénétrer cette vaste étenduë de Pays
»D'autresvûës,presqu'aussi
importante
» pour le commerce, & la feule curiosité
»même devroient porter les François & le
»Anglois
, que cette entreprise semble rc-.
M garder par la situation de leurs colonies J » a pousser de ce
côté-làleursdécouvertes.
On trouve à la fuite de cette relation une
Description de la Nouvelle Espagne, depuis
Panama jusques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord
,
fortcurieuse,
& bien déraillée. J'observeraiqu'il
s'y estglisséunetrès-legere erreur. LeVoya.
geur dit que les pluyes commencent £
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
jusqu'au mois de Mai; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre, c'est
ainsi que l'a rapporté M. Bouguer
,
l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou, pour
déterminerlafigure de la Terre.
La relation de Robert Lade est ornée de
deux Cartesqui étoient nécessaires pour lire
| ce Livre avec fruit, & même avec agrément.
DISSERTATIONS sur la fondation de la
Ville de Marseille
,
sur l'Histoire des Rois
duBosphore Cimmerien,& sur Lesbonax
Philosophe de Mytilene;à Paris, chés Jacques
Barrois
,
Quai des Augustins, à la
Ville de Nevers, in-12. 1744.
Ce Livreestdédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin
, qu'une vaste érudition
, un goût
délicat, & des moeurs aussi douces que puxss
rendoient si cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
-
L'Epirre dédicatoire nous apprend que
M. Cari est l'Auteur de ces Dissertations ,
êc dans celle dont l'époque de la fondation
de Marseille est l'objet, il ne laisse pas igno—
rer qu'il est natif de cette Ville; ainsi c'est
l'amour de la Patrie qui lui amis la plume
à la main. Il est certain que la matiere etti
surtout intéressante pour les Marseillois quoiqu'elle , ne soit pas indifferente pour
lq
reste deslecteurs. Il étoitnécessaire d'éclaircir
cette question, si l'on veut avoir une
bonne Histoire de Marseille, travail que
l'Auteur regarde avec raison comme digne
de l'émulationdel'Académie deMarseille ;,
cet Ouvrage est de la nature de ceux qui:
peuvent & doivent même être faits en fb«
ciété;& Mrs de l'Académie de Marseille
possedent tous les talens nécessaires pour le:
conduire à sa perfection. Deux opinions
divisent les Chronologistes au sujet de la,
fondation de cette Ville
,
l'une des plusa ciennes de la France; les uns, & Usserius
est de ce sentiment, la placent la ~premier
année de la quarante-cinquièmeOlimpiade,
l'an de Rome 154, avant J.C.599.
1 L'Auteur est aussi de ce sentiment. Le P,j
Petau a embrassé l'opinionopposée, & renvoye
cette époqueàlasoixantiéme 01:im.
piade. Les Auteurs anciens font anssi partagés
,
& s'il ne falloit que compter les suffrages,
peut-être s'en trouveroit-ilplus en faveur
du P. Petau, maisunCritique eclallcl
péffl
pése les voix, & ne les compte pas; c'est ce
qu'a fait M. Cari, & plusieurs des preuves
qu'il employé
, prouvent invinciblement
[on opinion.
L'Histoire de la Fondation de Marseille
trouvoit ici nécessairement sa place. C'est le
premier Chapitre d'une Histoire de cette
Ville, qui n'en seroit pas le moins intérêssant.
-
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mervinrent jusqu'à l'embouchure du
Rhône;frappés dela beauté du Pays, lorsqu'ils
furent de retour dans leur Patrie
ils , engagèrent plusieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux, pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ilsavoient découvert;
ilssemettent en Mer& aumoment
qu'ils abordent aulieu désiré
,
ils trouvent
un Pêcheur, à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonstance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appcllée A4affilia du mot
Grec !J.tJq'ilV ,
qui signifie lier, & de celui
de àhtiv(-'9 Pêcheur.
Les Phocéens penserent à se mettre sous
la protection du Peuplequiétoit le plus
voiGn, & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus, Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix.
Le jour où ilsarriverent, étoit le même
oùsuivant l'usage des Segobrigiens
,
la fille
du Roi choisissoit elle-même son époux j
la cérémonie étoit singuliére; les Seigneurs
étoient assemblés, la Princesse promenoit
ses regards sur eux, & lorsqu'elle avoir fait
son choix, elleledéclaroit en allant présenter
de l'eau à celui que son coeur ou ses
yeux avoient choisi. Les Phocéensfurent
invités à cette Fête,& Protis
,
l'un de leurs
Chefs,sur le fortuné à qui la Princesse présenta
la Coupe. Ainsi tout seconda l'établissementdes
Phocéens,&ils bâtirentMarseille
dans l'endroit même où cette Ville est
encore aujourd'hui. Soixante ans après, les
Phocéens épouvantés des progrès de Cyrus,
abandonnèrent leur Pays, & firent ce ferment
si fameux de n'y revenir que lorsqu'une
masse de fer qu'ils jetterent au fond dela -
Mer surnageroit ; une partie alla chercher
un asile chés les Marseilloisleursanciens
Compatriotes
,
& c'estce qui a donné lieu
à l'erreur; on a pris cette fuite des PhocéensversMarseille,
pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville,
M. Cari a très-bien démêlé le principe
de la méprise des Auteurs qu'il combat; le
départ, dit-il, » des Phocéens qui vinrent
» fonder Marseille
,
n'avoitrien de fameux
» ou de frappant,c'étoit des Ioniens que
n leur Ville ne pouvoir plus contenir, Se
v.
4»qui cherchoient un lieu pour s'établir , événementsimple 6c commun dans ce
op tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
» vant Cyrus est une époque considérable;
39
ellearrive sous un Prince fameux par ses
» Conquêtes
,
& qui fixe les yeux de l'Univers.
La crainte de tomber entre les mains
» des Perses, fait prendre une résolution
9) violente aux Phocéens;ils embarquent
» leurs femmes, leurs enfans, & tour ce
9 qu'ils possédent. Ces evénemens & les
» circonstances qui les causerent, sont bien
« autrement frappantes que la simple Fon-
»
dationdeMarseille.
Il seroit bien avantageux pour les Lettres
que toutle monde suivîtlaméthode de M.
Cari, & qu'en réfutant des Auteurs, on
cherchât soigneusement par quelle route
ils se sont égarés; quelle utilité ne procure- roient pas ceux qui démêleroientainsî le
labyrinthe ou se perd 11 souvent l'esprit humain
? On leur devroitbienplus qu'à ces
Pilotes qui ont observé exactement les
écueils des Mers,& en ont dressé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter. Mais Hoc opus, bic1,1-orefl.
; Deux Médailles,que M. Cari a découvertes,
& qui avoient échapé jusqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires, ont
idonne lieuaux deux autres Dissertations.
Le Public verra avec plaisir qu'un homme,
comme M. Cari, qui a de la sagacité & de
la lecture
,
s'attache aux Médailles,Genre
que l'on commence à trop négliger.
La premiere des deux Médailles est celle
d'un Teiranes Roi du Bosphore, inconnu
jusqu'à présent, que M. Cari place l'an de
Rome 853,de Jesus-Christ 130, entre
Rhescuporis I. & Cotys II.
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots rACiAE£ïC TE|PANOT & au.
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres~
re qui signifient 573.CetteMédaille
a fourni l'occasion à M. Cari de donner
une suite Chronologique des Rois du Bosphore
,
& de combattre plusieurs fois Ici
sentimentdeM.Vaillant, qui afaitun bOlll
Livre surcettematiere. ij
La Médaille qui fait le sujet de la
troisiémeDissertation
,
est une Médaille
dal
Lefbonax Philosophe célébre de Metylene 3
mais moins fameux que Poramon son fils
dont il est beaucoup plus question que dm
pere dans la Dissertation de M. Cari. Ces
Potamon florissoit sous, Tibere, & c
étoit fort aimé.Lorsqu'il retourna dans sa
Patrie
,
comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçutuneespéce de passeport conçu
en ces termes singuliers: Si qudtjHunc/2
faire tn/nlte àPotamonfils de Lefbonax,qui\
1
conjtiereauparavant s'il efl en état de me ri-
Jtfter. .-'-.-
La M- - é-d-ai--l-le représente une tête avec ces
mots I-TEZBQNA£ EPns NEO.Onvoit sur
le revers un homme couvert simplement
d'unManteau, tenant un bâton de la main
gauche,& de la droite quelque chosequ'il
n'est pas aisé de déterminer,avec l'inscriptionMTTIAHNAIN.
VOYAGES & Avantures du Comte de
** &desonfils. 5 Volumes in-i- ,
à
Amsterdam chés Pierre Marteau, & se
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus aulong.
MEMOIRES de Melvil,traduits de
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumesm-
12 ,
dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
LES ELEMENS de la Médecine Pratique
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens & Modernes
,
où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires a chaque âge, dans les différentes
faisons de l'année, selon les différentes
constitutions de l'Air, sous divers climats,
& en particulier fous celui de Beziers
»
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour servir de Prodrome à une Histoire
Général des Maladies,par M. Bouillet,
Correspondant de l'Académie Royale des
Sciences, Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier, Professeur Royal des
MathématiquesSecrétairedel'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Beziers
> & Médécin des Hôpitaux de la même Ville,
à Bt:zÙrs
,
chés François Barbut, Imprimeur
du Roi, & de l'Académie des Sciences&
Belles-Lettres.Vol. /«-40. 1744.
Nous rendrons compte au Public de cet
Ouvrage, qui fera infiniment utile., 011
ne peut donner de trop justes éloges à retendue
des connoissances de l'Auteur.
-
NoUvAU Livre d'Ecriture, d'après
les plus belles Pièces de Rossignol, pour
l'instruction de la jeunesse & la satisfaction
des curieux, gravé par Antm
,
se vend Ir
Paris, chés Fessard Graveur, ruë da, la
Harpe, vis-à-vis la ruë Serpente; chés le
'Cle't;c, Libraire au Palais, dans la Grande
Sale; & chés Poirion
,
Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur..
OUVERTURE du Collège Royal.
L Es Professeurs du Collège Royal de France?
fondé à Paris par le Roi Fiançois 1
,
le ï'ere.Se
le Restaurateur des Lettres
,
reprirent leurs exercices
le Lundi 13 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui remplissent aujourd'hui les Chaires de
ce fameux Collége, fous l'inspection deM. l'Abbé
ratry, de l'Académie Royale desInscriptions &
Belles-Lettres ,Professeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Héb- raï.-que,
Mrs Sallier & Henry.
1
Pour la Langue Grecque.
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques,
Mrs de Cury & de Montcarville.
Pour la Philo/opbie.
Mrs Terrasson & de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat.
Pour la Aièâècine.
MrsBurette,Astruc, Dubois&Ferrein.
Pour la Langue Arabe.
Mrs Fourmont, & Petis de la Croix, Conseiller &
Interprete ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
, Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmonc.
ESTAMPES NOUVELLES.
HYACINTE R1GAUIJ,Ecuyer)Noble
Citen de Perpignan,Chevalier de l'Ordre de S.
Michel,Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture, né le 25
Juillet 1663, mort à Paris le 29 Décembre 1744.
Cette Estampe est gravée par Ficquet,d'après
l'Original peintpar M. Rigaud lui-même,dont QIL
a vu l'éloge au commencement de ce Voluire §C
elle sevend chés Odieuvre, rue d'Anjou, la derniere
porte cochere en entrant par la rue Dauphine.
DOM JEAN MABILLON,ReligieuxBéné.
dictin de la Congrégation de S. Maur, né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1631
,
& mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Desprez le 2.7 Décembre 1707,âgé de 76 ans.
Les excellensOuvrages qu'a composés ce sçavan- t
Bénédictin, font assés son éloge, & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard, qu'ils ne
sçachent depuis long tems.
L'Estampe est gravée par Gaillard
,
& se vend
chés Odieuvre
,
qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Estampes.
L'ESSENCE BALSA.MI QJJ 1 ,
Aromatique
,é- Anti-Vermineuse de M. de Pasturel, continuë
à se distribuer avec succès; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écritauMinistre, pour qu'il leur en procurât, ce
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
distinction d'en emporter à l'Armée, & le premier
Médécin du Roi yen a aussi porté.
Cette Quintessence eil bonne pour pré1venir lçi
Maladies,fortifier les principales parties du corps, ranimer la nature affoiblie ou éteinte, elle passe
d'une maniere presque insensible parles premières
voyes ,& guérit les Maladies qui ont leur siége
dans ces parries ; ce Remède est inmanquable contre
les indigestions, qui sont l'origine de presque
toutes les Maladies, contre toutes fortes de coliques
, dégoûts,maux de coeur ,
diarrhées & cours
de ventre, cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies sont ordinaires,
& causent la mort à beaucoup de braves gens quil
sont utiles à l'Etat.
Elle est souveraine contre les Maladies causées
par les obstructions des visceres
i contre les pâles
couleurs,lajaunisse ,l'hydropisie
,
les vapeurs hyG
teriques & hypocondriaques
,
les palpitations de
coeur, les ventosités
,
la mauvaise halaine causée
par de mauvaises digestions: elle facilite les accouchemens
,
appaiseles douleurs des reins causées
par des glaires, ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bu avec excès,abbat les vapeurs
du vin, & c'est un très-puissantapéritif & quelque
fois purgatif
C'est un préservatif contre le mauvais air, 3c
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre, parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter. ou de se corrompre
)0
& par fort
moyen on peut se garantir de la peste, du scorbut
l de Mer,& se guérir de la piqûre
, ou morsure de
toutes bêtes vénimeuses
; on peut en toute sureté faireusage en contre les fièvres malignes
,
putrides, vCermeineuses & intermittentes. Remède est également souverain contre toutesles
blessures, foit de fer, soit de feu ,& il les
garantit de la gnree.
Ceux qui souhaiteront de plus grands- éclaircissemens
pourront écrire i l'Auteur, qui leur fera
exactement réponse ; on aura foin d'affranchir les-
Lettres; il demeure à Paris ruë des Gravilliers, chés M. de Clermont; il y a des Bouteilles de 6~-
liv. 12liv. & 24liv.
On distribue avec les Bouteillesun imprimé pour:
instruiresur la maniere d'employer le Réméde..
SPECTACLES.
-0 N acontinué à l'Opéra les représentations
ci*Acis & Galatée précédées des
Augustales.Mlle Romainville, & Mlia
IVIerz ont alternativementexécuté le rôle:
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure.
Cette dernierequitteleThéâtre & ne jouera
point dans Thesée. C'est une grand.
perte, sur-tout pour les anciens Opéra
Une nouvelle Pantomimeexécutée parMl't
André & Mlle Guerardi a terminé agréablementleSpcétacle
:on a placé àla fin de
Prologue celle de Mlle d'Allemant& du
Signor Pietro Soli, que l'on voit toujour
avec plaisir.
Les Comédiens François ont ronjon.
continué avec succès les représentations .¡
EHeureux Retour ; les. Auteursde cette pi
ce n'ont point eu dessein de lui donner la
forme d'une Comédie,leur but étoit d'amener
trois divertissemens
>
& de placer
convenablement plusieursdétails sur laconvalescence
du Roi. On ne peut leur refufer
l'éloged'avoir suivi'leprécepte d'Horace
dans le choix. du sujet, le succèsen a été:
le prix. Cette pièce n'est gueres susceptible
d'une analyse exacte , ainsi nous nous contenterons
d'en donner une légereidée,&
de rapporter quelques morceaux quiont le
plus réussi.
M. Argante
y
bon Bourgeois, veut lignai
1er son zéle au retour da Roi par une Fête,
Un Officier & un Avocat sont amoureux
de sa mie; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie-
Fête. Au reste
, ces deux Acteurs ne sont
pas sur la Scéolfe feulement pour amener des
divertissemens, & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon, c'est
le nom de l'Avocat; voici une desmeilleures,
il parle des-Médécins.
L'autre siécle, lamode-
Fut de les ridiculiser.
,&lors- apparamment quelque fausse méthode,
Ouleur exterieurpedantesque,incommoda,
Donna lieu de les mépriser;
Mais malgré la critique, à nous tromper facile,
L'Art mérita toujours d'être en foi rcfpcâé ;
Lorsqu'aux premiers humains le Destin irrité
Refusa l'immortalité,
Illeur laissa du moins cette science utile,
Qui fait que l'homme
,
après avoir bien médité,
Par une conjecture habile ,
De sa vie entrevoit les causes, les ressorts
,
Et pour les rétablir va puiser les trésors
Qu'offre à son docte choix la Nature fertile;
Cet Art a reçu des Mortels
Tantôt l'exil, & tantôt des Autels;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeuxsystème,
Mais qu'on foit détrompé, puisque cet Art enfiq
A servi notre Roi dans son péril extrême
,
Il ne reste plus de problême
,
'A jamais on dira, c'est un Art tout di.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête. Voici le Vaudeville.
VAUDEVILDE.
Vne jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lisette
,
Que j'éprouve son dédain
;
Que jeperde sa fleurette;
Eh qu'est-ce queçame faitàmoi?
Je vois ce que je souhaite;
Eh qu'est-ce que çame faitàmoi,
Quand je vois notre bon Roi?
Vn jeune Garçon.
Que facileàmes rivaux,
Lison pour moi foit farouche,
A mes soupirs, à mes maux
Que son oreille Ce bouche ;
Eh qu'est-ce queçamefaitàmoi;
Plus qu'elle mon Roi me touche;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Quand je vois notre bon Roi?
Unejeunefille.
Que la nôce de ma soeur
Dans le carnaval foit faite;
Que l'on fasse son bonheur,
Sans songer à la cadette,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en fuis point inquiéte;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Quand je vois notre bon Roi;
Le MtCitre d'Ecole.
Que tout mon champ soit battu
Par les vents & par la grêle;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle;
Eh qu'est-ce que çame faitàmoi,
Ma foi, très-peu je m'en mêle;
Eh qu'est-ceque çamefaitàmoi,
Quand je vois notre bon Roi?
Une Vieille,
Bien loin de mes jeunes anir
Je sens que mon terme arrive,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la sombrerive;
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi
7
Pourvu que mon Prince vive?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi
y
Quand je vois notre bon Roi?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets,
& a exigé que plusieursfurent repétés
,mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du fecond divertissement. Il
a chanté lui-même le refrain, & s'est libéralement
applaudi..
Le second divertissêment, quiest celui
que l'Avocat a imaginé
,
est une Entrée de
Bergers & de Bergeres. Une Bergere chante
ce
Vaudeville.
te Vaudeville.
Par nos jeux & par nos clian£bns-
Témoignons notre allégresse
;
Le Roi charmant que nous servons
,-
J'our nous est rempli de tendresse.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui Pintéreffe r
Réunissons dans le même refrain
Le Roi, la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour est grandeur,
Noble orgueil, feu guerrier,vaillance-j:
Chés la Reine tout est ardeur
,
Agrément, bonté,bienveillance ;
Chés le fils toutest ardeur,
Respect & déférence :
Que de raisons pour célébrer sans fin-
Le Roi, la Reine & le Dauphin 1
Les jours de ce Roi généreux.
Intéressent l'Europe entiere ;..
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne si chere ;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est nécessaire
j,
Dieux immortels, faites vivre sans fin-
Le Roi, la Reine & le Dauphin !:
- la Fêre de roaicier ne le céde pointà
celle de l'Avocat, mais Agathe
3.
c'estla fille
de M. Argante ,
donne la préférence au
premier; l'amour de la Patrie dicte Ton.
choix, & ne pouvant suivre le Roià la
guerreyje veux du moins, dit-elle, ,"
i
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le servir. 1
Lucas
,
Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre railon de cette préférence.
Oüi, vive un Officier, ça fait bian plus d'éclat, J
C'estplus vif, plus léger, tambour battant ilmene;
Et pis, c'est qu'on a tant de peine !
A d'venir veuv' d'un Avocat.
Cette Piéce a eu quinze représentations;
le rôle de M. Argante étoitrempli par M. !
de la Thorilliere; celui de Lifidor
,
c'est
l'Officier,par M. Roseli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval; Aminte, soeur de M. Ar* j
gante,par Mlle la Morte Agathè, fille de
M. Argante, par Mlle Gaussin ; Lucas, Jardinier,
par M. Paulin; le Maître. d'Ecole, 1
par M. Poisson ; le Carillonneur, par M.
le Grand.
i
La petitePièce,intitulée le Génie de la
Frances'eil soutenuë avantageutemenr sur
le Théâtre des Italiens ;cette Pièce est de la
composition de M. Minet, fils, Auteur d'iyfce
autre Piéce sur la Convalescence da
Roi, représentée par les mêmes Comédiens
le 17Septembre dernier,iln'yapoint.
d'intrigue noüée dans celle ci, ce sont des
divertissemens variés & cousus légérement
ensemble. L'Amour François occupe le
Théâtre pendant grerqlietotitâaComédie.
Ce rôleest executé avec beaup de finesse
& d'intelligence par MlleAstrodï, jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût,
& joue fort bien duVioloncelle;sa soeur cadette
estaussi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite.
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie, & M. Rochard y est
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Musicien dans une
Scène qui est vraiment rhénrmle M. Defha
yes, qui le seconde bien dans ses lazzis,
représente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amobr François des Vers
qu'il a fraîchement compofés- à la louange
du Roi. Le Musicien
,
présent à cette ledtup"
e,& entraîné par l'enthouÇafmede.la composition
,met les Vers et Musique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & singulier donne lieu d'esperer
beaucoup de l'Auteur
,
qui eH: encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
-de ses avantages, il a fçû y placer la bran'
l te Coraline, qui y joue pour la premierc
fois une Scène entierei-netitFrànçoife
,
elle y danse avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces quelle met dans son jeu
La Musique de cette Pièce est fort jolie
elleest: de M.Blaise,accoutumé à mériter:
de pareils éloges; les rôles de la Piéce (Qnr.
Le Génie dela France, M. Rocbard,
L'Amour François, Mlle Aftrodi.
Carminant
,
Poëre
) M. Deshayts.
Harmonile, Musicien , M. Rochard,
Arlequin. j
Coraline. 1
La Victoire
,
Mlle Thérejè,
Pales, Déefife des Forêts) Mlle Deshayes.
Le 19 Novembre, les Comédiens François
représenterent àla Cour la Tragédie:
de Manlius, & la Comédie de l'Etourderie
Le Mardi2,4,lesmêmes Comédiensreprésentérent
l'Andricnne&Crispin bel ef.
prit, & le Jeudi 26, la Mort de Pompâ
& les Prècieusesridicules.i Le 25 ,
les Comédiens Italiens y
joüerent
l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dan
laquelle Mlle Coraline joüa pour lapremiere
fois devant leurs Majestés, qui en
furent très-satisfaites
, & confirmèrent par
leurs suffrages les applaudissemens du PUAi
blic.
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
ON a appris que l'armée du Grand Seigneur a
remportéunevittoire complette sur les Persans,
qui l'ont attaquée près de Kars
,
& qui ont
perdu plusde 12000 hommes.
Russie.
t-ON apprend de Moscou, que le Baron de Neu'
hauss. Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur,&
leBaron de Mardefeldt,Ministre du Roi
de Prusse,ont invité le Duc de Holstein par les ordres
de leurs Majestés Impériale & Prussienne d'aceder
pour sesEtats d'Allemagne au Traité d'Ur
nion de Francfort. [Prusse.
ON mande de Berlin du 2. de ce mois, que le
Roi après avoir rassé la Moldaw
,
avoir fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale, mais qu'ils ont tou-
- jours évité la bataille,& qu'ils s'éroicnt retirés
dans des endioits,oùon ne pouvoitlesattaquer
sans beaucoup de risque.
Sur l'avis qu'on a reçu d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
la Moldaw,craignant que les ennemis ne lui coupassent
la cornmunication avec les principaux maga-
,<îns& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles dq
Lorraine après avoir passé le 15 du mois dernier la
Moldaw,& avoir été jointe par les troupes Saxons
nés, alla camper dans les environs de Benischau.
Le Roi se rapprocha le if de cette armée, &
étant arrivé en présence des ennemis, il fit toutes
sesdispositions pour les engager àune action. 1
Le Prince Charles de Lorraine de son côté déta
cha le Comte de Nadasti à la tête de toute la Ca.vét
lerie Hongroise,avec ordre de s'avances à une petitedistance
des Prussiens
,
qui firentsur cette C.1:"
lerie un feu très-vif d'artillerie & de mousqueterie
Elle fut mise en désordre, & les Prussiens se BJtoienlI
sqeuceoluersPrince Charles de Lorraine marcheroit à [onl
,
& qu'il étoit dans la résolution de hazarder
une bataille
,
lorsqu'ils s'appercurent qu'il
s'étoit retiré sur les montagnes le long de Lai
Sazawa. On ne poursuivit que jusqu'à une cet—
raltaliinée distance leComte de Nadastri, parce qu'ayantj sa Cavalerie, il prit le parti de la
divises t en plusieurs Corps
,
qui prirent des routes disse rentes. J
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Clia
les de Lorraine avoit dessein de lui dérober un
marche,& de passer la Sazawa,S. M. le prévint ]
&elle occupa le camp de Pifcheli.
iSoo desSoldats, qui ont été faits prisonniers
dans Prague
,
sont entrés au service du Roi,& JJ
reste de l'ancienne garnison de cette Place a é~j
envoyé àSpandau. ]
Allemagne, 0N a appris de Bohême, que Je Roi de
Prusse, après cinq jours & demi de tranchée
ouverte, estentré dans la Ville de Prague.
Lagarnison étoitcomposée de22Bataillons,
de 1000 Croates, de 400 Cavaliers, & de 300
Hussards; elle s'est rendue prisonniere de guerre;
cette Place, défendue par itfooo hommes
,
n'a pas
arrêté tong-tems son vainqueur,qui de-là partie
avec son armée pour allerréduire les postes de Budseiws
& Tabor, où il a laissé ses gros bagages; il
s'est campé très avantageusement
,
sa droite appuyée
à la rivière de la Moldaw
,
& sa gaucheà
Kestrzan, le centre à Tzernau. Sa position couvroit
ses ponts de Teyn,ainsi que les Cercles de Kzellilt
& de Czaslau. S M. Pr. toujours attentive à remplit
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point cessé de
visiter ses quartiers & d'y donner des ordres, qui en
établissantleursûreté, prouvent sonintelligence
supérieure. Le Baron d'Ensiedel, Lieutenant Général
,
est ressé à Prague pour y commander.
Ila fait publier différentes Ordonnances qui concernent
la Police & la tranquillité publique, &
surtout une défense très rigoureuse d'entreteniraucune
correspondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes imposées par la Cour de Vienne; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de son Souverain,mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Université
,
qui ont
pris les armes pendant le siége, seroient traités en
prisonniers de guerre, à moins qu'ils ne s'incorporassant
dans les troupes de l'Empire ou de Prusse.
Le6 Octobre, le Baron d'Enfiedel célébra par
Jioe Fête
,
où la Noblesse & les Officiers furent in.,
vités
,
les promptes victoires de son Roi.
LaPrincesseRoyale dePrusse est accouchée le ifl
Septembre à Berlin d'un Prince quia été baptisé
leu
premier Octobre,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Prusse avoir repas-
,
lé la Moldaw avec toute son armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes fous les ordres du Comte de Nadasti & dm
Général Ghilam, pour observer les mouvemens de^
troupes Prussiennes, ;
Les avis reçus de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie, ayant donné lieu au Roi .1e Prussede
conjecturer que les ennemisvouloient se porter erw
tre Prague & les troupes Piuffienties, ce Prince
s'étoit déterminé à serap rocher decetteVille;
qu'ilavoit reuré en même-tems les Dérachemens
qu'il avoir mis dans differens postes, particulièrement
dans ceux de Tabor&deBudweiss,mais
que la garnison qui étoit à Teyn n'ayant pas reig
assés (ôr l'ordre d'aller rejoindre l'armée elle avoi&
été attaquée par un Corps de troupes Hongroises
fortsupérieures en nombre, qui avoit faitprisonniers
plusieurs Officiers & Soldats & mis le îefte en
fuite.
L'armée Prussienne par (à nouvelle position
conservé non seulement la communication avec
Prague, mais encore elle s'est miseplus à portée
des magasinsétablis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau. & des fubrifrances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sj'zjwa.
1 Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de r.
Reine de Hongrie passa la Mold 1\'V, & la plus grande
partie de ce te armée est restée de l'autre côté de
cette riviere.
.11 y a eu quelques escatmouches entre des Dçf
chemens de la Cavalerie Légere des deux armées,
la perteaété à peu près égale de part & d'autre.
On mande de Vienne du 24 du mois dernier,
uc le 17 on y reçût avis que l'armée comnandée
par le Prince Charles de Lorraine avoit
atIé le 15 la Moldaw sur úx ponts ,
& que
celle armée n'étoit qu'à une petite distance de
celle du Roi de Prusse, qui étoit campé sur le
~ord de la Sazawa,& qui paroissoit déterminéà risquer
une bataille.
-
-
I Le Prince Charles de Lorraine a d-é-tach- é- un Corps
17 1000 hommes de Cavalerie sous les ordtesdu
(renéralKustein
& du ComteduCollowrath, pour
tbserver les mouvemens des troupes Prussiennes.
On a appris depuis que l'armée Prussienne Et
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'estpostée sur des hauteurs dans une situation fort
1avantageuse.
Deux Corps de troupes Prussiennes ont pénetré
en Motavie, l'un par le Pas de Mora l'autre par
Lanzaron & par Gegersberg. & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldstein,deTriban,de
Hoh~dt & deSchildberg.
b SAXE. N a appris de Dresde, du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refusé
le passage que le Roi de Prusse lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Prussiennes,on
toit fort inquiet des suites qu'aura cette démarche,
que l'on craint que ces troupes n'entreprennent de
asser malgré ce refus, & qu'on a fait partir plueurs
chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dresde ,& qu'on destine pour armer
les habitans des montagnes.
On a appris depuis du 5 de ce mois que M.
Wallenrpdt, Envoyé du Roi de Prusse a remis au
Ministres du Roi de Pologne un Rescrit, qui po
te que le renouvellement du Traité conclu e
1732 entre les Cours de Vienne & de Dresde
,
n,4
bligeant en nulle façon cette derniere de fourni
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie, 1
aucun des articles de ce Traité n'ayant directa
ment ni indirectement rapport à la guerre qui di
vise présentement l'Empire, S. M. Pr. ne peut e
visager quecomme une rupture du Roi de Pold
gne Electeur de Saxeavec elle la jonction de
troupes Saxonnes avec cellesde S. M. H. que 1|
Roi de Prusseprie S. M. Pol. de considérer quell
résolutions il est autorisé & même forcé de plen
pour s'opposer aux desseins qu'on paroÎrméditAi
contre lui; qu'on ne fera point en droit de lui re
procher les inconveniens qui pourrontrésulter dl
la démarche de cette Cour, & qu'il espére que 1
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans un
affairedecette importance, ni porter les chofes^
une extrémité, quipourroit tendre à la ruine 4
leurs Etats respectifs.
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répond
à ce Rescrit qu'à la vérité par le renouvellementà
-"Trai!de 1732 ,
il n'éroit point dans l'obligation
de "faire marcher des troupes lu secours de
Reine de Hongrie, mais que rien n'a pu ni el
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaisons
qui Ivioiit paru convenables pour lasûreté de f<i
Electorat ; qu'en faisant attention £ la fuuationi
ses Etats d'Allemagne, il a jugé nécessaire de
coq
clure avecS. M. H. la convention échangéele
du mois de Mai dernier, par laquelle cette Prii
cesse&S. M. se garantirentmutuellement la
posession
de la Saxe,de laBoheme & de l'Autriche
ql1
PMriencde'ailleurs il n'est point extraordinaire qu'un
donne des Troupes à un autre, sans prendre
par: aux guerres dans lelquelles la Puissance
secourueest engagée ; que le Roi de Prusse luimême
, en entrant en Bohême avec cent mille
hommes
, pour soûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ses engagemens pris par le Traité
deBreslau; qu'ainsi le Roi s'entientà la déclaration
qui a été faite de sa part à la Cour de Berlin&
à plusieurs autres Cours, lorsqu'il a pris la résolutiond'ordonner
à ses Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin, du 10 Novembre,que
les Troupes que commande le Général Marwitz Se
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silesie
,
se sont mises en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breslau.
Le Roi de Prussea fait publier un Décret, pour
rappeller tous ceux de ses Sujets qui fervent dans
les Troupes, ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie; ce Décret porte que le Roi
ayant été informé qu'aussi-tôt après qu'il a fait entrer
dans le Royaume de Boheme ses Troupes, en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur, la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edittous les Hon.,
grois qui étoient actuellement dans les Troupes
Prussîennes, de les déclarer traîtres à la Patrie, 8c.
de confisquer leurs biens, s'ils ne quittoient pas le servicedu Roi; S. M. ordonne non-seulement à
ses Vassaux & Sujets du Royaume de Prusse
,
de la Marche de Brandebourg& de ses autres anciennespossessions
,mais encore à ceux du Duché de
Silésie
,
même a ceux, qui sans être nés
-
dans ce
Duché, y possédent ddftûens, & qui font attachés
àla Reine de Hongrie par des Emplois Militaire.
ou Civils, ou qui demeurent'dans quelques-unsdes
Pays de la dominationde cette Princesse,dese
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui se conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement àleurnaissance & à leur rang, qu'au contraire
ceux qui" réfuseront d'obéir, encourerontl'indignation
du Roi, & que la confiscation de leur
biens fera destinée à dédommager les Hongrois
qui. auront perdu les leurs par leur attachement aoei
service de S. M. -
On mande du Camp du Roi dePrusse près dm-.
Pischeli du 28 du mois dernier
, que sur l'avis qu'onavoir
reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie, le Roi, après avoilliil
reconnula position des ennemis,fit marcher lel
26 sur plusieurs colonnes ses Troupes, dont la-j
vant- garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Prut"
siennesse postèrent surles hauteurs voisines de celles
que lesennemis occupoient, & l'on espéroit de
les engager à une action
,
mais des marais impraticales.
empêcherent les Prussiens d'aller plus
avant, & il n'y eut que de légères escarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par sa gauche, on la suivit
, pour,
tâcher de la prendre en flanc, mais le terrain qui la 1
féparoit des Prussiens
,
étant par tout rempli d'étangs
, de ravines & de fondrieres, il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis,& le Roiprit 1M
parti de tetourner dans leCamp de Pischeli.
Le Comte de Nassau, que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammersbourg ,ayantété averri
dans sa marche par fqî Espions qu'un Corps
considérable des ennemis,commandépar le Prince
'Erhafi)écoit venu, camper dans les environs de
ce poste , il prit le parti d'arraquer ce Corps. Dans
çe dessein
,
U fit passer à son Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit sans obstacle, & la Cavalerie
ayant suivi l'Infanterie, le Comte de Nassau
se disposa à charger l'ennemi. Le Prince-Esterhasi
fit mine de vouloir accepter le combat
,
mais
uand il vit que le Comte de Nassau avoit de l'Artillerie
, il abandonna son Camp,après avoir rétiré
la garnison qui étoit dans Cammersbourg. Le
Comte de Nassau fit aussitôt occuper ce poste
,
Be
le même jour il se rendit maître de celui de Sazawa.
Le 13 du mois dernier, un Détachement de
1500 Grénadiers des ennemis soûtenus de 600 des
Butfards qu'ils ont fait venir de Moravie, d'emporter d'assaut tenta la Ville de Parduwitz
,
& fut
repoussé par le Bataillon Prussien, qui y étoit en garnison
,
fous les ordres du Colonel Zimmernow; il y eut en cette occasion 40 hommes de tués &
plus de 60 de blessés du côté des ennemis; afaitunOfficier& on leur 43 Soldatsprisonniers, & on n'a eu. que six hommes de blessés
,
& le Colonel
Zimmernow ell dece nombre; il a un bras cassé &
& une blessures la tête.
HAMBOURG.
LE28 Août, le Comte de Flemming,Grand
General d'Artillerie de Lithuanie obtintune
audience de la Czarine à Kiovie,où il la complimenta
sur son heureuse arrivée de la part du Roi
& de la République de Pologne.
Le Comte de Rosemberg
,
Ministre de la Reine
de Hongrie est arrivé à Moscou, mais iln'a point
encore vu le Comte de Bestuchef.
On a distribué des quartiers aux Troupes Russiennes
revenuës de Suéde. Le Général Keith & le
Major Général Lapuchinétoient campés àRevel
- avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
semblable nombre de Régimens,commandéspar le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéralStuait.
Ils dévoient remplir ainsipinsieurs
Villages près de Dorpt.LeRégiment de Cajan J. sous les ordres du BrigadierGénéral Czernichow,
étoità Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'éroit
transporté sur dix Galeres à Petesbourg:onadéÙfsxié
dans le Port de Cromftadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppcnhague qu'on espéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprés de la Czarine pour les affaires du Holftein
feroit suivie d'un heureux suceès. S. M.Czar. a
envoyée l'Ordre de S.Alexandre Newfki au Baron
de Korff,son Ministre à la Cour de Dannemarc.
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne, & laReine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Noblesse de ce
Royaume d'aller joindre Je Prince Charles de Lorraine,
& on prétendoit que divers Comtesont promis
d'entretenir un corps deTroupespour le servicc
deleur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Pdnc
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembreà Diersfurth.
Le même jour ,
à la sécondé colonne campa Althmuhl.
La Ville de Neumarch a été surprise par le Partifan
Geschrei, qui a taillé en piéces la garnison
mise par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princesse
,
qui bloquoient
laForteressede Rosemberg
,
se sontrérirées précipitamment
sur la nouvelle de l'approçhe du Marquis
de §• Germain , détaché - parle Baron 4s
Secitendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesf
Ondisoitque le Prince Lubornirfki, Castella
deCracovieapromis au Ministrede la Reinede
Hongrie auprèsde la République de Pologne, qu'illeveroit dans ses terres douze mille hommes
à son service.
Le il Septembre,une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaisseaux, qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hol
lande.
Le 15 Septembre,le Marquis de Lanmari, Ambaffadeur
de France en Suéde
,
célébra à Stoxolm
le rétablissement de la santé du Roi son Maître,
par un Te Deum ,chanté avec la plus éclatante solemnité
dans la Chapelle de son Hôtel, & le lendemain
il paya les Comédiens François& la Troupe
Suédoise
, pour donner gratis au Peuple des Comédies
,précédées d'un Prologue & mêlées d'In-
Onassure que la Suéde a accédé auTraité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle posséde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
,
le Comte de Traun en céda lé commandement
à ce Prince, & les corps commandés par les
Généraux Fefterics & Bathiany se sont répliés.
On mande de Hambourg du 16de ce mois
qu'on y a reçû avis de Boheme, que le 30 du mois dernicr l'armée commandée par le Prince Charles e
Lorraine écoit décampée,& qu'elle s'étoit avancée
â Tanawitz sur la Frontiére du Cercle de
Czaflau; que les TroupesSaxonnes qui étoient restées
à ,B;ftritz,n'avaient pu réjoindre que quelques
jours après cette armée
,
& que le Priucc
Charles de Lorraine avoir détaché le Comte de
Nadasti& leGénéialGhilani
,
pourobserver les
mouvemens des Troupes Prussiennes.
P0L 0 G N E. LEcinq Septembre le Roi donnal'audience de
congé à l'Envoyé du Kan des Tarrares de Krimée,
qui ensuite dîna chés le Comte Poniatoufki
PalatindeMafovie.
Dans le Senatus Consilum tenu par le Roi le
30 Août dernier, il a été résolu qu'àlaprochaine
Diette on représenteroit la nécessité de recommencer
les Conférences avec les Minières Etrangers
,de régler avec ceux du Roi de puisse tout ce
qui regarde le passage Que la République s'sft engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Prussiennes toutes les fois qu'elle en seroic
requises
Or) proposera à la même Assemblée d'accorder
à la Czarine le titre d'Impérarrice
,
demandé depuis
long-teim par cette PrincelTe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
<3e la Czarine
,
doit aller incessamment résider en
cette qualité auprès de l'Empereur,& il fera remplacé
à Varsovie par le Comte de Befiuchef. qui
estactuellementàBerlin.
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel son Plénipotentiaire
en oette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron,& le Gé-*
néralBifinarkfont arrivé s de Siberie; & le bruii:
court que les deux premiers se retireront en Cur-*
lande.
,
Francfort. 0N a appris de cette Ville du8 de ce moi.
que le 27 du mois dernier l'Empereur fîtà
Ebersberg la revue générale de son armée,&r que
S. M. I. alla ensuiteavec une nombreuseescortè
reconnoître les environs de Ion Camp jusqu'a
Wassesrg, dont la garnison fit un grand feu
sur les loupes qui accompagnoientl'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg, & le
19 à Mulhdorf, dont il se rendit maître. Il continua
lesjours suivans sa marche, & sur la nouvelle
qu'on Ieilt que les troupes qui avoient été laiffées
dans Wassesbourg par le Comte de Bathiany,
avoient abandonné ce poste, la plus grande partie
de l'armée.Impériale marcha de l'autre côté de
l'ina.
Les Paysans de plusîeurs Villagesr situés le long,
de la Salza
, ayant pris les armes, ils ont surpris lot
Ville de Reichenhall, dont ils ont taillé en piéces
la garnison.
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
ie l'Empereuravec huit piéces de canon, & l'on
y attendait un train d'Artillerie de vingt canons 3c
de dix mortiers.
Le Comte de Batbiany s'est retiré fous lîraunau
avec les troupes qu'il commande, & il avoit im
pofte- avancé à Burcxhaufen.
BAVIERE. ON mande de Munich du 3.3 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
sous les ordres du Baron de BerencKlau
, camperont
le ii dansles environs de cette Ville; que le
Général Bathiany en ayant pris le commandement
elles se remirent en marche le 15 , pour re rendr
versl'lnn,&.que le lendemain undétachemer
de 1500 hommes, que le Général Bathianyavd
JaWé à Munich fous les ordres du Colonel
se retira aussi dès la pointe du jour, aprèsavoi
mis le feu au pont sur l'Iser.
Les Hussards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à unepetite distancede M-h, &
ayant donné la, chasse à ce
détachementilstue
rent ou firent prisonniers plusieurs des Soldats don ilétoit compafé.
Le même jour, le Comte de S. Germain se ren- dit à Munich avec mille Cuirassier's & un parer
nombre de Dragonsdes troupes Impériales, & i
reprit possessîon de la Ville au nom de l'Empereur
L'Armée Impériale s'avança le 17à Augsbourg
dont les Magistrats envoyerein des Députés 31
Maréchal de SecKendorf
, pour le complimenter.
Le 21 ,
l'Empereur arriva au Château de Nimp.
henbourg ; S. M.- I. fit le n son entrée dans-MH
mich ,& le 13 elle se mit à la tête de son armée
avec laquelle elle se disposoit à passer l'iser.
On apprend de Munich du 10 de ce mois,qui
l'Armée Impériale, au lieu de suivre le Comte de
Bathiany
,
qui s'étoit rétiré du côté de Braunat
avec les troupes an'it commande marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt, où l'Empereur a
établi son quartiergénéral, & qu'il a été résolu
dans le dernier Conseil de Guerre,
que S. M. 1.
a tenu ,
de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Passau, afin de s'empara
de la Forteresse d'Oberhaus, & de se rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une ^mnitfieà tous ceux de
ses Sujets qui ont pû manquer à la fidélité qu'ils lui
devoient, & elle a promis par une déclaration particulière
de ne faire aucunerecherche sur ce qui
s'est passé pendant que les ennemis étoient en possession
de la Baviere.
- Les ennemis ont abandonné non-seulement la
Ville de Wasserbourg
,
mais encore le| Château
de Rosenheim, & le Prince de Saxe Hildbursghausens'est
emparé de New Bayern
,
où il y avoir
300 hommes,dont 100 ont été faits prisonniers&
les autres taillés en piéces ou mis en fuite. Italie.
LE 2 Octobre
,
l'Infant Don Philippe sur averti
que le Roi de Sardaiguevenoit l'attaquer &
secourir Coni ; il laissa pour la garde de son camp
18 Bataillons des deux Nations alliées
,
& avec 10
Bataillons Espaguols & 18 François,& 60Escadrons,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del U.'m(). Sa
droite fut appuyée à ce Convent, sa gauche à une
Cassine; une autre CalUnc fortifiée couvroit le
centre de son armée; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie, tant Françoise
qu'EfP.J'!Tnae; le 30Septembre,lesEnnemis s'avancerent
sur deux colonnes paralleles. Le
Roi
de Saraigne
porta son Infanterie le long d'unechausséeisrctée
deNavilles & couvrit les flancs de ses troupes
de
chevaux
de frise;il en plaça de mêmee au frontdfc
son armée,après une violente canonade,à une heure
après midi, les Grenadiers Piémomoisattaquerent
les Cassines qui défendoient les retranchemens des
François& des Espagnols &le Port de laMadonnadel
Vlma.l\s furent repoussés dans toutes leurs attaques
successives,vers les 5 heures du foir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées; celte
des ennemis fut repoussée de toutes parts & dan
toutes ses tentatives réstérées, & sur les dix heures
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte con
sidérable qu'il avoir faite & qu'il ne pouvoir plus
résister aux vainqueurs,abandonna une partie de
son artillerie & ses innombrables chevaux de frise , &se retira en laissant des détachemens de Grena
diers, qui tirerent pendant deux heures sur nos
troupes pour cacher là. retraite; leur feu cessa à Mill
nuit,& dès la pointe du jour l'Infant lesfit ÚlÍvrè.
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de ycoa
hommes,tués ou blessés, & cinq piéces de canon.
L'armée Françoise & Espagnole ne compte que
près de 900 morts & 1100 blessés. Lesprincipaux
OfficiersFrançois blesses sont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général; le ChevalierChauvelin
, Brigadier, & le Marquis de la Force,à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués sous le Prince de Conty, & deux coups
danssacuirasse, prouvent les dangers que sa valeur
a surmontés.
Les différentes dispositions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne pense qu'à se retirer
de l'Etat Ecclésiastique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Espagne,est fortsupérieuren forces à ce
Cénéral.*
Espagne.
L EscadreEspagnole,qui a pour Commandant
M.d'Auteuil, a pris dix Vaisseaux Hollandois
Eqluoitftaeisoient partie d'un convoi destiné pour la
qjie le Roi de la Grande-Bretagne a dansla
diterranée; ils étoient chargés d'agrès & de mur
ionsde guerre,lereste du convoi, escorté de
ux Vaisseaux de guerre ,
s'est sauvé, & a été
rJlliTi du coté de l'Afrique.
M. Greffein
,
s Sécretaire d'Ambassade, chargé cette Cour des affaires de la Républiquede
ollande
, a présenté au Ministere un Mémoire au.
pjet de la prise de ces Vaisseaux, il prétendqu'ilsaisoientseulement
voile de conferve avec les
Vaisseaux Anglois.
On mande de Madrid du 27du mois dernier que
Roiapris ledeüil pour trois semaines à l'occaion
de la mort de Madame de France, sixiéme fille
leS. M. T. C.
Le 21, Don AntoineAlos,Brigadier des armée.
II Roi d'Espagne, arriva du Camp devant Coni
d'où il avoit éré dépêché par l'iiifint Don Philip-
)c, pour informer S. M. du détail de l'actionqui
est passée le 30Septembre dernierentre les troupes, combinées de France & d'Espagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine duFerol a mandé auRoi
que La Galere le Princedes Asturies,commandée par-
Don Paul de Larrea,s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du BrigandinAnglois les deux Freres, de 70,
tonneaux, dont la charge consistoit en 1155 quinteaux
de Moruë, & en dix barriques de Saumon-
GENESET 1SLEDE- CORSE. 0 m N mande de Gênesdu25 du moisdernier
1 qu'on va appris que les obstacles de la saison
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
& d'Espagne de coatinuer leSiége de Coni ,l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
décampés le Li,& que les troupes Françoises
Espagnoles, qui n'ont été nullement inquiété
dans leur retraite par les Piémomois
,
étoient sou
Demont. où elles devoient demeurer jusqu'aur
tour des deux couriers
,
qui ont été dépêchés
,
l'u
- par le Prince de Conty au Roi de France, & l'a~
tre par l'Infant en Espagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois, que 1
dernier courierqui est arrivé de Turin a l'a
porté que depuis que l'armée combinée de France
& d'Espagne est retournée dans son Camp fousD
mont, le Roi de Sardaigne a établi son quartier gé.,
néral à Vignolo
, entre cette Forceresse & la Villaj
de Coni.
Selon lesavis reçûsde l'Etat Ecclésiastique,on
ne croit pas que le Prince de Lobckowitsdemeure
encore long-tems dans sonCampdeNemi,&
l'on assure que les troupes qui (ont fous ses ordres,
font fortinférieuresà l'arméedesEspagnols &
èes Napolitains.
GRANDE BRETAGNE.
L E 17 Septembre,le Roi tint à Kensington un
t Conseil d'Etat,& ensuite Et partir des cwi-
Tiers pour Vienne, pour Bruxelles x pour lahlaye.
L'Escadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, est commandée par l'Amiral
Dawers,& est composée de deux Vaisseaux de
90 canons, dedeux de 80, de trois de 70, de quatre
de60
)
& de quatre de 40.
Les revenus des Doüannes ont produit cette "aDnée90000
livres sterlings de.moins que l'année
derniere.
On apprend de Londres du 16 de ce mois, que
le Vaisseau de guerre le Jersey
,
commandé par le
Capitaine Hardy, conduisit le 8 àl'l'ymout les
Vaisseaux François l'Espérance,l'Intrépide, le Men-
, tor & la Marie-Thérese, dont les deux derniers venoient
dela Martinique &de S. Domingue,&
étoient richement chargés.
Un Armateur de l'111e d'Antigoa s'est rendu
maître d'un Vaisseau de la même Nation, à bord"
duquel en a trouvé ioo barriques de Sucre, 54
tonneaux de Caffé & plusieurs tonneaux d'Ill,
digo.
F LAKD R E.
L 'ArméedesAlliés décampa le .9 Août
;
quesques
jours auparavantun de ses détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François, qui tua
plus de 80 hommes & emmena prisonniers plusieurs
Officiers & Soldats.
-
Le Comte Maurice de Nassau
,
Général des tfott-i
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de sa
ladie.
Le 17Octobre, le Comte de Kaunits, Conseiller
Intime de la Reine de Hongrie,& nommé par
elle Grand-Maître de la Maison ;, & Premier Ministredel'Archiduchesse
Gouvernante, arriva de
Vienne à Bruxelles
,
& reçut le lendemain les
complimens desConseils& des Tribunaux.
Les troupes des Alliés, fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont essuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, se sont retirées dans
les quartiers qui leur étoient destinés.
La garnison de la Ville de Constance aabandondonné
cette Ville au seul bruit de l'approche dtr
Comte de Clermont, qui y est entré, & a fait l'Etat
Major prisonnier de guerre; on y a trouvé une
nombreuse artillerie & des magasins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre, l'Archiduchesse Gouvernante de
Flandre ressentit une fièvre violente & des douleurs
très-aiguës, ce qui la détermina à se confesser
& à recevoir le Viatique, le 6 à cinq heures dit.
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par roperariott
usitée. L'Archiduchesse la souffrit courageufejaacnu
-
MORTSDES PAYS ETRANGERS„
DOn Gabriel Bernard de Quiros Velasco y Cueva,
Marquis de Monréal ,Capitaine Généralde
la Province d'Estramadoure ,mourut àBadajos le
5 Septembre
,
âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo
,
Conseiller des
Finances
, mourut à Madrid \cZ ,à l'âge de jf
ans.
Les Marquisde Guendicct8c de Garcia,Lieutenant
Généraux des troupes d'Espagne en Italie, ont
été blessés, & M. de Ktndel/m
,
Aide-MajorGénéral
de ces troupes, a été tué au Combat donné
prèsde la Madonna del Ulmo.
Don Manuel de Toledo, Conseiller du Conseil
des Finances, ci-devant Régent de l'Audience de
Valence, mourut à Madrid le 1-3 du mois dernier;
âgéde 74 ans;
le Marquis d'Olias,Corregidor&Intendant Gé^
a"ic Tolede ,y mourut au commencement du
même mois,dans la 66 année de son âge.
Mre- Leopold-Antoine-Eleuther
,
Baron de Firmian,
ArchevêquePrince de Saltzbourg, y mourut
le 17 du même mois,âgé de 65 ans, cinq mois &
un jour. U étoit fils de François
,
Baron de Eirmian,.
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régiment
d'infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold,& il avoit été nommé Chanoine dcF
Sakzbourgen 1702, Evêque de Lavant en 1718
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725, &
Archevêque de Saltzbourg le 4Octobre 1727. ;
Le Baron de Plettemberg, ci-devant Ministre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire,
mourut à Ratisbonne le 29du moisdernier.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. ***1
- à JW,le Ch. S * *, à Malte le 27 OElabre.,
DEpuis que j'habite notreRocher,mon
cher Chevalier,je vous ai - souvent
écrit que je n'avoisrien a mander
,
sur coin àun habitantdeParis ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui
,
écoutez-moi.
L'Escadre du Roi, commandée par le
€hevalierdeCaylusparut devant Mataç
le premier Octobre & nous apprit à roI fois
la maladie & la convalescence du Roi; le
danger fit sur nous une impression que la
nouvelle de son rétablissement n'essaçoit
pas ; nous eûmesbesoin des afriiraiicespositives
qui nous vinrent de tous les côtés de
son entiereguérison pour respirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
,nous ne lailîrôïïs pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmesde joyesque
nous répandions.
On ne pensa plus qu'à remercier Dieu, Se
à faire éclater sareconnoissance.
Les Trois Langues de France en Corps Se
le Bailly du Bocage,chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter séparément
des Te Deum ,
ausquels le Grand Maître
atëifta dans l'Eglise de S. Jean à l'iflua
d'une grande Messe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'est chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus; il n'avoit rien négligé
came vous le verrez, pour signaler
ion zéle & son attachement pour leZDRoi;
aufft.il s'en est acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique, du moins
je vous assûre qu'on n'avoitjamais rien vû
de pareil à Malte.
L'Escadre du Chevalier de Caylus,composée
de cinq Vaisseaux
,
& à laquelle se
joignit un sixiémeVaisseau François, commandé
par le Comte de Vaudreuil, entra
dans le Port le 19,&la fête fut indiquée
au 16; le 25 au marin, les Vaisseaux furent
pavoisés & parés de flâmes &c de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Nations
;au Soleil couchant,le Commandant
fit une salve de21 coups de canon, & les
5 autresVaisseaux une de 19 chacun;quand
la nuit fut venuë
,
les Navires parurent absolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées; tout étoit formé par des
lumieres ; ces six Bâtimens placés avantageusement
dans le Port & brillans de tous
les côtés, produisirent le plus beau coup
d'oeil que l'on puisse imaginer, pendant
dneux haeurestquie doura centte su.perbe illumi- Le 16 au lever du Soleil, ces Vaisseaux
parurent pavoiséscommeils l'avoient été la
veille, sans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumières ; ce fut alors qu'une décharge générale de la
mousqueterie, suivie d'un salut de 21 coups
du Commandant & de 19 des autres Vaisseaux
avertit toute la Ville de la fête
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
lesfenêtres & les terrasses sur le Port furent
remplies d'un monde infini; le peuple
couvroit le môle & les bastions dans l'attente
du Te Deum qui devoit se chanter sur
le Vaisseau Commandant, & de l'illumination
qui devoit le suivre ,
mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs
c'étoit le Grand Maître y
,
qui a fait en cette
occasion ce qu'aucun de ses prédécesseurs
n'a pratiqué; jamais il n'yen a eu qui ait
été visiter ses propres Vaisseaux
, encore
moins qui soit monté sur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignorait
par cet article de l'étiquette, ne laissa pas
d'aller à la tête des Capitaines & des Officiers
de son Escadre, prier son Eminence
d'honorer la fête de sa présence; le Grand
Maître charmé de témoigner sa vénération.
lonr le Roi, oublia les usages les plus anziennement
établis; il sortit à quatre heures
5c demie de [on Palais, précédé de tous les
Chevaliers qui sont à Malte & suivi de
resque tous les Grand'Croix, des Baillifs
k des Seigneurs du Conseil des différentes
Nations. Environné de cette Cour respectable
,
il vint à pied jusques à la Marine;,
tous les canots de l'Escadre allèrent au-devant
du Grand - Maître
,
qu'une superbe
Gondole attendoit & dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix >
Jk son grand Ecuyer en habitdecérémo^
bie ; les principaux Officiers du
lement en habitsdecérémoniele préçéloient
dans une autre Gondole.Les Cheva
t iers avoientrempli les canots & tous les
petits bâtimensque le Commandant avoit
Fait trouver au mole. Le Grand-Maîtrevoguoit
lentement au bruit des tymbales ôt
trompettes,& les Vaisseaux François devant
lesquels il passa, le saluerent de septVive
le Roi.
Quand son Altesse fut arrivée au Com-
Enandantelle trouva sur une espécede perton
que l'on avoit ajouté au pied de l-,-
grande échelle,tous les Capitaines dé l'Escadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
II donna le bras au Grand-Maître & l'aida 4.
nonter,tandis que les équipages Moient
retentir l'air de cris redoublés de Vive
Roi, Son Eminence trouva au haut de l'i
chelle les troupes fous les armes , & fut f.
luée par leurs Officiers; elle passa sur ]
gaillard,où les Officiers de la Compagni
des Gardes de la Marine la saluerent égale
jnenr quarante de ces Mrsétoienrsous h
armes,ils les présenterent avec tant degra
ce.que le Grand-Maîtreen sur charmé, s'arrêta quelques momens pour voir & m
,mirer. cette jeune noblesse
,
dont plusieurs
sont de notre Ordre, ensuitele Grancl-1
tre entra dans la chambre du Canseil,à
porte de laquelleun Garde Marine étoit fil faction l'épée nlië" ; son Eminence s'assitsu
un fauteuil placé sur un tapis de pied ; toiles
Grand'Croix étoient assis autour de lui
tine décharge de moufqueterie fut le fignj
d'une falve générale de toute l'artilerie
des Vaisseaux ; S.E. après quelques moment
d'une conversation polie & agréable,vouli
visiter l'intérieur duVaisseau ; tout y ét.
dispose comme pour le combat; le Grand
Maître alla par tout, examina&parut chai
mé de l'ordre & de la propreté de ce bea
Navire,il vint ensuite sur le- Gaillard & 1
plaça fous un Daisqu'onlui avoit prépara
Tribord.CeGaillardformoit alors un (tII
magnitique, au fond duquel lesGardes
la Maxine étoient sous les armes,& dçg
fie ces Mrs étoient en faction aux côtés du
Dais; les Grand'Croix etoientassis
,
ôç les
Chevaliers avec les Officiers de l'Escadre
étoient debout. Le Père de Lespinasse
, Jesuite,
AumônierduCommandant, vint à
la tête des Aumôniers de l'Escadre complimenter
le Grand Maître,avant que de lui
presenter l'Eau-Bénite,ensuite il alla devant
un Autel richement paré, & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Musique de Malte, que le Chevalier de
Caylris avoir placée sur la Dunerce,.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent,on avoit placé le
Portrait du Roi. Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier, l'effet que cette
vue produisit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étionsassemblés, c'étoit pour lui que
nous venions intéresser le Ciel; nos coeurs
en furent remués; les différentes Nations
quiétoient avec nous ,
s'en apperçurent,&
convinrent que jamais aucune Nationn'a
aimé son Roi comme les François aiment le
leur; Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raison de cet amour si tendre & si vif;voici
celle que noustrouvâmes;je crois que c'est
la véritable, du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
sentimens. Toutes les Nations, même les
plus fidelles
, ne voyent que leur Maître
dans la personne de leur Roi, les Françoi"s1
vont plus loin,ils y voyent un Pere,au
quel ils doivent tout, & un ami pour lequel
ilsmourroient. Ces Mrs avouerent:
qu'il falloit que cela fut ainsi, pour furprendre
les François dans les mouvemens.
involontaires de crainte ou de tristesse dont
on voit bien qu'ils ne sont pas les Maîtres, d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quand les prieres furentfinies, le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conseil
où le Commandant lui servit luimême des
rafraîchissèmens ; on en présenta à tous les
Seigneurs,parmi lesquels étoit l'Evêque
de Malte & le Prieur de l'Eglise ; ces deux s
Prélats ont assisté à toutes les prieresqu'on
a fait pour le Roi, & se sont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit l'objet. Tous les Officiers s'approcherentaussi de
son Eminence; ce Prince les reçut avec une
politesse & un air de satisfaction,qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par sa présence; il fit donner.
7 5 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher, au premierPilote & au
plerielm, ier Canonnier,enfin au coucher du Sole
Grand Maître parût sortir à regret
du Vaisseau; il fut conduit avec les mêmes
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à descendre & à entrer
dans sa Gondole; à peine fut-elle débordée,
qu'une salve générale d'artillerie & demôuk
queterie se fit entendre.
* Le Grand-Maître
, pour ne rien perdre
de cette fête, vint débarquer à son jardin
de la Marine, dont il avoir fait illuminer le
beau salon
, pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaisseaux dont il n'avoit
pu joüir:laveille & ce jour-là tout
concourut à lui donner un magnifique spectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans son jardin, S. E. retourna sur les neuf
heures à son Palais, mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fournidoit cette brillante Escadre
, ce Prince
paa:i à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Castille ; sa Cour étoit un
peu moins nombreuse qu'en arrivant à son
jardin; 70 Chevaliers ou Baillifs de différentes
Nations qui l'avoient suivi,revinrent
au Vaisseau du Chevalier de Caylus,ou il
les attendoir avec le plus grand & le plus
magnifique souper, qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere
,
les vins
précieux & la Musique firent durer jusqu'au
jour un souper qui lui seul eut été
une fête magnifique.
COAiPLIAiENSaireffès au Roi, à
la Reine, à Monseïgneur le Dauphin C à
Aiefiames, par les six Corps des ALirchands,
le Dimanche i5 Novembre. O N'a oublie d'insérer ces Complimens
dans le premier Volume; ils sont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre, qui dans
cette occasion a prêté sa plume à sa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour son Roi.
Au Roi.
SIRE,
Après tant d'éclatans témoignages de respect,
d'amour, de douleur & de joye, de
simplesCitoyens trembleroient de paroître
devant V. M. si le langage des coeurs, le
kul qu'ils puissent employer, n'éroit pas
toujours bien reçu d'elle.' Notre profession
est d'entretenir par nos travaux
l'abondan-
(je) que la sagesse de V. M. fait fleurir,&
que ses conquêtes nous adurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ses prérogatives, mais le
zéle est commun à tous ainsi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers,
les actions de grace de votre Clergé,les
Harangues de tant d'illusties Compagnies,
nos foibles voix enfin, tout part du même
principe, & tout éprouve la même bonté.
A LAREINE.
MADAME,
Quelquefois la foule ds hommages devient
importune, quand ils ne sont que
des respects ,mais la vertu écoute toujours
avec farisfaction tous les transports qu'elle
inspire,& c'est à elle que nous parlons:
c'etf elle qui augmenta nos douleurs; c'est
elle qui ajoure aujourd'hui à notre joye , Se
qui nous encourage à l'exprimer; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la.
France, de ce Peuple innombrable, dont la
voix toujours fidelle est l'interpréte de la
vérité, de la nature, & qui destituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur deV.M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
MONSEIGNEUR,
Il nous est permis d'oser joindre ici nos
acclamations à votre joye
, & pour comble
de bonheur, après nous être prosternés de- -
vant un Roi, qui remplit tous nos désirs ,
nous sommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos esperances.
A Mesdames.
MESDAMES,
Daignez recevoir ici les témoignages simples
& sinceres de nos respects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
osserts avec plus d'appareil & d'éloquence.
ETATdes performesquifont allées sur la
frontiere Ii'fPaDgneareucevpoirhMïandaeme.la 1
U Ne Dame d'honneur,Madame la Duchesse
deBrancas.
3 Dames de Compagnies.
Mad la Duchesse deCaumont,
Mad. la Marquise du Roure
Mad. la Marquise dePons.
Une premiere femme de Chambre
,
la Dame du
Four, 4Autres.
Une Coëffeuse.
Une Blanchisseuse ou Empeseuse.
Une fille de Garderobe.
LeChevalier d'honneur de la Princesse, M.le Marquis
de la Faire.
Le premier Ecuyer, M. le Comte de Rubempré.
Un Sécretaire du Cabinet, M. de Verneuit
Un Maître des Cérémonies, M.Delgranges.
Un Ecuyer du Rois, M. de la Rivoyre.
Chapelle.
M. l'Abbé Daydie, Aumônier.
Un Chapelain, M.l'AbbéPaigné.
Un Clerc de Chapelle, M. l'Abbé de la Vallée.
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Rai, M. Marcor
UnChirurgien.
UnApotiquaire.
UnAide-Apotiquaire.
Chambre& Garderohe..
t HuilIiers de la Chambre du Roi. zziVVaalleettssddeeCGhaalmdebrioeh,e, Irdd..
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
1 Portemanteau du Roi.
Valets de Chambre Tapiniers, Id,
2. Portemeubles, Id.
L Portefaix, Id.
Gardes du Corps.
Un Chef de Brigade, M. le Bailly de S. André.
Deuxexempts. Deux Brigadiers. -
Deux Sous-Brigadiers. : 50Gardes.
IITrompette. ClercduGuet.
1 Maréchal ferrant.
Cent Suifes.
1 Fourier.
I Caporal.
I2Suisses.
Gardesde la Porte.
i Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers. 4Gardes.
Maréchaux& Fouriers.
x Maréchaux.
a Fouriers.
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi, M. le Marquis
de Coulanges
I Contrôleur Clerc d'Office.
I Commis du Contrôleur-Général. i Commis de la Chambre aux deniers. 2Gentilshommes servans.
I Waguemestre.
i Aide Waguemestre.
1 Sous AideWaguemestre.
2 Huissier de Sale.
Bouche.
2 Chefs de Panneterie.
I Aide.
it Sommier,
1 Chef d'Echansonnerie, bouche.
1Ayde.
2 Sommiers.
I Garde vaisselle
,
gobelet.
I Lavandier de Panneterie
,
bouche
2. Ecuyers de la bouche.
1 MaîtreQueux.
1 Hâteur.
I Potager.
2. Enfans deCuisine.
) Patissier.
1 Porteur.
1 Huissier.
1 Avertisseur.
1 Sommier du garde manger.
] Sommier des broches.
1 Garde vaisselle
,
bouche.
Grand Commun*
1 Chef de Panneterie.
1Aide. 1Sommier,
x Chefs d'Echansonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2 Ecuyers de Cuisine
,
Commun.
2Maîtres Queux. 1Hâteur.
1 Potager.
1 Patissier.
] Garde vaisselle extraordinaire.
1Verdurier.
1 Huissier.
2. Enfans de Cuisine.
2 Porteurs.
2 Sommier du garde-manger.
I Sommier desbroches. 4 f IFalotier.
2Huissiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie. 2Aides.
2. Sommiers. IChef deFouriere. IAide.
1Lavandierde Cuisine
,
I bouche & commun. Portetable
1 Bouteillier du Chambellan. -
:J Lavandier de Panneterie commun.
Ecurie.
6 PagesduRoi.
6 Grands Valets de pied.
5 Petits.
2. Cochers.
2Portillons.
2 Founers. :
•i Maître Palfrenier.
5 Garçons d'arrelages.
6Aides aux chevaux de selle.
1 Maréchal.
i Charron.
I Bourlier-Sellier..
t Muletiers.
Porteurs.
CO PIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneurl1Archevêque
de Paris, pour faire
chanter le T E DEUM ht sltliom de
graces des heureux succès de la Campagne
du Roi, C en particulier de la Prise de la
Vdle de Fribourg.
MOn Coufin
,
le moment que j'attendois
avec tant d'impatience est arrivé
,
où je puis
rendre à Dieu, au milieu de tout mon Peuple,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont ilnousa comblé. Illui a piû de feconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mesArmées: il a daignérécompenser l'amour
que je porte à mes Sujets
,
& couronner,par
des succès
,
le désir que j'avois de contribuer moimême
à leur fureté & à leur gloire. MesConquêtes
en Flandres ont étéaussi rapides qu'elles
étoient importantes; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés, reconnoissantleur foiblesse
,
n'osant pas seprésenter à force ouverte ,
&
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas, ont surpris des passages pour pénétrer
dans mes Etats, mais la valeur de mes Trouves
m'a donné le tems de voler à leur secours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes
,
ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu,& Dieu
qui m'en donnoit la force & la volonté
,
paroissoit
approuver mes desseins.Sialorssa grace toute-puissante
a paru m'abandonner un moment; si après
m'avoir protegé dans des entreprises difficiles, il a voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
dangers,ce moment d'allarme n'a servi qu'à me
faire sentir plus vivement l'excès de sa bonté, 8c
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puisse êtrepour un Roi. Sa Providence a voulu
que je ~jo. de tout l'amour de mes Sujets, sans que les marques en fussent suspectes, & que
me survivant à moi-même, jevisse les regrets que
je laissois après moi: voilà de tous ses dons, un de
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
mon coeur, sçait combien le prix d'être aimé, y
prévaut sur un vain désir de gloire, qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que sa bonté daigne achever
son ouvrage ; que ce ne soit pas vainement que
mon Peuple me foit cher; que sa protection me
fournisse les moyens de rendre ce Peuple heureux
parla. Paix,& que mes Victoires ne me fervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis, la
moindre espérance de pouvoir me nuire. La prise
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere ,les places de l'Autriche
Antérieure que je lui ai soumises
, tout acheve de
les convaincre, que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protège
sivisiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut; qu'ils se lasssent des maux de leurs
Pays,s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils se souviennent que la France,en possestion
de défendre les Souver ins opprimés, ~n'armais
soutenu que des causes justes
, & qu'ils soient
enfin convaincus
,
qu'une Nation guerrieie
,
qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur, ~ime fort
Maître autant qu'elle en est aimée,nicombat
pour l'équité, doit tôt ou tard,par la Miséricorde de
Dieu,triompher de tous ses ennemis-Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à sa divine bonté, je
fie puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire)
que mon intention est, que vous fassiez chanter le
TeDeum dans votre Eglise Métropolitaine & autres
de votre Diocèse
, avec les solemnités requises
, au
jour & à l'heure que le Grand Maître
, ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part, & que
vous y invitiez tous ceux qtl.l conviendra d'y assister
: sur ce ,
je prie Dieu, qu'il vous air, mon
Coufin,en sa fainte & digne garde. Ecrit à Versailles
le vingt-un Novembre mil sept cent quarantequatre.
Signé, L 0- U I S ; EtplIHas) PHtitpeaux.
Etau dos est écrit:Amon Cousin l'Archevêque
de Paris,Duc de Saint Cloud, Pair de France,
Commandeur de 1'Qrche du Saint-Esprit.
M. l'Archevêque de Paris, donna son Mandement
en conséquence, dont la teneur fuit.
, CHARLES-GASPARD-GULLAU-ME
DB VINTIMILLE,.&C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
sensible de la protection du Ciel, cette suite d'événemens
avantageux, qui, depuis que le Roi s'est:
rendu à la tête de ses Troupes,ont relevé la gloirede
ses Armes, & entrelesquels l'un des plus importansest
La prise de la VilledeFribourg
,
& des.-
Tous quila commandent.
Le premier foin de Sa Majesté au retour de ses
expéditions~té de remercier le Dieu des Armées
dessecours qu'il enareçus r & de lui rendre fesvoeux
devant tout son Peuple, dans ce Temple Augtifle'oùI!
on ar offert tant de Sacrifices pour le
succèsdeses entreprises, au milieu de cette Capitale"
comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les sentimens deReligion&de gratitude r dont soncoeurétoit pénétré.
Aujourdhui ce même Monarque,par la Letttçj
que nous vous communiquons, Be qui
feraàja
mais un monument précieux de sa piété envers
Dieu & de sa undresse pour ses Sujets
, nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de folemnelles
Actions de graces pour les différentes sa
veurs dont ill'a comblé, & en particulierpourl'int-J
portante conquête que cePrince, revenu à peiofli
des portes de la mort, a entreprise avec tantdai
courage,& qui a signalé glorieusement la fin de ïal
campagne.
Animés par un exemple si édifiant,fournis à des
ordres si respectables
,
saisons retentir le lieu Siint
duchantde ces Cantiques consacrés par l'Egliseà
la reconnoissance des bienfaisque Dieu répandsur
nous: allons aux pieds des Autels faire à celui quei
nous y adorons, l'hommage de nos prospérités&
de nos triomphes:recormoissonsque nous en sommes
redevables à sa mainbienfaisante, & loin de:
les attribuer uniquement à l'industrie & au couragei
de l'homme,écrions-nousavec cette multitudes
d'Esprits Célestes, qui environnent le Trône dq
l'Agneau:A notre Dieu, Bénédiction,Gloire, SaleJIe
r
Actions de graces, honneur
,
Puissance& fin*
dans lesjiéclu dessiécles.
Après l'avoir remercié de ce que sa divine bonté
a fait pour nous, prions-le de nous donner de nous
Telles preuves de sa proteétion
, en calmant les
troubles dont l'Europe estagitée,& en nous
rendant
un bien que nous avons lonpems possedé.
sans en connoître assés le prix: demandons IWqn,i:
dissipe les jalousies & les défiances qui ont enfante
les cruelles divisions d'où naissent chaque jom
tant demalheurs & de dé sordres : conjurons-le
d'éloigner de nos Frontières l'un des plus redouta
-
Mes fléaux de sa colere ; de briser & de mettre dJ
pièces
, ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres, que les hommes ont inventées pour
leurmutuelle destruction.
Puissions-nous
, par une heureuseréunion des
Puissances divisées, jouir dans peu du fruit de nos
Prieres
,
voir bien-tôt succéder aux horreurs d'une
Guerre sanglante
,
les douceurs de la Paix, & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux,
contre qui nous implorons avec ardeurl'assistance
du Ciel!
A ces causes
,
après enavoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen
,
Chanoines & Chapitre
de notre Eglise Métropolitaine,Nous ordonnons
: que le Te Deum, avec le Verset, BenedicamusPatrem&
Filtum, &.& l'Oraison Pro grJltiarum
actione ;
l'Antienne Domine salvum sac Regem
,
sec, le Verset Fiat manus tux ,
fat & l'Oraison
Pro Rege & ejus Exercitu, fera chanté Mercredi
prochain deux du présent mois de Décembre,dans,
notredite Eglise, en actions de grâces des heureux
succès de la Campagne du Roi,& en particulier dela
prise de la Ville & des Forts de Fribourg. Que-
Dimanche six du même mois, il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroisses
& Communautés Séculières & Régulières de lat
Ville & des Fauxbourgs de Paris; & le Dimanche:
qui suivra la réception de notre présent Mandement,
dans toutes les autres Eglises de notre Diocèse.
Si vous mandons, que ces Présentes vous;
ayez à notifier à tous Abbés, Prieurs,Curés, Superieurs
& Supérieures des Communautés exemptes
& non exemptes ,
à ce qu'ils n'en ignorent.
Donné à Paris en notre Palais Archiépiscopal
,
1er
premier Décembre mil sept cent quarantequatre-
Signé C H A l\L ES, Archevêque de Paris,
MANDEMENT de M. le Cardinal de
Tencin, Artheveqiie & Comte de Lyon,
pour faire chanter le Te Deuni, en AC4
tionsdegrâces de la prise de Fribourg.
pIERRB DE GUERIN DE TENCIN
&c.
Vousvoyez,mes très chers Freres, dns1J Lettre
que le Roi nous a faitl'honneur de nous adresser,
les motifs de la reconnoissance que vous devez
au Seigneur pour les succèsde la Compagne de Sa
Majesté
,
& en particulier pour la prisede Fribourg
qui l'a si avantageusement terminée; mais ce qui
doit vous rendre cette Conquête pluschere & plus
précieuse encore, c'est la nouvelle gloire dont elle
couvre le Roi, & la nouvelle preuve qu'elle fOllrnit
de son amour pour son Peuple. Elle est l'ouvrage
des premiers momens de sa convalescence. A
peine échappé, comme par miracle, de la malarilla
plus dangereuse
,
il s'est hâté de reprendre les
travaux qu'elle avoit interrompus, & de courir à
de nouveaux dangers.Touché des marques si
vrayes que ses Sujets lui ont données de leur tendresse
,
il a voulu la mériter, pour ainsi. dire, encore
davantage,& lesenrécompenser. Qu'elle crois-,
se donc aulîî encore, s'il est possible
, cette tendresse
pour un Monarque qui en est si digne, dès
qu'il en fait foh bonheur Se sa gloire! A ces caules)&
c. jt .4
MORTS.
L E 7 Septembre ,D. Anne Marie-Thérese Spinola,
néePrincesseduS.Empire&Epouse de
M. Paul-Edouard d'Estouteville,en possessîon des
nom & titre de Duc d'Estouteville en vertu de la
Charte d'Erection de ce Duché par François I en ]534) ci-devant Mestre de Camp Lieutenant du
Régiment du Roi Dragons,& actuellement Maréchal
des Camps & armées de S. M. &c. mourut
à Paris, & fut transportée le si de la Paroisse de S,
Sulpice en celle de S. Eustache
, pour y être inhunléedaos
la Chapelle de Colbert & au tombeau de
M.Colbett Ministre d'Etat,ayeul paternel de M.
d'Estouteville
,
de qui elle ne laisse point d'enfans.
Madame d'Estouteville avoit été mariée le 25 Juin
1714 ,
& étoit âgée de 58 ans. Elle étoir feue cadette
de feuë Madame la Duchesse de Nevers,
morte le IIJanvier 1738,& comme elle fille de
jean-BaptisteSpinola, Prince du S. Empire & de
Vergagne dansl'Etatde Génes, Grand d'Espagne
de la premiere Classe
,
Lieutenant Général des armées
de S. M. Catholique,&c. & de D. Françoise
Coterel du Bois de Lessines.
Si l'on veut s'instruire plus particulièrement de
cequi regarde la Généalogie de Mad. d'Estouteville
& de la feuë Duchesse de Nevers, on peur
voir 1°. l'Histoire de la Maison Spinola, donnée
au Public en 1696 , par le Pere MaximilienDéza;
2.o. l'Ouvrage d'AugustinFranzoneChevalierGénois
, sur les vingt-huit premieres Maisons de la
République de Gênes, à la tête dcfquelles il met
celle de Spinola: & 3°.l'Abrégé Manuscrit de II
Généalogie de cette même Maison dresséesurtitres
par Lucas Salazar Chronologiste du Roi d'Espagne,
Conseiller au Conseil des Ordres Militaires
,
Commandeur
de Calatrava.
Le MarquisdeLeuville, fils du Lieutenant Génétal
de ce nom,& neveu du Bailly de Givri, mort
il y a quelque-rems à Embrun des blessures qu'il a
reçues àPatraque du Château Dauphin,a été tué
par un Parti de Vaudois,en allant joindre les troupes
commandées par le Prince deConty.
Jean- Baptiste Du Tdu
,
Conseiller d'honneur
au Parlement de Paris, & cy-devant Président
d'une des Chambres des Enquêtes, mourut à
Paris le huit, âgé de 59 ans.
Mre JeanBoubier, Ancien Evêquede Dijon,
mourut dans ce Diocèse le quinze,âgé de près de
79 ans; il avoir été le premier Evêque de cette Capitale
de la Bourgogne.
Charles Marquis de Ste Maure, Vice Anviral
du Levant, Grand'Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis, mourut à Paris le 13 ,âgé de 91
ans.
Jerôme Augustin Boissel de Darville
,
Brigadier
des armées de France
,
& Gouverneur de la
Ville de Raye, mourut à Paris le même jour dans
sa foirante &quatrième année.
Madame de France
,
sixiéme Fille du Roi, mourut
à l'Abbaye de Fontevrault le 28
,
âgée de huit
ans, 4 mois & 11 jours; elle étoit née à Versailles
le 16 Mai 1736.
Dame Marie Claude Cabouetde Beauvais
,
épouse
du Comte de Chabanes, Lieutenant Général des
armées du Roi, Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Françoises
,
& Grand'Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, mourut à Paris le
ig ,
âgée de 50 ans.
M. de Solemi,Brigadier & Lieutenant Colone
du Régiment de Cavalerie de Conty,a été tué erk
Italie, en marchant sur les tracesde son Prince, aw
Combat donné près du Convent de la Madonna
del Vlmo.
Le Marquis de Bense,Capitaine dans le Régiment
de Dragons du Roi, a été tué à l'attaque du Fort
de Rhinfeldt
,
sur le Rhin
, emporté par les troupes
commandées par le Chevalier de Belle-lsle.
Le Chevalier de Courtomer & h Marquis d'Avernes,
tous deux Lieutenans au Régiment des Gardes
Françoises, ont été tués en signalant leur valeur au
Siège de Fribourg.
Mre Leon de Beaumont,Evêque de Saintes,&
Prieur de S. Etienne deMortagne
, mourut dans
- son Diocèse le 10 Octobre, âgé d'environ93 ans-
M. de Boëhmer. Ministre du Landgrave de HeÉfe
T'ABLEf
PIIBCIs FUGlTlYES en Vers& enPtôsé;
Imitation de l'Ode vinet-untéme du troifiéine
Livre d'Horace, 0 ntutAme cum Confttle Manlio
, -3
Essai sur la Vie & les Ourrages de M. Rigaud\
&c. 6
Epitre à M. de Volteire, n
Réponse du P. Texte sur VAngélus, 16
L'Ami parfait, 14
Expériences de Phyfichue
, ;r
Imitation de l'Ode rroifieme du fécond Livre(Pliorace
, Mqunm memento,&c. 34
Nouvelle découverte sur les Notes des AbbréviatÎons
t 36
Stances sur l'Air d'issé, les doux Plaisirs
y
&C.45
Le baiser
,
46-
Vers à M. de Voltaire
,
ibid.
Séance publique de l'Académie des Sciences, Extrait
, 47
Epitre à M. Bouguer
,
&c. Si
Manuscrit traduit de l'Arabe par M. Jacques, 8f
Nouvelle Epitre au Roi-par M. de Voltaire,1x4
HuitainsurLouisleBien-aimé, lie
Epitre au Roi, 117
Exrrait d'un Ecrit intitule
,
Réfutationsy8cc. 110
Explicationde l'Enigme & du Logogryphe de Novembre,
premier Volume) 13Q
Enigme & Logogryphe
T
IîI
Chansonnotée, 132-
NOUVELLES LirrFRAiPîs, DES BEAUX-ARTS,&C.
Voyages du Capitaine Lade
>
Extrait,153
Dîfleitatîons tur la Fondationde Marfcillé,£*»
trait, 143
Voyaesje Avantures du Comte de, &c.- I4?
Mémoires'deMelvil,ibïd.
Les Eléinens de la Médecine Pratique, ibid.
Nouveau Livre d'Ecriture
, 150
Ouverture du Collége Royal, 151
Estampes nouvelles
, ilt
Essence Ballainique, ibid.
Spectacles, la 154
Nouvelles Etrangèrest Turquie
,
Ruffie
,
Prusse,
163
Allemagne, 16s
Saxe, 1^7
Hambourg, Ï71
Pologne
, 174
Francfort) Baviere, 175
Italie
, 177
Espagne
,
178"
Gènes & Isle de Corse, 179
Grande Bretagne , 180
Flandre » , 191
Morts des Pays Etrangers 18z.
Fère donnée à Malte par le Chevalier de Caylus,
18+
Complimens adresses au Roi, à la Reine, &c.
ISX
Etat des personnes qui font allées receyoir Madame
li Dauphine, 194
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris & son
Mandement en conséquence, 19?
Mandement du Cardinal de Tencin
, 204
Morts, iO£
JJicvec & Privilège du Roi pour le Mercure.
Errata du premier Folume.
p Age 7.., ligne4, i publier, lisez,à publier!
P.12,l.16,n'y, l.ni.
P. 17 ,
1. antépenultiéme, créance,l. croyance.
P. 1.0 ,
1. 3 ,Stuard
,
l. Stuart.
P. 11,1.z,lesDominiquin,l.les Dominiquains
P. 31 , ld
,
caprice ;
l. caprice,
Ibid.1.26 doitl.il doit.
P,31,l.7 du bas, guai,l. gai.
F. 40 ,l 8, ces mots font composés, l. ce mot est
composé.
P.50,l 9,Pentiévre, Fenthiévre.
P. 54, l. 14, Le Poisson
,
même qui s'éfance, l. Le
Poisson même,qui s'élance.
P. 58,l.14, n'avoient ,l. n'ont.
P. 6f
,
l. 3 & 4 du bas, Prieur, l. Prieure. ec, l. ce.
P. 93 ,
1. 13, ôtezla virgule aprèspréféré.
P. 100 ,
l. I ,
Prddesseur
;
l. Prédécesseur.
P. 105, 1. 14 & ij ,
rendues, 1. rendus.
bREVE T qui étcctrde le Mercure de
France attx Sieurs Fufelier & lA Brucre.
A U J0URD'H U 1 trente-an Octobre mil
sept cent quarante quatre ,
le Roi étant au
amp devant Fribourg, voulant que le Mercure
France, que le désunt Sieur de la Roque comosoit
tous l'es mois, soit continué avec toute l'acention
convenable à un Ouvrage aussi utile qu'aéableauPublic.
Sa Majesté bien informée des
alens & de la sagesse des Sieurs Louis Fufelier
c Chartes-Antoine le Clerc de la Bruere
,
isis les a & nommés pour cornpofer à l'avenir leMerure
de France exclufivemenr à tous autres ,
& ce
nt qu'il plaira à Sa Majesté, laquelle, veut & oronne
à cet effet que toutes Lettres de Privilege
sur en soient expédiées, aux conditions neanmoins
de ne pouvoir céder ni transporter leur
partdans ledit Privilege à quelque personne que ce
puisse être, survivant l'intention de SaMajesté étant que le
des deux en jouisse en entier Veut eaoutre
Sa Majesté que lesdits Sieurs Fuzelier Se
la Bruere partagent entre eux le travail pour la
compositiondudir Ouvrage, & les émolumens
quh proviendront d'icelui par égale portion, le
tout à commencer au mois de Novembreprochain,&
pour assurance deTa volonté, Sa Majesté
m'a commandé d'en expédier le présent Bréver,
qu'elle a figné de sa main & fait contre-signer par
moi Conseiller, Sécretaire d'Etat & de ses Commandemens
& Finances.
Signé LOUIS.
Et plus bas)PHIITPJIAU*.
Et au dos est écrit; -
Itegifirésur le Rtgij/re onze de la Chamhre Poyag 6 Syndicale des Libraires & Imprimeurs iè Parisil
N* 394, folio 13j ,
conformément aux anciens Re.
glemens, confirmés par celui du 2,8 Février 171JJ
A Paris le dix Décembre 1744.
Signé) Vinc 1NT, Syndic,
I PRIVlLEGE PV ROI.
FL m
OUI S par la grace de Dieu, Roi de France
& de Navarre: A nos amés & féauxConfeilers
,
les Gens tenans nos Cours de Parlement,
Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel GrandConseil, Prévôt de Paris, Baillifs , , Sénéc
haux
,
leurs Lieutenans Civils & autres nos justiciersqu'il
appartiendra. S A L UT, nos chers 3c
bien amés Louis Fuzelier& CharlesAntoine le Clerc
it la Bruere
,
Nous ont fait remontrer, que l'applaudiffement
que reçoit le Mercure de France,
Nous a fait croire que le sieur de la Roque titulaire
du dernier Brevet étant décédé,il ne convient pas
que le Public foit privé à l'avenir d'un Ouvrage
aussiutile qu'agréable, tant à nos Sujets qu'aux
Etrangers ; c'eû dans cette vue que bien informée
des talens & de la sagesse des (leurs Fuzelier & le
Clerc de la Bruere,Nous les avons choisis pour composer
à l'avenir exclusivement à tous autres ledic
Ouvrage, fous Je titre de Mercure de France,8c
Nous leur en avons accordé à cet effet notre Brevet
en datte du trente-un du mois dernier, à conditionque
le survivant des deux jouira seul de la sa.
culté&Privilège,pour l'exécution duquel ils Nous
ont très-humblement supplié de leur accorder nos
Lettres sur ce nécessaires. ACES CAUSES,
Voulant traiter favorablement lesdits fleurs Exposans,
Nous leurs avons permis & permettons par
ces Présentes de composer & donner au Public à
l'avenir tous les mois, à eux seuls exclusivement à
tous autres ledit Mercure de France, qu'ils pourront
faireimprimerenun ou plusieursVolumes conjoin
tement ou séparément Se autant de fois que t*'
leur semblera chaque mois, & de le faire vendre
débiter partout notre Royaume; Pays Terres
Seigneuries de notre obéissance, pendant le teij
espacede vingt années consécutives,à compi
du jour de la datte des Présentes,àcondition néé
moins que chaque Volume porte ion Approbatid
expresse de 1 Examinateur qui aura été commis
cet effet
t
& en outre Nous avons revoqué& »«
quons tous autres Priviléges qui pourvoient a.vq
été donnés cidevant i d'autres qu'ausdits sie
Exposans
,
faisons défenses à tou perfcwï^
de quelque qualité & condition qu'elles soiai
d'enintroduire d'impreniortou Gravure Etrangen
dans aucun lieu de notre obéissance, comme auffl
à tous Libraires-Imprimeurs, Graveurs Imprii
.meurs ,
Marchands en Taille-douce & autres d'ime
primer, faire imprimer
, graver ou faire graver
vendre, faire vendre,débiter ni contrefaire ledit Li
>rre ou Planches en tour ni en partie, ni d'en faire
aucuns Extraits sous quelque prétexte que ce soit
d'augmentation, correction, changement de Titre
ou autrement sans la permission expresse ou pau
écrit desditssieursExposans ou de ceux qui auront
droit d'eux
,
le tout à peine de confiscation tanr dM
Planches que des Exemplaires contrefaits & des ufi
tenciles qui auront servi à ladite contrefaçon
, quel
Nous entendons être saisis en quelque lieu qu'il
soient trouvés, de six millelivres d'amende confro
chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous, ami
.tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers aulditîj
sieursExpo£âns,& detous dépens dommages & imé-3
jrêts
,
à la charge que ces Présentes feront en r.egi(
-trées tout au long sur le Registre de la Communauté
ddees Libraires & Imprimeurs de Paris)dans trois moisi la datte des Présentes ,& que iliniplclboa de ces
Livresera kite dans notre Royaume & non aîfr
leurs, & que les Impetrans se conformeront en
toutauxRéglemensdela Librairie & notamment i
celui du dix Avril milsept cent vingt-cinq, &
qu'avant de lesexposer en vente, les Manuscritsou
Imprimés qui auront servi de copie à l'impression
désdits Livres feront remisdans le même état ou les
Approbations y auront été données ès marnadeno-*
tretrès-cher & féalChevalier Chancelierde France
,
le sieur Daguelieau
,
Commandeur de nos Ordres
, & \:lu'd en fera ensuite remis deux Exemplaires
de chacun dans notre Bibliothéque Publique
, un dans celle notre Château du louvre,&,un
danscelle de notre très cher & féal Chancelier de
France,se tout à peine de nuilité des Présentes
,
du
contenu desquelles vous mandons & enjoignons
de faire jouir llfdirs sieurs Exposansou leurs ayants
cause
,
pleinement & paisiblement,sans souffrir qu'il
leut foit fait aucun trouble ni empêchement. Voulons
que la copie des Présentes qui sera imprimée
au commencement ou à la fin desditsLivres soit
tenuë pour dûëment signifiée, & qu'aux copies collationnées
par un de nos amés & féaux Conseillers
Secrétaires, foi foit ajoutée comme à l'Original.
Commandons au premier notre Hussier ou Sergent
sur ce requis de faire pour l'exécution d'icelles
tous Actes requis & nécessaires
,
sans demander
autre permimon & nonobstant Clameur de
Haro, Charte Normande & Lettres à ce contraires
,car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le
treizième jour de Novembre, l'an de grâce mil
i sept cent quarante-quatre & de notre Régne le
t trentiéme.
Parle Roi enfon Conseil, NOBIET.
Régijlrésur le Régijlre onze de la Chambre Roynié
i
ëm Syndicale des Libraires & Imprimturi, fous le
même Nnmero & le même folio que le Brevet attaché
fous le présentcontre-scel ( N°. 3^4, fol. 133
conformément au Reglément de 1713 ,qui fan défense
Art. 4, à toutes perjonnes de quelque qualité qu'elles
[oient, autres que les Libraires & Imprimwrs, de
vendre, débiter & faire afficher aucuns Liires Pmur
les vendre en leurs noms , joit qu'ils s'en d'fcnt les
tuteurs ou autrement,& à la charge de fournir k
ladite Chambre Royale &- Syndcale des Libraires çj*
Imprimeurs de ParishuitExemplaires de.hacun Ba
par chacun mois, preferitsparl'Article 1
as
du irênis
Reniement.A Paris le 10 Decembie 1744.
la Planche gravée doit regarder la page 44
La Ch-anson notée, la page 131
SECOND VOLVME.
A PARIS,
Ché
GUILLAUME CAVELIER,
rue: s.Jacques.
La Veuve PIS SOT, Quai de Conty , àla descerre du Pont-Neuf.
JEANDENULLY,auPalais.
M. DCC. XLIV.
Avec stpprobwott C- Frivilege du Roi.
A V I j.
L*ÂDRESSEgénérale efl aMonjîeur
DE LA BRUE.RE.)à VHôtel de Pontehartrain,
On prie trcs-inflamment ceux qui
fient adrejferontdesPaquets par la Posse.
d'enaffranchir le Port,pour nous épargner le
Jéplaijilf de les rebuter, 0" à eux celui de ni
pas voir paraître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers,ejui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la prernitremain,& plus prompternent,
Sauront qu'à écrire a L'adreffi Cl-dessus
indiquée ; on seconformera trcs-exaftçmcnt é
leurs intentions,
PAJS XXX. Son,
MERCURE
de France
/IOllê/llb/;f /71'l
ccon:/*\o/u/nc
Ci) , é/;' , cSjJieccsCJuytliircs,
rjel cJ/?utaùP/i
(le Iode uedu 3tL.tv/*e dHoracc
O lUltuiM^cmnCoinule lHanlll).
(limailefille de la t?cille,
.f)(]u.:-rchar/n ilf l/o'isiveté
, lidelc Cbiit^fiere. loutedle,
'Viens, amène la volupté;
Quejoossede^r de ton delire
Nosyours joa^rsentcomme iulinstant
06ur aux. son*.' de ma Ly*r&,
Hâte- /i}¡ * * * tattend.
Ne crains pas cet air de rudesse,
Formé sur de graves leçons ;
La voix qu'inspire la ÎageÍfe
Ne dédaigne pas tes Chansons:
Souvent cette morale austere
Dont Caton voultits'étayer
Célébrant ton joyeux mystere
Avec toi voulut s'égayer. -+
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeursj
Tu forces la haine au silence;
Tu (pis t'assujettir nos moeursi
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvresse abattu,
Et tu fers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
«2S*
Le voile de la politique
Tombe fous tes premiers efforts;
De sa plus secrette pratique
Tu découvres tous les rdforts.
Par toi, le pauvre qu'on opprime
Perd un douloureux souvenir,
Etdansletransport quil'anime
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens,& que les Graces badines,
Qui ne t'abandonnent jamais,
Auxplaisirs que tu nous destines
Joignent leurs féduifans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Astre du jour,
Nous célébrerons tes orgies
,
Sans songer même à son retour,
E. S S A I sur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vernionr,
Peintre ordinaire du Roi, & Profiffiur en
son Académie Royale de Peinture. MR Rigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel faitnaître pour
servir de guide & de modéle aux Arris.
Il reçut en naissant un tempéramment asses
fort pour soûtenir les fatigues d'un longue
& constante étude de la Nature, qu'il se fit
toute sa vie une loi inviolabled'imiter;
maiss'il a fçu la rendre si parfaitement
dans ses Ouvrages,ce n'a pas été en la copiant
servilement,& telle qu'elle se présente
souvent, mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoissoit la grande distance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vu plus
d'une fois effacer des choses qui lui avoient
coûté plusieurs jours de travail, & qui plaisoientaux
plus habiles, pour secontencer
lui-même,& parvenir à cet excellent qu'il
s'était proposé.
Un génie supérieur , né pour la Peinture,'
reussit également dans l'Histoire & dans
le Portrait, on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Raphaël,
Titien, Rubens, Vandeick
, & le
autres
M. Rigaud s'étoit destiné pour l'Histoire,
& il y feroit sans doute parvenu au plus
haut degré 2 il est aisé d'en juger par le progrès
rapide qu'ilfit dans ses Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de distinction par un
Tableau du Crucifiement,que j'ai entre
les mains;surlequel il fut reçû comme
Hifiorien, quoiqu'il ne foit qu'à moitié
composé, & surtout par le précieux Tableau
de la Présentation
,
qu'il a terminé vers la
fin de sa vie; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dès sa jeunesse pour la parfaite
& belle ressemblance dans les Portraits
augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt surchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire
,
sans
avoir pu la reprendre, que pour faire par
intervalle le dernier Tableau dont je viens
de parler.
Il prit pour son modéle dans le Portrait
le fameux Vandeick
,
dont le beau Pinceau
le charma toujours, & dès les premiers
qu'il a faits on y voit cette belle exécution
& cette fraicheur de Carnations, qui
ne viennent que d'un Pinceaulibre & facile.
Il s'attacha dans la fuite à finir soigneusement
tout ce qu'il peignoit ; mais sontrav^
ijljie sent point la peine, se quoiqu'il
utermnineât tout avec amour,on y voit rÕu- belle façon de peindre,Se une
rnaakre,aiiee.
Il a joint à l'aimable naïveté &- à la belle
simplicité de Vandeickunenoblesse dans
ks attitudes, & un conrrafte gracieux, qui
lui ont été particuliers
Il a, pour ainsi-dire,amplifié& étends
les Dra peries de ce célébre Peintre,& répandu
dans ses Compositions. cette grandeur&
cette magnificence qui caracérisent
la Majesté des Rois,& ladignité des Grands.
dont il a été le Peintreparprédilcd-ion.
Personne n'a pousse plus loin que lui l'imitation
de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes, particulièrement
des Velours. Personnen'a sÇtl jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus,
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un seul morceau par laliaisondes
plis, ayant remarqué même dans les
plus grands Maîtres des Draperies qui lembloient
de plusiéurs parties par ce défaut de
liaison,que la Gravurefaitmieux sentir que
le Tableau
a parce qu'elle est dénuée de
Gouleur.
Il étoitennemi de cette simplicïté pauvre
& mesquine, qui n'est point celle de
Vandeick, & jusquaux moindres choses,
il les ennoblissoit & leur donnoit de la
grâce.
Il a porté au plus haut degré cette par- tiesiconndérable dans les Tableaux, où si
peu de Peintres excellent, & où les Connoisseurs
fixent d'abord leur attention, je
veux dire les mains,qu'il a peintes. d'une
beauté & d'une correction parfaire..
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaisent également de près comme
de loin, parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ses
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau,& la vérité des.
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ses autres Ouvrages, c'est qu'à læ
fin les yeux s'affoiblissent, eh 1 quel est le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années.
qui se soit plus maintenu dans la correction
& la puretédu DelTein ? Pour les Draperies,
l'expérience & lesrefiéxions continuelles,
les lui ont fait composer encore plus sçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres, & j'ose avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait )il a surpassé tous ceux qui ron
précédé-
On voit qu'il se peignoir dans ses Ouvrages
: comme il avoir l'ame grande& ks
sentimensélevés, & que toute, sa personne
& ses maniérés avoient un air de distinction
,
de même ses Tableaux portent un
caractère de noblesse qui leur est propre.
Si les plus fameux Graveurs de son tems
ont rendu son nom & les leurs immortels
par leurs belles Estampes, on peut dire
qu'ils lui doivent la meilleure partie de
leur gloire, en ce qu'ilsont trouvé des
Originauxoù ils riont rien eu à deviner, ôc
où toutétoit rendu avec laderniereprécision.
Un mérite si extraordinaire a fait sans
contreditdeM.Rigaud undes grands Peintres
que nous ayons eu, & ses qualités personnellesl'ont
faitchérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable, il
croit Epoux tendre, Ami sincére
,
utile, essentiel
; d'une générofrré peu communey
d'une pieté exemplaire, d'une conversation
agréable & instructive:il gagnoit à être
connu, & plus on le pratiquoit
,
plus on
trouvoit son commerce aimable;enfin un
homme qui avoir sçû joindre à un si haut degré
de perfection dans sonArtune probité si
reconnue, meritoit bien pendant sa vie les
distinctions & les honneurs dontla Cour
& toute l'Europe l'ont comblé, &après famort,
les regrets de toutes les pesonnes vertueuses,&
la vénération que les Artistes anront
touj ours pour sa mémoire.
AM. DE VOLTAIRE
EPIT RE.
Uand
Frédéric pour illustrer Berlin
Veut y fixer votre brillant destin,
Vous y promet richesse, indépendance,
Sublime ami s
, content de peu d'aisance
, -
Sans rang ni place, en butte aux sots esprits,
Au Roi duNordvouspréférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuse fuite
D'appartemem que le tumulte habite,
Mais unazile, ou seul vivant pour foi ,
L'homme sensé tout le jour est son Roiw
Là
, ce génie impatientd'écrire,
Qui l'oeil en feu vous presse, vous infpite
)-
Vous tient tout prêts les tragiques poignards,
Et les trésors des faites de nos Arts, --
7
D'Amourscharmans, vos Dieux àjufterrtilcct;
Un Essain voie autour de vosPupitres
>
Prend votre plume,en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur & de l'esprit,
Sur le Parnasse apportés de Cithere,
Qui vont du Sage égayer l'ait austere.
Vers ce réduit des Mufes révéré
On voit un Temple aux Grâces coosacré,
Où le sçavoir à la beauté s'allie
Ou l'admirant on adore Emilie;
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déesse amenent les Talens j,
De Dargental briguez-y le suffrage
11 joint au goût un coeur du premier âge;
Reconnoissez Pope dans du Resnes
,
.Anacréon aux chants de Pontevel,
Du gai Bernis encouragez l'audace
,
S'il fjait vous suivre, il passera le Tatre;,
Montrez à peindre au jeune Helvetius.
le vrai bonheur qu'il doit à ses vertus,
laites passer sur la sonore Lyre;
Du. vif Bernard tout l'amour qu'il inspire
ïasez le front de l'aimable Nevers;
Dudeux Lauriers des Armes & des Vcrs
Voltaire, ainside vos momens trariquilies
Comptable à tons, vous les rendez utiles,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs & les moissons
Court à grand bruit grossir la Mer profonde,
Vousfécondez ou vous ornez le Monde:
Vous ranimez ces germeslanguissans
De nos Beaux-Arts,autrefois florissans
,
Quand nos talens
r
sans l'effroi de la guerre;
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de si nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ses trésors ;
Phébus,en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies.
'Aufri galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
).
Historien digne des tems d'Auguste,
Vousremplaciez Bossuet & Saluste
,
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il est un Mont oùRacine & Corneille
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univ,ers,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée.
De leurs honneurs vorre ame en enyvrée j
Mais connoissant le péril de marcher
Par les fentiÏcl's qu'ils eurent défricher,
Vous vous frayez une nouvelle route,
Audacieuse,effrayante
,
sans doute.
Où tout prés deux,mais par d'autres fleurs,
Vous partagezl'empire de nos coeurs;
Après Cinna
,
Polieucte,& Roxane
,
On est touché d'Alzire & d'Orosmane.
Combien: de pleurs couloient ces derniers jours:
Eh
,
pourquoi donc en suspendre le cours?
Quand Dumesnil
,
Arbitre dela Scéne
,
Veuve en fureur
, mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant son fils, va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle, hélas! c'est votre fang;
Oui, Dumesnil est Mérope elle-même;
Hait-elle, on hait; s'attendrit-elle, on aime ?
Nous les voyons ces Speftacles vantes
Où dans Arhéne émus, épouvantés,.
Des Peuples doux,suivant leurs coeurs pour guide,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive, on interrompt AaeLliI
On ne veut plus que voir, qu'aimer l'Auteur;
La joye éclate où l'on versoit des larmes:
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes son Berceau,
Qui de ses jours tournez le cher fuseau
De mon ami divines Protectrices
,
Mures, j'ai vû fous vos Astres propices ffe
De son esprit les précoces talens
,
Porter des fleurs même avant son Printems.
Si soutenu sur votre aîle légere
,
En franchisant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux
,
Qu'il soit sans maux,& respecté comme eux.
Présagez-lui par sa présente gloire
Tous les honneurs du Temple de Ménoire.
Ah! puisse-t'il, de vos faveurs flatc
, Joüi vivnt de l'immortalité.
EPPO'NSE duR.P.M.TexteyD.à
la Lettre anonyme y
inférée dans le premier
Volume du Mercure de Juin 1743. yfttr l'origine
derécitertrois fois l'Ave Maria, an
son de[a clocher vOus me demandez, MonfÍeur;G;
la Priere appellée communément
»Angelur, acommence sous-Louis VI.,&
» si Louis XI l'a ordonnée le matin & le
e soir
, comme à midi.
Je vous dirai, M.qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux,T. IV
, p. 1424,Edition
de 1721, C'est Louis VI, dit le Gros
* décédé en 1137, lequel a ordonné le premier
l'Angelus.. Voici les termes qui y font
inférés.
La Salutation Angélique efî une Prierr
qu'onfait à ta Viergejjuon nomme rAve Maria,
qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit; quand il lui annonça le Myflere de
YIncarnation, SalutatioÂngelicay ellea été
introduite par fOrdonnanoe de LouisVI. Ily Or
pofitiirtment Louis VI, sans derrata qui
ie corrigeycomme le dit Robert Gaguin dans
ses Chroniques. Elle ne se fit d'abordqu'a midi
»
mais depuis elle s'est faite aussiau son dt
la clPchc qu'on son-ne appoint du jour,& a
sept heures du soir,qu'on nomme le Couvre
feu, (f)" par corruptionCarfou ; ce terme depuis,
insinuëque les Auteurs duDiction
naireparlent de Louis VI,puisqu'il estconstant
que dès 13 aD,172 ans avant l'Ordonnance
de LouisXI,on disoiten France l'Angelus
au Couvre-feu,,comme je le prouverais
M. César de Rochefort, Docteur ès
Droits, Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome,Auteur de plusieurs Onvrages
fondé également sur une aurorirey a mis
dans celui qui a pourtirre:DiélifJlInairegénéral
& curieux, contenant les principaux:
mots, &c. imprimé à Lyon en Ié>S5", que ce
fut Louis XI, qui en 1472, ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fait
aujourd'hui;on y lit p. 24.
Ave Maria, LouisXI ordonna dans fin
Royaume la Salutation Angélique,qui se dit
le matin,a midi &lefoir. Crfut le 1 Aiaï
1472j Mszeray, dans la vie de Charles
VIII. ]an XXII avoit de, a inflitué celte dévotion
à la Vierge; ce qu'il y a de plusimportant,
dit l'Auteur dans sa Préface, efl que les
Citations font fort réoulieres.
Un troisième sentiment sur l'origine de
l'Angelus à midi, de la découverteduquel
je vous suis, M. redevable, &: qui efface
les, deux premiers, me paroît pliis
solide; il estfondé sur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris, contemporain deLouis XI
, & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi,qui seroit sans réplique;
on lit dans cette Chronique: »> Et le-
» dit premier jour de Mai1472
, un Doc-
1) teur déclaira que le Roi exhortoit son bon
1) Populaire. que doresenavant à l'heure
» du midi chascun feust fléchi un genoüil en
» terre en disantAve Mann.
Vous me permettrez, M. de continuer
cette Réponse par des découvertesquej'ai
faitesdepuis sur le même sujet de l'Angelus.
il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI
,otlaété or- dné. Le sçavant Dom Martenne en rapporte
deux exemples dans ses Anecdotes
T. IV.
Le premier se liten ces termes,p. 9dz.
Ex flatittis Domini Stnsonis,(a) cjno/f.lam
EpiscopiNannetenfis.avz.V.de lZ1¡j'e<.io. Item
-,Ccipl*mits,ut ipsi(b) faci^nt boraconfiteta,
prlt¡:lri campmas 111
Eccleflts fuis
,
a1 ianitsguimG.
tlliceCouvrefeur&p<-£-iyiant
Parochianis adp:tlfat!onem hu;ufrnoM iicere
genibns jl:xis, ver/mm Saluiati'onls ab Ang:U
(a) L'année n'est pas marquée.
[?) LesCurés.
gloriofe,i'irgini Mariæ Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia.
Ce grand Prélat, si dévot à la Vierge,
méritebien d'être connîr; c'est Simon de Langres,
unique Evêque de Nantes de ce nom,
en 13 66, & ensuite de Vannes, selon leP.
Echard,& que Froissart,L.I.Ch.2 11,appelle
Homme d'Eglise d'une grande prudence.
Il fut le 11 Généralde l'Ordre de S. Dominique,&
un des deux Légats envoyésen
France par Innocent VI, & choisi, dit le sçavant
P. Daniel, dans (on Hiss.de t rance, T.
III,p.101) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume, pour travailler au Traité de
Efetignyy près de Chartres,Paroisse de Sours,
où j'ai parré.Mem. de la Chambre des Comptes
de Paris.
L'autre exemple ,tiré du même Livre de
Dom Martenne, p.1107, nous donne au sujet
de l'Angelus, une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia EcclejtaTrecorenps (Treguier
) art. LXVIII. hem pracipitDominus
Episcopus omnibus CuratisDioccefisTrecoren-
,
~MO~ M~~<? p/< <
fis,lrlvlytute obedïenti<t,cjuod de cætrO puU
fttttr Carnrarta in Ecclesiis fuis
, ante ignitegirem
, CT cjuod fit inter duas pulfationes spatium
miusAve Maria.
L'année de ce Synode, & le nom de l'Evêque
, ne font pas marqués,mais comme
ensuite viennent StAlistiJ Synodalia Alani,
EpiscopiTrecorencis,postannumM.CCC.XXXIV,
édita, le Synode, qu'on vient de citer,
doit être nécessairement plus ancien.
Cette maniere de prier le soir fut plus
étenduë dans le Concile de la Province (a)
de Sens
, tenu à Paris, dans le Palais alors
Episcopal, situé sur le bord de laSeine,(b)
auquel présida Guillaume de Melun, Archevêque
de Sens; en voici les termes, Art,
XIII.Item authoritatedicti Conciliipr&cipimus
ut observeturinviolabiliter ordinatio faftd
per fanaitrnernorͣ foannem PapamXXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii &c.
j4£lumin Palatio EpiscopaliParisiensi anno
millesimo trecentesimoquadragesimo sexto dit
XIV Martii.
Quelques Historiens disent que cette Bulle
de Jean XXII, donnéele13Octobre
I3 18
,
est Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus; mais
outre qu'ils avouentavecReynal, qu'on
la pratiquoit déja en France,sçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclesia susceptusesset,
Pontifex decem dierum Indul-
(a) La Province Ecclesiastique de Sens étoit d'une
vaste étenduë, & contenoittout un grand l'ays
dont lePeu le Belliqueux étoit nommé IZmnanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b Sequana, subst f. Fleuve en général m. Dic-t.
de Danet, mais non pas absolument m. le Critique
qui depuis peu l'a avancé s'est trompé.
gentiam concessit, Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je, Bzovius, qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican
, par 1'0I:
dre de Paul V
,
& que personne n'a refuté,
a mis dans ses Annales
, T. XII1 , p.391,
ann. 12 5 9, quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII, que le Pape Grégoire IX, persécuté
par l'Empereur Fredéric Il,avoit ordonné
de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le soir. Interim cum
scriptis& armis Frederici GregoriusIX, eXilgitaretur
,
decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo
, tum crepusculo, dato signo campana,
ab omnibusgenuflexo ter repleretur. Il
dit pas d'où il a tiré ce fait, comme il cite
Naucler à l'égardduSalveRegina
,
ordonné
par ce Pape,Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman,Bénédictin, en 1060; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Néanmoins, pour ne rien avancer que de
positif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus.
au couvre-feu avant 1318, ensuite
fous Louis XI, à midi en 1472, & enfin
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour,est celle
de Léon X, élû en 1513 , ** lequel
t * La coûtume de chanter le Salveaprès Complies
vient des Dominiquains. vers 1237. Martene,T.
TI.P. 544vet.script. *-P. de Breul, Hist. de l'Abbaye S. Germain
à l'instance du Cardinal Briçonnet, Eveque
de Meaux , & Abbé deS. Germain des Prcz
à Paris, accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèse & du Fauxbourg S. Germain,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le ma,.
tin, à midi & le soir. Denos jours, Benoît XIII, de fainte mémoire
aaccordé le 14 Septembre 1724cent
jours d'indulgence à tous ceux qui réciteroient
à genoux la mêmePriere, & il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pra-
-
tiqueroient cette dévotion, & communie-
< roient un jour de chaque mois,à leur choix.
Ballarium*Pradictuorum,T' VI.p. 539.
Ily au reste, M. uneremarque à faire sur
le Concile de Sens, dont je viensde parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche,
T. I. p. 148,où ceConcile est rapporté, a
mis dans le titre, qu'il fut tenu en 13
50,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on lit:
Concilium hoc an. 1346
,
celebratum dicitur
infra,atque id venin arbitratus est Dacherius,
sed hoec deinde monuit Balusins
, anno
13 44. Guillelmus nondum erat Archiepiscopus
probabiliusergo est habitam fitijje
banc Synodum an 13 50. Il est en effet certain
que Guill. de Melun ne prit (a) possesúon
personnellement de fou Eglise de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de-Scusi Minuterie de S. Germain des Prez.
qu'au mois d'Octobre 1350, fty le ancien, Se
il paroît de cette prise de possession qu'il
assembla son Concile au mois de Mars suivant,
sur la fin de 1350, plutôt qu'en 13 46;
de plus, l'Evêque de Paris s'y trouve signé
G. Parisiensis. comme d'Acheri & les PP.
Labbe & Hardoiiin l'ont mis dans leurs
Editions ;oren 1346 Foulques décédé en
1348étoit EvêquedeParis. Je ne fais
que proposer ici la difficulté, après l'Editeur
du Spicilege
,
dont je laisseàexaminer
le fond aux sçavans Bénédictins,Continuateurs
du Gallia Christiana
, ne doutant pas
qu'ils ne se déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décision ne foit universellement
reçuë. La date Actum die 14
Martii. ann.1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante, afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de le tromper.
Je suis, &c.
ui Paris le 30 jioîït 1744.
L'AMI PARFAIT
À M. D.T.M.D.V. TU
veux que je ce trace une image fidelle
De l'Amitié
, ce doux lien des coeurs.
Union des esprits
,
desvolontés,des mceuri;
,
En toi j'en trouve un vrai modèle : Je répété, Damon, ce que tu m'as appris;
Retrouve toi dans mes Ecrits.
Un Ami sage, aisé, sincére,
Est pour l'homme un bien nécessaire; 1
A peine Dieu l'eut-ilformé,
Qu'ildélira d'aimer& d'être aimé;
4. Que d'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié sincére ,tendre & pure.
A yons donc des Amis, mais que le choix soit lent;
Pour éviter ensuite un odieux divorce
Sondons le caractère & voyons sous l'écorce i
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner son coeur, ensuite se dédire,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proscrire
C'est passer pour un homme inquiet,inconstant.
Voulons-nous des Amis aussi longs que la vie ii
Il faut que la vertu nous lie.
Ne
Ne prenons point pour nos amis
Ces gens dqnt les façons, dont les folles manières ,
Ridicules par tout, & par tout singuliéres,
Les font passerpourétourdis;
Ces gens chés qui toujours l'amour propreréside,
Et dont l'individu sans honneur & sans foi,
N'estimant & n'aimant que soi,
lorsque l'intérêt parle est eu foible
,
ouperside;
Ces gens dumérite envieux
,
Dont notre gloire éblouiroit les yeux:
Ces gens quiveulent qu'onlesflate
Et chés qui l'amitié n'etf jamais délicate
Que lorsqu'on leur faveur on (ait approuvertout,
Désirs & passions,libertinage & goût,
Tout mauvais coeur enfin
,
& toute ame perverse y
De l'amitié n'entrent point au commerce;
Un lien o'etf pas fort que le vicea formé
,
Ce qui s'estimepeu
,
n'est pas long-tems aimé;
Mais qu'ilest doux de trouver dans un autre
Un coeur noble, constant & formé pour le noire;
Va ami,qui sçachant que jesuis en danger ,
Non-seulementme plaint,mais me vient soulager;
Qui ne demande point mon coeur & mescaresses
Pour mieux sçavoir où je tiens mes richesses j
Chés qui dans ladouleur mon courage abbatu
Puisse retrouver fiL vertu;
Un ami tendre, uncoeur sensible à mes allarmes j
Avec qui je verse des larmes;
Qui du foin de me corriger,
Soin délicat, veut pourtant se charger;
Mais dontla prudente sagesse
,
S'accommodant à ma foiblesse
,
Ne me vient point hors de propos
Moraliser en sifflant mes défauts!
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun se retrouve soi-même; l
Qu'il sçache estimer en autrui
Ce que l'on estime dans lui:
Qu'en ses moeurs ,s'il se peut, il soit irréprochable
Rempli sur-tout de piété,
Qu'il soit dans ses devoirs toujours inviolable,
Exact sur-tout à la fidélité.
1
La taille au reste & les traits du visage
En amitié font hors d'usage ;
Si le coeur est bon & bienfait,
Que nous importe du portrait ?
Que la raison donc examine,
Des Amis feule elle doit faire choir j
Que mûrement elle le détermine
,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raison l'oblige,
L'amitié ne met point dans ses conditions
De flater les penchans, d'aider les partions.
Cherchons, aimons sa compagnie,
Mais ne suivons jamais ses odieux désirs..
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaisirs;
Aux débauches s'il nous convie
,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un nécessaire refus.
, Tirons-le,s'il se peut, des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur, montrons lui les délices
Des coeurs par la vertu seulement dominés; -.
Mais
,
si bravant une leçon si fage,
Il vit toujours au crime abandonné,
De jours en jours réfusons lui l'urage
De notre coetir, qui par son voisinage
Í
Se verroit bien-tôt suborné ;
On devient bien-tôt tel loi-même,
Que l'est un coeur pervers qu'on aimes
Un homme,de moeurs diffamé,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer,rien de rude
o fuyons l'aigreur, fuyons la promptitude.
> Pour quelque léger manquement
r
Ne soyons pas d'abord sur le qui-vive;
3 L'amitié passe vite, & n'est jamais bien vive
, Si l'on ne sçait pas aisément
S'excuser mutuellement.
; Prenons de nos Amis à propos la défense ;
*, Nous devons soutenir leur réputation;
<• Entre deux coeurs telle est l'attcétion;
Que des chagrinsdel'un l'autre d'abord s'offense;
! N'imitons paspourtant ces Amis orgueilleux,
Ces Amis dont laflateric
D'éloges sans cesse nourrie,
Bléve leurs Amis jusqu'au sommet des Cieux;
Tout ce qu'ils font est bien fait lleurs-yeu;
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir fil! rencontrer des Amis sans défaut:
Si vous leur en trouvez ,
ils pensent qu'on va croi
Qu'ils n'ont pas (û les trouver comme il faut,
Et que voyant deprès leurs façons, leurs manière
Ils se les rendent familières.
Sachons dans nos Amis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sontils dans Je besoin ? Il faut qu'une mai
prompte
Prévenant leur demande
, en prévienne la honte;
saisons leur nos faveurs de cet air gracieux,
Qui sçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient,
Ne[ouffrons pas aussi qu'ensuite ils remercient,
Et paroiffons oublierpour jamais
Les biens que nous leur avons faits. »
Depuis long tems on l'a dit, la fortune
Entre Amis doit être commune, s
Mais pour ne suivre pas ce Proverbe fâcheux
,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triste augure i
<
Et pour n'être pas généreux
,
Pour n'unir pas les bienfaits anx caresses,
Onnechoisie que des Amis heureux,
Qui laissent en paix nos richesses.
D'un bon Ami la principale Loi
C'est de tenir une promesse
,
C'est de bien dégager sa for.
Un ami sur ce point a-t-il de la foiblesse ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par-là qu'il a quelqu'autre affaire;
Plus pressante pour lui, que le qoin de me plaire.
Nul Ami qui ne foit discret,
Qui ne (pehe en son sein bien cacher un sécret.
Si l'orgueil, si quelque imprudence
Trahit enfiu la confidence;
Deux coeurs, auparavant étroitement unis,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis,
Et peut être jamais aversion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami suive
Les égards qui font dûs au une,
A l'âge
,
à la splendeur du sang.
Un Prince veut-il vous permettre
Quelque familiarité?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
,
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
A céder, à sçavoir plier,
rA sçavoir, en un mot, joindre àl'airfamilier
Cet air respectueux que sanaissance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code, ces avis,
Mais, Damon,ce n'est point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde à pek t
sonne;
Je n'ai que de parfaits Amis. ;
L.1-de
A Grenoble ce Z1 Novembre 1744»
EXPERIENCES DE PHYSIQUE. JE me serois bien gardé, Monsieur, de
vous envoyer cette petite découverte,
si des personnestrèsversées dans les matières
Physiques
, ne m'en eussentassûré la
nouveauté
, & si je n'avois moi-mêmevisité
la plûpart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année1743
deuxdifférentes explications sur la même
mariére; je ferois plus que satisfaits'il vouloit
aussi nous produire selon ces systêmes
la raison à toutes les remarques que j'ai
l'honneur de vous proposer.
La premiere remarque que j'ai faire, cft:
que si on tient une larme entre les doigts,
& qu'on en applique un à l'extrémité du
gros bout, on sent contre ce doigtlaplus
grande impulsion.
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
- gros bout de la larme, & qu'ensuite on
rompe le crochet, la queuë se brife totalement
, & le gros bout reste entier dans la
main.
3°. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre sa vertu ,
il
ne paroît ni plus ni moins de pores, ils paroissentmême
de la même grandeur, ce qui
test contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Physiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme environ
un demi-quart d'heure, on peut en
rompre -la queue cinq ou six fois, sans.
qu'on puisse s'appercevoir de quelque esser
particulier, mais Cion la rompt vers le gros
bout, où il paroît de grands vuides , la larme
se brise totalement.
5°. Ceux qui montrent le plus de curio
sité de connoître la nature de cette larme
y (b) disent avoir fait ronger avec de la pondre
d'Emery
, une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne,
fut réduite en poudre; ilsdirent de plus
que si on veut rongerunelarme sans.qll'el.
le se brife, il faut faireune pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la feule poudre d'Emery
le plus brusquement que j'ai pu, à la profondeur
d'environ quatre lignes,sansqu'elle
se soitbrisée.
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau, que j'ai fair bouillir un jour entierv
& la larme a conservé sa vertu.
On trouvera encore que la larme est un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(ibj Mr& Mariote & Rohault &c+-
fnoyen anure pour connoître la pésanteur
respective des liqueurs.
1°. J'ai cassé une larme dans un gobelet
pleind'eau,environné d'air, & le gobelet
s'estdiviséen plusieurs parties :sile gobelet
estplein d'air, il arrijp le contraire.
a°. J'ai caffé une larme dansun gobelet
plein d'eau, environné de vin, à la même
hauteur; & le gobelet s'est fendusans fediviser
totalement: si la hauteur du vin est
moindre, le gobelet se rompra en plusieurs
parties;si le vin & l'eau font en raison réciproque
de hauteur & de poids, le gobelet
ne sera ni fendu nibrisé.
3°. J'ai ca{ft une larme dans ungobelet
plein de mercure ,
environné d'air, & lp
gobelet ne reçoit aucun dommage, maissa
larme remonte sur le mercure, toute percée
de la matiere qui a passé au travers A
sans en
pouvoir écarter les parties
Je fuis, &c..
Barriere î-
JI Bordeaux chés M. Charretier r rttèS,
James et Oélobr: 1744,.
IMITATION de l'Ode III du II Livre
d'Horace,c~~M memento y
&c. -C
Onfervons sur notre
ame
un Empire assuréj.
Sans orgueil, comme sansenvie,
Recevons les succès d'un esprit modéré,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
A tous les malheursde la vie.
Nous mourrons chers Ami; le même sortattend
Et le Mi santrope sévere
Qui de ses tristes jours éloigne l'agrément )
Et celui qui sur la Fougère
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin& sa Bergère.
jouissons àloisir dansce boisécartéi
Du spectacle de la Nature.
Profitons sans effort de l'hospitalité
Quecet ombrage nous assûres.
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmure.
'JLmi, qu'on nous prodigue en ces déserts charmans,
Au. bord de ce cristalliquide,,
Ces éclatantes fleurs, image de nos ans
Que détruit le tems homicide
;
Bûvons
,
employons les momens
Que nous biffe la Parque avide.
Ces Palais, ces Jardins avec foin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître r
Où la Nature & l'Art, rivaux Se réunis,
Par vos soins se font méconnoître
y
Vos trésors
, vos riches lambris,
Tout cela doit changer de meître.
La Chaumiere du pauvre & le Trône des Roig.
Sont égaux aux yeux de la Parque:
Sur le sang ces Dieux même elle exerce les droim,
Et l'instant fatal qu'elle marque,
Soumet sans retour à les loix
Et le Berger & le Monarque;
Gardons-nous de compter sur le frêle avenir;,
Fuyons sa séduisante yvresse
,
Ecartons du passé l'importun souvenir,
Et livrons-nous à la paresse ;
C'est entre les bras du plaisir
Que l'on doit chercherla~lagpfTciDE"
C0VVERTE nouvellesurlesIVotes
des Abbréviations.
L 'Engagement que nous avons pris avec
le Public de l'informer,non-Seulement
detout ce qui [e passera d'intéressant àla
Cour & à Paris, mais encore de l'instruire
exactement del'état de la République dei-
Lettres, ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. C';'H'pnlier
,
qui peut êrtefort utile
a ceux qui étudient l'Histoire de France, &
jetter de grandes lumieres sur cette ~parde
de notre Littérature.
Personne n'ignore de quelle utilité font
lesanciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Histoire. Elles servent de fanal
pour marcher dans ces sentiers ténébreux,&
si cette lumiere n'est pas toujours aussi éclatante
qu'on le souhaireroit
,
il n'en est pas
moins vrai qu'elle est d'un grand secours.
L'étude de ces Chartes a toujours passé parmi
les Sçavans pour une étude importante,
& l'est en effet; mais quelque soin que l'on
ait pris, il y en avoir que l'on n'avoit pu
encore parvenir 1 déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette formed'Abbréviations,si
connues des Anciens, où un seul figne représente
Un mot; cette forme si commodepour
te Copiste, devientbien incommode
plusieurs siécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténèbres. Onn'avoit aucune
notion sur ces Caractéres; un grand nomhre
de Chartes restoient par-là indéchiffrables
, &les Sçavans avoient le regret de
sçavoirqu'ilspossédoient un ample & richetrésor,
dont il leur éroit impossible defaire
usage. Tritheme
,
le Cardinal Bembe Juste Lipse, , tous les Sçavans ont senti l'utilité
de cette découverte
, & la difficulté de
l'execution.
Gruter a donné à la suite de son Recueil
des Inscriptions quelques notions de ces
Caractéres;il a fait imprimerun Nla:n.u(crit
qui contenoit l'explication des Abbréviatrons
inventées par Tyron, l'affranchi de
Ciceron, maisc'étoït peu de chose. La plupart
des Notes des Copistes du moyen âge
font différentes de celles de Tyron ; celles
des différensCopistes ne font pas même
semblables entr'elles;ainsi le travail de Gruternediminuoit
pas beaucoup les difficultes.
D. Mabillon, dans le Supplément a sa
Diplomatique, afaitaussi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains, la matière pouvoir passer pour
neuve;enfin D. Carpentier vient de trouver
la clef de ce chiffre si difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'est faite, un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables, & se prépare
à les donner au Public. Les Caractères
mystérieux feront gravés sous les yeux de
l'Auteur , & le Latin fera mis à côté ligne
pour ligne,ce qui est une précaution aussi
judicieuse que nécessaire.
Il est presque inutile de vanter l'usage
dont ces Chartes peuvent être pour notre-
Histoire; la plupart font très-intéressàntesy
il n'yen a aucune qui ne nous apprenne
quelque chose & qui n'éclaircinequelque
fait de l'Histoire Ecclésiastique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire;elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut, & jettent de la lumière sur ce
qui s'est passé sous Pepin
,.
& fous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems yef£
mieux développée, quant à certains points;.
que dans les Monumensque nous connoissons.
On y voit l'application du Prince r.
faire fleurir le Commerce,& la protection.
dont il honoroit ceux qui rexerçoient.On
y trouve des noms de Lieux, d'Evêques
d'Abbés,de Comtes,&c. ignorés jusquaujourd'hui.
Ces Chartes font dans un Mannulent
cotté2718 de laBibliothèque dit
Roi. Ceux qui sçavent combien l'Hi£
toire de ce tems est qbfcure."connoîtIo
mieux l'importance de cette découverte r & le prix du service que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de parience.
pour achever cet Ouvrage, on se tromperoit
beaucoup,si l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareiltravail
exige aussi beaucoup de sagacité
,
& avec
ces deux ralens, il faut encore du bonheur
pour réussir.
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus
,
où dans un Avertissement il
observe avec railon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres-Quelque important que
soit le Manuscrit qu'il a déchiffré, on en
peur trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laissât
pas périr avec ceux que l'ignorance ou.
la superstition ont déja fait disparoîrre.
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charre, tels que
Dom Carventier les présente au Public dans
son /'rofpettur; mais nos occupationsne nous
permettent pas de nous consacrer au foin
pénible de veiller sur un Graveur, dont en
pareil cas la moindre faute est aussiessentielle
,
qu'elle est aisée à commettre, pour
mettre autant qu'il est en nous le Public au
fait, nous allons imprimer le Latin de la
Chatte.
OMnibus fidelibus f?n£he Dei Ecclesiæ
&C nostris
,
præsentibus scilicet & futuris.
Si aliquid de rebus proprietatis nostræ
ad loca divino cultui destinata conferimus,
hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum, & stabilitatem regni
a Deo nobis commissi pertinere contidimus.
Idcircò notum fieri volumus omnium vestrum
fidelirati, qualiter vir venerabilis
Wolsgerus Wirciburgcnsis Ecclesiæ Episcopus,
ad nostram veniens præsentiam
,
indicavit
nobisquod piæ recordationis Dominus
&: genitor noster Karolus Serenissimus Imperator
Anrecessoribus íÜis illis, & rllisEpifcopis
præcepisset, tft in terra Sclavorum,
qui stans inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi,
una cum comitibtis qui super cosdem
Sclavos constituti erant, procurarent
ut inibi
,
ÍÌeut in cæreris Christianorum 10-
cis Ecclesiæ construerentur
, quatenus ille
populus paganus ad Chritianiratem conversus
habere posset ubi & baprismum perciperet,
& prcedicationem audirer, & ubi
inrer eos, iscus inter exteros Chriftianos
di vinumofficium celebrari posset; & ita a
memoratis Epifcopis & Comitibus, qui tune
temporis eidem populo præpositi fuerant ,
introtuit effe c01'1fed:um,6c Ecclesias quin.
decim ibi suisse constructas ; fed easdem
Ecclesias minime eo tempore suisse dotatas,
fed íÏcur primùm conftru£be fuerunt
,
sic
usque ad præsenremdiem sine dote remanhtre.
ldcircò suggessit atque admonuit ma.n'"
suetudinem nostram
, ut ad easdembasilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis nof-*
træ in eodem pago dare debercmus. Cujus
admonition! atque petirioni
,
quia salubris
esse videbarur
,
adsensum nobis prsebere
placuit. Donamus igitur atque concedimus,
quod ita donatum atque concessum in perpetuum
esse volumus
,
ad præfatasbasilicas
,
quae, trt diximus
,
jussi&confilio Domini
& genitoris nostri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædidorum Sclavorum a
memoratis Episcopis confíruEtx sunt
,
in
eodem pago de proprio nostro ad unamquamque
mansos duos, cum superstantibus
duobustributariis,excepto illo manso super
quem primirùs unaquæque earumdem
Ecclesiarum ædificata est
, eo videlicet modo
, ut quidxquid iidem tributarii in con[u
vel tributo solvere debent
,
hoc totum ad
partem earumdem Ecclesiarumomnitempore
persol vant, & ipsæ Ecclesiæ,cum omnibus
rebus ad se perrinentibus, sub memorati
viri venetabilis illius & successorum ejus
curâacprovidentiâ sint,ut divinum in ei.
-
officium perenniter celebretur, &. populus
terræ illius jugiter
,
prædicationem habeat,
& in eis baptismi Sacramenta percipiat.
Idcirò hanc nostræ auctoritaris præceptionem
concedere jussimus, per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus, sive actorimperialis
,
vel
qualibet potestate prædita persona,ab hac
die in posterummemorato viro venerabili
illi,vel successoribus ejus pro eisdem Ecclesiis
,
vel rebus ad eas nostra liberalitate
concessis
,
repetitionem facere,aut ullam
calumniam ingerere præsumat ; fed liceat
illis memoratas Ecclesias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus
,
absque ullius personæ
& contradictione
,
vel impedimento tenere
,
vel regere , 3c sicut alias Ecctesias ad
Episcopium suum pertinentes
,
secundùm
Canonicam institusionem ordinate atque
disponere. Et ut hæc auctoritas firmior ha..
beatur, & nostris futurisque temporibus ab
omnibus meliùs conferverur
,
placuitnobis
cam & propriis manibus subscribere, & annulli
nostri impressione sigillare.
NOTATIO:II
I Llustre est hoc Historiæ cùm Ecclesiasticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum, seuWinidorum hactenus
incognitas appellarioncs profert; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis 8c Radanzwinidis, qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * fluvios
situ ita sunt appellati. De iis pariter silet
Hugo Grotius in Prolegomenis ad Hi£-
toriam Gothorum,ubi singulas earumdem
Gentium portiones suis nominibus eruditè
distinguit.
Hinc etiam discimus quindecim Ecclesias
,
jubente Carolo Magno, iis in locis
suisse constructas
, ut faciliùs Christianis
operibus populus ille recens ad sidemChristi
conversus
, vacare posset ; quod summatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Ducliesn. to-
2. p. 211. Imperator ( Carolus M. ) precepit
Arnoni Arcbiepiscopo pergere in parter
Sclavorum
,
& providere illam omnem regionem
,
Ecclesiasticum Officium more Episcopali
colere,populosqueinfide&Christianitate prttdicandoconfortare.
Sicut ille pracepit,fecit t
* Rednit&.
illlee venitnaoconfccrttvit Ec/efias
,
ordinal
vit Presbyteros, populitmque prædicando do- :
cuit.
Dotem assignat iisEclesiis Ludovicus
Pius ad preces WolsgeriWirciburgensis
Episcopi
,
sub cujus regimine erant ; quoda
Carolo Magnofactum non fuisse mirum
ctt, cùm „ ex statutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclesiam consecrare , nisi dos
sufficiens Clericis in ea deservituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id prcelTLcitv
Ludovicus Angustus ante annum 8; 2 , quo
Wolsgcrus, 11 idus Novembrisobiit,cùìn
sedisset annos XXII ,
mcnfes VI,dies xi *
ex Chronico Wirziburg.apud Bal"z, torn,
101
Miscell. pag.504. Notandum quoque estBasilicas fiic arpellari
Ecclesias consecratas,quibus Ministrabant
Clerici. t
ON' vient de nous remettre un essai de Gravûre, qui mettra encore
mieux le Public en état dejuger du travail de Dom Carpentier.
Son Ouvrage contiendra 35 Chartes importantes
, une explication
exacte & étenduë des caracteres qu'ila déchifrés
,
& des Notes
historiques sur chacune des Chartes qu'il rapporte, & surl'usage
qu'on en peut faire pour l'Histoire.
Le Graveur chargé de cet Ouvrage, est un jeune homme qui a
beaucoup de zele & de talent, & qui joint à l'habileté qu'il a dans
son Art la connoissance du Latin & du Grec. On comprendra aisément
parl'essai que nous donnons au Public,qu'il faut beaucoup
d'intelligence dans le Graveur pour exécuter les vùës de Dom CarpLeetntrteiesr.
Ce Graveur se nomme P. L. CHARPENTIER, Graveur en , & demeure Cloître S. Julien le Pauvre.
Le Manuscrit dont nous donnons ici le commencement, est une
Charte de Louis le Débonnaire écrite en Notes de Tiron.
l P.L-Scdfs't
Notumsitomnibus Fidelibus nostristampræsentibusquam&futuris
quia quidam homo nomine Ingilbertus questus est coram
missis nostris Etti videlicet Archiepifcopo & Adalberto Comite
eo quod avia sua nomine Angelia ab Hildulfo
.STANCES
Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitens
ceBocage,&c. 'T Tula
formas; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'est le plus heureux choix;
De si beaux yeux; la plus aimablevoix;
Mais elle fuit, Dieu d'amour, quel dommage!
Le douxpiaiur de vivre fous tes loix.
J
Signale enfin ta puissance suprême;
Ehquoi 1 du moins dans tes jours solemnels,
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne tedira - oüil'on m'adore & j'aime.
Que de plaisirs perdus pour les mortels!
Mais n'est-ce point ( ta malice est extrême )
Qu'avec plaisir tu verras déformais
Que la vertu dans son coeur régne en paix?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même
, Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Ke*
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
Pour la priver du tribut de nos voeux,
Dans tous nos cceurs ne plus lancer tes feux,
Etlui ravir ainsi le don de plaire;
Il n'est plus tems;le charme est dans ses yeux.
Par M. de MfJnlcrij.
LE BAISER.
L
E souffle le plus
pur
d'une jeune Bergere
Le souffle d'un enfant qui mord dans le raisin,
L'haleine du Zéphir, qui dès le grand matin
Caresse Flore en pleursdesonaîle legere,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin & plus simple & plus pure
Les trésors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens passager
,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore,
L'air qui presse en volant une naissante fleur,
Et mille autres parfums me ravissent encore ;
Mais un baiser d'Aminte a bien plus de douceur.
VERS a M. de Voltairetpar M. Linant*
L
E nom qu'au prixde ta fauté
L'ont fait tes Vers & ton Histoire
,
Croi moi, n'est point trop acheté;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloireSEANCE
publique de VAcadémie:
des Sciences.. L Académie des Sciences tint une alkill- blée nirhlimi^ II"
--l- 1 A ,J--- r. la coûtume. Le Pub*lvicuc»-c mois, selon qui court avidemment
s'instruire à ces doctes conférences
arrendoit le jour de celle-ci avec un nouvel empressement;onsçavoit
l'un des que MrBouguer, Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y dé- terminer la figure de la Terre, devoitliredans
cette assemblée la relation de son voyage&le détail de ses opérations Astra- nomiques; ce détail
-
étoitd'autant Pltisintéressant
, qu'il devoit,ou mettre
au-deatls
de toutes contradictions la mesure de
la
Terre,déterminée
par les
opérationsfaites
au Nord,ou fournir de nouvelles idées
&ouvrirun nouvelavissurcetteimportante
question.
M.Bouguer,quiparloit devant une corn. tpiaegrneisecontinuellement occupée de ces ma..- &devantunPublicquiles connaît:
au moins superficiellement auroitperdu
inutilementuntemsprécieuxs'ilsefutat.
taché à appfa l'état de la question ) .dOnt [
tous ses Auditeurs étoient instruits, maW
nous,qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs, nous devons faite nos efforts
pour les mettre au fait de la matiereque
nous allons traiter. Si nous sommes assés
heureux pour y réüssir
, nous nous sçaurons
bon gré d'avoirtravaillépour la gloire de
11. B. &. des. Académiciens qui l'ont ac -»- compagné. en augmentant. le nombre de
leurs Juges, & par conséquent de leurs ad- mirateurs.
On a crulong-tems que la Terre étoit
sphérique; cette erreur est aussi ancienne
que la Terre même,ou du moinsque les
Sciences. Danscette supposition il. n'étoit
pasdifficile d'en connoître la. grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait en Géométrie,
le cercle a été divisé en 3^0 parties
égales que l'on aappellées degrés il fuSi*
foit donc de mesurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pour
mesuser ce. degré est simple &. facile; oa
prend avec, un instrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit, par exemple à
Paris,Otl avanceensuite versle Pôle sur le
mêmeMéridien, jusqu'à ce que l'Etoile observée
à Paris ait un degré de hauteur de
moins,.Se. quand on est arrivé en cet en-
«freït;,on cherche alors par desopérations
Gé&
Géométriques la distance de cet endroit à
Paris.Cettedistance ,
réduite en toises
> exprimera la valeur d'un degré de la Terre
en toises.
C'est par cette méthode,ou par d'autres
- qui s'y rapportent, qu'onavoit trouvé que
Paris & Amiens,qui font fous le même
Méridien, font éloignés d'un degré ou environ
,
& l'on avoir conçlu de leur distance
qui est de 2. 5 lieuës, que le degré de la
Terre étoit de 25lieuës, & parconséquent
son circuit de 9000.
En 1672 , M. Richer ,étant envoyé à
l'Isle de Cayenne proche l'Equateur
, trouva
que le Pendule qui battoit les secondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne,
&£ que ses vibrations éroient de plus d'une
seconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Physicien : ilfut aisé
de conclure que la pésanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris,puisque les corps
pésans s'y mouvoientplus lentement. M.1
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux >
&. il découvrit bien-tôt la cause de cette difsérence,
La Terre tournant sur son axe,emporte
avec elle tous les corps qui y font, & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
plus grande,qu'ils font plus éloignes du
Pôle,& doivent être moins pésans, puisqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté
,
si l'on
regarde la Terre comme une masse fluide (& il est certain qu'elle est telle en grande
partie ) on ne peut pas supposer qu'elle foit
parfaitement sphérique, dès que la pésanteur
est plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet., quel'onimagine une colonne
fluide qui ailled'unpoint de la circonférence
de l'Equateur au Centre,& une autre
qui aille du Pôleaumême Centre,ces deux
colonnes doivent être en équilibre; la colonne
de l'Equateur fera donc plus longue
que celle du Pôle, puisqueses parties pésent
moins;le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe, c'est-à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles; & la
Terre, suivantcetteidée,doit être un sphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorieapprit à M. Huguens
;éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il osa entreprendre de déterminer la
différence dudiamètre de l'Equateur à l'axe,
& trouva qu'elle étoit la mêmeque de 578
à 577 ; mais la théorie feule ne pouvoit
donner le degré exact de l'applatissement
de la Terre;elle fera plus ou moins applatie.
suivant les differentes suppositions que
l'on pourra faire sur la pésanteur 8c la densité
de ses parties,que pour établir les calculs, on
est obligéde supposerHomogenes,ce qui surement
n'est pas vrai. M. Huguens suppo
soitque toutes les parties de la Terre font
de même densité
, & pésent toutes vers un
même centre. M. Newton ,
qui supposa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement
suivantune certaine loi, trouva que la difsérence
du diamétre de l'Equateur à l'axe,
étoit comme de 230à 129 , ce qui donne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles.
Ainsi quoique les théorieslesplus vraisemblables
s'accordassent à donner à la Terre
la figure d'un sphéroïde applati, la mesure
actuelle des degrés pouvoit feule détermineraujuste
cette figure, & ce n'étoit que
- par là que l'on pouvoit vérifier si ces célébres
Mathématiciens,qui du fond de leur
cabinet avoient mesuré l'immensité de la
Terre, méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Jîérias tentajfe domos,animoque rotundum
percurrifJe Volum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doiventêtre égaux, si la Terre est parfaitement
sphérique,c'eft-à-dire,que s'il faut
faire 2 5. lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile observée diminue de la hauvfem
d'un degré, il faudra faire encore 25
lieuësdepuis Amiens, en avançant vers le
Pôle, pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur,& ainsi de
fuite.
Il n'en est pas de même, si la Terre n'est
pas exactement ronde: les degrés seront
inégaux, & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, si la Terre est un sphéroide
allongé,c'est-à-dire, si le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe * ils feront
au contraire plus grands vers le Pôle, si la
Terre est un sphéroide applati,c'est-à-dire , si l'axe est plus petit que le diamétre de l'Equateur,
Pour en faire sentir la raison par
une idée, peu Géométrique à la vérité mais palpable , pour tous les lecteurs, imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond, &: partagé par deux diamétres
,
l'un
vertical, qui représentera le diamérre de
l'Equateur,l'autrehorizontal, qui représentera
l'axe
, ou la ligne qui joint les Pôles
; si on presse ce çerceau par lesdeux extrémités
de son diamétre horisontal
,
le diamétre
qui représente l'axe diminuera, l'autre
au contraire, qui représente le diamétre
de l'Equateur
,
s'allongera:or il est évident
que ce cerceau aura perdu de sa courbure
dans l'endroit pressé, c'est-à-dire, aux deux
extrémités de son diamétre horifontal, &
qu'au contraire il fera devenu d'une plus
grande courbure à l'extrémité du diamétre
qui s'estallongé.
On voitpar-là que si la Terre est un sphéroïde
applati, elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur *, elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cercle a moins de
courbure dans le même espace qu'un petit ;
ainsi le degré quiest toujours ':J du
cercle, fera plus grand auPôle qu'à l'Equateur.
Le contraire arrivera si l'on presse le
cerceau verticalement ; ainsi pour trouver
la figure de la Terre il suffit d'en mesurer
deux differens degrés; mais il y auroit de
l'inconvénient à mesurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre; car si la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exaéternent
ronde, les degrés qui feront voisins feront
à peu près égaux, & la différence qu'on
trouvera ne fera pas assés grande pour déterminer
la figure de la Terre, parce que
cette difference pourra provenir en partie
des erreurs inévitables dans les observarions
& dans les mesures.
Il étoitdoncnécessaire de mesurer deux
degréstrès-éloignés, parce que la difference
de deux degrésvoisins
,
qui est petite ,
se trouverarépétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle
On sent assés de quelle importance il
étoit de décider cetre question, Se quelle
peut être son utilité pour la Géographie
& la Navigation. Si la Terre est un sphéroïde
applati, si les degrés font inégaux,
comment connoître exactement la distance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés, sans connoître
le rapport deces degrés entr'eux
, & combien
cette connossance n'est-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
D'ailleurs quel objet plus digne de
la curiosité d'un esprit éclairé, que de connoître
le Globe que nous habitons, & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert les opefrationsî
C'est dansces Vûës que S. M. a envoyé
des Astronomes mesurer un degré de la
Terre vers l'Equateur
, & d'autresmesurer
un degré versle Pôle. M. le Comte de Jldau*
repas, qui honore les Arts d'unep\qte£horr
aussi éclatante qu'éclairée,a étéchargé de
cette entreprit. C'est par les- soins qllem
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des. secours dignes de la magnificencedu
premier Potentat del'Europe
qui les envoyoit, & de la prévoyance d'uft
Ministre
»
qui rappelle à tant d'égardsl'idee
de Mécene, commeson Maître rappelle
l'idée d'Auguste.
Mrs de Maupertuis, Clairaut Camus, 5c
Lemonier, tous Académiciens, allerent en
Laponieen1736, aussi près du Pôle qu'il
est possible d'avoncer.Les Lapons virent sans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unPays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de sortir, les tenant ainsiexilés
dans le lieu de leur naissance. On a (çu
de quelle constance, & de quel courage
ils ont eu besoin pour résister à l'aprêté de
ce climat. Par des opérations faites avec la
plus grande exactitudeaumilieu des glaces
duNord, ils ont conclu que la Terre étoit
un sphéroïdeapplati vers les Pôles, ce que
la difference du diamétre de l'Equateur à
l'axe étoit comme de 178 à 177, ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Astronomes destinés pour aller vers
l'Equateur étoientMrs Godin, Bougitcr
& de la Condamine Académiciens, Argonau-à
tes d'une especenouvelle, qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays, & le bien général des
Nations.
M.defussieu, Docteur-Régent de la Faculté
de Medecine, que l'Académie s'e st
acquis pendant le cours de ce Voyage, lei
a accompagnés pour travailler à l'Histoire
naturelle. M. Seniergues, Chirurgien devoit
l'aider. Les Astronomes avoient encore emmené
plusieurs personnesrdessiner, vérifier
les calculs & reconnoître le Pays, tels
que Mrs Verguin, Couplet, Desordonnais, de
Morainville & Hugot.
M. B. seulest revenu. La difficulté du
Trajet a arrêté ses Compagnons de Voyage,
qui ont été moins heureux,ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage sa relation
en deux parties; l'une contientlerécit
de ce qui luiest arrivé dans ses différentes
courses, les observations qu'il a faites
sur la situation
,
la nature des Pays qu'il a
traversés, sur le caractere des habitans, &c.
C'est une espece de voyage,mais c'est un
voyage fait par un Philosophe, & qui parconséquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs est leur peu de sincerité. Ce
reproche qu'ilsnemérirent que trop souvent,
est le moins grave qu'on puisse leur
faire. La plûpart font des gens peu instruits,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés; ceux qui n'ont été
guidés que par la curiosité, n'ont presque
jamais eu cette cunoGreeclalree, qui fait
que l'on connoît la nature si differented'ellemême
dans des climats souvent peu éloignés
, & les hommes si semblables entr'eux
quand on les examineavec des yeux philosophiques.
Ces Voyageurs ne ressemblent
pas mal à un homme,qui introduit dans,
un Palais examineroit avec une attention
serupuleusejusqu'à la moindre colonne
,
ôc
négligeroitdecannoîrre le Maître de la maison,
M. B. arapporté de ses longs & pénibles
Voyages des observations importantes
sur L'Histoire naturelle,& des remarques
qui ne font pas moins intéressantes sur les
hommes qu'il a vûs.
La seconde partie de son Mémoire contient
le recit des opérations Astronomiques,
par lesquelles il a déterminé avec ses Collégues
la figure de la Terre. Elle est, suivant
eux, un sphéroïde applati versles Pôles
>
le
diamètre de PEqlla-reur & l'axe
,.
font entr',
eux comme 174. à 173 , ce qui revient
au calcul des Astronomes du Nord
,
la legere
différence qui setrouveentre les deux
résultats ne devantêtre impuréequ'aux erreurs
inévirables dans des. opérations,si
compliquées&sidifficiles.
; Ce fut le 16Mai Ly3 5, que lesAcadémiciens
s'embarquerent à la rade de la Ro
chelle sur un Vaisseau du Roi;ils arriverent
heureusement à S. Domingue,après avoiç
relâché quelques jours à.la.Martinique*.
Ils quitterent S.Domingue le30 d'ûe-r
bre
,
& passerent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoirtraversé l'Isthme, ils Ce
rembarquerent à Panama sur la Mer du
Sud, & mouillant dans la rade de Mante le
9 Mars 1736;ils toucherenr enfin pour la
premiere fois la côte du Perou. - 4
Ils avoientencorebien des obstacles àsurmonter
& des fatigues à essuyer avant que
d'arriver à Quito,qni étoit le terme de leurs
courses. Les chemins qui conduisent àcette
Capitaleétoient inondés par les pluyes,
& devoient être impraticables jusqu'aumois
de Juin. Le desir de connoîrre la côte, on
les pluyes avoient déjacessé, engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à se séparer
du reste de leur Compagnie
,
& tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil, ils se disposerent à
parcourir cette côte, qui est la partie de
l'AmériqueMéridionale la plus avancée
vers l'Occident, & la connoissance exacte
qu'ils en eurent, jointe à plusieurs observations
Astronomiques, les dédommageoa
avantageusement de leurs peines.
Ce Pays est de niveau avecla Mer, placé
au milieu de la Zone Torride
,
& parconféquentextrêmement
chaud. Resserré entre la
Mer 8c la Cordeliere,qui estune chaînede
montagnes, plus hautes que toutes celles
que l'on connoît en Europe, il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur: on observe
dans lapartie quiestau-delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarrasser
les Physiciens
,
c'est qu'il n'y pleut jamais , quoique souvent le Ciel y soitfort nébuleux.
Le Pays est fort peu habité, on fait
quelquefois vingt lieuës sans trouver Ull.
Village,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiosité des naturalistes,
n'a pris aucun foin de la commodité
des Voy ageurs.
Mrs Bouguer & de la Condamine étoient
si peu sensibles à cet inconvénient,qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito, afin de multiplier
davantage leurs observations & leurs
richesses Philosophiques.
On verra quelque jour dans la relation
de M. de la Condamine les peinesinfinies
qu'il eut à remonter la ri viere des Emeraudes.
M. Bouguer prit sa route vers Gouayaquil
a travers des bois encore inondés
par les eaux, & où un homme monté sur
le plus grand cheval se trouvoitdans l'eau
& dans la bouë jusqu'aux genoux: après
s'êtredébarassé avec peine de ces marais impraticables,
M. B. arriva enfin le 17 Mai
1756a Caracol
, au pied de la Cordeliere.
Il fallut s'arrêter en cet endroit; les fatigues
d'une route si pénible avoient considerablement
alteré la santé du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin,qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol, avoit emmené
presque toutes les mules de la Province;
il avoir cependant laissé à Caracol la cinquiéme
partie de ses équipages, mais let
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres, & de multiplier le
nombre des bêtes de somme.
Il suffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverser ces montagnes, de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'est que de 8 ou 9 lieuës. Le courageux
Astronomes suivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit prise,
lorsqu'ilamenaàFrançoisPizare un secours
considerable d'Espagnols. Ce Général perdit
soixante-dix de ses gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipicesformés par
les torrens & les ravines, malgré le froid
excessif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige & de glace
y
M.
B. arriva le 10de Juin 17;6 à Quito, un
an& 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin & le reste de sa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüir alors d'un spectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été exposé aux ardeurs de la Zone Torride,
sur le bord de laMer,& aux horreurs de
la froide dans les montagnes, on secroit
transporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrivequelque choseàpeu
près semblable
,
lorsqu'on descend du--
sommet
des Alpes dans les Vallées du Pié3
mont.
On découvreun Paysagréable & cultive,
un grand nombre de Bourgs,&deVillages,
& de petites Villes assés jolies. Les denrées
nécessaires à la vie n'y font pas extrêmement
cheres, parce que le Pays est abondant, mais
les marchandisesquiviennent d'Europe,
les- toiles,les draps, les étoffes de foye y
font d'un prix excessif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer,& 18 à 10 liv. pourun gpbeler de
verre. La vallée de ^^o, qui est large
de 5 à 6 lieuës, est enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
est double , & forme comme deux
murailles, qui sontl'enceinte de ce Pays.
M. B.s'estassûré par ses propres yeux que
cette double chaîne continue jusqu'à 170
- lieuës; ill'a visitée depuisle Sud de Cuença
jusqu'au Nord de Popayan,& il a fçli qu'elle
est double encore plus loin vers le Nord.
La largeur suffisante de cette vallée, &
son exposition à l'égard du Soleil,devroient
y rendre la chaleur insupportable j mais
d'un autre côté le voisinage de la neige, Se
la grande élévation du terrein temperent le
chaud, & ce climat joüir d'une Automne
T
ou si l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes, les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe, tels que les poires , les pommes,les pêches,y croissent également
; tous les grains y viennent fort bien
,, & surtout le froment;les arbres font toujours
en séve
, parce que la temperature de
l'air est toujours à peu près la même.
Les pluyes feules distinguent les faisons.
Il pleut depuislemois de Novembre jusqu'au
mois de Mai; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
en grand nombrypsjalai-icent les agrémens
de ce beau Pays.Les Académiciens y ont
éprouvé une autre espece d'incommodité
» causée par la trop grande subtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito soit entre de
très-hautes montagnes,elle est elle-même
plus élevée au-dessus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe,
& les habitans dé Quitoont appris de nos
Astronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre,& respirent un air plus
subtil de plus d'untiers que celui que respirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
attention particulière
,
c'est qu'il n'a poinr
été plus incommodé lorsqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito, où l'air étoit
plus subtil.
Mais si cette trop grande subtilité de
Fair n'étoit pas un obstacle qui rendit le
sommet des montagnesinaccessible
,
les.
Astronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore, le froid excessif causé
par les neiges.
Ils monterent sur Pichincha
, au pied de
laquelleestsitué Quito. Leur dessein étoir
de faire les Rations de leurs triangles sur le
haut des montagnes, dont les sommets trèsé'
1levé1 s é*toient f{"ort avantageux a cet é1 gardd,
mais le froidyétoitsivif, qu'il leur fut
impossible d'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y sentit bien-tôt desaffections scorbutiques,
les Indiens qui les suivoient&
les autres domestiquesfurent ffïncommodés
, qu'il fallut prendre le parti de descendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat, ils renoncerent
à prendre des postessiélevés,& se
déterminerent à placer leurs signaux sur le
haut des collines, au pied des pyramides
pierreuses. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit, que le Pendule à fecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de a Ignes.
Les Astronomes étoient presquecontinuellement
dans les nuages,quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demieheure; une tempête étoit suivie du
beau tems, & un instant après le tonnerre
recommençoit, d'autant plus terrible, qu'il
éroit plus proche, & se formoit autour
d'eux.
Le sommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume desMétéores,offrit
aux Astronomes un Phénoméne singulier,
qui n'avoit encore été vû de personne,
quoique,comme le remarque M. D. il soit
aussiancien que le monde.
Les Astronomes étoient sur la montagne de
Pambamarea; un nuage, dans lequel ils
étoientenveloppés,leur laissavoir en sedissipant
le Soleil qLl[e levoit trèséclatant; le
nuage passade l'autre côté,& futàpctneà3o,
pas, que chacun d'eux vit son ombre projettée
dessus, & ne voyoit que la sienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une surface
unie. Le peu de distance ne permettoit pas
de distinguer touteslesparties del'ombre,
maisils remarquerent avec surprise que
la tête étoit ornée d'une gloire, ou limbe,
formée de j ou 4 petites couronnes
concentriques,d'une couleur très-vive ,& 1
variées comme le premier Arc-en-Ciel,le j
rouge étant en dehors. Les intervalles en»- f
tre ces cercles étoient égaux, le dernier
cercle étoit beaucoup plus foible
,
& enfin
à une certaine distance
, on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit letout.
Ils ont répété plusieurs fois la mêmeExpérience.
Les diamétres de ces couronnes
changentsouvent de grandeur d'un moment
à l'autre
,
mais en observant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
singulier ne se trace que sur les
nuages glacés, & non sur les goutes de
pluye
, comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diamétre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers; celui
du second, de 17, & ainsi de fuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés.
Quoique la neige rende les montagnes
inaccessibles, cependant MrsBouguer &
de la Condaminen'ont pas craintde monter
sur plusieurs
, tant pour visiter les
volcans qui font en grand nombre sur
ces montagnes, que pour y contenter a;
tant d'autres égards leur intrépide curiosité.
Ils ont observé que sur le sommet de la
montagne de Choussalong, ou le Coraçon,
élevée de 2476 toises, le mercure se soutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign.
1 2 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
la Mer.On n'avoit jamais porté cet Instrument
si haut, & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais personne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages,il faut plus, il faut un courage
qui n'est pas moinsestimable que les
talens qui fournissentle motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
tristes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes jusqu'à une assés
grande profondeur, ne font formées que
de scories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les grosseurs.
On n'entendra pas dire sans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
efi: caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes
, & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur, & d'une aussi grande épaisseur
,
qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de distance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées, ne laissent
aucun doute sur ce fait.
Après avoir donné ses Observations sur
l'Histoire naturelle de ce Pays
,
M. B. passe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays, dérail qui n'est pas moins intéressant
que ce qui a pré1céIddé'.
» Comme la Zone Torride, dit-il, & les
ik-Zonesglacées font, pour ainsi-dire, me*
*» lées au Pérou, qu'on y trouve les cli-
»mats les plus contraires,qu'ilsuffit da
» faire quelques lieuës
,
d'entrer dans la
» Cordeliere ou d'en sortir
y pour trouver.
» des climats plusdifferens entre eux, que
» si l'on traversoit toute l'Europe;cette exn
trême difference ne peut pas manquer
« d'en apporter dans les usages des Peuples,
» & jusques dans leurs inclinations.En bas,
» ilsvivent retirés dans leurs forêts, &;.
» forment comme de petites Républiques,
» dirigées par leurs Curés, & par leurs
»Gouverneurs,assistés de quelques autres
« Officiers, qui font aussi Indiens.
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens,ressemble à celle de l'âge dor.
» Ils vivent tous dansune aussi grande
»union,qu'ils paroissent vivre dans
»une grandeinnocence y ils sontpréve-
» venans & honnêtes;ils ne font capa-
» bles d'aucune défiance; & il ne leur
» tombe pas mêmedansl'esprit qu'on puif-
» se avoir intention de les tromper; les
» portes de leurs maisons font toujours ou-
*> vertes, quoiqu'ils ayent du coton, des
» calebasses, de la pire, espece d'aloës,
»dont ilstirent du fil, & quelques autres
» denrées,dont ilsfontsouvent quelque
» trafic. La grande chaleur leur permetd'al>
ler presque nuds ; ils se peignent ordi.
» nairement en rongeavec le rocou, sou-
» vent ils s'en font une espece de parure ,..
» & ils s'en mettent jusques sur le visage. Il
« paroît qu'ils ont regardé cette Coûtume
» dans son origine, comme une précaution
»» contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou IIdoufiltfues, qu'on trouop
ve en grand nombre dans tous les en-
»droits bas de la Zone Torride qui n'ont
« pas été défrichés.Cesmêmes Indiens font
» de tous les métiers qui leur font nécessai-
» res ; ils font Tisserans,Charpentiers
,
ils
» font les Architectes de leurs maisons
,
les
» constructeurs de leurs Pirogues; quant
» aux grands ouvrages, ils les font ordi-
» nairement en commun;un Indien invite
» tous ses voisins
, il lui suffit de les bien
» traiter, &: la maison
,
quelque grande
» qu'elle foit, est achevée le jour même,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>7 n'est pas étonnant qu'ils menent une vie
heureuse
,
ils ne font gênés par le mêlan-
» ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
t) la terre, qui ne leur manquent jamais,la
»chasse & la pêche leur fournissent d'a-
» bondantes ressources.
Les Indiens qu'on nomme Guerriers,
parce qu'ils n'ont pas été soumis par les Espagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
à
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant sur celle
du cuivre, la mêmedifficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même observé que
ceux qui vivent au bas de laCordeliere,
font aussiblancs que nous, parce qu'ils ne
font pas exposés à un hâle violent & continuel,
qui est, selon lui, la cause de la
carnation des premiers;cependant ces Indiens
blancs font aisés à distinguer des Européens,
par une difference remarquable,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens, qui vivent en
haut dans la Cordeliere
,
c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito
,
n'offrent pas un tableau
aussi riant que le premier.
» Us font tous d'une paresseextrême, Çc »stupidesàl'excès; ih passeront des jour-
» néesentieres assisàlamême place sur les
« talons, sans se remuer;ils fervent dans » les Villes, & on les applique aux champs » à la culture des terres. L'habillement
i
H qu'on leur donne fait partie de leurs sa-
» ges ,
de-même que les légumes & les
» grains qu'on leur donne à la campagne
»pour leur subsistance. Lorsqu'ils
Ce
ma^
» rient, les droits du Curé font excessifs
»de-même y que les frais funéraires lors-
» qu'il meurt quelqu'un de leur petitefa-
11 mille. 11 arrive de tout cela qu'ils n'ont
» jamais rien en leur disposition
, & qu'ils
M
font toujours endettés envers leurs Maî-
» tres. Leur indolence en estconsidérablen
ment augmentée. On ne peut pas assés dire
w combien ils montrent d'indifference pour
» les richesses, & même pour leurs commo-
» dités,peut-être parce qu'ils sentent qu'il
9i leur feroit inutile d'y penser. A cela près
cc
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
» espece de bierre qu'ilsfont avec le Mais,
u on peut dire qu'ils forment une Secte de
»Philosophes Stoiciens, ou plutôt Cini-
» ques. On ne sçaitsouvent quelle espece
nde motif leur proposer, lorsqu'on veut
"en exiger quelque service. On leur offre
»inutilement quelque piéce d'argent, ils
'» répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
ts ne doit pas s'étonner que de pareilles
« gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
'» leur étoit utile d'avoir des poches; 10rC
at qu'on les a obligé de recevoir quelque
9) monnoye, ils la serrent dans leur bouche,
Ils n'ont aucun meuble dans leurs caba
nes, & couchent à terre sur un cuir;ils
mangent peu de viande. Ils élevent quel
que volaille pour faire présent à leur Curé
ou pour se régaler dans les occasions extra
ordinaires.Une de ces grandes occasion
est la mort de quelqu'uncd'entre eux; il
s'assemblent alors, font un grand festin d
tout ce qui a échappé auCuré,ils le mangent
en pleurant, & ne cessent leur fête lugubre
que lorsqu'il ne reste plus rien.
M. B. remarque judicieusement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere,
ont conservé davantage leurs anciennes
moeurs,au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays est plus peuplé, ont plus ressenti
les effets de la dépendance. Malgré les
sages précautions qu'a prises le Gouvernement
Espagnol, ces malheureux font fort
maltraités, surtout par les Métis, qui se
plaisent le plus à appesantir leur joug sur
eux.
On a peine, en voyant ces Peuples, à
croire ce que les Historiens ont publié des
Loix
,
de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un songe,s'il
étoit possible de récuser la foi de tantd'Historiens,&
les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui subsistent encore.
Triste exemple
,
qui montre combien l'esprit
des hommes dépend des circonstances,
& jusqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
l'esclavage, la misere
,
&c.jQua pjfigit humi
divinæ particulam aura. 1
Leslimites étroites dans lesquelles M. B.
étoit obligé de se renfermer, ne lui ont
paspermis de rendre compte au Public d'u
ne infinité d'Observations curieuses qu'il a
faites, tant dans l'Amérique, que dans les
autres Pays quil a traversés. Il n'a point
parlé non plus des Observations faites par
ses Collegues ,& illeur a laissé un moisson
abondante que le Publicrecueillera avec
plaisir, si elle contientdes faits aussi intéressans
& présentés avec autant de clarté
&de précision, qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partieprincipale
du Mémoire de M Bouguer
,
c'estle détail
des Opérations Astronomiques pour déterminer
la figure de la Terre.
M. Bouguerrend compte à l'Assembléede
l'accord parfait qui se trouva entre les deux
différentes mesures que les Astronomes firentde
leur premiere base, qui est à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toujours
danscette longue vallée que forme laCordeliere.
Le Sol enest extrêmement inégal; une
desextrémitésest plus élevée que l'autre
d'environ 126toises, & nos Académiciens
partagés en deux troupes, furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
leniveau à la main, pour sauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nousapprend quecetravail dura 15* jours de
son ç6té,&: que quand les deux compagnies
Je communiquerent leur résultat, il ne se
trouva
trouva qu'une différence d'environ trois
p»uces,sur 6274toises
,
qui en: à peu près
la longueur de cette base.Il a le foin de
nous avertirqu'ilsupprime plusieurs particularités
qu'il n'a pas obmises dans le rapportqu'il
a déja fait à l'Académie; rapport
plus étendu, & dans lequel il a rendu justice
à toutes les personnes qui ont eu part
à l'Ouvrage, Il fut question après cela de
travailler à la dispositiondestriangles; le
choix des stations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
,c'étoit tout le contraire au Pérou,
les Observateurs se trouvans presque continuellement
plongés dans les nuages, ou exposés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du seul foin de leur propre
conservation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui raarchoient
à la vue l'une de l'autre sur les deux
chaînes de montagnes opposées
, & qui en.
c\h,a.ngoienc réciproquement. M. Godin d' A etolt d'un coie accompagne de plusieurs
personnes ; M. Bouguer étoit de l'autre
javec MI de la Condamine, un des Officiers
Espagnols se trouvoit de chaque côté,
Ils ont mesuré généralement tous les angles
Me
leurs triangles , ils l'ont fait avec differens
quarts de ce*rcle
, & leur Méridienne,
1uidl formée de33 triangles principaux,
embrasse une longueur de plus de 60 lieuës.
Ces triangles sontélevés en l'air de 6 à 7
cent toises au-dessusdeQuito, & d'environ
2000 toises au-dessus du niveau de la
Mer. Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur, mais au lieu
que M. Godinterminales siens à la petite
Ville de Cuença, les deux autres Académiciens
allerent un peu plus loin
,
juf^u'à
Tarqui, où une plaine parfaitementunie
leuroffroit une
seconde
base très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers euCfent
bien souhaité que tout se fît toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à se priver volontairement
des conseils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorsqu'il s'agissoit de déterminer par voye 9 Astronomique l'amptitude de l'Arc donc
la mesuregéodesique venoit de leur donner
la longueur en toises. M. Bouguer n'aiffue
pas que
@
la crainte ne lui ait faitparoître
l'inconvénient un peu plus grand, maisil
ajoute que c'est ce quil'a obligé de
passès
dans son particulier plus de trois a11I
auPérou à courir d'une extrêmité de W
Méridienne à l'autre, afin de revêtir
bservations, en les répétant,d'une aurcitéequri
nte liaitssuât audcunelie.u à la moindre
Il n'a eu que cette occupation&PtliS le
ois d'Août de 17 5 9>(i on excepte un voyae
qu'il fit en descendant vers la Mer du
ud
, pour découvrir par rapport à son nieau
la hauteur absoluë des montagnes , ont ils neconnoissoient jllCques-U que les
auteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déjà
un grand nombre d'Observations faites avec
m Secteur de 11 pieds de rayon dans les
mêmes saisons de différentes années consécutives
,
ôc qu'il n'eut par conséquent rien
l craindre,nide la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration delalumiere, il crut qu'il
falloitterminer l'ouvrage par unexpédient
qU'Oh n'avoitencore jamaisemployé, mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés. C'étoit de se rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en se séparant
M. de la Condamine & lui, & d'obferver
en même-temslesmêmes Etoiles.
LesObservations se faisant les mêmes nuits,
ou pour mieuxdire, les mêmes instans, ils
étoient sûrsdesaisir les Etoiles dans le .mê.
me point du Ciel, & de réüssir comme à
les fixer,malgré tous les mouyemens irréguliers
ausquels elle pouvoient être £iijettes.
M.Bouguervint à l'extrémité Septentrionale
à Cochesqui
, & M. de la Condamine
alla à l'extrémité Australe à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe suivre différens chemins,
afin de multiplier davantage leurs
remarques; c'est ce qui les décida sur le
choix des postesoùils se rendirent, car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprèsqu'ils
s'envoyeroient.Ils commencerent le 29 Novembre
1741 a obtenir des Observations
parfaitement simultanées de l'Etoile qui est
au milieu du baudrier d'Orion, que Baver
a désignée par E, & ilscontinuerent à observer
jusqu'au 15Janvier1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés, 7 minutes, 2. secondes, ce qui
ne. faisoit que confirmer les Observations
précédentes. Le même Arc étoit de 176940
toi ces, desorte que le dégréduMéridien
dans le milieude la Zone Torride auroit
56762. toises de longueur,si ce n'est qu'il
faut en retrancher 2.1 toises pour le réduire
au niveau de la Mer à cause de la grande
hauteur des montagnes, ce qui le rend de
56741toises. , M. Bouguer finitsonrécit, en remarail
I
quant, qu'on ne peut sans faire violence
aux Observations, continuer à supposer que
les accroissemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier, font proportionnels
aux quarrés des finus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre est beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a pensé M. Huguens. Les
Expériences sur la gravité des corps justifientla
même chose, en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la *
pesanteur va en diminuant, amesure qu'on
s'éleve en montant sur les montagnes. La
pésanteur des corps est moindre à Quito
qu'elle n'est au bord de la Mer, & si l'on
parvient au sommet de Pichincha,quiest
plus haut, la péfanreur se trouve encore
moindre. M. Bouguer
, en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les exces
des dégrés de Latitude sur le premier, ne
font gueres éloignésd'être proportionnels
aux quatrièmes puissances des Sinus des Latitudes,
ôcque l'axe proprement dit est
au diamètre de l'Equateur çomme 173 à
174 , .OU que répaifleur de la Terre est
moindre dans le lens de son axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie.
L
M. de Jussieu lût après un Mémoire qui
cpnteiYoit la description d'une Plante del&
nouvelle Biscaye au Mexique. Les Efpagncls
ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contray-ervt , qui fembioit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom ,
dont la réputation est très-grande
ebés-eux
,
& même chés nous. , M. de Jussieu a observé,quequoique
ces deux Plantes portent Le même nom,
qu'elles ayent le même goût aromatique&
presque les mêmes vertus, elles
different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * respectifs : la racine
de l'ancien Contrayervaestfibreuse, Be
celle du nouveau est ovale & semblable
à un perit navet; de plus, l'ancien a des
seüilles,sumples
,
arrondies 5c coupées en
trois ou cinq segments, au lieu que le nouveau
les a semblables à la petite quinteseuille,
& a ses fleurs legumineuses; le nouveau
a encore un avantage sur l'ancien,
c'est la facilitédepouvoirêtrecultivé&
multiplié en toutes sortes de Pays par ses
graines, comme les Plantes légumineuses.
L'Académie Royale des Inscriptions &T
Belles-Lettres avoirauai tenu le Mardi x5
de ce mois- son Assemblée publique.
M. Freret y lut l'Eloge deTVï. l'Abbé de
* Le Porc d'une Plante di Ta. figureextérieure
ËotbkUn, & des Observations sur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens, où l'on admira
la vaste & judicieuse érudition de cet Académicien.
M. Belet
,
nouvellement reçft
dans l'Académie, lût aussi un Mémoire sur
ln'ordre politique des Gaules, qui a occasion- changement de nom de plusieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plusavantageuse le choix de l'Académie;
nous parlerons plus au long de ces Ouvrages
dans le Volume du mois prochain.
A l'ouverture de l'Assemblée de l'Académie
on distribua le Programme fiiivant.potit
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
ifrftribaë tous les ans. -
L'Académiedésirant que les Auteurs qui
composent pour le Prix, ayent tout le tems
d'approfondir les matieresde travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter, a résolu
de les publier beaucoup plutôt; elle
annonce dès à présent, que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
distribuëraà Pâques 1746, consiste à examiner
& à déterminer,Quel a été l'état des
Sciences en France sous les Regnes de Charles
VI&deCharles VII.
Le Prix fera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres.
Toutes personnes, de quelque Pays 8c
condition qu'elles soient, excepté celles
qui composent l'Académie, feront admises
à concourir pour ce Prix, & leurs Ouvragespourront
être écrits en François ou
en Latin, à leur choix. Il faudra seulement
les borner à une heure de lecture au plus.
Les Auteurs mettront fimplemeiltde-
Devise à leurs Ouvrages, maispourse
faire connoîtreils y joindront dans un
papier cacheté&écrit de leur propre
main, leurs nom,demeure & qualités8c
ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix.
Les Pieces affranchies de tout port, feront
remises elure les mains du Sécretairc
de l'Académie, avant le premier Decemke174;.
EPITRE,
AM. Bouguer, de VAcadémie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
sur fin retour. ParM. DesforgesMaillard
fin Compatriote.
TU
finis, cher Bouguet, tes travaux & mes
peines
Par ton retour heureux
;
Neptune,dont j'ai craint les fureurs inhumaines
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que sur toi sa funeste vengeance
Ne fittomberses coups,
Voyant tant de Nochers,qu'instruisit ton enfance
A braver son courroux.
Leurs agiles Vaisseaux
,
du Midi jusqu'à l'Ourse ,
Firent voler ton nom, Et ta main quoiqu'absente
) au milieu de lea$
course
,
Dirigea leur timon.
A l'âge où follement la jeunesse enyvrée ,
S'endort dans lesplaisirs,
La tienne plus solide
,
à l'étude livrée ,
Y borna ses désirs.
Ve t'avons nous pas vu fuir la foule inquiette ;
Au sommet de nos Tours,
De l'Astre presque éteint, au bout de la Lunette
Rallumer les contours?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés;
Alors tu méditois dans tes remarques sages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles,
Tes jeux & tes Essais.
Aiglon, tu préparois à l'essor de tes aîles
De plus hardis succès.
Quels chefs-d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
éclore,
Sçavant
,
subtil
,
profond ?
Ton Pays, :e Royaume, oui
,
l'Univers s'honore
Des Lauriers deton front.
Quel'immortel honneur pour les ames bien nées.
A des traits chatouilleux L
C'est lui
,
dont le conseil fia tes destinées
Aux hazards p¿riIJeuï.
Tu quittas, pour complaire au désir du Monarque
Des jours purs & serains
r
Ardent à t'exposer, aumépris de la Parque ,
Surlesflotsincertains,
•
Passant de ton Vaisseau sur des mornes terribles
Deglaçons hérissés:
loties périls plus grands par des retours horriblesj
Succédoienrauxpaflfés.
.sut ces Monts [QUIcillcux
>
redoutables azile*
1
D'un hyveréternel
,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons,qu'unzéleégal inspire,
Ont pan. tesmaux,- Ils partagent ta gloire, & l'Univers va Tiré
* Etvantervostravaux *
D'autres ont avant vous, poussespar Couru sur l'Océan,
Mais leur Art s'ébahit. & l'on vii: leur confiance
Lasséeaubout d'unan.
D'autres ont avant vous pendant plusieursannées,
Soutenu leurespoir,
Mais pour mettre à prosit leursrapidesjournées,
Ils manquoient de sçavoir.
Tu dis, mon cher Bouguer, qu'au plus fort de leS
peines.
J'étoisàtoncôté ,
Et qu'en partant de moi, sur ces rÍ:ves.loimaineJo
Tute sentoisflaté; - -
Crois aussi que partout j'ai porté tonimage
Empreinte dans mon coeur,
Et que dans tes revers ton aimable visage
Fut mon consolateur;
Mais pour peu qu'en neuf an&la Merparût etmk"
J'en perdois le repos k
Xlon amour effrayé grossissoit à nn vue
- Les. dangers &les flots. -
Neptune, épargne, dis-je, une tête si chere
r
Exauceunmalheureux
Sinon porte la mienne
, au gré de ta colère ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tu reviens, & mes jours n'auronsplus d'amertume,
Je revois enchanté,
Sur ton tein refleuri, dans ton oeil qui s'allume,
Renaître la santé.
Rallentistoutefois d'une étude assiduë
L'usage immodéré;
Elle fait ton plaisir, mais le plaisir nous tue,
S'iln'estpastemperé.
La mort, dont le compas n'assigne au plus gran<i;
homme
Qu'un triste & court terrain,
La tête dans les Cieux,renverse l'Astronome,
- SonTélescopeenmain.
Joui d'un doux loisir, si tu veux bien en croire
Ma tendresse & ma foi.
îAprès avoir vêcu
, pour autrui, pour ta gloire j.
Cher Ami, vi pour toi.
'MANVSCRITtraduit de VArabe ,
par M. Jacques, Marchand EventaiUijle a
Paris,ruéMouffetar, oN sçait asses que la coutume du Calife
Haroün Arafchild étoit de fortir
les nuits déguisé
, avec son Grand Visir
Giafar, & Mesrour, Chef des Eunuques,
pour observer ce qui se passoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faisoit une de ces tournées nocturnes lorsqu'il entendit , un grand bruit:il approcha
, & connut que le bruit partoit d'un Caravanferail
;une multitude devoix qui s'élévoient
confusément,paroissoit soutenir
une contestation fort vive, & fort animee.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte; dès qu'on eûtappris que le
Souverain Commandeur des Croyansalloir
paroître, le tumulte s'appaifa, & chacun
attendit en silence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui, il promenoit ses yeux de tous
côtés, & cherchoit à découvrir par lui-mê-
321c la cause du désordre.
Un homme qu'à son habillement on
reconnossoit pour urt Marin, étoit lkaateur
du trouble. On l'auroit jugé à sonair
agitédeménaçant, quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas suffisamment averti. Au fond de la
Chambre, quelques femmessécouroient
une jeune personne, belle comme le
jour. Elle étoit évanoüie, maislapâleur ,
que cet accident répandoit sur son teint lui donnoit l'airplus intéressant , ,sanslui
faire perdre aucune de Ces graces.. Le Calife
la considéroit avec autant de plaisir que
d'attention, lorsque le Marins'avaneant
vers lui lui dit d'un ton fier & audacieux , Seigneur, puisque vous êtes le Calife,vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme soit remise entre mes mains : elleest
mon épouse ;, ne [onffiez pas qu'on me
faffe perdre dans vos Etats un droit si légitime.
Tandis que le Marin parloit, cette
femme évanoüie réprenoit l'usage de fessens
, & commençoit à rouvrir les yeux..
Dès qu'elle l'entendit, elle s'écria,lui mon
époux ! Lui, juste Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah 1 Seigneur, poursuivit-elle,
en se jettant aux pieds du Calife, ayez pitié
d'une infortunée,qui n'a déjà que trop
essuyé de malheurs, & ne mettez point, M.
me livrant à ce Barbare, le comble à toutes.
les horreurs dont j'ai déjà été La victime.
La belle affligée n'avoit pas besoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
son adversaire. Le Calife avoir jugé dès le
premier regard qu'ilavoit porté sur elle,
& il étoit difficilede faire autrement. Elle
joignoit à cette beauté éclatante qui
éblouit, ces traits intéressansquiséduisent
: on sentoit en la regardant ce plaisir
& ce trouble que l'on éprouve à la naissance
d'une passion : ce n'étoit ni cette admiration
,qu'excite la beauté
, quand elle eflr
feule, ni ces désirs momentanés,que fait
naître le caprice àla vue d'une figure qui
plaît;c'éfoit un sentiment plus tendre»
plus délicieux que le premier, plus désinteressé
que le second
, & qu'il est plus aisé
d'éprouver,que de définir.
Le Calife avois ordonné à Mefrour
y
avant que d'entrer dans le Caravanserail de faire venir ses Gardes ils arrivoien,t
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vue,mais sans lui faire
de violence,car il ne vouloir pas paroître
le condamner sans l'entendre; & il passa
avec la belle infortunée
,
Giafar
, & Mefrour
dans une Chambre du Caravanseral
plusrétirée. Il étoit fort im patient d'être
iriftruÍt du fort de cette belle inconnue, &
lui demandoit le récit de ses avantures avec
les égards les plus tendres, & l'empressement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à satisfaire le Calife; la Majesté
d'un si Grand Prince l'intimidoit. Enfin,
lasse de résister à des sollicitations, qu'elle
n'espéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainsi sa parole.
niftoired'EritJ:.ine<)&' de pArelin.
Souverain Commandeur des Croyans
vous me voyez dans un état si médiocre,
que peut-être aurez-vous peine a me croire
, quand je vous dirai que je fuis née Princesse..
Mon Pere se nommoit Eritzin
y
& étoit
Souverain de l'Isle de Ceilan. Vous avez.
entendu parler sans doute de la fameuse
Révolution qui le renversa du Trône. Je
n'étois pas encore née dans ces tems funestes
; mon Pere désespérant de chasser l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle, se sacrifia lui-même au
bien de ses Sujets
, & aima mieux abandonner
un particonsidérable
,
& de solides
espérances qui lui restoient encore, que
d'éterniser la guerre Civile, & d'attifer le
feu qui confunoit sa Patrie. Il fit répandre
le bruit de sa mort, &se retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de toutrcm)
>voit été son Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroir ,
équs'une petite Terre sur le bord de la Mer * agréablement bâtie
,
mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi même dans
4'infortune.
u Ce sur la que mon Pere seretira. Ma
!Merc , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue,murmura d'être obligée de s'ensevelir
ainsi dansune solitude
y
mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la seconde année
de la retraite de mon Pere: il étoit
Idéja consolé de ses malheurs,Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Astrologie, cesspéculations
sublimes remplissoient toute son
On me cachalong-tems l'éclat de ma amer-tems l'écl at tua
naissance : jepassois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard, & sa femme , qui
Ihabitoienr une Terre voisine de la notre,
& qui venoient souventvoir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
société
, & toute ma consolation : nous ftlmes
élévés ensemble dès l'âgele plus tendre
dans l'enfance, & même dans la jeunesse
les gens plus âgés nous paroissent,
r pourainsi dire, des hommes d'une autre
cfpe'ce j ainsi je ne voyoisque Parelin
avec qui je pûlTe lier ce commerce intime ¡-
qui fait seul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus sécrettes
pensées de mon arme ,
j'érois la dépositaire
de ses petits sécrets ; nous étions si contens
quand nous étions ensemble
, que bien-tôt
il nous futimpossibledel'être,quand nous
étions séparés. Mon Pere, qui s'apperçut
de la force de cette inclination naissante,
consulta ses Livres, & voici quel fut le résultat
de ses recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans, lorsqu'il
me fit venir dans son cabinet. Après
m'avoir tenu les discours les plus tendres
sur l'intérêtvif&inquiet qu'il prenoit a
ce qui me regardoit,il me parla de Parelin
; il m'avertit de ce qu'il avoir remarqué
en nous, & m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne sçavois pas encore ce quec'étoit
que l'Amour ÿ je me livrois ingenûment
à mon coeur qui me conduisoit. Le
peu que monPere me dit sur ce sujet, sur
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur,m'instruilît
ausside ma naissance
,
& me fit connoître
que je ne pouvois absolument descendre
itifqu'à Parelin en l'épousant. Cene nouvelle
fut un coup de foudre pour moi:la
fille-du Roi de Ceilan ne pouvoirs'abbaisser
jusqu'à un particulier, dont la naissance
n'étoit pas même noble, & quoique mon
Pere ne fût connu de personne pour ce
qu'ilétoit , il lui restoit le souvenir de sa.,
premiere grandeur, qui l'auroit trop ha-,
milié à ses propres yeux s'il eut consenti i
cette Alliance. ; Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; illui fut défendu de venir au Château.
Pour moi, je passois les nuits à pleu-,
rer,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le pW souvent vu Parelin. Que
je fuis malheureuse
, me disois-je à moimême
! Je fuis la première
,
peut-être, quia
désiréden'être pas née ce que je suis; je
n'ai aucun des avantages, que procure un
rang éclatant, 8c je n'en éprouve que le
désagrément & la contrainte. Mesréflexions
finissoient toujours par conclure,que
je ne pouvois vivre sans aimer,sans voir
Parelin ; mais commentfaire? Je n'osois
en parler à mon Pere
, que mes sollicitations
auroienr orrénfe;j'ofbis encore
moins lui désobéir en écrivant à Parelin,Le
hazard me servit.
Je me promenois souvent dans les Bois,
errante à l'avanture
,
& occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faisoit l'objet, de mes rêveries; il s'étoit
égaré à la chasse; il accourut à moi tics
qu'il m'apperçut. J'eus assés de force fol
moi-mêmepourfuir;hélas! Dès qu'il vit
que je voul*ois m'éloigner, arrêtez, secria-
t-il
.; je ne veux pas vous poursuivre
j & si vous avez dessein de m'éviter,je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
çn disant ces mots ; je m'étais arrêtéeaussi
pour l'écouter; qu'on est foible quand on
aime!De ce moment, il me fut impossible
de faire un pas, pour m'éloigner de lui-, je
ne pouvois détourner mes yeux,qui se si.
xoient malgré moi sur les liens, il pleuroit,
je pleurois aussi : nous ne refdhnes pas long..
tems dans cette situation nous nous approchâmes
1'imde l'autre avec lemême frémissement
, que si nous avions avancé vers un
précipice, mais,malgré cette crainte, je
sentois quej'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il se jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi, je fus prête à me
mettre aux siens au lieu de songer à le relever
, caril me sembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
Parelin, lui dis-je
, ne m'accusez point,
vous n'avez jamais eu de sujet de vons plaindre
de moi, vous n'en n'aurez jamais
s ne
vous plaignez que de mes Parens
,
dont les
ordres nous séparent. Hélas ! dit-il, qui
peur leur suggérer de nous traitersi cruellement?
On craint, lui répondis-je, quç;
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien, s'écria-t-il, car je craignois de
ne vous pas aimer assés,mais que craignentils?
Et quel mal en peut-il arriver? Je ne
pus me réfuser la douceur d'un éclaircissement,
qui s'offroit si naturellement, & me
paroissoit si nécessaire. J'instruisis Parelin.
de mes sentimens: je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoirappris sur ma naissance.
Hélas i me dit-il, si j'avois étéfils du
Roi de Ceilan, & vous fille de mon Pere , la différencedesRangsn'auroit pas été un
obstacle. Je sentis à ce reproche mon coeur
se serrer; mes yeux se remplirent de larmes
; sa générosité sembloitm'accuser, ÔC
quoiqu'il me fut aisé de me justifier
,
à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai- je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui, quoiqu'il
pût arriver; je lui répétai millefois
les sermens de l'aimer toujours;je craignois
d'en faire trop peu pour le rassurer. La nuit
vint, il fallut nous séparer
,
mais ce ne fut
pas sans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château soulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus renier, c'étoit m'êtredélivrée
Ul grand fardeau, 8c l'éclaircissement
.:queje venois d'avoir avec mon Amant, flJ
paroissoitalors un arrangement solide q rien ne pouvoir déconcerter.. l
- Mon Pere fut fort triste pendant le souper.
Je m'apperçus même,qu'en me regard
dant, ses yeux se remplissoient de larmes
j'essayai de dissiper son chagrin par mille
tendrcs caresses, mais je ne faisois que l'ai*
tendrir davantage. Il voulut que ma Mer
se retirât, & lorsque nous fûmes seuls
, Mo
fille
, me dit-il, je veux vous apprendre le
sujet de ma tristesse. Je dois mourir bien
tôt, je serois peu dignedevivre, Li c'étoit
là le sujet de mon inquiétude
,
c'est vou
feule,fille, vous feule
,
qui excitez mes
craintes; toutes mes allarmes se réunissent
sur vous,ainsi que toute ma tendresse, ve,
tre fort est lié trop intimément au mien 1
pour que mes recherches sur l'un ne m'ayent
pas instruit de l'autre. Apprenez,ma fille j
que si vous persistez à aimer Parelin.
, crt1
te passion doit vous attirer lesmalheurs les
plus cruels; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'oncéde à l'Amour
,
il ncuseiH
traîne; si vous n'étouffez pas le vôtre ,it.
vous maîtrisera; vousépouferez Parelin ,£d
lpeasr cette alliance honteuse vous mériterez!
revers les plus funestes
,
dont cet Ky-j
men indigne vous rendrala victime. Je ne
-
4FOUS parle pointde l'orgueil de votre naiftnce
qu'une passion aveugle & impérieuse
ouis
a faitaisément oublier,mais par pitié
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
,
ne courez pas au-devant des mairieurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
khofe,qui vous touchera peu,& qui feroit
Une forte imprellion sur une ame moins
[prévenue. Les Affres vous destinent à époucfer
un Prince qui me vengera, & qui vous
rfera remonrer sur leTrône de vos Ancêtres,
-occupe par l'Usurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus; réfléchissezvous-même à vos
dévoirs ,à vos intérêrs;je ne veux point
exiger de vous des paroles que vous ne me
iréfliferiez pas dans ces derniers momens, ÔC
f que vous oublieriez peut être après. J'aurois
souhaitépouvoir vous en apprendre dava -
tage sur votre fort, mais je n'ai pu voir tout
cela que fort confusément,&c sans aucun détail.
Peu de jours après cette trilleconverfation,
il expira dans mes bras,sans qu'il parut
Aucune altération dans sa santé ; il sembloit
qu'il s'endormit d'un sommeil tranquille.
Je fus long-terns occupée de mes regreti;
je ne pouvois me lasser de pleurer un
Pere si tendre. Parelin respectoitma douleur,&
je n'entendois point parler de lui.ma
r Mere après avoir donne quelque tems à son deuil, me dit enfin, que nous avions grand
f-tortderenoncerà toute lociété). qu'il
loitrevoir nos voisins
;
& fairerevenir Parelin
j ellemelaissamêmeentendre qu'elle
ne s'éloigneroir pas de me le donner pouil
époux. Ce discours, qni peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur, me fit alorssrissonner.
Les dernieres paroles de mon Perem'étoienr
toujours présentes ; je croyois l'en
tendre encore,qui me disoit, que j'expo*
ferois mon Amant à d'affreux dangers, en
répondant à son amour.Je consiai mes allarmes
à ma Mere
,
qui les traita de visions
& de puérilités , ; elle m'aimoit, parce qu'il
est impossible de ne pas aimer ses enfans,
mais du resteses sentimens pour moi étoient
subordonnés à toutes ses sanraifies,& à parier
juste
,
elle n'aimoit qu'elle;elle s'ennuyoir
dans notre solitude. Je connoissois
à fond son caractère, toute jeune que j'étois
, ainsi je ne fus point surprise de voir
arriver au Château les Parens de Parelin ,
& Parelin lui-même. Sa vue me causa une
émotion que je ne puis bien exprimer. Je mel
pavois si jedevois me livrer au plaisir ou
à lacrainte:je voyois dans sesregards uni
amour si vif, il me paroissoit si content de
me revoir, que je croyois déia l'Oracle de
mon Pere prêt a s'accomplir. Il s'ayança
vers moi; jamais il n'avoit été si empreslé&
si séduisant;je n'osois lui répondre,
je
-- jenepouvois me taire;le combat étoitd'autant
plus cruel, quec'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ;étrange
situation i Je frémissoisdevoir mon amant sicendre,moiqui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il,
n'avez-vous plusrien à me dire, lorsqu'il
nous est permis de nous parler?Avez-vous
hérité de la haine de vatre Père? Parëlin,
répondisje,vous feriez plus content demoi
si je vous aimois moins. Je lui apprisenfuite
ce que mon Pere m'avoitprédit sur mon
fort & sur le sien; je lui peignis avec des
expressions si fortes les dangers qui devoient
résulter de notre malheureuse passion
,
je lui promis avec tant de sermens
de n'être jamais à un autre, puisque je ne
pouvois être à lui, qu'il me sembloit qu'il
ne pouvoir réfuser de ressentir mes allarmes,
& d'adopter le projet de nous séparer , "piais ilse jettaàmesgenoux, transporté de
joie; si c'est-là
,
dit-il, le sujet de votre tristesse
,
je fuis le plus heureux des hommes;
j'avois craint votre indifférence, maispuisque
vous m'aimez toujours, il n'en pas
possible que vous vous arrêtiez à des craintes
aussi vaines que celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer
,
mais Parelin imlaissoit
pas le tems de lui répondre;il çft
bien difficile de ne pas écouter un amant
qu'on aimej il est impossible qu'il ne per-
-
suade pas dès qu'onl'écoute: j'avois un si -
,
grand intérêt à le croire, que toutes (es raiions
me paroissoient convainquanres. QU8
nous sommes aveugles! me disoit-il;on
nous menace des plus grands malheurs si
nous nous aimons
,
mais le plus grand ds
tous n'est-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi, je ne connois de plaisir ni de
douleur que par vous; rien ne peut m'intéresser
dans l'Univers que vous seule; dites
que vous m'aimez, je jouis de tous les
biens; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux, si vous ne m'aimiez
plus. Croyez, ma Princesse, croyez que
votre Pere s'est trompé ou peut-êtrevous en
a imposé
, pour vous donner de nouveaux i
,n-ioiifs de soutenir l'orgueil de votre naissance.
Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les sentimens qu'il m'exprimoit, pour
ne pas tirer les mêmes consequences que
4uij il fallut finir par céder à ses instances ,
nous convînmesd'agir l'un & l'autre auprès
<le nos Parens
, & nous nous quittâmes
.¡emplis des espérances les plus flateuses. Je
m'étois persuadée que la prediccion étoit
unpiège que mon Pere m'avoir tendu pour
s'assurerxle moi;il y avoir cependant des
,
momens où mes inquiétudes renaissoient
encore pour mon amant, mais un(eu1 de
ses regards dissipoit iotis les nuages, &
mettoit le calme dans mon ame. Telétoit
alors l'état de nos coeurs, nuis tout changeabien-
tôt de face
, nia viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une fuite d'infortunes & de
miséres.
Parelin fut huit jours sans venir au Château
; ma Mere pendant ce rems étoit de
ort mauvaise humeur, sur-tout contre
moi, & même elle me maltraitoit souvent.
e revois un foir dans mon lità tout ce qui
se passoit,&j'en cherchais la .çan{e , lorialle
j'enrendis qu'on parloir dans la Chamre
de ma Mere qui étoit à côté de la ralentie.
N'en doutez point,disoit une voix qui
m'étoit inconnue
,
il y a quelque choie
ans cet événement qui paire la science
Abdelec ( c'étoit le nom du Pere de Parein)
les philtres amoureux n'operent
oint sur Parelin;ceux de haine, que l'on
rous a donnés pour faire prendre à Eritzine
ont aussi impuilflaris; il faut que quelque
ause sécrette les mette tous deux à l'abri de
leS charmes. Parelin soustre avec une consance
inébranlableletraitement le plus ripureux.
Abdelec l'a fait enfermer dans :achQt obscur, où un il ne vit que de pain &
l'eau
, maisilpersiste à dire qu'il ne vous
épousera jamais, & qu'il mourra mille fo:
plutôt que de trahir la foi qu'il a jurée
Eritzine. Ma Meresouspiroit
, & murnu
roit
, en apprenant ces nouvelles si rri{lf
pour son amour ,& moi je ne pouvois r,
venir de ma surprise. Le reste de la convé
fation se tint si bas que je ne pus en enre
dre un mor. Le lendemain, je trouvai n
Mere de meilleure humeur; son air ére
riant & plus ouvert,elle m'accabloitdec
resses qui me confondoient
,
quand je 1
comparois à ce que j'avois entendula ve
le j'étoisaussî embarrassee avec elle que
j'eusseété coupable, & j'étois déconceri
autant qu'elle auroit dû l'être : mais si
tout je m'abstins réligieusement de ri
boire de ce qu'elle me présentoit. Le se
venir des philtres me faisoit tremble
j'allois apres le repas chercher de 1\
moi-même à une Fontaine qui n'étoit
éloignée du Château.
Cependant Parelin ne paroissait pas
n'avois aucune de ses nouvelles, & la j
de ma Mere commençoit à minquiéter
craignois quelque pitge caché, & j'é
dans une situation où tout étoit un .{
d'allarmes.
J'étois livrée depuis quelques jours
inquiétudes
,
lorsqu'il arriva sur notre
vage
uneRécite Escadre qui étoit cornu
dée par l'homme contrelequel
,
Seigneur *
dit Erirzinç en s'adressant au Calife, vous
venez de me défendre si généreusementr
cet homme piratoit ordinairement sur ces
Mers,mais comme il recevoit alors une espécs
de subside du Roi de Bornéo,il ne descendoit
à terre que comme ami,& nous n'a
vions rien àcraindre de lui. Il vint plufleurs
fois au Château.; ma Mere le reçue,
fort bien pour moi, toujours occupée du
souvenir de Parelin
,
je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate
,
& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiensqu'il
avoir avec ma Mere* - I Sideni, c'est le nom du Pirate
,
voulut à
son tour nous traiter
,
& nous conduisit à -
{on bord, oÙ.' l'.ne sonbord Fête magnifiq.ue nou!
,
oùuneFêtemagnifiquenous
étoitpréparée; à la fin du repas,un homme
qui paroissoitt avoir quelque autorité sur
lésautres, & pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards
,
j'ai sçu depuis que c'etoitunFaquir, mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de son espéce
; cet homme,dis-je , se leva, & alla.
chercher une grande coupe d'or, qu'il remplit
de vin de Chiras; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord présentée but, & me la
rendit, je suivis son exemple, & je remis
la coupe au Pirate, qui la saisit avec empressement.
Pendant que celasepaisoit le
Paquir qui avoir été chercher la coupemarmotoit
encre ses dents quelques paro les en une Langue que je n'entendois pas Mais quelle sur ma huprifê: quand;rn
Mere lé tournait versmoi, m'exhorta 'd\l:
ait- grave '&, àiiftére1^ aimertoute ma vi
l'épouxqquueejejevevrerraroiside choisit! Toutmo s.
f-ailg se glaça,& je crus que je mourro: demon sasissement. Le Faquir-, quipre
rvenednoitomi'asvdo'iér pmoaeuimsmeraSppidrirenquie.
Quoiquejecomprimeaifémenrque je n ^btiVois avoir contracté un engagement o la volonté n'avoir aucune part, je sent
toute l'horreur de lasituationoù je me troi
"vQis; je regardois ma Mere ,
qui,tout
préparée qu'elle étoit à cettescéne
,
étoi
fort déconcertée*, elle pria le Pirate de
fairereconduire chés elle-, elle fut obéie su
le champ, & auretourde la Chaloupe S
déni mir- à la voile. Bien-tôt nous fûmes e
pleine Mer; j'essayai plusieursfoisde m
précipiter dans les eaux, maisonveilloi
sur moi avec tropd'attention
, &: toute
mes tentatives furent inutiles. Je regardo:
sans cesse le Ciel; j'aurois voulu y décor
vrir les signes prochains d'une tempête, l
la mort me paroissoit le seul remédeà.me
mau¡, Sideni n'osoit encore paroître di
vant moi, mais à sa place-leFaquir ne m':
bandonnoit pas, & ne cessait de me persécurer
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raison. Je le laissois parler sans l'écouter
ni lui répondre;mon ame toute absorbée
par le sentiment de ses maux éroit dans un
engourdissement stupide. La préience de Sideni
me retira de cet abbatement
,
mais
pour me faire soutenir des assauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient, & las d'attendre
le succès des exhortations de son Faquir,
avoir pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlirmoins à l'aspect
de son Juge, que je nefis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ses regards
farouches.
Puisque vous ne voulez pas me rendre
justice
,
dit-il, d'un air terrible,je sçauras
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me saisir; le Faquirétoit à côré de
moi, je me jettai à ses pieds, & le priai
d'obtenir du Pirate du moinsundélai de
quelques jours. Le délai fut accordé avec
peine, & Sideni sortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences, si dans huit
jours je ne me rendois à ses désirs.
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours, & d'échapper ainsi
à la brutalité de ce Barbare, mais j'étois si
bien gardée que j'auroisété sa victime
3
si
le Ciel ne m'eut envoyé le secours inesperéj
quevous allez entendre.
Mon Pere m'avoirremisenmourant
des Tablettes d'Email, qu'ilm'avoit recommandé
de garder soigneusement. Je les
avois, mais dans le trouble oùj'éroisje
n'avois- passongeà les regarder, & je n'avois
pas imaginé qu'elles pussent M'être
d'aucune ressource
: je les trouvai par ha--..
zard fous ma main,& je fus fortétonnée dy
voir tracés des Caractères que je n'yavais
pas encore apperçus ; je lus, &je vis qu'on,
m'exhortoit àlire & à prononcer tout haiït
les paroles qui étoient écrites,au bas de la
* page.
J'obéis: je prononçai ces mots myftericujt
que je ne comprenois pas , & à l'instant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable
,
qui me demanda ce queje
désirois: tirez-moi promptemenr d'ici, lui
dis-je: j'eus à peine achevé qu'ilme prit
dans ses bras, & je nie trouvai surle bord
de la Mer.
Aimable Génie,dis-je alors à mon Libérateur
, je vous dois plus que la vie,
mais vousn'avez rien fait pour moi
,
si vems
ne meconduisez où est Parelin. Le Silphe ,
car c'enétoitun, me prit encore dans ses
bras,& je metrouvai fous une voute obscure3
où la lumiere du jour navoit jamais
pérrétré.Jetressaillis
, & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée
,
cependant j'avancois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante; on ne me répondoit
point, & j'étais déja en proie aux plus vives
allarmes; enfin, au bout de quelque
tems j'entendis un soupir
, &: je crus reconnoître
la voix de mon amant: je volai versl'endroit
d'où le bruit parroit : est-ce vous, Parelin,mécri-ai-je,estcevouscher amant?
Qui m'appelle
,
répondit-il d'une voix foible
& mourante? J'approchai, je ferais
qu'ilétoit couché à terre, je m'y jertai aussi:
je n'ai plus qu'un moment à vivre, dit-il,
laissez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris- je, qu'osez-vous me dire? Quoi l
iiureccriinoiffèr-vouis. pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez-vous plus?Il n'oioit
croire ce qu'il enrendait. Je me hâtai de
l'instruire de tout ce qui m'etoit arrivé, &
de l'avanuirefinguatreparlaquelle je me
* trouvois auprès de lui; J'alloismourir, me
dit-il, de la douleur de vous avois perduë j.emourraide la joiede , vous retrouver. Hé
las i En quel tems , en quel état revoyezvous
votre malheureux amant? Il me dit
toutes les persécutions qu'il avoitessuyées
,,
toutes les inrtances de ses Parens pour le
déterminer à épouler ma Mere ,
ils ont.
cru, disoit-il, me contraindre à changerà
force de mauvais traitemns, ils ne (ca";
voient pas qu'étantséparé de vous ,je nd
pouvois sentir qu.: la douleur de vousavoir
dpaenrdsuë. Ma Merevenoit souvent le visiter
sa Prison
, & c'est ce qui avoit causé
fbii erreut quand je l'avois appellé , e l'avoit instruit de mon mariage avec le Pl";
rale Sideni, &. le malheureux désesperé
dece rrifte événement avoir pris le parti
de se laisser mourir de faim. Il y avoirdéjà
cinq jours qu'il n'avoir pris de nourriture;
on lui apporroit tous les jours du pain
qu'il lainoir à terre: sen ramassai un morceau
, il le reçut de ma main,& le mangea
avec
transport
; nous
partageâmesdéfPormais
le pain & l'eau
,
qu'on lui apponoir,
& ce parrage nous les rendo-itpréférables
aux mers les plus délicats. Enfermés dans!
une Caverne obscure,réduits à n'avoir d'au.
tre aliment que de mauvais pain, dJatttre
lit que la terre, nous étions content
parce que nous étions ensemble
t nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été séparés. L'obscuritéme mettoit hors
d'état de confulrer les Tablettes d'Email ,
maisje ne regrettois pas le secours que j'en
aurois pu tirer. Mon amant me suffisoit,
il ne désiroit rien depuis que j'étois près
de lui, & nous aurions consenti volontiers
àparler notre vie danscette especedeTombeau*
Cependant en marchant dans la Caverne
, je sentis fous mes pieds un anneaude
fer, j'y portai la main
,
& je m'apperçûs
que l'anneau tenoit à une espéce de trappe
,
qui résistoit au peu de forces qllC)'CIployois
pour la lever, mais qui me paroissoit
devoir céder à un plus grad effort ;
Parelin commençoit à reprendre ses forces
Je l'engageai à les essayer sur cet anneau, il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un assés petit degré que
nous descendîmes sans balancer. Parelinme
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces soûterrains que dans le tems des
Guerres Civilesonavoit préparés dans tous
les Châteaux pour se sauver en cas de malheur
, & que suivant les apparences celui-ci
nousconduiroit dans la Campagne.
Nous marchâmes assés long-tems sans
que lesconjectures de Parelin se vérifiassent
; j'étois presque morte de lassitude
, enfin
nous apperçûmes une lumiere
,
foible
encore,mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'issuë du (où.
terrain; nous la vîmes bien-tôt en effet:dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier soin
fut d'employer les Tablettes d'Email, &
d'appeller le Silphe qui m'avoir déja si bien
servie. Il parut,& me demanda mes ordres,
Génie,lui dis-je,conduisez-nous quelque
part. bien loin d'ici. Nousfûmesaussitôt
transportés dans une Campagne qui meparut
très-agréable: je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Habitation, je fus
obéie dans le moment;nous vîmes paroître
une Maison sans magnificence, mais élégamment
ornée & trèrs-commodement distribuée
; plusieurs Esclaves attendaient nos
ordres, rien ne nous manquoir de tout ce
qui contribue à la douceur de la vie; nous
nous aimions, nous étions ensemble
y
&
nous prîmes aisément le parti de rester toujours
dans ce lieu, &c d'y oublier tout l'Univers.
Le foir venu, nous songeames a nous
coucher. Parelin me parut fort triste quand
jelui parlai de nous séparer. Croyez-vousy
me dit-il
, que je puisse désormais vivre un
moment éloigné de vous? Ne suis-je pas
votre
époux,puisque vous m'aimez? De
plus, vous voulez toujours rester ici, mais
n'y serons-nous pas toujours dans la même
situation ? Aurons-nous jamais plus de secours
pour donner à notre mariage une
forms plus authentique ; Que voulez-vous
de plus pour rendre notre union sacrée que
l'amour qui en a serré les noeuds? Il me persuadoit
,ou plutôt il m'entraînoit. Cependant
je ne sçaisquelsentiment secret me
retenoit; une voix qui s'élevoit au fond de
mon coeur me crioit de résister
,
mais quand
Parelin parloit, je n'entendois que lui.Si
vous voulez absolument pousuivit-il, vous
assujétir à des formes qui au fond font inutiles
,
appellonsleSilphevotre ami, qu'il
soit le témoin & le depositaire de nos fermens.
JheiKois encore ,
mais, il prit les Ta
bleues, & appella- lui-même le Silphe qui
parut à l'instant.
Génie,lui dit-il, daigner faire notre
bonheur ,& recevez les sermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezveus?
dit le Silphe en s'adressant à moi,
je répondis,en rougissant que c'éroit aussi
mon intention ;il s'éleva alors un Autel au
milieu de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums,& nous fit prononcer
après le ferment de nous aimer toujours; il
eut l'air fort triste pendant toute la cérémonie
, mais j'étois si remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attentionje
n'y songeai qu'après la funeste révolution
qui détruisit notre bonheur; hélas! A. peine
commençoit-il,qu'ildisparut comme
un songe.
Le lendemain, en ouvrant les veux, je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un désert horrible. Je
pouffai un cri perçant quireveilla Parelin
quidormoit à mes côtés.Sasurprise fut
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sil..
phe
,
mais les Caractères tracés sur les Tablettes
étoient absolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois faire de désobéir
à mon Pere en épousant Parelin. Parelin
qui étaiten quelque façon la cause dè
ce malheur ne pouvoit se le pardonner
9 &sa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous désespérions tous les deux
lorsque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi, dit-il,Princesse infortunée
> votre Pere m'avoit mis à votre service
,
ôc
je vous aurois toujours obéi
,
mais vous
vous êtes privée de mon secours en n'observant
aucune des choses qu'il vous avoit
preferites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été ilifqti'à l'épouser, c'en
est fait, n'attendez plus que l'affreuse suite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'est
à regret que j'exécute des ordres si rigoureux
,
mais aussi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux, j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avoispréparée;
adieu
,
malheureux Amans, je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe disparut, & nous laissa dans la
glus grande consternation ; nous n'avions
point vû disparoître le Château; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces momens
si chers & si funestes, tout ce qlit
se passoit autour de nous ne nous frappoit
point, & c'étoitaumilieu d'un désert horrible
que nous avions passé la nuit
,
sans
nous en appercevoir.
Les malheurs que le Silphe nous avoir
annoncés, nous effrayoient encore plus que
lesobjets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne sçavions de quel côté
tourner nos pas; nons craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais, me disoit Parelin;
laséparation est la peine la plus cruelle
que nous puissions éprouver, & si
nous nous mettons à couvert de cet accident,
nous trouverons aisement de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Silphe
nous a ménacés.
Nous restâmes long-tems errants dans ce
désert, n'ofans nous écarter,& vivans deg.
fruits sauvages que nous rencontrions; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas étébientriste, si chacun de
nous n'eut ressenti que ses peines,lorsque
je donnai le jour à un fils. Sans recours
, reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt sauvage
,
je visavec douleur quemespeines
alloient augmenter en s'étendant sur le malheureux
que je faisois naître, &: cette faveur
des Dieux,qui fait laconsolation. des
Epouxheureux
,
fut dans ces premiersmomens
un surcroît de desespoir pour Parelin
& pour moi.
Cependant la vue de mon fils, le charme
de la nature ,-
OiasçlilTiper
mes tristes refléxions
y en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs rendi'-es'
ont une volupté secrette; le sort de cet enfant
infortuné
, me causoit les plus vives
allarmes, mais comme il m'affligeoit
parce que jel'aimois, ce sentiment portoit
avec lui une espece de dédommagement;
mon coeur ne le serroitplus en pleurard
sur lui, il s'ouvroit & s-'épanouhïoic
comme dans h. joye la plus vive,& l'excès
de ma tendresse étoit plus-fort que le sentimentde
mes peines.On neconnoît point les.
ressources du coeur ; je croyois que le mien
épuisé à aimer Parelin, n'étoitplus capable
d'aimer aucue chose
,
mais je vis naître
alors en moi- un nouveau sentiment présque
aulïi vif que le premier ,& quiloin de
rallentir la vivacitéde mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faisoit
monoccupation unique, parce que mon
époux s'en occupaituniquement.
Nous passions une partsiedu jour à l'accabler
de caresses,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit destiné ; je comparois
souvent sesextraits enfantins à ceux de son
pere; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les sentimens les plusvifs & les
caresses les plustendres.
Cette foible confolarion de nos peines
nous sur bien-tôt enlevée; c'est ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie. Je
croyois être au comble de l'infortune, mars
j'ignorois que j'étois destinéeàéprouver
des revers plus affreux.
On donnera la faite dans le VilumeJuivant•
NOVVELLE EpitreAU Roi, parM,
de Voltaire
,
prèfcntêe à Sa Majeflé au
Camp devant Eribonrgi le premier Novembre
1744.
ROi nécessaire au Monde,oii portez-vous voa
pas? Í
De la Fièvre échapé, vous courez aux Combats..
Vousvolez à Fribourg. En vair. la Peironie
Vous disoit, Arrêtez, menagez votre vie,
Il vous faut du régime,& non des foins guerriers i
Un Héros peut dormir couronné de Lauriers.
Le zéle a beau parler, vous n'avez pà le croire.
Rebelle aux Médecins,& fidèle à la gloire,
Vous bravez l'Ennemi
,
les Affauts, les Saisons;
Le poids de la fatigue,& les feux des canons:
Tout l'Etat en frémit, & craint votre courage ;
t
Vos Ennemis, Grand Roi, le craignent davantage;
Ah
,
n'effrayez que Vienne, & rassurez P/lris !
Rendez,rendez la joye à vos Peuples chéris ;
Rendez-nous ce Héros qu'on admire & qu'on aime.
Un Sage nous a dit, que le seulbien suprême,
Le seul bien qui du moins ressemble au vrai bonheur
,
Le seul digne de l'Homme, est de toucher un
coeur:
Si ce Sage eût raison
,
si la Philosophie l')
Plaça dans l'amitié le charme de la vie,
Quel est donc, Justes Dieux! le destin d'un bo.
Roi,
Qui dit, sans se flater, tous les coeurs font à moi ?
A cet Empire heureux qu'il est beau de prétendre si
Vous qui le possedez venez,daignez entendre
Des bornes de ~l'Afrceaux Remparts de Paris
Ce cri que l'Amour seulforme de tant de cris;
Accourez, contemplez ce Peuple dans la joye,
Bénissant le Héros que le Ciel lui renvoye:
Ne le voyez-vous pas tout ce Peuple à genoux ?
Tous ces avides yeux qui ne cherchent que vous *
Tous ces coeurs enflammés volant sur notre bouche?
C'est la le vrai triomphe , & le seul qui vous tou.., che. !
Cent Rois au Capitole en Esclaves traînés,
Leurs Villes, leurs Trésors, & leurs Dieux enchaî^
nés,
(
Ces Chars étincellans, ces Prêtres, cette Armée
Ce Sénat insultant à la Terre opprimée,
Ces Vaincus envoyés du tpecUJe au cercueil,
Ces triomphes de Rome étoient ceux de l'orguëil:
Le vôtre est de l'Amour,& la gloire en est pure.
Un jour les effaçoit, le vôtre à jamais dure:
Ils effrayoient le Monde,& vous le rassûrez.
Vous,l'image des Dieux sur la terre adorés;
Vous, que dans l'Age d'Or elle eût choisi pool
Maître,
Goûtez les jours heureux que vos foins font 104
naître.
Que la Paix florissante enbellisse leurs cours.
Mars fait dès jours brillans
,
la Paix fait de beaux
jours
,
Qu'elle vole à la voix du Vainqueur qui l'appelle
+
Et qui n'a combattu que pour nous & pour elle.
HUITAIN
Sur Louis LE BlEN-AIME'.
DOit-on
mettre autour de son Buste
LOUIS LE GRAND, LOUIS LE JUSTE )
Ces noms qu'il a bien mérités,
D'autres déja les ont portés
r-
Qu'un Titre nouveau le décore.
Ce vrai Roi que son Peuple adore,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME,
Dans ce mot tout est renfermé.
AU ROI
EPITR E.
SIR
E, un de vos sujets, dont la lente vieillesse
Jusqu'au vingtiéme Lustre auroit porté son cours.
Fut poignardé par la douleur traîtresse
Que lui causa sa crainte pour vos jours.
Le désespoir ou la tristesse
Abbatoient dans ce tems les forces, la santé
De la plus robuste jeunesse
,
Je demande la Grâce à Votre Majesté,
Qui pense avec tant de justesse
,
De juger si l'on peut, danslacaducité
Guérir d'une blessûre,& vaincre la détresse
Oii le Corps le plus fort à peine eut résisté.
Je mourois,& cette foiblesse
De mon dernier soupir avantcoareur glacé
Gagne tous mes sens,& me laisse
Dans l'état d'un vrai trépassé. 1
Cent témoins de mon agonie
Mes parens, mes amis, & ma chere Junie
Sans doute alloientbientôt le coeur rempli de
lit. deüil -
Arroser de leurs pleurs ma tombe & mon cercüeil,
Quand,jusqu'àmamaison plaintive
Passe subitement une joyeexcessive,
Qui dans un seul instant partout se répandit, *)
Et les tristes clameurs même aux pieds de mon lit
t
Se changent en cris d'allegresse.
A ce bruit éclatant succede mon réveil
De ce léthargique sommeil
Et comme sortant de l'yvresse
,
Je vois le jour avec étonnement,
Et j'entens résonner sans cesse
De cent VIVIiuROI tout mon appartement;
Alors,& je ne sçais comment,
en Baume souverain dans mon sang s'insinuë
Et je comprends par sentiment
Que de notre bonheur la nouvelle est venue,•<
Que vous vivez,qu'à nos pleurs,qu'à nos voeux
Le Ciel est forcé de se rendre;
Cfand Roi, le croiriez vous? dans ce moment heureux
,
De mon lit on m'a vû descendre.
Ce fait tient du prodige, & du grand merveilleux I
Mais non;& comme moi dans ce danger affreux.
Vossujets étoient morts; c'étoit fait de la France,
Si vous ne vi viez pas pour eux 1
Ce n'est pas tout ; j'apprends votre convalescence ;
Ce moment me déride, & nion visage frais
V.e l'âge de trente ans annonce laprésencel
Je sens que je bois à longs traits
A la fontaine de Jouvence,
Où personne ne bût jamais.
Cette Histoireest très-autentique
,
Et si je ne servois au Temple de Thémis
J'irais au Champ de Mars joindre mon fils unique t verser tout mon fang contre vos Ennemis.
Cette Piéce de Vers efl; de M. de lt-t Mo",
the, Doyen de la Cour des Aydes de Mon
tauban, &de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de cette mêmeVille. Ellene [ë ressent
point de l'infirmité de l'Auteur,ik
l'on y découvre des traits aimables de sentimens
qui feroient honneur ànos plus jeunes
Mufes,
F
EXT* RAITd'un Ecrit, întittilé:Reutation
des motifs&imputations peu ftltdesé
: contenus dans la réponse de la Cour de Vienne
alaDéclaration faite par le Adiniftre de
Prassele Comte de Dohna
t
a Francfort lA
i Otlohre174f.. L 'Objet de la réponse de la Cour de
Vienne étoit de montrer, 1°. » qu'on
,,n'a pu passer aux mesures prises présenten
ment par S. M. le Roi de Prusse, sans vio..
»1er le Traité de Paix de fireQllt,& que
» parconséquent la Paix se trouve rompue » pour la troisiémefois avec S. M. la Reine
» de Hongrie. 2°. Que les desseins de S. M.
»le Roi de Prusse n'étoient pas si désintéres-
» sés qu'on le prétend de sa part, mais qu'ils
» rendoient à faire des conquêtes sur S. M.
» la Reine de Hongrie.3°. Que toute là
»conduire que la Cour de Vienne a tenuë
» jusqu'ici à l'égard de l'Empereur, de
»l'Empire & de son fyfr-êi-lie,& le refus
ti qu'elle a fait paroître de donner les mains
à un accommodement raisonnable,con- »forme aux Constitutions de l'Empire, ne
n contenoient rien dont on ne pût se justi-
» fier.
Ce
-. Ce sont ces trois suppositionsquel'Ecrit,
en question se propose de détruire.
A l'égarddupremier article, on observe
que pour dire que laPaix. aététrois fois
rompuë ,
il faut supposer qu'il y a eu deux
Traitésde Paix: or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminairesontétélignés
le 11Juin 1742 a
Breslau
, & qui peu de tems après est parvenu
à sa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'est sans raison que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui se passa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff,& qu'elle
donne le nom de Conventionde Kleinfchnellendorff
à l'Acté qui fut remis alors
par le Lord Hindfort Ministre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On observe
que de semblablesarrêtésn'ont de force
qu'aprèsqu'ils ont été signés par les Ministres
respectifs munisdepleinspouvoirs,
& qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans.
L'Ecrit de Kleinfchnellendorffn'a
aucune de ces qualités, le contenu de cette
piéce montre que les conférencestenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à lanégociation de la Paix: il est
cuhne exprimé par l'article 7 que l'ouvrage
définitif de la Paix étoit differé à deux
mois de-là,& on faisoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale,
mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant étéexécutés, comment peut-on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
desimples pourparlers qui n'ont
point eu de suite? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuses
les opérations de S. M. le Roi de Prusse
elle , ne s'est jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
, & qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breslau. On prouve ensuite que les démarches
de S. M. le Roi de Prusse tendantes
au soûtien de l'Empire & de l'Empereur,
ne portent aucune atteinteauTraité de
Breslau.
Ilest notoire que ce Traité a pour objet
la composition entiere de tous les différends
qui régnoiententre les parties contractantes
; il n'y est pas fait la moindre mention
des affairesdel'Empire,cependant les deux
Puissances contractantes font des Etats considerablesdel'Empire,
& l'on ne peut présumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vue ce qu'ils doivent à l'Empire
,
ni entreprendre
rien contre la dignité & l'autotîtc
dnChefsuprême, ou qui tende à briser
leliensacré qui est entre le Chef&ses
Membres. Ainsi quand ils s'engagent comme
il est arrivé par le Traité de Breslau»
d'entretenir une amitié indissoluble , -
de
n'exercer aucune hostilité,&c.ilestclair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirscommuns ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
chose qui foit contraire àces devoirs
,
l'illégalité
de l'entreprise dissout le noeud par lefjuf1
ils font unis, & l'autre est non-seulement
en liberté,mais même -dans l'obligation
de satisfaire aux devoirs que lui impose
laqualité d'Etat de l'Empire, devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre, 8c
qui doivent l'emporter sur tous les engage
piens postérieurs& volontaires.
Tarif que 531. Pr. a pû regarder les entreprisesdeS,
M.la Reine de Hongrie comi
me des suites de la guerre qui est entre elJLej &: S.M.Imp. elle est restéetranquille, mais
lorsqu'elle a vu que la Cour de Vienne enflée
de ses premiers succès méditoit l'oppression
de l'Empire,il lui a été impossible
de voir ces mouvemens d'un oeilindiffe-^
çents après avoir averti la Cour de Vienne
d'userde plus de modération ; après lui
avoir fait connoître nettement que S.M
ainsi que d'autres Eleâctirs.& Princes de
l'Empirenepouvoient conniver à l'oppresisôn
du Chef & des Membres de l'Empire,
qu'ilsseroient forcés de prendre des mesures
rigoureuses
,
désagréables à lad. Cour S. M. Pr. , a été forcée de prend re les résolutions
exprimées dans le fameux Exposè des
Motifs.
On peut dire avec plus de justice que la
Cour de Vienne elle-même, tant publique.
ment que secrettement,apris de longuemaintoutes
fortes de mesures pour énerver
la disposition du Traité de Bressau, On sçait
que son dessein a toujours été de tomber sur
la Silésie, aussi-tôt qu'elle auroit achevé ses
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On est nanti à ce sujet de notices particulières,
que l'on supprime par certains égards.
Les desseins de la
Cour
de Vienne ont suffisamment
éclaté par le Traité de Worms, à
l'occasion duquel on s'est assés nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'onétoit dans l'intention de le mettre
pour bafe des négociations de la Paix générale.
A quelle fin S. M.la Reine de Hongrie
se feroit-elle fait garantir par les parties
contractantes ,
nonseulement les Pays
qu'ellepossede aujourd'hui, mais aussi ceux
qu'elle devoir posseder en vertu des Traités
détaillés dans le second article, excepté feulement
les cessions faites a S. M. le Roi de
Sardaigne si on n'avoir pas eu en vue la,
revendication de la Silésie
N'auroit-on pas du user de la même précaution
pour S. M. P. & dans ce Traité,Be
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait présenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année,aux fins de
réclamer la garantiedel'Empire en f&veuc
de la Pragmatique Sanction Caroline?
Les Ministres de la Cour de Vienne ont
dit assés souvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'yavoit point de paix solide à esperer,à
moins que la Reine de Hongrie ne fut restituée
dans l'entiere possession des Etats Héréditairesde
la Maisond'Autriche,&que
la cession de laSilésie ne pouvoir être regardée
comme une obligation durable.
On passe ensuiteau second article.
La Cour de Vienne prétend que les vues
de S. M. le Roi de Prusse ne font pas déGll"
téressées
, & qu'il veut s'enrichir des dépouilles
deS. M.la Reine de Hongrie;elle
allègue pour preuve un
-
prétendu article sépare
du Traité d'Union- de Francfort:on
croit qu'il suffir de la part de S.. M. Pr. de déclarer
que ce prérendu article secret est une
pièce manifestement fausse & controuvée.
Le Traité d'Union est entre les mains de
4QUt le monde ; il est de nécessité absoluë
que les hauts contractans,dont trois font
des têtes couronnées,d'autres des Electeurs-
& Princes de l'Empire
,
sçachent si le pré
rendu article secret existe
,
& s'il a été ngné
par eux : on s'enrapporte hardiment à leur
témoignage.
Le troisiéme article est l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
tenuejusqu'a présent envers l'Empereur, &
l'Empire.
Les protestations de S.M. la Reine de
Hongriecontrel'Election de l'Empereur, font le premier objet qui se présente; On
observe que le suffrage de Bohéme a été re- v
jette par l'avis unanime du College Electoral
, seul Juge de laconteftation qui s'étoit
élevée à ce sujet ; que l'on a jadicieusement
réservé les droits d'un tiers, & qu'ainsi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut sur ce prétexte
protester contre l'Election de l'Empereur
,
ni s'élever contre un Tribunal, donr
les Empereurs de la Maisond'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de se déporter de ionoppofirion
, moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de se prêter sous condition a
des choses que son devoir d'Etat de l'Empire.
exigenuëment 6c sans restriction.
On rappelle ensuite le dur traitement fait
à la garnison de Braunau & à d'autres garnisons
Impériales contre les articles exprès
des Capitulations accordées, les hostilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peu de mois sur les territoires neutres, SC
même fous le canon des Places neutres de
l'Empire, le paisage de cette même armée
par ces mêmes territoires, l'expulsion du
Chef suprême de l'Empire de tous ses Etats
Héréditaires
, & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgrécesviolences ,
que l'Empirejouit d'un plein repos & n'est
point le théarre de la guerre.
S. M. Pr. s'est proposé depuis deux ans
pour but principal, ou plutôt unique de
toutes ses actions, le rétablissement de la
Paix dans l'Empire,mais la Cour de Vienne
a été infléxible, & le Comte de Dohna Ministre de , S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire,la Cour de Vienneadécliné ce
parti. On n'a point encore pû faireexpliquer
diflitiâemeiit S. M. la Reine de Hongrie
& ses Alliés sur des conditions stables
& essentielles de paix.LesMinistres de
Vienne ont toujours répondu lorsqu'on les
a presses sur la restitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur,que s'il vouloir se
prêter aux manieres de penser de la Cour de
Vienne,il ne seroit ni mieux, ni plus mal
possessionné qu'auparavant ; le Ministèrene
vouloir point entendre parler de la restitution
de l'Electorat de Baviere
, & laissoit
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etablissement
hors de l'Empire, en lui donnant
ou les Deux Siciles,ou les Conquêtes
quel'onprétendoit faire sur la Couronne
de France. Toutes les réponses de la Cour
de Vienne se bornoient à ces expressions
obscures indemnité pour le passé
,
& sécorité
pour l'avenir, expressions qu'on n'a pû
parvenir à lui faire expliquer clairement: -
on laissoit seulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviereon
jettoit principalement ses regards
sur l'Eledtiond'un Roi des Romains,telle
qu'elle dût tomber ou sur le jeune Archiduc
ou sur le Grand Duc de Toscane
,
8c qu'on
laisseroit à l'Empereur la DignitéImpériale
pendant sa vie, mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Viennechés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConseilAulique.&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
Le ministere de Vienne s'est encore plus
évidemment découvert par rapport à ses
desseins sur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a posé cette guerre comme une conditionsine
quâ non« de la réconciliation avec
l'Empereur. Cependant on sçait que de parreilles
guerres entreprises dans le dernier
sïécle,uniquement pour les l-nter-ers de la.
Maison d'Autriche, ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui saignent encore;Se
que les cercles antérieurs le voyent sur le
bord de leur ruine, si ce projet alieu.
Dans cescirconstances
,
S. M. Pr. ne pouvoit
sansmanquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même, se dispenserd'employer
les forces que Dieu lui a miles era
main à la défense de'la Patrie, & au maintien
inaltérable des Constitutions & des Libertésdel'Empire.
S. M. Pr. est trop- persuadée
de ln magnanimité &: de l'équiré des.
sentimens de S. M. la Reine de Hongrie 1
elle a une trop haute estime de sa personne
& de les éminentes qualités, pour vouloir
lui imputer des desseins si pernicieux ; elle
les prend plutôt pour les fuggetirons-ti'ur»
mauvaisConseil,à qui il importe beaucoup
moinsde veiller aux avantages de leur
Souveraine,que de ne pas voir triomphen
le despotisme exercéjusqu'a présent sur les
Etatsde l'Empire,fous les auspicesdes Empereurs
de la Maison d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. est prête à contribuer avecplaisir
à la prospérité de cette Maison, eii
tout ce qui ne blessera point la Justice, la
Liberté de l'Empire,& sa propre sûreté
3.
&elle ne perd point l'esperance que S. M.la
Reine de Hongrie reconnoîcra enfin la DkJ
gniré de 1 Empereur,& lui donnera une
satisfaction enriere sur tous les droits, qui
font si bien fondés.
M. Guiltemeau Bourgeois de Troyes
x
nous a écritqu'il avoirexpliqué l'Enigme
par le mot rien, & le premierLogogryphe
par niche, où Ton trouve aussi chien & Chine.
Nous rétablirons avec plaisir rancien
usage d'inférer dans ce Journal les noms de *
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes,&
nous nous ferons toujours uir
devoir de rendre un rémoignage public i
leur sagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a,
pu deviner le second Logogryphe,on a
dû l'expliquer par le mot triangle, on sçair
qu'un triangle est la moitié d'un quarré de
même base & de même hauteur
, au refieon
trouve dans ce motgare tare,gré,gra—
H »
rite, rat & âne.
ENIGME,
J
E n'aique des plumes légères r
Dans les airs cependant je ne vole jamais
J'aime l'ombre, non pas sur devettesfougerce,
A l'abri d'un bocage frais.
Des corps pésans, qui n'ont que de la, laine,
Presque toujours font au-dessus de moi.
Pour merendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement se promene.
On me voittoujours me cacher
Dans la retraite & le silence;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit
,
bien loin de me chercher.
LOGOGRYFHE.-
J
E ruis, vive
,
je fais legere-;
Le mouvement qui croît redouble mes appas 7
Toutàla fois je furprens & fç/iis plaire r
A ce portrait,leâreur ne me connois-tu pas r
De mes trois parts retranchez la derniere
p
Alors je porte le renom
De ne sentir nullement bon.
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre en Cage;
Mais remarquez un changement nouveau;
Coupez la tête à cet Oiseau,
Je deviens dans l'instant un Polisson langage;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehausser ma gloire,
Car l'un renferme un PuissantSouverain
, L'autre) un Peuple guerrier, renommé dans l'Hifroire.
CHANSON,
Air à boire, par A4, de Cbaffé. A
Donis expira dans les bras de Venus;
Turenne au fein de la Victoire ;
,Un. Buveur doit mourir dans celui de BacchusJO
Disoitle moribond Gregoire.
Amis,pour mériter une immortelle gloire,
Traînez mes pas tremblansau fond de mon Caveau;
Jusqu'au dernier soupir j'y veux restet à boire,
Et le verre à la main périr sur mon Tonneau.
(fyQir 6£c5§çirt,
DÀ£,llJ'téll//> de CAasjey.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX-ARTS,&c. v0 Y A G E S du Capitaine Robert Lade
en différentes parries de l'Afrique,
de l'Asic&del'Amerique , contenant
l'Histoire de sa fortune & l'es observations
sur les colonies &: le commerce des Espagnols
,
des Anglois
,
desHolhndois, &c.
ué Paris
,
chés Didot, Quai des Augustins à la Bible d'or , , 1744 , a vol. in-12.
Ce Livre est traduit de l'Anglois par M.
l'Abbé Prevost, Auteur de plusieurs excel.
lens Ouvrages. Ce n'est pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit son Pays
des trésors delaLittérature Angloise. Le
Public a lu avec plaisir la Vie de Ciceron
& plusieurs , autresTraductions que M. Prevost
lui a présentées ; c'est surtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglais une moisson
abondante :la moitié de leurNation est sans
cesse en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées, & Londres est
la Ville de l'Univers, où il paroîtleplus
de Relarions & de Journaux de Mer,
Notre Littérature le cède donc en ce point
a la LicceratureAngloise, qui à tour autre égard ne peut pas lui être comparée.J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéressent plus généralement toutes sortes
de Lecteurs. La curiosiré qu'ils piquent
& qu'ils satisfont soûrient l'attention de
ceux qui ne lisent que pour s'amuser ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en fc
livrant à des lectures purement agréables
y trouvent dans les Voyageurs dequois'instruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrémentqu'ils trouvent dans cette
lecture. Qjoi de plus digne en effet d'un
espriréclairé, que de considerer les différentes
maniérés dont la Nature a traité les
hommes,& combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur a donné à tous
de semblable ? Malheureusement ce n'est
pas dans cet esprit que lisent la plupart des
hommes
,
mllle de ceux qu'on reconnoît
pour gens sensés & raisonnables. Desfaits
sïnguliers
,
des Descriptions de Pays, de
Peuples,des Phénomènes extraordinaires , souvent incroyables, font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des leéteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'est pas
sans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philosophiques ; elle apprend mille:
choses qu'il est fort avantageux de sçavoir
y
& qu'il seroit honteux d'ignorer; si cette
levure est auissi utile qu'agréable pour toutes
sortes de lecteurs, elle est absolument
nécessaire à ceux qui se destinent ou à voyalgeer
eux mêmes, ou à faire de leur cabinet
commerce de la Mer; il faut qu'ils connoissent
les différentes positions des lieux
de commerce,& qu'ils en possedent l'Hi[4
toire, comme il est nécessaire à nos Ambassadeurs
de connoîtrelaTopographie de
l'Europe,& l'Histoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 90 ans.
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces singularités incroyables,
quin'exitfentsouvent que dans l'imagination
des Voyageurs, plus attentifs à pi.
y quer la curiosité des lecteurs
,
qu'à respecter
la vérité;mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort instructifs sur les colonies
Espagnoles&Angloises. Les stratagêmes
dont lesAnglois se font servis si longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Espagnols, font ici peints au naturel, Be
l'on y voit les sémences des dissensions Be
des querelles qui ont enfinallumé entre les
) deux Nations une guerre dont l'embrasement
s'dl: communiqué
au reste de l'Europe.
Le souvenir de ce qui s'est passé à Car-
11
thagene il y a 3 ans , rend bien intéressant
le Mémoire qui est Inséré ici sur cette Place
célébré & importante. C'est dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Erperance:deBatavia,
de la Jamaïque,de la Georgie; de la Barbade,
des Bermudes, de Juan d'Ulva, & de
Vera Cruz, oiv les négocians font si riches,
que Pan regarde comme pauvre un homme
dont le bien nexcede pas cent millelivres
sterlings y c'est-a-dire, environ deux millions
trois cent mille livres denotremonnoye.
Robert Ladenesecontente pas de donner
au public la relation de ses voyages i ri aramassé les Mémoires de son fils,&de
plusîeurs autres y
& l'on trouve icirapprochées
beaucoup de particularités sur 1^
tentativesqui ont été. faites pour trouver
un passage de la Mer Glaciale dans la Mer
du Sud *,cette collection forme une espece
d'Histoire de cette navigation, qui jusqu'à
présentasipeu réüssi,& quoiqu'on dire le
Voyageur
,
vraisemblablement ne réiïlîira
jamais. Cette recherche importante a longrems
occupé lesAnglois & les Hollandais,
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sudsanspasser fous les Forts des Espagnols ,
& parconséquent auraient partagé avec eux
ce riche commerce..
En 1576,leCapitaine Martin Frohishe
entreprit son premier voyage par le Nord-
Est,&le 12. de Juin ayant découvert- lat
Terre de L brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné son
nom. Il essaya sans succès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays, qui
penserent le faire périr; cependant il ne fut
potnc découragé; trois fois il tenta ce dangereux
voyage,mais toujours avec autant
de danger , &aussi peu de fruit.
Jean David
y
qui forma six ans après,
(en 1585 ) la même entreprise ne
fut
ni
moins constant, ni plus heureux. Il alla dans
son sécond voyage jusqu'a 66 deg. 16m,
Ce desseinparoissoit abandonné 10r(-
qu'en 1607 le Capitaine Henri HudJOll.
s'avança jusqu'a80 deg. 13 m. il passa encore
cent lieuës plus loin dans un troisiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il passât l'hyver dans ces.
terribles lieux, mais il y périt enfin avec
tous Les gens, payant bien cher l'honneur
d'avoir donné sonnom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudson.
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte;ils avoient navigué de ce
côté versl'entrée du détroit avant Henri
Hudson
, mais celui-ci est le premier qoi
ait pénérré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois,ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoise, & que les Sauvages
nomment Manotcousibi ou riviere des
Etrangers, mais ils périrent tous de misere
& de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
surpris, lorsqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
suivant,ils virent tant de corps morts, Se
des hommes d'une figure si différente de la
leur. Malheuresement il y avoir de la poudre
parmi les provisions des Danois, dont
les débris subsistoient encore,ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter.
Les Anglois, les Hollandois, & les Danois
ne font pas les seuls qui ayent cherché
à passer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la SalleFrançois tenta cette entreprise
en 1668
,
mais il y périt malheureusement.
Quelques Anglois de la Virginie ont pré..
tendu avoir traversé tout le continentau,
travers des terres; mais ce n'etf pas là ce
dont il s'agit, il est question de trouver une
voye qui soit propre au commerce,sans
quoi il sert peu de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverser le continent del'Amérique.
Ce qu'ils ont raconté de la fertilité des
terres & de la multitude des Nations quon
,
OLive dans ce Continent doit stater d'antit
plus la curiosité des letteurs ,
qu'il
accorde parfaitement avec les relations,
plusieurs autres Voyageurs ; notre An-
~ois cite de longs ôc intéressans détails de
pile
du P. Hennequin Millionnaire Jelite.
k
M Ce ne font point des Pays déserts 8c
sans culture, telsque les François & les
Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
leurs premieres colonies. Des fruits ÔC.
des grains de toute espece y enrichissent
les campagnes; plusieurs peuples y font
policés jusqu'à se vêtir d'étoffes très-fines;
ils ont l'usage des chevaux avec des selles
leurs Villes font bien bâties & régulierement
fortifiées ; enfin la Nouvelle-
France, la Virginie & la Caroline fetrw
blent n'être suivant ces relations que des
limites stériles & désertes d'une immense
étendue de Paysauquel toutes les faveurs
de la Nature ont été prodiguées, à.
peu près comme la Moscovie & la Tartarieàl'égard
des autres parties de l'Eu. »rope. Entre plusieurs observations,nous chotsissons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti-
lient.
» On trouva des peuples quin'ont rien de
» Barbare * que le nom:un de ces Sauv
»ges, qui fut le premier qu'on rencon*-;
» tra,revenoit de la Chasseavec sa famille
»il fit présent au Chefdes François ~d'und - ses chevaux, & de quelque viande, kj
p priantparsignes d'aller cliés lui avec tow
;» ses gens; enfin pour les mieux engager
» il leur laissa sa femme,sa famille & û;
«cha(ïe
, comme pour leur servir de gages
p & cependant il se rendit au Village, ~pou
:;, faire sçavoir leur arrivée ;aubout de demi
»jours il revint avec des chevaux chargés
»de provisions, & plusieursChefs des Saiw
»vages qui l'accompagnoient ; ils étoien
»suivis de guerriers, habillés fort propre
.n ment de peaux passées
,
& ornées de ¡tlu.
»mes; on les rencontra à trois lieuës dû
»'habitation. Les François y furent reçu
» comme en triomphe& furent logés ohéi
»le grand Capitaine; c'étoitunconcoure
» surprenant de peuple, dont la jeUJloC{Q
» étoit rangée fous les armes. Elle se rdcv'
:'" jour & nuit pour les garder
,
les ~comblan
jy de biens, & de toutes sortes de vivri
« Ce Village qu'on appelle le ~Cenis,est
", des plus considerables de l'Amerique a
» sa grandeur, & par le nombre de ses lt
»bitans;il a bien 20 lieuës de long i
,
*Nous les appelions Sauvages Se non pas fia bares.
-
» moins; ce n'est pas qu'il soit contigûment
»habité; les maisonssontdistribuées par
» dix ou douze,qui font comme des Can-
» tons, & qui ont chacun des noms diffea)
rens. Elles font belles, longues de 40 ou
« 50 pieds,dressées en maniere de ruches
» à miel)IX environnées d'arbres qui se
L rejoignent en haut par les branches;nous
» trou âmes chés ces Cenis plusieurs choses
o qui viennent indubitablement des Espan
gnolscomme des piastres
, & d'autres
»monnoyes, des cuilliers d'argent
,
de la
t" dentelle, des habits
, &c. Nous y vîmes
m entr'autres une Bulle du Pape,qui exemp-
1» te du jeûne les Espagnols du Mexique
a, pendant l'Eté. Les chevaux y font sicomas
muns, qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache; un Çenis voulut donner
» un cheval pour le capuchon d'un Récollet
n de la troupe dont il ayoit envie.
Les observations que citel'Auteur sur les
Tanchas
9 ne font ni moins curieuses ni
moins capables de donner une idée avantageufe
du Continent;son dessein
en donnant
ces extraits
, a éé de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de »l'Amerique, comme decelui de l'Europe
1
» ou plus ou peut-être plus on trouve d'ose
pulence & de politesse,desorre que de
»l'aveu de tout le monde, la France,l'AnM
gleterre, la Hollande & l'Allemagne ~qu
Mibnt réellement au centre, ~l'emporte
JJ assés clairement sur les autres Nations. Sj
cette comparaison étoit la feule preuve ~d
l'assertion du Voyageur, elle seroit bienrê:
renversée; en effet, peut-on dire que U
France, l'Italie
,
la Hollande, &c. font ail
centre du Continent de l'Europe, lorsque
ces différentesRégions font toutes ~bordé
par la Mer? Un Voyageur quiaborderoit
Venise, & qui de-là tirant vers le Nord ~ga
bgineenroit la Suéde ou la Moscovie, serois
éloigné de trouver plus d'opulence
à mesure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe;cette legere remarque n'empê
che pas que dans le fond la réfléxion de
l'Auteur ne soit fort judicieuse
,
& il a sans
doute raison de dire»que quand l'esperant
»ce de trouver la Mer du Sud par la com
munication des rivieres, comme on a déjà
» trouvé le Golphe du Mexique par ~cell
»d'Ouabache & de Mississipi
, ne ~suffiroi
« pas pourfaire entreprendre sérieusement
«de pénétrer cette vaste étenduë de Pays
»D'autresvûës,presqu'aussi
importante
» pour le commerce, & la feule curiosité
»même devroient porter les François & le
»Anglois
, que cette entreprise semble rc-.
M garder par la situation de leurs colonies J » a pousser de ce
côté-làleursdécouvertes.
On trouve à la fuite de cette relation une
Description de la Nouvelle Espagne, depuis
Panama jusques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord
,
fortcurieuse,
& bien déraillée. J'observeraiqu'il
s'y estglisséunetrès-legere erreur. LeVoya.
geur dit que les pluyes commencent £
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
jusqu'au mois de Mai; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre, c'est
ainsi que l'a rapporté M. Bouguer
,
l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou, pour
déterminerlafigure de la Terre.
La relation de Robert Lade est ornée de
deux Cartesqui étoient nécessaires pour lire
| ce Livre avec fruit, & même avec agrément.
DISSERTATIONS sur la fondation de la
Ville de Marseille
,
sur l'Histoire des Rois
duBosphore Cimmerien,& sur Lesbonax
Philosophe de Mytilene;à Paris, chés Jacques
Barrois
,
Quai des Augustins, à la
Ville de Nevers, in-12. 1744.
Ce Livreestdédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin
, qu'une vaste érudition
, un goût
délicat, & des moeurs aussi douces que puxss
rendoient si cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
-
L'Epirre dédicatoire nous apprend que
M. Cari est l'Auteur de ces Dissertations ,
êc dans celle dont l'époque de la fondation
de Marseille est l'objet, il ne laisse pas igno—
rer qu'il est natif de cette Ville; ainsi c'est
l'amour de la Patrie qui lui amis la plume
à la main. Il est certain que la matiere etti
surtout intéressante pour les Marseillois quoiqu'elle , ne soit pas indifferente pour
lq
reste deslecteurs. Il étoitnécessaire d'éclaircir
cette question, si l'on veut avoir une
bonne Histoire de Marseille, travail que
l'Auteur regarde avec raison comme digne
de l'émulationdel'Académie deMarseille ;,
cet Ouvrage est de la nature de ceux qui:
peuvent & doivent même être faits en fb«
ciété;& Mrs de l'Académie de Marseille
possedent tous les talens nécessaires pour le:
conduire à sa perfection. Deux opinions
divisent les Chronologistes au sujet de la,
fondation de cette Ville
,
l'une des plusa ciennes de la France; les uns, & Usserius
est de ce sentiment, la placent la ~premier
année de la quarante-cinquièmeOlimpiade,
l'an de Rome 154, avant J.C.599.
1 L'Auteur est aussi de ce sentiment. Le P,j
Petau a embrassé l'opinionopposée, & renvoye
cette époqueàlasoixantiéme 01:im.
piade. Les Auteurs anciens font anssi partagés
,
& s'il ne falloit que compter les suffrages,
peut-être s'en trouveroit-ilplus en faveur
du P. Petau, maisunCritique eclallcl
péffl
pése les voix, & ne les compte pas; c'est ce
qu'a fait M. Cari, & plusieurs des preuves
qu'il employé
, prouvent invinciblement
[on opinion.
L'Histoire de la Fondation de Marseille
trouvoit ici nécessairement sa place. C'est le
premier Chapitre d'une Histoire de cette
Ville, qui n'en seroit pas le moins intérêssant.
-
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mervinrent jusqu'à l'embouchure du
Rhône;frappés dela beauté du Pays, lorsqu'ils
furent de retour dans leur Patrie
ils , engagèrent plusieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux, pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ilsavoient découvert;
ilssemettent en Mer& aumoment
qu'ils abordent aulieu désiré
,
ils trouvent
un Pêcheur, à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonstance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appcllée A4affilia du mot
Grec !J.tJq'ilV ,
qui signifie lier, & de celui
de àhtiv(-'9 Pêcheur.
Les Phocéens penserent à se mettre sous
la protection du Peuplequiétoit le plus
voiGn, & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus, Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix.
Le jour où ilsarriverent, étoit le même
oùsuivant l'usage des Segobrigiens
,
la fille
du Roi choisissoit elle-même son époux j
la cérémonie étoit singuliére; les Seigneurs
étoient assemblés, la Princesse promenoit
ses regards sur eux, & lorsqu'elle avoir fait
son choix, elleledéclaroit en allant présenter
de l'eau à celui que son coeur ou ses
yeux avoient choisi. Les Phocéensfurent
invités à cette Fête,& Protis
,
l'un de leurs
Chefs,sur le fortuné à qui la Princesse présenta
la Coupe. Ainsi tout seconda l'établissementdes
Phocéens,&ils bâtirentMarseille
dans l'endroit même où cette Ville est
encore aujourd'hui. Soixante ans après, les
Phocéens épouvantés des progrès de Cyrus,
abandonnèrent leur Pays, & firent ce ferment
si fameux de n'y revenir que lorsqu'une
masse de fer qu'ils jetterent au fond dela -
Mer surnageroit ; une partie alla chercher
un asile chés les Marseilloisleursanciens
Compatriotes
,
& c'estce qui a donné lieu
à l'erreur; on a pris cette fuite des PhocéensversMarseille,
pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville,
M. Cari a très-bien démêlé le principe
de la méprise des Auteurs qu'il combat; le
départ, dit-il, » des Phocéens qui vinrent
» fonder Marseille
,
n'avoitrien de fameux
» ou de frappant,c'étoit des Ioniens que
n leur Ville ne pouvoir plus contenir, Se
v.
4»qui cherchoient un lieu pour s'établir , événementsimple 6c commun dans ce
op tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
» vant Cyrus est une époque considérable;
39
ellearrive sous un Prince fameux par ses
» Conquêtes
,
& qui fixe les yeux de l'Univers.
La crainte de tomber entre les mains
» des Perses, fait prendre une résolution
9) violente aux Phocéens;ils embarquent
» leurs femmes, leurs enfans, & tour ce
9 qu'ils possédent. Ces evénemens & les
» circonstances qui les causerent, sont bien
« autrement frappantes que la simple Fon-
»
dationdeMarseille.
Il seroit bien avantageux pour les Lettres
que toutle monde suivîtlaméthode de M.
Cari, & qu'en réfutant des Auteurs, on
cherchât soigneusement par quelle route
ils se sont égarés; quelle utilité ne procure- roient pas ceux qui démêleroientainsî le
labyrinthe ou se perd 11 souvent l'esprit humain
? On leur devroitbienplus qu'à ces
Pilotes qui ont observé exactement les
écueils des Mers,& en ont dressé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter. Mais Hoc opus, bic1,1-orefl.
; Deux Médailles,que M. Cari a découvertes,
& qui avoient échapé jusqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires, ont
idonne lieuaux deux autres Dissertations.
Le Public verra avec plaisir qu'un homme,
comme M. Cari, qui a de la sagacité & de
la lecture
,
s'attache aux Médailles,Genre
que l'on commence à trop négliger.
La premiere des deux Médailles est celle
d'un Teiranes Roi du Bosphore, inconnu
jusqu'à présent, que M. Cari place l'an de
Rome 853,de Jesus-Christ 130, entre
Rhescuporis I. & Cotys II.
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots rACiAE£ïC TE|PANOT & au.
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres~
re qui signifient 573.CetteMédaille
a fourni l'occasion à M. Cari de donner
une suite Chronologique des Rois du Bosphore
,
& de combattre plusieurs fois Ici
sentimentdeM.Vaillant, qui afaitun bOlll
Livre surcettematiere. ij
La Médaille qui fait le sujet de la
troisiémeDissertation
,
est une Médaille
dal
Lefbonax Philosophe célébre de Metylene 3
mais moins fameux que Poramon son fils
dont il est beaucoup plus question que dm
pere dans la Dissertation de M. Cari. Ces
Potamon florissoit sous, Tibere, & c
étoit fort aimé.Lorsqu'il retourna dans sa
Patrie
,
comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçutuneespéce de passeport conçu
en ces termes singuliers: Si qudtjHunc/2
faire tn/nlte àPotamonfils de Lefbonax,qui\
1
conjtiereauparavant s'il efl en état de me ri-
Jtfter. .-'-.-
La M- - é-d-ai--l-le représente une tête avec ces
mots I-TEZBQNA£ EPns NEO.Onvoit sur
le revers un homme couvert simplement
d'unManteau, tenant un bâton de la main
gauche,& de la droite quelque chosequ'il
n'est pas aisé de déterminer,avec l'inscriptionMTTIAHNAIN.
VOYAGES & Avantures du Comte de
** &desonfils. 5 Volumes in-i- ,
à
Amsterdam chés Pierre Marteau, & se
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus aulong.
MEMOIRES de Melvil,traduits de
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumesm-
12 ,
dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
LES ELEMENS de la Médecine Pratique
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens & Modernes
,
où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires a chaque âge, dans les différentes
faisons de l'année, selon les différentes
constitutions de l'Air, sous divers climats,
& en particulier fous celui de Beziers
»
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour servir de Prodrome à une Histoire
Général des Maladies,par M. Bouillet,
Correspondant de l'Académie Royale des
Sciences, Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier, Professeur Royal des
MathématiquesSecrétairedel'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Beziers
> & Médécin des Hôpitaux de la même Ville,
à Bt:zÙrs
,
chés François Barbut, Imprimeur
du Roi, & de l'Académie des Sciences&
Belles-Lettres.Vol. /«-40. 1744.
Nous rendrons compte au Public de cet
Ouvrage, qui fera infiniment utile., 011
ne peut donner de trop justes éloges à retendue
des connoissances de l'Auteur.
-
NoUvAU Livre d'Ecriture, d'après
les plus belles Pièces de Rossignol, pour
l'instruction de la jeunesse & la satisfaction
des curieux, gravé par Antm
,
se vend Ir
Paris, chés Fessard Graveur, ruë da, la
Harpe, vis-à-vis la ruë Serpente; chés le
'Cle't;c, Libraire au Palais, dans la Grande
Sale; & chés Poirion
,
Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur..
OUVERTURE du Collège Royal.
L Es Professeurs du Collège Royal de France?
fondé à Paris par le Roi Fiançois 1
,
le ï'ere.Se
le Restaurateur des Lettres
,
reprirent leurs exercices
le Lundi 13 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui remplissent aujourd'hui les Chaires de
ce fameux Collége, fous l'inspection deM. l'Abbé
ratry, de l'Académie Royale desInscriptions &
Belles-Lettres ,Professeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Héb- raï.-que,
Mrs Sallier & Henry.
1
Pour la Langue Grecque.
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques,
Mrs de Cury & de Montcarville.
Pour la Philo/opbie.
Mrs Terrasson & de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat.
Pour la Aièâècine.
MrsBurette,Astruc, Dubois&Ferrein.
Pour la Langue Arabe.
Mrs Fourmont, & Petis de la Croix, Conseiller &
Interprete ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
, Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmonc.
ESTAMPES NOUVELLES.
HYACINTE R1GAUIJ,Ecuyer)Noble
Citen de Perpignan,Chevalier de l'Ordre de S.
Michel,Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture, né le 25
Juillet 1663, mort à Paris le 29 Décembre 1744.
Cette Estampe est gravée par Ficquet,d'après
l'Original peintpar M. Rigaud lui-même,dont QIL
a vu l'éloge au commencement de ce Voluire §C
elle sevend chés Odieuvre, rue d'Anjou, la derniere
porte cochere en entrant par la rue Dauphine.
DOM JEAN MABILLON,ReligieuxBéné.
dictin de la Congrégation de S. Maur, né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1631
,
& mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Desprez le 2.7 Décembre 1707,âgé de 76 ans.
Les excellensOuvrages qu'a composés ce sçavan- t
Bénédictin, font assés son éloge, & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard, qu'ils ne
sçachent depuis long tems.
L'Estampe est gravée par Gaillard
,
& se vend
chés Odieuvre
,
qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Estampes.
L'ESSENCE BALSA.MI QJJ 1 ,
Aromatique
,é- Anti-Vermineuse de M. de Pasturel, continuë
à se distribuer avec succès; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écritauMinistre, pour qu'il leur en procurât, ce
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
distinction d'en emporter à l'Armée, & le premier
Médécin du Roi yen a aussi porté.
Cette Quintessence eil bonne pour pré1venir lçi
Maladies,fortifier les principales parties du corps, ranimer la nature affoiblie ou éteinte, elle passe
d'une maniere presque insensible parles premières
voyes ,& guérit les Maladies qui ont leur siége
dans ces parries ; ce Remède est inmanquable contre
les indigestions, qui sont l'origine de presque
toutes les Maladies, contre toutes fortes de coliques
, dégoûts,maux de coeur ,
diarrhées & cours
de ventre, cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies sont ordinaires,
& causent la mort à beaucoup de braves gens quil
sont utiles à l'Etat.
Elle est souveraine contre les Maladies causées
par les obstructions des visceres
i contre les pâles
couleurs,lajaunisse ,l'hydropisie
,
les vapeurs hyG
teriques & hypocondriaques
,
les palpitations de
coeur, les ventosités
,
la mauvaise halaine causée
par de mauvaises digestions: elle facilite les accouchemens
,
appaiseles douleurs des reins causées
par des glaires, ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bu avec excès,abbat les vapeurs
du vin, & c'est un très-puissantapéritif & quelque
fois purgatif
C'est un préservatif contre le mauvais air, 3c
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre, parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter. ou de se corrompre
)0
& par fort
moyen on peut se garantir de la peste, du scorbut
l de Mer,& se guérir de la piqûre
, ou morsure de
toutes bêtes vénimeuses
; on peut en toute sureté faireusage en contre les fièvres malignes
,
putrides, vCermeineuses & intermittentes. Remède est également souverain contre toutesles
blessures, foit de fer, soit de feu ,& il les
garantit de la gnree.
Ceux qui souhaiteront de plus grands- éclaircissemens
pourront écrire i l'Auteur, qui leur fera
exactement réponse ; on aura foin d'affranchir les-
Lettres; il demeure à Paris ruë des Gravilliers, chés M. de Clermont; il y a des Bouteilles de 6~-
liv. 12liv. & 24liv.
On distribue avec les Bouteillesun imprimé pour:
instruiresur la maniere d'employer le Réméde..
SPECTACLES.
-0 N acontinué à l'Opéra les représentations
ci*Acis & Galatée précédées des
Augustales.Mlle Romainville, & Mlia
IVIerz ont alternativementexécuté le rôle:
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure.
Cette dernierequitteleThéâtre & ne jouera
point dans Thesée. C'est une grand.
perte, sur-tout pour les anciens Opéra
Une nouvelle Pantomimeexécutée parMl't
André & Mlle Guerardi a terminé agréablementleSpcétacle
:on a placé àla fin de
Prologue celle de Mlle d'Allemant& du
Signor Pietro Soli, que l'on voit toujour
avec plaisir.
Les Comédiens François ont ronjon.
continué avec succès les représentations .¡
EHeureux Retour ; les. Auteursde cette pi
ce n'ont point eu dessein de lui donner la
forme d'une Comédie,leur but étoit d'amener
trois divertissemens
>
& de placer
convenablement plusieursdétails sur laconvalescence
du Roi. On ne peut leur refufer
l'éloged'avoir suivi'leprécepte d'Horace
dans le choix. du sujet, le succèsen a été:
le prix. Cette pièce n'est gueres susceptible
d'une analyse exacte , ainsi nous nous contenterons
d'en donner une légereidée,&
de rapporter quelques morceaux quiont le
plus réussi.
M. Argante
y
bon Bourgeois, veut lignai
1er son zéle au retour da Roi par une Fête,
Un Officier & un Avocat sont amoureux
de sa mie; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie-
Fête. Au reste
, ces deux Acteurs ne sont
pas sur la Scéolfe feulement pour amener des
divertissemens, & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon, c'est
le nom de l'Avocat; voici une desmeilleures,
il parle des-Médécins.
L'autre siécle, lamode-
Fut de les ridiculiser.
,&lors- apparamment quelque fausse méthode,
Ouleur exterieurpedantesque,incommoda,
Donna lieu de les mépriser;
Mais malgré la critique, à nous tromper facile,
L'Art mérita toujours d'être en foi rcfpcâé ;
Lorsqu'aux premiers humains le Destin irrité
Refusa l'immortalité,
Illeur laissa du moins cette science utile,
Qui fait que l'homme
,
après avoir bien médité,
Par une conjecture habile ,
De sa vie entrevoit les causes, les ressorts
,
Et pour les rétablir va puiser les trésors
Qu'offre à son docte choix la Nature fertile;
Cet Art a reçu des Mortels
Tantôt l'exil, & tantôt des Autels;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeuxsystème,
Mais qu'on foit détrompé, puisque cet Art enfiq
A servi notre Roi dans son péril extrême
,
Il ne reste plus de problême
,
'A jamais on dira, c'est un Art tout di.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête. Voici le Vaudeville.
VAUDEVILDE.
Vne jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lisette
,
Que j'éprouve son dédain
;
Que jeperde sa fleurette;
Eh qu'est-ce queçame faitàmoi?
Je vois ce que je souhaite;
Eh qu'est-ce que çame faitàmoi,
Quand je vois notre bon Roi?
Vn jeune Garçon.
Que facileàmes rivaux,
Lison pour moi foit farouche,
A mes soupirs, à mes maux
Que son oreille Ce bouche ;
Eh qu'est-ce queçamefaitàmoi;
Plus qu'elle mon Roi me touche;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Quand je vois notre bon Roi?
Unejeunefille.
Que la nôce de ma soeur
Dans le carnaval foit faite;
Que l'on fasse son bonheur,
Sans songer à la cadette,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en fuis point inquiéte;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Quand je vois notre bon Roi;
Le MtCitre d'Ecole.
Que tout mon champ soit battu
Par les vents & par la grêle;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle;
Eh qu'est-ce que çame faitàmoi,
Ma foi, très-peu je m'en mêle;
Eh qu'est-ceque çamefaitàmoi,
Quand je vois notre bon Roi?
Une Vieille,
Bien loin de mes jeunes anir
Je sens que mon terme arrive,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la sombrerive;
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi
7
Pourvu que mon Prince vive?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi
y
Quand je vois notre bon Roi?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets,
& a exigé que plusieursfurent repétés
,mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du fecond divertissement. Il
a chanté lui-même le refrain, & s'est libéralement
applaudi..
Le second divertissêment, quiest celui
que l'Avocat a imaginé
,
est une Entrée de
Bergers & de Bergeres. Une Bergere chante
ce
Vaudeville.
te Vaudeville.
Par nos jeux & par nos clian£bns-
Témoignons notre allégresse
;
Le Roi charmant que nous servons
,-
J'our nous est rempli de tendresse.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui Pintéreffe r
Réunissons dans le même refrain
Le Roi, la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour est grandeur,
Noble orgueil, feu guerrier,vaillance-j:
Chés la Reine tout est ardeur
,
Agrément, bonté,bienveillance ;
Chés le fils toutest ardeur,
Respect & déférence :
Que de raisons pour célébrer sans fin-
Le Roi, la Reine & le Dauphin 1
Les jours de ce Roi généreux.
Intéressent l'Europe entiere ;..
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne si chere ;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est nécessaire
j,
Dieux immortels, faites vivre sans fin-
Le Roi, la Reine & le Dauphin !:
- la Fêre de roaicier ne le céde pointà
celle de l'Avocat, mais Agathe
3.
c'estla fille
de M. Argante ,
donne la préférence au
premier; l'amour de la Patrie dicte Ton.
choix, & ne pouvant suivre le Roià la
guerreyje veux du moins, dit-elle, ,"
i
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le servir. 1
Lucas
,
Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre railon de cette préférence.
Oüi, vive un Officier, ça fait bian plus d'éclat, J
C'estplus vif, plus léger, tambour battant ilmene;
Et pis, c'est qu'on a tant de peine !
A d'venir veuv' d'un Avocat.
Cette Piéce a eu quinze représentations;
le rôle de M. Argante étoitrempli par M. !
de la Thorilliere; celui de Lifidor
,
c'est
l'Officier,par M. Roseli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval; Aminte, soeur de M. Ar* j
gante,par Mlle la Morte Agathè, fille de
M. Argante, par Mlle Gaussin ; Lucas, Jardinier,
par M. Paulin; le Maître. d'Ecole, 1
par M. Poisson ; le Carillonneur, par M.
le Grand.
i
La petitePièce,intitulée le Génie de la
Frances'eil soutenuë avantageutemenr sur
le Théâtre des Italiens ;cette Pièce est de la
composition de M. Minet, fils, Auteur d'iyfce
autre Piéce sur la Convalescence da
Roi, représentée par les mêmes Comédiens
le 17Septembre dernier,iln'yapoint.
d'intrigue noüée dans celle ci, ce sont des
divertissemens variés & cousus légérement
ensemble. L'Amour François occupe le
Théâtre pendant grerqlietotitâaComédie.
Ce rôleest executé avec beaup de finesse
& d'intelligence par MlleAstrodï, jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût,
& joue fort bien duVioloncelle;sa soeur cadette
estaussi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite.
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie, & M. Rochard y est
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Musicien dans une
Scène qui est vraiment rhénrmle M. Defha
yes, qui le seconde bien dans ses lazzis,
représente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amobr François des Vers
qu'il a fraîchement compofés- à la louange
du Roi. Le Musicien
,
présent à cette ledtup"
e,& entraîné par l'enthouÇafmede.la composition
,met les Vers et Musique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & singulier donne lieu d'esperer
beaucoup de l'Auteur
,
qui eH: encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
-de ses avantages, il a fçû y placer la bran'
l te Coraline, qui y joue pour la premierc
fois une Scène entierei-netitFrànçoife
,
elle y danse avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces quelle met dans son jeu
La Musique de cette Pièce est fort jolie
elleest: de M.Blaise,accoutumé à mériter:
de pareils éloges; les rôles de la Piéce (Qnr.
Le Génie dela France, M. Rocbard,
L'Amour François, Mlle Aftrodi.
Carminant
,
Poëre
) M. Deshayts.
Harmonile, Musicien , M. Rochard,
Arlequin. j
Coraline. 1
La Victoire
,
Mlle Thérejè,
Pales, Déefife des Forêts) Mlle Deshayes.
Le 19 Novembre, les Comédiens François
représenterent àla Cour la Tragédie:
de Manlius, & la Comédie de l'Etourderie
Le Mardi2,4,lesmêmes Comédiensreprésentérent
l'Andricnne&Crispin bel ef.
prit, & le Jeudi 26, la Mort de Pompâ
& les Prècieusesridicules.i Le 25 ,
les Comédiens Italiens y
joüerent
l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dan
laquelle Mlle Coraline joüa pour lapremiere
fois devant leurs Majestés, qui en
furent très-satisfaites
, & confirmèrent par
leurs suffrages les applaudissemens du PUAi
blic.
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
ON a appris que l'armée du Grand Seigneur a
remportéunevittoire complette sur les Persans,
qui l'ont attaquée près de Kars
,
& qui ont
perdu plusde 12000 hommes.
Russie.
t-ON apprend de Moscou, que le Baron de Neu'
hauss. Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur,&
leBaron de Mardefeldt,Ministre du Roi
de Prusse,ont invité le Duc de Holstein par les ordres
de leurs Majestés Impériale & Prussienne d'aceder
pour sesEtats d'Allemagne au Traité d'Ur
nion de Francfort. [Prusse.
ON mande de Berlin du 2. de ce mois, que le
Roi après avoir rassé la Moldaw
,
avoir fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale, mais qu'ils ont tou-
- jours évité la bataille,& qu'ils s'éroicnt retirés
dans des endioits,oùon ne pouvoitlesattaquer
sans beaucoup de risque.
Sur l'avis qu'on a reçu d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
la Moldaw,craignant que les ennemis ne lui coupassent
la cornmunication avec les principaux maga-
,<îns& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles dq
Lorraine après avoir passé le 15 du mois dernier la
Moldaw,& avoir été jointe par les troupes Saxons
nés, alla camper dans les environs de Benischau.
Le Roi se rapprocha le if de cette armée, &
étant arrivé en présence des ennemis, il fit toutes
sesdispositions pour les engager àune action. 1
Le Prince Charles de Lorraine de son côté déta
cha le Comte de Nadasti à la tête de toute la Ca.vét
lerie Hongroise,avec ordre de s'avances à une petitedistance
des Prussiens
,
qui firentsur cette C.1:"
lerie un feu très-vif d'artillerie & de mousqueterie
Elle fut mise en désordre, & les Prussiens se BJtoienlI
sqeuceoluersPrince Charles de Lorraine marcheroit à [onl
,
& qu'il étoit dans la résolution de hazarder
une bataille
,
lorsqu'ils s'appercurent qu'il
s'étoit retiré sur les montagnes le long de Lai
Sazawa. On ne poursuivit que jusqu'à une cet—
raltaliinée distance leComte de Nadastri, parce qu'ayantj sa Cavalerie, il prit le parti de la
divises t en plusieurs Corps
,
qui prirent des routes disse rentes. J
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Clia
les de Lorraine avoit dessein de lui dérober un
marche,& de passer la Sazawa,S. M. le prévint ]
&elle occupa le camp de Pifcheli.
iSoo desSoldats, qui ont été faits prisonniers
dans Prague
,
sont entrés au service du Roi,& JJ
reste de l'ancienne garnison de cette Place a é~j
envoyé àSpandau. ]
Allemagne, 0N a appris de Bohême, que Je Roi de
Prusse, après cinq jours & demi de tranchée
ouverte, estentré dans la Ville de Prague.
Lagarnison étoitcomposée de22Bataillons,
de 1000 Croates, de 400 Cavaliers, & de 300
Hussards; elle s'est rendue prisonniere de guerre;
cette Place, défendue par itfooo hommes
,
n'a pas
arrêté tong-tems son vainqueur,qui de-là partie
avec son armée pour allerréduire les postes de Budseiws
& Tabor, où il a laissé ses gros bagages; il
s'est campé très avantageusement
,
sa droite appuyée
à la rivière de la Moldaw
,
& sa gaucheà
Kestrzan, le centre à Tzernau. Sa position couvroit
ses ponts de Teyn,ainsi que les Cercles de Kzellilt
& de Czaslau. S M. Pr. toujours attentive à remplit
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point cessé de
visiter ses quartiers & d'y donner des ordres, qui en
établissantleursûreté, prouvent sonintelligence
supérieure. Le Baron d'Ensiedel, Lieutenant Général
,
est ressé à Prague pour y commander.
Ila fait publier différentes Ordonnances qui concernent
la Police & la tranquillité publique, &
surtout une défense très rigoureuse d'entreteniraucune
correspondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes imposées par la Cour de Vienne; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de son Souverain,mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Université
,
qui ont
pris les armes pendant le siége, seroient traités en
prisonniers de guerre, à moins qu'ils ne s'incorporassant
dans les troupes de l'Empire ou de Prusse.
Le6 Octobre, le Baron d'Enfiedel célébra par
Jioe Fête
,
où la Noblesse & les Officiers furent in.,
vités
,
les promptes victoires de son Roi.
LaPrincesseRoyale dePrusse est accouchée le ifl
Septembre à Berlin d'un Prince quia été baptisé
leu
premier Octobre,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Prusse avoir repas-
,
lé la Moldaw avec toute son armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes fous les ordres du Comte de Nadasti & dm
Général Ghilam, pour observer les mouvemens de^
troupes Prussiennes, ;
Les avis reçus de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie, ayant donné lieu au Roi .1e Prussede
conjecturer que les ennemisvouloient se porter erw
tre Prague & les troupes Piuffienties, ce Prince
s'étoit déterminé à serap rocher decetteVille;
qu'ilavoit reuré en même-tems les Dérachemens
qu'il avoir mis dans differens postes, particulièrement
dans ceux de Tabor&deBudweiss,mais
que la garnison qui étoit à Teyn n'ayant pas reig
assés (ôr l'ordre d'aller rejoindre l'armée elle avoi&
été attaquée par un Corps de troupes Hongroises
fortsupérieures en nombre, qui avoit faitprisonniers
plusieurs Officiers & Soldats & mis le îefte en
fuite.
L'armée Prussienne par (à nouvelle position
conservé non seulement la communication avec
Prague, mais encore elle s'est miseplus à portée
des magasinsétablis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau. & des fubrifrances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sj'zjwa.
1 Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de r.
Reine de Hongrie passa la Mold 1\'V, & la plus grande
partie de ce te armée est restée de l'autre côté de
cette riviere.
.11 y a eu quelques escatmouches entre des Dçf
chemens de la Cavalerie Légere des deux armées,
la perteaété à peu près égale de part & d'autre.
On mande de Vienne du 24 du mois dernier,
uc le 17 on y reçût avis que l'armée comnandée
par le Prince Charles de Lorraine avoit
atIé le 15 la Moldaw sur úx ponts ,
& que
celle armée n'étoit qu'à une petite distance de
celle du Roi de Prusse, qui étoit campé sur le
~ord de la Sazawa,& qui paroissoit déterminéà risquer
une bataille.
-
-
I Le Prince Charles de Lorraine a d-é-tach- é- un Corps
17 1000 hommes de Cavalerie sous les ordtesdu
(renéralKustein
& du ComteduCollowrath, pour
tbserver les mouvemens des troupes Prussiennes.
On a appris depuis que l'armée Prussienne Et
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'estpostée sur des hauteurs dans une situation fort
1avantageuse.
Deux Corps de troupes Prussiennes ont pénetré
en Motavie, l'un par le Pas de Mora l'autre par
Lanzaron & par Gegersberg. & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldstein,deTriban,de
Hoh~dt & deSchildberg.
b SAXE. N a appris de Dresde, du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refusé
le passage que le Roi de Prusse lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Prussiennes,on
toit fort inquiet des suites qu'aura cette démarche,
que l'on craint que ces troupes n'entreprennent de
asser malgré ce refus, & qu'on a fait partir plueurs
chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dresde ,& qu'on destine pour armer
les habitans des montagnes.
On a appris depuis du 5 de ce mois que M.
Wallenrpdt, Envoyé du Roi de Prusse a remis au
Ministres du Roi de Pologne un Rescrit, qui po
te que le renouvellement du Traité conclu e
1732 entre les Cours de Vienne & de Dresde
,
n,4
bligeant en nulle façon cette derniere de fourni
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie, 1
aucun des articles de ce Traité n'ayant directa
ment ni indirectement rapport à la guerre qui di
vise présentement l'Empire, S. M. Pr. ne peut e
visager quecomme une rupture du Roi de Pold
gne Electeur de Saxeavec elle la jonction de
troupes Saxonnes avec cellesde S. M. H. que 1|
Roi de Prusseprie S. M. Pol. de considérer quell
résolutions il est autorisé & même forcé de plen
pour s'opposer aux desseins qu'on paroÎrméditAi
contre lui; qu'on ne fera point en droit de lui re
procher les inconveniens qui pourrontrésulter dl
la démarche de cette Cour, & qu'il espére que 1
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans un
affairedecette importance, ni porter les chofes^
une extrémité, quipourroit tendre à la ruine 4
leurs Etats respectifs.
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répond
à ce Rescrit qu'à la vérité par le renouvellementà
-"Trai!de 1732 ,
il n'éroit point dans l'obligation
de "faire marcher des troupes lu secours de
Reine de Hongrie, mais que rien n'a pu ni el
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaisons
qui Ivioiit paru convenables pour lasûreté de f<i
Electorat ; qu'en faisant attention £ la fuuationi
ses Etats d'Allemagne, il a jugé nécessaire de
coq
clure avecS. M. H. la convention échangéele
du mois de Mai dernier, par laquelle cette Prii
cesse&S. M. se garantirentmutuellement la
posession
de la Saxe,de laBoheme & de l'Autriche
ql1
PMriencde'ailleurs il n'est point extraordinaire qu'un
donne des Troupes à un autre, sans prendre
par: aux guerres dans lelquelles la Puissance
secourueest engagée ; que le Roi de Prusse luimême
, en entrant en Bohême avec cent mille
hommes
, pour soûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ses engagemens pris par le Traité
deBreslau; qu'ainsi le Roi s'entientà la déclaration
qui a été faite de sa part à la Cour de Berlin&
à plusieurs autres Cours, lorsqu'il a pris la résolutiond'ordonner
à ses Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin, du 10 Novembre,que
les Troupes que commande le Général Marwitz Se
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silesie
,
se sont mises en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breslau.
Le Roi de Prussea fait publier un Décret, pour
rappeller tous ceux de ses Sujets qui fervent dans
les Troupes, ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie; ce Décret porte que le Roi
ayant été informé qu'aussi-tôt après qu'il a fait entrer
dans le Royaume de Boheme ses Troupes, en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur, la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edittous les Hon.,
grois qui étoient actuellement dans les Troupes
Prussîennes, de les déclarer traîtres à la Patrie, 8c.
de confisquer leurs biens, s'ils ne quittoient pas le servicedu Roi; S. M. ordonne non-seulement à
ses Vassaux & Sujets du Royaume de Prusse
,
de la Marche de Brandebourg& de ses autres anciennespossessions
,mais encore à ceux du Duché de
Silésie
,
même a ceux, qui sans être nés
-
dans ce
Duché, y possédent ddftûens, & qui font attachés
àla Reine de Hongrie par des Emplois Militaire.
ou Civils, ou qui demeurent'dans quelques-unsdes
Pays de la dominationde cette Princesse,dese
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui se conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement àleurnaissance & à leur rang, qu'au contraire
ceux qui" réfuseront d'obéir, encourerontl'indignation
du Roi, & que la confiscation de leur
biens fera destinée à dédommager les Hongrois
qui. auront perdu les leurs par leur attachement aoei
service de S. M. -
On mande du Camp du Roi dePrusse près dm-.
Pischeli du 28 du mois dernier
, que sur l'avis qu'onavoir
reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie, le Roi, après avoilliil
reconnula position des ennemis,fit marcher lel
26 sur plusieurs colonnes ses Troupes, dont la-j
vant- garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Prut"
siennesse postèrent surles hauteurs voisines de celles
que lesennemis occupoient, & l'on espéroit de
les engager à une action
,
mais des marais impraticales.
empêcherent les Prussiens d'aller plus
avant, & il n'y eut que de légères escarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par sa gauche, on la suivit
, pour,
tâcher de la prendre en flanc, mais le terrain qui la 1
féparoit des Prussiens
,
étant par tout rempli d'étangs
, de ravines & de fondrieres, il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis,& le Roiprit 1M
parti de tetourner dans leCamp de Pischeli.
Le Comte de Nassau, que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammersbourg ,ayantété averri
dans sa marche par fqî Espions qu'un Corps
considérable des ennemis,commandépar le Prince
'Erhafi)écoit venu, camper dans les environs de
ce poste , il prit le parti d'arraquer ce Corps. Dans
çe dessein
,
U fit passer à son Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit sans obstacle, & la Cavalerie
ayant suivi l'Infanterie, le Comte de Nassau
se disposa à charger l'ennemi. Le Prince-Esterhasi
fit mine de vouloir accepter le combat
,
mais
uand il vit que le Comte de Nassau avoit de l'Artillerie
, il abandonna son Camp,après avoir rétiré
la garnison qui étoit dans Cammersbourg. Le
Comte de Nassau fit aussitôt occuper ce poste
,
Be
le même jour il se rendit maître de celui de Sazawa.
Le 13 du mois dernier, un Détachement de
1500 Grénadiers des ennemis soûtenus de 600 des
Butfards qu'ils ont fait venir de Moravie, d'emporter d'assaut tenta la Ville de Parduwitz
,
& fut
repoussé par le Bataillon Prussien, qui y étoit en garnison
,
fous les ordres du Colonel Zimmernow; il y eut en cette occasion 40 hommes de tués &
plus de 60 de blessés du côté des ennemis; afaitunOfficier& on leur 43 Soldatsprisonniers, & on n'a eu. que six hommes de blessés
,
& le Colonel
Zimmernow ell dece nombre; il a un bras cassé &
& une blessures la tête.
HAMBOURG.
LE28 Août, le Comte de Flemming,Grand
General d'Artillerie de Lithuanie obtintune
audience de la Czarine à Kiovie,où il la complimenta
sur son heureuse arrivée de la part du Roi
& de la République de Pologne.
Le Comte de Rosemberg
,
Ministre de la Reine
de Hongrie est arrivé à Moscou, mais iln'a point
encore vu le Comte de Bestuchef.
On a distribué des quartiers aux Troupes Russiennes
revenuës de Suéde. Le Général Keith & le
Major Général Lapuchinétoient campés àRevel
- avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
semblable nombre de Régimens,commandéspar le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéralStuait.
Ils dévoient remplir ainsipinsieurs
Villages près de Dorpt.LeRégiment de Cajan J. sous les ordres du BrigadierGénéral Czernichow,
étoità Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'éroit
transporté sur dix Galeres à Petesbourg:onadéÙfsxié
dans le Port de Cromftadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppcnhague qu'on espéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprés de la Czarine pour les affaires du Holftein
feroit suivie d'un heureux suceès. S. M.Czar. a
envoyée l'Ordre de S.Alexandre Newfki au Baron
de Korff,son Ministre à la Cour de Dannemarc.
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne, & laReine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Noblesse de ce
Royaume d'aller joindre Je Prince Charles de Lorraine,
& on prétendoit que divers Comtesont promis
d'entretenir un corps deTroupespour le servicc
deleur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Pdnc
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembreà Diersfurth.
Le même jour ,
à la sécondé colonne campa Althmuhl.
La Ville de Neumarch a été surprise par le Partifan
Geschrei, qui a taillé en piéces la garnison
mise par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princesse
,
qui bloquoient
laForteressede Rosemberg
,
se sontrérirées précipitamment
sur la nouvelle de l'approçhe du Marquis
de §• Germain , détaché - parle Baron 4s
Secitendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesf
Ondisoitque le Prince Lubornirfki, Castella
deCracovieapromis au Ministrede la Reinede
Hongrie auprèsde la République de Pologne, qu'illeveroit dans ses terres douze mille hommes
à son service.
Le il Septembre,une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaisseaux, qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hol
lande.
Le 15 Septembre,le Marquis de Lanmari, Ambaffadeur
de France en Suéde
,
célébra à Stoxolm
le rétablissement de la santé du Roi son Maître,
par un Te Deum ,chanté avec la plus éclatante solemnité
dans la Chapelle de son Hôtel, & le lendemain
il paya les Comédiens François& la Troupe
Suédoise
, pour donner gratis au Peuple des Comédies
,précédées d'un Prologue & mêlées d'In-
Onassure que la Suéde a accédé auTraité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle posséde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
,
le Comte de Traun en céda lé commandement
à ce Prince, & les corps commandés par les
Généraux Fefterics & Bathiany se sont répliés.
On mande de Hambourg du 16de ce mois
qu'on y a reçû avis de Boheme, que le 30 du mois dernicr l'armée commandée par le Prince Charles e
Lorraine écoit décampée,& qu'elle s'étoit avancée
â Tanawitz sur la Frontiére du Cercle de
Czaflau; que les TroupesSaxonnes qui étoient restées
à ,B;ftritz,n'avaient pu réjoindre que quelques
jours après cette armée
,
& que le Priucc
Charles de Lorraine avoir détaché le Comte de
Nadasti& leGénéialGhilani
,
pourobserver les
mouvemens des Troupes Prussiennes.
P0L 0 G N E. LEcinq Septembre le Roi donnal'audience de
congé à l'Envoyé du Kan des Tarrares de Krimée,
qui ensuite dîna chés le Comte Poniatoufki
PalatindeMafovie.
Dans le Senatus Consilum tenu par le Roi le
30 Août dernier, il a été résolu qu'àlaprochaine
Diette on représenteroit la nécessité de recommencer
les Conférences avec les Minières Etrangers
,de régler avec ceux du Roi de puisse tout ce
qui regarde le passage Que la République s'sft engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Prussiennes toutes les fois qu'elle en seroic
requises
Or) proposera à la même Assemblée d'accorder
à la Czarine le titre d'Impérarrice
,
demandé depuis
long-teim par cette PrincelTe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
<3e la Czarine
,
doit aller incessamment résider en
cette qualité auprès de l'Empereur,& il fera remplacé
à Varsovie par le Comte de Befiuchef. qui
estactuellementàBerlin.
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel son Plénipotentiaire
en oette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron,& le Gé-*
néralBifinarkfont arrivé s de Siberie; & le bruii:
court que les deux premiers se retireront en Cur-*
lande.
,
Francfort. 0N a appris de cette Ville du8 de ce moi.
que le 27 du mois dernier l'Empereur fîtà
Ebersberg la revue générale de son armée,&r que
S. M. I. alla ensuiteavec une nombreuseescortè
reconnoître les environs de Ion Camp jusqu'a
Wassesrg, dont la garnison fit un grand feu
sur les loupes qui accompagnoientl'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg, & le
19 à Mulhdorf, dont il se rendit maître. Il continua
lesjours suivans sa marche, & sur la nouvelle
qu'on Ieilt que les troupes qui avoient été laiffées
dans Wassesbourg par le Comte de Bathiany,
avoient abandonné ce poste, la plus grande partie
de l'armée.Impériale marcha de l'autre côté de
l'ina.
Les Paysans de plusîeurs Villagesr situés le long,
de la Salza
, ayant pris les armes, ils ont surpris lot
Ville de Reichenhall, dont ils ont taillé en piéces
la garnison.
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
ie l'Empereuravec huit piéces de canon, & l'on
y attendait un train d'Artillerie de vingt canons 3c
de dix mortiers.
Le Comte de Batbiany s'est retiré fous lîraunau
avec les troupes qu'il commande, & il avoit im
pofte- avancé à Burcxhaufen.
BAVIERE. ON mande de Munich du 3.3 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
sous les ordres du Baron de BerencKlau
, camperont
le ii dansles environs de cette Ville; que le
Général Bathiany en ayant pris le commandement
elles se remirent en marche le 15 , pour re rendr
versl'lnn,&.que le lendemain undétachemer
de 1500 hommes, que le Général Bathianyavd
JaWé à Munich fous les ordres du Colonel
se retira aussi dès la pointe du jour, aprèsavoi
mis le feu au pont sur l'Iser.
Les Hussards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à unepetite distancede M-h, &
ayant donné la, chasse à ce
détachementilstue
rent ou firent prisonniers plusieurs des Soldats don ilétoit compafé.
Le même jour, le Comte de S. Germain se ren- dit à Munich avec mille Cuirassier's & un parer
nombre de Dragonsdes troupes Impériales, & i
reprit possessîon de la Ville au nom de l'Empereur
L'Armée Impériale s'avança le 17à Augsbourg
dont les Magistrats envoyerein des Députés 31
Maréchal de SecKendorf
, pour le complimenter.
Le 21 ,
l'Empereur arriva au Château de Nimp.
henbourg ; S. M.- I. fit le n son entrée dans-MH
mich ,& le 13 elle se mit à la tête de son armée
avec laquelle elle se disposoit à passer l'iser.
On apprend de Munich du 10 de ce mois,qui
l'Armée Impériale, au lieu de suivre le Comte de
Bathiany
,
qui s'étoit rétiré du côté de Braunat
avec les troupes an'it commande marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt, où l'Empereur a
établi son quartiergénéral, & qu'il a été résolu
dans le dernier Conseil de Guerre,
que S. M. 1.
a tenu ,
de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Passau, afin de s'empara
de la Forteresse d'Oberhaus, & de se rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une ^mnitfieà tous ceux de
ses Sujets qui ont pû manquer à la fidélité qu'ils lui
devoient, & elle a promis par une déclaration particulière
de ne faire aucunerecherche sur ce qui
s'est passé pendant que les ennemis étoient en possession
de la Baviere.
- Les ennemis ont abandonné non-seulement la
Ville de Wasserbourg
,
mais encore le| Château
de Rosenheim, & le Prince de Saxe Hildbursghausens'est
emparé de New Bayern
,
où il y avoir
300 hommes,dont 100 ont été faits prisonniers&
les autres taillés en piéces ou mis en fuite. Italie.
LE 2 Octobre
,
l'Infant Don Philippe sur averti
que le Roi de Sardaiguevenoit l'attaquer &
secourir Coni ; il laissa pour la garde de son camp
18 Bataillons des deux Nations alliées
,
& avec 10
Bataillons Espaguols & 18 François,& 60Escadrons,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del U.'m(). Sa
droite fut appuyée à ce Convent, sa gauche à une
Cassine; une autre CalUnc fortifiée couvroit le
centre de son armée; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie, tant Françoise
qu'EfP.J'!Tnae; le 30Septembre,lesEnnemis s'avancerent
sur deux colonnes paralleles. Le
Roi
de Saraigne
porta son Infanterie le long d'unechausséeisrctée
deNavilles & couvrit les flancs de ses troupes
de
chevaux
de frise;il en plaça de mêmee au frontdfc
son armée,après une violente canonade,à une heure
après midi, les Grenadiers Piémomoisattaquerent
les Cassines qui défendoient les retranchemens des
François& des Espagnols &le Port de laMadonnadel
Vlma.l\s furent repoussés dans toutes leurs attaques
successives,vers les 5 heures du foir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées; celte
des ennemis fut repoussée de toutes parts & dan
toutes ses tentatives réstérées, & sur les dix heures
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte con
sidérable qu'il avoir faite & qu'il ne pouvoir plus
résister aux vainqueurs,abandonna une partie de
son artillerie & ses innombrables chevaux de frise , &se retira en laissant des détachemens de Grena
diers, qui tirerent pendant deux heures sur nos
troupes pour cacher là. retraite; leur feu cessa à Mill
nuit,& dès la pointe du jour l'Infant lesfit ÚlÍvrè.
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de ycoa
hommes,tués ou blessés, & cinq piéces de canon.
L'armée Françoise & Espagnole ne compte que
près de 900 morts & 1100 blessés. Lesprincipaux
OfficiersFrançois blesses sont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général; le ChevalierChauvelin
, Brigadier, & le Marquis de la Force,à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués sous le Prince de Conty, & deux coups
danssacuirasse, prouvent les dangers que sa valeur
a surmontés.
Les différentes dispositions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne pense qu'à se retirer
de l'Etat Ecclésiastique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Espagne,est fortsupérieuren forces à ce
Cénéral.*
Espagne.
L EscadreEspagnole,qui a pour Commandant
M.d'Auteuil, a pris dix Vaisseaux Hollandois
Eqluoitftaeisoient partie d'un convoi destiné pour la
qjie le Roi de la Grande-Bretagne a dansla
diterranée; ils étoient chargés d'agrès & de mur
ionsde guerre,lereste du convoi, escorté de
ux Vaisseaux de guerre ,
s'est sauvé, & a été
rJlliTi du coté de l'Afrique.
M. Greffein
,
s Sécretaire d'Ambassade, chargé cette Cour des affaires de la Républiquede
ollande
, a présenté au Ministere un Mémoire au.
pjet de la prise de ces Vaisseaux, il prétendqu'ilsaisoientseulement
voile de conferve avec les
Vaisseaux Anglois.
On mande de Madrid du 27du mois dernier que
Roiapris ledeüil pour trois semaines à l'occaion
de la mort de Madame de France, sixiéme fille
leS. M. T. C.
Le 21, Don AntoineAlos,Brigadier des armée.
II Roi d'Espagne, arriva du Camp devant Coni
d'où il avoit éré dépêché par l'iiifint Don Philip-
)c, pour informer S. M. du détail de l'actionqui
est passée le 30Septembre dernierentre les troupes, combinées de France & d'Espagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine duFerol a mandé auRoi
que La Galere le Princedes Asturies,commandée par-
Don Paul de Larrea,s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du BrigandinAnglois les deux Freres, de 70,
tonneaux, dont la charge consistoit en 1155 quinteaux
de Moruë, & en dix barriques de Saumon-
GENESET 1SLEDE- CORSE. 0 m N mande de Gênesdu25 du moisdernier
1 qu'on va appris que les obstacles de la saison
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
& d'Espagne de coatinuer leSiége de Coni ,l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
décampés le Li,& que les troupes Françoises
Espagnoles, qui n'ont été nullement inquiété
dans leur retraite par les Piémomois
,
étoient sou
Demont. où elles devoient demeurer jusqu'aur
tour des deux couriers
,
qui ont été dépêchés
,
l'u
- par le Prince de Conty au Roi de France, & l'a~
tre par l'Infant en Espagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois, que 1
dernier courierqui est arrivé de Turin a l'a
porté que depuis que l'armée combinée de France
& d'Espagne est retournée dans son Camp fousD
mont, le Roi de Sardaigne a établi son quartier gé.,
néral à Vignolo
, entre cette Forceresse & la Villaj
de Coni.
Selon lesavis reçûsde l'Etat Ecclésiastique,on
ne croit pas que le Prince de Lobckowitsdemeure
encore long-tems dans sonCampdeNemi,&
l'on assure que les troupes qui (ont fous ses ordres,
font fortinférieuresà l'arméedesEspagnols &
èes Napolitains.
GRANDE BRETAGNE.
L E 17 Septembre,le Roi tint à Kensington un
t Conseil d'Etat,& ensuite Et partir des cwi-
Tiers pour Vienne, pour Bruxelles x pour lahlaye.
L'Escadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, est commandée par l'Amiral
Dawers,& est composée de deux Vaisseaux de
90 canons, dedeux de 80, de trois de 70, de quatre
de60
)
& de quatre de 40.
Les revenus des Doüannes ont produit cette "aDnée90000
livres sterlings de.moins que l'année
derniere.
On apprend de Londres du 16 de ce mois, que
le Vaisseau de guerre le Jersey
,
commandé par le
Capitaine Hardy, conduisit le 8 àl'l'ymout les
Vaisseaux François l'Espérance,l'Intrépide, le Men-
, tor & la Marie-Thérese, dont les deux derniers venoient
dela Martinique &de S. Domingue,&
étoient richement chargés.
Un Armateur de l'111e d'Antigoa s'est rendu
maître d'un Vaisseau de la même Nation, à bord"
duquel en a trouvé ioo barriques de Sucre, 54
tonneaux de Caffé & plusieurs tonneaux d'Ill,
digo.
F LAKD R E.
L 'ArméedesAlliés décampa le .9 Août
;
quesques
jours auparavantun de ses détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François, qui tua
plus de 80 hommes & emmena prisonniers plusieurs
Officiers & Soldats.
-
Le Comte Maurice de Nassau
,
Général des tfott-i
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de sa
ladie.
Le 17Octobre, le Comte de Kaunits, Conseiller
Intime de la Reine de Hongrie,& nommé par
elle Grand-Maître de la Maison ;, & Premier Ministredel'Archiduchesse
Gouvernante, arriva de
Vienne à Bruxelles
,
& reçut le lendemain les
complimens desConseils& des Tribunaux.
Les troupes des Alliés, fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont essuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, se sont retirées dans
les quartiers qui leur étoient destinés.
La garnison de la Ville de Constance aabandondonné
cette Ville au seul bruit de l'approche dtr
Comte de Clermont, qui y est entré, & a fait l'Etat
Major prisonnier de guerre; on y a trouvé une
nombreuse artillerie & des magasins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre, l'Archiduchesse Gouvernante de
Flandre ressentit une fièvre violente & des douleurs
très-aiguës, ce qui la détermina à se confesser
& à recevoir le Viatique, le 6 à cinq heures dit.
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par roperariott
usitée. L'Archiduchesse la souffrit courageufejaacnu
-
MORTSDES PAYS ETRANGERS„
DOn Gabriel Bernard de Quiros Velasco y Cueva,
Marquis de Monréal ,Capitaine Généralde
la Province d'Estramadoure ,mourut àBadajos le
5 Septembre
,
âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo
,
Conseiller des
Finances
, mourut à Madrid \cZ ,à l'âge de jf
ans.
Les Marquisde Guendicct8c de Garcia,Lieutenant
Généraux des troupes d'Espagne en Italie, ont
été blessés, & M. de Ktndel/m
,
Aide-MajorGénéral
de ces troupes, a été tué au Combat donné
prèsde la Madonna del Ulmo.
Don Manuel de Toledo, Conseiller du Conseil
des Finances, ci-devant Régent de l'Audience de
Valence, mourut à Madrid le 1-3 du mois dernier;
âgéde 74 ans;
le Marquis d'Olias,Corregidor&Intendant Gé^
a"ic Tolede ,y mourut au commencement du
même mois,dans la 66 année de son âge.
Mre- Leopold-Antoine-Eleuther
,
Baron de Firmian,
ArchevêquePrince de Saltzbourg, y mourut
le 17 du même mois,âgé de 65 ans, cinq mois &
un jour. U étoit fils de François
,
Baron de Eirmian,.
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régiment
d'infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold,& il avoit été nommé Chanoine dcF
Sakzbourgen 1702, Evêque de Lavant en 1718
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725, &
Archevêque de Saltzbourg le 4Octobre 1727. ;
Le Baron de Plettemberg, ci-devant Ministre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire,
mourut à Ratisbonne le 29du moisdernier.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. ***1
- à JW,le Ch. S * *, à Malte le 27 OElabre.,
DEpuis que j'habite notreRocher,mon
cher Chevalier,je vous ai - souvent
écrit que je n'avoisrien a mander
,
sur coin àun habitantdeParis ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui
,
écoutez-moi.
L'Escadre du Roi, commandée par le
€hevalierdeCaylusparut devant Mataç
le premier Octobre & nous apprit à roI fois
la maladie & la convalescence du Roi; le
danger fit sur nous une impression que la
nouvelle de son rétablissement n'essaçoit
pas ; nous eûmesbesoin des afriiraiicespositives
qui nous vinrent de tous les côtés de
son entiereguérison pour respirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
,nous ne lailîrôïïs pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmesde joyesque
nous répandions.
On ne pensa plus qu'à remercier Dieu, Se
à faire éclater sareconnoissance.
Les Trois Langues de France en Corps Se
le Bailly du Bocage,chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter séparément
des Te Deum ,
ausquels le Grand Maître
atëifta dans l'Eglise de S. Jean à l'iflua
d'une grande Messe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'est chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus; il n'avoit rien négligé
came vous le verrez, pour signaler
ion zéle & son attachement pour leZDRoi;
aufft.il s'en est acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique, du moins
je vous assûre qu'on n'avoitjamais rien vû
de pareil à Malte.
L'Escadre du Chevalier de Caylus,composée
de cinq Vaisseaux
,
& à laquelle se
joignit un sixiémeVaisseau François, commandé
par le Comte de Vaudreuil, entra
dans le Port le 19,&la fête fut indiquée
au 16; le 25 au marin, les Vaisseaux furent
pavoisés & parés de flâmes &c de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Nations
;au Soleil couchant,le Commandant
fit une salve de21 coups de canon, & les
5 autresVaisseaux une de 19 chacun;quand
la nuit fut venuë
,
les Navires parurent absolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées; tout étoit formé par des
lumieres ; ces six Bâtimens placés avantageusement
dans le Port & brillans de tous
les côtés, produisirent le plus beau coup
d'oeil que l'on puisse imaginer, pendant
dneux haeurestquie doura centte su.perbe illumi- Le 16 au lever du Soleil, ces Vaisseaux
parurent pavoiséscommeils l'avoient été la
veille, sans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumières ; ce fut alors qu'une décharge générale de la
mousqueterie, suivie d'un salut de 21 coups
du Commandant & de 19 des autres Vaisseaux
avertit toute la Ville de la fête
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
lesfenêtres & les terrasses sur le Port furent
remplies d'un monde infini; le peuple
couvroit le môle & les bastions dans l'attente
du Te Deum qui devoit se chanter sur
le Vaisseau Commandant, & de l'illumination
qui devoit le suivre ,
mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs
c'étoit le Grand Maître y
,
qui a fait en cette
occasion ce qu'aucun de ses prédécesseurs
n'a pratiqué; jamais il n'yen a eu qui ait
été visiter ses propres Vaisseaux
, encore
moins qui soit monté sur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignorait
par cet article de l'étiquette, ne laissa pas
d'aller à la tête des Capitaines & des Officiers
de son Escadre, prier son Eminence
d'honorer la fête de sa présence; le Grand
Maître charmé de témoigner sa vénération.
lonr le Roi, oublia les usages les plus anziennement
établis; il sortit à quatre heures
5c demie de [on Palais, précédé de tous les
Chevaliers qui sont à Malte & suivi de
resque tous les Grand'Croix, des Baillifs
k des Seigneurs du Conseil des différentes
Nations. Environné de cette Cour respectable
,
il vint à pied jusques à la Marine;,
tous les canots de l'Escadre allèrent au-devant
du Grand - Maître
,
qu'une superbe
Gondole attendoit & dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix >
Jk son grand Ecuyer en habitdecérémo^
bie ; les principaux Officiers du
lement en habitsdecérémoniele préçéloient
dans une autre Gondole.Les Cheva
t iers avoientrempli les canots & tous les
petits bâtimensque le Commandant avoit
Fait trouver au mole. Le Grand-Maîtrevoguoit
lentement au bruit des tymbales ôt
trompettes,& les Vaisseaux François devant
lesquels il passa, le saluerent de septVive
le Roi.
Quand son Altesse fut arrivée au Com-
Enandantelle trouva sur une espécede perton
que l'on avoit ajouté au pied de l-,-
grande échelle,tous les Capitaines dé l'Escadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
II donna le bras au Grand-Maître & l'aida 4.
nonter,tandis que les équipages Moient
retentir l'air de cris redoublés de Vive
Roi, Son Eminence trouva au haut de l'i
chelle les troupes fous les armes , & fut f.
luée par leurs Officiers; elle passa sur ]
gaillard,où les Officiers de la Compagni
des Gardes de la Marine la saluerent égale
jnenr quarante de ces Mrsétoienrsous h
armes,ils les présenterent avec tant degra
ce.que le Grand-Maîtreen sur charmé, s'arrêta quelques momens pour voir & m
,mirer. cette jeune noblesse
,
dont plusieurs
sont de notre Ordre, ensuitele Grancl-1
tre entra dans la chambre du Canseil,à
porte de laquelleun Garde Marine étoit fil faction l'épée nlië" ; son Eminence s'assitsu
un fauteuil placé sur un tapis de pied ; toiles
Grand'Croix étoient assis autour de lui
tine décharge de moufqueterie fut le fignj
d'une falve générale de toute l'artilerie
des Vaisseaux ; S.E. après quelques moment
d'une conversation polie & agréable,vouli
visiter l'intérieur duVaisseau ; tout y ét.
dispose comme pour le combat; le Grand
Maître alla par tout, examina&parut chai
mé de l'ordre & de la propreté de ce bea
Navire,il vint ensuite sur le- Gaillard & 1
plaça fous un Daisqu'onlui avoit prépara
Tribord.CeGaillardformoit alors un (tII
magnitique, au fond duquel lesGardes
la Maxine étoient sous les armes,& dçg
fie ces Mrs étoient en faction aux côtés du
Dais; les Grand'Croix etoientassis
,
ôç les
Chevaliers avec les Officiers de l'Escadre
étoient debout. Le Père de Lespinasse
, Jesuite,
AumônierduCommandant, vint à
la tête des Aumôniers de l'Escadre complimenter
le Grand Maître,avant que de lui
presenter l'Eau-Bénite,ensuite il alla devant
un Autel richement paré, & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Musique de Malte, que le Chevalier de
Caylris avoir placée sur la Dunerce,.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent,on avoit placé le
Portrait du Roi. Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier, l'effet que cette
vue produisit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étionsassemblés, c'étoit pour lui que
nous venions intéresser le Ciel; nos coeurs
en furent remués; les différentes Nations
quiétoient avec nous ,
s'en apperçurent,&
convinrent que jamais aucune Nationn'a
aimé son Roi comme les François aiment le
leur; Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raison de cet amour si tendre & si vif;voici
celle que noustrouvâmes;je crois que c'est
la véritable, du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
sentimens. Toutes les Nations, même les
plus fidelles
, ne voyent que leur Maître
dans la personne de leur Roi, les Françoi"s1
vont plus loin,ils y voyent un Pere,au
quel ils doivent tout, & un ami pour lequel
ilsmourroient. Ces Mrs avouerent:
qu'il falloit que cela fut ainsi, pour furprendre
les François dans les mouvemens.
involontaires de crainte ou de tristesse dont
on voit bien qu'ils ne sont pas les Maîtres, d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quand les prieres furentfinies, le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conseil
où le Commandant lui servit luimême des
rafraîchissèmens ; on en présenta à tous les
Seigneurs,parmi lesquels étoit l'Evêque
de Malte & le Prieur de l'Eglise ; ces deux s
Prélats ont assisté à toutes les prieresqu'on
a fait pour le Roi, & se sont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit l'objet. Tous les Officiers s'approcherentaussi de
son Eminence; ce Prince les reçut avec une
politesse & un air de satisfaction,qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par sa présence; il fit donner.
7 5 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher, au premierPilote & au
plerielm, ier Canonnier,enfin au coucher du Sole
Grand Maître parût sortir à regret
du Vaisseau; il fut conduit avec les mêmes
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à descendre & à entrer
dans sa Gondole; à peine fut-elle débordée,
qu'une salve générale d'artillerie & demôuk
queterie se fit entendre.
* Le Grand-Maître
, pour ne rien perdre
de cette fête, vint débarquer à son jardin
de la Marine, dont il avoir fait illuminer le
beau salon
, pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaisseaux dont il n'avoit
pu joüir:laveille & ce jour-là tout
concourut à lui donner un magnifique spectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans son jardin, S. E. retourna sur les neuf
heures à son Palais, mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fournidoit cette brillante Escadre
, ce Prince
paa:i à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Castille ; sa Cour étoit un
peu moins nombreuse qu'en arrivant à son
jardin; 70 Chevaliers ou Baillifs de différentes
Nations qui l'avoient suivi,revinrent
au Vaisseau du Chevalier de Caylus,ou il
les attendoir avec le plus grand & le plus
magnifique souper, qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere
,
les vins
précieux & la Musique firent durer jusqu'au
jour un souper qui lui seul eut été
une fête magnifique.
COAiPLIAiENSaireffès au Roi, à
la Reine, à Monseïgneur le Dauphin C à
Aiefiames, par les six Corps des ALirchands,
le Dimanche i5 Novembre. O N'a oublie d'insérer ces Complimens
dans le premier Volume; ils sont
l'ouvrage d'un Ecrivain célébre, qui dans
cette occasion a prêté sa plume à sa joye ,
pour exprimer le zéle & l'amour du Peuple
pour son Roi.
Au Roi.
SIRE,
Après tant d'éclatans témoignages de respect,
d'amour, de douleur & de joye, de
simplesCitoyens trembleroient de paroître
devant V. M. si le langage des coeurs, le
kul qu'ils puissent employer, n'éroit pas
toujours bien reçu d'elle.' Notre profession
est d'entretenir par nos travaux
l'abondan-
(je) que la sagesse de V. M. fait fleurir,&
que ses conquêtes nous adurent. Chaque
Ordre de l'Etat a ses prérogatives, mais le
zéle est commun à tous ainsi que vos bienfaits.
Les cris de victoire de vos guerriers,
les actions de grace de votre Clergé,les
Harangues de tant d'illusties Compagnies,
nos foibles voix enfin, tout part du même
principe, & tout éprouve la même bonté.
A LAREINE.
MADAME,
Quelquefois la foule ds hommages devient
importune, quand ils ne sont que
des respects ,mais la vertu écoute toujours
avec farisfaction tous les transports qu'elle
inspire,& c'est à elle que nous parlons:
c'etf elle qui augmenta nos douleurs; c'est
elle qui ajoure aujourd'hui à notre joye , Se
qui nous encourage à l'exprimer; cette
joye éclate au nom de tout le Peuple de la.
France, de ce Peuple innombrable, dont la
voix toujours fidelle est l'interpréte de la
vérité, de la nature, & qui destituée de tout
art ne s'en fait que mieux entendre au coeur deV.M.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
MONSEIGNEUR,
Il nous est permis d'oser joindre ici nos
acclamations à votre joye
, & pour comble
de bonheur, après nous être prosternés de- -
vant un Roi, qui remplit tous nos désirs ,
nous sommes aux pieds de celui qui fait toutes
nos esperances.
A Mesdames.
MESDAMES,
Daignez recevoir ici les témoignages simples
& sinceres de nos respects & de notre
joye , comme vous avez reçû tant d'hommages
osserts avec plus d'appareil & d'éloquence.
ETATdes performesquifont allées sur la
frontiere Ii'fPaDgneareucevpoirhMïandaeme.la 1
U Ne Dame d'honneur,Madame la Duchesse
deBrancas.
3 Dames de Compagnies.
Mad la Duchesse deCaumont,
Mad. la Marquise du Roure
Mad. la Marquise dePons.
Une premiere femme de Chambre
,
la Dame du
Four, 4Autres.
Une Coëffeuse.
Une Blanchisseuse ou Empeseuse.
Une fille de Garderobe.
LeChevalier d'honneur de la Princesse, M.le Marquis
de la Faire.
Le premier Ecuyer, M. le Comte de Rubempré.
Un Sécretaire du Cabinet, M. de Verneuit
Un Maître des Cérémonies, M.Delgranges.
Un Ecuyer du Rois, M. de la Rivoyre.
Chapelle.
M. l'Abbé Daydie, Aumônier.
Un Chapelain, M.l'AbbéPaigné.
Un Clerc de Chapelle, M. l'Abbé de la Vallée.
Un Sommier.
Faculté.
Le Médecin ordinaire du Rai, M. Marcor
UnChirurgien.
UnApotiquaire.
UnAide-Apotiquaire.
Chambre& Garderohe..
t HuilIiers de la Chambre du Roi. zziVVaalleettssddeeCGhaalmdebrioeh,e, Irdd..
Garçons de la Chambre de Madame la Dauphine.
1 Portemanteau du Roi.
Valets de Chambre Tapiniers, Id,
2. Portemeubles, Id.
L Portefaix, Id.
Gardes du Corps.
Un Chef de Brigade, M. le Bailly de S. André.
Deuxexempts. Deux Brigadiers. -
Deux Sous-Brigadiers. : 50Gardes.
IITrompette. ClercduGuet.
1 Maréchal ferrant.
Cent Suifes.
1 Fourier.
I Caporal.
I2Suisses.
Gardesde la Porte.
i Lieutenant.
4Gardes.
Prévôté de l'Hôtel,
2Officiers. 4Gardes.
Maréchaux& Fouriers.
x Maréchaux.
a Fouriers.
Officiers pour le traitement.
Le Maître d'Hôtel ordinaire du Roi, M. le Marquis
de Coulanges
I Contrôleur Clerc d'Office.
I Commis du Contrôleur-Général. i Commis de la Chambre aux deniers. 2Gentilshommes servans.
I Waguemestre.
i Aide Waguemestre.
1 Sous AideWaguemestre.
2 Huissier de Sale.
Bouche.
2 Chefs de Panneterie.
I Aide.
it Sommier,
1 Chef d'Echansonnerie, bouche.
1Ayde.
2 Sommiers.
I Garde vaisselle
,
gobelet.
I Lavandier de Panneterie
,
bouche
2. Ecuyers de la bouche.
1 MaîtreQueux.
1 Hâteur.
I Potager.
2. Enfans deCuisine.
) Patissier.
1 Porteur.
1 Huissier.
1 Avertisseur.
1 Sommier du garde manger.
] Sommier des broches.
1 Garde vaisselle
,
bouche.
Grand Commun*
1 Chef de Panneterie.
1Aide. 1Sommier,
x Chefs d'Echansonnerie.
1Aide.
2 Sommiers.
2 Ecuyers de Cuisine
,
Commun.
2Maîtres Queux. 1Hâteur.
1 Potager.
1 Patissier.
] Garde vaisselle extraordinaire.
1Verdurier.
1 Huissier.
2. Enfans de Cuisine.
2 Porteurs.
2 Sommier du garde-manger.
I Sommier desbroches. 4 f IFalotier.
2Huissiers du Bureau.
3 Chefs de Fruiterie. 2Aides.
2. Sommiers. IChef deFouriere. IAide.
1Lavandierde Cuisine
,
I bouche & commun. Portetable
1 Bouteillier du Chambellan. -
:J Lavandier de Panneterie commun.
Ecurie.
6 PagesduRoi.
6 Grands Valets de pied.
5 Petits.
2. Cochers.
2Portillons.
2 Founers. :
•i Maître Palfrenier.
5 Garçons d'arrelages.
6Aides aux chevaux de selle.
1 Maréchal.
i Charron.
I Bourlier-Sellier..
t Muletiers.
Porteurs.
CO PIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneurl1Archevêque
de Paris, pour faire
chanter le T E DEUM ht sltliom de
graces des heureux succès de la Campagne
du Roi, C en particulier de la Prise de la
Vdle de Fribourg.
MOn Coufin
,
le moment que j'attendois
avec tant d'impatience est arrivé
,
où je puis
rendre à Dieu, au milieu de tout mon Peuple,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont ilnousa comblé. Illui a piû de feconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mesArmées: il a daignérécompenser l'amour
que je porte à mes Sujets
,
& couronner,par
des succès
,
le désir que j'avois de contribuer moimême
à leur fureté & à leur gloire. MesConquêtes
en Flandres ont étéaussi rapides qu'elles
étoient importantes; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés, reconnoissantleur foiblesse
,
n'osant pas seprésenter à force ouverte ,
&
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas, ont surpris des passages pour pénétrer
dans mes Etats, mais la valeur de mes Trouves
m'a donné le tems de voler à leur secours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes
,
ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu,& Dieu
qui m'en donnoit la force & la volonté
,
paroissoit
approuver mes desseins.Sialorssa grace toute-puissante
a paru m'abandonner un moment; si après
m'avoir protegé dans des entreprises difficiles, il a voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
dangers,ce moment d'allarme n'a servi qu'à me
faire sentir plus vivement l'excès de sa bonté, 8c
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puisse êtrepour un Roi. Sa Providence a voulu
que je ~jo. de tout l'amour de mes Sujets, sans que les marques en fussent suspectes, & que
me survivant à moi-même, jevisse les regrets que
je laissois après moi: voilà de tous ses dons, un de
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
mon coeur, sçait combien le prix d'être aimé, y
prévaut sur un vain désir de gloire, qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que sa bonté daigne achever
son ouvrage ; que ce ne soit pas vainement que
mon Peuple me foit cher; que sa protection me
fournisse les moyens de rendre ce Peuple heureux
parla. Paix,& que mes Victoires ne me fervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis, la
moindre espérance de pouvoir me nuire. La prise
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere ,les places de l'Autriche
Antérieure que je lui ai soumises
, tout acheve de
les convaincre, que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protège
sivisiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut; qu'ils se lasssent des maux de leurs
Pays,s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils se souviennent que la France,en possestion
de défendre les Souver ins opprimés, ~n'armais
soutenu que des causes justes
, & qu'ils soient
enfin convaincus
,
qu'une Nation guerrieie
,
qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur, ~ime fort
Maître autant qu'elle en est aimée,nicombat
pour l'équité, doit tôt ou tard,par la Miséricorde de
Dieu,triompher de tous ses ennemis-Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à sa divine bonté, je
fie puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire)
que mon intention est, que vous fassiez chanter le
TeDeum dans votre Eglise Métropolitaine & autres
de votre Diocèse
, avec les solemnités requises
, au
jour & à l'heure que le Grand Maître
, ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part, & que
vous y invitiez tous ceux qtl.l conviendra d'y assister
: sur ce ,
je prie Dieu, qu'il vous air, mon
Coufin,en sa fainte & digne garde. Ecrit à Versailles
le vingt-un Novembre mil sept cent quarantequatre.
Signé, L 0- U I S ; EtplIHas) PHtitpeaux.
Etau dos est écrit:Amon Cousin l'Archevêque
de Paris,Duc de Saint Cloud, Pair de France,
Commandeur de 1'Qrche du Saint-Esprit.
M. l'Archevêque de Paris, donna son Mandement
en conséquence, dont la teneur fuit.
, CHARLES-GASPARD-GULLAU-ME
DB VINTIMILLE,.&C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
sensible de la protection du Ciel, cette suite d'événemens
avantageux, qui, depuis que le Roi s'est:
rendu à la tête de ses Troupes,ont relevé la gloirede
ses Armes, & entrelesquels l'un des plus importansest
La prise de la VilledeFribourg
,
& des.-
Tous quila commandent.
Le premier foin de Sa Majesté au retour de ses
expéditions~té de remercier le Dieu des Armées
dessecours qu'il enareçus r & de lui rendre fesvoeux
devant tout son Peuple, dans ce Temple Augtifle'oùI!
on ar offert tant de Sacrifices pour le
succèsdeses entreprises, au milieu de cette Capitale"
comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les sentimens deReligion&de gratitude r dont soncoeurétoit pénétré.
Aujourdhui ce même Monarque,par la Letttçj
que nous vous communiquons, Be qui
feraàja
mais un monument précieux de sa piété envers
Dieu & de sa undresse pour ses Sujets
, nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de folemnelles
Actions de graces pour les différentes sa
veurs dont ill'a comblé, & en particulierpourl'int-J
portante conquête que cePrince, revenu à peiofli
des portes de la mort, a entreprise avec tantdai
courage,& qui a signalé glorieusement la fin de ïal
campagne.
Animés par un exemple si édifiant,fournis à des
ordres si respectables
,
saisons retentir le lieu Siint
duchantde ces Cantiques consacrés par l'Egliseà
la reconnoissance des bienfaisque Dieu répandsur
nous: allons aux pieds des Autels faire à celui quei
nous y adorons, l'hommage de nos prospérités&
de nos triomphes:recormoissonsque nous en sommes
redevables à sa mainbienfaisante, & loin de:
les attribuer uniquement à l'industrie & au couragei
de l'homme,écrions-nousavec cette multitudes
d'Esprits Célestes, qui environnent le Trône dq
l'Agneau:A notre Dieu, Bénédiction,Gloire, SaleJIe
r
Actions de graces, honneur
,
Puissance& fin*
dans lesjiéclu dessiécles.
Après l'avoir remercié de ce que sa divine bonté
a fait pour nous, prions-le de nous donner de nous
Telles preuves de sa proteétion
, en calmant les
troubles dont l'Europe estagitée,& en nous
rendant
un bien que nous avons lonpems possedé.
sans en connoître assés le prix: demandons IWqn,i:
dissipe les jalousies & les défiances qui ont enfante
les cruelles divisions d'où naissent chaque jom
tant demalheurs & de dé sordres : conjurons-le
d'éloigner de nos Frontières l'un des plus redouta
-
Mes fléaux de sa colere ; de briser & de mettre dJ
pièces
, ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres, que les hommes ont inventées pour
leurmutuelle destruction.
Puissions-nous
, par une heureuseréunion des
Puissances divisées, jouir dans peu du fruit de nos
Prieres
,
voir bien-tôt succéder aux horreurs d'une
Guerre sanglante
,
les douceurs de la Paix, & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux,
contre qui nous implorons avec ardeurl'assistance
du Ciel!
A ces causes
,
après enavoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen
,
Chanoines & Chapitre
de notre Eglise Métropolitaine,Nous ordonnons
: que le Te Deum, avec le Verset, BenedicamusPatrem&
Filtum, &.& l'Oraison Pro grJltiarum
actione ;
l'Antienne Domine salvum sac Regem
,
sec, le Verset Fiat manus tux ,
fat & l'Oraison
Pro Rege & ejus Exercitu, fera chanté Mercredi
prochain deux du présent mois de Décembre,dans,
notredite Eglise, en actions de grâces des heureux
succès de la Campagne du Roi,& en particulier dela
prise de la Ville & des Forts de Fribourg. Que-
Dimanche six du même mois, il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroisses
& Communautés Séculières & Régulières de lat
Ville & des Fauxbourgs de Paris; & le Dimanche:
qui suivra la réception de notre présent Mandement,
dans toutes les autres Eglises de notre Diocèse.
Si vous mandons, que ces Présentes vous;
ayez à notifier à tous Abbés, Prieurs,Curés, Superieurs
& Supérieures des Communautés exemptes
& non exemptes ,
à ce qu'ils n'en ignorent.
Donné à Paris en notre Palais Archiépiscopal
,
1er
premier Décembre mil sept cent quarantequatre-
Signé C H A l\L ES, Archevêque de Paris,
MANDEMENT de M. le Cardinal de
Tencin, Artheveqiie & Comte de Lyon,
pour faire chanter le Te Deuni, en AC4
tionsdegrâces de la prise de Fribourg.
pIERRB DE GUERIN DE TENCIN
&c.
Vousvoyez,mes très chers Freres, dns1J Lettre
que le Roi nous a faitl'honneur de nous adresser,
les motifs de la reconnoissance que vous devez
au Seigneur pour les succèsde la Compagne de Sa
Majesté
,
& en particulier pour la prisede Fribourg
qui l'a si avantageusement terminée; mais ce qui
doit vous rendre cette Conquête pluschere & plus
précieuse encore, c'est la nouvelle gloire dont elle
couvre le Roi, & la nouvelle preuve qu'elle fOllrnit
de son amour pour son Peuple. Elle est l'ouvrage
des premiers momens de sa convalescence. A
peine échappé, comme par miracle, de la malarilla
plus dangereuse
,
il s'est hâté de reprendre les
travaux qu'elle avoit interrompus, & de courir à
de nouveaux dangers.Touché des marques si
vrayes que ses Sujets lui ont données de leur tendresse
,
il a voulu la mériter, pour ainsi. dire, encore
davantage,& lesenrécompenser. Qu'elle crois-,
se donc aulîî encore, s'il est possible
, cette tendresse
pour un Monarque qui en est si digne, dès
qu'il en fait foh bonheur Se sa gloire! A ces caules)&
c. jt .4
MORTS.
L E 7 Septembre ,D. Anne Marie-Thérese Spinola,
néePrincesseduS.Empire&Epouse de
M. Paul-Edouard d'Estouteville,en possessîon des
nom & titre de Duc d'Estouteville en vertu de la
Charte d'Erection de ce Duché par François I en ]534) ci-devant Mestre de Camp Lieutenant du
Régiment du Roi Dragons,& actuellement Maréchal
des Camps & armées de S. M. &c. mourut
à Paris, & fut transportée le si de la Paroisse de S,
Sulpice en celle de S. Eustache
, pour y être inhunléedaos
la Chapelle de Colbert & au tombeau de
M.Colbett Ministre d'Etat,ayeul paternel de M.
d'Estouteville
,
de qui elle ne laisse point d'enfans.
Madame d'Estouteville avoit été mariée le 25 Juin
1714 ,
& étoit âgée de 58 ans. Elle étoir feue cadette
de feuë Madame la Duchesse de Nevers,
morte le IIJanvier 1738,& comme elle fille de
jean-BaptisteSpinola, Prince du S. Empire & de
Vergagne dansl'Etatde Génes, Grand d'Espagne
de la premiere Classe
,
Lieutenant Général des armées
de S. M. Catholique,&c. & de D. Françoise
Coterel du Bois de Lessines.
Si l'on veut s'instruire plus particulièrement de
cequi regarde la Généalogie de Mad. d'Estouteville
& de la feuë Duchesse de Nevers, on peur
voir 1°. l'Histoire de la Maison Spinola, donnée
au Public en 1696 , par le Pere MaximilienDéza;
2.o. l'Ouvrage d'AugustinFranzoneChevalierGénois
, sur les vingt-huit premieres Maisons de la
République de Gênes, à la tête dcfquelles il met
celle de Spinola: & 3°.l'Abrégé Manuscrit de II
Généalogie de cette même Maison dresséesurtitres
par Lucas Salazar Chronologiste du Roi d'Espagne,
Conseiller au Conseil des Ordres Militaires
,
Commandeur
de Calatrava.
Le MarquisdeLeuville, fils du Lieutenant Génétal
de ce nom,& neveu du Bailly de Givri, mort
il y a quelque-rems à Embrun des blessures qu'il a
reçues àPatraque du Château Dauphin,a été tué
par un Parti de Vaudois,en allant joindre les troupes
commandées par le Prince deConty.
Jean- Baptiste Du Tdu
,
Conseiller d'honneur
au Parlement de Paris, & cy-devant Président
d'une des Chambres des Enquêtes, mourut à
Paris le huit, âgé de 59 ans.
Mre JeanBoubier, Ancien Evêquede Dijon,
mourut dans ce Diocèse le quinze,âgé de près de
79 ans; il avoir été le premier Evêque de cette Capitale
de la Bourgogne.
Charles Marquis de Ste Maure, Vice Anviral
du Levant, Grand'Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis, mourut à Paris le 13 ,âgé de 91
ans.
Jerôme Augustin Boissel de Darville
,
Brigadier
des armées de France
,
& Gouverneur de la
Ville de Raye, mourut à Paris le même jour dans
sa foirante &quatrième année.
Madame de France
,
sixiéme Fille du Roi, mourut
à l'Abbaye de Fontevrault le 28
,
âgée de huit
ans, 4 mois & 11 jours; elle étoit née à Versailles
le 16 Mai 1736.
Dame Marie Claude Cabouetde Beauvais
,
épouse
du Comte de Chabanes, Lieutenant Général des
armées du Roi, Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Françoises
,
& Grand'Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, mourut à Paris le
ig ,
âgée de 50 ans.
M. de Solemi,Brigadier & Lieutenant Colone
du Régiment de Cavalerie de Conty,a été tué erk
Italie, en marchant sur les tracesde son Prince, aw
Combat donné près du Convent de la Madonna
del Vlmo.
Le Marquis de Bense,Capitaine dans le Régiment
de Dragons du Roi, a été tué à l'attaque du Fort
de Rhinfeldt
,
sur le Rhin
, emporté par les troupes
commandées par le Chevalier de Belle-lsle.
Le Chevalier de Courtomer & h Marquis d'Avernes,
tous deux Lieutenans au Régiment des Gardes
Françoises, ont été tués en signalant leur valeur au
Siège de Fribourg.
Mre Leon de Beaumont,Evêque de Saintes,&
Prieur de S. Etienne deMortagne
, mourut dans
- son Diocèse le 10 Octobre, âgé d'environ93 ans-
M. de Boëhmer. Ministre du Landgrave de HeÉfe
T'ABLEf
PIIBCIs FUGlTlYES en Vers& enPtôsé;
Imitation de l'Ode vinet-untéme du troifiéine
Livre d'Horace, 0 ntutAme cum Confttle Manlio
, -3
Essai sur la Vie & les Ourrages de M. Rigaud\
&c. 6
Epitre à M. de Volteire, n
Réponse du P. Texte sur VAngélus, 16
L'Ami parfait, 14
Expériences de Phyfichue
, ;r
Imitation de l'Ode rroifieme du fécond Livre(Pliorace
, Mqunm memento,&c. 34
Nouvelle découverte sur les Notes des AbbréviatÎons
t 36
Stances sur l'Air d'issé, les doux Plaisirs
y
&C.45
Le baiser
,
46-
Vers à M. de Voltaire
,
ibid.
Séance publique de l'Académie des Sciences, Extrait
, 47
Epitre à M. Bouguer
,
&c. Si
Manuscrit traduit de l'Arabe par M. Jacques, 8f
Nouvelle Epitre au Roi-par M. de Voltaire,1x4
HuitainsurLouisleBien-aimé, lie
Epitre au Roi, 117
Exrrait d'un Ecrit intitule
,
Réfutationsy8cc. 110
Explicationde l'Enigme & du Logogryphe de Novembre,
premier Volume) 13Q
Enigme & Logogryphe
T
IîI
Chansonnotée, 132-
NOUVELLES LirrFRAiPîs, DES BEAUX-ARTS,&C.
Voyages du Capitaine Lade
>
Extrait,153
Dîfleitatîons tur la Fondationde Marfcillé,£*»
trait, 143
Voyaesje Avantures du Comte de, &c.- I4?
Mémoires'deMelvil,ibïd.
Les Eléinens de la Médecine Pratique, ibid.
Nouveau Livre d'Ecriture
, 150
Ouverture du Collége Royal, 151
Estampes nouvelles
, ilt
Essence Ballainique, ibid.
Spectacles, la 154
Nouvelles Etrangèrest Turquie
,
Ruffie
,
Prusse,
163
Allemagne, 16s
Saxe, 1^7
Hambourg, Ï71
Pologne
, 174
Francfort) Baviere, 175
Italie
, 177
Espagne
,
178"
Gènes & Isle de Corse, 179
Grande Bretagne , 180
Flandre » , 191
Morts des Pays Etrangers 18z.
Fère donnée à Malte par le Chevalier de Caylus,
18+
Complimens adresses au Roi, à la Reine, &c.
ISX
Etat des personnes qui font allées receyoir Madame
li Dauphine, 194
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris & son
Mandement en conséquence, 19?
Mandement du Cardinal de Tencin
, 204
Morts, iO£
JJicvec & Privilège du Roi pour le Mercure.
Errata du premier Folume.
p Age 7.., ligne4, i publier, lisez,à publier!
P.12,l.16,n'y, l.ni.
P. 17 ,
1. antépenultiéme, créance,l. croyance.
P. 1.0 ,
1. 3 ,Stuard
,
l. Stuart.
P. 11,1.z,lesDominiquin,l.les Dominiquains
P. 31 , ld
,
caprice ;
l. caprice,
Ibid.1.26 doitl.il doit.
P,31,l.7 du bas, guai,l. gai.
F. 40 ,l 8, ces mots font composés, l. ce mot est
composé.
P.50,l 9,Pentiévre, Fenthiévre.
P. 54, l. 14, Le Poisson
,
même qui s'éfance, l. Le
Poisson même,qui s'élance.
P. 58,l.14, n'avoient ,l. n'ont.
P. 6f
,
l. 3 & 4 du bas, Prieur, l. Prieure. ec, l. ce.
P. 93 ,
1. 13, ôtezla virgule aprèspréféré.
P. 100 ,
l. I ,
Prddesseur
;
l. Prédécesseur.
P. 105, 1. 14 & ij ,
rendues, 1. rendus.
bREVE T qui étcctrde le Mercure de
France attx Sieurs Fufelier & lA Brucre.
A U J0URD'H U 1 trente-an Octobre mil
sept cent quarante quatre ,
le Roi étant au
amp devant Fribourg, voulant que le Mercure
France, que le désunt Sieur de la Roque comosoit
tous l'es mois, soit continué avec toute l'acention
convenable à un Ouvrage aussi utile qu'aéableauPublic.
Sa Majesté bien informée des
alens & de la sagesse des Sieurs Louis Fufelier
c Chartes-Antoine le Clerc de la Bruere
,
isis les a & nommés pour cornpofer à l'avenir leMerure
de France exclufivemenr à tous autres ,
& ce
nt qu'il plaira à Sa Majesté, laquelle, veut & oronne
à cet effet que toutes Lettres de Privilege
sur en soient expédiées, aux conditions neanmoins
de ne pouvoir céder ni transporter leur
partdans ledit Privilege à quelque personne que ce
puisse être, survivant l'intention de SaMajesté étant que le
des deux en jouisse en entier Veut eaoutre
Sa Majesté que lesdits Sieurs Fuzelier Se
la Bruere partagent entre eux le travail pour la
compositiondudir Ouvrage, & les émolumens
quh proviendront d'icelui par égale portion, le
tout à commencer au mois de Novembreprochain,&
pour assurance deTa volonté, Sa Majesté
m'a commandé d'en expédier le présent Bréver,
qu'elle a figné de sa main & fait contre-signer par
moi Conseiller, Sécretaire d'Etat & de ses Commandemens
& Finances.
Signé LOUIS.
Et plus bas)PHIITPJIAU*.
Et au dos est écrit; -
Itegifirésur le Rtgij/re onze de la Chamhre Poyag 6 Syndicale des Libraires & Imprimeurs iè Parisil
N* 394, folio 13j ,
conformément aux anciens Re.
glemens, confirmés par celui du 2,8 Février 171JJ
A Paris le dix Décembre 1744.
Signé) Vinc 1NT, Syndic,
I PRIVlLEGE PV ROI.
FL m
OUI S par la grace de Dieu, Roi de France
& de Navarre: A nos amés & féauxConfeilers
,
les Gens tenans nos Cours de Parlement,
Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel GrandConseil, Prévôt de Paris, Baillifs , , Sénéc
haux
,
leurs Lieutenans Civils & autres nos justiciersqu'il
appartiendra. S A L UT, nos chers 3c
bien amés Louis Fuzelier& CharlesAntoine le Clerc
it la Bruere
,
Nous ont fait remontrer, que l'applaudiffement
que reçoit le Mercure de France,
Nous a fait croire que le sieur de la Roque titulaire
du dernier Brevet étant décédé,il ne convient pas
que le Public foit privé à l'avenir d'un Ouvrage
aussiutile qu'agréable, tant à nos Sujets qu'aux
Etrangers ; c'eû dans cette vue que bien informée
des talens & de la sagesse des (leurs Fuzelier & le
Clerc de la Bruere,Nous les avons choisis pour composer
à l'avenir exclusivement à tous autres ledic
Ouvrage, fous Je titre de Mercure de France,8c
Nous leur en avons accordé à cet effet notre Brevet
en datte du trente-un du mois dernier, à conditionque
le survivant des deux jouira seul de la sa.
culté&Privilège,pour l'exécution duquel ils Nous
ont très-humblement supplié de leur accorder nos
Lettres sur ce nécessaires. ACES CAUSES,
Voulant traiter favorablement lesdits fleurs Exposans,
Nous leurs avons permis & permettons par
ces Présentes de composer & donner au Public à
l'avenir tous les mois, à eux seuls exclusivement à
tous autres ledit Mercure de France, qu'ils pourront
faireimprimerenun ou plusieursVolumes conjoin
tement ou séparément Se autant de fois que t*'
leur semblera chaque mois, & de le faire vendre
débiter partout notre Royaume; Pays Terres
Seigneuries de notre obéissance, pendant le teij
espacede vingt années consécutives,à compi
du jour de la datte des Présentes,àcondition néé
moins que chaque Volume porte ion Approbatid
expresse de 1 Examinateur qui aura été commis
cet effet
t
& en outre Nous avons revoqué& »«
quons tous autres Priviléges qui pourvoient a.vq
été donnés cidevant i d'autres qu'ausdits sie
Exposans
,
faisons défenses à tou perfcwï^
de quelque qualité & condition qu'elles soiai
d'enintroduire d'impreniortou Gravure Etrangen
dans aucun lieu de notre obéissance, comme auffl
à tous Libraires-Imprimeurs, Graveurs Imprii
.meurs ,
Marchands en Taille-douce & autres d'ime
primer, faire imprimer
, graver ou faire graver
vendre, faire vendre,débiter ni contrefaire ledit Li
>rre ou Planches en tour ni en partie, ni d'en faire
aucuns Extraits sous quelque prétexte que ce soit
d'augmentation, correction, changement de Titre
ou autrement sans la permission expresse ou pau
écrit desditssieursExposans ou de ceux qui auront
droit d'eux
,
le tout à peine de confiscation tanr dM
Planches que des Exemplaires contrefaits & des ufi
tenciles qui auront servi à ladite contrefaçon
, quel
Nous entendons être saisis en quelque lieu qu'il
soient trouvés, de six millelivres d'amende confro
chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous, ami
.tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers aulditîj
sieursExpo£âns,& detous dépens dommages & imé-3
jrêts
,
à la charge que ces Présentes feront en r.egi(
-trées tout au long sur le Registre de la Communauté
ddees Libraires & Imprimeurs de Paris)dans trois moisi la datte des Présentes ,& que iliniplclboa de ces
Livresera kite dans notre Royaume & non aîfr
leurs, & que les Impetrans se conformeront en
toutauxRéglemensdela Librairie & notamment i
celui du dix Avril milsept cent vingt-cinq, &
qu'avant de lesexposer en vente, les Manuscritsou
Imprimés qui auront servi de copie à l'impression
désdits Livres feront remisdans le même état ou les
Approbations y auront été données ès marnadeno-*
tretrès-cher & féalChevalier Chancelierde France
,
le sieur Daguelieau
,
Commandeur de nos Ordres
, & \:lu'd en fera ensuite remis deux Exemplaires
de chacun dans notre Bibliothéque Publique
, un dans celle notre Château du louvre,&,un
danscelle de notre très cher & féal Chancelier de
France,se tout à peine de nuilité des Présentes
,
du
contenu desquelles vous mandons & enjoignons
de faire jouir llfdirs sieurs Exposansou leurs ayants
cause
,
pleinement & paisiblement,sans souffrir qu'il
leut foit fait aucun trouble ni empêchement. Voulons
que la copie des Présentes qui sera imprimée
au commencement ou à la fin desditsLivres soit
tenuë pour dûëment signifiée, & qu'aux copies collationnées
par un de nos amés & féaux Conseillers
Secrétaires, foi foit ajoutée comme à l'Original.
Commandons au premier notre Hussier ou Sergent
sur ce requis de faire pour l'exécution d'icelles
tous Actes requis & nécessaires
,
sans demander
autre permimon & nonobstant Clameur de
Haro, Charte Normande & Lettres à ce contraires
,car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le
treizième jour de Novembre, l'an de grâce mil
i sept cent quarante-quatre & de notre Régne le
t trentiéme.
Parle Roi enfon Conseil, NOBIET.
Régijlrésur le Régijlre onze de la Chambre Roynié
i
ëm Syndicale des Libraires & Imprimturi, fous le
même Nnmero & le même folio que le Brevet attaché
fous le présentcontre-scel ( N°. 3^4, fol. 133
conformément au Reglément de 1713 ,qui fan défense
Art. 4, à toutes perjonnes de quelque qualité qu'elles
[oient, autres que les Libraires & Imprimwrs, de
vendre, débiter & faire afficher aucuns Liires Pmur
les vendre en leurs noms , joit qu'ils s'en d'fcnt les
tuteurs ou autrement,& à la charge de fournir k
ladite Chambre Royale &- Syndcale des Libraires çj*
Imprimeurs de ParishuitExemplaires de.hacun Ba
par chacun mois, preferitsparl'Article 1
as
du irênis
Reniement.A Paris le 10 Decembie 1744.
la Planche gravée doit regarder la page 44
La Ch-anson notée, la page 131
Qualité de la reconnaissance optique de caractères