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Uu
MERCURE
.t
4 DE FRANCE, i
1 ] DEDIE AV ROI.
NOVEMBRE. 1744-
A PARIS,
Chés
GUILLAUME CAVELIlAj
ruë S.Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la descente du Pont-Neuf.
JEANDE NULLY, auPalais.
«p 0 rx1e
-AU ROI.
if1 y,
Yi>Ïùj-/n>u.aves accorde
Je PrÙl{Y/ Lill Ol)leretire de *
anec;Quelfon/ieur pour nous,
</y h'lll?ll,ller dans lUi ternir
où VOTREMATESTE9 prodigue A
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes a célébrer, (fcx tant degloi
re a publier. On netfpas obligé d'emprunter
le secours de l'Eloquence,
pour embellir les Annales de votr6
vie.SIRE
,
le plus [impie récit di
vos Allions paiera dans la Poftériti
pour un Panégyrique, & î,,osHiflo.
riens luiparaîtront des Plines. Cei
pendant la vérité dit de vous a
qu'ont dit des Monarques les plu
* slatés la Fable mensongere& laplu
Jèrvile adîtlatioti.Lorsqu'on vou
peint, on n'a besoin que de la finceri
té pour conduire le Pinceau, & 1
bouche ne forme point de traits q.
ne [oient gravés dans le coeur. Vot
ossi'ez,SIRE,aux yeux de VUM
vers enchanté, un Phénomene tiru
que , un Vainqueur çHri, un m
citoyenf enfin un tendrePere des
Peuples.Que de sentimensdignes
d'une mémoire éternelle CLfait éclater
votre péril pendant la subite&
violente maladie qui nous a fait trembler
pour vos jours! Qtie de Vertus
ont triomphé! Les vôtres,SIRË,
celles de votre Augufle Famille,
celles de tout votre Peuplet On a
vu briller avec le plus vif éclat, le
Courage Supérieur,VAmourConjugal,
la Tendresse Filiale, & le
Zélé le plus Ardent. Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique, le votre en a fourni
Villujlrematiere. Finirons, Nous
ne pouvons,SIRE
, que répéter en
vous loüant. Ne rougissons pourtant
point de r?être que Plagiaires dans
cette occasion.Lesplusfertiles Orateurs
éprouveroient le même fOrt; &
de plus, peut-on trop redire ce qui
vvoouusshhoonnoorreeddaavvanatnatoa-ge6e -&cequi éta-- ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire?
Nous sommes avec le plus pro.
fond refpeél
)
SIRE,
DE V0 TREMA J EST ET
>
Les très-humbles & tresfidéles
Sujets, Fu sEUER
lb- DE LA BRUEItE.
PREFACE
Du Nouveau Mercure de France* 0N fera simple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens séducteurs de la
Réthorique
, pour farder les Ouvrages
qu'ils rassemblent. Ils en doivent laisser ht,
décision au Public,Juge naturel des Compilateurs
& des Piecesqu'ils offrent à son
Examen. Et de plus, un Journal ne doit
erre recommandé que par son exactitude;
& le Mercure de France est nonseulement
le Journal de la Politique,mais encore de
la Jurisprudence, de la Littérature, de là
Police de la Finance 8c des Théâtres. Ces
matieres chronologiquement rangées
,
doivent
composer son principalmérite. Quant
aux productions de Vers & de Prose qu'il
recueille, les Editeurs n'ont pas toujours à
choiGr, ils sont souvent forcés de présenter
du Médiocrequand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public,de prendre
toutes les mesures imaginables pour
contenter son goût & son discernement;
on tâchera de ne loüer que d'aprèslui.
On prie instamment les Auteurs, cjiiienverront
des Ouvragesoù il entre de la dis- pute dd'éruditibon - ,de les dépoülller de toute -
causticité insultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Dissertateurs passionnés, on ne sçauroit
trop leur redire que des injures ne font pas
des preuves, & que l'infidélité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs passageres que dissipe la Réponse
la plus simple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Dissertateurs critiques doivent
toujours se souvenir
,
qu'ils'agit dans
leurs Ecrits d'instruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'est-il pas anez
puni de ses fautes quand on les lui démontre?
Est-ce par des traits satyriques qu'on
établit ou qu'on renverse une proposition?
La justesse des raisonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des discussionsLittéraires. Heureux l'Ecrivain
,
qui ne séparejamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il se propose
d'observer une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis.L'impartialité doit
être le premier attribut de son caractere.
S'il panche quelquefois,ce ne fera qu'avec
le Public, seul appréciateur des réputations.
L'article des Nouvelles Etrangères n'est
dédaigné que par les Nouvellistes avides de
la fraîcheur des Nouvelles: c'estl'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroissant
que tous les mois, n'eil: obligé qu'à
donner des faits certains. Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité; elles font destinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité, qui sont ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle& suivi des
Evénemens de leur Siècle. Les Nouvelles
du Mercure de France,purifiées par le tems
& l'Examen,dégagées des faussescirconstances
que le mensonge ajoute & qu'adopte
la crédulité,regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin,
elles sont les Annales de la Nation. Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux,nous aurions des Histoires Grecques
& Romainesplus curieuses encore que
celles d'Hérodote & de Tite-Live. Les Mercures
de Gregorio Leti,& de Vittorio Siri
"> font les matériaux les plus précieux de l'Histoire
des derniersSiècles.
Ce n'est pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit se consacrer..
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
sur sa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle, si elle n'annonçait pas aux
Connoisseurs les progrèsbrillansdelaPeinture,
de la Gravure & de la Sculpture aussi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poësie. Les Tableaux, les Estampes 8c les
Statues piquent le goût & la curiofire;8c
les le Brun,les Vateau ,
les Coustou & les.
Drevet ont de judicieux Admirateurs
,
comme les Fenelon, les Corneilles & les
Lulli.
Toutes les Académies du Royaume sont
invitées àenrichir le Mercure du Litteraire
& de l'Historique de leurs ouvertures,
de leurs Séances, enfin de leurs travaux
spirituels. Les occupationsdesSçavans
ne sçauroient être trop publiées,l'émulation
naît de ces récits
,
& l'émulation
des Auteurs tourne toujours ail profit des
Lecteurs.
Les ExercicesdesCollèges
,
les Théses
curieuses des Facultés, peuvent à présent
s'offrir aux Esprits cultivés. On peut fréquenter
hardiment les Ecoles,depuis que
Descartes & Neuton y ont introduit là
Raison.
Qu'on nouspermette de réitérer ici quelques
Avertissemens souvent donnés par nos
Prédécesseurs,& qui ne laissent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier ,sont priés d'en
marquer le juste prix. Le défautde cette
connoissance,estsouventun obstacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles,de quelque espéce
qu'elles soient, recommandables par l'Uri.
lité ou par l'Agrément, à nous en fournir
desMémoiresinstructifs& déraillés.
On se souviendra toujours d'affranchir les
Lettres,& les Paquets.
AVIS.
L,ADR ES SE générale efl hAfonfîeur
DE LA BRUERE,à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-infiammem ceux qui
mus adresseront des Paquets par lil Pope
d'en affranchir le Port ,
, pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter, & à eux cc hti de ne
pas voirparoître leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces OH des Pays
Etrangerl, qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain
y
& plus promp-
tement,na,uront qua, é\,crire a'LPa' ddrcfffcf ci-d1tjjJj-us
indiqués; onseconformera très-exactement is
leurs intentions.
PRIX XXX. SOIS.
ATIS A UN JOURNALISTE.
E Morceau suivant est l'Ouvrage
d'un Ecrivaincélébré
,
qui le
composa en 1737 5
ainsi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conseils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal.
Cette Pièce servira de seconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conseils judicieuxquel'Aureur
donne auJournaliste qu'ilveut instruire,mais
lui seul feroit en état de bien fournir une
carriere aussi vaste.
u4FISàun]ournahjÎ!, 10 Mai1757.
L'O UVRAGE périodique auquel vous
avez dessein de travailler, Monsieur,peut
très-bien réüssir, quoiqu'il y en ait déjà de
cette espéce. Vous me demandez comment
il fauts'y prendre, pour qu'un tel Journal
plaise à notre Siécle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots; soyez impartial.
Vous avez la science & le goût, si avec
cela vous êtes jUÍte, je vous prédis un succès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Littérature,depuis les Mathématiques
jusqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communémentde la partie la
plus brillante des Belles-Lettres, qui sont
les piéces de Théatre, n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie
,
qui soutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre espece de-
Journal,jusqu'à une Chanson qui fera bien
faite. Rien n'est à dédaigner.LaGrèce qui
se vante d'avoir faitnaître Platon, se glorisse
encore d'Anacréon
, & Ciceron nefait
point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE.
Vous sçavez assés de Géométrie & de
Physique, pour rendre un compre exact des"
Livres de ce genre, & vous avez assez d'esprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
leurs épines sans les charger de fleurs qui ne
leur conviennent pas.
Je vous conseillerois sur tout, quand vous
ferez des extraits de Philosophie
,
d'exposer
d'abord au Lecteur une espéce d'abrégé Historique
desopinions qu'on propose,ou des
vérités qu'on établit. Par exemple, s'agit-il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver,montrez
comment Gassendi l'a rendu plus vraisemblable
,
exposez les degrésinfinis de probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par les raisonnemens, par ses obfervations
& par ses calculs.
S'agit-il d'un Ouvrage sur la Nature de
l'Air ! il est bon de montrer d'abord qu'Aristote
& tous les Philosophes ont connu sa
pésanteur,mais non sondegré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins sçavoirl'Histoire des Sciences,
les gens du Monde, les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raison &
par quelles expériences, le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Aristote
, ail
sujet de l'Air; avec quel art Torricelli le
pesa,ainsi qu'on pese un poids dans une
balance, comment on connut son ressort,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave,ont découvert
leseffets de l'Air, qu'on est presqueforcé
d'attribuer à des propriétés de la matiere >
inconnuës jusqu'à nos jours. -
Paroît-il un Livre hérissé de Calculs&de
Problêmes sur la Lumière? quel plaisir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit delaréfraction& ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen, le seulGéométre de foa
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Descartesmet habilement & Géométriquement
en usage
,
quoiqu'en se trompant;
ce que découvre ce Grimaldi
i
qui a
trop peuvécu, enfin ce que Neuton pouffe
jusqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies,auxquellesl'esprit humain puisse
atteindre, vérités qui nous font voir un
nouveau Monde, mais qui laissent un nuage
derriere elles l
Composera-t'on quelque Ouvrage sur la
Gravitation des Astres
,
sur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vousaura-t'on pasobligation
,
Ci-voiis rendez
l'Histoire de cette Gravitation des Astres
, depuis Copernic qui l'entrevit, depuis
Repler qui osa l'annoncer comme par
Inftinét, jusqu'à Nuron qui a démontré à
la terre étonnée
,
qu'elle pese sur le Soleil,
& le Soleil sur elle? Nommez dans l'occasion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles; que votre Ouvrage soit un Registre
fidéle de la gloire des Grands Hommes
,
surtout en exposant des opinions en
les appuyant, en les combattant, évitez les
paroles injurieuses qui irritent un Auteur&
souvent toute une Nation, sans éclairer
personne. Point d'animosité, point d'ironie.
Que diriezvous d'un Avocat Généralqui
enrésumant tout un Procès, outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne l
Le rolle d'un Journaliste n'est pas si respectable
y
mais son devoir est à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
,faudra-t'il pour cela décrier Leibnits?
SURL'HISTOIRE.
Ce que les Journalistes aiment peut-être
le mieux à traiter, ce sont les Morceaux
d'Histoire,c'est là ce qui estle plus à la portée
de tous les hommes & le plus de leur
sgooiûtta.uCsseicnu'reisetuxpas que dans le fond on ne
pour lemoinsdeconnoître
la Nature,que de sçavoir ce qu'a faitSesostris
ou Bachus
,
mais il en coure de l'application
pour examiner:par exemple, par quelle
Machineon pourroit fournir beaucoupd'eau
à la Ville de Paris, ce qui nous importe
pourtant assés, & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes, qui nous
sont transmis sous le nom d'Histoire, qu'on
nous répéte tous les jours & qui ne noilâ
importent gueres.
Si vous rendez compte de l'Histoire ancienne
,
proscrivez
,
je vous en conjure,
toutes ces déclamations contre certains Conquérans.
Laissez Juvenal & Boileau,donner
du fond de leur Cabinet, des ridicules à
Aléxandre, qu'ils eussent fatigué d'encens
s'ilseussent vêcu sous lui, qu'ils appellent
Alexandre insensé. Vous Philosophe impartial
,
regardez dans Aléxandre ce Capitaine
Général de la Grèce,semblable à peu prèsà
un Scanderberg
,
à un Huniade
,
chargé
comme eux de venger Son Pays, mais plus
heureux, plus grand, plus poli & plus magnifique
: ne le faites pas voir feulement
subjuguant tout l'Empire de l'ennemi des
Grecs, & portant ses Conquêtes jusqu'à
l'Inde, où s'étendoit la dominarion de Darius,
mais représentez-le donnant des Loix
au milieu de la Guerre, formant des Colonies
, établissant le Commerce, fondant
Alexandrie & Scanderon, qui font aujourd'hui
le centre du Négoce:c'est par là furtout
qu'il faut considerer les Rois , Se
c'est ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes & des Ports que César a bâtis, du Calendrier
qu'il a réformé,~e.que des hommes
qu'il a fait égorger?
Inspirez surtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Histoire des tems récents, qui
est pour nous de nécessité, que pour l'ancienne
, qui n'est que de curiosité ; qu'ils
songent que la moderne a l'avantage d'être
plus certaine, par cela même qu'elle est moderne.
Je voudrois surtout que vous recommandassiez
de commencer sérieusementl'étude
de l'Histoire,au siécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X, François
Premier. C'est-là qu'il se fait dans l'esprithumain
dans notre Monde une révolution
quiatoutchargé. Constantinople est
prise, & la puissance des Turcs est établie
en Europe;l'Amérique est découverte 8c
conquise. L'Europe s'enrichit des trésors du
Nouveau Monde. Venise, qui faisoit tout le
commerce ,
perd cet avantage. Les Portugais
passent le Cap de Bonne-Espérance,
établissent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean. La Chine, Siam
,
deviennent
desAlliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique,qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere insurmontable à l'ambition
de la Monarchie universelle.
Une nouvelle Religion divise le Monde
Chrétiendecréance & d'intérêt. Les Lettres
, tous les Beaux-Arts,renaissent, brillent
en Italie,& répandent quelque foible
Aurore sur la France ,l'Angleterre & l'Es- -
pagne;les Langagesde l'Europe& les moeurs
se polissent. Enfin c'est un nouveau cahos
qui se débroüille, & d'où naît le Monde
Chrétien, tel qu'il est aujourd'hui.
Le beau siécle de Louis XIVacheve de
perfectionner ce que Léon X
, tous les Médicis
,
Charles Quint, François Premier,
avoient commencé.Je travailledepuis longtems
à l'Histoire de ce dernier siécle, qui
doit êtrel'exemple des siécles à- venir; j'essaye
de faire voir le progrès de l'esprit humain
& de tous les Arts fous Louis XIV.
Puissai-je avant que de mourirlaisser ce Monument
à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
desmatériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires sur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloir
faire à la Nation & au Monde,sur la
vigilance infatigable, sur la prévoyance
-
d'un Ministre de la Guerre, né pour être le
Ministre d'un
-
Conquérant, sur des révolutions
arrivées dans l'Europe, sur la vie privée
de Louis XIV, qui a été dans son Domestique,
l'exemple des hommes, comme
il a été celui des Rois. J'ose parler des fautes
inséparables de l'humanité, parce qu'elles
font valoir lesvertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui disoit à l'Ambassadeur
de Don Pedre : quoi donc, votre
Maître n'a-t'il pas assés de vertu pour avoir
des défauts! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à sa fin ce
grand Ouvrage.
Je vous prierai de bien faire sentir que Ci
nos Histoires modernes, écrites par des
Contemporains,sont pluscertaines & plus
générales que toutesles Histoires anciennes
elles sont quelquefois plus doureufes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'érat, de parti,deReligion;
le Guerrier, le Magistrat, le * *
,
le* * * ,
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux ,c'est le vice de tous les tems.
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'esprit d'un Romain, Se
il eût reproché à Rome la mauvaise foi dont
Rome accusoit Carthage. Nous n'avons gueres
d'Historiensanciens qui ayent écrit les
unscontre lesautressurlemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticisme sur des
choses que nous prenons aujourd'hui pour
incontestables, quelque peu vrai-semblables
qu'elles soient, & que nous respectons pour
deux raisons
, parce qu'elles sont anciennes,
& parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Historiens Contemporains ,
nous sommes dans un cas biendifferent; il
nous arrive souventlamême chosequ'aux
Puissances qui font en guerre. Chaque Parti
chante victoire
,
chacun a raison de son côté.
Voyez que de contradictions sur Marie
Sruard, sur les Guerres Civiles d'Angleterre,
sur les Troubles de Hongrie, sur l'établissement
de la Religion Protestante;sur le
Concile de Trente. Que dis-je? La même
Nation au bout de vingt ans, n'a plus les
mêmesidées qu'elle avoit sur le même Evenement
& sur la même personne. J'en ai été
témoin au lujet du feu Roi LouisXIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a essuyer
sur l'Histoire de Charles XII? J'ai
écrit sa Vie singuliere sur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans son Favori;
sur les Lettres de M. de Fierville, Envoyé
de France auprès de lui; sur celles de M. de
Villelongue
,
long-tems Colonel à son service
; sur celles de M. de Poniatousky. J'ai
consulté M. de Croissy
,
Ambassadeur de
France auprès de ce Prince, 6c j'apprends
à présent que M. Norberg
,
Chapelain de
Charles XII, écrit une
Histoire de son Regne;
je fuis sûr que leChapelainaurasouvent
vules mêmes choses avec d'autres yeux que
le Favori, & l'Ambassadeur. Quel parti
prendre en ce cas? celui de me corriger sur
le champ dans les choses où ce nouvel Historien
aura évidemment raison
, & de laisser
les autres au jugement des Lecteurs dé-
'ilntéreires. Que suis-je en tout celaJe ne
suis qu'un Peintre
,
qui cherche à représenter
d'un pinceau foible
,
mais vrai, les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'dl: indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepré le bien que ce dernier a pu faire aux
hommes,je n'ai aucun sujet de les flater ni
d'en médire; je les traiterai avec le respect
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir, & avec le respect qu'on
doit à la vérité
,
qui ne mourra jamais,
SUR LA COMEDIE.
o
Venons aux Belles-Lettres, qui feront un
des principaux articles de votre Journal;
vous comptez parler beaucoup des Piècesde
Théatre ; ce Projet est d'autant plus raisonnable
,que le Théatre est plus épuré parmi
nous ,
& qu'il est devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien, sans doute
,
de
suivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaisser tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts, dont un
bon Journaliste doit être le soûtien. Il est
juste de donner la préférence à Moliere, sur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'exclusion;
imitez les sages Italiens, qui placent Raphaël
au premier rang,mais qui admirent
les Paul Veronese
,
les Carache, les Correge
,
les Dominiquin,&c.
Moliere est le premier, mais il seroit injuste
& ridicule de ne pas mettre 1cJoueur
à coté de ses meilleures Pièces. Refuser
sonestime aux Menechmes
, ne pas s'amuser
beaucoup au Légataire universel, seroit d'un
homme sans justice & sas goût, & qui ne
feplaîtpas à Renard, n'est pas digne d'admirer
Moliere.
Osez avoiier avec courage, que beaucoup
de nos petitesPièces, comme le Grondeur,
l* Galant Jardinier, la Pupille, le double
Veuvage,l'Esprit decontradiction,la Co
quette de Village,le Florentin, &c. sont
au-dessus de la plupart des petites Pièces de
Moliere. Je dis au-dessus pour la finesse des
Caractéres, pour l'esprit dont la plûpart
- sont assaisonnées, & même pour la bonne
plaisanterie.
1
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Pièces nouvelles, ni dét
plaire à beaucoup de monde par des loüanges
données à peu d'Ecrivains,qui peut-être
n'en seroient pas satisfaits; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , &où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
lesFrançois seront assés heureux,pour qu'on
leur donne une Pièce telle que le Glorieux, gardezgardez-
vous bien de vouloirrabaisserleur
succès, sous prétexte que ce ne sont pas des
Comédies danslagoût de Moliere ; évitez
cemalheureux entêtement;qui ne prend sa
source que dans l'envie; ne cherchez point
à proscrire les Scènes attendrissantes
,
qui Te
trouvent dans ces Ouvrages;car lorsqu'une
Comédie,outre le méritequiluiest propre,
a encore celui d'intéresser
,
il faut
etre de bien mauvaise humeur,pour se fâcher
qu'on donne au Public un plaisir de
plus.
roCe dire que si les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéressantes,on
veroit plus de monde à leurs représentations.
Le Misantrope seroitaussi suivi qu'il est estimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoise. L'Art d'étendre ses
limites sans les confondre avec celles de la
Tragédie
,
est un grand Artqu'il seroit beau
d'encourager,& honteux de vouloir dérruire
; c'en est un que sçavoit bien rendre
compte d'une Piéce de Théatre. J'ai toûjours
reconnu l'esprit des jeunes gens, au
détail qu'ilsfaisoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoienrd'entendre,& j'ai remarqué
xjue tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont étéceuxquidepuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois, tant il est
vrai qu'au fond l'espritdesaffaires ôc le
véritable esprit des Belles-Lettres sont les
mêmes.
Exposer en termes clatrs & élégants un sujet, qui quelquefois est embroüillé,&
sans s'attacher à la divisiondes Aacseclaircir
l'intrigue & le dénoüement, les raconter
comme une Histoire intéressante
,
peindre
d'un trait les Caractères
,
dire ensuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-semblable,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux
,
bien saisîr le mérite ou le vice général
du style, c'etf ce que j'ai vû faire
quelquefois, mais ce qui est fort rare chés
les Gens de Lettres même, qui s'en font
une étude,car il est plus facile à certains esprits
de suivre leurs propres idées, que de
rendre compte de celles des autres.
DELA Tragedie.
Je dirai à peu près de la Tragédie,ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous sçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France, Art
d'autant plus difficile 5c d'autant plus audessus
de la Comédie,qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers.
Vous, Monsieur, qui entendez si bien
Sophocle & Euripide
, ne cherchez point
une vaine récompense du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre, dans le malheureux
plaisir de les préférer contre votre
sentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai désié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
,des morceaux comparables à certains
traits des Pièces de P. Corneille,je
dis de ses moins bonnes,vous avoüâtes
que c'étoit une choseimpossible. Ces traits,
dont je parle, étoient, par exemple,ces
Vers de la TragédiedeNicomede.
Je veux, dit Prusias,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature;
Etre Pere & Mari dans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi?
Ne soyez l'un ni l'autre.
-
Prnfîas,
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi;
Reprenez hautement ce noble Caractére;
Un véritable Roi n'éft ni Mari ni Pere,
Il regarde son Trône & rien de plus; regnez ; *
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Vous n'insererez point que les dernieres
Pièces de ce Pere du Théâtre
,
soient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de si beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foiblesse avec tout le
Public.
Agesilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France. M. de Fontenelle,neveu
du grand Corneille,dit dans la Vie dp
son Oncle, que si le Proverbe;Cela est beau
comme le Cid, passa trop tôt, il faut s'en
prendreaux Auteurs,qui avoientintérêt
à l'abolir. Non,les Auteurs ne pouvoient
pas plus causer la chute du Proverbe, que
celle du Cid, C'est Corneille lui-même qui
le détruilit,c'est à Cinna qu'il faut s'en
prendre.
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre
quedanscinquante t ans , on ne joiiera plus
les Pièces de Racine;jeplains nos enfans,
s'ils negoûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur fera-t'il donc
fait, si Racine ne les intéresse pas?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
siécle de Louis XIV,dureront autant que
la Langue Françoise,mais ne découragez
pas leurs [ltcceleurs, enassûrant que
la carriere est remplie,& qu'il n'y a plus
de place. Corneille n'est pas assés intéressant
; souvent Racine n'est pas assés tragique.
L'Auteur de Vinceflas, celuideRhada
miste & d'Electre,ont des beautés particulieres,
quimanquent à ces deux grands
Hommes, & il est à présumer que ces trois
Pieces resteront toujours sur le Théâtre
François, puisqu'elles s'y sont soûtenuës
avec des Acteursdifferens, car c'eftla vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius,Pièce digne de Corneille, & du
beau rôle - d'Arianne,& du grand intérêt.
qui regne dans Amasis ? Je ne vous parlerai
point des Pièces Tragiques,faites depuis
vingt années; comme j'en ai composé quelques-
unes,il ne m'appartient pas d'oser apprécier
le mérite des Contemporains,qui
valent mieux que moi, &à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre
, tout ce que je peux
vous en dire,& vous prier d'en dire au*
Lecteurs, c'est que je les corrige tous les1
jours.
Maisquand il paroîtraunePièce nouvelle
ne dites jamais la Pièce est excellente, ou -
elle est mauvaise, ou tel Aéte est impertinent
, ou tel rôle est pitoyable j prouvez
solidement ce que vous en pensez, & laissez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt;
soyez sur que l'Arrêt,sera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez sans preuve,
quand même vous auriez raison, car ce
n'est pas votre Jugement qu'on demande,
mais le rapport du Procès, que le Public
doit juger.
Ce qui rendra surtout votre Journal précieux
, c'est le foin que vous aurez de comparer
les Pièces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers
,
qui feront fondées sur le
même sujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le siécle passé; losqu'on fit l'examen du
Cid,on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Espagnol;il falloir comparer les
£tliations, Je suppose qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius, de la Fosse
, pour la
premiere fois, il seroit très-agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloise
,
dont elle est tirée.
Paroît-il quelque Ouvrage instructif sur
les Piéces de l'illustreRacine?détrompez
le Public de l'idée où l'on est que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le sujet de Phédre
sur leur Théatre; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith estune des plus
belles Pièces qu'on ait à Londres; apprenez
leur que l'Aureur a imité tour de Raciné ,
jusqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
ensemble l'intrigue de Phèdre & celle de
Bajazet, &c que cependantl'Auteur se vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je croîs que
les Lecteurs seroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparailon de quelques Scénes
de la Phèdre Grecque , de la Latine.
de la Françoise&del'Angloise.C'estainsï,
à mon gré, que la sage & saine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vrayeCritique avons-nous depuis celle que
l'AcadémieFrançoise fit du Cid,& à laquelle
il manque encore autant de choses
qu'au Cid même? DES PIECES DE POESIE.
Vousrépandrez beaucoup d'agrément
sur votre Journal, si vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives, marquées
au bon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux sont remplis.O n a desVers du ComteAntoine
Hamilton,né en France,quirespirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du style Epistolaire. On a mille petits
Ouvrages charmans de Mrs Dussé, de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye, de Fieubet,
de M.le P. Henaut, & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle, suffisoient autrefois à faire la réputation
des Voiture, des Sarrasin, des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il est plus répandu, il donne peutêtre
moins de réputation, mais il ne fait
pNaossmoins de plaisir aux Lecteursdélicats.
Chansons valent mieux que celles d'Anacréon
, & le nombre en est étonnantson
en
-
trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté, & qui annoncées avec art,
n'aviliroient point du tout un Journal sérieux
; ce seroit perfectionner le goût, sans
nuire aux moeurs.
-
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livresnouveaux, qui méritent votre
examen,ces petits morceaux de Littérature
rempliront trèsbien les vuides de votre
Journal.S'il y a quelques Ouvrages de Prose
ou de Poësie, qui fassent beaucoup de bruit
dans Paris, qui partagent les esprits, & sur
lesquels on souhaite une Critique éclairée,
c'est alors qu'il faut oser servir de Maître
au Public, sans le paroître, & le conduisant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés sans emphase, & les défauts
sans aigreur;c'est alors qu'on aime en vous
cette Critique, qu'on déteste & qu'on méprise
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epirres
en Vers dissilabes, qui excitèrent beaucoup
de murmure il y a quelque tems, fit de la
seconde, où tous nos Auteurs sont insultés,
l'examen suivant, dont voici un échantillon,
qui paroît dcvté par la justesse &: la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoit.
Tout Inftitut, tout Art, toute Police,
Subordonnée au pouvoir du caprice;
Doit être aussi conséquemment pour tous,
Subordonnée à nos differens goûts,
Mais de ces goûts la dissemblance extrême,
A le bien prendre, est un foible Problême
,
Et, quoiqu'on dise, on n'en sçauroit jamais
Compter que deux, l'un bon, l'autre mauvais;
Par des talens que le travail cultive,
A ce premier, pas pas, on arrive
,
Et le Public, que sa bonté prévient,
Pour quelque tems, s'y fixe & s'y maintient,
Maisébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid
,
Et préférer le moindre au plus parfait.
FoicirExamen..
Ce premier Vers, tout Institut, tout Art ,
toute Police
,
sembleavoir le défaut, je ne
dis pas d'être Prosaïque, car toutes ces Epitres
le sont, mais d'être une Prose un peu
trop soible & dépourvued'élégance & de
clarté. La Police semblen'avoir aucun rapport
au goût dont il est question. De plus,
le terme de Police doit-il entrer dans des
Vers? conséquemment, doit à peine être admis
dans la Prose noble. Cette répétition
du mot Subordonnée,feroit ridicule,quand
même le terme feroir élégant, & fembleinfupporrable
,
puisque ce terme est une
expression plus convenable à des affaires
qu'a la Poesie. La Dissemblance „ ne paroît
pas le mot propre;dire que la dissemblance
des goûts est un foible Problême, je ne crois.
pas que cela soit François. A le bien prendre
, paroît une expression trop inutile &
trop basse. Enfin, il semble qu'un Problème
n'est ni foible ni forty il peut être aisé
ou difficile,&sasolution peut être faussè
équivoque,erronnée. JI
Etquoiqu'on dire, on n'en sçauroit jamais
Compter que deux,l'un bon, l'autre mauvais.
Non-seulement la Poeue aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme 8c
d'une pareille secheresse
,
mais la raison
semble peu s'accommoder de voir en huit
Vers, que tout Art est subordonné à nos.
differensgoûts, 8c que cependant il n'y a
que deuxgoûts. Arriver au goût pas-à-pas,cft encore,je
crois, une façon de parler peu convenable
a, même en Prose.
tt le Public, que sa bonté prévient.
Est- ce la bonté du Public;est-ce la bonté
dugoût?
l'ennui dubeau nous fait aimer le laid
,,
Etpréférer le moindre au plus plus parfait.
1°. Le beau & le laid, sont des expressïons
réservées au bas Comique. 2°. Si on
aime le laid,cen'est pas la peine de dire
ensuite qu'on préféré le moins parfait. 3°^
Le moindre n'est pas opposé Grammaticalement
au plus parfait. 4. Le 'mf}inI,.. est uru
mot qui n'entre jamais dans la Poësie.. C'estainsi
que ce Critiquesaisoit sentir sans amertume
, toute la soiblesse de ces Epitres. Il
n'y avoit pas trente Vers qui échapassent &
sa juste censure
, & pour mieux instruire les;
jeunes gensy.il comparoît à cet Ouvrage un;
autre Ouvrage du même Auteur sur un Ínjer.
de Littérature à peu près semblable- Il rapportait
les Vers de l'Epitre aux Muses ymurés
de Despreaux, & cet objet de comparaison
achevoit de persuader mieux que les,;
discussions les plus solides & les. plus {ub"-.
tiles.
De l'exposé de tous ces Vers dissillabes
il prenoit occasion de faire voir qu'il ne:
faut jamais confondre les Vers decinqpieds
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le stylequ'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme & dans un'
Conte
y comme les figuresdeCalot ne doivent
paroîtreque dans des Grotesques y
mais quand il faut mettre la Raison- en Vers,
peindre, émouvoir
, écrire élégamment , alors ce mélange monAu:lieux de la Langue
qu'on parloit il y a 200 ans, & de la
Langue de nos jours, est l'abus le plus condamnable
qui se soit glisse dans la Poësie.
Marot parloir sa Langue;il faut que nous
parlions la notre. Cette bigaruce est. aussi
révoltante pour les hommes judicieux,que
le seroit l' Architecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez[auventoccalion
de détruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnenr à ce ilyle, parce qu'il est. malheureusement
facile.
Il en a coûté peut-être à Despreaux pour
dire élégamment:
laites choix d'un Censeur solide& filutaire,
Que laRaison conduise & le sçavoir éclaire,
Etdontle crayon sur d'abord aille chercher
L'endroit que l'on sent foible, & qu'on veut se
cacher.
Mais il est bien difficile, & est-il bien
élégant de dire?
Donc, si Phoebus Ces échets vous adjuge-,
Pour bien-jouer,consultez tout bon Juge.
Pour bien jouer, hantez les bons Joueurs,
Sur tout, craignez le poison des Loueurs;
Acostez-vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
Versfamiliers dans ces Piéces de Poësie, au
contraire, ils y sont nécessaires, comme les
jointures dans le corps humain,ouplûtot
comme des reposdans unVoyage.
Nam Scrmene opus eflJ modotrïfli jocofà-r
Deffendente vites modo Rhetoris atqueFoeti,
Interdum urboeni foercentts viribui
, atque'
Extenuantis eas canfulto
Tout ne doit pasêtre orné, mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obscur &
grotesque n'etf pas de la simplicité
,
c'est de
h. groffierté recherchée-
DESMÉLANGÉSDELITTERATURE
Et des ulnecdettes Littéraires,
Je rassemble ici sous le nom de Mélanges
de Littérature, tous les Morceaux détachés
d'Histoire,d'Eloquence, de Morale
, de Critique, & ces petits Romans qui
paroissent si souvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres; je ne crois pas
qu'aucune Nation puisse se vanter d'un si
grand nombre d'aussijolis Ouvrages de Belles-
Lettres. Il est vrai qu'aujourd'hui, ce
genre facile produit une soule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en use avec
les Livres, comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vie pas avec tous ses Contemporaine,
on choisit quelques-amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille VPumes à la Bibliothèque du
Roi, que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres , dans lesquels on trouve souvent des choses
agréables, amusent successivement les honnêtes-
gens ,
délassent l'homme sérieux. dans
l'intervalle de ses travaux, & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'esprit, & cette
délicatessè,quifait son caractère.
Ne condamnez point avec dureté tour
ce qui ne fera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette;tout ce qui ne ferapasaussi parfait
que la Conspiration de Venise de l'Abbé de
S. Real, aussi plaisant & aulii original que
la conversation du Pere Canaye & du Maréchald'Hocquincourt,
écrite par Charleval
, & à laquelle- S. Evremont a ajouté
une fin moins plaisante) & qui languitun
peu; enfin, tour ce qui ne fera pas aussi naturel,
aussi fin, aussiguai que le Voyage
,, quoiqu'un peu inégal, de Bachaumont&de.
Chapelle.
Nonsiprimores Mocmim tenet
Sedes Homerus,Pindaricl. latent,.
Clique Alcùque minacep
SteJico.rique graves GItfnMU-;
Kecsiqmiolim lufit Anhcreon
,
Delevit lilAS, SpirAl aibuc nmor r
Vivttntqtte commifft adores
lfoliB. fidihus pttell&.
Dans l'exposition que vous serez de ces
Ouvrages ingénieux,badinant àleur exemple
avec vos Lecteurs,& répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez, vous
ne tomberez pas dans cette sevérité de quelques
Critiques
,
qui veulent que tout soit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence est énervée
que le bon goût est perdu, parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Discours
brillant, qui ne seroit pas convenable:
au Barreau.. Ils voudroient qu'un Conte fut
écrit du style de Bourdaloue. Ne distingueront-
ils jamais le tems, les lieux & les personnes
l Veulent-ilsque Jacob, dans le Paysan
parvenu,s'exprime comme Pélisson oit
Patru ? Une éloquence mâle
,
noble,ennemie
des petits ornemens ,
convient à. tous
les grands Ouvrages. Une penséetrop fine
feroit une tache dans leDiscours sur l'Histoire
Universelle de l'éloquentBossuet
Mais dans un Ouvrage d'agrément, dans un.
Compliment, dans une Plaisanterie
, toutes
les grâces légeres, la naïveté ou la finesse
,
les plus petits ornemens , trouvent
leur place.Examinons-nous ns,.mêmes..
Parlons-nous d'affaires, du ton des entre.
tiens d'un repas ? Les Livres sont la peinture
de la vie humaine; il en faut de solides
, & on en doit permettre d'agréables.
N'oubliez jamais, en rapportant, les traits
ingénieux de tous ces Livres, de marquer
ceux quisont à peu près semblables cliés les
autres peuplas, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peude pensées, que l'on ne
trouve dans Sénéque, dans Gratien
,
dans
Montagne,dans Bacon
y
dans le SpettateLtr
Anglois. Les comparer ensemble (&c'est
en quoi le goüt consiste) c'est exciter les
Auteursà dire, s'il se pent des choses nouvelles;
c'est entretenir l'émulation
,
qui est
la mere des Arts: quellesatisfaction pour
un Lecteur délicat, de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés, mais avec des paroles si expressives
:ce que Despreaux a rendu d'une
maniere si correcte, ce que Driden & Rochester
ont renouvellé avec le feu de leur
-
génie i Il en estde ces paralleles comme de rAnaromie comparée, qui fait connoître la
Nature :c'est par U que vous ferez voir
[auvent). non-seulement ce qu'un Auteur a dit,mais ce qu'il auroit pû dire, car si vous
ne faites que le répéter
,
à quoi bon faite un
Journal ? Ilya surtout des Anecdoctes Littéraiies.j
sur lesquelles il est toujours bon d'instruire
le Public
,
afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public, que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu
, ou Maranasius
est de feu M. Defallengre, & d'un illustre
Mathématicien
,
consommé dans tout
genre de Littérature, & qui joint l'esprit à
l'éruditionjenfin, de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire, ÔC
queM. deS.Hyacinte fournit la Chanson
avec beaucoup de Remarques. Mais si on
ajoute à cette plaisanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille, & faite
sans doute par un de ces mauvais François
qui vont dans les PaysEtrangers deshonorer
les Belles-Lettres & leur Patrie , faites
sentirl'horreur & le ridicule de cet assemblage
monstrueux.
Faites-vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obscurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie:
publiez par exemple que les ennemis
de notre ilustre Racine- firent réimprimer
quelques vieilles Pièces oubliées, où ils insérerent
plus de cent Vers de ce Poëte admirable.
J'en ai vû une intitulée, S. Jean-
Eaptifïe
,
dans laquelle on retrouvoit une
Scéne presque entiere de Berenice. Ces malheureux
,aveuglés par leur patU-on) ne fen-,
toient pas même la différence des styles, Bi
croyoient qu'on s'y méprendroit
, tant la
fureur de la jalousie est
souvent
absurde.
En deffendant les Auteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages,ne permettez pasnon plus
qu'on attribue à de grands hommes des Livres
, peutêtre bons en eux mêmes, mais
qu'on veut accréditer par des noms illustres,
ausquels ils n'apparriennenr point.
Le projet de la prétendue Paix universelle,
attribué à Henri I V par les Sécretaires de
Maximilien de Sully
,
qui rédigerent ses -
Mémoires, ne se trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'en disent
jtnozy on n'en voit aucune trace dans aucun
„
Livre du tems. Joignez à ce silence la considération
de l'état ou l'Europe étoit alors,
& voyez si un Prince aussi sage que Henrile-
Grand a "pu concevoir un projet d'une
exécutionimpossible.
Si on réimprime ( comme on me le mande
) le Livre fameux, connu fous le nom du
Testament Politique du Cardinal de Richelieu,
montrez combien on doit douter que
ce grand Ministre en soit l'Auteur. 1°. Parceque
jamais le Manuscrit n'a été vu, niconnu
chés seshéritiers,nichés les Ministres
qui lui succederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après sa mort, sans avoir
été annoncé auparavant. 3°. Parce que l'£.
4itcur n'ose pas seulement dire de qui il
tient le Manuscrit,ce qu'il est devenu,en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il est
d'un slyletrès-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait signet son nom d'une façon dont il
ne se servoit pas. 6°. Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoupd'expressions & d'idées
, peu convenables à un Grand Ministre,
qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme aussi poli que
le Cardinal de Richelieu
, eut appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Est-il vrai-semblable que le Ministre d'un
Roi de quarante ans, lui fasse des leçons , plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve
, -
qu'àun Monarqueâgé,de qui l'on
dépend?
Dans le sécond Chapitre, il avance cette
nouvelle proportion, que la Raison doit être
la régle de la conduite. Dans un autre, il dit
que l'Espagne,en donnant un million par
an aux Protestans, rendoit les Indes qui
fournissoient cet argent, tributaires de l Enser.
Expressîon plus digne d'un mauvais
Orateur,que d'un Ministre éloquent, tel
que ce Cardinal. Dans un autre, il appelle
le Duc de Mantouë, ce pauvre Prime. Enfin.
est-il vraisemblable,qu'il eut rapporte au.
Roi des bons mors de Baatru
, & cent minuties
pareilles dans un Testament Politi-
-
que ?
7°. Co-mment celui qui a fait parler Itf
CardinaldeRichelieu,peut-il faire dire
( dans les premrieres pages) que dès qu'il
fut appelle au Conseil
,
il promit au Roi
d'abaisser ses ennemis, les Huguenots, 8C
les Grands du Royaume ? Ne devoit-on pas
se souvenir, que le Cardinal de Richelieu
remis dans le Conteseil par les bontés de la
Reine-Mere, n'y sut que le second pendant
plus d'un an ,
& qu'ilétoit alors bien loin
d'avoir de l'ascendant sur l'esprit du Roi, Be
d'être premier Ministres?
89„ On prétend ( dans le second Chapitré,
Livre premier) que pendant cinq
ans le Roi dépensa pour la Guerre 60 millions
par an, qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye ,
& cela, sans cesser
de payer les Charges de l'Etat & sans
moyens extraordinaires ; &c d'un autre côté,
dans le Chapitre 9 ,
secondé Partie,il est
dit qu'en tems de Paix, il entroit à l'épar-
-
gne environ par an trente-cinq millions,
dont il falloir encore rabattre beaucoup. Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une crontradiction
évidente ?
9*. Est-il d'un Ministre d'appeller à tout
moment les Rentes à S
,
à 6
,
à 5 pour cent,
des Rentes au denier .8 , au denier 6 , au
denier5 ? Le denier cinq est vingt pour cenr,
& le denier vingt est cinq pour cent; cc *
font des choses qu'un apprentif ne confondroit
pas. ioo. Est-il vraisemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appelle les Parlemens,
CoursSouveraines, & qu'il propose
,
Chap.
.p , Part. 2 ,
de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines? 11°. Est-il vraisemblable
qu'ilait proposé de supprimer les Gabelles
; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oisif,plûtôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12'. Enfin ne
yoit-on pas combien il est incroyable qu'un
Ministre,aumilieu de la Guerre la plus
vive,ait intitulé un Chapitre:Succinte narration
des Actions du Roi, jitfcjuh la Paix?
Voilà bien des raisons de douter, que cet
illustreMinistre soit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
jnon enfance à un Vieillardtrès-instruit,
que le Testament Politiqueétoit de l'Abbé
de Bourseis
,
l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'ilest plus aisé de sçavoirde
qui ce Livre n'est pas, que de connoître
son Auteur; & en rendant ainsi justice
à tout le monde, en pésant tout dans
une balance exaéte, élevez-vous sur tout
contre la calomnie.
Parlez avec courage contre ces injustices
, & faites sentir à tous les Auteurs
deces infamies, que le mépris & l'horreur
DU Public feront éternellement leur partage.
SURLES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliste sçache au
moinsl'Anglois & l'Italien
, car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
le génie n'est presque jamais traduit.
Ce font, je crois, les deux Langues de l'Europe
les plus nécessaires à un François. Les
Italiens font les premiers qui ayent retiré
les Arts dea Barbarie, & il y a tant de
grandeur, tant de force d'imagination,jusques
dans les fautes des Anglais, qu'on ne
peut trop conseiller l'étude de leur Langue.
Il est triste que le Grec foit négl1i.gé, en
France, mais il n'est pas permis à ua Journaliste
de l'ignorer. Sans cette connoissance,
il y a un grand nombre demots François
,
dont il n'aura jamais qu'une idée conrufe:
cardepuis l'Arithmétique jafqti'à
l'Astronomie, quel est le terme d'Art, qui
nedérive de cette Langue admirable? A
peine y a-t'il un raufcle, une vei.1C
, un ligament
dans notre corps, une maladie,un
remède,dont le nom ne foit Grec; donnezmoi
deux jeunes gens, dont l'un fçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera, que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie, qu'ils entendent dire qu'un
homme est malade,d'une péripneumonie , celui qui sçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit, parce qu'il voit dequoi
ces mots font composés ; l'autre ne
comprendra absolument rien.
Plusieurs mauvais Journalistes ont osé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
sur l'Iliade d'Homere. Certainements'ils
avoient lû Homere en leur Langue,il eussent
vû que la Traduction est plus au-dessous
de l'Original, que Segrais n'est audessous
de Virgile.
Un Journaliste, versé dans la Langue Grecque,
pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductionsque Toureils a fait de
Demosthéne
,
quelques foiblcfles au milieu
de ses beautés ?
Si 'uelt¡u'lm ( dit le Traducteur ) vous demande
tAfejfieursles Athénienstavez-vous 14
Paix?Non, de par Jupiter
,
répondez-vousj
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Leéhur
,
sur cet exppfé ,pourroit croire
que Demosthéne plaçante à contre-temsj
queces termes familiers, & réservés pour le
bas Comique : Mclfieurs les Athéniens de par
fupitert répondent à de pareilles exprefsions
Grecques. Il n'en est pourtant rien,&.
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce sont mille petites inadvertences
pareilles
,
qu'un Journalisteéclairé peur
faire observer,pourvu qu'en même-tems,
il remarque encore plus les beautés.
Il feroit à souhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales, nous eussent donné
des Journaux des Livres del'Orient. Le
Publicne feroit pas dans la profonde ignorance
où il est de l'Histoire de la plus grande
partie de notre Globe; nous nous accoutumerions
à réformernotreChronologie;
nous serions plus instruits de la Religion de
Zoroastre,dont les Sectateurs subsistentencore,
quoique sans Patrie, à peu près comme
lesJuifs, & quelques autres Sociétés su..
perstieuses
,
répanduës de tems immémorial
dans l'Asie ; on connoîcroit les restesde
l'ancienne Philosophie Indienne; on ne
donneroit plus le nom fastueuxd'Histoire
Universelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte, des Révolutions d'un Pays,
grand comme la Champagne, nommé la
Gréce
, & du Peuple Romain, qui tout
grand qu'il aété, n'a jamais eu fous sa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
,& qui n'a jamais conquis la dixiéme
partiedu monde.
Mais aussi que votre amour pour les Langues
gues étrangeres ne vous sasse pas mépriser
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne soyez,
point comme ce faux délicat, à quiPétrone
faitdire:
Jllcs phafiacis petita colchis,
jitqite afrs, volurres placent palato
,
Quid quid quiriîur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothèque de
l'Abbé de Longuerre ,
après sa mort, aucun
Poëte François.
Je voudrois,encore une fois, en fait
de Belles-Lettres, qu'on fût de tous les
Pays, & surtout du sien. J'appliquerai à ce
filjet, des Vers de M. de la Motte, car
il en a fait d'excellens.
C'est par l'étude que nous sommes
Contemporains de tous les hommes,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DuSTYLE D'UN J0URNA.LIST
Quant au style d'un Journaliste, Bayle
est peut-être le premier modéle
,
s'il vous
en faut un;c'est le plus profondDialecticien
quiait jamais écrit; c'est le seul Compilateur
qui ait du goûtj cependant dans son
style
,
toûjours clair &naturel
,
il y a trop
dè négligence
, trop d'oubli des bienséances
, trop d'incorrection. Il est diffus; il
fait, à la verité, conversation avec Ton
Lecteur, comme Montagne,& en cela il
charme tout le monde, mais il s'abandonne
à une mollesse de style, & aux expressions
triviales d'uneconverlationtrop limple.
ô&ceenncceellaaiillrreebbuurteesofouuvvenetnlt'lh'homme de gotit. omme- 1 If :r)
- En voici un exemple, qui me tombe fous
la main, c'elt l'article d'Abaillard
,
dans
foi-r Dictionnaire. Abaillard, dit-il, s'amusoit
plus a tâtonner & à baiser son Ecoliere
qu'â luiexpliquer pin Auttur. Un tel défaut
lui- eâ trop ramilier;ne l'imitez pas.
Nul chef-d'oeuvre, par vous ^critjufcju'aujourd'hui.
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui.
N'employez jamais unmot nouveau, à
moins qu'il n'ait ces trois qualités, derre
nécessaire, intelligible
, & sonore. Des
idées nouvelles, surtout en Physique
,
exigentdes
expressions nouvelles, mais Cubai.
tuer à un mot d'usage un autre mot, qui
n'a que le mérite de lanouveauté
, ce n'est
pas enrichir la Langue, c'est la gâter. Le
siécle de Louis XIV. mérite ce respect des
François, que jamais ils ne parlent un autreLangage,
que celui quia fait la gloire de
ces belles années.
Songez surtout que ce n'est point avec la
familiarité du styteEpistolaire,mais que c'est
avec ladignitédustyledeCiceron,qu'ondoit
traiterlaPhilosophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron, mais plus fort & plus
rempli d'images, me paroît un grand mo- dèle, dans ce genre, & plût à Dieu qu'il
eûtétabli des vérit ésaussi solidement,qu'il
a exposé ses opinions avec éloquence!
Loke, moins élevé que Mallebranche,
peut-être trop dissus,mais plus élégant,
s'exprime toujours dans sa Langue avec netteté
& avec grace ; son styleest charmant
,
puroque simillimus amni, Vous ne trouvez atis ces Auteursaucune enviedebriller à
contre-tems , aucune pointe, aucun artisice.
Ne les suivez pas servilement: O imitatores
servum pecus mais à leur exemple, remplissez-vous d'idées profondes & justes;
alors les mots viennent aisément,Rmverba
fecjuuniur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux pensé
,
(ont aussi ceux qui
ent le mieux écrit.
Si la Langue Frarçoife doit bien-tôt se
corrompre, cette altération viendra de deux
sources; l'une est le style affe£fcé de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre est
la négligence des Ecrivains qui résîdent
dans les Pays Errangers; les Papiers puv
blics & les Journaux font infedés conti,.
nuellement d'expressions impropres, auxquelles
le Public s'accoîlturne, à force de
les relire.
Par exemple, rien n'est plus commun
dans les Gazettes que cette phrase, nous
apprenons que les ajJiégeans auroienp un
tel jour battu en breche ; on ditllut les deux
arméesseferoient approchées; aulieu de
,
les
.deuxarmées sefont approchées; les affiégeans
ont battu en breche, &c.
Cette conftrudtion
,
très-vicieuse
, est
imitée du style qu'on a malheureusement
confervé dans le Barreau5 & dans quelques
Editsjon fait dans ces Piéces parler au Sou-
- verainun Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré, au lieu de, on nous aremontré
; Lettres Royaux, au lieu de Lettres
Royales; voulons & nous plaît, au lieu de
toute autre phrase plus méthodique & plus
grammaticale; ce style gothique des Edits
& des Loix, est comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques, mais
il ne faut point les porter ailleurs. On fe-
Toit même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui font fai-
: tes pour être entçnduçsaifémept ; on devroit
imiter l'élégance des Instituts de Justinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers; il faut imiter le style de la
Gazettequis'imprime a Paris; elle dit
correctement les choses qu'elle doit dire.
La plupart des Gens de Lettres, qui travaillent
en Hollande, où se fait le plus
grand commerce de Livres,s'infedtent d'une
autre espece de barbarie,qui vient du
Langage des Marchands;ils commencent à
écrire par contre,pour ancontraire cette
préflnte, au lieu de cette Lettre ; le change,
au lieu àechangement. J'ai vu des Traductions
d'excellents Livres, remplies de ces
expressions. Le seulexposé de pareilles fautes
doit fufïïre pour corriger les Auteurs.
DAns le dessein où nous sommes de faire
tous nosefforts. pour réveiller l'attr-
ntion du Public,& dechercher avec foin
tout ce qui pourra-flarer son goûr, & piquer
sa curiosité, nous ne pouvons mieux faire„
que de lui présenter quelques-unes des Pices
qui ont été faites au
sujet
de la Convalescence
du RoL
Il est inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriser celles que nous n'insérons
point dans notre Recueil.Comment
fer oit-il possible de donner place à toutes?:
- On en a composé plus de quatre cent, tant-
Odes que Poëmes, Fables, Idilles, &c. A
-ne compter chacune de ces Piècesque sur le
pied de 100 Vers, la totalité fait40mille
Vers. On fait, dit-on, de tous ces petits Ouvrages
un Recueil
'- que l'on confervcra à la
BibliothèqueduRoi*rlaPostéritécomptera,,
avec éronneent, cette immense Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour son Roi,
amour, qui fous le Regne où nous vivons,
n'est: point distingué de l'am ourde la Patries
aureste, elle portera vrai-fem blablement sur
ce Recueil le même Jugement que fit
Martial de ses Vers,
Surit bon*, funtfis-dammsdiotrm',font tnalft-multai
LEPALMIER, LES SÏLVAINÇ
ET JUPITER.
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
U
Nhaèt Palmier, l'ornement d'unrivage
Prêtoit l'ombre de tes rameaux
Aux Nymphes, aux Silvains, qui fous son verd
feuillage
Danfoienr au son des Chalumeaux;
A Pcnvi, les Oiseaux y faisoient leur ramage: s
DesHabitans de ce séjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pol.
Avec impétuosité
,
L'Aquilon déclare la Guerre
Au beau Palmier,qu'il veut jetter par terre.
les Silvains de leurs cris firent retentir l'air;
Les Nymphes verserent des larmes:
Tous invoquérent Jupiter.
Conservez-nous, grand Dieu,ce Palmier plein de
charmes;
lté¿rÍmez le noir Ouragan.
Jupiter fut sensible à leurs justes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne) lui dit-il e4 , promener ta furie fI
En Groenlande
, en Laponie;
Tu peux dans ces sauvages Lieux
Te déchaîner, & souffler de ton mieux:
Mais de cette rive chérie
N'approche plus,ou bien crains mon courroux. TL'Aquilon fuit. A l'instant dans la Plaine
'<: Un Zéphir favorable & doux
! Vient ranimer de son haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter! Le Silvain, la Bergere
,
Au comble de leurs voeux, dansent sur la FougercJ
Et forment des Concerts charmans.
Ce beau Palmier,chéri de la Yiâoire
En butteà l'Aquilon,FRANCS , c'dl: votre Roi:
Son extrême danger a causé votre effroi;
Le Ciel vous l'a rendu. Conservez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ;
ses jours font votre
gloire.
Ricber.
LES ROIS,
ODE.
Toiqui
vis tomber les colonnes
Des Etats les plus florifïans;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puissants;
0 Terre! ô féconde Cybelle l
Tu caches dans ton fein fidelle
tes fartes des siécles divers :
Ouvre à ma Mufe,qui t'appelle 1
Les Archives de l'Univers.
Montre-moî fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés
J
Ces Rois fastueux & timides,
jadis sur le Trône adorés:
Leur nom n'a duré qu'une Aurore;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil:
le Tems à chaque instant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
Tu vis sortir de tes entraillc»
Ces Héros, Tyrans des Humains;
Dont le Dieu sanglant des batailles
Armoit les sacrileges mains:
Que les Emules d'Alexandre
Bravent sur des Palais en cendre -
Et la Fortune & ses revers;
Bien-tôt tu les verras descendre
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts.
Je sçais qu'Acliillu,. queTherfite
Itoierit fournis au même fort;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténèbres de la mort;
Mais l'Isle infâme de.Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Pu cruel Maître de Séjan.,
Et la Terre, encore éplorée ,.
1 Encense l'Urne de Tcajan.
Princesdont la cendre repofe-
'Jiu pied des plus riches Autels,),
Souvent malgré l'Apothéose
,
Vous êtes l'horreur des Mortels;:
Envain dans vos Palais nourrie,
ILa folle & baffe Flaterie
CJjAnte vos Hymnes en tout lieu:
Letems détruit ritiohnie,
Et brÍfe l'Autel & le Dieu.
Rois, laissez aux Peuples sauvages
Le droit injuste du plus fort;
La crainte arrache nos hommages,
L'amour les obtient sans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie;
Notre orgueil à regret se plie
Au joug rigoureux du pouvoir:
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans ssos Serrails impénétrables,
Sultans, esclaves couronnés,
Vous traînez des jours déplorables
Des jours de trouble environnés:
Pour réndre la Terre féconde,
Le Soleil fort du sein de l'Onde,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux ;
0 Rois, rendezheureux le Monde,
En vous offrant à tous les yeux.
Voyez sur les bords de la Seine
Ce Prince, l'amour des Fiançais;
La Viétoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos succès;•
Son Peuple l'entoure & le presse
> Le zéle se change - en yvresse;
On aime, on adore ses loix:
Excès d'une juste tendressè,
Qui fait le bonheur des grands Roit l
Ne craignons pas que sa mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems,
Ni que le grand jour de rHifiaire
.Ternisse ses faits éclatans :
Minerve le fuit à la guerre,
.Thémis gouverne fan tonnerre;
Il n'est armé que pourla paix,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira: Quel Dieu favorable
'Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme &" durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans son Tribunal despotique,
Jamais la Liberté publique
N'expira fous l'autorité;
Les reports de sa politique
ïurent'les loix de l'équité.
Né sur le Trône, il fut sensible; *
Juge,ilressentitlapitié;
Souverain
,
il fut accessible;
Monarque, il connut l'amitié:
Que sa justice & son courage,
Que son nom,beni d'âgeenâge,
Des siécles percent le cahos:
Qu'il foit le modèle du Sage:
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle,
Disciple de la vérité,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Postérité,
Grand Roi, que la France applaudisse
Aux Vers de ma Mufe novice,
Il est pour eux un prix plus doux
y-
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L.-D. B. de fAcadémie Françoift.
ODE
En Strophes libres,
Sur la Maladie & la Convalescence du Poi.,
Par M. des Forges Maillard. L
Orsque l'Astre du jour, dont l'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux;
Au plus brillant de sa carrière,
Vientàs'éclipserà nos yeux, Tout languit ici bas, & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par son deuil
y
Que sans l'éclat de ce bel oeil,
L'Univers reviendroit i sa masse premier?.
i
Ainsi
,
Prince, à nos voeux désirable à jamais, A
Qui comptes, non tes jours, comme Titus put faire-
Mais tes momens par tes bienfaits;
Quand d'un coup de sa faux la Parque sanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile, l'éclatant, le trop rapide cours,
Sur le front de la France une pâleursoudaine
Exprima son saisissement,
Et dans ce morne accablement,
Chacun offroit pour toi sa tête à l'inhumaine,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même sentiment.
Mais si sa cruauté consommant nos allarmes,
Résistant à nos cris, t'eût rangé fous sa loi,
Sur ses Poles le Monde eût senti notre effroi;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes,
Témoin de ta valeur, fachant que malgré toi,
L'Injustice ,
l'Audace & la mauvaise foi,
A force d'attentats aiguiserent tes armes,
Moüillant les siennes de ses pleurs,
En eût mêlé les flots au torrent de nos larmes
t.
Comme s'il eût gémi de ses propres malheurs.
L'Olympe est dèvoilé ; bel Astre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies,
Tu reparois sur l'horison
v
t
Et nos justes douleurs se sont évanoüies
A l'aspect de ta guérison.
Mais arrête, Louis;oùt'emporte la gloire?
N'expose plus ton fang aux fureurs des hazards,
Ton courage a fixé le vol de la Victoire
,
Qui devance tes Etendarts.
Je la vois, & quels yeux la pourroient méconnoître
A son armure, où l'or feme & forme des Lys!
Le fond blanc de l'étoffe, aux regards éblouis
Peint la noble candeur de notre Auguste Maître,
Et déformais elle ne veut paraître
Que couverte de ces habits.
D'un ciseau délicat les traits inimitables
Sur le luisant acier de son Casque divin
,
ReprésenterentNice, Ypre
,
Fume) Menin,
Et des Usurpateurs tant d'appuis formidables, 4
Cuisant, le dos tourné
,
leurs rages implacables,
Forcés de repasser le Rhin
,
Et plus honteux dans leur retraite,
Que s'ils avoient subi par un juste destin
Sur le champ de bataille une entiere défaite,
Punis des noirs complots de leurorgueil mutin. -
Le bruit de tes Tambours, le son de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales,
Sont le signal flateur qui la mene au combat;
Monarque craint, chéri, Pere, Héros,Soldat.
Ton grand coeur s'est assés distingué dans la guerre;
w Laisse reposer ton Tonnerre ,
Et v ien te rétablir au sein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles, ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés,
L'abondance,l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés;
Regarde avec transport dans les Airs enflâmés
tes Serpenteaux errans, & les Gerbes que lance *
De foi-même rival l'amour ingénieux,
Aller jusqu'au Trône des Dieux
,
Leur témoigner notre reconnoissance.
Conty,ton cher Conty, Héros prématuré,
Dont au fort des périls le coeur est assuré
Sursa mâle prudence au-dessus de son âge;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage,
Pentiévre, ambitieux de marcher sur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons, Gouverneur des Climats,
Où le Ciel me fit don de l'air que je respire,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inspire.
Laisse à tes Généraux
, à ces braves Guerriers
Le foin d'achever tes conquêtes,
Et leur ayant coupé des moissons de Lauriers,
Cede-leur le plaisir d'en couronner leurs têtes.
* On donne cette Pièce, telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévyoit pas la défense des Feux d'artifice ; mail
Us magnifiques Illuminations répandoient unesigrande
clarté dans l'Air, qu'en peut dire que la pensée) la
même pour le fond, ne diffère que dans les termes.
ADRESSE-auxPoët.»s qui ont célébré'
la Convalescence du Roi. J
'Ai fait comme tant & tant d'autres,
Quelques Vers sur l'heureux retour
De la santé du Roi, l'objet de notre amour;
Mais écoutez,Confreres nôtres
,
Poëtes & Rimeurs, que vous figurez vous,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dans les bruyans accès d'un superbe délire?
Trois mots que sans emphase & d'aant bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire,
Et les voici,VIVE LE ROI.
Des Forges Maillard.
9
SUR LA CONVALESCENCE DU ~OL
RONDEAV.
V
Ive le Roi, crioit toute la France
,.
LorsqueLOUIS, par sa convalescence
Y rappelloit les Plaisirs & les Jeux,
Qu'avoit bannis le mal trop dangereux -j
Dont on craignoit pour lui la violence.
- 1 Grands & Petits, lors égaux dans leurs voeu*
Soir & matin se redisoient entr'eux
wv Or Bénissons la divineclemence;
Vive le Roi.
Grands & Petits, la Poëtique Engeance,
Dans ces instans pour rimer si chanceux,
Ne s'oublia - : Vers,tant mous que nerveux -
On vit courir, n'ayant d'autre élégance
Que d'être ornés de ce refrain heureux
,
-
Vive le Roi.
Par M. facques3 Marchand Evanlaillifte*
rué MOllffitar.
Q SONNET.
Uel Roi la Mort vouloit enlever àla France 1
La Sagesse conduit ses projets genereux ;
Dans ses Camps sa valeur égale sa prudence,
Et c'est-là que ses soins, ses travaux font ses jeux.
Quand ses jours menacéstroubloient notre constance,
Que de pleurs! que de cris! que d'allarmes pour
eux !
De longs gémissemens étoient notre éloquence,
Et le Ciel entendoit partout les mêmes voeux.
Il nous le rend enfin, ce Héros magnanime;
Il nous le rend
,
plus digne encor de notre estime
1
Hélas! qu'en le perdant, nous perdions de vertus !
Du premier des Césars le courage l'anime ;
Il a l'humanité du Vainqueur de Solime
,
L'Universdans LOUIS revoit Jule & Titus.
Par le même,
AU ROI,
A fon retour de l'Armée.
QUand
le Soleil, ame de la Nature, •
Au Monde; en s'éclipsant, dérobe sa clarté,
Tout s'attriste & languit dans une nuit obscure
1
Tout est sans vie & sans beauté.
Qu'il reparoisse & brille sans nuage;
A ses premiers regards tout revit fous les deux,
Et pour chanter son retour glorieux,
Tout a sa voix & son langage. ;
Le gazoüillement des Oiseaux
Des tranquilles Forêts interrompt le silence ;
Sur le gazon fleuri bondissentles Troupeaux;
Le Poisson
,
même qui s'élance ,
Se plaît sur la face des Eaux.
Louis, si ce Tableau tu reconnois la France:
Dans son fein
,
Astre bienfaisant,
Que ton Eclipse
,
hélas, a répandu d'allarmes!
Mais à la seule joye il échappe des larmes,
Quand sur son horison tu parois renaissant.
Quel concours empressé d'un Peuple qui t'adore J
J1 te voit, s'attendrit, & veut te voir encore;
Le jour qu'il te retrouve,est le plus beau des jours,
Pour le prolonger dans son cours,
Il embellit la nuit des clartés de l'Aurore;
Tout s'anime,tout se décore:
Ici de mille voix s'élevent lesConcerts ;
Là le salpêtre ardent, qui s'exhale en éclairs,
Brille, serpente, éclate, & par ses jeux rapides,
Ton nomqu'il fait éclore à nos regards avides,
Ainsi que dans les coeurs,est écrit dans lesairs.
GRAND Roi, cet hommage si tendre,
- Que le zéle François brûle de t'exprimer,
Pourroit-il ne pas te charmer?
Ilest si doux de te le rendre
Il est li doux d'élever Jucqu,auy Cieu*
Un Roi, que ses périls suivis de la Victoire,
Nous rendent aussi cher, qu'il est grand à nos ye ux !
Sensible à la solide gloire,
Sensible à nos transports, applaudis à nos Voeur.
Allés d'exploits brillans assûrent ta mémoire,
Mais ton amour pour nous, tracé dans ton Histoire,
Fera douter chésnos,
Qui du Prince ou du Peuple étoit le plus heureux
hs P. R* del'Oratoire.
DISCOURS ENVERS,
Sur les Evenemem de l'année 1744. Q
Uoi, verrai-je toujours des sottises en France!
Disoit l'hyver dernier,d'un ton plein d'importance,
Ttmon,qui, du pafljé profond admirateur ,
'q Duprésent qu'il ignore estl'éternel frondeur!
Pourquoi, s'écrioit-il, le Roi va-t'il en Flandreî
QuEelle étrange Vertu qui s'obstine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars,
Contre l'Or des «Anglais
,
& le Fer des Houzards f
Dans le jeune CONTY quel excès de folie,
D'escalader les Monts qui gardentl'Italie,
Et d'attaquer, vers Nice, un Roi Viétorieux
,
Surces Sommets glacés dont le front toucheaux
Cieux?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles,
Dedale à cet Icarea-t'il prêté sesaîles?
A-t'il reçu du moins dans son dessein satal,
Pour brifer les Rochers le secret d'Annibal?
Il parle & CCNTYvole. Une ardente jeunesse,
Voyantpeu les dangers que voit trop la vieillesse;
Se précipite en foule autour de son Héros:
Du VA' qui s'épouvante on traverse les flots; [
DeTorrensen Rochers, de Montagne en Abyme
Des Alpes en couroux on assiége la cime; ':, ou y brave la foudre: On voit de tous côtés t
Et la Nature, & PAr.r, & l'Ennemi domptés,
CONTY qu'on censuroit,&que l'Univers loüe.
Est un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs, en est-ceassés?
AAy-e,çeNNiciec&e&DeDmeomntovnolvuosuvsovilàoitelràrateflresr.assés.Jf
Mais, tandis que fous lui les Alpes s'applaniflenfj
Que surles FlotsvoisinslesAnglois en:frémissent, !
Vers !es bords de l'Escaut LOUIS fait toup
trembler;
Le Batar./t s'arrête
,
& craint de le troubler.
Ministres,Généraux, suiventd'unmême zélé, J
Du Conseil aux dangers,leur Prince & leur modèle.
L'Ombre du GRAND CONDE'
,
l'Ombre du GitANS
LOUIS,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leus
Fils:
L'Envie alors se taitj la Médisance admire.
Zoile, un jour du moins,renonce à la Satyre j
Et le vieux Nouvelliste
, une canne à la main,
Trace au Palais Royal Ypre, Furne & Menia.
Ainsi,lorsqu'à Paris la tendre Melpomene
J)e quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scène,
;.
En dépit des siflets de cent Auteurs malins,
<£e Spectateur sensible applaudit des deux mains ; -' Ain'
Àinsi
,
malgré BuffJ
,
ses chansons, & sa haine,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français, quelquefois,est léger & moqueur,
Mais toujours le Mérite eut des droits sur son coeur;
Son oeil perçant & juste est prompt à le connoître j
Il l'aime en son égal
;
il l'adoreen son Maître.
La Vertu sur le Trône est en son plus beau jour,
Et l'exemple du Monde en est audÍ l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein sombre,à la marche inégale.
Attaqua dans son lit, de ses tremblantes mains,
Au sortir des Combats, le plus grand des Humains,
Jadis Germanicits fit verser moins de larmes;
L'Univers éploré ressentit moins d'allarmes,
Et goûta.moins l'excès de sa félicité,
Lorqu'Antonin.mourant
, reparut en santé.
Dans nos emportemens de douleur & de joye,
Le coeur seula parlé
; l'amour seul se déployé.
Paris n'a jamais vû de transports si divers,
Tant de Feux d'artifice, & si peu de bons Vers.
Autrefois, 6 GRAND Roi les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire*
Que nous dégénérons de ce tems si chéri!
L'éclat du Trône augmente, & le nôtreestflétri.
0 ! ma Prose & mes Vers, gardez-vous de paroître.
Il est dur d'ennuyer son Héros & son Maître;
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un Roi juste 2c
qu'on aime,
Va sans nous à la gloire, & doit tout àlui-même.
Chaque âge le bénit, le Vieillard, expirant,
De ce Prince
,
à son Fils fait l'éloge en pleurant;
Le Fils, éternisant des Imagesfi cheres
,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir,
Est porté par l'Amour aux siécles àvenir.
Si pourtant, ô GRAND ROI! quelqu'esprit moin
vulgaire,
Des voeux de tout un Peuple interprète Gncére..
S'élevant jusqu'à Vous par le grand Art des Vers,
Osoir, sans vous flater, vous peindre à l'Univers,
Peut-être on vous verroit, séduit par l'harmonie J
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie;
Peut-être d'un regard le Parnasse excité,
De son lustre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout, c'estlui qui rend la vie
Au Mérite expirant fous les dents de l'Envie;
C'est lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeste Talent, dans la foule ignoré.
Un Roi qui (pic régner
, nous fait ce que noilS
sommes :
Les regards d'un Héros produisent des Grands
Hommes.
Par M. de Voltaire.
NOusavions d'abord formé ledessein.
de donner au Public une Liste de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi, mais nous avons
craint que cette Lifte, trop longue & trop
uniforme, ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une
partie de notre Recueil,
que nous pouvons donner à des matieres
plus iiitéressantes.Il suffirade dire que nonseulement
toutes les Compagnies,toutes
les Communautés,tous les Corps de Mé..
tiers se font signalés à ce sujet,mais que
même les Compagnons de chaque Métier,
.&. tous lcsOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps, ont été réunis
dans cette circonstance par leur zéle
, au
défaut des Statuts
,
& ont faitcélébrer des
Messes solemnelles, suivies du Te Deum de
de l'Exaudiat.On n'entendra pas dire, sans
étonnement, qu'on a vu le Public invité
par des AffichesauxTe Deum des Porteurs
d'Eau, des Bateliers du Port S. Nicolas,
des Blanchisseuses de la Grenoüillere, ÔC
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoitsuivie le soit
d'Illuminations, & pendant près de trois
mois, Paris n'a point été sans être illuminé
en quelque endroit,les PoïteLirsdEaLi ont
illuminé les Fontaines publiques, qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances sont moins frivoles
qu'elles ne le paroissent ; on y voit lajoye
sincére du Peuple,& l'amour de la Nation
pour son Prince s'y développemieux que
dans les loüanges les plus pompeuses, car
le Peuple jamais n'a menti m flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous difpenfec
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les différentes Villes
du Royaume,à l'occasion de la Convalescence
du Roi; nous croirions leur faire injustice
,
si nous négligions de transmettre à
la Postérité ces témoignages de leur zélé,
aussi honorables pour elles, qu'ils sont fla.
teurs pour le Prince qui en est l'objet.
FESTES,
Célébrées an sujet de l'heureux Rêtablijfernent
de la fanté du Roi, dans différentes
filles dit koyniume.
SAïNT QUENTIN*
L A Ville de Saint Quentin s'est extrêmement
distinguée une Procession solemnelle
& un Te Deum
,
ordonnésparl'Evêque
de Noyon, n'ayant pas suffi au zéle
des Chanoines de l'Eglise Collégiale, ils
ont chanté une grande Messe en Musique ;
tous les Corps y ont assisté. Une illumination
magnifique&très-bien entendue, orna
l'Eglise Collégiale, & l'Hôtelde Ville,
quifittirer un très-beau Feu d'artifice;
beaucoup des Habitans ont faitlamême dépense,
& les coeurs Picards ont faitbriller
leur candeur & leur vivacité naturelles.
ANGOULESME.
Dès que l'Evêque d'Angoulême apprit
t'heureuse nouvelle de la guérison du Roi,
il fit illuminer le clocher de la Cathédrale,
pour informerpromptement de ce Miracle
les PaysansdesVillagesvoisins, qui chaque
jour venoient en pleurs sçavoir l'état de la
santé de leur Souverain. Toutes les actions
de grâces furentrendues avec solemnité par
l*£glife> le Magistrat& la Bourgeoisie. L'Evêque
fie servir cinq tables abondantes &
délicates
,
& pendant ce repas il fit prodiguer
au Peuple des vivres, du pain & de
l'argent. Le Maire & divers Particuliers firent
dresser des tables dans leurs rues, où les
pàflfôns étoient gracieusement admis.
R O U EN.
La Ville de Roüen
, par l'éclat des Fêtes
occasionnéespour la Convalescence du Roi,
s'est montrée digned'être la Capitale d'une
des plus considérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Président de la Londe*
qui préside à la Chambre des Vacations, M.
de la Bourdonnaie
,
Intendant, enfin tous
les Corps Supérieurs & touteslesCommunautés
de la Ville,ont prouvé qu'est Notmandie
leur coeur vaut bien. leur esprit.
L'Abbaye de S.Oüen a célébrécetteFête,
comme une des principales Abbayes du
'Royaume. Elle a décoré superbement fort
Eglise
,
tiré un beau Feu d'artifice.Après le
Te Deum
,
accompagné de falves decanon,
les quatre Chantres, précédés de la Compagnie,
appellée la Cinquantaine,allumemerent
le Feu élevé dans la Place, qui retprésentoit
quatre Bastions.
LES BÉNÉDICTINS DE L'ABBAYE
DEREBETS.
L'Abbé de Ceilles de Fleuri , de concert
avec les ReligieuxBénédiétins de l'Abbaye,
de Rebets, a fêté magnifiquement la
Convalescence du Roi.Lesactions de graces
furent folemnelles. On tira dans la grande
Place un Feu d'artifice, & on y éleva un
grand Arc de triomphe,orné de Festons 8c
de Guirlandes.
LAO N.
La Ville de Laon a donné les plus éclatantes
marques de sa joye au retour de la
santé du Roi. L'Eglise Cathédrale a chanté
solemnellementle Te Deum. L'Illumination
a été générale
1
& brillante.L'Evêque a allumé
lefeu préparé dans la Place de l'Hôtel
de Ville;il étoit accompagné par le Corps
de Ville, précédé des Gardes du Gouverneur
& du Lieutenant Général de la Province
, & de toutes les Compagnies Bourgeoises.
UneDécoration,d'un goût singulier,
forma unSpectacle applaudi, ainsi que le
Théâtre de l'artifice, qui en partit longtems
avec profticioti.
NO Y ON.
Noyon ne l'a pas cédé à Laon, & les Bénédictins
de l'Abbaye de S. Eloi, & même
le Convent des Capucins
,
enfin le Clergé
Séculier & Régulier,le Magistrat & touiu
les Habitans se font distingnés dans leurs
Réjoüissances publiques & particulières. 1
LIMOGES.
Nous nous garderons bien d'oublier les
Réjouissances du Chapitre de l'Eglise Royale
& Collégiale de cette Ville & de son
Présidial, ainsi que du Corps de Ville, &
de soixante notables Bourgeois du Quartier
S. Martial, qui assisterent au Te Deum, en
habits uniformes. Plus de deux mille Flambeaux
& des Lustres innombrables, éclairèrent
la principale façade de l'Eglise.
PONTOI SE.
Mad. d'Argouges de Ranes,Prieur deS.
Nicolas de Pontoise,& les Religieuses de ec
Convent, ont chanté, après le Te Deum, un
Exaudiat, mis en Musique par le Curé de
l'Eglise de S. Pierre de Pontoise. L'illumination
a parfaitement réussi.
Avignon.
La joye universelle de la France s'est
communiquée à cette Ville Etrangere; le
Vice-Légat, les Consuls & tous les Tribunaux
,ont paru François dans cette occasion.
Après les devoirs pieux rendus, un Concert
&: une collation magnifiques, précédés d'un
dînersomptueux elfes le Vice-Légat, on
tira un Feu d'artifice des plus beaux,composé
par Il Signor Carlo Genuininn des plus
célébres Artificiers d'Italie.
SOIS SON S.
Les bornes, prescrites à ce Journal, ne
permettent pas de détailler tout ce quis'est
passé à Soissons, quand la Convalescence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soissons & Premier Aumônier
du Roi, a peint dans son Mandement le
coeur de ce Monarque,& le peindre,c'est
le loüer sans adulation. Les vertus n'ont
pas
besoind'ornemens. Le Te Deum de la
composition de M. Morel
,
Organistede la
célébré Abbaye de S. Jean des Vignes, fut
chanté au bruit d'une triple salve d'Artillerie.
M. le Comte de Baron
,
Lieutenant
Général de la Province,& le Corps de Vil- le,accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres
,
Gouverneur,& de ceux du Comte
deBuron,y assisterent,ainsique le Présidial,
qui les avoir devancés; l'illumination, les
festins & les largesses faites au Peuple,caractériserent
la satisfaction générale. M..
Méliand,Intendant de la Province, se distingua
dans tout ce qu'ilfit dans ces jours
fortunés; on donnalaComédie sur un
Théatre dressé dans lace publique,exécutée
par une Troupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice réprésentoit le Templedu
Destin
,
& quoique l'ordonnance en
fât des plus noblesô& des plus frappantes
ilétoit encore plus orné par les Inscriptions
qui le décoroient. Il faudroit les transcrire
toutes ici, si on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême,
composé par M. Racine, le petitfils,
âgé de dix ans; ainsi le nom de Racine
est un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême, désignant le Roi en danger de
mourir, est une belle fleur,qu'un Moissonneur
semble re(peéter.. avec cette Inscription
: EstgloriaTerræ.,
Moissonneur,qu'en ta main cruelle *
LaFauxs'arrête en ce moment!
--!respecte une fleur si belle;
Pe la Terre elle est l'ornement
L'Emblèmedeuxième mérite d'êtrecité,
puisqu'il exprime des sentimens qe toutes
les Provincesde France ont également fait
éclater ; c'est un Roi d'Abeilles, languissant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles,
dont les unes l'épluchent, les autreslui
présentent du miel au bout de leurs trompes
,
d'autres se glissent fous lui,por le fou..-
lever,avec cette intéressante Inscription:
Regemsic observant nulIL
L'Abeille estl'Imagefidelle -
Des sentimens & des coeurs des François.
Quel Peuple eut jamais plus de zë!e,
Plusde respect& d'amour pour sesRois t
Plusieurs Dames & Cavaliersde la Ville1,,
cxécuterentchés M. l'Intendant un Divertissement,
dont lesparolesfont de M.Roy,
Chevalier de l'Ordre de S., Michel, & ta.
Musique de M. Morel, Organiste de S.-Jean.
des Vignes, qui fut applaudi par les Connoisseurs.
On souhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertissement
,
intitulé: Les
Bergers de l'Aisne, oùl'Auteur sanss'écarter
du genre lyrique,a rassemblé des traits de
notre Histoire & de la Fable. Voici{eale=-
ment la troisiéme & derniere Scéne chantée.
par Apollon.
APOLLONAUXBERGERSDEL'AISNE.-
Respirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monstres de l'Enfer rentrez-y pour jamais.
Ministres de la mort, ma main brise vos traits;
'Admete,ouvre les yeux àla clarté Céleste.
Mais à tant de faveursApollon aujourd'hui
N'impose, point de loi funeste ;
On vous rendun Père, un appui,
Sans qu'il en coûte à la fidéle Alceste,
Des jours que sa tendresse auroit donnés pour lui.
Triomphe,Victoire ;
Devos chants frappez les airs
, Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour consacrez la gloire;
C'est la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont aussi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Descriprion.
Monseigneur le Dauphin & Mesdames
de France, en revenant de Metz ,
firent
l'honneur à M.l'Intendant de souper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
IX le feu d'ardnce.d'un goûtnouveau,invenîAl'Envie&
f»fuite.
té & exécuté par le frere Philbert, Religieux.
Capucin à la Fere„
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes,imprimée à Soissons:, chés la veuve de
Charles Courtois, Imprimeur du Roi, près
l'Election;ils y verront avec plaisir le Com- -
pliment fait à M. Meliand
,
Intendant, par
M. Carrier, Maire; une Pastorale & u Vaudeville de M. Berson ; la Nymphed
l'Aisne au Roi, de M. de Royaucourt;une
Ode de M. l'Abbé Portes, Chanoine de
l'Eglise de Laon.
S.GERMAIN-EN-LAYE.
Le 13 la Paroisse de S. Germain-en-
Laye,chanta le Te Deum avec grande solemnité,
& les Anglois,qui demeurent dans
le Château,
le firent chanter par la Musique
du Roi; l'illumination & les autres
réjouissances furent dignes d'une Maison
Royale.
SAINT DENIS.
L'Abbaye & la Ville s'acquitterent le
11 d'un devoir qui fut pour eux untrèsgrand
plaisir : il y eut illumination & feu
d'artifice.
VERSAILLES.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le féjour
ordinaire du Roi, par les plus vives.
marques d'une joye sincere ; l'illumination
des deux Paroisses & des Récolets fut frapante.
M. Sibot,Prêtre de la Mission
, a
fait la dépense de celle de l'Eglise de S.
Louis,& le dessein de la Décoration, ingénieusement
conduit, étoit de M. Frati , Peintre & Architeéte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statue du Roi
y
avec cette touchante Inscription :
Parenti Ffltr;" Redivivo confecrat amor.
GENES.
Le I5 Septembre,on chanta le Te Deumdans
la Chapelle de la Nation Françoise.
M. de Jonville
,
Envoyé Extraordinaire du
Roi de France auprès de cette République ,
soutint parfaitement dans cette occasion la
dignité de son caractere. Son Hôtel fut le
foir magnifiquementilluminé, & les François,
domiciliés à Gènes,signalerent leur zéle
1 & leur joye.
Il y eut le iS du mois dernier à Hfÿ.
dans la Maison du Séminaire de S. Sulpice
ppoluusr la Convalescence. du Roi, une des,
belles illuminations qui ayent été faites
a cette occasion-
Dans l'enfoncement du Parterre, au-dessus
du grand Bassin,s'élévoit un Temple
d'une magnifiquestructure.UneColonnade,
qui formoit divers Portiques
,
régnoit des.
deuxcôtés du Jardin; chaque Colonne portoit
une Pyramide,& un Lustre étoit suspendu
au milieu de chaque Portique. De
distance en distance,étoient des Pyramides,
détachées de la Colonnade,& terminées
par des Globes de feu, de chacun desquels
naissoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairéed'unequantité
prodigieusedeTerrinee & de Pots-à-feu.
Des Lampions sans nombre figuroient le
Dessein du Parterre, & les Ifs, qui l'environnent
,
étoient entièrementilluminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
singuliére, & le grand Bassin fournit
une des parties les plusintéressantes du
spectacle par les feux de toute espéce & de
differentes formes,qui en sortirent. Il parut
pendant long-tems bordé de Gerbes de
feu, ainsi que l'allée qui y conduit. Plusieurs
Prélats & autres personnes de distinction
ont assisté à cette Fête, qui a été ordonnée
par l'Abbé Cousturier ,
Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
Les habitans de Toulouse ont rendu plitsieurs
jours de fuire des actions de grâces &
de réjoüussances, pour le rétablissement de
la santé du Roi.
Le Parlement de cette Ville,if-toc qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalescence
du Roi, fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il assista en Corps,
& la nuit suivante toutes les Maisons des
Présidens & des Conseillers furent illuminées.
Le lendemain
,
le Te Deum fut chanté
dans l'EgliseMétropolitaine avec une solemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainsi que les aurres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevcque. Le Bureau desFinances,
l'Université,l'Académie des Jeux Floraux,
le Sénéchal &: le Viguierfirent éclater aulli
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulières. Les préparatifs ordonnés
par les Capirouls, ayant été achevés ,
le
Chapitredel'EgliseMétropolitainese rendit
procellionnellement à la Chapelle du
Capitole,& le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum,qui fut suivi d'une illuminationgénérale
dans toute la Ville. Toutes
les Communautés Religieuses & les differens
Corps des Marchands & des Artisans
ont donné successivement des témoignagejs
singuliers de leur amour respecteux pour le
Roi. Les Jesuites duCollège & les Bénédictins
de la Daurade se sont surtout distingués
à cette occasion.L'Archevêque,ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite
, pour
faire rendre à Dieu de solemnelles actions
de grases de l'avoir conservée, on chanta
pour la seconde fois dans l'Eglise Métropolitaine
le Te Deum, auquel l'Archevêque
officia ponficalement, 6c auquelle Parlement
& toutes les Compagnies assisterenr.
Le soir, toutes les ruësfurent illuminées,
ainsi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville, & ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits suivantes.
Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice, que la Ville avoit fait
préparer dansla Place du Capitole
,
&: dont
la Décoration & l'exécution ont dû satisfaire
les connoisseurs les plus difficiles.
On a appris de Rome du 3 du mois dernier
, que l'Abbé de Canillac, Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très-Chrétien auprès du S. Siège
Eayant écté inrformléidufrétaeblissement de sa9 delaNationFrancoisefutéclairdéee&S.oLroniéiis
de la Nation Francoise fut éclairée & ornéee
par les ordres de ce Ministre, avec une magnificence,
qui a excité avec justice l'admiration
générale) & que le 27 du mêmemois
il y fit chanter le Te Deitm en Musique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y assisterent avec un
empressement
,
inspiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France, & le Pape, voulant témoigner
combien il étoit sensible à la conservation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la mêmeEglise. Le soir
v
& ceux des deux jours suivans, cette Eglise
& celle des Minimes François furent enrierement
illuminées, ainsi que le Palais de
l'Abbé de Canillac,ceux de routes les personnes
de distincction attachées à la Couronne
de France, & toutes les maisons des
François, qui sont à Rome.Pendant ces trois
jours,un grand nombre de Symphonistes
y placés sur trois Balcons du Palais de l'Abbé
de Canillac, donnèrent au Public, en exécutant
alternativement di vers morceaux de
Musique Instrumentale
, un Concert presque
continuel. Ce Ministre avoit fait mettre
de pareils Orchestres à l'Eglise de S.
Louis & à l'Académie de France,& tout le
monde a paru également touché & satisfait
de la maniéré dont il a manifesté son zélé
pour son Auguste Souverain.
La Ville de Dax n'a pas moins signalé son
zik, que les autres Villes du Royaume, 8c
le a rendu de solemnelles actions de graes
à Dieu pour la conservation du Roi par
TeDeum, qui aété chanré dans l'Eglise
cathédrale,& auquelle Présidial, le Corps
e Ville & la Prévôté ont assisté. Le jour
e cette Cérémonie
, toute la Ville sur illuiince,
& M. Dantin de S. Pée
,
qui y
comlande
pour le Roi, sir servir plusieurs tales
pour toutes les personnesde diftiftdtioii
ans une allée sur. le rempart du Château
» aquelle étoitéclairée par un grand nombre
le Lustres & de Lampions. Le siouper
, penlanr
lequel on fit plusieurs Sal ves d'artilleie
,
sur suivi d'un Bal. Plusieurs Fontaines
le Vin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lendenain
le Speétade d'une course de Taureaux..
La joye du Corps de Ville a éclaté aussi par
diversesFêtes pendant plusieurs jours conecutifs.
Le Bailly de Camilly, Chef d'Escadre
*
Be Commandant la Marine pour le Roi à
Brest
, ya fait chanter le Te Deum & l'Exaudiat
dans la Chapelle de S. M. au bruit
d'une triple décharge de l'artillerie desRemparts,
du Port & des Vaisseaux. Le soir,
toutes les personnes de distinction de la
Ville souperent chés lui à cinq tables, chacune
de 40 couverts, serviesavec autant de
profuson que de délicatesse. Après le repas,
il yeut un Bal masqué dans le Jardin, qui
étoit illuminé avec beaucoup de goût, aussibien
que la façade & les cours de l'Hôtel.
La Fête que M. Bigot de la Mothe r Intendant
de Marine dans le même Port, & àlaquelle
il ainvité plus de 120 Dames, &
tousles Officiers qui font à Brest, n'a point
cédé à celle duBailly deCamilly.
Le jour auquel les Religieux Benedictifis
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
1)ell.m , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France, leur Eglise fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence.Ils firent tirer lemêmejour
un très-beau feu d'artifice, & nonseulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés& à toutes les personnes
de l'Hôpital, mais ils distribuerent encore
d'abondantesaumônes.
ELA T ION d'une Fête champêtre ,
donnée par M. de Roi Montpellier, le
zo Septembre 1744 ,
dans son Château
de Montpellier
,
sur la DOllr
3
4 deHX
lieues de Bayonne.
M de Roi Montpellier, Chevalier de
l'Ordre de S. Michel, voulant doner
des marques de son zéle ardent pour la
ersonne sacrée de S. M. résolut de faire
hanter le Te Deumdans sa Chapelle,en
action de graces de la Conyalescence du
~Roi
,
& de faire des Réjoüissances,ausquel-
'S sa maison, ses amis & tous ses tenanciers
rissent part. Ayant pris jour pour le Dinanche
vingt Septembre, la Fête fut anoncée
par la Générale, qui sur battuë à
ept heures du matin par une bande d'exellens
Tambours, accompagnés de Flutes
u Pays,deViolons & de Cors de Chasse;
neuf heures on battitl'assemblée
, & à one
le Drapeau : à ce signal un Canot,extrênement
propre, moüillé en face d'une trèselleTerrasse,
qui borde tout l'enclos,fut
orné de Pavois, de Pavillons & de fiâmes;
~toutes les rames étoient peintes avec goût8c
lacées sur les bancs; à midi ce Canot, bien
équippé, vogua comme un trait le long des
deux rives lesMatelots criant continuellementViveleRoi,
ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des transports
de joye & de tendresse
,
qui rendoient parfaitement
leurs sentimens : ce Canot vint
ensuiteremoüiller à son premier poste
pendantque la Compagnie dîna. ,
Sur les trois heures, tous les tenanciers &
lesvoisins s'assemblerent en armes & en
très-grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur sur possible. Une multitude infinie
de curieux des deux sexes se rendirent
aussi dans l'enclos; les Dames leur distribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Bosquets & sur les Terrasses
plusieurs troupes de Danseurs au son
de divers Instrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol, suivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cette Fête,& de la plûpart
de sa famille. alla semettre à latêtede la
Milice,quiétoit en bataille dans un avantcour
; il marcha ensuitel'Esponton à la
main, revêtu de l'Ordre de S. Michel pardessus
son habit, la troupe défilant par quatre
, au son de tous les Instrumens; il fit
tout le tout de l'enclos, qui ert vaste, & arrivant
à un bout de la Terrasse ,qui est le
long de la Dour, il la fit border, la droite
appuyée à une espece de Bastion,& la gauche
à un grand Pavillon, qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé enrre le Château
& la riviere. On fit à l'instant une décharge
de toute la mousqueterie
,
& les cris
deVIVELERoi se firententendrede toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus sur
le bord de la riviere
,
dans une étenduë
d'une demie-lieuë
,
répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du soir
, on distribuadesviandes,
du pain, du vin, & des fruits à tout
le monde; un peu avant la nuit, les Tambours
rappellerent,& la Milice ayant repris
Ton poste
,
les Tambours battant la
Charge,firent une seconde décharge, après
laquelle il y eut un grand souper. Trois tables
furent servies avec autant de délicatesse
que de profusion ; vers les dix heures, le
Íigoal ayant été donné par des fusées volantes,
le Château,le Canot & la Terrasse furent
illuminés,& la Milicefit une troisiéme
décharge, pendant que les Tambours&les
autres Instrumens faisoient un bruit de
guerre, qui fut très-bien exécuté. Ensuite
tout le Peuple se dispersa par bandes dans
les Bois & dans les Bosquets, qui éroient
éclairés, pour danser au son des Instrumens
& à la voix; tandis que la Compagnie pla*
cée fous ùri Berceau illuminéavec art, commença
un Bal qui dura jusqu'aujour, les
rafraîchissemensfurent servis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin, placées
dans les Bosquets
,
coulerent pendant tout
ce tems pour les Paysans
,
qui y passerent la
nuit; les fusées e.-. les déchargésranimoient
de temj en tems la joye & le bruyant de
cette Fête.Avant le point du jour, le Canot
avec ses armemens & ses falots, & équipé
des plus vigoureux nageurs, reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France, vogua
comme un trait. Ungrand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Sympdhuonie;
laforce des rameurs & l'habileté
Piloteimitoient parfaitement des Danses
en rond au milieu de la riyiere
, au son des
Instrumens; les rivages retentissoient des
criscontinuels de Vive le Roi, & la mouCqueterie,
faisant de nouvellesdéchargestoutes
les fois que le Canot passoit le long de
la Terrasse, il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maisons, dont
les habitans,se levant en ftirfant,se plaçoient
aux fenêtres
, ou sortoient à demi nuds
poursuivre le Canot,&joindre leurs accla*
mations& leurs cris a ceux de cette troupe
flotante.La Fête fut terminée par une Danse
générale du Pays, nommée la Panperuque ,
les Tambours battant un air extrêmement
gay:
Paysans 3c les Paysannes faisant une chaîne
qui tenoit tout l'enclos.
Il est aisé de donner des Fêtes plus magnifiques
,
mais il n'est pas possible d'en
voir de plus vives; l'amour & la joye éclataient
de toutes parts; les discours des Paysans
valoient des Panégyriques,& les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement aussi
intéressant.
t Les Peres Dominiquains du Convent
Royal de S. Maximin, en Provence, se
sont distingués par les témoignages de joye
qu'ils ontfait paroître à la Convalescence
du Roi; ils commencerent leur Fête par
une grande MeiTe chantée solemnellement ;
ltr'aibpurèesr-midi, le Prieur de la Maison fit disune
grande quantité de pain & d'argent
à tous les Pauvres qui se présenterent ; al'entrée de la nuit, il y eut tant nu dedans
qu'au dehors de l'Eglise une illumination
des plus brillantes, qui relevoit la beauté
de ce Temple,l'un des plus augustes du
Royaume
,
& sur la porte duquelon lisoit
:ette Inscription : Awlivi orationem tuam,
uidilllcrimas tuas & fcirtavi eum. Au-dessus
de cette Inscription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots: Vive Louis le
Bien-Aimé; les traits des Armes & des LetBien-
Aimé; les traits des Armes & des Lettres,
qui étoient ménages avec la réfléxion
de la lumiere
,
présentoient un coup d'oeil
des plussatisfaisans ; le corps de logis, qui
donne sur la Place de devant l'Eglise, &
qui est destiné à recevoir les Rois & les
Princes, lorsqu'ilspassent à S. Maximin, fut
pareillement illuminéavecsymmétrie ; on
voyoit sur la porte du Convent un Arc de
Triomphe, au-dessus duquelétoient des
Emblèmes avec cette Inscription au milieu;
Oravimus ad Dluninum, di exauditifumus , -& obtulimussacrificium&similaginem
,
& accendimus
lucernas,&proposuimus panes. Pendantl'illumination
on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la mêmesolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Messe. Après l'Exaudiat
,
pendant lequel
on fit plusieurs décharges de boëtes
, on tirg;
un très-beau feu d'artifice, qui représentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique, e;
qui étoit orné de plusieursEmblêmes.
mSCRlPT ION, des rêjouissances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres
, au flet de la Çonvatefçence du
Roi, -
L Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France, définit
donner des témoignages publics de la
yesincere qu'ils ont ressentie du rétablifment
de la santé du Roi, résolurent d'en
endre graces à Dieu par un Te Deum,chanté
ans l'Eglise des R. R. Peres Célestins,d'ilminerleJardin
de l'Arcenal
, & de doner
un feu d'artifice sur la riviere, en face
e l'extrémité de la Terrasse de ce Jardin.
1. le Comte d'Eu, Grand-Maître de l'Artilrie
,
leur avoit permis de se servir des
oëtesqui sont gardées dans les magasins de
Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à6 heures du
latin, il fut fait une décharge de cent boëes,
pour annoncer la joye de ce jour. Il en
at fait une seconde à midi. La troisiéme à
heures. La quatriéme à 6 heures, avant
ue de commencer le TeDeum. La cinquiéme
à 8 heures, après le Te Deum. La sixiéme
a 10heures après le feu d'artifice. La septiéme
& derniere à minuit.
TE DEl)Al, & Décoration dans l'Eglift
des Céleflins.
La Nef de l'Eglise desCélestins étoit décoréedesept
grands Lustres decristal
, garnis
de bougies, cinq dans l'avant-Choeur
& deux , autres dans le retour ,
du côté des
Chapelles.
Le Choeur étoit éclairéde336 Lampions
de cire, placés tout le long de la corniche du
lambris, au-dessus des Stalles
, & de quatre
girandoles de cristal, garnies aussi de bougies
aux quatre extrémités du lambris.
Le grand Autel ,outre les cierges ordinaires
,
étoit orné de seize girandoles de
cristal, garnies de bougies, placéessur les
appuis des Balustres demarbre
,
qui forment
l'enceinte du Sanétuaire
, & sur deux traverses
en diagonale, qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du dessein de ces Balustres
favorisoitextrêmement la disposition
des lumières, qui fut trouvée de bon goût.
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart,immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes; on exécuta celui de
M. de si Lande, sous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur, Sur-Iutendans de a
Musique du Roi en survivance. Le Concert
toit composé de 80Musiciens de la Musique
du Roi, & autres; l'exécution fut
rouvée parfaite, & dura près d'une heure.
L'Eglise des Célestins n'ayant point de
Jubé, on avoit construit au-dessus de la
porte du Choeur,en dehors,dans toute la
largeur de la façade
, une Tribune de charpente
,large & commode
, avec des Gradins
pour y placer la Musique,dont lebâtis
écoitcouvert de tapisserie.
4 La porte & l'intérieur de l'Eglise étoient
gardés par des Suisses du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aussî placés à la porte, & dans l'intérieur
du Jardin.
DE'CORATION DU J AR03N.
1 Au sortir du Te Deum, on entra à l'Arcenal
par la porte qui est sur le Quai des Célestins
, joignant l'Eglise ; cette porte étoit
décorée de deux Pilastres, surmontés d'une
archivolte, qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal
,
depuis
cette porte, étoient éclairées par des Terrines
,
dont la porte qui donne sur la ruë
de la Cerisaye
,
étoit aussi garnie.
La porte du Jardin garnie aussi de Terrines
sur le cintre
,
étoit masquée en dedans»
au fond du Parterre de ce côté, & en face
de la principale allée qui finit à la Tcrraffe de trois grandes , Arcades de 24 pieds de
haut,surmontées chacune d'uneGirandole;
du cintre de chacune de ces Arcades, il
pendoit une autre Girandole,en forme de
Lustre
,
soutenuë par une Guirlande de lumières
,le tout formé de Lampions. L'allée
en face, étoit garnie à droite & à gauche de
40 piédestaux, portant chacun une Girandole
de 5 pieds de haut, placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre, & sur la pointe de chacun
de ces Ifs étoit placée une grosse Terrine
,cette allée, &: le bassin qui est au milieu,
étoient bordésd'unfilet de Terrines;
aux extrémités des bordures du Parterre ,
étoient placées deuxgrandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut, terminées
chacune par une Girandole; & en retour
des Parterres,sur la mêmeligne des Pyramides,
étoientplacés de chacun des côtés
quatre piédestaux
, portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions.
Dans les intervales des Arbres, qui forment
les allées qui accompagnent les cotes
du Parterre,depuis la porte du Jardin jusqu'à
leurs extrêmités
, au bord de laTerrasse,
on avoit attaché des fils d'archal, où
pendoient des Lampes de Sureine
,
qui formoient
un filet de lumiere.
On avoit rempli de même les intervales
des Arbres, qui formoient l'allée de la Terrasse,
depuis le mur de la Bastille où elle
commence,jusqu'à l'autre extrémité sur le
bord de la riviere
,
ainsi que dans le retour
que la Terrasseforme en bastion à cet endroit,
oùest le Cabinet de plaisance de S. A.
S. Mad. la Duchesse du Maine,ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toises. -
Dans toute cette même longueur,depuis
le mur de la Bastille jusqu'àl'extrémité sur
la riviere
, y compris le retour dont on vient
de parler, le Parapet de la Terrasse
,
qui
n'eit interrompu que par le magasin des
Poudres, construit dans le fossé,surl'appui
de la Terrasse
,
étoitaussi garni d'un filet de
lumieres, formé par des Terrines à deux
pieds & demi de distance l'une de l'autre qui répétoit celui des , Lampes de Sureine , placées dans les intervales des Arbres.
FÊU D'A RTIFICE.
-
Après avoir obtenu la permission de M
le Prevôt des Marchands, on plaça à l'endroitqu'illui
avoitplûd'indiquer
*
dans le
milieu de la riviere
,
vis-à-vis de l'extrémité
de la Terrasse de l'Arcenal
, an-dessus de h Patache,deux bateauxmarnois del'antre,de10à12toi l'un auprès ses
delongès- 18à20pieds
de large, sur lesquelsonavoir bâti un plancher; autour de ces deux grands, étoienrrangéssix petitsbateauxchargésde
l'artisice
On avoir posé sur 1& plancher des deux grands bateaux, quatre chevalets, quels sur les- on tira pendant une demie heure 500 tusées volantes des cinq plus belles façons dontonles ptililè composer, qui partirent
quatre a quatre ;
sçavoir,382fusées,pellées des trois douzaines,43 ap- ,dites de
quatre douzaines,17,dites de cinq douzainés
3,
5 dires, de six douzaines ,53,dites fu- fées d'honneur,de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir ensuite rées <5*4 douzaines de fu- volantes, doubles marquises, distribuées
en 32Caisses, de deux douzaines chacune, tirées des deux extrêmités des bateaux
après lesquelles parut un brin de quatre douzaines dePors-à-feu, & une Girande
composée de38 douzaines de fusées volantes,
anaI doubles marquises ; ce qui sur suivi de l'effetde deux Soleils tournans, placés
aux extremités des bateaux.
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à douze rayons, à chaque côté duquel on tira
•
trois Pots à Aigrettes, remplis de Serpenreaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le souper, qui fut
servi après le feu à une table de 25 couverts
, & qui dura jusqu'après minuit: on
laissa entrer dans la Sale, qui est trèsgrande
,tous ceux,en assés grand nombre,
qui eurent la curiosité d'être les témoins
par eux-mêmes, de la joye vive & sincere
des Convives
,
de l'événement heureux
qui les rassembloit ; celle des Spectateurs
peinte sur leurs visages,laissoitassés voir
à quel point ils la partageoient & la ressentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons, &£
des Danses, qui durerent jusqu'à trois ou
quatre heures, & ne finirent qu'à l'extinctioii
totale de l'illumination.
LEDORMEUR.
P
Our un Dormeur l'insuportablelechose
Que des Exploits, des Victoiressansfin ;
Qu'un Roi qui fait tout ce qu'il se propose l
C'étoit d'abord Ypre
,
Furne
,
Mentît,
PuisMontalban,Démont,Château-Dauphin;
Aujourd'hui c'est Fribourg. Au diable qui repose,
Quand LOUIS a les Armes à la main.
La Bastille & les Invalides,
De tels Lauriers toujours avides,
Braquant leur Airain triomphal,
Pour mieux honorer la Conquête,
Se font un devoir capital,
Dans les bras du sommeil, de vous fendre la tête.
Je m'éveille en sursaut, je jure, je tempête:
C'est encor, me dit-on, des Ennemis à bas.
Alorsje me tapis, & j'enrage tout bas,
r -
ion de nos Ennemis, bien assommés sans doute
,
Mais de mes Pavots en déroute,
Dont je ne sçaurois trop gémir.
C'en.cO:: fait, je perds patience.
Louis veut vaincre, & moi,je veux dormir
me faut donc ailleurs fxer ma résidence
,
Et fuir dans un Climat lointain.
Oüi,je me léve, & pars soudain :
Je vais chercher au bout du monde -
Quelqu'azile
,
où
,
sans embarras,
Je puisse enfin goûter. entre deux draps,
Une tranquillité profonde ;
Où
,
toujoursàl'abri des boëtes, du canon,
Et laissant àLouis signalerson courage,
Je n'entende jamais, dans ma nouvelle Plage,
De bruit que celui de son nom.
ENIGME.
J
E ne compterai point mes rares facultés;
Je n'en ai point; sans honte je l'avouë,
On a pourtant loüé mes grandes qualités:
Il n'est rien qu'on ne blâme
,
il n'est rien qu'on nfir
louë.
Souvent je broüille les Amans;
Je donne des graces aux belles ;
J'amuse les petits enfans
,
^• j'occupe souvent les plus graves cervelles.
Lecteur, voilà mon beau côté ;
Si tu me prends en sens contraire,
Partout je fuis craint, détesté ;
On me méprise, on me préféré,
L'animal le plus rebuté
,
Qu'on voye sur notre Hémisphére:
C'en est assés; il est tems de me taire ;.
Je me fuis assés maltraité.
Tar M. Jacques, Marchand Eventaillifler
rué Mouffitar.
LOGOGR YFHE.
S
Ans rien ôter, & sans rien mettre,
Mais en renversant chaque Lettre
, t
On trouve en moi par un détail fuccinr
,
Une Bête, un Royaume, & la place d'un Saint,
Par le même,
AV TRE,
J Esuis un tout, & ce tout est moitié
D'un autre tout, donc la figure,
La propriété,la structure
, Tout enfin de la tête au pié
>
Est different de ma nature.
Selon les Pays & les goûts,
Je sers a differens usages,
Chés des peuples voisins de nous.
Je fuis sonore
,
& les plus fages,
En m'écoutant, fautent comme des sous.
Je marche sur huit pieds qui me font crier g.îrla
Quand on les combine avec choix;
Enmedétaillantmillefois,
On n'y peur trouver qu'une tare;
Choisissez entr'eux le sixiéme, 1
Faites-le suivre du deuxième;
Joignez-y le dernier, & sur ce dernier-ci
-
Tirez un accent que voici 1 , _
Vous formerez, un mot aimable,
Sans lequel rien n'est agréable ;
Parune autre combinaison ,
Vous trouverez en moi ce qu'onfait à sa tête;
Ala moindre démangeaison ;
Ce qu'on observe aux jours de Fête j
Que sçais- je encor ;une allés laide bête,
Qui n'est pas plus grosse qu'un rat;
$i tout Letteur n'étoit pas un ingrat,
Je vous dirois encor bien autre chose,
Mais jefiniscesVersenProse;
Voici pourtant éncor un trait, qui n'est pas mal;
En moi se trouve unAnimal
,
Animal d'or dans un vieux Livre,
Animal que l'ona vû suivre
L'Equipage d'un Dieu vainqueur;
Je t'en ai dit assés
;
devine amiLecteur.
Parle même.
On a dû expliquer l'Enigme &, le Logogryphe
d'Octobre par la allJ.,..u:: &le ^°'
gryphe.
,
LE RETOURDE L'AGED'OR. chalZfoll/.
CHANSON.
A L'Amour n'offrons point de voeux,
Prenons plutôt Bacchus pour Maître;
En aimant on peut être heureux
,
t En bûvant on est sûr de l'être.
*
')
LE RETOUR DE L'AGE D'OR,
CHANS0V.
! 0 Tems heureux! beau siécle d'or!
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor:
Que de nos voeux ses jours dépendent, 1
Oüi, nous osons le croire, ils vont s'éterniser:
Le Ciel pourroit-il refuser
Ce que tous les coeurs lui demandent?
0 tems heureux! beau siécle d'or!
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor-
Nous bénissons notre partage,
Soumis à son pouvoir que régle l'équité;
La véritable liberté
Est de dépendre d'un Roi sage.
0 tems heureux ! &c.
Toujours de notre ztlç extrême,
Pour remplir ses projets,il peut tout exiger;
Ah ! qu'untribur devient léger,
Quand on le rend à ce qu'on aime!
0 tems heureux, &c.
Quelle bonté! quel grandcourage !
Que de succès flateurs enchaînent ses instans ?
En voyant tous les coeurs contens,
Il peut dire, c'est mon ouvrage.
0 tems Heureux! &c.
Le Ciel, sans doute,l'a fait naître
Pour goûter les vrais biens, pour voir remplir Cet
voeux;
Monarque, Pere
,
Epoux heureux;
Combien il est digne de l'être?
0 tems heureux! &c.
Par cent vertus ( puissans exemples: )
La Reine de son rang releve encor le prix ;
Ce fut ainsi qu'au tems jadis
,
Des Mortels obtinrent des Temples
0 rems heureux!&c.
Pour un Roi quel bonheur! il aime,
fch peut-il trop aimer ses illustres Enfans î
Arec les graces duPrintems,
C'est la raison
,
la vertu même.
0 tems heureux I &c.
Dès son Aurore,au rang des Sages,
1 Dans l'auguste Dauphin quels dons ont éclaté?
Le sçavoir
,
les moeurs, la bonté.
Pour nos Neveux les doux présages !
0 tems heureux ! frc.
Voyez quel Astre nous éclaire ;
Venez, Peuples divers, partager nosdestins;
Vous n'avez que des Souverains,
Le nôtre est un Dieu tutelaire.
0 tems heureux! &c.
S'il fuit Bellonne qui l'appelle,
Tout s'attache à son Char,ou s'en fait un devoir
Le charme qu'on trouve à le voir,
Est le ferment d'être fidéle.
0 tems heureux! &c.
Oiii) votre nom s'immortalise ;
Vos vertus pour jamais nous l'ont rendu sacré ,
Venir,voir
,
vaincre,être adoré,
Grand Roi, voilà votre devise.
0 tems heureux!beau siécle d'or!
Le plus cheri des Rois vous fait renaître enCDt.
L'Enigme,les Logogryphes,les Chansons
enfin, feront tout ce que ce premier
Volume conservera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'est pas que nous voulions
abandonner en rienunPlan judicieux que le
Public a approuvé
,
mais nous sommes encore
plus empressés de satisfaire la curiosité
de nos Lecteurs, sur tout ce qui regarde le
Roi, & ce qui s'est passé à Paris &c
-
à Versailles
à l'arrivée de S. M. Ainsi nous ron,
voyons les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois: heureux de commencer
notre Ouvrage par un sujet adIi auguste
& auminrérenanc pour les peu ples I c'est
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages à
feu M. de la Roque
,
de n'être point surpris
s'ils ne 'les voyenr point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers y il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces,
ayent la bonté d'envoyer de secondes
Copies, affranchies de Port, suivant la
coutume; nous aurons tous les égards convenables
pour satisfaire les Auteurs Se le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 1 5 de
Décembre;c'est enoJrcquelquesjoarspiû-:
tôt que le tems où notre PrcdelÏeur donnoit
son Ouvrage. Cependant sans les embarras
inévitables dans une administration nouvelle
, nous aurions servi le Public dès le
premier du mois:nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre,Cz passé
ce terme ,
le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois; deux Volumes au mois de
Juin & deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a faitjusqu'àprésent.
JOVRNAL du r.l'oya.e du Roi, depuis
son départ de Fribourg,
L E Roi partit le 9 de ce mois du Village
de Muntsingen, où étoit le quartier de
Sa Majesté
,
pendant le iîége de -Fribourg,
& arriva à Huningue vers deux heures après
midi. Il descendit de carosse à la porte de la
Ville,&vit lesFortifications de la Place.
Sa Majestévint coucher le 10 à Vezoul, où
elle fut reçûë par le Duc de Randan
,
Lieutenant
Général au Gouvernement du Canlté
de Bourgogne, & Commandant dans cette
Province.
Le 11 1
le Roi coucha à Chaumont en
Ballîgni,cm l'Evêque de Langres s'était rendu
pour recevoir Sa Majesté.
Le 12 ,
il coucha à la Chapelle,Château
situé prèsdeNogent sur Seine, & appartenant
à M. Orri, Ministred'Etat, & Contrôleur
Général des Finances.. 1
Toutes les Villes par lesquelles le Roi a
passé
, ont donné toutes les marques de joie
qu'on pouvoir attendre de leur tendre &
respectieux attachement pour la personne
de Sa Majesté.
Quoiqu'elle n'ait point séjourné à Befort,
cette Ville s'etf distinguée
, & Sa Majesté
a eu la bonté de témoigner qu'Elle
étoit contente des efforts qu'avaient fait
les Habitans
, ce qui est le prix le plus glorieux
qu'ilspussent espérer de leurs soins.
Le 13 ,
Sa Majestéarriva à Paris, vers les
six heures du soir. Une Salve des Canons
de la Ville, & d'un grand nombre de Boëtes
, avoit annoncé au Peuple dès cinq
heures du matin,que ce jour étoit le jour
désiré de l'arrivée du Monarque.
Les carosses de Sa Majesté
,
les Détachemens
de sa Maison & le Vol du Cabinet,
l'attendoient à Charenton;Elle quitta son
carosse de Voyage & monta dans un autre
,
où elle se placa feule dans le fond; les
places du devant & des portieres du Carosse
furent remplies par fe* principaux Q£-
ficiers
,
& Sa Majesté prit le chemin de la
Barriere de Rambouillet.
Les Détachemens des Gardes du Corps,
des Gendarmes, des Chevau-Légers
, de
des deux Compagnies des Mousquaires
de la Garde du Roi, étoient dans leurs
rangs accoutumés
,
devant & derriere le
carosse de Sa Majesté ; les Officiers de ces
différens Corps occupoient auprès du Roi
dans cette marche les places qui leur ont
été marquées par le Réglement du mois de
Novembre 1724, & le Vol du cabinet
précédoit immédiatement le premier Carosse
de fuite. La Compagnie du Guet à
cheval,sonTymbalier &: ses Trompettes
à la tête
,
& les Inspecteurs de Police avec
Tymbales, Trompettes, & Hautbois,marchoient
en avant.
La Ville, qui avoit été informée que le
Roi ne se rendroit ici qu'au commencement
de la nuit, avoit ordonné des illuminations
dans les principaux endroits où le
Roi devoit passer. A la Barriere de Rambouillet
,
étoient deux grands Lustres dont chacun portoit plus de soixante lu-,
mieres, & depuis cette Barriere jusqu'à la
seconde qui étoit sur la route du Roi, regnoit
un double cordon de terrines
,
des Ifs
ôc des Girandoles placées alternativement,
les Girandoles posées sur des Piedestaux ,
formoientun cercle vis-à-vis de cette Barriere.
De là jusqu'à la demi Lune de la Porte
Saint Antoine
, on voyoit à droite & à
gauche le long de la grande ruë du Fauxbourg
un rang de Lustres. Les deux Fontaines
,dont l'une est en face de l'Abbaye
de S. Antoine,& l'autre au coinde la rue
de Charonne, étoient illuminées. A côté de
chacune, on avoitélévéunAmphithéâtre
surlequel on avoitplacé des Musiciens
,
8c
upnerFeontmaine ideeVrinec.ouloit près de la
Lademi Lune de la Porte S. Antoine
étoit éclairée des deux côtés par des Lustres
,
& par des Girandoles, & la Porte S.
Antoine l'étoit en dedans, & en dehors ,
par un nombre prodigieux de lumieres,
dont la disposition représentoit un Arc de
Triomphe.
Lorsque le Roi arriva à la demi Lune,
,on« fit une Sal ve des canons de la Bastille ,
&c de
ceux que la Ville avoit fait transporter
sur le Bastion du Rempart, près de la
Porte.
Ce fut là que le Corps de Ville, présenté
par le Duc de Gesvres,& conduit par M.
Desgranges
,
Maître des Cérémonies ,
eut l'honneur de complimenter Sa Majesté
sur son heureuse arrivée. M. de Bernage,
Conseiller d'Etat ordinaire & Prévôt des
Marchands, portoit la parole.
Le Roi, en continuant sa route , trouva
par-toutlesmêmes préparatifs; on avoit eu
Ki précaution de sauver l'irrégularité du
Marché S. Paul
, par deux rangs de Poteaux
,
d'où pendoient des Lustres. Les Peres
Jésuites de la Maison Professe avoient
fait une fort belle illumination; nous en
parlerons plus au long, lorsque nous décrirons
les autres illuminations.
Des Lustres portés sur des Poteaux éclairoient
la Place Baudoiers, & le Cimetiere
S. Jean. Trois Fontaines de Vin couloient,
l'une dans ce Cimetiere
, une autre dans la
Place aux Chats au bout de la ruë de la
Ferronerie, & une troisiéme à côté de la
Fontaine du Trahoir
, que la Ville avoit
fait illuminer, & près de chaque Fontaine
émtoit uneAmphnithéâtsre,.remplid'instru- Toute la Place du Carousel dans laquelle
le Roi entra par la ruë S. Nicaise, étoit
ornée d'Ifs & de Girandoles;dans le milieu
de cette Place on avoitélevé une décoration
,
qui portoit plus de trois mille
lumieres ; du haut de cette décoration sortoient
quatre Guirlandes, & l'on voyoit
une Couronne de Lauriersuspenduë au
point de leur réunion.
Les Salves des boëtes & des canons placésendifférens
endroits, furent tellement.
distribuées ,qu'elles ne didcontinuerent
pointpendant le tems queSaMajesté traversacette
Ville. Le roi marcha fort lentement,
afin que les Habitans pussent mieux
jouir du bonheur de le voir, & d'ailleurs,
quand sa bpnté ne l'auroit pas porté naturellement
à leur donner cette marque de
ionarrcccion
,
sa marche auroit été nécessairement
retardée par l'affluence surprénante
ùdu Peguple,equi é.toi„t accouru sur son paf- I
Sa Majesté trouva au Palais des Tuilleries
la Reine,Monseigneur le Daupliin
& Mesdames de France, qui s'étaient renduës
ici de Versailleslemême jour. La
Reine à son arrivée avoit été complimentée
à la Porte S. Honoré par le Corps de
Ville, à la tête duquel étoit le Duc de Ges- 4
vres ,
Gouverneur de Paris.
Í
Le lendemain, le Roi accompagné de
Monseigneur le Dauphin,se rendit à l'Eglise
Métropolitaine;Sa Majestéfut reçue
& complimentée à la Porte de l'Eglise par
l'Archevêque de Paris, à la têtedesChanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur,elle y entendit la Meiïe
,
qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt, Doyen du
Chapitre;la Reine & Mesdames de France
s'étoient rendues à l'EgliseMétropolitaine
wmeme tems que le Roi; elles y entendirent
ioent la même Messe, après laquelle l'Ar.
chevêque de Paris donna la bénédiction ,
Se le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été observées à son
entrée dans IT-glit-c. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maison de Sa
Majesté,quiavoient accompagné le Roi
la veille
,
précédèrent & suivirent le caroiTe
de SaMajestéonavoit posé sur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres
,
sur
lesquelsétoient des Symphonistes.
Les illuminations continuèrent ce jour
là & ont continué pendant le séjour du
Roi;une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées, aussibien
que la clôturedes Boutiques,mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
suppléé aux précautionsduMagistrat
, c'est ce qu'il remarque judicieusement dans
le Préambule de son Ordonnance. » Quoiqu'il
soit persuadé
,
dit-il, qu'il n'est pas »besoin d'exciter le zèledes Habitans
,
J) cependant comme il est nécessaire de leur
» prescrire les régies qu'ilsdoivent obser-
» ver, & qu'ilconvient en conformité des
» ordres du Parlement, de fixer le tems de
» la clôture des Boutiques, & les jours des
M illuminations,&c. » Ce même jour 14 Novembre,M.d'Argenson,
Avocat du Roi au Châtelet, présenta 4
Sa Majesté le scrutin de l'élection da Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744.
-
On sçait que M. d'Argensonestfils du
Ministre des Affaires Etrangères,& Neveu
du Ministre de la Guerre; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de son nom;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
si nous disons que ce jeune Magistrat
entre dans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir, ce
qui seulest un grand éloge.
Nous ferons sans doute plaisir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adressa au Roi. Les François y retrouveront
les sentimens de tendresse & d'attachement
pour Sa Majesté
,
qui sont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en é, tat dde l»'exprimer avec une é'1loquence
aussî aisée & aussi naturelle. C'est ce que
la lecture de la Harangue va prouver miemt
que nos réfléxions,
HARANGVEfaitc auRoile14Novembre
1744,parM. dargenjron,[on Avocat
mi Chatelet de Paris, en prêsentant à Sa
Majeflé le Scrutin de rEleilion des Prévôt
des Marchands& Echevins pour- l'année
; 1744»
SIRE,
Votre bonne Ville de Paris ne se préfente
jamais aux pieds du TrônedeVotre
Majesté que pénétrée desplus vifs sentimens
de respect & d'amour
t
mais elle ne
connut jamais mieux qu'aujourd'hui toute
l'étendue & toutela force de ses sentimens;
Quel plus beau moment pour elle, que celui
où elle vous revoit couvert de gloire ÔC
dans une parfaite santé, où elle posséde
(lierae Votre Majesté, l'objet de sa félicité,
après l'avoir. été des ses cruelles inquiétudes
1 Nous n'osons vous rappeller
,
SIRE,
& nous craignons de nous rappeller à nous
même l'affreuse idée de Paris, allarmée pour
les jours de Votre Majesté. Nous vous offririons
bien plutôt le détail des témoignages
sensibles de la joie qui a succédé à nos alkrmes
, mais Votre Majesté vientd'en être
témoinelle-même. Elle vient de reconnoî-
41c dans les transports de [Qn Peuple, les
traitsde cette éloquence naturelle dont
l'Art ne peut imiter les expressions. C'est
au nom de ce Peuple que U Ville de Paris
a coûtume d'assurerVotreMajesté de sa
tendresse respectueuse& de sa profonde
obéissance. Il parle aujourd'hui lui-même,
Nous ne pouvons que confondre nos voeux
avec ses acclamations ; si les Magistrats qui
ont été cette année à la tête de nos Citoyens
,leur ont donné l'exemple du zéle
dont la Capitale a fourni le modèle au reste
du Royaume
, ceux qui veulentleur succéder,
pénétrés des mêmes sentimens
,
célébreront
avec une ardeur égale
,
les heureux
événemens dont le Ciel nous a donné
le gage, en conservant les jours de Votre
Majesté. Que ne nous promettent point les
succès éclatans qui ont marqué tous les
pas de Votre Majesté pendant cette Campagne
1 Votre gloire, SIRE, ne peut être
égaléeque par l'amour de vos Sujets.
Il y eut aussi ce même jour Concert au
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
sont de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaisîrs de Sa Majesté,
capable non-seulement de conduire ses Fêtes,
mais de lesimaginer, la Musique est de
M.de Blamont,Surintendant de laMusique
du Roi, si connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines
,
le Caprice d'Erato ÔC
par d'autres Ouvrages qui ont avantageu-
* sement établi sa réputation.
Le divertissement se passe sur les bords
de la Seine dans un Bocage, dont les Arbres
sont entrelassés de Guirlandes de fleurs.
Des Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaisir qu'ils
ressententdans ces belles rétraites.
Il n'est point pour l'amour de rétraite plus belle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux;
L'indifférent y devient amoureux, L'inconstant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occasionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Ismene
)
qu'il adore. Avant que de la
voir, il est interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi,
cédez,lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience;
Vous avezparcouru tout l'Empire des Lis;
Parlez-nous cher Licas des exploits de Lounj
De ses vertus, de sa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux.;
Il fait adorer sa puissance;
C'est ainsi que regnent les Dieux
Unesibellevie,
Qui faittant de jaloux
,
..¡
Sans le secours du Ciel nous eut été ravie--;
Nos Ennemis fuyant ses coups )-
Ont moins tremblé que nous.
Dieux! ne bornez jamais ses belles destinées f
Du plus chéri des Rois ne soyez point jaloux;
Ah ! si nos voeux pouvoient prolonger ses années,
Notre amour lerendroit immortel, comme vous..
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres,Licas revient à Hillene.
Lieas.
Que n'ai-je point souffert en quittant ce rivage l
L'Amour en pleurs suivoit mes pas.
Si mon éloignement trahissoit vos appas,
Ilsétoient trop vengés; j'emportois leur image.;.
Ismenevaincue par la perséverance de
Licas, lui avoue enfin qu'elle partage sa tendresse.a-
Je ne vous ai point vu quitter ce beau ajour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
¡
N'est-ce pas dire que l'on aime ? 7
Mars suivi de Guerriers survient avec
l'alés. Les Trompettes se joignent aux
Musettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
la guerre que pour établir la paix.Toutes
les voix se réunissent pour le célébrer.
Quel Héros est plus triomphant!
Ilfaut sur l'Univers que son Sceptre préside.
C'est la Sagesse qui le guide,
Et la valeur qui le défend.
On ne peut donner dans un Extrait tout
ce qui mérite le suffragedesLecteurs
,
mais
M.de Blamontfait imprimer ce Divertissement.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles & de la Musique.
Ce même jour M. de Van-Hoey, Ambassadeur
ordinaire de la République de Hollande
, eut une audience particulière du
Roi; il en eut une de la Reine le jour suivant,
de Monseigneur le Dauphin le 16
y & de Mesdames de France le 17.
M. de Villeneuve, Conseiller d'Etat, qui
avoit été nommé le 3 de ce mois, Miniftrc
Secrétaire d'Etat, au Département des Affaires
Erangeres, a supplié le Roi de lui
permettre de ne point accepter cette Charge
, & Sa Majesté
, ayant bien voulu approuver
les raisons qu'il lui a données,M.,
d'Argenson
,
Conseiller d'Etat Ordirnaire
& au Conseil Royal des Finances, a été
nommé le 18 Ministre & Sécrétaire d'Erat
au Département des Affaires Etrangères.
Le Roi a donné en même tems au Comte
d'Argenson
,
frere du nouveau Ministre 8c
lui-mêmeMinistre & Secrétaire d'Etatau
Département de la Guerre,la Place de Sur-
Intendant Général des Postes & Relais de
France.
Ce jour a été aussi marqué par une Promotion
d'OfficiersGénéraux, dont nous
rendrons compte dans le second Volume
de ce Mois.
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une falve des canons,
& de boëtes, 8c la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
l'Hôtel de Ville; le Duc de Gesvres,Gouverneur
de Paris, le Prévôt des Marchands
,
les Echevins
,
le Procureur du
Roi
,
le Greffier
, & le Receveur du Bureau
de la Ville, tous en habitsdecérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
son carosse. Le Compliment fut fuir par le
Prévôt des Marchands, qui suivant l'usage,
mit un genouil en terre, ainsi que
les Echevins , 8c les autres Officiers du
Bureau. Sa Majesté étantensuite montée à
l!H«rel de Ville, entra dans la Grande Sale
,
qui
étoit tendue de Damas Cramoisi , galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
riches Tapis de pied. Quatorze LucresSe
SoixanteGirandoles contribuoient à l'embellissement
de cette Sale,& sur une des
cheminées étoit le Portrait du Roi, sous
un Dais. De cette Salle le Roi passa dans
les autres, dont tous les meubles & les ornemensétoient
d'une extrêmemagnificence,
& d'oùSaMajestéconsidéra la decora.-=
tion de la place, vis-à-vis de l'Hôtel dq
Ville.
Autour de cette place regnoitunesuite
de colonnes accouplées, dont les bases&
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablementdechaquecoupledecolonnesétoic
aussidoré, & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier. A l'extrêmité
de la Place
,
vis-à-vis de la Grande Sale
on avoit élevé un Arc de Triomphe
r
de
cent pieds de haut sur soixante de large;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique, oi la
hauteur des colonnes de trente-deux pied*
a dix-sept pieds ds terre ,.
k reste en proportion.
Sur ta principalefaçade,étoit unï-
Arcade, élevée de quarante-quatre pieds.,.
large de vingt-deux, & qui en avoit dix>
sept de profondeur.. 11. y avoit z ctclqur
côté de cette Arcade deux colonnes, 8c.
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite, & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient composées
de deux colonnes isolées, au milieu
desquelles étoitd'un côté Pailas& de
l'autre Mnerve ; tous les entablemens des
colonnesétoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
y & de trente d'élévation
,
représentant le
Roi traîné dans un Char, & couronné
par la Viaoire.
Le sol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc; le contre-socle
,
les:
piédestaux, l'imposte, l'archivolle, l'architrave
,
la corniche,& l'attique (lemarbre
verd } les colonnes & les frises, de se..
racollin
,
les bases
,
les chapiteaux
, & les
bas reliefs des paneaux des piédestaux ,de
bronze doré. On lisoit dans l'attique cette
Inscription en Lettres d'or Ludovico redivivo,
Ludovico Triumphatori.
Près de la Rivière étoit une grande Sale
quarrée
,
forméepar divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier, & garnis de Girandoles
dorées; on avoit construitaumilieu
un Edifice d'une, élegante Archiredme,Tii
distribuoitduvin de trois côtés.
Le Duc de Gesvres présenta au Roi le
Prévôt des Marchands
,
les Echevins, le
Procureur du Roi, le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville, & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit servie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & se mit à table.
Monseigneur le Dauphin se plaça à la droite
de Sa Majesté
,
le Duc de Chartres à sa
gauche, le Prince de Dombes à côté de
Monseigneur le Dauphin, & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts, dont les
vingt-cinq restans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de servir le Roi, & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté, à qui le
Greffier de la Ville présenta le fauteuil.
Monseigneur le Dauphin, dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau, fut servi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins servirent le Duc de Chartres, le
Prince de Dombes, & le Duc de Penthiévre.
Il est presque inutile de dire que le Festin
fut aussisomptueux que délicat. Les Of:
ficiers dela Bouche du Roi avoient travaillé,
mais ce fut le Maître de l'Hôtel de ht
Ville qui mit les plats sur table ;lefruit
méritoit sur-tout l'admiration des connoisseurs.
On voyoit au milieu de la tableun filet
que l'on nomme vulgairement dormant,
parce qu'il reste sur la table pendant tout le
repas. Au milieuétoit le Surtout de la Ville,
qui est fort beau, & l'on avoit placé a
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit élégamment & arriftement
arrangées, & qui formoient un
buisson. Deux autres plats étoient à côté de
ceux-ci
,
& les Ouvrages en sucre, dont ils
étoient chargés
,
représentoient deux roches
-
qui se réunissant dans le haut
,
formoient
une arcade. Des branches de Liere
y & un groupe d'enfans qui grimpoient dessus,
étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
sucres plats de porcelaines
y
garnis avec
élégance, & sur deux autres l'on voyait
des cristaux taillésenfilet, ce quiformoit.
un coup d'oeil auui singulier qu'agréable.
Lefruit étoit dressé sur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe; il étoit
monté en gradin, orné des plus belles
fleurs,&dessiné avec beaucoupde goût &
d'intelligence > ces dormans, les porcélaines
,
& les fruits ont été abandonnés an
pillage après le dîner de Sa Majesté. On a
livré de mêmeàl'avidité du peuple les
fruits qui garnissoient quinzeautres tables,
sur lesquelles on voyoit plufieLUS Ouvrages
en sucre, qu'on auroit admirés, si ceux de
la table du Roi ne les avoient pas effacés.
Ces quinze tables furent fervies en me-
Ille tems que celle du Roi; elles étoient
destinées pour les Seigneurs qui n'eurent
pas l'honneur de dîner avec S. AL &
pour plusieurs personnes de confidération.
Pendant le dîner du Roi-, MM. Rebel
& Francceur,Sur-Intendans delaMutique
de Sa Majesté, reçus en furvivanee de
MM. Destouches 6c nlamont, & Inspecteurs
de l'Académie Royale de Musique
firent exécuter ,
, par les vingt-quatre Violons
de la Chambre,& par rOrcheltre de
l'Opéra, plusieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
La Demoiselle Lalande
, & le Sieur Benoift,
Ordinaire de la Musique du Roi
s chanterent un Dialogue, intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi, Chevalier de
l'Ordre de S.. Michel
,
&: MM. Rcbel
ik Francoeur avoient compaCé, l'un les paroles
de ce Divertidement
,
les aunes la
Musique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles
,
la Musique
,
6c l'exécution
concoururent également au (nccès,
& les Auteurs resurent des élogesqu'ils
font accoutumés à mériter & à recevoir
mais „ que l'éclat de cette circonstance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner, le Roi joiiit d'un nouveau
[peébcle > l'Arc de Triomphe,la Colonade,
& la Sale près de la riviere furent
illuminés, ainsi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
fpeébcle frappant, & se communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumières : on avoitilluminé aussi la cour
de l'Hôrel-de-Ville; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes, tant du premierque
du second ordre: on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies, qui
portoient des Girandoles de vingt lumières
chacune. Plusieurs Lustres garnis de Bougies
étoient suspendus de distance en distance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineusesj
le long de l'entablement,& à lacroisée qui
cft vis à-vis de la porte d'entrée ,étoient ces
mots en transparent : Recepto Coesare Felix.
Le Roi, en deseendant
, remarqua avec
beaucoup de plaisir la décoration de cettecour
, & il témoigna qu'il étoit satisfait de
l'empressement de la Ville à lui prouver ion
zélé.
Le Duc de Gesvres, le Prévôt des Marchands)
lesEchevins, le Greffier & le Receveur
de la Ville reconduiferent S. M. jufqu'à
Ton carosse : de-là elle alla avec le même
Cortége que le marin à l'Eglise des Jefuites
de la maison Profdfe. La Reine,accompagnée
de Mesdames de France, s'y
écoit renduë quelque
- rems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglise, & complimentées par le P. Frey ,
Provincial,à la têtede la Communauté, &C
elles y ailifterenr au Salur. L'Eglise éroic
ornée & éclairée aulli magnifiquement que
l'avoir été leporraille jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détailmieux
circonstancié de ces deux illuminations. En
retournant au Palais des Tuilleries, le Roi
repassa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoir fair illuminer ce Qui avec
des Lustres, & roure la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'éroit aussi par
plusieurs cordons de lumicre, dont le dernier
fuivoir le desseindutoîr.
Il y eut ce foir là dans toute la Ville des
illuminations, & plusieurs furent encore'
au-deflfus de celles de la nuit du 10 du mois
de Septembre dernier,qui fera a jamais célébre
dans les Fastes de la France: celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirèrent également l'admiration générale,
en produifanc deseffets différents. Le premierécoitéclairé
uniformémentdans toute
l'étendue des galeries du Louvre,mais ledessein
de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoir Ce laller de le
voir répéré. La variété du fecond lui donnoir
une autre espèce de mérite. Les Edifices
somptueux
,
dont ce Quai est, orné,
étoient tous illuminésfnivant des desseins
differens, & ceux qui du Pont Royal obfervoientl'estet
de ces différentes illuminatioiis,
croyoient voircesPalais enchantés
que décrivent les Historiens desFées. Leurs
Xlajeftés virentces deux Quais, l'illuminationde
la place Vendôme,&: celle de la
principale rue. Nous placerons la Defcription
des plus belles dans un endroit séparé,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux quefuIrenr les spectacles
formés par ces différentes illuminarions,ilsn'auroient
pu.être comparés à celui que la
façade, & la cour du Chateau des Tuilleries
devoienr atE-iran Roi lorsqu'il rentra, mais
un vent violenr, qui s'éleva, rendit intuile
la plus grande partie des peines qu'on avoir
prises pour éclairertoutes les partiesdtHlinées
à l'êtredaiis ce vasse Edifice.
Le 17 le Roi accompagné de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Mesdames
de France, & avec le mme cortege que le
13 & le 15 se rendit a l'Eglise de l'Abbaye
de fainte Geneviève ; l'Abbérevêtu
de Les habits pontificaux, & à la tête de
ses Religieux,
reçut le Roi à la porte de
l'Eglise
,
& le conduisit dans le Choeur,où
S. M. entendit la Mesle.
Le meme jour, Sa Majesté a-voir été complimentée
le matin par le Parlement
,
à
la tête duquel étoit M. de Maupeou,Premier
Président ; la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides, la Cour des Monnoyes
& le Corps de Ville eurent aussi le
même honneur. M. de Nicolaï,Premier
Président de la Chambre des Comptes
, Al. le Camus, Premier Président de la Cour
des Aides, M. Choppin de Goufangré premier Président de la Cour des , Monnoyes,
&M. de Bernage
y
Prévôt des Marchands,
portèrent la parole. L'après-midi, le Grand
Conseil, à la tête duquel étoit M, Gilbert
de Voisins
,
Conseiller d'Erat nommé par
S. M. pour - présidercetteannée à cette
Compagnie,s'acquitta de ce devoir; le Roi
futensuite complimenté par l'Université &
par l'Académie Françoise. M. Fromentin
, Recteur, portant la parole pour l'Université
, & M. de Crebillon
,
Directeur
de l'Académie pout cette Compagnie;ils
furent tous présentés par le Comte de Maurepas,
MinistreSeSécretaire d'Etat, & cont
duits par M. Desgranges,Maître des Cerémonies.
S. M. qui sçavoit que M. de Crebil-
Ion avoir composé des Vers sur sa Convalescence
, eut la bonté d'ordonner à cet
Académicien de les reciter. Les Vers ne démentirent
point la réputation de ce célébre
Ecrivain, & ceux que recita M. de la
Chauffée,répondirent aussi à l'opinion avantageuse
que le Public a de ses productions :
ces deux pièces de Vers ont étéimprimées
; M. de la Chaussee eut le surlendemain
l'honneur de présenter un Exemplaire
de la sienne au Roi, qui le reçut
avec bonté
, & deux jours après M. de
Crebillon eut le même honneur.
Ce récit auroit excité inutilement la curiosité
de nos Leaeurs
,
si nous ne joignions
ici ces deux Pièces, qu'on ne trouvera
pas dans les Provinces, ainsi nous
avons cru servir le Public & travailler pour
la gloire des deux Auteurs,en joignant ici
leurs Ouvrages.
y ERS récités au Roi, par M. de Crebitlon,
Directeur de/'Académie Françoifc',
à la fuite du Compliment quil a fait à SA
MAIESTE'
, au nom de cette Compagnie, le
Mardi 17 Novembre 1744. Q
uel orage soudain s'éléve & m'environne p
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts t
Que de gémissemens ! l'air mugit; le Ciel tonne.
Dieux!Quels tristes objets s'offrent à mes regards!
Où fuis- je ? Quoi
r
je touche à l'infernale rive t
François infortunés,y portez-vous vos pas i
Qui vous amène en foule aux portes du trépas?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots, qui me glacent d'effroi.
déplorablesang! 0 malheureuse Reine.
La Reine!.Ah! C'en est fait ; notre mort est
certaine.
La France va donc perdre & son Pere , & son Roi 1
François, le désespoir où votre ame se livre,
Doit aller aussi loin que la rigueur du fort ;
Si Lou I s ne vit plus, il faut cesser de vivre;
Pouvons-nous souhaiter une plus digne mort?
Roi, notre unique bien
,
quoi! la Parque perfide
Voudroit porter sur vous une main parricide!.
Mais quel bruit éclatant vient agiter les Airs
Quelle étrange lueur roule dans les ténèbres I
A travers tant d'objets terribles & funèbres,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Est-ce le Dieu des Morts qui tient sa cour funeste
luais non,ce qui paroît n'a rietr que de céleste.
itqLIe1 est donc le Dieu que jevois accourir?
Il tend vers nous les bras; c'est pour nous lecourir;
Mille rayons brillans forment son Diadéme :
Le Dieu des Morts n'a point ce port majestueuxf
Cet air noble & touchant
,
ni ce front verrueux ;
C'est, je n'en doute plus, LOUIS L E Guland, luamême
, ivient sécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor sur ses anciens sujets !
Ce Roi, qui si long-tems a gouverné la Terre , ¡ Régne-t-il en des lieux inconnus au Tonnerre!
On diroit qu'aux Enfers ilva donner des Loix ;
(Voilà ses traits, ses yeux; je reconnois sa voix:
» Fermez,dit-il, fermez la retraite des ombres;
» Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
« bres;
S'il mouroit, que d'Exploits feroientensévelis,
» Et qui pourra compter les Exploits de mon fils!
»»EntreCésar&moi le Ciel marque sa place:
jj Mais les Dieux feront lents i terminer ses jours,.
» Et si la Gloire a droit d'en prolonger le cours,
» Il n'est point de Nestor que son âge n'efface.
»» François} vous reverrez ce Roisi généreux;
sa-Puissent le voir aussi les fils de vos neveux
Il dit, &
,
toutà-coup les Enfers disparoissent,
LaMortfuit,le jourvient,&les François renaissent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux!
Passons nous des Enfers dans le séjour des Dieux î ,.,, Quels feux écinceians brillent sur J'Hémisphére?
Ah ! Ii c'écoit Louis.Mais en yain jeresp.e'rej
Il est trop occupé de ses nobles travaux j
Il braveégalement la mort & le repos.
Qu'est-ce donc que je vois! c'est unautre luimême)
La Gloire, je lejuge, â sa beauté suprême
;
,C'ea elle en ce moment qui vient nousl'annoncerai
La Gloire prend toujours foin de le devancer.
Hélas! ilest donc vrai ; nous allons voir paroîtrç
Ce Héros,le plus grand que le Ciel ait fait naître.
Venez,voyez
,
chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait présent la faveur du Destin.
O François! Peuple heureux& si digne de l'être!
Venezen rendregrâce à votre auguste Maître;
C'est ltfî,ç^elf:fahontp qui vous rend tous heureux:
Qu'il foit, après le Ciel, l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui sans cette l'encens
fume!
Que par le peuple épars le salpêtre s'allume!
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux,
pe leur recoonoissance aille instruire les Dieux
SECONDEPiece de Vers,pré/entée ait
Roi, lefendi 26Novembre 1744,
; par le même.
Dleu des Rimeurs,crois-moi, point de qUerelIe,
Ou soûtiens mieux tes airs de Protecteur.
Qui, mieux que moi, ton ancien serviteur
, Dût espéres une grace nouvelle?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau,
Le plus brillant, le plus doux de ma vie ï
Je l'avouerai
; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter son Roi, c'est chanter sa Maîtresse
Ilfaut toujours la louer bien ou mai ;
C'est,d'un seul trait, signaler sa tendresse ;
Et désoler celle de son Rival.
goîmmerLouis ,
est un préliminaire,
Qui va d'abord gagner tous les François:
Ce nom si cher vaut lui seul l'ait de plaire ;
Ainsi chantonsJe réponds du succès.
D'autres que nous dans la même carrière
Eussentété sislés sans lamatiere.
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs,
Tant le sujetintéressoit les coeurs.
Disons que Mars d'accord avec Minerve
Le beau début 1 O la sublime verve!
Laile-moidire, écoute jusqu'au bout:
Amour nousaide,& Louis surletout.
Ases conseils la Justice préside
,
Et la Sagesse y recueille les voix »
Marsexécute & Minerve décide;
Mais c'est Louis qui leur dicte ses loix ;
Qui, tour à tour, tient le glaive & legid'e
Pere, Soldat & Monarque à la fois.
Disons qu'il fait honneur à notre espèce;
Grand sans orgueil, redoutable & charmant.J
Est-ce là tout? pauvre Dieu du Permesse,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va
,
laisse-moi, je te tiens quitte
De l'avenir lk du présent ;
Tu m'as donné pour tout mérite,
Le cruel & morne talent
De hurler dans la Tragédie;
m
Tu diras de plus que c'est toi
Qui m'as mis à l'Académie;
Moi, je t'ai fait parler ai; Roi
COM.PLIMENTan Roi, par M. de
la Chaussée
, de l'AcadémieFrançoise,
JEnSii
je terevois, cher & pouyel Auguste,
Que mon coeur en secret a toujours encensé.,.;
Pardonne en ce moment le transport le plus juste;
•
Qui le sçaitexciter n'en peut être offensé.-
Non; l'essor que je prends ne sçauroit te déplairej
Le moindre.des mortels ,sans être téméraire,
Peut laisser voir aux Dieux tout ce qu'il fent pout
, eux.
France, tu m'applaudis; le même amour t'in/pir^
Tu n'asplus qu'à jouir du sort le plus heureuxj -
Tu viens de recouvrer l'Ame de ton Empire.
Et toi, daigne agréer l'hommage mérité,
Que t'offre par ma voix la simple Vérité.
La feule flaterie a besoind'êtreornéej
Ehi quand nous t'offririons ses dangereux attraitS. (
Tu ne recevrois point la Coupe empoisonnée,
Que, le commun des Rois aime à boire à longs
traits:
ïnhs
Pois Malheureuse, ailleurs va porter tes prestiges,
Tu n'élevas jamais de véritable Autel.
Poursuis, PMMCJ5,poursuis ton cours & tes prodiges:
Tel jjaaddisisVcommenîçaa ton AyYEBuUiLI iimmmmoortretlel.
Que dis-je. A peineentré dans la même carriere
f
Quel amas de Lauriers ! La plus forte Barriere
N'est qu'un frivole obstacle à tes premiers travaux,
Et l'altiere Ciré,"Ir qui bravoit ton Tonnerre,
Sur tes débris sanglans sert d'exemple à la Terre:
Trembler, fiers Ennemis.VousAmphions
nouveaux,
Formez-vous déformais à l'ombre de sa gloire.
Qui peut mieux vous ouvrir le Temple de Mémoire?
Chantez, Muses, chantez
,
voilà votre Apollon.,
Mais quels que soient les chants qu'elles fassent
éclore,
Vois au fond de nos coelirs, tu liras plus encore,
Que n'en peut ex primer tout le sacré Vallon.
*Tpres,Fumes, Menim
e* Fribourg.
Le soir,le Roi, la Reine, Monseigneur
le Dauphin & Mesdamesfirent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
visite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoitilluminée
comme les jours précédens, par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'ArchitectureduBâtiment. A l'égard
des cours , on y avoir seulement mis un
grand nombre de Terrines, plutôt pour les
éclairer, que pour les décorer. Sur les six
heures du soir
,
le Roiarriva, accompagné
deMonseigneur le Dauphin. S. A, R, ér-oif
dans son lit: il n'y avoit dans la chambre
qu'un seul fauteuil, & quantité de plians
destinés aux Dames qui ont droit de s'asseoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
safîk point, & par conséquent tout le
monde se tint de bout; la visite du Roi
dura environ un quart d'heure, & elle se
passaen discours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mesdames arriverent immédiatem-ent
après le Roi. On remit un second fauteuil
dans la chambre. Mesdames s'assirent dans
les deux fauteuils; les Dames titrées se
mirent sur des plians, & les autres Dames
se tinrent debout. La visite dura près
d7une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'esprit
, & sur-tout l'esprit de la
conversation
,
entretint Mesdames d'une
maniere qui les satisfitextrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils, afinqu'il n'en ressâc
qu'un seul dans la chambre. La Reine s'y
eait,& elle y fut un quart d'heure, pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'estime
qu'elle lui a déjàdonnées plusieurs fois.
M. le Duc de Chartres, Madame la D11-
cheflfe de Chartres & Madame la Duchesse
de Modene
,
qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin
& Mesdames à la descente du carrosse
, & les reconduisent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde, &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent aufll renouvellées
dans toutes les rues, & la soirée ayant
été plus favorable que celle du 15 ,
l'illumination
du Château des Tuilleries produisit
tout l'effet qu'elle devoit produire, c'est-à-dire
, un des plus étonnans qu'on
puisse imaginer. On admira aussi beaucoup
la maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
illuminélemême soir; les lumieresdessinoient
l'Architecture de ce vaste Edifice;
ce spectacle excita la curiosité de tout Paris,
Monseigneur le Dauphin alla voircetteillumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables,
- Le 18 après midi ,Leurs Majestés, Monseigneur
le Dauphin& Mesdames de France
partirent pour retourner à Versailles;
le Roi trouva sur son passage,ainsi que les
jours précédens, divers Amphithéâtres de
Musique,& plusieurs Fontaines de vin qui
couloient pour le Peuple, & il fut salué
par un grand nombre de Boëtes, & de canons
placés à la Porte S. Honoré, par les
ordres du Corpsde Ville.
Leurs-Majestés,pendant leséjour qu'elles
ont faitici, ont soupé tous les jours en pablic
avec Monseigneur le Dauphin &
Mesdames de France; on ne peut, sans en
avoir été témoin
,
se former une justeidée
dle la multitude innombrable de personnes
de tous les Ordres, qui remplissoit à tour
tesles heuresdu jour,non-seulementlesApparremens
du Roi,mais encore les Escaliers,
leVestibule,& les cours du Palais des Tailleries
; le désir de voir Sa Majesté & la Ba,.-
mille-Royale,sembloit être l'unique occopation
des Habitans de cette Ville, & la
satisfaction de jouir de cet avantage,leur ul plaisir.Le Roi touché de l'einprefïe^
ment de son Peuple, avoit ordonnéqu'on
laissât entrer indifféremment toutes fortes
de personnes.
Leurs Majestés, en retournant à Verbilles,
trouvèrent sur leur passage une
illumination superbe que S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orléans avoit fait préparer
à son Pavillon de Chaillot.
La Terrasse qui a 50 toises entre les
deux Pavillons, étoit illuminée dans toute
son étendue par une mosaïque en lozange
dessïnée par des Lampions; depuis"*ledeuus
du pavé jusqu'au niveau de la Terrasse
1
elle
étoit couronnée par une plinthe marquée
auflS en lampions,avecun cordon de Terrines
servant de retraite par le bas, & unautre
au-dessus de la plinthe, le tout étoit surmonté
par distances égales de vingt-quatre Piédestaux
garnisaussi de Lampions,& portans
chacun une grande Girandole de quarante
lumieres. Le corps du milieu étoit
distingué par une mosaïque remplie de
Fleurs de Lis dessinées en Lampions, couronnée
de la même façon que le reste
, &c
cantonnée par des Pilastres, qui étoient décorés
sur la hauteur de Médaillons avec
des L. en chiffres, le tout dessiné en Lampions,
L'intérieur du Pavillon de S. A.. Royale
étoit superbement éclairé par qbs Bocats , Bras & Girandoles garnis de bougies, ÔC'
celui qui est à l'autre extrémité de laTer-
- rasse
,
étoit éclairéaussi dans le même goût.
Leurs Majestés saluerent en passant S.
A. R. & donnèrent à cette Princesse de justes
élogessur son goût& sur l'élégance de
ccrte illumination yles desseins ont été fournis
par M. Mateau, Officier de la Chambre
de S. A. R. qui entend parfaitement le
DdfeinSc l'Architecture,
Leurs Majestés trouverent à Passy une
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice
,
qu'avoit fait préparer le Président
de Rieux, qui est Seigneur de ce Vilhge,
& qui y a une fort belle maison sur lebord
de lariviere.
•
En face du Château,vis-à-visdelaChaussée,
sur une demie lune,étoit posé un corps de Feu d'artifice, qui fut très-bien exécuté
& dura iz minures; il commença par
une salve de 12,5 Boëtes & de 6 piéces
de canon, lorsque le Roi futen présence du
Château; 100 Fusées volantes suivirent
>
& on vit ensuite partir un corps de Feu * dont les spectateurs admirerent l'exécution
;sur une Terrasse du Potager, attenant
le grand chemin,étoitplacé un corps de
Musique
,
composé de Tymbales, Trompettes
, Cors-de-Chasse &Hautbois, qui
ne cesserent point de jouer des Fanfares ,
tant que le Roi fut en présence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie, par une quantité considérable
de Terrines;elles suivoient les desseinsd'unepiéce
de Parterre en palmette,
& d'une piéce d'eau qui montoit avec un
ljeeutrds'eau ; ces pièces sont bordées suivant
desseins
,
d'un treillage qui étoit aussî
illuminé; les Bosquets du bas du Potager,
qui sont aussi garnis de treillage,étoient
pareillementilluminésdeTerrines suivant
leurs décorations, & bordés des deux côtés
par un doublefiletde lumiere; le long de
la face du Château, du côté de S. Cloud
y regnoient deux cordons degrosses Terrines;
le fort de l'illumination étoit posé sur trois
grands escaliers qui descendent du rés de
chaussée, & aboutissent à une fort belle
Terrasse ; un cordon de Terrines bordoit
cetteTerrasse; elle étoit garnie de Vases
qui portant chacun un Pot-à-feu
,
formoient
par leur élévation une Pyramide
de lumiere ; la seconde Terrasse de ce Parterre
étoit garnie d'environ300 Vases, qui
portoient aussi des Pots-à-feu & suivoient
les desseins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terrasses est un massif
d'unegrande beauté, il est composé de
huit Bosquets garnis d'environ 4000. pieds
.d'Arbres
; dans le centre est une piéce de
gazon octogone
, au milieu de laquelle on
voit une figure représentant une Déesse
qui montre la Musique aux Amours; ces
Bosquets & la figure sont accompagnés de
-
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du massif; le tout étoit entouré
de Vases chargés de Pots-à- feu, qui éelairoient
toutes les parties de ces Bosquets.
Monsieur de Rieux avoit faitilluminer
tous les appartemens & la galerie de son
Château,& avoit invitée à cette Fête une
nombreuse Compagnie.
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles.
Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empressés
, que ceux
de Paris, à faire éclater la joie que leur
causoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Châ
teau, à l'entrée de la principale
Avenuë,en
tre la Grande & la Petite Ecurie, un Arc
de Triomphe
,
composé de trois Portiques
,dont celui du milieuavoit trentehuit
pieds de haut sur vingt de large. L%
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds, & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompagnés
de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilastressoutenoient un Entable-'
ment,surmonté d'une Balustrade dont la
Friseétoit embellie par plusieurs Guirlandes
de fleurs.
Au-dessus de laBalustrade, du coté de
l'Avenue , on voyoit sur le Portique du
milieu,un Tableau de trente pieds de hauteur
,
dans lequel la Muse de l'Histoire
étoit représentée, écrivant dans un Livre
que portoit le Tems ,
lesactions du Roi,
(hélées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelassées achevoient
le Couronnement. Dans le retour.
circulaire,éroient à droite la Statuë de la
Gloire, & à gauche celle de ¥jQmonr de la
Patrie, chacune sur un Piédestal & entre
deux Pilastres.
La Confiance & la Clémenceétoient pIa":"
cées, l'une à la gauche du Portique de la
droite
, & l'autre à la droite du Portique de
la gauche, chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite da
premier tle ces deux Portiques & à la gal.b"-
che du second s'élévoit entre deux Pilastres
un superbe Trophée, posé sur un Cul de
Lampe, dans lequel étoit un Ecusson avec
trois Lis d'Or.
Dans la façade du côté du Château,or*
lisoit à l'Architrave du grand Portique cette
Inscription
,
Regl, Patri, Hcro:, Un
Globe avec les Armes de France, soutenu
par deux Esclaves
,
faisoit le Couronnement.
La Renommée au-dessus de ce Globe
tenoit le Portrait du Roi, tandis qu'un Genie
descendoit du Ciel, pour couronner
Sa Majesté. Aux pieds de la Renommée, quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoir placé
aux deux côtés de ce Portiquela Valeur &
la Libéralité, L'& la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Constance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue
,
& la Décoration étoir terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêrus;
de diversornemens relevés en Or
, & l'on
avoit peint des Trophées dans lesCloisons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Château
,
étoient fous les Armes, d'un côté,
cent Enfans de douze à quatorze ans, tous
vêtus de blanc,& de l'autre la Garde de la
Ville. Huit Compagnies Bourgeoises , de
cent cinquante hommes chacune,cinq de
la Ville-Neuve
, & trois du vieux Verfailles
,bordoient le passage du Roi depuis
l'Arc de Triomphe jusqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies, à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent, & les
deuxautres un Uniforme écarlate avec des
vestes galonnées d'or, chapeaux bordés
avec des plumets, allerent au-devant du
Roi jusqu'àl'extrémité de l'Avenuë
, &
ellesavoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Versailles.
Ces trois dernieres Compagnies accompagnerent
Sa Majesté dans le reste de sa
marche jusqu'au Château, qui étoit illuminé,
ainsi que l'Arc de Triomphe,avec
autant de goût que de magnificence.
Le soir,avant le souper du Roi, la Ville
fit tirer un feu d'artifice:il y eut des illuminations
dans toutes les rues, & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées , d'autant plus flateuses
pour Sa Majesté
, qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux, que ces hommages étoient
rendus moins à son rangqu'à sa personne.
ILLUMINATIONS.
N0 u s avons promis de rendre compte
au Public de quelquesunes des
illuminations qui ont étéfaitesà Paris pendant
le séjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déjà dit au sujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons, mais nous décrirons
celles dont ilnous a étéplus facile
de recouvrer les desseins. Nous commencerons
par celles des Peres Jésuites de la
MaisonProfesse.
LA MAISON PROFESSE DES JESUITES.
La façade de leur Eglise, érigée par Louis
XIII. fous l'invocation de S. Louis, étoit
décorée d'une multitude de lumieres. Trois
Arcs éclairés dans leurs Cintres & dans
leurs Pilastres
,
laissoientvoir dans l'enfoncement
autant de Soleilsbrillans, & symboliques.
Celui qu'on appercevoit à la droite
,
rappelloit la rapidité des Conquêtes de
Sa Majesté, le second placé à l'opposite,
annonçoit sa Convalescence
,
& le troisiémeplus
élevé, représentoit la sérénité que
ipn retour répandoit dans tous les coeurs.
Cet ordre lumineux étoit parsemé d'Etoiles
& de Fleurs de Lis, & il marqnoit le Con-
-
cert des Cieux & de la Terre dans cet heureux
jour. Une Couronne fermée
,
chargée
delumières
,
furmontoit cette premierefa-,
ce de l'illumination. On lisoit a:udeifoll.g..
en Lettres de feu, Vive le Roi. Les Chapiteaux
lX les Corniches,aussi-bien, que les
timpans des portes de côté répondoient ace
dessein principal: ilsétoient bordés de
filets de lumieres ou de cordons entrelassés
» selon l'architecture & la Sculpture de ce.
magnifique,frontispice;des Lustres pendant
depuis le haut du Portail jusqu'à dix pieds
du perron ,
suppléoient à ce qui ne pouvoit
pas comporter un arrangement de lumieres
,égal à celui d'en bas,ils se retrouvoient
à peu de distance dans un concours
de clartés
mi, avnec cineq Ifsu,en Psyrameide l.iif. Ladisposition du Lieu auufade succès: del'illumination.
Le grand vent qui endommagea
considérablement toutes les autres,
ne plit entamer celle-ci. Les maisons voisines
, & la profondeur de l'endroit où elle
se trouva placée,servirent à la garentir.
Sa Majesté daigna honorerde ses regards. de son approbation le spectacle que les.
Jésuites eurent le bonheur deprésenter à
son passage.
Le Dimanche suivant, le Roi, la Reine,
Monseigneur le Dauphin & Mesdames,
accompagnés de la Princesse de Conti, du
Duc & de la Duchesse de Chartres, du
Comte d'Eu,du Duc de Penthiévre, de
la Princesse d'Epinois,d'un grand nombre
de Prélars & autres personnes distinguées
de la Cour & de la Ville se rendirent sur
les six heures du soir en cette Eglise
,
ainfr
qn'on l'a déja dit. Elle étoit parée aussi magnifiquement
que l'éxigeoit une si Auguste
Assemblée;les trois Ordres de l'Autel principal
éroient éclairés dans toute leur étendue.
Les Balustrades qui bordent les hautes
corniches, & celles qui entourent le dedans
du Dôme, portoient une très-grande multitude
de bougies, dlsposéesavecart. Vingt
Lustres répandus dans toute la longueur de
la Nef, & des Girandoles de plusieurs branches
à chaque pilier répandoient une clarté
aussi vive que celle du plus beau jour. A
la descente du carrosse, Leurs Majestés
furent reçues par les Supérieurs des Jésuites.
A l'entrée de l'Eglise, le Pere Provincial
eut l'honneur de leur présenter l'Eau bénite
, & de les complimenter. Elles entendirent
le Salut; le Pere de Beauvais, Prédicateur
de Sa Majesté pour cet Avent, y
officia avec un nombreux Clergé, & la
Musique de Notre-Dame l'exécuta.
La porte de l'Eglise étoit ornée&éclairée
dans un ordre différent du jour de l'arrivée
du Roi. S M. a bien voulu encore
faire l'honneur aux Peres Jésuites de join
dre à milletémoignages de sa royale bonté,
celui de paroîtresatisfait du goût & de la
décence de leur Fête.
LES QUINZE-VINGT.
1
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris, s'étant déjà distingué par une Fête
particuliere célébrée dans son Enclos, au
sujet de la Convalescence du Roi, & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier, a renouvellé les marques
éclatantes de sa joie i l'arrivée de Sa Majessé.
Il a fait pour cela construire une rélpersésentation
d'Arc de Triomphe, dont
Lampions formoient le dessein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans son milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecusson
étoit en transparent,& au-dessous on
lisoit ce Distique Latin.
igare non pojïunteculos pro Rege tuendo,
Nempè velintvitastfontï vovere suas.
Des deux côtés étoient deux autres Inscriptions
qui SoientaMunon à la situation
des Aveugles ; l'un portoit iSains nostra
in manu tua efl ; respicuit nos tantùm Dominusnoster
,
& læti ferviertmr R(',i. Genes.
Chap. 25.Verset 27. & l'autre: Dominus illuminat
cæcos. Ps. 147. Verser 8.
Au côté droit de l'Edifice qui contenoit
dans toute son étendue54pieds de large sur , 40 de haut, & qui etoitplacé en face
de la rue de Richelieu, on avoir construit
une espéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joüent des
Instrumens.Ilsy exécurerenr de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, &: quelques
piéces de la composition de l'un d'entre
eux.
HÔTEL DE'S.AIGNAN.
Nous n'avons pu recouvrer les desseing
de cette illumination qui faisoit un fore
bel effet; nous ne pouvons que rendre
compte au Public destrois Inscriptions
,
que l'on y voyoir; le choix ingenieux de
ces Inscriptionsplaira plus à beaucoup de
nos Lecteurs qu'une description d'Architecture.
Hic amei dici pater utqueprineeps.
'}..T une redit ante oculoi aderat qui mentibm ante,
C•mimai, & valut non exfatidmiir mlf/Q.
FLotel de LAROCHE-SUR-YON.
Trois Portiques décoroient le Balcon de
cet Hôtel. Celui du milieu étoit élevé à
plus de60 piedsdurés de chaussée : ils.
étoient accompagnés de plusieurs Pots de
fleurs, Guirlandes & Girandoles,dessinées
en lampions, le long du Balcon regnoit
une mosaïqué de plus de 50 pieds de long,
partagée par des Pilastresquidescendoient
jusqu'aupavé de la ruë.e ceintre & les
côtés de la porte cochereétoient garnis
d'une prodigieuse quantité de lampions, &
au milieu de la porte étoit le chifreduRoi
surmonté d'une Couronne de lumieres ; les
barrieres de l'Hôtel étoient garnies d'un
grand nombre de terrines.
Onaaussi admiré sur le Quai Malaqnais
où est situé cet Hôtel, les illuminations
du Maréchal Comte de Saxe, du Duc de
Fleury, de M. de S* Port, du Duc de Rohdan
,'dAu Ducude Bmouillono, &ndu tDu.c Nous ne nous arrêterons point à décrire,
l'illumination de M. le Cardinal de Tencin
,
de peur de fatiguer nos Lecteurs par,
des détails d'Architecture assés peu agréables
même pourceux qui les entendent.
L'Hôtel de S. E. étoit décoréd'une,
façon qui répondoit parfaitement & à fou
zéle pour la personne du Roi, & à son
goûtdélicat & éclairé; cette illumination
n'a cedé à aucune des plus brillantes
, &
on a III avec beaucoup de plaisir les deux
Inscriptions dont elle étoit ornée.
L'une étoit.
Omnia tu nobis, Q»satis unm eris.
La seconde.
Vultus au ubituus jfulfit)
Populo gmtior it Mes,
Etfoies melius nitent.
H ÔTEL DENOAILLES.
La façadedel'Hôtel, sur la ruë S. Honoré,
(;0 toises de face, & est d'une fort
belle Architecture Moderne; la porte cochere,
forme un avant-torps soutenu par
des Colonnes & Pilastres. d'Ordonnance
Ionique,avec une attique au-dessus ; toutes
les lignes, filets & membres d'Architecture
qui composent cette façade,étoientdes-
Unees en Lampions & Terrines, de forte
qu'il y avoit des simples,doubles,triples
y
& quadruples Lampions, & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture sur
i
lesquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-dessus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblème, Se
ornement, & l'Inscription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant-corps,
est terminé par une balustrade
,
au-dessus
de laquelle etoitélévé une grande Pyramide
de36 pieds de hauteur, & terminée
par un Soleil.
Au centre du Soleil étoit un Tableau
transparent, représentant la Lune, au-desfous
du Soleil; un autre Tableau transparent
,représentant un Dauphin; & au-desfous
du Dauphin, un autre Tableau transparent
représentant le chiffre du Roi, & enfin
sur la base de la Pyramide, un dernier Tableau
représentant les Armes du Roi, orné
de Guirlandes &couronnes; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vases
qui servoient de couronnement aux
Colonnes & Pilastres.
La grande & principale cour, dont l'Architectureest
semblable à celle de la face,
étoit aussi garnie de Lampions & de Terrines.
En facede la porte cochere
,
est un beau
Vestibule qui soutient une Terrasse & Ballustrade
* par six Colonnes & huit p
lastres d'Ordre Comporte
,
le tout (HeCfiné
en Bossangesde feu, avec des Vases
de feu au-dessus des Colonnes.
On avoir mis dans les entre-Colonnes , & dans les niches de grandes Girandoles
& des Lustres, ce qui faisoit la perspective
la plus éclatante du point de vue de
la ruë.
Après le Vestibule est une grande porte
a deux batans, qui laissoit appercevoir le
Jardin; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toises de longueur formée en feu.On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux transperens, représentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Viétoire,& au milieu du Salon étoit un
Persée
,
qui par l'artiifce d'une perspective
bien ménagée, paroissoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel est un Dôme a la Mansarde
,
d'une
belle proportion; il est isolé, a 72.
pieds de hauteur, & par conséquens se
découvre de toutes parts ,
& principalement
de l'Appartement du Roi au Châreau
des Tuilleries. Ce Dôme est couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie.
-
On avoir élevé au dedans de ce Balcon r
une Pyramide triomphale à huit pans, qui
.comenoic par son plan 7 pieds sur 12 de
longueur , j5z 120 & demi de hauteur.
Elleétoit décoréedanssesquatre principales
faces de quatre grandsTableaux transparens
, représentans des Trophées d'Armes.
.Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu; la Pyramideéroitterminée &
couronnéed'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré, au-dessus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamètre. Pour Devise
du Roi, & au centre des Soleilsétoient des
Tableaux transparens
,
représentans les Armes
du Roiau lieu de tête.
Le tout a été fait fous la conduite & les
de-ffeins de M. Charpentier
,
Architecte de
M. le Maréchal de Noailles, & exécuté
par M. Dassier Peintre.
L'illumination de l'Hôtel de Maurepas
a donné lieu à une Dissertation
, qui nous
dispensera d'en parler.
1 Cestune Lettre qui m'a été adressée par
un Etranger, au sujet des Fêtes que nous
.vçnous de décrire ; j'ai crû que cette courte
Dissertation devoir trouver sa place ici: l'Italien
qui l'a écrite est un homme qui joint une érudition choisie, un goût délicat, k
1
beaucoup de pénétration,& qui a été mal
édifié de notre ridicule usage de faire les
Inscriptions en Latin.Cette queftian fut
agitée il y a cinquante ans; on fit un assés
gros Livre qui ne décida rien, & la question
resta là. Faut-il que ce soit un Etranger
qui prenne les intérêts de notre Langue
,
quand nous les abandonnons? Je souhaite
que ses raisonssolides & convainquantes
détruisent enfin un préjugé honteux
à notre Littérature ; l'Académie Françoise
a donné depuis long-tems un exemple
que l'on devroit suivre
, & le succès de
la Devise qu'elle a prise ( à l'Immortalité)
auroit dû nous ouvrir les yeux. A
LFTTRE de M. L. A. â M. de L. B. dit
sujet des illuminations qui ont été faites À
Paris pendant lesejour duRoi dans cette
Ville. 4 J'Ai vu les illuminations & j'en ai été
assés content ; quand elles auraient
été toutes de mauvais goût, elles avoient
un titre pour plaire aux François, niaisciles
n'ont pas laissé de me plaire, à moi qui
ne fuis point François, & qui ne regarde
j Paris & son Roi qu'avec les yeux d'un Curieux
& d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis-à-vis de l'Hôtel de Ville,
cqhuéismérité d'êtretiré du pair, il y avoit
plusieurs particuliers des dessêinsd'un
fort bon goût. J'ai vû aussi avec plaisir plusieurs
Devises très-ingénieuses & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (y
Mais Meilleurs, je ne sçai comment vous
l'entendez ici, vous faites toutes vos Inscriptions
en Latin, comme si vous ne faisiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule, & je sens que si j'étois
François, cela me paroîtroit humiliant. La
posterité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pû
s'établir. Les Monumens que vous lui lalr.
serez lui sembleront des Monumens d'emprunt
,pour ainsi dire, & vous ne passererez
paspour en être leurs Auteurs, comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins & qu'ils
les eussent donnés fous un nom Larinizé.
Je vois bien comment cet usage s'est établi
autrefois, mais je necomprends pas comment
il se maintient aujourd'hui; anciennement
la Langue Latine étoit presque la 1 (a) Hze ames dict pAter ntque princeps
Nunereditante oculos, aderst qui mentibus antég
Cernimui, e vulty non exfttiamur nmxxo.
dominante chés vous.Les Rois la parloient,
les femmesl'écrivoient, les peuples l'enrendoient,
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon,mais celui
d'ijne telle Province. n'étoit pas entendu
dans une telle autre, 8ç. la LangueLatine
étoit l'universelle, parce que quoiqu'elle ne fut pas entendue par tous les Habitans de
tousles lieux
,
il n'y avoit point de lieu où
plusieurs Habitans ne l'entendirent,&en
conséquence elle regnoit dans presque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoittout
iimple alors que vos Inscriptions fussent
Latines, puisque le Latin étoit votre Langue,
Que ne l'avez-vous conservée,peutêtre
auriez-vous bien fait; lX tout Italien
que je fuis
,
je trouve qu'il ne vous fieroit
Px mal de parler le langage des Romains,
L
Mais du débrisdela Langue Romaine afltijettie
à votre Grammaire,dont s'étoit déjà
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubtateurs
, vous avez enfin, en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de' votre
Royaume , construit celle que vous parlez
à présent. Alors vos Potes , vos Historiens,
vos Philosophes ont écrit en Fran- t.. çois, & les Arts ont été naturaliséschés
^yous ,
aussi-tôtqu'ils eurent commencé a
renaîtrechés nous. Bien-tôt votre Langue,
augmentée& perfectionnée par
d'excellens
Ecrivains
>
Ecrivains
,
n'a plus été resserrée dans lcs.
boriim de votre domination elle s'est étendue
dans toute l'Europe; elle dl devenue
la Langue respective des Etrangers entreux;
elle rft l'organe de la politique dans tous
les Cabinets desPrinces. Je neme souviens
ppeocintptosuarns une admiration mêlée de resvotre
Nation,decette fameuse
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France flu obligée d'emprunter la
Langue de ce Peupleenvié,pour exprimer- lesengagemensque leur faisoit prendre la
haine qui lesanimoit contrelui. Ce Traité,
ne paroîtra-t-il pas aux yeux de la postérité
une confédération .coupable entre des
Sujets révol tés contre un Maître, plutôt
qu'une ligue légitime entre desNations
réunies contre un ennemi? Ainsi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ontfait vos Conquêtes, & elle vous" a
donné sur vos voisins une supérioriré,d'autant
plus sûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître.
Les Romains, ces Peuples si fiers & qui
entendoientsibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raison bienattachés à ce genrede
supériorité ; une Province çonquise
perdoit avec sesTerres la liberté de parler sa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ses
nouveaux Maître,&c'estpeut-être, pour le
dire en passant,cequi nous a fait perdre jusqu'aux
traces de la Langue Punique, parce
que sans douteRome,enveniméeconrreCarthage
,
fut soigneuse d'anéantir tout ce qui
auroit pu conserver honorablementles Carthaginois
dans la mémoiredeshommes.
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient, Be
les Princes qui n'étoientqu'Alliés des Romains,
étoientobligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
ôc rendre par-là une sorte d'hommage que
les Romains sçavoient bien apprecier.C'est
àpeu près ainsi que Paris est devenu une
Ecole publique
,
où la Jeunesse illustre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
, & se former à votre politesse.Je puis
vous assurer que tous ces Etrangers qui passent
continuellement chés vous,dans l'espéranced'y
prendre la teinture de vos
moeurs aimables,sont fort étonnés de voir
que vous fassiez moins de cas de votre propre
Languequ'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choquéenarrivant à Paris; & je le
fuis encore de ne rencontrer par tout que
des Inscriptions Latines. Comme il se peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorèr
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
quecelle dont on trouvera vos Monumens
chargés; & alors on vous regardera olt
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette suppositionde l'anéantissement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'est pas sans exemple;
il est arrivéauxEgyptiens, & c'est seulement
à leurs bas reliefs qu'ilsdoivent notre
souvenir. On ne sçauroit voir à Rome l'Obélisquede
S. Jean de Latran, celui de la
Porte du Peuple ,5c les autres, sans se sentir
saisi de respect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont étéconstruites. Les Egyptiens
ont très-bien fait de les charger de
leurs lignes caractéristiques
, & l'on peut
croire que sans cela les Romains n'eussent
pas manque de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens, comme ils ontfait, lorsqu'ils
se sont donné la gloire d'avoir creusé cet
étonnant Canal, qui facilitoit aux Egyptienspar
la Mer Rouge, le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer., & il étoit de la
mêmeAntiquité que les Pyramides. Mais
comme ce superbe Ouvrage n'avoir pu être
orné d'Inscriptions Hyerogliphiques,l'époque
de sa construction& la gloire de ses
Constructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome,dont les Citoyens
aimoient mieux usurper l'admiration, que
de ne la pas obtenir. Jevous assure qu'ils se
glorisient beaucoup à présent dans l'Elisée,
s'ils y ont appris que Louis XIV &- Louis
XV ont dédaignélaLangue Françoise
,
&
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin est plus propre
aux Inscriptions que leFrançois:je ne sçais
pas assés votre Languepourdécider cette
question. Mais cette question
,
doit-on
la discuter ? il faut prendre garde à une
chose ; une Inscription n'est pas une Epigramme;
quand cela se peut à la bonneheure
, & peut-être n'en est-ce pas mieux.
Dans le vrai, pourquoi une Inscription efi:
elle faite? Pour marquer à la postérité telle
époqneintéressante, qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette postérité
de trouver dans les deux lignesde Plntèription
une pensée rellerrée&taillée de façon
qu'il en résulte un bon mot? il fufKt qu'il
en résulte un fait, ou l'indication d'un fair.
Il faut de la simplicité, de la clarté ; l'élégance
est comptéepour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit si bien faite à votre
avis pour les Inscriptions
,
qu'ont-ils mis
dans les leurs? elles sont simples, contiennent
des faits & n'étalent point d'esprir. Lès
Grecs dont la Langue étoit si su perieure à
celle des Romains,que la vanité de ceux- cil'avouoit sans honte ,
les Grecs ont fait
I
leurs Inscriptions dans le même goût > la
lecture de Pausanias n'en laisse pas douter.
Seriezvous honteux de suivre cet exemple;
& rougiriez-vous de mettre sur un Arc de
Triomphe, dans cette occasion-ci, par exemple,
une Inscription simple comme celle-ci?
Paris heureuse & triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri& Victorieux 1744.
D'ailleurs votre Langue dl peut- être
moins propre à tous les genres d'écriré
que le Latin; vous écrivezpourtant
dans tous les genres & dans tous VOlts
avez d'excellens Ecrivains. Osez prendre
l'essor dans le genre des Inscriptions, & je
vous garantis le succès. Ceux qui défendent
la Thése confraire à celle que je soutiens
, ne manquent pas de proposer des
Inscriptions Latinesdontils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cause
gagnée
, parce qu'en effet l'Original étoit
bon &la copie ne vaut rien;mais cela ne
signifierien, & cette maniere de dif-ptlrcqp
naît de l'ignorance ou de la mauvaisè foi.
Outre le désavantagegénéral de la Traduction,
ne d,oi* t-on pas sçaovoir que le genie des
Langues diverses étant très-différent, telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue,demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela est réciproque, & je
ne croispas qu'un Discours de M. Bossuet
fut plus aiséà mettre en Larin qu'une HéIrangue
de Ciceron à mettre en François..
Tout Etranger que je fuis, je connois &je
fais gloire de connoître vos bons Auteurs
il me vient à l'esprit quelques exemples;
pensez-vous qu'il soit facile de traduire en
Latin cette juste & ingenieuse maxime dela
Rochesoucaut? l'esprit cfisouvent la dupe
du coeur„ Traduisez encore ce beau Vers de
Voltaire.
Tel brille au fecond rangqui s'éclipse au premier.
La difficulté de la Traduction ne (çattroit
prouver la moindre chose : il y a des.
pensées qui ne sçauroient se traduire sans.
périphrase ou sans équivalent: il y ena.
d'autres qui se traduisent à merveille,
Le Marque tombe, l'Hommereste.
Est-il moins fort,ou moins élégant que l'OriginalLatin,
cadit Urva, manet res? Tout le
d
inonde
scait ces deux beaux Vers d'Horace-
»
Regum timendorum in proprios grèges ;:
RcgesilJ ipos imperium efl Jovis.
Rousseau les a traduits ainsi.
Les Rois sont les Maîtresdu Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois
Ceci est-ilmoins précis ? moins fort,
moins noble que le Latin? Je crois bien
qu'en effet il est plus difficile de faire des
Inscriptions Françoises que Latines,pourquoi?
C'est que les Latines sont toutes
faires. Ce ont des Santons ramassés çà
& là; mais faites la même chose en François
sans scrupule; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1755
lorsque votre Roi triomphant par tout,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe,il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occabon
ces deux Vers de Quinault :
Il est armé du Tonnerre ,
Mais c'est pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inscription
fort heureuse,dont votre Ministre de
la Marineaembelli son illumination. On y
lisoit fous la figure duRoi, il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguste.
Ce Vers a sans doute intéressé tous les Citoyens
qui l'ont lu, & j'ai assés bonne opimon
du Peuple de Paris, pour croire qu'il
s'est enyvré du vin de M. de Maurepas,
qui couloit à côté de cette Inscription, plus
volontiers que d'aucun autre,. Cette fatisfaction
du Peuple est encore un point qui
mérite d'êtreconsidéré. Quoi 1 les choses
qui flatent le plus une Nation, doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation? J'avoue que d'un autre coté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inscriptions Latines; c'est qu'elles sont
jugéesparmoins degens, mais cet avantage
prétenduestundéfavanta
g e réel
, rageprerendudl: un dé{avanrage re.e car
enfin il est ridicule que la gloired'un Peuple
soit un mystére pour lui. Je m'appersois
M. qu'il est tems de finir cette Lettre,
qui devient prcfqlitilie uneDissertation,
Vousme ferez plaisir de la rendre publique
, &je serai fort aised'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation dont je respecteautant
les Vertus, que j'aime ses agrémens.
RELATIONde la Fête donnée par M. le
Duc DER0HAN,le18 Novembre1744,
ptn;:lant l'Affimblée des Etats dans la Ville
de Rennes, à l'occasïon du rétablissement de
lafaméduRoi & deses Conquêtes.
L Es Etats voulant laisser un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi,ordonnèrent le 5
Novembre1744,
qu'il seroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuepedestre de Sa Maieflé, en mémoire
du rétablissement de sasanté & de
l'heureux succès de ses armes, avec une
Inscription dont ils ont chargé M. Duclos,
de l'Académie Royale des Belles-Lettres) ce
Membre de l'Ordre du Tiers.
M.le Duc de Rohan,Président de la Noblesse,
plus distingué encore par son zélé
pour le Roi, que par sa naissance & ses dignités
, offrit à l'instant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été si satisfaits; le nona
de M. le Duc de Rohan est si cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur est si précieux
,qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi,en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs. Registres
le détailde cette Fête.
Elle fut annoncée le marin par plusieurs
fal ves de canon, la Milice Baurgeoise s'étant
mise en bataille dans la Place du Palais,,
M. le Maréchal de Brancas, Commandant
de la Province, accompagné de Mrs les.
Commissaires du Roi, &Z> l'Assemblée des
Erars, après avoir assîsté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats
,
se rendirent
dans la grande Sale du Palais,pour être
présens au Banquer public; deux Trompettes
& six Cors de Chasse escortés de plusieurs
Cavaliers
, commencèrent la marche
&entrerentdans la Place en sonnant des:
Fanfares qui donnèrent le figrial aux salves
du canon Se de la mousqueterie & aux cris,
de joye du Peuple. On vit en même-rems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus, portant
des corbeilles pour distribuerlespains ; une
pareille troupe distinguée par des rubansrouges,
étoit changée de la distribution des
viandes.Ces deux troupes éroient accompagnées
de Bergers galamment habillés&marchanr
au son des Musettes, des Haut-Bois 8c
des Tambourins.
Deux Suisses & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marchoient ensuite
, & précédoient
un grand Char, tiré par (îx chevaux
couverts de caparaçons armoriés&
menés en main par des Palfreniers de la mme
livrée. Le Char monté sur huit rouës , orné de Lauriers,de Festons de Guirlandes
& de Banderoles
,
formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente.
Se sur laquelle étoient peints tous
tes attributsde l'abondance. Sur cette tableétoitun
plat argenté de 30 pieds de long;
sur 16 delarge
, au milieu duquel s'élévoit.
-un surtout, portant un boeuf& deux veaux- rôtisposés sur leurs pieds. Les flancs ditplat
étoient garnis de douze moutonsrôtis
», & flanquésdecentpièces de différentes espéces
deviandes, le tout parsemé de fleurs:
& de branches de Laurier.
Vingt Cavaliers couvraient,& fernroienr
la marche. Le Char étant entré entre deux
barrreres
, la distribution du pain & des
viandes se fit au Peuple, avec autantd'ordre
qu'il est possible d'en observer avec la
multitude.
On avoitélevé aux quatre coins de læ,
Placedes- échaffautsornésde pampre & de
lierre, sur lesquels étoient des tonneaux:
devin, que des hommes déguisés
, avec les
attributs de Bacchus, verfoient à tous ceux:
quise préfentoient.
Des troupes de Chanteurs,vêtusd'habit
de caractère,répandus dans la Place &.dans.-
les rues, & animés par la joye publiquela
redoublaient encore par- desChaaifec®
vives & convenables à la Fête. Lerepas fut
suivi de Danses an son des Musettes
,
des
Tambours de Basque & autres Instrumens qui , ne finirentqu'avecje jour. La Fête fut
terminée par la Comédie, que M.,le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence,
a été accompagnée d'une charitéd'autant
plus respectable
,
qu'elle a eumoins d'éclat.
On a fait une distribution abondante aux
prisonniers.;c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient cesser de l'être.
Après la Fête du Peuple,. M.leMaréchal
de Brancas & les Etats se sont rendus chés
M. le Duc de Rohan, ou l'on a trouvé on
nouveau fpcâicle
,
d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit destiné.
Une illuminationprodigieuse, êc faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée,composée d'un Portique
qui couvroit le Portail, & de vingtsept
Arcades qui ornoient la cour.
Le souper où les trois Ordres des Etats&
toutes les personnes distinguéesécoient invités,
a été de la derniere magnificence. La
première mbleétoitdecentcouverts,&les
autres enformoient environ trois cent
mais indépendamment des personnes invitées
par billet, ou qui ércient censéesl'être
par leur état, il suffisoit de se présenter pour
être admis; on dressoit à l'instant de nouvelles
tables, de forte qu'il a été distribué
mille à douze cent couverts. On a surtout
admiré l'élégance du fruit, qui éroit und
allégorie noble,tirée de la Fable, & relative
aux Vertus du Roi, au bonheur & à la
gloire de son Régne, & ornée de devises
ingénieuses. Le repas aété suivi d'un Bal
marqué, qui a terminé la Fête.
Tout s'est paffé avec un ordre & un goût,
qui serencontrant rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aussi
Royaledans son exécution que parson objer,
& ron n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joyepublique
,
qui en est
-
mêmeune des marques,& qui fait leprincipal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour, M. l'Evêque de Nantes
Présidensdu Clergé, donna 7 un grand souper
aux Prélats & à tous les Députés de son
Ordre, avec une superbe illumination.
Deux jours après, M.le Maréchal de Brancas
,fit faire une magnifique illumination,
& donna un grand souper aux trois Ordres
des Etats, & aux autres personnes distinguées.
Puisqu'il nous reste plus de place que
irions n'avions cru, nous allons donner ici
quelques autres articles.
SPECTACLES.
A Près une courte interruption,quie
paru longue aux Sectateurs de la ComédieItalienne
,
la jeune Coraline a reparu
sur le Théatre dans différentes Pièces de
Lazzis, & son retour a été fêté par des applaudissemens
rétérés.
Une Comédie,intitulée : Coraline Arlequin,
& Arlequin Corahne, fut suivie d'uir-
Ballet Pittoresque
,
d'ont la représentation
a réjouiinfiniment lesSpectateurs :en voici
le sujet. Arlequin à la fin de la Pièce reçoir
line lettre de Bergame, qui lui apprend la.
mort de toute sa famille.Un moment après,
il la voit descendre d'une montagne; le
Docteur son oncle, chargé d'une valise
conduit la Caravane; les Confins
:t
Cousines
,
Freres & tueurs de tout âge le Suivent
deux à deux; il les embrasse chacun à leur
rour, & leur témoigne comiquement la
joye qu'il ressent.Ce Spectacle agréable, qui
méritoit une foule de Spectaceurs
,
étoit
terminé par différentes Danses, qui mar—
quoient l'habileté des Exécutans),& leGénie
du Compositeur.
Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la.
Comédie Françoise la premiere représentation
de l' Heureux Retour, Piéce nouvelle
d'unActe, en Vers, de la Composition de
MrsFagan & Pannard; elle est ornée de
Divertissemens qui ont été fort applaudis,
&: dont la Musique est de M. Granval
, On
en donnera l'Extrait le mois prochain. Le
rétablissement de la santé du Roi, & son
arrivée à Paris,ont fourni le sujet de cette
Comédie.Lemême sujet a produit
bien des Vers. S'ilsnesont pas tous loüables
, le zéle qui les a fait naître ress, &
mérite au moins de l'indulgence.
l Le Samedi quatorze, l'O pera Comique
a representé sur le Théâtre de l'Académie
Royale de Musiquelesmêmes
Piéces qui ont amusé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y est fait admirer à son ordinaire.
Cette aimable Terpsicore en Miniature
posséde la perfection & les graces de la
Dinfe,claiis un âge où les premieres Leçons
embarrassent encore les autres.
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis& Galatée
,
Pastorale ressuscitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure,très-bien secondés par ceux
de M. de Chassé & de M. Jeliotte, & par
Une Pantomime exécutéeparMlleCamargo
&M.Lalli.
Une autre Pantomime danséeparSignor
PietroSodi, excellent Danseur Italien, &
Mlle Mimi Dalmand
,
n'a pas moins réüssi.
Mlle André, Pensionnaire du Roi de Pologne;
mais Françoise de naissance a obtenu
à Paris autant desuffrages qu'à Dresde &
qu'à Varsovie. On a remarqué sa legereté &
la science de les Pas dans les Caracteres de fil
Danse, & dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auiîî joiié le rôle
de Galatée.
Le Dimanche 15 Novembre,l'Académie
Royale de Musique a donné la premiere
représentation d'un Acte en forme de Pro-
JOCTue, intitulé les Augustales. M. Roy, Chevalier de l'Ordre de SaintMichel, dl:
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
FrancoellJ , tous les deux Sur-Intendans
de la Musique du Roi, & Inspecteurs de l'Académie
Royale de Musique
,
les ont mises
en Musique, & leur Composition a parfaitementsoutenu
leur réputation. Le sujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant là
gloire du Roi, augmente celle de l'Auteur.
C'est un choix judicieuxd'un trait Historique
, pour exprimer les sentimens de notre
Nation pendant le péril de son Roi, & la
vive joyc qui a succedé à nos allarmes. Les
François pouvoientils être peints plus noblement
que fous le nom célébrédes Romains
,& notre Monarque bien aimé pouvoit-
il être plus convenablement désigné
que par Auguste,non dans le temscruel du
Triumvirat, mais dans celui que saclémence
a illustré l
Le sujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'ill'est dans l'Avertissement.Voici ses
termes : Augufle jouissoit de - - toute Il gloire
,
de tll
tnour du peuple qui venoit deyluidresser un
Trophée dans les Alpes, ( circonstance heureusement
appliquée) de la vénération du
Scnat
,
lorfqHiimmaladie Jubite menaça ses
jours. Sa Convalefcenczfut consacrée par l'institution
des fêtes Jîuruftales.
Le Théatre représente dans le fond le
Temple d'Hygie, fille d'Esculape
, & sur le
devant, un Bocage consacré à cette béeife.
Ses Prêtres & ses Prêtresses célébrent sa
puissance.
Divinité salutaire,
C'est toi qui fais les beaux jours.
La vie
, aux Mortels si chere,
L'est-elle sans ton secours ï
Tu les ranimes sans cesse;
Tules fais joüir du tems;
Sans toi la triste vieillesse
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge!
Que tes dons font précieux,
C'est à toi qu'on doit l'usage
Des présens des autres Dieux.
La Prêtresse d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguste aux voeux qu'elle adresse pour
lui aux Immortels, & l'Auteur trouve le
secret, en soutenant l'Allégorie,d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
Les Alpes, ces Monts orgueilleux
>
Attesteront sa gloire à la Race future;
Trophée élevé jusque aux Cieux
Pour le Vainqueur de la Nature.
Un nuage environne la Statuë de la Déesse.
Le Ciel annonce son courroux par le
Tonnerre & les Eclairs. On entend les cris
douloureux des Romains consternés du péril
d'Auguste,& la Prêtresse désolée ,prononce
ce
Vers, qui exprime laconiquement les
malheurs& les sentimens du Peuple.
Avec son Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres &: des Romains
sont exaucés. Hygie vient elle même
les en instruire,& les invite à célébrer ce
jour heureux.
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguste renaissant consacre la mémoire;
Il a vaincu la mort ; est-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeuï?
A l'égard des Augustales, les Acteurs & les
Danseurs qui y ont paru,ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
Les Italiens ont donné quelques représentarions
de l'Esprit Folet, Comédie en trois
Actes
,
pleine de lazzis ; c'etf le triomphe
del'aimable Coraline.Ce charmant Prothée
changedix-sept fois d'habit, & danse près
de douze Caractéres. Sa petite soeur se fait
applaudir auprès d'elle.
Le Samedi vingt-un Novembre, la Comédie
Italienne a donné une Piéced'unActe , dont le zéle François est encore le su jet.
Elle est intitulée : Le Génie de la France, ou-
FAmour de la Patrie; on en parlera dans le
premier Mercure.
Le Lundi, 30Novembre,elle a donné la
lpierenmneieerne repréfenration d'une Piéce Itaun
Acte, intitulée : Les funerailles
d''Arlequin:c'est un sujet extrêmement Comique
,
tiré des Contes PeTÍàns, & qiïi a
réussi autrefois à la Comédie Frauçoise, fous
le Titre du Naufrage de Crispin. Le Divertissement
Se le Balletsonttrès-amusans & traitésavecgénie, ,
La Comédie Françoise prépare
, par ofdre
de la Cour,AomJtSFa/mlljte , Piéce d'un
.Ade,qlti a été représentée la premiere fois
en 1720 , avec un succès remarquable. Elle
VL été depuis reprise;l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'est.plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve- Neuf.
FRANCE,
NouvelUs de la Cour) de Paris, &c-,
DE's que la santé du Roi
,
parfaitementrétablie
, lui a permis de monter à cheval, il a
déclaré qu'il se rendroit incessamment à la tête de
son armée.
La Reine, très-contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vivedouleur, se rendit te :g Septembre
de Metz à Luneville
,
où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 ,
& d'où elles sont parties le
if, pour retourner à Versailles. Le 24 ,
le Roi fut
complimenté sur lerétablissement de sa santé par le
Parlement de Metz; M. de Montholon, Premier
Président, portant la parole; ensuite il rendit en
Corps ses respectsà la Reine. Leurs M;i;essés
accompagnées de , toute la Cour, allerent le27à
l'Egli[c= Cathédrale entendre la Messe
,
célébrée par
l'Evêque,& suivie d'un Te Deum, chanté au bruit
du canon. Le soir,toutela Ville fut illuminée,
pinu que la Citadelle: un feu d'artifice
,
vû de l'appartement
du Roi, fut tiré sur l'Esplanade. Les
éclatantes réjouissances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zél.e pour leur Souverain.
Le 21Septembre ,le Marquis d'Escoville,Chambellan
du Roi de Prusse
, apporta au Roi la nouvelle
dela prise de Prague,& une Lettre de Sa M. Pruspenne.
Il fut conduit par le ChevalierdeSainctor.
Introducteur des Ambassadeurs.
Le Baron de Kesselstatt,Grand Prévôtdel'Eglise
Métropolitaine de Trêves,& Envoyé de l'Electeur
de ce nom, eut son audience de Congé le
23, conduit par le Chevalier de Sainctot, & le 28 > le même Introducteur présenta à l'audience du
Roi le Marquis Doria,Envoyé Extraordinaire de la
République de Génes,& le MarquisPalavicini, qui partage cette qualité.
L'arméecommandée par le Maréchal de Coigny,
investit la Villede Fribourg du 17 au 10 de Septembre;
on travailla à détourner la riviere,qui y
passe.
Le Chevalier de Belle-Isle ,après avoir soumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & route la
partie de l'Autriche antérieure
, entre le haut Danube
& le Lac de Constance a subjugué aussï
Waldshut, l'une des quatre Villes forestieres
; Sic-
Kengen & Loffenbourg ont éprouvé le même sort.
La Ville de Rhinseldtaosé se défendre & a été
prise d'assaut. Le Commandant & la garnison se
font retirés dans un Château sur le Rhin,toujours
estimé imprenable, mais M.leChevalierdeBelle-
Isle a triomphé à la fois du Château & du Préju<
Yé.
Le Roi partit deMetz a midi le 19 ,
& après
avoir pasle par Nancy,où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres signes
d'une réjoüissance publique, vive & sincere;les
continuelles acclamations des Peuples du Pays,
accourus sur son passage, garantiffoient leurs justes
sentimens Le Roi arriva au Château de Luneviile
vers les huit heures du soir. La façade
, tant du
côté de la Ville que du Jardin
,
éroit magnifiquement
illuminée
,
& cette illumination marquoit le
dessein de l'Architecture,qui est très-belle.Lemême
goût régnoit dans les illuminations de la grande SC~
le la petite cour, & même de la courintérieure;
En entrant dans la Ville, le Roi trouva les deux.
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologdnee
s,& dans la premiere cour du Château, les Garà
pied de ce Prince,qui le reçut fous le Petistile,
& le conduisit dans son appartement. Il y étoit
attendu par la Reine,& la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi, se renouvelloient sans cesse , & durerent jusqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
soupa feule, & des tables abondantes
,
& cependant
délicates, furent servies pour la Cour dans
l'appartement. Le foir
,
la Ville fut totalement illuminée,
& la Terrasse du Château sur éclairée par
les fusées qu'on y prodigua.
Le 30, le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
à la Chinoise,nommé le Kiosc. Le Roi de Pologne
l'a fait construire
, pour éviter les grandes chaleurs,
& pour cet effet il est rempli de Jets-d'Eau & de
Cascades. Leurs Majestés dînerent avec le Roi 5c
ln Reine de Pologne,dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures,
le Roi alla à cheval à Chanheux,Maison de PlaiÍJnce
du Roi de Pologne, située au bout de la
grande allée du Jardin; il y a un Salon admirable;
Le Roi se promena dans les Jardins, & vit la Cascade
qui est à la tête du Canal ,qui borde le Jardin.
C'est un embellissement ajouté par le Roi de Pologne
; c'est là qu'on s'arrête avec plaisir
, pour considérât
ce qu'on appelle les Rochers. C'est un Tableau
mouvant, représentant un Village, où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes, par le moyen de l'Eau qui lesfait
agir.
L'après midi, la Reine assista à la Comédie,&
le foir, le Roi soupa seul.Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de mangeravec ejlc
Celles de la Reine de Pologne y furent gdmifes
-
leur Princesse étant indisposée.
Le Roi, aprèsavoirpasse à l'appartement de cette
Reine,alla se promener le long du Canal, & voir
une petite Maisondu RoitLe Pologne , appelléeJolivet.
On a changé un Marais bourbeux,qui l'auj-
ok environnée
, en de très-agréables Jardins. Le
Roi, en partant de Luneville
, a
fait la revue de 14
Gendarmerie près de Chanheux,& y a dîné
,•
il a
couché àSaarburg, Pendant le séjour du Roi à Libneville
, le Roi & la Reine dePologne lui ont prouvé
par les témoignageslespluséclatans, la satisfaction
infinie que leur causoit sa présence.
Le Roi de Polognea nommé le Maréchal de
Belle-Isle, Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
- Le Roi, après avoir passé la nuit à Saarburg
o
il avoitétéreçu à la première Barriere par le Marquis
deChalmasel, Gouverneur de cette Place, en
partit le lendemain, traversa Phalsbourg, & se
tendit à Saverne à deux heures & demie après midi,
LeCardinal de Rohan,accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubise reçut Sa
Majesté à la descente de son carosse. Les acclamations
vives & redoublées du Peuple,qui remplissoit
leVestibule, conduisirent le Roi jusques dans le
superbe appartement qui lui étoit préparé, appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Il y eut une très-grande & très-brillante illumination
,
qui plût infiniment au Roi, & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan,connu par son esprit & son goût supérieur
,
qui gouverne toujours sa magnificence ,lf*
àsignalés dans l'occasion la plus flateuse pour son
coeur, Il a servi le Roi à ses repas, & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
& par le Prince de Soubise. Le
Le cinq OLloure, Sa Majesté partir de Saverne
psnr se tendre à Strasbourg; on a décrit dans 1er
Volume précédent la reception qui fut faite à ijar
MajestédanscetteVille. ;
Lesept, le Roi reçut la félicitation du Duc de
deWirtemberg par le Baron de Walbrum,Grand
Maréchal dece Prince.
Le même jour & pour le même sujet,il sutcomplimenté
de la part dw Margrave de BadeBaden ;
par le Comte de Truchfés deWolsegg,aussi Maréchal
de la Cour de ce Margrave.
Le neuf J'il fut encore félicité par le Baron de
Meternich
,
envoyé par l'Electeur de Cologne;
par le Baron d'Ingelheim
,
envoyé par l'Electeur
de Mayence, & pst le Baron d'Elts,envoyé par l'Evêque
de Spire : ce fut dans ce jour qu'il fut infor
mé par le Marquis de Bissy, Maréchal de Camp p
dépêché par le Prince de Conty
,
du succès avantageux
obtenu le 30 Septembre par l'armée de Fran
ce & d'Espagne sur celledu Roi de Sardaigne.
Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des
deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remar- quable. Enfin le dit Octobre
,
le Roi partit de Strasbourg
, s'arr êta à Sellestatt, d'où il se rendit le lentJemarti
à son Quartier devant Fribourg. Le Ma
réchalde Coigny rendit compte au Roi de la situa-
,
tion des Ouvrages du Siége.
-
Le onze,le Roi examina très-attentivement le
front de l'attaque
,
la tranchée & les progrès des
travaux, & Sa Majesté décida judicieusement qu'on
borneroit l'attaqueaux deux faces du Bastion chr -
Roi, & aux deux demi-Lunes quifont à côté. Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége
,
& à donné ses Ordres en conséquence.
Ces opérations ont essuyé bien des obstacles, non
seulement de la parc des Assiégés, dont la vigoureuserésistance
a redoublé la gloire desAssiégeans;
mais encore de la part de la nature,qui a opposé au
courage & à la prudence, des pluyes, des fontes
de neige& desinondationsdelariviere deTraifane.
Malgré toutes ces difficultés, qu'oncroyoitinfurmontables
, cette forte Place s'est rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur, qui l'a défenduë,a fait
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On est convenu par laCapitulation, que laVille
seroit remise le 7 de cemois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les blesses feroient
prisonniers de guerre; que le surplus de la garnison
se retireroit dans les Châteaux
, entre lesquels & la
Ville il y auroit une Suspension d'armes de il
jours, pour attendre le retour d'un courier que le
Gouverneur devoit envoyer à Vienne,afin de recevoir
les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée le7
S. M. fit partir le 6 au soit le Duc de Pecquigny,
un de ses Aides de Camp, pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Les troupes qui sormoient la garnison de Fribourg,
s'étànt retirées le 7 dans les Château, comue
cela avoit été réglé
,
les Régimens que le Roi
avoir destinés à la garde de cette Place,y entregent
vers les cinq heures du foir.
Le Roi se rendit au Camp tous cette Ville le lendemain,&
ildîna chés le Maréchal de Coigny,
auquel il donna ses Ordres sur ce qu'il conviendrait
de faire, selon le parti que le Gouverneur de Frifcourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux,
lorsque lec ourier qu'il a dépêche à Vicryie lui au,
soit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
On chanta le 17 Septembre dernier, dansl'Eglise
- Royale & Collégiale de Moissac en Quercy
,
donc
M. le Duc de Biron est Abbé,une Mesle solemnelle
& un Te Deum,en grande Musique, en actions de
graces de la Convalescence du Roi; on fit ensuite
une diftribucion d'argent considérableaux Pauvres,
qui s'y rendirent en foule, & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le foir, il y eut une belle
illuminationsur le Frontispice de cette Eglise,&
on y tira une grande quantité de fusées jusqu'à la
pointe du jour.
-
Le trente - un Octobre
,
veille de la Fête de tous
les Saints, la Reine entendit la Messe dans la
Chapelle du Château deVersailles,& S. M. communia
par les mains de l'Archevêque de Rouen son Grand Aumônier. ,
La Reine,accompagnée de Mesdames de France,
assista l'après midi dans la même Chapelle aux
premieres Vêpres,qui furent chantées par la Musique.
Le premier de ce mois, jour de la Fête, la Reine,
accompagnée de Monseigneur le Dauphin & de
Mesdamesde France,entendit la grande Messe,
célébrée par l'Abbé Brosseau
,
Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique.
Le même jour, S M. accompagnée comme le
matin, assista à la Prédication du Pere de Beauvais,
de la Compagnie de Jesus,& aux Vêpres.
-La Reine entendit ensuite les Vêpres des Morts.
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monseigneur
le Dauphin avec l'Infante d'Espagne Marie-Therese
était conclu. S. M. a disposé des principales
Chargesde la Maison de - cette Princesse
,
& elle Ir
déja donné ses Ordres sur ce qui regarde son arrivée
en France, & sur son voyage depuis la Frontière.
Le ii de ce mois, l'ouverture du Parlement se
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe
solemnelle,célébréepontificalement par PEvêquc;
Duc de Laon. M. de Maupeou, PremierPrésident,
& les Chambres y assisterent.
Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory
)
l'un des
Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand,y prononça un Discours Latin sur le retour
du Roi. Il fit sentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les sujets de S. M.
& les transports de zéle & de respect ausquels ils fè
livroient.L'assemblée étoit composée du Nonce-du
Pape,de plusieurs Prélats, & d'un grand nombre
de personnes de distinction.
:
1
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée, & les fréquentes acclamations
dont elle retentit, firent connoître combien on
étoitpénétré des sentimens que l'Orateur avoir tâjché
de peindre.
Le même jour, le Marquis d'Argenson,Ministre
Se Sécretaire d'Etat du Département des Affaires.
Etrangeres, prêta le Serment de fidélité entre les
plains de S. M.
, Le Roi a donné la place de Conseiller au Conseil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenson,
à M. de Brou, Conseiller d'Etat ordinaire,&
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot, Conseiller d'Etat, a eû la place de
Conseiller d'Etat ordinaire, qui a été remise parle
Marquis d'Argenson.
M. Rouillié, Maître des Requêtes, & Intendant
duCommerce, a étéfait.Conseiller d'Etat.
te 23 de ce mois, la Cour quitta le deuil, qui
avoir été pris le 11 du mois dernier pour la more
de Madame de France,sixiéme fille de leurs Majestés.
Le Baron de Schesser, que le Roi de Suéde à
nommé son MinistrePlénipotentiaire auprès du Roi,
eut le 24 de ce mois une audience particulière de
S. M. il y fut conduit parle Chevalier de Saincto:
,
Introducteur des Ambassadeurs.
M. deBernage,Prévôt des Marchands, & Messseurs
Sauvage & Huet, nouveaux Echevins, prêterent
entre les mains de S. M. le Serment de fidélité,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture.
ainsi que du Scrutin, qui fut présenté par M. d'Argenfon
,
Avocat du Roi au Châtelet, lequel parla
avec autant d'esprit que d'éloquence.
Le Lundi 23 Novembre, Mrs Charpentier 8C -
Danguy, divettirent infiniment la Reine pendant
son dîner & son souper
, par leurs Airs & leurs
ChansonsComiques. Le Premier ajouta la Mascarade
à la Symphonie,& parut le matin en MarguillierdeVillage,&
lefoir en Aveugle. Leurs talensamusansfont
connus; il est inutilede les détailler.
On écrir de Lyon du même mois, qu'il vient
d'arriver un terrible accident: deux maisonsbâties
sur le Pont de pierre du côté du Change
,
font tombées
, partie sur le Pont, & partie dans la rivière
& ont écrasé pusieurs personnes r ; il yen a eu beaucoup
d'aunes noyées. La rivière est enflée extraordinaireinent,&
est beaucoup plus haute qu'elle
n'étoit il y a quatre ans; les maisons du Quai sont
dansl'eau
On mande de la même Ville que le feu a pris au
Couvent des Célestins ; l'embrasement a été (i
violent, que malgré les secours que l'on a a pportés,
les flâmes n'ont épargné qu'une très-petite partie
du Bâtiment;la Bibliothèque aété entièrement
brûlée; les Religieux n'ont pû sauver que leurs
Archives.
Le Roi a accordé à M. le Comte de Brionne, la
survivance de la Charge de Grand Ecuyer
1 que
possede M. le Prince Charles de Lorraine,oncle
de ce Prince.
M de la Condamine,l'un des Académiciens qui
ont été au Perou, est arrivé à la Haye.
Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à
PEfection de deux nouveaux Académiciens,pour
remplir les places vacantes par la mort de M.l'Abbé
deRothelin& deM. l'AbbéGédouin.
M l'AbbéGirard,& M. l'Abbé de Bernis, Comte
deBrioude, furentnommés.
Le nom de M. l'Abbé Girard est avantageusement
connu du Public, par le Livre des Synonimes Fraoçois.
M.l'Abbé de Bernis,joint à une naissance
distinguée & à des moeurs aimables,un talent décidé
pour 1J Poësie, qu'il cultive avec succès. Plufleurs
Ouvrages estimés, qu'il a donnés au Publrc,
ont réuni en safaveur lessuffrages de l'Académie.
Le Samedi ig, les Equipages de Madame la Dauphine
se mirent en route.
M. d'Argenson,fils du Ministre de la Guerre,
apporta le 18 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garnison est prifonnierede
guerre, & consiste en fooo hommes. 1
Le courierdépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz ,arriva à Fribourg le Z4; il rapporta que
la Reine d'Hongrie laissoit le Gouverneur de cette
Place,maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour son service & ses intérêts;
Les pourparlers au sujetdelaCapitulation étoient
déja commencés;on les a continués depuisy & M.
deFremur fut envoyé en ôtage dans le Château,
pendant qu'on en dressoit les articles.
M. de Damnitz est venu plusieurs fois chés M le
Maréchal de Coigny,où il a été réglé que la Garnison
seroit prisonniere de Guerre, & qu'elle seroit
conduite dans ks Places d'Alsace& de Franche-
Comté
, pour y rester jusqu'à l'échange des prisonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier, en
conséquence de cette Capitulation,une Porte du
Château au Régiment de Picardie, que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les dispositions faites par M. le Maréchai,
60 Pièces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux,s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis est parti pour Berlin par ordre
de M.le Maréchal de Coigny, pour aller informer
le Roi de Prusse de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
DIGNITES ACCORDEES.
L E Roi a donné leGouvernement de Bethune
au Comte de Laval, Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté, qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes, Lieutenant Généraldesarmées du
Roi, a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur,; Maréchal de Camp, Inspecteur
d'Infanterie
,
employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty, a été nommé Lieutenant
Général.
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Mestre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
& M. de Pierrefeu,Lieutenant Coloneldu Régiment
de Cavalerie de Conty.
Le Roi a nommé Commandeurde l'OrdreRoyal
& Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten Maréchal
de Camp,& Colonel d'un Régiment Suisse.
- S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de 11 Force, as
- Chevalier de Rochechoüart, Capitaine cWllS lç
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie
,
dont le
Comte de Vogué a donné sa démission, a été accordé
au Chevalier de S. Jal, Capitaine dans le
mêmeRégiment.
Le Président Brisonnetaété nommé parle Roi l
la place de Conseillerl'hanneur au PtlrlellleU
vacant par la mort du~idenr du Tillet.
M, Bertier de Sauvigny, Maître des Requêtes
te Intendant en Dauphiné, a été nommé Intc.
iaout de la Généralité de Paris.
'- Le Comte de Selles ,Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins,ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins leMxrqnis.
de Monteclere
,
Premier Cornette de celle des Chevau-
Legers d'Anjou.
- S. M. a accordé en même-tems la place de Premier
Cornette de cette derniere, Compagnie au
Marquis de S. Auban
,
Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans,dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy,Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a disposé
en faveur duChevalier d'Oppede
,
Capitaine dans le
RégimentdeCavaleriede Salucesdu Guidonde !<t
Compagnie des Gendarmes d'Orléans,vacant parla
nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enseigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & là
Cmnte de Longeron,Lieutenans Généraux,& S M..
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp,& de trente-sept Brigadiers.
Les Maréchaux de Camp sont,
MESSIEURS le Maire, Ingénieur.
De Nugent, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres, Enseigne d'une Compagnie
des Gardes du Corps.
• De Pernage de Chaumont, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
- Le Comte de Relingne
,
Sous-Lieutenant de lot
Compagniedes Gendarmes de la Reine.
Le Comte dePrunier S.André, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes d'Orléans..
Le Marquis de tillieres, Capitaine Lieutenant de laCompagnie des Gendarmes de Monseigneur le
Dauphin. 1
Le Chevalier Daquesseau, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Flandres,
Le Murjms de Fougeres
,
Enseigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
La Marquis de Choiseüil Beaupré
,
Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes, de la
Reine.
Le Marquis de Flavarourt,Capitaine dans le Rtgiment
Royal Cravates.
Le Marquis de Mezieres, Sous Lieutenant de fal
Compagnie des Gendarmes de Berry.
Le Comtede Tressan., Lieutenant de ræ premiere-
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte de Balincourt, Enseigne de cette Gorav
pagnie.
Le Chevalier de Suzy, Lieutenant de rat même
Compagnie.
Le Chevalier d'.Art!tnan. Sous Licumiiantde-rai
premiere Compagnie des Mousquetaires
Le Marquis de Crequy, Commandant une des
BrigadesduRégiment Royal des Carabiniers.
Le Chevalier de GrammontyLieutenantd'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
Le Marquis du Muy
,
Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monfeigncur
le Dau hin. 1
-. Le Chevalier deManberbe
>
Aide Major des quatre
Compagnies des Gardes du Corps.
Le Marquis de Pont-Saintt-Pierre. Enseigne d-':
ne des Compagnies des Gardes du Corps-
De Guers& de laMotte
,
Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoises.
Le Marquis dePerufly ,Enseigne de la premiere
Compagnie des Mousquetaires.
Le Marquis-deMorangies, Sous-Lieutenantde la
Compagnie des Gendarmes.
Le MaJfquisde Sourches, Cornette de la Compagnie
des ChevauLégers.
Le Vicomte de Canillac, Enseignede la seconde
Compagnie desMousquaires,
Le Gendre, Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie..
Déscajeul,Lieutenant dé la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filtzjames, Mestre de Camp du Régiment
Irlandois,de son nom.
LeMarquisdeBellefonts
,
Colonel du Régiment
de Champagne.
LUJfIIn, Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme
,
Capitaine d'une Compagnie de Mineurs.
Le Comte de Borstiel
,
le Baron de Jvlefl-ay, & le
Chevalier d'Abouville
,
Lieutenans Générauxd'Artillerie.
De Ratait, Ingénieur, & de Cremille, Maréchal
Général des Logis de l'Aimée.
1 Les Brigadiers sont.
MSSSIfUJlS)deTorcy, Colonel d'Infanterie Réformé.
Le Chevalier de Menou, Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry
,
Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suj,(ses.
Le Marquis de Langey
,
Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoises.
Le Marquis de VAlenCl, Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal, Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suisses.
Le Chevalier de Vattan, & de la Sone, Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoises.
Le Chevalier delaChaise, CapitaineLieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
( Le Marquis de Lignieres, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Beeta..
gfle.
Le Marquis d'Heudicaurt
,
Mestre de Camp du
Régiment de Cavalerie de son nom.
Le Chevalier de Montegu
, Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoises. DeVercel,Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
LeMarquis de Pereuse, Colonel duRégiment
de Blaisois.
Jacob, Capitaine d'une Compagnie Franched'Infanterie
& d'une de Dragons.
De la Neuville, Lieutenant Colonel du Régiment
Dauphin Etranger.
Du Plessis
,
Maréchal des Logis de l'Armée,&
Capitaine dans le RégimentMettre de Camp Génétal
Dragons.
-
'-- Le Baron de la Peyre, Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoises.
De Guiry
,
Commandant une des Brigades dit
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis, Lieutenant Colonel du Régiment Suisse
de Monnin.
Le Chevalier de Baltazar
,
Lieutenant Colonel
duRégimentSuisse de Vigier.
Artus
,
Ingénieur.
Des Barreaux, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie Allemandde la Marck.
De Vareix, Commandant un Bataillon duRégiment
Royal Artillerie.
De Riverie, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
De Tanus, Lieutenant Colonel du Régiment de
Champagne.
De Fontenay, & de Vombecejtie
,
Commandans
Je Bataillons du Régiment Royal Artillerie
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
de Berchiny
,
Hussards.
Le Chevalierd'Ailly, Lieutenant Colonel du Ré..
giment de Cavalerie Royal Roussillon.
De Sabrevois, Lieutenantd'Artillerie
De Tunnel
,
Lieutenant d'Artillerie,&Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier, l'aîné, Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier
,
Lieutenant d'Artillerie,
& Commandant l'Ecolede Metz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de z¡,PIfltiere
,
Lieutenans d'Artillerie.
PRISES DE VA1SSEAVX.-
LE CapitaineHendriix de Zitter. qui commande
le Marsouin
, a pris une Corvette, & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dauphin
, a pris une Balandre à Nieuport.
L'Armateur commandant le Trompeur
,
de Ci*
lais,va rançonné cinq Bânmens Anglois& ena
mené un fil éme dans le Port de Dunkerque,
chargé d'Acier, de Vin, de Miel, de Sel & dlau.
de-Vie.
Le Capitaine Antoine du Ler de Bayonne,commandant
la Victoire, s'est emparé de la Frégate 1*
Méditerranée,de vingt canons & de quatre autres
Vaisseaux ennemis,richement chargés.
Le Navire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine (-,tlbeit-:)égotitac- a pris un
BrigantinAnglois ,chargé de Sucre
,
de Bois de
Cuac& de Tafia.
Le Vaisseau le Chasseur de Bayonne ,
commandé
parleCapitaineCirandel,arelâchéàPortLouis
avec deux prises Angloises, riches & considérables.
Le Capitaine Maingard
,
qui commande le Vaisseau
le Comte de Maurepas
, a conduità S. Mal..
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf, de Lara:
& de Beurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaisseau de Brustol
,
chargé de Salaisons
Le Capitaine Ruault, commandant le iemt Joseph,
armé à S. Maio,aprisle S. jean, Vaisseau
Anglois de (îx cent Tonneaux & de vingt huit canons,
estimé cinquante mille écus,&a deplus
rançonné un autre Vaisseau pour la somme de
vingt-cinq mille livres
Les Navires l'Eli%.aberh
,
de Londres,laJeanne
deAndekeinden, & le Jeun i- ( infime, ont été
pris par le CapitainePierre de Han, commandant
le Matou, de Dunxerque.
Les Capitaines Savein & Rombout,commandans
le S. Micb,l,& le C?r¡queran
, du même Port,
y Õnt envoyé la Fregate An^LiIê U CLarmante
Peggy, chargée de Lin
,
de Chanvre & de Potasse.
Le Lys, de S Malo, commandé par le Capitaine
la Cour Gaillard, s'est emparé d'un Bâtiment
de la même Nation, sur lequel il y avoit du Sucre
& duCoton. La Frégate l'Eméraude, de Brest, a repris aux
'.Anglois le Vaisseau le Redoutable, de Bordeaux
dont la Cargaison est estimée plus de , fOOOOO livres.
Le Vaisseau le Sarum, de Londres
, a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance, commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Brest
, que lesEscadres commandées
par Messieurs de Rochambeau & de Nesmond
,
font rentrées dans ce Port. Celle de M. de
Nesmond a pris le 17 du mois d'Août dernier, à
50 lieuës au large du Cap S. Vincent,la Frégate
de Guerre Angloise le Solebay, de 26 canons, Se
elle s'estemparée desept Bâtimens Marchands,
dcru cinq ont été brûlés, & les deux autres chargés
de Salaisons & de Vins, ont été envoyés à Cadir.
Les Frégates la Gloire & l'Argonaute ,commamdées
par Messieurs de la Galissonniere & de Fronmentiere,
& qui avoient été séparées le premier de
ce mois de l'Escadre de M. de Rochambeau, donc
elles faisoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Angloisles trois Ministres, de 2.2. canons, &
sixVaisseaux Marchands, dont laCargaison consistoit
en Moruë séche; elles ont coulé bas un autre
Corsaire de 24 canons,après avoir retiré l'ra.
quipage.
Le Vaisseau le Renard,de Bayonne,s'est emparé
d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux
,
chargé
de Charbon de Terre & de Fayence.
Un autre Vaisseau de la même Nation, sur Izl
quelil y avoit du Beurre& duFromage, des Salines
& d'autres Marchandises
, a été conduit à
Bayonne par le Vaisseau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour- Gaillard, qui commande
le Lys, s'est rendu maître des Vaisseaux le Marchand
de la Riviere du Sud,de 170 Tonneaux,Se
les trois Nones, de 160 ,
dont la charge consiste en
800 Boucaux de Tabac.
Le Bâtiment Anglois leVrai Fran(o;s)à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin
d'Huile t & de Savon, a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rasbot, commandant le S. Malo&
l'Astrée.
La Frégate l'Eméraude
,
commandée par M. ds"
S. Allouarn, a repris aux Ennemis le Vaisseau i,
Vainqueur, de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste ,commandant le Vaisseau
le PierreMarie,armé à Treguier, est entré dans
le Port de Rofcoffavec le Navire Anglois le Q::.y-.
Neuf, de 160 Tonneaux.
On apprend de DunKerque que le Capitaine S.
vern, commandant le S. Michel, y est arrivé avec lesVaisseaus le Gréenock
,
& les deux Freres, de
Roston
,
dont l'un est chargé de Tabac,& l'autre,
de Munitions de Guerre, & de Toile propre à
faire des Voiles pour tes Vaisseaux.
Le 28
,
le Corsaire la Victoire rentra dans le Pott
de Bayonne avec un Vaisseau Marchand Anglois
<)'il avoit pris. On estime cette prise cinquante
mille écus.
EDIT POUR LA TONTINE,
E DIT DUROI, portant Création de Rentes
viageres & de Tontine. Donné i Versailles
au mois de Novembre1744. LOUIS par la
grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A
tous présens & à venir).& AL U T. L'augmentation
des épenses ausquelles Nous sommes obligés
pour U continuation de la Guerre,Nous mettant
danslanécessité de nous procurerdes fonds extraordinaires
pour le service de l'année prochaine
Nous r aurions crû devoir écouter la proposition qui
Nous a été faite d'une nouvelle Création de Rentes
viagères & de Tontine à l'instantde celles créées
par nos Edits précédens, & dont la levée aété faite
avec succès par ceux de nos Sujets qui veulent
jouir d'un revenu plus considérable pendant leur
vie, & Nous nous sommes portés d'autant plus
volontiers à cette nouvelle Création de Rentes viageres
& de Tontine
, que quoiqu'elle présente une
augmentation dc charges dans nos états de dépenses,
cette augmentation se trouve compensée en
partie par le revenant bon qu'a produit l'extinction
de pareilles Rentes créées par nos précédens Edits,
& qu'au moyen de cette extinction successive le
fonds que Nous assignons annuellement sur nos
Etats des Fermes se trouvera peu augmenté. A cet
c A t;sE s ,
& autres à ce Nous m uvans; de l'avis
de no re Conseil
,
& de notre certaine science , pleine puissance & autorité Royale, Nous avons
par le présent Edit perpétuel & irrévocable, dit,.
statué & ordonné, disons
,
statuons & ordonnons,
voulons & Nous plaît.
ART 1 C L si I Que par les Commissaires de
notre Conseil qui feront par Nous députés, il soit
vendu& aliené à nos chers & bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne Ville
de Paris 1357200 liv. de Rentes viageres, (pvoir,
480000 liv. de Rentes purement viageres
,
8t.
877200 liv. de Rentes aussî viagères
,
dites Tontines
, avec accroissement aux survivans, lefquciles
Rentes Nous avons assignées & alignonssurle
produit de nos droits d'Aydes & Gabellesdc,-»
cinq grosses Fermes, que Nous avons déclarés &
déclarons spécialement & par privilége affectés&
hypotéqués au payement des arrérages desdites
Rentes,même par préférence à la partie de notre
Trésor Royal.
II. Voulons que les constitutions particulières
desdites Rentes soient faites par lesdits Prévôt des
Marchands & Echevins à ceux qui en auront porté
les capitaux en notre Trésor Royal ),& que les
Contrats en soient passés par devant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choisir, pour joüir
desdites Rentes leur vie durant. comme de leur
propre chose,vrai & loyal acquêt pleinement & paisiblement,
& en être payés actuellement par demie
année à Bureau ouvert en deux payemens parchacun
an par les Payeurs des autres Rentes assignées
sur nos Aydes & Gabelles, sans que lesdites Rentes
puissent êtreréduites ni retranchées sous quelque
prétexte que ce puisse être; & feront lesdits
Contrats de Rentes délivrés gratuitement aux Acquereurs
par les Notaires
,
ausquels il sera par
NOllS pourvû d'un salaire raisonnable.
III. Lesdits 480000 liv. de Rentes purement
viageres feront partagées en huit Classes différentes;
suivant l'âge des Acquereurs ; la premiere, de
12000 liv. de Rentes pour ceux depuis la naissance
jusqu'à dix ans sur le pied du dernier treize. La
féconde
,
de 18000 liv. depuis dix ans jusqu'à
vingt, sur le pied du dernier douze. La troisiéme
de 7oooo liv. depuis vingt ans jusqu'à trente, sur
le pied du dernier onze. La quatrième ,de 160000
liv. depuis trente ans jusqu'à quarante,sur le pied
du dernier dix. La cinquième, de 1 50000 liv. depuis
quarante ans jusqu'àcinquante
,
sur le pied
du dernier neuf. La sixiéme
,
de 40000 liv depuis,
cinquante ans jusqu'àsoixante, sur lepieddudernier
huit & demi. La septiéme
1
de 18000 liv. depuis
foixanre ans jusqu'à soixante& dix, sur le pied
du der ner huit. Et la huitième de 12000 liv. depuis
soixante & dix ans & au-dessus, sur le pied da
dernier sept, les constitutions particulières deTqllelles
Rentes ne pourront être moindre de 50 liv. de
jouissance.
IV. Lesdits 877100 liv. de Rentes viageres de
Tontines formeront la quantité de 3ciO')O Actions
à 300 liv. de principal chacune qui feront distribuéesen
quinze Classes suivant l'âge des Acquereurs
La première, de 12000liv de Rente pour
ceux depuis la naissance itifqu'à cinq ans. La deu
xiéme,de 18900liv. depuis cinq ans jusqu'à dix-
La troisiéme
,
de 16400 liv. depuis dix ans jusqu'à
quinze. La quatrième, de 34500 liv. depuis quinze
ans jusqu'à vingr. La cinquième, de 43100 liv.
depuis vingt ans jusqu'à vingt-cinq. La sixième
de50000 liv. depuis vingt cinq f ans jusqu'à trente.
Laseptième, de 71900 liv. depuis trente jusqu'à
trente-cinq. La huitième, de 87000 liv. depuis
trente-cinq itifqu'i quarante. La neuviéme
,
de
99000liv. depuisquarantejusqu'à quarante-cinqs
La dixième, de nitfco liv. depuis quarante cinq
jusqu'à cinquante. La onzième
,
de 96000 liv. depuis
cinquante jusqu'à cinquante-cinq. La douziéme,
de71400 liv. depuis cinquantecinq jufqu^à
soixante La treizième,de 64800 liv. depuis soixante
jusqu'à soixante-cinq. La quatorzième, de
44400 liv. depuis soixante-cinq jLifqu-à soixante &
dix. Et la quinzième ,de 35100 liv. pour ceux de
soixante & dix ans & au-dessus ; & feronr lesdites
Classes subdivisées
,
sçavoir: la premiere, en deux
parties; la deuxiéme
, en trois; la troisiéme, en -
quatre; la quatrième
, en cinq; la cinquième,en
six;la sixiéme, en huit; la huitième
, en neuf; la
neuvième, en onze; la dixième, en douze; la onziéme,
en dix, la douzième, en sept; la çreiz&r
me, en six
; la quatorzième
, en quatre, & La
quinzième, en trois; toutes de trois cent Actions
chacune.
V. Ilsera payé annuellement pour chaque Aaron
pendant la vie des Rentiers de chaque Classe
;
fç-avoir
, à ceux de la premiere io liv par Action; 4
ceux de la seconde, il liv. à ceux de la troisiéme
,
11 liv à ceux de la quatrième
, 13 liv. à ceux de la
cinquième
14 liv à ceux de la sixiéme
, if liv.
àceux de la septiéme
, 27 liv. à ceux de la huitième
, 19 liv. à ceux de la neuvième
, 30 liv. à ceux
de h dixième, 31 liv. à ceux de la onzième ,3*
liv.. à ceux de la douziéme 34 Iiv. à ceux de la
treiziéme, 6liv. à ceux de la quatorzième, 37
liv. à ceux de la quinzième
, 39 liv-
VI. Lorsque les Acquéreurs desdites Rentes viagères
dires Tontines décederont, les arrérages
dO.LH ils jouissoient appartiendront par accroissement
aux furvivans de la même subdivision dans
laquelle ils feront em loyés, & seront distribués
entr'eux d'année en année au solla livre jusqu'au
dernier mourant, sans que lesdites Rentes puissent
être censées éteintes à notre profit par le décès des
Acquéreurs
,
ifaon après le décès du dernier rentier
de chaque Subdivision de Classe
; en sorte que
le dernier vivant de chaque Subdivision de chacune
desdites Classes recueillera seul le revenu dç
tous les capitaux qui compo eront ladite Subdivision,
qui ne seraéteinteànotreprofit qu'aprèsla
mort dudit dern er Rentier.
VII. Lesdites Constitutions ne pourront être
moindres qued'une Action - mais il fera permis
,aux Acquereurs d'en prendre telnombre qu'illeur
plaira en chaque Subdivision de leur Clarté,pour
lesquelles il fera expédié un ou plusieurs Contrats à
leur choix.
.VIII. Voulons que conformémentà ce qui a été,
pratiqué à l'égard des précédentes Tontines, si-tàe j
après la confection des liftes de celle-ci, le Prévôt j
des Marchands de notre bonne Ville de Paris
, procéde
à la nomination des Syndics honoraires defdites
Classes
,
& à la répartition du travail entre les
Syndics oneraires des Tontines.
IX. Les Etrangers non naturalisés, même ceux
demeurans hors ne notre Royaume,Pays,Terres
& Seigneuries de notre obéissance
, pourront, ainsi
que nospropres Sujets, acquerir les Renres créées
par notre présent Edit, encore bien qu'ils fuÍfenr
Sujets des Puissances avec lesquelles nous sommes
ou pourrions être en Guerre, & ils en jouiront
avectous lesprivilégesqui leur ont été accordés
pour les autres Rentesdudit Hôtel de Ville par l'Edit
du mois de Décembre 1674
,
& autres subséquens.
-
• X. Et pour d'autant plus favoriser les Acquéreurs
desdites Rentes,voulons que les arrérages des viagères
& ceux des Tontines, à quelques fomraefr
qu'ils puissent monter & les accroissemens
, ne
puissent être saisis fous quelque prétexte que ce
soit
, pas même pour nos propres affaires; & ea
outre que lesditesRentes qui feront acquisespar
les Etrangers soient exemptes de toutes Lettres demarques
& de représailles pour quelque cause que
ce soit.
XI. Les peres & meres qui auront acquis lesdites.
Rentes fous le nom d'aucun de leurs enfans
, jouiront
desarrérages, sans être tenus d'en rendre aucun
compte jusqu'à ce qu'ils en ayent disposé a»
profit de teurfditsenrans.
XII. Ceux de nos Su jetstaillables qui acquereront
lesdites Rentes viagères,ne pourront erreimlés
à la Taille à plus grande Comme pour raison d&
laditeacquisition, ni même pour l'accroissement
dont ilspourront jouir dans la suiteXIII.,
Les Acquereurs desdites Rentes pourront
aFuaitrreepasser les Contrats sous leur nom ou sous tel
qu'ils voudront choisir
, pour en jouir par
eux ou par ceux qu'ils nommeront, leur vie durant
sur leurs quittances
,
dont il sera fait mention dans
lesQuitrances du Garde de notre Trésor Royal,
1&: dans lesdits Contrats; & l'existence des personnes
nommées par lesdits Acquereurs fera justifîée
pour recevait les arrérages des Rentes viageres, 8G
les accroissemens dans les Tontines, conformément
à ce qui a été ordonné par nos Déclarations
des 27Décembre 172.7 , & 23 Juillet 1737.
XIV. Lesdits Acquereurs feront tenus de jufli.,
fier leur âge par des Extraits Baptistaires ou autres
Actes équipolents, en bonne forme,& dûëment
Légalisés: & à l'égard des Etrangers demeurans
hors de notre Royaume, ils feront tenus, outre
lesdits Extraits Baptistaires, ou autres Actes équipolents
,
de rapporter des Certificats de nos An)
bassadeurs, Envoyés, Résidens ou Consuls de la
Nation Françoise dans les Cours, Etats ou Villes
Etrangères od ils demeurerontportant qu'ils se
font présentés devant eux, & qu'ils ont représenté
lesdits Extraits Baptistaires ouActes équipolents.
lesquels Extraits Baptistaires ou Actes équipolents
feront annexés aux Minutes des Contrats desdites
Rentes.
XV. S'il arrivoit que quelqu'un desdits Acquereurs
se sit comprendre sur un faux Baptistaire ou
Acte équipolent, ou par une supposition de nong
dans une Classe plus avancée en âge que celle où
il doit être, Voulons, quant aux Rentes purement
viageres, que celle qui lui aura été constituée,demeure
éteinte à notreprofit; & quant aux ReQt
de Tontines,qu'elles appartiennent par droit d'ace
croissement aux autres Rentiers de laSubdivision
de la Classe où il aura été employé
,
même qu'il
foit-procédé contre lui comme faussaire, suivant
la rigueur des Ordonnances. Permettons néanmoins
ausdits Acquereurs de faireréformer, lors
delapassation de leurs Contrats
,
les erreurs qui
pourroient s'être glissées à ce sujet dans les Quittances
du Garde de notre Trésor Royal.
XVI. Le Bureau fera ouvert en notre Trésor
Royal huit jours a près l'enregistrement de notre
présent Edit; pour y recevoir les derniers capitaux
desdites Rentes, & en délivrer des Quittances.
XVII. Ceux quiacquerrontlesdites Rentesavant
le premier Janvier prochain, en auront la JOUie.
sance à commencer du premier Octobre précédent;
& ceux qui les acquerront après le premier Janvier
,n'en auront la jouissance que du premier
jour du Quartier dans lequel ils les auront constiruées.
XVIII. S'il arrive quelques contestations au sujet
du payement desdites Rentes, la connoissance
en appartiendra ausdits Prévôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris,auquels
Nous en attribuons toute Cour, Jurisdiction &
connoissance, pour être décidées sommairement &
iàns frais en premiere Instance
,
fauf l'appel en no..
tre Cour de Parlement de Paris, nonobstant & sans.
préjudice duquel appel, les Jugemens rendus par 1
lesdits Prévôt des Marchanus lk Echevins feront exécutés
par provision.Si donnons en Mandement,
&c. Donné à Versailles au mois de Novembre,
1744. Signé, LOUIS. &plus bas
,
PHELYPEAUX.
- Nous donnerons le Brevet & le Privilége du Rw
élans le fecend Yolme, celui-ci n'étant que par 6'h
trt&rdwnirç.
AdresseduMercure.
Avis à un Journaliste t t
Sur la Philosophie
, 2
Sur l'Histoire S
Sur la Comédie
, il SurlaTragédie, 14
Sur les Piéces de poëúe; 19
Sur les Mêlanges de Littérature, & sur les Anecdo
tes Littéraires, 2.S
Sur les Langues
, 34
DuStyle d'un Journaliste, 37
Le Palmier, les Silvains & Jupiter, Fable sur la
Convalescènce du Roi, 43
Les Kois
,
Ode, 4J
Ode en Strophes libres sur la maladie & la Convalescence
de S M. o
Rondeau sur le même sujet, 51
Sonnet sur le rétablissement da lafanté de S. M. Sc
Au Roi, à son retour de l'armée, DiscoursenVers -7 sur les Evenemens de 1744, f9
Fêtes célébrées dans plusieursVilles du Royaume, 5
Te Deum chanté à Génes
> 74
IlluminationàIssy 75
TeDeum chanté à ToulouseJ7fi Autrechanté Rome) 78
AutrechantéaBrest, 72
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp
, 2o
Fête champêttedonnée par M. Roi, &c. SI
Réjouissances faites par les Dominiquains de Pro-
• vence, J3y
Description de celles faites p.1r les Entrepreneurs
des Poudres
u Dormeur , §7
1 'of
Enigme & L ogogryphes
, fff Chansonsnotées, 99
Journal du Voyage du Roi, depuis son départ de
Fribourg, & son arrivéeà Paris, 103
Réjouissances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté, JOJ- le Roi va à N. D. les
Harangue faite au Roi par M.d'Argenson le fils,1J r Concert dans l'appartement de la Reine,112
Fête à l'Hôtel de Ville, ntf
Le Roi va à Ste Geneviéve, 114
Le oiestcomplimentéparle Parlement,125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon, 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée, 132
Le Roi & la Reine, &c. rendent visite àMad. la
Duchesse d'Orleans, 134
Leurs Majestés retournent à Versailles
, 136-
Illumination superbeà Chaillot. 137
AutreIlluminationàPassy, 138
Arrivée de LeursMajestésà Versailles, & Réjouissances
faites dans cette Ville, 140
Illuminations des Grands Jésuites144
Des Quinze-Vingt, 147
Del'Hôtel deS.Aignan 14Î
De celui dela Roche-sur-Yon
DeceluideNoa, illes,151049
Lettre au sujet des Inscriptions en Latin, 154
Relation de la Fête donnée par leDuc de Robail,165
Spectacles, 170
France, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
, 183
Départ des Equipages de Mad.laDauphine, iStf
Dignités accordées par Je Roi, 187
Promotions
,
iSS
Prises de Vaisseaux
, 192
Edit pour la Tontine, 195,
£« Chaujon notée doit regarder lA.l'Æge ,
MERCURE
.t
4 DE FRANCE, i
1 ] DEDIE AV ROI.
NOVEMBRE. 1744-
A PARIS,
Chés
GUILLAUME CAVELIlAj
ruë S.Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la descente du Pont-Neuf.
JEANDE NULLY, auPalais.
«p 0 rx1e
-AU ROI.
if1 y,
Yi>Ïùj-/n>u.aves accorde
Je PrÙl{Y/ Lill Ol)leretire de *
anec;Quelfon/ieur pour nous,
</y h'lll?ll,ller dans lUi ternir
où VOTREMATESTE9 prodigue A
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes a célébrer, (fcx tant degloi
re a publier. On netfpas obligé d'emprunter
le secours de l'Eloquence,
pour embellir les Annales de votr6
vie.SIRE
,
le plus [impie récit di
vos Allions paiera dans la Poftériti
pour un Panégyrique, & î,,osHiflo.
riens luiparaîtront des Plines. Cei
pendant la vérité dit de vous a
qu'ont dit des Monarques les plu
* slatés la Fable mensongere& laplu
Jèrvile adîtlatioti.Lorsqu'on vou
peint, on n'a besoin que de la finceri
té pour conduire le Pinceau, & 1
bouche ne forme point de traits q.
ne [oient gravés dans le coeur. Vot
ossi'ez,SIRE,aux yeux de VUM
vers enchanté, un Phénomene tiru
que , un Vainqueur çHri, un m
citoyenf enfin un tendrePere des
Peuples.Que de sentimensdignes
d'une mémoire éternelle CLfait éclater
votre péril pendant la subite&
violente maladie qui nous a fait trembler
pour vos jours! Qtie de Vertus
ont triomphé! Les vôtres,SIRË,
celles de votre Augufle Famille,
celles de tout votre Peuplet On a
vu briller avec le plus vif éclat, le
Courage Supérieur,VAmourConjugal,
la Tendresse Filiale, & le
Zélé le plus Ardent. Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique, le votre en a fourni
Villujlrematiere. Finirons, Nous
ne pouvons,SIRE
, que répéter en
vous loüant. Ne rougissons pourtant
point de r?être que Plagiaires dans
cette occasion.Lesplusfertiles Orateurs
éprouveroient le même fOrt; &
de plus, peut-on trop redire ce qui
vvoouusshhoonnoorreeddaavvanatnatoa-ge6e -&cequi éta-- ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire?
Nous sommes avec le plus pro.
fond refpeél
)
SIRE,
DE V0 TREMA J EST ET
>
Les très-humbles & tresfidéles
Sujets, Fu sEUER
lb- DE LA BRUEItE.
PREFACE
Du Nouveau Mercure de France* 0N fera simple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens séducteurs de la
Réthorique
, pour farder les Ouvrages
qu'ils rassemblent. Ils en doivent laisser ht,
décision au Public,Juge naturel des Compilateurs
& des Piecesqu'ils offrent à son
Examen. Et de plus, un Journal ne doit
erre recommandé que par son exactitude;
& le Mercure de France est nonseulement
le Journal de la Politique,mais encore de
la Jurisprudence, de la Littérature, de là
Police de la Finance 8c des Théâtres. Ces
matieres chronologiquement rangées
,
doivent
composer son principalmérite. Quant
aux productions de Vers & de Prose qu'il
recueille, les Editeurs n'ont pas toujours à
choiGr, ils sont souvent forcés de présenter
du Médiocrequand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public,de prendre
toutes les mesures imaginables pour
contenter son goût & son discernement;
on tâchera de ne loüer que d'aprèslui.
On prie instamment les Auteurs, cjiiienverront
des Ouvragesoù il entre de la dis- pute dd'éruditibon - ,de les dépoülller de toute -
causticité insultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Dissertateurs passionnés, on ne sçauroit
trop leur redire que des injures ne font pas
des preuves, & que l'infidélité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs passageres que dissipe la Réponse
la plus simple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Dissertateurs critiques doivent
toujours se souvenir
,
qu'ils'agit dans
leurs Ecrits d'instruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'est-il pas anez
puni de ses fautes quand on les lui démontre?
Est-ce par des traits satyriques qu'on
établit ou qu'on renverse une proposition?
La justesse des raisonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des discussionsLittéraires. Heureux l'Ecrivain
,
qui ne séparejamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il se propose
d'observer une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis.L'impartialité doit
être le premier attribut de son caractere.
S'il panche quelquefois,ce ne fera qu'avec
le Public, seul appréciateur des réputations.
L'article des Nouvelles Etrangères n'est
dédaigné que par les Nouvellistes avides de
la fraîcheur des Nouvelles: c'estl'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroissant
que tous les mois, n'eil: obligé qu'à
donner des faits certains. Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité; elles font destinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité, qui sont ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle& suivi des
Evénemens de leur Siècle. Les Nouvelles
du Mercure de France,purifiées par le tems
& l'Examen,dégagées des faussescirconstances
que le mensonge ajoute & qu'adopte
la crédulité,regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin,
elles sont les Annales de la Nation. Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux,nous aurions des Histoires Grecques
& Romainesplus curieuses encore que
celles d'Hérodote & de Tite-Live. Les Mercures
de Gregorio Leti,& de Vittorio Siri
"> font les matériaux les plus précieux de l'Histoire
des derniersSiècles.
Ce n'est pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit se consacrer..
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
sur sa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle, si elle n'annonçait pas aux
Connoisseurs les progrèsbrillansdelaPeinture,
de la Gravure & de la Sculpture aussi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poësie. Les Tableaux, les Estampes 8c les
Statues piquent le goût & la curiofire;8c
les le Brun,les Vateau ,
les Coustou & les.
Drevet ont de judicieux Admirateurs
,
comme les Fenelon, les Corneilles & les
Lulli.
Toutes les Académies du Royaume sont
invitées àenrichir le Mercure du Litteraire
& de l'Historique de leurs ouvertures,
de leurs Séances, enfin de leurs travaux
spirituels. Les occupationsdesSçavans
ne sçauroient être trop publiées,l'émulation
naît de ces récits
,
& l'émulation
des Auteurs tourne toujours ail profit des
Lecteurs.
Les ExercicesdesCollèges
,
les Théses
curieuses des Facultés, peuvent à présent
s'offrir aux Esprits cultivés. On peut fréquenter
hardiment les Ecoles,depuis que
Descartes & Neuton y ont introduit là
Raison.
Qu'on nouspermette de réitérer ici quelques
Avertissemens souvent donnés par nos
Prédécesseurs,& qui ne laissent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier ,sont priés d'en
marquer le juste prix. Le défautde cette
connoissance,estsouventun obstacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles,de quelque espéce
qu'elles soient, recommandables par l'Uri.
lité ou par l'Agrément, à nous en fournir
desMémoiresinstructifs& déraillés.
On se souviendra toujours d'affranchir les
Lettres,& les Paquets.
AVIS.
L,ADR ES SE générale efl hAfonfîeur
DE LA BRUERE,à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-infiammem ceux qui
mus adresseront des Paquets par lil Pope
d'en affranchir le Port ,
, pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter, & à eux cc hti de ne
pas voirparoître leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces OH des Pays
Etrangerl, qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain
y
& plus promp-
tement,na,uront qua, é\,crire a'LPa' ddrcfffcf ci-d1tjjJj-us
indiqués; onseconformera très-exactement is
leurs intentions.
PRIX XXX. SOIS.
ATIS A UN JOURNALISTE.
E Morceau suivant est l'Ouvrage
d'un Ecrivaincélébré
,
qui le
composa en 1737 5
ainsi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conseils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal.
Cette Pièce servira de seconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conseils judicieuxquel'Aureur
donne auJournaliste qu'ilveut instruire,mais
lui seul feroit en état de bien fournir une
carriere aussi vaste.
u4FISàun]ournahjÎ!, 10 Mai1757.
L'O UVRAGE périodique auquel vous
avez dessein de travailler, Monsieur,peut
très-bien réüssir, quoiqu'il y en ait déjà de
cette espéce. Vous me demandez comment
il fauts'y prendre, pour qu'un tel Journal
plaise à notre Siécle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots; soyez impartial.
Vous avez la science & le goût, si avec
cela vous êtes jUÍte, je vous prédis un succès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Littérature,depuis les Mathématiques
jusqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communémentde la partie la
plus brillante des Belles-Lettres, qui sont
les piéces de Théatre, n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie
,
qui soutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre espece de-
Journal,jusqu'à une Chanson qui fera bien
faite. Rien n'est à dédaigner.LaGrèce qui
se vante d'avoir faitnaître Platon, se glorisse
encore d'Anacréon
, & Ciceron nefait
point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE.
Vous sçavez assés de Géométrie & de
Physique, pour rendre un compre exact des"
Livres de ce genre, & vous avez assez d'esprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
leurs épines sans les charger de fleurs qui ne
leur conviennent pas.
Je vous conseillerois sur tout, quand vous
ferez des extraits de Philosophie
,
d'exposer
d'abord au Lecteur une espéce d'abrégé Historique
desopinions qu'on propose,ou des
vérités qu'on établit. Par exemple, s'agit-il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver,montrez
comment Gassendi l'a rendu plus vraisemblable
,
exposez les degrésinfinis de probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par les raisonnemens, par ses obfervations
& par ses calculs.
S'agit-il d'un Ouvrage sur la Nature de
l'Air ! il est bon de montrer d'abord qu'Aristote
& tous les Philosophes ont connu sa
pésanteur,mais non sondegré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins sçavoirl'Histoire des Sciences,
les gens du Monde, les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raison &
par quelles expériences, le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Aristote
, ail
sujet de l'Air; avec quel art Torricelli le
pesa,ainsi qu'on pese un poids dans une
balance, comment on connut son ressort,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave,ont découvert
leseffets de l'Air, qu'on est presqueforcé
d'attribuer à des propriétés de la matiere >
inconnuës jusqu'à nos jours. -
Paroît-il un Livre hérissé de Calculs&de
Problêmes sur la Lumière? quel plaisir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit delaréfraction& ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen, le seulGéométre de foa
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Descartesmet habilement & Géométriquement
en usage
,
quoiqu'en se trompant;
ce que découvre ce Grimaldi
i
qui a
trop peuvécu, enfin ce que Neuton pouffe
jusqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies,auxquellesl'esprit humain puisse
atteindre, vérités qui nous font voir un
nouveau Monde, mais qui laissent un nuage
derriere elles l
Composera-t'on quelque Ouvrage sur la
Gravitation des Astres
,
sur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vousaura-t'on pasobligation
,
Ci-voiis rendez
l'Histoire de cette Gravitation des Astres
, depuis Copernic qui l'entrevit, depuis
Repler qui osa l'annoncer comme par
Inftinét, jusqu'à Nuron qui a démontré à
la terre étonnée
,
qu'elle pese sur le Soleil,
& le Soleil sur elle? Nommez dans l'occasion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles; que votre Ouvrage soit un Registre
fidéle de la gloire des Grands Hommes
,
surtout en exposant des opinions en
les appuyant, en les combattant, évitez les
paroles injurieuses qui irritent un Auteur&
souvent toute une Nation, sans éclairer
personne. Point d'animosité, point d'ironie.
Que diriezvous d'un Avocat Généralqui
enrésumant tout un Procès, outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne l
Le rolle d'un Journaliste n'est pas si respectable
y
mais son devoir est à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
,faudra-t'il pour cela décrier Leibnits?
SURL'HISTOIRE.
Ce que les Journalistes aiment peut-être
le mieux à traiter, ce sont les Morceaux
d'Histoire,c'est là ce qui estle plus à la portée
de tous les hommes & le plus de leur
sgooiûtta.uCsseicnu'reisetuxpas que dans le fond on ne
pour lemoinsdeconnoître
la Nature,que de sçavoir ce qu'a faitSesostris
ou Bachus
,
mais il en coure de l'application
pour examiner:par exemple, par quelle
Machineon pourroit fournir beaucoupd'eau
à la Ville de Paris, ce qui nous importe
pourtant assés, & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes, qui nous
sont transmis sous le nom d'Histoire, qu'on
nous répéte tous les jours & qui ne noilâ
importent gueres.
Si vous rendez compte de l'Histoire ancienne
,
proscrivez
,
je vous en conjure,
toutes ces déclamations contre certains Conquérans.
Laissez Juvenal & Boileau,donner
du fond de leur Cabinet, des ridicules à
Aléxandre, qu'ils eussent fatigué d'encens
s'ilseussent vêcu sous lui, qu'ils appellent
Alexandre insensé. Vous Philosophe impartial
,
regardez dans Aléxandre ce Capitaine
Général de la Grèce,semblable à peu prèsà
un Scanderberg
,
à un Huniade
,
chargé
comme eux de venger Son Pays, mais plus
heureux, plus grand, plus poli & plus magnifique
: ne le faites pas voir feulement
subjuguant tout l'Empire de l'ennemi des
Grecs, & portant ses Conquêtes jusqu'à
l'Inde, où s'étendoit la dominarion de Darius,
mais représentez-le donnant des Loix
au milieu de la Guerre, formant des Colonies
, établissant le Commerce, fondant
Alexandrie & Scanderon, qui font aujourd'hui
le centre du Négoce:c'est par là furtout
qu'il faut considerer les Rois , Se
c'est ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes & des Ports que César a bâtis, du Calendrier
qu'il a réformé,~e.que des hommes
qu'il a fait égorger?
Inspirez surtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Histoire des tems récents, qui
est pour nous de nécessité, que pour l'ancienne
, qui n'est que de curiosité ; qu'ils
songent que la moderne a l'avantage d'être
plus certaine, par cela même qu'elle est moderne.
Je voudrois surtout que vous recommandassiez
de commencer sérieusementl'étude
de l'Histoire,au siécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X, François
Premier. C'est-là qu'il se fait dans l'esprithumain
dans notre Monde une révolution
quiatoutchargé. Constantinople est
prise, & la puissance des Turcs est établie
en Europe;l'Amérique est découverte 8c
conquise. L'Europe s'enrichit des trésors du
Nouveau Monde. Venise, qui faisoit tout le
commerce ,
perd cet avantage. Les Portugais
passent le Cap de Bonne-Espérance,
établissent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean. La Chine, Siam
,
deviennent
desAlliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique,qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere insurmontable à l'ambition
de la Monarchie universelle.
Une nouvelle Religion divise le Monde
Chrétiendecréance & d'intérêt. Les Lettres
, tous les Beaux-Arts,renaissent, brillent
en Italie,& répandent quelque foible
Aurore sur la France ,l'Angleterre & l'Es- -
pagne;les Langagesde l'Europe& les moeurs
se polissent. Enfin c'est un nouveau cahos
qui se débroüille, & d'où naît le Monde
Chrétien, tel qu'il est aujourd'hui.
Le beau siécle de Louis XIVacheve de
perfectionner ce que Léon X
, tous les Médicis
,
Charles Quint, François Premier,
avoient commencé.Je travailledepuis longtems
à l'Histoire de ce dernier siécle, qui
doit êtrel'exemple des siécles à- venir; j'essaye
de faire voir le progrès de l'esprit humain
& de tous les Arts fous Louis XIV.
Puissai-je avant que de mourirlaisser ce Monument
à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
desmatériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires sur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloir
faire à la Nation & au Monde,sur la
vigilance infatigable, sur la prévoyance
-
d'un Ministre de la Guerre, né pour être le
Ministre d'un
-
Conquérant, sur des révolutions
arrivées dans l'Europe, sur la vie privée
de Louis XIV, qui a été dans son Domestique,
l'exemple des hommes, comme
il a été celui des Rois. J'ose parler des fautes
inséparables de l'humanité, parce qu'elles
font valoir lesvertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui disoit à l'Ambassadeur
de Don Pedre : quoi donc, votre
Maître n'a-t'il pas assés de vertu pour avoir
des défauts! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à sa fin ce
grand Ouvrage.
Je vous prierai de bien faire sentir que Ci
nos Histoires modernes, écrites par des
Contemporains,sont pluscertaines & plus
générales que toutesles Histoires anciennes
elles sont quelquefois plus doureufes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'érat, de parti,deReligion;
le Guerrier, le Magistrat, le * *
,
le* * * ,
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux ,c'est le vice de tous les tems.
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'esprit d'un Romain, Se
il eût reproché à Rome la mauvaise foi dont
Rome accusoit Carthage. Nous n'avons gueres
d'Historiensanciens qui ayent écrit les
unscontre lesautressurlemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticisme sur des
choses que nous prenons aujourd'hui pour
incontestables, quelque peu vrai-semblables
qu'elles soient, & que nous respectons pour
deux raisons
, parce qu'elles sont anciennes,
& parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Historiens Contemporains ,
nous sommes dans un cas biendifferent; il
nous arrive souventlamême chosequ'aux
Puissances qui font en guerre. Chaque Parti
chante victoire
,
chacun a raison de son côté.
Voyez que de contradictions sur Marie
Sruard, sur les Guerres Civiles d'Angleterre,
sur les Troubles de Hongrie, sur l'établissement
de la Religion Protestante;sur le
Concile de Trente. Que dis-je? La même
Nation au bout de vingt ans, n'a plus les
mêmesidées qu'elle avoit sur le même Evenement
& sur la même personne. J'en ai été
témoin au lujet du feu Roi LouisXIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a essuyer
sur l'Histoire de Charles XII? J'ai
écrit sa Vie singuliere sur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans son Favori;
sur les Lettres de M. de Fierville, Envoyé
de France auprès de lui; sur celles de M. de
Villelongue
,
long-tems Colonel à son service
; sur celles de M. de Poniatousky. J'ai
consulté M. de Croissy
,
Ambassadeur de
France auprès de ce Prince, 6c j'apprends
à présent que M. Norberg
,
Chapelain de
Charles XII, écrit une
Histoire de son Regne;
je fuis sûr que leChapelainaurasouvent
vules mêmes choses avec d'autres yeux que
le Favori, & l'Ambassadeur. Quel parti
prendre en ce cas? celui de me corriger sur
le champ dans les choses où ce nouvel Historien
aura évidemment raison
, & de laisser
les autres au jugement des Lecteurs dé-
'ilntéreires. Que suis-je en tout celaJe ne
suis qu'un Peintre
,
qui cherche à représenter
d'un pinceau foible
,
mais vrai, les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'dl: indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepré le bien que ce dernier a pu faire aux
hommes,je n'ai aucun sujet de les flater ni
d'en médire; je les traiterai avec le respect
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir, & avec le respect qu'on
doit à la vérité
,
qui ne mourra jamais,
SUR LA COMEDIE.
o
Venons aux Belles-Lettres, qui feront un
des principaux articles de votre Journal;
vous comptez parler beaucoup des Piècesde
Théatre ; ce Projet est d'autant plus raisonnable
,que le Théatre est plus épuré parmi
nous ,
& qu'il est devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien, sans doute
,
de
suivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaisser tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts, dont un
bon Journaliste doit être le soûtien. Il est
juste de donner la préférence à Moliere, sur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'exclusion;
imitez les sages Italiens, qui placent Raphaël
au premier rang,mais qui admirent
les Paul Veronese
,
les Carache, les Correge
,
les Dominiquin,&c.
Moliere est le premier, mais il seroit injuste
& ridicule de ne pas mettre 1cJoueur
à coté de ses meilleures Pièces. Refuser
sonestime aux Menechmes
, ne pas s'amuser
beaucoup au Légataire universel, seroit d'un
homme sans justice & sas goût, & qui ne
feplaîtpas à Renard, n'est pas digne d'admirer
Moliere.
Osez avoiier avec courage, que beaucoup
de nos petitesPièces, comme le Grondeur,
l* Galant Jardinier, la Pupille, le double
Veuvage,l'Esprit decontradiction,la Co
quette de Village,le Florentin, &c. sont
au-dessus de la plupart des petites Pièces de
Moliere. Je dis au-dessus pour la finesse des
Caractéres, pour l'esprit dont la plûpart
- sont assaisonnées, & même pour la bonne
plaisanterie.
1
Je ne prétends point ici entrer dans le
détail de tant de Pièces nouvelles, ni dét
plaire à beaucoup de monde par des loüanges
données à peu d'Ecrivains,qui peut-être
n'en seroient pas satisfaits; mais je dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , &où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
lesFrançois seront assés heureux,pour qu'on
leur donne une Pièce telle que le Glorieux, gardezgardez-
vous bien de vouloirrabaisserleur
succès, sous prétexte que ce ne sont pas des
Comédies danslagoût de Moliere ; évitez
cemalheureux entêtement;qui ne prend sa
source que dans l'envie; ne cherchez point
à proscrire les Scènes attendrissantes
,
qui Te
trouvent dans ces Ouvrages;car lorsqu'une
Comédie,outre le méritequiluiest propre,
a encore celui d'intéresser
,
il faut
etre de bien mauvaise humeur,pour se fâcher
qu'on donne au Public un plaisir de
plus.
roCe dire que si les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peu plus intéressantes,on
veroit plus de monde à leurs représentations.
Le Misantrope seroitaussi suivi qu'il est estimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoise. L'Art d'étendre ses
limites sans les confondre avec celles de la
Tragédie
,
est un grand Artqu'il seroit beau
d'encourager,& honteux de vouloir dérruire
; c'en est un que sçavoit bien rendre
compte d'une Piéce de Théatre. J'ai toûjours
reconnu l'esprit des jeunes gens, au
détail qu'ilsfaisoient d'une Piéce nouvelle
qu'ils venoienrd'entendre,& j'ai remarqué
xjue tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont étéceuxquidepuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois, tant il est
vrai qu'au fond l'espritdesaffaires ôc le
véritable esprit des Belles-Lettres sont les
mêmes.
Exposer en termes clatrs & élégants un sujet, qui quelquefois est embroüillé,&
sans s'attacher à la divisiondes Aacseclaircir
l'intrigue & le dénoüement, les raconter
comme une Histoire intéressante
,
peindre
d'un trait les Caractères
,
dire ensuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-semblable,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux
,
bien saisîr le mérite ou le vice général
du style, c'etf ce que j'ai vû faire
quelquefois, mais ce qui est fort rare chés
les Gens de Lettres même, qui s'en font
une étude,car il est plus facile à certains esprits
de suivre leurs propres idées, que de
rendre compte de celles des autres.
DELA Tragedie.
Je dirai à peu près de la Tragédie,ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous sçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France, Art
d'autant plus difficile 5c d'autant plus audessus
de la Comédie,qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie,
au lieu que la Comédie demande feulement
quelque talent pour les Vers.
Vous, Monsieur, qui entendez si bien
Sophocle & Euripide
, ne cherchez point
une vaine récompense du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre, dans le malheureux
plaisir de les préférer contre votre
sentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai désié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
,des morceaux comparables à certains
traits des Pièces de P. Corneille,je
dis de ses moins bonnes,vous avoüâtes
que c'étoit une choseimpossible. Ces traits,
dont je parle, étoient, par exemple,ces
Vers de la TragédiedeNicomede.
Je veux, dit Prusias,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature;
Etre Pere & Mari dans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi?
Ne soyez l'un ni l'autre.
-
Prnfîas,
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi;
Reprenez hautement ce noble Caractére;
Un véritable Roi n'éft ni Mari ni Pere,
Il regarde son Trône & rien de plus; regnez ; *
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Vous n'insererez point que les dernieres
Pièces de ce Pere du Théâtre
,
soient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de si beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foiblesse avec tout le
Public.
Agesilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France. M. de Fontenelle,neveu
du grand Corneille,dit dans la Vie dp
son Oncle, que si le Proverbe;Cela est beau
comme le Cid, passa trop tôt, il faut s'en
prendreaux Auteurs,qui avoientintérêt
à l'abolir. Non,les Auteurs ne pouvoient
pas plus causer la chute du Proverbe, que
celle du Cid, C'est Corneille lui-même qui
le détruilit,c'est à Cinna qu'il faut s'en
prendre.
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre
quedanscinquante t ans , on ne joiiera plus
les Pièces de Racine;jeplains nos enfans,
s'ils negoûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur fera-t'il donc
fait, si Racine ne les intéresse pas?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
siécle de Louis XIV,dureront autant que
la Langue Françoise,mais ne découragez
pas leurs [ltcceleurs, enassûrant que
la carriere est remplie,& qu'il n'y a plus
de place. Corneille n'est pas assés intéressant
; souvent Racine n'est pas assés tragique.
L'Auteur de Vinceflas, celuideRhada
miste & d'Electre,ont des beautés particulieres,
quimanquent à ces deux grands
Hommes, & il est à présumer que ces trois
Pieces resteront toujours sur le Théâtre
François, puisqu'elles s'y sont soûtenuës
avec des Acteursdifferens, car c'eftla vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius,Pièce digne de Corneille, & du
beau rôle - d'Arianne,& du grand intérêt.
qui regne dans Amasis ? Je ne vous parlerai
point des Pièces Tragiques,faites depuis
vingt années; comme j'en ai composé quelques-
unes,il ne m'appartient pas d'oser apprécier
le mérite des Contemporains,qui
valent mieux que moi, &à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre
, tout ce que je peux
vous en dire,& vous prier d'en dire au*
Lecteurs, c'est que je les corrige tous les1
jours.
Maisquand il paroîtraunePièce nouvelle
ne dites jamais la Pièce est excellente, ou -
elle est mauvaise, ou tel Aéte est impertinent
, ou tel rôle est pitoyable j prouvez
solidement ce que vous en pensez, & laissez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt;
soyez sur que l'Arrêt,sera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez sans preuve,
quand même vous auriez raison, car ce
n'est pas votre Jugement qu'on demande,
mais le rapport du Procès, que le Public
doit juger.
Ce qui rendra surtout votre Journal précieux
, c'est le foin que vous aurez de comparer
les Pièces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers
,
qui feront fondées sur le
même sujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le siécle passé; losqu'on fit l'examen du
Cid,on ne rapporta que quelques Vers de
l'Original Espagnol;il falloir comparer les
£tliations, Je suppose qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius, de la Fosse
, pour la
premiere fois, il seroit très-agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloise
,
dont elle est tirée.
Paroît-il quelque Ouvrage instructif sur
les Piéces de l'illustreRacine?détrompez
le Public de l'idée où l'on est que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le sujet de Phédre
sur leur Théatre; apprenez aux Lecteurs
que laPhédre de Smith estune des plus
belles Pièces qu'on ait à Londres; apprenez
leur que l'Aureur a imité tour de Raciné ,
jusqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
ensemble l'intrigue de Phèdre & celle de
Bajazet, &c que cependantl'Auteur se vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je croîs que
les Lecteurs seroient charmés de voir fous
leurs yeux la comparailon de quelques Scénes
de la Phèdre Grecque , de la Latine.
de la Françoise&del'Angloise.C'estainsï,
à mon gré, que la sage & saine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vrayeCritique avons-nous depuis celle que
l'AcadémieFrançoise fit du Cid,& à laquelle
il manque encore autant de choses
qu'au Cid même? DES PIECES DE POESIE.
Vousrépandrez beaucoup d'agrément
sur votre Journal, si vous l'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives, marquées
au bon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux sont remplis.O n a desVers du ComteAntoine
Hamilton,né en France,quirespirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du style Epistolaire. On a mille petits
Ouvrages charmans de Mrs Dussé, de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye, de Fieubet,
de M.le P. Henaut, & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle, suffisoient autrefois à faire la réputation
des Voiture, des Sarrasin, des Chapelle
; ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il est plus répandu, il donne peutêtre
moins de réputation, mais il ne fait
pNaossmoins de plaisir aux Lecteursdélicats.
Chansons valent mieux que celles d'Anacréon
, & le nombre en est étonnantson
en
-
trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté, & qui annoncées avec art,
n'aviliroient point du tout un Journal sérieux
; ce seroit perfectionner le goût, sans
nuire aux moeurs.
-
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livresnouveaux, qui méritent votre
examen,ces petits morceaux de Littérature
rempliront trèsbien les vuides de votre
Journal.S'il y a quelques Ouvrages de Prose
ou de Poësie, qui fassent beaucoup de bruit
dans Paris, qui partagent les esprits, & sur
lesquels on souhaite une Critique éclairée,
c'est alors qu'il faut oser servir de Maître
au Public, sans le paroître, & le conduisant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés sans emphase, & les défauts
sans aigreur;c'est alors qu'on aime en vous
cette Critique, qu'on déteste & qu'on méprise
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epirres
en Vers dissilabes, qui excitèrent beaucoup
de murmure il y a quelque tems, fit de la
seconde, où tous nos Auteurs sont insultés,
l'examen suivant, dont voici un échantillon,
qui paroît dcvté par la justesse &: la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoit.
Tout Inftitut, tout Art, toute Police,
Subordonnée au pouvoir du caprice;
Doit être aussi conséquemment pour tous,
Subordonnée à nos differens goûts,
Mais de ces goûts la dissemblance extrême,
A le bien prendre, est un foible Problême
,
Et, quoiqu'on dise, on n'en sçauroit jamais
Compter que deux, l'un bon, l'autre mauvais;
Par des talens que le travail cultive,
A ce premier, pas pas, on arrive
,
Et le Public, que sa bonté prévient,
Pour quelque tems, s'y fixe & s'y maintient,
Maisébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid
,
Et préférer le moindre au plus parfait.
FoicirExamen..
Ce premier Vers, tout Institut, tout Art ,
toute Police
,
sembleavoir le défaut, je ne
dis pas d'être Prosaïque, car toutes ces Epitres
le sont, mais d'être une Prose un peu
trop soible & dépourvued'élégance & de
clarté. La Police semblen'avoir aucun rapport
au goût dont il est question. De plus,
le terme de Police doit-il entrer dans des
Vers? conséquemment, doit à peine être admis
dans la Prose noble. Cette répétition
du mot Subordonnée,feroit ridicule,quand
même le terme feroir élégant, & fembleinfupporrable
,
puisque ce terme est une
expression plus convenable à des affaires
qu'a la Poesie. La Dissemblance „ ne paroît
pas le mot propre;dire que la dissemblance
des goûts est un foible Problême, je ne crois.
pas que cela soit François. A le bien prendre
, paroît une expression trop inutile &
trop basse. Enfin, il semble qu'un Problème
n'est ni foible ni forty il peut être aisé
ou difficile,&sasolution peut être faussè
équivoque,erronnée. JI
Etquoiqu'on dire, on n'en sçauroit jamais
Compter que deux,l'un bon, l'autre mauvais.
Non-seulement la Poeue aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme 8c
d'une pareille secheresse
,
mais la raison
semble peu s'accommoder de voir en huit
Vers, que tout Art est subordonné à nos.
differensgoûts, 8c que cependant il n'y a
que deuxgoûts. Arriver au goût pas-à-pas,cft encore,je
crois, une façon de parler peu convenable
a, même en Prose.
tt le Public, que sa bonté prévient.
Est- ce la bonté du Public;est-ce la bonté
dugoût?
l'ennui dubeau nous fait aimer le laid
,,
Etpréférer le moindre au plus plus parfait.
1°. Le beau & le laid, sont des expressïons
réservées au bas Comique. 2°. Si on
aime le laid,cen'est pas la peine de dire
ensuite qu'on préféré le moins parfait. 3°^
Le moindre n'est pas opposé Grammaticalement
au plus parfait. 4. Le 'mf}inI,.. est uru
mot qui n'entre jamais dans la Poësie.. C'estainsi
que ce Critiquesaisoit sentir sans amertume
, toute la soiblesse de ces Epitres. Il
n'y avoit pas trente Vers qui échapassent &
sa juste censure
, & pour mieux instruire les;
jeunes gensy.il comparoît à cet Ouvrage un;
autre Ouvrage du même Auteur sur un Ínjer.
de Littérature à peu près semblable- Il rapportait
les Vers de l'Epitre aux Muses ymurés
de Despreaux, & cet objet de comparaison
achevoit de persuader mieux que les,;
discussions les plus solides & les. plus {ub"-.
tiles.
De l'exposé de tous ces Vers dissillabes
il prenoit occasion de faire voir qu'il ne:
faut jamais confondre les Vers decinqpieds
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le stylequ'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme & dans un'
Conte
y comme les figuresdeCalot ne doivent
paroîtreque dans des Grotesques y
mais quand il faut mettre la Raison- en Vers,
peindre, émouvoir
, écrire élégamment , alors ce mélange monAu:lieux de la Langue
qu'on parloit il y a 200 ans, & de la
Langue de nos jours, est l'abus le plus condamnable
qui se soit glisse dans la Poësie.
Marot parloir sa Langue;il faut que nous
parlions la notre. Cette bigaruce est. aussi
révoltante pour les hommes judicieux,que
le seroit l' Architecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez[auventoccalion
de détruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnenr à ce ilyle, parce qu'il est. malheureusement
facile.
Il en a coûté peut-être à Despreaux pour
dire élégamment:
laites choix d'un Censeur solide& filutaire,
Que laRaison conduise & le sçavoir éclaire,
Etdontle crayon sur d'abord aille chercher
L'endroit que l'on sent foible, & qu'on veut se
cacher.
Mais il est bien difficile, & est-il bien
élégant de dire?
Donc, si Phoebus Ces échets vous adjuge-,
Pour bien-jouer,consultez tout bon Juge.
Pour bien jouer, hantez les bons Joueurs,
Sur tout, craignez le poison des Loueurs;
Acostez-vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
Versfamiliers dans ces Piéces de Poësie, au
contraire, ils y sont nécessaires, comme les
jointures dans le corps humain,ouplûtot
comme des reposdans unVoyage.
Nam Scrmene opus eflJ modotrïfli jocofà-r
Deffendente vites modo Rhetoris atqueFoeti,
Interdum urboeni foercentts viribui
, atque'
Extenuantis eas canfulto
Tout ne doit pasêtre orné, mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obscur &
grotesque n'etf pas de la simplicité
,
c'est de
h. groffierté recherchée-
DESMÉLANGÉSDELITTERATURE
Et des ulnecdettes Littéraires,
Je rassemble ici sous le nom de Mélanges
de Littérature, tous les Morceaux détachés
d'Histoire,d'Eloquence, de Morale
, de Critique, & ces petits Romans qui
paroissent si souvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres; je ne crois pas
qu'aucune Nation puisse se vanter d'un si
grand nombre d'aussijolis Ouvrages de Belles-
Lettres. Il est vrai qu'aujourd'hui, ce
genre facile produit une soule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en use avec
les Livres, comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vie pas avec tous ses Contemporaine,
on choisit quelques-amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille VPumes à la Bibliothèque du
Roi, que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres , dans lesquels on trouve souvent des choses
agréables, amusent successivement les honnêtes-
gens ,
délassent l'homme sérieux. dans
l'intervalle de ses travaux, & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'esprit, & cette
délicatessè,quifait son caractère.
Ne condamnez point avec dureté tour
ce qui ne fera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette;tout ce qui ne ferapasaussi parfait
que la Conspiration de Venise de l'Abbé de
S. Real, aussi plaisant & aulii original que
la conversation du Pere Canaye & du Maréchald'Hocquincourt,
écrite par Charleval
, & à laquelle- S. Evremont a ajouté
une fin moins plaisante) & qui languitun
peu; enfin, tour ce qui ne fera pas aussi naturel,
aussi fin, aussiguai que le Voyage
,, quoiqu'un peu inégal, de Bachaumont&de.
Chapelle.
Nonsiprimores Mocmim tenet
Sedes Homerus,Pindaricl. latent,.
Clique Alcùque minacep
SteJico.rique graves GItfnMU-;
Kecsiqmiolim lufit Anhcreon
,
Delevit lilAS, SpirAl aibuc nmor r
Vivttntqtte commifft adores
lfoliB. fidihus pttell&.
Dans l'exposition que vous serez de ces
Ouvrages ingénieux,badinant àleur exemple
avec vos Lecteurs,& répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez, vous
ne tomberez pas dans cette sevérité de quelques
Critiques
,
qui veulent que tout soit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence est énervée
que le bon goût est perdu, parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Discours
brillant, qui ne seroit pas convenable:
au Barreau.. Ils voudroient qu'un Conte fut
écrit du style de Bourdaloue. Ne distingueront-
ils jamais le tems, les lieux & les personnes
l Veulent-ilsque Jacob, dans le Paysan
parvenu,s'exprime comme Pélisson oit
Patru ? Une éloquence mâle
,
noble,ennemie
des petits ornemens ,
convient à. tous
les grands Ouvrages. Une penséetrop fine
feroit une tache dans leDiscours sur l'Histoire
Universelle de l'éloquentBossuet
Mais dans un Ouvrage d'agrément, dans un.
Compliment, dans une Plaisanterie
, toutes
les grâces légeres, la naïveté ou la finesse
,
les plus petits ornemens , trouvent
leur place.Examinons-nous ns,.mêmes..
Parlons-nous d'affaires, du ton des entre.
tiens d'un repas ? Les Livres sont la peinture
de la vie humaine; il en faut de solides
, & on en doit permettre d'agréables.
N'oubliez jamais, en rapportant, les traits
ingénieux de tous ces Livres, de marquer
ceux quisont à peu près semblables cliés les
autres peuplas, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peude pensées, que l'on ne
trouve dans Sénéque, dans Gratien
,
dans
Montagne,dans Bacon
y
dans le SpettateLtr
Anglois. Les comparer ensemble (&c'est
en quoi le goüt consiste) c'est exciter les
Auteursà dire, s'il se pent des choses nouvelles;
c'est entretenir l'émulation
,
qui est
la mere des Arts: quellesatisfaction pour
un Lecteur délicat, de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés, mais avec des paroles si expressives
:ce que Despreaux a rendu d'une
maniere si correcte, ce que Driden & Rochester
ont renouvellé avec le feu de leur
-
génie i Il en estde ces paralleles comme de rAnaromie comparée, qui fait connoître la
Nature :c'est par U que vous ferez voir
[auvent). non-seulement ce qu'un Auteur a dit,mais ce qu'il auroit pû dire, car si vous
ne faites que le répéter
,
à quoi bon faite un
Journal ? Ilya surtout des Anecdoctes Littéraiies.j
sur lesquelles il est toujours bon d'instruire
le Public
,
afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public, que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu
, ou Maranasius
est de feu M. Defallengre, & d'un illustre
Mathématicien
,
consommé dans tout
genre de Littérature, & qui joint l'esprit à
l'éruditionjenfin, de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire, ÔC
queM. deS.Hyacinte fournit la Chanson
avec beaucoup de Remarques. Mais si on
ajoute à cette plaisanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille, & faite
sans doute par un de ces mauvais François
qui vont dans les PaysEtrangers deshonorer
les Belles-Lettres & leur Patrie , faites
sentirl'horreur & le ridicule de cet assemblage
monstrueux.
Faites-vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obscurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie:
publiez par exemple que les ennemis
de notre ilustre Racine- firent réimprimer
quelques vieilles Pièces oubliées, où ils insérerent
plus de cent Vers de ce Poëte admirable.
J'en ai vû une intitulée, S. Jean-
Eaptifïe
,
dans laquelle on retrouvoit une
Scéne presque entiere de Berenice. Ces malheureux
,aveuglés par leur patU-on) ne fen-,
toient pas même la différence des styles, Bi
croyoient qu'on s'y méprendroit
, tant la
fureur de la jalousie est
souvent
absurde.
En deffendant les Auteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages,ne permettez pasnon plus
qu'on attribue à de grands hommes des Livres
, peutêtre bons en eux mêmes, mais
qu'on veut accréditer par des noms illustres,
ausquels ils n'apparriennenr point.
Le projet de la prétendue Paix universelle,
attribué à Henri I V par les Sécretaires de
Maximilien de Sully
,
qui rédigerent ses -
Mémoires, ne se trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'en disent
jtnozy on n'en voit aucune trace dans aucun
„
Livre du tems. Joignez à ce silence la considération
de l'état ou l'Europe étoit alors,
& voyez si un Prince aussi sage que Henrile-
Grand a "pu concevoir un projet d'une
exécutionimpossible.
Si on réimprime ( comme on me le mande
) le Livre fameux, connu fous le nom du
Testament Politique du Cardinal de Richelieu,
montrez combien on doit douter que
ce grand Ministre en soit l'Auteur. 1°. Parceque
jamais le Manuscrit n'a été vu, niconnu
chés seshéritiers,nichés les Ministres
qui lui succederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après sa mort, sans avoir
été annoncé auparavant. 3°. Parce que l'£.
4itcur n'ose pas seulement dire de qui il
tient le Manuscrit,ce qu'il est devenu,en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il est
d'un slyletrès-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait signet son nom d'une façon dont il
ne se servoit pas. 6°. Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoupd'expressions & d'idées
, peu convenables à un Grand Ministre,
qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme aussi poli que
le Cardinal de Richelieu
, eut appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Est-il vrai-semblable que le Ministre d'un
Roi de quarante ans, lui fasse des leçons , plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve
, -
qu'àun Monarqueâgé,de qui l'on
dépend?
Dans le sécond Chapitre, il avance cette
nouvelle proportion, que la Raison doit être
la régle de la conduite. Dans un autre, il dit
que l'Espagne,en donnant un million par
an aux Protestans, rendoit les Indes qui
fournissoient cet argent, tributaires de l Enser.
Expressîon plus digne d'un mauvais
Orateur,que d'un Ministre éloquent, tel
que ce Cardinal. Dans un autre, il appelle
le Duc de Mantouë, ce pauvre Prime. Enfin.
est-il vraisemblable,qu'il eut rapporte au.
Roi des bons mors de Baatru
, & cent minuties
pareilles dans un Testament Politi-
-
que ?
7°. Co-mment celui qui a fait parler Itf
CardinaldeRichelieu,peut-il faire dire
( dans les premrieres pages) que dès qu'il
fut appelle au Conseil
,
il promit au Roi
d'abaisser ses ennemis, les Huguenots, 8C
les Grands du Royaume ? Ne devoit-on pas
se souvenir, que le Cardinal de Richelieu
remis dans le Conteseil par les bontés de la
Reine-Mere, n'y sut que le second pendant
plus d'un an ,
& qu'ilétoit alors bien loin
d'avoir de l'ascendant sur l'esprit du Roi, Be
d'être premier Ministres?
89„ On prétend ( dans le second Chapitré,
Livre premier) que pendant cinq
ans le Roi dépensa pour la Guerre 60 millions
par an, qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye ,
& cela, sans cesser
de payer les Charges de l'Etat & sans
moyens extraordinaires ; &c d'un autre côté,
dans le Chapitre 9 ,
secondé Partie,il est
dit qu'en tems de Paix, il entroit à l'épar-
-
gne environ par an trente-cinq millions,
dont il falloir encore rabattre beaucoup. Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une crontradiction
évidente ?
9*. Est-il d'un Ministre d'appeller à tout
moment les Rentes à S
,
à 6
,
à 5 pour cent,
des Rentes au denier .8 , au denier 6 , au
denier5 ? Le denier cinq est vingt pour cenr,
& le denier vingt est cinq pour cent; cc *
font des choses qu'un apprentif ne confondroit
pas. ioo. Est-il vraisemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appelle les Parlemens,
CoursSouveraines, & qu'il propose
,
Chap.
.p , Part. 2 ,
de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines? 11°. Est-il vraisemblable
qu'ilait proposé de supprimer les Gabelles
; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oisif,plûtôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12'. Enfin ne
yoit-on pas combien il est incroyable qu'un
Ministre,aumilieu de la Guerre la plus
vive,ait intitulé un Chapitre:Succinte narration
des Actions du Roi, jitfcjuh la Paix?
Voilà bien des raisons de douter, que cet
illustreMinistre soit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
jnon enfance à un Vieillardtrès-instruit,
que le Testament Politiqueétoit de l'Abbé
de Bourseis
,
l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'ilest plus aisé de sçavoirde
qui ce Livre n'est pas, que de connoître
son Auteur; & en rendant ainsi justice
à tout le monde, en pésant tout dans
une balance exaéte, élevez-vous sur tout
contre la calomnie.
Parlez avec courage contre ces injustices
, & faites sentir à tous les Auteurs
deces infamies, que le mépris & l'horreur
DU Public feront éternellement leur partage.
SURLES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliste sçache au
moinsl'Anglois & l'Italien
, car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
le génie n'est presque jamais traduit.
Ce font, je crois, les deux Langues de l'Europe
les plus nécessaires à un François. Les
Italiens font les premiers qui ayent retiré
les Arts dea Barbarie, & il y a tant de
grandeur, tant de force d'imagination,jusques
dans les fautes des Anglais, qu'on ne
peut trop conseiller l'étude de leur Langue.
Il est triste que le Grec foit négl1i.gé, en
France, mais il n'est pas permis à ua Journaliste
de l'ignorer. Sans cette connoissance,
il y a un grand nombre demots François
,
dont il n'aura jamais qu'une idée conrufe:
cardepuis l'Arithmétique jafqti'à
l'Astronomie, quel est le terme d'Art, qui
nedérive de cette Langue admirable? A
peine y a-t'il un raufcle, une vei.1C
, un ligament
dans notre corps, une maladie,un
remède,dont le nom ne foit Grec; donnezmoi
deux jeunes gens, dont l'un fçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera, que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie, qu'ils entendent dire qu'un
homme est malade,d'une péripneumonie , celui qui sçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit, parce qu'il voit dequoi
ces mots font composés ; l'autre ne
comprendra absolument rien.
Plusieurs mauvais Journalistes ont osé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
sur l'Iliade d'Homere. Certainements'ils
avoient lû Homere en leur Langue,il eussent
vû que la Traduction est plus au-dessous
de l'Original, que Segrais n'est audessous
de Virgile.
Un Journaliste, versé dans la Langue Grecque,
pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductionsque Toureils a fait de
Demosthéne
,
quelques foiblcfles au milieu
de ses beautés ?
Si 'uelt¡u'lm ( dit le Traducteur ) vous demande
tAfejfieursles Athénienstavez-vous 14
Paix?Non, de par Jupiter
,
répondez-vousj
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Leéhur
,
sur cet exppfé ,pourroit croire
que Demosthéne plaçante à contre-temsj
queces termes familiers, & réservés pour le
bas Comique : Mclfieurs les Athéniens de par
fupitert répondent à de pareilles exprefsions
Grecques. Il n'en est pourtant rien,&.
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce sont mille petites inadvertences
pareilles
,
qu'un Journalisteéclairé peur
faire observer,pourvu qu'en même-tems,
il remarque encore plus les beautés.
Il feroit à souhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales, nous eussent donné
des Journaux des Livres del'Orient. Le
Publicne feroit pas dans la profonde ignorance
où il est de l'Histoire de la plus grande
partie de notre Globe; nous nous accoutumerions
à réformernotreChronologie;
nous serions plus instruits de la Religion de
Zoroastre,dont les Sectateurs subsistentencore,
quoique sans Patrie, à peu près comme
lesJuifs, & quelques autres Sociétés su..
perstieuses
,
répanduës de tems immémorial
dans l'Asie ; on connoîcroit les restesde
l'ancienne Philosophie Indienne; on ne
donneroit plus le nom fastueuxd'Histoire
Universelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte, des Révolutions d'un Pays,
grand comme la Champagne, nommé la
Gréce
, & du Peuple Romain, qui tout
grand qu'il aété, n'a jamais eu fous sa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
,& qui n'a jamais conquis la dixiéme
partiedu monde.
Mais aussi que votre amour pour les Langues
gues étrangeres ne vous sasse pas mépriser
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne soyez,
point comme ce faux délicat, à quiPétrone
faitdire:
Jllcs phafiacis petita colchis,
jitqite afrs, volurres placent palato
,
Quid quid quiriîur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothèque de
l'Abbé de Longuerre ,
après sa mort, aucun
Poëte François.
Je voudrois,encore une fois, en fait
de Belles-Lettres, qu'on fût de tous les
Pays, & surtout du sien. J'appliquerai à ce
filjet, des Vers de M. de la Motte, car
il en a fait d'excellens.
C'est par l'étude que nous sommes
Contemporains de tous les hommes,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DuSTYLE D'UN J0URNA.LIST
Quant au style d'un Journaliste, Bayle
est peut-être le premier modéle
,
s'il vous
en faut un;c'est le plus profondDialecticien
quiait jamais écrit; c'est le seul Compilateur
qui ait du goûtj cependant dans son
style
,
toûjours clair &naturel
,
il y a trop
dè négligence
, trop d'oubli des bienséances
, trop d'incorrection. Il est diffus; il
fait, à la verité, conversation avec Ton
Lecteur, comme Montagne,& en cela il
charme tout le monde, mais il s'abandonne
à une mollesse de style, & aux expressions
triviales d'uneconverlationtrop limple.
ô&ceenncceellaaiillrreebbuurteesofouuvvenetnlt'lh'homme de gotit. omme- 1 If :r)
- En voici un exemple, qui me tombe fous
la main, c'elt l'article d'Abaillard
,
dans
foi-r Dictionnaire. Abaillard, dit-il, s'amusoit
plus a tâtonner & à baiser son Ecoliere
qu'â luiexpliquer pin Auttur. Un tel défaut
lui- eâ trop ramilier;ne l'imitez pas.
Nul chef-d'oeuvre, par vous ^critjufcju'aujourd'hui.
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui.
N'employez jamais unmot nouveau, à
moins qu'il n'ait ces trois qualités, derre
nécessaire, intelligible
, & sonore. Des
idées nouvelles, surtout en Physique
,
exigentdes
expressions nouvelles, mais Cubai.
tuer à un mot d'usage un autre mot, qui
n'a que le mérite de lanouveauté
, ce n'est
pas enrichir la Langue, c'est la gâter. Le
siécle de Louis XIV. mérite ce respect des
François, que jamais ils ne parlent un autreLangage,
que celui quia fait la gloire de
ces belles années.
Songez surtout que ce n'est point avec la
familiarité du styteEpistolaire,mais que c'est
avec ladignitédustyledeCiceron,qu'ondoit
traiterlaPhilosophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron, mais plus fort & plus
rempli d'images, me paroît un grand mo- dèle, dans ce genre, & plût à Dieu qu'il
eûtétabli des vérit ésaussi solidement,qu'il
a exposé ses opinions avec éloquence!
Loke, moins élevé que Mallebranche,
peut-être trop dissus,mais plus élégant,
s'exprime toujours dans sa Langue avec netteté
& avec grace ; son styleest charmant
,
puroque simillimus amni, Vous ne trouvez atis ces Auteursaucune enviedebriller à
contre-tems , aucune pointe, aucun artisice.
Ne les suivez pas servilement: O imitatores
servum pecus mais à leur exemple, remplissez-vous d'idées profondes & justes;
alors les mots viennent aisément,Rmverba
fecjuuniur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux pensé
,
(ont aussi ceux qui
ent le mieux écrit.
Si la Langue Frarçoife doit bien-tôt se
corrompre, cette altération viendra de deux
sources; l'une est le style affe£fcé de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre est
la négligence des Ecrivains qui résîdent
dans les Pays Errangers; les Papiers puv
blics & les Journaux font infedés conti,.
nuellement d'expressions impropres, auxquelles
le Public s'accoîlturne, à force de
les relire.
Par exemple, rien n'est plus commun
dans les Gazettes que cette phrase, nous
apprenons que les ajJiégeans auroienp un
tel jour battu en breche ; on ditllut les deux
arméesseferoient approchées; aulieu de
,
les
.deuxarmées sefont approchées; les affiégeans
ont battu en breche, &c.
Cette conftrudtion
,
très-vicieuse
, est
imitée du style qu'on a malheureusement
confervé dans le Barreau5 & dans quelques
Editsjon fait dans ces Piéces parler au Sou-
- verainun Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré, au lieu de, on nous aremontré
; Lettres Royaux, au lieu de Lettres
Royales; voulons & nous plaît, au lieu de
toute autre phrase plus méthodique & plus
grammaticale; ce style gothique des Edits
& des Loix, est comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques, mais
il ne faut point les porter ailleurs. On fe-
Toit même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui font fai-
: tes pour être entçnduçsaifémept ; on devroit
imiter l'élégance des Instituts de Justinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers; il faut imiter le style de la
Gazettequis'imprime a Paris; elle dit
correctement les choses qu'elle doit dire.
La plupart des Gens de Lettres, qui travaillent
en Hollande, où se fait le plus
grand commerce de Livres,s'infedtent d'une
autre espece de barbarie,qui vient du
Langage des Marchands;ils commencent à
écrire par contre,pour ancontraire cette
préflnte, au lieu de cette Lettre ; le change,
au lieu àechangement. J'ai vu des Traductions
d'excellents Livres, remplies de ces
expressions. Le seulexposé de pareilles fautes
doit fufïïre pour corriger les Auteurs.
DAns le dessein où nous sommes de faire
tous nosefforts. pour réveiller l'attr-
ntion du Public,& dechercher avec foin
tout ce qui pourra-flarer son goûr, & piquer
sa curiosité, nous ne pouvons mieux faire„
que de lui présenter quelques-unes des Pices
qui ont été faites au
sujet
de la Convalescence
du RoL
Il est inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriser celles que nous n'insérons
point dans notre Recueil.Comment
fer oit-il possible de donner place à toutes?:
- On en a composé plus de quatre cent, tant-
Odes que Poëmes, Fables, Idilles, &c. A
-ne compter chacune de ces Piècesque sur le
pied de 100 Vers, la totalité fait40mille
Vers. On fait, dit-on, de tous ces petits Ouvrages
un Recueil
'- que l'on confervcra à la
BibliothèqueduRoi*rlaPostéritécomptera,,
avec éronneent, cette immense Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour son Roi,
amour, qui fous le Regne où nous vivons,
n'est: point distingué de l'am ourde la Patries
aureste, elle portera vrai-fem blablement sur
ce Recueil le même Jugement que fit
Martial de ses Vers,
Surit bon*, funtfis-dammsdiotrm',font tnalft-multai
LEPALMIER, LES SÏLVAINÇ
ET JUPITER.
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
U
Nhaèt Palmier, l'ornement d'unrivage
Prêtoit l'ombre de tes rameaux
Aux Nymphes, aux Silvains, qui fous son verd
feuillage
Danfoienr au son des Chalumeaux;
A Pcnvi, les Oiseaux y faisoient leur ramage: s
DesHabitans de ce séjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pol.
Avec impétuosité
,
L'Aquilon déclare la Guerre
Au beau Palmier,qu'il veut jetter par terre.
les Silvains de leurs cris firent retentir l'air;
Les Nymphes verserent des larmes:
Tous invoquérent Jupiter.
Conservez-nous, grand Dieu,ce Palmier plein de
charmes;
lté¿rÍmez le noir Ouragan.
Jupiter fut sensible à leurs justes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne) lui dit-il e4 , promener ta furie fI
En Groenlande
, en Laponie;
Tu peux dans ces sauvages Lieux
Te déchaîner, & souffler de ton mieux:
Mais de cette rive chérie
N'approche plus,ou bien crains mon courroux. TL'Aquilon fuit. A l'instant dans la Plaine
'<: Un Zéphir favorable & doux
! Vient ranimer de son haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter! Le Silvain, la Bergere
,
Au comble de leurs voeux, dansent sur la FougercJ
Et forment des Concerts charmans.
Ce beau Palmier,chéri de la Yiâoire
En butteà l'Aquilon,FRANCS , c'dl: votre Roi:
Son extrême danger a causé votre effroi;
Le Ciel vous l'a rendu. Conservez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ;
ses jours font votre
gloire.
Ricber.
LES ROIS,
ODE.
Toiqui
vis tomber les colonnes
Des Etats les plus florifïans;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puissants;
0 Terre! ô féconde Cybelle l
Tu caches dans ton fein fidelle
tes fartes des siécles divers :
Ouvre à ma Mufe,qui t'appelle 1
Les Archives de l'Univers.
Montre-moî fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés
J
Ces Rois fastueux & timides,
jadis sur le Trône adorés:
Leur nom n'a duré qu'une Aurore;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil:
le Tems à chaque instant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
Tu vis sortir de tes entraillc»
Ces Héros, Tyrans des Humains;
Dont le Dieu sanglant des batailles
Armoit les sacrileges mains:
Que les Emules d'Alexandre
Bravent sur des Palais en cendre -
Et la Fortune & ses revers;
Bien-tôt tu les verras descendre
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts.
Je sçais qu'Acliillu,. queTherfite
Itoierit fournis au même fort;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténèbres de la mort;
Mais l'Isle infâme de.Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Pu cruel Maître de Séjan.,
Et la Terre, encore éplorée ,.
1 Encense l'Urne de Tcajan.
Princesdont la cendre repofe-
'Jiu pied des plus riches Autels,),
Souvent malgré l'Apothéose
,
Vous êtes l'horreur des Mortels;:
Envain dans vos Palais nourrie,
ILa folle & baffe Flaterie
CJjAnte vos Hymnes en tout lieu:
Letems détruit ritiohnie,
Et brÍfe l'Autel & le Dieu.
Rois, laissez aux Peuples sauvages
Le droit injuste du plus fort;
La crainte arrache nos hommages,
L'amour les obtient sans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie;
Notre orgueil à regret se plie
Au joug rigoureux du pouvoir:
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans ssos Serrails impénétrables,
Sultans, esclaves couronnés,
Vous traînez des jours déplorables
Des jours de trouble environnés:
Pour réndre la Terre féconde,
Le Soleil fort du sein de l'Onde,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux ;
0 Rois, rendezheureux le Monde,
En vous offrant à tous les yeux.
Voyez sur les bords de la Seine
Ce Prince, l'amour des Fiançais;
La Viétoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos succès;•
Son Peuple l'entoure & le presse
> Le zéle se change - en yvresse;
On aime, on adore ses loix:
Excès d'une juste tendressè,
Qui fait le bonheur des grands Roit l
Ne craignons pas que sa mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems,
Ni que le grand jour de rHifiaire
.Ternisse ses faits éclatans :
Minerve le fuit à la guerre,
.Thémis gouverne fan tonnerre;
Il n'est armé que pourla paix,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira: Quel Dieu favorable
'Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme &" durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans son Tribunal despotique,
Jamais la Liberté publique
N'expira fous l'autorité;
Les reports de sa politique
ïurent'les loix de l'équité.
Né sur le Trône, il fut sensible; *
Juge,ilressentitlapitié;
Souverain
,
il fut accessible;
Monarque, il connut l'amitié:
Que sa justice & son courage,
Que son nom,beni d'âgeenâge,
Des siécles percent le cahos:
Qu'il foit le modèle du Sage:
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle,
Disciple de la vérité,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Postérité,
Grand Roi, que la France applaudisse
Aux Vers de ma Mufe novice,
Il est pour eux un prix plus doux
y-
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L.-D. B. de fAcadémie Françoift.
ODE
En Strophes libres,
Sur la Maladie & la Convalescence du Poi.,
Par M. des Forges Maillard. L
Orsque l'Astre du jour, dont l'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux;
Au plus brillant de sa carrière,
Vientàs'éclipserà nos yeux, Tout languit ici bas, & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par son deuil
y
Que sans l'éclat de ce bel oeil,
L'Univers reviendroit i sa masse premier?.
i
Ainsi
,
Prince, à nos voeux désirable à jamais, A
Qui comptes, non tes jours, comme Titus put faire-
Mais tes momens par tes bienfaits;
Quand d'un coup de sa faux la Parque sanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile, l'éclatant, le trop rapide cours,
Sur le front de la France une pâleursoudaine
Exprima son saisissement,
Et dans ce morne accablement,
Chacun offroit pour toi sa tête à l'inhumaine,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même sentiment.
Mais si sa cruauté consommant nos allarmes,
Résistant à nos cris, t'eût rangé fous sa loi,
Sur ses Poles le Monde eût senti notre effroi;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes,
Témoin de ta valeur, fachant que malgré toi,
L'Injustice ,
l'Audace & la mauvaise foi,
A force d'attentats aiguiserent tes armes,
Moüillant les siennes de ses pleurs,
En eût mêlé les flots au torrent de nos larmes
t.
Comme s'il eût gémi de ses propres malheurs.
L'Olympe est dèvoilé ; bel Astre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies,
Tu reparois sur l'horison
v
t
Et nos justes douleurs se sont évanoüies
A l'aspect de ta guérison.
Mais arrête, Louis;oùt'emporte la gloire?
N'expose plus ton fang aux fureurs des hazards,
Ton courage a fixé le vol de la Victoire
,
Qui devance tes Etendarts.
Je la vois, & quels yeux la pourroient méconnoître
A son armure, où l'or feme & forme des Lys!
Le fond blanc de l'étoffe, aux regards éblouis
Peint la noble candeur de notre Auguste Maître,
Et déformais elle ne veut paraître
Que couverte de ces habits.
D'un ciseau délicat les traits inimitables
Sur le luisant acier de son Casque divin
,
ReprésenterentNice, Ypre
,
Fume) Menin,
Et des Usurpateurs tant d'appuis formidables, 4
Cuisant, le dos tourné
,
leurs rages implacables,
Forcés de repasser le Rhin
,
Et plus honteux dans leur retraite,
Que s'ils avoient subi par un juste destin
Sur le champ de bataille une entiere défaite,
Punis des noirs complots de leurorgueil mutin. -
Le bruit de tes Tambours, le son de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales,
Sont le signal flateur qui la mene au combat;
Monarque craint, chéri, Pere, Héros,Soldat.
Ton grand coeur s'est assés distingué dans la guerre;
w Laisse reposer ton Tonnerre ,
Et v ien te rétablir au sein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles, ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés,
L'abondance,l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés;
Regarde avec transport dans les Airs enflâmés
tes Serpenteaux errans, & les Gerbes que lance *
De foi-même rival l'amour ingénieux,
Aller jusqu'au Trône des Dieux
,
Leur témoigner notre reconnoissance.
Conty,ton cher Conty, Héros prématuré,
Dont au fort des périls le coeur est assuré
Sursa mâle prudence au-dessus de son âge;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage,
Pentiévre, ambitieux de marcher sur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons, Gouverneur des Climats,
Où le Ciel me fit don de l'air que je respire,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inspire.
Laisse à tes Généraux
, à ces braves Guerriers
Le foin d'achever tes conquêtes,
Et leur ayant coupé des moissons de Lauriers,
Cede-leur le plaisir d'en couronner leurs têtes.
* On donne cette Pièce, telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévyoit pas la défense des Feux d'artifice ; mail
Us magnifiques Illuminations répandoient unesigrande
clarté dans l'Air, qu'en peut dire que la pensée) la
même pour le fond, ne diffère que dans les termes.
ADRESSE-auxPoët.»s qui ont célébré'
la Convalescence du Roi. J
'Ai fait comme tant & tant d'autres,
Quelques Vers sur l'heureux retour
De la santé du Roi, l'objet de notre amour;
Mais écoutez,Confreres nôtres
,
Poëtes & Rimeurs, que vous figurez vous,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dans les bruyans accès d'un superbe délire?
Trois mots que sans emphase & d'aant bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire,
Et les voici,VIVE LE ROI.
Des Forges Maillard.
9
SUR LA CONVALESCENCE DU ~OL
RONDEAV.
V
Ive le Roi, crioit toute la France
,.
LorsqueLOUIS, par sa convalescence
Y rappelloit les Plaisirs & les Jeux,
Qu'avoit bannis le mal trop dangereux -j
Dont on craignoit pour lui la violence.
- 1 Grands & Petits, lors égaux dans leurs voeu*
Soir & matin se redisoient entr'eux
wv Or Bénissons la divineclemence;
Vive le Roi.
Grands & Petits, la Poëtique Engeance,
Dans ces instans pour rimer si chanceux,
Ne s'oublia - : Vers,tant mous que nerveux -
On vit courir, n'ayant d'autre élégance
Que d'être ornés de ce refrain heureux
,
-
Vive le Roi.
Par M. facques3 Marchand Evanlaillifte*
rué MOllffitar.
Q SONNET.
Uel Roi la Mort vouloit enlever àla France 1
La Sagesse conduit ses projets genereux ;
Dans ses Camps sa valeur égale sa prudence,
Et c'est-là que ses soins, ses travaux font ses jeux.
Quand ses jours menacéstroubloient notre constance,
Que de pleurs! que de cris! que d'allarmes pour
eux !
De longs gémissemens étoient notre éloquence,
Et le Ciel entendoit partout les mêmes voeux.
Il nous le rend enfin, ce Héros magnanime;
Il nous le rend
,
plus digne encor de notre estime
1
Hélas! qu'en le perdant, nous perdions de vertus !
Du premier des Césars le courage l'anime ;
Il a l'humanité du Vainqueur de Solime
,
L'Universdans LOUIS revoit Jule & Titus.
Par le même,
AU ROI,
A fon retour de l'Armée.
QUand
le Soleil, ame de la Nature, •
Au Monde; en s'éclipsant, dérobe sa clarté,
Tout s'attriste & languit dans une nuit obscure
1
Tout est sans vie & sans beauté.
Qu'il reparoisse & brille sans nuage;
A ses premiers regards tout revit fous les deux,
Et pour chanter son retour glorieux,
Tout a sa voix & son langage. ;
Le gazoüillement des Oiseaux
Des tranquilles Forêts interrompt le silence ;
Sur le gazon fleuri bondissentles Troupeaux;
Le Poisson
,
même qui s'élance ,
Se plaît sur la face des Eaux.
Louis, si ce Tableau tu reconnois la France:
Dans son fein
,
Astre bienfaisant,
Que ton Eclipse
,
hélas, a répandu d'allarmes!
Mais à la seule joye il échappe des larmes,
Quand sur son horison tu parois renaissant.
Quel concours empressé d'un Peuple qui t'adore J
J1 te voit, s'attendrit, & veut te voir encore;
Le jour qu'il te retrouve,est le plus beau des jours,
Pour le prolonger dans son cours,
Il embellit la nuit des clartés de l'Aurore;
Tout s'anime,tout se décore:
Ici de mille voix s'élevent lesConcerts ;
Là le salpêtre ardent, qui s'exhale en éclairs,
Brille, serpente, éclate, & par ses jeux rapides,
Ton nomqu'il fait éclore à nos regards avides,
Ainsi que dans les coeurs,est écrit dans lesairs.
GRAND Roi, cet hommage si tendre,
- Que le zéle François brûle de t'exprimer,
Pourroit-il ne pas te charmer?
Ilest si doux de te le rendre
Il est li doux d'élever Jucqu,auy Cieu*
Un Roi, que ses périls suivis de la Victoire,
Nous rendent aussi cher, qu'il est grand à nos ye ux !
Sensible à la solide gloire,
Sensible à nos transports, applaudis à nos Voeur.
Allés d'exploits brillans assûrent ta mémoire,
Mais ton amour pour nous, tracé dans ton Histoire,
Fera douter chésnos,
Qui du Prince ou du Peuple étoit le plus heureux
hs P. R* del'Oratoire.
DISCOURS ENVERS,
Sur les Evenemem de l'année 1744. Q
Uoi, verrai-je toujours des sottises en France!
Disoit l'hyver dernier,d'un ton plein d'importance,
Ttmon,qui, du pafljé profond admirateur ,
'q Duprésent qu'il ignore estl'éternel frondeur!
Pourquoi, s'écrioit-il, le Roi va-t'il en Flandreî
QuEelle étrange Vertu qui s'obstine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars,
Contre l'Or des «Anglais
,
& le Fer des Houzards f
Dans le jeune CONTY quel excès de folie,
D'escalader les Monts qui gardentl'Italie,
Et d'attaquer, vers Nice, un Roi Viétorieux
,
Surces Sommets glacés dont le front toucheaux
Cieux?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles,
Dedale à cet Icarea-t'il prêté sesaîles?
A-t'il reçu du moins dans son dessein satal,
Pour brifer les Rochers le secret d'Annibal?
Il parle & CCNTYvole. Une ardente jeunesse,
Voyantpeu les dangers que voit trop la vieillesse;
Se précipite en foule autour de son Héros:
Du VA' qui s'épouvante on traverse les flots; [
DeTorrensen Rochers, de Montagne en Abyme
Des Alpes en couroux on assiége la cime; ':, ou y brave la foudre: On voit de tous côtés t
Et la Nature, & PAr.r, & l'Ennemi domptés,
CONTY qu'on censuroit,&que l'Univers loüe.
Est un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs, en est-ceassés?
AAy-e,çeNNiciec&e&DeDmeomntovnolvuosuvsovilàoitelràrateflresr.assés.Jf
Mais, tandis que fous lui les Alpes s'applaniflenfj
Que surles FlotsvoisinslesAnglois en:frémissent, !
Vers !es bords de l'Escaut LOUIS fait toup
trembler;
Le Batar./t s'arrête
,
& craint de le troubler.
Ministres,Généraux, suiventd'unmême zélé, J
Du Conseil aux dangers,leur Prince & leur modèle.
L'Ombre du GRAND CONDE'
,
l'Ombre du GitANS
LOUIS,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leus
Fils:
L'Envie alors se taitj la Médisance admire.
Zoile, un jour du moins,renonce à la Satyre j
Et le vieux Nouvelliste
, une canne à la main,
Trace au Palais Royal Ypre, Furne & Menia.
Ainsi,lorsqu'à Paris la tendre Melpomene
J)e quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scène,
;.
En dépit des siflets de cent Auteurs malins,
<£e Spectateur sensible applaudit des deux mains ; -' Ain'
Àinsi
,
malgré BuffJ
,
ses chansons, & sa haine,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français, quelquefois,est léger & moqueur,
Mais toujours le Mérite eut des droits sur son coeur;
Son oeil perçant & juste est prompt à le connoître j
Il l'aime en son égal
;
il l'adoreen son Maître.
La Vertu sur le Trône est en son plus beau jour,
Et l'exemple du Monde en est audÍ l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein sombre,à la marche inégale.
Attaqua dans son lit, de ses tremblantes mains,
Au sortir des Combats, le plus grand des Humains,
Jadis Germanicits fit verser moins de larmes;
L'Univers éploré ressentit moins d'allarmes,
Et goûta.moins l'excès de sa félicité,
Lorqu'Antonin.mourant
, reparut en santé.
Dans nos emportemens de douleur & de joye,
Le coeur seula parlé
; l'amour seul se déployé.
Paris n'a jamais vû de transports si divers,
Tant de Feux d'artifice, & si peu de bons Vers.
Autrefois, 6 GRAND Roi les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire*
Que nous dégénérons de ce tems si chéri!
L'éclat du Trône augmente, & le nôtreestflétri.
0 ! ma Prose & mes Vers, gardez-vous de paroître.
Il est dur d'ennuyer son Héros & son Maître;
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un Roi juste 2c
qu'on aime,
Va sans nous à la gloire, & doit tout àlui-même.
Chaque âge le bénit, le Vieillard, expirant,
De ce Prince
,
à son Fils fait l'éloge en pleurant;
Le Fils, éternisant des Imagesfi cheres
,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir,
Est porté par l'Amour aux siécles àvenir.
Si pourtant, ô GRAND ROI! quelqu'esprit moin
vulgaire,
Des voeux de tout un Peuple interprète Gncére..
S'élevant jusqu'à Vous par le grand Art des Vers,
Osoir, sans vous flater, vous peindre à l'Univers,
Peut-être on vous verroit, séduit par l'harmonie J
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie;
Peut-être d'un regard le Parnasse excité,
De son lustre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout, c'estlui qui rend la vie
Au Mérite expirant fous les dents de l'Envie;
C'est lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeste Talent, dans la foule ignoré.
Un Roi qui (pic régner
, nous fait ce que noilS
sommes :
Les regards d'un Héros produisent des Grands
Hommes.
Par M. de Voltaire.
NOusavions d'abord formé ledessein.
de donner au Public une Liste de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi, mais nous avons
craint que cette Lifte, trop longue & trop
uniforme, ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une
partie de notre Recueil,
que nous pouvons donner à des matieres
plus iiitéressantes.Il suffirade dire que nonseulement
toutes les Compagnies,toutes
les Communautés,tous les Corps de Mé..
tiers se font signalés à ce sujet,mais que
même les Compagnons de chaque Métier,
.&. tous lcsOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps, ont été réunis
dans cette circonstance par leur zéle
, au
défaut des Statuts
,
& ont faitcélébrer des
Messes solemnelles, suivies du Te Deum de
de l'Exaudiat.On n'entendra pas dire, sans
étonnement, qu'on a vu le Public invité
par des AffichesauxTe Deum des Porteurs
d'Eau, des Bateliers du Port S. Nicolas,
des Blanchisseuses de la Grenoüillere, ÔC
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoitsuivie le soit
d'Illuminations, & pendant près de trois
mois, Paris n'a point été sans être illuminé
en quelque endroit,les PoïteLirsdEaLi ont
illuminé les Fontaines publiques, qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances sont moins frivoles
qu'elles ne le paroissent ; on y voit lajoye
sincére du Peuple,& l'amour de la Nation
pour son Prince s'y développemieux que
dans les loüanges les plus pompeuses, car
le Peuple jamais n'a menti m flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous difpenfec
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les différentes Villes
du Royaume,à l'occasion de la Convalescence
du Roi; nous croirions leur faire injustice
,
si nous négligions de transmettre à
la Postérité ces témoignages de leur zélé,
aussi honorables pour elles, qu'ils sont fla.
teurs pour le Prince qui en est l'objet.
FESTES,
Célébrées an sujet de l'heureux Rêtablijfernent
de la fanté du Roi, dans différentes
filles dit koyniume.
SAïNT QUENTIN*
L A Ville de Saint Quentin s'est extrêmement
distinguée une Procession solemnelle
& un Te Deum
,
ordonnésparl'Evêque
de Noyon, n'ayant pas suffi au zéle
des Chanoines de l'Eglise Collégiale, ils
ont chanté une grande Messe en Musique ;
tous les Corps y ont assisté. Une illumination
magnifique&très-bien entendue, orna
l'Eglise Collégiale, & l'Hôtelde Ville,
quifittirer un très-beau Feu d'artifice;
beaucoup des Habitans ont faitlamême dépense,
& les coeurs Picards ont faitbriller
leur candeur & leur vivacité naturelles.
ANGOULESME.
Dès que l'Evêque d'Angoulême apprit
t'heureuse nouvelle de la guérison du Roi,
il fit illuminer le clocher de la Cathédrale,
pour informerpromptement de ce Miracle
les PaysansdesVillagesvoisins, qui chaque
jour venoient en pleurs sçavoir l'état de la
santé de leur Souverain. Toutes les actions
de grâces furentrendues avec solemnité par
l*£glife> le Magistrat& la Bourgeoisie. L'Evêque
fie servir cinq tables abondantes &
délicates
,
& pendant ce repas il fit prodiguer
au Peuple des vivres, du pain & de
l'argent. Le Maire & divers Particuliers firent
dresser des tables dans leurs rues, où les
pàflfôns étoient gracieusement admis.
R O U EN.
La Ville de Roüen
, par l'éclat des Fêtes
occasionnéespour la Convalescence du Roi,
s'est montrée digned'être la Capitale d'une
des plus considérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Président de la Londe*
qui préside à la Chambre des Vacations, M.
de la Bourdonnaie
,
Intendant, enfin tous
les Corps Supérieurs & touteslesCommunautés
de la Ville,ont prouvé qu'est Notmandie
leur coeur vaut bien. leur esprit.
L'Abbaye de S.Oüen a célébrécetteFête,
comme une des principales Abbayes du
'Royaume. Elle a décoré superbement fort
Eglise
,
tiré un beau Feu d'artifice.Après le
Te Deum
,
accompagné de falves decanon,
les quatre Chantres, précédés de la Compagnie,
appellée la Cinquantaine,allumemerent
le Feu élevé dans la Place, qui retprésentoit
quatre Bastions.
LES BÉNÉDICTINS DE L'ABBAYE
DEREBETS.
L'Abbé de Ceilles de Fleuri , de concert
avec les ReligieuxBénédiétins de l'Abbaye,
de Rebets, a fêté magnifiquement la
Convalescence du Roi.Lesactions de graces
furent folemnelles. On tira dans la grande
Place un Feu d'artifice, & on y éleva un
grand Arc de triomphe,orné de Festons 8c
de Guirlandes.
LAO N.
La Ville de Laon a donné les plus éclatantes
marques de sa joye au retour de la
santé du Roi. L'Eglise Cathédrale a chanté
solemnellementle Te Deum. L'Illumination
a été générale
1
& brillante.L'Evêque a allumé
lefeu préparé dans la Place de l'Hôtel
de Ville;il étoit accompagné par le Corps
de Ville, précédé des Gardes du Gouverneur
& du Lieutenant Général de la Province
, & de toutes les Compagnies Bourgeoises.
UneDécoration,d'un goût singulier,
forma unSpectacle applaudi, ainsi que le
Théâtre de l'artifice, qui en partit longtems
avec profticioti.
NO Y ON.
Noyon ne l'a pas cédé à Laon, & les Bénédictins
de l'Abbaye de S. Eloi, & même
le Convent des Capucins
,
enfin le Clergé
Séculier & Régulier,le Magistrat & touiu
les Habitans se font distingnés dans leurs
Réjoüissances publiques & particulières. 1
LIMOGES.
Nous nous garderons bien d'oublier les
Réjouissances du Chapitre de l'Eglise Royale
& Collégiale de cette Ville & de son
Présidial, ainsi que du Corps de Ville, &
de soixante notables Bourgeois du Quartier
S. Martial, qui assisterent au Te Deum, en
habits uniformes. Plus de deux mille Flambeaux
& des Lustres innombrables, éclairèrent
la principale façade de l'Eglise.
PONTOI SE.
Mad. d'Argouges de Ranes,Prieur deS.
Nicolas de Pontoise,& les Religieuses de ec
Convent, ont chanté, après le Te Deum, un
Exaudiat, mis en Musique par le Curé de
l'Eglise de S. Pierre de Pontoise. L'illumination
a parfaitement réussi.
Avignon.
La joye universelle de la France s'est
communiquée à cette Ville Etrangere; le
Vice-Légat, les Consuls & tous les Tribunaux
,ont paru François dans cette occasion.
Après les devoirs pieux rendus, un Concert
&: une collation magnifiques, précédés d'un
dînersomptueux elfes le Vice-Légat, on
tira un Feu d'artifice des plus beaux,composé
par Il Signor Carlo Genuininn des plus
célébres Artificiers d'Italie.
SOIS SON S.
Les bornes, prescrites à ce Journal, ne
permettent pas de détailler tout ce quis'est
passé à Soissons, quand la Convalescence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soissons & Premier Aumônier
du Roi, a peint dans son Mandement le
coeur de ce Monarque,& le peindre,c'est
le loüer sans adulation. Les vertus n'ont
pas
besoind'ornemens. Le Te Deum de la
composition de M. Morel
,
Organistede la
célébré Abbaye de S. Jean des Vignes, fut
chanté au bruit d'une triple salve d'Artillerie.
M. le Comte de Baron
,
Lieutenant
Général de la Province,& le Corps de Vil- le,accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres
,
Gouverneur,& de ceux du Comte
deBuron,y assisterent,ainsique le Présidial,
qui les avoir devancés; l'illumination, les
festins & les largesses faites au Peuple,caractériserent
la satisfaction générale. M..
Méliand,Intendant de la Province, se distingua
dans tout ce qu'ilfit dans ces jours
fortunés; on donnalaComédie sur un
Théatre dressé dans lace publique,exécutée
par une Troupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice réprésentoit le Templedu
Destin
,
& quoique l'ordonnance en
fât des plus noblesô& des plus frappantes
ilétoit encore plus orné par les Inscriptions
qui le décoroient. Il faudroit les transcrire
toutes ici, si on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême,
composé par M. Racine, le petitfils,
âgé de dix ans; ainsi le nom de Racine
est un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême, désignant le Roi en danger de
mourir, est une belle fleur,qu'un Moissonneur
semble re(peéter.. avec cette Inscription
: EstgloriaTerræ.,
Moissonneur,qu'en ta main cruelle *
LaFauxs'arrête en ce moment!
--!respecte une fleur si belle;
Pe la Terre elle est l'ornement
L'Emblèmedeuxième mérite d'êtrecité,
puisqu'il exprime des sentimens qe toutes
les Provincesde France ont également fait
éclater ; c'est un Roi d'Abeilles, languissant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles,
dont les unes l'épluchent, les autreslui
présentent du miel au bout de leurs trompes
,
d'autres se glissent fous lui,por le fou..-
lever,avec cette intéressante Inscription:
Regemsic observant nulIL
L'Abeille estl'Imagefidelle -
Des sentimens & des coeurs des François.
Quel Peuple eut jamais plus de zë!e,
Plusde respect& d'amour pour sesRois t
Plusieurs Dames & Cavaliersde la Ville1,,
cxécuterentchés M. l'Intendant un Divertissement,
dont lesparolesfont de M.Roy,
Chevalier de l'Ordre de S., Michel, & ta.
Musique de M. Morel, Organiste de S.-Jean.
des Vignes, qui fut applaudi par les Connoisseurs.
On souhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertissement
,
intitulé: Les
Bergers de l'Aisne, oùl'Auteur sanss'écarter
du genre lyrique,a rassemblé des traits de
notre Histoire & de la Fable. Voici{eale=-
ment la troisiéme & derniere Scéne chantée.
par Apollon.
APOLLONAUXBERGERSDEL'AISNE.-
Respirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monstres de l'Enfer rentrez-y pour jamais.
Ministres de la mort, ma main brise vos traits;
'Admete,ouvre les yeux àla clarté Céleste.
Mais à tant de faveursApollon aujourd'hui
N'impose, point de loi funeste ;
On vous rendun Père, un appui,
Sans qu'il en coûte à la fidéle Alceste,
Des jours que sa tendresse auroit donnés pour lui.
Triomphe,Victoire ;
Devos chants frappez les airs
, Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour consacrez la gloire;
C'est la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont aussi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Descriprion.
Monseigneur le Dauphin & Mesdames
de France, en revenant de Metz ,
firent
l'honneur à M.l'Intendant de souper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
IX le feu d'ardnce.d'un goûtnouveau,invenîAl'Envie&
f»fuite.
té & exécuté par le frere Philbert, Religieux.
Capucin à la Fere„
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes,imprimée à Soissons:, chés la veuve de
Charles Courtois, Imprimeur du Roi, près
l'Election;ils y verront avec plaisir le Com- -
pliment fait à M. Meliand
,
Intendant, par
M. Carrier, Maire; une Pastorale & u Vaudeville de M. Berson ; la Nymphed
l'Aisne au Roi, de M. de Royaucourt;une
Ode de M. l'Abbé Portes, Chanoine de
l'Eglise de Laon.
S.GERMAIN-EN-LAYE.
Le 13 la Paroisse de S. Germain-en-
Laye,chanta le Te Deum avec grande solemnité,
& les Anglois,qui demeurent dans
le Château,
le firent chanter par la Musique
du Roi; l'illumination & les autres
réjouissances furent dignes d'une Maison
Royale.
SAINT DENIS.
L'Abbaye & la Ville s'acquitterent le
11 d'un devoir qui fut pour eux untrèsgrand
plaisir : il y eut illumination & feu
d'artifice.
VERSAILLES.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le féjour
ordinaire du Roi, par les plus vives.
marques d'une joye sincere ; l'illumination
des deux Paroisses & des Récolets fut frapante.
M. Sibot,Prêtre de la Mission
, a
fait la dépense de celle de l'Eglise de S.
Louis,& le dessein de la Décoration, ingénieusement
conduit, étoit de M. Frati , Peintre & Architeéte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statue du Roi
y
avec cette touchante Inscription :
Parenti Ffltr;" Redivivo confecrat amor.
GENES.
Le I5 Septembre,on chanta le Te Deumdans
la Chapelle de la Nation Françoise.
M. de Jonville
,
Envoyé Extraordinaire du
Roi de France auprès de cette République ,
soutint parfaitement dans cette occasion la
dignité de son caractere. Son Hôtel fut le
foir magnifiquementilluminé, & les François,
domiciliés à Gènes,signalerent leur zéle
1 & leur joye.
Il y eut le iS du mois dernier à Hfÿ.
dans la Maison du Séminaire de S. Sulpice
ppoluusr la Convalescence. du Roi, une des,
belles illuminations qui ayent été faites
a cette occasion-
Dans l'enfoncement du Parterre, au-dessus
du grand Bassin,s'élévoit un Temple
d'une magnifiquestructure.UneColonnade,
qui formoit divers Portiques
,
régnoit des.
deuxcôtés du Jardin; chaque Colonne portoit
une Pyramide,& un Lustre étoit suspendu
au milieu de chaque Portique. De
distance en distance,étoient des Pyramides,
détachées de la Colonnade,& terminées
par des Globes de feu, de chacun desquels
naissoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairéed'unequantité
prodigieusedeTerrinee & de Pots-à-feu.
Des Lampions sans nombre figuroient le
Dessein du Parterre, & les Ifs, qui l'environnent
,
étoient entièrementilluminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
singuliére, & le grand Bassin fournit
une des parties les plusintéressantes du
spectacle par les feux de toute espéce & de
differentes formes,qui en sortirent. Il parut
pendant long-tems bordé de Gerbes de
feu, ainsi que l'allée qui y conduit. Plusieurs
Prélats & autres personnes de distinction
ont assisté à cette Fête, qui a été ordonnée
par l'Abbé Cousturier ,
Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
Les habitans de Toulouse ont rendu plitsieurs
jours de fuire des actions de grâces &
de réjoüussances, pour le rétablissement de
la santé du Roi.
Le Parlement de cette Ville,if-toc qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalescence
du Roi, fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il assista en Corps,
& la nuit suivante toutes les Maisons des
Présidens & des Conseillers furent illuminées.
Le lendemain
,
le Te Deum fut chanté
dans l'EgliseMétropolitaine avec une solemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainsi que les aurres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevcque. Le Bureau desFinances,
l'Université,l'Académie des Jeux Floraux,
le Sénéchal &: le Viguierfirent éclater aulli
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulières. Les préparatifs ordonnés
par les Capirouls, ayant été achevés ,
le
Chapitredel'EgliseMétropolitainese rendit
procellionnellement à la Chapelle du
Capitole,& le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum,qui fut suivi d'une illuminationgénérale
dans toute la Ville. Toutes
les Communautés Religieuses & les differens
Corps des Marchands & des Artisans
ont donné successivement des témoignagejs
singuliers de leur amour respecteux pour le
Roi. Les Jesuites duCollège & les Bénédictins
de la Daurade se sont surtout distingués
à cette occasion.L'Archevêque,ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite
, pour
faire rendre à Dieu de solemnelles actions
de grases de l'avoir conservée, on chanta
pour la seconde fois dans l'Eglise Métropolitaine
le Te Deum, auquel l'Archevêque
officia ponficalement, 6c auquelle Parlement
& toutes les Compagnies assisterenr.
Le soir, toutes les ruësfurent illuminées,
ainsi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville, & ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits suivantes.
Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice, que la Ville avoit fait
préparer dansla Place du Capitole
,
&: dont
la Décoration & l'exécution ont dû satisfaire
les connoisseurs les plus difficiles.
On a appris de Rome du 3 du mois dernier
, que l'Abbé de Canillac, Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très-Chrétien auprès du S. Siège
Eayant écté inrformléidufrétaeblissement de sa9 delaNationFrancoisefutéclairdéee&S.oLroniéiis
de la Nation Francoise fut éclairée & ornéee
par les ordres de ce Ministre, avec une magnificence,
qui a excité avec justice l'admiration
générale) & que le 27 du mêmemois
il y fit chanter le Te Deitm en Musique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y assisterent avec un
empressement
,
inspiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France, & le Pape, voulant témoigner
combien il étoit sensible à la conservation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la mêmeEglise. Le soir
v
& ceux des deux jours suivans, cette Eglise
& celle des Minimes François furent enrierement
illuminées, ainsi que le Palais de
l'Abbé de Canillac,ceux de routes les personnes
de distincction attachées à la Couronne
de France, & toutes les maisons des
François, qui sont à Rome.Pendant ces trois
jours,un grand nombre de Symphonistes
y placés sur trois Balcons du Palais de l'Abbé
de Canillac, donnèrent au Public, en exécutant
alternativement di vers morceaux de
Musique Instrumentale
, un Concert presque
continuel. Ce Ministre avoit fait mettre
de pareils Orchestres à l'Eglise de S.
Louis & à l'Académie de France,& tout le
monde a paru également touché & satisfait
de la maniéré dont il a manifesté son zélé
pour son Auguste Souverain.
La Ville de Dax n'a pas moins signalé son
zik, que les autres Villes du Royaume, 8c
le a rendu de solemnelles actions de graes
à Dieu pour la conservation du Roi par
TeDeum, qui aété chanré dans l'Eglise
cathédrale,& auquelle Présidial, le Corps
e Ville & la Prévôté ont assisté. Le jour
e cette Cérémonie
, toute la Ville sur illuiince,
& M. Dantin de S. Pée
,
qui y
comlande
pour le Roi, sir servir plusieurs tales
pour toutes les personnesde diftiftdtioii
ans une allée sur. le rempart du Château
» aquelle étoitéclairée par un grand nombre
le Lustres & de Lampions. Le siouper
, penlanr
lequel on fit plusieurs Sal ves d'artilleie
,
sur suivi d'un Bal. Plusieurs Fontaines
le Vin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lendenain
le Speétade d'une course de Taureaux..
La joye du Corps de Ville a éclaté aussi par
diversesFêtes pendant plusieurs jours conecutifs.
Le Bailly de Camilly, Chef d'Escadre
*
Be Commandant la Marine pour le Roi à
Brest
, ya fait chanter le Te Deum & l'Exaudiat
dans la Chapelle de S. M. au bruit
d'une triple décharge de l'artillerie desRemparts,
du Port & des Vaisseaux. Le soir,
toutes les personnes de distinction de la
Ville souperent chés lui à cinq tables, chacune
de 40 couverts, serviesavec autant de
profuson que de délicatesse. Après le repas,
il yeut un Bal masqué dans le Jardin, qui
étoit illuminé avec beaucoup de goût, aussibien
que la façade & les cours de l'Hôtel.
La Fête que M. Bigot de la Mothe r Intendant
de Marine dans le même Port, & àlaquelle
il ainvité plus de 120 Dames, &
tousles Officiers qui font à Brest, n'a point
cédé à celle duBailly deCamilly.
Le jour auquel les Religieux Benedictifis
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
1)ell.m , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France, leur Eglise fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence.Ils firent tirer lemêmejour
un très-beau feu d'artifice, & nonseulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés& à toutes les personnes
de l'Hôpital, mais ils distribuerent encore
d'abondantesaumônes.
ELA T ION d'une Fête champêtre ,
donnée par M. de Roi Montpellier, le
zo Septembre 1744 ,
dans son Château
de Montpellier
,
sur la DOllr
3
4 deHX
lieues de Bayonne.
M de Roi Montpellier, Chevalier de
l'Ordre de S. Michel, voulant doner
des marques de son zéle ardent pour la
ersonne sacrée de S. M. résolut de faire
hanter le Te Deumdans sa Chapelle,en
action de graces de la Conyalescence du
~Roi
,
& de faire des Réjoüissances,ausquel-
'S sa maison, ses amis & tous ses tenanciers
rissent part. Ayant pris jour pour le Dinanche
vingt Septembre, la Fête fut anoncée
par la Générale, qui sur battuë à
ept heures du matin par une bande d'exellens
Tambours, accompagnés de Flutes
u Pays,deViolons & de Cors de Chasse;
neuf heures on battitl'assemblée
, & à one
le Drapeau : à ce signal un Canot,extrênement
propre, moüillé en face d'une trèselleTerrasse,
qui borde tout l'enclos,fut
orné de Pavois, de Pavillons & de fiâmes;
~toutes les rames étoient peintes avec goût8c
lacées sur les bancs; à midi ce Canot, bien
équippé, vogua comme un trait le long des
deux rives lesMatelots criant continuellementViveleRoi,
ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des transports
de joye & de tendresse
,
qui rendoient parfaitement
leurs sentimens : ce Canot vint
ensuiteremoüiller à son premier poste
pendantque la Compagnie dîna. ,
Sur les trois heures, tous les tenanciers &
lesvoisins s'assemblerent en armes & en
très-grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur sur possible. Une multitude infinie
de curieux des deux sexes se rendirent
aussi dans l'enclos; les Dames leur distribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Bosquets & sur les Terrasses
plusieurs troupes de Danseurs au son
de divers Instrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol, suivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cette Fête,& de la plûpart
de sa famille. alla semettre à latêtede la
Milice,quiétoit en bataille dans un avantcour
; il marcha ensuitel'Esponton à la
main, revêtu de l'Ordre de S. Michel pardessus
son habit, la troupe défilant par quatre
, au son de tous les Instrumens; il fit
tout le tout de l'enclos, qui ert vaste, & arrivant
à un bout de la Terrasse ,qui est le
long de la Dour, il la fit border, la droite
appuyée à une espece de Bastion,& la gauche
à un grand Pavillon, qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé enrre le Château
& la riviere. On fit à l'instant une décharge
de toute la mousqueterie
,
& les cris
deVIVELERoi se firententendrede toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus sur
le bord de la riviere
,
dans une étenduë
d'une demie-lieuë
,
répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du soir
, on distribuadesviandes,
du pain, du vin, & des fruits à tout
le monde; un peu avant la nuit, les Tambours
rappellerent,& la Milice ayant repris
Ton poste
,
les Tambours battant la
Charge,firent une seconde décharge, après
laquelle il y eut un grand souper. Trois tables
furent servies avec autant de délicatesse
que de profusion ; vers les dix heures, le
Íigoal ayant été donné par des fusées volantes,
le Château,le Canot & la Terrasse furent
illuminés,& la Milicefit une troisiéme
décharge, pendant que les Tambours&les
autres Instrumens faisoient un bruit de
guerre, qui fut très-bien exécuté. Ensuite
tout le Peuple se dispersa par bandes dans
les Bois & dans les Bosquets, qui éroient
éclairés, pour danser au son des Instrumens
& à la voix; tandis que la Compagnie pla*
cée fous ùri Berceau illuminéavec art, commença
un Bal qui dura jusqu'aujour, les
rafraîchissemensfurent servis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin, placées
dans les Bosquets
,
coulerent pendant tout
ce tems pour les Paysans
,
qui y passerent la
nuit; les fusées e.-. les déchargésranimoient
de temj en tems la joye & le bruyant de
cette Fête.Avant le point du jour, le Canot
avec ses armemens & ses falots, & équipé
des plus vigoureux nageurs, reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France, vogua
comme un trait. Ungrand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Sympdhuonie;
laforce des rameurs & l'habileté
Piloteimitoient parfaitement des Danses
en rond au milieu de la riyiere
, au son des
Instrumens; les rivages retentissoient des
criscontinuels de Vive le Roi, & la mouCqueterie,
faisant de nouvellesdéchargestoutes
les fois que le Canot passoit le long de
la Terrasse, il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maisons, dont
les habitans,se levant en ftirfant,se plaçoient
aux fenêtres
, ou sortoient à demi nuds
poursuivre le Canot,&joindre leurs accla*
mations& leurs cris a ceux de cette troupe
flotante.La Fête fut terminée par une Danse
générale du Pays, nommée la Panperuque ,
les Tambours battant un air extrêmement
gay:
Paysans 3c les Paysannes faisant une chaîne
qui tenoit tout l'enclos.
Il est aisé de donner des Fêtes plus magnifiques
,
mais il n'est pas possible d'en
voir de plus vives; l'amour & la joye éclataient
de toutes parts; les discours des Paysans
valoient des Panégyriques,& les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement aussi
intéressant.
t Les Peres Dominiquains du Convent
Royal de S. Maximin, en Provence, se
sont distingués par les témoignages de joye
qu'ils ontfait paroître à la Convalescence
du Roi; ils commencerent leur Fête par
une grande MeiTe chantée solemnellement ;
ltr'aibpurèesr-midi, le Prieur de la Maison fit disune
grande quantité de pain & d'argent
à tous les Pauvres qui se présenterent ; al'entrée de la nuit, il y eut tant nu dedans
qu'au dehors de l'Eglise une illumination
des plus brillantes, qui relevoit la beauté
de ce Temple,l'un des plus augustes du
Royaume
,
& sur la porte duquelon lisoit
:ette Inscription : Awlivi orationem tuam,
uidilllcrimas tuas & fcirtavi eum. Au-dessus
de cette Inscription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots: Vive Louis le
Bien-Aimé; les traits des Armes & des LetBien-
Aimé; les traits des Armes & des Lettres,
qui étoient ménages avec la réfléxion
de la lumiere
,
présentoient un coup d'oeil
des plussatisfaisans ; le corps de logis, qui
donne sur la Place de devant l'Eglise, &
qui est destiné à recevoir les Rois & les
Princes, lorsqu'ilspassent à S. Maximin, fut
pareillement illuminéavecsymmétrie ; on
voyoit sur la porte du Convent un Arc de
Triomphe, au-dessus duquelétoient des
Emblèmes avec cette Inscription au milieu;
Oravimus ad Dluninum, di exauditifumus , -& obtulimussacrificium&similaginem
,
& accendimus
lucernas,&proposuimus panes. Pendantl'illumination
on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la mêmesolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Messe. Après l'Exaudiat
,
pendant lequel
on fit plusieurs décharges de boëtes
, on tirg;
un très-beau feu d'artifice, qui représentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique, e;
qui étoit orné de plusieursEmblêmes.
mSCRlPT ION, des rêjouissances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres
, au flet de la Çonvatefçence du
Roi, -
L Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France, définit
donner des témoignages publics de la
yesincere qu'ils ont ressentie du rétablifment
de la santé du Roi, résolurent d'en
endre graces à Dieu par un Te Deum,chanté
ans l'Eglise des R. R. Peres Célestins,d'ilminerleJardin
de l'Arcenal
, & de doner
un feu d'artifice sur la riviere, en face
e l'extrémité de la Terrasse de ce Jardin.
1. le Comte d'Eu, Grand-Maître de l'Artilrie
,
leur avoit permis de se servir des
oëtesqui sont gardées dans les magasins de
Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à6 heures du
latin, il fut fait une décharge de cent boëes,
pour annoncer la joye de ce jour. Il en
at fait une seconde à midi. La troisiéme à
heures. La quatriéme à 6 heures, avant
ue de commencer le TeDeum. La cinquiéme
à 8 heures, après le Te Deum. La sixiéme
a 10heures après le feu d'artifice. La septiéme
& derniere à minuit.
TE DEl)Al, & Décoration dans l'Eglift
des Céleflins.
La Nef de l'Eglise desCélestins étoit décoréedesept
grands Lustres decristal
, garnis
de bougies, cinq dans l'avant-Choeur
& deux , autres dans le retour ,
du côté des
Chapelles.
Le Choeur étoit éclairéde336 Lampions
de cire, placés tout le long de la corniche du
lambris, au-dessus des Stalles
, & de quatre
girandoles de cristal, garnies aussi de bougies
aux quatre extrémités du lambris.
Le grand Autel ,outre les cierges ordinaires
,
étoit orné de seize girandoles de
cristal, garnies de bougies, placéessur les
appuis des Balustres demarbre
,
qui forment
l'enceinte du Sanétuaire
, & sur deux traverses
en diagonale, qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du dessein de ces Balustres
favorisoitextrêmement la disposition
des lumières, qui fut trouvée de bon goût.
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart,immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes; on exécuta celui de
M. de si Lande, sous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur, Sur-Iutendans de a
Musique du Roi en survivance. Le Concert
toit composé de 80Musiciens de la Musique
du Roi, & autres; l'exécution fut
rouvée parfaite, & dura près d'une heure.
L'Eglise des Célestins n'ayant point de
Jubé, on avoit construit au-dessus de la
porte du Choeur,en dehors,dans toute la
largeur de la façade
, une Tribune de charpente
,large & commode
, avec des Gradins
pour y placer la Musique,dont lebâtis
écoitcouvert de tapisserie.
4 La porte & l'intérieur de l'Eglise étoient
gardés par des Suisses du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aussî placés à la porte, & dans l'intérieur
du Jardin.
DE'CORATION DU J AR03N.
1 Au sortir du Te Deum, on entra à l'Arcenal
par la porte qui est sur le Quai des Célestins
, joignant l'Eglise ; cette porte étoit
décorée de deux Pilastres, surmontés d'une
archivolte, qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal
,
depuis
cette porte, étoient éclairées par des Terrines
,
dont la porte qui donne sur la ruë
de la Cerisaye
,
étoit aussi garnie.
La porte du Jardin garnie aussi de Terrines
sur le cintre
,
étoit masquée en dedans»
au fond du Parterre de ce côté, & en face
de la principale allée qui finit à la Tcrraffe de trois grandes , Arcades de 24 pieds de
haut,surmontées chacune d'uneGirandole;
du cintre de chacune de ces Arcades, il
pendoit une autre Girandole,en forme de
Lustre
,
soutenuë par une Guirlande de lumières
,le tout formé de Lampions. L'allée
en face, étoit garnie à droite & à gauche de
40 piédestaux, portant chacun une Girandole
de 5 pieds de haut, placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre, & sur la pointe de chacun
de ces Ifs étoit placée une grosse Terrine
,cette allée, &: le bassin qui est au milieu,
étoient bordésd'unfilet de Terrines;
aux extrémités des bordures du Parterre ,
étoient placées deuxgrandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut, terminées
chacune par une Girandole; & en retour
des Parterres,sur la mêmeligne des Pyramides,
étoientplacés de chacun des côtés
quatre piédestaux
, portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions.
Dans les intervales des Arbres, qui forment
les allées qui accompagnent les cotes
du Parterre,depuis la porte du Jardin jusqu'à
leurs extrêmités
, au bord de laTerrasse,
on avoit attaché des fils d'archal, où
pendoient des Lampes de Sureine
,
qui formoient
un filet de lumiere.
On avoit rempli de même les intervales
des Arbres, qui formoient l'allée de la Terrasse,
depuis le mur de la Bastille où elle
commence,jusqu'à l'autre extrémité sur le
bord de la riviere
,
ainsi que dans le retour
que la Terrasseforme en bastion à cet endroit,
oùest le Cabinet de plaisance de S. A.
S. Mad. la Duchesse du Maine,ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toises. -
Dans toute cette même longueur,depuis
le mur de la Bastille jusqu'àl'extrémité sur
la riviere
, y compris le retour dont on vient
de parler, le Parapet de la Terrasse
,
qui
n'eit interrompu que par le magasin des
Poudres, construit dans le fossé,surl'appui
de la Terrasse
,
étoitaussi garni d'un filet de
lumieres, formé par des Terrines à deux
pieds & demi de distance l'une de l'autre qui répétoit celui des , Lampes de Sureine , placées dans les intervales des Arbres.
FÊU D'A RTIFICE.
-
Après avoir obtenu la permission de M
le Prevôt des Marchands, on plaça à l'endroitqu'illui
avoitplûd'indiquer
*
dans le
milieu de la riviere
,
vis-à-vis de l'extrémité
de la Terrasse de l'Arcenal
, an-dessus de h Patache,deux bateauxmarnois del'antre,de10à12toi l'un auprès ses
delongès- 18à20pieds
de large, sur lesquelsonavoir bâti un plancher; autour de ces deux grands, étoienrrangéssix petitsbateauxchargésde
l'artisice
On avoir posé sur 1& plancher des deux grands bateaux, quatre chevalets, quels sur les- on tira pendant une demie heure 500 tusées volantes des cinq plus belles façons dontonles ptililè composer, qui partirent
quatre a quatre ;
sçavoir,382fusées,pellées des trois douzaines,43 ap- ,dites de
quatre douzaines,17,dites de cinq douzainés
3,
5 dires, de six douzaines ,53,dites fu- fées d'honneur,de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir ensuite rées <5*4 douzaines de fu- volantes, doubles marquises, distribuées
en 32Caisses, de deux douzaines chacune, tirées des deux extrêmités des bateaux
après lesquelles parut un brin de quatre douzaines dePors-à-feu, & une Girande
composée de38 douzaines de fusées volantes,
anaI doubles marquises ; ce qui sur suivi de l'effetde deux Soleils tournans, placés
aux extremités des bateaux.
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à douze rayons, à chaque côté duquel on tira
•
trois Pots à Aigrettes, remplis de Serpenreaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le souper, qui fut
servi après le feu à une table de 25 couverts
, & qui dura jusqu'après minuit: on
laissa entrer dans la Sale, qui est trèsgrande
,tous ceux,en assés grand nombre,
qui eurent la curiosité d'être les témoins
par eux-mêmes, de la joye vive & sincere
des Convives
,
de l'événement heureux
qui les rassembloit ; celle des Spectateurs
peinte sur leurs visages,laissoitassés voir
à quel point ils la partageoient & la ressentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons, &£
des Danses, qui durerent jusqu'à trois ou
quatre heures, & ne finirent qu'à l'extinctioii
totale de l'illumination.
LEDORMEUR.
P
Our un Dormeur l'insuportablelechose
Que des Exploits, des Victoiressansfin ;
Qu'un Roi qui fait tout ce qu'il se propose l
C'étoit d'abord Ypre
,
Furne
,
Mentît,
PuisMontalban,Démont,Château-Dauphin;
Aujourd'hui c'est Fribourg. Au diable qui repose,
Quand LOUIS a les Armes à la main.
La Bastille & les Invalides,
De tels Lauriers toujours avides,
Braquant leur Airain triomphal,
Pour mieux honorer la Conquête,
Se font un devoir capital,
Dans les bras du sommeil, de vous fendre la tête.
Je m'éveille en sursaut, je jure, je tempête:
C'est encor, me dit-on, des Ennemis à bas.
Alorsje me tapis, & j'enrage tout bas,
r -
ion de nos Ennemis, bien assommés sans doute
,
Mais de mes Pavots en déroute,
Dont je ne sçaurois trop gémir.
C'en.cO:: fait, je perds patience.
Louis veut vaincre, & moi,je veux dormir
me faut donc ailleurs fxer ma résidence
,
Et fuir dans un Climat lointain.
Oüi,je me léve, & pars soudain :
Je vais chercher au bout du monde -
Quelqu'azile
,
où
,
sans embarras,
Je puisse enfin goûter. entre deux draps,
Une tranquillité profonde ;
Où
,
toujoursàl'abri des boëtes, du canon,
Et laissant àLouis signalerson courage,
Je n'entende jamais, dans ma nouvelle Plage,
De bruit que celui de son nom.
ENIGME.
J
E ne compterai point mes rares facultés;
Je n'en ai point; sans honte je l'avouë,
On a pourtant loüé mes grandes qualités:
Il n'est rien qu'on ne blâme
,
il n'est rien qu'on nfir
louë.
Souvent je broüille les Amans;
Je donne des graces aux belles ;
J'amuse les petits enfans
,
^• j'occupe souvent les plus graves cervelles.
Lecteur, voilà mon beau côté ;
Si tu me prends en sens contraire,
Partout je fuis craint, détesté ;
On me méprise, on me préféré,
L'animal le plus rebuté
,
Qu'on voye sur notre Hémisphére:
C'en est assés; il est tems de me taire ;.
Je me fuis assés maltraité.
Tar M. Jacques, Marchand Eventaillifler
rué Mouffitar.
LOGOGR YFHE.
S
Ans rien ôter, & sans rien mettre,
Mais en renversant chaque Lettre
, t
On trouve en moi par un détail fuccinr
,
Une Bête, un Royaume, & la place d'un Saint,
Par le même,
AV TRE,
J Esuis un tout, & ce tout est moitié
D'un autre tout, donc la figure,
La propriété,la structure
, Tout enfin de la tête au pié
>
Est different de ma nature.
Selon les Pays & les goûts,
Je sers a differens usages,
Chés des peuples voisins de nous.
Je fuis sonore
,
& les plus fages,
En m'écoutant, fautent comme des sous.
Je marche sur huit pieds qui me font crier g.îrla
Quand on les combine avec choix;
Enmedétaillantmillefois,
On n'y peur trouver qu'une tare;
Choisissez entr'eux le sixiéme, 1
Faites-le suivre du deuxième;
Joignez-y le dernier, & sur ce dernier-ci
-
Tirez un accent que voici 1 , _
Vous formerez, un mot aimable,
Sans lequel rien n'est agréable ;
Parune autre combinaison ,
Vous trouverez en moi ce qu'onfait à sa tête;
Ala moindre démangeaison ;
Ce qu'on observe aux jours de Fête j
Que sçais- je encor ;une allés laide bête,
Qui n'est pas plus grosse qu'un rat;
$i tout Letteur n'étoit pas un ingrat,
Je vous dirois encor bien autre chose,
Mais jefiniscesVersenProse;
Voici pourtant éncor un trait, qui n'est pas mal;
En moi se trouve unAnimal
,
Animal d'or dans un vieux Livre,
Animal que l'ona vû suivre
L'Equipage d'un Dieu vainqueur;
Je t'en ai dit assés
;
devine amiLecteur.
Parle même.
On a dû expliquer l'Enigme &, le Logogryphe
d'Octobre par la allJ.,..u:: &le ^°'
gryphe.
,
LE RETOURDE L'AGED'OR. chalZfoll/.
CHANSON.
A L'Amour n'offrons point de voeux,
Prenons plutôt Bacchus pour Maître;
En aimant on peut être heureux
,
t En bûvant on est sûr de l'être.
*
')
LE RETOUR DE L'AGE D'OR,
CHANS0V.
! 0 Tems heureux! beau siécle d'or!
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor:
Que de nos voeux ses jours dépendent, 1
Oüi, nous osons le croire, ils vont s'éterniser:
Le Ciel pourroit-il refuser
Ce que tous les coeurs lui demandent?
0 tems heureux! beau siécle d'or!
Le plus chéri des Rois vous fait renaître encor-
Nous bénissons notre partage,
Soumis à son pouvoir que régle l'équité;
La véritable liberté
Est de dépendre d'un Roi sage.
0 tems heureux ! &c.
Toujours de notre ztlç extrême,
Pour remplir ses projets,il peut tout exiger;
Ah ! qu'untribur devient léger,
Quand on le rend à ce qu'on aime!
0 tems heureux, &c.
Quelle bonté! quel grandcourage !
Que de succès flateurs enchaînent ses instans ?
En voyant tous les coeurs contens,
Il peut dire, c'est mon ouvrage.
0 tems Heureux! &c.
Le Ciel, sans doute,l'a fait naître
Pour goûter les vrais biens, pour voir remplir Cet
voeux;
Monarque, Pere
,
Epoux heureux;
Combien il est digne de l'être?
0 tems heureux! &c.
Par cent vertus ( puissans exemples: )
La Reine de son rang releve encor le prix ;
Ce fut ainsi qu'au tems jadis
,
Des Mortels obtinrent des Temples
0 rems heureux!&c.
Pour un Roi quel bonheur! il aime,
fch peut-il trop aimer ses illustres Enfans î
Arec les graces duPrintems,
C'est la raison
,
la vertu même.
0 tems heureux I &c.
Dès son Aurore,au rang des Sages,
1 Dans l'auguste Dauphin quels dons ont éclaté?
Le sçavoir
,
les moeurs, la bonté.
Pour nos Neveux les doux présages !
0 tems heureux ! frc.
Voyez quel Astre nous éclaire ;
Venez, Peuples divers, partager nosdestins;
Vous n'avez que des Souverains,
Le nôtre est un Dieu tutelaire.
0 tems heureux! &c.
S'il fuit Bellonne qui l'appelle,
Tout s'attache à son Char,ou s'en fait un devoir
Le charme qu'on trouve à le voir,
Est le ferment d'être fidéle.
0 tems heureux! &c.
Oiii) votre nom s'immortalise ;
Vos vertus pour jamais nous l'ont rendu sacré ,
Venir,voir
,
vaincre,être adoré,
Grand Roi, voilà votre devise.
0 tems heureux!beau siécle d'or!
Le plus cheri des Rois vous fait renaître enCDt.
L'Enigme,les Logogryphes,les Chansons
enfin, feront tout ce que ce premier
Volume conservera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'est pas que nous voulions
abandonner en rienunPlan judicieux que le
Public a approuvé
,
mais nous sommes encore
plus empressés de satisfaire la curiosité
de nos Lecteurs, sur tout ce qui regarde le
Roi, & ce qui s'est passé à Paris &c
-
à Versailles
à l'arrivée de S. M. Ainsi nous ron,
voyons les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois: heureux de commencer
notre Ouvrage par un sujet adIi auguste
& auminrérenanc pour les peu ples I c'est
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages à
feu M. de la Roque
,
de n'être point surpris
s'ils ne 'les voyenr point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers y il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces,
ayent la bonté d'envoyer de secondes
Copies, affranchies de Port, suivant la
coutume; nous aurons tous les égards convenables
pour satisfaire les Auteurs Se le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 1 5 de
Décembre;c'est enoJrcquelquesjoarspiû-:
tôt que le tems où notre PrcdelÏeur donnoit
son Ouvrage. Cependant sans les embarras
inévitables dans une administration nouvelle
, nous aurions servi le Public dès le
premier du mois:nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre,Cz passé
ce terme ,
le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois; deux Volumes au mois de
Juin & deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a faitjusqu'àprésent.
JOVRNAL du r.l'oya.e du Roi, depuis
son départ de Fribourg,
L E Roi partit le 9 de ce mois du Village
de Muntsingen, où étoit le quartier de
Sa Majesté
,
pendant le iîége de -Fribourg,
& arriva à Huningue vers deux heures après
midi. Il descendit de carosse à la porte de la
Ville,&vit lesFortifications de la Place.
Sa Majestévint coucher le 10 à Vezoul, où
elle fut reçûë par le Duc de Randan
,
Lieutenant
Général au Gouvernement du Canlté
de Bourgogne, & Commandant dans cette
Province.
Le 11 1
le Roi coucha à Chaumont en
Ballîgni,cm l'Evêque de Langres s'était rendu
pour recevoir Sa Majesté.
Le 12 ,
il coucha à la Chapelle,Château
situé prèsdeNogent sur Seine, & appartenant
à M. Orri, Ministred'Etat, & Contrôleur
Général des Finances.. 1
Toutes les Villes par lesquelles le Roi a
passé
, ont donné toutes les marques de joie
qu'on pouvoir attendre de leur tendre &
respectieux attachement pour la personne
de Sa Majesté.
Quoiqu'elle n'ait point séjourné à Befort,
cette Ville s'etf distinguée
, & Sa Majesté
a eu la bonté de témoigner qu'Elle
étoit contente des efforts qu'avaient fait
les Habitans
, ce qui est le prix le plus glorieux
qu'ilspussent espérer de leurs soins.
Le 13 ,
Sa Majestéarriva à Paris, vers les
six heures du soir. Une Salve des Canons
de la Ville, & d'un grand nombre de Boëtes
, avoit annoncé au Peuple dès cinq
heures du matin,que ce jour étoit le jour
désiré de l'arrivée du Monarque.
Les carosses de Sa Majesté
,
les Détachemens
de sa Maison & le Vol du Cabinet,
l'attendoient à Charenton;Elle quitta son
carosse de Voyage & monta dans un autre
,
où elle se placa feule dans le fond; les
places du devant & des portieres du Carosse
furent remplies par fe* principaux Q£-
ficiers
,
& Sa Majesté prit le chemin de la
Barriere de Rambouillet.
Les Détachemens des Gardes du Corps,
des Gendarmes, des Chevau-Légers
, de
des deux Compagnies des Mousquaires
de la Garde du Roi, étoient dans leurs
rangs accoutumés
,
devant & derriere le
carosse de Sa Majesté ; les Officiers de ces
différens Corps occupoient auprès du Roi
dans cette marche les places qui leur ont
été marquées par le Réglement du mois de
Novembre 1724, & le Vol du cabinet
précédoit immédiatement le premier Carosse
de fuite. La Compagnie du Guet à
cheval,sonTymbalier &: ses Trompettes
à la tête
,
& les Inspecteurs de Police avec
Tymbales, Trompettes, & Hautbois,marchoient
en avant.
La Ville, qui avoit été informée que le
Roi ne se rendroit ici qu'au commencement
de la nuit, avoit ordonné des illuminations
dans les principaux endroits où le
Roi devoit passer. A la Barriere de Rambouillet
,
étoient deux grands Lustres dont chacun portoit plus de soixante lu-,
mieres, & depuis cette Barriere jusqu'à la
seconde qui étoit sur la route du Roi, regnoit
un double cordon de terrines
,
des Ifs
ôc des Girandoles placées alternativement,
les Girandoles posées sur des Piedestaux ,
formoientun cercle vis-à-vis de cette Barriere.
De là jusqu'à la demi Lune de la Porte
Saint Antoine
, on voyoit à droite & à
gauche le long de la grande ruë du Fauxbourg
un rang de Lustres. Les deux Fontaines
,dont l'une est en face de l'Abbaye
de S. Antoine,& l'autre au coinde la rue
de Charonne, étoient illuminées. A côté de
chacune, on avoitélévéunAmphithéâtre
surlequel on avoitplacé des Musiciens
,
8c
upnerFeontmaine ideeVrinec.ouloit près de la
Lademi Lune de la Porte S. Antoine
étoit éclairée des deux côtés par des Lustres
,
& par des Girandoles, & la Porte S.
Antoine l'étoit en dedans, & en dehors ,
par un nombre prodigieux de lumieres,
dont la disposition représentoit un Arc de
Triomphe.
Lorsque le Roi arriva à la demi Lune,
,on« fit une Sal ve des canons de la Bastille ,
&c de
ceux que la Ville avoit fait transporter
sur le Bastion du Rempart, près de la
Porte.
Ce fut là que le Corps de Ville, présenté
par le Duc de Gesvres,& conduit par M.
Desgranges
,
Maître des Cérémonies ,
eut l'honneur de complimenter Sa Majesté
sur son heureuse arrivée. M. de Bernage,
Conseiller d'Etat ordinaire & Prévôt des
Marchands, portoit la parole.
Le Roi, en continuant sa route , trouva
par-toutlesmêmes préparatifs; on avoit eu
Ki précaution de sauver l'irrégularité du
Marché S. Paul
, par deux rangs de Poteaux
,
d'où pendoient des Lustres. Les Peres
Jésuites de la Maison Professe avoient
fait une fort belle illumination; nous en
parlerons plus au long, lorsque nous décrirons
les autres illuminations.
Des Lustres portés sur des Poteaux éclairoient
la Place Baudoiers, & le Cimetiere
S. Jean. Trois Fontaines de Vin couloient,
l'une dans ce Cimetiere
, une autre dans la
Place aux Chats au bout de la ruë de la
Ferronerie, & une troisiéme à côté de la
Fontaine du Trahoir
, que la Ville avoit
fait illuminer, & près de chaque Fontaine
émtoit uneAmphnithéâtsre,.remplid'instru- Toute la Place du Carousel dans laquelle
le Roi entra par la ruë S. Nicaise, étoit
ornée d'Ifs & de Girandoles;dans le milieu
de cette Place on avoitélevé une décoration
,
qui portoit plus de trois mille
lumieres ; du haut de cette décoration sortoient
quatre Guirlandes, & l'on voyoit
une Couronne de Lauriersuspenduë au
point de leur réunion.
Les Salves des boëtes & des canons placésendifférens
endroits, furent tellement.
distribuées ,qu'elles ne didcontinuerent
pointpendant le tems queSaMajesté traversacette
Ville. Le roi marcha fort lentement,
afin que les Habitans pussent mieux
jouir du bonheur de le voir, & d'ailleurs,
quand sa bpnté ne l'auroit pas porté naturellement
à leur donner cette marque de
ionarrcccion
,
sa marche auroit été nécessairement
retardée par l'affluence surprénante
ùdu Peguple,equi é.toi„t accouru sur son paf- I
Sa Majesté trouva au Palais des Tuilleries
la Reine,Monseigneur le Daupliin
& Mesdames de France, qui s'étaient renduës
ici de Versailleslemême jour. La
Reine à son arrivée avoit été complimentée
à la Porte S. Honoré par le Corps de
Ville, à la tête duquel étoit le Duc de Ges- 4
vres ,
Gouverneur de Paris.
Í
Le lendemain, le Roi accompagné de
Monseigneur le Dauphin,se rendit à l'Eglise
Métropolitaine;Sa Majestéfut reçue
& complimentée à la Porte de l'Eglise par
l'Archevêque de Paris, à la têtedesChanoines
, & ayant été conduite dans le
Choeur,elle y entendit la Meiïe
,
qui fut
célébrée par l'Abbé d'Harcourt, Doyen du
Chapitre;la Reine & Mesdames de France
s'étoient rendues à l'EgliseMétropolitaine
wmeme tems que le Roi; elles y entendirent
ioent la même Messe, après laquelle l'Ar.
chevêque de Paris donna la bénédiction ,
Se le Roi fut reconduit avec les mêmes cérémonies
qui avoient été observées à son
entrée dans IT-glit-c. En allant & en revenant
les Détachemens de la Maison de Sa
Majesté,quiavoient accompagné le Roi
la veille
,
précédèrent & suivirent le caroiTe
de SaMajestéonavoit posé sur la
route du Roi trois Fontaines de Vin pour
le Peuple & autant d'Amphithéâtres
,
sur
lesquelsétoient des Symphonistes.
Les illuminations continuèrent ce jour
là & ont continué pendant le séjour du
Roi;une Ordonnance du Lieutenant Général
de Police les avoit ordonnées, aussibien
que la clôturedes Boutiques,mais l'amour
des François pour leur Maître avoit
suppléé aux précautionsduMagistrat
, c'est ce qu'il remarque judicieusement dans
le Préambule de son Ordonnance. » Quoiqu'il
soit persuadé
,
dit-il, qu'il n'est pas »besoin d'exciter le zèledes Habitans
,
J) cependant comme il est nécessaire de leur
» prescrire les régies qu'ilsdoivent obser-
» ver, & qu'ilconvient en conformité des
» ordres du Parlement, de fixer le tems de
» la clôture des Boutiques, & les jours des
M illuminations,&c. » Ce même jour 14 Novembre,M.d'Argenson,
Avocat du Roi au Châtelet, présenta 4
Sa Majesté le scrutin de l'élection da Prévôt
des Marchands & des Echevins pour
l'année 1744.
-
On sçait que M. d'Argensonestfils du
Ministre des Affaires Etrangères,& Neveu
du Ministre de la Guerre; il a pour Ayeul
le fameux Garde des Sceaux de son nom;
nous ne ferons que l'écho de la voix publique,
si nous disons que ce jeune Magistrat
entre dans la carriere d'une façon digne de
ceux à qui il a l'honneur d'appartenir, ce
qui seulest un grand éloge.
Nous ferons sans doute plaisir à nos
Lecteurs en inférant ici la Harangue qu'il
adressa au Roi. Les François y retrouveront
les sentimens de tendresse & d'attachement
pour Sa Majesté
,
qui sont communs
à toute la Nation ; mais peu auroient
été en é, tat dde l»'exprimer avec une é'1loquence
aussî aisée & aussi naturelle. C'est ce que
la lecture de la Harangue va prouver miemt
que nos réfléxions,
HARANGVEfaitc auRoile14Novembre
1744,parM. dargenjron,[on Avocat
mi Chatelet de Paris, en prêsentant à Sa
Majeflé le Scrutin de rEleilion des Prévôt
des Marchands& Echevins pour- l'année
; 1744»
SIRE,
Votre bonne Ville de Paris ne se préfente
jamais aux pieds du TrônedeVotre
Majesté que pénétrée desplus vifs sentimens
de respect & d'amour
t
mais elle ne
connut jamais mieux qu'aujourd'hui toute
l'étendue & toutela force de ses sentimens;
Quel plus beau moment pour elle, que celui
où elle vous revoit couvert de gloire ÔC
dans une parfaite santé, où elle posséde
(lierae Votre Majesté, l'objet de sa félicité,
après l'avoir. été des ses cruelles inquiétudes
1 Nous n'osons vous rappeller
,
SIRE,
& nous craignons de nous rappeller à nous
même l'affreuse idée de Paris, allarmée pour
les jours de Votre Majesté. Nous vous offririons
bien plutôt le détail des témoignages
sensibles de la joie qui a succédé à nos alkrmes
, mais Votre Majesté vientd'en être
témoinelle-même. Elle vient de reconnoî-
41c dans les transports de [Qn Peuple, les
traitsde cette éloquence naturelle dont
l'Art ne peut imiter les expressions. C'est
au nom de ce Peuple que U Ville de Paris
a coûtume d'assurerVotreMajesté de sa
tendresse respectueuse& de sa profonde
obéissance. Il parle aujourd'hui lui-même,
Nous ne pouvons que confondre nos voeux
avec ses acclamations ; si les Magistrats qui
ont été cette année à la tête de nos Citoyens
,leur ont donné l'exemple du zéle
dont la Capitale a fourni le modèle au reste
du Royaume
, ceux qui veulentleur succéder,
pénétrés des mêmes sentimens
,
célébreront
avec une ardeur égale
,
les heureux
événemens dont le Ciel nous a donné
le gage, en conservant les jours de Votre
Majesté. Que ne nous promettent point les
succès éclatans qui ont marqué tous les
pas de Votre Majesté pendant cette Campagne
1 Votre gloire, SIRE, ne peut être
égaléeque par l'amour de vos Sujets.
Il y eut aussi ce même jour Concert au
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
sont de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaisîrs de Sa Majesté,
capable non-seulement de conduire ses Fêtes,
mais de lesimaginer, la Musique est de
M.de Blamont,Surintendant de laMusique
du Roi, si connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines
,
le Caprice d'Erato ÔC
par d'autres Ouvrages qui ont avantageu-
* sement établi sa réputation.
Le divertissement se passe sur les bords
de la Seine dans un Bocage, dont les Arbres
sont entrelassés de Guirlandes de fleurs.
Des Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaisir qu'ils
ressententdans ces belles rétraites.
Il n'est point pour l'amour de rétraite plus belle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux;
L'indifférent y devient amoureux, L'inconstant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occasionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Ismene
)
qu'il adore. Avant que de la
voir, il est interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi,
cédez,lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience;
Vous avezparcouru tout l'Empire des Lis;
Parlez-nous cher Licas des exploits de Lounj
De ses vertus, de sa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux.;
Il fait adorer sa puissance;
C'est ainsi que regnent les Dieux
Unesibellevie,
Qui faittant de jaloux
,
..¡
Sans le secours du Ciel nous eut été ravie--;
Nos Ennemis fuyant ses coups )-
Ont moins tremblé que nous.
Dieux! ne bornez jamais ses belles destinées f
Du plus chéri des Rois ne soyez point jaloux;
Ah ! si nos voeux pouvoient prolonger ses années,
Notre amour lerendroit immortel, comme vous..
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres,Licas revient à Hillene.
Lieas.
Que n'ai-je point souffert en quittant ce rivage l
L'Amour en pleurs suivoit mes pas.
Si mon éloignement trahissoit vos appas,
Ilsétoient trop vengés; j'emportois leur image.;.
Ismenevaincue par la perséverance de
Licas, lui avoue enfin qu'elle partage sa tendresse.a-
Je ne vous ai point vu quitter ce beau ajour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
¡
N'est-ce pas dire que l'on aime ? 7
Mars suivi de Guerriers survient avec
l'alés. Les Trompettes se joignent aux
Musettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
la guerre que pour établir la paix.Toutes
les voix se réunissent pour le célébrer.
Quel Héros est plus triomphant!
Ilfaut sur l'Univers que son Sceptre préside.
C'est la Sagesse qui le guide,
Et la valeur qui le défend.
On ne peut donner dans un Extrait tout
ce qui mérite le suffragedesLecteurs
,
mais
M.de Blamontfait imprimer ce Divertissement.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles & de la Musique.
Ce même jour M. de Van-Hoey, Ambassadeur
ordinaire de la République de Hollande
, eut une audience particulière du
Roi; il en eut une de la Reine le jour suivant,
de Monseigneur le Dauphin le 16
y & de Mesdames de France le 17.
M. de Villeneuve, Conseiller d'Etat, qui
avoit été nommé le 3 de ce mois, Miniftrc
Secrétaire d'Etat, au Département des Affaires
Erangeres, a supplié le Roi de lui
permettre de ne point accepter cette Charge
, & Sa Majesté
, ayant bien voulu approuver
les raisons qu'il lui a données,M.,
d'Argenson
,
Conseiller d'Etat Ordirnaire
& au Conseil Royal des Finances, a été
nommé le 18 Ministre & Sécrétaire d'Erat
au Département des Affaires Etrangères.
Le Roi a donné en même tems au Comte
d'Argenson
,
frere du nouveau Ministre 8c
lui-mêmeMinistre & Secrétaire d'Etatau
Département de la Guerre,la Place de Sur-
Intendant Général des Postes & Relais de
France.
Ce jour a été aussi marqué par une Promotion
d'OfficiersGénéraux, dont nous
rendrons compte dans le second Volume
de ce Mois.
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une falve des canons,
& de boëtes, 8c la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
l'Hôtel de Ville; le Duc de Gesvres,Gouverneur
de Paris, le Prévôt des Marchands
,
les Echevins
,
le Procureur du
Roi
,
le Greffier
, & le Receveur du Bureau
de la Ville, tous en habitsdecérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
son carosse. Le Compliment fut fuir par le
Prévôt des Marchands, qui suivant l'usage,
mit un genouil en terre, ainsi que
les Echevins , 8c les autres Officiers du
Bureau. Sa Majesté étantensuite montée à
l!H«rel de Ville, entra dans la Grande Sale
,
qui
étoit tendue de Damas Cramoisi , galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
riches Tapis de pied. Quatorze LucresSe
SoixanteGirandoles contribuoient à l'embellissement
de cette Sale,& sur une des
cheminées étoit le Portrait du Roi, sous
un Dais. De cette Salle le Roi passa dans
les autres, dont tous les meubles & les ornemensétoient
d'une extrêmemagnificence,
& d'oùSaMajestéconsidéra la decora.-=
tion de la place, vis-à-vis de l'Hôtel dq
Ville.
Autour de cette place regnoitunesuite
de colonnes accouplées, dont les bases&
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablementdechaquecoupledecolonnesétoic
aussidoré, & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier. A l'extrêmité
de la Place
,
vis-à-vis de la Grande Sale
on avoit élevé un Arc de Triomphe
r
de
cent pieds de haut sur soixante de large;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique, oi la
hauteur des colonnes de trente-deux pied*
a dix-sept pieds ds terre ,.
k reste en proportion.
Sur ta principalefaçade,étoit unï-
Arcade, élevée de quarante-quatre pieds.,.
large de vingt-deux, & qui en avoit dix>
sept de profondeur.. 11. y avoit z ctclqur
côté de cette Arcade deux colonnes, 8c.
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite, & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient composées
de deux colonnes isolées, au milieu
desquelles étoitd'un côté Pailas& de
l'autre Mnerve ; tous les entablemens des
colonnesétoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
y & de trente d'élévation
,
représentant le
Roi traîné dans un Char, & couronné
par la Viaoire.
Le sol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc; le contre-socle
,
les:
piédestaux, l'imposte, l'archivolle, l'architrave
,
la corniche,& l'attique (lemarbre
verd } les colonnes & les frises, de se..
racollin
,
les bases
,
les chapiteaux
, & les
bas reliefs des paneaux des piédestaux ,de
bronze doré. On lisoit dans l'attique cette
Inscription en Lettres d'or Ludovico redivivo,
Ludovico Triumphatori.
Près de la Rivière étoit une grande Sale
quarrée
,
forméepar divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier, & garnis de Girandoles
dorées; on avoit construitaumilieu
un Edifice d'une, élegante Archiredme,Tii
distribuoitduvin de trois côtés.
Le Duc de Gesvres présenta au Roi le
Prévôt des Marchands
,
les Echevins, le
Procureur du Roi, le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville, & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit servie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & se mit à table.
Monseigneur le Dauphin se plaça à la droite
de Sa Majesté
,
le Duc de Chartres à sa
gauche, le Prince de Dombes à côté de
Monseigneur le Dauphin, & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts, dont les
vingt-cinq restans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de servir le Roi, & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté, à qui le
Greffier de la Ville présenta le fauteuil.
Monseigneur le Dauphin, dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau, fut servi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins servirent le Duc de Chartres, le
Prince de Dombes, & le Duc de Penthiévre.
Il est presque inutile de dire que le Festin
fut aussisomptueux que délicat. Les Of:
ficiers dela Bouche du Roi avoient travaillé,
mais ce fut le Maître de l'Hôtel de ht
Ville qui mit les plats sur table ;lefruit
méritoit sur-tout l'admiration des connoisseurs.
On voyoit au milieu de la tableun filet
que l'on nomme vulgairement dormant,
parce qu'il reste sur la table pendant tout le
repas. Au milieuétoit le Surtout de la Ville,
qui est fort beau, & l'on avoit placé a
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit élégamment & arriftement
arrangées, & qui formoient un
buisson. Deux autres plats étoient à côté de
ceux-ci
,
& les Ouvrages en sucre, dont ils
étoient chargés
,
représentoient deux roches
-
qui se réunissant dans le haut
,
formoient
une arcade. Des branches de Liere
y & un groupe d'enfans qui grimpoient dessus,
étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
sucres plats de porcelaines
y
garnis avec
élégance, & sur deux autres l'on voyait
des cristaux taillésenfilet, ce quiformoit.
un coup d'oeil auui singulier qu'agréable.
Lefruit étoit dressé sur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe; il étoit
monté en gradin, orné des plus belles
fleurs,&dessiné avec beaucoupde goût &
d'intelligence > ces dormans, les porcélaines
,
& les fruits ont été abandonnés an
pillage après le dîner de Sa Majesté. On a
livré de mêmeàl'avidité du peuple les
fruits qui garnissoient quinzeautres tables,
sur lesquelles on voyoit plufieLUS Ouvrages
en sucre, qu'on auroit admirés, si ceux de
la table du Roi ne les avoient pas effacés.
Ces quinze tables furent fervies en me-
Ille tems que celle du Roi; elles étoient
destinées pour les Seigneurs qui n'eurent
pas l'honneur de dîner avec S. AL &
pour plusieurs personnes de confidération.
Pendant le dîner du Roi-, MM. Rebel
& Francceur,Sur-Intendans delaMutique
de Sa Majesté, reçus en furvivanee de
MM. Destouches 6c nlamont, & Inspecteurs
de l'Académie Royale de Musique
firent exécuter ,
, par les vingt-quatre Violons
de la Chambre,& par rOrcheltre de
l'Opéra, plusieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
La Demoiselle Lalande
, & le Sieur Benoift,
Ordinaire de la Musique du Roi
s chanterent un Dialogue, intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi, Chevalier de
l'Ordre de S.. Michel
,
&: MM. Rcbel
ik Francoeur avoient compaCé, l'un les paroles
de ce Divertidement
,
les aunes la
Musique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles
,
la Musique
,
6c l'exécution
concoururent également au (nccès,
& les Auteurs resurent des élogesqu'ils
font accoutumés à mériter & à recevoir
mais „ que l'éclat de cette circonstance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner, le Roi joiiit d'un nouveau
[peébcle > l'Arc de Triomphe,la Colonade,
& la Sale près de la riviere furent
illuminés, ainsi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
fpeébcle frappant, & se communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumières : on avoitilluminé aussi la cour
de l'Hôrel-de-Ville; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes, tant du premierque
du second ordre: on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies, qui
portoient des Girandoles de vingt lumières
chacune. Plusieurs Lustres garnis de Bougies
étoient suspendus de distance en distance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineusesj
le long de l'entablement,& à lacroisée qui
cft vis à-vis de la porte d'entrée ,étoient ces
mots en transparent : Recepto Coesare Felix.
Le Roi, en deseendant
, remarqua avec
beaucoup de plaisir la décoration de cettecour
, & il témoigna qu'il étoit satisfait de
l'empressement de la Ville à lui prouver ion
zélé.
Le Duc de Gesvres, le Prévôt des Marchands)
lesEchevins, le Greffier & le Receveur
de la Ville reconduiferent S. M. jufqu'à
Ton carosse : de-là elle alla avec le même
Cortége que le marin à l'Eglise des Jefuites
de la maison Profdfe. La Reine,accompagnée
de Mesdames de France, s'y
écoit renduë quelque
- rems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglise, & complimentées par le P. Frey ,
Provincial,à la têtede la Communauté, &C
elles y ailifterenr au Salur. L'Eglise éroic
ornée & éclairée aulli magnifiquement que
l'avoir été leporraille jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détailmieux
circonstancié de ces deux illuminations. En
retournant au Palais des Tuilleries, le Roi
repassa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoir fair illuminer ce Qui avec
des Lustres, & roure la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'éroit aussi par
plusieurs cordons de lumicre, dont le dernier
fuivoir le desseindutoîr.
Il y eut ce foir là dans toute la Ville des
illuminations, & plusieurs furent encore'
au-deflfus de celles de la nuit du 10 du mois
de Septembre dernier,qui fera a jamais célébre
dans les Fastes de la France: celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirèrent également l'admiration générale,
en produifanc deseffets différents. Le premierécoitéclairé
uniformémentdans toute
l'étendue des galeries du Louvre,mais ledessein
de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoir Ce laller de le
voir répéré. La variété du fecond lui donnoir
une autre espèce de mérite. Les Edifices
somptueux
,
dont ce Quai est, orné,
étoient tous illuminésfnivant des desseins
differens, & ceux qui du Pont Royal obfervoientl'estet
de ces différentes illuminatioiis,
croyoient voircesPalais enchantés
que décrivent les Historiens desFées. Leurs
Xlajeftés virentces deux Quais, l'illuminationde
la place Vendôme,&: celle de la
principale rue. Nous placerons la Defcription
des plus belles dans un endroit séparé,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux quefuIrenr les spectacles
formés par ces différentes illuminarions,ilsn'auroient
pu.être comparés à celui que la
façade, & la cour du Chateau des Tuilleries
devoienr atE-iran Roi lorsqu'il rentra, mais
un vent violenr, qui s'éleva, rendit intuile
la plus grande partie des peines qu'on avoir
prises pour éclairertoutes les partiesdtHlinées
à l'êtredaiis ce vasse Edifice.
Le 17 le Roi accompagné de la Reine, de
Monseigneur le Dauphin & de Mesdames
de France, & avec le mme cortege que le
13 & le 15 se rendit a l'Eglise de l'Abbaye
de fainte Geneviève ; l'Abbérevêtu
de Les habits pontificaux, & à la tête de
ses Religieux,
reçut le Roi à la porte de
l'Eglise
,
& le conduisit dans le Choeur,où
S. M. entendit la Mesle.
Le meme jour, Sa Majesté a-voir été complimentée
le matin par le Parlement
,
à
la tête duquel étoit M. de Maupeou,Premier
Président ; la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides, la Cour des Monnoyes
& le Corps de Ville eurent aussi le
même honneur. M. de Nicolaï,Premier
Président de la Chambre des Comptes
, Al. le Camus, Premier Président de la Cour
des Aides, M. Choppin de Goufangré premier Président de la Cour des , Monnoyes,
&M. de Bernage
y
Prévôt des Marchands,
portèrent la parole. L'après-midi, le Grand
Conseil, à la tête duquel étoit M, Gilbert
de Voisins
,
Conseiller d'Erat nommé par
S. M. pour - présidercetteannée à cette
Compagnie,s'acquitta de ce devoir; le Roi
futensuite complimenté par l'Université &
par l'Académie Françoise. M. Fromentin
, Recteur, portant la parole pour l'Université
, & M. de Crebillon
,
Directeur
de l'Académie pout cette Compagnie;ils
furent tous présentés par le Comte de Maurepas,
MinistreSeSécretaire d'Etat, & cont
duits par M. Desgranges,Maître des Cerémonies.
S. M. qui sçavoit que M. de Crebil-
Ion avoir composé des Vers sur sa Convalescence
, eut la bonté d'ordonner à cet
Académicien de les reciter. Les Vers ne démentirent
point la réputation de ce célébre
Ecrivain, & ceux que recita M. de la
Chauffée,répondirent aussi à l'opinion avantageuse
que le Public a de ses productions :
ces deux pièces de Vers ont étéimprimées
; M. de la Chaussee eut le surlendemain
l'honneur de présenter un Exemplaire
de la sienne au Roi, qui le reçut
avec bonté
, & deux jours après M. de
Crebillon eut le même honneur.
Ce récit auroit excité inutilement la curiosité
de nos Leaeurs
,
si nous ne joignions
ici ces deux Pièces, qu'on ne trouvera
pas dans les Provinces, ainsi nous
avons cru servir le Public & travailler pour
la gloire des deux Auteurs,en joignant ici
leurs Ouvrages.
y ERS récités au Roi, par M. de Crebitlon,
Directeur de/'Académie Françoifc',
à la fuite du Compliment quil a fait à SA
MAIESTE'
, au nom de cette Compagnie, le
Mardi 17 Novembre 1744. Q
uel orage soudain s'éléve & m'environne p
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts t
Que de gémissemens ! l'air mugit; le Ciel tonne.
Dieux!Quels tristes objets s'offrent à mes regards!
Où fuis- je ? Quoi
r
je touche à l'infernale rive t
François infortunés,y portez-vous vos pas i
Qui vous amène en foule aux portes du trépas?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots, qui me glacent d'effroi.
déplorablesang! 0 malheureuse Reine.
La Reine!.Ah! C'en est fait ; notre mort est
certaine.
La France va donc perdre & son Pere , & son Roi 1
François, le désespoir où votre ame se livre,
Doit aller aussi loin que la rigueur du fort ;
Si Lou I s ne vit plus, il faut cesser de vivre;
Pouvons-nous souhaiter une plus digne mort?
Roi, notre unique bien
,
quoi! la Parque perfide
Voudroit porter sur vous une main parricide!.
Mais quel bruit éclatant vient agiter les Airs
Quelle étrange lueur roule dans les ténèbres I
A travers tant d'objets terribles & funèbres,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Est-ce le Dieu des Morts qui tient sa cour funeste
luais non,ce qui paroît n'a rietr que de céleste.
itqLIe1 est donc le Dieu que jevois accourir?
Il tend vers nous les bras; c'est pour nous lecourir;
Mille rayons brillans forment son Diadéme :
Le Dieu des Morts n'a point ce port majestueuxf
Cet air noble & touchant
,
ni ce front verrueux ;
C'est, je n'en doute plus, LOUIS L E Guland, luamême
, ivient sécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor sur ses anciens sujets !
Ce Roi, qui si long-tems a gouverné la Terre , ¡ Régne-t-il en des lieux inconnus au Tonnerre!
On diroit qu'aux Enfers ilva donner des Loix ;
(Voilà ses traits, ses yeux; je reconnois sa voix:
» Fermez,dit-il, fermez la retraite des ombres;
» Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
« bres;
S'il mouroit, que d'Exploits feroientensévelis,
» Et qui pourra compter les Exploits de mon fils!
»»EntreCésar&moi le Ciel marque sa place:
jj Mais les Dieux feront lents i terminer ses jours,.
» Et si la Gloire a droit d'en prolonger le cours,
» Il n'est point de Nestor que son âge n'efface.
»» François} vous reverrez ce Roisi généreux;
sa-Puissent le voir aussi les fils de vos neveux
Il dit, &
,
toutà-coup les Enfers disparoissent,
LaMortfuit,le jourvient,&les François renaissent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux!
Passons nous des Enfers dans le séjour des Dieux î ,.,, Quels feux écinceians brillent sur J'Hémisphére?
Ah ! Ii c'écoit Louis.Mais en yain jeresp.e'rej
Il est trop occupé de ses nobles travaux j
Il braveégalement la mort & le repos.
Qu'est-ce donc que je vois! c'est unautre luimême)
La Gloire, je lejuge, â sa beauté suprême
;
,C'ea elle en ce moment qui vient nousl'annoncerai
La Gloire prend toujours foin de le devancer.
Hélas! ilest donc vrai ; nous allons voir paroîtrç
Ce Héros,le plus grand que le Ciel ait fait naître.
Venez,voyez
,
chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait présent la faveur du Destin.
O François! Peuple heureux& si digne de l'être!
Venezen rendregrâce à votre auguste Maître;
C'est ltfî,ç^elf:fahontp qui vous rend tous heureux:
Qu'il foit, après le Ciel, l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui sans cette l'encens
fume!
Que par le peuple épars le salpêtre s'allume!
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux,
pe leur recoonoissance aille instruire les Dieux
SECONDEPiece de Vers,pré/entée ait
Roi, lefendi 26Novembre 1744,
; par le même.
Dleu des Rimeurs,crois-moi, point de qUerelIe,
Ou soûtiens mieux tes airs de Protecteur.
Qui, mieux que moi, ton ancien serviteur
, Dût espéres une grace nouvelle?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau,
Le plus brillant, le plus doux de ma vie ï
Je l'avouerai
; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter son Roi, c'est chanter sa Maîtresse
Ilfaut toujours la louer bien ou mai ;
C'est,d'un seul trait, signaler sa tendresse ;
Et désoler celle de son Rival.
goîmmerLouis ,
est un préliminaire,
Qui va d'abord gagner tous les François:
Ce nom si cher vaut lui seul l'ait de plaire ;
Ainsi chantonsJe réponds du succès.
D'autres que nous dans la même carrière
Eussentété sislés sans lamatiere.
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs,
Tant le sujetintéressoit les coeurs.
Disons que Mars d'accord avec Minerve
Le beau début 1 O la sublime verve!
Laile-moidire, écoute jusqu'au bout:
Amour nousaide,& Louis surletout.
Ases conseils la Justice préside
,
Et la Sagesse y recueille les voix »
Marsexécute & Minerve décide;
Mais c'est Louis qui leur dicte ses loix ;
Qui, tour à tour, tient le glaive & legid'e
Pere, Soldat & Monarque à la fois.
Disons qu'il fait honneur à notre espèce;
Grand sans orgueil, redoutable & charmant.J
Est-ce là tout? pauvre Dieu du Permesse,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va
,
laisse-moi, je te tiens quitte
De l'avenir lk du présent ;
Tu m'as donné pour tout mérite,
Le cruel & morne talent
De hurler dans la Tragédie;
m
Tu diras de plus que c'est toi
Qui m'as mis à l'Académie;
Moi, je t'ai fait parler ai; Roi
COM.PLIMENTan Roi, par M. de
la Chaussée
, de l'AcadémieFrançoise,
JEnSii
je terevois, cher & pouyel Auguste,
Que mon coeur en secret a toujours encensé.,.;
Pardonne en ce moment le transport le plus juste;
•
Qui le sçaitexciter n'en peut être offensé.-
Non; l'essor que je prends ne sçauroit te déplairej
Le moindre.des mortels ,sans être téméraire,
Peut laisser voir aux Dieux tout ce qu'il fent pout
, eux.
France, tu m'applaudis; le même amour t'in/pir^
Tu n'asplus qu'à jouir du sort le plus heureuxj -
Tu viens de recouvrer l'Ame de ton Empire.
Et toi, daigne agréer l'hommage mérité,
Que t'offre par ma voix la simple Vérité.
La feule flaterie a besoind'êtreornéej
Ehi quand nous t'offririons ses dangereux attraitS. (
Tu ne recevrois point la Coupe empoisonnée,
Que, le commun des Rois aime à boire à longs
traits:
ïnhs
Pois Malheureuse, ailleurs va porter tes prestiges,
Tu n'élevas jamais de véritable Autel.
Poursuis, PMMCJ5,poursuis ton cours & tes prodiges:
Tel jjaaddisisVcommenîçaa ton AyYEBuUiLI iimmmmoortretlel.
Que dis-je. A peineentré dans la même carriere
f
Quel amas de Lauriers ! La plus forte Barriere
N'est qu'un frivole obstacle à tes premiers travaux,
Et l'altiere Ciré,"Ir qui bravoit ton Tonnerre,
Sur tes débris sanglans sert d'exemple à la Terre:
Trembler, fiers Ennemis.VousAmphions
nouveaux,
Formez-vous déformais à l'ombre de sa gloire.
Qui peut mieux vous ouvrir le Temple de Mémoire?
Chantez, Muses, chantez
,
voilà votre Apollon.,
Mais quels que soient les chants qu'elles fassent
éclore,
Vois au fond de nos coelirs, tu liras plus encore,
Que n'en peut ex primer tout le sacré Vallon.
*Tpres,Fumes, Menim
e* Fribourg.
Le soir,le Roi, la Reine, Monseigneur
le Dauphin & Mesdamesfirent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
visite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoitilluminée
comme les jours précédens, par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'ArchitectureduBâtiment. A l'égard
des cours , on y avoir seulement mis un
grand nombre de Terrines, plutôt pour les
éclairer, que pour les décorer. Sur les six
heures du soir
,
le Roiarriva, accompagné
deMonseigneur le Dauphin. S. A, R, ér-oif
dans son lit: il n'y avoit dans la chambre
qu'un seul fauteuil, & quantité de plians
destinés aux Dames qui ont droit de s'asseoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
safîk point, & par conséquent tout le
monde se tint de bout; la visite du Roi
dura environ un quart d'heure, & elle se
passaen discours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mesdames arriverent immédiatem-ent
après le Roi. On remit un second fauteuil
dans la chambre. Mesdames s'assirent dans
les deux fauteuils; les Dames titrées se
mirent sur des plians, & les autres Dames
se tinrent debout. La visite dura près
d7une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'esprit
, & sur-tout l'esprit de la
conversation
,
entretint Mesdames d'une
maniere qui les satisfitextrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils, afinqu'il n'en ressâc
qu'un seul dans la chambre. La Reine s'y
eait,& elle y fut un quart d'heure, pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'estime
qu'elle lui a déjàdonnées plusieurs fois.
M. le Duc de Chartres, Madame la D11-
cheflfe de Chartres & Madame la Duchesse
de Modene
,
qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin
& Mesdames à la descente du carrosse
, & les reconduisent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde, &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent aufll renouvellées
dans toutes les rues, & la soirée ayant
été plus favorable que celle du 15 ,
l'illumination
du Château des Tuilleries produisit
tout l'effet qu'elle devoit produire, c'est-à-dire
, un des plus étonnans qu'on
puisse imaginer. On admira aussi beaucoup
la maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
illuminélemême soir; les lumieresdessinoient
l'Architecture de ce vaste Edifice;
ce spectacle excita la curiosité de tout Paris,
Monseigneur le Dauphin alla voircetteillumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables,
- Le 18 après midi ,Leurs Majestés, Monseigneur
le Dauphin& Mesdames de France
partirent pour retourner à Versailles;
le Roi trouva sur son passage,ainsi que les
jours précédens, divers Amphithéâtres de
Musique,& plusieurs Fontaines de vin qui
couloient pour le Peuple, & il fut salué
par un grand nombre de Boëtes, & de canons
placés à la Porte S. Honoré, par les
ordres du Corpsde Ville.
Leurs-Majestés,pendant leséjour qu'elles
ont faitici, ont soupé tous les jours en pablic
avec Monseigneur le Dauphin &
Mesdames de France; on ne peut, sans en
avoir été témoin
,
se former une justeidée
dle la multitude innombrable de personnes
de tous les Ordres, qui remplissoit à tour
tesles heuresdu jour,non-seulementlesApparremens
du Roi,mais encore les Escaliers,
leVestibule,& les cours du Palais des Tailleries
; le désir de voir Sa Majesté & la Ba,.-
mille-Royale,sembloit être l'unique occopation
des Habitans de cette Ville, & la
satisfaction de jouir de cet avantage,leur ul plaisir.Le Roi touché de l'einprefïe^
ment de son Peuple, avoit ordonnéqu'on
laissât entrer indifféremment toutes fortes
de personnes.
Leurs Majestés, en retournant à Verbilles,
trouvèrent sur leur passage une
illumination superbe que S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orléans avoit fait préparer
à son Pavillon de Chaillot.
La Terrasse qui a 50 toises entre les
deux Pavillons, étoit illuminée dans toute
son étendue par une mosaïque en lozange
dessïnée par des Lampions; depuis"*ledeuus
du pavé jusqu'au niveau de la Terrasse
1
elle
étoit couronnée par une plinthe marquée
auflS en lampions,avecun cordon de Terrines
servant de retraite par le bas, & unautre
au-dessus de la plinthe, le tout étoit surmonté
par distances égales de vingt-quatre Piédestaux
garnisaussi de Lampions,& portans
chacun une grande Girandole de quarante
lumieres. Le corps du milieu étoit
distingué par une mosaïque remplie de
Fleurs de Lis dessinées en Lampions, couronnée
de la même façon que le reste
, &c
cantonnée par des Pilastres, qui étoient décorés
sur la hauteur de Médaillons avec
des L. en chiffres, le tout dessiné en Lampions,
L'intérieur du Pavillon de S. A.. Royale
étoit superbement éclairé par qbs Bocats , Bras & Girandoles garnis de bougies, ÔC'
celui qui est à l'autre extrémité de laTer-
- rasse
,
étoit éclairéaussi dans le même goût.
Leurs Majestés saluerent en passant S.
A. R. & donnèrent à cette Princesse de justes
élogessur son goût& sur l'élégance de
ccrte illumination yles desseins ont été fournis
par M. Mateau, Officier de la Chambre
de S. A. R. qui entend parfaitement le
DdfeinSc l'Architecture,
Leurs Majestés trouverent à Passy une
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice
,
qu'avoit fait préparer le Président
de Rieux, qui est Seigneur de ce Vilhge,
& qui y a une fort belle maison sur lebord
de lariviere.
•
En face du Château,vis-à-visdelaChaussée,
sur une demie lune,étoit posé un corps de Feu d'artifice, qui fut très-bien exécuté
& dura iz minures; il commença par
une salve de 12,5 Boëtes & de 6 piéces
de canon, lorsque le Roi futen présence du
Château; 100 Fusées volantes suivirent
>
& on vit ensuite partir un corps de Feu * dont les spectateurs admirerent l'exécution
;sur une Terrasse du Potager, attenant
le grand chemin,étoitplacé un corps de
Musique
,
composé de Tymbales, Trompettes
, Cors-de-Chasse &Hautbois, qui
ne cesserent point de jouer des Fanfares ,
tant que le Roi fut en présence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie, par une quantité considérable
de Terrines;elles suivoient les desseinsd'unepiéce
de Parterre en palmette,
& d'une piéce d'eau qui montoit avec un
ljeeutrds'eau ; ces pièces sont bordées suivant
desseins
,
d'un treillage qui étoit aussî
illuminé; les Bosquets du bas du Potager,
qui sont aussi garnis de treillage,étoient
pareillementilluminésdeTerrines suivant
leurs décorations, & bordés des deux côtés
par un doublefiletde lumiere; le long de
la face du Château, du côté de S. Cloud
y regnoient deux cordons degrosses Terrines;
le fort de l'illumination étoit posé sur trois
grands escaliers qui descendent du rés de
chaussée, & aboutissent à une fort belle
Terrasse ; un cordon de Terrines bordoit
cetteTerrasse; elle étoit garnie de Vases
qui portant chacun un Pot-à-feu
,
formoient
par leur élévation une Pyramide
de lumiere ; la seconde Terrasse de ce Parterre
étoit garnie d'environ300 Vases, qui
portoient aussi des Pots-à-feu & suivoient
les desseins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terrasses est un massif
d'unegrande beauté, il est composé de
huit Bosquets garnis d'environ 4000. pieds
.d'Arbres
; dans le centre est une piéce de
gazon octogone
, au milieu de laquelle on
voit une figure représentant une Déesse
qui montre la Musique aux Amours; ces
Bosquets & la figure sont accompagnés de
-
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du massif; le tout étoit entouré
de Vases chargés de Pots-à- feu, qui éelairoient
toutes les parties de ces Bosquets.
Monsieur de Rieux avoit faitilluminer
tous les appartemens & la galerie de son
Château,& avoit invitée à cette Fête une
nombreuse Compagnie.
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles.
Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empressés
, que ceux
de Paris, à faire éclater la joie que leur
causoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Châ
teau, à l'entrée de la principale
Avenuë,en
tre la Grande & la Petite Ecurie, un Arc
de Triomphe
,
composé de trois Portiques
,dont celui du milieuavoit trentehuit
pieds de haut sur vingt de large. L%
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds, & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompagnés
de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilastressoutenoient un Entable-'
ment,surmonté d'une Balustrade dont la
Friseétoit embellie par plusieurs Guirlandes
de fleurs.
Au-dessus de laBalustrade, du coté de
l'Avenue , on voyoit sur le Portique du
milieu,un Tableau de trente pieds de hauteur
,
dans lequel la Muse de l'Histoire
étoit représentée, écrivant dans un Livre
que portoit le Tems ,
lesactions du Roi,
(hélées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelassées achevoient
le Couronnement. Dans le retour.
circulaire,éroient à droite la Statuë de la
Gloire, & à gauche celle de ¥jQmonr de la
Patrie, chacune sur un Piédestal & entre
deux Pilastres.
La Confiance & la Clémenceétoient pIa":"
cées, l'une à la gauche du Portique de la
droite
, & l'autre à la droite du Portique de
la gauche, chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite da
premier tle ces deux Portiques & à la gal.b"-
che du second s'élévoit entre deux Pilastres
un superbe Trophée, posé sur un Cul de
Lampe, dans lequel étoit un Ecusson avec
trois Lis d'Or.
Dans la façade du côté du Château,or*
lisoit à l'Architrave du grand Portique cette
Inscription
,
Regl, Patri, Hcro:, Un
Globe avec les Armes de France, soutenu
par deux Esclaves
,
faisoit le Couronnement.
La Renommée au-dessus de ce Globe
tenoit le Portrait du Roi, tandis qu'un Genie
descendoit du Ciel, pour couronner
Sa Majesté. Aux pieds de la Renommée, quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoir placé
aux deux côtés de ce Portiquela Valeur &
la Libéralité, L'& la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Constance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue
,
& la Décoration étoir terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêrus;
de diversornemens relevés en Or
, & l'on
avoit peint des Trophées dans lesCloisons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Château
,
étoient fous les Armes, d'un côté,
cent Enfans de douze à quatorze ans, tous
vêtus de blanc,& de l'autre la Garde de la
Ville. Huit Compagnies Bourgeoises , de
cent cinquante hommes chacune,cinq de
la Ville-Neuve
, & trois du vieux Verfailles
,bordoient le passage du Roi depuis
l'Arc de Triomphe jusqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies, à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent, & les
deuxautres un Uniforme écarlate avec des
vestes galonnées d'or, chapeaux bordés
avec des plumets, allerent au-devant du
Roi jusqu'àl'extrémité de l'Avenuë
, &
ellesavoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Versailles.
Ces trois dernieres Compagnies accompagnerent
Sa Majesté dans le reste de sa
marche jusqu'au Château, qui étoit illuminé,
ainsi que l'Arc de Triomphe,avec
autant de goût que de magnificence.
Le soir,avant le souper du Roi, la Ville
fit tirer un feu d'artifice:il y eut des illuminations
dans toutes les rues, & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées , d'autant plus flateuses
pour Sa Majesté
, qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux, que ces hommages étoient
rendus moins à son rangqu'à sa personne.
ILLUMINATIONS.
N0 u s avons promis de rendre compte
au Public de quelquesunes des
illuminations qui ont étéfaitesà Paris pendant
le séjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déjà dit au sujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons, mais nous décrirons
celles dont ilnous a étéplus facile
de recouvrer les desseins. Nous commencerons
par celles des Peres Jésuites de la
MaisonProfesse.
LA MAISON PROFESSE DES JESUITES.
La façade de leur Eglise, érigée par Louis
XIII. fous l'invocation de S. Louis, étoit
décorée d'une multitude de lumieres. Trois
Arcs éclairés dans leurs Cintres & dans
leurs Pilastres
,
laissoientvoir dans l'enfoncement
autant de Soleilsbrillans, & symboliques.
Celui qu'on appercevoit à la droite
,
rappelloit la rapidité des Conquêtes de
Sa Majesté, le second placé à l'opposite,
annonçoit sa Convalescence
,
& le troisiémeplus
élevé, représentoit la sérénité que
ipn retour répandoit dans tous les coeurs.
Cet ordre lumineux étoit parsemé d'Etoiles
& de Fleurs de Lis, & il marqnoit le Con-
-
cert des Cieux & de la Terre dans cet heureux
jour. Une Couronne fermée
,
chargée
delumières
,
furmontoit cette premierefa-,
ce de l'illumination. On lisoit a:udeifoll.g..
en Lettres de feu, Vive le Roi. Les Chapiteaux
lX les Corniches,aussi-bien, que les
timpans des portes de côté répondoient ace
dessein principal: ilsétoient bordés de
filets de lumieres ou de cordons entrelassés
» selon l'architecture & la Sculpture de ce.
magnifique,frontispice;des Lustres pendant
depuis le haut du Portail jusqu'à dix pieds
du perron ,
suppléoient à ce qui ne pouvoit
pas comporter un arrangement de lumieres
,égal à celui d'en bas,ils se retrouvoient
à peu de distance dans un concours
de clartés
mi, avnec cineq Ifsu,en Psyrameide l.iif. Ladisposition du Lieu auufade succès: del'illumination.
Le grand vent qui endommagea
considérablement toutes les autres,
ne plit entamer celle-ci. Les maisons voisines
, & la profondeur de l'endroit où elle
se trouva placée,servirent à la garentir.
Sa Majesté daigna honorerde ses regards. de son approbation le spectacle que les.
Jésuites eurent le bonheur deprésenter à
son passage.
Le Dimanche suivant, le Roi, la Reine,
Monseigneur le Dauphin & Mesdames,
accompagnés de la Princesse de Conti, du
Duc & de la Duchesse de Chartres, du
Comte d'Eu,du Duc de Penthiévre, de
la Princesse d'Epinois,d'un grand nombre
de Prélars & autres personnes distinguées
de la Cour & de la Ville se rendirent sur
les six heures du soir en cette Eglise
,
ainfr
qn'on l'a déja dit. Elle étoit parée aussi magnifiquement
que l'éxigeoit une si Auguste
Assemblée;les trois Ordres de l'Autel principal
éroient éclairés dans toute leur étendue.
Les Balustrades qui bordent les hautes
corniches, & celles qui entourent le dedans
du Dôme, portoient une très-grande multitude
de bougies, dlsposéesavecart. Vingt
Lustres répandus dans toute la longueur de
la Nef, & des Girandoles de plusieurs branches
à chaque pilier répandoient une clarté
aussi vive que celle du plus beau jour. A
la descente du carrosse, Leurs Majestés
furent reçues par les Supérieurs des Jésuites.
A l'entrée de l'Eglise, le Pere Provincial
eut l'honneur de leur présenter l'Eau bénite
, & de les complimenter. Elles entendirent
le Salut; le Pere de Beauvais, Prédicateur
de Sa Majesté pour cet Avent, y
officia avec un nombreux Clergé, & la
Musique de Notre-Dame l'exécuta.
La porte de l'Eglise étoit ornée&éclairée
dans un ordre différent du jour de l'arrivée
du Roi. S M. a bien voulu encore
faire l'honneur aux Peres Jésuites de join
dre à milletémoignages de sa royale bonté,
celui de paroîtresatisfait du goût & de la
décence de leur Fête.
LES QUINZE-VINGT.
1
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris, s'étant déjà distingué par une Fête
particuliere célébrée dans son Enclos, au
sujet de la Convalescence du Roi, & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier, a renouvellé les marques
éclatantes de sa joie i l'arrivée de Sa Majessé.
Il a fait pour cela construire une rélpersésentation
d'Arc de Triomphe, dont
Lampions formoient le dessein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans son milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecusson
étoit en transparent,& au-dessous on
lisoit ce Distique Latin.
igare non pojïunteculos pro Rege tuendo,
Nempè velintvitastfontï vovere suas.
Des deux côtés étoient deux autres Inscriptions
qui SoientaMunon à la situation
des Aveugles ; l'un portoit iSains nostra
in manu tua efl ; respicuit nos tantùm Dominusnoster
,
& læti ferviertmr R(',i. Genes.
Chap. 25.Verset 27. & l'autre: Dominus illuminat
cæcos. Ps. 147. Verser 8.
Au côté droit de l'Edifice qui contenoit
dans toute son étendue54pieds de large sur , 40 de haut, & qui etoitplacé en face
de la rue de Richelieu, on avoir construit
une espéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joüent des
Instrumens.Ilsy exécurerenr de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, &: quelques
piéces de la composition de l'un d'entre
eux.
HÔTEL DE'S.AIGNAN.
Nous n'avons pu recouvrer les desseing
de cette illumination qui faisoit un fore
bel effet; nous ne pouvons que rendre
compte au Public destrois Inscriptions
,
que l'on y voyoir; le choix ingenieux de
ces Inscriptionsplaira plus à beaucoup de
nos Lecteurs qu'une description d'Architecture.
Hic amei dici pater utqueprineeps.
'}..T une redit ante oculoi aderat qui mentibm ante,
C•mimai, & valut non exfatidmiir mlf/Q.
FLotel de LAROCHE-SUR-YON.
Trois Portiques décoroient le Balcon de
cet Hôtel. Celui du milieu étoit élevé à
plus de60 piedsdurés de chaussée : ils.
étoient accompagnés de plusieurs Pots de
fleurs, Guirlandes & Girandoles,dessinées
en lampions, le long du Balcon regnoit
une mosaïqué de plus de 50 pieds de long,
partagée par des Pilastresquidescendoient
jusqu'aupavé de la ruë.e ceintre & les
côtés de la porte cochereétoient garnis
d'une prodigieuse quantité de lampions, &
au milieu de la porte étoit le chifreduRoi
surmonté d'une Couronne de lumieres ; les
barrieres de l'Hôtel étoient garnies d'un
grand nombre de terrines.
Onaaussi admiré sur le Quai Malaqnais
où est situé cet Hôtel, les illuminations
du Maréchal Comte de Saxe, du Duc de
Fleury, de M. de S* Port, du Duc de Rohdan
,'dAu Ducude Bmouillono, &ndu tDu.c Nous ne nous arrêterons point à décrire,
l'illumination de M. le Cardinal de Tencin
,
de peur de fatiguer nos Lecteurs par,
des détails d'Architecture assés peu agréables
même pourceux qui les entendent.
L'Hôtel de S. E. étoit décoréd'une,
façon qui répondoit parfaitement & à fou
zéle pour la personne du Roi, & à son
goûtdélicat & éclairé; cette illumination
n'a cedé à aucune des plus brillantes
, &
on a III avec beaucoup de plaisir les deux
Inscriptions dont elle étoit ornée.
L'une étoit.
Omnia tu nobis, Q»satis unm eris.
La seconde.
Vultus au ubituus jfulfit)
Populo gmtior it Mes,
Etfoies melius nitent.
H ÔTEL DENOAILLES.
La façadedel'Hôtel, sur la ruë S. Honoré,
(;0 toises de face, & est d'une fort
belle Architecture Moderne; la porte cochere,
forme un avant-torps soutenu par
des Colonnes & Pilastres. d'Ordonnance
Ionique,avec une attique au-dessus ; toutes
les lignes, filets & membres d'Architecture
qui composent cette façade,étoientdes-
Unees en Lampions & Terrines, de forte
qu'il y avoit des simples,doubles,triples
y
& quadruples Lampions, & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture sur
i
lesquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-dessus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblème, Se
ornement, & l'Inscription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant-corps,
est terminé par une balustrade
,
au-dessus
de laquelle etoitélévé une grande Pyramide
de36 pieds de hauteur, & terminée
par un Soleil.
Au centre du Soleil étoit un Tableau
transparent, représentant la Lune, au-desfous
du Soleil; un autre Tableau transparent
,représentant un Dauphin; & au-desfous
du Dauphin, un autre Tableau transparent
représentant le chiffre du Roi, & enfin
sur la base de la Pyramide, un dernier Tableau
représentant les Armes du Roi, orné
de Guirlandes &couronnes; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vases
qui servoient de couronnement aux
Colonnes & Pilastres.
La grande & principale cour, dont l'Architectureest
semblable à celle de la face,
étoit aussi garnie de Lampions & de Terrines.
En facede la porte cochere
,
est un beau
Vestibule qui soutient une Terrasse & Ballustrade
* par six Colonnes & huit p
lastres d'Ordre Comporte
,
le tout (HeCfiné
en Bossangesde feu, avec des Vases
de feu au-dessus des Colonnes.
On avoir mis dans les entre-Colonnes , & dans les niches de grandes Girandoles
& des Lustres, ce qui faisoit la perspective
la plus éclatante du point de vue de
la ruë.
Après le Vestibule est une grande porte
a deux batans, qui laissoit appercevoir le
Jardin; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toises de longueur formée en feu.On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux transperens, représentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Viétoire,& au milieu du Salon étoit un
Persée
,
qui par l'artiifce d'une perspective
bien ménagée, paroissoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel est un Dôme a la Mansarde
,
d'une
belle proportion; il est isolé, a 72.
pieds de hauteur, & par conséquens se
découvre de toutes parts ,
& principalement
de l'Appartement du Roi au Châreau
des Tuilleries. Ce Dôme est couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie.
-
On avoir élevé au dedans de ce Balcon r
une Pyramide triomphale à huit pans, qui
.comenoic par son plan 7 pieds sur 12 de
longueur , j5z 120 & demi de hauteur.
Elleétoit décoréedanssesquatre principales
faces de quatre grandsTableaux transparens
, représentans des Trophées d'Armes.
.Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu; la Pyramideéroitterminée &
couronnéed'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré, au-dessus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamètre. Pour Devise
du Roi, & au centre des Soleilsétoient des
Tableaux transparens
,
représentans les Armes
du Roiau lieu de tête.
Le tout a été fait fous la conduite & les
de-ffeins de M. Charpentier
,
Architecte de
M. le Maréchal de Noailles, & exécuté
par M. Dassier Peintre.
L'illumination de l'Hôtel de Maurepas
a donné lieu à une Dissertation
, qui nous
dispensera d'en parler.
1 Cestune Lettre qui m'a été adressée par
un Etranger, au sujet des Fêtes que nous
.vçnous de décrire ; j'ai crû que cette courte
Dissertation devoir trouver sa place ici: l'Italien
qui l'a écrite est un homme qui joint une érudition choisie, un goût délicat, k
1
beaucoup de pénétration,& qui a été mal
édifié de notre ridicule usage de faire les
Inscriptions en Latin.Cette queftian fut
agitée il y a cinquante ans; on fit un assés
gros Livre qui ne décida rien, & la question
resta là. Faut-il que ce soit un Etranger
qui prenne les intérêts de notre Langue
,
quand nous les abandonnons? Je souhaite
que ses raisonssolides & convainquantes
détruisent enfin un préjugé honteux
à notre Littérature ; l'Académie Françoise
a donné depuis long-tems un exemple
que l'on devroit suivre
, & le succès de
la Devise qu'elle a prise ( à l'Immortalité)
auroit dû nous ouvrir les yeux. A
LFTTRE de M. L. A. â M. de L. B. dit
sujet des illuminations qui ont été faites À
Paris pendant lesejour duRoi dans cette
Ville. 4 J'Ai vu les illuminations & j'en ai été
assés content ; quand elles auraient
été toutes de mauvais goût, elles avoient
un titre pour plaire aux François, niaisciles
n'ont pas laissé de me plaire, à moi qui
ne fuis point François, & qui ne regarde
j Paris & son Roi qu'avec les yeux d'un Curieux
& d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis-à-vis de l'Hôtel de Ville,
cqhuéismérité d'êtretiré du pair, il y avoit
plusieurs particuliers des dessêinsd'un
fort bon goût. J'ai vû aussi avec plaisir plusieurs
Devises très-ingénieuses & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (y
Mais Meilleurs, je ne sçai comment vous
l'entendez ici, vous faites toutes vos Inscriptions
en Latin, comme si vous ne faisiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule, & je sens que si j'étois
François, cela me paroîtroit humiliant. La
posterité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pû
s'établir. Les Monumens que vous lui lalr.
serez lui sembleront des Monumens d'emprunt
,pour ainsi dire, & vous ne passererez
paspour en être leurs Auteurs, comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins & qu'ils
les eussent donnés fous un nom Larinizé.
Je vois bien comment cet usage s'est établi
autrefois, mais je necomprends pas comment
il se maintient aujourd'hui; anciennement
la Langue Latine étoit presque la 1 (a) Hze ames dict pAter ntque princeps
Nunereditante oculos, aderst qui mentibus antég
Cernimui, e vulty non exfttiamur nmxxo.
dominante chés vous.Les Rois la parloient,
les femmesl'écrivoient, les peuples l'enrendoient,
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon,mais celui
d'ijne telle Province. n'étoit pas entendu
dans une telle autre, 8ç. la LangueLatine
étoit l'universelle, parce que quoiqu'elle ne fut pas entendue par tous les Habitans de
tousles lieux
,
il n'y avoit point de lieu où
plusieurs Habitans ne l'entendirent,&en
conséquence elle regnoit dans presque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoittout
iimple alors que vos Inscriptions fussent
Latines, puisque le Latin étoit votre Langue,
Que ne l'avez-vous conservée,peutêtre
auriez-vous bien fait; lX tout Italien
que je fuis
,
je trouve qu'il ne vous fieroit
Px mal de parler le langage des Romains,
L
Mais du débrisdela Langue Romaine afltijettie
à votre Grammaire,dont s'étoit déjà
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubtateurs
, vous avez enfin, en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de' votre
Royaume , construit celle que vous parlez
à présent. Alors vos Potes , vos Historiens,
vos Philosophes ont écrit en Fran- t.. çois, & les Arts ont été naturaliséschés
^yous ,
aussi-tôtqu'ils eurent commencé a
renaîtrechés nous. Bien-tôt votre Langue,
augmentée& perfectionnée par
d'excellens
Ecrivains
>
Ecrivains
,
n'a plus été resserrée dans lcs.
boriim de votre domination elle s'est étendue
dans toute l'Europe; elle dl devenue
la Langue respective des Etrangers entreux;
elle rft l'organe de la politique dans tous
les Cabinets desPrinces. Je neme souviens
ppeocintptosuarns une admiration mêlée de resvotre
Nation,decette fameuse
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France flu obligée d'emprunter la
Langue de ce Peupleenvié,pour exprimer- lesengagemensque leur faisoit prendre la
haine qui lesanimoit contrelui. Ce Traité,
ne paroîtra-t-il pas aux yeux de la postérité
une confédération .coupable entre des
Sujets révol tés contre un Maître, plutôt
qu'une ligue légitime entre desNations
réunies contre un ennemi? Ainsi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ontfait vos Conquêtes, & elle vous" a
donné sur vos voisins une supérioriré,d'autant
plus sûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître.
Les Romains, ces Peuples si fiers & qui
entendoientsibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raison bienattachés à ce genrede
supériorité ; une Province çonquise
perdoit avec sesTerres la liberté de parler sa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ses
nouveaux Maître,&c'estpeut-être, pour le
dire en passant,cequi nous a fait perdre jusqu'aux
traces de la Langue Punique, parce
que sans douteRome,enveniméeconrreCarthage
,
fut soigneuse d'anéantir tout ce qui
auroit pu conserver honorablementles Carthaginois
dans la mémoiredeshommes.
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient, Be
les Princes qui n'étoientqu'Alliés des Romains,
étoientobligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
ôc rendre par-là une sorte d'hommage que
les Romains sçavoient bien apprecier.C'est
àpeu près ainsi que Paris est devenu une
Ecole publique
,
où la Jeunesse illustre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
, & se former à votre politesse.Je puis
vous assurer que tous ces Etrangers qui passent
continuellement chés vous,dans l'espéranced'y
prendre la teinture de vos
moeurs aimables,sont fort étonnés de voir
que vous fassiez moins de cas de votre propre
Languequ'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choquéenarrivant à Paris; & je le
fuis encore de ne rencontrer par tout que
des Inscriptions Latines. Comme il se peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorèr
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
quecelle dont on trouvera vos Monumens
chargés; & alors on vous regardera olt
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette suppositionde l'anéantissement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'est pas sans exemple;
il est arrivéauxEgyptiens, & c'est seulement
à leurs bas reliefs qu'ilsdoivent notre
souvenir. On ne sçauroit voir à Rome l'Obélisquede
S. Jean de Latran, celui de la
Porte du Peuple ,5c les autres, sans se sentir
saisi de respect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont étéconstruites. Les Egyptiens
ont très-bien fait de les charger de
leurs lignes caractéristiques
, & l'on peut
croire que sans cela les Romains n'eussent
pas manque de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens, comme ils ontfait, lorsqu'ils
se sont donné la gloire d'avoir creusé cet
étonnant Canal, qui facilitoit aux Egyptienspar
la Mer Rouge, le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer., & il étoit de la
mêmeAntiquité que les Pyramides. Mais
comme ce superbe Ouvrage n'avoir pu être
orné d'Inscriptions Hyerogliphiques,l'époque
de sa construction& la gloire de ses
Constructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome,dont les Citoyens
aimoient mieux usurper l'admiration, que
de ne la pas obtenir. Jevous assure qu'ils se
glorisient beaucoup à présent dans l'Elisée,
s'ils y ont appris que Louis XIV &- Louis
XV ont dédaignélaLangue Françoise
,
&
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin est plus propre
aux Inscriptions que leFrançois:je ne sçais
pas assés votre Languepourdécider cette
question. Mais cette question
,
doit-on
la discuter ? il faut prendre garde à une
chose ; une Inscription n'est pas une Epigramme;
quand cela se peut à la bonneheure
, & peut-être n'en est-ce pas mieux.
Dans le vrai, pourquoi une Inscription efi:
elle faite? Pour marquer à la postérité telle
époqneintéressante, qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette postérité
de trouver dans les deux lignesde Plntèription
une pensée rellerrée&taillée de façon
qu'il en résulte un bon mot? il fufKt qu'il
en résulte un fait, ou l'indication d'un fair.
Il faut de la simplicité, de la clarté ; l'élégance
est comptéepour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit si bien faite à votre
avis pour les Inscriptions
,
qu'ont-ils mis
dans les leurs? elles sont simples, contiennent
des faits & n'étalent point d'esprir. Lès
Grecs dont la Langue étoit si su perieure à
celle des Romains,que la vanité de ceux- cil'avouoit sans honte ,
les Grecs ont fait
I
leurs Inscriptions dans le même goût > la
lecture de Pausanias n'en laisse pas douter.
Seriezvous honteux de suivre cet exemple;
& rougiriez-vous de mettre sur un Arc de
Triomphe, dans cette occasion-ci, par exemple,
une Inscription simple comme celle-ci?
Paris heureuse & triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri& Victorieux 1744.
D'ailleurs votre Langue dl peut- être
moins propre à tous les genres d'écriré
que le Latin; vous écrivezpourtant
dans tous les genres & dans tous VOlts
avez d'excellens Ecrivains. Osez prendre
l'essor dans le genre des Inscriptions, & je
vous garantis le succès. Ceux qui défendent
la Thése confraire à celle que je soutiens
, ne manquent pas de proposer des
Inscriptions Latinesdontils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cause
gagnée
, parce qu'en effet l'Original étoit
bon &la copie ne vaut rien;mais cela ne
signifierien, & cette maniere de dif-ptlrcqp
naît de l'ignorance ou de la mauvaisè foi.
Outre le désavantagegénéral de la Traduction,
ne d,oi* t-on pas sçaovoir que le genie des
Langues diverses étant très-différent, telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue,demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela est réciproque, & je
ne croispas qu'un Discours de M. Bossuet
fut plus aiséà mettre en Larin qu'une HéIrangue
de Ciceron à mettre en François..
Tout Etranger que je fuis, je connois &je
fais gloire de connoître vos bons Auteurs
il me vient à l'esprit quelques exemples;
pensez-vous qu'il soit facile de traduire en
Latin cette juste & ingenieuse maxime dela
Rochesoucaut? l'esprit cfisouvent la dupe
du coeur„ Traduisez encore ce beau Vers de
Voltaire.
Tel brille au fecond rangqui s'éclipse au premier.
La difficulté de la Traduction ne (çattroit
prouver la moindre chose : il y a des.
pensées qui ne sçauroient se traduire sans.
périphrase ou sans équivalent: il y ena.
d'autres qui se traduisent à merveille,
Le Marque tombe, l'Hommereste.
Est-il moins fort,ou moins élégant que l'OriginalLatin,
cadit Urva, manet res? Tout le
d
inonde
scait ces deux beaux Vers d'Horace-
»
Regum timendorum in proprios grèges ;:
RcgesilJ ipos imperium efl Jovis.
Rousseau les a traduits ainsi.
Les Rois sont les Maîtresdu Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois
Ceci est-ilmoins précis ? moins fort,
moins noble que le Latin? Je crois bien
qu'en effet il est plus difficile de faire des
Inscriptions Françoises que Latines,pourquoi?
C'est que les Latines sont toutes
faires. Ce ont des Santons ramassés çà
& là; mais faites la même chose en François
sans scrupule; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1755
lorsque votre Roi triomphant par tout,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe,il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occabon
ces deux Vers de Quinault :
Il est armé du Tonnerre ,
Mais c'est pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inscription
fort heureuse,dont votre Ministre de
la Marineaembelli son illumination. On y
lisoit fous la figure duRoi, il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguste.
Ce Vers a sans doute intéressé tous les Citoyens
qui l'ont lu, & j'ai assés bonne opimon
du Peuple de Paris, pour croire qu'il
s'est enyvré du vin de M. de Maurepas,
qui couloit à côté de cette Inscription, plus
volontiers que d'aucun autre,. Cette fatisfaction
du Peuple est encore un point qui
mérite d'êtreconsidéré. Quoi 1 les choses
qui flatent le plus une Nation, doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation? J'avoue que d'un autre coté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inscriptions Latines; c'est qu'elles sont
jugéesparmoins degens, mais cet avantage
prétenduestundéfavanta
g e réel
, rageprerendudl: un dé{avanrage re.e car
enfin il est ridicule que la gloired'un Peuple
soit un mystére pour lui. Je m'appersois
M. qu'il est tems de finir cette Lettre,
qui devient prcfqlitilie uneDissertation,
Vousme ferez plaisir de la rendre publique
, &je serai fort aised'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation dont je respecteautant
les Vertus, que j'aime ses agrémens.
RELATIONde la Fête donnée par M. le
Duc DER0HAN,le18 Novembre1744,
ptn;:lant l'Affimblée des Etats dans la Ville
de Rennes, à l'occasïon du rétablissement de
lafaméduRoi & deses Conquêtes.
L Es Etats voulant laisser un monument
de leur zéle & de leur amour pour le
Roi,ordonnèrent le 5
Novembre1744,
qu'il seroit érigé dans la Ville de Rennes
une Statuepedestre de Sa Maieflé, en mémoire
du rétablissement de sasanté & de
l'heureux succès de ses armes, avec une
Inscription dont ils ont chargé M. Duclos,
de l'Académie Royale des Belles-Lettres) ce
Membre de l'Ordre du Tiers.
M.le Duc de Rohan,Président de la Noblesse,
plus distingué encore par son zélé
pour le Roi, que par sa naissance & ses dignités
, offrit à l'instant de donner une Fête
qui a été exécutée le 18 de ce mois.
Les Etats en ont été si satisfaits; le nona
de M. le Duc de Rohan est si cher à la Province
,& l'objet de la Fête leur est si précieux
,qu'ils ont cru donner une nouvelle
marque de leur amour pour le Roi,en ordonnant
qu'on inféreroit dans leurs. Registres
le détailde cette Fête.
Elle fut annoncée le marin par plusieurs
fal ves de canon, la Milice Baurgeoise s'étant
mise en bataille dans la Place du Palais,,
M. le Maréchal de Brancas, Commandant
de la Province, accompagné de Mrs les.
Commissaires du Roi, &Z> l'Assemblée des
Erars, après avoir assîsté au Te Deum, chanté
dans la Chapelle des Etats
,
se rendirent
dans la grande Sale du Palais,pour être
présens au Banquer public; deux Trompettes
& six Cors de Chasse escortés de plusieurs
Cavaliers
, commencèrent la marche
&entrerentdans la Place en sonnant des:
Fanfares qui donnèrent le figrial aux salves
du canon Se de la mousqueterie & aux cris,
de joye du Peuple. On vit en même-rems
paroître une troupe de jeunes gens vêtus
de blanc & ornés de rubans bleus, portant
des corbeilles pour distribuerlespains ; une
pareille troupe distinguée par des rubansrouges,
étoit changée de la distribution des
viandes.Ces deux troupes éroient accompagnées
de Bergers galamment habillés&marchanr
au son des Musettes, des Haut-Bois 8c
des Tambourins.
Deux Suisses & douze hommes de M. le
Duc de Rohan marchoient ensuite
, & précédoient
un grand Char, tiré par (îx chevaux
couverts de caparaçons armoriés&
menés en main par des Palfreniers de la mme
livrée. Le Char monté sur huit rouës , orné de Lauriers,de Festons de Guirlandes
& de Banderoles
,
formoit une table
couverte d'une toile qui en cachoit la charpente.
Se sur laquelle étoient peints tous
tes attributsde l'abondance. Sur cette tableétoitun
plat argenté de 30 pieds de long;
sur 16 delarge
, au milieu duquel s'élévoit.
-un surtout, portant un boeuf& deux veaux- rôtisposés sur leurs pieds. Les flancs ditplat
étoient garnis de douze moutonsrôtis
», & flanquésdecentpièces de différentes espéces
deviandes, le tout parsemé de fleurs:
& de branches de Laurier.
Vingt Cavaliers couvraient,& fernroienr
la marche. Le Char étant entré entre deux
barrreres
, la distribution du pain & des
viandes se fit au Peuple, avec autantd'ordre
qu'il est possible d'en observer avec la
multitude.
On avoitélevé aux quatre coins de læ,
Placedes- échaffautsornésde pampre & de
lierre, sur lesquels étoient des tonneaux:
devin, que des hommes déguisés
, avec les
attributs de Bacchus, verfoient à tous ceux:
quise préfentoient.
Des troupes de Chanteurs,vêtusd'habit
de caractère,répandus dans la Place &.dans.-
les rues, & animés par la joye publiquela
redoublaient encore par- desChaaifec®
vives & convenables à la Fête. Lerepas fut
suivi de Danses an son des Musettes
,
des
Tambours de Basque & autres Instrumens qui , ne finirentqu'avecje jour. La Fête fut
terminée par la Comédie, que M.,le Duc
de Rohan fit donner gratis au peuple.
Cette Fête marquée par la magnificence,
a été accompagnée d'une charitéd'autant
plus respectable
,
qu'elle a eumoins d'éclat.
On a fait une distribution abondante aux
prisonniers.;c'étoit dans un tel jour que les
malheureux devoient cesser de l'être.
Après la Fête du Peuple,. M.leMaréchal
de Brancas & les Etats se sont rendus chés
M. le Duc de Rohan, ou l'on a trouvé on
nouveau fpcâicle
,
d'un goût convenable à
ceux à qui il étoit destiné.
Une illuminationprodigieuse, êc faite
avec intelligence, formoit une Architecture
très-bien ordonnée,composée d'un Portique
qui couvroit le Portail, & de vingtsept
Arcades qui ornoient la cour.
Le souper où les trois Ordres des Etats&
toutes les personnes distinguéesécoient invités,
a été de la derniere magnificence. La
première mbleétoitdecentcouverts,&les
autres enformoient environ trois cent
mais indépendamment des personnes invitées
par billet, ou qui ércient censéesl'être
par leur état, il suffisoit de se présenter pour
être admis; on dressoit à l'instant de nouvelles
tables, de forte qu'il a été distribué
mille à douze cent couverts. On a surtout
admiré l'élégance du fruit, qui éroit und
allégorie noble,tirée de la Fable, & relative
aux Vertus du Roi, au bonheur & à la
gloire de son Régne, & ornée de devises
ingénieuses. Le repas aété suivi d'un Bal
marqué, qui a terminé la Fête.
Tout s'est paffé avec un ordre & un goût,
qui serencontrant rarement avec tant de
magnificence. On a trouvé la Fête aussi
Royaledans son exécution que parson objer,
& ron n'a remarqué que ce tumulte agréable
qui naît de la joyepublique
,
qui en est
-
mêmeune des marques,& qui fait leprincipal
ornement des grandes Fêtes.
Le même jour, M. l'Evêque de Nantes
Présidensdu Clergé, donna 7 un grand souper
aux Prélats & à tous les Députés de son
Ordre, avec une superbe illumination.
Deux jours après, M.le Maréchal de Brancas
,fit faire une magnifique illumination,
& donna un grand souper aux trois Ordres
des Etats, & aux autres personnes distinguées.
Puisqu'il nous reste plus de place que
irions n'avions cru, nous allons donner ici
quelques autres articles.
SPECTACLES.
A Près une courte interruption,quie
paru longue aux Sectateurs de la ComédieItalienne
,
la jeune Coraline a reparu
sur le Théatre dans différentes Pièces de
Lazzis, & son retour a été fêté par des applaudissemens
rétérés.
Une Comédie,intitulée : Coraline Arlequin,
& Arlequin Corahne, fut suivie d'uir-
Ballet Pittoresque
,
d'ont la représentation
a réjouiinfiniment lesSpectateurs :en voici
le sujet. Arlequin à la fin de la Pièce reçoir
line lettre de Bergame, qui lui apprend la.
mort de toute sa famille.Un moment après,
il la voit descendre d'une montagne; le
Docteur son oncle, chargé d'une valise
conduit la Caravane; les Confins
:t
Cousines
,
Freres & tueurs de tout âge le Suivent
deux à deux; il les embrasse chacun à leur
rour, & leur témoigne comiquement la
joye qu'il ressent.Ce Spectacle agréable, qui
méritoit une foule de Spectaceurs
,
étoit
terminé par différentes Danses, qui mar—
quoient l'habileté des Exécutans),& leGénie
du Compositeur.
Le Vendredi 6 Novembre, on a donné à la.
Comédie Françoise la premiere représentation
de l' Heureux Retour, Piéce nouvelle
d'unActe, en Vers, de la Composition de
MrsFagan & Pannard; elle est ornée de
Divertissemens qui ont été fort applaudis,
&: dont la Musique est de M. Granval
, On
en donnera l'Extrait le mois prochain. Le
rétablissement de la santé du Roi, & son
arrivée à Paris,ont fourni le sujet de cette
Comédie.Lemême sujet a produit
bien des Vers. S'ilsnesont pas tous loüables
, le zéle qui les a fait naître ress, &
mérite au moins de l'indulgence.
l Le Samedi quatorze, l'O pera Comique
a representé sur le Théâtre de l'Académie
Royale de Musiquelesmêmes
Piéces qui ont amusé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y est fait admirer à son ordinaire.
Cette aimable Terpsicore en Miniature
posséde la perfection & les graces de la
Dinfe,claiis un âge où les premieres Leçons
embarrassent encore les autres.
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis& Galatée
,
Pastorale ressuscitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure,très-bien secondés par ceux
de M. de Chassé & de M. Jeliotte, & par
Une Pantomime exécutéeparMlleCamargo
&M.Lalli.
Une autre Pantomime danséeparSignor
PietroSodi, excellent Danseur Italien, &
Mlle Mimi Dalmand
,
n'a pas moins réüssi.
Mlle André, Pensionnaire du Roi de Pologne;
mais Françoise de naissance a obtenu
à Paris autant desuffrages qu'à Dresde &
qu'à Varsovie. On a remarqué sa legereté &
la science de les Pas dans les Caracteres de fil
Danse, & dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auiîî joiié le rôle
de Galatée.
Le Dimanche 15 Novembre,l'Académie
Royale de Musique a donné la premiere
représentation d'un Acte en forme de Pro-
JOCTue, intitulé les Augustales. M. Roy, Chevalier de l'Ordre de SaintMichel, dl:
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
FrancoellJ , tous les deux Sur-Intendans
de la Musique du Roi, & Inspecteurs de l'Académie
Royale de Musique
,
les ont mises
en Musique, & leur Composition a parfaitementsoutenu
leur réputation. Le sujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant là
gloire du Roi, augmente celle de l'Auteur.
C'est un choix judicieuxd'un trait Historique
, pour exprimer les sentimens de notre
Nation pendant le péril de son Roi, & la
vive joyc qui a succedé à nos allarmes. Les
François pouvoientils être peints plus noblement
que fous le nom célébrédes Romains
,& notre Monarque bien aimé pouvoit-
il être plus convenablement désigné
que par Auguste,non dans le temscruel du
Triumvirat, mais dans celui que saclémence
a illustré l
Le sujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'ill'est dans l'Avertissement.Voici ses
termes : Augufle jouissoit de - - toute Il gloire
,
de tll
tnour du peuple qui venoit deyluidresser un
Trophée dans les Alpes, ( circonstance heureusement
appliquée) de la vénération du
Scnat
,
lorfqHiimmaladie Jubite menaça ses
jours. Sa Convalefcenczfut consacrée par l'institution
des fêtes Jîuruftales.
Le Théatre représente dans le fond le
Temple d'Hygie, fille d'Esculape
, & sur le
devant, un Bocage consacré à cette béeife.
Ses Prêtres & ses Prêtresses célébrent sa
puissance.
Divinité salutaire,
C'est toi qui fais les beaux jours.
La vie
, aux Mortels si chere,
L'est-elle sans ton secours ï
Tu les ranimes sans cesse;
Tules fais joüir du tems;
Sans toi la triste vieillesse
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge!
Que tes dons font précieux,
C'est à toi qu'on doit l'usage
Des présens des autres Dieux.
La Prêtresse d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguste aux voeux qu'elle adresse pour
lui aux Immortels, & l'Auteur trouve le
secret, en soutenant l'Allégorie,d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
Les Alpes, ces Monts orgueilleux
>
Attesteront sa gloire à la Race future;
Trophée élevé jusque aux Cieux
Pour le Vainqueur de la Nature.
Un nuage environne la Statuë de la Déesse.
Le Ciel annonce son courroux par le
Tonnerre & les Eclairs. On entend les cris
douloureux des Romains consternés du péril
d'Auguste,& la Prêtresse désolée ,prononce
ce
Vers, qui exprime laconiquement les
malheurs& les sentimens du Peuple.
Avec son Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres &: des Romains
sont exaucés. Hygie vient elle même
les en instruire,& les invite à célébrer ce
jour heureux.
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguste renaissant consacre la mémoire;
Il a vaincu la mort ; est-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeuï?
A l'égard des Augustales, les Acteurs & les
Danseurs qui y ont paru,ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
Les Italiens ont donné quelques représentarions
de l'Esprit Folet, Comédie en trois
Actes
,
pleine de lazzis ; c'etf le triomphe
del'aimable Coraline.Ce charmant Prothée
changedix-sept fois d'habit, & danse près
de douze Caractéres. Sa petite soeur se fait
applaudir auprès d'elle.
Le Samedi vingt-un Novembre, la Comédie
Italienne a donné une Piéced'unActe , dont le zéle François est encore le su jet.
Elle est intitulée : Le Génie de la France, ou-
FAmour de la Patrie; on en parlera dans le
premier Mercure.
Le Lundi, 30Novembre,elle a donné la
lpierenmneieerne repréfenration d'une Piéce Itaun
Acte, intitulée : Les funerailles
d''Arlequin:c'est un sujet extrêmement Comique
,
tiré des Contes PeTÍàns, & qiïi a
réussi autrefois à la Comédie Frauçoise, fous
le Titre du Naufrage de Crispin. Le Divertissement
Se le Balletsonttrès-amusans & traitésavecgénie, ,
La Comédie Françoise prépare
, par ofdre
de la Cour,AomJtSFa/mlljte , Piéce d'un
.Ade,qlti a été représentée la premiere fois
en 1720 , avec un succès remarquable. Elle
VL été depuis reprise;l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'est.plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve- Neuf.
FRANCE,
NouvelUs de la Cour) de Paris, &c-,
DE's que la santé du Roi
,
parfaitementrétablie
, lui a permis de monter à cheval, il a
déclaré qu'il se rendroit incessamment à la tête de
son armée.
La Reine, très-contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vivedouleur, se rendit te :g Septembre
de Metz à Luneville
,
où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 ,
& d'où elles sont parties le
if, pour retourner à Versailles. Le 24 ,
le Roi fut
complimenté sur lerétablissement de sa santé par le
Parlement de Metz; M. de Montholon, Premier
Président, portant la parole; ensuite il rendit en
Corps ses respectsà la Reine. Leurs M;i;essés
accompagnées de , toute la Cour, allerent le27à
l'Egli[c= Cathédrale entendre la Messe
,
célébrée par
l'Evêque,& suivie d'un Te Deum, chanté au bruit
du canon. Le soir,toutela Ville fut illuminée,
pinu que la Citadelle: un feu d'artifice
,
vû de l'appartement
du Roi, fut tiré sur l'Esplanade. Les
éclatantes réjouissances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zél.e pour leur Souverain.
Le 21Septembre ,le Marquis d'Escoville,Chambellan
du Roi de Prusse
, apporta au Roi la nouvelle
dela prise de Prague,& une Lettre de Sa M. Pruspenne.
Il fut conduit par le ChevalierdeSainctor.
Introducteur des Ambassadeurs.
Le Baron de Kesselstatt,Grand Prévôtdel'Eglise
Métropolitaine de Trêves,& Envoyé de l'Electeur
de ce nom, eut son audience de Congé le
23, conduit par le Chevalier de Sainctot, & le 28 > le même Introducteur présenta à l'audience du
Roi le Marquis Doria,Envoyé Extraordinaire de la
République de Génes,& le MarquisPalavicini, qui partage cette qualité.
L'arméecommandée par le Maréchal de Coigny,
investit la Villede Fribourg du 17 au 10 de Septembre;
on travailla à détourner la riviere,qui y
passe.
Le Chevalier de Belle-Isle ,après avoir soumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & route la
partie de l'Autriche antérieure
, entre le haut Danube
& le Lac de Constance a subjugué aussï
Waldshut, l'une des quatre Villes forestieres
; Sic-
Kengen & Loffenbourg ont éprouvé le même sort.
La Ville de Rhinseldtaosé se défendre & a été
prise d'assaut. Le Commandant & la garnison se
font retirés dans un Château sur le Rhin,toujours
estimé imprenable, mais M.leChevalierdeBelle-
Isle a triomphé à la fois du Château & du Préju<
Yé.
Le Roi partit deMetz a midi le 19 ,
& après
avoir pasle par Nancy,où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres signes
d'une réjoüissance publique, vive & sincere;les
continuelles acclamations des Peuples du Pays,
accourus sur son passage, garantiffoient leurs justes
sentimens Le Roi arriva au Château de Luneviile
vers les huit heures du soir. La façade
, tant du
côté de la Ville que du Jardin
,
éroit magnifiquement
illuminée
,
& cette illumination marquoit le
dessein de l'Architecture,qui est très-belle.Lemême
goût régnoit dans les illuminations de la grande SC~
le la petite cour, & même de la courintérieure;
En entrant dans la Ville, le Roi trouva les deux.
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologdnee
s,& dans la premiere cour du Château, les Garà
pied de ce Prince,qui le reçut fous le Petistile,
& le conduisit dans son appartement. Il y étoit
attendu par la Reine,& la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi, se renouvelloient sans cesse , & durerent jusqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
soupa feule, & des tables abondantes
,
& cependant
délicates, furent servies pour la Cour dans
l'appartement. Le foir
,
la Ville fut totalement illuminée,
& la Terrasse du Château sur éclairée par
les fusées qu'on y prodigua.
Le 30, le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
à la Chinoise,nommé le Kiosc. Le Roi de Pologne
l'a fait construire
, pour éviter les grandes chaleurs,
& pour cet effet il est rempli de Jets-d'Eau & de
Cascades. Leurs Majestés dînerent avec le Roi 5c
ln Reine de Pologne,dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures,
le Roi alla à cheval à Chanheux,Maison de PlaiÍJnce
du Roi de Pologne, située au bout de la
grande allée du Jardin; il y a un Salon admirable;
Le Roi se promena dans les Jardins, & vit la Cascade
qui est à la tête du Canal ,qui borde le Jardin.
C'est un embellissement ajouté par le Roi de Pologne
; c'est là qu'on s'arrête avec plaisir
, pour considérât
ce qu'on appelle les Rochers. C'est un Tableau
mouvant, représentant un Village, où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes, par le moyen de l'Eau qui lesfait
agir.
L'après midi, la Reine assista à la Comédie,&
le foir, le Roi soupa seul.Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de mangeravec ejlc
Celles de la Reine de Pologne y furent gdmifes
-
leur Princesse étant indisposée.
Le Roi, aprèsavoirpasse à l'appartement de cette
Reine,alla se promener le long du Canal, & voir
une petite Maisondu RoitLe Pologne , appelléeJolivet.
On a changé un Marais bourbeux,qui l'auj-
ok environnée
, en de très-agréables Jardins. Le
Roi, en partant de Luneville
, a
fait la revue de 14
Gendarmerie près de Chanheux,& y a dîné
,•
il a
couché àSaarburg, Pendant le séjour du Roi à Libneville
, le Roi & la Reine dePologne lui ont prouvé
par les témoignageslespluséclatans, la satisfaction
infinie que leur causoit sa présence.
Le Roi de Polognea nommé le Maréchal de
Belle-Isle, Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
- Le Roi, après avoir passé la nuit à Saarburg
o
il avoitétéreçu à la première Barriere par le Marquis
deChalmasel, Gouverneur de cette Place, en
partit le lendemain, traversa Phalsbourg, & se
tendit à Saverne à deux heures & demie après midi,
LeCardinal de Rohan,accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubise reçut Sa
Majesté à la descente de son carosse. Les acclamations
vives & redoublées du Peuple,qui remplissoit
leVestibule, conduisirent le Roi jusques dans le
superbe appartement qui lui étoit préparé, appartement
digne de la beauté du Château & des Jardins.
Il y eut une très-grande & très-brillante illumination
,
qui plût infiniment au Roi, & aux Spectateurs
nombreux qui l'applaudirent. Le Cardinal
de Rohan,connu par son esprit & son goût supérieur
,
qui gouverne toujours sa magnificence ,lf*
àsignalés dans l'occasion la plus flateuse pour son
coeur, Il a servi le Roi à ses repas, & il a été quelquefois
remplacé par le Coadjuteur de Strasbourg
& par le Prince de Soubise. Le
Le cinq OLloure, Sa Majesté partir de Saverne
psnr se tendre à Strasbourg; on a décrit dans 1er
Volume précédent la reception qui fut faite à ijar
MajestédanscetteVille. ;
Lesept, le Roi reçut la félicitation du Duc de
deWirtemberg par le Baron de Walbrum,Grand
Maréchal dece Prince.
Le même jour & pour le même sujet,il sutcomplimenté
de la part dw Margrave de BadeBaden ;
par le Comte de Truchfés deWolsegg,aussi Maréchal
de la Cour de ce Margrave.
Le neuf J'il fut encore félicité par le Baron de
Meternich
,
envoyé par l'Electeur de Cologne;
par le Baron d'Ingelheim
,
envoyé par l'Electeur
de Mayence, & pst le Baron d'Elts,envoyé par l'Evêque
de Spire : ce fut dans ce jour qu'il fut infor
mé par le Marquis de Bissy, Maréchal de Camp p
dépêché par le Prince de Conty
,
du succès avantageux
obtenu le 30 Septembre par l'armée de Fran
ce & d'Espagne sur celledu Roi de Sardaigne.
Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des
deux Siciles, a célébré à Metz la Convalescence
du Roi le 20 Septembre par une Fête remar- quable. Enfin le dit Octobre
,
le Roi partit de Strasbourg
, s'arr êta à Sellestatt, d'où il se rendit le lentJemarti
à son Quartier devant Fribourg. Le Ma
réchalde Coigny rendit compte au Roi de la situa-
,
tion des Ouvrages du Siége.
-
Le onze,le Roi examina très-attentivement le
front de l'attaque
,
la tranchée & les progrès des
travaux, & Sa Majesté décida judicieusement qu'on
borneroit l'attaqueaux deux faces du Bastion chr -
Roi, & aux deux demi-Lunes quifont à côté. Elle
s'est fait rendre compte chaque jour des operations
du Siége
,
& à donné ses Ordres en conséquence.
Ces opérations ont essuyé bien des obstacles, non
seulement de la parc des Assiégés, dont la vigoureuserésistance
a redoublé la gloire desAssiégeans;
mais encore de la part de la nature,qui a opposé au
courage & à la prudence, des pluyes, des fontes
de neige& desinondationsdelariviere deTraifane.
Malgré toutes ces difficultés, qu'oncroyoitinfurmontables
, cette forte Place s'est rendue au Roi le
6 de Novembre. La valeur, qui l'a défenduë,a fait
un honneur infini à celle qui l'a attaquée.
On est convenu par laCapitulation, que laVille
seroit remise le 7 de cemois au Roi avec l'artillerie
& les munitions de guerre & de bouche qui s'y
trouvoient ; que les malades & les blesses feroient
prisonniers de guerre; que le surplus de la garnison
se retireroit dans les Châteaux
, entre lesquels & la
Ville il y auroit une Suspension d'armes de il
jours, pour attendre le retour d'un courier que le
Gouverneur devoit envoyer à Vienne,afin de recevoir
les Ordres de la Reine de Hongrie par rapport
aux Châteaux. Cette Capitulation fut exécutée le7
S. M. fit partir le 6 au soit le Duc de Pecquigny,
un de ses Aides de Camp, pour porter cette nouvelle
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Les troupes qui sormoient la garnison de Fribourg,
s'étànt retirées le 7 dans les Château, comue
cela avoit été réglé
,
les Régimens que le Roi
avoir destinés à la garde de cette Place,y entregent
vers les cinq heures du foir.
Le Roi se rendit au Camp tous cette Ville le lendemain,&
ildîna chés le Maréchal de Coigny,
auquel il donna ses Ordres sur ce qu'il conviendrait
de faire, selon le parti que le Gouverneur de Frifcourg
pourroit prendre par rapport aux Châteaux,
lorsque lec ourier qu'il a dépêche à Vicryie lui au,
soit rapporté les Ordres de la Reine de Hongrie.
On chanta le 17 Septembre dernier, dansl'Eglise
- Royale & Collégiale de Moissac en Quercy
,
donc
M. le Duc de Biron est Abbé,une Mesle solemnelle
& un Te Deum,en grande Musique, en actions de
graces de la Convalescence du Roi; on fit ensuite
une diftribucion d'argent considérableaux Pauvres,
qui s'y rendirent en foule, & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le foir, il y eut une belle
illuminationsur le Frontispice de cette Eglise,&
on y tira une grande quantité de fusées jusqu'à la
pointe du jour.
-
Le trente - un Octobre
,
veille de la Fête de tous
les Saints, la Reine entendit la Messe dans la
Chapelle du Château deVersailles,& S. M. communia
par les mains de l'Archevêque de Rouen son Grand Aumônier. ,
La Reine,accompagnée de Mesdames de France,
assista l'après midi dans la même Chapelle aux
premieres Vêpres,qui furent chantées par la Musique.
Le premier de ce mois, jour de la Fête, la Reine,
accompagnée de Monseigneur le Dauphin & de
Mesdamesde France,entendit la grande Messe,
célébrée par l'Abbé Brosseau
,
Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique.
Le même jour, S M. accompagnée comme le
matin, assista à la Prédication du Pere de Beauvais,
de la Compagnie de Jesus,& aux Vêpres.
-La Reine entendit ensuite les Vêpres des Morts.
Le Roi a déclaré que le Mariage de Monseigneur
le Dauphin avec l'Infante d'Espagne Marie-Therese
était conclu. S. M. a disposé des principales
Chargesde la Maison de - cette Princesse
,
& elle Ir
déja donné ses Ordres sur ce qui regarde son arrivée
en France, & sur son voyage depuis la Frontière.
Le ii de ce mois, l'ouverture du Parlement se
fit avec les cérémonies accoûtumées par une Messe
solemnelle,célébréepontificalement par PEvêquc;
Duc de Laon. M. de Maupeou, PremierPrésident,
& les Chambres y assisterent.
Le 20 de ce mois, le Pere du Baudory
)
l'un des
Professeurs de Réthorique du Collége de Louis-le-
Grand,y prononça un Discours Latin sur le retour
du Roi. Il fit sentir avec beaucoup d'éloquence le
bonheur de cet événement pour les sujets de S. M.
& les transports de zéle & de respect ausquels ils fè
livroient.L'assemblée étoit composée du Nonce-du
Pape,de plusieurs Prélats, & d'un grand nombre
de personnes de distinction.
:
1
Le foir, la grande cour du Collége fut magnifiquement
illuminée, & les fréquentes acclamations
dont elle retentit, firent connoître combien on
étoitpénétré des sentimens que l'Orateur avoir tâjché
de peindre.
Le même jour, le Marquis d'Argenson,Ministre
Se Sécretaire d'Etat du Département des Affaires.
Etrangeres, prêta le Serment de fidélité entre les
plains de S. M.
, Le Roi a donné la place de Conseiller au Conseil
Royal des Finances qu'avoit le Marquis d'Argenson,
à M. de Brou, Conseiller d'Etat ordinaire,&
Intendant de la Généralité de Paris.
M. Turgot, Conseiller d'Etat, a eû la place de
Conseiller d'Etat ordinaire, qui a été remise parle
Marquis d'Argenson.
M. Rouillié, Maître des Requêtes, & Intendant
duCommerce, a étéfait.Conseiller d'Etat.
te 23 de ce mois, la Cour quitta le deuil, qui
avoir été pris le 11 du mois dernier pour la more
de Madame de France,sixiéme fille de leurs Majestés.
Le Baron de Schesser, que le Roi de Suéde à
nommé son MinistrePlénipotentiaire auprès du Roi,
eut le 24 de ce mois une audience particulière de
S. M. il y fut conduit parle Chevalier de Saincto:
,
Introducteur des Ambassadeurs.
M. deBernage,Prévôt des Marchands, & Messseurs
Sauvage & Huet, nouveaux Echevins, prêterent
entre les mains de S. M. le Serment de fidélité,
dont le Comte de Maurepas fit la lecture.
ainsi que du Scrutin, qui fut présenté par M. d'Argenfon
,
Avocat du Roi au Châtelet, lequel parla
avec autant d'esprit que d'éloquence.
Le Lundi 23 Novembre, Mrs Charpentier 8C -
Danguy, divettirent infiniment la Reine pendant
son dîner & son souper
, par leurs Airs & leurs
ChansonsComiques. Le Premier ajouta la Mascarade
à la Symphonie,& parut le matin en MarguillierdeVillage,&
lefoir en Aveugle. Leurs talensamusansfont
connus; il est inutilede les détailler.
On écrir de Lyon du même mois, qu'il vient
d'arriver un terrible accident: deux maisonsbâties
sur le Pont de pierre du côté du Change
,
font tombées
, partie sur le Pont, & partie dans la rivière
& ont écrasé pusieurs personnes r ; il yen a eu beaucoup
d'aunes noyées. La rivière est enflée extraordinaireinent,&
est beaucoup plus haute qu'elle
n'étoit il y a quatre ans; les maisons du Quai sont
dansl'eau
On mande de la même Ville que le feu a pris au
Couvent des Célestins ; l'embrasement a été (i
violent, que malgré les secours que l'on a a pportés,
les flâmes n'ont épargné qu'une très-petite partie
du Bâtiment;la Bibliothèque aété entièrement
brûlée; les Religieux n'ont pû sauver que leurs
Archives.
Le Roi a accordé à M. le Comte de Brionne, la
survivance de la Charge de Grand Ecuyer
1 que
possede M. le Prince Charles de Lorraine,oncle
de ce Prince.
M de la Condamine,l'un des Académiciens qui
ont été au Perou, est arrivé à la Haye.
Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à
PEfection de deux nouveaux Académiciens,pour
remplir les places vacantes par la mort de M.l'Abbé
deRothelin& deM. l'AbbéGédouin.
M l'AbbéGirard,& M. l'Abbé de Bernis, Comte
deBrioude, furentnommés.
Le nom de M. l'Abbé Girard est avantageusement
connu du Public, par le Livre des Synonimes Fraoçois.
M.l'Abbé de Bernis,joint à une naissance
distinguée & à des moeurs aimables,un talent décidé
pour 1J Poësie, qu'il cultive avec succès. Plufleurs
Ouvrages estimés, qu'il a donnés au Publrc,
ont réuni en safaveur lessuffrages de l'Académie.
Le Samedi ig, les Equipages de Madame la Dauphine
se mirent en route.
M. d'Argenson,fils du Ministre de la Guerre,
apporta le 18 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garnison est prifonnierede
guerre, & consiste en fooo hommes. 1
Le courierdépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz ,arriva à Fribourg le Z4; il rapporta que
la Reine d'Hongrie laissoit le Gouverneur de cette
Place,maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour son service & ses intérêts;
Les pourparlers au sujetdelaCapitulation étoient
déja commencés;on les a continués depuisy & M.
deFremur fut envoyé en ôtage dans le Château,
pendant qu'on en dressoit les articles.
M. de Damnitz est venu plusieurs fois chés M le
Maréchal de Coigny,où il a été réglé que la Garnison
seroit prisonniere de Guerre, & qu'elle seroit
conduite dans ks Places d'Alsace& de Franche-
Comté
, pour y rester jusqu'à l'échange des prisonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier, en
conséquence de cette Capitulation,une Porte du
Château au Régiment de Picardie, que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les dispositions faites par M. le Maréchai,
60 Pièces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux,s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis est parti pour Berlin par ordre
de M.le Maréchal de Coigny, pour aller informer
le Roi de Prusse de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
DIGNITES ACCORDEES.
L E Roi a donné leGouvernement de Bethune
au Comte de Laval, Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté, qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes, Lieutenant Généraldesarmées du
Roi, a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur,; Maréchal de Camp, Inspecteur
d'Infanterie
,
employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty, a été nommé Lieutenant
Général.
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Mestre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
& M. de Pierrefeu,Lieutenant Coloneldu Régiment
de Cavalerie de Conty.
Le Roi a nommé Commandeurde l'OrdreRoyal
& Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten Maréchal
de Camp,& Colonel d'un Régiment Suisse.
- S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de 11 Force, as
- Chevalier de Rochechoüart, Capitaine cWllS lç
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie
,
dont le
Comte de Vogué a donné sa démission, a été accordé
au Chevalier de S. Jal, Capitaine dans le
mêmeRégiment.
Le Président Brisonnetaété nommé parle Roi l
la place de Conseillerl'hanneur au PtlrlellleU
vacant par la mort du~idenr du Tillet.
M, Bertier de Sauvigny, Maître des Requêtes
te Intendant en Dauphiné, a été nommé Intc.
iaout de la Généralité de Paris.
'- Le Comte de Selles ,Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins,ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins leMxrqnis.
de Monteclere
,
Premier Cornette de celle des Chevau-
Legers d'Anjou.
- S. M. a accordé en même-tems la place de Premier
Cornette de cette derniere, Compagnie au
Marquis de S. Auban
,
Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans,dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy,Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a disposé
en faveur duChevalier d'Oppede
,
Capitaine dans le
RégimentdeCavaleriede Salucesdu Guidonde !<t
Compagnie des Gendarmes d'Orléans,vacant parla
nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enseigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & là
Cmnte de Longeron,Lieutenans Généraux,& S M..
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp,& de trente-sept Brigadiers.
Les Maréchaux de Camp sont,
MESSIEURS le Maire, Ingénieur.
De Nugent, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres, Enseigne d'une Compagnie
des Gardes du Corps.
• De Pernage de Chaumont, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
- Le Comte de Relingne
,
Sous-Lieutenant de lot
Compagniedes Gendarmes de la Reine.
Le Comte dePrunier S.André, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes d'Orléans..
Le Marquis de tillieres, Capitaine Lieutenant de laCompagnie des Gendarmes de Monseigneur le
Dauphin. 1
Le Chevalier Daquesseau, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Flandres,
Le Murjms de Fougeres
,
Enseigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
La Marquis de Choiseüil Beaupré
,
Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes, de la
Reine.
Le Marquis de Flavarourt,Capitaine dans le Rtgiment
Royal Cravates.
Le Marquis de Mezieres, Sous Lieutenant de fal
Compagnie des Gendarmes de Berry.
Le Comtede Tressan., Lieutenant de ræ premiere-
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte de Balincourt, Enseigne de cette Gorav
pagnie.
Le Chevalier de Suzy, Lieutenant de rat même
Compagnie.
Le Chevalier d'.Art!tnan. Sous Licumiiantde-rai
premiere Compagnie des Mousquetaires
Le Marquis de Crequy, Commandant une des
BrigadesduRégiment Royal des Carabiniers.
Le Chevalier de GrammontyLieutenantd'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
Le Marquis du Muy
,
Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monfeigncur
le Dau hin. 1
-. Le Chevalier deManberbe
>
Aide Major des quatre
Compagnies des Gardes du Corps.
Le Marquis de Pont-Saintt-Pierre. Enseigne d-':
ne des Compagnies des Gardes du Corps-
De Guers& de laMotte
,
Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoises.
Le Marquis dePerufly ,Enseigne de la premiere
Compagnie des Mousquetaires.
Le Marquis-deMorangies, Sous-Lieutenantde la
Compagnie des Gendarmes.
Le MaJfquisde Sourches, Cornette de la Compagnie
des ChevauLégers.
Le Vicomte de Canillac, Enseignede la seconde
Compagnie desMousquaires,
Le Gendre, Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie..
Déscajeul,Lieutenant dé la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filtzjames, Mestre de Camp du Régiment
Irlandois,de son nom.
LeMarquisdeBellefonts
,
Colonel du Régiment
de Champagne.
LUJfIIn, Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme
,
Capitaine d'une Compagnie de Mineurs.
Le Comte de Borstiel
,
le Baron de Jvlefl-ay, & le
Chevalier d'Abouville
,
Lieutenans Générauxd'Artillerie.
De Ratait, Ingénieur, & de Cremille, Maréchal
Général des Logis de l'Aimée.
1 Les Brigadiers sont.
MSSSIfUJlS)deTorcy, Colonel d'Infanterie Réformé.
Le Chevalier de Menou, Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry
,
Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suj,(ses.
Le Marquis de Langey
,
Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoises.
Le Marquis de VAlenCl, Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal, Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suisses.
Le Chevalier de Vattan, & de la Sone, Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoises.
Le Chevalier delaChaise, CapitaineLieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
( Le Marquis de Lignieres, Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Beeta..
gfle.
Le Marquis d'Heudicaurt
,
Mestre de Camp du
Régiment de Cavalerie de son nom.
Le Chevalier de Montegu
, Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoises. DeVercel,Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
LeMarquis de Pereuse, Colonel duRégiment
de Blaisois.
Jacob, Capitaine d'une Compagnie Franched'Infanterie
& d'une de Dragons.
De la Neuville, Lieutenant Colonel du Régiment
Dauphin Etranger.
Du Plessis
,
Maréchal des Logis de l'Armée,&
Capitaine dans le RégimentMettre de Camp Génétal
Dragons.
-
'-- Le Baron de la Peyre, Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoises.
De Guiry
,
Commandant une des Brigades dit
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis, Lieutenant Colonel du Régiment Suisse
de Monnin.
Le Chevalier de Baltazar
,
Lieutenant Colonel
duRégimentSuisse de Vigier.
Artus
,
Ingénieur.
Des Barreaux, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie Allemandde la Marck.
De Vareix, Commandant un Bataillon duRégiment
Royal Artillerie.
De Riverie, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
De Tanus, Lieutenant Colonel du Régiment de
Champagne.
De Fontenay, & de Vombecejtie
,
Commandans
Je Bataillons du Régiment Royal Artillerie
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
de Berchiny
,
Hussards.
Le Chevalierd'Ailly, Lieutenant Colonel du Ré..
giment de Cavalerie Royal Roussillon.
De Sabrevois, Lieutenantd'Artillerie
De Tunnel
,
Lieutenant d'Artillerie,&Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier, l'aîné, Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier
,
Lieutenant d'Artillerie,
& Commandant l'Ecolede Metz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de z¡,PIfltiere
,
Lieutenans d'Artillerie.
PRISES DE VA1SSEAVX.-
LE CapitaineHendriix de Zitter. qui commande
le Marsouin
, a pris une Corvette, & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dauphin
, a pris une Balandre à Nieuport.
L'Armateur commandant le Trompeur
,
de Ci*
lais,va rançonné cinq Bânmens Anglois& ena
mené un fil éme dans le Port de Dunkerque,
chargé d'Acier, de Vin, de Miel, de Sel & dlau.
de-Vie.
Le Capitaine Antoine du Ler de Bayonne,commandant
la Victoire, s'est emparé de la Frégate 1*
Méditerranée,de vingt canons & de quatre autres
Vaisseaux ennemis,richement chargés.
Le Navire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine (-,tlbeit-:)égotitac- a pris un
BrigantinAnglois ,chargé de Sucre
,
de Bois de
Cuac& de Tafia.
Le Vaisseau le Chasseur de Bayonne ,
commandé
parleCapitaineCirandel,arelâchéàPortLouis
avec deux prises Angloises, riches & considérables.
Le Capitaine Maingard
,
qui commande le Vaisseau
le Comte de Maurepas
, a conduità S. Mal..
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf, de Lara:
& de Beurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaisseau de Brustol
,
chargé de Salaisons
Le Capitaine Ruault, commandant le iemt Joseph,
armé à S. Maio,aprisle S. jean, Vaisseau
Anglois de (îx cent Tonneaux & de vingt huit canons,
estimé cinquante mille écus,&a deplus
rançonné un autre Vaisseau pour la somme de
vingt-cinq mille livres
Les Navires l'Eli%.aberh
,
de Londres,laJeanne
deAndekeinden, & le Jeun i- ( infime, ont été
pris par le CapitainePierre de Han, commandant
le Matou, de Dunxerque.
Les Capitaines Savein & Rombout,commandans
le S. Micb,l,& le C?r¡queran
, du même Port,
y Õnt envoyé la Fregate An^LiIê U CLarmante
Peggy, chargée de Lin
,
de Chanvre & de Potasse.
Le Lys, de S Malo, commandé par le Capitaine
la Cour Gaillard, s'est emparé d'un Bâtiment
de la même Nation, sur lequel il y avoit du Sucre
& duCoton. La Frégate l'Eméraude, de Brest, a repris aux
'.Anglois le Vaisseau le Redoutable, de Bordeaux
dont la Cargaison est estimée plus de , fOOOOO livres.
Le Vaisseau le Sarum, de Londres
, a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance, commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Brest
, que lesEscadres commandées
par Messieurs de Rochambeau & de Nesmond
,
font rentrées dans ce Port. Celle de M. de
Nesmond a pris le 17 du mois d'Août dernier, à
50 lieuës au large du Cap S. Vincent,la Frégate
de Guerre Angloise le Solebay, de 26 canons, Se
elle s'estemparée desept Bâtimens Marchands,
dcru cinq ont été brûlés, & les deux autres chargés
de Salaisons & de Vins, ont été envoyés à Cadir.
Les Frégates la Gloire & l'Argonaute ,commamdées
par Messieurs de la Galissonniere & de Fronmentiere,
& qui avoient été séparées le premier de
ce mois de l'Escadre de M. de Rochambeau, donc
elles faisoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Angloisles trois Ministres, de 2.2. canons, &
sixVaisseaux Marchands, dont laCargaison consistoit
en Moruë séche; elles ont coulé bas un autre
Corsaire de 24 canons,après avoir retiré l'ra.
quipage.
Le Vaisseau le Renard,de Bayonne,s'est emparé
d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux
,
chargé
de Charbon de Terre & de Fayence.
Un autre Vaisseau de la même Nation, sur Izl
quelil y avoit du Beurre& duFromage, des Salines
& d'autres Marchandises
, a été conduit à
Bayonne par le Vaisseau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour- Gaillard, qui commande
le Lys, s'est rendu maître des Vaisseaux le Marchand
de la Riviere du Sud,de 170 Tonneaux,Se
les trois Nones, de 160 ,
dont la charge consiste en
800 Boucaux de Tabac.
Le Bâtiment Anglois leVrai Fran(o;s)à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin
d'Huile t & de Savon, a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rasbot, commandant le S. Malo&
l'Astrée.
La Frégate l'Eméraude
,
commandée par M. ds"
S. Allouarn, a repris aux Ennemis le Vaisseau i,
Vainqueur, de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste ,commandant le Vaisseau
le PierreMarie,armé à Treguier, est entré dans
le Port de Rofcoffavec le Navire Anglois le Q::.y-.
Neuf, de 160 Tonneaux.
On apprend de DunKerque que le Capitaine S.
vern, commandant le S. Michel, y est arrivé avec lesVaisseaus le Gréenock
,
& les deux Freres, de
Roston
,
dont l'un est chargé de Tabac,& l'autre,
de Munitions de Guerre, & de Toile propre à
faire des Voiles pour tes Vaisseaux.
Le 28
,
le Corsaire la Victoire rentra dans le Pott
de Bayonne avec un Vaisseau Marchand Anglois
<)'il avoit pris. On estime cette prise cinquante
mille écus.
EDIT POUR LA TONTINE,
E DIT DUROI, portant Création de Rentes
viageres & de Tontine. Donné i Versailles
au mois de Novembre1744. LOUIS par la
grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A
tous présens & à venir).& AL U T. L'augmentation
des épenses ausquelles Nous sommes obligés
pour U continuation de la Guerre,Nous mettant
danslanécessité de nous procurerdes fonds extraordinaires
pour le service de l'année prochaine
Nous r aurions crû devoir écouter la proposition qui
Nous a été faite d'une nouvelle Création de Rentes
viagères & de Tontine à l'instantde celles créées
par nos Edits précédens, & dont la levée aété faite
avec succès par ceux de nos Sujets qui veulent
jouir d'un revenu plus considérable pendant leur
vie, & Nous nous sommes portés d'autant plus
volontiers à cette nouvelle Création de Rentes viageres
& de Tontine
, que quoiqu'elle présente une
augmentation dc charges dans nos états de dépenses,
cette augmentation se trouve compensée en
partie par le revenant bon qu'a produit l'extinction
de pareilles Rentes créées par nos précédens Edits,
& qu'au moyen de cette extinction successive le
fonds que Nous assignons annuellement sur nos
Etats des Fermes se trouvera peu augmenté. A cet
c A t;sE s ,
& autres à ce Nous m uvans; de l'avis
de no re Conseil
,
& de notre certaine science , pleine puissance & autorité Royale, Nous avons
par le présent Edit perpétuel & irrévocable, dit,.
statué & ordonné, disons
,
statuons & ordonnons,
voulons & Nous plaît.
ART 1 C L si I Que par les Commissaires de
notre Conseil qui feront par Nous députés, il soit
vendu& aliené à nos chers & bien amés les Prévôt
des Marchands & Echevins de notre bonne Ville
de Paris 1357200 liv. de Rentes viageres, (pvoir,
480000 liv. de Rentes purement viageres
,
8t.
877200 liv. de Rentes aussî viagères
,
dites Tontines
, avec accroissement aux survivans, lefquciles
Rentes Nous avons assignées & alignonssurle
produit de nos droits d'Aydes & Gabellesdc,-»
cinq grosses Fermes, que Nous avons déclarés &
déclarons spécialement & par privilége affectés&
hypotéqués au payement des arrérages desdites
Rentes,même par préférence à la partie de notre
Trésor Royal.
II. Voulons que les constitutions particulières
desdites Rentes soient faites par lesdits Prévôt des
Marchands & Echevins à ceux qui en auront porté
les capitaux en notre Trésor Royal ),& que les
Contrats en soient passés par devant tels Notaires
que les Acquereurs voudront choisir, pour joüir
desdites Rentes leur vie durant. comme de leur
propre chose,vrai & loyal acquêt pleinement & paisiblement,
& en être payés actuellement par demie
année à Bureau ouvert en deux payemens parchacun
an par les Payeurs des autres Rentes assignées
sur nos Aydes & Gabelles, sans que lesdites Rentes
puissent êtreréduites ni retranchées sous quelque
prétexte que ce puisse être; & feront lesdits
Contrats de Rentes délivrés gratuitement aux Acquereurs
par les Notaires
,
ausquels il sera par
NOllS pourvû d'un salaire raisonnable.
III. Lesdits 480000 liv. de Rentes purement
viageres feront partagées en huit Classes différentes;
suivant l'âge des Acquereurs ; la premiere, de
12000 liv. de Rentes pour ceux depuis la naissance
jusqu'à dix ans sur le pied du dernier treize. La
féconde
,
de 18000 liv. depuis dix ans jusqu'à
vingt, sur le pied du dernier douze. La troisiéme
de 7oooo liv. depuis vingt ans jusqu'à trente, sur
le pied du dernier onze. La quatrième ,de 160000
liv. depuis trente ans jusqu'à quarante,sur le pied
du dernier dix. La cinquième, de 1 50000 liv. depuis
quarante ans jusqu'àcinquante
,
sur le pied
du dernier neuf. La sixiéme
,
de 40000 liv depuis,
cinquante ans jusqu'àsoixante, sur lepieddudernier
huit & demi. La septiéme
1
de 18000 liv. depuis
foixanre ans jusqu'à soixante& dix, sur le pied
du der ner huit. Et la huitième de 12000 liv. depuis
soixante & dix ans & au-dessus, sur le pied da
dernier sept, les constitutions particulières deTqllelles
Rentes ne pourront être moindre de 50 liv. de
jouissance.
IV. Lesdits 877100 liv. de Rentes viageres de
Tontines formeront la quantité de 3ciO')O Actions
à 300 liv. de principal chacune qui feront distribuéesen
quinze Classes suivant l'âge des Acquereurs
La première, de 12000liv de Rente pour
ceux depuis la naissance itifqu'à cinq ans. La deu
xiéme,de 18900liv. depuis cinq ans jusqu'à dix-
La troisiéme
,
de 16400 liv. depuis dix ans jusqu'à
quinze. La quatrième, de 34500 liv. depuis quinze
ans jusqu'à vingr. La cinquième, de 43100 liv.
depuis vingt ans jusqu'à vingt-cinq. La sixième
de50000 liv. depuis vingt cinq f ans jusqu'à trente.
Laseptième, de 71900 liv. depuis trente jusqu'à
trente-cinq. La huitième, de 87000 liv. depuis
trente-cinq itifqu'i quarante. La neuviéme
,
de
99000liv. depuisquarantejusqu'à quarante-cinqs
La dixième, de nitfco liv. depuis quarante cinq
jusqu'à cinquante. La onzième
,
de 96000 liv. depuis
cinquante jusqu'à cinquante-cinq. La douziéme,
de71400 liv. depuis cinquantecinq jufqu^à
soixante La treizième,de 64800 liv. depuis soixante
jusqu'à soixante-cinq. La quatorzième, de
44400 liv. depuis soixante-cinq jLifqu-à soixante &
dix. Et la quinzième ,de 35100 liv. pour ceux de
soixante & dix ans & au-dessus ; & feronr lesdites
Classes subdivisées
,
sçavoir: la premiere, en deux
parties; la deuxiéme
, en trois; la troisiéme, en -
quatre; la quatrième
, en cinq; la cinquième,en
six;la sixiéme, en huit; la huitième
, en neuf; la
neuvième, en onze; la dixième, en douze; la onziéme,
en dix, la douzième, en sept; la çreiz&r
me, en six
; la quatorzième
, en quatre, & La
quinzième, en trois; toutes de trois cent Actions
chacune.
V. Ilsera payé annuellement pour chaque Aaron
pendant la vie des Rentiers de chaque Classe
;
fç-avoir
, à ceux de la premiere io liv par Action; 4
ceux de la seconde, il liv. à ceux de la troisiéme
,
11 liv à ceux de la quatrième
, 13 liv. à ceux de la
cinquième
14 liv à ceux de la sixiéme
, if liv.
àceux de la septiéme
, 27 liv. à ceux de la huitième
, 19 liv. à ceux de la neuvième
, 30 liv. à ceux
de h dixième, 31 liv. à ceux de la onzième ,3*
liv.. à ceux de la douziéme 34 Iiv. à ceux de la
treiziéme, 6liv. à ceux de la quatorzième, 37
liv. à ceux de la quinzième
, 39 liv-
VI. Lorsque les Acquéreurs desdites Rentes viagères
dires Tontines décederont, les arrérages
dO.LH ils jouissoient appartiendront par accroissement
aux furvivans de la même subdivision dans
laquelle ils feront em loyés, & seront distribués
entr'eux d'année en année au solla livre jusqu'au
dernier mourant, sans que lesdites Rentes puissent
être censées éteintes à notre profit par le décès des
Acquéreurs
,
ifaon après le décès du dernier rentier
de chaque Subdivision de Classe
; en sorte que
le dernier vivant de chaque Subdivision de chacune
desdites Classes recueillera seul le revenu dç
tous les capitaux qui compo eront ladite Subdivision,
qui ne seraéteinteànotreprofit qu'aprèsla
mort dudit dern er Rentier.
VII. Lesdites Constitutions ne pourront être
moindres qued'une Action - mais il fera permis
,aux Acquereurs d'en prendre telnombre qu'illeur
plaira en chaque Subdivision de leur Clarté,pour
lesquelles il fera expédié un ou plusieurs Contrats à
leur choix.
.VIII. Voulons que conformémentà ce qui a été,
pratiqué à l'égard des précédentes Tontines, si-tàe j
après la confection des liftes de celle-ci, le Prévôt j
des Marchands de notre bonne Ville de Paris
, procéde
à la nomination des Syndics honoraires defdites
Classes
,
& à la répartition du travail entre les
Syndics oneraires des Tontines.
IX. Les Etrangers non naturalisés, même ceux
demeurans hors ne notre Royaume,Pays,Terres
& Seigneuries de notre obéissance
, pourront, ainsi
que nospropres Sujets, acquerir les Renres créées
par notre présent Edit, encore bien qu'ils fuÍfenr
Sujets des Puissances avec lesquelles nous sommes
ou pourrions être en Guerre, & ils en jouiront
avectous lesprivilégesqui leur ont été accordés
pour les autres Rentesdudit Hôtel de Ville par l'Edit
du mois de Décembre 1674
,
& autres subséquens.
-
• X. Et pour d'autant plus favoriser les Acquéreurs
desdites Rentes,voulons que les arrérages des viagères
& ceux des Tontines, à quelques fomraefr
qu'ils puissent monter & les accroissemens
, ne
puissent être saisis fous quelque prétexte que ce
soit
, pas même pour nos propres affaires; & ea
outre que lesditesRentes qui feront acquisespar
les Etrangers soient exemptes de toutes Lettres demarques
& de représailles pour quelque cause que
ce soit.
XI. Les peres & meres qui auront acquis lesdites.
Rentes fous le nom d'aucun de leurs enfans
, jouiront
desarrérages, sans être tenus d'en rendre aucun
compte jusqu'à ce qu'ils en ayent disposé a»
profit de teurfditsenrans.
XII. Ceux de nos Su jetstaillables qui acquereront
lesdites Rentes viagères,ne pourront erreimlés
à la Taille à plus grande Comme pour raison d&
laditeacquisition, ni même pour l'accroissement
dont ilspourront jouir dans la suiteXIII.,
Les Acquereurs desdites Rentes pourront
aFuaitrreepasser les Contrats sous leur nom ou sous tel
qu'ils voudront choisir
, pour en jouir par
eux ou par ceux qu'ils nommeront, leur vie durant
sur leurs quittances
,
dont il sera fait mention dans
lesQuitrances du Garde de notre Trésor Royal,
1&: dans lesdits Contrats; & l'existence des personnes
nommées par lesdits Acquereurs fera justifîée
pour recevait les arrérages des Rentes viageres, 8G
les accroissemens dans les Tontines, conformément
à ce qui a été ordonné par nos Déclarations
des 27Décembre 172.7 , & 23 Juillet 1737.
XIV. Lesdits Acquereurs feront tenus de jufli.,
fier leur âge par des Extraits Baptistaires ou autres
Actes équipolents, en bonne forme,& dûëment
Légalisés: & à l'égard des Etrangers demeurans
hors de notre Royaume, ils feront tenus, outre
lesdits Extraits Baptistaires, ou autres Actes équipolents
,
de rapporter des Certificats de nos An)
bassadeurs, Envoyés, Résidens ou Consuls de la
Nation Françoise dans les Cours, Etats ou Villes
Etrangères od ils demeurerontportant qu'ils se
font présentés devant eux, & qu'ils ont représenté
lesdits Extraits Baptistaires ouActes équipolents.
lesquels Extraits Baptistaires ou Actes équipolents
feront annexés aux Minutes des Contrats desdites
Rentes.
XV. S'il arrivoit que quelqu'un desdits Acquereurs
se sit comprendre sur un faux Baptistaire ou
Acte équipolent, ou par une supposition de nong
dans une Classe plus avancée en âge que celle où
il doit être, Voulons, quant aux Rentes purement
viageres, que celle qui lui aura été constituée,demeure
éteinte à notreprofit; & quant aux ReQt
de Tontines,qu'elles appartiennent par droit d'ace
croissement aux autres Rentiers de laSubdivision
de la Classe où il aura été employé
,
même qu'il
foit-procédé contre lui comme faussaire, suivant
la rigueur des Ordonnances. Permettons néanmoins
ausdits Acquereurs de faireréformer, lors
delapassation de leurs Contrats
,
les erreurs qui
pourroient s'être glissées à ce sujet dans les Quittances
du Garde de notre Trésor Royal.
XVI. Le Bureau fera ouvert en notre Trésor
Royal huit jours a près l'enregistrement de notre
présent Edit; pour y recevoir les derniers capitaux
desdites Rentes, & en délivrer des Quittances.
XVII. Ceux quiacquerrontlesdites Rentesavant
le premier Janvier prochain, en auront la JOUie.
sance à commencer du premier Octobre précédent;
& ceux qui les acquerront après le premier Janvier
,n'en auront la jouissance que du premier
jour du Quartier dans lequel ils les auront constiruées.
XVIII. S'il arrive quelques contestations au sujet
du payement desdites Rentes, la connoissance
en appartiendra ausdits Prévôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris,auquels
Nous en attribuons toute Cour, Jurisdiction &
connoissance, pour être décidées sommairement &
iàns frais en premiere Instance
,
fauf l'appel en no..
tre Cour de Parlement de Paris, nonobstant & sans.
préjudice duquel appel, les Jugemens rendus par 1
lesdits Prévôt des Marchanus lk Echevins feront exécutés
par provision.Si donnons en Mandement,
&c. Donné à Versailles au mois de Novembre,
1744. Signé, LOUIS. &plus bas
,
PHELYPEAUX.
- Nous donnerons le Brevet & le Privilége du Rw
élans le fecend Yolme, celui-ci n'étant que par 6'h
trt&rdwnirç.
AdresseduMercure.
Avis à un Journaliste t t
Sur la Philosophie
, 2
Sur l'Histoire S
Sur la Comédie
, il SurlaTragédie, 14
Sur les Piéces de poëúe; 19
Sur les Mêlanges de Littérature, & sur les Anecdo
tes Littéraires, 2.S
Sur les Langues
, 34
DuStyle d'un Journaliste, 37
Le Palmier, les Silvains & Jupiter, Fable sur la
Convalescènce du Roi, 43
Les Kois
,
Ode, 4J
Ode en Strophes libres sur la maladie & la Convalescence
de S M. o
Rondeau sur le même sujet, 51
Sonnet sur le rétablissement da lafanté de S. M. Sc
Au Roi, à son retour de l'armée, DiscoursenVers -7 sur les Evenemens de 1744, f9
Fêtes célébrées dans plusieursVilles du Royaume, 5
Te Deum chanté à Génes
> 74
IlluminationàIssy 75
TeDeum chanté à ToulouseJ7fi Autrechanté Rome) 78
AutrechantéaBrest, 72
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp
, 2o
Fête champêttedonnée par M. Roi, &c. SI
Réjouissances faites par les Dominiquains de Pro-
• vence, J3y
Description de celles faites p.1r les Entrepreneurs
des Poudres
u Dormeur , §7
1 'of
Enigme & L ogogryphes
, fff Chansonsnotées, 99
Journal du Voyage du Roi, depuis son départ de
Fribourg, & son arrivéeà Paris, 103
Réjouissances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté, JOJ- le Roi va à N. D. les
Harangue faite au Roi par M.d'Argenson le fils,1J r Concert dans l'appartement de la Reine,112
Fête à l'Hôtel de Ville, ntf
Le Roi va à Ste Geneviéve, 114
Le oiestcomplimentéparle Parlement,125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon, 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée, 132
Le Roi & la Reine, &c. rendent visite àMad. la
Duchesse d'Orleans, 134
Leurs Majestés retournent à Versailles
, 136-
Illumination superbeà Chaillot. 137
AutreIlluminationàPassy, 138
Arrivée de LeursMajestésà Versailles, & Réjouissances
faites dans cette Ville, 140
Illuminations des Grands Jésuites144
Des Quinze-Vingt, 147
Del'Hôtel deS.Aignan 14Î
De celui dela Roche-sur-Yon
DeceluideNoa, illes,151049
Lettre au sujet des Inscriptions en Latin, 154
Relation de la Fête donnée par leDuc de Robail,165
Spectacles, 170
France, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
, 183
Départ des Equipages de Mad.laDauphine, iStf
Dignités accordées par Je Roi, 187
Promotions
,
iSS
Prises de Vaisseaux
, 192
Edit pour la Tontine, 195,
£« Chaujon notée doit regarder lA.l'Æge ,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères