Titre d'après la table
États-Unis de l'Amériq. Septentrionale,
Fait partie d'une section
Page de début
216
Page de début dans la numérisation
223
Page de fin
222
Page de fin dans la numérisation
229
Incipit
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de Philadelphie à New-Yorck, a été troublée par nos
Texte
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
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leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
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( 219 )
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ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
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teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
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reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Du 4 juillet au 28 juin, les troupes américaines ont perturbé la retraite britannique de Philadelphie à New York. Le général Maxwell, soutenu par les milices des généraux Dickinson et Herd, a harcelé les Britanniques dans le New Jersey. La bataille de Monmouth Court House a commencé par une forte résistance américaine, mais les Britanniques, renforcés, ont pris l'avantage grâce à leur supériorité en cavalerie. Cette bataille a été marquée par une intense canonnade et des combats à l'arme blanche, entraînant de nombreuses pertes des deux côtés. Les Britanniques ont sécurisé leur retraite grâce à une manœuvre du général Clinton, évitant ainsi une défaite majeure. Les pertes britanniques s'élèvent à 240 morts enterrés par les Américains. Le 12 juillet, les généraux Gates et Parsons ont rejoint les plaines blanches, rappelant la victoire de Saratoga. L'armée britannique, épuisée et mal ravitaillée, est en mauvaise condition. Sur le plan naval, le comte d'Estaing est arrivé avec sa flotte devant New York, renforcée par des vaisseaux de Boston. Six vaisseaux britanniques ont été bloqués par une flotte française près de Shandy-Hook. Sur le front terrestre, le général Clinton est assiégé à New York par le général Washington. Des rumeurs évoquent une possible attaque sur Long Island dirigée par Washington. Les Américains ont rejeté des propositions de paix britanniques. Plusieurs tribus indiennes ont rejoint la cause américaine, intégrées dans les armées sous la conduite du Major Toussard. Les chefs indiens ont exhorté les jeunes guerriers à faire preuve de bravoure et d'humanité, servant sous les ordres du général Washington et du marquis de La Fayette. Une lettre en latin exprime le désir de recevoir des nouvelles de France et mentionne les mouvements politiques en Europe. L'auteur espère que la France soutiendra les Américains dans leur lutte pour l'indépendance. La lettre se termine par des adieux affectueux à un ami.
Remarque
Contient la lettre d'un militaire français en Amérique à l'un de ses amis, pages 221-222.