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1776, 01, vol. 2 (p. 193-216)
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JANVIER. 1776. 193
BIENFAISANCE.
I.
Il y a environ dix ans qu'un Tailleur
de Londres , nommé Swith , très-pauvre
& fans autre reſſource qu'un ami auſſi
pauvre que lui , appelé Thoms , & Tifférandde
ſa profeſſion , partit pour les Indes
Orientales , dans l'eſpérance d'y améliorer
fon fort. Il y fit fortune , & épouſa
une fille riche , qui avoit une ſoeur auſſi
opulente ; l'une & l'autre voulurent fuivre
Swith dans ſa Patrie , lorſqu'il ſe crut
à l'abri de tout événement. Arrivé à Londres
, il n'eût pas de peine à ſe rappeler
ſa première misère. Cette idée lui retrace
l'image de Thoms ; il vole chez ſon ami,
dontil n'eſt pas reconnu , & s'informe de
lui-mêmes'il eſt àſon aiſe, s'il a une maiſon
, s'il eſt marié. Toutesſes réponſes furentnégatives
, & àchacune , Swith fit paroître
une joie ſi vive , que le Tiſſerand
crut avoir affaire àun inſenſé , ou à un
homme opulent qui inſultoit à ſa misère.
Dans peu d'heures il fut détrompé ; un
II. Vol I
,
494 MERCURE DE FRANCE.
carroſſe s'arrête à ſa porte , on luidit d'y
monter ; il y monte. On arrive dansune
belle maiſon ; Thoms y reconnoît Swith ,
qui avoit repris ſes anciens habits ,& qui
lui dit : Mon ami , quand nous n'avions
rien , nous nous confolions ; le premier de
nous qui avoit un ſchelling , le partageois
avec l'autre ; cette maison est à toi , avec
tout ce qu'elle contient : voilà lafaur de
ma femme ; elle veut un mari honnêtehomme
; elle est riche : je lui ai parlé de
zoi; elle confent à te donner la main. Je
i'appelois autrefois monfrère ; tu l'es actuellement.
Oublions tout, excepté l'amitiéqui
nous lie , & qui nefinira qu'avec nous,
II.
Dans le mois de Novembre de Pannée
dernière , au village de Roiſſy ,
Terre qui appartient à Madame la Mar.
quiſe de Caraman, une pauvre femme
fut pendant deux jours en travail d'enfant.
La Sage-Femme déſeſpérant de pouvoir
la délivrer , le Bailli de Roiſſy écrit à
Madame de Caraman la ſituationde cette
infortunée . La Marquiſe reçoit la lettre
à deux heures du matin , fait fur le
champ atteler quatre chevaux à ſon carJANVIER.
1776. 195
roffe , écrit à ſon Accoucheur de vouloir
bien ſe tranſporter à Roiſſy , & ordonne
à fon Cocher de prendre la poſte au
Bourget pour arriver plus vite L'Accoucheur
délivre heureuſement la femme ,
qui , ſans ce ſecours & la tendre humanité
de Madame la Marquiſe de Caraman
, étoit en danger de perdre la vie .
ANECDOTES.
I.
Le trait ſuivant fait bien de l'honneur
à la modération philoſophique de feu
l'Abbé de Voiſenon. Un Poëte de ſa
connoiſſance avoit fait contre lui une
Satire , où ſes moeurs n'étoient pas plus
ménagées que ſon eſprit. Avant de la
faire imprimer , il alla trouver l'Abbé
de Voiſenon même , réſolu de la lui
montrer , pour ſavoir ce qu'il en penferoit
, & juger de l'effet qu'elle produiroit
fur lui. « Il y a , lui dit-il d'un ton
>>hypocrite , de bien méchantes gens ;
» voilà une Satire affreuſe qui vient de
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
» me tomber entre les mains , dont tous
» les traits me paroiſſent porter directe-
>> ment fur vous , quoiqu'on ait laiſſé le
>> nom en blanc. L'Auteur m'en eſt in-
»connu; mais comme on ignore ſans
>> doute notre liaiſon , on a voulu la fou-
>> mettre à ma critique avant de la faire
>>paroître ». Il tire l'écrit de ſa poche ,
& le lui lit effrontément en entier , appuyantavec
complaiſance ſur les endroits
les plus forts. L'Abbé de Voiſenon l'écouta
tranquillement juſqu'à la fin , prit
enfuite l'Ouvrage pour l'examiner , fit
l'éloge des meilleurs vers, en critiqua
quelques autres , & pria le Poëte de lui
permettre de faire quelques corrections.
Celui-ci crut qu'ilalloittout au moins jeter
le papier au feu ; mais l'Abbé s'approche
de ſon bureau , corrige une douzaine de
vers , remplit le blanc de fon nom , &
rend la Satire à l'Auteur , en lui diſant
phlegmatiquement : « à préſent , mon
» ami , je crois que vous pouvez faire
4,, imprimer cetOuvrage; il y avoit quel-
>> ques incorrections qui auroient pu lui
„faire tort : il eſt rempli de ſel & d'ef-
>> prit , & ne peut manquer d'être bien
>> reçu du public ». Le Poëte Satirique
fut fi frappé de ce ſang froid , qu'il déJANVIER.
1776. 197
chira fon écrit , le brûla , embraſſa l'Abbé,
& lui proteſta qu'il étoit guéri pour toujours
de la démangeaiſon de faire des
Satires.
I I.
Un jour le Maréchal de Villars voulut
s'emparer du cabinet d'un Avocat pour
le joindre au Conſeil de Guerre . Thierri ,
c'eſt le nom de l'Avocat , préſenta au
Régent ce placet fingulier : " Me Thierri ,
» Avocat aux Conſeils du Roi , repré-
>> ſente très- humblement à Votre Alteſſe
>>Royale que M. le Maréchal de Villars ,
>>n'ayant plus d'ennemis à combattre ni
» de traités de paix à faire , a mis le
>> fiége devant le cabinet d'un pauvre
» Avocat. Il s'imagine que la place ſe
>> rendra à la première ſommation ; mais
» le Suppliant a réſolu d'attendre le gros
- > canon , & ce gros canon , ce font les
>> ordres de Votre Alteſle Royale » . Ce
placet fut renvoyé au Maréchal , qui ,
l'ayant lu , dit: allons , il faut lever le
>>ſiége , ce ſera le premier que j'aurai
>>levé de ma vie » .
I I.
M. de Maléſieux diſoit un jour à M.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
le Duc d'Orléans , Régent , au fujet d'un
traité qu'il venoit de ſigner , qu'il auroit
été à propos d'inférer dans quelque article
un mot équivoque qui pût fournir
un prétexte pour renouveler la guerre.
Bon ! répondit le Prince , quand on a
de quoi faire la guerre , on ne donneroit
pas un fol d'un prétexte.
IV.
On jouoit au Pharaon dans la falle
des Redoutes à Vienne en Autriche. Un
maſque , élégamment vêtu , s'approche
de la table , y jette un coup d'oeil , & dit
froidement : va la banque. Le Banquier
ayant accepté , l'inconnu gagne : le perdant
ſe lève , & veut lui donner les 2000
louis & les facs. Le maſque prend les
2000 louis , & dit à celui qu'il a debanqué
: « lorſque j'ai tenté le haſarddu jeu ,
> je n'ai vu que la ſomme qui étoit fur
>>>la table , & que je retire. Si j'avois
» perdu , je ne vous aurois certainement
>>payé que cela ; ainſi gardez vos facs ,
> ils ne font , ni ne peuvent être à moi ».
JANVIE R. 1776. 199
AVIS.
1.
Préparation antimoniale de Jacquet.
CETTE préparation approuvée par la Faculté
de Médecine de Paris , eſt un des meilleurs fondansqu'onpuifle
employer dans le traitement de
différentes maladies.Elle eſt ſouveraine, fur-tout
dans celles qui proviennent de l'épaiſiſſement
de la lymphe , comme ſcrophules , lait répandu ,
maladie de la peau , & particulièrement les dartres
qui , ſe trouvant répercutées , occaſionnent
les plus grands ravages. La cruelle maladie des
négres , vulgairement appelée lepian , ne réſiſfle
pas à ſon efficacité ; & c'eſt d'après les cures les
mieux conftatées , qu'elle a été envoyée dans les
ifles pour le compte du Roi , & que MM. les Directeurs
de la Compagnie des indes en ont fait
paſſer dans leurs établiſſemens.
On trouve la préparation antimoniale chez le
fieur Jacquet , ancien Chirurgien de Mgr le
Prince de Wirtemberg , rue de Vaugirard , visà-
vis de l'ancienne Académie de la Guérinière .
I I.
Le ſieur Roufiel , demeurant à Paris , rue Jean-
1
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte co
chère à côté du Taillandier , au deuxième apparteinent
ſur le devant, près de la Grêve , donne
avisau Public qu'il débite , avec permiſſion , des
bagues dont la propriété eſt de guérir la goutte.
Les perſonnes qui en ſont fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte; en la portant toujours au doigt , elle
préſerve d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 1.
Le ſieur Rouflel coupe les Cors , les guérit avea
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eſt de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eſt 1 1. 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage& les guérit.
4 .
Les pors de pommade ſont de 3 liv. & 11.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
parM. le Doyen& Préſident de laCommiſſion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1.4 f.
III.
Nouvelle Pommade attractive du fieur
Chaumont , Perruquier.
Cette pommade, dont l'odeur est très-agréable,
-
JANVIER. 1776. 201
ala propriété de faire tenir les toupets poſtiches
ſur la tête ſans aucun inconvénient, & de manière
qu'ils font alluſion à la chevelure la mieux plantée
: on s'en ſert auſſi avec ſuccès pour les perruques
ſujettes à reculer & à ſe déranger : elle ſe
vend trente ſols l'once. Les bâtons ſont de deux
onces chacun.
Le ſieur Chaumont fait auſſt des toupers poſtiches
fort commodes pour les perſonnes qui n'ont
plus de cheveux ſur la tête , mais qui en ont aſſez
aux faces pour pouvoir être accommodés. Ces
nouveaux toupets , étant travaillés ſur treffe fur
lebord du front , en font bien plus fins ſur la peau ;
&afin d'imiter plus parfaitement la nature , ils
fontdentelés, de manière à ne laiſſer appercevoir
que des picots ſur leſquels une eſpèce de petits
cheveux folets ſont placés avec art & fi librement ,
qu'ils en effacent abſolument la bordure .
Il demeure rue des Poulies , en entrant à
droite par la rue S. Honoré , à Paris.
IV.
Le Tréfor de la Bouche.
Le fieur Pierre Bocquillon , Marchand Gantier
Parfumeur à Paris , à la Providence, rue St Antoine
, entre l'Egliſe de St Louis de MM . de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à- vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & approuvé
à la Commiffion Royale de Médecine , le
11 Octobre 1773 , pour une liqueur nommée te
wéfor de la bouche , dont il eſt le ſeul compoſi
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
teur. Ses admirables vertus la font préférer , en
lui établiſlant une très grande réputation. La propriété
de ſa liqueur eſt de guérir tous les maux de
dents quelque violens qu'ils puiffent être,de purger
detout venin , chancre , abſcès& ulcère , enfin de
préſerver la bouche de tout ce qui peut contribuer
àgâter les dents; elle les conſerve même quoique
gâtées. Cette liqueur a un goût très- agréable.
L'Auteur en reçoit tous les jours de nouveaux
fuffrages par des certificats que lui envoyent ſans
ceſſe les perſonnes de la premiere diſtinction.
L'Auteur à des bouteilles à 101.51. 31.& 11 41.
Ildonne la manière de s'en ſervir , ſignée& paraphée
de ſa main ; il met ſon nom de baptême &de
famille fur l'étiquette des bouteilles , ainſi que
fur le bouchon , marqué de ſon cachet , &un tableau
au deſſus de fa porte , pour ne pas ſe tromper.
Il vend auſſi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par MM. de la Commiſſion de Médecine ,
le 31 Juillet 1773. L'Auteur prie de lui affranchir
le port des lettres .
NOUVELLES POLITIQUES.
L
De Constantinople , le 17 Novembre 1775 .
E Capitan- Pacha eſt arrivé hier dans ce Port
avec ſa florte , chargée de la principale partie des
dépouilles du Chéik Daher. Ibrahim Sebak ,
principal Miniftre de ce dernier , eſt enchaîné ſur
undes vaiſſeaux. On a trouvé en dépôt à Seyde
JANVIE R. 1776. 203
ungrand coffre qui contenoit l'or & les bijoux
les plus précieux du Chéïk. Ce tréſor avoit été
le motif le plus preſſant de la guerre qu'Aboudaab
avoit portée en Syrie..
DeMofcou, le 10 Novembre 1775 .
L'Impératrice ſe renditdernierement au Sénat
poury faire enregiſtrer un édit par lequel les Particuliersdes
Provinces éloignées ne ſeront plus
tenus de venir en cette ville ou à Pétersbourg ,
pour faire juger leurs procès en derniere inſtance.
LesGouverneurs particuliers, aſſiſtés des Conſeils
des Provinces , auront à cet égard les droits du
Senat, le dernier appel à l'Imperatrice conſervés.
maison ne pourra faire uſage de cette voie , qu'au
rifque d'une punition pour l'appelant , dans le
cas où l'Impératrice confirmera la premiere décifion.
De Stockholm , le 4 Décembre 1775.
On écrit d'Upſal qu'un Citoyen vraiment pa
triotique , qui defire de reſter inconnu , promet
une médaille d'or à celui qui réfoudra , de la maniere
la plus fatisfaiſante , la queſtion ſuivante :
Siles moeurs chrétiennes s'améliorent ouse détrui-
Sentparmi les Suédois , & dans le cas de l'amélioration
, quelle est la cauſe de cet état & qu'elles
doivent en être lesfuites relativementà laſociété
civile? Ce Citoyen , en ſe réſervant le droit de
prononcer entre les concurrens , a pourvu , en
cas qu'il vint à mourir , à ce que le prix ne fût
pas moins diſtribué. Les mémoires doivent être
adreflés à l'Afleſſeur Pfeiffer.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
:
De Lisbonne , le 28 Novembre 1775.
Le ſieur Joſeph Seſar de Menezes , Gouverneur
de Fernambuc (dans le Bréſil) a écrit à Sa Majeſté
qu'à Siara , ville capitale de la Province du même
nom , on venoit de perdre un particulier âgé de
cent-vingt-quatre ans , nommé André Vidal de
Negreiros. Il avoit toujours joui d'une bonne
mémoire & de l'uſage libre de tous ſes ſens. Capitaine
Supérieur de la ville en 1772 , il avoit
encore rempli la place de Juge à la fatisfaction de
tout le monde. Il étoit perede trente fils &de cinq
filles , qui ont eu trente-trois enfans, cinquantedeux
petits enfans , quarante-deux enfans de petits
enfans , & vingt fix defcendans de ces dernters
, ce qui faiſoit une poſtérité de centquatrevingt-
huit perſonnes , dont cent quarante-neuf
vivoient en 1773 , n'occupant tous qu'une feule
&même maiſon avec le reſpectable ayeul commun
, qui ſans doute avoit donné à ſa famille
une éducation excellente , principe de cette union
patriarchale.
De Malte , le 15 Novembre 1775.
Extrait d'une Lettre de cette Isle.
ecFrere François de Ximenes de Texada , eft
mort le 9 de ce mois , âgé de 72 ans , des ſuites
>>d'un rhume épidémique négligé , & qui dégé-
>>nera en ane fluxion de poitrine ſi ſérieuſe , que
>>> lorſque les Médecins furent appelés , il la décla-
>> rerent mortelle. Le Grand - Maître demanda
auffi tôt l'adminiſtration des derniers ſacremens
JANVIER. 1776. 205
>>qu'il reçut le 4& le 6 , avec la réſignation d'un
>> Religieux voué à la défenſe du Chriftianiſme.
» Il avoit été élu Grand- Maître le 28 Janvier
1773 .
* Dès que leGrand - Maître fut mort , les yeux
>>>de tout le Couvent ſe tournerent fur le Bailli de
>>> Chauvence & fur le Bailli de Rohan ; mais le
>> premier ayant déclaré que ſon âge de ſoixantedix-
sept ans & les infirmités étoient incompa-
>>tibles avec le Magiſtere ; qu'il ne vouloit plus
> penſer qu'à bien mourir , & que le Baillı de Ro
>>ban lui paroiſſoit le plus digne de remplir la
>> premiere dignité de l'Ordre , l'élection & la
>>> proclamation de ce dernier furent faites d'un
>> voeu unanime& d'une maniere ſi flatteuſe qu'on
>> en trouveroit peu d'exemples dans les annales
>>>de l'Ordre. Les tranſports de joie avec laquelle
>>> les Maltois apprirent cette élection , en démon-
→trerent la ſageſle .
De Venise, le 16 Décembre 1775 .
Le Gouvernement a fait proclamer un ordre
général àtous les Couvens de la République , de
fournir un érat détaillé des dixmes qui leur ont
été accordées par Sixte V , & des différentes.
charges qu'ils doivent payer annuellement ; comme
auſſi la liſte des Religieux qui ſont ſortis de
Religion , de ceux qui ont pris l'habit eccléfiaftique
, & de ceux qui ont quitté les domainesde la
République depuis l'éditde 1768 ,en ſpécifiant le
nombre de ces derniers .
1
206 MERCURE DE FRANCE.
De Londres, le 29 Décembre 17758
Le LordGermaine reçut , ily a trois jours ,des
lettres du Major .Général Carleton , datées de
Montréal , le s Novembre , qui portent que cet
Officier n'ayant pu raflemblerdes forces fur lefquelles
il pûtcompter pour ſecourir Saint-Jean ,
les Rebelles avoient profité de la défection de
l'ordre le plus vil des Canadiens , pour accélérer
l'exécution de leur entrepriſe; que les Forts de
Chambly & de Saint-Jean , ſur la riviere de Richelieu
, après avoir arrêté les progrès des Infurgens
pendant plus de deux mois , ſe ſont rendus;
&que les garniſons ont été faites prifonnieres de
guerrepar une capitulation .
On a appris depuis , par un vaiſſeau arrivé de
Quebec à Bristol , que Montréal avoit capitulé le
12 Novembre , & que les vainqueurs avoient.
auffi-tôt publié un manifeſte , dans lequel ils ont
déclaré que tout Canadien reſteroit en poffeffion
de ſes biens. Une lettre du Lieutenant Gouverneur
Cramahé, datée de Quebec le 9 du même mois ,
donne lieu de croire qu'un détachement d'Américains
, commandé par un nommé Anold , eſt
entrédans laProvincepar la riviere deChaudiere,
&qu'une partie de ce détachement est actuellement
poſtée à la pointe de Lévi , vis-à-vis de
Quebec, artendant la jonction duGénéral Mongomery.
Des lettres du Général Carleton, apportées
ici le 25 par le ſieur Pringle , Lieutenant
de vaiſſeau de Sa Majesté , & datées du 18.Novembre
, raſſurent encore ſur le ſort de cette capitale.
Ce Général mande au Miniſtere qu'il étoit
rentré àQuebec à la tête de douze cens hommes ,
JANVIE R. 1776. 207
ycompris un grand nombre de Canadiens fur
leſquels, à la vérité , il ne paroît pas faire un
grand fond; qu'il avoit toutes les provifions néceflaires
, mêmedu bois pour cinq mois , & qu'il
ſe flattoit de ſe ſoutenir contre les entrepriſes des
ennemis juſqu'à ce qu'il eut reçu des lecours d'Angleterre
, qu'il attendoit avec impatience. Il confirme
par cette lettre l'abandon qu'il a été forcé
de faire de Montréal , attendu qu'avec tous les
efforts de la Nobiefle &du Clergé du Pays , combinés
avec lui , il n'avoit pu contraindre le Peuple
à le ſeconder en prenant les armes.
Ona appris que les Américains s'étoient emparésendernier
lieu d'un bâtiment marchandAnglois
, qui portoit à Boſton quatre cents barrils
de poudre à canon , un mortier &quelques petits
canons Ce bâtiment , qui faisoit partie d'un convoi
entré heureuſement dans le Port , manoeuvra
de façon qu'il n'y entra point comme les autres ,
& qu'on ſoupçonne le Capitaine & l'équipage
d'avoir , pour ainſi dire , livré leur bâtiment à
I'ennemi àla vue de la côte.
De Paris , le 1 Janvier 1776.
Onécrit de Vienne en Dauphiné, que malgré
ladécouverte qui avoit été faite à peu de diftance
&au midi de la ville en 1973 , d'un morceau de
moſaïque de la plus précieuſe antiquité , on
paroifloit ne plus s'occuper de la recherchede ces
monumens , lorſque la protection particulière
que l'Intendant de la Province accorde aux Arts ,
adéterminé le ſieur Schneider , Peintre & Profefleur
de l'Ecole gratuite de Deſin au Collége
208 MERCURE DE FRANCE.
royal de la ville , à continuer les fouilles au même
lieu où le morceau de molaïque avoit été trouvé.
Les travaux de cet Artiſte lui ont procuré pluſieurs
blocs de marbre curieux par leur grofleur & leur
ſculpture , & la rencontre d'une moſaïque plus
grande & plus variée dans ſon deſſin que la premiere.
Dans l'eſpace de trente-quatre pieds de
longueur ſur vingt quatre de largeur , ce pavé
offre aumilieu un tableau ou l'on diftingue trois
femmes dont une eſt à demie nue , effrayées toutes
trois & paroiſſant fuir devant un foldat qui les
pourſuit armé d'une lance Au-deſſus eſt un rempart
ſur leqnel on voit une tente & deux autres
guerriers , dont l'un ſemble donner l'ordre d'arrêter
les femmes & l'autre ſonne de la trompette.
Ces figures ,de grandeur naturelle , ſont vêtues
àlaGrecque. Ce tableau étoit ſurmonté par cinq
médaillons repréſentant l'un la tête de Méduſe ,
&les autres les quatre ſaiſons avec leurs attributs
particuliers. Le reſte de ce riche pavé étoit compolé
de vingt- fix compartimens d'une forme
alternativement quarrée & circulaire , le tout
terminé par une bordure de bon goût .
Le ſieur Schneider , à l'aide d'une méthode de
ſon invention, eſt parvenu à lever cette moſaïque
intéreſſante pour les Arts , &à la faire tranſporter
au coilége dans la ſalle de deſſin , où elle forme
un gente de décoration fort rare.
En poursuivant ſa fouille avec une ardeur
qu'augmentoit ſon ſuccès , il a trouvé un ſecond
pavé en maſtic Romain , blanc , parſemé de
fragmens des marbres les plus rares & jetés comme
au hafard , le tout poli & formant un bel
effet& un corps très-dur. Cette eſpece de marbre
JANVIER. 1776. 209
aété auffi déposée au même Collége. La décompofition
analytique d'un morceau de ce marbre
factice , pourroit être fort utile à l'induſtrie de
nos Stucateurs modernes.
PRÉSENTATIONS .
Le 24 décembre , le baron de Navailles Poiyferré
, chevalier d'honneur au Parlement de Navarre
, cut l'honneur d'être préſenté à Sa Majesté
par le Garde des Sceaux , & lui faire les remercîmens
de cette Compagnie ſur ſa réintégration.
Le 26 , les Députés de la ville de Rouen eurent
une audience du Roi. Ils furent préſentés à
Sa Majesté par le maréchal - duc d'Harcourt ,
gouverneur de la province de Normandie , &
par le ſieur Bertin , minktre , ayant le département
de la province. Ils furent conduits à l'au
dience de Sa Majeſté par le ſieur de Nantouillet ,
maître des cérémonies ,& par le ſieur de Watronville
, aide des cérémonies.
Le 27 , le ſieur Brunyer , ancien médecin des
camps& armées du Roi , ci devant premier médecin
de l'hôpital militaire de Metz , médecin de
la charité royale de Saint- Germain en- Laye ,
nommé médecin- confultant de Monfieur , a cu
l'honneur de lui être préſenté par le marquis de
Noailles , premier gentilhomme de la chambre
de ce Prince , &par le ſieur Lieutaud, premier mé
decin du Roi.
210 MERCURE DE FRANCE.
Les Etats de la Souveraineté de Béarn , qui
n'avoient pas rendu l'hommage & fait le ferment
de fidélité qu'ils doivent au Roi à fon
avénement à la couronne , s'acquiterent de ce
devoir le 31 du mois dernier , ſuivant la formule
& le privilége particulier à cette Province. Leurs
Députés furent conduits à l'audience par le marquis
de Dreux , grand- maître des cérémonies , par
le fieurdeNantouillet , maître des cérémonies , &
par le ſieur de Watronville , aide des cérémonies ,
& préſentés à Sa Majesté par le duc deGrammont ,
gouverneur de la Province , & par le fieur de
Malesherbes , miniſtre & fecrétaire d'Etat. La dé
putation étoit compoſés de l'évêque de Leſcar .
qui porta la parole , du baron de Navailles Poryferré,
baron de Mioflens & chevalier l'honneur
au Parlement de Navarre ; du vicomte de Navail
les, baron de Mirepex ;du baron de Livron , brigadier
des armées du Roi , & major-général des
Carabiniers , députés de la Noblefle; du ſieur de
Caubios , lieutenant de maire de Morlaas : du
fieurde Veguier , lieutenant de maire de Pau ; du
ſieur de la Ferrere , lieutenant de maire de Navarreins
, & du ſieur de Difle , maire de Couches ,
députés du Tiers-Erat ; du baron de Sus , ſyndic
général d'Epée , & du ſieur de Vitau , ſecrétairegénéraldes
Etats de Béarn . Ils prêterent ferment
de fidélité au Roi , qui s'eſt engagé avec bonté à
maintenir leurs priviléges. Ils ont été enſuire admis
aux audiences de la Reine , de Monfieur , de
Madame , de Monſeigneur le comte d'Artois , de
Madame la comtefle d'Artois , de Madame Elifabeth
, & de Mesdames Adélaïde , Victoire &
Sophie de France , qui ont bien voulu les recevoir
avec la même bonté , &témoigner leur fatisfac
JANVIER. 1776. 217
tiondes harangues qui leur furentprononcées par
l'évêque de Leſcar.
Le 7 du même mois , la marquiſe de Sainte-
-Croix a eu l'honneur d'être peéſentée à LeursMajeſtés
& à la Famille royale , par la marquiſe des
Ecotais.
Le bailli de Saint- Simon , ambafladeur de Malte
, en habit de cérémonie de l'ordre , cut une audience
particuliere de Leurs Majestés , dans laquelle
il remit une notification de la mort de dom
François Xinienes , Grand- Maître de la Religion
deMalte, & fit part en même temps àLeurs Majeſtés
, de l'avénement du bailli de Rohan au Magiftere.
Le bailli de Saint-Simon , accompagné
d'environ foixante Chevaliers de l'ordre , fut conduit
à cette audience & à celle de la Famille
royalepar le ſieur la Live de la Briche , introducteurdes
Ambaſladeurs : le ſieur de Sequeville ,
ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite des Am
baſſadeurs , marchoit à la tête des Chevaliers de
l'Ordre.
Le même jour , le baron de Boden , miniſtre
plénipotentiaire du Landgrave de Hefle-Caffel ,
eut une audience particuliere de Leurs Majestés ,
dans laquelle il préſenta ſes lettresdecréance: il
fut conduit à cette audience & à celle de la Famille
royale , par le ſieur la Live de la Briche ,
introducteur des Ambaſladeurs : le ſieur de Se.
queville, ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite
des Ambaſladeurs , précédoit.
212 MERCURE DE FRANCE.
NOMINATION S.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Mazan ;
ordre de Cîreaux, diocèſe de Vivier , à l'Evêque
de Siſteron ; celle de Saint Sever -Cap , ordre de
Saint - Benoît , diocèſe d'Aire , à l'Evêque de
Bayonne ; celle de Montbenoît , ordre de Saint
Auguſtin , diocèſe de Besançon , à l'Abbé de
Saint Pern, aumônier de la Reine ; celle d'Eflom .
mes , même ordre , diocèſe de Soiſions , à l'abbé
Deshaiſes , vicaire - général d'Alby , Secrétaire
dambaſſas à Rome; celle de Landais ordre de
Citeaux , diocèſe de Bourges , à l'Abbé de Segui .
ran, vicaire - général de Narbonne; celle de
Doudauville , ordre de Saint Auguſtin , diocèſe
de Boulogne , à l'Abbé de Lanſac, aumônier de
Madame Victoire .
Sa Majesté a auſſi accordé le Prieuré de Sainte
Celine', ordre de St -Benoît , dioceſe de Meaux ,
à l'abbé de Chauvigny de Blot , vicaire- général
de Noyon ; celui de Compriant , ordre de Saint-
Auguftin , dioceſe de Bordeaux , à l'abbé Gourcy,
vicaire général dudit dioceſe; celui de Quinquenevaud,
même ordre , diocèſe de Nantes , à l'abbé
de Rochemaure , vicaire - général de Montpellier;
& celui de Friardel , même ordre , diocèſe
de Lilieux , à l'abbé de Cambon , vicaire- général
de Toulouſe .
Le 9 janvier , l'évêque de Séez a prêté ferment
de fidélité au Roi , pendant la meſle de Sa Majesté.
JANVIER. 1776. 213
MORTS.
L'ancien évêque de Fréjus , Martin du Bellay ,
abbé commendataire de l'abbaye royale du
Mont-Saint- Quentin , ordre de Saint Benoît , dioceſe
de Noyon , prieur commendataire de la Ste-
Trinité de Combourg , ordre de Saint Benoît
diocèſede Saint Malo , eſt mort à Paris le 1, du
mois dernier , âgé de 73 ans paſſés.
Louiſe de Mailly , veuve en premieresnôces du
ſieur Charlesde Fouju , marquis d'Eſcures , & en
ſecondes , du ſieur Jacques de Clairambeaud ,
marquis de Vendeuil , lieutenant-général des armées
du Roi , eſt morte en ſon château de Dieu-
Donne , en Beauvoiſis , le 16 du même mois , âgée
de 82 ans.
Marie- Anne- Charlotte de Rabodanges , ancienne
abbeſle de l'abbaye d'Eſtival enCharny ,
diocèſe du Mans , eſt morte à Paris , au couvent
du Précieux -Sang , le 29 du mois dernier , âgée de
75 ans.
LOTERIE.
Letiragede la loteriede l'Ecole royale militaire
s'eſt fait le s Janvier. Les numéros ſortis de
la roue de fortune font44,37 , 59 , 88, 61. Le
prochain tirage le fera les Févriera
14 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
IECES FUGITIVES PIECES FUG envers&en proſe,pages
Le Songe de Properce , ibid.
L'Homme , ode , 8
Le ſacrifice d'Abraham , 14
L'homme & le ver de terre , 28
L'Enfant & le château de cartes , 29
Les Inſtrumens , 30
Agathe, 32
Erine& ſon chien , 41
L'Hiver , 46
L'Angleterre , 47
Madrigal à Mde la Marquiſe de ***. 49
Penſées diverſes , ibid.
Explication des Enigmes & Logogryphes , 57
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 61
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 62
Introduction à l'hiſtoire naturelle& à la géographie
phyſiquede l'Eſpagne , ibid.
Introduction aux Langues , 69
Eſſai ſur l'hiſtoire nat. de l'Iſle St Domingue , 70
Abrégéélémentaire de la géographie univerſelle
de l'Italie , 78
Le nouvel Archiviſte , 81
Lecture pour les enfans ,
HenrietteWyndham ,
85
ibid.
Syſtême phyſique & moral de la femme ,
Traitédela connoiſſanee généraledes grains , 100
97
Examen critique des anciens Hiſtor. d'Alexandre-
le-Grand, 102
JANVIER. 1776. 215
Effai ſur le rétabliſſement de l'ancienne forme
deGouvernement de Pologne ,
Hiſtoire des révolutions de Pologne ,
Traité de l'apoplexie ,
Etrennes de la Nobleſſe ,
Les inconvéniens des droits féodaux ,
Traité de la dyſlenterie ,
Lettres ſur les affaires préſentes ,
Répertoire univerſel de Jurisprudence ,
Précis du droit des gens ,
La recherche du bonheur ,
Sermon ſur les devoits des Sujets envers leur
Souverain ,
Antilogies & fragmens philoſophiques ,
Le Citoyen Philoſophe ,
Richefle du Roi de France ,
Plan pour amortir les dettes de l'Etat ,
Penſées& réflexions ſur les hommes ,
Journal hiſtorique & politique ,
Almanach Royal ,
II
IIS
116
119
120
121
122
125
ibid.
128
130
132
134
136
137
138
140
151
Calendrier des anecdotes , ibid.
intéreſſant , 152
Les ſpectacles de Paris , ibid.
- des Foites , 153
Almanach des enfans , 154
Lettred'un pere de famille , ibid.
ACADÉMIES. Lyon , 156
Royale d'Ecriture , 164
SPECTACLES. Opéra , 166
Comédie Françoife , 167
Comédie Italienne , 168
ARTS, Gravures , 171
Sculpture, ibid.
,
Muſique. 172
Architecture , 176
216 MERCURE DE FRANCE.
Mém. pour empêcher les incendies ,
AM, Rigoley , baron d'Ogny ,
Remarques fur le fond dela mer ,
Lettre de M. l'Abbé de Reyrac ,
Lettre d'une aſſemblée d'Officiers à M. le Chev.
178
183
ibid.
185
de Juilly , 187
Lettre du ſieur Joſeph Duplain à M. d'Alembert,
19
Bienfaiſance.
193
Anecdotes. 195
AVIS , 199
Nouvelles politiques, 202
Préſentations , 209
Nominations , 212
Morts , 213
Loterie ,
ibid.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre deMgr leGardedes Sceaux;
le Mercure de Janvier 1776 , ſecond volume.
Je n'y ai rien trouvé qui doive en empêcher
Pimpreffion.
A Paris , ce 17 Janvier 1776.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Come.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le