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Texte
A 489763
PROPERTY OF
The
Universityof
Michigan
Libraries,
1817
ARTES SCIENTIA VERITAS
1
1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITYOF MICHIGAN
C.PLURIBUS UNUM
!
TUEBOR
SI-QUÆRIS-PENINSULAMAMOEΝΑΜ
CIRCUMSPICE
AP
20
M51
1777
no.16
i
MERCURE
4. DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
DECEMBRE. 1777•
N°. XVI.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
OMÉDIENS (les) ou le Foyer; Comédie en un
acte & en t'roſe , atribuée à l'Auteur du Bureau d'Esprit
, repréſentée par les comédiens de la ville de Paris,
au théatre du Temple, le 5 Janvier 2440. 8vo.
à 10 fols,
Conversation familiere entre le Comte de Falkenstein &
Louis XVI. in 8vo. 1777 &f- 10 fols.
Effais Politiques ſur l'Etat actuel de quelques puiſſances
parM K. C, B. 8vo. 1777. à fi:10.
Methode pour élever & conferver les enfants en bonne
fanté , par M. BLAKEY , du College Royalde Chirurgie
, nouvelle edition revue & augmentée. 8vo.
Paris, 1777. à 12 fols.
Train ( le ) de Paris, ou les Bourgeois du temps. Comédie
en cinq actes & en Profe , par M.. le Chevalier
Rutlinge 8vo. 1777. à f r.-
Vie & Aventures de fens commun ; Hiſtoire Allégorique ,
traduit del'Anglois, fur la feconde édition 8vo. 1277.
af1-
FRES d'Artillerie , contenant l'Artillerie nouvelte,
ou les changemens fans dans l'Artillerie Françoiſe
en 1765 , avec l'expofé & l'analyſe des obſervations
qui ont été faites à ces changemens. Recueilli
par M de Scheel , Capuaine au Corps de l'Artillerte on
Dannemarc.410. 1 vol.fig. Coppenhague 1777à f 10.10.
Hiſtoire du Dannemare depuis 1559 joiques à 1661 ,
tome III . par Mr. Mallet 4to. I vol. Coppenhague ,
1777. à f 6. - 10.
Correfpondance de M. le Marquis de Montalembert , étant
employé par le Roi de France à Farmée Suédoiſe
, M. le Marquis d'Avrincourt , Ambaſſadeur de
France à la Cour de Suede , M. le Maréchal de Richelier
des Miniſtres du Roi à Vertailles , MM. les
Généraux Suedois & autres , &c. pendant les Campagnes
de 1757, 58 , 59, 60 & 61 , pour fervir à l'histoire
de la derniere Guerre. 3 vol. 8vo. 1777.f4 : -
Douze Dialogues d'Evhemere , Philoſophe de Siracuſe ,
qui vivoit dans le fiecle d'Alexandie 8vo. I vol. 1777.
à 15 fols.
Eloge mitorique de Michel de l'Hospital Chancelier de
Fiance, ce n'est point aux Efclares à louer les grands,
↑ Hommes 8vo. I vol. 1777. à f
Lettre à Metlieurs de Pacadenne Françoiſe ſur la Nou
velle Traduction de Shakespeare, 816. 1776. G. Jos.
1
47 LIVRES NOUVEAUX.
Lettres fur les Finances , les Subſiſtances les Corvées ,
les Communautés Religieuſes &c. 1 vol. in douze
1777 à f 1:15.
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 & 1746 ,
auxquels on a joint un Journal des memes Campagnès
, tenu dans le Bureau de M. le Maréchal de Maillebois
avec une explication de tous les paſſages &&
cols du Dauphiné Verſants en Savoye & en Piemont ,
grand in douze , 1 vol. Anist. 1777 af 1:10.
Pieces détachées relatives at Clergé téculier & régulier
&c. 8vo 3 vol. à f 3 : to.
Petit Code de la Raton Homhaine 8vo. a 10 fols.
Vie (la) du Chancelier de l'Ilofpital 8vo. à 15 fols.
Eſſai fur l'Art d'Obfervet pat M. Catiard Svo. 1 vol.
Amsterdam 1777. A f 1 1 15 - 1
Differtation fur la Comparaison des Thermomètres par
M. J. H. van Swinden Profeſſeur à Frane er conte.
nant la Comparaison de plus de 50 Thermomètres , &
un grand Tableau grave de 27 Thermomètres les plus
ufités à f3 : - On peut le procurer le Tableau
ſéparément à fi : 10 de Hollande.
Obfervations fur le Froid Rigoureux du mois de Janvier
MDCCLXXVI ; par Mr. JH. van Swinden &c.
8vo. I vol. fig. Amsterdam. 1778. af 2.10. de Hollandes
Evangile du Jour 8vo. vol. 15.
Voyage de Londres à Gênes , par le Portugal , l'Eſpa
ghe,la France , de MBaretti. traduit del'Anglois en
4 vol. grand in douze 1777 à f 4 •
MARC-MICHEL REX, Libraire à Amſterdam , fur
le Cingle , vient d'imprimer le Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire litteral , composé do
Notes choisies & tirées de divers Auteurs Anglo par
Mr. C. CHAI , Pasteur Emerite à la Hayes Ce fixieme
Tome , pour la perfection duquel on n'a rien néglige,
est divise en deux Parties , qui comprenn nt le
Premier & le second liste des Rois , in-4 , frmat
Semblable aux précedens , à ft 8 de Hollande On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenult la Genefe
, l'Exode, le Levitique , les Nombres , le Deures
roome , joſué , les juges , Kuh , le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl. 25 de Hulance pour
cette année seulement , & à commencer att 18 Junster
1778 on ne les vendra pas au-dessous de fl 37.10.
Philofophie de laNature, 8vo. 6 vol. fig. 1777
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Poëſies Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f1 : -
MARC - MICHEL REY Libraire àà AAmmsstteerrddaamm ,, &&
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches , à f 72 - : - : de Hollande.
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à
/ 8-8- : les XIV parties qui compoſent l'année.
On trouve chez lui L'Enycclopédie , fol. 28 Vol. Içavoir
XVII de Diſcours & XI de planches ; édition de Geneve
conforme à celle de Paris.
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15-:
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé ſur la Morale
8vo I Vol. à f1-10- :
Principes de la Légiflation Univerſelle en 2 vol. 8.f3- : -
Dictionnaire raiſonné d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foſſe, 8vo. 2 vol. 1775.
àf 4 - : -
Poësie del signor abbate Pietro Metalasio , 8vo. 10 vol.
1767 1763, à f 15- :: le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in-douze a fo - : -:
-
Effai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld ,Traduit du Hollandois. Evo.afi--
Ellai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo. I vol fig. à f 1-10- ;
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame ſur le Corps & du Corps ſur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3 15 :
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , &c. Svo.fi ::
Choix de Chansons miſes en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par .. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mlle. Vendôme. Paris 1773. àf60:.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. IHelvetius , 8vo.
3 vol. 1774. à f 3:15 fols.
Melanges de Priloſophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to 5 vol. fig.-1759-1776.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Seb. Allamand Profeſſeur à teyde. 4to 2 vol avec
XXX Planches en Taille-douce. Amft. 1774. à f 8-
MERCURE
DE FRANCE.
DECEMBRE. 1777.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE SUR L'ORDRE.
Dou Créateur divine eſſence ,
Ordre adinirable , Ordre éternel ,
De ſon éternelle exiſtence ,
Garant fublime & folemnel :
A 3
Ő MERCURE DE FRANCE.
4
Toi qui , gouvernant la matiere ,
Toujours dans la nature entiere ,
Entretiens un ſi bel accord
O ! de tout bien , principe unique ,
Sois de l'Univers politique ,
Et le mobile & le reffort.
Tu fis le bonheur de la Terrę
Dans les premiers jours des Humains
Ce temps fut court : bientôt la guerre
T'arracha le Sceptre des mains.
Alors, vers la voûte céleſte ,
Loin de la diſcorde funeſte ,
Tu t'epvolas avec Themis ,
Enfin , ta Compagne exilée ,
Revient par Louis rappelée;
Suis la dans l'empire des lys.
Revieus , amene en ma Patric
L'inviolabl,e liberté ,
Et l'abondance & l'induſtrie ,
Doux enfans de la sûreté:
Que ton éclatante lumiere
Faſſe rentrer dans la pouſſiere ,
L'ignorance & les préjugés ;
Bannis l'eſclavage & la crainte ,
Le deſpotiſme & la contrainte ;
Parois , nos deſtins font changés
م
DECEMBRE. 1777.
Je vois déjà l'Agriculture
Lever un front plus radieux ,
Et forçant l'avare Nature ,
Doubler ſes tréſors précieux.
Le Commerce étendant ſes alles ,
Va , de ces richeſſes nouvelles ,
Nourrir cent Royaumes divers ;
Et déſormais , libre en ſa courſe ,
Ne fait du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Qu'une famille en l'Univers.
Par - tout , & prodige admirable !
Avec les préſens de Cérès ,
D'Humains une foule innombrable ;
Germe au milieu de nos guérêts.
Heureux produit de l'abondance ,
Une facile fubſiſtance ,
Eſt le juſte prix des travaux ;
Toute richeſſe eſt aſſurée ,
Et la propriété ſacrée
Ne craint plus d'attentats nouveaux
Ordre divin , de tes miracles
Ce ne ſont- là que les effais;
Triomphe de tous les obſtacles ;
Nous verrons de plus grands ſuccès.
Malgré la bleſſure profonde T 5
A 4
8 MERCURE DE FRANCE.
Que le vieux Corrupteur du Monde ,
L'affreux luxe a faite à nos moeurs ,
Tu peux les faire encor renaître ;
L'honneur n'attend pour reparaître
Que tes regards reſtaurateurs.
Commande , tout change de face ;
Les rangs ne ſont plus confondus ,
Et la vertu reprend la place
Et les honneurs qui lui ſont dus.
De l'innocent , ſacré refuge ,
Un ſeul Tribunal eſt le Juge
Des droits de la Société :
Et la Loi , d'un glaive arbitraire ,
Contre un coupable imaginaire ,
N'arine plus la cupidité.
4
La paix conſtante , univerſelle,
Ceſſe d'être une illuſion ;
L'état dans ſon ſein ne recele
Ni trouble ni diviſion.
Les Sujets , dans leur fort profpere ,
Regardent leur Roi comme un pere ;
Et l'heureux Monarque , à son tour ,
N'a pas besoin que la Puiſſance
Contienne dans l'obéiſſance
Un peuple enchaîné par l'Amour.
DECEMBRE. و . 1777
१ L'impôt , par un canal unique ,
Dont Cybelle a l'urne en ſa main ,
'Sans perte ni détour oblique ,
Roule & parvient au Souverain.
Fermez - vous routes indirectes ;
Je vois des breches trop ſuſpectes ,
Altérer fon cours languiſſant ;
Tari dans cette voie obſcure ,
Il n'apporte à ſon embouchure
Que nos pleurs & que notre fang.
1
Fuis , fuis , Vampire inſatiable ,
Dont la vie eſt un attentat ;
Toi qui , dans l'ombre favorable ,
Pompe tout le ſuc de l'Etat;
Le jour renaft , la nuit s'efface :
L'ordre lumineux qui te chaſſe ,
A dévoilé tous tes forfaits ;
La France aſſez fut ta victime ;
Au fond de l'infernal abyme ,
Rentre pour n'en ſortir jamais.
Mais quels rugiſſemens horribles
Rempliſſent mon ame d'effroi !
Ciel ! combien d'ennemis terribles
Le monſtre excite contre toi !
Sous tes pas , Ordre pacifique ,
A 5
T
L
Io MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt vil , l'intrigue oblique ,
Tendent mille pieges ſecrets;
Et la rapine plus puiſſante ,
Dreſſant ſa tête menaçante ,
Ofe retarder tes progrès,
Pourras - tu de tant d'adverſaires,
Soutenir les nombreux combats ,
Et franchir toutes des barrieres
Que l'on t'oppoſe à chaque pas ?
Oui , j'oſe en former l'eſpérance.
Ma. crainte ceſſe; ſur la France
Un nouvel Aſtre s'eſt montré .
Déjà ſa bienfaiſante aurore,
Du jour brillant qui doit écloſe,
Nous eſt un garant aſſuré.
Louis , en montant à l'Empire ,
Y paroft ainſi que Titus;
Et plus heureux que lui , peut dire
Nuls inſtans n'ont été perdus.
• Cérès , de ſes fers affranchie ;
Themis , en ſes droits rétablie ;
L'Etat d'un tribut diſpenſé ;
Malgré la cabale & l'audace ,
Par- tout la vertu miſe en place ;
C'eſt ainſi qu'il s'eſt annoncé.
-
DECEMBRE. 1777 IC
*
Pourſuis , Monarque jeune & fage ,
Vois tous les coeurs de tes Sujets
Voler ſans ceſſe à ton paſſage ,
Attirés par tant de bienfaits,
Pourſuis , comble notre eſpérance,
Notre amour eſt ta récompenſe :
Quel prix pourroit plus te flatter ?
Mais pour le bien de ton Empire ,
Quelque ſoit l'ardeur qui t'inſpire ,
L'Ordre ſeul peut l'exécuter.
Crois en ce Miniſtre fidele,
Que la voix publique a nommé ,
Et qui joint aux tranſports du zele;
Le talent le plus consommé.
Ton vaiſſeau , tout prêt du naufraga ,
Erroit, au milieu de l'orage;
Tu viens enfin de l'en charger.
Sois sûr de ſon expérience;
Il doit avoir ta confiance ;
Qui pourroit mieux le diriger ?
Digne & prudent dépoſitaire
Dn pouvoir de ton Souverain,"
Le bonheur de la France entiero
Réſide aujourd'hui dans ta main.
Avec Louis , fais regner l'Ordre ;
↓
12 MERCURE DE FRANCE.
Par les cris confus du déſordre ,
*** , ne fois point arrêté ;
Ne vois dans ta noble carriere
Que le grand bien que tu peux faire ,
L'honneur & la poſtérité.
MIROIR A L'USAGE DES FEMMES(*).
DANS un appartement inacceſſible à l'air ,
Mes pieds ſur des chenets où pétille un feu clair ,
Et dans un bon fauteuil nonchalamment affiſe ,
Mon eſprit a choifi gaieté pour ſa deviſe.
μ
Je me ris de Philis , dont le vaſte contour
Ombrage pleinement tous les lieux d'alentour ,
Et qui , prête à mugir au ſeul mot de tendreſſe ,
Commence à ſoixante ans le métier de Lucrece.
Je me ris de Thisbe, qui , peu ſavante en l'art
De cacher les Amans qu'elle traine à ſon char ,
(*) Je n'ai suivi dans ces Portraits , que les caprices
de mon imagination . Les ressemblances , si l'on en trouve,
feront donc l'effet du hasard ; & les applications, fi
L'on en fait , un jeu de la malignité.
(Note de l'Auteur ).
DECEMBRE. 1777. .13
De ſon lugubre époux bravant l'humeur ſévere ,
Lui donne des enfans dont il ſe croit le pere.
Je me ris de Pauline au teint enluminé,
Dont le buſte difforme en cylindre tourné,
Et qui , fille trottant ſur le pavé des rues ,
Se plaint de ne trouver que des moeurs corrompues.
Je me ris d'Aglat , qui , le verre à la main ,
Voudroit argumenter contre le gente humain ;
Et qui , pour l'ordinaire , après quelques raſades ;
Par degrés devient tendre , & ſe perd en oeillades .
Je me ris de Zilla , dont le laid composé
Glaceroit de frayeur l'ame du plus ofé, ז
Qui , parmi les amours , s'aviſant de combattre ,
Nous dérobe ſes traits fous des couches de platre ,
Se couvre de pompons , & , ſous cet attirail ;
Peut , au milieu d'un champ , ſervir d'épouvantail.
Je me ris de Fame , qui , cauſtique & peu ſage ,
De mouchoir en hiver ne veut point faire uſage ;
Et ſe ſentant pour elle un penchant décidé ,
Aux yeux peu fatisfaits étale un ſein ride.
Je me ris de Laurette , au regard ſec & rude,
Epilogueuſe infigne & ridicule prude ,
Qui , ſept fois la ſemaine , en des réduits cachés ,
Aux pieds d'un Directeur débite ſes péchés ;)
Et , de retour chez elle , en ſa bruſque manie ,
Déchire à belles dents juſqu'à ſa ſeule amie.
14 MERCURE DE FRANCE.
Je me ris de Florine, au grotesque maintien,
Qui regarde fans voir, parle fans dire rien ,
Et , dans ſes mouvemens , exhale par la chambre
Maintes odeurs , par fois , qui ne fententpas l'ambre.
יד
Je me ris de Daphne, dont les yeux de perdrix
Ont des ſourcils touffus , moite blancs , moitié gris,
Et qui de ſoixante ans bien duement jouiſſante ,
Rétréciſſant la bouche , en accuſe quarante.
Je me ris de Zirphe,dont le ton langeureux
Annonce qu'elle cherche à faire des heureux ;
Et qui le ſoir, Giant ce qui tient à ſaière,
Dépoſe ſes attraits au bord de ſa toilette.
Je me tis d'Olympis, au ſon de voix tremblant ,
Dont un jout un peu vif bleſte l'oeil vacillant ,
Et qui marche toujours , thalade imaginaire ,
L'apolême à la bouche , & la flûre au derriere.
۱
Je me ris d'Emilie , au visage bouff ,
Portant triple menton , toujours prête au défi ,
Et qui de ſes deux poings ſe preſſant les deux hanches ,
Ricanne à tout propos pour montrer des dents blanches
Je me ris de Lindane , à l'esprit tracaffier ,
Qui vante ſes talens à l'Univers entier ,
Et vouant à ſon ſexe une mine infernale,
N'aime que fa perſonne , &n'a point de rivale.
4t DECEMBRE. 17776 15.
Je me ris de Lucine , au caractere faux
Dont chacun ſur ſes doigts calcule les défauts;
Et qui , capricieuſe- & vaine à la folie,
N'a jamais fans fureus fixé femme jolie.
Je me ris de Clarice, au babil importun,
Pompeuſe en des diſcours privés de ſens commun,
Qui , ſe dormant les airs de penſenſe nocturne,
Prononce gravement furle poids de Saturne ,
Et ne brillant au fondque parini des nigauds ,.
N'a jamais fu qu'un cercle à ſes rayons égaux.
Je me ris d'Arachnd, slant les bras font deux cierges ,
Le corps un long fuleau, monté ſur deux afperges ,,
Qui , redoutant le monde & ſe cachant au jour,
Brûle pour fon mari d'un lamentable amour ;
Et pleine de lui ſeul, foit qu'il dorme ou qu'il veille ,
A toujours des ſecrets à lui dire a l'oreille.
Je me ris de Chloé, dont le nez bien ouvert ,
Paroît de fon menton le folide touvert ,
Qui , pour ſouſtraire aux yeux certain paquet convexe ,
Couvre de cent chiffons fa taille circonflexe ;
Et des biens d'ici bas , loin de se détacher ,
Pour gagner un écu ſe feroit écorcher.
Je me ris de Marton , qui ſe croit beauté rare ,
Dont oncite en tout lieu laconduite bifarre ,
Et qui , dans un breland, ſe cavant au plus gros ,
N'a que le mantelet qui lui couvre le dos.
6 MERCURE DE FRANCE.
Je me ris d'Azima , dont la face livide
Peint les perplexités de ſon ame fordide ;
Et qui , dans un taudis , paſſant fort mal ſon temps ,
Fait diete tout l'hiver pour plaider au printemps.
Je ris... Mais telle enfin que pince ma ſatyre ,
A mes dépens auffi ne peut - elle pas rire ?
Si , de mon amour-propre , écartant les rideaux ,
Je voulois fur moi-même exercer mes princeaux ;
Si j'ofois.... Muſe , adieu...' vous ſavez... je ſuis femme ,
Ah ! ce titre funeſte eſt ſeul une Epigramme !
Par Madame de L... à la Chassagne
en Lyonnois.
LE
DECEMBRE. 1777. 17
LE BOURGEOIS DE TOLEDE.
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profc. :
PERSONNAGES.
RODRIGO.
LÉONORE , Niece de Rodrigo.
Don JUAN , Amant de Léonore.
LAZARILLE , Valet de Don Juan.
PADILLA , Servante de Rodrigo.
La Scene est à Tolede , dans la maison
de Rodrigo.
.ا
B
18 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE .
RODRIGO Soul.
Ah ! Seigneur Don Juan , vous ne
vous contentez point d'aimer ma niece ,
& de la détourner du parti que je me
propoſe de lui donner , vous lui demandez
un rendez- vous pour l'engager à ſe
laiſſer enlever.. Courage ! cela ne va pas
mal ; heureuſement que votre poulet eſt
tombé dans mes mains... Il me vient une
idée... Oui... cela ſera plaifant... Ah ! je
verrai.... vous verrez... Padilla !.... Je me
réjouis d'avance.... Padilla! ... Je vous la
garde bonne... Padilla ! ... Padilla ! ...
SCENE II.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA Eſt bien ? Eh bien? Ne
criez pas fi fort, Seigneur Rodrigo, je
ne fuis pas fourde.
DECEMBRE. 1777. 19
RODRIGO. Pourquoi ne venez - vous
pas tout de ſuite quand je vous appelle ?
.: PADRILLA. Falloit - il laiſſer brûler
mon boeuf à la mode ?
RODRIGO Vous avez bien fait.
PADILLA. Que voulez - vous ?
RODRIGO . Ah ! ma chere Padilla ,
il y a bien des nouvelles: vous connoisfez
Don Juan ?
PADILLA. Je l'ai vu naître. 1
RODRIGO. Il aime Léonore.
PADILLA Je le fais.
RODRIGO Il cherche à l'enlever.
PADILLA. Cela eſt vrai.
:
RODRIGO. Comment ? vous ſavez
tout cela , & vous ne m'en dites rien ?
PADILLA. Vous ne me donnez pas le
temps de parler. ?
• RODRIGO, Eh ! qui vous a rendu ſi
Tavante ?
PADILLA. Don Juan lui-même.
RODRIGO. Et vous ne lui avez point
arraché les yeux ;
PADILLA. Ce n'auroit pas été le mo-
B 2
৩০ MERCURE DE FRANCE.
うyen de ſavoir ce qu'il penſe , & de pouvoir
s'oppofer à ſes deſſeins , au lieu
qu'en les lui faiſant avouer ſous le prétexte
de le ſervir...
RODRIGO. Je crois que vous avez
raifon.
PADILLA , & part. Il mord à l'hame-
'çon ; je le tiens.
RODRIGO. Padilla , j'ai toute confiance
en vous ; il faut que vous m'aidiez
à écarter cet intriguant dont je veux abfolument
me débarraffer.
PADILLA, De quoi s'agit- il?
RODRIGO Il faudroit l'aller trouver..
PADILLA. Don Juan ?
: RODRIGO. Lui-même , & lui dire de
la part de Léonore qu'elle conſent à le
recevoir...
PADILLA. Comment ? vous l'expoferiez...
RODRIGO . Un moment , un moment
; vous ne me donnez pas le temps
m'expliquer.
PADILLA. Mais il viendra donc ici ?
* RODRIGO. Sans doute.
DECEMBRE . 1777. 21
PADILLA. Il entretiendra Léonore?
RODRIGO Oui & non.
PADILLA Je ne vous comprends pas.
RODRIGO . Eh ! comment voulez - vous
que je me faſſe entendre , vous bavardez
toujours
PADILLA. Je me tais.
RODRIGO. Je veux tenir la place de
Léonore.
PADILLA. Vous.
RODRIGO . Moi.
PADILLA. Et vous croyez qu'il prendra
le change ?
RODRIGO. Si je le crois ?
PADILLA , à part. Bon ! il ne m'és
chappera pas. i
RODRIGO. Je me déguiſerai ſous les
habits de Léonore , & j'aurai ſoin de me
couvrir d'un voile.
PADILLA. Et s'il vient à le lever,
adieu le ſtratagème.
RODRIGO. J'y mettrai bon ordre ; il
ne ſera reçu qu'à condition de ne point
enfreindre la loi que je lui impoſerai.
B3
12 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. A la bonne heure. (A part).
Je te jouerai un tour de ma façon. :
RODRIGO . Si vous voulez me feconder
comme il faut , j'augmenterai vos gages
à la fin de l'année. :
PADILLA, à part. Peſte! (Haut). Ce
n'eſt pas l'intérêt qui me conduit; car
Don Juan m'a propoſé de me faire ma
fortune.
RODRIGO. Le dangereux ſéducteur ! ..
Je tremble.. ,
:
PADILLA. Raſſurez - vous ; ſi j'avois
accepté ſes offres.... mais je vous fuis attachée
, & j'aime mieux vous ſervir pou
rien , que de favorifer fon amour , quelle
que récompenſe que je puiſſe en attendre.
RODRIGO Voilà ce qui s'appelle une
ame vraiment grande : je ne vous oublierai
point ſur mon teftament.
PADILLA. Grand merci.
RODRIGO. Mais n'allez-pas me trahir
au moins.
PADILLA Je le voudrois que je ne
le pourrois pas : vous êtes ſi pénétrant !
RODRIGO. Il eſt vrai que je n'en fais
: ی
:
DECEMBRE. 1777. 23
pas mal long.... Ah ! çà , je vous charge
d'aller trouver Don Juan.
PADILLA. Laiſſez-moi faire; je conduirai
bien ma barque. Allez toujours
vous préparer à jouer votre rôle ; quand
j'aurai fini , j'irai vous habiller.
RODRIGO . C'eſt bon... vous n'oublirez
pas de lui dire...
PADILLA. Eh ! mon Dieu! allez toujours
, & ne vous inquiétez de rien. (Il
fort)
SCENE III.
PADILLA feule.
י
T
Le vieux Penard! il a recours àmoi
pour favoriſer ſes ladreries; il eſt bien
tombé ; je lui ferai voir du pays. Don
Juan fait payer; il mérite bien la préférence....
Mais il faut que je lui donne
avis de tout ce qui ſe paſſe ... Je l'apperçois
; Lazarille eſt avec lui ; nous allons
concerter tous nos arrangemens! ١٠
B4
24 MERCURE DE FRANCE.
SCENE IV.
Don Juan , PADILLA , LAZARILLE .
Don JUAN. On vient de me dire , ma
chere Padilla , que notre jaloux eſt dehors
; puis- je voir Léonore , &...
PADILLA. Le Seigneur Rodrigo eſt
ici ; mais cela ne fait rien, vous pouvez
entrer.
Don JUAN. Et s'il m'apperçoit...
LAZARILLE. Il n'entendroit peut être
pas raiſon , ni nous non plus ; de forte
que nous ne l'entendrions ni les uns ni les
autres , & puis que...
Don JUAN. Tu ne fais ce que tu dis ,
tais - toi.
PADILLA. Cela ne fait rien... J'ai bien
des nouvelles à vous apprendre ; mais
nous ne pouvons pas nous entretenir ici
en liberté ; allez m'attendre à quelques
pas , je ne vais pas tarder à vous rejoindre.
Don JUAN. Et Léonore...
PADILLA. Vous ne la pouvez point
voir actuellement , vous gâteriez tout ;
"
DECEMBRE. 1777. 25
1
mais ſuivez mes conſeils , & vous vous
en trouverez bien .
Don JUAN. Je m'abandonne à tes
foins .
LAZARILLE. Adieu , Padilla.'
PADILLA. Adieu , adieu. (Ilsfortent).
SCENE V.
PADILA ſeule.
Nos affaires vont bien , & le Seigneur
Rodrigo ſera dupe de ſon ſtatagême.....
Il vient, taiſons-nous.
SCENE VI.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA. Comment ? déjà prêt ?
RODRIGO . Eh bien? Padailla , comment
me trouvez - vous habillé ? Mon
traveſtiſſement fait- il illuſion?
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. Vous êtes à ravir, & je
fuis aſſurée que Don Juan ſera votre dupe
, pourvû cependant que vous ne leviez
point votre voile , car votre barbe n'eſt
par faite. Sur- tout , parlez peu , & ménagez
votre voix.
RODRIGO. Ne foyez point en peine ;
ce font mes affaires , &je me conduirai
comme il faut.
PADILLA. Je vais chercher Don Juan ,
& je vous l'amene.
SCENE VII.S ?
RODRIGO feul.
i
C'eſt un grand bonheur d'avoir des
Domeſtiques fideles & furs: on ne peut
trop les payer... Que j'aurai d'obligations
à Padilla ! ... Mais je crois que je ferai
bien de terminer au plutôt ſon mariage
avec le Seigneur Orozimbo ; il la prend
fans dot , & conſent à ne voir mes comptes
qu'après ma mort. Un pareil avantage
n'eſt point à dédaigner ; & quand cela
fera fait, tous les foupirans qui n'en
DECEMBRE. 1777. 27
vouloient qu'à ſon bien, n'auront qu'a
battre en retraite: pour les autres , j'en
fais mon affaire... Mais on vient.. C'eſt
Léonore... La petite maſque !.... Que lui
dire ?
:
دح
SCENE VIII.
LÉONORE , RODRIGO.
:
LÉONORE. Ma Bonne , ma bonne....
Mais répondez-moi donc... Ah ! ah ! vous
avez une de mes robes ?
1 RODRIGO , San'sse retourner. Laiſſezmoi
, jai affaire. 1 .
LÉONORE. Mais , ma Bonne , vous
ne m'avez pas l'air bien occupée. Que
faites - vous done? Pourquoi....
:
RODRIGO de même. Retournez à votre
ouvrage , Mademoiselle; vous favez
bien que votre cher oncle ne veut point
que vous perdiez votre temps.
LÉONORE. C'eſt que je viens vous
demander...
: : :
A
ء
;
1
28 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . de même. Allez vous en.
LÉONORE . Mais , ma Bonne , on diroit
que vous êtes enrouée , ce matin
pourtant...
RODRIGO de même. Qu'est- ce que
cēla vous fait ?
LÉONORE le reconnoiſſant. Ah ! Ciel ! ..
Miféricorde ! .... C'eſt .. vous , mon cher
oncle !
RODRIGO , à part. Voilà tout ce
que je craignois ! Que faire ?
LÉONORE. Eſt - ce que vous allez au
bal ?
RODRIGO. Cela ne vous regarde pas ;
retirez - vous.
LÉONORE . Si vous vouliez m'emmener
avec vous...
RODRIGO. Rentrez là dedans.
LÉONORE . Mais , mon cher oncle .. ;
RODRIGO. Rentrez , vous dis - je , &
ne répliquez pas.
LÉONORE. Si....
RODRIGO. Allez , allez. (Il la fait
rentrer). ;
:
DECEMRRE . 1777. 29
(
SCENE IX.
RODRIGO feul.
Mais , voyez un peu combien de questions
: mon cher oncle par - ci , mon
cher oncle par-là ; menez-moi au bal !....
Ah ! je l'y menerai , je l'y menerai......
Mais.... je ne me trompe point ; voici
Don Juan: baiſſons notre voile , & contenons
- nous.
SCENE X.
RODRIGO , LAZARILLE. couvert des
habits de Don Juan , PADILLA,
PADILLA bas à Lazarille. Le voilà ;
fonge à l'amuser ; je me charge du reſte.
LAZARILLE de même. Laiſſe - moi
faire.
•
PADILLA. Avancez , Seigneur Don
Juan ; Léonore vous attend avec impa30
MERCURE DE FRANCE.
tience ; profitez du moment où ſon tuteur
eſt ſorti. Je vais faire le guet , &
je vous avertirai s'il revient : adieu.
SCENE ΧΙ.
RODRIGO, LAZARILLE.
LAZARILLE. J'ai donc enfin le bonheur
, ma chere Léonore , de pouvoir
tomber aux genoux de vos tendres appas !
Il m'eſt donc permis de jurer à vos petits
petons que mon coeur amoureux eſt enflammé
ni plus ni moins qu'un tiſon qui
flambe.... Eh bien ? ma Reine , qu'en
penſez - vous ? Vous me paroiſſez triſte ;
eft- ce que vous avez du chagrin ? Allons ,
gai , réjouiſſons - nous..... (Il veut le
faire danser) .
RODRIGO. Ah ! Don Juan , laiſſezmoi.
LAZARILLE. Ah ! vous faites l'enfant;
laiſſez - là toutes ces minauderies :
écartez ce voile importun qui me dérobe
vos divins appas...
4
DECEMBRE. 1777. 31
SCENE XII.
RODRIGO , LAZARILLE , Don JUAN,
PADILLA
LAZARILLE veut lever le voile de Rodrigo
, qui se défend. Pendant cettescene
muette, Padilla fait entrer Don Juan , &
traverſe avec lui le Theatre.
PADILLA à Don Juan. Suivez - moi,
Seigneur Don Juan, &ne craignez rien :
l'oncle eſt en bonnes mains. (Elle entre
avec lui dans l'intérieur de l'appartement de
Rodrigo.)
SCENE XIII.
RODRIGO , LazarILLE.
RODRIGO. Laiſſez-moi, vous dis -je,
ou je me fâcherai.
LAZARILLE. Allons , mon coeur ,
point ce façons.
32 MERCURE DE FRANCE. 1
RODRIGO. Je vais crier.
LAZARILLE. Ah ! mon petit chou ,
vous n'êtes pas fi méchante.
RODRIGO. Eh bien ? tenez-vous tranquille
, & je ne dirai mot.
LAZARILLE. Inhumaine , barbare...
RODRIGO . Au fait : que voulez- vous ?
LAZARILLE. Ce que je veux , cruelle!
& c'eſt vous qui me faites une pareille
queſtion ?
RODRIGO. Finiſſons , je n'ai pas de
temps à perdre.
LAZARILLE Quoi ? Mamour , êtesvous
donc inſenſible à l'ardeur qui....
RODRIGO. Cet entretien m'ennuie ;
je n'ai qu'un mot à vous dire : je ne
vous aime point ; je ne vous aimerai ja
mais , & vous me ferez le plus grand
plaiſir de ne point remettre les pieds ici.
LAZARILLE. Vous voulez donc me
voir mourir ....
RODRIGO. On ne meurt pas à ſi
bon compte.
LAZARILLE. Je vais vous prouver le
contraire.
RODRIGO.
1
4
DECEMBRE. 1777. 39
RODRIGO. Voyons un peu.
LAZARILLE. Vous le voulez abſolument?
RODRIGO . Oui.
LAZARILLE. Vous vous en repentireż.
RODRIGO, Non.
LAZARILLE. Il faut donc vous fatisfaire
.
RODRIGO. Allons vîte.
SCENE XIV.
RODRIGO , LAZARILLE , LÉONORE ,
Don JUAN , PADILLA.
(Pendant que Lazarille fe met en devoir
de tirer son épée , & qu'il fixe , par fes
lazzis , l'attention de Rodrigo, Don Juan
Jort avec Léonnore à qui il donne la main ;
Padilla les fuit )
LÉONORE. Où me conduiſez - vous ?
Don JUAN. Chez ma mere : elle eſt
C
34 MERCURE DE FRANCE.
inſtruite de mon amour , & confent à nous
unir ; ne craignez rien, venez. i
PADILLA, Allons , Mademoiselle , les
momens font précieux , partons. (Ils
Sortent. )
Im
k
SCENE XV.
RODRIGO , LAZARILLE.
LAZARILLE feignant toujours de ne
pouvoir tirer ſon épée. Vous êtes bien heureuſe
que ma bonne épée eſt rouillée ; fans
cela vous verriez beau jeu.
RODRIGO . Cela eſt fâcheux.
LAZARILLE , à part. Ils font partis ?
mon rôle va finir. ( Haut ). Je ſuis dans
une colere ....
RODRIGO . De ne pouvoir me tuer ;
LAZARILLE . Vous n'en méritez pas
la peine.
RODRIGO. Comment ?
LAZARILLE. Tirons le rideau , la farce
eſt jouée ; je te connois beau maſque.
DECEMBRE. 1777. 35
RODRIGO Qu'est - ce à dire ?
LAZARILLE . Allons , Seigneur Rodrigo
, levez ce voile; c'eſt votre Serviteur
Lazarille , confident intime du Seigneur
Don Juan , qui vous en ſupplie.
RODRIGO . Je ſuis trahi! Je ſuis perdu
! Léonore....
LAZARILLE. Elle eſt en lieu de sûreté
; tranquilliſez - vous; bon-ſoir.
RODRIGO . Au voleur , au voleur , je
vais aller Je veux... au ſecours... ..
SCENE XVI & derniere.
Don JUAN , RODRIGO , LAZARILLE .
/
Don JUAN. Raſſurez-vous , Monfieur ,
Léonore n'eſt point perdue; elle eſt chez
ma mere , & je viens vous prier de l'accorder
à mes voeux.
RODRIGO. Je ſuis votre Serviteur ;
elle n'eſt pas pour vous.
Don JUAN. Léonore eſt en mon pouvoir
, & vous êtes trop raiſonnable ,
C2
36 [MERCURE DE FRANCE .
Monfieur , pour vous expoſer à des déſagrémens
que je ferois au déſeſpoir de
vous caufer. Léonore m'aime ; & pour
vous engager à me la céder ſans répugnance
, je fuis riche affez ; je la prends
fans dot , & je vous diſpenſe de tout
compte.
RODRIGO. Un moment ; cela mérite
conſidération.
Don JUAN. Prenez d'autres habits , &
rendez- vous chez ma mere , où nous conclurons
à l'amiable.
RODRIGO . Vous êtes preſſant.
LAZARILLE. Croyez - moi , Seigneur
Rodrigo , point de réflexions ; faites les
choſes de bonne grace.
RODRIGO. Allons , je le veux bien.
Don JUAN. Ah ! Monfieur , vous comblez
mes voeux les plus chers , & je ne
puis trop vous témoigner la réconnoiſſance
dont je ſuis pénétré.
LAZARILLE. Vous aurez tout le temps
de vous en occuper. Paſſons de l'autre
côté , Seigneur Rodrigo , je veux vous
ſervir de femme - de- Chambre : croyez- - :
DECEMBRE. 1777. 37
moi , papa , renoncez aux fineſſes , &
vivez tout rondement. Sur - tout , fouvenez
- vous bien que fin contre fin n'est
pas bon à faire doublure.
Par M. Willemain d'Abancourt .
L'AMOUR DE LA GLOIRE ,
:
EPITRE à M. de L* H*** , de
: ८ .. l'Académie Françoise.
LE
Iminenfum , gloria , Calcas habet.
! 1 OVID.
E vice auroit fans doute infecté les Mortels ,
Si le monde aux vertus n'eût promis des Autels ;
Quelque talent qu'on ait, je crois que le mérite
Par la gloire , la H*** , a beſoin qu'on l'excite.
Les Savans n'ont écrit qu'à l'aspect des lauriers ;
La pompe du triomphe enfante les Guerriers.
Ce digne & noble amour , cet amour de la gloire ,
A formé les Héros que nous vante l'Hiſtoire ;
Des Grecs contre l'Afie il a tourné les dards';
Ses mains ont à l'Empire élevé les Céſars ;
Et dans les temps paffés , comme au fiecle où nous ſommes
La Patrie (1 ) ſans lui n'auroit point de grands Hommes.
٤٠٠
(1 ) La Patrie est priſe ici pour la France,
4
ما
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
Rome doit à ſes ſoins ce qu'elle a fait de beau ;
D'Apelles dans Athenes il guida le pinceau ;
C'eſt par lui qu'inſpiré , l'incomparable Homere
D'Achille aux bords du Xante , a chanté la colere.
Il regne avec éclat dans le Palais des Rois ;
Ses feux ſe font ſentir ſous les plus humbles toſts.
La gloire a des faveurs où chacun peut prétendre ,
Le Brun eft dans ſon Temple à côté d'Alexandre.
Mais c'eſt peu d'y courir , il faut encor fonder
Quel est le chemin sûr qui peut nous y guider ?
Tu ſais qu'on y reçoit les Enfans de Bellone ;
Le Peintre & le Graveur y trouvent leur Couronne :
On y voit le Mortel dont la ferme vertu
Sous les pieds de Thémis , tient le vice abattu ;
Et l'on y voit auſſi ceux par qui la Sculpture ,
Sur le Marbre ou l'Airain , anime la Nature :
Mais pour s'y maintenir , de ces talens divers ,
Je crois que le plus sûr eſt le talent des Vers .
Mille Princes dans l'Inde ont porté le tonnerre ;
Leur Trône avec leur nom a péri ſur la terre .
Du temps qui briſe tout , la faulx a mis à bas
Les tableaux de Xeuxis ( 2 ) , les buſtes de Scopas ( 3 )
Les arcs ont disparu , les vaſtes colifées
Ne m'offrent que débris , que voûtes écrafées .
Epheſe de ſon Temple ( 4 ) a vu la triſte fin ;
( 2 ) Fameux Peintre d'Héraclie.
(3 ) Célebre Sculpteur de l'Isle de Paros,
(4) Le Temple de Diane à Ephese , étoit une des Sept
Merveilles du Monde. On avoit été 220 ans à le batir.
DECEMBRE. 1777. 39
Rhodes n'adinire plus fon Coloſſe d'Airain ( 5 ) ;
L'Egypte a vu tomber ſes hautes pyramides ;
Les fiecles ont détruit les bornes des Alcides.
Il n'en eſt pas ainſi des Ouvrages en Vers ;
Ils doivent en durée égaler l'Univers .
:
Virgile orne les champs ; & du Tibre à l'Euphrate ,
On entend fes pipeaux , & ſa trompette éclate.
Les Vers galans d'Ovide ont toujours leur beauté ;
L'oubli ne cache point ce qu'Homere a chanté .
Racine , Crébillon , Boileau , Rouffeau , Corneille
Toutes les Provinces de l'Asie y avoient contribué pendant
200 ans. On admiroit les Tableaux excellens , les belles
Statues qui décoroient ce Temple , & fur - tout 127 colonnes
qui étoient des monumens de la magnificence d'au-.
tant de Rois. Erostrate Ephesien , voulant faire parler
de lui , & ne pouvant ou ne voulant point s'immortaliser
par quelque belle action , brilla ce Temple , le jour même
qu'Alexandre - le - Grand naquit en Macédoine.. Ce fut le
6e jour de fuillet , l'an du Monde 1693.
(5 ) Le Coloſſe de Rhodes étoit une Statue d'Airain ,
qui représentoit un homme d'une grandeur prodigieuse.
Elle étoit placée debout fur deux tours qui défendoient
l'entrée du Port de l'Ile de Rhodes. Les plus grands
mats des vaisseaux paſſoient librement entre les jambes de
cette Statue. Elle avoit cent vingt pieds de haut. Un
Marchand Juif en acheta les débris , & en chargea neuf
cents chameaux. Cette Statue étoit aussi une des sept
Merveilles du Monde.
C4
40 MERCURE DE FRANCE .
Et Greſſet , dont la voix a charmé notre oreille ,
Dont le nom , du Midi jusqu'à l'Ourte , eſt vanté , :
Ne doivent qu'à leurs Vers leur immortalité.
:Apollon vit toujours . La gloire du Parnaſſe
Ne trouvera jamais une nuit qui l'efface.
Quelques - uns qu'avec toi le Public peut compter ,
Sur cette double came ont l'honneur de monter ;
C'eſt un feu tout divin qui t'embraſe & m'étonne ;
Ce feu ne s'acquiert point , c'eſt le Ciel qui le donne.
Quand tu veux l'augmenter , pour modeles certains
Tu ſuis dans tous tes plans les Grecs & les Latins ;
Mais tu n'as pas pour eux des reſpects trop timides ;
On peut les égaler... Ils ne font que nos guides.
Tout'n'a pas été dit , & fans trop 'nous: Hatter ,
La France a dès - long - temps la gloire d'inventer.
Sur le Pinde où l'on voit des palmes toutes prêtes ,
Nos Auteurs ont en foule étendu leurs conquêtes.
Là , font des vaſtes champs qu'aucun n'a pu borner ;
D'autres , même après nous , y viendront moitionner.
Mais , qui veut y briller , que lui- même cenfure
Ses Vers qui paſſeront à la race future ?
On nous condamne envain... Ce n'eſt point vanité
De vouloir plaire un jour à la poſtérité.
Notre eſprit ne produit que de foibles Ouvrages ,
Si du juſte avenir il n'attend les fuffrages.
Voilà ce qui forma les Grecs & les Romains ,
:- : 1
Je mépriſe & je hais l'Ecrivain mercenaire ,
Qui degrade fon fiecle en vivant pour lui plaire ,
DECEMBRE. 1777 . 41
Qui , conſacrant ſa plume à la frivolité ,
Pour briller un inſtant , perd l'immortalité.
Je mépriſe encor plus ces Muſes avilies ,
Qui , dépenſant leur ame en de froides faillies ,
Transforment en Héros un ignorant Créſus ,
Et ne font point de cas des talens d'un Irus.
Quelle erreur ! Quel orgueil !.... Ce n'eſt pas leur fuffrage
Qui peut faire à jamais l'éloge d'un Ouvrage.
C'eſt celui du Public... La H** , ... il eſt flatteur ,
Et lui ſeul nous éleve au faite de l'honneur.
!
Pour toi dont le génie & l'amour de la gloire
T'ont ouvert une porte au Temple de Mémoire ,
Tu deviens immortel... Tes diſcours & tes chants;
Vont ſurvivre à ta cendre & triompher des ans.
;
Par M. Abbé Amphoux de Marseille , Aumonier
des Galeres du Roi , & Auteur de plusieurs
Ouvrages de Profe & de Poésie.
CS
42 4. MERCURE DE FRANCE.
:
EGLOGUES DE POPE , mises en
Vers , dédiées à M. d'Aine , Intendant
de Limoges.
MON Protecteur ! mon appui,
Tu ne peux dédaigner l'hommage
Que t'offre ma Muſe aujourd'hui :
C'eſt ton bien , c'eſt ton propre ouvrage ;
Il t'appartient , je te le dois .
A l'ombre d'un nom plus infigne ,
Pouvois - je mettre mon hautbois ?
Et quel Mécene étoit plus digne
De fixer mes voeux & mon choix ?
d'Aine , mon ſujet te déſigne ;
Et fur mes Vers tes juſtes droits
Sont dans ta Proſe à chaque ligne.
Avoue & reconnois ce fruit
Que le Britannique rivage ,
Sous la main de Pope , a produit .
Et que ta plume , en ton jeune âge ,
A , dans nos climats , introduit ( 1 ) .
Vois encore avec complaiſance ,
Cet enfant d'Albion natif ,
Et dont , pour l'honneur de la France ,
;
(1 ) M. D'Aine traduisit à vingt ans , les quatre Sai-
Sons que Pope avoit composées à jeize ans.
DECEMBRE. 1777 . 43
Tu te rendis pere adoptif.
Il tient de toi cette élégance ,
Ces graces , ce ton fi naïf
Que dans notre langue il exprime.
Revêtu de mille agrémens ,
Il lui manquoit ceux de la rime ;
Avec ces nouveaux ornemens ,
Il oſe à tes regards paroftre ;
Ce vernis qu'il doit à mes ſoins ,
Eu maſquant trop fon air champêtre ,
Lui fiera - t - il peut - être moins :
Mais pourrois- tu le méconnoître
Sous le fard dont je l'ai paré ?
Dès que ton ame en lui reſpire ,
Fût - il un peu défiguré ,
Ton amour ne peut l'éconduire.
Ce ſeul eſpoir m'a raſſuré.
Far M. L*** de Limoges.
PREMIERE ÉLOGUE.
LE PRINTEMS.
P
A M. le Chevalier Trumbal.
RÈS de cette fontaine , en ce bois , ſous ces hétres ,
J'eſſairai le premier quelques chansons champêtres :
J'oferai , du Dieu Pan , éleve jeune encor ,
Jouer, ſa flûte en main , aux plaines de Windfor.
44 MERCURE DE FRANCE,
Daigne , belle Tamiſe, au fortir de ta ſource ,
Interrompre un moment ou ralentir ta courſe.
Les Muſes de Sicile aſſiſes ſur tes bords ,
Y portent aujourd'hui leurs ruſtiques accords.
Doux Zéphirs , agitez le roſeau fur ces rives .
Montagnes , à mes fons , rendez-vous attentives.
i
4
Toi , Philoſophe aimable , ami vrai , cher Trumbal (2) ,
Qui , des vaines grandeurs , fuyant l'écueil fatal,
D'un oeil ſtoïque as vu leur éclat éphémere ,
:
14
Dans ta retraite encor plus grand qu'au Miniſtere ( 3 ) ,
Permets qu'enfiant ici ſes frèles chalumeaux ,
Ma Muſe , par ſes chants , réveille ces côteaux ,
Jusqu'au temps où tu dois , d'une ennuyeuſe abſence ,
Confoler ces beaux lieux qui t'ont donné naiſſance,
Et de ta lyre ici , rapportant les accords ,
De nos tendres Bergers ranimer les tranſports.
Ainſi , quand Philomele abſente du boccage ,
En repos dans l'Automne , interrompt fon ramage ;
Le gai Pinſon y vient faire entendre ſes airs :
Mais recommence-t- elle au Printemps fes concerts
Le Pinſon en filence , applaudiſſant de l'afle ,
Avec tous les oiſeaux , écoute fon modele.
(2) Il fut Secrétaire d'Etat fous Guillaume III. Après
fire demis de ce poſte , il se retira à Windsor où it
stoit né.
(3) Si l'Angleterre vit autrefois l'original de ce Portrait
, on peut dire que la France en a vu de nosjours
la parfuite copie.
ة ب
DECEMBRE. 1777. 45
Des perles de roſée , éparſes au matin ,
Argentoient les vallons ; l'Aurore , au front ſerein ,
Commençoit à rougir la cime des montagnes ,
Les ombres de la nuit fuyoient loin des Campagnes.
Par l'Amour & la Muſe , arrachés au fomineil ,
Deux Bergers devançant le retour du Soleil ,
La houlette à la main , dans les vertes prairies ,
Conduiſoient le troupeau de leurs brebis chéries ,
Plus vermeils que la roſe , & frais comme zephirs ,
Couple exempt de ſoucis , au sein des doux loiſirs ,
Daphnis & Lycidas , qu'un même objet raſſemble ,
Par ces tendres diſcours , s'entretenoient enſemble.
DAPHNI S.
Entends tu , Berger , ces oiſeaux
Voltigeant ſur la branche , à travers le feuillage
La gaieté de leurs chants nouveaux ,
Eſt pour nous d'un beau jour , l'agréable préſage.
Ani , comment nous taiſons - nous ,
Quand le Linot gazouille & le Roſſignol chante ,
Prompts , par les accens les plus doux ,
A faluer en choeur la ſaiſon renaiſſante ;
Refterions - nous sombres , sêveurs ,
Quand Phosphore répand une clarté ſi pure ,
Et que les riantes couleurs
Du pourpre & de l'azur égayent la nature ?
LYCIDAS.
Chantons ; le témoin de nos chants ,
Damon les jugera ; qu'adis , il nous écoute,
1
1
46 MERCURE DE FRANCE.
!
Tandis que là - bas , dans ces champs ,
Les boeufs trafnent le foc fur leur pénible route ;
Que fur ces tapis verdoyans
La violette naît à nos regards offerte ,
Et que les zéphirs voltigeans
Careffent le bouton de la roſe entrouverte.
Vous voyez l'agneau qui s'ébat
Le long de ce ruiſſeau qui lui peint fon image :
Je l'offre pour prix du combat ,
Vous le gagnez , Daphnis , ſi je perds l'avantage.
D A P H N I S.
-
Moi , je mets en gage à mon tour
Ce chef-d'oeuvre brillant , cette coupe enchantée.
Voyez comme il regne à l'entour
Une vigne au - dehors par l'art repréſentée ;
Les grappes courhant ſes rameaux ,
Que mollement embraſſe une chaîne de lierre ;
Et dans ces reliefs ſi beaux ,
Admirez les Saiſons , leur marche réguliere ,
Ce cercle environnant les Cieux ,
Où douze Signes mis à leur place preſcrite ,
Figurent les différens lieux
Qu'en fon cours aunuel le Dieu du jour viſite.
DAMON.
Oui , chantez tour-à-tour : ces jeux & ces combats ,
Pour les Nymphes du Pinde , ont les plus doux appas.
A rajeunir ces lieux la Nature travaille ,
L'épine refleurit & le gazon s'émaille.
DECEMBRE. 1777. 47
De feuillages naiſſans les arbres font couverts :
Nos boſquets font plus beaux & nos prés ſont plus verds.
Commencez , les échos du fond de leurs retraites
S'apprêtent à repondre aux fons de vos muſettes.
د
LLYCI DA S.
:
Toi qui ſus inſpirer & Granville & Wallers ,
Sois favorable & ma priere.
Apollon , Dieu du Pinde , inſpire moi des airs
Dignes de l'aimable Glycere.
Je promets , je dévoue à tes Autels chéris ,
Ce taureau plus blanc que l'albâtre ,
Menaçant de la corne , & dans ſes bonds hardis ,
Toujours fier & toujours folâtre.
DAPHNI s.
Amour , c'eſt à toi ſeul que j'adreſſe mes voeux ,
Pour chanter Sylvie & fa gloire .
Dorine à ma foible voix les attraits qu'ont ſes yeux ,
Tu m'aſſureras la victoire .
Pour reconnoitre , hélas ! cette infigne faveur ,
Je n'ai ni taureau ni géniſſe.
Que t'offrirai - je , amour ? tout mon bien , c'eſt mon coeur.
Je te l'immole en facrifice.
:
48 MERCURE DE FRANCE.
LYCIDAS.
L agaçante Glycere , une pomme à la main ,
La lance , & m'atteint à l'épaule.
Je me tourne , je cherche , elle , avec ſon air in ,
Court ſe cacher derriere un ſaule (1 ).
Mon embarras l'amuſe : elle s'arrête , & rit .
Ahl ce rire affecté me prouve
Qu'en fon coeur le plaifir furpaſſe le dépit ,
De voir que ſon Berger la trouve.
DAPHNI S.
La fölátre Sylvie , en careſſant ſon chien
Seulette à l'ombre ſe promene.
Je parois , elle fuit. La friponne fait bien
Ou ce badinage nous mene.
Elle lance une oeillade au Berger qui la ſuit.
Que ſes yeux démentent ſa fuite !
Si la pudeur la hate , amour la rallentit.
Qui veut être atteint court moins vite ?
LYCIDAS.
(1 ) L'Auteur a substitué cette idée de Virgile à celle
de Pope. C'est la seule liberté qu'il se foit permise dans
Fimitation de fon modele.
1
DECEMBRE. 1777. 49
: LYCIDAS.
Que l'orgueilleux Pactole étale ſur ſes bords ,
De ſes ſables dorés l'éclatante richeſſe ;
1.
Et qu'aux rives du Po , fécondes en tréſors ,
Des arbres entr'ouverts l'ambre coule fans ceſſe.
Rien n'eſt égal , Tamiſe , aux attraits que tu vois ;
Mon tréſor , mon bonheur... ils ſont ſur tes rivages ;
J'habite ici le Ciel... Sans chercher d'autres bois
Reſtez , mes chers moutons , paiſſez ſous ces ombrages.
DAPHNI S.
,
Cérès chérit Hybla , Diane aime Cynthus ,
Vénus quitte les Cieux pour les bois d'Idalie.
Les Déeſſes , les Dieux dégoûtés d'Ambroiſie ,
Aux vallons de Tempé ſont par fois defcendus.
Si les bois de Windfor plaiſent à ma Bergere ,
Tempé , Cynthus , Hybla , l'Olympe avec ſa Cour ,
A ces lieux enchantés n'ont rien que je préfere.
Windsor eſt pour mon coeur le Temple de l'Amour,
1.
LYCIDAS.
Qu'un léger ſouci vienne affecter ma Glycere.
Le Ciel enveloppé ſoudain ſe fond en eaux ;
D
50 MERCURE DE FRANCE.
Un noir voile s'étend ſur la nature entiere ,
L'ordeau morne & caché ſe tait fous les rameaux.
Les languiſſantes fleurs refferrent leur calice.
Mais Glycere fourit l'éclat revient aux fleurs ,
D'un plus brillent azur l'horiſon ſe tapiffe ,
Et les joyeux oifedux recommencent leurs chours.
DAPHNI S.
Du Printemps l'Univers éprouve l'influence ;
Les grottes dans leur fein nourriffent la fratcheun
Du Soleil en tout lieu l'agiſſante puiſſance ,
Efconde nos guérêts par la douce chaleur.
Quand Sylvie a fouri , la Campagne ſurpriſe
D'un éclat tout nouveau voir reſplendir ſes biens.
La nature vaincue en vains efforts s'épuise ,
Les charmes de Sylvie effacent tous les ſigns.
LYCIDAS.
Je cherche au Printemps les Campagnes ;
Les plaines , le matin, fur le midi , les bois .
Jarme en Automne les montagnes.
:
La ſaiſon , le jour , l'heure , ainſi changent mon choix
Mais par - tout & toujours Glycere
Fise mes vous conftans, Quand elle diſparast ,
DECEMBRE. 1777: 54
Je n'aime plus rien ſur la terre ,
es bois , la plaine, tout m'attriste & me déplatt,
DAPH N 1 S.
Sylvie a la fiatcheur de Flore : :
De l'Eté , de l'Automne , elle aſſemble les traith,
1
Son teint plus vermeil que l'aurore ,
Al'éclat du midi , du matin les attraits.
.!
Quand elle quitte ces rivages ,
11.
Le Printemps à mes yeux perd tous ſes agrémenss
Mais revient - elle à nos bocages .
Toute l'année alors eſt pour moi le Printemps.
1
1 LicCiIDDA S.
Je ne te fais , Berger , qu'une demande; écoute?
Si tu peux m'expliquer dans quels lieux révérés ,
Quel arbre ( 1 ) dans ſon ſein porte des Rois facres,
Sylvie & toi ferez vainqueurs fans aucun doute.
DAPHNI s.
Er moi , Berger , j'attache un plus glorieux pris
Au mot de mon énigme : il tient à ta réponſe;
(1 ) Allusion au chene dans lequel se cache Charles
I!, après la Bataille de Worchester.
:
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
1
:
Dis où naît le chardon ( 1 ) qui le diſpute aux lys
Ma Sylvie elle - meine eſt à toi , j'y renonce.
DAMO N.
Allons , den eſt aſſez , terminez vos combats ,
Vous avez tous les deux mêmes droits à la gloire.
▲ Daphnis eſt l'Agneau , la Coupe à Lycidas.
Je vous donne à chacun le prix de la victoire.
Qu'il eſt beau votre fort , couple heureux de Bergers !
Vous aimez , vous chantez ſur vos pipeaux légers ,
Les graces, les appas des Nymphes les plus belles ,
Dignes de votre encens comme de votre amour.
Quel est votre bonheur , Nymphes , à votre tour ,
Vous que chantent ſi bien des Bergers ſi fideles ?
Levons - nous maintenant , courons ſous ces ormeaux
Ou ſous le chevrefeuille , ombrageant ces berceaux
De iapluie au Printemps , par le Sud amenée ,
Nous ferons à couvert ſous l'épaiſſe ramée.
Entourés du parfum des roſes , des lilas ,
Nous prendrons ſur l'herbette un champêtre repas.
Fuyons ; déja je vois que les troupeaux timides,
:
:
;
(1 ) Alluſion à l'Ordre du Chardon ou de la Rue ,
autrement dit S. André , institué par Achaïus , Roi d'Es
cofe , qui vivoit du temps de Charlemagne.
DECEMBRE. 1777. 53
Pour ſe mettre à l'abri des pleïades humides ,
Se raſſemblent , & vont , au fortir des vallons ,
Se tapir ſous le toft des plus prochains buiſſons .
Par le méme.
IMPROMPTU.
A Mlle*** , qui m'accuſoit d'un vol.
Si je fuis criminel , mon crime elt votre ouvrage ;
De vos leçons j'étois épris;
Vos yeux impunement ont fait tant de ravage,
Que j'ai cru le larcin permis .
م ت
:
Par M. Pasqueau &Auxerre.
:
D3
54. Mercure de France...
: AIR
Legerementsans vitesse.
Majeur. Cruel en =
fant,perfide a--- mour, c'est-
:trop lan-guir dans les__cla= : "
1
=va -ge; au près d'une :
amante vo_la__ge c'est trop de -
Fim
sou--pi---rer un jour.
:
. 55 Décembre
Mineur
Quand on s'en= :
-ga---ge Sous ta loi, on:
W
brule pour une in-fi-de---
--
+
le : et ton
=orrage est d'un coup d'ai =
= le, en Un
+
**
W
mo___ment :
détruit par
D.C.
toi .
56 MERCURE DE FRANCE .
-
N. B. Plusieurs Gens de Lettres dis
ne ,
tingués , ont promis, pour l'année prochaide
nous quvrir leurs PPoorrttee -feuilles ,
& d'enrichir ce Fournal de morceaux agréables.
M. d'Arnaud veut bien commencer à
leur en donner l'exemple , & doit le continuer.
STRADEL CLLA .
ANECDOTE.
STRADELLA ,
1
TRADELLA , célebre Muſicien, né à
Venife , vers le milieu du denier fiecle ,
joignoit à fon talent diftingué pour la
compoſition , une voix enchantereſſe. Il
faifoit les délices de ſa Patrie ; les meil.
leures "Maiſons ſe diſputoient l'avantage
de le donner pour Maître à leurs en
fans. Une jeune perſonne nommée
Hortensia , d'une ancienne Famille de
Rome , étoit l'Eleve de Stradella qui
profitoit le mieux de ſes leçons. Ileſt
vrai que la nature avoit devancé l'habile
Muſicien. Outre d'heureuſes dis-
:
DECEMBRE. 1777. 57
poſitions pour le chant , elle avoit prodigué
à Hortenſia ſes bienfaits; ſa beauté
ſeule eût fuffi pour lui attirer tous les
hommages. Un noble Vénitien en étoit
devenu éperduement amoureux : il alloit
lui offrir ſa main & une fortune éclatante.
- Le pere d'Hortenſia , que nous appel-
Terons Monteïo, avoit reçu avidement
les propoſitions de ce mariage. Peu
Tiche , il enviſageoit dans cette union
une fource de bonheur pour ſa fille ; car
les parens s'abuſent preſque toujours au
point d'imaginer qu'il n'y a que le rang
& l'opulence qui puiſſent rendre heureux.
Hortenſia étoit bien eloignée de
penſer comme ſon pere : le noble Vénitien
, pour être Sénateur , n'en étoit
pas plus aimable aux regards de la fille
de Montéïo , ſoit qu'il manquât de ces
agrémens qui , dans l'art de plaire , font
les premiers titres , foit qu'elle efit le
coeur prévenu ; ce qu'on peut conjecturer
d'après la ſuite de l'Hiſtoire (*) .
(*) Certe Anecdote eſt tirée de l'Histoire Générale
de la Science & de la Pratique de la Musique , par
Sir JOHN HAWKINS , 5 vol. in-4°. ALondres
, 1776 , &c.
:
:
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
Stradella ſavoit plus qu'enſeigner la
Muſique : il inſpiroit le ſentiment que
ſon chant exprimoit ſi bien. L'homme
de génie a un charme qui n'eſt point
donné aux autres hommes ; il excite ce
puiſſant intérêt, la flamme des paſſions ;
& il n'a pas beſoin de gradations pour
établir ſon empire. Hortenſia l'avoit
reſſenti , cet aſcendant impérieux ; mais
que les tranſports de l'Écoliere étoient
au - deſſous de ceux qui agitoient le
Maître ! Il n'avoit pu voir d'un oeil in.
différent la fille de Montéïo . Il s'étoit
efforcé d'étouffer un penchant qui lui
paroiſſoit indiferet: la raiſon lui parloit
hautement contre cette paſſion naiſſante;
mais l'amour n'eſt pas ſeulement aveugle
, il eſt fourd ; & Stradella étoit venu
à n'entendre que ce qui flattoit une ardeur
auſſi inſenſée que téméraire. Comment
en effet un Muſicien pouvoit-il
eſpérer de plaire à une jeune perſonne de
qualité, nommée déjà l'épouſe d'un Senateur
? Stradella n'enviſageoit point ces
obstacles; il eſt enfin déterminé à faire ſa
déclaration à la belle Hortenſia , dût - il
être puni de ſa hardieſſe. Approchoit - il
fon Ecoliere , le Maître perdoit toute
ſon audace ; il n'avoit plus la force
:
DECEMBRE. 1777. 59
j
d'exécuter ſon projet: il étoit timide,
parce qu'il ai noit. Hortenſia, de ſon cô.
té, néprouvoit pas un moindre embarras.
Ce trouble augmentoit de jour en
jour. Cha que fois qu'elle ſe trouvoit avec
Stradella, ſa "oix devenoit plus incertaine,
plus tremblante. Lui touchoit- il la
main , un friſſon ſubit ſe répandoit dans
fes veines. Venoient - ils à ſe regarder ,
Jeurs regards mouroient l'un ſur l'autre.
Hortenſfia retenoit aifément tout ce que
Stradella lui apprenoit ; & il eſt aſſez inutile
d'obſerver qu'elle préféroit ſes airs à
tous ceux des autres Compoſiteurs.
Le hafard veut qu'un jour aucun témoin
n'aſiſte à la leçon. Hortenſia ne
s'étoit janais montrée plus ſéduisante ;
ſes graces , ſi l'on peut le dire , lui appartenoient
davantage : elle étoit dans ce
ſimple déshabillé du matin, qui n'admet
que peu de parure , & elle reſpiroit encore
cette douce langueur du ſommeil , qui prête
tant de charmes à la beauté. C'étoit
dans la ſaiſon du Printemps , époque de
la nature où tout s'embellit autour de
nous & nous porte à aimer &à le dire.
Stadella faifoit répéter à ſon Écoliere
un de ſes airs qui commençoit par ces
mois is año, & tandis qu'il chantoit ,
:
$
MERCURE DE FRANCE.
:
-
ان
ſes yeux s'attachoient fur ceux d'Hortenfia.
L'un & l'autre ſe déconcertent ; its
ne bégaient qu'à peine io amo , io amo
qu'ils rediſent pluſieurs fois , & d'une
voix toujours plus éteinte. Stradella tom
be aux pieds de la jeune perſonne : - J'aime
, oui , j'aime , je brûle , je meurs d'amour,
tout ſon feu me dévore..- Et
quel en eſt l'objet ? C'eſt vous , divine
Hortenfia , c'eſt vous que j'idolâtre , que
j'adorerai juſqu'au dernier foupir. Cette
paſſion qui a tant d'empire fur mon coeur ,
ne finira qu'avec ma vie. Ah ! je la don
nerois pour obtenir un ſeul de vos regards.
Je fais .. que je manque à tout , que mon
égarement eſt au comble, qu'il eſt criminel
; mais je n'ai pu réſiſter.... Du moins;
laiſſez - moi expirer à vos genoux.
Hortenſia étoit demeurée 'interdite .
elle veut répondre: ſa voix meurt fur
ſes levres. Stranella avoit ofé prendre
une de ſes mains qu'il couvroit de ſes
baifers & de ſes larmes : elle ne peut
que dire : Stradella... Stradella , nous
ſommes bien malheureux ! Enfin , les
deux Amans s'avouent la naiſſance , les
progrès , tous les détails d'une ardeur réciproque.
C'eſt dans ces momens délicieux
où deux coeurs , pour la premiere
e :
1
DECEMBRE. 1777. or
fois , fe confient mutuellement tout ce
qu'ils reſſentent , s'épanchent l'un dans
l'autre ; c'eſt dans ces momens qu'orr
s'enivre à longs traits du filtre enchanteur
de l'amour Pourquoi faut-il que les premiers
beaux jours d'une paſſion s'envo
lent ſi rapidement ? L'ingénuité & l'in.
nocence ſeroient -elles les plus doux des
plaiſirs ?
Stradella & fon Amante étoient dans ce
raviſſement inexprimable qui ne permet
que de ſe livrer au charme qui nous a
• ſéduit ; ' c'eſt alors que deux Amans
n'enviſagent qu'eux ſeuls dans la nature
entiere ; c'eſt pour eux que le Soleil ſe
leve , qu'il colore l'horiſon de ſes feux ,
qu'il ſe couche dans des flots d'or ,
d'azur & de pourpre ; c'eſt pour eux
que les fleurs entr'ouvrent leurs calices
qu'il s'en exhale des parfums ; c'eſt pour
les Amans que les oiſeaux chantent &
s'élevent dans les airs , que toute la terre
eſt un jardin de délices : ils font les
deux Mortels pour qui tous ces préfens
.. de l'etre Suprême ont été formés. Stradella
& Hortenſia n'entendoient point
** gronder. l'orage qui les menaçoit. Il
n'exiſtoit plus pour eux de paflé ni d'avenir;
ils ſe plongeoient dans l'ivreſſe
1
.'
62 MERCURE DE FRANCE.
du préſent ; & ils ne s'appercevoient
pas que ce préſent alloit bien- tôt leur
échapper.
Il n'a fui que trop rapidement. Les
noces d'Hortenſia & du Sénateur ſe préparent
; le jour même eſt fixé C'eſt
alors que ce Ciel ſi ſerein s'eſt couvert
de nuages affreux , & que le proſtige de
l'enchantement s'eſt diſſipé: le Maître
& l'Écoliere ſont frappés du malheur
où chaque inſtant les précipite. Ils le
contemplent tout entier : ils ſe voient
fur le point d'étre ſéparés pour jamais
l'un de l'autre. Peut - être même lur
fera - t- il refuſé juſqu'à la foible co ſolation
de ſe voir. Quelle image abſorboit
tous les ſens de Stradella ! Hortenſfia
, cette Hortenſia qu il aimoit avec
fureur , foumiſe aux loix d'un époux ,
dans ſes bras ! ... A ce tableau , le Muſicien
tomboit dans le délire du dé epoir.
La fille de Montero verſoit des larmes ,
accuſoit le Ciel & ſa deſtinée , s'aban
donnoit à la plus vive douleur. Cependant
le terme fatal approchoit On ſt
enfin arrivé à la veille de ce jour horrible
, où Hortenſia doit former cet engagement
qui plongera les deux Amans
au tombeau.
C
DECEMBRE. 1777. 63
La fille de Montéïo , accablée de ſa
ſituation , alloit ſe mettre au lit : un
homme ſort de ſon cabinet ; elle eſt
ſaiſie d'effroi ; elle reconnoît Stradella :
-
-
Vous! à cette heure ! dans ce lieu !
Oui , j'ai ſu tromper tout ce qui
vous environne , & m'introduire juſques
dans votre appartement. Vous n'igno.
rez pas que le temps preſſe , que chaque
heure vous avertit de vous préparer à
marcher à l'Autel. Hortenſia, plus de
délai ; c'eſt demain que ma mort eſt réfolue...
Hortenſia , m'aimez- vous ?
je vous aime ! eſt ce à vous d'en douter ?
-
-.
-
Si
Par-
Vous m'aimez , adorable Maſtreſſe
de mon coeur , vous m'aimez ! Eh bien !
il faut me le prouver à l'inftant.
lez , Stradella , parlez ; qu'exigez -vous ?
Que voulez- vous ? Tous les facrifices ,
demandez les. Je n'oſe en folliciter
qu'un feul. Vous dites que vous m'aimez ,
& penſez- vous qu'un autre va poſſéder
tous vos charmes , vous preſſera contre
fon ſein ? ... Hortenſia , quelle image
infernale ! Il s'agit donc de vous dérober
à la criminelle audace de ce raviffeur ,
de ne vivre que pour l'Amant le plus
"enflamme: eh ! qui fait aimer , brûler ,
mourir de fa tendreſſe comme Stradella ?
64 MERCURE DE FRANCE.
م.
- Daignez me ſuivre... Stradella , me
conſeiller la fuite , mon déshonneur ! ...
- Il n'eſt pas d'autre moyen de raſſurer
l'amour ; & que vous importe le monde
entier , ſon opinion , la renommée ? L'amour
doit vous fuffire. Ah ! fi j'étois
à votre p'ace , balancerois -je un feul inſtant
? J'irois au bout de la terre m'enſévelir
avec tout ce que j'aime ; je ne
vivrois que pour lui ſeul: je ne ſerois
rempli que de lui ſeul ; il auroit toute
mon ame ; j'expirerois à ſes pieds ...
- Décidez donc de mon fort , cher
Amant ; conduiſez - moi dans les déſerts
les plus reculés ; je vous immole ma
patrie , ma famille , ma réputation , tout.
Stradella tranſporté , court s'occuper
des préparatifs d'une fuite qu'il avoit
déjà prévue , revole auprès de fa Maîtreſſe
, & ſe hâte de quitter avec elle le
territoire de la République.
Le bruit de cet enlevement eſt répandu.
Montéïo aimoit encore plus fa
vanité que fa fille : il ſe voit privé d'un
mariage qui flattoit à la fois & fon avarice
& fon ambition ; mais ſa fureur
ne peut ſe comparer à celle du noble 1
Vénitien. Il accourt chez le pere d'Hortenfia
, 1. 1
DECEMBRE. 1777. 65
tenfia , s'abandonne à l'excès de l'em.
portement , ne fait dans quel ſein il plongera
un poignard dont il s'étoit armé:
c'eſt lamour livré à tous les accès de fa
rage.
Les deux Amans ſauvés à Rome , ſe
diſoient mariés ; &, ſe repoſant ſur une
crédulité hors de tout foupçon , ils cédoient
fans crainte & lans réſerve
au délire de leur égarement ; chaque
jour ajoutoit à leur ivreſſe & à leur
ſécurité : ils avoient oublié leur patrie ,
leurs amis , leurs parens ; l'Univers
entier s'étoit perdu à leurs regards. L'amour
est une paſſion qui s'immole toutes
les autres ; & de tous les fanatiſmes,
c'eſt peut - être le plus aveugle & le plus
impérieux.
La vengeance s'endort moins que l'amour.
Le Sénateur ne vouloit pas fe
" borner à de ſimples témoignages de fureur
& de déſeſpoir ; il rouloit dans ſa
tête quelque projet qui le vengeât des
deux Amans. Il a recours à un couple
d'hommes voués , en quelque forte , au
crime , & dont il achete la ſcélérateſſe:
)
r
- Mes amis , j'augmenterai la récompenſe
que je viens de vous donner : voici
à quel prix vous la mériterez. Stra-
E
66 MERCURE DE FRANCE .
•
della eſt à Rome ; il doit faire exécuter
dans l'Egliſe de S. Jean de Latran , un
de ſes oratorio ; le jour eſt fixé. Rendezvous
en cette Ville ce jour même ; &
lorſque ce monftre fortira de l'Eglife , ne
le laiſſez pas aller plus loin: qu'il foit
déchiré , qu'il expire ſous vos coups
réunis ! Sur- tout , prenez, bien garde de
le manquer , & ne revenez que lorſque
vous ferez certains qu'il ne reſtera à Rome
que ſon cadavre , fon cadavre , je vous le
dis , percé de mille coups. Ces miferables
promirent de remplir fidélement tout
ce que le Sénateur leur preſcrivoit , & fe
mirent en chemin pour arriver à Rome
au jour marqué.
Stradella , accompagné de ſa Maîtreſſe ,
le ſeul objet qui lui fit aimer la gloire ,
exécutoit , comme on l'avoit annoncé
fon Oratorio dans l'Egliſe que nous venons
de nommer , il remportoit tous les
genres de triomphe : il aſſocioit à la plus
riche compoſition, cette voix brillante
dont Veniſe encore ſembloit avoir retenu
les fons enchanteurs : il paroiſſoit renvoyer
à fon Amante , tous les applaudiffemens
dont on l'accabloit: on s'appercevoit
aisément que c'étoit ceux
d'Hortenfia qu'il cherchoit à mériter ,
DECEMBRE. 1777. 07
7
1
& qui l'enflammoient. La voûte retentiſſoit
des battemens de mains ; un enthouſaſme
général s'étoit répandu. C'eſt précifément
au milieu de cette acclamation
univerſelle qu'entrent les deux aſſaſſins
gagés par le Sénateur, & bien déterminés
à lui obéir. Le vois - tu bien , dit l'un
d'eux ? Tü le reconnoîtras ? Crains qu'il
ne nous échappe ; il faut lui porter nos
poignards dans le coeur ; c'eſt le moyen
de frapper sûrement. N'appréhende pas ,
répondoit l'autre, je te donne ma parole
que. je te préviendrai. Cependant Stradella
déployoit le charme de ſa voix ;
l'Aſſemblée oſoit reſpirer à peine ;
、l'ame ſuivoit tous les accens du Muficien.
Les deux ſcélérats ( tant le talent
a d'empire ! ) ne peuvent ſe refufer au
plaiſir de l'écouter; ils deviennent rêveurs
: il ſe regardent ; ils ſemblent vouloir
ſe cacher ce qu'ils éprouvent : ils
rompent enfin le filence: -Cet hommelà
produit - il ſur toi l'effet que je res
ſens ? ... Je ne me ſuis jamais trouvé
dans cette ſituation. Et moi... je ne
me reconnois , .... j'ai une foibleſſe de
coeur. Je crois , ma foi , que je le
manquerois. Tu le manquerois ! ...
..
-
--
E2
68 MERCURE DE FRANCE .
Mon ami , il faut tâcher de reprendre
courage. Tout cela ne vaut pas deux
cents ducats qu'on nous a promis à notre
retour . Stradella continuoit de tenir l'Asſemblée
dans le raviſſement. Hortenſia ellemême
applaudiſſoit ; & les deux afſaſſins
paroiſſoient de moment en moment plus
accablés , fi l'on peut le dire , ſous la puisſante
magie du Muſicien.
Il fortoit de l'Eglife , & traverſoit un
détour peu éclairé. Un de ces ſcélérats
court à lui ; & , jetant à ſes pieds fon
poignard , fuivi de fon complice , auquel
la même action échappe , il s'écrie : Stradella
, tu l'emportes ! Mon camarade &
moi nous étions venus exprès ici pour
te percer le coeur , nous l'avions promis ;
nous n'avons pu nous réſoudre à ce
meurtre. Les charmes de ta voix nous
ont changés en tes admirateurs ; nous
faiſons plus que de t'épargner , nous te
conſeillons de quitter Rome , & de te dérober
au reſſentiment d'un homme qui ne
reſpire que ta perte,
Ils n'avoient pas prononcé ces derniers
mots , qu'ils étoient diſparus. Hortenfia ,
ainſi que le Muſicien, étoient demeurés
immobiles. Revenus de leur étonne-
1
•
DECEMBRE. 1777 . 69
^;
ment , l'un & l'autre frémiſſent du danger
qu'ils ont couru Hortenfia trembloit
pour fon Amant , & celui - ci ne craignoit
que pour ſa Maſtreſſe.
Ils profitent du conſeil des deux Emisfaires
du Sénateur , ſe réfugient à Turin,
vont ſe jeter aux pieds de la Ducheſſe
de Savoie , & lui racontent ingénuement
le péril où eſt expoſée leur vie , & la
cauſe qui l'a ſuſcité. La vérité à un
caractere intéreſſant La Ducheſſe eſt
touchée de ce récit fincere. Le coeur
d'une femme eſt rarement fermé à l'indulgence
, quand la ſenſibilité eſt la fource
des erreurs dont on lui fait l'aveu.
Les deux Amans réuſſirent à trouver
grâce aux yeux de la Princeſſe. D'abord ,
pour les fouftraire à l'activité de la vengeance
Italienne , eile plaça Hortenſia
dans un Couvent , & donna un logement,
dans fon Palais , à Stradella , avec le titre
de ſon premier Muficien.
Le peu de ſuccès d'un complot ſi bien
médité , n'avoit pas refroidi l'animoſité
du Sénateur. Il n'exiſtoit que pour ſaiſir
l'occaſion de frapper les deux victimes
qui lui étoient échappées ; & il étoit parvenu
à communiquer ſon reſſentiment
implacable au pere d'Hortenſia. Ce vieile
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
lard dénaturé , avoit fait ferment d'être le
Bourreau de ſa propre fille , ſi jamais elle
tomboit dans ſes mains. Il n'écoutoit plas
la voix du ſang; il ne ſe laiſſoit conduire
que par le noble Vénitien , dont le temps
& l'éloignement ne faiſoient qu'enflammer
la jaloufie & la foif de ſe venger.
La Ducheſſe , qui n'avoit nulle idée
des tranſports de l'amour outragé , croyoit
qu'il devoit être un terme à cette perſécution
ſi ardente. Elle imagina done
qu'elle pouvoit goûter , ſans crainte , le
plaiſir de faire deux heureux. Elle maria
le Muſicien & fa Maîtreſſe, qui ne favoient
comment témoigner leur reconnoiſſance
à leur Bienfaitrice. Ils étoient
à ſes genoux , les arrofoient de larmes.
Mes amis , leur dit la Ducheſſe , en les
relevant , vous avez commis de très-grandes
fautes ; mais il ne faut plus parler
que du pardon & du bonheur qui vous
attendent ; je me flatte que Montéïo &
le Sénateur ſe laiſſeront fléchir : j'emploierai
mon crédit pour opérer cette re
conciliation trop différée.
Quelque fût le rang où étoit élevée la
Princeſſe , elle ne put obtenir aucune réponſe
aux ſollicitations qu'on fit en fon
nom. Cependant Stradella & Hortenfia , à
l'abri de fon Trône , s'abandonnoient à
1
DECEMBRE. 1777. 71
une douce fécurité. Combien de fois ils
• ſe rediſoient: que pourrions - nous envier
dans l'Univers ? Nous nous aimons , nous
nous aimerons toujours; ſous les glaces
de l'âge , nos coeurs conferveront le feu
de l'amour. Puiſſions- nous ne pas furvivre
l'un à l'autre , expirer enſemble ,
& avoir le même tombeau ! Nos cendres
, il n'en faut point douter , cherche-
- ront encore à ſe réunir.
Il eſt donc décidé que l'homme , dans
la plénitude du bonheur , ouvre fon
coeur à l'inquiétude de nouveaux defirs.
Les deux époux , comblés des bontés d'une
Souveraine , le modele de la bienfai-
• fance , carefſés , fètés de toute ſa Cour ,
demandent la permiffion d'aller , pour
quelques jours , viſiter le Port de Gênes.
La Ducheſſe , qui ſe piquoit de ne leur
rien refuſer , leur accorde, non fans quel
que regret , cette permiffion ardemment
follicitée: elle leur fait donner la parole
qu'ils reviendront bien-tôt ; elle leur pro-
*digue encore de nouvelles marques de ſa
libéralité , & les voit avec peine s'éloigner
de Turin .
Ils font arrivés à Gênes. Je ne fais ,
dit Hortenſia à fon mari , je me ſens
atteinte d'une fecrette langueur , dont
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
j'ignore la caufe. Qu'aurois-je pourtant
à craindre ? La Ducheſſe hous protege ,
& tu m'aimes. Il eſt bien fingulier , repart
Stradella , que j'éprouve la même
mélancolie... Hortenſia , leve les yeux
fur ton Epoux , fur ton Amant , & tous
ces nuages ſe diffiperont. !
Ils étoient couchés , & commençoient
à ſe livrer au ſommeil: ils en font tirés
par le bruit que formoient pluſieurs perſonnes
qui avoient déjà gagné leur antichambre
: ils ſont ſaiſis de frayeur , une !
foible lampe les éclairoit. Quel ſpectacle
les frappe ! Quatre hommes armés de
poignards étincelans. Hortenſia s'écrie :
mon pere , c'eſt vous ! Ah ! mon pere ,
épargnez Stradella , & donnez - moi la
mort. C'eſt en vain que tu réclames ma
pitié pour lui , répond Montéïo , c'eſt
ſon coeur que je vais percer. Le Sénateur
étoit au nombre des meurtriers : ils ſe
jettent tous deux fur le Muſicien , qui
s'efforçoit de ſe défendre , ou plutôt de
fauver ſa femme , qu'il couvroit de tout
fon corps Cet infortuné eſt immolé
fous mille coups , par ces deux barbares ;
& le Sénateur , tout fouillé de ſon ſang ,
égorge Hortenfia , qui , en expirant ,
nommoit encore fon pere & fon mari.
Par M. d'Arnaud. 4;
VERS
1.
DECEMBRE . 1777. 73
A
VERS.
A M. le Marquis DE VILLETTE ,
fur fon Mariage avec Mlle DEVARICOUR
, au Chateau de Ferney.
FLE LEUVE heureux du Léthé , j'allais paſſer ton onde
Dont j'ai vu ſi ſouvent les bords ;
Laffé de ma ſouffrance , & du jour & du monde ,
Je deſcendais en paix dans l'empire des Morts ;
Lorſque Tibulle & Délie ,
Avec l'Hyunen & l'Amour ,
Ont embelli mon séjour ,
Et n'ont fait aimer la vie.
Les glaces de mon coeur ont reſſenti leurs feux;
La parque a renoué ma trame déſunie ,
Leur bonheur me rend heureux.
Enfin , vous renoncez , mon aimable Tibulle ,
A ce fracas de Rome , au luxe , aux vanités ,
Atous ces faux plaiſirs célébrés par Catulle ;
Et vous ofez dans ma Cellule
Goûter de pures Voluptés !
Des petits Mattres emportés ,
Gens fans pudeur & fans (crupule ,
Dans leurs indécentes gaietés ,
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
:
Voudront tourner en ridicule
La réforme où vous vous jetez.
Sans doute ils vous diront que Vénus la friponne ,
La Venus des ſoupers , la Vénus d'un moment ,
La Vénus qui n'aime perſonne ,
Qui ſéduit tant de monde & qui n'a point d'Amant ,
Vaut mieux que la Vénus & tendre & raifonnable ,
Que tout homme de bien doit fervir conſtamment.
Ne croyez pas imprudemment
Cette doctrine abominable.
Aimez toujours Délie ; heureux entre ſes bras ,
Ofez chanter fur votre lyre
Ses vertus comme ſes appas ;
Du véritable amour établiſſez l'empire ,
Les beaux eſprits Romains ne le connaiſſent pas.
Par M. de Voltaire.
7
|
DECEMBRE. 1777. 75
EPITRE A BELLE ET BONNE .
BELLE ELLE & BONNE , c'eſt votre nom :
C'eſt le nom que vous donne un Sage ;
Il peint vos traits , votre raiſon ,
Votre coeur & votre viſage.
Vous tenez par un neud plus ſaint
A l'Apollon qui vous baptife.
Quand , victime offerte & ſoumiſe ,
Votre front allait être ceint
Du triſte bandeau d'Héloïſe ;
Quand la grille du repentir
Allait vous ravir à ce monde ;
Quand vous alliez vous engloutir
Au fond d'une priſon profonde ;
C'eſt lui qui , voyant vos appas ,
Votre douceur , votre jeune âge ,
Ferma l'abyme fous vos pas ;
Et pour vous fauver du naufrage ,
C'eſt lui qui vous tendit les bras.
Den... fit plus encor peut - être ;
Son eſprit juſte , aimable & doux ,
Vous apprit fans peine à connaître
Le monde & vos devoirs & vous.
!
-
76 MERCURE DE FRANCE.
Dans cette agréable retraite
Où vous coulez vos heureux jours ,
On voyait que vous étiez faite
•
Pour vous conduire dans les Cours ,
Pour briller avec modeftie ,
Sans prétention , fans détours ,
Sans vanité , fans jaloufie.
Mais il vaudrait encor bien mieux
Qu'un mortel , comme vous fincere ,
Charmé de votre caractere ,
Tout autant que de vos beaux yeux ,
Sût vous chérir & fût vous plaire ;
Et qu'un reſpectable lien
Que les Cours ne reſpectent guere ,
Fit votre bonheur & le ſien .
Par M.le Marquis de Villette.
1
t
:
*
DECEMBRE . 1777. 77
A M. le Marquis DE VILLEVIEILLE.
TON eſprit fin , ta modeſtie ,
Ton urbanité , ta candeur ,
Et ta charmante bonhomie ,
Avaient la moitié de mon coeur:
Aujourd'hui c'eſt à ma Délie
Que je donne l'autre moitié ;
Et je m'en vais paffer ma vie
Entre l'Amour & l'Amitié.
1
Par le même.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Novembre.
LE mot de la premiere Enigme eſt
Naud ; celui de la ſeconde eſt Fusil ou
Pistolet ; celui de la troiſieme eſt Fufée
volante. Le mot du premier Logogryphe
eſt Orage , où ſe trouvent or , age ,
ō , rage ; celui du ſecond eſt la Bife,
' où l'on trouve bis , fi , bei ; & celui du
troiſieme eſt Marbre , où ſe trouvent
arbre , arme , rame , ame .
78 MERCURE DE FRANCE.
".
C'EST
ÉNIGME.
'EST moi qui regle tout , en tout temps , en tout lieu ,
Et je ſuis en cela la volonté de Dieu.
Je donne la nort & la vie ;
C'eſt aſſurément ſans en vie
Que chacun me fait ſon adien.
On me compte ſouvent ; & dans plus d'un Grimoire ,
Un curieux s'en va rechercher mon hiſtoire
Pour favoir combien il me doit,
Et fi j'aurai bientôt le droit
De le mettre en le cas qu'on en faſſe mémoire.
On ne ſe laſſe point de vivre ſous mes loix ;
Et tous ont le defir , s'ils en avoient le choix ,
De me rendre gloire immortelle ;
'Mais mon culte eſt borné juſqu'à certains momens :
C'eſt - là que finit mon encens ,
Car en aucun climat je ne ſuis éternelle.
Par M. Teffier , Curé de S. Gauta
DECEMBRE. 1777. 79
F
LES
AUTRE.
ES Favoris de Flore, & les enfans de Mars ,
De mes attraits empruntent leur parure !
L'Art me produit , ainſi que la Nature.
Dans les combats , au milieu des haſards ,
Je reçois le trépas , mais auſſi je le donne.
Ma mort n'eſt pas toujours dans les champs de Bellone.
Aux yeux d'une Bergere , étalant mes couleurs ,
Son ſein eſt mon, tombeau: tel eſt le ſort des fleurs .
Une Ville en Eſpagne , un petit Bourg en France ,
Portent mon nom... Taiſons - nous , par prudence.
Par M. B. de N.
T
AUTRE.
RÈS-UTILE au commerce , on me trouve au marchés
Souvent dans le Palais on me comble d'affaires ;
Mais cent fois plus exact que bien des Secrétaires ,
80 MERCURE DE FRANCE.
Je ne dérange rien de ce qu'on m'a confié.
Plus riche encor ailleurs , en ſuis -je plus heureux ?
Vous allez en juger , voici comme on me traite :
Dès qu'on m'a tout ôté , ſans ſcrupule on me jette
Et je deviens ce que je peux.
Chez nos Dames , c'eſt autre chose ,
J'y fuis puce ou couleur de rofe
Pomponné , parfumé d'une agréable odeur :
Ce n'eſt pas tout , mon cher Lecteur ;
On dit , n'est - ce point calomnie ?
Que jadis on m'a vu faire noyer les gens :
Ah ! grace à notre fiecle ! ils ne ſont plus ces tems
Et maintenant je fais rire à la Comédie.
Par M. Hubert.
LOGOGRYPHE.
A
1
ssis deſſus ma queue , on peut manger ma tête
Car le ſiege n'eſt rien par rapport au fricot ;
Plus d'un homme , fans être fot ,
Sur un ſiege pareil fit un repas honnête.
Ma queue, eſt ſous l'épi , ma tête eſt dans un veau;
Je ſuis Ville en Savoie , où faisoit maint cadeau ,
Certain Duc dont la bonne chere
Laiſſa
ECEMBRE. 1777. 81
Laiſſa les dignités pour mieux ſe ſatisfaire.
Je ne renferme pas bien des objets divers.
On trouve en moi l'effort des Habitans des airs ;
Une herbe d'odeur forte , & dont parle Virgile ,
Melant au Serpolet ſon alliage utile.
Voilà , mon cher Lecteur , mon être à découvert ,
Plus d'une fois par an fans doute qu'il te fert.
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud.
1
J
AUTRE.
:
E ne fuis point , Lecteur , un être fantaſtique ,
On me vend à Paris dans plus d'une Boutique ;
Mais d'une autre façon je pourrois vous bleſſer ,
Vous donner de l'humeur , même vous offenſer.
J'aime le mouvement , il en faut pour me faire ;
Je ſurprends quelquefois : auſſfitôt qu'on me ſent ,
On crie , on ſe trémouſſe , on tourne le derriere ,
Et , s'il eſt poſſible , on me rend. •
Me tenez - vous , Lecteur , pas encore peut- être ;) |
Dans ce cas , ſervez - vous de la combinaiſon ;
Avec les double pieds qui compofent mon nom ,
Une foule d'objets ſous vos yeux vont paroftre.
Un Pape vient s'offrir , ce fut lui qui ſauva
Et Rome & les Romains des fureurs d'Attila ;
Un Saint Evangéliſte , un fameux Patriarche
Dont le trépas eſt incertain .
4
Un autre très - connu pour avoir bati l'Arche ,
F
1
82 MERCURE DE FRANCE.
4.
Planté la Vigne & bu du Vin ;
Un ouvrage de fer qui ſouvent ſert de porte ;
Un grain dont on peut faire une boiſſon très - forte;
L'utile production d'un infecte volant ;
Un Prophete , un Olfenu , un Arbuſte rampant;
Un Port au Royaume d'Eſpagne ;
Ce qui compoſe un jeu commun à la Campagne :
Catinat dans ſon camp s'en amuſoit dir - on ;
Sur les bords de la mer ce qu'on trouve à ſoiſon ,
Un Iſle dans le Nord ; un Canton de la Suiffe ;
Uu Sigue dans le Ciel voiſin de l'Ecreviſſe ;
Un titre que César vouloit ,
Mais auquel Brutus s'oppoſoit ;
Le premier Due de Normandie ;
Des Deux Corneille la Patrie ;
Ce que doit ſavoir un Acteur ;
Une vive & forte couleur ;
La fille de Cadmus ; la Muſe de l'Histoire ;
Ce que le Grand Henri combattit avec gloire.
Par M. Hubert.
۱
DECEMBRE. 1777. 83
CHERCHE .
UTRE.
HERCHE , Lecteur , un lieu délicieux ,
Séjour du bonheur véritable ,
Où les plaiſirs ſont purs , la joie inaltérable ,
Où l'ame , enfin , jouit d'un calme précieux.
Tu vas y découvrir ſans peine ,
Un animal chanté par la Fontaine ;
Ce qui doit attrilter de bacchus les ſuppots ;
Un lieu de toutes parts aſſiégé par les flots ;
Un article , un pronom ; plus , une particule ;
Un des mots que le Chriſt , attaché ſur la croix,
Prononça triſtement d'une mourante voix.
Ce mot parut aux Juifs du dernier ridicule.
Poor terminer enfin mes qualités ,
Lecteur , je t'offre une forme derniere.
Dans un miroir conſulte ta paupiere ,
Tu vas la voir à ſes extrémités.
Par M. Bouvet , à Giforsa
1
F2
84 MERCURE DE FRANCE,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Quinti Horatii Flacci Carmina , cum Annotationibus
Gallicis Lud Poinfinet de
Sivry , Regiæ Lotharingorum Académia
Socii. 2 vol. in 8°. Parifiis , e
Tipographia Franc. Amb. Didot , fumptibus
Jacobi Lacombe , via de Tournon
. 1777 .
ETTE nouvelle édition d'Horace doit
être précieuſe , à bien des égards , à tous
les Amateurs de l'illuſtre Poëte Latin.
Indépendamment de l'élégance & de la
netteté de l'exécution typographique , le
texte y eſt imprimé dans fa plus grande
pureté & fans qu'il s'y ſoit gliſſé une ſeule
faute d'impreſſion. Mais ce qui la rend.
fur- tout recommandable , ce font les
favantes notes de M. Poinfinet de Sivry
; notes remplies d'obſervations de
la derniere importance , qui toutes avoient
échappé à la foule des nombreux
Commentateurs d'Horace , & fans lesquelles
, cependant , il étoit abfolument
DECEMBRE. 1777. 8.5
impoſſible de parvenir à ure parfaite
intelligence des Ouvrages de ce Poëte ,
principalement des Odes. Nous allons
faire connoître les principaux objets ſur
leſquels portent ces obſervations , d'après
le Savant Éditeur lui - même , qui les
détaille dans un diſcours préliminaire plein
de goût & d'érudition.
و د
و د
ود On pourroit former , dit M. de
Sivry , une nombreuſe Bibliotheque
,, des Ouvrages plus ou moins célebres
dont ceux d'Horace ont été l'objet ou
l'occaſion . Mais on s'abuſeroit étran
,, gement , ſi l'on s'imaginoit qu'il ne
reſte plus rien à écrire d'important fur
ce Poëte. On ſe convaincra même
,, que c'eſt précisément le plus eſſenciel
,, qu'on avoit omis , lorſqu'on aura
„ reconnu , par nos remarques , que
,, cette foule innombrable de Commen-
و و
و ر
" tateurs avoit laiſſe ſans ſolution la
,,, plupart des contradictions apparentes
3. qui ſe trouvent dans Horace ; s'étoient
,, tranſmis l'un à l'autre , & comme de
و د
main en main , des erreurs manifeſtes ,
..., & avoient perpétué, par une forte de
tradition héréditaire , un grand nombre
d'interprétations viſiblement abuſives ,
dont l'effet néceſſaire étoit de nous
و د
"
51
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
و د
و د
donner une trés - fauſſe idée de ce
Poëte , & de nous expoſer à des contre
ſens inevitables à chaque page de
de ſes écrits."
" ,
1
C'eſt par exemple , un préjugé
des plus injuſtes , & cependant des
plus accrédités , qu'Horace étoit un
libertin effréne , abandonné avec une
ſorte de fureur à tous les plaiſirs ,
même à ceux que la nature réprouve ;
& que ſi l'on rencontre dans ſes écrits
les maximes les plus ſages , les fentimens
les plus vertueux , & quelque
fois les plus ſtoïques , c'eſt qu'il favoit
ſe contrefaire au beſoin , & , par
une hypocrifie plus révoltante encore
,, que fes vices , couvrir ſes débauches
,, su manteau reſpectable de la vertu &
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
de la ſageſſe .... J'avoue que j'ai
„ long temps été moi même dans l'erreur
,, que j'entreprends ici de détruire ; & je
"
"
و د
و د
la partagerois encore , fi l'application
réfléchie que jai donnée aux Ouvrages
d Horace , & la comparaiſon que j'ai
faite de ſes Poëfies avec celles des
,, plus beaux Génies de la Grece , ne,
m'euſſent mis à portée d'entrevoir d'a
bord , & de me convaincre enſuite,
que l'accufation intentée contre le
و د
و د
1
DECEMBRE, 1777. 87
و د
و د
و د
و د
Prince des Lyriques Latins , n'a pas le
moindre fondement. J'ai , dis-je , vérifié
juſqu'à l'évidence , que toute la partie
ſcandaleuſe des Poëfies d'Horace ,
,, ne conſiſte qu'en imitations ou traductions
latines d'anciennes Poëfies Grec-
,, ques. "
"
و د
و د
ر د
و د
و د
2.
د
و د
"
4
Mon premier doute ſur le grief
imputé à Horace , m'eſt venu de ce
,, que deux des Odes les plus remplies
d'expreffions voluptueuſes , je veux
dire la huitieme & la treizieme du
,, premier livre , font adreſſées à une
Courtiſane nommée Lydie ; & que
dans la premiere des deux il eſt question
d'un perſonnage vaguement traité
de Sybarite , à qui Horace reproche
d'oublier , dans les bras de cette maîtreſſe
, l'exercice de la lutte , celui du
difque & celui du ceſte , tous exercices
bien plus familliers aux Grecs , comme
l'on fait , qu'ils ne le furent jamais
aux Romains , qui emprunterent des
Grecs juſqu'au nom même du diſque.
Ainfi tout nous indique ici une tradaction
de quelque Ode Grecque du
Poëte Aleman , qui étoit Lydien d'ori-
,, gine , & qui , par cette raiſon , pou-
و د
و د
و د
22.
و د
ود
”
”
و د
voit bien faire l'amour de préférence à
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
,, quelque Courtisane Lydienne , trans-
,, portée , comme lui , de Sardes à Lacé-
و د
"
و د
و د
"
و د
و د
و د
و د
د و
و د
•
démone , où l'on fait qu'il obtint le
droit de bourgeoiſie , & où il eut fré-
,, quente occaſion de connoître les exercices
de force & d'adreſſe , ſi long-tems
en vogue parmi les Spartiates. Dans
l'Ode treizieme , pareillement adreſſée å
Lydie , ce jeune homme , favorisé par
elle , n'eſt plus qualifié vaguement de
Sybarite , c'eſt à-dire , d'efféminé ; Horace
nous le fait connoître ſous fon
vrai nom , & l'appelle Télephe. Or Télephe
, comme on le peut voir chez les
Anciens Poëtes , eſt un nom Myſien ;
& l'on fait que la Myſie & la Lydie
étoient limitrophes. Tout décele donc ,
comme à l'envi , que ces deux Odes
charmantes font des traductions ou
imitations du Poëte Grec Alcman. "
C'eſt par une multitude de preuves de
cette nature , que M. Poinfinet de Sivry
démontre par - tout victorieuſement , foit
dans fon difcours préliminaire , foit dans
ſes notes , qu'Horace n'a été que le
traducteur de toutes les poëſies lafcives
qu'on lui avoitjuſqu'à préſent attribuées ,
& dont Alcée , Alcman , Stéfikhore ,
Anacreon , & autres Poëtes Lyriques
و د
و د
و د
و د
DECEMBRE. 1777. 89
Grecs , font les Auteurs originaux. Tantôt
il rapporte des fragmens de ces
mêmes Poëtes , échappés aux ravages du
tems , & les rapproche des paſſages
correſpondans des pieces traduites par
Horace , qui , très-ſouvent , ſe trouve avoir
rendu fon original preſque mot à mot ;
tantôt il fait obſerver le coſtume de telle
ou telle Ode , qui ne peut convenir
qu'au tems & aux lieux où vivoit
• l'Auteur original ; tantôt il fait voir des
rapports très réels entre le Poëte Grec
& les Perſonnages Grecs qui figurent
dans la piece latine. Après avoir ſolidement
établi cette découverte , il en tire
' les lumieres les plus importantes , &
s'en fert pour éclaircir , avec autant de
clarté que de facilité , beaucoup de contradictions
apparentes qui ſe rencontrent
dans Horace , ainſi que pour redreſſer
le vice manifeſte & la mauvaiſe
application de pluſieurs des titres,
quelquefois même pour diftinguer
de titres , & ſéparer entre elles deux
Odes confondues & raſſemblées mal - àpropos
en une ſeule par la négligence
des Copiſtes , ou par la témérité de
quelque ancien Scholiafte. Il a fait un
nombre conſidérable de corrections de
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
cette derniere eſpece; mais il ne les a
jamais hafardées ſans les appuyer fur des
raifons de la plus grande évidence.
Un genre d'erreurs dans lequel étoient
tombés fréquemment tous les Commentateurs
ou Interpretes d'Horace, & que
le nouvel Editeur s'eſt attaché par tout
à rectifier, c'étoit de prendre de ſimples
mots pour des noms propres , & d'ériger
par conféquent en Perſonnages de pures
expreffions du diſcours. Ce Quiproquo
avoit ordinairement lieu dans les mots
tirés du gree.., C'eſt ainſi, dit M. de
Sivry , qu'au livre premier , Ode 36 ,
en commentant ces vers ,
ود
ود
"
و د
و د
Neu multi damalis meri,
Baffum , &c.
Ils ont metamorphofé en nom propre
le mot grec poétiquement latinifé
damatis (δάμαλις) qui ſignifie une génisfe
, juvenca , & , métaphoriquement ,
une jouvencelle , une jeune fille: ....
mépriſe qui leur'a fait interpréter trésà
contre-fens tout ce paſſage.....
19, C'est ainſi qu'au même livre, Ode neu
vieme, ils ont perfiſté à faire un nom
, propre réel d'un nom propre factice ,
و د
૬ઃ
و د
1
DECEMBRE. 1777. 91
।
و د
"
,, je veux dire du nom d'office thaliarque ,
(θαλίαρχος ) qui eſt emprunté du grec ,
& fignifie inspecteur d'un banquet. C'eſt
ainſi qu'au livre III, Ode 15 , ils ont
pareillement fait un nom propre du
mot grec nothos , latinifé nothus , &
qui ne ſignifie autre chofe que bâtard ,
dans ces vers ,
י ג
و د
ود
9,9
"
Elam cogit amor nothi , &c.
En conféquence ils l'interpretent :
l'amour qu'elle a conçu pour Nothus ;
tandis que le ſens eſt : l'amour qu'elle a
» conçu pour un jeune homme d'une nais-
„ fance illégitime ; car nothus eſt une
,, injure , & n'a jamais été un nom propre.....
C'eſt encore ainſi que , dans
,, ce vers de la ſeconde ſatyre , Liv. I.
"
و د
... Hanc Philo demus ait fibi , &c.
}
tous les Commentateurs , Interpretes
& Editeurs d'Horace , ont joint
mal à propos le verbe demus au nom
„ propre Philo , pour en faire un Per-
, ſonnage de leur création , qu'ils fup-
,, poſent s'être appelé Philodemus."
» Mais, de toutes ces mépriſes , la
92. MERCURE DE FRANCE.
:
و د
و د
39
و د
98
و د
و د
plus injurieuſe pour Horace & pour
le bon- fens , c'eſt celle que les Com-
,, mentateurs ont faite dans l'Epode
onzieme : ils perſonaliſent le mot
,, grec πετζοί (qu'Horace a latiniſé petti ,
& qui eſt ſynonyme de latrunculi ,
c'est - à - dire d'échecs , ( ou jeu des
échecs ) , pour en faire le vocatif du
,, prétendu nom propre Pettius......
Encore ſi cette bévue étoit iſolée , &
fans autre conféquence ! mais , indé-
, pendamment du préjugé fâcheux &
injuſte qu'elle laiſſoit ſubſiſter ſur Ho-
,, race , en aidant à le faire préſumer
l'Auteur & non le Traducteur de l'Ode
en queſtion , elle nous forçoit encore
à ſuppoſer que le Poête commençoit
cette Ode par une monftreuſe abfurdité
; car il s'en ſuivroit que , dans cette
piece , qui n'eſt pas des plus courtes ,
il auroit débuté par annoncer qu'il n'a
plus le courage de faire aucun vers ;
lorſqu'au contraire il dit clairement
que l'amour qui l'obſede , ne lui per
met plus de ſe livrer aux combinaiſons
du jeu des échecs , qui faifoient autrefois
fon occupation favorite ; & qu'en
Poëte vraiment épris , il ne ſe ſent
,, plus de goût pour aucun travail , fi
و د
و و
و د
و د
و د
و د
و د
و د
i
و د
59
و د
و د
و د
DECEMBRE. 1777. 93
:
" ce n'eſt pour compoſer de petits vers
amoureux , verficulos. Ainſi je me fuis
le premier apperçu qu'on s'étoit jus-
,, qu'ici abuſé très- étrangement ſur les
premiers vers de cette Ode :
و د
و د
:
ود
و د
”
Petti nil me sicut antea ; juvat
Scribere verficulos ,
Amore perculfum gravi.
On l'interprete d'ordinaire : O Perti
! nil me juvat , ficut anteà , fcribere
verficulos , amore perculfum gravi , &c.
tandis que le ſens eft : nil me juvant
latrunculi , feu petti , ficut antea ; juvat
fcribere verficulos , amore percul-
„ fum gravi."
و د
و د
و د
On peut juger , par les traits que nous
venons de rapporter , de l'utilité des
remarques de M. Poinfinet de Sivry.
Il falloit avoir , comme lui , l'érudition
la plus étendue , & le goût le plus éclairé
& le plus fûr , pour ſe livrer , avec autant
de fruit , à un travail de cette importance
, travail bien digne du ſavant Traducteur
de l'Hiſtoire Naturelle de Pline.
.
94 MERCURE DE FRANCE .
:
L'Egoisme , Comédie en cinq actes &
en vers ; repréſentée par les Comédiens
François ordinaires du Roi ,le Jeudi
19 Juin 1777. Par M. de Cailhava.
A Paris , chez la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1777. in-8°. Prix 1 liv. 10
fols .
Nous avons déjà , d'après la repréſentation
, rendu compte de cette Comédie.
Nous n'avons pas éprouvé moins de
plaiſir à la lire qu'à la voir repréſenter;
& il y a bien peu de pieces modernes
dont nous puffions , avec ſincérité , en
dire autant. M. de Cailhava eft , a tous
égards , en droit d'intéreſſer les vrais
Amateurs , par ſes talens très - diftingués
pour la bonne & vraie Comédie. C'eſt
en ſuivant ainſi toujours les traces du
divin Moliere , modele éternel des Poëtes
Comiques , & celles des autres grands
Maîtres ; & en dédaignant les injuſtes
critiques des ennemis du talent que
M. de Cailhava s'élevera à une réputation
folide & durable , vers laquelle ſa Comédie
de l'Egoïſme lui a certainement fait
faire un pas de plus.
:
M. de Cailhava a mis à la tête de ſa
+
DECEMBRE. 1777. 95
10
Piece une préface affez étendue , dans
laquelle, en déployant la plus profonde
connoiſſance de fon art, il développe
les principes d'après leſquels il a com-
- poſe ſa Comédie. Il y fait voir comment ,
ne perdant jamais Moliere de vue , il
a ſu lui emprunter les refforts les plus
eſſenciels de ſa Piece , aſſocier à fon
exemple un caractere acceſſoire à celui
de ſon principal Perſonnage, en mariant
l'Hypocrifie de ſociété à l'Egoïſme , comme
Moliere a marié l'Ufure à l'Avarice
, & fait de fon Tartuffe un ſcélérat ;
oppofer les Perſonnages aux Perſonnages
, faire contraſter les caracteres avec les
fituations , ce qui eſt peut- être le reſſort
le plus théâtral de la Comédie; donner
au caractere principal toute l'énergie
poſſible, & en découvrir juſqu'aux plus
petites nuances. M. de Cailhava ayant
à traiter , dans l'Egoïſme , un de ces
caracteres qui varient autant que les
figures , a , de plus, afin de mieux réuffir
à le peindre , diſtribué les traits plus ou
moins marqués de ce même caractere à
chacun de ſes Perſonnages. C'eſt ainſi
que Durand , qui demande à tout le
monde ſa chere penfion ; Madame Florimon
, qui ſe cite à tous propos , Flori
96 MERCURE DE FRANCE.
mon , qui n'eſt occupé que de fon caffé
& de ſes digeftions , au moment où on
lui parle du danger de ſes deux fils , font
tous plus ou moins Egoistes , quoique
l'Auteur n'ait pas autant approfondi ce
caractere chez eux que chez Philemon .
A ce mérite ſi précieux de bien tracer
fes caracteres & de les faire habilement
contrafter , M. de Cailhava a réuni celui
de tracer des Scenes agréables , telles
que celle de Philemon & du portier
Lapierre , où le premier paſſe en revue
la liſte des viſites , & la plupart de celles
où figure le bon homme Philemon ;
celui d'imaginer des ſituations théâtrales ,
telles que la Scene du porte - feuille entre
Philémon & Durand, qui produit un
imbroglio des plus plaifans ; enfin celui
d'avoir écrit fa Piece dans le bon ſtyle
comique , avec pureté , avec agrément ,
fans madrigaux & fans faux brillans.
Nous allons citer le tableau plein de
force que Polidor fait de l'Egoïſme dans
la Scene IX du 3º acte. Philémon lui demande
ce qu'il entend par Egoïſme :
P 0 L I D 0 R.
Peu maſqué chez Durand , il n'eſt pas fort à craindre ;
Indolent chez ton pere , il ne le rend qu'à plaindre :
DECEMBRE. 1777. 97
Loin de nuire à ton frere , il nous laiſſe entrevoir
Qué ce jeune Guerrier , exact à ſon devoir ,
Sera toujours guidé par l'honneur. Chez ta mere ,
* Nous exciter à rire eſt tout ce qu'il peut faire ,
Sur-tout quand nous l'aurons refferré tout-à- fait
Dans la futilité pour laquelle il eſt fait :
Mais l'Egoïſme affreux que pourſuit ma colere ,
De tout temps enfanta les malheurs de la terre :
Sous cent dehors trompeurs , en vrai Caméléon ,
. Il y verſe à longs traits fon dangereux poifon .
De la Société détruiſant l'harmonie ,
Il produit les procès , ſeme la ſizanie ;
• Déſunit les époux , les parens , les amis ,
Diviſe d'intérêt & le pere & le fils.
A la bourſe il ſe joue avec les banqueroutes ;
Secondé par la fraude , il les enfante toutes ;
Et mettant à profit & la foif & la faim ,
Sur la cherté qu'il cauſe , il calcule ſon gain ; -
| Chez Themis , ſes Arrêts , dictés par l'opulence ,
Changent en trebuchet la divine balance.
"A la ſuite des Camps , le bonheur de l'Etat ,
.La gloire de fon Prince , & les jours du Soldat , 4.
Rien... L'indignation fait place à la prudence !
Dies portraits déplairoient par trop de reſſemblance.
G
98 MERCURE DE FRANCE.
Cette Piece , une des meilleures qui
aient paru dans ce genre depuis fort
long - temps , eft vraiment digne de reſter
au Théâtre , où l'on revoit avec tant
de plaiſir la charmante Comédie du Tu
teur dupé , Ouvrage du méme Auteur ,
& qui fut preſque ſon coup d'eſſai; excellente
Piece d'intrigue , remplie d'un
bout à l'autre de mouvemens , d'intérêt ,
& de bon comique.
Abrégé élémentaire d'Astronomie , de Phyſique
, d'Histoire Naturelle , de Chimie ,
d'Anatomie, de Géométrie & de Mécanique
; par M. T. B. A Paris , chez
Froullé , Libraire , Pont Notre-Dame.
L'Auteur judicieux d'une Encyclopé
die Elémentaire , dont cet abrégé doit
être regardé comme le ſupplément , a dit
avec raiſon que rien ne donne plus de
reffort à l'imagination, qu'une connoisfance
(même peu étendue) des Arts &
des Sciences. C'eſt une vérité conſtante
qu'il y a une affinité réelle entre toutes
les Sciences & tous les Arts , & qu'une
eſpece de chaîne les rapproche tous &
les lie.
On n'eſt pas obligé d'être ſavant ;
DECEMBRE. 1777. 99
P'
cette conſtance , cette aptitude particuliere
, cette fagacité à qui rien n'échappe ,
cet eſprit de calcul qui ſeconde ſi bien
le génie dans ſes efforts , font des préfens
que la nature ne prodigue pas: mais l'ignorance
porte une empreinte fi déſagréable
dans ce ſiecle , que , pour jouer un
rôle intéreſſant dans la Société , & pour
y plaire , il faut être au moins ce qu'on
appelle un homme inſtruit.
Les avantages d'un jeune homme qui
a des connoiſſances générales , font infinis
; s'il n'a pas le don de s'exprimer
avec cette légereté qui tient au caractere
& au grand uſage, il fait écouter avec
utilité & avec intérêt. Il n'eſt déplacé
• nulle part ; il a dans l'eſprit des germes
qui ſe développent fans ceſſe, ſoit par
la lecture , ſoit par le commerce qu'il
a avec les hommes ; il tire parti de tout ;
rien ne l'ennuie , rien ne lui eſt étranger.
Mais pour acquérir ces heureuſes diſpofitions,
il faut au moins avoir une notion
exacte des Sciences & des Arts ,
*s'être familiariſé avec les regles les plus
eſſentielles qui y font renfermées , ſavoir
en faire les applications particulieres , &
en connoître affez les termes , pour n'être
pas dans le cas de lire & d'écouter ſans
G2
100 MERCURE DE FRANCE .
pouvoir tirer aucun avantage de la lecture
& de la converſation.
On convient , à la vérité , qu'on ne
peut ſe borner à ces notions ſuperficielles ,
qu'à l'égard des choſes que l'on n'eſt
pas obligé par état d'approfondir. Perſonne
ne s'aviſera jamais de faire l'éloge
d'un Ingénieur , parce qu'il fera mieux
des vers qu'un plan ; d'un Eccléſiaſtique
, parce qu'il excellera dans la mufique
ou dans l'art de peindre , & qu'il
ignorera les élémens de la morale chrétienne.
On ne peut donc conſacrer
que les momens de fon loiſir à l'étude
des Sciences & des Arts , & viſer à
la réputation d'homme univerſel , qu'après
avoir approfondi la ſcience de fon
état. Et l'on doit être bien perfuadé que
l'aſſemblage de ces connoiſſances ſuperficielles
& iſolées , nous ſeroit extrêmement
nuiſible , fi elle nous empêchoit
d'être très - modeſtes. S'il eſt agréable
& même utile , d'avoir des notions genérales
, il n'en n'eſt pas moins vrai qu'en
parcourant le vaſte champ des Sciences ,
Tans s'arrêter fur aucune , il eſt nécesfaire
de garder un filence profond ,
lorſqu'on ſe trouve vis - à - vis d'un
vrai Savant , qui diſcute ſur les maDECEMBRE.
1777. ΙIΟOIΙ
tieres qu'il a approfondies. Ceux qui ne
favent que la nomenclature des Sciences
& des Arts , peuvent être comparés à ces
Spectateurs qui , jetant leurs regards d'un
' lieu élevé fur une place publique , voient
beaucoup de monde , & ne connoiſſent
perſonne. C'eſt ainſi que ſe ſont expliqués
les Auteurs judicieux des Encyclopédies
portatives , qui ont moins cherché
à inſtruire , qu'à inſpirer le goût de
- l'étude , & à fournir à l'eſprit une forte
de délaſſement , par ces diverſions toujours
agréables.
4
:
!
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, n'avoit ſongé qu'à fon utilité
perſonnelle , en faiſant ſes extraits fur
. ces différentes Sciences ſi dignes de la
curioſité de l'homme. Il ne s'eſt déterminé
à les donner au Public , que parce
que des Perſonnes de goût ont jugé
que cette compilation pouvoit être utile
à la Jeuneſſe , avide de tout connoître
& de tout embraſſer. Auſſi c'eſt aux
Jeunes Gens que cet Ouvrage eſt dédié;
& le judicieux Compilateur ne s'eſt
point aſſujéti à aucun ordre , parce qu'il
a cru devoir ſe conformer au caractere
& aux diſpoſitions des Jeunes Gens ,
-
G3
102 MERCURE DE FRANCE .
qui , ſemblables à ces êtres légers , ſans
être volages , voltigent autour de quelques
fleurs pour s'y repoſer , & les quittent
pour y revenir.
Effai ſur le Bonheur , où l'on recherche ſi
l'on peut aſpirer à un vrai bonheur fur
la terre , juſqu'à quel point il dépend
de nous , & quel eſt le chemin qui y
conduit ; par M. l'Abbé de Gourcy ,
Vicaire - Général de Bordeaux , de la
Société Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nancy. A Vienne ; & fe
trouve à Paris , chez Mérigot le jeune
, Libraire , Quai des Auguſtins , au
coin de la rue Pavée.
On a eu beau traiter dans les différens
fiecles ce ſujet intéreſſant , la matiere
n'a pas été encore épuiſée , parce que
la diverſité des paſſions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard, n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie ſource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceſſairement la poſſeſſion , même au
milieu de nos égaremens. Varron avoit
DECEMBRE. 1777. 103
remarqué dans ſon Livre de la Philoſophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cents
quatre - vingt - huit ſentimens différens
ſur ce qui regarde l'eſſence du Bonheur.
Et l'on doit avouer que pluſieurs des
anciens Philoſophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eſt celui qui s'eſt approché le
plus du but , & qui , avec les ſeules
lumieres du paganiſme , a le mieux traité
cette matiere. Son Ouvrage , qui renferme
la morale la plus épurée , mérite
nos éloges.
L'Auteur de l'Eſſai , avoue que cette
multitude de traités ſur le Bonheur ,
qu'il s'eſt fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
ſeulement , les pensées de M. Fontenelle
Sur le Bonheur , Ouvrage plein de finefſſe
& d'agrément ; la théorie des sentimens
agréables de M. Pouilly , où la matiere
eſt beaucoup plus approfondie ; & l'esfai
fur la philofophie morale , par M. de
Maupertuis , qui a calculé tous les momens
& tous les degrés du Bonheur , avec
la préciſion rigoureuſe & la ſéchereſſe
des Géometres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile , ont
:
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
fourni à l'Auteur de l'Eſſai , des traits
ingénieux , & des réflexions ſolides.
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eſt de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte ſes principaux argumens
, & il puiſe ſa morale dans cette
Religion ; qui eſt, pour tous les âges
comme pour tous les états , la ſource laplus
pure & la plus abondante du Bonheur..
Il ſoutient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
ſeule peut lui mériter , après cette vie,
le ſouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier ſon coeur , ne peut
produire que de faux biens qui le laiſſent
vuide , ou que des maux réels qui le rempliſſent
d'inquiétude. Auſſi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une conscience
pure eſt la ſource unique des
vrais plaiſirs. Quant aux plaiſirs des ſens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
ſoutient avec fondement, qu'ils s'émousfent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuiſent par leur vivacité ;
" ils n'ont , dit - il, que la durée d'un
„ inſtant , & traînent ſouvent après eux
د د
la douleur , la honte & les remords ,
DECEMBRE. 1777. 105
▼
"
65
و د
و د
5:3
qui n'expirent qu'avec la vie. Les
plaiſirs de l'eſprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hommes
: ce n'eſt donc point là le chemin
du Bonheur que la nature nous a tracé.
Pris immodérément , ils ruinent la fanté
, & ne peuvent cependant être continués
fans elle.
" Il n'en eſt pas ainſi des plaiſirs de
l'ame , de ces plaiſirs dont la ſource
eſt dans la bienfaiſance , dans l'amitié ,
dans la vertu. De cette ſource inaltérable
, il ne peut couler ſur la terre
,, que des biens & des joies pures.
و د
و و
”
و د
Jamais ces vrais plaiſirs ne laſſent ,
,, ne raſſaſient , n'énervent & ne cor-
,, rompent. Ils ont toujours le charme
و د
و د
5,
"
و د
de la nouveauté ; plus on les goûte ,
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
être négligés que par ceux à qui
ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triſtement
parmi un tas de mortels frivoles
& inſenſés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
,, corps , de la ſagacité de l'eſprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élevent l'ame , ils la fortifient ,
ils en rempliſſent toute la capacité.
و د
و د
د و
و د
ود
و د
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و د
ود
1
Jamais de retours fâcheux à eſſuyer ,
perſonne ne s'eſt encore repenti de
les avoir goûtés. Jamais d'indifcrétion
à redouter : la modeſtie ſeule eſt
intéreſſée à les couvrir de ſon voile ;
& s'ils ſemblent peut- être plus vifs
,, & plus purs , lorſqu'ils demeurent concentrés
dans le coeur qui les goûte ,
dans le ſein de l'amitié qui les partage ,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
gloire , & le concert enchanteur de
Pacclamation publique. Déposés dans
,, le fond de la confcience , un ſenti-
,, ment délicieux les reproduit & les per-
ود
"
"
و د
"
و و
ㅏ
pétue juſqu'au dernier ſoupir. Cha-
,, que jour les ames vertueuſes & bienfaiſantes
font à portée de les renou-
و د
93
veller , puiſqu'une ame vertueuſe &
,, bienfaiſante peut tous les jours fui-
,, vre le penchant divin qui la preſſe ;
,, & qui ni l'importance du ſervice , ni
l'éclat de l'action n'eſt néceſſaire ici,
ni pour le mérite, ni pour la volupté
qui en eſt le ſalaire. Il n'eſt aucun jour
où un Particulier ſoit réduit à dire
,, comme cet Empereur adoré , mes amis ,
j'ai perdu la journée.
و ر
و د
و د
ود
,, Il n'est point, dit M. Rouſſeau , de
route plus fûre , pour aller au Bonheur ,
DECEMBRE. 1777. 107
$
, que celle de la vertu. Si on y parvient ,
" il eſt plus pur , plus folide & plus doux
„ par elle: fi on le manque , elle feule
s, peut en dédommager..... On peut
enchérir fans aller au- delà du vrai. ، وو
"
ود
وو
ود
ود
Ce n'eſt pas aſſez de dire qu'il n'est
, pas de route plus fûre pour le Bonheur ,
elle eſt la ſeule : toute autre route
,, nous égare : tous les pas qu'on y fait
font , pour ainſi dire, autant d'eſpaces
,, qu'on met entre lui & le vrai Bonheur.
Le même Ecrivain s'explique , ou ſe
réforme ailleurs. La félicité eſt la
fortune du ſage , & il n'y en a point
ſans vertu. Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
,, vertu , en lui enviant ce ſentiment profond
de paix & de contentement qu'elle
conſerve dans toutes les ſituations
poſſibles.
”
و د
"
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
"
Charme inconcevable de la beauté
qui ne périt point ! s'écrie encore
l'illuſtre Genevois dans ſon ſtyle brûlant
& fublime , ce ne ſont point les
vicieux au faîte des honneurs , dans
le fein des plaiſirs , qui font envie ;
ce font les vertueux infortunés ; &
l'on ſent au fond de ſon coeur,la féli108
MERCURE DE FRANCE ,
و د
و د
و د
cité réelle , que couvroient leurs maux
,, apparens. Ce ſentiment eſt commun à
tous les hommes ; & ſouvent même , en
dépit d'eux , le divin modele que chacun
de nous porte avec lui , nous enchante
malgré que nous en ayons. Sitôt
,, que la paſſion nous permet de le voir ,
nous lui voulons reſſembler ; & fi le
plus méchant des hommes pouvoit être
un autre que lui-même , il voudroit être
un homme de bien. "
و د
و د
"
و د
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici - bas la paix & le contentement , qui
font inséparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paſſagere ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eſt réſervé
à lui - même de faire la récompenſe
parfaite & éternelle du plus excellent
de ſes Ouvrages mortels ; c'eſt dans
l'autre vie qu'eſt réſervée la poſſeſſion
du ſouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philoſophe a reconnu
cette vérité,
» Je ne me vante point d'avoir , en cet aſyle ,
Rencontré le parfait bonheur ; "
s, Il n'eſt point retiré dans le fond d'un bocage ;
Il eſt encor moins chez les Rois ;
K
DECEMBRE. 1777. 109
1
”
"
" Il n'eſt pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eſt point le partage ;
Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
" Embraſſer au moins ſon image."
Naru , fils de Chinki , Hiſtoire Cochinchinoiſe
, qui peut ſervir à d'autres
Pays , & de ſuite à celle de Chinki ,
ſon pere. A Londres , 1776 ; & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , Libraire
, rue de Tournon. in-80. Prix
liv. 4 fols.
On ſe rappelle d'avoir lu , il y a quelques
années , Chinki , Histoire Cochinchinoise
; plaifanterie ingénieuſe , où l'Auteur
faiſoit la ſatyre des entraves que
l'induſtrie trouve à furmonter , pour parvenir
aux Maîtriſes des différens Arts &
Métiers. On raconte , à la fin de cette
Hiſtoire , que Naru , fils de Chinki,
que ſon pere avoit mis en condition ,
faute de pouvoir le placer avec facilité
dans aucun métier , aſſaſſina ſon Maître
pour bruſquer la fortune & ſe tirer de
la ſervitude , & qu'il périt dans les ſupplices.
L'Auteur de la Brochure que nous
annonçons , apprend au Public que cette
110 MERCURE DE FRANCE.
anecdote eſt fauſſe ; que Naru ne monta
fur l'échafaud que vingt ans plus tard ; &
pour réhabiliter ſa mémoire , donne l'histoire
véritable de fa vie .
Naru eſt d'abord Laquais d'un Cadaku
, on Fermier Général de la Cochinchine
, dont il devient enſuite le Secrétaire.
Il donne quelque temps des audiences ;
mais comme il n'eſt pointde Séjan ſi bien
dans la faveur de fon Maître , qui ne puiſſe
décheoir , il eſt bientôt congédié , & entre
dans un Couvent de Talapoins , d'où
il eſt encore renvoyé pour avoir pris parti
dans une querelle. Il entre au ſervice
d'un Magiftrat , & en fort pour épouſer
uue jeune Provinciale dont il avoit ſauvé
le frere de la corde. Il veut fucceſſivement
être Procureur , Médecin , Avocat ,
Juge , Bailli , & trouve par- tout des difficultés.
Il ſe décide cependant à faire
ſon droit, & à acheter une charge de
Bailli . Il exerce heureuſement cette charge
pendant quelques années ; mais il finit
par eſſuyer toutes fortes de malheurs , &
par voir ſa petite Jurisdiction réunie à un
Tribunal Impérial voiſin. Naru , ruiné ,
privé de fon état, chargé de fa femme
&de ſes enfans , ſe réſout à retourner
cultiver la terre. Un bon Seigneur l'étaDECEMBRE.
1777. III
blit dans ſes terres , & lui donne une habitation.
Il croit avoir enfin retrouvé le
bonheur ; mais il a le malheur de devenir
la proie de pluſieurs vexations du fiſc , &
ſe trouve dépouillé de nouveau par des
confiſcations & des amendes. Ruiné dèslors
fans reſſource, & accablé du poids
de ſon infortune , il attaque un Voyageur
fur une grande route , eſt arrêté , & périt
miférablement ſur la roue , malgré un
diſcours pathétique qu'il tient à fon Juge
avant de mourir.
L'Auteur ajoute que l'Empereur qui
regnoit alors à la Cochinchine,
"
و د
nouvellement
monté ſur le trône de ſes
Aïeux , entouré des dignes Miniſtres
„ que la voix publique avoit appelés
,, auprès de lui, avoit ſignalé déjà fon
,, regne par des vues ſages & pleines
"
و د
و د
de bonté. La denrée la plus néceſſaire
à la vie , que ſouilloit depuis long-
,, temps dans les marchés publics la
main des Bourreaux, ſous le prétexte
d'y prendre leur ſalaire , étoit devenue
libre de toutes taxes , de toutes levées ,
d'un bout de l'Empire , à l'autre. Les
Arts & Métiers le furent auſſi après.
Déjà le fang des pauvres ne cimentoit
و د
و د
"
"
"
د و
plus les grandes routes , & des voitu112
MERCURE DE FRANCE .
"
و د
و د
"
و د
„ res plus légeres & bien plus commodes ,
traînées avec rapidité faifoient franchir
,, aux voyageurs , à peu de frais , toutes
les diſtances de l'Empire d'un lieu à
l'autre. Le ſage Empereur ſe fit rendre
compte , dans le temps , de ce ſupplément
d'aventures , & en fut frappé.
L'ordre fut rétabli dans les Tribunaux
,, comme dans les Arts & Métiers Les
états ſupérieurs de la Société dans tout
fon Empire , furent adminiſtrés aufli
ſagement que les états inférieurs , &
tous les Citoyens de la Cochinchine béniſſent
à jamais le nom d'un ſi bon
Prince qui , dans ſa jeuneſſe , a réformé
tant d'abus , & fi bien amélioré la
condition de ſes pauvres Peuples."
و د
و د
”
و د
و د
و د
و د
و د
Anecdotes intéreſſantes & hiſtoriques de l'Illustre
Voyageur , dédiées à la Reine.
Troiſieme Edition , revue , corrigée
& augmentée. A Paris , chez Ruault ,
Libraire , rue de la Harpe. 1777. in-
12. Prix 1 liv. 4 ſols.
Le Rédacteur de ce petit volume , y a
raſſemblé la plupart des anecdotes relatives
DECEMBRE . 1777. 113 I
WI
1
tives à l'Empereur regnant , mais furtout
pendant ſon voyage en France. Nous
en citerons quelques - unes des plus piquantes
, & des plus propres à donner
• une idée du ſtyle & du ton du Nara
rateur.
ود Les Spectacles de cette Capitale
ont été honorés pluſieurs fois de la préſence
de M. le Comte de Falckenſtein.
La Comédie Françoiſe a été celui qu'il
a le plus fréquenté. La Nation aſſemblée
par extrait dans un petit eſpace , applaudiſſoit
aux moeurs ſimples & antiques
d'un Prince qu'elle ne voyoit qu'à peine ,
& qui gardoit un incognito trop incommode
; elle auroit deſiré que le voile
tombât pendant le peu de momens du
rendez - vous .
"
د
Joſeph II garda fcrupuleuſement l'incognito
, pendant ſon ſéjour dans notre
Capitale; il ne fut préſenté à la Cour
que ſous le nom de Comte de Falckenstein
, ainsi que tout le monde fait ; mais
une anecdote peu connue , eſt celle qui
arriva au jeu de la Reine. Notre illuftre
Voyageur ſe tenoit debout derriere la
chaiſe de Madame Adélaïde , & il y avoit
fes mains posées , lorſque cette Princeſſe
Me leva & lui dit avec grâce , Monsieur
H ☑
•
114 MERCURE DE FRANCE
le Comte , il paroît que vous oubliez furicu-
Sement votre incognito ; il repartit vivement
, c'est qu'on l'oublie aisément auprès
de vous , Madame . "
ود M. le Comte de Falckenſtein étant
invité à dîner avec Leurs Majestés , on
lui préſenta le fauteuil ; il n'en voulut
point : ,, Sire , dans mes voyages , je ſuis
;; accoutumé à m'affeoir fur des chaifes
de paille ou de de bois , & un fauteuil ور
ود me dérangeroit. " On affure que le
Roi répartit, que l'on me đồnne auſſi
un pliant , ces grands fauteuils genent ,
embarrassent , un pliant me fera plus com
mode. La Reine dit à peu près la même
choſe , & on contenta S. M. de forte que
les trois Auguſtes Perſonnagesfurent aſſi's
fur des plians. Toute la Cour fut bientôt
inſtruite de cette aventure , & on
Pappella l'anecdote des trois pliants. "
. . . י נ
M. le Comte de Falckenſtein viſita
tous les Ateliers des Peintres & des
Sculteurs ( * ) logés au Louvre ; il leur
parla de leur Art , non • ſeulement en
-4
(*) Il n'eſt pas néceſſaire d'avertir que nous avon
récieusement conſervé l'Orthographe de l'Editeur.
DECEMBRE. 1777. 115
4
Amateur , mais en homme de l'état même ,
ſe ſervant des mots tecniques , employant
les termes de l'Art auffi bien que les
Maîtres ."
Les faits rapportés dans ce recueil ,
ne font pas tous d'une égale importance,
on en pourra juger par l'article ſuivant.
وو
ود
وو
و و
La ſeconde fois qu'il alla à Versailles ,
il deſcendit à la Salle des Ambaſſadeurs
; ils y étoient tous aſſemblés.
Ce Prince pria M. l'Ambaladeur d'Es-
,, pagne de lui faire connoître tous ces
Meſſieurs Le Comte d'Aranda l'ayant
fatisfait , il les a tous falués , & leur a
„ parlé. Enſuite il eſt monté chez le Roi
,, avec eux , pour aſſiſter au lever. Le
د و
" lendemain il alla à Marli avec la
,, Reine ; il monta un cheval qui lui fut
,, préſenté par le Prince de Lambefe; il
aſſiſta au débotter du Roi & au jeu de
la Reine. "
و د
11؟ د و
L'Epître dédicatoire , adreſſée à la
Reine , nous apprend que le Public eft
• redevable de cette intéreſſante compilation
, à M. le Chevalier du Coudray ;
* & qu'entierement adonné aux Lettres ,
il commençoit d'écrire l'Hiſtoire des
Maréchaux de France , lorſqu'il a quitté
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
cet Ouvrage national , pour composer cet
te Brochure.
Monsieur le Comte de Falckenstein , ou
Voyages de l'Empereur Joseph II , en
Italie , en Bohême , & en France ; contenant
un précis des établiſſemens utiles
faits depuis le regne de Marie - Théreſe.
Par M Mayer. A Rome ; & fe
trouve à Paris , chez Cailleau , Imprimeur
- Libraire , rue S. Séverin ; Esprit
, Libraire , au Palais Royal ; &
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
1777. in - 12 - Prix I liv. 4 fols.
Cet Ouvrage n'a de commun avec
les Anecdotes de l'illustre Voyageur , que
les faits qui appartiennent à tout le monde
; fa marche eſt d'ailleurs tout - à - fait
différente , elle eſt plus ſuivie , & produit
par conféquent plus d'intérêt. Le titre
ſeul indique que M. Mayer a embraſſé
un plan plus étendu. Son livre eſt fort
bien écrit , & joint par - tout , à l'intérèt
des chofes , celui de la narration. Il
ſuffit de l'ouvrir au hafard pour en donner
des exemples.
ود Ce traveſtiſſement ( l'incognito ) lui
coûtoit peu ; l'Europe fait depuis longDECEMBRE.
1776. 117
tems qu'il ne veut paroître Empereur
que le moins qu'il lui eſt poſſible. Vous
ne me verriez pas plus brillant à Vienne
qu'à Versailles , hors dix ou douze fois
' l'année , que je fuis forcé de faire l'Empereur
, répondoit- il à un Seigneur François,
qui , ſans ſon âge , eût été lui faire
ſa cour à Vienne. Cette modeſtie aimable
& touchante , ſeroit une vertu dans
un homme obfcur ; combien elle ajouté
à la dignité d'un Souverain , qui dépouille
la ſplendeur du rang pour pouvoir ſe
⚫ rapprocher de ſes Sujets! J'aurois mille
, traits de bienfaiſance à citer , dont fon
incognito a fait naître l'occaſion , & que
le Monarque n'eût jamais eu ladouceur
de faire , parce qu'il eſt bien difficile
d'arriver juſqu'à lui Jamais application
plus juſte que celle qui fut faite,
à la repréſentation d'Epide , de Laïus
" à Joſeph II.
Ce Roi plus grand que ſa fortune ,
Dédaignoit comme vous une pompe importune , &c. :
:
7
i
La Salle retentit du bruit des acclama-
*tions ; tous les yeux étoient fixés ſur lui.
Cette louange n'étoit point intéreſſée , :
H ة 3
118 MERCURE DE FRANCE.
elle n'avoit point paſſé par la filiere du
Courtiſan; un peuple entier , cette claſſe
d'hommes qui n'a que de la ſenſibilité
pour éloquence , & pour intérêt , le plaifir
qu'il trouve à honorer les vertus ; c'eſt
ce Peuple qui , des bas fonds du parterre ,
a fait partir des applaudiſſemens qui ont
entraîné toute l'aſſemblée. Ecoutons cette
femme chargée par ſes compagnes de
haranguer S. M. I. elle porte la main
fur Ihabit du Prince , le baiſe & s'écrie :
Heureux les Peuples , Monseigneur le Comte
, qui payent les galons de vos habits !
de pareils hommages dédommagent bien
de la privation de l'étiquette Royale."
وو Quand il vouloit envoyer un courrier
à Vienne , il prévenoit les gens de ſa
ſuite , qu'ils euſſent à lui apporter leurs
lettres pour les faire partir fous, fon enveloppe.
Un d'entre eux n'écrivoit point :
Pourquoi n'écris - tu pas ? N'as - tu rien à
envoyer à ta femme ? Si fait , M. le Comte
, mais je n'ai point de papier , & le
Courrier va partir. - Voilà du papier : va-t
en écrire , le Courrier attendra , dépêche- toi.
Ce trait de popularité eſt unique peutêtre
dans un Roi."
・ツ
-
Il a fait l'honneur à M. le Comte
:
DECEMBRE. 1777. 119
L
de Broglie de manger chez lui. Placé
entre Madame de Brionne & le Maréchal,
il converſoit avec ce dernier ; mais
toujours interrompu par des Dames qui
, l'interrogoient , il leur dit enfin avec
grâce : mille pardons , Mesdames , je ne
• puis en même temps causer & parler. Des
interrogations à peu-près auſſi preſſantes ,
dans une autre circonstance, le mirent
dans la néceſſité de faire une réponſe qui
décéla l'homme réfléchi , qui n'aventuroit
rien. Les troubles de laGrande-Bretagne
avec les Colonies étoient en question
; les opinions étoient diverſes...
Eh bien , M. le Comte , que pensez - vous
de ces querelles ? - Mon métier , à moi ,
c'est d'être Royaliste. ' '''''
" A Paris , il entre au Café de la
Régence ; il veut jouer aux échecs ; un
Joueur ſe préſente, à condition qu'ils ne
feront pas long- temps. La partie ne
finiſſoit point; le Joueur étoit inquiet ;
l'Empereur lui demande ce qu'il a ? -
C'eſt que l'Empereur vient à l'Opéra,
l'heure paſſe , yous m'obligeriez de remettre
la partie. - Vous ne verrez qu'un
homme comme un autre , fans marque diſtinctive. Je verrai , Monfieur ,
l'Empereur , le Bienfaiteur d'une Nation
-
H 4
120 MERCURE DE FRANCE .
entiere , un Souverain à qui j'ai voué ,
dans mon coeur , un éternel hommage.
Un homme comme lui eſt ſi précieux !
Eh bien regardez - moi , & achevons notre
partie.
-
Voici comme M. Mayer raconte l'anecdote
des trois plians , que nous avons
déjà rapportée d'après l'Ouvrage de M.
du Coudray. Les Lecteurs pourront
comparer les deux récits. II ( M. le
Comte de Falckenſtein) n'a jamais voulu
accepter un fauteuil. Sire , dans
„ mes voyages , vous devez bien penser que
„ je ne trouve pas des fauteuils. Ce fiege
ر و
”
و د
و د
-
१”
me gêneroit : un pliant me fuffit. — Eh
bien, qu'on me donne auffi un pliant ,
,, répondit le Roi. La Reine voulut
encore un pliant , & le dîner fut auſſi
bon avee trois plians , qu'avec trois
fauteuils . "
و د
:
و د
و د
Ce que nous venons de tranfcrire , fuffit
pour donner une idée de cet Ouvrage ,
qui mérite d'être lu d'un bout à l'autre ,
& que le ſouvenir de l'illuftre & grand
Prince qui en fait le ſujet, ſuffiſoit déjà
feul pour rendre intéreſſant.
Lettres
DECEMBRE. 1777. 121
Lettre du Marquis de Sézannes au Comte
de Saint - Lis , par Mademoiselle M**.
2 parties in- 12. A Bruxelles ; & fe
trouvent à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue St. Jacques , au Temple
du Goût 1778 .
Le Marquis de Sézannes , âgé de
vingt - fix ans , riche & maître de luimême
, differe de ſe marier , non par
légereté , ni par éloignement pour le
mariage ; mais par un excès de délicateſſe
, qui lui fait defirer dans une
femme pluſieurs perfections réunies , la
beauté , l'eſprit , la douceur , la ſenſibilité
, & fur - tout la tendreſſe la plus
parfaite & la plus pure , pour l'Amant
aimé qui deviendroit ſon époux. Sézannes
regarde un tel caractere comme chimérique
, & defire cependant avec pasſion
de connoître & d'adorer celle qui
pourroit le réaliſer. Il entretient quelque
temps de ſes idées là-deſſus , le Comte
de Saint . Lis , ſon ami , & la Baronne
de Valcé , veuve d'environ trente ans ,
femme aimable & ſenſée , avec laquelle
il a formé une liaiſon purement d'amitié ,
& dont il a fait la confidente de tous ſes
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
1
ſentimens. La Baronne lui communique
une lettre qu'elle a reçue de Mademoiſelle
de Céri , où cette jeune perſonne
lui fait avec éloge , Thiſtoire du mariage
de Mademoiselle de Noſai, fon amie ,
avec le Chevalier de Cyſa. Mademoiſelle
de Noſai s'étoit épriſe du Chevalier
, ſans l'avoir jamais vu , ſur le
récit d'une action généreuſe qui annonçoit
la beauté de ſon ame. Quoiqu'il
fût d'une figure très peu agréable , elle
n'avoit rien perdu , en le voyant, de ſes
fentimens pour lui , & l'avoit épousé
par préférence à un amant plus aimable
& plus riche , qui aſpiroit à ſa main.
Le Marquis de Sézannes conçoit un
violent amour pour Mademoiſelle de
Céri à la lecture de cette lettre , où il
trouve développés des ſentimens qui
s'accordent parfaitement avec ſa façon de
voir , & qui lui font juger que celle qui
les a tracés eſt la femme parfaite qu'il
defiroit & déſeſpéroit depuis ſi longtemps
de rencontrer. Une invitation que
lui fait le Chevalier de Vallan, ſon ami,
de venir paſſer quelque - temps à ſa terre ,
voiſine de celle du Comte de Céri , lui
fournit bientôt l'occaſion de voir celle
qu'il adore. Il accepte l'invitation avec
-
DECEMBRE. 1777. 123
tranſport , ſe rend chez M. de Vallan ,
& ſe fait d'abord préſenter chez le Chevalier
de Cyfa , où Mademoiselle de
Céri vient ſouvent , & enſuite chez le
Comte de Céri fon pere. Il la voit
pluſieurs fois fans ofer faire connoître
ſes ſentimens , enfin , la trouvant ſeule
un foir dans le jardin de M. de Cyſa ,
il tombe à ſes pieds ; &, rempli du plus
tendre tranſport , le viſage inondé delarmes
brulantes , lui répete mille fois l'aveu
de ſon amour. A travers ſon trouble ,
il s'apperçoit qu'à cet aveu les yeux de
l'aimable perſonnne ſe couvrent de larmes.
Il n'oſe cependant ſe croire aimé ;
mais il n'a plus lieu d'en douter quelques
jours après , lorſqu'il trouve ſur un
banc de gazon un papier , qu'elle y avoit
laiſſé par mégarde , & où elle avoit tracé
l'expreſſion de ſes ſentimens. Il voit ,
avec autant de ſurpriſe que de joie , que
ſa paſſion eſt payée du retour le plus
vif & le plus tendre ; que fa maîtreſſe
l'adore , & que leurs deux coeurs font
unis , en ſecret , par la plus forte & la
plus douce ſympathie. Il eſt bientôt déterminé
à demander la main de Mademoiſelle
de Céri ; & , après quelques légers
incidens qui ۱ leur donnent occafion
1
124 MERCURE DE FRANCE.
d'éprouver & de développer mutuellement
leurs fentimens & leur caractere ,
ils ſe marient , & font au comble de l'amour
& du bonheur.
Ce Roman eſt agréablement écrit ; les
ſentimens tendres & délicats des deux
principaux perſonnages y font développés
dans le plus grand detail , quelquefois même
avec un peu de diffuſion. Mais on y
trouve par - tout l'empreinte de cette aimable
ſenſibilité , & de cette fineſſe de
fortimens qui caractériſent le ſexe de
l'Auteur.
Sufette & Pierrin , ou les Dangers du Libertinage
, 2 Parties in- 12 Prix , 31.
br. A Londres , & ſe trouvent à Paris ,
chez J. Fr. Baſtien , Libraire , rue du
Petit - Lyon , F. S. G. 1778 .
Ce Roman , déjà publié avec ſuccès
fous un autre titre, & qui avoit eu trois
éditions , reparoît aujourd'hui avec des
changemens conſidérables. L'Auteur s'y
eſt proposé de peindre avec force aux
Jeunes-gens de l'un & de l'autre ſexe , les
dangers & les ſuites funeſtes de la corruption.
On y voit des Tableaux frapDECEMBRE
. 1777. 125
pans , & malheureuſement trop vrais ,
des déſordres qui regnent dans les grandes
Villes.
Suſette , jeune Payſanne fort jolie ,
paſſe ſa premiere jeuneſſe au ſein de l'innocence
& de la vertu , juſqu'au inoment
qu'elle ſe laiſſe aller à une premiere foibleſſe
en faveur d'un jeune Payſan de fon
Village , nommé Pierrin , ſimple & honnête
comme elle , mais dont le coeur
commence à ſe corrompre, lorſqu'il parvient
à obtenir les faveurs de ſa Maîtreſſe.
Suſette , entrée au ſervice de Mondor ,
riche Financier. & Seigneur du Village ,
ſe rend bientôt aux deſirs de Frivolet ,
jeune Abbé élégant , & du Marquis
d'Arneuil , Petit - Maître , qui ſont venus
paſſer la belle ſaiſon au Château du Financier;
elle cede auſſi à M. Mondor
lui - même , qui la tente par des offres ſéduiſantes.
Ces faux pas font ſuivis de
pluſieurs autres ; elle ſe laiſſe enfin enlever
par un jeune Officier qui paſſoit en
poſte chez Mondor. Cet Officier , nommé
Villeneuve , l'amene à Paris , vit
quelque tems avec elle, & finit par la
quitter ſans lui dire adieu. Suſette déseſpérée
& à la veille de ſe trouver fans
reſſource , eſt tirée de cet embarras par
126 MERCURE DE FRANCE.
:
les conſeils de la Dame Commode , Revendeuſe
à la Toilette, qui lui fait la
peinture des moyens de fortune qu'une
jeune & jolie perſonne trouve aisément
dans la Capitale, & fe charge de la conduire.
Elle eſt ſucceſſivement entretenue
par pluſieurs Amans , qu'elle abandonne
tous pour un Milord qui lui offre un
Hôtel , un équipage ſuperbe , des diamans
, & mille écus par mois. Elle jouit
depuis un an de cette fortune , lorſque
Milord eſt ramené en Angleterre par une
épouſe jeune , aimable & vertueuſe ,
qu'il négligédit , & qui eſt venue le
chercher à Paris juſques chez ſa Maîtreffe.
Suſeete va en Province ſe faire Comédienne
, & parcourt pluſieurs grandes
Villes , en vivant toujours dans le défordre
, dont les ſuites lui cauſent une maladie
honteuſe , qui lui ôte une partie de
ſes attraits, Elle retourne à Paris ; & ,
ſuivant le fort preſque ordinaire des filles
de fon état , deſcend au dernier degré de
la crapule & du libertinage. Elle eſt enlevée
& conduite dans une Maiſon de
force. Un de ces Perſonnages qu'on appelle
Monseigneur , vient un jour viſiter
cette triſte demeure. Ce Monseigneur
DECEMBRE . 1777. 127
し、
eſt l'Abbé Frivolet , parvenu à un poste
éminent . Il reconnoît Suſette , renouvelle
connoiſſance avec elle , la tire
de ſa prifon , & là loge dans une petite
maiſon agréable , à l'extrémité d'un
Fauxbourg. Rémiſe dans l'aiſance par
ce nouvel Amant , elle joue , par ſes
conſeils , le rôle de Dévote. D'abord
Maîtreſſe de Monseigneur , elle devient
enfuite l'Intendante ſecrette de ſes plaifirs.
Ce train de vie dure juſqu'à la
mort de Frivolet ; poignardé par une
Dame vertueuſe à l'honneur de laquelle
il avoit voulu attenter. Elle épouſe alors
Pierrin , qu'elle avoit déjà retrouvé pluſieurs
fois , & qui avoit été ſucceſſivement
Soldat , Laquais , entretenu d'une
Ducheſſe & d'une Comteſſe , Brétailleur
, Jouetur ; Efcroc. Cette derniere
qualité l'avoit conduit à Bicêtre , d'où Sufette
l'avoit tiré par le crédit de Frivolet
, qui l'avoit enſuite placé en qualité
de Secrétaire chez le Marquis de .... ,
homme en place. Il ne ſe dérermine a
epouſer ſon ancienne Maîtreſſe , que
pour s'affarer la propriété de ſa jolie
maifon , & de tout ce qu'elle poſſede.
Les deux époux , en continuant à vivre
dans le déréglement , achevent de ſe
•
128 MERCURE DE FRANCE.
ruiner. Pierrin , pour ſubvenir à fes débauches
, ſe réſout à voler ſon Maître ;
il exécute pluſieurs fois , avec ſuccès ,
cette abominable action. Mais il eſt
enfin pris ſur le fait , arrêté , & condamné
à être pendu. L'infortunée Suſette
, obligée d'aſſiſter à ſon éxecution ,
expire dans les convulfions du déſespoir.
Des Lecteurs délicats détourneront
peut- être la vue aux derniers traits de ce
tableau , par leſquels l'Auteur a voulu
montrer , avec énergie, comment le vice ,
après avoir paſſé par toutes les gradations ,
pouvoit enfin conduire au crime.
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, fur l'Histoire Naturelle & fur les
Arts , avec des Planches en Taille-douce
; dédiée à Monſeigneur le Comte
d'Artois ; par M. l'Abbe Rozier , Chevalier
de l'Egliſe de Lyon , & Membre
de pluſieurs Académies. 2 vol. in-
4°. A Paris , chez l'Auteur , Place
& quarré Ste - Genevieve ; & chez
Le Jay , Barrois & Ruault , Librai
res. Prix 24 1. pour Paris , & 30 1.
pour la Province , franc de Port, par
la Poſte.
Ce
DECEMBRE. 1777. 12g
Ce Journal eſt devenu le dépôt des
principales connoiſſances , des expériences
, des découvertes & des Mémoires
les plus importans dans les Sciences
Phyſiques & Naturelles. Il eſt dirigé par
un Savant qui, lui-même , l'enrichit d'ob-
-ſervations intéreſſantes. Cet Ouvrage
commença à paroître au mois de Juillet
1771 , fous le format in- 12 , & fut ainſi
continué juſqu'à la fin de 1772 ; ce qui
forma 18 volumes in-12. En Janvier
1773. le format in 12 fut changé en celui
in-4º. à la démande de tous les Soufcripteurs
, parce que les Gravures font
*plus grandes , & expliquent mieux les
détails : le nombre des volumes eſt moins
multiplié ; & ce format convient beau-
'coup mieux à un Livre de Bibliotheque ,
qui fait ſuite avec les Collections Académiques.
Depuis long - tems l'édition
xin 12 eſt épuisée , & lePublic eft privé de
pluſieurs excellens Mémoires qu'on ne
trouve point ailleurs. Enfin , les demandes
multipliées ont engagé M. l'Abbé Rozier
à réimprimer les 2 vol. in 4°. qu'il donne
ſous le nom d'Introduction , afin de ne
point déranger l'ordre des dix autres volumes
in-4º. ſuivans, Ces deux nouveaux
volumes feront délivrés , à dater du
I
130 MERCURE DE FRANCE.
premier Janvier 1778, dans les endroits
indiqués.
Pour l'année 1778 , on fouſcrit chez
l'Auteur , & chez les principaux Libraires
du Royaume. Et pour plus grande facilité
, on peut mettre au Bureau de la
Poſte , le montant de la Souſcription ,
fans affranchir l'argent , mais ſeulement
la lettre qui doit donner avis du jour ;
de la fomme , & indiquer le Bureau où
la remiſe aura été faite.
:
;
Mémoires fur les sujets proposés pour le
prix de l'Académie Royale de Chirurgie ,
Tome IV. en 2 vol. in 4. & en 5 vol.
in- 12. A Paris , de l'Imprimerie de
M. Lambert , Imprimeur de l'Acadé
mie Royale de Chirurgie , rue de la
Harpe, au-deſſus de celle des Cordéliers.
Cette collection comprend les Differtations
qui ont mérité le fuffrage de
l'Académie , depuis l'année 1759, juf
qu'en 1774 , ſur les queſtions intéreſ
fantes propoſées annuellement ;
prix eſt une Médaille d'or de la valeur
de 500 liv. , fondée par M. de la PeyDECEMBRE.
1777. ۲۰ 131
• ronie: le progrès de l'art en eſt l'objet ,
& l'on voit , par la préface de ce nouveau
recueil , que le choix du ſujet, l'examen
des Ouvrages , & les travaux néceſ
faires pour porter un jugement ſolida
& équitable, coûtent quelquefois plus
de ſoins , d'attention & de ſollicitudes
à l'Académie , qu'aux Auteurs mêmes
des Mémoires dont elle récompenſe
l'émulation.
C'eſt ce qu'on remarque principale-
-"ment à l'occaſion du Mémoire couronné
en 1759 , fur la queſtion ſuivante: dans
le cas où l'amputation de la cuiffe dans
article , paroîtroit l'unique reſſource poun
fauver la vie à un malade , déterminer St
l'on doit pratiquer cette opération , &
quelle feroit la méthode la plus avantageu
Je de la faire On ne peut qu'applau
dir aux vues de douceur,& d'humanité
qui paroiſſent avoir guidé le jugement
de l'Académie , ſur une opération par
laquelle un homme perdroit , en quel
que forte , la quatrieme partie de fom
corps. L'Auteur eſt M. Barbet, Chirur
"gien de Vaiſſeaux.
Le Mémoire ſuivant, fur la cure des
fſtules dans les différentes parties du
*corps , offre un tableau moins effrayant.
12
132 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , M. Marvides * , couronné
en 1760, a diſtingué les fiftules par
les genres auxquels toutes les eſpeces
peuvent ſe rapporter; & il en établit
fix claſſes ; 1º celles qui dépendent du
vice dela peau dontlesfinusfiſtuleux font
recouverts; 20 celles qui ſont occaſionnées
par la préſence des corps étrangers ; 3°.
celles que produit la carie des os ; 40
celles qui font cauſées par l'ouverture
d'un canal ou d'un réſervoir ; 5°
celles qui pénétrent dans des cavités;
6º enfin , celles qui ont pour cauſe
des duretés & des callofités. L'Auteur
poſe, d'après les grands Maîtres , un
principe très-lumineux; c'eſt que , dans
la plupart des fiſtules , la dureté & la
calloſité ne font qu'une complication
accidentelle , laquelle ne fournit aucune
indication curative. L'eſſence des fiſtules
ne peut ſe tirer que des cauſes antécé
dentes & conjointes qui établiſſent les
différens genres , chacun deſquels pro
duit des indications capitales, d'où ſe
déduiſent les moyens généraux de gué-
• Chirurgien-Major du Régiment d'Artois. Cavalerie.
4
八DECEMBRE. 1777. 133
い
riſon , propres au genre particulier ; &
il n'y a aucune eſpece de fiftule , ſous
chacun de ces genres , qui n'exige un
traitement ſpécial , parce que les fiſtules
* pouvant arriver dans toutes les parties
du corps, les mêmes cauſes produiront
• des effets différens , ſuivant la nature
des parties , & l'étendue des trajets
fiftuleux; ſuivant la direction droite ,
oblique ou torteuſe , ſuivant la multiplicité
des ſinus & leurs clapiers ;
ſuivant les duretés & les callofités qu'on
• doit détruire , ou qu'on peut laiſſer.
Encore ne font ce là que des différences
accidentelles , par leſquelles chaque
eſpece de fiſtules reçoit des modifications
capables de preſcrire au Chirurgien
une conduite qui lui fera varier
ſes opérations , les panſemens , & les
précautions qui doivent faire réuſſir ſes
'ſoins dans chaque traitement individuel.
Ces préceptes font par-tout fondés ſur
une excellente théorie , & les faits tirés
des meilleurs Praticiens , en ſont la
preuve. L'Auteur termine ſonMémoire
par l'examen des fiſtules auxquelles la
ſeule cure palliative eſt convenable : il
fait connoître les médicamens auxquels
on a attribué la propriété de guérir çer
13
134 MERCURE DE FRANCE .
taines fiſtules fans avoir recours aux
opérations qui ſembloient indiquées , &
il apprécie ces casavecbeaucoup de ſagacité,
en donnant la compoſition des
onguens & emplâtres , vraiment renou
velés des Grecs , dont les Empyriques
modernes font un ſecret.
La Mémoire fuivant , eſt ſur la théorie
des maladies de l'oreille , & fur les
moyens que la Chirurgie peut employer
pour la curation ; par M. Leſchevin ,
Maître en Chirurgie à Rouen , couronné
en 1763.
L'Auteur ſuppoſe la connoiſſance ap
profondie de la ſtructure & des uſages
de toutes les parties de l'organe de
l'ouie , pour concevoir la théorie des
maladies qui attaquent cet organe. Il
ſuit la diviſion que preſcrit la nature
des maladies de l'oreille externe &
de celles de l'oreille interne. Sous la
premiere partition , l'on examine er
pluſieurs paragraphes , les plaies , les
contufions, les excoriations , les brûlures
, dartres , ulceres , &c. & le
moyens d'y remédier. A l'article des
maladies du conduit auditif , il eſt
queſtion : 1º. de l'imperforation de ce
conduit ; 2º. de ſon étroiteſſe; 3°. defon
DECEMBRE. 1777 . 135 ۱
défaut d'obliquité; 4°. des dérangemens
accidentels auxquels il eſt ſujet; 5 °. de
ſa ſenſibilité auxdifférentes températures
del'air humide , ſec , chaud ou froid ; 60.
il s'y engendre des vers ; 70. il s'y introduit
des ſubſtances étrangeres , molles
• ou dures , animées ou inanimées ; enfin
l'amas de la cire des oreilles & fon
endurciſſement dans le conduit auditif;
l'obſtruction des glandes qui filtrent cette
humeur ; les écoulemens féreux ou purulens
, l'inflammation , l'abſcès , l'ulcere ,
☑ les excroiſſances & la carie, toutes ces
maladies ſont expoſées par leurs cauſes,
leurs ſignes , leurs accidens , & l'on
"indique les moyens de les guérir. On
traite , en des articles ſéparés & dans le
même détail , des différentes maladies
dela membrane du tambour, de celles de
la caiſſe & du labyrinthe , des affections
' propres du nerf auditif;&, pour.conclufion
, de l'uſage des cornets acoustiques
dans la dureté de l'ouie.
En 1764 , M. David , maintenant
Chirurgien en chef de Hôtel- Dieu de
Rouen , a obtenu le prix doublepour un
Mémoire fur les abſcès , où l'on détermine
la maniere de les ouvrir , & quel est leur
traitement méthodique , ſuivant les diffé
14
136 MERCURE DE FRANCE.
rentes parties du corps. La réputation de
l'Auteur & le fuffrage de l'Académie ,
garantiſſent la bonté de cet Ouvrage.
M. Grima , Chirurgien à Malte , a
remporté , en 1766, le prix fur la queftion
des contre- coups dans les léſions
de la tête. On lira ſon Mémoire avec
fatisfaction; il expoſe des principes trèsſolides
ſur cette importante matiere,
que l'Académie a deſiré qu'ontraitât avec
plus de détails ; ſes voeux ont été remplis
en 1768 , & elle a partagé le prix double
à M. Saucerote , Maître en Chirur.
gie à Lunéville , depuis Aſſocié de l'Académie
, & Chirurgien - Major de la Gendarmerie
, Auteur d'un excellent Mémoire
ſur les contre-coups dans les léſions
de la tête ; & à M. Sabourant , Chirurgien
à Toulouſe , mort depuis , au
grand regret de ſes Concitoyens.
L'Académie , pour completter les connoiſſances
fur la matiere des contrecoups
, a proposé depuis , d'exposer les
effets qu'ils produisent dans les différentes
parties du corps autres que la tête , & les
moyens d'y remédier. Le prix , qui étoit
double , a été accordé , en 1771 , à un
Mémoire ſigné Bazile , ancien Chirurgien
interne de l'Hôtel- Dieu de Rouen.
!
4
DECEMBRE. 1777. 137
Dans l'intervalle des années où l'Académie
s'eſt occupée des contre - coups ,
elle a propoſé de déterminer la nature des
loupes , marquer leurs différences , Spécifier
leurs causes , leurs ſymptômes , leurs fignes ,
& exposer les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque espece ,
* & relativement à la partie qu'elles occupent
.
On a partagé le prix double , en 1767 ,
à M. Chopart , Eleve en Chirurgie, maintenant
Membre du College & de l'Académie
Royale de Chirurgie ; & à M.
Chambon , Maître- ès-Arts & en Chirurgie
à Brévane- fous Choiſeul. M. Chopart
a eu , en 1768 , l'acceffit , ſur les léſions
de la tête par contre - coups. Son Mémoire
eſt imprimé dans le Recueil que
nous annonçons , à la ſuite des Differ
tations couronnées.
L'Académie avoit proposé , en
1770 , pour ſujet du prix , d'expoſer les
inconvéniens qui résultent de l'abus des
onguens & des emplâtres , & de quelle
• réforme la pratique vulgaire eft fufceptible
, à cet égard , dans le traitement
des ulceres. Cette Queſtion a été remiſe
juſqu'à trois fois , & le prix triple a été
ppaarrttaaggéé,, en 1774 , à M. Champeaux,
I5
1.38 ! MERCURE DE FRANCE.
Chirurgien gradué à Lyon , Profeſſeur
d'Anatomie , Correfpondant de l'Académie
& de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; à M. Camper
, Aſſocié Etranger de l'Académie ,
Profeſſeur Honoraire d'Anatomie &
de Chirurgie d'Amſterdam , &c. dont
le Mémoire latin , auquel on a joint
une traduction françoiſe, préſente ,
d'une maniere ſavante , également
agréable & inſtructive , l'Hiſtoire de l'Art
dans les variations de la pratique ancienne
& moderne ; & à M. Chambon ,
Auteur du Mémoire qui a partagé le
prix double ſur les loupes en 1767.
1
L'Académie a fait imprimer , à la
ſuite de ces trois Mémoires , une Differtation
ſur lemême Sujet , par M. Aubray ,
Chirurgien en chef de l'Hôtel -Dieu ,
& Membre de l'Académie des Sciences
& Belles - Lettres à Caën.
M. Louis , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , qui a mis à la tête de ce
Recueil une préface qu'on lira avec
fruit , fait une mention honorable de
M. le Comte , Docteur en Médecine à
Evreux , qui a envoyé un grand Mémoire
fur l'abus des onguens & des
emplâtres. Une expoſition très-nette " "
A
4
DECEMBRE. 1777. 139
"
"
ود
"
و د
"
"
و د
و د
de l'état de la Queſtion , beaucoup
d'intelligence , des vues nouvelles &
ſolides ſur la maniere d'obſerver ,
n'ont pu contre balancer les Mémoires
des autres Concurrens. L'Auteur établit
que , dans la cure de l'ulcere
ſimple , les onguens & les emplâtres
font nuiſibles ; que leur uſage ne peut
,, que troubler le méchaniſme de la
nature : en examinant les différences
,, caractériſtiques des ulceres , & raiſonnant
ſur les moyens les plus convenables
,, pour en détruire les complications , &
ramener l'ulcere à la ſimplicité qui
le rendroit curable par les feuls efforts
de la nature , ſécondés d'un panſement
,, méthodique , on démontre qu'on ne
,, peut oppoſer les onguens & les emplâtres
à aucune des complications.
Cet Ouvrage inſtructif eſt le fruit
d'un travail pénible , par les recherches
,, qui ont fervi à raſſembler un grand
nombre de faits, extraits , pour ainſi
dire , de tous les Obfervateurs , dans
l'intention de prouver queles cas les plus
,, épineux n'ont jamais cédé à l'application
des emplâtres & des onguens ; &
,, que leur usage , lorſqu'il n'a pas été
„ nuiſible , a été au moins inutile. Ce
و د
و د
و د
د و
"
و د
و د
"
140 MERCURE DE FRANCE.
"
"
و د
ſommaire ſuffit pour faire connoître
cette Diſſertation , qui n'auroit pu être
donnée par extrait , qu'en la reſtrei-
„ gnantaux principes& aux conféquences
établis dans les autres Mémoires que
l'Académie a couronnés ".
"
Table Alphabétique & raiſonnée des matieres
contenues dans les 40 Volumes
du Journal des Causes Célebres , &c....
qui ont paru jusqu'à la fin de 1776 ,
incluſivement; précédée de la Table
des titres des Cauſes contenues dans
les mêmes Volumes. Vol. in- 12.
:
Nous avons annoncé cette Table dans
pluſieurs de nos Journaux. Les ſoins que
Jes Rédacteurs ont apporté pour la rendre
également utile & commode à ceux qui
ont la Collection des Cauſes Célebres ,
en ont retardé la publication. Elle vient
de paroître & d'être délivrée aux Soufcripteurs.
La nomenclature qu'elle renferme
, eſt très- étendue ,&prouve l'abondance
des matieres contenues dans les 40
Volumes du Journal des Cauſes Célebres
, qui ont paru juſqu'à la fin de l'année
derniere. Les Juriſconſultes y trouveront
des principes approfondis ſur une
DECEMBRE . 1777. 141
multitude de queſtions qui ſe reprodui
ſent à chaque inſtant dans les Tribunaux :
les Gens du monde y puiſeront des connoiſſances
utiles pour prévenir les conteſtations
qui ne troublent que trop fouvent
le repos des familles: enfin , toutes
fortes de Lecteurs pourront s'y inſtruire
en s'amusant, car le mérite de ce Recueil
, & qui en eſt un ſans doute trèsgrand
, conſiſte à offrir , d'une maniere
intéreſſante , le Tableau des Affaires les
plus piquantes qui ſe jugent dans tous
les Tribunaux du Royaume , & à préſenter
un précis raiſonné des moyens
que les Parties ont employés pour leur
défenſe , & des motifs qui ont déterminé
les déciſions. Ainsi, on peut juger
' qu'il eſt peu d'Ouvrages auſſi utiles &
D
auſſi curieux.
i
La Table des Titres qui précede celle
des Matieres, préſente une preuve bien
ſenſible de la variété qui regne dans ce
Journal. Elle contient cent trente-une
Cauſes , dont pluſieurs font célebres ,
les autres curieuſes & intéreſſantes.
Nous nous bornerons à indiquer quel-
, ques - unes des Cauſes de la premiere
Claſſe. On y trouve les Affaires de
Montbailly , de l'Hermaphrodite Grand
142 MERCURE DE FRANCE.
Fean, de plusieurs Bigames , d'un Efcroc
Magicien , d'un Cordelier marié , de plu
ſieurs Femmes accuſees d'avoir tué leurs en
fans , d'un Chanoine accusé de fortilege , du
Marquis de Brunoy , de Calas , de Syrven ,
de Calvy , du Roi de Portugal contre les
Créanciers d'un Orfeure , du Prince Kfartorisky
, de la machine infernale de Lyon ,
d'un Parricide , de la Rosiere de Salency ,
de la Dame de Launay , de l'Abbé Desbroffes
, de M. Alliot , Fermier - Général ,
contre Son fils ; de la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire , de l'Amiral Byng , du
Colonel Gillenſwam , de la Ducheffe de
Kinston , de Putgastchew , de l'Opération
Césarienne , &c. On y trouve auffi plu.
ſieurs Affaires d'Inceste , d'Adultere , de
Séparations , de Questions d'Etat fur la validité
de mariages contractés entre Protestans ;
fur les. Fuifs , fur les Comédiens , & une
multitude de Procès Criminels.
1 Ce détail ſuffit pour prouver la va
riété & l'intérêt du Journal des Caufes
Célebres, dont les Rédacteurs viennent
de publier la Table. Ceux qui voudront
ſe procurer cette Table , font priés de
ſouſcrire chez M. Déſeſſarts , Avocat ,
rue de Verneuil , la troiſfieme Porte
DECEMBRE . 1777. 143
cochere avant la rue de Poitiers , ou
chez le Sieur Lacombe , au Bureau
des Journaux , rue de Tournon. Le prix
de la Souſcription eſt de 3 liv. & le
Volume parviendra franc de port aux
Souſcripteurs.
La Souſcription du Journal des Cauſes
Célebres , eſt ouverte en tout tems.
Cependant l'époque du renouvellement
eſt le commencement de chaque année.
Il paroît 12 Volumes par an , avec la
régularité la plus ſcrupuleuſe. Le prix
de la Souſcription eſt de 18 liv. pour
Paris , & de 24 liv. franc de port , pour
la Province. On délivre des Collections
complettes des Volumes qui ont paru
de ce Journal , au prix de la Soufcrip-
' tion ; mais on ne vend aucun Volume
ſéparé.
4
ANNONCES LITTERAIRES.
...
COMMERCE de la Grande - Bretagne ,
& Tableau de ſes importations & exportations
progreſſives , depuis l'année
1697 , juſqu'à la fin de l'année 1773 ;
144 MERCURE DE FRANCE.
par le Chevalier Charles Whitworth ,
Membre du Parlement; Ouvrage traduic
de l'Anglois , in -folio. A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1777. Prix 12 liv.
bl. ou br. A l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
,
On diſtribue à la même adreſſe :
Histoire Naturelle , Générale & Parti
culiere , fervant de ſuite à l'Hiſtoire des
Animaux quadrupedes ; par M. le Comte
de Buffon , Intendant du Jardin & du
Cabinet du Roi , de l'Académie Françoiſe
, & de celle des Sciences. Supplément
, Tomes cinquieme & fixieme ,
avec figures ; de l'Imprimerie Royale ,
1777.
Dictionnaire Univerſel des Sciences
Morale , Economique , Politique & Diplomatique
, ou Bibliotheque de l'Homme
d'Etat & du Citoyen; Tome II. in-4°.
Pierre le Cruel , Tragédie , par M.
de Belloy , Citoyen de Calais , & l'un
des
DECEMBRE. 1777. 14:5
des Quarante de l'Académie Françoiſe :
Virtutem videant intabefcantque relictd.
PERSE.
in- 80. br. Prix , I liv. 10 f. A Paris , chez
Sorin , Libraire , rue S. Jacques.
On connoît les Ouvrages qui , compoſés
autrefois par l'ordre de feu Mgr. le
Dauphin , pour l'éducation des Princes ,
ont été imprimés depuis quelques années
, & l'on verra avec plaifir les meſures
priſes pour que ces éditions , qui
font très belles , ne ſe vendent qu'un
prix médiocre & uniforme , qui ſoit le
même & dans la Capitale & dans toutes
les Villes du Royaume.
10. Le premier de ces Ouvrages parut
en 1773 , il eſt intitulé: Leçons de Morale
, de Politique & de Droit public ,
puisées dans l'Histoire de notre Monarchie ; You Nouveau Plan d'Etude de l'Histoire
de France , rédigé par les ordres & d'après
les vues de feu Mgr. le Dauphin.
14
Il ſe vend à Paris , chez Moutard , Libraire
de la Reine , rue des Mathurins ,
"a liv. 8 f.
C'eſt un Abrégé raiſonné de l'Hiſtoire
K
:
146 MERCURE DE FRANCE.
de la Monarchie ; c'eſt l'esquiſſe de 40
Difcours deſtinés à faire connoître , de
ſiecle en fiecle , le Gouvernement François
à toutes les époques de la France ,
&qui ont pour but d'attacher aux faits
toutes les connoiffances de Morale , de
Politique & de Droit public qui conviennent
aux Princes.
20. Le fecond parut en 1775 , & a
pour titre : Les Devoirs du Prince , reduits
à un seul principe ; ou Discours fur
la Justice , dédié au Roi.
Il ſe vend à Paris , chez Moutard ,
3. liv. 12 f. br.
Ce Difcours renferme , & toute la
Morale qui doit former les Princes , &
fon application à toutes les parties du
GouvernementFrançois. Il eſt la théorie
des vérités qui feront prouvées par l'expérience
de l'Hiſtoire dans les Difcours
dont on va parler.
3°. Le troiſieme de ces Ouvrages &
le plus important , foit par l'étendue des
recherches , ſoit par le nombre des volumes
dont il doit être compoſé , a pour
titre : Principes de Morale , de Politique
& de Droit public , puisés dans l'Histoire
de notre Monarchie ; ou Discours fur
DECEMBRE. 1777. 147
'Histoire de France , dédiés au Roi, par
M. Moreau , Hiſtoriographe de France.
Il y a déjà quatre Tomes de cet Ouvrage
; il en paroîtra quatre autres dans
le cours de l'année prochaine , deux au
commencement & deux à la fin ; &
tous les ans enfuite on en donnera g
nouveaux volumes. Cet Ouvrage eſt
l'exécution du Plan conçu par feuMgr. le
Dauphin en 1764 , & imprimé en 1773.
Il contient les faits & la morale qu'on en
doit tirer ; il développe les principes du
Gouvernement à chaque époque ; il eſt
'Hiſtoire & de la Conſtitution Françoiſe
& des Monumens qui l'établiſſent.
C'eſt principalementcetOuvrage dont
on veut faciliter le débit à un prix mos
dique.
Chaque volume eſt un in-8°. de quatre
à cinq cents pages , en caracteres & en
papier parfaitement beaux.
1 Chaque Tome ne ſe vendra , foit à
Paris, foit dans toutes les Villesde Province
, que 3 liv. 12 f. br.
Il ſe diftribue à Paris , chez Moutard,
Libraire de la Reine, Hôtel de Cluni ,
rue des Mathurins ; Nyon , rue Saint-
Jean de Beauvais ; Delalain , rue de la
Comédie Françoiſe; la veuve Duchefne,
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
rue Saint - Jacques ; Lacombe , rue de
Tournon ; Mérigot le jeune , Quai des
Auguſtins ; Eſprit, Libraire , au Palais-
Royal.
Tous les Libraires de Province qui
voudront s'en fournir , s'adreſſeront à
leurs Correſpondans déſignés ci-deſſus ,
ou au Sieur Phlipault , Secrétaire de l'Auteur
, Place Vendôme , près les Capucines.
Avis au ſujet de deux Editions contrefaites
des Mémoires Politiques & Militaires
, pour ſervir à l'Histoire de Louis XIV
& de Louis XV , composés sur les Pieces
originales , recueillies par Adrien - Maurice
de Noailles , Maréchal de France , &
Ministre d'Etat , par M, l'Abbé Millot ,
6 vol. in - 12 .
On croit devoir prévenir le Public ,
qu'il ſe débite dans les Provinces , deux
Éditions très - fautives des Mémoires de
Noailles , l'une à Genève , en 6 vol.
in - 12 ; & l'autre en 4 vol. à Yverdun.
Cette derniere eſt annoncée avec de prétendues
Notes de M. de Voltaire , qui ne
font autre choſe que l'analyſe qu'on en a
donnée dans le Journal de M. de la
Harpe. Ces Editions , qui , comme tous
DECEMBRE. 1777. 149
les Livres imprimés furtivement , fourmillent
de fautes , font bien inférieures
à la ſeconde qui vient d'être faite àParis,
d'après les corrections & les augmentations
de l'Auteur. Cette Edition , la
ſeule véritable , depuis que la premiere
- eſt épuiſée , ſe reconnoît à un avertiſſement
de quatre pages , au bas deſquelles
ſe trouve la ſignature manufcrite du Sr
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , à Paris , Hôtel de Cluni , rue
des Mathurins.
$
:
ACADÉMIES.
I.
PARIS,
L'Académie Royale des Science's a fait
ſa rentrée publique , après la Saint-
• Martin , le Mercredi 12 de Novembre
1777 .
Le Secrétaire de l'Académie annonça
que le Prix propoſé ſur les moyens les
plus prompts & les plus économiques de
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
procurer en France une production & une
récolte de Salpêtre plus abondante que celle
qu'on obtient préſentement , & fur tout
qui puiſſe dispenser des recherches que les
Salpêtriers font autorisés à faire dans les
maiſons des Particuliers , étoit remis au
mois de Novembre 1782 ; que les
Mémoires ne feront admis que juſqu'au
1 Janvier 1781 , mais que l'Académie
recevra juſq'au 1 Avril 1782, les éclairciſſemens
que les Auteurs des Mémoires
qui lui feront parvenus dans le tems
preſcrit , jugeront à propos de lui envoyer.
Le Secrétaire déclara en mêmetems
que , fur les repréſentations qui
ont été faites au Roi par l'Académie ,
Sa Majesté a bien voulu doubler de Prix ,
qui ſera de 8000 liv. au lieu de 4000 ,
& que la ſomme , à repartir en Accef
fit , ſera de 4000 l, au lieu de 2000 liv.
Le Secrétaire déclara pareillement que
le Prix pour l'encouragement des Fai
ſeurs d'Inſtrumens de Mathématiques ,
& qui doit être accordé à celui qui
préſentera le meilleur Quart de cercle de
trois pieds de rayons , garni de toutes les
pieces qui peuvent servir à le rendre d'un
usagefûr & commode , & accompagné d'un
Mémoire contenant le détail des moyens
DECEMBRE. 1777. 151
4
qui auront été employés pour le construire ,
étoit remis à la Saint-Martin 1779 , les
inſtrumens qui ont été préſentés à l'Académie
n'ayant point rempli les conditions
du concours. Enfin le Secrétaire
fit l'annonce d'un nouveau Prix de Phyſique
que l'Academie , toujours em-
: preſſée de concourir aux progrès des
Sciences , vient de fonder , & qu'elle
donnera tous les deux ans. Elle propoſe
. pour le premier Prix de ce genre , qui
ſera de 1500 liv. , le ſujet ſuivant :
l'exposition du systême des vaiſſeaux lymphatiques.
Quoique ce genre de vaiſſeaux
ait été découvert depuis plus d'un fiecle
on n'a pas encore approfondi tout ce
qui peut les faire mieux connoître.
1
•
Yen a - t- il de plusieurs especes , comme
on l'avoit d'abord avancé ? Quel en est
L'origine & la terminaison ? Toutes tes
parties du corps en font elles pourvues ?
Cominent ces vaiſſeaux se comportent ils
dans les glandes conglobées? Enfin qu'elle
est la route que ſuivent ceux de leurs troncs
qui peuvent être rendus ſenſibles ?
Tels font les principaux points fur
Jeſquels l'Académie attend des éclairciſſemens.
Les conditions qu'elle impoſe
font conformes à celles qui ſe trouvent
K 4.
152 MERCURE DE FRANCE.
dans les Programmes des Prix que donne
l'Académie.
1
Après ces différentes annonces,M. Caffini
de Thury , Directeur de l'Obſervatoire,
a lu des Réflexions fur la figure de
la Terre. Après une diſcuſſion ſommaire
des deux meſures du méridien , faites au
Nord & au Pérou par les Académiciens ,
ſous le Ministere de Monſeigneur le
Comte de Maurepas , M. de Caffini
conclut que celle du Nord mérite plus
de confiance; qu'elle a été faite avec
des inſtrumens plus parfaits dans un
Pays moins couvert de montagnes ; circonſtance
d'autant plus importante , qu'if
eſt démontré que l'attraction des montagnes
ſuffit pour faire écarter le fil àplomb
de la perpendiculaire. M. de
Caffini propoſa enſuite quelques corrections
à faire à la meſure du degré du
méridien de France , d'après des déterminations
plus exactes de la latitude
de Breſt & de Vienne , & il fixe la
longeur moyenne du dégre du méridien ,
entre Breſt & Vienne , à 37900 toiſes.
M. de Fouchy , ancien Sécrétaire de
l'Académie , aluun Mémoire ſur une
nouvelle conſtruction de niveau à lunettes
absolument exempt de vérification. M. de
DECEMBRE. 1777. 153
, Fouchy ſubſtitue au nivean d'eau
dont ſe ſervent habituellement les Ingénieurs
& les Arpenteurs , un niveau de
mercure , conſtruit ſur les mêmes principes&
beaucoup plus petit ;mais au-lieu
de le placer hors de la lunette , il le place
dans la lunette même. Cette diſpoſition
: ne pouvant s'adopter à la conſtruction
ordinaire des lunettes , M. de Fouchy
a été obligé d'en imaginer une particuliere.
Cette lunette , qu'il a fait exécuter
par M. Navarre , célebre Opticien , eſt
compoſée de trois verres ; & quoiqu'elle
ne foit pas acromatique , elle ne produit
preſque pas de couleurs. Ce niveau a
l'avantage d'être très- exact & d'un prix
modique. 1
,
M. de Borda , Lieutenant des Vaifſeaux
du Roi & Directeur de l'Académie
, fit enſuite la lecture du Précis de
Son Voyage aux Iſles Canaries & fur les
Côtes d'Afrique pour déterminer les
latitudes & les longitudes des principaux
points de ces Iles & de ces Côtes. M.
de Borda avoit ſur ſon bord trois horloges
marines de la conſtruction de M.
Bertrand , deux appartenantes au Gou.
vernement François , & une qui avoit
été priſe à Cadix , & qui appartenoit au
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement Eſpagnol. Il avoit pour
le ſeconder dans ſes opérations , Dom
Toffigno , Aftronome Eſpagnol, M. de
Puyfegur ,& pluſieursOfficiersdeMarine
diftingués. Il a relevé dans les anciennes
Cartes des erreurs nombreuſes , dont
quelques-unes vont à 30 & 40 minutes
en longitude,
M. de Borda a donné , dans ſa relation,
une deſcription du Pic de Ténérife;
il eſt parvenu à monter juſqu'au
ſommet de cette fameuſe montagne à
travers les pierres ponces , & les rochers
de lave qui la compoſent dans toute ſa
hauteur , & qui font amoncelés ſans
ordre. Le ſommet du Pic préſente le
crater d'un volcan; ce crater eſt ovale
ou elliptique ; il a 25 à 30 toiſes dans
le ſens du petit diametre , & 35 à 40
dans le ſens du plus grand. Il a à peine
30 pieds de profondeur ; le terrein en eſt
aſſez chaud pour qu'on ne puiſſe y tenir
long terms fans douleur. M. de Borda
a meſuré la hauteur de cette montagne
par le barometre ; & , en appliquant à
Tes obfervations la méthode de M. de
Luc , il trouve qu'elle eſt de 11586
pieds. La même montagne , meſurée
par des opéraiions trigonométriques trèsexactes
, s'eſt trouvée de 11424 pieds.
DECEMBRE. 1777. 155
M. de Borda a imaginé un moyen
très-ingénieux de déterminer l'intenſité
de la force magnétique , dans les diffé.
rens parages qu'il a parcourus. Il réſulte
de ſes obſervations qu'elle eſt aſſez exac.
tement la même par-tout, mais que fi
elle ne paroît pas telle , elle ne varie
qu'en raiſon de l'inclinaiſon de ſa direç
tion avec l'horiſon ; inclinaiſon qui change
& qui agit avec plus ou moins d'obliquité.
M. Briſſon , Maître de Phyſique &
d'Hiſtoire Naturelle des Enfans de
- France , & M. Cadet , ancien Apothicaire
- Major des Camps & Armées du
Roi , s'étant occupés des recherches ſur
le premier reſtringent des liqueurs , ſoit
ſimples , ſoit compoſées , ils en ont rendu
compte à l'Académie. Il réſulte de leur
travail , que la diſſolution des ſels augmente
le pouvoir réfringent de l'eau ;
mais que tous ne l'augmentent pas de
la même quantité. Le ſel ammoniac ,
par exemple , eſt celui de toutes les
ſubſtances ſalines qui leur a donné le
plus grand effet. Le pouvoir réfringent
n'a non plus aucune relation avec la
denſité des corps ; par exemple , l'eſprit
de ſel eſt un milieu preſqu'auſſi réfrin156
MERCURE DE FRANCE .
,
gent que l'huile de vitriol , quoique la
peſanteur ſpécifique de cette derniere
ſoit d'un quart plus grande. Enfin l'huile
de térébentine quoique beaucoup
plus légere que l'eau , & par conséquent
que tous les acides minéraux , a plus de
pouvoir réfringent , & la térébentine
elle-même en a preſqu'autant que le
verre . MM. Briffon & Cadet font enſuite
l'application de ces connoiſſances à
la grande loupe brûlante appartenante
à feu M. de Trudaine , qui a été remplie
d'eſprit- de- vin , & ils font voir qu'elle
feroit beaucoup plus d'effet , ſi elle avoit
été remplie d'une diſſolution de ſel am..
moniac ou d'huile de térébentine.
Ce Mémoire a été ſuivi d'un autre
de M. le Gentil , fur la conformité de
l'Astronomie ancienne des Brames avec
celle des anciens Chaldéens. Ces derniers
Peuples , d'après des obſervations multipliées
& qui ſe perdent dans l'antiquité
la plus reculée , avoient déterminé certaines
époques , certaines périodes au
bout deſquelles revenoient les mêmes
phénomenes aſtronomiques. M. le Gentil
retrouve ces mêmes périodes chez les
Brames de nos jours , à quelques corrections
près , que le tems a fans doute
DECEMBRE. 1777. 157
enſeignées àleurs ancêtres, & c'eſt encore
à l'aide de ces périodes qu'ils calculent
les éclipſes de Soleil & de Lune.
M, Perronet , premier Ingénieur des
Ponts & Chauſſées , a lu enſuite un
Mémoire fur la réduction de l'épaiſſeur
des piles , & fur la courbure qu'il convient
de donner aux voûtes pour que l'eau puiſſe
paſſer plus librement ſous les ponts. Dans
les ponts qui avoient été conſtruits
preſque juſqu'à nos jours , les arches
étoient indépendantes les unes des autres
, & chaque pile ſervoit en quelque
forte de culée. Les ponts modernes ont
été conſtruits ſur d'autres principes ; on
ne donne à chaque pile que l'épaiſſeur
néceſſaire pour foutenir le fardeau de la
voûte ,& tout l'effort de cette derniere ,
de proche en proche , porte ſur la culée.
M. Perronet fait ſentir les avantages de
cette conſtruction ; ils conſiſtentprincipalement
dans l'économie des matériaux
&dans la liberté du paſſage des eaux. Il
fait voir comment on peut encore aug
menter ce dernier avantage enprenantle
plus haut qu'il eſt poſſible , l'origine de
la voûte , & en faiſant les piles abſolu-
- ment droites juſqu'à cette origine.
La Séance a été terminée par un Mé,
:
158 MERCURE DE FRANCE.
moire de M. Lavoisier ſur une nouvelle
théorie de la combustion & de la calcination
. Il établit d'abord que l'air eft un
compofé de la matiere du feu , comme
diſſolvant , unie & combinée avec une
ſubſtance qui lui fert de baſe & qui la
neutralife; la combuftion , fuivant lui ,
n'eſt autre chose que la décompofition
même de l'air , c'eſt-à-dire , la déſunion
de ſa baſe d'avec la matiere du feu qui
la tenoit en diſſolution. Il appuie fon
opinion 10. fur ce que la combuftion
ne peut avoir lieu fans air ; 2°. fur ce
que , dans toute combuftion , la bafe de
l'air eft abſorbée & fe combine avec le
corps qui brûle: or la baſe de l'air ne
peut paſſer dans une nouvelle combinaiſon
, ſans laiſſer libre la matiere du
feu qui la tenoit en diſſolution ; alors
cette derniere reparoît avec les caracteres
qui lui font propres , c'eſt-à-dire , avec
flamme , chaleur & lumiere. Ce n'eft
donc pas , dans l'opinion de M. Lavoi
fier , des corps qu'on a regardé juſqu'ici
comme combustibles , que ſe dégage la
matiere du feu , mais de l'air dans lequel
ſe fait la combustion ; de forte que
ce fluide élastique eſt , ſuivant lui , le
véritable & peut- être le feul corps comDECEMBRE.
1777. 159
buſtible de la nature. M. Lavoiſier applique
cette théorie à la reſpiration des
ammaux ; il fait voir que l'air , dans cette
fonction animale , reçoit une altération
ſemblable en tout à celle qu'il éprouve
pendant la combuftion , qu'il eſt en partie
converti en air fixe ou acide méphitique;
or ce changement , cette altération
ne peut avoirlieu fansdégagement de
la matiere du feu: donc il doit yavoir dégagement
de matiere du feu dans le poulmon
, dans l'intervalle de l'inſpiration à
l'expiration , & c'eſt cette matiere du
feu ſans doute qui , ſe diſtribuant avec
le ſang dans toute l'économie animale ,
y entretient une chaleur conſtante de 32
degrés & demi environ au Thermometre
de M. de Réaumur. M. Lavoiſier...
apporte pour preuve de cette derniere
affertion , une obſervation très-frappante;
c'eſt qu'il n'y a d'animaux chauds dans
la nature que ceux quirefpirent habituel
* lement , & que cette chaleur eſt d'autant
plus grande que la refpiration eſt plus
fréquente. Au reſte , M. Lavoifier ne
propoſe ces idées qu'avec beaucoup de
réſerve, & il ſe propoſe de développer
fucceſſivement , dans différens Mémoires,
chaque partie de ce nouveau
ſyſtème.
:
160 MERCURE DE FRANCE. 1
II.
L'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres tint ſa Séance publique le
14 de Novembre. M. Dupuy , Secrétaire
Perpétuel , commença par annoncer
que le ſieur Guilhem de Clermont ,
Baron de Sainte - Croix , demeurant à
Mourmoiron , près d'Avignon , avoit
remporté le prix dont le ſujet étoit
d'examiner les différens cultes rendus à
Cérès & à Proferpine , les divers attributs
de ces Divinités , &c. C'eſt le troiſieme
Prix qu'il remporte ; & quoiqu'aujourd'hui
Aſſocié libre , étranger , il a pu
concourir , attendû que fon élection eſt
poſtérieure à l'envoi qu'il avoit fait de
1on Mémoire. M. Dupuy publia enſuite
que le ſujet du Prix qui ſera diſtribué
à Pâques 1779 , eſt de rechercher ce
que les Monumens hiſtoriques nous apprennent
des changemens arrivés fur lafurface du
Globe , par le déplacement des eaux de la mer.
A cette publication fuccéda l'Eloge hiſtorique
du Duc de la Vrilliere , Honoraire
de cette Académie.
Le reſte de la Séance fut occupé par
les Mémoires ſuivants: 12. vingt -fixieme • Mémoire
DECEMBRE. 17778 16F
1
Mémoire fur la Légion ; par M. le Beau ,
qui a entrepris de développer tout ce
qui concerne la Légion Romaine. L'objet
de ce Mémoire étoit de traiter des
délits & des peines militaires. 20. Mémoire
fur les Edits des Ediles ; par M.
Bouchaud , fuite de ſes Recherches histo
riques fur les Edits des Magistrats Romains.
3º. Mémoires fur les causes de la
haine personnelle qu'on a cru remarquer
entre Louis - le - Gros , Roi de France , &
Henri I , Roi d'Angleterre. Par M.
Gaillard. 4°. Mémoire fur la Philofophie
de Marc - Aurele ; par M. de Rochefort ,
qui a fait voir combien cet Empereur
Philoſophe s'étoit attaché à ramener le
Stoïciſme à ſa premiere pureté. C'eſt
par ce Mémoire que M. de Rochefort
termine l'Hiſtoire des ſyſtèmes des Anciens
fur le Bonhcur.
Nous donnerons dans le volume prochain,
une analyſe de ces Mémoires intéreſſans.
III.
* L'Académie Royale d'Architecture a
ouvert ſes Leçons publiques & gratuites
en faveur des Eleves de cet Art. M.
Le Roi , de l'Académie des Inſcriptions
L
162 MERCURE DE FRANCE.
,
& Belles - Lettres , commencera le Cours
de ſes Leçons , par un Effai ſur l'Architecture
, avec des obſervations ſur la
compoſition des Baſiliques , Places
Théâtres & autres Edifices publics de
premiere importance : on y joindra un
abrégé de Vitruve , les principes élémentaires
des Ordres , &c. Ces Leçons
ſe feront à onze heures , les lundi &
mercredi de chaque ſemaine. M. Mauduit
, Lecteur Royal en Mathématiques &
Cenſeur Royal , expliquera les mêmes
jours , depuis neuf heures & demie jufqu'à
onze , ſes Leçons de Géométrie
théorique & pratique, dont il fera l'application
aux toiſés les plus en uſage ,
ainſi qu'aux développement & à la pénétration
des corps ; & comme le Comte
d'Angivillers a réuni à l'Académie d'Architecture
la Châire d'Hydrodinamique ,
fondée depuis peu de tems par un Mi
niſtre & Contrôleur - Général des Finan-g
ces , le ſieur Abbé Boſſut donnera dans
la même Salle les mardi , jeudi &
famedi , ſes Leçons élémentaires de
Méchanique ſtatique , & expliquera fon
Traité d'Hydrodinamique.
,
1
DECEMBRE. 1777. 168
▼
SPECTACLES.
OPÉRA.
:
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a repris les repréſentations d'Armide ,
après le voyage de Fontainebleau.
Elle ſe diſpoſe à donner inceſſamment
l'Opéra de Roland , remis en Muſique
par M. Piccini.
On continue de donner , les Jeudis ,
Céphale & Procris , un des Opéra qui
aura eu le plus de repréſentations à ce
Théâtre , & dont la Muſique aura
toujours gagné davantage , étant plus
connue.
COMÉDIE FRANÇOISE.
N On n'a rien donné de nouveau fur ce
Théâtre ; mais on ſe diſpoſe à y jouer
inceſſamment la Tragédie de Mustapha
*& Zéangir , depuis long- tems attendue
defirée.
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Lundi 24 Novembre , la premiere repréſentation
de Félix ou l'Enfant- Trouvé
Comédie en trois Actes , mêlée d'Ariettes
; par M. Sedaine , Muſique de M.
Moncini.
Il y a vingt - ſept ans que Morin trouva ,
après un déſaſtre affreux arrivé dans fon
Village , un enfant entre les bras d'une
Nourrice Allemande avec des hardes
& quelques bijoux. Il prit ſoin de cet
enfant , qu'il nomma Félix , & l'éleva
comme ſon fils. Il trouva auſſi une valiſe
qui renfermoit une ſomme aſſez
conſidérable d'argent , dont il achetä
une Ferme , & qu'il fit valoir avec un
profit conſidérable ; avec la réſolu
tion conſtante de la rendre au Proprié
taire de l'argent , s'il peut le découvrir.
Ce Fermier eſt pere d'une fille en âge,
d'être mariée , & de trois garçons , l'un
Dragon , l'autre Procüreur , le troiſieme
Abbé , ou près de l'être. Le Baron da
)
DECEMBRE . 1777. 165
•
Vérſac a la parole de Morin , pour épouſer
ſa fille ; mais elle a donné ſon coeur
à Félix : ce jeune homme , qui l'aime
auſſi avec paffion, ne pouvant prétendre
de l'obtenir pour femme , a pris
le parti de s'engager dans la Compagnie
du Dragon. Il eſt ſur le point de partir;
c'eſt à regret qu'il s'arrache des lieux
où il eſt retenu par la reconnoiſſance
& l'amour. Il ne peut ſouffrir d'être
•le témoin du bonheur de fon rival. Il
prend ſon bâton ,& vadans la forêt avant
la naiſſance du jour. Son Amante s'inquiete
de fon départ , & de ce qu'il ſe
hafarde d'aller ſeul dans un bois où il
ý a beaucoup de Voleurs & de Contrebandiers.
Elle ne peut s'empêcher de
lui marquer toute ſa tendreſſe. Morin
lui témoigne de même ſa ſenſibilité , & la
fatisfaction qu'il a toujours eue de ſa conduite
, de ſes travaux & de ſes vertus.
Apeine le jeune homme eſt - il en chemin
pour aller dans la forêt , que l'on
entend un grand bruit, & les cris de
gens attaqués. L'Officier Dragon va
ſignaler ſa valeur , le Procureur court
verbalifer , M. de Verſac appelle ſes
Chaſſeurs & fes chiens , M. l'Abbé reſte
tranquille , & continue une lecture qu'il
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
commencée. Félix avoit déjà délivré
le Voyageur des attaques des Brigands
; & bien-tôt on voit ramener , par
Morin & ſes fils le Seigneur Allemand ,
qui vante le courage & la généroſité du
jeune-homme à qui il doit la vie. Ce
Voyageur remarque la fatalité qui le
pourſuit toujours dans le même endroit;
il ſe rappelle qu'à pareil jour , dans la
même forêt , il y a vingt-ſept ans, qu'il
perdit ſa valiſe , &qu'il éprouva un plus
grand malheur. Ces paroles font recueillies
par Morin. Il fait part à M. de
Verſac & à ſes fils , de ſes ſoupçons , &
de l'obligation qu'il a de reftituer au
Voyageur la Ferme qui eſt à lui , puifqu'elle
eſt le prix de ſon argent. Envain
M. de Verſac & ſes fils veulent
le détourner de ce projet ; il ne ſe laiſſe
pas gagner par leurs raiſonnemens , tous
dictés par l'intérêt. Il en croit davantage
les conſeils de feu fon Pasteur. La
fille de Morin & Félix , font les ſeuls
qui applaudiſſent à ſa probité , & qui
offrent de le conſoler par leurs foins &
par leurs travaux , de la perte de ſa
fortune. Morin déclare donc au Voya
geur , que la Ferme dont il a admire
P'ordre & la richeſſe , lui appartient ,
DECEMBRE. 1777. 167
1
▼
puiſque c'eſt avec ſon argent qu'il l'a acquiſe.
Le Voyageur a reconnu ſon libérateur
dans Félix , & lui donne le bien.
qu'il a été forcé de reprendre. Félix le
reftitue à Morin ſon bienfaiteur. Ce
Voyageur , Seigneur Allemand , a l'efpérance
de retrouver encore dans Félix
plus que fon libérateur : on lui a fait
voir les bijoux & les hardes qui étoient
dans le berceau de Félix. On fait venir
fa Nourrice ; elle reconnoît le Voyageur ;
elle lui dit quelques mots Allemands ,
qui lui font ſe récrier : Ah ! c'est mon
fils. Après cette reconnoiſſance , Félix
renonce à fon engagement, & eſt au
comble de tous ſes voeux , en recouvrant
fon pere & obtenant la main de ſa Maitreffe.
Cette Piece n'a point paru d'un inté
rêt aſſez ménagé ni aſſez foutenu : l'action
a ſemblé un peu romanesque ; il
y a des détails longs & minutieux. Les
caracteres des fils de Morin , quoique
deſſinés chacun d'aprés l'état qu'ils ont
embraſſé , n'ont pas produit l'effet qu'on
en attendoit ; ils ſe confondent & fe
nuiſent. Quelques traits même d'un intérêt
trop groſſier , ont fait de la peine.
Un feul caractere qui eût contraſté avec
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
celui de Félix , eût été ſans doute plus
heureux & plus théâtral. Au reſte , on
a trouvé dans ce Drame comme dans
toutes les Pieces de M. Sedaine , beaucoup
d'art , beaucoup d'intelligence du
Théâtre & de Scenes très-bien faites.
La Muſique a été applaudie dans quelques
airs chantés par Félix , &dans un
trio charmant placé vers la fin du troiſieme
Acte , & parfaitement exécuté par
Madame Trial & par MM. Clairval &
Nainville. C'eſt ce qui a fait principalement
le ſuccès de cette Piece, Les
rôles ont été parfaitement remplis par
Mesdames Trial , Dugazon , Mile Defglands;
& par MM. Clairval , Trial ,
Nainville , Narbonne , Suin & Tho
maſſin
DECEMBRE. 1777. 169
?
ARTS.
GRAVURES.
I.
Le Repos , Eſtampe d'environ 14 pouces
de haut fur dix de large , gravée par
Clément Bervic, d'après le tableau
original de N. B. Lépicié , Peintre
du Roi. A Paris , chez Lépicié ,
Peintre du Roi , à l'Académie Royale
de Peinture ; & chez Bervic , Graveur
, rue Bétizi , vis-à-vis celle Tire
chappe, maiſon de M. Milet , Marchand
Epicier. Prix 3 liv.
A Scene de cette Eſtampe nous repré-
+ ſente un bon Vieillard qui ſe repoſe la
tête appuyée ſur une de ſes mains. Il a
auprès de lui ſon enfant qui dort. La
tête du Vieillard eſt étudiée , & ces
deux figures offrent des vérités de
nature très-bien ſaiſies. Cette compofi-
* tion a été rendue par le Graveur avec
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
intelligence. Les travaux de ſon burin
ſont purs , variés , & d'un bon effet.
II.
A
Co-
Corps - de - Garde Hollandois , Estampe
d'environ 20 pouces de hauteur , &
21 de largeur , dédiée à M. le Marquis
d'Arcambal , Brigadier ,
lonel en chef de la Légion Corſe ,
& gravée d'après un tableau de G.
Schaleken , par M. Maleuvre , rue
des Mathurins , chez M. Ballard
Imprimeur. Prix 8 liv.
+
,
Cette Eſtampe fait honneur à M.
Maleuvre , qui a ſu varier artiſtement
ſes travaux , & donner un bon effet de
couleur , de clair & d'ombre à cette
grande compoſition.
III.
Les Conseils Maternels , Eſtampe nouvelle
d'environ 16 pouces de hauteur
& treize de largeur , dédiée à M. le
Comte de la Billarderie d'Angivillers
*Cette Eſtampe eſt d'un burin agréable
& précieux , & d'un bon effet de couDECEMBRE.
1777. 171
i
leur; elle eſt gravée par M. l'Empereur
d'après le tableau de M. Wille ; elle
peut ſervir de pendant à la Mere Indulgente
, publiée l'année derniere par
le même Graveur. A Paris ; chez M.
l'Empereur , Graveur du Roi & de LL.
MM. II. & R. , rue & porte S. Jacques
au-deſſus du petit Marché.
IV.
Senſible aux témoignages de reconnoiſſance
que le Public lui a donnés ,
en accueillant la premiere ſuite d'Eftampés
gravées d'après les Maîtres
Hollandois & Flamans , M.le Brun va ,
dit-on , faire paroître inceſſamment la
ſeconde ſuite de cette collection intéreſſante.
Nous nous hâtons d'en prévenir
les Amateurs , attendû qu'ils ont
paru la defirer depuis long-tems. L'on
ne peut que féliciter l'Editeur d'une
telle entrepriſe , puiſque , grace à ſes
ſoins , l'on pourra du moins avoir une
idée de ces Maîtres célebres , que la
richeſſe ſeule ſemble avoir droit de ſe
procurer, & que fon avarice enferme
dans des cabinets myſtérieux , où leurs
yeux jaloux peuvent feuls en admirer
les beautés.
172 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Amateur à l'Auteur du Mercure
de France , au sujet de l'Estampe du Gâteau
des Rois .
MONSIEUR ,
COOMMMME vous n'avez point encore annoncé la
nouvelle Eſtampe gravée par M. Flipart , d'après
le Tableau original de M. Greuze , ſouffrez qu'un
Amateur , qui a ſous les yeux les plus belles
Gravures anciennes & modernes , & les a ſouvent
comparées , vous expoſe les remarques qu'il a faites
fur cette nouvelle Eſtampe. Des Obſervations
critiques ſur un Tableau , ne peuvent fans doute
être trop ſages , trop modérées. Le Tableau critiqué
reſte ſouvent renfermé & hors de la vue du
Public Amateur. Ce Tableau par conféquent ne
peut répondre pour l'Artiſte , ſouvent dans l'impuiſſance
de repouſſer autrement la critique. Il
n'en eſt pas de même d'une Eſtampe , d'une Eſtampe
fur - tout auſſi répandue que celle du Gâteau
des Rois. Elle eſt ſous les yeux de tous ceux qui
defirent la voir. Les Obſervations qu'elle peut
faire naître , ſont par conféquent aiſées à être vérifiées
; & l'Artiſte n'a beſoin d'employer d'autres
défenſes devant des Juges éclairés , que la vue
même de fon Eſtampe. C'eſt d'après ces confidérations
que je crois pouvoir hafarder quelques
remarques critiques , qui auront principalement
pour objet les progrès de l'Art.
DECEMBRE . 1777 . 173
4
La nouvelle Eſtampe eſt intitulée le Gâteau des
Rois ; & ce titre ſeul ſemble annoncer un repas ,
une fête de famille que la joie & la gaieté doivent
animer. Cependant la premiere impreffion
que fait le lieu de la ſcene , eſt une impreffion de
triſteſſe. Ce lieu a plutôt l'air d'une priſon que
d'une chambre de Villageois. On n'y apperçoit
pour tout ornement & pour tout détail , qu'une efpece
de ſoupirail , & quelques folives , dont on
ne devine pas même la direction , par le peu de
ſoin qu'a pris l'Artiſte de mettre les objets en
perſpective. C'eſt un reproche que l'on a déjà
fait à M. Greuze , de ne pas aſſez varier ſes chambres
ruſtiques , & de ne pas fuivre , pour cette partie
, la méthode de Teniers , d'Oftade , & c . qui ne
peignoient jamais les fonds de leurs Tableaux que
d'après nature. Auſſi quelle richeſſe , quelle variété
, & même quelle ingénieuſe vérité dans le
lieu de la ſcene & les acceſſoirs de leurs Tableaux
! comme la lumiere y circule & donne du
relief aux objets !
Le principal Perſonnage qu'offre d'abord l'Eftampe
du Gâteau des Rois , eſt le Pere de Famille.
Il tient une ſerviette , dans laquelle font renfermées
les parts du gâteau qui doivent être diſtribuées.
C'eſt aſſez l'uſage de laiſſer aux femmes ,
ſi propres par leur douceur & leur gaieté naturelle
à animer les plaiſirs de la table, le ſoin de
préſider à ces fortes de petites Fêtes domeſtiques.
Quoi qu'il en ſoit , puiſque l'Artiſte a voulu que ce
fût le Pere de Famille qui rempliſſe cette fonction
, on auroit deſiré du moins que fon caractere
de tête fût plus analogue au rôle qu'on lui donne.
174 MERCURE DE FRANCE.
Nous avouerons avec plaiſir que cette tête eſt
belle , qu'elle a de la nobleſſe; mais fon expref
fion eſt indéciſe. Ce Vieillard paroît même dif
trait , & ne prendre aucun intérêt à ce qui ſe paſſe
devant lui. Son air férieux ſemble inſpirer de la
gêne & de la contrainte au plus jeune des garçons
qui tire les parts du gâteau. UnArtiſte qui pof
ſede éminemment la Science du deſſin , peut l'in
diquer & l'écrire , en quelque forte , dans les
formes très- articulées d'un Vieillard. Mais on
ſouffriroit impatiemment que , pour faire paroître
cette Science , il exagérât ces mêmes formes dans
le corps foible & délicat d'un enfant. C'eſt cependant
ce que l'Artiſte s'eſt permis dans le Per
ſonnage du petit garçon qui tire les parts du gâ
teau. Qu'en est-il arrivé ? En voulant trop accuſer
les formes de l'enfance , il a fait diſparoître
les graces qui lui ſont ſi naturelles : l'enſemble de
cette figure eſt d'ailleurs un peu équivoque ; ce
qui provient de ce que la jambe droite , dont le
raccourci n'eſt point rendu exactement , paroît plus
courte que la gauche.
Une jeune fille , que l'on peut ſuppoſer être la
ſoeur aînée de l'enfant , eſt derriere lui , pour l'ai
der à s'acquitter de la fonction dont il eſt chargé.
L'expreſſion de ce Perſonnage eft encore indéciſe
, & la figure n'a point ces graces naïves que
l'Artiſte ſait répandre , quand il veut , fur les Perſonnages
de jeunes filles , & que l'on auroit defiré
de trouver dans cette foeur aînée , puiſqu'elle eſt
placée ſur le premier plan de la compoſition.
Derriere le Pere , & un peu dans la demie teinDECEMBRE.
1777. 175
1
te, eſt une autre ſoeur qui a l'air de bouder , parce
qu'elle n'a point été choifie pour diftribuer les
parts du gâteau. Si l'on peut reprocher en général
à toutes les figures de cette compofition , de
pécher par la correction du deſſin , & de ne pas
faire aſſez ſentir les formes des bras & des jambes
ſous leurs vêtemens , ce défaut paroft fur-tout
ſenſible dans la figure de cette petite fille. Elle a
l'air d'un enfant noué , & l'on a de la peine à diftinguer
ſi c'eſt ſa main qu'elle porte à la bouche.
On permet fans doute à un Artiſte qui nous fait
voir ſa compoſition dans une eſquiſſe peinte à
Thuile ou deſſinée au crayon , de négliger différentes
parties ; mais dans une Eſtampe gravée
avec prétention , retouchée & corrigée pluſieurs
fois par le Peintre lui - même , & publiée comme la
traduction , en quelque forte , d'un Tableau fini ,
on a droit d'exiger la plus grande préciſion dans
le deſſin.
1
La Mere de Famille eſt aſſiſe à un des bouts de
la table. Elle vient de recevoir une des parts du
gâteau qu'un petit enfant , placé près d'elle , tient
dans les mains , & qu'il voudroit bien lui dérober.
La bonne - mere feint de ne pas s'appercévoir
de ce larcin qui la réjouit. Il eſt à préſumer
du moins que telle a été la penſée de l'Artiſte ,
par la diſpoſition des figures ; car la phiſionomie de
la mere n'indique rien ; ſa bouche à moitié ouverte
eſt , par l'infidélité du trait , fans grace & fans
expreſſion. Nous diſons l'infidélité du trait , parce
que nous ſuppoſons que cette incorrection , & autres
que l'on peut reprocher à l'Eſtampe , ne fe
trouvent point dans le Tableau original que nous
an'avons pas vu.
176 MERCURE DE FRANCE.
Sur le ſecond Plan de cette même compoſition ,
& du côté du pere , l'on voit un jeune - homme
qui , les bras élevés au-deſſus de ſa tête , apporte
une grande terrine remplie de ſoupe. L'Artiſte ,
dans la vue fans doute d'interrompre la ligne horifontale
de ſa compoſition , a cru devoir y placer
un trait pyramidal. Mais en employant ce trait ,
il a eu plus d'égard à la forme pittoreſque de ſa
compoſition , qu'à ce qu'il a vu pratiquer par-tout.
Nous nous en rapportons à lui - même . Seroit - il
bien à ſon aiſe , ſi , étant à table , il voyoit un
Domeſtique , ou toute autre perſonne , porter en
l'air , & au - deſſus de la tête des convives , un
potage tout bouillant , & ſujet à être renverſé au
premier défaut d'équilibre ? Jordans , dans une de
ſes compoſitions , a également employé ce trait pyramidal
; mais c'eſt un pâté que l'on porte , & la
faute du Peintre Flamand eſt plus excuſable. Ici ,
au contraire , c'eſt un potage très - chaud , à en juger
du moins par la fumée fort épaiſſe qui s'en
éleve.
Derriere ce porteur de ſoupe , ſont deux jeunes
perſonnes qui paroiſſent s'intéreſſer à l'action de
leur petit frere , diſtribuant les parts du gâteau.
Le grouppe de ces jeunes filles eſt agréablement
diſpoſé , & leurs airs de tête ne ſont pas inconnus
aux Amateurs , qui ont dû les remarquer dans
pluſieurs autres Estampes gravées d'après M.
Greuze. On peut obſerver , en dernier lieu , que
la lumiere dans cette Eſtampe , eſt diſtribuée par
éclats , & fans harmonie par conféquent, ce qui
peut provenir de ce que l'Artiſte , en peignant
fon Tableau , ne s'eſt ſervi que d'une lumiere
vive
-
1
DECEMBRE. 1777. 177
vive & reſſerrée , dont l'effet eſt de découper , en
quelque forte , les objets fur leſquels elle ſe trouve
réfléchie.
Cette nouvelle Eſtampe a été gravée par M.
Flipart ; & , foit que le ſujet l'ait ennuyé ou ne
l'ait nullement inſpiré , cette Planche eſt bien inférieure
aux deux précédentes , du même format ,
qu'il a gravées d'après le même Artiſte. Sa Gravure
eſt , en général , trop pouffée au noir , & ref
ſemble plutôt à une maniere noire uſée , qu'à une
Gravure au burin. Les tailles d'ailleurs font trop
ſeches , trop inaigres ; ſes travaux trop égaux , ce
qui empêche l'effet de la dégradation , répand fur
l'Eſtampe une triſte uniformité , & ôte aux objets
le caractere qui leur eft propre. Cette Eſtampe
cependant pourra plaire au plus grand nombre des
Amateurs qui , peu familiers avec les Gravures
des Wiſcher , des Bolſvert , des Edelinck , des Gérard
Audran , &c. doivent être moins ſenſibles au
mérite de l'exécution , qu'au choix d'un ſujet qui
leur rappelle des moeurs champêtres toujours agréables
à voir par le ſentiment d'innocence & de vertu
qu'elles inſpirent.
:
Mais comme en Gravure ainſi qu'en Peinture , en
Sculpture , & même en Poësie , c'eſt le mérite de
l'exécution qui embaume l'ouvrage & le conſerve
pour la poſtérité ; nous craignons que la plupart
des Estampes modernes , fi fort à la mode aujourd'hui
ne puiſſent ſurvivre à notre fiecle. Dans
quel tems cependant la Gravure a - t - elle été plus
accueillie , plus recherchée , mieux payée ? Telle
Eſtampe qui n'aura aujourd'hui d'autre mérite que
M
178 MERCURE DE FRANCE.
la nouveauté , ſera quelquefois portée à un prix
plus haut dans une vente , que toute la ſuite des
magnifiques Estampes de Gérard Audran. Il eſt vrai
que cette manie ne peut être attribuée aux vrais
Connoiffeurs , mais bien à quelques Curiolets qui
ne connoiſſent que leur fiecle , & ne jugent du
mérite d'une Eſtampe , que quand ils l'ont payée
très - cher. Ils font bien ſecondés dans cette opinion
par différens Marchands d'Estampes , dont
la conduite eſt très- adroite. Ils ont fu perfuader
aux Amateurs un peu novices , que quand une
Eftampe moderne paroît , ils ne tiennent rien s'ils
n'ont cette Eſtampe avant telle & telle remarque.
Ils donnent , par ce moyen , l'alerte aux Amateurs
, qui s'empreſſent de ſe préſenter les premiers
pour avoir de ces épreuves recherchées : &
Lorſque cette foule augmente , c'eſt alors qu'ils
mettent le prix qu'ils veulent à leurs épreuves. Le
jour même que l'Eſtampe du Gâteau des Rois parut
, un Colporteur d'Estampes , qu'il eſt inutile
de nommer ici , mais qui eſt très - connu par fon
habileté à former des ſpéculations fur l'ineptie de
ſes pratiques , avoit des épreuves de trois différens
prix , l'une à 16 liv. l'autre à 24 liv. & une
troiſieme à 36 liv. Et pour perfuader à l'Amateur
qu'il ne devoit point héfiter de donner fes
36 livres , il lui faiſoit remarquer que l'épreuve
qu'il lui préſentoit étoit avant l'adreſſe de l'Auteur.
Il avoit taxé à 24 liv. les épreuves où ſe
trouvoit , dans l'Inſcription du bas de l'Eſtampe ,
un point mal placé ; & à 16 liv. celles où lòn
voyoit au haut de l'Eſtampe , la date du jour que
la planche a été commencée. Cette date , plus
ou moins lifible, ſervira fans doute encore à faire
!
A
DECEMBRE . 1777. 179
renchérir l'Eſtampe. Il ne manqueroit plus ici que
des épreuves avant la Lettre ; mais malheureuſement
pour les Marchands , M. Greuze n'en fait
* point tirer ; & les épreuves des planches avant la
Lettre , gravées par M. Flipart , d'après les Ta
bleaux de M. Greuze , qui peuvent exifter , font
des épreuves que le Graveur a fait faire pour voir
les progrès de fa planche ; épreuves par conféquent
non finies .
Une derniere remarque que l'on peut faire au
ſujet de cette eſpece d'agiotage , & qu'il eſt bơn
d'inférer ici , parce qu'elle peut être utile aux Ama
teurs un peu novices , c'eſt que l'épreuve même
avant la Lettre , à moins qu'ils ne la tiennent d'un
• Artiſte exact & connu , n'eſt plus pour eux un téx
moignage certain d'une premiere épreuve , depuis
fur - tout que ces fortes d'épreuves ſe ſont ſi fort
multipliées , & que l'on a vu le Propriétaire de
pluſieurs Planches recherchées , couvrir lui-même
P'écriture de ſes Planches , &en faire tirer des
épreuves fans lettres. Un poffeffeur de Planches,
qui ſe prête à ces fortes de fupercheries , aura quelquefois
honte de livrer lui - même ces prétendues
épreuves avant la Lettre ; mais il les gliſfera adroi-
* tement dans des ventes publiques , fera paſſer cet
hameçon ſous les yeux des Curiolets , & rira le
premier de leur bonne- foi en recevant leur argent.
ร
Ces ſupercheries ne ſont pas fans doute fort
honnêtes , & font rejetées par tous les Artiſtes
qui ont une réputation à conferver ; mais comme
quelques Propriétaires de Planches ne penfent pas
de même , & pourroient être tentés de renouvel
1
M 2 A
180 MERCURE DE FRANCE.
ler ces petites fraudes de commerce , nous croyons
devoir les dénoncer ici. C'eſt un avertiſſement
pour les nouveaux Amateurs qui ne ſe connoifſent
point en beauté d'épreuve , de s'en rapporter
plûtôt aux conſeils d'un Artiſte connu , ou d'un
Amateur éclairé , qu'à de petites remarques équivoques
, & que le Colporteur d'Estampes , fi bien
inſpiré par le defir du gain , peut toujours imiter
ou contrefaire .
Au reſte , quel avantage trouve- t- on à pofféder
la premiere épreuve d'une Gravure médiocre ?
Un Amateur a fans doute quelque raiſon de rechercher
les premieres épreuves d'une Planche recommandable
par la magie d'un burin pur , fouple
, harmonieux. Mais quelle grande différence
peut- il y avoir entre les premieres & les dernieres
épreuves d'une Planche , où l'on n'apperçoit
le plus ſouvent que les tailles égratignées d'u
ne eau - forte mal conduite , ou les travaux peinés
d'un burin ſec , fans variété , fans harmonie &
ſans grace ?
MUSIQUE.
I.
DEUEXUXIIEEMMEE Recueil d'airs des Trois
Fermiers , arrangé pour le clavecin ou
forté-piano , avec accompagnement , par
IT
DECEMBRE. 1777. 181
M. Bénaut , Maître de clavecin. Prix
I liv. 16 fols , chez M. Bénaut , rue
Dauphine , près la rue Chriſtine.
II.
Carillon des Cloches , arrangé pour l'orgue
, & deſtiné aux premieres Vêpres
des Morts. Prix I liv. 16 ſols , par le
même , & à la même adreſſe.
III.
** Magnificat en ut majeur , dédié à Madame
de Franqueville , Abbeſſe de l'Abbaye
Royale de Marquette en Flandres.
Prix 2 liv. 8 fols; par le même & à la
même adreſſe.
ה SCULPTURE.
LE Lundi 24 Novembre , il a été
placé dans le Foyer de la Comédie
Françoiſe ; le Buſte en marbre de
Pierre Corneille , exécuté par M. Caffieri
, Sculpteur du Roi , d'après le
Portrait original peint par Charles le
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Brun , & la vie de Pierre Corneille par
Fontenelle. L'Auteur a tâché de rendre
fon caractere ferme & vigoureux , cet
eſprit vaſte & éclairé , fa bonhommie
&ſa fimplicité, Depuis long-tems MM.
les Comédiens du Roi defiroient d'élever
un momument au Grand Corneille ,
comme une marque de leur vénération &
de leur reſpect .
Cartes imprimées.
EPOQUES élémentaires d'Hiſtoire Univerſelle
, fuivant la chronologie vulgaire
; eſpece d'A , B , C hiſtorique en 58
leçons , dont une pour chaque fiecle,
publiées ſous le nom de M. Mahaux , &
compoſées réellement par feu M. de Saint-
Jobert. A Paris , au Bureau de l'abonnement
littéraire , rue & à côté de l'ancienne
Comédie Françoife. Prix 24 fols.
DECEMBRE . 1777. 183
Cours d'Histoire Naturelle..
M. VALMONT DE BOMARE , Dé.
monftrateur d'Hiſtoire Naturelle avoué
du Gouvernement , Membre de diverſes
Académies de l'Europe , & du College
de Pharmacie de Paris , Cenfeur Royal ,
onvrira ſon Cours d'Hiſtoire Naturelle
* concernant les minéraux , les végétaux ,
les animaux , & les principaux phéno-
,menes de la nature , en ſon Cabinet,
rue de la Verrerie , la porte - cochere
• en face de la rue des deux Portes , le
Samedi 6 Décembre 1777 , à onze
heures préciſes du matin , & en continuera
les Séances les Mardi, Jeudi &
Samedi de chaque ſemaine , à onze
heures & demie très-préciſes. Les per-
•ſonnes qui deſireront ſuivre ſes leçons ,
font invitées à entendre le difcours fur
*le Spectacle & l'étude de la Nature , que
le Profeſſeur prononcera à l'ouverture
3de ce Cours.
:
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
1
Cours de Sciences Politiques & de Grammaire
Allemande.
M. JUNQUER, de l'Univerſité &
de l'Académie des Belles - Lettres de
Gottingen , Cenſeur Royal , ancien
Profeſſeur de l'Ecole Royale Militaire
de Paris , recommencera , le premier
Décembre , ſon Cours de Sciences
politiques , auſſi bien que celui de
Grammaire Allemande , & les continuera
pendant fix mois tous les Lundi , Mercredi
& Vendredi , le premier depuis 10
heures du matinjuſqu'à midi , & le ſecond
de midi à 1 heure , ou bien de 0 à 10
heures , ſuivant que l'on en conviendra.
Dans le Cours de Sciences politiques ,
il explique ſucceſſivement les principes
du droit naturel , du droit politique ou de
la théorie de la Société civile , &du droit
des gens naturel. Puis il fait connoître
la conſtitution , tant phyſique que politique
, & le droit public des Royaumes
& Républiques d'Europe , après avoir
développé les événemens qui ont pro
1
1
T DECEMBRE. 1777. 185
duit la préſente forme de gouvernement
de chaque Etat. Il paſſe entuite au droit
des gens conventionnel (vulgairement
appelé le droit public d'Europe , ) ayant
pour objet les droits & obligations réciproques
des Nations , fondés ſur les
traités de paix , d'alliance , de commerce ,
&c. deſquels traités il fait une analyſe
raifonnée & pragmatique ; & il finit
par des obſervations ſolides & utiles
ſur les intérêts des Princes , auſſi bien
que fur les fonctions de Négociateur ,
d'Ambaſſadeur & de Miniſtre public.
- Il ſuffit d'indiquer ces objets , ſi dignes
_ d'occuper la jeune Nobleſſe , pour faire
fentir combien ils doivent intéreſſer
tous ceux qui veulent voyager avec fruit ,
ou qui ſe deſtinent aux affaires d'Etat :
& fi M. J. ajoute que ſes leçons font
propres à faire aimer les devoirs d'Homme
& de Citoyen , & chérir la conftitution
Françoiſe , il ne craint pas d'être
, contredit par les perſonnes reſpectables
qui les ont ſuivies juſqu'ici . Le prix de
ce Cours eſt de ſix louis pour les 6 mois ,
& celui de Grammaire Allemande ,
de trois louis , qui ſe payent d'avance,
^ Ceux qui voudront ſuivre l'un ou l'autre ,
font priés de ſe faire infcrire quelques
ง
A
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
jours auparavant. M. J. qui donne aufm
chez luidesleçons particulieres , demeure
rue Mazarine , en entrant du côté du
College des Quatre- Nations , la ſeconde
porte-cochere à gauche. L'Abrégé de sa
Grammaire , dont il ſe ſert dans ſes leçons
, ſe trouve chez Muſier , Libraire
, rue du Foin S. Jacques.
Cours de Physique expérimentale.
1
M. SIGAUD DE LA FOND , Profeſſeur
de Phyſique expérimentale ,de la Société
Royale des Sciences de Montpellier , des
Académies de St. Pétersbourg , d'Angers,
de Baviere , de Valladolid , de Florence,
&c. commencera un Cours de Phyſique
expérimentale le Mardi 9.Décembre ,
à midi ; il le continuera les Mardi ,
Jeudi & Samedi à la même heure. Il
en commencera un ſecond le Mercredi
10 , à fix heures du foir. Il le continuera
les Lundi , Mercredi & Vendredi de
chaque ſemaine , à la même heure , dans
fon Cabinet de Machines , rue S. Jacques
, près Saint - Yves, maiſon de l'Univerſité.
DECEMBRE. 1777. 187
A
Il y traitera amplement des Nouvelles
eſpeces d'air fixe ; & fon Neveu M.
Rouland , Démonſtrateur en l'Univerfité
, ſe chargera de donner des leçons
particulieres à ceux qui prendront avec
lui des arrangemens à cet effet.
Cours de Langue Italienne.
M. L'ABBÉ MUGNOZI, Romain , Docteur
en Théologie dans l'Univerſité de
la Sapience à Rome , & Profeſſeur de
Langue Italienne à Paris depuis quelques
années , commencera ſon Cours
de Langue Italienne le Mercredi 3 Décembre
1777 , depuis dix heures jufqu'à
midi , & il le ſuivra tous les Lundi
Mercredi & Vendredi de chaque ſemaine.
Il donne auſſi tous les jours des leçons
particulieres chez lui , & en Ville.
Il demeure chez M. Dufour , Marchand
Frippier , au coin des rues des
Prouvaires & Traînée , vis - à - vis le
petit Portail de S. Eustache.
:
188 MERCURE DE FRANCE.
A
)
Cours fur l'Art du Trait ou Coupe des
LE
Pierres.
E Sieur LOUCHET , Profeſſeur_de
l'Art du trait ou coupe des Pierres , &c.
continue de donner des leçons fur cette
Science, fi néceſſaire à ceux qui ſe deftinent
à l'Architecture Civile & Militaire
, aux Entrepreneurs de Bâtimens,
Il enſeigne chez lui & en Ville; il continue
auſſi d'aller chez les Amateurs
qui lui font l'honneur de le demander.
Sa demeure eſt Cloître S. Louis du
Louvre , maiſon du Chapitre , vis - àvis
le Guichet de la rue S. Thomas ;
ou à l'Académie Royale d'Architecture
où il donne ſes leçons aux Eleves de
la dite Académie.
1
1
DECEMBRE . 1777. 189
LETTRE de M. DE VOLTAIRE , en
réponse à celle de M. de MESSANCE ,
Receveur des Tailles à Saint - Etienne -
en - Forez , qui lui avoit envoyé ſes calculs
fur les probabilités de la durée de
la vie .
१
A Ferney.
J'ai reçu , Monfieur ma condamnation par
livres , ſols & deniers , que vous avez eu la patience
de faire & la bonté de m'envoyer. J'admire
-votre ſagacité , & je me foumets à mon arrêt fans
aucun murmure . Tout le monde meurt au même
age ; car il eſt abſolument égal , quand on en eſt là ,
d'avoir vécu vingt heures ou vingt mille fiecles.
M. l' . T. avoit fans doute notre néant devant les
yeux quand il a établi ſes rentes viageres. J'ai
fait mettre au chevet de mon lit mon compte
final , dont je vous ai beaucoup d'obligations
Rien n'eſt plus propre à me confoler des miferes
de cette vie , que de fonger continuellement que
tout eſt zéro. Ce qui est très-réer, c'eſt l'exacti
tude de votre travail , ſon utilité , & la reconnoif
fance que je vous dois. Ce ſont les ſentimens avec
leſquels j'ai l'honneur d'être , &c .
:
190 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux &c.
I.
E Sieur GEORGET , Serrurier , rue
des Précheurs , a inventé denouvelles Serrures
, faites pour garantirde toute crainte
des roſſignols & autres tentatives des
voleurs: elles ont été honorées de l'approbation
de Sa Majefte, de celle du
Magiftrat de la Police, & de l'Acadé
mie d'Architecture.
1
II.
Le Sieur Périer le jeune continue ,
avec un égal ſuccès , à procurer aux per
ſonnes eſtropiées d'un ſeul côté du corps ,
de grands foulagemens , au moyen de la
jambe & fupport méchaniques qu'il a
inventés , & auxquels l'Académie Royale
des Sciences a donné l'approbation la
plus fatisfaiſante , en préférant ce ſupport
du ſieur Perier à la béquille à potence ,
qui déforme le corps. Il prie ceux qui
1
DECEMBRE. 1777. 191
lui écriront d'affranchir leurs lettres. Son
adreſſe eſt au Château de Villeroi , route
de Fontainebleau , près d'Effone.
ΙΙΙ.
Le Sieur Morand , Architecte de la
Ville de Lyon , vient de préſenter au
Gouvernement une machine hydraulique
de ſa compoſition , qui réunit les plus
grands avantages par la ſûreté du méchaniſme
, par ſa ſimplicité,& par le peu de
dépenſe qu'elle occaſionne. Cette ma.
chine eſt propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra : elle pourra donc
• être également employée aux différens
objets d'agrémens &d'utilité , même pour
les irrigations des prairies& des jardins.
Une pente de trois pieds ſuffit pour la
mettre en un mouvement continuel ,
fans autre moteur que celui du poids de
l'eau. Cette machine étoit faite depuis
plus de deux ans, àParis, où elle étoit en
dépôt ; ce n'eſt qu'après des expériences
réitérées faites par lé Sieur Morand
qu'il s'eſt déterminé à la préfenter aur
Public,
!
192 MERCURE DE FRANCE.
IV.
La Société Patriotique de Siléſie , a
fait publier depuis peu , en faveur des
Habitans de la campagne , une Méthode
bien fimple , & pluſieurs fois éprouvée ,
pour guérir toutes ſortes de plaies , de
bleſſures ou de contufions . Ce remede
conſiſte uniquement en un emplâtre de
miel pur , & fans aucun mélange de
quelque ingrédient que ce puiſſe être.
Ön étend le miel ſur un morceau de
linge plié en trois ou quatre , & on
l'applique ſur la partie bleſſée. On recommande
de ne laver la plaie ni avec
de l'eau , ni avec du vin , ni avec
aucune eſpece de liquide. On défend
auſſi d'y mettre du ſucre , & d'autres
calmans. Si la plaie eſt large& profonde ,
on aura foin quatre ou cinq heures
après avoir appliqué le premier emplâtre ,
d'en mettre un ſecond ; on ôtera celuici
après un égal eſpace de tems ; alors
on verra fi la plaie ſe ferme , ou s'il eſt
néceſſaire de continuer le remede. Dans
24 heures la guériſon doit être parfaite ,
à moins qu'il n'y ait quelque os endommage.
,
AVIŞ.
:
DECEMBRE . 1777. 193
AVIS.
Í
Articles nouvellement rentrés au Magasin
dn petit Dunkerque , chez Granchez ,
• Bijoutier de la Reine , Quai de Conti.
UNN aſſortiment conſidérable de tabatieres , journées
, bonbonnieres , étuits , ſouvenirs , & autres
: bijoux en or émaillé , d'un fond transparant , imitant
les agathes arboriſées , ou les ouvrages travaillés
en cheveux ſous glaces. Ces bijoux font nouveaux
, & fans contredit ce qu'on a fait de plus
beau en ce genre. Les premieres pieces ont été
préſentées & achetées par le Roi , la Reine & la
Famille Royale.
Les mêmes pieces en or émaillé en gris , roſe ,
bleu , citron , puce , capucine , lilas , & autres
imitant les petits velours.
Flacons d'or en amande , émaillés , pour effence
de roſe. Crayons d'or plats , avec cachet & lorgnette.
Chaînes de montres de femmes en or , à
la Turque , émaillées à deux faces , de couleurs
différentes : les médaillons peints à ſujets tirés de
l'antique , & les breloques analogues. Idem , pour
hommes à trois médaillons d'émail , avec une treffe
de cheveux entre deux chaînes d'or.
N
:
1
▼
194 MERCURE DE FRANCE.
Sacs à filer & a parhler , d'une nouvelle inver
tion , très - commodes , fermant à clef. Le premier
a été fait pour la Reine.
Tabatieres à l'abondance , en écaille de couleurs ,
garnies d'or , à cinq médaillons en relief, grandeur
de bagues , repréſentant Henri IV , le Roi , la Reine
, l'Empereur & l'Impératrice ; dont les creux
ont été gravés par Wirte , & au centre une gerbe
d'or , avec cette deviſe : Ils Font fait naître. Prix ,
96 liv. pour homme's & pour femmes . Autres tabatieres
de deux couleurs , dites boëteuſes .
Tabatieres & autres objets en metal de Man
Heim , les bordures ou orneinens en or de rapport
en diverſes couleurs , ce qui rend ces bijoux folidés
& auſſi beaux que s'ils étoient totalement d'or.
Idem. Bonbonnieres en balon avec gerbe en cheveux
fur burgoſe , en cryſtal de roche ,garnies d'or
émaillé, imitant les perles & pierres précieuſes.
Nouveaux modéles de boucles, en argent moire.
Les premiers modeles ont été faits pour Mgr le
Comte d'Artois. Idem , couvertes d'or guillochées ,
avec bordures en or de couleurs.
A
Cordons de cannes & de montres en cheveux,
teints en couleur de roſe , verd , bleu , chamois
&c. fimples ou garnis d'or , d'émail , de perles &
de diamans. Il en fera faire de toutes les nuances
demandées. L'apprêt qu'ils ſubiſſent néceſſairement
pour pouvoir prendre la couleur , ne laiſſe plus
ancun doute fur la propreté des cheveux dont ils
4
DECEMBRE. 1777. 195
1 font faits ; & les Dames pourront en porter er col
liers , bracelets , bagues , &c . avec toute fécurité.
Un afſortiment de pieces nouvelles en pPoorrcceelraaimne
de Clignancourt , comme garniture de cheminées
** déjeuners , pendules , flambeaux , vafes , caraffes à
oignons , &c . garnis de bronze doré au mat, δε
point ſujets à ſe jaunir comme le marbre.
Nouveaux joujoux méchaniques , la vendange ,
▲ la promenade des deux âges , la garde montante au
Fort , tous ſujets agréables & mouvans par refa
forts , plus folides que ceux qu'on a faits en ſable.
Porte - feuilles avec tablettes pour deſſiner.Idem ,
pour la pêche , & autres de tontes fortes de for
mes & de grandeurs; écritoires en maroquin , avec
garnitures d'argent & bronze doré.
Il croit devoir avertir le Public , qu'il s'eſt gliſſe
tin peu d'exagération dans l'énoncé qu'on lui a fait
* du taffetas qu'il attendoit d'Italie. Il a reçu les read
dingotes qui font plus portatives que toutes celles
qu'on a faites juſqu'à preſent. Elles pettvent ſe porter
dans une poche & dans ſun chapeau ployant
& les guêtres faites de ce tafetas , peuvent tenir
dans un gouffet.
II.
• La Demoiſelle Guy poſſede ſeule le ſecret de la
compofition du Suc de Régliſſe & de Guimauve
fans fucre, pour toutes les affections de poitrine ,
chaleurs de gorge , rhumes & asthmes , il arrête
le crachement de ſang , détache les flegmes de la
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
poitrine , fait cracher & adoucit la pituite. La
Dile Guy a l'honneur d'en fournir au Roi , & à
toutes les Cours de l'Europe. Ce ſecret a été inventé
par le Sieur Guy , premier Médecin de Charles
II , Roi d'Angleterre. La Dlle Guy , qui lui
fuccede , vient d'obtenir un Brevet de Sa Majesté ,
qui la maintient dans ſon Privilege exclusif de faire
, vendre & débiter ſon Remede ſalutaire dans
tout le Royaume. Il ſe tranſporte par - tout fans
perdre ſa qualité.
Le prix de la livre de Suc de Guimauve blanc ,
eſt de 5 liv. & le brun de 6 liv.
La Dlle Guy demeure depuis 50 ans , rue Saint-
Honoré , vis - à - vis celle de l'Arbre - Sec , au ſecond
, chez un Marchand Miroitier : il y a un Tableau
entre les balcons de ſon appartement ,
lettres d'or.
en
L'on pourra écrire de Province , en droiture , à
la Dlle Guy.
Il faut prendre garde de ſe tromper , ledit Suc ne
ſe vend pas en Boutique.
111.
Les Etrangers qui arrivent à Paris , ſont aux ex-,
pédiens pour trouver de bon Chocolat ; ils peuvent
s'adreſſer à l'ancienne Fabrique du Sr. Adeline , qui
eſt toujours continuée dans la même Maifon rue S.
Honoré , à côté de S. Roch. Ils auront l'agrément
de l'avoir en tout tems nouvellement fait ; ainſi que,
des Diablotins de Cacao & à la Vanille , ſupérieurs
en qualité ; & de la Vanille en détail pour les glaces
& crêmes .
:
DECEMBRE . 1777. 197
NOUVELLES POLITIQUES.
A
ALY
De Baffora , le 2 Juin 1777.
LY MEHEMMEETT KAN, neveu de Kerim Kan ,
:qui commande dans cette Place . continue d'y
exercer des cruautés en tout genre fur les malheureux
Habitans .
Les Anglois recommencent ici leur commerce ,
& viennent de recevoir deux vaiſſeaux de leur
Compagnie , richement chargés ; mais leur plus
grand négoce ſe fait à Bender - Boucher , où il
regne plus de tranquillité que dans cette Ville.
De Varsovie , le 29 Octobre 1777.
:
On eſt fort alarmé ici des apparences d'une guerre
prochaine entre la Porte & la Ruffie : elles font
fondées ſur les défenſes faites par le Grand - Seigneur
, aux Tartares de Crimée , d'obéir au Kan
Schain - Gueray , protégé par la Ruſſie. Numan-
Bey ne paroît point fonger à fon départ de cette
. Ville , & femble vouloit y attendre l'effet que doit
produire ce qui ſe paſſe aujourd'hui entre la Porte
& la Cour de Pétersbourg .
Les Repréſentations que la République a faites
au Roi de Pruſſe , pour l'engager à ſe prêter à de
nouveaux arrangemens fur l'objet du Commerce ;
n'ont point été écoutées ; de forte qu'on a tout
:
1
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
dieu de craindre que les Droits de Douanes Pruf
ſiennes , ne continuent d'être perçus ſur un pied
onéreux aux Négocians.
Un Courier arrivé dernierement de Conſtantinople
, a apporté , dit - on , la nouvelle que les Conférences
entre les Miniſtres Ottomans & celui de
Ruffie , étoient ſuſpendues. Kume , Le Roi vient de dépêcher
à la Porte , un autre Courier , qui doit être
porteur de la lettre de félicitation de Sa Majeſté au
Grand- Seigneur , ſur ſon avénement au Trône.
Le bruit qui s'étoit répandu que les Ruſſes
avoient paſſé le Dnieſter , & étoient entrés en
Moldavie , ne s'eſt pas encore confirmé. On affure
qu'ils ſe ſont renforcés de nouveau fur ce Fleuve ,
& que la meilleure partie des Troupes qu'ils
avoient dans nos environs , s'eſt rendue dans ces
quartiers,
Le Miniſtre Ture qui réſide en cette Cour , a
reçu avis du Bacha de Chotzin , que quinze mille
Tures ſont arrivés près de cette Place , ce qui ,
joint à quinze mille autres qui y avoient été envoyés
, forme une Armée de trente mille hommes.
Le même avis porte , qu'un Corps de Troupes
Ottomanes eſt placé de l'autre côté du Danube .
Malgré ces préparatifs, Numan- Bey ne paroît en
faire aucun pour ſon retour à Conftantinople , il
ſemble même s'arranger pour paſſer l'hiver dans
cette Capitale,
A
De Nuremberg , te 30 Oftobre 1777.
Les Recrues d'Anſpach , deſtinées pour l'Amé-
- Γ
DECEMBRE. 1777. 199
:
rique , ſe ſont miſes en marche hier au nombre de
cent Chaſſeurs & de deux cens Fufiliers. Elles feront
'embarquées ſur le Mein , & tranſportées par
eau juſqu'en Hollande , d'où elles paſſeront en Angleterre
; & de -là à leur deſtination , dès que la
faifon le permettra.
De Venise, le 18 Octobre 1777 .
:
هنم Deux Patriciennes ſe préſenterent, le 16 de ce
mois , au Spectacle , ſans la Domino & la Behate ,
qui font le maſque ordinaire : le lendemain , les
Inquifiteurs d'Etat leur ont ordonné les arrêts
pour huit jours.
De Vicune,je 6 Novembre 1777•
L'Empereur a aſſigné , à perpétuité, les revenus
d'une des Staroſties de Pologne qui lui font échues ,
pour l'entretien du nouvel Hôtel à.Tirnau , dans la
Haute Hongrie , où ſont élevés des Orphelins , enfans
d'Officiers & de Soldats.
De Londres , le 30 Octobre 1777.
La Cour vient de donner les ordres les plus précis
pour un redoublement de travail & d'activité
dans tous les Chantiers du Royaume , afin d'y tenir
prêts à partir , à l'entrée de l'année prochaine ,
tous les vaiſſeaux de guerre qui ne font point employés.
Selon toute apparence , la Flotte fera , à
cette époque , auſſi nombreuſe qu'elle l'a été dans
la guerre derniere. On continue la levée & la pref-
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
ſe des Matelots , dont il faudra que cet équipement
conſidérable ſoit pourvu. Le but que la Cour annonce
pour ce grand armement , eſt de pouffer vi
goureuſement la guerre contre les Américains , de
réprimer partout l'audace de leurs Corſaires , &
de protéger plus efficacement le Commerce des
trois Royaumes ,
Le Général Faucitt , qui a été chargé de toutes
les commiſſions auprès des Princes Allemands , &
qui s'en eſt acquitté avec ſatisfaction , vient de repartir
d'ici pour Hanovre , d'où il ſe rendra à Cafſel
& dans quelques autres Cours , afin d'y traiter
pour les recrues & les nouvelles levées qui nous
font accordées. Les augmentations de nos Armées
, tant en Troupes nationales qu'auxiliaires ,
monteront à dix - sept mille hommes .
Le Duc de Gloceſter , frere du Roi , eſt enfin
arrivé ici avec ſon Epouſe , le Prince & les Prine
ceſſes ſes enfans. La fatigue d'une longue route ,
dans la convalefcence d'une maladie grave qui
avoit menacé ſes jours , exige du repos & de la
tranquillité avant qu'on puiſſe aſſurer qu'il eſt
parfaitement rétabli, A ſon arrivée , un Meſſager
de la Cour vint s'informer de l'état de ſa ſanté .
,
On dit à la Cour que le Roi a ordonné que fix
mille Hanovriens ſe tinſſent prêts à s'embarquer
pour l'Amérique , au printems prochain , & qu'un
pareil nombre de Troupes étrangeres , qu'il prendra
à ſa ſolde , viendra remplacer les Hanovriens.
>
,, Des lettres arrivées la ſemaine derniere , par
ddeess Batimens de tranſport de Québec , nous inDECEMBRE.
1777. 201
و د
و د
و د
forment que Burgoyne & fon Armée , après
avoir été entourés pluſieurs jours par les Géné-
,, raux Arnold & Conway , à la tête de douze
mille hommes , fans compter la Milice , qu'on
avoit chargée de veiller à ce qu'aucune proviſion
ne pût arriver à l'Armée Angloiſe , & à ce
qu'elle ne ſaiſſt aucun paſſage pour échapper ,
ſe ſont rendus Priſonniers de guerre , le 4 Ος-
tobre dernier. Les mêmes lettres ajoutent , que
le Général Arnold , avec ſept mille hommes ,
ſe prépare à defcendre à New- York , & que le
Général Conway , avec le Marquis de
و د
ود
८८
"
و د
”
و د
....
& cinq mille hommes , va mettre le Siége de-
„ vant Ticondérago , &c. " Une nouvelle auffi
alarmante & auſſi étonnante , ne peut - être crue fans
des preuves plus authentiques que des lettres particulieres
; mais tout concourt à faire craindre que le
Général Burgoyne ne ſe ſoit trouvé dans une poſition
très - critique depuis la défaite du Colonel
Baum à Bennington , & qu'il n'y ait plus de reffource
pour lui que de regagner les lacs avant
que les glaces lui en ferment le paſſage. Comme
la ſituation actuelle des affaires va être inceſſamment
& plus clairement expoſée devant le Parlement
, la prudence veut qu'on attende les lumieres
que donnera la premiere Seſſion de cette auguſte
Aſſemblée .
De Fontainebleau , le 1 Novembre 1777.
Le Roi voulant tranſmettre à la poſtérité , la
mémoire du dévouement patriotique de Louis
• Chevalier d'Aſſas , Capitaine au Régiment d'Au
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
vergne , tué en 1760, à l'affaire de Cloſtercamp ,
vient de créer une penſion de 1000 liv. héréditaire
& perpétuelle , au profit de la famille de ce
nom , juſqu'à l'extinction des males. Cette honorable
penſion eſt actuellement partageable entre un
de ce brave Officier & deux neveux , l'un
Sous- Lieutenant au Régiment de Meſtre-de-Camp-
Général , Cavalerie; l'autre ſervant dans la Marine.
Le Chevalier d'Affas étoit né à Vigan , dans
des Cévennes. :
C'eſt ce brave Officier qui , ſe trouvant avec
ſon Régiment , près d'un bois pendant la nuit , s'y
avança ſeul pour le fouiller, de peur que ſa Troupe
ne fût ſurpriſe ; il y rencontra des ennemis embuſqués
qui l'entourerent auſſi -tôt , & qui lui préfenterent
une douzaine de bayonnettes ſur laa poitrine
, en le menaçant de le poignarder s'il difoit
un mot: alors ſe tournant du côté de ſon Détachement
, il lui cria avec intrépidité : Auvergne , faites
feu , ce ſont les ennemis , & dans le moment il
tomba mort fous pluſieurs coups.
1
Le Marquis de Monteſquiou ayant fupplié le
Roi de lui permettre , ainſi qu'à tous ceux de ſa
famille , de joindre à ſon nom celui de Fezenzac ,
comme le nom véritable & originaire de fa Maifon
; Sa Majesté , après s'être fait rendre compte
des titres par leſquels le Marquisde Montefquiou
prouve fa defcendance d'Aymery , Comte de Fezenzac
, en 1050 , en a reconnu l'autenticité , &
a bien voulu permettre en conféquence , à tous
ceux de la Maiſon de Monteſquiou , de joindre à
ce nom celui de Fezenzac , & à l'aîné de s'appeller
le Comte de Fezenzac. ۱
4
1.
DECEMBRE. 1777. 203
i
•
De Paris , le 14 Novembre 1777.
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-Lettres
de Châlons - fur - Marne , qui s'eſt diſtinguée par
les objets intéreſſans & utiles des Prix qu'elle a
diſtribués depuis quelques tems , a offert une place
d'Académicien Honoraire au Sieur Necker , Directeur
- Général des Finances , qui l'a acceptée
pour participer aux vues patriotiques & bienfaiſantes
de ce Corps Littéraire,
1
Le fleur Mauduit , Membre de la Société Royale
de Médecine , chargé par cette Compagnie de
faire des expériences ſur l'électricité médicale , &
auquel Sa Majefté , d'après la demande qui lui en
a été faite par le Sieur Necker , Directeur - Général
des Finances , a accordé une ſomme néceſſaire
pour les dépenſes qu'elle requierent , a préfenté
dans la Séance de cette Société , tenue le 18
de ce mois , pluſieurs malades attaqués , les uns
de paralyfie , les autres de goutte ſciatique , & un
de furdité , qu'il a ſoumis à ce traitement. La
Compagnie , d'après la comparaiſon de l'état antérieur
de ces malades avec leur état actuel , a penfé
qu'il eſt important de continuer les traite
mens électriques qui font eſpérer d'heureux
fuccès.
: Le Roi étant dans l'intention de faire exécuter
ſucceſſivement en marbre les Statues des Hom
mes qui ont illuftré la France par leurs vertus ,
leur génie & leurs travaux', ce projet a eu ſa pre
miere exécution par celles de Sully , du Chancelier
de l'Hôpital , de Descartes & de Fénélon , que
le public a vu cette année , expoſées au Louvre
:
204 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté vient d'en ordonner la fuite , & a
choiſi , pour la continuation d'un projet auſſi intéreſſant
, Pierre Corneille , Boſſuet , le Préſident
de Montesquieu , & le Chancelier Dagueſſeau.
Elle a en conféquence donné ſes ordres au Comte
d'Angivillers , Directeur & Ordonnateur - Général
de fes-Batimens , Jardins , Arts , Académies & Manufactures
Royales , pour diftribuer les figures de
ces Hommes célebres , à quatre des Sculpteurs de
fon Académie de Peinture & Sculpture , qui ſeront
expoſées , comme les précédentes , au Louvre
, en 1779.
NOMINATIONS.
Le Roi vient d'accorder la place de Colonel en
ſecond du Régiment d'Armagnac , Infanterie , vacante
par la mort du Comte de Puget , au Marquis
de Livarot , Capitaine au Régiment du Roi ,.
Infanterie,
Sa Majesté a nommé à l'Evêche de Noyon ,
l'Evêque du Mans ; à l'Abbaye d'Ourcamp , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de Noyon , l'Evêque
d'Autun ; à celle de Bonneval , Ordre de Saint
Benoît , Dioceſe de Chartres , l'Abbé le Cornu
de Baliviere , Aumônier ordinaire du Roi ; à celle
d'Eſſey , même Ordre , Dioceſe d'Agen , l'Abbé
Dupleix de Cadignan , Vicaire - Général de
Reims ; à celle de Plein - pied , Ordre de Saint-
Auguftin , Dioceſe de Bourges , l'Abbé de Maufoult
, Vicaire - Général dudit Dioceſe , ſur la no-
۱
DECEMBRE. 1777. 205
A
mination & préſentation de Mgr le Comte d'Artois
, en vertu de fon Apanage ; à celle d'Aubignac
, Ordre de Citeaux , Dioceſe de Bourges ,
l'Abbé Dupont de Compiegne , Chapelain du Roi
& de Mgr le Comte d'Artois , fur la nomination &
préſentation de ce Prince , en vertu de fon Apanage
; à celle de Benoît - Vaux , dite de Reynel , même
Ordre . Dioceſe de Toul , la Dame de Vauxd'Achy
, Prieure de la dite Abbaye ; & à celle
Deshayes , même Ordre , Dioceſe de Grenoble ,
la Dame de Buffevent , Abbeſſe des Ifles , à Auxerre
.
Le Roi a nommé Capitaine - Commandant de
la Compagnie des Cadets- Gentilshommes , le
Baron de Moyria , ci - devant Capitaine au Régiment
du Colonel - Général , Cavalerie , & Sa Majeſté
lui a accordé le Brevet de Lieutenant-
Colonel.
Le Roi a nommé Commandant en Chef en Provence
, le Marquis de Vogue ; Lieutenant - Général
des Armées de Sa Majefté.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint Etienne
de Caën , Ordre de Saint Benoît , Dioceſe de Bayeux
, l'Archevêque de Narbonne.
Le Roi ayant nommé le Sieur Dupont , Intendant
de Moulins , à l'Intendance de Rouen , Sa
Majesté a nommé pour le remplacer dans cette Intendance
, le Sieur Guéau de Réverſeaux , Maître
des Requêtes , qui a eu l'honneur d'être préſenté
au Roi , le 6 Novembre , par le Sr. Necker , Directeur
- Général des Finances , & de faire , en cette
qualité , ſes remercimens à Sa Majefté.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Jaucourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Conde , ayant remis
à ce Prince ſa démiſſion de cette place , le Comte
de Bafchy du Cayla , Capitaine de ſes Gardes , en
a été pourvu , & le Marquis d'Agoult a obtent
celle de Capitaine des Gardes.
Le 9 Novembre , le Prince Louis de Rohan
Guemené , Coadjuteur de l'Evêché de Strasbourg ,
a eu l'honneur de faire ſes remercîmens au Roi ,
pour la place de Grand- Aumônier de France , à
laquelle ce Prince , alors à Strasbourg , avoit été
nommé par Sa Majesté , le 1 du mème mois : il a
en même - tems prêté ferment entre les mains du
Roi , en cette qualité. Ce Prince prêta enfuite fer
ment entre les mains de Sa Majesté , en qualité de
Commandeur de l'Ordre du Saint- Eſprit: il a eu
le même jour , l'honneur de faire ſes révérencés à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , le Sieur de Bordenave , que
ie Roi a nommé à la place du Procureur- Gé
néral du Parlement de Paw , vacante par la mort
du ſieur de Caſaux , a eu l'honneur d'être préfenté
à Sa Majeſté par le Garde des Sceaux de France
, & de faite , en cette qualité , ſes remercîmens
au Roi.
Le Roi a nommé à la place de Lieutenant de ſes
Gardes , Compagnie de Luxembourg , vacante par
la mort du Comte de Beon , Brigadier des Armées
de Sa Majesté , le Sieur de Tourtier , Sous- Lieutenant
de la même Compagnie , & le Chevalier de
Mouchy , Maréchal - des - Logis , à la place de
Sous - Lieutenant.
DECEMBRE. 1777. 207
:
PRÉSENTATIONS.
Le 25 Octobre , le Marquis de Vérac , Minif
tre Plénipotentiaire du Roi près de Sa Majefté
Danoiſe , de retour par congé , a eu , à fon arri
vée ici , l'honneur d'être préſenté à Sa Majesté par
le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
Le même jour , l'Abbé de Bayanne , Auditeur
de Rote , a eu auſſi l'hommeurd'être préſenté auRoi
par le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat au Département des Affaires Etrange-
* res , & de prendre congé de Sa Majeſté pour retourner
à Rome .
Le 26 du même mois , le Sicur de Caſteele ,
Préſident à Mortier au Parlement de Flandres , a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le Garde
Sceaux de France ; & de faire fes remercimens
à Sa Majesté en qualité de Procureur- Général du
Parlement de cette Cour. Il a auſſi eu l'honneur
de faire fa révérence à la Reine & à la Famille
Royale.
Lê Comtë đề Baſchy du Cayla , Meſtre-de-
Camp du deuxieme Régiment des Dragons de
Bourbon , & ci- devant Capitaine des Gardes dứ
Prince de Conde , a eu l'honneur d'être préſen
té à Leurs Majestés & à la Famille , Royale , par
ce Prince , conime premier Gentilhomine de fir
Chambre.
208 MERCURE DE FRANCE.
Ce Prince a auſſi préſenté à Leurs Majestés &&
à la Famille Royale , le Marquis d'Agoult , Colonel
d'Infanterie , Aide- Major au Régiment des
Gardes - Françoiſes , en qualité de Capitaine de fes
Gardes.
Le 11 Novembre , le Comte d'Adhemar , Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi près les Pays - Bas
Autrichiens , de retour par congé , a eu , à fon
arrivée ici , l'honneur d'être préſenté au Roi par
le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
Le 23 du même mois , le Marquis de Clausonnette
, Miniſtre Plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Mayence , de retour en cette Cour par
congé , a eu , à ſon arrivée , l'honneur d'être préſenté
au Roi par le Comte de Vergennes , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangeres. 1
Le même jour , le Vicomte de Polignac , que
le Roi avoit précédemment nommé ſon Ambaſſadeur
en Suiffe , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majeſté par le Comte de Vergennes , Miniſtre &
Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangeres , & de prendre congé de S. M. pour
ſe rendre à ſa deſtination .
Après la Meſſe du Roi , le Margrave d'Anſpach
fut préſenté à Leurs Majestés & à la Famille
Royale , ſous le nom de Comte de Sayn , conduit
& précédé par le Sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambaſſadeurs , & le Sieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des
Ambaſſadeurs .
1
PRÉ
DECEMBRE. 17778 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Le Sieur Poncet de la Grave , Procureur du
Roi au Siege de l'Amirauté de France du Palais à
Paris , eut l'honneur de préſenter au Roi , le 28-
Octobre , un Ouvrage de ſa compoſition , intitulé
: Précis Historique de la Marine Royale de
France , depuis l'origine de la Monarchie juſqu'à
Louis XVI , avec des Notes politiques & hiftoriques.
1
Le Sieur Leroux , Auteur du Journal d'Educa
tion dédié & préſenté à Sa Majefté , & Maître de
Penſion à Paris , au College de Boncourt , a eu
l'honneur de préſenter au Roi & à la Reine , un
Mémoire qui a concouru pour le Prix de l'Acadé--
mie de Châlons , relatif aux moyens de foulager les
infortunés , & qui a pour titre : Idée d'un Ordre.
Royal de bienfaisance & de patriotisme.
L'Abbé de Beſplas , Vicaire Général du Dioceſe
de Besançon , & Aumônier de Monfieur, a eu
l'honneur de préſenter à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , un Ouvrage de ſa compoſition ,
dédié à Monfieur , intitulé : Effai ſur l'Eloquence
de la Chaire , avec un Difcours de la Cene , prononcé
devant le Roi en 1777 , & un Panégyrique
de Saint Bernard , prononcé à Paris la même
année.
Les Sieurs Née & Maſquelier , Graveurs , que
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont honorés
de leurs Souſcriptions pour un Ouvrage intitulé :
:
0
210 MERCURE DE FRANCE .
Tableaux pittoresques , phyfiques , hiftoriques , mo
raux , politiques & littéraires de la Suiffe & de
l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale , les huitieme & neuvieme
livraiſons de leur Ouvrage.
MARIAGES.
:
Le 26 Octobre , Leurs Majeſtés ont ſigné le
Contrat de Mariage du Vicomte d'Eſtreſſe , Lieutenant
- Colonel d'Infanterie , Adjoint au Commandement
de Veiſſembourg , avec Demoiselle de Broſſe.
:
Leurs Majestés & la Famille Royale ont ſigné ,
le 9 Novembre , le Contrat de Mariage du Comte
de Ponteves , Colonel en ſecond du Régiment Royal
Corſe , avec Demoiselle de Rainvilliers.
NAISSANCES.
La Dame Deſchatelés Ernout , épouse du Sieur
Deſchatelés Ernoul , Maire de la Ville de l'Orient ,
étant accouchée le 13 Octobre , & Monſeigneur le
Comte d'Artois ayant eu la bonté , à ſon paſſage:
en cette Ville , de leur promettre de nommer l'enfant
dont la Dame Deſchatelés étoit alors enceinte
, ce Prince vient de mettre le comble à cette faveur
, en choiſiſſant pour Marraine Madame la Com-
:
DECEMBRE. 1777 2ir
teſſe d'Artois , qui a bien voulu conſentir que les
noms de Marie - Théreſe fuſſent donnés à l'enfants
Monſeigneur le Comte d'Artois a été repréſenté dans
cette cérémonie par le Sieur Minard , Lieutenant ,
Commandant pour le Roi au Port - Louis à l'Orient ,
& Madame la Comteſſe d'Artois , par la Communauté
de la Ville. Ce Baptême a été fait avec toute
la dignité que deinandoient les Perſonnes Auguftes
qui s'y faifoient repréſenter en qualité de Par
rain & de Marraine .
Le 25 Novembre , le Vicomte Stormont , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il notifia à Sa Majeſté la
naiſſance d'une Princeſſe dont la Reine d'Angleterre
eft accouchée. Il fut conduit à cette Audience ,
• ainſi qu'à celle de la Reine & de la Famille Royalė
, par le Sieur Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs
; le Sieur de Séqueville , Secrétaire ordinai
re du Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
ORTS.
Pierre - Gaſton Gillet , Marquis de la Caze ,
Comte de Castelnau , d'Eauzan , &c. Conſeiller
du Roi en tous ſes Conſeils , Conſeiller d'Honneur
au Parlement de Bordeaux , & Premier Préſident
du Parlement de Pau , depuis 1758 , eſt mort
à Pau le 11 Octobre , dans la 67 année de ſon âge .
Le Sieur de la Caze ſon fils , lui fuccede dans cette
derniere Place , en ſurvivance de laquelle il a été
reçu & inſtallé en 1763.
!
02
212 MERCURE DE FRANCE .
Charles - Antoine de la Roche - Aymon , Cardinal
Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine , Archevêque-
Duc de Rheims , Légat né du Saint - Siege , premier
Pair & Grand - Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du S. Eſprit , Doyen des Evêques de
France , Abbé - Commendataire des Abbayes Royales
de la Sainte - Trinité de Fécamp , Ordre de S.
Benoît , Congrégation de S. Maur , Dioceſe de
Rouen , & de S. Germain - des - Près - les - Paris ,
même Ordre & Congrégation , Supérieur- Général
des Hôpitaux Royaux des Quinze - Vingts de Paris
& Chartres , & l'un des anciens Préſidens des Afſemblées
du Clergé de France , ci - devant chargé
de la Feuille des Bénéfices à la nomination de Sa
Majesté , eſt décédé en ſon Palais Abbatial , le 27
Octobre , dans la 81 année de fon âge.
Le Comte de Bermondet , Lieutenant - Colonel
de Dragons , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , eſt mort à Paris le 28 Octobre
dernier , dans la 45 année de ſon age.
Le Sieur Antoine - Pierre - Hilaire d'Anès , Comte
de Seris , Gouverneur de Saint - Denis , Seigneur
de Montrouge , & Lieutenant- de - Roi au Gouvernement
de Paris , eſt mort en cette Ville le 30 Octobre
denier.
f. Chevalier d'Agoult , Brigadier des Armées du
Roi , ancien Lieutenant- Colonel du Régiment de
Clermont- Prince , Cavalerie , eſt mort en Dauphiné
, le 27 Octobre dernier , au Château de Beauplan
, dans la 72e année de ſon âge.
:
J. Gilles de Goderneau , ancien Colonel de Dragons
, eſt mort à Vailly , près Soiſſons , le 16 Octobre
dernier , âgé de 81 ans. Il avoit ſervi 68 ans.
-
DECEMBRE. 1777. 213
.Son pere fut un des premiers Chevaliers reçus à la
création de l'Ordre de S. Louis ; & lui-même avoit
été décoré de la Croix de cet Ordre , dès l'âge de
22 ans.
Jacques -Achille Picot , Marquis de Combreux ,
Sury - aux - Bois , &c. Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Lientenant au Régiment des
Gardes - Françoiſes du Roi , eſt mort à Paris le 4
Novembre , âgé de 59 ans.
Le célebre Bernard de Juſſieu , de l'Académie des
Sciences , de la Société Royale de Londres , des
Académies de Berlin , de Pétersbourg , de l'Inſtitut
de Bologne , &c. Démonstrateur des Plantes au Jardin
du Roi , eſt mort le 6 Novembre , âgé de 79 ans.
Le Marquis de Calviere & de Vezenobre , Baron
de Boucoiran , Lieutenant - Genéral des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre de S. Louis , eſt
mort dans ſon Château de Vezenobre , près d'Alais
en Bas - Languedoc , le 16 Novembre , dans la 86e
année de ſon age,
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Novembre 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune ſont :
33 , 22 , 28 , 83 , 36.
Du Décembre.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
32,39 , 63 , 73 , 87.
03
214 MERCURE DE FRANCE.
:
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LETTRE d'un Particulier Américain , en Europe.
LES
MONSIEUR.
✓ES Extraits ci - joints , tirés de Copies authentiques
, formeront un beau pendant au Tableau révoltant
, que j'ai dû vous faire il y a quelque
temps , des excès commis par nos ennemis dans
Jes Jerſeys. Je pourrois augmenter l'horreur de ce
dernier par les cruautés d'une Armée combinée
d'Européens & de ſauvages ſous Burgoyne : mais
j'aime mieux me livrer au plaifir de faire contraſter
ici l'humanité avec la barbarie , l'Eliſée avec le
Tartare. Un fait , cependant , qui appartient aux
ombres noires , & qui eſt unique , doit leur être
reſtitué. Il eſt avéré préſentement , qu'on a fait
jurer les ſoldats Ecoſſois fur leurs drapeaux , de ne
donner quartier à aucun Américain quelconque. En
conféquence d'un ſi affreux ferment, ils ont pendu
nombre de ceux qui s'étoient rendus prifonniers ,
les attachant par leurs ceinturons. Quelle preuve
plus convaincante , après cela , voudra- t - on de la
vertu & de la douceur du Peuple Américain
quand on aura vu , par ce qui fuit , que ces exemples
continus de la haine la plus mortelle , & de
P'inimitié la plus farouche , n'ont pu encore exciter
chez lui l'eſprit de vengeance & le defir d'ufer de
repréſailles , ni étouffer les ſentimens de compasfion
& de bienfaiſance qu'il continue d'exercer
tant envers les prifonniers de guerre , qu'à l'égard
de ſes citoyens mal - intentionnés ?
2
DECEMBRE. 1777. 215
☑
20
1
Je commence par vous donner ici le Formulaire
de la Parole que doivent figner les Officiers prifonniers
, réſolue en Congrès le 15 Févr. 1777.
-
,
,, Je ..... fait priſonnier de guerre par l'Armée
des treize Colonies unies de l'Amérique ſeptentrionale
, promets & m'engage , fur ma parole d'honneur
& foi de gentilhomme , de partir d'ici immédiatement
pour,- dans la province de -
étant le lieu de mon choix ; & de demeurer là , ou
dans l'eſpace de fix milles de là , pendant la préfente
guerre entre la Grande-Bretagne & les dites Colonies
unies , ou bien , juſqu'à ce que le Congrès
deſdites Colonies unies , ou l'Aſſemblée , Convention
, ou Conſeil de fûreté de la dite .Province , en
ordonnent autrement : comme auuffllii , que je ne
donneraî ni directement , ni indirectement , aucun
avis quelconque aux ennemis des Colonies unies ,
& que je ne ferai , ni ne dirai rien de contraire ou
de préjudiciable aux meſures que prendra , & aux
démarches que fera un Congrès quelconque pour
les dites Colonies durant les préſents troubles , ou
juſqu'à - ce que je fois duement dégagé ou échangé.
Donné fous ma fignature , ce - jour du mois
de , A. D. ".
و د
EN CONGRÈS le 6 Novembre 1775.
Le Comité établi pour recevoir les demandes
à la charge de l'Etat , a rapporté qu'il eſt dû , pour
la dépenſe du Gouverneur Skeene , du Major
French & d'autres , 133 Dollars."
17 Novembre 1775.
RÉSOLU : Que les Officiers à brevet , pris
dans les Fortsde Chamblé & de St. Jean , s'enga-
04
216 MERCURE DE FRANCE.
1
geront , fur leur parole d'honneur , à n'aller dans
aucune Ville maritime , ni dans le voiſinage d'une
telle ville & à ne pas s'éloigner au - delà de fix milès
des lieux reſpectifs de leur réſidence , ſans en
avoir reçu la permiſſion du Congrès continental ;
comme aufſi , qu'ils n'entretiendront aucune correfpondance
politique quelconque , ſur le ſujet de la
diſpute entre la Grande - Bretagne & les Colonies ,
auſſi long - temps qu'ils feront priſonniers.
RÉSOLU : Que les Officiers pris à St. Jean ſeront
envoyés à Windham & à Labanan dans la Colonie
de Connecticut : bien entendu que le Général
Schuyler n'ait pas donné sa parole pour diſpoſer.
d'eux d'une autre maniere. "
”
55
25 Novembre 1775.
Mr. Jay s'étant adreſſé au Congrès en faveur
du Lieutenant Hainar , l'un des Prifonniers à Trenton
, pour qu'il lui fût permis d'aller demeurer
chez Mr. Duir près de Saratoga; la demande aétè
accordée , moyennant qu'il donne la même parole
que les autres Officiers ; avec permiffion de s'éloigner
juſqu'à 12 milles , fans plus , du lieu affigné."
८
4 Janvier 1776.
RÉSOLU : Que le Major Preſton aura la liberté
de choisir le lieu de sa réſidence , ſous les
conditions dés précédents réglemens du Congrès ,
& que le Préſident récevra fa Parole. "
” و
5 Janvier 1776.
RÉSOLU : Que l'on doit voir avec un profond
regret , qu'il puiſſe ſe trouver un Général Britan
しっ
4
DECEMBRE.- 1777. 217
A
;
nique affez dégénéré , pour traiter avec tant d'ignominie
& de cruauté , un citoyen éminemment
vertueux . NB. Ceci a rapport au traitement que
Mr. Lovell , Citoyen de Boſton , a eſſuyé de la part
du Général Howe. " :
12 Janvier 1776.
Le Comité établi pour connoître de la conduite
des Officiers prifonniers , & de la maniere
dont on pourvoit à leur ſubſiſtance , a fait fon rapport
, qui a été agréé comme ſuit.
RÉSOLU : Que la conduite des Officiers à Trenton
, quoiqu'à d'autres égards ſans reproche ,
étant , quant à leur entretien , exceſſivement extravagante
, puiſqu'ils font logés dans des tavernes ,
dont les maîtres les traitent d'une maniere luxurieuſe
ſur le crédit du Continent ; le Congrès allouera
, pour l'avenir , pour penfion & logement
d'Officiers prifonniers deux Dollars par ſemaine ,
rembourſables par ces Officiers , avant qu'ils foient
délivrés de leur captivité."
११
:
20 Janvier 1776..
RÉSOLU : Que le Gouverneur Trumbull ſera
requis de donner ordre , pour que le Dr. Church
foit transféré à une Priſon plus commode , s'il s'en
trouve dant la Colonie , que celle où il eſt détenu
actuellement ; & que, pour la rétabliſſement de
ſa ſanté , le dit Dr. Church aura la permiſſion de
prendre l'air à cheval , quand le temps le permettra
, ſous bonne garde , qui aura ſoin d'empêcher
qu'il n'entretienne aucune correfpondance , &
qu'il ne faſſe aucune choſe préjudiciable au falut
& au bien des Colonies unies. NB. Ce Dr. Church
Ο 5
218 MERCURE DE FRANCE.
!
étoit en prifon , pour avoir entretenu correspondance
avec l'ennemi. "
27 Janvier 1776.
„ RÉSOLU : Que le Comité d'Inspection à Eſopus
& à Kingſton ſera chargé de fournir aux prifonniers
, qui ſe trouvent là , les habillemens néceſſaires
, comme auſſi des logemens & des provisions
qui n'excedent pas les rations allouées aux ſimples
ſoldats dans l'Armée continentale : le tout au prix
le plus raisonnable qu'il ſe puiſſe. "
30 Janvier 1776.
„ RÉSOLU : Que le Dr. Cadwallader & le Dr.
Shippin junior feront requis de prendre inspection
de l'appartement dans la priſon où le Général
Preſcot eft confiné , de s'informer de l'état de sa
fanté , & d'en faire rapport au Congrès.
NB. Ce Général avoit été enfermé dans une prifon
, fur ce qu'on avoit informé le Congrès , qu'il
avoit ordonné de traiter ainſi le Colonel Allen
fait prifonnier au Canada , avec la cruelle addition
des fers. "
1 Février 1776 .
,, RÉSOLU : Que le Dr. Cadwallader ſera requis
de faire avoir un bon logement au Général
Preſcot ; & que le Général Preſcot ſera transféré
de la Priſon au dit logement , pour y être tenu
fous bonne garde.
NB. Immédiatement après qu'on eut pris le
Colonel Allen , on le mit aux fers & au cachot
avec des malfaiteurs à Pendennis - Caſtle , où on
DECEMBRE. 1777. 219
le laiſſa coucher sur la dure: de là on l'envoya à
bord d'un vaiſſeau de guerre à Cork ; avec la
flotte du Chev. Parker il fut renvoyé en Amérique ,
& l'on n'en a plus entendu parler, "
”
7 Février 1776.
RÉSOLU : Qu'on mettra dans l'inſtruction du
Comité , d'examiner les Capitulations accordées
aux Prifonniers lorſqu'ils ſe ſont rendus , de prendre
la Parole des Officiers , de les faire aller dans
les lieux reſpectifs de leur réſidence , de faire duement
obſerver les Capitulations , & d'avoir foin
que les ordres du Congrès , concernant les Prifon
niers , foient ponctuellement exécutés."
९१
28 Février 1776.
„ RÉSOLU : Que le Comité d'inſpection &d'obſervation
pour le Comté de Berks en Penſylvanie ,
fera autoriſé & requis , de contracter , à des conditions
raiſonnables , pour la ſubſiſtance de ceux
des Priſonniers à Reading qui n'ont pas encore
été pourvus par Mr. Franks , ainſi que pour celle
des Femmes & des Enfants appartenant à tous
les Prisonniers qui font là ; comme auſſi pour leur
faire fournir le bois & les autres choses absolu
ment néceſſaires pour leur entretien. ”
"
11 Mars 1776.
RÉSOLU : Que le Capitaine Duncan Campbell
, prifonnier à Lancaster, aura la permiſſion de
venir à Philadelphie joindre sa femme & ses en
fants , & d'y réſider juſqu'à nouvel ordre. ",
220 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
-
9 Avril 1776.
,, RÉSOLU : Que le Capitaine Brice aura la
permiffion de venir à Philadelphie pour y confutter
un Médecin , & d'y attendre les ordres du
Congrès : Qu'il fera permis au Capitaine Duncan
Campbell , d'aller réſider avec ſa femme & fa
famille dans la ville de Burlington en N. Jerſey.-
A Clément Biddle , pour provisions à l'usage des
Prisonniers Britanniques des 7 & 26 Regimens ,
la ſomme de 294 Dollars. "
16 Avril 1776.
,, A Antoine Tricker , pour Pension de Donald ,
Marc - Donald', & autres Prisonniers Ecossors ,
150 Dollars."
”
25 Avril 1776.
Le Congrès ayant été informé , que Allen Cameron
, détenu en priſon , eſt , quant à ſa ſanté ,
dans un état qui exige l'aſſiſtance d'un Médecin ,
& qu'il defire celle du Dr. Cadwallader , a réſolu
que le Dr. Cadwallader aura la permiſſion de lui
donner ſes ſoins. "
”
??
26 Avril 1776.
Une Lettre du Dr. Cadwallader a été préſentée
& lue au Congrès , rendant compte de l'état de
la ſanté de Cameron. Sur quoi il a été réſolu , que
le dit A. Cameron aura la permiſſion de faire aérer
sa chambre , & de se promener tous les matins
une heure dans la cour de la priſon , en compagnie
du Géolier ; comme auſſi , qu'il fera permis
à fon Oncle , le Dr. Mr. Cléan , de converser avec
lui en préſence du Geolier, •
DECEMBRE. 1777. 225
1
NB. La priſon proprement dite n'eſt dans l'Amérique
unie que pour les Malfaiteurs , les Traîtres &
les violateurs manifeſtes du Droit de la Guerre. "
PROCLAMATION du Général Washingthon.
,, Son Excellence le Général Washington défend
expreſſément à tous les Officiers & foldats de l'Armée
continentale , de la Milice & de tous les Partis
recrutants , de piller qui que ce ſoit , Tory ou
autre. Les effets des Torys feront appliqués à l'uſage
du public d'une maniere réguliere: & l'on s'attend
que l'humanité , & la tendreſſe pour les femmes
& pour les enfants , diftingueront les braves
Américains , combattants pour leur Liberté , des
infames pillards & deſtructeurs mercenaires , foit
Bretons ou Heſſois.
Trenton , 1 Janvier 1777.
ود
Signé GEORGE WASHINGTON. ”
ORDRE du feu Général- Major - Wooster.
Le porteur de la préſente , Néhémie Leſcorne
, infame Tory & ennemi déclaré des Etats
unis de l'Amérique , déchu , par - là - même , de
tout droit de réſider ou ſéjourner fur ce Continent ,
a ordre , par la préſente , de s'en aller immédiatement
d'ici à l'Ifle - longue.
Greenwich 16 Mars 1777.
Par ordre du Général - Major WOOSTER
Jon. Cofins OGDEN , Aide- de- Camp. "
J 1
4
222 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE ,
Ode fur l'Ordre ,
Miroir à l'uſage des Femmes ,
Le Bourgeois de Tolede , Proverbe Dramatique ,
L'amour de la Gloire ,
Eglogues de Pope ,
Premiere Eglogue ,
Impromptu ,
Stradella , Anecdote ,
Vers à M. le Marquis de Villette ,
Epitre à Belle & Bonne ,
A M. le Marquis de Villevieille ,
Explication des Enigmes & Logogrypies ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Quinti Horatii Flacci Carmina,
L'Egoïſme ,
Abrégé élémentaire d'Aſtronomie , &c.
Eſſai ſur le Bonheur ,
Naru , fils de Chinki ,
Anecdotes intéreſſantes & hiſtoriques de l'Illuſtre
Voyageur ,
Monfieur le Comte de Falckenſtein ,
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte de
Saint - Lis ,
Sufette & Pierrin ,
page
ibid.
12
17
37
42
43
53
56
73
75
77
ibid.
78
80
84
ibid.
94
१६
102
109
1.12
116
121
124
DECEMBRE. 1777. 223
Introduction aux Obſervations ſur la Phyſique , &c.
Mémoires ſur les ſujets propoſés pour le Prix de l'A-
128
1
cadémie Royale de Chirurgie ,
Table Alphabétique des Cauſes célebres ,
Annonces littéraires ,
130
140
143
ACADÉMIES , 149
Paris , ibid.
SPECTACLES. 163
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe, ibid
Comédie Italienne , 104
ARTS , 169
Gravures , ibid
Lettre à l'Auteur du Mercure , au lujet de l'Eſtampe
du Gâteau des Roisa 172
Muſique , 180
Sculpture , 181
Cartes imprimées , 182
Cours d'Hiſtoire Naturelle; 183
- de Sciences Politiques & de Grammaire Allemande
, 184
- de Phyſique expérimentale , 186
de Langue Italienne , 187
-
fur l'Art du Trait ou Coupe des Pierres , 188
Lettre de M. de Voltaire à M. de Meſſence ,
Variétés , inventions , &c.
AVIS ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
189
190
193
197
204
207
d'Ouvrages , 209
224 MERCURE DE FRANCE.
1 .
1
Mariages ,
Naiſſances ,
Morts ,
Loterie ,
ADDITIONS ,
Lettre d'un Particulier Américain en Europe.
P
:
:
C
210
ibida
211
213
214
ibid
大门。
:
:
1337
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITYOF MICHIGAN
:
:
TUEBOR
SI-QUÆRIS PENINSULAM
AMOEΝΑΜ.
CIRCUMSPICE
:
AP
20
.M57
1777
m . 15
MERCURE
; DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
NOVEMBRE. 1777-
N°. XV.
Mobilitate viget. VIRGILE.
"
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
1
MÉMOLRES d'Artillerie , contenant l'Artillerie nouvelle
, ou les changemens faits dans l'Artillerie Francoiſe
en 1765 avec l'exposé & l'analyse des obſervations
qui ont été faites à ces changemens. Recueilli
par M. de Scheel , Capitaine au Corps de l'Artillerie en
Dannemarc. 4to. I vol.fig. Coppenhague 1777 f 10-10.
Hiftoire de Dannemarc depuis 1559 julques à 1661 ,
tome III. par Mr. Mallet 4to. I vol. Coppenhague ,
1777. à f 6. 10.
Correfpondance de M. le Marquis de Montalembert , étant
employé par le Roi de France à l'armée Suédoiſe
, M. le Marquis d'Avrincourt", Ambaſſadeur de
France à la Cour de Suede , M. le Maréchal de Richelieu
, les Miniſtres du Roi à Versailles , MM . les
Généraux Suédois & autres , &c. pendant les Campagnes
de 1757 58 , 59 60 & 61 , pour fervir à l'histoire
de la derniere Guerre . 3 vol . 8vo. 1777.df4 : -
Douze Dialogues...d' Lyhemere , Philofophe de Siracuſe
qui vivoit dans le fiecle d'Alexandre 8vo. 1 vol. 1777 .
à 15 fols. ;
Eloge hiſtorique de Michel del'Hospital, Chancelier de
France ; ce n'est point aux Esclaves à louer les grands
Hommes 8vo. 1 vol. 1777. af 1 : -
L'Esprit d'Addiſſon , ou les Beautés du Spectateur du
Babillard & du Gardien , conſiſtant principalement dans
une collection des feuilles de M. Addition , avec un
précis de ſa vie , nouvellement traduit de l'anglais ,
par M. J. P. A. 300. 1777 3 vol. à f 3-
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , pour jus .
tifier le projet de leur indépendance en deux Lettres ,
8vo. 1776. 12 fols. :
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe ſur la Nou ,
yelle Traduction de Shakespeare , 8vo. 1776. 6. fols.
Icares fur les Finances,les Subfiftances , les Corvées ,
les. Communautés Religieuſes &c. I vol. in douze
1777 à f 1 : 15.
Méu otres fur les Campagnes d'Italie en 1745 & 1746,
auxquels on a joint un fournal des mêmes Campagnes
, tenu dans le Bureau de M. le Maréchalde Mail
lebois avec une explication de tous les paflages &
cols du Dauphiné Verfants en Savoye & en Piemont
grand in douze , i vol. Amst . 1777 11:16.
Oeuvres de M. de la Harpe , 4 volumes à f 4:10. T
compris la Lusiade , pour servir de fuite à la collection
des oeuvres de l'auteur 8vo. 1777. La Lufiade ſe vend
téparément.
LIVRES NOUVEAUX.
3P
rincipes de la Révolution justifiée 8vo. 1777. & 10folsi
Pieces détachées relatives au Clergé féculier & régulier
&c. 8vo. 3 vol. à f 3:10 .
Petit Code de la Ratiou Humaine 8vo. à 10 fols.
Vie (la) du Chancelier de l'Hospital 8vo. à 15 ſols.
Eſſai fur l'Art d'Obſerver par M. Carrard 8vo. I vol.
: Amsterdam 1777. à f 1 : 15 : -
Differtation fur la Comparaiſon des Thermomètres par
M. J. H. van Swinden , Profeſſeur à Franeker conte
nant la Comparaison de plus de 50 Thermomètres , &
un grand Tableau gravé de 27 Thermomètres les plus
nſités à f 3 : On peut le procurer le Tableau
ſéparément à fi : 10 de Hollande. :
•
Obfervations fur le Froid Rigoureux du mois de Janvier
MDCCLXXVI ; par Mr. J. H. van Swinden &c.
8vo. I vol. fig. Amsterdam. 1778. à f 2-10. de Hollande.
: :
Evangile du Jour Svo. tome 13 , 14 , 15.
Voyage de Londres à Genes , par le Portugal , l'Eſpa
gne , la France , de M Baretti , traduit de l'Anglois en
4 vol. grand in douze 1777 à f 4 : - 1
:. "
MARC - MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , ſur
le Cingle , vient d'imprimer le Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire littéral , composé de
Notes choifies & tirées de divers Auteurs Anglois . par
Mr. C. CHAIS , Paleur Emerite à la Haye. Ce fixieme
Tome, pour la perfection duquel on n'a rien néglige
, est divisé en deux Parties , qui comprennent le
Premier & le second Livre des Rois , in-4°. , format
Semblable aux précedens , à fl. 8 de Hollande On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenant laGenele
, l'Exode , le Lévitique , les Nombres , le Deve
ronôme , Joliné , les juges , Ruth , le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl. 25 de Hollande pour
cette année seulement , & à commencer au zer Janvier
! 1778 on ne les vendra pas au- dessous uc fl. 37--100
Philofophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig . 1777..
Poëfies yriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à fi : -
Dictionnaire d'Hiſtoire Naturelle par M. Valmont de
Beaumare 8vo. 9 vol. 1776.
MARC - MICHEL REY Libraire à Amsterdam , &
STOUPĖ Imprimeur à Paris , vendent le Supplement
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Scien
ces , des Arts & des Métiers en V. Nol in folio2
dont & de Planches , à f 72 - : - : de Hollande.
٢٠٢٠٠
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
!
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à f
8-8- : les XIV parties qui composent l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie , fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Diſcours & XI de planches , édition de Geneve
conforme à celle de Paris .
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f 3-15- :
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé fur la Morale
8ve I Vol. à f1-10- :
Principes de la Législation Univerſelle en 2 vol. 8.f3-:-
Dictionnaire raiſonne d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foffe , 8vo. 2 vol. 1775.
àf 4 - : -
Poësie del signor abbate Pietro Metastasio , 8vo. to vol.
1707 1763 à f 15 - : -: le même ouvrage en
-
italien en 6 vol. in douze af9 - : - :
Efai fur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld ,Traduit du Hollandois . 8vo. af1-
Enai fur les Cometes , par M. Andre Oliver. Traduir
de l'Anglois , 8vo . I vol fig. à f 1.10 - :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3-15- :
Lettres Chinoises , Indiennes & Tartares , &c. 8vo .f1 -: - :
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, Evo. à to fols.
Choix de Chansons mises en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par 1. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773. àf60:.
De l'Homme , de les Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage posthume de M. Helvetius , 8vo .
3 vol. 1774. à f 3:15 ſols.
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to 5 vol. fig. 1759-1776
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien Minifire
Plenipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration, &c. pendant fon séjour en
Angleterre. Grand 8vo. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofopniques & Mathématiques de M. Guile
Jacob sGravesande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Seb . Allamand Profeſſeur à teyde. 4to 2 vol. aves
XXX Planches en Taille-douce. Amst. 1774. à f 8 .
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE. 1777 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE.
C'EST EST vous , Divinités champêtres ,
Qui , ſous l'ombrage de ces hétres ,
Trouvez mille plaiſirs ſecrets ,
Qui donnez aux champs leur parure ,
ג
Aux prés leur aimable verdure ,
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Et la douce fraîcheur aux forêts ;
Qui , mépriſant la vaine enflure
Du luxe , enfant de l'impoſture ,
Ne recherchez que la beauté
De l'aimable ſimplicité ;
Et qui , loin du bruit , des alarmes ,
Goutez les ineffables charmes
D'une heureuſe tranquillité ;
C'eſt vous aujourd'hui que j'implore.
Ma Muſe encore à fon aurore ,
Voudroit égayer ſes pinceaux
:
Sur ces agréables tableaux
Que par tout à mes yeux préſente,
Dans votre demeure charmante ,
La nature en ſa pureté,
:
1
Et dont la ſeule vue intéreſſe
Sans cette étude , cette adreſſe ,
Ce déhors riche & brillanté ,
Cette ſymmétrique élégance ,
Et cette uniforme ordonnance ,
Dont l'art emprunte les attraits
Pour en farder tous les portraits.
i
Ces champs , ces bois , ces toits ruſtiques ,
Ces Humains ſimples , pacifiques ,
Vrais modeles de la candeur ;
?
La paix , la gaieté , l'innocence ,
La folitude , le filence ,
!
!
NOVEMBRE. 1777.
Heureux germes du vrai bonheur :
Voilà les charmes de mon coeur ;
Et c'eſt auſſi ce que je chante.
Soutenez ma Muſe naiſſante :
:
Que mes accens légers & doux
Soient purs & fimples comme vous. •
O que mon ame eſt ſatisfaite !
Que ma joie eſt pure & parfaite
Dans votre ſéjour enchanté !
Ma Muſe inconſtante & légere ,
A tout autre objet étrangere ,
Ne reſſent plus de volupté
Que dans cette ombre folitaire ;
Et dans cette variété
Qui ſeule a le droit de nous plaire
Sans caufer d'infipidité.
Plus je contemple la richeſſe
Que , dans ces champs aimés des Cieux ,
La Nature étale à mes yeux ,
La ſimplicité , l'allégreſſe ,
L'aimable candeur , la tendreſſe ,
Les plaiſirs purs & gracieux \
Qui , dans ce beau téjour , fans ceffe,
Etendent leur empire heureux ,
A 4
8 MERCURE DE FRANCE .
!
Plus je redoute de la Ville
Le ſpectacle tumultueux ,
L'air & le dehors faſtueux ,
:
L'orgueil , la hauteur incivile
Des faquins & des précieux.
Ici , tout concourt , tout conſpire
Aux plaiſirs les plus innocens ;
Tout m'infiune & tout m'inſpire
L'innocence qu'on y reſpire ,
Et les plus cendres ſentlmens ;
Tous les objets , tous les momens
Dans cet heureux séjour d'Aſtrée ,
Le matin , le midi , ſoirée
:
M'offrent des tableaux différens ,'
Où l'aimable & belle Nature
Se montre ſans art , fimple & pure
Et ſous les traits les plus charmans.
Avant l'aurore matiniere ,
Déjà le coq impatient ,
Chante & prédit de la lumiere ,
Le retour pompeux & brillant.
A ce ſignal toujours conftant ,
Tout ſe réveille , tout s'agite ,
Tout s'encourage , tout excite
A fortir des bras du repos ,
Pour ſe préparer aux travaux.
:
NOVEMBRE. 1777.
[ les Bergers , les Bergeres ,
Prenant leurs houlettes légeres ,
68-522AAA30
Vont raſſembler tous leurs troupeaux.
!
Là , j'entends le bruit des clochettes,
:
:
Le belement des doux agneaux ,
Le mugiſſemens des taureaux
Qui quittent leurs fombres retraites ,
Et vont errer ſur les côteaux.
Ici , le doux chant des oiſeaux ,
: Des Roſſignols & des Fauvettes ,
!!
Qui s'attrowpent ſous les berceaux,
1
Dans la plaine & fur les ormeaux ,
Par ſon aimable ſymphonie ,
Anime , eveillé mon génie,
Et , le tiran de la langueur ,
Lui donne une heureuſe vigueur.
:
Comment alors de ma pareſſe ,
Ne ſerois-je pas le vainqueur ?
L'heureux tranſport ; la douce yvreſſe ,
S'emparent auſſi-tôt de mon coeur ;
:
Je cours , je vole avec ardeur ,
Dans ces lieux où naît l'allégreſſe ,
Le vrai plaiſir & le bonheur.
J'y contemple la belle aurore ,
Qui me ravit par ſes couleurs ;
Je vois ſur les champs quelle dore ,
Briller les perles de ſes pleurs ,
:
!
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Et mille eſſaims nouveaux de fleurs
Que fon aſpect a fait éclore.
D'un cours léger l'Amant de Flore ;
Vient & diſpenſe ſes fraîcheurs ;
La jeune tige foible encore ,
Se ranime per ſes faveurs .
Enfin , le bel Aſtre du Monde,
M'offre ſon diſque lumineux .
Il rend, par ſon éclat pompeux,
La Terre riante & féconde ,
Et fait briller l'azur des Cieux.
Par degrés , il monte , il s'avance,
Il éclaire , échauffe , éblouit ,
:
Et ſemble admirer en filence ,
L'éclat , la beauté , l'opulence
De la nature qu'il nourrit.
Diſparoiſſez nuages fombres ,
Qui , ſous la noirceur de vos ombres ,
Me dérobez fes feux brillans.
Doux zéphirs , volez dans les plaines ,
De f'eir épurez les haleines ;
Embelliſſez les fleurs des champs ,
Et femez par-tout leur encens :
Célébrez par un doux murmure ,
L'agent brillant de la Nature ;
Près de ces aimables ruiſſeaux
Qui le répetent dans leurs caux ,
::
NOVEMBRE. 1777.
Allez rafrafchir l'onde pure.
Dieux ! quels frémiſſemens nouveaux !
Tous les différens animaux ,
Par leurs cris , lui rendent hommage :
Dans les bois , les tendres oiſeaux
Redoublent leur bruyant ramage ;
Et le Laboureur prend courage ,
En continuant ſes travaux.
Plus avant , je tourne ma vue
Sur des objets non moins charmans
J'admire la vaſte étendue
Et le bel ordre de ces chatups ;
J'y vois de leurs doux Habitans ,
L'air & la maniere ingénue :
Les ris & les jeux innocens.!
Là , Lubin & la vive Annette ,
La jeune Claudine & Lucas ,
Aflis ſur une épaiſſe herbette ,
Diſent chacun leur chansonnette ,
Ou font les innocens combats
De la flûte & de la inuſette.
1
2nd
Ici , les uns vont s'exercer
Au milieu de la vaſte plaine;
On les voit avec gaieté pleine ,
Jouer , courir , fauter , danſer ,
Se défie & s'efforcer
:
1
f
T MERCURE DE FRANCE.
L'un & l'autre en tours, en ſoupleſie ,
En agilité , force , adreſſe ,
De ſe vaincre & ſe ſurpaſſer.
Les autres forcés à paſſer.
Tous leurs jours dans la laſſitude ,
Avec ardeur vont embraffer
Un travail long , pénible & rude.
Nés robuſtes & vigoureux ,
Ils ſupportent toujours de même ,
De l'été , la chaleur extrême ,
De l'hiver , le froid rigoureux .
:
,
Contens dans cette claſſe obfcure ,
Où les a placés le deſtin ,
Par une vie active & dure ,
1
Ils acquierent leur nourriture.
Avec celle du genre humain.
On les voit dès le grand matin ,
Alertes , prompts , pleins de courage
Mener leur champêtre équipage ;
Et bien - tot l'éguillon en main ,
Preſſer des boeufs la marche lente ,
A traîner la charrue entrante ,
Qui de la terre ouvre le ſein.
Paiſſez moutons , brebis chéries,
Parmi la roſée & le thym ,
Que la fraîcheur du doux matin ,
1
NOVEMBRE. 1777.
A répandu ſur ces prairies .
Bornés à votre ſeul inſtinct ,
Vous goûtez la paix gracieuſe ;
Vous ignorez votre deſtint
Votre vie en eſt plus heureuſe.
Ah ! ſi le mortel orgueilleux ,
Qui vit amolli dans les Villes ,
Au milieu des vices nombreux
Qui troublent ſes jours malheureux ,
Venoit voir ces ſimples aſyles ;
Si , comme ces Bergers heureux ,
Il imitoit vos moeurs tranquilles ,
Votre belle ſimplicité ,
Votre douceur , votre innocence ,
Il auroit la félicité
Dont ils ont ſeuls la jouiſſance ;
Tandis qu'au ſein de l'opulence ,
Des plaiſirs & de la grandeur ,
Il n'a que l'ombre du bonheur.
Mais les feux que le Soleil lance,
Redoublent déjà leur ardeur :
Son char brillant toujours s'avance ;
Enfin , ſes courſiers vigoureux
Sont à la moitié de leur route ;
Du haut de la céleste voûte ,
Il fait jaillir par- tout ſes feux, 1
-
-
14 MERCURE DE FRANCE.
Les flots brûlans de ſa lumiere ,
Sillonnent les airs embrases;
Et , précipités ſur la terre ,
Ses rayons épars & brifés,
Vont ſe jouer dans l'amotſphere..
Dans la plaine , tous les troupeaux
Se rangent en pluſieurs monceaux;"
Et par-là , leurs ombres mêlées
En affoibliſſent les faiſſeaux.
Les Bergeres ſont appelées :
Elles volent ſous les berceaux ;
Là , ſous des épaiſes feuillées ,
Où zéphir , malgré la chaleur ,
Conſerve une aimable fraîcheurs
Ser un gazon d'herbe fleurie ,
Elles apprêtent le repas .
Ce ne font pas mets délicats ,
Pâtés ſucrés , viande choifie ;
La façon & l'afféterie ,
Dans leur cercle ne brillent pass
Mais l'appétit , la bonhommie ,
La gaieté , les ris , les éclats ,
En chaſſent la mélancolie.
On vient : chacun ſe range en bas :
1 D'une humeur joyeuse & contente .
1
:
On mange , on boit , on rit , on chante.
Ici , le ruſé Nicolas ,
۱
NOVEMBRE. 1777
D'une maniere diligente ,
En bien chantant , vuide les plats.
Là , Jean ſaiſiſſant la bouteille ,
D'un air gaillard & triomphant ,
Hume le doux jus de la treille ,
Qui jaſe & bouillonne en fortant ;
Toute la troupe en fait autant ,
Et la joie éclate à merveille.
Parmi ces travaux & ces ris ,
Ciel! que le temps parott rapide !
Sa longueur toujours infipide ,
Sous les magnifiques lambris ,
Où l'accablement léthargique
Vient aſſoupir tous les eſprits ,
Dans ce ſéjour ſimple & ruſtique ,
N'engendre jamais les ennuis.
Le jour s'abaiſſe , l'oeil du monde
Lance des feux plus amortis ,
Il eſt pret d'achever ſa ronde ;
Enfin il ſe plonge dans l'onde
Er va voir l'heureuſe Thétis.
Satisfait du fruit de fa peine ,
Le Laboureur quitte les champs
Et va dans ſa maifon procha
Revoir la femme & fes enfans ...
Tous les Bergers dans les prairies,
!
MERCURE DE FRANCE,
:
Au doux ſon de leurs chalumeaux ,
S'en vont raſſembler leurs troupeaux
Pour les conduire aux Bergeries.
En belant , les brebis chérics
Appellent de loin leurs agneaux.
A la voix qu'ils ont reconnue ,
Quels cris ! quelle joie imprévue !
lis viennent en caracolant ,
Gambadant , ſautillant , belant ;
Et dans le tourpeau ſe mélant,
Par une pente naturelle ,
Chaque petit court à l'inſtant ,
Trouver ſa mere qui l'appelle ;
Sans en prendre une autre pour elle,
Il la reconnoft ſur le champ ,
Et va ſe pendre à ſa mammelle.
L'aimable & fimple beauté ,
De tout ce ſpectacle champêtre
Dans mon eſprit charmé , fait naftre
L'amour de la fimplicité ,
De l'innocence & la gaieté :
Par- deſſus tout , j'aime & je priſe
Cette aimable naïveté;
Loin de la ſubtile feintiſe ,
Et du langage médité ,
Cette candeur , cette bonté ;
Loin
•
<
A NOVEMBRE. 1777 17
Loin de la froide mignardiſe
i
D'un eſprit fin & doucereux ;
, :
Enfin , cette extrême droiture a
Sans détour , ſans enluminure ,
Qui fait le caractere heureux
De ces Peuples laborieux. - Je ne prends point le ton fauvage ,
Ni le front ride d'un faux ſage ;
:
Je me rends Villageois comme eux:
Je ſuis leur façon , leur uſage ;
:
L
Je me conforme à leurs humeurs ;
Et l'on me voit ſuivre ſans peine
Leurs tons , leurs manieres , leurs moeurs !
C'eſt inſi que , pendant la ſcene ,
On voit paffer aux Spectateurs.
Tous les fentimens des Acteurs.
i Tels , fur ces aimables rivages
A l'abri de tous les orages ,
S'écoulent les paiſibles jours.
Là , les paſſions tyranniques ,
Les brigues , les fourbes iniques ,
:
N'y viennent point troubler leurs cours
La noire & déteſtable envie ,
1. い: .
N'y vient point corrompre la vie
Des mortels heureux , fatisfaits ;
Se bornant au ſeul néceſſaire ,
Leur coeur ſenſible à la miſere ,
Aime encor s'épandre en bienfalta
B
- د
18 MERCURE DE FRANCE.
Là , les vices n'ont point d'empire ,
L'innocence ſeule y reſpire ;
C'eſt le ſéjour de la vertu :
Sa beauté pure charme , entraîne;
Le coeur l'aime , la ſuit fans peine ,
Et ne ſe ſent point combattu :
Elle eſt comme la douce pente
D'un léger ruiſſeau qui ferpente
Par nul obſtacle retenu. 1
Là , loin de la grandeur mondaine ,
De la pompe impoſante & vaine ,
Le faux éclat ne trompe plus.
L'homme apprécié n'eſt qu'un homme ,
Ce qui l'orne n'eſt qu'un fantôme ,
Ses titres lui ſont ſuperflus.
Là , d'un encens bas & frivole ,
On n'encenfe point les Autels
De la Déeſſe aveugle & folle ,
Inſenſible & trompeuſe idole
Qui maſtriſe tant de mortels.
Là , l'on ignore les intrigues.
Les haines , les détours , les brigues
Qui circulent parmi la Cour ;
On n'y fait point les artifices ,
Les inconſtances , les caprices.
Et les disgraces de l'Amour.
L'homme enfin là , peut se connoftre
Loin de ce qui peut faire naftre
Le faux qui trompe & qui ſéduit ,
NOVEMBRE. 1777 19
Il ſent les paſſions ſe taire ,
La vérité pure l'éclaire ,
Et la ſageſſe le conduit.
O lieux cheris ! heureux aſyles!
Puiffent enfin mes jours tranquilles
Etre fixés dans votre ſein !
Sage au fond de ma folitude ,
Goutant les charmes de l'étude ,
J'attendrai ſans crainte ma fin.
* EFFETS DE LA JALOUSIE.
L'AFFREUSE jalousie , ce monſtre qui ne
laiſſe après lui que des traces de ſang ,
• ſe repaît du plaiſir barbare de troubler
l'heureuſe félicité que procure l'hymen.
Le coeur de l'époux eſt l'aſyle qu'il ſechoifit
; plus l'épouſe a de charmes , plus les
coups qu'il porte font terribles. L'amitié
n'a plus d'attraits pour le malheureux infecte
de ſon venin; ſon ami le plus cher ,
lui porte ombrage; & dans la rage qui
le poſſede , ſon ſang ne lui coûte pas plus
que celui d'un autre à faire couler.
B2
MERCURE DE FRANCE.
Timor & Alindor , tous deux jeunes ,
tous deux amis , voyoient couler en paix
les jours les plus heureux. Doux épanchemens
, prévenances mutuelles , crainte
continuelle de ſe bleſſer , voilà les charmes
qui reſſerroient&conſtatoient une ſi chere
union. Ne voyant qu'eux ſeuls dans la nature
, ils ne vivoient que pour eux ſeuls.
Les plaiſirs purs dont ils jouiſſoient faifoient
leurs délices ; ils furent heureux
tant que le poiſon de l'amour ne ſe gliſſa
pas dans les coeurs. Dès ce malheureux
moment , la mort farouche & envieuſe ,
vint ombrager leurs jours des plus affreu
ſes couleurs.
Une jeune beauté, à- peu- près de leur
âge , habitoit un château voiſin de leur
demeure. Vertus , ſageſſe , agrémens ,
c'étoient - la les dons qu'elle avoit reçus ,
tant de là nature que de ſa bonne éducation.
Ces talens ſi précieux ne furent pas
long temps enſévelis dans le filence , la
renommée trop jalouſe de les publier ,
en avoit déjà averti pluſieurs coeurs , qui ,
ſecrétement , brûloient des feux qu'allumoit
la jeune Zélamire ( tel étoit fon
nom) ; celui d'Alindor fut de ce nomNOVEMBRE.
1777. 21
bre. Le voiſinage lui procuroit les moyens
de ſe mettre le premier ſur les rangs. Il
vole aux pieds de Zélamire, lui rend ſes
hommages , & revient entierement épris
de ſes charmes .
:
Timor gémiſſoit en ſecret de ce noeud
qu'il voyoit ſe former; le ciel ſembloit
lui préſager le funeſte coup qu'il devoit
porter. Hélas ! la mort creuſoit déjà le
tombeau de ces deux mortels infortunés .
Enfin , Alindor combattu entre les confcils
de ſon ami , & l'amour qui le brûle pour
Zélamire , ſe ſoumet aux loix de ce terrible
deſpote. Cette beauté n'avoit point reçu
de la nature un coeur inſenſible ; elle goûte
les déclarations de ſon amant ; & après
deux moins de ſoins affidus , il obtient la
main de ſa maîtreſſe. Les noces ſe font
avec l'appareil le plus ſomptueux. Les
deux familles charmées de çette union qui
ſembloit annoncer l'avenir le plus heureux,
ſe livroient à cette gaieté pure & naïve
que procute un contentement parfait. Le
ſeul Timor montre un viſage où quel,
que choſe de ſiniſtre eſt dépeint ; une pro
fonde mélancolie ſe découvre en lui , malgré
le voile de l'enjouement dont il
cherche à la couvrir : ſe jeter dans ſes
bras , lui faire mille careſſes pour ar-
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
!
racher de fon coeur le trait qui le bleſſoit ,
tels furent les premiers mouvemens de
ſon cher Alindor. Quoi ! lui dit-il , n'estu
plus le même à mon égard ? que t'ai-je
fait ? le bonheur de ton ami pourroit - il
te cauſer quelque chagrin ? Tandis que
tout reſpire ici la joie, qui peut donc te
forcer à t'abîmer dans la douleur ? Je ne
reconnois plus Timor. Autrefois , ſi la
proſpérité ſembloit me fourire , cet ami
en reſſentoit plus que moi les charmes ;
maintenant qu'elle me comble de ſes plus
douces faveurs ; aujoud'hui qu'elle fe
montre à moi pleine d'attraits ; enfin , aujourd'hui
que mon coeur poſſede ce qu'il
y a de plus parfait ( Zelamire ,) ce même
ami' reſte froid & immobile.
1
Timor , à ces doux reproches , arroſe
de ſes pleurs le viſage de ſon ami collé
ſur le ſien. Rompant enfin le filence, il
prononça ces mots entrecoupés: je te l'ai
dit, cher Alindor, cet hymenée me préſage
quelque choſe de ſiniſtre. Combien
de fois ai - je voulu m'oppoſer à ces feux
dès leur naiſſance ? Mais l'amitié la plus
folide tient-elle contre l'amour ? Elle te
retint cependant quelque temps ; je me
réjouiſſois même en ſecret des effers qu'elle
produiſoit ; mais hélas ! la jeune Zélamire
NOVEMBRE. 1777. 23
avoit trop de charmes ; elle demeuroit trop
près de nous. Tu voles à ſes pieds enchaîner
ton coeur. Ciel ! quel changement
j'apperçus en toi , quand tu fus de retour !
Encore rempli du tableau de ſes attraits ,
je te parlois , tu ne m'écoutois pas ; j'employois
les noms les plus doux de l'ami.
tié , tu étois inſenſible ; enfin , tu revins
de ce delire : eh ! que m'apprends - tu ?
que la main de ton amante t'eſt promife....
que ton coeur n'eſt plus à toi. Ce
jour est choisi pour vous unir Sois heu
reux , cher ami Pour ton cher Timor ,
ſes beaux jours ſont écoulés ; il t'aimera
toujours. Zélamire ſera mon amie ; en
elle je reverrai mon cher Alindor. Mais
c'eſt affez nous entretenir emſemble : retournons
prendre part aux plaiſirs de cette
journée ; je vais faire enforte de ſurmonter
mon chagrin & de tromper les yeux.
۱
A ces mots , il prend la main de fon
ami , & le conduit dans l'aſſemblée. Leur
abfence s'étoit fait remarquer. Zélamire
en fait un doux reproche à fon mari , un
léger prétexte le tire d'embarras Ces
deux jeunes époux paſſerent enſemble le
plus agréablement les premieres années
de leur mariage. Timor oublioit déjà
fes craintes , & les traitoit de chimeres ;
1
B 4
24 MERCURE DE FRANCE,
:
1
il étoit même le premier à en plaiſanter
avee' Alindor & Zélamire , quand l'affreuſe
jalouſie s'empara du coeur de ce
premier. Son malheur vint de ce qu'il
aimoit trop ſa chere épouſe ; peut être
que ſi elle eût eu moins de beauté , ele
eût été moins dangereuse pour ces deux
amis Timor , incapable de trahiſon , ſe
tenoit toujours en garde contre fes agré
mens , & les feux qu'elle pouvoit exciter.
Content des plaiſirs chaſtes de la douce
amitié , il étouffoit tout ſentiment d'amour
. Alindor , déjà ſecrétement dévoré
par la jaloufie , ſe choquoit de la moindre
liberté ; il prit ombrage de l'honnête
familiarité de ſon ami , que lui - même
avoit autorisée. Le portrait de ſa femme
infidelle le ſuivoit par- tout ; & , qui accufoit-
il de porter préjudice à fon repos ?
Le croira - t - on ? ( Timor ! ) Il ne voyoit
plus en lui qu'un amant paſſionné de Zé
lamire, qu'un ennemi cruel , enfin qu'un
monſtre fait pour empoiſonner ſes jours ,
& le déshonorer. Il ſe retraçoit quelque
fois les difcours que lui avoit tenus Timor
, le jour de fon mariage ; il ſe perfuadoit
y trouver la ſource des feux dont
il le croyoit dévoré ; enfin , tout lui certi
fioit que cet ami n'étoit plus qu'un traître ,
NOVEMBRE. 1777 25
:
ن
fait pour fouffler la diſcorde , & qu'il
devoit immoler à ſa tranquillité En conſéquence
, il le prend unjour en particulier
, lui fait le détail des circonstances où
ſes vifions , le lui ont repréſenté tramant
quelque complot à ſon deſavantage ; & ,
fans lui donner le temps de s'expliquer :
Traître , tu périras , lui dit - il , ſonge à
défendre tes jours , ou à m'arracher la
vie. Et en même temps , il fond, l'épée
à la main , ſur Timor , qui , plus
modéré que ſon ami , s'attachoit uniquement
à parer ſes coups. Alindor, furieux
d'une réſiſtance auſſi opiniâtre , redouble
de rage , & én porte un au malheureux
Timor , qui l'étend à ſes pieds. Cher
Alindor , lui dit-il , d'une voix mourante ,
tu vois vérifier ce que je t'ai dit tant
de fois. Je pouvois t'ôter des jours que
ton emportement t'empêchoit de conferver:
ma modération me cauſe la mort;
mais apprends avant que j'expire , que
Timor meurt innocent ; il t'aima toujours.
Il eut des ſentimens que jamais
il ne viola. Puiſſe tu vivre heureux ,
cher ami, puiſſent les remords ne jamais
troubler ton repos ! puiſſent enfin mes
mânes ſe renfermer dans ma tombe
: : 1 B5 1
1
:
26 MERCURE DE FRANCE.
& ne jamais te reprocher ma mort! C'en
eft fait.... je ſuccombe.... adieu....
Ce malheureux ami n'eut pas plutôt
rendu le dernier foupir , qu'Alindor
oubliant toute animoſité , s'abandonne à
la douleur la plus amere; il fe jette ſur
le corps de Timor , l'arroſe de ſes pleurs ,
&, de fon fouffle , cherche à le raminer.
Mais il n'étoit plus temps ; il n'offroitplus
qu'un cadavre pâle & fanglant. Alindor
voyant tous fes efforts inutiles , s'arrache
de deſſus ce reſte ſi cher du malheureux
Timor , & va ſe préſenter à Zélamire le
trouble & le déſeſpoir peints ſur le viſage.
Il ſe jette aux pieds de cette chere épouſe.
Cette tendre amie , frappée de le voir en
cet état , & ne voyant point Timor avec
lui, eut un funeſte preſſentiment de ce
qui venoit de ſe paſſer; elle put à peine
prononcer ces mots entrecoupés : Ah !
malheureux époux ! que dois -je penſer de
l'état ou je te vois ?... Mais , Timor
où eft-il ?.. Il n'eſt plus , s'écrie Alindor !
tu vois en moi ſon meurtrier.... Il n'en
dit pas davantage , & tombe à ſes pieds.
Pour Zélamire , dont l'ame ſenſible resfentoit
vivement les impreffions de la douleur
, prête à s'évanouir , ce mot de meurtrier
la ranime ; elle s'arrache d'auprès de
...
NOVEMBRE. 1777. 27
fon époux , & va donner ſes ordres pour
faire chercher Timor & le faire rappeler
à la vie , s'il en eſt encore temps ; mais ,
qu'apperçoit - elle ? Des gens du Chateau ,
conduits par hafard vers l'endroit où s'étoit
livré le combat , trouvent ce malheureux
étendu mort, baigné dans fon fang , &
c'étoit lui qu'ils apportoient & préſentoient
aux yeux de Zélamire Que ce ſpectacle
fut touchant pour elle ! Combien elle verſa
de larmes ſur cette victime infortunée ,
facrifiée à ſes charmes !
Alindor revenu de ſon accablement ,
entend retentir de tous côtés des cris &
des gémiſſemens. Ne doutant point de ce
qui les occaſionne , il s'arme de fon épée ,
teinte du ſang de Timor , &court avec précipitation
, le déſeſpoir dans le coeur , pour
s'immoler fur cet endre ami ;Zélamirel'apperçoit
, & fe doutant de ſon deſſein: Arrête
, lui-crie-t-elle; c'eſt aſſez d'un meurtre
: viens plutôt mêler tes larmes aux
miennes. Arrête , au nom de la tendreſſe
que j'ai pour toi. Elle commande en
même - temps à ſes gens de le défarmer.
Ce ne fut pas fans peine qu'ils en vinrent
à bout ; le ſang qu'il avoit fait couler
ſembloit lui demander le ſien. Cédant
enfin à la force: chere épouſe , s'écrie-
F
28 MERCURE DE FRANCE.
t - il , peux - tu me chérir encore , moi
qui n'ai pas craint de ſoupçonner ta vertu ?
Ce malheureux ami , dans ſon filence lugubre
, dépoſe vivement contre moi. La
mort prompte que je voulois me donner
eſt trop douce pour le venger ; il faut
d'autres tourmens ; il faut que je devienne
la proie du remords; il faut qu'il me confume
lentement , & qu'il creuſe mon tombeau.
Déformais la douleur habitera mon
coeur ; je ſouffrirai , ſans me plaindre ,
les maux qu'elle me fera fouffrir ; il faut
enfin que je vive pour que tu me déteſtes.
Ah , Zélamire ! qu'ai je fait! je n'ai pas
eu honte de ſoupçonner la plus tendre&
la plus chafte des épouſes. Où ſont ces
heureux momens où , prêts à ſubir les loix
d'un doux hymen , je te diſois qu'en cimentant
notre union , nous allions voir cimenter
notre bonheur? Dans quel abîme
affreux me ſuis -je précipité! Malheureux
Alindor ! tu as toi-même troublé la félicité
dont tu jouiſſois: les ſanglots qui le ſuf.
foquoient l'empêcherent d'en dire davantage.
i
Zélamire , pendant qu'il parloit , partageoit
ſes pleurs entre la mémoire de fon
ami Timor , & les fanglots de fon époux.
Après lui avoir fait promettre de ne plus
NOVEMBRE. 1777 29
attenter ſur ſes jours , de concert avec
lui , elle ordonna les funérailles de Timor.
Si les morts peuvent être encore ſenſibles
aux regrets qu'ils occaſionnent ,
Timor dût certainement être touché des
pleurs qu'il fit verſer : généralement aimé
& eſtimé , la douleur la plus fincere l'accompagna
à ſon dernier afyle.
Timor au tombeau ! quelle ſolitude
affreuſe pour ces deux jeunes époux! Accoutumés
à nommer Timor , à le voir ,
à jouir de ſes accents , ils ne le retrouvoientplus.
Son nom, triſtement prononcé,
ſe perdoit dans l'air ; on ne l'entendoit
plus répondre. Sa tombe étoit voiſine du
château. A peine la nuitjetoit - elle fur
la nature fon obfcur rideau , qu'Alindor ,
conduit par ſes regrets , gagnoit triſtement
ce funeſte ſéjour , & le rempliſſoit de ſes
plaintes. Il appaiſoit les manes de Timor ,
en leur offrant les tourmens que lui caufoit
ſa vive douleur ; il revenoit enſuite
dans les bras de Zélamire , retracer les
fombres couleurs qu'il y avoit puiſées. Zélamire
, elle - même , quand le temps étoit
ferein , accompagnée de fon époux , dirigeoit
ſes pas vers cet endroit ; & réunisfant
leurs fanglots , ils arrofoient de leurs
larmes la cendre de leur malheureux ami.
30 MERCURE DE FRANCE.
Si , dans ces momens conſacrés à la dous
leur , Zélamire, jetoit un regard tendre
fur fon époux , il croyoit y voir un reproche
tacite des ſoupçons qu'il avoit
oſe former contre ſa vertu. Alors , une
main vivement appuyée ſur ſon ſein , &
l'autre étendue vers le tombeau , il lui
montroit tous à la fois , & le ſiege & la
cauſe de ſes maux.
•
Enfin , le coeur du malheureux Alindor
, trop tourmenté & trop ulcéré , n'offroit
plus d'alimens à la douleur; depuis
un an, il gémiſſoit fous ſon emire ; fon
ami le redemandoit du fond de ſon cer.
cueil : il étoit temps qu'il le rejoignît.
Il expira en prononçant les noms de Timor
& de Zelamire; la foſſe de Timor
ſe rouvrit encore une fois pour le res
cevoir.
Zélamire reſtoit ſeule; elle avoit efſſuye
deux aſſauts trop rudes pour ſe promettre
de longs jours. De cette folitude , autrefois
ſi gaie & fi agréable , elle s'en fit un
vaſte tombeau , dont elle ne s'arrachoit
que pour donner des larmes aux reſtes
infortunés de Timor & d'Alindor. La
mort qu'elle appelloit à grands cris , vint
enfin la réunir à tout ce qu'elle aimoit:
elle fut placée auprès de fon cher époux.
NOVEMBRE. 1777. -3
4
Sort barbare , qu'avoit fait cette malheureuſe
victime de ta férocité ? Cauſe
innocente des infortunes arrivées dans
cette union , tu la réſerve pour le dernier
coup , le plus affreux de tous C'eſt ainſi
que l'infernale jalouſie , de ce lieu autrefois
plein d'attraits , en a fait le plus affreux
ſéjour de la nature. :
Par M. de Fayolle , Offi. d'Artil.
ÉPITRE DE M. DE VOLTAIRE * ,
}
A Mademoiselle LE COUVREUR.
L'HEUREUX talent dont vous charmez la France ,
Avoit en vous brillé dès votre enfance ;
Il fut dès - lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaiſiez même ſans le ſavoir.
Sur le Théâtre heureuſement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empleſſés,
Vous récitiez , par la nature inſtruite ;
C'étoit beaucoup , ce n'étoit pas affez.
(*) Cette Piece n'est point imprimée dans le Recueil
des Oeuvres M, de, Voltaire.
32 MERCURE DE FRANCE.
Il vous falloit encore un plus grand Mattre
Permettez -moi de faire ici connoître
Quel eſt ce Dieu de qui l'art enchanteur
Vous a donné cette gloire ſupreme ;
Le tendre Amour me l'a conté lui-mêmes
On me dira que l'Amour eſt menteur;
Hélas ! je ſais qu'il faut qu'on s'en défie
Qui mieux qui moi connoſt ſa perfidie ,
Qui ſouffre plus de ſa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie
Mais cette fois il dit la vérité.
و
Ce même Amour , Vénus & Melpomene
Loin de Paphos , faisoient voyage un jour
Ces Dieux charinans vintent dans un ſéjour
Où vos appas éclatoient ſur la ſcene!
Chacun des trois , avec étonnement ,
Vit cette grace & fimple & naturelle ,
Qui faisoit lors votre unique ornement.
Ah ! dirent-ils , cette jeune mortelle
Mérite bien que , ſans retardement ,
Nous répandions tous nos tréſors ſur elle.
(Ce qu'un Dieu veut ſe fait dans le moment).
Tout auffi - tot , la tragique Déeſſe
Vous inſpira le goût , le ſentiment
Le pathétique & la délicateſſe.
Moi , dit Vénus , je lui fais un préſent
Plus précieux , & c'eſt le don de plaire :
Elle accroftra l'empire de Cythere ;
A fon aſpect , tout coeur fera trouble ;
Tous
NOVEMBRE. 1777. 33
Tous les eſprits viendront lui rendre hommage.
Moi , dit l'Amour, je ferai davantage :
Je veux qu'elle aime. A peine eut - il parlé ,
Que dans l'inſtant vous devintes parfaite.
Sans aucun ſoin , ſans étude , ſans fard ,
Des paſſions vous fûtes l'interprete ;
O ! de l'Amour adorable ſujette ,
N'oubliez point le fecrét de votre art!
STANCES
( SUR l'Alliance renouvellée entre la France
& les Cantons Helvétiques , jurée dans
l'Eglise de Soleure , le 25 Août 1777.
QUELLE eſt dans ces lieux Saints cette folemnité
Des fiers enfans de la victoire ?
Ils marchent aux Autels de la fidélité ,
De la valeur & de la gloire.
Tels on vit ces Héros qui , dans les champs d'Ivri ,
Contre la ligue , Rome , & l'enfer & ſa rage ,
Vengeolent les droits du Grand Henri ,
Et l'égaloient dans fon courage.
C'eſt un Dieu bienfaisant , c'eſt un Ange de paix
Qui vient renouveller cette auguſte Alliance :
C
34 MERCURE DE FRANCE.
Je vois des jours nouveaux marqués par des bienfaits ,
Par de plus douces moeurs , & la même vaillance .
On joint le caducée au bouclier de Mars ,
Sous les aufpices de Vergenne.
O Monts Helvétiens ! vous êtes les remparts
Des beaux lieux qu'arroſe la Seine.
Les meilleurs Citoyens font les meilleurs Guerriers ;
Ainſi Philadelphie étonne l'Angleterre ,
Elle unit l'olive aux lauriers .
Et défend fon pays en condamnant la guerre.
Si le Ciel la permet , c'eſt pour la liberté.
Dieu forma l'homme libre alors qu'il le fit naftre ;
L'homme émané des Cieux pour l'immortalité ,
N'eut que Dieu pour Pere & pour Maître.
On eft libre en effet ſous d'équitables Lois ;
Et la félicité , s'il en eſt dans ce monde ,
Eſt d'être en ſureté dans une paix profonde ,
Avec de tels amis & le meilleur des Rois .
Par M. de Voltaire.
NOVEMBRE. 1777. 35
•
::
LE BERGER INGENU.
ROMANCE.
UNE
ECOUTEZ.
BERGER.E.
COUTEZ , cheres Compagnes
Les plaintes du beau Miſis ;
Il erre dans nos Campagnes ,
Comme l'Amant de Procris .
Il ſoupire dans la plaine,
Il pleure dans les forêts;
Les échos m'ont dit ſa peine
Et ſes amoureux ſecrets .
MISIS.
L'autre jour vers la prairie ,
Je conduifois mon troupeau:
Sur une Chanſon jolie ,
J'accordois mon chalumeau.
Un bruit frappe mon oreille
Dans le bocage voiſin ;
C'eſt un enfant qui ſommeille,
Que j'éveille ſans deſſein.
De ma faute involontaire ,
Je l'entendois murmurer :
Moi , trop craintif de déplaire ,
Je voulus la réparer.
Ca
36 MERCURE DE FRANCE.
1
J'avance d'un pas rapide
Juiques au fond du bofqnet ;
J'offre d'une main timide ,
Ma houlette & mon bouquet.
Bel enfant , prenez ces roſes ,
Lui dis-je d'un ton bien doux ,
Elles font fratches écloſes ,
Et vermeilles comme vous.
Appaiſez votre colere ,
Le ſommeil va revenir ;
De ma marche peu légere,
Vos pleurs ſavent me punir.
Hélas , qui pourra le croire ?
Cet enfant devint cruel :
Avec un air de victoire ,
Il me porte un coup mortel l
Tu vois , dit- il , mon adreſſe ,
Moins que toi je fais du bruit :
Qui m'éveille je le bleſſe ;
Mais qui m'endort me détruit.
:
A ce perfide langage , -
Qui ne reconnoit l'Amour ?
Est- ce un Berger de fon age
Qui m'auroit joué ce tour ;
Je ſouffre de ma bleſſure ;
Et mon mal , c'eſt le déſir :
Quand je vois Alcimadure ,
Je crois que je vais mourir.
Par Madame de Montanclosi
NOVEMBRE. 1777. 37
ROMANCE.
AJK : L'Amour m'a fait la peinture , &c.
JA'ADDOORROOIISS une Bergere
Qui regne encor fur mon coeur ;
Ma gloire étoit de lui plaire ;
Mais le fort toujours contraire ,
Fut jaloux de mon bonheur.
Par le Dieu de la tendreſſe ,
Nos deux coeurs étoient unis :
Nous coulons dans cette ivreſſe,
Des jours exempts de triſteſſe;
Hélas ! ces jours font finis.
Le ſecret dans le filence ,
Voiloit nos tendres amours ;
Mais la noire médiſance
Rompit notre intelligence ,
Et mit fin à nos beaux jours.
Dieux ! qu'elle fut l'injustice
De nos ennemis mortelst
Notre union fans malice ,
!
A leurs yeux ne fut qu'un vice ,
Et l'on nous dit criminels.
1
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
-
\
Victimes infortunées
De ces dangereux ferpens ,
Nos deux ames enchaînées ,
Furent des -lors condamnées
A languir dans les tourmens.
Pour défarmer leur furie ,
Il fallut nous ſéparer ;
En m'éloignant de Sylvie ,
Si je ne perdis la vie,
Je la paſſe à ſoupirer.
Mais un fort auſſi contraire ,
N'a pas pu tout me ravir ;
En dépit de ſa colere ,
De l'Amante qui m'eſt chere ,
Je garde le ſouvenir.
Par M. Lavielle , de Dax.
STANCES imitées de l'Italien de Pé
tarque , à l'occaſion d'une absence.
J''AAIIMMEE la jeune Hélene ,
Elle a fixé mon coeur.
Aimer , eſt - ce une peine ?
Aimer , hélas ! eſt un bonheur ?
Ah ! pourquoi ſi c'eſt peine ,
Le plus léger foupir
L
NOVEMBRE. 1777 39
Que vers moi pouſſe Helene ,
Me cauſe -t - il tant de plaiſir ?
Si c'eſt , comme on l'aſſure ,
Un plaiſir fi charmant ,
Eh ! d'où vient que j'endure
Loin d'elle un ſi cruel toutment?
1
Par M. de la Moligniere.
IMPROMPTU.
SUR une Fête donnée au Val , par Madame
la Ducheſſe de Ch*** , le 24 Août
1777-
QU'ADMIRONS- NOus le plus dans ce charmant ſéjour ,
Où des jeux & des ris ſe tient l'aimable cour ?
C'eſt une tendre mere , une épouſe adorée ,
Aux beaux Arts , aux talens , à ſes devoirs livrée ,
Qui , ſenſible & modefte au sein de la grandeur ,
Dans le bien qu'elle fait , ſait trouver le bonheur.
Du plus illuſtre ſang elle a reçu la vie ;
Sous les traits de Ch*** , c'eſt Minerve embellie.
Livrons - nous à la joie , au gré de ſes deſirs , 1
L'aſpect de ſes vertus ajoute à nos plaiſirs.
Par M. Baudouin , Négociant.
2
C4
40 MERCURE DE FRANCE.
A Monsieur ELIE DE BEAUMONT,
Sur la Fête des Bonnes Gens , qu'il
venoit de faire célébrer dans sa Terre
de Canon.
DE tes Bonnes - Gens de Canon ,
Combien j'aime la Fête & l'innocence pure !
Que je chéris la main qui couronne leur fronr
Des guirlandes de la nature !
Ici , c'eſt un bon pere au ſein de ſes enfans ,
Un vieillard que bénit ſa nombreuſe famille ;
A ſes côtés inarche une bonne fille ,
Qu'arroſent de leurs pleurs ſes peres indigens,
Tels font les Héros d'une Fête ,
Qui pour ton coeur a mille appas ;
Je m'en étonne peu , quand je vois à leur tête
Le défenseur des Calas.
: い
Par M. L. D. R.
NOVEMBRE. 1777. 41
VERS.
A Madame la Vicomteſſe DE BONNEVAL
, par M. Jon fils , jeune Ecolier
de Soreze , fur le paſſage DE MONSIEUR
.
QUAN UAND toute la France applaudit ,
Maman , vous ferez affligée !
Oui , le Prince qui l'embellit
Elt venu dans cette Contrée. !
C'est bien pour nous qu'il eſt venu ;
Mais je crois ne l'avoir pas vu :
Petit corps a peu d'avantage;
Je peſtois & je faifois rage
Dans le tourbilon confondu :.
Oh ! pour combien j'aurois voulu ,
Dans ce moment , ette ſon Page !
Nos Princes font trop entourés .
Entre tous ces Meſſieurs dorés ,
On auroit peine à les co nattre ,
Sans ce regard plein de boné,
Ce doux rayon de Majeft:,
Qui de nos coeurs ſe rondte maître.
Paez Meffieurs les Court lans ,
Je vous tire ma révér nce ;
1
C5
MERCURE DE FRANCE.
Je ſuis fort petit , vous fort grands ,
Mais je donne la préférence
Aux Muſes , aux Arts , aux Talens ,
Du Prince le plus beau cortege.
Pendez - vous que j'aurai mon tour,
Que je vous ferai nargue un jour ,
Quand , au ſortir de ce College ,
Ils m'introduiront à ſa cour.
---
L'AMANT DU VILLAGE.
JoUPIN , tu regnes dans le Cieux ,
Tu tiens dans tes mains le tonnerre ;
Mais je puis ici vivre heureux ,
Sans porter aux humains la guerre.
Ne crois pas que j'ambitionne
Le brillant éclat de ton Trône ;
J'aime mieux voir couler mes joupe
Dans le pays de mes amours .
:
Mon olympe eſt dans ce Hameau ,
J'y vis auprès de ma Maſtreſſe ;
Toujours quelque plaiſir nouveau
Vient ajouter à ma tendreſſe .
Là , tout ce qui nous environne
Paroft ſous un aſpect riant ;
لا
NOVEMBRE. 1777. 43
Nons jouiſſons paiſiblement
Des plaiſirs que l'Amour nous donne.
Parcourons - nous le bord des eaux ,
Je vois ma naïade chérie ,
Quitter les paiſibles ruiſſeaux
Pour folâtrer dans la prairie.
Si nous allons dans les forêts ,
L'aimable Dieu de la tendreſſe ,
Brillant de ſes divins attraits ,
Suit tous les pas de ma Déeſſe.
Je ſens que j'aimerai toujours
Ce lieux où je vois ma Sophie ;
Ces bois , cette vaſte prairie ,
Témoins ſecrets de nos amours.
Quand je ſerois dans l'Elysée ,
Je ne pourrois vivre content
Sans te bannir de ma pensée ,
Toi que j'aime fi tendrement.
Vous qui vous êtes vu trahir
Par une ingrate trop chérie ,
Perdez le cruel ſouvenir
De ſon odieuſe perfidie.
?
1
Mais moi qui poffede le coeur
D'une Amante aimable & fidelle
Puis - je avoir un plus grand bonheur
Que celui de vivre auprès d'elle ?
Par M. Giroti
1
44 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume d'Octobre.
LE mot de la premier Enigme eſt l'Oreille
; celui de la ſeconde eſt le Soleil ;
celui de la troiſieme eſt la Rose. Le mot
du premier Logogryphe eſt Rideau , dans
lequel on trouve ire , air , l'eau , ride ,
rude , re , rive , ver , rue , rave ; celui
du ſecond eſt Chateau , où se trouvent
chat & eau ; & celui du troiſieme eſt Bateau
, où l'on trouve bât & eau .
Je
ÉNIGME.
E fuis , Cloris , un être affez énigmatique ,
Etre ſouvent moral , & quelquefois phyſique.
Moral , j'ai pour Auteur , ou l'Hymen , ou l'Amour ;
C'eſt un charme , dit - on , quand je reçois le jour ;
Les plus riantes fleurs compofent ma ſtructure :
L'on vit en fon berceau moins briller la nature.
* Sur- tout dès qu'on te voit , Cloris , je ſemble doux ;
Mais pour un ſeul heureux , je fais mille jaloux .
Si comme être phyſique enfin tu m'examines ,
Aux emplois les plus doux ſouvent tu me deſtines.
Je couronne tantôt l'albare de tes bros
NOVEMBRE . 1777 45
Tantot je ſuis voiſin des plus charmans appas.
Près des roſes , des lys , ta main fixe ma place.
Juutiles faveurs , pour un être de glace ;
Par M.le Méteyer
Ο
AUTRE.
N ne me voit jamais fans chien ;
De tous mes attributs c'eſt le plus néceſſaire ;
Avec lui je ſuis tout , ſans lui je ne ſuis rien ,
Je ne ſuis plus qu'une chimere ;
Ce chien ne vit que de pierre ;
Et toute fois ; malgré ce ſtérile aliment,
Pour peu qu'on l'inquiette , il s'enflamme à l'inſtant ,
Et fans aboyer nullement ,
Il eſt tout feu dans ſa colere.
Par M. V...
)
M
AUTRE.
ON corps ſeul m'appartient , ma queue eſt étrangere
;
Sans elle , toutefois , je ne puis plaire aux yeux ;
Au lieu qu'aide de ce poids néceſſaire ,
Je puis m'élever de la terre
16 MERCURE DE FRANCE.
:
juſques à la voûte des Cieux ,
En jetant ſur ma toute un éclat merveilleux.
Faut - il hélas ! qu'une chure prochaine
Me rappelle mourant aux lieux où j'étois né.
Ainſi finit mon exiſtence vaine ;
Il eût autant valu n'avoir jamais été ! ..
Par le même.
LA
LOGOGRYPH Ε.
A foif de s'emparer de ma premiere part ,
A dépeuplé l'Europe , ainſi que l'Amérique.
La ſeconde eſt l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impoer , elle a recours à l'art.
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je m'explique.
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le reſte eſt un mal qu'un rien nous communique.
L'effet en eſt terrible , & bien ſouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon.
Par M. Bouvet , à Gifors.
L
1
i
Novembre . 1777 . 47. 1
1: AIR
Paroles et musique de M². Cloz .. d' Estampes:
Que l'amour soit
3
un
Dieu perfide qui cache:
un por-- son sous
+
des fleurs;
que son air si doux
3
-
27
25
7m7i22__ de ne soit: -
qu'un masque à ses novr = :
48 .
Mercure de France .
!
= ceurs ; Vous devries dans:
le mis_te__re te__nir ce:
se__cret im-portant ; - A=
= minthe, toujours , tow-j-ours:
u_ne me__re cache les
deffauts de son en-fant.
de son enfant.
NOVEMBRE. 1777. 49
D
AUTRE.
ès le commencement du Monde ,
Lecteur, j'exerce mon pouvoir.
Malgré ſa ſcience profonde ,
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je ſuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Aufſi je ſuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne ſe peut quelquefois qu'a peine ſupporter.
Eu me privant de mon pied de derriere ,,
Je ſuis un mot qu'on répéte au Parterre ,
Si l'on eft content de l'Acteur ;
:
Je puis offrir de plus un ton de la Muſique :
Enfin , tu vois , Lecteur , un titre honorifique ,
:
Qui , chez les Turcs , déſigne un grand Seigneur.
Par le méme.
1
P
UTRE.
RIS tout entier , Lecteur , je suis un Minéral,
Un- membre à bas , je ſuis un Végétal;
Coupe - m'en deux , je peux t'oter la vie ,
On te la conſerver ſur un Fleuve en furie ;
Coupe m'en trois , etre immortel ,
J'afpire aprés ta mort au bonheur éternel.
)
Par M. Boucher.
D
50 MERCURE DE FRANCE.
ง
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les vrais principes de la Lecture , de l'Or.
thographe & de la prononciation Francoise
, de fen M. Viard, revus & augmentés
par M. Luneau de Boisjermain
, Ouvrage utile aux enfans , qu'il
conduit par degrés de l'alphabet à la
connoiffance des regles de la prononciation,
de l'orthographe , de la ponctuation
, de la Grammaire , de la proſodie
Françoiſe, & des premiers élémens
de l'hiſtoire & de la géographie ;
trois parties in 8°. Prix 2 liv. 14 ſols
brochées , port franc. A Paris , au
Bureau de l'abonnement littéraire ,
hôtel de la Fautriere , rue & à côté de
l'ancienne Comédie Françoiſe ; & chez
Durand, Libraire, rue Galande ; Bastien
, Libraire ; rue du Petit-Lion
1778.
..
CETTE édition ne reſſemble à celles qui
l'ont précédée , que par la forme ancien
nement adoptée pour cet Ouvrage. La
٢٠٠
NOVEMBRE. 1777. St
premiere & la feconde partie ſont refaites
preſque en entier. Pluſieurs Inſtituteurs
éclairés , qui ont aidé l'Editeur de leurs
conſeils , lui ont ſuggéré la plupart des
changemens & des additions nouvelles
qui s'y trouvent. Ainſi, ce livre utile ,
dont feu M. Viard eſt le premier & le
principal Auteur , eſt encore l'ouvrage
de pluſieurs mains habiles qui ont contribué
à le perfectionner.
::
S
Rien de plus clair & de plus aifé que
cette méthode. Son objet principal eſt
de ſimplifier le travail de l'inſtruction ,
& de la mettre à portée de toutes les
perſonnes chargées d'élever des enfans ,
ou qui font dans le cas d'inſtruire ellesmemes
les leurs , par l'impuiſſance ou
elles peuvent être de trouver des Maîtres
fur leſquels elles puiſſent ſe repoſer de ce
foin. Dans cetre vue , chaque leçon , des
tinée pour l'enfant , eft précédée d'une
inftruction pour la perſonne qui lui enſeigne
à lire. Ces inftructions indiquent
la maniere dont chaque leçon doit être
donnée.
:
!
On ne s'étoit pas affez appliqué jusqu'ici
, à faire connoître aux enfans le
fon propre à chaque voyelle , & celui
qu'elle communique à chaque conſonne, !
☑
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'elle eſt ſuivie d'une voyelle ou
d'une diphtongue , ou lorſqu'elle en eft
précédée On ne s'étoit pas plus occupé
de les inſtruire de l'uſage auquel chaque
lettre eſt deſtinée. Cette négligence ſe
trouve pleinement réparée dans la premiere
partie de cette nouvelle méthode.
On y trouve d'abord un alphabet de
voyelles , où chacune de ces lettres eſt
répétée autant de fois qu'il y a de manieres
de la prononcer. Vis - à - vis de la
colonne qui renferme cet alphabet , eſt
une autre colonne où ſont placés , vis - àvis
de chaque voyelle , des mots qui offrent
des exemples des différentes nuances
de la prononciation de chacune d'elles.
Ainſi , la terre e ſe prononce de cinq manieres
; dans Rome , jubé , me - re , accès
, & tê - te . Cette colonne n'eſt point
deſtinée pour l'éleve; mais pour l'inftituteur
, qu'elle doit guider dans la maniere
de faire prononcer chaque fon à l'enfant
, à qui on ne doit montrer que la
premiere colonne. L'alphabet des voyel.
les eſt ſuivi d'un alphabet des diphtongues
, arrangé de la même façon & dans
le même eſprit ; après lequel vient celui
des conſonnes , rangées d'abord ſuivant
l'ordre qui leur eſt aſſigné dans l'alpha
1 1
NOVEMBRE. 1777. 53
bet , & enſuite felon le rapport qu'établit
entr'elles le ſon qu'elles forment. Le by
eſt rapproché dup , led dut , l'f duv ,
& ainſi du reſte. Suit un alphabet ou les
voyelles & les conſonnes font réunies ,
comme dans les alphabets ordinaires. Enfin
, un alphabet formé de voyelles , de
diphtongues & de conſonnes. On paſſe
enfuite aux ſyllabes , ou fons formés de
conſonnes unies aux voyelles & aux diphtongues
; & c'eſt ainſi qu'en très - peu de
temps on peut conduire chaque enfant ,
par une route fûre , à ſavoir lire couram-
, ment; ce qu'il doit être en état de faire
à la fin dela premiere partie. S'il ne le
fait pas , c'eſt que ſon eſprit eſt tardif,
,& que les leçons n'ont pas encore pu s'y,
' bien graver ; alors il faudra ſimplement
les lui faire recommencer.
La ſeconde partie conſiſte dans des
obſervations deſtinées à perfectionner la
lecture , & à donner en même temps des
principes généraux de l'orthographe &
de la prononciation françoiſes. La prononciation
y eſt en général bien indiquée.
Nous croyons cependant que les perſonnes
inſtruites & judicieuſes , ne conviendront
pas qu'on doive prononcer belle &
bonne , pour belles & bonne ; bonne à
A D3
54 MERCURE DE FRANCE.
:
manger , pour bonnes à manger ; & en .
core moins Chinoes , Gauloés , Artoes ,
boére , devoére , histoère ; au lieu de Chi
hois , Gaulois , Artois , boire , devoir ,
histoire. Cette prononciation eſt, à Paris ,
celle des enfans du peuple , & non des
perſonnes qui s'énoncent bien. La véri
table prononciation de ces mots approche
plutôt d'Artoua , histouare , &c.
Ellipse ne doit pas ſe prononcer non
plus comme s'il n'y avoit qu'une 1 ; mais
on doit faire ſentir les deux , ce qu'indique
aisément l'étymologie du mot.
:
;
:
La troiſieme partie et compofée d'une
fuite de petites pieces de lecture , ou
font renfermées les principales défini
tions des ſciences & des arts ; d'un abrégé
de Grammaire Françoiſe & de ponctuation
, & d'une introduction à l'étude
de l'hiſtoire & de la géographie , confi
ſtant dans l'explication des termes propres
à ces deux ſciences.
Malgré les légeres obſervations que
nous avons faites ſur une partie de cet
Ouvrage , nous pouvons aſſurer ceux qui
ont des enfans à élever, qu'il nous a pazu
préférable à tout ce qui avoit été publié
juſqu'à préſent ſur cette partie fon
damentale de l'éducation. :
NOVEMBRE. 1777. 55
•
Contrepoisons de l'arfenic , du fublime-corrosif
, du verd-de- gris & du plomb ; fuivis
de trois Differtations intitulées :
la premiere , Recherches Médico - Chymiques
fur différens moyens de diffoudre
le mercure , &c. La feconde , Exposition
des différens moyens d'unir le
mercure au fer , &c. La troiſieme ,
Nouvelle Obfervation fur l'ether , &c ;
par M. Pierre Touſſain Navier ,
Docteur en Médecine , Confeiller-
Médecin du Roi pour les maladies
épidémiques dans la Province & Genéralité
de Champagne , &c. 2 vol.
in - 12 , broches 4 liv. to fols. A Paris ,
chez la veuve Méquignon & fils , Libraires
, & chez Didot le jeune , 1727.
Avec approbation & privilege du Rơi.
(Se trouve à Amsterdam chez Rey &
f 3 : - de Hollande. i
Jamais Ouvrage n'a été publié plus
à propos , & dans une circonftance plus
favorable , que celui que nous annonçons
, précisément dans un temps où l'on
fait uſage trop inconſidérément, pour le
traitement des maladies , de remedes qui
devroient être bannis totalement de la
.: :
D 4
56 MERCURE DE FRANCE.
\
matiere médicale , tels que l'arſenic , le
fublimé corrofif, le verd-de - gris & le
plomb. Cet Ouvrage eſtun vrraaii antidote
contre une infinité de brochures qui paroiſſent
journellement , dont les Auteurs
font le plus ſouvent ignorés , & qui ne
tentent à rien moins qu'à introduire , pour .
les maladies , des traitemens plus à craindre
que les maladies mêmes M. Navier ,
qui s'occupe journellement de ce qui peut
tendre au bien de l'humanité , nous donne
une nouvelle preuve de ſon zele par la
publication de fon Ouvrage. Il eſt à fouhaiter
qu'il ait plus de ſuccès que les
différentes lettres que M. Buchoz a publiées
avec force en 1769 & 1770 , contre
le fublimé - corrofif , le verd de - gris &
l'arſenic ; mais peut - être à force de rebature
la même matiere , on viendra à
bout de diſſuader le public de l'uſage de
remedes auſſi pernicieux. Pour mieux
faire connoître l'Ouvrage de M. Navier ,
nous rapporterons tout au long le jugement
qu'en ont porté MM. les Commiſſaires
de la Faculté de Paris.
ود Nous avons été chargés , dit M.
Bucquet , par la Faculté , M. Malouin ,
M. Macquer , M. Déſeſſarts & moi ,
d'examiner un Ouvrage ayant pour tire :
NOVEMBRE. 1777. 57
Contrepoiſons de l'arsenic , &c. par Μ. Να-
vier , &c. L'Auteur fait connoître d'abord
la nature & les effets de chacun des poiſons
qui font l'objet de ſon travail. Il
cherche enſuite parmi les corps qui peuvent
ſe combiner par la voie hamide,
(la ſeule qui puiſſe avoir lieu dans l'intérieur
du corps humain) quels font ceux
qui les corrigent le plus parfaitement.
Les ſubſtances qu'il indique ſont faciles
à fe procurer , & ne peuvent nuire en aucune
maniere , comme la Faculté pourra
s'en convaincre , d'après le bon exposé
que nous avons cru devoir mettre ſous
ſes yeux. M. Navier traite de l'arſenic
dans la premiere partie de ſon Ouvrage ;
il trouve que cette eſpece de minéral
falin, peut fe combiner par la voie humide
, aux alkalis , au foufre , & même
aux matieres calcaires , & être corrigé
par ces ſubſtances . "
" Lorſqu'on jette du foie de ſoufre
en liqueur dans une diſſolution d'arſenic
faite par l'eau , il ſe fait à l'inſtant un
précipité, bleu , qui , étant mis à ſublimer
, produit un véritable orpin. Le foie
de ſoufre perd fon odeur au moment du
mêlange , ce qui prouve qu'il a été décompofé;
& en effet , M. Navier a re
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
connu que la plus grande partie de l'arfenic
s'unifſſoit au ſoufre , avec lequel il
formoit une eſpece d'orpin , beaucoup
moins nuiſible que l'orpin ordinaire , en
ce qu'il eſt beaucoup plus chargé de foufre.
Une petite portion d'arſenic reſte
dans la liqueur qui ſurnage le précipité ;
mais il eſt uni à l'alkali qui faiſoit partie
du foie de ſoufre , & ſe trouve confidefablement
adouci , comme M. Navier
s'en eſt aſſure. ”
ود
j
L'affinité qui exiſte entre l'arſenic
& le fer , a déterminé M. Navier à chercher
des moyens de combiner ces deux
ſubſtances par la voie humide. Il y eſt
parvenu enuniſſant d'abord le fer au foie
de ſoufre par la fuſion, ou en faiſant
détonner un mélange de nitre , de foufre
& de limaille de fer. Il fait diſſoudre le
foie de foufre martial dans l'eau ; la
diſſolution eſt verte ; mais en la mêlant
avec une diſſolution d'arſenic, elle perd,
cette couleur , & occaſionne un précipité
bien formé par l'unión de l'arſenic au
foufre & au fer. Le foie de foufre martial
a tant d'action ſur l'arſenic , qu'il fe
joint à cette ſubſtance , même lorſqu'elle
eſt diſſoute dans le lait. Dans le cas où
on n'auroit pas ſous la main du foie de ?
NOVEMBRE. 1777. 59
foufre ſimple ou martial, on peut détruire
les effets de l'arſenic par le moyen
des folutions de fer dans les acides : l'encre
même ſuffit au défaut d'autres folutions
ferrugineuſes. Il ſuffit de verſer
d'abord ſur l'arfenic un peu d'alkali qui
s'unit avec lui , & le met dans le cas
d'être enſuite ſéparé par les ſolutions
martiales acides avec le fer , deſquelles
il ſe combine dans le moment que l'acide
s'unit avec l'alkali. "
"
Y
D'après ces expériences , M. Navier
propoſe , pour les perſonnes empoisonnées
par l'arfenic , le traitement ſuivant. Il
fait boire beaucoup de lait , parce que
cette ſubſtance diſſout l'arfſenic auffi facilement
que l'eau , & qu'elle adoucit les
viſceres agacés. Il obſerve, à cet égard,
que l'arſenic , loin de coaguler le lait,
empêche au contraire qu'il ne ſe caille.
Il rejette l'huile, qui ne peut diſſoudre
l'arſenic. Après l'uſage du lait, M. Navier
conſeille de boire la ſolution du foie
de ſoufre alkalin ou calcaire , ou mieux
encore le foie de ſoufre martial , qu'il
fait prendre à la doſe d'un gros dans une
pinte d'eau chaude. On peut édulcorer
cette liqueur avec le ſucre. Si les malades
ont une repugnance invincible pour cette
: .
}
రం MERCURE DE FRANCE.
boiſſon , on peut faire prendre le foie de
foufre en pilules, à la doſe de cinq ou
fix grains , en obfervant de leur faire
boire par- deſſus un grand verre d'eau
chaude. On répete cela pluſieurs fois de
ſuite. Au défaut de foie de ſoufre , M.
Navier propoſe de faire boire aux malades
une leſſive légerement alkaline , ou de
l'eau de ſavon , & par- deſſus une diſſolution
de fer dans du vinaigre ou dans
tout autre acide , ou même de l'encre , ſi
on n'a rien de mieux. Enfin , il acheve la
cure par l'uſage du lait & des eaux fulphureuſes
chaudes , que l'expérience lui a
fait connoître comme très- propres à disſiper
l'engourdiſſement , la paralyfie &
les convulfions qui ſuivent les empoifonnemens,"
و
۱۰
Les remedes que M. Navier regarde
comme les plus propres à combattre les
effets du fublimé- corrofif , ſont les mêmes
qui combattent ceux de l'arfenic,
c'est - à - dire , les différens foies de ſoufre
qui décompoſent le ſel mercuriel , &
forment , par le tranſport de l'alkali fur
l'acide , un fel neutre non cauſtique; tandis
que le foufre , qui s'unit au mercure
, ſe précipite avec lui dans l'état d'un
ethiops mineral , qui n'eſt nullement nuifible.
"
NOVEMBRE. 1777. 6г
”
1
Les mêmes foies de foufre , & particulierement
le foie de ſoufre martial, décompoſent
le verd- de gris. Le ſoufre &
le fer s'uniſſent au cuivre , & empêchent
qu'il ne ſe diſſolve de nouveau par les fucs
digeftifs , comme il pourroit arriver ſi le
le métal n'étoit dégagé que par les alkalis
qui le précipitent dans l'état de chaux , &
qui , en le diſſolvant , peuvent le porter
dans tous les organes. M. Navier conſeille
aux perſonnes qui ont eu le malheur d'avaler
du verd de-gris , de prendre d'abord
quelques boiſſons acidulées , qui puiſſent
diſſoudre complettement cette ſubſtance
& la diſpoſer à être plus facilement décompoſée
par le foie de fouffre. "
"
,
Quoique M. Navier ne regarde point
le plomb comme un poiſon corrofif , il
imagine cependant que les mêmes remedes
pourront en corriger l'action , & dispenſer
de l'uſage des mochliques , qu'on
emploie en pareil cas , & qu'il ne croit
pas fans danger. Il propoſe donc d'admiminiſtrer
aux malades une grande quantité
de boiſſons acidules , de les mettre enfuite
à l'uſage du foie de foufre , & de terminer
le traitement par de doux purgatifs. "
ود
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Navier dans le détail de ſes expériences ;
62 MERCURE DE FRANCE.
!
1 ?
ce court expoſe ſuffit pour faire connoître
que la Médecine a été guidée dans ſes recherches
par les lumieres de la plus ſaine
Chimie , & par la pratique la plus éclai
rée. Nous avons répété avec ſoin la plus
grande partie des expériences qu'il publie;
elles nous ont paru parfaitement exactes,
Les talens de M. Navier , & le defir qu'il
aaeeuu de ſe rendre utile à l'humanité , nous
ont paru devoir lui meriter l'approbation
de la Faculté. Délibéré à Paris , aux Ecoles
de Médecine , le 9 Mars 1776.
MACQUER , DESESSARTS , Buc-
QUET .
!
Nouvelles Espagneles , de Michel de Cervantes
, Traduction nouvelle, avec des
notes , ornée de figures en taille-douce.
Par M. Lefêbre de Villebrune. L'Illu
ſtre Fregone , Nouvelle huitieme. in-8°.
broché. Prix , 1 liv. 16 f.
Cette Nouvelle de l'Illustre Frégone ,
ou l'Illustre Servante, eſt un tableau des
moeurs Eſpagnoles du temps de Michel
Cervantes. La licence effrénée de la jeuneffe,
ne connoifſſoit point alors de bor-
!
NOVEMBRE. 1777- 63
nes ; de forte que l'on voyoit tous les
jours les enfans des plus illuftres familles;
ſe retirer avec des bandes de filoux. Le
but de Cervantes eſt de cenfurer cette conduite
licencieuſe.
Diegue de Carriaze , fils d'un Gentilhomme
de Burgos , riche & de grande
naiſſance , ſe mit en tête , à l'âge d'environ
treize ans, de courir en vagabond
& en filou , ſans avoir éprouvé chez lui aucun
traitement qui le forçât à cette inconduite.
Entraîné par ce ſingulier penchant,
il s'évade , & ſe met à courir le monde.
En trois ans d'abſence de la maiſon paternelle
, il apprend tous les jeux familiers
aux plus francs eſcrocs , & devient un filou
des plus fieffés. Il va ſe faire paſſer
maître aux Almadraves de Zahara , premiere
Académie de filouterie en Eſpagne,
& y paffe quatre ans à y mener une vie
qui lui paroiſſoit délicieuſe. Au bout de
ce temps , l'envie lui prend de revoir ſa
famille. Il revient à Burgos, où ſon pere
& fa mere le reçoivent à bras ouverts,
Carriaze étoit lié étroitement depuis
l'enfance , avec Thomas d'Avendagne ,
jeune homme du même âge que lui ,
d'une naiſſance égale à la fienne , & fils
١/٠ :
64 MERCURE DE FRANCE.
!
d'une intime ami de ſon pere. Il lui peint
des couleurs les plus agréables , le ſéjour
des Almadraves ; lui fait part du projet
qu'il forme d'y retourner , & lui propoſe
d'être du voyage. La propofition effarouche
d'abord Avendagne; il finit par y conſentir.
Ils obtiennent de leurs parens la
permiffion d'aller étudier enſemble à Salamanque
, & partent ſous la conduite
d'un Gouverneur commun , auquel les
deux peres remettent l'argent néceſſaire
pour la dépenſe de leurs enfans pendant
un an. Arrivés à Valladolid , ils diſparoisſent
après avoir crocheté la malle du Gouverneur
, & ſe rendent à Madrid , où ils
ſe défont de leurs mules & de tout leur
équipage , s'affublent d'habits groffiers , &
fe mettent en route à pied pour Tolede.
Dans le chemin, ils entendent cauſer deux
voyageurs , à pied comme eux , dont l'un
diſoit à l'autre : ,, tâche de gagner l'hôtellerie
du Sévillan , tu y verras cette
belle Frégone , dont il eſt tant parlé ...
Elle eſt dure comme une payſanne des
,, montagnes , âpre comme l'ortie , avec
,, tout cela , elle a un viſage de Pâques ,
,, une face de bonne année, le ſoleil ſur
une joue, la lune ſur l'autre. On diroit,
du
و د
و د
و د
و د
-
NOVEMBRE. 1777. 65
و د „ du front juſqu'à la gorge , que c'eſt un
," parterre de roſes , d'oeillets , de jaſmin ,
و د
de lys: je ne parlerai pas du reſte." A.
vendagne , frappé de ce diſcours , conçoit
fur le champ l'envie de voir cette beauté ,
à quel prix que ce ſoit. Ils arrivent ſur
le foir , à la porte du Sévillan. Carriaze ,
preſſé de ſe rendre aux Almadraves , vouloit
engager Avendagne à venir loger ailleurs
; mais Avendagne , toujours plein de
ſon objet , entre dans la cour de l'hôtellerie
, où la belle Frégone eſt le premier ob.
jet qui ſe préſente à ſes yeux. Il demeure
frappé de ſa beauté. L'Aubergiſte arrive.
Avendagne lui forge une histoire ; &,
ſous prétexte d'attendre un Seigneur dont
il ſe dit le domeſtique , ſe fait donner
une chambre pour lui & pour ſon camarade.
Avendagne , devenu amoureux de la
belle Conftance (c'eſt le nom de la jeune
fille) , ſe propoſe de reſter à Tolede. Carriaze
n'omet rien pour le détourner de
ce deſſein , mais inutilement. Il ſe réfout
enfin lui -même à ne pas le quitter.
Ils ſaiſiſſent tous deux , le lendemain ,
une occafion qui ſe préſente , pour ſe
mettre au ſervice de leur hôte. Avendagne
, ſous le nom de Thomas Pedre,
E
66 MERCURE DE FRANCE.
en qualité de garçon d'écurie ; & Carriaze
, ſous le nom de Lope l'Aſturien ,
pour aller chercher , ſur un âne , de l'eau
à la riviere. Mais ce dernier , en exer
çant cette noble fonction , prend querelle
avec un autre ânier qu'il bleſſe dangereuſement
, ce qui le fait conduire en prifon,
où il demeure trois ſemaines , & d'où
ſon ami Thomas a beaucoup de peine à
le tirer. Cette aventure le dégoûte de ſa
condition ; mais , pour ne pas perdre
Avendagne de vue , il reſte dans Tolede ,
& s'y occupe à vendre de l'eau pour fon
compte. Il achete un âne pour exercer
cette profeſſion. Voyant quelques - uns de
ſes nouveaux confreres qui jouoient aux
cartes ſur le pré , il ſe met à jouer auffi.
Cet endroit eſt le plus amusant du conte.
, Lope , qui ne ſe faiſoitjamais prier deux
,, fois pour les bonnes affaires , ſe couche
و د
و د
و د
:
à côté d'eux , avance fa miſe , & bat
les cartes. En deux ou trois tournées ,
il perd les fix écus qui lui reſtoient. -
,, Je joue à préſent mon âne , mais par
,, quartiers. Lope perd un quartier, puis
,, le ſecond , puis le troiſieme , puis le
,, quatrieme, Le gagnant ſe leve pour
" aller prendre l'âne - Doucement ,
, l'ami , lui dit Lope ;faites attention que
NOVEMBRE. 1777. 67
و د
:
, je n'ai joué que les quatre quartiers ;
mais il me revient la queue toute en-
„ tiere, ainſi qu'on me la remette. Les
, autres éclattent de rire: je ne ris pas ,
dit Lope , d'un ton fort ſérieux. L'on
alloit probablement s'empoigner , lorsqu'un
vieux confrere les empêcha de
s'échauffer . Mes amis , tenez , que
و د
و د
و د
ود
د و
-
و, vous alliez vous aſſommer , cela ne décidera
pas l'affaire. Croyez- moi , ne
travaillez pas au profit des Alguaſils.
Ne vaut- il pas mieux aller chez un Avo-
,, cat , & le prendre pour arbitre ?
"
و د
-
Point d'Avocat, dit le gagnant ; il man-
,, geroit cet ane , ſon pere , & toute fa
famille Quand on vend un gigot,
و د
"
:
و د
-
il ſemble que la queue va toujours avec:
ainſi point de doute que l'âne& la queue
,, m'appartiennent. Cela eſt faux, repli-
,, que Lope: les moutons de Barbarie ont
toujours cinq quartiers , & le cinquieme
c'eſt la queue: de forte que lorſque le
,, mouton eſt dépecé , la queue ſe compte
,, pour un quartier... Ainſi, plus de raiſon,
,, je veux la queue , ou je l'aurai de force,
,, quand tous les âniers de Tolede s'y
و ا
و د
i
" oppoſeroient. Ne croyez pas me faire
,, peur parce que vous êtes vingt contre
,, un. Je fais manier mon camarade auffi
r E2 1
68 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
و د
bien qu'ânier du monde , & je mets
dix pouces de dague dans le ventre au
,, premier qui touche à la queue de mon
ane. J'ai trop d'ame pour acheter justice
à prix d'argent , je me la ferai moimêmé.
"
"
و د
و د
Le gagnant & les autres virent bien
, que le drôle ne lâcheroit pas priſe aifé-
,, ment. Lope jette ſon bonnet en l'air ,
empoigne la dague cachée ſous ſa veſte,
& fe cantonne à côté de l'âne avec une
,, contenance ſi fiere , qu'il leur en im-
,, poſe à tous. Eh bien , dit le vieux
ود
و د
و د
-
- Soit ,
,, confrere , arrangez - vous ainfi. Que
l'Afturien joue la queue contre un quartier
s'il le perd , tout fera dit.
dit Lope. On reprend les cartes ; il
regagné un quartier , puis le ſecond ;
enfin voilà l'autre fans ane. A pré-
"
و د
و د
و د
-
fent , mon argent , dit Lope ; partagele
en cinq parts , une contre chaque
,, quartier. L'autre n'étoit pas trop de cet
avis: mais il fallut céder aux inſtances
des confreres. Lope , en cinq coups
de cartes , regnagne ſon argent , & dit
d'un ton ironique :
"
و د
و د
و د
و د
و د
-
- Eh bien , confrere
, te reſte t-il encore du butin ? -
" Oui , fans doute. Allons , va pour
" tout mon avoir , contre ton âne &
NOVEMBRE. هو . 1777
, ta bourſe. - Va , confrere : au jeu.
Quinola , dit Lope , on compte le
,, point ; le confrere eſt à ſec & fon ma-
,, riage fondu. Conſterné de ſa ruine ,
ود fans un ſeul maravedi , le pauvre dia.
ble ſe jette à terre, ſe bat, ſe déchi-
,, re , & alloit ſe tuer , lorſque Lope ,
,, en homme bien né, prend pitié du
confrere. Tiens, voilà ton argent. ور
ور
و د
ود
-
Tu n'es pas le premier qui ſe ſoit
ruiné ſur un coup de cartes ; mais ,
,, aprés cette fottiſe, n'en fais pas une
ſeconde : voici encore les dix ducats
du prix de ton âne. Toute la bande
fut ſtupéfaite à cette libéralité : peu
s'en fallut même qu'ils ne l'éluſſent le
Roi des âniers. "
و د גג
Cette hiſtoire ſe répand par toute la
ville. Apeine Lope s'eſt-il mis à excercer
fon métier , que la populace le montre
au doigt: Ah ! l'homme à la queue , ton
ane l'a bien longue. Il prend le parti de
ſe retirer dans le petit appartement qu'il
a loué , & de ne pas fortir de quelques
jours , dans l'eſpérance qu'on oubliera la
queue de ſon âne.
Cependant , Thomas découvre ſecrétement
ſa naiſſance & fon amour à Conſtance
, mais fans pouvoir parvenir à la
E 3
70 MERCURE DE FRANCE.
faire expliquer. Enfin , Don Diegue de
Carriaze , accompagné de Don Juan d'Avendagne
, arrive dans l'hôtellerie, & fe
fait connoître pour le pere de cette belle
perſonne , fruit d'une foibleſſe qu'avoit
eue pour lui une Dame de la premiere
qualité , qui étoit venue accoucher
en ſecret dans cette auberge , & avoit
laiſſée la jeune Conſtance , après l'avoir
miſe au monde, entre les mains du Sévillan
, en lui faiſant de grands préfens ,
& lui recommandant d'avoir ſoin de ſa
fille , & de ne la remettre qu'à ceux qui
lui repréſenteroient des marques dont elle
convint avec lui. Don Diegue apporte
ces marques qui doivent lui faire retrouver
ſa fille. Pendant que la reconnoiſſance
ſe fait , en préſence du Corregidor de
Tolede , parent de Don Juan d'Avendagne
, on entend du tumulte dans la
rue: c'étoit Lope l'Aſturien qui ſe faifoit
encore arrêter. Le Corregidor ordonne
qu'on le faſſe monter , & Don
Diegue reconnoît ſon fils , qui découvre
en même - temps à Don- Juan que Don
Thomas d'Avendagne eſt dans l'auberge.
On le trouve dans le grenier , où il étoit
allé ſe cacher en voyant arriver ſon pere.
Il eſt uni à Conſtance : on marie auffi
2
NOVEMBRE. 1777. 71
Carriaze , qui renonce à ſes fredaines , &
à ſon goût pour la vie vagabonde.
Dictionnaire des origines. A Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du petit Lion.
Ceux qui ont parcouru les premiers volumes
de ce Dictionnaire , ne feront pas
fachés d'apprendre que la matiere s'étend
fous la plume de l'Auteur. On ne peut
donner que des notices ſuperficielles ,
en abrégeant trop les articles. Ainsi , le
mérite de ces fortes d'Ouvrages eſt d'éviter
le double écueil de la prolixité fatigante
,& de la briéveté exceſſive. Quant
aux excursions que les Lexicographes font
dans les genres étrangers au but qu'ils
ſe propoſent dans leurs Ouvrages , c'eſt
un défaut preſque général , qu'on pardonne
aisément , lorſque les articles qui font
de trop , font d'ailleurs intéreſſans. A l'article
de Marie- Théreſe , Impératrice Douairiere
, Reine de Hongrie & de Bohême ,
&c , on eft fort aiſe de retrouver un
éloge qu'on a emprunté d'un Orateur
connu par des ſuccès multipliés.., Cette
„ Souveraine , ſi juſtement célebre , n'a
,, jamais vu les dangers du trône & les
,, orages de la fortune au- deſſus de fon
ود
:: E 4 :
72 MERCURE DE FRANCE.
,, courage & de ſon génie, ni les vertus
و د
"
و د
و د
و ب
و د
و د
و د
و و
و د
"
d'une condition privée , au - deſſous de
fon rang & de ſes devoirs. Elle fut à
la fois s'élever juſqu'aux héros les plus
fameux , & defcendre juſqu'au dernier
de ſes Sujets. Après avoir fait de grandes
chofes , elle ne ſe crut pas diſpenſée
de faire le bien , & parut avoir oublié
tous ſes droits à l'admiration des hom-
,, mes , tant elle cherchoit à en acquérir
fur leur reconnoiſſance. Son ame fortifiée
& agrandie par l'adverſité & les
,, périls , dans l'âge des ſéductions & de
l'inexpérience , demeura depuis à la
hauteur où elle étoit une fois montée ,
& prouva que , pour être ſupérieure aux
,, hommes , elle n'auroit pas eu même
beſoin de la grande leçon du malheur.
On la vit joindre aux vues générales
d'une adminiſtration bienfaiſante , cette
bonté de tous les momens qui ne craint
,, pas d'en faire trop ; & cette aimable
ſimplicité , attribut de la vraie gran.
deur , qui ne craint pas de jamais rien
,, perdre. Son nom , répété par tous les
,, peuples , avec des louanges unanimes ,
& par ſes ſujets avec des larmes de
ود
و د
و د
و د
و و
و د
و د
و د
و د
tendreſſe , enſeigne à tous les âges ,
,, que le talent de regner réſide ſur - tout
NOVEMBRE. 17779 73
i 9, dans l'ame , & que la vraie politique 99
و و
28
و د
"
د و
و د
و و
"
eſt dans la vertu . Enfin , parmi tous
les titres qu'elle peut partager avec
les meilleurs Princes , Marie - Théreſe
mérite cet éloge ſi rare , que , n'ayant
jamais cru qu'il y eût une morale particuliere
pour le trône de l'héroïſme ,
elle n'a jamais eu beſoin que la gloire
lui ſervît d'excuſe "
Ces vertus ont été tranſmiſes à l'Auguſte
Princeſſe , qui fait le principal ornement
de fon trône ; & la Nation Françoiſe
en recueillera les fruits délicieux.
L'Art de parler réduit en principes , ou
Préceptes abrégés de Réthorique , avec
des exemples choiſis pour former l'esprit
& le coeur de l'un & de l'autre
ſexe. A paris , chez la veuve Savoie ,
Libraire , rue St Jacques.
On a beau avoir reçu de la nature un
goût exquis , ce goût devient toujours un
mauva's guide , sil n'eſt pas cultivé par
des leçons de Réthorique ou de Littérature
, & par l'étude des bons modeles. Ce
talent naturel ſera à la fin étouffé par des
lectures faites ſans choix. L'on remplira
ſa mémoire de faux principes & d'exem
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
ples ſans goût , ſi l'on n'a pas été bien
dirigé dans ſa jeuneſſe , par des Inſtituteurs
éclairés. C'eſt pour éviter cet inconvénient
, que l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , préſente à la jeuneſſe
de l'un & de l'autre ſexe , un livre
qui , par la clarté des leçons qu'il contient
, & le choix des exemples qui les
accompagnent , peut ſervir à développer
& à perfectionner le goût.
On venge le beau ſexe contre les dé
tracteurs qui voudroient lui interdire
toute eſpece d'étude , & l'on convient
dans cette Rhétorique , que les pérſonnes
du ſexe ayant reçu de la nature une vivacité
d'eſprit qu'elle ne donne pas communément
aux hommes au - même degré ,
ce ſeroit méconnoître ſes dons , que de
ne pas enſeigner l'art de bien parler à
celles qui ont le talent de manier aifément
la parole Ne vaut-il pas bien mieux
les occuper des élémens de la littérature
, & leur apprendre à goûter un livre
bien écrit , que de les laiſſer employer
une grande partie du temps à des frivo
lités qui retréciſſent le génie ? & le pré
fent que la nature leur à fait d'une riche
mémoire , ne ſemble-t-il pas impofer auz
Maîtreſſes de Penſion , l'obligation de
:
NOVEMBR.E . 1777. 75
:
la meubler de principes , de goût &
d'exemples intéreſſants pour l'eſprit & le
coeur ? On dira peut- être, continue le
Panégyriſte du beau ſexe , qu'il ne faut
pas ouvrir aux femmes une carriere qui
eſt réſervée pour les hommes. Mais ,
pourquoi les hommes prétendroient - ils
ſe réſerver cette carriere , & la fermer
aux femmes ? Pourquoi celles qui , de
l'aveu des hommes , ont le tact plus fin ,
ſe verroient-elles répouſſées du Sanctuaire
des Sciences par les mains même qui
s'empreſſent à les admettre par- tout ailleurs
? Et , tandis que les femmes d'eſprit
font l'agrément des bonnes compagnies ,
par le charme de leurs faillies , comment
les hommes prendroient- ils ſur eux de
leur fermer l'entrée de leur lycée ? Ils
ſe rendroient ſuſpects d'une forte de
jalouſie qui ne pourroit leur faire honneur
, & qui ſembleroit contraſter avec
l'aveu qu'ils font d'être flattés de leur
converſation , & de ſe plaire dans leurs
cercles .
: Cet Ouvrage , où l'on rend tant de justice
aux Dames , méritoit le titre de Rhétorique
des Demoiſelles ; mais , comme
les préceptes & les exemples conviennent
également à l'un & à l'autre ſexe,
76 MERCURE DE FRANCE.
ce livre peut être employé , & par les
Inſtituteurs , & par les Maîtreſſes de
Penſion.
Rofel , ou l'Homme heureux , par M. le
Prévôt d'Exmes , ſeconde Edition. A
Geneve ; & ſe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguſtins , au coin de la rue Pavée.
1777.
Ce petit Ouvrage philofophique , déjà
imprimé , reparoît aujourd'hui accompagné
de quelques Poéſies fugitives.
Sous le nom de Rofel , l'Auteur fait
parler un pere donnant une inſtruction à
ſon fils encore jeune; il ſuppoſe cet enfant
chéri , d'abord entraîné dans la carriere
du vice , victime des malheurs qu'il
entraîne à ſa ſuite ; &, revenu enfin de
ſes égaremens , il finit par lui propoſer le
choix entre la proſpérité & la vertu. Pour
lui faire connoître les avantages de l'un
& de l'autre , il lui montre d'abord un
château ſuperbe , habité par un vil favori
de la fortune , qui cherche à en impofer
par un extérieur brillant , afin de faire
oublier la fource mépriſable de ſon opur
lence. Il lui fait le détail des baffefſſes &
NOVEMBRE. 17770 77
des infamies par leſquelles cet infecte orgueilleux
s'eſt élevé. Il peint enſuite un
vieillard pauvre , habitant une cabane
couverte de chaume , mais vertueux &
tranquille. ,, Veux - tu , dit-il enfin à fon
و د
fils , veux - tu demeurer dans ce châ-
„ teau , ſéjour des plaiſirs & du vice ?
,, veux -tu habiter cette cabane, ſéjour
و د
des peines & de la vertu ?... Que vois-
,, je ? Sans balancer , ton choix eſt déjà
fait ! la vertu triomphe ; je meurs content.
"
ر د
و د
La plus conſidérable des pieces fugitives
, eſt une romance en pot - pourri
aſſez agréable , intitulée la fidèlité de Lucrece.
Elle n'eſt pas avantageuſe à la vertu
de cette antique Héroine. Le reſte conſiſte
dans une Idylle ſur une tourterelle; un
vaudeville dont le refrein eſt que tout est
changé ; une romance ſur un papillon ,
& les traductions de deux ou trois petites
pieces Latines. On connoît le fameux
diſtique ſur Didon :
Infelix Dido ! nulli bene nupta marito.
Hoe pereunte , fugis , hoe fugiente , peris.
M. le Prévôt d'Exmes en a peut - être
été le Traducteur le plus littéral ; nous
78 MERCURE DE FRANCE.
laiſſons au lecteur à juger s'il eſt auſſi le
plus élégant.
Didon , que je te vois malheureuſe en maris!
L'un périt , tu t'en fuis; l'autre fuit , tu péris.
: On peut ſe rappeler cette autre traduction
ou imitation, qui a auſſi le mérite de
la préciſion.
:
Didan , tes deux époux ont caufé tes malheurs ;
:
:
Le premier meurt , tu fuis ; le ſecond ſuit , tu meurs.
:
Supplément à l'Analyse des Conciles Généraux
& particuliers , par le R. P.
:C
harles - Louis Richard, Profeſſeur en
Théologie , de l'Ordre & du Noviciat
Général des Freres Prêcheürs. Tome
cinquieme. A Paris , chez Benoît Morin
, Imprimeur- Libraire , rue St Jacques
; & Laporte, rue des Noyers.
On a rendu un compte très- avantageux
des quatre premiers volumes de l'Analyſe
des Conciles ; & le jugement qu'on
en a porté, vient d'être confirmé tout réNOVEMBRE.
1777. 79
Cemment par l'Auteur de la nouvelle Bibliotheque
d'un homme de goût, qui,
tom. 3 , pag. 85 & 89 , exalte la nettete,
l'ordre , la précision , le ſtyle , l'éloquence ,
l'érudition , la critique , l'intelligence profonde
du droit ancien & moderne ; le zele de la
Religion & l'amour de la Patrie , qui regnent
dans ces quatre premiers volumes.
Nous pouvons aſſurer le Public , que le
çinquieme & dernier volume que l'Auteur
luidonne par formede ſupplément , ne cede
pas aux quatre premiers , & qu'il a même
deux avantages conſidérables ſur eux. Le
premier , eſt la correction de pluſieurs fautes
qui s'y étoient gliſſées ; le ſecond , &
qui eſt le plus important , conſiſte dans
un grand nombre de nouveaux articles ſur
le dogme, la morale & la diſcipline , relativement
à l'exigence des circonſtances
du temps & des beſoins de la Religion
, des moeurs , de la vertu , de la
ſociété , des Empires & des deux puisſances
qui les gouvernent dans l'ordre
religieux & civil. Tels font , entr'autres
les articles Anathemes , Antilogie , Antropologie
, Archevêque , Célibat , Deïsme ,
Dieu , Ecriture - Sainte , Eternité , Mal ,
Matérialisme , Miracles , Protestans , Ri.
80 MERCURE DE FRANCE.
cheſſes du Clergéféculier & régulier , Ufure,
Zele , où l'on voit la réfutation de la Philofophie
de la nature.
Lettre d'un Profeſſeur Emérite de l'Univerſité
de Paris , en réponſe à un
Prieur Religieux Bénédictin de Saint-
Maur , fur l'éducation publique, au fujet
des exercices de l'Abbaye - Royale
de Soreze. A Paris , chez Brocas ,
Libraire , rue St Jacques.
•
Les Religieux font- ils propres à l'éducation
publique ? Reconnoît - on le
plan de l'Univerſité de Paris dans celui
que lui attribue M. d'Alembert ? Les
exercices du College de Soreze peuventils
contribuer aux progrès de la jeuneſſe
qu'on y éleve ? Voilà les queſtions que
le Profeſſeur émérite de l'Univerſité de
Paris difcute & approfondit ; & fa lettre
eſt uhe differtation intéreſſante ſur l'osjet
de l'éducation , où l'on trouve une foule
de réflexions judicieuſes. Il démontre ,
par rapport au premier objet, que les Religieux
peuvent être au moins auſſi inſtruits
que des Laïcs à qui le commerce
du monde ôte beaucoup de temps. ,, Si
Dieu permet " à l'homme de chercher la
" folitude
NOVEMBRE. 1777. 8г
1
و د
"
folitude , afin de ſe ſouſtraire aux dan-
,, gers du monde , & de parvenir à une
„ plus haute perfection , n'est - il pas inconteſtable
qu'il veutque le grand nombre
vive en ſociété , non pour ſe cor-
,, rompre mutuellement , mais pour ſe
rendre meilleurs , & s'entr'aider par
toutes fortes de bons offices , de maniere
que fon nom foit glorifié fur
la terre comme il l'eſt dans le ciel.
Or , pour élever l'homme à des ſentimens
auſſi fublimes & auſſi dignes de
lui , peut- on s'y prendre trop tôt ? peuton
y employer des Inſtituteurs trop re
,, ligieux ? Qu'exigent de tout Inſtituteur,
و د
و د
ر د
و د
ود
و د
و د
و د
و د
"
و د
و د
Dieu , le Roi & la Patrie ? N'eft- ce pas
,, qu'il s'attache à former de bons Citoyens
, & par conféquent de vrais
Chrétiens ? ... La véritable fin de l'éducation
eſt aſſurément d'inſpirer aux Éleves
l'amour de la vertu , de développer
leurs talens , & de les rendre capables
d'embraſſer , en ſortant des Colleges ,
l'état auquel ils ſe ſentent plus de penchant.
Ainsi , la premiere qualité d'un
Inſtituteur , c'eſt l'amour de la Reli-
,, gion & de la Patrie; il faut qu'il y
„ joigne une patience conftante , une
د
و د
و د
و د
و د
" tendreſſe paternelle pour les enfans
F
8.2 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
و و
و و
و د
qui lui ſont confiés. Or, qui aura ces
qualités , fi ce n'eſt un homme véritablement
religieux , qui connoît les
vanités du monde & fa perverſité ;
qui médite ſans ceſſe ſur les devoirs
de l'homme envers Dieu , envers luimême
, & envers le prochain ? "
Certainement , le Profeſſeur ne prétend
point qu'il ne puiſſe y avoir , parmi
des Laïcs répandus dans le monde , des
hommes affez vertueux & aſſez éclairés
pour mériter qu'on leur confie l'éducation
de la jeuneſſe. On trouve dans la
capitale & dans les Provinces , des Inſtituteurs
qui réuniſſent ces qualités'; mais
l'Auteur de la Lettre n'en ſoutient pas
moins , que la diffipation que produit
le commerce du monde , & la contagion
de l'exemple , ſont des obſtacles que n'ont
point à vaincre des Religieux qui ont le
bonheur de vivre dans des maiſons édifiantes.
La ſubordination qu'exige la regle
, ne les empêche pas de faire de bonnes
études , lorſqu'ils en ont le goût , &
de les rendre capables d'inſtruire la jeuneſſe.
Rien ne les empêche de lire les
Homeres , les Démosthenes , les Cicérons
, & les excellents Auteurs François
qui ont brillé dans tous les genres.
NOVEMBRE. 1777. 83
:
Le Profeſſeur émérite expoſe pluſieurs
raiſons plauſibles en faveur des réguliers ,
fur tout, par rapport aux Provinces où
les Colleges ne peuvent pas avoir les avantags
de l'Univerſité de Paris On lit avec
intérêt tout ce qui a rapport au plan des
Études de l'Univerſité de Paris , aux attaques
que M. l'Abbé de Condillac a faites
aux Univerſités ,dans fon Cours d'Etudes ,
& aux Exercices du College de Soreze.
Cet e diſcuſſion , qui eft jointe à une
eſpece d'apologie de l'Univerſité de Paris
, à l'expoſition de la méthode qu'on
y ſuit dans les études publiques , & qui
renferme les meilleurs principes de littérature
, ne peut être que très - utile aux
Inſtituteurs & aux peres qui veillent de
près à l'éducation de leurs enfans.
Le Mitron de Vaugirard , Dialogue ſur le
bled, la farine & le pain ; avec un
traité de la Boulangerie , par M. Lacombe
d'Avignon. Nouvelle édition. A Paris
, au Palais Royal , & chez Didot ,
Libraire , rue Pavée 1777.
:
Ce petit Ouvrage économique , qui
parut pour la premiere fois au commen-
• cement de l'année derniere , eſt égale-
\
A
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
ment recommandable par l'importance du
ſujet , & par les vues patriotiques de l'Auteur.
Les Dialogues , au nombre de fix ,
font entre le Mitron & M. Fromant fon
ami. On y trouve d'excellentes inſtructions
fur - tout ce qui a rapport au pain ; on y
donne auſſi en faveur des pauvres , pour
rémédier aux cas de cherté ou de diſette ,
la recette d'une foupe économique compoſée
de riz , de pain , de navets & de
pommes de terre , au moyen de laquelle
un ménage de douze perſonnes peut être
nourri copieuſement , moyennant 3 fols
par jour par tête. Le Mitron aſſure que
cette foupe eſt très nourriſſante.
C'eſt dommage que ces Dialogues eftimables
foient déparés par la petite fingularité
d'une orthographe bizarre , ſuivant
laquelle les mots font écrits précisément
comme on les prononce : comme journellemant
, diminucion , ancore , anée , filoſofie,
&c On trouve à la ſuite des Dialogues,
un petit traité de la Boulangerie , extrait
d'un in-folio publié par M. Malouin , ſavant
Médecin Chymifte , avec des réflexions
fur la manutention des Mitrons de Paris .
Ce traité , auſſi judicieux qu'inſtructif,
renferme tous les détails qu'on peut defirer
de connoître , touchant la fabricaNOVEMBRE.
1777. 85
tion d'une denrée dont l'utilité eſt ſi grande
& fi générale.
Oeuvres de Chaulieu , d'après les manuscrits
de l'Auteur. 2. vol. in 12. A la
Haye , & fe trouvent à Paris , chez Pisfot
, Libraire , rue du Hurepoix. 1777 .
Cette nouvelle édition des Oeuvres de
Chaulieu , doit être regardée comme la
ſeule vraiment authentique & originale.
Elle a été faite d'après trois manufcrits
originaux , dont l'un , peu de temps avant
la mort de l'Auteur , avoit été rédigé ſous
ſes yeux , d'après le manufcrit corrigé de
ſa main Ces manufcrits ont été donnés
par le Marquis de Chaulieu , petit neveu
du Tibulle François , qui annonce luimême
, dans une Lettre à l'Éditeur , les
motifs qui en ont retardé long - temps la
publication , & ceux qui l'occaſionnent
aujourd'hui. ,, J'ai long - temps héſité
Monfieur , dit M.le Marquis de Chaulieu
, à rendre public le recueil des
OEuvres de M. l'Abbé de Chaulieu ,
,, mon grand- oncle Sa famille , par respect
pour ſa mémoire , étoit dans l'intention
de ne point leur laiſſer voir la
lumiere, M. l'Abbé de Chaulieu faifoit
و ر
و د
و ا
و د
و د
"
F3
85 MERCURE DE FRANCE.
۱
و د
des vers pour ſon amusement & fans
,, prétention ; & jamais il n'eut la volonté
de ſe faire imprimer. Voilà pourquoi ,
depuis plus de cinquante ans , ſes hé-
,, ritiers ont toujours refuſé de ſe déſaiſir
ود
ود
ود
de ſes manufcrits ; mais , comme dans
,, les éditions imparfaites qu'on a données
de ſes Ouvrages , fans leur conſente-
,, ment , on lui a attribué des pieces qu il
و د
ود
ود
و د
1
i
n'a point faites , & des ſentimens qu'il
,, n'eut jamais , le même reſpect pour fa
mémoire , me détermine enfin à vous
,, faire le facrifice de ces manufcrits qu'on
m'a tant de fois demandés.”
L'Éditeur s'eſt particulierement attaché
au manufcrit que Chaulieu avoit adopté,
& que cet illuftre Poëte deſtinoit au Public
, comme on peut en juger par la
Préface qu'il y a jointe , & qui paroît
imprimée aujourd'hui pour la premiere
fois. Cette Préface eſt d'autant plus intéreſſante
, qu'elle fait connoître les véritables
ſentimens de l'Abbé de Chaulieu.
Il y convient des écarts de ſon imagination
, mais il déſavoue & condamne d'avance
tous les jugemens qu'ils pourroient
faire naître au préjudice de ſes moeurs &
de ſa foi. Trois de fes pieces fur-tout , intitulées
par lui - même, les Trois Façons
NOVEMBRE. 1777. 87
و د
و د
1
”
1
de penſer ſur la mort, lui ont paru exiger
une interprétation. ,, L'applaudiſſe-
, ment des gens d'eſprit, dit - il , & le
malheureux amour- propre dont il eſt
impoſſible de ſe défendre , qui rehauſſe
le prix de ce que nous poſſédons , me
,, perſuada que je pouvois tenter tout ce
,, que l'étendue d'une imagination brillante
& féconde pouvoit mettre au jour :
cette penſée me flatta. Je crus poſſéder
quelque partie de ce tréfor ineftimable ;
ſéduit par ces erreurs , plutôt que guidé
,, par la raiſon , je voulus faire quelque
choſe de fingulier : je m'abandoni
و د
و د
و د
و و
و د
و د
”
"
!
nai tout entier à mon génie. Je penſai
,, que l'imagination portée à un certain
degré , pouvoit égayer ce qu'il y a de
plus triſte , conſerver les ornemens de
la Poéfie parmi ce qu'il y a de plus lu-
,, gubre , & jeter des fleurs fur ce qu'il
, y a de plus ſec & de plus aride. C'eſt
dans cette idée que j'ai compoſé les
Trois Façons de penser fur la mort.
Il faut plaire aux eſprits bien- faits ,
diſoit M. Pafchal; c'eſt à eux que je
m'adreſſe ici , & je les conjure de ne
me pas condamner ſur les apparences ,
& de n'aller pas prendre pour nes opi-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
,, nions , ce qui n'étoit en effet que des
i F4
:
88 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
و د
eſſais de Poéſie. J'ai fait la premiere
,, façon de penſer ſur la mort dans les
principes du Chriftianiſme , & de
,, toute l'étendue de la miféricorde de
Dieu , ſeul aſyle des pécheurs comme
,, nous ; & je l'ai faite ſans être , par
malheur , dévot J'ai fait la ſeconde dans
les principes du pur Deiſme , fans être
Socinien ; la troificme , dans les prin-
„ cipes d'Epicure , fans être impie ni
athée. C'eſt ainſi que j'ai chanté les
, amours & le vin , toujours voluptueux
و د
و د
و ا
و د
و د
& jamais débauché. Ferme dans les
,, principes de ma Religion , je n'ai point
,, prétendu dogmatiſer le libertinage ; j'ai
cherché ſeulement à faire voir juſqu'où
l'abondance de la rime , la fécondité de
l'imagination , & la fécilité du génie ,
» pouvoient aller. "
و د
و د
و د
Parmi les pieces qui n'avoient encore
été imprimées dans aucune édition des
OEuvres de Chaulieu , on diftingue l'Ode
contre la corruption du ſtyle , & le mauvais
goût des Poëtes du temps. Nous
croyons faire plaiſir à nos Lecteurs de la
rappporter en entier.
Quoi donc ! quand je veux écrire ,
Faut - il appeler toujours ,
Ou la Mere des Amours ,
NOVEMBRE 1777. 8
Ou le blond Dieu de la lyre ,
Ou Muſes à mon ſecours ?
Tant de bruit & tant d'enflure ,
Tient lieu de fécondité
A ces Auteurs qu'a jeté
Dans beaucoup de bourſoufflure ,
Beaucoup de ſtérilité.
Pour toi , ma guide fidelle ,
Qui hais l'affectation ,
Reine de l'invention ,
Tu viens fans que je t'appelle ,
Chere imagination !
Alors au lieu de pensée ,
D'anitheles & de trans ,
Tu me fournis des portraits
Qu'à leur maniere aitée
L'on voit que toi leul as faits.
Là , point d'épithete en rime ,
De pointe , de lens retors ,
Ne vient fo mer les accords
De ce ſec & dur fublime
Pour qui Roi fait tant d'efforts .
C'est dans un Dictionnaire
De rimes que prend Houdart ,
F5
90 MERCURE DE FRANCE.1
>
:
Ce bel effor, cet écart ,
Qui , froids enfans d'un Libraire ,
Sentent trop la peine & l'art.
Féconde fans artifice ,
Quand tu viens à t'enflammer ,
Quoique l'on veuille exprimer ,
Les mots fervent ton caprice ,
Et s'empreſſent à rimer.
Tu fais ces belles images ,
Ce tour facile & badin ,
1
Ces fleurs qui , comme un jardin ,
Emaillent les badinages
De Chapelle & Sarrafin.
Du Poëte de Sicile ,
Qu'eſt devenu le hautbois ?
La flute & la douce voix
Dont Mofchus , dans une Idylle ,
Chantoit les prés & les bois !
Beau pinceau tendre & fertile ,
Où ſont ces vives couleurs ,
Que , pour peindre ſes douleurs ,
Vint emprunter de Virgile ,
Philomele en ſes malheurs ?
:
4
1
1
NOVEMBRE. 1777. 91
1
Catulle , Gallus , Horace ,
Aux foupers de Mécenas ,
N'égayoient point le repas
De vers obfcurs qu'au parnaffe ,
Phébus même n'entend pas.
:
Comme parle la Nature ,
L'on parloit au fiecle heureux
Qu'Auguſte rendit fameux ,
Moins que ſon bon goût qui dure
Encore chez ſes neveux.
:
٠١
Mais bien - tot après ſuivirent
En foule les faux brillans :
Depuis ces malheureux temps
Les Dubartas refleurirent
Au Café de la Laurens .
C'eſt - là que Verdun admire
Gacon , Lucain , Martial ,
Et que ce Provincial
Vante les Conchets (*) qu'inſpire
Et Rome & l'Eſcurial.
:
A
(* ) C'est ainsi que Chaulieu afranciséle mot Italien
Concetti.
1
12. MERCURE DE FRANCE,
!
Paix - là , j'entends Pimprenelle (*) ,
Qui , géométriquement ,
Par maint beau raiſonnement
Fait , à la pointe fidelle ,
Le procès au ſentiment.
Le dur , l'enflé , le bizarre
A fa voix reprend vigueur ;
De ſon école l'Auteur
Le plus plat ſe croit Pindare ;
Danchet même a cette erreur.
Mais quoique dans leur chimere
Ils foulent Malherbe aux pieds ,
Je n'y vois que des Frippiers
Retourner l'habit d'Homere
Dans leurs vers eſtropiés.
Ferrand , chez qui ſe conſerve ,
Dans un esprit vif & doux ,
Ce qui reſte de bon goût ;
C'est toi qu'Apollon réſerve
Pour oppofer à ces foux.
Sauve ta chere Patrie
De l'invaſion des Gots ,
Qui , montés ſur de grands mots ,
Ramenent la barbarie
En triomphe chez les fots.
(*) Fontenelle.
NOVEMBRE. 1777. 93
Les Pieces déjà imprimées , ſont ſouvent
très- différentes dans cette Edition ,
de ce qu'elles étoient dans les précédentes.
La Plainte fur la mort de M.le Marquis
de la Farre , en particulier , reſſemble
fort peu à la leçon qu'en a donnée feu St
Marc, qu'on regarde comme le meilleur
des anciens Éditeurs de Chaulieu. Il en
eſt de même de pluſieurs , autres morceaux.
Le nouvel Éditeur a eu ſoin de faire obſerver
ces différences , & s'eſt attaché furtout
à la critique de l'Édition de St
Marc , qu'il met toujours en oppoſition
avec celle - ci.
Coutume du Boulonnois , conférée avec
les Coutumes de Paris , d'Artois , de
Ponthieu , d'Amiens & de Montreuil ;
le Droit commun de la France , & la
Jurisprudence des Arrêts , par M. le
Camus d'Houlouve , ancien Avocat
au Parlement : 2 vol. in - 4°. de 1100
pag. environ. A Paris , chez Didot
l'aîné , Imprimeur. Libraire , rue Pavée
Saint- André - des - Arcs , près le
Quai des Auguſtins. 1777. Avec Ap94
MERCURE DE FRANCE.
probation & Privilege du Roi. Prix,
reliés , 21 liv. On trouve chez le même
Libraire , le Traité des Intérêts , du mê
me Auteur.
M. le Camus d'Houlouve , Auteur
du Traite des Intérêts, qui a paru en
174 , & qui a été reçu favorablement
du Public , vient de donner un nouveau
Commentaire des Coutumes du Boulonnois
Sous vingt titres différens , il traite
non- feulement des diſpoſitions particulieres
de cette Coutume , mais même
de tous les principes du droit commun
qui reglent tous les cas qu'elle n'a pas
prévus.
: Il y a, dans la Coutume du Boulonnois
, comme dans toutes les autres Coutumes
, beaucoup de diſpoſitions abſo-
Jument conformes au droit commun dư
Royaume ; mais comme une Coutume
ne peut renfermer toutes les Loix qui
peuvent régir la Province pour laquelle
elle a été faite , l'uſage eſt de ſuppléer
à ſes diſpoſitions par celles du Droit commun.
NOVEMBRE. 1777. 95
" C'eſt ce qu'a fait l'Auteur du nouveau
Commentaire. En diviſant ſon Ouvrage
par matieres , il a réuni le Droit commun
au Droit particulier , & celui dont parle
la Coutume , à celui dont elle ne fait aucune
mention.
Le Droit commun inféré dans ce Commentaire
, a trois objets differens ; les per
ſonnes , les biens & les actions.
Les bornes & la nature de notre Journal
ne nous permettent pas de donner
une Analyſe ſuivie de cet Ouvrage ;
mais nous pouvons aſſurer que ce nouveau
Commentaire eſt plus étendu & plus
méthodique que les précédens. L'Auteur
y traite à fond toutes les queſtions qui
peuvent naître des diſpoſitions de la Coutume
du Boulonnois ; & il y ajoute celles
qui doivent être réglées dans cette Coutume
par le Droit commun. Il diviſe &
fubdiviſe les matieres avec tant d'ordre ,
& dans une telle gradation, qu'il fait trouver
, ſur le champ , les éclairceſſemens
& ſolutions qu'on peut deſirer ; & rien
n'eſt avancé de ſa part , qu'il ne le juftifie
, ou par des Loix préciſes , ou par des
fuffrages accrédités , ou par des préjugés
reſpectables. Cet Ouvrage eſt un veritable
Corps de Droit pour la Province du
96 MERCURE DE FRANCE.
Boulonnois , & paroît le fruit de beaucoup
de recherches & d'un long travail.
C'eſt un ſervice important , que M le
Camus d'Houlouve a rendu à cette Province
, dont il eſt originaire , & pour laquelle
il témoigne une finguliere affection.
Le même Commentaire ne fera pas moins
utile aux Provinces voiſines , dont les
Coutumes ont beaucoup de rapport avec
celle du Boulonnois ; & il peut encore fervir
dans tous les autres Pays Coutumiers ,
où , abſtraction faite des Coutumes particulieres
, tant de queſtions doivent être
decidées par les Loix générales du Royaume
, & par le Droit commun.
Oeuvres Chirurgicales de M Percival Pott ,
traduites de l'Anglois ſur la ſeconde
édition ; 2 volumes in 80. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la Faculté
de Médecine 1777. Avec Approbation
& Privilege du Roi. Prix ,
12 liv. les deux volumes , reliés .
Ce Recueil nous a paru très-intéreſſant ,
& mériter d'occuper une place parmi les
meilleurs Livres qui ont paru ſur la Chirurgie.
Il eſt rempli d'excellentes obfervations
NOVEMBRE. 1777. 97
vations. On en trouve ſur la Nature &
les conféquences des accidens auxquels la
tête eſt ſujette par des cauſes externes ,
fur la fiſtule lacrymale, ſur les hernies, fur
la mortification des pieds & des orteils;
on y voit auſſi un Traité complet fur
les hernies & ſur la fiſtule de l'anus,
avec quelques remarques ſur les foulures
les diſlocations , fur la cataracte , & fur
le polype du nez.
: Recherches fur les Maladies Chroniques ,
particulierement ſur les hydropifies ,
& ſur les moyens de les guérir ; par
M. Bacher , Docteur Régent de la
Faculté de Médecine de Paris. I vol.
in - 8°. A Paris chez la veuve Thibout
, Imprimeur du Roi , Place Cambrai;
& Didot le jeune , Quai des Auguſtins.
1
:
::
Cet Ouvrage eſt un des plus utiles
dans ſon genre. M. Bacher s'occupe
depuis long-temps du traitement des différentes
hydropiſies ; & il s'eſt fait , fur
ces maladies , d'après ſes différentes obfervations
une doctrine particuliere
qu'il développe tout au long dans le
cours de cet Ouvrage. Nous croyons ne
,
G
1
98 MERCURE DE FRANCE.
:
pouvoir mieux le faire connoître , qu'en
mettant fous les yeux de nos Lecteurs ,
le rapport de MM. les Commiſſaires de
la Faculté de Médecine de Paris.
" M. Bacher , dans l'Ouvrage que
nous avons été chargés d'examiner , développe
avec netteté & préciſion , les
différentes cauſes des hydropiſies ; il paſſe
en revue les remedes uſités dans le traitement
de ces maladies, & en expoſe
les effets . Il combat enſuite avec des
raiſons victorieuſes , appuyées d'obſervations
multipliées , pluſieurs erreurs
auſſi anciennes que généralement accréditées.
Cependant, malgré l'étendue des
recherches de l'Auteur, il s'en faut de
beaucoup , comme il le remarque luimême
, que la matiere ſoit épuisée ,
particulierement à l'égard des hydropifies
de poitrine ; mais s'il nous reſte encore
bien des connoiſſances à defirer , il eſt auſſi
conſtant que M. Bacher a diminué les
difficultés pour y parvenir. Il vient d'ajouter
un degré de perfection à l'art de
guérir. Nous l'invitons à continuer ce
travail ; en attendant, il mérite nos éloges
& notre reconnoiſſance , puiſqu'il
nous rend le ſervice eſſentiel de publier
un Ouvrage qui manquoit à la Médecine.
i
NOVEMBRE. وو . 1777
Signé , LE MONNIER , MACQUER ,
LORRY , GANDCLAS , MALOET . "
M Bacher a terminé ſon livre par un
Catalogue des Ouvrages qui ont été publiés
ſur l'hydropifie ; il n'avoit pas fans
doute connoiſſance d'une petite brochure
qui a paru en 1769 , chez Humblot
, intitulée Traité fur l'hydropiſie &
la jauniſſe , par M. Marquet ,,, puiſqu'il
n'en fait pas mention dans ſon Catalogue.
On y trouve la compoſition d'une
clairette purgative , dont faifoit uſage , avec
ſuccès , le Docteur Marquet ; & que M.
Buc'hoz , fon gendre , a auſſi preſcrit pluſieurs
fois avec la même efficacité dans les
cas d'hydropifie: remede qui auroit mérité
ſans contredit , des gratifications à fon
Auteur , s'il en avoit voulu faire myſtere.
Nous profitons de cette occafion pour
annoncer que M. Buc'hoz , Médecin de
Monfieur , vient de publier , avec la générofité
digne d'un vrai Médecin , dans
ſon Histoire naturelle & économique des
trois Regnes , la compoſition de l'Electuaire
Anti - Vénérien , dont M. Marquet , fon
beau - pere , lui avoit laiſſé le ſecret.
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
Obſervations critiques ſur un Ouvrage
intitulé, Examen de la Houille , confidérée
comme engrais des Terres , par
M. Raulin , Docteur en Médecine.
1 vol. in- 12. A Amſterdam , & fe
trouve à Meaux , chez Charles , Libraire
, rue St. Remy; à Paris, chez
Baſtien , Libraire, rue du Petit- Lyon ,
Fauxbourg. St. Germain ; & chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
T
Si ce petit Ouvrage eſt intéreſſant par
fon objet pour les Cultivateurs des Provinces
de Picardie , Champagne , Brie ,
Ile - de - France , & même pour tous ceux
dans le voiſinage deſquels on pourroit
découvrir des houillieres , il ne l'eſt pas
moins pour la Phyſique & l'Hiſtoire
naturelle. L'envie de déprimer l'Ouvrage
de M. Raulin , n'eſt pas le ſentiment qui
a guidé la plume de l'Auteur ; elle a été
uniquement conduite par des vues conformes
aux fiennes , celles de l'utilité générale.
L'engrais avec des houilles eft
d'une trop grande utilité, pour l'exclure
, comme M. Raulin l'a prétendu ;
quand bien même on ne l'emploieroit
que pour les prairies, il eſt certain qu'on
र
1
NOVEMBRE. 1777. 10
:
en tirera beaucoup plus de fourages. Plus
il y a de fourages , plus on peut avoir
de beſtiaux. La quantité de beſtiaux augmente
la quantité des fumiers : de- là ,
l'abondance des grains : de- là , les richeſſes
ou l'aiſance; c'eſt le but auquel
doivent tendre tous les Cultivateurs.
:
La Physique de l'homme ſain , ou Explication
des fonctions du Corps humain ,
par M. N. Jadelot. Profeſſeur d'Anato
mie & de Phyſiologie dans la Faculté
de Médecine de Nancy, de l'Académie
Royale des Sciences & des Arts
de la même Ville , Médecin de l'Hôpital
Saint - Charles. I vol. in - 8°. en
Idiome Latin. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire, Quai des Augustins
; à Nancy , chez Babin , & à
Strasbourg , chez Koenig.
Cet Ouvrage eſt rédigé en faveur des
Étudians en Médecine. Le célebre Profeſſeur
y développe d'une façon claire
& concife , le mécanisme de toutes les
fonctions du corps animal ; il y expoſe
les ſyſtèmes des Auteurs : il n'aſſure
rien dont il ne ſoit très - certain , & il
tâche d'expliquer phiſiologiquement, ce
:
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
qui n'eſt que problématique, enfin , ila
renfermé dans cette brochure tout ce qui
ſe trouve de plus eſſentiel dans toutes
les Phyſiologies connues: c'eſt une vraie
quinteſſence de la phyſique de l'homme.
Un pareil Ouvrage n'eſt donc pas feulement
utile aux Étudians en Médecine
, mais il convient à tout Phyſicien ,
& à tout homme qui veut connoître le
mécaniſme des différentes fonctions de
ſon individu. M. Jadelot eſt d'ailleurs
fort modeſte ; il avoue qu'il a mis à concontribution
les Ouvrages de M. Hallert
, pour la rédaction du ſien , bien
différent en cela de pluſieurs Auteurs
qui , pour ne pas faire connoître les
ſources où ils ont puiſé , dépriment fouvent
ceux qu'ils ont conſultés. Quant à
la partie Typographique, elle eſt parfaitement
exécutée , & prouve qu'en
Province , elle n'eſt pas moins parvenue
à ſa perfection qu'à Paris.
,
Explication des Cérémonies de la Fête
Dieu d'Aix en Province ornée
des Figures du Lieutenant de Prince
d'Amour , du Roi & Bâtonniers de
la Bazoche, de l'Abbé de la Ville ,
& des jeux des Diables , des Razcase.
NOVEMBRE. 1777. 103
ſetos , des Apôtres , de la Reine de
Saba , des Tiraſſons , des chevaux-frux ,
&c. , avec les airs nôtés confacrés à
ces fêtes , & quatorze Planches gravées.
Prix , 3 liv. bro. A Paris chez
Nyon, Libraire , rue St Jean-de-Beauvais
: à Aix , chez Eſprit David, Imprimeur
- Libraire à Marseille , chez
Moſſi: à Lyon & à Angers , chez les
Libraires des Nouveautés.
M. Grégoire , d'Aix , eſt l'Auteur de
cet Ouvrage curieux & ſavant. Trois de
ſes fils ont deſſiné & gravé toutes les Planches.
Ils ont eu pour objet de repréſenter
& d'expliquer les Cérémonies de la
Fête - Dieu d'Aix dans les cinq jours différens
, qui ont donné lieu à la diviſion de
cet Ouvrage de cinq parties.
4
1 °. Le Lundi , Fête de la Pentecôte,
2º. Le Dimanche de la Trinité.
3º. La veille de la Fête- Dieu.
4°. Le jour de la Fête- Dieu
52. Le Samedi d'après cette Fête.
C'eſt dans les Mémoires ſur l'ancienne
Chevalerie , par M. de la Curne de
Sainte Palaye , que M. Grégoire a cru
trouver l'origine & l'explication de ces
Fêtes. Il fait l'hommage de fa décou
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
verte au Savant Académicien , en lui dédiant
ſon livre. En effet , ces cérémonies
fingulieres ont beaucoup de rapport avec
celles qui ſe pratiquoient autrefois dans
les tournois. Il eſt probable que le Roi
René d'Anjou , Comte de Provence , qui
a inſtitué cette Fête, vers l'an 1462 , &
qui s'étoit ſi ſouvent diftingué dans les
tournois , a voulu perpétuer à jamais la
mémoire d'un de ces jeux militaires ,' en
les aſſociant aux plus grandes cérémomonies
religieuſes , ſuivant l'eſprit du
XVe fiecle .
:
J
C'eſt du combat de Courtoisie ou à Plaiſance,
que le Roi René nous a laiſſé la repréſentation
dans une partie du Cérémonial
de la Fête - Dieu.
• Le Lieutenant de Prince d'Amour , ſon
guidon; le Roi de Bazoche , fon Lieu--
tenant , ſon guidon , l'Abbé de la Ville ,
&c. , jouent , ce jour là , le rôle des
grands Chevaliers qui aſſiſtoient auxtournois.
Ils vont avec leur fuite entendre la
Meſſe à la Métropole , en grande cérémonie
, les uns avec le Parlement , les autres
avec Meſſieurs les Confuls; ils ſont ſuivis
de leurs Officiers & de tout ce qui forme
leurs Cours , ce qui étoit autrefois une partie
des uſages Religieux avant le tournois.
1
NOVEMBRE. 1777. 105
Après ces premieres explications , ce
qui doit piquer le plus la curioſité , eſt
d'apprendre pourquoi un tournois de courtoiſie
eſt joint dans une auſſi grande Fête
que celle de la Fête - Dieu , aux jeux
des Diables , des Apôtres , des Raz- casfetos
(ou des lépreux ,) de la Reine de
Saba, des Tiraſſons (ou Luteurs à terre
) &c. C'eſt qu'on ne célébroit point
de grande Fête qu'on n'y admît ce que
l'on nommoit alors des entremets , mot
que l'on a enſuite changé en celui d'intermede
; enſorte que le Roi René , pour
ſe conformer à cet uſage , a introduit
dans ſa grande Fête , ces entremets , pour
leſquels il a choiſi des repréſentations de
points d'Hiſtoire de l'ancien & du nouveau
Testament , qui prétoient le plus
à ſon gré à la morale , à l'agrément , &
peut- être auſſi à la fingularité des perſonnages
, pour amuſer le peuple & attirer
un concours conſidérable d'étrangers
pour voir la Fête- Dieu , en quoi il a par
faitement réuſſi.
La Science du Bon-homme Richard , ou
Moyen facile de payer les Impôts , traduit
de l'Anglois. A Philadelphie ; & fe
trouve à Paris , chez Ruault, Libraire ,
:
•
G5
10б MERCURE DE FRANCE.
Rue de la Harpe. 1777. in - 12 Prix,
I liv. 4 f.
Cet Ouvrage, auſſi court qu'excellent ,
eſt du petit nombre de ceux auxquels
on peut donner la qualification d'Aureum
Libellum. On aſſure que c'eſt le célebre
Docteur Francklin, qui s'y cache ſous
le maſque du Bon- homme Richard , faiſeur
d'Almanachs , très - connu , dit - on ,
dans une autre partie du monde , pour
donner à ſes compatriotes des leçons ausſi
ſenſées qu'utiles de philofophie économique
, dont il n'y a aucune Société
policée qui ne puiffe & ne doive même
profiter. Il eſt difficile de renfermer dans
auſſi peu de pages , un plus grand nombre
de vérités importantes. Les moyens
faciles que propoſe le bonhomme Richard
pour payer les impôts , & en mêmetemps
pour vivre dans l'aiſance & le contentement
, font , la vigilance , l'ordre ,
l'économie & la tempérance; moyens bien
ſimples , & qui cependant avoient échappé
à tous les faiſeurs de projets ſur les
impôts.
*Le bonhomme Richard , pour mieux
mettre ſa Science à la portée de tous ceux
à qui elle peut fervir , afſaiſonne fa moNOVEMBRE
. 1777. 107
rale de proverbes & de ſentences , qu'il
applique à tous ſes préceptes , & l'application
en eſt toujours juſte & frappante.
Nous allons en donner quelques exemples.
" S'il y avoit un Gouvernement qui obligeât
les ſujets à donner régulierement
la dixieme partie de leur temps pour fon
ſervice , on trouveroit aſſurément cette
condition fort dure ; mais la plupart d'entre
nous font taxés , par leur pareſſe,
d'une maniere beaucoup plus tyrannique.
Car , ſi vous comptez le temps que vous
paſſez dans une oiſiveté abfolue , c'eſt- àdire
, à ne rien faire , ou dans des diffipations
qui ne menent à rien , vous trouverez
que je dis vrai. L'oiſiveté amene avec
elle des incommodités , & raccourcit fenſiblement
la durée de la vie. ,, L'oiſiveté ,
,, comme dit le bonhomme Richard ,
reſſemble à la rouille , elle uſe beau-
,, coup plus que le travail; la clef dont
" on ſe ſert, eſt toujours claire. "
Courage donc , & agiſſons pendant
que nous le pouvons ; moyennant l'activité
, nous ferons beaucoup plus , avec
moins de peine. ,, L'oiſiveté , comme dit
و د
le bonhomme Richard, rend tout dif-
„ ficile ; l'induſtrie rend tout aiſé; celui
„ qui ſe leve tard, s'agite tout le jour ,
108 MERCURE DE FRANCE.
i
و” &commence àpeine ſes affaires, qu'il
eft déjà nuit. La pareſſe va fi lentement,
,, comme dit le bonhomme Richart, que
ود
و د
و د
L. la pauvreté l'atteint tout d'un coup':
,, pouſſez vos affaires , comme il dit en-
,, core , & que ce ne ſoit pas elles qui
vous pouſſent. Se coucher debonneheure
& ſe lever matin , ſont les deux
meilleurs moyens de conſerver ſa ſan.
té , ſa fortune & fon jugement.
و د
"
و د
و د
Mais , indépendamment de l'induſtrie,
il faut encore avoir de la conſtance , de
la réſolution & des ſoins. Il faut voir ſes
affaires avec ſes propres yeux , ne pas
trop ſe confier aux autres. ,, Car , comme
dit le bonhomme Richard, je n'ai ja
mais vu un arbre qu'on change fou-
,, vent de place, ni une famille qui dé-
و د
و د
" ménage ſouvent , proſpérer autant que
,, d'autres qui ſont ſtables." Trois déménagemens
font le même tort qu'un
incendie ; il vaut autant jeter l'arbre au
feu , que de le changer de place. Gardez
votre boutique , & votre boutique
vous gardera. Si vous voulez faire votre
affaire , allez - y vous même; ſi vous voulez
qu'elle ne ſoit pas faite, envoyez - y.
Pour que le laboureur profpere, il faut
qu'il conduiſe ſa charrue , ou qu'il la
NOVEMBRE. 1777 109
tire lui - même. L'oeil d'un maître fait
plus que ſes deux mains. Le défaut de
ſoins fait plus de tort que le défaut de
ſavoir. Ne point ſurveiller aux journaliers
, eſt la même choſe que livrer ſa
bourſe à leur difcrétion. Le trop de
confiance dans les autres eſt la ruine de
bien des gens. Car , comme dit l'Almanach
,,, dans les affaires de ce monde ,
ce n'eſt pas par la foi qu'on ſe ſauve ,
و ر
c'eſt en n'en ayant pas.
و د
رو C'en eſt aſſez , mes amis , fur l'induſtrie
& fur l'attention que nous devons
donner à nos propos affaires ; mais ,
après cela, nous devons avoir encore la
tempérance , ſi nous voulons afſurer les
fuccès de notre induſtrie. Si un homme
ne fait pas épargner en même temps qu'il
gagne , il mourra ſans avoir un fol, après
avoir été , toute ſa vie , collé ſur ſon
ouvrage. Plus la cuiſine eſt graſſe ,
dit le bonhomme Richard , plus le testament
eſt maigre. " Bien des fortunes
ſe diſſipent en même temps qu'on les
gagne , depuis que les femmes ont négligé
les quenouilles & les tricots pour
la table à thé , & que les hommes ont
quitté pour le punch , la hache & le marteau.
" Si vous voulez être riche , dit- il ,
"
1
110 MERCURE DE FRANCE.
dans un autre Almanach, n'apprenez pas
ſeulement comment on gagne ; fachez
auſſi comment on ménage. " Les Indes
n'ont pas enrichi les Eſpagnols, parce que
leurs dépenſes ont été plus confidérables
que leurs profits.
"
"
Le bon-hommeRichard nous prévient
prudemment que l'orgueil de la parure
eſt un travers funeſte. Avant de confulter
votre fantaiſie , conſultez votre bourſe.
L'orgueil eſt un mendiant qui crie auffi
haut que le beſoin , mais qui eſt infiniment
plus infatiable. Si vous avez acheté
une jolie choſe , il vous en faudra dix
autres encore , afin que l'aſſortiment
foit complet ; car , comme dit le bonhomme
Richard , il eſt plus aisé de
réprimer la premiere fantaiſie , que de
fatisfaire toutes celles qui viennent enſuite.
" Il eſt auſſi fou au pauvre de vouloir
être le ſinge du riche , qu'il étoit à la
grenouille de s'enfler pour devenir l'égale
du boeuf. Les gros vaiſſeaux peuvent risquer
davantage; mais il ne faut pas que
les petits bateaux s'éloignent jamais du
rivage , les folies de cette eſpece font
bien tôt punies; car , comme dit le bonhomme
Richard , la gloire qui dîne de
P'orgueil , fait ſon ſouper du mépris. "
وو
و د
NOVEMBRE. 1777. I
۱
Et le bon - homme dit encore ailleurs : ,, la
,, gloire déjeune avec l'abondance , dine
,, avec la pauvreté , & ſoupe avec la honte."
و د
On a joint à ce petit Ouvrage : 10. l'Interrogatoire
que M. Franklin ſubitau mois
de Février 1776 , devant le Parlement
d'Angleterre ; 2°. la conſtitution de la République
de Penſylvanie, telle qu'elle a été
établie par la Commiſſion générale de Philadelphie
, au mois de Juillet 1776; 30.
l'interrogatoire de M. Penn , à la Barre
du Parlement , au mois de Novembre de
la même année. Ces trois Pieces , qui ont
déjà paru en différens temps dans les Papiers
publics , ſont très-intereſſantes pour
tous ceux qui veulent ſe mettre au fait de
ce qui concerne l'AmériqueSeptentrionale.
Loiſirs de Libanius , Poëme philoſophique ;
par M. Ducloſel d'Arnery , Ecuyer. A
Londres ; & à Paris , chez Cailleau , Im
primeur - Libraire , rue Saint- Séverin.
Il y a peu d'apparence qu'il exiſte d'original
de ce Poëme, encore moins que ce
foit une production du fameux Libanius ,
1 نا
u
112 MERCURE DE FRANCE.
pt.
Sophiſte d'Antioche , Contemporain &
ami de l'Empereur Julien. On ne donne
d'ailleurs d'autre indication là -deſſus , que
ce laconique avertiſſement. ,, Il paroît que
, Libanius s'étoit permis d'imiter Proper-
,, ce, Juvenal & Perſe : on a cru devoir
,, indiquer les ſources dans lesquelles il a
,, puiſé. " Ce qui veut dire vraiſemblablement
que M. Ducloſel d'Arnery a emprunté
quelques endroits de ces Poëtes
Latins , qu'il a cités au bas des pages de
fon Poème. Il y en a auffi de Catulle &
de Valérius - Flaccus.
Quoi qu'il en ſoit , le Poëte ſe transporte
dans l'Antiquité ; &, d'un ton vraiment
philofophique, parcourt ſucceſſivement
différens objets , tels que la vanité
des richeſſes , des honneurs &du pouvoir ,
l'ignorance de l'homme ſur ſon eſſence,
fur celle de l'Univers qu'il habite , & für
les ſecrets de la Nature ; ignorance qui
étoit encore plus grande au temps où l'on
fuppoſe cet Ouvrage écrit. Il finit par une
fortie contre les Tyrans & les Guerriers
ſanguinaires.
Nous allons citer quelques morceaux
de ce Poëme , pour donner une idée du
ſtyle. On y reconnoîtra de la nobleſſe,
de
4
NOVEMBRE. 1777. 113
de la facilité , & quelquefois de l'harmonie.
Le jour fuccede au jour , & la ſource féconde
Voit à la fois renaître & ſe perdre ſon onde ;
Les frinats ont un terme , & bientôt au vallon
Flore rend ſon email flétri par l'aquilon ;
Mais la nuit de la mort eſt la nuit éternelle.
Envain , belle Euridice , un tendre époux t'appelle ;
Envain il te ramene aux bords de l'Acheron ;
- Nul mortel , ne revient du ſéjour de Pluton ;
Nul ne fort de ſa tombe; & la parque inflexible
Ne ranime jamais notre cendre inſenſible.
Prévenons le ſommeil de cette affreuſe nuit ;
Arrêtons , s'il ſe peut , le moment qui nous fuit.
i
Quel est cet Univers , & que ſuis-je moi-même ?
Eſt-il un premier Etre , un Arbitre fupreme ,
Un Souverain des Rois , tout-puiſſant , éternel ,
Un ſeul Dieu , Créateur de la Terre & du Ciel ,
Qui commande aux Saiſons , tonne dans les nuages ,
Brille dans le Soleil , vit dans tous ſes Ouvrages ;
Et ces différens Dieux ſur la Terre adorés ,
Seroient- ils de vains noms par l'erreur conſacrés ?
Quelle eſt l'impulſion dont la force inviſible
Augmente au même inſtant le progrès inſenſible
H
114 MERCURE DE FRANCE.
Du flambeau de la nuit & de reflux des mers ?
Quelle cauſe au même ordre aſſervit l'Univers ,
Répand fur nos jardins le doux parfum des rofes ,
Le miel ſur le bouton des fleurs à peine écloſes ,
Dans les flancs déchirés du rocher écumant ,
Fait retentir des flots le long mugiſſement ,
Et porte dans la plaine , autrefois inondée ,
L'arbre chargé de fruits , la tige fécondée ;
:
Eſt-il un Prométhée & des Géans rébelles ,
De l'éternel courroux victimes éternelles ?
Dois-je croire au Tartare , aux vautours d'Alcmeon ;
A la foif de Tantale , aux ombres d'Ision ?
Non , je redoute peu l'indomptable Cerbere
L'ardente Tiſiphone & la pâle Mégere ,
Mais l'Univers annonce un Mafire à l'Univers ,
Le tyran ſur le Trône , un vengeur aux Enfers.
Puiſſant Pere des Dieux ! dans le ſein du coupable ,
Hate toi de plonger ton glaive redoutable ;
Que dis-je , pour punir ces brigands couronnés ,
Montre la bienfaiſance à leurs coeurs étonnés ;
Montre leur de Numa la Statue adorée ,
Et des Tarquins proſcrits la mémoire abhorrée.
Qu'en proie au noir ſoupçon , à la crainte , au remord,
Ils déteſtent la vie & redoutent la mort.
NOVEMBRE. 1777:. 11ς 1
La fin de ce dernier morceau , eſt une
imitation libre de ces beaux vers de
Perfe:
Magne Pater Divam , ſavos punire tyrannos,
Haud alid ratione velis , cum dira libido
Moverit ingenium ferventi tincta veneno ;
Virtutem videant , intabefcantque reliftd.
! :
;
Les Plaisirs de Campagne , ou les Plaisirs
variés , Comédie en un Acte & en
Profe ; par M. de V *** , Avocat au
Parlement. A Paris , de l'Imprimerie
de Quillau , rue du Fouarre , près la
Place Maubert. 1777 , in-8 °.
Cette petite Comédie paroît n'être
qu'un amuſement de Société. Il y a peu
d'intrigue & de ſituations neuves ou
theatrales ; mais la facilité & la rapidité
du ſtyle & du Dialogue , annoncent
qu'elle a coûté fort peu de travail à l'Auteur
; & qu'il feroit très-en état, en s'en
occupant plus ſérieuſement , de produire
quelque Ouvrage Dramatique plus confi-
६
H2
1: 6 MERCURE DE FRANCE.
dérable & plus intéreſſant. Celui - ci ſe
rapproche aſſez du genre des petits Drames
connus ſous le nom de Proverbes.
Le Héros de la Piece eſt un M. de la
Pépiniere , riche Particulier , poſſeſſeur
d'une maiſon de Campagne à quelques
lieues de Paris , dans laquelle l'Auteur
place la Scene. Le caractere de ce M. de
la Pépiniere ; entiché de la manie du jardinage
, eſt comique &bien ſaiſi , & fait
à-peu près tout le ſujet de la Comédie.
Un Préſident, un Comte , & leurs épouſes
, amis & amies de M. & de Madame
de la Pépiniere , viennent jouir chez eux
des plaiſirs de la Campagne. Un jeunehomme
nommé Eraſte , amoureux de la
fille de M. de la Pépiniere, ſe fait annoncer
chez lui en qualité de Marquis
de Sardan , & d'Amateur du jardinage ,
ſous prétexte de voir fon jardin , mais
en effet pour faire connoître fon amour.
M. de la Pépiniere , qui s'occupe fans
ceſſe autour de ſes arbriſſeaux , & ne
laiſſe rien faire à ſon Jardinier , fait , en
veſte blanche , les honneurs de fa maiſon.
Toute la Compagnie ſe raſſemble. Le
Comte de Bruyancour , un des amis
du Jardinomane , ſe trouve être l'oncle
!
NOVEMBRE. 1777. 117
d'Eraſte , qui profite de cette favorable
circonſtance pour ſe déclarer. On confent
à lui donner Angélique , à laquelle il
avoit déjà trouvé l'occaſion de ſe faire
connoître , & de plaire.
Les Aventures de Télémaque , fils d'Ulyse
; par feu Meſſire François de
Salignac de la Motte Fénélon , Précepteur
de Meſſeigneurs les Enfans de
France , & depuis Archevêque - Duc
de Cambrai , Prince du Saint-Empire ;
&c. Livre VIIe , mis en Vers par
M. H. F. Pelletier , dédié au Roi , &
qui a été préſenté , par l'Auteur , à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
A Paris , chez la veuve Duchefne &
le Jay , LLiibbrraaiirreess ,, rue S. Jacques.
Prix , I liv. 4 f.
:
L'Auteur regarde le Télémaque comine
l'un des meilleurs Livres de morale que
l'on puiſſe mettre entre les mains des
jeunes gens: mais pour qu'ils puiffent retenir
plus facilement les beaux préceptes
:
- H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
de Mentor , il a entrepris de mettre cet
Ouvrage en vers. Il a fait imprimer le VII.
Livre ſeulement, afin que le Public juge
ſi ſa Poëſie ſera plus favorable à ſa mémoire
, que la proſe harmonieuſe de
l'illuſtre Fénélon. Nous ne ferons que
citer quelques - uns de ſes vers. Si , d'après
leur lecture , on veut ſe faire inſcrire
chez lui , M Pelletier demeure
rue neuve de Richelieu , au coin de la
rue de la Harpe. Il ne recevra point
d'argent , mais ſeulement les noms des
perſonnes qui defireront avoir l'Ouvrage
entier.
C'eſt ainſi que Mentor parle à Télémaque
, pour le détourner de ſa funeſte
patſion pour Eucharis.
P
•
TÉLÉMAQUE.
•
:
Voilà , pour Eucharis , quels font mes sentimens.
Un feul adieu , Mentor , je pars en ces momens.
:
1
1
NOVEMBRE. 1777. 119
ΜΕΝΤOR.
O ! repliqua Mentor , o quelle erreur extrême !
Dans votre égarement , vous comptez ſur vous - même,
En vous , ſi fortement agit la paſſion ,
Que vous n'en ſentez pas l'ardente impreſſion.
Etrange aveuglement ! homme foible & fragile 1
Vous demandez la mort , & vous croyez tranquille !
Quoi ! ne pouvant quitter votre Nymphe en ce jour ,
Vous croyez votre coeur inſenſible à l'amour ?
Vous la voyez par - tout , & vous n'entendez qu'elle ;
Tout autre , maintenant , vainement vous appelle.
Celui qui dans la fievre a le transport affreux ,
Dit qu'il n'eſt point malade , & qu'il ſe trouve heureux.
Un jour vous devez voir , aveugle Télémaque !
Ulyffe & votre Mere , au Royaume d'Ithaque ;
Vous y devez regner. Les Mattres des Humains
Vous ont promis la gloire & les plus grands deſtins.
Tout prêt à rejeter leur faveur desirable ,
D'en connottre le prix vous étiez incapable ;
Vous renonciez à tout ; vous braviez le mépris
Pour vivre ſans honneur avec votre Eucharis.
1
Lorsqu'à tous vos devoirs votre amour vous arrache ,
Direz-vous qu'Eucharis n'a rien qui vous arrache ?
Pourquoi voulez- vous donc deſcendre chez les morts ?
H 4
120 MERCURE DE FRANCE
Et devant Calypso , d'où venoient vos tranſports
Ne craignez point qu'ici , blamant votre foibleſſe ,
J'imprime à votre front la honte & la triſteſſe.
Mon coeur qui vous chérit , déplore en ce moment
L'ivreſſe de votre ame & votre aveuglement.
Craignez vos paſſions , redoutez - en la ſuite ;
Pour furmonter l'amour , il faut prendre la fuite ;
Les combats avec lui ſont des combats honteux ;
Et qui fait mieux le fuir eſt le plus courageux.
Les ſoins que j'ai pour vous pris depuis votre enfance;
Des périls évités toujours par ma prudence ;
Mon amitié pour vous , mon zele , mon ardeur ;
Ces choſes ſont , ſans doute , encor dans votre coeura
Croyez donc les conſeils qu'un tendre ami vous donne,
Ou fouffrez aujourd'hui que je vous abandonne .
Votre tourment m'accable; il déchire mon coeur.
Vous ignorez , hélas ! l'excès de ma douleur.
Vous ne concevez pas la cruelle ſouffrance ,
Les maux que près de vous m'a coûté mon filence.
Dans les vives douleurs de ſon enfantement ,
Votre mere , fans doute , eut un moindre tourment
Succombant au chagrin , ma mort étoit prochaine ;
Etouffant mes ſoupirs , j'ai dévoré ma peine.
Je voulois voir encor ſi , pour moi , votre amour.
S'annonceroit enfin par un heureux retour.
NOVEMBRE. 1777. 121
Omon fils ! mon cher fils ! mon unique eſpérance ;
Cent fois plus cher pour moi que ma propre exiſtance ,
Soutenez ma vieilleſſe , & foulagez mon coeur ;
Rendez-moi Télémaque , & faites mon bonheur.
Faites luire à mes yeux une vertu ſupreme ;
Rendez-vous à l'honneur , rendez-vous à vous-même.
Si la ſageſſe en vous peut furmonter l'amour ,
Je redeviens heureux , & je revois le jour :
Mais trahiſſant l'honneur , ſi l'amour vous enivre ,
C'eſt fait de votre ami , Mentor ne peut plus vivre.
ז
Le Chrétien fidele à ſa Vocation , ou Réflexions
fur les principaux Devoirs du
Chrétien , diſtribuées pour chaque jour
du mois , & utiles pour les retraites ;
avec le Tableau d un vrai Chrétien ,
compoſé de paſſages choiſis des Saints
Docteurs de l'Eglife : nouvelle édition ,
revue , corrigée & augmentée. A Paris
, chez Fugene Onfroy , Libraire ,
à l'entrée du Quai des Auguſtins , près
le Pont S. Michel , au Lys d'or , in - 12 ,
rel. 2 liv.
L'uſage & l'utilité d'un pareil Ouvrage
, fait pour l'édification des Fideles ,
ſont ſuffisamment indiqués par le titre.
On avertit que dans cette nouvelle édi-
}
H5
122 MERCURE DE FRANCE .
i
tion , on a ajouté des Titres ou Sommaires
à la tête de chacun des trois Paragraphes
qui partagent les Réflexions de
chaque jour; & qu'on a mis à la ſuite de
la Priere , un texte des Divines Écritures
propres à rappeler l'objet des précédentes
Réflexions.
Apologie de Shakespéar, en réponſe à la critique
de M. de Voltaire, traduite de
l'anglois de Madame Montagu. A Londres
; & ſe trouve à Paris , au grand Corneille
, rue S. Jacques ; & chez Mérigot
le jeune , quai des Auguſtins ; in - 8 °.
L'originalité eſt ſans doute un précieux
avantage ; l'Ecrivain qui le poſſede paſſe
à la poſtérité , & laiſſe bien loin derriere
lui ſes Imitateurs , à quelque degré de perfection
qu'ils aient porté l'art par leurs
travaux Le génie invente , l'art travaille
& perfectionne On a toujours accordé
au Pere du Théâtre Anglois , les prérogatives
de l'originalité & du génie; & fi
l'on ſe contentoit de dire qu'elles éclipſent
ſes défauts , ou que du moins elles
les compenfent, ce jugement ne feroit
NOVEMBRE. 1777. 123
1
pas tout à fait contredit; mais les Anglois
ont donné dans tout l'excès de l'enthouſiaſme.
Ils ont voulu préſenter leur
Poëte comme un modele accompli , &
transformer ſes écarts les plus manifeftes ,
quelquefois les plus entravagans , en mer
veilles d'un génie créateur , ou les excufer
fous le nom de licences d'un grand
Maître. Les bons eſprits ne ſe laiſſent pas
aller aux préventions ; les vrais critiques
prennent la balance & jugent. Madame
Montagu , après tant d'autres , a entrepris
d'apprécier Shakespear; mais elle ne s'eſt
pas dépouillée de ſon entouſiaſme, qui ne
lui permettoit que quelques obſervations,
& qui lui en interdiſoit un grand nombre
d'autres . :
Il ne faut pas s'imaginer , comme on
pourroit le faire, à l'inſpection du tître ,
que cet ouvrage eſt récent , & qu'il n'a
été compoſé que pour répondre à la famouſe
lettre de M. de Voltaire , lue á
Académie Françoiſe dans la féance de
la S. Louis de l'année derniere. Cette
lettre a ſeulement donné lieu à la traduction
: l'apologie de Shakeſpéar eſt anté-
Tieure de pluſieurs années. Elle contient
une introduction , où l'on apprend qu'en
offet Madame Montagu , lorſqu'elle a
124 MERCURE DE FRANCE.
pris la plume , y a été excitée par l'humeur
que lui avoient inſpirée quelques
critiques de Shakeſpéar en général , & M.
de Voltaire en particulier. Cette introduction
eſt ſuivie d'un traité ſur la poëſie
dramatique, ſur le drame hiftorique , de
réflexions ſur les deux pieces intitulées
Henri IV, d'une differtation ſur les êtres
furnaturels , & fur l'uſage qu'on en peut
faire dans les repréſentations théâtrales ;
ſur la Tragédie de Macbeth , le Cinna de
Corneille , le Jules - César de Shakeſpéar ,
&celui de M. de Voltaire : Madame Montagu
avoit auſſi fait des obſervations ſur la
Tempête , piece qu'on regarde comme cel
le dans laquelle le Poëte Anglois a déployé
avec le plus de force , ſes talens inventifs
mais le Traducteur les a omiſes.
",
On ne peut refuſer de juſtes éloges à
Madame Montagu ; ſon ouvrage en général
eſt bien fait ; il intéreſſe par pluſieurs
réflexions folides , & quantité de critiques
judicieuſes ; mais il y regne beaucoup d'en
gouement , fi nous pouvons nous exprimer
ainfi , & fur - tout un certain ton de haus.
teur nationale qui indiſpoſe. S'il faut l'en
croire , ſa Nation eſt la ſeule qui connoisſe
le ton, les moeurs , les convenances de
tous les Perſonnages que l'Antiquité peut
:
NOVEMBRE. 1777 125
مت
fournir au Théâtre ; de forte que quand la
la ſcene eſt à Athènes , à Sparte , à Rome ,
en Perſe , le Spectateur Anglois s'y transporte
, & n'eſt ſatisfait qu'à proportion de
ia vérité avec laquelle les Objets & les
Perſonnages de ces temps & de ces lieux
lui font offerts. Par tout ailleurs , infinue
Madame Montagu, il n'y a que quelques
Eccléſiaſtiques , quelques Lettrés , quelques
Académiciens familiariſés avec les écrits
anciens , qui ſoient initiés à ces connoiſſances.
Le gros de la Nation , qui ne
fait point quels doivent être les Grecs ou
les Romains , les Aſiatiques ou les Scythes
, les prend comme on les lui donne.
D'après cela tous les Anglois , ou du
moins preſque tous , font des Savans.
Madame Montagu , en exaltant Shakespear
, ne perd pas l'occaſion de rabaiſſer
tous ſes rivaux , Anglois ou étrangers ;
c'eſt fur- tout contre Corneille qu'elle exhale
le plus de bile : Corneille , qui paſſe
pour exceller dans le coſtume dramatique ,
Ice Corneille , plus Romain que les Romains
même , n'eſt à ſes yeux qu'un Romancier
dans le genre de la Calprenéde &
de Scudéry. Les Horaces , dit-elle , dans
126 MERCURE DE FRANCE.
!
: :
les diſcours qu'ils adreſſent au Roi , ſont
auſſi humbles , auſſi ſouples que les Courtiſans
de Louis XIV. Théſée n'eſt qu'un
Berger langoureux. Pluſieurs des plus
grands Hommes de l'antiquité , & même
des Héros fabuleux , dont l'époque remon,
te aux temps où les moeurs étoient encore
les plus fauvages , ne ſont produits ſur le
Théâtre François que ſous cette forme
efféminée. Le Poëte cherche quelquefois
à illuſtrer ſa piece du nom d'Hercule; mais
par malheur il lui arrache ſa maſſue pour
ne montrer que le fuſeau au Spectateur ,
&c. Il eſt certain' que voilà la premiere
fois que nous avons vu trouver l'air Fran
çois à Horace.
De Corneille , Madame Montagu paſſe
å ſon illuſtre Commentateur ; on fait que
M. de Voltaire a apprécié Shakeſpéar ,
qu'il en a parlé en homme de génie , mais
dont le goût eſt très - délicat; il eſt tout
fimple que des Anglois enthouſiaſtes ne lui
pardonnent pas ſes jugemens. Nous ne
nous arrêterons pas à ces détails , que l'on
ne doit attribuer qu'à l'humeur de l'amour
propre offenſé. Nous indiquerons de pré
férence quelques obſervations qui feront
plaifir.
NOVEMBRE. 1777. 127
نو
Les ſujets tirés de l'Hiſtoire de la
Grece , doivent offrir les moeurs Grec-
→ ques ; ce n'eſt point affez qu'Agamemnon
ſoit repréſenté comme un Roi &
un grand Général; cela ne le diftingue
pas de Gustave-Adolphe: il faut qu'il
penſe & qu'il s'exprime comme un
Roi & un Général Grec, lorſqu'il veut
facrifier ſa fille à Diane. Si Shakespéar
, dans la mort de Jules - César ,
n'avoit pas peint les Romains tels qu'ils
étoient, Brutus ne paroîtroit qu'un dé-
• teſtable aſſaſſin; au lieu qu'il a l'art de
le faire enviſager comme le vengeur de
ſa Patrie. Il en eſt de même du Caton
d'Addiſſon ; il paroſtroit un fou de ſe
tuer , parce qu'il y avoit apparence que
Cefar deviendroit Dictateur perpétuel ;
il falloit tirer cette réſolution du fond
de fon ame Romaine. Pourquoi habil.
le - t- on les Héros ſuivant le coſtume ?
C'eſt qu'ils paroîtroient ridicules avec
des habits modernes Ne le font- ils pas
plus avec nos moeurs & nos difcours ?
On impoſe ſéverement aux Peintres cette
loi du coftume , quoiqu'ils n'offrent
que des figures muettes ; & l'on en dispenſe
ceux qui veulent peindre l'ame &
Je caractere ! Voilà des contradictions
128 MERCURE DE FRANCE.
1
dont la conduite des hommes fourmille ;
mais il ne faudroit pas du moins qu'elles
ſe trouvaſſent chez ceux qui s'érigent en
Léginateurs du Théâtre , en arbitres du
goût. Le Poëte Anglois ne ſavoit pas
autant de regles qu'eux , mais il puiſoit
dans la ſource d'où fortent toutes les bonnes
regles , dans la nature.
Ces obſervations font en général celles
d'un eſprit qui voit bien ; mais voit - il
de même , quand il en fait l'application ?
Cette production curieuſe peut donner
une idée du degré d'enthouſiaſme que
Shakeſpéar a inſpiré aux Anglois ; ce
qu'il y a de plus fingulier, c'eſt qu'il
ſubſiſte à ce point , 261 ans après ſa mort ;
peut- être s'eft - il oppoſé juſqu'à préſent
& s'oppoſera - t - il toujours à la perfection
du Théâtre Anglois. Le génie hardi
, mais fauvage qui l'a créé , ſemble
avoir circonfcrit la carriere d'où ſes ſucceſſeurs
n'ofent pas fortir. Il nous rappelle
Hercule poſant les bornes du monde,
& les fiecles qui ſe ſont écoulés avant que
les Navigateurs timides aient ofé entre .
prendre de les paſſer.
1
Entretiens
-
NOVEMBRE. 1777. 129
Entretiens fur l'état de la musique Grecque
, vers le milieu du quatrieme fiecle ,
avant l'Ere vulgaire ; grand in 8°. de
110 pag. Prix , I liv. 10 f. broché.
A Paris , chez les freres Debure , Libraires.
1777.
On ſuppoſe qu'un étranger , qui ſe
trouvoit à Athenes vers l'an 360 avant
Jésus-Chriſt , rend compte , dans ce petit
Ouvrage , des deux inſtructions qu'il avoit
eues fur la Muſique avec un Diſciple
de Platon. Pluſieurs raiſons ont engagé
l'Auteur à choiſir cette époque, Les Athéniens
n'avoient jamais été ſi éclairés : il
s'opéroit une révolution éclatante dansla
Muſique. Platon , Ariftote , Ariftoneme ,
vivoientdans ce ſiecle. Les deux premiers
ont parlé de cet Art en Philoſophes :
le troiſieme en a donné la théorie, Ainſi
le premier entretien roule ſur la partie
technique de la Muſique. On y developpe
tous les élémens de la Muſique proprement
dite , ſavoir , lefon , les intervalles ,
les accords , les genres , les modes , le
rithme. En finiſſant l'explication de ce
dernier article , l'Auteur obſerve qu'il
n'eſt point de mouvemens dans la nature
&dans nos paffions , qui ne retiennent
I
130 MERCURE DE FRANCE.
५
dans les diverſes eſpeces de rythmes ,des
mouvemens qui leur correſpondent , &
qui deviennent leur image. Ces rapports
font tellement fixés , qu'un chant perd
tous ſes agrémens dès que ſa marche eſt
confuſe , & que notre ame ne redit pas ,
aux termes convenus , la ſucceſſion périodique
des ſenſations qu'elle attend.
La ſeconde collection roule ſur la partie
morale de la Muſique.
Il n'y a qu'une expreffion pour rendre
dans toute ſa force une image ou un ſentiment.
Elle excite en nous des émotions
d'autant plus vives , qu'elle fait retentir
dans nos coeurs la voix de la nature. D'où
vient que les malheureux trouvent avec
tant de facilité le ſecret d'attendrir & de
déchirer nos ames ? C'eſt que leurs accens
& leurs cris font le mot propre de
la douleur. Dans la Muſique vocale , l'expreſſion
unique eſt l'eſpece d'imitation
qui convient à chaque parole , à chaque
vers. Or , les anciens Poëtes , qui étoient
tout - à-la - fois Muſiciens , Philoſophes,
Législateurs , obligés de diſtribuer euxmêmes
dans leurs vers , la modulation
dont ces vers étoient ſuſceptibles , ne
perdirent jamais de vue ce principe. Les
paroles , la modulation , le rithme, ces
trois puiſſans agens dont la Muſique ſe
NOVEMBRE. 1777. 131
fertpour imiter , confiésà la mêmemain,
dirigeroient leurs efforts de maniere que
tout concourroit également à l'unité
d'expreffion.
CetOuvrageſefait lire avec intérêt , &
prouve dans l'Auteur autant de goût que
d'érudition.
Nouvelle Méthode pour les Changes de ta
France , avec toutes les places de ſa
correſpondance , contenant , 1º. les
nombres fixes pour tous les prix de
change dans le commerce , avec les
opérations faites par une ſeule multiplication
, & prouvées par la méthode
ordinaire; 2º. des nombres fixes
pour faire les eſcomptes des fous ,
par une feule multiplication depuis
un & demi pour cent , juſqu'à dix &
demi ; 3°. des nombres fixes pour
réduire les piaſtres d'Eſpagne & autres
matieres d'argent , au titre de 10 deniers
20 grains par une ſeule multi.
plication , avec des exemples des uns
&des autres par cette méthode abrégée
, & leurs preuves par la méthode
ordinaire; par M. Joſeph-René Ruelle
Arithméticien & teneur de Livres
à Lyon. Prix , 6 liv, broché. A Lyon ,
12
132 MERCURE DE FRANCE.
chez les freres Pétiſſe , Libraires ,
rue Merciere.
L'annonce de cet Ouvrageen fait ſentir
ſuffiſamment le plan & l'utilité. L'Auteur
eſt parvenu à compoſer des nombres
fixes pour opérer , par une ſeule multiplication,
les changes de la France avec
toutes les places de fa correſpondance ,
à tous les prix de changes qui font en
uſage dans le commerce. On trouve
dans ce recueil , non- feulement des nombres
fixes pour réduire l'argent de France
en monnoie étrangere , mais encore d'autres
nombres fixes pour réduire les monnoies
étrangeres en argent de France ,
avec les inſtructions néceſſaires pour opérer
les changes par cette nouvelle méthode.
Eloge historique de M. Venel , Profeſſeur
en Médecine dans l'Univerſité de
Montpellier , Membre de la Société
Royale des Sciences , Inſpecteur général
des Eaux minérales de France , qui,
ſera ſuivi d'un Recueil ou Précis de
ſes différens Ouvrages ; par M. JJ.
M... Docteur en Médecine de l'Univerſité
de Montpellier , &c. Broch.
\
NOVEMBRE. 1777. 133
:
de 78 pag. in-8°. Prix , I liv. 4 f.
A Grenoble , chez Cuchet , Imprimeur-
Libraire. A Paris, chez Nyon , Libraire
, rue St Jean-de-Bauvais.
L'éloge d'un Savant , eſt en mêmetemps
celui de la ſcience dans laquelle il
s'eſt diſtingué. M. Venel ſe renditrecommandable
par ſes profondes connoiſſances
en Médecine & en Chymie. C'eſt dans
cet éloge même qu'il faut lire le ſuccès
de ſes travaux & de ſes études , qu'il a
toujours rapportés à l'utilité de ſes concitoyens.
i
..
:
;
Hiftoriæ Græcorum , res memorabiles ex
Trogo - Juſtino , nec non Cornelio
Nepote collectæ : ad operis calcum acceſcêre
brevi & gallico fermone , quæ
à Scriptoribus Græcis traduntur de
Græcis primordiis ; quæ heroica tempora
funt appellata ,& Poëtarum commentis
intermixta ; ad ufum juventis.
Pariſiis , apud Nicolaum Ruault , Bibliopolam
, viâ citharea. 1777. Prix ,
relié en parchemin , I liv. 4 f.
!
Cet abrégé , en Latin , de l'Hiſtoire
Grecque , eft conduite juſqu'au temps
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
qu'Athenes paſſa ſous la puiſſance des
Romains; c'est-à-dire , lorſque la Grece ,
entiere fut réduite en Province Romaine.
C'eſt une lecture en même temps inſtructive&
am'uſante pour les jeunes gens qui
étudient la Langue Latine. Toute cette
Hiſtoire intéreſſante eſt diviſée en paras
graphes , qui forment autant de leçons
toujours remarquables par quelques faits
eſſentiels. On a mis à la fin de ce petit
Livre, un Sommaire en François, de
l'Hiſtoire des premiers temps de la
Grece,
Nouveau Plan d'éducation complette , ou
Didactique générale , où feront dé.
taillés les vices de l'éducation actuelle ,
avec les moyens de les rectifier , &
dans lequel ſe trouveront toutes faites
& prêtes à donner , les leçons
de toutes les différentes parties qui
peuvent entrer dans l'inſtitution la
plus ſuivie; Ouvrage utile , & mis
à la portée de tout le monde. Par
M. Carpentier , Maître - ès- Arts de
l'Univerſité , Profeſſeur public de
Langue Françoiſe, de Géographie &
de Belles-Lettres. Tome 1er in- 16.
Prix , I liv. 4 f. broché. A Paris,
1
NOVEMBRE . 1777. 135
chez Deſnos , Ingénieur , Géographe
& Libraire , rue St Jacques , au Globe.
Le premier Tome du nouveau plan
d'Education que nous venons d'annoncer
, comprend la Grammaire & la Syntaxe
Françoiſe , réduite en 120 petites
leçons miſes à la portée des enfans
du plus bas âge ; & 48 autres petites
leçons très faciles, pour ſervir d'introduction
, tant à la Géométrie qu'à la
Géographie , & même à l'Anatomie. Chacun
des tomes de cet Ouvrage , ainſi que
s'en explique l'Auteur lui-même dans un
avis , pourra être conſidéré comme un
petit Ouvrage ſéparé ; & il n'a appellé
celui ci premier , que pour indiquer
l'ordre dans lequel ces leçons doivent
être données aux enfans. Comme les
volumes ſuivans , ainſi que celui - ci ,
feront régulierement de 192 à 200 pages ,
l'Auteur donnera chaque fois une feuille
ſéparée de la Grammaire: de la Syntaxe
, de la Géométrie , de la Géographie
, &c. pour la commodité de ceux
qui voudront raſſembler de ſuite les leçons
concernant la même ſcience. Ces
leçons ſont écrites ſous la forme d'un
Dialogue clair & précis. Cet Ouvrage ,
14
136 MERCURE DE FRANCE.
par ce moyen , utile à la jeuneſſe , le fera
encore aux peres & meres , qui y trouveront
des leçons faciles pour s'aſſurer du
progrès de leurs enfans , ou leur enfeigner
les premiers élémens des connoiffances
utiles.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Monfieur , en rendant compte dans le ſecond Volumé
du Mercure d'Octobre , pag. 87 , de l'Eloge
du Chancelier de l'Hôpital , dont la deviſe eſt , Nec
vita animæque peperci , &c. vous avez cherché à
combattre la critique qui vous a avancé , que les
ames fortes ont un penchant naturel pour les opinions
hardies & dangereuses. Cette afſertion ſeroit
en effet dangereuſe elle-même , fi elle pouvoit
fignifier que les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions qu'il seroit dangereux pour
la Société de voir adopter par un grand nombre
d'hommes. Je puis auſſi vous aſſurer que ce n'eſt
point ce ſens coupable que l'Orateur a voulu faire
entendre comme je dois l'atteſter d'après lui-même .
Il ſeroit d'ailleurs autant abfurde qu'injuſte , d'adopter
une interprétation différente & éloignée de
celle qui ſe préſente naturellement. Cette phraſe ,
de la maniere qu'elle eſt placée , & fuivant les principes
de l'eſtimable Auteur du Difcours , veut feulement
dire que les ames fortes ont un penchant
NOVEMBRE. 1777. 137
naturel pour les opinions , qui expoſent ceux qui
les adoptent , à quelque danger. C'eſt une vérité
de fait trop confirmée par l'Hiſtoire , pour la nier ;
juftifiée d'ailleurs , dans ce même Difcours , par
l'exemple du Chancelier de l'Hopital , qui eut fou-
. vent la noble hardieſſe de s'expoſer à la haine de ſa
Nation pour la ſervir.
- Je ſuis , Monfieur , &c .
AVIS.
:
Madame la veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , fait une nouvelle
édition de la France Littéraire , qui paroîtra dans
le cours de Janvier prochain. C'eſt chez elle que
MM. les Gens de Lettres , & autres perſonnes intéreſſées
à l'exactitude des notices , ſoit des Auteurs
, foit des Ouvrages , font priés d'envoyer des
Notes détaillées de ce qui les concerne , & le plutôt
poſſible , afin, que les articles qui les intéresfent
, foient rédigés ou corrigés comme ils le defirent.
Deur négligence de fatisfaire à cette demande
, ſera ſeule la cauſe des fautes , mépriſes ou
omiſſions dont ils pourroient ſe plaindre.
A
I5
138 MERCURE DE FRANCE. 1
:
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Projet d'un Prix d'Agriculture , in- 12 ,
de 45 pages , petit caractere , avec
deux planches gravées ; chez Knapen
& Ruault , &c , prix 18 fols. 1777.
C'EST fans doute une propofition
faite à ces Citoyens généreux , qui ſe
font réunis pour diftribuer des encouragemens
pécuniaires aux Auteurs des inventions
, qu'ils reconnoîtront tendre à
perfectionner la pratique des Arts &
Métiers utiles ; & , certes, lepremier &
le plus utile des Arts, eſt celuide l'Agriculture.
L'Auteur invite à chercher une
machine qui n'exige ni plus de tems , ni
plus de frais que deux labours à la
charrue ordinaire,& qui puiſſe produire
l'effet d'un labour à la bêche. Il prétend
que , par le ſecours de cette invention ,
une partie des bonnes terres à froment ,
pourroit tous les ans rapporter du bled,
non ſeulement fans ſe détériorer , mais
même en s'améliorant. Il difcute les
4
NOVEMBRE. 1777. 139
1
objections qui pourroient lui être faites ,
& qu'il faut lire dans l'Ouvrage même ;
il entreprend de plus de montrer la facilité
& l'avantage de l'emploi de cette
machine ( à trouver) qui feroit tripler
la valeur de certaines fermes ſufceptibles
de la culture qu'il propoſe. Il parle
encore d'une pratique , qui feroit bien
auſſi une découverte nouvelle ; c'eſt de
ſemer du bled d'hiver au commence.
ament du printems , de le faucher ſouvent
dans l'été, ſans jamais lui laiſſer pouffer
ſon tuyau , & il aſſure que la plante ſe
conſervera mieux l'hiver que celle du
. bled ſemé en automne ; qu'elle donnera
d'auſſi bonnes récoltes l'année ſuivante ,
, & moins ſujette à verſer , parce que la
paille en deviendra plus forte. C'eſt aux
Amateurs de l'Agriculture , aux riches
Propriétaires , qui font valoir eux mê
mes leurs poffeffions, à faire de ſemblables
tentatives; & , d'après leurs expé-
• riences , les Laboureurs fauront bientôt
préférer les pratiques les plus fûres ;
mais c'eſt aux Génies inventifs & aux
Mécaniciens , à trouver la machine
qu'on defire : ce ſeroit donc alors une
charrue portée à ſa perfection , que l'Auteur
de ce projet voudroit nommer Bechar.
140 MERCURE DE FRANCE.
"
Nous penſons que cet Opufcule doit
intéreſſer les Curieux de la ſcience rurale
, & qu'il mérite des éloges.
L'Art des Langues , chez Louis Cellot ,
Libraire- Imprimeur , rue Dauphine.
Cet Ouvrage préſente un plan nouveau
pour apprendre la LangueLatine &
toute autre Langue vivante ou morte.
?
:
Il a pour baſe la manière dont les
hommes apprennent leur Langue naturelle
dans toutes les nations ; la Répétition
immenfément fréquente des mêmes mots
dans les mêmes circonstances.
Ce plan , quoique nouvellement publié,
a déjà été exécuté à l'égard d'un grand
nombre d'enfans , même d'une capacité
fort ordinaire : on leur fait lire douze
pages de latin tous les jours ; ce qui rend
aux Langues mortes l'avantage des Lan
gues vivantes. Il faut entendre l'Auteur
lui - même prouver & développer cette
apparence de paradoxe.
Il en montre la poſſibilité par le fait ,
entr'autres d'un enfant qui , à dix ans &
demi , ayant ſuivi cette méthode , avoit
lu , après les principes de Grammaires
de toutes les Langues, plus de deux volu
NOVEMBRE. 1777. 141
mes du Selecta latini fermonis exemplaria
, & Phèdre deux fois , Saluſte &
Florus en entier , les Eglogues de Virgi
le , les fix premiers livres de l'Enéïde ,
les trois premiers livres des Odes d'Horace
auſſi deux fois , & une fois ſeulement
les trois premiers livres de la
premiere Décade de Tite - Live.
Cet Ouvrage fait voir les défauts des
méthodes actuelles , qui conduiſent les
enfans fans aucun ordre ; auſſi leurs
travaux fourmillent-ils de fautes ; ce qui
nuit beaucoup à leurs progrès.
Dans le plan de l'Auteur , au contraire ,
les enfans ne peuvent , pendant toute
leur éducation , entendre une ſeule expreſſion
vicieuſe , aucun foléciſme , aucun
barbariſme ; mais , au - contraire ,
une Langue toujours pure , les exprefſions
des meilleurs Auteurs , des regles
miſes perpétuellement ſous leurs yeux ,
avec des exemples de la plus grande &
de la plus conſtante exactitude.
Cette méthode eſt déjà ſuivie au College
de la Fleche & dans pluſieurs éducations
particulieres ; elle épargne plus
de trois années d'étude : on ſe propoſe ,
même à la Fleche , de faire apprendre
fur le même plan l'Allemand & l'Anglois.
142 MERCURE DE FRANCE.
-
L'Auteur a adopté la deuxieme édi
tion d'une Grammaire latine qui paroît
en même tems chez le même Libraire ,
en quatre petits volumes. Le premier
donne les principes communs à toutes
les langues , ſous le titre d'Introduction
aux Langues. Le deuxieme contient la
forme des mots latins, ſous le titre de
Rudiment. Le troiſieme donne l'arrangement
des mots latins , ſous le titre
de Syntaxe. Le quatrieme indique la
manière de traduire le François en Latin,
ſous le titre de Méthode Françoise-Latine.
Il faut voir dans l'Art des Langues ,
avec quelle préciſion cette Grammaire
a été exécutée ſous tous ces points de
vue ; les nouvelles obſervations qui y
font répandues ſur la maniere d'appren
dre aux enfans chacune de ces parties
de Grammaire ; & les exercices propres
à ſe convaincre que les enfans les entendent
parfaitement , & qu'ils font en
état d'en faire uſage pour la traduction
de cette Langue. :
Chacune des quatre parties de la
Grammaire Latine ſe vend 12 fols. Les
quatre volumes reliés ſéparément en
carton , ſe vendent enſemble 2 liv. 8 f.;
NOVEMBRE. 1777. 143
& l'art des Langues , broché , I liv. 1o
fols .
Le même Libraire continue de vendre
l'Introduction aux Langues pour les enfans
ou pour les perſonnes d'un âge
plus avancé de l'un & l'autre sexe , qui ,
n'apprenant pas la Langue latine , ſont
curieuſes de bien lire &d'écrire correc
tement leur Langue naturelle. Relié en
carton , 12 fols.
Faſtes Militaires , ou Almanach des Chevaliers
des Ordres Royaux & Militairesde
France; & des Gouverneurs & Lieutenans
de Roi des Villes closes du Royaume ;
contenant , 10. le temps de leurs
ſervices , leurs grades actuels ou ceux
de leur retraite ; la date de leur réceptiondans
l'Ordre ,& le nombre des
affaires de guerre où ils ſe ſont trouvés
, le nombre & le genre de bleffures
qu'ils y ont reçues , ainſi que
les grâces qu'elles leur ont méritées
de la part du Roi ; avec des Notes
& des Anecdotes chronologiques &
hiſtoriques des actions glorieuſes des
Chevaliers de chaque Ordre. Dédié
à Monſeigneur le Comte de Saint-
Germain Miniftre , & deſtiné à ,
!
144 MERCURE DE FRANCE.
:
être préſenté au Roi & à la Famille
Royale , par M. de la Fortelle , Lieutenant-
de-Roi de la ville de Saint-Pierrele-
Moutier. Avec Approbation & Privilége
du Roi.
L'énoncé du titre de cet Ouvrage ,
ſuffit pour en démontrer l'utilité ; il n'y
a pas de Spectacle plus digne d'une Nation
vaillante & ſenſible, que le tableau
des Militaires qui concourent à ſa puiffance
& à fon éclat. Il manquoit depuis
trop long - temps à la Nation , un dépôt
d'Archives Militaires , où la Nobleſſe
pût conſigner & rendre publics & fes
ſervices , & les diſtinctions honorables
ou flatteuſes qui en ont été la récompenſe.
C'eſt ſous les auſpices d'un Souverain
chéri , & d'un Miniſtre ſage &
éclairé , que l'Editeur jouit aujourd'hui
de la fatisfaction de déployer fon zele
dans l'ouvrage qu'il conſacre à la gloire
de la Nation Françoiſe ,&qu'il lui offrira
régulièrement au renouvellement de chaque
année. 1
Il a l'honneur d'inviter MM. les Chevaliers
, Commandeurs , Officiers Généraux
, Gouverneurs , Lieutenans-de-Roi ,
&c.&c. de vouloirbien lui fairepaſſer , le
plus
4
NOVEMBRE . 1777. 145
plus promptement qu'il leur fera poſſible ,
la notice la plus exacte de ce qui peut
leur être particulier , relativement à cet
Ouvrage.
Il ſaiſit cette occafion de rendre publics
ſes remercimens à MM. les Maréchaux
de France , ainſi qu'à MM. les
Officiers Généraux & autres , qui ont
bien voulu l'honorer de leur fuffrage ,
en lui faifant paſſer leurs notices. Cette
marque de leur bienveillance eſt bien
propre à enflammer ſon zele.
Il faut adreſſer les envois, francs de
Port , à M. de la Fortelle , rue & vis-àvis
les Carmes , à Paris.
N. B. Quoiqu'on ait annoncé dans
le Profpectus , qu'on prioit les perſonnes
qui defireront cet Ouvrage , de ſe faire
infcrire chez M. Lambert , Imprimeur ,
rue de la Harpe, on n'a pas prétendu
gêner leurs diſpoſitions à cet égard: on
a ſimplement pris cette précaution pour
en tirer un nombre d'exemplaires ſuffifant
, & mettre le Public à portée d'en
jouir.
Trésor généalogique , ou Extraits des
titres anciens qui concernent les Mai-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
:
ſons & Familles de France & des en
virons , connues en 1400 ou auparavant
, dans un ordre alphabétique ,
chronologique & généalogique ; par
Dom Caffiaux , Religieux Benédictin ,
de la Congrégation de St Maur, réfidant
en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des-Prés , à Paris , Hiſtoriographe
de Picardie, Honoraire de
l'Académie Littéraire d'Amiens , Archiviſte
employé par le Roi , à la collection
des monumens hiſtoriques.
Dédié à la Reine, & préſenté au Roi
& à la Reine , le 28 Septembre 1777.
Tome premier, in 4º. A Paris , de
l'Imprimerie de Philippe-Denis Pierres,
Imprimeur du College Royal de
France , rue Saint-Jacques.
:
:
:
N. B. Quoique le temps fixé pour
les ſouſcriptions & inſcriptions auTréſor
généalogique ſoit paſſé depuis le 1er Septembre
1777 , on fera toujours à même
de ſouſcrire , ou de ſe faire infcrire
ſeulement pour les volumes à imprimer
, aux conditions portées dans le
Prospectus ; mais les volumes déjà imprimés
ne pourront être délivrés pour
ceux qui auroient négligé de ſouſcrire
NOVEMBRE. 1777. 147
ou de ſe faire inſcrire à la préſente
époque , qu'au prix de to liv. On fait
extraire tous les titres qu'on envoie ,
mais le port des lettres & paquets doit
-être affranchi.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage.
ACADÉMIES.
L
Extrait de la Séance de l'Académie des Scien
ces , Arts & Belles- Lettres de Dijon , du
22 Décembre 1776.
M. MARET, Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par l'annonce des ſujets
propoſés pour les prix de 1777 & 1778;
& s'attachant à expoſer les motifs qui
'ont déterminé l'Académie à demander
l'Eloge de Saumaiſe , il a dit :
و د
Claude Saumaiſe, que la Bourgo-
,, gne ſe glorifie d'avoir vu naître , dont
و د
l'Académie eſpere de placer quelque
,, jour le Buſte à côté de ceux qui
K2
48 MERCURE DE FRANCE.
décorent fon Sallon , vivoit dans les
,, premieres années du dix - septieme
fiecle.
و د
و د
و د
و د
و د
و د
" Ceux que le deſir de s'inſtruire
portoit à l'étude , étoient alors nécefſités
à puiſer les connoiſſances qui
leur manquoient , dans les Auteurs
Grecs , Latins , Syriaques , & même
Arabes. Les verſions différentes des
» manuscrits originaux , l'infidélité des
,, Interpretes avoient répandu ſur tous
les ſujets de littérature, ſur toutes les
ſciences , une obſcurité qui retardoit
les progrès de l'eſprit humain. L'art de
,, démêler la vérité à travers le cahos
,, que formoit ſon mêlange avec une
foule d'erreurs , étoit , à cette époque ,
auſſi important qu'il étoit difficile ,
& l'érudition étoit le premier mérite
d'un homme de lettres.
!
و د
"
ود
و د
وو
و د
"
"
"
"
و د
و د
و د
” C'eſt aux Erudits qui vivoient du
tems des François , des Henris , &de
Louis XIII , que la France eſt redevable
des grands Hommes qui ont illuftré
le fiecle de Louis XIV. Ils ont
amendé la terre qui , de nos jours ,
offre de toutes parts les plus riches
moiſſons & méconnoître les obligations
que la littérature & les ſciences
i
7
NOVEMBRE. 1777 . 149
ر د ,, ont à ces hommes laborieux , ce ſeroit
,, annoncer , ou bien peu de philoſo-
,, phie , ou bien peu de reconnoiſſance.
ر د
Saumaiſe fut un de ceux qui rendi-
,, rent les plus grands ſervices à la république
des lettres ; & fi une ſenſibilité
,, exceſſive , dont les moeurs du tems où
il vivoit , n'étoient pas capables de
و د
و د
و د
modérer les ſaillies, lui ſuſcita des
,, ennemis , ſon ſavoir immenſe , ſa
,, critique judicieuſe , ſon eſprit vraiment
philofophique , le placerent , de
l'aveu de tous ſes Contemporains , au
,, rang des Savans les plus dignes de
l'eſtime publique,
"
و د
و ر
:
و د
"
"
و د
و د
,, Quand , après plus d'un ſiecle , l'Académie
de ſa patrie réclame en ſa
faveur un honneur accordé à tant
d'hommes célebres , elle eſpere voir
entrer en lice ceux qui , libres de
,, ſuivre le penchant qui les porte à la
culture des lettres penfent affez noblement
, pour ofer avouer les obligations
qu'ils ont à leurs prédéceſſeurs ,
& que l'éloge de Saumaiſe fera fentir
le prix de l'érudition tropnégligée , &
même mépriſée de nos jours par beau-
,, coup de gens de lettres,tandis que fon
"
و د
د و
و د
و د
و د
و د
abus ſeul eft condamnable "
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
M. Maret a lu enſuite l'Hiſtoire Litté-
'raire de l'Académie pour l'année 1776,
qu'il a fait précéder du récit des événemens
heureux ou malheureux arrivés à
la Compagnie durant la même époque.
Parmi les premiers, il a rappelé que les
leçons de Botanique données depuis
quatre ans par M. Durande , Docteur
en Médecine , dans le jardin dont M.
Legoux de Gerland afait préſent àl'Académie
, ayant déjà commencé à réaliſer
en partie les eſpérances du Fondateurde
cette Société Littéraire , les deux nouveaux
Cours de Chimie & de Matiere
Médicale , dont elle s'eſt chargée , venoient
encore de ſuppléer en partię
l'enſeignement qu'auroit procuré en cette
Ville l'établiſſement d'une Univerſité
complette , établiſſement qui avoit été
long tems l'objet des voeux de M. Pouffier
, qui l'eſt encore de tous les bons
Citoyens , & dont l'accompliſſement
feroit d'autant plus defirable aujourd'hui
pour cette Ville & la Province , que
les ſecours vont y être multipliés , &
qu'on pourra plus facilement s'y procurer
toutes les eſpeces d'inſtructions. M.
Maret a encore compté, parmi les évé
nemens heureux de cette année , l'érec-
:
NOVEMBRE. 151 1 17776
tion d'un para-tonnerre placé ſur l'Hôtel
de l'Académie, par les foins généreux
de M. Dupleix de Bacquencourt (*).
L'Hiſtorien ne pouvoit oublier le don
⚫ qu'a fait à la Compagnie , S. A. S. Mgr.
le Prince de Condé , d'une grande quantité
de minéraux précieux , dont fon
Auguſte Protecteur a enrichi ſon Cabinet
d'hiſtoire naturelle, non plus que
le buſte de M. le Comte de Buffon ,
placé dans la Galerie patriotique , parmi
(*) Cette preuve de confiance dans les Conducteurs imagi
nés par le célebre Docteur Franklin , a déjà produit unepar
tie des effets que ce Magistrat Philosophe en attendoit.
L'exemple de l'Académic a été fuivi par M. de Morveau
Avocat-Général du Parlement , & Vice-Chancelier,de cette Société
Littéraire , par M. Saisy , un de ses Membres , & par
MM. les Magistrats & Chanoines de Semur- cn-Auxois. Le
premier en a fait placer un fur la maison qu'il habite : le
fecond, sur le clocher de l'Eglise Paroiſfiale de S. Philibert ;
& les autres , fur celui de la Collégiale de leur Ville.
C
Cetacemple le ſera bien-tot encore par M.le Comte de
Biffy , qui se propose d'élever un Conducteur ſur ſon Chdteau
, à Pierre ; par M. Thomaſſin , demeurant à Nuitz; &
par MM. les Fabriciers de l'Eglise S. Nicolas , à Dijon. 1
K !4
152 MERCURE DE FRANCE,
ceux des grands Hommes qui illuftrent
notre Province. Le Secrétaire a fait
encore mention d'une méridienne tracée
dans la Salle de ſes aſſemblées publiques
par M, Roger. Cette récapitulation a été
terminée par le récit des pertes que
l'Académie a faites dans les perſonnes de
trois de ſes Membres , M. de Clugny ,
Contrôleur - Général des Finances ; M.
Daubenton , Maire & Subdélégué de
l'Intendance à Monbar ; M. Venevault ,
Peintre , Aſſocié à l'Académie Royale
de Peinture.
Le premier , frappé à mort dès le
premier pas qu'il faiſoit dans la plus
brillante carriere , eſt tombé au moment
où ſon élévation le mettoit à portée de
ſignaler de plus en plus ſon zele pour le
progrès des Sciences , des Lettres & des
Arts. Illes avoit appréciés enPhiloſophe ,
en hommed'Etat,&les cultivoit par goût.
L'Académie de Marine reſtaurée à Breſt ,
ou plutôt créée par ſes ſoins , ſera un
monument durable des vues d'après lefquelles
il a toujours dirigé ſes demarches
, & le garant de la faveur dont les
Savans , les Gens de Lettres & les Artiſtes
, auroient joui ſous ſon miniftere,
NOVEMBRE . 1777. 153
M. Daubenton , rapproché de M. le
Comte de Buffon par des circonstances
heureuſes , avoit éprouvé les influences
vivifiantes de l'exemple le plus attrayant.
La Ville qu'il habitoit eſt ſouvent le
ſéjour de cette illuſtre Naturaliſte. C'eſt
là que contemplant , étudiant la nature ,
le Pline François vient lui arracher ſes
ſecrets , & ſe plaît à annoncer ſes découvertes
à ceux qu'il croit dignes de les connoître
& de les apprécier. M. Daubenton
étoit un de ces mortels heureux. Les flots
de lumiere que répandoit la converſation
de M. de Buffon , pénétrant ſon ame , lui
inſpirerent l'amour de l'hiſtoire naturelle.
Tous les momens qu'il put dérober
aux fonctions des places importan.
tes qu'on lui avoit confiées , furent confacrés
à l'étude de la Botanique.
Les fruits de cette étude font pluſieurs
articles de l'Encyclopédie , dans lesquels
cet Académicien s'eſt attaché à faire
connoître la nature d'une infinité d'arbres
& d'arbuſtes , & les ſoins qu'exige leur
culture. Des lettres d'Aſſocié de l'Académie
de cette Ville , de celle de Lyon ,
de la Société économique de Berne &de
la Société d'agriculture de Rouen , furent
les témoignages rendus par le Public
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
éclairé aux fuccès de ſes travaux ; la
Province dont il a multiplié les reſſources
, en y naturaliſant des arbres étran
gers très-précieux , le comptera toujours
parmi ceux de nos Compatriotes , qui
ont bien mérité de leurs Contemporains
& de la Poſtérité. /
,
M. Venevault étoit né Peintre , mais
né fans fortune; la route qui le conduifit
au point de conſidération où ilparvint ,
fut pénible & longue. Une modeſtie
rare , dans un fiecle où la médiocrité
même eft confiante & vaine , le retint
long-tems dans une eſpèce d'obſcurité.
Son mérite perça , pour ainſi dire , malgré
lui. Les portraits des Princes &
Princeſſes de la Maiſon de Lorraine , lui
procurerent l'honneur de faire connoître
ſes talens à la Cour de France , de faire
le portrait de Sa Majesté Louis XV. Cet
avantage flatteur eût été , pour un hom
me ordinaire , le chemin de la fortune ;
il ne fut pour M. Venevault que celui de
la gloire.
Les circonstances l'avoientdécidé pour
le genre de Peinture qu'on nomme
miniature & pour la gouache. Le pointillé
de l'une , par la facilité qu'il donne
de fondre les nuances , permet un fini
NOVEMBRE. 1777. 155
précieux , mais conduit ſouvent à une
molleſſe répréhenſible , & refroidit toujours
le feu de l'Artiſte , par la minutie
des procédés. La promptitude avec la
quelle ſe deſſéchent les couleurs employées
pour la gouache , s'oppoſe fouvent
à ce que l'Artiſte puiſſe dégrader |
ſes teintes ,& il en réſulte une dureté dans
les touches , qui nuit à l'effet. M. Venevault
étoit parvenu à éviter l'un &
l'autre de ces défauts ; &, fous ſon pinceau
, les couleurs à la gomme avoient
atteint le mérite de celles qui font
délayées à l'huile.
Aufſi , tandis que les Miniaturiſtes ordi.
naires s'étoient preſque toujours bornés
augenre du portrait,&s'étoient rarement
élevés juſqu'à peindre le Payſage , notre
Académicien oſa traiter l'Hiſtoire, & fit
voir que , dans le champ le moins vaſte ,
avec les reſſources les moins avantageuſes,
le génie peut faire jouer les paſſions ,
& parler à l'eſprit comme aux yeux.
Sa hardieſſe lui mérita la récompenfe
la plus flatteuſe pour un Artiſte qui
préféroit la gloire à tous les biens de
la fortune. Un tableau , qui rend le mo
ment où Adam & Eve reçoivent le
fruit fatal à leur félicité , lui ouvrit l'en-
1
156 MERCURE DE FRANCE.
trée de l'Académie Royale de Peinture ,
où les Peintres de ſon genre n'avoient
point encore été admis. Elle valut encore
à M. Venevault l'honneur d'être avoué
par ſa Patrie , & d'être aſſocié à cette
Académie , dès que les Arts furent devenus
, comme les Sciences & les Lettres ,
l'objet de fon attention. Cet honneur
combla tous ſes voeux : „ je n'ai plus
"
"
دو
ود
rien à defirer " , écrivoit- il en répondant
à la lettre qui lui avoit annoncé la
juſtice que l'Académie lui avoit rendue ;
mais comment pourrai-je témoigner
„ ma reconnoiſſance ? Sa ſenſibilité
inquiete , ne tarda pas à en trouver l'occafion
, & il la ſaiſit avec l'empreſſement
d'un coeur qui craignoit juſqu'au
ſoupçon de l'ingratitude.
: Cette occafion fut celle de la protection
accordée à l'Académie par le Vainqueur
de Friedberg , & dans le tableau
qu'il envoya , tableau que la Philofophie
pouvoit avouer , & qui préſentoit , ſous
le voile d'une allégorie ingénieuſe , tous
les effets qu'on devoit attendre de la
protection d'un Héros , il fut déſigner
le moment où l'Académie a reçu cette
faveur , & donna une nouvelle preuve
de ce que peut le talent , dirigé par un
ame ſenſible.
A
NOVEMBRE. 1777. 157
Si notre reconnoiſſance ne nous eût
pas porté à faire hommage de ce tableau
à notre auguſte Protecteur , il ſuffiroit
pour juſtifier cette afſertion & nos
regrets , il fuffiroit de mettre ſous vos
yeux , Meſſieurs , ce morceau précieux ,
comme on porta autrefois aux obſéques
de Raphaël , le ſublime tableau de la
Transfiguration : on en trouve une deſcription
dans l'Hiſtoire Littéraire de
1766 ; mais elle ne peut en donner
qu'une foible idée : la gravure pourra
ſuppléer quelque jour à la foibleſſe de
cette deſcription. M. Venevault le deſiroit
& l'eſpéroit, & tout nous porte à
croire que nous verrons réaliſer ſes
eſpérances.
M. Maret a donné enſuite la notice
des Ouvrages lus dans les Séances particulieres
, pendant le cours de l'année.
La diverſité des genres l'avoit engagé
à diviſer cette Hiſtoire en trois paragraphes
, dont le premier contenoit l'extrait
ſuccinct des Ouvrages de Médecine
, le deuxieme celui des Mémoires
concernant les Sciences Phyſiques &
Mathématiques , & le troiſieme , un
précis des Productions Littéraires. L'abondance
des Matieres ne lui a pas per-
1.
158 MERCURE DE FRANCE .
1
mis de lire de ſuite ces trois paragraphes
, & il a réſervé les deuxieme &
troiſieme , pour terminer la Séance. La
même raiſon nous empêche d'entrer ici
dans aucun détail de cette Hiſtoire *.
M. Picardet l'aîné , a fait lecture d'un
Diſcours ſur le chant pathétique , dans
lequel il juſtifie l'uſage qu'en fait la
Scene lyrique dans le tragique.
L'Auteur commence par établir que
le chant eſt naturel à l'homme , & défigne
ce chant ſous le nom d'organique.
Delà il paſſe à celui qu'on peut nommer
imitatif , dans lequel le Muſicien ,
Peintre par une eſpece de magie, donne
la vie à tous les objets , même les plus
intellectuels , & caractériſe l'étendue, la
hauteur , la profondeur', le vague de
l'air , l'éclat ſubit du Soleil , le vaſte
filence des bois , de la nuit ,&c. On fent
que ſi la muſique peut rendre par des
fons des pareils objets, elle peut, à plus
forte raiſon s'élever juſqu'au chant pa-
** On a inféré dans la Gazette de Santé, Numeros, 11 ,
12, 13 , 14 , 15 , 16 & 17 , la notice des Mémoires on Ob
ſervations de Médecine ; & dans le Journal de M. l'Abbé
Rozier , celle des Ouvrages de Physique & de Belles-Lettros.
NOVEMBRE. 1777. 159
thétique , & devenir l'interprete des
plus tendres ſentimens de l'ame , comme
de ſes ſituations les plus violentes &
les plus douloureuſes ; elle peut fans
⚫choquer la vraiſemblance , approprier à
la voix chantante , les accens de la voix
parlante , lorſque celle- ci exprime la
colere , la douleur , puiſque cette voix
parlante a beſoin elle-même d'accens ,
pour frapper , pour toucher , pour être
énergique',puiſque , ainſique le remarque
judicieusement l'Auteur, toutes les paf
fions font plus ou moins chantantes.
De ces vérités inconteſtables , & ap
puyées ſur des raiſonnemens & des faits
très-convaincans , il réſulte que la muſique
a pu & a dû s'emparer de la Scene
Tragique , & rendre les accens d'un
mourant. Pour la juſtifier , il ſuffit qu'il
y ait dans la voix d'un homme qui ſouffre
, ou qui eſt ſur le point d'expirer ,
des inflexions relatives à l'état de fon
ame.
و د
Or , c'eſt ce que prouve l'Auteur.
,, L'ame , dit- il, remplie d'un ſentiment
douloureux , ſe ſent preſſée par le beſoin
de l'exprimer; elle apour le ſecon-
„ der , les geſtes , les élans, les ſoupirs,
„ l'organede la voixlui fournit des fons,
"
160 MERCURE DE FRANCE.
"
:
desarticulations.Le Muſicien , dontFart
conſiſte à rapprocher de ſon Sujet toutes
les nuances , tous les fons analogues
„ les plus propres à affecter l'oreille , les
plus capables de prêter à l'énergie de
ſes imitations , conſidere que dans ce
moment la voix eſt éteinte & plaintive:
il prend les ſoupirs , les ſanglots , les
accens , enfin tous les tons de la voix
„ ſimple; alors l'expreſſion muſicale ne
differe de l'expreſſion orale , que par
l'étendue des modulations , toujours
les mêmes , mais traitées de la maniere
qui lui eſt propre, & devenues par
ſon art plus pleines & plus abon
dantes.
ود
"
ແ
"
"
"
"
7
On voit donc , continue M. Picar-
„ det, en terminant fon difcours , qu'il
n'eſt ni ridicule , ni abſurde dedonner
à la voix d'un homme qui expire , des
ſons mélodieux ; qu'au reſte, frappé
du beau idéal qui fait la regle de tous
les arts , le Muſicien n'a point d'exagération
plus forte que celle que ſe
permettent la Tragédie & la Comédie
, qui font parler en vers leurs Perſonnages
; qu'il ne s'agit enfin pour
l'Artiſte , que de nous intéreſſer: c'eſt
* ce qu'il ne fait jamais avec plus de
fuccès
"
"
"
0ஆ
NOVEMBRE. 1777. 16歳
مل
fuccès , qu'en éveillant notre ſenſi
bilité par les objets qui la fontnaître".
A cette lecture a fuccédé celle d'un
Mémoire du R. P. Vernify , Domini-
* cain , fur le Noſtoch.
eft
Cette ſubſtance , qu'on nomme auſſi
mouſſe membraneuse ou fugitive ,
-cette eſpece de gelée flottante & prefque
toujours entortillée , fans ſaveur ,
de couleur verte , laquelle ſe conſerve
en cet état lorſque le tems eſt humide ,
mais ſe fane & diſparoît promptement
"lorſqu'elle eſt frappée des rayons du ſoleil,
& qu'on ne voit jamais qu'entre
l'équinoxe du printems & celui de l'automne.
Juſqu'ici la nature de cette production
finguliere a été peu connue.
Le R. P. Vernify rapporte, ſur ſon
origine & ſa nature , les différentes
opinions des Auteurs ; & par le récit
de pluſieurs obſervations & expériences
qu'il a faites fur cette finguliere ſubſtance,
il prouve que ce n'eſt point un végétal
, mais le produit d'une décompofition
de végétaux. Il croit pouvoir attribuer
ſon origine à cette écume verdâtre ,
dont fon couvertes les eaux croupiffantes
, laquelle n'eſt en effet qu'une
décompoſition de plantes aquatiques ma-
L
1
162 MERCURE DE FRANCE.
4
cérées & réduites en une eſpece de
bouillie. Les parties les plus fubtiles de
cette écume , peuvent être enlevées par
l'action des rayons du foleil , comme les
autres vapeurs qui forment les météores :
tranſportées dans les nuages , elles peuvent
s'y coaguler par le mélange de
quelques parties hétérogenes , & retomber
en forme de gelée avec la pluie;
mais quoique ce qu'il avance ſoit trèsvraisemblable
, ce modeſte Naturaliſte
ne donne ſon ſentiment que comme
une conjecture.
II.
VILLEFRANCHE.
Le Lundi 25 Août 1777 , jour de St
Louis , l'Académie de Villefranche en
Beaujolois , a tenu ſon Aſſemblée publique.
M. Gemeau , Lieutenant-Général en la
Sénéchauffée de Trévoux , Directeur , a
ouvert la Séance par des réflexions intéreſſantes
ſur les Lettres en général ;
fur l'utilité des Académies , fur les couronnes
qu'elles diſtribuent , & enfin fur
le choix que , pour les prix qu'elles propoſent,
elles font depuis quelquesan-
1
A
NOVEMBRE. 1777. 163
nées , des Eloges hiſtoriques , qui ont
ouvert la carriere la plus brillante à
l'Eloquence & aux Talens , & qui font
un monument élevé à la gloire des
grands Hommes de la Nation.
L'Abbé d'Eſſertine , Secrétaire , après
avoir rendu compte de quelques-uns des
Ouvrages qui ont concouru pour l'Eloge
hiſtorique de Philippe d'Orléans, Régent
du Royaume , propoſé par l'Académie ,
lut le Difcours de M. l'Abbé Talbert
qui avoit réuni tous les ſuffrages , qu'on
écouta avec le plus grand plaiſir , & qui
ſera bientôt imprimé.
M. l'Abbé de Caſtillon , Vicaire-Général
du Dioceſe de Lyon , lut des Stances
adreſſées à M. l'Abbé Talbert.
Cette Lecture fut ſuivie d'un Difcours
en vers ſur les Fables , par M.
d'Eſſertine , Avocat du Roi.
La Séance fut terminée par des vers
de M. Mayel , Penſionné du Roi de
Pruſſe.
F. S. L'Académie propoſe , pour le
Tujet du Prix qu'elle diſtribuera l'année
prochaine , l'Eloge de Nicolas Boileau
Deſpréaux. Les Difcours ne feront
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
۱
admis au concours que juſqu'au mois de
Mai prochain. Le Prix conſiſte dans une
médaille de la valeur de 300 liv.
III.
Prix proposé par l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles - Lettres de Châlons fur-
Marne pour l'année 1779.
On s'eſt occupé dans tous les tems de
l'éducation de la Nobleſſe , & de celle
de la partie aiſée de la Nation ; mais
on n'a jamais donné qu'une attention
ſuperficielle à l'inſtruction du Peuple
Ces conſidérations ont déterminé l'Académie
des Sciences , Arts & Belles - Lettres
de Châlons ſur-Marne , à propoſer
pour ſujet du Prix qu'elle adjugera dans
fon Aſſemblée du 25 Août 1779.
Quel feroit le meilleur plan d'éduca
tion pour le Peuple ?
L'Académie invite tous les Amis de
la Patrie à travailler ſur un Sujet qui intéreſſe
également le bonheur du Peuple
&la gloire de la Nation. Le Prix fera
une médaille d'or de la valeur de trois
cents livres. 4
९
NOVEMBRE. 1777. 165
P
,
Les Pieces feront écrites , liſiblement ,
' en françois ou en latin , & elles feront
envoyées , franches de port (*) , à M.
Sabbathier , Secrétaire perpétuelde l'Académie
, fix mois avant la diſtribution du
Prix .
. Les Auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront ſeulement une de
viſe à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui
contiendra leurs noms , qualités & demeure
, s'ils veulent ſe faire connoître ;
& la deviſe ſera répétée ſur ce billet.
:
L'Académie a déjà annoncé au Public
qu'elle adjugeroit dans ſon Aſſemblée
du 25 Août 1778 , un autre Prix , dont
le ſujet conſiſte à trouver.
Les moyens les moins onéreux à l'Etat &
au Peuple , de construire & d'entrenir les
grands Chemins.
Les conditions de ce dernier Programme
ſont les mêmes que celles du
précédent.
(*) Tout paquet adreſſe à M. Sabbathier , Jans etre franc
de port , ne serapas retiré de la Poste , de quelque pays qu'
vienne.
•
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA. :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner , les Dimanches ,
Cephale & Procris; & les autres jours
Alceste. Elle ſe diſpoſe à repréſenter ,
après le voyage de Fontainebleau , Raland
Furieux , Opéra de Quinault , remis
en Muſique par M. Piccini.
COMÉDIE FRANÇOISE.
i
LES Comédiens François ont donné,
le Samedi 25 Octobre , la premiere repréſentation
de la repriſe de Gaston &
Bayard , Tragédie de feu M. de Belloy,
Cette Piece , qui avoit eu beaucoup de
ſuccès dans ſon origine , a été encore
bien accueillie à cette repriſe. C'eſt M. *
Monvel , au lieu de M. Molé , qui joue
1
:
NOVEMBRE. 1777. 167
le rôle de Gaston , & M. Larive, en la
place de M. le Kain, qui repréſente
Bayard. Leur jeu a éte fort applaudi.
Le Mercredi 22 , Mademoiselle Sainval
l'aînée joua Mérope pour la premiere
fois . Cette Actrice s'eſt élevée au ton de
fon rôle , l'un des plus beaux , mais auffi
l'un des plus difficiles à rendre. Elle a été
extrêmement applaudie.
On attend à ce Théâtre , la Tragédie
de Mustapha & Zéangir, de M. de
Champfort.
COMÉDIE ITALIENNE.
:
LES Comédiens Italiens préparent pluſieurs
nouveautés , qui ne pourront être
jouées, ſur leur Théâtre , qu'après le
voyage de Fontainebleau. Ils doivent
donner une Parodie d'Armide , & d'autres
Intermedes nouveaux; tels que Matroco
, Pomponin , Alexis ; en attendant
la repriſe de l'Olympiade , avec quelques
changemens. i ד
"
১
:
:
1
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
:
:
Les Comédiens Italiens ont donné, le
Mardi 14 Octobre , la premiere repréſentation
de la repriſe du Faucon & des
Oyes de Boccace , Comédie en trois Actes ,
de Delifle. Ona beaucoup admiré l'adreſſe
avec laquelle l'Auteur a fu compoſer une
Piece charmante & bien intriguée de ces
deux Contes ſi connus de Boccace. La
repriſe de cette Comédie a été bien accueillie
; & le Public a applaudi avec juſ
tice au zele & aux talens des Italiens &
des Italiennes qui ſe ſont chargés de la
repréſentation de cette Comédie Francoiſe
, & qui l'ont jouée à la ſatisfaction
des Spectateurs.
A Monsieur CARLIN BERTINAZZY ,
Arlequin , jouant dans le Faucon & les
Oyes de Boccace,
QUELLE admirable vérité !
Quelle heureuſe naïveté !
Appellent le plaisir en lui montrant les Graces ?
NOVEMBRE. 1777 169
६
Aimable Carlin , dans ton jeu ,
Toujours naturel , plein de feu ,
Des Lazzis variés que tu fais bien les places
Tes geſtes aiſés , ſi précis;
Tes balourdiſes ſi jolies ,
Et les tons ſi plaiſans de tes vives failliess
Enfin , & tes pleurs & tes ris ,
Du goût portent l'empreinte & l'heureux coloris ,
Et font à la raiſon applaudir tes folies.
Du charmant Auteur de Thimon ,
Qui , dans ſon Arlequin ſauvage ,
Te fait ſi bien parler raiſon ,
Tu fais revivre le Faucon ,
Sa gloire avec toi ſe partage ,
Et prouve qu'aux travaux avoués d'Apollon ,
Le tems ne fauroit faire outrage ,
Et que les Graces n'ont point d'âge.
:
Par M. Guérin do Frémicourt. !
:
יו
LS
170, MERCURE DE FRANCE.
:
:
ARTS.
GRAVURES.
1
Portrait de Femelian Pougatchew , Chef
des Rebelles en Ruffie , qui a eu la
tête tranchée à Moſcou , en l'année
1775; deffiné à Moſcou par J. C.
de Mailly , Peintre en émail ; gravé
par le Tellier. Prix 1 liv. 4 fols. A
Paris , chez Bligny , Lancier du Roi ,
cour du Manege , aux Tuilleries .
CETTE tête, qui a du caractere , eſt
gravée avec beaucoup d'art & d'intelligence.
:
:
MUSIQUE.
I.
ARMIDE , Drame Héroique , mis en muſique
par M. le Chev. Gluck ,repréſentée
pour la premiere fois par l'Académie
NOVEMBRE. 1777 171
Royale de Muſique le 23 Septembre
1777. Prix 24 liv. Au Bureau du Jour.
nal de Muſique , rue Montmartre , visà-
vis celle des Vieux - Auguſtins ; à
l'Opéra , & aux adreſſes ordinaires de
muſique.
On trouve aux mêmes adreſſes &
chez M. Cornouaille , Montagne Sainte-
Genevieve :
10. Les Recueils des airs détachés
d'Armide ; prix 1 liv. 16 ſols.
II.
20. Le premier Recueil de douze airs
d'harmonie pour deux clarinettes , deux
cors & un baſſon, compoſés par M. J.
Vitzthumd ; prix 6 liv. A Paris , aux
adreſſes ci-deſſus ; & à Bruxelles , chez
MM. Vanypen & Pris , rue de la Made
laine.
III.
:
30. Recueil de duo & d'airs à voix
ſeule , avec ſymphonie ou fans accompagnement,
par M. Albanèfe , Muficien
i
!
172 MERCURE DE FRANCE.
du Roi. Oeuvre X. A Paris , au Bureau
du Journal de Muſique, rue Montmartre,
vis-à-vis celle des Vieux-Auguſtins.
Prix 9 liv.
Cet Oeuvre , l'un des plus intéreſſans
que M. Albanèſe ait encore publiés ,
contient dix duo , & trois morceaux à voix
ſeule. Il eſt gravé avec la plus grande
élégance , & avec les parties d'accompagnement
ſéparées, pour faciliter l'éxécution.
IV.
40. On trouvera encore aux mêmes
adreſſes , le quatrieme & le cinquieme
Recueils d'airs nouveaux , avec accompagnement
de guitarre, par M. Tiffier ,
del'Académie Royale de Muſique.
Le quatrieme Recueil a paru l'année
derniere , & le cinquieme a été publié
il y a environ trois mois. Le prix de
chaque Recueil eſt de 4 liv. 4 ſols.
V.
VI. Recueil d'ariettes d'Opéra - Comiques
& autres , avec accompagnement de
guitarre; par M. Tiffier , del'Académie
:
NOVEMBRE. 1777 178
Royale de Muſique. Oeuvre XII. Prix 7
liv. 4 fols. Mis au jour & gravé par
Madame Tarade , chez l'Auteur , rue
S. Honoré , près l'Oratoire , à la Gerbe
d'or ; Madame Tarade , Marchande de
Muſique , rue Coquilliere à la lyre
d'Orphée ; & aux adreſſes ordinaires .
,
:
1
DANSE.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR ,
BALLET PANTOMINE.
Le Théâtre représente un Fardin & un
Bosquet , & à côté une Grotte obscure.
SUJET DU BALLET.
UNE Bergere, conduite par ſon amour,
ſe rend à cette promenade : mais au lieu
d'y trouver ſon Amant , elle y rencontre
un rival qu'elle déteſte ; il lui offre fon
hommage , qu'elle dédaigne avec fierté , &
il s'en va dans le plus cruel déſeſpoir. La
Bergere témoigne ſes inquiétudes de ne
174 MERCURE DE FRANCE.
ک
pas voir paroître celui que ſon coeur a
choiſi ; &,dans une douce langueur , elle
va ſe repoſer ſfur un lit de gazon à l'entrée
du boſquet : elle s'y endort. Son
Amant arrive ;& , dans la crainte de troubler
ſon ſommeil , il s'aſſied ſur un banc
de verdure vis-à-vis. La Bergere piquée
par une Abeille , ſe réveille ; fon Amant
Tui marque ſa ſenſibilité. Dans ce moment
le rival odieux reparoît; ce ſpectacle
attendriſſant redouble ſa fureur. Nos
Amans effrayés , fuyent & s'enfoncent
dans le boſquet. Le rival s'abandonne à
ſon déſeſpoir ,& va trouver un Magicien
qui , à ſa ſollicitation , change le bofquet
en une affreuſe prifon ; & évoque
P'Enfer , la Haine & les Furies: il charge
de fers nos deux Amans , & les conduit
ſur le Théâtre enchaînés ; ils font effrayés
de ce ſpectacle , ils invoquent le Ciel.
L'Amour deſcend dans un nuage : la priſon
diſparoît , & devient un Temple :
la Haine & les Furies ſe précipitent dans
l'abyme , & le rival s'enfuit. L'Amour ,
accompagné des Ris & des Jeux , délivre
les deux Captifs, les unit avec des guirlandes
de fleurs , & remonte au Ciel.
Auffi-tôt on voit paroître des Bergers &
Bergeres qui viennent féliciter les deux
1
NOVEMBRE. 1777. 175
1
Amans , & forment enſemble une danſe
générale par où le ſpectacle eſt terminé.
Par M. Bacquoy-Guédon , ci-devant Danseur
du Théâtre François.
▶
1
GÉOGRAPHIE.
I.
CARTE du Théâtre de la Guerre entre
les Anglois & les Américains , dreſſée
d'après les Cartes Angloiſes les plus mo .
dernes , par M. Brion de la Tour, Ingénieur-
Géographe du Roi. Prix , I liv.
10 f. A Paris , chez Efnauts & Rapilly ,
rue St. Jacques , à la ville de Coutances.
II.
Perspective Univerſelle.
C'est le titre d'une Carte ou Planche
gravée in-fol . , dans laquelle le ſieur Gef
tat, réſidant actuellement à Toulon fur
Arroux , près Autun , a prétendu réunir
en une feuille toutes les connoif
:
176 MERCURE DE FRANCE.
fances humaines. Le Commentaire de
ce tableau énigmatique demanderoit autant
de volumes qu'il y a de propoſitions :
c'eſt dire combien il eſt ſingulier.
Cette Carte ſe vend 3 liv. A Paris , chez
le ſieur Mondhare , Marchand d'Eſtampes
, rue St. Jacques , vis-à-vis la Fontaine
St. Séverin; Eſnauts & Rapilly.
Marchands d'Eſtampes , rue St. Jacques ,
à la ville de Coutances ; Lattré , Graveur
ordinaire du Roi , rue St. Jacques ,
vis - à - vis la rue de la Parcheminerie ;
Deſnos , Libraire , Ingénieur-Géographe
du Roi de Danemarck , rue St. Jacques ;
Chéreau fils , Graveur , rue des Mathurins
, au coin de celle de Sorbonne ;
Vignon , Marchand de Cartes géographiques
, rue Dauphine. AAutun , chez
Dejuffieu , Imprimeur de M. l'Evêque ;
&à Toulon - fur - Arroux , chez le ſieur
Geſtat , Auteur de cette Carte.
Tableau Généalogique.
M. DEVESOU, Ecuyer ,Ingénieur-Géographe,
Hiſtoriographe&Généalogiſte du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences,
Belles-
4
NOVEMBRE. 1777 177
•
1
**Belles-Lettres & Arts de Rouen , Auteur
de pluſieurs Ouvrages , ayant commencé ,
par l'ordre du Roi , le Tableau des Rois
de France de la ſeconde Race , avec
- toutes les branches maſculines & féminines
qui en defcendent , prie les perſonnes
intéreſſées à cet Ouvrage , de lui
faire paſſer , gratis , les Mémoires généalogiques
de leur filiation , afin qu'il
puiſſe les y inférer. La grande quantité
de Mémoires qu'il a reçus trop tard pour
le Tableau des Rois de France de lapre
miere Race , eft cauſe du retardque ſouffre
actuellement cet Ouvrage, qui fera cependant
bientôt fait. ९
Ce tableau des Rois de France de la
ſeconde Race , eſt le troiſieme dévelop
pementde celui des trois Races des Rois
de France , exécuté en une feuille par M.
deVezou ,& dont on a déjà rendu compte
*dans le temps. Il ſera , comme les autres
Tableaux généalogiques de cet Auteur
, en lignes afcendantes , & par degrés
de parenté , orné d'écuſſons & de
couronnes ; il offrira à la vue tous
les deſcendans du fameux Charles-
Martel , & conféquemment les illuftres
rejetons du ſang de Charlemagne ; ce
qui produira beaucoup de branches de
M
:
i
178 MERCURE DE FRANCE .
l'un & de l'autre ſexe , toutes intéreſſantes
pour l'Hiſtoire de France &
pour celles de l'Empire d'Occident & de
l'Italie. Les Familles nobles qui fortent
de ce grand Prince , auront le bonheur
de voir leurs deſcendances juſqu'à - préſent
, pourvû toutefois qu'elles faſſent
parvenir, gratis, leurs filiations bien
écrites & correctes , avec leurs armes
peintes ſuivant l'art héraldique. M. de
Vezou ne fixe pas encore le temps cù
il ne pourra plus recevoir des mémoires ,
ſe réſervant , dans une autre occafion ,
de le fixer par un nouvel avertiſſement ,
afin de donner aux Perſonnes intéreſſées
à cet Ouvrage utile, le tems de faire les
recherches néceſſaires pour prouver avec
exactitude leurs deſcendances des Chefs
de cette Race , de laquelle ſortent les
Rois de France de la troiſieme Race ,
&ceux de Portugal , par Childebrand ,
frere de Charles-Martel , ſelon pluſieurs
Auteurs ; ceux d'Aquitaine , d'Arle , de"
Bourgogne , de Germanie , de Baviere
d'Italie & de Lombardie ; les Empereurs
d'Occident ou d'Allernagne ; les célebres
Maiſons de Savoie , de Lorraine ,
d'Autriche , de Courtenai , de Heſſe , de
Bourgogne-l'Archambaud; les Ducs de
,
1,
A
↓
L
NOVEMBRE. 1777. 179
Brabant , de Méranie , de Guyenne ; les
• Comtes de Poitiers , d'Anjou , de Vermandois
, de Mons , de Namur , de Flandres
, d'Andeſchs , de Chiny , de Los ,
- du Châtelet & de Salm ; &les Seigneurs
de Saint-Simon , de Ham , de Vienne , de
" la Viefville , de Montferrat de Montdor
, & autres qu'il ſeroit trop long de
rapporter .
M. de Vezou demeure à Paris , rue
Princeſſe, Fauxbourg S. Germain.
Cours de Style Epistolaire.
M. DEVILLENCOUR , Profeſſeur de
Langue Françoiſe , rue Bétify , au Magaſin
des Princes , va ouvrir un Cours
particulier de Style Epiſtolaire , en attendant
qu'il rouvre ſon Cours complet
*d'Elocution & d'Ortographe Françoiſe.
La Méthode abrégée qu'ila compoſée
ſur ce ſtyle , ne peut être qu'utile &
*agréable aux Dames qui voudront prendre
des leçons chez elles.
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
i
4
COURS DE LANGUE ANGLOISE.
४.
1
M. ROBERTS , Profeſſeur de Langue
Angloiſe , voyant que , dans un Cours
public de quatre mois , il croit impoſſible
de réunir avec ſuccès l'intelligence
des Auteurs Anglois en profe , la poëſie
,& d'enſeigner à parler cette langue ,
s'eſt déterminé à féparer ces trois objets
comme ils le font par leur nature , &
de n'en faire déſormais qu'en ſeul à la
fois. Il donnera deux Cours par an ,
dans le premier , il ne fera queſtion
que des Auteurs en profe; le ſecond
traitera de la poësie Angloiſe , & le
troiſieme fera uniquement employé à
la langue parlée ou à la converſation.
M. Roberts penſe que le Public éclairé
verra que cette Méthode, quoique laplus
longue en aparence , eſt réellement laplus
courte & la plus fure: dans le premier
Cours on aura vaincu les difficultés de
la prononciation , & on ſera familiarifé
avec les Auteurs en profe ; alors on ſe
trouvera préparé pour leCours de poëſie ,
-
হার
NOVEMBRE. 1777. 181
:
:
qui ſuivra: après quoi les perſonnes
qui defirent parler& entendre la langue ,
lorſque des Anglois la parlent , pour.
ront ſuivre le dernier Cours , qui ſera
'entierement conſacré à cet objet. Comme
chaque Cours ſera complet en luimême
, on ne ſe trouvera pas obligé d'en
ſuivre un ſecond , parce que celui qui
* entend bien la proſe d'une langue quelconque
, n'aura pas beaucoup de peine
à parvenir , ſans Maître , à l'intelligence
des Poëtes. ?
Cours de Poësie Angloise.
M. Roberts ouvrira ce Cours le lundi ,
24 Novembre , à onze heures & demie
du matin , & le continuera de lundi ,
mercredi & vendredi de chaque ſemai
ne , pendant l'eſpace de quatre mois.
Comme il y a beaucoup de perſonnes
qui ont appris l'Anglois ſans Maître , il
' eſt néceſſaire de commencer ce Cours
par quelque petit Ouvrage en profe. Or
*lira donc d'abord une Comédie Angloife
, pour mettre les perſonnes qui voudront
le ſuivre , au fait de la prononcia-
✓ion , après quoi on paſſera à la lecture
des morceaux choiſis de nos meilleurs
L
.:
1
دجمل
ン
1
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Poëtes , tels que Milton , Dryden ,
Pope , les Saiſons de Thomson & Adiffon.
Ce Cours ſera terminé par la traduction
d'un morceau de poëſie Angloiſe
, qui fera indiqué après le premier
mois, en vers françois, ou en profe.
poëtique ; & la meilleure traduction
d'après le jugement d'une Société de
Gens de Lettres , aura pour prix le
grand Dictionnaire de Johnson , deux
vol. in- folio , le Spectateur Anglois ,
lès Ouvrages de Pope , Milton & de
Dryden. M. Roberts oſe ſe flatter que
ce Cours , le premier de ce genre qu'on
ait encore donné à Paris , méritera la
faveur de ceux qui s'intéreſſent au progrès
des Lettres en général.
Il faut ſe faire infcrire d'avance chez
M. Tourillon , Tapiffier , rue Pavée S.
André des-Arts.
i
Maison & Cours d'Education , par M.
Verdier , Instituteur à Paris , Docteur
en Médecine , &c.
La Maiſon de M. Verdier eſt deſti
née : 1. aux enfans & jeunes gens foibles ,
NOVEMBRE. 1777. 183
A
valetudinaires , difformes & autres',
qui ont beſoin d'un régime ou d'un
traitement particulier , pourvû que leurs
infirmités ne foient pas contagieuſes ,
20. à ceux qui étant deſtinés aux grands
emplois & aux premieres profeſſions ,
ont beſoin de l'éducation la plus approfondie
& la plus cultivée.
Cette Maiſon eſt de plus offerte : 10.
aux jeunes gens qui ayant fait leurs
* études générales , & fe donnant particu-
( lierement à celle d'une profeſſion ſcientifique
, ont beſoin des ſecours d'un cabinet
* d'obſervations & d'expériences , & d'une
* bibliotheque pour l'étudier : 2º. aux
Etrangers ou Regnicoles , qui deſirent
apprendre la Langue ou la Littérature
Françoiſe ou Latine en peu de tems.
Les uns & les autres y font élevés ,
gouvernés & inſtruits conformément aux
vues des Parens , & aux plans d'éducation
phyſique , morale , littéraire & chrétienne,
expoſé dans le Cours d'Education de
l'Auteur , & que nous avons annoncée
dans notre Mercure de Septembre.
M. Verdier excute & fait exécuter
ces plans dans une maiſon vaſte , magnifique
, très- aërée , très- ſaine , &munie
detous les fecours propres à une éduca-
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
tion complette , à côté du Jardin du
Roi. Une belle cour conduit à de grandes
falles , où il a réuni les livres , gravures
, ſpheres , cartes de géographie ,
tables d'hiſtoire , médailles , inſtruments
de mathématiques , machines de phyſique
, ſubſtances d'hiſtoire naturelle ,
échantillons des arts ; un enclos d'un
arpent , contenant un jardin botanique &
de larges allées , qui ſervent de gymnaſe
pour les exercices gymnaſtiques &
les jeux. Les Eleves couchent dans de
grands dortoirs au premier. Les Penfionnaires
font dans des chambres particu
lieres.
:
"
La penſion eſt de huit cents livres
pour les Eleves qui entrent avant l'âge
de douze ans , & de cent piſtoles pour
ceux qui entrent au - deſſus de cet age ;
en ce ſont compris , d'un côté , la nour
riture , le blanchiſſage , l'accomodage
des cheveux , les menus beſoins d'Ecolier ;
de l'autre , l'inſtruction générale fur
les langues françoiſe & latine ; les belles-
lettres , les mathématiques , la phyſique
& la morale ; le deſſein, la muſique
& la danſe ; l'hiſtoire , la géographie
&l'éducation. !
Le prix de la penſion à l'égard des
'
시
s
"
1
NOVEMBRE. 1777. 185
ב
1
4
Penſionnaires eſt de douze cents livres ,
pour la nourriture , le blanchiſſage , la
chrmbre & l'inſtruction générale.
Ce Prospectus , qui eſt en même-tems
• celui de la Maiſon & du Cours d'Education
de M. Verdier , ſuffit pour mettre le
Public à portée de vérifier ſes travaux.
- Les exercices littéraires & gymnaſtiques
y ſont détaillés par années , par cours &
par claffes ; par mois , par ſemaine , par
jours & par heures.
Il ſe diſtribue gratuitement chez M.
* Verdier , rue de Seine S. Victor , Hô-
• tel de Magni : chez Moutard , Quai des
Augustins ; & Colas , place Sorbonne ,
Libraires , qui vendent fon Cours d'Education
& fes autres Ouvrages.
A
LETTRE écrite , le 5 Octobre 1777 , par
M. Tribolet de la Lance , Médecin , Secrétaire
perpétuel de la Société Economique
de Berne , à M. Vicq d'Azyr , Secrétaire
perpétuel de la Société Royple de Médecine
de Paris.
Monfieur , la correſpondance que j'entretiens
avec vous , ſur les objets qui concernent la So-
M 5
186 MERCURE DE FRANCE.
ciété Royale de Médecine , me fait eſpérer que
vous voudrez bien me rendre un ſervice qui n'eſt
point', à la vérité , du reſſort de cette Compagnie
, mais qui intéreſſe trop l'humanité en général
pour que vous vous refuſiez à me l'accorder.
Deux généreux Anonymes m'ont fait parvenir
cent louis pour en former un Prix fur le ſu .
jet dont je vous envoie un Programme. La reconnoiffance
que l'on doit à un trait ſi noble &
ſi généreux , l'importance du Prix , & plus encore
l'utilité qui doit en réſulter , ſont des motifs plus
que fuffifans pour engager tout ami de l'humanité ,
à faire connoître cette Annonce auſſi univerſellement
qu'il fera poſſible. Je prends donc la liberté
de vous prier de la faire connoître , en France ,
de la maniere qui vous paroîtra la plus propre à
remplir ce but. Vous obligerez par - là la Société
Economique , & particulierement celui qui a l'honneur
d'être , & c .
Cent louis feront adjugés à l'Auteur du meil .
leur Mémoire ſur la matiere déjà propoſée par la
Société Economique de Berne ; ſavoir: Comparer
& rédiger un Plan complet & détaillé de Légilation
fur les matieres Criminelles ſous ce triple
point de vue : 1. Des crimes & des peines propartionnées
qu'il convient de leur appliquer : 2. De
la nature & de la force des preuves & des présomptions
: 3. De la maniere de les acquérir par
la voie de la procédure Criminelle ; enforte que
la douceur de l'instruction & des peines soit conciliée
avec la certitude d'un châtiment prompt &
exemplaire , & que la Société civile trouve la plus
grande fûreté poſſible combinée avec le plus grand
respect poſſible pour la liberté & l'humanité.
!
?
NOVEMBRE . 1777. 187
Le Prix ſera adjugé à la fin de 1779 ; & les
Pieces de concours doivent être adreſſées , franches
de port , à M. Tribolet , Secrétaire perpétuel
de la Société Économique , à Berne. Elles
feront reçues juſqu'au 1 Janvier 1779 , & pourront
être écrites en Latin , François , Allemand ,
Italien ou Anglois. Le nom de l'Auteur ſera
renfermé dans un billet cacheté , qui portera la
même deviſe que le Mémoire qu'il accompagnera.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
ON lit , dans le Journal d'Agriculture
de Veniſe , la Méthode ſuivante , pour
donner au chauvre toute la perfection
dont il eſt ſuſceptible.
Il faut d'abord faire une leſſive avec
de bonne cendre , dans laquelle on
mettra un peu de chaux vive , ſelon la
quantité de chanvre qu'on voudra rafiner
, lorſqu'elle ſera éclaircie , on y jetera
, pour to liv. de chanvre , une livre
& demie de ſavon ratiſſé , qu'on laiſſera
tremper pendant vingt- quatre heures ;
188 MERCURE DE FRANCE.
..
on fera bouillir le chanvre dans ce mélange
deux heures de ſuite; puis on l'en
retirera , & on le mettra fécher à l'ombre.
Lorſqu'il ſera ſec , on le froiffera ,
pour le mettreen petites poignées ;enfin,
on le préparera comme le lin : il en
acquérera la couleur & la fineſſe ; il lui
ſera même ſupérieur , parce qu'il aura
les fibres plus fortes.
II.
Physique.
Le Sieur Beldaſſare Perelli , a fait à
Piſe , devant une nombreuſe Aſſemblée ,
diverſes expériences d'une nouvelle eau
ſtyptique , compoſée par le Sieur Percivalle
, Piemontois , dont les effets font
vraiment ſurprenans. Il a coupé tranfverſalement
, & aux deux tiers , l'artere
carotide d'un chevreau , & il a appliqué
fur cette large plaie un féton imbibé de
cette eau , qui a arrêté l'hémorrhagie en
moins d'une minute, en moins de 12 ,
la réunion s'eſt faite d'une maniere fi
forte , que les diverſes mouvemens de
l'animal n'ont rien produit. Le lendemain
, l'expérience a été réitérée avec
1
NOVEMBRE. 1777 189
le même ſuccès ſur l'autre artere carotide,
du même animal, Quelque tems
auparavant , un malade à l'Hôpital de
Ste Claire , qui avoit eu deux arteres
totalement coupées , fut guéri par le
ſecours de la même eau , & la réunion
ſe fit en quinze minutes. Le ſecret de
cette eau précieuſe ne peut manquer
d'être très - important.
III.
2.
Hiſtoire Naturelle.
On a découvert , depuis peu , un Sel
qui ne paroît que trois mois de l'année,
le matin ,aux environs d'un petit Village
du Piémont ; les animaux y vont lécher
la terre avec avidité , s'y guériſſent , ou
ſe conſervent en état de ſanté, Pluſieurs
expériences ont fait reconnoître ce Sel
pour un purgatif certain & très-doux ,
ſe fondant aisément dans l'eau pure ,
dans laquelle on le prend ordinairement ;
il ne laiſſe aucun goût , ne cauſe ni rape
ports , ni tranchées , ni coliques, ni irs
ritation , comme les Sels anciennement
connus. Il a été approuvé par la Commiſſion
Royale de Médecine. L'entrepôt
190 MERCURE DE FRANCE.
:
會
eſt à Paris , chez le Sieur Pierre Bruna
de S. Joſeph , à l'Hôtel de Conti , rue
des Poulies.
IV.
Un Particulier établi à Smyrne , dans
une lettre à un de ſes Amis , rend
compte , comme témoin oculaire , d'une
eſpece de paſſe- tems en uſage dans les
environs de cette Ville , & qui paroîtra
curieux à ceux qui n'ont pas voyagé
dans le Levant. Les cicognes , dit - il ,
font en grande abondance dans ce Pays ,
&yconſtruiſent régulierement leurs nids.
Au tems de la ponte , les Habitans ,
pour s'amufer , retirent les oeufs de la
cicogne , & mettent à leur place des
oeufs de poule ordinaire. Lorſque ceuxci
ſont éclos , le mâle , en conſidérant
leur forme , eſt ſi ſenſible à l'outrage
qu'il croit avoir été fait à l'union conjugale
, qu'il jette des cris épouvantables ;
toute la peuplade des cicognes alarmée
ſe raſſemble autour du nid, & reſſentant
unanimement l'affront apparent , fond
en courroux ſur la pauvre fémelle , &
l'accable de coups de bec , juſqu'à ce
qu'elle y fuccombe: les pouffins n'y font
,
NOVEMBRE. 1777. 191
pas épargnés. Ce qu'il y a de plus remarquable
, c'eſt que le mâle n'eſt pas
du nombre des exécuteurs ; il ne bouge
pas de ſa place , & continue long- tems à
pouſſer des cris douloureux,, comme s'il
compatiſſoit au fort qu'une juſtice nécef-
- faire a fait ſubir à ſa famille.
V.
On a eſſayé publiquement à Leyde
une machine hydraulique inventée &
- exécutée par M. Blakey. Le feu en eſt
le principal moteur. Les vapeurs de
l'eau bouillante donnent à l'atmoſphere
, en ſe condenfant , la force de faire
élever l'eau d'un puits ou d'une riviere ,
juſqu'à la hauteur de 30 pieds. Pour
tirer l'eau des foſſés & d'autres réſervoirs
profonds , il ſuffit d'y plonger un
tuyau qui communique avec la machine.
Les léviers & les pompes qui entrent
dans la plupart des pieces mécaniques
de ce genre , n'ont pas lieu dans
celle - ci ; elle n'a pas besoin de pareils
ſecours pour être miſe en jeu ; d'où il
fuit qu'elle doit être plus durable , attendû
qu'il n'y a d'autre frottement que
celui des détentes. On peut la tranſpor- t
\
1
192 MERCURE DE FRANCE.
: ter aisément d'un lieu à un autre. En
augmentant ſon volume on lui fait
élever , à peu de frais , telle quantité
d'eau qu'on veut , & auffi long - tems
qu'on le deſire.
--
ANECDOTES.
I.
•
UN Pêcheur de la Hogue étoit brouillé
avec fon beau-frere ; celui-ci tombe dans
la miſere ; le Pêcheur l'aborde , & lui
dit : Ecoute donc , beau - frere , je ne t'aime
guere , tu fais bien pourquoi ; mois faut - il
pour cela que tu meures de faim ? On
m'a dit que tu n'as pas de pain chez toi ;
est- ce que tu ne fais pas qu'il y en a chez
nous ? Viens - en prendre , & tout ce qu'il
te faut : je ne t'en aimerai pas plus , va ,
ne crains rien .
II.
Une jeune Demoiselle étoit deſtinée
par ſa mere à épouſer un homme qu'elle
aimoit ; lorſque ſon pere , marin , frane
&
NOVEMBRE. 1777. 193
& bruſque , arriva avec un de ſes camarades
, auquel il avoit auſſi promis ſa
fille. En le lui préſentant, il lui dit: Tu
as vingt ans , il te faut un mari ; en voici
un que tu épouseras Mardi prochain , parce
qu'il faut que nous partions ensemble Feudi.
Le ton impérieux du perejeta la confternation
dans la famille , qui fe crut obligée
d'obéir. Le jour de la cérémonie arrive
; les futurs vont à l'Eglife ; l'amoureux
s'y étoit auffi rendu , & pleuroit
dans un coin: la jeune fille , au lieu de
répondre qui au Curé , lui dit naïvement :
j'aimerois mieux l'autre. Le pere accourt
en colere , & demande où eſt cet autre :
on le lui montre ; il va à lui , le prend
bruſquement par la main , le conduit à
ſa fille , & dit de les marier.
III.
Trois Particuliers ayant quitté Paris,
dans le deſſein de voyager quelque tems
pour leur amusement, apperçurent à la
fin du ſecond jour de leur marche , une
flamme conſidérable. Ils volerent auffitôt
à l'endroit d'où elle partoit , & trouverent
les malheureux Habitans d'un
Village , ayant leur Paſteur à leur tête ,
N
1
2
194 MERCURE DE FRANCE .
occupés à éteindre un incendie qui
avoit déjà confumé trois chaumieres.
Ils ſe réunirent à eux ; & après trois heures
de travail , ils parvinrent à arrêter entie
rement les progrès du feu. Ilsjouiſſoient
de la reconnoiſſance des Payfans , lorfque,
réfléchiſſant à la perte que venoient
d'éprouver les Propriétaires des chaumieres
brûlées , & frappés tous trois du
même ſentiment , ils tirerent en mêmetems
leurs bourſes , les remirent entre
des mains du Paſteur , renoncerent à leur
voyage , & s'applaudirent d'avoir fait
fervir au bien de l'humanité , un argent
qu'ils deſtinoient à leurs plaiſirs. La
fomme ſe trouva monter à 5600 liv.
IV.
Un Voyageur arrivant au château de
Ferney , y fut très-bien reçu. Flattéd'une
pareille réception , il déclara , le lende.
main de ſon arrivée , que ſon intention
étoit de paſſer fix ſemaines dans un lien
auſſi délicieux. L'illuſtre Maître du châ
teau lui répondit en riant : Vous ne voulez
pas reſſembler à Dom Quichotte ; il
prenoit les auberges pour des châteaux ;
vous prenez les châteaux pour des aubenges.
NOVEMBRE. 1777. 195
AVIS.
Nouveautés au petit Dunkerque,
1.
UN E collection de nouveaux boutons , tant en
or , argent , acier , métal , & autres en pierres de
couleurs ; des olives avec brandebourgs en perles
d'argent , faifant plus d'effet que facier. Boutons
plats en argent à ſpirale , pour habits de chale.
Cartes en écaille pour marquer pente ou gain au
Pharaon. Idem, en ivoire.
Le vrai Portrait de M. de Voltaire en pied, habillé
ſuivant fon costume actuel, unique pour la
reſſemblance. Figures Chinoiſes , repréſentant divers
caracteres originaux & plaifans , en terme de pipes.
Boncles en acier , ornées de chatons en pierres
de Cayenne ; cordons de montre en cheveux , gar .
nis de perles d'acier. Luftre monté en bronze doré ,
dont tous les ornemens ou pendeloques font en
acier du plus beau poli . & faifant le plus bel effet.
C'eſt le troiſieme & le plus parfait qu'il a fait établir
à ſa Manufacture de Clignancourt , de même
que les boucles d'acier ci-detlus. Autres Luftres
en ſtras , montés ſur cryſtal Anglois. Girandoles .
bras de cheminées , flambeaux de table on idem ,
faiſant plus d'effet que de crudad de roobe. :
N 2
>196 MERCURE DE FRANCE.
t
Toutes fortes d'ouvrages en argent , doubles de
verres bleus , pour le ſervice de table. Huiliers ,
falieres , moutardiers , & autres . Idem , en filagramme
, & pluſieurs nouveaux articles dans ce genre.
Les mêmes articles en tole amalgamée d'argent .
Petites lunettes de Gênes , en écaille , garnies
d'or. Platteaux de tôle peinte & vernie , pour le
jeu de Nain jaune. Tous ces ouvrages en tôle
vernie de ſa Fabrique de Clignancourt , ſont ſur des
deſſins & de formes nouvelles , imitant la porcelaine
de Seve.
Miroirs métalliques pour les Deſſinateurs , rendant
parfaitement le ton des couleurs des Payſages , &
préférables aux Chambres obfcures. Ouvrages en
perles , & autres d'émail en chaînes de montre , à
la Turque, pour femmes. Coulans de bourſes , &
autres pour cravattes ; prétentions , bracelets , flacons
d'effences , bagues , breloques , & autres petits
bijoux du même genre.
Perles d'acier taillées à facettes pour ganſes de
chapeau ; cordons de cannes , de montres ; prétentions
, brandebourgs , &c.
Rubans Anglois de toutes couleurs ; gazes à l'aune
, fichus & tabliers. Montres nouvelles à cadran
recouvert , émaillées de différentes couleurs , enrichies
de bordures & ornemens en perles d'émail ,
parfaitement imitées.
Cannes de femme , avec écran. Idem , en tambour
, avec caſſolettes en or.
NOVEMBRE . 1777. 197
Bourſes en filet , repréſentant divers ſujets analo
ques à l'Amour. Idem , tricotées très-folides. Ganfes
& boutons de chapeau à l'Angloiſe , en Torfades.
Pots de tulipes en marbre blanc , formant girandoles
à trois branches , en bronze doré au mat, Les
deux petits Jardiniers de Boucher , en bronze & mar
bre , formant girandoles à deux branches . Un petit
modele de pendule de marbre blanc , avec guirlandes
de bronze doré au mat , imitant parfaitement
une riche broderie d'or fur un fond blanc,
Pluſieurs modeles nouveaux de boucles d'argent
de France & d'Angleterre.
Il attend d'Italie , pour le mois prochain , du taf
fetas gommé , impénétrable à l'eau , qui ne poiffe
point , & qui n'a aucune odeur défagréable , auſſi
• fouple & auſſi léger que tout autre taffetas. Il en
fera faire des redingottes qui pourront ſe porter
dans une poche , dans un gouffet , dans un chapeau
ployant. Il eſt propre à faire des capottes de femmes
, mantelets , peliſſes , caleches , &c. On peut
s'en fervir pour courir la poſte avec des bas
blancs , fans craindre que la pluie ni la boue ne
puiſſent le tranſpercer , & de quelque maniere
qu'on l'emploie. Il eſt auſſi frais & auffi beau que
le taffetas ordinaire .
,
4
Il lui est arrivé un aſſortiment de marchandises
Angloiſes , comme boëtes de cuir , garnies d'argent.
Idem , garnies d'or. Mouchettes d'acier poli ; oreilles
pour la furdité ; colliers anodyns pour les convulfions
des enfans ; porte - feuilles à néceſſaires ,
maroquin du Levant ; fouets de felle , de chaffe , &;
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
autres . Platteaux de tôle. Idem , cafton vernis ,
fonds gorge de pigeon , &t autres couleurs changeantes.
Gomntes des Indes pour effacer les def
fins au crayon. Des épingles de Londres.
Il attend pour le mois prochain , beaucoup d'au
tres marchandifes étrangeres.
Chocolat.
II.
Le ſieur Rouffel , Marchand Epicier , datis Ab
baye S. Germain-des-Près , cour des Religieux en
entrant par la rue Ste-Marguerite,attenant à la Fontaine
; conſidérant que l'usage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la ſanté que pour l'agrément ;
aſſuré d'ailleurs de la bonté de fa fabrique , par les
témoignages & les applaudiſſemens de pluſieurs
perſonnes de diſtinction & de goût . qui lui ont
conſeillé de le faire connoître ; il donne avis au
Public qu'en qualité de Citoyen qui vent être utile
à ſés Compatriotes , & pour éviter toute ſurpriſe ,
il fait mettre fur chaque pain de chocolat fortaist
de ſa fabriqué , l'empreinte de fon nom & fa demeure.
Le prix du chocolat de ſanté de la meilleure
qualité , eſt de 3 livres , avec une dentie vanille ,
3 livres ; celui à une vanille , 4 livres ; & 5 liv.
pour celui qui eſt à deux vanilles.
Tant pour la facilité que pour l'avantage des
perſonnes de Province , le ſieur Rouffel prévient
NOVEMBRE. 1777. 199
qu'il fera tous les envois aux mêmes prix ci-deſſus ,
francs de port , pourvu qu'on lui faſſe remettre les
fonds , & que l'envoi ſoit de douze livres au
moins , avec l'adreſſe exacte de la deſtination.
Le ſieur Rouffel annonce qu'il vend auffi en liqueur
la véritable crême royale de fleur d'orange ,
à 4 1. la bouteille.
III.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte - cochere
à côté du Tourneur , au deuxieme appartement
ſur le devant , près de la Greve , donne avis
ău Public qu'il débite , avec permiffion , des bagues
dont la propriété eſt de guérir la goutte. Les per
fonnes qui en font fort affligées , doivent porter
cette bague avant ou après l'attaque de la goutte ;
'en la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix de ces bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 1.
Le ſieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
. Celui des boîtes à fix mouches eſt I 1.10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , qui
les foulage & les guérit.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 1 1. 4 f.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préſident de la CommiſſionRoyale
de Médecine .
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1.4f.
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 5 Septembre 1777.
LESES nouvelles d'Oczakow portent , que le Kan
des Tartares fait des diſpoſitions pour établir trois
ponts en différens endroits du Nyeper , à portée de
cette Place. Oe apprend en même tems que ce
Prince , qui s'eſt tranſporté à Karafou , a fait publier
, en Crimée , une Déclaration , portant injonction
aux Muſulmans qui ne lui font pas affectionnés
, de ſe retirer où bon leur ſemblera . Ces mefures
paroiſſent être une repréſaille de l'expulfion qu'a .
faite , par ordre de la Porte , le Pacha de Bender ,
du Vayvode & des Agas Tartares qui gouvernoient
au au nom du Kan , dans le Budgiak.
De Pétersbourg , le 23 Septembre 1777.
Dan la nuit du 20 al 21 de ce mois , un vent de
Sud-Sud-Oueſt , d'une violence extrême , en faiſant
refluer les eaux de la Baltique dans la Neva , & en
élevant cette riviere d'environ dix pieds au - deſſus "
de fon niveau ordinaire , a inondé preſque toute cette
Capitale. On n'a point encore le détail circonftancié
des déſaſtres qui réſultent de la crue fubite des eaux
de cette riviere , nidu nombre des perſonnes que cette
crue a fait périr. Pluſieurs vaiſſeaux affez forts ont
"
NOVEMBRE. 1777. 201
*
été portés ſur les Côtes , où ils ſe trouvent actuellement
à fec. Celui de la Ducheffe de Kingston ,
nouvellement arrivée en cette Ville , a été jeté fur
sun bane où il eſt enſablé de cinq pieds : on n'efpere
pas pouvoir le retirer avant l'hyver , fans quelque
autre crue d'eau. Il a perdu quatre ancres ,
ſes chaloupes , deux de ſes mâts qu'on a été obligé
de couper ; mais aucun homme de l'équipage
n'a péri. Le corps du bâtiment ne paroît pas avoir
fouffert , & rien de ce qu'il renferme n'eſt endommagé.
Beaucoup de maiſons ont été emportées
ou renverſées dans les Campagnes. Les marchandifes
de preſque tous les magaſins , ont été gatées ;
& l'on craint tant pour les vaiſſeaux qui ſe font
trouvés dans ces mers , & dont on n'a juſqu'ici
aucune nouvelle. On ſe rappelle qu'en 1727 &
en 1752 , on a éprouvé ici de grandes inondations
; mais on croit celle - ci plus conſidérable &
plus funeſte.
i
De Copenhague , le 23 Septembre 1777. :
i
La grande Flotte d'environ fix cent quarante
vaiſſeaux , que l'impétuoſité du vent avoit raflemblé
au Sund , eſt partie , le 19 de ce mois , pour
la mer du Nord. C'étoit un ſpectacle impoſant que
de voir fortir tous ces vaiſſeaux , qui mirent en
même - tems à la voile. Les Habitans les plus âgés
d'Helsingor , affurent qu'au commencement de ce
fiécle , on ne voyoit pas paſſer, fix cents bâtimens
dans le cours entier d'une année .
)
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
De Vienne , le 24 Septembre 1777.
On attend ici dans peu l'Empereur & l'Archiduc
Maximilien. Le Camp de Pragne , qui conſiſtoit
en vingt - fuit mifle hommes d'Infanterie , & trois
mille de Cavalerie , a terminé ſes grandes manoeuvres
le 18 du même mois. Tout ce qui pouvoit
reſſembler davantage aux divers travaux d'une
guerre véritable , y a été exécuté avec la plus
grande préciſion. Batailles , eſcarmouches , rencontres
, déroutes , ponts de bateaux jetés & roms
pus ; enfin , beaticoup d'autres opérations & évolutions
dépendantes de la Tactique ont été exécurées
à la fatisfaction de l'Empereur & de l'Archiduc
fon frere. Plufieurs Princes & un grand nombre
de perſonnes de distinction , y ont affifté..
De Lisbonne , le 20 Août 1777.
Deux Ordonnances Royales viennent d'être publiées.
L'une abolit le monopole de la Compagnie
de Porto , & rend entierement libre le commerce
des vins du Royaume : les Maiſons de Charité &
les Hôpitaux , dans toute la Monarchie , font déclarés
, par l'autre Ordonnance , exempts de l'Impot
des dîmes.
De Rome , le 24 Septembre 1777.
On vient d'afficher , par ordre de la Congrégation
dite de Spogli, une notification , par laquelle
on donne deux mois aux Particuliers qui voudroient
acquérir , ou en tout , ou en partie , ſoit
NOVEMBRE. 1777. 203
par amphytheoſe on autrement , les biens appartehans
aux ci-devant féfrites , & qui fe trouvent fitués
dans la Ville d'Afcoli & fon territoire. Si ,
pendant ce terme preſcrit , il ne ſe préſente pas
de plus forts enchériffeurs que ceux qui exiſtoient
đu tems de Clément XIV, & avec lesquels , va la
mort de ce Pontife , on ne termina rien à ce fu
jet , les biens leur feront adjugés.
En travaillant aux fondations du nouveau bâtiment
de l'Annonciade , dans le Champ de Mars ,
on a commencé à découvrir une colonne de granit
oriental rouge , du diametre de quatre empans.
D'après ce qui en eſt déjà apperçu , on estime que
fi elle eſt entiere , elle ne petit pas avoir moins
de trente - fix palmes de hauteur.
Dans une autre fouille , qui ſe fait prés de Mornté
- Citorio , on a trouvé , dans un petit vaſe de
terre , vingt - cinq Médailles en argent , repréſentant
le Roi Robert de Sicile , qui regnoit dans le
quinzieme ſiècle. On a trouvé auſſi dans le même
endroit , un marbre , ſur lequel eſt gravée la permiſſion
accordée par les Confuls Falco && Clarus ,
à un certain Adrastus , de conſtruire un édifice attprès
du Mons Citationum , à la charge de payer
au Tréfor public , la redevance que les anciens
Romains appeloient Solarium. Le Pape a falt
transporter cette Inſcription au Vatican , dont il
enrichit chaque jour le Muſeum.
De Naples , le 20 Septembre 1777.
Le Prince Dom Philippe , frere de ſa Majesté,
mourut hier matin , le neuvieme jour de fa petite
-
:
204 MERCURE DE FRANCE.
:
vérole. Leurs Majestés frappées des funeſtes effets
de cette maladie , ſe ſont auſſi - tôt déterminées à
faire inoculer le Prince Royal & les deux Princefſes
Marie - Théreſe & Louiſe - Marie - Amélie. On.
a en conféquence fait venir de Florence le Docteur
Gatti à Cazerte , où les Princes doivent être
inoculés.
De Madrid ,le 7 Octobre 1777.
A
L'Académie Royale Eſpagnole , regardant tous
les encouragemens qui peuvent tendre aux progrès
de la Poésie & de l'Eloquence , comme une
des principales obligations de ſon établiſſement , a
réſolu de fonder deux Prix , conſiſtant chacun en
une Médaille d'or , qui feront délivrées tous les
ans aux Auteurs dont les écrits , dans ces deux
genres , feront jugés avoir traité le mieux les fu-,
jets qu'elle aura propoſés. L'Académie , en excluant
fes Membres du concours , annonce qu'elle
examinera les Ouvrages d'après les regles de Longin
, Cicéron , Quintilien pour l'Eloquence , &
qu'elle ſe décidera pour la Poéſie d'après les principes
d'Ariftote , d'Horace , &c. fans néanmoins
s'aftreindre à une obſervation ſervile de leurs préceptes.
Les conditions du concours font d'ailleurs
les mèmes que pour la plupart des Académies connues
; mais elle recommande formellement que les
Ouvrages , ou d'Eloquence , ou de Poéfie , foient
écrits en Eſpagnol , fans intercallation d'aucun
paſſage de latin ou de toute autre Langue , au
moins dans le corps de l'Ecrit. Elle prévient auſſi
que dans le cas où quelque Ouvrage lui paroîtra
avoir un mérite preſque égal à celui auquel le
:
:
1
r
NOVEMBRE. 1777. : 205
トPrix fera adjugé , elle en récompenſera l'Auteur
en faifant imprimer fon Ecrit. Le ſujet du Prix
de l'Eloquence , pour l'année prochaine , eft , l'Eloge
du Roi Philippe V, Fondateur de l'Académie ;
& pour la Poésie , un Poëme en octaves , fur la
résolution courageuse que prit Cortès , de couler
à fond tous ses Vaisseaux , après son débarque-
-ment fur les Cotes de la Nouvelle- Espagne. Les
perſonnes qui voudront concourir pour l'un &
• l'autre de ces Prix , auront ſoin de faire parvenir
leurs Ouvrages au Secrétaire de l'Académie , avant
le 1. Avril de l'année prochaine 1778 .
De Londres , le 17 Octobre 1777.
Le Cour n'a rien publié encore des dépêches
qu'elle peut avoir reçues de ſes différens Généraux
en Amérique ; enforte qu'il eſt permis de
douter de la nouvelle contenue dans une lettre
particuliere d'un Officier de l'Armée du Général
Howe , qui annonce la priſe d'un grand magaſin
des Américains , à Lancaftre ; & la défaite d'un
Corps de cinq mille hommes , conduit par le Général
Putnam , qui a perdu la vie dans l'action.
Les détails d'un fait auſſi eſſentiel , auroient fans
doute été envoyés , de la part du Général , dans
la forme la plus authentique. La même raiſon ne
s'éleve pas contre un avis arrivé dans un des Ports
de l'Europe , d'un avantage remporté par les Américains
, fur le Général Burgoyne. L'incertitude
où l'on reſte ſur les progrès de ſa marche , ſeroit
même un motif de la ſuppoſer vraie ; mais
comme on a déjà vu quelques avis de cette ef-
ресе , démentis par la ſuite , la prudence veut
:
206 MERCURE DE FRANCE .
: qu'on attende une confirmation de ces victoires
reſpectives.
Il paroît qu'on a moins de raiſon de douter de
Pinutilité des tentatives que les Américains ont
faites preſque en même tems fur Long - Iſland ,
fur l'Ifle de Staten , ſur le Pont - du - Roi à New-
Yorck , &c . où ils ont été repouffés avec perte.
On voit ici les félicitations que le Général Howe
a fait faire au Major - Général Tyron , qui commandoit
le jour de l'attaque du Pont-du-Roi , "au
Colonel Hewlet , qui a défendu la redoute de
Slataket ou Statukut , près Long- Iſland , & furtout
au Général Campbell , qui , n'ayant dans
l'Ifle de Staten que neuf cents hommes au plus , a
réſiſté à l'effort de deux mille cinq cents , & dont
la troupe , dit le Général , vient de prouver de
nouveau qu'un nombre d'ennemis , quoique plus
condérable , n'a pu réſiſter encore aux Anglois , la
bayonnette à la main. Les éloges du Général s'étendent
même fur les troupes provinciales , qui ſe
font diftinguées dans ces différentes affaires. Les
amis de l'Adminiſtration , obſervent , qu'à cet
égard , on ne peut pas dire , comme on l'a fait
lorſquon a vu les Américains abandonner leurs
poftes à l'approche de nos troupes , qu'une politique
habile commandoit ces diverſes retraites
puiſqu'ici les Américains font les agreſſeurs , &
que rien ne les forçoit à entreprendre les attaques
de ces Ifles & celle du Pont-du-Roi. C'est d'après
cette obſervation , que ces mêmes Partiſans de
la Cour , ſemblent déjà alarmés d'un projet de réconciliation
avec les Colonies , fondé fur certaines
propoſitions qui ont été faites de la part des
Provinces les moins animées dans la conteftation
•
NOVEMBRE. 1777. 2.07
م
préſente , & qui , dit-on , doit être vivement agité
en Parlement , à l'ouverture de la premiere Séance.
Déjà il ſe répand , de la part de ces Partiſans
de la guerre , & de la réſolution de fubjuguer
*les Américains , des Ecrits où ils parlent haute
ment de punir fans diftinction ces Peuples rebelles
, & leurs Chefs , ce qui prouve qu'ils ne font
aucun doute de l'entier ſuccès de nos armes qu'ils
ont annoncé depuis quelque tems.
1
On apprend par des lettres de la Nouvelle-
Yorck , du 24 Août , que l'on doit y faire un
échange de Prifonniers , pour le 20 Septembre ;
mais on ne dit point ſi les éloquentes lettres du Général
Washington au Général Howe , à l'occaſion
- du cartel reſpectif, ont produit quelque effet fur
le dernier , & s'il y ſera queſtion de l'échange fi
defiré , en Amérique , du Général Lée. Les mêmes
lettres nous apprennent que le ſieur Penn
Gouverneur , & le Juge de la Colonie de Penfilvanie
, ont été envoyés , comme Prisonniers , à
Frédéricksbourg , par ordre du Congrès.
Une lettre de Kinſale , apportée par la Malle
du 16 , nous apprend que les Côtes de l'Irlande
ne font point encore purgées des Armateurs Américains
. On y parle auffi d'une ſecouſſe de tremblement
de terre qu'on y a éprouvé le 1 Octobre ,
& qui a fait abandonner toutes les maiſons aux
Habitans : mais la chute de quelques cheminées a
été le feul dommage qu'on y ait etfuye.
1
:
208 MERCURE DE FRANCE . :
i De Paris , le 27 Octobre 1777-
La Société des Arts de Geneve propoſa , le 24
Août 1776 , pluſieurs queſtions fur l'Acier , entr'autres
, quelles font les différentes especes d'Acier
, à quels ſignes on peut les connoître & s'affurer
de leur perfection ; quel mélange il faut employer
à ſa confection , afin d'empêcher la diffipation
de fon flogiſtique quand on le fait rougir ,
pour obtenir , 10. la trempe ferme & dure qui convient
aux laminoirs , limes , burins , marteaux ,
coins de monnoie , &c. 20. la trempe moyenne
convenable aux pieces frottantes de l'Horlogerie ,
telles que les cylindres ou verges de balanciers
pignons , pieces de quadrature , de répétitions ,
petiss refforts , &c. 30. la trempe douce particulierement
adaptée aux grands refforts de pendules
& de montres. Le prix devoit être une Médaille
d'or de vingt - quatre louis , ou une Médaille d'argent
de même grandeur , & le furplus de cette
derniere en efpeces , au choix de l'Artiſte. L'Acceffit
devoit recevoir une Médaille d'argent.
4
,
Cette Société a décerné , le 2 de ce mois , le Prix
au Mémoire envoyé par le Sieur Jean Jacques
Perret , Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Beziers , Auteur de
la Deſcription de l'Art de Coutelier , & Maître
Coutelier , rue de la Tixeranderie , à Paris : elle
n'a pas cru même devoir donner d'Acceffit , & elle
a généreusement ajouté en faveur du Sieur Perret
, la Médaille d'argent , ſans rien déduire de la
valeur de la Médaille d'or dont il a touché le Prix.
No-
1
1
1
NOVEMBRE. 1777. 209
:
NOMINATIONS.
Le Marquis de Bloſſet , Ambaſſadeur du Roi
près Leurs Majestés Très - Fideles , ayant demandé
fon rappel , le Roi a nommé pour le remplacer , le
Baron de Zuckmantel , actuellement Ambaſſadeur
près la République de Venife. S. M. a donné pour
ſucceſſeur à ce dernier , le Préſident de Vergennes ,
fon Ambaſſadeur près les Louables Cantons Helvé
*tiques. Le Vicomte de Polignac , nommé en mêmetems
pour remplir cette derniere Ambaſſade , a
fait aujourd'hui ſes remercimens à S. M. à laquelle
il a été préſenté par le Comte de Vergennes ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangeres.
Le Roi a diſpoſé du Gouvernement de la Citadelle
de Marseille , vacant par la mort du Comte
du Luc , Lieutenant- Général , en faveur duComte
de Montazet , Maréchal de Camp , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis.
PRÉSENTATION 8.
Le Comte de Scarnafis , Ambaſſadeur de Sardaigne
, a eu une audience particuliere du Roi , dans
laquelle il a remis ſa Lettre de créance à S. M. II
a été conduit à cette Audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le Sieur
210 MERCURE DE FRANCE.
Tolozan , Introducteur des Ambaſſadeurs . Le S
de Sequeville , Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaſſadeurs, précédoit. 4
Le Préfident de Vergennes , Miniſtre Plénipotentiaire
du Roi , en Suiſſe , de retour de fon Ambaffade
, a eu l'honneur d'être préſenté à S. M. le
16 Octobre , parle Comte de Vergennes , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat au Département des 'Affaires
Etrangeres , & de faire en même tems ſes remer
cimens en qualité de fon Ambaſſadeur près la République
de Venife.
:
}
১ PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
に
4
Le Comte Jean- Baptiste Carbury , Médecin-
Conſultant de Madame & de Madame la Comteſſe
d'Artois , a eu l'honneur de préſenter au Roi & à
la Famille Royale , un Ouvrage du Comte de Carbury
fon frere , ci -devant Lieutenant- Colonel au
Service de l'Impératrice de Ruffie , Lieutenant để
Police , & Cenſeur , ayant la direction du Corps
Noble des Cadets de Pétersbourg. Cet Ouvrage
a pour titre : Monument à la gloire de Pierre - le-
Grand, ou Relation des travaux & moyens mécaniques
qui ont été employés pour transporter à
Pétersbourg un rocher du poids de trois millions"
de livres, destiné à fervir de base à la Statue,
équestre de cet Empereur. On y a joint un Examen
phyſique & chimique du même rocher , par le
Comte Jean-Baptifte Carbury.
1
NOVEMBRE. 1777 212
MARIAGES
Le 19 Octobre , Leurs Majestés & la Familie
Royale ont figné le Contrat de Mariage du Comte
de Laſpect de Lés , avec Demoſelle de Polignac.
Le 16 du même mois , le Baron de Houx &
Dame Elifabeth de Bigault fon épouse, ont célé
bré , près de Clermont en Argonne , la cinquan
tieme année de leur mariage : la cérémonie s'est
faite dans leur Chapelle , par trois de leur fils ,
Prêtres , en préſence de deux autres fils, Chevaliers
de S. Louis , & des enfans de l'aîné, mort depuis
peus Leurs parens , leurs amis , & la No
bleſſe des environs , ont affifté à ce ſpectacle, dont
la rareté augmente encore l'intérêt for al
:
of ano Da
: 1 1
NAISSANCEST 10
1
36 ποίον
Le 20 Septembre , un Courier extraordinaire de
Madrid , apporta la nouvelle de la naiffance de la
Princeſſe dont eft accouchée , le 11 , la Princeſſo
des Afturies, foeur unique de l'Infant. Selon cet
te dépêche , la jeune Princeſſe & fa Mere ſe por
toient bien. Cet événement a été annoncé au Public,
dès le ſoir même , par une décharge générale
de l'artillerie du Chateau de cette Ville. On a
chanté le lendemain , dans l'Eglife de Saint Paul,
T
Ο 2
212: MERCURE DE FRANCE.
une Meſſe folemnelle , ſuivie d'un Te Deum , οι
action de graces. Il y a eu gala à la Cour , & le
foir toute la Ville a été illuminée. i
MORTS.
La Cour a pris le deuil , le 16 Octobre , pour
quatre jours , à l'occaſion de la mort d'Anne-
Charlotte - Amélie - Louiſe d'Orange , Princeſſe
Douairiere du Prince Héréditaire de Bade - Dourlach
, & mere du Margrave de Bade regnant.
:
هللا
La nommée Domanges Bonnemaiſon , habitante
de la Paroiſſe de Lautignac , Diocese de Lombez ,
y eſt morte , le 6 Septembre , âgée de 12 ans
ayant joui conſtamment de la meilleure ſanté jufqu'au
mois de Septembre de l'année derniere , époque
où elle fut privée de la vue. Elle diſoit n'avoir.
jamais été ni purgée ni ſaignée. On a obſervé
que le plus léger frottement ſur ſes mains en
faiſoit fortir de la pouſſiere. La Comteſſe de Beaumont
, Dame de Madame , vifitant une de ſes Terres
voifines de Lautignac , le mois de Juillet dernier
, avoit été voir cette femme , & avoit donné
les ordres les plus précis pour qu'on en prit le ,
plus grand ſoin , & qu'on ne lui refuſat rien de ce
qu'elle pouvoit deſirer. Elle a laiſſé trois enfans ,,
un garçon & deux filles , dont la plus jeune eſt
agée de 76 ans. !!
i
:
On mande de Lodeve en Languedoc , que le 22
Septembre , le nommé Louis Geſla , originaire de
Caimon , Diocese de Lombez , retiré chez l'Eve
1
NOVEMBRE. 1777. 213
A
que de Lodeve , qui lui avoit donné un aſyle , y
eſt mort âgé de 102 ans , ayant confervé toute ſa
connoiſſance juſqu'au dernier moment.
Marie - Joſeph , Marquis de Mattaral , Gouverneur
des Ville & Châteaux d'Honfleur , Pont l'Evêque
, &c. Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint - Louis , eſt mort à Paris le 9 Octo
bre , dans la 57e année de ſon âge,
Le Comte de Vaneck & du Saint-Empire , Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle blanc , Conſeiller d'Etat
actuel intime de l'Electeur de Baviere , ſon Cham
bellan & fon Envoyé extraordinaire près le Roi de
France , eſt mort à Paris le 21 Octobre. !
* Tirage de la Loterie Royale de France,
Du 31 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font:
1 , 21 , 45 , 51 , 69.
:
3
214 MERCURE DE FRANCE.
:
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LETTRE d'un Particulier Américain en Eu
rope, ier, Novembre 1777.
M. Je crois faire plaifir au Public, ami de la vé
rité , en le détrompant fur l'article d'une prétendue
extraction de notre Général Arnold , inféré dans le
Courier du Bas - Rhin No. 79. p. 645 , & copié
dans quelques Papiers Hollandois. J'eſtime le Redacteur
de cette feuille ; & je ne m'en prends qu'à
l'Impoſteur qui a furpris ſa bonne foi , ou celle de
fon correfpondant.
Il ſepeutqu'ily ait un Boucher nommé Arnold à Ma
yence , dont le fils ait été ſucceſſivement foldat , moine
, & cuisinier : tout comme il ſe peut', ainſi qu'on
le dit , qu'il y ait à Londres un Boucher Righby
dont le fils paye aujourd'hui moyennant 200,000
florins par an , les troupes , & figure dans le Cabinet
d'un puiſſant Souverain.. Mais je puis vous af
furer , de ſcience certaine , qu'il eſt de toute fausſeté
que le Général Américain Arnold ſoit né en Europe.
It eſt le fils de Mr. Benoit Arnold , Négo
ciant à Norwich dans la Nouvelle Angleterre : il
été lui-même élevé dans le Commerce de fon pere ,
& s'y eſt acquis une réputation diftinguée, Appelle
du Comptoir à la défenſe de ſa patrie, il a ajouté à
ſa renommée celle de brave Général, En cette qualité-
même il étoit l'ancien du feu Général Montgommery
: car ſa Commiſſion eſt antérieure à celle de ce
dernier. Ceux qui ſavent qu'en Angleterre un Pair
du Royaume peut avoir été , ſans déroger , un E i
NOVEMBRE. 1777. 215
A
glish Merchant, ne feront nullement ſurpris de voir
un Marchand Américain devenu Général. Un de
ces Marchands, mon intime ami , avoit continuellement
6 à 7 vaiſſeaux en mer. J'en ſais qui en
avoient 10 , 12 & plus. Aujourd'hui , leur Commerce
étant gêné, ils en font des: Bâtiinens armés ,
en, courſe dont les Capitaines & les Equipages ne
font pas mal leur devoir , comme vous voyez . La
perſonne qui a fourni l'article en queſtion , n'a aucune
idée juſte de notre pays , ou ne veut pas que
d'autres l'aient. Nos Maires de villages , nos Juges ,
. nos Avocats , &c. ne font rien moins que des perſonnages
obfcurs , en temps de paix non plus qu'en
• temps de guerre. Nous les diftinguons autant que
vous diſtinguez votre Nobleſſe; mais nous ne les
eſtimons & aimons qu'autant qu'ils ſe rendent utiles
& aimables : ſi leurs defcendants s'aviſoient de n'avoir,
pour tout mérite , que des yeux qui en
avoient , l'obſcurité feroit leur partage. Nos ſimples
payfans-niêmes different totalement des payſans
Européens. Notre bon Général Putnam eſt un Pay-
* ſan Américain , c'est-à-dire , un Roi chez lui , comme
dit fort bien Mr. Calm , Colonel de notre Armée
, où il s'étoit diftingué pendant la derniere
guerre : il avoit pofé , comme elle , l'épée pour retourner
à la charrue ; & c'eſt , au pied de la lettre
, de la charrue qu'il a été appelle, comme Cincinnatus
, pour reprendre l'épée à Lexington. Nos
Généraux ne ſont pas les ſeuls qu'on a la baſſeſſe de
vouloir avilir, Dès le commencement de cette guerre
on a profité , dans certaines gazettes Hollandoi-
' fes , de l'identité des noms , pour faire d'un Jean
Adams , ci-devant Maître d'Ecole à la Haye , un
membre de l'honorable Congrès-Général. Apprenez
donc , honnête & reſpectable Public , quenous avons
• deux grands perſonnages de ce nom. Mrs. Samuel
Ο 4
216 MERCURE DE FRANCE.
& Jean Adams , tous deux nés dans la Nouvelle-
Angleterre , tous deux ſavants Jurisconfultes. Ce
qui pourra paroître une petite fingularité , c'eſt que
la même ville ait produit deux hommes du même nom ,
ſi ſemblables pour le caractere & le génie qui pourcant
ne font pas parens du tout l'un de l'autre. Voulez
- vous , après cela ſavoir les récompenfes que
nous avons pour nos grands perſonnages leurs pareils
, & dont ils ſe contentent ? Lifez l'article qui
fuit. Je profite de la traduction qu'en a donnée la
Gazette de Leide.
De WILLIAMSBOURG en VIRGINIE ,
le 8 Juillet.
RIEN n'eſt plus propre à nourrir le zele républicain
& l'amour du bien public , qui doivent être
les principaux ſoutiens de l'Amérique-Unie , que le
témoignage de la reconnoiſſance de leurs Concitoyens
, rendu à ceux qui ont utilement ſervi l'Etat.
Le Gouvernement de la Virginie , très - fatisfait de
la conduite ferme , integre , & prudente de Mr. Richard
- Henry Lée , ſon Député au Congrès- Général
, a voulu lui donner une preuve publique de ſes
ſentimens à ſon égard. En conféquence la Chambre
des Délégués ou Repréſentans du Peuple réſolut le
20. du mois dernier ,,, que les Remercîmens de la
"
"
"
"
Chambre feroient faits par l'Orateur à Richard-
Henry Lée , Ecuyer , pour les fideles ſervices
qu'il a rendus à ſa Patrie , en rempliſſant le Poſte
d'un., des Députés de cet Etat au Congrès-Général.
" Conformément à cette Réfolution , l'Orateur
adreſſa à Mr. Lée , qui ſe tenoit debout à ſa
place dans l'Aſſemblée , le Diſcours ſuivant.
NOVEMBRE. 1777. 217
MONOSNISEIEUURR ,, CC'eſt avec un plaiſir particulier
▸ que j'obéis aux ordres de la Chambre , parce qu'en
même tems que je m'acquitte d'un acte de devoir
• envers elle , ces ordres me fourniſſent l'occaſion de
faire un acte de juſtice envers vous. Servant avec
vous dans le Congrès , & obfervant attentivement
la conduite que vous y tenez , j'ai pensé que vous
manifeſtiez dans la Cauſe Americaine un zele vraiment
patriotique ; & autant que j'étois en état d'en
juger, j'ai cru que vous y employiez les talens ,
qui vous diftinguent de l'aveu de tout le monde , à
avancer le bien public & la proſpérité , tant de votre
propre Pays en particulier que des Etats - Unis
en général. Afin que le tribut d'éloges , dû à ceux
qui font bien , leur foit rendu & encourage d'autres
à ſuivre leur exemple , la Chambre a pris la Réſolution
ſuivante : „ Que les Remercîmens de la Cham-
۴
▼
22 bre feroient faits par l'Orateur à Richard-Henry
,, Lée , Ecuyer , &c. "
و د
Mr. Lée répondit à l'Orateur en ces termes.
MONSIEUR L'ORATEUR , Je remercie la
;
i
:
Chambre de cette preuve d'équité & de justice.
Je l'accepte d'autant plus volontiers , que ma con-
Science, me rend le témoignage de n'en être pas
abſolument indigne. Je confidere , MONSIEUR ,
Tapprobation de ma Patrie comme la plus grande
récompense , que pufſſent recevoir mes fideles ſervices.
Ce sera constamment l'objet de mes soins de
mériter cette approbation par une attention noninterrompue
à mes devoirs envers le Public. Je
yous dois auſſi MONSIEUR , des remercimens particuliers
pour la maniere obligeante , dont vous
avez bien voulu m'informer de la Reſolution de la
05
218 MERCURE DE FRANCE.
Chambre ; & je vous prie de recevoir les afſurance
de ma fincere gratitude. L
Le Sénat ou la Chambre-Haute , qui forme avec
celle des Délégués le Corps légifſlatif de notre République
, ſuivit le lendemain , 21. Juin , l'exemple
de celle-ci , en prenant une Réſolution , qui por
toit ,, qu'afin de rendre à Richard-Henry Lée , di-
,, gne Député de l'Etat au Congrès - Général , le
,, juſte tribut d'éloges , qui lui étoit dû , l'Orateur
22 feroit requis de lui préſenter les Remercimens les
,, plus vifs de la Chambre pour ſa diligence infati-
,, gable & fa fidélité à s'acquitter du Poſte impor-
,, tant, qui lui avoit été confié. " L'Orateur envoya
Copie de cette Réſolution à Mr. Lée , ave
une Lettre , à laquelle le Sénat reçut une Réponſe
adreſſée à l'Orateur , & dont voici la Traduction.
MONSIEUR ,
i
le 23 Juin 1777.
COMME rien ne fauroit être plus précieux à un
Citoyen que l'approbation de ſes Concitoyens , j'ai
reçu avec un plaifir fingulier le témoignage honorable
, que la Chambre des Sénateurs a bien voulu"
donner à la conduite que j'ai tenue au Congrès
comme un des Députés de la part de cette République.
Toute Communauté , qui reconnoît yolontiers la
fidélité de ſes Serviteurs, ne peut jamais manquer
d'en avoir , qui font remplis de zele pour avancer
ſes intérêts , d'honneur & d'attention pour s'acquitter
de leur devoir.
Ce ſera , MONSIEUR , l'objet de mes ſoins de
mériter, dans toutes les occafions où je ſerai honoré
de la confiance publique , cette récompenfe , que
l'Honorable Sénat vient de m'accorder. Je ſuis,
MONSIEUR , avec les ſentimens, de fidélité & de
reſpect , dus à la Chambre , votre très -humble
Serviteur.
: Signé RICHARD - HENRY LÉE.
}"
"
NOVEMBRE. 1777. 219
,
:
VERS.
1
A Mr. van Santen , en lui envoyant une branche
de laurier cueillie ſur le tombeau de Virgile.
Dee myrte ainſi que de laurier,
Vous méritez une couronne.
L'amour , depuis longtems , vous a dû le premier ,
- Et bientôt une douce , une tendre perſonne ,
Par le don de ſa main, va pour lui vous payer.
(Tel au moins le Public raiſonne.)
Daignez , quoiqu'il en ſoit , recevoir le dernier,
C'eſt l'amitié qui vous le donne
Mais ſi quelqu'eſprit de travers ,
Quelque mépriſable zoïle ,
:
(Comme il en'eſt partout dans ce bas univers)
Sent ici s'allumer ſa bile ,
Si par un langage pervers ,
Il conteste vos droits à l'arbre de Virgile ,
J'en appelle à Burman, j'en appelle à vos vers,
Et fon fort à l'inſtant eſt le fort de Bathylle.
Par Mr. H. N.
REPONSE.
Aux vers précédens.
Munera Daphnae accepi beneolenția frondis
Lecta Maroneo munera de tumulo.
>220 MERCURE DE FRANCE.
:
Hac ego pratulerim Persarum maxima gazis
Munera , Erythrai muneribus que maris.
Virgilii ut ſpiret mihi blandior aura , quotannis
Accipiet cultus laurea Sancta meos.
Et que digna tuis junxiſti carmina donis ,
Huberte æternumpignus amoris erunt.
SANTENIUS.
1
LETTREà M. MorandMédecin de la Faculté deParis
& membre de l'Académie Royale des Sciences.
!
V
Amſterdam le 20 Octobre 1777.
MONSIEUR.
ous avez fait imprimer dans votre Ouvrage
fur le charbon de terre des faits qui me concernent
, fans m'en avoir prévenu , pour en ſçavoir
au juſte la vérité ; ainſi vous m'avez mis dans le cas
de me paſſer de votre permifſion pour les expoſer
avec exactitude.
Vous dites , Monfieur , page 1216, que ſur la 3 fin du mois de février de cette année 1776. М.
Blakey , auteur de la Description de l'art de conſtruire
les Pompes à feu , approuvée de l'Académie
, étant à Liege , fit part à pluſieurs perſonnes
qu'il avoit le ſecret infaillible de fondre la mine
de fer avec la Houille , offrant d'en donner des
preuves réitérées à ſes frais , pour enfuite vendre
ſon ſecret à l'Etat de Liege , moyennant la ſomme
de cinq-cent mille Livres , ou pour l'exécuter en
fociété , moyennant , entre autres conditions , le
produit pour lui d'un quart de l'utile , qui , comme
il l'annonçoit , devoit être au moins à 75pour cent,
in
1
41
৯
NOVEMBRE. 1777. 221
Un citoyen très-intelligent , inſtruit & zélé pour ſa
•Patrie , s'étoit chargé d'abord de former la ſociété ,
& eut en conféquence pluſieurs pour-parlers avec
,M. Blakey , tant fur la maniere dont la ſociété acquéreroit
le ſecret que fur les moyens de le mettre
à exécution. M. Blakey propoſoit d'établir ſes
fourneaux & ſes forges contigues aux Houillieres ,
fans égard fi elles font ou fi elles ne font pas à
portée des Rivieres ; il projettoit de tirer avec des.
machines hydroliques , conſtruites ſelon ſes principes
, une ſuffiſante quantité d'eau pour faire tourner
toutes les roues qu'il emploie à ſes opérations.
Les fourneaux & les foufflets devoient être d'une
toute autre forme que ceux uſités ; ces derniers
étoient , ſelon lui , capable de renvoyer d'un ſeul
coup l'homme le plus robuſte. La dépenſe de la
conſtruction d'un des fourneaux , avec deux affineries
, devoient ſe monter à cent vingt mille livres
dont M. Blakey auroit la disposition. La même
perſonne chargée de ces entrevues lui a repréſenté
que ſes aſſociés lui propofoient d'abord la fonte
dans des fourneaux ordinaires,& fe faisoient fort
de ne point manquer d'eau fuffiſante. L'affaire n'a
point été ſuivie ni de part ni d'autre.
Je ne conçois pas , Monfieur , l'intention de ce
lui qui vous a donné cette information , mais je
ſçais que les négociations devroient être des ſecrets
pour tous autres que les perſonnes intéreſſées...
Voici le fait. Au mois de Mai 1774 , on me fit
la propoſition de me donner cent mille livres & un
intérêt dans l'affaire , ſi j'enſeignois l'art de fondre
la mine de fer avec du charbon de terre: je ne pus
accepter cet offre alors , parce que j'avois une machine
à feu à conſtruire pour faire tourner un moulin
à eau. Trois mois après , cette machine étant
au point que je pouvois l'abandonner à mes out
:
222 MERCURE DE FRANCE.
vriers , je me ſtis lié avec la perſonne qui m'avoiť
fait la propofition. ci -deſſus : j'ai fait pluſieurs démarches
relatives à cet objet , & enfin il a été conchu
& figné un accord , mais fur un pied différent
de ce qui m'avoit d'abord été propofé. ')
Comme cette entrepriſe eſt de la plus grandeutili
té pour la conſervation des bois de la France , la
perſonne en queſtion propoſa au Miniftre d'accor
der des privileges ou des récompenfes len cas de
fuccès. M. Turgot renvoya l'affaire à M. de Trúdai
ne. De mon côté je me rendis à Versailles chez
un Miniſtre qui me fait l'honneur de me recevoir !
dans ſon cabinet quand il me donne audience. Je
lui expliquai les avantages qu'il en réſulteroit pour
le Royaume : mais par une fuite ordinaire aux
hommes qui ne font ni courtiſans ni ſolliciteurs
l'impatience me prit , je laiſſai l'autre intéreſſéna ,
Paris pour faire ce qu'il jugeroit à propos , & jer
partis pour la Lorraine , afin de voir la forge de
Dilling près la Sarre ,afin d'examiner ſi elle conviendroit
à nos deſſeins. Dela je me rendis dans l'Electorat )
de Treves , pour viſiter les lieux propres à placeri
une machine à feu que j'allois commanderen An
gleterre. Cela fait je pris ma route par les Arden
nes pour Liege , où je comptois trouver une perſonne
qui m'avoit écrit que les Etats du Pays me!
donneroient cent mille écus de Liege [500.000 liv.
de France] fi j'enſeignois le fecret de fondre
ne de fer avec du charbon de terre. Ne trouvant
perſonne au rendez- vous , je continuai ma route
pour la Hollande par Bruxelles , où je vis celui qui
m'avoit écrit de Liege , & auquel je promis de
revenir.
Arrivé à Rotterdam d'où j'avois reçu pluſieurs
lettres relativement à la machine à feu qu'on y
établiſſoit , je vis le grand beſoin qu'on a
NOVEMBRE. 1777. 223
Hollande de machines hydroliques ; j'allai à Amſter ...
dam chargé d'une lettre pour l'architecte de la ville;
j'admirai la beauté des maiſons & des canaux
de cette ville , mais la puanteur de l'atmosphere
m'y parut infupportable & je fus étonné qu'on n'y
rémédiat pas ; après avoir conféré avec un ſavant
fur les moyens d'obtenir un privilege exclufif pour
mes machines à feu en Hollande , je fuis parti pour
l'Angleterre. i
De retour de Londres à Bruxelles , la Perſonne
qui m'avoit écrit fur les 500,000 livres , vint me
trouver , & deux jours après nous partimes pour...
Liege , afin de vérifier ce qu'il m'avoit dit des
Etats; mais à mon arrivée je m'apperçus qu'il n'y
avoit rien de certain. ...
Dans cet intervalle je reçus une lettre de la perſonne
avec qui j'étois en relation pour la fonte des
la mine de fer en France. Il me faifoit part de ce
que lui avoit dit M. de Trudaine , & me deman
doit de dimintier un cinquieme de mes profits
pour faciliter , diſoit-on , l'établiſſement. Cela me
řendit un peu indifférent ſur ce qui ſe faiſoit en
France , d'autant plus que j'avois déjà acquiefcé à
diminuer fur le premier offre qu'on m'avoit fait aus
mois de Mai ; je repondis done , en rappellant les
premieres propofitions & ce qui s'étoit paſſé de
puis , que je le priois de me donner fon avis fur ce
que je devois faire.
..
Les arts exigent la droiture pour baze. Quand
on ſurprend un artiſte dans un marché , on ſe dupe
foi-même , parceque la ſurpriſe ne fert qu'à lui lier
les bras & l'empêche d'agir, :
Celui qui m'avoit écrit de Liege , à Paris , faiſoit
ce qu'il pouvoit pour me détourner & me diſtraire
de toute affaire avec la France, & fe donnoit des
mouvemens pour celle de Liege, eſpérant que je
:
•
224 MERCURE DE FRANCE.
:
lui donnerois quelqu'intérêt dans la fabrique du fer.
La perſonne fur laquelle il comptoit me donna la
connoiſſance d'un Noble de l'Etat , zélé pour l'avantage
de ſa patrie , mais aucun ne parlant de fournir,
ce qu'il falloit pour commencer , je me fuis occupé
de monter la fabrique des machines à feu à Liege
, tant pour être à la proximité de la Hollande &
de la France , ſuivant le beſoin , que pour trouver
des ouvriers à bon compte.
1 Au commencement de 1776 , on me propoſa encore
, avec un air de myſtere , la fonte de la mine
de fer & fa fabrication en barres avec du charbon,
de terre : en conféquence j'ai chargé une perſonne ,
que je croyois mon ami (*) de négocier l'affaire
parceque je ne fuis nullement propre à diſcuter des
affaires d'intérêt ; je vis cependant une fois un des
aſſociés , homme d'eſprit , & qui vouloit ſe charger
de régler les conditions ; mais foit que le nouveau,
négociateur s'y ſoit mal pris , ou qu'il n'ait pas.
trouvé les autres d'accord , l'affaire a traîné en longueur
, 1
1
(*) Cettepersonne ayant étéélevéechez un Avocat à Rouen,
étoit censée entendre les affaires , mais elle mit tant de myste
re & d'importance à ce qu'elle faisoit , " que la négociation
fut arrêtée. Ce négociateur fut affez ſuffisant , pour dire que
rien ne pouvoit se traiter avant fon retour de la Hollande.
Au commencement de Mars j'ai chargé ce prétendu ami
dune requête pour les Etats à la Haye , mais il ne l'adonnée
à mon Procureur , que le dix d'Octobre ; mes jambes gou
teuſes lui donnoient l'occaſion de faire ce qu'il vouloit ; mai
ma tête étant libre j'ai découvert quelqu'unes de ses manoeuvres
tant à la Haye qu'à Rotterdam , qui me l'ont fait voir
comme un geai avide qui vouloitſeſervir des plumes d'autrui
pour venir à ses fins. !
1
NOVEMBRE . 1777. 225
gueur , & la méfiance qui s'eſt introduite dans
quelques eſprits a ſuſpendu entierement l'effet de
ſes ſoins.
On écrivit , fur ces entrefaites , à un Savant de Paris
, pour avoir des informations ſur l'article du fer;
mais l'on n'obtint que des réponſes peu fatisfaiſan
tes parce que ce Savant ignoroit probablement ,
ainſi que ceux qui lui ont écrit , qu'il y a plus de
vingt fourneaux en Angleterre dont le plus petit fait
au delà de quatre milliers de fonte , tout les vingtquatre
heures avec du charbon de terre. Enfin ce
Savant envoya le livre de Jars qui n'eſt compoſé
que d'obſervations ſur différens travaux , & fur tout
fur les manufactures d'Angleterre , où M. Jars
étoit connu pour un homme envoyé de France par
M. de Trudaine pour examiner & apprendre la
méthode de travailler des Anglois: auſſi ſon livre
'ne contient-il que les fauſſes informations qu'il eut
fur le travail du fer & de l'acier , ainſi que des
fourneaux. "
Au mois d'Octobre ou Novembre , étant à la
Haye , je reçus l'avis qu'on vouloit venir de Liege
pour traiter avec moi ſur l'article du fer réduit
en barres par le moyen du charbon de terre ; mais
comme je me diſpoſois à retourner dans peu à
Liege , cela fut différé.. :
A mon arrivée , on me parla ſur ce qu'on m'avoit
écrit , mais l'entremetteur ne vouloit pas me faire
connoître les perſonnes qui avoient deſſein de s'y
intéreſſer , de façon que tous ces myſteres me dégouterent
, n'aimant point à être fondé , n'ayant
d'ailleurs aucune vue cachée , je voulois qu'on fut
auſſi ouvert que moi , & je dis au négociateur myſtérieux
qu'il falloit que je viſſe ceux avec qui je
devois être en relation , avant de faire les accords ;
cela mit fin à une affaire qui ne tendoit qu'à me
- faire parler inutilement.
P
226 MERCURE DE FRANCE. }
Voilà , Monfieur , le vrai de la négociation du fex
à Liege. J'ai été d'autant plus fcrupuleux d'en rappeller
toutes les circonstances que je ſçais que l'on
doit être très-circonfpect , même quand on parle des
arts qu'on pratique ; jugez combien devroient l'être
plus ceux qui n'y ſont point initiés ; je ſuis trèsfâché
qu'on vous ait fait mettre dans votre Ouvrage
ce qu'on y lit relativement à moi. :
Quand on vous a écrit que mes, foufflets renverferoient
d'un ſeul coup l'homme le plus robuſte ,
fans doute on n'a pas voulu dire un Hercule , ou
un Milon de Crotone ; mais je peux vous aſſurer
qu'il faudroit un homme bien foible , pour être renverſé
par le vent le plus violent qu'on puiſſe faire
paffer par un tuyau d'un pouce & demi de diametre.
Je me fouviens d'avoir dit que j'avois vu chaffer
des charbons à vingt pas du fourneau par des
foufflets qui ont coûté près de trois mille livres
ſterling .
Vous ſçaurez auſſi , Monfieur , que j'ai dit que j'ai
vu fabriquer dans ces forges , & fans un ſeul morceau
de charbon de bois , le meilleur fer qui ſe faſſe
au monde , & d'une maniere plus fimple qu'on ne
peut le foupçonner ; je puis vous l'aſſurer , parceque
je fuis connoiffeur dans la fabrique & l'emploi
du fer & de l'acier.
Telles font , Monfieur , les circonstances que j'ai
été obligé de mettre par écrit , malgré moi , pour me
remettre fur la voie , & pour ne pas paſſer pour un
homme extraordinaire avec qui on ne peut pas traiter
, comme ce que l'on vous a écrit le voudroit
faire penſer.
2
Fai l'honneur d'être , &c.
NOVEMBRE. 1777 . 227
P. S. C'eſt un ami qui m'a inſtruit de ce que vous
4 avez bien voulu mettre fur mon compte , autrement
je ne l'aurois pas ſçu , car je vous affure que mes
, affaires préſentes ne me donnent pas le loiſir de lire
des in folio fur le charbon de terre , étant furtout
* au fait de cette matiere & ayant demeuré deux ans
dans l'endroit de l'exploitation des mines de mon afſocié
, où j'ai vu tirer tous les jours cinq cents livres
de charbon , 28 & 30 fois par heure , du même
puits , fans chevaux , ni chaines & autres attirails
qui rendent fi compliqués & fi difpendieux
les travaux établis le long de la Meuſe.
Je n'entrerai pas , Monfieur , dans le détail des
parties néceſſaires à expliquer l'exploitation de pareilles
manufactures , parce qu'un Membre de l'Académie
royale des ſciences de Paris eft cenfé ſçavoir
la théorie & le fond des Arts mieux qu'un praricien
comme moi qui n'ai travaillé que cinquante
ans fur le fer & l'acier.
Je ne puis m'empêcher de revenir fur le ridicule
qu'on vous a fait repandre fur mes foufflets de forge
, auſſi je vous marque un fait fur lequel vous
pouvez compter. Dans l'endroit où j'ai vu fabriquer
le fer , où j'ai demeuré trois mois , & où j'ai
fait quatre voyages , il y a ſept fourneaux pour fondre
le minéral avec du charbon de terre ; leurs foufflets
font mis en mouvement par l'eau qu'élevent
Einq grandes machines a feu à levier on y brûle
plus de trois cents mille livres de Charbon de terre
tous les vingt quatre heures.
P2
228 MERCURE DE FRANCE,
TABLE.
P 1
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , page 5.
La Journée Champêtre , ibid.
Effets de la Jalouſie , 19
Epitre de M. de Voltaire , 31
Stances fur l'Alliance renouvellée entre la France &
A les Cantons Helvétiques , 33
:
Le Berger Ingénu , 355
Romance , 37
Stances imitées de l'Italien de Pétrarque , 36
Impromptu ſur une Fête donnée au Val , par Madame
la Ducheſſe de Ch ***, 39
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
A M. Elie de Beaumont , ſur la Fête desBonnes-Gens ,
qu'il a fait célébrer dans ſa Terre de Canon ,
Vers àMadame la Vicomteſſe de Bonneval , ſur le pasſage
de Monfieur ,
L'Amant du Village ,
Explication des Enigmes & Logogryphes,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Les vrais principes de la lecture , de l'Orthographe ,
& de la prononciation Françoiſe ,
Contrepoiſons de l'arſenic , du ſublimé - corrofif, du
verd de - gris & du plomb ;
Nouvelles Eſpagnoles ,
Dictionnaire des Origines ,
L'Art de parler réduit en principes ,
40
41
42
44
ibid.
46
50
ibia.
55
62
71.
73
NOVEMBRE. 1777. 229
Roſel , ou l'Homme heureux , 76
Supplément à l'Analyſe,des Conciles Généraux &Particuliers
, 78
Lettre d'un Profeſſeur Emérite de l'Univerſité de Paris, 80
Le Mitron de Vaugirard , 83
Oeuvres de Chaulieu , 85
Coutume du Boulonnois , 93
Oeuvres Chirurgicales , 96
Recherches fur les maladies Chroniques , 97
Obſervations ſur l'examen de la Houille; 100
La Phyſique de l'homme ſain , ΙΟΙ
Explication des Cérémonies de la Fête-Dieu
La Science du Bon-homme Richard ,
102
105
Loiſirs de Libanius ,
Les Plaiſirs de Campagne ,
Le Chrétien fidele à ſa Vocation ,
Apologie de Shakeſpéar ,
III
115
Les Aventures de Télémaque , fils d'Ulyſſe , 117
121
122
Entretiens ſur l'état de la muſique Grecque , 129
Nouvelle Méthode pour les Changes de la France , 131
Eloge hiſtorique de M. Venel , 132
Hiftoriæ Græcorum , 133
Nouveau Plan d'éducation complette , 134
Lettre à l'Auteur du Mercure , 136
Avis 9 137
Annonces littéraires , 138
ACADÉMIES , 147
de Dijon , ibid.
Villefranche , 162
Châlons-fur-Marne, 164
SPECTACLES . : 166
1
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe , ibid.
P3
230 MERCURE DE FRANCË.
1
Comédie Italienne ,
A M. Carlin Bertinazzy , Arlequin ,
ARTS ,
Gravures ,
Muſique ,
Danſe ,
Géographie ,
:
Tableau Genéalogique ,
Cours de ſtyle Epiſtolaire ,
-
-
de Langue Angloiſe ,
de. Poéſie Angloiſe ,
Maiſon & Cours d'Education ,
Lettre de M. Tribolet à M. Vicq d'Azyr ,
Variétés , inventions , &c.
Anecdotes .
AVIS ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
167
168
170
ibid
ibid.
173
175
176
179
180
181
182
135
187
192
195
200
209
Préſentations , icid.
d'Ouvrages , 210
Mariages , 212
Naiflance , ibid.
Morts , 212
Loterie , ८ 213
ADDITIONS, 214
Lettre d'un Americain en Europe. ibid.
Vers à M. VAN SANTEN. 219
Reponſe aux vers précédens. ibid.
Lettre à M. MORAND Médecin , & Membre de l'Académie
des ſciences de Paris . 120
!
M
:
NOVEMBRE. 1777 . 231
!
NOUVEAUTÉS.
Zoologie Danica Prodomus , feu Animalium Dania & Norvegie
indigenarum characteres , nomina & finonyma imprimis
popularium. Auctore Othone Frederico Muller , &c.
8vo. I vol. Haunia , 1776. à f 4 : 10 de Hollande.
Zoologia Danice feu Animalium Danica & Norvegia rariorum
ac minus notorum fcones , editæ ab Othone Frederico
Muller &c . Fasciculus primus continens Tabulas I-XL.
Haunia , 1777. à f 15 : de Hollanae. -
- dito , enluminé àf 30 : -
Icones Plantarum sponte nascentium in regnis Dania &
Norvegia , & in ducatibus Slesvici , Holfatia & Oldenburgi:
&c. Volumenquartum, continens fafciculos X , XI, XII.
Seu Tabulas DCLXI. - DCCXX. à f 7 : 10.
- dito enluminé à f 21 : -
عا !
:
:
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06370 9300
PROPERTY OF
The
Universityof
Michigan
Libraries,
1817
ARTES SCIENTIA VERITAS
1
1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITYOF MICHIGAN
C.PLURIBUS UNUM
!
TUEBOR
SI-QUÆRIS-PENINSULAMAMOEΝΑΜ
CIRCUMSPICE
AP
20
M51
1777
no.16
i
MERCURE
4. DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
DECEMBRE. 1777•
N°. XVI.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
OMÉDIENS (les) ou le Foyer; Comédie en un
acte & en t'roſe , atribuée à l'Auteur du Bureau d'Esprit
, repréſentée par les comédiens de la ville de Paris,
au théatre du Temple, le 5 Janvier 2440. 8vo.
à 10 fols,
Conversation familiere entre le Comte de Falkenstein &
Louis XVI. in 8vo. 1777 &f- 10 fols.
Effais Politiques ſur l'Etat actuel de quelques puiſſances
parM K. C, B. 8vo. 1777. à fi:10.
Methode pour élever & conferver les enfants en bonne
fanté , par M. BLAKEY , du College Royalde Chirurgie
, nouvelle edition revue & augmentée. 8vo.
Paris, 1777. à 12 fols.
Train ( le ) de Paris, ou les Bourgeois du temps. Comédie
en cinq actes & en Profe , par M.. le Chevalier
Rutlinge 8vo. 1777. à f r.-
Vie & Aventures de fens commun ; Hiſtoire Allégorique ,
traduit del'Anglois, fur la feconde édition 8vo. 1277.
af1-
FRES d'Artillerie , contenant l'Artillerie nouvelte,
ou les changemens fans dans l'Artillerie Françoiſe
en 1765 , avec l'expofé & l'analyſe des obſervations
qui ont été faites à ces changemens. Recueilli
par M de Scheel , Capuaine au Corps de l'Artillerte on
Dannemarc.410. 1 vol.fig. Coppenhague 1777à f 10.10.
Hiſtoire du Dannemare depuis 1559 joiques à 1661 ,
tome III . par Mr. Mallet 4to. I vol. Coppenhague ,
1777. à f 6. - 10.
Correfpondance de M. le Marquis de Montalembert , étant
employé par le Roi de France à Farmée Suédoiſe
, M. le Marquis d'Avrincourt , Ambaſſadeur de
France à la Cour de Suede , M. le Maréchal de Richelier
des Miniſtres du Roi à Vertailles , MM. les
Généraux Suedois & autres , &c. pendant les Campagnes
de 1757, 58 , 59, 60 & 61 , pour fervir à l'histoire
de la derniere Guerre. 3 vol. 8vo. 1777.f4 : -
Douze Dialogues d'Evhemere , Philoſophe de Siracuſe ,
qui vivoit dans le fiecle d'Alexandie 8vo. I vol. 1777.
à 15 fols.
Eloge mitorique de Michel de l'Hospital Chancelier de
Fiance, ce n'est point aux Efclares à louer les grands,
↑ Hommes 8vo. I vol. 1777. à f
Lettre à Metlieurs de Pacadenne Françoiſe ſur la Nou
velle Traduction de Shakespeare, 816. 1776. G. Jos.
1
47 LIVRES NOUVEAUX.
Lettres fur les Finances , les Subſiſtances les Corvées ,
les Communautés Religieuſes &c. 1 vol. in douze
1777 à f 1:15.
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 & 1746 ,
auxquels on a joint un Journal des memes Campagnès
, tenu dans le Bureau de M. le Maréchal de Maillebois
avec une explication de tous les paſſages &&
cols du Dauphiné Verſants en Savoye & en Piemont ,
grand in douze , 1 vol. Anist. 1777 af 1:10.
Pieces détachées relatives at Clergé téculier & régulier
&c. 8vo 3 vol. à f 3 : to.
Petit Code de la Raton Homhaine 8vo. a 10 fols.
Vie (la) du Chancelier de l'Ilofpital 8vo. à 15 fols.
Eſſai fur l'Art d'Obfervet pat M. Catiard Svo. 1 vol.
Amsterdam 1777. A f 1 1 15 - 1
Differtation fur la Comparaison des Thermomètres par
M. J. H. van Swinden Profeſſeur à Frane er conte.
nant la Comparaison de plus de 50 Thermomètres , &
un grand Tableau grave de 27 Thermomètres les plus
ufités à f3 : - On peut le procurer le Tableau
ſéparément à fi : 10 de Hollande.
Obfervations fur le Froid Rigoureux du mois de Janvier
MDCCLXXVI ; par Mr. JH. van Swinden &c.
8vo. I vol. fig. Amsterdam. 1778. af 2.10. de Hollandes
Evangile du Jour 8vo. vol. 15.
Voyage de Londres à Gênes , par le Portugal , l'Eſpa
ghe,la France , de MBaretti. traduit del'Anglois en
4 vol. grand in douze 1777 à f 4 •
MARC-MICHEL REX, Libraire à Amſterdam , fur
le Cingle , vient d'imprimer le Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire litteral , composé do
Notes choisies & tirées de divers Auteurs Anglo par
Mr. C. CHAI , Pasteur Emerite à la Hayes Ce fixieme
Tome , pour la perfection duquel on n'a rien néglige,
est divise en deux Parties , qui comprenn nt le
Premier & le second liste des Rois , in-4 , frmat
Semblable aux précedens , à ft 8 de Hollande On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenult la Genefe
, l'Exode, le Levitique , les Nombres , le Deures
roome , joſué , les juges , Kuh , le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl. 25 de Hulance pour
cette année seulement , & à commencer att 18 Junster
1778 on ne les vendra pas au-dessous de fl 37.10.
Philofophie de laNature, 8vo. 6 vol. fig. 1777
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Poëſies Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f1 : -
MARC - MICHEL REY Libraire àà AAmmsstteerrddaamm ,, &&
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches , à f 72 - : - : de Hollande.
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à
/ 8-8- : les XIV parties qui compoſent l'année.
On trouve chez lui L'Enycclopédie , fol. 28 Vol. Içavoir
XVII de Diſcours & XI de planches ; édition de Geneve
conforme à celle de Paris.
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15-:
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé ſur la Morale
8vo I Vol. à f1-10- :
Principes de la Légiflation Univerſelle en 2 vol. 8.f3- : -
Dictionnaire raiſonné d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foſſe, 8vo. 2 vol. 1775.
àf 4 - : -
Poësie del signor abbate Pietro Metalasio , 8vo. 10 vol.
1767 1763, à f 15- :: le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in-douze a fo - : -:
-
Effai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld ,Traduit du Hollandois. Evo.afi--
Ellai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo. I vol fig. à f 1-10- ;
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame ſur le Corps & du Corps ſur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3 15 :
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , &c. Svo.fi ::
Choix de Chansons miſes en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par .. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mlle. Vendôme. Paris 1773. àf60:.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. IHelvetius , 8vo.
3 vol. 1774. à f 3:15 fols.
Melanges de Priloſophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to 5 vol. fig.-1759-1776.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Seb. Allamand Profeſſeur à teyde. 4to 2 vol avec
XXX Planches en Taille-douce. Amft. 1774. à f 8-
MERCURE
DE FRANCE.
DECEMBRE. 1777.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE SUR L'ORDRE.
Dou Créateur divine eſſence ,
Ordre adinirable , Ordre éternel ,
De ſon éternelle exiſtence ,
Garant fublime & folemnel :
A 3
Ő MERCURE DE FRANCE.
4
Toi qui , gouvernant la matiere ,
Toujours dans la nature entiere ,
Entretiens un ſi bel accord
O ! de tout bien , principe unique ,
Sois de l'Univers politique ,
Et le mobile & le reffort.
Tu fis le bonheur de la Terrę
Dans les premiers jours des Humains
Ce temps fut court : bientôt la guerre
T'arracha le Sceptre des mains.
Alors, vers la voûte céleſte ,
Loin de la diſcorde funeſte ,
Tu t'epvolas avec Themis ,
Enfin , ta Compagne exilée ,
Revient par Louis rappelée;
Suis la dans l'empire des lys.
Revieus , amene en ma Patric
L'inviolabl,e liberté ,
Et l'abondance & l'induſtrie ,
Doux enfans de la sûreté:
Que ton éclatante lumiere
Faſſe rentrer dans la pouſſiere ,
L'ignorance & les préjugés ;
Bannis l'eſclavage & la crainte ,
Le deſpotiſme & la contrainte ;
Parois , nos deſtins font changés
م
DECEMBRE. 1777.
Je vois déjà l'Agriculture
Lever un front plus radieux ,
Et forçant l'avare Nature ,
Doubler ſes tréſors précieux.
Le Commerce étendant ſes alles ,
Va , de ces richeſſes nouvelles ,
Nourrir cent Royaumes divers ;
Et déſormais , libre en ſa courſe ,
Ne fait du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Qu'une famille en l'Univers.
Par - tout , & prodige admirable !
Avec les préſens de Cérès ,
D'Humains une foule innombrable ;
Germe au milieu de nos guérêts.
Heureux produit de l'abondance ,
Une facile fubſiſtance ,
Eſt le juſte prix des travaux ;
Toute richeſſe eſt aſſurée ,
Et la propriété ſacrée
Ne craint plus d'attentats nouveaux
Ordre divin , de tes miracles
Ce ne ſont- là que les effais;
Triomphe de tous les obſtacles ;
Nous verrons de plus grands ſuccès.
Malgré la bleſſure profonde T 5
A 4
8 MERCURE DE FRANCE.
Que le vieux Corrupteur du Monde ,
L'affreux luxe a faite à nos moeurs ,
Tu peux les faire encor renaître ;
L'honneur n'attend pour reparaître
Que tes regards reſtaurateurs.
Commande , tout change de face ;
Les rangs ne ſont plus confondus ,
Et la vertu reprend la place
Et les honneurs qui lui ſont dus.
De l'innocent , ſacré refuge ,
Un ſeul Tribunal eſt le Juge
Des droits de la Société :
Et la Loi , d'un glaive arbitraire ,
Contre un coupable imaginaire ,
N'arine plus la cupidité.
4
La paix conſtante , univerſelle,
Ceſſe d'être une illuſion ;
L'état dans ſon ſein ne recele
Ni trouble ni diviſion.
Les Sujets , dans leur fort profpere ,
Regardent leur Roi comme un pere ;
Et l'heureux Monarque , à son tour ,
N'a pas besoin que la Puiſſance
Contienne dans l'obéiſſance
Un peuple enchaîné par l'Amour.
DECEMBRE. و . 1777
१ L'impôt , par un canal unique ,
Dont Cybelle a l'urne en ſa main ,
'Sans perte ni détour oblique ,
Roule & parvient au Souverain.
Fermez - vous routes indirectes ;
Je vois des breches trop ſuſpectes ,
Altérer fon cours languiſſant ;
Tari dans cette voie obſcure ,
Il n'apporte à ſon embouchure
Que nos pleurs & que notre fang.
1
Fuis , fuis , Vampire inſatiable ,
Dont la vie eſt un attentat ;
Toi qui , dans l'ombre favorable ,
Pompe tout le ſuc de l'Etat;
Le jour renaft , la nuit s'efface :
L'ordre lumineux qui te chaſſe ,
A dévoilé tous tes forfaits ;
La France aſſez fut ta victime ;
Au fond de l'infernal abyme ,
Rentre pour n'en ſortir jamais.
Mais quels rugiſſemens horribles
Rempliſſent mon ame d'effroi !
Ciel ! combien d'ennemis terribles
Le monſtre excite contre toi !
Sous tes pas , Ordre pacifique ,
A 5
T
L
Io MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt vil , l'intrigue oblique ,
Tendent mille pieges ſecrets;
Et la rapine plus puiſſante ,
Dreſſant ſa tête menaçante ,
Ofe retarder tes progrès,
Pourras - tu de tant d'adverſaires,
Soutenir les nombreux combats ,
Et franchir toutes des barrieres
Que l'on t'oppoſe à chaque pas ?
Oui , j'oſe en former l'eſpérance.
Ma. crainte ceſſe; ſur la France
Un nouvel Aſtre s'eſt montré .
Déjà ſa bienfaiſante aurore,
Du jour brillant qui doit écloſe,
Nous eſt un garant aſſuré.
Louis , en montant à l'Empire ,
Y paroft ainſi que Titus;
Et plus heureux que lui , peut dire
Nuls inſtans n'ont été perdus.
• Cérès , de ſes fers affranchie ;
Themis , en ſes droits rétablie ;
L'Etat d'un tribut diſpenſé ;
Malgré la cabale & l'audace ,
Par- tout la vertu miſe en place ;
C'eſt ainſi qu'il s'eſt annoncé.
-
DECEMBRE. 1777 IC
*
Pourſuis , Monarque jeune & fage ,
Vois tous les coeurs de tes Sujets
Voler ſans ceſſe à ton paſſage ,
Attirés par tant de bienfaits,
Pourſuis , comble notre eſpérance,
Notre amour eſt ta récompenſe :
Quel prix pourroit plus te flatter ?
Mais pour le bien de ton Empire ,
Quelque ſoit l'ardeur qui t'inſpire ,
L'Ordre ſeul peut l'exécuter.
Crois en ce Miniſtre fidele,
Que la voix publique a nommé ,
Et qui joint aux tranſports du zele;
Le talent le plus consommé.
Ton vaiſſeau , tout prêt du naufraga ,
Erroit, au milieu de l'orage;
Tu viens enfin de l'en charger.
Sois sûr de ſon expérience;
Il doit avoir ta confiance ;
Qui pourroit mieux le diriger ?
Digne & prudent dépoſitaire
Dn pouvoir de ton Souverain,"
Le bonheur de la France entiero
Réſide aujourd'hui dans ta main.
Avec Louis , fais regner l'Ordre ;
↓
12 MERCURE DE FRANCE.
Par les cris confus du déſordre ,
*** , ne fois point arrêté ;
Ne vois dans ta noble carriere
Que le grand bien que tu peux faire ,
L'honneur & la poſtérité.
MIROIR A L'USAGE DES FEMMES(*).
DANS un appartement inacceſſible à l'air ,
Mes pieds ſur des chenets où pétille un feu clair ,
Et dans un bon fauteuil nonchalamment affiſe ,
Mon eſprit a choifi gaieté pour ſa deviſe.
μ
Je me ris de Philis , dont le vaſte contour
Ombrage pleinement tous les lieux d'alentour ,
Et qui , prête à mugir au ſeul mot de tendreſſe ,
Commence à ſoixante ans le métier de Lucrece.
Je me ris de Thisbe, qui , peu ſavante en l'art
De cacher les Amans qu'elle traine à ſon char ,
(*) Je n'ai suivi dans ces Portraits , que les caprices
de mon imagination . Les ressemblances , si l'on en trouve,
feront donc l'effet du hasard ; & les applications, fi
L'on en fait , un jeu de la malignité.
(Note de l'Auteur ).
DECEMBRE. 1777. .13
De ſon lugubre époux bravant l'humeur ſévere ,
Lui donne des enfans dont il ſe croit le pere.
Je me ris de Pauline au teint enluminé,
Dont le buſte difforme en cylindre tourné,
Et qui , fille trottant ſur le pavé des rues ,
Se plaint de ne trouver que des moeurs corrompues.
Je me ris d'Aglat , qui , le verre à la main ,
Voudroit argumenter contre le gente humain ;
Et qui , pour l'ordinaire , après quelques raſades ;
Par degrés devient tendre , & ſe perd en oeillades .
Je me ris de Zilla , dont le laid composé
Glaceroit de frayeur l'ame du plus ofé, ז
Qui , parmi les amours , s'aviſant de combattre ,
Nous dérobe ſes traits fous des couches de platre ,
Se couvre de pompons , & , ſous cet attirail ;
Peut , au milieu d'un champ , ſervir d'épouvantail.
Je me ris de Fame , qui , cauſtique & peu ſage ,
De mouchoir en hiver ne veut point faire uſage ;
Et ſe ſentant pour elle un penchant décidé ,
Aux yeux peu fatisfaits étale un ſein ride.
Je me ris de Laurette , au regard ſec & rude,
Epilogueuſe infigne & ridicule prude ,
Qui , ſept fois la ſemaine , en des réduits cachés ,
Aux pieds d'un Directeur débite ſes péchés ;)
Et , de retour chez elle , en ſa bruſque manie ,
Déchire à belles dents juſqu'à ſa ſeule amie.
14 MERCURE DE FRANCE.
Je me ris de Florine, au grotesque maintien,
Qui regarde fans voir, parle fans dire rien ,
Et , dans ſes mouvemens , exhale par la chambre
Maintes odeurs , par fois , qui ne fententpas l'ambre.
יד
Je me ris de Daphne, dont les yeux de perdrix
Ont des ſourcils touffus , moite blancs , moitié gris,
Et qui de ſoixante ans bien duement jouiſſante ,
Rétréciſſant la bouche , en accuſe quarante.
Je me ris de Zirphe,dont le ton langeureux
Annonce qu'elle cherche à faire des heureux ;
Et qui le ſoir, Giant ce qui tient à ſaière,
Dépoſe ſes attraits au bord de ſa toilette.
Je me tis d'Olympis, au ſon de voix tremblant ,
Dont un jout un peu vif bleſte l'oeil vacillant ,
Et qui marche toujours , thalade imaginaire ,
L'apolême à la bouche , & la flûre au derriere.
۱
Je me ris d'Emilie , au visage bouff ,
Portant triple menton , toujours prête au défi ,
Et qui de ſes deux poings ſe preſſant les deux hanches ,
Ricanne à tout propos pour montrer des dents blanches
Je me ris de Lindane , à l'esprit tracaffier ,
Qui vante ſes talens à l'Univers entier ,
Et vouant à ſon ſexe une mine infernale,
N'aime que fa perſonne , &n'a point de rivale.
4t DECEMBRE. 17776 15.
Je me ris de Lucine , au caractere faux
Dont chacun ſur ſes doigts calcule les défauts;
Et qui , capricieuſe- & vaine à la folie,
N'a jamais fans fureus fixé femme jolie.
Je me ris de Clarice, au babil importun,
Pompeuſe en des diſcours privés de ſens commun,
Qui , ſe dormant les airs de penſenſe nocturne,
Prononce gravement furle poids de Saturne ,
Et ne brillant au fondque parini des nigauds ,.
N'a jamais fu qu'un cercle à ſes rayons égaux.
Je me ris d'Arachnd, slant les bras font deux cierges ,
Le corps un long fuleau, monté ſur deux afperges ,,
Qui , redoutant le monde & ſe cachant au jour,
Brûle pour fon mari d'un lamentable amour ;
Et pleine de lui ſeul, foit qu'il dorme ou qu'il veille ,
A toujours des ſecrets à lui dire a l'oreille.
Je me ris de Chloé, dont le nez bien ouvert ,
Paroît de fon menton le folide touvert ,
Qui , pour ſouſtraire aux yeux certain paquet convexe ,
Couvre de cent chiffons fa taille circonflexe ;
Et des biens d'ici bas , loin de se détacher ,
Pour gagner un écu ſe feroit écorcher.
Je me ris de Marton , qui ſe croit beauté rare ,
Dont oncite en tout lieu laconduite bifarre ,
Et qui , dans un breland, ſe cavant au plus gros ,
N'a que le mantelet qui lui couvre le dos.
6 MERCURE DE FRANCE.
Je me ris d'Azima , dont la face livide
Peint les perplexités de ſon ame fordide ;
Et qui , dans un taudis , paſſant fort mal ſon temps ,
Fait diete tout l'hiver pour plaider au printemps.
Je ris... Mais telle enfin que pince ma ſatyre ,
A mes dépens auffi ne peut - elle pas rire ?
Si , de mon amour-propre , écartant les rideaux ,
Je voulois fur moi-même exercer mes princeaux ;
Si j'ofois.... Muſe , adieu...' vous ſavez... je ſuis femme ,
Ah ! ce titre funeſte eſt ſeul une Epigramme !
Par Madame de L... à la Chassagne
en Lyonnois.
LE
DECEMBRE. 1777. 17
LE BOURGEOIS DE TOLEDE.
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profc. :
PERSONNAGES.
RODRIGO.
LÉONORE , Niece de Rodrigo.
Don JUAN , Amant de Léonore.
LAZARILLE , Valet de Don Juan.
PADILLA , Servante de Rodrigo.
La Scene est à Tolede , dans la maison
de Rodrigo.
.ا
B
18 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE .
RODRIGO Soul.
Ah ! Seigneur Don Juan , vous ne
vous contentez point d'aimer ma niece ,
& de la détourner du parti que je me
propoſe de lui donner , vous lui demandez
un rendez- vous pour l'engager à ſe
laiſſer enlever.. Courage ! cela ne va pas
mal ; heureuſement que votre poulet eſt
tombé dans mes mains... Il me vient une
idée... Oui... cela ſera plaifant... Ah ! je
verrai.... vous verrez... Padilla !.... Je me
réjouis d'avance.... Padilla! ... Je vous la
garde bonne... Padilla ! ... Padilla ! ...
SCENE II.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA Eſt bien ? Eh bien? Ne
criez pas fi fort, Seigneur Rodrigo, je
ne fuis pas fourde.
DECEMBRE. 1777. 19
RODRIGO. Pourquoi ne venez - vous
pas tout de ſuite quand je vous appelle ?
.: PADRILLA. Falloit - il laiſſer brûler
mon boeuf à la mode ?
RODRIGO Vous avez bien fait.
PADILLA. Que voulez - vous ?
RODRIGO . Ah ! ma chere Padilla ,
il y a bien des nouvelles: vous connoisfez
Don Juan ?
PADILLA. Je l'ai vu naître. 1
RODRIGO. Il aime Léonore.
PADILLA Je le fais.
RODRIGO Il cherche à l'enlever.
PADILLA. Cela eſt vrai.
:
RODRIGO. Comment ? vous ſavez
tout cela , & vous ne m'en dites rien ?
PADILLA. Vous ne me donnez pas le
temps de parler. ?
• RODRIGO, Eh ! qui vous a rendu ſi
Tavante ?
PADILLA. Don Juan lui-même.
RODRIGO. Et vous ne lui avez point
arraché les yeux ;
PADILLA. Ce n'auroit pas été le mo-
B 2
৩০ MERCURE DE FRANCE.
うyen de ſavoir ce qu'il penſe , & de pouvoir
s'oppofer à ſes deſſeins , au lieu
qu'en les lui faiſant avouer ſous le prétexte
de le ſervir...
RODRIGO. Je crois que vous avez
raifon.
PADILLA , & part. Il mord à l'hame-
'çon ; je le tiens.
RODRIGO. Padilla , j'ai toute confiance
en vous ; il faut que vous m'aidiez
à écarter cet intriguant dont je veux abfolument
me débarraffer.
PADILLA, De quoi s'agit- il?
RODRIGO Il faudroit l'aller trouver..
PADILLA. Don Juan ?
: RODRIGO. Lui-même , & lui dire de
la part de Léonore qu'elle conſent à le
recevoir...
PADILLA. Comment ? vous l'expoferiez...
RODRIGO . Un moment , un moment
; vous ne me donnez pas le temps
m'expliquer.
PADILLA. Mais il viendra donc ici ?
* RODRIGO. Sans doute.
DECEMBRE . 1777. 21
PADILLA. Il entretiendra Léonore?
RODRIGO Oui & non.
PADILLA Je ne vous comprends pas.
RODRIGO . Eh ! comment voulez - vous
que je me faſſe entendre , vous bavardez
toujours
PADILLA. Je me tais.
RODRIGO. Je veux tenir la place de
Léonore.
PADILLA. Vous.
RODRIGO . Moi.
PADILLA. Et vous croyez qu'il prendra
le change ?
RODRIGO. Si je le crois ?
PADILLA , à part. Bon ! il ne m'és
chappera pas. i
RODRIGO. Je me déguiſerai ſous les
habits de Léonore , & j'aurai ſoin de me
couvrir d'un voile.
PADILLA. Et s'il vient à le lever,
adieu le ſtratagème.
RODRIGO. J'y mettrai bon ordre ; il
ne ſera reçu qu'à condition de ne point
enfreindre la loi que je lui impoſerai.
B3
12 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. A la bonne heure. (A part).
Je te jouerai un tour de ma façon. :
RODRIGO . Si vous voulez me feconder
comme il faut , j'augmenterai vos gages
à la fin de l'année. :
PADILLA, à part. Peſte! (Haut). Ce
n'eſt pas l'intérêt qui me conduit; car
Don Juan m'a propoſé de me faire ma
fortune.
RODRIGO. Le dangereux ſéducteur ! ..
Je tremble.. ,
:
PADILLA. Raſſurez - vous ; ſi j'avois
accepté ſes offres.... mais je vous fuis attachée
, & j'aime mieux vous ſervir pou
rien , que de favorifer fon amour , quelle
que récompenſe que je puiſſe en attendre.
RODRIGO Voilà ce qui s'appelle une
ame vraiment grande : je ne vous oublierai
point ſur mon teftament.
PADILLA. Grand merci.
RODRIGO. Mais n'allez-pas me trahir
au moins.
PADILLA Je le voudrois que je ne
le pourrois pas : vous êtes ſi pénétrant !
RODRIGO. Il eſt vrai que je n'en fais
: ی
:
DECEMBRE. 1777. 23
pas mal long.... Ah ! çà , je vous charge
d'aller trouver Don Juan.
PADILLA. Laiſſez-moi faire; je conduirai
bien ma barque. Allez toujours
vous préparer à jouer votre rôle ; quand
j'aurai fini , j'irai vous habiller.
RODRIGO . C'eſt bon... vous n'oublirez
pas de lui dire...
PADILLA. Eh ! mon Dieu! allez toujours
, & ne vous inquiétez de rien. (Il
fort)
SCENE III.
PADILLA feule.
י
T
Le vieux Penard! il a recours àmoi
pour favoriſer ſes ladreries; il eſt bien
tombé ; je lui ferai voir du pays. Don
Juan fait payer; il mérite bien la préférence....
Mais il faut que je lui donne
avis de tout ce qui ſe paſſe ... Je l'apperçois
; Lazarille eſt avec lui ; nous allons
concerter tous nos arrangemens! ١٠
B4
24 MERCURE DE FRANCE.
SCENE IV.
Don Juan , PADILLA , LAZARILLE .
Don JUAN. On vient de me dire , ma
chere Padilla , que notre jaloux eſt dehors
; puis- je voir Léonore , &...
PADILLA. Le Seigneur Rodrigo eſt
ici ; mais cela ne fait rien, vous pouvez
entrer.
Don JUAN. Et s'il m'apperçoit...
LAZARILLE. Il n'entendroit peut être
pas raiſon , ni nous non plus ; de forte
que nous ne l'entendrions ni les uns ni les
autres , & puis que...
Don JUAN. Tu ne fais ce que tu dis ,
tais - toi.
PADILLA. Cela ne fait rien... J'ai bien
des nouvelles à vous apprendre ; mais
nous ne pouvons pas nous entretenir ici
en liberté ; allez m'attendre à quelques
pas , je ne vais pas tarder à vous rejoindre.
Don JUAN. Et Léonore...
PADILLA. Vous ne la pouvez point
voir actuellement , vous gâteriez tout ;
"
DECEMBRE. 1777. 25
1
mais ſuivez mes conſeils , & vous vous
en trouverez bien .
Don JUAN. Je m'abandonne à tes
foins .
LAZARILLE. Adieu , Padilla.'
PADILLA. Adieu , adieu. (Ilsfortent).
SCENE V.
PADILA ſeule.
Nos affaires vont bien , & le Seigneur
Rodrigo ſera dupe de ſon ſtatagême.....
Il vient, taiſons-nous.
SCENE VI.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA. Comment ? déjà prêt ?
RODRIGO . Eh bien? Padailla , comment
me trouvez - vous habillé ? Mon
traveſtiſſement fait- il illuſion?
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. Vous êtes à ravir, & je
fuis aſſurée que Don Juan ſera votre dupe
, pourvû cependant que vous ne leviez
point votre voile , car votre barbe n'eſt
par faite. Sur- tout , parlez peu , & ménagez
votre voix.
RODRIGO. Ne foyez point en peine ;
ce font mes affaires , &je me conduirai
comme il faut.
PADILLA. Je vais chercher Don Juan ,
& je vous l'amene.
SCENE VII.S ?
RODRIGO feul.
i
C'eſt un grand bonheur d'avoir des
Domeſtiques fideles & furs: on ne peut
trop les payer... Que j'aurai d'obligations
à Padilla ! ... Mais je crois que je ferai
bien de terminer au plutôt ſon mariage
avec le Seigneur Orozimbo ; il la prend
fans dot , & conſent à ne voir mes comptes
qu'après ma mort. Un pareil avantage
n'eſt point à dédaigner ; & quand cela
fera fait, tous les foupirans qui n'en
DECEMBRE. 1777. 27
vouloient qu'à ſon bien, n'auront qu'a
battre en retraite: pour les autres , j'en
fais mon affaire... Mais on vient.. C'eſt
Léonore... La petite maſque !.... Que lui
dire ?
:
دح
SCENE VIII.
LÉONORE , RODRIGO.
:
LÉONORE. Ma Bonne , ma bonne....
Mais répondez-moi donc... Ah ! ah ! vous
avez une de mes robes ?
1 RODRIGO , San'sse retourner. Laiſſezmoi
, jai affaire. 1 .
LÉONORE. Mais , ma Bonne , vous
ne m'avez pas l'air bien occupée. Que
faites - vous done? Pourquoi....
:
RODRIGO de même. Retournez à votre
ouvrage , Mademoiselle; vous favez
bien que votre cher oncle ne veut point
que vous perdiez votre temps.
LÉONORE. C'eſt que je viens vous
demander...
: : :
A
ء
;
1
28 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . de même. Allez vous en.
LÉONORE . Mais , ma Bonne , on diroit
que vous êtes enrouée , ce matin
pourtant...
RODRIGO de même. Qu'est- ce que
cēla vous fait ?
LÉONORE le reconnoiſſant. Ah ! Ciel ! ..
Miféricorde ! .... C'eſt .. vous , mon cher
oncle !
RODRIGO , à part. Voilà tout ce
que je craignois ! Que faire ?
LÉONORE. Eſt - ce que vous allez au
bal ?
RODRIGO. Cela ne vous regarde pas ;
retirez - vous.
LÉONORE . Si vous vouliez m'emmener
avec vous...
RODRIGO. Rentrez là dedans.
LÉONORE . Mais , mon cher oncle .. ;
RODRIGO. Rentrez , vous dis - je , &
ne répliquez pas.
LÉONORE. Si....
RODRIGO. Allez , allez. (Il la fait
rentrer). ;
:
DECEMRRE . 1777. 29
(
SCENE IX.
RODRIGO feul.
Mais , voyez un peu combien de questions
: mon cher oncle par - ci , mon
cher oncle par-là ; menez-moi au bal !....
Ah ! je l'y menerai , je l'y menerai......
Mais.... je ne me trompe point ; voici
Don Juan: baiſſons notre voile , & contenons
- nous.
SCENE X.
RODRIGO , LAZARILLE. couvert des
habits de Don Juan , PADILLA,
PADILLA bas à Lazarille. Le voilà ;
fonge à l'amuser ; je me charge du reſte.
LAZARILLE de même. Laiſſe - moi
faire.
•
PADILLA. Avancez , Seigneur Don
Juan ; Léonore vous attend avec impa30
MERCURE DE FRANCE.
tience ; profitez du moment où ſon tuteur
eſt ſorti. Je vais faire le guet , &
je vous avertirai s'il revient : adieu.
SCENE ΧΙ.
RODRIGO, LAZARILLE.
LAZARILLE. J'ai donc enfin le bonheur
, ma chere Léonore , de pouvoir
tomber aux genoux de vos tendres appas !
Il m'eſt donc permis de jurer à vos petits
petons que mon coeur amoureux eſt enflammé
ni plus ni moins qu'un tiſon qui
flambe.... Eh bien ? ma Reine , qu'en
penſez - vous ? Vous me paroiſſez triſte ;
eft- ce que vous avez du chagrin ? Allons ,
gai , réjouiſſons - nous..... (Il veut le
faire danser) .
RODRIGO. Ah ! Don Juan , laiſſezmoi.
LAZARILLE. Ah ! vous faites l'enfant;
laiſſez - là toutes ces minauderies :
écartez ce voile importun qui me dérobe
vos divins appas...
4
DECEMBRE. 1777. 31
SCENE XII.
RODRIGO , LAZARILLE , Don JUAN,
PADILLA
LAZARILLE veut lever le voile de Rodrigo
, qui se défend. Pendant cettescene
muette, Padilla fait entrer Don Juan , &
traverſe avec lui le Theatre.
PADILLA à Don Juan. Suivez - moi,
Seigneur Don Juan, &ne craignez rien :
l'oncle eſt en bonnes mains. (Elle entre
avec lui dans l'intérieur de l'appartement de
Rodrigo.)
SCENE XIII.
RODRIGO , LazarILLE.
RODRIGO. Laiſſez-moi, vous dis -je,
ou je me fâcherai.
LAZARILLE. Allons , mon coeur ,
point ce façons.
32 MERCURE DE FRANCE. 1
RODRIGO. Je vais crier.
LAZARILLE. Ah ! mon petit chou ,
vous n'êtes pas fi méchante.
RODRIGO. Eh bien ? tenez-vous tranquille
, & je ne dirai mot.
LAZARILLE. Inhumaine , barbare...
RODRIGO . Au fait : que voulez- vous ?
LAZARILLE. Ce que je veux , cruelle!
& c'eſt vous qui me faites une pareille
queſtion ?
RODRIGO. Finiſſons , je n'ai pas de
temps à perdre.
LAZARILLE Quoi ? Mamour , êtesvous
donc inſenſible à l'ardeur qui....
RODRIGO. Cet entretien m'ennuie ;
je n'ai qu'un mot à vous dire : je ne
vous aime point ; je ne vous aimerai ja
mais , & vous me ferez le plus grand
plaiſir de ne point remettre les pieds ici.
LAZARILLE. Vous voulez donc me
voir mourir ....
RODRIGO. On ne meurt pas à ſi
bon compte.
LAZARILLE. Je vais vous prouver le
contraire.
RODRIGO.
1
4
DECEMBRE. 1777. 39
RODRIGO. Voyons un peu.
LAZARILLE. Vous le voulez abſolument?
RODRIGO . Oui.
LAZARILLE. Vous vous en repentireż.
RODRIGO, Non.
LAZARILLE. Il faut donc vous fatisfaire
.
RODRIGO. Allons vîte.
SCENE XIV.
RODRIGO , LAZARILLE , LÉONORE ,
Don JUAN , PADILLA.
(Pendant que Lazarille fe met en devoir
de tirer son épée , & qu'il fixe , par fes
lazzis , l'attention de Rodrigo, Don Juan
Jort avec Léonnore à qui il donne la main ;
Padilla les fuit )
LÉONORE. Où me conduiſez - vous ?
Don JUAN. Chez ma mere : elle eſt
C
34 MERCURE DE FRANCE.
inſtruite de mon amour , & confent à nous
unir ; ne craignez rien, venez. i
PADILLA, Allons , Mademoiselle , les
momens font précieux , partons. (Ils
Sortent. )
Im
k
SCENE XV.
RODRIGO , LAZARILLE.
LAZARILLE feignant toujours de ne
pouvoir tirer ſon épée. Vous êtes bien heureuſe
que ma bonne épée eſt rouillée ; fans
cela vous verriez beau jeu.
RODRIGO . Cela eſt fâcheux.
LAZARILLE , à part. Ils font partis ?
mon rôle va finir. ( Haut ). Je ſuis dans
une colere ....
RODRIGO . De ne pouvoir me tuer ;
LAZARILLE . Vous n'en méritez pas
la peine.
RODRIGO. Comment ?
LAZARILLE. Tirons le rideau , la farce
eſt jouée ; je te connois beau maſque.
DECEMBRE. 1777. 35
RODRIGO Qu'est - ce à dire ?
LAZARILLE . Allons , Seigneur Rodrigo
, levez ce voile; c'eſt votre Serviteur
Lazarille , confident intime du Seigneur
Don Juan , qui vous en ſupplie.
RODRIGO . Je ſuis trahi! Je ſuis perdu
! Léonore....
LAZARILLE. Elle eſt en lieu de sûreté
; tranquilliſez - vous; bon-ſoir.
RODRIGO . Au voleur , au voleur , je
vais aller Je veux... au ſecours... ..
SCENE XVI & derniere.
Don JUAN , RODRIGO , LAZARILLE .
/
Don JUAN. Raſſurez-vous , Monfieur ,
Léonore n'eſt point perdue; elle eſt chez
ma mere , & je viens vous prier de l'accorder
à mes voeux.
RODRIGO. Je ſuis votre Serviteur ;
elle n'eſt pas pour vous.
Don JUAN. Léonore eſt en mon pouvoir
, & vous êtes trop raiſonnable ,
C2
36 [MERCURE DE FRANCE .
Monfieur , pour vous expoſer à des déſagrémens
que je ferois au déſeſpoir de
vous caufer. Léonore m'aime ; & pour
vous engager à me la céder ſans répugnance
, je fuis riche affez ; je la prends
fans dot , & je vous diſpenſe de tout
compte.
RODRIGO. Un moment ; cela mérite
conſidération.
Don JUAN. Prenez d'autres habits , &
rendez- vous chez ma mere , où nous conclurons
à l'amiable.
RODRIGO . Vous êtes preſſant.
LAZARILLE. Croyez - moi , Seigneur
Rodrigo , point de réflexions ; faites les
choſes de bonne grace.
RODRIGO. Allons , je le veux bien.
Don JUAN. Ah ! Monfieur , vous comblez
mes voeux les plus chers , & je ne
puis trop vous témoigner la réconnoiſſance
dont je ſuis pénétré.
LAZARILLE. Vous aurez tout le temps
de vous en occuper. Paſſons de l'autre
côté , Seigneur Rodrigo , je veux vous
ſervir de femme - de- Chambre : croyez- - :
DECEMBRE. 1777. 37
moi , papa , renoncez aux fineſſes , &
vivez tout rondement. Sur - tout , fouvenez
- vous bien que fin contre fin n'est
pas bon à faire doublure.
Par M. Willemain d'Abancourt .
L'AMOUR DE LA GLOIRE ,
:
EPITRE à M. de L* H*** , de
: ८ .. l'Académie Françoise.
LE
Iminenfum , gloria , Calcas habet.
! 1 OVID.
E vice auroit fans doute infecté les Mortels ,
Si le monde aux vertus n'eût promis des Autels ;
Quelque talent qu'on ait, je crois que le mérite
Par la gloire , la H*** , a beſoin qu'on l'excite.
Les Savans n'ont écrit qu'à l'aspect des lauriers ;
La pompe du triomphe enfante les Guerriers.
Ce digne & noble amour , cet amour de la gloire ,
A formé les Héros que nous vante l'Hiſtoire ;
Des Grecs contre l'Afie il a tourné les dards';
Ses mains ont à l'Empire élevé les Céſars ;
Et dans les temps paffés , comme au fiecle où nous ſommes
La Patrie (1 ) ſans lui n'auroit point de grands Hommes.
٤٠٠
(1 ) La Patrie est priſe ici pour la France,
4
ما
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
Rome doit à ſes ſoins ce qu'elle a fait de beau ;
D'Apelles dans Athenes il guida le pinceau ;
C'eſt par lui qu'inſpiré , l'incomparable Homere
D'Achille aux bords du Xante , a chanté la colere.
Il regne avec éclat dans le Palais des Rois ;
Ses feux ſe font ſentir ſous les plus humbles toſts.
La gloire a des faveurs où chacun peut prétendre ,
Le Brun eft dans ſon Temple à côté d'Alexandre.
Mais c'eſt peu d'y courir , il faut encor fonder
Quel est le chemin sûr qui peut nous y guider ?
Tu ſais qu'on y reçoit les Enfans de Bellone ;
Le Peintre & le Graveur y trouvent leur Couronne :
On y voit le Mortel dont la ferme vertu
Sous les pieds de Thémis , tient le vice abattu ;
Et l'on y voit auſſi ceux par qui la Sculpture ,
Sur le Marbre ou l'Airain , anime la Nature :
Mais pour s'y maintenir , de ces talens divers ,
Je crois que le plus sûr eſt le talent des Vers .
Mille Princes dans l'Inde ont porté le tonnerre ;
Leur Trône avec leur nom a péri ſur la terre .
Du temps qui briſe tout , la faulx a mis à bas
Les tableaux de Xeuxis ( 2 ) , les buſtes de Scopas ( 3 )
Les arcs ont disparu , les vaſtes colifées
Ne m'offrent que débris , que voûtes écrafées .
Epheſe de ſon Temple ( 4 ) a vu la triſte fin ;
( 2 ) Fameux Peintre d'Héraclie.
(3 ) Célebre Sculpteur de l'Isle de Paros,
(4) Le Temple de Diane à Ephese , étoit une des Sept
Merveilles du Monde. On avoit été 220 ans à le batir.
DECEMBRE. 1777. 39
Rhodes n'adinire plus fon Coloſſe d'Airain ( 5 ) ;
L'Egypte a vu tomber ſes hautes pyramides ;
Les fiecles ont détruit les bornes des Alcides.
Il n'en eſt pas ainſi des Ouvrages en Vers ;
Ils doivent en durée égaler l'Univers .
:
Virgile orne les champs ; & du Tibre à l'Euphrate ,
On entend fes pipeaux , & ſa trompette éclate.
Les Vers galans d'Ovide ont toujours leur beauté ;
L'oubli ne cache point ce qu'Homere a chanté .
Racine , Crébillon , Boileau , Rouffeau , Corneille
Toutes les Provinces de l'Asie y avoient contribué pendant
200 ans. On admiroit les Tableaux excellens , les belles
Statues qui décoroient ce Temple , & fur - tout 127 colonnes
qui étoient des monumens de la magnificence d'au-.
tant de Rois. Erostrate Ephesien , voulant faire parler
de lui , & ne pouvant ou ne voulant point s'immortaliser
par quelque belle action , brilla ce Temple , le jour même
qu'Alexandre - le - Grand naquit en Macédoine.. Ce fut le
6e jour de fuillet , l'an du Monde 1693.
(5 ) Le Coloſſe de Rhodes étoit une Statue d'Airain ,
qui représentoit un homme d'une grandeur prodigieuse.
Elle étoit placée debout fur deux tours qui défendoient
l'entrée du Port de l'Ile de Rhodes. Les plus grands
mats des vaisseaux paſſoient librement entre les jambes de
cette Statue. Elle avoit cent vingt pieds de haut. Un
Marchand Juif en acheta les débris , & en chargea neuf
cents chameaux. Cette Statue étoit aussi une des sept
Merveilles du Monde.
C4
40 MERCURE DE FRANCE .
Et Greſſet , dont la voix a charmé notre oreille ,
Dont le nom , du Midi jusqu'à l'Ourte , eſt vanté , :
Ne doivent qu'à leurs Vers leur immortalité.
:Apollon vit toujours . La gloire du Parnaſſe
Ne trouvera jamais une nuit qui l'efface.
Quelques - uns qu'avec toi le Public peut compter ,
Sur cette double came ont l'honneur de monter ;
C'eſt un feu tout divin qui t'embraſe & m'étonne ;
Ce feu ne s'acquiert point , c'eſt le Ciel qui le donne.
Quand tu veux l'augmenter , pour modeles certains
Tu ſuis dans tous tes plans les Grecs & les Latins ;
Mais tu n'as pas pour eux des reſpects trop timides ;
On peut les égaler... Ils ne font que nos guides.
Tout'n'a pas été dit , & fans trop 'nous: Hatter ,
La France a dès - long - temps la gloire d'inventer.
Sur le Pinde où l'on voit des palmes toutes prêtes ,
Nos Auteurs ont en foule étendu leurs conquêtes.
Là , font des vaſtes champs qu'aucun n'a pu borner ;
D'autres , même après nous , y viendront moitionner.
Mais , qui veut y briller , que lui- même cenfure
Ses Vers qui paſſeront à la race future ?
On nous condamne envain... Ce n'eſt point vanité
De vouloir plaire un jour à la poſtérité.
Notre eſprit ne produit que de foibles Ouvrages ,
Si du juſte avenir il n'attend les fuffrages.
Voilà ce qui forma les Grecs & les Romains ,
:- : 1
Je mépriſe & je hais l'Ecrivain mercenaire ,
Qui degrade fon fiecle en vivant pour lui plaire ,
DECEMBRE. 1777 . 41
Qui , conſacrant ſa plume à la frivolité ,
Pour briller un inſtant , perd l'immortalité.
Je mépriſe encor plus ces Muſes avilies ,
Qui , dépenſant leur ame en de froides faillies ,
Transforment en Héros un ignorant Créſus ,
Et ne font point de cas des talens d'un Irus.
Quelle erreur ! Quel orgueil !.... Ce n'eſt pas leur fuffrage
Qui peut faire à jamais l'éloge d'un Ouvrage.
C'eſt celui du Public... La H** , ... il eſt flatteur ,
Et lui ſeul nous éleve au faite de l'honneur.
!
Pour toi dont le génie & l'amour de la gloire
T'ont ouvert une porte au Temple de Mémoire ,
Tu deviens immortel... Tes diſcours & tes chants;
Vont ſurvivre à ta cendre & triompher des ans.
;
Par M. Abbé Amphoux de Marseille , Aumonier
des Galeres du Roi , & Auteur de plusieurs
Ouvrages de Profe & de Poésie.
CS
42 4. MERCURE DE FRANCE.
:
EGLOGUES DE POPE , mises en
Vers , dédiées à M. d'Aine , Intendant
de Limoges.
MON Protecteur ! mon appui,
Tu ne peux dédaigner l'hommage
Que t'offre ma Muſe aujourd'hui :
C'eſt ton bien , c'eſt ton propre ouvrage ;
Il t'appartient , je te le dois .
A l'ombre d'un nom plus infigne ,
Pouvois - je mettre mon hautbois ?
Et quel Mécene étoit plus digne
De fixer mes voeux & mon choix ?
d'Aine , mon ſujet te déſigne ;
Et fur mes Vers tes juſtes droits
Sont dans ta Proſe à chaque ligne.
Avoue & reconnois ce fruit
Que le Britannique rivage ,
Sous la main de Pope , a produit .
Et que ta plume , en ton jeune âge ,
A , dans nos climats , introduit ( 1 ) .
Vois encore avec complaiſance ,
Cet enfant d'Albion natif ,
Et dont , pour l'honneur de la France ,
;
(1 ) M. D'Aine traduisit à vingt ans , les quatre Sai-
Sons que Pope avoit composées à jeize ans.
DECEMBRE. 1777 . 43
Tu te rendis pere adoptif.
Il tient de toi cette élégance ,
Ces graces , ce ton fi naïf
Que dans notre langue il exprime.
Revêtu de mille agrémens ,
Il lui manquoit ceux de la rime ;
Avec ces nouveaux ornemens ,
Il oſe à tes regards paroftre ;
Ce vernis qu'il doit à mes ſoins ,
Eu maſquant trop fon air champêtre ,
Lui fiera - t - il peut - être moins :
Mais pourrois- tu le méconnoître
Sous le fard dont je l'ai paré ?
Dès que ton ame en lui reſpire ,
Fût - il un peu défiguré ,
Ton amour ne peut l'éconduire.
Ce ſeul eſpoir m'a raſſuré.
Far M. L*** de Limoges.
PREMIERE ÉLOGUE.
LE PRINTEMS.
P
A M. le Chevalier Trumbal.
RÈS de cette fontaine , en ce bois , ſous ces hétres ,
J'eſſairai le premier quelques chansons champêtres :
J'oferai , du Dieu Pan , éleve jeune encor ,
Jouer, ſa flûte en main , aux plaines de Windfor.
44 MERCURE DE FRANCE,
Daigne , belle Tamiſe, au fortir de ta ſource ,
Interrompre un moment ou ralentir ta courſe.
Les Muſes de Sicile aſſiſes ſur tes bords ,
Y portent aujourd'hui leurs ruſtiques accords.
Doux Zéphirs , agitez le roſeau fur ces rives .
Montagnes , à mes fons , rendez-vous attentives.
i
4
Toi , Philoſophe aimable , ami vrai , cher Trumbal (2) ,
Qui , des vaines grandeurs , fuyant l'écueil fatal,
D'un oeil ſtoïque as vu leur éclat éphémere ,
:
14
Dans ta retraite encor plus grand qu'au Miniſtere ( 3 ) ,
Permets qu'enfiant ici ſes frèles chalumeaux ,
Ma Muſe , par ſes chants , réveille ces côteaux ,
Jusqu'au temps où tu dois , d'une ennuyeuſe abſence ,
Confoler ces beaux lieux qui t'ont donné naiſſance,
Et de ta lyre ici , rapportant les accords ,
De nos tendres Bergers ranimer les tranſports.
Ainſi , quand Philomele abſente du boccage ,
En repos dans l'Automne , interrompt fon ramage ;
Le gai Pinſon y vient faire entendre ſes airs :
Mais recommence-t- elle au Printemps fes concerts
Le Pinſon en filence , applaudiſſant de l'afle ,
Avec tous les oiſeaux , écoute fon modele.
(2) Il fut Secrétaire d'Etat fous Guillaume III. Après
fire demis de ce poſte , il se retira à Windsor où it
stoit né.
(3) Si l'Angleterre vit autrefois l'original de ce Portrait
, on peut dire que la France en a vu de nosjours
la parfuite copie.
ة ب
DECEMBRE. 1777. 45
Des perles de roſée , éparſes au matin ,
Argentoient les vallons ; l'Aurore , au front ſerein ,
Commençoit à rougir la cime des montagnes ,
Les ombres de la nuit fuyoient loin des Campagnes.
Par l'Amour & la Muſe , arrachés au fomineil ,
Deux Bergers devançant le retour du Soleil ,
La houlette à la main , dans les vertes prairies ,
Conduiſoient le troupeau de leurs brebis chéries ,
Plus vermeils que la roſe , & frais comme zephirs ,
Couple exempt de ſoucis , au sein des doux loiſirs ,
Daphnis & Lycidas , qu'un même objet raſſemble ,
Par ces tendres diſcours , s'entretenoient enſemble.
DAPHNI S.
Entends tu , Berger , ces oiſeaux
Voltigeant ſur la branche , à travers le feuillage
La gaieté de leurs chants nouveaux ,
Eſt pour nous d'un beau jour , l'agréable préſage.
Ani , comment nous taiſons - nous ,
Quand le Linot gazouille & le Roſſignol chante ,
Prompts , par les accens les plus doux ,
A faluer en choeur la ſaiſon renaiſſante ;
Refterions - nous sombres , sêveurs ,
Quand Phosphore répand une clarté ſi pure ,
Et que les riantes couleurs
Du pourpre & de l'azur égayent la nature ?
LYCIDAS.
Chantons ; le témoin de nos chants ,
Damon les jugera ; qu'adis , il nous écoute,
1
1
46 MERCURE DE FRANCE.
!
Tandis que là - bas , dans ces champs ,
Les boeufs trafnent le foc fur leur pénible route ;
Que fur ces tapis verdoyans
La violette naît à nos regards offerte ,
Et que les zéphirs voltigeans
Careffent le bouton de la roſe entrouverte.
Vous voyez l'agneau qui s'ébat
Le long de ce ruiſſeau qui lui peint fon image :
Je l'offre pour prix du combat ,
Vous le gagnez , Daphnis , ſi je perds l'avantage.
D A P H N I S.
-
Moi , je mets en gage à mon tour
Ce chef-d'oeuvre brillant , cette coupe enchantée.
Voyez comme il regne à l'entour
Une vigne au - dehors par l'art repréſentée ;
Les grappes courhant ſes rameaux ,
Que mollement embraſſe une chaîne de lierre ;
Et dans ces reliefs ſi beaux ,
Admirez les Saiſons , leur marche réguliere ,
Ce cercle environnant les Cieux ,
Où douze Signes mis à leur place preſcrite ,
Figurent les différens lieux
Qu'en fon cours aunuel le Dieu du jour viſite.
DAMON.
Oui , chantez tour-à-tour : ces jeux & ces combats ,
Pour les Nymphes du Pinde , ont les plus doux appas.
A rajeunir ces lieux la Nature travaille ,
L'épine refleurit & le gazon s'émaille.
DECEMBRE. 1777. 47
De feuillages naiſſans les arbres font couverts :
Nos boſquets font plus beaux & nos prés ſont plus verds.
Commencez , les échos du fond de leurs retraites
S'apprêtent à repondre aux fons de vos muſettes.
د
LLYCI DA S.
:
Toi qui ſus inſpirer & Granville & Wallers ,
Sois favorable & ma priere.
Apollon , Dieu du Pinde , inſpire moi des airs
Dignes de l'aimable Glycere.
Je promets , je dévoue à tes Autels chéris ,
Ce taureau plus blanc que l'albâtre ,
Menaçant de la corne , & dans ſes bonds hardis ,
Toujours fier & toujours folâtre.
DAPHNI s.
Amour , c'eſt à toi ſeul que j'adreſſe mes voeux ,
Pour chanter Sylvie & fa gloire .
Dorine à ma foible voix les attraits qu'ont ſes yeux ,
Tu m'aſſureras la victoire .
Pour reconnoitre , hélas ! cette infigne faveur ,
Je n'ai ni taureau ni géniſſe.
Que t'offrirai - je , amour ? tout mon bien , c'eſt mon coeur.
Je te l'immole en facrifice.
:
48 MERCURE DE FRANCE.
LYCIDAS.
L agaçante Glycere , une pomme à la main ,
La lance , & m'atteint à l'épaule.
Je me tourne , je cherche , elle , avec ſon air in ,
Court ſe cacher derriere un ſaule (1 ).
Mon embarras l'amuſe : elle s'arrête , & rit .
Ahl ce rire affecté me prouve
Qu'en fon coeur le plaifir furpaſſe le dépit ,
De voir que ſon Berger la trouve.
DAPHNI S.
La fölátre Sylvie , en careſſant ſon chien
Seulette à l'ombre ſe promene.
Je parois , elle fuit. La friponne fait bien
Ou ce badinage nous mene.
Elle lance une oeillade au Berger qui la ſuit.
Que ſes yeux démentent ſa fuite !
Si la pudeur la hate , amour la rallentit.
Qui veut être atteint court moins vite ?
LYCIDAS.
(1 ) L'Auteur a substitué cette idée de Virgile à celle
de Pope. C'est la seule liberté qu'il se foit permise dans
Fimitation de fon modele.
1
DECEMBRE. 1777. 49
: LYCIDAS.
Que l'orgueilleux Pactole étale ſur ſes bords ,
De ſes ſables dorés l'éclatante richeſſe ;
1.
Et qu'aux rives du Po , fécondes en tréſors ,
Des arbres entr'ouverts l'ambre coule fans ceſſe.
Rien n'eſt égal , Tamiſe , aux attraits que tu vois ;
Mon tréſor , mon bonheur... ils ſont ſur tes rivages ;
J'habite ici le Ciel... Sans chercher d'autres bois
Reſtez , mes chers moutons , paiſſez ſous ces ombrages.
DAPHNI S.
,
Cérès chérit Hybla , Diane aime Cynthus ,
Vénus quitte les Cieux pour les bois d'Idalie.
Les Déeſſes , les Dieux dégoûtés d'Ambroiſie ,
Aux vallons de Tempé ſont par fois defcendus.
Si les bois de Windfor plaiſent à ma Bergere ,
Tempé , Cynthus , Hybla , l'Olympe avec ſa Cour ,
A ces lieux enchantés n'ont rien que je préfere.
Windsor eſt pour mon coeur le Temple de l'Amour,
1.
LYCIDAS.
Qu'un léger ſouci vienne affecter ma Glycere.
Le Ciel enveloppé ſoudain ſe fond en eaux ;
D
50 MERCURE DE FRANCE.
Un noir voile s'étend ſur la nature entiere ,
L'ordeau morne & caché ſe tait fous les rameaux.
Les languiſſantes fleurs refferrent leur calice.
Mais Glycere fourit l'éclat revient aux fleurs ,
D'un plus brillent azur l'horiſon ſe tapiffe ,
Et les joyeux oifedux recommencent leurs chours.
DAPHNI S.
Du Printemps l'Univers éprouve l'influence ;
Les grottes dans leur fein nourriffent la fratcheun
Du Soleil en tout lieu l'agiſſante puiſſance ,
Efconde nos guérêts par la douce chaleur.
Quand Sylvie a fouri , la Campagne ſurpriſe
D'un éclat tout nouveau voir reſplendir ſes biens.
La nature vaincue en vains efforts s'épuise ,
Les charmes de Sylvie effacent tous les ſigns.
LYCIDAS.
Je cherche au Printemps les Campagnes ;
Les plaines , le matin, fur le midi , les bois .
Jarme en Automne les montagnes.
:
La ſaiſon , le jour , l'heure , ainſi changent mon choix
Mais par - tout & toujours Glycere
Fise mes vous conftans, Quand elle diſparast ,
DECEMBRE. 1777: 54
Je n'aime plus rien ſur la terre ,
es bois , la plaine, tout m'attriste & me déplatt,
DAPH N 1 S.
Sylvie a la fiatcheur de Flore : :
De l'Eté , de l'Automne , elle aſſemble les traith,
1
Son teint plus vermeil que l'aurore ,
Al'éclat du midi , du matin les attraits.
.!
Quand elle quitte ces rivages ,
11.
Le Printemps à mes yeux perd tous ſes agrémenss
Mais revient - elle à nos bocages .
Toute l'année alors eſt pour moi le Printemps.
1
1 LicCiIDDA S.
Je ne te fais , Berger , qu'une demande; écoute?
Si tu peux m'expliquer dans quels lieux révérés ,
Quel arbre ( 1 ) dans ſon ſein porte des Rois facres,
Sylvie & toi ferez vainqueurs fans aucun doute.
DAPHNI s.
Er moi , Berger , j'attache un plus glorieux pris
Au mot de mon énigme : il tient à ta réponſe;
(1 ) Allusion au chene dans lequel se cache Charles
I!, après la Bataille de Worchester.
:
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
1
:
Dis où naît le chardon ( 1 ) qui le diſpute aux lys
Ma Sylvie elle - meine eſt à toi , j'y renonce.
DAMO N.
Allons , den eſt aſſez , terminez vos combats ,
Vous avez tous les deux mêmes droits à la gloire.
▲ Daphnis eſt l'Agneau , la Coupe à Lycidas.
Je vous donne à chacun le prix de la victoire.
Qu'il eſt beau votre fort , couple heureux de Bergers !
Vous aimez , vous chantez ſur vos pipeaux légers ,
Les graces, les appas des Nymphes les plus belles ,
Dignes de votre encens comme de votre amour.
Quel est votre bonheur , Nymphes , à votre tour ,
Vous que chantent ſi bien des Bergers ſi fideles ?
Levons - nous maintenant , courons ſous ces ormeaux
Ou ſous le chevrefeuille , ombrageant ces berceaux
De iapluie au Printemps , par le Sud amenée ,
Nous ferons à couvert ſous l'épaiſſe ramée.
Entourés du parfum des roſes , des lilas ,
Nous prendrons ſur l'herbette un champêtre repas.
Fuyons ; déja je vois que les troupeaux timides,
:
:
;
(1 ) Alluſion à l'Ordre du Chardon ou de la Rue ,
autrement dit S. André , institué par Achaïus , Roi d'Es
cofe , qui vivoit du temps de Charlemagne.
DECEMBRE. 1777. 53
Pour ſe mettre à l'abri des pleïades humides ,
Se raſſemblent , & vont , au fortir des vallons ,
Se tapir ſous le toft des plus prochains buiſſons .
Par le méme.
IMPROMPTU.
A Mlle*** , qui m'accuſoit d'un vol.
Si je fuis criminel , mon crime elt votre ouvrage ;
De vos leçons j'étois épris;
Vos yeux impunement ont fait tant de ravage,
Que j'ai cru le larcin permis .
م ت
:
Par M. Pasqueau &Auxerre.
:
D3
54. Mercure de France...
: AIR
Legerementsans vitesse.
Majeur. Cruel en =
fant,perfide a--- mour, c'est-
:trop lan-guir dans les__cla= : "
1
=va -ge; au près d'une :
amante vo_la__ge c'est trop de -
Fim
sou--pi---rer un jour.
:
. 55 Décembre
Mineur
Quand on s'en= :
-ga---ge Sous ta loi, on:
W
brule pour une in-fi-de---
--
+
le : et ton
=orrage est d'un coup d'ai =
= le, en Un
+
**
W
mo___ment :
détruit par
D.C.
toi .
56 MERCURE DE FRANCE .
-
N. B. Plusieurs Gens de Lettres dis
ne ,
tingués , ont promis, pour l'année prochaide
nous quvrir leurs PPoorrttee -feuilles ,
& d'enrichir ce Fournal de morceaux agréables.
M. d'Arnaud veut bien commencer à
leur en donner l'exemple , & doit le continuer.
STRADEL CLLA .
ANECDOTE.
STRADELLA ,
1
TRADELLA , célebre Muſicien, né à
Venife , vers le milieu du denier fiecle ,
joignoit à fon talent diftingué pour la
compoſition , une voix enchantereſſe. Il
faifoit les délices de ſa Patrie ; les meil.
leures "Maiſons ſe diſputoient l'avantage
de le donner pour Maître à leurs en
fans. Une jeune perſonne nommée
Hortensia , d'une ancienne Famille de
Rome , étoit l'Eleve de Stradella qui
profitoit le mieux de ſes leçons. Ileſt
vrai que la nature avoit devancé l'habile
Muſicien. Outre d'heureuſes dis-
:
DECEMBRE. 1777. 57
poſitions pour le chant , elle avoit prodigué
à Hortenſia ſes bienfaits; ſa beauté
ſeule eût fuffi pour lui attirer tous les
hommages. Un noble Vénitien en étoit
devenu éperduement amoureux : il alloit
lui offrir ſa main & une fortune éclatante.
- Le pere d'Hortenſia , que nous appel-
Terons Monteïo, avoit reçu avidement
les propoſitions de ce mariage. Peu
Tiche , il enviſageoit dans cette union
une fource de bonheur pour ſa fille ; car
les parens s'abuſent preſque toujours au
point d'imaginer qu'il n'y a que le rang
& l'opulence qui puiſſent rendre heureux.
Hortenſia étoit bien eloignée de
penſer comme ſon pere : le noble Vénitien
, pour être Sénateur , n'en étoit
pas plus aimable aux regards de la fille
de Montéïo , ſoit qu'il manquât de ces
agrémens qui , dans l'art de plaire , font
les premiers titres , foit qu'elle efit le
coeur prévenu ; ce qu'on peut conjecturer
d'après la ſuite de l'Hiſtoire (*) .
(*) Certe Anecdote eſt tirée de l'Histoire Générale
de la Science & de la Pratique de la Musique , par
Sir JOHN HAWKINS , 5 vol. in-4°. ALondres
, 1776 , &c.
:
:
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
Stradella ſavoit plus qu'enſeigner la
Muſique : il inſpiroit le ſentiment que
ſon chant exprimoit ſi bien. L'homme
de génie a un charme qui n'eſt point
donné aux autres hommes ; il excite ce
puiſſant intérêt, la flamme des paſſions ;
& il n'a pas beſoin de gradations pour
établir ſon empire. Hortenſia l'avoit
reſſenti , cet aſcendant impérieux ; mais
que les tranſports de l'Écoliere étoient
au - deſſous de ceux qui agitoient le
Maître ! Il n'avoit pu voir d'un oeil in.
différent la fille de Montéïo . Il s'étoit
efforcé d'étouffer un penchant qui lui
paroiſſoit indiferet: la raiſon lui parloit
hautement contre cette paſſion naiſſante;
mais l'amour n'eſt pas ſeulement aveugle
, il eſt fourd ; & Stradella étoit venu
à n'entendre que ce qui flattoit une ardeur
auſſi inſenſée que téméraire. Comment
en effet un Muſicien pouvoit-il
eſpérer de plaire à une jeune perſonne de
qualité, nommée déjà l'épouſe d'un Senateur
? Stradella n'enviſageoit point ces
obstacles; il eſt enfin déterminé à faire ſa
déclaration à la belle Hortenſia , dût - il
être puni de ſa hardieſſe. Approchoit - il
fon Ecoliere , le Maître perdoit toute
ſon audace ; il n'avoit plus la force
:
DECEMBRE. 1777. 59
j
d'exécuter ſon projet: il étoit timide,
parce qu'il ai noit. Hortenſia, de ſon cô.
té, néprouvoit pas un moindre embarras.
Ce trouble augmentoit de jour en
jour. Cha que fois qu'elle ſe trouvoit avec
Stradella, ſa "oix devenoit plus incertaine,
plus tremblante. Lui touchoit- il la
main , un friſſon ſubit ſe répandoit dans
fes veines. Venoient - ils à ſe regarder ,
Jeurs regards mouroient l'un ſur l'autre.
Hortenſfia retenoit aifément tout ce que
Stradella lui apprenoit ; & il eſt aſſez inutile
d'obſerver qu'elle préféroit ſes airs à
tous ceux des autres Compoſiteurs.
Le hafard veut qu'un jour aucun témoin
n'aſiſte à la leçon. Hortenſia ne
s'étoit janais montrée plus ſéduisante ;
ſes graces , ſi l'on peut le dire , lui appartenoient
davantage : elle étoit dans ce
ſimple déshabillé du matin, qui n'admet
que peu de parure , & elle reſpiroit encore
cette douce langueur du ſommeil , qui prête
tant de charmes à la beauté. C'étoit
dans la ſaiſon du Printemps , époque de
la nature où tout s'embellit autour de
nous & nous porte à aimer &à le dire.
Stadella faifoit répéter à ſon Écoliere
un de ſes airs qui commençoit par ces
mois is año, & tandis qu'il chantoit ,
:
$
MERCURE DE FRANCE.
:
-
ان
ſes yeux s'attachoient fur ceux d'Hortenfia.
L'un & l'autre ſe déconcertent ; its
ne bégaient qu'à peine io amo , io amo
qu'ils rediſent pluſieurs fois , & d'une
voix toujours plus éteinte. Stradella tom
be aux pieds de la jeune perſonne : - J'aime
, oui , j'aime , je brûle , je meurs d'amour,
tout ſon feu me dévore..- Et
quel en eſt l'objet ? C'eſt vous , divine
Hortenfia , c'eſt vous que j'idolâtre , que
j'adorerai juſqu'au dernier foupir. Cette
paſſion qui a tant d'empire fur mon coeur ,
ne finira qu'avec ma vie. Ah ! je la don
nerois pour obtenir un ſeul de vos regards.
Je fais .. que je manque à tout , que mon
égarement eſt au comble, qu'il eſt criminel
; mais je n'ai pu réſiſter.... Du moins;
laiſſez - moi expirer à vos genoux.
Hortenſia étoit demeurée 'interdite .
elle veut répondre: ſa voix meurt fur
ſes levres. Stranella avoit ofé prendre
une de ſes mains qu'il couvroit de ſes
baifers & de ſes larmes : elle ne peut
que dire : Stradella... Stradella , nous
ſommes bien malheureux ! Enfin , les
deux Amans s'avouent la naiſſance , les
progrès , tous les détails d'une ardeur réciproque.
C'eſt dans ces momens délicieux
où deux coeurs , pour la premiere
e :
1
DECEMBRE. 1777. or
fois , fe confient mutuellement tout ce
qu'ils reſſentent , s'épanchent l'un dans
l'autre ; c'eſt dans ces momens qu'orr
s'enivre à longs traits du filtre enchanteur
de l'amour Pourquoi faut-il que les premiers
beaux jours d'une paſſion s'envo
lent ſi rapidement ? L'ingénuité & l'in.
nocence ſeroient -elles les plus doux des
plaiſirs ?
Stradella & fon Amante étoient dans ce
raviſſement inexprimable qui ne permet
que de ſe livrer au charme qui nous a
• ſéduit ; ' c'eſt alors que deux Amans
n'enviſagent qu'eux ſeuls dans la nature
entiere ; c'eſt pour eux que le Soleil ſe
leve , qu'il colore l'horiſon de ſes feux ,
qu'il ſe couche dans des flots d'or ,
d'azur & de pourpre ; c'eſt pour eux
que les fleurs entr'ouvrent leurs calices
qu'il s'en exhale des parfums ; c'eſt pour
les Amans que les oiſeaux chantent &
s'élevent dans les airs , que toute la terre
eſt un jardin de délices : ils font les
deux Mortels pour qui tous ces préfens
.. de l'etre Suprême ont été formés. Stradella
& Hortenſia n'entendoient point
** gronder. l'orage qui les menaçoit. Il
n'exiſtoit plus pour eux de paflé ni d'avenir;
ils ſe plongeoient dans l'ivreſſe
1
.'
62 MERCURE DE FRANCE.
du préſent ; & ils ne s'appercevoient
pas que ce préſent alloit bien- tôt leur
échapper.
Il n'a fui que trop rapidement. Les
noces d'Hortenſia & du Sénateur ſe préparent
; le jour même eſt fixé C'eſt
alors que ce Ciel ſi ſerein s'eſt couvert
de nuages affreux , & que le proſtige de
l'enchantement s'eſt diſſipé: le Maître
& l'Écoliere ſont frappés du malheur
où chaque inſtant les précipite. Ils le
contemplent tout entier : ils ſe voient
fur le point d'étre ſéparés pour jamais
l'un de l'autre. Peut - être même lur
fera - t- il refuſé juſqu'à la foible co ſolation
de ſe voir. Quelle image abſorboit
tous les ſens de Stradella ! Hortenſfia
, cette Hortenſia qu il aimoit avec
fureur , foumiſe aux loix d'un époux ,
dans ſes bras ! ... A ce tableau , le Muſicien
tomboit dans le délire du dé epoir.
La fille de Montero verſoit des larmes ,
accuſoit le Ciel & ſa deſtinée , s'aban
donnoit à la plus vive douleur. Cependant
le terme fatal approchoit On ſt
enfin arrivé à la veille de ce jour horrible
, où Hortenſia doit former cet engagement
qui plongera les deux Amans
au tombeau.
C
DECEMBRE. 1777. 63
La fille de Montéïo , accablée de ſa
ſituation , alloit ſe mettre au lit : un
homme ſort de ſon cabinet ; elle eſt
ſaiſie d'effroi ; elle reconnoît Stradella :
-
-
Vous! à cette heure ! dans ce lieu !
Oui , j'ai ſu tromper tout ce qui
vous environne , & m'introduire juſques
dans votre appartement. Vous n'igno.
rez pas que le temps preſſe , que chaque
heure vous avertit de vous préparer à
marcher à l'Autel. Hortenſia, plus de
délai ; c'eſt demain que ma mort eſt réfolue...
Hortenſia , m'aimez- vous ?
je vous aime ! eſt ce à vous d'en douter ?
-
-.
-
Si
Par-
Vous m'aimez , adorable Maſtreſſe
de mon coeur , vous m'aimez ! Eh bien !
il faut me le prouver à l'inftant.
lez , Stradella , parlez ; qu'exigez -vous ?
Que voulez- vous ? Tous les facrifices ,
demandez les. Je n'oſe en folliciter
qu'un feul. Vous dites que vous m'aimez ,
& penſez- vous qu'un autre va poſſéder
tous vos charmes , vous preſſera contre
fon ſein ? ... Hortenſia , quelle image
infernale ! Il s'agit donc de vous dérober
à la criminelle audace de ce raviffeur ,
de ne vivre que pour l'Amant le plus
"enflamme: eh ! qui fait aimer , brûler ,
mourir de fa tendreſſe comme Stradella ?
64 MERCURE DE FRANCE.
م.
- Daignez me ſuivre... Stradella , me
conſeiller la fuite , mon déshonneur ! ...
- Il n'eſt pas d'autre moyen de raſſurer
l'amour ; & que vous importe le monde
entier , ſon opinion , la renommée ? L'amour
doit vous fuffire. Ah ! fi j'étois
à votre p'ace , balancerois -je un feul inſtant
? J'irois au bout de la terre m'enſévelir
avec tout ce que j'aime ; je ne
vivrois que pour lui ſeul: je ne ſerois
rempli que de lui ſeul ; il auroit toute
mon ame ; j'expirerois à ſes pieds ...
- Décidez donc de mon fort , cher
Amant ; conduiſez - moi dans les déſerts
les plus reculés ; je vous immole ma
patrie , ma famille , ma réputation , tout.
Stradella tranſporté , court s'occuper
des préparatifs d'une fuite qu'il avoit
déjà prévue , revole auprès de fa Maîtreſſe
, & ſe hâte de quitter avec elle le
territoire de la République.
Le bruit de cet enlevement eſt répandu.
Montéïo aimoit encore plus fa
vanité que fa fille : il ſe voit privé d'un
mariage qui flattoit à la fois & fon avarice
& fon ambition ; mais ſa fureur
ne peut ſe comparer à celle du noble 1
Vénitien. Il accourt chez le pere d'Hortenfia
, 1. 1
DECEMBRE. 1777. 65
tenfia , s'abandonne à l'excès de l'em.
portement , ne fait dans quel ſein il plongera
un poignard dont il s'étoit armé:
c'eſt lamour livré à tous les accès de fa
rage.
Les deux Amans ſauvés à Rome , ſe
diſoient mariés ; &, ſe repoſant ſur une
crédulité hors de tout foupçon , ils cédoient
fans crainte & lans réſerve
au délire de leur égarement ; chaque
jour ajoutoit à leur ivreſſe & à leur
ſécurité : ils avoient oublié leur patrie ,
leurs amis , leurs parens ; l'Univers
entier s'étoit perdu à leurs regards. L'amour
est une paſſion qui s'immole toutes
les autres ; & de tous les fanatiſmes,
c'eſt peut - être le plus aveugle & le plus
impérieux.
La vengeance s'endort moins que l'amour.
Le Sénateur ne vouloit pas fe
" borner à de ſimples témoignages de fureur
& de déſeſpoir ; il rouloit dans ſa
tête quelque projet qui le vengeât des
deux Amans. Il a recours à un couple
d'hommes voués , en quelque forte , au
crime , & dont il achete la ſcélérateſſe:
)
r
- Mes amis , j'augmenterai la récompenſe
que je viens de vous donner : voici
à quel prix vous la mériterez. Stra-
E
66 MERCURE DE FRANCE .
•
della eſt à Rome ; il doit faire exécuter
dans l'Egliſe de S. Jean de Latran , un
de ſes oratorio ; le jour eſt fixé. Rendezvous
en cette Ville ce jour même ; &
lorſque ce monftre fortira de l'Eglife , ne
le laiſſez pas aller plus loin: qu'il foit
déchiré , qu'il expire ſous vos coups
réunis ! Sur- tout , prenez, bien garde de
le manquer , & ne revenez que lorſque
vous ferez certains qu'il ne reſtera à Rome
que ſon cadavre , fon cadavre , je vous le
dis , percé de mille coups. Ces miferables
promirent de remplir fidélement tout
ce que le Sénateur leur preſcrivoit , & fe
mirent en chemin pour arriver à Rome
au jour marqué.
Stradella , accompagné de ſa Maîtreſſe ,
le ſeul objet qui lui fit aimer la gloire ,
exécutoit , comme on l'avoit annoncé
fon Oratorio dans l'Egliſe que nous venons
de nommer , il remportoit tous les
genres de triomphe : il aſſocioit à la plus
riche compoſition, cette voix brillante
dont Veniſe encore ſembloit avoir retenu
les fons enchanteurs : il paroiſſoit renvoyer
à fon Amante , tous les applaudiffemens
dont on l'accabloit: on s'appercevoit
aisément que c'étoit ceux
d'Hortenfia qu'il cherchoit à mériter ,
DECEMBRE. 1777. 07
7
1
& qui l'enflammoient. La voûte retentiſſoit
des battemens de mains ; un enthouſaſme
général s'étoit répandu. C'eſt précifément
au milieu de cette acclamation
univerſelle qu'entrent les deux aſſaſſins
gagés par le Sénateur, & bien déterminés
à lui obéir. Le vois - tu bien , dit l'un
d'eux ? Tü le reconnoîtras ? Crains qu'il
ne nous échappe ; il faut lui porter nos
poignards dans le coeur ; c'eſt le moyen
de frapper sûrement. N'appréhende pas ,
répondoit l'autre, je te donne ma parole
que. je te préviendrai. Cependant Stradella
déployoit le charme de ſa voix ;
l'Aſſemblée oſoit reſpirer à peine ;
、l'ame ſuivoit tous les accens du Muficien.
Les deux ſcélérats ( tant le talent
a d'empire ! ) ne peuvent ſe refufer au
plaiſir de l'écouter; ils deviennent rêveurs
: il ſe regardent ; ils ſemblent vouloir
ſe cacher ce qu'ils éprouvent : ils
rompent enfin le filence: -Cet hommelà
produit - il ſur toi l'effet que je res
ſens ? ... Je ne me ſuis jamais trouvé
dans cette ſituation. Et moi... je ne
me reconnois , .... j'ai une foibleſſe de
coeur. Je crois , ma foi , que je le
manquerois. Tu le manquerois ! ...
..
-
--
E2
68 MERCURE DE FRANCE .
Mon ami , il faut tâcher de reprendre
courage. Tout cela ne vaut pas deux
cents ducats qu'on nous a promis à notre
retour . Stradella continuoit de tenir l'Asſemblée
dans le raviſſement. Hortenſia ellemême
applaudiſſoit ; & les deux afſaſſins
paroiſſoient de moment en moment plus
accablés , fi l'on peut le dire , ſous la puisſante
magie du Muſicien.
Il fortoit de l'Eglife , & traverſoit un
détour peu éclairé. Un de ces ſcélérats
court à lui ; & , jetant à ſes pieds fon
poignard , fuivi de fon complice , auquel
la même action échappe , il s'écrie : Stradella
, tu l'emportes ! Mon camarade &
moi nous étions venus exprès ici pour
te percer le coeur , nous l'avions promis ;
nous n'avons pu nous réſoudre à ce
meurtre. Les charmes de ta voix nous
ont changés en tes admirateurs ; nous
faiſons plus que de t'épargner , nous te
conſeillons de quitter Rome , & de te dérober
au reſſentiment d'un homme qui ne
reſpire que ta perte,
Ils n'avoient pas prononcé ces derniers
mots , qu'ils étoient diſparus. Hortenfia ,
ainſi que le Muſicien, étoient demeurés
immobiles. Revenus de leur étonne-
1
•
DECEMBRE. 1777 . 69
^;
ment , l'un & l'autre frémiſſent du danger
qu'ils ont couru Hortenfia trembloit
pour fon Amant , & celui - ci ne craignoit
que pour ſa Maſtreſſe.
Ils profitent du conſeil des deux Emisfaires
du Sénateur , ſe réfugient à Turin,
vont ſe jeter aux pieds de la Ducheſſe
de Savoie , & lui racontent ingénuement
le péril où eſt expoſée leur vie , & la
cauſe qui l'a ſuſcité. La vérité à un
caractere intéreſſant La Ducheſſe eſt
touchée de ce récit fincere. Le coeur
d'une femme eſt rarement fermé à l'indulgence
, quand la ſenſibilité eſt la fource
des erreurs dont on lui fait l'aveu.
Les deux Amans réuſſirent à trouver
grâce aux yeux de la Princeſſe. D'abord ,
pour les fouftraire à l'activité de la vengeance
Italienne , eile plaça Hortenſia
dans un Couvent , & donna un logement,
dans fon Palais , à Stradella , avec le titre
de ſon premier Muficien.
Le peu de ſuccès d'un complot ſi bien
médité , n'avoit pas refroidi l'animoſité
du Sénateur. Il n'exiſtoit que pour ſaiſir
l'occaſion de frapper les deux victimes
qui lui étoient échappées ; & il étoit parvenu
à communiquer ſon reſſentiment
implacable au pere d'Hortenſia. Ce vieile
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
lard dénaturé , avoit fait ferment d'être le
Bourreau de ſa propre fille , ſi jamais elle
tomboit dans ſes mains. Il n'écoutoit plas
la voix du ſang; il ne ſe laiſſoit conduire
que par le noble Vénitien , dont le temps
& l'éloignement ne faiſoient qu'enflammer
la jaloufie & la foif de ſe venger.
La Ducheſſe , qui n'avoit nulle idée
des tranſports de l'amour outragé , croyoit
qu'il devoit être un terme à cette perſécution
ſi ardente. Elle imagina done
qu'elle pouvoit goûter , ſans crainte , le
plaiſir de faire deux heureux. Elle maria
le Muſicien & fa Maîtreſſe, qui ne favoient
comment témoigner leur reconnoiſſance
à leur Bienfaitrice. Ils étoient
à ſes genoux , les arrofoient de larmes.
Mes amis , leur dit la Ducheſſe , en les
relevant , vous avez commis de très-grandes
fautes ; mais il ne faut plus parler
que du pardon & du bonheur qui vous
attendent ; je me flatte que Montéïo &
le Sénateur ſe laiſſeront fléchir : j'emploierai
mon crédit pour opérer cette re
conciliation trop différée.
Quelque fût le rang où étoit élevée la
Princeſſe , elle ne put obtenir aucune réponſe
aux ſollicitations qu'on fit en fon
nom. Cependant Stradella & Hortenfia , à
l'abri de fon Trône , s'abandonnoient à
1
DECEMBRE. 1777. 71
une douce fécurité. Combien de fois ils
• ſe rediſoient: que pourrions - nous envier
dans l'Univers ? Nous nous aimons , nous
nous aimerons toujours; ſous les glaces
de l'âge , nos coeurs conferveront le feu
de l'amour. Puiſſions- nous ne pas furvivre
l'un à l'autre , expirer enſemble ,
& avoir le même tombeau ! Nos cendres
, il n'en faut point douter , cherche-
- ront encore à ſe réunir.
Il eſt donc décidé que l'homme , dans
la plénitude du bonheur , ouvre fon
coeur à l'inquiétude de nouveaux defirs.
Les deux époux , comblés des bontés d'une
Souveraine , le modele de la bienfai-
• fance , carefſés , fètés de toute ſa Cour ,
demandent la permiffion d'aller , pour
quelques jours , viſiter le Port de Gênes.
La Ducheſſe , qui ſe piquoit de ne leur
rien refuſer , leur accorde, non fans quel
que regret , cette permiffion ardemment
follicitée: elle leur fait donner la parole
qu'ils reviendront bien-tôt ; elle leur pro-
*digue encore de nouvelles marques de ſa
libéralité , & les voit avec peine s'éloigner
de Turin .
Ils font arrivés à Gênes. Je ne fais ,
dit Hortenſia à fon mari , je me ſens
atteinte d'une fecrette langueur , dont
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
j'ignore la caufe. Qu'aurois-je pourtant
à craindre ? La Ducheſſe hous protege ,
& tu m'aimes. Il eſt bien fingulier , repart
Stradella , que j'éprouve la même
mélancolie... Hortenſia , leve les yeux
fur ton Epoux , fur ton Amant , & tous
ces nuages ſe diffiperont. !
Ils étoient couchés , & commençoient
à ſe livrer au ſommeil: ils en font tirés
par le bruit que formoient pluſieurs perſonnes
qui avoient déjà gagné leur antichambre
: ils ſont ſaiſis de frayeur , une !
foible lampe les éclairoit. Quel ſpectacle
les frappe ! Quatre hommes armés de
poignards étincelans. Hortenſia s'écrie :
mon pere , c'eſt vous ! Ah ! mon pere ,
épargnez Stradella , & donnez - moi la
mort. C'eſt en vain que tu réclames ma
pitié pour lui , répond Montéïo , c'eſt
ſon coeur que je vais percer. Le Sénateur
étoit au nombre des meurtriers : ils ſe
jettent tous deux fur le Muſicien , qui
s'efforçoit de ſe défendre , ou plutôt de
fauver ſa femme , qu'il couvroit de tout
fon corps Cet infortuné eſt immolé
fous mille coups , par ces deux barbares ;
& le Sénateur , tout fouillé de ſon ſang ,
égorge Hortenfia , qui , en expirant ,
nommoit encore fon pere & fon mari.
Par M. d'Arnaud. 4;
VERS
1.
DECEMBRE . 1777. 73
A
VERS.
A M. le Marquis DE VILLETTE ,
fur fon Mariage avec Mlle DEVARICOUR
, au Chateau de Ferney.
FLE LEUVE heureux du Léthé , j'allais paſſer ton onde
Dont j'ai vu ſi ſouvent les bords ;
Laffé de ma ſouffrance , & du jour & du monde ,
Je deſcendais en paix dans l'empire des Morts ;
Lorſque Tibulle & Délie ,
Avec l'Hyunen & l'Amour ,
Ont embelli mon séjour ,
Et n'ont fait aimer la vie.
Les glaces de mon coeur ont reſſenti leurs feux;
La parque a renoué ma trame déſunie ,
Leur bonheur me rend heureux.
Enfin , vous renoncez , mon aimable Tibulle ,
A ce fracas de Rome , au luxe , aux vanités ,
Atous ces faux plaiſirs célébrés par Catulle ;
Et vous ofez dans ma Cellule
Goûter de pures Voluptés !
Des petits Mattres emportés ,
Gens fans pudeur & fans (crupule ,
Dans leurs indécentes gaietés ,
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
:
Voudront tourner en ridicule
La réforme où vous vous jetez.
Sans doute ils vous diront que Vénus la friponne ,
La Venus des ſoupers , la Vénus d'un moment ,
La Vénus qui n'aime perſonne ,
Qui ſéduit tant de monde & qui n'a point d'Amant ,
Vaut mieux que la Vénus & tendre & raifonnable ,
Que tout homme de bien doit fervir conſtamment.
Ne croyez pas imprudemment
Cette doctrine abominable.
Aimez toujours Délie ; heureux entre ſes bras ,
Ofez chanter fur votre lyre
Ses vertus comme ſes appas ;
Du véritable amour établiſſez l'empire ,
Les beaux eſprits Romains ne le connaiſſent pas.
Par M. de Voltaire.
7
|
DECEMBRE. 1777. 75
EPITRE A BELLE ET BONNE .
BELLE ELLE & BONNE , c'eſt votre nom :
C'eſt le nom que vous donne un Sage ;
Il peint vos traits , votre raiſon ,
Votre coeur & votre viſage.
Vous tenez par un neud plus ſaint
A l'Apollon qui vous baptife.
Quand , victime offerte & ſoumiſe ,
Votre front allait être ceint
Du triſte bandeau d'Héloïſe ;
Quand la grille du repentir
Allait vous ravir à ce monde ;
Quand vous alliez vous engloutir
Au fond d'une priſon profonde ;
C'eſt lui qui , voyant vos appas ,
Votre douceur , votre jeune âge ,
Ferma l'abyme fous vos pas ;
Et pour vous fauver du naufrage ,
C'eſt lui qui vous tendit les bras.
Den... fit plus encor peut - être ;
Son eſprit juſte , aimable & doux ,
Vous apprit fans peine à connaître
Le monde & vos devoirs & vous.
!
-
76 MERCURE DE FRANCE.
Dans cette agréable retraite
Où vous coulez vos heureux jours ,
On voyait que vous étiez faite
•
Pour vous conduire dans les Cours ,
Pour briller avec modeftie ,
Sans prétention , fans détours ,
Sans vanité , fans jaloufie.
Mais il vaudrait encor bien mieux
Qu'un mortel , comme vous fincere ,
Charmé de votre caractere ,
Tout autant que de vos beaux yeux ,
Sût vous chérir & fût vous plaire ;
Et qu'un reſpectable lien
Que les Cours ne reſpectent guere ,
Fit votre bonheur & le ſien .
Par M.le Marquis de Villette.
1
t
:
*
DECEMBRE . 1777. 77
A M. le Marquis DE VILLEVIEILLE.
TON eſprit fin , ta modeſtie ,
Ton urbanité , ta candeur ,
Et ta charmante bonhomie ,
Avaient la moitié de mon coeur:
Aujourd'hui c'eſt à ma Délie
Que je donne l'autre moitié ;
Et je m'en vais paffer ma vie
Entre l'Amour & l'Amitié.
1
Par le même.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Novembre.
LE mot de la premiere Enigme eſt
Naud ; celui de la ſeconde eſt Fusil ou
Pistolet ; celui de la troiſieme eſt Fufée
volante. Le mot du premier Logogryphe
eſt Orage , où ſe trouvent or , age ,
ō , rage ; celui du ſecond eſt la Bife,
' où l'on trouve bis , fi , bei ; & celui du
troiſieme eſt Marbre , où ſe trouvent
arbre , arme , rame , ame .
78 MERCURE DE FRANCE.
".
C'EST
ÉNIGME.
'EST moi qui regle tout , en tout temps , en tout lieu ,
Et je ſuis en cela la volonté de Dieu.
Je donne la nort & la vie ;
C'eſt aſſurément ſans en vie
Que chacun me fait ſon adien.
On me compte ſouvent ; & dans plus d'un Grimoire ,
Un curieux s'en va rechercher mon hiſtoire
Pour favoir combien il me doit,
Et fi j'aurai bientôt le droit
De le mettre en le cas qu'on en faſſe mémoire.
On ne ſe laſſe point de vivre ſous mes loix ;
Et tous ont le defir , s'ils en avoient le choix ,
De me rendre gloire immortelle ;
'Mais mon culte eſt borné juſqu'à certains momens :
C'eſt - là que finit mon encens ,
Car en aucun climat je ne ſuis éternelle.
Par M. Teffier , Curé de S. Gauta
DECEMBRE. 1777. 79
F
LES
AUTRE.
ES Favoris de Flore, & les enfans de Mars ,
De mes attraits empruntent leur parure !
L'Art me produit , ainſi que la Nature.
Dans les combats , au milieu des haſards ,
Je reçois le trépas , mais auſſi je le donne.
Ma mort n'eſt pas toujours dans les champs de Bellone.
Aux yeux d'une Bergere , étalant mes couleurs ,
Son ſein eſt mon, tombeau: tel eſt le ſort des fleurs .
Une Ville en Eſpagne , un petit Bourg en France ,
Portent mon nom... Taiſons - nous , par prudence.
Par M. B. de N.
T
AUTRE.
RÈS-UTILE au commerce , on me trouve au marchés
Souvent dans le Palais on me comble d'affaires ;
Mais cent fois plus exact que bien des Secrétaires ,
80 MERCURE DE FRANCE.
Je ne dérange rien de ce qu'on m'a confié.
Plus riche encor ailleurs , en ſuis -je plus heureux ?
Vous allez en juger , voici comme on me traite :
Dès qu'on m'a tout ôté , ſans ſcrupule on me jette
Et je deviens ce que je peux.
Chez nos Dames , c'eſt autre chose ,
J'y fuis puce ou couleur de rofe
Pomponné , parfumé d'une agréable odeur :
Ce n'eſt pas tout , mon cher Lecteur ;
On dit , n'est - ce point calomnie ?
Que jadis on m'a vu faire noyer les gens :
Ah ! grace à notre fiecle ! ils ne ſont plus ces tems
Et maintenant je fais rire à la Comédie.
Par M. Hubert.
LOGOGRYPHE.
A
1
ssis deſſus ma queue , on peut manger ma tête
Car le ſiege n'eſt rien par rapport au fricot ;
Plus d'un homme , fans être fot ,
Sur un ſiege pareil fit un repas honnête.
Ma queue, eſt ſous l'épi , ma tête eſt dans un veau;
Je ſuis Ville en Savoie , où faisoit maint cadeau ,
Certain Duc dont la bonne chere
Laiſſa
ECEMBRE. 1777. 81
Laiſſa les dignités pour mieux ſe ſatisfaire.
Je ne renferme pas bien des objets divers.
On trouve en moi l'effort des Habitans des airs ;
Une herbe d'odeur forte , & dont parle Virgile ,
Melant au Serpolet ſon alliage utile.
Voilà , mon cher Lecteur , mon être à découvert ,
Plus d'une fois par an fans doute qu'il te fert.
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud.
1
J
AUTRE.
:
E ne fuis point , Lecteur , un être fantaſtique ,
On me vend à Paris dans plus d'une Boutique ;
Mais d'une autre façon je pourrois vous bleſſer ,
Vous donner de l'humeur , même vous offenſer.
J'aime le mouvement , il en faut pour me faire ;
Je ſurprends quelquefois : auſſfitôt qu'on me ſent ,
On crie , on ſe trémouſſe , on tourne le derriere ,
Et , s'il eſt poſſible , on me rend. •
Me tenez - vous , Lecteur , pas encore peut- être ;) |
Dans ce cas , ſervez - vous de la combinaiſon ;
Avec les double pieds qui compofent mon nom ,
Une foule d'objets ſous vos yeux vont paroftre.
Un Pape vient s'offrir , ce fut lui qui ſauva
Et Rome & les Romains des fureurs d'Attila ;
Un Saint Evangéliſte , un fameux Patriarche
Dont le trépas eſt incertain .
4
Un autre très - connu pour avoir bati l'Arche ,
F
1
82 MERCURE DE FRANCE.
4.
Planté la Vigne & bu du Vin ;
Un ouvrage de fer qui ſouvent ſert de porte ;
Un grain dont on peut faire une boiſſon très - forte;
L'utile production d'un infecte volant ;
Un Prophete , un Olfenu , un Arbuſte rampant;
Un Port au Royaume d'Eſpagne ;
Ce qui compoſe un jeu commun à la Campagne :
Catinat dans ſon camp s'en amuſoit dir - on ;
Sur les bords de la mer ce qu'on trouve à ſoiſon ,
Un Iſle dans le Nord ; un Canton de la Suiffe ;
Uu Sigue dans le Ciel voiſin de l'Ecreviſſe ;
Un titre que César vouloit ,
Mais auquel Brutus s'oppoſoit ;
Le premier Due de Normandie ;
Des Deux Corneille la Patrie ;
Ce que doit ſavoir un Acteur ;
Une vive & forte couleur ;
La fille de Cadmus ; la Muſe de l'Histoire ;
Ce que le Grand Henri combattit avec gloire.
Par M. Hubert.
۱
DECEMBRE. 1777. 83
CHERCHE .
UTRE.
HERCHE , Lecteur , un lieu délicieux ,
Séjour du bonheur véritable ,
Où les plaiſirs ſont purs , la joie inaltérable ,
Où l'ame , enfin , jouit d'un calme précieux.
Tu vas y découvrir ſans peine ,
Un animal chanté par la Fontaine ;
Ce qui doit attrilter de bacchus les ſuppots ;
Un lieu de toutes parts aſſiégé par les flots ;
Un article , un pronom ; plus , une particule ;
Un des mots que le Chriſt , attaché ſur la croix,
Prononça triſtement d'une mourante voix.
Ce mot parut aux Juifs du dernier ridicule.
Poor terminer enfin mes qualités ,
Lecteur , je t'offre une forme derniere.
Dans un miroir conſulte ta paupiere ,
Tu vas la voir à ſes extrémités.
Par M. Bouvet , à Giforsa
1
F2
84 MERCURE DE FRANCE,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Quinti Horatii Flacci Carmina , cum Annotationibus
Gallicis Lud Poinfinet de
Sivry , Regiæ Lotharingorum Académia
Socii. 2 vol. in 8°. Parifiis , e
Tipographia Franc. Amb. Didot , fumptibus
Jacobi Lacombe , via de Tournon
. 1777 .
ETTE nouvelle édition d'Horace doit
être précieuſe , à bien des égards , à tous
les Amateurs de l'illuſtre Poëte Latin.
Indépendamment de l'élégance & de la
netteté de l'exécution typographique , le
texte y eſt imprimé dans fa plus grande
pureté & fans qu'il s'y ſoit gliſſé une ſeule
faute d'impreſſion. Mais ce qui la rend.
fur- tout recommandable , ce font les
favantes notes de M. Poinfinet de Sivry
; notes remplies d'obſervations de
la derniere importance , qui toutes avoient
échappé à la foule des nombreux
Commentateurs d'Horace , & fans lesquelles
, cependant , il étoit abfolument
DECEMBRE. 1777. 8.5
impoſſible de parvenir à ure parfaite
intelligence des Ouvrages de ce Poëte ,
principalement des Odes. Nous allons
faire connoître les principaux objets ſur
leſquels portent ces obſervations , d'après
le Savant Éditeur lui - même , qui les
détaille dans un diſcours préliminaire plein
de goût & d'érudition.
و د
و د
ود On pourroit former , dit M. de
Sivry , une nombreuſe Bibliotheque
,, des Ouvrages plus ou moins célebres
dont ceux d'Horace ont été l'objet ou
l'occaſion . Mais on s'abuſeroit étran
,, gement , ſi l'on s'imaginoit qu'il ne
reſte plus rien à écrire d'important fur
ce Poëte. On ſe convaincra même
,, que c'eſt précisément le plus eſſenciel
,, qu'on avoit omis , lorſqu'on aura
„ reconnu , par nos remarques , que
,, cette foule innombrable de Commen-
و و
و ر
" tateurs avoit laiſſe ſans ſolution la
,,, plupart des contradictions apparentes
3. qui ſe trouvent dans Horace ; s'étoient
,, tranſmis l'un à l'autre , & comme de
و د
main en main , des erreurs manifeſtes ,
..., & avoient perpétué, par une forte de
tradition héréditaire , un grand nombre
d'interprétations viſiblement abuſives ,
dont l'effet néceſſaire étoit de nous
و د
"
51
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
و د
و د
donner une trés - fauſſe idée de ce
Poëte , & de nous expoſer à des contre
ſens inevitables à chaque page de
de ſes écrits."
" ,
1
C'eſt par exemple , un préjugé
des plus injuſtes , & cependant des
plus accrédités , qu'Horace étoit un
libertin effréne , abandonné avec une
ſorte de fureur à tous les plaiſirs ,
même à ceux que la nature réprouve ;
& que ſi l'on rencontre dans ſes écrits
les maximes les plus ſages , les fentimens
les plus vertueux , & quelque
fois les plus ſtoïques , c'eſt qu'il favoit
ſe contrefaire au beſoin , & , par
une hypocrifie plus révoltante encore
,, que fes vices , couvrir ſes débauches
,, su manteau reſpectable de la vertu &
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
de la ſageſſe .... J'avoue que j'ai
„ long temps été moi même dans l'erreur
,, que j'entreprends ici de détruire ; & je
"
"
و د
و د
la partagerois encore , fi l'application
réfléchie que jai donnée aux Ouvrages
d Horace , & la comparaiſon que j'ai
faite de ſes Poëfies avec celles des
,, plus beaux Génies de la Grece , ne,
m'euſſent mis à portée d'entrevoir d'a
bord , & de me convaincre enſuite,
que l'accufation intentée contre le
و د
و د
1
DECEMBRE, 1777. 87
و د
و د
و د
و د
Prince des Lyriques Latins , n'a pas le
moindre fondement. J'ai , dis-je , vérifié
juſqu'à l'évidence , que toute la partie
ſcandaleuſe des Poëfies d'Horace ,
,, ne conſiſte qu'en imitations ou traductions
latines d'anciennes Poëfies Grec-
,, ques. "
"
و د
و د
ر د
و د
و د
2.
د
و د
"
4
Mon premier doute ſur le grief
imputé à Horace , m'eſt venu de ce
,, que deux des Odes les plus remplies
d'expreffions voluptueuſes , je veux
dire la huitieme & la treizieme du
,, premier livre , font adreſſées à une
Courtiſane nommée Lydie ; & que
dans la premiere des deux il eſt question
d'un perſonnage vaguement traité
de Sybarite , à qui Horace reproche
d'oublier , dans les bras de cette maîtreſſe
, l'exercice de la lutte , celui du
difque & celui du ceſte , tous exercices
bien plus familliers aux Grecs , comme
l'on fait , qu'ils ne le furent jamais
aux Romains , qui emprunterent des
Grecs juſqu'au nom même du diſque.
Ainfi tout nous indique ici une tradaction
de quelque Ode Grecque du
Poëte Aleman , qui étoit Lydien d'ori-
,, gine , & qui , par cette raiſon , pou-
و د
و د
و د
22.
و د
ود
”
”
و د
voit bien faire l'amour de préférence à
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
,, quelque Courtisane Lydienne , trans-
,, portée , comme lui , de Sardes à Lacé-
و د
"
و د
و د
"
و د
و د
و د
و د
د و
و د
•
démone , où l'on fait qu'il obtint le
droit de bourgeoiſie , & où il eut fré-
,, quente occaſion de connoître les exercices
de force & d'adreſſe , ſi long-tems
en vogue parmi les Spartiates. Dans
l'Ode treizieme , pareillement adreſſée å
Lydie , ce jeune homme , favorisé par
elle , n'eſt plus qualifié vaguement de
Sybarite , c'eſt à-dire , d'efféminé ; Horace
nous le fait connoître ſous fon
vrai nom , & l'appelle Télephe. Or Télephe
, comme on le peut voir chez les
Anciens Poëtes , eſt un nom Myſien ;
& l'on fait que la Myſie & la Lydie
étoient limitrophes. Tout décele donc ,
comme à l'envi , que ces deux Odes
charmantes font des traductions ou
imitations du Poëte Grec Alcman. "
C'eſt par une multitude de preuves de
cette nature , que M. Poinfinet de Sivry
démontre par - tout victorieuſement , foit
dans fon difcours préliminaire , foit dans
ſes notes , qu'Horace n'a été que le
traducteur de toutes les poëſies lafcives
qu'on lui avoitjuſqu'à préſent attribuées ,
& dont Alcée , Alcman , Stéfikhore ,
Anacreon , & autres Poëtes Lyriques
و د
و د
و د
و د
DECEMBRE. 1777. 89
Grecs , font les Auteurs originaux. Tantôt
il rapporte des fragmens de ces
mêmes Poëtes , échappés aux ravages du
tems , & les rapproche des paſſages
correſpondans des pieces traduites par
Horace , qui , très-ſouvent , ſe trouve avoir
rendu fon original preſque mot à mot ;
tantôt il fait obſerver le coſtume de telle
ou telle Ode , qui ne peut convenir
qu'au tems & aux lieux où vivoit
• l'Auteur original ; tantôt il fait voir des
rapports très réels entre le Poëte Grec
& les Perſonnages Grecs qui figurent
dans la piece latine. Après avoir ſolidement
établi cette découverte , il en tire
' les lumieres les plus importantes , &
s'en fert pour éclaircir , avec autant de
clarté que de facilité , beaucoup de contradictions
apparentes qui ſe rencontrent
dans Horace , ainſi que pour redreſſer
le vice manifeſte & la mauvaiſe
application de pluſieurs des titres,
quelquefois même pour diftinguer
de titres , & ſéparer entre elles deux
Odes confondues & raſſemblées mal - àpropos
en une ſeule par la négligence
des Copiſtes , ou par la témérité de
quelque ancien Scholiafte. Il a fait un
nombre conſidérable de corrections de
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
cette derniere eſpece; mais il ne les a
jamais hafardées ſans les appuyer fur des
raifons de la plus grande évidence.
Un genre d'erreurs dans lequel étoient
tombés fréquemment tous les Commentateurs
ou Interpretes d'Horace, & que
le nouvel Editeur s'eſt attaché par tout
à rectifier, c'étoit de prendre de ſimples
mots pour des noms propres , & d'ériger
par conféquent en Perſonnages de pures
expreffions du diſcours. Ce Quiproquo
avoit ordinairement lieu dans les mots
tirés du gree.., C'eſt ainſi, dit M. de
Sivry , qu'au livre premier , Ode 36 ,
en commentant ces vers ,
ود
ود
"
و د
و د
Neu multi damalis meri,
Baffum , &c.
Ils ont metamorphofé en nom propre
le mot grec poétiquement latinifé
damatis (δάμαλις) qui ſignifie une génisfe
, juvenca , & , métaphoriquement ,
une jouvencelle , une jeune fille: ....
mépriſe qui leur'a fait interpréter trésà
contre-fens tout ce paſſage.....
19, C'est ainſi qu'au même livre, Ode neu
vieme, ils ont perfiſté à faire un nom
, propre réel d'un nom propre factice ,
و د
૬ઃ
و د
1
DECEMBRE. 1777. 91
।
و د
"
,, je veux dire du nom d'office thaliarque ,
(θαλίαρχος ) qui eſt emprunté du grec ,
& fignifie inspecteur d'un banquet. C'eſt
ainſi qu'au livre III, Ode 15 , ils ont
pareillement fait un nom propre du
mot grec nothos , latinifé nothus , &
qui ne ſignifie autre chofe que bâtard ,
dans ces vers ,
י ג
و د
ود
9,9
"
Elam cogit amor nothi , &c.
En conféquence ils l'interpretent :
l'amour qu'elle a conçu pour Nothus ;
tandis que le ſens eſt : l'amour qu'elle a
» conçu pour un jeune homme d'une nais-
„ fance illégitime ; car nothus eſt une
,, injure , & n'a jamais été un nom propre.....
C'eſt encore ainſi que , dans
,, ce vers de la ſeconde ſatyre , Liv. I.
"
و د
... Hanc Philo demus ait fibi , &c.
}
tous les Commentateurs , Interpretes
& Editeurs d'Horace , ont joint
mal à propos le verbe demus au nom
„ propre Philo , pour en faire un Per-
, ſonnage de leur création , qu'ils fup-
,, poſent s'être appelé Philodemus."
» Mais, de toutes ces mépriſes , la
92. MERCURE DE FRANCE.
:
و د
و د
39
و د
98
و د
و د
plus injurieuſe pour Horace & pour
le bon- fens , c'eſt celle que les Com-
,, mentateurs ont faite dans l'Epode
onzieme : ils perſonaliſent le mot
,, grec πετζοί (qu'Horace a latiniſé petti ,
& qui eſt ſynonyme de latrunculi ,
c'est - à - dire d'échecs , ( ou jeu des
échecs ) , pour en faire le vocatif du
,, prétendu nom propre Pettius......
Encore ſi cette bévue étoit iſolée , &
fans autre conféquence ! mais , indé-
, pendamment du préjugé fâcheux &
injuſte qu'elle laiſſoit ſubſiſter ſur Ho-
,, race , en aidant à le faire préſumer
l'Auteur & non le Traducteur de l'Ode
en queſtion , elle nous forçoit encore
à ſuppoſer que le Poête commençoit
cette Ode par une monftreuſe abfurdité
; car il s'en ſuivroit que , dans cette
piece , qui n'eſt pas des plus courtes ,
il auroit débuté par annoncer qu'il n'a
plus le courage de faire aucun vers ;
lorſqu'au contraire il dit clairement
que l'amour qui l'obſede , ne lui per
met plus de ſe livrer aux combinaiſons
du jeu des échecs , qui faifoient autrefois
fon occupation favorite ; & qu'en
Poëte vraiment épris , il ne ſe ſent
,, plus de goût pour aucun travail , fi
و د
و و
و د
و د
و د
و د
و د
و د
i
و د
59
و د
و د
و د
DECEMBRE. 1777. 93
:
" ce n'eſt pour compoſer de petits vers
amoureux , verficulos. Ainſi je me fuis
le premier apperçu qu'on s'étoit jus-
,, qu'ici abuſé très- étrangement ſur les
premiers vers de cette Ode :
و د
و د
:
ود
و د
”
Petti nil me sicut antea ; juvat
Scribere verficulos ,
Amore perculfum gravi.
On l'interprete d'ordinaire : O Perti
! nil me juvat , ficut anteà , fcribere
verficulos , amore perculfum gravi , &c.
tandis que le ſens eft : nil me juvant
latrunculi , feu petti , ficut antea ; juvat
fcribere verficulos , amore percul-
„ fum gravi."
و د
و د
و د
On peut juger , par les traits que nous
venons de rapporter , de l'utilité des
remarques de M. Poinfinet de Sivry.
Il falloit avoir , comme lui , l'érudition
la plus étendue , & le goût le plus éclairé
& le plus fûr , pour ſe livrer , avec autant
de fruit , à un travail de cette importance
, travail bien digne du ſavant Traducteur
de l'Hiſtoire Naturelle de Pline.
.
94 MERCURE DE FRANCE .
:
L'Egoisme , Comédie en cinq actes &
en vers ; repréſentée par les Comédiens
François ordinaires du Roi ,le Jeudi
19 Juin 1777. Par M. de Cailhava.
A Paris , chez la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1777. in-8°. Prix 1 liv. 10
fols .
Nous avons déjà , d'après la repréſentation
, rendu compte de cette Comédie.
Nous n'avons pas éprouvé moins de
plaiſir à la lire qu'à la voir repréſenter;
& il y a bien peu de pieces modernes
dont nous puffions , avec ſincérité , en
dire autant. M. de Cailhava eft , a tous
égards , en droit d'intéreſſer les vrais
Amateurs , par ſes talens très - diftingués
pour la bonne & vraie Comédie. C'eſt
en ſuivant ainſi toujours les traces du
divin Moliere , modele éternel des Poëtes
Comiques , & celles des autres grands
Maîtres ; & en dédaignant les injuſtes
critiques des ennemis du talent que
M. de Cailhava s'élevera à une réputation
folide & durable , vers laquelle ſa Comédie
de l'Egoïſme lui a certainement fait
faire un pas de plus.
:
M. de Cailhava a mis à la tête de ſa
+
DECEMBRE. 1777. 95
10
Piece une préface affez étendue , dans
laquelle, en déployant la plus profonde
connoiſſance de fon art, il développe
les principes d'après leſquels il a com-
- poſe ſa Comédie. Il y fait voir comment ,
ne perdant jamais Moliere de vue , il
a ſu lui emprunter les refforts les plus
eſſenciels de ſa Piece , aſſocier à fon
exemple un caractere acceſſoire à celui
de ſon principal Perſonnage, en mariant
l'Hypocrifie de ſociété à l'Egoïſme , comme
Moliere a marié l'Ufure à l'Avarice
, & fait de fon Tartuffe un ſcélérat ;
oppofer les Perſonnages aux Perſonnages
, faire contraſter les caracteres avec les
fituations , ce qui eſt peut- être le reſſort
le plus théâtral de la Comédie; donner
au caractere principal toute l'énergie
poſſible, & en découvrir juſqu'aux plus
petites nuances. M. de Cailhava ayant
à traiter , dans l'Egoïſme , un de ces
caracteres qui varient autant que les
figures , a , de plus, afin de mieux réuffir
à le peindre , diſtribué les traits plus ou
moins marqués de ce même caractere à
chacun de ſes Perſonnages. C'eſt ainſi
que Durand , qui demande à tout le
monde ſa chere penfion ; Madame Florimon
, qui ſe cite à tous propos , Flori
96 MERCURE DE FRANCE.
mon , qui n'eſt occupé que de fon caffé
& de ſes digeftions , au moment où on
lui parle du danger de ſes deux fils , font
tous plus ou moins Egoistes , quoique
l'Auteur n'ait pas autant approfondi ce
caractere chez eux que chez Philemon .
A ce mérite ſi précieux de bien tracer
fes caracteres & de les faire habilement
contrafter , M. de Cailhava a réuni celui
de tracer des Scenes agréables , telles
que celle de Philemon & du portier
Lapierre , où le premier paſſe en revue
la liſte des viſites , & la plupart de celles
où figure le bon homme Philemon ;
celui d'imaginer des ſituations théâtrales ,
telles que la Scene du porte - feuille entre
Philémon & Durand, qui produit un
imbroglio des plus plaifans ; enfin celui
d'avoir écrit fa Piece dans le bon ſtyle
comique , avec pureté , avec agrément ,
fans madrigaux & fans faux brillans.
Nous allons citer le tableau plein de
force que Polidor fait de l'Egoïſme dans
la Scene IX du 3º acte. Philémon lui demande
ce qu'il entend par Egoïſme :
P 0 L I D 0 R.
Peu maſqué chez Durand , il n'eſt pas fort à craindre ;
Indolent chez ton pere , il ne le rend qu'à plaindre :
DECEMBRE. 1777. 97
Loin de nuire à ton frere , il nous laiſſe entrevoir
Qué ce jeune Guerrier , exact à ſon devoir ,
Sera toujours guidé par l'honneur. Chez ta mere ,
* Nous exciter à rire eſt tout ce qu'il peut faire ,
Sur-tout quand nous l'aurons refferré tout-à- fait
Dans la futilité pour laquelle il eſt fait :
Mais l'Egoïſme affreux que pourſuit ma colere ,
De tout temps enfanta les malheurs de la terre :
Sous cent dehors trompeurs , en vrai Caméléon ,
. Il y verſe à longs traits fon dangereux poifon .
De la Société détruiſant l'harmonie ,
Il produit les procès , ſeme la ſizanie ;
• Déſunit les époux , les parens , les amis ,
Diviſe d'intérêt & le pere & le fils.
A la bourſe il ſe joue avec les banqueroutes ;
Secondé par la fraude , il les enfante toutes ;
Et mettant à profit & la foif & la faim ,
Sur la cherté qu'il cauſe , il calcule ſon gain ; -
| Chez Themis , ſes Arrêts , dictés par l'opulence ,
Changent en trebuchet la divine balance.
"A la ſuite des Camps , le bonheur de l'Etat ,
.La gloire de fon Prince , & les jours du Soldat , 4.
Rien... L'indignation fait place à la prudence !
Dies portraits déplairoient par trop de reſſemblance.
G
98 MERCURE DE FRANCE.
Cette Piece , une des meilleures qui
aient paru dans ce genre depuis fort
long - temps , eft vraiment digne de reſter
au Théâtre , où l'on revoit avec tant
de plaiſir la charmante Comédie du Tu
teur dupé , Ouvrage du méme Auteur ,
& qui fut preſque ſon coup d'eſſai; excellente
Piece d'intrigue , remplie d'un
bout à l'autre de mouvemens , d'intérêt ,
& de bon comique.
Abrégé élémentaire d'Astronomie , de Phyſique
, d'Histoire Naturelle , de Chimie ,
d'Anatomie, de Géométrie & de Mécanique
; par M. T. B. A Paris , chez
Froullé , Libraire , Pont Notre-Dame.
L'Auteur judicieux d'une Encyclopé
die Elémentaire , dont cet abrégé doit
être regardé comme le ſupplément , a dit
avec raiſon que rien ne donne plus de
reffort à l'imagination, qu'une connoisfance
(même peu étendue) des Arts &
des Sciences. C'eſt une vérité conſtante
qu'il y a une affinité réelle entre toutes
les Sciences & tous les Arts , & qu'une
eſpece de chaîne les rapproche tous &
les lie.
On n'eſt pas obligé d'être ſavant ;
DECEMBRE. 1777. 99
P'
cette conſtance , cette aptitude particuliere
, cette fagacité à qui rien n'échappe ,
cet eſprit de calcul qui ſeconde ſi bien
le génie dans ſes efforts , font des préfens
que la nature ne prodigue pas: mais l'ignorance
porte une empreinte fi déſagréable
dans ce ſiecle , que , pour jouer un
rôle intéreſſant dans la Société , & pour
y plaire , il faut être au moins ce qu'on
appelle un homme inſtruit.
Les avantages d'un jeune homme qui
a des connoiſſances générales , font infinis
; s'il n'a pas le don de s'exprimer
avec cette légereté qui tient au caractere
& au grand uſage, il fait écouter avec
utilité & avec intérêt. Il n'eſt déplacé
• nulle part ; il a dans l'eſprit des germes
qui ſe développent fans ceſſe, ſoit par
la lecture , ſoit par le commerce qu'il
a avec les hommes ; il tire parti de tout ;
rien ne l'ennuie , rien ne lui eſt étranger.
Mais pour acquérir ces heureuſes diſpofitions,
il faut au moins avoir une notion
exacte des Sciences & des Arts ,
*s'être familiariſé avec les regles les plus
eſſentielles qui y font renfermées , ſavoir
en faire les applications particulieres , &
en connoître affez les termes , pour n'être
pas dans le cas de lire & d'écouter ſans
G2
100 MERCURE DE FRANCE .
pouvoir tirer aucun avantage de la lecture
& de la converſation.
On convient , à la vérité , qu'on ne
peut ſe borner à ces notions ſuperficielles ,
qu'à l'égard des choſes que l'on n'eſt
pas obligé par état d'approfondir. Perſonne
ne s'aviſera jamais de faire l'éloge
d'un Ingénieur , parce qu'il fera mieux
des vers qu'un plan ; d'un Eccléſiaſtique
, parce qu'il excellera dans la mufique
ou dans l'art de peindre , & qu'il
ignorera les élémens de la morale chrétienne.
On ne peut donc conſacrer
que les momens de fon loiſir à l'étude
des Sciences & des Arts , & viſer à
la réputation d'homme univerſel , qu'après
avoir approfondi la ſcience de fon
état. Et l'on doit être bien perfuadé que
l'aſſemblage de ces connoiſſances ſuperficielles
& iſolées , nous ſeroit extrêmement
nuiſible , fi elle nous empêchoit
d'être très - modeſtes. S'il eſt agréable
& même utile , d'avoir des notions genérales
, il n'en n'eſt pas moins vrai qu'en
parcourant le vaſte champ des Sciences ,
Tans s'arrêter fur aucune , il eſt nécesfaire
de garder un filence profond ,
lorſqu'on ſe trouve vis - à - vis d'un
vrai Savant , qui diſcute ſur les maDECEMBRE.
1777. ΙIΟOIΙ
tieres qu'il a approfondies. Ceux qui ne
favent que la nomenclature des Sciences
& des Arts , peuvent être comparés à ces
Spectateurs qui , jetant leurs regards d'un
' lieu élevé fur une place publique , voient
beaucoup de monde , & ne connoiſſent
perſonne. C'eſt ainſi que ſe ſont expliqués
les Auteurs judicieux des Encyclopédies
portatives , qui ont moins cherché
à inſtruire , qu'à inſpirer le goût de
- l'étude , & à fournir à l'eſprit une forte
de délaſſement , par ces diverſions toujours
agréables.
4
:
!
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, n'avoit ſongé qu'à fon utilité
perſonnelle , en faiſant ſes extraits fur
. ces différentes Sciences ſi dignes de la
curioſité de l'homme. Il ne s'eſt déterminé
à les donner au Public , que parce
que des Perſonnes de goût ont jugé
que cette compilation pouvoit être utile
à la Jeuneſſe , avide de tout connoître
& de tout embraſſer. Auſſi c'eſt aux
Jeunes Gens que cet Ouvrage eſt dédié;
& le judicieux Compilateur ne s'eſt
point aſſujéti à aucun ordre , parce qu'il
a cru devoir ſe conformer au caractere
& aux diſpoſitions des Jeunes Gens ,
-
G3
102 MERCURE DE FRANCE .
qui , ſemblables à ces êtres légers , ſans
être volages , voltigent autour de quelques
fleurs pour s'y repoſer , & les quittent
pour y revenir.
Effai ſur le Bonheur , où l'on recherche ſi
l'on peut aſpirer à un vrai bonheur fur
la terre , juſqu'à quel point il dépend
de nous , & quel eſt le chemin qui y
conduit ; par M. l'Abbé de Gourcy ,
Vicaire - Général de Bordeaux , de la
Société Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nancy. A Vienne ; & fe
trouve à Paris , chez Mérigot le jeune
, Libraire , Quai des Auguſtins , au
coin de la rue Pavée.
On a eu beau traiter dans les différens
fiecles ce ſujet intéreſſant , la matiere
n'a pas été encore épuiſée , parce que
la diverſité des paſſions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard, n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie ſource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceſſairement la poſſeſſion , même au
milieu de nos égaremens. Varron avoit
DECEMBRE. 1777. 103
remarqué dans ſon Livre de la Philoſophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cents
quatre - vingt - huit ſentimens différens
ſur ce qui regarde l'eſſence du Bonheur.
Et l'on doit avouer que pluſieurs des
anciens Philoſophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eſt celui qui s'eſt approché le
plus du but , & qui , avec les ſeules
lumieres du paganiſme , a le mieux traité
cette matiere. Son Ouvrage , qui renferme
la morale la plus épurée , mérite
nos éloges.
L'Auteur de l'Eſſai , avoue que cette
multitude de traités ſur le Bonheur ,
qu'il s'eſt fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
ſeulement , les pensées de M. Fontenelle
Sur le Bonheur , Ouvrage plein de finefſſe
& d'agrément ; la théorie des sentimens
agréables de M. Pouilly , où la matiere
eſt beaucoup plus approfondie ; & l'esfai
fur la philofophie morale , par M. de
Maupertuis , qui a calculé tous les momens
& tous les degrés du Bonheur , avec
la préciſion rigoureuſe & la ſéchereſſe
des Géometres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile , ont
:
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
fourni à l'Auteur de l'Eſſai , des traits
ingénieux , & des réflexions ſolides.
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eſt de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte ſes principaux argumens
, & il puiſe ſa morale dans cette
Religion ; qui eſt, pour tous les âges
comme pour tous les états , la ſource laplus
pure & la plus abondante du Bonheur..
Il ſoutient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
ſeule peut lui mériter , après cette vie,
le ſouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier ſon coeur , ne peut
produire que de faux biens qui le laiſſent
vuide , ou que des maux réels qui le rempliſſent
d'inquiétude. Auſſi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une conscience
pure eſt la ſource unique des
vrais plaiſirs. Quant aux plaiſirs des ſens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
ſoutient avec fondement, qu'ils s'émousfent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuiſent par leur vivacité ;
" ils n'ont , dit - il, que la durée d'un
„ inſtant , & traînent ſouvent après eux
د د
la douleur , la honte & les remords ,
DECEMBRE. 1777. 105
▼
"
65
و د
و د
5:3
qui n'expirent qu'avec la vie. Les
plaiſirs de l'eſprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hommes
: ce n'eſt donc point là le chemin
du Bonheur que la nature nous a tracé.
Pris immodérément , ils ruinent la fanté
, & ne peuvent cependant être continués
fans elle.
" Il n'en eſt pas ainſi des plaiſirs de
l'ame , de ces plaiſirs dont la ſource
eſt dans la bienfaiſance , dans l'amitié ,
dans la vertu. De cette ſource inaltérable
, il ne peut couler ſur la terre
,, que des biens & des joies pures.
و د
و و
”
و د
Jamais ces vrais plaiſirs ne laſſent ,
,, ne raſſaſient , n'énervent & ne cor-
,, rompent. Ils ont toujours le charme
و د
و د
5,
"
و د
de la nouveauté ; plus on les goûte ,
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
être négligés que par ceux à qui
ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triſtement
parmi un tas de mortels frivoles
& inſenſés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
,, corps , de la ſagacité de l'eſprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élevent l'ame , ils la fortifient ,
ils en rempliſſent toute la capacité.
و د
و د
د و
و د
ود
و د
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و د
ود
1
Jamais de retours fâcheux à eſſuyer ,
perſonne ne s'eſt encore repenti de
les avoir goûtés. Jamais d'indifcrétion
à redouter : la modeſtie ſeule eſt
intéreſſée à les couvrir de ſon voile ;
& s'ils ſemblent peut- être plus vifs
,, & plus purs , lorſqu'ils demeurent concentrés
dans le coeur qui les goûte ,
dans le ſein de l'amitié qui les partage ,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
gloire , & le concert enchanteur de
Pacclamation publique. Déposés dans
,, le fond de la confcience , un ſenti-
,, ment délicieux les reproduit & les per-
ود
"
"
و د
"
و و
ㅏ
pétue juſqu'au dernier ſoupir. Cha-
,, que jour les ames vertueuſes & bienfaiſantes
font à portée de les renou-
و د
93
veller , puiſqu'une ame vertueuſe &
,, bienfaiſante peut tous les jours fui-
,, vre le penchant divin qui la preſſe ;
,, & qui ni l'importance du ſervice , ni
l'éclat de l'action n'eſt néceſſaire ici,
ni pour le mérite, ni pour la volupté
qui en eſt le ſalaire. Il n'eſt aucun jour
où un Particulier ſoit réduit à dire
,, comme cet Empereur adoré , mes amis ,
j'ai perdu la journée.
و ر
و د
و د
ود
,, Il n'est point, dit M. Rouſſeau , de
route plus fûre , pour aller au Bonheur ,
DECEMBRE. 1777. 107
$
, que celle de la vertu. Si on y parvient ,
" il eſt plus pur , plus folide & plus doux
„ par elle: fi on le manque , elle feule
s, peut en dédommager..... On peut
enchérir fans aller au- delà du vrai. ، وو
"
ود
وو
ود
ود
Ce n'eſt pas aſſez de dire qu'il n'est
, pas de route plus fûre pour le Bonheur ,
elle eſt la ſeule : toute autre route
,, nous égare : tous les pas qu'on y fait
font , pour ainſi dire, autant d'eſpaces
,, qu'on met entre lui & le vrai Bonheur.
Le même Ecrivain s'explique , ou ſe
réforme ailleurs. La félicité eſt la
fortune du ſage , & il n'y en a point
ſans vertu. Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
,, vertu , en lui enviant ce ſentiment profond
de paix & de contentement qu'elle
conſerve dans toutes les ſituations
poſſibles.
”
و د
"
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
"
Charme inconcevable de la beauté
qui ne périt point ! s'écrie encore
l'illuſtre Genevois dans ſon ſtyle brûlant
& fublime , ce ne ſont point les
vicieux au faîte des honneurs , dans
le fein des plaiſirs , qui font envie ;
ce font les vertueux infortunés ; &
l'on ſent au fond de ſon coeur,la féli108
MERCURE DE FRANCE ,
و د
و د
و د
cité réelle , que couvroient leurs maux
,, apparens. Ce ſentiment eſt commun à
tous les hommes ; & ſouvent même , en
dépit d'eux , le divin modele que chacun
de nous porte avec lui , nous enchante
malgré que nous en ayons. Sitôt
,, que la paſſion nous permet de le voir ,
nous lui voulons reſſembler ; & fi le
plus méchant des hommes pouvoit être
un autre que lui-même , il voudroit être
un homme de bien. "
و د
و د
"
و د
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici - bas la paix & le contentement , qui
font inséparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paſſagere ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eſt réſervé
à lui - même de faire la récompenſe
parfaite & éternelle du plus excellent
de ſes Ouvrages mortels ; c'eſt dans
l'autre vie qu'eſt réſervée la poſſeſſion
du ſouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philoſophe a reconnu
cette vérité,
» Je ne me vante point d'avoir , en cet aſyle ,
Rencontré le parfait bonheur ; "
s, Il n'eſt point retiré dans le fond d'un bocage ;
Il eſt encor moins chez les Rois ;
K
DECEMBRE. 1777. 109
1
”
"
" Il n'eſt pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eſt point le partage ;
Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
" Embraſſer au moins ſon image."
Naru , fils de Chinki , Hiſtoire Cochinchinoiſe
, qui peut ſervir à d'autres
Pays , & de ſuite à celle de Chinki ,
ſon pere. A Londres , 1776 ; & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , Libraire
, rue de Tournon. in-80. Prix
liv. 4 fols.
On ſe rappelle d'avoir lu , il y a quelques
années , Chinki , Histoire Cochinchinoise
; plaifanterie ingénieuſe , où l'Auteur
faiſoit la ſatyre des entraves que
l'induſtrie trouve à furmonter , pour parvenir
aux Maîtriſes des différens Arts &
Métiers. On raconte , à la fin de cette
Hiſtoire , que Naru , fils de Chinki,
que ſon pere avoit mis en condition ,
faute de pouvoir le placer avec facilité
dans aucun métier , aſſaſſina ſon Maître
pour bruſquer la fortune & ſe tirer de
la ſervitude , & qu'il périt dans les ſupplices.
L'Auteur de la Brochure que nous
annonçons , apprend au Public que cette
110 MERCURE DE FRANCE.
anecdote eſt fauſſe ; que Naru ne monta
fur l'échafaud que vingt ans plus tard ; &
pour réhabiliter ſa mémoire , donne l'histoire
véritable de fa vie .
Naru eſt d'abord Laquais d'un Cadaku
, on Fermier Général de la Cochinchine
, dont il devient enſuite le Secrétaire.
Il donne quelque temps des audiences ;
mais comme il n'eſt pointde Séjan ſi bien
dans la faveur de fon Maître , qui ne puiſſe
décheoir , il eſt bientôt congédié , & entre
dans un Couvent de Talapoins , d'où
il eſt encore renvoyé pour avoir pris parti
dans une querelle. Il entre au ſervice
d'un Magiftrat , & en fort pour épouſer
uue jeune Provinciale dont il avoit ſauvé
le frere de la corde. Il veut fucceſſivement
être Procureur , Médecin , Avocat ,
Juge , Bailli , & trouve par- tout des difficultés.
Il ſe décide cependant à faire
ſon droit, & à acheter une charge de
Bailli . Il exerce heureuſement cette charge
pendant quelques années ; mais il finit
par eſſuyer toutes fortes de malheurs , &
par voir ſa petite Jurisdiction réunie à un
Tribunal Impérial voiſin. Naru , ruiné ,
privé de fon état, chargé de fa femme
&de ſes enfans , ſe réſout à retourner
cultiver la terre. Un bon Seigneur l'étaDECEMBRE.
1777. III
blit dans ſes terres , & lui donne une habitation.
Il croit avoir enfin retrouvé le
bonheur ; mais il a le malheur de devenir
la proie de pluſieurs vexations du fiſc , &
ſe trouve dépouillé de nouveau par des
confiſcations & des amendes. Ruiné dèslors
fans reſſource, & accablé du poids
de ſon infortune , il attaque un Voyageur
fur une grande route , eſt arrêté , & périt
miférablement ſur la roue , malgré un
diſcours pathétique qu'il tient à fon Juge
avant de mourir.
L'Auteur ajoute que l'Empereur qui
regnoit alors à la Cochinchine,
"
و د
nouvellement
monté ſur le trône de ſes
Aïeux , entouré des dignes Miniſtres
„ que la voix publique avoit appelés
,, auprès de lui, avoit ſignalé déjà fon
,, regne par des vues ſages & pleines
"
و د
و د
de bonté. La denrée la plus néceſſaire
à la vie , que ſouilloit depuis long-
,, temps dans les marchés publics la
main des Bourreaux, ſous le prétexte
d'y prendre leur ſalaire , étoit devenue
libre de toutes taxes , de toutes levées ,
d'un bout de l'Empire , à l'autre. Les
Arts & Métiers le furent auſſi après.
Déjà le fang des pauvres ne cimentoit
و د
و د
"
"
"
د و
plus les grandes routes , & des voitu112
MERCURE DE FRANCE .
"
و د
و د
"
و د
„ res plus légeres & bien plus commodes ,
traînées avec rapidité faifoient franchir
,, aux voyageurs , à peu de frais , toutes
les diſtances de l'Empire d'un lieu à
l'autre. Le ſage Empereur ſe fit rendre
compte , dans le temps , de ce ſupplément
d'aventures , & en fut frappé.
L'ordre fut rétabli dans les Tribunaux
,, comme dans les Arts & Métiers Les
états ſupérieurs de la Société dans tout
fon Empire , furent adminiſtrés aufli
ſagement que les états inférieurs , &
tous les Citoyens de la Cochinchine béniſſent
à jamais le nom d'un ſi bon
Prince qui , dans ſa jeuneſſe , a réformé
tant d'abus , & fi bien amélioré la
condition de ſes pauvres Peuples."
و د
و د
”
و د
و د
و د
و د
و د
Anecdotes intéreſſantes & hiſtoriques de l'Illustre
Voyageur , dédiées à la Reine.
Troiſieme Edition , revue , corrigée
& augmentée. A Paris , chez Ruault ,
Libraire , rue de la Harpe. 1777. in-
12. Prix 1 liv. 4 ſols.
Le Rédacteur de ce petit volume , y a
raſſemblé la plupart des anecdotes relatives
DECEMBRE . 1777. 113 I
WI
1
tives à l'Empereur regnant , mais furtout
pendant ſon voyage en France. Nous
en citerons quelques - unes des plus piquantes
, & des plus propres à donner
• une idée du ſtyle & du ton du Nara
rateur.
ود Les Spectacles de cette Capitale
ont été honorés pluſieurs fois de la préſence
de M. le Comte de Falckenſtein.
La Comédie Françoiſe a été celui qu'il
a le plus fréquenté. La Nation aſſemblée
par extrait dans un petit eſpace , applaudiſſoit
aux moeurs ſimples & antiques
d'un Prince qu'elle ne voyoit qu'à peine ,
& qui gardoit un incognito trop incommode
; elle auroit deſiré que le voile
tombât pendant le peu de momens du
rendez - vous .
"
د
Joſeph II garda fcrupuleuſement l'incognito
, pendant ſon ſéjour dans notre
Capitale; il ne fut préſenté à la Cour
que ſous le nom de Comte de Falckenstein
, ainsi que tout le monde fait ; mais
une anecdote peu connue , eſt celle qui
arriva au jeu de la Reine. Notre illuftre
Voyageur ſe tenoit debout derriere la
chaiſe de Madame Adélaïde , & il y avoit
fes mains posées , lorſque cette Princeſſe
Me leva & lui dit avec grâce , Monsieur
H ☑
•
114 MERCURE DE FRANCE
le Comte , il paroît que vous oubliez furicu-
Sement votre incognito ; il repartit vivement
, c'est qu'on l'oublie aisément auprès
de vous , Madame . "
ود M. le Comte de Falckenſtein étant
invité à dîner avec Leurs Majestés , on
lui préſenta le fauteuil ; il n'en voulut
point : ,, Sire , dans mes voyages , je ſuis
;; accoutumé à m'affeoir fur des chaifes
de paille ou de de bois , & un fauteuil ور
ود me dérangeroit. " On affure que le
Roi répartit, que l'on me đồnne auſſi
un pliant , ces grands fauteuils genent ,
embarrassent , un pliant me fera plus com
mode. La Reine dit à peu près la même
choſe , & on contenta S. M. de forte que
les trois Auguſtes Perſonnagesfurent aſſi's
fur des plians. Toute la Cour fut bientôt
inſtruite de cette aventure , & on
Pappella l'anecdote des trois pliants. "
. . . י נ
M. le Comte de Falckenſtein viſita
tous les Ateliers des Peintres & des
Sculteurs ( * ) logés au Louvre ; il leur
parla de leur Art , non • ſeulement en
-4
(*) Il n'eſt pas néceſſaire d'avertir que nous avon
récieusement conſervé l'Orthographe de l'Editeur.
DECEMBRE. 1777. 115
4
Amateur , mais en homme de l'état même ,
ſe ſervant des mots tecniques , employant
les termes de l'Art auffi bien que les
Maîtres ."
Les faits rapportés dans ce recueil ,
ne font pas tous d'une égale importance,
on en pourra juger par l'article ſuivant.
وو
ود
وو
و و
La ſeconde fois qu'il alla à Versailles ,
il deſcendit à la Salle des Ambaſſadeurs
; ils y étoient tous aſſemblés.
Ce Prince pria M. l'Ambaladeur d'Es-
,, pagne de lui faire connoître tous ces
Meſſieurs Le Comte d'Aranda l'ayant
fatisfait , il les a tous falués , & leur a
„ parlé. Enſuite il eſt monté chez le Roi
,, avec eux , pour aſſiſter au lever. Le
د و
" lendemain il alla à Marli avec la
,, Reine ; il monta un cheval qui lui fut
,, préſenté par le Prince de Lambefe; il
aſſiſta au débotter du Roi & au jeu de
la Reine. "
و د
11؟ د و
L'Epître dédicatoire , adreſſée à la
Reine , nous apprend que le Public eft
• redevable de cette intéreſſante compilation
, à M. le Chevalier du Coudray ;
* & qu'entierement adonné aux Lettres ,
il commençoit d'écrire l'Hiſtoire des
Maréchaux de France , lorſqu'il a quitté
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
cet Ouvrage national , pour composer cet
te Brochure.
Monsieur le Comte de Falckenstein , ou
Voyages de l'Empereur Joseph II , en
Italie , en Bohême , & en France ; contenant
un précis des établiſſemens utiles
faits depuis le regne de Marie - Théreſe.
Par M Mayer. A Rome ; & fe
trouve à Paris , chez Cailleau , Imprimeur
- Libraire , rue S. Séverin ; Esprit
, Libraire , au Palais Royal ; &
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
1777. in - 12 - Prix I liv. 4 fols.
Cet Ouvrage n'a de commun avec
les Anecdotes de l'illustre Voyageur , que
les faits qui appartiennent à tout le monde
; fa marche eſt d'ailleurs tout - à - fait
différente , elle eſt plus ſuivie , & produit
par conféquent plus d'intérêt. Le titre
ſeul indique que M. Mayer a embraſſé
un plan plus étendu. Son livre eſt fort
bien écrit , & joint par - tout , à l'intérèt
des chofes , celui de la narration. Il
ſuffit de l'ouvrir au hafard pour en donner
des exemples.
ود Ce traveſtiſſement ( l'incognito ) lui
coûtoit peu ; l'Europe fait depuis longDECEMBRE.
1776. 117
tems qu'il ne veut paroître Empereur
que le moins qu'il lui eſt poſſible. Vous
ne me verriez pas plus brillant à Vienne
qu'à Versailles , hors dix ou douze fois
' l'année , que je fuis forcé de faire l'Empereur
, répondoit- il à un Seigneur François,
qui , ſans ſon âge , eût été lui faire
ſa cour à Vienne. Cette modeſtie aimable
& touchante , ſeroit une vertu dans
un homme obfcur ; combien elle ajouté
à la dignité d'un Souverain , qui dépouille
la ſplendeur du rang pour pouvoir ſe
⚫ rapprocher de ſes Sujets! J'aurois mille
, traits de bienfaiſance à citer , dont fon
incognito a fait naître l'occaſion , & que
le Monarque n'eût jamais eu ladouceur
de faire , parce qu'il eſt bien difficile
d'arriver juſqu'à lui Jamais application
plus juſte que celle qui fut faite,
à la repréſentation d'Epide , de Laïus
" à Joſeph II.
Ce Roi plus grand que ſa fortune ,
Dédaignoit comme vous une pompe importune , &c. :
:
7
i
La Salle retentit du bruit des acclama-
*tions ; tous les yeux étoient fixés ſur lui.
Cette louange n'étoit point intéreſſée , :
H ة 3
118 MERCURE DE FRANCE.
elle n'avoit point paſſé par la filiere du
Courtiſan; un peuple entier , cette claſſe
d'hommes qui n'a que de la ſenſibilité
pour éloquence , & pour intérêt , le plaifir
qu'il trouve à honorer les vertus ; c'eſt
ce Peuple qui , des bas fonds du parterre ,
a fait partir des applaudiſſemens qui ont
entraîné toute l'aſſemblée. Ecoutons cette
femme chargée par ſes compagnes de
haranguer S. M. I. elle porte la main
fur Ihabit du Prince , le baiſe & s'écrie :
Heureux les Peuples , Monseigneur le Comte
, qui payent les galons de vos habits !
de pareils hommages dédommagent bien
de la privation de l'étiquette Royale."
وو Quand il vouloit envoyer un courrier
à Vienne , il prévenoit les gens de ſa
ſuite , qu'ils euſſent à lui apporter leurs
lettres pour les faire partir fous, fon enveloppe.
Un d'entre eux n'écrivoit point :
Pourquoi n'écris - tu pas ? N'as - tu rien à
envoyer à ta femme ? Si fait , M. le Comte
, mais je n'ai point de papier , & le
Courrier va partir. - Voilà du papier : va-t
en écrire , le Courrier attendra , dépêche- toi.
Ce trait de popularité eſt unique peutêtre
dans un Roi."
・ツ
-
Il a fait l'honneur à M. le Comte
:
DECEMBRE. 1777. 119
L
de Broglie de manger chez lui. Placé
entre Madame de Brionne & le Maréchal,
il converſoit avec ce dernier ; mais
toujours interrompu par des Dames qui
, l'interrogoient , il leur dit enfin avec
grâce : mille pardons , Mesdames , je ne
• puis en même temps causer & parler. Des
interrogations à peu-près auſſi preſſantes ,
dans une autre circonstance, le mirent
dans la néceſſité de faire une réponſe qui
décéla l'homme réfléchi , qui n'aventuroit
rien. Les troubles de laGrande-Bretagne
avec les Colonies étoient en question
; les opinions étoient diverſes...
Eh bien , M. le Comte , que pensez - vous
de ces querelles ? - Mon métier , à moi ,
c'est d'être Royaliste. ' '''''
" A Paris , il entre au Café de la
Régence ; il veut jouer aux échecs ; un
Joueur ſe préſente, à condition qu'ils ne
feront pas long- temps. La partie ne
finiſſoit point; le Joueur étoit inquiet ;
l'Empereur lui demande ce qu'il a ? -
C'eſt que l'Empereur vient à l'Opéra,
l'heure paſſe , yous m'obligeriez de remettre
la partie. - Vous ne verrez qu'un
homme comme un autre , fans marque diſtinctive. Je verrai , Monfieur ,
l'Empereur , le Bienfaiteur d'une Nation
-
H 4
120 MERCURE DE FRANCE .
entiere , un Souverain à qui j'ai voué ,
dans mon coeur , un éternel hommage.
Un homme comme lui eſt ſi précieux !
Eh bien regardez - moi , & achevons notre
partie.
-
Voici comme M. Mayer raconte l'anecdote
des trois plians , que nous avons
déjà rapportée d'après l'Ouvrage de M.
du Coudray. Les Lecteurs pourront
comparer les deux récits. II ( M. le
Comte de Falckenſtein) n'a jamais voulu
accepter un fauteuil. Sire , dans
„ mes voyages , vous devez bien penser que
„ je ne trouve pas des fauteuils. Ce fiege
ر و
”
و د
و د
-
१”
me gêneroit : un pliant me fuffit. — Eh
bien, qu'on me donne auffi un pliant ,
,, répondit le Roi. La Reine voulut
encore un pliant , & le dîner fut auſſi
bon avee trois plians , qu'avec trois
fauteuils . "
و د
:
و د
و د
Ce que nous venons de tranfcrire , fuffit
pour donner une idée de cet Ouvrage ,
qui mérite d'être lu d'un bout à l'autre ,
& que le ſouvenir de l'illuftre & grand
Prince qui en fait le ſujet, ſuffiſoit déjà
feul pour rendre intéreſſant.
Lettres
DECEMBRE. 1777. 121
Lettre du Marquis de Sézannes au Comte
de Saint - Lis , par Mademoiselle M**.
2 parties in- 12. A Bruxelles ; & fe
trouvent à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue St. Jacques , au Temple
du Goût 1778 .
Le Marquis de Sézannes , âgé de
vingt - fix ans , riche & maître de luimême
, differe de ſe marier , non par
légereté , ni par éloignement pour le
mariage ; mais par un excès de délicateſſe
, qui lui fait defirer dans une
femme pluſieurs perfections réunies , la
beauté , l'eſprit , la douceur , la ſenſibilité
, & fur - tout la tendreſſe la plus
parfaite & la plus pure , pour l'Amant
aimé qui deviendroit ſon époux. Sézannes
regarde un tel caractere comme chimérique
, & defire cependant avec pasſion
de connoître & d'adorer celle qui
pourroit le réaliſer. Il entretient quelque
temps de ſes idées là-deſſus , le Comte
de Saint . Lis , ſon ami , & la Baronne
de Valcé , veuve d'environ trente ans ,
femme aimable & ſenſée , avec laquelle
il a formé une liaiſon purement d'amitié ,
& dont il a fait la confidente de tous ſes
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
1
ſentimens. La Baronne lui communique
une lettre qu'elle a reçue de Mademoiſelle
de Céri , où cette jeune perſonne
lui fait avec éloge , Thiſtoire du mariage
de Mademoiselle de Noſai, fon amie ,
avec le Chevalier de Cyſa. Mademoiſelle
de Noſai s'étoit épriſe du Chevalier
, ſans l'avoir jamais vu , ſur le
récit d'une action généreuſe qui annonçoit
la beauté de ſon ame. Quoiqu'il
fût d'une figure très peu agréable , elle
n'avoit rien perdu , en le voyant, de ſes
fentimens pour lui , & l'avoit épousé
par préférence à un amant plus aimable
& plus riche , qui aſpiroit à ſa main.
Le Marquis de Sézannes conçoit un
violent amour pour Mademoiſelle de
Céri à la lecture de cette lettre , où il
trouve développés des ſentimens qui
s'accordent parfaitement avec ſa façon de
voir , & qui lui font juger que celle qui
les a tracés eſt la femme parfaite qu'il
defiroit & déſeſpéroit depuis ſi longtemps
de rencontrer. Une invitation que
lui fait le Chevalier de Vallan, ſon ami,
de venir paſſer quelque - temps à ſa terre ,
voiſine de celle du Comte de Céri , lui
fournit bientôt l'occaſion de voir celle
qu'il adore. Il accepte l'invitation avec
-
DECEMBRE. 1777. 123
tranſport , ſe rend chez M. de Vallan ,
& ſe fait d'abord préſenter chez le Chevalier
de Cyfa , où Mademoiselle de
Céri vient ſouvent , & enſuite chez le
Comte de Céri fon pere. Il la voit
pluſieurs fois fans ofer faire connoître
ſes ſentimens , enfin , la trouvant ſeule
un foir dans le jardin de M. de Cyſa ,
il tombe à ſes pieds ; &, rempli du plus
tendre tranſport , le viſage inondé delarmes
brulantes , lui répete mille fois l'aveu
de ſon amour. A travers ſon trouble ,
il s'apperçoit qu'à cet aveu les yeux de
l'aimable perſonnne ſe couvrent de larmes.
Il n'oſe cependant ſe croire aimé ;
mais il n'a plus lieu d'en douter quelques
jours après , lorſqu'il trouve ſur un
banc de gazon un papier , qu'elle y avoit
laiſſé par mégarde , & où elle avoit tracé
l'expreſſion de ſes ſentimens. Il voit ,
avec autant de ſurpriſe que de joie , que
ſa paſſion eſt payée du retour le plus
vif & le plus tendre ; que fa maîtreſſe
l'adore , & que leurs deux coeurs font
unis , en ſecret , par la plus forte & la
plus douce ſympathie. Il eſt bientôt déterminé
à demander la main de Mademoiſelle
de Céri ; & , après quelques légers
incidens qui ۱ leur donnent occafion
1
124 MERCURE DE FRANCE.
d'éprouver & de développer mutuellement
leurs fentimens & leur caractere ,
ils ſe marient , & font au comble de l'amour
& du bonheur.
Ce Roman eſt agréablement écrit ; les
ſentimens tendres & délicats des deux
principaux perſonnages y font développés
dans le plus grand detail , quelquefois même
avec un peu de diffuſion. Mais on y
trouve par - tout l'empreinte de cette aimable
ſenſibilité , & de cette fineſſe de
fortimens qui caractériſent le ſexe de
l'Auteur.
Sufette & Pierrin , ou les Dangers du Libertinage
, 2 Parties in- 12 Prix , 31.
br. A Londres , & ſe trouvent à Paris ,
chez J. Fr. Baſtien , Libraire , rue du
Petit - Lyon , F. S. G. 1778 .
Ce Roman , déjà publié avec ſuccès
fous un autre titre, & qui avoit eu trois
éditions , reparoît aujourd'hui avec des
changemens conſidérables. L'Auteur s'y
eſt proposé de peindre avec force aux
Jeunes-gens de l'un & de l'autre ſexe , les
dangers & les ſuites funeſtes de la corruption.
On y voit des Tableaux frapDECEMBRE
. 1777. 125
pans , & malheureuſement trop vrais ,
des déſordres qui regnent dans les grandes
Villes.
Suſette , jeune Payſanne fort jolie ,
paſſe ſa premiere jeuneſſe au ſein de l'innocence
& de la vertu , juſqu'au inoment
qu'elle ſe laiſſe aller à une premiere foibleſſe
en faveur d'un jeune Payſan de fon
Village , nommé Pierrin , ſimple & honnête
comme elle , mais dont le coeur
commence à ſe corrompre, lorſqu'il parvient
à obtenir les faveurs de ſa Maîtreſſe.
Suſette , entrée au ſervice de Mondor ,
riche Financier. & Seigneur du Village ,
ſe rend bientôt aux deſirs de Frivolet ,
jeune Abbé élégant , & du Marquis
d'Arneuil , Petit - Maître , qui ſont venus
paſſer la belle ſaiſon au Château du Financier;
elle cede auſſi à M. Mondor
lui - même , qui la tente par des offres ſéduiſantes.
Ces faux pas font ſuivis de
pluſieurs autres ; elle ſe laiſſe enfin enlever
par un jeune Officier qui paſſoit en
poſte chez Mondor. Cet Officier , nommé
Villeneuve , l'amene à Paris , vit
quelque tems avec elle, & finit par la
quitter ſans lui dire adieu. Suſette déseſpérée
& à la veille de ſe trouver fans
reſſource , eſt tirée de cet embarras par
126 MERCURE DE FRANCE.
:
les conſeils de la Dame Commode , Revendeuſe
à la Toilette, qui lui fait la
peinture des moyens de fortune qu'une
jeune & jolie perſonne trouve aisément
dans la Capitale, & fe charge de la conduire.
Elle eſt ſucceſſivement entretenue
par pluſieurs Amans , qu'elle abandonne
tous pour un Milord qui lui offre un
Hôtel , un équipage ſuperbe , des diamans
, & mille écus par mois. Elle jouit
depuis un an de cette fortune , lorſque
Milord eſt ramené en Angleterre par une
épouſe jeune , aimable & vertueuſe ,
qu'il négligédit , & qui eſt venue le
chercher à Paris juſques chez ſa Maîtreffe.
Suſeete va en Province ſe faire Comédienne
, & parcourt pluſieurs grandes
Villes , en vivant toujours dans le défordre
, dont les ſuites lui cauſent une maladie
honteuſe , qui lui ôte une partie de
ſes attraits, Elle retourne à Paris ; & ,
ſuivant le fort preſque ordinaire des filles
de fon état , deſcend au dernier degré de
la crapule & du libertinage. Elle eſt enlevée
& conduite dans une Maiſon de
force. Un de ces Perſonnages qu'on appelle
Monseigneur , vient un jour viſiter
cette triſte demeure. Ce Monseigneur
DECEMBRE . 1777. 127
し、
eſt l'Abbé Frivolet , parvenu à un poste
éminent . Il reconnoît Suſette , renouvelle
connoiſſance avec elle , la tire
de ſa prifon , & là loge dans une petite
maiſon agréable , à l'extrémité d'un
Fauxbourg. Rémiſe dans l'aiſance par
ce nouvel Amant , elle joue , par ſes
conſeils , le rôle de Dévote. D'abord
Maîtreſſe de Monseigneur , elle devient
enfuite l'Intendante ſecrette de ſes plaifirs.
Ce train de vie dure juſqu'à la
mort de Frivolet ; poignardé par une
Dame vertueuſe à l'honneur de laquelle
il avoit voulu attenter. Elle épouſe alors
Pierrin , qu'elle avoit déjà retrouvé pluſieurs
fois , & qui avoit été ſucceſſivement
Soldat , Laquais , entretenu d'une
Ducheſſe & d'une Comteſſe , Brétailleur
, Jouetur ; Efcroc. Cette derniere
qualité l'avoit conduit à Bicêtre , d'où Sufette
l'avoit tiré par le crédit de Frivolet
, qui l'avoit enſuite placé en qualité
de Secrétaire chez le Marquis de .... ,
homme en place. Il ne ſe dérermine a
epouſer ſon ancienne Maîtreſſe , que
pour s'affarer la propriété de ſa jolie
maifon , & de tout ce qu'elle poſſede.
Les deux époux , en continuant à vivre
dans le déréglement , achevent de ſe
•
128 MERCURE DE FRANCE.
ruiner. Pierrin , pour ſubvenir à fes débauches
, ſe réſout à voler ſon Maître ;
il exécute pluſieurs fois , avec ſuccès ,
cette abominable action. Mais il eſt
enfin pris ſur le fait , arrêté , & condamné
à être pendu. L'infortunée Suſette
, obligée d'aſſiſter à ſon éxecution ,
expire dans les convulfions du déſespoir.
Des Lecteurs délicats détourneront
peut- être la vue aux derniers traits de ce
tableau , par leſquels l'Auteur a voulu
montrer , avec énergie, comment le vice ,
après avoir paſſé par toutes les gradations ,
pouvoit enfin conduire au crime.
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, fur l'Histoire Naturelle & fur les
Arts , avec des Planches en Taille-douce
; dédiée à Monſeigneur le Comte
d'Artois ; par M. l'Abbe Rozier , Chevalier
de l'Egliſe de Lyon , & Membre
de pluſieurs Académies. 2 vol. in-
4°. A Paris , chez l'Auteur , Place
& quarré Ste - Genevieve ; & chez
Le Jay , Barrois & Ruault , Librai
res. Prix 24 1. pour Paris , & 30 1.
pour la Province , franc de Port, par
la Poſte.
Ce
DECEMBRE. 1777. 12g
Ce Journal eſt devenu le dépôt des
principales connoiſſances , des expériences
, des découvertes & des Mémoires
les plus importans dans les Sciences
Phyſiques & Naturelles. Il eſt dirigé par
un Savant qui, lui-même , l'enrichit d'ob-
-ſervations intéreſſantes. Cet Ouvrage
commença à paroître au mois de Juillet
1771 , fous le format in- 12 , & fut ainſi
continué juſqu'à la fin de 1772 ; ce qui
forma 18 volumes in-12. En Janvier
1773. le format in 12 fut changé en celui
in-4º. à la démande de tous les Soufcripteurs
, parce que les Gravures font
*plus grandes , & expliquent mieux les
détails : le nombre des volumes eſt moins
multiplié ; & ce format convient beau-
'coup mieux à un Livre de Bibliotheque ,
qui fait ſuite avec les Collections Académiques.
Depuis long - tems l'édition
xin 12 eſt épuisée , & lePublic eft privé de
pluſieurs excellens Mémoires qu'on ne
trouve point ailleurs. Enfin , les demandes
multipliées ont engagé M. l'Abbé Rozier
à réimprimer les 2 vol. in 4°. qu'il donne
ſous le nom d'Introduction , afin de ne
point déranger l'ordre des dix autres volumes
in-4º. ſuivans, Ces deux nouveaux
volumes feront délivrés , à dater du
I
130 MERCURE DE FRANCE.
premier Janvier 1778, dans les endroits
indiqués.
Pour l'année 1778 , on fouſcrit chez
l'Auteur , & chez les principaux Libraires
du Royaume. Et pour plus grande facilité
, on peut mettre au Bureau de la
Poſte , le montant de la Souſcription ,
fans affranchir l'argent , mais ſeulement
la lettre qui doit donner avis du jour ;
de la fomme , & indiquer le Bureau où
la remiſe aura été faite.
:
;
Mémoires fur les sujets proposés pour le
prix de l'Académie Royale de Chirurgie ,
Tome IV. en 2 vol. in 4. & en 5 vol.
in- 12. A Paris , de l'Imprimerie de
M. Lambert , Imprimeur de l'Acadé
mie Royale de Chirurgie , rue de la
Harpe, au-deſſus de celle des Cordéliers.
Cette collection comprend les Differtations
qui ont mérité le fuffrage de
l'Académie , depuis l'année 1759, juf
qu'en 1774 , ſur les queſtions intéreſ
fantes propoſées annuellement ;
prix eſt une Médaille d'or de la valeur
de 500 liv. , fondée par M. de la PeyDECEMBRE.
1777. ۲۰ 131
• ronie: le progrès de l'art en eſt l'objet ,
& l'on voit , par la préface de ce nouveau
recueil , que le choix du ſujet, l'examen
des Ouvrages , & les travaux néceſ
faires pour porter un jugement ſolida
& équitable, coûtent quelquefois plus
de ſoins , d'attention & de ſollicitudes
à l'Académie , qu'aux Auteurs mêmes
des Mémoires dont elle récompenſe
l'émulation.
C'eſt ce qu'on remarque principale-
-"ment à l'occaſion du Mémoire couronné
en 1759 , fur la queſtion ſuivante: dans
le cas où l'amputation de la cuiffe dans
article , paroîtroit l'unique reſſource poun
fauver la vie à un malade , déterminer St
l'on doit pratiquer cette opération , &
quelle feroit la méthode la plus avantageu
Je de la faire On ne peut qu'applau
dir aux vues de douceur,& d'humanité
qui paroiſſent avoir guidé le jugement
de l'Académie , ſur une opération par
laquelle un homme perdroit , en quel
que forte , la quatrieme partie de fom
corps. L'Auteur eſt M. Barbet, Chirur
"gien de Vaiſſeaux.
Le Mémoire ſuivant, fur la cure des
fſtules dans les différentes parties du
*corps , offre un tableau moins effrayant.
12
132 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , M. Marvides * , couronné
en 1760, a diſtingué les fiftules par
les genres auxquels toutes les eſpeces
peuvent ſe rapporter; & il en établit
fix claſſes ; 1º celles qui dépendent du
vice dela peau dontlesfinusfiſtuleux font
recouverts; 20 celles qui ſont occaſionnées
par la préſence des corps étrangers ; 3°.
celles que produit la carie des os ; 40
celles qui font cauſées par l'ouverture
d'un canal ou d'un réſervoir ; 5°
celles qui pénétrent dans des cavités;
6º enfin , celles qui ont pour cauſe
des duretés & des callofités. L'Auteur
poſe, d'après les grands Maîtres , un
principe très-lumineux; c'eſt que , dans
la plupart des fiſtules , la dureté & la
calloſité ne font qu'une complication
accidentelle , laquelle ne fournit aucune
indication curative. L'eſſence des fiſtules
ne peut ſe tirer que des cauſes antécé
dentes & conjointes qui établiſſent les
différens genres , chacun deſquels pro
duit des indications capitales, d'où ſe
déduiſent les moyens généraux de gué-
• Chirurgien-Major du Régiment d'Artois. Cavalerie.
4
八DECEMBRE. 1777. 133
い
riſon , propres au genre particulier ; &
il n'y a aucune eſpece de fiftule , ſous
chacun de ces genres , qui n'exige un
traitement ſpécial , parce que les fiſtules
* pouvant arriver dans toutes les parties
du corps, les mêmes cauſes produiront
• des effets différens , ſuivant la nature
des parties , & l'étendue des trajets
fiftuleux; ſuivant la direction droite ,
oblique ou torteuſe , ſuivant la multiplicité
des ſinus & leurs clapiers ;
ſuivant les duretés & les callofités qu'on
• doit détruire , ou qu'on peut laiſſer.
Encore ne font ce là que des différences
accidentelles , par leſquelles chaque
eſpece de fiſtules reçoit des modifications
capables de preſcrire au Chirurgien
une conduite qui lui fera varier
ſes opérations , les panſemens , & les
précautions qui doivent faire réuſſir ſes
'ſoins dans chaque traitement individuel.
Ces préceptes font par-tout fondés ſur
une excellente théorie , & les faits tirés
des meilleurs Praticiens , en ſont la
preuve. L'Auteur termine ſonMémoire
par l'examen des fiſtules auxquelles la
ſeule cure palliative eſt convenable : il
fait connoître les médicamens auxquels
on a attribué la propriété de guérir çer
13
134 MERCURE DE FRANCE .
taines fiſtules fans avoir recours aux
opérations qui ſembloient indiquées , &
il apprécie ces casavecbeaucoup de ſagacité,
en donnant la compoſition des
onguens & emplâtres , vraiment renou
velés des Grecs , dont les Empyriques
modernes font un ſecret.
La Mémoire fuivant , eſt ſur la théorie
des maladies de l'oreille , & fur les
moyens que la Chirurgie peut employer
pour la curation ; par M. Leſchevin ,
Maître en Chirurgie à Rouen , couronné
en 1763.
L'Auteur ſuppoſe la connoiſſance ap
profondie de la ſtructure & des uſages
de toutes les parties de l'organe de
l'ouie , pour concevoir la théorie des
maladies qui attaquent cet organe. Il
ſuit la diviſion que preſcrit la nature
des maladies de l'oreille externe &
de celles de l'oreille interne. Sous la
premiere partition , l'on examine er
pluſieurs paragraphes , les plaies , les
contufions, les excoriations , les brûlures
, dartres , ulceres , &c. & le
moyens d'y remédier. A l'article des
maladies du conduit auditif , il eſt
queſtion : 1º. de l'imperforation de ce
conduit ; 2º. de ſon étroiteſſe; 3°. defon
DECEMBRE. 1777 . 135 ۱
défaut d'obliquité; 4°. des dérangemens
accidentels auxquels il eſt ſujet; 5 °. de
ſa ſenſibilité auxdifférentes températures
del'air humide , ſec , chaud ou froid ; 60.
il s'y engendre des vers ; 70. il s'y introduit
des ſubſtances étrangeres , molles
• ou dures , animées ou inanimées ; enfin
l'amas de la cire des oreilles & fon
endurciſſement dans le conduit auditif;
l'obſtruction des glandes qui filtrent cette
humeur ; les écoulemens féreux ou purulens
, l'inflammation , l'abſcès , l'ulcere ,
☑ les excroiſſances & la carie, toutes ces
maladies ſont expoſées par leurs cauſes,
leurs ſignes , leurs accidens , & l'on
"indique les moyens de les guérir. On
traite , en des articles ſéparés & dans le
même détail , des différentes maladies
dela membrane du tambour, de celles de
la caiſſe & du labyrinthe , des affections
' propres du nerf auditif;&, pour.conclufion
, de l'uſage des cornets acoustiques
dans la dureté de l'ouie.
En 1764 , M. David , maintenant
Chirurgien en chef de Hôtel- Dieu de
Rouen , a obtenu le prix doublepour un
Mémoire fur les abſcès , où l'on détermine
la maniere de les ouvrir , & quel est leur
traitement méthodique , ſuivant les diffé
14
136 MERCURE DE FRANCE.
rentes parties du corps. La réputation de
l'Auteur & le fuffrage de l'Académie ,
garantiſſent la bonté de cet Ouvrage.
M. Grima , Chirurgien à Malte , a
remporté , en 1766, le prix fur la queftion
des contre- coups dans les léſions
de la tête. On lira ſon Mémoire avec
fatisfaction; il expoſe des principes trèsſolides
ſur cette importante matiere,
que l'Académie a deſiré qu'ontraitât avec
plus de détails ; ſes voeux ont été remplis
en 1768 , & elle a partagé le prix double
à M. Saucerote , Maître en Chirur.
gie à Lunéville , depuis Aſſocié de l'Académie
, & Chirurgien - Major de la Gendarmerie
, Auteur d'un excellent Mémoire
ſur les contre-coups dans les léſions
de la tête ; & à M. Sabourant , Chirurgien
à Toulouſe , mort depuis , au
grand regret de ſes Concitoyens.
L'Académie , pour completter les connoiſſances
fur la matiere des contrecoups
, a proposé depuis , d'exposer les
effets qu'ils produisent dans les différentes
parties du corps autres que la tête , & les
moyens d'y remédier. Le prix , qui étoit
double , a été accordé , en 1771 , à un
Mémoire ſigné Bazile , ancien Chirurgien
interne de l'Hôtel- Dieu de Rouen.
!
4
DECEMBRE. 1777. 137
Dans l'intervalle des années où l'Académie
s'eſt occupée des contre - coups ,
elle a propoſé de déterminer la nature des
loupes , marquer leurs différences , Spécifier
leurs causes , leurs ſymptômes , leurs fignes ,
& exposer les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque espece ,
* & relativement à la partie qu'elles occupent
.
On a partagé le prix double , en 1767 ,
à M. Chopart , Eleve en Chirurgie, maintenant
Membre du College & de l'Académie
Royale de Chirurgie ; & à M.
Chambon , Maître- ès-Arts & en Chirurgie
à Brévane- fous Choiſeul. M. Chopart
a eu , en 1768 , l'acceffit , ſur les léſions
de la tête par contre - coups. Son Mémoire
eſt imprimé dans le Recueil que
nous annonçons , à la ſuite des Differ
tations couronnées.
L'Académie avoit proposé , en
1770 , pour ſujet du prix , d'expoſer les
inconvéniens qui résultent de l'abus des
onguens & des emplâtres , & de quelle
• réforme la pratique vulgaire eft fufceptible
, à cet égard , dans le traitement
des ulceres. Cette Queſtion a été remiſe
juſqu'à trois fois , & le prix triple a été
ppaarrttaaggéé,, en 1774 , à M. Champeaux,
I5
1.38 ! MERCURE DE FRANCE.
Chirurgien gradué à Lyon , Profeſſeur
d'Anatomie , Correfpondant de l'Académie
& de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; à M. Camper
, Aſſocié Etranger de l'Académie ,
Profeſſeur Honoraire d'Anatomie &
de Chirurgie d'Amſterdam , &c. dont
le Mémoire latin , auquel on a joint
une traduction françoiſe, préſente ,
d'une maniere ſavante , également
agréable & inſtructive , l'Hiſtoire de l'Art
dans les variations de la pratique ancienne
& moderne ; & à M. Chambon ,
Auteur du Mémoire qui a partagé le
prix double ſur les loupes en 1767.
1
L'Académie a fait imprimer , à la
ſuite de ces trois Mémoires , une Differtation
ſur lemême Sujet , par M. Aubray ,
Chirurgien en chef de l'Hôtel -Dieu ,
& Membre de l'Académie des Sciences
& Belles - Lettres à Caën.
M. Louis , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , qui a mis à la tête de ce
Recueil une préface qu'on lira avec
fruit , fait une mention honorable de
M. le Comte , Docteur en Médecine à
Evreux , qui a envoyé un grand Mémoire
fur l'abus des onguens & des
emplâtres. Une expoſition très-nette " "
A
4
DECEMBRE. 1777. 139
"
"
ود
"
و د
"
"
و د
و د
de l'état de la Queſtion , beaucoup
d'intelligence , des vues nouvelles &
ſolides ſur la maniere d'obſerver ,
n'ont pu contre balancer les Mémoires
des autres Concurrens. L'Auteur établit
que , dans la cure de l'ulcere
ſimple , les onguens & les emplâtres
font nuiſibles ; que leur uſage ne peut
,, que troubler le méchaniſme de la
nature : en examinant les différences
,, caractériſtiques des ulceres , & raiſonnant
ſur les moyens les plus convenables
,, pour en détruire les complications , &
ramener l'ulcere à la ſimplicité qui
le rendroit curable par les feuls efforts
de la nature , ſécondés d'un panſement
,, méthodique , on démontre qu'on ne
,, peut oppoſer les onguens & les emplâtres
à aucune des complications.
Cet Ouvrage inſtructif eſt le fruit
d'un travail pénible , par les recherches
,, qui ont fervi à raſſembler un grand
nombre de faits, extraits , pour ainſi
dire , de tous les Obfervateurs , dans
l'intention de prouver queles cas les plus
,, épineux n'ont jamais cédé à l'application
des emplâtres & des onguens ; &
,, que leur usage , lorſqu'il n'a pas été
„ nuiſible , a été au moins inutile. Ce
و د
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"
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"
140 MERCURE DE FRANCE.
"
"
و د
ſommaire ſuffit pour faire connoître
cette Diſſertation , qui n'auroit pu être
donnée par extrait , qu'en la reſtrei-
„ gnantaux principes& aux conféquences
établis dans les autres Mémoires que
l'Académie a couronnés ".
"
Table Alphabétique & raiſonnée des matieres
contenues dans les 40 Volumes
du Journal des Causes Célebres , &c....
qui ont paru jusqu'à la fin de 1776 ,
incluſivement; précédée de la Table
des titres des Cauſes contenues dans
les mêmes Volumes. Vol. in- 12.
:
Nous avons annoncé cette Table dans
pluſieurs de nos Journaux. Les ſoins que
Jes Rédacteurs ont apporté pour la rendre
également utile & commode à ceux qui
ont la Collection des Cauſes Célebres ,
en ont retardé la publication. Elle vient
de paroître & d'être délivrée aux Soufcripteurs.
La nomenclature qu'elle renferme
, eſt très- étendue ,&prouve l'abondance
des matieres contenues dans les 40
Volumes du Journal des Cauſes Célebres
, qui ont paru juſqu'à la fin de l'année
derniere. Les Juriſconſultes y trouveront
des principes approfondis ſur une
DECEMBRE . 1777. 141
multitude de queſtions qui ſe reprodui
ſent à chaque inſtant dans les Tribunaux :
les Gens du monde y puiſeront des connoiſſances
utiles pour prévenir les conteſtations
qui ne troublent que trop fouvent
le repos des familles: enfin , toutes
fortes de Lecteurs pourront s'y inſtruire
en s'amusant, car le mérite de ce Recueil
, & qui en eſt un ſans doute trèsgrand
, conſiſte à offrir , d'une maniere
intéreſſante , le Tableau des Affaires les
plus piquantes qui ſe jugent dans tous
les Tribunaux du Royaume , & à préſenter
un précis raiſonné des moyens
que les Parties ont employés pour leur
défenſe , & des motifs qui ont déterminé
les déciſions. Ainsi, on peut juger
' qu'il eſt peu d'Ouvrages auſſi utiles &
D
auſſi curieux.
i
La Table des Titres qui précede celle
des Matieres, préſente une preuve bien
ſenſible de la variété qui regne dans ce
Journal. Elle contient cent trente-une
Cauſes , dont pluſieurs font célebres ,
les autres curieuſes & intéreſſantes.
Nous nous bornerons à indiquer quel-
, ques - unes des Cauſes de la premiere
Claſſe. On y trouve les Affaires de
Montbailly , de l'Hermaphrodite Grand
142 MERCURE DE FRANCE.
Fean, de plusieurs Bigames , d'un Efcroc
Magicien , d'un Cordelier marié , de plu
ſieurs Femmes accuſees d'avoir tué leurs en
fans , d'un Chanoine accusé de fortilege , du
Marquis de Brunoy , de Calas , de Syrven ,
de Calvy , du Roi de Portugal contre les
Créanciers d'un Orfeure , du Prince Kfartorisky
, de la machine infernale de Lyon ,
d'un Parricide , de la Rosiere de Salency ,
de la Dame de Launay , de l'Abbé Desbroffes
, de M. Alliot , Fermier - Général ,
contre Son fils ; de la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire , de l'Amiral Byng , du
Colonel Gillenſwam , de la Ducheffe de
Kinston , de Putgastchew , de l'Opération
Césarienne , &c. On y trouve auffi plu.
ſieurs Affaires d'Inceste , d'Adultere , de
Séparations , de Questions d'Etat fur la validité
de mariages contractés entre Protestans ;
fur les. Fuifs , fur les Comédiens , & une
multitude de Procès Criminels.
1 Ce détail ſuffit pour prouver la va
riété & l'intérêt du Journal des Caufes
Célebres, dont les Rédacteurs viennent
de publier la Table. Ceux qui voudront
ſe procurer cette Table , font priés de
ſouſcrire chez M. Déſeſſarts , Avocat ,
rue de Verneuil , la troiſfieme Porte
DECEMBRE . 1777. 143
cochere avant la rue de Poitiers , ou
chez le Sieur Lacombe , au Bureau
des Journaux , rue de Tournon. Le prix
de la Souſcription eſt de 3 liv. & le
Volume parviendra franc de port aux
Souſcripteurs.
La Souſcription du Journal des Cauſes
Célebres , eſt ouverte en tout tems.
Cependant l'époque du renouvellement
eſt le commencement de chaque année.
Il paroît 12 Volumes par an , avec la
régularité la plus ſcrupuleuſe. Le prix
de la Souſcription eſt de 18 liv. pour
Paris , & de 24 liv. franc de port , pour
la Province. On délivre des Collections
complettes des Volumes qui ont paru
de ce Journal , au prix de la Soufcrip-
' tion ; mais on ne vend aucun Volume
ſéparé.
4
ANNONCES LITTERAIRES.
...
COMMERCE de la Grande - Bretagne ,
& Tableau de ſes importations & exportations
progreſſives , depuis l'année
1697 , juſqu'à la fin de l'année 1773 ;
144 MERCURE DE FRANCE.
par le Chevalier Charles Whitworth ,
Membre du Parlement; Ouvrage traduic
de l'Anglois , in -folio. A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1777. Prix 12 liv.
bl. ou br. A l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
,
On diſtribue à la même adreſſe :
Histoire Naturelle , Générale & Parti
culiere , fervant de ſuite à l'Hiſtoire des
Animaux quadrupedes ; par M. le Comte
de Buffon , Intendant du Jardin & du
Cabinet du Roi , de l'Académie Françoiſe
, & de celle des Sciences. Supplément
, Tomes cinquieme & fixieme ,
avec figures ; de l'Imprimerie Royale ,
1777.
Dictionnaire Univerſel des Sciences
Morale , Economique , Politique & Diplomatique
, ou Bibliotheque de l'Homme
d'Etat & du Citoyen; Tome II. in-4°.
Pierre le Cruel , Tragédie , par M.
de Belloy , Citoyen de Calais , & l'un
des
DECEMBRE. 1777. 14:5
des Quarante de l'Académie Françoiſe :
Virtutem videant intabefcantque relictd.
PERSE.
in- 80. br. Prix , I liv. 10 f. A Paris , chez
Sorin , Libraire , rue S. Jacques.
On connoît les Ouvrages qui , compoſés
autrefois par l'ordre de feu Mgr. le
Dauphin , pour l'éducation des Princes ,
ont été imprimés depuis quelques années
, & l'on verra avec plaifir les meſures
priſes pour que ces éditions , qui
font très belles , ne ſe vendent qu'un
prix médiocre & uniforme , qui ſoit le
même & dans la Capitale & dans toutes
les Villes du Royaume.
10. Le premier de ces Ouvrages parut
en 1773 , il eſt intitulé: Leçons de Morale
, de Politique & de Droit public ,
puisées dans l'Histoire de notre Monarchie ; You Nouveau Plan d'Etude de l'Histoire
de France , rédigé par les ordres & d'après
les vues de feu Mgr. le Dauphin.
14
Il ſe vend à Paris , chez Moutard , Libraire
de la Reine , rue des Mathurins ,
"a liv. 8 f.
C'eſt un Abrégé raiſonné de l'Hiſtoire
K
:
146 MERCURE DE FRANCE.
de la Monarchie ; c'eſt l'esquiſſe de 40
Difcours deſtinés à faire connoître , de
ſiecle en fiecle , le Gouvernement François
à toutes les époques de la France ,
&qui ont pour but d'attacher aux faits
toutes les connoiffances de Morale , de
Politique & de Droit public qui conviennent
aux Princes.
20. Le fecond parut en 1775 , & a
pour titre : Les Devoirs du Prince , reduits
à un seul principe ; ou Discours fur
la Justice , dédié au Roi.
Il ſe vend à Paris , chez Moutard ,
3. liv. 12 f. br.
Ce Difcours renferme , & toute la
Morale qui doit former les Princes , &
fon application à toutes les parties du
GouvernementFrançois. Il eſt la théorie
des vérités qui feront prouvées par l'expérience
de l'Hiſtoire dans les Difcours
dont on va parler.
3°. Le troiſieme de ces Ouvrages &
le plus important , foit par l'étendue des
recherches , ſoit par le nombre des volumes
dont il doit être compoſé , a pour
titre : Principes de Morale , de Politique
& de Droit public , puisés dans l'Histoire
de notre Monarchie ; ou Discours fur
DECEMBRE. 1777. 147
'Histoire de France , dédiés au Roi, par
M. Moreau , Hiſtoriographe de France.
Il y a déjà quatre Tomes de cet Ouvrage
; il en paroîtra quatre autres dans
le cours de l'année prochaine , deux au
commencement & deux à la fin ; &
tous les ans enfuite on en donnera g
nouveaux volumes. Cet Ouvrage eſt
l'exécution du Plan conçu par feuMgr. le
Dauphin en 1764 , & imprimé en 1773.
Il contient les faits & la morale qu'on en
doit tirer ; il développe les principes du
Gouvernement à chaque époque ; il eſt
'Hiſtoire & de la Conſtitution Françoiſe
& des Monumens qui l'établiſſent.
C'eſt principalementcetOuvrage dont
on veut faciliter le débit à un prix mos
dique.
Chaque volume eſt un in-8°. de quatre
à cinq cents pages , en caracteres & en
papier parfaitement beaux.
1 Chaque Tome ne ſe vendra , foit à
Paris, foit dans toutes les Villesde Province
, que 3 liv. 12 f. br.
Il ſe diftribue à Paris , chez Moutard,
Libraire de la Reine, Hôtel de Cluni ,
rue des Mathurins ; Nyon , rue Saint-
Jean de Beauvais ; Delalain , rue de la
Comédie Françoiſe; la veuve Duchefne,
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
rue Saint - Jacques ; Lacombe , rue de
Tournon ; Mérigot le jeune , Quai des
Auguſtins ; Eſprit, Libraire , au Palais-
Royal.
Tous les Libraires de Province qui
voudront s'en fournir , s'adreſſeront à
leurs Correſpondans déſignés ci-deſſus ,
ou au Sieur Phlipault , Secrétaire de l'Auteur
, Place Vendôme , près les Capucines.
Avis au ſujet de deux Editions contrefaites
des Mémoires Politiques & Militaires
, pour ſervir à l'Histoire de Louis XIV
& de Louis XV , composés sur les Pieces
originales , recueillies par Adrien - Maurice
de Noailles , Maréchal de France , &
Ministre d'Etat , par M, l'Abbé Millot ,
6 vol. in - 12 .
On croit devoir prévenir le Public ,
qu'il ſe débite dans les Provinces , deux
Éditions très - fautives des Mémoires de
Noailles , l'une à Genève , en 6 vol.
in - 12 ; & l'autre en 4 vol. à Yverdun.
Cette derniere eſt annoncée avec de prétendues
Notes de M. de Voltaire , qui ne
font autre choſe que l'analyſe qu'on en a
donnée dans le Journal de M. de la
Harpe. Ces Editions , qui , comme tous
DECEMBRE. 1777. 149
les Livres imprimés furtivement , fourmillent
de fautes , font bien inférieures
à la ſeconde qui vient d'être faite àParis,
d'après les corrections & les augmentations
de l'Auteur. Cette Edition , la
ſeule véritable , depuis que la premiere
- eſt épuiſée , ſe reconnoît à un avertiſſement
de quatre pages , au bas deſquelles
ſe trouve la ſignature manufcrite du Sr
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , à Paris , Hôtel de Cluni , rue
des Mathurins.
$
:
ACADÉMIES.
I.
PARIS,
L'Académie Royale des Science's a fait
ſa rentrée publique , après la Saint-
• Martin , le Mercredi 12 de Novembre
1777 .
Le Secrétaire de l'Académie annonça
que le Prix propoſé ſur les moyens les
plus prompts & les plus économiques de
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
procurer en France une production & une
récolte de Salpêtre plus abondante que celle
qu'on obtient préſentement , & fur tout
qui puiſſe dispenser des recherches que les
Salpêtriers font autorisés à faire dans les
maiſons des Particuliers , étoit remis au
mois de Novembre 1782 ; que les
Mémoires ne feront admis que juſqu'au
1 Janvier 1781 , mais que l'Académie
recevra juſq'au 1 Avril 1782, les éclairciſſemens
que les Auteurs des Mémoires
qui lui feront parvenus dans le tems
preſcrit , jugeront à propos de lui envoyer.
Le Secrétaire déclara en mêmetems
que , fur les repréſentations qui
ont été faites au Roi par l'Académie ,
Sa Majesté a bien voulu doubler de Prix ,
qui ſera de 8000 liv. au lieu de 4000 ,
& que la ſomme , à repartir en Accef
fit , ſera de 4000 l, au lieu de 2000 liv.
Le Secrétaire déclara pareillement que
le Prix pour l'encouragement des Fai
ſeurs d'Inſtrumens de Mathématiques ,
& qui doit être accordé à celui qui
préſentera le meilleur Quart de cercle de
trois pieds de rayons , garni de toutes les
pieces qui peuvent servir à le rendre d'un
usagefûr & commode , & accompagné d'un
Mémoire contenant le détail des moyens
DECEMBRE. 1777. 151
4
qui auront été employés pour le construire ,
étoit remis à la Saint-Martin 1779 , les
inſtrumens qui ont été préſentés à l'Académie
n'ayant point rempli les conditions
du concours. Enfin le Secrétaire
fit l'annonce d'un nouveau Prix de Phyſique
que l'Academie , toujours em-
: preſſée de concourir aux progrès des
Sciences , vient de fonder , & qu'elle
donnera tous les deux ans. Elle propoſe
. pour le premier Prix de ce genre , qui
ſera de 1500 liv. , le ſujet ſuivant :
l'exposition du systême des vaiſſeaux lymphatiques.
Quoique ce genre de vaiſſeaux
ait été découvert depuis plus d'un fiecle
on n'a pas encore approfondi tout ce
qui peut les faire mieux connoître.
1
•
Yen a - t- il de plusieurs especes , comme
on l'avoit d'abord avancé ? Quel en est
L'origine & la terminaison ? Toutes tes
parties du corps en font elles pourvues ?
Cominent ces vaiſſeaux se comportent ils
dans les glandes conglobées? Enfin qu'elle
est la route que ſuivent ceux de leurs troncs
qui peuvent être rendus ſenſibles ?
Tels font les principaux points fur
Jeſquels l'Académie attend des éclairciſſemens.
Les conditions qu'elle impoſe
font conformes à celles qui ſe trouvent
K 4.
152 MERCURE DE FRANCE.
dans les Programmes des Prix que donne
l'Académie.
1
Après ces différentes annonces,M. Caffini
de Thury , Directeur de l'Obſervatoire,
a lu des Réflexions fur la figure de
la Terre. Après une diſcuſſion ſommaire
des deux meſures du méridien , faites au
Nord & au Pérou par les Académiciens ,
ſous le Ministere de Monſeigneur le
Comte de Maurepas , M. de Caffini
conclut que celle du Nord mérite plus
de confiance; qu'elle a été faite avec
des inſtrumens plus parfaits dans un
Pays moins couvert de montagnes ; circonſtance
d'autant plus importante , qu'if
eſt démontré que l'attraction des montagnes
ſuffit pour faire écarter le fil àplomb
de la perpendiculaire. M. de
Caffini propoſa enſuite quelques corrections
à faire à la meſure du degré du
méridien de France , d'après des déterminations
plus exactes de la latitude
de Breſt & de Vienne , & il fixe la
longeur moyenne du dégre du méridien ,
entre Breſt & Vienne , à 37900 toiſes.
M. de Fouchy , ancien Sécrétaire de
l'Académie , aluun Mémoire ſur une
nouvelle conſtruction de niveau à lunettes
absolument exempt de vérification. M. de
DECEMBRE. 1777. 153
, Fouchy ſubſtitue au nivean d'eau
dont ſe ſervent habituellement les Ingénieurs
& les Arpenteurs , un niveau de
mercure , conſtruit ſur les mêmes principes&
beaucoup plus petit ;mais au-lieu
de le placer hors de la lunette , il le place
dans la lunette même. Cette diſpoſition
: ne pouvant s'adopter à la conſtruction
ordinaire des lunettes , M. de Fouchy
a été obligé d'en imaginer une particuliere.
Cette lunette , qu'il a fait exécuter
par M. Navarre , célebre Opticien , eſt
compoſée de trois verres ; & quoiqu'elle
ne foit pas acromatique , elle ne produit
preſque pas de couleurs. Ce niveau a
l'avantage d'être très- exact & d'un prix
modique. 1
,
M. de Borda , Lieutenant des Vaifſeaux
du Roi & Directeur de l'Académie
, fit enſuite la lecture du Précis de
Son Voyage aux Iſles Canaries & fur les
Côtes d'Afrique pour déterminer les
latitudes & les longitudes des principaux
points de ces Iles & de ces Côtes. M.
de Borda avoit ſur ſon bord trois horloges
marines de la conſtruction de M.
Bertrand , deux appartenantes au Gou.
vernement François , & une qui avoit
été priſe à Cadix , & qui appartenoit au
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement Eſpagnol. Il avoit pour
le ſeconder dans ſes opérations , Dom
Toffigno , Aftronome Eſpagnol, M. de
Puyfegur ,& pluſieursOfficiersdeMarine
diftingués. Il a relevé dans les anciennes
Cartes des erreurs nombreuſes , dont
quelques-unes vont à 30 & 40 minutes
en longitude,
M. de Borda a donné , dans ſa relation,
une deſcription du Pic de Ténérife;
il eſt parvenu à monter juſqu'au
ſommet de cette fameuſe montagne à
travers les pierres ponces , & les rochers
de lave qui la compoſent dans toute ſa
hauteur , & qui font amoncelés ſans
ordre. Le ſommet du Pic préſente le
crater d'un volcan; ce crater eſt ovale
ou elliptique ; il a 25 à 30 toiſes dans
le ſens du petit diametre , & 35 à 40
dans le ſens du plus grand. Il a à peine
30 pieds de profondeur ; le terrein en eſt
aſſez chaud pour qu'on ne puiſſe y tenir
long terms fans douleur. M. de Borda
a meſuré la hauteur de cette montagne
par le barometre ; & , en appliquant à
Tes obfervations la méthode de M. de
Luc , il trouve qu'elle eſt de 11586
pieds. La même montagne , meſurée
par des opéraiions trigonométriques trèsexactes
, s'eſt trouvée de 11424 pieds.
DECEMBRE. 1777. 155
M. de Borda a imaginé un moyen
très-ingénieux de déterminer l'intenſité
de la force magnétique , dans les diffé.
rens parages qu'il a parcourus. Il réſulte
de ſes obſervations qu'elle eſt aſſez exac.
tement la même par-tout, mais que fi
elle ne paroît pas telle , elle ne varie
qu'en raiſon de l'inclinaiſon de ſa direç
tion avec l'horiſon ; inclinaiſon qui change
& qui agit avec plus ou moins d'obliquité.
M. Briſſon , Maître de Phyſique &
d'Hiſtoire Naturelle des Enfans de
- France , & M. Cadet , ancien Apothicaire
- Major des Camps & Armées du
Roi , s'étant occupés des recherches ſur
le premier reſtringent des liqueurs , ſoit
ſimples , ſoit compoſées , ils en ont rendu
compte à l'Académie. Il réſulte de leur
travail , que la diſſolution des ſels augmente
le pouvoir réfringent de l'eau ;
mais que tous ne l'augmentent pas de
la même quantité. Le ſel ammoniac ,
par exemple , eſt celui de toutes les
ſubſtances ſalines qui leur a donné le
plus grand effet. Le pouvoir réfringent
n'a non plus aucune relation avec la
denſité des corps ; par exemple , l'eſprit
de ſel eſt un milieu preſqu'auſſi réfrin156
MERCURE DE FRANCE .
,
gent que l'huile de vitriol , quoique la
peſanteur ſpécifique de cette derniere
ſoit d'un quart plus grande. Enfin l'huile
de térébentine quoique beaucoup
plus légere que l'eau , & par conséquent
que tous les acides minéraux , a plus de
pouvoir réfringent , & la térébentine
elle-même en a preſqu'autant que le
verre . MM. Briffon & Cadet font enſuite
l'application de ces connoiſſances à
la grande loupe brûlante appartenante
à feu M. de Trudaine , qui a été remplie
d'eſprit- de- vin , & ils font voir qu'elle
feroit beaucoup plus d'effet , ſi elle avoit
été remplie d'une diſſolution de ſel am..
moniac ou d'huile de térébentine.
Ce Mémoire a été ſuivi d'un autre
de M. le Gentil , fur la conformité de
l'Astronomie ancienne des Brames avec
celle des anciens Chaldéens. Ces derniers
Peuples , d'après des obſervations multipliées
& qui ſe perdent dans l'antiquité
la plus reculée , avoient déterminé certaines
époques , certaines périodes au
bout deſquelles revenoient les mêmes
phénomenes aſtronomiques. M. le Gentil
retrouve ces mêmes périodes chez les
Brames de nos jours , à quelques corrections
près , que le tems a fans doute
DECEMBRE. 1777. 157
enſeignées àleurs ancêtres, & c'eſt encore
à l'aide de ces périodes qu'ils calculent
les éclipſes de Soleil & de Lune.
M, Perronet , premier Ingénieur des
Ponts & Chauſſées , a lu enſuite un
Mémoire fur la réduction de l'épaiſſeur
des piles , & fur la courbure qu'il convient
de donner aux voûtes pour que l'eau puiſſe
paſſer plus librement ſous les ponts. Dans
les ponts qui avoient été conſtruits
preſque juſqu'à nos jours , les arches
étoient indépendantes les unes des autres
, & chaque pile ſervoit en quelque
forte de culée. Les ponts modernes ont
été conſtruits ſur d'autres principes ; on
ne donne à chaque pile que l'épaiſſeur
néceſſaire pour foutenir le fardeau de la
voûte ,& tout l'effort de cette derniere ,
de proche en proche , porte ſur la culée.
M. Perronet fait ſentir les avantages de
cette conſtruction ; ils conſiſtentprincipalement
dans l'économie des matériaux
&dans la liberté du paſſage des eaux. Il
fait voir comment on peut encore aug
menter ce dernier avantage enprenantle
plus haut qu'il eſt poſſible , l'origine de
la voûte , & en faiſant les piles abſolu-
- ment droites juſqu'à cette origine.
La Séance a été terminée par un Mé,
:
158 MERCURE DE FRANCE.
moire de M. Lavoisier ſur une nouvelle
théorie de la combustion & de la calcination
. Il établit d'abord que l'air eft un
compofé de la matiere du feu , comme
diſſolvant , unie & combinée avec une
ſubſtance qui lui fert de baſe & qui la
neutralife; la combuftion , fuivant lui ,
n'eſt autre chose que la décompofition
même de l'air , c'eſt-à-dire , la déſunion
de ſa baſe d'avec la matiere du feu qui
la tenoit en diſſolution. Il appuie fon
opinion 10. fur ce que la combuftion
ne peut avoir lieu fans air ; 2°. fur ce
que , dans toute combuftion , la bafe de
l'air eft abſorbée & fe combine avec le
corps qui brûle: or la baſe de l'air ne
peut paſſer dans une nouvelle combinaiſon
, ſans laiſſer libre la matiere du
feu qui la tenoit en diſſolution ; alors
cette derniere reparoît avec les caracteres
qui lui font propres , c'eſt-à-dire , avec
flamme , chaleur & lumiere. Ce n'eft
donc pas , dans l'opinion de M. Lavoi
fier , des corps qu'on a regardé juſqu'ici
comme combustibles , que ſe dégage la
matiere du feu , mais de l'air dans lequel
ſe fait la combustion ; de forte que
ce fluide élastique eſt , ſuivant lui , le
véritable & peut- être le feul corps comDECEMBRE.
1777. 159
buſtible de la nature. M. Lavoiſier applique
cette théorie à la reſpiration des
ammaux ; il fait voir que l'air , dans cette
fonction animale , reçoit une altération
ſemblable en tout à celle qu'il éprouve
pendant la combuftion , qu'il eſt en partie
converti en air fixe ou acide méphitique;
or ce changement , cette altération
ne peut avoirlieu fansdégagement de
la matiere du feu: donc il doit yavoir dégagement
de matiere du feu dans le poulmon
, dans l'intervalle de l'inſpiration à
l'expiration , & c'eſt cette matiere du
feu ſans doute qui , ſe diſtribuant avec
le ſang dans toute l'économie animale ,
y entretient une chaleur conſtante de 32
degrés & demi environ au Thermometre
de M. de Réaumur. M. Lavoiſier...
apporte pour preuve de cette derniere
affertion , une obſervation très-frappante;
c'eſt qu'il n'y a d'animaux chauds dans
la nature que ceux quirefpirent habituel
* lement , & que cette chaleur eſt d'autant
plus grande que la refpiration eſt plus
fréquente. Au reſte , M. Lavoifier ne
propoſe ces idées qu'avec beaucoup de
réſerve, & il ſe propoſe de développer
fucceſſivement , dans différens Mémoires,
chaque partie de ce nouveau
ſyſtème.
:
160 MERCURE DE FRANCE. 1
II.
L'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres tint ſa Séance publique le
14 de Novembre. M. Dupuy , Secrétaire
Perpétuel , commença par annoncer
que le ſieur Guilhem de Clermont ,
Baron de Sainte - Croix , demeurant à
Mourmoiron , près d'Avignon , avoit
remporté le prix dont le ſujet étoit
d'examiner les différens cultes rendus à
Cérès & à Proferpine , les divers attributs
de ces Divinités , &c. C'eſt le troiſieme
Prix qu'il remporte ; & quoiqu'aujourd'hui
Aſſocié libre , étranger , il a pu
concourir , attendû que fon élection eſt
poſtérieure à l'envoi qu'il avoit fait de
1on Mémoire. M. Dupuy publia enſuite
que le ſujet du Prix qui ſera diſtribué
à Pâques 1779 , eſt de rechercher ce
que les Monumens hiſtoriques nous apprennent
des changemens arrivés fur lafurface du
Globe , par le déplacement des eaux de la mer.
A cette publication fuccéda l'Eloge hiſtorique
du Duc de la Vrilliere , Honoraire
de cette Académie.
Le reſte de la Séance fut occupé par
les Mémoires ſuivants: 12. vingt -fixieme • Mémoire
DECEMBRE. 17778 16F
1
Mémoire fur la Légion ; par M. le Beau ,
qui a entrepris de développer tout ce
qui concerne la Légion Romaine. L'objet
de ce Mémoire étoit de traiter des
délits & des peines militaires. 20. Mémoire
fur les Edits des Ediles ; par M.
Bouchaud , fuite de ſes Recherches histo
riques fur les Edits des Magistrats Romains.
3º. Mémoires fur les causes de la
haine personnelle qu'on a cru remarquer
entre Louis - le - Gros , Roi de France , &
Henri I , Roi d'Angleterre. Par M.
Gaillard. 4°. Mémoire fur la Philofophie
de Marc - Aurele ; par M. de Rochefort ,
qui a fait voir combien cet Empereur
Philoſophe s'étoit attaché à ramener le
Stoïciſme à ſa premiere pureté. C'eſt
par ce Mémoire que M. de Rochefort
termine l'Hiſtoire des ſyſtèmes des Anciens
fur le Bonhcur.
Nous donnerons dans le volume prochain,
une analyſe de ces Mémoires intéreſſans.
III.
* L'Académie Royale d'Architecture a
ouvert ſes Leçons publiques & gratuites
en faveur des Eleves de cet Art. M.
Le Roi , de l'Académie des Inſcriptions
L
162 MERCURE DE FRANCE.
,
& Belles - Lettres , commencera le Cours
de ſes Leçons , par un Effai ſur l'Architecture
, avec des obſervations ſur la
compoſition des Baſiliques , Places
Théâtres & autres Edifices publics de
premiere importance : on y joindra un
abrégé de Vitruve , les principes élémentaires
des Ordres , &c. Ces Leçons
ſe feront à onze heures , les lundi &
mercredi de chaque ſemaine. M. Mauduit
, Lecteur Royal en Mathématiques &
Cenſeur Royal , expliquera les mêmes
jours , depuis neuf heures & demie jufqu'à
onze , ſes Leçons de Géométrie
théorique & pratique, dont il fera l'application
aux toiſés les plus en uſage ,
ainſi qu'aux développement & à la pénétration
des corps ; & comme le Comte
d'Angivillers a réuni à l'Académie d'Architecture
la Châire d'Hydrodinamique ,
fondée depuis peu de tems par un Mi
niſtre & Contrôleur - Général des Finan-g
ces , le ſieur Abbé Boſſut donnera dans
la même Salle les mardi , jeudi &
famedi , ſes Leçons élémentaires de
Méchanique ſtatique , & expliquera fon
Traité d'Hydrodinamique.
,
1
DECEMBRE. 1777. 168
▼
SPECTACLES.
OPÉRA.
:
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a repris les repréſentations d'Armide ,
après le voyage de Fontainebleau.
Elle ſe diſpoſe à donner inceſſamment
l'Opéra de Roland , remis en Muſique
par M. Piccini.
On continue de donner , les Jeudis ,
Céphale & Procris , un des Opéra qui
aura eu le plus de repréſentations à ce
Théâtre , & dont la Muſique aura
toujours gagné davantage , étant plus
connue.
COMÉDIE FRANÇOISE.
N On n'a rien donné de nouveau fur ce
Théâtre ; mais on ſe diſpoſe à y jouer
inceſſamment la Tragédie de Mustapha
*& Zéangir , depuis long- tems attendue
defirée.
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Lundi 24 Novembre , la premiere repréſentation
de Félix ou l'Enfant- Trouvé
Comédie en trois Actes , mêlée d'Ariettes
; par M. Sedaine , Muſique de M.
Moncini.
Il y a vingt - ſept ans que Morin trouva ,
après un déſaſtre affreux arrivé dans fon
Village , un enfant entre les bras d'une
Nourrice Allemande avec des hardes
& quelques bijoux. Il prit ſoin de cet
enfant , qu'il nomma Félix , & l'éleva
comme ſon fils. Il trouva auſſi une valiſe
qui renfermoit une ſomme aſſez
conſidérable d'argent , dont il achetä
une Ferme , & qu'il fit valoir avec un
profit conſidérable ; avec la réſolu
tion conſtante de la rendre au Proprié
taire de l'argent , s'il peut le découvrir.
Ce Fermier eſt pere d'une fille en âge,
d'être mariée , & de trois garçons , l'un
Dragon , l'autre Procüreur , le troiſieme
Abbé , ou près de l'être. Le Baron da
)
DECEMBRE . 1777. 165
•
Vérſac a la parole de Morin , pour épouſer
ſa fille ; mais elle a donné ſon coeur
à Félix : ce jeune homme , qui l'aime
auſſi avec paffion, ne pouvant prétendre
de l'obtenir pour femme , a pris
le parti de s'engager dans la Compagnie
du Dragon. Il eſt ſur le point de partir;
c'eſt à regret qu'il s'arrache des lieux
où il eſt retenu par la reconnoiſſance
& l'amour. Il ne peut ſouffrir d'être
•le témoin du bonheur de fon rival. Il
prend ſon bâton ,& vadans la forêt avant
la naiſſance du jour. Son Amante s'inquiete
de fon départ , & de ce qu'il ſe
hafarde d'aller ſeul dans un bois où il
ý a beaucoup de Voleurs & de Contrebandiers.
Elle ne peut s'empêcher de
lui marquer toute ſa tendreſſe. Morin
lui témoigne de même ſa ſenſibilité , & la
fatisfaction qu'il a toujours eue de ſa conduite
, de ſes travaux & de ſes vertus.
Apeine le jeune homme eſt - il en chemin
pour aller dans la forêt , que l'on
entend un grand bruit, & les cris de
gens attaqués. L'Officier Dragon va
ſignaler ſa valeur , le Procureur court
verbalifer , M. de Verſac appelle ſes
Chaſſeurs & fes chiens , M. l'Abbé reſte
tranquille , & continue une lecture qu'il
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
commencée. Félix avoit déjà délivré
le Voyageur des attaques des Brigands
; & bien-tôt on voit ramener , par
Morin & ſes fils le Seigneur Allemand ,
qui vante le courage & la généroſité du
jeune-homme à qui il doit la vie. Ce
Voyageur remarque la fatalité qui le
pourſuit toujours dans le même endroit;
il ſe rappelle qu'à pareil jour , dans la
même forêt , il y a vingt-ſept ans, qu'il
perdit ſa valiſe , &qu'il éprouva un plus
grand malheur. Ces paroles font recueillies
par Morin. Il fait part à M. de
Verſac & à ſes fils , de ſes ſoupçons , &
de l'obligation qu'il a de reftituer au
Voyageur la Ferme qui eſt à lui , puifqu'elle
eſt le prix de ſon argent. Envain
M. de Verſac & ſes fils veulent
le détourner de ce projet ; il ne ſe laiſſe
pas gagner par leurs raiſonnemens , tous
dictés par l'intérêt. Il en croit davantage
les conſeils de feu fon Pasteur. La
fille de Morin & Félix , font les ſeuls
qui applaudiſſent à ſa probité , & qui
offrent de le conſoler par leurs foins &
par leurs travaux , de la perte de ſa
fortune. Morin déclare donc au Voya
geur , que la Ferme dont il a admire
P'ordre & la richeſſe , lui appartient ,
DECEMBRE. 1777. 167
1
▼
puiſque c'eſt avec ſon argent qu'il l'a acquiſe.
Le Voyageur a reconnu ſon libérateur
dans Félix , & lui donne le bien.
qu'il a été forcé de reprendre. Félix le
reftitue à Morin ſon bienfaiteur. Ce
Voyageur , Seigneur Allemand , a l'efpérance
de retrouver encore dans Félix
plus que fon libérateur : on lui a fait
voir les bijoux & les hardes qui étoient
dans le berceau de Félix. On fait venir
fa Nourrice ; elle reconnoît le Voyageur ;
elle lui dit quelques mots Allemands ,
qui lui font ſe récrier : Ah ! c'est mon
fils. Après cette reconnoiſſance , Félix
renonce à fon engagement, & eſt au
comble de tous ſes voeux , en recouvrant
fon pere & obtenant la main de ſa Maitreffe.
Cette Piece n'a point paru d'un inté
rêt aſſez ménagé ni aſſez foutenu : l'action
a ſemblé un peu romanesque ; il
y a des détails longs & minutieux. Les
caracteres des fils de Morin , quoique
deſſinés chacun d'aprés l'état qu'ils ont
embraſſé , n'ont pas produit l'effet qu'on
en attendoit ; ils ſe confondent & fe
nuiſent. Quelques traits même d'un intérêt
trop groſſier , ont fait de la peine.
Un feul caractere qui eût contraſté avec
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
celui de Félix , eût été ſans doute plus
heureux & plus théâtral. Au reſte , on
a trouvé dans ce Drame comme dans
toutes les Pieces de M. Sedaine , beaucoup
d'art , beaucoup d'intelligence du
Théâtre & de Scenes très-bien faites.
La Muſique a été applaudie dans quelques
airs chantés par Félix , &dans un
trio charmant placé vers la fin du troiſieme
Acte , & parfaitement exécuté par
Madame Trial & par MM. Clairval &
Nainville. C'eſt ce qui a fait principalement
le ſuccès de cette Piece, Les
rôles ont été parfaitement remplis par
Mesdames Trial , Dugazon , Mile Defglands;
& par MM. Clairval , Trial ,
Nainville , Narbonne , Suin & Tho
maſſin
DECEMBRE. 1777. 169
?
ARTS.
GRAVURES.
I.
Le Repos , Eſtampe d'environ 14 pouces
de haut fur dix de large , gravée par
Clément Bervic, d'après le tableau
original de N. B. Lépicié , Peintre
du Roi. A Paris , chez Lépicié ,
Peintre du Roi , à l'Académie Royale
de Peinture ; & chez Bervic , Graveur
, rue Bétizi , vis-à-vis celle Tire
chappe, maiſon de M. Milet , Marchand
Epicier. Prix 3 liv.
A Scene de cette Eſtampe nous repré-
+ ſente un bon Vieillard qui ſe repoſe la
tête appuyée ſur une de ſes mains. Il a
auprès de lui ſon enfant qui dort. La
tête du Vieillard eſt étudiée , & ces
deux figures offrent des vérités de
nature très-bien ſaiſies. Cette compofi-
* tion a été rendue par le Graveur avec
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
intelligence. Les travaux de ſon burin
ſont purs , variés , & d'un bon effet.
II.
A
Co-
Corps - de - Garde Hollandois , Estampe
d'environ 20 pouces de hauteur , &
21 de largeur , dédiée à M. le Marquis
d'Arcambal , Brigadier ,
lonel en chef de la Légion Corſe ,
& gravée d'après un tableau de G.
Schaleken , par M. Maleuvre , rue
des Mathurins , chez M. Ballard
Imprimeur. Prix 8 liv.
+
,
Cette Eſtampe fait honneur à M.
Maleuvre , qui a ſu varier artiſtement
ſes travaux , & donner un bon effet de
couleur , de clair & d'ombre à cette
grande compoſition.
III.
Les Conseils Maternels , Eſtampe nouvelle
d'environ 16 pouces de hauteur
& treize de largeur , dédiée à M. le
Comte de la Billarderie d'Angivillers
*Cette Eſtampe eſt d'un burin agréable
& précieux , & d'un bon effet de couDECEMBRE.
1777. 171
i
leur; elle eſt gravée par M. l'Empereur
d'après le tableau de M. Wille ; elle
peut ſervir de pendant à la Mere Indulgente
, publiée l'année derniere par
le même Graveur. A Paris ; chez M.
l'Empereur , Graveur du Roi & de LL.
MM. II. & R. , rue & porte S. Jacques
au-deſſus du petit Marché.
IV.
Senſible aux témoignages de reconnoiſſance
que le Public lui a donnés ,
en accueillant la premiere ſuite d'Eftampés
gravées d'après les Maîtres
Hollandois & Flamans , M.le Brun va ,
dit-on , faire paroître inceſſamment la
ſeconde ſuite de cette collection intéreſſante.
Nous nous hâtons d'en prévenir
les Amateurs , attendû qu'ils ont
paru la defirer depuis long-tems. L'on
ne peut que féliciter l'Editeur d'une
telle entrepriſe , puiſque , grace à ſes
ſoins , l'on pourra du moins avoir une
idée de ces Maîtres célebres , que la
richeſſe ſeule ſemble avoir droit de ſe
procurer, & que fon avarice enferme
dans des cabinets myſtérieux , où leurs
yeux jaloux peuvent feuls en admirer
les beautés.
172 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Amateur à l'Auteur du Mercure
de France , au sujet de l'Estampe du Gâteau
des Rois .
MONSIEUR ,
COOMMMME vous n'avez point encore annoncé la
nouvelle Eſtampe gravée par M. Flipart , d'après
le Tableau original de M. Greuze , ſouffrez qu'un
Amateur , qui a ſous les yeux les plus belles
Gravures anciennes & modernes , & les a ſouvent
comparées , vous expoſe les remarques qu'il a faites
fur cette nouvelle Eſtampe. Des Obſervations
critiques ſur un Tableau , ne peuvent fans doute
être trop ſages , trop modérées. Le Tableau critiqué
reſte ſouvent renfermé & hors de la vue du
Public Amateur. Ce Tableau par conféquent ne
peut répondre pour l'Artiſte , ſouvent dans l'impuiſſance
de repouſſer autrement la critique. Il
n'en eſt pas de même d'une Eſtampe , d'une Eſtampe
fur - tout auſſi répandue que celle du Gâteau
des Rois. Elle eſt ſous les yeux de tous ceux qui
defirent la voir. Les Obſervations qu'elle peut
faire naître , ſont par conféquent aiſées à être vérifiées
; & l'Artiſte n'a beſoin d'employer d'autres
défenſes devant des Juges éclairés , que la vue
même de fon Eſtampe. C'eſt d'après ces confidérations
que je crois pouvoir hafarder quelques
remarques critiques , qui auront principalement
pour objet les progrès de l'Art.
DECEMBRE . 1777 . 173
4
La nouvelle Eſtampe eſt intitulée le Gâteau des
Rois ; & ce titre ſeul ſemble annoncer un repas ,
une fête de famille que la joie & la gaieté doivent
animer. Cependant la premiere impreffion
que fait le lieu de la ſcene , eſt une impreffion de
triſteſſe. Ce lieu a plutôt l'air d'une priſon que
d'une chambre de Villageois. On n'y apperçoit
pour tout ornement & pour tout détail , qu'une efpece
de ſoupirail , & quelques folives , dont on
ne devine pas même la direction , par le peu de
ſoin qu'a pris l'Artiſte de mettre les objets en
perſpective. C'eſt un reproche que l'on a déjà
fait à M. Greuze , de ne pas aſſez varier ſes chambres
ruſtiques , & de ne pas fuivre , pour cette partie
, la méthode de Teniers , d'Oftade , & c . qui ne
peignoient jamais les fonds de leurs Tableaux que
d'après nature. Auſſi quelle richeſſe , quelle variété
, & même quelle ingénieuſe vérité dans le
lieu de la ſcene & les acceſſoirs de leurs Tableaux
! comme la lumiere y circule & donne du
relief aux objets !
Le principal Perſonnage qu'offre d'abord l'Eftampe
du Gâteau des Rois , eſt le Pere de Famille.
Il tient une ſerviette , dans laquelle font renfermées
les parts du gâteau qui doivent être diſtribuées.
C'eſt aſſez l'uſage de laiſſer aux femmes ,
ſi propres par leur douceur & leur gaieté naturelle
à animer les plaiſirs de la table, le ſoin de
préſider à ces fortes de petites Fêtes domeſtiques.
Quoi qu'il en ſoit , puiſque l'Artiſte a voulu que ce
fût le Pere de Famille qui rempliſſe cette fonction
, on auroit deſiré du moins que fon caractere
de tête fût plus analogue au rôle qu'on lui donne.
174 MERCURE DE FRANCE.
Nous avouerons avec plaiſir que cette tête eſt
belle , qu'elle a de la nobleſſe; mais fon expref
fion eſt indéciſe. Ce Vieillard paroît même dif
trait , & ne prendre aucun intérêt à ce qui ſe paſſe
devant lui. Son air férieux ſemble inſpirer de la
gêne & de la contrainte au plus jeune des garçons
qui tire les parts du gâteau. UnArtiſte qui pof
ſede éminemment la Science du deſſin , peut l'in
diquer & l'écrire , en quelque forte , dans les
formes très- articulées d'un Vieillard. Mais on
ſouffriroit impatiemment que , pour faire paroître
cette Science , il exagérât ces mêmes formes dans
le corps foible & délicat d'un enfant. C'eſt cependant
ce que l'Artiſte s'eſt permis dans le Per
ſonnage du petit garçon qui tire les parts du gâ
teau. Qu'en est-il arrivé ? En voulant trop accuſer
les formes de l'enfance , il a fait diſparoître
les graces qui lui ſont ſi naturelles : l'enſemble de
cette figure eſt d'ailleurs un peu équivoque ; ce
qui provient de ce que la jambe droite , dont le
raccourci n'eſt point rendu exactement , paroît plus
courte que la gauche.
Une jeune fille , que l'on peut ſuppoſer être la
ſoeur aînée de l'enfant , eſt derriere lui , pour l'ai
der à s'acquitter de la fonction dont il eſt chargé.
L'expreſſion de ce Perſonnage eft encore indéciſe
, & la figure n'a point ces graces naïves que
l'Artiſte ſait répandre , quand il veut , fur les Perſonnages
de jeunes filles , & que l'on auroit defiré
de trouver dans cette foeur aînée , puiſqu'elle eſt
placée ſur le premier plan de la compoſition.
Derriere le Pere , & un peu dans la demie teinDECEMBRE.
1777. 175
1
te, eſt une autre ſoeur qui a l'air de bouder , parce
qu'elle n'a point été choifie pour diftribuer les
parts du gâteau. Si l'on peut reprocher en général
à toutes les figures de cette compofition , de
pécher par la correction du deſſin , & de ne pas
faire aſſez ſentir les formes des bras & des jambes
ſous leurs vêtemens , ce défaut paroft fur-tout
ſenſible dans la figure de cette petite fille. Elle a
l'air d'un enfant noué , & l'on a de la peine à diftinguer
ſi c'eſt ſa main qu'elle porte à la bouche.
On permet fans doute à un Artiſte qui nous fait
voir ſa compoſition dans une eſquiſſe peinte à
Thuile ou deſſinée au crayon , de négliger différentes
parties ; mais dans une Eſtampe gravée
avec prétention , retouchée & corrigée pluſieurs
fois par le Peintre lui - même , & publiée comme la
traduction , en quelque forte , d'un Tableau fini ,
on a droit d'exiger la plus grande préciſion dans
le deſſin.
1
La Mere de Famille eſt aſſiſe à un des bouts de
la table. Elle vient de recevoir une des parts du
gâteau qu'un petit enfant , placé près d'elle , tient
dans les mains , & qu'il voudroit bien lui dérober.
La bonne - mere feint de ne pas s'appercévoir
de ce larcin qui la réjouit. Il eſt à préſumer
du moins que telle a été la penſée de l'Artiſte ,
par la diſpoſition des figures ; car la phiſionomie de
la mere n'indique rien ; ſa bouche à moitié ouverte
eſt , par l'infidélité du trait , fans grace & fans
expreſſion. Nous diſons l'infidélité du trait , parce
que nous ſuppoſons que cette incorrection , & autres
que l'on peut reprocher à l'Eſtampe , ne fe
trouvent point dans le Tableau original que nous
an'avons pas vu.
176 MERCURE DE FRANCE.
Sur le ſecond Plan de cette même compoſition ,
& du côté du pere , l'on voit un jeune - homme
qui , les bras élevés au-deſſus de ſa tête , apporte
une grande terrine remplie de ſoupe. L'Artiſte ,
dans la vue fans doute d'interrompre la ligne horifontale
de ſa compoſition , a cru devoir y placer
un trait pyramidal. Mais en employant ce trait ,
il a eu plus d'égard à la forme pittoreſque de ſa
compoſition , qu'à ce qu'il a vu pratiquer par-tout.
Nous nous en rapportons à lui - même . Seroit - il
bien à ſon aiſe , ſi , étant à table , il voyoit un
Domeſtique , ou toute autre perſonne , porter en
l'air , & au - deſſus de la tête des convives , un
potage tout bouillant , & ſujet à être renverſé au
premier défaut d'équilibre ? Jordans , dans une de
ſes compoſitions , a également employé ce trait pyramidal
; mais c'eſt un pâté que l'on porte , & la
faute du Peintre Flamand eſt plus excuſable. Ici ,
au contraire , c'eſt un potage très - chaud , à en juger
du moins par la fumée fort épaiſſe qui s'en
éleve.
Derriere ce porteur de ſoupe , ſont deux jeunes
perſonnes qui paroiſſent s'intéreſſer à l'action de
leur petit frere , diſtribuant les parts du gâteau.
Le grouppe de ces jeunes filles eſt agréablement
diſpoſé , & leurs airs de tête ne ſont pas inconnus
aux Amateurs , qui ont dû les remarquer dans
pluſieurs autres Estampes gravées d'après M.
Greuze. On peut obſerver , en dernier lieu , que
la lumiere dans cette Eſtampe , eſt diſtribuée par
éclats , & fans harmonie par conféquent, ce qui
peut provenir de ce que l'Artiſte , en peignant
fon Tableau , ne s'eſt ſervi que d'une lumiere
vive
-
1
DECEMBRE. 1777. 177
vive & reſſerrée , dont l'effet eſt de découper , en
quelque forte , les objets fur leſquels elle ſe trouve
réfléchie.
Cette nouvelle Eſtampe a été gravée par M.
Flipart ; & , foit que le ſujet l'ait ennuyé ou ne
l'ait nullement inſpiré , cette Planche eſt bien inférieure
aux deux précédentes , du même format ,
qu'il a gravées d'après le même Artiſte. Sa Gravure
eſt , en général , trop pouffée au noir , & ref
ſemble plutôt à une maniere noire uſée , qu'à une
Gravure au burin. Les tailles d'ailleurs font trop
ſeches , trop inaigres ; ſes travaux trop égaux , ce
qui empêche l'effet de la dégradation , répand fur
l'Eſtampe une triſte uniformité , & ôte aux objets
le caractere qui leur eft propre. Cette Eſtampe
cependant pourra plaire au plus grand nombre des
Amateurs qui , peu familiers avec les Gravures
des Wiſcher , des Bolſvert , des Edelinck , des Gérard
Audran , &c. doivent être moins ſenſibles au
mérite de l'exécution , qu'au choix d'un ſujet qui
leur rappelle des moeurs champêtres toujours agréables
à voir par le ſentiment d'innocence & de vertu
qu'elles inſpirent.
:
Mais comme en Gravure ainſi qu'en Peinture , en
Sculpture , & même en Poësie , c'eſt le mérite de
l'exécution qui embaume l'ouvrage & le conſerve
pour la poſtérité ; nous craignons que la plupart
des Estampes modernes , fi fort à la mode aujourd'hui
ne puiſſent ſurvivre à notre fiecle. Dans
quel tems cependant la Gravure a - t - elle été plus
accueillie , plus recherchée , mieux payée ? Telle
Eſtampe qui n'aura aujourd'hui d'autre mérite que
M
178 MERCURE DE FRANCE.
la nouveauté , ſera quelquefois portée à un prix
plus haut dans une vente , que toute la ſuite des
magnifiques Estampes de Gérard Audran. Il eſt vrai
que cette manie ne peut être attribuée aux vrais
Connoiffeurs , mais bien à quelques Curiolets qui
ne connoiſſent que leur fiecle , & ne jugent du
mérite d'une Eſtampe , que quand ils l'ont payée
très - cher. Ils font bien ſecondés dans cette opinion
par différens Marchands d'Estampes , dont
la conduite eſt très- adroite. Ils ont fu perfuader
aux Amateurs un peu novices , que quand une
Eftampe moderne paroît , ils ne tiennent rien s'ils
n'ont cette Eſtampe avant telle & telle remarque.
Ils donnent , par ce moyen , l'alerte aux Amateurs
, qui s'empreſſent de ſe préſenter les premiers
pour avoir de ces épreuves recherchées : &
Lorſque cette foule augmente , c'eſt alors qu'ils
mettent le prix qu'ils veulent à leurs épreuves. Le
jour même que l'Eſtampe du Gâteau des Rois parut
, un Colporteur d'Estampes , qu'il eſt inutile
de nommer ici , mais qui eſt très - connu par fon
habileté à former des ſpéculations fur l'ineptie de
ſes pratiques , avoit des épreuves de trois différens
prix , l'une à 16 liv. l'autre à 24 liv. & une
troiſieme à 36 liv. Et pour perfuader à l'Amateur
qu'il ne devoit point héfiter de donner fes
36 livres , il lui faiſoit remarquer que l'épreuve
qu'il lui préſentoit étoit avant l'adreſſe de l'Auteur.
Il avoit taxé à 24 liv. les épreuves où ſe
trouvoit , dans l'Inſcription du bas de l'Eſtampe ,
un point mal placé ; & à 16 liv. celles où lòn
voyoit au haut de l'Eſtampe , la date du jour que
la planche a été commencée. Cette date , plus
ou moins lifible, ſervira fans doute encore à faire
!
A
DECEMBRE . 1777. 179
renchérir l'Eſtampe. Il ne manqueroit plus ici que
des épreuves avant la Lettre ; mais malheureuſement
pour les Marchands , M. Greuze n'en fait
* point tirer ; & les épreuves des planches avant la
Lettre , gravées par M. Flipart , d'après les Ta
bleaux de M. Greuze , qui peuvent exifter , font
des épreuves que le Graveur a fait faire pour voir
les progrès de fa planche ; épreuves par conféquent
non finies .
Une derniere remarque que l'on peut faire au
ſujet de cette eſpece d'agiotage , & qu'il eſt bơn
d'inférer ici , parce qu'elle peut être utile aux Ama
teurs un peu novices , c'eſt que l'épreuve même
avant la Lettre , à moins qu'ils ne la tiennent d'un
• Artiſte exact & connu , n'eſt plus pour eux un téx
moignage certain d'une premiere épreuve , depuis
fur - tout que ces fortes d'épreuves ſe ſont ſi fort
multipliées , & que l'on a vu le Propriétaire de
pluſieurs Planches recherchées , couvrir lui-même
P'écriture de ſes Planches , &en faire tirer des
épreuves fans lettres. Un poffeffeur de Planches,
qui ſe prête à ces fortes de fupercheries , aura quelquefois
honte de livrer lui - même ces prétendues
épreuves avant la Lettre ; mais il les gliſfera adroi-
* tement dans des ventes publiques , fera paſſer cet
hameçon ſous les yeux des Curiolets , & rira le
premier de leur bonne- foi en recevant leur argent.
ร
Ces ſupercheries ne ſont pas fans doute fort
honnêtes , & font rejetées par tous les Artiſtes
qui ont une réputation à conferver ; mais comme
quelques Propriétaires de Planches ne penfent pas
de même , & pourroient être tentés de renouvel
1
M 2 A
180 MERCURE DE FRANCE.
ler ces petites fraudes de commerce , nous croyons
devoir les dénoncer ici. C'eſt un avertiſſement
pour les nouveaux Amateurs qui ne ſe connoifſent
point en beauté d'épreuve , de s'en rapporter
plûtôt aux conſeils d'un Artiſte connu , ou d'un
Amateur éclairé , qu'à de petites remarques équivoques
, & que le Colporteur d'Estampes , fi bien
inſpiré par le defir du gain , peut toujours imiter
ou contrefaire .
Au reſte , quel avantage trouve- t- on à pofféder
la premiere épreuve d'une Gravure médiocre ?
Un Amateur a fans doute quelque raiſon de rechercher
les premieres épreuves d'une Planche recommandable
par la magie d'un burin pur , fouple
, harmonieux. Mais quelle grande différence
peut- il y avoir entre les premieres & les dernieres
épreuves d'une Planche , où l'on n'apperçoit
le plus ſouvent que les tailles égratignées d'u
ne eau - forte mal conduite , ou les travaux peinés
d'un burin ſec , fans variété , fans harmonie &
ſans grace ?
MUSIQUE.
I.
DEUEXUXIIEEMMEE Recueil d'airs des Trois
Fermiers , arrangé pour le clavecin ou
forté-piano , avec accompagnement , par
IT
DECEMBRE. 1777. 181
M. Bénaut , Maître de clavecin. Prix
I liv. 16 fols , chez M. Bénaut , rue
Dauphine , près la rue Chriſtine.
II.
Carillon des Cloches , arrangé pour l'orgue
, & deſtiné aux premieres Vêpres
des Morts. Prix I liv. 16 ſols , par le
même , & à la même adreſſe.
III.
** Magnificat en ut majeur , dédié à Madame
de Franqueville , Abbeſſe de l'Abbaye
Royale de Marquette en Flandres.
Prix 2 liv. 8 fols; par le même & à la
même adreſſe.
ה SCULPTURE.
LE Lundi 24 Novembre , il a été
placé dans le Foyer de la Comédie
Françoiſe ; le Buſte en marbre de
Pierre Corneille , exécuté par M. Caffieri
, Sculpteur du Roi , d'après le
Portrait original peint par Charles le
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Brun , & la vie de Pierre Corneille par
Fontenelle. L'Auteur a tâché de rendre
fon caractere ferme & vigoureux , cet
eſprit vaſte & éclairé , fa bonhommie
&ſa fimplicité, Depuis long-tems MM.
les Comédiens du Roi defiroient d'élever
un momument au Grand Corneille ,
comme une marque de leur vénération &
de leur reſpect .
Cartes imprimées.
EPOQUES élémentaires d'Hiſtoire Univerſelle
, fuivant la chronologie vulgaire
; eſpece d'A , B , C hiſtorique en 58
leçons , dont une pour chaque fiecle,
publiées ſous le nom de M. Mahaux , &
compoſées réellement par feu M. de Saint-
Jobert. A Paris , au Bureau de l'abonnement
littéraire , rue & à côté de l'ancienne
Comédie Françoife. Prix 24 fols.
DECEMBRE . 1777. 183
Cours d'Histoire Naturelle..
M. VALMONT DE BOMARE , Dé.
monftrateur d'Hiſtoire Naturelle avoué
du Gouvernement , Membre de diverſes
Académies de l'Europe , & du College
de Pharmacie de Paris , Cenfeur Royal ,
onvrira ſon Cours d'Hiſtoire Naturelle
* concernant les minéraux , les végétaux ,
les animaux , & les principaux phéno-
,menes de la nature , en ſon Cabinet,
rue de la Verrerie , la porte - cochere
• en face de la rue des deux Portes , le
Samedi 6 Décembre 1777 , à onze
heures préciſes du matin , & en continuera
les Séances les Mardi, Jeudi &
Samedi de chaque ſemaine , à onze
heures & demie très-préciſes. Les per-
•ſonnes qui deſireront ſuivre ſes leçons ,
font invitées à entendre le difcours fur
*le Spectacle & l'étude de la Nature , que
le Profeſſeur prononcera à l'ouverture
3de ce Cours.
:
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
1
Cours de Sciences Politiques & de Grammaire
Allemande.
M. JUNQUER, de l'Univerſité &
de l'Académie des Belles - Lettres de
Gottingen , Cenſeur Royal , ancien
Profeſſeur de l'Ecole Royale Militaire
de Paris , recommencera , le premier
Décembre , ſon Cours de Sciences
politiques , auſſi bien que celui de
Grammaire Allemande , & les continuera
pendant fix mois tous les Lundi , Mercredi
& Vendredi , le premier depuis 10
heures du matinjuſqu'à midi , & le ſecond
de midi à 1 heure , ou bien de 0 à 10
heures , ſuivant que l'on en conviendra.
Dans le Cours de Sciences politiques ,
il explique ſucceſſivement les principes
du droit naturel , du droit politique ou de
la théorie de la Société civile , &du droit
des gens naturel. Puis il fait connoître
la conſtitution , tant phyſique que politique
, & le droit public des Royaumes
& Républiques d'Europe , après avoir
développé les événemens qui ont pro
1
1
T DECEMBRE. 1777. 185
duit la préſente forme de gouvernement
de chaque Etat. Il paſſe entuite au droit
des gens conventionnel (vulgairement
appelé le droit public d'Europe , ) ayant
pour objet les droits & obligations réciproques
des Nations , fondés ſur les
traités de paix , d'alliance , de commerce ,
&c. deſquels traités il fait une analyſe
raifonnée & pragmatique ; & il finit
par des obſervations ſolides & utiles
ſur les intérêts des Princes , auſſi bien
que fur les fonctions de Négociateur ,
d'Ambaſſadeur & de Miniſtre public.
- Il ſuffit d'indiquer ces objets , ſi dignes
_ d'occuper la jeune Nobleſſe , pour faire
fentir combien ils doivent intéreſſer
tous ceux qui veulent voyager avec fruit ,
ou qui ſe deſtinent aux affaires d'Etat :
& fi M. J. ajoute que ſes leçons font
propres à faire aimer les devoirs d'Homme
& de Citoyen , & chérir la conftitution
Françoiſe , il ne craint pas d'être
, contredit par les perſonnes reſpectables
qui les ont ſuivies juſqu'ici . Le prix de
ce Cours eſt de ſix louis pour les 6 mois ,
& celui de Grammaire Allemande ,
de trois louis , qui ſe payent d'avance,
^ Ceux qui voudront ſuivre l'un ou l'autre ,
font priés de ſe faire infcrire quelques
ง
A
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
jours auparavant. M. J. qui donne aufm
chez luidesleçons particulieres , demeure
rue Mazarine , en entrant du côté du
College des Quatre- Nations , la ſeconde
porte-cochere à gauche. L'Abrégé de sa
Grammaire , dont il ſe ſert dans ſes leçons
, ſe trouve chez Muſier , Libraire
, rue du Foin S. Jacques.
Cours de Physique expérimentale.
1
M. SIGAUD DE LA FOND , Profeſſeur
de Phyſique expérimentale ,de la Société
Royale des Sciences de Montpellier , des
Académies de St. Pétersbourg , d'Angers,
de Baviere , de Valladolid , de Florence,
&c. commencera un Cours de Phyſique
expérimentale le Mardi 9.Décembre ,
à midi ; il le continuera les Mardi ,
Jeudi & Samedi à la même heure. Il
en commencera un ſecond le Mercredi
10 , à fix heures du foir. Il le continuera
les Lundi , Mercredi & Vendredi de
chaque ſemaine , à la même heure , dans
fon Cabinet de Machines , rue S. Jacques
, près Saint - Yves, maiſon de l'Univerſité.
DECEMBRE. 1777. 187
A
Il y traitera amplement des Nouvelles
eſpeces d'air fixe ; & fon Neveu M.
Rouland , Démonſtrateur en l'Univerfité
, ſe chargera de donner des leçons
particulieres à ceux qui prendront avec
lui des arrangemens à cet effet.
Cours de Langue Italienne.
M. L'ABBÉ MUGNOZI, Romain , Docteur
en Théologie dans l'Univerſité de
la Sapience à Rome , & Profeſſeur de
Langue Italienne à Paris depuis quelques
années , commencera ſon Cours
de Langue Italienne le Mercredi 3 Décembre
1777 , depuis dix heures jufqu'à
midi , & il le ſuivra tous les Lundi
Mercredi & Vendredi de chaque ſemaine.
Il donne auſſi tous les jours des leçons
particulieres chez lui , & en Ville.
Il demeure chez M. Dufour , Marchand
Frippier , au coin des rues des
Prouvaires & Traînée , vis - à - vis le
petit Portail de S. Eustache.
:
188 MERCURE DE FRANCE.
A
)
Cours fur l'Art du Trait ou Coupe des
LE
Pierres.
E Sieur LOUCHET , Profeſſeur_de
l'Art du trait ou coupe des Pierres , &c.
continue de donner des leçons fur cette
Science, fi néceſſaire à ceux qui ſe deftinent
à l'Architecture Civile & Militaire
, aux Entrepreneurs de Bâtimens,
Il enſeigne chez lui & en Ville; il continue
auſſi d'aller chez les Amateurs
qui lui font l'honneur de le demander.
Sa demeure eſt Cloître S. Louis du
Louvre , maiſon du Chapitre , vis - àvis
le Guichet de la rue S. Thomas ;
ou à l'Académie Royale d'Architecture
où il donne ſes leçons aux Eleves de
la dite Académie.
1
1
DECEMBRE . 1777. 189
LETTRE de M. DE VOLTAIRE , en
réponse à celle de M. de MESSANCE ,
Receveur des Tailles à Saint - Etienne -
en - Forez , qui lui avoit envoyé ſes calculs
fur les probabilités de la durée de
la vie .
१
A Ferney.
J'ai reçu , Monfieur ma condamnation par
livres , ſols & deniers , que vous avez eu la patience
de faire & la bonté de m'envoyer. J'admire
-votre ſagacité , & je me foumets à mon arrêt fans
aucun murmure . Tout le monde meurt au même
age ; car il eſt abſolument égal , quand on en eſt là ,
d'avoir vécu vingt heures ou vingt mille fiecles.
M. l' . T. avoit fans doute notre néant devant les
yeux quand il a établi ſes rentes viageres. J'ai
fait mettre au chevet de mon lit mon compte
final , dont je vous ai beaucoup d'obligations
Rien n'eſt plus propre à me confoler des miferes
de cette vie , que de fonger continuellement que
tout eſt zéro. Ce qui est très-réer, c'eſt l'exacti
tude de votre travail , ſon utilité , & la reconnoif
fance que je vous dois. Ce ſont les ſentimens avec
leſquels j'ai l'honneur d'être , &c .
:
190 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux &c.
I.
E Sieur GEORGET , Serrurier , rue
des Précheurs , a inventé denouvelles Serrures
, faites pour garantirde toute crainte
des roſſignols & autres tentatives des
voleurs: elles ont été honorées de l'approbation
de Sa Majefte, de celle du
Magiftrat de la Police, & de l'Acadé
mie d'Architecture.
1
II.
Le Sieur Périer le jeune continue ,
avec un égal ſuccès , à procurer aux per
ſonnes eſtropiées d'un ſeul côté du corps ,
de grands foulagemens , au moyen de la
jambe & fupport méchaniques qu'il a
inventés , & auxquels l'Académie Royale
des Sciences a donné l'approbation la
plus fatisfaiſante , en préférant ce ſupport
du ſieur Perier à la béquille à potence ,
qui déforme le corps. Il prie ceux qui
1
DECEMBRE. 1777. 191
lui écriront d'affranchir leurs lettres. Son
adreſſe eſt au Château de Villeroi , route
de Fontainebleau , près d'Effone.
ΙΙΙ.
Le Sieur Morand , Architecte de la
Ville de Lyon , vient de préſenter au
Gouvernement une machine hydraulique
de ſa compoſition , qui réunit les plus
grands avantages par la ſûreté du méchaniſme
, par ſa ſimplicité,& par le peu de
dépenſe qu'elle occaſionne. Cette ma.
chine eſt propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra : elle pourra donc
• être également employée aux différens
objets d'agrémens &d'utilité , même pour
les irrigations des prairies& des jardins.
Une pente de trois pieds ſuffit pour la
mettre en un mouvement continuel ,
fans autre moteur que celui du poids de
l'eau. Cette machine étoit faite depuis
plus de deux ans, àParis, où elle étoit en
dépôt ; ce n'eſt qu'après des expériences
réitérées faites par lé Sieur Morand
qu'il s'eſt déterminé à la préfenter aur
Public,
!
192 MERCURE DE FRANCE.
IV.
La Société Patriotique de Siléſie , a
fait publier depuis peu , en faveur des
Habitans de la campagne , une Méthode
bien fimple , & pluſieurs fois éprouvée ,
pour guérir toutes ſortes de plaies , de
bleſſures ou de contufions . Ce remede
conſiſte uniquement en un emplâtre de
miel pur , & fans aucun mélange de
quelque ingrédient que ce puiſſe être.
Ön étend le miel ſur un morceau de
linge plié en trois ou quatre , & on
l'applique ſur la partie bleſſée. On recommande
de ne laver la plaie ni avec
de l'eau , ni avec du vin , ni avec
aucune eſpece de liquide. On défend
auſſi d'y mettre du ſucre , & d'autres
calmans. Si la plaie eſt large& profonde ,
on aura foin quatre ou cinq heures
après avoir appliqué le premier emplâtre ,
d'en mettre un ſecond ; on ôtera celuici
après un égal eſpace de tems ; alors
on verra fi la plaie ſe ferme , ou s'il eſt
néceſſaire de continuer le remede. Dans
24 heures la guériſon doit être parfaite ,
à moins qu'il n'y ait quelque os endommage.
,
AVIŞ.
:
DECEMBRE . 1777. 193
AVIS.
Í
Articles nouvellement rentrés au Magasin
dn petit Dunkerque , chez Granchez ,
• Bijoutier de la Reine , Quai de Conti.
UNN aſſortiment conſidérable de tabatieres , journées
, bonbonnieres , étuits , ſouvenirs , & autres
: bijoux en or émaillé , d'un fond transparant , imitant
les agathes arboriſées , ou les ouvrages travaillés
en cheveux ſous glaces. Ces bijoux font nouveaux
, & fans contredit ce qu'on a fait de plus
beau en ce genre. Les premieres pieces ont été
préſentées & achetées par le Roi , la Reine & la
Famille Royale.
Les mêmes pieces en or émaillé en gris , roſe ,
bleu , citron , puce , capucine , lilas , & autres
imitant les petits velours.
Flacons d'or en amande , émaillés , pour effence
de roſe. Crayons d'or plats , avec cachet & lorgnette.
Chaînes de montres de femmes en or , à
la Turque , émaillées à deux faces , de couleurs
différentes : les médaillons peints à ſujets tirés de
l'antique , & les breloques analogues. Idem , pour
hommes à trois médaillons d'émail , avec une treffe
de cheveux entre deux chaînes d'or.
N
:
1
▼
194 MERCURE DE FRANCE.
Sacs à filer & a parhler , d'une nouvelle inver
tion , très - commodes , fermant à clef. Le premier
a été fait pour la Reine.
Tabatieres à l'abondance , en écaille de couleurs ,
garnies d'or , à cinq médaillons en relief, grandeur
de bagues , repréſentant Henri IV , le Roi , la Reine
, l'Empereur & l'Impératrice ; dont les creux
ont été gravés par Wirte , & au centre une gerbe
d'or , avec cette deviſe : Ils Font fait naître. Prix ,
96 liv. pour homme's & pour femmes . Autres tabatieres
de deux couleurs , dites boëteuſes .
Tabatieres & autres objets en metal de Man
Heim , les bordures ou orneinens en or de rapport
en diverſes couleurs , ce qui rend ces bijoux folidés
& auſſi beaux que s'ils étoient totalement d'or.
Idem. Bonbonnieres en balon avec gerbe en cheveux
fur burgoſe , en cryſtal de roche ,garnies d'or
émaillé, imitant les perles & pierres précieuſes.
Nouveaux modéles de boucles, en argent moire.
Les premiers modeles ont été faits pour Mgr le
Comte d'Artois. Idem , couvertes d'or guillochées ,
avec bordures en or de couleurs.
A
Cordons de cannes & de montres en cheveux,
teints en couleur de roſe , verd , bleu , chamois
&c. fimples ou garnis d'or , d'émail , de perles &
de diamans. Il en fera faire de toutes les nuances
demandées. L'apprêt qu'ils ſubiſſent néceſſairement
pour pouvoir prendre la couleur , ne laiſſe plus
ancun doute fur la propreté des cheveux dont ils
4
DECEMBRE. 1777. 195
1 font faits ; & les Dames pourront en porter er col
liers , bracelets , bagues , &c . avec toute fécurité.
Un afſortiment de pieces nouvelles en pPoorrcceelraaimne
de Clignancourt , comme garniture de cheminées
** déjeuners , pendules , flambeaux , vafes , caraffes à
oignons , &c . garnis de bronze doré au mat, δε
point ſujets à ſe jaunir comme le marbre.
Nouveaux joujoux méchaniques , la vendange ,
▲ la promenade des deux âges , la garde montante au
Fort , tous ſujets agréables & mouvans par refa
forts , plus folides que ceux qu'on a faits en ſable.
Porte - feuilles avec tablettes pour deſſiner.Idem ,
pour la pêche , & autres de tontes fortes de for
mes & de grandeurs; écritoires en maroquin , avec
garnitures d'argent & bronze doré.
Il croit devoir avertir le Public , qu'il s'eſt gliſſe
tin peu d'exagération dans l'énoncé qu'on lui a fait
* du taffetas qu'il attendoit d'Italie. Il a reçu les read
dingotes qui font plus portatives que toutes celles
qu'on a faites juſqu'à preſent. Elles pettvent ſe porter
dans une poche & dans ſun chapeau ployant
& les guêtres faites de ce tafetas , peuvent tenir
dans un gouffet.
II.
• La Demoiſelle Guy poſſede ſeule le ſecret de la
compofition du Suc de Régliſſe & de Guimauve
fans fucre, pour toutes les affections de poitrine ,
chaleurs de gorge , rhumes & asthmes , il arrête
le crachement de ſang , détache les flegmes de la
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
poitrine , fait cracher & adoucit la pituite. La
Dile Guy a l'honneur d'en fournir au Roi , & à
toutes les Cours de l'Europe. Ce ſecret a été inventé
par le Sieur Guy , premier Médecin de Charles
II , Roi d'Angleterre. La Dlle Guy , qui lui
fuccede , vient d'obtenir un Brevet de Sa Majesté ,
qui la maintient dans ſon Privilege exclusif de faire
, vendre & débiter ſon Remede ſalutaire dans
tout le Royaume. Il ſe tranſporte par - tout fans
perdre ſa qualité.
Le prix de la livre de Suc de Guimauve blanc ,
eſt de 5 liv. & le brun de 6 liv.
La Dlle Guy demeure depuis 50 ans , rue Saint-
Honoré , vis - à - vis celle de l'Arbre - Sec , au ſecond
, chez un Marchand Miroitier : il y a un Tableau
entre les balcons de ſon appartement ,
lettres d'or.
en
L'on pourra écrire de Province , en droiture , à
la Dlle Guy.
Il faut prendre garde de ſe tromper , ledit Suc ne
ſe vend pas en Boutique.
111.
Les Etrangers qui arrivent à Paris , ſont aux ex-,
pédiens pour trouver de bon Chocolat ; ils peuvent
s'adreſſer à l'ancienne Fabrique du Sr. Adeline , qui
eſt toujours continuée dans la même Maifon rue S.
Honoré , à côté de S. Roch. Ils auront l'agrément
de l'avoir en tout tems nouvellement fait ; ainſi que,
des Diablotins de Cacao & à la Vanille , ſupérieurs
en qualité ; & de la Vanille en détail pour les glaces
& crêmes .
:
DECEMBRE . 1777. 197
NOUVELLES POLITIQUES.
A
ALY
De Baffora , le 2 Juin 1777.
LY MEHEMMEETT KAN, neveu de Kerim Kan ,
:qui commande dans cette Place . continue d'y
exercer des cruautés en tout genre fur les malheureux
Habitans .
Les Anglois recommencent ici leur commerce ,
& viennent de recevoir deux vaiſſeaux de leur
Compagnie , richement chargés ; mais leur plus
grand négoce ſe fait à Bender - Boucher , où il
regne plus de tranquillité que dans cette Ville.
De Varsovie , le 29 Octobre 1777.
:
On eſt fort alarmé ici des apparences d'une guerre
prochaine entre la Porte & la Ruffie : elles font
fondées ſur les défenſes faites par le Grand - Seigneur
, aux Tartares de Crimée , d'obéir au Kan
Schain - Gueray , protégé par la Ruſſie. Numan-
Bey ne paroît point fonger à fon départ de cette
. Ville , & femble vouloit y attendre l'effet que doit
produire ce qui ſe paſſe aujourd'hui entre la Porte
& la Cour de Pétersbourg .
Les Repréſentations que la République a faites
au Roi de Pruſſe , pour l'engager à ſe prêter à de
nouveaux arrangemens fur l'objet du Commerce ;
n'ont point été écoutées ; de forte qu'on a tout
:
1
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
dieu de craindre que les Droits de Douanes Pruf
ſiennes , ne continuent d'être perçus ſur un pied
onéreux aux Négocians.
Un Courier arrivé dernierement de Conſtantinople
, a apporté , dit - on , la nouvelle que les Conférences
entre les Miniſtres Ottomans & celui de
Ruffie , étoient ſuſpendues. Kume , Le Roi vient de dépêcher
à la Porte , un autre Courier , qui doit être
porteur de la lettre de félicitation de Sa Majeſté au
Grand- Seigneur , ſur ſon avénement au Trône.
Le bruit qui s'étoit répandu que les Ruſſes
avoient paſſé le Dnieſter , & étoient entrés en
Moldavie , ne s'eſt pas encore confirmé. On affure
qu'ils ſe ſont renforcés de nouveau fur ce Fleuve ,
& que la meilleure partie des Troupes qu'ils
avoient dans nos environs , s'eſt rendue dans ces
quartiers,
Le Miniſtre Ture qui réſide en cette Cour , a
reçu avis du Bacha de Chotzin , que quinze mille
Tures ſont arrivés près de cette Place , ce qui ,
joint à quinze mille autres qui y avoient été envoyés
, forme une Armée de trente mille hommes.
Le même avis porte , qu'un Corps de Troupes
Ottomanes eſt placé de l'autre côté du Danube .
Malgré ces préparatifs, Numan- Bey ne paroît en
faire aucun pour ſon retour à Conftantinople , il
ſemble même s'arranger pour paſſer l'hiver dans
cette Capitale,
A
De Nuremberg , te 30 Oftobre 1777.
Les Recrues d'Anſpach , deſtinées pour l'Amé-
- Γ
DECEMBRE. 1777. 199
:
rique , ſe ſont miſes en marche hier au nombre de
cent Chaſſeurs & de deux cens Fufiliers. Elles feront
'embarquées ſur le Mein , & tranſportées par
eau juſqu'en Hollande , d'où elles paſſeront en Angleterre
; & de -là à leur deſtination , dès que la
faifon le permettra.
De Venise, le 18 Octobre 1777 .
:
هنم Deux Patriciennes ſe préſenterent, le 16 de ce
mois , au Spectacle , ſans la Domino & la Behate ,
qui font le maſque ordinaire : le lendemain , les
Inquifiteurs d'Etat leur ont ordonné les arrêts
pour huit jours.
De Vicune,je 6 Novembre 1777•
L'Empereur a aſſigné , à perpétuité, les revenus
d'une des Staroſties de Pologne qui lui font échues ,
pour l'entretien du nouvel Hôtel à.Tirnau , dans la
Haute Hongrie , où ſont élevés des Orphelins , enfans
d'Officiers & de Soldats.
De Londres , le 30 Octobre 1777.
La Cour vient de donner les ordres les plus précis
pour un redoublement de travail & d'activité
dans tous les Chantiers du Royaume , afin d'y tenir
prêts à partir , à l'entrée de l'année prochaine ,
tous les vaiſſeaux de guerre qui ne font point employés.
Selon toute apparence , la Flotte fera , à
cette époque , auſſi nombreuſe qu'elle l'a été dans
la guerre derniere. On continue la levée & la pref-
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
ſe des Matelots , dont il faudra que cet équipement
conſidérable ſoit pourvu. Le but que la Cour annonce
pour ce grand armement , eſt de pouffer vi
goureuſement la guerre contre les Américains , de
réprimer partout l'audace de leurs Corſaires , &
de protéger plus efficacement le Commerce des
trois Royaumes ,
Le Général Faucitt , qui a été chargé de toutes
les commiſſions auprès des Princes Allemands , &
qui s'en eſt acquitté avec ſatisfaction , vient de repartir
d'ici pour Hanovre , d'où il ſe rendra à Cafſel
& dans quelques autres Cours , afin d'y traiter
pour les recrues & les nouvelles levées qui nous
font accordées. Les augmentations de nos Armées
, tant en Troupes nationales qu'auxiliaires ,
monteront à dix - sept mille hommes .
Le Duc de Gloceſter , frere du Roi , eſt enfin
arrivé ici avec ſon Epouſe , le Prince & les Prine
ceſſes ſes enfans. La fatigue d'une longue route ,
dans la convalefcence d'une maladie grave qui
avoit menacé ſes jours , exige du repos & de la
tranquillité avant qu'on puiſſe aſſurer qu'il eſt
parfaitement rétabli, A ſon arrivée , un Meſſager
de la Cour vint s'informer de l'état de ſa ſanté .
,
On dit à la Cour que le Roi a ordonné que fix
mille Hanovriens ſe tinſſent prêts à s'embarquer
pour l'Amérique , au printems prochain , & qu'un
pareil nombre de Troupes étrangeres , qu'il prendra
à ſa ſolde , viendra remplacer les Hanovriens.
>
,, Des lettres arrivées la ſemaine derniere , par
ddeess Batimens de tranſport de Québec , nous inDECEMBRE.
1777. 201
و د
و د
و د
forment que Burgoyne & fon Armée , après
avoir été entourés pluſieurs jours par les Géné-
,, raux Arnold & Conway , à la tête de douze
mille hommes , fans compter la Milice , qu'on
avoit chargée de veiller à ce qu'aucune proviſion
ne pût arriver à l'Armée Angloiſe , & à ce
qu'elle ne ſaiſſt aucun paſſage pour échapper ,
ſe ſont rendus Priſonniers de guerre , le 4 Ος-
tobre dernier. Les mêmes lettres ajoutent , que
le Général Arnold , avec ſept mille hommes ,
ſe prépare à defcendre à New- York , & que le
Général Conway , avec le Marquis de
و د
ود
८८
"
و د
”
و د
....
& cinq mille hommes , va mettre le Siége de-
„ vant Ticondérago , &c. " Une nouvelle auffi
alarmante & auſſi étonnante , ne peut - être crue fans
des preuves plus authentiques que des lettres particulieres
; mais tout concourt à faire craindre que le
Général Burgoyne ne ſe ſoit trouvé dans une poſition
très - critique depuis la défaite du Colonel
Baum à Bennington , & qu'il n'y ait plus de reffource
pour lui que de regagner les lacs avant
que les glaces lui en ferment le paſſage. Comme
la ſituation actuelle des affaires va être inceſſamment
& plus clairement expoſée devant le Parlement
, la prudence veut qu'on attende les lumieres
que donnera la premiere Seſſion de cette auguſte
Aſſemblée .
De Fontainebleau , le 1 Novembre 1777.
Le Roi voulant tranſmettre à la poſtérité , la
mémoire du dévouement patriotique de Louis
• Chevalier d'Aſſas , Capitaine au Régiment d'Au
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
vergne , tué en 1760, à l'affaire de Cloſtercamp ,
vient de créer une penſion de 1000 liv. héréditaire
& perpétuelle , au profit de la famille de ce
nom , juſqu'à l'extinction des males. Cette honorable
penſion eſt actuellement partageable entre un
de ce brave Officier & deux neveux , l'un
Sous- Lieutenant au Régiment de Meſtre-de-Camp-
Général , Cavalerie; l'autre ſervant dans la Marine.
Le Chevalier d'Affas étoit né à Vigan , dans
des Cévennes. :
C'eſt ce brave Officier qui , ſe trouvant avec
ſon Régiment , près d'un bois pendant la nuit , s'y
avança ſeul pour le fouiller, de peur que ſa Troupe
ne fût ſurpriſe ; il y rencontra des ennemis embuſqués
qui l'entourerent auſſi -tôt , & qui lui préfenterent
une douzaine de bayonnettes ſur laa poitrine
, en le menaçant de le poignarder s'il difoit
un mot: alors ſe tournant du côté de ſon Détachement
, il lui cria avec intrépidité : Auvergne , faites
feu , ce ſont les ennemis , & dans le moment il
tomba mort fous pluſieurs coups.
1
Le Marquis de Monteſquiou ayant fupplié le
Roi de lui permettre , ainſi qu'à tous ceux de ſa
famille , de joindre à ſon nom celui de Fezenzac ,
comme le nom véritable & originaire de fa Maifon
; Sa Majesté , après s'être fait rendre compte
des titres par leſquels le Marquisde Montefquiou
prouve fa defcendance d'Aymery , Comte de Fezenzac
, en 1050 , en a reconnu l'autenticité , &
a bien voulu permettre en conféquence , à tous
ceux de la Maiſon de Monteſquiou , de joindre à
ce nom celui de Fezenzac , & à l'aîné de s'appeller
le Comte de Fezenzac. ۱
4
1.
DECEMBRE. 1777. 203
i
•
De Paris , le 14 Novembre 1777.
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-Lettres
de Châlons - fur - Marne , qui s'eſt diſtinguée par
les objets intéreſſans & utiles des Prix qu'elle a
diſtribués depuis quelques tems , a offert une place
d'Académicien Honoraire au Sieur Necker , Directeur
- Général des Finances , qui l'a acceptée
pour participer aux vues patriotiques & bienfaiſantes
de ce Corps Littéraire,
1
Le fleur Mauduit , Membre de la Société Royale
de Médecine , chargé par cette Compagnie de
faire des expériences ſur l'électricité médicale , &
auquel Sa Majefté , d'après la demande qui lui en
a été faite par le Sieur Necker , Directeur - Général
des Finances , a accordé une ſomme néceſſaire
pour les dépenſes qu'elle requierent , a préfenté
dans la Séance de cette Société , tenue le 18
de ce mois , pluſieurs malades attaqués , les uns
de paralyfie , les autres de goutte ſciatique , & un
de furdité , qu'il a ſoumis à ce traitement. La
Compagnie , d'après la comparaiſon de l'état antérieur
de ces malades avec leur état actuel , a penfé
qu'il eſt important de continuer les traite
mens électriques qui font eſpérer d'heureux
fuccès.
: Le Roi étant dans l'intention de faire exécuter
ſucceſſivement en marbre les Statues des Hom
mes qui ont illuftré la France par leurs vertus ,
leur génie & leurs travaux', ce projet a eu ſa pre
miere exécution par celles de Sully , du Chancelier
de l'Hôpital , de Descartes & de Fénélon , que
le public a vu cette année , expoſées au Louvre
:
204 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté vient d'en ordonner la fuite , & a
choiſi , pour la continuation d'un projet auſſi intéreſſant
, Pierre Corneille , Boſſuet , le Préſident
de Montesquieu , & le Chancelier Dagueſſeau.
Elle a en conféquence donné ſes ordres au Comte
d'Angivillers , Directeur & Ordonnateur - Général
de fes-Batimens , Jardins , Arts , Académies & Manufactures
Royales , pour diftribuer les figures de
ces Hommes célebres , à quatre des Sculpteurs de
fon Académie de Peinture & Sculpture , qui ſeront
expoſées , comme les précédentes , au Louvre
, en 1779.
NOMINATIONS.
Le Roi vient d'accorder la place de Colonel en
ſecond du Régiment d'Armagnac , Infanterie , vacante
par la mort du Comte de Puget , au Marquis
de Livarot , Capitaine au Régiment du Roi ,.
Infanterie,
Sa Majesté a nommé à l'Evêche de Noyon ,
l'Evêque du Mans ; à l'Abbaye d'Ourcamp , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de Noyon , l'Evêque
d'Autun ; à celle de Bonneval , Ordre de Saint
Benoît , Dioceſe de Chartres , l'Abbé le Cornu
de Baliviere , Aumônier ordinaire du Roi ; à celle
d'Eſſey , même Ordre , Dioceſe d'Agen , l'Abbé
Dupleix de Cadignan , Vicaire - Général de
Reims ; à celle de Plein - pied , Ordre de Saint-
Auguftin , Dioceſe de Bourges , l'Abbé de Maufoult
, Vicaire - Général dudit Dioceſe , ſur la no-
۱
DECEMBRE. 1777. 205
A
mination & préſentation de Mgr le Comte d'Artois
, en vertu de fon Apanage ; à celle d'Aubignac
, Ordre de Citeaux , Dioceſe de Bourges ,
l'Abbé Dupont de Compiegne , Chapelain du Roi
& de Mgr le Comte d'Artois , fur la nomination &
préſentation de ce Prince , en vertu de fon Apanage
; à celle de Benoît - Vaux , dite de Reynel , même
Ordre . Dioceſe de Toul , la Dame de Vauxd'Achy
, Prieure de la dite Abbaye ; & à celle
Deshayes , même Ordre , Dioceſe de Grenoble ,
la Dame de Buffevent , Abbeſſe des Ifles , à Auxerre
.
Le Roi a nommé Capitaine - Commandant de
la Compagnie des Cadets- Gentilshommes , le
Baron de Moyria , ci - devant Capitaine au Régiment
du Colonel - Général , Cavalerie , & Sa Majeſté
lui a accordé le Brevet de Lieutenant-
Colonel.
Le Roi a nommé Commandant en Chef en Provence
, le Marquis de Vogue ; Lieutenant - Général
des Armées de Sa Majefté.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint Etienne
de Caën , Ordre de Saint Benoît , Dioceſe de Bayeux
, l'Archevêque de Narbonne.
Le Roi ayant nommé le Sieur Dupont , Intendant
de Moulins , à l'Intendance de Rouen , Sa
Majesté a nommé pour le remplacer dans cette Intendance
, le Sieur Guéau de Réverſeaux , Maître
des Requêtes , qui a eu l'honneur d'être préſenté
au Roi , le 6 Novembre , par le Sr. Necker , Directeur
- Général des Finances , & de faire , en cette
qualité , ſes remercimens à Sa Majefté.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Jaucourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Conde , ayant remis
à ce Prince ſa démiſſion de cette place , le Comte
de Bafchy du Cayla , Capitaine de ſes Gardes , en
a été pourvu , & le Marquis d'Agoult a obtent
celle de Capitaine des Gardes.
Le 9 Novembre , le Prince Louis de Rohan
Guemené , Coadjuteur de l'Evêché de Strasbourg ,
a eu l'honneur de faire ſes remercîmens au Roi ,
pour la place de Grand- Aumônier de France , à
laquelle ce Prince , alors à Strasbourg , avoit été
nommé par Sa Majesté , le 1 du mème mois : il a
en même - tems prêté ferment entre les mains du
Roi , en cette qualité. Ce Prince prêta enfuite fer
ment entre les mains de Sa Majesté , en qualité de
Commandeur de l'Ordre du Saint- Eſprit: il a eu
le même jour , l'honneur de faire ſes révérencés à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , le Sieur de Bordenave , que
ie Roi a nommé à la place du Procureur- Gé
néral du Parlement de Paw , vacante par la mort
du ſieur de Caſaux , a eu l'honneur d'être préfenté
à Sa Majeſté par le Garde des Sceaux de France
, & de faite , en cette qualité , ſes remercîmens
au Roi.
Le Roi a nommé à la place de Lieutenant de ſes
Gardes , Compagnie de Luxembourg , vacante par
la mort du Comte de Beon , Brigadier des Armées
de Sa Majesté , le Sieur de Tourtier , Sous- Lieutenant
de la même Compagnie , & le Chevalier de
Mouchy , Maréchal - des - Logis , à la place de
Sous - Lieutenant.
DECEMBRE. 1777. 207
:
PRÉSENTATIONS.
Le 25 Octobre , le Marquis de Vérac , Minif
tre Plénipotentiaire du Roi près de Sa Majefté
Danoiſe , de retour par congé , a eu , à fon arri
vée ici , l'honneur d'être préſenté à Sa Majesté par
le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
Le même jour , l'Abbé de Bayanne , Auditeur
de Rote , a eu auſſi l'hommeurd'être préſenté auRoi
par le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat au Département des Affaires Etrange-
* res , & de prendre congé de Sa Majeſté pour retourner
à Rome .
Le 26 du même mois , le Sicur de Caſteele ,
Préſident à Mortier au Parlement de Flandres , a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le Garde
Sceaux de France ; & de faire fes remercimens
à Sa Majesté en qualité de Procureur- Général du
Parlement de cette Cour. Il a auſſi eu l'honneur
de faire fa révérence à la Reine & à la Famille
Royale.
Lê Comtë đề Baſchy du Cayla , Meſtre-de-
Camp du deuxieme Régiment des Dragons de
Bourbon , & ci- devant Capitaine des Gardes dứ
Prince de Conde , a eu l'honneur d'être préſen
té à Leurs Majestés & à la Famille , Royale , par
ce Prince , conime premier Gentilhomine de fir
Chambre.
208 MERCURE DE FRANCE.
Ce Prince a auſſi préſenté à Leurs Majestés &&
à la Famille Royale , le Marquis d'Agoult , Colonel
d'Infanterie , Aide- Major au Régiment des
Gardes - Françoiſes , en qualité de Capitaine de fes
Gardes.
Le 11 Novembre , le Comte d'Adhemar , Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi près les Pays - Bas
Autrichiens , de retour par congé , a eu , à fon
arrivée ici , l'honneur d'être préſenté au Roi par
le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangeres
.
Le 23 du même mois , le Marquis de Clausonnette
, Miniſtre Plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Mayence , de retour en cette Cour par
congé , a eu , à ſon arrivée , l'honneur d'être préſenté
au Roi par le Comte de Vergennes , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangeres. 1
Le même jour , le Vicomte de Polignac , que
le Roi avoit précédemment nommé ſon Ambaſſadeur
en Suiffe , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majeſté par le Comte de Vergennes , Miniſtre &
Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangeres , & de prendre congé de S. M. pour
ſe rendre à ſa deſtination .
Après la Meſſe du Roi , le Margrave d'Anſpach
fut préſenté à Leurs Majestés & à la Famille
Royale , ſous le nom de Comte de Sayn , conduit
& précédé par le Sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambaſſadeurs , & le Sieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des
Ambaſſadeurs .
1
PRÉ
DECEMBRE. 17778 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Le Sieur Poncet de la Grave , Procureur du
Roi au Siege de l'Amirauté de France du Palais à
Paris , eut l'honneur de préſenter au Roi , le 28-
Octobre , un Ouvrage de ſa compoſition , intitulé
: Précis Historique de la Marine Royale de
France , depuis l'origine de la Monarchie juſqu'à
Louis XVI , avec des Notes politiques & hiftoriques.
1
Le Sieur Leroux , Auteur du Journal d'Educa
tion dédié & préſenté à Sa Majefté , & Maître de
Penſion à Paris , au College de Boncourt , a eu
l'honneur de préſenter au Roi & à la Reine , un
Mémoire qui a concouru pour le Prix de l'Acadé--
mie de Châlons , relatif aux moyens de foulager les
infortunés , & qui a pour titre : Idée d'un Ordre.
Royal de bienfaisance & de patriotisme.
L'Abbé de Beſplas , Vicaire Général du Dioceſe
de Besançon , & Aumônier de Monfieur, a eu
l'honneur de préſenter à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , un Ouvrage de ſa compoſition ,
dédié à Monfieur , intitulé : Effai ſur l'Eloquence
de la Chaire , avec un Difcours de la Cene , prononcé
devant le Roi en 1777 , & un Panégyrique
de Saint Bernard , prononcé à Paris la même
année.
Les Sieurs Née & Maſquelier , Graveurs , que
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont honorés
de leurs Souſcriptions pour un Ouvrage intitulé :
:
0
210 MERCURE DE FRANCE .
Tableaux pittoresques , phyfiques , hiftoriques , mo
raux , politiques & littéraires de la Suiffe & de
l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale , les huitieme & neuvieme
livraiſons de leur Ouvrage.
MARIAGES.
:
Le 26 Octobre , Leurs Majeſtés ont ſigné le
Contrat de Mariage du Vicomte d'Eſtreſſe , Lieutenant
- Colonel d'Infanterie , Adjoint au Commandement
de Veiſſembourg , avec Demoiselle de Broſſe.
:
Leurs Majestés & la Famille Royale ont ſigné ,
le 9 Novembre , le Contrat de Mariage du Comte
de Ponteves , Colonel en ſecond du Régiment Royal
Corſe , avec Demoiselle de Rainvilliers.
NAISSANCES.
La Dame Deſchatelés Ernout , épouse du Sieur
Deſchatelés Ernoul , Maire de la Ville de l'Orient ,
étant accouchée le 13 Octobre , & Monſeigneur le
Comte d'Artois ayant eu la bonté , à ſon paſſage:
en cette Ville , de leur promettre de nommer l'enfant
dont la Dame Deſchatelés étoit alors enceinte
, ce Prince vient de mettre le comble à cette faveur
, en choiſiſſant pour Marraine Madame la Com-
:
DECEMBRE. 1777 2ir
teſſe d'Artois , qui a bien voulu conſentir que les
noms de Marie - Théreſe fuſſent donnés à l'enfants
Monſeigneur le Comte d'Artois a été repréſenté dans
cette cérémonie par le Sieur Minard , Lieutenant ,
Commandant pour le Roi au Port - Louis à l'Orient ,
& Madame la Comteſſe d'Artois , par la Communauté
de la Ville. Ce Baptême a été fait avec toute
la dignité que deinandoient les Perſonnes Auguftes
qui s'y faifoient repréſenter en qualité de Par
rain & de Marraine .
Le 25 Novembre , le Vicomte Stormont , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il notifia à Sa Majeſté la
naiſſance d'une Princeſſe dont la Reine d'Angleterre
eft accouchée. Il fut conduit à cette Audience ,
• ainſi qu'à celle de la Reine & de la Famille Royalė
, par le Sieur Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs
; le Sieur de Séqueville , Secrétaire ordinai
re du Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
ORTS.
Pierre - Gaſton Gillet , Marquis de la Caze ,
Comte de Castelnau , d'Eauzan , &c. Conſeiller
du Roi en tous ſes Conſeils , Conſeiller d'Honneur
au Parlement de Bordeaux , & Premier Préſident
du Parlement de Pau , depuis 1758 , eſt mort
à Pau le 11 Octobre , dans la 67 année de ſon âge .
Le Sieur de la Caze ſon fils , lui fuccede dans cette
derniere Place , en ſurvivance de laquelle il a été
reçu & inſtallé en 1763.
!
02
212 MERCURE DE FRANCE .
Charles - Antoine de la Roche - Aymon , Cardinal
Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine , Archevêque-
Duc de Rheims , Légat né du Saint - Siege , premier
Pair & Grand - Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du S. Eſprit , Doyen des Evêques de
France , Abbé - Commendataire des Abbayes Royales
de la Sainte - Trinité de Fécamp , Ordre de S.
Benoît , Congrégation de S. Maur , Dioceſe de
Rouen , & de S. Germain - des - Près - les - Paris ,
même Ordre & Congrégation , Supérieur- Général
des Hôpitaux Royaux des Quinze - Vingts de Paris
& Chartres , & l'un des anciens Préſidens des Afſemblées
du Clergé de France , ci - devant chargé
de la Feuille des Bénéfices à la nomination de Sa
Majesté , eſt décédé en ſon Palais Abbatial , le 27
Octobre , dans la 81 année de fon âge.
Le Comte de Bermondet , Lieutenant - Colonel
de Dragons , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , eſt mort à Paris le 28 Octobre
dernier , dans la 45 année de ſon age.
Le Sieur Antoine - Pierre - Hilaire d'Anès , Comte
de Seris , Gouverneur de Saint - Denis , Seigneur
de Montrouge , & Lieutenant- de - Roi au Gouvernement
de Paris , eſt mort en cette Ville le 30 Octobre
denier.
f. Chevalier d'Agoult , Brigadier des Armées du
Roi , ancien Lieutenant- Colonel du Régiment de
Clermont- Prince , Cavalerie , eſt mort en Dauphiné
, le 27 Octobre dernier , au Château de Beauplan
, dans la 72e année de ſon âge.
:
J. Gilles de Goderneau , ancien Colonel de Dragons
, eſt mort à Vailly , près Soiſſons , le 16 Octobre
dernier , âgé de 81 ans. Il avoit ſervi 68 ans.
-
DECEMBRE. 1777. 213
.Son pere fut un des premiers Chevaliers reçus à la
création de l'Ordre de S. Louis ; & lui-même avoit
été décoré de la Croix de cet Ordre , dès l'âge de
22 ans.
Jacques -Achille Picot , Marquis de Combreux ,
Sury - aux - Bois , &c. Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Lientenant au Régiment des
Gardes - Françoiſes du Roi , eſt mort à Paris le 4
Novembre , âgé de 59 ans.
Le célebre Bernard de Juſſieu , de l'Académie des
Sciences , de la Société Royale de Londres , des
Académies de Berlin , de Pétersbourg , de l'Inſtitut
de Bologne , &c. Démonstrateur des Plantes au Jardin
du Roi , eſt mort le 6 Novembre , âgé de 79 ans.
Le Marquis de Calviere & de Vezenobre , Baron
de Boucoiran , Lieutenant - Genéral des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre de S. Louis , eſt
mort dans ſon Château de Vezenobre , près d'Alais
en Bas - Languedoc , le 16 Novembre , dans la 86e
année de ſon age,
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Novembre 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune ſont :
33 , 22 , 28 , 83 , 36.
Du Décembre.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
32,39 , 63 , 73 , 87.
03
214 MERCURE DE FRANCE.
:
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LETTRE d'un Particulier Américain , en Europe.
LES
MONSIEUR.
✓ES Extraits ci - joints , tirés de Copies authentiques
, formeront un beau pendant au Tableau révoltant
, que j'ai dû vous faire il y a quelque
temps , des excès commis par nos ennemis dans
Jes Jerſeys. Je pourrois augmenter l'horreur de ce
dernier par les cruautés d'une Armée combinée
d'Européens & de ſauvages ſous Burgoyne : mais
j'aime mieux me livrer au plaifir de faire contraſter
ici l'humanité avec la barbarie , l'Eliſée avec le
Tartare. Un fait , cependant , qui appartient aux
ombres noires , & qui eſt unique , doit leur être
reſtitué. Il eſt avéré préſentement , qu'on a fait
jurer les ſoldats Ecoſſois fur leurs drapeaux , de ne
donner quartier à aucun Américain quelconque. En
conféquence d'un ſi affreux ferment, ils ont pendu
nombre de ceux qui s'étoient rendus prifonniers ,
les attachant par leurs ceinturons. Quelle preuve
plus convaincante , après cela , voudra- t - on de la
vertu & de la douceur du Peuple Américain
quand on aura vu , par ce qui fuit , que ces exemples
continus de la haine la plus mortelle , & de
P'inimitié la plus farouche , n'ont pu encore exciter
chez lui l'eſprit de vengeance & le defir d'ufer de
repréſailles , ni étouffer les ſentimens de compasfion
& de bienfaiſance qu'il continue d'exercer
tant envers les prifonniers de guerre , qu'à l'égard
de ſes citoyens mal - intentionnés ?
2
DECEMBRE. 1777. 215
☑
20
1
Je commence par vous donner ici le Formulaire
de la Parole que doivent figner les Officiers prifonniers
, réſolue en Congrès le 15 Févr. 1777.
-
,
,, Je ..... fait priſonnier de guerre par l'Armée
des treize Colonies unies de l'Amérique ſeptentrionale
, promets & m'engage , fur ma parole d'honneur
& foi de gentilhomme , de partir d'ici immédiatement
pour,- dans la province de -
étant le lieu de mon choix ; & de demeurer là , ou
dans l'eſpace de fix milles de là , pendant la préfente
guerre entre la Grande-Bretagne & les dites Colonies
unies , ou bien , juſqu'à ce que le Congrès
deſdites Colonies unies , ou l'Aſſemblée , Convention
, ou Conſeil de fûreté de la dite .Province , en
ordonnent autrement : comme auuffllii , que je ne
donneraî ni directement , ni indirectement , aucun
avis quelconque aux ennemis des Colonies unies ,
& que je ne ferai , ni ne dirai rien de contraire ou
de préjudiciable aux meſures que prendra , & aux
démarches que fera un Congrès quelconque pour
les dites Colonies durant les préſents troubles , ou
juſqu'à - ce que je fois duement dégagé ou échangé.
Donné fous ma fignature , ce - jour du mois
de , A. D. ".
و د
EN CONGRÈS le 6 Novembre 1775.
Le Comité établi pour recevoir les demandes
à la charge de l'Etat , a rapporté qu'il eſt dû , pour
la dépenſe du Gouverneur Skeene , du Major
French & d'autres , 133 Dollars."
17 Novembre 1775.
RÉSOLU : Que les Officiers à brevet , pris
dans les Fortsde Chamblé & de St. Jean , s'enga-
04
216 MERCURE DE FRANCE.
1
geront , fur leur parole d'honneur , à n'aller dans
aucune Ville maritime , ni dans le voiſinage d'une
telle ville & à ne pas s'éloigner au - delà de fix milès
des lieux reſpectifs de leur réſidence , ſans en
avoir reçu la permiſſion du Congrès continental ;
comme aufſi , qu'ils n'entretiendront aucune correfpondance
politique quelconque , ſur le ſujet de la
diſpute entre la Grande - Bretagne & les Colonies ,
auſſi long - temps qu'ils feront priſonniers.
RÉSOLU : Que les Officiers pris à St. Jean ſeront
envoyés à Windham & à Labanan dans la Colonie
de Connecticut : bien entendu que le Général
Schuyler n'ait pas donné sa parole pour diſpoſer.
d'eux d'une autre maniere. "
”
55
25 Novembre 1775.
Mr. Jay s'étant adreſſé au Congrès en faveur
du Lieutenant Hainar , l'un des Prifonniers à Trenton
, pour qu'il lui fût permis d'aller demeurer
chez Mr. Duir près de Saratoga; la demande aétè
accordée , moyennant qu'il donne la même parole
que les autres Officiers ; avec permiffion de s'éloigner
juſqu'à 12 milles , fans plus , du lieu affigné."
८
4 Janvier 1776.
RÉSOLU : Que le Major Preſton aura la liberté
de choisir le lieu de sa réſidence , ſous les
conditions dés précédents réglemens du Congrès ,
& que le Préſident récevra fa Parole. "
” و
5 Janvier 1776.
RÉSOLU : Que l'on doit voir avec un profond
regret , qu'il puiſſe ſe trouver un Général Britan
しっ
4
DECEMBRE.- 1777. 217
A
;
nique affez dégénéré , pour traiter avec tant d'ignominie
& de cruauté , un citoyen éminemment
vertueux . NB. Ceci a rapport au traitement que
Mr. Lovell , Citoyen de Boſton , a eſſuyé de la part
du Général Howe. " :
12 Janvier 1776.
Le Comité établi pour connoître de la conduite
des Officiers prifonniers , & de la maniere
dont on pourvoit à leur ſubſiſtance , a fait fon rapport
, qui a été agréé comme ſuit.
RÉSOLU : Que la conduite des Officiers à Trenton
, quoiqu'à d'autres égards ſans reproche ,
étant , quant à leur entretien , exceſſivement extravagante
, puiſqu'ils font logés dans des tavernes ,
dont les maîtres les traitent d'une maniere luxurieuſe
ſur le crédit du Continent ; le Congrès allouera
, pour l'avenir , pour penfion & logement
d'Officiers prifonniers deux Dollars par ſemaine ,
rembourſables par ces Officiers , avant qu'ils foient
délivrés de leur captivité."
११
:
20 Janvier 1776..
RÉSOLU : Que le Gouverneur Trumbull ſera
requis de donner ordre , pour que le Dr. Church
foit transféré à une Priſon plus commode , s'il s'en
trouve dant la Colonie , que celle où il eſt détenu
actuellement ; & que, pour la rétabliſſement de
ſa ſanté , le dit Dr. Church aura la permiſſion de
prendre l'air à cheval , quand le temps le permettra
, ſous bonne garde , qui aura ſoin d'empêcher
qu'il n'entretienne aucune correfpondance , &
qu'il ne faſſe aucune choſe préjudiciable au falut
& au bien des Colonies unies. NB. Ce Dr. Church
Ο 5
218 MERCURE DE FRANCE.
!
étoit en prifon , pour avoir entretenu correspondance
avec l'ennemi. "
27 Janvier 1776.
„ RÉSOLU : Que le Comité d'Inspection à Eſopus
& à Kingſton ſera chargé de fournir aux prifonniers
, qui ſe trouvent là , les habillemens néceſſaires
, comme auſſi des logemens & des provisions
qui n'excedent pas les rations allouées aux ſimples
ſoldats dans l'Armée continentale : le tout au prix
le plus raisonnable qu'il ſe puiſſe. "
30 Janvier 1776.
„ RÉSOLU : Que le Dr. Cadwallader & le Dr.
Shippin junior feront requis de prendre inspection
de l'appartement dans la priſon où le Général
Preſcot eft confiné , de s'informer de l'état de sa
fanté , & d'en faire rapport au Congrès.
NB. Ce Général avoit été enfermé dans une prifon
, fur ce qu'on avoit informé le Congrès , qu'il
avoit ordonné de traiter ainſi le Colonel Allen
fait prifonnier au Canada , avec la cruelle addition
des fers. "
1 Février 1776 .
,, RÉSOLU : Que le Dr. Cadwallader ſera requis
de faire avoir un bon logement au Général
Preſcot ; & que le Général Preſcot ſera transféré
de la Priſon au dit logement , pour y être tenu
fous bonne garde.
NB. Immédiatement après qu'on eut pris le
Colonel Allen , on le mit aux fers & au cachot
avec des malfaiteurs à Pendennis - Caſtle , où on
DECEMBRE. 1777. 219
le laiſſa coucher sur la dure: de là on l'envoya à
bord d'un vaiſſeau de guerre à Cork ; avec la
flotte du Chev. Parker il fut renvoyé en Amérique ,
& l'on n'en a plus entendu parler, "
”
7 Février 1776.
RÉSOLU : Qu'on mettra dans l'inſtruction du
Comité , d'examiner les Capitulations accordées
aux Prifonniers lorſqu'ils ſe ſont rendus , de prendre
la Parole des Officiers , de les faire aller dans
les lieux reſpectifs de leur réſidence , de faire duement
obſerver les Capitulations , & d'avoir foin
que les ordres du Congrès , concernant les Prifon
niers , foient ponctuellement exécutés."
९१
28 Février 1776.
„ RÉSOLU : Que le Comité d'inſpection &d'obſervation
pour le Comté de Berks en Penſylvanie ,
fera autoriſé & requis , de contracter , à des conditions
raiſonnables , pour la ſubſiſtance de ceux
des Priſonniers à Reading qui n'ont pas encore
été pourvus par Mr. Franks , ainſi que pour celle
des Femmes & des Enfants appartenant à tous
les Prisonniers qui font là ; comme auſſi pour leur
faire fournir le bois & les autres choses absolu
ment néceſſaires pour leur entretien. ”
"
11 Mars 1776.
RÉSOLU : Que le Capitaine Duncan Campbell
, prifonnier à Lancaster, aura la permiſſion de
venir à Philadelphie joindre sa femme & ses en
fants , & d'y réſider juſqu'à nouvel ordre. ",
220 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
-
9 Avril 1776.
,, RÉSOLU : Que le Capitaine Brice aura la
permiffion de venir à Philadelphie pour y confutter
un Médecin , & d'y attendre les ordres du
Congrès : Qu'il fera permis au Capitaine Duncan
Campbell , d'aller réſider avec ſa femme & fa
famille dans la ville de Burlington en N. Jerſey.-
A Clément Biddle , pour provisions à l'usage des
Prisonniers Britanniques des 7 & 26 Regimens ,
la ſomme de 294 Dollars. "
16 Avril 1776.
,, A Antoine Tricker , pour Pension de Donald ,
Marc - Donald', & autres Prisonniers Ecossors ,
150 Dollars."
”
25 Avril 1776.
Le Congrès ayant été informé , que Allen Cameron
, détenu en priſon , eſt , quant à ſa ſanté ,
dans un état qui exige l'aſſiſtance d'un Médecin ,
& qu'il defire celle du Dr. Cadwallader , a réſolu
que le Dr. Cadwallader aura la permiſſion de lui
donner ſes ſoins. "
”
??
26 Avril 1776.
Une Lettre du Dr. Cadwallader a été préſentée
& lue au Congrès , rendant compte de l'état de
la ſanté de Cameron. Sur quoi il a été réſolu , que
le dit A. Cameron aura la permiſſion de faire aérer
sa chambre , & de se promener tous les matins
une heure dans la cour de la priſon , en compagnie
du Géolier ; comme auſſi , qu'il fera permis
à fon Oncle , le Dr. Mr. Cléan , de converser avec
lui en préſence du Geolier, •
DECEMBRE. 1777. 225
1
NB. La priſon proprement dite n'eſt dans l'Amérique
unie que pour les Malfaiteurs , les Traîtres &
les violateurs manifeſtes du Droit de la Guerre. "
PROCLAMATION du Général Washingthon.
,, Son Excellence le Général Washington défend
expreſſément à tous les Officiers & foldats de l'Armée
continentale , de la Milice & de tous les Partis
recrutants , de piller qui que ce ſoit , Tory ou
autre. Les effets des Torys feront appliqués à l'uſage
du public d'une maniere réguliere: & l'on s'attend
que l'humanité , & la tendreſſe pour les femmes
& pour les enfants , diftingueront les braves
Américains , combattants pour leur Liberté , des
infames pillards & deſtructeurs mercenaires , foit
Bretons ou Heſſois.
Trenton , 1 Janvier 1777.
ود
Signé GEORGE WASHINGTON. ”
ORDRE du feu Général- Major - Wooster.
Le porteur de la préſente , Néhémie Leſcorne
, infame Tory & ennemi déclaré des Etats
unis de l'Amérique , déchu , par - là - même , de
tout droit de réſider ou ſéjourner fur ce Continent ,
a ordre , par la préſente , de s'en aller immédiatement
d'ici à l'Ifle - longue.
Greenwich 16 Mars 1777.
Par ordre du Général - Major WOOSTER
Jon. Cofins OGDEN , Aide- de- Camp. "
J 1
4
222 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE ,
Ode fur l'Ordre ,
Miroir à l'uſage des Femmes ,
Le Bourgeois de Tolede , Proverbe Dramatique ,
L'amour de la Gloire ,
Eglogues de Pope ,
Premiere Eglogue ,
Impromptu ,
Stradella , Anecdote ,
Vers à M. le Marquis de Villette ,
Epitre à Belle & Bonne ,
A M. le Marquis de Villevieille ,
Explication des Enigmes & Logogrypies ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Quinti Horatii Flacci Carmina,
L'Egoïſme ,
Abrégé élémentaire d'Aſtronomie , &c.
Eſſai ſur le Bonheur ,
Naru , fils de Chinki ,
Anecdotes intéreſſantes & hiſtoriques de l'Illuſtre
Voyageur ,
Monfieur le Comte de Falckenſtein ,
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte de
Saint - Lis ,
Sufette & Pierrin ,
page
ibid.
12
17
37
42
43
53
56
73
75
77
ibid.
78
80
84
ibid.
94
१६
102
109
1.12
116
121
124
DECEMBRE. 1777. 223
Introduction aux Obſervations ſur la Phyſique , &c.
Mémoires ſur les ſujets propoſés pour le Prix de l'A-
128
1
cadémie Royale de Chirurgie ,
Table Alphabétique des Cauſes célebres ,
Annonces littéraires ,
130
140
143
ACADÉMIES , 149
Paris , ibid.
SPECTACLES. 163
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe, ibid
Comédie Italienne , 104
ARTS , 169
Gravures , ibid
Lettre à l'Auteur du Mercure , au lujet de l'Eſtampe
du Gâteau des Roisa 172
Muſique , 180
Sculpture , 181
Cartes imprimées , 182
Cours d'Hiſtoire Naturelle; 183
- de Sciences Politiques & de Grammaire Allemande
, 184
- de Phyſique expérimentale , 186
de Langue Italienne , 187
-
fur l'Art du Trait ou Coupe des Pierres , 188
Lettre de M. de Voltaire à M. de Meſſence ,
Variétés , inventions , &c.
AVIS ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
189
190
193
197
204
207
d'Ouvrages , 209
224 MERCURE DE FRANCE.
1 .
1
Mariages ,
Naiſſances ,
Morts ,
Loterie ,
ADDITIONS ,
Lettre d'un Particulier Américain en Europe.
P
:
:
C
210
ibida
211
213
214
ibid
大门。
:
:
1337
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITYOF MICHIGAN
:
:
TUEBOR
SI-QUÆRIS PENINSULAM
AMOEΝΑΜ.
CIRCUMSPICE
:
AP
20
.M57
1777
m . 15
MERCURE
; DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
NOVEMBRE. 1777-
N°. XV.
Mobilitate viget. VIRGILE.
"
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
1
MÉMOLRES d'Artillerie , contenant l'Artillerie nouvelle
, ou les changemens faits dans l'Artillerie Francoiſe
en 1765 avec l'exposé & l'analyse des obſervations
qui ont été faites à ces changemens. Recueilli
par M. de Scheel , Capitaine au Corps de l'Artillerie en
Dannemarc. 4to. I vol.fig. Coppenhague 1777 f 10-10.
Hiftoire de Dannemarc depuis 1559 julques à 1661 ,
tome III. par Mr. Mallet 4to. I vol. Coppenhague ,
1777. à f 6. 10.
Correfpondance de M. le Marquis de Montalembert , étant
employé par le Roi de France à l'armée Suédoiſe
, M. le Marquis d'Avrincourt", Ambaſſadeur de
France à la Cour de Suede , M. le Maréchal de Richelieu
, les Miniſtres du Roi à Versailles , MM . les
Généraux Suédois & autres , &c. pendant les Campagnes
de 1757 58 , 59 60 & 61 , pour fervir à l'histoire
de la derniere Guerre . 3 vol . 8vo. 1777.df4 : -
Douze Dialogues...d' Lyhemere , Philofophe de Siracuſe
qui vivoit dans le fiecle d'Alexandre 8vo. 1 vol. 1777 .
à 15 fols. ;
Eloge hiſtorique de Michel del'Hospital, Chancelier de
France ; ce n'est point aux Esclaves à louer les grands
Hommes 8vo. 1 vol. 1777. af 1 : -
L'Esprit d'Addiſſon , ou les Beautés du Spectateur du
Babillard & du Gardien , conſiſtant principalement dans
une collection des feuilles de M. Addition , avec un
précis de ſa vie , nouvellement traduit de l'anglais ,
par M. J. P. A. 300. 1777 3 vol. à f 3-
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , pour jus .
tifier le projet de leur indépendance en deux Lettres ,
8vo. 1776. 12 fols. :
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe ſur la Nou ,
yelle Traduction de Shakespeare , 8vo. 1776. 6. fols.
Icares fur les Finances,les Subfiftances , les Corvées ,
les. Communautés Religieuſes &c. I vol. in douze
1777 à f 1 : 15.
Méu otres fur les Campagnes d'Italie en 1745 & 1746,
auxquels on a joint un fournal des mêmes Campagnes
, tenu dans le Bureau de M. le Maréchalde Mail
lebois avec une explication de tous les paflages &
cols du Dauphiné Verfants en Savoye & en Piemont
grand in douze , i vol. Amst . 1777 11:16.
Oeuvres de M. de la Harpe , 4 volumes à f 4:10. T
compris la Lusiade , pour servir de fuite à la collection
des oeuvres de l'auteur 8vo. 1777. La Lufiade ſe vend
téparément.
LIVRES NOUVEAUX.
3P
rincipes de la Révolution justifiée 8vo. 1777. & 10folsi
Pieces détachées relatives au Clergé féculier & régulier
&c. 8vo. 3 vol. à f 3:10 .
Petit Code de la Ratiou Humaine 8vo. à 10 fols.
Vie (la) du Chancelier de l'Hospital 8vo. à 15 ſols.
Eſſai fur l'Art d'Obſerver par M. Carrard 8vo. I vol.
: Amsterdam 1777. à f 1 : 15 : -
Differtation fur la Comparaiſon des Thermomètres par
M. J. H. van Swinden , Profeſſeur à Franeker conte
nant la Comparaison de plus de 50 Thermomètres , &
un grand Tableau gravé de 27 Thermomètres les plus
nſités à f 3 : On peut le procurer le Tableau
ſéparément à fi : 10 de Hollande. :
•
Obfervations fur le Froid Rigoureux du mois de Janvier
MDCCLXXVI ; par Mr. J. H. van Swinden &c.
8vo. I vol. fig. Amsterdam. 1778. à f 2-10. de Hollande.
: :
Evangile du Jour Svo. tome 13 , 14 , 15.
Voyage de Londres à Genes , par le Portugal , l'Eſpa
gne , la France , de M Baretti , traduit de l'Anglois en
4 vol. grand in douze 1777 à f 4 : - 1
:. "
MARC - MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , ſur
le Cingle , vient d'imprimer le Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire littéral , composé de
Notes choifies & tirées de divers Auteurs Anglois . par
Mr. C. CHAIS , Paleur Emerite à la Haye. Ce fixieme
Tome, pour la perfection duquel on n'a rien néglige
, est divisé en deux Parties , qui comprennent le
Premier & le second Livre des Rois , in-4°. , format
Semblable aux précedens , à fl. 8 de Hollande On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenant laGenele
, l'Exode , le Lévitique , les Nombres , le Deve
ronôme , Joliné , les juges , Ruth , le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl. 25 de Hollande pour
cette année seulement , & à commencer au zer Janvier
! 1778 on ne les vendra pas au- dessous uc fl. 37--100
Philofophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig . 1777..
Poëfies yriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à fi : -
Dictionnaire d'Hiſtoire Naturelle par M. Valmont de
Beaumare 8vo. 9 vol. 1776.
MARC - MICHEL REY Libraire à Amsterdam , &
STOUPĖ Imprimeur à Paris , vendent le Supplement
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Scien
ces , des Arts & des Métiers en V. Nol in folio2
dont & de Planches , à f 72 - : - : de Hollande.
٢٠٢٠٠
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
!
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à f
8-8- : les XIV parties qui composent l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie , fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Diſcours & XI de planches , édition de Geneve
conforme à celle de Paris .
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f 3-15- :
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé fur la Morale
8ve I Vol. à f1-10- :
Principes de la Législation Univerſelle en 2 vol. 8.f3-:-
Dictionnaire raiſonne d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foffe , 8vo. 2 vol. 1775.
àf 4 - : -
Poësie del signor abbate Pietro Metastasio , 8vo. to vol.
1707 1763 à f 15 - : -: le même ouvrage en
-
italien en 6 vol. in douze af9 - : - :
Efai fur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld ,Traduit du Hollandois . 8vo. af1-
Enai fur les Cometes , par M. Andre Oliver. Traduir
de l'Anglois , 8vo . I vol fig. à f 1.10 - :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3-15- :
Lettres Chinoises , Indiennes & Tartares , &c. 8vo .f1 -: - :
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, Evo. à to fols.
Choix de Chansons mises en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par 1. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773. àf60:.
De l'Homme , de les Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage posthume de M. Helvetius , 8vo .
3 vol. 1774. à f 3:15 ſols.
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to 5 vol. fig. 1759-1776
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien Minifire
Plenipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration, &c. pendant fon séjour en
Angleterre. Grand 8vo. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofopniques & Mathématiques de M. Guile
Jacob sGravesande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Seb . Allamand Profeſſeur à teyde. 4to 2 vol. aves
XXX Planches en Taille-douce. Amst. 1774. à f 8 .
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE. 1777 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE.
C'EST EST vous , Divinités champêtres ,
Qui , ſous l'ombrage de ces hétres ,
Trouvez mille plaiſirs ſecrets ,
Qui donnez aux champs leur parure ,
ג
Aux prés leur aimable verdure ,
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Et la douce fraîcheur aux forêts ;
Qui , mépriſant la vaine enflure
Du luxe , enfant de l'impoſture ,
Ne recherchez que la beauté
De l'aimable ſimplicité ;
Et qui , loin du bruit , des alarmes ,
Goutez les ineffables charmes
D'une heureuſe tranquillité ;
C'eſt vous aujourd'hui que j'implore.
Ma Muſe encore à fon aurore ,
Voudroit égayer ſes pinceaux
:
Sur ces agréables tableaux
Que par tout à mes yeux préſente,
Dans votre demeure charmante ,
La nature en ſa pureté,
:
1
Et dont la ſeule vue intéreſſe
Sans cette étude , cette adreſſe ,
Ce déhors riche & brillanté ,
Cette ſymmétrique élégance ,
Et cette uniforme ordonnance ,
Dont l'art emprunte les attraits
Pour en farder tous les portraits.
i
Ces champs , ces bois , ces toits ruſtiques ,
Ces Humains ſimples , pacifiques ,
Vrais modeles de la candeur ;
?
La paix , la gaieté , l'innocence ,
La folitude , le filence ,
!
!
NOVEMBRE. 1777.
Heureux germes du vrai bonheur :
Voilà les charmes de mon coeur ;
Et c'eſt auſſi ce que je chante.
Soutenez ma Muſe naiſſante :
:
Que mes accens légers & doux
Soient purs & fimples comme vous. •
O que mon ame eſt ſatisfaite !
Que ma joie eſt pure & parfaite
Dans votre ſéjour enchanté !
Ma Muſe inconſtante & légere ,
A tout autre objet étrangere ,
Ne reſſent plus de volupté
Que dans cette ombre folitaire ;
Et dans cette variété
Qui ſeule a le droit de nous plaire
Sans caufer d'infipidité.
Plus je contemple la richeſſe
Que , dans ces champs aimés des Cieux ,
La Nature étale à mes yeux ,
La ſimplicité , l'allégreſſe ,
L'aimable candeur , la tendreſſe ,
Les plaiſirs purs & gracieux \
Qui , dans ce beau téjour , fans ceffe,
Etendent leur empire heureux ,
A 4
8 MERCURE DE FRANCE .
!
Plus je redoute de la Ville
Le ſpectacle tumultueux ,
L'air & le dehors faſtueux ,
:
L'orgueil , la hauteur incivile
Des faquins & des précieux.
Ici , tout concourt , tout conſpire
Aux plaiſirs les plus innocens ;
Tout m'infiune & tout m'inſpire
L'innocence qu'on y reſpire ,
Et les plus cendres ſentlmens ;
Tous les objets , tous les momens
Dans cet heureux séjour d'Aſtrée ,
Le matin , le midi , ſoirée
:
M'offrent des tableaux différens ,'
Où l'aimable & belle Nature
Se montre ſans art , fimple & pure
Et ſous les traits les plus charmans.
Avant l'aurore matiniere ,
Déjà le coq impatient ,
Chante & prédit de la lumiere ,
Le retour pompeux & brillant.
A ce ſignal toujours conftant ,
Tout ſe réveille , tout s'agite ,
Tout s'encourage , tout excite
A fortir des bras du repos ,
Pour ſe préparer aux travaux.
:
NOVEMBRE. 1777.
[ les Bergers , les Bergeres ,
Prenant leurs houlettes légeres ,
68-522AAA30
Vont raſſembler tous leurs troupeaux.
!
Là , j'entends le bruit des clochettes,
:
:
Le belement des doux agneaux ,
Le mugiſſemens des taureaux
Qui quittent leurs fombres retraites ,
Et vont errer ſur les côteaux.
Ici , le doux chant des oiſeaux ,
: Des Roſſignols & des Fauvettes ,
!!
Qui s'attrowpent ſous les berceaux,
1
Dans la plaine & fur les ormeaux ,
Par ſon aimable ſymphonie ,
Anime , eveillé mon génie,
Et , le tiran de la langueur ,
Lui donne une heureuſe vigueur.
:
Comment alors de ma pareſſe ,
Ne ſerois-je pas le vainqueur ?
L'heureux tranſport ; la douce yvreſſe ,
S'emparent auſſi-tôt de mon coeur ;
:
Je cours , je vole avec ardeur ,
Dans ces lieux où naît l'allégreſſe ,
Le vrai plaiſir & le bonheur.
J'y contemple la belle aurore ,
Qui me ravit par ſes couleurs ;
Je vois ſur les champs quelle dore ,
Briller les perles de ſes pleurs ,
:
!
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Et mille eſſaims nouveaux de fleurs
Que fon aſpect a fait éclore.
D'un cours léger l'Amant de Flore ;
Vient & diſpenſe ſes fraîcheurs ;
La jeune tige foible encore ,
Se ranime per ſes faveurs .
Enfin , le bel Aſtre du Monde,
M'offre ſon diſque lumineux .
Il rend, par ſon éclat pompeux,
La Terre riante & féconde ,
Et fait briller l'azur des Cieux.
Par degrés , il monte , il s'avance,
Il éclaire , échauffe , éblouit ,
:
Et ſemble admirer en filence ,
L'éclat , la beauté , l'opulence
De la nature qu'il nourrit.
Diſparoiſſez nuages fombres ,
Qui , ſous la noirceur de vos ombres ,
Me dérobez fes feux brillans.
Doux zéphirs , volez dans les plaines ,
De f'eir épurez les haleines ;
Embelliſſez les fleurs des champs ,
Et femez par-tout leur encens :
Célébrez par un doux murmure ,
L'agent brillant de la Nature ;
Près de ces aimables ruiſſeaux
Qui le répetent dans leurs caux ,
::
NOVEMBRE. 1777.
Allez rafrafchir l'onde pure.
Dieux ! quels frémiſſemens nouveaux !
Tous les différens animaux ,
Par leurs cris , lui rendent hommage :
Dans les bois , les tendres oiſeaux
Redoublent leur bruyant ramage ;
Et le Laboureur prend courage ,
En continuant ſes travaux.
Plus avant , je tourne ma vue
Sur des objets non moins charmans
J'admire la vaſte étendue
Et le bel ordre de ces chatups ;
J'y vois de leurs doux Habitans ,
L'air & la maniere ingénue :
Les ris & les jeux innocens.!
Là , Lubin & la vive Annette ,
La jeune Claudine & Lucas ,
Aflis ſur une épaiſſe herbette ,
Diſent chacun leur chansonnette ,
Ou font les innocens combats
De la flûte & de la inuſette.
1
2nd
Ici , les uns vont s'exercer
Au milieu de la vaſte plaine;
On les voit avec gaieté pleine ,
Jouer , courir , fauter , danſer ,
Se défie & s'efforcer
:
1
f
T MERCURE DE FRANCE.
L'un & l'autre en tours, en ſoupleſie ,
En agilité , force , adreſſe ,
De ſe vaincre & ſe ſurpaſſer.
Les autres forcés à paſſer.
Tous leurs jours dans la laſſitude ,
Avec ardeur vont embraffer
Un travail long , pénible & rude.
Nés robuſtes & vigoureux ,
Ils ſupportent toujours de même ,
De l'été , la chaleur extrême ,
De l'hiver , le froid rigoureux .
:
,
Contens dans cette claſſe obfcure ,
Où les a placés le deſtin ,
Par une vie active & dure ,
1
Ils acquierent leur nourriture.
Avec celle du genre humain.
On les voit dès le grand matin ,
Alertes , prompts , pleins de courage
Mener leur champêtre équipage ;
Et bien - tot l'éguillon en main ,
Preſſer des boeufs la marche lente ,
A traîner la charrue entrante ,
Qui de la terre ouvre le ſein.
Paiſſez moutons , brebis chéries,
Parmi la roſée & le thym ,
Que la fraîcheur du doux matin ,
1
NOVEMBRE. 1777.
A répandu ſur ces prairies .
Bornés à votre ſeul inſtinct ,
Vous goûtez la paix gracieuſe ;
Vous ignorez votre deſtint
Votre vie en eſt plus heureuſe.
Ah ! ſi le mortel orgueilleux ,
Qui vit amolli dans les Villes ,
Au milieu des vices nombreux
Qui troublent ſes jours malheureux ,
Venoit voir ces ſimples aſyles ;
Si , comme ces Bergers heureux ,
Il imitoit vos moeurs tranquilles ,
Votre belle ſimplicité ,
Votre douceur , votre innocence ,
Il auroit la félicité
Dont ils ont ſeuls la jouiſſance ;
Tandis qu'au ſein de l'opulence ,
Des plaiſirs & de la grandeur ,
Il n'a que l'ombre du bonheur.
Mais les feux que le Soleil lance,
Redoublent déjà leur ardeur :
Son char brillant toujours s'avance ;
Enfin , ſes courſiers vigoureux
Sont à la moitié de leur route ;
Du haut de la céleste voûte ,
Il fait jaillir par- tout ſes feux, 1
-
-
14 MERCURE DE FRANCE.
Les flots brûlans de ſa lumiere ,
Sillonnent les airs embrases;
Et , précipités ſur la terre ,
Ses rayons épars & brifés,
Vont ſe jouer dans l'amotſphere..
Dans la plaine , tous les troupeaux
Se rangent en pluſieurs monceaux;"
Et par-là , leurs ombres mêlées
En affoibliſſent les faiſſeaux.
Les Bergeres ſont appelées :
Elles volent ſous les berceaux ;
Là , ſous des épaiſes feuillées ,
Où zéphir , malgré la chaleur ,
Conſerve une aimable fraîcheurs
Ser un gazon d'herbe fleurie ,
Elles apprêtent le repas .
Ce ne font pas mets délicats ,
Pâtés ſucrés , viande choifie ;
La façon & l'afféterie ,
Dans leur cercle ne brillent pass
Mais l'appétit , la bonhommie ,
La gaieté , les ris , les éclats ,
En chaſſent la mélancolie.
On vient : chacun ſe range en bas :
1 D'une humeur joyeuse & contente .
1
:
On mange , on boit , on rit , on chante.
Ici , le ruſé Nicolas ,
۱
NOVEMBRE. 1777
D'une maniere diligente ,
En bien chantant , vuide les plats.
Là , Jean ſaiſiſſant la bouteille ,
D'un air gaillard & triomphant ,
Hume le doux jus de la treille ,
Qui jaſe & bouillonne en fortant ;
Toute la troupe en fait autant ,
Et la joie éclate à merveille.
Parmi ces travaux & ces ris ,
Ciel! que le temps parott rapide !
Sa longueur toujours infipide ,
Sous les magnifiques lambris ,
Où l'accablement léthargique
Vient aſſoupir tous les eſprits ,
Dans ce ſéjour ſimple & ruſtique ,
N'engendre jamais les ennuis.
Le jour s'abaiſſe , l'oeil du monde
Lance des feux plus amortis ,
Il eſt pret d'achever ſa ronde ;
Enfin il ſe plonge dans l'onde
Er va voir l'heureuſe Thétis.
Satisfait du fruit de fa peine ,
Le Laboureur quitte les champs
Et va dans ſa maifon procha
Revoir la femme & fes enfans ...
Tous les Bergers dans les prairies,
!
MERCURE DE FRANCE,
:
Au doux ſon de leurs chalumeaux ,
S'en vont raſſembler leurs troupeaux
Pour les conduire aux Bergeries.
En belant , les brebis chérics
Appellent de loin leurs agneaux.
A la voix qu'ils ont reconnue ,
Quels cris ! quelle joie imprévue !
lis viennent en caracolant ,
Gambadant , ſautillant , belant ;
Et dans le tourpeau ſe mélant,
Par une pente naturelle ,
Chaque petit court à l'inſtant ,
Trouver ſa mere qui l'appelle ;
Sans en prendre une autre pour elle,
Il la reconnoft ſur le champ ,
Et va ſe pendre à ſa mammelle.
L'aimable & fimple beauté ,
De tout ce ſpectacle champêtre
Dans mon eſprit charmé , fait naftre
L'amour de la fimplicité ,
De l'innocence & la gaieté :
Par- deſſus tout , j'aime & je priſe
Cette aimable naïveté;
Loin de la ſubtile feintiſe ,
Et du langage médité ,
Cette candeur , cette bonté ;
Loin
•
<
A NOVEMBRE. 1777 17
Loin de la froide mignardiſe
i
D'un eſprit fin & doucereux ;
, :
Enfin , cette extrême droiture a
Sans détour , ſans enluminure ,
Qui fait le caractere heureux
De ces Peuples laborieux. - Je ne prends point le ton fauvage ,
Ni le front ride d'un faux ſage ;
:
Je me rends Villageois comme eux:
Je ſuis leur façon , leur uſage ;
:
L
Je me conforme à leurs humeurs ;
Et l'on me voit ſuivre ſans peine
Leurs tons , leurs manieres , leurs moeurs !
C'eſt inſi que , pendant la ſcene ,
On voit paffer aux Spectateurs.
Tous les fentimens des Acteurs.
i Tels , fur ces aimables rivages
A l'abri de tous les orages ,
S'écoulent les paiſibles jours.
Là , les paſſions tyranniques ,
Les brigues , les fourbes iniques ,
:
N'y viennent point troubler leurs cours
La noire & déteſtable envie ,
1. い: .
N'y vient point corrompre la vie
Des mortels heureux , fatisfaits ;
Se bornant au ſeul néceſſaire ,
Leur coeur ſenſible à la miſere ,
Aime encor s'épandre en bienfalta
B
- د
18 MERCURE DE FRANCE.
Là , les vices n'ont point d'empire ,
L'innocence ſeule y reſpire ;
C'eſt le ſéjour de la vertu :
Sa beauté pure charme , entraîne;
Le coeur l'aime , la ſuit fans peine ,
Et ne ſe ſent point combattu :
Elle eſt comme la douce pente
D'un léger ruiſſeau qui ferpente
Par nul obſtacle retenu. 1
Là , loin de la grandeur mondaine ,
De la pompe impoſante & vaine ,
Le faux éclat ne trompe plus.
L'homme apprécié n'eſt qu'un homme ,
Ce qui l'orne n'eſt qu'un fantôme ,
Ses titres lui ſont ſuperflus.
Là , d'un encens bas & frivole ,
On n'encenfe point les Autels
De la Déeſſe aveugle & folle ,
Inſenſible & trompeuſe idole
Qui maſtriſe tant de mortels.
Là , l'on ignore les intrigues.
Les haines , les détours , les brigues
Qui circulent parmi la Cour ;
On n'y fait point les artifices ,
Les inconſtances , les caprices.
Et les disgraces de l'Amour.
L'homme enfin là , peut se connoftre
Loin de ce qui peut faire naftre
Le faux qui trompe & qui ſéduit ,
NOVEMBRE. 1777 19
Il ſent les paſſions ſe taire ,
La vérité pure l'éclaire ,
Et la ſageſſe le conduit.
O lieux cheris ! heureux aſyles!
Puiffent enfin mes jours tranquilles
Etre fixés dans votre ſein !
Sage au fond de ma folitude ,
Goutant les charmes de l'étude ,
J'attendrai ſans crainte ma fin.
* EFFETS DE LA JALOUSIE.
L'AFFREUSE jalousie , ce monſtre qui ne
laiſſe après lui que des traces de ſang ,
• ſe repaît du plaiſir barbare de troubler
l'heureuſe félicité que procure l'hymen.
Le coeur de l'époux eſt l'aſyle qu'il ſechoifit
; plus l'épouſe a de charmes , plus les
coups qu'il porte font terribles. L'amitié
n'a plus d'attraits pour le malheureux infecte
de ſon venin; ſon ami le plus cher ,
lui porte ombrage; & dans la rage qui
le poſſede , ſon ſang ne lui coûte pas plus
que celui d'un autre à faire couler.
B2
MERCURE DE FRANCE.
Timor & Alindor , tous deux jeunes ,
tous deux amis , voyoient couler en paix
les jours les plus heureux. Doux épanchemens
, prévenances mutuelles , crainte
continuelle de ſe bleſſer , voilà les charmes
qui reſſerroient&conſtatoient une ſi chere
union. Ne voyant qu'eux ſeuls dans la nature
, ils ne vivoient que pour eux ſeuls.
Les plaiſirs purs dont ils jouiſſoient faifoient
leurs délices ; ils furent heureux
tant que le poiſon de l'amour ne ſe gliſſa
pas dans les coeurs. Dès ce malheureux
moment , la mort farouche & envieuſe ,
vint ombrager leurs jours des plus affreu
ſes couleurs.
Une jeune beauté, à- peu- près de leur
âge , habitoit un château voiſin de leur
demeure. Vertus , ſageſſe , agrémens ,
c'étoient - la les dons qu'elle avoit reçus ,
tant de là nature que de ſa bonne éducation.
Ces talens ſi précieux ne furent pas
long temps enſévelis dans le filence , la
renommée trop jalouſe de les publier ,
en avoit déjà averti pluſieurs coeurs , qui ,
ſecrétement , brûloient des feux qu'allumoit
la jeune Zélamire ( tel étoit fon
nom) ; celui d'Alindor fut de ce nomNOVEMBRE.
1777. 21
bre. Le voiſinage lui procuroit les moyens
de ſe mettre le premier ſur les rangs. Il
vole aux pieds de Zélamire, lui rend ſes
hommages , & revient entierement épris
de ſes charmes .
:
Timor gémiſſoit en ſecret de ce noeud
qu'il voyoit ſe former; le ciel ſembloit
lui préſager le funeſte coup qu'il devoit
porter. Hélas ! la mort creuſoit déjà le
tombeau de ces deux mortels infortunés .
Enfin , Alindor combattu entre les confcils
de ſon ami , & l'amour qui le brûle pour
Zélamire , ſe ſoumet aux loix de ce terrible
deſpote. Cette beauté n'avoit point reçu
de la nature un coeur inſenſible ; elle goûte
les déclarations de ſon amant ; & après
deux moins de ſoins affidus , il obtient la
main de ſa maîtreſſe. Les noces ſe font
avec l'appareil le plus ſomptueux. Les
deux familles charmées de çette union qui
ſembloit annoncer l'avenir le plus heureux,
ſe livroient à cette gaieté pure & naïve
que procute un contentement parfait. Le
ſeul Timor montre un viſage où quel,
que choſe de ſiniſtre eſt dépeint ; une pro
fonde mélancolie ſe découvre en lui , malgré
le voile de l'enjouement dont il
cherche à la couvrir : ſe jeter dans ſes
bras , lui faire mille careſſes pour ar-
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
!
racher de fon coeur le trait qui le bleſſoit ,
tels furent les premiers mouvemens de
ſon cher Alindor. Quoi ! lui dit-il , n'estu
plus le même à mon égard ? que t'ai-je
fait ? le bonheur de ton ami pourroit - il
te cauſer quelque chagrin ? Tandis que
tout reſpire ici la joie, qui peut donc te
forcer à t'abîmer dans la douleur ? Je ne
reconnois plus Timor. Autrefois , ſi la
proſpérité ſembloit me fourire , cet ami
en reſſentoit plus que moi les charmes ;
maintenant qu'elle me comble de ſes plus
douces faveurs ; aujoud'hui qu'elle fe
montre à moi pleine d'attraits ; enfin , aujourd'hui
que mon coeur poſſede ce qu'il
y a de plus parfait ( Zelamire ,) ce même
ami' reſte froid & immobile.
1
Timor , à ces doux reproches , arroſe
de ſes pleurs le viſage de ſon ami collé
ſur le ſien. Rompant enfin le filence, il
prononça ces mots entrecoupés: je te l'ai
dit, cher Alindor, cet hymenée me préſage
quelque choſe de ſiniſtre. Combien
de fois ai - je voulu m'oppoſer à ces feux
dès leur naiſſance ? Mais l'amitié la plus
folide tient-elle contre l'amour ? Elle te
retint cependant quelque temps ; je me
réjouiſſois même en ſecret des effers qu'elle
produiſoit ; mais hélas ! la jeune Zélamire
NOVEMBRE. 1777. 23
avoit trop de charmes ; elle demeuroit trop
près de nous. Tu voles à ſes pieds enchaîner
ton coeur. Ciel ! quel changement
j'apperçus en toi , quand tu fus de retour !
Encore rempli du tableau de ſes attraits ,
je te parlois , tu ne m'écoutois pas ; j'employois
les noms les plus doux de l'ami.
tié , tu étois inſenſible ; enfin , tu revins
de ce delire : eh ! que m'apprends - tu ?
que la main de ton amante t'eſt promife....
que ton coeur n'eſt plus à toi. Ce
jour est choisi pour vous unir Sois heu
reux , cher ami Pour ton cher Timor ,
ſes beaux jours ſont écoulés ; il t'aimera
toujours. Zélamire ſera mon amie ; en
elle je reverrai mon cher Alindor. Mais
c'eſt affez nous entretenir emſemble : retournons
prendre part aux plaiſirs de cette
journée ; je vais faire enforte de ſurmonter
mon chagrin & de tromper les yeux.
۱
A ces mots , il prend la main de fon
ami , & le conduit dans l'aſſemblée. Leur
abfence s'étoit fait remarquer. Zélamire
en fait un doux reproche à fon mari , un
léger prétexte le tire d'embarras Ces
deux jeunes époux paſſerent enſemble le
plus agréablement les premieres années
de leur mariage. Timor oublioit déjà
fes craintes , & les traitoit de chimeres ;
1
B 4
24 MERCURE DE FRANCE,
:
1
il étoit même le premier à en plaiſanter
avee' Alindor & Zélamire , quand l'affreuſe
jalouſie s'empara du coeur de ce
premier. Son malheur vint de ce qu'il
aimoit trop ſa chere épouſe ; peut être
que ſi elle eût eu moins de beauté , ele
eût été moins dangereuse pour ces deux
amis Timor , incapable de trahiſon , ſe
tenoit toujours en garde contre fes agré
mens , & les feux qu'elle pouvoit exciter.
Content des plaiſirs chaſtes de la douce
amitié , il étouffoit tout ſentiment d'amour
. Alindor , déjà ſecrétement dévoré
par la jaloufie , ſe choquoit de la moindre
liberté ; il prit ombrage de l'honnête
familiarité de ſon ami , que lui - même
avoit autorisée. Le portrait de ſa femme
infidelle le ſuivoit par- tout ; & , qui accufoit-
il de porter préjudice à fon repos ?
Le croira - t - on ? ( Timor ! ) Il ne voyoit
plus en lui qu'un amant paſſionné de Zé
lamire, qu'un ennemi cruel , enfin qu'un
monſtre fait pour empoiſonner ſes jours ,
& le déshonorer. Il ſe retraçoit quelque
fois les difcours que lui avoit tenus Timor
, le jour de fon mariage ; il ſe perfuadoit
y trouver la ſource des feux dont
il le croyoit dévoré ; enfin , tout lui certi
fioit que cet ami n'étoit plus qu'un traître ,
NOVEMBRE. 1777 25
:
ن
fait pour fouffler la diſcorde , & qu'il
devoit immoler à ſa tranquillité En conſéquence
, il le prend unjour en particulier
, lui fait le détail des circonstances où
ſes vifions , le lui ont repréſenté tramant
quelque complot à ſon deſavantage ; & ,
fans lui donner le temps de s'expliquer :
Traître , tu périras , lui dit - il , ſonge à
défendre tes jours , ou à m'arracher la
vie. Et en même temps , il fond, l'épée
à la main , ſur Timor , qui , plus
modéré que ſon ami , s'attachoit uniquement
à parer ſes coups. Alindor, furieux
d'une réſiſtance auſſi opiniâtre , redouble
de rage , & én porte un au malheureux
Timor , qui l'étend à ſes pieds. Cher
Alindor , lui dit-il , d'une voix mourante ,
tu vois vérifier ce que je t'ai dit tant
de fois. Je pouvois t'ôter des jours que
ton emportement t'empêchoit de conferver:
ma modération me cauſe la mort;
mais apprends avant que j'expire , que
Timor meurt innocent ; il t'aima toujours.
Il eut des ſentimens que jamais
il ne viola. Puiſſe tu vivre heureux ,
cher ami, puiſſent les remords ne jamais
troubler ton repos ! puiſſent enfin mes
mânes ſe renfermer dans ma tombe
: : 1 B5 1
1
:
26 MERCURE DE FRANCE.
& ne jamais te reprocher ma mort! C'en
eft fait.... je ſuccombe.... adieu....
Ce malheureux ami n'eut pas plutôt
rendu le dernier foupir , qu'Alindor
oubliant toute animoſité , s'abandonne à
la douleur la plus amere; il fe jette ſur
le corps de Timor , l'arroſe de ſes pleurs ,
&, de fon fouffle , cherche à le raminer.
Mais il n'étoit plus temps ; il n'offroitplus
qu'un cadavre pâle & fanglant. Alindor
voyant tous fes efforts inutiles , s'arrache
de deſſus ce reſte ſi cher du malheureux
Timor , & va ſe préſenter à Zélamire le
trouble & le déſeſpoir peints ſur le viſage.
Il ſe jette aux pieds de cette chere épouſe.
Cette tendre amie , frappée de le voir en
cet état , & ne voyant point Timor avec
lui, eut un funeſte preſſentiment de ce
qui venoit de ſe paſſer; elle put à peine
prononcer ces mots entrecoupés : Ah !
malheureux époux ! que dois -je penſer de
l'état ou je te vois ?... Mais , Timor
où eft-il ?.. Il n'eſt plus , s'écrie Alindor !
tu vois en moi ſon meurtrier.... Il n'en
dit pas davantage , & tombe à ſes pieds.
Pour Zélamire , dont l'ame ſenſible resfentoit
vivement les impreffions de la douleur
, prête à s'évanouir , ce mot de meurtrier
la ranime ; elle s'arrache d'auprès de
...
NOVEMBRE. 1777. 27
fon époux , & va donner ſes ordres pour
faire chercher Timor & le faire rappeler
à la vie , s'il en eſt encore temps ; mais ,
qu'apperçoit - elle ? Des gens du Chateau ,
conduits par hafard vers l'endroit où s'étoit
livré le combat , trouvent ce malheureux
étendu mort, baigné dans fon fang , &
c'étoit lui qu'ils apportoient & préſentoient
aux yeux de Zélamire Que ce ſpectacle
fut touchant pour elle ! Combien elle verſa
de larmes ſur cette victime infortunée ,
facrifiée à ſes charmes !
Alindor revenu de ſon accablement ,
entend retentir de tous côtés des cris &
des gémiſſemens. Ne doutant point de ce
qui les occaſionne , il s'arme de fon épée ,
teinte du ſang de Timor , &court avec précipitation
, le déſeſpoir dans le coeur , pour
s'immoler fur cet endre ami ;Zélamirel'apperçoit
, & fe doutant de ſon deſſein: Arrête
, lui-crie-t-elle; c'eſt aſſez d'un meurtre
: viens plutôt mêler tes larmes aux
miennes. Arrête , au nom de la tendreſſe
que j'ai pour toi. Elle commande en
même - temps à ſes gens de le défarmer.
Ce ne fut pas fans peine qu'ils en vinrent
à bout ; le ſang qu'il avoit fait couler
ſembloit lui demander le ſien. Cédant
enfin à la force: chere épouſe , s'écrie-
F
28 MERCURE DE FRANCE.
t - il , peux - tu me chérir encore , moi
qui n'ai pas craint de ſoupçonner ta vertu ?
Ce malheureux ami , dans ſon filence lugubre
, dépoſe vivement contre moi. La
mort prompte que je voulois me donner
eſt trop douce pour le venger ; il faut
d'autres tourmens ; il faut que je devienne
la proie du remords; il faut qu'il me confume
lentement , & qu'il creuſe mon tombeau.
Déformais la douleur habitera mon
coeur ; je ſouffrirai , ſans me plaindre ,
les maux qu'elle me fera fouffrir ; il faut
enfin que je vive pour que tu me déteſtes.
Ah , Zélamire ! qu'ai je fait! je n'ai pas
eu honte de ſoupçonner la plus tendre&
la plus chafte des épouſes. Où ſont ces
heureux momens où , prêts à ſubir les loix
d'un doux hymen , je te diſois qu'en cimentant
notre union , nous allions voir cimenter
notre bonheur? Dans quel abîme
affreux me ſuis -je précipité! Malheureux
Alindor ! tu as toi-même troublé la félicité
dont tu jouiſſois: les ſanglots qui le ſuf.
foquoient l'empêcherent d'en dire davantage.
i
Zélamire , pendant qu'il parloit , partageoit
ſes pleurs entre la mémoire de fon
ami Timor , & les fanglots de fon époux.
Après lui avoir fait promettre de ne plus
NOVEMBRE. 1777 29
attenter ſur ſes jours , de concert avec
lui , elle ordonna les funérailles de Timor.
Si les morts peuvent être encore ſenſibles
aux regrets qu'ils occaſionnent ,
Timor dût certainement être touché des
pleurs qu'il fit verſer : généralement aimé
& eſtimé , la douleur la plus fincere l'accompagna
à ſon dernier afyle.
Timor au tombeau ! quelle ſolitude
affreuſe pour ces deux jeunes époux! Accoutumés
à nommer Timor , à le voir ,
à jouir de ſes accents , ils ne le retrouvoientplus.
Son nom, triſtement prononcé,
ſe perdoit dans l'air ; on ne l'entendoit
plus répondre. Sa tombe étoit voiſine du
château. A peine la nuitjetoit - elle fur
la nature fon obfcur rideau , qu'Alindor ,
conduit par ſes regrets , gagnoit triſtement
ce funeſte ſéjour , & le rempliſſoit de ſes
plaintes. Il appaiſoit les manes de Timor ,
en leur offrant les tourmens que lui caufoit
ſa vive douleur ; il revenoit enſuite
dans les bras de Zélamire , retracer les
fombres couleurs qu'il y avoit puiſées. Zélamire
, elle - même , quand le temps étoit
ferein , accompagnée de fon époux , dirigeoit
ſes pas vers cet endroit ; & réunisfant
leurs fanglots , ils arrofoient de leurs
larmes la cendre de leur malheureux ami.
30 MERCURE DE FRANCE.
Si , dans ces momens conſacrés à la dous
leur , Zélamire, jetoit un regard tendre
fur fon époux , il croyoit y voir un reproche
tacite des ſoupçons qu'il avoit
oſe former contre ſa vertu. Alors , une
main vivement appuyée ſur ſon ſein , &
l'autre étendue vers le tombeau , il lui
montroit tous à la fois , & le ſiege & la
cauſe de ſes maux.
•
Enfin , le coeur du malheureux Alindor
, trop tourmenté & trop ulcéré , n'offroit
plus d'alimens à la douleur; depuis
un an, il gémiſſoit fous ſon emire ; fon
ami le redemandoit du fond de ſon cer.
cueil : il étoit temps qu'il le rejoignît.
Il expira en prononçant les noms de Timor
& de Zelamire; la foſſe de Timor
ſe rouvrit encore une fois pour le res
cevoir.
Zélamire reſtoit ſeule; elle avoit efſſuye
deux aſſauts trop rudes pour ſe promettre
de longs jours. De cette folitude , autrefois
ſi gaie & fi agréable , elle s'en fit un
vaſte tombeau , dont elle ne s'arrachoit
que pour donner des larmes aux reſtes
infortunés de Timor & d'Alindor. La
mort qu'elle appelloit à grands cris , vint
enfin la réunir à tout ce qu'elle aimoit:
elle fut placée auprès de fon cher époux.
NOVEMBRE. 1777. -3
4
Sort barbare , qu'avoit fait cette malheureuſe
victime de ta férocité ? Cauſe
innocente des infortunes arrivées dans
cette union , tu la réſerve pour le dernier
coup , le plus affreux de tous C'eſt ainſi
que l'infernale jalouſie , de ce lieu autrefois
plein d'attraits , en a fait le plus affreux
ſéjour de la nature. :
Par M. de Fayolle , Offi. d'Artil.
ÉPITRE DE M. DE VOLTAIRE * ,
}
A Mademoiselle LE COUVREUR.
L'HEUREUX talent dont vous charmez la France ,
Avoit en vous brillé dès votre enfance ;
Il fut dès - lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaiſiez même ſans le ſavoir.
Sur le Théâtre heureuſement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empleſſés,
Vous récitiez , par la nature inſtruite ;
C'étoit beaucoup , ce n'étoit pas affez.
(*) Cette Piece n'est point imprimée dans le Recueil
des Oeuvres M, de, Voltaire.
32 MERCURE DE FRANCE.
Il vous falloit encore un plus grand Mattre
Permettez -moi de faire ici connoître
Quel eſt ce Dieu de qui l'art enchanteur
Vous a donné cette gloire ſupreme ;
Le tendre Amour me l'a conté lui-mêmes
On me dira que l'Amour eſt menteur;
Hélas ! je ſais qu'il faut qu'on s'en défie
Qui mieux qui moi connoſt ſa perfidie ,
Qui ſouffre plus de ſa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie
Mais cette fois il dit la vérité.
و
Ce même Amour , Vénus & Melpomene
Loin de Paphos , faisoient voyage un jour
Ces Dieux charinans vintent dans un ſéjour
Où vos appas éclatoient ſur la ſcene!
Chacun des trois , avec étonnement ,
Vit cette grace & fimple & naturelle ,
Qui faisoit lors votre unique ornement.
Ah ! dirent-ils , cette jeune mortelle
Mérite bien que , ſans retardement ,
Nous répandions tous nos tréſors ſur elle.
(Ce qu'un Dieu veut ſe fait dans le moment).
Tout auffi - tot , la tragique Déeſſe
Vous inſpira le goût , le ſentiment
Le pathétique & la délicateſſe.
Moi , dit Vénus , je lui fais un préſent
Plus précieux , & c'eſt le don de plaire :
Elle accroftra l'empire de Cythere ;
A fon aſpect , tout coeur fera trouble ;
Tous
NOVEMBRE. 1777. 33
Tous les eſprits viendront lui rendre hommage.
Moi , dit l'Amour, je ferai davantage :
Je veux qu'elle aime. A peine eut - il parlé ,
Que dans l'inſtant vous devintes parfaite.
Sans aucun ſoin , ſans étude , ſans fard ,
Des paſſions vous fûtes l'interprete ;
O ! de l'Amour adorable ſujette ,
N'oubliez point le fecrét de votre art!
STANCES
( SUR l'Alliance renouvellée entre la France
& les Cantons Helvétiques , jurée dans
l'Eglise de Soleure , le 25 Août 1777.
QUELLE eſt dans ces lieux Saints cette folemnité
Des fiers enfans de la victoire ?
Ils marchent aux Autels de la fidélité ,
De la valeur & de la gloire.
Tels on vit ces Héros qui , dans les champs d'Ivri ,
Contre la ligue , Rome , & l'enfer & ſa rage ,
Vengeolent les droits du Grand Henri ,
Et l'égaloient dans fon courage.
C'eſt un Dieu bienfaisant , c'eſt un Ange de paix
Qui vient renouveller cette auguſte Alliance :
C
34 MERCURE DE FRANCE.
Je vois des jours nouveaux marqués par des bienfaits ,
Par de plus douces moeurs , & la même vaillance .
On joint le caducée au bouclier de Mars ,
Sous les aufpices de Vergenne.
O Monts Helvétiens ! vous êtes les remparts
Des beaux lieux qu'arroſe la Seine.
Les meilleurs Citoyens font les meilleurs Guerriers ;
Ainſi Philadelphie étonne l'Angleterre ,
Elle unit l'olive aux lauriers .
Et défend fon pays en condamnant la guerre.
Si le Ciel la permet , c'eſt pour la liberté.
Dieu forma l'homme libre alors qu'il le fit naftre ;
L'homme émané des Cieux pour l'immortalité ,
N'eut que Dieu pour Pere & pour Maître.
On eft libre en effet ſous d'équitables Lois ;
Et la félicité , s'il en eſt dans ce monde ,
Eſt d'être en ſureté dans une paix profonde ,
Avec de tels amis & le meilleur des Rois .
Par M. de Voltaire.
NOVEMBRE. 1777. 35
•
::
LE BERGER INGENU.
ROMANCE.
UNE
ECOUTEZ.
BERGER.E.
COUTEZ , cheres Compagnes
Les plaintes du beau Miſis ;
Il erre dans nos Campagnes ,
Comme l'Amant de Procris .
Il ſoupire dans la plaine,
Il pleure dans les forêts;
Les échos m'ont dit ſa peine
Et ſes amoureux ſecrets .
MISIS.
L'autre jour vers la prairie ,
Je conduifois mon troupeau:
Sur une Chanſon jolie ,
J'accordois mon chalumeau.
Un bruit frappe mon oreille
Dans le bocage voiſin ;
C'eſt un enfant qui ſommeille,
Que j'éveille ſans deſſein.
De ma faute involontaire ,
Je l'entendois murmurer :
Moi , trop craintif de déplaire ,
Je voulus la réparer.
Ca
36 MERCURE DE FRANCE.
1
J'avance d'un pas rapide
Juiques au fond du bofqnet ;
J'offre d'une main timide ,
Ma houlette & mon bouquet.
Bel enfant , prenez ces roſes ,
Lui dis-je d'un ton bien doux ,
Elles font fratches écloſes ,
Et vermeilles comme vous.
Appaiſez votre colere ,
Le ſommeil va revenir ;
De ma marche peu légere,
Vos pleurs ſavent me punir.
Hélas , qui pourra le croire ?
Cet enfant devint cruel :
Avec un air de victoire ,
Il me porte un coup mortel l
Tu vois , dit- il , mon adreſſe ,
Moins que toi je fais du bruit :
Qui m'éveille je le bleſſe ;
Mais qui m'endort me détruit.
:
A ce perfide langage , -
Qui ne reconnoit l'Amour ?
Est- ce un Berger de fon age
Qui m'auroit joué ce tour ;
Je ſouffre de ma bleſſure ;
Et mon mal , c'eſt le déſir :
Quand je vois Alcimadure ,
Je crois que je vais mourir.
Par Madame de Montanclosi
NOVEMBRE. 1777. 37
ROMANCE.
AJK : L'Amour m'a fait la peinture , &c.
JA'ADDOORROOIISS une Bergere
Qui regne encor fur mon coeur ;
Ma gloire étoit de lui plaire ;
Mais le fort toujours contraire ,
Fut jaloux de mon bonheur.
Par le Dieu de la tendreſſe ,
Nos deux coeurs étoient unis :
Nous coulons dans cette ivreſſe,
Des jours exempts de triſteſſe;
Hélas ! ces jours font finis.
Le ſecret dans le filence ,
Voiloit nos tendres amours ;
Mais la noire médiſance
Rompit notre intelligence ,
Et mit fin à nos beaux jours.
Dieux ! qu'elle fut l'injustice
De nos ennemis mortelst
Notre union fans malice ,
!
A leurs yeux ne fut qu'un vice ,
Et l'on nous dit criminels.
1
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
-
\
Victimes infortunées
De ces dangereux ferpens ,
Nos deux ames enchaînées ,
Furent des -lors condamnées
A languir dans les tourmens.
Pour défarmer leur furie ,
Il fallut nous ſéparer ;
En m'éloignant de Sylvie ,
Si je ne perdis la vie,
Je la paſſe à ſoupirer.
Mais un fort auſſi contraire ,
N'a pas pu tout me ravir ;
En dépit de ſa colere ,
De l'Amante qui m'eſt chere ,
Je garde le ſouvenir.
Par M. Lavielle , de Dax.
STANCES imitées de l'Italien de Pé
tarque , à l'occaſion d'une absence.
J''AAIIMMEE la jeune Hélene ,
Elle a fixé mon coeur.
Aimer , eſt - ce une peine ?
Aimer , hélas ! eſt un bonheur ?
Ah ! pourquoi ſi c'eſt peine ,
Le plus léger foupir
L
NOVEMBRE. 1777 39
Que vers moi pouſſe Helene ,
Me cauſe -t - il tant de plaiſir ?
Si c'eſt , comme on l'aſſure ,
Un plaiſir fi charmant ,
Eh ! d'où vient que j'endure
Loin d'elle un ſi cruel toutment?
1
Par M. de la Moligniere.
IMPROMPTU.
SUR une Fête donnée au Val , par Madame
la Ducheſſe de Ch*** , le 24 Août
1777-
QU'ADMIRONS- NOus le plus dans ce charmant ſéjour ,
Où des jeux & des ris ſe tient l'aimable cour ?
C'eſt une tendre mere , une épouſe adorée ,
Aux beaux Arts , aux talens , à ſes devoirs livrée ,
Qui , ſenſible & modefte au sein de la grandeur ,
Dans le bien qu'elle fait , ſait trouver le bonheur.
Du plus illuſtre ſang elle a reçu la vie ;
Sous les traits de Ch*** , c'eſt Minerve embellie.
Livrons - nous à la joie , au gré de ſes deſirs , 1
L'aſpect de ſes vertus ajoute à nos plaiſirs.
Par M. Baudouin , Négociant.
2
C4
40 MERCURE DE FRANCE.
A Monsieur ELIE DE BEAUMONT,
Sur la Fête des Bonnes Gens , qu'il
venoit de faire célébrer dans sa Terre
de Canon.
DE tes Bonnes - Gens de Canon ,
Combien j'aime la Fête & l'innocence pure !
Que je chéris la main qui couronne leur fronr
Des guirlandes de la nature !
Ici , c'eſt un bon pere au ſein de ſes enfans ,
Un vieillard que bénit ſa nombreuſe famille ;
A ſes côtés inarche une bonne fille ,
Qu'arroſent de leurs pleurs ſes peres indigens,
Tels font les Héros d'une Fête ,
Qui pour ton coeur a mille appas ;
Je m'en étonne peu , quand je vois à leur tête
Le défenseur des Calas.
: い
Par M. L. D. R.
NOVEMBRE. 1777. 41
VERS.
A Madame la Vicomteſſe DE BONNEVAL
, par M. Jon fils , jeune Ecolier
de Soreze , fur le paſſage DE MONSIEUR
.
QUAN UAND toute la France applaudit ,
Maman , vous ferez affligée !
Oui , le Prince qui l'embellit
Elt venu dans cette Contrée. !
C'est bien pour nous qu'il eſt venu ;
Mais je crois ne l'avoir pas vu :
Petit corps a peu d'avantage;
Je peſtois & je faifois rage
Dans le tourbilon confondu :.
Oh ! pour combien j'aurois voulu ,
Dans ce moment , ette ſon Page !
Nos Princes font trop entourés .
Entre tous ces Meſſieurs dorés ,
On auroit peine à les co nattre ,
Sans ce regard plein de boné,
Ce doux rayon de Majeft:,
Qui de nos coeurs ſe rondte maître.
Paez Meffieurs les Court lans ,
Je vous tire ma révér nce ;
1
C5
MERCURE DE FRANCE.
Je ſuis fort petit , vous fort grands ,
Mais je donne la préférence
Aux Muſes , aux Arts , aux Talens ,
Du Prince le plus beau cortege.
Pendez - vous que j'aurai mon tour,
Que je vous ferai nargue un jour ,
Quand , au ſortir de ce College ,
Ils m'introduiront à ſa cour.
---
L'AMANT DU VILLAGE.
JoUPIN , tu regnes dans le Cieux ,
Tu tiens dans tes mains le tonnerre ;
Mais je puis ici vivre heureux ,
Sans porter aux humains la guerre.
Ne crois pas que j'ambitionne
Le brillant éclat de ton Trône ;
J'aime mieux voir couler mes joupe
Dans le pays de mes amours .
:
Mon olympe eſt dans ce Hameau ,
J'y vis auprès de ma Maſtreſſe ;
Toujours quelque plaiſir nouveau
Vient ajouter à ma tendreſſe .
Là , tout ce qui nous environne
Paroft ſous un aſpect riant ;
لا
NOVEMBRE. 1777. 43
Nons jouiſſons paiſiblement
Des plaiſirs que l'Amour nous donne.
Parcourons - nous le bord des eaux ,
Je vois ma naïade chérie ,
Quitter les paiſibles ruiſſeaux
Pour folâtrer dans la prairie.
Si nous allons dans les forêts ,
L'aimable Dieu de la tendreſſe ,
Brillant de ſes divins attraits ,
Suit tous les pas de ma Déeſſe.
Je ſens que j'aimerai toujours
Ce lieux où je vois ma Sophie ;
Ces bois , cette vaſte prairie ,
Témoins ſecrets de nos amours.
Quand je ſerois dans l'Elysée ,
Je ne pourrois vivre content
Sans te bannir de ma pensée ,
Toi que j'aime fi tendrement.
Vous qui vous êtes vu trahir
Par une ingrate trop chérie ,
Perdez le cruel ſouvenir
De ſon odieuſe perfidie.
?
1
Mais moi qui poffede le coeur
D'une Amante aimable & fidelle
Puis - je avoir un plus grand bonheur
Que celui de vivre auprès d'elle ?
Par M. Giroti
1
44 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume d'Octobre.
LE mot de la premier Enigme eſt l'Oreille
; celui de la ſeconde eſt le Soleil ;
celui de la troiſieme eſt la Rose. Le mot
du premier Logogryphe eſt Rideau , dans
lequel on trouve ire , air , l'eau , ride ,
rude , re , rive , ver , rue , rave ; celui
du ſecond eſt Chateau , où se trouvent
chat & eau ; & celui du troiſieme eſt Bateau
, où l'on trouve bât & eau .
Je
ÉNIGME.
E fuis , Cloris , un être affez énigmatique ,
Etre ſouvent moral , & quelquefois phyſique.
Moral , j'ai pour Auteur , ou l'Hymen , ou l'Amour ;
C'eſt un charme , dit - on , quand je reçois le jour ;
Les plus riantes fleurs compofent ma ſtructure :
L'on vit en fon berceau moins briller la nature.
* Sur- tout dès qu'on te voit , Cloris , je ſemble doux ;
Mais pour un ſeul heureux , je fais mille jaloux .
Si comme être phyſique enfin tu m'examines ,
Aux emplois les plus doux ſouvent tu me deſtines.
Je couronne tantôt l'albare de tes bros
NOVEMBRE . 1777 45
Tantot je ſuis voiſin des plus charmans appas.
Près des roſes , des lys , ta main fixe ma place.
Juutiles faveurs , pour un être de glace ;
Par M.le Méteyer
Ο
AUTRE.
N ne me voit jamais fans chien ;
De tous mes attributs c'eſt le plus néceſſaire ;
Avec lui je ſuis tout , ſans lui je ne ſuis rien ,
Je ne ſuis plus qu'une chimere ;
Ce chien ne vit que de pierre ;
Et toute fois ; malgré ce ſtérile aliment,
Pour peu qu'on l'inquiette , il s'enflamme à l'inſtant ,
Et fans aboyer nullement ,
Il eſt tout feu dans ſa colere.
Par M. V...
)
M
AUTRE.
ON corps ſeul m'appartient , ma queue eſt étrangere
;
Sans elle , toutefois , je ne puis plaire aux yeux ;
Au lieu qu'aide de ce poids néceſſaire ,
Je puis m'élever de la terre
16 MERCURE DE FRANCE.
:
juſques à la voûte des Cieux ,
En jetant ſur ma toute un éclat merveilleux.
Faut - il hélas ! qu'une chure prochaine
Me rappelle mourant aux lieux où j'étois né.
Ainſi finit mon exiſtence vaine ;
Il eût autant valu n'avoir jamais été ! ..
Par le même.
LA
LOGOGRYPH Ε.
A foif de s'emparer de ma premiere part ,
A dépeuplé l'Europe , ainſi que l'Amérique.
La ſeconde eſt l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impoer , elle a recours à l'art.
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je m'explique.
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le reſte eſt un mal qu'un rien nous communique.
L'effet en eſt terrible , & bien ſouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon.
Par M. Bouvet , à Gifors.
L
1
i
Novembre . 1777 . 47. 1
1: AIR
Paroles et musique de M². Cloz .. d' Estampes:
Que l'amour soit
3
un
Dieu perfide qui cache:
un por-- son sous
+
des fleurs;
que son air si doux
3
-
27
25
7m7i22__ de ne soit: -
qu'un masque à ses novr = :
48 .
Mercure de France .
!
= ceurs ; Vous devries dans:
le mis_te__re te__nir ce:
se__cret im-portant ; - A=
= minthe, toujours , tow-j-ours:
u_ne me__re cache les
deffauts de son en-fant.
de son enfant.
NOVEMBRE. 1777. 49
D
AUTRE.
ès le commencement du Monde ,
Lecteur, j'exerce mon pouvoir.
Malgré ſa ſcience profonde ,
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je ſuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Aufſi je ſuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne ſe peut quelquefois qu'a peine ſupporter.
Eu me privant de mon pied de derriere ,,
Je ſuis un mot qu'on répéte au Parterre ,
Si l'on eft content de l'Acteur ;
:
Je puis offrir de plus un ton de la Muſique :
Enfin , tu vois , Lecteur , un titre honorifique ,
:
Qui , chez les Turcs , déſigne un grand Seigneur.
Par le méme.
1
P
UTRE.
RIS tout entier , Lecteur , je suis un Minéral,
Un- membre à bas , je ſuis un Végétal;
Coupe - m'en deux , je peux t'oter la vie ,
On te la conſerver ſur un Fleuve en furie ;
Coupe m'en trois , etre immortel ,
J'afpire aprés ta mort au bonheur éternel.
)
Par M. Boucher.
D
50 MERCURE DE FRANCE.
ง
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les vrais principes de la Lecture , de l'Or.
thographe & de la prononciation Francoise
, de fen M. Viard, revus & augmentés
par M. Luneau de Boisjermain
, Ouvrage utile aux enfans , qu'il
conduit par degrés de l'alphabet à la
connoiffance des regles de la prononciation,
de l'orthographe , de la ponctuation
, de la Grammaire , de la proſodie
Françoiſe, & des premiers élémens
de l'hiſtoire & de la géographie ;
trois parties in 8°. Prix 2 liv. 14 ſols
brochées , port franc. A Paris , au
Bureau de l'abonnement littéraire ,
hôtel de la Fautriere , rue & à côté de
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Durand, Libraire, rue Galande ; Bastien
, Libraire ; rue du Petit-Lion
1778.
..
CETTE édition ne reſſemble à celles qui
l'ont précédée , que par la forme ancien
nement adoptée pour cet Ouvrage. La
٢٠٠
NOVEMBRE. 1777. St
premiere & la feconde partie ſont refaites
preſque en entier. Pluſieurs Inſtituteurs
éclairés , qui ont aidé l'Editeur de leurs
conſeils , lui ont ſuggéré la plupart des
changemens & des additions nouvelles
qui s'y trouvent. Ainſi, ce livre utile ,
dont feu M. Viard eſt le premier & le
principal Auteur , eſt encore l'ouvrage
de pluſieurs mains habiles qui ont contribué
à le perfectionner.
::
S
Rien de plus clair & de plus aifé que
cette méthode. Son objet principal eſt
de ſimplifier le travail de l'inſtruction ,
& de la mettre à portée de toutes les
perſonnes chargées d'élever des enfans ,
ou qui font dans le cas d'inſtruire ellesmemes
les leurs , par l'impuiſſance ou
elles peuvent être de trouver des Maîtres
fur leſquels elles puiſſent ſe repoſer de ce
foin. Dans cetre vue , chaque leçon , des
tinée pour l'enfant , eft précédée d'une
inftruction pour la perſonne qui lui enſeigne
à lire. Ces inftructions indiquent
la maniere dont chaque leçon doit être
donnée.
:
!
On ne s'étoit pas affez appliqué jusqu'ici
, à faire connoître aux enfans le
fon propre à chaque voyelle , & celui
qu'elle communique à chaque conſonne, !
☑
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'elle eſt ſuivie d'une voyelle ou
d'une diphtongue , ou lorſqu'elle en eft
précédée On ne s'étoit pas plus occupé
de les inſtruire de l'uſage auquel chaque
lettre eſt deſtinée. Cette négligence ſe
trouve pleinement réparée dans la premiere
partie de cette nouvelle méthode.
On y trouve d'abord un alphabet de
voyelles , où chacune de ces lettres eſt
répétée autant de fois qu'il y a de manieres
de la prononcer. Vis - à - vis de la
colonne qui renferme cet alphabet , eſt
une autre colonne où ſont placés , vis - àvis
de chaque voyelle , des mots qui offrent
des exemples des différentes nuances
de la prononciation de chacune d'elles.
Ainſi , la terre e ſe prononce de cinq manieres
; dans Rome , jubé , me - re , accès
, & tê - te . Cette colonne n'eſt point
deſtinée pour l'éleve; mais pour l'inftituteur
, qu'elle doit guider dans la maniere
de faire prononcer chaque fon à l'enfant
, à qui on ne doit montrer que la
premiere colonne. L'alphabet des voyel.
les eſt ſuivi d'un alphabet des diphtongues
, arrangé de la même façon & dans
le même eſprit ; après lequel vient celui
des conſonnes , rangées d'abord ſuivant
l'ordre qui leur eſt aſſigné dans l'alpha
1 1
NOVEMBRE. 1777. 53
bet , & enſuite felon le rapport qu'établit
entr'elles le ſon qu'elles forment. Le by
eſt rapproché dup , led dut , l'f duv ,
& ainſi du reſte. Suit un alphabet ou les
voyelles & les conſonnes font réunies ,
comme dans les alphabets ordinaires. Enfin
, un alphabet formé de voyelles , de
diphtongues & de conſonnes. On paſſe
enfuite aux ſyllabes , ou fons formés de
conſonnes unies aux voyelles & aux diphtongues
; & c'eſt ainſi qu'en très - peu de
temps on peut conduire chaque enfant ,
par une route fûre , à ſavoir lire couram-
, ment; ce qu'il doit être en état de faire
à la fin dela premiere partie. S'il ne le
fait pas , c'eſt que ſon eſprit eſt tardif,
,& que les leçons n'ont pas encore pu s'y,
' bien graver ; alors il faudra ſimplement
les lui faire recommencer.
La ſeconde partie conſiſte dans des
obſervations deſtinées à perfectionner la
lecture , & à donner en même temps des
principes généraux de l'orthographe &
de la prononciation françoiſes. La prononciation
y eſt en général bien indiquée.
Nous croyons cependant que les perſonnes
inſtruites & judicieuſes , ne conviendront
pas qu'on doive prononcer belle &
bonne , pour belles & bonne ; bonne à
A D3
54 MERCURE DE FRANCE.
:
manger , pour bonnes à manger ; & en .
core moins Chinoes , Gauloés , Artoes ,
boére , devoére , histoère ; au lieu de Chi
hois , Gaulois , Artois , boire , devoir ,
histoire. Cette prononciation eſt, à Paris ,
celle des enfans du peuple , & non des
perſonnes qui s'énoncent bien. La véri
table prononciation de ces mots approche
plutôt d'Artoua , histouare , &c.
Ellipse ne doit pas ſe prononcer non
plus comme s'il n'y avoit qu'une 1 ; mais
on doit faire ſentir les deux , ce qu'indique
aisément l'étymologie du mot.
:
;
:
La troiſieme partie et compofée d'une
fuite de petites pieces de lecture , ou
font renfermées les principales défini
tions des ſciences & des arts ; d'un abrégé
de Grammaire Françoiſe & de ponctuation
, & d'une introduction à l'étude
de l'hiſtoire & de la géographie , confi
ſtant dans l'explication des termes propres
à ces deux ſciences.
Malgré les légeres obſervations que
nous avons faites ſur une partie de cet
Ouvrage , nous pouvons aſſurer ceux qui
ont des enfans à élever, qu'il nous a pazu
préférable à tout ce qui avoit été publié
juſqu'à préſent ſur cette partie fon
damentale de l'éducation. :
NOVEMBRE. 1777. 55
•
Contrepoisons de l'arfenic , du fublime-corrosif
, du verd-de- gris & du plomb ; fuivis
de trois Differtations intitulées :
la premiere , Recherches Médico - Chymiques
fur différens moyens de diffoudre
le mercure , &c. La feconde , Exposition
des différens moyens d'unir le
mercure au fer , &c. La troiſieme ,
Nouvelle Obfervation fur l'ether , &c ;
par M. Pierre Touſſain Navier ,
Docteur en Médecine , Confeiller-
Médecin du Roi pour les maladies
épidémiques dans la Province & Genéralité
de Champagne , &c. 2 vol.
in - 12 , broches 4 liv. to fols. A Paris ,
chez la veuve Méquignon & fils , Libraires
, & chez Didot le jeune , 1727.
Avec approbation & privilege du Rơi.
(Se trouve à Amsterdam chez Rey &
f 3 : - de Hollande. i
Jamais Ouvrage n'a été publié plus
à propos , & dans une circonftance plus
favorable , que celui que nous annonçons
, précisément dans un temps où l'on
fait uſage trop inconſidérément, pour le
traitement des maladies , de remedes qui
devroient être bannis totalement de la
.: :
D 4
56 MERCURE DE FRANCE.
\
matiere médicale , tels que l'arſenic , le
fublimé corrofif, le verd-de - gris & le
plomb. Cet Ouvrage eſtun vrraaii antidote
contre une infinité de brochures qui paroiſſent
journellement , dont les Auteurs
font le plus ſouvent ignorés , & qui ne
tentent à rien moins qu'à introduire , pour .
les maladies , des traitemens plus à craindre
que les maladies mêmes M. Navier ,
qui s'occupe journellement de ce qui peut
tendre au bien de l'humanité , nous donne
une nouvelle preuve de ſon zele par la
publication de fon Ouvrage. Il eſt à fouhaiter
qu'il ait plus de ſuccès que les
différentes lettres que M. Buchoz a publiées
avec force en 1769 & 1770 , contre
le fublimé - corrofif , le verd de - gris &
l'arſenic ; mais peut - être à force de rebature
la même matiere , on viendra à
bout de diſſuader le public de l'uſage de
remedes auſſi pernicieux. Pour mieux
faire connoître l'Ouvrage de M. Navier ,
nous rapporterons tout au long le jugement
qu'en ont porté MM. les Commiſſaires
de la Faculté de Paris.
ود Nous avons été chargés , dit M.
Bucquet , par la Faculté , M. Malouin ,
M. Macquer , M. Déſeſſarts & moi ,
d'examiner un Ouvrage ayant pour tire :
NOVEMBRE. 1777. 57
Contrepoiſons de l'arsenic , &c. par Μ. Να-
vier , &c. L'Auteur fait connoître d'abord
la nature & les effets de chacun des poiſons
qui font l'objet de ſon travail. Il
cherche enſuite parmi les corps qui peuvent
ſe combiner par la voie hamide,
(la ſeule qui puiſſe avoir lieu dans l'intérieur
du corps humain) quels font ceux
qui les corrigent le plus parfaitement.
Les ſubſtances qu'il indique ſont faciles
à fe procurer , & ne peuvent nuire en aucune
maniere , comme la Faculté pourra
s'en convaincre , d'après le bon exposé
que nous avons cru devoir mettre ſous
ſes yeux. M. Navier traite de l'arſenic
dans la premiere partie de ſon Ouvrage ;
il trouve que cette eſpece de minéral
falin, peut fe combiner par la voie humide
, aux alkalis , au foufre , & même
aux matieres calcaires , & être corrigé
par ces ſubſtances . "
" Lorſqu'on jette du foie de ſoufre
en liqueur dans une diſſolution d'arſenic
faite par l'eau , il ſe fait à l'inſtant un
précipité, bleu , qui , étant mis à ſublimer
, produit un véritable orpin. Le foie
de ſoufre perd fon odeur au moment du
mêlange , ce qui prouve qu'il a été décompofé;
& en effet , M. Navier a re
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
connu que la plus grande partie de l'arfenic
s'unifſſoit au ſoufre , avec lequel il
formoit une eſpece d'orpin , beaucoup
moins nuiſible que l'orpin ordinaire , en
ce qu'il eſt beaucoup plus chargé de foufre.
Une petite portion d'arſenic reſte
dans la liqueur qui ſurnage le précipité ;
mais il eſt uni à l'alkali qui faiſoit partie
du foie de ſoufre , & ſe trouve confidefablement
adouci , comme M. Navier
s'en eſt aſſure. ”
ود
j
L'affinité qui exiſte entre l'arſenic
& le fer , a déterminé M. Navier à chercher
des moyens de combiner ces deux
ſubſtances par la voie humide. Il y eſt
parvenu enuniſſant d'abord le fer au foie
de ſoufre par la fuſion, ou en faiſant
détonner un mélange de nitre , de foufre
& de limaille de fer. Il fait diſſoudre le
foie de foufre martial dans l'eau ; la
diſſolution eſt verte ; mais en la mêlant
avec une diſſolution d'arſenic, elle perd,
cette couleur , & occaſionne un précipité
bien formé par l'unión de l'arſenic au
foufre & au fer. Le foie de foufre martial
a tant d'action ſur l'arſenic , qu'il fe
joint à cette ſubſtance , même lorſqu'elle
eſt diſſoute dans le lait. Dans le cas où
on n'auroit pas ſous la main du foie de ?
NOVEMBRE. 1777. 59
foufre ſimple ou martial, on peut détruire
les effets de l'arſenic par le moyen
des folutions de fer dans les acides : l'encre
même ſuffit au défaut d'autres folutions
ferrugineuſes. Il ſuffit de verſer
d'abord ſur l'arfenic un peu d'alkali qui
s'unit avec lui , & le met dans le cas
d'être enſuite ſéparé par les ſolutions
martiales acides avec le fer , deſquelles
il ſe combine dans le moment que l'acide
s'unit avec l'alkali. "
"
Y
D'après ces expériences , M. Navier
propoſe , pour les perſonnes empoisonnées
par l'arfenic , le traitement ſuivant. Il
fait boire beaucoup de lait , parce que
cette ſubſtance diſſout l'arfſenic auffi facilement
que l'eau , & qu'elle adoucit les
viſceres agacés. Il obſerve, à cet égard,
que l'arſenic , loin de coaguler le lait,
empêche au contraire qu'il ne ſe caille.
Il rejette l'huile, qui ne peut diſſoudre
l'arſenic. Après l'uſage du lait, M. Navier
conſeille de boire la ſolution du foie
de ſoufre alkalin ou calcaire , ou mieux
encore le foie de ſoufre martial , qu'il
fait prendre à la doſe d'un gros dans une
pinte d'eau chaude. On peut édulcorer
cette liqueur avec le ſucre. Si les malades
ont une repugnance invincible pour cette
: .
}
రం MERCURE DE FRANCE.
boiſſon , on peut faire prendre le foie de
foufre en pilules, à la doſe de cinq ou
fix grains , en obfervant de leur faire
boire par- deſſus un grand verre d'eau
chaude. On répete cela pluſieurs fois de
ſuite. Au défaut de foie de ſoufre , M.
Navier propoſe de faire boire aux malades
une leſſive légerement alkaline , ou de
l'eau de ſavon , & par- deſſus une diſſolution
de fer dans du vinaigre ou dans
tout autre acide , ou même de l'encre , ſi
on n'a rien de mieux. Enfin , il acheve la
cure par l'uſage du lait & des eaux fulphureuſes
chaudes , que l'expérience lui a
fait connoître comme très- propres à disſiper
l'engourdiſſement , la paralyfie &
les convulfions qui ſuivent les empoifonnemens,"
و
۱۰
Les remedes que M. Navier regarde
comme les plus propres à combattre les
effets du fublimé- corrofif , ſont les mêmes
qui combattent ceux de l'arfenic,
c'est - à - dire , les différens foies de ſoufre
qui décompoſent le ſel mercuriel , &
forment , par le tranſport de l'alkali fur
l'acide , un fel neutre non cauſtique; tandis
que le foufre , qui s'unit au mercure
, ſe précipite avec lui dans l'état d'un
ethiops mineral , qui n'eſt nullement nuifible.
"
NOVEMBRE. 1777. 6г
”
1
Les mêmes foies de foufre , & particulierement
le foie de ſoufre martial, décompoſent
le verd- de gris. Le ſoufre &
le fer s'uniſſent au cuivre , & empêchent
qu'il ne ſe diſſolve de nouveau par les fucs
digeftifs , comme il pourroit arriver ſi le
le métal n'étoit dégagé que par les alkalis
qui le précipitent dans l'état de chaux , &
qui , en le diſſolvant , peuvent le porter
dans tous les organes. M. Navier conſeille
aux perſonnes qui ont eu le malheur d'avaler
du verd de-gris , de prendre d'abord
quelques boiſſons acidulées , qui puiſſent
diſſoudre complettement cette ſubſtance
& la diſpoſer à être plus facilement décompoſée
par le foie de fouffre. "
"
,
Quoique M. Navier ne regarde point
le plomb comme un poiſon corrofif , il
imagine cependant que les mêmes remedes
pourront en corriger l'action , & dispenſer
de l'uſage des mochliques , qu'on
emploie en pareil cas , & qu'il ne croit
pas fans danger. Il propoſe donc d'admiminiſtrer
aux malades une grande quantité
de boiſſons acidules , de les mettre enfuite
à l'uſage du foie de foufre , & de terminer
le traitement par de doux purgatifs. "
ود
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Navier dans le détail de ſes expériences ;
62 MERCURE DE FRANCE.
!
1 ?
ce court expoſe ſuffit pour faire connoître
que la Médecine a été guidée dans ſes recherches
par les lumieres de la plus ſaine
Chimie , & par la pratique la plus éclai
rée. Nous avons répété avec ſoin la plus
grande partie des expériences qu'il publie;
elles nous ont paru parfaitement exactes,
Les talens de M. Navier , & le defir qu'il
aaeeuu de ſe rendre utile à l'humanité , nous
ont paru devoir lui meriter l'approbation
de la Faculté. Délibéré à Paris , aux Ecoles
de Médecine , le 9 Mars 1776.
MACQUER , DESESSARTS , Buc-
QUET .
!
Nouvelles Espagneles , de Michel de Cervantes
, Traduction nouvelle, avec des
notes , ornée de figures en taille-douce.
Par M. Lefêbre de Villebrune. L'Illu
ſtre Fregone , Nouvelle huitieme. in-8°.
broché. Prix , 1 liv. 16 f.
Cette Nouvelle de l'Illustre Frégone ,
ou l'Illustre Servante, eſt un tableau des
moeurs Eſpagnoles du temps de Michel
Cervantes. La licence effrénée de la jeuneffe,
ne connoifſſoit point alors de bor-
!
NOVEMBRE. 1777- 63
nes ; de forte que l'on voyoit tous les
jours les enfans des plus illuftres familles;
ſe retirer avec des bandes de filoux. Le
but de Cervantes eſt de cenfurer cette conduite
licencieuſe.
Diegue de Carriaze , fils d'un Gentilhomme
de Burgos , riche & de grande
naiſſance , ſe mit en tête , à l'âge d'environ
treize ans, de courir en vagabond
& en filou , ſans avoir éprouvé chez lui aucun
traitement qui le forçât à cette inconduite.
Entraîné par ce ſingulier penchant,
il s'évade , & ſe met à courir le monde.
En trois ans d'abſence de la maiſon paternelle
, il apprend tous les jeux familiers
aux plus francs eſcrocs , & devient un filou
des plus fieffés. Il va ſe faire paſſer
maître aux Almadraves de Zahara , premiere
Académie de filouterie en Eſpagne,
& y paffe quatre ans à y mener une vie
qui lui paroiſſoit délicieuſe. Au bout de
ce temps , l'envie lui prend de revoir ſa
famille. Il revient à Burgos, où ſon pere
& fa mere le reçoivent à bras ouverts,
Carriaze étoit lié étroitement depuis
l'enfance , avec Thomas d'Avendagne ,
jeune homme du même âge que lui ,
d'une naiſſance égale à la fienne , & fils
١/٠ :
64 MERCURE DE FRANCE.
!
d'une intime ami de ſon pere. Il lui peint
des couleurs les plus agréables , le ſéjour
des Almadraves ; lui fait part du projet
qu'il forme d'y retourner , & lui propoſe
d'être du voyage. La propofition effarouche
d'abord Avendagne; il finit par y conſentir.
Ils obtiennent de leurs parens la
permiffion d'aller étudier enſemble à Salamanque
, & partent ſous la conduite
d'un Gouverneur commun , auquel les
deux peres remettent l'argent néceſſaire
pour la dépenſe de leurs enfans pendant
un an. Arrivés à Valladolid , ils diſparoisſent
après avoir crocheté la malle du Gouverneur
, & ſe rendent à Madrid , où ils
ſe défont de leurs mules & de tout leur
équipage , s'affublent d'habits groffiers , &
fe mettent en route à pied pour Tolede.
Dans le chemin, ils entendent cauſer deux
voyageurs , à pied comme eux , dont l'un
diſoit à l'autre : ,, tâche de gagner l'hôtellerie
du Sévillan , tu y verras cette
belle Frégone , dont il eſt tant parlé ...
Elle eſt dure comme une payſanne des
,, montagnes , âpre comme l'ortie , avec
,, tout cela , elle a un viſage de Pâques ,
,, une face de bonne année, le ſoleil ſur
une joue, la lune ſur l'autre. On diroit,
du
و د
و د
و د
و د
-
NOVEMBRE. 1777. 65
و د „ du front juſqu'à la gorge , que c'eſt un
," parterre de roſes , d'oeillets , de jaſmin ,
و د
de lys: je ne parlerai pas du reſte." A.
vendagne , frappé de ce diſcours , conçoit
fur le champ l'envie de voir cette beauté ,
à quel prix que ce ſoit. Ils arrivent ſur
le foir , à la porte du Sévillan. Carriaze ,
preſſé de ſe rendre aux Almadraves , vouloit
engager Avendagne à venir loger ailleurs
; mais Avendagne , toujours plein de
ſon objet , entre dans la cour de l'hôtellerie
, où la belle Frégone eſt le premier ob.
jet qui ſe préſente à ſes yeux. Il demeure
frappé de ſa beauté. L'Aubergiſte arrive.
Avendagne lui forge une histoire ; &,
ſous prétexte d'attendre un Seigneur dont
il ſe dit le domeſtique , ſe fait donner
une chambre pour lui & pour ſon camarade.
Avendagne , devenu amoureux de la
belle Conftance (c'eſt le nom de la jeune
fille) , ſe propoſe de reſter à Tolede. Carriaze
n'omet rien pour le détourner de
ce deſſein , mais inutilement. Il ſe réfout
enfin lui -même à ne pas le quitter.
Ils ſaiſiſſent tous deux , le lendemain ,
une occafion qui ſe préſente , pour ſe
mettre au ſervice de leur hôte. Avendagne
, ſous le nom de Thomas Pedre,
E
66 MERCURE DE FRANCE.
en qualité de garçon d'écurie ; & Carriaze
, ſous le nom de Lope l'Aſturien ,
pour aller chercher , ſur un âne , de l'eau
à la riviere. Mais ce dernier , en exer
çant cette noble fonction , prend querelle
avec un autre ânier qu'il bleſſe dangereuſement
, ce qui le fait conduire en prifon,
où il demeure trois ſemaines , & d'où
ſon ami Thomas a beaucoup de peine à
le tirer. Cette aventure le dégoûte de ſa
condition ; mais , pour ne pas perdre
Avendagne de vue , il reſte dans Tolede ,
& s'y occupe à vendre de l'eau pour fon
compte. Il achete un âne pour exercer
cette profeſſion. Voyant quelques - uns de
ſes nouveaux confreres qui jouoient aux
cartes ſur le pré , il ſe met à jouer auffi.
Cet endroit eſt le plus amusant du conte.
, Lope , qui ne ſe faiſoitjamais prier deux
,, fois pour les bonnes affaires , ſe couche
و د
و د
و د
:
à côté d'eux , avance fa miſe , & bat
les cartes. En deux ou trois tournées ,
il perd les fix écus qui lui reſtoient. -
,, Je joue à préſent mon âne , mais par
,, quartiers. Lope perd un quartier, puis
,, le ſecond , puis le troiſieme , puis le
,, quatrieme, Le gagnant ſe leve pour
" aller prendre l'âne - Doucement ,
, l'ami , lui dit Lope ;faites attention que
NOVEMBRE. 1777. 67
و د
:
, je n'ai joué que les quatre quartiers ;
mais il me revient la queue toute en-
„ tiere, ainſi qu'on me la remette. Les
, autres éclattent de rire: je ne ris pas ,
dit Lope , d'un ton fort ſérieux. L'on
alloit probablement s'empoigner , lorsqu'un
vieux confrere les empêcha de
s'échauffer . Mes amis , tenez , que
و د
و د
و د
ود
د و
-
و, vous alliez vous aſſommer , cela ne décidera
pas l'affaire. Croyez- moi , ne
travaillez pas au profit des Alguaſils.
Ne vaut- il pas mieux aller chez un Avo-
,, cat , & le prendre pour arbitre ?
"
و د
-
Point d'Avocat, dit le gagnant ; il man-
,, geroit cet ane , ſon pere , & toute fa
famille Quand on vend un gigot,
و د
"
:
و د
-
il ſemble que la queue va toujours avec:
ainſi point de doute que l'âne& la queue
,, m'appartiennent. Cela eſt faux, repli-
,, que Lope: les moutons de Barbarie ont
toujours cinq quartiers , & le cinquieme
c'eſt la queue: de forte que lorſque le
,, mouton eſt dépecé , la queue ſe compte
,, pour un quartier... Ainſi, plus de raiſon,
,, je veux la queue , ou je l'aurai de force,
,, quand tous les âniers de Tolede s'y
و ا
و د
i
" oppoſeroient. Ne croyez pas me faire
,, peur parce que vous êtes vingt contre
,, un. Je fais manier mon camarade auffi
r E2 1
68 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
و د
bien qu'ânier du monde , & je mets
dix pouces de dague dans le ventre au
,, premier qui touche à la queue de mon
ane. J'ai trop d'ame pour acheter justice
à prix d'argent , je me la ferai moimêmé.
"
"
و د
و د
Le gagnant & les autres virent bien
, que le drôle ne lâcheroit pas priſe aifé-
,, ment. Lope jette ſon bonnet en l'air ,
empoigne la dague cachée ſous ſa veſte,
& fe cantonne à côté de l'âne avec une
,, contenance ſi fiere , qu'il leur en im-
,, poſe à tous. Eh bien , dit le vieux
ود
و د
و د
-
- Soit ,
,, confrere , arrangez - vous ainfi. Que
l'Afturien joue la queue contre un quartier
s'il le perd , tout fera dit.
dit Lope. On reprend les cartes ; il
regagné un quartier , puis le ſecond ;
enfin voilà l'autre fans ane. A pré-
"
و د
و د
و د
-
fent , mon argent , dit Lope ; partagele
en cinq parts , une contre chaque
,, quartier. L'autre n'étoit pas trop de cet
avis: mais il fallut céder aux inſtances
des confreres. Lope , en cinq coups
de cartes , regnagne ſon argent , & dit
d'un ton ironique :
"
و د
و د
و د
و د
و د
-
- Eh bien , confrere
, te reſte t-il encore du butin ? -
" Oui , fans doute. Allons , va pour
" tout mon avoir , contre ton âne &
NOVEMBRE. هو . 1777
, ta bourſe. - Va , confrere : au jeu.
Quinola , dit Lope , on compte le
,, point ; le confrere eſt à ſec & fon ma-
,, riage fondu. Conſterné de ſa ruine ,
ود fans un ſeul maravedi , le pauvre dia.
ble ſe jette à terre, ſe bat, ſe déchi-
,, re , & alloit ſe tuer , lorſque Lope ,
,, en homme bien né, prend pitié du
confrere. Tiens, voilà ton argent. ور
ور
و د
ود
-
Tu n'es pas le premier qui ſe ſoit
ruiné ſur un coup de cartes ; mais ,
,, aprés cette fottiſe, n'en fais pas une
ſeconde : voici encore les dix ducats
du prix de ton âne. Toute la bande
fut ſtupéfaite à cette libéralité : peu
s'en fallut même qu'ils ne l'éluſſent le
Roi des âniers. "
و د גג
Cette hiſtoire ſe répand par toute la
ville. Apeine Lope s'eſt-il mis à excercer
fon métier , que la populace le montre
au doigt: Ah ! l'homme à la queue , ton
ane l'a bien longue. Il prend le parti de
ſe retirer dans le petit appartement qu'il
a loué , & de ne pas fortir de quelques
jours , dans l'eſpérance qu'on oubliera la
queue de ſon âne.
Cependant , Thomas découvre ſecrétement
ſa naiſſance & fon amour à Conſtance
, mais fans pouvoir parvenir à la
E 3
70 MERCURE DE FRANCE.
faire expliquer. Enfin , Don Diegue de
Carriaze , accompagné de Don Juan d'Avendagne
, arrive dans l'hôtellerie, & fe
fait connoître pour le pere de cette belle
perſonne , fruit d'une foibleſſe qu'avoit
eue pour lui une Dame de la premiere
qualité , qui étoit venue accoucher
en ſecret dans cette auberge , & avoit
laiſſée la jeune Conſtance , après l'avoir
miſe au monde, entre les mains du Sévillan
, en lui faiſant de grands préfens ,
& lui recommandant d'avoir ſoin de ſa
fille , & de ne la remettre qu'à ceux qui
lui repréſenteroient des marques dont elle
convint avec lui. Don Diegue apporte
ces marques qui doivent lui faire retrouver
ſa fille. Pendant que la reconnoiſſance
ſe fait , en préſence du Corregidor de
Tolede , parent de Don Juan d'Avendagne
, on entend du tumulte dans la
rue: c'étoit Lope l'Aſturien qui ſe faifoit
encore arrêter. Le Corregidor ordonne
qu'on le faſſe monter , & Don
Diegue reconnoît ſon fils , qui découvre
en même - temps à Don- Juan que Don
Thomas d'Avendagne eſt dans l'auberge.
On le trouve dans le grenier , où il étoit
allé ſe cacher en voyant arriver ſon pere.
Il eſt uni à Conſtance : on marie auffi
2
NOVEMBRE. 1777. 71
Carriaze , qui renonce à ſes fredaines , &
à ſon goût pour la vie vagabonde.
Dictionnaire des origines. A Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du petit Lion.
Ceux qui ont parcouru les premiers volumes
de ce Dictionnaire , ne feront pas
fachés d'apprendre que la matiere s'étend
fous la plume de l'Auteur. On ne peut
donner que des notices ſuperficielles ,
en abrégeant trop les articles. Ainsi , le
mérite de ces fortes d'Ouvrages eſt d'éviter
le double écueil de la prolixité fatigante
,& de la briéveté exceſſive. Quant
aux excursions que les Lexicographes font
dans les genres étrangers au but qu'ils
ſe propoſent dans leurs Ouvrages , c'eſt
un défaut preſque général , qu'on pardonne
aisément , lorſque les articles qui font
de trop , font d'ailleurs intéreſſans. A l'article
de Marie- Théreſe , Impératrice Douairiere
, Reine de Hongrie & de Bohême ,
&c , on eft fort aiſe de retrouver un
éloge qu'on a emprunté d'un Orateur
connu par des ſuccès multipliés.., Cette
„ Souveraine , ſi juſtement célebre , n'a
,, jamais vu les dangers du trône & les
,, orages de la fortune au- deſſus de fon
ود
:: E 4 :
72 MERCURE DE FRANCE.
,, courage & de ſon génie, ni les vertus
و د
"
و د
و د
و ب
و د
و د
و د
و و
و د
"
d'une condition privée , au - deſſous de
fon rang & de ſes devoirs. Elle fut à
la fois s'élever juſqu'aux héros les plus
fameux , & defcendre juſqu'au dernier
de ſes Sujets. Après avoir fait de grandes
chofes , elle ne ſe crut pas diſpenſée
de faire le bien , & parut avoir oublié
tous ſes droits à l'admiration des hom-
,, mes , tant elle cherchoit à en acquérir
fur leur reconnoiſſance. Son ame fortifiée
& agrandie par l'adverſité & les
,, périls , dans l'âge des ſéductions & de
l'inexpérience , demeura depuis à la
hauteur où elle étoit une fois montée ,
& prouva que , pour être ſupérieure aux
,, hommes , elle n'auroit pas eu même
beſoin de la grande leçon du malheur.
On la vit joindre aux vues générales
d'une adminiſtration bienfaiſante , cette
bonté de tous les momens qui ne craint
,, pas d'en faire trop ; & cette aimable
ſimplicité , attribut de la vraie gran.
deur , qui ne craint pas de jamais rien
,, perdre. Son nom , répété par tous les
,, peuples , avec des louanges unanimes ,
& par ſes ſujets avec des larmes de
ود
و د
و د
و د
و و
و د
و د
و د
و د
tendreſſe , enſeigne à tous les âges ,
,, que le talent de regner réſide ſur - tout
NOVEMBRE. 17779 73
i 9, dans l'ame , & que la vraie politique 99
و و
28
و د
"
د و
و د
و و
"
eſt dans la vertu . Enfin , parmi tous
les titres qu'elle peut partager avec
les meilleurs Princes , Marie - Théreſe
mérite cet éloge ſi rare , que , n'ayant
jamais cru qu'il y eût une morale particuliere
pour le trône de l'héroïſme ,
elle n'a jamais eu beſoin que la gloire
lui ſervît d'excuſe "
Ces vertus ont été tranſmiſes à l'Auguſte
Princeſſe , qui fait le principal ornement
de fon trône ; & la Nation Françoiſe
en recueillera les fruits délicieux.
L'Art de parler réduit en principes , ou
Préceptes abrégés de Réthorique , avec
des exemples choiſis pour former l'esprit
& le coeur de l'un & de l'autre
ſexe. A paris , chez la veuve Savoie ,
Libraire , rue St Jacques.
On a beau avoir reçu de la nature un
goût exquis , ce goût devient toujours un
mauva's guide , sil n'eſt pas cultivé par
des leçons de Réthorique ou de Littérature
, & par l'étude des bons modeles. Ce
talent naturel ſera à la fin étouffé par des
lectures faites ſans choix. L'on remplira
ſa mémoire de faux principes & d'exem
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
ples ſans goût , ſi l'on n'a pas été bien
dirigé dans ſa jeuneſſe , par des Inſtituteurs
éclairés. C'eſt pour éviter cet inconvénient
, que l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , préſente à la jeuneſſe
de l'un & de l'autre ſexe , un livre
qui , par la clarté des leçons qu'il contient
, & le choix des exemples qui les
accompagnent , peut ſervir à développer
& à perfectionner le goût.
On venge le beau ſexe contre les dé
tracteurs qui voudroient lui interdire
toute eſpece d'étude , & l'on convient
dans cette Rhétorique , que les pérſonnes
du ſexe ayant reçu de la nature une vivacité
d'eſprit qu'elle ne donne pas communément
aux hommes au - même degré ,
ce ſeroit méconnoître ſes dons , que de
ne pas enſeigner l'art de bien parler à
celles qui ont le talent de manier aifément
la parole Ne vaut-il pas bien mieux
les occuper des élémens de la littérature
, & leur apprendre à goûter un livre
bien écrit , que de les laiſſer employer
une grande partie du temps à des frivo
lités qui retréciſſent le génie ? & le pré
fent que la nature leur à fait d'une riche
mémoire , ne ſemble-t-il pas impofer auz
Maîtreſſes de Penſion , l'obligation de
:
NOVEMBR.E . 1777. 75
:
la meubler de principes , de goût &
d'exemples intéreſſants pour l'eſprit & le
coeur ? On dira peut- être, continue le
Panégyriſte du beau ſexe , qu'il ne faut
pas ouvrir aux femmes une carriere qui
eſt réſervée pour les hommes. Mais ,
pourquoi les hommes prétendroient - ils
ſe réſerver cette carriere , & la fermer
aux femmes ? Pourquoi celles qui , de
l'aveu des hommes , ont le tact plus fin ,
ſe verroient-elles répouſſées du Sanctuaire
des Sciences par les mains même qui
s'empreſſent à les admettre par- tout ailleurs
? Et , tandis que les femmes d'eſprit
font l'agrément des bonnes compagnies ,
par le charme de leurs faillies , comment
les hommes prendroient- ils ſur eux de
leur fermer l'entrée de leur lycée ? Ils
ſe rendroient ſuſpects d'une forte de
jalouſie qui ne pourroit leur faire honneur
, & qui ſembleroit contraſter avec
l'aveu qu'ils font d'être flattés de leur
converſation , & de ſe plaire dans leurs
cercles .
: Cet Ouvrage , où l'on rend tant de justice
aux Dames , méritoit le titre de Rhétorique
des Demoiſelles ; mais , comme
les préceptes & les exemples conviennent
également à l'un & à l'autre ſexe,
76 MERCURE DE FRANCE.
ce livre peut être employé , & par les
Inſtituteurs , & par les Maîtreſſes de
Penſion.
Rofel , ou l'Homme heureux , par M. le
Prévôt d'Exmes , ſeconde Edition. A
Geneve ; & ſe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguſtins , au coin de la rue Pavée.
1777.
Ce petit Ouvrage philofophique , déjà
imprimé , reparoît aujourd'hui accompagné
de quelques Poéſies fugitives.
Sous le nom de Rofel , l'Auteur fait
parler un pere donnant une inſtruction à
ſon fils encore jeune; il ſuppoſe cet enfant
chéri , d'abord entraîné dans la carriere
du vice , victime des malheurs qu'il
entraîne à ſa ſuite ; &, revenu enfin de
ſes égaremens , il finit par lui propoſer le
choix entre la proſpérité & la vertu. Pour
lui faire connoître les avantages de l'un
& de l'autre , il lui montre d'abord un
château ſuperbe , habité par un vil favori
de la fortune , qui cherche à en impofer
par un extérieur brillant , afin de faire
oublier la fource mépriſable de ſon opur
lence. Il lui fait le détail des baffefſſes &
NOVEMBRE. 17770 77
des infamies par leſquelles cet infecte orgueilleux
s'eſt élevé. Il peint enſuite un
vieillard pauvre , habitant une cabane
couverte de chaume , mais vertueux &
tranquille. ,, Veux - tu , dit-il enfin à fon
و د
fils , veux - tu demeurer dans ce châ-
„ teau , ſéjour des plaiſirs & du vice ?
,, veux -tu habiter cette cabane, ſéjour
و د
des peines & de la vertu ?... Que vois-
,, je ? Sans balancer , ton choix eſt déjà
fait ! la vertu triomphe ; je meurs content.
"
ر د
و د
La plus conſidérable des pieces fugitives
, eſt une romance en pot - pourri
aſſez agréable , intitulée la fidèlité de Lucrece.
Elle n'eſt pas avantageuſe à la vertu
de cette antique Héroine. Le reſte conſiſte
dans une Idylle ſur une tourterelle; un
vaudeville dont le refrein eſt que tout est
changé ; une romance ſur un papillon ,
& les traductions de deux ou trois petites
pieces Latines. On connoît le fameux
diſtique ſur Didon :
Infelix Dido ! nulli bene nupta marito.
Hoe pereunte , fugis , hoe fugiente , peris.
M. le Prévôt d'Exmes en a peut - être
été le Traducteur le plus littéral ; nous
78 MERCURE DE FRANCE.
laiſſons au lecteur à juger s'il eſt auſſi le
plus élégant.
Didon , que je te vois malheureuſe en maris!
L'un périt , tu t'en fuis; l'autre fuit , tu péris.
: On peut ſe rappeler cette autre traduction
ou imitation, qui a auſſi le mérite de
la préciſion.
:
Didan , tes deux époux ont caufé tes malheurs ;
:
:
Le premier meurt , tu fuis ; le ſecond ſuit , tu meurs.
:
Supplément à l'Analyse des Conciles Généraux
& particuliers , par le R. P.
:C
harles - Louis Richard, Profeſſeur en
Théologie , de l'Ordre & du Noviciat
Général des Freres Prêcheürs. Tome
cinquieme. A Paris , chez Benoît Morin
, Imprimeur- Libraire , rue St Jacques
; & Laporte, rue des Noyers.
On a rendu un compte très- avantageux
des quatre premiers volumes de l'Analyſe
des Conciles ; & le jugement qu'on
en a porté, vient d'être confirmé tout réNOVEMBRE.
1777. 79
Cemment par l'Auteur de la nouvelle Bibliotheque
d'un homme de goût, qui,
tom. 3 , pag. 85 & 89 , exalte la nettete,
l'ordre , la précision , le ſtyle , l'éloquence ,
l'érudition , la critique , l'intelligence profonde
du droit ancien & moderne ; le zele de la
Religion & l'amour de la Patrie , qui regnent
dans ces quatre premiers volumes.
Nous pouvons aſſurer le Public , que le
çinquieme & dernier volume que l'Auteur
luidonne par formede ſupplément , ne cede
pas aux quatre premiers , & qu'il a même
deux avantages conſidérables ſur eux. Le
premier , eſt la correction de pluſieurs fautes
qui s'y étoient gliſſées ; le ſecond , &
qui eſt le plus important , conſiſte dans
un grand nombre de nouveaux articles ſur
le dogme, la morale & la diſcipline , relativement
à l'exigence des circonſtances
du temps & des beſoins de la Religion
, des moeurs , de la vertu , de la
ſociété , des Empires & des deux puisſances
qui les gouvernent dans l'ordre
religieux & civil. Tels font , entr'autres
les articles Anathemes , Antilogie , Antropologie
, Archevêque , Célibat , Deïsme ,
Dieu , Ecriture - Sainte , Eternité , Mal ,
Matérialisme , Miracles , Protestans , Ri.
80 MERCURE DE FRANCE.
cheſſes du Clergéféculier & régulier , Ufure,
Zele , où l'on voit la réfutation de la Philofophie
de la nature.
Lettre d'un Profeſſeur Emérite de l'Univerſité
de Paris , en réponſe à un
Prieur Religieux Bénédictin de Saint-
Maur , fur l'éducation publique, au fujet
des exercices de l'Abbaye - Royale
de Soreze. A Paris , chez Brocas ,
Libraire , rue St Jacques.
•
Les Religieux font- ils propres à l'éducation
publique ? Reconnoît - on le
plan de l'Univerſité de Paris dans celui
que lui attribue M. d'Alembert ? Les
exercices du College de Soreze peuventils
contribuer aux progrès de la jeuneſſe
qu'on y éleve ? Voilà les queſtions que
le Profeſſeur émérite de l'Univerſité de
Paris difcute & approfondit ; & fa lettre
eſt uhe differtation intéreſſante ſur l'osjet
de l'éducation , où l'on trouve une foule
de réflexions judicieuſes. Il démontre ,
par rapport au premier objet, que les Religieux
peuvent être au moins auſſi inſtruits
que des Laïcs à qui le commerce
du monde ôte beaucoup de temps. ,, Si
Dieu permet " à l'homme de chercher la
" folitude
NOVEMBRE. 1777. 8г
1
و د
"
folitude , afin de ſe ſouſtraire aux dan-
,, gers du monde , & de parvenir à une
„ plus haute perfection , n'est - il pas inconteſtable
qu'il veutque le grand nombre
vive en ſociété , non pour ſe cor-
,, rompre mutuellement , mais pour ſe
rendre meilleurs , & s'entr'aider par
toutes fortes de bons offices , de maniere
que fon nom foit glorifié fur
la terre comme il l'eſt dans le ciel.
Or , pour élever l'homme à des ſentimens
auſſi fublimes & auſſi dignes de
lui , peut- on s'y prendre trop tôt ? peuton
y employer des Inſtituteurs trop re
,, ligieux ? Qu'exigent de tout Inſtituteur,
و د
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و د
ود
و د
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"
و د
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Dieu , le Roi & la Patrie ? N'eft- ce pas
,, qu'il s'attache à former de bons Citoyens
, & par conféquent de vrais
Chrétiens ? ... La véritable fin de l'éducation
eſt aſſurément d'inſpirer aux Éleves
l'amour de la vertu , de développer
leurs talens , & de les rendre capables
d'embraſſer , en ſortant des Colleges ,
l'état auquel ils ſe ſentent plus de penchant.
Ainsi , la premiere qualité d'un
Inſtituteur , c'eſt l'amour de la Reli-
,, gion & de la Patrie; il faut qu'il y
„ joigne une patience conftante , une
د
و د
و د
و د
و د
" tendreſſe paternelle pour les enfans
F
8.2 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
و و
و و
و د
qui lui ſont confiés. Or, qui aura ces
qualités , fi ce n'eſt un homme véritablement
religieux , qui connoît les
vanités du monde & fa perverſité ;
qui médite ſans ceſſe ſur les devoirs
de l'homme envers Dieu , envers luimême
, & envers le prochain ? "
Certainement , le Profeſſeur ne prétend
point qu'il ne puiſſe y avoir , parmi
des Laïcs répandus dans le monde , des
hommes affez vertueux & aſſez éclairés
pour mériter qu'on leur confie l'éducation
de la jeuneſſe. On trouve dans la
capitale & dans les Provinces , des Inſtituteurs
qui réuniſſent ces qualités'; mais
l'Auteur de la Lettre n'en ſoutient pas
moins , que la diffipation que produit
le commerce du monde , & la contagion
de l'exemple , ſont des obſtacles que n'ont
point à vaincre des Religieux qui ont le
bonheur de vivre dans des maiſons édifiantes.
La ſubordination qu'exige la regle
, ne les empêche pas de faire de bonnes
études , lorſqu'ils en ont le goût , &
de les rendre capables d'inſtruire la jeuneſſe.
Rien ne les empêche de lire les
Homeres , les Démosthenes , les Cicérons
, & les excellents Auteurs François
qui ont brillé dans tous les genres.
NOVEMBRE. 1777. 83
:
Le Profeſſeur émérite expoſe pluſieurs
raiſons plauſibles en faveur des réguliers ,
fur tout, par rapport aux Provinces où
les Colleges ne peuvent pas avoir les avantags
de l'Univerſité de Paris On lit avec
intérêt tout ce qui a rapport au plan des
Études de l'Univerſité de Paris , aux attaques
que M. l'Abbé de Condillac a faites
aux Univerſités ,dans fon Cours d'Etudes ,
& aux Exercices du College de Soreze.
Cet e diſcuſſion , qui eft jointe à une
eſpece d'apologie de l'Univerſité de Paris
, à l'expoſition de la méthode qu'on
y ſuit dans les études publiques , & qui
renferme les meilleurs principes de littérature
, ne peut être que très - utile aux
Inſtituteurs & aux peres qui veillent de
près à l'éducation de leurs enfans.
Le Mitron de Vaugirard , Dialogue ſur le
bled, la farine & le pain ; avec un
traité de la Boulangerie , par M. Lacombe
d'Avignon. Nouvelle édition. A Paris
, au Palais Royal , & chez Didot ,
Libraire , rue Pavée 1777.
:
Ce petit Ouvrage économique , qui
parut pour la premiere fois au commen-
• cement de l'année derniere , eſt égale-
\
A
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
ment recommandable par l'importance du
ſujet , & par les vues patriotiques de l'Auteur.
Les Dialogues , au nombre de fix ,
font entre le Mitron & M. Fromant fon
ami. On y trouve d'excellentes inſtructions
fur - tout ce qui a rapport au pain ; on y
donne auſſi en faveur des pauvres , pour
rémédier aux cas de cherté ou de diſette ,
la recette d'une foupe économique compoſée
de riz , de pain , de navets & de
pommes de terre , au moyen de laquelle
un ménage de douze perſonnes peut être
nourri copieuſement , moyennant 3 fols
par jour par tête. Le Mitron aſſure que
cette foupe eſt très nourriſſante.
C'eſt dommage que ces Dialogues eftimables
foient déparés par la petite fingularité
d'une orthographe bizarre , ſuivant
laquelle les mots font écrits précisément
comme on les prononce : comme journellemant
, diminucion , ancore , anée , filoſofie,
&c On trouve à la ſuite des Dialogues,
un petit traité de la Boulangerie , extrait
d'un in-folio publié par M. Malouin , ſavant
Médecin Chymifte , avec des réflexions
fur la manutention des Mitrons de Paris .
Ce traité , auſſi judicieux qu'inſtructif,
renferme tous les détails qu'on peut defirer
de connoître , touchant la fabricaNOVEMBRE.
1777. 85
tion d'une denrée dont l'utilité eſt ſi grande
& fi générale.
Oeuvres de Chaulieu , d'après les manuscrits
de l'Auteur. 2. vol. in 12. A la
Haye , & fe trouvent à Paris , chez Pisfot
, Libraire , rue du Hurepoix. 1777 .
Cette nouvelle édition des Oeuvres de
Chaulieu , doit être regardée comme la
ſeule vraiment authentique & originale.
Elle a été faite d'après trois manufcrits
originaux , dont l'un , peu de temps avant
la mort de l'Auteur , avoit été rédigé ſous
ſes yeux , d'après le manufcrit corrigé de
ſa main Ces manufcrits ont été donnés
par le Marquis de Chaulieu , petit neveu
du Tibulle François , qui annonce luimême
, dans une Lettre à l'Éditeur , les
motifs qui en ont retardé long - temps la
publication , & ceux qui l'occaſionnent
aujourd'hui. ,, J'ai long - temps héſité
Monfieur , dit M.le Marquis de Chaulieu
, à rendre public le recueil des
OEuvres de M. l'Abbé de Chaulieu ,
,, mon grand- oncle Sa famille , par respect
pour ſa mémoire , étoit dans l'intention
de ne point leur laiſſer voir la
lumiere, M. l'Abbé de Chaulieu faifoit
و ر
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و ا
و د
و د
"
F3
85 MERCURE DE FRANCE.
۱
و د
des vers pour ſon amusement & fans
,, prétention ; & jamais il n'eut la volonté
de ſe faire imprimer. Voilà pourquoi ,
depuis plus de cinquante ans , ſes hé-
,, ritiers ont toujours refuſé de ſe déſaiſir
ود
ود
ود
de ſes manufcrits ; mais , comme dans
,, les éditions imparfaites qu'on a données
de ſes Ouvrages , fans leur conſente-
,, ment , on lui a attribué des pieces qu il
و د
ود
ود
و د
1
i
n'a point faites , & des ſentimens qu'il
,, n'eut jamais , le même reſpect pour fa
mémoire , me détermine enfin à vous
,, faire le facrifice de ces manufcrits qu'on
m'a tant de fois demandés.”
L'Éditeur s'eſt particulierement attaché
au manufcrit que Chaulieu avoit adopté,
& que cet illuftre Poëte deſtinoit au Public
, comme on peut en juger par la
Préface qu'il y a jointe , & qui paroît
imprimée aujourd'hui pour la premiere
fois. Cette Préface eſt d'autant plus intéreſſante
, qu'elle fait connoître les véritables
ſentimens de l'Abbé de Chaulieu.
Il y convient des écarts de ſon imagination
, mais il déſavoue & condamne d'avance
tous les jugemens qu'ils pourroient
faire naître au préjudice de ſes moeurs &
de ſa foi. Trois de fes pieces fur-tout , intitulées
par lui - même, les Trois Façons
NOVEMBRE. 1777. 87
و د
و د
1
”
1
de penſer ſur la mort, lui ont paru exiger
une interprétation. ,, L'applaudiſſe-
, ment des gens d'eſprit, dit - il , & le
malheureux amour- propre dont il eſt
impoſſible de ſe défendre , qui rehauſſe
le prix de ce que nous poſſédons , me
,, perſuada que je pouvois tenter tout ce
,, que l'étendue d'une imagination brillante
& féconde pouvoit mettre au jour :
cette penſée me flatta. Je crus poſſéder
quelque partie de ce tréfor ineftimable ;
ſéduit par ces erreurs , plutôt que guidé
,, par la raiſon , je voulus faire quelque
choſe de fingulier : je m'abandoni
و د
و د
و د
و و
و د
و د
”
"
!
nai tout entier à mon génie. Je penſai
,, que l'imagination portée à un certain
degré , pouvoit égayer ce qu'il y a de
plus triſte , conſerver les ornemens de
la Poéfie parmi ce qu'il y a de plus lu-
,, gubre , & jeter des fleurs fur ce qu'il
, y a de plus ſec & de plus aride. C'eſt
dans cette idée que j'ai compoſé les
Trois Façons de penser fur la mort.
Il faut plaire aux eſprits bien- faits ,
diſoit M. Pafchal; c'eſt à eux que je
m'adreſſe ici , & je les conjure de ne
me pas condamner ſur les apparences ,
& de n'aller pas prendre pour nes opi-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
,, nions , ce qui n'étoit en effet que des
i F4
:
88 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
و د
eſſais de Poéſie. J'ai fait la premiere
,, façon de penſer ſur la mort dans les
principes du Chriftianiſme , & de
,, toute l'étendue de la miféricorde de
Dieu , ſeul aſyle des pécheurs comme
,, nous ; & je l'ai faite ſans être , par
malheur , dévot J'ai fait la ſeconde dans
les principes du pur Deiſme , fans être
Socinien ; la troificme , dans les prin-
„ cipes d'Epicure , fans être impie ni
athée. C'eſt ainſi que j'ai chanté les
, amours & le vin , toujours voluptueux
و د
و د
و ا
و د
و د
& jamais débauché. Ferme dans les
,, principes de ma Religion , je n'ai point
,, prétendu dogmatiſer le libertinage ; j'ai
cherché ſeulement à faire voir juſqu'où
l'abondance de la rime , la fécondité de
l'imagination , & la fécilité du génie ,
» pouvoient aller. "
و د
و د
و د
Parmi les pieces qui n'avoient encore
été imprimées dans aucune édition des
OEuvres de Chaulieu , on diftingue l'Ode
contre la corruption du ſtyle , & le mauvais
goût des Poëtes du temps. Nous
croyons faire plaiſir à nos Lecteurs de la
rappporter en entier.
Quoi donc ! quand je veux écrire ,
Faut - il appeler toujours ,
Ou la Mere des Amours ,
NOVEMBRE 1777. 8
Ou le blond Dieu de la lyre ,
Ou Muſes à mon ſecours ?
Tant de bruit & tant d'enflure ,
Tient lieu de fécondité
A ces Auteurs qu'a jeté
Dans beaucoup de bourſoufflure ,
Beaucoup de ſtérilité.
Pour toi , ma guide fidelle ,
Qui hais l'affectation ,
Reine de l'invention ,
Tu viens fans que je t'appelle ,
Chere imagination !
Alors au lieu de pensée ,
D'anitheles & de trans ,
Tu me fournis des portraits
Qu'à leur maniere aitée
L'on voit que toi leul as faits.
Là , point d'épithete en rime ,
De pointe , de lens retors ,
Ne vient fo mer les accords
De ce ſec & dur fublime
Pour qui Roi fait tant d'efforts .
C'est dans un Dictionnaire
De rimes que prend Houdart ,
F5
90 MERCURE DE FRANCE.1
>
:
Ce bel effor, cet écart ,
Qui , froids enfans d'un Libraire ,
Sentent trop la peine & l'art.
Féconde fans artifice ,
Quand tu viens à t'enflammer ,
Quoique l'on veuille exprimer ,
Les mots fervent ton caprice ,
Et s'empreſſent à rimer.
Tu fais ces belles images ,
Ce tour facile & badin ,
1
Ces fleurs qui , comme un jardin ,
Emaillent les badinages
De Chapelle & Sarrafin.
Du Poëte de Sicile ,
Qu'eſt devenu le hautbois ?
La flute & la douce voix
Dont Mofchus , dans une Idylle ,
Chantoit les prés & les bois !
Beau pinceau tendre & fertile ,
Où ſont ces vives couleurs ,
Que , pour peindre ſes douleurs ,
Vint emprunter de Virgile ,
Philomele en ſes malheurs ?
:
4
1
1
NOVEMBRE. 1777. 91
1
Catulle , Gallus , Horace ,
Aux foupers de Mécenas ,
N'égayoient point le repas
De vers obfcurs qu'au parnaffe ,
Phébus même n'entend pas.
:
Comme parle la Nature ,
L'on parloit au fiecle heureux
Qu'Auguſte rendit fameux ,
Moins que ſon bon goût qui dure
Encore chez ſes neveux.
:
٠١
Mais bien - tot après ſuivirent
En foule les faux brillans :
Depuis ces malheureux temps
Les Dubartas refleurirent
Au Café de la Laurens .
C'eſt - là que Verdun admire
Gacon , Lucain , Martial ,
Et que ce Provincial
Vante les Conchets (*) qu'inſpire
Et Rome & l'Eſcurial.
:
A
(* ) C'est ainsi que Chaulieu afranciséle mot Italien
Concetti.
1
12. MERCURE DE FRANCE,
!
Paix - là , j'entends Pimprenelle (*) ,
Qui , géométriquement ,
Par maint beau raiſonnement
Fait , à la pointe fidelle ,
Le procès au ſentiment.
Le dur , l'enflé , le bizarre
A fa voix reprend vigueur ;
De ſon école l'Auteur
Le plus plat ſe croit Pindare ;
Danchet même a cette erreur.
Mais quoique dans leur chimere
Ils foulent Malherbe aux pieds ,
Je n'y vois que des Frippiers
Retourner l'habit d'Homere
Dans leurs vers eſtropiés.
Ferrand , chez qui ſe conſerve ,
Dans un esprit vif & doux ,
Ce qui reſte de bon goût ;
C'est toi qu'Apollon réſerve
Pour oppofer à ces foux.
Sauve ta chere Patrie
De l'invaſion des Gots ,
Qui , montés ſur de grands mots ,
Ramenent la barbarie
En triomphe chez les fots.
(*) Fontenelle.
NOVEMBRE. 1777. 93
Les Pieces déjà imprimées , ſont ſouvent
très- différentes dans cette Edition ,
de ce qu'elles étoient dans les précédentes.
La Plainte fur la mort de M.le Marquis
de la Farre , en particulier , reſſemble
fort peu à la leçon qu'en a donnée feu St
Marc, qu'on regarde comme le meilleur
des anciens Éditeurs de Chaulieu. Il en
eſt de même de pluſieurs , autres morceaux.
Le nouvel Éditeur a eu ſoin de faire obſerver
ces différences , & s'eſt attaché furtout
à la critique de l'Édition de St
Marc , qu'il met toujours en oppoſition
avec celle - ci.
Coutume du Boulonnois , conférée avec
les Coutumes de Paris , d'Artois , de
Ponthieu , d'Amiens & de Montreuil ;
le Droit commun de la France , & la
Jurisprudence des Arrêts , par M. le
Camus d'Houlouve , ancien Avocat
au Parlement : 2 vol. in - 4°. de 1100
pag. environ. A Paris , chez Didot
l'aîné , Imprimeur. Libraire , rue Pavée
Saint- André - des - Arcs , près le
Quai des Auguſtins. 1777. Avec Ap94
MERCURE DE FRANCE.
probation & Privilege du Roi. Prix,
reliés , 21 liv. On trouve chez le même
Libraire , le Traité des Intérêts , du mê
me Auteur.
M. le Camus d'Houlouve , Auteur
du Traite des Intérêts, qui a paru en
174 , & qui a été reçu favorablement
du Public , vient de donner un nouveau
Commentaire des Coutumes du Boulonnois
Sous vingt titres différens , il traite
non- feulement des diſpoſitions particulieres
de cette Coutume , mais même
de tous les principes du droit commun
qui reglent tous les cas qu'elle n'a pas
prévus.
: Il y a, dans la Coutume du Boulonnois
, comme dans toutes les autres Coutumes
, beaucoup de diſpoſitions abſo-
Jument conformes au droit commun dư
Royaume ; mais comme une Coutume
ne peut renfermer toutes les Loix qui
peuvent régir la Province pour laquelle
elle a été faite , l'uſage eſt de ſuppléer
à ſes diſpoſitions par celles du Droit commun.
NOVEMBRE. 1777. 95
" C'eſt ce qu'a fait l'Auteur du nouveau
Commentaire. En diviſant ſon Ouvrage
par matieres , il a réuni le Droit commun
au Droit particulier , & celui dont parle
la Coutume , à celui dont elle ne fait aucune
mention.
Le Droit commun inféré dans ce Commentaire
, a trois objets differens ; les per
ſonnes , les biens & les actions.
Les bornes & la nature de notre Journal
ne nous permettent pas de donner
une Analyſe ſuivie de cet Ouvrage ;
mais nous pouvons aſſurer que ce nouveau
Commentaire eſt plus étendu & plus
méthodique que les précédens. L'Auteur
y traite à fond toutes les queſtions qui
peuvent naître des diſpoſitions de la Coutume
du Boulonnois ; & il y ajoute celles
qui doivent être réglées dans cette Coutume
par le Droit commun. Il diviſe &
fubdiviſe les matieres avec tant d'ordre ,
& dans une telle gradation, qu'il fait trouver
, ſur le champ , les éclairceſſemens
& ſolutions qu'on peut deſirer ; & rien
n'eſt avancé de ſa part , qu'il ne le juftifie
, ou par des Loix préciſes , ou par des
fuffrages accrédités , ou par des préjugés
reſpectables. Cet Ouvrage eſt un veritable
Corps de Droit pour la Province du
96 MERCURE DE FRANCE.
Boulonnois , & paroît le fruit de beaucoup
de recherches & d'un long travail.
C'eſt un ſervice important , que M le
Camus d'Houlouve a rendu à cette Province
, dont il eſt originaire , & pour laquelle
il témoigne une finguliere affection.
Le même Commentaire ne fera pas moins
utile aux Provinces voiſines , dont les
Coutumes ont beaucoup de rapport avec
celle du Boulonnois ; & il peut encore fervir
dans tous les autres Pays Coutumiers ,
où , abſtraction faite des Coutumes particulieres
, tant de queſtions doivent être
decidées par les Loix générales du Royaume
, & par le Droit commun.
Oeuvres Chirurgicales de M Percival Pott ,
traduites de l'Anglois ſur la ſeconde
édition ; 2 volumes in 80. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la Faculté
de Médecine 1777. Avec Approbation
& Privilege du Roi. Prix ,
12 liv. les deux volumes , reliés .
Ce Recueil nous a paru très-intéreſſant ,
& mériter d'occuper une place parmi les
meilleurs Livres qui ont paru ſur la Chirurgie.
Il eſt rempli d'excellentes obfervations
NOVEMBRE. 1777. 97
vations. On en trouve ſur la Nature &
les conféquences des accidens auxquels la
tête eſt ſujette par des cauſes externes ,
fur la fiſtule lacrymale, ſur les hernies, fur
la mortification des pieds & des orteils;
on y voit auſſi un Traité complet fur
les hernies & ſur la fiſtule de l'anus,
avec quelques remarques ſur les foulures
les diſlocations , fur la cataracte , & fur
le polype du nez.
: Recherches fur les Maladies Chroniques ,
particulierement ſur les hydropifies ,
& ſur les moyens de les guérir ; par
M. Bacher , Docteur Régent de la
Faculté de Médecine de Paris. I vol.
in - 8°. A Paris chez la veuve Thibout
, Imprimeur du Roi , Place Cambrai;
& Didot le jeune , Quai des Auguſtins.
1
:
::
Cet Ouvrage eſt un des plus utiles
dans ſon genre. M. Bacher s'occupe
depuis long-temps du traitement des différentes
hydropiſies ; & il s'eſt fait , fur
ces maladies , d'après ſes différentes obfervations
une doctrine particuliere
qu'il développe tout au long dans le
cours de cet Ouvrage. Nous croyons ne
,
G
1
98 MERCURE DE FRANCE.
:
pouvoir mieux le faire connoître , qu'en
mettant fous les yeux de nos Lecteurs ,
le rapport de MM. les Commiſſaires de
la Faculté de Médecine de Paris.
" M. Bacher , dans l'Ouvrage que
nous avons été chargés d'examiner , développe
avec netteté & préciſion , les
différentes cauſes des hydropiſies ; il paſſe
en revue les remedes uſités dans le traitement
de ces maladies, & en expoſe
les effets . Il combat enſuite avec des
raiſons victorieuſes , appuyées d'obſervations
multipliées , pluſieurs erreurs
auſſi anciennes que généralement accréditées.
Cependant, malgré l'étendue des
recherches de l'Auteur, il s'en faut de
beaucoup , comme il le remarque luimême
, que la matiere ſoit épuisée ,
particulierement à l'égard des hydropifies
de poitrine ; mais s'il nous reſte encore
bien des connoiſſances à defirer , il eſt auſſi
conſtant que M. Bacher a diminué les
difficultés pour y parvenir. Il vient d'ajouter
un degré de perfection à l'art de
guérir. Nous l'invitons à continuer ce
travail ; en attendant, il mérite nos éloges
& notre reconnoiſſance , puiſqu'il
nous rend le ſervice eſſentiel de publier
un Ouvrage qui manquoit à la Médecine.
i
NOVEMBRE. وو . 1777
Signé , LE MONNIER , MACQUER ,
LORRY , GANDCLAS , MALOET . "
M Bacher a terminé ſon livre par un
Catalogue des Ouvrages qui ont été publiés
ſur l'hydropifie ; il n'avoit pas fans
doute connoiſſance d'une petite brochure
qui a paru en 1769 , chez Humblot
, intitulée Traité fur l'hydropiſie &
la jauniſſe , par M. Marquet ,,, puiſqu'il
n'en fait pas mention dans ſon Catalogue.
On y trouve la compoſition d'une
clairette purgative , dont faifoit uſage , avec
ſuccès , le Docteur Marquet ; & que M.
Buc'hoz , fon gendre , a auſſi preſcrit pluſieurs
fois avec la même efficacité dans les
cas d'hydropifie: remede qui auroit mérité
ſans contredit , des gratifications à fon
Auteur , s'il en avoit voulu faire myſtere.
Nous profitons de cette occafion pour
annoncer que M. Buc'hoz , Médecin de
Monfieur , vient de publier , avec la générofité
digne d'un vrai Médecin , dans
ſon Histoire naturelle & économique des
trois Regnes , la compoſition de l'Electuaire
Anti - Vénérien , dont M. Marquet , fon
beau - pere , lui avoit laiſſé le ſecret.
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
Obſervations critiques ſur un Ouvrage
intitulé, Examen de la Houille , confidérée
comme engrais des Terres , par
M. Raulin , Docteur en Médecine.
1 vol. in- 12. A Amſterdam , & fe
trouve à Meaux , chez Charles , Libraire
, rue St. Remy; à Paris, chez
Baſtien , Libraire, rue du Petit- Lyon ,
Fauxbourg. St. Germain ; & chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
T
Si ce petit Ouvrage eſt intéreſſant par
fon objet pour les Cultivateurs des Provinces
de Picardie , Champagne , Brie ,
Ile - de - France , & même pour tous ceux
dans le voiſinage deſquels on pourroit
découvrir des houillieres , il ne l'eſt pas
moins pour la Phyſique & l'Hiſtoire
naturelle. L'envie de déprimer l'Ouvrage
de M. Raulin , n'eſt pas le ſentiment qui
a guidé la plume de l'Auteur ; elle a été
uniquement conduite par des vues conformes
aux fiennes , celles de l'utilité générale.
L'engrais avec des houilles eft
d'une trop grande utilité, pour l'exclure
, comme M. Raulin l'a prétendu ;
quand bien même on ne l'emploieroit
que pour les prairies, il eſt certain qu'on
र
1
NOVEMBRE. 1777. 10
:
en tirera beaucoup plus de fourages. Plus
il y a de fourages , plus on peut avoir
de beſtiaux. La quantité de beſtiaux augmente
la quantité des fumiers : de- là ,
l'abondance des grains : de- là , les richeſſes
ou l'aiſance; c'eſt le but auquel
doivent tendre tous les Cultivateurs.
:
La Physique de l'homme ſain , ou Explication
des fonctions du Corps humain ,
par M. N. Jadelot. Profeſſeur d'Anato
mie & de Phyſiologie dans la Faculté
de Médecine de Nancy, de l'Académie
Royale des Sciences & des Arts
de la même Ville , Médecin de l'Hôpital
Saint - Charles. I vol. in - 8°. en
Idiome Latin. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire, Quai des Augustins
; à Nancy , chez Babin , & à
Strasbourg , chez Koenig.
Cet Ouvrage eſt rédigé en faveur des
Étudians en Médecine. Le célebre Profeſſeur
y développe d'une façon claire
& concife , le mécanisme de toutes les
fonctions du corps animal ; il y expoſe
les ſyſtèmes des Auteurs : il n'aſſure
rien dont il ne ſoit très - certain , & il
tâche d'expliquer phiſiologiquement, ce
:
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
qui n'eſt que problématique, enfin , ila
renfermé dans cette brochure tout ce qui
ſe trouve de plus eſſentiel dans toutes
les Phyſiologies connues: c'eſt une vraie
quinteſſence de la phyſique de l'homme.
Un pareil Ouvrage n'eſt donc pas feulement
utile aux Étudians en Médecine
, mais il convient à tout Phyſicien ,
& à tout homme qui veut connoître le
mécaniſme des différentes fonctions de
ſon individu. M. Jadelot eſt d'ailleurs
fort modeſte ; il avoue qu'il a mis à concontribution
les Ouvrages de M. Hallert
, pour la rédaction du ſien , bien
différent en cela de pluſieurs Auteurs
qui , pour ne pas faire connoître les
ſources où ils ont puiſé , dépriment fouvent
ceux qu'ils ont conſultés. Quant à
la partie Typographique, elle eſt parfaitement
exécutée , & prouve qu'en
Province , elle n'eſt pas moins parvenue
à ſa perfection qu'à Paris.
,
Explication des Cérémonies de la Fête
Dieu d'Aix en Province ornée
des Figures du Lieutenant de Prince
d'Amour , du Roi & Bâtonniers de
la Bazoche, de l'Abbé de la Ville ,
& des jeux des Diables , des Razcase.
NOVEMBRE. 1777. 103
ſetos , des Apôtres , de la Reine de
Saba , des Tiraſſons , des chevaux-frux ,
&c. , avec les airs nôtés confacrés à
ces fêtes , & quatorze Planches gravées.
Prix , 3 liv. bro. A Paris chez
Nyon, Libraire , rue St Jean-de-Beauvais
: à Aix , chez Eſprit David, Imprimeur
- Libraire à Marseille , chez
Moſſi: à Lyon & à Angers , chez les
Libraires des Nouveautés.
M. Grégoire , d'Aix , eſt l'Auteur de
cet Ouvrage curieux & ſavant. Trois de
ſes fils ont deſſiné & gravé toutes les Planches.
Ils ont eu pour objet de repréſenter
& d'expliquer les Cérémonies de la
Fête - Dieu d'Aix dans les cinq jours différens
, qui ont donné lieu à la diviſion de
cet Ouvrage de cinq parties.
4
1 °. Le Lundi , Fête de la Pentecôte,
2º. Le Dimanche de la Trinité.
3º. La veille de la Fête- Dieu.
4°. Le jour de la Fête- Dieu
52. Le Samedi d'après cette Fête.
C'eſt dans les Mémoires ſur l'ancienne
Chevalerie , par M. de la Curne de
Sainte Palaye , que M. Grégoire a cru
trouver l'origine & l'explication de ces
Fêtes. Il fait l'hommage de fa décou
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
verte au Savant Académicien , en lui dédiant
ſon livre. En effet , ces cérémonies
fingulieres ont beaucoup de rapport avec
celles qui ſe pratiquoient autrefois dans
les tournois. Il eſt probable que le Roi
René d'Anjou , Comte de Provence , qui
a inſtitué cette Fête, vers l'an 1462 , &
qui s'étoit ſi ſouvent diftingué dans les
tournois , a voulu perpétuer à jamais la
mémoire d'un de ces jeux militaires ,' en
les aſſociant aux plus grandes cérémomonies
religieuſes , ſuivant l'eſprit du
XVe fiecle .
:
J
C'eſt du combat de Courtoisie ou à Plaiſance,
que le Roi René nous a laiſſé la repréſentation
dans une partie du Cérémonial
de la Fête - Dieu.
• Le Lieutenant de Prince d'Amour , ſon
guidon; le Roi de Bazoche , fon Lieu--
tenant , ſon guidon , l'Abbé de la Ville ,
&c. , jouent , ce jour là , le rôle des
grands Chevaliers qui aſſiſtoient auxtournois.
Ils vont avec leur fuite entendre la
Meſſe à la Métropole , en grande cérémonie
, les uns avec le Parlement , les autres
avec Meſſieurs les Confuls; ils ſont ſuivis
de leurs Officiers & de tout ce qui forme
leurs Cours , ce qui étoit autrefois une partie
des uſages Religieux avant le tournois.
1
NOVEMBRE. 1777. 105
Après ces premieres explications , ce
qui doit piquer le plus la curioſité , eſt
d'apprendre pourquoi un tournois de courtoiſie
eſt joint dans une auſſi grande Fête
que celle de la Fête - Dieu , aux jeux
des Diables , des Apôtres , des Raz- casfetos
(ou des lépreux ,) de la Reine de
Saba, des Tiraſſons (ou Luteurs à terre
) &c. C'eſt qu'on ne célébroit point
de grande Fête qu'on n'y admît ce que
l'on nommoit alors des entremets , mot
que l'on a enſuite changé en celui d'intermede
; enſorte que le Roi René , pour
ſe conformer à cet uſage , a introduit
dans ſa grande Fête , ces entremets , pour
leſquels il a choiſi des repréſentations de
points d'Hiſtoire de l'ancien & du nouveau
Testament , qui prétoient le plus
à ſon gré à la morale , à l'agrément , &
peut- être auſſi à la fingularité des perſonnages
, pour amuſer le peuple & attirer
un concours conſidérable d'étrangers
pour voir la Fête- Dieu , en quoi il a par
faitement réuſſi.
La Science du Bon-homme Richard , ou
Moyen facile de payer les Impôts , traduit
de l'Anglois. A Philadelphie ; & fe
trouve à Paris , chez Ruault, Libraire ,
:
•
G5
10б MERCURE DE FRANCE.
Rue de la Harpe. 1777. in - 12 Prix,
I liv. 4 f.
Cet Ouvrage, auſſi court qu'excellent ,
eſt du petit nombre de ceux auxquels
on peut donner la qualification d'Aureum
Libellum. On aſſure que c'eſt le célebre
Docteur Francklin, qui s'y cache ſous
le maſque du Bon- homme Richard , faiſeur
d'Almanachs , très - connu , dit - on ,
dans une autre partie du monde , pour
donner à ſes compatriotes des leçons ausſi
ſenſées qu'utiles de philofophie économique
, dont il n'y a aucune Société
policée qui ne puiffe & ne doive même
profiter. Il eſt difficile de renfermer dans
auſſi peu de pages , un plus grand nombre
de vérités importantes. Les moyens
faciles que propoſe le bonhomme Richard
pour payer les impôts , & en mêmetemps
pour vivre dans l'aiſance & le contentement
, font , la vigilance , l'ordre ,
l'économie & la tempérance; moyens bien
ſimples , & qui cependant avoient échappé
à tous les faiſeurs de projets ſur les
impôts.
*Le bonhomme Richard , pour mieux
mettre ſa Science à la portée de tous ceux
à qui elle peut fervir , afſaiſonne fa moNOVEMBRE
. 1777. 107
rale de proverbes & de ſentences , qu'il
applique à tous ſes préceptes , & l'application
en eſt toujours juſte & frappante.
Nous allons en donner quelques exemples.
" S'il y avoit un Gouvernement qui obligeât
les ſujets à donner régulierement
la dixieme partie de leur temps pour fon
ſervice , on trouveroit aſſurément cette
condition fort dure ; mais la plupart d'entre
nous font taxés , par leur pareſſe,
d'une maniere beaucoup plus tyrannique.
Car , ſi vous comptez le temps que vous
paſſez dans une oiſiveté abfolue , c'eſt- àdire
, à ne rien faire , ou dans des diffipations
qui ne menent à rien , vous trouverez
que je dis vrai. L'oiſiveté amene avec
elle des incommodités , & raccourcit fenſiblement
la durée de la vie. ,, L'oiſiveté ,
,, comme dit le bonhomme Richard ,
reſſemble à la rouille , elle uſe beau-
,, coup plus que le travail; la clef dont
" on ſe ſert, eſt toujours claire. "
Courage donc , & agiſſons pendant
que nous le pouvons ; moyennant l'activité
, nous ferons beaucoup plus , avec
moins de peine. ,, L'oiſiveté , comme dit
و د
le bonhomme Richard, rend tout dif-
„ ficile ; l'induſtrie rend tout aiſé; celui
„ qui ſe leve tard, s'agite tout le jour ,
108 MERCURE DE FRANCE.
i
و” &commence àpeine ſes affaires, qu'il
eft déjà nuit. La pareſſe va fi lentement,
,, comme dit le bonhomme Richart, que
ود
و د
و د
L. la pauvreté l'atteint tout d'un coup':
,, pouſſez vos affaires , comme il dit en-
,, core , & que ce ne ſoit pas elles qui
vous pouſſent. Se coucher debonneheure
& ſe lever matin , ſont les deux
meilleurs moyens de conſerver ſa ſan.
té , ſa fortune & fon jugement.
و د
"
و د
و د
Mais , indépendamment de l'induſtrie,
il faut encore avoir de la conſtance , de
la réſolution & des ſoins. Il faut voir ſes
affaires avec ſes propres yeux , ne pas
trop ſe confier aux autres. ,, Car , comme
dit le bonhomme Richard, je n'ai ja
mais vu un arbre qu'on change fou-
,, vent de place, ni une famille qui dé-
و د
و د
" ménage ſouvent , proſpérer autant que
,, d'autres qui ſont ſtables." Trois déménagemens
font le même tort qu'un
incendie ; il vaut autant jeter l'arbre au
feu , que de le changer de place. Gardez
votre boutique , & votre boutique
vous gardera. Si vous voulez faire votre
affaire , allez - y vous même; ſi vous voulez
qu'elle ne ſoit pas faite, envoyez - y.
Pour que le laboureur profpere, il faut
qu'il conduiſe ſa charrue , ou qu'il la
NOVEMBRE. 1777 109
tire lui - même. L'oeil d'un maître fait
plus que ſes deux mains. Le défaut de
ſoins fait plus de tort que le défaut de
ſavoir. Ne point ſurveiller aux journaliers
, eſt la même choſe que livrer ſa
bourſe à leur difcrétion. Le trop de
confiance dans les autres eſt la ruine de
bien des gens. Car , comme dit l'Almanach
,,, dans les affaires de ce monde ,
ce n'eſt pas par la foi qu'on ſe ſauve ,
و ر
c'eſt en n'en ayant pas.
و د
رو C'en eſt aſſez , mes amis , fur l'induſtrie
& fur l'attention que nous devons
donner à nos propos affaires ; mais ,
après cela, nous devons avoir encore la
tempérance , ſi nous voulons afſurer les
fuccès de notre induſtrie. Si un homme
ne fait pas épargner en même temps qu'il
gagne , il mourra ſans avoir un fol, après
avoir été , toute ſa vie , collé ſur ſon
ouvrage. Plus la cuiſine eſt graſſe ,
dit le bonhomme Richard , plus le testament
eſt maigre. " Bien des fortunes
ſe diſſipent en même temps qu'on les
gagne , depuis que les femmes ont négligé
les quenouilles & les tricots pour
la table à thé , & que les hommes ont
quitté pour le punch , la hache & le marteau.
" Si vous voulez être riche , dit- il ,
"
1
110 MERCURE DE FRANCE.
dans un autre Almanach, n'apprenez pas
ſeulement comment on gagne ; fachez
auſſi comment on ménage. " Les Indes
n'ont pas enrichi les Eſpagnols, parce que
leurs dépenſes ont été plus confidérables
que leurs profits.
"
"
Le bon-hommeRichard nous prévient
prudemment que l'orgueil de la parure
eſt un travers funeſte. Avant de confulter
votre fantaiſie , conſultez votre bourſe.
L'orgueil eſt un mendiant qui crie auffi
haut que le beſoin , mais qui eſt infiniment
plus infatiable. Si vous avez acheté
une jolie choſe , il vous en faudra dix
autres encore , afin que l'aſſortiment
foit complet ; car , comme dit le bonhomme
Richard , il eſt plus aisé de
réprimer la premiere fantaiſie , que de
fatisfaire toutes celles qui viennent enſuite.
" Il eſt auſſi fou au pauvre de vouloir
être le ſinge du riche , qu'il étoit à la
grenouille de s'enfler pour devenir l'égale
du boeuf. Les gros vaiſſeaux peuvent risquer
davantage; mais il ne faut pas que
les petits bateaux s'éloignent jamais du
rivage , les folies de cette eſpece font
bien tôt punies; car , comme dit le bonhomme
Richard , la gloire qui dîne de
P'orgueil , fait ſon ſouper du mépris. "
وو
و د
NOVEMBRE. 1777. I
۱
Et le bon - homme dit encore ailleurs : ,, la
,, gloire déjeune avec l'abondance , dine
,, avec la pauvreté , & ſoupe avec la honte."
و د
On a joint à ce petit Ouvrage : 10. l'Interrogatoire
que M. Franklin ſubitau mois
de Février 1776 , devant le Parlement
d'Angleterre ; 2°. la conſtitution de la République
de Penſylvanie, telle qu'elle a été
établie par la Commiſſion générale de Philadelphie
, au mois de Juillet 1776; 30.
l'interrogatoire de M. Penn , à la Barre
du Parlement , au mois de Novembre de
la même année. Ces trois Pieces , qui ont
déjà paru en différens temps dans les Papiers
publics , ſont très-intereſſantes pour
tous ceux qui veulent ſe mettre au fait de
ce qui concerne l'AmériqueSeptentrionale.
Loiſirs de Libanius , Poëme philoſophique ;
par M. Ducloſel d'Arnery , Ecuyer. A
Londres ; & à Paris , chez Cailleau , Im
primeur - Libraire , rue Saint- Séverin.
Il y a peu d'apparence qu'il exiſte d'original
de ce Poëme, encore moins que ce
foit une production du fameux Libanius ,
1 نا
u
112 MERCURE DE FRANCE.
pt.
Sophiſte d'Antioche , Contemporain &
ami de l'Empereur Julien. On ne donne
d'ailleurs d'autre indication là -deſſus , que
ce laconique avertiſſement. ,, Il paroît que
, Libanius s'étoit permis d'imiter Proper-
,, ce, Juvenal & Perſe : on a cru devoir
,, indiquer les ſources dans lesquelles il a
,, puiſé. " Ce qui veut dire vraiſemblablement
que M. Ducloſel d'Arnery a emprunté
quelques endroits de ces Poëtes
Latins , qu'il a cités au bas des pages de
fon Poème. Il y en a auffi de Catulle &
de Valérius - Flaccus.
Quoi qu'il en ſoit , le Poëte ſe transporte
dans l'Antiquité ; &, d'un ton vraiment
philofophique, parcourt ſucceſſivement
différens objets , tels que la vanité
des richeſſes , des honneurs &du pouvoir ,
l'ignorance de l'homme ſur ſon eſſence,
fur celle de l'Univers qu'il habite , & für
les ſecrets de la Nature ; ignorance qui
étoit encore plus grande au temps où l'on
fuppoſe cet Ouvrage écrit. Il finit par une
fortie contre les Tyrans & les Guerriers
ſanguinaires.
Nous allons citer quelques morceaux
de ce Poëme , pour donner une idée du
ſtyle. On y reconnoîtra de la nobleſſe,
de
4
NOVEMBRE. 1777. 113
de la facilité , & quelquefois de l'harmonie.
Le jour fuccede au jour , & la ſource féconde
Voit à la fois renaître & ſe perdre ſon onde ;
Les frinats ont un terme , & bientôt au vallon
Flore rend ſon email flétri par l'aquilon ;
Mais la nuit de la mort eſt la nuit éternelle.
Envain , belle Euridice , un tendre époux t'appelle ;
Envain il te ramene aux bords de l'Acheron ;
- Nul mortel , ne revient du ſéjour de Pluton ;
Nul ne fort de ſa tombe; & la parque inflexible
Ne ranime jamais notre cendre inſenſible.
Prévenons le ſommeil de cette affreuſe nuit ;
Arrêtons , s'il ſe peut , le moment qui nous fuit.
i
Quel est cet Univers , & que ſuis-je moi-même ?
Eſt-il un premier Etre , un Arbitre fupreme ,
Un Souverain des Rois , tout-puiſſant , éternel ,
Un ſeul Dieu , Créateur de la Terre & du Ciel ,
Qui commande aux Saiſons , tonne dans les nuages ,
Brille dans le Soleil , vit dans tous ſes Ouvrages ;
Et ces différens Dieux ſur la Terre adorés ,
Seroient- ils de vains noms par l'erreur conſacrés ?
Quelle eſt l'impulſion dont la force inviſible
Augmente au même inſtant le progrès inſenſible
H
114 MERCURE DE FRANCE.
Du flambeau de la nuit & de reflux des mers ?
Quelle cauſe au même ordre aſſervit l'Univers ,
Répand fur nos jardins le doux parfum des rofes ,
Le miel ſur le bouton des fleurs à peine écloſes ,
Dans les flancs déchirés du rocher écumant ,
Fait retentir des flots le long mugiſſement ,
Et porte dans la plaine , autrefois inondée ,
L'arbre chargé de fruits , la tige fécondée ;
:
Eſt-il un Prométhée & des Géans rébelles ,
De l'éternel courroux victimes éternelles ?
Dois-je croire au Tartare , aux vautours d'Alcmeon ;
A la foif de Tantale , aux ombres d'Ision ?
Non , je redoute peu l'indomptable Cerbere
L'ardente Tiſiphone & la pâle Mégere ,
Mais l'Univers annonce un Mafire à l'Univers ,
Le tyran ſur le Trône , un vengeur aux Enfers.
Puiſſant Pere des Dieux ! dans le ſein du coupable ,
Hate toi de plonger ton glaive redoutable ;
Que dis-je , pour punir ces brigands couronnés ,
Montre la bienfaiſance à leurs coeurs étonnés ;
Montre leur de Numa la Statue adorée ,
Et des Tarquins proſcrits la mémoire abhorrée.
Qu'en proie au noir ſoupçon , à la crainte , au remord,
Ils déteſtent la vie & redoutent la mort.
NOVEMBRE. 1777:. 11ς 1
La fin de ce dernier morceau , eſt une
imitation libre de ces beaux vers de
Perfe:
Magne Pater Divam , ſavos punire tyrannos,
Haud alid ratione velis , cum dira libido
Moverit ingenium ferventi tincta veneno ;
Virtutem videant , intabefcantque reliftd.
! :
;
Les Plaisirs de Campagne , ou les Plaisirs
variés , Comédie en un Acte & en
Profe ; par M. de V *** , Avocat au
Parlement. A Paris , de l'Imprimerie
de Quillau , rue du Fouarre , près la
Place Maubert. 1777 , in-8 °.
Cette petite Comédie paroît n'être
qu'un amuſement de Société. Il y a peu
d'intrigue & de ſituations neuves ou
theatrales ; mais la facilité & la rapidité
du ſtyle & du Dialogue , annoncent
qu'elle a coûté fort peu de travail à l'Auteur
; & qu'il feroit très-en état, en s'en
occupant plus ſérieuſement , de produire
quelque Ouvrage Dramatique plus confi-
६
H2
1: 6 MERCURE DE FRANCE.
dérable & plus intéreſſant. Celui - ci ſe
rapproche aſſez du genre des petits Drames
connus ſous le nom de Proverbes.
Le Héros de la Piece eſt un M. de la
Pépiniere , riche Particulier , poſſeſſeur
d'une maiſon de Campagne à quelques
lieues de Paris , dans laquelle l'Auteur
place la Scene. Le caractere de ce M. de
la Pépiniere ; entiché de la manie du jardinage
, eſt comique &bien ſaiſi , & fait
à-peu près tout le ſujet de la Comédie.
Un Préſident, un Comte , & leurs épouſes
, amis & amies de M. & de Madame
de la Pépiniere , viennent jouir chez eux
des plaiſirs de la Campagne. Un jeunehomme
nommé Eraſte , amoureux de la
fille de M. de la Pépiniere, ſe fait annoncer
chez lui en qualité de Marquis
de Sardan , & d'Amateur du jardinage ,
ſous prétexte de voir fon jardin , mais
en effet pour faire connoître fon amour.
M. de la Pépiniere , qui s'occupe fans
ceſſe autour de ſes arbriſſeaux , & ne
laiſſe rien faire à ſon Jardinier , fait , en
veſte blanche , les honneurs de fa maiſon.
Toute la Compagnie ſe raſſemble. Le
Comte de Bruyancour , un des amis
du Jardinomane , ſe trouve être l'oncle
!
NOVEMBRE. 1777. 117
d'Eraſte , qui profite de cette favorable
circonſtance pour ſe déclarer. On confent
à lui donner Angélique , à laquelle il
avoit déjà trouvé l'occaſion de ſe faire
connoître , & de plaire.
Les Aventures de Télémaque , fils d'Ulyse
; par feu Meſſire François de
Salignac de la Motte Fénélon , Précepteur
de Meſſeigneurs les Enfans de
France , & depuis Archevêque - Duc
de Cambrai , Prince du Saint-Empire ;
&c. Livre VIIe , mis en Vers par
M. H. F. Pelletier , dédié au Roi , &
qui a été préſenté , par l'Auteur , à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
A Paris , chez la veuve Duchefne &
le Jay , LLiibbrraaiirreess ,, rue S. Jacques.
Prix , I liv. 4 f.
:
L'Auteur regarde le Télémaque comine
l'un des meilleurs Livres de morale que
l'on puiſſe mettre entre les mains des
jeunes gens: mais pour qu'ils puiffent retenir
plus facilement les beaux préceptes
:
- H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
de Mentor , il a entrepris de mettre cet
Ouvrage en vers. Il a fait imprimer le VII.
Livre ſeulement, afin que le Public juge
ſi ſa Poëſie ſera plus favorable à ſa mémoire
, que la proſe harmonieuſe de
l'illuſtre Fénélon. Nous ne ferons que
citer quelques - uns de ſes vers. Si , d'après
leur lecture , on veut ſe faire inſcrire
chez lui , M Pelletier demeure
rue neuve de Richelieu , au coin de la
rue de la Harpe. Il ne recevra point
d'argent , mais ſeulement les noms des
perſonnes qui defireront avoir l'Ouvrage
entier.
C'eſt ainſi que Mentor parle à Télémaque
, pour le détourner de ſa funeſte
patſion pour Eucharis.
P
•
TÉLÉMAQUE.
•
:
Voilà , pour Eucharis , quels font mes sentimens.
Un feul adieu , Mentor , je pars en ces momens.
:
1
1
NOVEMBRE. 1777. 119
ΜΕΝΤOR.
O ! repliqua Mentor , o quelle erreur extrême !
Dans votre égarement , vous comptez ſur vous - même,
En vous , ſi fortement agit la paſſion ,
Que vous n'en ſentez pas l'ardente impreſſion.
Etrange aveuglement ! homme foible & fragile 1
Vous demandez la mort , & vous croyez tranquille !
Quoi ! ne pouvant quitter votre Nymphe en ce jour ,
Vous croyez votre coeur inſenſible à l'amour ?
Vous la voyez par - tout , & vous n'entendez qu'elle ;
Tout autre , maintenant , vainement vous appelle.
Celui qui dans la fievre a le transport affreux ,
Dit qu'il n'eſt point malade , & qu'il ſe trouve heureux.
Un jour vous devez voir , aveugle Télémaque !
Ulyffe & votre Mere , au Royaume d'Ithaque ;
Vous y devez regner. Les Mattres des Humains
Vous ont promis la gloire & les plus grands deſtins.
Tout prêt à rejeter leur faveur desirable ,
D'en connottre le prix vous étiez incapable ;
Vous renonciez à tout ; vous braviez le mépris
Pour vivre ſans honneur avec votre Eucharis.
1
Lorsqu'à tous vos devoirs votre amour vous arrache ,
Direz-vous qu'Eucharis n'a rien qui vous arrache ?
Pourquoi voulez- vous donc deſcendre chez les morts ?
H 4
120 MERCURE DE FRANCE
Et devant Calypso , d'où venoient vos tranſports
Ne craignez point qu'ici , blamant votre foibleſſe ,
J'imprime à votre front la honte & la triſteſſe.
Mon coeur qui vous chérit , déplore en ce moment
L'ivreſſe de votre ame & votre aveuglement.
Craignez vos paſſions , redoutez - en la ſuite ;
Pour furmonter l'amour , il faut prendre la fuite ;
Les combats avec lui ſont des combats honteux ;
Et qui fait mieux le fuir eſt le plus courageux.
Les ſoins que j'ai pour vous pris depuis votre enfance;
Des périls évités toujours par ma prudence ;
Mon amitié pour vous , mon zele , mon ardeur ;
Ces choſes ſont , ſans doute , encor dans votre coeura
Croyez donc les conſeils qu'un tendre ami vous donne,
Ou fouffrez aujourd'hui que je vous abandonne .
Votre tourment m'accable; il déchire mon coeur.
Vous ignorez , hélas ! l'excès de ma douleur.
Vous ne concevez pas la cruelle ſouffrance ,
Les maux que près de vous m'a coûté mon filence.
Dans les vives douleurs de ſon enfantement ,
Votre mere , fans doute , eut un moindre tourment
Succombant au chagrin , ma mort étoit prochaine ;
Etouffant mes ſoupirs , j'ai dévoré ma peine.
Je voulois voir encor ſi , pour moi , votre amour.
S'annonceroit enfin par un heureux retour.
NOVEMBRE. 1777. 121
Omon fils ! mon cher fils ! mon unique eſpérance ;
Cent fois plus cher pour moi que ma propre exiſtance ,
Soutenez ma vieilleſſe , & foulagez mon coeur ;
Rendez-moi Télémaque , & faites mon bonheur.
Faites luire à mes yeux une vertu ſupreme ;
Rendez-vous à l'honneur , rendez-vous à vous-même.
Si la ſageſſe en vous peut furmonter l'amour ,
Je redeviens heureux , & je revois le jour :
Mais trahiſſant l'honneur , ſi l'amour vous enivre ,
C'eſt fait de votre ami , Mentor ne peut plus vivre.
ז
Le Chrétien fidele à ſa Vocation , ou Réflexions
fur les principaux Devoirs du
Chrétien , diſtribuées pour chaque jour
du mois , & utiles pour les retraites ;
avec le Tableau d un vrai Chrétien ,
compoſé de paſſages choiſis des Saints
Docteurs de l'Eglife : nouvelle édition ,
revue , corrigée & augmentée. A Paris
, chez Fugene Onfroy , Libraire ,
à l'entrée du Quai des Auguſtins , près
le Pont S. Michel , au Lys d'or , in - 12 ,
rel. 2 liv.
L'uſage & l'utilité d'un pareil Ouvrage
, fait pour l'édification des Fideles ,
ſont ſuffisamment indiqués par le titre.
On avertit que dans cette nouvelle édi-
}
H5
122 MERCURE DE FRANCE .
i
tion , on a ajouté des Titres ou Sommaires
à la tête de chacun des trois Paragraphes
qui partagent les Réflexions de
chaque jour; & qu'on a mis à la ſuite de
la Priere , un texte des Divines Écritures
propres à rappeler l'objet des précédentes
Réflexions.
Apologie de Shakespéar, en réponſe à la critique
de M. de Voltaire, traduite de
l'anglois de Madame Montagu. A Londres
; & ſe trouve à Paris , au grand Corneille
, rue S. Jacques ; & chez Mérigot
le jeune , quai des Auguſtins ; in - 8 °.
L'originalité eſt ſans doute un précieux
avantage ; l'Ecrivain qui le poſſede paſſe
à la poſtérité , & laiſſe bien loin derriere
lui ſes Imitateurs , à quelque degré de perfection
qu'ils aient porté l'art par leurs
travaux Le génie invente , l'art travaille
& perfectionne On a toujours accordé
au Pere du Théâtre Anglois , les prérogatives
de l'originalité & du génie; & fi
l'on ſe contentoit de dire qu'elles éclipſent
ſes défauts , ou que du moins elles
les compenfent, ce jugement ne feroit
NOVEMBRE. 1777. 123
1
pas tout à fait contredit; mais les Anglois
ont donné dans tout l'excès de l'enthouſiaſme.
Ils ont voulu préſenter leur
Poëte comme un modele accompli , &
transformer ſes écarts les plus manifeftes ,
quelquefois les plus entravagans , en mer
veilles d'un génie créateur , ou les excufer
fous le nom de licences d'un grand
Maître. Les bons eſprits ne ſe laiſſent pas
aller aux préventions ; les vrais critiques
prennent la balance & jugent. Madame
Montagu , après tant d'autres , a entrepris
d'apprécier Shakespear; mais elle ne s'eſt
pas dépouillée de ſon entouſiaſme, qui ne
lui permettoit que quelques obſervations,
& qui lui en interdiſoit un grand nombre
d'autres . :
Il ne faut pas s'imaginer , comme on
pourroit le faire, à l'inſpection du tître ,
que cet ouvrage eſt récent , & qu'il n'a
été compoſé que pour répondre à la famouſe
lettre de M. de Voltaire , lue á
Académie Françoiſe dans la féance de
la S. Louis de l'année derniere. Cette
lettre a ſeulement donné lieu à la traduction
: l'apologie de Shakeſpéar eſt anté-
Tieure de pluſieurs années. Elle contient
une introduction , où l'on apprend qu'en
offet Madame Montagu , lorſqu'elle a
124 MERCURE DE FRANCE.
pris la plume , y a été excitée par l'humeur
que lui avoient inſpirée quelques
critiques de Shakeſpéar en général , & M.
de Voltaire en particulier. Cette introduction
eſt ſuivie d'un traité ſur la poëſie
dramatique, ſur le drame hiftorique , de
réflexions ſur les deux pieces intitulées
Henri IV, d'une differtation ſur les êtres
furnaturels , & fur l'uſage qu'on en peut
faire dans les repréſentations théâtrales ;
ſur la Tragédie de Macbeth , le Cinna de
Corneille , le Jules - César de Shakeſpéar ,
&celui de M. de Voltaire : Madame Montagu
avoit auſſi fait des obſervations ſur la
Tempête , piece qu'on regarde comme cel
le dans laquelle le Poëte Anglois a déployé
avec le plus de force , ſes talens inventifs
mais le Traducteur les a omiſes.
",
On ne peut refuſer de juſtes éloges à
Madame Montagu ; ſon ouvrage en général
eſt bien fait ; il intéreſſe par pluſieurs
réflexions folides , & quantité de critiques
judicieuſes ; mais il y regne beaucoup d'en
gouement , fi nous pouvons nous exprimer
ainfi , & fur - tout un certain ton de haus.
teur nationale qui indiſpoſe. S'il faut l'en
croire , ſa Nation eſt la ſeule qui connoisſe
le ton, les moeurs , les convenances de
tous les Perſonnages que l'Antiquité peut
:
NOVEMBRE. 1777 125
مت
fournir au Théâtre ; de forte que quand la
la ſcene eſt à Athènes , à Sparte , à Rome ,
en Perſe , le Spectateur Anglois s'y transporte
, & n'eſt ſatisfait qu'à proportion de
ia vérité avec laquelle les Objets & les
Perſonnages de ces temps & de ces lieux
lui font offerts. Par tout ailleurs , infinue
Madame Montagu, il n'y a que quelques
Eccléſiaſtiques , quelques Lettrés , quelques
Académiciens familiariſés avec les écrits
anciens , qui ſoient initiés à ces connoiſſances.
Le gros de la Nation , qui ne
fait point quels doivent être les Grecs ou
les Romains , les Aſiatiques ou les Scythes
, les prend comme on les lui donne.
D'après cela tous les Anglois , ou du
moins preſque tous , font des Savans.
Madame Montagu , en exaltant Shakespear
, ne perd pas l'occaſion de rabaiſſer
tous ſes rivaux , Anglois ou étrangers ;
c'eſt fur- tout contre Corneille qu'elle exhale
le plus de bile : Corneille , qui paſſe
pour exceller dans le coſtume dramatique ,
Ice Corneille , plus Romain que les Romains
même , n'eſt à ſes yeux qu'un Romancier
dans le genre de la Calprenéde &
de Scudéry. Les Horaces , dit-elle , dans
126 MERCURE DE FRANCE.
!
: :
les diſcours qu'ils adreſſent au Roi , ſont
auſſi humbles , auſſi ſouples que les Courtiſans
de Louis XIV. Théſée n'eſt qu'un
Berger langoureux. Pluſieurs des plus
grands Hommes de l'antiquité , & même
des Héros fabuleux , dont l'époque remon,
te aux temps où les moeurs étoient encore
les plus fauvages , ne ſont produits ſur le
Théâtre François que ſous cette forme
efféminée. Le Poëte cherche quelquefois
à illuſtrer ſa piece du nom d'Hercule; mais
par malheur il lui arrache ſa maſſue pour
ne montrer que le fuſeau au Spectateur ,
&c. Il eſt certain' que voilà la premiere
fois que nous avons vu trouver l'air Fran
çois à Horace.
De Corneille , Madame Montagu paſſe
å ſon illuſtre Commentateur ; on fait que
M. de Voltaire a apprécié Shakeſpéar ,
qu'il en a parlé en homme de génie , mais
dont le goût eſt très - délicat; il eſt tout
fimple que des Anglois enthouſiaſtes ne lui
pardonnent pas ſes jugemens. Nous ne
nous arrêterons pas à ces détails , que l'on
ne doit attribuer qu'à l'humeur de l'amour
propre offenſé. Nous indiquerons de pré
férence quelques obſervations qui feront
plaifir.
NOVEMBRE. 1777. 127
نو
Les ſujets tirés de l'Hiſtoire de la
Grece , doivent offrir les moeurs Grec-
→ ques ; ce n'eſt point affez qu'Agamemnon
ſoit repréſenté comme un Roi &
un grand Général; cela ne le diftingue
pas de Gustave-Adolphe: il faut qu'il
penſe & qu'il s'exprime comme un
Roi & un Général Grec, lorſqu'il veut
facrifier ſa fille à Diane. Si Shakespéar
, dans la mort de Jules - César ,
n'avoit pas peint les Romains tels qu'ils
étoient, Brutus ne paroîtroit qu'un dé-
• teſtable aſſaſſin; au lieu qu'il a l'art de
le faire enviſager comme le vengeur de
ſa Patrie. Il en eſt de même du Caton
d'Addiſſon ; il paroſtroit un fou de ſe
tuer , parce qu'il y avoit apparence que
Cefar deviendroit Dictateur perpétuel ;
il falloit tirer cette réſolution du fond
de fon ame Romaine. Pourquoi habil.
le - t- on les Héros ſuivant le coſtume ?
C'eſt qu'ils paroîtroient ridicules avec
des habits modernes Ne le font- ils pas
plus avec nos moeurs & nos difcours ?
On impoſe ſéverement aux Peintres cette
loi du coftume , quoiqu'ils n'offrent
que des figures muettes ; & l'on en dispenſe
ceux qui veulent peindre l'ame &
Je caractere ! Voilà des contradictions
128 MERCURE DE FRANCE.
1
dont la conduite des hommes fourmille ;
mais il ne faudroit pas du moins qu'elles
ſe trouvaſſent chez ceux qui s'érigent en
Léginateurs du Théâtre , en arbitres du
goût. Le Poëte Anglois ne ſavoit pas
autant de regles qu'eux , mais il puiſoit
dans la ſource d'où fortent toutes les bonnes
regles , dans la nature.
Ces obſervations font en général celles
d'un eſprit qui voit bien ; mais voit - il
de même , quand il en fait l'application ?
Cette production curieuſe peut donner
une idée du degré d'enthouſiaſme que
Shakeſpéar a inſpiré aux Anglois ; ce
qu'il y a de plus fingulier, c'eſt qu'il
ſubſiſte à ce point , 261 ans après ſa mort ;
peut- être s'eft - il oppoſé juſqu'à préſent
& s'oppoſera - t - il toujours à la perfection
du Théâtre Anglois. Le génie hardi
, mais fauvage qui l'a créé , ſemble
avoir circonfcrit la carriere d'où ſes ſucceſſeurs
n'ofent pas fortir. Il nous rappelle
Hercule poſant les bornes du monde,
& les fiecles qui ſe ſont écoulés avant que
les Navigateurs timides aient ofé entre .
prendre de les paſſer.
1
Entretiens
-
NOVEMBRE. 1777. 129
Entretiens fur l'état de la musique Grecque
, vers le milieu du quatrieme fiecle ,
avant l'Ere vulgaire ; grand in 8°. de
110 pag. Prix , I liv. 10 f. broché.
A Paris , chez les freres Debure , Libraires.
1777.
On ſuppoſe qu'un étranger , qui ſe
trouvoit à Athenes vers l'an 360 avant
Jésus-Chriſt , rend compte , dans ce petit
Ouvrage , des deux inſtructions qu'il avoit
eues fur la Muſique avec un Diſciple
de Platon. Pluſieurs raiſons ont engagé
l'Auteur à choiſir cette époque, Les Athéniens
n'avoient jamais été ſi éclairés : il
s'opéroit une révolution éclatante dansla
Muſique. Platon , Ariftote , Ariftoneme ,
vivoientdans ce ſiecle. Les deux premiers
ont parlé de cet Art en Philoſophes :
le troiſieme en a donné la théorie, Ainſi
le premier entretien roule ſur la partie
technique de la Muſique. On y developpe
tous les élémens de la Muſique proprement
dite , ſavoir , lefon , les intervalles ,
les accords , les genres , les modes , le
rithme. En finiſſant l'explication de ce
dernier article , l'Auteur obſerve qu'il
n'eſt point de mouvemens dans la nature
&dans nos paffions , qui ne retiennent
I
130 MERCURE DE FRANCE.
५
dans les diverſes eſpeces de rythmes ,des
mouvemens qui leur correſpondent , &
qui deviennent leur image. Ces rapports
font tellement fixés , qu'un chant perd
tous ſes agrémens dès que ſa marche eſt
confuſe , & que notre ame ne redit pas ,
aux termes convenus , la ſucceſſion périodique
des ſenſations qu'elle attend.
La ſeconde collection roule ſur la partie
morale de la Muſique.
Il n'y a qu'une expreffion pour rendre
dans toute ſa force une image ou un ſentiment.
Elle excite en nous des émotions
d'autant plus vives , qu'elle fait retentir
dans nos coeurs la voix de la nature. D'où
vient que les malheureux trouvent avec
tant de facilité le ſecret d'attendrir & de
déchirer nos ames ? C'eſt que leurs accens
& leurs cris font le mot propre de
la douleur. Dans la Muſique vocale , l'expreſſion
unique eſt l'eſpece d'imitation
qui convient à chaque parole , à chaque
vers. Or , les anciens Poëtes , qui étoient
tout - à-la - fois Muſiciens , Philoſophes,
Législateurs , obligés de diſtribuer euxmêmes
dans leurs vers , la modulation
dont ces vers étoient ſuſceptibles , ne
perdirent jamais de vue ce principe. Les
paroles , la modulation , le rithme, ces
trois puiſſans agens dont la Muſique ſe
NOVEMBRE. 1777. 131
fertpour imiter , confiésà la mêmemain,
dirigeroient leurs efforts de maniere que
tout concourroit également à l'unité
d'expreffion.
CetOuvrageſefait lire avec intérêt , &
prouve dans l'Auteur autant de goût que
d'érudition.
Nouvelle Méthode pour les Changes de ta
France , avec toutes les places de ſa
correſpondance , contenant , 1º. les
nombres fixes pour tous les prix de
change dans le commerce , avec les
opérations faites par une ſeule multiplication
, & prouvées par la méthode
ordinaire; 2º. des nombres fixes
pour faire les eſcomptes des fous ,
par une feule multiplication depuis
un & demi pour cent , juſqu'à dix &
demi ; 3°. des nombres fixes pour
réduire les piaſtres d'Eſpagne & autres
matieres d'argent , au titre de 10 deniers
20 grains par une ſeule multi.
plication , avec des exemples des uns
&des autres par cette méthode abrégée
, & leurs preuves par la méthode
ordinaire; par M. Joſeph-René Ruelle
Arithméticien & teneur de Livres
à Lyon. Prix , 6 liv, broché. A Lyon ,
12
132 MERCURE DE FRANCE.
chez les freres Pétiſſe , Libraires ,
rue Merciere.
L'annonce de cet Ouvrageen fait ſentir
ſuffiſamment le plan & l'utilité. L'Auteur
eſt parvenu à compoſer des nombres
fixes pour opérer , par une ſeule multiplication,
les changes de la France avec
toutes les places de fa correſpondance ,
à tous les prix de changes qui font en
uſage dans le commerce. On trouve
dans ce recueil , non- feulement des nombres
fixes pour réduire l'argent de France
en monnoie étrangere , mais encore d'autres
nombres fixes pour réduire les monnoies
étrangeres en argent de France ,
avec les inſtructions néceſſaires pour opérer
les changes par cette nouvelle méthode.
Eloge historique de M. Venel , Profeſſeur
en Médecine dans l'Univerſité de
Montpellier , Membre de la Société
Royale des Sciences , Inſpecteur général
des Eaux minérales de France , qui,
ſera ſuivi d'un Recueil ou Précis de
ſes différens Ouvrages ; par M. JJ.
M... Docteur en Médecine de l'Univerſité
de Montpellier , &c. Broch.
\
NOVEMBRE. 1777. 133
:
de 78 pag. in-8°. Prix , I liv. 4 f.
A Grenoble , chez Cuchet , Imprimeur-
Libraire. A Paris, chez Nyon , Libraire
, rue St Jean-de-Bauvais.
L'éloge d'un Savant , eſt en mêmetemps
celui de la ſcience dans laquelle il
s'eſt diſtingué. M. Venel ſe renditrecommandable
par ſes profondes connoiſſances
en Médecine & en Chymie. C'eſt dans
cet éloge même qu'il faut lire le ſuccès
de ſes travaux & de ſes études , qu'il a
toujours rapportés à l'utilité de ſes concitoyens.
i
..
:
;
Hiftoriæ Græcorum , res memorabiles ex
Trogo - Juſtino , nec non Cornelio
Nepote collectæ : ad operis calcum acceſcêre
brevi & gallico fermone , quæ
à Scriptoribus Græcis traduntur de
Græcis primordiis ; quæ heroica tempora
funt appellata ,& Poëtarum commentis
intermixta ; ad ufum juventis.
Pariſiis , apud Nicolaum Ruault , Bibliopolam
, viâ citharea. 1777. Prix ,
relié en parchemin , I liv. 4 f.
!
Cet abrégé , en Latin , de l'Hiſtoire
Grecque , eft conduite juſqu'au temps
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
qu'Athenes paſſa ſous la puiſſance des
Romains; c'est-à-dire , lorſque la Grece ,
entiere fut réduite en Province Romaine.
C'eſt une lecture en même temps inſtructive&
am'uſante pour les jeunes gens qui
étudient la Langue Latine. Toute cette
Hiſtoire intéreſſante eſt diviſée en paras
graphes , qui forment autant de leçons
toujours remarquables par quelques faits
eſſentiels. On a mis à la fin de ce petit
Livre, un Sommaire en François, de
l'Hiſtoire des premiers temps de la
Grece,
Nouveau Plan d'éducation complette , ou
Didactique générale , où feront dé.
taillés les vices de l'éducation actuelle ,
avec les moyens de les rectifier , &
dans lequel ſe trouveront toutes faites
& prêtes à donner , les leçons
de toutes les différentes parties qui
peuvent entrer dans l'inſtitution la
plus ſuivie; Ouvrage utile , & mis
à la portée de tout le monde. Par
M. Carpentier , Maître - ès- Arts de
l'Univerſité , Profeſſeur public de
Langue Françoiſe, de Géographie &
de Belles-Lettres. Tome 1er in- 16.
Prix , I liv. 4 f. broché. A Paris,
1
NOVEMBRE . 1777. 135
chez Deſnos , Ingénieur , Géographe
& Libraire , rue St Jacques , au Globe.
Le premier Tome du nouveau plan
d'Education que nous venons d'annoncer
, comprend la Grammaire & la Syntaxe
Françoiſe , réduite en 120 petites
leçons miſes à la portée des enfans
du plus bas âge ; & 48 autres petites
leçons très faciles, pour ſervir d'introduction
, tant à la Géométrie qu'à la
Géographie , & même à l'Anatomie. Chacun
des tomes de cet Ouvrage , ainſi que
s'en explique l'Auteur lui-même dans un
avis , pourra être conſidéré comme un
petit Ouvrage ſéparé ; & il n'a appellé
celui ci premier , que pour indiquer
l'ordre dans lequel ces leçons doivent
être données aux enfans. Comme les
volumes ſuivans , ainſi que celui - ci ,
feront régulierement de 192 à 200 pages ,
l'Auteur donnera chaque fois une feuille
ſéparée de la Grammaire: de la Syntaxe
, de la Géométrie , de la Géographie
, &c. pour la commodité de ceux
qui voudront raſſembler de ſuite les leçons
concernant la même ſcience. Ces
leçons ſont écrites ſous la forme d'un
Dialogue clair & précis. Cet Ouvrage ,
14
136 MERCURE DE FRANCE.
par ce moyen , utile à la jeuneſſe , le fera
encore aux peres & meres , qui y trouveront
des leçons faciles pour s'aſſurer du
progrès de leurs enfans , ou leur enfeigner
les premiers élémens des connoiffances
utiles.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Monfieur , en rendant compte dans le ſecond Volumé
du Mercure d'Octobre , pag. 87 , de l'Eloge
du Chancelier de l'Hôpital , dont la deviſe eſt , Nec
vita animæque peperci , &c. vous avez cherché à
combattre la critique qui vous a avancé , que les
ames fortes ont un penchant naturel pour les opinions
hardies & dangereuses. Cette afſertion ſeroit
en effet dangereuſe elle-même , fi elle pouvoit
fignifier que les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions qu'il seroit dangereux pour
la Société de voir adopter par un grand nombre
d'hommes. Je puis auſſi vous aſſurer que ce n'eſt
point ce ſens coupable que l'Orateur a voulu faire
entendre comme je dois l'atteſter d'après lui-même .
Il ſeroit d'ailleurs autant abfurde qu'injuſte , d'adopter
une interprétation différente & éloignée de
celle qui ſe préſente naturellement. Cette phraſe ,
de la maniere qu'elle eſt placée , & fuivant les principes
de l'eſtimable Auteur du Difcours , veut feulement
dire que les ames fortes ont un penchant
NOVEMBRE. 1777. 137
naturel pour les opinions , qui expoſent ceux qui
les adoptent , à quelque danger. C'eſt une vérité
de fait trop confirmée par l'Hiſtoire , pour la nier ;
juftifiée d'ailleurs , dans ce même Difcours , par
l'exemple du Chancelier de l'Hopital , qui eut fou-
. vent la noble hardieſſe de s'expoſer à la haine de ſa
Nation pour la ſervir.
- Je ſuis , Monfieur , &c .
AVIS.
:
Madame la veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , fait une nouvelle
édition de la France Littéraire , qui paroîtra dans
le cours de Janvier prochain. C'eſt chez elle que
MM. les Gens de Lettres , & autres perſonnes intéreſſées
à l'exactitude des notices , ſoit des Auteurs
, foit des Ouvrages , font priés d'envoyer des
Notes détaillées de ce qui les concerne , & le plutôt
poſſible , afin, que les articles qui les intéresfent
, foient rédigés ou corrigés comme ils le defirent.
Deur négligence de fatisfaire à cette demande
, ſera ſeule la cauſe des fautes , mépriſes ou
omiſſions dont ils pourroient ſe plaindre.
A
I5
138 MERCURE DE FRANCE. 1
:
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Projet d'un Prix d'Agriculture , in- 12 ,
de 45 pages , petit caractere , avec
deux planches gravées ; chez Knapen
& Ruault , &c , prix 18 fols. 1777.
C'EST fans doute une propofition
faite à ces Citoyens généreux , qui ſe
font réunis pour diftribuer des encouragemens
pécuniaires aux Auteurs des inventions
, qu'ils reconnoîtront tendre à
perfectionner la pratique des Arts &
Métiers utiles ; & , certes, lepremier &
le plus utile des Arts, eſt celuide l'Agriculture.
L'Auteur invite à chercher une
machine qui n'exige ni plus de tems , ni
plus de frais que deux labours à la
charrue ordinaire,& qui puiſſe produire
l'effet d'un labour à la bêche. Il prétend
que , par le ſecours de cette invention ,
une partie des bonnes terres à froment ,
pourroit tous les ans rapporter du bled,
non ſeulement fans ſe détériorer , mais
même en s'améliorant. Il difcute les
4
NOVEMBRE. 1777. 139
1
objections qui pourroient lui être faites ,
& qu'il faut lire dans l'Ouvrage même ;
il entreprend de plus de montrer la facilité
& l'avantage de l'emploi de cette
machine ( à trouver) qui feroit tripler
la valeur de certaines fermes ſufceptibles
de la culture qu'il propoſe. Il parle
encore d'une pratique , qui feroit bien
auſſi une découverte nouvelle ; c'eſt de
ſemer du bled d'hiver au commence.
ament du printems , de le faucher ſouvent
dans l'été, ſans jamais lui laiſſer pouffer
ſon tuyau , & il aſſure que la plante ſe
conſervera mieux l'hiver que celle du
. bled ſemé en automne ; qu'elle donnera
d'auſſi bonnes récoltes l'année ſuivante ,
, & moins ſujette à verſer , parce que la
paille en deviendra plus forte. C'eſt aux
Amateurs de l'Agriculture , aux riches
Propriétaires , qui font valoir eux mê
mes leurs poffeffions, à faire de ſemblables
tentatives; & , d'après leurs expé-
• riences , les Laboureurs fauront bientôt
préférer les pratiques les plus fûres ;
mais c'eſt aux Génies inventifs & aux
Mécaniciens , à trouver la machine
qu'on defire : ce ſeroit donc alors une
charrue portée à ſa perfection , que l'Auteur
de ce projet voudroit nommer Bechar.
140 MERCURE DE FRANCE.
"
Nous penſons que cet Opufcule doit
intéreſſer les Curieux de la ſcience rurale
, & qu'il mérite des éloges.
L'Art des Langues , chez Louis Cellot ,
Libraire- Imprimeur , rue Dauphine.
Cet Ouvrage préſente un plan nouveau
pour apprendre la LangueLatine &
toute autre Langue vivante ou morte.
?
:
Il a pour baſe la manière dont les
hommes apprennent leur Langue naturelle
dans toutes les nations ; la Répétition
immenfément fréquente des mêmes mots
dans les mêmes circonstances.
Ce plan , quoique nouvellement publié,
a déjà été exécuté à l'égard d'un grand
nombre d'enfans , même d'une capacité
fort ordinaire : on leur fait lire douze
pages de latin tous les jours ; ce qui rend
aux Langues mortes l'avantage des Lan
gues vivantes. Il faut entendre l'Auteur
lui - même prouver & développer cette
apparence de paradoxe.
Il en montre la poſſibilité par le fait ,
entr'autres d'un enfant qui , à dix ans &
demi , ayant ſuivi cette méthode , avoit
lu , après les principes de Grammaires
de toutes les Langues, plus de deux volu
NOVEMBRE. 1777. 141
mes du Selecta latini fermonis exemplaria
, & Phèdre deux fois , Saluſte &
Florus en entier , les Eglogues de Virgi
le , les fix premiers livres de l'Enéïde ,
les trois premiers livres des Odes d'Horace
auſſi deux fois , & une fois ſeulement
les trois premiers livres de la
premiere Décade de Tite - Live.
Cet Ouvrage fait voir les défauts des
méthodes actuelles , qui conduiſent les
enfans fans aucun ordre ; auſſi leurs
travaux fourmillent-ils de fautes ; ce qui
nuit beaucoup à leurs progrès.
Dans le plan de l'Auteur , au contraire ,
les enfans ne peuvent , pendant toute
leur éducation , entendre une ſeule expreſſion
vicieuſe , aucun foléciſme , aucun
barbariſme ; mais , au - contraire ,
une Langue toujours pure , les exprefſions
des meilleurs Auteurs , des regles
miſes perpétuellement ſous leurs yeux ,
avec des exemples de la plus grande &
de la plus conſtante exactitude.
Cette méthode eſt déjà ſuivie au College
de la Fleche & dans pluſieurs éducations
particulieres ; elle épargne plus
de trois années d'étude : on ſe propoſe ,
même à la Fleche , de faire apprendre
fur le même plan l'Allemand & l'Anglois.
142 MERCURE DE FRANCE.
-
L'Auteur a adopté la deuxieme édi
tion d'une Grammaire latine qui paroît
en même tems chez le même Libraire ,
en quatre petits volumes. Le premier
donne les principes communs à toutes
les langues , ſous le titre d'Introduction
aux Langues. Le deuxieme contient la
forme des mots latins, ſous le titre de
Rudiment. Le troiſieme donne l'arrangement
des mots latins , ſous le titre
de Syntaxe. Le quatrieme indique la
manière de traduire le François en Latin,
ſous le titre de Méthode Françoise-Latine.
Il faut voir dans l'Art des Langues ,
avec quelle préciſion cette Grammaire
a été exécutée ſous tous ces points de
vue ; les nouvelles obſervations qui y
font répandues ſur la maniere d'appren
dre aux enfans chacune de ces parties
de Grammaire ; & les exercices propres
à ſe convaincre que les enfans les entendent
parfaitement , & qu'ils font en
état d'en faire uſage pour la traduction
de cette Langue. :
Chacune des quatre parties de la
Grammaire Latine ſe vend 12 fols. Les
quatre volumes reliés ſéparément en
carton , ſe vendent enſemble 2 liv. 8 f.;
NOVEMBRE. 1777. 143
& l'art des Langues , broché , I liv. 1o
fols .
Le même Libraire continue de vendre
l'Introduction aux Langues pour les enfans
ou pour les perſonnes d'un âge
plus avancé de l'un & l'autre sexe , qui ,
n'apprenant pas la Langue latine , ſont
curieuſes de bien lire &d'écrire correc
tement leur Langue naturelle. Relié en
carton , 12 fols.
Faſtes Militaires , ou Almanach des Chevaliers
des Ordres Royaux & Militairesde
France; & des Gouverneurs & Lieutenans
de Roi des Villes closes du Royaume ;
contenant , 10. le temps de leurs
ſervices , leurs grades actuels ou ceux
de leur retraite ; la date de leur réceptiondans
l'Ordre ,& le nombre des
affaires de guerre où ils ſe ſont trouvés
, le nombre & le genre de bleffures
qu'ils y ont reçues , ainſi que
les grâces qu'elles leur ont méritées
de la part du Roi ; avec des Notes
& des Anecdotes chronologiques &
hiſtoriques des actions glorieuſes des
Chevaliers de chaque Ordre. Dédié
à Monſeigneur le Comte de Saint-
Germain Miniftre , & deſtiné à ,
!
144 MERCURE DE FRANCE.
:
être préſenté au Roi & à la Famille
Royale , par M. de la Fortelle , Lieutenant-
de-Roi de la ville de Saint-Pierrele-
Moutier. Avec Approbation & Privilége
du Roi.
L'énoncé du titre de cet Ouvrage ,
ſuffit pour en démontrer l'utilité ; il n'y
a pas de Spectacle plus digne d'une Nation
vaillante & ſenſible, que le tableau
des Militaires qui concourent à ſa puiffance
& à fon éclat. Il manquoit depuis
trop long - temps à la Nation , un dépôt
d'Archives Militaires , où la Nobleſſe
pût conſigner & rendre publics & fes
ſervices , & les diſtinctions honorables
ou flatteuſes qui en ont été la récompenſe.
C'eſt ſous les auſpices d'un Souverain
chéri , & d'un Miniſtre ſage &
éclairé , que l'Editeur jouit aujourd'hui
de la fatisfaction de déployer fon zele
dans l'ouvrage qu'il conſacre à la gloire
de la Nation Françoiſe ,&qu'il lui offrira
régulièrement au renouvellement de chaque
année. 1
Il a l'honneur d'inviter MM. les Chevaliers
, Commandeurs , Officiers Généraux
, Gouverneurs , Lieutenans-de-Roi ,
&c.&c. de vouloirbien lui fairepaſſer , le
plus
4
NOVEMBRE . 1777. 145
plus promptement qu'il leur fera poſſible ,
la notice la plus exacte de ce qui peut
leur être particulier , relativement à cet
Ouvrage.
Il ſaiſit cette occafion de rendre publics
ſes remercimens à MM. les Maréchaux
de France , ainſi qu'à MM. les
Officiers Généraux & autres , qui ont
bien voulu l'honorer de leur fuffrage ,
en lui faifant paſſer leurs notices. Cette
marque de leur bienveillance eſt bien
propre à enflammer ſon zele.
Il faut adreſſer les envois, francs de
Port , à M. de la Fortelle , rue & vis-àvis
les Carmes , à Paris.
N. B. Quoiqu'on ait annoncé dans
le Profpectus , qu'on prioit les perſonnes
qui defireront cet Ouvrage , de ſe faire
infcrire chez M. Lambert , Imprimeur ,
rue de la Harpe, on n'a pas prétendu
gêner leurs diſpoſitions à cet égard: on
a ſimplement pris cette précaution pour
en tirer un nombre d'exemplaires ſuffifant
, & mettre le Public à portée d'en
jouir.
Trésor généalogique , ou Extraits des
titres anciens qui concernent les Mai-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
:
ſons & Familles de France & des en
virons , connues en 1400 ou auparavant
, dans un ordre alphabétique ,
chronologique & généalogique ; par
Dom Caffiaux , Religieux Benédictin ,
de la Congrégation de St Maur, réfidant
en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des-Prés , à Paris , Hiſtoriographe
de Picardie, Honoraire de
l'Académie Littéraire d'Amiens , Archiviſte
employé par le Roi , à la collection
des monumens hiſtoriques.
Dédié à la Reine, & préſenté au Roi
& à la Reine , le 28 Septembre 1777.
Tome premier, in 4º. A Paris , de
l'Imprimerie de Philippe-Denis Pierres,
Imprimeur du College Royal de
France , rue Saint-Jacques.
:
:
:
N. B. Quoique le temps fixé pour
les ſouſcriptions & inſcriptions auTréſor
généalogique ſoit paſſé depuis le 1er Septembre
1777 , on fera toujours à même
de ſouſcrire , ou de ſe faire infcrire
ſeulement pour les volumes à imprimer
, aux conditions portées dans le
Prospectus ; mais les volumes déjà imprimés
ne pourront être délivrés pour
ceux qui auroient négligé de ſouſcrire
NOVEMBRE. 1777. 147
ou de ſe faire inſcrire à la préſente
époque , qu'au prix de to liv. On fait
extraire tous les titres qu'on envoie ,
mais le port des lettres & paquets doit
-être affranchi.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage.
ACADÉMIES.
L
Extrait de la Séance de l'Académie des Scien
ces , Arts & Belles- Lettres de Dijon , du
22 Décembre 1776.
M. MARET, Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par l'annonce des ſujets
propoſés pour les prix de 1777 & 1778;
& s'attachant à expoſer les motifs qui
'ont déterminé l'Académie à demander
l'Eloge de Saumaiſe , il a dit :
و د
Claude Saumaiſe, que la Bourgo-
,, gne ſe glorifie d'avoir vu naître , dont
و د
l'Académie eſpere de placer quelque
,, jour le Buſte à côté de ceux qui
K2
48 MERCURE DE FRANCE.
décorent fon Sallon , vivoit dans les
,, premieres années du dix - septieme
fiecle.
و د
و د
و د
و د
و د
و د
" Ceux que le deſir de s'inſtruire
portoit à l'étude , étoient alors nécefſités
à puiſer les connoiſſances qui
leur manquoient , dans les Auteurs
Grecs , Latins , Syriaques , & même
Arabes. Les verſions différentes des
» manuscrits originaux , l'infidélité des
,, Interpretes avoient répandu ſur tous
les ſujets de littérature, ſur toutes les
ſciences , une obſcurité qui retardoit
les progrès de l'eſprit humain. L'art de
,, démêler la vérité à travers le cahos
,, que formoit ſon mêlange avec une
foule d'erreurs , étoit , à cette époque ,
auſſi important qu'il étoit difficile ,
& l'érudition étoit le premier mérite
d'un homme de lettres.
!
و د
"
ود
و د
وو
و د
"
"
"
"
و د
و د
و د
” C'eſt aux Erudits qui vivoient du
tems des François , des Henris , &de
Louis XIII , que la France eſt redevable
des grands Hommes qui ont illuftré
le fiecle de Louis XIV. Ils ont
amendé la terre qui , de nos jours ,
offre de toutes parts les plus riches
moiſſons & méconnoître les obligations
que la littérature & les ſciences
i
7
NOVEMBRE. 1777 . 149
ر د ,, ont à ces hommes laborieux , ce ſeroit
,, annoncer , ou bien peu de philoſo-
,, phie , ou bien peu de reconnoiſſance.
ر د
Saumaiſe fut un de ceux qui rendi-
,, rent les plus grands ſervices à la république
des lettres ; & fi une ſenſibilité
,, exceſſive , dont les moeurs du tems où
il vivoit , n'étoient pas capables de
و د
و د
و د
modérer les ſaillies, lui ſuſcita des
,, ennemis , ſon ſavoir immenſe , ſa
,, critique judicieuſe , ſon eſprit vraiment
philofophique , le placerent , de
l'aveu de tous ſes Contemporains , au
,, rang des Savans les plus dignes de
l'eſtime publique,
"
و د
و ر
:
و د
"
"
و د
و د
,, Quand , après plus d'un ſiecle , l'Académie
de ſa patrie réclame en ſa
faveur un honneur accordé à tant
d'hommes célebres , elle eſpere voir
entrer en lice ceux qui , libres de
,, ſuivre le penchant qui les porte à la
culture des lettres penfent affez noblement
, pour ofer avouer les obligations
qu'ils ont à leurs prédéceſſeurs ,
& que l'éloge de Saumaiſe fera fentir
le prix de l'érudition tropnégligée , &
même mépriſée de nos jours par beau-
,, coup de gens de lettres,tandis que fon
"
و د
د و
و د
و د
و د
و د
abus ſeul eft condamnable "
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
M. Maret a lu enſuite l'Hiſtoire Litté-
'raire de l'Académie pour l'année 1776,
qu'il a fait précéder du récit des événemens
heureux ou malheureux arrivés à
la Compagnie durant la même époque.
Parmi les premiers, il a rappelé que les
leçons de Botanique données depuis
quatre ans par M. Durande , Docteur
en Médecine , dans le jardin dont M.
Legoux de Gerland afait préſent àl'Académie
, ayant déjà commencé à réaliſer
en partie les eſpérances du Fondateurde
cette Société Littéraire , les deux nouveaux
Cours de Chimie & de Matiere
Médicale , dont elle s'eſt chargée , venoient
encore de ſuppléer en partię
l'enſeignement qu'auroit procuré en cette
Ville l'établiſſement d'une Univerſité
complette , établiſſement qui avoit été
long tems l'objet des voeux de M. Pouffier
, qui l'eſt encore de tous les bons
Citoyens , & dont l'accompliſſement
feroit d'autant plus defirable aujourd'hui
pour cette Ville & la Province , que
les ſecours vont y être multipliés , &
qu'on pourra plus facilement s'y procurer
toutes les eſpeces d'inſtructions. M.
Maret a encore compté, parmi les évé
nemens heureux de cette année , l'érec-
:
NOVEMBRE. 151 1 17776
tion d'un para-tonnerre placé ſur l'Hôtel
de l'Académie, par les foins généreux
de M. Dupleix de Bacquencourt (*).
L'Hiſtorien ne pouvoit oublier le don
⚫ qu'a fait à la Compagnie , S. A. S. Mgr.
le Prince de Condé , d'une grande quantité
de minéraux précieux , dont fon
Auguſte Protecteur a enrichi ſon Cabinet
d'hiſtoire naturelle, non plus que
le buſte de M. le Comte de Buffon ,
placé dans la Galerie patriotique , parmi
(*) Cette preuve de confiance dans les Conducteurs imagi
nés par le célebre Docteur Franklin , a déjà produit unepar
tie des effets que ce Magistrat Philosophe en attendoit.
L'exemple de l'Académic a été fuivi par M. de Morveau
Avocat-Général du Parlement , & Vice-Chancelier,de cette Société
Littéraire , par M. Saisy , un de ses Membres , & par
MM. les Magistrats & Chanoines de Semur- cn-Auxois. Le
premier en a fait placer un fur la maison qu'il habite : le
fecond, sur le clocher de l'Eglise Paroiſfiale de S. Philibert ;
& les autres , fur celui de la Collégiale de leur Ville.
C
Cetacemple le ſera bien-tot encore par M.le Comte de
Biffy , qui se propose d'élever un Conducteur ſur ſon Chdteau
, à Pierre ; par M. Thomaſſin , demeurant à Nuitz; &
par MM. les Fabriciers de l'Eglise S. Nicolas , à Dijon. 1
K !4
152 MERCURE DE FRANCE,
ceux des grands Hommes qui illuftrent
notre Province. Le Secrétaire a fait
encore mention d'une méridienne tracée
dans la Salle de ſes aſſemblées publiques
par M, Roger. Cette récapitulation a été
terminée par le récit des pertes que
l'Académie a faites dans les perſonnes de
trois de ſes Membres , M. de Clugny ,
Contrôleur - Général des Finances ; M.
Daubenton , Maire & Subdélégué de
l'Intendance à Monbar ; M. Venevault ,
Peintre , Aſſocié à l'Académie Royale
de Peinture.
Le premier , frappé à mort dès le
premier pas qu'il faiſoit dans la plus
brillante carriere , eſt tombé au moment
où ſon élévation le mettoit à portée de
ſignaler de plus en plus ſon zele pour le
progrès des Sciences , des Lettres & des
Arts. Illes avoit appréciés enPhiloſophe ,
en hommed'Etat,&les cultivoit par goût.
L'Académie de Marine reſtaurée à Breſt ,
ou plutôt créée par ſes ſoins , ſera un
monument durable des vues d'après lefquelles
il a toujours dirigé ſes demarches
, & le garant de la faveur dont les
Savans , les Gens de Lettres & les Artiſtes
, auroient joui ſous ſon miniftere,
NOVEMBRE . 1777. 153
M. Daubenton , rapproché de M. le
Comte de Buffon par des circonstances
heureuſes , avoit éprouvé les influences
vivifiantes de l'exemple le plus attrayant.
La Ville qu'il habitoit eſt ſouvent le
ſéjour de cette illuſtre Naturaliſte. C'eſt
là que contemplant , étudiant la nature ,
le Pline François vient lui arracher ſes
ſecrets , & ſe plaît à annoncer ſes découvertes
à ceux qu'il croit dignes de les connoître
& de les apprécier. M. Daubenton
étoit un de ces mortels heureux. Les flots
de lumiere que répandoit la converſation
de M. de Buffon , pénétrant ſon ame , lui
inſpirerent l'amour de l'hiſtoire naturelle.
Tous les momens qu'il put dérober
aux fonctions des places importan.
tes qu'on lui avoit confiées , furent confacrés
à l'étude de la Botanique.
Les fruits de cette étude font pluſieurs
articles de l'Encyclopédie , dans lesquels
cet Académicien s'eſt attaché à faire
connoître la nature d'une infinité d'arbres
& d'arbuſtes , & les ſoins qu'exige leur
culture. Des lettres d'Aſſocié de l'Académie
de cette Ville , de celle de Lyon ,
de la Société économique de Berne &de
la Société d'agriculture de Rouen , furent
les témoignages rendus par le Public
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
éclairé aux fuccès de ſes travaux ; la
Province dont il a multiplié les reſſources
, en y naturaliſant des arbres étran
gers très-précieux , le comptera toujours
parmi ceux de nos Compatriotes , qui
ont bien mérité de leurs Contemporains
& de la Poſtérité. /
,
M. Venevault étoit né Peintre , mais
né fans fortune; la route qui le conduifit
au point de conſidération où ilparvint ,
fut pénible & longue. Une modeſtie
rare , dans un fiecle où la médiocrité
même eft confiante & vaine , le retint
long-tems dans une eſpèce d'obſcurité.
Son mérite perça , pour ainſi dire , malgré
lui. Les portraits des Princes &
Princeſſes de la Maiſon de Lorraine , lui
procurerent l'honneur de faire connoître
ſes talens à la Cour de France , de faire
le portrait de Sa Majesté Louis XV. Cet
avantage flatteur eût été , pour un hom
me ordinaire , le chemin de la fortune ;
il ne fut pour M. Venevault que celui de
la gloire.
Les circonstances l'avoientdécidé pour
le genre de Peinture qu'on nomme
miniature & pour la gouache. Le pointillé
de l'une , par la facilité qu'il donne
de fondre les nuances , permet un fini
NOVEMBRE. 1777. 155
précieux , mais conduit ſouvent à une
molleſſe répréhenſible , & refroidit toujours
le feu de l'Artiſte , par la minutie
des procédés. La promptitude avec la
quelle ſe deſſéchent les couleurs employées
pour la gouache , s'oppoſe fouvent
à ce que l'Artiſte puiſſe dégrader |
ſes teintes ,& il en réſulte une dureté dans
les touches , qui nuit à l'effet. M. Venevault
étoit parvenu à éviter l'un &
l'autre de ces défauts ; &, fous ſon pinceau
, les couleurs à la gomme avoient
atteint le mérite de celles qui font
délayées à l'huile.
Aufſi , tandis que les Miniaturiſtes ordi.
naires s'étoient preſque toujours bornés
augenre du portrait,&s'étoient rarement
élevés juſqu'à peindre le Payſage , notre
Académicien oſa traiter l'Hiſtoire, & fit
voir que , dans le champ le moins vaſte ,
avec les reſſources les moins avantageuſes,
le génie peut faire jouer les paſſions ,
& parler à l'eſprit comme aux yeux.
Sa hardieſſe lui mérita la récompenfe
la plus flatteuſe pour un Artiſte qui
préféroit la gloire à tous les biens de
la fortune. Un tableau , qui rend le mo
ment où Adam & Eve reçoivent le
fruit fatal à leur félicité , lui ouvrit l'en-
1
156 MERCURE DE FRANCE.
trée de l'Académie Royale de Peinture ,
où les Peintres de ſon genre n'avoient
point encore été admis. Elle valut encore
à M. Venevault l'honneur d'être avoué
par ſa Patrie , & d'être aſſocié à cette
Académie , dès que les Arts furent devenus
, comme les Sciences & les Lettres ,
l'objet de fon attention. Cet honneur
combla tous ſes voeux : „ je n'ai plus
"
"
دو
ود
rien à defirer " , écrivoit- il en répondant
à la lettre qui lui avoit annoncé la
juſtice que l'Académie lui avoit rendue ;
mais comment pourrai-je témoigner
„ ma reconnoiſſance ? Sa ſenſibilité
inquiete , ne tarda pas à en trouver l'occafion
, & il la ſaiſit avec l'empreſſement
d'un coeur qui craignoit juſqu'au
ſoupçon de l'ingratitude.
: Cette occafion fut celle de la protection
accordée à l'Académie par le Vainqueur
de Friedberg , & dans le tableau
qu'il envoya , tableau que la Philofophie
pouvoit avouer , & qui préſentoit , ſous
le voile d'une allégorie ingénieuſe , tous
les effets qu'on devoit attendre de la
protection d'un Héros , il fut déſigner
le moment où l'Académie a reçu cette
faveur , & donna une nouvelle preuve
de ce que peut le talent , dirigé par un
ame ſenſible.
A
NOVEMBRE. 1777. 157
Si notre reconnoiſſance ne nous eût
pas porté à faire hommage de ce tableau
à notre auguſte Protecteur , il ſuffiroit
pour juſtifier cette afſertion & nos
regrets , il fuffiroit de mettre ſous vos
yeux , Meſſieurs , ce morceau précieux ,
comme on porta autrefois aux obſéques
de Raphaël , le ſublime tableau de la
Transfiguration : on en trouve une deſcription
dans l'Hiſtoire Littéraire de
1766 ; mais elle ne peut en donner
qu'une foible idée : la gravure pourra
ſuppléer quelque jour à la foibleſſe de
cette deſcription. M. Venevault le deſiroit
& l'eſpéroit, & tout nous porte à
croire que nous verrons réaliſer ſes
eſpérances.
M. Maret a donné enſuite la notice
des Ouvrages lus dans les Séances particulieres
, pendant le cours de l'année.
La diverſité des genres l'avoit engagé
à diviſer cette Hiſtoire en trois paragraphes
, dont le premier contenoit l'extrait
ſuccinct des Ouvrages de Médecine
, le deuxieme celui des Mémoires
concernant les Sciences Phyſiques &
Mathématiques , & le troiſieme , un
précis des Productions Littéraires. L'abondance
des Matieres ne lui a pas per-
1.
158 MERCURE DE FRANCE .
1
mis de lire de ſuite ces trois paragraphes
, & il a réſervé les deuxieme &
troiſieme , pour terminer la Séance. La
même raiſon nous empêche d'entrer ici
dans aucun détail de cette Hiſtoire *.
M. Picardet l'aîné , a fait lecture d'un
Diſcours ſur le chant pathétique , dans
lequel il juſtifie l'uſage qu'en fait la
Scene lyrique dans le tragique.
L'Auteur commence par établir que
le chant eſt naturel à l'homme , & défigne
ce chant ſous le nom d'organique.
Delà il paſſe à celui qu'on peut nommer
imitatif , dans lequel le Muſicien ,
Peintre par une eſpece de magie, donne
la vie à tous les objets , même les plus
intellectuels , & caractériſe l'étendue, la
hauteur , la profondeur', le vague de
l'air , l'éclat ſubit du Soleil , le vaſte
filence des bois , de la nuit ,&c. On fent
que ſi la muſique peut rendre par des
fons des pareils objets, elle peut, à plus
forte raiſon s'élever juſqu'au chant pa-
** On a inféré dans la Gazette de Santé, Numeros, 11 ,
12, 13 , 14 , 15 , 16 & 17 , la notice des Mémoires on Ob
ſervations de Médecine ; & dans le Journal de M. l'Abbé
Rozier , celle des Ouvrages de Physique & de Belles-Lettros.
NOVEMBRE. 1777. 159
thétique , & devenir l'interprete des
plus tendres ſentimens de l'ame , comme
de ſes ſituations les plus violentes &
les plus douloureuſes ; elle peut fans
⚫choquer la vraiſemblance , approprier à
la voix chantante , les accens de la voix
parlante , lorſque celle- ci exprime la
colere , la douleur , puiſque cette voix
parlante a beſoin elle-même d'accens ,
pour frapper , pour toucher , pour être
énergique',puiſque , ainſique le remarque
judicieusement l'Auteur, toutes les paf
fions font plus ou moins chantantes.
De ces vérités inconteſtables , & ap
puyées ſur des raiſonnemens & des faits
très-convaincans , il réſulte que la muſique
a pu & a dû s'emparer de la Scene
Tragique , & rendre les accens d'un
mourant. Pour la juſtifier , il ſuffit qu'il
y ait dans la voix d'un homme qui ſouffre
, ou qui eſt ſur le point d'expirer ,
des inflexions relatives à l'état de fon
ame.
و د
Or , c'eſt ce que prouve l'Auteur.
,, L'ame , dit- il, remplie d'un ſentiment
douloureux , ſe ſent preſſée par le beſoin
de l'exprimer; elle apour le ſecon-
„ der , les geſtes , les élans, les ſoupirs,
„ l'organede la voixlui fournit des fons,
"
160 MERCURE DE FRANCE.
"
:
desarticulations.Le Muſicien , dontFart
conſiſte à rapprocher de ſon Sujet toutes
les nuances , tous les fons analogues
„ les plus propres à affecter l'oreille , les
plus capables de prêter à l'énergie de
ſes imitations , conſidere que dans ce
moment la voix eſt éteinte & plaintive:
il prend les ſoupirs , les ſanglots , les
accens , enfin tous les tons de la voix
„ ſimple; alors l'expreſſion muſicale ne
differe de l'expreſſion orale , que par
l'étendue des modulations , toujours
les mêmes , mais traitées de la maniere
qui lui eſt propre, & devenues par
ſon art plus pleines & plus abon
dantes.
ود
"
ແ
"
"
"
"
7
On voit donc , continue M. Picar-
„ det, en terminant fon difcours , qu'il
n'eſt ni ridicule , ni abſurde dedonner
à la voix d'un homme qui expire , des
ſons mélodieux ; qu'au reſte, frappé
du beau idéal qui fait la regle de tous
les arts , le Muſicien n'a point d'exagération
plus forte que celle que ſe
permettent la Tragédie & la Comédie
, qui font parler en vers leurs Perſonnages
; qu'il ne s'agit enfin pour
l'Artiſte , que de nous intéreſſer: c'eſt
* ce qu'il ne fait jamais avec plus de
fuccès
"
"
"
0ஆ
NOVEMBRE. 1777. 16歳
مل
fuccès , qu'en éveillant notre ſenſi
bilité par les objets qui la fontnaître".
A cette lecture a fuccédé celle d'un
Mémoire du R. P. Vernify , Domini-
* cain , fur le Noſtoch.
eft
Cette ſubſtance , qu'on nomme auſſi
mouſſe membraneuse ou fugitive ,
-cette eſpece de gelée flottante & prefque
toujours entortillée , fans ſaveur ,
de couleur verte , laquelle ſe conſerve
en cet état lorſque le tems eſt humide ,
mais ſe fane & diſparoît promptement
"lorſqu'elle eſt frappée des rayons du ſoleil,
& qu'on ne voit jamais qu'entre
l'équinoxe du printems & celui de l'automne.
Juſqu'ici la nature de cette production
finguliere a été peu connue.
Le R. P. Vernify rapporte, ſur ſon
origine & ſa nature , les différentes
opinions des Auteurs ; & par le récit
de pluſieurs obſervations & expériences
qu'il a faites fur cette finguliere ſubſtance,
il prouve que ce n'eſt point un végétal
, mais le produit d'une décompofition
de végétaux. Il croit pouvoir attribuer
ſon origine à cette écume verdâtre ,
dont fon couvertes les eaux croupiffantes
, laquelle n'eſt en effet qu'une
décompoſition de plantes aquatiques ma-
L
1
162 MERCURE DE FRANCE.
4
cérées & réduites en une eſpece de
bouillie. Les parties les plus fubtiles de
cette écume , peuvent être enlevées par
l'action des rayons du foleil , comme les
autres vapeurs qui forment les météores :
tranſportées dans les nuages , elles peuvent
s'y coaguler par le mélange de
quelques parties hétérogenes , & retomber
en forme de gelée avec la pluie;
mais quoique ce qu'il avance ſoit trèsvraisemblable
, ce modeſte Naturaliſte
ne donne ſon ſentiment que comme
une conjecture.
II.
VILLEFRANCHE.
Le Lundi 25 Août 1777 , jour de St
Louis , l'Académie de Villefranche en
Beaujolois , a tenu ſon Aſſemblée publique.
M. Gemeau , Lieutenant-Général en la
Sénéchauffée de Trévoux , Directeur , a
ouvert la Séance par des réflexions intéreſſantes
ſur les Lettres en général ;
fur l'utilité des Académies , fur les couronnes
qu'elles diſtribuent , & enfin fur
le choix que , pour les prix qu'elles propoſent,
elles font depuis quelquesan-
1
A
NOVEMBRE. 1777. 163
nées , des Eloges hiſtoriques , qui ont
ouvert la carriere la plus brillante à
l'Eloquence & aux Talens , & qui font
un monument élevé à la gloire des
grands Hommes de la Nation.
L'Abbé d'Eſſertine , Secrétaire , après
avoir rendu compte de quelques-uns des
Ouvrages qui ont concouru pour l'Eloge
hiſtorique de Philippe d'Orléans, Régent
du Royaume , propoſé par l'Académie ,
lut le Difcours de M. l'Abbé Talbert
qui avoit réuni tous les ſuffrages , qu'on
écouta avec le plus grand plaiſir , & qui
ſera bientôt imprimé.
M. l'Abbé de Caſtillon , Vicaire-Général
du Dioceſe de Lyon , lut des Stances
adreſſées à M. l'Abbé Talbert.
Cette Lecture fut ſuivie d'un Difcours
en vers ſur les Fables , par M.
d'Eſſertine , Avocat du Roi.
La Séance fut terminée par des vers
de M. Mayel , Penſionné du Roi de
Pruſſe.
F. S. L'Académie propoſe , pour le
Tujet du Prix qu'elle diſtribuera l'année
prochaine , l'Eloge de Nicolas Boileau
Deſpréaux. Les Difcours ne feront
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
۱
admis au concours que juſqu'au mois de
Mai prochain. Le Prix conſiſte dans une
médaille de la valeur de 300 liv.
III.
Prix proposé par l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles - Lettres de Châlons fur-
Marne pour l'année 1779.
On s'eſt occupé dans tous les tems de
l'éducation de la Nobleſſe , & de celle
de la partie aiſée de la Nation ; mais
on n'a jamais donné qu'une attention
ſuperficielle à l'inſtruction du Peuple
Ces conſidérations ont déterminé l'Académie
des Sciences , Arts & Belles - Lettres
de Châlons ſur-Marne , à propoſer
pour ſujet du Prix qu'elle adjugera dans
fon Aſſemblée du 25 Août 1779.
Quel feroit le meilleur plan d'éduca
tion pour le Peuple ?
L'Académie invite tous les Amis de
la Patrie à travailler ſur un Sujet qui intéreſſe
également le bonheur du Peuple
&la gloire de la Nation. Le Prix fera
une médaille d'or de la valeur de trois
cents livres. 4
९
NOVEMBRE. 1777. 165
P
,
Les Pieces feront écrites , liſiblement ,
' en françois ou en latin , & elles feront
envoyées , franches de port (*) , à M.
Sabbathier , Secrétaire perpétuelde l'Académie
, fix mois avant la diſtribution du
Prix .
. Les Auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront ſeulement une de
viſe à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui
contiendra leurs noms , qualités & demeure
, s'ils veulent ſe faire connoître ;
& la deviſe ſera répétée ſur ce billet.
:
L'Académie a déjà annoncé au Public
qu'elle adjugeroit dans ſon Aſſemblée
du 25 Août 1778 , un autre Prix , dont
le ſujet conſiſte à trouver.
Les moyens les moins onéreux à l'Etat &
au Peuple , de construire & d'entrenir les
grands Chemins.
Les conditions de ce dernier Programme
ſont les mêmes que celles du
précédent.
(*) Tout paquet adreſſe à M. Sabbathier , Jans etre franc
de port , ne serapas retiré de la Poste , de quelque pays qu'
vienne.
•
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA. :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner , les Dimanches ,
Cephale & Procris; & les autres jours
Alceste. Elle ſe diſpoſe à repréſenter ,
après le voyage de Fontainebleau , Raland
Furieux , Opéra de Quinault , remis
en Muſique par M. Piccini.
COMÉDIE FRANÇOISE.
i
LES Comédiens François ont donné,
le Samedi 25 Octobre , la premiere repréſentation
de la repriſe de Gaston &
Bayard , Tragédie de feu M. de Belloy,
Cette Piece , qui avoit eu beaucoup de
ſuccès dans ſon origine , a été encore
bien accueillie à cette repriſe. C'eſt M. *
Monvel , au lieu de M. Molé , qui joue
1
:
NOVEMBRE. 1777. 167
le rôle de Gaston , & M. Larive, en la
place de M. le Kain, qui repréſente
Bayard. Leur jeu a éte fort applaudi.
Le Mercredi 22 , Mademoiselle Sainval
l'aînée joua Mérope pour la premiere
fois . Cette Actrice s'eſt élevée au ton de
fon rôle , l'un des plus beaux , mais auffi
l'un des plus difficiles à rendre. Elle a été
extrêmement applaudie.
On attend à ce Théâtre , la Tragédie
de Mustapha & Zéangir, de M. de
Champfort.
COMÉDIE ITALIENNE.
:
LES Comédiens Italiens préparent pluſieurs
nouveautés , qui ne pourront être
jouées, ſur leur Théâtre , qu'après le
voyage de Fontainebleau. Ils doivent
donner une Parodie d'Armide , & d'autres
Intermedes nouveaux; tels que Matroco
, Pomponin , Alexis ; en attendant
la repriſe de l'Olympiade , avec quelques
changemens. i ד
"
১
:
:
1
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
:
:
Les Comédiens Italiens ont donné, le
Mardi 14 Octobre , la premiere repréſentation
de la repriſe du Faucon & des
Oyes de Boccace , Comédie en trois Actes ,
de Delifle. Ona beaucoup admiré l'adreſſe
avec laquelle l'Auteur a fu compoſer une
Piece charmante & bien intriguée de ces
deux Contes ſi connus de Boccace. La
repriſe de cette Comédie a été bien accueillie
; & le Public a applaudi avec juſ
tice au zele & aux talens des Italiens &
des Italiennes qui ſe ſont chargés de la
repréſentation de cette Comédie Francoiſe
, & qui l'ont jouée à la ſatisfaction
des Spectateurs.
A Monsieur CARLIN BERTINAZZY ,
Arlequin , jouant dans le Faucon & les
Oyes de Boccace,
QUELLE admirable vérité !
Quelle heureuſe naïveté !
Appellent le plaisir en lui montrant les Graces ?
NOVEMBRE. 1777 169
६
Aimable Carlin , dans ton jeu ,
Toujours naturel , plein de feu ,
Des Lazzis variés que tu fais bien les places
Tes geſtes aiſés , ſi précis;
Tes balourdiſes ſi jolies ,
Et les tons ſi plaiſans de tes vives failliess
Enfin , & tes pleurs & tes ris ,
Du goût portent l'empreinte & l'heureux coloris ,
Et font à la raiſon applaudir tes folies.
Du charmant Auteur de Thimon ,
Qui , dans ſon Arlequin ſauvage ,
Te fait ſi bien parler raiſon ,
Tu fais revivre le Faucon ,
Sa gloire avec toi ſe partage ,
Et prouve qu'aux travaux avoués d'Apollon ,
Le tems ne fauroit faire outrage ,
Et que les Graces n'ont point d'âge.
:
Par M. Guérin do Frémicourt. !
:
יו
LS
170, MERCURE DE FRANCE.
:
:
ARTS.
GRAVURES.
1
Portrait de Femelian Pougatchew , Chef
des Rebelles en Ruffie , qui a eu la
tête tranchée à Moſcou , en l'année
1775; deffiné à Moſcou par J. C.
de Mailly , Peintre en émail ; gravé
par le Tellier. Prix 1 liv. 4 fols. A
Paris , chez Bligny , Lancier du Roi ,
cour du Manege , aux Tuilleries .
CETTE tête, qui a du caractere , eſt
gravée avec beaucoup d'art & d'intelligence.
:
:
MUSIQUE.
I.
ARMIDE , Drame Héroique , mis en muſique
par M. le Chev. Gluck ,repréſentée
pour la premiere fois par l'Académie
NOVEMBRE. 1777 171
Royale de Muſique le 23 Septembre
1777. Prix 24 liv. Au Bureau du Jour.
nal de Muſique , rue Montmartre , visà-
vis celle des Vieux - Auguſtins ; à
l'Opéra , & aux adreſſes ordinaires de
muſique.
On trouve aux mêmes adreſſes &
chez M. Cornouaille , Montagne Sainte-
Genevieve :
10. Les Recueils des airs détachés
d'Armide ; prix 1 liv. 16 ſols.
II.
20. Le premier Recueil de douze airs
d'harmonie pour deux clarinettes , deux
cors & un baſſon, compoſés par M. J.
Vitzthumd ; prix 6 liv. A Paris , aux
adreſſes ci-deſſus ; & à Bruxelles , chez
MM. Vanypen & Pris , rue de la Made
laine.
III.
:
30. Recueil de duo & d'airs à voix
ſeule , avec ſymphonie ou fans accompagnement,
par M. Albanèfe , Muficien
i
!
172 MERCURE DE FRANCE.
du Roi. Oeuvre X. A Paris , au Bureau
du Journal de Muſique, rue Montmartre,
vis-à-vis celle des Vieux-Auguſtins.
Prix 9 liv.
Cet Oeuvre , l'un des plus intéreſſans
que M. Albanèſe ait encore publiés ,
contient dix duo , & trois morceaux à voix
ſeule. Il eſt gravé avec la plus grande
élégance , & avec les parties d'accompagnement
ſéparées, pour faciliter l'éxécution.
IV.
40. On trouvera encore aux mêmes
adreſſes , le quatrieme & le cinquieme
Recueils d'airs nouveaux , avec accompagnement
de guitarre, par M. Tiffier ,
del'Académie Royale de Muſique.
Le quatrieme Recueil a paru l'année
derniere , & le cinquieme a été publié
il y a environ trois mois. Le prix de
chaque Recueil eſt de 4 liv. 4 ſols.
V.
VI. Recueil d'ariettes d'Opéra - Comiques
& autres , avec accompagnement de
guitarre; par M. Tiffier , del'Académie
:
NOVEMBRE. 1777 178
Royale de Muſique. Oeuvre XII. Prix 7
liv. 4 fols. Mis au jour & gravé par
Madame Tarade , chez l'Auteur , rue
S. Honoré , près l'Oratoire , à la Gerbe
d'or ; Madame Tarade , Marchande de
Muſique , rue Coquilliere à la lyre
d'Orphée ; & aux adreſſes ordinaires .
,
:
1
DANSE.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR ,
BALLET PANTOMINE.
Le Théâtre représente un Fardin & un
Bosquet , & à côté une Grotte obscure.
SUJET DU BALLET.
UNE Bergere, conduite par ſon amour,
ſe rend à cette promenade : mais au lieu
d'y trouver ſon Amant , elle y rencontre
un rival qu'elle déteſte ; il lui offre fon
hommage , qu'elle dédaigne avec fierté , &
il s'en va dans le plus cruel déſeſpoir. La
Bergere témoigne ſes inquiétudes de ne
174 MERCURE DE FRANCE.
ک
pas voir paroître celui que ſon coeur a
choiſi ; &,dans une douce langueur , elle
va ſe repoſer ſfur un lit de gazon à l'entrée
du boſquet : elle s'y endort. Son
Amant arrive ;& , dans la crainte de troubler
ſon ſommeil , il s'aſſied ſur un banc
de verdure vis-à-vis. La Bergere piquée
par une Abeille , ſe réveille ; fon Amant
Tui marque ſa ſenſibilité. Dans ce moment
le rival odieux reparoît; ce ſpectacle
attendriſſant redouble ſa fureur. Nos
Amans effrayés , fuyent & s'enfoncent
dans le boſquet. Le rival s'abandonne à
ſon déſeſpoir ,& va trouver un Magicien
qui , à ſa ſollicitation , change le bofquet
en une affreuſe prifon ; & évoque
P'Enfer , la Haine & les Furies: il charge
de fers nos deux Amans , & les conduit
ſur le Théâtre enchaînés ; ils font effrayés
de ce ſpectacle , ils invoquent le Ciel.
L'Amour deſcend dans un nuage : la priſon
diſparoît , & devient un Temple :
la Haine & les Furies ſe précipitent dans
l'abyme , & le rival s'enfuit. L'Amour ,
accompagné des Ris & des Jeux , délivre
les deux Captifs, les unit avec des guirlandes
de fleurs , & remonte au Ciel.
Auffi-tôt on voit paroître des Bergers &
Bergeres qui viennent féliciter les deux
1
NOVEMBRE. 1777. 175
1
Amans , & forment enſemble une danſe
générale par où le ſpectacle eſt terminé.
Par M. Bacquoy-Guédon , ci-devant Danseur
du Théâtre François.
▶
1
GÉOGRAPHIE.
I.
CARTE du Théâtre de la Guerre entre
les Anglois & les Américains , dreſſée
d'après les Cartes Angloiſes les plus mo .
dernes , par M. Brion de la Tour, Ingénieur-
Géographe du Roi. Prix , I liv.
10 f. A Paris , chez Efnauts & Rapilly ,
rue St. Jacques , à la ville de Coutances.
II.
Perspective Univerſelle.
C'est le titre d'une Carte ou Planche
gravée in-fol . , dans laquelle le ſieur Gef
tat, réſidant actuellement à Toulon fur
Arroux , près Autun , a prétendu réunir
en une feuille toutes les connoif
:
176 MERCURE DE FRANCE.
fances humaines. Le Commentaire de
ce tableau énigmatique demanderoit autant
de volumes qu'il y a de propoſitions :
c'eſt dire combien il eſt ſingulier.
Cette Carte ſe vend 3 liv. A Paris , chez
le ſieur Mondhare , Marchand d'Eſtampes
, rue St. Jacques , vis-à-vis la Fontaine
St. Séverin; Eſnauts & Rapilly.
Marchands d'Eſtampes , rue St. Jacques ,
à la ville de Coutances ; Lattré , Graveur
ordinaire du Roi , rue St. Jacques ,
vis - à - vis la rue de la Parcheminerie ;
Deſnos , Libraire , Ingénieur-Géographe
du Roi de Danemarck , rue St. Jacques ;
Chéreau fils , Graveur , rue des Mathurins
, au coin de celle de Sorbonne ;
Vignon , Marchand de Cartes géographiques
, rue Dauphine. AAutun , chez
Dejuffieu , Imprimeur de M. l'Evêque ;
&à Toulon - fur - Arroux , chez le ſieur
Geſtat , Auteur de cette Carte.
Tableau Généalogique.
M. DEVESOU, Ecuyer ,Ingénieur-Géographe,
Hiſtoriographe&Généalogiſte du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences,
Belles-
4
NOVEMBRE. 1777 177
•
1
**Belles-Lettres & Arts de Rouen , Auteur
de pluſieurs Ouvrages , ayant commencé ,
par l'ordre du Roi , le Tableau des Rois
de France de la ſeconde Race , avec
- toutes les branches maſculines & féminines
qui en defcendent , prie les perſonnes
intéreſſées à cet Ouvrage , de lui
faire paſſer , gratis , les Mémoires généalogiques
de leur filiation , afin qu'il
puiſſe les y inférer. La grande quantité
de Mémoires qu'il a reçus trop tard pour
le Tableau des Rois de France de lapre
miere Race , eft cauſe du retardque ſouffre
actuellement cet Ouvrage, qui fera cependant
bientôt fait. ९
Ce tableau des Rois de France de la
ſeconde Race , eſt le troiſieme dévelop
pementde celui des trois Races des Rois
de France , exécuté en une feuille par M.
deVezou ,& dont on a déjà rendu compte
*dans le temps. Il ſera , comme les autres
Tableaux généalogiques de cet Auteur
, en lignes afcendantes , & par degrés
de parenté , orné d'écuſſons & de
couronnes ; il offrira à la vue tous
les deſcendans du fameux Charles-
Martel , & conféquemment les illuftres
rejetons du ſang de Charlemagne ; ce
qui produira beaucoup de branches de
M
:
i
178 MERCURE DE FRANCE .
l'un & de l'autre ſexe , toutes intéreſſantes
pour l'Hiſtoire de France &
pour celles de l'Empire d'Occident & de
l'Italie. Les Familles nobles qui fortent
de ce grand Prince , auront le bonheur
de voir leurs deſcendances juſqu'à - préſent
, pourvû toutefois qu'elles faſſent
parvenir, gratis, leurs filiations bien
écrites & correctes , avec leurs armes
peintes ſuivant l'art héraldique. M. de
Vezou ne fixe pas encore le temps cù
il ne pourra plus recevoir des mémoires ,
ſe réſervant , dans une autre occafion ,
de le fixer par un nouvel avertiſſement ,
afin de donner aux Perſonnes intéreſſées
à cet Ouvrage utile, le tems de faire les
recherches néceſſaires pour prouver avec
exactitude leurs deſcendances des Chefs
de cette Race , de laquelle ſortent les
Rois de France de la troiſieme Race ,
&ceux de Portugal , par Childebrand ,
frere de Charles-Martel , ſelon pluſieurs
Auteurs ; ceux d'Aquitaine , d'Arle , de"
Bourgogne , de Germanie , de Baviere
d'Italie & de Lombardie ; les Empereurs
d'Occident ou d'Allernagne ; les célebres
Maiſons de Savoie , de Lorraine ,
d'Autriche , de Courtenai , de Heſſe , de
Bourgogne-l'Archambaud; les Ducs de
,
1,
A
↓
L
NOVEMBRE. 1777. 179
Brabant , de Méranie , de Guyenne ; les
• Comtes de Poitiers , d'Anjou , de Vermandois
, de Mons , de Namur , de Flandres
, d'Andeſchs , de Chiny , de Los ,
- du Châtelet & de Salm ; &les Seigneurs
de Saint-Simon , de Ham , de Vienne , de
" la Viefville , de Montferrat de Montdor
, & autres qu'il ſeroit trop long de
rapporter .
M. de Vezou demeure à Paris , rue
Princeſſe, Fauxbourg S. Germain.
Cours de Style Epistolaire.
M. DEVILLENCOUR , Profeſſeur de
Langue Françoiſe , rue Bétify , au Magaſin
des Princes , va ouvrir un Cours
particulier de Style Epiſtolaire , en attendant
qu'il rouvre ſon Cours complet
*d'Elocution & d'Ortographe Françoiſe.
La Méthode abrégée qu'ila compoſée
ſur ce ſtyle , ne peut être qu'utile &
*agréable aux Dames qui voudront prendre
des leçons chez elles.
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
i
4
COURS DE LANGUE ANGLOISE.
४.
1
M. ROBERTS , Profeſſeur de Langue
Angloiſe , voyant que , dans un Cours
public de quatre mois , il croit impoſſible
de réunir avec ſuccès l'intelligence
des Auteurs Anglois en profe , la poëſie
,& d'enſeigner à parler cette langue ,
s'eſt déterminé à féparer ces trois objets
comme ils le font par leur nature , &
de n'en faire déſormais qu'en ſeul à la
fois. Il donnera deux Cours par an ,
dans le premier , il ne fera queſtion
que des Auteurs en profe; le ſecond
traitera de la poësie Angloiſe , & le
troiſieme fera uniquement employé à
la langue parlée ou à la converſation.
M. Roberts penſe que le Public éclairé
verra que cette Méthode, quoique laplus
longue en aparence , eſt réellement laplus
courte & la plus fure: dans le premier
Cours on aura vaincu les difficultés de
la prononciation , & on ſera familiarifé
avec les Auteurs en profe ; alors on ſe
trouvera préparé pour leCours de poëſie ,
-
হার
NOVEMBRE. 1777. 181
:
:
qui ſuivra: après quoi les perſonnes
qui defirent parler& entendre la langue ,
lorſque des Anglois la parlent , pour.
ront ſuivre le dernier Cours , qui ſera
'entierement conſacré à cet objet. Comme
chaque Cours ſera complet en luimême
, on ne ſe trouvera pas obligé d'en
ſuivre un ſecond , parce que celui qui
* entend bien la proſe d'une langue quelconque
, n'aura pas beaucoup de peine
à parvenir , ſans Maître , à l'intelligence
des Poëtes. ?
Cours de Poësie Angloise.
M. Roberts ouvrira ce Cours le lundi ,
24 Novembre , à onze heures & demie
du matin , & le continuera de lundi ,
mercredi & vendredi de chaque ſemai
ne , pendant l'eſpace de quatre mois.
Comme il y a beaucoup de perſonnes
qui ont appris l'Anglois ſans Maître , il
' eſt néceſſaire de commencer ce Cours
par quelque petit Ouvrage en profe. Or
*lira donc d'abord une Comédie Angloife
, pour mettre les perſonnes qui voudront
le ſuivre , au fait de la prononcia-
✓ion , après quoi on paſſera à la lecture
des morceaux choiſis de nos meilleurs
L
.:
1
دجمل
ン
1
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Poëtes , tels que Milton , Dryden ,
Pope , les Saiſons de Thomson & Adiffon.
Ce Cours ſera terminé par la traduction
d'un morceau de poëſie Angloiſe
, qui fera indiqué après le premier
mois, en vers françois, ou en profe.
poëtique ; & la meilleure traduction
d'après le jugement d'une Société de
Gens de Lettres , aura pour prix le
grand Dictionnaire de Johnson , deux
vol. in- folio , le Spectateur Anglois ,
lès Ouvrages de Pope , Milton & de
Dryden. M. Roberts oſe ſe flatter que
ce Cours , le premier de ce genre qu'on
ait encore donné à Paris , méritera la
faveur de ceux qui s'intéreſſent au progrès
des Lettres en général.
Il faut ſe faire infcrire d'avance chez
M. Tourillon , Tapiffier , rue Pavée S.
André des-Arts.
i
Maison & Cours d'Education , par M.
Verdier , Instituteur à Paris , Docteur
en Médecine , &c.
La Maiſon de M. Verdier eſt deſti
née : 1. aux enfans & jeunes gens foibles ,
NOVEMBRE. 1777. 183
A
valetudinaires , difformes & autres',
qui ont beſoin d'un régime ou d'un
traitement particulier , pourvû que leurs
infirmités ne foient pas contagieuſes ,
20. à ceux qui étant deſtinés aux grands
emplois & aux premieres profeſſions ,
ont beſoin de l'éducation la plus approfondie
& la plus cultivée.
Cette Maiſon eſt de plus offerte : 10.
aux jeunes gens qui ayant fait leurs
* études générales , & fe donnant particu-
( lierement à celle d'une profeſſion ſcientifique
, ont beſoin des ſecours d'un cabinet
* d'obſervations & d'expériences , & d'une
* bibliotheque pour l'étudier : 2º. aux
Etrangers ou Regnicoles , qui deſirent
apprendre la Langue ou la Littérature
Françoiſe ou Latine en peu de tems.
Les uns & les autres y font élevés ,
gouvernés & inſtruits conformément aux
vues des Parens , & aux plans d'éducation
phyſique , morale , littéraire & chrétienne,
expoſé dans le Cours d'Education de
l'Auteur , & que nous avons annoncée
dans notre Mercure de Septembre.
M. Verdier excute & fait exécuter
ces plans dans une maiſon vaſte , magnifique
, très- aërée , très- ſaine , &munie
detous les fecours propres à une éduca-
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
tion complette , à côté du Jardin du
Roi. Une belle cour conduit à de grandes
falles , où il a réuni les livres , gravures
, ſpheres , cartes de géographie ,
tables d'hiſtoire , médailles , inſtruments
de mathématiques , machines de phyſique
, ſubſtances d'hiſtoire naturelle ,
échantillons des arts ; un enclos d'un
arpent , contenant un jardin botanique &
de larges allées , qui ſervent de gymnaſe
pour les exercices gymnaſtiques &
les jeux. Les Eleves couchent dans de
grands dortoirs au premier. Les Penfionnaires
font dans des chambres particu
lieres.
:
"
La penſion eſt de huit cents livres
pour les Eleves qui entrent avant l'âge
de douze ans , & de cent piſtoles pour
ceux qui entrent au - deſſus de cet age ;
en ce ſont compris , d'un côté , la nour
riture , le blanchiſſage , l'accomodage
des cheveux , les menus beſoins d'Ecolier ;
de l'autre , l'inſtruction générale fur
les langues françoiſe & latine ; les belles-
lettres , les mathématiques , la phyſique
& la morale ; le deſſein, la muſique
& la danſe ; l'hiſtoire , la géographie
&l'éducation. !
Le prix de la penſion à l'égard des
'
시
s
"
1
NOVEMBRE. 1777. 185
ב
1
4
Penſionnaires eſt de douze cents livres ,
pour la nourriture , le blanchiſſage , la
chrmbre & l'inſtruction générale.
Ce Prospectus , qui eſt en même-tems
• celui de la Maiſon & du Cours d'Education
de M. Verdier , ſuffit pour mettre le
Public à portée de vérifier ſes travaux.
- Les exercices littéraires & gymnaſtiques
y ſont détaillés par années , par cours &
par claffes ; par mois , par ſemaine , par
jours & par heures.
Il ſe diſtribue gratuitement chez M.
* Verdier , rue de Seine S. Victor , Hô-
• tel de Magni : chez Moutard , Quai des
Augustins ; & Colas , place Sorbonne ,
Libraires , qui vendent fon Cours d'Education
& fes autres Ouvrages.
A
LETTRE écrite , le 5 Octobre 1777 , par
M. Tribolet de la Lance , Médecin , Secrétaire
perpétuel de la Société Economique
de Berne , à M. Vicq d'Azyr , Secrétaire
perpétuel de la Société Royple de Médecine
de Paris.
Monfieur , la correſpondance que j'entretiens
avec vous , ſur les objets qui concernent la So-
M 5
186 MERCURE DE FRANCE.
ciété Royale de Médecine , me fait eſpérer que
vous voudrez bien me rendre un ſervice qui n'eſt
point', à la vérité , du reſſort de cette Compagnie
, mais qui intéreſſe trop l'humanité en général
pour que vous vous refuſiez à me l'accorder.
Deux généreux Anonymes m'ont fait parvenir
cent louis pour en former un Prix fur le ſu .
jet dont je vous envoie un Programme. La reconnoiffance
que l'on doit à un trait ſi noble &
ſi généreux , l'importance du Prix , & plus encore
l'utilité qui doit en réſulter , ſont des motifs plus
que fuffifans pour engager tout ami de l'humanité ,
à faire connoître cette Annonce auſſi univerſellement
qu'il fera poſſible. Je prends donc la liberté
de vous prier de la faire connoître , en France ,
de la maniere qui vous paroîtra la plus propre à
remplir ce but. Vous obligerez par - là la Société
Economique , & particulierement celui qui a l'honneur
d'être , & c .
Cent louis feront adjugés à l'Auteur du meil .
leur Mémoire ſur la matiere déjà propoſée par la
Société Economique de Berne ; ſavoir: Comparer
& rédiger un Plan complet & détaillé de Légilation
fur les matieres Criminelles ſous ce triple
point de vue : 1. Des crimes & des peines propartionnées
qu'il convient de leur appliquer : 2. De
la nature & de la force des preuves & des présomptions
: 3. De la maniere de les acquérir par
la voie de la procédure Criminelle ; enforte que
la douceur de l'instruction & des peines soit conciliée
avec la certitude d'un châtiment prompt &
exemplaire , & que la Société civile trouve la plus
grande fûreté poſſible combinée avec le plus grand
respect poſſible pour la liberté & l'humanité.
!
?
NOVEMBRE . 1777. 187
Le Prix ſera adjugé à la fin de 1779 ; & les
Pieces de concours doivent être adreſſées , franches
de port , à M. Tribolet , Secrétaire perpétuel
de la Société Économique , à Berne. Elles
feront reçues juſqu'au 1 Janvier 1779 , & pourront
être écrites en Latin , François , Allemand ,
Italien ou Anglois. Le nom de l'Auteur ſera
renfermé dans un billet cacheté , qui portera la
même deviſe que le Mémoire qu'il accompagnera.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
ON lit , dans le Journal d'Agriculture
de Veniſe , la Méthode ſuivante , pour
donner au chauvre toute la perfection
dont il eſt ſuſceptible.
Il faut d'abord faire une leſſive avec
de bonne cendre , dans laquelle on
mettra un peu de chaux vive , ſelon la
quantité de chanvre qu'on voudra rafiner
, lorſqu'elle ſera éclaircie , on y jetera
, pour to liv. de chanvre , une livre
& demie de ſavon ratiſſé , qu'on laiſſera
tremper pendant vingt- quatre heures ;
188 MERCURE DE FRANCE.
..
on fera bouillir le chanvre dans ce mélange
deux heures de ſuite; puis on l'en
retirera , & on le mettra fécher à l'ombre.
Lorſqu'il ſera ſec , on le froiffera ,
pour le mettreen petites poignées ;enfin,
on le préparera comme le lin : il en
acquérera la couleur & la fineſſe ; il lui
ſera même ſupérieur , parce qu'il aura
les fibres plus fortes.
II.
Physique.
Le Sieur Beldaſſare Perelli , a fait à
Piſe , devant une nombreuſe Aſſemblée ,
diverſes expériences d'une nouvelle eau
ſtyptique , compoſée par le Sieur Percivalle
, Piemontois , dont les effets font
vraiment ſurprenans. Il a coupé tranfverſalement
, & aux deux tiers , l'artere
carotide d'un chevreau , & il a appliqué
fur cette large plaie un féton imbibé de
cette eau , qui a arrêté l'hémorrhagie en
moins d'une minute, en moins de 12 ,
la réunion s'eſt faite d'une maniere fi
forte , que les diverſes mouvemens de
l'animal n'ont rien produit. Le lendemain
, l'expérience a été réitérée avec
1
NOVEMBRE. 1777 189
le même ſuccès ſur l'autre artere carotide,
du même animal, Quelque tems
auparavant , un malade à l'Hôpital de
Ste Claire , qui avoit eu deux arteres
totalement coupées , fut guéri par le
ſecours de la même eau , & la réunion
ſe fit en quinze minutes. Le ſecret de
cette eau précieuſe ne peut manquer
d'être très - important.
III.
2.
Hiſtoire Naturelle.
On a découvert , depuis peu , un Sel
qui ne paroît que trois mois de l'année,
le matin ,aux environs d'un petit Village
du Piémont ; les animaux y vont lécher
la terre avec avidité , s'y guériſſent , ou
ſe conſervent en état de ſanté, Pluſieurs
expériences ont fait reconnoître ce Sel
pour un purgatif certain & très-doux ,
ſe fondant aisément dans l'eau pure ,
dans laquelle on le prend ordinairement ;
il ne laiſſe aucun goût , ne cauſe ni rape
ports , ni tranchées , ni coliques, ni irs
ritation , comme les Sels anciennement
connus. Il a été approuvé par la Commiſſion
Royale de Médecine. L'entrepôt
190 MERCURE DE FRANCE.
:
會
eſt à Paris , chez le Sieur Pierre Bruna
de S. Joſeph , à l'Hôtel de Conti , rue
des Poulies.
IV.
Un Particulier établi à Smyrne , dans
une lettre à un de ſes Amis , rend
compte , comme témoin oculaire , d'une
eſpece de paſſe- tems en uſage dans les
environs de cette Ville , & qui paroîtra
curieux à ceux qui n'ont pas voyagé
dans le Levant. Les cicognes , dit - il ,
font en grande abondance dans ce Pays ,
&yconſtruiſent régulierement leurs nids.
Au tems de la ponte , les Habitans ,
pour s'amufer , retirent les oeufs de la
cicogne , & mettent à leur place des
oeufs de poule ordinaire. Lorſque ceuxci
ſont éclos , le mâle , en conſidérant
leur forme , eſt ſi ſenſible à l'outrage
qu'il croit avoir été fait à l'union conjugale
, qu'il jette des cris épouvantables ;
toute la peuplade des cicognes alarmée
ſe raſſemble autour du nid, & reſſentant
unanimement l'affront apparent , fond
en courroux ſur la pauvre fémelle , &
l'accable de coups de bec , juſqu'à ce
qu'elle y fuccombe: les pouffins n'y font
,
NOVEMBRE. 1777. 191
pas épargnés. Ce qu'il y a de plus remarquable
, c'eſt que le mâle n'eſt pas
du nombre des exécuteurs ; il ne bouge
pas de ſa place , & continue long- tems à
pouſſer des cris douloureux,, comme s'il
compatiſſoit au fort qu'une juſtice nécef-
- faire a fait ſubir à ſa famille.
V.
On a eſſayé publiquement à Leyde
une machine hydraulique inventée &
- exécutée par M. Blakey. Le feu en eſt
le principal moteur. Les vapeurs de
l'eau bouillante donnent à l'atmoſphere
, en ſe condenfant , la force de faire
élever l'eau d'un puits ou d'une riviere ,
juſqu'à la hauteur de 30 pieds. Pour
tirer l'eau des foſſés & d'autres réſervoirs
profonds , il ſuffit d'y plonger un
tuyau qui communique avec la machine.
Les léviers & les pompes qui entrent
dans la plupart des pieces mécaniques
de ce genre , n'ont pas lieu dans
celle - ci ; elle n'a pas besoin de pareils
ſecours pour être miſe en jeu ; d'où il
fuit qu'elle doit être plus durable , attendû
qu'il n'y a d'autre frottement que
celui des détentes. On peut la tranſpor- t
\
1
192 MERCURE DE FRANCE.
: ter aisément d'un lieu à un autre. En
augmentant ſon volume on lui fait
élever , à peu de frais , telle quantité
d'eau qu'on veut , & auffi long - tems
qu'on le deſire.
--
ANECDOTES.
I.
•
UN Pêcheur de la Hogue étoit brouillé
avec fon beau-frere ; celui-ci tombe dans
la miſere ; le Pêcheur l'aborde , & lui
dit : Ecoute donc , beau - frere , je ne t'aime
guere , tu fais bien pourquoi ; mois faut - il
pour cela que tu meures de faim ? On
m'a dit que tu n'as pas de pain chez toi ;
est- ce que tu ne fais pas qu'il y en a chez
nous ? Viens - en prendre , & tout ce qu'il
te faut : je ne t'en aimerai pas plus , va ,
ne crains rien .
II.
Une jeune Demoiselle étoit deſtinée
par ſa mere à épouſer un homme qu'elle
aimoit ; lorſque ſon pere , marin , frane
&
NOVEMBRE. 1777. 193
& bruſque , arriva avec un de ſes camarades
, auquel il avoit auſſi promis ſa
fille. En le lui préſentant, il lui dit: Tu
as vingt ans , il te faut un mari ; en voici
un que tu épouseras Mardi prochain , parce
qu'il faut que nous partions ensemble Feudi.
Le ton impérieux du perejeta la confternation
dans la famille , qui fe crut obligée
d'obéir. Le jour de la cérémonie arrive
; les futurs vont à l'Eglife ; l'amoureux
s'y étoit auffi rendu , & pleuroit
dans un coin: la jeune fille , au lieu de
répondre qui au Curé , lui dit naïvement :
j'aimerois mieux l'autre. Le pere accourt
en colere , & demande où eſt cet autre :
on le lui montre ; il va à lui , le prend
bruſquement par la main , le conduit à
ſa fille , & dit de les marier.
III.
Trois Particuliers ayant quitté Paris,
dans le deſſein de voyager quelque tems
pour leur amusement, apperçurent à la
fin du ſecond jour de leur marche , une
flamme conſidérable. Ils volerent auffitôt
à l'endroit d'où elle partoit , & trouverent
les malheureux Habitans d'un
Village , ayant leur Paſteur à leur tête ,
N
1
2
194 MERCURE DE FRANCE .
occupés à éteindre un incendie qui
avoit déjà confumé trois chaumieres.
Ils ſe réunirent à eux ; & après trois heures
de travail , ils parvinrent à arrêter entie
rement les progrès du feu. Ilsjouiſſoient
de la reconnoiſſance des Payfans , lorfque,
réfléchiſſant à la perte que venoient
d'éprouver les Propriétaires des chaumieres
brûlées , & frappés tous trois du
même ſentiment , ils tirerent en mêmetems
leurs bourſes , les remirent entre
des mains du Paſteur , renoncerent à leur
voyage , & s'applaudirent d'avoir fait
fervir au bien de l'humanité , un argent
qu'ils deſtinoient à leurs plaiſirs. La
fomme ſe trouva monter à 5600 liv.
IV.
Un Voyageur arrivant au château de
Ferney , y fut très-bien reçu. Flattéd'une
pareille réception , il déclara , le lende.
main de ſon arrivée , que ſon intention
étoit de paſſer fix ſemaines dans un lien
auſſi délicieux. L'illuſtre Maître du châ
teau lui répondit en riant : Vous ne voulez
pas reſſembler à Dom Quichotte ; il
prenoit les auberges pour des châteaux ;
vous prenez les châteaux pour des aubenges.
NOVEMBRE. 1777. 195
AVIS.
Nouveautés au petit Dunkerque,
1.
UN E collection de nouveaux boutons , tant en
or , argent , acier , métal , & autres en pierres de
couleurs ; des olives avec brandebourgs en perles
d'argent , faifant plus d'effet que facier. Boutons
plats en argent à ſpirale , pour habits de chale.
Cartes en écaille pour marquer pente ou gain au
Pharaon. Idem, en ivoire.
Le vrai Portrait de M. de Voltaire en pied, habillé
ſuivant fon costume actuel, unique pour la
reſſemblance. Figures Chinoiſes , repréſentant divers
caracteres originaux & plaifans , en terme de pipes.
Boncles en acier , ornées de chatons en pierres
de Cayenne ; cordons de montre en cheveux , gar .
nis de perles d'acier. Luftre monté en bronze doré ,
dont tous les ornemens ou pendeloques font en
acier du plus beau poli . & faifant le plus bel effet.
C'eſt le troiſieme & le plus parfait qu'il a fait établir
à ſa Manufacture de Clignancourt , de même
que les boucles d'acier ci-detlus. Autres Luftres
en ſtras , montés ſur cryſtal Anglois. Girandoles .
bras de cheminées , flambeaux de table on idem ,
faiſant plus d'effet que de crudad de roobe. :
N 2
>196 MERCURE DE FRANCE.
t
Toutes fortes d'ouvrages en argent , doubles de
verres bleus , pour le ſervice de table. Huiliers ,
falieres , moutardiers , & autres . Idem , en filagramme
, & pluſieurs nouveaux articles dans ce genre.
Les mêmes articles en tole amalgamée d'argent .
Petites lunettes de Gênes , en écaille , garnies
d'or. Platteaux de tôle peinte & vernie , pour le
jeu de Nain jaune. Tous ces ouvrages en tôle
vernie de ſa Fabrique de Clignancourt , ſont ſur des
deſſins & de formes nouvelles , imitant la porcelaine
de Seve.
Miroirs métalliques pour les Deſſinateurs , rendant
parfaitement le ton des couleurs des Payſages , &
préférables aux Chambres obfcures. Ouvrages en
perles , & autres d'émail en chaînes de montre , à
la Turque, pour femmes. Coulans de bourſes , &
autres pour cravattes ; prétentions , bracelets , flacons
d'effences , bagues , breloques , & autres petits
bijoux du même genre.
Perles d'acier taillées à facettes pour ganſes de
chapeau ; cordons de cannes , de montres ; prétentions
, brandebourgs , &c.
Rubans Anglois de toutes couleurs ; gazes à l'aune
, fichus & tabliers. Montres nouvelles à cadran
recouvert , émaillées de différentes couleurs , enrichies
de bordures & ornemens en perles d'émail ,
parfaitement imitées.
Cannes de femme , avec écran. Idem , en tambour
, avec caſſolettes en or.
NOVEMBRE . 1777. 197
Bourſes en filet , repréſentant divers ſujets analo
ques à l'Amour. Idem , tricotées très-folides. Ganfes
& boutons de chapeau à l'Angloiſe , en Torfades.
Pots de tulipes en marbre blanc , formant girandoles
à trois branches , en bronze doré au mat, Les
deux petits Jardiniers de Boucher , en bronze & mar
bre , formant girandoles à deux branches . Un petit
modele de pendule de marbre blanc , avec guirlandes
de bronze doré au mat , imitant parfaitement
une riche broderie d'or fur un fond blanc,
Pluſieurs modeles nouveaux de boucles d'argent
de France & d'Angleterre.
Il attend d'Italie , pour le mois prochain , du taf
fetas gommé , impénétrable à l'eau , qui ne poiffe
point , & qui n'a aucune odeur défagréable , auſſi
• fouple & auſſi léger que tout autre taffetas. Il en
fera faire des redingottes qui pourront ſe porter
dans une poche , dans un gouffet , dans un chapeau
ployant. Il eſt propre à faire des capottes de femmes
, mantelets , peliſſes , caleches , &c. On peut
s'en fervir pour courir la poſte avec des bas
blancs , fans craindre que la pluie ni la boue ne
puiſſent le tranſpercer , & de quelque maniere
qu'on l'emploie. Il eſt auſſi frais & auffi beau que
le taffetas ordinaire .
,
4
Il lui est arrivé un aſſortiment de marchandises
Angloiſes , comme boëtes de cuir , garnies d'argent.
Idem , garnies d'or. Mouchettes d'acier poli ; oreilles
pour la furdité ; colliers anodyns pour les convulfions
des enfans ; porte - feuilles à néceſſaires ,
maroquin du Levant ; fouets de felle , de chaffe , &;
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
autres . Platteaux de tôle. Idem , cafton vernis ,
fonds gorge de pigeon , &t autres couleurs changeantes.
Gomntes des Indes pour effacer les def
fins au crayon. Des épingles de Londres.
Il attend pour le mois prochain , beaucoup d'au
tres marchandifes étrangeres.
Chocolat.
II.
Le ſieur Rouffel , Marchand Epicier , datis Ab
baye S. Germain-des-Près , cour des Religieux en
entrant par la rue Ste-Marguerite,attenant à la Fontaine
; conſidérant que l'usage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la ſanté que pour l'agrément ;
aſſuré d'ailleurs de la bonté de fa fabrique , par les
témoignages & les applaudiſſemens de pluſieurs
perſonnes de diſtinction & de goût . qui lui ont
conſeillé de le faire connoître ; il donne avis au
Public qu'en qualité de Citoyen qui vent être utile
à ſés Compatriotes , & pour éviter toute ſurpriſe ,
il fait mettre fur chaque pain de chocolat fortaist
de ſa fabriqué , l'empreinte de fon nom & fa demeure.
Le prix du chocolat de ſanté de la meilleure
qualité , eſt de 3 livres , avec une dentie vanille ,
3 livres ; celui à une vanille , 4 livres ; & 5 liv.
pour celui qui eſt à deux vanilles.
Tant pour la facilité que pour l'avantage des
perſonnes de Province , le ſieur Rouffel prévient
NOVEMBRE. 1777. 199
qu'il fera tous les envois aux mêmes prix ci-deſſus ,
francs de port , pourvu qu'on lui faſſe remettre les
fonds , & que l'envoi ſoit de douze livres au
moins , avec l'adreſſe exacte de la deſtination.
Le ſieur Rouffel annonce qu'il vend auffi en liqueur
la véritable crême royale de fleur d'orange ,
à 4 1. la bouteille.
III.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte - cochere
à côté du Tourneur , au deuxieme appartement
ſur le devant , près de la Greve , donne avis
ău Public qu'il débite , avec permiffion , des bagues
dont la propriété eſt de guérir la goutte. Les per
fonnes qui en font fort affligées , doivent porter
cette bague avant ou après l'attaque de la goutte ;
'en la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix de ces bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 1.
Le ſieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
. Celui des boîtes à fix mouches eſt I 1.10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , qui
les foulage & les guérit.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 1 1. 4 f.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préſident de la CommiſſionRoyale
de Médecine .
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1.4f.
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 5 Septembre 1777.
LESES nouvelles d'Oczakow portent , que le Kan
des Tartares fait des diſpoſitions pour établir trois
ponts en différens endroits du Nyeper , à portée de
cette Place. Oe apprend en même tems que ce
Prince , qui s'eſt tranſporté à Karafou , a fait publier
, en Crimée , une Déclaration , portant injonction
aux Muſulmans qui ne lui font pas affectionnés
, de ſe retirer où bon leur ſemblera . Ces mefures
paroiſſent être une repréſaille de l'expulfion qu'a .
faite , par ordre de la Porte , le Pacha de Bender ,
du Vayvode & des Agas Tartares qui gouvernoient
au au nom du Kan , dans le Budgiak.
De Pétersbourg , le 23 Septembre 1777.
Dan la nuit du 20 al 21 de ce mois , un vent de
Sud-Sud-Oueſt , d'une violence extrême , en faiſant
refluer les eaux de la Baltique dans la Neva , & en
élevant cette riviere d'environ dix pieds au - deſſus "
de fon niveau ordinaire , a inondé preſque toute cette
Capitale. On n'a point encore le détail circonftancié
des déſaſtres qui réſultent de la crue fubite des eaux
de cette riviere , nidu nombre des perſonnes que cette
crue a fait périr. Pluſieurs vaiſſeaux affez forts ont
"
NOVEMBRE. 1777. 201
*
été portés ſur les Côtes , où ils ſe trouvent actuellement
à fec. Celui de la Ducheffe de Kingston ,
nouvellement arrivée en cette Ville , a été jeté fur
sun bane où il eſt enſablé de cinq pieds : on n'efpere
pas pouvoir le retirer avant l'hyver , fans quelque
autre crue d'eau. Il a perdu quatre ancres ,
ſes chaloupes , deux de ſes mâts qu'on a été obligé
de couper ; mais aucun homme de l'équipage
n'a péri. Le corps du bâtiment ne paroît pas avoir
fouffert , & rien de ce qu'il renferme n'eſt endommagé.
Beaucoup de maiſons ont été emportées
ou renverſées dans les Campagnes. Les marchandifes
de preſque tous les magaſins , ont été gatées ;
& l'on craint tant pour les vaiſſeaux qui ſe font
trouvés dans ces mers , & dont on n'a juſqu'ici
aucune nouvelle. On ſe rappelle qu'en 1727 &
en 1752 , on a éprouvé ici de grandes inondations
; mais on croit celle - ci plus conſidérable &
plus funeſte.
i
De Copenhague , le 23 Septembre 1777. :
i
La grande Flotte d'environ fix cent quarante
vaiſſeaux , que l'impétuoſité du vent avoit raflemblé
au Sund , eſt partie , le 19 de ce mois , pour
la mer du Nord. C'étoit un ſpectacle impoſant que
de voir fortir tous ces vaiſſeaux , qui mirent en
même - tems à la voile. Les Habitans les plus âgés
d'Helsingor , affurent qu'au commencement de ce
fiécle , on ne voyoit pas paſſer, fix cents bâtimens
dans le cours entier d'une année .
)
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
De Vienne , le 24 Septembre 1777.
On attend ici dans peu l'Empereur & l'Archiduc
Maximilien. Le Camp de Pragne , qui conſiſtoit
en vingt - fuit mifle hommes d'Infanterie , & trois
mille de Cavalerie , a terminé ſes grandes manoeuvres
le 18 du même mois. Tout ce qui pouvoit
reſſembler davantage aux divers travaux d'une
guerre véritable , y a été exécuté avec la plus
grande préciſion. Batailles , eſcarmouches , rencontres
, déroutes , ponts de bateaux jetés & roms
pus ; enfin , beaticoup d'autres opérations & évolutions
dépendantes de la Tactique ont été exécurées
à la fatisfaction de l'Empereur & de l'Archiduc
fon frere. Plufieurs Princes & un grand nombre
de perſonnes de distinction , y ont affifté..
De Lisbonne , le 20 Août 1777.
Deux Ordonnances Royales viennent d'être publiées.
L'une abolit le monopole de la Compagnie
de Porto , & rend entierement libre le commerce
des vins du Royaume : les Maiſons de Charité &
les Hôpitaux , dans toute la Monarchie , font déclarés
, par l'autre Ordonnance , exempts de l'Impot
des dîmes.
De Rome , le 24 Septembre 1777.
On vient d'afficher , par ordre de la Congrégation
dite de Spogli, une notification , par laquelle
on donne deux mois aux Particuliers qui voudroient
acquérir , ou en tout , ou en partie , ſoit
NOVEMBRE. 1777. 203
par amphytheoſe on autrement , les biens appartehans
aux ci-devant féfrites , & qui fe trouvent fitués
dans la Ville d'Afcoli & fon territoire. Si ,
pendant ce terme preſcrit , il ne ſe préſente pas
de plus forts enchériffeurs que ceux qui exiſtoient
đu tems de Clément XIV, & avec lesquels , va la
mort de ce Pontife , on ne termina rien à ce fu
jet , les biens leur feront adjugés.
En travaillant aux fondations du nouveau bâtiment
de l'Annonciade , dans le Champ de Mars ,
on a commencé à découvrir une colonne de granit
oriental rouge , du diametre de quatre empans.
D'après ce qui en eſt déjà apperçu , on estime que
fi elle eſt entiere , elle ne petit pas avoir moins
de trente - fix palmes de hauteur.
Dans une autre fouille , qui ſe fait prés de Mornté
- Citorio , on a trouvé , dans un petit vaſe de
terre , vingt - cinq Médailles en argent , repréſentant
le Roi Robert de Sicile , qui regnoit dans le
quinzieme ſiècle. On a trouvé auſſi dans le même
endroit , un marbre , ſur lequel eſt gravée la permiſſion
accordée par les Confuls Falco && Clarus ,
à un certain Adrastus , de conſtruire un édifice attprès
du Mons Citationum , à la charge de payer
au Tréfor public , la redevance que les anciens
Romains appeloient Solarium. Le Pape a falt
transporter cette Inſcription au Vatican , dont il
enrichit chaque jour le Muſeum.
De Naples , le 20 Septembre 1777.
Le Prince Dom Philippe , frere de ſa Majesté,
mourut hier matin , le neuvieme jour de fa petite
-
:
204 MERCURE DE FRANCE.
:
vérole. Leurs Majestés frappées des funeſtes effets
de cette maladie , ſe ſont auſſi - tôt déterminées à
faire inoculer le Prince Royal & les deux Princefſes
Marie - Théreſe & Louiſe - Marie - Amélie. On.
a en conféquence fait venir de Florence le Docteur
Gatti à Cazerte , où les Princes doivent être
inoculés.
De Madrid ,le 7 Octobre 1777.
A
L'Académie Royale Eſpagnole , regardant tous
les encouragemens qui peuvent tendre aux progrès
de la Poésie & de l'Eloquence , comme une
des principales obligations de ſon établiſſement , a
réſolu de fonder deux Prix , conſiſtant chacun en
une Médaille d'or , qui feront délivrées tous les
ans aux Auteurs dont les écrits , dans ces deux
genres , feront jugés avoir traité le mieux les fu-,
jets qu'elle aura propoſés. L'Académie , en excluant
fes Membres du concours , annonce qu'elle
examinera les Ouvrages d'après les regles de Longin
, Cicéron , Quintilien pour l'Eloquence , &
qu'elle ſe décidera pour la Poéſie d'après les principes
d'Ariftote , d'Horace , &c. fans néanmoins
s'aftreindre à une obſervation ſervile de leurs préceptes.
Les conditions du concours font d'ailleurs
les mèmes que pour la plupart des Académies connues
; mais elle recommande formellement que les
Ouvrages , ou d'Eloquence , ou de Poéfie , foient
écrits en Eſpagnol , fans intercallation d'aucun
paſſage de latin ou de toute autre Langue , au
moins dans le corps de l'Ecrit. Elle prévient auſſi
que dans le cas où quelque Ouvrage lui paroîtra
avoir un mérite preſque égal à celui auquel le
:
:
1
r
NOVEMBRE. 1777. : 205
トPrix fera adjugé , elle en récompenſera l'Auteur
en faifant imprimer fon Ecrit. Le ſujet du Prix
de l'Eloquence , pour l'année prochaine , eft , l'Eloge
du Roi Philippe V, Fondateur de l'Académie ;
& pour la Poésie , un Poëme en octaves , fur la
résolution courageuse que prit Cortès , de couler
à fond tous ses Vaisseaux , après son débarque-
-ment fur les Cotes de la Nouvelle- Espagne. Les
perſonnes qui voudront concourir pour l'un &
• l'autre de ces Prix , auront ſoin de faire parvenir
leurs Ouvrages au Secrétaire de l'Académie , avant
le 1. Avril de l'année prochaine 1778 .
De Londres , le 17 Octobre 1777.
Le Cour n'a rien publié encore des dépêches
qu'elle peut avoir reçues de ſes différens Généraux
en Amérique ; enforte qu'il eſt permis de
douter de la nouvelle contenue dans une lettre
particuliere d'un Officier de l'Armée du Général
Howe , qui annonce la priſe d'un grand magaſin
des Américains , à Lancaftre ; & la défaite d'un
Corps de cinq mille hommes , conduit par le Général
Putnam , qui a perdu la vie dans l'action.
Les détails d'un fait auſſi eſſentiel , auroient fans
doute été envoyés , de la part du Général , dans
la forme la plus authentique. La même raiſon ne
s'éleve pas contre un avis arrivé dans un des Ports
de l'Europe , d'un avantage remporté par les Américains
, fur le Général Burgoyne. L'incertitude
où l'on reſte ſur les progrès de ſa marche , ſeroit
même un motif de la ſuppoſer vraie ; mais
comme on a déjà vu quelques avis de cette ef-
ресе , démentis par la ſuite , la prudence veut
:
206 MERCURE DE FRANCE .
: qu'on attende une confirmation de ces victoires
reſpectives.
Il paroît qu'on a moins de raiſon de douter de
Pinutilité des tentatives que les Américains ont
faites preſque en même tems fur Long - Iſland ,
fur l'Ifle de Staten , ſur le Pont - du - Roi à New-
Yorck , &c . où ils ont été repouffés avec perte.
On voit ici les félicitations que le Général Howe
a fait faire au Major - Général Tyron , qui commandoit
le jour de l'attaque du Pont-du-Roi , "au
Colonel Hewlet , qui a défendu la redoute de
Slataket ou Statukut , près Long- Iſland , & furtout
au Général Campbell , qui , n'ayant dans
l'Ifle de Staten que neuf cents hommes au plus , a
réſiſté à l'effort de deux mille cinq cents , & dont
la troupe , dit le Général , vient de prouver de
nouveau qu'un nombre d'ennemis , quoique plus
condérable , n'a pu réſiſter encore aux Anglois , la
bayonnette à la main. Les éloges du Général s'étendent
même fur les troupes provinciales , qui ſe
font diftinguées dans ces différentes affaires. Les
amis de l'Adminiſtration , obſervent , qu'à cet
égard , on ne peut pas dire , comme on l'a fait
lorſquon a vu les Américains abandonner leurs
poftes à l'approche de nos troupes , qu'une politique
habile commandoit ces diverſes retraites
puiſqu'ici les Américains font les agreſſeurs , &
que rien ne les forçoit à entreprendre les attaques
de ces Ifles & celle du Pont-du-Roi. C'est d'après
cette obſervation , que ces mêmes Partiſans de
la Cour , ſemblent déjà alarmés d'un projet de réconciliation
avec les Colonies , fondé fur certaines
propoſitions qui ont été faites de la part des
Provinces les moins animées dans la conteftation
•
NOVEMBRE. 1777. 2.07
م
préſente , & qui , dit-on , doit être vivement agité
en Parlement , à l'ouverture de la premiere Séance.
Déjà il ſe répand , de la part de ces Partiſans
de la guerre , & de la réſolution de fubjuguer
*les Américains , des Ecrits où ils parlent haute
ment de punir fans diftinction ces Peuples rebelles
, & leurs Chefs , ce qui prouve qu'ils ne font
aucun doute de l'entier ſuccès de nos armes qu'ils
ont annoncé depuis quelque tems.
1
On apprend par des lettres de la Nouvelle-
Yorck , du 24 Août , que l'on doit y faire un
échange de Prifonniers , pour le 20 Septembre ;
mais on ne dit point ſi les éloquentes lettres du Général
Washington au Général Howe , à l'occaſion
- du cartel reſpectif, ont produit quelque effet fur
le dernier , & s'il y ſera queſtion de l'échange fi
defiré , en Amérique , du Général Lée. Les mêmes
lettres nous apprennent que le ſieur Penn
Gouverneur , & le Juge de la Colonie de Penfilvanie
, ont été envoyés , comme Prisonniers , à
Frédéricksbourg , par ordre du Congrès.
Une lettre de Kinſale , apportée par la Malle
du 16 , nous apprend que les Côtes de l'Irlande
ne font point encore purgées des Armateurs Américains
. On y parle auffi d'une ſecouſſe de tremblement
de terre qu'on y a éprouvé le 1 Octobre ,
& qui a fait abandonner toutes les maiſons aux
Habitans : mais la chute de quelques cheminées a
été le feul dommage qu'on y ait etfuye.
1
:
208 MERCURE DE FRANCE . :
i De Paris , le 27 Octobre 1777-
La Société des Arts de Geneve propoſa , le 24
Août 1776 , pluſieurs queſtions fur l'Acier , entr'autres
, quelles font les différentes especes d'Acier
, à quels ſignes on peut les connoître & s'affurer
de leur perfection ; quel mélange il faut employer
à ſa confection , afin d'empêcher la diffipation
de fon flogiſtique quand on le fait rougir ,
pour obtenir , 10. la trempe ferme & dure qui convient
aux laminoirs , limes , burins , marteaux ,
coins de monnoie , &c. 20. la trempe moyenne
convenable aux pieces frottantes de l'Horlogerie ,
telles que les cylindres ou verges de balanciers
pignons , pieces de quadrature , de répétitions ,
petiss refforts , &c. 30. la trempe douce particulierement
adaptée aux grands refforts de pendules
& de montres. Le prix devoit être une Médaille
d'or de vingt - quatre louis , ou une Médaille d'argent
de même grandeur , & le furplus de cette
derniere en efpeces , au choix de l'Artiſte. L'Acceffit
devoit recevoir une Médaille d'argent.
4
,
Cette Société a décerné , le 2 de ce mois , le Prix
au Mémoire envoyé par le Sieur Jean Jacques
Perret , Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Beziers , Auteur de
la Deſcription de l'Art de Coutelier , & Maître
Coutelier , rue de la Tixeranderie , à Paris : elle
n'a pas cru même devoir donner d'Acceffit , & elle
a généreusement ajouté en faveur du Sieur Perret
, la Médaille d'argent , ſans rien déduire de la
valeur de la Médaille d'or dont il a touché le Prix.
No-
1
1
1
NOVEMBRE. 1777. 209
:
NOMINATIONS.
Le Marquis de Bloſſet , Ambaſſadeur du Roi
près Leurs Majestés Très - Fideles , ayant demandé
fon rappel , le Roi a nommé pour le remplacer , le
Baron de Zuckmantel , actuellement Ambaſſadeur
près la République de Venife. S. M. a donné pour
ſucceſſeur à ce dernier , le Préſident de Vergennes ,
fon Ambaſſadeur près les Louables Cantons Helvé
*tiques. Le Vicomte de Polignac , nommé en mêmetems
pour remplir cette derniere Ambaſſade , a
fait aujourd'hui ſes remercimens à S. M. à laquelle
il a été préſenté par le Comte de Vergennes ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangeres.
Le Roi a diſpoſé du Gouvernement de la Citadelle
de Marseille , vacant par la mort du Comte
du Luc , Lieutenant- Général , en faveur duComte
de Montazet , Maréchal de Camp , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis.
PRÉSENTATION 8.
Le Comte de Scarnafis , Ambaſſadeur de Sardaigne
, a eu une audience particuliere du Roi , dans
laquelle il a remis ſa Lettre de créance à S. M. II
a été conduit à cette Audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le Sieur
210 MERCURE DE FRANCE.
Tolozan , Introducteur des Ambaſſadeurs . Le S
de Sequeville , Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaſſadeurs, précédoit. 4
Le Préfident de Vergennes , Miniſtre Plénipotentiaire
du Roi , en Suiſſe , de retour de fon Ambaffade
, a eu l'honneur d'être préſenté à S. M. le
16 Octobre , parle Comte de Vergennes , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat au Département des 'Affaires
Etrangeres , & de faire en même tems ſes remer
cimens en qualité de fon Ambaſſadeur près la République
de Venife.
:
}
১ PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
に
4
Le Comte Jean- Baptiste Carbury , Médecin-
Conſultant de Madame & de Madame la Comteſſe
d'Artois , a eu l'honneur de préſenter au Roi & à
la Famille Royale , un Ouvrage du Comte de Carbury
fon frere , ci -devant Lieutenant- Colonel au
Service de l'Impératrice de Ruffie , Lieutenant để
Police , & Cenſeur , ayant la direction du Corps
Noble des Cadets de Pétersbourg. Cet Ouvrage
a pour titre : Monument à la gloire de Pierre - le-
Grand, ou Relation des travaux & moyens mécaniques
qui ont été employés pour transporter à
Pétersbourg un rocher du poids de trois millions"
de livres, destiné à fervir de base à la Statue,
équestre de cet Empereur. On y a joint un Examen
phyſique & chimique du même rocher , par le
Comte Jean-Baptifte Carbury.
1
NOVEMBRE. 1777 212
MARIAGES
Le 19 Octobre , Leurs Majestés & la Familie
Royale ont figné le Contrat de Mariage du Comte
de Laſpect de Lés , avec Demoſelle de Polignac.
Le 16 du même mois , le Baron de Houx &
Dame Elifabeth de Bigault fon épouse, ont célé
bré , près de Clermont en Argonne , la cinquan
tieme année de leur mariage : la cérémonie s'est
faite dans leur Chapelle , par trois de leur fils ,
Prêtres , en préſence de deux autres fils, Chevaliers
de S. Louis , & des enfans de l'aîné, mort depuis
peus Leurs parens , leurs amis , & la No
bleſſe des environs , ont affifté à ce ſpectacle, dont
la rareté augmente encore l'intérêt for al
:
of ano Da
: 1 1
NAISSANCEST 10
1
36 ποίον
Le 20 Septembre , un Courier extraordinaire de
Madrid , apporta la nouvelle de la naiffance de la
Princeſſe dont eft accouchée , le 11 , la Princeſſo
des Afturies, foeur unique de l'Infant. Selon cet
te dépêche , la jeune Princeſſe & fa Mere ſe por
toient bien. Cet événement a été annoncé au Public,
dès le ſoir même , par une décharge générale
de l'artillerie du Chateau de cette Ville. On a
chanté le lendemain , dans l'Eglife de Saint Paul,
T
Ο 2
212: MERCURE DE FRANCE.
une Meſſe folemnelle , ſuivie d'un Te Deum , οι
action de graces. Il y a eu gala à la Cour , & le
foir toute la Ville a été illuminée. i
MORTS.
La Cour a pris le deuil , le 16 Octobre , pour
quatre jours , à l'occaſion de la mort d'Anne-
Charlotte - Amélie - Louiſe d'Orange , Princeſſe
Douairiere du Prince Héréditaire de Bade - Dourlach
, & mere du Margrave de Bade regnant.
:
هللا
La nommée Domanges Bonnemaiſon , habitante
de la Paroiſſe de Lautignac , Diocese de Lombez ,
y eſt morte , le 6 Septembre , âgée de 12 ans
ayant joui conſtamment de la meilleure ſanté jufqu'au
mois de Septembre de l'année derniere , époque
où elle fut privée de la vue. Elle diſoit n'avoir.
jamais été ni purgée ni ſaignée. On a obſervé
que le plus léger frottement ſur ſes mains en
faiſoit fortir de la pouſſiere. La Comteſſe de Beaumont
, Dame de Madame , vifitant une de ſes Terres
voifines de Lautignac , le mois de Juillet dernier
, avoit été voir cette femme , & avoit donné
les ordres les plus précis pour qu'on en prit le ,
plus grand ſoin , & qu'on ne lui refuſat rien de ce
qu'elle pouvoit deſirer. Elle a laiſſé trois enfans ,,
un garçon & deux filles , dont la plus jeune eſt
agée de 76 ans. !!
i
:
On mande de Lodeve en Languedoc , que le 22
Septembre , le nommé Louis Geſla , originaire de
Caimon , Diocese de Lombez , retiré chez l'Eve
1
NOVEMBRE. 1777. 213
A
que de Lodeve , qui lui avoit donné un aſyle , y
eſt mort âgé de 102 ans , ayant confervé toute ſa
connoiſſance juſqu'au dernier moment.
Marie - Joſeph , Marquis de Mattaral , Gouverneur
des Ville & Châteaux d'Honfleur , Pont l'Evêque
, &c. Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint - Louis , eſt mort à Paris le 9 Octo
bre , dans la 57e année de ſon âge,
Le Comte de Vaneck & du Saint-Empire , Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle blanc , Conſeiller d'Etat
actuel intime de l'Electeur de Baviere , ſon Cham
bellan & fon Envoyé extraordinaire près le Roi de
France , eſt mort à Paris le 21 Octobre. !
* Tirage de la Loterie Royale de France,
Du 31 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font:
1 , 21 , 45 , 51 , 69.
:
3
214 MERCURE DE FRANCE.
:
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LETTRE d'un Particulier Américain en Eu
rope, ier, Novembre 1777.
M. Je crois faire plaifir au Public, ami de la vé
rité , en le détrompant fur l'article d'une prétendue
extraction de notre Général Arnold , inféré dans le
Courier du Bas - Rhin No. 79. p. 645 , & copié
dans quelques Papiers Hollandois. J'eſtime le Redacteur
de cette feuille ; & je ne m'en prends qu'à
l'Impoſteur qui a furpris ſa bonne foi , ou celle de
fon correfpondant.
Il ſepeutqu'ily ait un Boucher nommé Arnold à Ma
yence , dont le fils ait été ſucceſſivement foldat , moine
, & cuisinier : tout comme il ſe peut', ainſi qu'on
le dit , qu'il y ait à Londres un Boucher Righby
dont le fils paye aujourd'hui moyennant 200,000
florins par an , les troupes , & figure dans le Cabinet
d'un puiſſant Souverain.. Mais je puis vous af
furer , de ſcience certaine , qu'il eſt de toute fausſeté
que le Général Américain Arnold ſoit né en Europe.
It eſt le fils de Mr. Benoit Arnold , Négo
ciant à Norwich dans la Nouvelle Angleterre : il
été lui-même élevé dans le Commerce de fon pere ,
& s'y eſt acquis une réputation diftinguée, Appelle
du Comptoir à la défenſe de ſa patrie, il a ajouté à
ſa renommée celle de brave Général, En cette qualité-
même il étoit l'ancien du feu Général Montgommery
: car ſa Commiſſion eſt antérieure à celle de ce
dernier. Ceux qui ſavent qu'en Angleterre un Pair
du Royaume peut avoir été , ſans déroger , un E i
NOVEMBRE. 1777. 215
A
glish Merchant, ne feront nullement ſurpris de voir
un Marchand Américain devenu Général. Un de
ces Marchands, mon intime ami , avoit continuellement
6 à 7 vaiſſeaux en mer. J'en ſais qui en
avoient 10 , 12 & plus. Aujourd'hui , leur Commerce
étant gêné, ils en font des: Bâtiinens armés ,
en, courſe dont les Capitaines & les Equipages ne
font pas mal leur devoir , comme vous voyez . La
perſonne qui a fourni l'article en queſtion , n'a aucune
idée juſte de notre pays , ou ne veut pas que
d'autres l'aient. Nos Maires de villages , nos Juges ,
. nos Avocats , &c. ne font rien moins que des perſonnages
obfcurs , en temps de paix non plus qu'en
• temps de guerre. Nous les diftinguons autant que
vous diſtinguez votre Nobleſſe; mais nous ne les
eſtimons & aimons qu'autant qu'ils ſe rendent utiles
& aimables : ſi leurs defcendants s'aviſoient de n'avoir,
pour tout mérite , que des yeux qui en
avoient , l'obſcurité feroit leur partage. Nos ſimples
payfans-niêmes different totalement des payſans
Européens. Notre bon Général Putnam eſt un Pay-
* ſan Américain , c'est-à-dire , un Roi chez lui , comme
dit fort bien Mr. Calm , Colonel de notre Armée
, où il s'étoit diftingué pendant la derniere
guerre : il avoit pofé , comme elle , l'épée pour retourner
à la charrue ; & c'eſt , au pied de la lettre
, de la charrue qu'il a été appelle, comme Cincinnatus
, pour reprendre l'épée à Lexington. Nos
Généraux ne ſont pas les ſeuls qu'on a la baſſeſſe de
vouloir avilir, Dès le commencement de cette guerre
on a profité , dans certaines gazettes Hollandoi-
' fes , de l'identité des noms , pour faire d'un Jean
Adams , ci-devant Maître d'Ecole à la Haye , un
membre de l'honorable Congrès-Général. Apprenez
donc , honnête & reſpectable Public , quenous avons
• deux grands perſonnages de ce nom. Mrs. Samuel
Ο 4
216 MERCURE DE FRANCE.
& Jean Adams , tous deux nés dans la Nouvelle-
Angleterre , tous deux ſavants Jurisconfultes. Ce
qui pourra paroître une petite fingularité , c'eſt que
la même ville ait produit deux hommes du même nom ,
ſi ſemblables pour le caractere & le génie qui pourcant
ne font pas parens du tout l'un de l'autre. Voulez
- vous , après cela ſavoir les récompenfes que
nous avons pour nos grands perſonnages leurs pareils
, & dont ils ſe contentent ? Lifez l'article qui
fuit. Je profite de la traduction qu'en a donnée la
Gazette de Leide.
De WILLIAMSBOURG en VIRGINIE ,
le 8 Juillet.
RIEN n'eſt plus propre à nourrir le zele républicain
& l'amour du bien public , qui doivent être
les principaux ſoutiens de l'Amérique-Unie , que le
témoignage de la reconnoiſſance de leurs Concitoyens
, rendu à ceux qui ont utilement ſervi l'Etat.
Le Gouvernement de la Virginie , très - fatisfait de
la conduite ferme , integre , & prudente de Mr. Richard
- Henry Lée , ſon Député au Congrès- Général
, a voulu lui donner une preuve publique de ſes
ſentimens à ſon égard. En conféquence la Chambre
des Délégués ou Repréſentans du Peuple réſolut le
20. du mois dernier ,,, que les Remercîmens de la
"
"
"
"
Chambre feroient faits par l'Orateur à Richard-
Henry Lée , Ecuyer , pour les fideles ſervices
qu'il a rendus à ſa Patrie , en rempliſſant le Poſte
d'un., des Députés de cet Etat au Congrès-Général.
" Conformément à cette Réfolution , l'Orateur
adreſſa à Mr. Lée , qui ſe tenoit debout à ſa
place dans l'Aſſemblée , le Diſcours ſuivant.
NOVEMBRE. 1777. 217
MONOSNISEIEUURR ,, CC'eſt avec un plaiſir particulier
▸ que j'obéis aux ordres de la Chambre , parce qu'en
même tems que je m'acquitte d'un acte de devoir
• envers elle , ces ordres me fourniſſent l'occaſion de
faire un acte de juſtice envers vous. Servant avec
vous dans le Congrès , & obfervant attentivement
la conduite que vous y tenez , j'ai pensé que vous
manifeſtiez dans la Cauſe Americaine un zele vraiment
patriotique ; & autant que j'étois en état d'en
juger, j'ai cru que vous y employiez les talens ,
qui vous diftinguent de l'aveu de tout le monde , à
avancer le bien public & la proſpérité , tant de votre
propre Pays en particulier que des Etats - Unis
en général. Afin que le tribut d'éloges , dû à ceux
qui font bien , leur foit rendu & encourage d'autres
à ſuivre leur exemple , la Chambre a pris la Réſolution
ſuivante : „ Que les Remercîmens de la Cham-
۴
▼
22 bre feroient faits par l'Orateur à Richard-Henry
,, Lée , Ecuyer , &c. "
و د
Mr. Lée répondit à l'Orateur en ces termes.
MONSIEUR L'ORATEUR , Je remercie la
;
i
:
Chambre de cette preuve d'équité & de justice.
Je l'accepte d'autant plus volontiers , que ma con-
Science, me rend le témoignage de n'en être pas
abſolument indigne. Je confidere , MONSIEUR ,
Tapprobation de ma Patrie comme la plus grande
récompense , que pufſſent recevoir mes fideles ſervices.
Ce sera constamment l'objet de mes soins de
mériter cette approbation par une attention noninterrompue
à mes devoirs envers le Public. Je
yous dois auſſi MONSIEUR , des remercimens particuliers
pour la maniere obligeante , dont vous
avez bien voulu m'informer de la Reſolution de la
05
218 MERCURE DE FRANCE.
Chambre ; & je vous prie de recevoir les afſurance
de ma fincere gratitude. L
Le Sénat ou la Chambre-Haute , qui forme avec
celle des Délégués le Corps légifſlatif de notre République
, ſuivit le lendemain , 21. Juin , l'exemple
de celle-ci , en prenant une Réſolution , qui por
toit ,, qu'afin de rendre à Richard-Henry Lée , di-
,, gne Député de l'Etat au Congrès - Général , le
,, juſte tribut d'éloges , qui lui étoit dû , l'Orateur
22 feroit requis de lui préſenter les Remercimens les
,, plus vifs de la Chambre pour ſa diligence infati-
,, gable & fa fidélité à s'acquitter du Poſte impor-
,, tant, qui lui avoit été confié. " L'Orateur envoya
Copie de cette Réſolution à Mr. Lée , ave
une Lettre , à laquelle le Sénat reçut une Réponſe
adreſſée à l'Orateur , & dont voici la Traduction.
MONSIEUR ,
i
le 23 Juin 1777.
COMME rien ne fauroit être plus précieux à un
Citoyen que l'approbation de ſes Concitoyens , j'ai
reçu avec un plaifir fingulier le témoignage honorable
, que la Chambre des Sénateurs a bien voulu"
donner à la conduite que j'ai tenue au Congrès
comme un des Députés de la part de cette République.
Toute Communauté , qui reconnoît yolontiers la
fidélité de ſes Serviteurs, ne peut jamais manquer
d'en avoir , qui font remplis de zele pour avancer
ſes intérêts , d'honneur & d'attention pour s'acquitter
de leur devoir.
Ce ſera , MONSIEUR , l'objet de mes ſoins de
mériter, dans toutes les occafions où je ſerai honoré
de la confiance publique , cette récompenfe , que
l'Honorable Sénat vient de m'accorder. Je ſuis,
MONSIEUR , avec les ſentimens, de fidélité & de
reſpect , dus à la Chambre , votre très -humble
Serviteur.
: Signé RICHARD - HENRY LÉE.
}"
"
NOVEMBRE. 1777. 219
,
:
VERS.
1
A Mr. van Santen , en lui envoyant une branche
de laurier cueillie ſur le tombeau de Virgile.
Dee myrte ainſi que de laurier,
Vous méritez une couronne.
L'amour , depuis longtems , vous a dû le premier ,
- Et bientôt une douce , une tendre perſonne ,
Par le don de ſa main, va pour lui vous payer.
(Tel au moins le Public raiſonne.)
Daignez , quoiqu'il en ſoit , recevoir le dernier,
C'eſt l'amitié qui vous le donne
Mais ſi quelqu'eſprit de travers ,
Quelque mépriſable zoïle ,
:
(Comme il en'eſt partout dans ce bas univers)
Sent ici s'allumer ſa bile ,
Si par un langage pervers ,
Il conteste vos droits à l'arbre de Virgile ,
J'en appelle à Burman, j'en appelle à vos vers,
Et fon fort à l'inſtant eſt le fort de Bathylle.
Par Mr. H. N.
REPONSE.
Aux vers précédens.
Munera Daphnae accepi beneolenția frondis
Lecta Maroneo munera de tumulo.
>220 MERCURE DE FRANCE.
:
Hac ego pratulerim Persarum maxima gazis
Munera , Erythrai muneribus que maris.
Virgilii ut ſpiret mihi blandior aura , quotannis
Accipiet cultus laurea Sancta meos.
Et que digna tuis junxiſti carmina donis ,
Huberte æternumpignus amoris erunt.
SANTENIUS.
1
LETTREà M. MorandMédecin de la Faculté deParis
& membre de l'Académie Royale des Sciences.
!
V
Amſterdam le 20 Octobre 1777.
MONSIEUR.
ous avez fait imprimer dans votre Ouvrage
fur le charbon de terre des faits qui me concernent
, fans m'en avoir prévenu , pour en ſçavoir
au juſte la vérité ; ainſi vous m'avez mis dans le cas
de me paſſer de votre permifſion pour les expoſer
avec exactitude.
Vous dites , Monfieur , page 1216, que ſur la 3 fin du mois de février de cette année 1776. М.
Blakey , auteur de la Description de l'art de conſtruire
les Pompes à feu , approuvée de l'Académie
, étant à Liege , fit part à pluſieurs perſonnes
qu'il avoit le ſecret infaillible de fondre la mine
de fer avec la Houille , offrant d'en donner des
preuves réitérées à ſes frais , pour enfuite vendre
ſon ſecret à l'Etat de Liege , moyennant la ſomme
de cinq-cent mille Livres , ou pour l'exécuter en
fociété , moyennant , entre autres conditions , le
produit pour lui d'un quart de l'utile , qui , comme
il l'annonçoit , devoit être au moins à 75pour cent,
in
1
41
৯
NOVEMBRE. 1777. 221
Un citoyen très-intelligent , inſtruit & zélé pour ſa
•Patrie , s'étoit chargé d'abord de former la ſociété ,
& eut en conféquence pluſieurs pour-parlers avec
,M. Blakey , tant fur la maniere dont la ſociété acquéreroit
le ſecret que fur les moyens de le mettre
à exécution. M. Blakey propoſoit d'établir ſes
fourneaux & ſes forges contigues aux Houillieres ,
fans égard fi elles font ou fi elles ne font pas à
portée des Rivieres ; il projettoit de tirer avec des.
machines hydroliques , conſtruites ſelon ſes principes
, une ſuffiſante quantité d'eau pour faire tourner
toutes les roues qu'il emploie à ſes opérations.
Les fourneaux & les foufflets devoient être d'une
toute autre forme que ceux uſités ; ces derniers
étoient , ſelon lui , capable de renvoyer d'un ſeul
coup l'homme le plus robuſte. La dépenſe de la
conſtruction d'un des fourneaux , avec deux affineries
, devoient ſe monter à cent vingt mille livres
dont M. Blakey auroit la disposition. La même
perſonne chargée de ces entrevues lui a repréſenté
que ſes aſſociés lui propofoient d'abord la fonte
dans des fourneaux ordinaires,& fe faisoient fort
de ne point manquer d'eau fuffiſante. L'affaire n'a
point été ſuivie ni de part ni d'autre.
Je ne conçois pas , Monfieur , l'intention de ce
lui qui vous a donné cette information , mais je
ſçais que les négociations devroient être des ſecrets
pour tous autres que les perſonnes intéreſſées...
Voici le fait. Au mois de Mai 1774 , on me fit
la propoſition de me donner cent mille livres & un
intérêt dans l'affaire , ſi j'enſeignois l'art de fondre
la mine de fer avec du charbon de terre: je ne pus
accepter cet offre alors , parce que j'avois une machine
à feu à conſtruire pour faire tourner un moulin
à eau. Trois mois après , cette machine étant
au point que je pouvois l'abandonner à mes out
:
222 MERCURE DE FRANCE.
vriers , je me ſtis lié avec la perſonne qui m'avoiť
fait la propofition. ci -deſſus : j'ai fait pluſieurs démarches
relatives à cet objet , & enfin il a été conchu
& figné un accord , mais fur un pied différent
de ce qui m'avoit d'abord été propofé. ')
Comme cette entrepriſe eſt de la plus grandeutili
té pour la conſervation des bois de la France , la
perſonne en queſtion propoſa au Miniftre d'accor
der des privileges ou des récompenfes len cas de
fuccès. M. Turgot renvoya l'affaire à M. de Trúdai
ne. De mon côté je me rendis à Versailles chez
un Miniſtre qui me fait l'honneur de me recevoir !
dans ſon cabinet quand il me donne audience. Je
lui expliquai les avantages qu'il en réſulteroit pour
le Royaume : mais par une fuite ordinaire aux
hommes qui ne font ni courtiſans ni ſolliciteurs
l'impatience me prit , je laiſſai l'autre intéreſſéna ,
Paris pour faire ce qu'il jugeroit à propos , & jer
partis pour la Lorraine , afin de voir la forge de
Dilling près la Sarre ,afin d'examiner ſi elle conviendroit
à nos deſſeins. Dela je me rendis dans l'Electorat )
de Treves , pour viſiter les lieux propres à placeri
une machine à feu que j'allois commanderen An
gleterre. Cela fait je pris ma route par les Arden
nes pour Liege , où je comptois trouver une perſonne
qui m'avoit écrit que les Etats du Pays me!
donneroient cent mille écus de Liege [500.000 liv.
de France] fi j'enſeignois le fecret de fondre
ne de fer avec du charbon de terre. Ne trouvant
perſonne au rendez- vous , je continuai ma route
pour la Hollande par Bruxelles , où je vis celui qui
m'avoit écrit de Liege , & auquel je promis de
revenir.
Arrivé à Rotterdam d'où j'avois reçu pluſieurs
lettres relativement à la machine à feu qu'on y
établiſſoit , je vis le grand beſoin qu'on a
NOVEMBRE. 1777. 223
Hollande de machines hydroliques ; j'allai à Amſter ...
dam chargé d'une lettre pour l'architecte de la ville;
j'admirai la beauté des maiſons & des canaux
de cette ville , mais la puanteur de l'atmosphere
m'y parut infupportable & je fus étonné qu'on n'y
rémédiat pas ; après avoir conféré avec un ſavant
fur les moyens d'obtenir un privilege exclufif pour
mes machines à feu en Hollande , je fuis parti pour
l'Angleterre. i
De retour de Londres à Bruxelles , la Perſonne
qui m'avoit écrit fur les 500,000 livres , vint me
trouver , & deux jours après nous partimes pour...
Liege , afin de vérifier ce qu'il m'avoit dit des
Etats; mais à mon arrivée je m'apperçus qu'il n'y
avoit rien de certain. ...
Dans cet intervalle je reçus une lettre de la perſonne
avec qui j'étois en relation pour la fonte des
la mine de fer en France. Il me faifoit part de ce
que lui avoit dit M. de Trudaine , & me deman
doit de dimintier un cinquieme de mes profits
pour faciliter , diſoit-on , l'établiſſement. Cela me
řendit un peu indifférent ſur ce qui ſe faiſoit en
France , d'autant plus que j'avois déjà acquiefcé à
diminuer fur le premier offre qu'on m'avoit fait aus
mois de Mai ; je repondis done , en rappellant les
premieres propofitions & ce qui s'étoit paſſé de
puis , que je le priois de me donner fon avis fur ce
que je devois faire.
..
Les arts exigent la droiture pour baze. Quand
on ſurprend un artiſte dans un marché , on ſe dupe
foi-même , parceque la ſurpriſe ne fert qu'à lui lier
les bras & l'empêche d'agir, :
Celui qui m'avoit écrit de Liege , à Paris , faiſoit
ce qu'il pouvoit pour me détourner & me diſtraire
de toute affaire avec la France, & fe donnoit des
mouvemens pour celle de Liege, eſpérant que je
:
•
224 MERCURE DE FRANCE.
:
lui donnerois quelqu'intérêt dans la fabrique du fer.
La perſonne fur laquelle il comptoit me donna la
connoiſſance d'un Noble de l'Etat , zélé pour l'avantage
de ſa patrie , mais aucun ne parlant de fournir,
ce qu'il falloit pour commencer , je me fuis occupé
de monter la fabrique des machines à feu à Liege
, tant pour être à la proximité de la Hollande &
de la France , ſuivant le beſoin , que pour trouver
des ouvriers à bon compte.
1 Au commencement de 1776 , on me propoſa encore
, avec un air de myſtere , la fonte de la mine
de fer & fa fabrication en barres avec du charbon,
de terre : en conféquence j'ai chargé une perſonne ,
que je croyois mon ami (*) de négocier l'affaire
parceque je ne fuis nullement propre à diſcuter des
affaires d'intérêt ; je vis cependant une fois un des
aſſociés , homme d'eſprit , & qui vouloit ſe charger
de régler les conditions ; mais foit que le nouveau,
négociateur s'y ſoit mal pris , ou qu'il n'ait pas.
trouvé les autres d'accord , l'affaire a traîné en longueur
, 1
1
(*) Cettepersonne ayant étéélevéechez un Avocat à Rouen,
étoit censée entendre les affaires , mais elle mit tant de myste
re & d'importance à ce qu'elle faisoit , " que la négociation
fut arrêtée. Ce négociateur fut affez ſuffisant , pour dire que
rien ne pouvoit se traiter avant fon retour de la Hollande.
Au commencement de Mars j'ai chargé ce prétendu ami
dune requête pour les Etats à la Haye , mais il ne l'adonnée
à mon Procureur , que le dix d'Octobre ; mes jambes gou
teuſes lui donnoient l'occaſion de faire ce qu'il vouloit ; mai
ma tête étant libre j'ai découvert quelqu'unes de ses manoeuvres
tant à la Haye qu'à Rotterdam , qui me l'ont fait voir
comme un geai avide qui vouloitſeſervir des plumes d'autrui
pour venir à ses fins. !
1
NOVEMBRE . 1777. 225
gueur , & la méfiance qui s'eſt introduite dans
quelques eſprits a ſuſpendu entierement l'effet de
ſes ſoins.
On écrivit , fur ces entrefaites , à un Savant de Paris
, pour avoir des informations ſur l'article du fer;
mais l'on n'obtint que des réponſes peu fatisfaiſan
tes parce que ce Savant ignoroit probablement ,
ainſi que ceux qui lui ont écrit , qu'il y a plus de
vingt fourneaux en Angleterre dont le plus petit fait
au delà de quatre milliers de fonte , tout les vingtquatre
heures avec du charbon de terre. Enfin ce
Savant envoya le livre de Jars qui n'eſt compoſé
que d'obſervations ſur différens travaux , & fur tout
fur les manufactures d'Angleterre , où M. Jars
étoit connu pour un homme envoyé de France par
M. de Trudaine pour examiner & apprendre la
méthode de travailler des Anglois: auſſi ſon livre
'ne contient-il que les fauſſes informations qu'il eut
fur le travail du fer & de l'acier , ainſi que des
fourneaux. "
Au mois d'Octobre ou Novembre , étant à la
Haye , je reçus l'avis qu'on vouloit venir de Liege
pour traiter avec moi ſur l'article du fer réduit
en barres par le moyen du charbon de terre ; mais
comme je me diſpoſois à retourner dans peu à
Liege , cela fut différé.. :
A mon arrivée , on me parla ſur ce qu'on m'avoit
écrit , mais l'entremetteur ne vouloit pas me faire
connoître les perſonnes qui avoient deſſein de s'y
intéreſſer , de façon que tous ces myſteres me dégouterent
, n'aimant point à être fondé , n'ayant
d'ailleurs aucune vue cachée , je voulois qu'on fut
auſſi ouvert que moi , & je dis au négociateur myſtérieux
qu'il falloit que je viſſe ceux avec qui je
devois être en relation , avant de faire les accords ;
cela mit fin à une affaire qui ne tendoit qu'à me
- faire parler inutilement.
P
226 MERCURE DE FRANCE. }
Voilà , Monfieur , le vrai de la négociation du fex
à Liege. J'ai été d'autant plus fcrupuleux d'en rappeller
toutes les circonstances que je ſçais que l'on
doit être très-circonfpect , même quand on parle des
arts qu'on pratique ; jugez combien devroient l'être
plus ceux qui n'y ſont point initiés ; je ſuis trèsfâché
qu'on vous ait fait mettre dans votre Ouvrage
ce qu'on y lit relativement à moi. :
Quand on vous a écrit que mes, foufflets renverferoient
d'un ſeul coup l'homme le plus robuſte ,
fans doute on n'a pas voulu dire un Hercule , ou
un Milon de Crotone ; mais je peux vous aſſurer
qu'il faudroit un homme bien foible , pour être renverſé
par le vent le plus violent qu'on puiſſe faire
paffer par un tuyau d'un pouce & demi de diametre.
Je me fouviens d'avoir dit que j'avois vu chaffer
des charbons à vingt pas du fourneau par des
foufflets qui ont coûté près de trois mille livres
ſterling .
Vous ſçaurez auſſi , Monfieur , que j'ai dit que j'ai
vu fabriquer dans ces forges , & fans un ſeul morceau
de charbon de bois , le meilleur fer qui ſe faſſe
au monde , & d'une maniere plus fimple qu'on ne
peut le foupçonner ; je puis vous l'aſſurer , parceque
je fuis connoiffeur dans la fabrique & l'emploi
du fer & de l'acier.
Telles font , Monfieur , les circonstances que j'ai
été obligé de mettre par écrit , malgré moi , pour me
remettre fur la voie , & pour ne pas paſſer pour un
homme extraordinaire avec qui on ne peut pas traiter
, comme ce que l'on vous a écrit le voudroit
faire penſer.
2
Fai l'honneur d'être , &c.
NOVEMBRE. 1777 . 227
P. S. C'eſt un ami qui m'a inſtruit de ce que vous
4 avez bien voulu mettre fur mon compte , autrement
je ne l'aurois pas ſçu , car je vous affure que mes
, affaires préſentes ne me donnent pas le loiſir de lire
des in folio fur le charbon de terre , étant furtout
* au fait de cette matiere & ayant demeuré deux ans
dans l'endroit de l'exploitation des mines de mon afſocié
, où j'ai vu tirer tous les jours cinq cents livres
de charbon , 28 & 30 fois par heure , du même
puits , fans chevaux , ni chaines & autres attirails
qui rendent fi compliqués & fi difpendieux
les travaux établis le long de la Meuſe.
Je n'entrerai pas , Monfieur , dans le détail des
parties néceſſaires à expliquer l'exploitation de pareilles
manufactures , parce qu'un Membre de l'Académie
royale des ſciences de Paris eft cenfé ſçavoir
la théorie & le fond des Arts mieux qu'un praricien
comme moi qui n'ai travaillé que cinquante
ans fur le fer & l'acier.
Je ne puis m'empêcher de revenir fur le ridicule
qu'on vous a fait repandre fur mes foufflets de forge
, auſſi je vous marque un fait fur lequel vous
pouvez compter. Dans l'endroit où j'ai vu fabriquer
le fer , où j'ai demeuré trois mois , & où j'ai
fait quatre voyages , il y a ſept fourneaux pour fondre
le minéral avec du charbon de terre ; leurs foufflets
font mis en mouvement par l'eau qu'élevent
Einq grandes machines a feu à levier on y brûle
plus de trois cents mille livres de Charbon de terre
tous les vingt quatre heures.
P2
228 MERCURE DE FRANCE,
TABLE.
P 1
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , page 5.
La Journée Champêtre , ibid.
Effets de la Jalouſie , 19
Epitre de M. de Voltaire , 31
Stances fur l'Alliance renouvellée entre la France &
A les Cantons Helvétiques , 33
:
Le Berger Ingénu , 355
Romance , 37
Stances imitées de l'Italien de Pétrarque , 36
Impromptu ſur une Fête donnée au Val , par Madame
la Ducheſſe de Ch ***, 39
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
A M. Elie de Beaumont , ſur la Fête desBonnes-Gens ,
qu'il a fait célébrer dans ſa Terre de Canon ,
Vers àMadame la Vicomteſſe de Bonneval , ſur le pasſage
de Monfieur ,
L'Amant du Village ,
Explication des Enigmes & Logogryphes,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Les vrais principes de la lecture , de l'Orthographe ,
& de la prononciation Françoiſe ,
Contrepoiſons de l'arſenic , du ſublimé - corrofif, du
verd de - gris & du plomb ;
Nouvelles Eſpagnoles ,
Dictionnaire des Origines ,
L'Art de parler réduit en principes ,
40
41
42
44
ibid.
46
50
ibia.
55
62
71.
73
NOVEMBRE. 1777. 229
Roſel , ou l'Homme heureux , 76
Supplément à l'Analyſe,des Conciles Généraux &Particuliers
, 78
Lettre d'un Profeſſeur Emérite de l'Univerſité de Paris, 80
Le Mitron de Vaugirard , 83
Oeuvres de Chaulieu , 85
Coutume du Boulonnois , 93
Oeuvres Chirurgicales , 96
Recherches fur les maladies Chroniques , 97
Obſervations ſur l'examen de la Houille; 100
La Phyſique de l'homme ſain , ΙΟΙ
Explication des Cérémonies de la Fête-Dieu
La Science du Bon-homme Richard ,
102
105
Loiſirs de Libanius ,
Les Plaiſirs de Campagne ,
Le Chrétien fidele à ſa Vocation ,
Apologie de Shakeſpéar ,
III
115
Les Aventures de Télémaque , fils d'Ulyſſe , 117
121
122
Entretiens ſur l'état de la muſique Grecque , 129
Nouvelle Méthode pour les Changes de la France , 131
Eloge hiſtorique de M. Venel , 132
Hiftoriæ Græcorum , 133
Nouveau Plan d'éducation complette , 134
Lettre à l'Auteur du Mercure , 136
Avis 9 137
Annonces littéraires , 138
ACADÉMIES , 147
de Dijon , ibid.
Villefranche , 162
Châlons-fur-Marne, 164
SPECTACLES . : 166
1
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe , ibid.
P3
230 MERCURE DE FRANCË.
1
Comédie Italienne ,
A M. Carlin Bertinazzy , Arlequin ,
ARTS ,
Gravures ,
Muſique ,
Danſe ,
Géographie ,
:
Tableau Genéalogique ,
Cours de ſtyle Epiſtolaire ,
-
-
de Langue Angloiſe ,
de. Poéſie Angloiſe ,
Maiſon & Cours d'Education ,
Lettre de M. Tribolet à M. Vicq d'Azyr ,
Variétés , inventions , &c.
Anecdotes .
AVIS ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
167
168
170
ibid
ibid.
173
175
176
179
180
181
182
135
187
192
195
200
209
Préſentations , icid.
d'Ouvrages , 210
Mariages , 212
Naiflance , ibid.
Morts , 212
Loterie , ८ 213
ADDITIONS, 214
Lettre d'un Americain en Europe. ibid.
Vers à M. VAN SANTEN. 219
Reponſe aux vers précédens. ibid.
Lettre à M. MORAND Médecin , & Membre de l'Académie
des ſciences de Paris . 120
!
M
:
NOVEMBRE. 1777 . 231
!
NOUVEAUTÉS.
Zoologie Danica Prodomus , feu Animalium Dania & Norvegie
indigenarum characteres , nomina & finonyma imprimis
popularium. Auctore Othone Frederico Muller , &c.
8vo. I vol. Haunia , 1776. à f 4 : 10 de Hollande.
Zoologia Danice feu Animalium Danica & Norvegia rariorum
ac minus notorum fcones , editæ ab Othone Frederico
Muller &c . Fasciculus primus continens Tabulas I-XL.
Haunia , 1777. à f 15 : de Hollanae. -
- dito , enluminé àf 30 : -
Icones Plantarum sponte nascentium in regnis Dania &
Norvegia , & in ducatibus Slesvici , Holfatia & Oldenburgi:
&c. Volumenquartum, continens fafciculos X , XI, XII.
Seu Tabulas DCLXI. - DCCXX. à f 7 : 10.
- dito enluminé à f 21 : -
عا !
:
:
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06370 9300
Qualité de la reconnaissance optique de caractères