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1777, 07, vol. 2, n. 10, 08-09, n. 11-12 (contrefaçon)
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24.10 Mo
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777
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Texte
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF MICHIGAN
TUEBOR
ST
QUA RIS PENINSULA
AMLENAM
CIRCUMSPICE
AP
20
•M51
1777
rou

MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES .
JUILLET. 1777.
SECOND VOLUME.
N°. X.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM ,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX
.
Confidératio
onſidérations onfiderations
fur les ouvrages de Dieu , dans le Regne de la Nature & de la Providence 8vo. 3 vol.
f4 .... 10.
Cours de Phyſique expérientale
&c. Par l'Abbé Sauri en
4 νοι. 1777- Precis d'Aſtronomie , par l'Abbe Sauri &c. 1777- Les Trois fermiers Comedie 8vo. 1777.
Zuma , tragédie 8vo. 1777. Philofophie de la Nature, 8vo. 6 vol. fig. 1777- Poëſies Lyriques de M. Ramier, 8vo. Berlin 1777. Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol. 1777 .
Les Incas par M. Marmontel , 8vo. 2 vol. fig. Edition
Originale, à f 10-10. dito , in 8vo. fans figures àf 3 -:- -dito, petit in 8vo. à f 2-:- Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f1 : -
Dictionnaire
d'Hiſtoire Naturelle par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
Eſſai qui a remporté le prix de la Société Hollandoiſe des Sciences de Haarlem en 1770 fur cette Question .
Qu'est- ce qui est requis dans l'Art d'Obſerver
; & jusques-
où cet Art contribue- t- il à perfectionner
l'Entendement
? par M. BENJAMIN
CARRARD &c. grand in-
8vo. 1 vol. de 438 pages , imprimé à Amſterdam , chez Rey en 1777, 1 : 15 : -de Hollande.
MARC - MICHEL
REY Libraire à Amsterdam
, &
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément à L'Encyclopédie
ou Dictionnaire
Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches. Les deux premiers
Volumes actuellement
en vente , à f 30-:-: le troiſieme en Février
1777. à f 12 : - : & les IV & V. en Août 1777. à f 30 - : - : de Hollande.
REY continue l'Impreſtion
du Journal des Sçavens 8-8- : les XIV parties qui composent
l'année .
On trouve chez lui L'encyclopédie
, fol. 28 Vol. ſçavoir XVII de Difcours & XI de planches , édition de Ge- neve conforme
celle de Paris.
Collection
de Planches
enluminées
& non enluminées
,
repréſentant
au naturel ce qui ſe trouve de plus inréreſſant
& de plus curieux parmi les Animaux, les
Vegétaux & les Minéraux , par M. Buchoz. les VIII premiers Cahiers : à f 15-15-le Cahier.
Morale Univerſelle
(la) ou les Devoirs de l'Homme fon- dés ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15- :
Ethocratie
, ou le Gouvernement
fondé fur la Morale
8vo . I Vol.1-10-
:
Principes de la Légiflation Univerſelle en 2 vol. 8 f 3-:-
Dictionnaire raiſonne d'Hippiatrique
, Cavallerie , Manege
27LIVRES NOUVEAUX.
35 & Maréchallerie , par M. la Foſſe , 8vo. 2 vol. 1775.
af4-: -
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe ſur la nouvelle
Traduction de Shakespeare , 8vo. à 6 fols.
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , 8vo. à
12 fols.
Poësie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
1768 à f 15 - : - : le même ouvrage en 1757
-
Italien en 6 vol. in-douze af 9 - : - :
Eſſai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld,Traduit du Hollandois . 8vo. à fr--
Eſſai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo. 1 vol fig. à f 1-10- :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame ſur le Corps & du Corps for l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3-15-8
Lettres Chinoifs, Indiennes & Tartares , &c. 8vo. f1 :
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, 8vo . à 10 fols.
Choixde Chansons mises en Muſique par M. de la Borde,
Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par I. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773. 8f60:.
Monde Primitif, analyſé & comparé avec le Monde Moderne
&c. 4to 4 Tomes 1773
De l'Homme, de ſes Facultés intellectuelles , & de fon
1776. à 30 flo .
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. à f 3:15 fols.
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 , 1746,
& c. 1 vol. 1777. à f 1-5 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , continue
d'imprimer & de débiter le MERCURE DE FRANCE ,
ouvrage périodique contenant des Pieces Fugitives
en Vers & en Profe, des Enigmes , Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires , Annonces des Spectacles , Avis
concernant les Arts agréables , comme Peinture , Architecture
, Gravure、iMusique &c . quelques Anecdo-
185 , des Edits , Arréts , Déclarations: des Avis, des
Nouvelles Politiques ; les Naiſances & les Morts des
Perſonnageslesplus illustres: les tirages des Loteries ,
& affez fouvent des additions Intéreſfantes de l'Editeur
de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par anrée
que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12 - : - : ceux qui voudront avoir des parties ſéparées
Jes payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez
lui les années 1770 1776.
A 2
LIVRES NOUVEAUX
.
Confidérations
onſidérations
fur les ouvrages de Dieu , dans le
Regne de la Nature & de la Providence 8vo. 3 vol.
f4....
10.
Cours de Phyſique experientale
&c. Par l'Abbé Sauri en
4vol. 1777.
Precis d'Aftronomie
, par l'Abbe Sauri &c. 1777- Les Trois fermiers Comedie 8vo. 1777. Zuma , tragédie 8vo. 1777.
Philofophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig. 1777- Poëfies Lyriques de M. Ramier, 8vo. Berlin 1777.
Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol . 1777 .
Les Incas par M. Marmontel , 8vo. 2 vol. fig. Edition
Originale , à f 10-10. dito , in 8vo. fans figures à f 3: dito, petit in 8vo. à f 2-:- Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f1 : -
Dictionnaire
d'Hiſtoire
Naturelle
par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
Eſſai qui a remporté le prix de la Société Hollandoiſe
des Sciences de Haarlem en 1770 fur cette Question.
Qu'est- ce qui est requis dans l'Art d'Obſerver
; & jusques-
où cet Art contribue- t- il à perfectionner
l'Entendement
? par M. BENJAMIN
CARRARD
&c. grand in-
8vo. 1 vol. de 438 pages , imprimé à Amſterdam
,
chez Rey en 1777. f 1 : 15 : - de Hollande.
MARC - MICHEL
REY Libraire
à Amsterdam
, &
STOUPE
Imprimeur
à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie
ou Dictionnaire
Raiſonné
des Sciences,
des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches. Les deux premiers
Volumes
actuellement
en vente , à f 30-:-: le troiſieme
en Février
1777. à f 12 : - : & les IV & V. en Août 1777. à f 30 - : - : de Hollande.
REY continue
l'Impreſtion
du Journal des Scavens 8-8- : les XIV parties qui compotent
l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie
, fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Difcours & XI de planches , édition de Ge- neve conforme
celle de Paris .
Collection
de Planches
enluminées
& non enluminées
,
repréſentant
au naturel ce qui ſe trouve de plus inréreſſant
& de plus curieux parmi les Animaux
, les
Vegétaux
& les Minéraux , par M. Buchoz. les VIII premiers
Cahiers : à f 15-15-le Cahier.
Morale Univerſelle
(la) oules Devoirs de l'Homme fon- dés ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15- :
Ethocratie
, ou le Gouvernement
fondé fur la Morale
8vo. I Vol. 1-10-
:
Principes de la Légiflation Univerſelle en 2 vol. 8 f 3-:-
Dictionnaire
raiſonne d'Hippiatrique
, Cavallerie , Manege
27- LIVRES NOUVEAUX.
=
& Maréchallerie , par M. la Foſſe , 8vo. 2 vol . 1775.
àf4 -: -
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe ſur la nouvelle
Traduction de Shakespeare , 8vo. à 6 fols.
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , 8vo. à
12 fols.
Poësie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
1757- - 1768 à f 15 - : - : le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in-douze af 9 - : - :
Eſſai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld,Traduit du Hollandois. 8vo. af1--
Effai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo. I vol fig. à f 1-10- :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps for l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3-15- :
Lettres Chinois , Indiennes & Tartares , &c. 8vo.fr-
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, 8vo. à 10 fois.
Choix de Chanſons mises en Muſique par M. de la Borde,
Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par I. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773. f60 :.
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Monde Moderne
&c. 4to 4 Tomes 1773 -1776. à 30 filo.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de lon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo .
3 vol. 1774. à f 3:15 fols .
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 , 1746,
&c. 1 vol. 1777. à f 1-5- :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , continue
d'imprimer & de débiter le MERCURE DE FRANCE ,
ouvrage périodique contenant des Pieces Fugitives
en. Vers & en Profe, des Enigmes , Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires , Annonces des Spectacles , Avis
concernant les Arts agréables , comme Peinture , Architecture
, Gravure 、Musique & c . quelques Anecdo-
108 , des Edits , Arréts , Déclarations : des Avis, des
Nouvelles Politiques ; les Naiſances & les Morts des
Personnages les plus illustres: les tirages des Loteries ,
&affez louvent des additions Intéreſfantes de l'Editeur
de Hollande . Cet ouvrage a 16 volumes par année
que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12- : -: ceux qui voudront avoir des parties séparées
Jes payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez
lui les années 1770 1776.
A2
=
LIVRES
NOUVEAUX
.
Confidérations
onſidérations
fur les ouvrages
de Dieu , dans le
Regne de la Nature & de la Providence
8vo. 3 vol.
f4....
10.
Cours de Phyſique experientale
&c. Par l'Abbé Sauri en
4 νοι. 1777.
Precisd'Aftronomie
, par l'Abbe Sauri &c. 1777- Les Trois fermiers Comedie 8vo. 1777. Zuma , tragédie 8vo. 1777.
Philofophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig. 1777- PoëfiesLyri Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol. 1777.
Les Incas par M. Marmontel , 8vo. 2 vol. fig. Edition
Originale
, à f 10-10. dito , in 8vo. fans figures àf 3: - dito , petit in 8vo. àf2-:-
Un Chrétien
contre fix Juifs , 8vo. à fr : -
Dictionnaire
d'Hiſtoire
Naturelle
par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
Eſſai qui a remporté
le prix de la Société Hollandoiſe
des Sciences
de Haarlem
en 1770 fur cette Question.
Qu'est-ce qui est requis dans l'Art d'Obſerver
; & jusques-
où cet Art contribue
- t-il à perfectionner
l'Entendement
? par M. BENJAMIN
CARRARD
&c. grand in-
8vo. 1 vol. de 438 pages , imprimé
à Amſterdam
,
chez REY en 1777, af 1:15 : de Hollande.
MARC - MICHEL
REY Libraire à Amsterdam
, &
STOUPE
Imprimeur
à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie
ou Dictionnaire
Raiſonné
des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont
de Planches
. Les deux premiers
Volumes
actuellement
en vente , à f30-: -: le troiſieme
en Février
1777. à f 12 : - : & les IV & V. en Août 1777. à f 30 - : - : de Hollande.
REY continue
l'Impreſſion
du Journal
des Sçavans à
8-8- : les XIV parties qui compoſent
l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie
, fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Difcours
& XI de planches
, édition de Ge- neve conforme
celle de Paris .
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Collection
de Planches
enluminées
& non enluminées
,
repréſentant
au naturel
ce qui ſe trouve de plus inréreſſant
& de plus curieux parmi les Animaux, les
Vegétaux
& les Minéraux
, par M. Buchoz. les Vill
premiers
Cahiers
à f 15-15-le Cahier.
Morale
Univerſelle
(la) ou les Devoirs
de l'Homme
fon- dés ſur la Nature
8vo. 3 Vol. à f. 3-15- :
Ethocratie
, ou le Gouvernement
fondé fur la Morale
8vo. I Vol. à f1-10-
:
Principes de la Législation Univerſelle en 2 vol. 8 / 3-:-
Dictionnaire
raifonne d'Hippiatrique
, Cavallerie , Manege
11,
Ay
LIVRES NOUVEAUX.
& Maréchallerie , par M. la Foſſe , 8vo. 2 vol. 1775.
af4-: -
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe fur la nouvelle
Traduction de Shakespeare , 8vo. à 6 fols.
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , 8vo. à
12 fols.
Poësie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
1768 à f 15 1757 - : -: le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in-douze a f 9 - : - :
Eſſai fur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
parM. de Lelyveld,Traduit du Hollandois. 8vo. af1--
Effai fur les Cometes, par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo . I voi fig. à f1-10- :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame ſur le Corps & du Corps for l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f 3-15-:
Lettres Chinois , Indiennes & Tartares , &c. 8vo.f
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, 8vo. à 10 fois.
Choixde Chanſons mises en Muſique par M. de la Borde,
Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par I. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 yol. Gravées
parMoria & Mile. Vendome. Paris 1773. f60:.
Monde Primitif , analyfé & comparé avec le Monde Moderne
&c. 4to 4 Tomes 1773 - - 1776. à so flo.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. à f 3:15 ſols .
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 , 1746,
&c. 1 vol. 1777. à f 1-5- :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , continue
d'imprimer & de débiter le MERCURE DE FRANCE ,
ouvrage périodique contenant des Pieces Fugitives
en Vers & en Profe, des Enigmes , Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires , Annonces des Spectacles , Avis
concernant les Arts agréables , comme Peinture , Architecture
, Gravure . Musique & c. quelques Anecdo-
1es , des Edits , Arrêts , Déclarations : des Avis , des
Nouvelles Politiques ; les Naiſſances & les Morts des
Personnagesles plus illustres : les tirages des Loteries ,
& affez louvent des additions Intéreſfantes de l'Editeur"
de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par année
que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12- : - : ceux qui voudront avoir des parties ſéparées
les payeront à raiſon d'un florin . On peut avoir chez
lui les années 1770 1776.
A2
LIVRES NOUVEAUX.
Confiondſéirdéartaitoionnss fur les ouvrages de Dieu , dans le
Regne de la Nature & de la Providence 8vo. 3 vol.
f4 ....
10.
Cours de Phyſique experientale &c. Par l'Abbé Sauri en
4vol. 1777.
Precis d'Aftronomie , par l'Abbe Sauri &c. 17770
Les Trois fermiers Comedie 8vo. 1777.
Zuma , tragédie 8vo. 1777.
Philoſophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig. 1777.
Poëſies Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol . 1777.
Les Incas par M. Marmontel , 8vo. 2 vol. fig. Edition
Originale , à f 10-10.
dito , in 8vo. fans figures àf 3-
-dito , petit in 8vo. à f 2-:-
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f1 : -
Dictionnaire d'Hiſtoire Naturelle par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
Eſſai qui a remporté le prix de la Société Hollandoiſe
des Sciences de Haarlem en 1770 fur cette Question.
Qu'est ce qui est requis dans l'Art d'Obſerver ; & jusques-
où cet Art contribue- t- il à perfectionner l'Entendement
? par M. BENJAMIN CARRARD &c. grand in-
8vo. 1 vol. de 438 pages , imprimé à Amſterdam ,
chez REY en 1777. f 1:15 : de Hollande.
MARC - MICHEL REY Libraire à Amsterdam , &
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches. Les deux premiers Volumes
actuellement en vente , à f 30 :-: le troiſieme en Février
1777. à f 12 : - : & les IV & V. en Août
1777. à f 30 - : - : de Hollande .
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à
8-8 - les XIV parties qui composent l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie , fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Difcours & XI de planches , édition de Geneve
conforme celle de Paris .
Collection de Planches enluminées & non enluminées ,
repréſentant au naturel ce qui ſe trouve de plus intéreſſant
& de plus curieux parmi les Animaux, les
Vegétaux & les Minéraux , par M. Buchoz. les VIII
premiers Cahiers : à 15-15 le Cahier .
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
ſur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15- :
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé fur la Morale
8vo . I Vol.1-10- :
Principes de la Législation Univerſelle en 2 vol . 8 f 3- : -
Dictionnaire raiſonné d'Happiatrique , Cavallerie , Manege
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LIVRES NOUTΙΕΣΣ
D & Marechalieri , par L
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Lettie à Meliem tedener Fraucien
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Exposé des Lars Coutes bеаволцие
12 fols.
Poésie del kiguration.
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par le Docteur Marine
Lettres Ceris . Incrementς στα
Remontrances os Patemer Po
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Monde Prima , ale
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De l'Homme, de les Facom Ba
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Education , corrige volteone se
3 vol. 1774
Mémoires fur les Campagne ..
&c. 1 vol. 1777 コーデ、日
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ouvrage périodique core
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Nouveles Luterστες, εντυπος
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Nouvelles Politiques,
Perſonnages les pies actres
& aliez toutent des CALLINTS
de leilande. Cet ouvrage a
que l'on peut le procurer
f12- : - : ceux qui
lui les années 1770-
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LIVRES NOUVEAUX.
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVI Livres
de PLINE L'ANCIEN , avec des Notes : par ETIENNE
FALCONET. Seconde Eaition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux Arts , grand 8vo. 2 vol. La
Haye , 1773. f 4. de Hollande.
, Eflais Politiques fur la véritable Liberté Civile discours
adrellé au peuple d'Angleterre . 8. à 12 fols.
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
& de Morale. 12. N°. I à 18. ou tom. I. prem. partie
à tom. 6. Ille Partie. Paris 1775 1776.
f 9. pour les 4 Tomes en 12 Parties , ou f 18 : - :
pour les XXIV parties .
Les Récrearions de la Toilette . Hiſtoires , Anecdotes ,
Aventures amusantes & intéreſſantes . in-12. 2 vol.
Paris, 1775. àf 3 : -
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin . 4to 4 vol fig. 1759 1769.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien Miniftre
Plenipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration &c pendant son séjour en
Angleterre. Grand 8vo . en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofopbiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s Gravesande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Sec. Allamand Profeſſeur à Leyde. 410 2 vol. avec
XXX Planches en talle douce. Amst . 1774. à f 8 : -
Les Droits de Dieu , de la Natore & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie intitulé : Défenſe de la Nation
Britannique , ou Réponte à l'avis aux Réfugiés.
On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les Droits
des Souverains , grand in - douze , I vol. 1775. f 1 : -
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruffes &
les Turcs , travaillée tur des mémoires très authenti
ques ; les Cartes & Plans font des copies exactes &
fidelles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée ,
ovo. I vol. à 7.-:
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques fur les Jubilés & les
Indulgences &c. par M. Ch. Chais , en 3 vol. 8vo.
df 3:15 de Hollande.
Jérulalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle traduction
2 vol. grand in- douze. Paris 1774. à f 2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in-8vo. 62. vol. Edition
de Geneve.
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET. II. Vol. 1777.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES PLAISIRS CHAMPE FRES.
VOUS
Idylle.
ous que la ſageſſe éclaire ,
Et qu'elle inſtruit de ſes loix ,
Sous ce berceau folitaire
Venez entendre ſa voix.
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
De cet aſyle champêtre ,
Où regne le vrai bonheur ,
Aftrée a fait diſparoftre
La richeſſe & la grandeur.
Les plaiſirs brillans des villes
N'ont que des charmes trompeurs ,
Au prix des plaiſirs tranquilles
Dont s'envirent nos Paſteurs .
Le crime vole à la ſuite
D'un Courtiſan faſtueux :
Chez nous le bonheur invite
A devenir vertueux.
L'envie au ſouris perfide ,
Ne trouble point nos hameaux ,
Et la difcorde homicide
N'ole y porter ſes flambeaux ;
Les noms de fer , de couronne
Ne m'inſpirent nul effroi;
Je ne rampe ſous perfonne ,
On ne rampe point fous moi.
Ennemis de l'impoſture
Et de ſes dons féducteurs ,
Nous goûtons de la Nature
Les plus charmantes faveurs :
Cette Reine bienfaisante
Tient fon fceptre en nos vergers ,
Et, par des noeuds d'amaranthe ,
Unit les coeurs des Bergers .
JUILLET. II . Vol. 1777.1 7
On admire un baſfin vaſte
Où l'art captive des eaux
Qu'un Triton lance avec faſte ,
Pour en former des berceaux.
Je vois avec complaiſance
Un ruiſſeau fur mille fleurs ,
Promener fon inconſtance
Et faire aimer ſes erreurs .
Flore , Bacchus & pomone
Nous prodiguent leurs préſens :
Ici les fruits de l'automne
Sont joints aux fleurs du printemps.
Ces bienfaits de la Nature ,
Sous les toits des demi - Dieux ,
Ne paroiſſent qu'en peinture :
On en jouit en ces lieux.
Ah ! qu'ils font dignes d'envie
Ces boſquets délicieux ,
Où je goûte avec Sylvie
Un bonheur digne des Dieuxt
Tout m'y plaſt , tout m'intéreſſe ;
Là je borne mes deſirs.
Le vrai Dieu de la ſageſſe
Eſt le Dieu de nos plaiſirs.
Par M. de Livani , Libraire à
Chalons -fur - Sabno.
A 4
8
MERCURE DE FRANCE.
EPITRE à Monfieur***
SINCERE INCERE Ami de la Patrie
Et de l'auguſte vérité ,
Toi, dont le pénétrant génie ,
Loin de la frivole manie
Dont notre fiecle eſt entété ,
Rit de voir maint Docteur vanté
Dénigrer la philoſophie ,
Que tranquillement il confie
A l'oeil de la poſtérité :
Dis par quelle fatalité ,
Lorſque ta main active & fore
Pénetre au ſein de la Nature ,
Et déchire le voile épais ,
Dont au fond de ſa grotte obſcure
Elle enveloppe ſes attraits;
Quand , malgré d'éternelles ombres ,
Tu vois les agens ignorés ,
Qui , dans la nuit des antres fombres,
N'ont pu fuir tes yeux éclairés ,
Lorſqu'un travail profond te guide
Au ſein de cet affreux volcan ,
Où du favori de Trajan
On vit jadis l'oncle intrépide
Braver les horreurs du trépas ,
Tandis que tu ſuis pas à pas ,
2
JUILLET. II. Vol. 1777 9
Dans le fond d'un crater perfide ,
Les élémens du feu rapide ,
Dont ſoudain les affreux éclats
Conſternent le Monarque avide
Et bouleverſent les Etats :
Dis pourquoi , fuyant la lumiere
Que tu préſentes à leurs yeux ,
Tes Adverſaires envieux
Aiment mieux baiffer la paupiere
Que d'embraſſer la vérité,
D'adminer la ſimplicité
De ta ſavante théorie.
Le monſtre empeſté de l'envie
Voit en frémiſſant tes progrès :
En butte à ſes funeſtes traits ,
Par lui de tout temps poursuivie ,
La vérité de ſes ſuccès
Avu la courſe rallentie.
C'eſt ſur ſes infames travaux
Que ſe repoſent l'ignorance:
Armé de ſa vile balance ,
L'intérêt cauſa moins de maux ,
Lorſque des ſouffleurs ridicules
Perfuadoient aux Peuples crédules
Qu'ils créoient l'or dans leurs fourne aux.
Mortels ,ſi la fage Nature
Vous a créés , c'eſt pour jouir ;
C'eſt pour vous qu'elle ſut ouvric ,
5
MERCURE DE FRANCE.
De tous côtés , la ſource pure
De l'intariſſable plaifir.
Voyez ces fertiles prairies ,
Voyez ces côteaux enchantés ;
Voyez ces hameaux habités
Par les tranquilles voluptés ,
Qu'on ne trouve qu'aux bergeries >
Au ſein du luxe & des Cités ,
D'autres voluptés vous appellent ;
Sans ceſſe elles s'y renouvellent.
Sans craindre les feux des étés ,
Tempérés par de courts orages ,
Au fond des plus riches bocages
Elles charment vos ſens flattés
Comme dans le ſein des villages.
Lorſque les hivers redoutés
Enchaînent la courſe de l'onde ,
Leur ſource immortelle & féconde
Reproduit ſes flots enchantés.
Au fond d'un cabinet ſévere
Elles font auſſi leur ſéjour ,
Elles cherchent le ſage auſtere
Loin du tumulte & de la Cour.
Sous une parure légere
Elles accompagnent l'Amouг
Dans le boudoir de ma Glycere.
Elles ſourioient à Newton ,
Lorſqu'il calculoit ſes orbites;
Elles récompenfoient Platon ,
Lorſqu'il affignoit des limites
JUILLET. II . Vol. 1777. 11
Aux voeux égarés des mortels.
Vous, dont j'encenſe les autels ,
Héros de la double colline ,
Chantes ſacrés , peintres divins ,
Voltaire , Corneille , Racine,
Lorſque vous charmez les humains ,
De quelle riantes couronnes
N'ont- elles pas payé les ſoins ,
Conſacrés par vos doctes mains
A leur dreſſer de nouveaux trônes ?
Autour de nous , dans tous les lieux ,
Le plaiſir voltige ſans ceffe ;
Par tout fon zele officieux
Redouble avec notre foibleffe.
Il paraft : nos aveugles yeux
Redoutent ſa douce lumiere ;
Nous cherchons la dent meurtriere
De mille monftres furieux ,
Dont le fouffle contagieux
Empoiſonne notre carriere.
Sur des fondemens immortels
Du bonheur s'appuyeit l'empire;
Nous nous plaiſons à les détruire :
Nous créons les Tyrans cruels
Dont nous devenous les victimes ;
Sans ceſſe , par de nouveaux crimes ,
Nous croyons trouver les plaiſirs .
Penchés ſur le bord des abyſmes ,
12 MERCURE DE FRANCE. '
Nous écoutons de vains defirs ,
Dont la ſecouffe nous tourmente.
Enfans , hélas ! fi fortunés
De la Nature bienfaisante ,
Nous ſeuls nous sommes condamnés
A d'inévitables miſeres ;
Par nos paſſions entraînés
Après de friveles chimeres ,
Par des puiſſances étrangeres
Nous nous fuppofons destinés
A des maux qui font notre ouvrage.
Aimable Maftre , docte**
Tu ne méconnois point la voix,
Et la doctrine ſimple & pure
De la libérale Nature.
Tandis qu'en expoſant ſes loix.
Tu charmes nos eſprits avides ;
Envain tes envieux livides
Voudroient- ils , dans leurs fots tranſports
Injurier ta théorie ;
A ta voix , les différens corps
Vont chercher la claſſe établie ,
Suivant leurs différens rapports &
Avec toi je vois la Nature ,
Agente , fimple & fans efforts ,
Toujours conſtante , toujours sûre
Dans ſes innombrables effets ,
Pour toi , complaiſante &docile ,
JUILLET . II . Vol. 1777 19
Dévoiler ſes plus hauts ſecrets.
Lorſque dans tes fublimes veilles
Tu fuis la chaîne des merveilles
Qui charment nos regards ſurpris ,
Les vérités que tu ſaiſis ,
Sont le ſeul bien qui t'encourage :
Pourroit- il être pour le ſage
De plus inestimable prix .
Par M. Coquénu , de Dijon.
ةير
S
14
MERCURE DE FRANCE.
Imitation du commencement du premier
livre de l'Enlèvement de Proferpine ,
Poëme latin de Claudien .
TÉMÉRAIRESs courſiers d'un raviſſeur barbare ,
Aſtres que bazana , la vapeur du Ténare ,
Char qui , favoriſant un déteſtable amour ,
De l'horreur de l'Erebe enveloppa le jour ,
Pour la tendre Cérès trop fatale journée ,
Pour ſon aimable fille odieux Tyrans ,
Je cede enfin ; prenez votre rang dans mes chants.
Profanes , loin d'ici ; je ſens que , dans mon ame ,
L'homme a fait place au Dieu qui m'agite & m'enflamme
Tout Phébus eſt en moi ! déjà je crois ſentir
Du Temple ſous mes pas le marbre ému s'enfuir.
De la voûte ſacrée un feu divin s'élance ,
Et du Dieu qui m'inſpire atteſte la préſence,
Dans Athenes Pallas à ma voix a frémi ;
Une torche à la main Eleuſis a mugi.
Les ferpens de ton char à mes chants ſont ſenſibles ,
Triptoleme , j'entends leurs fifflemens horribles ,
Je les vois , attentifs à mes fombres accens ,
Redreſſer à l'envi leurs fronts étincelans.
Voici la triple Hécate & ſa pale lumiere.
lacchus s'offre à moi , ſon front eſt ceint de liere ,
La dépouille d'un tigre eſt ſon ſeul vêtement ,
Et ſes cheveux noués pendent négligemment ;
L
E
D
C
D
P
S
V
E
JUILLET. I. Vol. 1777. 15
Ivre d'un doux breuvage , il chancelle , il vacille ,
Un Thirſe raffermit ſa démarche débile.
Terribles Déïcés de l'empire des morts ,
Vous que l'Averne affreux révere ſur ſes bords,
Et qui , riches toujours des ruines du monde ,
L'abymez lentement dans votre nuit profonde
Vous que du Styx livide environnent les eaux ,
Et qui du Phlégéthon voyez fumer les flots ,
Du malheur que je chante avouez le myſtere ;
Ce n'eſt plus un ſecret que vous deviez me taire ;
Dices de quel flambeau l'Amour s'eſt-il ſervi ,
Pour enflammer un coeur de ſa flamme ennemi :
Sur quel char aux Enfers , Proſerpine entraînée ,
Vit- elle en un moment changer ſa deſtinée.
D'une mere affligéé apprenez - moi les pleurs ;
Que de lieux elle fit témoins de ſes malheurs ;
Et par quel art enfin , fécondant la Nature,
De la terre aux humains elle apprit la culture.
Par M. le Métayer.
XOGO
16 MERCURE DE FRANCE.
1
:
LISICAS & CÉCILE.
DAN'S
Anecdote Pastorale.
AN'S ces temps révérés de l'âge d'or ,
les mortels , unis par les liens de la nature
comme par ceux de la ſociété , couloient
paiſiblement leurs jours dans le ſein du
bonheur. Simples dans leurs moeurs , vrais
dans leurs difcours , humains & bienfaiſans
dans leurs actions , ils n'étoient
conftamment dociles qu'à la voix de la
nature. Leurs penchans toujours dirigés
vers un but honnête , leurs inclinations
toujours épurées , les portoient à la vertu .
Le ſentiment du juſte n'étoit point effacé
dans des coeurs que les paffions n'avoient
point corrompu. L'innocence diftinguoit
encore des ames que les vices n'avoient
pas flétries ; il ſembloit que les maux fortis
de la boëte de Pandore , n'avoient point
oſé fixer leur ſéjour ſur la terre trop
pure , & s'étoient réfugiés dans des aſyles
inconnus aux vertueux mortels qui l'habitoient.
Temps heureux , qui vous écoulâtes fi
rapidement
JUILLET. II. Vol. 1777. 17
= rapidement , vous ferez toujours précieux
à notre ſouvenir ! Les âges , qui ſe ſuccedent
, ne ſerviront même qu'à vous
faire encore plus regretter. Combien de
fois ai - je deſiré votre ſort , ô ſages &
fortunés mortels , qui vécûtes dans ces
fiecles de juſtice& de paix ! Mes plaintes
ne font jamais plus vives , ni mes regrets
plus amers, que lorſque je lis votre
hiſtoire & vertueux Lificas , & vous ,
chaſte Cécile , qui rendrez à jamais célebres
ces temps ainſi que les lieux qui
vous virent naître ! C'eſt de votre félicité
que je vais tracer l'image. Puiſſe la foible
peinture que j'en ferai , imprimer dans
les coeurs de mes contemporains , mon
admiration pour vos vertus , & les enflammer
du deſir de vous imiter !
Il y avoit déjà long- temps que Janus
regnoit dans l'Italie , lorſque Liſicas y
prit naiſſance. Tous ſes Sujets , dont il
faiſoit le bonheur , béniſſoient l'inſtant
qui l'avoit vu monter ſur le Trône ; ils
- avoient même inſtitué une fête particuliere
pour célébrer cet heureux jour. Ils
la renouvelloient tous les ans, & demandoient
fans ceſſe aux Dieux , dont
ce bon Roi leur paroiſſoit l'image , de
ly maintenir long-temps. Iſménias , pere
B
E
18 MERCURE DE FRANCE,
de Lificas , ſe diftinguoit ces jours-la par
une marque finguliere de prédilection
pour ſon Prince. Il habitoit le ſommet
d'une colline ſur laquelle étoit un Temple
conſacré à Apollon. La veille de la
fête , il choiſiſſoit parmi ſes brebis celle
qui lui paraſſoit la plus digne d'être offerte
en ſacrifice. Il deſcendoit enfaite
dans le vallon, qui étoit au bas de la
colline; il parcouroit les chaumieres de
ceux qui l'habitoient; il invitoit tous les
chefs de familles à venir célébrer la fête
avec lui. Le lendemain, après avoir ſalué
l'aurore , ils alloient enſemble au Temple:
il y ſacrifioit lui- même ſa brebis ,
& faifoit cette courte priere au pere de
Janus. ,, Je te conjure , ô Apollon , par
„ Janus notre Prince & ton fils , d'exau-
„ cer ma priere ! Tu te rappelles ſans
و د
doute l'heureuſe époque où , dans ce
„ Temple & ſous tes aufpices , je fus
„ uni , par les liens de l'hymenée , avec
و د
la vertueuſe Mirza. Depuis notre ma
„ riage, nous avons coulé des jours auffi
,, ſereins , auffi tranquilles & auffi purs
„ que l'ont été juſques ici nos moeurs. Il
» n'a manqué à notre entiere fatisfac.
„ tion , & pour la perfection de notre
, bonheur , que de voir naître d'une fi
[
E
I
a
aee
a
JUILLET. II. Vol. 1777. 19
:
ود
رد
ود
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, fainte union , un gage de notre tendreſſe.
Je te l'ai demandé, je te le
demande , & te le demanderai fans
; ceſſe , & divin Apollon ! Ne le refuſe
,, pas à mes deſirs , & que ce jour à
,, jamais célebre , le devienne encore
,, plus pour moi , par le ſouvenir d'un
,, tel bienfait. " Tous les Habitans du
lieu , que la tendre amitié intéreſſoit au
bonheur d'Iſménias , ſe réuniſſoient alors
pour ſolliciter de ce Dieu la grace qu'il
lui demandoit. Apollon , qui chériſſoit
fcet heureux couple , ne fut point inſen-
• fible à leur voix: il leur promit de les
exaucer ; & de refferrer encore plus les
= chaînés qui les uniſſoient. Ils ne tarderent
pas à voir accomplir fa promeſſe : il
Jeur naquit un fils , qu'ils furnomerent
Lificas .
1
Je ne tenterai point d'exprimer la joie
qu'ils en reffentirent , encore moins décrirai
je les fêtes & la maniere dont ils
célébrerent ſa naiſſance. L'allégreſſe fut
générale dans tous les hameaux voiſins;
chacun fut les féliciter ; leur vertu leur
avoit gagné tous les coeurs : il n'y en
eut aucun qui ne ſe réjouit de les voir
au comble de leurs voeux ; Janus luimême
prit part à leur félicité : il leur
Вя
20 MERCURE DE FRANCE.
i
envoya témoigner ſa ſatisfaction par un
Député. Dites à notre bon Roi , lul
"
ود
ود
"
ود
En
répondit Iſménias , que je n'ai deſiré
& demandé aux Dieux un enfant ,
qu'afin qu'il put jouir des douceurs de
fon regne , & bénir avec moi le ciel
de l'avoir mis ſur le Trône. "
effet , Lificas eut - il à peine atteint l'âge
de raiſon , qu'Iſménias lui fit ſacrifier
une brebis à Apollon , pour remercier
ce Dieu de l'avoir fait naître ſous le
regne de Janus. Ce jeune enfant étoit
deſtiné à l'illuſtrer. On voyoit déjà briller
en lui des étincelles de cette vertu
qui devoit le faire admirer dans la ſuite.
Sa phyſionomie douce & agréable , annonçoit
le calme de ſon coeur. Iſménias
& Mirza ne ceſſoient de bénir Apollon ,
de leur avoir donné un tel fils.
Parvenu à cet âge , où les paſſions
commencent à fermenter dans un jeune
coeur , Lificas ſentit le ſien agité de defirs
naiſſans. Il y éprouvoit du vuide , ſans
être en état d'exprimer ce qui lui manquoit.
Il fit part de ſes inquiétudes au
plus tendre des peres. ,, Mon fils , lui
dit Iſménias , ces deſirs qui t'agitent
font communs à tous les hommes. La
Nature ne nous a pas deſtinés à vivre
ود
ود
"
و
1
رو
"
ور
رو
11
C
d
JUILLET. II. Vol. 1777. 21
!
!
,, feuls. Il nous faut une compagne pour
,, partager nos peines & nos plaiſirs.
,, Cette compagne doit être l'objet de
,, notre affection , & abforber , pour
"

ainſi dire , tous les ſentimens de notre
coeur. Tu éprouves du vuide dans le
,, tien , c'eſt que cet objet ne le remplit
,, pas encore, Tu ſens bien qu'il te man-
,, que & c'eſt vers lui que ſe portent tes
,, deſirs ſans le connoître. Mais,mon fils,
,, donne- leur le temps de ſe développer.
Attends que l'âge ait mûri ta raiſon ,
afin de faire un digne choix : car il eſt
bon de te garantir contre ton inexpérience.
Tous les mortels ne ſe reſſemblent
point. Leurs caracteres font auſſi
variés que leurs figures ; mais comme
il y a des phyſionomies qui ſe rappro-
» chent pour les traits les uns des autres ,
il y a auſſi des caracteres qui fympatiſent
pour les qualités. Ton bonheur
dépend d'en trouver un qui s'allie avec
le tien , & ce n'eſt pas l'affaire d'un
a, moment. Le temps feul peut te le découvrir."
ود
و د
و د
ود
ود
"
ود
و د
Ce diſcours ſenſé d'Iſménias rendit
à Liſicas ſa premiere tranquillité. Il continua
à s'occuper de la culture de fon
champ; il ſe livra même avec plus d'ardeur
aux rudes travaux auxquels il ac-
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
coutumoit fon corps. Son but étoit de
le fortifier ; mais il ne s'occupoit pas
tellement de ce ſoin , qu'il ne ſongeât
encore à embellir ſon âme; il cherchoit
à l'aſſujétir aux ſeules loix de la fageſſe.
Il vouloit pouvoir commander à
fon coeur & régler ſes paſſions. Il étoit
né avec de ſi heureuſes inclinations ,
qu'il y parvint ſans peine. Il fut bien-tôt
pour ainſi dire au-deſſus de lui-même.
Son ame naturellement ſenſible & généreuſe
, lui faiſoit fans ceſſe deſirer des
occaſions d'exercer ſes vertus. Unjour
qu'il étoit occupé à pourſuivre une bête
féroce , qui ravageoit ſon champ & ceux
de ſes voiſins , il découvrit du haut de
la colline une épaiſſe fumée qui couvroit
toute la ſurface du vallon , & préſageoit
l'incendie des cabanes de quelques - uns
de ceux qui l'habitoient. Il ceſſa alors
la pourſuite de l'animal , & dirigea tou.
te ſon activité vers l'endroit où le danger
lui parut le plus imminent. Descendu
dans le vallon , il s'apperçut que
le mal n'étoit pas auſſi grand qu'il le lui
avoit paru ; mais il en vit aſſez , pour
imaginer que cet accident feroit bien des
malheureux. Son coeur fut d'abord ému
de compaffion. Il ſe reprocha de n'être
pas arrivé à temps pour les ſecourir &
4
JUILLET. II. Vol. 1777. 23
1
1
les préſerver du ravage des flammes.
S'étant enſuite approché de plus près ,
il dittingua un pauvre vieillard , courbé
fous le poids des ans, qui tranſportoit
avec peine ſes outils aratoires. Une jeune
fille le ſuivoit en pleurant. Leur agitation
& le trouble répandus fur leurs viſages
, lui firent aisément préſumer qu'ils
étoient du nombre des incendiés. Il courut
à eux , s'adreſſant à ce malheureux
vieillard : ,, Où allez - vous , mon pere ,
lui dit - il vous cherchez ſans doute
quelque azile ? = Oui , les flammes
» n'ont pas reſpecté le mien. = Venez ,
,, mon pere , venez dans notre habita-
*
:
:
ود
و د
و د
و د
tion , nous tâcherons de vous confoler
de ce petit déſaſtre ; nous parta-
,, gerons avec vous ce que nous avons ,
& notre cabane ſera auſſi la vôtre ;
mais commencez par vous décharger de
ce faix d'inſtruments ruſtiques. Il n'eſt
,, pas de votre âge de porter des poids
auſſi lourds. " Alors il le fit aſſeoir ,
& l'aida à ſe débarraſſer. La jeune fille
ne vouloit pas conſentir à ce qu'il les
portât lui même ; mais Liſicas les eut
bientôt mis ſur ſes épaules , & ils gravirent
enſemble au fommet de la colline.
و د
Parvenus à l'habitation d'Iſménias ,
B4
24
MERCURE DE FRANCE.
Liſicas lui préſenta le vieillard & ſa fille :
, veuillez partager leur infortune , lui
,, dit- il , ce ſont des malheureux dont
ود
גי
"
ود
وو
"
les flammes ont conſumé la cabane.
Il ne leur reſte , du peu de leurs commodités
domeſtiques , que quelques
outils que je viens de joindre aux
miens. O mon fils , lui répondit Is-
,, ménias , combien cette généreuſe pi
tié t'honore à mes yeux ! L'humanité
eſt la vertu qui embellit le plus l'homme.
Celui dont le coeur n'eſt point
attendri par les calamités de l'inno-
„ cent, ne mérite pas qu'on s'attendriſſe
à ſon égard. Ton ame doit être bien
flattée de cette action . Mais , Lificas ,
ce n'eſt pas ſeulement un malheureux
,, que ton coeur compatiſſant a ſecouru ,
c'eſt un ami dans l'infortune , c'eſt le
,, vertueux Amintas , le protecteur de
,, ma jeuneſſe. Viens, cher Amintas , em
braſſe - moi , & félicite-moi d'avoir un
tel fils. = Tu dois être au comblé de
ta joie, vertueux Iſménias. O! que de
pareils enfans réjouiſſent le coeur d'un
„ pere ! ... O Cécile ! ma fille ! puiſſe
ton jeune coeur ſe mouler ſur celui de
Lificas. "
"
و د
و د
و د
و و
و د
ود
Liſicas fut frappé du nom de Cécile
JUILLET. II . Vol. 1777. 25
- Il ſe rappella qu'il avoit ſouvent entendu
faire l'éloge d'une jeune Bergere de ce
- nom. L'ayant alors enviſagée un peu
plus fixement qu'il n'avoit fait encore ,
- il fut ſurpris de voir qu'elle réuniſſoit
toutes les graces , tous les traits de la
- beauté à la phyſionomie la plus touchante.
La modeſtie ajoutoit un nouvel éclat au
lys de ſon teint , & l'innocence de ſes
regards exprimoit celle de ſon ame. Il
reſſentit dans ce moment les effets de
cette heureuſe ſympathie , qui décide de
nos inclinations. ,, Oui , s'écria - t - il tout
» tranſporté , c'eſt dans ſes yeux que je
dois puiſer l'amour. La pureté de ma
flamme anoblira mon coeur , & le rem-
,, plira davantage des impreſſions de la
ود
Pertu."
د
Cécile reſſentoit de ſon côté des agitations
ſecrettes , & éprouvoit des émo-
■ tions flateuſes en faveur de Liſicas. Son
coeur , ſemblable au calice de ces fleurs
qui s'épanouiffent aux premiers rayons
du Soleil , ſe dilatoit par les tendres ſentimens
d'un amour naiſſant ; ſes yeux
ſe portoient avec complaiſance ſur Liſicas.
,, Que je ferois heureuſe , diſoitelle
, fi la nature m'avoit deſtinée à
être ſa compagne , & que mes jours
و د
دد
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
ود
و و
و د
couleroient tranquillement , ſi mon
fort étoit uni au ſien! La douce vertu
reſſerreroit nos noeuds. Je me fais
,, peut- être illuſion ; mais il me ſemble
„ que je lis dans ſes yeux les mêmes de
firs. Puiſſent ils être exaucés ainſi que
les miens ! "
ود
१”
ود
C'eſt ainſi qu'elle s'entretenoit elle.
même , lorſqu'elle fut interrompue par
Lificas : ,, Vous soupirez , lui dit- il,
belle Cécile ? Est - ce que vous regretteriez
encore votre chaumiere ? =
„ Non , Lificas , je perdrois trop à être
ſéparée de vous. J'applaudis au deſtin
,, qui m'a mis à portée d'être témoin de
ود
و د .
و د
vos actions vertueuſes. Tous les jours
,, j'en entendois parler au hameau. Les
,, jeunes Bergers ſe les racontoient en
ود
ود
"
و د
ramenant leurs troupeaux. Il les racontoient
enſuite aux vieillards , qui
félicitoient Iſmenias & Mirza de vous
avoir donné la naiſſance. Alors , je
,, regrettois de ne pas habiter la colline ,
& je bénis maintenant l'heureux revers
qui nous y attire, = Et moi Céci-
„ le , je le bénirai fans ceſſe. Oh ! combien
je me félicite d'être allé au - de .
vant de vous , & que mon coeur ſe
fait gré de vous avoir offert un aſyle.
ود
ود
ود
??
JUILLET. II. Vol. 1777 27
و د
? د
"
= ,, Non , jamais aucune action de vertu
n'a plus rendu à mon ame. Ah !
Cécile , que je ferois agréablement
récompensé , ſi votre coeur, libre en-
,, core & fans inclination , daignoit ac-
„ cepter l'hommage du mien ; ſi vous
,, pouviez defirer de partager mon fort !
Vous paroiſſez émue , Cécile , & votre
coeur foupire ſecrettement... L'amour
l'auroit - il prévenu en faveur de quelqu'autre
, & ne pourrois -je eſpérer
d'être heureux ... = Je n'ai point encore
diſpoſé de mon coeur , & je n'en
,, diſpoſerai jamais que du gré d'Amin-
,, tas. S'il conſent à notre union , je ſuis

1
L
و د
و د
و د
و د
"
23
و د
و د
à vous. Allez , Lificas , allez follicer
fon conſentement & celui d'Iſménias ,
& dites - leur que c'eſt notre bonbeur
commun que vous ſollicitez."
Lificas , au comble de ſes voeux , vole
vers Amintas ; il ſe jette à ſes genoux.
,, Que veux-tu , mon fils , lui dit le bon
vieillard étonné de cet empreſſement.
Ah! mon pere ! que vous conſentiez
à mon bonheur & à celui de Cécile ;
>> réſiſteriez- vous à nos prieres ? = Non ,
Liſicas ; j'ai tâché de contribuer jus-
„ ques ici , autant que je l'ai pu , au
bonheur de mes ſemblables. M'écarte-
29
"
28 MERCURE DE FRANCE.
ود
„ rois - je de cette regle dans l'inſtant où
la nature me l'a preſcrit avec le plus de
force. Non , mon cher Lificas , les
, paſſions n'ont point étouffé ſa voix dans
„ mon coeur. Je ſuis pere. J'aime ma
fille. Son bonheur dépend de votre
union ; qu'elle ſoit heureuſe ſoyez
heureux , mes enfans. Je vais prier
Iſménias & Mirza de joindre leur conſentement
au mien , & nous célébrerons
enſuite votre hymenée.
"
ود
ود
"
"
"
?
و د
22
ود
Il s'avança alors vers la cabane. Iſménias
& Mirza s'y entretenoient de leur
fils. Oh! s'il pouvoit aimer Cécile ,
diſoit Iſménias ; il me semble que la
nature les a faits l'un pour l'autre. Ils
ont les mêmes goûts; leurs caracteres
ſympathiſent. Tous deux font vertueux.
Cécile a l'ame ſenſible & généreuſe
comme Luſicas. La bienfaiſance &
l'humanité les diſtinguent également.
L'ambition ne les tyrannifera jamais.
Jamais ils ne connoîtront ſes feux dévorans.
S'ils defirent que leurs champs
s'accroiffent , que leurs troupeaux ſe
multiplient , ce ne ſera que pour en
faire part à leurs voiſins malheureux.
Ah! Mirza , combien j'aurois de fatisfaction
, ſi Liſicas vouloit partager
ود
ود
"
"
ود
ود
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"
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C
JUILLET. 11. Vol. 1777. 29
1
le fort de Cécile , & Cécile celui de
Lificas ."
و د
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Iſménias achevoit ces derniers mots,
lorſqu'il apperçut Amintas : ,,Qu'y a-
ود
و و
و د
و د
t- il , cher Amintas , lui dit - il , &
» qui eſt- ce qui te ramene ſi vîte au-
„ près de nous ? = Je viens folliciter de
vous deux le bonheur de nos enfans.
Liſicas & Cécile deſirent de s'unir ; ils
n'attendent que vore conſentement
,, pour joindre aux douces chaînes de
l'amour , les tendres liens de l'hymenée.
" = Ah ! cher Amintas , quelle joie tu
,, répands dans mon coeur ! Leurs voeux
ſont d'accord avec les miens. Il n'y a
qu'un inſtant que je m'entretenois
d'eux avec Mirza. Je lui témoignois
combien j'aurois de fatisfaction de
leur voir former ces deſirs. Les Dieux
„ me regardent avec des yeux de complaiſance.
Ils ne me laiſſent plus rien
à deſirer. Allons , chere Mirza , allons
les unir ces chers enfans , allons hâter
leur bonheur & le nôtre.
ود
و د
و د
و د
و د
و د
"
و د
"
Liſicas s'étoit déjà rendu auprès de
e Cécile ; il lui avoit fait part des diſpo-
■ ſitions d'Amintas ; ils attendoient fon
- retour avec impatience ; lorſqu'ils le
- virent ſortir de la cabane avec Iſménias
30
MERCURE DE FRANCE.
& Mirza; la douce joie ſe peignoit dans
les yeux de ces heureux vieillards. On
voyoit fur leur front riant , l'empreinte
de la gaieté. Liſicas & Cécile coururent
embraſſer leurs genoux : ,, Je ne fau-
5, rois blâmer votre juſte impatience ,
و د
و د
و د
ود
ود
leur dit Iſménias ; vous soupirez après
le bonheur : nous ne ſaurions trop - tôt b
vous le procurer ; allez donc , mes en- r
fans , dans le Temple d'Apollon :
allez , ſous les aufpices de ce Dieu ; &
, vous unir par les liens de l'hymenée."
Liſicas s'y rendit avec Cécile & la ver- d
tueuſe Mirza , tandis qu'Iſménias & A
Amintas deſcendirent dans le vallon , je
inviter les jeunes Bergers & les jeunes c
Bergeres à venir célébrer cet heureux fo
hymen. Tous les Bergers y vinrent avec je
leurs muſettes . Les jeunes Bergeres ſe ga
parerent de guirlandes de fleurs. Les en
bois retentirent alors de leurs chants el
d'allégreſſe. Les uns danſoient autour de m
la cabane d'Iſménias , tandis que les au
tres aidoient Liſicas & Cécile à conſtruire
la leur avec des rameaux verds. Quand ce
elle fut une fois achevée , ils vinrent tous Lo
danſer autour. Iſménias & Mirza leur let
ſervirent enſuite un léger repas , apprêté
de leurs mains. La table étoit parée de de
JUILLET. II . Vol. 1777: 31.
fleurs odorantes; on y voyoit des fruits
de toute eſpece & en abondance. Le
lait frais y couloit de toutes parts. L'aimable
enjouement & l'innocente gaieté
préſiderent au feſtin. Les Bergeres s'interrompoient
de temps en temps , &
célébroient par des chants gracieux le
bonheur des deux jeunes époux. Les
roſſignols & les autres habitans de l'air
uniſſoient leurs voix & leurs ramages ;
& les Bergers émus délicieuſement par
cet harmonieux concert , s'empreſſoient
de tirer de tendres fons de leurs muſettes.
Après ce joyeux repas , Lucas , le plus
jeune des Bergers , fut chercher une
couronne de pampre verd , & la pofa
ſur la tête de Liſicas. Silvie , la plus
jeune des Bergeres, en fit autant à l'égard
de Cécile. Ils danſerent alors tous
enſemble , & ſe retirerent enſuite à la
clarté paiſible de la Lune , au fon de leurs
mufettes.
Le lendemain , après avoir falué le
lever de l'Aurore , Lificas & Cécile descendirent
dans le vallon , & vifiterent
tous les habitans. Chacun s'empreſſa de
leur donner des témoignages de fon
affection. Les Bergers leur porterent
des fruits, les Bergeres des fleurs. Parmi
32
MERCURE DE FRANCE.
celles-ci , Cécile en a diſtingué une , qui
n'avoit point aſſiſté à la célébration de fon
hymen. Elle s'en plaignit. Chloé (c'étoit
le nom de la jeune Bergere,) s'en excufa
fur l'indiſpenſable néceſſité où elle étoit
de travailler pour faire ſubſiſter ſa mere ,
infirme& dans l'indigence. „
"
و د
"
„ Oh ! Chloé,
dit Cécile , vous ne ferez plus réduite
,, à la triſte néceſſité de vous priver des
plaiſirs les plus innocens. Venez , ve
nez dans notre cabane , Liſicas & moi
,, partagerons avec vous notre troupeau:
Il n'eſt pas conſidérable , mais il nous
,, en reſtera encore aſſez." Elle prit alors
la main de la jeune Bergere , & elles
gagnerent enſemble le ſommet de la
colline.
»
"
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وو
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دو
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ود
ور
دو
Liſicas les avoit devancées , & étoit tin
allé choiſir la plus belle de ſes géniſſes. to
İl y joignit deux de ſes brebis , & les blat
couduiſit lui-même au bas de la colline ; doi
alors il les remit à Chloé. Cette action for
généreuſe ſe répandit bien - tôt dans le mite
hameau. Elle vint aux oreilles d'Iſme Des
nias ; cet heureux pere ne put contenir proc
ſa joie. Il courut embraſſer ſes chers
enfans. ,, Ah , Cécile ! ah, Lificas ! leur am
"
وو
dit-il tout tranſporté , votre vertu vient
de briller dans tout ſon éclat. Votre reco
,, pitié
JUILLET. II. Vol. 1777. 33
1
,, pitié compatiſſante m'a rempli de la
,, plus douce joie. Ne ceſſez point d'ho-
ود
ود
"
ود
norer ainſi l'humanité. Ajoutez, s'il eſt
„ poſſible au bonheur des heureux. Les
Dieux répandront leurs bénédictions
fur vous & fur vos champs ; vos troupeaux
ſe multiplieront ; votre éloge
volera de bouche en bouche avec votre
nom. Eh ! chers enfans , vous faites
les plaiſirs de ma vie ; je coulerai déſormais
le reſte de mes jours dans le
ſein du bonheur ; & lorſque la mort
,, viendra les terminer , ma tête blanche
,, deſcendra en paix dans le tombeau ;
,, j'aurai la conſolation de laiſſer après
,, moi des enfans vertueux. "
ود
ود
ود
ود
Lificas & Cécile continuerent à ſe distinguer
par des traits pareils. Leur coeur
Jétoit une ſource féconde , où leurs ſemblables
puiſoient des bienfaits ; ils étendoient
fans ceſſe une main ſecourable
fur les infortunés gémiſſans. Leur humanité
leur faiſoit defirer le bien des hom-
Emes. Leur généroſité s'efforçoit de le leur
procurer. Tous leurs jours furent marqués
au ſceau de quelque action de vertu. Leur
hameau fut bien- tôt célebre. On les ſurnomma
les amis de l'humanité. Enfans
reconnoiſſans & reſpectueux , tendres
C
34 MERCURE DE FRANCE.
:
Époux , amis conſtants , mortels laborieux
&bienfaiſans ; ils ſe crurent auſſi heureux
que peut le comporter la condition hu.
maine.
Par M. de Sere , fils ,
PHILEMON OU L'AMBITIEUX PUNL
Sous ous un ciel ſerein & tranquille ,
Loin du commerce de la ville ,
Loin du commerce des humains ,
Philémon vivoit ſans chagrins .
Un toft ruſtique , mais commode ,
Compoſoit tout son logement ;
De nature , toujours de mode ,
Avoit fourni l'ameublement,
Et paroit ce lieu ſolitaire ;
Quelques légers arpens de terre ,
Auxquels il prodiguoit ſes ſoins ,
Fourniffoient à tous ſes beſoins ;
Et , dans ſa courſe vagabonde ,
Sans ceſſe un limpide ruiſeau ,
A ce Philoſophe nouveau
Offroit le tribut de ſon onde.
Satisfait de peu , Philémon ,
Sans Mattreſſe , ſans Ami traftre ,
Dans ce petit réduit champêtre
Vivoit heureux ... L'ambition
A l'humeur jalouſe , inquiéte ,
JUILLET. II. Vol. 1777. 35
Trainant ſur ſes pas les deſirs ,
Sut découvrir cette retraite ,
Et , plus prompte que les zephirs ,
Elle y vint fixer ſon empire :
Philemon auli - tot ſoupire ;
L'ennui le ronge ; un feu nouveau
Dans toutes ſes veines circule ;
Tout lui déplatt dans ſon humeau ;
La ſoif des richeſſes le brûle.
Il a recours aux Immortels ,
Et , pour ſe les rendre propices ,
Par quantité de ſacrifices
Il enſanglante leurs autels :
"
"
Grands Dieux , dit - il , dans ſa folie ,
Vous ſeuls pouvez me rendre heureux !
,, Qu'en un fleuve majestueux ,
,, Par votre puiſſance infinie ,
"
Ce foible ruiſſeau ſoit changé ;
,, Faites que ma barque légere
„ Devienne , en s'éloignant de terre ,
"
Un vaiſſeau richement chargé " ...
Il dir; & du haut des montagnes ,
Avec bruit , un affreux torrent
Fond , roule , inonde les campagnes ;
Tout n'eſt plus qu'un vaſte Océan ,
Qu'il contemple d'un oeil avide;
Flottant fur la plaine liquide ,
Un navire s'offre à ſes yeux :
Content , il rend graces aux Dieux.
Bravant& les vents & l'orage ,
Soudain il quitte le rivage ;
Il part , & voit avec douleur
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
S'abattre & tomber en pouſſiere
Les murs de ſon humble chaumiere ,
Séjour de paix & de bonheur.
Au même inſtant le charme ceſſe.
Accablé d'ennui , de triſteſſe,
Il voudroit regagner le port :
» O vous , arbitres de mon fort ,
„ Vous qui m'avez , dès mon aurore ,
Accordé d'utiles ſecours ,
„Daignez me protéger encore ! .. "
A ces clameurs les Dieux ſont ſourds ;
L'éclair brille , la foudre gronde ,
Le vent s'irrite; le vaiſſeau
Flotte Incertain au gré de l'onde ,
Et la mer devient ſon tombeau.
Privé de toute ſa fortune ,
Philémon , pour comble de maux ,
Envain lutte contre les flots ;
Il périt au ſein de Neptune ;
Victime du courroux des Dieux ,
Il meurt épuisé de fatigue ,
Regrettant que le ciel prodigue
Ent daigné répondre à ſes voeux.
O vous qu'une folle eſpérance
Livre à d'éternels repentirs ;
Ambitieux , fur la prudence
Songez à régler vos deſirs !
Par M. Houllier de Saint - Remy.
JUILLET. II . Vol. 1777 37
LA FEMME SAVANTE.
La prude Egle, ſavante fanatique,
Se nourriſſoit des bons Auteurs Anciens ,
Et de leurs mots farciſſoit tous les ſiens;
Si qu'une nuit , rapporte la chronique ;
Elle éveilla fon mari trop dormeur ,
En lui criant d'une voix héroïque :: .
"
Tu dors , Brutus , & Rome eſt ſans vengeur?"
Par M. P.
C3
38 MERCURE DE FRANCE .
:
1
VERS .
Chantés , lors du paſſage de MONSIEUR
à Saint - Papoul , fur l'air du dernier ,
choeur du Déferteur......
C'EST Bourbon'! EST Bourbon ! 6 douce ivreffet
Que ces momens nous font chers !
De notre vive allegreſſe
Faiſons retentir les airs.
Qu'on l'aime , qu'on le révere ;
Qu'on le célebre en tous lieux.
Des François , Tuteur & Pere ,
Qu'il daigne accepter nos voeux.
Ah! le plus doux apanage
Des Héros , des demi-Dieux ,
N'eſt que dans le pur hommage
Des coeurs qu'ils rendent heureux.
C'eſt Bourbon , &c.
Avant ce jour qu'on envie ,
Tout manquoit à nos deſirs :
Nos ames , en léthargie ,
Ne formoient que des ſoupirs;
Un coup-d'oeil nous rend la vie ,
Tous les biens , tous les plaiſirs.
C'eſt Bourbon , &c.
1.
JUILLET. II. Vol. 1777. 32
L'Hymen , l'Amour l'ont fait naltre ,
Et l'ont couronné de fleurs.
Que du fort il foit le maftre ,
Comme il l'eſt de tous nos coeurs..
C'eſt Bourbon , &c.
4
ParM. Mailhol.
Réponse aux Vouloirs de M. de ***。
AuU traftre Amour je me fierois peut - être ,
Si je trouvois à ma guiſe un Amant
Tendre & ſoumis , fans être languiſſant ,
Qui , bien aimé , craignft de le paroître.
1
Je le voudrois d'une taille agréable,
L'air gai , l'eil vif , plein d'eſprit & de feu ,
Qui de l'amour ne ſe fit point un jeu ,
Etde tromper n'eut point l'art déteſtable.
D'un important qu'il n'ait point le coſtume ,
Qu'il ſoit ſenſé , mais non ſur le retour.
Dans les beaux jours , le flambeau de l'amour ,
Lorſqu'il s'éteint , d'un rien on le rallume.
Je le voudrois d'une franchiſe extrême ,
Doux , refervé , ſurtout brave & ſavant
Lorſque l'on peut rougir de fon Amant ,
On a deux fois à rougir de foi même.
C4
44 MERCURE DE FRANCE,
De la gaieté qu'il faſſe ſa déeſſe ,
Des ris , des yeux , qu'il s'occupe toujours ;
Le feu d'amour brille un inſtant du jour :
Mais la gaieté nous anime ſans ceſſe.
Je veux le voir , même au ſein de l'ivreſſe
Me reprocher que j'ai trop combattu ;
Et ſi , pour lui , je manque à la vertu,
Qu'il m'en conſole à force de tendreffe.
Par Madame
MORALITÉ POUR LES AMANS.
DEPUIS EPUIS cet heureux jour , qu'à Cloris infidele,
J'ai ſécoué le joug d'un amour mépriſé ,
La coquette à mes voeux ſemble être moins rebelle.
Feignez l'indifférence & vous serez aimé.
Par M. P. D. Ε.
JUILLET. II . Vol. 1777. 41
Imitation de l'Epigramme de Martial ,
Difficilis , &c.
Vous êtes tour à tour incommode & facile ,
Facheux , aimable & complaiſant ;
Sans vous , je ne ſuis pas tranquille ;
Avec vous je ſuis mécontent.
Par lemême.
ODE à Monseigneur l'Evêque de
Saint - Flour.
Ο
Toi ! qui , par un choix infigne ,
De la mitre obtient les honneurs :
Choix dont te rendront toujours digne ,
Ton non , ton ſavoir & tes moeurs.
Déjà , dans les ſacrés Lycées ,
Sont amoncelés les trophées
De ta vaſte érudition,
Ét ta candeur , qui te proclame ,
Nous rend aujourd'hui la belle ame
Du célebre & grand Fénélon.
De la Doctrine véritable ,
Tu joins les tréſors précieux ,
A la nobleſſe reſpectable
Des Bouteville , tes Aïeux.
:
Cs
44 MERCURE DE FRANCE,
De la gaieté qu'il faſſe ſa déeſſe ,
Des ris , des yeux , qu'il s'occupe toujours ;
Le feu d'amour brille un inſtant du jour :
Mais la gaieté nous anime ſans ceſſe.
Je veux le voir , même au sein de l'ivreſſe
Me reprocher que j'ai trop combattu ;
Et ſi , pour lui , je manque à la vertu ,
Qu'il m'en conſole à force de tendreffe.
Par Madame
MORALITÉ POUR LES AMANS.
DEPEUPUIISS cet heureux jour , qu'à Cloris infidele,
J'ai ſécoué le joug d'un amour mépriſé ,
La coquette à mes voeux ſemble être moins rebelle.
Feignez l'indifférence & vous ferez aimé.
Par M. P. D. F
JUILLET. II . Vol. 1777. 41
Imitation de l'Epigramme de Martial,
Difficilis , &c.
Vous ous êtes tour à tour incommode & facile ,
Facheux , aimable & complaiſant ;
Sans vous , je ne ſuis pas tranquille ;
Avec vous je ſuis mécontent.
1
Parlemême,
ODE à Monseigneur l'Evêque de
Ο
Saint - Flour.
TOI ! quii ,, par un choix infigne,
De la mitre obtient les honneurs :
Choix dont te rendront toujours digne ,
Ton noin , ton ſavoir & tes moeurs.
Déjà , dans les ſacrés Lycées ,
Sont amoncelés les trophées
a
De ta vaſte érudition;
Et ta candeur , qui te proclame ,
Nous rend aujourd'hui la belle ame
Du célebre & grand Fénélon.
De la Doctrine véritable ,
Tu joins les tréſors précieux ,
A la nobleſſe reſpectable
Des Bouteville , tes Aïeux.
:
Cs
42 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt conſervé dans l'hiſtoire ,
Ce jour ſi cher à la mémoire ;
Où , vengeurs des plus nous forfaits,
Citoyens ſages , intrégides ,
Ou les vit , nouveaux Leonides ,
Aux Thermopiles Ecoſſais .
Ce même amour, ce même zele ,
Qu'ils montrerent pour leux pays ,
Ta grande ame les renouvelle ,
Par tes faits , & dans tes écrits.
En toi , quel frappant aſſemblage !
La ſociété trouve un ſages
L'Egliſe un nouveau défenſeur ;
La Religion , fon modele;
L'amitié , ſon portrait fidele,
L'humanité , ſon protecteur.
1
Par M. Sardine , Imprimeur-Libraire ,
à Saint - Flour.
:
ລດ
311
!
JUILLET. II. Vol. 1777. 43
VERS.
AMadame la Princeffe DE MONACO .
CHAQUE Divinité jadis eut fon partage :
Junon eut la grandeur , le rang , la majeſté ;
Minerve les talens , & Vénus la beauté.
A la Reine du ciel chacun rendit hommage ,
Tout baiſſa devant elle un front reſpectueux.
Par mille dons rares & précieux ,
Minerve des eſprits entraîna le fuffrage ;
Vénus , en fouriant, emporta tous les coeurs ;
Zéphir , pour elle , oublia Flore ;
•Mars oublia Bellone , Apollon les neuf Soeurs;
Et cette Déeſſe eut encore
Plus d'Amans que d'Adorateurs.
Ainſi la Fable , en festrians menſonges ,
Embelliſſoit la vérité :
Mais pourtant la réalité
L'emporte aujourd'hui ſur les fonges
De la crédule antiquité.
Aujourd'hui la beauté , les talens ,la nobleſſe ,
Dans un même ſujet réunis ,
Offrent à nos regards ſurpris ,
Vénus en habits de Princeſſe ,
Pallas ſous es traits de Cypris .
Le grandeur & la bienfaiſance
Annoncent toujours ſa préſence
3
Avec l'amour & le plaiſir ;
44 MERCURE DE FRANCE .
Et toujours marchent ſur ſes traces
La Raiſon à côté des Graces ,
Et le reſpect près du déſir.
Dans ce portrait , peu digne d'elle ,
Monaco ne verra que l'ombre de ſes traits ;
C'eſt le fort de tous ſes portraits
D'être au - deſſous de leur modele.
Par M. Dreux , de Tours.
INPROMTU
Sur GUSTAVE III , Roi de Suede.
L'ALEXANDRE du L'ALEXANDRE du Nord fi fameux dans l'Hiſtoire ,
Aux vertus d'un Soldat borna toute ſa gloire &
A la ſienne Gustave attachant plus d'objets ,
Afu , par ſes vertus , rendre heureux ſes Sujets.
Par M. de Laneyere , ancien Mousquetaire
du Roi , à Daxe
.. دا
JUILLET. II. Vol. 1777. 45
MADRIGAL
A M. le Prince DE GHISTELLES ,
Grand d'Espagne de la premiere Clafſe.
A VOTRE aimable fils d'Hédigneul (1 ) elle même ,
Veut porter deux pigeons que je cede & que j'aime:
Qui les verra donner au jeune Richebour (2) ,
Penſera que Vénus les remet à l'Amour.
Par M. le Comte de Couturelle.
Epithalame à Madame DE LACOMBE ,
Epouse de Lieutenant de Roi d'Arras.
AVEC VEC vous un Guerrier que la gloire environne ,
Se plaît à partager les honneurs de fon rang.
Tout couvert de lauriers teints de fon propre ſang.
Une Vénus encor de myrtes le couronne.
Tous deux vous commandez dans cet heureux ſéjour .
Lui pour le Roi , vous pour l'Amour.
Par le méme.
(1) La Marquise de Béthune. Hédigneul.
(2) Le Prince de Richebour.
46 MERCURE DE FRANCE.
A M. DE CAILHAVA, fur sa Comédie
de l'égoïſme.
AVEC les armes du génie ,
Lorſque ta Muſe attaque un vice accrédité ,
L'Egoïſme , fléau de la ſociété ,
Elle ſe montre à ces jeux aguerrie ,
Et fait goûter plus d'une vérité ,
Jetant à pleines mains le ſel de la faillie.
Ton ouvrage mérite un laurier immortel ;
Ton ſiecle te le doit , & pour ſa propre gloire ,
Ou la poſtérité ſeroit fondée à croire ,
L'Egoïsme en ce ſiecle un vice univerſel.
Par M. Guérin de Frémicourt.
JUILLET. II. Vol. 1777. 47
Explication des Enigmes & Logogryphes
du premier volume de Juillet.
LEE mmoott de la premiere Enigme eſt
le Bas; celui de la ſeconde eſt Testament
; celui de la troiſieme eſt la Gauffre.
Le mot du premier Logogryphe eſt
Jalousie , où ſe trouvent Louis , loi , joie ,
Joie , aile , Sale , Fule , voile , ile , Afie ,
Eu , Oife , Josué , ſol , la , fi , Levi , viol,
Livie , Fulie , alofe , Saül , Ilus , Saul,
Eloi , voie , oie , oeil , ouie ; celui du ſecond
eſt Chemin , dans lequel ſe trouvent
Nice , miche , hé , mine , Chine , chien ,
niche ; celui du troiſieme eſt Dame , où
ſe trouvent ame , Dame (à jouer) , Ma
(Nymphe de Rhée ,) Adam.
V
ENIGME.
IEILLE , avare , inſenſible , ingrate , ſi tu veux ,
Du plus vain des mortels je fixerois les voeux.
Un fils fot & rebelle a caufé ma milere ;
Ce fils , je l'engendrai fans connoftre ſon pere.
J'offre à tes yeux divers tableaux ;
Des prodiges toujours nouveaux,
48 MERCURE DE FRANCE.
On admire en moi la nature,
On dispute fur ma figure ,
Souvent fört mal , toujours envain.
A ces traits tu dois me connoître
Je donne à vivre au genre humain ;
Je ſuis l'aſyle de mon Maître ,
"
Le nid de deux mille rats,
Et le ſupport des ſcélérats.
Par M. Moulet , Maitre ès-Arts.
AUTRE.
Si du nord au midi , du couchant àl'aurore ,
Je regle dans l'Europe le deſtin des Etats ,
Je n'en reçois pas moins de quelques Potentats.
Des atteintes toujours que mon ſyſteme abborre.
La guerre eſt mon fléau , la paix morn élément ;
Je ſers aux Souverains comme aux Danſeurs de corde ;
Si l'on ne me tient pas , ou ſi l'on ne s'accorde ,
On ſe bat , on chancelle , on tombe à tout moment.
Mais , c'eſt aſſez , Lecteur , chut , courage , à votre aiſe ;
Me devinez-vous ? non ! eh bien , encor un mot ;
Oh ! vous me trouverez , ou je veux être un fot ,
Car peut- être à preſent je ſoutiens votre chaife .
Par M. Bill*** à Florence.
V
N
0
A
No
Di
V
UA
Un
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To
For
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Σι
AUTRE.
JUILLET . II. Vol. 1777. 49
Nou
AUTRE.
ous ſommes , jeune Eglé , deux ſoeurs inséparables,
Vil rebut des humains , au printemps de leurs jours ,
Nous les voyons pourtant enfin doux & traitables ,
Quand les maux ont près d'eux remplacé les amours.
Alors , certes alors , devenant néceſaire ,
Notre mérite eſt rare ; &le vieillard , fans nous ,
Dit qu'il ne peut rien voir , rien juger , & rien faire.
Vois comme les beſoins font varier les goûts ;
Un jour , Eglé , viendra que tu feras de même.
A ta Cour aujourd'hui nous n'avons point d'emploi ,
Mais fi le ciel t'accorde une vieilleſſe extrême ,
Tu voudras bien alors nous voir auprès de toi.
Fort heureuſe qu'encor , de ſa main criminelle ,
Le temps , en outrageant le chef - d'oeuvre des cieux,
Ne t'ait point enlevé ce qui te rend ſi belle ,
Et fans quoi nous ferions ſans emploi toutes deux.
Par M. le Méteyer.
D
50 MERCURE DE FRANCE.
J
LOGOGRYPΗ Ε.
E fuis une maiſon ruſtique ,
Ronde ou quarrée , il n'importe conment ;
Mais bien toujours de forme ſymmétrique.
Nombre d'hôtes communément ,
Quoique tous d'une eſpece unique ,
Y viennent prendre appartement.
Une chambre y fuffit au plus nombreux ménage :
Chaque étage en contient beaucoup ,
Et la maiſon comprend plus d'un étage ;
Mais l'eſcalier fait face à tour.
On y peut vivre ſans rien faire :
On eſt nourri comme on eſt hébergé ,
Aux dépens du Propriétaire.
:
Mais un temps vient qu'il eſt dédommagé ;
Dire quand , & comment ; oh ! c'eſt un autre affaire ,
Je ſortirois du but que je me fuis preſcrit ,
Et pour un premier point j'en ai déjà trop dit .
Que le Lecteur donc éternue ,
Se mouche , & crache , & puis je continue.
Si , renverſant l'ordre de mes neuf pieds ,
Vous en formez différens affemblages ,
Vous pourrez , ſans être forciers ,
Trouver un Saint mitré digne de nos hommages ,
Mais qu'à Paris Meſſieurs les Ecoliers ,
Gens pareſſeux , ferent peu volontiers.
Puis ce Voyageur intrépide ,
P
L
C
C
T
U
D
E
V
Et
U
E
JUILLET. II . Vol. 1777. 5I
** Qui parcourant le vaſte ſein des mers ,
Le premier , par- de là les colonnes d'Alcide ,
Alla chercher un nouvel Univers .
Une cité , jadis la mattreſſe du monde ;
Ce que trouve ſans peine une verve féconde;
Une fle d'Océan dans le pavs d'Aunis ;
Le reſpectable appui des arrêts de Thémis ;
Un fleuve ; un inſtrument ; ce que le Commiſſaire
Prend pour en impoſer au timide vulgaire ;
Une ville en Auvergne ; un métal tout puiſſant ;
Un pays d'où l'on tire un fromage excellent;
Le nom des états d'Amphitrite ;
Des Conquérans la Muſe favorite ;
Ce qui dans la cicogne eſt le plus apparent ;
Ce que le peintre aux clairs avec adreſſe oppoſe;
Ce que de doux un infecte dépoſe
Dans la cellule qu'il conſtruit ;
Ce qu'au théâtre un ſpectateur inſtruit ,
Trop ſouvent applaudit plus que l'acteur lui - même ;
Un Mortel dont le front porte le Diademe ;
Deux notes de muſique ; un ornement des yeux ;
Enfin , chez les Anciens, favoris de la gloire ,
Lorſque deux rivaux courageux
Vouloient ſe diſputer l'honneur d'une victoire ,
J'offre le licu deſtiné pour ces jeux ;
Et quand on a chez nous fon honneur à défendre ,
Contre certains braves du temps ,
Un arbre fous lequel on n'a qu'à les attendre ,
Et je ſuis caution qu'on attendra long- temps.
Par M. D. D. P.
De
52 MERCURE DE FRANCE.
JE
AUTRE.
E fut placé jadis au rang des Dieux ,
Maintenant je parcours les Cieux ,
En traverſant un vuide imaginaire ,
Et l'on me tire de la terre.
Le nombre ſept , où bien ſept pieds , Lecteur ,
Forment le mot qui déſigne mon étre.
Fais - en deux parts , fi tu veux me connoître.
L'une t'indique un élément trompeur ,
Qui fait au plus hardi redouter ſa fureur ;
L'autre eſt de ſoin le ſynonyme .
Elle eſt encor l'objet des voeux
D'un Vicaire & du malheureux
Qu'accable la douleur dont il eſt la victime.
Par. M. Vincent , C. de Q.
JUILLET . 11. Vol. 17770 53
U
AUTRE.
NE chenille me produit.
Mon cher Lecteur , ſi mon chef eſt détruit ,
Je ſuis cet oiſeau domeftique
Qui fut chez les Romains jadis fi reſpecté.
Si c'eſt ma queue , au même inſtant j'indique
Un terme de propriété.
Mais qu'on retranche queue & tere ,
Je ſuis alors une divinité ,
Qu'avant tout Jupiter avoit changée en bete.
Parle nemes
κα
54 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'Odyssée d'Homere , traduite en vers,
avec des remarques; ſuivie d'une disſertation
ſur les voyages d'Ulyſſe. Par
M. de Rochefort , de l'Académie des
Inſcriptions & Belles - Lettres: A Paris
, chez Brunet , Libraire 2 vol.
in- 8°.
L'ENTREPRISE de traduite Homere , &
de le traduire en vers François , tentée fi
ſouvent & fi infructueuſement dans le
dernier fiecle , paroiſſoit abandonnée fans
retour. Ceux qui auroient pu s'en occuper
dans celui-ci , ſe reſſouvenoient que
Racine & Defſpréaux l'avoient tentée ,
& que , mécontens de leur eſſais en les
comparant avec l'original , ils avoient
fini par les jeter au feu. Il falloit beaucoup
de courage , & plus de hardieſſe ,
peut- être , pour ſe livrer à un travail que
deux hommes de cette force , & fur-tout
Racine , avoient jugé au- deſſus d'eux.
L'admiration de M. de Rochefort pour
le Prince des Poëtes , lui a donné ce courage
, ſes talens juſtifient ſa confiance.
t
CC
F
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Π
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V
P
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Π
2
C
C
JUILLET. II . Vol. 1777. 55
Il y a quelques années qu'il a publié la
traduction de l'Iliade ; il vient d'achever
celle de l'Odyſſée ; & fon travail fur ce
Poëte favori , n'a diminué , ni ſon enthouſiaſme
, ni ſa vénération. On n'en
doit point être étonné : on fait de quel
oeil les Traducteurs regardent ordinaire.
ment leurs originaux. Le Poëte Grec
étoit plus fait qu'un autre, pour inſpirer
cette eſpece de fanatiſme , excuſable fans
doute, & qui étoit néceſſaire pour le traduire.
On pardonnera à M. de Rochefort
, dans le point de vue où il ſe place ,
de ne rien voir d'égal à Homere; mais
on ne ſera peut- être pas de fon avis ,
lorſqu'après avoir comparé Homère à luimême
, l'Iliade à l'Odyſſée , & être convenu
qu'à pluſieurs égards , le premier
Poëme eſt ſupérieur au ſecond , il met.
troit volontiers encore celui- ci au - deſſus
de tous les Poëmes connus. Il auroit
dû ſe reſſouvenir que le ſixieme Chant
de rénéide , comme il l'a obſervé luimême
, laiſſe bien loin derriere lui le onzieme
de l'Odyſſée , qui paroît en avoir
donné l'idée. La viſion d'Ulyſſe , l'évocation
qu'il fait des Ombres , eſt bien audeſſous
de la defcente d'Énée aux Enfers.
M. de Rochefort ne s'eſt fait cette objec-
D 4
55 MERCURE DE FRANCE.
tion que pour y répondre , & il le fait
d'une maniere au moins ingénieuſe." Les
„ Champs Éliſées , tels que Virgile nous
les dépeint , n'exiſtoient pas encore
,, dans la mythologie : ainſi cette admi-
„ rable oppoſition que Virgile nous pré-
,, ſente des lieux de tourmens &des lieux
"
ود
de délices , ne pouvoit pas être emplo-
,, yée par Homere. Mais , que dirons-
,, nous de la partie la plus intéreſſarite
"
ود
ود
"
& la plus admirable de cet épiſode ;
de celle où Anchiſe montre à ſon fils
, toutes les ames qui doivent un jour
animer ſes deſcendans ? Peut- être que
,, ſi Virgile avoit vécu cinquante ans
plutôt ; s'il n'avoit pas fallu flatter un
maître ; ſi les Romains euſſent été en
tout Romains , peut- être , dis-je , n'au-
, rions- nous pas eu ce chef- d'oeuvre de
ود
و د
" Poëſie & d'adulation. Quoi qu'il en
,, ſoit, comme le ſiecle d'Auguſte nous
eſt plus préſent que celui d'Homere ,
il faut avouer que la fiction de Virgile,
ſera toujours plus piquante , plus no-
,, ble , plus intéreſſante à nos yeux , que
,, celle du Poëte Grec ."
ود
"
,, Il ſemble que ces aveux coûtent à M.
de Rochefort ; c'eſt avec peine qu'il voit
la ſupériorité de ſon Auteur s'évanonir
quelquefois ; il n'a pu ſe diffimuler que
JUILLET. II. Vol. 1777. 57
1
et le quatrieme Chant de l'Énéide offre encore
un objet qui met Virgile au-deſſus
de toute comparaiſon. Le Poëte n'a trouvé
que dans ſon coeur , dans la connois-
# ſance qu'il avoir des paſſions , le déve
loppement qu'il fait de la naiſſance , des
progrès & des ſuites de celle de Didon .
i
1.
e.
C
ود
22
Les intrigues amoureuſes de Calypfo
& de Circé , ne font que des aventures
, & n'ont preſque rien de l'amour ;
l'inclination réciproque d'Ulyſſe & de
„ Pénélope , ne nous préſente que les
ود
و د
و د
و د
و د
"
traits graves & décens de l'amour
,, conjugal , l'attachement le plus tendre ,
mais fans tranſport &fans paffion. Les
Grecs , fans doute alors , n'étoient point
,, encore parvenus , comme les Romains
ſous Auguſte , à ces temps de luxe , de
licence & de galanterie , où l'amour
devient l'occupation la plus importante
de la vie , où il entre dans tous les entretiens
, où il ſe mêle à toutes les af.
faires civiles & politiques ; où tous
les Auteurs qui veulent réuſſir , cherchent
à mettre en jeu cette paſſion , &
à intéreſſer en leur faveur , la vanité
de ce ſexe aimable , par qui elle conſerve
le plus d'empire."
و د
و د
و د
و د
و د
و د
ود
و د
"
Nous ne nous arrêterons pas à exami
DS
58 MERCURE DE FRANCE.
ner ces excuſes. Ily a long-temps que le
jugement du public eſt fixé au ſujet des
deux Poëtes & de leurs Ouvrages. Il eſt
permis d'avoir des idées particulieres. Il
ne s'agit pas ici de les difcuter ; il faut
laiſſer ce foin aux Journaliſtes , qui ne
rendent compte des opinions d'un Ecrivain
, que pour lui oppoſer les leurs. Le
Public voit dans ce que nous avons dit ,
ce que M. de Rochefort penſe d'Homere
; il le verra d'une maniere plus détaillée
dans fon Ouvrage ; il ne nous demande
ſans doute pas ce que nous en
penſons nous-mêmes. Nous devons nous
borner à lui rendre compte du travail de
l'Auteur. Et général , on trouvera de la
douceur & de la pureté dans l'expreſſion ,
ſouvent de l'énergie , & quelquefois des
négligences . La marche générale des vers
eſtun peu languiſſante. Ileſt ſouvent difficile
à un Traducteur de la rendre vive&
précife. On defireroit qu'il eût pu ne pas
employer quelquefois beaucoup de vers
pour en rendre un petit nombre. Cependant
on les lit avec plaiſir. Nous citerons
l'endroit où Ulyffe arrive à la porte
de fon Palais , inconnu de tout le monde ,
& reconnu par son chien. ,, J'aime mieux ,
dit Pope , le Roi d'Ithaque pleurant
Ten fidele , que
"
و د
a
1
(
P
S
L
(
A
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L
Σ
JUILLET. II . Vol. 1777. 59
5, repouſſant , l'épée à la main , une armée
entiere d'ennemis acharnés fur lui
feul.
"
و د
Tandis qu'il rappelloit ſes triſtes deſtinées ,
11 voit un chien chargé de miſere & d'années.
C'étoit ſon cher Argus , qu'il nourrit autrefois
Pour déclarer la guerre aux habitans des bois .
Il ne fit pas long -temps le plaiſir de ſon Mattre;
Sans peine cependant il ſçait le reconnaître :
Languiſſant ; éperdu , privé de tous ſecours ,
Ce n'eſt plus cet Argus qu'on vit dans ſes beaux jours ,
Sur les pas des Chaſſeurs , plein d'ardeur & d'audace ,
De la biche ou du daim fuivre aisément la trace.
Dédaigné maintenant, triſte objet de pitié ,
Couché près de la porte , il demeure oublié.
Les ans , la maladie ont épuiſe ſa force.
Mais à l'aſpect d'Ulyffe , il s'eſſaye , il s'efforce ;
Il ne peut ſe lever , & fon corps impuiffant
Donne au moins à ſon Maître un ſigne careffant.
Ulyſſe f'apperçoit & détourne la vue ;
Il cache la douleur dont fon ame eſt émue ;
Il eſſuie en ſecret ſes yeux de pleurs trempés .
De quel ſaiſiſſement tous mes ſens ſont frappés !
De ce chien , diſoit - il, que je plains la vieilleſſe !
Autant que fa beauté , ſon deſtin un'intéreſſfe.
Vécut - il pour la chaffe , ou fut- il , loin des bois ,
Nourri dans ce palais pour le plaiſir des Rois ?
Hélas ; répond Eumée , il fut cher à ſon Maftre ;
Si dans ſes premiers ans vous l'aviez pu connaître ;
Qu'il vous eût étonné ! combien dans les forêts
60 MERCURE DE FRANCE.
i
11 ſavoit éventer , chercher , ſuivre de près
Des plus fiers animaux les traces odorantes ;
Languillant aujourd'hui , ſes forces expirantes
Des Eſclaves en vain attendent quelques ſoins.
Nul d'eux ne daigne plus pourvoir à ſes beſoins.
De ces hommes ainſi l'ingrate négligence ,
D'un Maître infortuné met à profit l'abſence ;
Car l'opprobre des fers dont l'Esclave eſt lié ,
Soudain de ſa vertu lui ravit la moitié .
M. de Rochefort , malgré la gêne de
la verſification , a fait une traduction exac
te ; une partie précieuſe de ſon travail , &
dont fans doute on lui faura gré , ce ſont
fes notes. S'il y en a quelques - unes qui
font uniquement deſtinées à faire remarquer
une tournure admirable d'Homere ,
une adreſſe de plan , que tout le monde
ſentiroit auſſi bien que le Traducteur ,
il y en a qui ont un autre mérite , celles
furtout qui annoncent un homme qui
connoît parfaitement la langue d'Homere
, & mieux qu'on ne la ſait communément
dans ce ſiècle , où l'on ne peut
diſconvenir qu'elle ne ſoit très- négligée.
Fréquemment M. de Rochefort redreſſe
les Traducteurs & les Commentateurs
du Poëte ; il corrige quelques mépriſes
de Madame Dacier , & celles que Popę
a faites d'apres elle.
:
JUILLET. II. Vol. 1777. 61
7
1
La Diſſertation ſur les voyages d'Ulysſe
, qui termine cette traduction , eſt
remplie de recherches , & bien ſupéfieure
à toutes celles de ce genre. L'Auteur
n'a rien laiſſé à deſirer ſur ce ſujet ;
un autre , en rapportant tout ce qu'on
a dit ſur la route d'Ulyſſe , auroit fini
par en donner une carte exacte & détaillée
; M. de Rochefort fait voir qu'il
n'y a rien de plus incertain. S'il fut
,, jamais permis d'avoir quelques doutes
"
و د
ود
ſur des matieres hiſtoriques , c'eſt
fans contredit ſur celle-ci , qui ayant
,, jadis partagé les Auteurs , ſemble en
,, quelque forte nous défendre de juger
,, un procès qu'ils n'ont pu terminer
و د
eux - mêmes."
Dictionnaire historique , bibliographique portatif
, contenant l'hiſtoire des Patriarches
, des Princes Hébreux , des
Empereurs , des Rois & des grands
Capitaines ; des Dieux & des Héros
de l'antiquité Payenne ; des Papes ,
des Saints Peres , des Evêques , des
Cardinaux célebres des Hiftoriens ,
Poëtes , Orateurs , Théologiens , Ju
۱
62 MERCURE DE FRANCE.
rifconfultes , Médecins , &c. , avec
leurs principaux Ouvrages & leurs
meilleures Éditions ; des femmes favantes
, des Peintres , &c. , & généralement
de toutes les perſonnes illustres
ou fameuſes de tous les fiecles &
de toutes les nations du monde , dans
lequel on indique ce qu'il y a de plus
curieux & de plus intéreſſant dans
l'Hiſtoire ſacrée & profane : par
M. l'Abbé l'Advocat , Docteur , Bibliothécaire
& Profeſſeur de la Chaire
d'Orléans , en Sorbonne. Nouvelle Édition
corrigée & augmentée. Paris , chez
Leclerc , Libraire , Quai des Auguſtins ;
3 vol . in - 8°. Prix , 15 livres.
L'objet & l'utilité du Dictionnaire de
M. l'Abbé L'advocat, ſont ſuffisamment
connus : on en a vu une multitude d'autres
, publiés à ſon imitation , & aucun
ne l'a fait oublier. Tous ſont tombés ;
& le fuccès de celui-ci s'eſt ſoutenu cons
tamment. Il n'y a pas d'autre réponſe
JUILLET. 11. Vol. 1777. 63
)
!
à faire aux critiques qui l'ont attaqué.
Quelques négligences , quelques erreurs
qui étoient inévitables dans un Ouvrage
de la nature de celui- ci , ne prouvent
rien contre ſon mérite en général : ces
défauts ont diſparu , pour la plupart ,
dans la nouvelle Edition que nous annongens.
Les Éditeurs qui ſe ſont occupés
du ſoin de vérifier le travail de M.
l'Abbé L'Advocat , en ont trouvé peu ,
& ils ont reconnu qu'il étoit beaucoup
plus exact qu'on ne le penſe communément.
Ils invitent les Lecteurs à leur
faire connoître les fautes qui leur feront
échappées. Ils ſe propoſent d'en publier
la correction dans les mois de Janvier
1778 & 1779 , en y joignant les augmentations
auxquelles le temps pourra
donner lieu. Les Additions feront distribuées
gratis à ceux qui auront acquis
l'Ouvrage avant le terme fixé pour
leur publication. Ce procédé eſt affurément
très-honnête. Il aſſure à cette Édition
des avantages que ne lui ôtera point
une nouvelle , lorſqu'on l'entreprendra ,
& le Public peut acquérir celle - ci avec
confiance. Les Additions qu'on y a faites
ne ſauroient être plus nombreuſes ni
plus intéreſſantes ; elles ne font pas moins
64 MERCURE DE FRANCE .
de fix cens pages d'impreſſion ; c'eſt un
volume tout entier. Outre les perſonnages
célebres , morts depuis l'an 1706 ,
on a augmenté l'Hiſtoire politique de la
ſuite chronologique des Souverains de
chaque Pays. Parmi ces Souverains , il
y en a pluſieurs dont l'Hiſtoiré ne rappelle
que les noms ; ils ne ſe trouvent
pas en conféquence dans ce Dictionnaire
à leurs articles , parce qu'ils ne peuvent
en fournir un ; pour les diftinguer de
ceux dont il y eſt parlé , on a mis une
aſtérique devant les derniers ; les moeurs
du fiecle , les changemens arrivés dans
le Gouvernement , ſous les regnes de
différens Rois en France , ne font point
négligés aux articles qui les concernent ,
•& ces détails ſervent à répandre plus
d'intérêt dans les articles de pluſieurs de
ces Rois , qui font auſſi plus inſtructifs.
Dans ceux - ci , il eſt queſtion d'hommes
conſtitués en dignité. On a mis l'origine
de leur Famille , ſon extinction ou
fon exiſtence actuelle. Pour trouver la
plupart des Princes , il falloit les chercher
dans la premiere Édition , à leurs
noms de baptême , qu'il étoit très - permis
d'ignorer. Le Lecteur avoit beſoin de
ſavoir que le Duc de Mayenne s'appeloit
a
dj
le
de
C
VE
&
18
au
CO
a
d .
1
tr
1.
JUILLET. II. Vol. 1777. 65
loit Charles ; le Grand Condé , Louis ;
le Duc de Guiſe , François , &c: pour
épargner l'embarras , on a fait une courte
filiation de ces Princes , & inféré leur
article à cette filiation , ou renvoyé à
leurs noms de baptême.
La partie Littéraire n'offre pas des
› augmentations moins conſidérables. En
faiſant connoître les Auteurs , on ins
dique auſſi leurs Ouvrages , & fur - tout
les meilleures Éditions. Ce Dictionnaire
eſt terminé par le Catalogue général
de tous les livres dont on y a parlé ; ce
Catalogue étoit néceſſaire pour y trouver
des livres de la plus grande rareté ,
& dont les Auteurs font abſolument
ignorés. Il ne ſervira pas moins pour les
autres Ouvrages dont les Auteurs font
connus , & dont les noms s'oublient
quelquefois. Les productions les plus
rares & les plus curieuſes qui aient paru
depuis l'origine de l'Imprimerie , s'y
trouvent déſignées avec celles qui ſont
utiles. C'eſt un ſervice rendu aux Bibliographes
. Ce Catalogue contient plus
de 15000 .
Les Editeurs invitent ceux qui auront
découvert des fautes , & qui voudront
bien indiquer des améliorations ou des
E
66 MERCURE DE FRANCE.
augmentations , de les adreſſer à M. le
Clerc , Libraire , quai des Auguſtins , qui
les leur fera paſſer. Celles qui leur font
parvenues pendant l'impreffion , & qu'ils
ont placées à la fin de chaque volume ,
feront connoître de quelle nature font
celles qu'ils demandent.
Mémoire qui a remporté le prix au Jugement
de l'Académie de Dijon , le
18 Août 1776 , fur la queſtion expoſée
en ces termes : Déterminer quelles
font les maladies dans lesquelles la
Médecine agiſſante est preferable à l'ex
pectante , & celle - ci à l'agiſſante ; &
à quels fignes le Médecin reconnoît qu'il
doit agir ou rester dans l'inaction , en
attendant le moment favorable pour pla
cer les remedes ? Par M. Voubonne ,
Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier; Aggrégé & premier
Profeſſeur dans la Faculte d'Avignon.
A Avignon , chez Niel , Imprimeur-
Libraire.
:
L'Objet de ce Mémoire eſt un des
plus importans pour la perfection de la
Médecine & pour la conſervation de
l'humanité , & doit piquer la curioſité
JUILLET. II . Vol. 1777. 67
>
des Lecteurs. Le ſtyle avec lequel il eſt
i écrit , réunit tous les avantages propres
au genre , la préciſion , la clarté , une
élégance continue ; il s'éleve même quelquefois
avec une ſage hardieſſe, & peint
toujours avec beaucoup de mérite &
d'énergie. L'Auteur , que ſon génie a
mis fort au - deſſus des préjugés , rejette
toutes les théories , dédaigne l'eſprit de
e, ſyſtême ſi contraire aux progrès de l'Art
de guérir , & fi funeſte aux malades ;
préſente la Médecine en grand , la débarraſſe
de toutes les épines du jargon
› de l'Ecole , lui fait parler un langage
fimple & noble , intelligible à tous les
hommes qui penſent. Nous n'entreprendrons
point de faire une analyſe ſuivie
de ce Mémoire , ſi propre à exciter la
curioſité , & à entraîner tous les Lecteurs.
Nous nous bornerons à faire
quelques obſervations que nous foumet.
trons à l'examen de l'Auteur couronné.
Un coup-d'oeil ſur la partie Chirurgicale
de la Médecine dans le remplacement
des os , dans l'extraction des corps étrangers
, &c. ne paroît pas pouvoir fuffire à
la preuve contre les détracteurs de l'Art
de guérir , dont toutes les objections
portent fur la cure des maladies internes :
1
}
S
3
e >

E2
68 MERCURE DE FRANCE.
:
c'eſt ſous ce point de vue qu'ils oſent regarder
la Médecine comme un échafaudage
d'ignorance & d'impoſture. Nous
ofons dire que l'utilité incontestable de
cet Art ſalutaire ne ſera jamais révoquée
en doute , que par des eſprits ſuperficiels ,
à qui un bon mot tient toujours lieu de
raiſon , & qui ne feront peut - être jamais
capables de connoître & d'apprécier le
mérite des obſervations d'Hyppocrate &
de tous les Maîtres de l'art , répandus
dans les diverſes contrées du monde , &
dans l'étendue des ſiecles .
L'Auteur ajoute qu'il eſt un grand
nombre de maladies , comme les inflammations
décidées , qui ſuivent une marche
invariable , & que l'art qui entreprendroit
de l'arrêter , deviendroit infailliblement
ou inutile , s'il manquoit ſon
but , ou funeſte s'il avoit le malheur de
l'atteindre. Il ſe hâte de conclure qu'en
général il eſt démontré qu'il eſt des
maladies où l'on peut & l'on doit tout
attendre de l'application d'un ſecours
étranger ; & qu'il en eſt d'autres dont
on ne fauroit approcher la main ſans
les aigrir. Il me ſemble que cette conſéquence
ſe réduit néceſſairement à reconnoître
pour objet naturel de l'acti-
D
TE
Π
ti
CO
de
(C
9
le
fo
C
JUILLET. II. Vol. 1777. 69
-
- vité de l'art , certains cas de maladies
Chirurgicales , & à lui interdire toute
eſpece d'action dans toutes les maladies
- internes ou externes , dont la marche eſt
invariable. L'Auteur ne veut sûrement
pas donner au domaine de l'Art des bornes
ſi étroites . Son intention ſur cet
objet ſe manifeſte dans la ſuite de ſa
diſſertation.
e
a
a
1
>
lages
S'il eſt vrai qu'on trouve par tout des
regles ſages ſur l'adminiſtration des remedes
, & le détail quelquefois minutieux
des ſignes auxquels nous devons re-
› connoître les maladies , & les momens
des maladies dans lesquels ces divers ſecours
ſont convenables ou déplacés , la
' queſtion paroît décidée , & la Médecine
agiſſante mérite la préférence dans toutes
les circonstances où ces divers ſecours
font convenables , & doit reſter dans
l'inaction , dès qu'ils ſont déplacés, La
Médecine n'agit jamais que d'une maniere
particuliere ; c'eſt alors qu'elle a le
, rapport & l'influence la plus immédiate
avec ſon objet. L'idée abſtraite d'un ſecours
indéterminé , n'eſt pas compatible
avec une action véritable ſur l'homme
malade ; & fon utilité réelle , comme
iſes dangers , tiendront toujours à tel ou
1
ا
Ез
70 MERCURE DE FRANCE.
tel moyen en particulier , par leſquels
ſeuls , elle agit véritablement.
L'Auteur ne paroît pas lui-même avoir
donné à cette image d'un combat entre la
nature & le principe morbifique ſous
laquelle les Anciens aimoient à peindre
la maladie , toute l'étendue dont ſa justeſſe
la rendoit ſuſceptible. Il l'applique
il eſt vrai , à tous les temps de la maladie;
mais il pouvoit en faire l'applica .
tion à tous les mouvemens de l'Art , qui ,
dans ce combat , doit toujours être du
parti de la Nature , ne pas forcer l'ordre
de ſes mouvemens , à moins qu'ils
ne foient viſiblement des écarts , mais
le faciliter ſeulement , en éloignant les
obſtacles qui s'oppoſoient à ſa victoire ;
& quand il ſeroit vrai que l'Art ne doit
jamais conduire la nature , il ne devroit
pas être dès - lors regardé comme inutile
& mépriſable , puiſqu'il auroit le mérite
de la ſeconder dans un grand nombre
de cas , en prêtant la main à ſes triomphes
; & comme l'Auteur le dit trèsbien
lui - même , ( pag. 4 , 7 & 18 ) , la
nature fût - elle ſuffiſante pour dompter
fon ennemi ſans le ſecours de l'Art ,
l'Art eſt autorisé à faire accepter à la
nature un ſecours qui facilite l'ouvrage ,
abrege le temps , & épargne le travail.
JUILLET . II. Vol. 1777 71
,
Cette belle Sentence d'Hippocrate , naturæ
morborum Medicatrices , ne dégrade
point la nobleſſe & l'utilité de l'Art.
Il n'eſt guere moins glorieux de ſavoir
étudier & fuivre la nature dans ſa marche
, que de la conduire quand elle s'égare.
La penſée d'Hippocrate n'eſt pas
moins vraie ; lorſque l'Art agit ſur le
principe morbifique , on doit avouer que ,
dans ces cas , l'Art paroît avoir plus de
part à la guérifon; mais la cure ne s'opere
jamais , ſans que la nature mette la
main à l'oeuvre. L'extraction du calcul
eſt l'ouvrage de l'Art. Le ſoin de la nature
fera de calmer les irritations , & de
refermer la plaie. Elle travaille d'une
maniere plus viſible & plus glorieuſe
encore , dans la taille à deux temps.
Elle expulſe le calcul ; l'Art n'a fait que
lui ouvrir la voie , qu'enlever un obstacle
inſurmontable ; s'il eût voulu aller
plus loin, il tuoit le malade que la nature
eût pu guérir en chaſſant ſon ennemi
peu- à-peu & fans danger. Dans le remplacement
des os , la nature calme les parties
nerveuſes & tendineuſes , qui avoient
fouffert une violente irritation; l'Art ne
fait que rapprocher les os fracturés ; c'eſt
la nature qui les foude.
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
L'intervalle qui ſépare les paroxiſmes
de l'épilepsie , n'eſt un état de ſanté que
dans quelques ſujets. Les cauſes occaſionnelles
que Van Swieten recommande
d'attaquer , ſubſiſtent dans un très grand
nombre ; & ce qui borne les ſuccès des
Médecins , c'eſt qu'ils n'étudient pas aſſez
les différentes cauſes capables d'occaſionner
cette affreuſe maladie pour les combattre
avec'avantage dans le temps qui
paroît être celui d'une parfaite ſanté.
Combien les appéritifs , les vermifuges ,
les ſtomachiques , l'uſage d'un régime
ſagement indiqué , ont- ils guéri d'épileptiques
? L'Auteur nous répondra qu'alors
cette maladie rentre dans la claſſe de
celles qui ont pour principe une cauſe
occafionnelle ſubſiſtante , & qu'il faut la
détruire. Nous avouerons avec l'illuſtre
Van Swieten , que cette maladie a quelquefois
des cauſes occafionelles infurmontables
; mais on conviendra auſſi
qu'elle en a ſouvent de cachées , qu'on
a été affez heureux de les rencontrer ,
en attaquant ſucceſſivement pluſieurs cauſes
poſſibles . Ne pourrions - nous pas
appliquer à l'épilepfie ce que notreAuteur
dit de l'apoplexie : là où le danger
de la part de la maladie eſt réel & extrê-
1
1
1
JUILLET . II . Vol. 1777. 73
1
}
me ,l'Art ne doit point calculer trop ferupuleuſement
les inconvéniens douteux ,
de ſecours qui ont paru ſalutaires dans des
cas ſemblables ; cette conſidération paroîtra
d'autant plus forte , que les inconvéniens
, dans l'application des ſecours ,
font ici bien moins redoutables que dans
l'apoplexie ; & qu'à l'enviſager , ſoit
en elle - même , ſoit dans ſes ſuites , l'épilepſie
eſt également dangereuſe. L'Auteur
regarde généralement les naufées ,
les vomiſſemens , &c. au commencement
des fievres aiguës , même putrides ,
comme des ſymptômes d'irration que
la faignée calme plus efficacement que
les vomitifs , qu'il profcrit toujours au
commencement des maladies aigues. Il
s'autoriſe de l'obſervation de M. de
Haen , à laquelle il n'ignore fûrement
pas qu'on pourroit oppofer celle de bien
des Médecins du premier ordre , & le
célebre M. Lieutaud en particulier,
Hyppocrate reconnoît qu'il eſt au com
mencement des maladies , des cas où la
nature furchargée, fait des efforts ſpontanés
& falutaires , pour ſe débarraſſer
du fardeau qui l'oppreſſe ; ſi l'on ne l'aide
dans cette circonstance , elle fuccombera
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
1
infailliblement dans le travail de la coc.
tion. Ces cas font rares , comme l'ob.
ſerve Hyppocrate ; mais , quoique rares ,
ce grand homme a ſenti qu'ils étoient
réels , & n'a pas voulu qu'on les perdît
de vue. Aufſi , pluſieurs habiles Médecins
, dans les maladies où les ſignes de
putridité étoient frappans , après avoir mis
en uſage les délayans pendant 24 heures ,
& la faignée , s'ils la jugeoient néceſſaire ,
aidoient par un doux vomitif les efforts
de la nature qui ſe fortifioit alors en ſe
déchargeant d'un fardeau inſupportable.
La maladie ſe terminoit plus promtement
, plus facilement , plus heureuſement.
On a vu des Épidémies putrides
enlever dans une fauſſe criſe , preſque
tous les malades qui n'avoient pas vomi
par le ſecours de l'Art , durant les premiers
jours : tandis qu'un doux vomitif
ſauva la vie de preſque tous ceux qui
l'avoient pris dans les premiers temps de
la maladie.
L'Auteur du Mémoire eſt entré dans
preſque tous les détails dont le ſujet
étoit fufceptible , & n'a omis aucune des
loix générales qui peuvent ſervir de gui. (
des dans les circonstances différentes.
Entre la médecine agiſſante & la medeJUILLET.
II . Vol. 1777. 75
cine expectante , la ſaine raiſon ne ſe
décide point pour une préférence exclufive
, comme l'obſerve l'Auteur ; l'expectation
ne ſeroit plus que ſtupidité ; l'activité
ne ſeroit plus que turbulence ; elle
leur affigne à chacune leur place & leurs
momens ; mais elle veut qu'elles marchent
toujours enſemble , prêtes à ſe ſecourir
mutuellement , & qu'elles concourent
à l'envi pour le ſalut du malade.
Lettres fur les Spectacles , avec une Histoire
des Ouvrages pour & contre les
Théâtres ; par M. Deſprez de Boiſſy.
Sixieme édition , conſidérablement augmentée
par l'Auteur; 2 vol. in - 12
Prix 6 liv . rel. A Paris , chez Boudet
& Morin , rue Saint Jacques ; la veuve
Deſaint , rue du foin ; Nyon l'aîné ,
rue St. Jean - de - Beauvais ; & Froullé ,
Pont Notre - Dame .
Cet Ouvrage reçut , dès ſon origine ,
l'accueil le plus favorable; on vit même
les Gens de Lettres les plus intéreſſés à
la cauſe des Théâtres , louer l'intention
de l'Auteur & la maniere dont il l'avoit
remplie. Ils entrevirent qu'il attaquoit
moins l'art dramatique , que les abus
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'on faiſoit de cet art , & qui leur paroiffoient
en effet mériter les plus vives
cenſures. Tel fut entre-autres le jugement
qu'en porta un célebre Poëte Dramatique,
qui étant alors chargé du Mercure
de France , annonça cette production
dans le mois de Mars de l'année 1756 ,
La notice qu'il en donna fut terminée
par l'obſervation ſuivante : Comme la
différence des sentimens ne doit pas nous
rendre injustes , nous ajoutcrons , à la
louange de M. Desprez de Boiſſy , que
Son Ouvrage nous a paru très bien écrit.
Un autre Journaliste obferva: Qu'il étoit
honorable à la vérité & aux moeurs , qu'un
pareil Ouvrage eut été réimprimé; & que ,
vû sa bonne tournure , il le feroit plus
d'une fois. Le voilà en effet parvenu à ſa
fixieme édition. Chacune a eu ſes accroiſſemens
; mais cette derniere eſt aug.
mentée de plus de cinq cents pages . Le
premier volume contient deux Lettres ,
dont l'objet eſt de combattre le préjugé
de ceux qui prétendent que notre Théâtre
eſt l'école des moeurs & une eſpece
de cenſure publique . M. Deſprez de
Boiſſy attaque cette afſſertion de toutes
fes forces ; & comme dans une queſtion
de cette nature , l'expérience doit fortie
JUILLET . II. Vol. 17776 77

1
}
t
fier la théorie des principes , l'Auteur
cite en preuves les autorités les plus perſuaſives.
Les Défenſeurs des Théâtres s'y
trouvent combattus avec leurs propres
armes , & par des témoignages tirés des
écrits faits même en faveur des Spectacles.
Cette nouvelle édition contient de
plus , à la ſuite des deux Lettres , un
choix judicieux de différentes Pieces ,
relatives à l'objet que l'Auteur s'eſt fait
un devoir d'approfondir.
Le ſecond volume renferme l'Hiſtoire
des Ouvrages pour & contre les Théâtres.
Elle eſt précédée de notices préliminaires
, beaucoup plus étendues que dans
l'édition précédente. Elles offrent une
hiſtoire abrégée de l'art dramatique ,
depuis fon origine juſqu'à notre temps ;
& il y eſt parlé incidemment des Romans
, avec des réflexions ſur ce genre de
productions .
Cet Ouvrage eſt devenu , par les augmentations
qu'on y a faites , un Livre
intéreſſant pour la Littérature. Il eſt enrichi
de pluſieurs anecdotes curieuſes , &
de pluſieurs obſervations qu'on lit avec
plaiſir , & qui forment une variété
agréable. L'Univerſité de Paris & les
bons Inſtituteurs de la jeuneſſe , tant de
1
78 MERCURE DE FRANCE.
la Capitale que des Provinces , ont penfé
que les lettres de M. D. de B. devoient
étre miſes entre les mains des jeunes gens
prêts à entrer dans le monde. En effet ,
l'Auteur ne cherche dans ſon Ouvrage
qu'à rétablir la pureté des moeurs , le
vrai fondement de la proſpérité des Empires.
Il ramene tout à cet objet important.
On ne peut pas ſe diffimuler que
l'amour effréné des Spectacles , ne fut
une des principales cauſes de la perte de
pluſieurs floriſſantes Républiques de la
Grece , & que Rome ne reſta vertueuſe
que tant qu'elle ne ſe livra pas à ce
genre de plaiſir , ſi propre à faire naître
l'amour du merveilleux , & à dégoûter
de la modeſte ſimplicité, cette compagne
inſéparable des bonnes moeurs. Aufli
Caton , le plus ſage des Romains , crut
devoir s'oppoſer fortement à l'établiſſement
d'un Théâtre fixé , & prédire que
ce feroit pour Rome une Carthage plus
redoutable que celle que l'on venoit de
détruire. Les événemens ne prouverent
que trop combien cette prédiction étoit
pleine de ſageſſe.
'L'Auteurs des Lettres , animé de ce
'même zele , ne s'eſt pas borné à expoſer
les principes d'une faine morale ; mais il
JUILLET . 11. Vol. 1777. 79
cite encore , pour appuyer ſon opinion ,
pluſieurs noms célebres dont l'illuftration
eſt due autant à leurs vertus qu'aux talens
éminens qui les ont diftingués ; &
dans ce nombre on y diftingue avec plaifir
les Pontchartrain , les d'Agueſſeau ,
les d'Ormeſſon , dont les noms ſont ſi
chers à la Nation .
La quantité de perſonnes & d'objets
dont il eſt parlé dans cet Ouvrage , exigeoit
encore plus dans cette nouvelle
édition , une Table des matieres ; on
l'a placée à la fin du ſecond volume.
- Chaque Tome a de plus un Avertiſſement
, qui contient des preuves de l'intérêt
que des perſonnes diftinguées ont
pris au ſuccès de cet Ouvrage , qui a été
également bien accueilli dans les Pays
étrangers , puiſque les Lettres y ont été
traduites en latin & en italien.
; Pratique moderne de la Chirurgic , par
M. Ravaton , Chirurgien . Major de
l'Hôpital Militaire de Landau , Inspecteur
des Hôpitaux de Bretagne ,
Chevalier de Saint Roch , & Penſion.
naire du Roi ; publiée & augmentée
par M. le Sue le jeune , ancien Prévôt
du College de Chirurgie , &c. A Paris ,
80 MERCURE DE FRANCE.
chez Didot le jeune , Lib . quai des
Auguſtins ; 4 volumes in 12. Prix rel.
12 liv.
7
On voit paroître beaucoup de Traités
ſur les maladies chirurgicales , mais on
en voit peu d'auſſi utile que celui ci ;
Il eſt composé d'après l'expérience de M.
Ravaton , qui a travaillé pendant cinquante
ans à mettre en pratique ce qu'il
y preſcrit ; & il n'est pas moins théorique
& méthodique par les ſoins que M. le
Sue le jeune s'eſt donné pour le rédiger,
Il renferme un traité des tumeurs , qui
mene à la connoiffance de preſque toutes
les maladies de cauſe interne; un traité
des maladies des yeux , des oreilles , des
dents , des maladies vénériennes ; un
précis fur les accouchemens , fur les maladies
des os , les opérations de chirurgie ;
& la defcription de nombre d'inſtrumens
& machines nouvelles , pour l'extirpation
du polype du nez , pour la réduction de la
mâchoire inférieure, & la réduction du
bras & de la cuiſſe , à leur articulation ſupérieure
; pour contenir la luxation du condyle
inférieur du péroné, les luxations
& les fractures de la clavicule , celles du
bras , de la cuiſſe , de la rotule & de la
jambe ;
JUILLET. II. Vol. 1777. 81
1
}
1
jambe; pour rappocher & contenir les
bouts caffés du tendon d'Achille , un lit
avec ſa bottine , pour les fractures des
jambes qui font accompagnées de plaies ;
une autre bottine propre à faire marcher
les bleſſés après l'amputation du pied
près les mallédles. Un moyen aſſure &
ſouvent éprouvé pour la guériſon des
pertes involontaires d'urine ; un peſſaire
d'une nouvelle invention , pour empêcher
la chute de la matrice ; un bandage
pour contenir les hernies, un inſtrument
pour rompre dans l'eſtomach la chaîne du
ver folitaire ; un autre pour tirer les gros
graviers du canal de l'uretre , &les corps
étrangers des oreilles ; deux bandages
pour comprimer les tumeurs anévrismales
des arteres ſous - clavieres , & du
pli du coude, un ferre - ligature pour
étrangler les tumeurs enkiſtées , qui ,
par leur volume, font craindre que l'extirpation
ne ſoit accompagnée d'hémorrhagie
dangereuſe ; un tourniquet pour
arrêter le cours du ſang pendant l'amputation
des extrémités: tous ces inſtru
mens , toutes ces machines font répreſentés
dans l'Ouvrage par autant de planches
, pour qu'on puiſſe les concevoir
plus facilement.
F
82 MERCURE DE FRANCE.
De la compoſition des Paysages , ou des
moyens d'embellir la nature autour des
habitations , en joignant l'agréable à
l'utile. par R. L. Gérardin , Meſtrede
Camp de Dragons , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Vicomte d'Ermenonville. A
Paris , chez Delaguette , Imp. Lib. rue
de la Vieille Draperie.
On ne peut pas toujours changer les
ſituations; mais on doit au moins chercher
à les embellir & tirer parti du terrein
qu'on occupe , en faiſant tous les
efforts poſſibles pour y joindre l'utile &
l'agréable. Rien ne s'oppoſe plus à cette
union que cette régularité trop méthodique,
qui ne laiſſe appercevoir que l'art
& la violence qu'on a faite à la nature,
Cette forte d'harmonie que l'on exige ,
ne doit pas détruire cette négligence que
la nature ſemble affecter dans ſes productions
; & l'art qui dirige la décoration
des jardins , ne doit pas s'y trop
montrer : auſſi l'Auteur de la compoſition
des payſages , pénétré de ces verités
, ne peut pas voir de bon oeil que le
fameux le Nôtre ait introduit cet art
JUILLET. II. Vol. 1777: 83
- deſtructeur de la nature , qui afſujétit
tout au compas de l'Architecte. Il ſe
- plaint que l'on a réduit tout l'eſprit dans
ce genre , à tirer des lignes & à étendre
- le long d'une regle , celles des croiſées
- du bâtiment ; auſſi -tôt la plantation , dit-
- il, ſuivit le cordeau de la froide ſymmétrie
; le terrein fut applati à grands
frais par le niveau de la monotone planimétrie
, les arbres furent mutilés de
toute maniere , les eaux furent enfermées
entre quatre murailles ; la vue fut empriſonnée
par de triſtes maſſifs , & l'aspect
de la maiſon fut circonfcrit dans un
plat parterre découpé comme un échiquier
, où le bariolage de fable de toutes
couleurs , ne faisoit qu'éblouir & fati-
: guer les yeux : auſſi la porte la plus
voiſine , pour fortir de ce triſte lieu ,
fut - elle bientôt le chemin le plus fréquenté.
On n'avoit point un parc pour s'y
- promener , & l'on s'entouroit à grands
frais d'une enceinte d'ennui ; on ſe ſéparoit
, par un obſtacle intermédiaire ,
- de la campagne , tandis que , par un
inſtinct fecret , on s'empreſſoit d'aller
la chercher , quelque brute qu'elle pût
étre , de préférence à toutes les allées
F2
84 MERCURE DE FRANCE
bien droites , bien ratiffées & bien ennuyeuſes.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, cherche à faire éviter tous ces
défauts , & nous indique les moyens de
développer , de conſerver ou d'imiter la
belle nature. C'eſt par cet art qu'on
réaliſera ces deſcriptions & ces tableaux
enchanteurs , dont les Poëtes de tous les
âges & les Peintres de tous les fiecles
nous ont offert le modele. Cet art , qui
peut devenir un des plus intéreſſans ,
produira des ouvrages , dont l'effet fera
de charmer l'oeil, & de répandre la ſérénité
dans l'ame. C'eſt le moment de
revenir , dans tous les arts , au vrai goût
dont on s'écarte : & l'Auteur , par ſes
préceptes judicieux & par fa manière
d'écrire qui plaît & intéreſſe, ne peut
que contribuer à hâter cette heureuſe
révolution .
Histoire de Rhédy , Hermite du Mont
Ararat , Conte Oriental , traduit de
l'Anglois ; 2 parties in- 12.A Londres;
& ſe trouve à Versailles , chez le Févre
, Libr. rue Satory.
Amur - Aſſan - Kan , Gouverneur du
S
C
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a
A
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A
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fo
do
Pe

fo
JUILLET. II. Vol. 1777. 85
-
de
es
Ghylan , Province de Perfe , homme
juſte & bienfaiſant , eſt accusé auprès du
Sophi par des ennemis envieux , que l'é-
Eclat de ſes vertus lui a ſuſcités. Obligé
de fuir pour dérober ſa tête au danger
qui la menace , il ſe met en chemin avec
on ſa femme , ſon fils encore enfant , un
Ami qui l'accompagne , & deux Eſcla-
Dans ſa route , il voit encore augementer
ſes malheurs par la perte de ſon
ui fils , qu'une bête féroce dévore preſque
5 à ſes yeux. Il arrive , accablé de douleur ,
eft chez un vieux Hermite retiré au pied du
é Mont Ararat. Cet Hermite eſt Rhédy ,
de qui cherche à conſoler Amur de ſes init
fortunes , en lui faiſant le récit de celles
dont ſa vie a été remplie.
S
re
, ves.
Fils d'un des principaux Seigneurs de
t Perſe , Rhédy , au fortir de l'enfance ,
fer étoit allé parcourir les Pays étrangers ,
ſous la conduite d'un ſage Gouverneur ,
qu'il perdit dans le cours de ſes voyages.
Il revient en Perſe avec une jeune &
belle Géorgienne , à laquelle il a donné ſa
foi , & trouve ſon pere mort. Après lui
- avoir rendu les derniers devoirs , il ſonge
à épouſer ſa chere Sélima , lorſque Savi
Muſtapha , l'un des principaux Béglier-
- begs de la Province , fondé fut des pro-
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
S
poſitions antérieures de ſon pere , lui
offre ſa fille en mariage; &, fur fon refus
, devient ſon plus mortel ennemi , &
trame ſa perte avec le Grand-Viſir Aman
Ola. Ce Miniſtre ,homme injuſte & cruel ,
commence par dépouiller Rhédy de ſes
biens. Le plus précieux de tous , fa chere
Sélima , lui reſtoit encore ; mais l'abo- E
minable Viſir ne tarde pas à la lui en- p
lever. En voulant faire réſiſtance aux
raviſſeurs , cet Amant infortuné eſt pris
lui - même & jeté dans un cachot , d'où
il parvient heureuſement à ſe ſauver. 11
ſe rend à Iſpahan , s'y déguiſe en Marchand
Mogol , pour n'être point reconnu
, & loue une boutique. Quelques
temps après il eſt reconnu par Obeid ,
Intendant des Eunuques du Harem du f
Sophi , ancien Eſclave affranchi de fonu
pere, & qui eſt attaché au fils de fone
bienfaiteur par l'amitié & la reconnois- 1
ſance. L'honnête Eunuque apprend à 1
Rhédy que Sélima eſt dans le Harem ,
& que le Sophi , devenu amoureux d'elle,
n'a encore fait que de vains efforts (
pour réduire ſa conſtance. Il procure
une entrevue aux deux Amans , & s'occupe
des moyens de les faire évader.
Dégoûté de ſa place, il eſt réſolu de ſe
JUILLET . II. Vol. 1777. 87
0
DO
'ॐ
fauver avec eux , & d'aller vivre dans ſa
retraite. Il exécutent tous trois leur pro-
☆ jet ; mais après bien des contre- temps , &
à travers une foule de périls qui paroisſoient
inévitables, ils ſe rendent au Mont
Ararat , auprès d'un vénérable Hermite ,
tami d'Obeid , qui ſert de pere aux
Amans & les unit. Rhédy vit heureux
fr pendant quelques années , avec ſa chere
Sélima ; ſon bonheur eſt encore augmenté
par la naiſſance d'un fils & d'une fille.
Mais le reſte de ſa vie n'eſt plus qu'un
tiſſu d'infortunes. Il perd d'abord presqu'à
la fois le vieux Hermite & fon
fidele ami Obeid. Bientôt après , fon
Epouſe périt miférablement par une
edchûte , en tombant dans un ruiſſeau , & ſe briſant la tête contre le roc. Enfin
une troupe de Brigands , paſſant dans les
environs de ſa retraite , enleve ſa fille &
maſſacre fon fils. La piété à laquelle il
ſe livre dans ſon hermitage , l'empêche
feule de ſuccomber à tant de malheurs.
Une viſion céleste acheve de remettre le
calme dans ſon ame. Enfin il éprouve
encore un rayon de joie , en revoyant fa
o fille qui a été délivrée des mains des
der, brigands, par un jeune Perſandediſtincetion
, qui eſt devenu amoureux d'elle ,
00
fox
fo
را
ortu
Cort
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
& lui a inſpiré les mêmes ſentimens,
Rhédy conſent avec joie à leur union;
mais il refuſe , malgré les inſtances de
ſa fille & de ſon genre , de quitter ſa
ſolitude , & s'y enſévelit pour le reſte de
ſes jours.
Il y a beaucoup d'intérêt dans ce
Roman', où l'Auteur Anglois a très-bien
fuivi le coſtume oriental.
Etat de la Médecine , Chirurgie & Pharmacie
en Europe , & principalement
en France , pour l'année 1777 ; par
une Société de Médecins ; 'volume
in- 12. A Paris, chez la Veuve Thibouſt
, Imprimeur , place Cambray ;
prix 3 liv. br.
Cet Ouvrage eſt diviſé en pluſieurs
parties ; les Auteurs ont d'abord fait
précéder un eſſai ſur la maniere dont les
Allemands pratiquent la médecine , 'relativement
à leur climat , à leur nourriture
, à leurs habitudes , & à leur constitution
primitive & acquiſe , comparée
à celle qui eſt en uſage en France.
Après cette diſſertation préliminaire ,
ils commencent le catalogue des Méde-
C
C
JUILLET. II . Vol. 1777 89

4
cins , Chirurgiens & Apothicaires du
Royaume & des Pays étrangers. La preemiere
partie renferme la liſte des Médecins
de la Cour , des Chirurgiens & des
- Apothicaires employés au ſervice du Roi
&de la Famille Royale ; on y voit en
tête une liſte chronologique des premiers
Médecins , depuis 1461. A l'article de
chaque Médecin ſe trouve le catalogue
des Ouvrages qu'il a faits . La ſeconde
partie concerne la Faculté de Médecine
de Paris , le College Royal de Chirurgie
: on y trouve auſſi une liſte des
Sage - Femmes & des Apothicaires , avec
leur demeure ; on a joint à cette partie
tous les établiſſemens faits à Paris , qui
ont rapport à l'art de guérir. La troiſieme
partie regarde la Médecine , la Chirurgie
& la Pharmacie dans les différentes Provincès
du Royaume ; on a diviſé cette
partie par l'ordre alphabétique des Provinces.
La quatrieme partie eſt deſtinée
aux Hôpitaux Militaires de terre & des
armées ; & la cinquieme enfin traite de
l'état de la Médecine , Chirurgie &
Pharmacie dans les différens Royaumes
de l'Europe. On finit ce recueil par
une notice des Ouvrages qui ont paru
en 1776 , touchant les objets dont il
e.
,
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
s'agit dans cet état. Il auroit été à fouhaiter
que les Auteurs euſſent donné une
table raiſonnée du contenu de ce catalogue,
pour le rendre plus facile à parcourir
& en faciliter l'uſage , & qu'ils eusfent
mis un peu moins de partialité
dans certains détails , & un peu plus
d'exactitude ; mais il n'eſt pas douteux
qu'ils le perfectionneront de plus en plus
toutes les années ; il en eſt d'autant plus
fufceptible , que , dans le cours d'une année
, il arrive beaucoup de changemens ;
au ſurplus , il eſt déjà infiniment ſupérieur
à celui de 1776.
Le Congrès de Cythere, du Comte Al.
garotti , traduit en françois , fur la
ſeptieme & derniere édition. A Florence
; & ſe trouve à Paris , chez Dorez
, Libr. rue St. Jacques , près St.
Yves , 1777. Prix I liv. 4 f. br.
ود
Le dix - huitieme fiécle venoit d'éclore
, lorſque les plus belles contrées de
l'Europe furent privées pendant quelque
temps , de la préſence de l'Amour ; les
Poëtes ne le voyoient plus ſe nicher
entre deux beaux yeux , & vuider en
tous lieux ſon carquois: les Amans fouJUILLET.
II . Vol. 1777. 9
-
S
Σ
- piroient ſeulement par habitude , ou par
réminiſcence de leurs anciennes bleſſures.
On portoit divers jugemens fur la
cauſe d'une nouveauté auffi étrange. Les
uns imaginoient que le fils de Vénus fe
tenoit caché , ſans pouvoir deviner en
quel lieu , artendant peut- être l'occaſion
de ſe venger d'une Belle inſenſible à
ſes traits; d'autres , qu'il s'étoit endormi
à la repréſentation d'un Drame , où à
une aſſemblée d'Académie , & que le
ſommeil l'y retenoit encore. Ailleurs ,
on le croyoit occupé à troubler le Confeil
des Rois , ou bien , inſpirant àquelques
Poëtes le ſujet d'une églogue ou
d'un madrigal. Enfin , des eſprits plus
profonds prétendoient qu'il s'étoit retiré
du monde avec une nouvelle Pſyché , &
qu'il s'enivroit auprès d'elle de ce nec
tar, dont il réſerve quelques gouttes aux
mortels."

a

Mais rien de tout cela ne cauſoit
l'absence de l'Amour ; une affaire d'Etat
occupoit fortement ce Dieu , & le retenoit
dans l'Ile de Cythere. Il s'étoit
élevé entre pluſieurs Nations de l'Europe
une grave conteſtation , fufceptible de
beaucoup de difficultés , & dont la déciſion
appartenoit à l'Amour. Le Dieu ,
9. MERCURE DE FRANCE.
ود
"
و د
"
irréſolu , prend le parti d'aſſembler ſon
Confeil. Il appelle donc l'Eſpérance ,
„ aimable Deïté , dont le regard toujours
ſerein attache à la vie les plus mal-
„ heureux , par la douceur de ſon influence
; un vaſe eſt dans ſes mains ,
,, qui contient une nourriture propre à
fatisfaire tous les goûts , & un remede
,, pour tous les maux. Il appelle la Témérité
, à l'air vif & petulant , qui
plaît d'autant plus aux jolies femmes ,
qu'elle paroît les offenſer davantage ;
,, qui ne perd jamais l'occaſion de vue ,
& faifit la Fortune par les cheveux.
La Jalouſie , cette Divinité ſombre ,
qui empoisonne tous les plaiſirs , ne
ſe nourrit que de ſoupçons , digne
„ compagne de l'Envie , avec laquelle
elle habite dans le fond du Tartare ,
n'oſa point fouiller , par ſa préſence ,
le ſéjour fortuné de l'Amour. Le Dieu ,
,, qui ne peut échapper à ſa pourſuite
ſur la terre , fait lui défendre l'entrée
de ſon Ine. Mais il n'eut pas beſoin de
„ mander la Volupté, fidelle compagne ११ de ſes traces; ſes levres ſont vermeilles
"
"
१०
"
"
ود
ود
"
و د
comme la roſe , ſes dents blanches
,, comme l'ivoire ; elle a le front petit,
,, les yeux bruns ; ſes cheveux de même
رو
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D
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1
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C
ב
JUILLET. II. Vol. 1777. 93
a
,
ود
,, couleur , & légerement parfumés , tom-
,, boient , d'un côté , ſur l'épaule gau-
,, che en boucles ondoyantes , & de l'au-
„ tre , étoient relevés par derriere en
,, forme de noeuds: fa robe légere , qui
laiſſoit entrevoir les charmes de ſa perſonne
, étoit élégante ſans être trop
,, parée, & fa ceinture étoit celle de
Vénus même. Tels furent les Conſeillers
de l'Amour : les Jeux & les
Plaiſirs les accompagnerent en qualité
,; de Miniſtres inférieurs."
ود
ود
و د
و د
L'Amour ſe plaint à fon Conſeil des
déſordres arrivés dans l'Empire Amoureux
; il y a , dit- il , parmi les Nations,
autant de ſectes en amour , qu'il y a de
manieres de vivre & de formes de Gouvernement.
Celle- ci fait des fentimens
du coeur un objet purement intellectuel ;
celle -là veut les aſſujétir aux caprices de
la mode; & cette autre affecte de confondre
les appétits charnels avec les impulſions
les plus délicates de la volupté.
Cherchons donc les moyens de concilier
les différens partis , & de prévenir de
plus grands défordres.
Après différens débats , on réſout ,
d'après l'avis de la Volupté , de convo
quer un Congrés de diverſes Nations à
94 MERCURE DE FRANCE.
Cythere , afin de connoître la ſource du
mal ; & que chaque Nation de l'Europe ,
intéreſſée dans la diſpute, y enverroit
une Ambaſſadrice. Les Jeux & les Plaifirs
vient auſſi -tôt annoncer la volonté de
l'Amour aux mortels. L'Angleterre députe
Milady Graveli ; Madame de Jaſy
eſt élue par la Nation Françoiſe ; & le
choix de l'Italie tombe ſur la Signora
Béatrice. Les trois Dames abordent à
Cythere.
ود
"
ود
دو
ود
" Millady Graveli avoit une robe de
moire blanche , parfaitement adaptée
à ſa taille , avec des manches courtes
& larges , un tablier dont le tiſſu étoit
transparant , & une coëffure pyramidale
ſur la tête ; elle étoit accompagnée
d'un jeune frere qui , durant le voyage ,
s'étoit toujours tenu à l'écart pour lire
" le Tacite de Gordon , &le voyage en
Grece, de Spon. Avant d'aborder à
Cythere , il avoit voulu , à quelque
,, prix que ce fût , viſiter le Promontoire
d'Actium , & les ruines de Ni-
ود
"
ود
ود
"
copolis.
ود
ود
ود
ود
Madame de Jaſy avoit tant de rouge
ſur les joues , que les habitans de Cythere
ſe la montroient comme un objet
extraordinaire ; elle étoit parfumée
رد
ور
1
11
و
رون
19
رو
JUILLET. II. Vol. 1777. 95
1
„ d'ambre & d'autres ſenteurs. Sa robe
و د
ود
"
ود
و د
de taffetas couleur de paille , brodée en
,, argent , & fon court jupon , n'empêchoient
pas d'appercevoir une jambe de
la plus jolie forme qu'on ait vue depuis
la charmante Gabrielle. Elle étoit environnée
de trois ou quatre Galans, po-
,, ſant la main ſur le bras de l'un , fouriant
à l'autre , & agaçant celui - là ; ils
marchoient autour d'elle en ſautillant ,
& en entrelaçant leurs pas. Ils trouvoient
, pendant la route , que les habitans
de Cythere étoient étrangers à
leur propre pays; & à mesure que les
délicieux bocages de cette Inle s'offroient
à leur vue, ils ne manquoient
„ pas de leur oppoſer les Jardins de Sceaux
& de Marly.
و د
و د
و د
"
"
"
ود
ود
ود
و د
و د
و د
"
Le Vertugadin de la Dame Béatrice
étoit d'une coudée plus ample que celui
de Madame de Jaſy ; ſa coëffure
étoit ornée de rubans très - riches ; ſes
cheveux , artiſtement bouclés , étoient
„ couverts de pierreries. Néanmoins elle
„ étoit encore belle avec tant d'ornemens.
و د
د و
Une troupe nombreuſe de Sigisbés formoit
fon cortege ; les uns marchoient
"
devant , les autres derriere, & tous en96
MERCURE DE FRANCE.
"
ود
vioient le fort de celui qui étoit élevé
à la dignité d'Ecuyer. On voyoit
,marcher gravement parmi eux un ſeptuagénaire
parfumé , tenant d'une main
un léger roſeau , & de l'autre , une paire
de gants que la Dame lui avoit donnés
à garder. "
ود
ود
ود
Les trois Ambaſſadrices font chacune
un diſcours conforme au caractere de leur
Nation. Madame de Jaſy fait l'apologie
du culte qu'on rend en France à l'Amour ,
& demande qu'il ſoit adopté & ſuivi par
toutes les Nations. Milady Graveli ſe
plaint au contraire de la froideur & de
l'indifférence des Anglois. La Dame Béatrice
ne ſe plaint pas moins des déſordres
& des ſcandales de toute eſpece , qui ſe
font , dit - elle , introduits en Italie dans
l'Empire Amoureux. Elle fait là-deſſus une
complainte affez longue , & ne manque pas
d'y mêler fréquemment des paſſages de Pé
trarque & autres Poëtes Italiens. LaVolupté
, chargée par l'Amour de remédier à
tout, fait entrer dans le Temple les Chevaliers
des trois Dames , qui n'avoient point
afifté à la ſéance , & leur ordonne d'écouter
les Loix que l'Amour veut qu'on
obſerve dans ſon Empite. Ces Loix
font
C
de
p
pe
gr
C
Le
to
10
JUILLET. II. Vol. 17776 97
font des préceptes fur l'art d'aimer ,
- renfermés dans un diſcours que la Volupté
prononce. Au fortir du Temple ;
- l'Amour fait préparer un feſtin des plus
exquis aux trois Dames & à leur fuite ,
- dans lequel on ſert aux François , du vin
mêlé avec de l'eau de la Fontaine de
Vaucluſe ; on y verſe aux Italiens du vin
de Champagne ; & aux Anglois , du vin
clairet , avec quelques gouttes de népenthes
anti - politiques.
Cet ingénieux badinage eſt accompa-
1 gné d'un Jugement de l'Amour fur le
Congrès de Cythere. On y trouve trois
Lettres des trois Ambaſſadrices à l'Historien
du Congrès , où elles ſe plaignent
d qu'il a falſifié leurs diſcours. L'Amour
#ordonne en conféquence à l'Hiſtorien de
leur en faire une humble réparation.
? یلاع
:

1
Effai fur les Machines Hydrauliques ,
contenant des recherches ſur la maniere
de les calculer , & de perfectionner
en général leur conftruction ; une
Méthode nouvelle pour conſtruire les
vaiſſeaux ; la deſcription de pluſieurs
machines nouvelles , propres à porter
l'hydraulique à un haut point de perjs
fection , & le détail d'un grand nom-
:
G
98 MERCURE
DE FRANCE.
bre d'expériences
très - intéreſſantes. Dédié à S. A. S. Monseigneur le Duc
d'Orléans , premier Prince du Sang. Par M. le Marquis du Creſt , Colonel
en ſecond du Régiment d'Auvergne. A Paris , chez Eſprit , Libr. de S. A.
S. Monſeigneur le Duc de Chartres ,
au Palais Royal ; in - 8°.
Cet Ouvrage eſt plein de recherches
& de vues intéreſſantes , propres à perfectionner
la partie de la méchanique
qui traite du mouvement des machines; l'Auteur s'eſt borné aux machines hydrauliques
; mais fes obſervations l'ont
conduit à des découvertes , & de pareilles
obſervations , appliquées à d'autres
parties de la même ſcience , peuvent les mener auſſi à un plus haut degré de perfection.
L'expérience , appuyée ſur de
bons principes , eſt le moyen que M. le
Marquis du Creſt conſeille , & qui lui
a paru très - négligé juſqu'ici : on y a
ſuppléé par des hypotheses; mais elles
n'ont fait que multiplier les erreurs.
Dans preſque toutes les méthodes , on a voulu réfoudre les queſtions relatives au
mouvement des fluides , par les principes
du mouvement des corps ſolides.
JUILLET. II. Vol. 1777. 99
S
20
ies
On a regardé en conféquence la réſistance
des premiers comme une percusſion
, tandis qu'elle n'eſt réellement
qu'une preffion. Toute percuffion , dit
M. du Creſt , ſuppoſe une viteſſe plus
grande dans le corps choquant que dans
le corps choqué; & fon effet ne ſe calcule
que dans l'inſtant même du choc.
La réſiſtance des fluides n'offre rien de
pareil. Dès qu'une fois le mouvement
eſt arrivé à l'uniformité, les parties ſont
fans ceſſe contigues les unes aux autres ,
&on ne peut plus ſuppoſer que le corps
réſiſtant ſoit continuellement atteint par
le corps pouſſant. Après avoir établi la
différence preſque infinie entre la percusfion
& la preſſion , l'Auteur eſſaye de
réfoudre la queſtion d'une maniere nou .
velle ; il avoue qu'il n'entreprend la
ſolution que d'un ſeul cas ; mais c'eſt
beaucoup, puiſque ſa méthode l'a conduit
à prouver que dans tous les autres
cas , la théorie ordinaire eſt la ſource
d'une multitude d'erreurs. En combattant
les Géometres qui ont trouvé des
réſultats différens des ſiens , & même
entierement oppoſés, il le fait avec les
égards dus à ſes Maîtres. Un Ouvrage
chargé de problêmes & de calculs , ac
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
compagné de planches qu'il faut avoir
ſous les yeux en le liſant, n'eſt pas ſusceptible
d'extrait; nous nous contentons
de l'annoncer , & d'en recommander la
lecture.
De la Sensibilité , par rapport aux Drames
, aux Romans & à l'Education ;
par M. Miſtelet. A Amſterdam; & fe
trouve à Paris , chez Mérigot jeune ,
Lib. quai des Auguſtins , au coin de la
rue Pavée ; in - 8°.
L'Auteur de cet Ouvrage paroît y
avoir entrepris en général , la défenſe
de tous les Ouvrages qui portent l'empreinte
de la ſenſibilité ; mais il s'eſt
attaché particulierement à défendre les
Drames , ou Comédies larmoyantes. Il
commence par ſe plaindre du déchaînement
général d'une partie des Gens de
Lettres contre ce nouveau genre. „ Le
,, genre des Drames , dit-il , eſt en proie
,, aujourd'hui à cette animoſité , à cet
,, acharnement , fruits ordinaires de l'envie
, qui cherche à détruire ce qu'elle
n'a pas créé. Auteurs Tragiques , Co-
„ miques , tout eſt contre lui ; tout ſe
laiſſe entraîner au torrent de la fatire...
"
ود
ود
JUILLET. II. Vol. 1777. 10
"
„ Pour moi qui , cédant bonnement aux
impreſſions que je reçois , ſans chercher
à les détruire par des raiſonnemens
captieux , par des idées de mode ,
ود
ود
ود
"
"
22
bien traités ;
de caprice ; pour moi , dis - je , qui
,, adopte , fans balance , un genre quel-
„ conque , dès qu'il me fait plaiſir ,
,, j'avoue que j'aime beaucoup une bonne
Tragédie , une Comédie gaie & bien
faite , un Drame touchant&bien conduit.
" En effet , tous les genres ſont
bons , pourvu qu'ils soient bien
c'eſt l'opinion , connue depuis long-temps,
d'un très-célebre Ecrivain vivant, & M.
Miſtelet auroit pu s'appuyer d'une autorité
auſſi reſpectable en littérature. Il
fonde encore ſon plaidoyer en faveur
des Drames ſur un autre argument , qui
n'eſt pas moins fans réplique, ſur la
différence des goûts. Un homme dont le
coeur eſt froid, mais l'eſprit vif& pétilelant
, s'attachera plutôt à un Ouvrage
léger & frivole , ou dont le but moral
ne porte que ſur quelques légers ridicules
, qu'à un Ouvrage de ſentiment ;
pendant que ce même Ouvrage agréable
• & fuperficiel ne fera que peu d'impresſion
ſur l'homme dont le coeur ſenſible ,
l'ame profonde & énergique , exigent
a
e
#
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
des peintures fortes & touchantes , propres
à le remuer & à l'attendrir.
Suivant M. Miſtelet , une ame ſenſible
ne peut trouver , dans la Tragédie ,
l'aliment qui lui eſt propre ; il trouve
que ce genre n'a pas un but moral déterminé
, ce n'eſt , ſelon lui , qu'un tiſſa
d'événemens romanesques , plus propres
à nous amuſer qu'à nous inſtruire , ou
que la peinture de vertus féroces , qui
ne font point dans nos moeurs , & que
la ſaine raiſon ne permettra jamais
d'adopter. ,, De quelle utilité peut être ,
,, ajoute t-il dans une note , pour la plus
>> grande partie des hommes , tout l'hé-
„ roïſme répandu dans nos Tragédies ;
ود héroïſme ſouvent porté à l'excès , &
,, approchant plus de la férocité que de
ود la vertu ? Mais quel Particulier ne ſera
,, pas touché du perſonnage de l'honnête
ود Notaire dans l'Indigent , Drame de M.
„ Mercier. Les vertus qu'il offre , les le-
„ çons qu'il donne , intéreſſent la ſociété
,, entiere : ceci nous regarde , ceci eſt dans
» nos moeurs. On ne fauroit trop mettre
,, fous nos yeux toute l'étendue des devoirs
de notre état. "
ود
ود
14
Tout ce que M. Miſtelet dit en faveur
des Drames il l'étend enſuite aux
JUILLET. II. Vol. 1777. 103
a
Of
2
&
لي
{
e
S
1
Romans & aux autres Ouvrages de fentiment;
il infifte beaucoup , dans cette
partie de fa Differtation , fur l'utilité
dont pourroit- être , dans l'éducation , la
lecture des bons Romans ; & fur les
bons effets qu'une ſenſibilité bien dirigée
fruit de cette lecture , pourroit produire
dans le coeur des jeunes gens. ,, Les
,, peres & les meres , dit-il , ne fauroient
،,,tropcultiverlaſenſibilitédansleurs
و د
enfans des deux ſexes , la leur inſpirer
,, par la lecture des Ouvrages qui en
"
font une peinture intéreſſante , qui
,, nous enſeignent les écarts où elle peut
,, nous jeter , quand elle eſt mal dirigée ,
&qui nous préparent à la connoiffance
du coeur humain , partie trop négligée
>> de l'éducation."
59
"
La conclufion de l'Ouvrage de M.
Miſtelet , en eſt en quelque forte le réſumé.
,, J'ai voulu prouver , dit- il , aux
"
و د
Détracteurs des Drames & des autres
,, Ouvrages de ſentiment, qu'ils avoient
tort de profcrire un genre qui , en nous
offrant la peinture touchante de l'innocence
malheureuſe , le tableau ef.
„ frayant du crime & des remords , pé-
„ netre , attendrit notre coeur , & nous
„ porte néceſſairement à la vertu ; que
"
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
:
,, c'eſt l'egoïsme qui engendre tous les ود
„ maux dont la ſociété eſt affligée ; qui
,, nous rend durs , injuſtes , cruels , &
,, que la ſenſibilité de l'ame en eſt le
„ remede , lorſqu'elle eſt éclairée par la
ود raiſon : que cette même raiſon , ſans
.,, la ſenſibilité , eſt toujours imparfaite ,
„ puiſquelle ne ſent pas tous les rap-
,, ports qui exiſtent entre les hommes ,
,, comme la ſenſibilité , ſans la raiſon ,
,, peut - être la ſource d'une infinité d'er-
„ reurs , puiſqu'elle n'a point de guide
,, aſſuré pour ſe conduire; mais que c'eſt
de l'aſſemblage de la ſenſibilité & de
la raiſon , c'est-à-dire , de l'énergie , du
feu de l'une tempéré par la prudence
& l'eſprit de diſcuſſioonn de l'autre ,
,, que naît la vraie vertu & le vrai
» génie."
ود
و د
Flora Parifienfis , ou deſcriptions & figures
des plantes qui croiſſent aux environs
de Paris ; par M. Bulliard. A Paris
, chez Didot le jeune; Libr. quai
des Auguſtins. Tome II .
Le Cahier que nous annonçons ici , eſt
le premier du Tome II , & le cinquieme
de la collection. L'Auteur & le Libraire
JUILLET. II . Vol. 1777. 105
er
d
da
ne négligent rien pour fatisfaire le Public
, tant par l'activité avec laquelle les
Cahiers ſe ſuccedent les uns aux autres ,
que par la perfection qu'ils tâchent d'apporter
à cet Ouvrage.
Fournal des Causes célebres de toutes les
Cours Souveraines du Royaume , &c. ,
pour lequel on ſouſcrit chez M. Deſesfarts
, Avocat , rue de Verneuil , la
troiſieme porte - cochere avant la rue
de Poitiers ; & chez le ſieur Lacombe
, Lib , rue de Tournon , près le
Luxembourg. 12 vol. in- 12. par an.
Prix de la ſouſcription , 18 liv. pour
Paris; & 24 liv. pour la Province.
Franc de port.
Nous avons rendu compte des trois
premiers_volumes de ce Journal , qui ont
paru en Janvier , Février & Mars de cette
année. Depuis , ila paru quatre volumes ,
2. qu'on nous faura gré fans doute de faire
i connoître. Ils contiennent des cauſes
très-piquantes , & qui ne peuvent qu'augmenter
le ſuccès de cet Ouvrage pério
tdique .
e
e
Le Volume du mois d'Avril renferme
deux cauſes très - intéreſſantes. La pre
G5
106 MERCURE DE FRANCE
miere eſt une queſtion d'État; & la ſeconde
eſt le Procès du ſcélérat qui a été
rompu depuis peu à Orléans , pour avoir
fabriqué une machine infernale , & s'en
être ſervi pour faire périr le mari d'une
femme dont il étoit amoureux .
"
"
"
Pour donner une idée de l'intérêt de
la premiere de ces cauſes , les Rédacteurs
du Journal l'annoncent ainſi : Cette
affaire (diſent - ils) eſt une des plus
curieuſes que nous ayons inférées dans
,, notre recueil. Les Orateurs auxquels
elle a donné lieu de faire briller leurs
talent , la préſentoient eux- mêmes
,, comme digne d'occuper l'attention du
, public , & capable d'exciter le plus
,, grand intérêt. Il eſt des événemens ,
21
و د
و د
ود
"
diſoit le défenſeur de l'enfant dont
l'état étoit compromis; il eſt des évé-
,, nemens dont le tiſſu paroît ſi extraor
dinaire , qu'ils reſſemblent preſque à
ces fiction ingénieuſes , ouvrage d'une
imagination qui ſe plaît à s'égarer.
C'eſt ainſi qu'il caractériſoit l'hiſtoire
ſinguliere qui avoit donné lieu à cette
ور conteftation.
ود
ود
ود
„ Que d'intrigues il faudra dévoiler ,
diſoit ſon antagoniſte ! Les grandes
,, paffions paroîtront ſucceſſivement fur
" la ſcene. Nous découvrirons , tout-àt
JUILLET. II . Vol. 1777. 107
Se
01
Sa
e
A
ود
ود
, tour , les fautes de l'Ambition ; celles de
la haine; celles de l'amour ; celles auffi
de la cupidité. Ces tableaux triſtes &
ſombres feront par- tout éclairés par
,, quelques vertus. Du ſein des torts &
des foibleſſes , fortiront des traits écla-
„ tans de courage, de bonne foi , de
grandeur d'ame & de conſtance."
ود
ود
Le Volume du mois de Mai contient
trois cauſes.
La premiere eſt un rapt de séduction .
La ſeconde eſt l'affaire de la Gourdan;
& la troiſieme , eſt le Procès qui a étéfait
récemment à des Ufuriers. La cauſe de
rapt eſt on ne peut pas plus finguliere ;
elle préſente un aſſemblage de circons
tances plus bizarres les unes que les autres.
On peut dire qu'elle réunit l'intérêt
du Roman à celui de la vérité ; ainſi
elle ne peut être lue qu'avec le plus grand
el intérêt.
0
Le nom de laGourdan ſuffit pour faire
- naître la curioſité , & pour faire deſirer
int de connoître les détails de la ſeconde
cauſe. Cette femme étoit accuſée de faire
le commerce honteux de proſtitution dans
la Capitale. Les circonstances de cette
er affaire font très - piquantes.
كر
Le Volume du mois de Juin eſt com-
1
3. poſé de trois cauſes.
108 MERCURE DE FRANCE.
La premiere eſt celle d'un vieux Médecin
, accusé d'avoir fait un enfant à une
jeune Sage - femme. La feconde eſt une
queſtion d'Etat fur la légitimité d'enfans
nés & baptisés pendant la durée d'une union
criminelle , déguisée sous laforme reſpectable
d'un mariage ; & la troiſieme préſente
une queſtion importante fur les effets de
la mort civile. La condamnation par contumace
, d'un Curé aux Galeres à perpétuité
, pour avoir ſéduit & enlevé une
femme , a donné lieu à cette affaire.
Les Rédacteurs annoncent ainſi la cauſe
du vieux Médecin.
ود Si la cauſe , diſent - ils , du vieillard
,, amoureux d'une jeune fille , que nous
avons inférée dans un de nos précédens
Volumes , eſt une preuve que l'amour
eſt de tout âge , la cauſe dont nous
allons rendre compte , offre un nouvel
exemple de cette vérité.
ود
ود
ود
ود
ود
هد
Elle préſente un tableau également
,, curieux & bizarre. D'un côté , c'eſt une
, jeune ſage - femme qui accuſe un Mé-
" decin ſexagénaire de l'avoir ſéduite ,
„ en l'aſſurant qu'elle deviendroit un
,, jour ſon épouse , quoi qu'il fût marié ,
ود
"
& qu'il eût une femme & des enfans.
De l'autre , c'eſt un Médecin confulJUILLET.
II . Vol. 1777.) 109

2
A
1
e
GR
"
و ا
و د
tant du Roi , un Médecin des Armées
, & un ancien Docteur de la
Faculté de Médecine de Paris , qui
,, avoue avoir eu une foibleſſe pour une
,, jeune fille complaiſante , & veut bien
و د
"
"
ſe charger de la nourriture de l'enfant
né de fon concubinage , mais qui refuſe
de payer des dommages - intérêts à la
,, mere , ſous prétexte que ſa conduite
& ſes moeurs font bien éloignées d'être
,, pures.
و د
و د
و د
و د
و د
La nourriture de l'enfant eſt une
dette à laquelle je ne prétends point me
fouftraire , (diſoit le vieux Docteur ; )
mais la Juſtice ne doit point de récompenſe
au libertinage; & ce ſeroit en
,, accorder une , que de donner des dom-
,, mages - intérêts à la fille avec laquelle
j'ai eu commerce. "
La ſeconde cauſe eſt préſentée fous
un point de vue qui annonce fon importance
, & le genre d'intérêt que la lecture
doit exciter.
و د
De toutes les queſtions qui s'agitent
„ dans les tribunaux , les plus importan-
„ tes , fans doute , ſont celles qui ten-
و د
dent à compromettre l'état des hommes,
„ Depuis que nous sommes réunis en ſo.
ciété, notre exiſtence civile eſt deve
و د
„ nue , en quelque forte , auſſi précieuſe
108 MERCURE DE
La premiere eſt celle
decin , accusé d'avoir far
jeune Sage -femme. La
question d'Etat fur la le
nés & baptisés pendant la
criminelle , déguisée sous
ble d'un mariage ; & la tr
une queſtion importante
la mort civile. La condan
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tuité , pour avoir ſéduit
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Les Rédacteurs annonce
ſe du vieux Médecin.
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Volumes , eſt une preu
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allons rendre compte ,
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Γ. II . Vol. 1777. 111
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„ mere , fous préte
& fes meurs fout bien ta
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pures.
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dette à laquellejenepre
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'ie Italienne ; & la troin
d'un Avocat du Bailvar
un Arrêt récent du
„ louftraire
, droit et
و و
maisla utice ne doit de
,, penſean liberinage; & ceferen
1
1
" accorder
une
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mages intéren à la Eve
» j'ai eu commerce,
5.
e maniere le premier
miere de ces cauſes eſt
femme ont été accuſés
Un journalier , qui les
a été arrêté comme
crime. Les premiers
condamné les accuſés
ordinaire & extraordiont
interjetté appel de
au Parlement de Paris ;
préſentoit ainſi cette
at importante par ſon
bizarrerie des événeaîné
trois citoyens dans
un point de vue
quatre teint du fang
La feconde
cache.it-il, que , dans la ca-
& le genre : xploit lon crime en purance,&
ture doit
exciter,
De
toutes
, dans les tiburan
,isp
„ tes, fans come
„ dent a
comprome
„ Depuis que
Docsao
.
ciété, notre extence
deve
nfans , à Mont-Brifont ,
r. L'hiſtoire du procès & du
eft ipférée dans le volume pu-
75.
» nue, an quelque lire
précieule
112 MERCURE DE FRANCE.
ود
"
و د
étoient pourſuivis pour un attentat auſſi
horrible. Si l'indignation publique eut
beſoin , pour être ſoulagée , de voir un
monſtre expirer dans les flammes , au-
,, jourd'hui la pitié s'armera pour les
malheureux enfans que nous allons défendre.
"
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Leur pere eſt mort cependant , après
avoir fui devant eux ; il eſt mort après
avoir appelé à ſon ſecours. Difons plus :
fon fils infortuné , à qui les circonftan
ces faifoient une néceſſité de ſuivre fon
,, pere , avoit un bâton à la main; fa
,, jeune épouſe ſe traînoit après lui. En-
ود
وا
fin , un journalier , que ces malheu-
,, reux époux occupoient dans leurs posfeſſions
, les accompagnoit auſſi ; docile
à la voix de ceux pour qui il travailloit
, il avoit volé à leur ſecours.... Le
,, pere s'arrête , chancele , tombe.... On
,, approche , il avoit rendu la vie.
"
ود
وا
Quel affreux préjugé contre ſes enfans!
.... Dangereux caprices du fort ,
,, jeux incompréhenſibles du haſard ,
combien vous avez mis l'innocence en
,, péril !
ود
"
ود Malheureux enfans , à quel fort
étiez- vous donc réſervés ! .... Si le parricide
eſt le plus éxécrable de tous les
"
forfaits
JUILLET. II. Vol. 1777. g
i
t
$=
,, forfaits , le plus grand des malheurs eſt
d'en être accuſé injuſtement." "
Les deux autres cauſes qui ſe trouvent
dans ce volume , méritoient d'occuper
une place dans la collection de toutes
les affaires curieuſes & intéreſſantes
qui ſe jugent dans les différens Tribunaux
du Royaume. Ce Recueil devient
de jour en jour plus piquant. La variété
qui y regne , & le choix des affaires
dont il est compoſé , aſſurent de plus
en plus le ſuccès de ce Journal , qui formera
dans la ſuite une collection également
précieuſe , pour les perſonnes attachées
au Barreau , & pour toutes fortes
de Lecteurs. Les Volumes de cet
Ouvrage périodique paroiſſent tous les
premiers de chaque mois avec la régularité
la plus fcrupuleuſe.
La fouſcription eſt ouverte en tout
temps pour chaque année , qui commence
au premier Janvier. On délivre tous les
Volumes qui ont paru juſqu'ici au prix
de la ſouſcription; mais on ne vend aucun
Volume ſéparé.
Il paroîtra , dans le mois de Septembre
prochain , une Table raiſonnée des
matieres contenues dans les Volumes
qui ont paru juſqu'au mois de Janvier
19
H
114 MERCURE DE FRANCE.
1777. Cette Table ſera vendue ſéparé.
ment. Le prix de la ſouſcription pour
le Volume , eſt de 3 liv. , & il parviendra,
franc de port , aux Souſcripteurs.
Lettre de M. de Treſſéol à M***. Directeur
de l'Ecole Militaire , fur l'éducation
Militaire . A Paris , chez Colas ,
Libraire , Place de Sorbonne.
Le but de l'Auteur , dans cet Ouvra
ge, eſt de montrer ce qui concourt à la
perfection d'une École Militaire. Montagne
dit qu'il n'y a pas Maître , que deux
fois au moins par jour , le besoin ne chatouille
de faire un tour à l'Ecole. M. de
Treſſéol commence par l'établiſſement
d'une Bibliotheque où les Maîtres puisfent
aller chercher l'inſtruction. Il faut
les mettre à portée de travailler pour
l'oeuvre , pour le Public & pour euxmêmes
; l'on devroit , dit- il , s'il eſt posfible
, les entourer de leur bonheur. Eh !
le travail n'est - il pas un de nos grands
beſoins ? C'eſt bien l'ami des hommes ,
c'eſt leur conſolateur. L'Auteur voudroit
que cette Bibliotheque fût à l'uſage des
Eleves ,& que l'établiſſement s'en fît avec
une forte de folemnité. Il faut qu'on
و
و
,
ر

12
15
JUILLET. II. Vol. 1777. 115
-voie dans leur berceau les établiſſemens
utiles croſtre & s'élever pour le bien de
l'Etat.
2 L'Etude des Langes eſt indiſpenſable à,
un Officier qui ſe trouve obligé de voyager
& de vivre chez l'Etranger. M. de
- Treſſeol eſt d'avis de ne les faire appren.
dre aux Éleves d'une École Militaire ,
que dans un Auteur utile à étudier en
lui -même , dans des Selecta qui foient mis
- à leur portée , & relatifs à leur deſtina ..
tion,
" Les moeurs militaires font , par elles ..
, mêmes féroces , & il ne faut pas faire
,, des fanatiques , comme l'ancienne Che-
ود
رد
ود
ود
valerie , fi utile à certains égards. On
,. doit tempérer l'aprêté des armes ,
calmer le ferment de la bravoure par
,, des principes d'humanité , par la politeſſe
, les Lettres & les Arts . Lors-
, qu'un célebre Philoſophe répete indé.
finiment à chaque page , que Lycurgue
1. ,, avoit banni les Arts de ſa République ;
,, lorſque ſes adverſaires le laiſſent en
,, poffeffion d'une autorité qui peut fervir
of , à l'écrafer ; je me convaincs que les
,, gens à ſyſteme voient par - tout ce
,, qu'ils ont intérêt à y voir, & que la
d
S
11
"
ود
,, plupart des hommes n'ont pas la force
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
"
ود
"
و د
ود
"
ود
de douter de ce qu'un ton affirmatif
leur atteſte. Lycurgue n'avoit fermé
les portes de Lacédémone , qu'à des
Arts qui euſſent été de pur luxe , ſi
,, je puis ainſi dire , dans ſon état ; aux
Arts qu'il n'auroit pas pu animer
de l'eſprit militaire , & qui n'euſſent
fait que nuire dans un camp tel que
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point com-
,, muniquer avec le Citoyen. Les Arts ,
amis de l'Art militaire , ce grand Lé-
,, giſlateur les recut. La Poësie , la Muſique
, la Danſe furent en honneur dans
ſa République . La Philoſophe (j'en ai
Platon pour garant) y étoit mieux cultivée
qu'en aucun autre lieu du monde:
ces Arts & ces Sciences étoient
,, fubordonnés , & adaptés au Génie de
l'Art national.
و د
ود
"
"
ود
"
"
M. de Treſſéol prend de- là occafion
de tracer pluſieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font déſirer qu'il les rempliſſe lui - même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens , font abſolument néceſſaires. Il faut
qu'un Militaire connoiſſe l'uſage moral
qu'il doit faire des armes. Il ne lui fuffic
pas de plonger ſon épée dans le fein de
JUILLET. II. Vol. 1777 117
f
a
A

i

de
ſon ennemi ; il faut encore qu'il en retire
ſa main pure. Des élémens de Littérature,
des élémens d'Histoire , tant géné
rale que particuliere , font du nombre
de ces Ouvrages . M. de Treſſéol préſente
Lacédémone pour modele d'École Militaire.
Ce qu'il dit , eſt ſage , bien penſé
, écrit avec force & nobleſſe. L'unité
"
و د
ود
dans la variété , voilà le principe fondamental
de la bonne éducation ,
,, comme la ſource du beau dans de certains
Arts. Il ne faut pas préſenter aux
enfans un ſeul & unique objet , mais
il faut que tous les objets que vous
leur préſentez , tendent & entraînent
و د
ود
"
"
" leur eſprit vers un même but. L'édu-
,, cation ordinaire eſt fauſſe & nulle ,
,, parce que tous les moyens ne s'engrai-
,, nent pas les uns dans les autres , ſe
و د
croifent , ſe combattent , ſe détruiſent ,
,, ne ſe réferent point à la deſtination particuliere
des Eleves. Chaque profeſſion "
" doit avoir ſon éducation propre ,
,, comme elle a ſon eſprit & fon objet
,, particulier. Il y a doute des princi-
„ pes communs dans la ſcience de for-
,, mer les hommes dans tous les états ;
و د
mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
poſſible , ſéparer l'inſtitution de
H 3 :
116 MERCURE DE FRANCE .
و د
"
de douter de ce qu'un ton affirmatif
leur atteſte. Lycurgue n'avoit fermé
les portes de Lacédémone, qu'à des
Arts qui euſſent été de pur luxe , ſi
,, je puis ainſi dire , dans ſon état ; aux
"
"
"
و د
و د
و د
Arts qu'il n'auroit pas pu animer
,, de l'eſprit militaire , & qui n'euſſent
fait que nuire dans un camp tel que
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point com-
,, muniquer avec le Citoyen. Les Arts ,
amis de l'Art militaire , ce grand Légiflateur
les recut. La Poësie , la Muſique
, la Danſe furent en honneur dans
ſa République. La Philoſophe ( j'en ai
Platon pour garant) y étoit mieux cultivée
qu'en aucun autre lieu du monde:
ces Arts & ces Sciences étoient
fubordonnés , & adaptés au Génie de
l'Art national.
"
ود
"
"
ود
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ود
M. de Treſſéol prend de- là occafion
de tracer pluſieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font délirer qu'il les rempliſſe lui - même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens, font abſolument néceſſaires. Il faut
qu'un Militaire connoiſſe l'uſage moral
qu'il doit faire des armes. Il ne lui fuffit
pas de plonger ſon épée dans le fein de
JUILLET. II . Vol. 1777. 117
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ſon ennemi; il faut encore qu'il en retire
ſa main pure. Des élémens de Littérature,
des élémens d'Histoire , tant géné
rale que particuliere , font du nombre
de ces Ouvrages. M. de Treſſéol préſente
Lacédémone pour modele d'École Militaire.
Ce qu'il dit , eſt ſage , bien penſé,
écrit avec force & nobleſſe. L'unité
ود
ود
و د
dans la variété , voilà le principe fondamental
de la bonne éducation ,
,, comme la ſource du beau dans de certains
Arts. Il ne faut pas préſenter aux
enfans un ſeul & unique objet, mais
il faut que tous les objets que vous
leur préſentez , tendent & entraînent
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"
"
" leur eſprit vers un même but. L'édu-
,, cation ordinaire eſt fauſſe & nulle ,
,, parce que tous les moyens ne s'engrai-
,, nent pas les uns dans les autres , ſe
ود
croifent , ſe combattent , ſe détruiſent ,
,, ne ſe réferent point à la deſtination particuliere
des Eleves. Chaque profeſſion "
" doit avoir ſon éducation propre ,
,, comme elle a ſon eſprit & ſon objet
,, particulier. Il y a doute des princi-
,, pes communs dans la ſcience de for-
,, mer les hommes dans tous les états;
,, mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
* poſſible , ſéparer l'inſtitution de
H3 :
116 MERCURE DE FRANCE.
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de douter de ce qu'un ton affirmatif
leur atteſte. Lycurgue n'avoit fermé
les portes de Lacédémone , qu'à des
Arts qui euſſent été de pur luxe , ſi
,, je puis ainſi dire , dans ſon état ; aux
Arts qu'il n'auroit pas pu animer
de l'eſprit militaire , & qui n'euſſent
fait que nuire dans un camp tel que
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point com-
,, muniquer avec le Citoyen. Les Arts ,
,, amis de l'Art militaire , ce grand Lé-
,, giſlateur les recut. La Poësie , la Mu-
,, ſique , la Danfe furent en honneur dans
و د
و د
"
و د
"
ود
ſa République. La Philofophe ( j'en ai
Platon pour garant) y étoit mieux cultivée
qu'en aucun autre lieu du mon-
" de: ces Arts & ces Sciences étoient
fubordonnés , & adaptés au Génie de
l'Art national.
"
ود
"
M. de Treſſéol prend de- là occaſion
de tracer pluſieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font délirer qu'il les rempliſſe lui - même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens, font abſolument néceſſaires. Il faut
qu'un Militaire connoiſſe l'uſage moral
qu'il doit faire des armes. Il ne lui ſuffit
pas de plonger ſon épée dans le fein de
JUILLET. II. Vol. 1777 117
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1

&
:
de
ſon ennemi; il faut encore qu'il en retire
ſa main pure. Des élémens de Littérature,
des élémens d'Histoire , tant géné
rale que particuliere , font du nombre
de ces Ouvrages. M. de Treſſéol préfente
Lacédémone pour modele d'École Mi.
litaire. Ce qu'il dit , eſt ſage , bien penſé
, écrit avec force & nobleſſe. L'unité
dans la variété , voilà le principe fondamental
de la bonne éducation ,
,, comme la ſource du beau dans de certains
Arts. Il ne faut pas préſenter aux
enfans un ſeul & unique objet , mais
il faut que tous les objets que vous
leur préſentez , tendent & entraînent
"
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ود
"
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leur eſprit vers un même but. L'édu-
,, cation ordinaire eſt fauſſe & nulle ,
,, parce que tous les moyens ne s'engrai-
,, nent pas les uns dans les autres , ſe
ود croifent , fe combattent, ſe détruiſent ,
,, ne ſe réferent point à la deſtination particuliere
des Eleves. Chaque profeſſion "
" doit avoir ſon éducation propre ,
,, comme elle a ſon eſprit & fon objet
,, particulier. Il y a doute des princi-
„ pes communs dans la ſcience de for-
,, mer les hommes dans tous les états ;
mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
..poſſible , ſéparer l'inſtitution de
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116 MERCURE DE FRANCE .
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"
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de douter de ce qu'un ton affirmatif
leur atteſte. Lycurgue n'avoit fermé
les portes de Lacédémone , qu'à des
Arts qui euſſent été de pur luxe , ſi
,, je puis ainſi dire , dans ſon état ; aux
Arts qu'il n'auroit pas pu animer
de l'eſprit militaire , & qui n'euſſent
fait que nuire dans un camp tel que
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point com-
,, muniquer avec le Citoyen. Les Arts ,
"
"
ود
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amis de l'Art militaire , ce grand Lé-
,, giſlateur les recut. La Poësie , la Mu-
„ ſique , la Danſe furent en honneur dans
ود
ود
ود
ſa République. La Philofophe ( j'en ai
Platon pour garant) y étoit mieux cultivée
qu'en aucun autre lieu du monde:
ces Arts & ces Sciences étoient
,, fubordonnés , & adaptés au Génie de
l'Art national.
"
ود
M. de Treſſéol prend de- là occafion
de tracer pluſieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font déſirer qu'il les rempliſſe lui - même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens , font abſolument néceſſaires. Il faut
qu'un Militaire connoiſſe l'uſage moral
qu'il doit faire des armes. Il ne lui fuffic
pas de plonger ſon épée dans le ſein de
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JUILLET. II . Vol. 1777. 117
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- ſon ennemi ; il faut encore qu'il en retire
ſa main pure. Des élémens de Littérature,
des élémens d'Histoire , tant géné
rale que particuliere , font du nombre
de ces Ouvrages. M. de Treſſéol préfente
Lacédémone pour modele d'École Militaire.
Ce qu'il dit , eſt ſage, bien penſé
, écrit avec force & nobleſſe. L'unité
dans la variété , voilà le principe fondamental
de la bonne éducation
,, comme la ſource du beau dans de certains
Arts . Il ne faut pas préſenter aux
enfans un ſeul & unique objet , mais
il faut que tous les objets que vous
leur préſentez , tendent & entraînent
و د
و د
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"
و د
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,
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,, cation ordinaire eſt fauſſe & nulle ,
,, parce que tous les moyens ne s'engrai-
,, nent pas les uns dans les autres , ſe
,, croifent , ſe combattent , ſe détruiſent ,
,, ne ſe réferent point à la deſtination par-
و د
"
ticuliere des Eleves. Chaque profeſſion
doit avoir ſon éducation propre ,
,, comme elle a ſon eſprit & ſon objet
,, particulier. Il y a doute des princi-
„ pes communs dans la ſcience de for-
,, mer les hommes dans tous les états ;
,, mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
poſſible , ſéparer l'inſtitution de
H 3 :
IIS MERCURE DE FRANCE.
;, l'homme de celle du citoyen , de
ود
"
ود
celle du ſujet , de celle de l'homme
de telle profeſſion; il faut que l'Eleve
d'une Ecole Militaire , inter-
„ rogé s'il eſt citoyen , réponde qu'il
eſt ſoldat. L'eſprit d'Etat ſe prend
mieux dans une Ecole commune. J'é-
,, leverai donc enſemble des militaires ,
,, comme à Sparte ; une partie de leur
و د
ود
و éducation ne peut même être donnée
وو autrement.
"
ود Il étoit impoſſible que Lycurgue ne
réuffit point à former une république
,, guerriere ; il avoit, pour ainſi dire,
,, incorporé l'eſprit militaire dans toutes
ود
ود
ود
ود
ود
les parties phyſiques & morales de
l'Etat; c'étoit l'ame univerſelle de Lacédémone.
Là , tous les Dieux étoient
armés ; les ſtatues des Héros , glorieuſement
élevées dans les lieux publics ,
exaltoient l'ame d'un citoyen ; la gloire
" des armes retentiſſoit dans toutes les
bouches ; les Arts diſpoſoient , animoient
aux combats ; les exercices , les
" ſpectacles , les jeux ; les jeux , cette
,, partie de l'éducation , ſi utile dans les
ود
22
ود
ور mains d'un Philoſophe , étoient le cri,
" l'eſſai , l'image de la guerre ; la ville
,, étoit un camp; le citoyen devoit , pour
:
JUILLET. II. Vol. 1777. 119
+
5
1

تال
, ainſi dire , naître ſoldat. " L'ame des
Eleves , en ſuivant ce modele, prendra
d'elle - même ſa direction vers les armes.
Dans une École Militaire , tous les objets
, tous les arts , tous les jeux , doivent
reſpirer la guerre. Il faudroit que ces jeux
fuſſent tous marqués de l'empreinte militaire
, qu'on imitat les Grecs , dont la
Gymnaſtique peut beaucoup ſervir pour
les exercices du corps. On néglige trop
cette partie de l'éducation; on ne fait pas
attention que c'eſt bien ſouvent à la vigueur
du corps qu'on doit de très - belles
actions ; & voilà pourquoi Homere exalte
tant le bras vigoureux de ſes Héros.
M. de Treſſéol parle enſuite des puni.
tions qui doivent accompagner les fautes
des Éleves. Le reſſort de l'Etat militaire
eſt l'honneur. Une École militaire doit
être celle de l'honneur. Les coups font
des punitions ſerviles ,,, qui avilifſſent
,, l'ame , lors même qu'ils corrigent
"
les défauts , ſi toutefois ils en corri-
2, gent , car leur effet ordinaire eſt d'en-
. و و
و د
durcir à force de frapper... Au Japon ,
,, on ne bat jamais les enfans , quoiqu'on
les accoutume à de violens exercices ;
& ils font de bonne heure excellents
ſoldats. Les enfans de Sparte fouffroient
"
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
ود
"
ود
"
ود
ſur l'Autel de Diane , juſqu'à expirer
ſous les verges ; mais c'étoit une épreuve
volontaire & glorieuſe de leur ma-
,, gnanimité. Cet objet eſt , dans l'éducation
, de la plus grande importance ,
même pour toute la vie." M. de Tresſéol
paſſe enſuite aux récompenfes ; &
partant du principe qu'il a établi , fait
voir qu'elles doivent être des honneurs
& des diſtinctions militaires. Nous ne
ſuivons pas ces détails , il faut les voir
dans l'ouvrage même , qui renferme des
vues très - utiles. On a fait beaucoup de
livres ſur l'éducation en général , & l'on
n'a preſque point écrit ſur l'éducation
militaire. Traiter des matieres auſſi eſſentielles
, c'eſt mériter la reconoiſſance publique.
M. de Treſſéol va faire imprimer
une édition complette des OEuvres de
M. Deſmahis. On a fort peu de pieces
de cet agréable Auteur. On nous fait
eſpérer une augmentation de deux tiers
de ſes Ouvrages , qui n'ont jamais vu le
jour. Le goût & les talens de l'Éditeur
font préſager de fon travail un heureux
fuccès.
Mémoire fur les travaux qui ont rapport
JUILLET. 11. Vol. 1777. 121
:
1
:
1

a
با
A
à l'exploitation de la mature dans les
Pyrénées , avec une defcription des
manoeuvres & des machines employées
pour parvenir à extraire les mâts des
forêts , & les rendre à l'entrepôt de
Bayonne , d'où enſuite ils ſont diſtribués
dans les différens Arſenaux de la
Marine. Par M. le Roi, Ingenieur des
Ports & Arſenaux de la Marine. A
Paris , chez Couturier pere , Imprim.-
Libr. aux Galleries du Louvre ; & Couturier
fils , quai des Auguſtins .
Cet Ouvrage , très curieux , fera lu
avec plaiſir ; l'Auteur qui a dirigé luimême
les travaux faits dans les forêts
d'Iſſaun , de Pact & de Benoux , qui
font encore actuellement en exploitation ,
rend compte des opérations & des manoeuvres
qu'il a été obligé d'imaginer &
d'exécuter , pour ſe frayer une route à
travers les forêts , en faciliter l'entrée
aux Ouvriers , & leur procurer les
moyens de tranſporter les arbres immenſes
qu'ils abattoient , & qui , ſans ce
moyen , auroient été condamnés à reſter
toujours dans ces forêts , fans pouvoir
être jamais d'aucun ſervice aux hommes.
Ceux qui ont viſité les lieux , ont va
H 5
A
122 MERCURE DE FRANCE.
avec un étonnement mêlé d'effroi , leur
ſituation , & n'ont pu refuſer leur admiration
à la hardieſſe des hommes qui
ont entrepris d'y pénétrer , & à l'induſtrie
avec laquelle ils y ont pratiqué des routes
fûres & commodes; elles ſont construites
, dans quelques endroits , à travers
des précipices , formés par des
rochers qui ont juſqu'à 600 toiſes de
hauteur, preſque à pic , éloignés ſouvent
les uns des autres de cinquante pieds ,
& entre leſquels roulent des torrens
rapides. L'un de ces chemins , pris for
l'une des côtes de ce précipice , eſt taillé
en entier dans le marbre , fur toute fa
largeur , & une grande partie eſt en
demi- voûte de 12 pieds de hauteur ;
cette partie même a près de 800 toiſes
de longueur. Une choſe , ajoute M. le
Roi , rend effrayant l'aſpect de ce chemin
qu'il décrit ; il eſt tracé à la moitié
de la hauteur du rocher de forte que
d'un côté il y a un abyme très - profond ,
de l'autre un rocher à- plomb, dont on
n'apperçoit pas toujours le ſommet. Outre
les difficultés naturelles qui naiſſent du
concours des circonstances , on doit
compter celles qui naiſſent de l'horreur
du lieu, de la néceſſité de n'employer
JUILLET . II . Vol. 1777. 123
i.
je
1
انا
L
i
!
e
A
C
que des Ouvriers qui y ſoient familiariſés.
Les ſpectacles effrayans qui ſe
multiplient dans ces lieux ſauvages ,
donnent aux travaux qu'on y exécute
un air de grandeur , qu'ils méritent ſans
doute par les obſtacles qu'ils ont donné
à ſurmonter.
L'Auteur commence par décrire fommairement
la partie des Pyrenees qui
avoiſine les forêts de ſapin , qui font
actuellement en exploitation. Ce tableau
eſt vaſte & impoſant ; la chaîne de ces
montagnes offre , dans ſon enſemble , le
ſpectacle le plus propre à étonner l'imagination
par ſa grandeur. La variété des
aſpects , la magnificence des décorations,
quelquefois le filence & l'horreur de ces
lieux sauvages , plus ſouvent le bruit des
torrens; tout concourt à y mettre l'ame
dans un état extraordinaire. Le Naturaliſte
, dans ſes recherches , y trouve beancoup
de richeſſes de détails; mais il ne
faut qu'ouvrir les yeux pour être frappé
ゴ&faili de la majeſté de la Nature , qui
paroît les y avoir amoncelées avec une
profuſion digne d'elle.
1
F
Parmi les forêts qui couvrent les
montagnes , l'Auteur ne décrit que
124 MERCURE DE FRANCE.
celles qui ont été l'objet de ſes travaux.
Celle d'Iſſaun contient en ſuperficie
3500 arpens , l'arpent à 100
perches quarrées , & la perche à 22
pieds de Roi : cette ſuperficie étoit couverte
de ſapins; ils étoient ſi épais , ſi
ſerrés avant qu'il fût queſtion de les
exploiter , que l'on y prit , il y a environ
30 ans , une jeune fille ſauvage de 16 à
17 ans. Il y en avoit ſept à huit qu'elle
habitoit ces bois. ,, Elle y avoit été laiſſée
,, par une troupe d'autres filles , qui y
ود
ود
"
furent furpriſes par la neige , & obli-
,, gées d'y paſſer la nuit ; le lendemain
elles chercherent leur camarade , la
chercherent inutilement , & l'abandonnerent.
Cette fille , arrêtée enſuite
,, par des Paſteurs , ne ſe reſſouvenoit de
rien , avoit perdu l'uſage de la parole ,
& ne vouloit manger que des herba-
„ ges ; elle fut conduite à l'Hôpital de la
ود
ود
"
" Ville de Moléon , où elle a vécu long-
„ temps , dévorée de chagrin , regret-
,, tant toujours fa liberté , ne parlant
,, jamais , & reſtant preſque immobile
,, toute la journée , la tête appuyée ſur
ود
"
"
les deux mains . Elle étoit d'une taille
ordinaire , & avoit quelque choſe de
dur dans la phyſionomie. "
:
JUILLET. II . Vol. 1777. 125.

1
1
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1
1
.
:
ود
ود
"
ود
ود
"
En 1774 , on découvrit un autre Sauvage
dans les environs ; les Paſteurs voifins
de la forêt d'Yvaty , près de Saint-
Jean- Pied - de- Port, le découvrirent les
premiers; il habitoit les rochers voiſins
de cette forêt. Cet homme étoit de la
,, plus grande taille , velu comme un
,, ours , & alerte comme les Hiſars , d'une
humeur gaie , avec l'apparence d'un caractere
doux , puiſqu'il ne faisoit de mal
à perſonne. Souvent il viſitoit les cabanes
ſans rien emporter. Ilne connoisſoit
ni le pain , ni le lait , ni le fro-
,, mage; fon grand plaiſir étoit de faire
courir les brebis & de les diſperſer ,
,, en faiſant de grands éclats de rire ,
mais ſans jamais leur faire de mal .
Les Paſteurs mettoient ſouvent leurs
chiens après ; alors il s'enfuyoit comme
un trait , & ne ſe laiſſoit jamais ap-
„ procher de trop près. Une ſeule fois il
vint un matin à la porte d'une cabane
d'Ouvriers qui faisoient des avirons ,
& qu'une grande quantité de neige ,
tombée pendant la nuit , retenoit; il
ſe tint debout à la porte , qu'il tenoit
des deux mains , & regardoit les Ouvriers
en riant. Unde ces gens ſe gliſſa
و د
ود
ود
"
"
"
ود
ود
ود
"
ر د
ود
" doucement pour tâcher de le ſaiſir par
126 MERCURE DE FRANCE.
" une jambe; plus il le voyoit approcher ,
,, plas fon rire redoubloit ; enſuite il
ود
ود
s'échappa. On a jugé que cet homme
,, pouvoit avoir trente ans. Comme cette
, forêt eſt d'une grande étendue , &
;, communique à des bois immenfes ap-
,, partenans à l'Eſpagne , il y a à préſu-
,, mer que c'étoit quelque jeune enfant
qui s'y étoit perdu , & qui avoit
trouvé le moyen d'y ſubſiſter avec des
herbes."
ود
ود
"
Après la deſcription des Pyrénées ,
l'Auteur parle des ſapins que fourniſſent
les forêts qu'il exploite ; il en fait connoître
la qualité , entre dans les détails
de la coupe , indique les routes conſtruites
pour les tranſporter , les décrit , fait
connoître la maniere dont on porte les
arbres coupés juſqu'au chemin & de là
juſqu'au port où on les fait flotter ; la
maniere dont on les charge ſur les traits ,
celle dont on les décharge. Il détaille
toutes les parties des différens travaux
relatifs à la flottaiſon , la conſtruction
des radeaux , la maniere de flotter ; & il
termine fon Ouvrage par la deſcription
des différens établiſſemens relatifs à cette
exploitation. Il a joint à ſon Ouvrage
pluſieurs deſſins qui étoient indiſpenſa-
7
P
T
P

L
JUILLET. II . Vol. 1777. 127
--, bles , & qui metettteenntt ſous les yeux une
multitude d'objets , que l'on ne peut
décrire qu'imparfaitement: on ne peut
le lire fans admirer la vigueur , l'activité
, l'induſtrie & l'intelligence des Directeurs
de l'entrepriſe ; & il eſt fait
pour éclairer & guider ceux qui en feront
* chargés après lui .
5,
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I
1
il
U
e
:
Traité fur les Coutumes Anglo- Normandes
, qui ont été publiées en Angleterre
depuis le onzieme juſqu'au quatorzieme
fiecle , avec des remarques
fur les principaux points de l'Hiſtoire
& de la Jurisprudence Françoiſe , antérieures
aux établiſſemens de Saint-
Louis ; par M. Houard , Avocat en
Parlement , Correſpondant de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles
Lettres . Tome II A Paris , chez
Saillant , Nyon & Valade , Libraires ,
rues Saint- Jean- de-Beauvais & Saint-
Jacques.
Le Jurifconfulte profond à qui nous
devons cet Ouvrage, s'eſt livré à l'étude
des Loix Angloiſes , & a obſervé qu'il y
avoit une grande conformité entre les
e
Loix de l'Heptarchie Angloiſe , & celles
128 MERCURE DE FRANCE.
qui ont régi la France ſous la premiere
race de nos Rois , & juſqu'à la fin de la
vie de Charlemagne. L'Hiſtoire nous
apprend que la féodalité qui a été établie
en France par la poſtérité de ce grand
Prince , fut portée chez les Anglois par
Guillaume le Bâtard , Duc de Normandie
, & le Conquérant de l'Angleterre ;
& l'on trouve dans les monumens de ces
temps antiques , une multitude de preuves
qui rendent ſenſible le rapport qu'il y
a eu autrefois entre les Loix qui régisfoient
ces deux Peuples. Mais les différentes
révolutions qu'éprouvent les
Royaumes qui ont une longue durée ,
caufent néceſſairement des altérations ,
foit dans les Loix , foit dans les moeurs ,
&ce font ces viciſſitudes qui doivent être
remarquées par les Juriſconſultes & par
les Hiftoriens. C'eſt en ſuivant cette méthode
que M. Houard explique l'origine
& les progrès de pluſieurs Loix , qui
ont été autrefois communes aux deux
Peuples.
Le ſecond volume que nous annonçons
, renferme les remarques ſur les Loix
attribuées à Malcome , fils de Kenneth,
& le texte de ces Loix avec des remarques
qui les éclairciſſent. Les Jurifconfulter
JUILLET II. Vol. 1777. 129
t
2
J
ſultes & les Publiciſtes ne peuvent que
bien accueillir un Ouvrage ſi propre à
leur faire connoître les divers principes
de législations , qui ont été ſucceſſivement
adoptées en ce Royaume depuis fa
naiſſance.
La Cyropédie ou Hiſtoire de Cyrus , traduite
du Grec de Xénophon ; par M.
Dacier , de l'Académie Royale des infcriptions
& des Belles - Lettres. 2 vol.
in- 12. A Paris , chez les freres Debure ,
à l'entrée du Quai des Auguſtins , &
Moutard , Imprimeur- Libraire de la
Reine , Quai des Auguſtins , près le
Pont Saint- Michel. 1777 .
Il paroît étonnant que , depuis 1659 ,
temps où Charpentier publia ſa foible
traduction de la Cyropédie , aucun homme
de Lettre n'eût encore ſongé àdonner
une meilleure verſion de cet Ouvrage; le
chef d'oeuvre de l'Ecrivain peut - être le
plus agréable & le plus élégant de toute
l'antiquité , & celle de ſes productions
qui lui ale plus juſtement acquis les titres
d'Abeille ou de Muſe attique. M. Dacier
vient enfin de réparer cet oubli , & l'a fait
d'une maniere qui ne laiſſe rien àdeſirer.
I
130 MERCURE DE FRANCE.
Il a ſçu allier une élégance foutenue à la
fidélité la plus fcrupuleuſe , & conſerver
dans ſa traduction , une partie des grâces
enchantereſſes de l'original , autant que
le pouvoit permettre un idiome auſſi inférieur
à celui de Xénophon , qui a été le
modele le plus parfait de la pureté , de
la clarté , de la douceur & du charme de
la Langue Grecque.
Perſonne n'ignore que les Auteurs
originaux , qui ont écrit l'hiſtoire de
Cyrus , different à un point ſi étrange
dans leur maniere de la raconter , qu'on
tenteroit inutilement de les concilier.
Créſias , dont Diodore de Sicile , & TroguePompée
, abrégé par Juſtin , ont adopté
la narration , a eu fort peu de Sectateurs.
Mais les Savans font particulierement
partagés entre Hérodote & Xénophon.
M. Daciertraite ,dans ſon Difcours
préliminaire , la queſtion ſouvent agitée ;
quel eſt celui de ces deux Hiſtoriens , au
recit duquel ont doitdonner la préférence.
Il ne s'agit , dit-il , que de comparer
la tradition adoptée par Hérodote ,
avec celle que Xénophon a préférée.
„Pour décider entre deux récits oppoſés,
dont les Auteurs également graves
ont été auſſi également à portée de
"
JUILLET II. Vol. 1777. 131
C
1
t
de
"
s'inſtruire , la vraiſemblance , au défaut
de preuves poſitives , eſt la ſeule regle
, qu'on puiſſe conſulter." M. D. donne
donc un précis des deux narrations ; &
le parallele qui en réſulte eſt abſolument
décifif en faveur de Xénophon , chez
qui les détails de la vie de Cyrus font
auſſi ſimples & auſſi naturels qu'ils font
romaneſques & invraiſemblables chez
Hérodote. On objecteroit en vain ,
„ ajoute M. D. , pour affoiblir l'avan-
„ tage qui réſulte de la comparaiſon , en
„ faveur de la Cyropédie , que ſi les faits
y ſont plus vraiſemblables ,les diſcours ,
ſoit politiques ou moraux, foit mili
„ taires , qui s'y trouvent répandus , le
font aſſez peu , pour donner lieu à de
„juſtes ſoupçons ſur la vérité du fond
de l'hiſtoire. Perſonne n'ignore que la
plupart des harangues qu'il plait aux
Hiſtoriens de prêter à leurs principaux
perſonnages , ont été composées a loifir
dans le cabinet : les diſcours dont
Thucydide , Tite - Live , Salluſte ont
embelli leurs recits, ne leur ont rien
„ fait perdre de la réputation d'Ecrivains
exacts& véridiques. Xénophon voulant
faire ſervir l'hiſtoire de Cyrus à l'inf
truction des Princes , a donc pu, fans
"
12
132 MERCURE DE FRANCE,
„ bleſſer la vérité, mettre dans la bouche
„de fon Héros , ſuivant les diverſes cir-
,, conſtances de ſa vie , des leçons de
,, courage , de tempérance , de modéra-
,, tion , de juſtice , de bienfaiſance , d'hu-
„ manité , de reſpect envers les Dieux ,
,, en un mot , de toutes les vertus qui
font la vraie grandeur des Rois , & le
,, bonheur des Peuples."
ود
Pour donner une idée de la verſion de
M. Dacier , nous citerons quelques mor.
ceaux d'un des endroits les plus agréables
du premier livre , où se trouve l'hiſtoire
de l'arrivée & du ſéjour de Cyrus à la
Cour de fon grand-pere Aſtyage. Ceux
de nos Lecteurs qui ont ſous les yeux le
traité des études de Rollin , où les mê
mes morceaux , à peu près , ſe trouvent
traduits , pourront fe donner le plaifir de
la comparaiſon.
,, Cyrus fut élevé juſqu'à l'âge de dou-
,, ze ans & un peu plus , ſuivant les cou-
,, tumes des Perſes. Aucun des enfans de
,, ſa claſſe ne lui pouvoit être comparé ,
,, ſoit pour la facilité à ſaiſir ce qu'on
,,leur enſeignoit , foit pour l'adreſfe &
,, l'activité dans l'exécution de ce qui leur
,, étoit preſcrit. Lorſqu'il eutatteint l'âge
„ que je viens de dire , Aſtyage invita
:
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و
در
"
وو
در
لو
,
JUILLET II. Vol. 1777. 133
= ,, Mandane à ſe rendre auprès de lui avec
,, ſon fils , qu'il defiroit de voir , fur ce
,, qu'il avoit oui dire de ſa beauté &de
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Fe
ود
ود
ſes excellentes qualités . La Reine partit
pour la Cour de Médie , accompa-
,, gnée de Cyrus. Dès le premier abord ,
,,& à peine inſtruit qu'Aſtyage étoit pere
,, de Mandane , ce jeune Prince , natu-
,,rellement careſſant , l'embraſſa d'un
"
ود
ود
ود
air auſi familier que s'il eût embraſſé
un ancien camarade , ou un ancien ami ;
mais ayant remarqué qu'Aſtyage avoit
les yeux fardés , le viſage peint , & une
,, chevelure artificielle : (c'eſt la mode
,, en Médie) . Oh ! ma mere , dit- il , que
,, mon grand-Pere eſt beau ! Lequel , re-
,, prit la Reine , trouvez - vous le plus
" beau de Cambyſe ou d'Aſtyage ? Mon
,, Pere , répondit- il , eſt le plus beau des
,, Perſes ,& mon grand- Pere le plus beau
,, des Medes que j'aie vus ſur la route &
à la Cour.
ود
و د
,, Lorſqu'Aſtyage ſoupoit avec ſa fille
&fon petit- fils , qu'il vouloit diſpoſer
,, par la bonne chere , à ne pas regretter
,, la Perſe , il faiſoit ſervir , dans diffé
,, rens plats , des mets & des ragoûts de
toute eſpece. A la vue de cette profu-
,, fion , Cyrus dit un jour au Roi : Si
13
134 MERCURE DE FRANCE.
و د
,, vous êtes obligé de porter la main àtous
,, ces plats , & de goûter de tous ces mets,
,, le ſouper doit être, pour vous , bien fati-
,, guant. Eh quoi ! dit Aſtyage , ce ſouper
ne vous ſemble - t - il pas plus agréable
,, que ceux qu'on fait en Perſe ?Non , re-
„ pliqua Cyrus ; en Perſe , nous parvenons
,,àappaiſer la faim par une voie beau-
,, coup plus ſimple & plus courte ; il ne
,,nous faut pour cela que du pain & de
,,la viande fans apprêt ; au lieu que vous ,
,, qui tendez au même but , vous vous
,, égarez en chemin, par des détours ſans
„ nombre, & vous n'y arrivez qu'avec
,,peine , même long- temps après nous.
,, Mais , reprit Aſtyage , nous avons du
,, plaisir à nous égarer , & vous connoî
trez ce plaifir quand vous aurez goûté
,, de nos mets. Cependant, répliqua Cy-
,, rus , je vois qu'ils vous cauſent à vous
,,même une forte de dégoût. A quoi , dit
,, Aſtyage , le voyez-vous ? C'eſt que j'ai
,, remarqué , répondit l'enfant , que quand
ود
و د
vous avez touché à ces ragoûts , vous
,, eſſuyez promptement vos mains avec
,,une ſerviette , comme ſi vous étiez
fâché de les voir pleines de ſauce ; ce
,, que vous ne faites pas quand vous n'avez
pris que du pain. Je ne prétends
JUILLET II. Vol. 1777. 135
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,, pas , mon fils , dit Aſtyage , vous gê
,, ner dans votre façon de vivre ; uſez,
,, puiſque vous l'aimez mieux , d'alimens
ſans apprêt , afin que les Perſes vous
revoient ſain & vigoureux.
ود
"
و د
En même-temps il fit ſervir , devant
,, le jeune Prince , un grand nombre de
,, plats , tant de venaiſon , que d'autres
"
viandes . Alors , Cyrus lui dit : toutes
,, ces viandes , me les donnez- vous , &
,, puis - je en faire ce que je voudrai ?
,, Oui , mon fils , répondit Aſtyage : elles
و د
و د
و د
و د
و د
ſont à vous. Sur cette réponſe , Cyrus
les diſtribua aux principaux Officiers de
ſon grand-Pere, en ajoutant un petit
mot pour chacun. Je vous fais ce préſent
, diſoit- il à l'un , parce que vous
,, me montrez avec affection à monter à
cheval: à un autre , parce que vous
m'avez donné un javelot , & je l'ai en-
,, core ; à un troiſieme , parce que vous
ſervez fidélement mon grand Pere ; à
,, un quatrieme , parce que vous révérez
,, ma mere ; & ainſi de ſuite, juſqu'à ce
,, qu'il n'eût plus rien à donner. Pour-
,, quoi , lui dit Aſtyage , ne donnez -vous
,, rien à mon Echanſon Sacas, que je
و د
"
و د
conſidere beaucoup ? Sacas étoit un
,, très-bel homme , chargé d'introduire
1.4
136 MERCURE DE FRANCE.
,, chez le Roi , les perſonnes qui avoient
ود
ود
à lui parler , & de renvoyer ceux qu'il
ne croyoit pas à propos de laiſſer en-
,, trer. Au lieu de répondre à la question
d'Aftyage , Cyrus , comme un en- "
ود fantqui ne craintpas encore d'être in-
,, diſcret , répartit par une autre ; Pour-
,, quoi , lui dit-il , avez- vous tant de con-
ود ſidération pour Sacas ? Ne voyez-vous
, pas , répliqua le Roi en plaiſantant ,
,, avec quelle grâce il ſert à boire ? Eh
ود bien , dit le jeune Prince , comman
,, dez , je vous prie , à Sacas de me don-
,, ner la coupe; en vous fervant d'auſſi
bonne grâce que lui , je mériterai auſſi
de vous plaire. Aſtyage y confentit :
Cyrus s'empare de la coupe , la rince
,, proprement , comme il l'avoit vu faire
ود
ود
ود à Sacas; puis compoſant ſon viſage,
,, prenant un air férieux & un maintien
,, grave , il la préſente auRoi , qui en rit
,, beaucoup , ainſi que Mandane. Cyrus
faiſant lui - même un grand éclat de
rire , ſe jette au cou de fon grand pe.
,, re , & dit en l'embraſſant : Ah ! pau-
,, vre Sacas , tu es perdu ; je t'enleverai
ta charge , & j'en ferai mieux que
ود
ود
ود
ود toi les fonctions.
" Aſtyage continuant de plaiſanter :
» Pourquoi , mon fils , dit - il à Cyrus ,
31
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20
JUILLET II . Vol. 1777. 137
A
ود
ود
ود
ود
"
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رد
ود
"
"
,, dès que vous vouliez imiter Sacas ,
n'avez - vous pas , comme lui , goûté
le vin ? J'ai craint , répondit le jeune
Prince , qu'on n'eûtjeté quelque poifon
dans le vaſe: car , au feſtin que vous
donnâtes à vos amis , le jour de votre
„ naiſſance , je vis clairement que Sacas
,, vous avoit tous empoisonné. Comment
vîtes- vous cela , dit le Roi ? C'eſt ,
répartit Cyrus , que je m'apperçus d'un
dérangement conſidérable dans vos ef
prits& dans vos corps. Je vous voyois
faire des choſes que vous ne pardonneriez
pas à des enfans ; crier tous à la
fois, fans vous entendre, puis chanter
tous enſemble , de la façon la plus ridicule
; & lorſqu'un de vous chantoit
ſeul , vous juriez , fans l'avoir écouté ,
,, qu'il chantoit admirablement bien.
Chacun de vous vantoit ſa force ; mais
lorſqu'il fallut ſe lever pour danſer ,
loindepouvoir faire un pas en cadence,
vous ne pouviez pas même vous tenir
fermes ſur vos pieds. Enfin , vous aviez
oublié , vous , que vous étiez Roi , eux ,
qu'ils étoient vos ſujets. Ce fut pour
,, moi le premier exemple d'une aſſem-
"
"
ود
ود
"
ود
"
"
ود
"
ود
ود
وو blée , où chacun ayant la liberté de
,, parler , tous en uſeroient àla fois: car ,
15
138 MERCURE DE FRANCE.
, c'eſt précisément ce que je vous voyois
" faire. Mais , votre pere , dit Aftyage ,
,, ne s'enivre-t- il jamais ? Non, jamais ,
,, répondit Cyrus. Que lui arrive - t . il
donc , quand il a bu , poursuivit le
Roi ? Il ceſſe d'avoir foif, répliqua
" l'enfant.
"
"
M. Dacier , plus judicieux que la plûpart
des Traducteurs , n'a pas furchargé
ſa traduction d'un trop grand nombre de
notes. ,, J'ai mieux aimé , dit - il , à ce
ود
ود
ود
ſujet , paroître moins érudit , que de
,, répéter , ſans utilité , ce qu'ont dit
,, tant de Savans , dont les Ouvrages
font entre les mains de tous les Gens
de Lettres. Je ne me ſuis guere permis
que les remarques qui peuvent
être néceſſaires pour faciliter l'intelli-
,, gence du récit de l'Hiſtorien , ou pour
juſtifier l'interprétation que je donne à
quelques paſſages obfcurs , fufceptibles
" de différens ſens."
"
ود
"
ود
Tréfor généalogique , ou Extrait des titres
anciens qui concernent les Maiſons &
Familles de France , & des environs ,
connues en 1400 & auparavant ; par
Don Caffiaux , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint- Maur ,
JUILLET II . Vol. 1777. 139
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11
réſidant en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des-Prés , à Paris; Hiſtoriographe
de Picardie , Honoraire de l'Académie
Littéraire d'Amiens , Archiviſte
employé pour le Roi à la Collection
des Monumens hiſtoriques. Ouvrage
dédié à la Reine , & propoſé
par ſouſcription ou inſcription , en dix
volumes in-4°.
Nous avons annoncé précédemment
le Prospectus de ce grand ouvrage. Le
Public l'a reçu avec un accueil tres-faverable
, & c'eſt ce qui a mis l'Auteur en
état de commencer l'édition de fon Tréfor
généalogique , au premier Mars dernier
, terme preſcrit dans le Profpectus .
Mais l'Auteur n'avoit ofé ſe flatter que
lesEtrangers s'empreſſeroient , ainſi que
les Nationaux , à ſe procurer ce Tréfor
Généalogique ; & c'eſt en faveur de ces
Etrangers ,& de ceux qui n'ont point eu
connoiſſance du premier avis , que Don
Caffiaux a cru devoir prolonger le temps
des ſouſcriptions& inſcriptions juſqu'au
premier Septembre de la préſente année
1777. L'Auteur , cependant , ayant mis
fous preſſe le premier des dix volumes
annoncés , & ne faiſant tirer que cent
exemplaires au-deſſus du nombre retenu ,
140 MERCURE DE FRANCE.
il ſera contraint de faire réimprimer le ||
premier volume , pour pouvoir le fournir
à ceux qui ſouſcriront juſqu'au premier
Septembre prochain. Ce premier
volume fera achevé en même-temps que
le ſecond , vers la fin du mois de Mars
1778 ; & par cette raiſon , les nouveaux
ſouſcripteurs font priés de faire les avances
, pour cette fois ſeulement , de 16 liv.
pour les deux premiers volumes , qui
leur feront délivrés au temps marqué
ci deſſus .
L'intention de l'Auteur , ainſi qu'il le
déclare par fon nouveau Prospectus , eſt
de comprendre , dans ſon Ouvrage ,
toutes les Maiſons de France , depuis
la plus haute antiquité juſqu'à l'an 1400 ,
de quelques Provinces qu'elles puiffent
être , & d'en completter autant qu'il
eſt poſſible les filiations , ſoit dans le
préſent Ouvrage , ſoit dans le ſupplément
qui le ſuivra dans le même ordre ,
& fera du même prix.
Pluſieurs perſonnes éloignées de la capitale
, ont trouvé qu'il étoit embarraſſant
pour elles de fouſcrire à chaque volume ,
&ont defiré de ſouſcrire pour pluſieurs
volumes à la fois. L'Auteur flatté de leur
confiance , n'a pu ſe refuſer à leurs defirs:
on exprimera , dans les quittances ,
k
JUILLET II. Vol. 1777. 141
10
1
la ſomme reçue , & le nombre des volumes
retenus .
Nous rappellerons ici que l'Auteur ,
dans ſon premier Prospectus , n'a exigé
que huit francs d'avance de chaque fouf-
* cripteut . & rien des inſcripteurs , finon
leur ſoumiſſion & leur engagement de
→ prendre les volumes à mesure qu'ils paroîtront
; mais ils paieront chaque volume
dix livres. De forte que tout l'Ouvrage
en dix volumes , ne coûtera que
quatre-vingt livres aux premiers , & cent
livres aux autres.
Le jugement du Cenſeur Royal , (M.
Philippe de Prétot , ) rapporté dans le
nouveau Prospectus , peut donner une
ود
و د
"
"
légere idée de l'Ouvrage. Le TrésorGé-
,, néalogique , ou Extraits des titres anciens
qui concernent les Maiſons & Familles
de France & des environs , con-
„ nues en 1400 & auparavant , par Don
Caffiaux , de la Congrégation de Saint-
Maur , m'a paru , dit le Cenſeur trèsbon
Juge en cette partie , devoir être
,, regardé comme un Ouvrage précieux ,
fur-tout pour la plus ancienne Noblefſe
de ce Royaume. Je dois , à la con-
,, fiance dont m'honore Monſeigneur le
"
ود
ود
ود
ود Garde des Sceaux , rendre témoigna142
MERCURE DE FRANCE.
,, ge aux lumieres ſupérieures de l'Au-
,, teur , dans une matiere qui a exigé de
ſa part une conſtance inépuiſable , un
travail d'une longue ſuite d'années ,
des recherches immenfes , un choix
,, judicieux dans les preuves, de l'ordre
ود
ود
ود dans la diſpoſition des ſujets qui en
,, reçoivent la plus grande clarté , & une
abondance qui contribuera à conferver
des titres que le temps pourroit faire
,, égarer , &à indiquer des milliers d'au-
,, tres , dont il donne les renſeignemens ,
ود
ود
ود
"
& qui pourront être conſultés par des
,, perſonnes intéreſſées à la ſplendeur de
leurs maiſons. Voilà l'impreſſion que
m'a laiſſé la lecture du premier tome
,, in-4°. de 800 pages de ce Tréſor généalogique.
Fait à Paris, le 25 Fé
vrier 1777 " .
"
ود
ود
P
re
tr
L
CC
ra
le
P
Signé , PHILIPPE DE PRETOT.
C'étoit dans la ſeule vue de faciliter aux
Amateurs les moyens de ſouſcrire ou de
s'inſcrire , que Don Caffiaux avoit marqué
dans ſon premier Prospectus , que les ſouf- S
criptions ou inſcriptions ſeroient reçues
dans toutes les maiſons de la congrégation
de Saint- Maur ; mais comme on lui
a repréſenté que cette diſpoſition étoit
contraire aux droits de MM . les Librai-
C
S
P
JUILLET II . Vol. 1777. 143
Adres , il déclare que M. Pierres. Imprimeur ,
de rue S. Jacques , à Paris , recevra , ſeul ,
ules ſouſcriptions & infcriptions.
eed,
ia
Le premier volume eſt ſous preſſe. On
peut en voir les feuilles chez l'Impridemeur
ci-deſſus nommé.
On publie trois petites brochures fur
de la muſique & l'Opéra , dont nous allons
rendre compte.
da L'une ayant pour titre : Réflexions fur
l'Opéra , environ de 60 pages in-8°. ſe
De trouve à Paris , chez Delormel , Impr.-
Lib . rue du Foin St. Jacques.
ge
L'Amateur éclairé , qui paroît beaucoup
s'intéreſſer au ſuccès de notreOpéra
, donne les moyens qui lui ſemblent
les plus convenables pour foutenir &
de pour enrichir ce Spectacle.
1
it
L'Opéra François eſt ſans doute le
Spectacle le plus varié, le plus noble , le
plus magnifique qu'ait jamais offert aucun
Peuple, La France peut l'appeller un
Spectacle National : comparé à celui
d'Italie , il doit remporter l'avantage; &
}
il'on
cite à cet égard une anecdote remar
144 MERCURE DE FRANCE.
quable. Deux Etrangers de la premiere
diſtinction , & d'une des plus brillantes
Cours de l'Europe , étoient en France.
On donnoit un Opéra - Ballet , & conféquemment
un Ouvrage qui n'offroit pas
cette variété , cette magnificence dont le
Théâtre Lyrique eſt ſuſceptible. J'étois ,
obſerve l'Amateur , avec ces Etrangers q
au Spectacle . Eh bien ! dirent-ils en fortant,
fi nous n'étions que d'hier à Paris
&fi nous allions actuellement par le Boule- e
vard au Colisée , nous croirions que c'est aujourd'hui
le mariage de votre Souverain.
C
P
P
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,
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fu
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1
la
ac
L'Amateur approuve l'uſage de tenir
les Spectateurs debout dans le Parterre ;
il en donne quelques raiſons , dont la
meilleure eſt , que les Spectateurs du
Parterre de l'Opéra , ſi on y étoit affis ,
perdroient une commodité très-attrayante,
celle qui les ramene à ce Spectacle ,
lorſqu'ils l'ont vu trois ou quatre fois ;
celle de pouvoir changer fréquemment
de place pour ne voir ou n'entendre que
les choſes qui leur ont plu davantage ,
&pour ſe réunir , dans les intervalles ,
avec les perſonnes qu'ils ont quelqu'intérêt
de rencontrer. Nous penſons au
contraire que cet uſage de tenir unemul- P
titude de Spectateurs debout , entraîne
beaucoup
d
fe
ch
re
JUILLET II . Vol. 1777. 145
ere
ite beaucoup d'inconvéniens : il occaſionne
are le tumulte , & favoriſe le déſordre d'une
cabale ameutée pour ou contre un Ouvrage
nouveau.
ل ل ا
L'Auteur defire que l'Adminiſtration
de ce Spectacle ait une autorité ſuffiſante
tur, pour maintenir une diſcipline févere , &
qu'elle ſe faſſe aider d'un Conſeil compoſé
d'Artiſtes & de Gens de goût. Il
regrette fur- tout qu'on ait pas encore
établi ce qui doit faire la baſe de la
conſtitution de l'Opéra , une Ecole de
chant. Il eſt encore d'autres parties néglitagées
, quoique très- eſſentielles au Théâtre
de l'illuſion ; ſavoir la peinture , l'architecture
& la mécanique. Il fait d'excellentes
réflexions ſur le poëme lyrique ,
fur la muſique , la danſe & fur les
acceſſoires. Il indique , comme une ref.
ſource de ce Spectacle ſi diſpendieux ,
d'y adopter quatre fois la ſemaine
l'Opéra- comique à ariettes ; & d'exciter
la concurrence de différens Compoſiteurs
de muſique ſur le même poëme. Il conſeille
l'économie dans l'acquiſition des
choſes néceſſaires à ce Théâtre, Enfin il
regarde Quinault comme le modele des
Poëtes Lyriques ; & il defire de voir ſes
poëmes reproduits ſur la ſcene , avec
TE
কে
03
"
d
K
146 MERCURE DE FRANCE.
quelques légers changemens , & des retranchemens
devenus néceſſaires par les
progrès du goût & de la muſique.
La ſeconde Brochure , de 8 pag. in 80,
a pour titre: Lettre à M. le Baron de la
Vieille Croche , au ſujet de Castor &
Pollux , donné à Verſailles le 10 Mai
1777-
C'eſt un Amateur inſtruit qui dit,
en riant , ſon ſentiment ſur un genre
de muſique qu'il a raiſon d'aimer , & le
bon eſprit de préférer à celui que l'on
veut nous forcer , en quelque forte ,
d'adopter.
" Il écrit à M. le Baron : Que diront
» nos Concertomanes , qui prétendent que
Rameau ne ſavoit pas la muſique , fi
» par déſoeuvrement , ils ont été témoins
de l'impreſſion générale qu'a produite
l'Opéra de Castor & Pollux fur tous
les Etrangers ,& fur toutes les perfon-
, nes de la Cour ?
30
" Le ciel me préſerve , ajoute- t- il , de
vouloir heurter de front les intrépides
Sectateurs de M. le Chevalier G... ni
. même de faire de la peine aux fanatiques
JUILLET II. Vol. 1777. 147
3
"
"
"
"
"
debonne-foi , qui veulent tout ſacrifier
aux musettes étrangeres , en foulant
aux pieds les Muſes patriotiques; mais
j'oſe élever ma foible voix au milieu
de ces réformateurs indécens , pour
dire , qu'à mérite inférieur, je donnerois
encore la préférence aux Artiſtes
Nationaux , pour les avertir d'égaler
leurs Emules.
" Il eſt conſtant que la muſique a fait
des progrès , fur tout dans la partie de
l'harmonie , qui ſoutient & anime les
effets du récitatif & du chant en général
; mais n'a- t-on pas un peu trop
abuſé de ces moyens utiles & dange-
„ reux , en chargeant de notes parafites
"
"
des motifs ſouvent dénaturés par le
» tapage des accompagnemens , à- peu
près comme une ſuite d'adjectifs affoiblit
l'énergie naturelle d'un ſubſtantif
„ purement néceſſaire; de forte qu'à la
place d'un ſcene paſſionnée , l'oreille
ne reçoit que du bruit , que le Peuple
du Parterre prend pour de la muſique
neuve ; un Clabaudeur enchanté ou
mercenaire crie : Bravo, & voilà toute
la colonie en convulfion ? "
30
"
"
"
Cet Amateur deſire que l'on conſerve,
autant qu'il eſt poſſible , la fublime fim
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
plicité de la déclamation de Lulli , en
la débitant davantage , & en y ajoutant
des traits d'accompagnement ſobrement
appliqués, à la place des baſſes-continues :
on rendroit par-là le récitatif plus précis
& plus intéreſſant , au lieu qu'aujourd'hui
on fait ſouvent oublier le motif
du chant , à force de fredons chromatiques.
La troiſieme brochure eſt intitulée
Eſſai fur les révolutions de la Muſique en
France , in - 8°. de 38 pages. A Paris ,
chez les Marchands de nouveautés .
On ne peut deſirer plus de connoif
ſance , plus de raiſon dans tout ce que
l'Auteur ingénieux de cet Ouvrage
nous dit ſur l'état actuel , ſur les progrès
& le génie de la Muſique. Il faut
que la vérité ſe montre avec toute ſa
force dans cet écrit , puiſque l'enthouſiaſme
& l'eſprit de parti n'ont pu l'affoiblir
, malgre les efforts journaliers
de leurs attaques , malgré les traits acérés
de leurs critiques , & les plaiſanteries de
leurs parodies. Jamais , peut- être , les
combattans n'employerent tantde petites
:
JUILLET II. Vol. 1777. 149
1
at
*
16
16
ruſes , que dans cette guerre d'opinions ,
où les rieurs ne font pas toujours du
côté de ceux qui veulent faire rire .
Eh ! comment n'être pas du ſentiment
de l'homme de goût qui démande
? ,, Pourquoi ne feroit on pas en
muſique ce qu'on a fait en poësie ?
Avec des cris , des hurlemens , des
s, fons déchirans ou terribles , on expri-
,, me des paſſions ; mais ces accens ,
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
s'ils ne font pas embellis dans l'imitation
, n'y feront, comme dans la na-
,, ture , que l'impreſſion de la ſouffrance.
Si l'on ne vouloit qu'être ému , on
iroit entendre , parmi le peuple , une
mere qui perd ſon fils, des enfans qui
,, perdent leur mere : c'eſt-là , ſans doute,
,, que l'expreſſion de la douleur eſt ſans
,, art ; c'eſt-là auſſi qu'elle est très - éner-
„ gique. Mais , quel plaiſir nous caufe-
ود
ود
ود
ود
دو
ود
ود
roient ces émotions déchirantes ? Il
faut que la pointe de la douleur , dont
on eſt atteint au ſpectacle , laiſſe du
baume dans la plaie. Ce baume eſt le
plaiſir de l'eſprit, ou celui des ſens ;
& la cauſe de ce plaifir eft , en poësie ,
la fublimité des penſées , des ſentimens
& des images , la noble élégance de
,, l'expreffion , le charme des beaux vers.
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
,, En muſique , la même volupté doit ſe
ود
"
mêler aux impreſſions douloureuſes ;&
la cauſeen eſt dans l'Art du Muficien ,
,, comme dans celui du Poëte ; dans cet
,, art de donner à l'expreſſion muſicale
ود
دو
"
ود
"
ود
ود
ود
un charme que n'ont point , dans la
,, nature , les cris , les plaintes , les ac
cents funeſtes ou douloureux des pafſions.
C'eſt donc une idée auſſi étrange,
,, de vouloir bannir du Théâtre Lyrique
le chant mélodieux , que de vouloir
interdire les beaux vers à la Tragédie.
Mais uneidée encore plus bizarre , c'eſt
d'enttemeler la déclamation de frag.
ments d'un chant mutilé. Pourquoi
nepas finir un chantque l'on commen
,, ce ? Ou , pourquoicommencer un chant
qu'on ne veut pas finir ? Qu'est-ce
,, qu'une déclamation intermittente , qui
ſemble prendre un élan rapide , &
qui tout-à- coup retombe , & ſe traîne
avec preſanteur ? Il n'y a qu'une ſeule
excuſe pour l'imitateur qui s'éloigne de
la nature: c'eſt de nous procurer les
plaiſirs de l'art.
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
ود
" En deux mots , la mélodie ſans
,, expreffion eſt peu de choſe; l'expref
fion fans mélodie eſt quelque choſe , ود
" mais ce n'eſt pas aſſez. L'expreffion
JUILLET II. Vol. 1777 151
e
*
1
e.
& la mélodie , l'une & l'autre au
plus haut degré où elles puiſſent s'é
lever enſemble : voilà le problême de
l'art. Il reſte à voir qui nous donnera
, la ſolution de ce problême.
"
"
"
„ Les Italiens l'ont cherchée : ils ont
commencé commenous. Leur muſique ,
du temps de Lully, étoit la même que
la ſienne. Ils travaillerent à lui donner
„ plus de force & d'expreſſion ; mais le
, vrai moment de ſa gloire fut celui où
"
"
"
"
"
"
Vinci traça le premier cerele du chant
périodique , de ce chant qui , dans un
deſſeinpur , élégant & ſuivi , préſente à
l'oreille , comme la période à l'eſprit ,
le développement d'une pensée complettement
rendue. Ce fut alors que
le grand myſtere de la mélodie fut
révélé.
"
LesGrecs , après avoir inventé la période
oratoire , ſentirent , qu'au-delà de
cette belle forme , il n'y avoit plus rien
å defirer: leur émulation ſe borna à la
rendre, de plus en plus , élégante &
harmonieuſe . Les Italiens , après avoir
trouvé la période muſicale , s'y attacherent
de même, comme à la forme
la plus parfaite qu'on pût jamais donnerau
chant; &non-feulement dans les
K 4
152 MERCURE DE FRANCE .
ود
ود
ود
"
airs , mais dans les duos , les trios ,
les morceaux de grande harmonie
tout ce qu'il y a eu de Muſiciens céle-
,, bres en Europe , Leo , Pergolése , Por-
„ pora , Buranello , Jomelli , Majo , Haffe ,
„ Peres , Traietta , Sacchini , Piccini , Gre-
,, try , Anfolfi , &c. Tous , à l'exception
de M. G** , ont regardé le chant périodique
comme le chef-d'oeuvre de la mélodie
, & comme ſon plus haut degré
,, d'élégance , de correction & de beauté.
La queſtion ſe réduit donc aujourd'hui
à ſavoir s'il faut renvoyer
,, cette forme de chant à la muſique de
,, concert , & l'exclure de la ſcene lyri-
„ que , comme les partiſans de M. G.
ود
ود
ود
ود
ود nous le conſeillent, ou ſi , à l'exem-
,, ple des Italiens , nous devons l'admettre
ſur le Théâtre .
ود
,, Quila décidera cette queſtion ? L'ex-
„ périence. Toutle reſte peut noustrom-
,, per. Les autorités ſont ſuſpectes , les
,, exemples font équivoques , la raifon
"
"
"
même a ſouventdeux faces , & chacun
croit l'avoir de ſon côté . Défions- nous
de tout cela , & commençons par ne
„ compter pourrien le ſuffrage de l'Italie
& de l'Europe entiere , en faveur de
» cette muſique , qui , depuis cinquante
ود
C
le
de
de
JUILLET II. Vol. 1777. 153
1 ,
43
12
10
03
23 23
,, ans , les enivre & les tranſporte de
و د
plaiſir . L'Italie & l'Europe entiere
,, peuvent avoir été féduites , & tenir à
leur préjugé. Mais , avec la méme bonne-
foi , convenons que l'autorité de
M. G. & de fes partiſans , n'eſt pas
plus déciſive."
ود
ود
ود
ود
Il eſt difficile , fans doute , de répondre
à ces bonnes raifons , & de ne pas
adopter les principes de goût & de ſaine
critique , répandus dans cet ouvrage.
Prospectus des Analectes Politiques , Civiles & Littéraires :
Ouvrage périodique , pour ſervir de fupplément aux Annales
de M. Linguet.
Tu cave defenlas , quamvis mordebere dictis.
Sen. C. ult. de Tranquil .
A Bruxelles , 1777 .
Ce n'eſt plus dans un Journal , inais dans des Anna
les , dont la réunion doit former une Hiftoire Universelle ,
que M. Linguet ſe propoſe de venger déformais l'humanité
des outrages qui la flétriſſent , d'éclairer la raiſon ſur
les écarts qui la déshonorent , & de fixer le jugement
de la poſtérité ſur les événemens , les loix & les moeurs
de notre fiecle .
59 Il n'y a pas , dit- il , de déciſions de Tribunaux , que
le Public n'ait droit de revoir."
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
Mais les fiennes ſeroient - elles fans appel ? L'amour de
la vérité nous fera ſuivre ce nouveau Saluſte dans ſes récits
, comme dans ſes raiſonnemens ; & toutes les fois
qu'il empruntera le tonnerre de Démosthene , nous faifirons
la hache de Phocion. La diſcuſſion peut ſeule affurer
un caractere d'équité aux jugemens du tribunal que
M. Linguet préfere aujourd'hui à celui de Thémis . L'Hif
toire ſurtout ne peut - être la leçon des fiecles à venir
fi l'Hiſtorien n'eſt impaſſible comme elle. La ſcene du
monde ſe remplit fans ceffe d'Acteurs & de Juges nouveaux
, & l'impartiale poſtérité ne flétrit pas du nom
d'oppreffeurs , tous ceux contre leſquels des Contemporains
inquiets ont élevé le cri de l'oppreffion .
Graces au goût du ſiecle pour tout ce qui a un air de
nouveauté & d'audace , dès qu'un déclamateur hardi ſe
croit poffeffeur de quelques grandes vérités , parce qu'il a
des opinions bizarres , il monte impunément dans la tribune
, où , s'admirant avec complaifance , pour avoir eu
la force de fecouer quelques préjugés , & s'applaudiſfant
de ſes découvertes , il s'érige en génie tutélaire de l'humanité
& de la raison .
Heureuſement pour l'une & pour l'autre , ces fages
éphémeres n'en impofent qu'aux ignorans & aux étourdis
, qui croient ridiculement que tout eſt faux , lorſqu'on
Jeur a perfuadé que tout n'est pas vrai.
Ce qui étoit fage dans l'ancienne Grece , où l'on vou
loit être libre , eût eté vicieux dans la Perſe , où l'on aimoit
une tranquille foumiſſion . Une guerre ouverte entre
les politiques empyriques & les méthodiques , peut être
JUILLET II. Vol. 1777. 155
te
Σ
'
utile à Londres ; & une inquisition cenforiale , fagement
exercée , feroit peut - être néceſſaire à Paris.
Cependant , malgré la liberté que les moeurs actuelles
comportent en Angleterre , nous ne conſeillons pas à l'Avocat
de l'humanité & de la raison , d'y prêcher la tolérance
en faveur de ceux qui ont le malheur de tenir au Pa
pisme; la Cour du Banc - du- Roi le déclareroit bientôt
coupable de grande inconduite , & lui prouveroit , par plufleurs
bonnes raiſons , qu'il n'eſt pas l'homme qui manquoit
à PAngleterre.
Tout homme qui ne tient ni à Apollon , ni à Céphas ,
ni aux Torys , ni auxWhigs , ſera ſuſpect aux deux partis ,
lorſqu'il voudra s'érigér en déclamateur ; & les Coroners
font auffi inquiétans à Londres , pour la ſecte nouvelle
des infaillibles , que le Lieutenant de Police à Paris.
La politique , bien différente de cette inquiétude qui
égare les hommes dans une courſe incertaine & trompeuſe
, doit les rendre Citoyens . Qu'on interroge ceux - làmême
qui rougiffent des moeurs domeſtiques , & qui traitent
la modeſtie de baſſeſſe ou de rufticité , s'il leur eſt
indifférent que leurs valets foient des voleurs ; leurs voifins
, des frippons ; leurs conſeils , des traîtres ; leurs fem
mes, des proſtituées , & leurs enfans , des monftres ?
Or l'homme qui ne fait être ni mari , ni pere , ni voi.
fin , ni ami , ni ſujet , ni client , ni patron , ne ſaura pas
être Citoyen.
C'eſt donc fut les moeurs privées que la politique doit
veiller , parce qu'elles décident à la fin des miteurs pus
bliques.
156 MERCURE DE FRANCE .
A quoi ſerviroit en effet de donner la conſtitution la
plus fage à des hommes corrompus , dont on ne corrigeroit
pas d'abord les vices ?
Lorſqu'une fois les courtiſannes font devenues les arbitres
du goût , que les ſophistes , ſous le titre impofant de
philoſophes , proſtituent leurs leçons mercénaires au fervice
des paſſions ; le moyen que les Magiſtrats craignent
les regards & le jugement d'une multitude plus vicieuſe
qu'eux ! le moyen que ceux qui gouvernent , plient ſubitement
à la réforme un fiecle , qui croiroit qu'on veut
lui arracher fon bonheur avec ſes vices !
Ainſi le pompeux étalage des idées de M. Linguet ſur
une législation universelle , & fur la formation d'une code
commun & raisonnable , ne nous touchera , qu'autant qu'il
nous fera voir que l'art de tromper les hommes n'eſt pas
l'art de les rendre heureux ; que la politique eſt la médecine
des Etats , & qu'elle ne doit pas être un recueil de
charlataneries ; que l'art de gouverner a des principes
fixes & détermnés , & qu'il ne doit varier que dans la
maniere de les appliquer.
Notre but à nous fera de montrer en politique , comme
en jurifprudence & en littérature , qu'il exiſte entre la
politique & la morale une liaiſon intime & néceſſaire ;
nous compterons les vertus & les vices des différens Peuples
, & nous faurons les biens & les maux auxquels ils
doivent s'attendre.
C'eſt fous ce double rapport que nous obſerverons
la marche des Ecats , qui s'éloignent ou s'approchent du
JUILLET II. Vol. 1777. 157
2
2
E
but , fuivant leur négligence ou leur attention à épier les
occaſions de réprimer le luxe , ce monftre à deux têtes ,
composé d'avarice & de prodigalité , qui traîne à ſa ſuite
mille ſources de dépériſſement ; de faire diſparoître , dans
la fortune des Citoyens , une diſproportion révoltante , qui
les corrompt tous par des voies différentes ; de réveiller
dans les coeurs l'amour de la gloire , ſeule vertu qui peut
ſe montrer à découvert au milieu de la corruption ; de
corriger , s'il eſt poſſible , les loix de fang , qui rendent la
populace féroce , fans rendre le Citoyen meilleur ; de
dompter enfin ce goût dominant des Théâtres , qui amollit
les hommes , remplit de délires la tête des femmes ,
& crée dans l'Etat un ordre nouveau , qui ne peut fonder
ſon importance que fur la décadence des moeurs .
La législation qui , la premiere , ſaura ſe ſervir des pasſions
mêmes , pour affoiblir peu -à-peu & ruiner leur empire
, c'eſt celle-là que nous propoſerons pour modele aux
autres.
Ces Analectes ſuivront exactement , de mois en mois ,
les Annales de M. Linguet , & elles feront diſpoſées , pour
le format , à leur ſervir , ſi l'on veut , de ſupplément.
Comme nous avons auſſi conſacré une partie de notre
vie à l'étude de l'Hiſtoire & de la Jurisprudence , ſur lesquelles
nous avons raſſemblés des matériaux de toute
efpece , nous ferons en état d'apprécier les raiſonnemens
& les idées de M. Linguet , tant ſur les conſtitutions des
différens Peuples , que ſur les conteſtations fameuſes qui
naîtront parmi les Particuliers.
Nous nous ferons d'ailleurs un devoir de publier tous
158 MERCURE DE FRANCE.
les Mémoires intéreſſans que daigneront nous adreffer
ceux qui voudront concourir avec nous à la recherche du
vrai , du juſte & de l'honnête , dans tous les genres . Ils
voudront bien ſeulement affranchir le port de leurs lettres
&paquets.
Le prix de l'abonnement ſera d'un louis d'or de France.
On pourra s'abonner , en tout tems , à Paris , chez M.
Batilliot , Banquier , rue Saint Jacques , chargé de la correfpondance
générale , & qui aura dans les principales Villes
, tant de la France que des autres Pays , des Correfpondans
particuliers , chargés de répandre ce Prospectus ,
&de recevoir les abonnemens & les Mémoires .
On pourra s'abonner pour fix mois comme pour un an.
Le premier numéro paroîtra le to Août prochain. On
apris ce tems pour donner aux Souſcripteurs celui de ſe
faire connoître , & déterminer le nombre des exemplaires
à imprimer. Ceux qui n'auront pas le premier numéro .
le recevront avec le ſecond .
Voyage en Sibérie , fait par ordre du Roi , en 1761 , par
M. l'Abbé Chappe d'Auteroche , de l'Académie des
Sciences de Paris ; contenant les moeurs , les uſages des
Ruſſes , l'état actuel de cette Puiſſance & de fon commerce
: la defcription géographique & l'hiſtoire naturelle
de ce Pays : avec le voyage de Kamtchatka , &c. 3
vol. in 4. très - grand papier , hauteur d'in - folio
9
le
d
le
&
f
fa
à
P
C
L
JUILLET H. Vol. 1777. 159
06
50
accompagné d'un Atlas auſſi très-grand papier, formd Atlanticd.
Les deux premiers volumes de cet Ouvrage font divies
en fix parties. Dans la premiere on trouve des remarques
fur le climat , le gouvernement , la religion , les
moeurs , les uſages & les coutumes de la Ruffie ; fur difinférens
animaux domestiques & fauvages , fur les oiſeaux ,
les poiffons & les infectes; fur le progrès des ſciences &
des arts , fur le génie de la Nation , l'éducation , les loix ,
les ſupplices , l'exil , la population , le commerce , l'état
militaire , &c. fur les Cahnoucks - Zongores , leur religion
& leur mythologie .
La feconde partie a pour objet la géographie , & l'on
y trouve des obſervations propres à perfectionner cette
ſcience .
La troiſieme traite du nivellement de Paris à Breſt , &
àTobolsk en Sibérie.
La quatrieme préſente des obſervations minéralogiques
faites en France , en Allemagne & en Ruffie , pour ſervir
à l'hiſtoire naturelle du globe terreftre .
La cinquieme a pour objet l'aſtronomie , & principalement
l'obſervation du paſſage de Vénus.
La fixieme partie contient une ſuite d'expériences fur
Plectricité naturelle , faites à Tobolsk , & comparées à
celles que l'Auteur avoit précédemment faites à Bitche en
Lorraine.
160 MERCURE DE FRANCE.
:
Le troiſieme volume contient , 1. les moeurs & les cou
tumes des habitans de Kamtchatka.
2. La géographie de ce pays &des circonvoiſins .
3. Ses avantages & déſavantages , où l'on traite de fon
fol , de fes productions , de l'air qui y regne , des volcans ,
des ſources d'eau bouillantes , des métaux & des minéraux
, des arbres & des plantes , des animaux terreſtres
&marins , des poiſſons , des oiſeaux marins , d'eau douce
&terreftres ; des inſectes & vermines ; du flux & reflux
de la mer de Pengina , & de l'Océan oriental .
4. La découverte du Kamtchatka & la maniere dont les
Rufſſes s'y ſont établis ; la façon de vivre des Coſaques ,
les revenus de la Ruſſie au Kamtchatka , le commerce de
ce pays , & les différentes routes pour y aller.
Tout l'Ouvrage eſt enrichi de cinquante-huit planches ,
dans lesquelles font repréſentés les uſages & les habillemens
des Ruffes ; ceux des Tartares Calmouks & des
Kamtchadals , avec les Divinités fingulieres de ces deux
Nations . Ces planches , dont nous devons les deſſins à
M. le Prince , ſi juſtement eſtimé en ce genre , ont été
gravées ſous ſa direction , par MM. le Bas , Prévoſt , Duclos
, Tilliard & autres Artiſtes célebres .
L'Atlas , compoſé de trente-deux planches , tant ſimples
que doubles , contient une très-belle ſuite de cartes fur
l'Empire de Ruffie , la Sibérie & le Kamtchatka , avec les
vues , plans , coupes & profils de différentes mines d'or
& d'argent. On les trouvera de la plus grande netteté ,
&tout à fait propres à faire connoître aisément ces Pays
immenfes , qui étoient preſque inconnus à l'Europe au
com
t
Σ
C
i
F
C
r
JUILLET II. Vol. 1777. 161
300
4.
commencement de ce ſiecle , & qui deviennent de jour
en jour plus intéreſſans pour la politique & le commerce.
La carte de Kamtchatka , faite fur une grande échelle ,
repréſente tout le détail de l'original : c'eſt une partie de
géographie abſolutnent neuve.
Ceux qui ne connoiſſent pas cet Ouvrage , pourront ſe
convaincre de ſon importance & de ſa beauté , chez M.
Batillot , Banquier , rue St. Jacques.
Le prix de cet Ouvrage , qui étoit ci-devant de 180 liv.
relié , ne ſera plus que de 96 liv. en feuilles ; & ce feud
lement juſqu'à la fin du mois de Février 1778 : paffé lequel
tems , s'il en reſtoit par haſard quelques exemplaires , ils
feront vendus ſelon l'ancien prix.
(On trouve cet Ouvrage à Amsterdam chez Rey , en 6 vol.
in - 8vo . à f 10 de Hollande.)
ANNONCES LITTÉRAIRES .
Anatomie de Vinſflow , nouvelle édition . 4
vol. in. 12. A Paris , chez Didot le jeune
, Libraire , Quai des Auguſtins.
Le fort de cet ouvrage eſt décidé depuis
très- long-temps ; la multitude d'éditions
& de traductions dans les différentes
Langues de l'Europe , prouve le
cas qu'on en a fait; c'eſt l'anatomie la
plus ſavante que nous ayons , celle qui
mérite le plus d'être conſultée.
L
2
162 MERCURE DE FRANCE .
On a publié le Prospectus d'une nouvelle
édition des Oeuvres de Saint Gré
goire de Nazianze , dont St. Baſyle a fi
bien fait l'éloge en peu de mots , en difant.
,, Qu'il étoit un Vaſe de gloire &
,, d'élection par l'innocence de ſes moeurs ;
,, un puits profond , par la vaſte étendue
و د
de ſes lumieres ; la bouche même de
,, J. C. , par la force & la fublimité de
,, ſon éloquence" . Cette nouvelle édition
, en 3 vol. in-fol. , eſt le fruit du travail
de pluſieurs Savants Bénédictins . On
peut aſſurer qu'elle eſt, à tous égards ,
Tupérieure à toutes les précédentes , foit
pour l'exactitude & la rareté du texte
Grec & Latin , ſoit pour la partie Typographique
, qui eſt parfaitement exécu- 1
tée. La Veuve Deſaint , remplie de zele
pour tout ce qui peut contribuer au progrès
de la Religion , n'a rien négligé du
côté de la dépenſe, pour la perfection de
cette nouvelle édition. Le Prospectus renferme
les conditions avantageuſes pour
les ſouſcripteurs .
Oeuvres du Révérend Pere Labethonie ,
de l'Ordre des Freres Prêcheurs , pour
la défenſe de la Religion Chrétienne ,
contre les Incrédules& contre les Juifs.
C
C
JUILLET II. Vol. 1777. 163
1.
,
3 vol. in-12. chez la Veuve Deſaint ;
Libraire , rue du Foin.
On trouve actuellement à Paris , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , G. Van
Swieten Commentaria in Hermani Boerhaave
Aphorismos , de cognofcendis & curandis
morbis , 5 vol. in- 40. Parifiis , 1771 ,
1773. Les 5 vol, en feuilles , 52 liv. 10f.;
reliés , 60 liv.
Les vol. ſe vendent ſéparément ; favoir
, tom . rer. , relié , 12 liv. 5 f.; tom.
62 , 10 liv. 5 f.; tom. 3º, 10 liv. 5.f.;
tom . 4 , 12 liv. 5 f.; tom. 59, 15 liv.
Il y a trente ſols à diminuer pour les
volumes pris en feuilles.
Ce commentaire de Van-Swieten , fur
is les ouvrages de Boerhaave , eft regardé
ef comme un des livres fondamentaux de
la Médecine ; c'eſt un Ouvrage uſuel ,
ge dont la réputation eſt établie par 20 édi-
Of tions; & celle ci , imprimée à Paris , pas
ſe pour une des plus correctes & des
mieuxexécutées. ٠٣٠٦٠
Dans un Ouvrage de cette importance
, comme les fautes ſont capitales , &
peuvent avoir des conféquences funespotes
, le Public doit être en garde contre
tles éditions contre- faites qui en fourmittent
ordinairement
L2
.
164 MERCURE DE FRANCE.
Vocabulaire des termes de Marine Anglois
& François , in - 4°. Imprimerie
Royale ; 31 Planches ; 12 liv. br.; 14
liv. relié.
Table générale des Matieres contenues
dans le Fournal des Savans , depuis l'année
1665 juſqu'en 1750.
Table générale des Matieres contenues
dans le Foural des Savans , avec les noms
desAuteurs , les titres de leurs Ouvrages ,
& l'extrait des jugemens qu'on en a
portés.
Barrois aîné , ayant acquis les exem
plaires de ce livre, offre de les donner ,
juſqu'au mois de Mai 1778 , au prix de
100 liv. les dix volumes en feuilles , au
lieu de 150 liv. que M. Briaſſon les a toujours
vendus; paſſé ce temps , ceux qui
lui reſteront , feront remis à l'ancien
prix.
Il a auſſi quelques volumes ſéparés de.
puis le ſixieme. Les perſonnes qui auront
négligé de le completter , trouveront les
volumes au prix de to liv.
Cette Table n'eſt pas une ſimple nomenclature.
On peut la regarder comme
2
JUILLET II. Vol. 1777. 165
un très-bon abrégé qui peut tenir lieu
de ce grand Ouvrage difficile à trouver
complet.
Histoire de l'Eglise & des Evêques - Princes
de Strasbourg , depuis la fondation
de l'Evêché jusqu'à nos jours , par M.
l'Abbé Grandier , Secrétaire & Archiviſte
de l'Evêché de Strasbourg. A
Strasbourg , 1776. in-40. tom. 1 ; & fe
trouve à Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire
, Quai des Auguſtins , du côté du
EPont St. Michel.
E

On peut encore ſouſcrire juſqu'au
mois d'Octobre prochain , pour cet Ou-
* vrage; le prix de chaque volume eſt de
7 liv. rendu franc de port à Paris , & de
10 liv. pour ceux qui n'auront pas foufcrit.
La ſouſcription ne conſiſte qu'en
une promeſſe de prendre les volumes à
meſure qu'ils paroîtront.
;
D
:
L3
164 MERCURE DE FRANCE.
Vocabulaire des termes de Marine Anglois
& François , in- 4º. Imprimerie
Royale ; 31 Planches ; 12 liv. br.; 14
liv. relié.
Table générale des Matieres contenues
dans le Fournal des Savans , depuis l'année
1665 juſqu'en 1750.
Table générale des Matieres contenues
dans le Foural des Savans , avec les noms
des Auteurs , les titres de leurs Ouvrages ,
& l'extrait des jugemens qu'on en a
portés.
Barrois aîné , ayant acquis les exem
plaires de ce livre , offre de les donner ,
juſqu'au mois de Mai 1778 , au prix de
100 liv. les dix volumes en feuilles , au
lieu de 150 liv. que M. Briaſſon les a toujours
vendus ; paſſé ce temps , ceux qui
lui reſteront , feront remis à l'ancien
prix.
Il a auſſi quelques volumes ſéparés de.
puis le ſixieme. Les perſonnes qui auront
négligé de le completter , trouveront les
volumes au prix de to liv.
Cette Table n'eſt pas une ſimple nomenclature.
On peut la regarder comme
2
JUILLET II. Vol. 1777. 165
3
un très-bon abrégé qui peut tenir lieu
de ce grand Ouvrage difficile à trouver
complet.
Histoire de l'Eglise & des Evêques - Princes
de Strasbourg , depuis la fondation
de l'Evêché jusqu'à nos jours , parM.
l'Abbé Grandier , Secrétaire & Archiviſte
de l'Evêché de Strasbourg. A
Strasbourg , 1776. in-40. tom. 1er ; & fe
trouve à Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire
, Quai des Auguſtins , du côté du
Pont St. Michel .
On peut encore ſouſcrire juſqu'au
Et mois d'Octobre prochain , pour cet Ouvrage;
le prix de chaque volume eſt de
7 liv. rendu franc de port à Paris , & de
10 liv. pour ceux qui n'auront pas foufcrit.
La ſouſcription ne conſiſte qu'en
une promeſſe de prendre les volumes à
meſure qu'ils paroîtront.
1
σ L3
164 MERCURE DE FRANCE.
Vocabulaire des termes de Marine Anglois
& François , in - 4°. Imprimerie
Royale ; 31 Planches ; 12 liv. br.; 14
liv. relié.
Table générale des Matieres contenues
dans le Fournal des Savans , depuis l'année
1665 juſqu'en 1750.
Table générale des Matieres contenues
dans le Foural des Savans , avec les noms
desAuteurs , les titres de leurs Ouvrages ,
& l'extrait des jugemens qu'on en a
portés.
Barrois aîné , ayant acquis les exem
plaires de ce livre, offre de les donner ,
juſqu'au mois de Mai 1778 , au prix de
100 liv. les dix volumes en feuilles , au
lieu de 150 liv. que M. Briaſſon les a toujours
vendus ; paſſé ce temps , ceux qui
lui reſteront , feront remis à l'ancien
prix.
Il a auſſi quelques volumes ſéparés de.
puis le ſixieme. Les perſonnes qui auront
négligé de le completter , trouveront les
volumes au prix de to liv.
Cette Table n'eſt pas une ſimple nomenclature.
On peut la regarder comme
3
JUILLET II . Vol. 1777. 165
E
un très-bon abrégé qui peut tenir lieu
de ce grand Ouvrage difficile à trouver
complet.
Histoire de l'Eglise & des Evêques - Princes
de Strasbourg , depuis la fondation
de l'Evêché jusqu'à nos jours , par M.
l'Abbé Grandier , Secrétaire & Archiviſte
de l'Evêché de Strasbourg. A
Strasbourg , 1776. in-40. tom . 1 ; & fe
trouve à Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire
, Quai des Auguſtins , du côté du
Pont St. Michel.
On peut encore ſouſcrire juſqu'au
mois d'Octobre prochain , pour cet Ouvrage;
le prix de chaque volume eſt de
7 liv. rendu franc de port à Paris , & de
10 liv. pour ceux qui n'auront pas ſoufcrit.
La ſouſcription ne conſiſte qu'en
une promeſſe de prendre les volumes à
meſure qu'ils paroîtront.
1
:
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
ACADÉMIES.
COPENHAGUE.
I.
La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans :
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inſtituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam ex
una statione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Speculorum menfurandi;
defideratur optima & commodiſſima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
fubfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixum fal fimplex
fit , an ex aliisfubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
:
JUILLET II. Vol. 1777. 167
EN HISTOIRE.
Quæritur , quo tempore Danorum imperium
in Ostonia coeperit , quænam incrementa
quaſque mutationes habuerit à Valdemaro
II, ad Valdemarum usque III. Quandò
penitus defierit , quis fub ea potestate status
hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vestigia
ibi adhuc reperiantur.
Le Prix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
Les Savans, tant Etrangers queDanois ,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin,Danois ou Allemand.
Les concurrens adreſſeront leurs Mémoires
francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préſident de la Société; aucun
écrit ne ſera reçu au concours paſſé le
dernier d'Août 1778 .
La diſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
1
L4
166 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
COPENHAGUE.
I.
La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans:
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inſtituerint
Methodi , distantiam non nimis magnam ex
una ſtatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Speculorum menfurandi ;
defideratur optima & commodiffima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
Subfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixum fal fimplex
fit , an ex aliis fubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
JUILLET II. Vol. 1777. 167
EN HISTOIRE.
Quæritur , quo tempore Danorum imperium
in Ostoria coeperit , quænam incrementa
quaſque mutationes habuerit à Valdemaro
II, ad Valdemarum usque III. Quandò
penitus defierit , quis fub ea potestate status
hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vestigia
ibi adhuc reperiantur.
Le Prix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
LesSavans, tant Etrangers queDanois ,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin ,Danois ou Allemand.
Les concurrens adreſſeront leurs Mémoires
francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préſident de la Société ; aucun
écrit ne ſera reçu au concours paſſé le
dernier d'Août 1778 .
Ladiſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
L4
166 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
L
COPENHAGUE.
I.
La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans:
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inſtituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam ex
una ſtatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Spéculorum menfurandi;
defideratur optima & commodiffima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
fubfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
:
Utrum alcali vegetabile fixum fal fim.
plex fit , an ex aliisſubſtantiis compofitum ,
experimentis efficere.
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EN HISTOIRE.
Quæritur , quo tempore Danorum imperium
in Ostonia ceperit , quænam incrementa
quaſque mutationes habuerit à Valdemaro
II, ad Valdemarum usque III. Quandò
penitus defierit , quis fub ea potestate status
hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vestigia
ibi adhuc reperiantur.
LePrix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
LesSavans, tantEtrangers queDanois,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pources Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin,Danois ou Allemand.
Les concurrens adreſſeront leurs Mémoires
francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préfident de la Société; aucun
écrit ne fera reçu au concours paffé le
dernier d'Août 1778 .
Ladiſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
L4
166 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
COPENHAGUE.
I.
La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans:
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inftituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam ex
una ſtatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Speculorum menfurandi;
defideratur optima & commodiffima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
Subfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixum fal fim.
plex fit , an ex aliis fubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
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EN HISTOIRE.
Quæritur , quo tempore Danorum imperium
in Ostonia coeperit , quænam incrementa
quasque mutationes habuerit à Valdemaro
II, ad Valdemarum usque III. Quandò
penitus defierit , quis fub eâ potestate status
hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vestigia
ibi adhuc reperiantur.
LePrixque laSociété décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
LesSavans, tantEtrangers queDanois,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , &voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin,Danois ou Allemand.
Les concurrens adreſſeront leurs Mémoires
francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préfident de la Société; aucun
écrit ne fera reçu au concours paſſé le
dernier d'Août 1778 .
Ladiſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
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166 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
COPENHAGUE.
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La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans:
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inſtituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam ex
una ſtatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Speculorum menfurandi;
defideratur optima & commodiffima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
fubfidio obtinendus.
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plex fit , an ex aliis ſubſtantiis compofitum ,
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EN HISTOIRE.
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hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vesti.
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qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
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excepté les Membres de la Société , font
invitésà concourir pour ces Prix , & vou
dront bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin,Danois ou Allemand,
Les concurrens adreſſeront leurs Mé.
moires francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préſident de la Société ; aucun
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dernier d'Août 1778 .
Ladiſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
L4
166 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
COPENHAGUE.
I.
La Société des Sciences de cette Ville
propoſe pour l'année 1778 , les ſujets
fuivans:
EN MATHÉMATIQUES.
Cum noftris temporibus variæ inſtituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam ex
una ſtatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & Speculorum menfurandi;
defideratur optima & commodiſſima talis in-
Strumenti difpofitio & præcifionis gradus ejus
fubfidio obtinendus .
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixum fal fimplex
fit , an ex aliis fubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
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JUILLET II. Vol. 1777. 167
!
EN HISTOIRE.
Quæritur , quo tempore Danorum imperium
in Ostoria coeperit , quænam incrementa
quaſque mutationes habuerit à Valdemaro
II, ad Valdemarum usque III. Quandò
penitus defierit , quis fub ea potestate status
hujus regionis fuerit Politicus & Ecclefiafticus
, & quænam legum Danicarum vestigia
ibi adhuc reperiantur.
Le Prix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque ſujet ,
conſiſte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck.
LesSavans, tant Etrangers queDanois ,
- excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin , Danois ou Allemand.
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Les concurrens adreſſeront leurs Mémoires
francs de port à Son Exellence
M. de Hielmſtierne , Conſeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Préſident de la Société ; aucun
écrit ne ſera reçu au concours paſſé le
dernier d'Août 1778 .
La diſtribution des prix ſe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
1
L4
1-68 MERCURE DE FRANCE.
de la Société ſera publié incontinent
après.
Les Auteurs font priés de ne ſe point
faire connoître; mais de mettre une deviſe
à la tête , ou à la fin du Mémoire ,
&d'y joindre un billet cacheté avec la
même deviſe , qui contiendra leur nom
&le lieu de leur réſidence.
II.
MARSEILLE.
L'Académie des Sciences& Belles - Lettres
de cette Ville , propoſe pour Prix
les ſujets ſuivans :
ود
Pour 1778. ,, Quels sont les divers
engrais que la Provence peut fournir ;
,, quelle eſt la maniere de les employer
ſuivant les différentés qualités du ter-
?? rein." Prix double.
ود
دو
Pour 1779. ,, Quels sont les moyens
les plus propres à vaincre les obſtacles
„ que le Rhône oppoſe au Cabotage ,
,, entre Arles & Marseille ; & à empêcher
qu'il ne s'en forme de nouveaux."
دو
Prix double.
Pour 1780. ,, Quels font les avantages
?, & les inconvéniens de l'emploi du
JUILLET II. Vol. 1777. 169
20
1
5
ود
charbon de pierres , ou de bois , dans
les fabriques; la deſcription des dif.
,, férentes mines de charbon qui font en
Provence , & leurs qualités." Prix "
double.
ود
"
Pour 1781 . ,, Comme la profondeur de
,, tous les Ports peut diminuer par la vaſe
& le ſable que les eaux pluviales ,
les courans peuvent y charrier , &c.
L'Académie demande quelles ſont les
cauſes qui pourroient concourir à combler
inſenſiblement le Port de Mar
feille ; quels font les moyens d'en prévenir
les effets , & d'y remedier."
ود
و د
"
Ces Prix font , chacun une médaille
d'or , de la valeur de 300 liv.; ils feront
diftribués chaque année le premier mercredi
après la quinzaine de Paques.
On adreſſera les ouvrages à M. Mourraille
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
; ils ne feront reçus que juſqu'au
premier Janvier de chaque année.
III.
Prix de l'Ecole - Pratique de Chirurgie.
M. Houſte , Directeur de l'Académie
Royale de Chirurgie , Aggrégé au Col-
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
I
do
lege de Montpellier , & chargé de l'infpection
des Ecoles , a fondé à perpétuité
quatre Médailles d'or , de cent livres
chacune , pour être diftribuées annuellement
à quatre Etudians , qui , parmi les
vingt- fix , nombre fixé pour concourir ,
auront le plus profité des exercices &
des inſtructions anatomiques & chirurgicales
de l'Ecole-pratique ; établiſſement
utile & patriotique. Ces Médailles ont
été adjugées , cette année , aux ſieurs Ro- e
ber-Hubert Deveſigneux , de Pontrallain , d
Dioceſe du Mans ;Jean la Portere , d'Auga
, Dioceſe de Leſcar; Antoine- Pier pi
re - Louis Reyne , de Metz ; & Ey.
mond Durand , de Créon , Dioceſe de
Bordeaux .
re
T
tr
pa
Pdd
e
a
ta
m
Po
Les quatre acceffit conſiſtant en quatre
Médailles d'argent , pareillement fondés
par le ſieur Houſte , ont été accordés aux
fieurs Antoine Sain , du Boisdoingt ,
Dioceſe de Lyon ; Gilbert Tardif , de
Mauſun , Diocese de Clermont ; Pierre
Jacoupy- Lafond , de Dijon , & Jacques- R
André Balloffet , de Villefranche , Dioceſe
de Lyon.
pe
pr
m
JUILLET II. Vol. 1777. 171
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a
donné , le mardi 8 Juillet , la premiere
: repréſentation de la repriſe d'Ernelinde ,
Tragédie lyrique en cinq actes ; le poëme
I eſt de feu M. Poinſinet , la muſique ett
de M. Philidor.
Cette Tragédie , repréſentée pour la
premiere fois en Novembre 1767 , en
| trois actes , a été remiſe en cinq actes ,
e par les foins de M. S. qui a donné plus
de développement & de vraiſemblance
à ce poëme: il y a eu auſſi des augmentations
heureuſes dans la muſique. L'Adminiſtration
de l'Opéra n'a rien négligé
pour donner à ce ſpectacle tout la pompe
dont il eſt ſuſceptible.
On ſe rappelle qu'Ernelinde , fille de
Rodoald , Roi de Norwege , avoit été
promiſe à Sandomir , Prince de Danemarck.
Ricimer , Roi de Suede , vient
attaquer Rodoald dans ſes Etats : Sandomir
le fait triompher. Ricimer reclame
1
172 MERCURE DE FRANCE.
Π
C
comme le plus digne prix de la victoire ,
la main d'Ernelinde, Sandomir eſt offenſé
de cette injuſtice ; il défend ſes droits.
Ce malheureux Amant eſt mis dans les
fers ; mais il en eſt délivré par Rodoald ,
qui triomphe à ſon tour de Ricimer. h
Sandomir a la généroſité de lui faire
rendre fa liberté & ſa puiſſance. Ricimer
vaincu par tant de bienfaits , ne met
plus d'obſtacle à l'amour d'Ernelinde &
de Sandomir.
V
C
f
ةيم
a
&
C
OL
qu
m
Il faut avouer que le ſujet de cet Opé g
ran'est pas auſſi favorable pour le Théâ
tre Lyrique que ceux d'Iphigénie , d'Alceste
, d'Orphée , d'Armide , de Castor , &c. B
Ces poëmes auroient autant , & peutétre
plus de ſuccès , comme on l'a déjà
éprouvé , avec la ſimple déclamation
fans muſique , qu'avec la muſique même
la plus ſavante ; c'eſt donc le plus
grand avantage qu'un Compoſiteur puiſſe
avoir , que de traiter ces fables ſi connues
& fi intéreſſantes , dont la réuffite
a toujours été aſſurée. Mais les
Connoiffeurs applaudiront aux efforts
qu'un homme de génie fait dans un ſujet
ingrat , pour en couvrir les défauts par
les beautés de fon art , & pour faire
oublier quelquefois les vices de l'action
b
n
L
P.
fo
G
Π
C
JUILLET II . Vol. 1777. 173
par le charme de la muſique. M. Philidor
a mérité les ſuffrages des vrais Amateurs
* & les acclamations du Public , dans les
morceaux d'enſemble & dans les airs ,
où il fait toujours allier un chant ſuivi&
heureuſement modulé , à l'énergie & à la
■ vérité de l'expreſſion. C'eſt là fans doute
- ce qui caractériſe le grand talent en mu-
: ſique , d'approprier au ſentiment ou à la
paſſion , un chant toujours pur & fenfible
; & c'eſt ce qui fera toujours diſtinguer
l'Opéra d'Ernelinde , où M. Philidor
a développé les richeſſes de l'imagination
& de toutes les connoiſſances de fon art.
Beaucoup de morceaux feront recherchés
& feront plaiſir dans les concerts,
où l'on n'admet que la véritable muſique
, celle qui a un caractere & une belle
modulation .
:
Les Ballets de cet Opéra font agréables
& bien deſſinés. La danſe pantomime
des Lapons y faitune varietépiquante.
Les premiers talens de la danſe , Mefdemoiſelles
Heynel , Guimard , Allard
Peslin , MM. Veftris , Gardel , &c. y
font très - applaudis . Ces Ballets ont été
compoſés par M. Noverre & par M.
,
Gardel , & leur font honneur.
174 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiselle le Vaſſeur , actrice fu
périeure & excellente Muſicienne , a
joué & chanté avec beaucoup d'intelligence
& d'expreſſion le rôle d'Ernelinde.
M. Larrivée a bien repréſenté Ricimer.
M. Gelin a rendu avec nobleſſe & avec
force Roduald ; & M. le Gros s'eſt diftingué
par ſon jeu , &par la beauté de
fon chant &de ſon organe, dans le rôle
de Sandomir.
e
a
COMÉDIE FRANÇOISE.
b
d
h
LES Comédiens François ont donné
le samedi 12 Juillet , la premiere repréf
ſentation de Gabrielle de Vergy , Tragé.
die de feu M. de Belloi .
:
la
P
C
Γ
On n'avoit encore ofé expoſer ſur la d
Scene Françoiſe une action auſſi terrible,
& exprimée par le Poëte avec autant
d'énergie.
n
Π
Le Comte de Fayel , l'homme le plus d
jaloux & le plus emporté , a des ſoupçons
contre Gabrielle de Vergy, fa
vertueuſe épouse. Il accuſe Raoul de
Coucy.
JUILLET II . Vol. 1777. 175
1
E
Trop ingrate Vergy , qui me fais réunir
A la douceur d'aimer le tourment de hair ,
Toi que ma bouche accuſe & que mon coeur adore ,
Que j'admire & flétris , que j'offenſe & j'implore ;
Plein des feux dévorans qui m'embraſent pour toi ,
Que n'ai-je ton amour pour garant de ta foi !
Mais tu hais ton époux : vérité trop funeſte ! ...
Et ce jour accablant m'éclaire fur le reſte.
Il lui dit que ſon pere & ſon Roi
exigent qu'ils aillent enſemble à Paris
au -devant de Philippe- Auguſte ; Gabrielle
obtient la permiſſion de reſter
dans le Château d'Autrey ; elle appréhende
trop de recevoir Coucy ,& de ranimer
le feu du fatal amour qui la confume.
Cependant Fayel fait arrêter Mon-
✔lac , l'Ecuyer de Coucy , qui a été ſurpris
près du Château ; il le croyoit un ſéducteur
; il apprend au contraire que
cet Ecuyer venoit annoncer au pere de
fon Maître la mort de Coucy. Cette
nouvelle inſpire de la joie à Fayel , tandis
que Gabrielle tombe évanouie &
mourante: tant de douleur aigrit encore
la jalouſie de Fayel .
:
Monlac inſtruit Gabrielle de l'amour
& du déſeſpoir de Coucy. Il s'eſt jeté
176 MERCURE DE FRANCE.
1
dans un aſſaut devant le coup que Philippe
, ſon Roi , alloit recevoir , & dont
ill'a ſauvé aux dépens de ſa vie. Coucy
croyant ſa bleſſure mortelle , écrit à Gabrielle
, & charge Monlac de lui porter
ſes derniers adieux & ſon coeur. Ce fatal
billet finit par ces mots.
Adieu. Mon ame fuit , emportant ton image;
Mon coeur est plus heureux , il reste auprès de toi.
Monlac n'a pu remplir les ordres de
fon Maître , & l'a laiſſé mourant au milieu
du carnage. Gabrielle repaît ſa douleur
de la lecture de la lettre de fon
Amant. Elle eſt ſurpriſe par Fayel , qui
s'empare de la lettre. Il eſpere que la
mort de fon rival lui rendra la tendreſſe
de ſon épouse; mais le bruit de cette
mort eſt bientôt détruit. Alors Fayel croit
que la fauſſe nouvelle de ce trépas & le
billet , font des pieges concertés par les
deux Amans , pour tromper ſa crédulité.
Il médite de cruels projets de vengeance.
Raoul de Coucy vient , ſous un nom
inconnu , juſques dans le Palais de la
Comteſſe de Vergy, pendant l'abſence
de Fayel , pour une commiffion importante
dont Rhétel , ſon parent , l'a chargé.
JUILLET II. Vol. 1777 177
gé. Il rencontre Monlac, étonné de revoir
ſon Maître. Gabrielle , qui n'a pu
être prévenue , eſt effrayée & charmée
i de retrouver ſon Amant ; mais l'épouſe
de Fayel craint la préſence de l'objet de
ſa paffion. Fayel arrive furieux , lorſqu'il
fait le retour de fon rival. Il veut le
combattre , & , retenu par Monlac , il
l'attaque & le perce de ſon épée. Il
'
- ordonne en même tems à ſes Gardes de
chercher & d'arrêter Coucy. Il inſulte à
l'inquiétude de Gabrielle , & la laiſſe
dans le doute le plus affreux fur ce qu'elle
doit craindre. Cependant Fayel doit s'être
rendu à la Cour de Philippe , & fon
abſence raſſure un peu Gabrielle ſur le
fort de Coucy. Cet Amant vient encore
parler de fon amour à Gabrielle , mais
c'eſt pour en faire le ſacrifice à ſon devoir
, & pour l'engager à l'imiter, Leur
paſſion ſe ramine par les efforts même
qu'ils font pour l'éteindre.
1
Prêts à ſe ſéparer ,
Nos coeurs par plus de noeuds ſemblent ſe reſſerrer.
Triomphe douloureux plein d'horreurs & de charmes !
!
:
C'eſt dans ce moment que Fayel , qui
avoit été retenu par ſa jalouſie , pourſuic
1
M
178 MERCURE DE FRANCE.
Coucy&le fait arrêter par ſes gardes ,
&lui reproche les plus noirs complots,
Coucy oſe le démentir , & reclame la
Loi des Chevaliers pour la défenſe de
l'honneur de Gabrielle. Fayel , en acceptant
le défi de Raoul de Coucy , lui
dit: :
Qu'on lui donne une armure : allons au champ d'honneur ;
Ma juſtice y remit un glaive à ma valeur.
T
Je pourrois te punir : j'en ai le droit, fans doute ;
Tu croirois, en mourant , que Fayel te redoute.
Non; François comme toi , l'honneur de me venger.
M'offre un plaiſir de plus à l'aſpect du danger.
En vain Gabrielle s'oppoſe à leur fureur.
Fayel menace fon épouse de l'en.
traîner dans le tombeau , quand même il
fuccomberoit ſous le fer de fon rival.
Gabrielle eſt enfermée dans un cachot,
où elle attend avec terreur la nouvelle
du combat. Albéric , Ecuyer de Fayel ,
vient lui dire qu'il a vu tomber fon
maître ſous les coups deRaoul. Gabrielle
écoutant alors la voix du devoir, pleure
lamort de fon époux,&refuſe de revoir
Raoul. Fayel revient bleſſé , & foutenu
par des foldats;il donne des ordres pour
que ſa vengeance ſoit exécutée; il fait
1
JUILLET II. Vol. 1777: 179
1: emmener Gabrielle , en lui diſant qu'elle
ſera ſatisfaite. Fayel a tué Raoul ; il veut,
que Gabrielle, en croyant que ſon amant
triomphe , ait ſon coeur devant elle. On
apporte le vaſe où ce coeur eſt renfermé ,
&goûte avec une joie horrible, la vengeance
qu'il prépare à ſon épouſe.
R
:
Il fait poſer le vaſe& la lettre deRaoul
ſur une table , & dit :
Tout eſt prêt... repaiſſons mes yeux de ſes tourmens...
J'en contemple à loiſir les premiers inſtrumens.
(Il reprend la lettre & la montre à Albéric).
Reconnois le billet où leur lache impofture
M'enſeigna l'art cruel de venger mon injure,
(Mettant le main fur leyaf
To recevras ce don par Raoul inventély
Ce don devient affreux par mes mains préſenté.
;
1 r
(Découvrant le vaſe.)
Sur ce coeur tout fanglant qu'ici ton coeur gémiſſe.
(Le recouvrant).
f
L'objet de ton amour en ſera le ſupplice.
(A Gabrielle),
P
(En lui donnant la lettre). (En lui montrant le vase.)
Tiens , voilà ton arrêt.... & voici ma vengeance
Prende... juge fi Raoul doit encor m'alartner.
i
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
Gabrielle ſeule , relit le billet de fon
amant ; & après avoir répété les derniers
mots :
Mon coeur eſt plus heureux , il reſte auprès de toi.
Elle ſaiſit le vaſe ; &, prête à prendre
le poiſon qu'elle croit qu'il renferme,
elle apperçoit le coeur de ſon amant; elle
jette un cri terrible , elle tombe évanouie ;
&, reprenant ſes eſprits, elle donne tous
les ſignes d'une douleur profonde; elle
veut parler , & ne prend que des accens
plaintifs : ſa vue eſt égarée ; un délire
affreux trouble ſes ſens; elle croit voir
encore ce coeur lorſqu'il eſt ſouſtrait à
ſes yeux. Fayel déſabuſé , mais trop tard ,
ſe fait traîner auprès de Gabrielle ; il
abhorre ſon erreur & fon crime. Ga
brielle , dans ſon égarement , croyant
que c'eſt ſon pere, ſe jette dans les bras
de ſon époux ; & le reconnoiſſant à ſa
voix , s'en arrache aavvec fureur : elle
expire. Fayel livré à ſon déſeſpoir , veut
ôter l'appareil de ſa bleſſure; mais impatient
de mourir , il ſaiſit un poignard ,
il ſe tue ,& tombe aux piedsdeGabrielle.
Cette Tragédie eſt conduite avec beau
coup d'art. Il y a de très beaux vers ,&
de grands ſentimens heureuſement expri
C
R
lo
M
13
S
il
&
BPAP P
de
ne
T
JUILLET II. Vol. 1777. 181
elmés. On a remarqué qu'il y avoit quelques
longueurs à corriger. Elle a eu le
plus grand ſuccès ; mais ce Spectacle fait
frémir , & l'on peut à peine en foutenir
la vue. Madame Veftris eſt ſublime dans
le rôle de Gabrielle. Il neſt point poſſible
de jouer avec plus de ſenſibilité, de vérité,
& d'énergie , ni de foutenir la ſcene auſſi
long-temps , ni avec autant d'intérêt. M.
Molé joue le rôle de Coucy , avec l'intelligence
& la chaleur qui caractériſent les
grands talens de cet Acteur. M. Larive
s'eſt ſurpaſſé dans le rôle de Fayel , dont
il a ſaiſi & rendu parfaitement la paſſion
& la fureur.
L
DÉBUT.
Le Sieur VANHOVE , Acteur de
Bruxelles , a débuté ſur le Théâtre de
Paris , le 2 Juillet , par les rôles d'Auguste
dans Cinna , de Baliveau dans la
Métromanie , d'Euphémon dans l'Enfant
Prodigue , de M. d'Orbeſſon dans le Pere
de Famille de Danaus daas Hypermenestre
.
,
Cet Acteur a beaucoup d'uſage de
Théâtre , il a un belorgane , & met dans
fon jeu beaucoup d'intelligence , de ſen-
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
ſibilité & de vérité. Il lui ſera facile de
corriger quelques légers défauts de pro.
nonciation , & de ne point affecter trop
de ſimplicité dans ſa déclamation .
COMÉDIE ITALIENNE.
1.1 .
LES Comédiens Italiens continuent ,
avec ſuccès , les repréſentations des trois
Fermiers , ſpectacle agréable , & rendu
par les Acteurs avec beaucoup de vérité
&d'intérêt.
On ſe diſpoſe à donner inceſſamment
Ernestine , Comédie nouvelle , en trois
actes , mêlée d'ariettes ; & Laurette , Co.
médie en un acte , avec de la muſique.
:
ARTS.
GRAVURES.
I.
LES COUSEUSES , Eſtampe d'environ
21 pouces de largeur & 17 de hauteur ,
deſſinée & gravée par J. Beauvarlet ,
t
JUILLET II. Vol. 1777. 183
ep
Graveur du Roi , d'après le Tableau ori.
ginal du Guide ; tiré du Cabinet de
l'Impératrice Catherine 11 , Souveraine
E de toutes les Ruſſies. Prix 16liv. A Paris,
chez l'Auteur , rue du Petit - Bourbon ,
attenant la Foire Saint - Germain. Compoſition
agréable , & gravée d'un burin
précieux & pittoresque. C'eſt un des
morceaux eſſentiels de l'oeuvre de M.
Beauvarlet , dont les Amateurs recherchent
& confervent les Ouvrages.
11
II.
Portrait de feu C. P. Colardeau, gravé,
par Madame Lingée , à l'imitation du
crayon, dans la maniere angloiſe , for
mat in 4º. d'après le deſſin de L. R.
Trinqueſſe. Prix 1 liv. 4f. AParis , chez
M. Lingée, Graveur , rue des Maçons
près l'Hôtel des Quatre Nations; & chez
M. de Saint - Aubin, Graveur du Roi ,
rue des Mathurins , au petit Hôtel de
Clugny. CePortrait eſt très-reſſemblant ,
& gravé avec beaucoup de ſoin & de
talent.
M4
184 MERCURE DE FRANCE .
MUSIQUE.
I.
Projet d'un Confervatoire François &
Italien pour la Muſique Vocale.
LES Conſervatoires de Naples font fameux
; les Amateurs admirent les avantages
qui en réſultent pour le progrès des
Arts ,& l'avancement des jeunes Eleves ;
ils font en même temps ſurpris , que
dans une Capitale célebre par ſon goût
pour les talens , on n'aitpas fongé à for--
mer un pareil établiſſement; le Sieur BIANCHI
, Compoſiteur Italien , jaloux de mériter
l'eſtime & la bienveillance des François
, oſe l'entreprendre , & il ſuivra en
tout la méthode des Confervatoires de
Naples , où il a été élevé.
Le Sieur BIANCHI , donnera ſon cours
quatre fois la ſemaine; deux jours feront
deſtinés aux Dames , & deux aux hommes
; il enſeignera à vocaliſer ſur toutes
les voyelles , pour que la prononciation
ne ſe trouve pas reſſerrée ,& que l'on ne
perde pas en chantant, les paroles.
"JUILLET II . Vol. 1777. 185
* Il donnera l'art de prendre la refpiration
, pour éviter au Chanteur la néceſſité
, où il ſe trouve ſouvent , de couper un
mot en deux ,& d'en interrompre le ſens,
faute de ſavoir meſurer ſon haleine à la
Muſique & aux paroles.
Il apprendra à augmenter & diminuer
les fons inſenſiblement , ſans altérer l'intonation
; par- là, on évitera la monotonie
, les cris aigus , nazillards , & ceux
qui partent de la gorge , &c.
Il fera un choix des meilleurs Solfeges
Italiens , pour donner à la voix cette éga-
$ lité dans les ſons , qui eſt une des choſes
tes plus eſſentielles , on chantera à ſes
Cours des Duos , des Trios , & des morceaux
d'enſemble , ſoit Italiens ou François
, pour accoutumer l'oreille à l'harimonie;
de plus , le Sieur Bianchi aura
quelques Muſiciens d'orchestre , pour familariſer
ſes éleves avec l'accompagnement
; choſe eſſentielle pour ne manquer
ni la meſure , ni l'à plomb , & pour acquérir
del'aſſurance, avantage dont jouifſent
tous les Eleves des Conſervatoires ,
& qu'ils ne doivent qu'à l'habitude & à
la néceſſité de chanter enſemble.
Le Cours du Sieur Bianchi fera ouvert ,
pour les Dames , les Mercredi & Samedi ,
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
depuis dix heures juſqu'à midi; & pour
les hommes , les Lundi & Jeudi , aux
mêmes heures , & il commencera ces
Cours le 21 du mois deJuillet: il donnera
auſſi des leçons particulieres en ville ,
ou chez lui. Les perſonnes qui voudront
l'honorer de leur confiance , auront la
bonté de s'adreſſer , rue de la Grande-
Truanderie , vis-à-vis la rue Verderet ,
depuis neuf heures juſqu'à midi.
Ceux qui voudront apprendre à chanter
des ariettes Italiennes , trouveront
chez lui un habile Profeſſeur de Langue ,
qui leur apprendra , en peu de temps , la
vraie prononciation , pour bien articuler
les paroles Italiennes.
II.
Six trios pour la Guitarre ,avec pluſieurs
airs variés ; violon , baſſe , ou Alto Con
fordini , dédiés à Mademoiselle deNoyan
Deſcouars; compoſés par M. Montant.
Oeuvre premier. Prix , 9 liv. A Paris
, chez Madame Berault , Marchande
de Muſique , rue de la Comédie Françoiſe
, Fauxbourg St. Germain , auDieu
de l'Harmonie , & aux adreſſes ordinai .
res.
JUILLET II. Val. 1777. 187
1
11
B
10
111.
Quatorzieme de Recueil d'Ariettes choisies ,
arrangées pour le Clavecin ou le Forté.
Piano , avec accompagnement de deux
violons & la baſſe chiffrée , dédiées à
Mademoiselle Lenglé de Schoebeque ,
par M. Benaut , Maître de clavecin de
PAbbaye- Royale de Montmartre , Dames
de la Croix , &c. &c. Prix , r liv. 16. f.
A Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriſtine , & aux adreſſes or
dinaires.
10
!
GEOGRAPHIE.
CARTE de l'Amérique Septentrionale ,
( pour fervir à l'intelligence de la guerre
entre les Anglois& les Infurgens , dédiée
à Monſeigneur de Sartine , Miniſtre de
le Marine; par M. le Chevalier de Beaurain
, Géographe du Roi , & fon Pen
ſionnaire. Prix , 6 liv . Chez l'Auteur ,
rue Gſt-le- coeur.
1
188 MERCURE DE FRANCE.
ARCHITECTURE.
M. DUMONT ; Architecte & Profefſeur
d'Architecture , qui a donné au Public
pluſieurs volumes de Gravures de
St Pierre de Rome , du Vatican & des
Théâtres , &c . , vient d'ajouter à ſa ſuite ,
fur la nouvelle Egliſe de Ste Genevieve
de Paris , une cinquieme Planche. Cette
ſuite eſt préſentement compoſée d'un Plan
géométral , d'une vue perſpective de l'intérieur
de cet Edifice ,& de trois façades
de la principale entrée à périſtile , qui font
terminées avec différentes penſées de
dômes octogones & circulaires , avec
reſſauts & fans reſſauts.
Ces cinq Planches font exactement
gravées d'après les deſſins de M. Soufflot ;
elles font , actuellement enſemble , du
prix de 6 liv.
JUILLET II. Vol. 1777. 189
E
POUR ET CONTRE , ou Réponse à des
:
Critiques.
ILLEST fans doute intéreſſant qu'un Auteur
attaqué puiſſe quelquefois repouſſer
dles traits d'une critique injuſte ouhaſardée.
C'eſt pour quoi nous nous ferons un devoir
de raſſembler dans un article particulier
( les réponſes qui nous feront envoyées ,
en demandant la permiſſion de réduire
e la queſtion à fon point eſſentiel , & d'écarter
tout ce que l'humeur , l'amourpropre
voudroient dire d'étranger ou
d'offenfant. Il n'y a pas de meilleure réplique
que celle de la raiſon: & il n'y a
aucun Ecrivain qui doive s'en plaindre.
Voici une de ces obſervations qu'on
nous a engagé de propofer.
20
6 On lit , dans le Journal de politique
& de Littérature , du 25 Mars , page 426 ,
que , par fombres jalousies , dans ſon
conte Arabe , M. Dorat entend appa.
remment les jalousies qu'on met aux fenêtres;
car , dit le Journaliſte , je n'en
connois point d'autres au pluriel. Mais
cette critique eſt-elle bien fondée , lorf190
MERCURE DE FRANCE .
que cette expreffion a été conſacrée par
les meilleurs Ecrivains ?
19. Consultez St. Evremont : cette
femme n'a point de ces jalousies chagrines
contre toutes les vertus.
2º. Ecoutez Deſpréaux :
Fuyez fur- tout , fuyez ces baſſes jalousies,
Des vulgaires efprits malignes frénéfies.
3º. Fontenelle nous dit : La bienféance
ne veut pas que les femmes faſſent paroître
certaines jalousies qui ſont un peu
trop engagées dans les ſens.
M
4°. Enfin , Fenélon s'exprime ainſi :
Ni les jalousies , ni les défiances , ni la
crainte , ni les vains deſirs , n'approche- i
ront jamais de cet heureux ſéjour de la
paix. Le journaliſte , après une critique
auſſi mal fondée , ajoute : „ Il eſt donc
vrai qu'on peut , pendant long - temps ,
remplacer le talent d'écrire par celui
„ de faire parler en ſa faveur toutes les
voix que l'on peut gagner " . Nous demanderons
à notre tour , qu'elle eſt cette
maniere de s'exprimer , faire parler toutes Pr
"
les voix?
Autre Observation. Dans le même
Journal , No. 10. à article de l'analyſe
Ce
P
A
à
ca

TO
fr
JUILLET II . Vol. 1777. 191
1
du difcours de M. l'Abbé de Müi , Curé
de Saint Laurent.
„ On voit , dit M. de L. H. , que l'Auteur
a du ſtyle. C'eſt dommage qu'il
peche trop ſouventcontre le goût. S'il
parle des loix , c'est une barriere étendue
devant la Société contre les fougues de
la licence & de l'audace ; ce font des
chatnes jetées au méchant , pour
l'empêcher de devenir criminel ;
font des roues ajoutées à la grande ma
chine de l'économie politique. Il eſt clair
que les loix ne peuvent pas être à la
fois des barrierres , des chaînes des
roues.
ce
Sans doute le Journaliſte a cru faire
rire fes lecteurs par cette plaiſanterie,
Mais , doit- elle faire rejeter du diſcours
ces grandes & belles images qui en font
l'ornement ? Lorſqu'Homere compare
Ajax & Diomede à deux géniſſes attelée ,
à deux courſiers fougueux; lorſque Lucain
compare Rome affoiblie , à un vieux
chêne chargé de dépouilles , àun coloſſe
prêt à tomber , quel lecteur ne s'éleve
roit pas contre un critique qui diroit
froidement: Il eſt clair qu'Ajax & Diomede
ne peuvent être à la fois deux boeufs
& deux chevaux , Rome un arbre & une
192 MERCURE DE FRANCE,
P
ת
Statue. Qu'on life Boſſuet; qu'on life les
ouvrages de tous les hommes véritablement
éloquens; leur imagination bril-
Jante leur préſente les objets ſous toutes
les faces , & ſous leurs différens rapports
Ils ne racontent pas; ils peignent ; ils
font tableau ; & ils ne parviennent à nous
émouvoir , à nous entraîner , à exalter
nos têtes , pour ainſi dire , que par les
grandes images qu'ils préſentent à notre
eſprit. Sans doute les loix ne font pas
phyſiquement des barrieres , des chaînes,
des roues , mais elles font tout cela dans
leurs différens rapports. Elles produiſent F
l'effet d'une barriere oppoſée à la licence t
& à l'audace ; elles ont la force des chaî
nes jetées au méchant pour l'empêcher la
de devenir criminel ; & dans la gran- P
de machine de l'économie politique ,
elles sont comme de nouvelles roues
ajoutées à celles qui la font mouvoir.
L'Orateur ne pouvoit entrer dans ce
froid commentaire pour expliquer ſa penſée;
mais il mérite ſans doute des éloges
&non des critiques , pour s'être livré aux
élans de fa riche imagination , & pour
avoir uſé du droit accordé au genre ora
toire , ſi voiſin de la poësie.
Trais
Π
jäl a
1
JUILLET II . Vol. 1777. 193
Spectacle pittoresque.
LE Sieur Joly , Peintre & Architecte
du feu Roi de Pologne , Duc de Lor-
#raine , vient de terminer un Spectacle
pittoreſque , auquel , depuis pluſieurs années
, il conſacre tous ſes momens de loifir.
Auteur tous de les ſujets qu'il a peints
* & exécutés , il réunit tout ce que l'art
peut offrir de plus ſéduisant , la correction
du deſſin, la magie du clair obfcur ,
l'illuſion de la perſpective , la richeſſe &
la majeſté de l'architecture; les effets les
plus piquants de la nature , l'élégance & le
naturel des figures ; le beau choix des fujets
, & l'agrément du coloris concourent
* à occaſionner , dans les Spectateurs , l'illuſion
& la ſurpriſe la plus agréable.
Ce Spectacle intéreſſera également les
connoiſteurs , les Artiſtes , les amateurs
& tous les curieux.
On pourra le voir tous les après midi
juſqu'au foir. Il y a place pour dix à douze
perſonnes , mais l'on ne peut éclairer
pour moins de trois ou quatre.
Le prix eſt de 3 liv. par perſonne.
N
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Joly demeure , en attendant
une place plus commode , rue de la Mortellerie
, ſur la petite Place , après la
rue des Barres , au Dauphin de pierre,
au premier.
Trait d'amitié & de dévouement . P
he
fo
m

ne
Il y a quelque temps qu'unpauvre journalier
, habitant d'un village appelé la
Croix- Rouſſeau , eſt reſté veuf avec qua- Pr
tre enfans en bas âge; ſa ſoeur , qui peut
avoir vingt - deux ou vingt - trois ans , de
étoit en ſervice . & fort bien placée. de
Cette fillea quitté ſacondition pour venir Il
demeurer avec ſon frere; elle aide du à
travail de ſes mains , &fert de mere aux vi
quatre enfans. Il lui reſtoit quarante francs loi
de ſes gages ; elle en a acheté une vache, aya
qui contribue à la ſubſiſtance de toute la Ro
famille, ve
Ca
Ga
fer
JUILLET II. Vol. 1777. 195
ANECDOTES.
I.
Le titre de Prince de Galles , que
porte le fils aîné du Roi d'Angleterre ,
héritier préſomptif de la Couronne , eſt
fort ancien , & fut donné pour la premiere
fois par Edouard I, à ſon fils
aîné , d'une maniere aſſez finguliere. Ce
Prince faiſant la guerre aux Gallois , qui
ne pouvoient ſe réfoudre à ſubir le joug
des Anglois , s'aviſa , pour les foumettre ;
de leur propofer un accommodement.
Il leur demanda s'ils vouloient s'aſſujétir
à un Prince de leur Nation , dont la
vie étoit fans reproche , & qui ne parloit
pas un mot d'Anglois. Les Gallois
Jayant déclaré qu'ils l'accepteroient , le
Roi leur préſenta ſon fils , dont la Reine
venoit d'accoucher dans le Château de
Caernavan , ſitué dans la Province de
Galles; le peuple lui prêta ſur le champ
ferment de fidélité.
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
II.
Deux Seigneurs Anglois , élevés enſemble
dans le même College , & ne
s'étant point vus depuis qu'ils en étoient
fortis , ſe rencontrerent un jour. Après
les complimens réciproques : Milord ,
dit l'un , ne vous ſouvient - il pas que
vous me devez dix mille livres ſterling ?
- Je ne me le rappelle pas .
و د
و د
-

Lorf-
,, que nous étions au College , nous
jouâmes à croix ou pile pour le montant
de cette fomme , & vous la perdîtes
" . - C'étoit une plaiſanterie.
- Non , Milord , cela étoit ſérieux.
"
ود
ود
و د
-
Si vous m'aſſurez ſur votre parole
d'honneur que la choſe eſt ainſi , cela
me ſuffit " . Le gagnant donna cette
parole , & le perdant paya la ſomme.
III.
L
I
r
1
C
f
C
t
Charles-Quint demandant un jour
Michel Ange quelle eſtime il faiſoit d'Al. f
bert Dure , habile Peintre Allemand ,
& Littérateur eſtimable; il lui répondit
ſur le champ , avec la franchiſe d'un
homme de génie qui fait s'apprécier :
JUILLET II. Vol. 1777 197
Fe l'eſtime à tel point , que ſi je n'étois
pas Michel - Ange j'aimerois mieux être
Albert Dure , que l'Empereur Charles-
Quint.
IV.
Un jeune Etranger ſe préſenta au
Wauxhall de la foire St Germain , avec
uu chien , auquel on refuſa la porte : il
le mit au Corps - de garde , & entra ;
1 mais à peine fut - il dans le Wauxhall ,
I qu'on lui vola ſa montre. Il defcendit
au Corps - de - garde pour faire ſa déclaration
, & dit au Sergent que s'il vouloit
lui permettre de rentrer avec fon
chien , il découvriroit bien le voleur.
On le lui permit; le maître indiqua par
ſes geſtes ce qu'il avoit perdu ; le chien
ſe mit en quête , & s'attacha au voleur ,
qui fut fouillé & convaincu. Mais il ſe
trouvoit fix montres dans ſes proches ;
l'inſtinct du chien ne fut point en défaut;
il choiſit , parmi les ſix , celle de
ffon maître , & la lui rapporta.
1
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.
Pommade pour les hemorrhoides.
CETTE Te pommade guérit radicalement les hémorrhoides
internes & externes , en peu de jours , ſans qu'il y ait
rien à craindre du retour de cette maladie , ni accidens
pour la vie en les guériſſant ; prouvé par nombre de cer
tificats authentiques que l'Auteur a entre ſes mains , &
par un nombre infini de perſonnes dignes de foi , de tout
age& de tout ſexe , guéries radicalement depuis pluſieurs
années , &c. par l'uſage qu'elles ont fait de cette pommade
, inventée & compoſée par le ſieur C. Levallois ,
ancien Herboriſte , pour ſa propre guériſon à lui- même , au
mois de Mai 1763.
Cette pommade fait ſon opération avec une doucetür &
une diligence ſurprenantes , en ôtant d'abord les douleurs
dès ſes premieres applications.
Elle eſt diviſée en deux fortes , pour agir enſemble de
concert : l'une eſt préparée en fuppofitoires , pour être infinuée
& amollir les hémorrhoides internes par une douce
tranſpiration ; l'autre eſt applicative ſur les externes , pour
fondre & diſſoudre , avec la même douceur , les groſſeurs
externes , & recevoir au dehors la tranſpiration qui ſe fait
intérieurement.

نم
le
to
P
de
&
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T
de
mi
od
en

JUILLET II. Vol. 1777. 199
امع
L'on diſtribue cette pommade avec approbation & permiſſion
, chez l'Auteur , Vieille rue du Temple , maiſon de
M. Barnoult , en face de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie
; & à ſes dépôts , rue de Richelieu , au galant
Ruſſe ; chez M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin
de la rue de la Perle , à Paris. A Sens grande rue , chez
M. Evrat , Marchand Chaudronnier.
Pour les hémorrhoides nouvelles, les deux demi bottes ,
avec trois ſuppoſitoires , font de 3 liv. joint à un imprimé
qui indique la maniere de s'en ſervir.
Le prix des doubles boîtes , avec fix ſuppoſitoires , pour
les hémorrhoïdes anciennes , eſt de 6 liv.: quant aux invétérées
de 10, 20 à 30 ans , il faut redoubler l'uſage de la
pommade , & il s'enfuit toujours le bien - être detiré.
Les perſonnes de Province qui defireront ſe procurer
de cette pommade , ſont priées d'affranchir leurs lettres ,
&d'indiquer leur meſſagerie.
II.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jean de l'Epine
, chez l'Epicier en gros , la porte - cochere à côté du
Tourneur , au deuxieme appartement ſur le devant , près
de la Grève , donne avis au Public qu'il débite , avec per-
- miſſion , des bagues dont la propriété eſt de guérir la
goutte. Les perſonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la goutte;
en la portant toujours au doigt , elle préſerve d'apoplexie
& de paralyfie.
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N 4
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198 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.
Pommade pour les hémorrhoides.
M
To
Ru
de
H.
P
CETTE ETTE poinmade guérit radicalement les hémorrhoides
internes & externes , en peu de jours , ſans qu'il y ait
rien à craindre du retour de cette maladie , ni accidens
pour la vie én les guériſſant ; prouvé par nombre de cer
tificats authentiques que l'Auteur à entre ſes mains , &
par un nombre infini de perſonnes dignes de foi , de tout
age& de tout ſexe , guéries radicalement depuis pluſieurs
années , &c. par l'uſage qu'elles ont fait de cette pommade
, inventée & compoſée par le ſieur C. Levallois ,
ancien Herboriſte , pour ſa propre guériſon à lui- même , au
Le
Le
mois de Mai 1763 .
Cette pommade fait ſon opération avec une douceur &
une diligence ſurprenantes , en étant d'abord les douleurs
dès ſes premieres applications.
Elle eſt diviſée en deux fortes , pour agir enſemble de
concert : l'une eſt préparée en ſuppoſitoires , pour être infinuée
& amollir les hémorrhoïdes internes par une douce
tranſpiration ; l'autre eſt applicative ſur les externes , pour
fondre & diſſoudre , avec la même douceur , les groſſeurs
externes , & recevoir au dehors la tranſpiration qui ſe f
intérieurement.
T
de
de
JUILLET II. Vol. 1777. 199
L'on diſtribue cette pommade avec approbation & permiſſion
, chez l'Auteur , Vieille rue du Temple , maiſon de
M. Barnoult , en face de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie
; & à ſes dépôts , rue de Richelieu , au galant
Ruſſe ; chez M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin
de la rue de la Perle , à Paris. A Sens grande rue , chez
M. Evrat , Marchand Chaudronnier.
Pour les hémorrhoides nouvelles, les deux demi boîtes ,
avec trois ſuppoſitoires , ſont de 3 liv. joint à un imprimé
qui indique la maniere de s'en ſervir.
Leprix des doubles boſtes , avec fix ſuppoſitoires , pour
les hémorrhoïdes anciennes , eſt de 6 liv.: quant aux invétérées
de 10, 20 à 30 ans, il faut redoubler l'uſage de la
y pommade , & il s'enfuit toujours le bien - être detiré.
Les perſonnes de Province qui defireront ſe procurer
de cette pommade , ſont priées d'affranchir leurs lettres ,
& d'indiquer leur meſſagerie.
II.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jean de l'Epi
ne , chez l'Epicier en gros , la porte - cochere à cot
Tourneur , au deuxieme appartement ſur le devar
de la Grève , donne avis au Public qu'il débite .
miſſion , des bagues dont la propriété eſt
goutte. Les perſonnes qui en font fort aff
porter cette bague avant ou après l'attaquu
da portant toujours au doigt , elle p
Paralyfie.
kie
1
N4
200 MERCURE DE FRANCE.
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36 liv. &
celles en argent , de 24 1.
Le ſieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec un peu
d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eſt de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eſt 1 1. 1o f.
Il a une pommade pour les hémorrhoides , les foulage
&les guérit .
Les pots de pommade ſont de 3 liv. & 1 1. 4 C.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée parM.
le Doyen Préſident de la Commiſſion Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1. 4 f.
NOUVELLES POLITIQUES.
ON
Da Constantinople , 2 Mai.
N dit que le Gouvernement a reçu des nouvelles qui
lui apprennent la mort du Régent de Perſe , & les difpoſitions
où le Pacha , qui commande l'armée Ottomane dans
la Province de Bagdad , eſt de faire évacuer inceſſamment
Baſſora par la garniſon Perfane.
Les Ruſſes répandus dans toutes les places & dans tous
les ports de la Preſqu'île , y retiennent , à ce qu'on dit ,
plus de deux cents bâtimens du pays , & n'ont laiſſe for-
1
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Ce
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C
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JUILLET II. Vol. 1777. 201
tir que le Kan Dewlet-Guerai & ſa ſuite. Il paroît que
cette détention eſt une eſpece de repréſaille , pour obliger
la Porte à ſe relâcher ſur le paſſage des frégates Ruffes
qui font ici.
De Varsovie , le 14 Juin.
La réponſe qu'on attendoit ici de Pétersbourg , relativement
aux différends de la démarcation Pruſſienne , eſt enfin
arrivée. Elle porte que Sa Majesté Impériale , prête à
faiſir toutes les occafions où elle pourroit témoigner à la
République ſes bonnes intentions , & fa fincere & conſtante
amitié , employeroit ſes bons offices pour engager le
Roi de Pruſſe au déſiſtement que l'on deſire de la part de
ce Prince ; qu'indépendamment des démarches directes
qu'elle faiſoit , elle envoyoit ordre à ſon Ambaſſadeur à
Varſovie , d'y entrer en négociation avec le Réſident de
La Cour de Berlin ,
On ne peut guerre ſe flatter que cette affaire ait une
heureuſe iſſue , d'après la déclaration que le ſieur Blanchot
, dans une premiere conférence , a faite à l'Ambaſſadeur
de Ruſſie , qu'il ne pouvoit ſe relâcher en rien des
prétentions du Roi ſon Maître.
Indépendamment des Troupes Ruſſes entrées en Pologne
ar Kiew , & qui ont défilé le long du Boriſthene , il eſt enré
récemment un autre Corps par la Lithuanie , qui dirie
également ſa route vers le Niefter. Ces différentes
Troupes forment environ 40,000 homines.
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
De Stockolm, le 4 Juin.
Le Roi a notifié dernierement la réſolution où il étoit
de faire un voyage à Pétersbourg , dont il a fixé le jour
au 9 de ce mois. On a fait venir en conféquence , de la
Finlande , un Chébec , qui conduira Sa Majesté à Abingfors
, où elle s'embarquera fur une Galere qui la tranfportera
juſqu'à Pétersbourg. La Suede ſera privée , dit - on ,
juſqu'à la fin de Septembre , de voir ſon Roi , dont la
fuite , peu nombreuſe , ne ſera compoſée que des Sénateurs
Comte Ulric- Scheffer , & Poffe , & de deux Chambellans
. Ce voyage inopiné a fait ſuſpendre les diſpoſitions
qui ſe faifoient pour un camp dans les environs de
cette Ville , & le Duc de Sudermanie , qui doit y reſter
pendant l'absence du Roi ſon frere , ne fera point cette
année ſon voyage de Scanie.
De Rome , le 18 Juin .
Le 6 de ce mois , vers les quatre heures après - midi ,
on reffentit ici une ſecouſſe très légere de tremblement
de terre; mais on apprend qu'elle a été plus fentible à
Naples.
Il y aura Conſiſtoire lundi prochain , & l'on aſſure que
le Pape y fera quatre Cardinaux , les ſieurs Salviati , Auditeur
de la Chambre Apoſtotique; Pallota , Tréſorier-Général
de cette même Chambre ; Onerati , Secrétaire de
la Congrégalion des Evêques & Réguliers ; & Marcolini ,
Préſident d'Urbia .
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JUILLET II. Vol. 1777. 203
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De Raguse, le 17 Mai.
La République ſe trouvant privée , depuis plus de deux
mois , de la Felouque Napolitaine , chargée d'apporter &
⚫ de reporter les paquets publics , ainſi que l'argent & les
effets du commerce , prend aujourd'hui le parti d'expé.
dier une Barque nationale à fon Conful de Barlette , pour ſe
faire donner des éclairciſſemens fur cette privation. Le
retard de la Felouque fait craindre qu'elle n'ait été priſe
par des Forbans , ou qu'elle n'ait péri.
DeMalte, le 30 Mai.
La Frégate Françoiſe l'Athalante eſt arrivée ici le 26 de
ce mois , après avoir laiſſe à Palerme le Duc d'Ayen , ainſi
que le Comte & la Comteſſe de Teſté , qui avoient desfeîn
de s'y arrêter. Cette Frégate travaille à réparer quelques
dommages qu'elle a eſſuyés , pour remettre incefiamment
à la voile.
De Londres, le 15 Juin .
Il réſulte du rapport de quelques Batimens , qui ont.
quitté New-Yorck les 12 & 15 Mai dernier , qu'à ces das
tes différentes tout y étoit encore dans le même état
qu'auparavant , qu'on y paroiſſoit ſeulement occupé des
difpofitions néceſſaires à la campagne la plus importante
de cette guerre; puiſque c'eſt une opinion affez générale
que, & les Américains ne font pas vaincus cet éré, il
faudra renoncer au projet de les réduire par les forces de
1
204 MERCURE DE FRANCE.
terre , & ſe borner à une armée navale , qui les amene à
l'obéiſſance par la chûte de leur commerce , & le défaut
de toute importation & exportation .
000
de
de
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les
Le Général Howe avoit , dit- on , écrit d'une maniere
très - preſſante , bien avant l'ouverture de la campagne ,
qu'on lui envoyât le plus de Troupes qu'on pourroit , & la
réponſe qu'on lui a faite a été , qu'il étoit trop tard pour
ſe procurer encore des Troupes auxiliaires chez l'Etranger
, & qu'il étoit impoſſible de lui envoyer un plus
grand nombre de Nationales. D'après ce fait , & fur-tout
d'après les inſtructions du Lord Percy à ce ſujet , quelques
amis même de l'Adminiſtration commencent à redouter que 10
notre armée ne foit pas affez conſidérable pour terminer la
guerre cette année. dre
nol
Si l'on en croit un Particulier nouvellement arrivé de
nos Colonics , on a mis les fortifications de Philadelphie tes
dans un tel état de défenſe , qu'il n'eſt pas étonnant que
le Général Howe ait changé ſa marche & fon projet. Les
Penſilvaniens , dit ce Particulier , ont élevé un fort défendu
par trois retranchemens & par un foſſé large & profond.
Une batterie de 120 pieces de canon borde le
parapet, & pluſieurs petits forts , bâtis ſur les rives de
la Delawarre , ſuffiſent pour empêcher que de petits
bâtimens de tranſport ne puiſſent faire aborder des
Troupes.
On lit dans une Gazette du Nouvel - Hampfire du 31
Mai , une lettre de Morris - Town , du 17 , par laquelle
on apprend que quelques jours auparavant , il y eut une
affaire aſſez vive entre les Troupes du Roi & les Amé-
S
L
JUILLET II. Vol. 1777. 205
ל
!
,
ricains , près de Piſcataway; que les premiers furent d'abord
repouſſes , & qu'étant venus à la charge une ſecomde
fois , ils avoient encore été mis en déroute ; que ces
deux actions au rapport de quelques déſerteurs , leur
ont coûté près de deux cents hommes tant tués que blesſés
, tandis que les Infurgens n'en avoient perdu que la
huitieme partie. On ajoute qu'on vient d'être informé
que , depuis peu , il eſt arrivé de l'Iſle- Longue au Quartier
Général des ennemis à Brunswick , deux cents charriots
deſtinés vraiſemblablement pour retirer de cette
Ville leurs gros bagages.
,
On lit dans une Gazette de la Virginie du 26 Mai dernier
, que le 19 le Général Putnam , ayant ſous ſes ordres
cinq mille hommes , fut attaqué à la pointe du
jour , près de Prince Town , par un Corps à - peu- près
égal forti de Brunswick . L'action dura juſqu'à ſept heures
du foir , & les Troupes du Roi ſe retirerent en défordre
, & laifferent fix cents priſonniers que le défaut de
ſubſiſtances avoit forcé le Lord Cornwallis à rifquer cette
action , dont ſuccès n'a pas répondu à ſes efforts .
Les Américains ſe vantent d'être en état de faire face
aux forces réunies du Général Howe ; & annoncent qu'il y
aura dans peu vingt mille hommes raſſemblés à Ticondérago
pour défendre cette place , qu'ils regardent comme
la clef de leur pays ; mais s'il est vrai que les Généraux
Anglois faſſent remonter la riviere d'Hudſon par leurs
Troupes , celles - ci auront précédé les renforts Ainéricains
, qui ont un trajet beaucoup plus long & plus
pénible à faire. Selon ces diſpoſitions reſpectives ,
206 MERCURE DE FRANCE.
les nouvelles prochaines doivent être du plus grand in.
térêt.
Une lettre d'Ecoſſe dit qu'on eſt inſtruit dans ce pays
que le Congrès a équipé une flotte deftinée à venir infulter
leurs Villes maritimes . Cette nouvelle a déjà jeté
T'alarme aux environs du golfe de Clyde , où l'on a envoyé
de Dunbriton vingt caiffes d'armes pour en armer le
Peuple de Greenock. Les Magiftrats de Glasgow prennent
auffi leurs précautions.
De Paris, le 27 Juin .
Monfieur , frere du Roi , à ſon paſſage par la Ville de
Tours , a fait l'honneur au Chapitre de la noble & infigne
Eglife de Saint - Martin, dont nos Rois ſont depuis
huit fiecles Abbés féculiers , Chanoines & Protecteurs , t
de s'y faire recevoir Chanoine d'Honneur , ſuivant le droit par
des Princes de ſon Sang. Cet événement a répandu la
joie la plus vive dans le Chapitre , la Ville & la Province.
La Chambre du Commerce de Nantes , pour donner
une ſuite plus étendue aux fêtes que Monseigneur le Comte
d'Artois a bien voulu accepter de ſa part , vient de
former le projet d'en fonder une , qui ſera célébrée à per- 20
pétuité , le 24 Mai de chaque année , fous le titre de la
Rofiere &Artois. On y mariera une fille pauvre , mais
reconnue pour ſage & vertueuse , à laquelle on donnera
une dot de 4 à 500 liv. Le choix de cette fille a été
JUILLET IL Vol. 1777. 207
remis unanimement à la Dame Drouia , femme d'un Com
merçant de cette Ville , & après ſa mort les Juges du
Confulat feront revêtus de cet honorable emploi .
On mande du Puy en Velay que l'Evêque de ce Dio.
cèſe a reçu le Pallium des mains de l'Evêque de Cler
mont , nommé à cet effet par Sa Sainteté. Ce droit , at
taché depuis pluſieurs fiecles à cet Evêché , & notam
ment conféré en 1445 à Jean de Bourbon, Evêque du
Puy , avoit été négligé par les derniers Evêques ; celui
d'aujourd'hui l'a fait revivre en ſa faveur. Cette cérémonie
s'eſt faite le 8 de ce mois , dans l'Egliſe Cathédrale
› du Puy, avec beaucoup de pompe, au ſon de toutes les
cloches. Les Corps de Juſtice , les Officiers du Régiment
de Bourbon & toute la Nobleſſe y ont aſſiſté.
Le Chapitre , en reconnoiſſance des ſoins que ce Préjat
s'eſt donnés pour faire revivre ce droit ancien , a ,
par une délibération, fondé à perpétuité une grand meſſe
→ folemnelle pour ſa conſervation , & une meſſe de Requiem
après ſa mort.
1
Le Grand-Maître de Malte ayant permis au Comte de
Bosredont , Sous-Lieutenant des Gardes du Corps du Roi ,
de porter la Croix de Malte , en conſidération du grand
nombre de Chevaliers de ſon nom qui ſont actuellement
dans cet Ordre, & de tous ceux que ſa Maiſon a fournis
depuis ſon établiſſement , Sa Majeſté a bien voulu lui accorder
la permiffion de porter cette Croix avec celle de
Saint - Louis.
Le ſieur de la Peyre , Chirurgien-Major , ancien Prévôt
pour les diſſections & préparations anatomiques du Collé-
1
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ge de Chirurgie de Montpellier , a lu , dans ſéance de la
Société royale de Médecine de Paris , tenue le juillet ,
trois Mémoires qui ont mérité l'attention de cette Compagnie
; l'un fur les moyens de conſerver l'eau douce ſur
mer , & de la rendre inaltérable & potable pendant les
voyages de long cours ; l'autre ſur la guériſon des ulceres
par le mouvement vacillatoire du verre ardent ; & le
troiſieme , ſur les moyens de traiter & de prévenir le ſcorbut
en mer.
L
1
PRÉSENTATIONS .
Le 22 juin , la marquiſe de Montaigu a eu l'honneur
d'être préſentée à Leurs Majestés & à la Famille Royale ,
par la ducheſſe de Béthune.
Le 6 juillet , le ſieur Guyot , avocat- procureur- géné
ral du Roi en ſon conſeil - fupérieur de Corſe , a eu l'honneur
d'être préſenté à Sa Majeſté par le ſieur de Miromeſnil
, Garde des Sceaux , & enſuite à la Reine de à la
Famille royale.
me
Ser
C
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Les ſieurs Née & Masquelier , graveurs , que Leurs
Majeſtés ainſi que la Famille royale , ont honoré de leurs
ſouſcriptions pour un ouvrage intitulé : Tableaux pittoresques
, politiques, physiques & littéraires de la Suiffe , ont
:
eu
JUILLET II . Vol. 1777. 209
eu l'honneur de préſenter à Leurs Majestés & à la Famille
royale , le 22 juin , la cinquieme ſuite de cet ou.
vrage.
Le même jour, le ſieur Sage , des Académies royales
des Sciences de Paris , de Stockholm , & des Académies
impériale & électorale de Mayence , cenſeur royal ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi la ſeconde édition
de ſon ouvrage intitulé: Elémens de minéralogie docimastique,
en 2 vol.
Le ſieur Jeaurat , de l'Académie royale des Sciences ,
ancien profeſſeur de mathématiques & penſionnaire de l'Ecole
royale Militaire , chargé par l'Académie dont il eſt
membre , de calculer chaque année la connoiffance des
tems , ou celle des mouvemens célestes ,, pour l'usage des
Aſtronomes & des Navigareurs , a eu l'honneur de préfenter
, le 6 juin , à Sa Majeſté , le volume de l'année
1779; ce volume eſt le cent-unieme depuis que l'Acadé-
› mie a entrepris cet ouvrage , qui n'a ſouffert aucune interruption
, & que les différens Membres de l'Académie
ont fucceſſivement enrichis des productions les plas utiles
aux progrès de l'aſtronomie & de la navigation.
NOMIΝΑΤΙΟΝ. :
Le 22 juin ; le ſieur le Goutz de Saint-Seyne a prêté
5 ferment de fidélité entre les mains du Roi , en qualité de
premier préſident du parlement de Dijon.
1
1
1
Στο MERCURE DE FRANCE .
Le Roi a nommé le ſieur Necker directeur général des
finances ; & Sa Majesté a choiſi , pour remplir les trois
places du comité contentieux de ce département , le fieur
de Beaumont , conſeiller au confeil royal des finances ,
& les fieurs de Fourqueux & de Villeneuve , confeillers
d'états .
Le 6 juillet , le duc d'Aubigny , pair de France , duc de
Richemond & de Lenox , a eu l'honneur de faire fes remerciemens
au Roi , au ſujet de ſa duché-pairie , enregiſ
trée au Parlement le I du même mois , fur lettres d'érection
de janvier 1685 .
Le Roi a donné la place de meſtre-de-camp en ſecond
du régiment Royal- Pologne cavalerie , vacante par la mort
du comte de Vogué , au comte Louis de Durfort , colonel
en ſecond du régiment de Champagne.
Sa Majesté a auſſi diſpoſé de la place de colonel en
ſecond du régiment de Champagne , en faveur du comte
deBryas.
Le chevalier de Monteil , capitaine des vaiſſeaux du
Roi & brigadier des armées navales , a en l'honneur d'ètre
préſenté à Sa Majesté par le ſieur de Sartine , miniſtre
& ſecrétaire d'état au département de la marine & des colonies
, & de faire ſes remerciemens de la place de commandant
des Gardes de la marine à Breſt , qu'elle a bien
voulu lui confier .
C
JUILLET II. Vol. 1777. 211
>
ARIAGES .
)
Le 6 juillet , le Roi & la Famille Royale ont ſigné, le
contrat de mariage du comte de Simiane , lieutenant de
Roi de la province de Xaintonge , avec la comteſſe de
Damas , dame de Remiremont.
Le 13 juillet , Leurs Majestés & la Famille royale ons
ſigné le contrat de mariage du comte de Choiſeul - d'Aillecourt
, capitaine au régiment des Cuiraſſiers , avec demoifelle
Ducray ; celui du comte d'Avaux , colonel en ſecond
du régiment de Berri , gentilhomme d'honneur de Mon
ſeigneur le comte d'Artois , avec demoiselle de Bour
bonne.
2
>
MORTS.
Nicolas Cailloux , natif de Metz , eſt mort le 7 juin , à
PHôpital Saint - Julien de Nancy , âgé de 108 ans & 5
jours. Il a joui , juſqu'au dernier moment , de fa mémoire&
de ſa raiſon , & deux ans avant ſa mort , qui n'a.
voit été précédée d'aucune infirmité , il avoit fait à pied
un voyage de 50 lieues.
Charles - Louis - Henri d'Appelle - Voiſin , fils du marquis
02
Στο MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé le ſieur Necker directeur général des
finances ; & Sa Majesté a choiſi , pour remplir les trois
places du comité contentieux de ce département , le fieur
de Beaumont , conſeiller au conſeil royal des finances ,
& les ſieurs de Fourqueux & de Villeneuve , confeillers
d'états .
1
Le 6 juillet , le duc d'Aubigny , pair de France , duc de
Richemond & de Lenox , a eu l'honneur de faire fes remerciemens
au Roi , au ſujet de ſa duché-pairie , enregiſ
trée au Parlement le I du même mois , fur lettres d'érection
de janvier 1685.
Le Roi a donné la place de meſtre-de-camp en ſecond
du régiment Royal-Pologne cavalerie , vacante par la mort
du comte de Vogué , au comte Louis de Durfort , colonel
en ſecond du régiment de Champagne.
Sa Majesté a auſſi diſpoſé de la place de colonel en
ſecond du régiment de Champagne , en faveur du comte
de Bryas.
:
Le chevalier de Monteil , capitaine des vaiſſeaux du
Roi & brigadier des armées navales , a eu l'honneur d'étre
préſenté à Sa Majesté par le ſieur de Sartine , miniftre
& ſecrétaire d'état au département de la marine & des colonies
, & de faire ſes remerciemens de la place de commandant
des Gardes de la marine à Breſt , qu'elle a bien
voulu lui confier .
JUILLET II. Vol. 1777. 211
MARIAGES.
(
Le 6 juillet , le Roi& la Famille Royale ont ſigné, le
contrat de mariage du comte de Simiane , lieutenant de
Roi de la province de Xaintonge , avec la comteſſe de
Damas , dame de Remiremont .
Le 13 juillet , Leurs Majestés & la Famille royale out
ſigné le contrat de mariage du comte de Choiſeul - d'Aillecourt
, capitaine au régiment des Cuiraffiers , avec dembifelle
Ducray ; celui du comte d'Avaux , colonel en ſecond
du régiment de Berri , gentilhomme d'honneur de Mon
ſeigneur le comte d'Artois , avec demoiselle de Bour
bonne.
[ ORTS.
Nicolas Cailloux , natif de Metz , eſt mort le ? juin , à
l'Hôpital Saint - Julien de Nancy , âgé de 108 ans & f
jours. Il a joui , juſqu'au dernier moment , de ſa mémoire
& de fa raiſon , & deux ans avant ſa mort , qui n'a.
voit été précédée d'aucune infirmité , il avoit fait à pied
un voyage de 50 lieues.
Charles - Louis - Henri d'Appelle - Voiſin , fils du marquis
1
1
2
212 MERCURE DE FRANCE.
de la Roche -Dumaine , eſt mort le to de juin , au chateau
Dufou , près de Châtelleraut , dans la 11. année
de fon âge.
La dame de Château - Morand , Abbeſſe de Fontaine-
Guerard , eſt morte en fon Abbaye , le 20 du même mois.
Claude Bourachot , prêtre , docteur de Sorbonne , abbé
commendataire de l'abbaye royale de Saint - Pierre de
Neaulphe - le - Vieux , ancien ordre de Saint- Benott, dio.
cèſe de Chartres , & fupérieur - général du ſéminaire de
Saint - Sulpice , eſt mort à Paris audit ſéminaire , dans la
G
80 année de ſon age.
Claude Comte de Beſſe de la Richardie , ci - devant
chef de brigade de gendarmerie , meſtre - de - camp de Cavalerie
, chevalier de l'ordre royal & militaire de Saint-
Louis , eſt mort en ſon château d'Auliac en Auvergne , le
13 du mois dernier , âgé de quarante - fix ans .
Marguerite - Félicité de Conflans , Dame de Mesdames
de France, veuve du Comte de Maulde , Marquis de la
Buſſiere , eſt morte à Paris le 7 Juillet.
Marie - Genevieve de Viennay de Lucé , épouſe de Michel
Roland , Comte des Ecotais de Chantilly , eſt morte
en ſon château des Ecotais en Touraine , le premier du
même mois , dans la ſoixante-huitieme année de ſon âge.
Françoiſe - Thomas de Pange , épouſe du ſieur de Saint-
Simon , grand - d'Eſpagne de la premiere claſſe , brigadier
des armées du Roi , colonel du régiment de Touraine , &
dame pour accompagner Madame la Comteſſe d'Artois ,
JUILLET II. Vol. 1777. 213
eſt morte au château de Songy , près Vitry-le- François , le
premier du même mois.
Antoine-Arnaud de la Briffe-Damilly, premier Préſident
du Parlement de Bretagne , eſt mort à Rennes le 7 Juillet
, dans la 79 année de fon age.
Guillaume Couſtou , chevalier de l'ordre du Roi , digne
du nom célebre qu'il portoit, Sculpteur , Recteur & Tréſorier
de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture ,
Garde de la Salle des Antiques , eſt mort à Paris , le 23
Juillet , dans fa foixante-troiſieme année.
Tirage de la Loterie Royale de France,
du 1 Juillet 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune ſont :
22 , 17 , 31 , 33 , 32.
Du 16 Juillet.
Les numéros fortis de la roue de fortune ſont
64,10,73,63 , 36.
!
214 MERCURE DE FRANCE.
21
ADDITIONS DE HOLLANDE.
I.
LONDRES. ( * ) .
Les plaifans ne ceſſfent de publier des sarcasmes ſur la guerre
actuelle ; ils ont répandu une lettre circulaire du
Gouvernement , adressée aux Ministres étrangers , elle est
-conçue ainfi.
" C'EST un fait incontestable que la diminution du 200
commerce Américain doit augmenter celui de la Ruſſie. Ite
Cet Empire a "l'avantage d'une nombreuſe population & E
peut fournir à l'Europe le tabac , le riz , l'indigo , le café
& le coton . La main - d'oeuvre y eſt en comparaifori à
à meilleur compte qu'elle ne l'eſt en Amérique , d'où il
réſulte qu'en pleine paix la Ruſſie vendra ſes denrées à
un prix bien au deſſous de ce que l'on en paieroit aux
Américains. Il eſt donc clair qu'il eſt de l'intérêt général
de l'Europe d'anéantir l'Amérique , puiſqu'elle n'eſt pas
ſeulement une rivale formidable pour la Ruffie , en fait de
commerce , mais auſſi pour la Pruſſe , le Dannemarck &
la Suede , relativement aux planches , &c. néceſſaires à la
marine. Elle eſt ou peut devenir bientôt rivale de la
(*) Journal de Politique & de littérature mois de Juillet
No. XIX.
tr
JUILLET II. Vol. 1777. 215
}
}
France , de l'Eſpagne & du Portugal , puiſque les habitans
de la Caroline - Méridionale pourront avoir chez eux les
vins & les fruits qu'ils tirent de ces Royaumes. Les in,
térêts de l'Europe commerçante & la proſpérité de l'Amérique
ſont diametralement oppoſés , puiſque chaque million
que celle- ci perd eſt un gain clair pour celle - là. C'eſt
la navigation qui eſt ia fource de ce commerce ; empêcher
que les Américains continuent cette navigation , c'eſt les
réduire à leur état primitif de dépendance ; voici le moment
le plus favorable pour en venir à bout , dans quelques
années il fera trop tard.
Les Colonies- Angloiſes dans l'Amérique- Septentrionale
occupent un terrein de 1,122,800 milles carrés ; en comptant
640 acres de terre par mille carré , on trouvera un
total de 718,592,000 acres . A cinq acres par tête , le
nombre des habitans pourra être de 143,718,400; fuivant
ce calcul , l'Amérique pourra excéder la population de
l'Europe de 26,118,400. Le nombre des habitans de l'Europe
n'étant que de 117,600,000 , d'où l'on peut voir de
quelle importance il eſt de prévenir à tems l'aggrandiſſement
de ces contrées . Les millions que poſſédoit l'Amérique
en eſpeces comme en hommes , avant les troubles
actuels , étoient fortis de l'Europe , & font par conféquent
pour elle une perte qu'elle peut réparer, le teins
en eſt venu, il ne faudroit pas le laiſſer échapper , car ,
on le repete , il eſt de l'intérêt de toutes les puiſſances
maritimes d'écrafer l'Amérique , la paix de l'Europe en
dépend ; dans peu d'années elle ſe verroit engagée dans
des guerres navales avec le Américains. En réduisant
l'Amérique , en lui otant ſes ports de mer , on fera rentrer
en Europe des millions qui ſans cela font perdus pour
/ elle. Les Américains privés des reſſources de la naviga
1
1
i
--
i
04
216 MERCURE DE FRANCE,
tion , rapporteront dans leur patrie leurs tréſors & leurs
familles , enfin il eſt impoſſible de ſe figurer l'heureuſe
conféquence qui réſulteroit de cet évenement .
On peut raiſonnablement ſuppoſer que chaque rémigrant
dépenſeroit l'un dans l'autre 10 liv. ſterl. par an: de trois
millions d'habitans , dont toute la reſſource eſt la navigagation
, un tiers au moins reviendroit en Europe , cette
reſſource n'exiſtant plus , ce qui nous rapporteroit to mil- 20
lions ſterl . par an . Le centre du commerce de l'Angleterre
au lieu de ſe trouver en Amérique feroit en Europe , L
ce qui ſeroit bien plus avantageux pour les autres Nations
."
4
C'eſt par ces pamphlets que l'on cherche à ſe conſoler
des mallieurs de la guerre & des dépenſes qu'elle entrafne;
celles de cette année 1777 , telles qu'elles ont été
accordées par le Parlement , montent à 12,895,543 liv .
ſterl. 2 den. Les fonds que l'Aſſemblée de la Nation a
accordés , feront 12,952,534 livres 12 fol 83 den. ſterl .
dans cette ſomme on comprend les reſtitutions que font annuellement
les héritiers du lord Hollard , Tréſorier Général
des guerres. Ce Miniſtre pendant qu'il exerçoit cet emploi ,
s'étoit approprié , dit - on , plus de 25 millions . Un re.
mord de concience le ſaiſit au lit de mort , & a valu à
l'Etat la reſtitution de cette ſomme immenfe , dont fes
Exécuteurs Teſtamentaires rembourſent 200 mille liv. ſterl .
tous les ans , & continueront juſqu'à l'extinction de la
dette.
Ben
On fait que le traitement des deux Princes , freres du
Roi , eſt très- modique , que dans la derniere ſéance du
Parlement on a fait des propoſitions pour l'augmenter , &
qu'elles n'ont point eu d'effet ; on dit que peu de tems
avant le départ du Duc de Gloceſter pour le continent ,
5
JUILLET II. Vol. 1777. 217
ily ent une ſaiſie chez lui pour 5 mille liv. ſterl. Le
Duc de Cumberland en ayant été informé , courut chez
un Notaire , & engagea ſon hôtel pour procurer à fon frere
la fomme dont il avoit beſoin ; le ſecret a été fi bien
sgardé , que ce n'eſt que depuis peu de jours qu'on en eſt
inftruit.
e
!
Un Miniſtre de l'Evangile vient de ſe faire interdire
pour trois ans à l'occaſion d'un fermon fingulier. On en
jugera par cette priere qu'il fit ſervir d'introduction à fon
Diſcours. „ Nous prierons , mes freres , pour l'égliſe catholique
; je veux dire celle d'Angleterre & d'irlande,
pour la facrée Majesté de George & la famille Royale ;
prions auffi pour les deux Univerſités de ce Royaume &
pour les Archevêques & Evêques , afin que Dieu rende
les uns plus orthodoxes & augmente la foi des autres .
Bénites foient les deux Chambres du Parlement , & puiffe
le Ciel accorder à ceux de ſes Membres qui forment la
majorité , ce dont ils ont beſoin, plus d'entendement &
de bonne - foi ."
II .
Parmi les Nouvelles apportées par les derniers vaisseaux
d'Amérique , on a trouvé le discours suivant , prononcé
devant les Juges de Connecticut , par une malheureuse
fille qui venoit de donner le jour à un cinquieme fruic
d'un amour illégitime.
,, Je ſuis une fille malheureuſe & pauvres je n'ai pas
les moyens de payer un Avocat , à peine puis - je trouver
ceux de fournir à ma ſubſiſtance. Mon Diſcours ne fera
pas long ; je ne me flatte pas de pouvoir vous engager
à vous écarter de la Loi ; tout ce que j'oſe eſpérer , c'eſt
05
218 MERCURE DE FRANCE.
L
que vous daignerez implorer pour moi les bontés du Gou
vernement , & obtenir qu'il me diſpenſe de l'amende.
Voici la cinquième fois que je parois devant vous pour
le même ſujer , deux fois j'ai payé une amende exhorbitante;
deux fois j'ai fubi une pénitence publique & honteuſe
, parce que je n'ai pas été en état de payer . Tout
écla peut être conforme à la Loi ; je ne le contefte point ;
mais il y a quelquefois des Loix injuftes & on les abroge
; il y en a de trop féveres , & la puiſſance légiflatrice
difpenfe de leur exécution. Celle qui me condamne eſt à
la fois injufle & févere. Je n'ai jamais offenſé perſonne ;
je défie mes ennemis , fi j'en ai , de dire que j'ai cher- E.
ché à nuire à homme , femme ou enfant. Permettez- moi
d'oublier un moment que la Loi exiſte , & alors je ne
corçois pas quel peut être mon crime. J'ai donné le jour
à cinq beaux enfans , je les ai nourris de mon lait , je lesep
ai foutenus par mon travail ; j'aurois fait davantage pour S
eux fi je n'avois pas payé des amendes qui m'en ont ôté
les moyens . Eſt ce un crime d'augmenter le nombre des T
habitans dans un pays où l'on a beſoin de population. Je R
n'ai enlevé aucun mari à ſa femme , ni débauché aucun
enfant de famile. Si quelqu'un ſe plaint de moi, ce ne
peut être que le Miniſtre à qui je n'ai point payé de
droitde Mariage , mais eft ce îna faute ! j'en appelle à
yous: vous me fuppofez affez de bon ſens pour être perfuadés
que je préférerois l'état honorable de femme à la ter
condition bootcuſe dans laquelle j'ai vécu juſqu'à pré- to
fent; j'ai toujours defiré & je defire encore de me mafier.
Je ne crains point de dire que j'aurois la bonne
conduite , Pinduſtrie & P'économie convenable à une femme
, comme j'en ai la fécondité. Je défie qui que ce
foit de prouver que j'ai refufé d'entrer dans cet état ; je
S
JUILLET II. Vol. 1777. 219
t
-conſentis à la premiere & à la ſeule propofition de ce
genre qui me fut faite, j'étois vierge encore ; mais me
confiant trop légerement à la fincérité de celui qui me la
- fuiſoit , je perdis mon honneur pour avoir cru trop aifément
qu'il en avoit. Il m'abandonna avec ſon enfant.
Vous connoiſſez tous le féducteur , il eſt actuellement
; Magiftrat , comme vous , & s'affied à vos côtés . J'efpé
rois qu'il paroîtroit aujourd'hui au Tribunal & qu'il intéreſſeroit
votre pitié en faveur d'une malheureuſe qui ne
l'eſt que par lui. Alors j'aurois été incapable de l'expofer
à rougir en rappellant ce qui s'eſt paffé entre nous.
Ai -je tort de me plaindre de l'injustice des Loix ! mon
iféducteur , la premiere cauſe de mes égaremens eſt élevé
au pouvoir & aux honneurs par ce même Gouvernement
qui punit mes malheurs par le fouet & l'infamie . On me
répondra que j'ai tranſgreſſe les préceptes de la Religion.
Si mon offenſe eſt contre Dieu , laiſſez lui le ſoin de me
- punir. Pourquoi, au fuplice de l'enfer qui m'attend dans
l'autre monde , ajoutez -vous dans celui - ci les amendes &
le fouet ? Pardonnez - moi fi je m'égare ; je ne ſuis point
théologienne ; j'ai donné le jour à cinq enfans ; ils ont
reçu , comme les autres , le ſouffle divin qui les anime.
Si vous faites des Loix qui changent la nature des actions
& en font des crimes , faites en contre les Célibataires
, dont le nombre augmente tous les jours , qui portent
la ſéduction & l'opprobre dans les familles , qui
trompent les jeunes filles comme j'ai été trompée , & qui
les forcent à vivre dans l'état honteux où je vis , au mi
lieu de la ſociété qui les repouſſe & les mépriſe. Ce
font eux qui troublent véritablement la tranquillité publique
. Voilà des crimes qui méritent plus que le mien
l'animadverſion des Loix." Ce Difcours fingulier fit une
1
1
1
1
!
220 MERCURE DE FRANCE.
telle impreſſion ſur les Juges ,'qu'ils finirent par abſoudre Ca
la coupable , & le léducteur touché l'épouſa quelques
jours après. Les papiers publics du jour donnent ce fait
comme récent ; mais nous nous rappellons de l'avoir lu
dans les papiers de 1774 , d'où les gazettes étrangeres les
tirerent alors ; quoiqu'il en foit , il n'en ett ni moins vrai
ni moins piquant.
111.
Mort de M. Greffet.
LES Lettres viennent de perdre M. Greffet ; il eſt mort
à Amiens où il s'étoit retiré depuis trente ans. Ce qu'on
doit regretrer le plus , ce n'eſt pas qu'il ait fini la carriere
de la vie , à l'âge où elle eſt le plus communement bornée
, (il avoit 68 ans) mais qu'il n'ait pas rempli celle
du travail & de la gloire pour laquelle il ſembloit fait. Il
eft peu d'hommes de talent dont les premiers eſſais aient
eu plus d'éclar. Ververt , ouvrage plein de facilité & de
grace , & dont le mérite parut d'autant plus grand , que le
ſujet ſembloit offrir moins de reſſources , Ververt fit beaucoup
de bruit dans le monde. Il n'y a point eu de bagatelle
poétique qui ait fait une plus grande fortune. Cet
Ouvrage , & la Chartreuſe qui lui eſt bien ſupérieure , annonçoient
un talent original , & ce qui ajoutoit à la fingularité
, c'étoient les premiers ouvrages de goût qu'on
eût faits dans un College. Rouſſeau , excellent juge en
poéfie , quand il n'étoit pas paſſionné , donna les plus
grands éloges à l'Auteur de Ververt & de la Chartreuse.
jugeoit avec raifon que toutes les richeſſes du ſtyle poé.
tique étoient raſſemblées dans ce dernier ouvrage. Ce qui
10
fauts
La
JUILLET II. Vol. 1777. 221
1
1
le caractériſe particulierement , c'eſt une fécondité d'expreſſions
, qui , même quelquefois dégénere en luxe , &
un eſpece d'abandon facile qui va juſqu'à la négligence .
Les phraſes ſont ſouvent longues , & un peu traînantes.
Mais il y répand une harinonie ſi douce , & les vers s'enchaînent
fi bien les uns aux autres , que le défaut de la
diffuſion diſparoit devant les beautés qui s'y mêlent , &
quand la maniere d'un Auteur est belle , il faut lui laiſſer
les défauts qui tiennent à ſa maniere ; c'eſt un des principes
de la ſaine critique & de l'équité , mais qui n'eſt
pas fait pour être ſenti par les Juges vulgaires , encore
moins par les Juges paſſionnés , qui réellement bleſſés des
beautés qui les affligent , ſemblent ne l'être que des défauts
qu'ils exagerent .
La Chartreuſe reſpire d'ailleurs une philoſophie aimable
) qu'il feroit à ſouhaiter que l'Auteur eût toujours confervée.
Rien n'eſt plus agréable , ni plus heureux , que l'idée
allegorique qu'il nous donne de la vie hunaine.
En promenant vos rêveries ,
Dans le filence des prairies ,
Vous voyez un foible rameau ,
Qui par les jeux du vague Eole ,
Détaché de quelque arbriſſeau ,
Quitte ſa tige , tombe & vole
Sur la ſurface d'un ruiſſeau .
Là par une invincible pente ,
Forcé d'errer & de changer ,
Il flotte au gré de l'onde errante ,
Et d'un mouvement étranger.
Souvent il paroſt , il ſurnage ;
} Souvent il eſt au fond des eaux ;
222 MERCURE DE FRANCE.
P
Il rencontre fur fon paſſage
Tous les jours des pays nouveaux
Tantôt un fertile rivage ,
Bordé de côteaux fortunés ,
Tantôt une rive ſauvage ,
Etdes déſerts abandonnés .
Parmi ces erreurs continues ,
Il fuit , il vogue juſqu'au jour ,
Qui l'enfévelit à ſon tour
Au fein de ces mers inconnues ,
Où tout s'abîme fans retour.
Il y a dans ces vers quelques imperfections , quelques ,
répétitions de mots , mais aucun de ces défauts effentiels
qui gâtent le ſtyle , & nuiſent à l'effet ; & c'eſt ce qu'il p
faut faire foigneuſement obſerver à ceux qui traitent la
critique de purifine , lorſqu'on leur reproche des fautes
graves & accumulées. Ils penſent ſe juſtifier par l'exem
ple des bons Ecrivains , chez qui l'on peut rencontrer auſſi
des fautes , & ils ne fongent pas que ces fautes font le
plus ſouvent très-légeres , & ſont comme étouffées par les
beautés , bien loin de leur nuire ; ils ne fongent pas qu'il
faut d'abord avoir un ſtyle , & que lorſqu'on manque des
qualités indiſpenſables , ſans leſquelles il n'y en a point ,
alors quelques beautés éparſes font foiblement ſenties , F
& ne peuvent faire pardonner le vuide ou la fauſſeté des
idées , ni une diction continuellement vicieuſe. Quel charme
au contraire dans le morceau que je viens de citer !
Comme l'allégorie eſt juſte & foutenue ! Comme la tournure
& l'expreſſion ſont intéreſſantes !
L'Epitre au Pere Bougeant , les Ombres , font fort inférieures
à la Chartreuse , & roulent ſur le même fonds
JUILLET II . Vol. 1777. 223
d'idées. La Piece intitulée, Epitre à ma Muse , eſt foible
& inégale . Celle que l'Auteur adreſſa à fa fooeur fur
une convalefcence , eſt ce qu'il a fait de mieux après la
Chartreuse.
M. Greffet forti des Jéſuites & accueilli dans le mon-
I de , voulut s'élever juſqu'à la Tragédie. Mais il n'avoit
pas confulté les forces ni le caractere de fon talent quand
il donna fon Edouard III. Le ſuccès paſſager de quel
ques repréſentations qu'il obtint comme tant d'autres Pie
ces oubliées , ne l'a pas empêché de tomber comme elles
dans l'oubli. L'intrigue en eſt froide , & le ſtyle plus
froid encore ; à quelques vers près , la diction eſt péni
ble , ampoulée & incorrecte. Le ſujet de Sidney qui fut
joué quelques années après Edouard , n'étoit pas beau
coup plus heureux. Le dégoût de la vie n'eſt pas un
ſentiment fort dramatique, à moins qu'il ne fût foutenu
par l'énergie d'un caractere & d'une paſſion. Mais l'amour
de Sidney pour une Rofalie qu'on ne connoit point,
& qui eft retrouvée au ſecond acte , & le petit eſcamotage
d'un valet qui ſubſtitue un verre d'eau à un verre de
-poiſon , tout cela forme une intrigue très-petite , & un
roman très-commun. Quand on a voulu reprendre Sidney
en dernier lieu , il n'a eu aucun ſuccès. Cette piece
foible au théâtre , ſe recommande par un autre mérite qui
la fera vivre dans le mémoire des Amateurs; c'eſt le
ſtyle qui eſt d'une beauté foutenue . C'eſt même dans cet
Ouvrage que l'on trouve les ſeuls vraiment beaux vers
que l'Auteur ait faits dans le genre noble qui n'étoit pas
le fien. Car on en trouveroit bien peu dans Edouard qui
fuſſent dignes d'être cités. Au contraire on a cité ſouvent
čes vers de Sidney :
ةر
224 MERCURE DE FRANCE.
C'en eft done fait enfin : tout eſt fini pour moi.
Ce breuvage fatal que j'ai pris ſans effroi ,
Enchaluant tous mes ſens dans une mort tranquille ,
Va du dernier fommeil aſſoupir cette argile , &c .
Ca
Le Méchant , joué en 1740 , réuſſit beaucoup plus que
Sidney , & il reſté au théâtre. Quoique l'intrigue en foit
un peu froide , & qu'elle ne ſoit même qu'une copie de
celle du Flateur de Rouſſeau , elle eſt infiniment ſupérieure
à cette derniere Piece par le ſtyle & par les détails comiques
. Perſonne ne lit le Flateur , & tout le monde
fait par coeur une foule de vers du Méchant qui ſont devenus
proverbes. En général la ſupériorité du ſtyle , & la L
difficulté du genre , font encore de cet Ouvrage , malgré
ce qui lui manque , le plus beau titre littéraire de l'Au- Cha
teur. On a dit que pluſieurs des traits les plus agréables e
du Méchant , appartenoient à la Société de Madame de
F ** , où Greſſet vivoit , & qu'on appelloit la Société du
Cabinet verd . Mais quand cela ſeroit vrai , la gloire du
Poëte n'en ſeroit point diminuée. Quel Auteur comique
ne profite pas de ce qu'il entend dans la ſociété ? C'eftjà
une partie de ſes études. Le Méchant fut très-ſéverement
critiqué dans ſa nouveauté. Quelqu'un dit à ces
Cenſeurs fi difficiles : vous ferez peut-etre vingt ans fans
avoir le pendant de cette Piece. Cet homme étoit Prophet
te. Il y en a bientôt quarante qu'on a donné le Méchant ,
& depuis ce tems nous avons eu de jolis actes , des ou- es
vrages très - ingénieux , tels que les Moeurs du tems , les
Fauſſes infidélités , &c. mais pas une Comédie en 5 actes
qui approche du Méchant , même de fort loin .
C'eſt auſſi là que s'arrête la gloire de l'Auteur , & que
finit l'hiſtoire de ſes travaux. Il ne faut pas parler de ſes
Odes ,
ie
JUILLET II. Vol. 1777. 225
Odes , d'une Traduction des Eglogues de Virgile , ni furtout
d'un Discours sur l'harmonie. On est encore à concevoir
que l'Auteur du Méchant ait pu produire cette déclamation
fcholaſtique. Rien ne fait mieux voir combien
les hommes de talent doivent être ſobres & réſervés fur
l'article de l'impreſſion . M. Greſſet n'a imprimé que deux
petits volumes , & il y en a un de trop. Mais celui qui
contient Ververt , la Chartreuſe & le Méchant , lui asfure
à jamais un rang parmi les bons Poëtes qui ont enrichi
notre langue d'Ouvrages faits pour durer autant
qu'elle.
Les ſeuls fruits de ſon loiſir dans la retraite , furent un
petit Poëme intitulé le Parrein magnifique , & un nouveau
Chant de Ververt intitulé l'ouvroir. On dit qu'on retrouve
encore des traces de fon talent dans ces deux mo
ceaux qui n'ont jamais été imprimés.
J
IV.
LE SPECTATEUR (*).
E ne connois point de folie plus abſurde & plus ridicule
que celle de ſe vanter de connoftre les grands & de
vivre familierement avec eux ; cette folie eſt cependant
très-générale , & de bons eſprits d'ailleurs n'en fout pas
exempts. Combien en voit - on qui ne ceſſent de vous
entretenir des parties qu'ils ont faites avec Lord un tel ,
le Duc de.... &c. tandis qu'ils ne les ont jamais vus ,
&qu'ils en ignorent juſqu'à la livrée .
Journal Anglois , N. 18.
P
226 MERCURE DE FRANCE.

Un de mes amis a un fils qui a cette fo'ie à un plus
haut degré peut- être que perſonne ; il s'en eſt plaint fou- ma
vent à moi , en me priant de chercher quelque moyen de o
l'en guérir l'ai entrepris cette cure avec quelque eſpé- di
rance de réuſſir. Henri eſt un ſujet qui a un bon naturel,
affez d'eſprit , & qui dans tout le reſte a beaucoup de
bon fens & de jugement ; il eſt exactement comme Don
Quichore , un homme très -fage dans tout ce qui ne re,
garde point la panie qui a dérangé ſa cervelle.
de
J'avois beſoin de quelqu'un qui me fecondat dans cette
entrepriſe ; je m'adreſſai à Sir Charles Travers ; je lui pei
gnis le faible du pauvre Henri , & il me dit que ſa guérifon
était très - aiſée , ſi j'approuvais un remede affez vifa
qu'il mettrait en ufige. Mon valet Guillaume , continuat-
il , eſt un drôle fort alerte & très-bien bati ; je lui ferai
prendre un de mes habits , & je lui ordonnerai de ſe pro- A
mener demain matin dans le parc ; nous nous y trouverons
avec Henri , je ne vous inſtruis pas de ce qui ſe
paſſera ; vous le verrez vous- même.
re
0
Le lendemain la partie projettée fut exécutée ; nous allames
, Sir Charles & moi , prendre Henri qui ne ſe fit
pas preſſer de venir ſe promener avec nous. Lorſque p
nous fumes entrés dans le Parc , nous vines, un jeune
Seigneur mis avec la derniere élégance. Il fit une petite
inclination de tête à Henri , qui répondit à ce léger ſalut ,
par la révérence la plus reſpectueuſe , mais en prenant
cependant un peu de cet air qui annonce une intime liaifon
avec le grand que l'on ſalue. Il prit enſuite ma main
& me dit : C'est le Lord Trimwell , l'homme du monde
qui eſt toujours le mieux mis ; il eſt auſſi aimable que
magnifique ; & nous sommes enſemble ſur un pied très
familier. Avant hier nous ſoupâmes à Almack , & nous
3
on
JUILLET II . Vol. 1777. 227
ne nous ſéparâmes qu'à quatre heures du matin. Nous
bûnes beaucoup , & plus qué je n'aurais voulu ; mais
Mylord eſt unfi bon compagnon , il eſt ſi engageant qu'il
eſt impoſſible de lui rien refuſer. Il a une foeur qui eft
ma foi la plus jolie perſonne que j'aie jamais vue ; elle a
outre celá une fortune confidérable ; je cois même entre
nous que je ne lui déplairais pas , fi je n'en mêlais ; le
frere ſerait enchanté de me voir attaché à elle , mais le
mariage eſt une choſe qui peſe terriblement fur les épaules
, il feroit bien triſte à mon âge de prendre une femme
, de m'enterrer pour ainſi dire avec elie , tandis que
je puis jouir de tous les agrémens de la vie ; & apres
avoir fait ma cour aux femmes des autres , je ne me fou-
Jcie pas de donner revanche & de voir courtifer la
:

inienne.
A ce mot Henri affecta de rire aux éclats & de prendre
un ton léger , en déchirant la réputation d'une demidouzaine
de femmes de qualité, dont je ſuis bien für qu'il
ne connait que les noms .
Je levais les épaules de pitié ; Sir Charles l'imita dans
fes éclats de rire ; reprenant enfuite un ton plus férieux :
Je m'étonne , lui dit - il , que vous refuſiez la foeur de
Mylord , puiſqu'elle a une ſi grande & fi belle fortune.
Oui , répondit Henri , une grande fortune ; mais avec cette
fortune , il y a une femme , & c'eſt le diable ; fi du mois
on pouvoit ſéparer l'une de l'autre , cela ſerait touchant.
Mais , Henri , reprit Sir Charles , êtes-vous bien für qu'on
vous donnerait la femine ? Sûr , répondit notre pauvre
malade , comune c'eſt moi qui vous parle. La pauvre
créature , elle n'eſt pas fans eſprit , elle a du goût , elle
aime le bon air autant que le bon ton. Je ne doute
point de ſon goût , répliqua Sir Charles , puiſqu'elle vous
1
P2
228 MERCURE DE FRANCE.
aime. Henri fut touché du compliment ; il auroit bien | P
voulu paroître en rougir ; mais il paraiſſait fi convaincu
qu'il le méritait , qu'il ne nous laiſſa voir que cette conviction
.
Sir Charles ramena l'entretien ſur la foeur de Mylord ,
ſur ſa fortune que l'autre s'empreſſa de porter à cinquante
mille livres ſterling , ſans les eſpérances qu'elle avait , &
ce que devaient lui laiſſer des oncles très - riches , des
tantes vieilles filles ; il ajouta qu'il connaiſſait tous ſes f
parens , & qu'il pouvait afurer qu'il en était aimé & honoré.
Mon noble compagnon ne ceſſa pendant toute la
promenade de l'entretenir ſur le même ſujet ; quelquefois
il le piqua en paraiſſant ſoupçonner dans la jeune Lady
moins de penchant pour lui qu'il ne le ſuppoſait , & en
feignant de croire qu'elle ne lui en témoignait autant qu'il
le diſait que pour le duper. L'amour propre de Henri lui
fuggéra une multitude de réponſes où l'on voyoit l'homme
piqué , qui ne vouloit pas qu'on s'en apperçut , &
qui cherchait à ſe donner l'air de la confiance .
Au milieu de ces débats qui amuferent le Lord , nous
retrouvâmes le jeune Seigneur , nous nous empreſſames de
le faire remarquer à Henri , en l'exhortant à l'aller joindre
& à lui parler; il s'en défendit de maniere à nous perfuader
qu'il ne le connaiſſait point , quand nous ne l'aurions
pas ſu auparavant. Sir Charles le pouſſa du côté
de fon illuftre connaiſſance , je me joignis à lui en lui dí
fant: Allons , aliez à votre ami , dont la foeur vous aime
tant,& dont la fortune n'eſt pas à dédaigner. Plus nous
nous appercevions que nos inſtances lui faiſaient de la
peine , plus nous les renouvellions ; il ſe facha preſque ,
&ſa colere n'était que de l'embarras. Non , nous dit- il ,
non , je n'approcherai point, je ne lui parlerai pas aujourd'hui.
L
JUILLET II. Vol. 1777. 229
5
قر
Puiſque vous ne voulez pas lui parler , dit alors Sir
Charles , je lui parlerai donc moi même ; & prenant auffitot
un ton de mattre , il éleva la voix , && dit : Ici , Guillauine
, avez - vous remis à Miſs Bouwn le billet que je
vous ai ordonné de lui porter ce matin ? Oui , Mylord ,
répondit le prétendu Seigneur , d'un air foumis & refpectueux
. Quelle réponſe avez - vous ? - Aucune . Mifs
Brouwn n'étoit pas chez elle , & j'ai remis votre billet à
fa femme de chambre. - Cela est très bien . Retournez
chez moi , quittez mes habits ; je vous les donne ,
vous les méritez par la maniere dont vous avez rempli
votre rôle. Se tournant enſuite vers Henri qui rougilait
& påliffait fucceflivement , & dont le vifage , pendant tout
ce tems , changeait de couleur à chaque leconde . Vous
voyez , lui dit - il , que votre intime ami le Lord Trimwell
, n'eſt autre choſe que mon laquais. Je ne lui avais
fait prendre un de mes habits que pour vous montrer ,
mon cher Henri , combien il eſt ridicule & petit de ſe
vanter de liaiſons avec des grands qu'on ne connaît pas.
La leçon a produit fon effet. Henri ſe retira honteux ,
s'enferma chez lui pendant quelques jours ; & depuis
qu'il en eft forti , il ne parle plus de grands Seigneurs ;
loriqu'il en rencontre quelques - uns , & qu'on les lui
nomme , il demande vite : n'est - ce point un laquais revêtu
? On lui dit quelquefois qu'il ſe trompe de très peu
de choſe.
AVIS.
La Fabrique de Papiers peints des Demoiselles Catherine
Pierrette d'Effeny de Fonteny Soeurs & Compagnie , dans le
Pauw laan au Diemermeer , annoncée dans les papiers pu-
P3
230 MERCURE DE FRANCE
blics l'année derniere , dans le courant de Mai ,
rée juſqu'à préſent de la confiance du public, fe
toujours avec fuccès ; Ces Demoiselles ont augm
nombre de leurs deſſeins , & apportent l'attention
foignée tant à la variété qu'au coloris. Elles am,
qu'elles exécutent tous les deffeins qu'on peut
mander , & remplificat avec exactitude toutes le
miffions qu'on veut bien leur donner en ce genre
efperent que la bonté du papier , le goût des deff
le fini de leur exécution leur mériteront de plus
cette confiance qui accrédite & donne de la f
tous les établiſſements utiles .
P
TABLE
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE ,
Les Piziſirs champéues ,
Epitre à M. ***.
Imiration du premier livre de l'Enlévement de Profer
Liticas & Cécile ,
Pailémon ,
La Femme ſavante,
Vers chanés lors du paſſage de Monfieur à Saint-
Papoul,
Réporſe zux Vouloirs de M. de
Moralité pour les Amans ,
Imitat, d'one Epigramme de Martial ,
Ode à M. PEvêque de Saint-Flour ,
Vers à Madame la Princeffe de Monaco ,
Imprompte,
Madrigal ,
41
JUILLET I
Ipitha'ame,
AM. Cara
Aplicarion is lages &
ENIGMES,
LOCOGLYPHE
NOUVELLE
L'obyleMan
Dictionите. моб.
Minore firs
Lattres
Azipe adereza
Dela com
Hiftoire de Ka ,
Etir de la Mencet
Europe,
LeCongrés de Cra
Ebi farles Machines бирин
Dela Senin ,
Flora Pailenis ,
Journal des Castin
Letue de M. de Ma
3
Mim. fur les zawarto
dela micure fans er Pres
-Traité for les cameshow
Lа Суторебе ,
Tréfor généalogique,
Réflexions fur Then,
Lettre à M. le Be
EfTai fur les
révange
France,
Profpectus des ass
téraires,
1
Voyage en Sibérie,
230 MERCURE DE FRANCE.
Lo
blics P'année derniére , dans le courant de Mai , & hono
rée juſqu'à préſent de la confiance du public , fe continue
toujours avec ſuccès, Ces Demoiselles ont augmenté le p
nombre de leurs deffeins , & apportent l'attention la plus
foignée tant à la variété qu'au coloris. Elles annoncent
qu'elles exécutent tous les deffeins qu'on peut leur de
mander , & remplifient avec exactitude toutes les Com to
miſſions qu'on veut bien leur donner en ce genre . Elles
efperent que la bonté du papier , le goût des deffeins , &
le fini de leur exécution leur mériteront de plus en plus
cette confiance qui accrédite & donne de la folidité à
tous les établiſſements miles .
P
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE ,
Le
page5 De
Les Plaiſirs champêtres , ibid.
Epitre à M. ***.
8
Imitation du premier livre de l'Enlévement de Proferpine , 14 Le
Liticas & Cicile , 16
Pilémon , 34
La Femme ſavante, 37
Tr
Vers chamés lors du paffage de Monfieur à Saint-
La
Papoul, 38 T
Réporfe zux vouloirs de M. de
39 Re
Moralité pour les Amans , 40 L
Imitat, d'une Epigramme de Martial , 41
Ode à M. PEvêque de Saint- Flour , Ibid.
Vers à Madame la Princeffe de Monaco ,
43 P
Imprompte,
44
Blahigal ,
45
JUILLET II . Vol. 1777. 234
Epithalame ,
A M. Cailhava ,
ibid.
46
Explication des Enigmes & Logogryphes , 47
ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES , 50
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 54
L'Odyſſée d'Homère ,
ibid.
Diction . hiftor. bibliographique , portatif , σι
Mémoire fur la médecine agulante ,
66
Lettre ſur les Spectacles ,
75
Pratique moderne de la Chirurgie , 79
De la compoſition des payſages ,
82
Europe ,
Flora Parifientis ,
R
1
Hiſtoire de Rhédy ,
Etar de la Médecine , Chirurgie & Pharmacie en
Le Congrès de Cythere ,
ETai fur les Machines hydrauliques ,
De la Senſibilité ,
Journal des Cauſes célebres ,
Lettre de M. de Trefféol ,
Mém. fur les travaux qui ont rapport à l'exploitation
de la mature dans les Pyrénées ,
Traité fur les coutumes Anglo-Normandes ,
La Cyropédie ,
Tréfor généalogique ,
Réflexions fur l'Opéra ,
Lettre à M. le Baron de la Vicille - Croche ,
Effai ſur les révolutions de la Muſique en
France ,
Profpectus des Analectes politiques , civiles & littéraires
,
84
88
90
97
100
104
105
114
121
127
129
138
143
146
148
:
153
› Voyage en Sibérie , 159
232 MERCURE DE FRANCE.
Annonces littéraires , 161
ACADÉMIES , 166
Copenhague , ibid.
Marſeille , 168
Ecole pratique de Chirurgie , 169
SPECTACLES . 171
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife , 174
Comédie Italienne ,
182
ARTS ,
ibid.
Gravures ,
ibid.
Muſique ,
184
•Géographie , 187
Architecture ,
188
Pour & contre , 189
Spectacle pittoreſque , 193
Trait d'amitié , 194
Anecdotes. 195
AVIS , 198
Nouvelles politiques , 202
Préſentations , 208
d'Ouvrages ,
ibid.
Nominations , 209
Mariages ,
211
Morts ,
ibid.
Loterie , 213
ADDITIONS D'HOLLANDE , 214
Londres . ibid.
Mort de M. GRESSET. 220
Le Spectateur. 225
Fabrique de Papiers peints . 229

1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
ST
QUARIS
PENINSUL
!

1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
!
TUEBOR
ARIS PENINSULAM
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20 RE
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1171 ' CE ,
holl IÉTÉ
TTRES.
777-
RGILE.
DAM,
EL REY ,
VII.
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF MICHIGAN
TUEBOR
CRIS PENINS
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CUMSPIG
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1
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LETTRES.
1777-
Lo
VIRGILE.
RDAM,
CHEL REY ,
XVII.
1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
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IÉTÉ
TTRES .
777-
RGILE.
DAM,
IEL REY ,
VII.
1837
ARTES
LIBRARY VERITAS
UNIVERSITYOF
TUEBOR
SI
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20 RCURE
FRANCE ,
UNE SOCIÉTÉ
ENS DE LETTRES .
OUT. 1777-
N°. XI.
litate viget. VIRGILE.
4MSTERDAM,
[ARC - MICHEL REY ,
DCCLXXVII.
1837
ARTES
יוו
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
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1837
ARTES
LIBRARY VERITA
UNIVERSITY
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STIS
PENINSUL
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RCURE
LE FRANCE ,
' UNE SOCIÉTÉ
ENS DE LETTRES .
1OUT.
N°. XI.
1777-
bilitate viget . VIRGILE.
AMSTERDAM,
MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.

MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE
LETTRES .
AOUT. 1777-
1
N°. XI .
Mobilitate viget.
VIRGILE .
A
AMSTERDAM ,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
ΟBſervations for les MACHINES À FEU , avec des
remarques fur la fituation de la Hollande & fur les
moyens qu'on pourroit employer pour oter les eaux
puantes des canaux & des marais , ainſi que de les
remplir de nouvelles eaux , afin de rendre l'air plus
ſain; 4to avec cing Planches pour fervir d'explications
aux Machines de Savery , Papin , Defaguliers , & de
l'Auteur M. BLAKEY Ingénieur Hydraulique & inventeur
des Machines à feu fans balancier pour les
quelles les Etats des ſept Provinces - Unies lui ont
accorde un Privilege Exclusif ; à f2 . Se trouve chez
Murray à Leyden , & J. Bronkhorst à Rotterdam .
MARC - MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , fur
le Cingle , vient d'imprimerle Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire littéral , composé de
Notes choisies & tirées de divers Auteurs Anglois , par
Mr. C. CHAIS , Pasteur Emérite à la Haye. Ce fixieme
Tome , pour la perfection duquel on n'a rien négligé,
est divisé en deux Parties , qui comprennent le
Premier & le Second Livre des Rois , in-4° . , format
Semblable aux précédens , à fl. 8 de Hollande. On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenant laGeneſe
, l'Exode , le Lévitique , les Nombres , le Deuteronôme
, Jolué , les juges , Ruth ,le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl. 25 de Hollande pour
cette année faulement , & à commencer au rer Janvier
1778 onnales vendra pas au- dessous de fl. 37--10.
Philofophre de la Nature , 8vo. 6 vol . fig . 1777-
Poëſies Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol . 1777.
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à ft : -
Dictionnaire d'Hiftoire Naturelle par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
MARC - MICHEL REY Libraire à Amsterdam , &
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches, Les trois premiers Volumes
actuellement en vente , à f36 : & les IV & V. en
Septembre 1777. à f 36-:: de Hollande.
REY continue l'impreſtion du Journal des Scavans à f
8-8 - les XIV parties qui composent l'année .
On trouve chez lui L'encyclopédie , fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Difcours & XI de planches , édition de Geneve
conforme à celle de Paris.
R
i
1
i
1
1
39 LIVRES NOUVEAUX.
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fondés
fur la Nature 8vo. 3 Vol. à f. 3-15- :
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé tur la Morale
8vo. I Vol. à f1-10-1
Principes de la Législation Univerſelle en 2 vol . 8 f 3-:-
Dictionnaire raiſonné d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foffe , 8vo. 2 vol . 1775.
af 4 -: -
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe fur la nouvelle
Traduction de Shakespeare , 8vo. à 6 fols.
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , 8vo. à
12 fols.
Poësie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol
1757 - 1768 à f 15- : -: le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in douze à f 9 - : - :
Effai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld,Traduit du Hollandois. 8vo. af1-1-
Effai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo . I vol fig af 1-10- :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps ſur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f3-15-
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , &c. 8vo . f1-1-
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, 8vo. à to fols.
Choix de Chanſons mifes en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valetd- e Chambre ordinaire du Roi , Gouverneur
du Louvre. Ornées d'Estampes par I. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773. àf60:.
Monde Primitif , analyfé & comparé avec le Monde Mo-
- derne &c. 4to 4 Tomes 1773 - 1776. à 30 flo.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de ton
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 νοι. 1774. à f 3:15 fols.
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 , 1746,
&c. 1 vol. 1777. à f 1-5 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , continue
d'imprimer & de débiter le MERCURE DE FRANCE ,
ouvrage périodique contenant des Pieces Fugitives
en Vers & en Profe, des Enigmes , Logogryphes .
Nouvelles Littéraires , Annonces des Spectacles , Avis
concernant les Arts agréables , comme Peinture . Architecture
, Gravuré. Musique &c . quelques Anecdotes,
des Edits , Arrêts , Déclarations : des Avis , des
Nouvelles Politiques ; les Naiſſances & les Morts des
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Perſonnages les plus illuftres : les virages des Lateries
&affez touvent des additions Intéressantes de l'Editeur
de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par année
que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12-:-: ceux qui voudront avoir des parties ſéparées
les payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez
lui les années 1770 1776.
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVI. Livres
de PLINE L'ANCIEN , avec des Notes : par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux - Arts , grand 8vo. 2 vol. La
Haye , 1773. f 4. de Hollande.
,
Effais Politiques sur la véritable Liberté Civile discours
adretlé au peuple d'Angleterre. 8. à 12fols.
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
&.de Morale. 12. Nº. I à 21. ou tom. 1. prem. partie
à tom. VII . Ille Partie. Paris 1775 -1776.
f 9. pour les 4 Tomes en 12 Parties , ou f 18 : - :
pour les XXIV parties .
Les Récréations de la Toilette . Hiſtoires , Anecdotes ,
Aventures amusantes & intéreſſantes. in- 12. 2 vol.
Paris , 1775. à f 3 :.
1
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to 5 vol . fig. 1759-1776 .
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien Miniftre
Plénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c pendant son séjour en
Angleterre. Grand 8vo . en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravefande , raſſemblées & publiées par Jean-
Nic. Sec . Allamand Profeffeur à Leyde. 4to 2 vol avec
XXX Planches en Talle- douce. Amst. 1774. à f8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie intitulé : Défenſe de la Nation
Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés.
On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les Droits
des Souverains , grand in douze , 1 vol. 1775. A f 12-
L'Hiftoire de la Campagne de 1769. entre les Rufßes &
les Turcs , travaillée tur des mémoires très- authentiques;
les Cartes & Plans font des copies exactes &
fidelles de ceux - mêmes qui ont été drefiés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée ,
Svo. I vol. af 7.- :
Jérutalem Délivrée. Poëme du Taffe. Nouvelle traduccion
2 vol. grand in.douze. Puris 1774. 2/2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in-ovo. 62. vol . Edition
de Geneve.
1
MERCURE
DE FRANCE.
AOUT. 1777 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
:
+
Suite & fin de L'AUTOMNE , Chant
troisieme du Poëme des Saiſons ; imitation
libre de Thompson,
ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE .
AH ! s'il ſavoit connoftre ſon bonheur,
Qu'il couleroit des jours purs & tranquilles ,
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
1
Celui qui , loin du tumulte des villes ,
Peut du printemps ſavourer la douceur ,
Et , cultivant des campagnes fertiles ,
Fouler en paix le ſentier du bonheur !
Il n'aime point la demeure opulente
Où la baſſeſſe encenſe des Tyrans :
Jamais ſa porte , ouverte aux indigens ,
Ne voit ramper cette foule impudente ,
Que la fortune attache au fort des Grands.
Il ne veut point d'une robe éclatante ,
Où le ſoleil réfléchit tous ſes feux :
La pourpre & l'or n'offrent rien qui le tente ;
Et leur éclat ne flatte point ſes voeux.
Qu'a -t- il beſoin d'une table excellente
Que les deux mers ont couverte à grands frais ,
Lorſqu'un repas frugal & fans apprêts ,
Peut affouvir la faim qui le tourmente ?
Jamais fa coupe écumeuſe & fumante ,
En pétillant , n'irrite les deſirs ;
Mais le travail rend ſa faim plus piquante ,
Et l'appétit ajoute à ſes plaiſirs .
Dans l'édredon , plongé dans la molleſſe ,
Qu'un autre habite un lit volupteux ,
Et qu'abſorbé dans un oubli honteux ,
Il s'abandonne à l'ignoble pareffe ;
Dès que l'aurore entrouvre fon palais ,
Il vole au champ , plein d'une douce ivreffe ,
Et du matin recueille les bienfaits .
Loin des honneurs que cherche le vulgaire ,
Content de peu , dans son humble chaumiere ,
AOUT. 1777. 7
1
Il voit regner l'abondance & la paix.
Qui des grandeurs , éclatantes chimeres,
Sait , mieux que lui , connoftre le néant ?
Plein de mépris pour ces feux éphémeres ,
Il eſt humain , c'eſt plus que d'être grand.
Apleines mains ſur l'honnête indigence ,
Il verſe l'or qu'il doit à ſes travaux ;
Souvent il vole au-devant de fes maux,
Et dans ſon coeur trouve ſa récompenfe.
Le doux printemps le comble de faveurs;
L'été répond aux peines qu'il ſe donne ;
Il voit mûrir les tréſors de l'automne ,
Et l'hiver même a pour lui des douceurs .
Tout lui ſourit: fes géniffes fécondes
Errent au loin dans des vallons rians ,
Et ſes troupeaux , par leurs mugiffemens,
Font retentir les cavernes profondes
Des monts voifins qui couronnent ſes champs.
Il n'apperçoit que des bocages fombres ,
Des lacs brillans & de rians coteaux ;
Il ne s'affied que fous d'épaiffes ombres,
Où l'on entend le chant de mille oiſeaux .
Dans ſa retraite habitent l'innocence,
Le doux repos , la paix & la ſanté &
Afes plaiſirs il unit la décence ,
Et la nobleſſe à la ſimplicité.
Qu'expatriés ſur une aride plage,
Des inſenſés , dans l'excès de leur rage,
Pour s'enrichir ofent franchir les mers ,
Et qu'au mépris des vents & de l'orage,
A4
8 MERCURE DE FRANCE.
:
La foif de l'or aveugle leur courage ,
Et les entraîne au bout de l'Univers ;
Que , dédaignant le fol de ſa Patrie ,
L'Artiste au' loin aille porter ſes pas ,
Et, ſans remords , en de nouveaux climats ,
Vendre à l'encan ſa perfide induſtrie ;
Qu'aux champs de Mars un vainqueur inhumain
Mette ſes ſoins & ſa gloire à détruire ,
Et qu'au milieu des débris d'un Empire ,
Il reſte fourd aux cris de l'orphelin ;
Que , parcourant une ville ennemie ,
Le fer en main & l'oeil étincelant ,
Il s'abandonne au gré de ſa furie ,
Et , ſans pitié , verſe des flots de fang
Qu'un autre excite une troupe effrénée ,
La porte au crime ou lui donne des fers ;
Qu'il laiſſe agir fa rage forcenée ,
Et, pour regner , qu'il trouble l'Univers,
Qu'un autre enfin ſe voue à la baſſeſſe ,
Et qu'ébloui de la pompe des Cours ,
Dans l'esclavage il pafſe ſes beaux jours ,
Ou bien s'éleve à force de ſoupleſſe :
Libre de ſoins , de deſirs & de voeux ,
L'Agriculteur jouit avec ufure ,
De tous les biens qu'il doit à la nature ;
Vit ſans éclat & fait l'ait d'être heureux.
La mort des Rois , les horreurs de la guerre,
N'alterent point le repos de fon coeur.
Soumis aux loix , qu'il aime & qu'il révere
Il vit en ſage , & trouve le bonheur
Où les mortels ont placé la miſere,
2
es
erf
AOUT.
9
1777.
}
; De la nature il connoît tout le prix ,
Dans fon éclat il la voit , il l'admire ;
La volupté ſur ſes levres reſpire ;
Et les baifers qu'il vole à ſon Iris
Le flattent plus que l'éclat d'un Empire.
Quand le printems voit renaître les fleurs,
De ſes baiſers réchauffant la nature ,
Quand le zéphir , dans les airs qu'il épure ,
Vient diſperſer leurs parfums enchanteurs ,
Dès le matin il parcourt ſes prairies ,
Et les ruiſſeaux qui coupent ſes vallons :
Là , s'égarant fur leurs rives fleuries ,
Des dons de Flore il fait d'amples moiſions..
Pendant l'été , de ſolides ouvrages
De temps en temps occupent ſes loiſirs ;
Ou bien , couché ſous de rians ombrages ,
Le tendre Amour préſide à ſes plaiſirs :
Et l'amitié , comblant tous ſes deſirs ,
Loin de fon toft écarte les orages .
Lorſque Pautonine a mûri les côteaux ,
Et fes vergets rempli fon eſpérance ,
Dans ſes ceillers il conduit l'abondance ,
Et dans l'hiver il ſe livre au repos .
L'art d'être heureux eſt le ſecret du ſage ,
Jamais , jamais les chagrins & Pennui
N'ont habité ſon paiſible hermitage :
Les frimats même ont des attraits pour lui,
L'apre gelée & les vents intraitables
De la Nature entretiennent ſon coeur ;
Les cieux , ſemés de mondes innombrables ,
Verſent ſur lui le calme bienfaiteur,
a
A5
10 MERCURE DE FRANCE:
De vrais amis , ſa compagne , un bon livre,
Lui font couler d'agréables momens :
A tous ſes goûts fans remords il ſe livre ,
Car la vertu préſide à ſes penchans.
La vérité , d'une céleste flamme ,
Vient embraſer & guider ſon eſprit :
Ce feu divin pénétre dans ſon ame ,
La porte au bien , l'éclaire & l'agrandit.
Dans ſes travaux , tout lui plaft , l'intéreſſe ;
Il ſent l'amour & connoît l'amitié ;
Les ſoins touchans des fruits de ſa tendreſſe ,
Et les baiſers de ſa digne moitié ,
Plongent ſes ſens dans la plus douce ivreſſe.
Il eſt auſſi l'ami de ſes enfans :
Lorſqu'il ſe mêle à leurs jeux innocens ,
Il les inftruit , & ſon expérience ,
Vers la vertu guide leurs pas naiſſans.
Les jours de fête , il excite à la danſe .
Et de la troupe il anime les chants.
Son humeur , douce & vive ſans folie ,
A tout le monde inſpire la gaieté :
Le vrai bonheur & la philoſophie
N'affectent point le dehors emprunté
Du pédantiſme & de l'afféterie.
Heureux état ! jours brillans & fereins !
Jamais, hélas ! de coupables humains
De vos douceurs n'ont bien connu les charmes !
Ainſi jadis , ſans trouble & ſans alarmes ,
De l'homme heureux s'écouloient les deftins ,
Quand l'Eternel , deſcendant de fon trône,
Abandonnoit l'éclat qui l'environne ,
Pour embellir l'ouvrage de ſes mains.
1
1
AOUT. 1777.
Tout eſt marqué du ſceau de ta puiſſance:
Daigne, ◊ Naturet à mon oeil ſcrutateur,
De tes fecrets livrer la connoiffance ,
Et m'élever à ton fublime Auteur.
Pour meſurer & fixer l'atmosphere,
Tranſporte-moi jusqu'au plus haut des cieux :
Sans ſe heurter , parcourant leur carriere ,
Sur l'horiſon des globes radieux
Verſent l'éclat de leur douce lumiere.
Dévoile-moi leurs loix , leurs mouvemens ;
Ouvre à mes yeux le redoutable abyme ;
Découvre-moi la ſtructure fublime
De ces caveaux ténébreux & bruyans , -
Dont les ſommets des monts forment la cime
Daigne éclairer mon eſprit curieux ,
Et dans mon ſein fais luire une étincelle
Du feu facré que diſpenſent les Dieux:
Le temps qui fuit & qui ſe renouvelle ,
N'épuiſe point ce flambeau précieux.
Que dis-je , hélas ! fi mes forces trop vaines,
Mettoient mon zele & ma verve en défaut ,
Et fi mon fang , pareſſeux dans mes veines ,
Me défendoit de prendre un vol & haut ,
Souffre du moins , s'il faut vivre ſans gloire ,
Que je me livre aux charmes du repos ,
Et , qu'ignoré des Filles de Mémoire ,
Je goûte en paix le fruit de mes travaux ;
Que contre moi l'infatigable envie
Difſtille en vain ſes funeſtes poiſons ,
Et qu'au milieu du tribut des ſaiſons,
L'amitié veille au bonheur de ma vie!
Par M. Willemain d'Abancourts
12 MERCURE DE FRANCE.
LA BEAUTÉ.
Imitation libre d'une Ode d'Anacréon.
LAA Nature a donné des cornes au taureau ,
Au lion des dents redoutables,
Un bois au cerf, des ailes à l'oiſeau ,
Au courſier belliqueux des pieds infatigables;
L'homme eut tous ces talens , dont la ſociété
Tire de jour en jour un nouvel avantage:
Il ne reſta que la beauté;
1
Le ſexe , en l'obtenant , obtint tout en partage. :
Par le même.
DISCOURS de Pluton à Proserpine ;
Imitation du 119 Livre de l'Enlévement
de Proferpine , Poëme Latin de Claudien.
:
7 :
PROSERPINE , Chafez ce chagrin qui vous rouge ,
Et ces vaines frayeurs où votre ame ſe plonge.
Un fceptre vous flattoit , j'en poſſede un plus beau ,
Daiguez d'un digne hymen allumer le flambeau ;
C'eſt le pur fang des Dieux qui coule dans mes veines;
:
AOUT .
1777
>
D'un des fils de Saturne, ah ! foulagez les peines :
N'ayez aucuns regrets de la clarté des cieux ,
Bientôt un jour plus pur va briller à vos yeux.
Mon Empire n'eſt pas un ſéjour ſi ſauvage,
L'on y voit des Beautés à moi ſeul en partage;
Des globes lumineux y promenent leur cours ,
Et l'Elysée enfin offre les plus beaux jours.
De cet heureux aſyle ignorez- vous les charmes ?
C'eſt le ſéjour des ris & non celui des larmes :
Sous un ciel ſans nuage ; un peuple de Héros
Y joüit du doux prix de ſes nobles travaux.
Dans ces champs fortunés , oui , l'âge d'or préſide ;
Sur la terre il parut ; là , toujours il réſide.
| Vous pourrez y fouler encor des gazons verds ,
Qu'un printemps éternel garantit des hivers.
Les zéphirs les plus doux , la plus riante aurore ,
{ Y fout naftre des fleurs que l'Henna voit éclore...
Vous pleurez... Oui , des fleurs , plus belles mille fois
Que celles qu'en Henna moiffonnoient ves beaux doigts .
Cet arbre précieux , dont la riche verdure
Cache les meilleurs dons qu'ait produit la Nature ,
Cet arbre & fes, rameaux , courbés par des fruits d'or ,
Vous feront conſacrés ; c'eſt à vous ce tréfor.
Poffédez ces préſens du plus heureux automne ,
Et fongez que c'eſt moi , du moins , qui vous les donne.
Mais ce n'eſt rien encor , & tous les animaux ,
Qui planent dans les airs ou nagent dans les flots ,
Qui franchiffent les monts ou parcourent les plaines,
Tous , depuis l'humble ver jusqu'aux vaſtes baleines ,
A la lune foumis reconnoîtront vos loix ;
De votre époux enfin vous aurez tous les droits.
MERCURE DE FRANCE.
Vous verrez devant vous paroître les Monarques ,
De leurs titres paſſés n'ayant aucunes marques ,
Confondus dans la foule & preſſes ſans reſpect ,
Par ce même indigent que glaçoit leur aſpect.
Le trépas n'admet plus aucunes différences ;
Ou , s'il en eſt encor , c'eſt dans les confciences.
Récompenfez les bons , condamnez les méchans :
Pour connoftre leur crime ordonnez des tourmens ;
Que les ombres , par vous , triſtes ou fortunées ,
Puiſſent dans vos yeux ſeuls lire leurs deſtinées.
Oui , je vous soumets tout , les Parques , le Léthé :
Que le fort pour arrêt ait votre volonté.
Par M. le Méteyer.
AOUT. 1777
TS
1
EPITRE à M. l'Abbé DE B...
DANS
ANS la retraite profonde
Ou vous vivez retiré ,
Je vous croyois mort au monde
Où vous étiez adoré
Hélas ! diſois - je en moi - même ,
Ce charmant Abbé que j'aime ,
Trop convaincu du néant
Des objets que le vulgaire
Imbécillement révere ,
A briſé le joug peſant
Qui l'attachoit à la terre ,
Et va dans un Séminaire
Plaindre & braver nos erreurs.
L'amitié verſoit des pleurs :
Mais votre lettre charmante
A diſſipé ſes terreurs ,
Et l'eſpérance mourante
Renaft du ſein des douleurs.
Jamais le divin Socrate ,
Ni ſon écolier Platon ,
Ne donnerent meilleur ton ,
Tournure plus déticate,
A l'inſtructive leçon
Qui nous corrige & nous flatte.
Dieu garde tout bon Chrétien
D'un ennuyeux Moraliſte ,
Qui préchant mal , pour mon bien ,
1
MERCURE DE FRANCE.
Diſcute , analyſe , inſiſte ;
L'efprit dort , le coeur refifte ,
Et l'auteur ne prouve rien.
Mais , d'une image riante ,
Embellir la vérité ,
Sans qu'un éclat emprunté ,
La rendant plus ſéduiſante ,
En altere la beauté ;
Inſtruire à la fois & plaire ,
Ami , voilà le myſtere ,
Et vous l'avez pénétré .
Votre élégante miſſive
Peint bien l'état de mon coeur.
Je cours après le bonheur ,
Il n'eſt point ſur cette rive :
Dans ſa courſe fugitive ,
Il trace un chemin trompeur ,
Où l'eſpoir , foible & timide ,
Marche conduit par l'erreur.
Sur les traces de ce guide
On s'empreffe avec ardeur ;
On croit l'atteindre... il s'envole ,
Ne laiſſant que la douleur
D'une pourſuite frivole.
Occupez votre loiſir
A charmer ma folitude :
Des fruits d'une aimable étude
Faites - moi ſouvent jouir.
Tempérez l'humeur ſauvage
D'Epictete & de Zénon ,
Par
AOUT. 1777 17
Par le riant badinage
D'Horace & d'Anacreon.
Que la ſévere raiſon
Pour quelques inſtans s'oublie ;
Sans quelques grains de folie
Elle feroit un poifon .
Par M. Tarteron , Controleur Ambulant
des Domaines du Roi .
AGATHE ou le Triomphe de l'Amour.
A
Anecdote Françoise .
GATHE faisoit l'ornement de la ville
qui l'avoit vue naître. Sa beauté , les
qualités de fon coeur lui attiroient les
regards & l'eſtime de tout le monde.
Dieux ! avec quelle modeſtie elle les ſoutenoit
! La candeur brilloit ſur ſon front.
Point de ces grâces affectées que nos coquettes
mettent en uſage , qui défigurent la
nature , en voulant la furpaſſer. Agathe
'n'avoit rien de recherché dans ſa parure ;
décente dans toutes ſes manieres & dans
toutes ses attitudes , elle étoit le modele
que les meres propofoient à leurs filles.
Agathe ne cherchoit que la compagnie
des perſonnes dans la converſation des-
B
18
MERCURE DE FRANCE.
quelles elle pût s'inſtruire ; elle ne préféroit
jamais des propos frivoles à un entre- ne
tien ſérieux ; ennemie des tête - à- tête , Jef
où , dans l'embraſure d'une croiſée , deux tic
jeunes perſonnes ſe font des confiden- d'é
ces minutieuſes , enfin , fuyant la médi- me
ſance & les médiſantes , Agathe étoit le Sei
fujet de tous les éloges , & forçoit fes def
compagnes à laiſſer éclater, à travers le Che
voile de la jalousie , l'hommage que fes Fe
vertus avoient le pouvoir d'exiger même ki
des coeurs les plus indifférens.
Agathe entroit dans ſa dix- huitiemetic
année. Pluſieurs partis conſidérables fe an
mirent fur les rangs , & diſputerent lang
poffeffion de cette aimable perſonne, v
Sa fortune n'étoit pas grande; elle avoit p
reçu une ſolide éducation , c'étoit ſa plusp
riche dot. Son pere, ayant fait des pertes
exceſſives , par des banqueroutes multi
pliées qu'il avoit eſſuyées , s'étoit vu
dans la triſte néceſſité de folliciter unkr
emploi dans les fermes. Agathe plaifoit, L
& plaifoit fans bien; c'étoit en avoir re
beaucoup de la poſſéder.
De tous fes adorateurs , un jeuneu
Rouannois avoit eu la préférence. Aga
the n'avoit pu être inſenſible aux qualité
de Profper , qui , à une douceur parfaite
AOUT.
το 1777
73
fé de caractere , à une figure agréable, à
re une taille avantageuſe ,joignoit encore de
e, l'eſprit & une fortune honnête. Les ar-
Balticles du mariage étoient fur le point
de d'être arrêtés. Profper touchoit au moadment
de ſon bonheur....... Un jeune
Seigneur arrive , voit Agathe, eſt épris
de ſes charmes , & veut l'épouser. Il vole
chez Doman qu'il trouve aſſis entre fa
fille & fon amant. L'aſpect de ce dernier ,
en qui tenoit une des mains d'Agathe , &
la ferroit tendrement dans la ſienne
irrite la paffion du Marquis ; il ne voit
dans Profper qu'un odieux rival. Né d'un
fang illuftre , il croit que tout doit plier
devant lui. Cependant il cache ſon dépit ;
il prend un viſage tranquille ; il ſalue
reſpectueuſement Agathe & ſon pere ,
auquel il demande un entretien ſecret.
Doman paſſe dans un appartement voiſin
avec le Marquis , jaloux de laiſſer Prosper
feul avec l'objet de fes defirs .
jen
es
a
Le Marquis débute par faire à Doman
Je récit de ſes ayeux , de ſa fortune , de fon
crédit ; il finit par peindre l'amour qu'il a
pour Agathe , & l'envie qu'il a de la rendre
heureuſe. Doman ébloui demande du
temps pour réfléchir. Il avoue au Marquis
que le jeune homme qu'il a vu dans la
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
chambre précédente , doit épouſer ſa fille
dans huit jours , que les articles font dres- >
fés , & qu'ils doivent être arrêtés le foir ,
même. Le Marquis foupire , preſſe , conjure
& ſe retire . "
Doman annonce à Profper , que le Sei- i
gneur qui fort eft amoureux de ſa fille , &
qu'il a demandé ſa main. La foudre feroit Et!
tombée aux pieds de Profper , qu'il n'au
roit pas été ſaiſi d'une telle frayeur. Le pe
difcours de Doman le priva de l'uſage de l
ſes ſens ; revenu à lui , il fixa des yeux fo
remplis d'amour , de crainte & d'eſpoir furc
la ſenſible Agahe. Il eſpéroit que fa bou tr
che s'ouvriroit pour le raſſurer : elle ne ré- v
pondit rien. Ce filence acheva d'accabler, d
Proſper , qui raſſembla ſes forces , & dit fo
à Doman : Monfieur , fatisfaites votre que
ambition : le Marquis jouit d'une for de
tune immenfe , & je n'ai qu'un coeur: dr
Faſſe le ciel qu'Agathe ſoit auffi heu pe
reuſe qu'elle mérite de l'être. " Agathe in
ne put tenir à ces mots ; ſes beaux yeux ch
ſe remplirent de larmes , & Profper eut g
dans fon malheur , la conſolation de voit
que fon amante n étoit pas inſenſible à ſes Le
peines.
ود
ود
ود
ود
ود
to
Doman , feul avec ſa fille , lui fit part D
des propoſitions du Marquis , & lui deAOUTт.
1777
نادو
و د
Elle manda ſi elle l'épouſeroit volontiers. Un
„ pere , dit Agathe , eſt l'organe dont le
ciel ſe ſert pour nous faire connoître ſes
volontés ; y réſiſter , c'eſt troubler l'ordre
de la Providence. Vous Tous m'aimez , m'
Se ,, il me fuffit: vous aurez ſoin de mon
,,, bonheur. " Doman ſurpris, interdit : =
rd Eh ! ma fille , que deviendra Profper ? =
„ Je l'aimois , il eſt vrai , vous me l'aviez
» permis ....... Vous n'y conſentez plus ....
Il n'a plus droit qu'à mon eſtime : ne
soyez point inquiet de ſon ſort ; qui ne
connoît ſes vertus ? Fafſſe le ciel qu'il
,, trouve une femme digne de lui. Avez-
, vous fait attention , mon pere , aux
dernieres paroles qu'il a proférées en
,, fortant : leMarquis eft riche , & je n'ai
qu'un coeur. Hélas ! quelles vertus ne
, décorent pas ce coeur pur , ce coeur tendre
que je poſſédois & que je poſſede
,, peut - être encore ! où eſt le jeune hom-
ز ا ر
me dont la conduite ſoit auſſi irréprochable
? .... Que dis- je ? .... Je m'é-
, gare! ... Ah ! mon pere , pardonnez ,
c'eſt le dernier cri de l'amour aux abois .
Le Marquis a des richeſſes .... mais ,
font- elles le bonheur ? "
"
ود
Doman touché du diſcours de ſa fille ,
alla lui - même remercier le Marquis , rai
B3
22
MERCURE DE FRANCE
mena Proſper aux pieds d'Agathe , qu'il
ne quitta que pour aller à l'Autel, rati-| C
fier des fermens que ces deux coeurs ne
déſavoueront jamais.
Par M. l'Ange fils , à Mortagne, au Perche. P
D
]]
VERS.
Sa
Et
Ins
AM. le Comte DE FALKENSTEIN, Q
àSon paſſage à Toulouse.
Vous ous prétendez envain prolonger notre erreur ;
Tout décele un ſecret dont vous n'êtes plus maître :
Ce modefte appareil nous cache l'Empereur ,
Mais vos bienfaits le font connaître.
LR
A
D
Le
Π
A
F
1
Σ
AOUT.
1777- 23
iCONTE imité du Latin de la Monnoye.
A
1
1
1
U
N fameux Pape un jour permit aux Allemands ,
Qui l'avoient bien ſervi dans plus d'une entrepriſe ,
De choiſir dans les dons que peut faire l'Eglife :
Il ne s'attendoft pas qu'ils feroient ſi gourmands.
Saint Martin eft pour eux le Saint le plus illuſtre ;
Et voulant à ſa fête ajunter plus de luftre ;
Ils demandent qu'en gras le jour ſoit célébré ,
Quand même à l'abstinence il feroit confacré.
L'mbarras du Saint Pere eft facile à comprendre :
Refuſer , c'eſt d'un Peuple irriter les eſprits ;
Accorder , des Dévots c'eſt exciter les cris ;
Entre ces deux écueils quel chemin peut- il prendre ?
Dans la perplexité l'eſprit ſe montre à fond;
Le Pontife étoit fin , c'étoit Jules Second;
11 appointe en ces mors l'importune requête :
Permis de manger gras ; mais fans boire de vin
La clauſe aux Supplians parut ſi malhonnête ,
Que chacun , en jurant , promit à Saint Martin
De ne jamais chommer ſi ſottement ſa fête.
!
1
B4
24 ' MERCURE DE FRANCE.
ADAPΗΝΕ .
Idylle imitée de Gesner , Poëte Allemand,
ALA VERTU j'ai conſacré ma lyre ,
Et non à célébrer ces farouches Guerriers ,
Que toujours la fureur inſpire ,
Et qui portent la mort dans le ſein d'un Empire
Pour moiffonner de ſtériles lauriers .
Le bruit flatteur d'une onde pure,
M'attire fur ſes bords rians ,
Et ma Muſe , à ſon doux murmure ,
Joint ſouvent ſes tendres accens.
Tantôt , me repoſant à l'ombre ,
J'aime à fuivre de l'oeil le courant des ruiſſeaux,
Et tantôt m'égarant dans un dédale ſombre ,
Pour toi , belle Daphné , je fais des vers nouveaux
Pour toi , Dapliné , car ton ame innocente
Eft toujours fereine & riante
Comme les jours d'un beau printemps ,
C'et pour toi que ma Muſe chante,
Daigne ſourire à ſes accens .
Autour de ta taille légere ,
En boucles d'or voltigent tes cheveux ,
Sur ton beau ſein les plaiſirs & les yeux
Fixent leur heureux fanctuaire ,
Et ta gaicté , qu'aucun chagrin n'altere ,
AOUT.
25
1777
1
Anime l'éclat de tes yeux.
Depuis ce jour où ta bouche vermeille ,
Belle Daphne ; m'appela ton Amant ,
Où ce je t'aime , mot charmant ;
Vint retentir à mon oreille ;
Un doux tranſport vient toujours me ſaiſir ,
Comme un inſtant s'écoulent mes années ,
Et je ne vois dans l'avenir
Que d'agréables deſtinées
Et qu'une fource de plaiſir .
Puiffent ces chanſons naïves,
Que ma Muſe a ſi ſouvent
Entendu répéter aux Bergeres craintives ,
T'amufer , te plaire un moment.
Tantôt elle parcourt un berceau ſolitaire ,
Que le ſeul soffignol trouble par ſes accens,
Et ſouvent elle joint la douceur de ſes chants
A ceux d'une Nymphe légere ,
Qui , ſur ſa couche de fougere ,
Réveille les échos aſſoupis dans les champs.
Souvent l'Amour , au bord d'une onde pure,
La ſurprend à chanter , à bénir ſes faveurs ;
Il entrelace alors ſa chevelure
De jaſmin , de myrthe & de fleurs ,
Pour mes vers , o Daphné ! je ne veux d'autre gloire
Que d'être affis à tes côtés ,
Et que de voir , ſur les miens arrêtés ,
Tes yeux m'annoncer ma victoire.
Par M. Abbe Aillaud de Montauban;
Abonné au Mercure.
B5
26
MERCURE DE FRANCE .
VERS préſentés à MONSIEUR , à fon
entrée en Provence.
LEE voilà ce beau ciel que l'on peint fans nuage ;
Ces plaines, ces côteaux , couronnés d'orangers ,
Cet éternel printemps , ce peuple de Bergers ,
Aux ſons du tambourin folâtrant ſous l'ombrage !
D'un regard bienfaisant parcourez ce rivage ;
Ces lieux , jeune Héros , qu'on dit ſi fortunés ,
Ne reſſemblent à cette image
Qu'au moment que vous y venez.
Mais la peinture fabuleuſe
De ces bois parfumés , de ce ſéjour charmant,
Où tout tient du délire & de l'enchantement ,
Vous a peint la Provence encor moins heureuſe
Qu'elle ne l'eſt en vous voyant.
Par M. d'Hermite Maillanne.
ر
AOUT. 1777. 27
LES ADIEUX A VALENCIENNES.
0
... Tantum alias inter caput extulit urbes.
Quantum lenta folent inter viburna cupreffi.
VIRG. Eg. I.
RIVES de l'Efcaut ! 6 campagnes fertiles ,
Que Cérès enrichis de ſes préſens utiles !
Agréable vallon , délices du printemps ,
A l'oiſeau de Vénus (1) conſacré de tout temps !
Du cygne radieux la demeure ancienne ,
Toi que j'aimai toujours , & doux nom ! Valencienne l
Si tu veux , malgré moi , diſparoître à mes yeux ,
Que ma Muſe du moins te faſſe ſes adieux ,
De ſuperbes remparts , des portes redoutables ,
Semblent te mettre au rang des Villes imprenables :
Défendus par tes tours , gardés par des Héros ,
Les Citoyens heureux demeurent en repos.
Un Monarque jadis chez toi , par préférence ,
(1) Valenciennes étoit autrefois la vallée des cygnes ;
il est probable , que c'est là l'étymologie de son nom.
On voit encore de ces beaux oiseaux dans les foſſés de
la Ville. Les armes de cette Capitale du Hainault Fran.
fois, ont pour supports deux cygnes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Vint tenir (2) des Etats la noble conférence :
Sur un Trône éclatant , des Grands environné ,
Son front , d'un diademe y parut couronné.
C'eſt par cette faveur & ce choix honorable ,
Que le ſceptre François te ſera vénérable ;
S'agit-il de montrer ton zele généreux ?
Pour toi rien n'eſt pénible & rien n'eſt onéreux.
De Louis triompliant (3) le monument illuſtre ,
A ta gloire immortelle ajoute un nouveau luftre :
Admirez , Citoyens ; c'eſt le meilleur des Rois ,
Qui dicte à ſes enfans les plus aimables loix.
Tes Temples embellis (4) , ornés par la décence ,
Sont de ta piété le gage & l'aſſurance.
O que j'aime à te voir en ce jour ſolemnel',
(2) L'Assemblée des Etats du Royaume , tenue à Va
lenciennes sous Clovis III, Pan 69 3. Hist. de France ,
Velly , Tome I.
(3) La statue de Louis XV, érigée sur la Place
comble de gloire les généreux Habitans de cette Ville.
C'est l'éloge de leurs sentimens patriotiques , & de leur
attachement inviolable pour l'auguste Maison qui regna
fur la France.
ww
(4) On vient de faire à plusieurs Eglises des répara
tions & des embellissemens confidérables,
:
C
ここ
1277-
Que ta religion
Où fur des cum:
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Annonce parI DE W
Et promena
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Madame** .
La Famille
de
30 MERCURE DE FRANCE.
Les graces , la douceur & la délicateſſe ?
Hylas , (8) l'aimable Hylas , honnête & careſſant ,
Eft de tous les humains le plus intéreſſant ;
A la loi de fon Dieu s'il veut être fidele ,
Des moeurs de l'âge d'or il ſera le modele.
Qui ne connoît Cloris , (9) les vertus , ſa bonté ?
Dorilas (10) eſt charmant , tant il a de gaieté.
Fortunés Habitans d'un ſéjour admirable ,
Jouiſſez d'un bonheur & folide & durable :
Favorités du ciel , au comble de vos voeux ,
Puiſſiez - vous dans la paix vivre toujours heureux!
Enchanté du plaiſir d'avoir pu vous connoftre ,
Je pars & vais revoir les champs qui m'ont vu naftre
Adieu , cher Valencienne ; o tendre ſouvenir !
Sans ceſſe à mon eſprit puiſſes tu revenir
(8) Μ. ***.
(9) Madame ***.
(10)M. le Baron de***.
1
Par M. Cuquemcile de Gonfin.
AOUT. 17770
3r
EPITRE A LUBIN.
Petit chien de Madame P.
LUBIN , UBIN , votre aimable Mattreſſe
N'eſt pas faite pour les refus ;
Mais , tout franc , votre gentilleſſe
N'eſt pas ce que j'aime le plus.
Comment veut elle que je chante
Un objet dont je ſuis jaloux ;
Pour tout le monde elle eſt charmante ,
Elle n'eſt tendre que pour vous.
Vous avez la taille mignonne ,
Le poil auſſi blanc que du lait;
Minois fin , petit nez bien fait ,
Et des yeux comme une perſonne ;
Dans vos manieres vous montrez
Tant , tant d'eſprit que c'eſt merveille ;
Et même on ſe dit l'oreille
Qu'un beau matin vous parlerez ,
Dieu fait tout ce que vous direz!
Mais est - il une de vos graces
Dont la ſenſible P...
Par ſes éloges chaque jour
N'exalte juſqu'aux moindres traces ?
Tous les petits noins vont leur train .
N'êtes - vous pas le beau Lubin ,
Le Roi des Indes , l'Amour méme ?
Que fais je encore ? ... Mon lapin ,
Mon petithomme , toi que j'aime ?
32 MERCURE DE FRANCE.
Et cætera . & cætera,
Er des baifers fur tout cela.
Est- il plaiſant de voir ſans ceffe
Prodiguer pour un petit chien ,
Ces doux baiſers dont la tendreſſe
Charmeroit un pauvre chrétien ;
Lubin, tu vois quela rancune
M'avoit un peu donné d'humeur ;
Mais j'ai vu ton bon petit coeur ,
Tu m'as léché vingt fois pour une ,
Tandis qu'on grondoit ton Rimeur.
Va, je pardonne à ta fortune ,
Tu n'es pas fier dans la faveur.
Puiſſe je un jour à mon adreſſe
Devoir un fort pareil au tien !
Je ne demande à ta Maftreffe
Que de me traiter comme un chien.
Par M. de J...
Nota. M. de J... eſt l'Auteur de la Piece fur
Wisch , & du Comte de l'Epagneul.
13
LF
17
re
AOUT.
777.
33
LES
AMOURS DE
LYCIDAS ET DE
MÉLIZE.
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Euphrate, et II Talot
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34 MERCURE DE FRANCE.
,
C'eſt dans cette aimable folitude , ou
deux amans fortunés jouiſſoient de tout
le bonheur de s'aimer , & attendoient
l'heureux inſtant où leurs parens , qui
éprouvoient leur conſtance voudroient
les unir par des liens éternels. Ils étoient
tous les deux du même âge , une même
humeur , un même caractere ; des inclinations
ſemblables les avoient unis depuis
leur berceau ; le jeune amant s'appelloit
Lycidas , & avoit reçu de la nature tous
les avantages de ſon ſexe: une taille majeſtueuſe
, un regard ſerein & gracieux ,
une aimable candeur peinte dans ſes yeux;
une vigueur & un courage mâle ; des
moeurs douces , ornées d'une politeſſe
ruſtique. Pour Mélize (c'étoit le nom de
la jeune amante) , elle réuniſſoit en ſa
perſonne tous les agrémens des autres
Bergeres; des yeux noirs & bien fendus;
une petite bouche ; des joues colorées ;
un air vif, mais modeſte ; des manieres
enjouées , mais ſimples ; en un mot , faits
l'un pour l'autre, ils poſſédoient tout ce
qui peut attacher deux coeurs pour toujours.
Ils gardoient tous les jours leurs
troupeaux fur le bord du fleuve tranſparent.
Là , Lycidas aſſis au pied d'un chene
AOUT.
35 1777.
ne
i
is

S
à côté de la belle Mélize , accompagnoit
de ſa lyre champêtre , cette jeune Bergere
qui chantoit tantôt les charmes de la
vertu , tantôt la douceur de leur amour ,
tantôt le retour du Printemps & la beauté
de la campagne couverte de fleurs ; tant
que Mélife chantoit , ſon amant hors de
lui - même , ne tiroit pas ſes yeux de des
fus fa bouche : chaque mouvement de ſes
levres cauſoitune nouvelle agitation à fon
coeur , il reſpiroit à peine ; quelquefois
même ſe laiſſant emporter à la violence de
fon amour , il quittoit ſa lyre; & , ferrant
entre ſes bras ſon amante qu'il adore , il
étoit prêt à laiſſer ſon ame fur des levres
e qui peignent ſi bien tout ce qu'il ſent : Mélize
couverte d'une noble rougeur , recevoir
ſes careſſes , lui ſourioit tendrement ,
& lui juroit de l'aimer toujours ; puis ſe débarraſſant
d'entre ſes bras , elle lui redonsnoit
ſa lyre & elle continuoit à chanter. Ils
paſſoient ainſi les journées entieres ; & le
foleil qui étoit témoin en naiſſant , de leurs
premiers tranſports , éclairoit à peine de
ſes rayons affoiblis leur retraite au hameau.
L'heureux jour arriva enfin , où les
Peres des deux jeunes amans voulurent
couronner leur flamme conſtante. A la
pointe d'un beau jour du Printemps , les
d
1
A
C2
۱
36 MERCURE DE FRANCE .
oiſeaux commençoient à ſaluer de leur
tendre ramage l'Auteur de la nature; la
campagne encore humide , couverte de
fleurs & de gazon , rendoit un éclat qui
enchantoit les yeux ; lorſque Licidas &
Méliſe ſe tenant par la main , fortirent
du hameau couronnés de fleurs. On auroit
pris Licidas pour le Dieu Pan , &
Méliſe pour Diane ; ils étoient ſuivis
d'une troupe de jeunes Bergers & de
jeunes Bergeres qui chantoient en choeur
les douceurs de l'hymenée & les charmes
d'un amour conſtant , qui alloit être récompenſé
; enſuite venoient tous les parens
des deux jeunes amans.
On arrive dans une vaſte prairie , ombragée
de peupliers fort élevés ; ils étoient
arrofés par un nombre de petits canaux ,
dont l'eau plus claire que le cryſtal , couloit
en murmurant fur un ſable doré.
Alors le pere de Lycidas & celui de Melize
, en habit de cérémonie , égorgent
fur un Autel de gazon qui avoit été dreſſé ,
une brebis plus blanche que la neige ; &
prenant enſuite une guirlande de fleurs ,
its en entourent les deux jeunes époux
qui tenoient leurs mains innocentes fur
l'Autel. On fait des libations du ſang
de la victime , on verſe de grandes cou
AOUT.
37
1777
pes de vin & de lait ſur ſes entrailles encore
palpitantes; & pendant la cérémonie
, les airs ne retentiſſoient que du ramage
des oiſeaux , mêlés au concert des
flûtes & des hautbois.
Après le facrifice , un repas champétre
, apprêté ſans délicateſſe, eſt ſervi
aux époux & aux convives : on n'y voit
que des viandes ordinaires , des fruits de
la ſaiſon , du lait & d'autres mets ruftiques
; la gaieté regne dans le repas , &
l'appétit en fait le ſeul aſſaiſonnement.
Le jour ſe paſſe dans des divertiſſemens
innocens , & la nuit qui les ſépare n'arrive
que pour unir les deux époux par
I des liens indiſſolubles.
Par M. Attenoux.
1
Sur le Buste de M. DEVOLTAIRE.
C
s beau marbre, enfant de la terre;
Eſt tiré du ſacré vallon ;
On en tailla le buſte de Voltaire ,
Et le génie en fit un Apollon.
11
Par Madame Guibert,
C3
38 MERCURE
DE FRANCE .
VERS faits pour M. le Bailli DE BAR,
ancien Général des Galeres de la Religion
, à son paſſage à Marseille ,
mois de Septembre dernier , pour aller à
Malte.
J'AL 'At deux fois fur ces bords heureux,
Savouré le bonheur ſuprême ,
De retrouver la bonté même
Dans un Héros chéri des Dieux ;
Le temps ne change point une ame
Que le ciel ſe plut à former ,
Toujours même vertu l'enflamme;
Et la vertu fait tout charmer.
J'ai vu ce Seigneur magnanime
Ranger ſous ſes loix tous les coeurs ,
Er d'une troupe de Vainqueurs ,
Emporter l'amour & l'eſtime .
J'ai vu Matelots & Soldats
A l'envi chanter ſes louanges ,
Et ces lions dans les combats ,
Dans ſa galere être des anges :
Ardent à prévenir les voeux
D'un Héros , fon Dieu tutélaire ,
Le Soldat ne ſe croit heureux
Qu'autant qu'il est sûr de lui plaire.
au
OUT
39
1777-
P
1
Toujours prêt au premier fignal
A détruire une race impie ,
Il auroit fubjugué l'Afie
Sous les pas d'un tel Général ;
Par-tout où le deſtin propice
Offrit à mes yeux ce Guerrier ,
J'ai vu l'honneur & la juſtice
Sur fon front ceindre le laurier.
Par M. de Rosemberg.
1
IMPROMPTU.
A une Demoiselle regardant les trois Gra
ces de Rubens dane la Galerie du Luxembourg.
NULL d'elles
ULLE d'elles ne te reſſemble ,
Et de toi cependant chacune a quelque trait;
Mais , Iris , voici le fecret :
Il faut les regarder enſemble ,
Toutes les trois font ton portrait.
Par M.G. Desmery.
1
C4
40 MERCURE DE FRANCE.
LE DISCIPLE D'HORACE.
Mecenas atavis edite regibus , &c. ODE L
MON illuſtre Protecteur !
Le ſang des Rois qui te donna naiſſance ,
D'un vain ergueil n'a point enflé ton coeur,
Et dans l'auguſte bienfaisance ,
A l'exemple de Dieu plaçant tout ton bonheur ,
Tu daignes m'enbardir dans la lice épineuſe.
Où charcelant , foible & craintif ,
Je fixe le temps fugitif ,
Suivant le noble inſtinct d'une ame généreufe..
Malgré les cris injurieux
De ces hommes impérieux ,
Dont l'injuſte & iombre manie
Ne peut ſe dérider aux ſons de l'harmonie ,
Et de qui le zele odieux ,
Sous des dehors officieux ,
Blâmaut ma poétique audace ,
Voudroient m'éloigner du Parnaſſe;
Comme fi les vers gracieux ,
Qu'en moraliſte ingénieux ,
Me dicte le divin Horace ,
Bleſſoient l'austérité de l'état que j'embraffe...
En dépit de tant d'envieux ,
De tant d'eſprits pernicieux ,
Qui , dans leur cabale traftreffe ,
Sont à me nuire induſtrieux ;
AOUT. 1777.
De ces Docteurs ſentencieux ,
Qui , ſe riant de mon ivreſſe,
Me confeillent avec rudeſſe
De réprimer un goût qu'ils trouvent vicieux;
De m'interdire ſans foibleſſe
La poéſie enchantereſſe ,
La poéfie , o ciel ! cet objet précieux
De mes tranſports délicieux...
Sourd à cette vaine ſageſſe
Qui m'inſinue avec adreſſe ,
Qu'un Proſateur harmonieux
Toujours paffe en délicateſſe ,
En ornemens judicieux ,
En beaux tours , en traits radieux,
En préciſion . en juſteſſe ,
Un Poëte mélodieux...
Bravant de l'ignare pareſſe
Tous les difcours faftidieux ,
Dans les courts momens que me laiſſe
Sur les écrits divins un travail ſérieux ,
Dont l'utilité m'intéreſſe ,
Je cultive avec allégreſſe
Mon penchant pour les vers , ce penchant glorieux ,
Charme flatteur de ma tendreſſe ...
Poëte , ſans parler le langage des Dieux ;
Mais , avec plus de hardieſſe ,
Philoſophe laborieux ,
Prémuni contre la critique ,
Contre la morgue ſatirique ,
Et les propos colomnieux...
Contre le ton fcientifique ,
:
?
CS
42 MERCURE DE FRANCE.
1
Et le jargon viſigothique
Des Ariſtarques billieux ,
Ou des Pédans litigieux ,
Contre l'accès miſanthropique
De ces foux peſtilentieux ,
De qui l'orgueil mélancolique ,
Comme un bien propre revendique
Tous les argumens captieux
Semés dans les écrits d'un Auteur ſophiſtique...
L
Contre la rage frénétique
De cet amas furieux ,
Dont l'organe féditieux ,
Impitoyablement s'applique
A répandre un venin cauſtique
Sur les ſages filencieux ...
Contre la ſubtile pratique ,
Les refforts , la manoeuvre inique
De ces Amis mystérieux ,
Au coeur perfide , à l'oeil oblique ,
Aux parler doux & ſymmétrique ,
Qui , ferpens artificienx ,
Affectant avec vous une humeur ſympathique,
Dans les replis inſidieux
De leur infâme politique ,
Se recourbent cent fois pour vous ſéduire mieux...
Contre ces coeurs capricieux ,
D'une trempe amphibologique ,
Aujourd'hui de leur flegme envain victorieux ,
Brûlant d'une flamme emphatique ,
Ardens , empreſſés à vos yeux ;
Et demain , d'un froid lethargique ,
D'une indifférence apathique , 1
1
1
AOUT.
1777- 43
Glacés , farouches , ſoucieux, ..
Contre l'emportement cynique ,
Et le radotage comique
De ces vieillards minutieux ,
A cerveaux creux , à tête fanatique ,
Dont l'eſprit , lifant dans les cieux ,
D'une gravité prophétique
Annonce une chute tragique
A tout génie audacieux
Γ
Et noblement ambitieux ,
Que pour la gloire poétique ,
Des beaux coeurs cette idole antique ,
Entraîne un goût victorieux...
Contre ces jeunes factieux ,
:
Jaloux d'un ſuccès qui les pique ,
1 Petits éleves ſpécieux
De quelques rêveur Platonique ,
Adorateurs religieux
De toute piece Académique ,
Et fauteurs ſuperſtitieux
De toute oeuvre problématique;
Qui , dans un travail méthodique
Par des efforts prodigieux ,
Pour renforcer leur veine étique,
Savent décompoſer le moderne & le vieux...
Enfin contre l'avis ſtoïque
D'un mortel auguſte & pieux ,
De l'amitié modele unique ,
A qui mon coeur fiducieux (11)
(11) Je demande grace pour ce mot tiré du latin
fidustus. Il exprime me pensée, & vient àpropos pour
:
MERCURE DE FRANCE.
Sans alarmes ſe communique ;
Mais qui toujours contentieux ,
Improuve & traite d'hérétique
Le ton libre & facérieux ,
Que quelquefois en certains lieux
Prend ma Mufe philoſophique...
D'un incomparable Lyrique ,
Diſciple , amateur ſtudieux ,
nſenſible aux revers , inſenſible aux traverſes ,
Loin des ſociétés perverſes ,
Et des cercles contagieux ,
J'aime à voir avec lui , d'un regard curieux ,
Des volages humains les paſſions diverſes .
Les uns ardens pour les lauriers
Que l'on cueille aux Jeux Olympiques ,
Ne parlent que de chars , de poudre & de courſiers ,
Et fuyant leurs Dieux domeſtiques
Devant tout un peuple étonné
De leur audace impétueuſe ,
Ils ne prennent plaiſir qu'à la ſcene orgueilleuſe
Que préſente un front couronné...
Celui ci bénira ſon heureuſe exiſtence ,
Si du Peuple Romain l'agréable inconſtance
L'éleve au fatte des grandeurs ...
la rime. Je ne crois pas que nous ayions de terme plus
propre que celui que je prends la liberté de hafarder , de
plus propre , dis -je pour fignifier Tinclination d'un
coeur naïf à se communiquer , à s'épancher. Fespere
que du moins il je fauvera dans la foule des rimes gai
ont la définance.
AOUT.
45 1777
Cet autre , peu ſoigneux d'acquérir des honneurs,
Treſſaille quand il voit que ſa grange eſt remplie
De tous les bleds que produit la Lybie...
Ici c'eſt un mortel qui , du monde ignoré ,
Sous un ruſtique toft , par ſes moeurs honoré,
Se plaît à cultiver les vertus ſolitaires ,
Se fait un noble amusement
D'exercer ſa vigueur aux travaux ſalutaires ,
Et préfere aux écueils d'un perfide élément ,
L'humble héritage de ſes peres...
Ce Marchand , dont l'avidité
Sembloit n'aguere preſque éteinte ,
Lorſque l'Océan agité
Rempliſſoit ſon ame de crainte ;
Sauvé de ce péril preſſant ,
Et , de retour dans ſa patrie,
S'en arrache anffi-tot... Eele mugiſſant
Ne ſouffle plus le trouble en ſon ame aguerrie :
L'indigence , dit-il , eſt un nom flétriſſant ,
Fuyons- en l'atteinte ennemie ;
Et l'abyſine , & l'écueil , & le flot menaçant ,
Où mille fois pâlit le flambeau de fa vie ,
Ne ſont plus qu'un ſonge impuiſſant...
Ailleurs on voit ſourire à la nature
Une voluptueux Amateur
De la morale d'Epicure :
Tantôt c'eſt un jus enchanteur ,
Qu'il fait couler dans ſes brûlantes veines;
Tantôt un doux ſommeil vient enchaîner ſes ſens ;
Toujours des illuſions vaines
46 MERCURE DE FRANCE
Lui forment des plaiſirs fans ceſfe renaiſſans...
Plus loin c'eſt un Guerrier ſauvage ,
Dont le coeur bouillant & fougueux ,
Dans ſes tranſports tumultueux ,
Reſpire les horreurs , la mort & le carnage:
Il s'élance , il vole effréné ,
Tandis que ſa mere tremblante ,
De la guerre qui l'éprouvante
Déteſte le Dieu forcené ...
Voyez ce Chaffeur obſtiné ,
Qui , dans ſa courſe infatigable ,
Eteint le ſouvenir d'une éppuſe adorable ,
Et pour atteindre un cerf s'imagine être né...
Pour moi , cber Mécene , le lierre
Dont s'embellit le front des eſprits Horiſfans ,
Et qui s'offre à mes yeux au bout de ma carriere.
Précipite mes pas en des ſentiers gliſfans :
Il nourrit mes deſirs , il enflamme mes fens.
Je me croirois un Dieu , i ce noble ſalaire ,
Couronnant mon deſtin proſpere ,
A jamais illuftroit mes timides'accens...
J'aime à ſentir la fraîcheur d'un bocage ,
Je me plais à réver ſous un épais ombrage.
J'y jouis quelquefois d'un ſpectacle frappant ;
Et m'éleve au-deſſus du vulgatre rampant ,
Lorſqu'Euterpe me donne une veine abondante ,
Et que Polytunie indulgente ,
Interrompant commerce avec les Dieux ,
Vient me dicter de vers harmonieux ...
AOUT.
47 1777.
Mais ſi ta fublime critique ,
A la lecture de ces vers,
M'accorde le doux nom de Poëte Lyrique ;
Soudain m'élançant dans les airs
D'une aile légere & rapide ,
Semblable à la Divinité
Que couvre une éclatante égide ,
Je vole avec Horace à l'immortalité...
Par M. L. la V. à Poitiers.
48 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volumede Juillet.
:
LEE mot de la premiere Enigme eſt
Terre; celui de la ſeconde eſt l'Equi
libre; celui de la troiſieme eſt Lunettes
Le mot du premier Logoryphe eſt Colombier
, où se trouvent Remi , Colomb ,
Rome , rime , Ré ( Ifle ) , loi , Loire , cor ,
robe , Riom , or, Bric , mer , Clio , bec ,
ombre , miel , rôle , Roi , mire , cil, lice
orme ; celui du ſecond eſt Mercure , dans
lequel ſe trouvent Mercure ( planette ) ,
mercure ( minéral ) , mer , Cure (bénéfice
) , Cure ( guériſon) ; celui du troiſieme
eſt Soie, où se trouvent oie ,foi , lo.
Août. 1777 .
AIR .
Tempo diMinuetto.
49.
eit
i Ah. que L'amour est:
3
es
3
un tourment
ex____tre-
=me!
lors---que l'ob-jet qu'on:
5
(
3
ai____me
notre
mé---pri -se
ar_deur.
3
Mais
3
si sensible à
no -tre
:
:
perne , il daigne :
$50. Mercure de France .
partager la chai
___ne
=queur ;
qui le rendnotre crain
L'amour
bien su---pre---me
ce
7
de
cient au moment
3
me=:
me La source :
3
du bonheur la 1
du bonheur .
source :
AOUT.
St
1777.
ÉNIGME.
T
Andis que juſqu'aux cieux portant ma tête akiere,
Je répands , avec art, ma trompeuſe lumiere ,
Un peuple extafié d'ardens admirateurs ,

Me prodigue à l'envi ſes éloges flatteurs.
Je fais les obtenir par cent
métamorphofes ,
Sous lesquelles , voilé , je préſente les choſes
Seul , mais fouple à m'ofitir fous mille traits divers ,
Je chatme ; je ſéduis , j'étonne l'Univers .
Que l'homme à s'abuſer trouve donc de délices .
Son eſprit , fa raifon , de ma fraude complices.
Aiment à lui cacher ce qu'ils favent de moi ,
Pour aguerrir ſon ame à me voir ſans effroi.
Mille fois l'homme a vu le poifon homicide
Que cache le brillant de ma clarté perfide ;
Mille fois à ſes yeux les replis de mon coeur
Se font développés dans toute leur noirceur ;
Il fait que mon pouvoir , que tout obſtacle irrite ,
N'admet dans ſes fureurs ni regle, ni limite ,,
Et que du bien public , adverſaire immortel ,
Je reſpecte auſſi peu le Trône que l'Autel ;
M'en admire-t- il moins ; non , mes nuiſibles charmes
Le forcent d'oublier mes torts & fes alarmes ;
*
Tyran de ſa raiſon , ſon coeur , à qui je plais ,
Voit moins ce que je fuis , que ce que je parois.
Reſte donc , & Mortel ! dans ta folle aſſurance ,
Vois , puiſque tu le veux , d'un oeil de complaiſance,
Le dangereux éclat de mes dehors trompeurs ;
D2
52 MERCURE DE FRANCE .
Reſpite de mon fein les malignes vapeurs :
Cet éclat quí te frappe , & que ton oeil dévore ,
Eſt prêt à s'éclipfer ; je ſens qu'il s'évapore...
J'expire... & ſous tes yeux , périſſant avec bruit ,
Je te laiſſe confus dans l'horreur de la nuit.
J
AUTRE.
E fuis chez la Coquette
Un utile ornement ;
Je donne à ſa toilette
L'appas le plus galant.
Je me fers d'impoſture
Pour lui gagner un coeur ;
Et mon art féducteur
Supplée à la nature.
N
AUTRE.
OTRE fort eſt , Lecteur affez brillant & doux :
Nous sommes de ſept foeurs une troupe chérie ,
Souvent nous ne gardons aucun ordre entre nous ,
Et notre rang dépend du goût & du génie .
Dans le Palais des Grands , aux Concerts , aux Spectacles ,
De nos combinaiſons étalant les miracles ,
Autour de nous nous voyons mille Amans ,
Sans de la jalouſie éprouver les tourmens.
AOUT.
1777.
53
Le Sage quelquefois avec nous ſe délaſſe :
Aux yeux du Freluquer nous trouvons auſſi grace.
L'on goûte en nous mille douceurs ,
Et nous charmons les
Connoiffeurs ;
Mais d'autres font de nous métier &
marchandise .
Enfin ce qui pourra peut - être t'étonner ,
Lecteur , on nous rencontre à coup sûr à l'Eglife
Et juſques ſur l'autel ndus olons nous placer.
Par M. le G... Vicaire à G...
J
LOGOGRYPHE.
E brille dans la nuit , & pâlis au retour
Du pere des ſaiſons & de l'aſtre du jour.
J'aſſemble autour de moi , placé ſur une table,
Des efclaves du jeu la troupe redoutable.
Je préſide aux travaux , aux danſes , aux feſtins :
Le méchant , bien ſouvent , me cache ſes deffeins.
De mes huit pieds , Lecteur , la diverſe ſtructure
T'offrira
l'ornement de
l'aumaine nature ;
Ce qui de ſang ſe teint dans les combats;
Un mot à nos eſprits préſentant mille appas;
Un terrible élément; du pauvre la livrée ;
Ce qui couvre de deuil la terre
épouvantée.
Par le même
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Sous
AUTRE.
Pous un attirail féminin ,
De plus d'un fot j'ai fait l'heureux deſtin ;
Du mérite ſou vent j'ai caufé l'infortune ;
Par moi prefque toujours on obtient la faveur .
Et rarement mon Maître éprouve le malheur.
Quand ma tournure eſt peu commune ,
Vous me direz : C'est une erreur.
Ah ! j'en conviens de tout mon coeur ;
Mais cet erreur enfin a fait fortune ,
Et durera long-temps , je pourrois l'aſſurer.
Selon la loi logogryphique ,
Plus clairement il faut que je m'explique ;
Je vais donc me décompofer :
On trouve en mes fix pieds ,fi l'on veut y penfer ,
D'abord un verbe actif qui conferve la vie ;
Ce que l'on eſt après la maladie ,
Un fynonyme d'orgueilleux ;
Ce qu'on croyoit , dans le temps des faux Dieux ,
Tourment er une ame hétrie ;
De plus , un mendiant ; une bête à pieds longs ;
Un inſtrument de bois plus haut que les maiſons ;
Un vieux mot qui fait qu'on enrage ;
Ce qu'il faut pour faire un procès ;
Lecteur , encor deux tiers de la fin d'un ouvrage ,
Qu ce que tu diras , ſi le mien eſt mauvais.
Par M. Gazil fils.
AOUT.
1777 35
M
AUTRE.
Les pieds nombreux m'attachent à la terre. S
Avec attention ſi l'on me confidere ,
On conviendra que je fuis précieux.
C'est tout-à-fait prodigieux
Comme j'unis l'utile & l'agréable.
Qu'on juge , par ces traits , combien je fuis aimable.
Voilà le beau côté ; mais arrache mon coeur ,
Et fais qu'il devienne ma tête ,
Je m'oppoſe aux navigateurs.
Apeine il m'apperçoit , il héſite , il s'arrête...
Et ce n'eſt pas fans beaucoup de frayeur
Qu'à me paffer , plein d'ardeur , il s'apprête.
Dans cet état , de mon tour fais deux parts ,
Et tu verras dans la premiere
Trois petites cités dignes de tes regards ,
Toutes du même nom. Des trois l'une eſt frontiere
Chez le Peuple Lorrain , jadis ſi diſcourtois .
Les autres font au pays Champenois.
Dans le plain- chant tu trouve ma derniere ;
C'eſt de mon aurre part qu'il s'agit cette fois.
Par M. Vincent , C. de Q
2
:
D4
56 MER CURE DE FRANCE.'
T
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Suite des Epreuves du Sentiment , par
M. Darnaud. Tome quatrieme. Anecdote.
Makin. A Paris , chez Delalain ,
Libraire , in - 8°.
CETTE Anecdote , digne de figurer å
côté de celles qui forment la collection
intéreſſante , publiée fous le titre d'Epreuves
du sentiment , eft fondée ſur un
fait rapporté dans l'hiſtoire des voyages ,
& avec quelques différences , dans le
voyage de Surate par Ovington. Si l'ambition
& l'avidité ont conduit les Européens
ſur les mers inconnues des Indes
orientales & occidentales , la premiere
découverte de l'ifle de Madere étoit réſervée
à l'amour. Robert Makin , Anglois ,
avoit conçu une très - vive paſſion pour
Anne Dorſet , qui étoit d'une naiſſance fupérieure
à la fienne. Les parens de ſa maîtreffe
craignant qu'il ne mît obſtacle aux
projets d'établiſſement qu'ils avoient formés
pour elle , obtinrent un ordre du
C
C
fe
t
p
fu
d
P
Va
AOUT .
1777. 57
AT
و
E
-
s
e
1-
0
دو
Roi Édouard III , pour le tenir dans une
prifon juſqu'à ce qu'elle fût mariée. Alors
il obtint fa liberté, & courut auffi - tôι
fur les traces de fa maîtreſſe , que fon
époux avoit conduite à Bristol. il trouva
le moyen de la voir , de la déterminer
à fuir avec lui. Un vaiſſeau dont il s'étoit
aſſuré , devoit les tranſporter en
France ; le vent leur fut contraire . Dès
le lendemain de leur évaſion , ils ſe trouverent
perdus dans l'Océan , où ils errerent
pendant pluſieurs jours : le quatorzieme
, ils découvrirent une Ifle ; Makin
y defcendit avec ſon amante & quelques
matelots ; la beauté du lieu les invita
à s'y repoſer ; mais , pendant qu'ils cherchoient
à ſe remettre des fatigues de la
mer , un orage s'eleva , arracha le vaifleau
de deſſus les ancres , le jeta ſur les côtes
de Maroc , où l'équipage fut mis aux
fers . La diſparution du vaiſſeau , qui
ôtoit à ceux qui étoient reſtés dans l'Ifle ,
tout eſpoir d'en fortir , fit une telle impreffion
fur Anne Dorfet , qu'elle n'y
ſurvécut pas long - temps ; Makin expira
deux jours après , & demanda à fes compagnons
de l'enterrer auprès d'elle ; ils
lui rendirent ce dernier devoir ; & élevant
un Autel orné d'une croix fur leurs
UNIVERSITY OFMICHIGAN LIDDADIΓΟ
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
tombeaux, ils y placerent une infcription
qu'il leur avoit laiſſée , & qui con- de
tenoit le récit de ſa déplorable aven- de
ture.
ta
ren
eu
re
to
C'eſt ſur ce fond que M. Darnaud a qu
bâti la nouvelle que nous annonçons ; ex
il en a fait un Roman rempli d'intérêt ta
&de Philofophie. Maître de diſpoſer les com
événémens , de les changer , d'y ajouter , tab
il l'a fait avec beaucoup d'art. Anne
Dorfet , qu'il appelle Hélene , élevée
avec Makin , a fenti l'amour preſque en s'a
naiſſant. Cette paſſion née dès l'enfance ,
dans un coeur ſimple & naïf , peu au fait
des convenances de la ſociété , s'eſt for- do
tifiée avec le temps , & eſt invincible Le
lorſqu'on fonge à détruire ſes liens. Lorsqu'elle
fuit avec ſon amant, elle n'eſt leu
point mariée ; elle lui a donné fon coeur ,
elle a reçu le ſien à la face du ciel , pris f
à témoin de leurs fermens mutuels ; fa ten
démarche imprudente excuſée par une cert
paffion exceffive , n'eſt plus un crime the
comme celui d'Anne Dorfet, qui quitte ſes
fon époux pour ſuivre fon amant. Ils dés ipe
barquent ſeuls dans l'ifle de Madere , où he
les vents & la tempête les ont portés ſous Pa
la protection de l'amour. Ils abordent
qu
ve
d'abord dans une caverne qui a fervi defor
E.
59
AOUT.
1777.
infcrip ſépultures. Ce lieu eſt le premier aſyle
ui cot des fugitifs échappés à la tempête. Les
and détails qui fuivent font véritablement attachans.
L'Auteur , juſqu'à cette épomand
que , a peint les orages que les paffions
Cons, excitent dans le coeur humain; leurs comtérét
bats contre les préjugés , leur triomphe
er les contre tous les obſtacles : ici , c'eſt le
uter, tableau du bonheur qu'elles procurent , en
Ange rempliſſant deux coeurs qui trouvent en
elene eux tout ce qu'ils ont quitté , & qui ne
ged s'apperçoivent pas qu'ils font ſéparés du
ance, refte du monde. Helene, toujours tendre ,
fit toujours épriſe de Makin , ne laiſſe pas de
fr donner quelquefois des regrets à lanature.
cibe Le fouvenir d'un pere & d'une mere ,
Lot qu'elle a abandonnés , l'image de la doun'd
leur dont elle les a accablés , la pourſui-
Deur: vent & troublent de temps en temps la
pre félicité qu'elle goûte dans le défert. Une
tempête amene auprès d'elle ce pere &
- cette mere , qui ſe ſont embarqués pour la
chercher fur de faux indices ; elle joint
uſes ſoins à ceux de ſon amant ,pour les rappeller
à la vie après leur naufrage; le bonheur
des deux époux devient parfait , par
l'aveu que le Comte & la Comteſſe de
Dorſet donnent à leur union. Cette Co-
Bi
flonie heureuſe & augmentée par les nou60
MERCURE DE FRANCE.
veaux venus , vit tranquille , & rappelle
l'image du fiecle d'or. L'innocence & la de
pureté des moeurs qui y regnoient , disparurent
après l'arrivée des Portugais ,
qui , long- temps après , découvrirent cet
heureux ſéjour , & y porterent les vices M
contagieux de l'Europe.
ge

n
d'
de

Diverſités galantes & Littéraires. 2 vol.
in- 12. A Londres , & ſe trouvent à
Paris , chez Dorez , Libraire , 1777.
Prix , 3 liv. brochés .
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود L'objet qu'on s'eſt proposé dans ce
,, Recueil , dit l'Editeur , a été de raſſembler
dans un dépôt acceſſible & commode
, une foule de petites Pieces
en profe , ou publiées ſéparément en
feuilles volantes , ou enſévelies dans
de vieux Journaux , & des collections
volumineuſes. " Ces diverſités ne ſont
donc autre choſe qu'un recueil de morceaux
déjà imprimés , & parmi leſquels ,
quoiqu'en diſe l'Editeur , il y en a pluſieurs
d'aſſez connus. Au reſte , le choix
de cette compilation eſt fait avec difcernement
; c'eſt , comme on fait , le ſeul
tur
gre
A
lag:
ос
gcel'e
دو
رو
13
"
د
mérite qu'on puiſſe exiger dans les ouvra--
AOUT.
1777. σι
eges de ce genre. On y trouve une lettre
de Boileau , en date du 4 Août 1706,
qui n'eſt pas beaucoup répandue , & qui
nous paru aſſez piquante pour mériter
d'être rapportée. Elle eſt adreſſée à feu
vica M. le Marquis de Mimeure , au ſujet
de l'élection d'un autre que lui , à l'Académie
Françoiſe , quoique Deſpéraux lui
vd eût donné ſa voix. Le Candidat élu malni
gré Boileau , étoit le Marquis de Saint-
Aulaire , connu par le grand âge auquel
1 il parvint depuis , & par quelques poéſies
agréables ; mais qui ne paroît pas avoir
occupé une place fort avantageuſe dans
se l'eſprit du ſévere fatyrique.
Nec Ce n'eſt point, Monfieur , un faux
200 , bruit , c'eſt une vérité très- conftante ,
Lect,, que dans la derniere aſſemblée qui ſe
tel
ود
tint au Louvre , pour l'élection d'un
dant , Académicien , je vous donnai ma voix ;
on & je vous la donnai avec d'autant plus
for , de raifon , que vous ne l'aviez pointbri-
اود
101 و
guée , & que c'étoit votre ſeul mérite
,, qui m'avoit engagé dans vos intérêts.
„ Je n'étois pas pourtant le premier à qui
la penſée de vous elire étoit venue; &
, il y avoit un bon nombre d'Academi-
,, ciens qui me paroiſſoient dans la même
CMOIDRERADIO
diſpoſition que moi. Mais je fus fort
62 MERCURE DE FRANCE .
ود
و د
ود
ود
وا
ود
ود
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و د
و د
و د
و د
4
رو
ود
ود
وو
دو
دو
"
رو
رد
furpris , en arrivant dans l'aſſemblée,
de les trouver tous changés en faveur
d'un M. de Saint - Aulaire , homme ,
difoit - on , de fort grande réputation ;
mais dont le nom pourtant, avant cette
affaire , n'étoit pas venu juſqu'à moi.
Je leur témoignai mon étonnement avec
aſſez d'amertume; mais ils me firent
entendre , d'un air aſſez pitoyable ,,
qu'ils étoient liés. Comme la brigue ,
de M. de Saint- Aulaire n'étoit pas ,
médiocre , pluſieurs gens de confé-
,, quence m'avoient écrit en faveur de
cet Afpirant à la dignité académique ; ,,
mais par malheur pour lui, dans l'intention
de me faire mieux concevoir
ſon mérite , on m'avoit envoyé un
poëme de ſa façon , très - mal verſifié ,
où , en termes aſſez confus , il conjure
la volupté de venir prendre ſoin de lui
dans ſa vieilleſſe , & de réchauffer les
reftes glacés de ſa concupifcence : voilà
en effet le but où il tend dans ce beau
Poëme. Quelque bien qu'on m'eût dit
de lui , j'avoue que je ne pus m'empêcher
d'entrer dans une vraie colere
contre ſon ouvrage. Je le portai à l'Académie
, où je le laiſſai lire à qui vou-
و د
و د
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"
و د
و د
و د
"
ود
"
ود
ود
ود lut; & quelqu'un s'étant mis endevoir
دو
دو
دو
ع ور
"
AOUT. 1777. 63
Dit
ur
و و
de le défendre , je jouai le vrai perſonnage
du Miſantrope dans Moliere , ou
, plutôt j'y jouai mon propre perſonnage
, le chagrin de ce Miſantrope
» contre les méchans vers ayant été ,
mo , comme Moliere me l'a confeſſé plunta
" ſieurs fois lui- même , copié ſur mon
fire , modele. Enſuite on procéda à l'élecable
"
big "
و د
nik
tion par billets ; & bien que je fuſſe le
ſeul qui écrivît votre nom dans mon
billet , je pus dire que je fus le ſeul
cook , qui ne parut point honteux & déconcerté.
Voilà , Monfieur , au vrai , toute
l'hiſtoire de ce qui s'eſt paſſé à votre
occafion à l'Académie. Je ne vous en
fais pas un plus grand détail , parce
ye , que M. le Verrier m'a dit qu'il vous
en avoit déjà écrit fort au long. Tout
con , ce que je puis dire, c'eſt que dans tout
ce
"
de
و و
د د
ce que j'ai fait , je n'ai fongé qu'a
Het procurer l'avantage de la Compagnie,
,, & rendre justice au mérite. Cependant ,
et , je vois que par -là, je me fuis fait une
fort grande affaire , non- feulement
avec M. de Saint- Aulaire , mais avec
col , vous , & que je fuis plutôt l'objet de
it , vos reproches , que de vos remercimens.
1
و د
و د
Vous vous plaignez fur- tout, du haer
, fard ou je vous expofois , en vous nom-
,,
ODADICO
1
mant Académicien , à faire une mau64
MERCURE DE FRANCE
"
"
و د
و د
"
"
1
ور
رو
"
vaiſe harangue. Je ſuis perfuadé que
vous ne la pouviez faire que fort bonne;
mais quand même elle auroit été mauvaiſe
, n'aviez - vous pas un nombre infini
d'illuftres exemples pour vous confoler
; & eft -ce la premiere méchante affai-
,, re dont vous feriez forti glorieuſement 2
Vous dites qu'en vous , j'ai prétendu
donner un bréteur à l'Académie. Oui ,
ſans doute , mais un bréteur à la manie-
,, re de Céfar & d'Alexandre. Hé quoi ! [
,, avez - vous oublié que le bon homme
و د
"
و د
"
و د
و و
و د
د و
"
و د
"
رد
la
Horace avoit été Colonel d'une légion ,
& n'étoit pas revenu , comme vous ,
d'une très - grande défaite ? Cum fracta
virtus , & minaces turpe folum tetigere
mento . Cependant, dans quelle Académie
n'auroit- il point été reçu , ſuppoſé
qu'il n'eût point eu pour concurrent
M. de Saint- Aulaire ? Enfin ,
Monfieur , vous me faites concevoir 90
„ que je vous ai , en quelque forte , com-!"
„ promis par trop de zele , puiſque vous >>
n'avez eu pour vous que ma ſeule >>
voix. Mais ſi j'oſe ici faire le fanfaron ,
prétendez- vous que ma ſeule voix , non "
briguée , ne vaille pas vingt voix mendiées
baſſement ? Et , de quel droit
"
و د
و د
ود
ود
21
›› prétendez- vous qu'il ne foit pas permis
„ à
"
AOUT. 1777. 65
THE UNIVERSITY
WOGLE BURNIRE JU ASO
e , à un Cenſeur, ſoit à droit, foit à tort ,
inſtallé depuis long- temps ſur le Parnaſſe
, comme moi , de rendre , fans
it , votre congé, juſtice à vos bonnes quanfs
, lités , & de vous donner fon fuffrage
fur une place qu'il croit que vous mé-
12 " ritez ? Ainfi , Monfieur , demeurons
bons amis , &c. " . い
Fai "
du "
Dui, L'Esprit des Esprits , ou Penſées choinie.
On,
19
40
30
!!
ود
ſies , pour ſervir de, ſuite aux maximes
de la Rochefoucault. A Londres ,
& ſe trouve à Paris , chez Dorez ,
Libraire , 1777. in- 12. Prix, I liv.
4 f. broché.
Rien de plus propre à faire connoître
@ la nature de ce petit Ouvrage , que
l'Avis du Libraire , placé à la tête , &
qui eſt le feul preliminaire qui s'y trouve.
On peut avancer avec confiance qu'il
n'eſt point de livre qui , dans un auſſi
petit volume , renferme autant d'eſprit
& de Philofophie. Quoique la premiere
partie de ſon titre ſemble ana
été fait d'après les com-
100
د ر
و و
و د
"
noncer
qu'il
pilations connues ſous le nom d'Esprit ,
» on s'appercevra aifément que l'Edi
E
1
1
66 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و د
و د
و د
teur ne s'eſt pas contenté de puiſer
dans ces fources. Au petit nombre de
„ penſées , choiſies avec un goût ſévere fo
dans tous les Recueils publiés juſqu'à
ce jour , il a joint tout ce qu'il a pu
trouver de plus piquant dans des lectares
plus étendues, pour en former
un livre qui pût devenir claſſique en
ſon genre , & fervir de ſuite aux maxi.
"
و د
"
و ا
cr
mes de la Rochefoucault." En effet ,
le choix de ſes penſées eſt en général 9
bien fait; nous allons en extraire quelques-
unes.
ود
Il ne faut point d'eſprit pour ſuivre| n
l'opinion qui est actuellement la plus a
commune ; mais il en faut beaucoup pour la
être , dès aujourd'hui , d'un ſentiment te
dont tout le monde ne ſera que dans
trente ans. "
"
τ
Les favoris font des cadrans ſolaires p
que l'on va conſulter lorſque le foleil de la
l'état les éclaire , & qu'on ne regarde plus &
lorſqu'il leur retire ſes rayons. 8
Une choſe adoucit l'humiliation de
ſe juſtifier , c'eſt que cela ne fauroit ſe le
faire fans parler beaucoup de foi - même , v
&que c'eſt peut-être la ſeule circonſtance r
où l'on puiſſe honnêtement en parler
avec éloge."
E.
67
AOUT.
1777
Un homme d'eſprit eſt bien moins
étonné d'être trompé par un fot, qu'un
fat fot n'eſt étonné d'être la dupe d'un hom-
Fume d'eſprit. "
a
„ Quand une femme laide fait tant
que d'aimer , elle aime avec fureur. La
The crainte preſque certaine de ne pas plaire,
la fait réſiſter long-temps à ſa paſſion ; &
lorſqu'elle n'en peut triompher, il faut
que fon amour ſoit plus fort que fon
nar
وا
amour - propre.
"
"
Il faudroit ôter les honneurs , &
ir n'en rendre à perſonne , s'ils inſpiroient
autant d'orgueil & de vanité à ceux qui
les méritent , qu'à ceux qui ne les méritent
pas.
de
ود
"
On, traite un grand Seigneur comme
un enfant avec qui l'on joue. On le
prend fur les épaules , on le leve , il dreſſe
la tête , il a peine à contenir ſa joie ,
& on s'écrie autour de lui : Oh qu'il eſt
grand!
ود
Les petits eſprits font du bruit dans
le monde , à peu-près comme une voiture
vuide, qui roule avec rapidité dans les
rues.
" Combien d'hommes paſſent pour
difcrets , qui ne favent à qui parler."
UMONIFICVHEIRSITY
THE
E 2
P
68 MERCURE DE FRANCE.
و د
د
Il y a deux fortes de filence , l'an
ſtupide , l'autre ſpirituel ; les fots ne
connoifſſent que le premier , & fe croient
égaux aux ſages , qui gardent le ſe- la
cond."
ود
Σ
0
d Les hommes ſont tous égaux dans
le Gouvernement Républicain & dans le
Deſpotique ; dans le premier , parce qu'ils
font tout ; & dans le ſecond, parce qu'ils gr
ne ſont rien." de
da
Plan d'éducation publique , par le moyen le
duquel on réduit à cinq années le cours va
des études ordinaires , parce qu'on y li
allie l'étude des Langues à celle des ti
Sciences ; qu'on y fuit la marche de m
la nature , & la gradation des idées ; re
qu'on en éloigne toutes les regles fu- de
perflues & toutes recherches inutiles , gr
& qu'on en bannit les thèmes partici
culiers & les verſions ſéparées , qui da
n'ont aucun rapport à l'objet de leur vr
claſſe. A Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , 1777. in - 12. Prix , I liv. 4 pi
ti
f. broché.
ta
fa
Ce nouveau Plan , proposé par M. e
Wadelaincourt , Préfet du College de li
Verdun , a pour but de rendre en même. PoD
AOUT.
ه و
1777.
intemps les études plus fructueuſes , plus
courtes & moins pénibles. Ses principaux
moyens font : 1° d'établir la gradation
la plus naturelle dans l'enſeignement des
diverſes connoiſſances qu'on ſe propoſe
ans d'inculquer aux jeunes gens : 2º. d'allelier
l'étude'des Langues à l'étude mé-
'i thodique des Sciences: 30. de faire de
w's grands changemens dans la méthode
e
st
des thêmes & des verſions . Il entre
dans les détails les plus intéreſſans , &
rd Jes plus propres à prouver clairement l'avantage
de fon plan, ainſi que la poſſibilité
de ſon exécution. Il donne en particulier
une preuve incontestable de fa
methode d'enſeigner le Latin, par l'heureux
eſſai qu'il en a fait au College Royal
de Verdun ; il rapporte à ce ſujet le programme
d'un exercice public fur les principes
de cette Langue , par ſes éleves
dans ce College. Le corps de fon Ouvrage
, où il développe les différentes parties
de ion plan , eſt partagé en cinq chapitres.
Il préſente , dans le premier , un
tableau raiſonné des
connoiſſances nécesfaires
à un jeune homme qui n'eſt point
encore en âge de ſe décider ſur ſa vocation
, & des moyens les plus propres
me pour ſe procurer chacune de ces connois
مهللا
THE ALIDDARIO
E 3
70 MERCURE DE FRANCE.
fances. Dans le ſecond , il fait la dis
tribution méthodique , graduelle & facile
de ces ſciences , en cinq années d'études.
Dans le troiſieme , il indique la
ſubſtitution de quelques claſſes particulieres
à celles qui ne font pas affez utiles
dans l'état actuel , & les ſciences que ćeš
écoles ſubſtituées doivent enſeigner aux
jeunes gens , après le temps de leurs études
communes. Il parle ,dans le quatrieme , 9
de ce qu'il faudroit faire pour la premiere
tr
t
C
e
C
e
a
inſtruction , pour les écoles des campagnes
,& pour l'éducation des filles Enfin ,
dans le cinquieme, il entre dans le détail
de ladifcipline des écoles. Ces cing chapitres
font précédés de quelques obfervations
ſur l'éducation en général , fur
le but que doit ſe propoſer tout Inſtitu- C
teur, & fur les moyens qu'il doit employer
pour y arriver.
Cet Ouvrage annonce dans M. Wadelaincourt
, des talens diftingués pour
l'inſtitution de la jeuneſſe , & un zele
vraiment patriotique.
Elémens de Tactique , démontrés géometri.
quement , Ouvrage Allemand , orné
de Planches , composé en 1771 , par
un Officier de l'État Major des trou-
C
od
a
te
1
AOUT.
74
1777-
je
ila
ces
zur
ér
pes Pruffiennes ; traduit en François
par M. le Baron de hottzendorff,
ancien Prébendataire de Halbeftad ,
Major d'Infanterie au ſervice de France.
A Paris , chez Nyon aîné , Libraire.
On
Cet Ouvrage remplit très bien ſon titre.
Ce ne font en effet que des élémens
qui remontent juſques aux premieres notions
que les hommes négligent trop ;
on y fixe l'attention par des définitions
exactes. On ingſte ſur les premieres idées
qui fe prefentent a tous les efprits.
explique ce que c'eſt qu'un rang & un
alignement ; quand il eſt droit ou courbe ,
of oblique ou direct: en quoi cela confitte ,
& comment cela arrive. Tout le monde
The le fait , & le plus fouvent on ne fait
aucun uſage de cette connoiſſance. L'Auteur
tire de ces principes , que perfonne
ne peut conteſter, des conféquences natu.
relles qui fervent à fixer les regles de l'Art
* de donner de l'alignement & de le con.
ferver dans toutes les motions. C'eſt en
fixant hors du rang & dans le rang même ,
des point fixes ou directeurs ſur lesquels
tout le reſte ſe dirige.
ן
L'Auteur n'entre point dans les diffé
LUMTOINIHFDICERVHAEIDRGICATINOTY
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
rentes méthodes pour former diverſement
un bataillon , & lui faire exécuter des
évolutions ſavantes ; mais il donne les
premiers principes , ſans lesquels on ne
peut bien exécuter les mouvemens les
plus ſimples . C'eſt de la méme maniere
qu'il fait voir les mouvemens les plus
ordinaires d'une armée , dont il n'enſeigne
pas non plus à compoſer les ordres
de bataille varies & fublimes , qu'il eſt
plus aiſé de deſſiner , que de faire exécuter
ceux qui font les plus communs.
Tout cela est déduit par la méthode
géométrique ou analytique , & non par la
méthode expofitionelle ou ſynthétique.
Celle- ci préſente les choſes par leur enſemble
, comme dans un tableau , où
l'on peut les comparer à la fois , ſi on
fait bien les y diftinguer , & ne pas les
confondre ; l'autre ,pour éviter toute confuſion
, décompoſe le tout afin de l'examiner
par parties ſucceſſivement. Ceux qui
adoptent la méthode analytique , tombent
quelquefois dans ce défaut , qui fait
diviſer & foudiviſer juſqu'aux parties
imperceptibles , & jettent de l'obſcurité
dans l'eſprit , plutôt qu'ils ne l'éclairent.
Les Savans Allemands n'ont pas ſu toujours
éviter cet écueil. Les Lecteurs qui
P
L
AOUT.
1777 73
3
aiment les détails , & qui ne font pas
3 frappés des inconvéniens de l'analyſe
pouſſée à l'excès , liront fans peine , l'ouvrage
que nous leur annonçons , & y
trouveront des
obſervations neuves &
intéreſſantes. rt
S
es
- Précis de la Médecine Pratique , contenant
l'Histoire des maladies & la maniere
de les traiter , avec des obfervations
& des remarques critiques fur
les points les plus intéreſſans. Par M.
Lieutaut , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , premier
Médecin du Roi , de Monfieur , &de
M. le Comte d'Artois ; de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & de
la Société Royale de Londres. Nouvelle
Édition revue par l'Auteur. 2
vol. in-8°. A Paris , chez Didot le jeune
, Libraire .
1
5
هلاس
3
La Médecine , qui , après la morale ,
doit tenir le premier rang parmi les connoiſſances
humaines , ne seroit qu'une
Science vaine & stérile , ſi ceux qui l'ont
exercée avec le plus de foin , & qui n'ont
rien négligé pour l'approfondir , n'avoient
ipû nous tranſmettre des principes certains,
ou une doctrine ſolidement éta
MICHIGAN LIBRARIES
E5
74 MERCURE DE FRANCE,
blie , qui ſervît de baſe à l'art de guérir.
Cette doctrine exiſte ſans contredit , &
ne peut étre attaquée par le Pyrrhoniſme
le plus décidé ; mais les uns veulent la
recevoir des Anciens , & les autres l'attribuent
aux Modernes ; telle eſt la difpute
qui regne entre les Médecins , mais dispute
qui ne peut nuire à l'existence de
la Science. L'Ouvrage que nous annonçons
, eſt précisément l'exposé de cette
doctrine ; elle eſt établie ſur un fi grand
nombre de faits , qu'il n'eſt preſque pas
poſſible , avec la mémoire la plus cultivée
, de les avoir tous préſens. Ce fut
dans la vue de pouvoir de les rappeler
dans l'occaſion , que le ſavant Auteur de
cet Ouvrage , le célebre M. Lieutant ,
forma le projet , il y a plus de vingt ans ,
de raſſembler tout ce qu'il avoit écrit fur
ce fujet; c'eſt - a- dire , les obſervations
qu'un long exercice auprès des malades ,
& l'ouverture d'un grand nombre de cadavres
, lui avoient fournies. Il ajoute à
ce travail, ce qu'il a trouvé dans les
meilleurs livres , propre à remplir fes
vues ; il n'adopte que les faits les mieux
conftatés; en un mot, il a recueilli , tant
de fes obfervations que de celles des autres ,
tout ce qu'il y a de plus important &
de plus fûr dans l'art de prolonger la vie
AOUT.
1777- 75.
1
e
e
des hommes , & ce précis en eſt le ré
ſultat. M. Lieutaut a gardé dans cette
nouvelle édition , conforme , pour les additions
, à la derniere qu'il a publiée en
Latin , l'ordre qui regne dans les précédentes
, comme le plus utile & le plus
commode pour les Praticiens , & en effet
l'ordre anatomique eſt le plus fûr & le plus
convenable pour toutes les maladies , tant
internes qu'externes.
Le Tableau des maladies , rapporté dans
l'ouvrage que nous annonçons , eſt fait
d'après nature. L'Auteur , pour le rendre
plus reſſemblant , a taché de n'oublier
dans chaque article, aucun ſigne de celle
qui en eſt le ſujet , & d'expoſer en même
temps les ſymptômes les plus remarquables
. Le traitement termine tous les articles.
M. Lieutaut y propoſe pour chaque
maladie , les principaux remedes , ou
ceux dont les meilleurs Praticiens ont uſe
avec le plus de ſuccès. Il eſt inutile de
nons étendre plus au long fur cet Ouvrage
, qui a mérité l'éloge des meilleurs Médecins
, & qui a formé , depuis que la premiere
édition a paru , tant de jeunes Praticiens
dans l'art de traiter leurs ſembla-
- bles; d'ailleurs des éditions multipliées ,&
en pluſieurs Langues , prouvent fuffifam-
:
3
THE UNIVERCITY
a
7 MERCURE DE FRANCE.
ment l'utilité d'un pareil Traité , qui n'a
pour but que le bien de l'humanité.
La Théorie du Chirurgien , ou Anatomie
générale & particuliere du corps humain
, avec des obſervations chirurgicales
fur chaque partie ; par M. Durand
, ancien Chirurgien Aide- Major
des Camps & Armées du Roi , &c. 2
vol. in- 8º A Paris , chez Grangé , au
Cabinet Littéraire.
L'Ouvrage que nous annonçons doit
être placé parmi ceux dont l'utilité eſt
reconnue ; on n'y trouve, pas de ces raifonnemens
ſyſtématiques ; à l'aide desquels
on veut expliquer les phénomenes
de l'économie animale ; raiſonnemens qui
exercent l'eſprit ſans donner à l'art plus
de perfection , & qui ne forment preſque
jamais de véritables Chirurgiens. Le premier
volume & une partie du ſecond , expoſent
tout ce qui a rapport à la connoisfance
anatomique du corps humain. Les
généralités fur les fibres , les os , les cartilages
, les ligamens , les muscles , la peau ,
la graiffe , &c. précédent la defcription
particuliere des parties , & y fervent d'in.
AOUT. 1777. 77
1
D
ior
elt
a
ef
f
1
troduction. Il ne nous eſt pas poſſible
d'entrer dans un détail étendu ſur ces objets
: l'article que nous allons tranſcrire
donnera une idée de la maniere exacte &
préciſe , dont l'Auteur s'eſt ſervi pour la
deſcription de chaque partie.
ود
و د
و د
و د
و د
ود L'épiderme, à qui ondonne lenom
„ defur-peau ou de cuticule , eſt une membrane
mince & tranſparente qui couvre
toute la ſurface de la peau , à laquelle
elle eſt fortement attachée par la membrane
réticulaire qui eſt entre deux : cette
adhérence à la peau eſt ſi forte , qu'il
n'y a que les brûlures , les veſſicatoires
,, appliqués ſur quelques parties du corps
„ vivant , ou l'eau bouillante dans les cadavres
, qui puiſſent l'en ſéparer ; &
c'eſt encore à l'épiderme de la peau que
ſe forment les phlyctenes des brûlures
L'épiderme eſt percé d'une infinité de
petits trous , qui donnent paſſage aux
,, poils & à la fueur; il eſt ſillonné d'une
infinité de lignes plus ou moins profondes
, dont les plus remarquables ſe trouvent
au front & à la paume de la main.
Son épaiſſeur varie beaucoup en différens
endroits du corps ; elle est fort
conſidérable à la plante des pieds , &
beaucoup moins en d'autres parties.
و د
ود
ود
ود
ود
"
و د
و د
"
و د
و د
"
THE HIRI
OF MICHICA !!LIBRARIES
:
78 MERCURE DE FRANCE.
و د
Il n'a aucune couleur ; & fi l'on
,, remarque certaines perſonnes qui , par
,, rapport aux différens climats qu'elles
و د
ود
habitent , font noires , blanches ou jau-
,, nes , c'eſt que l'épiderme étant fort
,, tranſparent , laiſſe appercevoir la couleur
des corps muſqueux , blanc dans
les Européens , & noir dans les Negres.
L'origine de l'épiderme eſt auſſi in-
„ connue que ſa régénération eſt évi-
,, dente& prompte, lorſqu'il a été détruit
, par quelque cauſe intérieure ou exté-
"
"
rieure. Il y a cependant lieu de croire
,, qu'il tire ſa naiſſance d'une matiere
ود
qui s'échappe des mammelons de la
,, peau: ſa ſubſtance paroît uniforme du
côté de la peau ,& compoſée au dehors
de pluſieurs petites lames écailleuſes
d'une grande fineſſe.
دو
"
ود
و و
"
" Le principal uſage de l'épiderme , eſt
a'empêcher que la peau ne ſouffre
ſans ceſſe un attouchement doulou-
„ reux , en modifiant cette ſenſation; de
modérer le trop grand écoulement d'esprit
& d'humeur qui ſe feroit par les
,, ports de cet organe , s'il n'y formoit
un obstacle : de plus , il fert à rendre
و د
وو
ود
ود la ſurface de la peau unie , égale &
» polie , & contribue beaucoup à fa
t
AOUT. 1777. 79
For
SU
es.
jo
te
el
م ا
D
of
ل
,, beauté ; car plus l'épiderme eſt délié &
diaphane , plus le teint eſt brillant &
délicat.
ود
و د
و د
و ا
و د
و د
"
Le ſentiment du tact eſt beaucoup
moins vif, quand l'épiderme s'épaiffit
& devient calleux , ce qui arrive par
„ les frottemens réitérés , comme on le
,, remarque aux mains des Manoeuvres ,
des Serruriers , Maréchaux , &c. Ce
n'eſt pas toujours , comme quelques
Auteurs le prétendent , un ſigne certain
que l'enfant eſt mort dans la matrice
, quand l'épiderme ſe ſépare de la
,, peau aux parties par leſquelles il ſe
,, préſente d'abord: les Accoucheurs y
ont été trompés.
و د
و د
و د
و د
"
C'eſt ainſi que M. Durand décrit toutes
les parties du corps humain ; chaque
partie, après avoir été préſentée ſous un
aſpect général , eſt vue enfuite dans tous
ſes détails ; ce qui concerne fur-tout la
myologie , eſt traité avec la plus grande
exactitude.
La partie de cet Ouvrage qui a pour
titre : Obfervations Chirurgicales fur toutes
les parties du corps humain , & qui
complette le ſecond volume, eſt trèsintéreſſante
; il eſt cependant vrai de dire
HONARIES
qu'on ne doit pas le regarder comme un
80 MERCURE DE FRANCE.
traité complet d'opérations , puiſque
l'Auteur ne parle guere que de celles ſur
leſquelles il a eu occaſion de faire des
obſervations particulieres ; mais il n'en
eſt pas moins utile , en offrant une fuite
d'opérations , dont quelques -unes , trèsdélicates
, annoncent un homme confommé
dans l'art. Il faut lire dans cet Ouvrage
les cures qu'il a faites des maladies
compliquées , des circonstances particulieres
qui demandoient toute la ſagacité
& l'adreſſe d'un homme qui fait connoître
les cauſes , prévoir les dangers &
exécuter heureuſement.
Supplément à la Botanique mise à la portée
de tout le monde ; par les Sieur &
Dame Regnault. A Paris , chez les
Auteurs , rue Croix des Petits Champs ,
au Magaſin des chapeaux ; & chez les
différens Libr. qui fourniſſent l'Ouvrage.
Le Supplément que nous annonçons
ici , & dont il paroît le premier cahier ,
ſera d'environ cent planches ; le prix de
chaque planche ſera toujours de 24 fols ,
& chaque planche ſera accompagnée
d'une notice inſtructive. Les plantes qui
font
1
f
t
t
AOUT.
1777
font repréſentées dans le premier cahier
de ce Supplément , font au nombre de
vingt , & repréſentent le caffier , le ladanum
, la gratiole, le faffran des Indes ,
la bétoine , le raiſin de renard , le tamarife
, l'aloës fuccotrin , la reine des prés ,
- la circée, le ſeſeli de Marfeille , la pilofelle
, le nerprun, la gomme adraganth ,
l'aulnée , la fauge des bois , le meum ,
- le chêne verd , la tormentille & la faxi-
- frage ; les autres cahiers ſe ſuccéderont
- fans interruption ; &, quand ils auront
tous parus , on y joindra un titre & thois
tables , dont l'une lui fera particuliere ,
une autre fervira pour tout l'Ouvrage ,
& une troiſieme fervira à retrouver les
plantes , non - feulement par leurs noms ,
mais même par leurs propriétés. La réputation
que l'Ouvrage principal a eu ,
nous diſpenſe de faire l'éloge de ce Supplément.
L'Agriculture ou les Georgiques Françoi
fes , Poëme. Seconde édition. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur-Libr. Petit
in- 8°. prix 2 1. 10 f. rel.
Le volume que nous annonçons eſt
THE UNIVERSITY OF MICHICAN LIBRARIES
F
82 MERCURE DE FRANCE.
une réimpreffion du Poëme de l'Agriculture
, imprimé au Louvre , in - 4°. Le
Public en defiroit depuis long- temps une
ſeconde édition plus ſimple &d'un uſage
plus commode. C'eſt pour ſe conformer
àſes deſirs , qu'on vient de donner celleci
, que le choix des caracteres , la forme
&l'exécution concourent à rendre agréable.
Ce Poëme , également utile & tien
fait , doit acquérir de plus en plus une
réputation ſolide, & fera mis au nombre
des meilleurs Ouvrages de poéſie qui
aient paru dans notre langue.
Indépendamment de ſon mérite trèsdiftingué
du côté de la poéſie , cet Ouvrage
eſt un Traité complet d'Agriculture
, & embraſſe toutes les parties de
l'économie rurale. Le premier chant ren.
ferme les préceptes du labourage ; le fe
cond , ceux de la culture de la vigne ;
le troiſieme traite des arbres de toute
eſpece; le quatrieme , des près & des
fleurs ; le cinquieme , des beftiaux; le
fixieme , des oiſeaux de baſſe cour. Le
Poëte décrit incidemment pluſieurs autres
objets , qui tiennent à ces principales
parties. Il peint les travaux des
vers à foie dans le chant des arbres , à
AOUT.
83 1777
e
T
a
q
C
2
propos du mûrier , & entre à ce ſujet
dans des détails étendus & curieux. In
parle des abçilles à l'article des fleurs ,
mais fort légerement. La culture de ces
infectes utiles , à laquelle Virgile a confacré
un chant entier de fon Poëme , eſt
devenue un objet bien moins important
pour nous qu'elle ne l'étoit pour les
Anciens , qui employoient le miel à tous
les uſages auxquels nous employons le
fucre , qui leur étoit inconnu.
On ne peut trop admirer l'adreſſe avec
laquelle l'Auteur de ce Poëme eſt parvenu
à vaincre la difficulté
d'exprimer ,
dans le langage de la poéſie noble, les
détails de l'agriculture les plus minutieux ,
& qui tenoient le plus à des idées ignobles
& baſſes. On en jugera par ces vers
fur le fumier.
Des reſtes les plus vils ſe forme cet engrais
Qui va porter la vie au fond de vos guérêts.
Des animaux divers la féconde litiere
Eſt des
amendemens la plus riche matiere :
Pour les multiplier , ajoutez aux premiers
La dépouille des bois , la cendre des foyers.
Ces amas précieux ſe mêlent & s'uniffent ,
Et de l'aſtre du jour les ardeurs les mariffent.
Ainfi par d'heureux foins toujours entretenus ,
Tour à tour aux guérêts ils portent leurs tributsa
THE UNIVERSITY OFMI
minica
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
On va voir comme s'exprime l'Auteur ,
lorſqu'il a des tableaux plus agréables
à peindre , & qu'il n'eſt point gêné par
la difficulté d'un ſujet peu propre à la
poéſie.
Tels qu'après la tempête ont voit les matelots ,
Dans le port deſiré goûter un doux repos;
Ainſi les laboureurs , tranquilles dans leur aire ,
Trouvent de leurs travaux le terme & le ſalaire.
Tout annonce la joie ; on croiroit qu'aux hameaux ,
Chaque jour l'hymenée allume ſes flambeaux :
Des tables , des chanfons ſous l'ombrage des hetres ,
Offrent par tout des jeux & des fêtes champêtres ;
La Bergere a quitté ſes moutons , ſes ſuſeaux ,
Le Laboureur ſon champ , le Pasteur ſes troupeaux;
Une troupe d'enfans , à les ſuivre emprefiée ,
Traverſe en bondiſſant la danſe commencée;
Sur la paille nouvelle , au gré de leurs deſirs ,
On les voit varier leurs innocens plaiſirs ;
S'exercer tour - à - tour à la courſe , à la lute ,
Tomber , ſe relever , & rire de leur chûte.
Plus loin , d'heureux Amans enchantés de leurs feux,
Sent aflis for le chaume & préparent leurs noeuds.
Des profanes cites ils ignorent les vices ,
De l'amour inconftant ils fixent les caprices ,
Et leurs coeurs pour jamais uniffent dans ce jour ;
L'innocence su plaisir , & l'hymen à l'amour.
AOUT. 1777.
85
Cet Ouvrage eſt également propre à
inſtruire les Cultivateurs , & à intéreſſer
à leurs travaux les Habitans de la Ville.
On trouve encore chez le Libraire des
exemplaires de la magnifique édition
in 4º. avec 16 gravures. Prix br. 15 liv.
rel. 18 liv.
Ode fur l'érection de la Statue de S. A.
R. le Prince Charles de Lorraine , &c.
&c. &c. & fur la conſtruction de la
nouvelle Place où cette Statue eſt érigée.
Par M. de Saint- Peravi. A Bruxelles
, chez J. L. de Boubers , Imp.
Lib. in- 8°. avec une eſtampe.
Cette Ode , en l'honneur d'un Prince,
auſſi illuſtre par ſes vertus que par ſa
naiſſance , renferme pluſieurs ſtrophes
vraiment lyriques. Nous en citerons
quelques - unes.
:
THE UNIVERCITY OF MICHIGAN IDPADICO
10
HOMARICO
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
Trop heureux le Prince équitable
Au - deſſus des vaines grandeurs ,
Il dit: Ma gloire véritable ,
C'eſt mon empire ſur les coeurs ,
Je goûte le bonheur fuprême
De n'être aimé que pour moi même ,
J'ai tous mes ſujets pour ſoldats ;
Mon peuple autour de moi s'empreſſe ,
Et de ſes larmes de tendreſſe
Baigne la trace de mes pas .
Vous , chez qui la faveur céleste
Fitdeſcendre un nouveau Titus ,
Repondez , c'eſt vous que j'atteſte ,
Peuples , témoins de ſes vertus ;
Des bords de l'Eſcaut à la Meuſe ,
Vous, Nation toujours fameuſe
Par votre franche urbanité ,
Vous , qu'en vos guerrieres alarmes ,
Charles défendit par ſes armes ,
Et rend heureux par ſa bonté.
Aſſez le démon du carnage
Sur toi déploya fon courroux ,
O Flandre ! après ces temps d'orage
Pour toi luit un Aſtre plus doux ;
Telle on voit l'épouse éplorée ,
De ſon jeune époux ſéparée ,
Baiffer unfront inanimé :
De ſes pleurs eſſayant les traces ,
AOUT.
87 1777-
:
[
S'embellir de nouvelles graces
Au retour de ſon bien - aimé.
Tout change: du céleste aſyle
Janus defcend chez les humains ,
La paix le ſuit d'un vol tranquille ,
Il tient l'olivier dans ſes mains :
Aux fers , la diſcorde inhumaine ,
En frémiſſant , ronge ſa chatne
Avec un hurlement obfcur :
Il plane , & , d'une aile légere ,
Il trace un fillon de lumiere
Dans l'air plus limpide & plus pur.
De l'airain les bouches bruïantes
Ne tonneront plus fur nos bords ;
Au bruit des bombes effrayantes
Succedent les plus doux accords .
Loin d'ici , trompettes guerrieres ,
Il ne ſera plus de barrieres
Des rives du Rhône à la Lys ;
Quel noeud , comblant notre eſpérance ,
Réunit l'Autriche & la France ,
Et joint à jamais l'Aigle aux Lys ?
La Meuſe, le Rhin & la Seine ,
De ſes liens font réjoüis ;
Vienne à Paris donne une Reine
Chere aux François , chere à Louis :
F4
THE UNIVERSITY OF
LIBRARICA
18 MERCURE DE FRANCE.
Que de grâces brillent en elle !
Jamais une aurore plus belle
N'eût un matin plus raviſſant;
Sous l'air de Vénus , c'eſt Aftrées
Peuples , de fa mere adorée
Venez reconnoître le fang.
L'éclat de l'antique Aufonie
Sort de la nuit à mes regards!
Je revois dans la Germanie
Un Prince héritier des Céfars.
Il ramene les jours de Rhée ;
La terre au loin eſt épurée
Des affreux enfans de Cacus :
::
Plus franc que Jule & non moins brave
Il unit l'autonne d'Octave
Au printems de Germanicus.
Antoinette à séché nos larmes ;
Que des feſtons foient suspendus I
O jeune Louis ! tant de charmes
Etoient dignes de tes vertus !
De cette paix imaginaire ,
Désormais réelle & fincere ,
Ces noeuds font le gage cheri :
1
La Beauté , brillant ſur le Troue,
Mêle des fleurs à la couronne
Du digne Héritier de Henri.
AOUT. 1777- 89
Cette Ode eft accompagnée d'un affez
grand nombre de notes , la plupart historiques.
Dans ces notes , au ſujet d'un
Ouvrage conſacré à la louange d'un Prince,
qui tient d'auffi près aux auguſtes
Souverains des deux premiers Trônes de
l'Europe , l'Auteur a dû naturellement
rencontrer ſouvent l'occaſion de rappeler
& de célébrer les vertus de Marie- Thé
reſe & d'Antoinette , de Joſeph & de
Louis .
L'Auteur annonce que ſi le Public accueille
favorablement cette premiere édi
tion de fon Ouvrage , tirée à peu d'exemplaires
, il en donnera une ſeconde
avec des notes plus détaillées , qui répandront
un plus grand jour ſur les différens
objets auxquels cette Piece fair
allufion.
Oeuvres du Comte Antoine Hamilton ; nouvelle
édition , corrigée & augmentée
d'un volume. A Paris . chez le Jay ,
Libr. rue St. Jacques; 7 vol. in - 12 .
Prix 10 liv. 10 f. br. & 14 liv. rel .
Cette nouvelle édition des OEuvres du
Comte Hamilton ne peut manquer d'être
MT!LOU!IIFNHBCIERHVAIERCRIAECSRY
F5
90
MERCURE DE FRANCE.
accueillie ; elle eſt plus complette que
les précédentes; le volume dont elle eſt
augmentée a paru il y a déjà quelques
années ; & fi tout ce qu'il contient n'eſt
pas également digne de fon Auteur , on
J'y retrouve cependant , & il y a quelques
pieces qu'on regretteroit ſi elles étoient
reſtées dans l'oubli , où elles paroiſſent
avoir été condamnées . Il eſt fâcheux
qu'avec ces pieces , & quelques autres
qu'on n'a pas jugé à propos d'imprimer ,
on n'ait pas trouvé la ſuite de Zénéïde
&des quatre Facardins ; il eſt certain que
le Comte Hamilton avoit fini ces deux
Contes , pleins d'eſprit , d'imagination , de
gaieté , & qui étoient une ſatire fine des
Contes qui paroiſſoient alors , que l'on
ſembloit dévorer ,& pour lesquels on abandonnoit
preſque toute autre lecture. La fin
de ces productions agréables a été jetée
au feu ; c'eſt un zele reſpectable fans
doute , mais auſſi trop févere , & qui ne
devoit pas faire un crime d'un badinage.
de l'eſprit , qui les y condamna quelque
temps après la mort du Comte Hamilton.
Feu M. de Crébillon nous a dit en avoir
vu le manufcrit entre les mains de la
a
Π
Γ
t
Π
Γ
1
C
0
C
C
C
8
Π
C
AOUT.
1777 91
t
t
er
Niece de l'Auteur ; il étoit jeune alors ,
un peu diſſipé , il n'y fit qu'une légere
attention; quelques jours après , en ſe
rappelant ce qu'il avoit vu, il defira ſe
le procurer ; mais il n'étoit plus temps ;
Mademoiſelle Hamilton avoit montré les
manufcrits à fon Confeſſeur , qui l'exhorta
à en faire un facrifice, qu'elle ne
* refuſa point ; & ils furent jétes par lui,
devant elle , dans le feu de ſa cheminée.
On ſent combien il ſeroit difficile à préſent
de finir le tableau tracé par l'Auteur
; il faudroit les graces de fon imagination
, ſon eſprit , ſa gaieté , ſa tournure
fimple & originale qui annonce toujours
l'homme au - deſſus de ſa matiere , & ne
cherchant qu'à ſe jouer de ſes Lecteurs ;
on ne rencontre pas aisément cet homme.
On dit qu'un Poëte aimable, feu M.
Greſſet , qui devoit à ſes premieres productions
une réputation méritée , qui
s'eſt placé de bonne heure à côté de nos
meilleurs Poëtes , & dont le génie , au
grand regret du Public , ſembloit s'endormir
depuis longtemps , avoit entrepris
la ſuite des quatre Facardins , &
qu'il l'avoit finie: ce qui l'a plus embarraſſé
, dit - on , c'eſt qu'il falloit faire
la
a
1
THE UNIVERDRY OF MICHICAD LIBRARIES
rire Mouſſeline la ſérieuſe , & il en
92
MERCURE DE FRANCE.

avoit trouvé le moyen : il feroit à defirer
qu'on publiât cette ſuite, s'il s'en eſt réellement
occupé ; nous le ſouhaitons , parce
que cela ſuppoſeroit qu'il ne s'eſt pas
borné à cette ſeule bagatelle , & que fans
doute ce Poëte aimable , qui paroiſſoit
avoir renoncé aux Mufes , auxquelles il
étoit cher , les a cultivées en ſecret , &
que nous jouirons un jour de ſes travaux,
qu'il feroit cruel qu'il eût totalement
interrompus.
Synonimes Latins , & leurs différentes
fignifications , avec des exemples tirés
des meilleurs Auteurs , à l'imitation
des Synonimes François de M. l'Abbé
Girard ; par M. Gardin Dumeſnil , Profeſſeur
émérite de Rhétorique en l'Univerſité
de Paris , au College de Harcourt
, & Ancien Principal au College
de Louisle Grand. Prix , 3 liv. relié.
A Paris , chez Pierre Guillaume Simon
, Imprimeur du Parlement , &
Paul - Denis Brocas , Libraire , 1777-
I vol. in - 12 .
Cet Ouvrage manquoit juſqu'ici à la
Littérature latine. Les mots dont la
AOUT . 1777
2
ek
la
LUY
me
en
ſignification , au premier coup- d'oeil , femble
être à peu près la même, y font rapprochés
& comparés entr'eux. Le ſens
propre de chaque terme y eſt prouvé par
l'étymologie , & par des exemples tirés
des meilleurs Auteurs. Ce Livre ne peut
manquer d'être très -utile, non - feulement
aux jeunes gens , mais encore à tous ceux
qui veulent écrire purement en Latin, &
lire les anciens Auteurs avec aſſez d'intelligence
, pour ſentir la propriété , l'énergie
& la délicateſſe de leurs expreſſions. L'Univerſité
de Paris , à qui cet Ouvrage eſt
dédié , a chargé MM. le Beau & Maltor
de l'examiner , & ces deux ſavans Profesfeurs
en ont rendu le compte le plus favorable.
E Les trois Fermiers , Comédie en deux actes ,
en profe , & mêlée d'ariettes ; repréſentée
pour la premiere fois , par les Comédiens
Italiens Ordinaires du Roi , le
16 Mai 1777. Par M. Monvel. A Paris
, chez Vente , Libraire ; 1777. Prix ,
I liv. 14 fols.
LMUOTIIFNHBCIERHTAIERGRIAUENSNT
On lit avec plaifir cette Comédie char94
MERCURE DE FRANCE.

L
f
mante , qui a eu le ſuccès le plus complet
& le mieux mérité , & que le public ,
après un grand nombre de repréſentations ,
revoit toujours avec le même expreſſement.
L'amour , la gaieté, les vertus villageoiſes
, font peints avec autant de naturel
que de vérité dans le premier Acte. Le
tableau touchant qu'offre le ſecond Acte,
eſt auſſi très - bien fait dans ſon genre. En
général , cette Piece reſpire d'un bout à
l'autre, la naïveté , le ſentiment& la vertu.
Les caracteres des perſonnages ne font
pas moins bien tracés , & les détails remplis
de fineſſe. Ily a des inſtans dans le
premier Acte , qui font de l'effet le plus
piquant & le plus théâtral. Tel eſt celui
de l'arrivée de Mathurin Deſvignes , où
ce bon vieillard , rayonnant de joie , ſe
voit entouré de toute fa famille , qui
l'accable de careſſes. Tel eſt encore un
trait de la neuvieme ſcene. Toute la
famille eſt raſſemblée , & va bien - tôt ſe
mettre à la table. Blaiſe, jeune garçon
du village , âgé de ſeize ans , & amoureux
de la petite Babet , eſt dans ce
moment avec eux. Il auroit envie qu'on
l'invitât à dîner , pour avoir le plaiſir de
voir plus long- temps ſa maîtreſſe. Il ſe
AOUT.
95
1777.
100
pre
US
e.
trouve auprès d'elle ſur la ſcene , & lui
dit à voix baſſe, en la pouſſant du coude ,
& ſans la regarder : Si parſonne ne m'dit
rian , faudra que j'aille diner cheux nous.
Babet pouſſe du coude ſa ſoeur Louiſe ,
qui eſt à côté d'elle, en lui diſant de la
même maniere : Louise , fais enforte que
Blaise dine ici. Louiſe, pouſſant de meme
Louis , ſon couſin & fon prétendu , le
prie de dire un mot pour que Blaiſe reſte
ou à dîner. Alors , Louis dit tout haut à la
compagnie , d'un ton de gaieté : Ah ça ,
tous tant qu'nous v'là , j'dinerons enſemb'
j'espere.... Parguienne , j'veux voir fi
l'p'tit Blaise a l'vin guai... je l'griferons.
et Bon , s'écrie le petit eſpiegle en ſautant
de joie , me v'là prié.
124
el
-C
ی ر ا
1
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur cette Piece , dont nous avons déjà
donné le précis. Il faut d'ailleurs la voir
jouer , ou du moins la lire en entier pour
la bien connoître , & en ſaiſir l'enſemble ;
fon principal mérite conſiſtant dans l'agrément
foutenu des ſcenes & du dialogue.
Cet Ouvrage ajoute à la réputation de M.
Monvel , qui paroît s'attacher de plus en
plus à mériter les applaudiſſemens du pu-
THE UNIVERSITY OF MICHICAE LIBRARIES
blic , comme Auteur & comme Acteur ,
96 MERCURE DE FRANCE.
of
;
& qui voit des deux côtés ſes efforts cou.
ronnés par un juſte ſuccès.
La Piece eſt rendue par les Acteurs ,
avec beaucoup de naturel & d'enſemble.
On doit diftinguer particulierement le jeu,
toujours franc & agréable , du ſieur Clerval
, dans le rôle de Louis Deſvignes ; l'effet
fingulier & pittoresque que produit le
fieur La Ruette , dans le rôle du vieux
Mathurin ; le jeu piquant de la Demoiſelle
Beaupré , qui chante avec tout l'agrément
poſſible , le plus joli air de la Piece.
Enfin , l'eſprit & la fineſſe que met Madame
du Gazon , dans le rôle épiſodique
& très - court du jeune Blaife.
Soirées de Mélancolie , par M. L***. A
Amſterdam , chez Arkſtée & Merkus ,
Libraires , & ſe trouvent à Paris , chez
Moutard , Libraire- Imprimeur de la
Reine , à Paris , 1777. in - 8°. Prix , I
liv. 16 fols broché.
Les douze différens morceaux qui compofent
ces Soirées , forment une ſuite de
petits Contes Moraux , de rêveries &
de tableaux champêtres. La plupart de
Ces productions , qui paroiſſent n'être
autre
C
t
C
d
P
Π
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31
ور
در
AOUT.
97
1777-
Cautre choſe que les épanchemens d'un
coeur ſenſible & mélancolique , portent
l'empreinte d'une imagination vive &
o forte , mais fombre. On doit naturellejament
s'attendre à y trouver du déſordre,
Ce de l'uniformité , des peintures peut - être
'e trop multipliées , & une trop grande
tle abondance d'images triſtes ; mais on y
eux diftinguera fûrement , outre l'énergie &
fe la fécondité de l'imagination , le germe
d'un talent très diſtingué pour écrire en
Profe. Le Lecteur en jugera par le commencement
du ſeptieme morceau de ce
df Recueil , intitulé le Songe.
ود
Le jour étoit ſur ſon déclin, j'errois
,, au hafard dans les ſentiers tortueux
*,, d'une forêt fauvage. Le tableau de mes
,, infortunes ſe retraçoit à ma vue ; tous
و د
les chemins du bonheur ſe fermoient
,, devant moi ; je voyois la chaîne de
ک ا و
mes maux se prolonger ſans interrup-
„ tion juſqu'à mon cercueil : alors un
,, foupir amer s'echappa de mon coeur;
,, je jetai un regard de douleur fur tout
ce qui m'environnoit , & mon ame ſe
ſentit oppreſſée du poids de la vie."
ود
” Mes pas chancelans m'amenent au
,, bord d'un lac ; je m'arrête , & mes yeux
, parcourent triſtement ſa ſurface tran-
, quille. Uue vapeur délicieuſe vient ra
C
THE UNFERVIT
G
98 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
fraîchir mes joues creuſées par les pleurs;
je me laiſſe aller ſur un gazon odorant ,
» qui borde fon rivage ; mes paupieres
s'appeſantiſſent , & un fommeil agréable
s'empare de mes ſens."
ود
ود
و د
ود
ود
و د
t
رد
Pendant que je dormois , il me fembloit
étre dans un eſpace obfcur &
lugubre ; je ne ſentois , ne voyois ,
ni n'entendois rien; de profondes té
,, nebres m'enveloppoient de toutes parts.
„ Tout- à-coup ſe leve un vaſte rideau ,
dont l'extrémité s'alloit perdre dans les P
Cieux ; c'étoit le rideau de la nature.
L'éclat d'un jour brillant frappe ma
„ vue ; j'apperçois un vallon étroit ,
mais délicieux , une verdure animée fe
des berceaux épars , des ſources vives
&bouillonnantes ; des collines fleuries
& peuplées de mille arbriſſeaux di be
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
و ا
و د
vers.
"
b
d
d
Au fond du vallon paroiſſoit une pi
maiſon agreſte & abandonnée , maiste
riante & agréable à voir ; un arbre
,, antique lui prêtoit ſon ombrage; deux fo
roſfiers bordoient l'entrée de cette de to
„ meure, qui ſembloit fortir du milieu Fa
d'une touffe d'arboiſiers flexibles qu
, tapiſſoient négligemment ſes murs
"
ود
enfin , jamais a beau lieu ne s'offrit
» ma vue."
re
la

E
sp
د و
AOUT.
1777 99
Deux colombes roucoulantes viennent
s'abattre ſur ce toît champêtre ;
paup , j'en vois ſortir un vieillard , tenant
il ap , par la main un enfant de l'âge le plus
tendre ; deux longues robes , blanches
, comme la neige des montagnes , les
fcut , couvroient l'un & l'autre, l'aspect du
oy, vieillard inſpiroit le reſpect , celui de
des, l'enfant inſpiroit la tendreſſe."
me
es p
و د
Le flambeau du monde ne jettoit
, plus que des rayons paliſſans ; une mé-
Cat, lodie douce s'élevoit des boſquets , &
préſageoit le calme attendriſſant d'un
apt , beau foír. Nos deux folitaires traver-
, fent lentement la vallée; une ſenſibilité
at, vive , un contentement pur reſpirent
y dans tous leurs traits; les deux colom-
, bes voltigent , en ſe jouant , au- deſſus
, de leurs têtes ; ils s'avancent juſqu'au
pied des monts qui ſervent de limites à
ce charmant réduit . Le vieillard s'asſeoit
ſur l'herbe fraîche , tandis que
fon jeune compagnon s'abandonne à
tous les jeux de ſon âge ; il va , vient ,
ramaſſe des coquillages , les jette , en
reprend encore , en apporte au vieillard
qui lui fourit , & le preſſe tendrement
fur fon coeur ; une gaieté vive ,
un babil aimable , des fons mal caden-
۱
LUMOTINIFHBICERVHAEIRRLISAEIHSTY
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
:
L
;; cés que répetent les échos , mais quan
peignent l'innocence , tout inſpirori
le plus vif intérêt dans ce charmak i
éleve de la nature."
و د
و د
ود
"
L
Il y a de la grace , de l'intérêt & l
T'harmonie dans ce morceau ; les image;
en font animées & poétiques. Le take
de l'Auteur doit donner des eſpérance L
& nous paroît ſuſceptible de ſe perferio
tionner par le temps & le travail. p
wut
De l'Ordre ſocial. Ouvrage ſuivi d'i
Traité élémentaire ſur la valeur , l'a
gent , la circulation , l'induſtrie & erf
commerce intérieur & extérieur. P
M. le Trofne , ancien Avocat duR
au Préſidial d'Orléans. AParis, choix
les freres Debure , Libraires.
e
enc
Cet Ouvrage , dédié au Margrave des
Bade , eſt diviſé en pluſieurs difconten
Le premier traite de l'obligation où la L
les Savans & les Compagnies Littérairat
de s'occuper de l'étude de l'Ordre fociar
L'Auteur fait voir d'abord , que l'hoarf
me de Letrres doit compte à la focino
de ſes talens , & qu'il ne peut en fap
un emploi plus utile , que de s'applique
à une ſcience auſſi intéreſſante pourrou
bonheur des hommes.
AOUT. 101 1777-
L'Auteur établit enſuite la certitude
Pun Ordre focial , inſtitué de Dieu , pour
iriger les rapports des hommes réunis ,
il expoſe le plan de tout l'Ouvrage.
La ſcience de l'Ordre a la même origine
t le même Auteur que la ſociété humaie;
elle dérive des premiers principes
Le la Juſtice,
Era Les hommes ont toujours connu ces
vincipes , mais d'une maniere vague ,
-inplicite & infuffifante pour ſervir de
gle à l'adminiſtration .
Les deux premieres loix ſociales , s'il
Chut en. croire l'Auteur , font la liberté
terſonnelle , & la propriété mobiliaire :
De ces deux loix naît la propriété fonriere.
On fait voir la conformité de ces
Dix avec la Juſtice , & l'on attaque le
Intiment des Philofophes qui ſe ſont éleés
contre la propriété & l'inégalité des
lens .
Les loix de la liberté & de la propriété ,
Cont des loix primitives , eſſentielles , fon-
Pamentales de la Société humaine , &
rfaitement conformes à la nature de
homme , à ſes beſoins , & aux loix de la
production. L'Ordre civil , qui n'eſt
' e d'inſtitution ſecondaire n'a aucun
Pouvoir fur ces loix. Ce n'eſt pas lui qui
tsa établies. Leur infraction ou leur obs
TUHMEFERVIC
ニコ
Anita
G
102 MERCURE DE FRANCE:
C
1
ſervation conſtitue , indépendamment de
lui, la moralité des actions ſociales , & f
décide du bonheur ou du malheur des b
hommes réunis. Elle dirigeoit les rap
ports qu'ils avoient entre eux , avant
l'établiſſement des Sociétés civiles : eller
doivent les gouverner de même dans ce
nouvel état ; car elles ne dérivent ni d'une 9
convention libre & révocable , ni d'une o이
conceffion particuliere , ni d'aucune au
torité humaine.
lo
20
&
t
On prétend prouver dans cet Ouvrage , le
qu'il n'y a qu'une ſource commune de
richeſſes , la terre; un travail productif P
de richeſſes , celui de la culture; qu'un a
emploi des richeſſes qui faſſe renaître les
richeffes , les avances de la culture , & que
tout le reſte n'eſt que conſommation , lo
diftribution , circulation , ce qui rédait d
l'intérêt ſocial à celui de la réproduction.c
On prouve , dans le troiſieme diſcours , fe
comment , faute d'avoir ſaiſi la baſe phy- P
ſique de l'Ordre ſocial, les paffions , les P
fanſſes opinions , les préjugés , ont dérouté
les hommes , & les ont étrange. d
ment écartés de la route de l'ordre na
turel.
Les premieres ſociétés ont pu avoir la
des notions affez diſtinctes des droits &
des devoirs , & les ont puiſées ſans ef-
C
هللا
AOUT. 1777 103
ale
fort dans le ſentiment intérieur. Mais ,
bien des caufes ont concouru à les obshes
curcir. Les paffions & les intérêts particuliers
, ont commencé à porter le trouble.
Au dedans , on a contrarié par des
5: loix arbitraires , cette légiflation ſimple ,
qu'il ne s'agiſſoit que d'étudier & de faire
,
dark
d'i
obſerver.
Au dehors , le faux amour de la gloire
ane & l'ambition des conquêtes , ont emporté
les Souverains & les Peuples , & tellement
troublé l'ordre naturel, que c'eſt
peut - être chez les nations civiliſées , qu'il
tou a été le plus contredit.
rod
RAD
لا
L'Auteur montre combien la morale ,
atelle qu'elle a été enfeignée par les Philoſophes
, a peu contribué au bonheur
des ſociétés , parce qu'ils ne ſe font occupés
de la nôtre , que comme d'une per-
#fection de l'ame , & d'une qualité de
l'homme intellectuel , fans faifir le rapport
de ſa nature avec l'ordre phyſique..
L'Auteur fait voir , dans le quatrieme
a diſcours , que la plupart des ſociétés s'étant
formées par la conquête , cette oriregine
a du jeter bien du déſordre dans
leurs inſtitutions.
Les empires qui ſe ſont élevés ſur les
ruines de l'empire Romain , portent un
caractere fingulier. Les anciens conques
THE UNIVER ןנ
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
rans cherchoient à étendre leur domination.
Ici , ce fontdes Peuples furchargés
par un excès de population , qui cherchent
des terres où ils puiſſent s'établir ,
en les partageant avec les vaincus.
2
L'Auteur expoſe la nature du Gouvernement
féodal , la maniere dont il s'eſt
altéré , l'anéantiſſement de l'autorité
l'anarchie qui en a été la ſuite , & la maniere
dont nos Rois ont trouvé enſuite
le moyen de rétablir leur puiſſance.
La ſeconde loi conſtitutive d'une Société
réguliere , eſt celle qui aſſure à l'État
un revenu public, fuffifant pour ſes
beſoins , & qui en fixe la perception de
la maniere la plus conforme à l'intérêt de
la réproduction.
Après avoir parlé de cette loi eſſentielle
& de ſes heureux effets , l'Auteur
établit la véritable baſe de l'impôt. Il fait
voir qu'il ne peut être qu'une portion
des fruits renaiſſans, appliquée à la dépenſe
publique ; & que ce partage de la
réproduction eſt ſoumis à des loix certaines
; que la premiere de ces loix eſt
que l'impôt ne peut rien prendre ſur la
portion deftinée aux dépenses qui font
naître la réproduction; que la ſeconde loi
eft qu'il doit partager dans le produit
net , de maniere qu'il en reſte affez au
AOUT.
105 1777.
3
é ,
コン
a
Propriétaire , pour l'indemnifer des avances
foncieres & de leur entretien.
Ce diſcours eſt ſuivi d'un résumé fur
la théorie de l'impôt ; & ce réfume réduit
la queſtion aux termes les plus
fimples.
Il s'agit , pour fentir la force de ce raifonnement
, de ſe placer au moment de
la récolte , & de concevoir tous les fruits
it réunis en une maſſe , & voir à quel titre
ſe doit faire le partage,
4
Tout eft préordonné , peſé , meſuré
par les loix de la Juſtice , & par celles de
l'ordre phyſique , qui aſſignent aux dépenſes
ſociales une part dans le produit net.
Il ne s'agit que de ſavoir ſi ces loix font
faites pour gouverner les ſociétés.
La Science de l'ordre , comme on l'obſerve
dans le cinquieme diſcours , réunit
, par des liens indiſſolubles , le juſte &
l'utile , que l'ignorance a ſi ſouvent ſéparé
dans le fait; elle preſcrit à l'homine
des loix bien différentes des loix arbitraires
qu'il leur plaît de s'impoſer , des loix
qui agiſſent indépendamment de lui.
La plupart des Hiſtoriens ne nous prés
ſentent qu'un aſſemblage de faits ; combien
ne nous inftruiroient- ils pas davan
tage , s'ils nous préſentoient le tableau
:
THE UNIVERVIST OF
ARIES
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
des richeſſes d'une nation , de ſes reſſour
ces , de ſon adminiſtration !
On inſiſte dans le ſixieme diſcours , fur
l'inutilité des contre-forces pour remédier
au défordre ſocial , & du pouvoir de l'ordre
à cet égard ; & l'on établit la nature
de l'autorité louveraine , dont les hommes
n'ont pas droit de poſer les bornes.
Pour qu'une Société ſoit ſtable & heureuſe
, il faut que les membres aient un
intérêt unique , clairement connu de tous ,
d'où réſulte une volonté commune , qui
opere la réunion des forces. Or , cette
regle commune , qui doit aſſujétir toutes
les volontés , ne peut- être que la juſtice.
La connoiſſance vague & générale des
loix de la juſtice , que les hommes ont
eue juſqu'ici , a pu ſuffire pour former
l'union imparfaite qui exiſte entre eux ,
mais n'a pu garantir les Sociétés d'une
infinité de maux.
L'Auteur infiſte particulierement dans
le ſeptieme diſcours , fur la néceſſité de
l'inſtruction ,& s'applique à prouver quelle
eſt la baſe de toute bonne adminiſtration
, le principe de la ſtabilité.
Ce diſcours eft plein de force & de
chaleur. Il tend à prouver la néceſſité
d'une conftitution qui faffe, de la Société ,
AOUT. 1777. 107
!
1
P
1
un corps vivant & organisé , & qui réuniſſe
toutes les volontés , tous les intérêts ,
toutes les forces au gouvernement de
l'ordre.
L'Auteur prononce , dans le huitieme
diſcours , que la ſcience de l'ordre réunit
l'évidence morale & l'évidence phyſique
; mais que l'évidence n'eſt pas toujours
également apperçue parce qu'elle
eſt obſcurcie par les préjugés & les faux
raiſonnemens .
Après avoir prouvé que la ſcience de
l'ordre eſt appuyée ſur une foule de faits
incontestables , l'Auteur défie ſes Adverfaires
d'établir les contradictoires des vérités
qu'il vient d'enſeigner.
Il oppoſe enſuite au tableau d'une nation
qui feroit gouvernée par l'ordre , l'état
d'une nation gouvernée au hafard ; il
finit par prouver la poſſibilité d'une réforme
, dont les plus grands obſtacles
viennent , d'une part , de l'ignorance ; de
l'autre , des intérêts particuliers. Mais
l'inſtruction guérit l'ignorance , & l'au .
torité eſt faite pour en impofer aux intérêts
particuliers. Il ne s'agit que de vouloir
fermement , & de ſavoir diriger l'o-
LIEKANIES
5
THE UNIVERVIET
pinion publique,
108 MERCURE DE FRANCE.
L

La concluſion de l'ouvrage eſt très- intéreſſante.
L'Auteur s'adreſſe d'abord à la
France , & fait des voeux pour qu'elle
donne à l'Europe l'exemple du Gouver
nement de l'ordre , exemple qui feroit
néceſſairement ſuivi par les autres. Il
paſſe en revue différentes nations de l'Europe
, & y fuit les progrès de l'inſtruc
tion. Il parle du Margrave de Bade , &
du Grand Duc de Toſcane , dont il préſente
les principales opérations ; il s'arrête
plus long- temps ſur la Suede , dont il
décrit la derniere révolution , en payant
à Guſtave un juſte tribut d'éloge.
Des toutes parts , dit-il , les Gouvernemens
commencement à s'éclairer , à connoître
& à goûter les moyens de faire dubien
; à s'occuper du bonheur des ſujets
&des moyens d'adoucir leur fort.... La
connoiffance des loix de l'ordre , à meſure
qu'elle s'étendra , multipliera les exemples
de bienfaiſance univerſelle , & les heureux
fruits de l'amour éclairé des Souverains
pour leurs ſujets .
A la ſuite des diſcours ſur l'Ordre focial
, on trouve un traité ſur la valeur ,
l'argent , la circulation , l'induſtrie , le
commerce intérieur & extérieur.
Cet ouvrage eft vraiment élémentaire ,
AOUT.
1777: 109
& d'un raiſonnement ſerré. Dans les
quatre premiers chapitres , les matieres
font réduites à des propoſitions ſimples
ou propoſitions ſuivies de leur développement.
Il y eſt queſtion des différentes
cauſes de la valeur & de ſon importance ,
de l'échange de la vente , & de la fonction
de l'argent dans les échanges.
Quant à ce qui concerne la valeur de
l'argent monnoyé , l'Auteur prouve le
danger de l'altération de la monnoie , &
de l'augmentation de la dénomination. Il
releve les erreurs des Juriſconſultes , par
rapport au droits qu'ils accordent au Souverain
à cet égard ; & fait voir que le
monnoyage eſt un ſervice public, dont les
frais devroient être faits aux dépens du
revenu public.
Dans le quatrieme chapitre , on traite
de la circulation , & l'on prouve que l'argent
n'eſt pas l'objet de la circulation ,
mais les productions ; que ce ſont elles
qui le mettent en mouvement , que la
circulation part toute entiere de la
claſſe productive , & qu'il n'y a qu'une
ſource de richeſſes. Ce dernier principe
eſt de la plus grande fécondité: c'eſt fur
lui que roule toute la doctrine de l'Auteur
; de maniere que, ſi on veut l'atta
THE UNIVER
LIPKANIES
quer , ou doit le faire fur ce princi
110 MERCURE DE FRANCE!
C
لا
fondamental , ſans quoi l'on fera forcé
d'admettre avec lui toutes les conféquences.
Dans le ſixieme, on traite de la nature
du commerce en général : on établit
la différence entre le commerce de la propriété
& le trafic. On examine les effets
du commerce ſur la valeur , & on prouve
que les faits du commerce font , pour une
nation , un objet de dépenſe & non un
accroiſſement de richeſſes .
Dans le ſeptieme , on traite du commerce
extérieur. On prouve qu'un
grand commerce n'eſt pas toujours une
preuve de proſpérité ; que l'intérêt d'une
nation qui vend , n'eſt autre que l'intérêt
d'un propriétaire ; que l'intérêt d'une
nation , en tant qu'elle achette , n'eſt
autre choſe que celui d'un confomma .
teur ; que fon intérêt eſt donc ſimple &
unique ; qu'il conſiſte à être ſervi aux
meilleures conditions poſſibles , & par
conféquent dans un état parfait de liberté
& de concurrence.
Dans le chapitre 8 , on examine les
effets de la liberté indéfinie pour la nation
qui l'établiroit la premiere chez elle ,
indépendamment de la conduite des
autres. Cette grande queſtion eſt appro
AOUT.
1777. 111
fondie d'une maniere neuve , & fous tous
les rapports poffibles.
Enfin , le neuvieme chapitre traite du
commerce reſpectif de la Métropole &
des Colonies.
L'ouvrage de l'ordre ſocial eſt accompagné
de notes très importantes ; la forme
du diſcours , que l'Auteur a choiſie , l'a
forcé de réjeter dans ces notes des discuſſions
qui en auroient trop coupé le fil.
Nous laiſſons aux Lecteurs inſtruits , le
ſoin d'apprécier les preuves que l'Auteur
emploie dans cet ouvrage , ou la matiere
dont nous avons cru ne devoir donner
que l'analyſe.
Mémoires historiques & galans de l'Académic
de ces Dames & de ces Meſſieurs ;
Ouvrage rédigé par Antoine- Martin
Vadé , Secrétaire de l'Académie ; 2
vol. chez Segaud , Libraire.
Les Académies ont toujours eu le droit
de publier leurs Ouvrages. Celle-ci qui eſt
inconnue , & qui n'a point cherché , pour
cauſes , à prendre encore de la confiftan-
HOKANILA
3
THE HINTEN
ce, n'en ambitionne pas moins les fuffra112
MERCURE DE FRANCE.
ges du Public. Les Pieces qu'elle raſſemble
dans cette collection , quoique dépouillées
de la forme Académique , amuferont
peut- être les Lecteurs qui aiment la variété
, & qui redoutent les Ouvrages longs
& méthodiques.
و د
Le premier volume renferme un parallele
des Académies & des lanternes. ,, Leur
deſtination commune , dit l'Auteur du
„ parallele , eſt d'éclairer l'Univers ; leur
défaut commun eſt de ne pas éclairer
toujours. L'un & l'autre a beſoin d'em .
,, prunter ſa lumiere: l'un & l'autre don-
,, ne quelquefois un fauxjour... Les aven-
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
gles ne fentent point le mérite des lanternes
: les fots ne connoiſſent pas le
prix des Académies. Un petit vent
fouffle une lanterne : un fouper trop
long éteint un Académicien. Les étourdis
caſſent les lanternes , les envieux
,, déchirent les Académies." L'Auteur
de ce paralelle ne le pouſſe pas plus loin,
& n'a certainement pas imaginé qu'il diminueroit
en rien la gloire de ces Corps ,
deſtinés à perpétuer le goût du beau , &
cette politeſſe des moeurs , ſi néceſſaire à
l'ordre public & aux agrémens de la ſociété.
On trouve dans ce recueil pluſieurs
morceaux de galanterie , traités d'une
maniere
AOUT. 1777. 11
maniere philoſophique. Voici comme on
s'explique ſur une paſſion qui ſemble n'être
plus auſſi tyrannique qu'elle étoit autrefois.
Si l'on ôtoit de l'amour tout ce
,, qui lui eſt étranger , & qu'on le dépouillât
de tous les ornemens dont notre ima-
1. " gination l'a revêtu , en le réduisant à
afe
gs
r
u
ur
ref
و د
"
"
fon état primitif, il ne ſeroit plus qu'u-
,, ne ſenſation agréable , dont on auroit
„ peu à redouter : mais on a voulu le déifier.
L'Auteur de notre être n'en avoit
fait qu'un beſoin , nous en avons fait
,, une paſſion terrible ; &, pour le rendre
indomptable , nous avons mis en
,, uſage tout ce que l'art peut inventer
, pour augmenter ſon pouvoir. Nous a-
„ vons porté l'incendie dans tous les coeurs
,, par la chaleur de nos images : & les
ود
و د
feux dont nous brûlons ne doivent leur
„ exiſtence qu'à la volupté factice dont
- ,, nous sommes enivrés. La Nature bienfaiſante
nous avoit accordé des plaiſirs
fans alliage : en voulant embellir fes
dons , nous en avons défiguré les traits ,
& ce qui n'étoit fait que pour le bonheur
de l'eſpece humaine , eſt devenu ,
,, par nos foins , le poiſon le plus dange
ود
ود
"
reux."
THE DIFEREN
1 H
Ces nouveaux Académiciens font tours
114 MERCURE DE FRANCE.

à-tour galans & moraliſtes ſéveres. Ils
foutiennent ,, qu'il eſt de la nature du
"
و د
"
و د
و د
و د
luxe de ſubſiſter par le changement
,, continuel des goûts , & cette inquiétude
mene à des fantaisies. Les ames
amollies , diſent - ils , ne ſavent plus
ſe fixer à rien , & font gloire de leur
inconſtance & de leur légéreté : la
fauſſe délicateſſe ne ſe repoſant ſur au-
,, cun objet , les épuiſe tous , & ne trouvantplus
à ſe ſatisfaire par ce qui exis-
„ te , ſe forme des fantômes. Cette habitude
d'inconſtance & de faux goût s'étend
fur la forme des paſſions. Un attachement
folide devient ridicule. On
„ court après le plaifir fans l'attraper. Au
lieu de l'amour il ſe forme des liaiſons
fondées ſur la vanité , & cette paffion
n'eſt plus que le travers d'une tête dé-
„ montée."
و د
و د
و د
و د
"
"
On trouve dans ce recueil , prétendu
Académique , des hiſtoriettes & même
des differtations philoſophiques. Celle
où l'on développe la maniere de penſer
d'un Dervis ſur l'origine des ames , fournit
la preuve la plus claire , qu'on ne
fera que débiter des rêveries lorſqu'on
s'écartera des Ecrivains facrés , qui nous
expliquent avec autant d'autorité que de
AOUT.
115
1777-
el
mel
lumiere , tout ce qui regarde l'origine de
l'homme , le bonheur & la gloire de fon
premier état, fon ingratitude & fa révolte,
les malheurs qui ont ſuivi fon crime,
les moyens qu'il a plu à Dieu de choiſir
lat pour le lui faire expier , & pour le ramener
à la juſtice & la félicité.
ais
mel
eur
la
au
OP
30
ac
ils
1
t
ما
:
Fayel , Tragédie , par M. d'Arnaud ; nouvelle
édition.
..... Furit, estuat , ardet.
volume in - 8°. avec figures. A Paris ,
chez Delalain , Libraire.
La premiere édition de cette Tragédie ,
publiée en 1770 , a été annoncée dans le
Mercure du mois de Mars de la même an
née , & l'extrait qu'on en a donné a été
ſuivi de celui de Gabrielle de Vergy , qui
eſt le même ſujet traité par M. de Belloi.
Le Fayel de M. d'Arnaud , ſuivant l'expreſſion
même de l'épigraphe placée à la
tête de ce Drame , furit , æftuat , ardet.
Cependant , quoique cet Epoux foit dévoré
de tous les feux de la jalouſie , les
critiques ont cru devoir reprocher à l'Auteur
d'avoir trop abandonné Fayel à ſa fureur,
dans le cinquieme acte ſur - tout. Ils
3
THE UNITED &
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
L
lui ont auſſi objecté que Gabrielle ne pouvoit
gueres fonger à prendre de la nourriture
, quand elle expiroit de douleur. M.
d'Arnaud , en corrigeant la ſeconde édition
de ſa Tragédie, a eu égard à ces deux obſervations.
Fayel , dans le dernier acte , a
une fureur concentrée, juſqu'au moment
qu'il apprend à ſon épouſe que Couci
n'eſt plus. M. d'Arnaud a d'ailleurs imaginé
un moyen plus heureux pour forcer
Gabrielle à ſe préſenter à cette table funeſte
, qui lui eſt préparée par ſon époux.
Elle croit les viandes empoisonnées , &
ſaiſit avec tranſport , au milieu des ennuis
qui la conſument , ce qui peut lui
procurer la mort la plus prompte.
Il ſeroit bien à déſirer que cette Tragédie
pût étre jouée , & que le Public fut à
portée de juger de ſon effet théâtral.
La Pareffe , Poëme traduit du grec de
Nicandre , par M. le Comte d'Albon ,
des Académies de Lyon , de Dijon ,
de Nîmes , de Rome , de Florence ,
de Chambéry , de la Société Economique
de Berne , &c. &c. Brochure
in- 8. de 40 pages. A Paris , chez
Knapen , pere & fils , Libraire. Imprimeur.
AOUT .
117 1777 .
ia
ob-
,a
ent
aci
ma.
ef
MO
1
ec
W
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Dijan
202
000)
chit
chet
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La Pareſſe , ſuivant la Mythologie ,
eſt fille du Sommeil & de la Nuit. L'Au
teur du poëme nous la repréſente fille
du Sommeil & de la Volupté.
"
"
"
ود
ود
"
"
Son
ſein , auſſi fertile en maux que la boîte
de Pandore , perpétue l'âge de fer.
L'Univers eſt ſon empire, ſes loix font
„ l'ignorance , l'oubli & l'infraction du
,, devoir ; les hommes ſont ſes eſclaves ,
leur foibleſſe eſt ſa force , le déſordre
fon ouvrage . Elle s'aſſied ſur les marches
des trônes, fait paſſer de la main
,, des, Souverains dans celles de leurs
Sujets , amollis par les plaiſirs , les
rênes de leur empire entr'ouvert ; transforme
le Courtiſan en Sybarite , délicieuſement
couché ſur un lit de roſes ;
,, jette le Guerrier dans une apathie
, comme léthargique , après qu'il s'eſt
„ enivré du ſang de ſes ſemblables , &
"
"
ود
ود
"
ود
و د
"
"
"
"
66
qu'il a ſemé de toutes parts la déſolation
& l'horreur ; enchaîne le beau
ſexe au char de l'oiſive galanterie ; ſe
repoſe ſur le foc de la charue , & lie
les bras du laboureur; écarte le Négociant
de ſes projets ; glace l'imagination
de l'Ecrivain , en lui dérobant le
miroir de la gloire ; étouffe le zele des
Prêtres; répand des pavots ſur les yeux
;
THE UNITE
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
f
"
,, des Magiſtrats, lorſqu'ils font affis fur
le ſiege de la juſtice , le tonnerre en
main , pour foudroyer l'intérêt , pere
" de tous les crimes."
"
Ce Poëme , fruit d'une imagination
ornée , & nourrie de la lecture des anciens
Poëtes , eſt ſuivi d'un Dialogue
entre Alexandre & Titus dans les Champs
Elysées. Les ſentimens que l'Auteur leur
prête , ſont conformes aux caracteres
que les Hiſtoriens nous ont tracés de ces
deux hommes illuftres. Titus , l'amour
& les délices du Genre humain , pendant
fon regne , ſera encore utile au
bonheur des hommes , par les exemples
de vertus qu'il a laiſſés , & par les maximes
d'humanité & de bienfaiſance , rapportées
par les Hiſtoriens , & rappelées
dans ce Dialogue avec toute l'énergie du
fentiment. Les grandes ames , dit
„ Alexandre , aiguillonnées par le ſen-
„ timent de leur ſupériorité ſur les ames
„ communes , ſont preſſées de ſortir de
„ l'égalité dans laquelle elles sont confondues
avec la foule du Peuple ou
"
ود
des Rois. Les Dieux , de qui nous te-
,, nons cette ſupériorité , doivent y avoir
„ attaché le pouvoir d'agrandir notre
» exiftence , de renverſer ce qui s'oppoſe

1777. 119
AOUT.
1
e
S
T

1
ال
a
e
, à notre élévation , de diſpoſer des for-
, tunes& de la vie des hommes ; ce font
„ eux qui nous mettent le glaive à la
ود
ود
main. Les Nations , celles même qui
, tombent ſous nos coups , entraînées
fans doute par un ſentiment inné , plus
fort que leur malheur , s'accordent
à nous regarder avec une reſpectueuſe
terreur. L'admiration univerſelle ap-
,, prouve nos ſuccès , & la gloire les couronne.
C'eſt avec ces titres que l'hé
roïſme juſtiſie ſes triomphes.
ود
و د
ود
ور
La Juſtice & l'humanité , lui répond
Titus , ne les reçoivent point , ces titres.
Que les Dieux nous approchent
d'eux par les qualités les plus éminentes ;
ils nous laiſſent toujours au-deſſous des
,, loix. Enfans de la Patrie , membre
elle-même de la Société univerſelle , en
,, naiſſant , nous faiſons au bien général
ود
ود
ود
"
le dévouement de nos talens. Montons
,, plus haut que nos ſemblables , cela
,, nous eſt permis : mais que ce ſoit par
» nos vertus & pour leur félicité. Ne
,, peut-on être élevé que ſur des mon-
و د
59
"
"
ceaux de cadavres & de ruines ?. Ne
nous abaiſſons-nous pas au contraire , à
meſure que nous démoliſſons l'édifice
de la Société ? Nous ne paroîffons &
THE URIT
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
L
C
,, nous ne ſommes jamais ſupérieurs aux
„ autres hommes , que quand nous en fai
ود
ود
ود
و د
"
ود
fons le bonheur. Avec de l'audace &
du feu , vous réduirez une ville en
cendres ; que n'en coûte - t - il pas pour
la relever ? La déſolation d'une cam-
„ pagne eſt au pouvoir d'un ſcélérat , ſa
fertilité n'eſt que dans la main d'un
Dieu. Enfin , que le Héros ne fe glorifie
pas des ſentimens qu'il inſpire aux
„ Peuples ; ils l'admirent à la vérité ,
mais cette admiration peut - elle être
flatteuſe , lorſqu'elle eſt l'ouvrage de
l'effroi ? Non , non , la véritable grandeur
ne fut jamais dans les lauriers
„ que la victoire moiſſonne.
ود
"
وو
"
و د
و د
"
" Alexandre. Eſt - il rien néanmoins
d'auſſi beau , que de devenir maître de
la deſtinée des hommes.
ود Titus. Eſt- il rien de plus vain, ſi
,, on ne l'eſt pas de la ſienne ? Le mal-
29 heur d'un million d'hommes ne fera ja-
,, mais un heureux. Plus vous aurez d'es-
"
claves moins vous aurez de véritable
„ liberté. Les chaînes d'or dont la for-
» tune vous charge , ſont plus fortes que
,, les chaînes de fer dont vous accablez
>> un Peuple. Le premier des humains ,
sau comble de la gloire & de la for,
r
AOUT. 1777 121
,, tune , eſt le jouet du fort & le plus ex-
"
"
"
ود
ود
"
poſé à ſes caprices. La plus haute branche
de l'arbre eſt la plus fragile. L'oiſeau
qui s'y perche n'y dormira pas ;
c'eſt la ſituation des conquérans. Ils
,, ne jouiſſent jamais des plus grands fuc-
R cès , parce qu'ils ont toujours à craindre
de plus dangereuſes chûtes. Dans
le champ de Mars , leur gloire chancelle
à chaque pas ; ſouvent même ils
,, tombent preſqu'arrivés au bout de la
carriere , telle eſt la vanité de l'héroïsme.
Devriez - vous l'ignorer , Ale-
" xandre , vous qui vous promettiez la
„ conquête du monde entier , au moment
où la mort vint fondre fur vous , &
arrêter vos projets ? "
1
:
"
"
20
"
Alexandre continue de faire des objections
à Titus , & paroît convaincu de la
vérité des maximes de ce ſage Empereur ;
cependant il ſoupire encore après de nouvelles
conquêtes. ,, Voilà bien les hom-
,, mes ! s'écrie Titus; il ne fuffit pas de
leur faire voir à découvert la vérité ; on
doit encore la leur faire goûter , parce
„ que les paſſions reſtent encore après
„ que les erreurs font diſſipées. Il faut
donc s'appliquer à les tourner vers un
objet utile , capable de les fatisfaire.
"
THE BRIT **
ةيتو
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
C

"
وو
ود
ود
ود
"
Précepteurs des hommes , ne perdez
,, pas votre temps , vis - à - vis d'un ambitieux
, à le dégoûter de la grandeur ;
mais repréſentez - lui les Dieux occupés
du bonheur des humains ; offrez à ce
Conquérant la conquête la plus noble
& la plus difficile , celle des coeurs ; ne
lui citez pour grands hommes que ceux
dont les moeurs ont été les loix vivantes
de leur Patrie , la regle du citoyen &
de l'Etranger , le modele de ce qu'on
appelle les Grands ; répétez - lui que les
plus grands des hommes font ceux qui
,, ont fait le plus d'heureux. Enfin , dirigeant
le deſir qu'il a de s'élever , ne
lui montrez la grandeur , la gloire &
la félicité , que ſur la faîte des vertus."
ور
ود
ود
ود
"
"
و د
ود
ود
Précis du Discours préliminaire qui doit
être mis à la tête de Dictionnaire Univerſel
des Sciences morale , économique
, politique & diplomatique , & ..
Nous avons inféré dans le dernier
Mercure , le Profpectus de cet ouvrage,
dont le premier volume doit paroître incoflamment.
L'éditeur ayant bien voulu
nous communiquer en manufcrit , le
,
AOUT 1777- 123
bk
πε

Uz
te
ב'ג
it
Difcours préliminaire , qui traite de
l'Influence de la Philofophie fur les moeurs
& la législation , nous allons en donner
le précis .
Ceux qui déclament indiſcrétement
contre les ſciences , & fur - tout contre la
philofophie , ne veulent pas voir combien
elles ont de part au peu de vertu &
de bonheur qu'il y ſur la terre. Qu'ils
confultent les faſtes de la philoſophie ancienne
& moderne , & ils ſeront forcés
de lui rendre la juſtice qu'elle mérite.
Dans la barbarie des anciens temps , ou
le paganiſme ne nous offre que des peuples
religieux par corruption , & vicieux
par religion; les principes les plus clairs
de l'équité naturelle euſſent été infailliblement
étouffés par les abſurdités monstrueuſes
de l'idolatrie , ſi un petit nombre
de philoſophes n'en euffent conſervé le
dépô : précieux , au milieu des nations
payennes .
Les premiers Légifſlateurs furent des
ſages que la vénération des peuples mit
au rang des Dieux , parce qu'ils étoient
les bienfaiteurs de l'humanité. Ofiris ,
Mercure & Mnevès donnerent des loix
à l'Egypte & toute l'antiquité a regardé
;
THE
le gouvernement de l'Egypte comme un
124 MERCURE DE FRANCE.
L
C
٢٠
G
modele de ſageſſe politique. Zoroastre
donna des moeurs à la Perſe. Il prêcha la
bienveillance , l'amour de la juſtice , &
fit goûter cette maxime d'une perfection
fublime : faites aux autres ce que vous
voudriez qu'ils fiſſent pour vous (").
Depuis deux mille ans & plus , Confucius
jouit de la gloire d'avoir établi le
meilleur gouvernement , peut - être , qui
convienne à un grand Etat. La durée de
l'Empire Chinois eſt la preuve de ſa perfection
, & en même temps l'effet permanent
de l'heureuſe influence de la philofophie
ſur la police des Etats.
Des ſept Sages de la Grece , fix gouvernerent
leur pays ; & leur pays goûta
les douceurs d'une adminiſtration juſte
& modérée. Thalès , qui n'eut point de
part aux affaires publiques , entretint dans
ſa Patrie l'amour des vertus ſociales par
ſes leçons & fon exemple. Socrate & fes
diſciples s'adonnerent particulierement à
la Doctrine civile , & c'eſt encore une
maxime générale parmi les Philoſophes
modernes , que l'étude de l'homme eſt la
ſeule digne de l'homme , que toutes les
(*) Sadder, Port. LXXI.
AOUT.
1777 125
4
autres doivent ſe rapporter à cette ſcience
qui dirige la conduite des particuliers &
les actes du gouvernement. La philoſophie
naturaliſée à Athenes , y étoit l'ame
de l'éducation : elle apprenoit aux jeunes
gens à s'aſſujettir de bonne heure aux
différentes charges de la vie civile , à
Te regarder les emplois , moins comme des
diſtinctions honorables , que comme un
engagement ſolemnel à être plus ſage ,
plus juſte , plus exact obſervateur des
loix , que les Citoyens d'un rang inférieur.
Elle impoſoit à tous les Membres
de l'Etat l'obligation de ſe former au
manîment des affaires publiques , & conduiſoit
aux dignités , en apprenant à les
remplir avec honneur. Introduite dans le
cabinet des hommes d'Etat , elle étoit
leur conſeil ; elle haranguoit le peuple ,
& ſes déciſions étoient des oracles ; elle
formoit encore , ſous la tente, des défenfeurs
à la Patrie. Si Carnéades , Critolaüs
, Diogene le Stoïcien & d'autres ,
chargés de négociations importantes
juſtifierent l'idée qu'on avoit de leurs talens
pour la politique , Ariftide, le juſte
Ariſtide ſe diftingua aux fameuſes batail-
- le de Maraton , de Salamine & de Platée.
F
,
:
JAAGAR H91
Quels hommes ont jamais rendu plus de
126 MERCURE DE FRANCE.
1
C
G
ſervice à leur Patrie que Xénophon , Démofthenes
& Polybe ?
La philoſophie pénétra difficilement
en Italie; mais dès qu'elle fut reçue à
Rome, on la vit régler le barreau dans
Craſſus & Antoine , perfectionner les
loix ſous les aufpices des deux Scevola ,
produire de grands hommes dans tous
les genres , & montrer fur- tout dans Ciceron
& Atticus , juſqu'à quel point elle
ſavoir intéreſſer les Citoyens au bien de
la Patrie , ſoit au milieu des ſoins pénibles
du Gouvernement , ſoit dans la tranquillité
d'une vie privée. Les Romains
lui durent leurs meilleurs Princes : elle
forma l'ame bienfaiſante des Titus , des
Trajan , des Antonins. Les tyrans l'honorerent
de leur haine , & contribuerent
à l'illuftrer en la perſécutant. Alors le
nombre des honnêtes gens fut réduit à
celui des philoſophes ; la vertu , lorſque
Néron réſolut de la faire périr , ſe retira
dans l'ame de ces hommes privilégiés ,
qui , dans la corruption générale , ofoient
s'abſtenir du crime.
Lorſque les Arts & les Sciences ſe perdirent,
dans ces temps d'horreurs & de
calamités publiques, où l'Italie devint la
proie des Barbares, le flambeau de la
AOUT.
1777- 127
,
↑ raiſon ſembla s'éteindre pour ne ſe rallumer
qu'après mille ans de tenebres . La
philofophie n'inſtruit plus les humains ;
ue & les humains méconnoiſſent juſqu'aux
dat droits de la nature. Ce n'eſt de toutes
Je parts qu'injuſtice & noirceur , orgueil &
la, baſſeſſe , tyrannie& fouffrances. Jamais
ou le parricide , l'adultere , l'inceſte les
duels , les aſſaffinats ne furent fi communs
; jamais il n'y eut tant de perfidies
domeſtiques , tant de trahisons publiques ,
tant de diſſentions civiles , tant de concuffions
de toute eſpece , un abus fi criant
des chofes les plus reſpectables. Par- tout
le crime vend au crime le ſang de l'innocent.
Les plus belles contrées font ravagées
par des bêtes féroces , ſous le nom
de conquérans; la Religion fert de masque
ou d'inſtrument aux paſſions brutales ;
la foi publique eſt violée juſqu'au pied
des autels . Voilà l'horrible tableau de dix
re
✔fiecles d'ignorance. C'eſt que l'Europe
n'avoit plus de ſages qui formaſſent la
jeuneſſe aux vertus ſociales , qui converof
faffent avec les Rois , qui appriſſent aux
Magiftrats à être juſtes , qui prêchaffent
au peuple l'union & la concorde, ou qui ,
ne pouvant faire mieux , oppoſaſſent de
pe
i
THE BIO
grands exemples à une grande corruption.
128 MERCURE DE FRANCE.
L
C
ض و ر
Après ce long ſommeil léthargique ,
preſqu'auſſi affreux que la mort , la raiſon
ſe réveille épouvantée des monſtres
qui l'obſedent. Le génie , armé du don
de penſer , ſe préſente pour les combattre.
La vérité marche à ſa ſuite : ſon éclat
perce avec peine les épaiſſes tenebres de
l'ignorance. Quelques ſavans vont changer
la face de l'Univers. Les ſciences morales
& politiques ne furent pourtant pas
celles qui les occuperent le plus à la renaiſſance
des lettres. La poéſie,l'hiſtoire,
la phyſique , les mathématiques furent
cultivées avec plus d'empreſſement. La
morale , cette ſcience naturellement douce
& engageante, avoit contracté avec les
derniers philoſophes , tels qu'Epictete &
Boëce , un air dur & repouſſant , effet
néceſſaire de la dureté des temps où ils
vécurent. Le jargon de l'école n'étoit
guere propre à la rendre plus attrayante.
C'en fut aſſez pour déterminer alors les
objets des travaux littéraires . Mais dès
que l'homme fut devenu ſenſible au plaifir
d'apprendre , il ſe trouva tout diſpoſé
à goûter le plaiſir d'être vertueux. Eraſme
ofa lui préſenter la tableau de ſes vices
ſans le choquer. Il eſt vrai qu'il le fit
plutôt rire que rougir de ſa ſottiſe ; mais
en
AOUT. 1777. 129
1

da
لا
en déguiſant les leçons ſous le voile d'une
fine plaiſanterie , en célébrant des fous ,
il fit le plus beau portrait du ſage.
Montagne débita , ſans prétention ,
une morale douce & accommodée aux
différentes conditions de la vie humaine.
de Charron réduiſit la ſageſſe en art , mais
nil en puiſa les principes dans le coeur
De humain. La Bruyere , en peignant les
hommes tels qu'ils étoient , leur montra
ce qu'ils devoient être. La Rochefoucault
fit la ſatyre des Courtiſans , poursuivic
ſans relâche l'amour-propre mal entendu ,
ſous les différentes métamorphofes qu'il
prenoit pour échapper à à ſes coups; &
après avoir dépouillé ce Prothéedetoutes
les formes qui le déguiſoient , il le livra
✓ à ſa propre laideur , comme à ſon plus
cruel bourreau.
Locke fit ſentir à ſes compatriotes les
inconvéniens d'une éducation barbare.
Inſtituteur éclairé , il leur apprit à donner
à leurs enfans un corps ſain , un eſprit
libre , une ame droite. Politique profond ,
il traita auſſi du gouvernement civil , &
il en traita avec cette impartialité qui
doit tenir la balance , lorſqu'on peſe les
droits du peuple , & les privileges de
l'autorité ſouveraine.
1 F
déter Wolleſton
$30 MERCURE DE FRANCE .
13
גוחגוחשמ
הס
LIDDADICO
mina la nature du bien & du mal , & en
fixa la différence. Hutcheſon découvrit le
ſens moral. Shaftbury fit d'une bienveillancegénéreuse&
déſintéreſſée , la meſure
du mérite &de la vertu.
Grotius avoit déjà publié, au commencement
du fiecle dernier , ſon grand ouvrage
du Droit de la guerre & de la Paix.
C'étoit la production d'un homme de
génie ,mûri par les affaires , les diſgraces
&la méditation. Des maximes de la
Jurisprudence naturelle & politique , il
déduit des regles pour maintenir les nations
en paix , ou pour les ramener lorfqu'elles
font en guerre , & mettre de la
juſtice , de l'humanité même, dans un
Etat qui femble être le renverſement de
touteeſpece d'ordre , & devoir étouffer
tout ſentiment de pitié.
Puffendorf mit dans un nouveau jour
la ſcience que Grotius avoit tirée de la
barbarie. Doué d'un eſprit pénétrant ,
d'unjugement exquis , d'une raiſon libre
de préjugés , il remonta aux premiers
élémens de la ſcience des moeurs , & fuivant
avec préciſion l'enchaînement des
vérités morales , il en forma un ſyſtême
méthodique des devoirs de l'homme ,
du citoyen, du ſouverain , qu'il faut déAOUT.
1777. 131
ve
en

couler du principe fécond de la ſociabilité.
Cumberland , Wolf, Burlamaqui persfectionnerent
encore la ſcience du gouvernement.
Les Loix civiles disposées dans
leur ordre naturel , le Traité de la Police ,
&quelques autres annoncerenten France
air un ouvrage d'une trempe plus forte. Le
livre de l'Esprit des Loix , qui après avoir
occaſionné une foule d'écrits ſur toutes les
matieres d'adminiſtration , de finance &
de commerce , devoit enfin produire la
ſcience économique qui paroît être la
perfectionde la philofophie politique.
لو Tel eſt le précis très-abrégé deceDif
cours , où l'Auteur nous montre par- tout
la Philofophie , amie des moeurs & des
loix , épurant la morale & perfectionnant
Ja légiflation; par-tout amie des Rois &
des Peuples , inſtruiſant les uns & les
autres de leurs droits & de leurs devoirs ,
formantdes citoyens vertueux , des ſujets
foumis , non par inſtinct ou par baſſeſſe ,
mais par raiſon; des Magiſtrats integres ,
des Miniſtres zélés pour le bien public ,
des Rois , peres de leurs peuples. Ce n'eſt
point ici un panégyrique outré. Les faits
parlent. On ne deguiſe point les ecarts
de quelques philoſophes , mais on fait
12
132 MERCURE DE FRANCE.
C
voirqueces écartspeu contagieux ne fort
pas à craindre. En effet , on ne voit pas
que la philoſophie ait jamais fait aucun
mal aux hommes. Mais elle leur a fait
beaucoup de bien dans tous les temps ;
elle leur en eût fait davantage , ſi une
foule d'obstacles phyſiques & moraux
n'en euſſent empêché ou corrompu l'influence
bénigne ; & nous pouvons aujourd'hui
, plus que jamais , comparer
les détracteurs de la philoſophie à des
hommes qui blafphemeroient contre le
ſoleil qui les éclaire.
Ce Diſcours , monument durable ,
élevé à la gloire de la ſcience philoſophique
, accroît l'impatience que nous
avons de voir paroître le grand ouvrage
auquel il ſert d'introduction , & d'en
rendre compte à mesure que les volumes
nous parviendront.
Les Quatre parties du Four à la Ville ;
traduction libre de l'Italien de l'Abbé
Parini , ſur la fixieme édition faite à
Milan en 1771 , avec le texte à la
fuite. A Milan, & fe trouve à Paris,
chez Dorez , Libraire. 1777. I vol. in-
12 , Prix , liv. 10 ſols broché.
AOUT. 1777- 133
-US THI
3
AS
1
1
Ce Poëme, qui a eu le plusgrand ſuccès
en Italie , eſt diviſé en deux chants, Le
premier , intitulé Il Mattino , comprend
la nuit & le matin ; & le ſecond , qui a
pour titre Il Mezzo-Giorno , le midi & le
foir. Il est vrai que le Poëte ne parle que
fort légerement du ſoir & de la nuit.
ود
ود
Sous un titre déjà connu , ce petit
Poëme renferme des détails tout nouveaux.
Lorſque les Thompson , dit le
Traducteur dans ſa préface , les Saint-
,, Lambert , les B ..., & les Zacharie
,, ont voulu chanter les ſaiſons , ou les
,, quatre parties du jour , leur Muſe ,
,, fuyant le ſéjour tumultueux des Cités ,
" s'eſt envolée au loin dans les campa-
,, gnes ; & , ſur le bord des fontaines,
,, ou au sein des forêts , la nature pre-
ود
و د
و د
و د
noit plaiſir à ſe peindre dans leurs ta-
,, bleaux , auſſi fraîche & auſſi belle que
,, nous l'admirons dans ſes ouvrages. Le
Poëte Italien , dont je m'empreſſe de
faire connoître les talens à ma Patrie ,
n'a pas fans doute un goût auſſi vif
,, pour les folitudes champêtres. Ses quatre
parties du jour ſont celles qu'on
paſſe à la ville ,& dont le détail feroit
croire que Rome eſt bien moins éloi-
,, gnéede Paris , que ne le diſent lesGéo-
و د
و د
و د
13
$34 MERCURE DE FRANCE.
,, graphes ". Ainſi , le ſujet du Poëme n'eſt
autre choſe que le tableau de la journée
d'un Petit - Maître Romain , moderne
s'entend,
On a imprimé le texte à la ſuite de la
verſion françoiſe; mais le Traducteur
avertit que cette derniere eſt ſeulement
auſſi fidelle qu'elle doit l'être , pour faire
ſentir l'original. Il donne à entendre qu'il
a cru devoir traduire cet ouvrage , comme
une jeune femme copie une mode
nouvelle. Cette déclaration doit lui fervir
d'excuſe auprès des amateurs de
l'Italien , qui ſe plaindroient qu'il n'a
pas rendu ſon original avec une exactitu
de aſſez littérale. Quoi qu'il en ſoit, ſa
traduction eſt agréablement écrite , & ſe
fait lire avec plaiſir : on en jugera par le
morceau fuivant.
"
" L'Aurore ouvre les portes de l'Orient
,, &annonce au monde le retour du Soleil
&du travail. Déjà le Laboureur vigilant
quitte à regret le lit , où , entouré
desberceauxde ſes enfans , & à côté de
,, ſa jeune & tendre épouse , il a trouvé
ود lanuit fi courte. Ilfort deſa cabane,
>> preſſant les pas tardifs des boeufs dont
,, il va partager les travaux. Il court à ſa
› charrue par un fentier étroit ſur les
.
135
AOUT. 1777.
Ho
enc
der
de
tel
en
ire
qu'i
COD
700
ل ا
و د
و د
ود
ود
bords duquel les arbriſſeaux , chargés
de roſée , ſemblent , au mouvement le
plus léger , verſer une pluie de dia-
,, mans. L'air retentit des coups redoublés
des marteaux. Le Forgeron s'em-
,, preſſe de finir les portes d'airain que
lui demande l'Avare pour enfermer
ſes tréſors. Un autre, dans ſes four-
,, neaux , purifie l'or & l'argent du Po-
ود
ود
" toſe pour en former mille vafes di-
,, vers , que l'Amour deſtine à la toilet-
„ te & à la table de Phriné ".
Le Temple de Vénus. A Londres, 1777.
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure,
C'eſt un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a
mis à contribution la Nouvelle Héloiſe , le
Temple de Gnide , le Sopha, Angola , le
Cousin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline , de M. le C. de B *** ,
s'y trouve même en partie. ,, J'a vu dit ,
"
"
le Rédacteur , les plus beaux tableaux
de l'Amour ; je vais les expoſer aux
,, yeux des enfans fortunés de lanature.
,, Ce font des miniaturestirées des meilę
THE
14
136 MERCURE DE FRANCE.
L
C
"
ود
"
leurs Peintres en ce genre , & qui ſont
dignes d'être placées dans le Temple
de Vénus".
Opufcules de Physique animale & végétale.
Par M. l'Abbe Spallanzani , Profeſſeur
Royal d'Hiſtoire naturelle dans l'Univerſité
de Pavie , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies
de Curieux de la Nature , de Berlin ,
* de Stockholm , de Gottingue , de Bo
logne , de Sienne , &c. &c. Traduits
de l'Italien , & augmentés d'une introduction
où l'on fait connoître les
découvertes microſcopiques dans les
trois Regnes , & leur influence fur la
perfection de l'Eſprit humain. Par
Jean Senebier , Miniſtre du S. Evangile,
& Bibliothécaire de la République
de Geneve. On y a joint encore
pluſieurs Lettres relatives à ces Opufcules
, écrites à M. l'Abbe Spallanzani
par M. Charles Bonnet , & par d'autres
Naturaliſtes célebres. A Geneve , chez
Barthélemi Chirol. 1775. in 8°. 2 vol.
avec fix planches.
Cet Ouvrage exécuté par un des meil.
leurs Obfervateurs de ce ſiecle renferme :
AOUT. 1777. 137
Ten
Jn

I. Obfervations & expériences ſur di .
verſes eſpeces d'Animalcules , avec une
hiſtoire détaillée de leur vie une deſcription
de leurs parties ,& une vue générale
des rapports que ces Animalcules ont
avec les Animaux connus.
II . Obſervations & expériences ſur les
je. Animaux ſpermatiques de l'Homme &
mie des Animaux , avec un examen du ſyſtème
is fameux des Molecules organiques .
III . Obſervations & expériences fur
dles Animaux & les Végétaux , enfermés
dans des Vaſes où l'Air ne peut pas ſe
renouveller.
es
e
fut
2
IV. Obſervations & expériences fur
quelques Animaux finguliers , que l'Obſervateur
peut à ſon gré faire paſſer de la
mort à la vie.
V. Obſervations & expériences fur
l'origine des petites Plantes qui forment
la moiſiſſure.
Ces obſervations ſont enrichies de fix
Planches fidelement deſſinées & gravées .
Recherches fur la préparation que les Romains
donnoient à la chaux dont ils ſe
ſervoient pour leurs conſtructions , &
fur la compoſition & l'emploi de leurs
IS
#38 MERCURE DE FRANCE.
ןוטס
ןורגוחמו
ADICO
mortiers. ParM. de la Faye , Tréſorier
Général des Gratifications des Troupes.
De l'Imprimerie Royale , in8o, de
96 pag. Prix 1 liv. 10 ſols ; chez Me
rigot , le jeune , Libraire.
M. de la Faye a faitdes recherches &
des découvertes ſur la maniere de bâtir
des Anciens; les différens procédés qu'il
indique font juſtifiés par le texte des
Auteurs , & il s'eſt aſſuré du ſuccès par
des épreuves multipliées. Ce qu'il avance
fur les conſtructions faciles , eſt puiſé dans
la même ſource , & confirmé , tant par le
rapport de quelques Voyageurs , que par
des mémoires particuliers. Un paſſage de
Pline fera connoître que les colonnes qui
ornoient le peryſtile du labyrinthe d'E
gypte étoient factices, & que ce vaſte
édifice exiſtoit depuis 3600 ans. C'eſt aux
habiles Architectes à répéter ces expé.
riences , & à vérifier , ſi , en effet , des
pierres factices peuvent ſervir à la conftruction
d'un grand édifice ; ſi elles doi .
vent réſiſter à un poids immenfe, & fe
foutenir contre l'effort du temps & des
élémens. Il nous ſemble que les ſtucs &
pierres factices ne peuvent guere être
employés que pour des revêtiſſemens ou
AOUT. 1777- 139
de petits ouvrages qui ne font point
11 tourmentés par l'action de l'air ou de la
peſanteur. Au reſte; c'eſt une queſtion
importante à examiner , ſi l'art peut fuppléer
au travail en grand de la nature;
s'il peut l'imiter , l'égaler , ou le ſurpafs
& fer , & M. de la Faye ne laiſſe rien à
tit défirer fur tout ce qui peut ſervir à réqui
foudre ce beau problême. Ses recher
ches annoncent un homme profond dans
s* la connoiſſance de l'antiquité,& ſes pro-
Ta cédés , un homme excercé dans la pratier
que des ſciences.
pa
Def
ge
ed
3
Bibliotheque de Campagne , ou les Amuſe.
mens du Coeur & de l'Eſprit. A Amterdam
, chez Marc Michel Rey , en
12 vol . à 24 livres.
C'eſt une collection de divers Romans
eſtimés & de nouvelles galantes , qui ont
déjà été publiés , & que l'on ſera cha
mé de trouver raſſemblés. La lecture en
eſt intéreſſante & variée , & très - propre
à remplir les vuides du loiſir , à fournir
des ſujets pour le théâtre & pour les dra
mes de ſociété.
4141
J
140 MERCURE DE FRANCE .
C
f
Peinture du Siecle , ou Diſcours & Let
tres ſur différens ſujets. Par M. de
la Croix , Avocat. 2 vol. in- 12 d'environ
400 pages. AAmſterdam , &
ſe trouve à Paris , chez le Jay , Libraire.
Ce recueil eſt extrait des fix volumes
que M. de la Croix a publiés , ſous le
titre de Spectateur François. On y trouve
beaucoup d'eſprit , d'imagination , de
bonne critique & de connoiſſance des
moeurs. Il combat avec force les vices ,
il attaque le ridicule avec ſes propres armes;
il fait varier ſes tableaux , & leur
donne un air d'originalité , & une
compoſition pittoreſque qui les rend
très - recommandables.
Oeuvres du Révérend Pere la Berthonie , de
l'Ordre des Freres Précheurs , pour la
défenſe de la Religion Chrétienne contre
les incrédules & contre les Juifs .
3 vol. in- 12. A Paris , chez la veuve
Deſaint , Libraire.
On n'a pas encore oublié les ſuccès de
ce célebre Prédicateur , qui a eu plus
AOUT . 1777. 141
414
M
고,
d'une fois la conſolation de voir que plu.
ſieurs de ceux qui étoient venus l'enad
tendre avoient ouvert les yeux à la lumiere&
renoncé à leurs funeſtes opinions.
Une théologie exacte & élevée , leur
fournifſſoit les argumens les plus propres
à diffiper les nuages que l'incrédulité
ame moderne s'efforce tous les jours d'entafe
es
s
:
fer. Une Dialectique peu commune , lui
of faiſoit démêler les ſophifmes captieux ,
les feules armes que l'erreur employe en
attaquant la vérité. Un zele vraiment
apoftolique le faiſoit entrer en lice; toutes
les fois que la Providence lui en prés
fentoit l'occaſion. On avoit beau reproduire
les mêmes objections, il étoit toujours
prêt à y répondre , & il avoit l'art
de varier ſes réponſes & de les rendre
toujours intéreſſantes. L'Ouvrage que
nous annonçons , prouve que le mérite
de cet Orateur , qui étoit tout - à la fois
Théologien & Philoſophe . étoit ſupérieur
à ſa réputation . On trouve dans
ſa belle inſtruction contre les Juifs , que
ce ſavant Religieux avoit ſu réunir à
ſes talens une intelligence profonde des
Ecritures ; il y établit que les Juifs & les
Chrétiens doivent néceſſairement être
142 MERCURE DE FRANCE.
F
C
d'accord ſur un point qui eſt ,qu'à la ve
nuedu Meſſie, (ſoit qu'il foit déjà venu ,
ſoit qu'il foit encore à venir ) il doit y
avoir du changement dans les pratiques
de la Religion. En effet, tous les actes
extérieurs de la Religion qui attend le
Meſſie , doivent être autant de figures
qui le prophétiſent ou le promettent ,
& autant de demandes que l'on fait à
Dieu de l'envoyer. Par conséquent , le
Meſſie une fois venu , la Religion ne
peut plus le figurer , le prophétiſer , le
promettre , ni demander à Dieu qu'il
l'envoye. Il faut néceſſairement qu'elle
change de pratiques extérieures , &
qu'elle ne parle plus de la promeſſe du
Meſſie , que pour rendre grâces à Dieu
de ce qu'il l'a envoyé. Ce ſeul raiſonne
ment, comme l'obſerve l'Auteur , devroit
bien faire revenir les Juifs de l'opinion
qu'ils ont, que la Religion étant l'ouvrage
de Dieu , doit durer éternellement en
la même forme & le même culte exté.
rieur , qu'elle fut établie au Mont- Sinaï .
Si cela étoit , il faudroit que le Meſſie
eût été promis pour n'être jamais donné.
Quant à la grande queſtion , qui con
fiſte à ſavoir fi Jésus-Chriſt eſt le Meſſfie
promis & prédit, ou s'il faut en attendre
AOUT 1777. 143
dat
un autre, l'Orateur fait voir clairement
que tout ce qui a été prédit du Meſſie ,
a été accompli en Jeſus- Chriſt , & ne
peut l'avoir été , ni ne peut l'être qu'en
ess lui. Il parcourt , pour établir cette véer
rité , toutes les prophéties renfermées
fig dans l'ancien Teſtament, Livre qu'on ne
tie peut méconnoître , & qui étoit entre les
fai mains des Juifs , long - temps avant la
ent naiſſance de J. C. Il développe tous les
ior paſſages des Ecritures qui déterminent
fer le temps de ſa venue , qui déclarent ce
qut
qui convient à ſa perſonne , & qui arınoncent
quelle ſera ſon oeuvre. Or , que
l'on compare toutes ces prophéties avec
les circonſtances de la perſonne , de la
naiſſance , de la vie, de la mort , de la
(12) Réſurrection & de l'Afcenfion de Jeſus-
1972 Chrift , & l'on y trouvera , comme le
fait le Père de la Berthonie , cette deimy
monſtration que Saint Pierre appelle ila
a: Lampe qui luit dans un lieu obfcur.
Après avoir fait l'application de toutes
ces prophéties à la Perſonne de Jésus-
Chrift , l'Auteur inſiſte ſur l'aveuglement
du des Juifs , qui eſt ſi clairement préditdans
ic les divines Ecritures , & qui prouve à
fon tour que Jésus- Chriſt eſt le Meſſie,
1
ens parce qu'ils ont eu le malheur de le re
144 MERCURE DE FRANCE.
1
C
jeter: cet aveuglement nous a été utile,
en ce que le péché des Juifs , comme le
dit Saint Paul , est devenu une occaſion de
Salut aux Gentils. Nous en retirons un
autre avantage fort grand , en ce qu'ayant
entre leurs mains les prophéties , les
Juifs font dans toute la terre des té
moins non ſuſpects de leur vérité , comme
de leur accompliſſement. Mais l'Eglise,
„ dit notre Auteur , en retirera un autre
avantage bien plus grand , lorſque ,
convaincus enfin de l'aveuglement de
leurs Peres , les Juifs auront le bonheur
de reconnoître tous Jeſus - Chrift
» pour le Meſſie , & entreront en corps
dans ſon Eglife." Car , ſi leur péché
a été la richeſſe du monde , & le petit nombre
auquel ils ont été réduits , la richeſſe
des Gentils, combien plus leur plenitude
le fera- t - elle , fi leur retranchement est devenu
la reconciliation du monde ? Que Sera
leur rétabliſſement , finon un retour de la
mort à la vie. Tom. XI. XII.
"
"
Le Pere de la Berthonie rappelle fur
ce dernier objet , les prophéties ſi claires
d'Iſaïe , d'Ezechiel , de Jérémie , d'Oſée
& de Zacharie , dont il paroît réſulter ,
qu'après cet événement admirable , qui
fera la confolation de l'Eglife , & qui
fourAOUT.
145
1777-
L
T
fournira en même temps aux incrédules
obſtinés une réponſe victorieuſe & accablante
, il y aura une longue ſuite de
générations , ſoit parmi les Juifs , foit
q parmi les autres Nations converties.
es
es
ma
10
On trouve dans les autres inſtructions ,
des réflexions folides, & même neuves ,
mt ſur l'étrange méthode de raiſonner qu'emlife
ploient les incrédules dans cette controaut
verſe ſi importante ; fur l'infuffiſance de
fou la raiſon , & la néceſſité de la révélation ,
pour connoître le vrai culte que Dieu
exige de l'homme ; néceſſité que l'Auteur
Crtire des deux grandes plaies de l'homme;
l'ignorance de ſa raiſon , & la corruption
de fon coeur : fur l'excellence & la
fublimité de la doctrine de l'envoyé de
Dieu , infiniment ſupérieure à tout ce
qui s'étoit enſeigné juſqu'alors ; fur la
nature , le nombre & les circonstances
des miracles que Jésus-Chriſt , cet envoyé
de Dieu , a opérés pour preuver ſa miffion.
Quant à cette preuve victorieuſe ,
le Perede la Berthonie ſoutient que Dieu
infiniment bon , infiniment vrai , & la
vérité même , ne peut ni nous tromper , ni
autoriſer le menſonge par des oeuvres qui
lui ſoient propres. Les miracles font une
trop prompte & trop vive impreffion
e
for
K
146 MERCURE DE FRANCE.
1
د
,
fur les ſens , & c'eſt un ſentiment trop
fortement gravé dans le coeur , qu'un
prodige bienfaiſant& fupérieur à toutes
les loix de la nature eſt la voix de Dieu
même , pour que l'erreur & le menſonge
foient endroitde ſe l'approprier. , Moïſe,
dit-il , n'a fait des miracles que pour
„ prouver qu'il étoit envoyé de Dieu ,
„ pour tirer les enfans d'Iſraël de l'op-
„ preffion où ils étoient en Egypte.
„ Comme Dieu , qui eſt Eſprit , ne fait
„ ſentir ſa préſence que par fon opé-
„ ration & que les opérations ordinaires
de ſa Providence , font trop
„ communes & trop uniformes , pour
„ rendre fa préſence ſenſible aux hommes
„ accoutumés à les voir ; il les tire de
„ cette eſpece d'engourdiſſement , &
„ leur fait fentir vivement ſa préſence ,
„ lorſque, fortant de l'ordre que ſa Providence
a établi parmi les Etres , il
„ opere à leurs yeux des effets qui peuvent
„n'avoir aucune cauſe dans la nature.
„ Lors donc qu'un homme avance un
fait , & s'engage à le prouver par un
miracle , cet homme appelle Dieu
» même , feul Auteur des Miracles , en
> garantie de ce fait;& fi Dieu , en con.
» féquence , ſe rend ſenſiblement pré-
"
T
Σ
AOUT.
147 1777 .
tt
Die
Da
en
fent en opérant ce miracle , il ſe rend
lui même témoin , & témoin irrécufable
du fait dont on l'a pris pour
, garant ."
Il eſt aiſé de faire l'application de ce
raiſonnement à Jésus- Chriſt reſſuſcitant
Lazare , & de prouver la vérité de ſa
divine miſſion par ce miracle , dont on
ne peut éluder la conféquence que par
Op des ſophifmes qui ne ſont pas même captieux.
Auſſi le Pere la Berthonie fait - il
evaloir avec force cette preuve des mira-
* cles , qui eſt la plus claire , la plus courte
& la plus abrégée. C'eſt l'argument des
fimples. Les miracles font effentiellement
preuve de la vérité.
Nous voudrions pouvoir joindre à ces
réflexions . celles que le Pere la Berthonie
fait ſur l'incompréhenſibilité de nos
myſteres , fur le déluge univerſel , & fur
pluſieurs autres caracteres de la Religion.
Nous invitons les incrédules , & ceux
qui fe laiſſent ébranler par leurs objec-
#tions , à lire ces trois volumes dont
la lecture ſuffit pour nous prémunir à
jamais contre les mauvais raiſonnemens
dont on commence par conféquent à être
raflafiés , parce que ce ne font que des
répétitions perpétuelles.
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
Muhah
:
Anecdotes intéreſſantes & hiſtoriques de
P'Illustre Voyageur , pendant ſon ſéjour
à Paris ; dédiées à la Reine. Se.
conde édition , corrigée & augmentée .
I vol. in - 12. de 162 pages , avec le
Portrait de M. le Comte de Falckens .
tein. AParis , chez Ruault , Libraire.
L'interét que l'Europe prend à tout ce
qui lui peint l'Illustre Voyageur , fait multiplier
les écrits. Le Lecteur ne s'apperçoit
pas que tel Ecrivain ne fait que ré
péter ce qu'un autre a déjà dit , & fous
vent beaucoup mieux; il fuffit de nous
entretenir de l'Illuſtre Voyageur , pour
mériter nos fuffrages.
, Alexis moderne ou Etrennes de Minerve
aux Artistes , contenant différens ſe.
crets ſur l'Agriculture , & les Arts &
Métiers ; fixieme & ſeptieme Parties.
A Paris , chez Desnos , Libraire &
Ingénieur-Géographe, rue Saint-Jacques.
Prix , I liv. chaque Partie.
Ce Recueil , qui aura huit Parties ,
peut intéreſſer , par la variété & même
par Putilité des ſecrets ou recettes que
AOUT. 149 17778
01/
e. i
20%
ver
cka
ras
but
l'Editeur a extrait de différens Ouvrages
connus & eſtimés.
Idées préliminaires ou Proſpectus d'un ouvrage
ſur les pêches maritimes de
France. Par M. Lemoyne , Maire de
la ville de Dieppe; brochure in 80. de
56 pages. A Paris , de l'Imprimerie
Royale.
M. Lemoyne fit connoître , par deux
ape Mémoires qu'il préſenta au Miniſtere en
1775 , combien l'augmentation progreſ
five des droits fur le poiſſon , aux entrées
de de Paris , étoit nuiſible à la pêche mari
time , & ces droits furent diminués.
Mais la conſommation qui ſe fait à Paris,
toute conſidérable qu'elle eſt , n'étant
w/ comparable à celle qui ſe fait dans toutes
7/ les provinces du Royaume , qui ne parpas
ticipent point à ce foulagement
, le ſuccès des deux premiers Mémoires
a fait déſi rer la rédaction
d'un troiſieme
, dont la nt ville de Dieppe a chargé M. Lemoyne
, & dont l'objet eſt de rendre ſenſibles
les obſtacles & les inconvéniens qui arrêtent encore le progrès de la pêche nationale
, & d'indiquer
les moyens de la faire pares
venir au degré leplus floriſſant.
K3
150 MERCURE DE FRANCE.
L'agriculture & la pêche peuvent être
conſidérées comme les deux mamelles de
l'Etat. Indépendamment de ce que les
productions des mers , augmentent les
richeſſes relatives d'un Royaume , en y
faiſant circuler des maſſes d'or &d'argent
qui n'y étoientpas , elles accroiſſent ſes richeſſes
réelles , parce que ces productions
ſervent , ainſi que celles de la terre , à la
nourriture d'un plus grand nombre de
ſujets. Les pêcheries ont été auſſi conſidérées
, avec raiſon , comme des mines
toujours ſubſiſtantes , qui donnent de
l'occupation aux mains que les terres &
les manufactures d'un Etat ne peuvent
employer. Cette branche de l'occupation
des hommes eſt encore bien précieuſe ,
puiſqu'elle accroît la population , aug
mente la valeur des falines , & qu'elle eſt
le berceau & l'école la plus fûre des Ma
telots. C'eſt d'après ces principes qui
Aſont expoſés avec plus de développement
dans le Profpectus , que M. Lemoyne en
treprend de donner un tableau de la fituation
& du commerce des pêches na.
tionales. Nous commencerons ,
" dit
l'Auteur , par celles de la marée fraîche,
à la ſuite de laquelle nous traitérons
p de la police des péches en général , &
:
A.
AOUT. 1777. 151
1
ic
à
5
4
5
4
31
1
nous examinerons les cauſes de la dé-
„population du poiſſon ſur nos côtes ;
„ les loix de police , leur inexécution ,
„ les différentes manieres de pêcher les
„ plus en uſage: nous diftinguerons celles
que nous croyons deſtructives ; nous
rechercherons les moyens de nous pro-
„ curer les meilleurs poiſſons plus frais ,
„& de les pouvoir tranſporter plus loin :
de-là , nous paſſerons aux pêches ſalées
„ du hareng , du maquereau & de la
„morue , qui font les objets les plus intéreſſans
de notre commerce ; nous
donnerons ſur toutes ces différentes
„ pêches le détail des frais & des dépenſes
auxquels chacune eſt aſſujétie , ſon
„ produit , le profit de l'Armateur & du
„ Pêcheur , les droits dont chacune eſt
» grévée à l'entrée , à la circulation & à
„ la conſommation , les entraves qui
„ reſtraignent & gênent ce commerce.
„Nous comparerons , autant qu'il fera
„en notre pouvoir , toutes ces pêches
„à celles des Nations voiſines , & nous
„ rechercherons les cauſes de la préféren-
„ ce preſque univerſelle qu'elles ont ſur les
nôtres. Ce plan ne nous permet pas de
„ nous borner à ce qui intéreſſe particu-
„ lierement les pêches & le commerce
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
111
t
,, de la ville de Dieppe ; nous sommes
,,forcés d'embraſſer tous ce qui concerne
„ les pêches en général. Nous ferons en
,, forte de ne rien omettre de ce qui eſt
,, relatif à celles qui ſe font dans les au-
,, tres Ports de la Manche , & qui ſont
,, ànotre connoiſſance. Nous finirons par
, la pêche de la baleine , abſolument
,,abandonnée par les François , & nous
,, ferons connoitre les avantages qu'il y
„ auroit à la rétablir."
M. Duhamel du Monceau eſt le pre.
mier qui ait entrepris de travailler cet ob,
jet avec toute l'étendue qui eſt propre;
mais cetOuvrage , que l'Auteur continue,
n'embraſſe point encore tout ce qui inté.
reſſe les pêches , conſidérées comme un
objet de commerce. Il étoit réſervé àM.
Lemoyne , bien connu par fon zele éclairé
&patriotique , d'entreprendre ce grand
Ouvrage.
Il eſt dans toute branche de travail &
de commerce , dans celle de la pêche ,
fur-tout , des obſtacles , & même des
maux, qui ne peuvent être connus que
par ceuxqui en reſſentent directement&
perſonnellement les effets : tout tableau
qui en fera tracé par une main étrangere
fera toujours infidele , & ne peut tendre
AOUT.
1777. 153
1
1
OL
qu'à induire en erreur. C'eſt du Pêcheur ,
c'eſt de l'Armateur , c'eſt du Négociant
qu'il faut les apprendre ; c'eſt auſſi dans
ces fources que M. Lemoyne a puiſé la
majeure partie des faits & des obſervations
que fon Mémoire contient. LeGouvernement
, toujours attentif àfaire jouir
De la Nation de ſes plus grands avantages ,
a favorisé M. Lemoyne dans ſes recherches
& ſes travaux ; & il y a lieu d'eſpérer
que tout Citoyen inſtruit & éclairé
ſecondera les vues du Gouvernement ,
en procurant à M. Lemoyne des Mé
moires & Obfervations ſur les objets
qu'il ſe propoſe de traiter , & que nous
avons expoſés plus haut d'après le Profel
pectus. Les perſonnes , eſt- il dit dans
l'avertiſſement de ce Proſpectus , qui
,, voudront bien aider à completter cet
,, Ouvrage , font priées d'adreſſer leurs
,, Obſervations & Mémoires à M. Le-
,, moyne, Maire de Dieppe , & d'y
,, mettre une ſeconde enveloppe à l'adreſſe
de M. de Sartine , Miniſtre &
Secrétaire d'Etat de la Marine , ou à
celle de M. le Directeur Général des
Finances. Elles font auſſi priées d'y
joindre l'indication de leur demeure ,
afin que M. Lemoyne puiſſe , ſi elles
gt
و د
"
و و
ود
و د
"
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
CC
,, l'y autoriſent , leur demander des
éclairciſſemens ultérieurs , & leur en-
,, voyer un exemplaire de l'Ouvrage " ,
"
Journal Historique & Politique des principaux
Evénemens des différentes Cours de
l'Europe. 1777.
Ce Journal eft composé de 36 cahiers
par an, & paroît exactement trois fois
par mois. Le prix de l'année entiere ,
eſt de 18 liv. , franc de port dans toute
la France. On eſt libre de ſouſcrire en
tout temps , à Paris , chez Lacombe ,
Libraire , rue de Tournon.
Ce Journal devient de plus en plus
intéreſſant dans la circonſtance préſente
des affaires de l'Europe. On y trouve rafſemblés
, non - feulement toutes les nouvelles
répandues dans la foule des papiers
étrangers & François , mais encore
des faits particuliers ſur différens objets.
Ces événemens & anecdotes ſont rédi
gés dans un ordre & d'une maniere à
rendre ce Journal , l'Hiſtoire du temps la
plus complette , la plus exacte & la plus
curieuſe,
AOUT. 1777. 155
e.
01
er
e
3
ANNONCES LITTÉRAIRES,
Repertoire universel & raisonné de Jurisprudence
civile , criminelle , canonique&
bénéficiale , Ouvrage de pluſieurs Jurif.
conſultes ; in- 8°. Il en paroît actuellement
12 volumes , & on en publie huit
par an. Ce grand Ouvrage renferme
toute la doctrine de la Juriſprudence ,
puiſée dans les meilleures fources; les
noms des Avocats ſe trouvent à chaque
article. La ſouſcription ſera fermée le
I Octobre prochain: il faut s'adreſſer à
Paris , à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Abrégé de l'Art des Accouchemens ,
dans lequel on donne les préceptes neceſſaires
pour le mettre heureuſement
en pratique , & auquel on a joint plured
ſieurs Obſervations intéreſſantes ſur des
cas finguliers ; Ouvrage très - utile aux
jennes Sages- Femmes , & généralement
à tous les Eleves , en cet Art , qui deſirent
de s'y rendre habiles ; nouvelle édiert
tion, Volume in- 8°, avec figures gravées
156 MERCURE DE FRANCE.
C
L
en taille-douce, & imprimées en couleurs;
par Madame le Bourſier du Coudray
, Maîtreſſe Sage-Femme de Paris ,
penſionnée & envoyée par le Roi pour
enſeigner à pratiquer l'Art des Accouchemens
dans tout le Royaume. Prix,
7 liv. 4 f. relié. A Paris , chez Debure
pere , Libraire , Quai des Auguſtins , au
coin de la rue Git-le-coeur , 1777 .
Le titre de cet Ouvrage fuffit fans
doute pour en faire connoître l'emploi
&l'utilité.
1.
On trouve à Paris , chez Moutard , Libraire-
Imprimeur, les Livres ſuivans :
Supplément à l'histoire de la rivalité de
la France & de l'Angleterre , & à l'hiftoire
de la querelle de Philippe de Valois
&d'Edouard III , 4 vol. in-12.
Dictionnaire des origines , découvertes ,
inventions & établiſſemens , ou Tableau
hiſtorique de l'origine & des progrès de
tout ce qui a rapport aux ſciences & aux
arts; aux modes & aux uſages anciens&
modernes ; aux différens états , dignités ,
titres ou qualités ; & généralement à
tout ce qui peut être utile, curieux
AOUT.
1777- 157.
100 CO
intéreſſant pour toutes les claſſes des citoyens
, par une ſociété des gens de
Lettres. 3 vol. grand in- 80, reliés , 18 liv.
Eſſai fur les maladies des Artisans ,
traduit du Latin de Ramazzini , avec
bd des notes & des additions , par M. de
Fourcroy , Maître ès Arts en l'Univerſité
de Paris , & Etudiant en Médecine,
an in-12 ; broc. , 3 liv. 12 f.
pb

Confidence Philosophique , ſeconde édition
, revue& augmentée. 2 vol. in-8°.;
br 3 liv. 12 f.
Histoire Naturelle de la Province de
Languedoc , partie minéralogique &
géoponique , publiée par ordre de Nofſeigneurs
des Etats de cette Province ;
par M. de Genſſane , de l'Académie de
Montpellier , Correſpondant de celle
de Paris , &c.
Tome fecond , comprenant les Dioceſes
de Narbonne , St. Pons , Lodeve &
le Gévaudan ; le tout précédé d'un dif.
cours ſur l'Hiſtoire du Regne minéral.
ite in- 8°. A Montpellier , chez Rigaud ,
Ent Pons & Compagnie. A Paris , chez
Moutard.
158 MERCURE DE FRANCE .
ACADÉMIES.
CAEN.
İ.
M. ESMANGART , Intendant de Caeri ,
animé du deſir de procurer aux Peuples
de la Généralité , dont l'adminiſtration
lui eft confiée , les richeſſes & le bonheur'
dont elle eſt ſuſceptible , a déſtiné une
ſomme de 400 livres pour un prix , conſiſtant
en une Médaille d'or , à décerner
pour chacune des années 1777 & 1778 ,
aux Auteurs des mémoires qui ſatisferont
le mieux aux queſtions que l'Académie
des Belles Lettres de Caenjugera le plus
convenables aux intérêts de la Baſſe-Nor
mandie.
Le ſieur Lefebvre , Ingénieur en chef
des Ponts & Chauſſées , Ports de com.
merce , & autres ouvrages publics de la
Généralité, Directeur de l'Académie ,
a, dans la Séance publique du 10 Avril
préſent mois, annoncé pour le Prix de
C
C
G
C
AOUT. 1777. 159 .
l'année 1777 , à adjuger ſeulement dans
la premiere Séance , après Pâques de
l'année 1778 , la queſtion ſuivante :
ود Quelles ont été les principales branches
du commerce de la ville de Caen
,, depuis le commencement du onzieme
,, fiecle (*) , & plus particulierement de-
ود
en
(*) L'on est fondé àcroire que le Comunerce de la Ville de
Caen étoit considérable dès l'an 1026 , du tems de Richard ,
Duc de Normandie , troisieme du nom , puisqu'il est fait mens
tion dans son contrat de mariage avec la Princeſſe Adele ,
de la donation , dans le Comté de Bayeux , de la Ville de
Caen , ſituée sur le fleuve de l'Orne, & de ses environs ,
avec ses Eglises , ſes vignes , près, moulins , Son marché,
Sa douane , fon port & toutes ses dépendances.
Et in concitatu Bajocaſenſi , concedo Villam que dicitur
„ Cathim , super fluvium olna , circumquaque , cum Eccle-
,, ſiis , vineis , pratis , molendinis , cum foro , tetonio , portu
& omnibus appenditis suis " . Hift. Eccl. de Normandie
, Tome II. à la fin.
Dans une Lettre en vers latins , de Rodulphus Tartarius
(Moine de Fleur maintenant Saint Benoît -fur- Loire) le-
100 quel vivoit entre 1096 & 1145 , il est aussi parlé de la fitud
tión de la Ville de Caen, & de ce qui la rendoit floriſſante
que dès-lors : vers la fin du regne de Philippe I , le Poëte
edit avoir vu dans cette Ville un beau palais , où le marbre
métoit prodigue; ily fait mention d'une multitude de Mar
160 MERCURE DE FRANCE .
,, puis laréunion duDuché de Norman-
,, dieà la Monarchie Françoiſe ? Quelles
" ſont celles qu'il feroit le plus avanta
,, geux& le plus facile d'y établir ou d'y
étendre , relativement au fol du pays , "
ود à fes productions , à ſes débouchés ac-
,, tuels , à ceux qu'il eſt poſſible de lui
,, procurer , à ſes loix, coutumes & ufa.
,, ges ; & quels feroient les moyens d'y
parvenir" ?
Le ſieur Lefebvre a pareillement an
noncé pour le ſujet du Prix de l'année
1778 , lequel ſera adjugé dans la Séance
publique , après la Saint Martin de ladite
année 1778 , la queſtion ſuivante :
,, Quels font les arbres , les arbuſtes &
les plantes qui , croiffant fur le rivage
de la Mer , fans avoir néanmoins béfoin
d'en être baignés à toutes les ma-
23 rées , pourroient être employés à la
conſtruction des digues & épis nécef-
ود
و د
و د
faires
chands , & de toutes les marchandises qu'on trouvoit dans le
Forum , étoffes de laines , de lin & de foie , épiceries diver
Ses, cuirs de toutes façons , boissons & denrées de toute ef
pece, le nécessaire & le fuperfiu ; il dit auſſi y avoir res
contré des Négocians de toutes les Nations Mém. de l'Acad
des Infcrip. Tome XXI. in-4 . page 512 .
و
f
1
AOUT. 1777. 161
1
D
le
u
," ſaires ſur les côtes & le long des ria
vieres , dans lesquelles la Mer monte ,
, pour défendre de ſes irruptions , les
,, terreins qui les bordent ? Quelle eſt la
culture de ces arbres , arbuſtes & plan-
„ tes , & quels ſeroient les meilleurs
,, moyens à employer pour en former des
s, digues à la fois les plus économiques
" &les ſeules fufceptibles d'une réſiſtance
;, conſtante&progreſſive , en même-tems
,, qu'elles procureroient aux propriétaires
riverains un produit annuel par
, leurs coupes périodiques " .
"
L'Académie eſtime que les Auteurs
feront bien d'examiner principalement
les plantes réſineuſes.
La multiplicité des digues néceſſaires
pour la conſervation des terreins précieux
af ſitués ſur les bords de la Mer & le long
des rivieres , dans lesquelles ſe font ſentir
le flux & le reflux , & pour l'acquifition
d'autres terreins encore couvertspar
la Mer à toutes les marées , & fufceptibles
de former également les pâturages
les plus gras , rendent cette derniere queſ
* tion on ne peut plus intéreſſante, nonſeulement
pour la Généralité de Caen,
mais encore pour toutes les Provinces
maritimes. Il existe un petit arbre (le
L
162 MERCURE DE FRANCE.
Tamaris) ayant à- peu - près les conditions
demandées: il eſt aſſez commun
en Italie , en Eſpagne & même dans les
Provinces Méridionales de France ; on
en trouve auſſi en Allemagne , & même
il y en a quelques plants dans la Généralité.
fur le Territoire de Cabourg , près de Dives
, & fur ceux d'Hermanoille & d'Oyftrehans
, près Caen ; il eſt facile à multiplier;
il feroit ſeulement à deſirer que
fes racines fuſſent un peu plus fibreuſes ;
cependant tel qu'il eſt , on eſtime qu'il
peut être fort utile dans la conſtruction
des digues , parce qu'on eſpere que les
tunages&clayouages auxquels on pourra
l'employer prendront racine , & ne pouriront
pas comme ceux faits avec les
bois ordinaires , même avec le ſaule &
l'ofier , que l'eau ſalée fait mourir. L'eſſai
du Tamaris dont être fait; mais il peut
être d'autres arbuſtes ou plantes , inconnus
dans ce Pays , & qui lui ſoient préférables.
7 Les Mémoires feront adreſſés avec les
formalités preſcrites par toutes les Académies
, pour que les Auteurs ne ſoient
connusqu'après le jugement , ſous le couvert
de M. Eſmangart , Intendant de
Caen, ou francs de port , à M. Moizan ,
Profeſſeur d'Eloquence , & Secrétaire
AOUT.
163 1777
C
e
me
perpétuel de l'Académie ; ſavoir , pour la
premiere queſtion , avant le premier Février
1778 , & pour la ſeconde , avant le
premier Octobre de la même année.
Le concours ne ſera interdit qu'aux
a ſeuls Membres titulaires de l'Académie ;
el les Correſpondans & Aſſociés de la Pro-
O vince , ſont particulierement invités à
alt s'occuper des queſtions propoſées.
e
II .
Séance publique de la Société Royale d'A
griculture d'Auch , tenue le 10 Mai
1777 .
La Société Royale d'Agriculture
d'Auch , célebra le 10 Mai , ſelon
fon uſage , l'avénement du Roi au
Trône ; M. l'Archevêque d'Auch ,
Membre de la Société , dit la Meſſe
Pontificale. L'après -midi du même jour ,
la Société tint ſa ſéance publique , où
fon fit , pour la premiere fois , la diſtri .
bution des Prix que Sa Majefté a bien
les voulu accorder à la protection dont M.
at Bertin , Miniſtre, honore cette Société ,
ois & à la follicitation de M. de la Boulaye ,
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
LA
Intendant, qui , connoiſſant le bien
qui peut en réſulter pour ſa généralité ,
prévient toujours les occaſions de le lui
procurer. On a d'abord adjugé une gerbe
d'argent pour Prix du meilleur ouvrage;
il avoit pour titre : Mémoire fur la cul.
ture des pommes de terre , & l'avantage
qu'il y auroit qu'elle fût pratiquée en Gas.
cogne.... & pour devise.... Loquere terræ &
refpondebit tibi. M. Beguillet , Inſpecteur
des Vingtiemes de la Generalité
d'Auch , en eſt l'Auteur. Enſuite, on
a diſtribué des Prix pécuniaires aux
meilleurs cultivateurs & améliorateurs
desdifférentes Communautés qui avoient
été déſignées & viſitées par des Commifſaires
nommés par le Bureau de la Société.
Cet encouragement , accompagné
du certificat honorable qui fut donné à
chacun de ces bons Laboureurs , produiſit
la plus vive ſenſation: le Peuple ,
peu démonſtratif, ne put diſſimuler le
zele& l'émulation dont il ſe ſentoit pénétré
; il n'a qu'un cri pour demander
les inſtructions de la Société , qui fait
tous ſes efforts pour l'engager de les
mettre en pratique. La Société a donné
pour ſujet du Mémoire , qui devra concourir
pour le Prix d'honneur , l'année
AOUT. 1777. 165
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prochaine.... quelle feroit la méthode la
moins diſpendieuse pour se procurer des
fourages dans de mauvais terreins , fans
lesecours du fumier , & d'y rendre fertiles
les prairies hautes &moyennes. Les Mémoires
doivent être remis dans le cours
1 du mois de Février , à M. le Secrétaire
perpétuel , ſous la double enveloppe de
M. l'Intendant d'Auch ; la Société s'occupe
ſi ſérieuſementde ſon objet , qu'elle
adélibéré de ſe cottiſer pour prendre dif
férens fonds où elle fera , à ſes frais , des
expériences d'agriculture démonſtratives
au Public. M. l'Archevêque d'Auch , qui
aſſiſta à la Séance publique , comme
Membre de la Société , fut ſi pénétré de
l'émulation & du ſentiment qu'inſpirerent
les Prix qui furent diſtribués ,
qu'il annonça qu'il donneroit à pareil
jour de l'année prochaine , deux Prix
pécuniaires aux deux Particuliers qui au-
* roient le mieux cultivé les pommes de
terre. Ce Prélat , connu par ſa bienfaiſance
, & qui a mérité la couronne civique
, plein de zele pour procurer l'avantage
de ſes Diocéſains , a cru avec
raiſon , que cette culture, juſqu'à - préjos
ſent inconnue dans cette Province , y ſe.
roit de la plus grande reſſource pour la
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
LI
يف
ſubſiſtance des hommes & des animaux ,
fur- tout dans les circonstances malheureuſes
auxquelles elle eſt fréquemment
expofée.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue avec ſuccès les repréſentations
d'Ernelinde. Mademoiselle Durancy a
heureuſement remplacé Mademoiselle
le Vaſſeur dans le principal rôle , & M.
Lainée joue & chante avec applaudiſſe.
ment le rôle de Sandomir.
Ce ſpectacle , foutenu par une grande
variété , par une muſique d'effet , & par
des chants bien modules , fera toujours
beaucoup de plaiſir .
On répete lOlympiade , Tragédie -lyrique
, dont la muſique eſt de M. Sac .
chini , célebre Compoſiteur Italien.
AOUT. 1777. 167
میرت
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François continuent
les repréſentations de Gabrielle de Vergy ,
ſpectacle terrible , joué avec tant d'énergie
& de vérité , que l'on veut le revoir ,
& que l'on ne peut s'empêcher de le
repouſſer en le voyant.
On prépare à ce Théâtre pluſieurs
nouveautés , entr'autres , l'Amant Bourru ,
D Comédie nouvelle de M. Monvel , Auteur
& Acteur très-diftingué.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
le ſamedi 19 Juillet , la repréſentation
e d'Ernestine , Comédie en trois actes , mêlée
d'ariettes.
Ernestine vit dans l'aiſance qu'une
* Parente ſemble lui procurer , & dans
l'exercice des arts de la muſique & de
la peinture , qui font ſes délices; elle eft
fur- tout très - ſenſible à la tendre amitié
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un jeune Seigneur , plein de vertus
de belles qualités. Sans ceſſe occupée de
lui, elle croit encore le voir lorſqu'il eſt
abſent: elle le peint; elle fait & recommence
ſonportrait tel qu'il eſt gravé dans
ſon imagination. Sa Femme-de-chambre
lui fait avouer, ſans peine , que cette
amitié reſſemble beaucoup à l'amour.
Cette Suivante eſt l'amie de l'Intendant
du Marquis: leur fort dépend du mariage
de leurs Maîtres . Ils concertent les
moyens de le faire reuſſir ; mais l'Intendant
prévoitdes obſtacles qui l'inquietent,
& il a des ſecrets qu'il ne veut pas dire.
Cependant le Marquis tant deſiré arrive ;
on veut l'introduire chez Ernestine. Le
peu d'empreſſement qu'il a de la voir,
annonce quelque fâcheuſe aventure. En
effet le Marquis ne fait comment prévenir
Erneſtine de la volonté de ſonpere,
qui veut lui faire épouſer une riche hé
ritiere ; & que ni ſes refus , ni ſes prie .
res n'ont pu fléchir. Ernestine vient,
&marque par les plus tendres ſoins , le
plaiſir qu'elle a de le voir. Elle lui pré
ſente une boîte qui renferme un por.
trait, dont elle ne peut aſſez faire l'éloge.
Le Marquis ſe reconnoît dans cette peinture:
ſa ſenſibilité égale ſa ſurpriſe, Elle
Huwun
AOUT. 1777. 169
veut auſſi qu'il juge de ſes progrès dans
la muſique; elle ſemble lui faire un
hommage continuel de ſes études & de
ſes talens. Tant de candeur , tant de vertus
& d'attachement, lui font échapper
des regrets de prendre un autre engage.
ment. Sa triſteſſe alarme Erneſtine ; elle
00 en ignore encore le ſujet. Le Marquis ,
Hat craignant de l'affliger , s'éloigne d'elle ;
et

il donne des ordres à fon Intendant , &
ats le rend confident de la réſolution où il
eſt de tout ſacrifier à ſa paſſion. L'Inten
dant cherche à le raſſurer , en lui diſant
qu'il foupçonne que la riche héritiere
✓ que ſon pere veut lui faire épouſer , en
aime un autre que lui , & que cet amour
pourroit favoriſer celui qu'il a pour Er
neſtine. Le Marquis repouſſe cette idée ;
mais l'Intendant s'y attache , & charge
un Domeſtique de courir en poſte , &
d'aller prendre certaines informations,
Cependant la parente d'Ernestine , alar
mée que le Marquis ait pris fon nom
pour faire paſſer à Ernestine des richeſſes
qu'elle n'auroit pas voulu accepter de
lui , craint que ce ne ſoit des pieges tendus
à ſa vertu , & une ſurpriſe faite à
ſa délicateſſe. Elle lui en fait part ; elle
l'informe en même tems du mariage du
T
LS
170 MERCURE DE FRANCE.
$
Marquis : cette double nouvelle l'accable
de douleur. Ernestine veut renoncer à
ſes préfens & juſqu'au plaiſir de le voir.
Le Marquis eft indigné que l'on ait ofé
calomnier ſes intentions & fes bienfaits:
il s'engage envers ſa Maîtreſſe de ne
point former d'autres noeuds; mais Erneſtine
le refuſe encore , ne voulant pas
être la cauſe de ſa déſobéiſſance & de
ſes malheurs : heureuſement le Courier
envoyé par l'Intendant , apporte des nouvelles
du mariage de la riche héritiere ,
ce qui rend au Marquis la liberté de
former l'union qu'il defire, & ce qui
lui concilie la volonté de ſes parens.
Le Poëte a négligé de ménager dans
cette Piece des ſituations , des contraſtes
& des caracteres , qui euſſent renda
l'action plus vive & plus intéreſſante.
L'Amateur , très-diftingué par plus d'un
talent , qui a composé la muſique , a tiré
tout le parti qu'il pouvoit d'un plan auſſi
ingrat : on a remarqué des duo trèsagréables
, des airs brillans , des morceaux
d'enſemble qui lui font honneur ,
&qui atteſtent un bon ſtyle , avec beaucoup
de connoiſſance , de facilité & de
talent. Mais , en France , on juge le poëme
avant la muſique, & l'art du Muficien
ne
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AOUT. 1777- 171
de
ne peut jamais couvrir entierement les
défauts du Drame.
,
Les principaux rôles de cette Piece
ont été remplis par Meſdames Trial
Billioni & Dugazon, par MM. Clairval ,
Trial & Narbonne.
e
ا
On a donné ſur le même Théâtre ,
le mercredi 23 juillet , la premiere repréſentation
de Laurette , Comédie nouvelle
en un acte , mêlée d'ariettes.
Laurette , douée de tous les dons de
la nature , mais dépourvue de fortune ,
eſt retirée avec ſon pere dans un petit
bien de campagne , qui fournit à peine à
leurs beſoins . Cette aimable fille eſt deftinée
à épouſer un riche Fermier , qu'elle
n'aime point; heureuſement pour elle ,
un incendie dans le hameau a attiré les
fecours & la bienfaiſance d'un jeune
Seigneur qui , dans cette circonſtance ,
a vu Laurette , & qui en eſt devenu
paſſionnément amoureux. Ce Seigneur
forme dès lors le projet de s'unir par
d'éternels liens à cettebeauté. Envain fon
Ami veut- il le détourner de ce deſſein &
en plaifanter , il y perfifte & cherche les
De
10-
My
172 MERCURE DE FRANCE.
com
faut
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moyens d'obtenir le conſentement de
Laurette; ce qui lui eſt d'autant plus facile,
que Laurette n'a pu ſe défendre de l'ai
mer. Blaiſe le Fermier ſent bien que ni
ſon âge , ni ſa fortune, ni ſon état ne
ſauroient plaire à cette jeune beauté. Il
n'en peut plus douter , lorſqu'une Commere
du Village rapporte ce qu'elle a vu
&entendu des amours de Laurette & du
Marquis. Ce Seigneur eſt lui-même ſurpris
par le pere de Laurette , au moment
qu'il lui propoſe de l'emmener. Laurette
témoigne combien elle ſeroit affligée de
quitter ſon malheureux pere ; mais fon
Amant atteſte qu'il veut faire ſon bonheur
& celui de ſa famille. Le Marquis
va ſe diſpoſer pour ſon départ avec fon
Amante. Le pere de Laurette vient alors
lui reprocher ſa honte&fon ingratitude :
elle ne peut réſiſter à ces juſtes plaintes ;
elle avoue ſa faute , dont ſon amour est la
cauſe & l'excufe. Le Marquis eſt interdit
de retrouver ſon Amante avec ſon pere:
il ſe jette aux pieds du Vieillard ; il lui
demande pardon de ſes torts , & proteſte
qu'il veut les réparer en époufant Laurette.
Le pere fait remarquer à ſa fille
combien le crime humilie l'homme ;
cependant il conſent à leur mariage ,
lorfo
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AOUT.
173 1777 .
comme au ſeul moyen de réparer leur
faute ; mais il veut encor reſter dans fon
obſcurité. L'Ami du Marquis ſurvient
lorſque tout s'arrange : il ne peut s'empêcher
de marquer ſa ſurpriſe d'une alliance
ſi diſproportionnée. Le pere alors
Cleur apprend que fa naiſſance eſt égale à
celle du Marquis ,& que ſi ſa fille n'eſt pas
ed inſtruite de ſa noble origine , c'eſt que
fl'infortune l'a obligé de lui en faire un
ſecret. Le pere embraſſe ſes enfans , &
leur pardonne. Blaiſe le Fermier ne pouvant
obtenir Laurette, reçoit un préſent
du Marquis , & épouſe la bonne Ména
gere qui a pris ſoin de l'avertir que
Laurette n'étoit pas pour lui , & qu'elle
lui convenoit beaucoup mieux.
L'Auteur , avec de l'eſprit &dutalent , a
mis troppeu d'art dans la conduite decette
piece ; il n'a point ſu préparer & ménager
l'intérêt de l'action , & il a trop négligé
ſon ſtyle. M. Merault , Compoſiteur
diftingué , a fait la muſique de cette
Piece , où il a développé ſes talens &
ſes connoiſſances: pluſieurs airs & quelques
morceaux d'enſemble ont été fort
applaudis. On a trouvé ſeulement qu'il
s'eſt ſouvent élevé au - deſſus du genre
172 MERCURE DE FRANCE.
HEUNIVERCITY OFMICHICAN LIBRARIES
moyens d'obtenir le conſentement de
Laurette ; ce qui lui eſtd'autant plus facile,
que Laurette n'a pu fe défendre de l'aimer.
Blaiſe le Fermier ſent bien que ni
fon âge , ni ſa fortune , ni ſon état ne
ſauroient plaire à cette jeune beauté. Il
n'en peut plus douter , lorſqu'une Commere
du Village rapporte ce qu'elle a vu
&entendu des amours de Laurette & du
Marquis. Ce Seigneur eſt lui-même ſurpris
par le pere de Laurette , au moment
qu'il lui propoſe de l'emmener. Laurette
témoigne combien elle ſeroit affligée de
quitter ſon malheureux pere ; mais fon
Amant atteſte qu'il veut faire fon bonheur
& celui de ſa famille. Le Marquis
va ſe diſpoſer pour ſon départ avec fon
Amante. Le pere de Laurette vient alors
lui reprocher ſa honte&fon ingratitude :
elle ne peut réſiſter à ces juſtes plaintes ,
elle avoue ſa faute ,dont ſon amour est la
cauſe & l'excuſe. Le Marquis eſt interdit
de retrouver ſon Amante avec ſon pere :
il ſe jette aux pieds du Vieillard ; il lu
demande pardon de ſes torts , & proteſte
qu'il veut les réparer en épouſant Lau
rette. Le pere fait remarquer à ſa fill
combien le crime humilie l'homme
cependant il conſent à leur mariage
AOUT . 173 1777.
E V
comme au ſeul moyen de réparer leur
faute ; mais il veut encor reſter dans fon
obſcurité. L'Ami du Marquis ſurvient
lorſque tout s'arrange : il ne peut s'empêcher
de marquer ſa ſurpriſe d'une alliance
ſi diſproportionnée. Le pere alors
leur apprend que fa naiſſance eſt égale à
celledu Marquis ;& que ſi ſa fille n'eſtpas
de inſtruite de ſa noble origine , c'eſt que
Tur l'infortune l'a obligé de lui en faire un
ſecret. Le pere embraſſe ſes enfans , &
leur pardonne. Blaiſe le Fermier ne pouevant
obtenir Laurette, reçoit un préſent
du Marquis , & épouſe la bonne Ména
of gere qui a pris ſoin de l'avertir que
Laurette n'étoit pas pour lui , & qu'elle
lui convenoit beaucoup mieux.
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L'Auteur , avec de l'eſprit &du talent , a
mis trop peu d'art dans la conduitedecette
toi piece ; il n'a point ſu préparer & ménager
l'intérêt de l'action , & il a trop négligé
ſon ſtyle. M. Merault , Compoſiteur
bert diftingué , a fait la muſique de cette
Piece , où il a développé ſes talens &
teft ſes connoiſſances: pluſieurs airs & quel- Lau ques morceaux d'enſemble ont été fort
fille applaudis . On a trouvé ſeulement qu'il
me, s'eſt ſouvent élevé au- deſſus du genre
172 MERCURE DE FRANCE.
:
moyens d'obtenir le conſentement de
Laurette ; ce qui lui eſt d'autant plus facile,
que Laurette n'a pu ſe défendre de l'ai
mer. Blaiſe le Fermier ſent bien que ni
fon âge, ni ſa fortune , ni ſon état ne
fauroient plaire à cette jeune beauté. Il
n'en peut plus douter , lorſqu'une Commere
du Village rapporte ce qu'elle a vu
&entendu des amours de Laurette & du
Marquis. Ce Seigneur eſt lui-même ſurpris
par le pere de Laurette , au moment
qu'il lui propoſe de l'emmener. Laurette
témoigne combien elle ſeroit affligée de
quitter ſon malheureux pere ; mais fon
Amant atteſte qu'il veut faire fon bonheur
& celui de ſa famille. Le Marquis
va ſe diſpoſer pour ſon départ avec fon
Amante. Le pere de Laurette vient alors
lui reprocher ſa honte&fon ingratitude :
elle ne peut réſiſter à ces juſtes plaintes ;
elle avoue ſa faute ,dont ſon amour est la
cauſe& l'excuſe. Le Marquis eſt interdit
de retrouver ſon Amante avec ſon pere :
il ſe jette aux pieds du Vieillard; il lui
demande pardon de ſes torts , & proteſte
qu'il veut les réparer en épouſant Laurette.
Le pere fait remarquer à ſa fille
combien le crime humilie l'homme ;
cependant il confent à leur mariage ,
AOUT. 1777. 173
-
comme au ſeul moyen de réparer leur
faute ; mais il veut encor reſter dans ſon
obſcurité. L'Ami du Marquis ſurvient
lorſque tout s'arrange: il ne peut s'empêcher
de marquer ſa ſurpriſe d'une alliance
ſi diſproportionnée. Le pere alors
leur apprend que ſa naiſſance eſt égale à
celle du Marquis ;& que ſi ſa fille n'eſt pas
inſtruite de ſa noble origine , c'eſt que
l'infortune l'a obligé de lui en faire un
ſecret. Le pere embraſſe ſes enfans , &
leur pardonne. Blaiſe le Fermier ne pouvant
obtenir Laurette, reçoit un préſent
du Marquis , & épouſe la bonne Ména
gere qui a pris ſoin de l'avertir que
Laurette n'étoit pas pour lui , & qu'elle
⚫ lui convenoit beaucoup mieux.
L'Auteur , avec de l'eſprit&du talent, a
= mis trop peu d'art dans la conduitedecette
: piece ; il n'a point ſu préparer & ménager
l'intérêt de l'action , & il a trop négligé
ſon ſtyle. M. Merault , Compoſiteur
diſtingué , a fait la muſique de cette
Piece , où il a développé ſes talens &
e ſes connoiſſances: pluſieurs airs & quelques
morceaux d'enſemble ont été fort
applaudis . On a trouvé ſeulement qu'il
s'eſt ſouvent élevé au - deſſus du genre
174 MERCURE DE FRANCE.
qu'il devoit traiter , & qu'il n'a pas toujours
proportionné ſa muſique aux caracteres
des perſonnages & à l'expreffion
des paroles.
:
Les principaux rôles de cette Piece
ont été très - bien joués & chantés par
MM. Julien , Trial , Narbonne , Michu
, & par les Demoiselles Colombe &
Moulinghen.
On a remis le mardi 22 Juillet , Arle.
quin Sauvage , Comédie Françoiſe , en
trois actes & en proſe , de Delifle. Cette
Piece , remplie d'une philofophie agréa
ble & gaie eſt parfaitement jouée par
M. Carlin , Acteur ſi vrai , ſi naturel,ſi
aimable , elle a été très bien accueillie.
AOUT . 175 1777-
1
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Promeſſe approuvée , Eſtampe de 16
pouces 6 lignes de largeur , ſur 13
pouces 6 lignes de hauteur , gravée
d'après le tableau original de M. Lépicié
, Peintre du Roi , par M. Hemery.
A Paris , chez l'Auteur , rue
Caffette , maiſon d'un Sellier , &
chez M. Lépicié , Peintre du Roi , à
: l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture. Prix 6 liv...
:
La ſcene de ce tableau nous repréſente
un jeune homme & une jeune fille , qui
ſe donnent la foi conjugale en préſence
d'une mere de famille. Ce tableau , lors
de la derniere expoſition des Ouvrages
de l'Académie Royale de Peinture , a
obtenu les fuffrages des Amateurs par la
naïveté des expreſſions , la vérité des
détails & l'intelligence du clair obfcur.
176 MERCURE DE FRANCE.
Le ſieur Hemery , Eleve de feu Claude
Donat Jardinier , a ſu mettre à profit les
leçons de cet habile Graveur , pour caractériſer
les différens objets de ce ta
bleau , & donner à fon burin de la couleur
& de l'harmonie. Ce même Artiſte
grave , d'après un autre tableau de M.
Lépicié, une ſeconde Eſtampe , qui fera
pendant à celle que nous venons d'annoncer.
11.
L'Amour dédié au beau sexe , Eſtampe
nouvelle , de 14 pouces de hauteur , &
11 de largeur , gravée avec beaucoup de
ſoin & de talent , d'après le tableau de
M. Greuſe , Peintre du Roi , par B. L.
Henriquez , Graveur de SaMajesté Impériale
de Ruffie , rue Saint - Jacques , visa
a-vis le College du pleſſis. Prix , 3 liv.
Cette Eſtampe fait ſuite à la jeune fille ,
qui pleure la mort de fon oiseau , à la voluptueuse
, &c. &c. peints par le même
Artiſte.
On lit ces vers au bas.
Sexe charmant , c'eſt à vous qu'il ſourit ;
Il veut vous couronner , mais il cache ſes armes.
Fuyez,
AOUT.
177
1777
a
Fayez, fi de l'amour vous redoutez les charmes,
De ſa bleſffure , hélas ! jamais on ne guérit .
III.
Le ſecond Cahier du ſupplément à
la Botanique mise à la portée de tout le
monde, par Madame Regnault , a paru
au commencement de Juillet. Il eſt compofé,
comme le précédent , de vingt
Planches , & ſe paie 24 liv. A Paris ,
chez Regnault, Peintre & graveur , rue
Croix- des- Petirs- Champs , au magaſin
de chapeaux des troupes , & chez les
Libraires qui ont fourni l'Ouvrage. On
trouve , chez les mêmes, les écarts de
la nature, en 42 Planches , y compris le
groſeiller , & les quadrupedes pour l'oeuvre
de M. de Buffon ; le tout colorié.
MUSIQUE.
I.
QUATRIEME Recueil des Vaudevilles ,
des Opéras comiques , arrangés pour le
clavecin ou le forté piano, dédiés à Ma-
M
J
178 MERCURE DE FRANCE.
dame la Comteſſe d'Erouville ; par M.
Benault , Maître de clavecin. Prix , 11. 1
16 f. Chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriſtine , & aux adreſſes ordinaires
de Muſique.
II.
On trouve de même & aux mêmes
adreſſes , le vaudeville , Ah vous dirai-je
maman , avec vingt- quatre variations arrangées
pour le clavecin ou le forte-piano,
dédié à Mademoiselle Becony de
Leoube. Prix , 2 liv. 8 f.
TOPOGRAPHIE.
Nouveau Plan de la Ville de Paris & de fes
Fauxbourgs. A Paris , chez Desnos ,
rue Saint-Jacques. Prix , 12 liv. en
feuilles , & 15 liv. relié.
CE Plan , composé de pluſieurs feuilles ,
a , étant raſſemblé ,5 pieds 10 pouces de
large fur4 pieds 6 pouces de haut. Il eſt
diviſé en 20 quartiers ; & préſente dans
AOUT.
179 1777
1
-f ſon développement , les nouvelles rues ,
les nouveaux Edifices , différens paſſages
nouvellement pratiqués , & autres détails
fatisfaiſans. Il peut ſervir, par son étendue
, à décorer les corridors , les veſtibules
, les falles à manger , &c .
Le ſieur Deſnos , qui a raſſemblé dans
fon magaſin beaucoup d'Ouvrages relaes
tifs à l'Hiſtoire Naturelle , & fur-tout à
la Géographie , en a dreſſé un Catalogue
, qu'il diſtribue gratuitement aux
Amateurs ...
de
es
S,
LETTRE A M***.
Sur la maniere d'enseigner à lire aux
enfans , par l'Art Typographique.
Dans notre dernier entretien , Monfieur , vous me par
lates avec tant de préciſion de la Typographie , comme
d'une méthode qui , dans l'eſpace de quelques mois , conduit
avec certitude les enfans d'une maniere enjouée ,
non -feulement à la lecture , mais encore , ajoutâtes vous ,
à la connoiffance de l'Orthographe , que je réſolus dèses,
lors de me mettre abſolument au fait de ce ſyſtème. Pour
réuſfir , je ne perdis point de tems à faire les démar
ches néceſſaires chez pluſieurs de ceux qui ſe croyent en
stat de le montrer. Pas un d'eux ne m'ayant fatisfait,
M2
y
180 MERCURE DE FRANCE.
je découvris enfin un homme ( * ) qui a été inſtruit des
principes de ladite Méthode par l'Auteur même (+). Jufqu'à
la conversation que nous eûmes enſemble ſur, ce ſu
jet, j'en avois conçu , comme beaucoup d'autres , des
idées aſſez bizarres , me conformant aux ſentimens de diverſes
perſonnes qui ne la connoiffent que très - imparfaitement
, & qui par conséquent cauſent grand dommage
la belle &prompte lecture , peut - être même pourroit - on
dire à la république des Lettres : mais ce Maître m'en
ayant fait ſentir clairement le fond , j'en juge maintenant
d'une toute autre façon . Il m'a démontré si évidemment
la ſolidité de cette Méthode , que j'en peux raiſonner
comme un de ſes Partiſans les plus zélés ; & comme je
ſais , Monfieur , que vous aimez le vrai , je vais vous en
expoſer toute l'étendue avec le moins de prolixité qu'il
ſera poſſible.
D'abord je compris que la dénomination que l'on donne
aux lettres de l'Alphabet , dans ledit ſyſtème , ayant
pour baſe la nature & la raiſon , elle ne peut jamais induire
en erreur , puiſque les noms des caracteres y ont la
vraie prononciation qu'ils énoncent dans les fyllabes & les
mots qu'ils compoſent , en confultant fidelement les ſons
qui ſe font entendre.
Comme il n'y a rien à dire ſur les voyelles ſimples,
nous ne nous y arrêterons pas ; mais les difficultés ſont
(*) Le ſieur Chompre , frere de l'Auteur du petit Dice
tionnaire de la Fable , demeurant rue Saint - Jacques audeſſus
des Mathurins.
(+) Feu M. Dumas.
1
AOUT. 1777- 181
* grandes à l'égard de la dénomination que les confonnantes
portent dans la méthode ordinaire ; & pour applanir
ces difficultés , voici les noms qu'elles doivent avoir , &
qu'on leur donne par la Typographie , avec un exemple
ou deux fur chacune .
2
e
1
cof
les
Ons
1
Le caractere B b s'appelle be , comme dans le mot barbe
, &c. 1
La lettre Cc ayant deux effets différens, ſe nomme ce
ou ke, étant ce , dans les mots race , ci - ron, &c. &ke
dans les mots , roc , caroffe , &c .
Le caractere Dd, s'appelle de , comme dans le mot
cor - de , &c.
La lettre Ff, ſe nomme fe , comme dans le mot caraf-
fe , &c.
Le caractere G g a deux effets différens ; ſavoir , ge &
gue , comme dans le mot gi - got , où l'on voit que dans
la premiere fyllable , la prononciation gi eſt douce ; &
que dans la ſeconde , got , le ſon eft dur , &c.
La lettre Hh s'appelle he , quand elle eſt aſpirée , comme
dans les mots Héros, houblon , &c. autrement elle eſt
muette , comme dans les mots habit , homme , humeur, &c.
یگ
Le caractere Jj, ſe nomme ja ouje , ad libitum , comme
dans le mot jamais , & dans l'expreſſion dis - je , &c.
La figure Kk , porte ſa prononciation de ke , dans toutes
les occafions où elle eſt employée.
La lettre L1, ſe nomme le , comme dans le mot mule
, &c.
Le caractere Mm , s'appelle me, comme dans le mot
li -me,&c.
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
La lettre Na , ſe nomine ne , comine dans le mot lune,
&c.
Le caractere Pp , eſt appelé pe , comme dans le mot
Sou - pe , &c.
La lettre , ſe nomme ke ou que , comme dans les
mots coq , bicoque , &c .
Le caractere Rr , s'appelle re , comme dans le not
poi - re ,&c.
La lettre ou figure Sss , a deux effets , qui font ,
ou ze , comme dans les mots faur , maison , &c.
Le caractere Tt , ſe nomme te ou fi , comme dans les
mots ra - te, ra- ti - on , &c.
La lettre v , ſe prononce ve , comme dans le mot
chau - ve , &c.
La figure Xx, ayant quatre effets , ne porte néanmoins
que deux noms principaux , qui font , kſe ou gze , comme
dans les mots ta - xe , exil , &c . Ses deux autres fonctions
, ſavoir , se & ze , ſe reconnoiſſent dans les mots
deuxieme , & dans Aix , Ville capitale de la Provence , &c.
Le caractere Ty , ſe prononce ye , comme dans les
mots yeux , aïeul , &c. Il s'emploie aſſez ſouvent aufli
comme voyelle , faiſant lui ſeul un mono - fyllable , comme
dans le verbe imperſonnel , il y a , &c .
La lettre Z z eſt appelée ze , comme dans le mot luze,
tuyau d'un ſoufflet , &c .
L'embarras où ſe trouvent les enfans , par la méthode
Ordinaire , quant à l'épellation des conſonnes ſimples , n'eft
reſque rien en comparaiſon de pluſieurs de ces mêmes |
t
AOUT.
1777. 183
:
55
C
55
Es
ه ن و م
f
تسا
4
1
confonnes de ſuite ſans voyelles ; & c'eſt à quoi la Typo
graphie fupplée facilement , parce qu'il n'y a point à deviner
pour la conclufion ou conféquence des ſyllabes ou elles
font employées : j'expoſerai ici des exemples de chacune;
& je ſuis déjà comme aſſuré , Monfieur , que vous
jugerez favorablement des progrès que j'y ai faits.
Les deux caracteres ch , joints enſemble , ſe nomment
che ou ke , dont la conféquence ſe voit dans les mots
Charon , chaos , &c.
La figure & ſe nommant kte ou xi , il eſt facile de reconnoftre
ces deux valeurs dans les mots Aitéon & a
tión , &c.
Les deux lettres ou caracteres g & n , joints enſemble ,
ſe nomment typographiquement gne ou guene , & s'emploient
dans les mots mignon , agneau , &c. ainſi que
dans ceux de gnemon , gnostique , &c.
Le même caractereg , accompagné d'un u de cette
matiere , gu , eſt toujours prononcé du ſon dur gue , com.
me dans les mots langue , bague , &c.
Les fons mouillés il , ill , ille , lle , l'h , ſe manifeſtent
dans les mots fauteuil , maillet , rouille , bille , gentilhomme,
&c.
Les deux lettres ph , jointes enſemble , ſe prononcent
fe, comme dans le mot Philosophe , &c.
Les caracteres rh , ont la même prononciation que re
ſimple , comme dans le mot rhume , &c.
Les deux lettres th , jointes enſemble , ont le même
nom que le te fimple , comme dans les mots thème , théor
rie , Marthe , &c,
1 M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
Les deux caracteres St , joints enſemble , forment me,
figure qui ſe nomme ffe , & s'emploje dans les mots iftyle ,
bastille , &c . Le Maître Typographe en queſtion , ma
certifié qu'un jour ayant demandé à un enfant de trois
ans&demi , quelles lettres ou ſons il falloit pour faire le
mot ftrophe ; le petit Eleve , ſans héſiter , lui répondit
ftre - o -fe , puis courant à ſon bureau d'Imprimerie , où
n'ayant pas trouvé le ſon composé des trois lettres Str,
dans le caſſeau étiquete ft, où il auroit dû être , fi on ly
eût mis , l'enfant ſe retourna , & dit en pleurant: il n'y
eft pas. Ce trait prouve la fecondité des idées juftes &
des ſons véritables que la méthode Typographique préſen,
te à l'imagination même de la plus tendre jeuneffe , par
le ſeul organe de l'ouie.
Observation fur les diphthongues & autres
Jons de la Langue françoise , composés
de plusieurs voyelles ensemble , & mome
avec des consonnes.
Je croyois n'avoir plus de connoiſſances à acquérir dans,
la nouvelle Méthode , quand je me vis au fait de la vraie
dénomination des lettres conſonnes ſimples & compoſées
ou jointes enſemble ; mais je fus bien ſurpris lorſque le
Maître de Typographie s'étendit ſur les fons de notre
Langue compoſés de pluſieurs voyelles. Je redoublai donc
alors mon attention , & j'appris qu'il y en a grand nombre
tous auſſi eſſentiels & frappans les uns que les autres;
tels font ſpécialement les fix fortes de E; enfuite
les fons primordiaux composés de voyelles , même avec
des conſonnes qui leur font ſouvent jointes fans être proAOUT.
1777 185
A
S
S
noneées , comme au , eu, oi , ou , ui , leſquels fons pour
roient être déſignés par les noms de diphthongues , ou i
l'on veut triphthongues oculaires , afin de les diftinguer
des véritables diphthongues e , a. En voici des exemples
de chacun , ainfi que des voyelles compoſées wha, he, hi
ho , hu , de même que des voyelles naſales an , en , in ,
on , un.
Premierement , les deux diphthongues a , e , ne changent
jamais le fon qu'elles portent naturellement dans tous
les mots où elles font employées , comme dans les noms
propres Cafar , Oedipe ; & dans le mot aconome , &c. Le
caractere ou voyelle E, comme un autre Protée , change
preſqu'à tout bout de champ de fon ou de prononciation ,&
porte quatre noms ; favoir , muet ou féminin effectif ou
fous entendu comme auxiliaire après toutes les confonnes
ſimples ou compoſéess étant marqué d'un accent nigu ,
c'est -à- dire , pofé au - deſſus & tombant de droite à gau
che, il ſe nomme e fermé, comme dans les mots bonté
vérité , &c. Avec un accent grave au -deffus & tombant
de gauche à droite , il s'appelle è ouvert bref, comme
dans les mots exprès , procès , &c. Marqué d'un accent
circonflexe ou chevron brifé au -deſſus , il porte le nom
d'e long ou bien ouvert , comme dans les mots Fete
Prétre, &c.
Les voyelles au , eau , &c. jointes enſemble , portant
à l'oreille le fon de l'o fimple, il en réſulte les mots
élau , fardeau , &c.
Les deux caracteres ou voyelles e - u , donnent enfem
ble le fon eu, comme dans le mot feu , &c. de même
M5
186 MERCURE DE FRANCE .
que la diphthongue a, jointe avec la voyelle u, font enſemble
le même ſon eu , comme dans le mot caur , &c.
Les deux voyelles o - i , jointes enſemble , donnent le
ſon oi , comme dans les mots Loi , Roi , &c .
Les deux voyelles o-u , portent le ſon ou , comme dans
les mots clou , loup , filoux , &c .
Enfin, les deux voyelles u - i , jointes enſemble , donnent
naturellement le ſon ui , comme dans les mots étui ,
sujourd'hui , &c.
La voyelle compoſée ha , eſt employée ſans aſpiration
dans le mot habit , &c. La voyelle compoſée he , ſe reconnoît
dans les mots herbe , héritage , &c. De même la
voyelle compoſée hi , eſt employée dans les mots hier ,
hiver ou hyver , &c. Les voyelles compoſées ho & hó ,
ſe voyent dans les mots homme , Hotel , &c. Il en eſt de
même de la voyelle compoſée huu , & initiale dans les
mots humeur , humilité , &c.
Les caracteres ou lettres a - n , joints enſemble , donnent
l'oreille le fon naſal an , comme dans le mot ruban ,
&c. De même ſes dérivés a- m , e - m , e - n , a - o - n ,
o - a - n , joints enſemble , portent le même ſon an , comme
dans les mots Adam , emploi , entendement , faon ,paon ,
Jean , &c. Les letres ou caracteres e - n , forment la naſale
en , comme dans Ruben , Doyen , moïen , lien , &c.
Le i & len , qui compoſent la naſale in , de même que
ſes dérivés i-m , a-i-m , a-i-n , e-i-n , y - m , y - n , donnent
tous le même ſon de cette naſale in , dans les mots yin,
AOUT.
1777. 187-
-
1
lin , impair, faim , pain , sein & ferein , ſymbole , Syndic ,
&c. Les lettres o- n , jointes enſemble , compoſent la naſale
on, ainſi que ſes dérivés o-m, ao- n , e-o-n , & donnent
tous le même ſon à l'oreille , comme dans les mots
jambon , ombre , tuon , ſorte de groffe mouche , pigeon ,
&c. Ainsi le u & le n donnent le ſon un , comme dans
les mots alun , aucun , &c. Il en eſt de même des caracteres
h-u-m , qui , joints enſemble , donnent le même
ſon un dans le mot humble , &c,
On doic juger par cette petite expoſition , que ſi les
enfans ne font pas de grands & rapides progrès par la
Typographie , ce ne peut afſurément être la faute de cette
Méthode , comme quelques - uns le prétendent ; mais
qu'elle vient des Maîtres qui , n'en conoiſſant que quelques
foibles parties , la montrent mal. Les parens ne
prendront donc jamais trop de précaution pour le choix
d'une perſonne entierement verſée dans la pratique de ce
noble & agréable exercice , s'ils ne veulent courir le rif
que de faire perdre le temps à leurs jeunes familles , pery
tè qui eſt de la derniere importance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
ןיפ
188 MERCURE DE FRANCE.
SYNONYMES FRANÇOIS.
Candeur, Franchise.
La candeur expoſe naïvement notre ame
aux yeux des autres. La franchiſe leur
préſente librement notre opinion. Par
la candeur on dit ce qu'on ſent , par la
franchiſe , on dit ce qu'on penſe , parce
qu'on croit ordinairement devoir le dire.
La candeur est d'une ame ſimple. La
franchiſe eſt d'un eſprit hardi. Le déguiſement
eft oppoſé à la candeur: la diffimulation
l'eſt à la franchiſe.
La franchiſe fait des récits finceres.
La candeur fait des aveux ingénus . La
franchiſe tientà la ſincérité , la candeur
à l'ingénuité . Celle-la n'eſt que vraie ,
celle - ci eft naïve. J'eſtime la premiere
de ces qualités ; j'adore la ſeconde.
L'homme candide dit la vérité malgré
les périls qu'il y a à la dire. L'homme
franc la dit, ſans enviſager ces dangers.
La candeur ne convient qu'à l'innocence.
La franchiſe eſt du moins enne-
٢
AOUT.
1777. 189
)
1
1
mie de certains vices. Une franchiſe foutenue
exige des efforts de courage , car il
en faut pour être vrai vis-à-vis des coeurs
qui ne font pas bons. La candeur fera
ſimplement lerécit , le noble aveu de ſes
fautes , & l'aveu de ſes belles actions ,
plus noble encore, parce qu'il ſera modeſte.
C'eſt un héroïſme ſans effort.
Nous trouvons quelquefois , dans les
procédés& les diſcours des grands hommes
, de l'orgueil & de la vanité où ils
m'ont mis que de la candeur. Ne leur
feroit: il donc pas permis d'avoir le ſentiment
de leurs vertus , & d'agir d'après
ce ſentiment ? Quelquefois, on ſe glorifiera
de franchiſe où l'onn'aura ſuivi que
fon orgueil, fon caprice , fon humeur,
fa méchanceté;,& c'eſt ſur-tout lorſque
la franchiſe ne doit pas tourner au profit
de la ſociété , ni de celui qu'on cenfure.
Les ames diftinguées par la candeur
ont rarement une juſte opinion d'elles.
Leurs fautes ne ſont quedes erreurs, elles
stem accuſeront ſans contrainte. Avec de
la ſimple franchiſe , on pourra fort bien
s'apprécier , même trop haut;on péchera
avec connoiſſance de cauſe , & l'on attendra,
d'être accusé pour confeffer la
vérité.
190 MERCURE DE FRANCE.
La candeur nous concilie les coeurs.
La franchiſe les aliene ſouvent , parce
que l'une ſemble avoit deſſein d'humilier
l'orgueil des autres , & l'autre de foumettre
notre amour -propre à l'amour.
propre des autres.
Notre candeur eſt toujours à notre
gloire. Notre franchiſe pourroit bien ne
faire honneur qu'à nos amis. Je m'explique:
la bonté , la docilité , la confiance ,
les follicitations de nos amis , nous ouvriront
le coeur malgré nous , & alors
notre franchiſe ſera leur ouvrage , leur
mérite. Mais , qui nous inſpirera la candeur
, fi ce n'eſt l'innocence ?
Il faut diriger la franchiſe & laiſſer la
candeur à elle- même. La franchiſe eſt
circonfcrite par la loi des égards , des
bienſéances , du devoir, de la charité. H
eſt à craindre qu'elle ne ſoit dure , injurieuſe
, nuiſible , inſupportable. Je ne
crains rien pour l'innocente candeur. Il
eſt toujours ſéant & honnête de ſe faire
un viſage de ſon ame, s'il m'eſt permis
d'employer cette expreſſion. La candeur
inſpire aux autres ,& attire à elle la franchiſe.
Une ame candide va de grand
coeur au devant d'un homme franc.
La néceſſité de mettre un maſque fur
1
AOUT.
1777. Igr
!
!
nos vices a entraîné celle de reſpecter
les vices de nos pareils ; & il faut bien
s'en impoſer à ſoi-même pour ofer affecter
la franchiſe lorſqu'on ne peut pas
l'autoriſer par la candeur.
Soignez fans rudeſſe & fans humeur
l'innocence de vos enfans , & récompenſez
tendrement leur franchiſe , vous conferverez
leur candeur.
Deux hommes ſeroient regardés comme
des Dieux ſur la terre , celui qui ſauroit
toujours dire la vérité où ce qu'il
croit la vérité , ſans offenſer perſonne ,
& celui qui pourroit révéler tout ce
qu'il fait& tout ce qu'il ſent ſans avoir
jamais à rougir.
Il y aura dans la ſociété plus de franchiſe
quand les hommes déſireront fincerement
devenir meilleurs , & plus de
candeur quand ils le ſeront devenus.
La candeur ſe trouvera plutôt chez les
femmes , parce qu'elles ont naturellement
plus de ſimplicité & de délicateſſe , & il
y aura plus de franchiſe parmi les hommes
, parce qu'ils ont plus de courage &
de liberté. Mais par la tournure des
moeurs , la candeur n'eſt peut - être pas
plus l'apanage des femmes , que la
franchiſe l'eſt des hommes .
Par M. de Treffeol.
۱
192 MERCURE DE FRANCE.
Variétés, inventions utiles , établiſſemens
nouveaux, &c.
I
LE ſieur L. F. Dellebarre, Opticien
très connu par le Microſcope qu'il a inventé,
ayant depuis ſon ſéjour à Paris ,
fait à ce même Microſcope des change.
mens && additions conſidérables, quiten
ontbeaucoup perfectionnéla conſtruction
&les effets , le préſenta dernierement&&
le ſoumit à l'examen & au jugement de
l'Académie Royale des ſciences , où il lut
en même temps un Mémoire très détaillé
für ladifférence de la conſtruction &des
effets decet inſtrument d'avec tous ceux
qui l'avoient précédé. MM. de Montigny,
le Roi & Briffon, nommés par
liAcadémie, commiſſaires pour l'examinen,
entfirent, le 21 de Juin dernier, le
rapport le plus avantageux & le plus ho
norable pour ſon Auteur,& l'Académie,
en conféquence, lui donna: fon approbation:
Cette conſtructiomdu Microſcope
> du ſieur Dellebarre , disent les Com
» miſſaires ,
AOUT. 1777. 193

e
.
בג
1
e
2
miſſaires , qu'Euler lui- même a regardée
comme difficile , eſt d'un mérite réel ,
&fournit aux Phyſiciens un inſtrument
„ qui leur ſera d'une grande utilité ; c'eſt
pourquoi , d'après tout ce que nous
venonsdedire dela conſtruction de cet
„ inſtrument , des nouveaux avantages
qu'il renferme , & de la beauté de ſes
effets , dont nous avons été très - ſatiſfaits
, nous croyons devoir conclure que
le Miſcroſcope préſenté par le ſieur
Dellebarre eſt , de tous les inſtrumens
de ce genre qui nous foient connus ,
celui qui renferme le plus de commo-
„dités pour l'Obſervateur , & qui , en
„amplifiant le plus l'image , la fait voir
„ avec plus de netteté , & qu'en confé-
„quence il mérite , à juſte titre , l'appro-
„bation de l'Académie".
"
Ce Microſcope ſe vend à Paris , rue S.
Jacques , près Saint Yves , chez le Sieur
Ietellier , Ingénieur en Optique de la
Reine , & Aſſocié de l'Inventeur.
II.
- M. Lavocat , Mécanicien de la Cour
de Bruxelles, demeurant à Champigneul,
près de Nancy , eſt Auteur de quelques
N
:
194 MERCURE DE FRANCE .
nouvelles inventions , dont voici la notice:
10. Une Machine portative , fort fo
lide , tenant lieu de Preſſoir , & qu'on
peut employer pour tout ce qui eſt ſujet
à lapreſſe, comme les étoffes , les draps ,
&c. Il n'entre dans ſon mécanisme aucu
ne forte de bois qui s'enfonce en terre
&une ſeule perſonne la fait agit avec la
plus grande aiſance. Elle coûte , en
croquis , 48 liv.
20. Une Serrure faite de maniere que ,
quand même on y auroit laiſſé la clef
on ne pourroit ni ouvrir , ni fermer , ſi
l'on ne ſavoit pas le ſecret. Prix , en
grand, 5 louis.
3º. Une Machine pour refendre , (ſcier
en long) des bois de toute eſpece : un
homme , un cheval , l'eau & l'air la font
également agir , & l'on peut la placer
par - tout. Le croquis de cette nouvelle
Scie ſe vend 96 liv .
4°. Un Fauteuil bien commode pour
les malades: au moyen d'un ſeul reſſort ,
il avance , recule , & tourne de tout côté.
La perſonne qui s'y place , ſe conduit
elle-même avec une canne ou un petit
bâton à la main, fans que ſes pieds touchent
au plancher. Prix , en croquis ,
24 liv. & en grand , 96 liv.
AOUT. 1777. 195
5º. Une poche poſtiche où la main
entre comme à l'ordinaire, mais d'où il
n'eſtpas poſſible de la retirer , fans ſavoir
le ſecret: invention auſſi heureuſe qu'utile
- pour attraper les curieux & les filoux.
Prix 72 liv.
1
6º. Une Machine imperceptible qui ,
poſée ſur terre, arrête un homme , un
cheval , un loup,&c. de façon que , pour
1 les dégager , il faut abſolument connoître
&mettre en uſage un petit procédé par.
ticulier. Le chaud, le froid , la pluie, la
gelée , la neige , rien , en un mot , ne
peut empêcher l'effet de cette Machine,
qui coûte 96 liv. en croquis , & 288 liv.
en grand.
7°. Un Vanpour toute fortedegrains ,
& avec lequel un homme fait ,ſansbruit,
dans deux heures , plus d'ouvrage que
dans un jour entier avec les plus grands
Vans connus juſqu'ici. Prix , en croquis
24 liv.
8°. Un Caroſſe où l'on peut faire la
cuiſine en route , & manger fans la
moindre incommodité. Le croquis de
cette Voiture ſe vend 6 louis.
111. 1
i
٢٠
M. Montelatici , célebre Mécanicien
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
de Piſe , vient d'inventer une Machine
hydroſtatique , dont l'effet eſt de pomper
l'eau avec une facilité ſans égale. Elle
conſiſte en un tuyau de la hauteur d'une
coudée & demie , & de la circonférence
de la moitié du bras. L'action de l'air attire
l'eau dans ce tube , avec aſſez de
force pour en élever 360 barils dans une
heure. Un ſeul homme peut mouvoir
cette Machine ,& la faire opérer quelque
part que ce ſoit , mais ſpécialement dans
un vaiſſeau , où cette invention peut devenir
de la plus grande utilité.
: IV.
Extrait d'une Lettre écrite par M. le
Chevalier d'Andelard , Capitaine dans
le Régiment de Malthe , à M. de ***
à Limoges.
Depuis que je ſuis à Malthe , j'ai été
dans lecas defaire pluſieurs obſervations
fur le climat de cette Ifle , & j'ai trouvé
que la temperature de l'air , & le degré
de chaleur ,occaſionné par la réflexion du
foleil ſur le rocher , combinés enſemble
y tenoit un juſte milieu entre les chaleurs
brûlantes des Indes , & le climat
OUT. 1777 197
moderé de nos Provinces Méridionales :
de- là j'ai conclu qu'en tranſportant à
Malthe les plantes des Indes , & les y
cultivant avec ſoin , elles s'accoutumeroient
peu à-peu à une chaleur moindre
que dans leur pays naturel , & que quelques
années après , les tranſportant dans
le Midi de la France , elles s'y conſerve-
1, roient ſans être miſes dans des ſerres , &
ſans perdre de leurs propriétés & de leurs
vertus , ayant paſſe doucement d'un climat
à l'autre.
e
e
ا
مان
لا
Cet avantage me paroît trop réel pour
qu'on ne s'en occupe pas ; ainſi , j'invite
tous les Amateurs de 1'hiſtoire naturelle à
réfléchir ſur cettematiere. Je dirai même
que le Gouvernement devroit y penſer ,
parcequ'alors il concentreroit dans l'Etat
des branches de commerce qui font fortir
beaucoup d'argent du Royaume. Le
Souverain de Malthe ne s'oppoſeroit
point à ce que l'on tranſportât ces plantes
chez lui ,&à ce que l'Iſſe ſervîtd'entrepôt,
cela laiſſeroit , au contraire , de l'argent
dans le Pays , & y occuperoit beaucoup
de bras.
On doit ici à MM. de Valliez & de
Dolomieu , la nouvelle découverte de la
plante Orfeille , ſi néceſſaire dans la
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
teinture, &dont la couleur pourpre eſt
ſi chere ; cela fera un objet d'un conſidérable
revenu au grand Maître , qui s'eſt
emparé de la recolte de cette herbe. ..
On pourroit recueillir à Malthe , où
l'on trouve beaucoup de ces arbres , vulgairement
appelés figuiers d'Inde, l'in
ſecte qui produit lacochenille;&avec un
peu de ſoin , on y en perpétueroit trèsaisément
l'eſpece ; ce qui feroit une branche
de commerce très- grande & très- c
utile , &c.
AMalthe , ce 12 Février 1777.
V.
M. Suzzi , jeune Peintre d'Imola , dans
l'Etat Ecclefiaftique , a trouvé le ſecret de
leverdedeſſus les murailles les peintures
àfreſque ſans les endommager. Il en a
fait l'eſſai , avec le plus grand ſuccès ,
dans la Cathédrale d'Imola. Cette invention
ſera d'autant plus utile , qu'en démoliſſant
les anciens édifices , on étoit
forcé de perdre, ſans reſſource , pluſieurs
ouvrages précieux en ce genre.
AOUT.
1777. 199
בי
1
U
1
d
VI.
Hifloire Naturelle.
On a faità Angers la découverte d'une
propriété intéreſſante de la feuille de
vigne. Un enfant qui avoit, dès ſa naiffance
, la tête couverte d'une gale qu'on
regardoit comme une teigne par les progrès
qu'elle faiſoit , & par le peu de ſuccès
des remedes qu'on avoit employés , a
été guéri par l'application du pampre
naiſſant, ou des feuilles de treille.
VII.
Fait fingulier.
On voit dans un Village d'Alleemagne
, à quatre lieues de Prentzlow
en Brandebourg , un petit animal
de la figure& dela grandeur d'un mulot ;
ſon poileſt blanc par-tout le corps , excepté
près des oreilles , où l'on voit unetache
d'un beau brun clair. Son maître , quien
fait ſon gagne-pain , lui fait , devant les
perſonnes qui viennent pourle voir,diverſes
queſtions , auxquelles ce petit animal
N4
!
200 MERCURE DE FRANCE.
répond ſur le champ très-diſtinctement ,
&avec beaucoup de vivacité. Il eſt ren.
fermé dans une caſſette d'environ 12 à
13 pouces de longueur , ſur 9 à 10 de
largeur , & 6 à 7 de hauteur.
ANECDOTES.
I.
UNN Médecin de Dublin , homme d'un
certain âge , très-en réputation & fort
riche, alla un jour recevoir dans un
endroit une ſomme aſſez conſidérable
en billets de banque & en or. En retournant
chez lui avec ſa ſomme, il fût
arrêté par un homme, qui paroiſſoit hors
d'haleine à force d'avoir couru , & qui
le pria de vouloir bien venir voir fa
femme attaquée d'un flux violent. Il
ajouta que le beſoin de ſecours étoit
preſſant , & que le Docteur ſeroit content,
puiſqu'il ne lui promettoit pas
moins d'une guinée pour une ſeule viſite.
Le Médecin , qui étoit fort avare , s'empreſſa
de la gagner; il dit à l'homme de
marcher , de lui montrer le chemin , &
AOUT. 1777. 201
10f
fit
12
L
!
13
te
D
وو
"
qu'il le ſuivroit. Onle conduiſfit dans une
maiſon ſituée dans une rue écartée ; on le fit
monter à un troiſieme étage , où on l'introduiſit
dans une chambre dont la porte
fut foudain fermée à clef. Alors le conducteur
préſentant d'une main le bout d'un
piſtolet ou Docteur , & de l'autre une
bourſe vuide & ouverte : Voilà ma
femme , lui dit- il ; elle eut hier un flux
,, qui l'a réduite à l'état où vous la voyez ;
vous êtes un de nos plus habiles Médecins
, & je fais que vous êtes , plus
,, que perſonne , en état de la guérir ; vous
venez fur-tout de tirer d'un endroit le
remede néceſſaire ; dépêchez - vous
de l'appliquer , ſi vous n'aimez mieux
avaler deux pillules de plomb qui font
dans cet inſtrument". Le Docteur fit
"
"
"
و د
"
ود
وو lagrimace, mais obéit. Il avoit quel-
,, ques billets de banque , & cent vingtcinq
guinées qui étoient en rouleaux.
Il mit docilement ces dernieres dans la
bourſe , & voulut ſauver les billets ;
mais le filou les ſavoit dans ſa poche.
و و
Attendez , lui dit- il, il n'est pas juſte
„ que vous ayez fait une ſi belle cure
,, pour rien;je vous ai promisune guinée
,, pour votre viſite ;je tuis homme d'hon-
„ neur, la voilà; mais je fais que vous
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
ود avez fur vous quelques petites recettes
très -efficaces contre le retour du mal
,, que vous venez de guérir ; il faut que
,, vous ayez la bonté de me les laif-
ود fer". Les billets prirent lechemindes
guinées. Alors, le filou cachant fon
piftolet ſous fon manteau , reconduifit
le Médecin en le priant de ne point faire
de bruit , le laiſſa au coin d'une rue ,
lui défendant de le ſuivre , & courut
bruſquement chercher un nouveau logement
dans un quartier éloigné.
II.
L'Empereur regnant , peu de jours
avant fon départ de Vienne, ſe promenoit
feul en voiture dans la campagne,
vêtu d'un ſurtout gris , & accompagné
d'un ſeul domeſtique. Unjeune enfant ,
parti d'un village voiſin , ſe met à ſuivre
la voiture , en criant : Monfieur , je ſuis
fort las , permettez-moi de monter ſur
le train de votre carroſſe. L'Empereur ,
par un effetde cette affabilité qui l'accompagne
par- tout , le lui permit , &
lui demanda avec bonté ſon nom,
celui de fes parens , & ce qu'il
avoit mangé à midi? je vous le donne à
AOUT.
1777- 203
1
deviner , lui répondit le petit voyageur ,
■ Ce Prince nomma une vingtaine de fortes
d'alimens , juſqu'à ce qu'enfin l'enfant
ayant entendu le nom de celui qui
avoit fait ſon dîner , s'écria en ſautant ,
c'est cela même. L'Empereurlui demanda
à ſon tour pour qui il le prenoit.... pour
un Officier. Mais, pour quel Officier ? e
"
S
.
-
-
Pour un Lieutenant , car je ne vois fur
vous aucun galon . Devinez mieux .
L'enfant ſe mit à nommer tous les grades
depuis le Capitaine juſqu'au Général ;
&voyant qu'il n'avoit pas encore réuſſi
àfatisfaire à la queſtion , il ôta ſon chapeau
, en diſant : Vous êtes donc l'Empereurmême?
Bien deviné , dit le Prince
en riant , & il le reconduifit dans la cabane
de fon pere , où il lui fit préſent de
é quelques pieces d'or.
e
1
1
-
111 .
Un Acteur débutoit à la Comédie
Françoiſe , avec aſſez peu de ſuccès,
par le rôle du Glorieux. Au ſecond acte ,
à la fin de la ſcene où il eſt entraîné par
Liſimon , qui l'emmene dîner , en diſant:
laiſſe , en entrant chez nous , ta grandeur
:
à la porte , l'Acteur ſe laiſſa tomber
204 MERCURE DE FRANCE.
aux yeux de tous les Spectateurs. Pasquin
continuant fon rôle , dit : Voilà mon
Glorieux bien tombé..... Cet à - propos
excita de tels éclats de rire , que le
pauvre Débutant n'oſa plus reparoître
fur la ſcene , & la Piece ne fut pas continuée.
IV.
Louis XIV ayant permis au Comte
de Grammont , qui avoit été diſgracié ,
de revenir à la Cour, lui montroit un
jour Versailles : „ Grammont , lui dit- il ,
reconnoiſſez - vous cet endroit ? Il y
avoit là un moulin à vent. Sire , répondit
Grammont , le moulin n'y est plus ,
mais le vent y est encore.
V.
Malherbe ayant perdu ſa mere à l'âge
de 60 ans , la Reine Marie de Médicis
lui envoya un Gentilhomme pour lui
témoigner la part qu'elle prenoit à la
perte qu'il venoit de faire. Malherbe
fit dire à la Reine: qu'il prioit Dieu que
le Roi fon fils pleurat sa mort auſſi vieux
qu'il pleuroit celle desa mere.
AOUT. 1777. 205
لو
e
די
NOUVELLES POLITIQUES.
L
De Pétersbourg , le 18 Juin.
E 16 de ce mois, le Roi de Suede , ſous le nom du
Comte de Gothland , accompagné du Comte Ulric Scheffer
, du Comte de Poſte & de quelques autres perſon- ا nes, eſt arrivé en cette Capitale , à huit heures du matin:
il eſt allé deſcendre chez le Baron de Nolcken , Miniſtre
de Suede , au milieu d'une foule immeuſe qui s'é
toit raſſemblée devant l'Hôtel de cet Ainbaſſadeur. Ce
Souverain fut d'abord voir le premier Miniſtre , le Comte
de Panin , qui lui rendit ſa viſite l'après-diner. Le Com
te de Gothiand ſe rendit enſuite à Czarsko-Zelo pour y
voir Sa Majesté Impériale. Ce que les liens du ſang &
l'eſtime mutuelle pouvoient inſpirer reſpectivement à ces
deux auguſtes perſonnes , rendit leur entrevue très- intéreffante.
Le Comte de Gothland foupa avec l'Impératrice,
& revint à la Ville à une heure après minuit.
La Grande Ducheſſe , qui avance dans ſa'groſſeſſe ,vient
de donner des preuves d'une ſenſibilité qui la rend plus
e précieuſe encore à la Ruſſie. Uu jeune homme ayant été
bleſſe aſſez griévement par la voiture de cette Princeſſe ,
elle en deſcendit auffi-tôt pour y faire monter le bleſſe , &
elle continua ſa route à pied juſqu'au Château. Outre
les ordres qu'elle a donnés de prendre le plus grand ſoin
:
206 MERCURE DE FRANCE .
de ce jeune-homme , elle lui a fait une penſion , en diſant
que les Princes ne devoient point faire de malheureux;
&que fi par haſard ils en avoient fait , leur premier devoir
étoit de réparer le mal involontaire qui venoit de
leur part.
De Varsovie, le 29 Juin 1777-
On commence à eſpérer que la Cour de Berlin ne ſe
refuſera pas aux bons offices de ſes Alliés , pour accom
moder le différend qui ſubſiſte entre cette Cour & la République
, relativement à la démarcation des limites .
Les Commiſſaires Polonois ſont partis depuis quelque
tems pour aller , conjointement avec les Commiſſaires Autrichiens
, planter des poteaux ſur les frontieres conve
nues l'année derniere entre la Cour de Vienne & la Ré
publique.
:
Les troupes Ruſſes , 'nouvellement entrées par différens
côtés en Pologne , garniſſent actuellement les poſtes les
plus importans le long du Boristhene , & font répandues
dans la Wolhinie , la Podolie & l'Ukraine , à portée de
toutes les opérations , ſoit contre les Tartares , foit contre
les Turcs. Ces troupes obſervent une exacte diſcipline ,
&paient argent comptant leurs ſubſiſtances.
De Copenhague , le 24 Juin 1777.
1
De lettres de Thors-Haven , dans l'Ile de Ferrol,
A
g
2
e
I
P
h
AOUT.
207 1777
fe
vliennent de nous faire parvenir la nouvelle que , le 15
Août de l'année derniere , il eſt venu dans le Port de Val
goë une prodigieuſe quantité de jeunes baleines. On en
accompté près de ſept cents , que la marée baſſe avoit
empêché de regagner la mer. Les Habitans mirent le
moment à profit pour en tuer un grand nombre ; les plus
petites avoient deux pieds de longueur, & les plus grandes
douze; la pêche eût été plus fructueuſe s'ils n'eusſent
pas manqué d'armes , & que le flux n'eût pas arrêté
la facilité qu'ils avoient d'en diminuer le nombre, Cet
événement eut lieu dans le même Port , il y a trente
huit ans ; mais la priſe des baleines ne fut pas auſſi confidérable.
De Lisbonne, le 1 Juillet 1777-
Les deux freres Don Reno & Don Manuel de Lore
na,de la Maiſon de Tavora , qui ont acquis leur liberté
en même tems que le Marquis d'Alorna , viennent d'être
déclarés innocens par un décret de Sa Majesté , qui a jues
gé à propos d'élever ces deux Seigneurs au grade de Ma-
Je réchal de ſes Camps & Armées.
:
De Venise , le 21 Juin 1777.
:
On écrit de Padoue qu'il vient de s'y paſſer un événenement
très-extraordinaire. Une Sage-Femme enceinte &
à terme, aſſiſtant une Dame de cette Ville, prête à accoucher
, ſe voit ſurpriſe elle-même par les douleurs de
l'enfantement. La ſervante de la maiſon , fille d'un cer-
:
208 MERCURE DE FRANCE.
tain age , appellée au ſecours , reçoit comme elle peut les
deux enfans , tous deux males , & les met dans le même
berceau , ſans remarquer la place qu'elle donne à chacun ,
Pun des deux enfans étant mort quelques minutes après
ſa naiſſance , le ſurvivant eſt réclamé par les deux meres .
De Florence , le 21 Juin 1777-
Un nouvel Edit du Grand -Duc, ordonne à tous les
Tribunaux de ſes Etats , d'y rendre la juſtice aux pauvres
infirmes , ſans aucune eſpece de rétribution , & réduit
à moitié les frais des procès que pourront avoir les
autres Citoyens qui , ſans être riches , ſont en état de
ſubſiſter par leur travail. Cette Loi , qui fait tant d'honneur
à la ſageſſe & à l'humanité de notre Souverain , eſt
accompagnée d'une inſtruction à part pour les Officiers
chargés de délivrer les certificats de l'état de fortune des
Plaideurs , afin que ces atteſtations juridiques , & délivrées
avec connoiſſance de cauſe , épargnant , conformément au
voeu de l'Edit , les frais de procédure au malheureux qui
ne peut les ſupporter , ne tournent point au préjudice des
Officiers de Juſtice, en les privant de la rétribution légi
time qui leur eſt due par les perſonnes en état d'y fa
tisfaire.
De Génes, le 30 Juin 1777.
La récolte de bled a été très-abondante cette année en
Lombardie , ſuivant les nouvelles que nous venous d'en
recevoir .
Lea
1
AOU 200 Τ. 1777-
Les lettres de Sicile annoncent une fecouffe de trem
blement de terre , qu'on reffentit le 6 de ce mois dans
toute l'Ifle : pluſieurs maifons en ont été renversées , ma
heureuſement perſonne n'y a péri.
De Londres, le
15 Juillet 1777-
ع و
+
des
rées
qa
de
y
Quelques avis de Amérique portent , que "Armée de
Washington a été conſidérablement renforce , que Puss
delphie a été mis dans le meilleur état de dcienie ;
nommé Baxter y a conduit deus mille Miomagnards A
ricains, aufli bien armés
que difcipimés que les app
ches de la Ville par la riviere avoient ετε τετιίτιες περ
ticables ; qu'on étoit
également
tranquille fur le fur de
Ticonderago , cette Piace Erant gamit de bonnes furtilcations
, défendue par una gamion de deus mise s
mes , & environnée de
redoutes
, de diftauce es diliasme
pour en rendre l'approche dificile.
On apprend, du 9 Juin que le Général Wasinugona
rappelé tous ſes Corps
detacus
, & pros pove po
te Town
fur la Delawarte
- avec la plus grauer fon Armée; quele
Goutal
Puusas Cis
we
corps à Pecks!fill; que le
Lancer Mong tête d'un autre corps à VELOST
ة ي ق ر ل ا
Armée occupe
Sue
cette
poftes
avantageu
Town; ce qui complee
e milles
.
Les
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208 MERCURE DE FRANCE.
tain âge , appellée au ſecours , reçoit comme elle peut lesdeux
enfans , tous deux mâles , & les met dans le même
berceau , fans remarquer la place qu'elle donne à chacun ,
P'un des deux enfans étant mort quelques minutes après
ſa naiſſance , le ſurvivant eſt réclamé par les deux meres.
De Florence , le 21 Juin 1777-
Un nouvel Edit du Grand - Duc, ordonne à tous les
Tribunaux de ſes Etats , d'y rendre la juſtice aux pauvres
infirmes , fans aucune eſpece de rétribution , & réduit
à moitié les frais des procès que pourront avoir les
autres Citoyens qui , ſans être riches , ſont en état de
ſubſiſter par leur travail. Cette Loi , qui fait tant d'honneur
à la ſageſſe & à l'humanité de notre Souverain , eſt
accompagnée d'une inſtruction à part pour les Officiers
chargés de délivrer les certificats de l'état de fortune des
Plaideurs , afin que ces atteſtations juridiques , & délivrées
avec connoiſſance de cauſe , épargnant , conformément au
voeu de l'Edit , les frais de procédure au malheureux qui
ne peut les ſupporter , ne tournent point au préjudice des
Officiers de Juſtice , en les privant de la rétribution légi
time qui leur eſt due par les perſonnes en état d'y ſa.
tisfaire.
De Génes, le 30 Juin 1777.
La récolte de bled a été très-abondante cette année en
Lombardie , ſuivant les nouvelles que nous venous d'en
recevoir.
Le
AOUT.
209 1777.
1
Les lettres de Sicile annoncent une ſecouſſe de trem.
blement de terre , qu'on reſſentit le 6 de ce mois dans
toute l'Ifle : pluſieurs inaiſons en ont été renverſées , mais
heureuſement perſonne n'y a péri.
De Londres, le 15 Juillet 1777.
Quelques avis de l'Amérique portent , que l'Armée de
Washington a été
conſidérablement renforcée , que Philadelphie
a été mis dans le meilleur état de défenſe ; qu'un
nommé Baxter y a conduit deux, mille Montagnards Américains
autli bien armés que diſciplinés ; que les approches
de la Ville par la riviere avoient été rendues impra
ticables ; qu'on étoit également tranquille ſur le fort de
Ticondérago, cette Place étant garnie de bonnes fortifications
, défendue par une garniſon de deux mille hommes
, & environnée de redoutes , de diſtance en diſtance ,
pour en rendre l'approche difficile . 13 .
On apprend, du 9 Juin , que le Général Washington a
rappelé tous ſes Corps détachés , & pris poſte près d'Este
Town ſur la Delawarre , avec la plus grande partie de
ſon Armée ; que le Général Putnam commande un gros
corps à Pecks- Hill ; que le ſieur Macdemgal marche à la
tête d'un autre corps à Morris-Town ; en un mot , que
cette Armée occupe toujours les hauteurs & tous les
poſtes avantageux de Bound - Brook juſqu'à German-
Toiva ; ce qui comprend un eſpace de plus de vingt-cinq
milles .
Les dernieres dépêches du Général Howe étant datées
208 MERCURE DE FRANCE .
tain age , appellée au ſecours , reçoit comme elle peut les
deux enfans , tous deux mâles , & les met dans le même
berceau , fans remarquer la place qu'elle donne à chacun ,
Pun des deux enfans étant mort quelques minutes après
ſa naiſſance , le ſurvivant eſt réclamé par les deux meres .
De Florence , le 21 Juin 1777-
Un nouvel Edit du Grand - Duc, ordonne à tous les
Tribunaux de ſes Etats , d'y rendre la juſtice aux pauvres
infirmes , fans aucune eſpece de rétribution , & réduit
à moitié les frais des procès que pourront avoir les
autres Citoyens qui , ſans être riches , ſont en état de
ſubſiſter par leur travail. Cette Loi , qui fait tant d'honneur
à la ſageſſe & à l'humanité de notre Souverain , eſt
accompagnée d'une inſtruction à part pour les Officiers
chargés de délivrer les certificats de l'état de fortune des
Plaideurs , afin que ces atteſtations juridiques , & délivrées
avec connoiſſance de cauſe , épargnant , conformément au
voeu de l'Edit , les frais de procédure au malheureux qui
ne peut les ſupporter , ne tournent point au préjudice des
Officiers de Juſtice , en les privant de la rétribution légi
time qui leur eſt due par les perſonnes en état d'y fa
tisfaire.
De Génes, le 30 Juin 1777.
La récolte de bled a été très-abondante cette année en
Lombardie , ſuivant les nouvelles que nous venous d'en
recevoir.
Lea
t
AOUT.
209 1777.
4
:
4
11
He
Les lettres de Sicile annoncent une ſecouffe de trem.
blement de terre , qu'on reſſentit le 6 de ce mois dans
toute l'Ifle : pluſieurs maiſons en ont été renverſées , mais
heureuſement perſonne n'y a péri.
De Londres, le 15 Juillet 1777.
Quelques avis de l'Amérique portent , que l'Armée de
Washington a été
conſidérablement renforcée , que
delphie a été mis dans le meilleur état de défenſe; qu'un Philanommé
Baxter y a conduit deux, mille Montagnards Américains
aufli bien armés que diſciplinés ; que les approches
de la Ville par la riviere avoient été rendues impra
tiçables ; qu'on étoit également tranquille ſur le fort de
Ticondérago , cette Place étant garnie de bonnes fortifications
, défendue par une garniſon de deux mille hommes
, & environnée de redoutes , de diſtance en diſtance ,
pour en rendre l'approche difficile .
1.3 .
On apprend, du 9 Juin , que le Général Washington a
rappelé tous ſes Corps détachés , & pris poſte près d'Es.
te Town ſur la Delawarre , avec la plus grande partie de
fon Armée ; que le Général Putnam commande un gros
corps à Pecks-Hill ; que le ſieur Macdemgal marche à la
tête d'un autre corps à Morris-Town ; en un mot , que
cette Armée occupe toujours les hauteurs & tous les
poſtes avantageux de Bound - Brook juſqu'à German .
Town ; ce qui comprend un eſpace de plus de vingt-cinq
milles .
Les dernieres dépêches du Général Howe étant datées
210 MERCURE DE FRANCE .
du 3 Juin , & le Paquebot n'étant parti de la Nouvelle-
Yorck que le 16 , nous avons appris ultérieurement que
le premier embarquement des troupes du Roi s'étoit fait
le 10 fous les ordres du Général Erskine , qu'un ſecond
embarquement devoit avoir lieu le 17 , pour paffer dans
le Jerſey , & que le reſte de l'Armée ſuivroit par diviſions ,
afin de ſe joindre au Lord Cornwallis , de traverſer enſuite
les branches de la riviere de Delawarre , & d'aller attaquer
Philadelphie.
Quelques Particuliers débitent aujourd'hui que la Cour
vient de recevoir de nouvelles dépêches qui l'informent
que le Général Cornwallis a été battu & pris avant la
jonction de la grande Armée ; mais cette nouvelle , trop
peu avérée , ne regarderoit que le Général Putnam , qui
commandoit un gros corps à Pecks - Hill , & les doutes
reſtent en entier relativement au Général Washington , qui ,
ayant rappeléà lui ſes détachemens divers , avoit pris pofte
près d'Eſte -Town avec ſon Armée.
1 On dit que ce Général a fait ſavoir au Congrès que
trois mille hommes faiſant partie de douze mille deſtinés
par les Colonies Septentrionales , à renforcer la garnifon
de Ticondérago, y ſont arrivés ; que les renforts feront
rendus à leur deſtination avant toute poſſibilité d'attaque ,
&que cette Armée Septentrionale doit être conmandée
par les Généraux Gates & Arnold.
Le Général Lée , pour plus grande ſûreté , a été mis à
bord du Centurion , où il a la permiſſion de ſe promener
fur le Gaillard d'arriere. S'il eſt vrai que le Lord Cornwallis
ait été fait prifonnier des Américains , il ſera diffici
AOUT.
211 1777 .
C
E
1
22
3
6
le que les Troupes du Roi ſe refuſent à un échange de
ces deux Généraux .
De la Haye , le 11 Juillet 1777-
Il s'eſt élevé depuis quelque tems au Texel , un bane
de fable affez conſidérable , qui a mis obſtacle à la fortie
de l'Eſcadre du Contre-Amiral Reinſt ; mais on a découvert
un nouveau paſſage où elle doit mettre à la voile dès
que le vent ſera favorable.
De Paris, le 28 Juillet 1777.
On écrit de Lyon que , le '2 Juillet , le Duc d'Oſtrogo
thie y eſt arrivé ſous le nom du Comte d'Oland , & qu'il
en eſt parti le 12 pour les eaux de Spa. Pendant le ſejour
que ce Prince a fait dans cette Ville , il a aſſiſté régulierement
au Spectacle , & a bien voulu accepter les fê.
tes que lui ont données pluſieurs Particuliers . Ce Prince
a été fatisfait de l'empreſſement qu'il a trouvé par-tout
le recevoir : & il a aſſuré le ſieur de Poyer , Lieutenant-
Général de Police , que dans ſon voyage d'Italie il n'avoit
rien vu de comparable à cette Ville de commerce.
4
PRÉSENTATION S.
La Comteſſe de Monſtier , & la Comteſſe d'Albert ,
Chanoineſſe de Remiremont , ont eu , le 20 Juillet , l'hon-
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE .
neur d'être préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
Royale , la premiere par la Ducheſſe de Brancas , & la feconde
par la Ducheſſe de Luynes .
Le 25 du même mois , la Comteſſe Edouard Dillon a eu
l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par la Comteſſe Dillon.
Le Vicomte de Carbonnieres a eu l'honneur d'être préſenté
au Roi , à la Reine , & à la Famille Royale , & de
donner à Sa Majesté un Linx.
Cet animal rare , & dont on croyoit l'eſpece perdue en
Europe , s'eſt trouvé dans les Pyrennées , à la ſuite de ſa
mere qui fut tirée d'un coup de futil , par un payſan , &
lui échappa. Son petit , qui n'avoit que huit à dix jours ,
tomba entre les mains du chaſſeur , qui le vendit au Vi.
comte de Carbonnieres , il y a environ huit mois.
MARIAGES.
Le 20 Juillet , Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné le Contrat de mariage du Baron de Pont - l'Abbé ,
Officier-Major au Régiment des Gardes Françoiſes , & premier
Maréchal -des-Logis de la Maiſon de Monfieur , avec
Demoiselle Thierry.
Le même jour , la Reine a ſigné celui du Marquis de
AOUT.
1777- 213
نا
1
Broſſard , Capitaine de Dragons , Ecuyer de main de Sa
Majesté , avec Demoiſelle de Guiry .
He
MORT.
L'Abbé Duc de Biron , Pair de France , Chanoine-Honoraire
de l'Egliſe de Paris , ancien Abbé Commendataire
des Abbayes Royales de Moyſſac , Séculiere , Diocèſe de
Cahors , & de Cadoüin , Ordre de Citeaux , Diocèſe de
Sarlat , eſt mort à Paris en ſon Hôtel, le 20 Juillet , dans
1 la 85 année de ſon âge.
5.
F
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 1 Août 1777 .
Les numéros ſortis de la roue de fortune ſont .
27 , 28 , 39 , 65 , 75.
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE.
1
ADDITIONS DE HOLLANDE.
FABLES , par M. Boifard , de l'Académie des Belles - Lettres
de Caen , Secrétaire du Conseil & des Finances de
Monfieur Frere du Roi, feconde édition , 2 vol. in 8. or
nés de figures. A Paris , chez Lacombe , Libraire , rue de
Tournon ; & chez Esprit , au Palais-Royal . Prix 10 liv.
broch. & 24 liv. en pap d'Holl. (*)
LE fuccès mérité des premieres Fables qu'a publiées
M. Boifard , l'a engagé à donner une ſeconde partie qui
en contient un plus grand nombre , & de ces deux parties
réunies , il a formé la nouvelle édition qu'il préſente aujourd'hui
au public. On avoit diſtingué pluſieurs de ces
Fables , qui ont paru les meilleures qu'on eût faites depuis
longtemps . Il n'y faut pas chercher la maniere de la For
taine , qui ne peut jamais appartenir à un autre qu'à la
Fontaine. On remarque dans les bonnes Fables de M.
Boiſard , un grand ſens & un ſtyle élégant & naturel. Plu
ſieurs font des apologues d'un ton très - élevé , & alors
l'Auteur fait proportionner ſon ſtyle au ſujet. Il ne tombe
jamais dans l'affectation , ni dans le mauvais goût ; mais il
fait parler trop long-temps ſes perſonnages , & paroiffant
avoir pour principe de laiſſer deviner le ſens de ſes apologues
, qu'il termine preſque toujours fans affabulation ; il
lui arrive quelquefois de ne pas préſenter la morale de ſes
(*) Extrait duJournal de Politique &de Littérature du
XV. Août 1777.
AOUT.
1777. 215
دن

12
1
:
Fables ſous un point de vue aſſez net & aſſez diſtinct ;
mais la prolixité ſur-tout eſt le défaut dont il doit le plus
ſe défier , & s'il réimprime ſon Recueil , d'ailleurs vraiment
eſtimable , il ne peut mieux faire que d'abréger &
de reſſerrer la plupart de ſes Fables . Le caractere de la
Fontaine eſt inimitable , & l'on auroit tort même de chercher
à l'imiter , parce qu'en tout genre il faut être foi , &
fur-tout dans la Fable ; mais la préciſion de la Fontaine
dans l'apologue , eſt un modele que tous les Fabuliſtes
doivent ſe propoſer de ſuivre , parce que la préciſion eſt
le fruit du travail & de l'expérience . Nous croyons ces
avis d'autant mieux placés , qu'on offrant au lecteur quel
ques morceaux de M. Boiſard , nous ferons voir qu'il a un
talent véritable , & fait pour être éclairé par la critique.
Le Prologue de ſa ſeconde Partie a pour objet de développer
cette idée connue , que l'on trouve dans les animaux
toutes les paſſions des hommes , leurs vices , leurs
yertus. Il vient à parler de l'amour.
Mais qu'ai-je appris ? que dans vos bois
L'amour est inconſtant comme à la Cour des Rois .
Simple & naïve Tourterelle ,
Dont la voix eſt ſi tendre & le regard fi doux ,
Vous des amans le vrai modele ,
Le vrai modele des époux ,
Vous ne mourez donc pas quand la fleche cruelle
Apercé dans les airs , au printems de ſes jours ,
L'unique objet de vos amours !
Vous êtes donc légere & fouvent infidelle ?
Et dans le même jour , ſur le même rameau ,
Vous couronnez les feux de plus d'un Tourtereau.
04
216 MERCURE DE FRANCE.
Buffon l'ofoit écrire , & j'en doutois encore.
Hélas ! eſt trop vrai : je vous ai flétrir
Ces titres glorieux dont l'erreur vous décore ;
Et c'eſt chez vous que fans rougir ,
Nos Belles ont peut-être appris à nous trahir.
Sombres réflexions ! lumieres déplorables !
Il n'eſt plus d'amours véritables .
Les fideles époux , les finceres Amans ,
Ces êtres menſongers à qui j'aimois à croire ,
Sont bannis de la Fable ainſi que de l'Hiſtoire ,
Et relégués dans les Romans.
Dans la Fable intitulée le Chéne & le Pourceau , on
trouve une leçon donnée aux prodigues , qui comptent fur
la reconnoiſſance ; leçon que les Fabuliſtes n'avoient pas
encore donnée , autant qu'il m'en souvient ,& narrée avec
le naturel & l'agrément qui conviennent au genre.
Un porc tous les matins s'en alloit fous un chêne ,
Des glands qu'il trouvoit là ſe nourrifſoit ſans gêne ,
Y ſommeilloit juſqu'à la nuit ,
Et fans fonger à l'arbre , il digéroit le fruit.
Voyez , difoit le chêne , en ſecouant la tête ,
S'il eſt rien de pareil à cette fotte bête.
Ce pourceau ſe nourrit du ſuc de mes rameaux ,
Il ne daigneroit pas lever ſur moi la vue ,
Et tout ce qu'on lui donne eſt pour lui choſe due,
Et puis faites du bien à de tels animaux.
Seigneur , reprit le porc , j'ai tort & m'en accuſe ,
AOUT.
217 1777.
:
Puiſque je vis de vos bienfaits .
Je vous regarderai , ſi cela vous amuſe;
Mais franchement je l'ignorois.
Vous prodiguez vos biens,penſois je, à pure perte ,
Sans dire gare , à tout venant ,
Au citoyen comme au paſſant ;
Et parmi tous ces glands dont la terre eſt couverte ,
Je n'ai pu croire en bonne foi
Qu'un ſeul y fût tombé pour moi.
2
On ne peut nier que ce ne ſoit là le vrai ton de la
Fable. Celle de Phidias eſt d'un ton plus élevé , &la
diction en eſt très- noble.
Autour d'un bloc de marbre à force de génie ,
Phidias opéra si bien ,
Qu'il en fit un objet digne d'idolatrie,
Le Jupiter Olympien.
Ce Dieu-là cependant , ce n'étoit qu'une idole ;
Mais aux yeux d'un peuple payen ,
Pour être un Dieu vivant , il ne lui manqua rien;
1.
La fable ajoute ici : pas même la parole.
Au moment folemnel , à ce moment ſi beau ,
Où l'Artiſte ſaiſi d'un ſublime délire ,
Au front de la ſtatue appliqua le ciſeau ,
Frappa le dernier coup , & s'écria , reſpire....
Par un prodige tout nouveau ,
A ce mot créateur qui réſonnoit encore ,
Jupiter répondit : Adore.
05
218 MERCURE DE FRANCE.
Non pas moi , reprit Phidias :
En épuiſant ma tête , en fatiguant mon bras ,
Je t'ai donné de quoi ſurprendre ;
Etonner le vulgaire , & ne peux m'y méprendre :
J'ai dégroſſi le bloc , le marbre reſte , hélas !
Pauvres créateurs que nous ſommes !
Envain nous prétendons voler le feu du ciel ;
Quand je verrois le monde au pied de ton autel ,
Je me dirois toujours , voilà le Fils des hommes.
Une des meilleures pieces du Recueil , c'eſt le Menteur
& l'Ingénu.
Le Menteur avec l'Ingenu
Fit jadis un lointain voyage .
Près d'un rivage peu connu ,
Il arriva qu'un jour leur vaiſſeau fit naufrage :
Des Singes , du pays étoient les habitans.
Un Singe en étoit Roi , Singe des plus ſavans ;
Vieux Singe à barbe grife , à cervelle profonde ,
Qui jadis en courant le monde ,
Et profitant de nos leçons ,
Avoit appris enfin à dire: nous voulons.
Il s'étoit déclaré Monarque légitime .
Les Singes l'avoient cru. Ce Prince eut pour maxime.
D'interroger beaucoup , fur-tout les étrangers ,
Etant fort curieux , & craignant les dangers.
Il voit deux malheureux échoués ſur ſes côtes :
Il fiffle ſon Prévôt. Voici , dit-il , des hôtes
AOUT. 1777. 219
Que le ciel nous envoie , il faut s'en aſſurer.
Sur leur fort à l'inſtant je vais délibérer .
Vite , qu'on les ſaiſiſſe , & qu'on me les amene.
Par trois coups de fifflet le ſignal eſt donné.
Auſſi-tôt de ſon peuple il eſt environné ;
Et le Roi tient ſa Cour au milieu de la plaine.
Sur ſon trône d'abord on vit Gille premier ,
Dans l'appareil qui l'accompagne ,
Aufſi grave que Charlemagne ,
Ayant pour efcabeau le dos du Chancelier ,
Qu'on nommoit Meſſire Guillaume ;
Et puis tous les Grands du Royaume ,
- Et tous les Ordres à leurs rangs ,
:
Sur les hauts , les moyens , & ſur les petits bancs.
C'eſt- là que l'on fait comparoître
Nos voyageurs. Le Roi s'adreſſant au Menteur :
Leve les yeux , dit- il , & parle ſans frayeur.
Qui ſuis-je ? réponds net. Je voudrois me connoître.
Qui vous êtes ? Ah ! Sire ! un Roi fans contredit ,
Vous en avez le titre & même un peu l'habit.
Mais , Sire , n'euſſiez - vous ni ſceptre ni couronne ,
La ſageſſe qui ſuit votre auguſte perſonne ,
Et qui parle toujours lorſque vous ordonnés ,
Vous feroit reconnoftre à des aveugles - nés.
Bravo , cria le Roi , bravo , dit l'aſſiſtance.
Et ces gens que tu vois ? réponds en confcience.
Des Marquis fans difficulté ,
200 MERCURE DE FRANCE.
Vos Miniſtres les uns , vos Généraux les autres :
De la Religion j'apperçois les Apôtres ,
Invincibles ſoutiens de votre autorité ,
Des Prélats qui fontDucs , des Moines qui ſont Comtes.
Voici le Parlement & la Chambre des Comptes.
La Cour des Aides , la voici ,
Et je ſuis confondu de ce qu'on voit ici.
Bravo , braviffimo . La Cour eſt ſatisfaite ,
Et l'infigne Menteur eſt comblé de préſens.
Parbleu , dit l'Ingénu , les Singes font plaiſans,
Avec eux ma fortune eſt faite.
Si le menſonge même en eſt ſi bien traité ,
Ils couvrent d'or la vérité.
Or ſus à toi , dit le. Monarque ,
Tu rêves creux , & je remarque
De la ſurpriſe dans tes yeux.
D'en ſavoir le ſujet je ſuis fort curieux :
Qui ſuis-je ? mais réponds fans nulle flatterie,
Et de mes Courtiſans parle avec énergie.
Ane vous point flatter , répondic l'Ingénu ,
Vous n'êtes rien qu'un Singe , un vieux Singe tout nu ;
Tout ce qui vous reſſemble eſt Singe pour la vie ,
Et toute votre Cour n'eſt qu'une Singerie.
Dieux ! dit le Roi , qu'entends-je ? un Singe ! un Singe ! moi?
En face , dans ſa Cour , appeller Singe un Roi !
Apoſtropher ainſi mon auguſte perſonne !
Qu'en penſe mon Confeil ? Quant à moi j'en friſſonne.
AOUT. 1777. 221
Opinez du bonnet.... A la mort ? n'est-ce pas ?
Le Menteur l'interrompt : qu'allez -vous faire , hélas !
Grand Roi ! vous aimez la justice ,
Et vous avez raiſon ; mais malheur n'eſt pas vice :
Mon cainarade eſt fou. Lui fou ! reprit le Roi ;
Que ne le diſoit - il ? Ah ! vraiment , je le croi.
Pauvre homme ! dans la îner il faudra qu'on le plonge .
Le Roi Gille en demeura - là ,
Et la vérité s'en tira ;
Mais ce fut bien grace au menſonge.
Nous voudrions pouvoir tranfcrire l'excellente Fable' du
Cedre , & pluſieurs autres qui font un grand honneur au
talent diftingué de M. Boiſard ; mais il faut ſe borner.
Parmi celles qui demanderoient des corrections , nous indiquerons
, en particulier , celle de l'aigle amoureux de la
fauvette. On ne peut gueres ſe prêter à la ſuppoſition
d'un aigle amoureux & aimé d'une fauvette. L'auteur
pourroit auffi corriger d'autres fautes. Par exemple , il fait
Ethiopie de trois ſyllabes ; la meſure & l'oreille lui en
donnent quatre ; il élide des voyelles devant des h aſpirées
, comme hater , honteux ; il fait deux pieds du mot
paye , quoique la derniere ſyllabe n'ait de valeur qu'à la
fin d'un vers . Il faut laiſſer le mépris des regles aux
mauvais Ecrivains , qui , à l'impuiſſance de les ſuivre ,
joignent le ridicule de s'en mocquer.
222 MERCURE DE FRANCE.
Extrait des Prophéties fur la Ville de la
Rochelle : imprimées à Lyon en 1555.
DELLE le Roch (1 ) , quoique fait pour compter ,
Comptera rarement , Comtes ayant Comté.
Ains comptera chez lui , comme l'on compte en France ,
Divers Comtes ſans conféquence ,
Conte à rire , conte à pleurer ,
Conte à faire dormir , compte à faire jurer.
Mais voyons , fuivons bien ſes comptes;
Trois potences , ſuivants poteau (2) ,
Comptent de ſes ans le plus beau ;
Alors il comptera des Comtes ,
Comte en titre , Comte Marchand ,
Comte François , Comte Allemand.
Comtes dont on fera grands comptes ,
Comte faiſant même les Comtes ;
Comtes qui comme leurs ayeux
A l'Europe font précieux ;
Comtes charmans , Comtes aimables ,
Comtes à tous très - agréables ,
(1) On prétend que la Rochelle tire son nom du mos
Roch & d'une femme nommée Elle , qui tenoit , ſur la cote
Auberge pour les Marins.
(2)1777.
AOUT.
1777. 223
Comtes enlevant tous les coeurs ,
Comtes humains & bienfaiteurs ;
Comtes égaux à Marc - Aurele ,
Comtes maîtres de la chandelle (1) ,
Que l'on conte au Comté d'Artois ,
Eteindre plus que feu Grégeois
ACADEMIES.
La Société des Sciences de Copenhague propoſe
pour l'année 1777 lesſujetsfuivans:
CUM
EN MATHÉMATIQUES.
UM. nostris temporibus variæ innotuerint methodi distan
tiam non nimis magnam ex una ſtatione ope unius vel duorum
tuborum opticorum & fpeculorum menfurandi , defideratur
optima & commodiffima talis instrumenti diſpoſitio
præcifionis gradus ejus fubfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixum ſal fimplex fit an ex aliis
fubftantiis compofitum, experimentis efficere.
(1) Il y a à Arras , Capitale du Comté d'Artois , une
Ste Chandelle qui y fut , dit - on, apportée par la Ste-Vierge
, pour guérir les habitans d'Arras d'un feu ardent qui
les dévoroit.
224 MERCURE DE FRANCE.
EN HISTOIRE.
Quaritur , quo tempore Danorum imperium in Esthonia
coeperit ; quænam incrementa quasque mutationes habuerit à
Valdemaro II. ad Valdemarum usque III; quando penitus defierit
, quis fub ed potestate status hujus regionis fuerit politicus
&Ecclefiafticus , & quænam legum Danicarum veftigia
ibi ad huc reperiantur?
Le prix que la Société donnera à celui qui aura le
mieux traité chaque ſujet, conſiſte en une médaille d'or
de la valeur de cent écus argent de Dannemarck.
Les Savans , tant étrangers que Danois , excepté les
Membres de la Société , ſont invités à concourir pour ces
prix , & voudront bien écrire leurs Mémoires en François ,
Latin , Danois , ou Allemand.
Les Concurrens adreſſeront leurs Mémoires , francs de
port , à ſon Excellence de M. de Hielmſtierne , Confeiller
privé du Roi , Chevalier de l'Ordre de Dannebrog , &
Préſident de la Société. Aucun écrit ne ſera reçu au Concours
paſſé le dernier d'Août 1778 .
La diſtribution des prix ſe fera vers la fin d'Octobre ,
& le jugement de la Société ſera publié incontinent après.
Les Auteurs ſont priés de ne ſe point faire connoître ,
mais de mettre une deviſe à la tête ou à la fin du Mémoire
, & d'y joindre un billet cacheté , avec la même
deviſe , qui contiendra leur nom & le lieu de leur réſidence.
Les papiers Américains , qui exagerent peut - être la fituation
de l'armée du Congrès , ne peignent pas d'une
maniere auli favorable celle du Général Howe ; ils ne la
por
AOUT.
1777. 225
e
of
5
C
5
portent pas au -delà de 13,000 hommes , & l'on fait ici
que les plus zélés partiſans de la Cour n'oſent pas dire
qu'elle en excede 16,000 ; & ,, avec ſi peu de monde ,
dit un de nos Gazetiers , notre ſage Fabius parle - t - il
bien ſérieuſement , lorſqu'il dit que ſon plan eſt d'aller à
Philadelphie par les Jerſeys ; Washington occupe des postes
importans , & fi Howe a recours à ces moyens lents
qui ont diftingué toutes ſes opérations dans la derniere
campagne , il eſt probable qu'il n'arrivera guere au terme
de fon voyage avant le mois de Novembre."
On reproche à la Gazette de New- Yorck , qui s'imprime
ſous la protection & l'influence du Général Howe , de
rendre en injures aux Américains les ſarcaſimes qu'ils ſe
permettent quelquefois ; ſelon le Gazetier , Washington eſt
un archi - traître ; la fleur de ſon armée eſt compoſée de
ce qu'il y a de plus abject parmi les ſcélérats que les
Loix Angloiſes bannirent autrefois de leur patrie. Quelques
plaiſans que ces injures éloquentes ont amusé , ſe
font aviſés de les parodier dans un de nos papiers , en
faiſant écrire la lettre ſuivante par le Général au Miniſtre
chargé du département de l'Amérique. , Milord , celleci
eſt pour vous faire ſavoir que j'ai fait paſſer l'armée
dans les Jerſeys , j'ai été moi-même reconnoître l'ennemi ;
mais voyant que l'armée n'étoit compoſée que d'une canaille
dégnenillée , & preſque mourant de faim , commandée
par l'archi - poltron Washington , j'ai cru qu'en l'attaquant
je dérogerois à l'honneur du nom Anglois. En effet
, étoit - il digne d'un Général comme moi , & de mes
braves vétérans d'aller ſe meſurer avec de pareils gredins ?
ADieu ne plaiſe ! en conſequence , je me ſuis retiré vers
New-Yorck pour m'y délaſſer de la fatigue de mon voya
ge, & me refaire des maux de coeur & des nauſées que
m'a cauſe le ſpectacle dégoûtant de ces bélitres. Je laiſſe
P
1
226 MERCURE DE FRANCE.
a la Providence , comme dit notre bon Roi , le ſoin de
les réduire , & je me tiendrai ici dans New - Yorck pour
y'attendre cet événement qui ne peut tarder. Les choſes
étant ainsi , je ne doute pas que S. M. n'approuve ma
conduite , & je vous prie , Mylord , de bien appuyer far
l'égard fingulier que j'ai pour l'honneur & la réputation
de ſes armes . Adieu , Mylord : je me flatte que j'aurai
du moins votre approbation; je fais ici la guerre à peuprès
comme vous la fîtes aux plaines de Minden. Mon
frere ſe propoſoit de vous écrire par la même occafions
mais n'ayant rien à vous dire , ce ſera pour une autre
fois."
,, Un Prince de l'Empire s'étant déterminé à fournir un
bataillon aux Anglois contre les Infurgens , chargea ſon
Réſident à Berlin de demander à S. M. Pruſſienne , le
„ paſſage ſur un territoire de ſa domination. Ce Miniftre
exécuta les ordres de fon Maitre. S. M. Pruffienne lui
ود
ود
ץי
dit d'abord qu'elle ne croyoit point que la guerre fût
„ allumée enEurope ; à quoi le Réſident répondit : il n'eſt
„ point queſtion de cela , Sire , ce font des troupes que
, mon Maitre a vendues à l'Angleterre pour fervir en
› Amérique. " Eh ! que ne me diſiez-vous cela , M. le
Réſident , reprit le Roi; ceci eſt une affaire de commerce
& de marchandises , & je ne puis leur refuſer le
paſſage en payant les droits. Cette anecdote me paroit
,, être le portrait en miniature d'un très - grand homme. "
(Courier de l'Europe , no. 16.)
"
AOUT.
227 1777.

P
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
Suite & fin de l'Automne ,
La Beauté ,
Difcours de Pluton à Proferpine,
Epitre à M. l'Abbé de B,, .
Agathe,
Vers a M. le Comte de Falckenſtein ,
Conte imité du latin de la Monugye
A Daphné ,
page 5
ibid.
12
ibid.
15
17
22
23
24
Vers préſentés à Monfieur , 26
Les Adieux a Valenciennes , 27
a
Epitre à Lubin , ३८
Les Amours de Lycidas & de Mélize, 33
Sur le Buſte de M. de Voltaire, 37
Vers à M. le Bailli de Bar , 38
Impromptu , 39
Le Difciple d'Horace , 40
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
48
ENIGMES , 51
LOGOGRYPHES , 53
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 56
Suites des Epreuves du Sentiment , ibul.
Diverſités galantes & Littéraires ,
60
le L'Eſprit des Eſprits , 65
Plan d'éducation publique , 68
Elémens de Tactique , 70
e Précis de la Médecine Pratique , 73
La Théorie du Chirurgien , 76
Supplément à la Botanique miſe à la portée de tout
le monde ,
L'Agriculture , 81
Ode fur l'érection de la Statue du Prince Charles de
't
Lorraine , 85
Oeuvres du Comte Antoine Hamilton, 89
Synonymes Latins , 92
Les trois Fermiers , 93
Soirées de Mélancolie , 90
De l'ordre focial ,
Fayel
105
Mémoires hiſtoriques & galans ,
110
P2
228 MERCURE DE FRANCE.
La Pareffe,
Précis du Diſcours préliminaire ,
Les quatre parties du Jour à la Ville , 121
131
Le Temple de Vénus ,
Recherches ſur la préparation que les Romains don- Opufcules de Phyſique animale & végétale, 135 134
993
noient à la chaux, ibid.
Bibliotheque de Campagne.
Peinture du fiecle ,
Oeuvres du Pere la Berthonie,
Anecdotes de l'Illuftre Voyageur,
Alexis moderne ,
Idées préliminaires
Journal Hiftorique & Politique,
Annonces littéraires,
ACADÉMIES ,
Caën,
Auch ,
SPECTACLES.
139
140
ibil
148
bid
149
154
155
158
ibid.
163
166
Opéra,
Comédie Françoiſe
ibid.
167
Comédie Italienne ,
ibid.
ARTS ,
Gravures,
175
ibid.
Muſique,
Topographie,
377
Lettre à M.
178
Synonymes
François ,
179
Anecdotes.
Variétés ,
inventions , &c.
138
192
Préſentations ,
Nouvelles
politiques ,
200
205
Mariages ,
211
ΩΙΩ
Morts,
Loterie,
213
ADDITIONS
D'HOLLANDE ,
tbid
214
i
FIN DE LA TABLE:
1
1
:
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEROR
SQUARISPENINSULAM
AΜΩΣΝΑΗ
CIRCUMSPICE
AP
1
20
M51
1777
20.1:
' .
!
MERCURE
DE
FRANCE ,
PAR UNE
SOCIÉTÉ
DE GENS DE
LETTRES.
SEPTEMBRE. 177.7.
Nº. XII.
Mobilitate viget . VIRGILE.
A
AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY,
MDCCLXXVII.
LIVRES NOUVEAUX.
ESSA SSAI fur Part d'Obſerver par M. Carrard 8vo. I
vol. Amsterdam 1777. à f 1 : 151-
Differtation fur la Comparaison des Thermomètres par
M. J. H. van Swinden , Profeffeur à Franeker contenant
la Comparaiſon de plus de 50 Thermomètres , &
un grand Tableau gravé de 27 Thermomètres les plus
ufites f 4 : On peut le procurer Je Tablezu
ſéparément à fr : de Hollande.
Voyage de Londres à Gênes , par le Portugal , l'Eſpa .
gne , la France , de M. Baretti , traduit de l'Anglois en
4 yol. grand in douze 1777 à f4 : -
MARC - MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , fur
le Cingle, vient d'imprimer le Tome VI de la SAINTE
BIBLE , avec un Commentaire littéral , composé de
Notes choifies & tirées de divers Auteurs Anglois , par
Mr. C. CHAIS , Pasteur Emerite à la Haye. Ce fixieme
Tome , pour la perfection duquel on n'a rien négligé,
est divisé en deux Parties , qui comprennent le
Premier & le Second Livre des Rois , in-40 . , format
Semblable aux précédens , à fl. 8 de Hollande. On
trouve chez lui les premiers Tomes , contenant laGeneſe
, l'Exode , le Lévitique , les Nombres , le Deuteronome
, fofué , les fuges , Ruth , le Premier & le
Second Livres de Samuel ; à fl . 25 de Hollande pour
cette année seulement , & à commencer au zer Janvier
1778 on ne les vendra pas au- dessous de fl . 37--10.
Philofophie de la Nature , 8vo. 6 vol. fig. 1777-
Poëſies Lyriques de M. Ramier , 8vo. Berlin 1777.
Oeuvres de M. de la Harpe , 8vo. 3 vol. 1777 .
Un Chrétien contre fix Juifs , 8vo. à f 1 :
Dictionnaire d'Hiſtoire Naturelle par Valmont de Beaumare
8vo. 9 vol. 1776.
MARC - MICHEL REY Libraire à Amsterdam , &
STOUPE Imprimeur à Paris , vendent le Supplément
à L'Encyclopédie ou Dictionnaire Raiſonné des Sciences
, des Arts & des Métiers en V. Vol. in folio ,
dont I de Planches. Les trois premiers Volumes
actuellement en vente , à f 36 : & les IV & V. en
Septembre 1777. à f 36 - : - : de Hollande.
REY continue l'Impreſſion du Journal des Sçavans à f
8-8 - les XIV parties qui composent l'année.
On trouve chez lui L'encyclopédie , fol. 28 Vol. ſçavoir
XVII de Difcours & XI de planches , édition de Geneve
conforme à celle de Paris.
Bulgusdyr
-22-27...
313 LIVRES NOUVEAUX .
*
Morale Univerſelle (la) ou les Devoirs de l'Homme fon
dés fur la Nature 8vo. 3 Vol. à f 3-15- :
Ethocratie , ou le Gouvernement fondé iur la Morale
8vo. I Vol. à f1-10- :
Principes de la Légiflation Univerſelle en 2 vol . 8 f 3 -:-
Dictionnaire raiſonné d'Hippiatrique , Cavallerie , Manege
& Maréchallerie , par M. la Foffe , 8vo. 2 vol. 1775.
af 4 - : -
Lettre à Meſſieurs de l'Académie Françoiſe fur la nouvelle
Traduction de Shakespeare , 8vo. à 6 fols.
Expoſé des Droits des Colonies Britanniques , 8vo.
12 fols.
Poësie del fignor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
1757 1768 à f 15 - : - : le même ouvrage en
Italien en 6 vol. in-douze a f 9 - : - :
Effai ſur les moyens de diminuer les dangers de la Mer ,
par M. de Lelyveld,Traduit du Hollandois. 8vo. à f1--
Ellai fur les Cometes , par M. André Oliver. Traduit
de l'Anglois , 8vo. I vol fig. af 1-10- :
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'in
fluence de l'Ame fur le Corps & du Corps ſur l'Ame ,
par le Docteur Marat , en 3 vol. indouze à f3-15- :
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , &c. 8vo. f1--
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées ; &c. avec des additions
, 8vo. à 10 fols.
Choix de Chanſons mifes en Muſique par M. de la Bor
de, Premier Valet-de Chambre ordinaire du Roi , Gou
verneur du Louvre. Ornées d'Estampes par I. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 4 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendôme. Paris 1773. f60:.
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Monde Moderne
&c. 4to 4 Tomes 1773 - 1776. à 30 flo.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles , & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. à f 3:15 ſols.
Mémoires fur les Campagnes d'Italie en 1745 , 1746 ,
&c. 1 vol. 1777. à f 1-5 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , continue
d'imprimer & de débiter le MERCURE DE FRANCE ,
ouvrage périodique contenant des Pieces Fugitives
en Vers & en Profe, des Enigmes, Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires , Annonces des Spectacles , Avis
concernant les Arts agréables , comme Peinture . Architecture
, Gravure Musique &c. quelques Anecdoses
, des Edits, Arrets , Déclarations : des Avis, des
Nouvelles Politiques ; les Naiſſances & les Moris des
A2
LIVRES NOUVEAUX
Perſonnages les plus illustres : les tirages des Loteries
&affez louvent des additions intéressantes de l'Editeur
de Ilollande. Cet ouvrage a 16 volumes par année
que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12-:-: ceux qui voudront avoir des parties ſéparées
les payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez
lui les années 1770 1776 .
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVI. Livres
de PLINE L'ANCIEN , avec des Notes : par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux Arts , grand 8vo. 2 vol. La
Haye, 1773. f 4. de Hollande.
Eſſais Policiques lur la véritable Liberté Civile , discours
adreilé au peuple d'Angleterre. 8. à 12fols.
Journal de Lecture , on Choix Périodique de Littérature
& de Morale. 12. No. 1 à 21. ou tom. 1. prem. par
tie à tom. VII. Ille Partie. Paris 1775 - 1776.
à f 9. pour les & Tomes en 12 Parties , ou f 18 : - :
pour les XXIV parties .
Les Récréations de la Toilette. Hiſtoires , Anecdotes
Aventures amusantes & intéreſſantes. in-12. 2 vol.
Paris , 1775. à f 3 : -
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la So
ciété Royale de Turin , 4to 5 vol. fig . 1759- 1776.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien Ministre
Plenipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c pendant son séjour en
Angleterre. Grand 8vo. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathematiquesde M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raffemblées & pub'iées par Jean-
Nic. Sec. Allamand Profeſleur à Leyde. 410 2 vol. avec
XXX Planches en Talle- douce. Amst. 1774. àf8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie intitulé: Défenſe de la Nation
Britannique , ou Réponte à l'avis aux Réfugiés .
On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les Droits
des Souverains , grand in douze , 1 vol. 1775.
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruftes
les Turcs , travaillée sur des mémoires très- authentiques
; les Cartes & Plans font des copies exactes &
fidelles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée ,
Gvo. I vol. à 7.- :
f 1 : -
Jérutalem Délivrée . Poëme du Talle. Nouvelle traduction
2 vol. grand in-douze. Paris 1774. f2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in-8vo. 62. vol. Edition
de Geneve.
***
MERCURE
DE
FRANCE.
SEPTEMBRE, 1777 .
PIECES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA
MALADIE.
FLEURS ,
Ode.
LEURS , fanez - vous : de nos bocages ,
Tendres & légers Habitans ,
N'enchantez plus par vos rainages ,
Les échos des bois & des champs.
A3
6. MERCURE DE FRANCE.
:
Juſques ſous les voûtes célestes ,
Déployez vos branches funeftes ,
Sombres & ſtériles cyprès ,
Que ſous vos ombres la verdure
Se deſſéche , & que la nature
Se dépouille de ſes attraits.
De Vulcain enfant déplorable ,
Jouet des caprices des Dieux,
Si , par toi , la terre coupable
Fut foumiſe au courroux des Cieux ,
Sur cette terre dévaſtée
Par le crime de Prométhée ,
Qui l'infecta de tous les maux,
Defcends redoutable Pandore ;
Et , ſi tu le peux , verſe encore
Sur nous quelques poiſons nouveaux.
Brillant au haut de ta carriere ,
Tu me bleſſes , flambeau des Cieuxt
Tes vaſtes torrens de lumiere
Aflligent mes débiles yeux.
En vain ta chaleur bienfaisante ,
Aux épis que Cérès enfante , T
Imprime la maturité ;
Forcé d'admirer ta puiſſance ,
Mon coeur que le bonheur offense ,
Frémit d'éprouver ta bonté.
Autour de moi j'entends ſans ceſſe
Retentir le nom du plaiſir;
SEPTEMBRE. 1777 .
2
Pour jouir , je vois la jeuneſſe
Et les graces ſe réunir:
Sur un cercle heureux de mortelles ,
Toutes légeres , toutes belles ,
L'Amour agite, fon. flambeau ;
Et triſte , dévorant mes larmes ,
Moi , je ne puis trouver de charmem
Que près des horreurs du tombeau, ...
A
: V
Accumulés ſur ma naiſſance ,
Sept luftres ont coulé pour moi;
Et de ma fragile exiftance , 4
Biens & maux ont coupé l'emploi :
Mais , hélas ! fur ce qui me refſte
Des ans que la faveuricéleste
Deſtine au terme de mes jours ,
Vomifiant ſa rage ennemie,
Un monstre impur , la Maladie ,
Menace d'en brifer le cours.
Tardif & froid, coulant à peine
Dans les détours de mes vaiſſeaux ,
A
be
i :
Mon fang , d'une marche incertaine
Roule & s'égare en ſes canaux;
1
Mes facultés s'anéantillent :
Mes genoux affoiblis fléchiffent
I
Sous le poids eger de mon corps evroti
Leur vigueur éteinte fuccombe ,
Et me rapproche de la tombe
D'où m'éloignent de vaius efforts.
A 4
MERCURE DE FRANCE ,
Paroiſſez , poiſons d'Epidaure ,
Animaux , plantes , minéraux ,
Préfens du Ciel , l'homme oſe encore
Vous épurer dans ſes fourneaux .
Portés par des routes ſecrettes ,
Pénétrez juſques aux retraites
D'où le manſtre lance ſes coups.
Saiſiſſez - le , daignez l'abattre;
Mais , en cherchant à le combattre,
N'allez pas ſervir fon courroux.
Aing de la terre inondée.
Titan diffipe les vapeurs ,
Et la nature fécondée
Doit ſon ſalut à ſes chaleurs ;
Mais qu'elles penetrent l'abyſme ,
Feax fouterrains , il vous ranime ,
Volcans , vos gouffres font ouverts ;
Parmi le foufre & le bitume ,
Le ſalpêtre exalté s'allume ,
Ils bouleverſent l'Univers.
Ainſi quelquefois elle flatte
Par les plus merveilleux effets ,
Cette ſcience qu'Hippocrate
Eterniſa par ſes ſuccès;
Mais ſouvent aveugle ou trompée ,
Elle paroft enveloppée
Du ſombre voile des erreurs &
Et les ſecours qu'elle adminiſtre ,
:
SEPTEMBRE. 1777
Par un retour prompt & finiſtre ,
Appeſantiſſent nos douleurs.
L'indigent que la faim travaille,
Courbé ſous le poids du malheur ;
Le Héros , dans une bataille ,
Atteint par un plomb deſtructeur ,
Tous les jours fur ta bienfaiſance
Se repoſent, douce eſpérance :
De l'un tu foulages les maux ,
Ta main ferme ſa cicatrice ;
Et ta vertu confolatrice
De l'autre allége les travaux.
1
Plus timide , je n'oſe encore
Ouvrir mon ame à tes rayons,
J'ai peur qu'une trop foible aurore
Ne m'offre des illuſions :
Non... tu n'es point un vain fantôme ,
Je te ſens ; tu verſes le baume
Juſqu'au plus profond de mon coeur.
Par toi l'avenir ſe rapproche ;
Et plus rapide à ton approche ,
Le temps a perdu ſa lenteur.
Ils reviendront ces jours de gloire,
Ces jours où mon ſang vigoureux ,
Juſques au Temple de mémoire ,
Portoit mon eſprit & mes voeux.
Je t'invoquois , fils de Latone;
5
to MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois au pied de ton Trône ,
J'oſai brûler un peu d'encens :
Et dans ce jour, à plus d'un titre ,
Ta bonté peut- être l'arbitre
De ma ſanté , de mes talens.
Rends moi ces biens que la nature
Me promit avant mon berceau .
Je les perdis ; ton art m'affure
De me tranſmettre un fang nouveau.
Fais encor plus ; à mon génie
4
هللا
:
Donne ce feu , cette énergie
Qui vole à l'immortalité.
Un jour ſi ta faveur m'inſpire ,
Je conſacre à jamais ma lyre
A chanter ta Divinité.
:
Par M. Simon , Maltre ds- Arts & om
.....
Chirurgie , à Troyes.
:
1
ちょ
:
SEPTEMBRE. 1777 18
5
LES DEUX FILS .
L 11
Fable imitée de l'Allemand de Gellert.
U
N pere avoit deux fils , Dorimon & Guillot :
Le premier bel eſprit , & l'autre étoit un fot.
Près d'arriver au terme de ſa vie
Le vieillard inquiet tourna vers Dorimon
Une paupiere appeſantie ;
Et d'an air triste , e , il lui dit: mon garçon ,
D'un noir chagrin mon ame eſt oppreffée .
Je vais mourir , & quitter mes enfans ;
1 Mais , en voyant Anir le terme de mes ans ,
Ton fort plus vivement occupe ma penſée.
Tu paſſe dans ces lieux pour avoir de l'eſprit ,
Chacun le dit &le redit.
Que vas- tu devenir ? Ecoute : une caffette
Eſt ici près , dans ma chambre ; prends - 18.
Tiens ta chole fecrette ,
Que ton frore fur tout ignore tout cela.
f
D
пя
Certains bijoux de prix s'y trouvent... Ah ! mon pere
Je dois bénir la main qui me comble de biens ,
Répondit Dorimon ; mais que fera mon frere
Si je poffede ſeul ſes trésors & les miens ?
Quel féra donc fon fort ? Sois tranquille.... J'eſpere....
Réplique le papa... Je réponds de Guillot,
Il fera ſon chemin ſans peine; c'eſt un fot.
Par le méme .
12 MERCURE DE FRANCE
Dix
ACHLOÉ.
Imitation du Grec.
Ix Muſes , deux Vénus ,, quatre Graces , des Cieux
Et de la Terre ont mérité l'hommage:
Muſe , Grace & Vénus , aſſiſe au rang des Dieux ,
Chloé double leur nombre & nous rend leur image.
Par le même.
1
LA LOUANGE INTÉRESSÉE.
D
Imitation d'Owen.
*
E mes vers , dans les tiens , tu fais l'apologie &
Rien n'eſt , à ton avis , ſi beau dans l'Univers.
De tes ſecrets , Alain , je connois la magie...
Tupenſes qu'amon tour je vanterai tes vers.
Par le mleve
۱
P
5
P
L
L
SEPTEMBRE. 1777.16
V
SUR UN MÉDECIN,
Autre imitation du même.
UIDE d'argent , tu vins en cette Ville
Y profeffer l'état de Médecin ;
Et le beſoin de ton Art affaffin ,
Fit à ton fort un changement utile.
Soulage ton malade, il te donne fon bien.
Paul , tu guéris fon mal; mais il guérit le tien.
Par le même.
T
D
LÉONIDAS .
Imitation de l'Anthologie.
ן י י י י
u grand Léonidas le cadavre ſanglant,
Aux regards de Xercès s'offrit ſur la pouſſiere !
Pénétré de reſpect pour ſa vertu guerriere ,
De ſa pourpre Royale il le couvre à l'inſtant ;
Mais l'ombre du Héros , d'une voix formidable ,
S'écria : loin de moi ce funeſte ornement ;
Périſſe des Perfans l'empire méprilable !
D'un bouclier plutôt que mes os foient couverts ,
En Spartiate au moins j'irai dans les Enfers.
D
2.0
Par le méme.
14 MERCURE DE FRANCE .
S
LES SECONDES NOCES.
Autre imitation de l'Anthologie.
I quelqu'un échappé de ſes premiers liens ,
Ofe encor contracter un ſecond mariage ,
C'eſt un fol qui , malgré des préſages certains ,
Se haſarde deux fois , & fait deux fois nauvrage.
Par le méme.
1
IMITATION DE J. J. PONTANUS.
: Contre un grand Parleur .
GARRULUS
RRULUS arrive de France ,
C'eſt vainement qu'il étoit attendu ;
Il ne dit rien de neuf : pourquoi donc ce flence ?
force de parler il n'a rien entendu.
Par le méme.
SEPTEMBRE. 1777. 15
COUPLETS.
AIR: Le connois - tu ma chere Eléonore ?
INSTA
NSTANS pafiés auprès de ma Bergere ,
Momens ſi doux qu'êtes vous dévenus ?
Tendre plaiſir que ton afle eſt légere ?
Momens fi doux , vous n'êtes déjà plus .
C'étoit ici que ſa main careſſante ,
Cherchoit , preſſoit la mienne en foupirant :
Et c'étoit là que ſa bouche charmante ,
Diſoit , je t'aime , au plus fidele amant.
C'eſt dans ce lieu que Chloé moins févere,
D'un doux baiſer tempéra ſes réfus ...
Tendre plaiſir que ton afle eſt légere !
Momens i doux , vous n'êtes déjà plus.
Par un Caraïbe de Sainte- Lucie,
18 MERCURE DE FRANCE.
:
:
Qui couronne (2) Gourgean , ainſi que le Caucafe ;
Renfermant ſes rayons dans un point lumineux ,
Son éclat impoſant ne bleſſoit point les yeux ;
Mais c'eſt un océan , une mer de lumiere,
Dont les torrens fubtils ont ipondé le terre.
Quel luze! Quel éclat ! En fuperbes brillans ,
Je vois changer ces pleurs qu'a répandus l'Aurore ;
Ils deviennent rubis , faphirs & diamans ;
Sous mille afpects divers , le Soleil les colore.
Oui (3), cet encens qui fume , & l'éclat de ce lien ,
D'un vrai culte Divin , viennent m'offrir l'image ;
Les champs font les Autels d'où s'éleve Phommage,
LaNature eſt un Temple , & le Soleil un Dieu...
Mais non, n'infultons point au Roi de la Nature ;
Le Soleil& les Cieux , & leur riche parure ,
Bien loin d'être des Dieux , furent formés pour nous ;
L'Etre que les gouverne , eft bien plus grand qu'eux tous.
Par M. Mar...
C
L
A
L

(2) Gourgean ,petite montagne dans le bas Languedoc ,
or est une Abbaye qui en tire fon nom.
(3) Les vapeurs qui s'élevent de la terre , fur-tout aux
Bords des rivieres , & des rivieres mémes.
D
Σ
SEPTEMBRE. 1777.
لو
L
MORALITÉ.
QUAND 10.5 CAND le Sage , en ouvrant les annales duMonde ,
Soudain voit paſſer ſous ſes yeux ,
Ces Rois, ces Empereurs , ces Mortels fi fameux .
Les Mattres autrefois de la terre & de l'onde,
Aujourd'hui les égaux des Mortels gémiſans
Dont ils ont été les tyrans:
(Que l'orgueil ici ſe confonde!)
1
Quand il voit ces corps menaçans ,
Ces ambitieux monumens
Qu'ont élevé l'audace , ou s'attache , où ſe fonde
La gloire des fiers Conquérans:
Quand il voit , nés à peine & déjà languiſſans ,
Les Empires , les uns fur les autres tombans ,
Sabymer , pour jamais , dans une nuit profonde
Briller , s'éteindre en un inſtant :
Des humaines grandeurs il voit tout le néant;
Et de leurs fondemens qu'il ſonde ,
La conſtante mobilité
En découvre à ſes yeux toute la vanité.
Bientôt dégoûté du menſonge ,
Il retourne à la vérité ;
Et d'une triſte vie il acheve le ſonge ,
En pleurant ſur l'Humanité.
ParM. Drobeeg..
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
VERS.
A M. WILLEMAIN D'ABANCOURT
, fur le Recueil de Fables qu'il
vient de publier.
R
IVAL de Maltre Jean , tu n'es pas ſon Vainqueur ;
Mais tes Vers , qu'embellit une diction pure ,
Te feront appeler le Poëte du coeur ,
Et le Chantre de la Nature.
1
10
Par Madame de***
A
C
SEPTEMBRE. 1777. 21
LE MARIAGE ROMPU,
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte , en profe.
PERSONNAGES.
M. GANEAU.
M. MORIN , Médecin.
CÉCILE, fille de M. Morin.
M. BELLANGER , Major de la Place.
Madame DUQUESNOY .
Mademoiselle GALET , Gouvernante de
Cécile.
Un Caporal.
Quatre Fufiliers.
La Scene est à Mons , dans la Maison de
M. Morin.
1
B 3
MERCURE DE FRANCE.
:
SCENE PREMIERE.
CÉCILE, Mademoiſelle GALET.
Mademoiſelle GALET.
St bien donc, Mademoiselle , que vous
donnez la préférence àM. de Nainville.
CÉCILE. Mais , ma Bonne , à ma
place , ne feriez- vous pas comme moi ?
Mademoiselle GALET. Qui & non.
CÉCILE. Comment ? Voudriez - vous
que je lui préféraſſe un homme que je
n'ai jamais vu , qui paſſe pour extrêmement
dur , & dont la violence eſt telle
qu'il a écrit à mon pere, qu'à la place
de Madame Duqueinoy , lorſqu'il eſt
venu lui annoncer qu'il manquoit à fa
parole , il l'auroit fait jeter par les fenêtres.
Mademoiselle GALET. Je ne ſavois
pas cela.
CÉCILE. Vous connoiſſez M. de
Nainville ? N'eſt-il pas vrai , ma Bonne ,
qu'il y a une grande différence de lui à
ce Capitaine de Vaiſſeau que mon pere
me deſtinoit ? C'eſt la douceur , c'eſt la
complaiſance même; d'ailleurs il eſt hom
SEPTEMBRE . 1777-
23
me de condition &à portée de s'avancer
dans le ſervice.
Mademoiselle GALET. Cela change la
theſe , & je crois que vous avez fort
bien fait.
CÉCILE. Nainville eſt neveu de M.
le Major , & peut obtenir ſa ſurvivance :
cela feroit d'autant plus agréable pour
moi , que je ne ferois point obligés de
quitter ma famille.
Mademoiselle GALET. J'en conviens;
mais ne craignez - vous pas , Mademoiſelle,
que le refus fait à votre Capitaine
de Vaiſſeau , n'ait des ſuites facheuſes ?
CÉCILE. Vous croyez, ma Bonne?
Mademoiselle GALET.. Mais écoutez
donc , Mademoiselle , s'il eſt auſſi violent
que vous le dites , cela ne m'étonneroit
pas. Ces marins ne font point au
tout aifés.
CÉCILE. Vous me faites trembler.
Mademoiselle GALET. Raſſurez - vous ,
on y pourroit mettre ordre. M. Bellanger
votre oncle futur , a toute la garnifon
à fon commandement.
M. MORIN , en dedans. Cécile! ...
Mademoiselle GALET. M. votre pere
vous appelle.
CÉCILE. Jy cours.
T
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
:
SCENE II.
Mademoiselle GALET feule.
Il faut que je me tienne ſur mes gardes:
fi ce bourreau d'homme- là venoit
nous traiter comme des Mouſſes..... Je
reconnois bien - là Monfieur Morin : il
donne ſa parole ſans fonger à ce qu'il
fait , & la retire de même; fon imprudence
lui coûtera cher quelque jour.
A SCENE III .
M. GANEAU, Mademoiſelle GALET.
M. GANEAU , en dehors. Est- ce qu'il
n'y a perſonne ici ?
Mademoiselle GALET, à part. A qui
en veut cet orignal - là ?
M. GANEAU, entrant d'un ton bruſque.
Morbleu ! Le ſot pays , Les ſottes gens !
Mademoiselle GALET, à part. Juſte
Ciel ! C'eſt lui - même ! C'eſt le prétendu
de Mademoiselle ! Nous ſommes perdus
! ... Quel parti prendre?
SEPTEMBRE. 1777-
25
M. GANEAU. eſt- ce ici chez M.
Morin?
Mademoiſelle GALET. Monfieur....
M. GANEAU . Eſt- ce que vous êtes
fourde donc ? Je vous demande ſi c'eſt
ici que demeure M. Morin ?
Mademoiselle GALET . Oui.....
Monfieur.
M. GANEAU. Eſt - il ici?
• Mademoiſelle GALET. Monfieur....
M. GANEAU , criant plus fort. Est- ce
que je parle hébreux ? ... Eſt- il ici ,
vous dis- je?
** Mademoiselle GALET. Monfieur....
je ne fais pas.
M. GANEAU . Vous n'en ſavez rien ?
Mademoiselle GALET. Je crois , Monſieur
, qu'il eſt.... forti .
M. GANEAU. Quand doit- il rentrer ?
Mademoiselle GALET. Je ne sais pas.
M. GANEAU. Vous ne ſavez rien.....
Sera- t - il bien ici dans deux heures ?
Mademoiselle GALET. Jele préſume ,
(à part. ) Il ne s'en ira pas.
M. GANEAU. Je vais l'attendre.
Mademoiſelle GALET , à part. Ah ! le
maudit homme! il va planter le piquet
ici.
M. GANEAU. Donnez- moi un fau-
B5
MERCURE DE FRANCE.
Π
SCENE
St
PREMIERE.
CÉCILE , Mademoiſelle GALET.
Mademoiſelle GALET.
bien donc , Mademoiselle , que vous
donnez la préférence à M. de Nainville.
CÉCILE. Mais , ma Bonne , à ma
place , ne feriez - vous pas comme moi ?
Mademoiſelle GALET. Oui & non.
CÉCILE. Comment ? Voudriez - vous
que je lui préféraſſe un homme que je
n'ai jamais vu , qui paſſe pour extrêmement
dur , & dont la violence eſt telle
qu'il a écrit à mon pere, qu'à la place
de Madame Duqueinoy , lorſqu'il eſt
venu lui annoncer qu'il manquoit à fa
parole , il l'auroit fait jeter par les fenêtres.
Mademoiselle GALET. Je ne ſavois
pas cela.
CÉCILE. Vous connoiſſez M. de
Nainville ? N'eſt- il pas vrai , ma Bonne ,
qu'il y a une grande différence de lui à
ce Capitaine de Vaiſſeau que mon pere
me deſtinoit ? C'eſt la douceur , c'eſt la
complaiſance même; d'ailleurs il eſt homSEPTEMBRE.
1777- 23
!
me de condition&à portée de s'avancer
dans le ſervice.
Mademoiselle GALET. Cela change la
theſe , & je crois que vous avez fort
bien fait.
CÉCILE. Nainville eſt neveu de M.
le Major , & peut obtenir ſa ſurvivance :
cela ſeroit d'autant plus agréable pour
moi , que je ne ferois point obligée de
quitter ma famille.
Mademoiselle GALET. J'en conviens;
mais ne craignez - vous pas , Mademoiſelle,
que le refus fait à votre Capitaine
de Vaiſſeau , n'ait des ſuites facheuſes ?
CÉCILE. Vous croyez , ma Bonne?
Mademoiſelle GALET. Mais écoutez
donc , Mademoiselle , s'il eſt auſſi violent
que vous le dites , cela ne m'étonneroit
pas. Ces marins ne font point du
tout aifés.
CÉCILE. Vous me faites trembler.
Mademoiselle GALET. Rafſurez- vous,
on y pourroit mettre ordre. M. Bellanger
votre oncle futur , a toute la garni
fon à fon commandement.
M. MORIN, en dedans. Cécile ! ...
MademoiselleGALET. M. votre pere
vous appelle.
CÉCILE. J'y cours.
B 4
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MERCURE DE FRANCE.
:
SCENE II.
Mademoiselle GALET feule.
Il faut que je me tienne ſur mes gardes:
fi ce bourreau d'homme - là venoit
nous traiter comme des Mouſſes ..... Je
reconnois bien - là Monfieur Morin : il
donne ſa parole ſans ſonger à ce qu'il
fait , & la retire de même; ſon imprudence
lui coûtera cher quelque jour.
SCENE III.
M. GANEAU , Mademoiselle GALET.
M. GANEAU , en dehors. Est- ce qu'il
n'y a perſonne ici ?
Mademoiselle GALET , à part. A qui
en veut cet orignal - là ?
M. GANEAU , entrant d'un ton bruſque .
Morbleu ! Le ſot pays , Les ſottes gens !
Mademoiselle GALET , à part . Juſte
Ciel ! C'eſt lui - même ! C'eſt le prétendu
de Mademoiselle ! Nous ſommes perdus
! ... Quel parti prendre ?
SEPTEMBRE. 1777. 25
M. GANEAU. eſt- ce ici chez M.
Morin ?
Mademoiselle GALET. Monfieur....
M. GANEAU. Eſt- ce que vous êtes
fourde donc ? Je vous demande ſi c'eſt
ici que demeure M. Morin ?
Mademoiſelle GALET.
Monfieur.
۱
Oui.....
M. GANEAU. Eſt- il ici ?
•• Mademoiselle GALET . Monfieur....
M. GANEAU , criant plus fort. Est - ce
que je parle hébreux ? ... Eſt - il ici ,
vous dis- je?
** Mademoiselle GALET. Monfieur....
je ne fais pas.
M. GANEAU. Vous n'en ſavez rien ?
Mademoiſelle GALET. Je crois , Monſieur
, qu'il eſt.... forti.
M. GANEAU. Quand doit- il rentrer ?
Mademoiselle GALET. Je ne fais pas.
M. GANEAU. Vous ne ſavez rien.....
Sera- t - il bien ici dans deux heures ?
Mademoiselle GALET. Jele préſume,
(à part.) Il ne s'en ira pas.
M. GANEAU. Je vais l'attendre.
Mademoiſelle GALET , à part. Ah ! le
maudit homme ! il va planter le piquet
ici.
M. GANEAU. Donnez- moi un fau-
B5
26 MERCURE DE FRANCE
teuil.... Bon ! ( Il s'affied. ) Dites- moi
un peu , connoiſſez- vous dans ce pays - ci
un Monfieur l'Huillier ?
Mademoiselle GALET. Oui , Monfieur.
M. GANEAU . Où demeure - t- il ?
Mademoiselle GALET. Sur la place ,
tout vis - à- vis le Gouvernement.
M. GANEAU , ſe levant. J'y vais de
ce pas.... Dites àM. Morin que je repaſſerai
bien - tôt , qu'il m'attende ! ...
Vous ne m'oublierez pas ?
Mademoiſelle GALET. Non, Monfieur.
M. GANEAU , à part , en s'en allant.
Sur la place , tout vis- à- vis le Gouvernement
! ... Il faut eſpérer que je trouverai
celui- là
SCENE IV.
Mademoiselle GALETfeule.
Ah! je reſpire... Quel homme ! J'ai
cru qu'il m'alloit avaler ; mais il faut que
je prévienne Monfieur de tout ce qui ſe
paſſe: j'ai bien faitde ne pas dire qu'il y
étoit.
SEPTEMBRE. 1777. 27
SCENE V.
M. MORIN , Mademoiselle GALET.
Mademoiselle GALET. Monfieur ,
Monfieur....
M. MORIN. Qu'est-ce qu'il y a Mademoiselle
Galet ? A qui en aviez - vous
donc tout - à l'heure ?
Mademoiselle GALET. Ah ! Monfieur ,
ſi vous ne vous fauvez bien vite , vous
êtes un homme mort.
M. MORIN. Etes - vous folle ?
Mademoiselle GALET. Ce Capitaine
de Vaiſſeau ...
M. MORIN . Eh bien ?
Mademoiſelle GALET. Il vient d'arriver.
M. MORIN. Vous plaifantez ?
Mademoiſelle GALET . Plût au Ciel ! ...
Si vous aviez entendu comme il a juré....
J'ai dit que vous n'y étiez pas... Il vonloit
vous attendre ; mais heureuſement il
a pris fon parti.
M. MORIN. Je ſuis plus à mon aiſe.
Mademoiſelle GALET. Il va revenir....
M. MORIN. Il va revenir ! ... Fermez
la porte.
28 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle GALET. Il ne doit venir
que dans une heure
M. MORIN. Fermez toujours. (Mlle
Galet va fermer la porte) A double tour...
Bon ! ... Quel parti prendre ?
Mademoiselle GALET. Si vous vous
cachiez....
M. MORIN. Ne pourrai je pas .. C'eſt
lui que j'entends.... Je me trompe....
Quelle eſpece d'homme eſt ce ?
-
Mademoiselle GALET. C'eſt un gros
homme court, cheveux bruns , ſourcils
épais , figure rébarbative; il fait trembler
les vitres quand il parle: il porte un
habit bleu avec un galon d'or , chapeau
bordé fur la tête , canne à la main....
II
M. MORIN. C'eſt lui-même , je n'en
peux pas douter.... Je vais trouver le
Major ; c'eſt pour fon neveu que j'ai
rompu avec ce maudit Capitaine
faut abſolument qu'il me tire d'affaire ....
Mais ... fi j'allois rencontrer... Il vaut
mieux que je le prie de paſſer ici ...
...
Mademoiselle GALET. On frappe...
(Elle regarde par le trou de la ferrure )
C'eſt un habit bleu ; ſauvez - vous , Monſieur
, ſauvez vous.... Je me trompe ,
c'eſt Monfieur le Major; il vient à point
nommé. (Elle lui ouvre la porte).
SEPTEMBRE. 1777. 29
,
SCENE VI.
M. BELLANGER , M. MORIN , Mile
GALET.
M. BELLANGER. Bon jour Docteur
! ... Vous voilà bien claque- muré !
Comment gouvernez vous la gaîté ?
M. MORIN. Ah ! mon cher ami , je
ſuis bien à plaindre !
Mademoiſelle GALET , à part. Je vais
trouver Mademoiselle , & lui conter tout
ce qui ſe paſſe. :
SCENE VII.
M. BELLANGER , M. MORIN.
M. BELLANGER. Qu'avez - vous done ?
M. MORIN. Ah ! Monfieur Bellanger
, c'en eſt fait de moi , ſi vous ne venez
à mon ſecours !
M. BELLANGER. Vous m'étonnez !
M. MORIN. Il vient d'arriver ; il eſt
d'une humeur de diable; il veut mettre
C tout à feu & à fang.
९० MERCURE DE FRANCE.
M. BELLANGER. Qui ?
M. MORIN. Je vous dis qu'il veut
me tuer.
M. BELLANGER. Mais qui? qui ?
M. MORIN. Ce Capitaine de Vais
feau , que Lucifer confonde....
M. BELLANGER. Raſſurez - vous ,
Docteur, raffurez-vous , nous y mettrons
bon ordre.
M. MORIN. Mais fongez-vous que le
temps preffe? Il va revenir, ileſt en chemin,
il eſt peut- être à dix pas; il eſt...
M. BELLANGER. Venez avec moi ,
& n'ayez pas peur.
M. MORIN. Oh! je n'ai pas autre
ment peur ; mais vous favez que ces Marins
n'entendent pas les procédés .
M. BELLANGER. Nous allons paſſer
d'abord chez Madame Duqueſnoy , &
nous la prierons de ſe rendre ici: elle eſt
ſon amie , & l'engagera plus facilement
que nous à ſe départirde ſes prétentions.
Nous irons enſuite aux Caſernes , où je
commanderai un Caporal & quatre Fufiliers
pour garder votre maiſon.
M. MORIN. C'eſt bien vu.... Je vais
appeler Mademoiselle Galet , pour lui
recommander.... Mademoiselle Galet ,
Mademoiselle Galet.
SEPTEMBRE. 1777. 31
SCENE VIII.
M. BELLANGER , M. MORIN , Mile
GALET.
Mademoiselle GALET. Eh bien ! Monſieur,
êtes - vous un peu raſſuré ?
M. MORIN. Mademoiselle Galet , je
vais ſortir avec Monfieur le Major ; ayez
bien ſoin de tenir votre porte fermée , &
de n'ouvrir à qui que ce ſoit , juſqu'à ce
+ que les gens qui doivent nous prêter main
forte foient arrivés. Vous m'entendez
bien ?
Mademoiselle GALET. N'ayez pas
d'inquiétude.
M. BELLANGER. Nous ne tarderons
pas à revenir.
SCENE IX.
Mademoiselle GALET ſeule.
(Elle va fermer la porte ) Ils ont pris
le bon parti ; car cela commençoit à de
venir ſérieux. Notre Maître me doit une
32
MERCURE DE FRANCE .
belle chandelle. Oh ! par ma foi , ſans
moi , c'étoit un homme perdu.
SCENE Χ.
CÉCILE , Mademoiselle GALET.
CÉCILE. Mais , ma Bonne , ce que
vous venez de me dire eſt incroyable !
Etes - vous bien sûre ? .....
Mademoiselle GALET. Si j'en ſuis
sûre ! A telles enſeignes que j'ai eu bien
peur ; ce n'eſt pas un homme , c'eſt un
Démon.
CÉCILE. Et mon pere qui eſt ſorti,
s'il alloit le rencontrer ?
Mademoiselle GALET. Il ne le connoît
pas ,& puis il eſt avec M. Bellanger ,
il ne lui peut rien arriver. (Onfrappe).
CÉCILE. Miſéricorde ! Ma Bonne,
n'ouvrez pas , je vous en prie.
Mademoiselle GALET. Ne craignez
rien la porte eſt bien fermée , & j'ai mis
les verroux. (On frappe plus fort).
CÉCILE. Je ſuis toute tremblante.
SCENE
SEPTEMBRE. 1777 .
33
SCENE XI.
- CÉCILE , Madame DUQUESNOY , Mile
GALET.
a
Madame DUQUESNOY , en dehors.
C'eſt moi , Mademoiselle Galet , c'eſt moi.
Mademoiſelle GALET. Ah ! c'eſt Madame
Duqueſnoy ; nous ne riſquons rien
d'ouvrir. ( Elle lui ouvre. )
Madame DUQUESNOY entrant. Eh
bien! mes enfans , qu'est - ce que je viens
e d'apprendre?
CÉCILE. Ah ! ma pauvre Madame
Duſqueſnoy , votre vilain Capitaine de
Vaiſſeau ....
Madame DUQUESNOY. Mais cela me
ſurprend au - delà de toute expreſſion ; je
ne le reconnois pas- là
Mademoiſelle GALET. Rien n'eſt cependant
plus vrai .
Madame DUQUESNOY. Je conviens
qu'il eſt un peu vif ; mais c'eſt bien le
meilleur humain qu'on puiſſe connoître ; il
ne feroit pas de mal à une mouche.
Mademoiſelle GALET. Il eſt donc bien
changé.
Madame DUQUESNOY. A - t- il fon
uniforme ?
C
32
MERCURE DE FRANCE.
belle chandelle. Oh ! par ma foi , ſans
moi , c'étoit un homme perdu.
SCENE Χ.
CÉCILE , Mademoiſelle GALET.
CÉCILE. Mais , ma Bonne , ce que
vous venez de me dire eſt incroyable !
Etes - vous bien sûre ? .....
Mademoiselle GALET. Si j'en ſuis
sûre ! A telles enſeignes que j'ai eu bien
peur ; ce n'eſt pas un homme, c'eſt un
Démon.
CÉCILE. Et mon pere qui eſt ſorti ,
s'il alloit le rencontrer ?
Mademoiſelle GALET. Il ne le connoît
pas ,& puis il eſt avec M. Bellanger ,
il ne lui peut rien arriver. (On frappe).
CÉCILE. Miſéricorde ! Ma Bonne,
n'ouvrez pas , je vous en prie.
Mademoiselle GALET. Ne craignez
rien la porte eſt bien fermée , & j'ai mis
les verroux. ( On frappe plus fort) .
CÉCILE. Je ſuis toute tremblante.
SCENE
SEPTEMBRE. 1777. 33
T
SCENE XI.
- CÉCILE , Madame DUQUESNOY, Mile
GALET.
e
es
1
De
ne
D
Madame DUQUESNOY , en dehors.
C'eſt moi , Mademoiselle Galet , c'eſt moi.
Mademoiſelle GALET. Ah ! c'eſt Madame
Duqueſnoy ; nous ne riſquons rien
d'ouvrir. ( Elle lui ouvre.)
Madame DUQUESNOY entrant. Eh
bien ! mes enfans , qu'est - ce que je viens
d'apprendre ?
CÉCILE. Ah ! ma pauvre Madame
Duſqueſnoy , votre vilain Capitaine de
Vaiſſeau ....
Madame DUQUESNOY. Mais cela me
ſurprend au - delà de toute expreſſion ; je
ne le reconnois pas - là
Mademoiſelle GALET. Rien n'eſt cependant
plus vrai.
Madame DUQUESNOY. Je conviens
qu'il eſt un peu vif; mais c'eſt bien le
meilleur humain qu'on puiſſe connoître ; il
ne feroit pas de mal à une mouche.
Mademoiſelle GALET. Il eſt donc bien
changé.
Madame DUQUESNOX. A- t- il fon
uniforme ?
C
34 MERCURE DE FRANCE:
Mademoiselle GALET. Mon Dieu , oui.
Habit bleu , galon d'or ....
Madame DUQUESNOY. C'eſt cela
même. (On frappe. )
Mademoiselle GALET. Frappe , frappe;
fi tu attends que je t'ouvre ....
SCENE VIII.
CÉCILE , Madame DUQUESNOY , Mile
GALET , un CAPORAL, deux Fusi-
LIERS.
Le CAPORAL , en dehors. Ouvrez ,
de la part du Roi.
Mademoiselle GALET. C'eſt la Garde
de fûreté que Monfieur le Major nous
envoie ( Elle ouvre. )
Le CAPORAL. Raſſurez - vous , Mesdames
, nous répondons de tout. (Il place
les deux Fuſiliers aux deux côtés de la porte.)
CÉCILE. Vous voudrez bien prendre
garde , Meſſieurs ....
Le CAPORAL. Tranquilliſez - vous ,
Mademoiselle , il n'arrivera point de désordre.
Madame DUQUESNOY. Meffieurs ,
n'allez pas lui faire du mal, au moins...
SEPTEMBRE. 1777. 35
Le CAPORAL. Ne craignez rien ,
Madame , nous ne faiſons du mal qu'aux
ennemis de notre Roi.
Mademoiselle GALET. Pour moi je
commence par me fauver.
CÉCILE. Et moi auſſi.
Madame DUQUESNOY. Et moi auſſi.
Le CAPORAL. C'eſt bien penſer ; les
Dames ne font point accoutumées aux
expéditions militaires .
Mademoiselle GALET. Rentrons , rentrons.
SCENE XIII.
Le CAPORAL , deux FUSILIERS.
Premier FUSILIER. Je n'entends pas
trop la conſigne; il faut donc arrêter ce
Monfieur Morin ...
;
Le CAPORAL. Point du tout ; c'eſt
un Capitaine de Navire .. Non, un Capitaine
de Marine , qui veut tuer M. Morin.
Premier FUSILIER. Diable , c'eſt ſérieux
cela.
Le CAPORAL , au ſecond Fufilier. Saistu
cette hiſtoire- là , toi?;
Second FusILIER. Comment veuxtu
que je la ſache ? Il n'y a pas quinze jours
que nous ſommes ici. C
36 MERCURE DE FRANCE.
Premier FUSILIER. J'entends quelqu'un.
Le CAPORAL. Tenons - nous fur nos
gardes..
SCENE XIV.
M. MORIN, le CAPORAL , deux Fu-
SILIERS.
Premier FUSILIER. Amoi , Caporal.
Le CAPORAL. Monfieur , je vous
arrête de la part du Roi; point de réſistante.
M. MORIN. Mais , Monfieur , ce
n'eſt pas moi.... :
Le CAPORAL. Oh ! ce n'eſt pas moi ,
ce n'eſt pas moi : il n'y auroit qu'à écouter
tous ceux qu'on arrête , ils n'ont jamais
rien fait.
M. MORIN. Je puis vous aſſurer ,
Monfieur.
Second FUSILIER. Mais je crois qu'il
a raiſon , on nous a dit un habit bleu.
Le CAPORAL. Comme s'il ne pouvoit
pas en avoir changé , pour à celle
fin de n'être pas reconnoiſſable : oh !
j'entends le ſervice , moi!
SEPTEMBRE. 1777- 37
SCENE XV.
M. BELLANGER , M. MORIN , le
CAPORAL , deux FUSILIERS,
M. MORIN. Ah ! Monfieur le Major,
maudit ſoit le bavard qui vous a arrêté
là- bas ! Vous arrivez bien à propos
pour me tirer d'embarras. Ces Meſſieurs
veulent abſolument que je fois le Capitaine
de Vaiſſeau ; je n'en ai cependant
pas l'encolure.
M. BELLANGER. C'eſt donc ainſi
que vous ſuivez le ſignalement que je
vous ai donné ?
Le CAPORAL. Dame , mon Général ,
ce qui eſt bon à prendre eſt bon à rendre;
j'ai cru bien faire.
dit.
Second FUSILIER. Je te l'avois bien
M. BELLANGER. Je ſuis fâché de
la mépriſe.
M. MORIN. Il n'y a pas de mal.
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
SCENE XVI.
M. GANEAU , les Précédens.
M. GANEAU , ſe débattant au milieu
de deux autres Fusiliers qui l'amenent..
Morbleu ! c'eſt un guet - à- pens que cela.
Le CAPORAL, Monfieur , de la douceur.
2.г.
M. GANEAU. Eh ! ventrebleu , Monſieur
, qu'a - t - on à me demander dans
votre Ville? Je ſuis un Étranger arrivé
de ce matin...
Le CAPORAL. C'eſt pour cela même
qu'on vous arrête : au ſur - plus , voilà
Monfieur le Major à qui vous conterez
vos raiſons.
M. BELLANGER. Appaiſezvous ,
Monfieur , on ne veut point vous faire
de mal. 1
M. GANEAU. Je l'eſpere bien.
M. BELLANGER. Vous connoiffez
Madame Duqueſnoy ? N'est - ce pas ?
M. GANEAU. Madame Duqueſnoy...
attendez.... il y a bien une trentaine
1
C
SEPTEMBRE. 1777. 39
d'années 'que j'ai connu à Paris une coquine
qui ſe nommoit ainſi; elle n'étoit
pas mal , elle n'étoit pas mal.
SCENE XVII.
Madame DUQUESNOY, les Précédens.
Madame DUQUESNOY. Ce n'eſt pas
lui , Monfieur le Major, ce n'eſt pas lui.
M. BELLANGER , au Caporal & aux
quatre Fufiliers. Vous pouvez vous retirer
. ( Ils fortent ) .
SCENE XVIII.
Madame DUQUESNOY , M. BELLAN
GER , M. GANEAU , M. MORIN.
M. BELLANGER à M. Ganeau. J'ai
ben des excuſes à vous faire , Monfieur ,
de la mépriſe dans laquelle je ſuis tombé
à votre égard ; mais vous ſentez que dans
la pace que j'occupe , il eſt preſque impoffiule
de ne ſe pas méprendre quelquefois.
C 4
40 MERCURE DE FRANCE.
Madame DUQUESNOY, Je vais aſſurer
la pauvre Cécile qui tremble de tout
fon coeur. (Elle fort).
SCENE XIX & derniere.
M. BELLANGER , M. GANEAU , M.
MORIN.
M. BELLANGER à M. Ganeau. Si je
puis vous être utile , Monfieur , je vous
prie de m'indiquer les ſervices que je puis
vous rendre.
M. GANEAU. Je n'ai beſoin de rien ,
Monfieur.
M. BELLANGER. Puis -je vous demander
, ſans indiſcrétion , Monfieur , les
motifs qui ont pu vous engager à vous
préſenter chez M. Morin d'une
d'une maniere
auffi.... finguliere?
M. GANEAU. C'eſt mon ton ; je ſuis
bruſque ; j'ai peut - être tort; mais je ſui
trop vieux pour me refondre. Quant al
refte, je m'appelle Ganeau ; je viens de
Bruxelles , & je vais à Paris.
M. MORIN. Oſerai-je vous denander,
Monfieur , ce que vous defiries de
moi?
SEPTEMBRE. 1777. 41
M. GANEAU. Vous êtes apparemment
M. Morin ?
M. MORIN. Oui, Monfieur.
M. GANEAU. Mon hiſtoire n'eſt pas
longue : je me fuis trouvé indiſpoſé; il
eft fort triſte d'être malade en voyage;
mon Hôteſſe vous a indiqué comme un
Médecin habile; je venois vous confulter;
on m'a dit que vous n'y étiez pas ,
&je revenois dans le même deſſein.
M. MORIN. Si vous voulez vous
donner la peine de paſſer dans la falle ,
je ferai tout ce qui dépendra de moi pour
vous procurer du foulagement.
M. GANEAU. Volontiers ; mais dé
pêchez-moi : je n'ai pas de temps àperdre.
M. MORIN. Vous ferez fatisfait.
M. BELLANGER. Je ſuis charmé,
mon cher Morin, que vos craintes aient
été mal fondées; je vous ſuis attaché , &
je ferois au déſeſpoir qu'il vous arrivât
le moindre accident ; mais , heureuſement
, vous avez eu plus de peur que de
mal.
:
ParM. Willemain &Abancourt.
#* +
2
CS
42. MercuredeFrance, Septembre 1777 .
ARIETE .
Par M.Lagachefils d'am.
Ainsi qu'un La ---pil=
lon so-la-ge_Linconstant of=
fre son hom -ma -ge ge sansjamais
gouter le plaisir Mais l'a
mant fi -delle enchaine son
atle
pour
mieux en jouzr
pour mieux pour mieux
en
jou-----ir

SEPTEMBRE . 1777. 43
Afon Alteſſe Royale Monfieur.
Les
:
LES Dieux jadis viſitoient les Mortels ,
C'étoit le temps où la divine Aſtrée ,
De l'Univers , recevoit des Autels ;
Ce temps renaft : Votre Alteſſe adorée ,
Dans nos climats ramene l'age d'or ;
Verſailles eſt l'Olympe de la France :
Là , font trois Dieux que l'on encenſe encor ,
Le monde entier connoît leur bienfaiſance :
L'un ſur le Trône eſt du Peuple adoré ;
La Cour , Paris , ont le bonheur fuprême
De contempler cé Monarque ſacré ,
Dont les vertus ornent le Diademe ;
Mais la Province a rarement l'honneur
De voir fon Maltre; Artois & Votre Alteſſe ,
En voyageant allegent ce malheur ,
Et ſur vos pas arrive l'allégreſſe.
Recevez , Prince , en ce jour glorieux ,
De la Bourgogne & les voeux & l'offrande ;
Notre nectar eft la boiſſon des Dieux.
Nous vous l'offrons ; une ſimple guirlande
De pampre verd , entoure notre don ;
Le Dieu du vin en couronnoit ſa tête.
Le ſeul laurier eſt digne d'un Bourbon ,
Et déjà Mars dans ſes camps vous l'apprête.
ParM. Courdavault, Capitaine
Invalides.
44 MERCURE DE FRANCE.
L
LA MÉPRISE.
Allégorie.
A mort au teint livide , & le Dieu de Cythere ,
Se jurerent un jour une immortelle paix ;
L'un & l'autre munis de leur arme ordinaire ,
La mort avoit ſa faulx , l'amour avoit ſes traits.
Tous deux d'un pas égal poursuivant le voyage ,
Diffipoient les ennuis & charmoient les inſtans ;
L'Amour , quoiqu'il paroiſſe un enfant en bas-âge ,
Des plus grands Orateurs furpaſſe les talens.
Cependant de la nuit , l'inégale courriere ,
Invitoit les Mortels à prendre du repos ,
Quand le Dieu du sommeil , terminant leur carriere ,
Sur leurs ſens aſſoupis répandit ſes pavots.
De nos deux Voyageurs , à la hate placées ,
Puiſqu'ainſi l'ordonna le caprice du fort ,
Les armes ſe trouvoient pêle-mele entaſſées ;
Le carquois de l'Amour ſur la faulx de la Mort.
Un filence profond regnoit dans la Nature ;
Les oiſeaux amoureux repoſoient dans les bois ,
Apeine les ruiſſeaux formoient un doux murmure ,
Et l'écho ſe taiſoit pour la premiere fois.
Quand ſoudain un grand bruit , répandant les alarmes ,
Dans leurs coeurs éperdus , vint porter la terreur.
Ils ſe levent l'un l'autre , & courant à leurs armes ,
Dans leur biſarre choix , qu'elle fut leur erreur :
SEPTEMBRE . 1777.
45
Auſſi prompt que l'éclair, & d'une main tremblante,
L'aveugle Dieu ſaiſit la redoutable faulx ,
Et la barbare mort que glace l'épouvante ,
Emporte le carquois de l'enfant de Paphos.
Déjà l'ombre gagnoit les plaines d'Amphytrite ,
Et l'Aurore entr'ouvroit les portes d'Orient ,
Quand nos deux Commenſaux dans leur commune fuite ,
Prennent , pour s'eſquiver , un chemin différent.
L'inexorable Mort, depuis cette mépriſe ,
Sur le printemps de l'age , épuiſe tous ſes traits ;
Et le perfide Amour a pris pour ſa deviſe ,
De mes foux les Vieillards braleront désormais.
Par M******
46 MERCURE DE FRANCE.
LE SONGE D'ÉVE.
APEINE
Imitation de Milton.
ו
PEINE un doux ſommeil avoit fermé mes yeux ,
J'entendis un voix dont le fon gracieux ,
Par ces mots , cher Adam , captiva mon oreille :
„ Eve quitte ces fleurs , tandis que tu ſommeille,
„ La nuit , la douce nuit , étale ſes appas ;
„ Ce ſpectacle eſt pompeux , & tu n'en jouis pas
"
De l'air pur & ſerein , la fratcheur ſalutaire ,
» Invite à contempler les beautés de la terre ,
» Les chaînes du ſilence entourent l'Univers ,
,, Tout ſe tait , tout , hormis l'oiſeau dont les concerts ,
„Dont la touchante voix réjouit la nature ,
" Quand le Soleil brillant cede à la nuit obſcure :
„Heureux , tranquille , il aime , il chante ſon amour ;
„ La lune , en ces boſquets , répand un foible jour ,
, Ces feuilles par les vents font mollement preſſées ,
" Tout ravit au Tommeil nos coeurs & nos pensées ;
„ Viens jouir des attraits d'une ſi belle nuit ,
„ La Lune, le Soleil , pour toi ſeule tout luit.
" Eve eſt l'aſtre qui charme, embellit la Nature ;
» Le feu de ſes regards & l'anime & l'épure. "
SEPTEMBRE . 1777 .
47
S
Ces accens , cher époux , me parurent les tiens ,
Et pour toi , du lommeil , je rompis les liens.
Mais quel fut l'embarras de mon ame incertaine ,
Je ne t'apperçus point, ina recherche fut vaine ;
Je ſuivis , en tremblant , un chemin peu connu ,
Qui conduifit mes pas à l'arbre défendu :
Jamais d'un tel éclat il ne m'avoit frappée.
Tandis qu'à l'admirer je m'étois occupée :
Tandis que je levois mes regards enchantes ,
Sur ſes rameaux divins , fur ſes fruits redoutes ,
Soudain à mes côtés je vois inarcher un être ;
Tels font ceux qui du ciel daignent ici parottres
Ses cheveux parfumés que les vents agitolent,
En ondes ſur ſon ſein négligemment flottoient,
Sur cet arbre charmant il attachoit fa vue :
Quoi , ta vertu toujours fera-t-elle inconnue?
Dit - il , n'es - tu créé que pour charmer les yeux ,
Et la ſcience est- elle un don pernicieux ?
De tes beaux fruits pourquoi nous défend - on l'uſage ?
Mais en cueillir un ſeul n'est pas un grand outrage ;
C'eſt trop long -temps les voir & n'ofer les goûter ;
Le bonheur s'offre à nous , devons - nous l'éviter &
A ces mots... je frémis du deſſein qui l'anime ;
Je frémis... il arrache... il conſomme ſon crime ;
D'aucun remord ſon coeur ne paroft combattu :
48 MERCURE DE FRANCE.
Heurenx , dit - il , heureux qui connoît ta vertu ,
Beau fruit dont la douceur ſurpafie l'ambroiſie ;
Quels honneurs , quelle gloire environnent ſa vie?
Il fuit la terre , il vole aux céleſtes lambris;
Mais malheureux cent fois qui méconnott ton prix.
Partage mon bonheur, beauté de la nature ;
Viens , goûte ces fruits , Eve , aimable créature ,
Et digne de jouir d'un ſort plus glorieux ;
Goûte ce fruit , & cours te placer dans les Cieux.
Il dit ; & d'une main que le crime a conduite ,
Il me les offre , hélas ! leur odeur m'a ſéduite ;
J'en ai goûté , ſoudain d'un vol rapide & prompt ,
J'ai fendu l'air , le Ciel ſembloit toucher mon front ;
Tremblante , ſous mes pieds je contemplois la terre;
Mon guide fuit , je tombe; un réveil ſalutaire
Me ravit ces objets qui font couler mes pleurs ;
Mais je te vois, ta vue affoiblit mes douleurs.
Cher Adam , &c.
Par M. Latour de la Montagne.
PORTRAIT.
SEPTEMBRE. 1777. 49
1
PORTRAIT.
ROIETTE OSETTE est belle ſans fierté ,
Aimable ſans coquetterie ,
Folâtre ſans étourderie ,
Et raiſonnable avec gaieté :
Son éclat n'eſt point emprunté ;
Une guirlande eſt ſa parure ,
Et fon ame ſans fauffeté ,
Eſt l'image de la nature.
ENVO Ι.
Roſette , en faiſant ton portrait ,
De Bernard j'ai ſuivi les traces ;
Pouvois je le rendre parfait
Sans imiter celui des Graces !
Par un Oficier du Régiment
de Normandie.
D
SO MERCURE DE FRANCE.
LA POMPE D'UN GRAND EMPEREUR.
D
Stances.
u haut des Cieux , quand le Soleit
Verſe ſes feux ſur l'hémeiſphre ,
Sans eſcorte & ſans appareil ,
H fournit ſa noble carriere.
Loin de ſon diſque radieux ,
Il ſemble écarter les étoiles ;
Et d'un nuage officieux
Il emprunte ſouvent les voiles.
Ses charmes & ſa majesté
Sont dans le bien qu'il fait au monde;
S'il l'enchante par sa beauté ,
C'eſt par elle qu'il le féconde.
Tel Joſeph , ce nouveau Titus ,
Fait briller fa megnificence.
Sa grandeur eſt dans ſes vertus ,
Sa pompe eſt dans ſa bienfaiſance.
SEPTEMBRE. 1777 . 51
VERS.
:
Préſentés à Monseigneur l'Archevêque de
Rouen , Abbé de Cluny , Consciller d'Honneur
au Parlement de Paris; fursa promotion
au Cardinalat .
U
N Roi , l'objet de notre amour
En te donnant le titre d'Eminence ,
Veut , illuftre Prélat , couronner en ce jour ,
Ta piété , ta bienfaiſance.
La gloire , la vertu , les la Rochefoucault ,
Pour tous les temps , ont fait un traité d'alliance ,
Le droit qu'ils ont d'unir aux lauriers des Héros ,
Le laurier d'Apollon , eſt un droit de naiſſance.
Du vertueux de Roye (*) , aimable ſucceſſeur ,
De Rome , comme lui , tu mérites l'hommage ,
(*) Après la mort de Jérome - Frédéric de Roye ,
Cardinal de la Rochefoucault , Grand -Aumonier de
France, Archevique de Bourges , Abbé de Clugny , le
Roi nomma , pour ſon ſucceſſeur , "dans cette célebre&
riche Abbaye , Monseigneur l'Archevêque de Rouen , alors
Archevique d'Alby.
D2
53 MERCURE DE FRANCE.
Et tu ſus retrouver d'abord dans notre coeur ,
Son plus précieux héritage.
Reçois , digne Prélat , nos reſpects & nos voeux ;
Et jouis du double avantage
D'être chéri , de faire des heureux!
C'eſt-là le vrai bonheur du Sage.
Par M. Gauthier . Ecuyer.
A Madame la Marquise de Bl....
LA beauté n'est qu'un bien frivole ,
Son éclat ſe perd chaque jour ;
Et quand elle produit l'amour ,
L'amour avec elle s'envole .
Mais fi cet enfant de Cypris ,
De Bl... a la reſſemblance ,
S'il offre à nos regards ſurpris ,
Les agrémens & la décence ,
Les talens aux graces unis ,
Le ſentiment ſans pruderie ,
La ſageſſe jointe au génie ,
La pudeur & fon coloris;
Adieu pour jamais l'inconſtance ,
Et la vertu ſeule a le prix.
Par M. le Chevalier L. F. D. R.
SEPTEMBRE. 1777. 53
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume d'Août.
LEE mot de la premiere Enigme eſt
Feu d'artifice ; celui de la ſeconde eſt
Rouge ; ceux de la troiſieme , les ſept
Notes de Muſique & de Plain-chant , ut ,
ré , mi , fa , fol, la , fi. Le mot du premier
Logogryphe eſt Flambeau , où l'on
trouve ame , lame , beau , ' eau , tombeau ,
fléau; celui du ſecond eſt Figure , où ſe
trouvent fuir , guéri , fier , furie , figue ,
gruë oiſeau , gruë à bâtir , ire , grief & fi ,
deux tiers du mot fin , ou expreſſion de
mépris ; & celui du troiſieme eſt Arbre ,
où ſe trouvent barre , Barre - le - Duc ,
Barre- fur - Aube , Barre-fur - Seine , re.
Ε
ÉNIGME .
T chez le pauvre & chez le riche ,
Ami Lecteur , tu pourras me chercher :
Pas p'ai béſein pour me coucher ,
De toft , de cabane ou de niche ;
Je ſuis bien plus heureux quand on veut m'accrochers
D3
54 MERCURE DE FRANCE,
Veux tu connoître ma figure ?
J'ai la peau des côtés très - dure ,
Mon bec eſt long , rond & pointu ,
Pere d'an Elément , d'un autre je ſuis mattre ,
Plus d'un fois , j'en ſuis sûr , tu m'a vu ,
Ne devrois - tu pas me connoître ?
Par M. de l'Abbé de Basvilles
J.
AUTRE.
& ſuis du Sexe féminin ,
Et chez lui je ſuis très - famée ;
Je tiens de lui ma renommée
Aux yeux du Sexe maſculin.
Mon être ſe diverſifie ,
Ettoujours je ſuis en emploi .
Je ſers l'ingrat qui m'injurie ,
Au moment qu'il médit de moi.
Sans moi , ſi l'on en croit la gloſe ,
Et les propos de bien des gens ,
L'ennui ſeroit dans les Couvens ;
Aufſi , jamais je n'y repoſe ,
Autrement il faudroit me lier.
Mon cher Lecteur , pour me comprendre ,
Il ne faut pas être forcier ,
C'eſt bien affez me faire entendre.
Par M. Finot, de Dijon.
SEPTEMBRE. 1777. 55
BIEN
AUTRE.
IEN que le fait bleſſe la vraiſemblance .
Ce fait n'eſt pas moins certain .
Je ſuis une montagne au pays Africain :
Comme un prodige de ſcience ,
Géometre , Aftronome , & maint Calculateur ,
Viennent me confulter ſur des points d'importance :
Ailleurs , je ne ſuis plus qu'un ſimple Indicateur :
Je deviens meuble enfin d'une telle excellence ,
Que tous les jours on veut me viſiter.
On a raifon , car j'ai le don de plaire
Comme celui de contenter.
A tous les goûts auſſi l'on me voit fatisfaire.
Dans ce cas-ci , mon corps , pour parler clairement ,
Eſt de figure plane , ovale rarement ,
Ronde par fois , rectangle d'ordinaire ,
Pentagone , triangulaire...
Je pense que c'eſt tout. Qu'on devine à préſent.
:
:
:
D4
56 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
MONO
N fort eſt malheureux , huit pieds forment mon
être;
Dans mon ſein l'on doit voir l'ame de tout flambeau;
D'une Abeille le nid , d'Icare le tombeau.
Plus , un oiſeau ruſé , long de bec , & champêtre ;
De mon vivant , Lecteur , Neptune étoit mon Roi ;
Par la corde & le fer j'ai quitté fon Empire ;
Le récit de mes maux jette par-tout l'effroi ;
Un frêle bateau fut le lieu de mon martyre.
Au gré de tous les vents , ſous l'oeil de mes Bourreaux ,
J'ai traverſé les mers fans coeur , tête & boyaux.
Parle Pere Ducoutau , Minime.
L
AUTR
A mode , belle Iris , en changemens fertile ,
Des champs où je ſuis né , me ramene à la Ville ;
Et malgré que je fois un être fort hideux ,
Je regne avec hauteur ſur ton front orgueilleux-
Si ces traits , fur le champ , ne me font pas connoftre,
Cherche dans mes replis , & tu verras paroftre ,
La veille d'aujourd'hui , la plus triſte couleur ;
Un péché capital ; une très belle fleur ;
Du grain quí te nourrit la part la plus groſſiere ;
Le plus beau des métaux; un forte riviere :
SEPTEMBRE . 1777. 57
1
Tu trouveras encore , en m'examinant mieux ;
D'un inſecte rampant l'ouvrage induſtrieux ;
Le poil d'un animal ; deux notes de muſique ;
Un titre de nos Rois ; un oiſeau domeſtique.
Mais c'eſt aſſez , je crois , à force de parler ,
Je pourrois bonnement fort bien me dévoiler.
Par M. Bouchet.
V
AUTRE.
ous qui , pour chercher un tréſor.
Allez defier les naufrages,
Coupez ma tête , & vous aurez de l'or ,
Sans vous exiler de vos plages.
Par M. Lavielle , de Dax.
D5
56 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPH Е.
MONO
N fort eſt malheureux , huit pieds forment mon
être;
Dans mon ſein l'on doit voir l'ame de tout flambeau;
D'une Abeille le nid , d'Icare le tombeau.
Plus , un oiſeau ruſe , long de bec , & champêtre ;
De mon vivant , Lecteur , Neptune étoit mon Roi ;
Par la corde & le fer j'ai quitté ſon Empire ;
Le récit de mes maux jette par-tout l'efroi ;
Un fréle bateau fut le lieu de mon martyre.
Au gré de tous les vents , ſous l'oeil de mes Bourreaux ,
J'ai traverſé les mers ſans coeur , tête & boyaux.
Parle Pere Ducoutau , Minime.
L
AUTRE.
A mode , belle Iris , en changemens fertile ,
Des champs où je ſuis né , me ramene à la Ville ;
Et malgré que je fois un être fort hideux ,
Je regne avec hauteur ſur ton front orgueilleux-
Si ces traits , ſur le champ , ne me font pas connoftre,
Cherche dans mes replis , & tu verras paroftre ,
La veille d'aujourd'hui , la plus triſte couleur ;
Un péché capital ; une très belle fleur ;
Du grain qui te nourrit la part la plus groſſiere ;
Le plus beau des métaux ; un forte riviere :
SEPTEMBRE. 1777. 57
Tu trouveras encore , en m'examinant mieux ;
D'un inſecte rampant l'ouvrage induſtrieux ;
Le poil d'un animal ; deux notes de muſique ;
Un titre de nos Rois ; un oiſeau domeſtique.
Mais c'eſt aſſez , je crois , à force de parler ,
Je pourrois bonnement fort bien me dévoiler.
Par M. Bouchet.
V
1
AUTRE.
ous qui , pour chercher un tréſor.
Allez defier les naufrages ,
Coupez ma tête , & vous aurez de l'or ,
Sans vous exiler de vos plages.
Par M. Lavielle , de Dax.
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Nouvelle Méthode pour entrer dans le vrai
jens de l'Ecriture Sainte , par. M. l'Abbé
du Contant de la Molette , Vicaire
- Général de Vienne, 2 vol. in- 12.
A Paris , chez Leclerc , Libraire ,
Quai des Auguſtins ; Berton , rue S.
Victor ; Clapart , place S. Michel ;
Morin , rue S. Jacques .
RIEN IEN n'eſt plus propre à inſpirer le
goût de l'étude de l'Écriture-Sainte , que
la juſte & belle idée que nous en donne
l'Auteur de la nouvelle Methode , pour
entrer dans le vrai ſens de ce Livredivin ;
& rien ne doit exciter 'davantage les
Théologiens & les Paſteurs à ſe livrer à
cette étude , que la multitude de ſophismes
& d'objections qu'on a entaſſées
contre l'authenticité & la divinité de cet
Ouvrage, confié d'abord au peuple Juif ,
&devenu le patrimoine , par excellence ,
des Chrétiens.
و د
Le vrai Philofophe , dit M. de la
"
"
دو
וי
رد
১৯
رو
رو
ور
دد
دو
ور
دو
גג
رد
A
וכ
SEPTEMBRE. 1777- 59
ود
و د
ود
و د
و د
Molette , y trouve un guide sûr & incapable
de l'égarer dans l'étude de la
Nature , dans l'obſervation des mouvemens
réguliers des corps céleſtes ,
dans ſes réflexions ſur l'eſſence du Souverain
Etre qui a compofé ce merveilleux
aſſemblage , & qui en a di-
,, rigé les refforts. Il y découvre le principe
du bien , la ſource du mal moral
& phyſique , la ſcience des moeurs ,
& l'objet digne de ſon culte.
و د
و د
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
ود
,
L'Hiſtorien y lit l'origine des Nations
& des Peuples, la fondation des
Villes , l'établiſſement des Monarchies
, les premieres guerres & les
premieres conquêtes.. Il y obſerve la
„ regle fondamentale de l'Hiſtoire
l'hommage dû à la vérité , le choix
des faits propres à inſpirer l'amour de
la vertu & l'horreur du crime; l'attention
ſcrupuleuſe à ne point s écar
,, ter de fon objet principal , par des
digreſſions forcées , & par des pein-
,, tures étrangeres.
ود
و د
ود
و د
و د
..
ود L'éloquence & la poéſie y brillent
,, de leurs couleurs naturelles ; fimples
,, fans baſſeſſe , ſublimes ſans faite: el-
,, les ont pour objet; l'une , de faire
و د
ر د
triompher la vérité ; l'autre , de cé60
MERCURE DE FRANCE,
"„ lébrer les grandeurs de Dieu , & de
„ reconnoître ſes bienfaits.
»
"
" Quoi de plus admirable que le ma-
,, gnifique tableau de la création dans
la Geneſe; que les détails intéreſſans
de la vie des Patriarches ; que les
„ conquêtes du peuple Hébreu dans le
Livre de Joſué ; ſes guerres , ſa bon-
,, ne & mauvaiſe fortune dans celui des
„ Juges ; ſes triomphes ſous David &
Salomon; fes diviſions , ſes malheurs ,
ſes différentes révolutions ſous leurs
Rois & leurs Princes ?
ود
ود
وو
ود
" Que'le profondeur de vérités mo-
„ rales dans les Livres de Salomon !
„ Quelle fublimité dans les Pſeaumes
&dans les Cantiques ! Quelle nobleſſe
de ſtyle dans les Prophetes !
"
و د
"
" Les ſiecles d'Alexandre &d'Auguſte
, n'ont pu atteindre à la hauteur des
modeles que la Bible nous offre en
„ Hiſtoire , en Morale, en Eloquence,
en Poéſie : & les chef- d'oeuvres de
notre ſiecle ne méritent nos applaudiſſemens
qu'autant qu'ils approchent
de ces ſources ſacrées. C'eſt - là où les
,, Boſſuet , les Rouſſeau ont puiſé cette
élévation de ſentimens qui les mettent
au - deſſus d'eux mêmes. Deſcartes &
د و
ود
ود
ود
SEPTEMBRE . 1777. σι
و د
ود
ود
ود
,, Newton ſeroient moins grands s'ils ne
s'étoient pas étayés de nos divins oracles;
& lorſque ces deux hardis génies
s'en écartent le plus , l'on apperçoit
toujours le point d'où ils font partis."
On trouve dans le Difcours éloquent
1 qui eſt à la tête de l'Ouvrage que nous
annonçons , la reunion des principales
preuves qui établiſſent l'authenticité des
Livres facrés ; & l'on n'y oublie pas
l'argument victorieux tiré de cette multitude
de verſions que nous en avons
dans les différens idiomes qui étoient
en uſage dans l'Orient , où les Juifs ont
été très - répandus depuis leur premiere
difperfion. En effet , comme l'obſerve
l'Auteur , le Grec , le Chaldéen , le Syrien
, l'Arabe , l'Éthiopien , le Perfan ,
devenus dépoſitaires des textes facrés par
les verſions qui en ont été faites dans
leurs langues , font autant de témoins
irréprochables qui s'éleveroient contre
le Juif, le Samaritain & le Chrétien , ſi
par impoſſible ils avoient pu conſpirer à
y faire quelque changement.
On doit avouer que la comparaiſon
de ces anciens textes , jette un jour mer-
-veilleux fur l'orginal facré , & fait
évanouir les difficultés qu'on a tant
MERCURE DE FRANCE.
1
cherché à multiplier dans notre ſiecle.
Et c'eſt cette confrontation raiſonnée de
ces différentes verſions , qui fait la baſe
de la méthode que les Origênes & les
Jérôme ont ſuivi dans leurs travaux fur
l'Écriture - Sainte , & que M. de la Mo
lette fait revivre avec tant d'avantages.
La qualité de Nouvelle que l'on donne
à cette méthode, eſt propre à lui concilier
la faveur d'un certain nombre de
Lecteurs qui ont des préjugés contre tout
ce qui eſt ancien , & qui ſemblent n'es
timer que les productions marquées au
coin de la nouveauté.
Pour prouver l'utilité de cette con
frontation avec les langues Orientales ,
nous nous bornerons à un paſſage de S.
Paul , fur lequel l'Auteur anonyme d'un
Dictionnaire , fait la réflexion que nous
allons tranfcrire. On a eu quelque
,, peine à expliquer ce paſſage de l'Épî
„ tre aux Philippiens: * Ne faites rien par
„ une vaine gloire ; croyez mutuellement
„ par humilité , que les autres vous font
"
• Qui cum in formd Dei , effet , non rapinam arbitra
sus est se equalem Deo.
1
SEPTEMBRE. 1777. 63.
„ Supérieurs ; ayez les mêmes Sentimens
» que Jésus - Chriſt , qui étant dans l'em-
„ preinte de Dieu, n'a point cru Sa proie
ود
de s'égaler à Dieu. L'explication con-
,, traire (c'est - à- dire , celle par laquelle
,, on prétend inférer l'égalité de J. C.
,, avec Dieu) , eſt un contre-ſens viſible.
,, Que ſignifieroit , croyez les autres fu-
» périeurs à vous ; imitez Jésus qui n'a
, pas cru que c'étoit une proie , une ufurpation
de s'égaler à Dieu. Ce feroit
viſiblement le contredire ; ce ſeroit
donner un exemple de grandeur pour
,, un exemple de modeſtie ; ce ſeroit
pécher contre le ſens commun. "
132
"
L'Auteur anonyme n'auroit certainement
pas adopté cette traduction , &
ſe fût bien gardé de faire raiſonner l'Apôtre
d'une maniere ſi peu judicieuſe, s'il
avoit pu rapprocher le texte Grec de la
verſion Syriaque , qui préſente un fens
clair , ſimple , & conſerve au raiſonnement
de l'Apôtre, ſa force & fa juſteſſe.
$. Paul, dans cet endroit , fait alluſion à
l'uſage des Conquérans & des Vainqueurs ,
qui , dans leur triomphe , faifoient porter
devant eux , avec oftentation , les
dépouilles des Peuples vaincus , comme
une preuve & un monument de leur vic-

64 MERCURE DE FRANCE.
toire. Mais J. C. n'a rien fait de ſemblable.
Il n'étale point avec pompe fon
égalité avec ſon pere. Il ne fait pas
trophée de ſa Divinité : il ne paroît point
dans le monde dans l'éclat de fa gloire ;
il la couvre au contraire du voile de fon
humanité. Il anéantit en quelque forte
l'infinie prééminence qui l'éleve au - desſus
des autres hommes; il paroît au - dehors
n'être que l'un d'entre eux. Exemple
infiniment touchant , qui doit engager
les Philippiens à ne point ſe prévaloir
des avantages qu'ils pouvoient avoir les
uns fur les autres.
Nous avons ofé joindre cette expli
cation à celles que M. l'Abbé de la
Molette nous a données de pluſieurs autres
paſſages de l'Écriture , & qui prouvent
l'utilité & la néceſſité d'aller puiſer
dans les ſources primitives qu'on ne
trouve que dans les langues Orientales.
Nous adoptons les raiſonnemens judicieux
que cet Auteur fait contre ces
Commentateurs qui outrent les allégories
, en voulant faire fervir à leurs fublimes
explications , les moindres chevilles
du Tabernacle , & les moindres
franges de l'habit des Sacrificateurs. Mais
nous n'en croyons pas moins que
ce
SEPTEMBRE . 1777. 65
a
t
10
e
ce ſeroit contredire en quelque forte la
maxime de l'Auteur ſur les Types , que
de les réduire uniquement à ceux que
J. C. & les Apôtres ont indiqués. Pluſieurs
habiles Interpretes ont regardé les
Types expliqués par J. C. & les Apôtres
, comme des modeles qui ſervent
à montrer comment on peut expliquer
les autres: ils ont cru que les Apôtres ,
inſtruits du vrai ſens des Écritures par
l'eſprit même qui les a dictées , avoient
dévoilé des myſteres cachés ſous certains
traits de l'ancien Teftament , pour nous
tracer la voie que nous devions ſuivre ,
& qu'il ſuffiſoit qu'ils nous euſſent avertis
, en général , que tout étoit écrit
pour notre instruction , pour nous engager
à ſuivre la même analogie dont ils avoient
donné des exemples.
Un des plus grands principes de la Religion
Chrétienne , diſent - ils , eſt que la
véritable intelligence de l'ancien Teſtament
, dépend du nouveau ; & que nonſeulement
nous devons entendre comme
J. C. & les Apôtres , les paſſages de
l'Écriture ; mais que même nous devons
prendre ces explications comme des regles
divines qui nous doivent conduire à
l'intelligence des autres paſſages ſembla-
E
66 MERCURE DE FRANCE.
1
bles dont ils n'ont point parlé. En effet ,
les Peres de tous les fiecles , ceux mêmes
qui ſe ſont le plus appliques à la Lettre ,
Théodoret chez les Grecs , S. Jérôme
ch z les Latins , ont cherché les myſteres
de la nouvelle alliance dans l'ancienne ;
& , fous l'emblême des divers états , des
promeffes , des menaces faites à l'ancien
Peuple , ils ont tâché de découvrir les
avantages & les épreuves du Peuple nou-
Dansles livres des Rois , le mer .
veilleux eft moins fréquent , les faits paroiffent
plus humains ; & toutefois Saint
Jérôme ne fait pas difficulté de dire
que l'hiſtoire des Rois repréſente les
progrès , les combats , les victoires de
l'Égliſe Chrétienne.
veau. ۱
le
V
0
F
le
in
ת
fe
fo
d
t
fo
T
L'étude des Langues Orientales , fur fo
laquelle M. de la Molette inſiſte avec
tant de raiſon , ne peut que faciliter la P
connoiſſance des ſens ſpirituels & des
allégories cachées ſous la lettre& l'écorce
de l'ancien Teftament. Et cette recher P
che n'eſt point livrée aux faillies& aux
caprices de l'imagination. Cette étude a
ſes regles , ſes principes , ſon art comme
les au'res ſciences eccléſiaſtiques : ele
demande la juſteſſe d'un eſprit de com
paraiſon, qui eſt d'un ſi grand ufage dans
١٥٥.٥
D
a
C
0.0
SEPTEMBRE. 1777. 67
les Sciences même Profânes. Et l'on con.
vient qu'il faut étre conduit à l'allégorie ,
ou par la lumiere & l'analogie des inter-
- prétations données par les Apôtres , ou
par la magnificence des promeſſes dont
et les événemens temporels ont été de trop
imparfaits accompliſſemens , ou par la
nature même des chofes peu convenables
ſelon la lettre, ſoit à la dignité des perſonnes
, ſoit à la fainteté & à la ſageſſe
de Dieu , ou par la liaiſon & l'enchaînement
d'un diſcours prophétique , ou par
l'évidence des rapports & des proportions
.
M de la Molette prouve bien dans
■ fon Ouvrage, qu'on ne doit point confondre
les Interpretes qui ſuivent ces
regles ſi ſages , avec les Viſionaires , qui,
par des allégories outrées & arbitraires ,
cherchent à autoriſer les rêveries de leur
cerveau . Rien de plus néceſſaire & de
plus utile que la connoiſſance des Langues
, & l'érudition lorſqu'elle eſt réglée
par une fage critique. Et l'on fait com.
bien l'antiquité Chrétienne a eſtimé ces
talens dans S. Jérôme. Mais on doit
auſſi avouer , que ce qui diftingue le
Chrétien du Juif , c'eſt que celui là
einſtruit par l'Eſprit- Saint , pénètre les
E2
68 MERCURE DE FRANCE.
profondeurs cachées ſous l'écorce de la
lettre, découvre dans la Loi de Moiſe ,
dans les Prophetes & dans les Pſeaumes,
ce qui eſt écrit de J. C. y voit
fes Myſteres , le Chriſt entier , le Chef
& les Membres , les différens états par
où il eſt paſſé , & ceux par où doit paſſer
fon Corps myſtique.
On trouve à la ſuite de l'Ouvrage de
M. de la Molette , une Differtation curieuſe
ſur l'antiquité de l'invention de
l'Écriture , une deſcription de 1 Arche de
Noé , de ſes dimenſions & de ſes proportions
; d'où il tire une preuve de l'univerſa
ité du Déluge, un nouveau ſyſtême
pour concilier les Chronologies , &
une Hiftoire philofophique de la longu ur
de la vie. Nous voudrions ſouvent trouver
les occafions d'annoncer des Ouvra
g's auſſi ſolides & auſſi propres à hono
rer le ſiecle
Harangue pour l'ouverture du Palais ,
prononcée au Siege Préſidial de Mirecourt
, le lendemain de S. Martin
1776 ; par M François de Neufcha
teau , Docteur en Droit, Lieutenant
General de ce Siege des Académie
de Dijon , Lyon , Marseille , & de
SEPTEMBRE. 1777. 69
la Société Royale & Littéraire de
Lorraine , &c. publiée par M. Sauvageot
du Croiſi.
Que ne doit on pas attendre d'un
Magiſtrat qui , à peine âgé de vingt- fix
ans , remplit avec tant de diſtinction une
place ſupérieure , traduit Juftinien , recucille
& commente les Loix de fon
pays , donne à ſon Siege des modeles
de l'Art oratoire ; &, fans dérober une
minute aux devoirs de ſon état , trouve
encore le temps de faire de jolis vers .
C'eſt ainſi que l'Éditeur de la Harangue
parle du jeune Auteur qui travaille avec
une facilité prodigieuſe , & qui a commencé
ſa carriere littéraire dès l'âge de
douze ans. On lit toujours avec plaiſir
ſes Diſcours poétiques qu'il nous a donnés
ſur pluſieurs objets intéreſſans. La
Harangue que nous annonçons, a mérité
à juſte titre les applaudiſſemens de l'Auditoire,
& ne peut qu'être bien accueil.
lie du Public.
Voici comme l'Auteur fait enviſager
la gloire du Magiftrat. "
Elle n'eſt attachée
, dit- il , ni aux petiteſſes de l'orgueil
, ni aux prodigalités du luxe , ni
,, au faſte de la repréſentation , ni aux
و د
E 3
70 MERCURE DE FRANCE.
"
décorations extérieures de l'homme ,
qui ne ſont pas l'homme même , quoi-
,, qu'on les confonde ſouvent. La gloire
" du Magiſtrat eſt ſimple comme ſa vie.
,, L'oftentation n'y a point de part; la
,, cenſure n'y a point de priſe. Compa.
,, gne fidelle de la probité , de la droitu-
„ re , du déſintéreſſement , elle nous pré-
ود ſente pour perſpective , au bout d'une
,, carriere longue & ingrate, une récom-
,, penſe ſupérieure aux récompenfes or-
,, dinaires , & digne à tous égards d'ani-
,, mer nos efforts ,de foutenir notre cou-
,, rage , d'enflammer notre zele , je veux
„ dire , la conſidération publique. Par la
, conſidération publique , je n'entends
,, pas les fuffrages du vulgaire ignorant
» ou prévenu , qui n'a que des penſées
„ d'emprunt, qui flotte indécis au mi-
ود lieu des opinions contradictoires , &
,, qui paſſe& repaſſe , en un jour , de la
,, fatyre à l'éloge , de l'enjouement à la
" haine, du blafphême à l'idolâtrie. Par
"
пог
la conſidération publique , je n'entends
» pas non plus l'admiration de ces cer
cles plus ſenſés en apparence ,
moins futiles en effet , où la manie de
ſe moquer de tout , paſſe pour l'art de
"
ود
و د
د و
ſe connoître à tout; où la frivolite
SEPTEMBRE. 1777. 71
+
:
ود
ود
.ود
ود
" و
ود
,, prononce , à tort & travers , ſur les
,, queſtions les plus épineuſes , où l'on
,, applaudit à la déraiſon , quand elle
prend les traits de l'ironie ; enfin , où
l'oiſiveté imbécille oſe juger ſouvent
le travail & les lumieres. Non , le
Magiſtrat n'eſt point l'homme au
monde ni l'homme du jour C'eſt
I homme de la Loi, de la vérité , de la
„ vertu Que les fots attachent à la gravité
de fon caractere leur dériſion in .
ſenſée: c'eſt un hommage de plus. [1
n'ira point depenfer dans le tourbillon
des Sociétés particulieres , ds inſtans
qu'il a dévoués au bien de la Société
,, générale. C'eſt par l'utihté publique
qu'il enchaîne à ſes pas la confidération
publique."
ود
ود
ود
وو
ود
ود
ود
On remarquera , au sujet de cette
Harangue , que l'Auteur adreifa les Couplets
qui fuivent , à une Dame qui ſe
plaignoit de l'uſage où l'on étoit de ne
: pas admettre les Dames à ces fortes
d'Aſſemblées .
Qui vous l'a dit qu'à vos charmes rebelles ,
Les noirs ſuivans de la noire Thémis ,
Vouloient demain fermer leur porte aux Belles ,
Et que l'Amour ne feroit point admis;
E 4
72
MERCURE DE FRANCE.
Ah ! paroiſſez , & que tout s'embelliſſe ,
Qu'à votre aſpect nos ronces foient de fleurs !
Pour vous prouver que nous rendons juſtice ,
Nous ouvrirons nos portes & nos coeurs.
Mélanges & Fragmens poétiques , en françois
& en latin; par M. de Marvielles
, Chevalier de l'Ordre de S. Louis .
A Paris , chez Ch. P. Berton , Libraire
, rue S. Victor , au Soleil levant.
1777. I vol. petit in- 12.
Ce Recueil des amuſemens poétiques
d'un ancien Militaire , mort depuis peu ,
eſt partagé en deux Parties , dont l'une
eſt compoſée de Pieces françoiſes , &
l'autre de Pieces latines. Il y a dans la
premiere , qui conſiſte principalement en
Fables , Contes & Epigrammes , pluſieurs
morceaux fort agréables. Nous citerons
celui que l'Auteur a mis à la tête de ſes
Apologues , & qu'il a intitulé: Origine
de la Fable.
Le menſonge & la vérité ,
Couple chez les humains de tout temps détesté ,
L'un pour ſes trabiſons , l'autre pour ſa franchiſe ,
(Si l'on en croit l'Antiquité)
Sous le joug de l'Hymen , après mainte remiſe ,
SEPTEMBRE. 1777 .
73

Captiverent enfin tous deux leur liberté.
Firent- ils l'un & l'autre , ou non , une ſottiſe ,
Vû leur antipathie & leurs fréquens débats ?
C'eſt un point de morale où je n'entrerai pas.
Or , de leur flamme mutuelle ,
Gage unique , mais précieux ,
Naquit une fille immortelle ,
Qui , de ſes parens odieux ,
Raſſemblant l'eſprit , le langage ,
Et confondant les traits divers ,
Avec grace ſur ſon viſage ,
Parut en ſa faveur réunir l'Univers.
La Fable fut ſon nom : aimable enchantereſſe,
Qui , ſous le voile ingénieux ,
D'un menſonge mystérieux ,
Ou d'une fiction tiſſue avec adreſſe ,
Offrant par-tout le vrai , la raiſon , la ſageſſe ,
Sans que leur éclat radieux
Ait rien qui nous choque ou nous bleſſe ,
Flatte encor tous les goûts & charme tous les yeux :
L'Eſclave Phrygien (*) éleva ſon enfance :
Tuteur peu complaiſant , mattre ſans indulgence ,
Il lui défendit l'enjouement ,
Et forma tout fon agrément
D'une laconique élégance.
Phedre , long- temps après , de quelques ornemens,
Lui permit l'uſage modeſte ;
(*)Esope.
E 5
74 MERCURE DE FRANCE.
C'en étoit aſſez pour fon temps ;
La Fontaine ajouta le reſte.
L'idée du Madrigal ſuivant , intitulé
les deux Regimes , eſt ingénieuſe ; c'eſt
dommage que la chûte en ſoit un peu profaïque.
Le Dieu du vin , le Dieu des vers,
Ont, par deux régimes divers ,
Confervé leur teint frais & leur air de jeuneſſe :
Phébus en harbortant dans les eaux du Permeſſe ,
Bacchus en buvant fon vin pur .
Du premier le ſyſtème eſt ſans doute fort ſage ;
Mais l'autre me plaft davantage ,
Et je le crois beaucoup plus sûr.
Cinquante Epigrammes , ſous le titre
de petits Contes épigrammatiques , forment
la portion la plus piquante de ce petit
volume. Nous rappellerons la ſuivante,
qui fut inférée dans ce Journal , il y
a quelques années , & qui eſt une des
meilleures.
Juſqu'aux genoux trois puiſſans Villageois
**Tenoient Lucas enfoncé dans la glace ,
Qui reniflant & foufflant dans ſes doigts ,
SEPTEMBRE. 1777. 75
Faiſoit très-laide & piteuſe grimace :
Eh ! mes amis , pour Dieu , faites - lui grace ,
Dit un paſſant qui plaignit le pitaud :
Maftre , répondle Sacriftain Thibaud ,
De notre Bourg c'eſt demain la Grand'Fête ;
J'y chanterons l'Office en faux - bourdon ;
Et ce gros Gars qui crie à pleine tête ,
Je l'enrhumons pour faire le baſſon.
1
Les Poéſies latines , dont la ſeconde
Partie eſt compoſée en entier , paroiſſent
avoir été l'occupation favorite de l'Auteur.
Il exiſte de lui plus de fix mille
vers latins ; mais on n'en a imprimé
qu'un petit nombre de Pieces choiſies ,
pour fonder ſeulement le goût du Public
. Toutes ces Pieces font marquées
au coin d'une latinité très- pure. Nous
allons citer & traduire , pour en donner
une idée le commencement d'un
Poëme ſur l'Amitié.
Si cui frigidulum eſt & adbuc rude pectus amandi ,
Audiat , & verſu diſcat amare meo.
Nec quemquam vani conturbet nominis umbra.
Hic nihil auditor quod vereatur habet ,
Doctor amicitiæ , non fum præceptor amoris ;
Purus amat culpæ me duce quisquis amat.
76 MERCURE DE FRANCE.
Ergo fugam celera , verſiſque relabere pennis
In tua maternam regna , Cupido , Paphum.
Oftentes quamvis arcus lavemque pharetram ,
Telaque devicto nobilitata Jove ;
Non arcus hic poſco tuos lævemque pharetram
Telaque devictis nobilitata Deis.
Nem quid Amicitiæ tecum , cur fupplice voto
Implorare tuam nunc mihi coner opem ?
Illam neſcia mens flecti , te nefcia ſtare
"
Mens juvat ; illa fide , tu levitate viges , &c.
" O vous , dont le coeur eſt froid &
neuf encore dans l'art d'aimer , écou-
,, tez , & apprenez à aimer dans mes
,, vers. Que l'apparence d'un vain nom
"
"
"
n'effraie perſonne: les oreilles chaſtes
:, n'ont ici rien à craindre. J'enſeigne à
,, connoître l'amitié ; je ne ſuis point
Précepteur d'amour. Celui qui aime
d'après mes leçons , aime ſans crime.
Hate - toi donc , ô Cupidon , de fuir
dans les Etats de ta mere ; reprends
ton vol vers Paphos. En vain tu étales
ton arc , ton carquois léger ,& tes traits
ennoblis par la défaite de Jupiter ; je
ne veux point de ton armure ,
ود
ود
ود
ود
ود
je ne
,, te demande point ces traits vainqueurs
SEPTEMBRE. 1777.- 77
i
ود
des Dieux. Car , pourquoi m'efforce-
,, rois - je d'implorer ton fecours par des
,, fupplications & des voeux ? Que peut
avoir de commun l'amitié avec toi ?
ود
" Elle chérit un coeur incapable de chan-
„ ger , & l'inconſtance ſeule peut te
,, plaire. La fidélité eſt ſon élément , le
tien , c'eſt la légereté , &c."
ود
Traduction de la Padotrophie de Scévole de
de Sainte - Marthe , ou Poëme ſur l'Education
des Enfans en bas - âge. A
Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire ,
Quai des Auguſtins , du côté du Pont
S. Michel . 1777. I vol. petit in- 12 .
Ce
Ce Poëme avoit déjà été traduit en
François , en 1698, par Abel de Sainte-
Marthe , petit - fils de l'Auteur. Sa verſion
eſt de la plus grande exactitude ;
mais elle doit paroître aujourd'hui un
peu trop furannée ; les exemplaires en
font d'ailleurs devenus fort rares.
ſont ces motifs qui ont conduit l'Auteur
de cette nouvelle traduction. Comme
il a principalement entrepris ce travail
en faveur des Dames , il n'a pas jugé
néceſſaire de joindre le texte à ſa traduction
, ce qui n'auroit fait que fur78
MERCURE DE FRANCE.
charger le volume en pure perte , ſans
être d'aucune utilité, ni pour les Lec
leurs peu curieux de l'original, ni pour
les Amateurs de la Poeſie latine , qui
l'ont dans leur Bibliotheque. On promet
cependant d'en donner une ſeconde édition
dans les deux Langues , ſi le Public
paroît le defirer.
Scévole de Saint-Marthe vivoit vers la
fin du dix - ſeptieme ſiecle. Retiré dans
une maiſon de campagne ſur les bords
du Clain , en Poitou , il y compoſa ſon
Poëme , ſous le regne de Henri III , à
qui il adreſſe ſon invocation , & dont
il parle en pluſieurs endroits de fon
Ouvrage. Il le publia au milieu des
guerres civiles & religieuſes , qui déſoloient
la France dans ces temps malheureux.
La Poeadotrophie eſt diviſée en trois
Chants : le premier concerne la grosſeſſe:
le ſecond comprend la naiſſance
&la nourriture de l'enfant. Le troiſieme
traite des maux auxquels l'enfance eſt
ſujette. Afin de donner en même temps
une idée du ton général du Poëme &
du ſtyle du Traducteur , nous rappor
terons un endroit du premier Chant
où le Poëte s'adreſſe aux meres pour les
,
SEPTEMBRE . 1777. 79
2
exhorer à nourrir elles - mêmes leurs
enfans
ود
ود
९९
,, Jalouſes de la conſervation de leurs
petits , les femelles de l'Ours & du
Tigre , & généralement celles de tous
les animaux ſauvages, leur préfentent
d'elles - mêmes les mammelles quidoivent
les alaiter. Plus cruelles que les
,, brutes , feroit- il donc poffible que vous
ود
و د
ود
و د
les furpaffiez en férocité ! Quoi ! vous
,, que la divine Providence a gratifiées
d'un naturel plus doux & plus hu-
" main , vous n'auriez nulle tendreſſe
,, pour le fruit de vos entrailles ! Vous
,, verrez fans pitié couler ſes larmes ,
"
ود
ود
& vous entendrez ſes ſanglots fans
émotion! Renonçant à votre plus im-
„ portant devoir , aurez - vous bien le
,, courage de refuſer à votre malheureux
و د
enfant un ſecours qui eſt en votre
,, pouvoir , & qui dépend de vous ſeules ?
,, Quels bras affectionnés porteroient cet
,, aimable fardeau? Sur quel col pourra
,, t - il repoſer ſa tête , ſe jouant aux environs
? Qui jouira de cet agréable
,, ſourire , prémices de la reconnoiffance ?
Sa langue une fois déliée , à qui s'en
adreſſeront les efforts ? Pour qui ſe
ود
و د
ر د
ود
formeront les premiers accens qui
80 MERCURE DE FRANCE .
,, développent une tendreſſe naiſſante ?
و د
Inſenſées que vous êtes , l'embonpoint ,
,, la fraîcheur & les agrémens de la
,, gorge , font - ils d'un ſi grand prix ,
,, que la crainte de les altérer vous en-
„ gage à céder à des mains étrangeres les
,, plus chers plaiſirs de la maternité ? "
Discours fur le Duel, où l'on indique les
les véritables cauſes de la valeur des
Troupes Françoiſes. AAvignon , chez
Garrigan, Imprimeur - Libraire , place
S. Didier.
Un profond Métaphyſicien , égale.
ment verſé dans l'Hiſtoire & le Droit
public , a remonté , dans ſon Traité des
combats finguliers , aux principes qui
leur ont donné naiſſance chez les Peuples
barbares. Il les a réduits à trois
principaux , qui retracent d'une maniere
ſenſible le caractere du Gouvernement ,
de l'eſprit , & des moeurs de ces anciens
Peuples.
Le premier fut une indépendance
exceſſive , triſte apanage de la groſſiereté
d'un Gouvernement à peine ébauché
, qui , au défaut des Loix , autoriſoit
les Particuliers à ſe faire juſtice par
la
SEPTEMBRE. 1777 81
لو
با
-
و
la voie des armes. Cet Auteur judi
cieux prouve dans ſon Ouvrage , que
cette indépendance , dont les anciens
Germains & les autres Peuples ſeptentrionaux
jouiſſoient de leur temps , étoit
bien moins l'effet d'un courage ſupérieur ,
que du défaut de leur conſtitution politique.
Le ſecond principe fut un faux point
d'honneur , qui faisoit regarder l'uſage
de la force comme le moyen le plus
noble de ſe faire rendre raiſon , & de
foutenir ſes prérogatives. Ce faux point
d'honneur étoit l'effet d'une groffiere
ignorance , qui , méconnoiſſant le caractere
de la véritable valeur , plaçoit
la gloire des armes dans ce que le cou
rage a de plus brillant & de moins ré
fléchi. Il eſt des qualités auxquel les on
doit un hommage d'eſtime & d'admije
ration , & qu'on honore d'autant plus
et qu'on les connoît mieux; il en eſt d'autres
auxquelles on ne prodigue de l'estime
que parce qu'elles ſe préſentent
fous un faux air de grandeur qui furprend
& éblouit ; mais qu'on ceſſe d'admirer,
& qu'on trouve même ridicule
ar dès le moment que la raiſon parvient
à les démaſquer , & qu'on les recon
F
82 MERCURE DE FRANCE.
noît pour ce qu'elles font. N'a-t-on pas
droit de foutenir que ceux qui ſe laisſent
ſurprendre par une vaine oftentation
de bravoure , reſpectent dans le duel
une qualité tres - eſtimable , mais qui ne
s'y retrouve point.
Le troiſieme principe fut une ſuperſtition
groffiere qui faifoit enviſager le fort
du combat comme le jugement & le témoignage
même de la Divinité. Et c'eſt
fur cette croyance ſuperſtitieuſe qu'on
s'appuyoit pour adopter les épreuves par
le combat, par le fer chaud , & par l'eau
bouillante.
D'après l'indication de ces trois caufes
, n'a- t- on pas droit de foutenir que
rien n'eſt moins pur que l'origine de
cette pratique barbare , contre laquelle
les Loix Divines & Humaines réclament ?
Les Payens ont reconnu eux - mêmes ,
que , bien loin que le plaiſir de la vengeance
ſoit convenable à la Nature ,
au contraire il la dégrade & l'avilit .
Juvénal foutient ( Satyre 13 ) , que le
plaisir de la vengeance fut toujours d'un
esprit foible & malfain. Qu'on fe garde
„ bien , dit Cicéron (Offices) , d'écouter
,, ceux qui croient qu'il faut pouſſer la
>>haine contre nos ennemis juſqu'aux
1
SEPTEMBRE . 1777. 83
» dernieres extrémités , & qui prétendent
que cela eſt d'un grand homme
,, & que c'eſt un effet naturel du cou
,, rage & de la grandeur d'ame ; car il
,, n'y a rien au contraire de plus loua-
ود
ble & de plus digne d'un honnête-
,, homme, que d'être incapable de res-
ود
fentiment , & de conſerver de la dou-
„ ceur pour tout le monde." Ainfi ,
l'Evangile , en nous faiſant une loi de
gagner nos ennemis par la douceur &
les bienfaits , tend à ranimer en nous
un ſentiment de générofité , dont le principe
& le fond font dans la nature ; mais
que la nature ſeule eſt incapable de porter
à ſa perfection.
L'Auteur du Diſcours remonte à la
même origine du duel , & prétend que
c'eſt dans les fombres forêts , les déſerts
ſtériles , les montagnes inacceſſibles de
l'ancienne Germanie, au milieu d'un Penple
farouche , qu'elle ſe cache. Il pré.
ſente l'image des Nations les plus guerrieres
de l'antiquité , & s'en fert pour
attaquer cet uſage barbare , que les Loix
de la Religion & du Prince ont pareil-
✔lement condamné.
On trouve dans ce Diſcours un éloge
de la vraie bravoure qui affronte le dan-
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
ger & la mort, même lorſque le devoir
l'exige , & qui ſeule fait les vrais Héros.
En bon Patriote , l'Auteur examine &
indique les véritables cauſes de la valeur
des Troupes Françoiſes , & ne dit rien
qui ne foit propre à exciter & à accroître
l'émulation , l'amour du Prince & de la
gloire parmi les Troupes.
Cours d'Education , contenant le Plan
d'Éducation Littéraire , Phyſique , Morale
& Chrétienne; le Plan encyclopédique
des Études de l'enfance, de
l'adolescence & de la jeuneſſe ; &
les Réglemens généraux d'une Maiſon
d'Éducation ; par M. Verdier , Inſtimteur
, &c.
MensSana in corpore Sano.
A Paris , chez l'Auteur , rue de Seine
S. Victor , Hôtel de Magny , à côté du
Jardin du Roi ; & chez Colas , Libraire
, Place Sorbonne , 1777 .
Il n'a point encore paru ſur l'éducation
, d'Ouvrage qui contienne plus de
choſes que celui- ci. Il ſemble que l'Au
SEPTEMBRE. 1777. 85
teur en ait voulu faire le Bréviaire des
Inſtituteurs & de leurs Éleves. Il y a analyſé
les perfections littéraires , phyſiques ,
morales & religieuſes de l'homme , dans
les premiers âges de la vie: les vices entre
leſquels chacune ſe trouve poſée: les
moyens d'obtenir les bonnes qualités &
les vertus , & de corriger les vices : enfin ,
les élémens de toutes les Langues , de
tous les Arts & de toutes les Sciences
qui peuvent entrer dans le Plan d'éducation
le plus parfait. Non - ſeulement ce
qu'on avoit propoſé de meilleur ſe trouve
ici indiqué ; mais l'Auteur a tellement
approfondi les élémens d'éducation , qu'il
eſt preſque par- tout original : & fi les
Inſtituteurs ſuivoient ſon travail , on les
verroit perfectionner les ſyſtemes des
connoiſſances : il démontre ce qu'il avance
par des analyſes exactes , par des raiſonnemens
tirés de la nature , & par fon
expérience ſur ſes Éleves , par celle des
Inſtituteurs qu'il a pu connoître , & furtout
par celle de Meſſieurs les Principal
& Profeſſeurs du Collége de Sarlat , qui
joignent ſes Obſervations aux ſiennes.
Cet ouvrage n'eſt point l'inſpiration d'ubelle
imagination ; c'eſt le réſultat des
recherches que l'Auteur a faites pen
ine
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
dant plus de vingt années , &de ſes obſervations
ſur des ſujets , de tempéramens
, de génie & de caracteres diffétens:
c'eſt la deſcription des travaux qui
l'occupent actuellement dans une maiſon
vaſte , magnifique , & munie & de tous
les fecours propres à la meilleure éducation.
M. Verdier débute par démontrer
l'efficacité de l'éducation publique , l'impuiſſance
de l'éducation particuliere ; &
Cependant l'inſuffifance des plans géné.
raux , par l'analyſe des vices de l'humanité
, qui ne peuvent être connus que
par des Inſtituteurs inſtruits à l'école de
l'expérience ſur un grand nombre d'Eleves
, & qui ne peuvent être traités que
par un plan approprié àchaque ſujet dans
une maiſon munie de tous les ſecours néceſſaires.
Après ce préliminaire , il trace le plan
naturel d'éducation. L'art n'étant que la
nature bien réglée, un plan naturel n'eſt
autre choſe que celui que l'art établit de
la maniere la plus conforme à la deſtination
& aux loix de la nature , toujours
impuiſſante par elle- même. Pour déve
Jopper ce principe, il recherche les cauſes
premieres , ſecondaires & inſtrumen
SEPTEMBRE, 17777
87
T
1
cales de l'éducation , ſes fins , ſa matiere,
fon objet , fon modele, ſes effets , ſes
différences & ſes ſignes. Il diviſe enſuite
ce Plan en quatre parties : Plan littéraire,
Plan phyſique , Plan moral & Plan reli-
1 gieux.
Par Plan littéraire d'éducation , M.
Verdier entend l'art d'enſeigner. Suivant
lui , ce n'eſt point la nature , mais l'art
qui manque ordinairement . Tout enfant
a reçu de la nature toutes les facultés
propres à en faire un eſprit juſte & un
homme inſtruit. C'eſt à l'art de les développer
& d'en faire uſage. Son premier
objet doit être de développer l'attention
& la réflexion; de former par
le moyen de ces deux facultés primitives ,
la ſenſation , la mémoire , l'imagination ,
le jugement & la méthode d'exercer
enfuite par le moyen de ces fonctions ,
toutes les opérations de l'eſprit Il décrit
l'art d'animer ainſi en quelque forte l'esprit
humain ; & il le fait confifter principalement
dans la pratique de ces deux
opérations de la Logique , fi fort recommandées
ſous les titres d'analyſe ou de
et décompoſition , & de ſyntheſe ou com.
poſition , mais qui pourtant font fi fort
négligées. Il donne l'art d'analyſer tout
1
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'on préſente aux Éleves ; fignes,
penſées , actions , fonctions , facultés ,
L'expérience de ſes Éleves & des autres
qui ſont inſtruits par l'analyſe , en dé
montrent les grands effets ; & la facilité
de ce travail eſt d'autant plus grande ,
que l'enfant eſt plus jeune , ſes nerfs offrant
pour lors des réſiſtances moins
grandes. Envain l'on objecteroit que par
ce travail, il eſt à craindre de fatiguer
l'eſprit. M. Verdier invoque les loix de
la nature pour démontrer que le cerveau
s'uſe plus par les exercices du corps que
par ceux de l'eſprit. Dans les premiers ,
il agit ſeul ; mais dans les ſeconds , il
tranſmet ſes impreſſions à tous les muscles
, qui lui oppoſent de ſi grandes refistances
, qu'il ne peut les vaincre ſans des
efforts pénibles & fatigans.
Venant à l'éducation phyſique , M.
Verdier ſe plaint de ce que les Phyſiologiſtes
n'étudient les facultés & les fonctions
naturelles de l'homme , que d'une
maniere ſpéculative. Il voudroit que les
Inſtituteurs en analyſaſſent les cauſes , les
effets , la perfectibilité , les vices , les
ſignes , les moyens de perfectionner les
facultés , & ceux d'en corriger les vices ;
&il donne le Plan de cette étude. Il rap
SEPTEMBRE. 1777. 89
porte toutes les facultés de la nature humaine
à deux; la ſenſibilité des nerfs , &
J'irritabilité ou contractibilité des muſcles.
Aux points de perfection que l'Inſtituteur
Phyſicien doit procurer à ces deux facultés,
l'Éleve doit être pris par l'Inſtituteur
littéraire, par l'Inſtituteur moraliſte , &
même par l'Inſtituteur Chrétien. L'Auteur
rapporte enſuite les fonctions phyſiques,
dépendantes de ces facultés , à quatre;
la nourriture des parties , leur déve
loppement , leur configuration & leur
accroiſſement. Il indique les actions méchaniques
& animales qui contribuent à
ces quatre fonctions Il démontre enfin
comment l'air , les alimens , le mouvement
& le repos , le fommeil & la veille,
les ſécrétions & les excrétions, les pasſions
de l'ame, les vêtemens & le logement
contribuent à perfectionner ou à
détériorer la machine animale. Pour recommander
l'art qu'il déduit de ſes principes
, il obſerve que ces Éleves jouiſſent
d'une ſanté & d'une vigueur peu communes
; que ſur plus de cinquante ſujets
qu'il a eu depuis quatre ans, les deux
plus foibles ont été ſeuls malades ; &
que pluſieurs qui y ſont entrés infirmes ,
Top y ont rétabli leur ſanté commeceux - ci.
T
F5
go MERCURE DE FRANCE.
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P
C
li
t
f
T
C
ſ
C
Suivant la même marche dans l'éducation
morale , l'Auteur ſe propoſe d'abord
la génération des quatre vertus cardinales
, auxquelles il ajoute la bienfaifance.
Il obſerve que les enfans n'ont 1
naturellement que des imperfections ; à
que leurs vices ſont tous factices comme
leurs vertus ; & que ces vices ſe corrigent
avec d'autant plus de facilité, que l'en
fant eſt plus jeune. Les moyens qu'il fait
entrer dans l'art moral , font les Réglemens
d'une Maiſon d'éducation , les Livres
claſſiques dirigés vers les devoirs des
enfans ; les exhortations , les converfations
, les leçons de morale , preſcrites t
par les circonſtances , l'enſeignement par.
ticulier de la morale , les exemples , les
récompenfes & les punitions générales &
relatives aux actes de vertu & de vice.
L'Auteur établit entre les Éleves & l'Instituteur
, des eſpeces de conférences ou
de conſultations , fur le plan de celles
d'un Malade avec ſon Médecin , & d'un
Client avec ſon Jurifconfulte. Il obſerve
qu'en prenant tous les foins pour éclairer
leur eſprit fur leurs devoirs , leurs perfec
tions & leurs fautes , & pour former leur
coeur à la franchiſe , un Inſtituteur fai
tout ce qui ſe paſſe dans ſa Maiſon &
i
८ L
SEPTEMBRE. 1777. 95
510
dans le coeur de ſes Eleves ; qu'il peut ,
par ce travail ſuivi, les garantir de toute
contagion ,
L'Auteur ne met pas moins d'art dans
l'éducation Chrétienne; cet art conſiſte
à prévenir les Éleves contre le Matérialiſme
& l'incrédulité , à les inſtruire de
toutes les vérités de la Religion , à les
former à la pratique des vertus & des devoirs
du Chriftianiſme.
Après avoir ainſi tracé le Plan d'édu-
1cation , M. Verdier jette un coup - d'oeil
fur les études, pour en tracer le plan encyclopédique.
Il s'eleve avec forcecontre
toutes ces méthodes d'enſeigner le latin ,
que l'imitation des Auteurs latins a fait
imaginer. Veut- on juger , dit- il , du mérite
de ces compilations d'Auteurs qu'on
met entre les mains des jeunes gens ?
Qu'on faſſe un difcours tiſſu dephrafes
de nos vieux Romanciers , de nos anciens
Hiſtoriens , & nos Ecrivains modernes ,
& l'on verra que ces rapſodies font, aux
diſcours faits fur le génie d'une Langue
en chaque temps , cece qu'eſt un habit d'Arlequin
aux habits d'une étoffe uniforme.
M. Verdier diftingue dans le latin , comme
dans les autres Langues , trois con-
0
en
ftructions élémentaires , qu'il appelle.
92 MERCURE DE FRANCE,
Il affure
m
ar
to
di
p
6
grammaticale , mentale& réelle. De leur
conbinaiſon naiſſent les conſtructions fo
élégante , poëtique , oratoire & mixte.
Il voudroit qu'on exerçât ſucceſſivement
les Étudians à tous ces genresdeconſtructions
ſur des ouvrages faits exprès , avant
que de leur mettre entre les mains les Auteurs
qui les réuniſſent toutes.
que par cette gradation, les enfans font ,
dès les premiers jours , un latin fort harmonique.
Il s'étend enſuite ſur les avantages
de la Langue latine. C'eſt la ſeule ,
ſuivant lui , qui puiſſe citer une exiſtance
non interrompue depuis l'origine du
monde juſqu'à nous. Il diviſe enfin ſon
plan encyclopédique en quatre , & chacun
en pluſieurs Cours.
Le premier , qui eſt le plan des études
élémentaires pour l'enfance, ſe partage
en quatre cours. Le cours de petite Grammaire
propre aux petites écoles , comprend
des élémens de prononciation , de
lecture latine , françoise & Symbolique ,
ſous preſſe (d'écriture expédiée) d'ortographe,
de Langues françoise , latine (déjà
imprimés) de chant , & enfin de geste.
Il n'eſt aucun de ces petits traités qui ne
préſente des vues nouvelles & utiles ,
qu'on ne peut voir que dans l'Auteur
ir
do
TE
Π
ת
C
n
I
SEPTEMBRE. 1777. 93
تلا

même. Mais nous ne pouvons paſſer
ſous filence une découverte que l'Auteur
annonce ſur un art qui fait les délices de
toute l'Europe.
La muſique, dit- il, eſt fondée ſur la
diviſion d'une corde fonore , ſuivant la
progreſſion arithmétique 1 , 2 , 3,4,5 , &
6; mais cette progreſſion a jetté dans les
intervalles des fons , une inégalité qui a
donné lieu à cette diſtinction ſi embarraſſantedes
tons & demi - tons majeurs &
mineurs , & des coma majeurs & mineurs
, maximes & minimes. Pour ſe
tirer de l'embarras extrême que donne
cette inégalité , on a établi le tempérament
, qui n'eſt fondé que ſur un à peuprès.
Depuis trois mille ans , on a cherché
envain une formule pour établir l'égalité
entre les treize ſons de l'octave ;
mais l'inſuffiſance des moyens qu'on a
propoſés , a fait regarder cette recherdeche
comme la pierre philoſophale de la
muſique. Cependant M. Verdier pretend
avoir fait cette précieuſe découverte.
Elle conſiſte à mettre treize cordes
égales en proportion dans leur longueur
, de maniere que l'une foit à ſa
voiſine , comme dix ſept à dix- huit.
re
L'invention eſt importante , obſerve - t - il
94 MERCURE DE FRANCE.
di
pe
lui - même. ,, Si elle est réelle, les Maîtres ma
,, de Muſique trouveront dans le monocorde
un inſtrument propre à donner
l'intonation avec une juſteſſe incon
„ nue juſqu'ici à l'oreille , au gofier &
ود
ود
ود
ود
ود
. د ر
رد
m
le
fr
le
VE
de ddd
à l'eſprit. Les Facteurs d'inſtruments
,, formeront les intervalles des fons avec
la même juſteſſe , au moyen du mo-
,, nocorde ; ceux qui ſe ſervent des ins- fp
,, trumens de muſique , fauront les accorder
avec la même facilité: & les le
Profeſſeurs des Belles Lettres pourront
,, y faire entrer la muſique."
M. Verdier prétend encore avoir le
trouvé l'origine des modes majeur &
mineur , & le principe de l'harmonie ,
dans la nature du corps ſonore , dans
celle de la voix, & dans l'hiſtoire de la
muſique : mais nous ne pouvons nous
arrêter ſur tant d'objets , qui ne peuvent
même être qu'indiqués dans ſon Ouvrage.
Le ſecond cours de l'enfance eſt un
cours élémentaire de grande grammaire ;
il comprend un nommenclateur françois &
latin , propre à porter le ſens des mots
de ces deux langues à l'eſprit des enfans ,
par l'infpection même des objets ; deux
méthodes d'analyse & de formation des

e
n
C
t
a
SEPTEMBRE. 1777. 95
e
-1
Do
mots françois & latins , qui enſeignent le
dictionnaire de ces deux langues , par un
petit nombre de racines élémentaires des
mots; des élémens de grammaire & de
logique naturelle , appliqués aux langues
françoise & latine , & appliquable à toutes
les languesfavantes. Dans ce dernier ouvrage
, l'Auteur développe les fonctions
fpirituelles de l'homme , par le moyen
des ſignes des pensées. On est étonné de
le voir mettre entre les mains d'enfans
du plus bas-âge , une logique moins étendue
, mais plus profonde que celle que
les Ecoles réſervent à leurs philoſophes.
Mais l'Auteur donne l'expérience de ſes
Eleves de huit à neuf ans , déjà aſſez
exercés à l'analyſe logique & à l'argumentation
, pour s'en faire un jeu.
Le troiſieme eſt un cours élémentaire
d'histoire de France, fait par M. Fortier
, fon ancien aſſocié , que la mort
a enlevé à la République des lettres . Cet
abrégé chronologique ſe vend chez Moutard.
Le quatrieme enfin eſt un cours éle
mentaire d'éducation pratique. Ici l'Auteur
prend ſes Éleves dans l'état où MM. de
Condillac & Bonnet ont pris la ſtatue
dehumaine. Il travaille à développer leurs
96 MERCURE DE FRANCE.
facultés corporelles & fpirituelles , &
leur donner les idées meres au moyen
d'objets , d'inſtrumens & de procédés
induſtrieux propres à chaque fens.
Après avoir ainſi préparé les enfans
aux principes des connoiſſances par leurs
élémens , M. Verdier dreſſe le plan des
humanités pour l'adolefcence , & le diviſe
en fix cours.
Le premier eſt celui des langues favantes.
Il y débute par la ſuite de l'enſeignement
des langues françoiſe & latine;
il y cite nos meilleurs Ouvrages
pour la premiere. Il propoſe pour la
ſeconde une méthode de double traduction
defrançois en latin , &de latin enfrançois;
des principes d'élégance latine; des ſyſtêmes
analytique &Synthétique de cette même
langue.
Ces deux langues entrent dans leplan
général de l'inſtruction. Il propoſe pour
les Éleves , qui auront plus de beſoins &
plus d'émulation, une analyse de la langue
primitive , conſidérée comme le premier
fonds des langues ſavantes ; des rudimens
des anciennes langues orientales , & particulierement
de l'hébreu , considérées comme
le fond de l'Ecriture - Sainte: & du
Phénicien , considéré comme le premier
font
SEPTEMBRE. 1777. 97
1
fond de la mythologie : des rudimens
des anciennes langues Septentrionales , &
particulierement du Celtique & du Tudesque
, considérées comme le fond de la littérature
des Peuples du Nord : des rudimens
de la langue Grecque , conſidérée
comme le premier fond des arts & des
Sciences ; des rudimens de la langue Romaine
, & principalement de l'Italien , confidérée
comme le fond des loix , des usages
& de la littérature moderne ; des rudimens
de la langue Angloise , enfin des rudimens
de la langue Allemande. Pour réunir
toutes ces langues en un tout , M. Verdier
obſerve que toutes les langues ont
la même grammaire & les mêmes raci
Il en abrége & facilite donc prodigieuſement
l'enſeignement , en les foumettant
toutes à ſa grammaire & logique
maternelle , & chacune à une grammaire
particuliere, qui ne contient que les dé
clinaisons , conjugaisons , graduations ,
dérivations & compoſition des mots. Il
propoſe , pour lire les langues orientales ,
une nouvelle méthode , au moyen de laquelle
on pourra les lire & les écrire ſous
la dictée , en quelques heures .
nes.
Le ſecond cours des humanités eſt
celui des belles- lettres. Il renferme les
G
98 MERCURE DE FRANCE.
principes de la grammaire générale &
de la logique des pensées , ou petite logique
, l'une & l'autre démontrées ſuivant
la méthode des Géometres ; ceux de
poéſie & ceux de rhétorique. A ces quatre
arts , il foumet les principes généraux
de la parole & du chant , du geſte & de
la danſe, de l'écriture& du deſſin. Cette
aſſociation préſente les belles - lettres ſous
un nouveau plan , qui donne lieu à bien
des réflexions nouvelles
Le troiſieme cours eſt celui d'une dialectique
ou grande logique appliquée à
Péconomie. Il la diviſe en pluſieurs parties
, diftinguées par les titres de mathématique
, phyſique , morale conventionnelle
ou juridique , métaphysique révélée
, artificielle & hiſtorique. L'objet de
cet art eſt de donner les moyens de découvrir
la vérité par l'expérience & l'ob -
fervation , & de la manifeſter par les
procédés propres à chacune des parties
de la philofophie.
On fent bien que cette partie doit
être dirigée vers les objets méme, plus
que vers les mots ; auſſi M. Verdier
donne - t - il la defcription d'un cabinet
d'instruction & d'économie deſtiné à ſes
démonſtrations. Ce cabinet , dreſſé par
SEPTEMBRE . 1777. 99

lui- même ſur un plan nouveau , renferme
les ſubſtances , les inſtrumens , les outils ,
les médailles, les gravures , ies cartes &
les tables néceſſaires pour l'enſeignement
encyclopédique de toutes les ſciences &
les arts ſcholaſtiques.
Il y joint la deſcription de jardins
botanique & économique , qui préſentent
aux Eleves le contraſte des plantes uſuelles
dans leur double état denature & de
culture.
Vient enſuite le quatrieme cours de
beaux - arts , tous gymnaſtiques , mais en
outre , les uns poétiques & les autres
méchaniques . La déclamation & le geſte
ſe preſentent pour demander aux Comédiens
des principes qui puiſſent former
les jeunes gens , dans les écoles à
la déclamation de la chaire & du barreau.
La muſique vient enſuite ſe placer
à côté des langues , dans toutes les parties
des belles- lettres. Les differens genres
d'écritures paroiſſent , mais ce n'eſt que
pour être renvoyés dans l'éducation particuliere
de la ſeconde jeuneſſe, qui demande
moins d'écrits , & des écrits plus
élégamment faits. Le deſſin offre de
joindre ſes repréſentations aux démonstrations
logiques: on en dreſſe un nou- nd
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
veau plan , pour donner ſes ſecours à
l'art de la vérité; & l'on joint le deſſin
de la boſſe & des objets mêmes , aux
copies. La danſe ſe borne à une tactique
civile , au menuet & à des contredanſes.
L'efcrime offre ſon grand jeu,pour exercer
plus puiſſamment les membres. L'équitation
offre ſes principes pour apprendre
à l'homme à conduire & à gouverner
le cheval qui lui eſt ſi utile. La natation
offre l'avantage de faire marcher l'homme
ſur l'élément liquide : mais ces trois
derniers arts ne font admis que pour
l'éducation particuliere.
Ce cours finit par les principes & les
regles des jeux gymnaſtiques . Les attitudes
, la promenade, la courſe , le faut ,
la ſphéryſtique , la chironomie , les jeux
favans , ceux de combinaiſon , ceux de
cartes , &c. ſe préſentent pour exercer
& amufer les enfans . L'Auteur admet
tous ceux qui peuvent augmenter la force
, l'adreſſe , la réflexion & l'émulation .
Il profcrit ceux qui peuvent nuire an
corps & l'ame .
Le cinquieme cours eft celui d'hiſtoire.
Il débute par une chronologie générale ,
appliquée au calendrier & aux généalogies
de l'hiſtoire facrée: par une phyloSEPTEMBRE.
1777. IOI
e
fo
یا
rak
logie appliquée à la phyſiologie & à la
géographie ; & enfin , par l'état actuel
de la terre. Après cette premiere partie ,
il fait l'application de ces principes généraux
à la chronologie & à la phylologie
des Peuples de l'antiquité primitive , des
anciens temps du moyen âge , & des temps
modernes ; ce qui partage ce cours en
cinq parties.
L'étude des humanités ſe termine par
des principes d'éducation littéraire , physique
, morale & chrétienne . L'Inſtituteur
faiſant ſa propre tâche de ce cours , fe
propoſe de faire contribuer ſes Eleves à
leur propre perfection , & à la correction
de leurs vices. Pour cela , il fait de ce
cours la matiere des conférences qu'il
tient avec eux . Il y joint une correfpondance
par écrit en françois & en latin.
Il leur parle ou leur écrit tantôt en ſon
nom , tantôt au nom de leurs Maîtres , de
leurs Parens , de leurs Amis ſur tous les
objets de leur éducation. Par leurs réponfes
il s'affure de leurs progrès. Pour leur
ouvrir une carriere auffi utile , il leur fait
ici quatre analyſes exactes des perfections
& des vices , dont leurs facultés , leurs
fonctions & leurs actions ſont ſuſceptibles.
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne pouvons ſuivre les vues de
l'Auteur ſur l'enſeignement de la philofophie
dans la premiere jeuneſſe , ſur l'éducation
particuliere de la ſeconde jeuneſſe ,
&fur le choix& l'enſeignement de chacune
des profeſſions ſcientifiques à cet âge.
Cet Ouvrage eſt terminé par les réglemens
que l'Auteur a cru devoirdreſſerpour
le régime d'une Maiſon d'Education , d'après
ſon expérience. Dans pluſieurs titres
, il aſſortit les exercices de tous fes
cours dans l'ordre actuel des études , par
années , par mois , par jours & par heures
; dans les autres , il établit les conditions
néceſſaires pour faire concourir à la
perfection corporelle & fpirituelle de ſes
Eleves , les travaux de leurs Parens , ceux
de l'Inſtituteur , ceux des Maîtres , ceux
des Eleves mêmes.
Tout le monde verra ſans doute dans
l'Auteur de ce plan un homme ſavant
laborieux & zélé. On lui fera peut - être
bien des objections. Nous y répondrons
par ces deux mots qu'il oppoſe à ſes
Critiques: Venez & voyez .
Histoire d'Eric XIV, Roi de Sucde , écrite
fur les actes du temps, par M. Olof
SEPTEMBRE. 1777. 103
Celſius, premier Paſteur & Préſident
du Conſiſtoire Métropolitain de la
Ville de Stockolm , & traduite du Suédois
, par M. Genet le fils , Membre
de la Société Littéraire Apolloni Sacra
d'Upfal. A Paris , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , 2 vol. in - 12 .
Cet Ouvrage peut ſervir de ſuite à
l'Hiſtoire des Révolutions de Suede , par
l'Abbé de Vertot ; cet Hiſtorien , peutêtre
plus élégant qu'exact dans quelques
endroits , s'eſt arrêté à l'avénement d'Eric
au Trône. Ce Prince , fils de Gustave-
Vaſa , prit le nom d'Éric XIV, quoiqu'il
ne fût que le XII . de ſon nom.
Cette erreur ſe trouve maintenant confacrée
fur les monnoies comme dans l'histoire
; il ſeroit difficile & fur - tout inutile
de la corriger. Tout ce qu'on peut exiger
de l'Hiſtorien , c'eſt de la remarquer ;
& M. Celfius l'a fait.
Le regne d'Éric XIV offre une ſuite
d'événemens bien étranges & bien finguliers.
Ce Prince , qu'on a peint comme
un tyran , fut malheureux & foible pendant
une partie de ſa vie ; à un caractere
inconſtant & défiant , il joignoit une viivacité
qui alloit juſqu'à la pétulance: il
G4
404 MERCURE DE FRANCE.
la manifeſta dans le projet qu'il forma
d'épouſer Elifabeth , dans ce qu'il fit pon
déterminer ſon pere à y conſentir, & dans
les démarches qu'il fit enſuite en Angleterre
à pluſieurs repriſes , & fans fe rebuter
pour le faire réuſſir. Jeune , ardent ,
non moins échauffé par la réputation de
beauté d'Elifabeth , que par l'eſpérance
de remplir un jour avec elle le Trône
d'Angleterre , il fermoit les yeux fur les
troubles qui pourroient s'élever pour l'en
écarter , & auxquels il auroit été obligé
de prendre part: il ne fongeoit pas non
plus qu'on a vu rarement des Royaumes
féparés par quelque diſtance, jouir du
bonheur & de la tranquillité ſous un Maître
commun.
L'Abbé de Vertot a préſenté ce projet
de mariage comme un deſſein formé par
le vieux Guſtave- Vafa; il ne l'avoit été
que par fon fils Eric , & ce fut avec peine
qu'il y donna les mains. Le jeune Prince
ſe vit, dans la ſuite , forcé d'y renoncer :
il tourna ſes vues vers différentes Maifons
du Nord, & finit par épouſer une
de ſes Sujettes , qui avoit été long- temps
ſa Maîtreſſe , & dont il avoit eu quel.
ques enfans: il fit approuver ſon mariage
par les États.
SEPTEMBRE. 1777.
E)
1
1
el
ن ا
Le commencement de ſon regne ſembloit
annoncer un bonheur durable à la
Suede ; il fut troublé par le caractere
même du Souverain. Il n'aimoit point
ſes freres , parce qu'il avoit cru remarquer
autrefois dans ſon pere , des préférences
pour eux ; ſa défiance le porta à
les craindre , & fur- tout le Duc Jean ; il
la manifeſta trop , & peut- être força-t- il
ce dernier à prendre des précautions pour
afſſurer ſa vie & fa liberté ; il perdit cette
derniere. Éric fit aſſembler les Etats pour
juger la conduite de fon frere , qui fut
condamné à perdre les Etats de fon apanage,
l'honneur & la vie. Eric , après
l'avoir enfermé dans une étroite priſon ,
ne le craignant plus , lui conſerva ſes
jours.
,
Des guerres malheureuſes par les intrigues
des Généraux qui vouloient commander
par la foiblefſſe du Roi qui
étoit jaloux des ſuccès de ſes Généraux ,
& qui craignoit le crédit qu'ils pouvoient
leur donner , troublerent la fin de fon
regne, où on le vit injufte & barbare ;
fon eſprit s'aliéna : il retenoit dans les fers
quelques Grands qu'il croyoit attachés à
fon frere. On vint lui dire un jour que
l'on parloit de mettre le Duc Jean en
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
liberté ; anti-tôt il vole à la priſon , égorge
de ſes mains Nicolas Sture ; va au cachot ,
du pere de cet infortuné pour le traiter ,
de même. Il ſe trouble en entrant , &
tombe aux pieds du vieillard , en lui de. " D
mandant pardon de ce qu'il a fait. Il ne
le quitte qu'après avoir ordonné de le
refferrer plus étroitement. Déguiſé en
Payſan , ſuivi de quelques Trabans , il qu'
fort de ſa Capitale; fon ancien Précepteur
le ſuit pour le ramener à lui - même,
il le fait égorger à ſes yeux: il ordonne qui
la mort des autres Priſonniers. ,, Auffi-
ود
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و د
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ود
ود
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ود
ود
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رد
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ren
cor
ren
il
fen
aff
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tôt qu'on ſut à Upſal , que le Roi n'y
étoit plus , on courut après lui ſur toutes
les routes. Catherine (ſa femme)
qui avoit le plus de pouvoir ſur ſon au
efprit , fut des premieres à partir , malgré
ſon état de groſſeſſe,&quoiqu'elle
fût prête d'accoucher. On trouva le
Roi dans le Presbytere d'Odenſala , de
me
C
m
ы
d
entouré du Peuple & de pluſieurs de
ſes Officiers , tous conſternés & pleins
de compaffion pour leur malheureux ac
Maître. Il tenoit un petit coffre rempli
d'argent , qu'il avoit emporté avec lui ;
& il diftribuoit cet argent, de ſa propre fo
main , par poignées , & indiſtinEtea,
ment , vraisemblablement dans l'idée
C
le
ju
SEPTEMBRE . 1777. 107
, de calmer le reſſentiment du Peuple ,
, croyant tous les eſprits ſoulevés. Il ré-
, prit la route de Stockholm ; &, che-
, min faiſant , il continuoit ſes libéra-
, lités . "
Les rênes du Gouvernement tombeent
alors des mains d'Éric ; il ne reprit
qu'à la longue l'uſage de ſa raiſon , encore
fut - elle obſcurcie par intervalle : il
endit la liberté à ſon frere le Duc Jean ,
qui en abuſa pour le détrôner. Comme
il ſe ſouvenoit que ſon frere avoit as-
Temblé les États pour le juger , il les
aſſembla à ſon tour pour les faire prohoncer
ſur leur Roi Eric fut traduit
au Tribunal de ſes Sujets , preſque de la
nême maniere que le fut , avant le ré-
Molution d'un ſiecle , l'infortuné Stuart
Charles I. Il fut conduit dans le Choeur
te l'Égliſe de S. Nicolas ; où ſes ennenis
, devenus ſes Juges , étoient raſſem-
Solés pour porter un Jugement ſur ſon
Adminiſtration . Il fut déclaré déchu
Me la Couronne , lui & ſa poſtérité , &
condamné à une priſon perpétuelle. La
naniere dont il fut traité dans ſa prifon
, ne fauroit être plus odieuſe ; on
de laiſſoit manquer de tout. On peut
uger de ſa ſituation par cette lettre de
108 MERCURE DE FRANCE.
"
"
I'
u
er
d
le
ce
6Octobre 1568 . ,, Très -Puiſſant Prince,
Monfieur mon frere , le Docteur Be
noît , mon unique Officier , a été mis
hier en priſon avec mon Cuiſinier.
Ce ſont deux Serviteurs dont je ne
puis me paſſer pour moi & mes enfans
dans la malheureuſe condition of
je ſuis. Si on ne nous les rend point ,
nous périrons de beſoin & de maladie.
C'eſt pourquoi je vous prie de les faire
relâcher , pour qu'ils puiſſent nous
ſervir. Dieu vous en récompenfera
dans cette vie & dans l'autre ; & j'a
dreſſerai mes prieres , à cet effet , à P
divine Providence."
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ود
ود
ود
ود
وو
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Éric traîna ſes miſérables jours dans fa
priſon , juſqu'au 26 Février 1577 , qu'il
mourut empoisonné. Parmi ſes enfans ,
l'aîné avoit été déſigné pour ſon ſucces
ſeur , lorſque les Etats approuverent fo
mariage. Quoique le jugement porte
contre le pere , écartât ſa poſtérité d
Trône , le Roi Jean n'en craignit pas
moins les droits de l'aîné ; il l'aurch
fait périr ſans le ſoin qu'on prit de
dérober à ſa fureur: on l'envoya hor
du Royaume , où il fut élevé dans la Re
ligion Catholique. Il mena long - temp
une vie errante & malheureuſe , réd
:
er
de
fa
P
1-

S
SEPTEMBRE . 1777 . 109
quelquefois à mandier : le Roi Jean
l'obligea de ſe faire Moine , & lui donna
un Évêché. Le Roi de Mofcovie l'attira
enſuite à ſa Cour , où il lui fit un fort
digne d'un Prince. Son defſſein étoit de
Je rétablir fur le Trône de Suede ; mais
1 ce ne fut qu'un projet Ce Prince mourut
en Ruſſie en 1607 Sa mere trouva grace
devant le Roi Jean , & paſſa le reſte de
fa vie en Finlande.
Pour donner une juſte idée d'Éric , qui
fut peut - être auſſi malheureux que coupable
, nous tranfcrirons un morceau
précieux ; c'eſt une lettre du Miniſtre
François Daulé , confervée dans la Bibliotheque
de la Reine Douairiere de
Suede , dans laquelle ce Miniſtre , qui
réfida long - temps en Suede & en Danemarck
, rendit compte ainſi de ce qu'il
penſoit de Guſtave & d'Éric. La lettre
peſt du 23 Janvier 1576. Le Roi Gus-
,,
ود
ود
tavus a fait de ſi haultes & mémorables
entreprinſes & fi prudentes conduictes
à une très heureuſe fin , qu'on
le doibt tenir & eſtimer ung très - ver
ود tueux & magnanime Prince. Auſſi il
ادو
ود
,, a heureuſement regné 42 ans Il a
,, laiſſé quatre fils & cing filles. Éric ,
,, fon premier fils , lui a fuccédé au
1
10 MERCURE DE FRANCE .
„ Royaulme. Il eſt à préſent prifonnier
» J'ai ſouvent conféré avec lui de ple
و د
ſieurs affaires ; je vous prometz , Sire,
,, qu'il eſtoit d'ung très bon jugement
" Il comprenoit facilement ce qu'on la
,, propofoit , & l'expliquoit fort diferte do
,, ment & promptement ; & il avoir vo
,, pluſieurs aultres vertus Vrai eſt
,, qu'il étoit fort ſubſonneux ; auſſi i
„ a toujours éte nourri en crainte an
ود
ha
un
cauſe de ſa belle - mere ; d'avantage il fu
avoit de très - pernicieux & maling &
Miniſtres , qui par calomnies , détrac
,, tions , faux rapports & ſemblables ar-
و د
"
m
to
tifices , lui rendirent les principaux po
, Seigneurs ſi ſufpects & fi odieux , qu'il de
,, en fit mourir quelques - uns , dont fa
ود
ruine s'eſt enſuivie."
ce
&
s
La traduction de cette Hiſtoire inte
reſſante eft faite avec foin M. Gene fo
le fils , a qui on la doit, eſt un jeune lo
homme de 16 ans. Son âge & la ma
niere dont il a exécuté ce travail , for
fon éloge. Que ne promet-on pas quand Le
on commence ainfi?
C
I
C
Supplément à l'Histoire de la Rivalītė 1
la France & de l' singleterre , & à He
toire de la querelle de Philippe de Va
P
SEPTEMBRE . 1777. 111
ell
lois & d'Edouard III , &c. 4 vol. A
Paris , chez Moutard , Lib . Imp. rue
du Hurepoix.
,
On s'eſt proposé dans cet Ouvrage ,
dont on a fi bien accuelli les premiers
volumes de montrer l'abſurdité des
haines nationales , & de prouver , par
une multitude d'exemples ſenſibles , qu'il
n'y a nul avantage dans la guerre , nulle
fûreté dans la fraude; que l'art de nuire
& de tromper , eſt l'art infaillible d'être
malheureux ; & que les victoires traînent
toujours après elles autant de calamités
pour un Etat, que les plus ſanglantes
défaites. Plût à Dieu que l'on pût rendre
ces vérités préſentes à tous les eſprits ,
& perfuader aux Nations qu'elles doivent
s'aimer , ſe ſervir mutuellement ; confondre
leurs intérêts , anéantir leurs ja-
Soufies , & préférer le bonheur , infépa-
Table de la paix & de la tranquillité , à
zette gloire bruyante , qui a fait gémir
es Empires ſous le poids de tant de
naux ! La vraie gloire au contraire , eſt
l'être juſte & fage; l'intérêt eſt d'être
heureux . Or c'eſt à la paix feule qu'il
ſt réſervé de remplir ce double objet.
L'Auteur du Supplément , après avoir
rouvé que la guerre eſt abfurde , parce
112 MERCURE DE FRANCE.
I
دو
در
دو
ود
و د
د ر
ל ו
ود
"
ور
ور
qu'on ne fauroit faire du mal , fans
en éprouver, convient toute fois qu'elle
eſt pour un Général un art fublime ,
le réſultat d'une foule d'autres arts profonds
& néceſſaires , & pour le Sol
dat , un devoir & une ſource de gloi
re. Mais il n'en eſt pas de même
pour le Conquérant qui oſe l'entreprendre
, & pour le Souverain qui l'ordonne
fans néceſſité. Elle n'eſt pour eux qu'un
moyen également funefte & stérile , qui
n'a jamais rempli & qui ne remplira
jamais l'objet qu'ils fe propoſent. Pour
être convaincu de cette vérité , il ſuffiroit
de comparer les avantages que l'on
tire de la guerre , avec les pertes & les
déſaſtres qu'elle entraîne. Mais à quoi
bon , dit l'Hiftorien patriote , ces exhor- la
tations perpétuelles à la paix , en jetan:
les yeux fur les mouvemens actuels de b
politique générale ? Voit- on qu'on en
foit moins diſpoſé à la guerre , moins
empreſſé à ſaiſir les occaſions de la faire!
On avoue que le circonſtances préſentes
ne font pas affez favorables au ſyſteme
de la paix univerſelle: cette heureuf
révolution , dont l'Univers entier éprou
vera les effets , n'eſt point encore à
veille d'étre opérée; mais elle arriver.
d
a
M
SEPTEMBRE . 1777. 113
fub
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1 un jour , s'il faut en croire pluſieurs
Interpretes des Livres Saints : ,, La Loi
ود
"
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"
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fortira de Sion , dit Ifaïe , ch 11,3 ,
, 4 , & la parole du Seigneur de Jérufalem;
il jugera les Nations , & il répandra
plusieurs Peuples ; & ils forgeront
de leurs épées des focs de charrue , &
de leurs lances des faulx ;un Peuple ne
tirera plus l'épée contre un autre Peuple,
& ils ne s'exerceront plus au combat....
Chacun , dit Michée , ch. 4 ,
,, 3 , 4 , ſe repoſera ſous ſa vigne &
ſous ſon figuier , fans avoir aucun ennemi
à craindre . "
"
ود
ود
ود
L'Auteur du Supplément a donc droit
d'exhorter les Nations & les Souverains
à préférer les avantages inestimables de
la paix , aux malheurs inféparables de la
guerre ; ſes ſouhaits ne font pas chimédriques
, puiſqu'il viendra un temps où
l'on verra les ſoins paiſibles de la campagne
fuccéder aux combats , & les armes
meurtrieres ſe changer en inſtrumens
d'agriculture , & chacun ſe repoſera ,,
fans rien craindre , à l'ombre de ſa vigne
& de fon figuier. C'eſt dans ce temps ,
difent les Prophetes , où l'on n'entendra
plus parler de vexations ni de ravages ,
où la paix fera le fruit de la juftice , &
H
114 MERCURE DE FRANCE.
la pratique de la juſtice produira une
tranquillité & une fécurité perpétuelles:
certainement il eſt permis de faluer de
loin des promeſſes ſi conſolantes , & d'y
avoir quelque part anticipée en applau
diſſant aux vues édifiantes de l'Auteur ,
& en fe réjouiſſant des biens promis aux
générations qui viendront après nous.
Nous ne rapporterons point ici les
traits intéreſſans qui font répandus avec
profuſion dans cet Ouvrage , dont le but
moral eſt d'ailleurs ſi digne d'éloges ;
nous ne pourrions rien ajouter à l'idée f
flatteuſe que l'Auteur a donnée de ſes
talens dans le genre hiſtorique & dans
le genre oratoire.
Lettre originali del R. P. Maestro Gan
ganelli , divenuto Papa fotto il nome i
Clemente XIV. Parigi , preſſo Piffer
Libraio, quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage a été trop long - temp
*attendu pour n'être pas bien accueilli
Public. Porte-t-il avee lui-même tous
caracteres d'un original ? Cette queſtid
fera indifférente pour tous ceux qui de
reroient que la doctrine pure & pacific
de ce grand Pontife, pût concilier to
f
C
F
C
1
1
fo
e
e
P
h
SEPTEMBRE. 17776
app
les eſprits & réunir tous les coeurs. Ces
fortes de Lecteurs , uniquement occupés
du fond des chofes ,
avoueront fans
peine que ces Lettres font remplies de
ces beautés énergiques , fi familieres aux
Italiens , de ces images qui rendent leur
langue pittoresque , & de ces comparaifons
qui répandent la lumiere dans les
efprits. Ils auront encore la fatisfaction ,
en lifant ces Lettres , de voir l'ame de
Ganganelli qui nous conſole d'avoir
perdu la préſence d'un auſſi grand homme
, fait pour éclairer fon fiecle , & pour
honorer la Religion ainſi que l'humanité.
Quant à la difpute littéraire ſur l'au
thenticité des Lettres , ils laiſferont cette
difcution aux parties intéreſſées , & chercheront
plus à s'édifier par la lecture des
✓ Lettres Italiennes , qu'à ſe livrer à des
ong.
diſputes inutiles & ſi ſouvent intermi
nables Au reſte , quelque ſyſtême qu'on
embraſſe fur cet objet , les Lettres , tant
Italiennes que Françoiſes , paſſeront à la
arpolterité , & exciteront chez nos neveux
les mêmes ſentimens d'admiration que
hous éprouvons.
Les perſonnes qui connoiſſent les ri
cheffes de la langue Italienne , comme
:
naile
H2
116 MERCURE DE FRANCE..
celles qui s'appliquent à les étudier , ne
peuvent mieux faire que de ſe procurer
cet excellent Ouvrage , qui n'a d'autre
défaut que d'être par fois diffus , & que
le Traducteur , pour s'accommoder au
génie françois , a ſagement reſſerré. La
Lettre ſur l'Italie , qui avoit été imprimée
depuis long - temps , eſt digne des plus
grands Maîtres , en ce qu'elle préſente
un tableau d'une hardieſſe & d'un coloris
admirables. Celle qui eſt écrite à un
Milord fur la Religion , eſt d'autant plus
intéreſſante , qu'elle contient des preuves
que M. Carraccioli , dans ſa traduction ,
avoit trop élaguées. Le Chriſtianiſme y
paroît revêtu de toute fa force & de
toute ſa beauté , au point qu'il faut
s'aveugler volontairement pour n'y pas
trouver l'empreinte même de la Divinité.
La Paysanne Pervertie , ou les Moeurs
des grandes Villes , Mémoires de
Jeannette R*** , recueillis de ſes
Lettres ou de celles des perſonnes!
qui ont eu part aux principaux évé
nemens de fa- vie, mis au jour par
M. Nougaret. 4 Parties in - 12.
Londres, & ſe trouvent à Paris, ches
A.
ε
SEPTEMBRE. 1777. 117
dai
&!
1
J. F. Baſtien , Libraire , rue du Petits
Lyon , S. F. G. 1777.
Le tître de ce Roman eſt aſſez analo
gue à celui d'un autre , intitulé le Paysan
I perverti , qui parut il y a environ deux
ans ; ce qui ſembleroit autoriſer à croire
que ce dernier Ouvrage a pu inſpirer
l'idée de celui - ci. De même , lorſque
Marivaux eut publié fon Paysan parvenu ,
on vit bien-tôt après éclorre une Paysanne
parvenue,
L'Héroïne de ces Lettres eſt une jeune
Payſanne orpheline , recueillie & élevée par
la Marquiſe de F *** , veuve charitable
& vertueuſe , retirée à la campagne , où
elle s'occupe entierement de l'éducation
d'un fils unique. La Marquiſe partage
ſes ſoins entre ce fils & ſa chere pupille ,
qui devient bien-tôt un prodige de graces
& de beauté. Elle ne tarde pas à inspirer
des deſirs au Comte de C *** ,
jeune libertin , fils d'une intime amie de
la Marquiſe. L'Abbé T ***, Précepteur
du jeune Marquis F *** , éprouve les mê
permes ſentimens. Cet Abbé, qui affecte les
dehors de la ſageſſe , n'eſt au fond qu'un
hypocrite & un débauché, Le Comte de
.
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
C*** qui l'a ſurprisdans un boſquet avec
une jeune Payſanne , a démaſqué fon caractere
; ce qui établit une correſpondance
entre ces deux libertins , qui s'avouent l'un
à l'autre leurs projets criminels ſur l'inno
cente Jeannette , & conviennent de s'aider
réciproquement à les faire réuſſir. Ils ont
un rival dans M.de Fontenor , Financier ,
voiſin de la Marquiſe ; mais ce Créſus ayant
fait bruſquement à la jeune perſonne
, des offres propres à effaroucher ſa pudeur
, en eſt bien-tôt éconduit. Le jeune
Marquis de F *** , eſt un autre concurrent
bien plus dangereux ; car , non ſeulement
Jeannette vient de lui faire éprouver
les premieres impreſſions de l'amour ,
mais elle reſſent auſſi en ſecret , la même
paſſion pour lui. Le Marquis , âge de dixfept
ans , élevé juſques - là ſous les yeux
féveres de fa mere,&dont le coeur eſt neuf
& ſenſible , aime comme un Ecolier , &
n'en eſt que plus intéreſſant. LeComte , qui
a déjà cherché à jeter dans ſon coeur des
femences de corruption , devient fon confident;
& , profitant de l'imprudente facilité
avec laquelle il lui découvre ſes
fentimens dans ſes lettres , ce perfide
ami en laiſſe tomber une , comme par
Σ
C
a
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C
1
a
C
r
SEPTEMBRE, 1777.
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mégarde , devant la Comteſſe & la Mar
quiſe. Cette derniere , inſtruite par cet
artifice de l'amour de ſon fils , & fentant
la néceſſité d'écarter de ſes yeux
celle qui en eſt l'objet , la remet entre
les mains de la Comteſſe , qui a conçu
de auſſi beaucoup d'amitié pour Jeannette ,
& qui l'emmene à Paris avec elle. Le
Comte eſt au comble de ſes voeux. Jeannetee
, corrompue inſenſiblement par l'air
du grand monde, prend du goût pour la
parure, pour les promenades , les ſpectacles
, & pour tous les amuſemens brillans ✓ de la Capitale. Les hommages qu'on rend
ی ز ا
à ſa beauté, commencent à flatter trèsagréablemeut
ſon oreille ; elle recoit , même
fans colere , une déclaration d'amour
du Comte. Elle rend compte de tout à fa
foeur cadette , nommée Louiſe : cette
Jeune fille élevée par une bonne Fermiere ,
& que fon penchant naturel & fon éducation
portent également à la vertu , ne
ceffe de la moralifer dans ſes réponſes ,
mais inutilement. Cependant Jeannette
difparoît tout d'un coup, au grand étonnement
du Comte , déjà venu preſqu'a
bout de la ſéduire , & qui n'attendoit
que le moment d'en recevoir un rendezvous.
Fontenor , ce même Financier
H4
120 MERCURE DE FRANCE.
qui avoit fait à Jeannette des propofi
tions offenſantes , & à qui le Comte de
C*** , lié avec lui , a procuré l'occaſion
de la revoir , enchanté de ſes vertus
& de ſes graces , & plus encore de
ſes talens pour la muſique , venoit de
la demander en mariage , & alloit l'é
pouſer au moment de cette facheuſe
eclipſe , dont il n'eſt pas moins furpris
& affligé. Le Marquis de F*** l'eſt
encore plus que les autres , & accuſe
le Comte d'avoir enlevé Jeannette. Le
véritable auteur du coup , mais que le
Comte ſeul ſoupçonne , eſt l'Abbé T*** ,
qui , s'appercevant que ſon complice
ne travailloit que pour lui ſeul , &
s'apprêtoit à le frustrer de ſes eſpérances
, ſe met en devoir de le priver de
ſa conquête. Il y parvient par un faur
avis donné fecrettement à Jeannette ,
à qui il fait croire que le mariage
qu'on lui propoſe , n'est qu'une feinte;
& que Fontenor , de concert avec le
Comte, ne cherche qu'à l'abuſer. L'im
prudente Jeannette , pour ſe mettre
à l'abri de ce prétendu complot ,
bandonne à ce fourbe , qui la conduit
, à l'exemple de Lovelace , dans
une maiſon de débauche, qu'il fait paffer
s'aa
U
1
a
t
1
SEPTEMBRE
. 1777. 121
ore
aux yeux de ſa crédule victime , pour
une maiſon honnête , & dont il feint que
la maîtreſſe eſt ſa tante. Comme il a
achevé l'éducation de ſon Éleve , il ob
tient ſon congé de la Marquiſe de F *** ,
afin d'être plus libre de faire ſa cour à
Jeannette ; il quitte le petit collet pour
l'épée ; &, en amuſant ſa maitreſſe d'une
fauſſe eſpérance de l'épouſer , il vient à
bout d'en obtenir les dernieres faveurs.
Il ne tarde pas à l'abandonner , & la
laiſſe dans ce lieu infâme , dont la Directrice
la retient prifonniere , voulant
la forcer, par de mauvais traitemens ,
à augmenter le nombre des triſtes victimes
du libertinage. Mais T *** , après
avoir fait part de fon triomphe au Comte ,
dans une lettre pleine d'ironie , lui annonce
qu'il va lui renvoyer Jeannette.
30
Effectivement
, il
indique
le
lieu
de
ſa
détention
, par
une
lettre
anonyme
, à la
Comteſſe
,
qui
s'empreſſe
d'aller
la
déaer
livrer
. Fontenor
, toujours
amoureux
d'elle , eſt prêt à l'épouſer
, lorſqu'elle
ſe trouve
attaquée
d'une indiſpoſition
oc caſionnée
par les ſuites de ſa malheu- reuſe foibleſſe. Elle étoit enceinte ſans le ſavoir , & la Comteſſe s'en apperçoit en même temps qu'elle, Cette Dame ,
HS
122 MERCURE DE FRANCE,
dévote très - rigide , & d'un caractere
porté à la ſévérité, lui fait les plus vifs
reproches , & la conduit ſecrettement à
Sainte- Pélagie ; où elle la laiſſe en proje
à la honte & aux remords. La Marquiſe ,
informée de cet événement , mais moins
ſévere& plus compatiſſante , déſapprouve
la rigueur de ſon amie , & court à la prifon
de ſa chere Orpheline , qu'elle trouve
noyée dans ſes larmes , & qu'elle ramene
dans ſon Château , où elle la cache à
tous les yeux , & dérobe heureuſement
la connoiſſance de ſon accident. Elle y
accouche en ſecret d'un enfant qui meurt
au bout de ſeize jours. Comme les foins
généreux de la Marquiſe ont fait pren.
dre le change à tout le monde ſur ſa maladie
, & qu'on a également ignoré dans
quel Couvent la Comteſſe l'avoit conduite
, ainſi que les motifs qui avoient
pu lui attirer cette diſgrâce; ſa réputation
demeure fans tache , & l'amoureux
Financier eſt plus empreſſé que jamais à
en faire fa femme. L'aveu de ſon mal.
heur qu'elle lui fait, par les conſeils de la
Marquiſe , afin de ne pas le tromper , le
fait balancer un inſtant , mais finit par
augmenter ſon eſtime pour elle, & par
chever de le déterminer à l'épouſer.
i
t
ja
d
f

O
1
n
P
1 ISEPTEMBRE . 1777. 12
Jeannette , devenue Madame de Fon
- tenor , paroît d'abord déterminée à ne
jamais renoncer à la vertu ; mais rejetée
dans le tourbillon du grand monde, &
ſe voyant au ſein de l'opulence , elle fent
bien - tôt renaître ſon penchant à la coquetterie
& aux plaiſirs. Son amour pour
le Marquis , & ſon goût pour le Comte,
ne tardent pas à ſe réveiller ; elle finit
par céder aux deſirs de l'un & de l'autre.
Elle confie toujours ſes foibleſſes à ſa
foeur , qui demeure à Paris comme elle ,
& qui eſt devenue l'épouſe d'un honnête
& habile Avocat , frere du Curé du Village
où elle a été élevée. Cette femme
vertueuſe répond aux confidences de ſa
foeur , en lui reprochant vivement ſa
mauvaiſe conduite, Madame de Fontenor
piquée , forme avec le Comte de
and C *** , l'indigne projet de tendre des nit pleges
a la vertu
de ſa ſoeur
; mais
ils
De
peuvent
faire
réuffir
leur
complot
.
el
en
forment
alors
un
plus
criminel
y encore
, c'eſt
de
perdre
cette
digne
épouſe
ffdans
l'eſprit
de
ſon
mari
&
du
public
,
b/ &
d'empoiſfonner
ainſi
le
bonheur
d'un
ménage paiſible & vertueux. Par un
ſtratagême abominable qu'ils parviennent
à exécuter , l'Avocat , trompé par
124 MERCURE DE FRANCE,
l'apparence , croit ſon épouſe infidelle;
&, tranſporté de jalouſie , accourt dans
fa chambre une épée nue à la main pour
la percer. Dans ce moment , Madame de
Fontenor , qui venoit jouir du défordre
cauſé par ſa perfidie , entre dans la
chambre , & voyant le danger auquel ſa
ſoeur eſt expoſée , ſejette, toute effrayée ,
au - devant d'elle , reçoit le coup dont
elle vouloit le garantir , & meurt déchirée
de remords en avouant ſes crimes.
Dans le même moment le Comte eſt
tué en duel par l'Abbé T*** , devenu
Lieutenant de Cavalerie , contre lequel
il cherchoit à fatisfaire fon reſſentiment
du tour que lui avoit joué cet ancien
Précepteur.
Tel eſt le précis des principaux événemens
de ce Roman. Il ya beaucoup
d'autres incidens épiſodiques ; tel eſt ce
lui que forme l'intrigue d'une fille d'Opéra
, nommée Julie, qui cherche à fe
faire épouſer par le Marquis de P ***,
à-peu-près comme la Léonore du Marquis
de Roſelle, cherche à ſéduire , dans
même vue , le Héros de ce dernier Ro
man. En général , pluſieurs incidens de
la Paysanne pervertie , reſſemblent &
ceux qu'on trouve dans d'autres Roman
SEPTMEBRE. 1777.
125
1
م ا ر
רש
connus. On peut y reprendre encore le
défaut de vraiſemblance & de gradation
dans le principal caractere , qui n'eſt ni
conféquent ni foutenu, & finit par devenir
odieux fans néceſſité. Cet Ouvrage
annonce d'ailleurs de la facilité & du talent
, mais un talent peu exercé encore
dans la carriere des Romans , carriere où
il eſt ſi difficile de réuſſir du premier
coup, & où la perfection eſt ſi rare. d. Principes
de Grammaire
générale
, pour
fervir
particulierement
à l'étude
des
Langues
Françoiſe
& Latine
; par M.
Royon
, Maître
- ès-Arts
, Profeſſeur
de
Belles
- Lettres
. Prix
, 6 liv. chez
l'Auteur
, rue des Boucheries
, Fauxbourg
S. Germain
, la premiere
porte
- cochere
à gauche
, en entrant
par la rue de
Buffi
.
che
P
at
:
Cet Ouvrage ne forme qu'un volume
in - 8 . quoiqu'il renferme , 1º. une Préface
dans laquelle l'Auteur ſe propoſe de
démontrer que l'obſcurité des définidtions
, les raiſonnemens trop abſtraits ,
er les fréquentes contradictons , & fur- tout
la trop grande multiplicité des principes
bilen Be
configrés
dans
nos
Livres
élémentaires
,
125 MERCURE DE FRANCE.
loin de contribuer à applanir les difficul 1
tés dont on ſe plaint ſi généralement ,
par rapport à l'étude de la Grammaire,
font au contraire autant d'écueils contre
lesquels on voit journellement échouer
la mémoire la plus heureuſe & la pénétration
la plus vive:
,, La ſcience , dit- il, eſt le réſultat ;
,, tant de l'intelligence des termes rela-
;" tifs à un Art , que de la combinaiſon
,, des principes qui en conſtituent les ré-
;, gles fondamentales ; conféquemment
;;les qualités eſſentielles d'un Ouvrage
3 élémentaire, font , d'une part , la clar-
,, té dans les définitions des termes ; &
3, de l'autre , la préciſion dans les prin-
,, cipes." C'eſt fur ces obſervations que
l'Auteur paroît avoir formé le plan de
fon Ouvrage.
20. Un Traité complet ſur les neuf
ſortes de mots qui compoſent notre Langue;
le chapitre du verbe y eſt ſur- tout
expliqué d'une maniere ſi préciſe & fi
fenfible , qu'une ſimple lecture ſuffit pour
en faire comprendre les difficultés les plus
épineuſes , ſoit par rapport à ce qui caractériſe
la nature de ſes différentes especes
, compriſes ſous les dénominations
d'actif, paffif, neutre, régulier, irrégu
SEPTEMBRE. 1777. 127
4
lier , perſonnel , imperſonnel , réfléchi ,
réciproque & défectueux , ſoit par rap.
port à leurs diverſes conjugaiſons &à la
formation de leurs temps ſimples , compofés
& furcompoſés.
3º. Un Traité de ſyntaxe, dont tous
Ples principes font autant de conféquences
néceſſaires des définitions relatives à chao
que
eſpece
des
mots
;enforte
que
l'Auteur
y
démontre
clairement
la nature
& l'emploi
des
cas
, des
noms
, &
des
pronoms
,
par
des
regles
infaillibles
&
applicables
dans
toutes
fortes
de
circonftances
, uniquement
fondées
ſur
cette
définition
qu'il
donne
du
verbe
en
général
.
Le
verbe
est
un
mot
qui
sert
à exprimer
l'existencë
&
l'action
d'un
ſujet
.
Ce
Traité
eſt
trèsintéreſſant
, ſoit
par
ſon
peu
d'étendue
,
ſoit
par
la
nouveauté
des
définitions
, &
fur
- tout
par
les
avantages
qu'en
peuvent
3
retirer
ceux
qui
ſe
deſtinent
àl'étude
de
la
Langue
latine
.
di
10
4°. Un Traité d'Orthographe Fran
ecoiſe.
14
5º. Un Traité de ponctuation , fondé
pſur les principes logiques de la propofition
, dont l'Auteur explique la nature ,
les propriétés , les différens termes qui la
compoſent , ſes diviſions connues fous
$28 MERCURE DE FRANCE.
les dénominations de propoſition géné
rale , incidente , ſimple , compoſée , complexe
& périodique , avec des applications
convenables ſur des exemples choi
fis .
6°. Une Méthode abrégée pour étudier
& réduire en pratique les principes
de la Grammaire, à la ſuite de laquelle
font des exemples en proſe & en vers ,
dont les différens mots heureuſement
appliqués aux définitions qui leur font
propres , & aux regles de la ſyntaxe , ne
laiſſeront aucun doute , ni ſur la folidité
de ſes principes , ni fur la réalité des
progrès que font ſes Eleves dans cette
partie , en 24 , 30 ou 36 leçons au
plus.
Pour que tant d'objets bien détaillés ,
ne formaſſent qu'un ſeul volume , encore
peu conſidérable , l'Auteur a eu ſoin de
rejeter du corps de ſon Ouvrage , tout
raiſonnement ſuperflu , tout commentaire
déplacé , & même tout argument propre
à établir ſes principes , dont il abandonne
la défenſe à l'expérience & aux
heureux ſuccès qui en ont toujours réfulté.
M. Royon donne , tant chez lui qu'en
ville , des leçons de Langues françoiſe &
latine
1
t
SEPTEMBRE . 1777. 129.
d
latine , de Géographie , d'Hiſtoire , de
Littérature & d'Elémens de Mathématiques
, par des méthodes particulieres
dont il eſt Auteur.
Supplément au Dictionnaire raisonné des
Sciences , des Arts & des Metiers , 5
vol. in folio. Prix 144 liv. en feuilles.
A Paris , chez Stoupe , Imprimeur-
Libraire , & à Amsterdam chez Marc-
Michel Rey.
Le ſupplément à l'Encyclopédie eſt
deſtiné à completter ce dépôt immenſe
des connoiſſances humaines. Les Savans ,
dont il eſt l'ouvrage , y ont raſſemblé
les nouvelles découvertes faites dans les
Sciences & les Arts , depuis la publication
de l'Encyclopédie ; & , ce qui n'eſt
pas moins eſſentiel , ils ont corrigé les
fautes de ce grand Ouvrage , qui éprouvatrop
de contradictions pour être porté
nd d'abord à ſa perfection. Les deux premiers
Volumes du ſupplément que nous
annonçons , parurent au mois de Juillet
de l'année derniere ; en Décembre ſuivant
, ou publia le troiſieme. Le quatrieme&
le cinquieme paroiſſent aujour-
I
500
130 MERCURE DE FRANCE.
d'hui , & acquittent les Libraires aſſociés
de leurs promeſſes envers le Public.
On s'eſt plaint quelquefois , avec raiſon ,
que les Ouvrages de longue haleine , furtout
ceux qui ſe publioient Volume à
Volume , traînoient en longueur ; que
l'Edition étoit négligée ; que les derniers
Volumes étoient inférieurs aux premiers
. Nous croyons qu'il eſt de notre
devoir de remarquer qu'on n'a aucun de
ces reproches à faire aux rédacteurs &
éditeurs du Supplément à l'Encyclopédie.
Les cinq Volumes paroiſſent en une
année ,& ont été publiés exactement aux
époques auxquelles ils avoient été promis.
Les derniers Volumes font auſſi ſoignés
que les premiers pour la partie Typogra.
phique; & quant au mérite littéraire;
nous ofons aſſurer , après avoir parcouru
le dernier Volume, que nous avons fous
les yeux , qu'il n'eſt ni moins intéreſſant,
ni moins ſavant que les précédens.
ſemble même que les Auteurs ont re
doublé de forces , en avançant dans la
carriere , pour atteindre plus glorieuſe
mentle but. On lira avec plaiſir les arti
cles Narration , Ode , Opera , Poësie , Saty
re , Tragédie , Vérité , Unité , Vraisem
blance , &c. Par M. Marmontel.
I
Le
SEPTEMBRE. 1777. 131
mots Pepiniere , Plantation , Semis, Transplantation
, ont fourni à M. le Baron de
Tſchoudi , l'occaſion de développer les
obſervations qu'il a faites ſur la culture
des arbres , & d'en tirer des précéptés
utiles , qui méritent d'autant plus l'attention
des cultivateurs & de gouver
nement , qu'ils font donnés par l'expérience,
& confirmés par la faine phyſi .
que. L'article Tables Astronomiques, par
M. J. Bernouilli , qui contient près de
dix feuilles d'impreſſion , nous a paru auſſi
complet , que ſavant & inſtructif. M. de
laLande a enrichi ce Volume d'un grand
nombre d'articles intéreſſans d'Aſtronomie.
L'Anatomie , & la Phyſiologie ,
doivent beaucoup à M. le Baron deHaller
, comme on peut le voir en liſant les
articles Nerf, Nutrition , Odorat , Oвгопо-
mie animale , Oeil , Oefophage , Oreille ,
Ouie , Placenta , Poumon, Reins , Refpiration
, Sang , Semence , fenfibilité, Sommeil
, Tête , Voix , &c. La Théorie générale
des beaux- Arts , Ouvrage Allemand
, de M. de Sulzer , a fourni des ar-
✔ticles précieux par le fond des choſés , &
- la maniere dontle Traducteur les a rendues
; tels que Nature , Naturel , Plaisanterie
, Poëme, Pošte, Précis , &c.
12
132 MERCURE DE FRANCE.
M. la Foſſe , Médecin de Montpellier ,
a traité avec beaucoup de juſteſſe & de
jugement , pluſieurs objets de Médecine
légale, aux mots Noyés , Plaies , Poison ,
Suffocation , Suicide , Suspension , &c. Et
nous obſerverons que la Médecine légale
avoit été preſque entierement oubliée
dans l'Encyclopédie.
Nous pourrions citer avec les mêmes
éloges , preſque tous les articles un peu
conſidérables de ce Volume; tels que
Nielle , par M. Beguillet ; Orphée &
Orphiques , par le ſavant M. de Pau"w;
Pefe- liqueur , par M. Charles , Profefſſeur
de Mathématiques à Paris; Pique , par
M. de la Roſiere; Phlogistique & Paratonnerre
, au mot Tonnerre , par M. de
Morveau , ce Magiſtrat dont l'eſprit juſte
& pénétrant , ſe montre avec le même
avantage au Sénat & à l'Académie ;
Retine , par M. l'Abbé Fontana; Pomine
de Terre , par M. Engel; Pieces Héraldi
ques , par M. Gaſtelier de la Tour , qui,
le premier , a aſſujéti à des proportions
géométriques les partitions de l'Ecu , &
laplace qu'y doivent occuper les princi-
-pales pieces. 1
.....Un autre mériteduSupplément à l'En
cyclopédie , eſt de contenir au-delà de
44
SEPTEMBRE. 1777. 133
1
fix mille corrections pour ce grand Dictionnaire.
On a fait de juſtes reproches
àl'Encyclopédie. Lorſque les premiers
Volumes parurent, la critique ne les
épargna point , & quoiqu'elle ne fût pas
toujours juſte , il faut convenir qu'elle
releva des fautes eſſentielles. Les Journaliſtes
de Trévoux , & M. l'Abbé Saas ,

dans
ſes
lettres
fur
l'Encyclopédie
, ſe
ſi-
" gnalerent
par
la ſévérité
de
leur
Cenfure
.
Leurs obſervations critiques viennent
d'êtrerépétées avec peu de ménagement ,
par un Journaliſte moderne ; nous
venons de vérifier que toutes les fautes
qu'il a repriſes , ſe trouvent corrigées dans
ce Supplément. C'eſt une juſtice que
nous devons àl'exactitudede l'Éditeur, &
que nous lui rendons avec d'autant plus
de plaiſir, que nous ne liſons pas pour
critiquer, maispourprofiter des travaux
des Savans , pour encourager les talens ,
& reconnoître les obligations que nous
avons à des hommes qui conſacrent
leur temps à l'inſtruction de leur fiecle.
:
Hiſtoire Politique de l'Allemagne , & des
Etats circonvoisins; dépendances anciennes
ou actuelles de l'Empire; com.
prenant , avec le précis de leur droit
13.
134 MERCURE DE FRANCE.
public , le Tableau général de leur for.
me degouvernement,de leurs intérêts,
de leurs limites , & de leurs princi.
** pales révolutions juſqu'à ce jour. Et la
Table généalogique de la Maiſon de
Lorraine , à préſent ſur le Trône Im
périal. Par M. le Vicomte de la Maillardiere
, de pluſieurs Académies de Belles
Lettres , & Sociétés royales d'Agriculture.
A Paris , chez la veuve Du-
*cheſne , & Valade , Libraires , rue St.
Jacques.
Les abrégés remplaçoient autrefois la
diſette des grands Ouvrages. Ils fervent
aujourd'hui à nous préſerver de l'embarras
, & à nous faire éviter cette confufion
que cauſent, le plus ſouvent , la
multitude & l'étendue de ces mêmes
Ouvrages. La variété de nos connoiſſancer,
qui ſe ſont ſi fort multipliées ; la
néceſſité de venir au ſecours de la mé
moire , rendent les abrégés ſi néceſſaires ,
qu'on doit favoir gré aux Auteurs qui
ſe livrent à ce genre d'Ouvrages , plus
difficile qu'on ne penſe. Un abrégé bien
fait nous metdevant les yeux , & grave
avec facilité & avec promtitude dans
notre eſprit , la ſubſtance même des
SEPTEMBRE. 1777. 135
connoiffances, dont on ne ſaiſit bien Penremble
, que lorſqu'on les enchaîne avec
r ordre , & qu'on écarte tout ce qui eft
fuperflu & inutile. C'eſt fur tout pour la
multitude des faits hiſtoriques , pour la
liaiſon des événemens , l'analyſe des dif
férens traités des Cours , la ſucceſſion des
dates , que la méthode des abrégés de.
vient plus particulièrement néceſſaire.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous an
nonçons , a entrepris la portion la plus
difficile de l'Hiſtoire. La multitude énorme
d'Ouvrages qui ont été faits fur la ✓ police du corps germanique , ne contribue
pas peu a augmenter les difficultés
de ce genre d'Ouvrage. Auſſi rien de plus
utile qu'un bon abrégé , où l'on ſe borne
✔à
analyſer
ceux
qui
font
les
plus
eſtimés
par l'exactitude
& l'ordre
. Ce n'eſt
ni
une Monarchie
ordinaire
, ni une ſimple
République
, mais
un composé
de l'un
&
de l'autre
, dont chaque
membre
n'a pas
moins
que le chef , des prérogatives
par
ticulieres
. Rien
n'eſt
plus néceſſaire
que
✔d'acquérir
de juſtes
notions
de ces prérogatives
, puiſqu'on
y découvre
preſque
toujours
la caule
dé leurs
mouvemens
,
& de leurs
guerres
inteſtines
& étran
.
geres
. 1
14
136 MERCURE DE FRANCE.
*On trouve d'abord dans l'abrégé de
M. le Vicomte de la Maillardiere , le
Tableau des variations dans les limites
&le gouvernement des l'Allemagne , depuis
ſes commencemens , juſqu'au traité
de Westphalie. Les accroiſſemens de la
Monarchie des Francs , juſques fous
Charlemagne , qui acquiert) la dignité
Impériale ; le changement qu'éprouve
l'Allemagne , en devenant Etat électif ,
de ſucceſſif qu'il avoit été; la formation
des différens Etats ,& leurs révolutions ;
les différens entre les Papes & les Empereurs
; la création du College Electoral ,
le rétabliſſement des droits de l'Empire
après l'interregne; la rentréede l'Empire
dans la maiſon d'Autriche , la diviſion
de l'Allemagne en dix cercles ; le droit
public fixé par la paix de Westphalie ;
l'accroiſſement des poſſeſſions de l'Empereur
, par les différentes ceſſions : voilà
les principales révolutions que l'Auteur
parcourt dans fon abrégé , où l'on remarque
fur-tout de l'ordre , & beaucoup
de concifion. 1
Institutions Phyſico - Mechaniques , à l'u-
Jagedes Ecoles Royales d'Artillerie &
de Génie de Turin , traduites de l'Iraliende
M. d'Antoni , par M.... Che
t
a
L
SEPTEMBRE. 1777. 137

valier de Saint Louis , & Major chef
* deBrigade du corps Royal d'Artillerie,
A Paris , chez Durand neveu , Libr.
rue Galande. N 1
11
La phyſique a de tout temps été regardée
comme une ſcience utile , intéreſſante
,&digne des plusgrands éloges.
Elle mérite d'autant plus d'être cultivée
aujourd'hui , qu'elle eſt enrichie d'une
infinité de découvertes , & que l'on a
applani les difficultés qui étoient jointes
autrefois à cette étude. On a toujours
exigé , pour réuſſir dans ce genre d'étude
, une vaſte étendue dans l'eſprit , pour
embraſſer tant de matieres différentes ;
une pénétration peu commune , pour
démêler la vérité , au milieu de tant de
choſes inutiles qui la couvrent , & d'épaiſſes
tenebres qui l'enveloppent; une
Wgrande
juſteſſe
pour
bien
apprécier
les
différens degrés de probabilité ; une préciſion
exacte pour ne rien dire de fuperflu
; enfin beaucoup de netteté pour
préſenter tous les objets d'une façon
claire& lumineuſe .
Le volume que nous annonçons , commence
par un expoſé clair& fuccinét des
Vérités phyſiques ; l'Auteur y préſente
I5
138 MERCURE DE FRANCE.
Jesregles de Newton qu'ildéveloppe. Des f
connoiſſances phyſico- chymiques vien c
nent àla fuite , & l'on y fait enviſager r
cette branche de phyſique expérimenta c
le , comme une des plus utiles à l'Officier
d'Artillerie.
La méchanique dont le rapport aux 15
arts uſuels conftate l'origine, eſt la partie c
de la phyſique la plus curieuſe , & lam
plus néceſſaire aux Officiers d'Artillerie la
&duGénie. Aufſi l'Auteur des inſtitula
tions , inſiſte le plus fur cette partie , &
l'a placée à la tête de fon Ouvrage. Il D
traite d'abord de la ſtatique, qui confi
dere les corps en équilibre ; & de la
dynamique , qui les confidere en mouve.
ment , & agiflantdes uns fur les autres.
Ces deux ſciences , qui font filles d'une
même mere , de la méchanique , s'e
clairent & s'expliquent mutuellement,
La ſeconde eft traitée avec plus de détail
dans ce premier Volume. t
• L'Auteur ayant toujourspour objet de
rendre fon Ouvrage utile à l'Officiel
d'Artillerie , ne laiſſe échapper aucunt
occafion d'appliquer la theorie aux par 3
ties qui le concernent; c'eſt ce que l'ot
veit à la fin du Chapitre du choc da
corps. Ily compare d'une maniere au
SEPTEMBRE. 1777-
139
en
pen
ſimple qu'ingénieuſe , la force du choc
d'un Boulet & d'un Bélier contre un
mur , & en conclut la maniere de tirer
contre les murs de fortifications.
Onlira avec fatisfaction tout ce qui a
rapport à l'examen des machines , & à
l'évaluation des forces qu'on applique à
celles - ci pour les mettre en mouveement;
& l'on a bien raiſon de dire quer
la méchanique , à la bien prendre , eſt
la vraie & la ſaine phyſique.
Discours pour convaincre l'Incredule , ramener
le Proteftant , convertir le Pécheur
, former le vrai Juſte. Par M.
l'Abbé de Marois , Curé de la Ville
Ode Gourdon. A Paris, chez Barbou ,
63. rue des Mathurins .
La multitude d'Ouvrages qui échap .
pent à la vigilance des loix , & qui ne
tendent qu'à introduire une eſpece d'anarchie
dans le culte de la Divinité ; la
icence des moeurs qui s'eſt gliſſée dans
tous les états , & les illuſions de la fauſſe
djuſtice , ont déterminé ce digne Paſteur
donner un précis des principaux argunens
qui peuvent éclairer & fortifier
hes Fideles dans ce temps de ſéduction.
njere
140 MERCURE DE FRANCE.
a
la
d
F
nij
On ne fait que rajeunir des idées ſuran
nées ,& l'on n'oppoſe à la Religion chrétienne
, que ce qu'elle a cent fois détruit
&foudroyé. Il faut donc qu'on remette
ſous les yeux de ceux que l'on veut ſéduire,
ces preuves victorieuſes que les
Apologiſtes de la Religion ont ſouvent
employées avec ſuccès. On cherche depuis
long- temps à dégrader l'homme , I
&l'on voudroit, s'il étoit poffible , avilir
fon être , borner ſes eſpérances , anéantir
ſes vertus , & réduire ſon bonheur à
l'eſclavage de la volupté. Les Paſteurs
font obligés de redoubler leurs efforts
pour arrêter le progrès de ce myſtere
d'iniquité ; leurs bonnes inſtructions &
leurs exemples édifiants produiront tôt
ou tard ces heureux effets , & hâteront
le retour des beaux ſiecles de l'Eglife.
Précis des Loix du Goût , ou Rhétorique rai-
Sonnée. A Paris , chez Laporte , Libraire
, rue des Noyers.
:
Les Auteurs qui ont le mieux raiſonné
fur les regles du goût , les ont réunies
dans un même principe. C'eſt l'imitation
de la Nature confidérée en elle- même,
& envifagée dans le rapport qu'elle
&
d
a
b
e
t
SEPTEMBRE. 1777. 141
men
ded
que
for
it avec nous. Or , conſidérée en elle-même,
la Nature nous offre le beau. Enviſagée
dans ſon rapport avec nous , elle nous
préſente le bon. On appelle beau , ce
genre de beauté qui affecte particulierement
l'efprit ; & ce qu'on appelle bon,
intéreſſe davantage le coeur. Un eſpric
juſte & pénétrant ne peut ſe refuſer à
l'impreſſion du beau. Un coeur ſenſible
& droit ne peut ſe refuſer àl'impreffion
du bon. Pour déterminer ce que le goût
ra de fixe, il faudroit donc, d'après ces
#beau propre à frapper l'eſprit , & d'une
✔ Auteurs , donner l'idée d'une eſpece
eſpece de bon propre à faiſir le coeur de
tous les hommes. 1.
de
+
On ne ſe livre pas , dans le précis que
nous annonçons , aux diſcuſſions Métaphyſiques
dont la matiere eſt fufcep
tible. L'Auteur s'eſt borné à raſſembler
les principales regles ſur la maniere de
juger & d'écrire dans tous les genres
de littérature. On n'examine pas dans
ce précis , ſi c'eſt la beauté naturelle
qui forme le beau dans les Arts , ou fi
c'eſt uniquement le rapport des objets
avec l'effet qu'on veut opérer , ſi c'eſt
l'imagination ou les autres facultés de
notre ame qui contribuent le plus à la
ſenſibilité ſans laquelle le beau ne peut
142 MERCURE DE FRANCE.
être ni apperçu , ni ſenti . L'Auteur di
précis ſe borne à raſſembler , avec brie
veté, cette multitude de regles qu'on
nous a données ſur la maniere d'écrire
&de juger dans tous les Ouvrages de
littérature.
ti
ni
ti
to
do
le
di
ge
Po
tr
n
le
Pluſieurs des réflexions qui accompagnent
ces regles , font judicieuſes , &ne
peuvent qu'être utiles aux jeunes Ecrivains
auxquels on ne fauroit trop incul
quer , que la vérité eſt le premier moyen
pour plaire , & que rien n'eſt vrai que le
naturel. Si l'imitation eſt infidelle , l'efprit
la rejette avec mépris , indigné qu'on
oſe lui préſenter la chimere pour la réalité.
Si l'imitation eſt exacte , charmé de
retrouver les veſtiges de la Nature , em- fo
preints fur les Ouvrages de l'Art , il ap C
plaudità l'effort que l'on a fait pour étend
dre la ſphere de ſes plaiſirs.
fu
pr
na
Π
La principale regle conſiſte done in
imiter la Nature avec difcernement , & t
à choifir l'excellent. Or , le goût fen
peut nous apprendre , non ſeulement 15
faire cet heureux choix , mais encore :
lier les parties & à les afſortir. C'eſt de
rapport des parties avec le tout , que nai
ce beau ſenti de tous les Peuples , pare
que l'eſprit de tous les Peuples eft effen
SEPTEMBRE . 1777. 143
tiellement ami de l'ordre & de l'harmo
nie. C'eſt par une ſuite de cette propor
tion , qu'on eſt bien aiſe de trouver dans
tons les Ouvrages de l'Art , que le ſtyle
doit être analogue au genre que l'on
traite. Ainsi , l'Eglogue n'emprunte pas
le ſtyle pompeux de l'Epopée ; la Comédie
, le ſtyle noble & fublime de la Tragédie
; l'Eloquence , le ſtyle figuré de la
Poësie. Chaque genre a fes limites , qu'il
n'eſt permis à perſonne de franchir.
-Nous ne rapporterons pas ici toutes
les regles particulieres que les réflexions
fur les différens genres d'écrire , ont fait
naître. On les trouvera réunies dans ce
précis , qui peut être utile à ceux qui ſe
font dévoués a l'étude des Belles- Lettres.
On avoue cependant que l'étude des modeles
, & l'exercice , ſont le meilleur
moyen de perfectionner le goût , & de
nous rendre capables de bien écrire & de
bien juger dans tous les genres.
Traduction de différens Traites de morale
de Plutarque. A Paris , chez les Freres
Debure , Libraires , Quai des Auguf.
tins. :
Plutarque atoujours été regardé comme
144 MERCURE DE FRANCE.
t
C
le Philofophe le plus judicieux & qui
avoit le mieux connu les hommes , parce
qu'il les a étudiés dans toutes les ſitua
tions ,&qu'il les a ſaivis , ſur-toutdans les
pétits détails où l'on cherche le moins à
ſedéguiſer. Auſſi ne s'eſt-il pas livré à ces
portraits brillants qui plaiſent beaucoup
plus qu'ils ne fervent à faire connoître
l'homme qu'on peint. Il a mieux aimé f
peindre en action , en faiſant agir & converſer
les hommes. Il ne cherche jamais
à flatter , & juge des choſes ordinaire
ment par ce qui en fait le véritable prix.
On avoue que toutes ſes figures ſont ſ
vraies , & ont les proportions qu'elles
doivent avoir. Aufſſi cet Ecrivaina l'avantage
d'attacher & d'intéreſſer ſon Lecteur
, ſans paroître s'en occuper ; & l'on
préfere fon ton de ſimplicité & de bonhommie
, au ſtyle affecté des Auteurs à
prétention qui cherchent à éblouir. Le
Traducteur anonyme ſoutient que c'eſt
fur tout dans les Traités de morale
qu'on trouve le vrai ſtyle de Plutarque,
qui , quoiqu'abondant , renferme plus
de choſes que de mots , & réunit une
noble ſimplicité àla force énergique. C'eſt
dans cet Ouvrage qu'on remarque ces
expreſſions neuves & ces tournures fin
gulieres
: SEPTEMBRE. 1777. 145

el
gulieres qui n'ont bleſſfé certains érudits
que parce qu'ils n'ont pas voulu ſe prêter
au beſoin où étoit Plutarque de rendre
des idées nouvelles. Leurs oreilles , malheureuſement
trop délicates , ont été
choquées par la nouveauté de quelques
termes grecs. Vouloir que le ſtyle de
cet Ecrivain eût été plus exact & plus
fleuri , c'eſt , dit élégamment le Traducteur
, vouloir ôter au génie ſon empreinte
, & à Hercule ſa maſſue , pour
la couvrir de guirlandes.
LesTraités que le Traducteur a choiſis ,
font intéreſſans. Sa maniere de traduire
qu'on a trouvé noble & exacte , doit
faire deſirer qu'il continue fon Ouvrage ,
& qu'il le conduiſe à ſa perfection .
:
ANNONCES LITTÉRAIRES.
L'AMOUR 'AMOUR VENGÉ , Ou Licoris , Anecdote
paftorale , en vers & en proſe, ſuivie
d'une Idylle & de deux Odes ana.
créontiques ; par un jeune homme de
dix -huit ans. A paris , chez les Marchands
de nouveautés.
K
146 MERCURE DE FRANCE.
.
C'eſt un foible eſſai d'un jeune homme
qui demande l'indulgence des Lecteurs , fi
& des conſeils pour mériter leurs fuffrages.
fi
d
V
po Histoire & Mémoires de l'Académù
Royale des Sciences , in - 12 , depuis ton di
origine en 1666 , juſques & compris
1772 , en 156 volumes , propoſés par pr
Souſcription à 312 liv.A Paris, Hôtel de Co
Thou , rue des Poitevins , 1777 . M
lie
Ce grand& précieux Ouvrage , eſt la de
Bibliotheque la plus complette que nous cie
ayons fur toutes les Siences ; c'eſt l'Ou- dé
vrage de plus d'un fiecle de travaux&des vo
hommes les plus célebres par le génie , au
l'eſprit , le ſavoir & les lumieres. gr
1.es brillants extraits de M. de Fonte- e
nelle , qui n'ont jamais été imprimés pr
ſéparément , ſe trouvent en entier dans pa
ce Recueil , & comprennent un espace de
de 44 années ; il fut nommé Secrétaire m
de l'Académie des Sciences , au com- Pa
mencement de 1697 , & il ne quitta cette ur
fonction diftinguée qu'en 1740 : ainfi , M
toute l'hiſtoire de cet Ouvrage , depuis M
1697 à 1740 , eſt de la main de M. dene
Fontenelle. Bu
SEPTEMBRE. 1777. 147
L'édition in-40. étant d'un prix excef-
Late fif, & preſque
entierement
épuisée
, le
fieur Panckouke
a acquis
des Libraires d'Hollande
, tout le fonds de cet Ouvrage
in- 12. Cette édition
eſt commode
,
portative
& correcte
. Voici
en quoi elle
/differe de l'édition
in-4° .
Les Hollandois n'avoient point réimprimé
les années 1666 à 1698. Ils ne
commencerent qu'à l'année 1699 , où les
Mémoires prirent une forme plus réguliere
, & furent conſtamment précédés
de l'Hiſtoire & des Eloges des Académiciens.
Quoique l'établiſſement de l'Académie
date de l'année 1666 , & que les
volumes imprimés depuis 1666 à 1698 ,
au nombre de 14, foient la tête de ce
grand Ouvrage dans l'édition in-4°. il
eût été cependant ridicule de les réimprimer
en entier dans le format in - 12 ,
parce que , dans ces 14 volumes , il y a
les traités entiers d'Anatomie , de Geonétrie
, d'Algebre. Le tome troiſieme ,
Sear exemple , qui forme 3 volumes , eſt
'n Traité Anatomique des Animaux , de
4. Perraut; le tome IX , un Traité de
Méchanique; le tome XI, l'Analyſe géérale
de M. de Lagny. Ainsi , il eût été
ufti deplacé de réimprimer ces volumes ,
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
1
C
Π
Π
à
d
qu'il le ſeroit de réimprimer les Ouvrag
ſéparés des Académiciens , comme l'At
rore Boréale , l'Aſtronomie de Caſſini
le Voyage de M. de la Condamine , &c
Car, quoique tous ces Ouvrages ſoient
excellens en eux- mêmes , ils ne peuvent
que faire fuite aux Mémoires de l'Acadé
mie , & ne doivent point y être intercat
lés , cependant , comme il y a dans let
Ouvrages imprimés depuis 1666 à 1698
nombre de Mémoires excellens , on les
réunis , ſoit en entier , ſoit par extrait
& c'eſt ce choix qui forme les trois pre
miers volumes de cette collection in- 12
Les années 1699 à 1757 , font telle
que les Libraires d'Hollande les ont pu
bliées. Quoique les années 1709 à 1721
aient été réimprimées à Paris , on a ſuivi
page pour page , l'édition de Hollande ,
causedes Tables.
:
Π
th
1
C
Pd
Les années 1758 à 1772 compris , on
été imprimées à Paris. Dans ces dernis
res années , on a ſupprimé les Mémoire
de Mathématiques , en laiſſant ſubſiſta S
en entier l'Histoire de l'Académie
Eloges & les Mémoires de Physique. Ce
de Mathématiques ſont à la portée d'
ſi petit nombre de Lecteurs , que , fo
cent, il n'y en a peut-être pas un qui fo
,
SEPTEMBRE . 1777. 149
en état de les entendre. Par cette ſuppreffion
, cette édition qui devoit avoir 170
volumes , n'en a que 156 , & elle n'eſt
que du prix de 312 liv. au lieu de 370 liv.;
&, afin que les acheteurs fuſſent exactement
ce qu'on a fupprimé , & que ceux
même qui s'occupent des Sciences Mathématiques
, puſſent , au beſoin , recourir
à l'édition in 4º. on a imprimé , à la ſuite
des Tables de chaque vol. in- 12 , à commencer
depuis 1758 , une Table des Mémoires
de Mathématiques , qui se trou-
Avent dans l'édition in-4º. & qu'on a fupprimé
dans l'édition in- 12 .
Par cette fuppreffion de la partie Mathématique
, on a été en état de devancer
les promeſſes qu'on a faites au Public ;
cette édition in- 12 , qui ne devoit être
complette qu'à la fin de cette année ,
paroîtra dans les premiers jours du mois
de Mai .
On continuera cet Ouvrage à meſure
que l'in- 4°. paroîtra.
Les volumes de Tables , V, VI , in-
12 , paroîtront avec les années 1773 ,
1774.
N. B. Les perſonnes qui pourroient
defirer la partie Mathématique', pour-
1
-
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
ront ſe faire infcrire; &, ſi le nombre
ſuffit ſeulement aux frais , on s'obligera
de l'imprimer ſéparément , & d'en pu
blier 4 volumes chaque année ; de forte
que , dans quelques années , cette partie
feroit auſſi complette.
Prospectus de la Bibliotheque du Nord,
Ouvrage deſtiné à faire connoître en
France tout ce que l'Allemagne pro
duit d'intéreſſant, d'agréable&d'utile
dans tous les genres de Sciences , de
Littérature & d'Arts , pour ſervir de
ſuite au Journal Littéraire de Berlin ,
12 vol. par an.
Tout hommes de Lettres , après avoir
rempli les devoirs que lui impoſe fa qua
lité de Citoyen , eſt encore obligé de ſel
rendre auffi utile qu'il lui eſt poſſible dans
l'état qu'il a embraſſé par goût. Il doit
compte à ſes Compatriotes du fruit de
ſes études. Les travaux de fon Cabine
doivent tourner à l'avantage de la fociéte
C'eſt ſans doute fervir utilement unt
Nation , que de lui mettre ſous les yeu
les découvertes , les penſées , le goû:
même des autres Peuples. Cette con
noiſſance peut contribuer à ſa perfection
E 151
SEPTEMBRE
. 1777 .
1
& à ſon bonheur. On ne se polit , on ne
devient tout ce qu'on peut devenir, qu'en
frottant fa cervelle contre celle des autres ,
comme dit Montaigne (*). Ce font ces
vérités incontestables qui nous ont engagés
à entreprendre l'Ouvrage que nous
preſentons au Public , fous le titre de
Bibliotheque du Nord. En France , on ne
connoît preſque point tous les bons Livres
que l'Allemagne produit ; ſi quelques
uns de nos Journaux en font mention,
il n'en annoncent guere que les
titres , on n'en difent pas affez pour donner
aux François une idée fatisfaiſante du
goût de cette Nation , qui eſt notre voifine
, avec laquelle nous avons les relations
les plus étroites , à laquelle nous
devons une Reine qui fait notre félicité ,
d'une Nation furtout qui a fi bien mérité
de la République des Lettres.Quand
nous ne devrions aux Allemands que
l'invention de l'Art Typographique , &
la découverte de la faine Aftronomie ,
c'en ſeroit affez pour les rendre recommandables
à nos yeux ; mais on fait
✔ combien leur pays poſlede actuellement
(*) Eſſais de Montaigne , liv. 1, chap. 51.
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
de génies& de beaux Eſprits qui excellent
dans les Sciences , dans la Littérature
& les Arts.
Pour réuſſir dans une entrepriſe que
nous regardons comme vraiment honorable
pour nous , puiſqu'elle ſera utile
au progrès des connoiſſances humaines,
nous avons formé une Société de perſonnes
très-verſées dans la Langue Allemande
, ainſi que dans la Langue Françoiſe
, ſans parler des autres , ſoit mor- !
tes , ſoitvivantes ,&uſitées dans le Nord,
leſquelles ne leur font pas étrangeres .
Ces perſonnes , du nombre deſquelles
font quelques- uns des Académiciens qui
travailloient au Journal de Berlin , font
répandues dans les principales Villes
d'Allemagne ; & c'eſt par leur fecours
que nous nous flattons de procurer à nos
Lecteurs la connoiſſance laplus parfaite
de l'état où font actuellement les Sciences
&les Belles - Lettres dans cette vaſte &
floriſſante partie de l'Europe ; enforte
que nous pouvons dire avec vérité , que
fi la Bibliotheque du Nord eſt rédigée &
imprimée à Paris , elle ſera compoſée
toute entiere en Allemagne.
Nous ferons donc connoître les meil
leurs Ouvrages ſortis de nos jours des
SEPTEMBRE . 1777. 153
م ا گ ن
4
Preſſes Germaniques , & qui traiteront
de quelqu'uns des objets ſuivans: ſavoir ,
de Philofophie , de Phyſique , d'Hiſtoire
Naturelle, de Botanique , de Chymie ,
de Médecine , de Logique , de Métaphyſique
, de Morale , de Religion , de Droit
naturel ou civil , de Politique , d'Economie,
de Gouvernement , d'Hiſtoire , de
Géographie , des Fictions romaneſques ,
d'Eloquence & de Poéſie en tout genre ;
enfin , des Arts quelconques , ſoit libéraux
, foit méchaniques.
De ces différens Ouvrages , nous fournirons
, ou des extraits étendus , ou des

traductions
fidelles
, ou
des
analyſes
pro-
✓✓
pres
à
en
donner
une
idée
juſte
, ſelon
qu'ils
nous
paroîtront
ſuſceptibles
de
J'une
ou
de
l'autre
de
ces
méthodes
.
Nous
y
joindrons
quelques
réflexions
néceſſaires
pour
mettre
le
Lecteur
en
eétat
d'apprécier
le
mérite
de
l'Ouvrage

dont
nous
rendrons
compte
; mais
elles
ne reflembleront en rien à cette critique
amere , impérieuſe & indécente , qui
n'auroit jamais dû infecter la république
des Lettres , & qui , au lieu d'élever le
talent , l'étouffe &l'écrase. Nos jugemens
3f feront accompagnésde la douceur &de la
modération, de l'impartialité&des égards
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
que l'on doit à des perſonnes toujours
dignes d'eſtime , dès quelles conſacrent
leurs veilles à l'inſtruction du genre hu
main.
Nous ne penſons pas que les livres
Allemands doivent ſeuls entrer dans notre
plan. Nous croyons , au contraire,
que nos Lecteurs François feront bien
aiſes de connoître auſſi les Ouvrages laties
, ainſi que les livres François qui
font composés&imprimés enAllemagne ,
lesquels y reſtent ſouvent renfermés pour
toujours. Nous y ajouterons les extraits
ou analyſes des livres fortis de la Suede ,
du Danemarck , de la Ruſſie , &c. Nous
ferons même quelques excurſions enHol
lande & en Angleterre ; mais nous n'ou
blierons jamais que nos travaux font
deſtinés à l'Allemagne proprement dire.
Pour fatisfaire pleinement la curiofité
de nos Lecteurs , en les mettant au courant
des productions littéraires que le
Nord enfante journellement , nous ne
negligerons point de leur faire connoître
les livres moins modernes du même
pays , lorſque nous préſumerons qu'ils
ne font pas encore parvenus à leur connoiffance
, & que nous lesjugerons pro
pres à les intéreſſer.
1 SEPTEMBRE
. 1777. 155
4
هللا
Si le fuccés de notre entrepriſe ne ré.
pond point à notre attente , on ne nous
reprochera pas du moins de n'avoir point
donné à notre travail tout le ſoin qu'il
mérite & dont nous sommes capables.
Aucun de nos extraits ne ſera imprimé
qu'après avoir été ſéverement examiné
&corrigé par ceux de nos Colaborateurs
que nous avons chargés de les revoir.
Nous faifons trop de cas de l'approbation
du Public , pour ne pas facrifier à l'avantage
de lui plaire , les petites délicateſſes
de l'amour-propre & de la vanité.
Chaque volume de la Bibliotheque du
Nord, fera compoſé d'environ 200 pag.
in -12 , même format que le Journal de
Berlin, Le prix de l'abonnement pour cet
Ouvrage, rendu franc de port par- tout le
Royaume , fera de 24 liv. pour Paris , &
de 30 liv. pour la Province. Le Sieur
Quillau , Imprimeur , rue du Fouare ,
recevra les Souſcriptions. Le premier
volume paroîtra le premier Janvier 1778 .
On aura ſoin d'affranchir le port des
Lettres & de l'Argent.
Recueil des Édits , Déclarations , Lettres-
Patentes , Arrêts du Conseil d'Etat
du Conseil Souverain d'Alface , Ordon156
MERCURE DE FRANCE.
nances & Réglemens concernant cette
Province , avec des Observations ; par
M. de Boug , Premier Préſident du
Confeil Souverain d'Alface. A Colmar ,
chez Jean - Henri Decker , Imprimeur
du Roi , 2 vol. in fol . 17 liv. le vol.
en feuille , acheté à Colmar.
Un Ouvrage de cette nature , rédigé
par le premier Magiſtrat d'une Province,
ſur ſes Loix & ſa Jurisprudence , paroît
devoir mériter toute la confiance de ceux
qui font , par état , chargés du maintien
des unes & de la conſervation de l'autre.
Celui- ci , imprimé en 1775 , retardé dans
ſa publication par la mort de l'Auteur ,
eſt fait de maniere à remplir parfaitement
cet objet ; &, en ce point , l'on ne peut
douter que cette Collection ne ſatisfaſſe
les Magiftrats & les Juriſconſultes de la
Province d'Alface , qu'elle ne ſoit même
jugée néceſſaire à tous Seigneurs & Propriétaires
de Terres qui ont des droits à
foutenir ; elle fera encore utile à tous
ceux qui voudront connoître la conſtitution
particuliere d'une Province , qui ,
en reſtant fous la domination de la France,
a conſervé néceſſairement des uſages
relatifs au Droit commun , au Droit féoSEPTEMBRE
. 1777. 157
مك
dal de l'Empire d'Allemagne , auquel elle
a été unie pendant plus de ſept ſiécles.
Ils apprendront ainſi à y connoître les
traités de paix qui l'en ontdétachée pour
la réunir à la Couronne , l'etendue du
pouvoir de la Cour de Rome ſur les
Bénéfices de cette Province , relativement
à l'exécution du Concordat Germanique
, des Réglemens concernant
l'exercice de la Religion Proteftante en
Alface. Ils y verront encore toutes les
Ordonnances qui ont rapport au Domaine
, aux Finances , à la répartition des
Impoſitions , à la Police & à l'état des
Juifs en Alface. On peut donc regarder
ce Livre , imprimé avec ſoin , comme
méritant une place honorable dans le
Cabinetde ceux qui ont des relations avec
le Public de cette Province.
On peut s'adreſſer à M. Knapen ,
Imprimeur - Libraire , à Paris , Pont S.
Michel , pour avoir des Exemplaires de
cet Ouvrage.
158 MERCURE DE FRANCE .
ACADEMIES.
I.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
L'ACADÉMIE Françoiſe atenu hier,
ſelon fon uſage , fa SéancePublique. Le
matin, après la Meſſe , le Panégyrique
de St. Louis a été prononcé par M.l'Abbé
d'Espagnac . Ce jeune & modeſte Orateur
, intimidé d'abord à l'aſpect de
l'Auditoire devant lequel il alloit parler ,
a paru ſuccomber à l'effet d'une louable
timidité. Mais après avoir recouvré l'uſage
de ſa voix , il a prononcé , avec la
chaleur qu'inſpiroit ſon ſujet, un difcours
qui a mérité le fuffrage unanime
des Auditeurs.
A trois heures & demie , après midi ,
l'Académie s'eſt aſſemblée de nouveau ;
& M. de St. Lambert, faiſant les fonctions
de Directeur , a annoncé que le
Prix d'Eloquence , dont le ſujet étoit
l'Eloge du Chancelier de l'Hopital , avoit
é
R
T
d
f
r
n
é
F
a
C
V
n
e
F
SEPTEMBRE . 1777. 159
af
été décerné au Diſcours de M. l'Abbé
Remi , Avocat au Parlement. M. l'Abbé
Talbert , Vicaire-Général du Dioceſe
- de Tarbes , & deja couronné par pluſieurs
Académies , a obtenu le premier
Acceffit. L'Auteur du Diſcours qui a mérité
le ſecond , ne s'eſt point fait con.
noître. L'Académie a auſſi donné des
éloges au Diſcours de M. Doigni du
Ponceau , & à celui de M. de Hoc ; elle
a diftingué en outre un Ouvrage très-
✔conſidérable , qui avoit d'abord été envoyé
au concours , & que ſa longueur
n'a pas permis qu'on l'y laiſſat: elle a
employé les expreſſions les plus flatteuſes
pour inviter l'Auteur à le rendre public.
✔ M. d'Alembert , Secrétaire perpétuel
de l'Academie , a fait lecture du Diſcours
couronné ; enſuite M. de la Harpe a lu
une Traduction libre , en vers , du premier
Chant de la Pharſale de Lucain ;
& M. d'Alembert a terminé la Séance
par l'Eloge hiſtorique de l'Abbé de Choiſi.
L'Academie propoſe pour ſujet du
Prix de l'annee prochaine * la Traduc
* Ce Prix , ainsi que celui d'Eloquence est formé des Fon
lations réunies de MM. de Balzac , de Clermont - Tonnerre,
Evéque de Noyon, & Gaudron .
160 MERCURE DE FRANCE.
tion , en vers Alexandrins , du commencement
du ſeizieme Livre de l'Iliade ,
depuis le premier Vers juſqu'au 1672.
Toutes perſonnes , excepte les Quarante
de l'Académie, ſeront reçues à
compoſer pour ce Prix .
Les Auteurs mettront leur nom dans
un Billet cacheté , attaché à la Piece de
Poëſie qu'ils enverront, & fur ce Billet
ſera écrite la Sentence qu'ils auront miſe
à la tête de leur Ouvrage.
Ceux qui prétendent au Prix, ſont avertis
que s'ils ſe font connoître avant le
Jugement , ou s'ils font coonnnnuuss,, foit par
l'indifcrétion de leurs amis , ſoit par des
lectures faites dans des maiſons particulieres
, leurs Pieces ne ſeront point admiſes
au Concours.
Les Ouvrages ſeront envoyes avant le!
premierjour de mois deJuillet prochain ,
& ne pourront être remis qu'au ſieur
de Monville , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , rue Saint Severin , aux Armes
de Dombes. Si le port n'en eſt point
affranchi , ils ne feront point retirés.
L'Académie voulant donner aux Au- i
teurs le tems de faire les recherches né
ceſſaires, propoſe dès - à - préſent , pour
Sujet du Prix d'Eloquence qu'elle doni
nera
SEPTEMBRE. 1777. 161
Pr
000
110
hera le jour de S. Louis 1779 , l'Eloge
de Suger , Abbé de S. Denis , Miniſtre
& Régent du Royaume ſous le regne
de Louis VII , dit le Jeune.
11.
HARLEM.
La Société Hollandoiſe des Sciences a
tenu , le 28 de ce mois, à Harlem, fon
aſſemblée ordinaire , dans laquelle elle a
adjugé le Prix pour la queſtion propoſée
d'abord en 1771 , & une ſeconde fois en
1773 , concernant les moyens de retenir
les Rivieres de ce Pays dans leurs lits , de
s
prévenir
les
inondations
, les
ruptures
des
digues , &c. au Mémoire du ſieur Corneille
Zilleſan , demeurant à Schoonhoven. Elle
a remis le Prixde la feconde queſtion pro .
poſée en 1774 , fur les arbres & lesplantes
du pays , ayant la propriété de guérir certaines
maladies. A l'égard de la queſ
ption proposée en 1772 & 1775 , pour la
deuxieme fois , fur les arbres, graines
os
racines
,
legumes
,
&
c. non
cultivés
jusqu
ici en Hollande
, & qu'on pourroit
y introduire
, &c. l'Auteur
du Mémoire
qu'on
devoit
couronner
étant
le feu fiear Job
L
162 MERCURE DE FRANCE.
b
d
d
1
Euſter , Membre de la Société , & ſes Loix
ne permettant le concours à aucun de ſes
Membres ; elle n'a pas cru même devoit
remettre la médaille à ſes héritiers , &
elle s'eft contentée de donner le Prix de
l'Acceffit à l'Auteur du Mémoire au bas
duquel ſe trouvent deux vers Hollandois ;
il pourra ſe faire connoître dans un délai &
de fix ſemaines.
a
d
P
IL
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
y a eu Concert Spirituel ,, au Château
des Tuileries , le Vendredi 15 Août ,jour
de la Fête de l'Afſomption .
Ce Concert a commencé par une nouvelle
ſymphonie del Signor Sterkel. Il
Signor Savoï a chanté , pour la premiere
fois , avec beaucoup d'applaudiſſemens ,
uneAriettedel Signor Sacchini , se cerca ,
Se dice , &c. On a admiré l'exécution
brillante de M. Caravoglia , dans un
concerto de hautbois de M. Prati.
Signora Balconi a chanté un rondeau del
Signor Colla , & un air de M. Piccini,
La
1
h
C
C
SEPTEMBRE. 1777. 163
if qui
ont
eu
le
plus
grand
fuccès
. Le
Public
a juftifié
, par
fon
fuffrage
, le
goût
Au
chant
de
M.
Gabrielli
, dans
un
air
del
Signor
Piccini
, qui
a été
très
- applaudi
.
Le
Motet
à grand
choeur
, qui
habitat
in
adjutorio
altiffimi
, del
Signor
Sacchini
,
dans
lequel
Mile
Plantin
, MM
.le
Gros
&
Platel
ont
chanté
, a fait
beaucoup
de
plaifir
. Mile
Deschamps
, jeune
virtuoſe
,
Eleve
de
M.
Cappron
, pour
le
violon
, a
été
admirée
&
très
- applaudie
pour
ſa
brillante
exécution
.
Ce
Concert
a
été
heureuſement
terminé
par
un
beau
rondeau
Italien
,
del
Signor
Aleſſandri
,
chanté
par
il Signor
Savoï
,
Ce Concert atteſte le goût & l'heureux
choix de M. le Gros , dans les morceaux
de Muſique de différens genres , & dans
l'ordonnance de fon Concert.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue , avec ſuccès , de donner par
ſemaine deux repréſentations d'Ernelinde ,
Tragédie Lyrique , en cinq Actes , Mufique
de M. Philidor ; & une repréſenta-
L2
16.4 MERCURE DE FRANCE .
tion de Céphale & Procris , Ballet Héroi
que , en trois Actes , Muſique de M.
Grétry.
M
g
I
9
a
L'Olympiade , dont la Muſique eſt de
M. Sacchini , a été retirée après plu fo
ſieurs répétitions. On dit que c'eſt à cauſe
de la difficulté de l'exécution du chant
& du récitatif. Cette Piece pourra repa- S
roître ſur un autre Théâtre , avec quel.
ques changemens , & y réuffir à côté de
la Colonie , qui eſt du même Compoſiteur.
On répete actuellement Armide , Opéra
célebre de Quinault , pour le Poëme , &
le chef-d'oeuvre de Lulli , pour la Muſique.
M. le Chevalier Gluck a refait cet
Opéra , dans lequel , ſuivant ſes exprefſions
, il a tâché d'être plus Peintre&plus
Poëte que Muſicien .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comediens François ont repré
ſenté , pour la premiere fois ,le Mercredi
13 Août , l'Amant Bourru , Comédie
nouvelle en trois Actes , en vers , de M.
c
9
r
d
f
t
f
4
E
165
SEPTEMBRE
. 1777 .
Monvel , Auteur & Acteur très - diftingué.
Le ſujet de cette Piece eſt tiré des
Lettres de Madame de Sancerre , Roman
fort ingénieux de Madame Ricoboni , &
que M. Monvel a arrangé pour le théâtre
avec beaucoup de ſuccès. La Comteſſe de
Sancerre , jeune veuve , a donné fon
coeur , & promis ſa main à Montalais
qui l'aime avec paffion. Cette veuve a
reçu une fortune conſidérable du Comte
d'Eſtelan , fon Oncle , qui , mécontent de
fon Fils unique , à cauſe d'une inclination
peu convenable , l'a banni de ſa
maiſon , l'a privé de ſa ſucceſſion , & a
fait ſa Niece l'héritiere de tous ſes biens,
CeFils apaſſé les mers,&, par ſes travaux ,
a acquis des richeſſes immenfes. Une
longue abfence , & un changement de
nom, font croire à la jeune veuve qu'il
a fuccombé à ſes malheurs. Cependant il
revient dans ſa patrie , pour faire révoquer
le teſtament injuſte & déshonorant
qui l'a privé des droits de fa naiſſance .
Il rencontre dans la ſociété ſa Couſine ,
contre laquelle il doit plaider. Morinzer
n'a pu voir tant de graces , tant de ver.
tus , tant de charmes réunis , ſans en être
paffionné. Cet amant, d'un caractere bruf-
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
que , ardent & enthouſiaſte , ne ſe falt
point encore connoître , mais il ne peut
plus quitter la beauté qui l'a enflammé;
il penetre juſqu'à l'appartement de Mada
me de Sancerre , malgré ſes gens qu'il mal
traite , qu'il prie , qu'il récompenfe. Il ne
peut d'abord parler qu'à Madame de Mar.
tigue , amie de Madame de Sancerre ;
c'eſt une rieuſe & une capricieuſe , qui
ſe plaît à tourmenter M. de Piennes ,
fon amant , affez philoſophe pour rendre
justice à ſon coeur , & pour ne point
s'offenfer de ſes ſaillies ; fon humeur
gaie & pétillante , fait reſſortir d'autant
mieux le caractere violent & auſtere
de Morinzer. Lorſqu'elle le voit , elle
rit aux éclats , en lui rappelant les ſcenes
comiques dont elle a été témoin dans
le monde où elle l'a rencontré. Morinzet
fouffre impatiemment ſa joie inſultante
& fort, en difant , adieu , Madame , je
n'ai jamais aimé les fous. Elle conte i
M. de Piennes , & à Madame de San
cerre ce qu'elle fait de cet homme fin
gulier. La Comteſſe efpere qu'il ne re
viendra plus , & fonge à fon mariag
avec Montalais , retenu par le jugemer.
d'un procès d'où dépend toute ſa fortune
On apporte une lettre de Morinzer , où i
SEPTEMBRE . 1777. 167
offre ſes richeſſes & fa main; demande
une réponſe prompte & déciſive , le qui
ou le non. Il paroît plaiſant à la Marquiſe
de faire la réponſe pour ſon amie , &
d'écrire en gros caracteres non. Madame
de Sancerre déſapprouve cette réponſe
impolie , & veut envain l'empêcher. Elle
engage M. de Piennes de s'informer
de cet homme fingulier. On en parle
comme d'un homme riche , groffier ,
ſpirituel , impoli , dur , bienfaiſant , &
raſſemblant les qualités les plus oppoſées ,
d'ailleurs inconnu. Morinzer revient : il
peint ſon amour avec toute la violence
de ſon caractere ; il prie , il menace : il
flatte , il injurie , il ne peut commander
fon caractere. Madame de Sancerre ne
veut point accepter les offres d'une fortune
immenfe , ni les voeux d'un amant
bourru ; mais elle ne témoigne ni dédain
ni fierté , & fa candeur augmente encore
la paſſion de Morinzer , qui n'a plus
la force de garder ſon ſecret. Il ſe fait
connoître pour ce malheureux d'Eſtelan ,
chaſſé de la maiſon paternelle , dont Madame
de Sancerre a recueilli l'héritage.
La Comteſſe tombe évanouie à cette nouvelle.
D'Eſtelan eſt déſeſpéré , agité , em
porté. Il crie au ſecours. De Piennes , &la
,
L4
168 MERCURE DE FRANCE.
,
Marquiſe viennent ; il ſont témoins d'un
combat de généroſité entre la Comteffe,
qui veut rendre tout l'héritage , & d'Eftelan
,qui ne conſent à recevoir ces biens
que pour les partager avec la Comteffe
en l'épouſant ; mais comme ellele refuſe,
il proteſte qu'il ne recevra rien qu'il
deſire un bon procès , & qu'il plaidera.
Montalais engage auſſi la Comteffe à
rendre cet héritage , qu'elle n'eſtimoit que
pour enrichir ſon amant. Mais cet amant
Jui-mêmen'a d'eſperance de fortune que
dans le gain d'un procès , qui ſe juge
dans la journée. Cependant d'Eſtelan
revient plus radouci ; & , honteux de fes
emportemens , il ſe jette aux pieds de la
Comteſſe , pour l'engager à garder une
fortune dont il n'a aucun beſoin. Enfia
il ſe détermine à ne point inſiſter davantage
, ſi elle eſt réſolue de reſter veu.
ve. La Marquiſe imprudente , apprend à
d'Eſtelan , que Madame de Sancerre doit
épouſer en ce jour Montalais ; d'Eſtelan
ſe laiſſe alors aller à toute l'impétuofité
de ſon caractere. Il emporte les papiers
que la Comteſſe lui avoit offerts , &
qu'il avoit refuſés. Il n'épargne ni plaintes
, ni menaces. La Comteſſe reconnoit
, mais trop tard ſes étourderies. De
1
1
a
1
j
C SEPTEMBRE. 1777. 169
Piennes & Montalais apportent la triſte
nouvelle de la pertedu procès. La jeune
di veuve n'ayant plus de reſſource ni d'ef
pérance , projette de ſe retirer dans un
Couvent , & de donner à ſon Amant
les débris de ſa fortune. Heureuſement
le généreux d'Eſtelan reparoît. Senſible
avec bruſquerie , il ne peut ſe diffimuler
que c'eſt ſa préſence qui cauſe le défordre
& les malheurs de ſon amante.
Il s'empreſſe de réparer ſes torts ; il ſe
jette aux pieds de ſa Maîtreſſe , & la
conjure de recevoir ſes bienfaits , comme
on follicite une grace ; il embraſſe fon
rival , il le comble de ſes préſens : il
Punit à ſa Maîtreſſe: enfin il ſe montre
à chaque trait , l'homme le plus fingulier
, le plus généreux , le plus bruſque ,
& le plus bienfaiſant.
Cette Piece a eu beaucoup de ſuccès,
M. Monvel a joui d'un triomphe complet;
il a reçu de la Reine , de Madame ,
& de Madame la Comteſſe d'Artois ,
préſentes à ce Spectacle , les témoigna
ges les plus flatteurs de leur fatisfaction.
Le Public a applaudi , avec tranſport ,
cette Comédie , qui a le double avantage
d'amuser & d'intéreſſer.
L'Amant Bourru a paru d'un caractere
L5
a
170 MERCURE DE FRANCE.
neuf , énergique , & de la plus grande
vérité. Il eſt rempli de traits faillans &
bien exprimés. Il amene des ſituations
heureuſement contraſtées& variées. Les
rôles de la Marquiſe capricieuſe , & de
fon amant ſi docile & fi complaiſant ,
ont quelque reſſemblance avec ceux de
Céliante & de Damon du Philofoph
Marie ; mais cette imitation même bien
adaptée , juftifie le choix & le goût de
l'Auteur. Madame de Sancerre & Montalais
font très-intéreſſans.
Il faut auſſi aſſocier M. Moléà la gloire
de M. Monvel. La franchiſe , l'intelligence
, le feu & l'originalité en quel.
que forte qu'il a mis dans le rôle de
l'Amant Bourru , ajoutent encore à la
haute idée que l'on avoit du talent de
cetActeur : il s'eſt ſurpaſſé lui-même;
& il a marqué dans ſon jeu , un zele
bien louable & bien ſenti.
Les autres rôles , celui de Madame
de Sancerre , a été joué avec intérêt &
ſenſibilité , par Mademoiselle Doligny ;
celui de la Marquiſe , avec gaieté , par
Madame Bellecourt; celui de Piennes
avec une aiſance convenable , par M.
Larive :& le petit rôle de Saint-Germai
a été relevé par le jeu de M. Préville,
1
• SEPTEMBRE. 1777. 171
3.
Nous rapporterons comme des anecdotes
intéreſſantes de la premiere repréſentation
, que M. Monvel , dans le rôle
de Montalais , paroiffant inquiet du ju.
gement de fon procès , le Parterre s'eſt
récrie , par alluſion au fuccès de ſa Comédie
, vous l'avez gagné , & a beaucoup
applaudi. Après que l'Auteur a fait
ſes remercimens au Public , M. Molé
s'eſt auſſi rendu à ſes acclamations , & eſt
venu , en confervant le caractere&la franchiſe
de ſon rôle , recevoir les applaudiſſemens
les mieux mérités . Alors M. Monvel
eſt ſorti de la couliſſe , s'eſt précipité
ſur ſon camarade , & l'a embraſſé
avec les larmes aux yeux , en lui donnant
les plus vifs témoignages de ſa ſenſibilité
& de ſa reconnoiſſance. Cette
ſcene n'a pas été la moins applaudie.
COMEDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont ſuſpendu
les répréſentations de Laurette , & fe
* diſpoſent à donner quelques autres nous
veautés , entr'autres , deux Parodies ,
l'une d'Ernelinde , & la ſeconde de Ga
brielle de Vergy.
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES,
I.
La Dame Bienfaisante , Eſtampe d'envi
ron 18 pouces de haut , ſur 14 de
large; gravéed'après le Tableau original
de M. Schenau , Peintre de S.
A. S. E. de Saxe Wille , Graveur du
Roi , Quai des Auguſtins. Prix6livres.
UNE Dame richement vêtue , & d'une
phyſionomie très - agréable , répand fes
bienfaits fur une petite Fille, qui paroît
pénétréede reconnoiſlance pour ſa bienfaitrice.
Il y adans cette compoſition de
jolis acceſſoirs , que M. Demautort
qui annonce d'heureux talens pour la
gravure, a rendu d'un burin pur , gracieux
& varié , fuivant le caractere des
objets.
,
&
deng
le
I
V
t
S
ع
:
SEPTEMBRE. 1777. 173
II.
Le retour au Hameau , beau payſage
- d'environ 19 pouces & demi de largeur ,
& 14 de hauteur; d'après le deſſin de
EM. Pilman , Peintre du Roi de Pologne ,
gravé avec beaucoup de ſoins&de talent
, par M. Godefroy , de l'Académie
Impériale & Royale de Vienne; & ſe
vend , prix 4 livres , à Paris , chez l'Au-
1 teur , rue des Francs- Bourgeois , Porte
Saint - Michel , vis - à- vis celle de Vaugirard.
Je
III.
Portrait de Victor Amédée III. Roi de
Sardaigne , Eſtampe de 18 pouces de
haut , fur 13 de large. Ce Monarque
y eſt repréſenté de profil; la tête eſt
d'une forte proportion. Gravé parA.
de Saint Aubin, de l'Académie Roya-
✔le, & Graveur de la Bibliotheque du
Roi. T
S. M. , pour témoigner à cet Artiſte
ſa ſatisfaction , tant de la reſſemblance ,
que de l'exécution de la gravure , lui a
fait remettre par M. le Comte de Viry ,
fon Ambaſſadeur, une Médaille d'or.
174 MERCURE DE FRANCE.
Cette Eſtampe ſe trouve à Paris ches
l'Auteur , rue des Mathurins , au petit
Hôtel de Clugny. Prix to livres.
*
IV.
Portrait en Médaillon de M. L. Dupuy,
Secrétaire perpétuel del'Académie des
belles - Lettres , Membre de celles de
Gottingue , &c. Dédié à Madame fon
Epoufe.
Ce Portrait , parfaitement reſſemblant ,
& très- bien gravé par M. Pariſot , d'après
Je deſſin de M. Pujos , ſe vend chez M.
Pujos , Quai Pelletier , Maiſon de M. le
Quin , Orfévre. On lit au bas du Portrait
, ces Vers de M. de Sacy.
P
di
A
ma
tr
Pa
P
Des Chef-d'oeuvres d'Athene', il enrichit la France ,
Et des vertus de Sparte il a rempli ſon coeur
Le fiecle de Voltaire admire ſa ſcience ,
t
Le fiecle de Bayard eût chéri ſa candeur ;
Formé par la nature , & pour l'un & pour l'autre ,
Ses moeurs font du vieux tems , ſon efprit eſt du nôtre.
SEPTEMBRE. 1777. 175
MUSIQUE.
I.
Pieces d'Orgue. Meffe en Sol Majeur , dédiée
à Madame de Montmorency-Laval ,
Abbeſſe de l'Abbaye Royale de Montmartre;
compoſée par M. Benaut , Maître
de Clavecin. Prix 3 livres 12 fols. A
Paris , chez l'Auteur rue Dauphine , ..
près la rue Chriſtine , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
II.
,
Les quatre premieres touches de la Guitarre
; premier recueil d'airs , avec ac
compagnement de Guitarre & de Vio-
* lon . Ces derniers ne font point obligés ,
& le Violon fait feul un accompagnement
du Chant. Par A. M. J. B. Prix 6
ivres . A Paris, chez l'Auteur , rue des
1 Maçons , à l'Hôtel de la Grenade;& aux
adreſſes ordinaires de Muſique..
ر گ ا
176 MERCURE DE FRANCE.
II.
Partition du Rondeau de Cola , en Ita
lien , chantée par Mlle Balconi , au Cor
cert Spirituel , & à celui des Amateurs,
avec une Parodie en François. Pour
facilité de l'exécution , on a gravé les
parties ſéparément. Le prix duRondeat
Italien eſt de 2 liv. & fols ; & celui de
la parodie , I liv. 16 fols. L'un& l'autre
ſe vendent chez Mlle de Silly, rue de
Montmorency , la premiere Porte-coche.
re en entrant par la rue du Temple.
IV.
Collection de Musique Italienne.
Les Amateurs de la bonne Muſique ,
ſe plaignent depuis long - tems de la
difficulté qu'on éprouve à ſe procurer
celle des grands Maîtres de l'Italie. Com
me onn'eſt point dans l'uſage de la gra
ver, on ne fait à qui s'adreſſer pour en
avoir des copies ; l'embarras de les fairt
venir, l'ennui de les attendre , ne peu
vent que nuire aux progrès de l'Art,
fur - tout dans le moment de criſe & de
fer
2 FRAE SEPTEMBRE
. 1777
177
fermentation où nous ſommes parvenus.
On diſputeroit moins ſi l'on favoit
davantage ; & aujourd'hui que les eſprits
ws'éclairent , & que les préjugés com
gent à ſe diſſiper , il feroit à ſouhaiter
qu'il n'y eût plus d'Alpes.
eBac
commen
Fray On croit donc rendre ſervice aux
10, Amateurs , & leur donner une nouvelle
intéreſſante , en annonçant qu'on a fordi
me au Bureau du Journal de Muſique ,
(a rue Montmatre , vis - à - vis celle des
le vieux Auguſtins , une collection précieumit
ſe de Partitions Italiennes , & de plus
ged de 400 Ariettes nouvelles des meilleurs
Maîtres , tels que Anfoſſi , Piccini , Maïo ,
Sacchini , Paëfiello , &c.&c. On pourra
s'en procurer des copies au prix ordinaire
; &, pour peu que cette annonce ait de
fuccès , on continuera d'y faire venir les
Opéra nouveaux qui feront les plus
applaudis fur les différens Théâtres
d'Italie ; & de former ainſi une forte de
Bibliotheque d'un genre unique , compoſée
de tout ce qu'il y a de meilleur
dans la Muſique Etrangere , qu'on s'empreſſera
de communiquer à tous ceux qui
ele defireront.
M
1
178 MERCURE DE FRANCE.
V.
On trouve chez Guera , Muſicien ,
Editeur de Muſique , à Lyon;& à Paris ,
au Bureau du Journal de Muſique , rue
Montmartre , vis-à-vis celle des Vieux-
Auguſtins , & aux adreſſes ordinaires de
Muſique , les Ouvrages ſuivans :
Sei trii per il flauto traverſo violino è baffo ,
del Signor Winceflao Pichl , Opéra I. Prix , 9 liv.
VI Duetti per due flauti traverſi , compofte de
Signor Giovani fint. Opéra III. Prix , 3 liv.
Sei duetti per due flauti traverſi compoſte del
Signor Rofine , Opéra I. Prix , 6 liv.
Six duo pour deux violons , par Ch. Lochon,
premier Violon de la Comédie de Bordeaux , OEuvre
I. Prix , 6 liv.
Six Sonates pour violon feul & baſſe , compoſées
par Luc Garnier , OEuvre I. Prix , 7 l. 4 .
Symphonia per due violini , due oboi , due corni
, due Clavini , tympano , viola è baſſo , doppio
compofta del Signor de Ordoniz , N. I. Prix ,
liv. 8 f.
Concerto per il cembalo ,due violini , viola ,
baffo, compofta del Signor Franciſco Hoffmeiſter ,
Opéra I. Prix, 4 liv. 16 f.
SEPTEMBRE. 1777. 179
IV Quartetti per il flauto traverſo violino , viola
é baffo, compoſte del Signor Huber. Prix , 7 liv. 4 f.
Sei Sonate per il forte piano è cembalo ſolo ,
compofte del Signor Gin. Bartta , Opéra II. Prix ,
7 liv. 4 f. :
Sei Quartetti per due violini , viola , è violoncello
compoſti del Signor Guiſeppe Bartta , Opéra
I. Prix , 9 liv.
III Quatri concertanti per il cembalo , flauto
traverſo , violino è violoncello , compoſti del Signor
Gruner , Opéra IV. Prix , 7 liv. 4 f.
Sérénade à deux violons , deux hautbois obli
14 , gés , deux cors- de- chaſſe & baſſe , compofée par
M. Louis Bocherini , à l'occaſion du mariage de
l'Infant Dom Louis . Prix , 2 liv. 8 f.
Concerto pour le clavecin , ou forté-piano , avec
accompagnement de deux violons & violoncelles ,
compoſé par M. Gruner , OEuvre V. Prix , 4 liv.
4 fols.
Concerto , pareillement pour le clavecin , par le
même , Opéra III . Prix , 6 liv.
Sei Serenade per flauto traverſo , overo violino
due corni di caccia , violoncello , è baſſo overo
fagotti , compoſti del Signor Fr. Aſpelmayer ,
Opéra I. Prix , 6 liv.
Recueil musical , contenant fix Chanſons nouvelles
, avec accompagnement de harpe ; fix au-
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
tres , avec accompagnement de guitarre ; deux duo ,
une marche guerriere à grand Orcheſtre , une ros
mance , & une chaſſe pour le clavecin , avec accompagnement
de violon , flûte & violoncelle.
Prix , 10 liv. 4 f.
Recueil de Duo & Ariettes , pour deux corsde
- chaffe , compoſé par M. Chiapparelli , OEuvre
I. Prix , I liv . 16 f.
Due Sonate , per il cembalo , è violino ; una foneta
per due cembali concertanti compofti , del
Signor Giovani Sixt , Opéra I. Prix , 6 liv.
Sei Duetti per il flauto traverſo , overo violino
, è violoncello obligato , compoſti del Signor
Wenceslao Himmel Pauer , Opéra I. Prix , 6 liv.
Sei Quartetti per due violini viola , è baſſo del
Signor Zimermann Thedefco , Opéra III. Prix , to
liv. 4 f.
Sei Sonate per il cembalo obligato con violino ,
par le même , Opéra II . Prix , 7 liv. 4 f.
Sei Duetti per due violini , par le même , Opéra
I. Prix , 6 liv.
Divertiſſement concertant pour le clavecin , flte,
violon, alto , violoncelle & cors-de-chafle , ad libitum
, compofé pár Grouner , OEuvre I. Prix , 6 liv .
Divertiſfement pour le piano -forté , ou le clavecin
, violon , flûte , violoncelle obligé , bafle &
cor-de-chaffe , OEuvre II. Prix , 6 liv.
" SEPTEMBRE . 1777. 181
Premiere Collection de trois quintetti pour deux
violons , deux flûtes traverſieres , & violoncelle ,
compofée par Profper Cauciello , OEuvre I. Prix ,
6liv.
Grand Concert à clavecin obligé , accompagné
de deux violons , deux hautbois , deux cors - dechaffe
alto & baffe , compofé par G. S. Lachleim ,
OEuvre I. Prix , 7 liv . 4 f.
SCULPTURE.
I.
Réflexions fur le Monument de feu Mgr.
le Dauphin , exécuté par M. Couſtou ,
Sculpteur du Roi. Recteur & Tréforier
de fon Académie de Peinture ,
&Sculpture , Chevalier de ſes Ordres .
Mort au mois de Juillet de l'année
1777 .
Si les talens doivent jamais être recommandables
, il ſemble que c'eſt_fur tout
lorſqu'ils font héréditaires. Rarement
la nature prodigue-t-elle ſes dons à une
fuite d'hommes du même ſang , & du
même nom : on diroit qu'elle s'épuiſe
M 3
1
182 MERCURE DE FRANCE:
toujours dans le ſujet qu'elle en favoriſe
le premier. Aufli peut-on afſurer fans
crainte qu'elle avoit fait un effort en fa
veur des Coustou , Sculpteurs juſte
ment célébres depuis près d'un fiecle &
demi.
La perte du dernier de ce nom qui
ſe ſoit diſtingué dans cet Art difficile ,
nous a paru fournir une occaſion triſte,
mais favorable , de publier nos ſentimens
ſur ſes ouvrages & fa perſonne.
Ces ſentimens , au ſurplus , ſont les
mêmes dont nous avions eu la ſatisfaction
de lui faire part dans une lettre
que nous lui écrivîmes peu de tems
avant ſa mort,
Né avec cette candeur & cette tranquillité
qui annonçent le repos d'une ame
honnête , M. Coustou avoit en quelque
forte laiſſé mûrir ſon génie. Ses premiers
eſſais ont fait voir un homme qui connoiſſoit
les bons modeles , & qui avoit
profité des études qu'il avoit faites en Ita
lie; on y trouve toujours la correction ,
& fouvent la fermeté & la grace , heureuſement
liées enſemble, Mais , c'eſt
fur- tout dans ſa belle compofition du
Mauſolée de Mgr le Dauphin , qu'il a
déployé toutes les reſſources de fon gén
f
f
j
a
ê
ع
r
a
I
t
C
C
a
C
f
1
a
SEPTEMBRE. 1777. 183
FRANG
nie & de ſes talens. Ce monument ,
fait pour honorer le ſiecle qui l'a produit
offre les beautés de l'antique , &
ſemble de plus reſpirer un ſentiment
que l'on ne trouve peut - être pas toujours
, même dans les chef-d'oeuvres des
anciens. Sans doute , (& cela ne peut
être autrement ) M. Coustou s'étoit
cer vivement pénétré , en compoſant ce
ne grand ouvrage , de cette douleur plus
Dobe réfléchie encore , que déchirante , qui
affectoit ſes compatriotes , lorſque la
France perdit un Prince qui devoit juftifier
toutes leurs eſpérances On ne peut
conſidérer ces marbres, ſans éprouver
de nouveau cette ſituation pénible &
affligeante. On ſe ſent ſaiſi de la même
TEMP
A
art
douleur
que
l'on
trouve
peinte
ſur
la
figure
du
génie
de
l'Hymen
;
mais
on
ſe
trouve
en
quelque
forte
ſoulage
,
lorſqu'on
jette
les
yeux
ſur
les
deux
figures
de
femmes
qui
occupent
la
partie
antérieure
du
tombeau
.
Le caractere noble & fublime de la
Religion , qui poſe ſur les urnes des deux
Epoux , la Couronne d'étoiles , inſpire
june confiance douce & confolante. Le
Génie des Arts , qui eſt à leurs pieds ,
eft , comme tout le reſte , d'un deffi
M 4
#84 MERCURE DE FRANCE.
P
pur , &d'un travail ſoigné. Les accer de
ſoirs ne méritent pas moins d'éloge;
& le rendu de tous ces objets , prouve
que M. Couſtou ſavoit exécuter ſérien
fement ce
concu. (*)
qu'il avoit grandement
Tout le monde ſait de quelle maniere
noble & délicate , Monfieur le Comte
d'Angivilliers , qui s'occupa avec tant de
zele , des moyens de faire refleurir dans
les Arts le fiecle de Louis XIV , a ſou
récompenſer les talens de cet homme
célebre. (**) Si quelque choſe a pu adoucir
les horreurs du trépas qui l'environnoient
déja , c'étoit ſans doute la bienveillance
de fon Roi , & l'eſtime de ſes
Supérieurs. Il n'a pas joui long - temps
(*) Le talent supérieur de M. Coustou , doit étonner autant
plus , que l'on n'ignore pas qu'il étoit né avec de la
fortune ; & que ce n'est pas le besoin de travailler , me's
fon propre génie , qui l'a porté tout seul ou sa réputation:
l'attendoit.
0
9
à
P
d
e
ת
F
(**) M. le Comte d'Angivilliers , chargépar Sa Maje
de décorer M. Coustou du Cordon de S. Michel , trouva
moyen d'ajouter encore à cette faveur , en le lui préfenten
devant M. le Comte de Falkeinſten , qui étoit alors chez t
Soufflot , vin M. Couflon s'étoit rendu,
DE PRANG
185
SEPTEMBRE
. 1777 .
ailfoigne. Las
sces
oba
des honneurs qu'il avoit mérités ; & l'on
Peut dire qu'il
a trop peu vécu pour la
gloire des Arts , & l'inſtruction de ceux
qui ſe deſtinent à ſuivre la même car .
voltered Tiere. Les Artiſtes le regrettent , ſes
( 1% amis le pleurent : & nous aimons à nous
perfuader que fon fiecle , en lui accorfait
dedant le juſte tribut d'admiration qui lui
Moules eſt dû, dévancera en ſa faveur le jugement
de la poſtérité.
?
de faire
de Lou
talens
:
elque
trepis
wit fansof
Gots , Sculpteur du Roi , Adjoint ,
& Profeſſeur de fon Académie
de Peinture & Sculpture,
II.
Extrait
d'une Lettre de M. Falconnet
&
pas M. le Prince GALITZIN
, Envoyé
extraordinaire
de Sa Majesté
Impériale de toutes les Ruſſies , à la Haye , con . cernant la fonte de la Statue de Pierre- le-Grand.
De Saint- Pétersbourg , le 25 Juillet 1777 .
Enfin , mon Prince , elle , eſt faite &
bien faite , cette fonte dont vous voulez
avoir la réuſſite. Le 15 Juillet , à huit
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
heures & demie du matin , mes peines,
à cet égard , ont ceſſé. J'aurois pu vou
l'écrire le même jour ; mais j'ai voulu que
lebronze fût un peu nétoyé pour vous ex
parler avec plus de certitude. Vous avel M
ſu dans une autre lettre, qu'il ne s'agif
foit pas ſeulement de deux têtes. Sacher pluf
dans celle-ci , que d'encore en encore , & feur
à meſure qu'il fut permis d'examiner trou
intérieurement le bronze, la partie ſupé.
lar
rieure de l'ouvrage étoit fi mauvaiſe, prin
qu'ilm'afalludeſcendre juſqu'aux genoux
du Cavalier , & qu'ainſi je viens de refondre
preſque la moitié de la Statue. faire
aien
mai
lien
I Deux ou trois petites défectuoſités très
locales, ne valent pas la peine de vous
en parler , parce qu'elles font des plus cor
faciles à réparer , & qu'elles n'ont rier neu
de commun avec la belle totalité de l
fonte. C'eſt un plaiſir de voir comment,
par le moyen des queues d'arondes , le
nouveau bronze eſt réuni & joint
l'ancien.
cooe
C
gle
17
Pa
FRAME
SEPTEMBRE. 1777. 187
Tre ,
ati,
mais,w
toje
Cours de Langue Italienne.
M. l'Abbé Bencerechi , Toſcan , de
luſieurs Académies d'Italie , & Profefdauteur
de Langue Italienne , vient de
Dorouver , fur- tout enfaveur des Dames ,
penia maniere de leur faire apprendre les
principes de cette Langue, ſans qu'elles on aient beſoin de ſe pourvoir de Grammaire
; comme auſſi la maniere de les
Bre faire bien lire , & bien prononcer l'Itaaien
.
moice
Des perſonnes éclairées à qui il les a
communiquées , les ont trouvées auſſi
bleuves que faciles , & bien commodes.
wil demeure rue Comteſſe-d'Artois , au de vot
nes
oeur Royal , en face de l'Apothicaire
.
GEOGRAPHIE .
Arte des limites de la Pologne , rélées
définitivement par la diete de
775, & le concours des Puiſſances coartageantes
, avec les Limites del' Empire
188 MERCURE DE FRANCE.
Π
Ottoman , dans ſa partie Septentrionale, ridi
démembré tant par les conquêtes desRuen
ſes , que par un traité entre la Maiſo
d'Autriche- Lorraine , & le Grand Sell ſe t
gneur. Supplément d'autant plus nécel de
faire aux Atlas & Livres de Géographie, pla
que cette Carte , fondée ſur d'exacte feu
Opérations faites ſur les lieux mêmes, gra
differe effentiellemenr de toute autre, guf
pour les longitudes & latitudes; l'étendue
du Pays , & leurs diviſions. Huitieme
Edition , avec des changemens , par M.
Brion , Ingénieur- Géographe du Roi
Prix 18 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue
du petit pont , près la Fontaine Saint
Severin; maiſon de M. Langlois , Litou
braire au premier. 1777 .
U
de
fai
pro
ne
TOPOGRAPHIE. tus
pr
CARTE TOPOGRAPHIQUE de la Caro te
line méridionale , avec partie de de
Georgie , par le Chevalier Bull , Gou M
fib
Arpenteur-Général de la Caroline me &
verneur-Lieutenant ; le Capitaine Game
coigne : le Chevalier Bryan , & de Brahmme
SEPTEMBRE. 1777. 189
&
dir
ch
DEFLY
idionale , & Arpenteur de la Géorgie ,
en 4 feuilles , traduite de l'Anglois .
Le grand blanc de la quatrieme feuille
e trouve rempli par une excellente Carte
le la Riviere d'Hudſon , & du Lac Chamlain
; par Sauthier. Prix , 6liv. les quatre
maeuilles , chez Lerouge , Ingénieur Géographe
du Roi , rue des Grands - Auguftins
.
BIENFAISANCE
.
GUNENE Société , compoſée d'hommes de
is, cthous les rangs , qui raſſemble les agrémens
de l'eſprit avec les qualités du coeur , s'eſt
- ait un devoir d'unir aux plaiſirs que produiſent la préſence & les talens des
✔euf Soeurs ou des neuf Muses, les ver
us de bienfaiſance , d'humanité & de
protection prévenante,inſpiréespar la fenibilité
& par la jouiſſance ſi bien enenduede
fon propre bonheur , né de celui
es autres. Cette loge Franc-maçonne des
Auſes & des Vertus , a déjà ſignalé les
notifs de ſes inſtitutions & fes pro-
Cneſſes , en allant au fecours de la veuve
z de l'orphelin ; en délivrant des fers de
190 MERCURE DE FRANCE.
la captivité , lapauvretégémiſſante ; enit le P
téreſſant aux malheursd'une Famille hor nou
nête , la confraternité des hommes bier prin
faiſans, répandus endifférentes provincs, don
enfin enhonorant & cultivant les talen ge ,
aimables , & les vertus ſecourables. Non fait
neciterons , en ce moment, que le bienfait cell
fibienentendu de la logedes neuf Soeurs, feul
en faveur du College de Montaigu. Infor des
mée des ſuccès de ce College , & fachan Pré
qu'il eſt l'aſyle des jeunes gens qui font Par
peuriches, ellea fait remettre au Principa fup
de ce College une ſomme pour être dif cett
tribuée à ceux de ſes Ecoliers qui ſe ſom fait
le plus diftingués à la diftribution gént. Plu
rale des Prix, qui a été faite à l'Univer. Pro
fité , le 7 d'Août, & dont les beſoins qu'
font les plus preſſans.
T
Jau
Pa
for
Variétés , inventions utiles , établiſſemem que
nouveaux , &c.
I.
Nouvelle Fauge. :
en
:
Ba
il
LE ſieur Baradelle , Pere, Ingénierde
en inſtrumens de Mathématiques ,averti qu
DEFLC
SEPTEMBRE
. 1777.
191
1
Public , qu'il continue de vendre la
et ouvelle Jauge qu'il a conſtruite ſur les
rincipes & les tables de M. de Gamaches ,
if toont il eſt l'unique poſſeſſeur. Cette Jaude
, qui eſt ſans contredit la plus parwhite
, & la ſeule géométrique de toutes
tas/ elles qu'on adonnées juſqu'à préſent , a
Omexeule mérité l'approbation de l'Académie
rebles Sciences , & a été adoptée par M. le
d.Prévôt des Marchands de la Ville de
Paris en 1732 : ce qui a occaſionné la
uppreffion des charges des Jaugeurs en
cette même année. L'uſage qu'on en a
ait depuis ce temps-là, a confirmé de
ehsolus en plus que cette Jauge eſt la plus
haropre à prévenir toutes les conteſtations,
eu'on ne pouvoit éviter avec les autres
auges.
ce
sje
tres
fon
Elle eſt diviſée en ſeptiers &pintes de
Paris , avec la plus grande préciſion ; de
forte qu'on peut Jauger les vaiſſeaux ,
uelques formes qu'ils aient , compris
ntre le cylindre & le cône.
Pour ne rien négliger de ce qui pouoit
contribuer à ſa perfection , le ſieur
aradelle a fait une matrice , à laquelle
rapporte toutes les Jauges qu'il fait;
c forte que la derniere eſt auſſi parfaite
Perfue
la premiere
. Et
pour
rendre
plus
gé192
MERCURE DE FRANCE.
ch
e
d
nérale l'application des principes de l'A
teur , ledit ſieur Baradelle avertit aufi
qu'au lieu de faire la diviſion en ſeptier
&pintes de Paris , il la fera en telle me
fure qu'on lui indiquera , pourvû qu'ot
lui en donne le rapport avec la pinte de
Paais , laquelle est compoſée de 48 por
ces cubiques , outre la 36e partie d'un de
pied cubique.
Il a auſſi l'original d'une autre Jauge,
qu'on nomme Vergue ou Velte, de
l'exactitude de laquelle il répond, tant
qu'on s'en ſervira pour meſurer des
tonneaux d'une courbure ſemblable.
Sa demeure eſt toujours Quai de
l'Horloge du Palais , à l'enſeigne de l'obfervatoire.
II.
ar
U
au
C
Pl
er
ce
qu
fa
m
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Le ſieur Morand, Architecte de ca
Ville de Lyon , connu par différens ou F
vrages , & notamment par le Pont er R
bois qu'il a conſtruit ſur le Rhône , vies fo
de préſenter au Gouvernement une Mr P
chine hydraulique de ſa compoſition,
qui réunit les plus grands avantages på d
la ſûretédu méchaniſme , par ſa fimplic
té & ſon peu de dépenſe. Cette Me b
chit c
EFAL
SEPTEMBRE
. 1777.
193
chine eſt propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra , & pourra être
employée également aux différens objets
fatd'agrément & d'utilité , même pour les
enarroſemens des prairies & des jardins.
Une pente de trois pieds ſuffit pour lui
donner le mouvement néceſſaire , fans
autre moteur que celui du poids de l'eau.
Cette machine étoit conſtruite depuis
plus de deux ans à Paris , où elle étoit
en dépôt. Ce n'eſt qu'après des expérien,
ces qu'a réitérées le ſieur Morand dans
eſa maiſon des Brotteaux , depuis 1766,
qu'il s'eſt déterminé à la préſenter comobjet
dont le Public pourra retirer
une très grande utilité.
me
un
IIL
Le ſieur Reynard , Membre de l'Académie
des Sciences de Clermont-
Ferrand , & Mécanicien ordinaire du
Roi , a inventé un fufil déſtiné pour le
Pſervice des Troupes , où il y a douze
epieces de moins que dans les fuſils ordi
naires , ce qui ne nuit point à la folidité
de l'arme & la rend moins coûteuſe;
Cette invention a été honoree de l'approorDation
de
l'Académie
Royale
des
Scienzes
de cette Ville.
N
194 MERCURE DE FRANCE.
VERS
Sur l'heureux Accouchement de Madame
la Ducheffe DE CHARTRES.
RESTEZ ESTEZ aux Cieux , brillants Gemeaux (*) ,
Reſtez au ſéjour du Tonnerre.
Cédez ici la place à deux Etres nouveaux ,
Nés pour le bonheur de la Terre.
Les crimes vont ceſſer , tous les maux vont finir;
Les Vertus peupleront le Monde ;
Aſtrée (†) eſt doublement feconde ,
Et l'age d'or va revenir.
(*)Les Gemeaux (Castor & Pollux) figne du Zodiaque.
(+) Astrée, Perſonnage autrefois fabuleux , mais aujour-
Chui réalisé, Symbole de la bonté, de l'affabilité & du bon
heur de tout ce qui l'approche.
ParM. Poinfinet de Sivry.
RAN SEPTEMBRE
. 1777.
195
VERS
AM. de Voltaire , qui avoit envoyé à l'Au
teur une Montre d'or à répétition & à
quantieme , ornée de fon Portrait , de fa
Manufacture de Ferney.
J
Paris, 15 Août 1777.
E la reçois cette machine ,
Où dans trois orbes différens ,
Une triple aiguille chemine ;
Et dans ſa courſe détermine
Les jours , les heures , les inſtans
Qui s'échappent à la ſourdine.
Jadis , chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paſſe pour divine.
Le luxe a créé les talens :
Et le plus beau des inſtrumens
Qui ſoit de Paris à la Chine ,
Me coûte moins de fix cents francs.
Mais , hélas ! lorſque j'examine
Le numéro de ces cadrans ,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
J'en reçois la leçon chagrine
De la perte de mon printems ,
Et je prévois les ſoins cuiſans
Que la vieilleſſe nous deſtine.
Vains jouets des amuſemens ,
Quand le néant nous avoiſine ,
Les jeux , les plaiſirs ſéduisans,
D'une main légere & badine ,
Viennent nous bercer en tous ſens,
Et nous tiennent ſous leur courtine
Endormis ſur l'alle du tems ;
Tandis que ſa faulx aſſaſſine,
Cueille la fleur de nos beaux ans,
Et ne nous laiſſe que l'épine.
Mais dans l'ovale du revers ,
Qu'avec plaiſir je vois un ſage ,
Après trois fois vingt- ſept hivers ,
Reprenant fon premier courage ,
Cueillir des lauriers toujours verds ,
Et dont on verra d'âge en age ,
Le nom , la profe & les beaux vers ,
Par une gloire fans nuage ,
Durer autant que l'Univers !
Ah! que l'aſpect de cette image,
A qui tous les coeurs fout ouverts
SEPTEMBRE . 1777. 197
5,
ل ا
V
M'apprend , en fublime langage ,
Le prix du tems & fon uſage ,
Notre folie & nos travers !
Tandis que ce rayon agile ,
Autour de fon axe emporté ,
Préſente une image mobile
De l'immobile éternité :
Loin du tourbillon enchanté
Que nous offre un monde frivole ,
Le grand homme vit écarté.
Par ſes écrits il nous confole
Des malheurs de P'Humanité.
Jadis , quittant le Capitole ,
Marc-Aurele l'eût viſité :
Apôtre de la vérité ,
Chaque minute qui s'envole ,
L'éleve à Pimmortalité .
Per M. le Marquis de Villette.
RÉPONSE DE M. DE VOLTAIRE.
Ferney, le 27 Auguste 1777.
MONO
N Dieu , que vos rimes en ine
M'ont fait paſſer de doux momens !
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
Je reconnais les agrémens
Et la légereté badine
De tous ces contes amuſans
Qui faiſaient les doux paſſe-teins
De ma niéce & de ma voifine.
Je ſuis forcier , car je devine
Ce que feront les jeunes gens .
Je m'apperçus bien dès ce tems ,
Que votre muſe libertine
Serait Philoſophe à trente ans.
Alcibiade en ſon printems ,
Etoit Socrate à la fourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers ſenſés & très-plaifans ,
Plus j'y vois un fonds de doctrine
Tout propre à Meſſieurs les Savans,
Non pas à Meſſieurs les pédans
F
de
M
am
dre
Pi
de
De qui la ſcience chagrine १५
Eſt l'éteignoir des ſentimens . ré
di
di
Adieu: réunifſez long-tems
Le
La gaieté , la grace ſi ſine
De vos folâtres enjouemens ,
Avec ces grands traits de bon-ſens
fac
d'L
mo
Dont le clarté nous illumine.
he
SEPTEMBRE. 1777. 199
Je ne crains point qu'une coquine
Vous faſſe oublier les abſens :
C'eſt pourquoi je me détermine
A vous ennuyer de mes ens,
Entrelacés avec des ine.
ANECDOTES.
I.
FEU M. l'Abbé de Voiſenon , qui étoit
de petite taille , étant fort malade, fon
Médecin , qui étoit en même - tems fon
ami , lui ordonna expreſſément de prendre
, dans l'eſpace d'une heure ; une
pinte d'une certaine tiſanne. Le lendemain
, le Docteur revint , & demanda
quel effet elle avoit produit. Aucun ,
répondit - on. Avez- vous tout pris ,
dit le Médecin à l'Abbé ? Je n'ai pu ,
Hit celui-ci , en prendre que la moitié.
Le Docteur fut très- mécontent , & ſe
acha vivement. Alors l'Abbé lui dit
l'une voix douce & languiſſante : Eh !
non ami , ne vous fâchez pas ; comment
voulez - vous que j'avale une pinte en une
eure , je ne tiens que chopine ?
-
N4
200 MERCURE DE FRANCE,
II.
L'Eſtoc , Aventurier François, ayant
entrepris de faire regner Elifabeth en
Angleterre , & tout étant diſpoſé pour
la conjuration , ſe rendit chez cette
Princeſſe . La voyant balancer à ſe met
tre à la tête de ſes Partiſans , il lui
préſenta deux cartes à joner; ſur l'une ,
il avoit deſſiné la Princeſſe qu'on renfer
moit dans un couvent , & lui- même s'étoit
peint ſur un échafaud ; l'autre repréſentoit
Elifabeth ſur le Trône: il l'a
pria de choiſir une de ces deux cartes ,
elle prit la derniere,
111.
Fait fingulier,
Une Dame de diſtinction , déjà avancée
en âge , vivoit ſur un petit bien auxi
environs de Nantes : elle y paſſoit toute
la belle faifon , & revenoit enſuite en
Ville. Aimant beaucoup les abeilles ,
elle en avoit une grande quantité à la
campagne , & prenoit un plaifir infini
à leur procurer toutes les petites dou
C
C
a
C
C
S
C
U
S
t
C
t
SEPTEMBRE. 1777. 201
,
seurs propres à ces infectes. Dans les
derniers jours du mois de Mai dernier ,
on amena cette Dame malade à Nantes .
où peu - à- près elle mourut. Toutes les
abeilles font venues de la campagne ,
& ſe ſont raſſemblées ſur ſon cercueil ,
qu'elles n'ont abandonné qu'au moment
de l'inhumation. Un voiſin de la Dame
s'étant apperçu de l'arrivée de ceteſſaim ,
& fachant qu'elle avoit à la campagne
un grand nombre de ces petits animaux ,
s'y. eſt rendu promptement , & a trouvé
toutes les ruches entierement dégarnies,
IV.
Zeuxis , l'un des plus grands Peintres
de l'ancienne Grece, ne ſe piquoit pas
- d'achever promptement ſes tableaux :
comme on lui reprochoit ſa lenteur , il
répondit , qu'à la vérité , il étoit longtemps
à peindre , mais qu'il travailloje
pour l'immortalité,
0
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Varsovie, le 1 Juillet 1777-
0N attend ici le Miniftre Turc Numan -Bey ,
accompagné du ſieur Antoine Simoniani , Inter
prete; & il eſt convenu que les troupes Rufies fe
retireront fur fa route à droite & à gauche , &
laiſſeront libre une certaine largeur du pays qu'ils
occupent , & par où cet Ambaſſadeur doit paffer.
Les troupes Polonoiſes qui doivent l'efcorter, font
déjà commandées à cet effet.
Le Comte Oginski , Grand - Général de Lithuanie
, qui n'a pu obtenir juſqu'à préſent la levée
du ſequeſtre que la Ruffie a fait établir fur la plus
grande partie de ſes Terres , a pris le parti d'aller
à Pétersbourg folliciter lui - même cette mainlevée.
Les troupes Rufles confervent toujours la même
pofition le long du Boryſtene; & il ne paroît pas
qu'ellleess faffent aucunes difpofitions pour ſe retirer!
au - delà de ce qu'on a obtenu d'elles pour le li-s
bre paſſage du Miniftre de la Porte.
On apprend par des lettres de la frontiere , que
l'Officier Ruffe qui avoit entrepris de faire fauter
les cataractes du Boriſtene , dans la vue de rendre
ce fleuve navigable , a trouvé la choſe impoflible ;
enforte qu'on s'en tiendra au projet du canal, qu'on
aſſure être déjà commencé.
re
pa
do
ter
his
an
dar
ود
"
و د
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دد
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و د
د د
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د
RAN SEPTEMBRE
. 1777.
203
4
De Vienne, le 2 Août 1777.
L'Empereur jouiſſant d'une ſanté parfaite , eft de
retour de fon voyage en France , où il a inſpiré
par- tout les ſentimens de vénération & d'amour
dont les Sujets de ſon Empire ſont depuis longtems
pénétrés. Sa Majesté Impériale eſt arrivée
hier à Schoenbrunn .
De Hildeskeim , le 26 Juillet , 1777.
Le ſieur de Groff , Miniſtre - Réſident de Ruſſie
au Cercle de la Baſſe- Saxe , vient de faire inférer
dans les Papiers publics , l'avis ſuivant :
ود
"
"
"
"
"
" L'Impératrice , ma Souveraine , qui aſſigna ,
le 7 Juillet de l'année derniere , des récompenſes
à tous ceux qui ſe ſont diftingués dans l'affaire
de Tſcheſime , contre les Turcs , informée
,, que le ſieur Louis Lefort , qui étoit paflé du
Service de France à celui de la Flotte , au mois
d'Avril 1770 , avoit péri dans l'action de
Tſcheſme , le 24 Juin de l'année derniere , &
conjecturant qu'il pourroit avoir des parens &
, des héritiers à Marseille , a voulu que ſes bien-
,, faits s'étendiſſent juſqu'à eux; en conféquence ,
ceux qui étoient attachés à ce Louis Lefort ,
درو par les liens du fang , pourront , après avoir
légitimé leur parenté , s'adreſſer aux Miniſtres
de Sa Majefté Impériale dans les Cours étrangeres
, pour tirer du College de l'Amirauté , la
quote - part de 312 roubles , qui étoient adjugées
"
au fieur Louis Lefort; & il leur eft accordé ,
204 MERCURE DE FRANCE.
,, pour la réclamation de cette fomme , une année ,
à commencer du i Juillet". ود
De Rome , le 30 Juillet 1777.
La veille de la Fête de Saint Pierre , le Prince
Colonna , Connétable du Royaume de Naples ,
revêtu du caractere d'Ambaſfadeur Extraordi
naire de Sa Majefté Sicilienne près le Pape , fe
rendit à cheval , & dans le plus grand cortege , à
la Bafilique de ce Saint , où il préſenta , fuivant
l'uſage ordinaire , la Haquenée au Souverain Pontife.
Sa Sainteté étoit revêtue de ſes habits pontificaux
, & entourée de toute fa Cour. Elle avoit
affifté auparavant , avec le Sacré College ,
aux premieres Vêpres , qui furent chantées par différens
Corps de muſique , à l'occaſion de la Fête
du Prince des Apôtres.
De Venise , le 21 Juin , 1777,
P
fu
P
b
d
Te
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0
de
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ru
Vie
ay
les
no
qu
mo
les
il
CO
Suivant des Lettres de Padoue , le Duc de Gl
cefter qui , l'année derniere , a donné une ſomme
d'argent pour faire ériger une Statue au célebre Ci
Marquis d'Eſt , Citoyen de Padoue , dans le onzieme
fiecle , & Chef de P'Auguſte Maiſon de
Brunswick , vient de faire remettre cinquante fer
quins au Magiftrat de cette Ville , pour cont
buer aux travaux de la Place appellée il Prata
della Valle.
De Naples , le 1 Juillet 1777-
Des Lettres de la Sicile , du 5 Juin , nous ap
Pa
fu
de
ac
an
du
SEPTEMBRE. 1777. 205
prennent qu'un tremblement de terre s'eſt fait
fentir dans toute l'Ifle ; il a été léger à Syracufe ,
plus fort à Mefline , & il a endommagé quelques
bâtimens à Palerme; il s'eſt fait fentir de même
dans la Calabre & dans la Pouille , & particulierement
dans la Ville de Leccé ou Leccie , dont les
environs ont été très dévaſtés par un horrible
Ouragan.
De Gênes , le 4 Août 1777.
Un Particulier nommé Ciffredi tomba , le mois
dernier , dans la mer , en voulant paſſer d'un bateau
dans un autre ; deux matelots étant accourus
, le tirerent de l'eau fans le moindre figne de
vie: le ſieur de Négri , Apothicaire de cette Ville ,
✔ayant été appellé , lui adminiſtra ſur le champ
les ſecours inventés en France pour ſecourir les
noyés ; ces fecours eurent un ſi prompt ſuccès ,
que Ciffredi , peu de tems après , ayant commencé
à reſpirer & à prononcer quelques paroles
, fut en état de ſe tranſporter à l'Hôpital, où
il a été parfaitement guéri dans deux jours. Un
Citoyen , qui a eu la modeſtie de ne pas ſe faire
connoître , touché de cet acte d'humanité de la
part du ſieur de Négri , lui envoya un coeur d'or ,
fur lequel on lit d'un côté : Au vrai mérite ; &
de l'autre : Tribut patriotique. Ce préſent a été
accompagné d'une lettre, dans laquelle le généreux
anonyme fait l'éloge du zele & de la bienfaifance
du fieur de Négri.
ا ن ت ا
206 MERCURE DE FRANCE.
De Londres , le 22 Juillet 1777-
Les nouvelles les plus füres de New- Yorck.
font , que les troupes fous les ordres du Génér
Howe , s'y embarquoient par diviſions vers le
lieu de Juin , pour paffer dans le Jerſey; enfort
que le bruit d'une double action dans cette Pro
vince , à laquelle on donnoit pour date le 12 Juiz
& même quelques jours auparavant , paroît aujou
d'hui au moins prématuré.
Σ
d
P
On a donné des ordres pour réparer les fortin
cations à Kinfale , Cork , Waterford, Cariek-Fer F
gus , & dans d'autres lieux d'Irlande; on a de plu
envoyé fix frégates dans le Canal de Saint-Geo
ge , pour empêcher les Armateurs Américains dy
continuer leurs déprédations. a
B
V
P
V
d
On aſſure ici , comme une choſe certaine , qu
depuis les dernieres dépêches du Général Howe
en date du 16 Juin , par leſquelles ce Général
nonçoit à la Cour l'entrée de fon Armée , par de b
viſions , dans le Jerſey , on n'a reçu aucun nouve
avis de ce Général; enforte que bien des gens
croient très - fondés à douter de tout ce qui s'ef
répandu d'après des lettres particulieres , dont
cune n'a l'authenticité requife.
Le retour de notre flotte marchande des deul
Indes , indépendamment des avantages qu'il s
porte au commerce , nous a encore très - heure
ſement procuré des Matelots pour achever d'éga
per les vaiſſeaux de guerre que la Cour fait mel
tre en mer , tant pour purger les Côtes d'Irlan
& d'Ecoffe des Armateurs Américains , dont ell
V
ta
ti
er
cr
di
de
C
SEPTEMBRE. 1777. 207
1
font encore infeſtées , que pour eſcorter nos navires
marchands qui ne peuvent plus riſquer de ſe
rendre , fans cette précaution , aux différens endroits
où leur intérêt les appelle.
On apprend d'un Particulier qui vient de quitter
Philadelphie , où il étoit prifonnier , que les
Américains occupoient toutes les hauteurs à l'Occident
de la Delawarre , & qu'ils craignoient que
les troupes Royales ne tentaſſent de la traverſer. II
dit de plus que leur artillerie , très - conſidérable
, eſt placée de façon à en faire redouter l'approche;
& que c'eſt d'après les inftructions qu'a
priſes , à cet égard , le Général Howe , qu'il a
renoncé au deſſein d'y pénétrer par le Jerſey. II
ety a grande apparence que l'expédition dont on
avoit chargé le Chevalier Erskine , qui , par la
Baye de Chéſapeak , a dù ſe porter juſqu'à la riviere
de Sufquehana , à l'Occident de Philadelphie
, étoit combinée avec une attaque qui devoit
être faite par terre en même- tems : la retraite
du Général Howe du côté de Brunswick a dû l'abandonner
aux dangers d'une réſiſtance qui ne pouvoit
être foutenable qu'autant qu'elle auroit été partagée
; enforte qu'il y a tout à craindre pour la flottille
de cet Officier.
On craint fort que la diſſenterie qu'ont éprouvée
les premieres troupes Heſſoiſes , qui ont paſſé
en Amérique , n'attaque auſſi les nouvelles recrues
qu'on vient d'y envoyer , & que cette malalie
, qui intercepte toutes les forces ne les renle
, à leur arrivée , incapables du ſervice auquel
,
elles font deſtinées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Extrait d'une Lettre dePhiladelphie , à un Mar
chandde Londres , datée du 25 Juin.
ود Il y a quelques jours qu'Ouran Hontan , fre
,, re du petit Charpentier & Guerrier Sauvage ,
qui ſe diftingua fi fort dans la derniere guerre ,
و د
و د
"
"
a attaqué avec un corps de ſa Nation , environ
, quatre ou cinq cents Heffois dans les Jerſeys:
après avoir efſſuyé leur feu , il fondit fur eux le
tomahawk à la main , & les défit. Les quatre-
,, vingt- dix priſonniers qu'il avoit fait dans cette
action , alloient être ſcalpés , lorſqu'il dit à fes
,, compagnons , que juſqu'alors les Nations étran-
,, geres les avoient juſtement appellés Sauvages ;
"
"
mais qu'il vouloit qu'on pût dire déformais que
,, les Sauvages avoient autant d'humanité que les
Nations civiliſées ". Cette harangue ſauva la
vie aux malheureux prifonniers. La même lettre
ajoute , qu'on s'attend à Philadelphie à être bientôt
attaqué & à voir la Ville inveſtie; mais que
dans ce cas - là le Général Washington , qui n'a pas
deſſein de défendre la Ville , ſe portera fur New-
Yorck pour le détruire.
De Paris, le 15 Août 1777-
Le Conte de Viri , qui a réſidé ici pendant pu
ſieurs années , en qualité d'Ambaſſadeur du Ri
de Sardaigne auprès du Roi , eſt parti hier por
retourner à Turin , emportant avec lui l'eftime &
les regrets de la Cour & de la Nation . La Cock
teffe de Viri , fon épouse , partage ces ſentimens
& elle en a reçu les témoignages les plus difting
gu
C
SEPTEMBRE. 1777- 209
gués & les plus flatteurs de la part de la Reine &
de la Famille Royale , dont elle a eu l'honneur de
prendre congé dans le particulier.
PRÉSENTATIONS.
Le Vicomte de Vibraye , Miniſtre Plénipotentiaire
du Roi près le Duc de Wirtemberg , & fon
Miniſtre près le Cercle de Souabe , qui étoit ici
par congé , à eu , le 7 du mois d'Août , l'honneur
d'être préſenté au Roi par le Comte de Vergennes
, Miniftre & Secrétaire d'État au Département
des Affaires Etrangeres , & de prendre congé de Sa
Majefté , pour retourner à ſa deſtination .
Le 20 du même mois , la Comteſſe de Melfort
eut l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale , par Madame Elifabeth de
France , en qualité de Dame pour l'accompagner ,
à la place de la Comteffe de Bourdeilles .
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
:
Le ſieur Leroi , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres , Profeffeur & Hiftoriographe
de l'Académie d'Architecture , a eu l'honneur
de préſenter au Roi , le, 5 du mois d'Août ,
un Ouvrage intitulé : La Marine des anciens
Peuples , expliquée & confidérée par rapport aux
Lumieres qu'on en peut tirer pour perfectionner
0
210 MERCURE DE FRANCE .
Ja Marine moderne , avec des figures représentan
Les Vaisseauxde guerre de ces Peuples.
Les ſieurs Née & Maſquelier , Graveurs , que
Leurs Majestés & la Famille Royale ont honoré
de leurs foufcriptions , pour un Ouvrage intitulé:
Tableaux Pittoresques , Physiques , Historiques ,
Moraux, Politiques, Litterairés de la Suisse &
de l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majestés & à la Famille Royale , la fixieme livraifon
de leur Ouvrage.
Le fieur Faujas de Saint - Fond , a eu l'honneur
de remettre au Roi , à la Reine, & à la Famille
Royale, le Prospectus de la Description des
Volcans éteints du Vivarais & du Velay , Ouvrage
que Leurs Majeſtés , ainſi que la Famille
Royale , ont bien voulu honorer de leurs Sour
criptions.
E
C
d
d
d
r
C
NOMINATIONS.
Le Roi a chargé de la feuille des Bénéfices ,
l'Evêque d'Autun , qui a eu l'honneur de faire , le
5du mois d'Août , ſes remercimens à Sa Majefté.
L'Archevêque de Bourges a fait, le 4 du même
mois , ſes remercimens au Roi , pour l'Abbaye dei
Saint - Ouen , Diocese de Rouen , vacante par la
mort du Cardinal de Rochechouart , à laquelle S
M. a bien voulu le nommer.
Le 25 du même mois , le ſieur Boutin , Cer
ſeiller d'Etat , eut l'honneur d'être préſentés
!
SEPTEMBRE. 1777 211
Roi par le Garde des Sceaux de France, & de
faire ſes remercimens à Sa Majefté , pour la place
de Conſeiller au Conſeil Royal des Finances , que
Sa Majesté a bien voulu lui accorder.
Le Roi a diſpoſé de la place de Conſeiller d'Etat
, vacante par la mort du ſieur de Trudaine de
Montigny, en faveur du ſieur Bignon , fon Biblior
thécaire , qui a eu, le to du même mois , l'honneur
d'être préſenté auRoi par le Garde des Sceaux
de France , & de faire en cette qualité ſes remercimens
à Sa Majeſté.
,
Le même jour , le ſieur de Catuelan , Préſident
du Parlement de Bretagne , eut auſſi l'honneur
d'être préſenté au Roi par de Garde des Sceaux
de France & de faire ſes remercimens à Sa
Majesté pour la place de Premier Préſident du
meme Parlement , vacante par la mort du ſieur
de la Briffe d'Amilly , à laquelle le Roi l'a
nommé.
Le Roi a accordé les entrées du Cabinet
///
Evêque
d'Autun
.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Laon , l'Abbé
de Sabran , Premier Aumônier de la Reine, nommé
à l'Evêché de Nancy ; à celui de Nancy ,
l'Abbé de Montauban , Vicaire - Général d'Autuns
✔à celui de Sarlat, l'Abbé de la Porte d'Albaret .
✓ Vicaire-Général de Châlons - fur- Marne ; à l'Abe baye
des Chaſes
, Ordre
de Clugny
, Diocese
de
Saint
-Flour
. r , la Dame
de la Rochelambert
, Re
ligieuse
Profeſſe
du Monastere
de Courpiere
, fur
la nomination
& préſentation
de Monfeigneur
le
Comte
d'Artois
. -
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Le Chevalier de Bongars , Brigadier des Armées
du Roi , Commandeur des Ordres Militaires &
Hofpitaliers de Notre- Dame de Mont- Carmel &
de Saint - Lazare , Chevalier de Saint- Louis , cidevant
Lieutenant de Roi de l'ancienne Ecole
Royale Militaire , eſt mort à cette Ecole , le 3t
Juillet , âgé de quatre- vingt- trois ans.
Jofeph -Gabriël Tancrede de Félix , Chevalier ,
Marquis de Muy , Comte de la Reynarde, Lieutenant-
Général des Armées du Roi, premier Mattre
- d'Hôtel de Madame , eſt mort âgé d'environ
foixante - dix ans .
Rodolphe- Beat-Jacques Antoine , Baron de iz
Tour - Châtillon Zurlauben , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint - Louis , ancien Lieutenant
Colonel du Régiment Suiffe de Waldener ,
eſt mort à Faltzbourg , le 23 Juillet , âgé de foixante
- neuf ans .
J. Charles - Philibert de Trudaine , Conſeiller
d'Etat & aux Conſeils Royaux des Finances & de ,
Commerce , a terminé , en fon Chateau de Mortigny
, le 5 d'Août , dans ſa quarante - cinquieme
année , une carriere qu'il illuftroit par ſes lumieres
&par fon amour du bien Public , des Sciences
&des Arts.
Louis - Henri - François , Comte de Marcé , et
mort à Chinon en Tourraine , le 9 Juillet , dans fa
foixante - feizieme année.
S
V
b
C
fo
P
Ju
Vi
SEPTEMBRE . 1777. 213
$
Vidal - Claude Gaston de Rochefort - d'Ailly de
Saint - Point , Prêtre , Vicaire- Général de l'Archevêché
de Reims , Abbé - Commendataire de l'Abbaye
Royale de Saint - Bafle , Ordre de S. Benoît ,
Congrégation de S. Maur , Dioceſe de Reims ,-
fous - Doyen des Abbés de France , eſt mort à
Paris ; le 12 d'Août , dans la 82e année de fon âge.
Françoiſe - Armande de Menou , Marquiſe de
Jumilhac , eft morte à Paris , le 9 Août , âgée d'environ
69 ans.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 16 Août 1777 .
Les numéros ſortis de la roue de fortune font ,
32,73,48,43 , 56.
Du I Septembre .
:
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
49,67,34,68,55.
:
03
214 MERCURE DE FRANCE.
ADDITIONS DE HOLLANDE.
PROGRAMME.
De la Société de Littérature, Hollandoife
établie à Leyden.
LA
"
A Société de Littérature , Hollandoiſe établie à
Leyden , a tenu fon affemblée annuelle lepremier
Juillet de cette année 1777. Après avoir recueilli les
voix de Meſſieurs les Commiſſaires commis pour
l'examen des Dillertations , que la Société areçues ,
fur la Queſtion propoſée en 1975. Quel eft le
but général qu'un Poëte doit ſe propoſer ?
,, Quels font par conſequent les ſujets particuliere
,, ment propres à la Poësie , & quelles font fes
„ regles générales de toute Poësie quelconque" !
on a trouvé que la Differtation ,marquée par la fentence
after all & cannot be expected &c. a été
jugée la meilleure & fatisfaiſante aux vues de la
Société ; & à l'ouverture du billet cacheté , portant
au deſſus la même ſentence , il a paru , que l'auteur
de cette Differtation , étoit Monfieur Corneille vas ,
Engelen , ancien Pasteur parmi les Mennonites ,
Directeur Honoraire de la Societé pour le secours
des noyés , membre de la Société de littératur
Hollandoiſede Leyden &c. &c.demeurant dans ce !
te ville , auquel la Société a adjugé la medaille d'a.
Les Billets appartenants aux autres Differtations
ont été brulés ſans avoir été ouverts .
La Société a élu pour ſes membres Mr. Jen
Louis Verfter , Droffaert de St. Michiels Gestel
F
C
F
F
SEPTEMBRE. 1777. 215
Bois le Duc & M. Rutgerus Paludanus , conseiller
&ancien échevin de la ville d'Alkmaar , Secrétaire
du Lyp , Directeur de la Société Hollandoife
des Sciences à Haarlem &c. &c.
La Société a , dans cette aſſemblée , choiſi deux
✔ fujets de Differtations , propres à concourir pour
des prix. L'un , quelles font les qualités requifes dans un Eloge ? Les Differtations doivent être re
miſes avant le premier Novembre 1778. L'autre. La Poësie & l'éloquence ont elles quelque liais "
ود fon avec la Philofophie " ? & quelle utilité l'une
& l'autre retirent - elles de celle - ci ? Les Differtations
doivent être remiſes avant le 1 Nov. 1779.
وو
L'aſſemblée annuelle de l'année 1776 a propoſe
pour ſujet pour le 1 Nov. 1777. ,, Par quelles
Perſonnes & de quelle façon la justice Civile
Criminelle & Feodale a- t - elle été rendue en
ود
"
ود
„ Hollande & en Weſtfriſe , depuis les tems les
» plus reculés juſques aux 15e fiecle ? & quelle eft
l'origine de nos Tribunaux tant d'Echevins , (en
Hollandois Schepenen) , que des Tribunaux
compofés d'habitans , ou Poffeffions dans le plac
„ pais pour y rendre la justice Civile ou Criminel-
„ le connus en Hollande ſous le nomde Welge-
"
"
و د
booren Mannen) , de même que des Tribunaux
„ dont l'office eſt de rendre la juſtice en matiere
Feodale , (connus fous le nom de Leenman
nen"?) "
ود
La même aſſemblée de 1776 a propoſé pour la
feconde fois pour le I Nov. 1779 , la queſtion :
Juſqu'à quel point peut - on , parce qui nous refte
des langues Moeſogotique & Anglo- Saxone
éclaircir l'origine de la langue Holiandoiſe , &
faire voir que le fondement de celle-ci , ſe trou-
„ ve dans ces langues anciennes" .
د و
د ر ک
Le but de la Société , en propoſant cette quef
tion , eſt d'examiner l'opinion communément reçue ,
04
216 MERCURE DE FRANCE.
t
,
que la langue Hollandoiſe , tire fon origine princ
palement des langues Moeſogotique & Anglo- Saxone:
elle fouhaite donc que ceux , qui voudrom
traiter cette queſtion recherchent juſqu'à quel poim
on peut confirmer le ſentiment général , tant par
les monuments Hiſtoriques , que par la comparaifon
de ces deux langues avec la langue Hollandoife.
Il eſt libre à tout le monde , même aux membres
de la Société de concourir pour les prix , les Commiffaires
nommés pour l'examen des Differtations
reçuës , ſont ſeuls exclus de cette liberté. La Société
offre une médaille d'or de la valeur de 150
florins , à celui dont la Diflertation ſera jugée la
meilleure , & fatisfaiſante aux vues de la Société.
Les auteurs font priés d'écrire leurs Diſſertations en
Latin ou en Hollandois d'un caractere net & liible
: celles , qui pourront être envoyées par les
membres de la Société , doivent être écrites d'une
main étrangere.
,
Elles doivent toutes être diftinguées par une fentence
, ou deviſe , & renfermées dans une enveloppe
cachetée , au - deſſus de laquelle on écrira la
même fentence , ou deviſe , dont la Differtation eft
marquée. A cela doit être ajouté un Billet cacheté
, dans lequel foient renfermés ,le nom, qualité ,&
demeure de l'auteur & au deflus duquel foit
écrite la deviſe de la Differtation. Le tout enfemble
renfermé dans une ſeconde enveloppe , doit être
remis préciſement au tems marqué ci - deſſus , er
tre les mains des Mr. Frans van Lelyveld , Secre
taire actuel de la Société , ou de M. Pieter Vreede
Junior , chargé de la correſpondance , tous deux
demeurants à Leyden. Au reſte les loix pour in
concurrence aux prix ſe trouvent dans le fecond
volume des Mémoires de la Société. i
1
(
(
t
(
1
i
C
I
1
SEPTEMBRE. 1777. 217.
N. VAN DAALEN , Libraire à la Haye ,
vient de publier .
L E premier Tome de la nouvelle Edition in
quarto du livre intitulé BIBLIOTHEQUE ORIENTALE
par feu. Mr. D'HERBELOT. Les ſcavans
font beaucoup de cas de ce livre & comme il étoit
devenu extrêmement rare , ignoré même , pour ainſi
dire , cette nouvelle Edition ſera bien reçue , d'autant
plus qu'elle fera ameliorée & enrichie d'additions
✔confidérables, Cet ouvrage fi précieux & dont le
merite eſt atteſté par les connoiffeurs , renferme une
infinité de chofes curieuſes & inſtructives , ainſi que
des anecdotes intéreſſantes , deſorte qu'il ne pourra
manquer de plaire à tout Lecteur & de remplir particulierement
l'attente de ceux qui defirent connoî- tre l'Orient : Le reſte de l'Avertiffement detaillé
ſe diftribue gratis chez le ſusdit Libraire & on
peut y voir qu'il imprimera auffi in folio les
augmentations dont il s'agit pour fervir de continuation
à la BIBLIOTHEQUE ORIENTALE de
ce format.
LETTRE dun Américain en Europe , à l'Editeur
du Mercure de France à Amsterdam.
M.
9 Septembre 1777.
Mon intention étoit , il y a plus de huit
jours , de vous écrire , lorſque les papiers Anglois
font venus me faire comprendre que je devois avoir
de la difcrétion , & ne point vous interrompre , ni
vos amis , dans la lecture de leur contenu. Je con
05
218 MERCURE DE FRANCE.
nois un peu le public: Il faut lui donner le temps
d'être frappé , & celui de revenir. Aujourd'hui
même mon intention n'eſt point d'éplucher ces narrations
empoulées du Cabinet de L ... , ni de dé
terminer ce qui en eſt vrai ou fictice. Le temps le
fera mieux que moi. Je demande feulement &
vous m'avouerez que ma demande eft raisonnable,
& que vous pouvez me l'accorder) que vous croyłez
, fur ma parole , que nous autres Américains
en Europe ne ſommes nullement découragés de
tout cela , & que tout le contraire a lieu chez
nous. Ce n'eſt pas que nous ne ſoyons vivement
touchés de la défolation qu'un ennemi fauvage peut
caufer fur nos frontieres , & des ravages qu'une
defcente indéterminée d'une Armée embarquée peut
faire fur l'une ou l'autre partie de nos côtes: mais
nous ſommes certains , d'un autre côté , que l'ennemi
, à la fin , n'en ſera que plus fûrement & plus
ſéverement déconcerté.
Nous nous repréſentons Burgoyne comme un
homme qui tombe dans l'Océan: une vague l'ele
ve, une ſuivante l'accablera. Nos Provinces Septrionales
s'ébranleront pour arrêter ſes progrès: entouré
d'ennemis , de forêts & de montagnes , aprés
avoir fait chanter triomphe il fera faire des voeux
pour ſa retraite ; heureux quand il aura pu ſe mettre
à l'abri à travers les Lacs qu'il a paſſes , & les
neiges du Canada.
Les deuxHowe, ſemblables à la mort de au pé
ché de Milton , pourront faire irruption dans nos
provinces Méridionales , comme leurs modeles om
fait dans le monde créé ; & avec la même ſoudsi
ne rage ils en pourront défoler une , juſqu'a-ce
que le Général , qu'ils n'ont point ofé attaquer dans
les Jerſeys ; vienne déranger leur plan d'opérations.
Onme demande ſouvent, où eſt Washington ? I
eft au centre d'un Continent qui le chérit, dont il
SEPTEMBRE. 1777. 219
,
a la confiance
, & dont
les habitans
, juſqu'au
der
/ niet , accourront
à ſa voix
pour l'affifter
: nous ne
doutons
point
qu'il
n'ajoute
à ſa réputation
déjà
acquiſe
, en déconcertant
pour
la troifieme
fois
un
ennemi
formidable
, & en l'obligeant
de ſe réfugier
fur Pélément
à qui it eft le plus
redevable
de fes
fuccès
. Les
Provinces
de la Nouvelle
Angleterre
s'étoient
conftamment
, attendues
à être
attaquées
par
mer
: ainſi
le fort
de leurs
préparatifs
, pour
une
Vigoureuſe
défenſe
a du
ſe
faire
du
côté
de
la
mer
. Il étoit
difficile
de perfuader
à des
hommes
d'abandonner
leurs
familles
ſur une côte
menacée
,
pour
aller
défendre
un Fort
à cent
milles
de leurs
frontieres
. Voilà
la vraie
raifon
, pourquoi
la Gar
nifon
de Ticonderago
n'étoit
que
d'environ
2000
hommes
, nombre
infuffifant
pour
défendre
des
ou
vrages
fi étendus
. On les a donc
abandonnés
, en
détruifant
le Canon
& les Munitions
, que l'on ne
pouvoit
emporter
. Au fond
le Canon
qu'on
a laiffé
, eſt celui
qu'on
avoit
trouvé
lorſque
Ticondera
go & Crownpoint
ont été pris
par les notres
. Que
les humains
donc
, qui
s'intéreſſent
à notre
fort
, ne
s'allarment
pas
plus
que
nous
du bruit
qu'on
fait
de cette
affaire
: l'Europe
doit
ſavoir
aujourd'hui
à
quoi
s'en
tenir
, en jetant
les yeux
en arriere
fur
les fuites
réelles
qu'ont
eu des
ſuccès
précédents
,
que l'Angleterre
a fait ſonner
tout
auffi
haut. Quant
à nous
, nous
ne craignons
point
qu'il
en arrive
de
grandes
choſes
à notre
déſavantage
. En
attendant
,
des
milliers
de
vies
font
facrifiées
à l'ambition
:
rinnocent
eft opprimé
, ou
tombé
fans
diftinction
avec
le coupable
qui
maſſacre
. Il reſte
aux
Amé
ricains
de continuer
à s'applanir
le chemin
à la ven
geance
& à la juſtice
: l'heure
en viendra
. Dès
à
préfent
(pour
continuer
de m'exprimer
avec
le Poës
te) la Divinité
tient
la balance
; & le baſſin
où eſt
in Grande
Bretagne
eſt trouvé
léger
. Le métier
de
220 MERCURE DE FRANCE.
Prophete n'a jamais été le mien : mais je ne fer
point dans le cas de porter envie aux prophetes , ni
aux fils des prophetes , ſi je vis pour voir ma prédiction
accomplie.
,
P. S. La Poſte ne part pas encore. Il me prend
envie de remplir l'intervalle & cette feuille en
quittant le ſérieux, Vous pourrez en conclure , fi
vous voulez , que je ne ſuis point confterné , comme
vous l'avez peut- être cru.
Dansle Numero 62 , p. 500 du Courier du Bas-
Rhin , QUELQU'UN ayant eu la politeffe d'écrire
à Mr. Linguet , que s'il différoit de sentiment avec
lui au sujet des Américains , & s'il manifestoit
cette différence , il feroit fáché que Mr. L- envisageát
CETTE CONDUITE comme un manque
de la déférence DUE A LA SUPÉRIORITÉ de fes
Lumieres & de ses talens ; & Mr. Linguet ayant
eu la bonté grande d'aſſurer le Correſpondant , qu'il
ne trouveroit point mauvais qu'on eût pris cette
liberté grande ; je crois devoir faire remarquer , que
fi Mr. L- avoit voulu , dans l'oracle qui fuit cette
condeſcendance , laiſſer quelques blancs à remplir
, chacun pourroit y trouver son compte , &
T'entendre comme il lui plairoit. Il n'en reſſemble
roit que mieux aux anciens oracles : à celui , par
exemple , qui diſoit à Pyrrhus , ajo te Æacida Ro
manos vincere poffe: ou à celui qui avertit Crefus
, qu'il alloit détruire un grand Empire. Vous
allez voir combien fes raiſons ſe prêtent. Je tranfcris
ſes paroles , mutatis mutandis. ,, Je ne fuis
,, ni le partiſan , ni l'ennemi des Anglois. Seule-
" ment , éclairé par la lecture & l'expérience ,
„ j'avoue que rien ne me paroît plus ridicule que
leur querelle . Que veulent- ils ? Que demandent
- ils ? La liberté de l'Amérique leur auroit
elle fait en dix ans , le mal que leur ont dei
fait trois ans de guerre? J'admire toujours que
ود
קי
"
םל
f
F
t
Π
C
C
f
1
C
SEPTEMBRE. 1777. 221
ر ا ک
;, ce qu'on appelle le peuple foit affez fot , pour
,, prendre part dans des querelles , qui n'intéreſſent
jamais que fes Chefs ! Que gagneront , je vous
ود
"
و د
le demande , les Citoyens de Londres , de Brif-
5, tol, de Dublin , Portoient - ils deux bâts aupa
ravant ? N'en porteront- ils point du tout après ?
Voilà à quoi ſe réduit la queſtion en théorie
, &c ." Les blancs remplis dans cette tirade ,
font les Anglois au lieu des Amériquains , Londres
, &c. pour Boston , & la Liberté de l'Amér.
pour le Despotismede l'Angleterre, fi je ne me
trompe : car je cite ces chevilles de mémoire.
"
Quant au compromis que propoſe Mr. Linguer
entre les Chefs , je l'approuve très fort. Eh bien !
mettons en champ clos Washington , & G- G— ,
qui a fait ſes preuves à Minden. Je parie que la
querelle ſe décidera fans effuſion de fang; ou , s'il
en faut abſolument , le dernier faignera du nez .
On ajoute à la fin de l'article , par forme de réflexion
fur le tout , qu'à enviſager les chofes fous
le point de vue de Mr. Linguet , les Américains
auroient pu ſe tenir tranquilles , auſſi longtemps
que le joug de l'Angleterre n'étoit pas plus pefant
& que des tyrans domeftiques , s'ils s'en donnent ,
leur paroîtront bien plus infupportables , que des
maîtres éloignés. Entant qu'on établit Mr. Linguet
défendant de ces thefes , je mets mon Chapeau : car
jo anche ſon Dottore ; & je réponds meo jure.
1º . On fecoue un joug quand on peut , & non
quand on veut: les Américains font plus fürs de
pouvoir fecouer celui qu'on veut leur impofer ,
que celui qu'on auroit pu leur renforcer ; Ergo.
2 °. Les maîtres éloignés , pour être les maîtres ,
envoient des fous -maîtres , bien moins fupportables
que les maîtres domeſtiques : temoin les 80,000
fous - maîtres romains maſſacrés en un jour dans
222 MERCURE DE FRANCE.
L'Aſie mineure , qui ne pouvoit autrement obte
nir juſtice de leurs vexations & de leurs ex
torfions. Ergo &c .
J
LOGOGRYPHE
E fuis le frere d'un jumeau ,
Auquel en tout point je reſſembles
Nous portons le même fardeau,
Et voyageons toujours enſemble.
J'appartiens au regne animal,
Et cependant un végetal
Eſt néceſſaire à ma ſtructure ,
Fait pour foulager la nature ,
Je fers partout également
Le Roi , le Bourgeois , le manant ,
Apluie & vent , grêle & froidure
Je ſuis jour & nuit exposé ;
Ma condition eſt fort dure ,
Aufſi ſuis je bientôt usé.
Quand je fers Chloé , ma figure
Lui vaut parfois des complimens;
Alors les riches ornemens ,
L'or , Vangent , & les pierreries ,
Les plus fuperbes broderies
Ajoutent à mes agrémens.
1
SEPTEMBRE. 1777. 223
ل ا
257
ن ا ت ل گ ر
یک
Oreille longue , grande bouche
Sont mes traits les plus apparens ,
Près de ton chevet je me couche ,
Chloé, deja tu me comprends.
Faut- il mieux me faire connoître ?
Tourne & retourne maintes fois
Sept pieds qui compoſent mon être.
Tu trouveras pluſieurs grands Rois ,
Ce qui ſert toujours à la guerre ,
En procès , ainſi qu'en amour ,
Un Dieu , la fille de ton Pere ,
Une large & longue riviere ,
L'une des quatre parts du jour ;
Ce qu'il faut faire pour s'inſtruire ,
Et pour Ôter la liberté
Au furieux qui voudroit nuire.
Un aliment ſain & vanté ,
Ce que jamais n'eſt l'homme ſage ,
Un arbuſte d'un grand uſage ,
Un laid & farouche animal ,
Un poition , un titre Royal.
Un grand agent en mécanique ,
Un canton du corps Helvétique ,
Une des Tribus , un métal.
Une paſſion dangereuſe
Qui s'empare zifément du coeur ,
Une matiere précieufe,
Ce que doit fçavoir un acteur.
24 MERCURE DE FRANCE.
Une qualité des plus minces ,
Ce qui n'est fait que par les Princes.
Un terrein au milieu des eaux ,
Un ſimple , utile en médecine ,
Ce qui reſte au fonds des tonneaux,
Ce qu'il faut dans toute Cuiſine .
L'animal qur dort tout l'hyver,
Ce qui me fait du mal en mers
Enfin des fleurs les deux plus belles,
Elles meurent dans mon jardin ,
Mais fur ta bouche , & fur ton fein
Chloë ,je les vois immortelles.
:
Par M. L. B. D. L. S.
τ
MAISON D'ÉDUCATION ,
A PARIS ,
TENUE PAR DES DAMES FRANÇOISES Prtestantes
, de bonne famille; elles ont uneMa
fon , avec un joli Jardin ſitué en bon air , pr
du Luxembourg & des nouveaux Boulevars.
La journée est destinée de la maniere Suivante.
LES Démoiſelles ſe levent à ſept heures en E
& à huit en Hiver ; elles s'occupent juſqu'à l'heu,
du dîner des Leçons de Géographie Defle
Li
1
C
1
L
1
SEPTEMBRE : 1777 . 225
ر گ ا
Langues , &c . ſuivant l'intention de leurs Parens
(ces Dames ne se chargeant pas de l'article des
Maitres). On fe promene après dîner ; on prend
enfuite les Leçons de Danſe , Muſique , &c . La
foirée eft deſtinée à former les jeunes Demoiſelles
pour la fociété , c'est- à- dire , qu'une de ces Demoiſelles
invite les autres à venir la paſſer chez
elle; elle en fait les honneurs : ces Dames prennent
ce moment pour enfeigner à ces Demoiselles des
Ouvrages d'agrément , tels que Modes , Broderiès
en tous genres , &c. Pendant ces occupations
une d'elles fait la lecture d'une bonne piece de
Théâtre d'un bon livre d'Histoire . Ces Dames
préſident à toutes les Leçons ; elles ne quittent ja
mais ces Demoiselles , pour lesquelles elles ont une
Femme - de - Chambre de toute confiance pour leur
toilette. Ces Dames ne ſe chargent pas de plus de
quinze Penſionnaires ; avantage que l'on ne trouve
que rarement.
,
,
Elles ont auſſi des appartemens à part pour recevoir
des Veuves ou des Demoiselles d'un age fait,
qui , voulant paſſer quelque tems à Paris , trouveront
chez elles , fociété à part de la jeune Penſion ,
des Domeſtiques fûrs , Ecuries , Remiſes , ce qui
leur occafionnera bien moins de dépenſe que dans
un Hôtel garni . Ces Dames ne s'engageront pas à
les avoir pour moins de trois mois. La Penſion eft
de Soixante louis par an , tant pour les jeunes Demoiſelles
que pour les autres Dames .
Les perſonnes qui voudront avoir de plus amples
éclairciflemens , auront la bonté d'écrire à Mesdames
DE LA CORBIERE , en affranchiſſant
leurs Lettres ; leur adreſſe eſt rue du Fauxbourg
S. Jacques , la deuxieme Porte cochere après la
Grille du Val - de -Grâce .
P
226 MERCURE DE FRANCE.
LA COURTE COLERE.
Sur L'air : O Mahomet ton paradis des femmes.
0Dieu des coeurs , je veux briſfer mes chaines
Je te refuſe à jamais mon encens ;
Je n'ai fenti , ſous tes loix , que des peines
Tes feux cruels m'ont troublé trop longtemps.
O Dieux des coeurs &c
Tes vains attraits ne touchent plus mon ame
J'ai trop ſouffert , Amour , de tes rigueurs
Si j'ai brulé de la plus tendre flamme ,
Devois - je , hélas , ne verſer que des pleurs .
O Dieu des coeurs &c
De ma Thisbé fi tu formas les charmes ,
Si ton fouris l'embellit chaque jour ,
Ah ! tu devois , en lui prêtant tes armes,
D'un de tes traits la percer à fon tour
O Dieu des coeurs &c.
De tes rigueurs je perdrai la mémoire
En célébrant l'aimable Dieu du vin ......
Mais qu'ais- je dit , adieu foible victoire
Thisbé paroft , ma colere s'éteint
•Dieu des coeurs , fon pouvoir fait ta gloire ,
C'eſt dans ſes yeux que je lis mon deſtin.
Par M. D........ à Amsterdam.
(
touj
SEPTEMBRE. 1777 . 226
COUPLETS ſur l'air Vous l'ordonnez & c.
PUISSANT
UISSANT Amour , c'eſt ton feu que j'implore ,
Moins bien que toi Phoebus inſpire un coeur ;
Fais dans mes ſens , fais paffer ton ardeur,
Pour célébrer la Nimphe que j'adore .
Ah ſi pour prix de ma tendreffe extrême
Elle daignoit me payer de retour
Dans mon bonheur je me croirois , Amour
Plus fortuné cent fois que les dieux même.
Par M. de Pauline.
N
QUATRAIN.
ON loin des bords du Ty habite une bergere
Qui
égale
en
beauté
la
mere
de
l'amour
Et
la troupe
des
Ris
l'accompagnant
toujours
(*)
Aux
bergers
du
village
elle
eſt
ſure
de
plaire
.
Par le même.
e ) Ce vers est fort incorrect . Amour ne rime point avec
jours .
P2
228 MERCURE DE FRANCE,
1
1
PIE
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE ,
La Maladie ,
Les deux Fils ,
A Chloé,
La louange intéreſſée ,
Sur un Médecin ,
Léonidas ,
I
nage 5
(
ibid.
11
PA
Σ
12
15
HH
1
I
zbal T
Les fecondes Noces , 14
S
Imitation de J. J. Pontanus,
បូង
Couplets , 15 1
Couplet à M. L. C.
rt
1
Fragment ,
I
Moralité ,
19
I
Vers à M. Willemain d'Abancourt ,
Le Mariage rompu , Proverbe Dramatique , 2
A Son Alteſſe Royale Monfieur , 4
La Mépriſe , +
Le Souge d'Eve ,
Portrait ,
Envoi ,
S
La Pompe d'un grand Empereur ,
Vers à Mgr. l'Archevêque de Rouen ,
5
A Madame la Marquiſe de Bl ...
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Nouvelle méthode pour entrer dans le vrai ſens de
l'Ecriture - Sainte,
C
A
G
M
δ
SEPTEMBRE. 1777. 229
Harangue pour l'ouverture du Palais ,
Mélanges & Fragmens poétiques ,
Traduction de la Pædotrophie de Scévole de Sainte-
Marthe ,
Diſcours fur le Duel ,
Cours d'Education ,
Hiſtoire d'Eric XIV , Roi de Suede ,
Supplément à l'Hiſtoire de la Rivalité de la France
& de l'Angleterre ,
Lettere originali del R. P. Maeſtro Ganganelli ,
La Payſanne Pervertie ,
Principes de Grammaire générale ,
Supplément au Dictionnaire raiſonné des Sciences ,
des Arts & des Métiers ,
Hiſtoire Politique de l'Allemagne , & des Etats cirvoiſins
,
Inſtitutions Phyſico - Méchaniques ,
Difcours pour convaincre l'Incrédule .
Précis des Loix du Goût ,
Traduction de différens Traités de morale de Plu-
68
72
77
80
84
102
110
114
116
125
129
133
136
139
140
tarque. 143
Annonces littéraires , 145
ACADÉMIES , 158
Françoife , ibid.
Harlem,
161
SPECTACLES. 162
Concert ,
ibid.
Opéra , 163
Comédie Françoiſe , 164
Comédie Italienne ,
171
ARTS ,
172
ibid.
Gravures ,
Muſique ,
175
181
Sculpture,
230 MERCURE DE FRANCE.

Cours de Langue Italienne , 187
Géographie , ibid.
Topographie , 185
Bienfaiſance , 189
Variétés , inventions , &c . 190
Vers ſur l'heureux accouchement de Madame la Ducheffe
de Chartres , 194
Vers à M. de Voltaire , 195
Réponſe de M. de Voltaire , 197
Anecdotes.
199
Nouvelles politiques , 202
Préfentations , 209
-d'Ouvrages , ibid.
Nominations, 210
Morts , 212
Loterie , 213
ADDITIONS D'HOLLANDE , 214
Programme de la Société littéraire de Leyde,
Avis concernant la Bibliothéque orientale de M.
d'Herbelot .
217
Lettre d'un Américain en Europe.
Logogryphe.
Maiſon d'éducation proteſtante .
La courte colere , chanſon .
Couplets.
223
224
226
227
Quatrain.



:
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06370 9334
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le