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1776, 05-06, n. 7-8, 07, vol. 1, n. 9 (contrefaçon)
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A 489754
PROPERTY OF
The
University of
Michigan
Libraries
1817
ARTES SCIENTIA VERITAS
1
"
4
t
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
RIS PENINSULAΜ
ΑΜΟΣΝAM
CUMSPICE
AT
20
.M5
17
No
MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
MA I. 1776.
N°. VII.
Mobilitate viget. VIRGILE .
A AMSTERDAM ,
Chez MARC - MICHEL REV
MDCCLXXVI
LIVRES NOUVEAUX.
Qu'on trouve Chez MARC MICHEL REY ,
Libraire sur le Cingle.
COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſunt & de plus curieux
parmi les Animaux , Vegétaux & Minéraux.
CETTI ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme ,
des Minéraux ; celui-ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des oeufs , des
Infectes , des Foiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir en Europe du regne
Végétal de cet Empire. Les Cahiers des Minéraux
offriront tour à tour des Mines & des Foffiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées fur papier au
nom de Jéſus , & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eſt de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau ) de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin . Composé
fur les meilleurs Dictionnaires qui ayent paru juſqu'à
préſent. Diviſé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
de Géographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon , Maître-es-Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maftre de Langue Eſpagnolle.
40. 3 vol. Anvers 1769.
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des Bons
Citoyens. in 12. 1776 .
Burgundyk
11-202-27
153/3 LIVRES NOUVEAUX.
Nouveaux Mélanges Philoſophiques , Hiſtoriques Criti
ques , &c. &c. 8°. tom. 15 à 19 , 1775.
Eſſais Politiques ſur la véritable Liberté Civile , dis
cours adreſſe au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand- Confeil , examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c .
80. 2 vol. Avignon 1775.
de
,
Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de laBor-
Premier Valet - de - Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Eſtampes par I.M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 yol. Gravées
par Moria & Mile. Vendôme. Paris 1773.
Joachim ou le Triomphe de la Piété Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , ſuivi d'un choix de Poëſies
fugitives. Par M. Blin de Saint- More . 8°. Paris 1775
f2:
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
& de Morale , 12. No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie. Paris, 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties .
Oeuvres Diverſes de Mr L... (Eſſai philosophique sur le
Monachisme.) in- 12. 1775.
- Mêlées de Madame le Prince de Beaumont ,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le féjour qu'elle y a faita
Raſſemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil. Pour ſervir de ſuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol. Maestricht 1775 .
Traité des Bois & des différentes manieres deles Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol. Paris , 1771 .
Physiologie des corps Organiſés , ou Examen analytique
des, Animaux & des Végétaux comparés enſemble,
à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , ſous
le titre de Phyſiologie des Mouffes. Par M. de Necker,
Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin ,
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c. &c. 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10.
Poëſies de Société , dédiées à Staniflas II. Roi de Pologne.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1.
Les Récréations de la Toilette . Hiſtoires , Anecdos
tes, Avantures amusantes & intéreſſantes. in- 12. 2vols
Paris, 1775. à f3 : -
Aa
)
LIVRES NOUVEAUX .
J
Monde Primitif , ana'yle & comparé avec le Monde
Moderne &c. 4to. 1773-1775 , 3 Tomes.
Poesie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
Torino. 1757 1768 .
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la So
ciété Royale de Turio , 4to. 4 vol. fig. 1759-1769 .
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'in.
fluence de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame.
Par J. P. Marat , Doct en M. grand in- douze , en
2vol. Amsterdam 1775 à f 2 : 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII volumes de la réimpreſſion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , &les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Planches
fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre. Grand Eve. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , ratiemblées & publiées par
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeffeur à Leyde. 4to.
2 vol . avec XXX Planches en taille-douce. Amst . 1774.
àf8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les
Droits des Souverains , grand in - douze , vol. 1775. à fr: -
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruffes &
les Turcs , travaillée fur des mémoires très - authentiques
, les Cartes & Plans font des copies exactes
fideles de ceux - mêmes qui ont été dreffés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée.
8vo. 1 vol. à f 6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés & les
Indulgeenncceess &c.par Mr.Ch
f3 : 15 de Hollande.
Chais , en 3 vol. 8vo.
Jérusalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle traduction
2 vol. grand in - douze . Paris 1774. à f2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in 8vo. 62. yol. Edition de
Genève.
168522 AA
{}
MERCURE
DE FRANCE.
MAI. 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE.
LES REGLES DE L'O DE.
Vous qu'on ous qu'on révere en Theſſalie (1 ) ,
O Muſes ! guidez mes travaux !
Coule en mon ſein , & Caftalie (2) !
(1) Grande contrée de la Grece , aujourd'hui Janna.
(2) Fontaine au pied du Parnaſſe.
A 3
6 MERCURE DE FRANCE .
!
Que je m'enivre de tes eaux !
Apollon , accorde ma lyre ,
Que ton fouffle divin m'inſpire :
Deſcends me preſcrire tes loix ;
Parle , enſeigne-moi ſur quel mode
On doit & faire & chanter l'Ode ,
Je ſerai l'écho de ta voix.
Foible mortel ! qu'ofes- tu faire ?
Ta main te cueille des cyprès ;
Hélas ! ſur ton front téméraire
Vois retomber tes propres traits .
De Thraſidas (3) le fort funeſte ;
Ce fort eſt le ſeul qui te reſte.
Faire des loix ! quelle fureur !
De tes pareils c'eſt la manie :
Les ſuivre , voilà le génie ,
Voilà ta perte & leur erreur.
1
Hé bien , franchis cette barriere ,
Pars , vole , jeune ambitieux :
Mais tremble que ta tête altiere
Ne ſe briſe contre les cieux.
:
(3) Il conſeilla à Bufiris , pour faire tomber de l'eau ,
de faire immoler les Etrangers qui étoient dans ses
Etats . Le Roi connut qu'il étoit étranger lui-même , &
lui dit : " Je vais commencer par vous à faire pleuvoir."
MAI. 1776. 7
८
Les Dieux puniſſent notre audace :
Le foible auprès d'eux trouve grace ;
Aini s'éleva dans les airs
Le fier , l'impétueux Pindare (4) .
Qui ſe fie aux ailes d'Icare (5 )
Se noie avec lui dans les mers.
Plane au milieu de l'atmosphere :
S'il te faut redouter les cieux ,
Tu dois auſſi craindre la terre ,
Ces écueils font pernicieux .
Suis , imite le ſage Horace (6) ,
(4) Natif de Théves 590 ans avant J. C. pere de
rode , chantre d'Achille & d'Ulyſſe ; il mourut 436 ans
avant J. C. Son style est si sublime , que ſouvent on ne
le comprend pas. Il est encore des Auteurs de nos jours
qui croient , en s'échafaudant , se rendre merveilleux ;
mais je crois que s'ils étoient de bonne foi , ils convien.
droient qu'ils font inintelligibles pour eux-mêmes.
(5) Fils de Dédale ; ils étoient tous deux enfermés
dans le labyrinthe de Crete , que celui- ci avoit conſtruit.
Dédale se fit à lui-même & à Icare des ailes pour se
Sauver de leur prison ; il recommanda àson fils de ne
point s'approcher trop près du Soleil , dans la crainte
que la chaleur ne fondit la cire qui tenoit ses plumes.
Le jeune homme ne profita point de ces ſages conseils ,
& tomba dans un bras de mer auquel il donna son nom .
(6. Poëte Latin très- connu , qui naquit à Venuſe , d'un
Affranchi , 63 ans avant J. C. Il mourut à 57 ans.
A4
8 MERCURE DE FRANCE,
Il fut la route du Parnaſſe (7).
Du parfum né fut chaque fleur ,
L'abeille économe & prudente
Fait ſon profit , & nous préſente
Un mets auſſi doux que flatteur,
Près de ces lieux tu dois entendre
Les airs du Chantre de Théos (8) ;
Ne t'y laiſſe jamais ſurprendre ;
Son luth , le charme de Paphos (9) ,
Flatte peu les neuf Immortelles .
Tels jadis ces monftres femelles ( 10) ,
Sur des rochers harmonieux (11 ) ,
Rendirent la mer de Sicile .
Long- temps en naufrages fertile
Par leurs concerts mélodieux.
Avec un apprêt trop ſévere
(7) Mont de la Phocide consacré aux Mules.
(3) Anacreon étoit de Théos , il naguit environ 53
ans avant J. C. & mourut à l'age de 85 ans. Son ftile
eft délicat & aisé , méme trop aise ; l'Ode d'ailleurs demande
des fujets plus élevés que ceux qu'il a traités,
(9) Ville de l'Isle de Chypre consacrée à Vénus.
(1c) Les Sirenes.
(II) Claudien dit que les Sirenes habitoient sur des
rochers harmonieux dans la mer de Sicile ; écueils où les
Voyageurs alloient échouer fans regret & expiroient dans
Penchantement.
MAI. 1776.
4
Monter au Pinde (12) eſt un haſard :
Le Dieu du goût ,, ce Dieu préfere
Un beau déſordre enfant de l'art .
L'art dégrade-t-il la nature
Quand il emprunte ſa figure ?
Vit-on fur les bords du Cidnus (13)
D'Antoine (14) la célebre Amante
Et moins belle & moins ſéduiſante
Avec les habits de Vénus (15) ?
Sois le maître de tou génie ,
Avec ſageſſe prend l'eſſor ,
Et fais qu'une fleur ſoit ſuivie
D'une autre fleur plus belle encor.
Le dégoût bien ſouvent fuccede
า
(12) Mont entre la Thessalie & PEpire, consacré aux
Muses.
(13) Fleuve de Tarſe ſur lequel Antoine vit Cléopatre
pour la premiere fois.
(14) On connoitles amours de Marc-Antoine le Triumvir
& de Cléopatre , Reine d'Egypte.
(15) Quand Cleopatre alla trouver Antoine en Cilicie ,
elle s'embarqua fur le Fleuve Cidnus ; la poupe du Bdtiment
qui la portoit étoit d'or , les voiles de pourpre ,
les cordages de soie & d'or , les rames d'argent. Elle
aborda au ſon des instrumens ; elle étoit couchée sous un
pavillon tissu d'or , elle étoit à moitié nue & n'avoit que
les habillemens ſous lesquels on a coutume de représenter
Vénus,
A 5
TO MERCURE DE FRANCE.
Au merveilleux qui le précede.
Va voir le matin dans nos champs ,
Va voir s'élever l'alouette ,
Va voir la conduite difcrete
Et de fon vol & de ſes chants.
!
Par un Affocié de Académie d'Angers,
SALADIN ou le Plaideur généreux.
C
ERTAIN Guerrier de Tartarie ,
Que l'on nommoit Aboul-Cazem ,
Quittant ſa ſauvage patrie
Se rendit à Jérusalem.
L'objet de ſon pèlerinage
Etoit l'opulent héritage
D'un frere aux faints lieux décédé :
Il comptoit en jouir fans peine;
Mais avant tout , par droit d'aubaine ,
Le fiſc en avoit hérité.
Conquérant de la Ville ſainte ,
Saladin , par ſes douces loix ,
Tempéroit le deuil & la crainte
Qu'avoient excité ſes exploits.
Le Tartare , avec pétulence ,
Oſa demander au Cadi
MAI. 1776: II
Des biens ſaiſis la délivrance :
Surpris d'un trait auſſi hardi ,
Le Juge ſurſeoit la ſentence.
D'ailleurs juger un différend
Qui regardoit un Conquérant ;
L'entrepriſe étoit dangereuſe,
Il conta le fait au Sultan ,
Dont l'ame grande & généreuſe
Pouvoit aider ſon jugement.
Il n'oublia pas la licence
Dont avoit uſé le guerrier ;
Mais imputant ce ton d'aiſance
Soit au climat , ſoit au métier ,
Loin d'en ſolliciter vengeance ,
Il en plaiſanta le premi er.
Roi , dit-il , plus grand qualexandre ,
Toi , dont les bienfaits , les vertus
Enchaînent cent Peuples vaincus ,
Dicte l'arrêt que je dois rendre ;
Dois-je , en adouciſfant les loix ,
Au demandeur être propice ,
Ou faut-il maintenir tes droits ?
Saladin répond : Fais juſtice;
Themis aveugle & fans caprice
Se doit au Peuple comme aux Rois,
D'aprés un tel ordre ſuprême
Le Juge ajourna les Plaideurs :
Tout ſe termina ſans longueurs ;
Le Sultan comparut lui-même.
Voir un i grand Prince debout
12 MERCURE DE FRANCE.
1
Plaider comme un fimple Tartare ,
Sembloit un ſpectacle bizarre.
Le vrai mérite oublioit tout.
Le Scythe ignoroit la pratique ,
Et le droit d'aubaine & les loix :
Des dards , une hache , un carquois ,
Compofoient toute ſa logique,
Il réclame tout uniment
Les biens que poffeda fon frere :
D'après maint ſolide argument
Qu'aidoit le droit de Conquérant ,
Le Prince obtient un jugement
Qui condamne fon adverfaire.
Aboul- Cazem , loin du Cadi ,
Alloit déplorer ſa défaite ,
Quand le vaillant Prince attendri
Ordonne auffi- tôt qu'on l'arrête .
Le Scythe trembloit pour ſa tête.
Le Conquérant qui démêloit
De la franchiſe , un coeur bien fait
Sous le fombre maintien du Scythe ,
Lui dit , en lui tendant la main :
Vois fans frayeur un Souverain
Qui connoît le prix du mérite,
Pour avoir les biens délaiſſes
D'autres fe ſeroient adreſſés
Sans doute à ma bonté propice;
Toi , préſumant ce Tribunal
Entre nous deux impartial
Tu n'invoquas que ſa juſtice,
MAI. 1776. 3
Qu'aux yeux dun Vainqueur généreux
Ce tacite hommage a de charmes !
Ami , reviens de tes alarmes ;
N'attends qu'un fort avantageux .
Des biens éloignés de Scythie
T'arracheroient à ta patrie ;
Reçois-en deux fois la valeur :
Vole oublier un jour de peine
Sur les rives du Boristhene ,
Pendant un fiecle de bonheur.
Que ne puis - je en ces doux aſyles ,
Où des vergers , des champs fertiles ,
D'un Peuple humain comblent les veux ,
Paffer les momens inutiles .
Où je ne fais pas des heureux !
Cadi , modele de prudence ,
Souviens-toi que la vigilance
Qui doit au vice un châtiment ,
Veut qu'on couronne le mérite ,
Sous tel humble toît qu'il habite ,
Et que le ton de courtiſan
N'eſt pas le partage d'un Scythe :
Apprends auffſi que fa candeur
Eſt préférable à l'art trompeur
D'un infidieux politique :
Qu'être admis au foin précieux
De la félicité publique
Par un Prince judicieux ,
C'eſt de ton emploi glorieux
L'attribut le plus magnifique.
1
T
Par M. Flandy.
14 MERCURE DE FRANCE.
VERS adreſſés à Monsieur le Comte
DE MONTBOISSIER.
QUEULELLLEE foule , bon Dieu!& quels cris d'alegreſſa
Se font entendre autour de moi !
Comte , fi vous voyiez comme ici tout s'empreſſe
Pour applaudir au choix du Roi !
Chacun dit que Louis aujourd'hui récompenſe
Et vos vertus & vos exploits.
Aux accens de toute la France
Me ſera-t- il permis d'unir ma foible voix ?
Ils font gravés dans notre hiſtoire ,
Et le François encor rappelle en ſa mémoire
Ces jours où l'on vous vit , plein d'une noble ardeur
Du foldat épuisé ranimer la valeur ,
De cent foudres d'airain affrontant la tempête ,
Autour de vos drapeaux ranimer les fuyards ,
Et courant avec eux à de nouveaux hafards ,
De l'heureux Frédéric arrêter la conquête ( 1 ).
Mais , Comte , chaque fiecle a produit ſes Guerriers
Et leurs trop funeſtes lauriers
(1 ) Le Comte de Montboiffier eut deux chevaux
tués ſous lui à Rosbak , où il commandoit une division ,
étant alors Lieutenant Général.
ง
MA I. 1776. 15
Sont toujours atrofés de larmes.
Qu'au milieu de la paix vos vertus ont de charmes !
Qu'il eſt beau de vous voir dans les tems malheureux
A vos nombreux vaſſaux prodiguer vos richeſſes ,
Offrir à l'indigent un ſecours généreux ,
Et le nourrir de vos largeſſes (2)!
Tantôt parcourant les guérêts ,
Inſtruit des ſecrets de Cérès ,
Vous donnez au laboureur même
Des leçons de cet art qu'enſeigna Triptoleme (3 )
Oui , c'eſt dans le beau rang où Dieu vous a place,
Qu'il eſt beau de s'égaler au vulgaire ;
De l'orgueil des Puiſſans le foible eſt offenſé ,
Et la haine publique eft fon juſte ſalaire ,
Tandis qu'heureux par vos bienfaits
Les Peuples béniront fans ceſſe
Un Monarque dont la ſageſſe
Amis le comble à leurs fouhaits .
Louis , du bien de ſes ſujets
Fit toujours ſa plus chere envie ;
Il fait qu'en tout temps occupé
Du ſoin de ceux qu'il lui confie,
De ſon propre intérêt Montboiffier peu frappe,
Pour le bonheur des fiens toujours ſe ſacrifie.
:
Par M. l'Abbé Legros.
(2) Les bleds étant fort chers, il en fit distribuer
àbas prix à tous ses vaſaux.
(3) ll eft de plusieurs Sociétés d'Agriculture.
6 MERCURE DE FRANCE.
LA RÉMOULEUSE.
Conte.
CERTAIN Gagne- Petit , jeune & taille , ma foi !
Pour gagner gros fur un coeur de fillette ,
S'en alloit dans un bourg chantant la chansonnette.
On m'a dit qu'il étoit auffi content qu'un Roi ;
Je dis qu'il l'étoit plus : car rouler la brouette
Et conduire un état ne font pas même emploi .
1
On ſe laffe à force d'ouvrage.
Mon gars bailla , puis dans un coin
S'en fut dormir vingt pas plus loin ,
Dos contre mur , poing ſous vilage ,
Liſe vient à paſſer ; Life eut toujours l'eſprit
Vif, enjoué , folâtre & ruſé. Life rit ,
Voit la brouette , s'en approche ,
Prend des ciſeaux dans le fond de ſa poche ,
Met un pied où l'on fait , range ſon cotillor ,
Et du ſabot percé tire le goupillon .
-L'eau tombe goutte à goutte , &les ciſeaux de Life
Rafant la meule en feu s'aiguiſent à ſa guife ,
C'eſt- à - dire affez mal ; pour furcroft de malheur
› Le cri du grais qui s'uſe éveille le dormeur.
Il ſe leve , il accourt : elle veut fair & tombe.
Quand on a le pied pris , force eſt que l'on fuccombe.
Life s'agite , hélas ! fans ſe débarraſſer.
Tolle
(
MAI. 1776 17
Telle on voit une pauvre grive
Que par la patte un fil vient d'enlacer ,
Se débattre & ſe trémouſſer ,
Sur-tout quand le Chaſſeur arrive.
Le Rémouleur demanda de l'argent.
„ Je n'en ai point , lui dit la Belle ,
Et mon affaire en eſt plus criminelle ;
,,Mais pour te payer autrement ,
» Prends moi vite un baiſer comptant. "
Soit par timidité , ſoit plutôt par malice,
Il lui jura , d'un air novice ,
:
11
Qu'il n'en prendroit qu'un ſeulement.
Un ferment fi nouveau déplut à la Bergere ,
Qui dit , en lui donnant ce baiſer de franc jeu :
"
„ Frippon , puiſque tu prends & peu ,
Je vais chercher encor les ciſeaux de ma mere, "
B
Par M. Auguste
18 MERCURE DE FRANCE.
J
A Mademoiselle COLOMBE , jouant le
rôle de Bélinde dans la Colonie.
Ainsi de fiere Aufonie INS
Colombe , tu nous rends les chants les plus brillans :
En vain la critique & l'envie
Armeroient contre toi leurs efforts impuiſſans.
Aimable enfant de la nature , :
Par quel fon de voix enchanteur ,
De l'art furpaſſant l'impoſture .
Tu fais ravir l'ame du Spectateur ;
Vénus applaudit à ta gloire ,
Elle-même prend ſoin d'embellir tes attraits ;
Son fils , quand tu parois , eſt für de la victoire ,
Dans tous les coeurs tu fais paſſer ſes traits .
Pourſuis ta brillante carriere ,
Au milieu des plaiſirs , des ſuccès éclatans ,
L'Amour couronne tes talens
Au Théâtre ainſi qu'à Cythere.
Par M. R...
MAI. 1776. 19
A Monsieur MOLÉ , à l'occaſion d'une
Fête qu'il donnoit.
Sous
2
ous des lauriers les jeux te ſont permis ;
Il doivent près de toi voler quand tu l'ordonnes :
La gloire fans doute a fon prix ;
Mais toujours quelqu'épine eſt jointe à ſes couronnes :
Sois le plus gai de tous ſes favoris :
Moque-toi des jaloux : tu plais , ils font punis ,
Et punis doublement , puiſque tu leur pardonnes.
Au Public échappé , dépêche-toi , jouis ;
Et riant pour ton compte au ſein de tes amis ,
Paye-toi par tes mains du plaiſir que tu donnes.
ParM. D
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITAPHE de M. COLARDEAU.
CI GIT le tendre écho des regrets d'Héloïſe.
Nous admirions ſa muſe auprès de Pope affife .
Au midi de ſes jours faut-il que l'Univers
Donne à ſa mort les pleurs qu'il gardoit pour ſes vers ?
EPITRE AUX POETES MODERNES.
AM
ANS des Muſes , pauvres diables ,
Qui coarez à la gloire au milieu des fifflets ,
Et qui vivez bien miférables
Dans le riſible eſpoir de ne mourir jamais ,
Vous arrivez trop tard ; Apollon ſe repoſe :
Il laiſſe pendre aux chênes d'Hélicon
Sa vieille couronne de roſes ;
Dans l'âge heureux de la raiſon ,
On n'eſt plus rien que par la profe.
La rime agoniſante a perdu ſon renom ;
Au beau ſexe lui-même elle a ceſſé de plaire ,
Témoin nos femmes du bon ton :
Un luth galany ne fauroit les diſtraire.
De la maitreffe de Cléon-
J'ai vu gemir la chiffonniere
Sous le grave poids de Bacon .
MAI, 1776. 21
Lock enivre Cloé; Liſe la minaudiere
Anone doctement Collins & Warburton ,
N'applaudit , n'admire/ Voltaire
Que quand il explique Newton ,
Ou raiſonne ſur la lumiere.
Doris , raffole de Platon ,
Découvre un monde imaginaire , 1
Avec Deſcartes habite un tourbillon ,
Goûte Tyco-Brahé , veut expliquer la ſphere ,
Et croiroit déroger en lifant Pavillon.
Qu'êtes-vous devenus , Hôtel de Longueville ,
Boudoirs de Sceaux , Jardins d'Anet !
Les jeux aux vrais talens ouvroient le triple aſyle ,
La riante beauté ſans orgueil y brilloit ,
Et la Muſe la plus facile
Etoit celle qu'on accueilloit.
1
Dans un Temple charmant que le Goût ſe rappelle
Et dont lui ſeul étoit le Dieu ,
L'Amour avoit une chapelle
Que deſſervoit le Grand Prêtre Chaulieu :
Pontife un peu goutteux , mais célébrant fidele ,
Et digne en tout des Prêtreſſes du lieu.
Là jamais n'entra la ſageſſe ,
Amoins qu'elle n'eût pris un hochet à la main ,
Et n'eût ſemé des fleurs fur le chemin
Qui mene l'homme à la vieilleſſe.
On n'y difoit pas quatre mots
Sur la cherté des grains ou des effets royaux ;
Les Miniſtres régnans , leur faveur , leurs diſgraces
Ne venoient point attriſter les propos ;
1
B 3
22 MERCURE DE FRANCE,
>
En choeur on y buvoit aux Graces ,
Ou , s'il étoit aimable , on chantoit un Héros .
Aujourd'hui quelle différence !
L'ennui préſide à nos repas ,
On n'y rit plus , on n'y boit pas :
Des buveurs d'eau la froide engeance
Ofe armer Comus d'un compas ,
A ſes côtés fait aſſeoir l'abſtinence ,
Et regle à l'entremets le deſtin des Etats.
Et puis faites des vers ! Par-tout des froids Ariſtes ,
Des gens ſombres , des protecteurs ..
Citez-moi , s'il vous plaît , deux accidens plus triſtes
Que des diners d'Agriculteurs
Et des ſoupers d'Economiſtes ?
J'aime les Fous à table & non pas les Docteurs.
Par M. D.
MAI. } 1776. 23
LETTRE à M. le Marquis de*** avec
l'extrait d'un Livre intitulé : Recit vé .
ritable de la naiſſance de Meſſeigneurs
& Dames les Enfans de France (de
Henri IV & de Marie de Médicis )
avec les particularités qui y ont eſté &
pouvoient eſtre remarquées. Par Louiſe
Bourgeois , dite Bourfier , Sage- Femme
de la Royne *.
J
A peine a- t- on connu la moitiéde son ame!
L'EDITEUR.
E conçois votre impatience , mon cher
Marquis. Si les moindres particularités
de la vie privée des grands hommes ,
ont toujours droit d'intereſſer les coeurs
ſenſibles , il n'eſt pas étonnant que vous
aſpiriez ſi vivement après l'extrait d'un
ouvrage ignoré juſqu'ici , & où le bon
naturel du plus grand & du meilleur de
nos Rois , ſe trouve peint , pour ainſi
dire , en action , par une main qui ne
fauroit être ſuſpecte.
• A Paris , chez Melchior Mondier , en l'ifle du Paaux
deux Viperes; 1625 , in- 12. lais , rue du Harlay
Avec privilege du Roi.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais n'ai-je point à craindre , en cé
dant à vos deſirs , & fur- tout dans un
fiecle auſſi poli & auſſi délicat que le
nôtre , d'encourir une eſpece de ridicule,
en retraçant des moeurs , qui paroîtront
peut - être auſſi gothiques qu'incroyables ,
aux élégans Légiflateurs de nos Bureaux
d'esprit , ainſi qu'aux merveilleuses , toujours
ſi emphatiquement prônées par leurs
affidus commençaux , & ſouvent ſi peu
dignes de l'être ?
C'eſt donc pour vous , uniquement ,
mon cher Marquis , pour vous dont
l'ame toujours neuve eſt au- deſſus des
délicateſſes du jour , que j'entreprends
l'eſtampe d'un tableau , où vous verrez le
bon Henry , dans ſon ménage , éprouvant
tous les ſentimens qu'inſpire la nature ,
s'y livrant ſans rougir , ainſi qu'un bon
& franc Bourgeois ;& dès- là , s'il ſe peut ,
plus cher qu'il ne l'étoit encore , à ceux
dont l'ame eſt faite pour s'applaudir d'avoir
quelques rapports avec celle du vrai
Héros , que chaque jour fait encore mieux
connoître.
Après ceci , mon cher Marquis , c'eſt
la Boursier qui va parler , quoiqu'un peu
moins poſitivement que dans ſon livre.
La premiere groſſeſſe de Marie de Mé-
1.
MAL. 1776 25
dicis , eſtant déclarée , on ſongeoit à lui
donner Madame Dupuis pour Sage- Femme
: ce que la Royne n'avoit gueres agréable...
ce qui engagea les Médecins à en
chercher une ſeconde pour travailler avec
la Dupuis. Mais le Roy , prévenu en
faveur de cette femme , (qui avoit ſervi
la Ducheſſe de Beauford) , ne vouloit
point que la Royne en viſt ni entendit
parler d'aucune autre ; & dit même , en
ſe fafchant , que la premiere personne qui
en parleroit à la Royne , il lui monstreroit
qu'il lui en desplairoit.
Cependant eſtant protégée par lesMédecins
, par Madame Conchine , & autres
Dames de la Cour, je fus préſentée ſecrettement
à la Royne, qui leur dit naï.
vement : que veut - on que je faſſe? leRoy
veut m'en donner une qui ne me plaiſt pas :
il faut bien que je paſſe par là !... Affurezla
pourtant , (dit-elle , quelques jours après,
à Madame Conchine) , que jamais autre
qu'elle ne me touchera.
Quelques jours après * , le Roi prêt à
• L'Editeur fupprime un grand nombre de circonſtances
affez indifférentes , & fur-tout les intrigues de la
Cour en faveur des deux rivales .
B5
6 MERCURE DE FRANCE.
partir pour la Picardie , dit à ſa femme :
ma mie , vous partirez après moy pour Fontainebleau
(ou la Royne devoit faire ſes
couches ) , où vous ne manquerez de rien
qui vous foit néceſſaire. Vous aurez Madame
ma foeur , qui est la meilleure compagnie
du monde , &c. vous aurez enfin Madame
Dupuis , votre Sage- Femme A quoi
la Royne commença a branfler la tête , &
dit: La Dupuis ?... je ne me veux fervir
d'elle.
Sur quoi le Roi , demeurant fort estonné
: comment , ma mie , (lui dit- i') ,
avez- vous attendu mon département pour
me dire que vous ne vouliez pas de Madame
Dupuis ? ... Eh ! qui voulez - vous
donc?
Je veux , (ſe dit elle) , une femme encore
affez jeune , grande , & allégre , qui
a accouché Madame d'Elboeuf, & laquelle
j'ay veue à l'hostel de Gondy- Comment ,
ma mie ! eh ! qui vous l'a fait voir ? ...
Est - ce Madame d'Elboeuf ? - Non ; elle
est venue de Joy. -Je vous affeure , (reprit
Je Roi) , qui ni mon voyage , ni affaire
que j'aye , ne me mettent en peine comme
cela.... que l'on m'aille chercher M. du
Laurens.
Ce premier Médecin tranquillifa le
MAI. 1776 27
Roi ſur ma capacité. Il en voulut pourtant
le témoignage de la part d'une douzaine
de femmes de qualité , qu'on lui
dit que j'avois ſervies ; & conſentit après
cela aux deſirs de la Royne.
Le lendemain du départ du Roi , elle
me fit appeler.... je fus introduite par
Mademoiselle de la Renouilliere , ſa premiere
Femme de Chambre , qui lui dit :
Madame , voici la Sage-Femme que Votre
Majesté a choisie... Oui , s'écria la Royne) ,
je l'ai choiſie ; je la veux : je ne me trompay
jamais en chose que j'ay choisie...
qu'elle s'approche.
La Royne , en me voyant , ſe prit à
rire , avec une couleur vermeille qui lui vint
aux joues , me dit de la venir voir le lendemain
au lict , fit commander au Tapisqer
d'en tenir un prêt pour moi ,& m'ordonna
de préparer mon coffre pour partir
avec elle dans trois ou quatre jours.
Au départ pour Fontainebleau , je
fus miſe dans le carroſſe de la Royne ,
dans lequel eſtoit Madame de Guercheville
, avec Madame Conchine , chacune
à une portiere , & Maistre Guillaume , le
fol du Roi , que l'on mit du côté du cocher.
Le voyage ſe fit en deux jours. La
1
28 MERCURE DE FRANCE.
couchée du premier ſe fit à Corbeil , en
une hostellerie , où il n'y avoit qu'une me-
Schante petite chambre , baſſe de plancher ,
bien étouffée , pour la Royne ; & l'on mit
coucher les Femmes de Chambre & moi ,
dans ce qui eſtoit marqué pour le cabinet
de Sa Majefté... Il n'y avoit avoit mesme
entre fon lict & le mien , qu'une petite
cloifon de torchis .
Le diſné fut à Melun , au logis de M.
de la Grangele Rai , où il n'y avoit aucuns
meubles ; & fur - tout il y avoit de
groffes pierres , au lieu de chenets... L'on
avoit fait du feu , encore que ce fuft vers
la fin d'Aoust , car il ne faisoit pas trop
chaud... Tandis que la Royne avoit le
dos tourné au feu , des buſches , qui
eſtoient extrêmement groſſes , vinrent à
esbouler... Festois au jambage de la cheminée
; je me jette à bas pour en arrester
une grofje ronde & très- forte , qui alloit tombersur
les talons de la Royne , & qui l'eust
infailliblement fait tomber en arriere dans
le feu... Voilà le premierfervice que j'eus
l'honneur de lui rendre , & au Roi qu'elle
portoit.
Arrivée à Fontainebleau , je ſuivis la
Royne en fa chambre , d'où je ne bougeay
que pour manger & dormir...
MA 1. 1776. 20
1
Mademoiselle de la Renouilliere me dit ,
de la part de Sa Majefté ; qu'arrivantfon
accouchement , je ne m'eſtonnaſſe d'aucune
chose que je peuſſe voir ou entendre... Qu'il
Se pourroit faire que quelques perſonnes
faſchées de ce qu'elle m'avoit priſe , me
pourroient dire ou faire quelque chose pour
me fafcher ou intimider Que cela arri.
vant , je ne m'en fouciaſſe nullement.....
Que je n'avois affaire qu à elle ; & qu'elle
n'entreroit jamais en doute de ma capacité...
Que je fiſſe d'elle enfin ainſi que
de la plus pauvre femme de fon Royaume ,
& de fon enfant , ainsi que du plus pauvre
enfant...
:
Souvent la Royne me demandoit.ce
que je penſois qu'elle duſt avoir ? .. Je
Pauſſuois qu'elle auroit un fils... & véritablement
, je dirai ce qui me le faifoit
croire : je la voyois fi belle , & avec un fi
bon tein , l'oeil si bon & fi clair , queselon
les préceptes que tiennent les femmes , ce
devoit être un fils .
Huit jours avant l'accouchement , le
Roi arriva de Calais , ce dont la Royne ,
Madame , & toute la Cour , furent grandement
réjouis ... J'en avois une joie
meſlée de crainte , n'ayant point encore
eu l'honneur d'avoir eſté vue de Sa
Majefté.
30 MERCURE DE FRANCE.
1
Le lendemain, mon devoir m'ayant
conduite chez la Royne : ma mie , ( lui
dit - il) , est- ce cy votre Sage- Femme ? ...
Elle dit , qu'ouy. Sur quoi , le Roi me
voulant gratifier: ma mie , ( ce dit- il ) ,
je crois qu'elle vous fervira bien : elle m'a
bonne mine... Je n'en doute point , (repric
la Royne) , je l'ai choisie ; & diray , que
je ne me trompay jamais en chose que j'ay
choisie.
Le Roi me dit alors : Sage . Femme ,
il faut bien faire... c'est une chose de
grande importance que vous avez à manier.
Je lui dis: j'espere , Sire , que Dieu
m'en fera la grace !. Je te crois me ditil
.... & s'approchant de moi , me dit
tout plein de mots de gaufferie. C'eſtoit ,
qu'eſtant aux couches de Madame la Ducheſſe
, Madame Dupuis vivoit avec une
grande liberté auprès de lui ; & qu'il croyoit
que toutes celles de cet état fuſſent ſemblables.
Sur quoi , M. le Duc d'Elboeuf entrant ,
& me voyant, me dit : ma bonne amie ,
j'ai une grande joie de vous voir ici ! ...
A quoi , le Roi lui dit : Comment ,
coufin ! vous cognoiſſez la Sage - Femme
de ma femme ? Oui , Sire : elle a relevé
la mienne , qui s'en est bien trouvée.
-
MAI. 1776. 31
Ma mie! s'écria le Roi , en allant à la
Royne : voilà mon cousin d'Elboeuf, qui
cognoit votre Sage- Femme , & qui en fait
état. Cela me resjouit , & m'en donne
l'aſſeurance grande.
Le lendemain , la Royne me dit :
fitoft que je feray accouchée , je cognoistray
bien, en vous voyant , quel enfant
cefera.
Je fuppliay Sa Majeſté de croire ,
qu'elle n'y pourroit rien cognoistre : d'autant
qu'il estoit grandement dangereux ,
en ce cas, d'avoir joye ny deſplaisir , qu'on
ne fust bien hors d'affaire ; & que la joye
& la triſteſſe avoient un même effet , qui
étoit capable de caufer les plus grands accidens
;. que je lafuppliois mesme , de ne
s'en point informer .... & que jeferois triſte
mine , encore que ce fuſt un fils , afin qu'elle
ne s'en eſtonnast.
Le Roi entrant , ſur l'heure , voulut
ſavoir de quoi nous parlions... Sur quoi ,
il répondit : que si c'eſtoit un fils , je ne le
dirois pas doucement , mais que je crierois
tant que je pourrois ; & qu'il n'y avoit point
de femme au monde , qui en une telle affaire
eust pouvoir de ſe taire.
Mais je fuppliai Sa Majeſté de croire ,
que je me faurois taire , puiſqu'il y alloit
A
32
MERCURE DE FRANCE.
de la vie de la Royne ; ... & qu'outre ce,
il y alloit de l'honneur des femmes , que
j'estois obligée de Soutenir.
Mademoiselle de la Renouilliere , premiere
Femme de Chambre , me demanda ,
en grace , de lui faire un ſignal , afin
d'avoir l'honneur de le dire , la premiere
au Roi. Le ſignal fut , que si c'eſtoit un
fils je baiſſerois la teste , en figne que
tout alloit bien ; & au cas contraire , que
je la renverferois en arriere.
Mais Gratienne , auffi Femme de
Chambre , qui m'aimoit fort , m'ayant
auſſi perſécutée pour un ſignal ; je me
trouvay dans un grand embarras... Eh
bien , (me dit-elle) , pour ne point vous
faire d'affaires avec la Renouilliere ; ditesmoi
, tout haut , dès que la Royne fera
accouchée d'un fils: ma fille , chauffezmoi
un linge ?
Comment , & en quel temps la Royne
accoucha.
La nuict du 27 Sept. 1601 àminuict ,
le Roi m'envoya appeler , pour aller voir
la Royne , qui ſe trouvoit mal... Le Roi
me dit , en entrant : venez , venez , Sage-
Femme ? ma femme eſt malade : recognoiffez
,
(
MAI. 1776. 33
1
noiſſez , fi c'eſt pour accoucher : ... ce
qu'ayant recognu , je l'aſſuray qu'ouy .
Ma mie , dit le Roy à la Royne , vous
Savez que je vous ay dit , par plusieurs
fois , le besoin qu'il y a que les Princes
du Sang foient à votre accouchement Fe
vous supplie de vous y résoudre : c'est la
grandeur de vous & de votre enfant !
A quoi la Royne répondit : qu'elle
avoit toujours été résolue de faire tout ce
qui lui plairoit.
Je fai bien , ma mie , (repliqua- t-il,)
que vous voulez tout ce que je veux : mais
je cognois votre naturel , qui est timide &
honteux ; & je crains que ſi vous ne prenez
une grande résolution , les voyant cela ne
vous empeſche d'accoucher. C'est pourquoi .
de rechef, je vous prie de ne vous eftonner
point , puiſque c'eſt la forme qu'on tient
au premier accouchement des Roynes.
Environ une heure après minuict , le
Roi , vaincu d'impatience de voir fouffrir
la Royne , & croyant que les Princes
n'auroient pas le temps de venir , les
envoya querir : qui furent , Meſſeigneurs
le Prince de Conty , de Soiſſons , & de
Montpensier.
Et le Roy diſoit , en les attendant : fi
jamais l'on n'a veu trois Princes en grand
C
34
MERCURE DE FRANCE.
point , l'on en verra tantoſt , car ils font
tous trois grandement pitoyables & de bon
naturel , qui voyant fouffrir ma femme ,
voudroient pour beaucoup de leur bien ,
estre bien loin d'ici !
Il arriverent tous trois avant les deux
heures. Mais le Roy ayant ſçeu de moy ,
que l'accouchement n'eſtoit pas ſi proche
, les renvoya chez eux , & leur dit
qu'ils ſe tinſſent preſts quand il les envoyeroit
appeler...
Alors , tous les Médecins du Roy &
de la Royne furent appelés pour voir la
Royne ; & auffi- tôt ſe retirerent en un lieu
proche.
Les Dames que le Roy avoit réſolu
qui ſeroient appelées , eſtant arrivées ; il
fut apporté , fous le grand pavillon de
toile de Hollande une chaise , des fiéges
pliants , & des tabourets , pour affeoir le
Roy, Madame sa soeur , & Madame de
Nemours.
Sur les quatre heures du matin , une
grande colique ſe meſla parmy le travail
de la Royne , & lui donna d'extreſmes
douleurs , fans avancement... De fois à
autres , le Roy faiſoit venir les Médecins
voir la Royne , & me parler ; auxquels
je rendois compte de ce qui fe paſſoit ;
(
MAI. 1776. 35
& la Royne fouffroit plus de ſa colique
que d'autre choſe.
1.
Les Médecins me demanderent : fi
c'estoit une femme où n'y eust que vous
pour la gouverner , que feriez vous ?
Je leur propoſay des remedes qu'ils
ordonnerent à l'inſtant à l'Apothicaire.
Les Reliques de Madame Sainte Marguerite
, estoient sur une table dans la
chambre ; & deux Religieux de Saint Germain
des - Près , qui prioient Dieu Sans
ceffe.
Le mal de la Royne dura vingt & deux
heures & un quart. Elle avoit une telle
vertu , que c'estoit choſe admirable ; ... &
pendant un fi long- temps ,le Roy ne l'abandonna
nullement. Que s'il fortoit pour
manger , il envoyoit ſans ceſſe ſavoir de
fes nouvelles ...
J'eſtois ſur un petit ſiége devant la
Royne ; laquelle étant accouchée , je miš
Monfieur le Dauphin dans des linges &
langes , dans mon géron , fans que personne
Sçust , que moi , quel enfant c'eſtoit.
Le Roi vint auprès de moi , comme
je regardois l'enfant au viſage , & que
le voyant foible , je demandois du vin
à M. de Lozeray , avec une cuiller...
Le Roy print la bouteille , & je lui dis :
)
C2
36
MERCURE DE FRANCE.
Sire , si c'estoit un autre enfant , je mettrois
du vin dans ma bouche & lui en donnerois
, de peur que la foibleſſe ne duraſt
trop. Sur quoi , le Roi me mit la bouteille
contre la bouche , & me dit : Faites
comme à un autre Alors j'emplis ma
bouche de vin , & lui en foufflay: & à
l'heure même , il revint , & favoura le vin
que je lui avois donné...
Je vis le Roy triſte & changé , s'eftant
retiré de moi ; d'autant qu'il ne ſçavoit
quel enfant c'eſtoit.
Il alla du coſté du feu ; & je cherchai
des yeux Mademoiselle de la Renouilliere ,
pour lui donner le ſignal convenu , afin
qu'elle allaſt ôter le Roy de peine. Mais
elle baſſinoit le grand lict... Alors , appercevant
Gratienne , à qui je dis : Chauffez-
moi un linge. Je la vis aller gayement
au Roy ; lequel la repouſſa , & ne
la vouloit croire , parce qu'il avoit vu te
contraire à ma mine , &fe croyoit fûr que
c'estoit une fille...
Sur quoi , Gratienne lui dit : Sire , elle
vous a prévenu qu'elle la feroit telle.
Mademoiselle de la Renouilliere , qui
arriva , & qui vit le Roi ſe faſcher avec
Gratienne , vint à moi ; & ſur le ſignal
que je lui fis , elle détrouſſafon chapperon ,
MAI .
37
1776.
alla faire la révérence au Roy , en l'aſſurant
, non- feulement que je lui avois fait
le ſignal , mais encore , que je le lui
avois dit à l'oreille.
La couleur , alors , revint au Roy ; ..
il vint à moy , paſſant à coſté de la Royne
s'abaiſſa , mit ſa bouche contre mon
oreille , & me demanda : Sage - Femme ,
est ce un fils ? .. Et fur ce que je lui dis ,
qu'ouy ; ... ne me donnez point de courte
joie ? (me dit - il,) car cela me feroit
mourir !
Je développai alors , un petit , Monficur
le Dauphin , & lui fis voir que c'es
toit un fils ; mais de façon que la Royne
n'en puſt rien voir... Il leva, tout- à- coup,
les mains jointes au ciel ; & les larmes
lui coutoient fur les joues , auſſi groffes
que de gros pois.
Il me demanda , avec vivacité , si j'a
vois fait cet aveu à la Royne , & s'il n'y
avoit plus de danger de le luy dire? Je lui
dis que non; mais que je le ſuppliois ,
que ce fuſt avec le moins d'émotion
poffible.
Alors , il ſe leva , alla baiſer la Royne ,
& lui dit : ma mie , vous avez beaucoup fouffert
de mal : mais Dieu nous a fait une grande
grace, de nous avoir donné un beaufils !
C3
4
38 MERCURE DE FRANCE.
La Royne , auſſi - tôt , joignit les mains,
&les levant , avec les yeux , vers le ciel ,
jeta quantité de groſſes larmes , & tomba
en foibleſſe ....
Cependant le Roy (qui ne s'en eſtoit
pas appeçu) courut embraffer les Princes
, ouvrit la porte de la chambre , &
fit entrer toutes les perſonnes qu'il trouva
dans l'anti- chambre & le grand cabinet...
Je crois qu'il y avoit deux cents perfonnes
: de forte qu'on ne pouvoit se remuer
dans la chambre , pour porter la Royne
dans fon lift.
২
Sur quoi , le Roy , s'étant apperçeu
que cela me fafchoit fort , revint à moi ,
me frappa fur l'épaule , & me dit : Taistoi
, tais- toi, Sage Femme ! ne te fafches
point : cet enfant est à tout le monde ; il
faut que chacun s'en résjouiſſe.
Je fus accommoder Menfieur le Dauphin
; où M. Hérouard , fon Médecin ,
commença à le ſervir.
Il me le fit laver entierement de vin &
d'eau & le regarda par tout , avant que je
T'emmaillotaſſe... Le Roy y amena tous les
Princes pour le voir... Pour tous ceux de
la Maiſon de luy & de la Royne , il le leur
faisoit auſſi voir , & puis les renvoyoit ,
MAI. 1776. 39
pourfaire place à d'autres ; & tous s'entrebaifoient
, fans avoir esgard à ce qui estoit
du plus ou du moins.. J'ai même entendu
dire , qu'il y eut de grandes Dames qui
rencontrant leurs gens , les embraſſerent ,
estant fi transportées de joye , qu'elles ne
Sçavoient ce qu'elles faisoient. ?
Ayant achevé d'accommoder Monfieur
le Dauphin , je le rendis à Madame de
Monglas , qui l'alla monſtrer à la Royne ,
qui le vit de bien bon oeil...
Dès qu'il fut dans ſa chambre , elle
ne déſempliſſoit nullement ; & n'eftoit
qu'il eſtoit ſous un grand pavillon , où
l'on n'entroit pas fans l'aveu de Madame
de Monglas , je ne ſcay comment l'on
euſt pu faire: car le Roy n'y avoit pas
fitoft amené une bande de personnes , qu'il
y en ramenoit une autre....
La
...A l'inſtant que la Royne fut accouchée
, le Roi ordonna de dreſſer fon propre
lict auprès du fien , où il coucha ,
jusqu'au moment où elle ſe porta bien
Royne craignoit pourtant qu'il en reçût
quelque incommodité , mais il ne voulut
jamais l'abandonner.
..
Je trouvai le lendemain , après diſné ,
C 4
40 MERCURE DE FRANCE.
M. de Vandofme * , qui estoit ſeul à la
porte de l'anti-chambre , & qui tenoit la
tapiſſerie du cabinet par où il falloit pasfer
pour aller chez M. le Dauphin , &
eſtoit arrefté , fort eſtonné.
Je luy demanday: Eh quoi ! Monfieur ,
que faites vous là ? Il me dit : je ne sçay
Il n'y a gueres que chacun parloit à moy...
personne ne me dit plus rien !
C'eſt , Monfieur , lui dis -je , que chacun
va voir Monsieur le Dauphin , qui est
arrivé depuis un peu. Quand chacun l'aura
falué , on vous parlera comme auparavant.
J'en fis le rapport à la Royne , qui
en eut grand' pitié ,&dit : voilà pourfaire
mourir ce pauvre enfant !.. & commanda
que l'on le careſſaſt autant ou plus que de
coustume... , C'est que chacun s'amuse à
mon fils , ( adjouta t-elle ) , & que l'on ne
pense pas à lui ; & cela est bien étrange à
cet enfant !
Le 29 dudit mois , je fus pour voir
Monfieur le Dauphin , ... je vis la chambre
pleine ; ... le Roi , Madame ſa ſoeur ,
les Princes & Princeſſes & la Cour y
Que l'on appeloit Cesar Monfieur , fils naturel.
du Roi & de la Ducheffe de Beaufort (Gabrielle
d'Eſtrées )
MAI. 1776. 410
eſtoient ,à cauſe que l'on vouloit ondoyer
Monsieur le Dauphin... Comme je me
retirois , le Roy , qui m'apperçeut , me
dit : Entrez , entrez , Sage - Femme ! Ce
n'eſt pas à vous à n'ofer entrer ici ; .. &
en ſe retournant vers Madame & les Princes
: Comment ! ( s'écria - t - il ) , j'ay bien
veu des personnes , foit hommes , foit femmes
; mais ni à la guerre , ni ailleurs ,
je n'ay jamais rien vu de ſi résolu que
cette femme - là ... Elle tenoit mon fils dans
fon géron , & regardoit le monde avec une
mine auffi froide , que si elle n'eust rien
c'estoit pourtant un Dauphin
qu'elle tenoit; & il y a 80 ans qu'il n'en
estoit né en France.
tenu ; ...
Sur ce , je luy répliquay : j'avois dit à
Votre Majesté , Sire , qu'il y alloit beaucoup
de la fanté de la Royne.
Il est vray , ( ce dit le Roy) , auffi je
ne l'ai dit à la Royne , qu'après que tout
a esté fait . Famais Sage Femme ne fit
mieux qu'elle a fait : car fi elle eust fait
autrement , c'estoit pour faire mourir ma
femme ; ... auſſi , je veux , dorefnavant ,
ne la nommer , que la RÉSOLUE.
Il me fit demander , ſi je voulois être
la Remueuse de fon fils , & que j'aurois
mêmes gages que la Nourrice.
C5
42 MERCURE DE FRANCE,
Mais je fis ſupplier Sa Majeſté d'avoir
agréable , que je ne quittaſle point mon
exercice ordinaire , pour me rendre encore
plus capable de ſervir la Royne.
Je demeuray auprès d'elle environ un
mois , & au bout de huit autres jours ,
pendant leſquels elle m'avoit fait commander
de l'attendre , je revins avec Sa
Majeſté à Paris.
La Boursier donne enſuite la relation
mais beaucoup moins étendue , des autres
couches de Marie de Médicis , où il
ſe trouve des particularités également intéreſſantes
; mais dont je n'enverrai l'extrait
à Monfieur le Marquis , qu'autant
que je faurai que celui- ci lui aura fait
quelque plaifir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. L. P....
ABruxelles , ce 1 Mars 1776.
2
A
MA I. 1776. 43
La ruine de Jérusalem ou le triomphe du
Chriftianisme , Oratoire mis en muſique
par M. Joubert , Organiſte d'Angers ,
& exécuté au Concert Spirituel le Lundi
8 Avril 1776.
LE PROPHETE.
DEPLORABLE
Récitatif oblige.
ÉPLORABLE ſéjour d'un Peuple parricide,
Tremble , Jérusalem , ville ingrate & perfide ,
Tu n'as plus pour appui tes Rois & tes Héros ;
Tes ennemis vengés triomphent de tes maux ,
Et ton Dieu lui-même préſide.
A lenrs redoutables complots.
Le ſang que tu viens de répandre
A mis le comble à tes forfaits.
1
ر
3
Au fond du ſanctuaire un cri ſe fait entendre : 1
f
Jérusalem n'eſt plus l'objet de mes bienfaits
„ Et ma vengeance va lui rendre
Les maux cruels qu'elle m'a faits."
1
44
MERCURE DE FRANCE.
1
)
LES PROPHETES .
Duo.
La faim , la difcorde & la guerre
Contre toi vont ſe raſſembler ;
Aux feux échappés de la terre
Je vois tes remparts s'ébranler ;
Un monftre plus terrible encore ,
Déjà de ſes poifons brûlans ,
Embraſe , confume & dévore
Tes facrileges habitans,
HOMMES,
Chour.
Du courroux de ton Dieu victime déplorable ,
Qui peut te reconnoître , & Reine des Cités !
Tes enfans animés d'une haine implacable ,
Elevent contre toi leurs bras enfanglantés,
FEMMES./
Tu frémis à l'aſpect de leurs affreux ravages ;
Mais , douleur tardive ! o regrets ſuperflust
Il a vengé ſes droits & puni tes outrages :
Tes palais font détruits & ton Temple n'eſt plus.
MAI. 1776. 45
UN ISRAÉLITE.
Aria.
Il tombe ce cedre ſuperbe ,
Ce monument de ta grandeur ;
Et ſes débris cachés fous l'herbe ,
Sont les reſtes de ſa ſplendeur.
Ainſi , pour expier tes crimes ,
Source de tes maux éternels ,
Le ſang innocent des victimes
Ne rougira plus tes autels.
LE GRAND - PRÊTRE.
Avec ton Dieu , Juda , tu n'as plus d'alliance ;
Tes forts font acablés du poids de tes revers ;
Et tes Prêtres en butte aux traits de fa vengeance ,
Gémiſſent avilis dans la honte & les fers .
A tes enfans proſcrits déſormais étrangere ,
La terre n'offre plus qu'un exil malheureux ;
L'Eternel les marqua du ſceau de fa colere ,
Et le ſang de ſon fils eſt retombé fur eux.
Duo & Choeur.
Mais quelle éclatante lumiere
Vient frapper nos yeux éblouis ?
Iſraël fort de la poufſiere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Les oracles font accomplis
Déjà plus puiſſante & plus belle ,
Sous ſon Rédempteur triomphant ,
Une Jérusalem nouvelle
S'éleve aux portes du couchant.
LE PROPHETE
Récitatif.
La terre ſera ſon partage;
Ainſi le Seigneur t'a promis. 1
Elle verra bientôt ſes plus fiers ennemis ,
Du Dieu qui l'établit reconnoftre l'ouvrage ,
Et l'Enfer même , en frémiſſant, de rage ,
{ A fes décrets ſoumis.
۱۰ : Petit Choeur d'Hommes.
Quittez ces vêtemens de deuil & de triſteſſe ,
O Filles de Sion ! reprenez vos concerts ,
Et faites retentir les airs
De vos, cantiques d'alegreſſe :
Chantez de votre Dieu la ſublime ſageſſe
Et l'annoncez à l'Univers .
Grand Coeur.
Terrible dans ſa juſtice ,
S'il frappe , il anéantit ;
14
Mais long - temps ſa main propice
:
A
A
MAI. 1776. 47
Suſpent le coup qui détruit.
11 a fondé ſon empire
Sur l'amour & les bienfaits ;
Il regne & regne à jamais.
Par M. Rangeard , Archiprétre d'Andard
en Anjou.
Vers adreſſés à la Ville de Séez à l'occaſion
de l'entrée folemnelle de Monseigneur
Dupleſſfis d'Argentré , premier Aumônier
de Monfieur , &c. Evêque de ce Diocese,
le jour des Rameaux , 31 Mars 1776.
SUSPEND Ste USPENDS tes hymnes de triffeffe ,
1
Peuple heureux que le ciel comble de ſes bienfaits ,
Digne & premier troupeau de l'egliſe de Séez ,
Fais retentir les airs de tes chants d'alegreffe.
Le Ciel fixe fur toi des regards paternels :
Il fait aſſeoir Titus au Trône de la France ;
Et pour Pontife , il donne à tes autels
Un Sage dont la bienfaiſance
Adéjà mérité des honneurs immortels.
Ouvre ton ame à la reconnoiſſance:
F
48 MERCURE DE FRANCE.
1
D'Argentré vient , du ſein de l'opulence
Et du faîte de la grandeur ,
Juſqu'aux humbles foyers de la trifte indigence (* ).
Se montrer ton ami , ton pere , ton paſteur.
Il retrace à tes yeux la ſainteté des Anges ...
Sans t'épuiſer en efforts ſuperflus ,
Si tu veux dignement célébrer ſes louanges ,
Sois docile à ſa voix , imite ſes vertus .
Pax M. l'Abbé Morand , Professeur
au College de Séez . 1
L'INSOUCIANCE.
Traduction de la XIII . Ode d'Anacréon:
ANNACREON , tu te fais vieux !
Tu te fais vieux , dit chaque belle t
Conſulte une glace fidelle ;
ン
Tiens , vois , tu n'as plus de cheveux ;
Ton front eft illoné ; regarde :
Je t'en laiſſe le Juge. Eh bien ? ..
Paix. Chauve ou non , je n'en fais rien ,
Et ne veux pas y prendre garde.
(* ) Ce digne Prélat a fait distribuer des aumbnes
confiderables dans les cinq Paroises de cette Ville.
J'aime
>
i
MAI. 1776. 49
J'aime , c'eſt aſſez. Ai-je tort ?
Ai-je raifon ? peu m'en foucie.
Plus on approche de la mort ,
Plus on doit égayer la vie.
Par M. Levrier de Champrion , attaché à
11 la Bibliothèque du Roi.
A BATYLE.
Traduction de la XXII . Ode d'Anacreon:
AccCoCOUURRSS ,, viens , ô mon cher Batyle !
Viens t'aſſeoir à l'ombre avec moi.
Tout m'intéreſſe en cet aſyle ,
Lorsque j'y ſuis auprès de toi
Des oiſeaux entends le ramage ,
Et chante , comme eux , tes plaiſirs .
Regarde comme les zéphirs
Vont folâtrant dans les feuillages.
Ecouté ce petit ruiffeau
Qui doucement tombe & murmures
Couche- toi ſous čet arbriſſeau ;
Vois ſa ruſtique architecture ;
Et dis-moi fi , dans la nature ,
Il eſt an plus joli berceau ?
1
Far le même.
D
50 MERCURE DE FRANCE.
Imitation de la XXe. Ode du ler. Livre
d'Horace .
)
Integer vitæ, ſceleriſque purus , &c.
HEUREUX le mortel qui du vice -
N'a jamais goûté les attraits .
Et dont le coeur , ſans artifice ,
Eut toujours horreur des forfaits !
Protégé par ſon innocence ,
Il porte avec lui ſa défenſe :
La vertu le rend triomphant ;
Il brave la fleche homicide
Que lance la main intrépide
Du Maure fier & conquérant.
Si de la ſauvage Scythie
Il parcourt les vaſtes climats ,
Si de l'affreuſe Sarmatie
Il affronte les noirs frimats ;
Ou de la cime du Caucaſe ,
S'il vient ſur les rives du Phaſe
Ou fur des bords inhabités ,
Son ame paiſible & tranquille
Eft comme le roc immobile
Au milieu des flots irrités .
Quand , épris d'un noble délire
Et l'eſprit de ſoins dégagé ,
MAI. 1776
je veux eſſayer fur ma lyre
Quelque chanſon pour Lalagé ,
Des loups cruels de l'Etrurie
5
Je vois expirer la furie
Et leur rage s'évanouir ;
Au fimple nom de ma Bergere
Iis ont étouffé leur colere :
Son nom ſemble les attendrir.
Sa voix annonce la tendreſſe ,
Ses regards font ceux du plaiſfir :
Elle rit avec la fineſſe
Que nous inſpire le defir :
Si vers les rives de l'Euphrate ,
Ou dans quelqu'autre terre ingrate ,
Je devois fixer mon ſéjour ,
Jamais la fortune cruelle ,
Me forçant à vivre loin d'elle ,
Ne pourroit changer mon amour.
Par M. de Lacger , Sous-Aide-Major
au Regiment de Touraine.
LE POULAIN & LE FERMIER.
Fable traduite de l'Anglois.
Quoil fe voil ſe moquer des noeuds du mariage
dix-huit ans refuſer un époux !
ge;
D2
52
MERCURE DE FRANCE.
L'objet des voeux des filles de votre age ;
En vérité , Corine , y fonges - vous ?
Dans mon printemps j'ai vu certaine fille ,
A l'oeil fripon , à la mine gentille ,
S'énorgueillir d'un viſage charmant
Et mépriſer un vertueux Amant ,
Le maltraiter , railler de ſa tendreſſe ,
Le perſiffler , rire de ſa foibleſſe ,
En abufer , refuſer durement
Le don du coeur , l'offre du ſacrement ;
Et je l'ai vue , alors que la vieilleſſe
Vint remplacer l'imprudente jeuneſſe ,
Joindre ſon ſort au premier libertin
Qui s'eſt offert & fit payer ſa main.
Belle Corine, écoutez cette Fable ,
Et , s'il se peut , fuyez un fort ſemblable.
Un beau Poulain , vif , alerte & fringant ,
Allant , venant , toujours caracolant ,
Fut deſtiné pour briller à la courſe.
De ſes malheurs il faut conter la ſource .
Etourdi , jeune , & fur- tout orgueilleux ,
Mon beau Poulain crut qu'il étoit honteux
D'être bridé , d'habiter l'écurie ;
Malgré ſon Maître il fuit vers la prairie.
Tantôt il boit l'eau blanche d'un torrent ,
Tantôt il faute , ou bondit , ou s'arrête
4
MAI. 1776. 53
Près d'un ruiſſeau qui coule lentement ;
Il va , revient & fait tout à ſa têre:
Au grand galop fuccede un petit pas ;
Sans nul chagrin , fans nulle prévoyance ,
Quand il le veut , il choiſit ſon repas.
L'été ſe paſſe ainſi dans l'abondance :
Mais l'hiver vient : le froid de tous côtés
Se fait ſentir ; les arbres agités ...
En un moment ont perdú leur verdure
D'un voile blanc ſe couvre la nature ;
Par l'aquilon zéphir eſt remplacé ,
Et le ruiſſeau ſous la neige eſt glacé,
Mon imprudent regrette l'écurie ,
Qu'il mépriſoit au temps de fa folie;
Il l'apperçoit , & , d'un pas chancelant,
Du toft ruſtique il approche humblement.
Reçu fort bien , la nuit il ſe repoſe;
Le lendemain , oh ! c'eſt une autre choſe ;
D'un lourd fardeau les valets l'ont chargé ;
Il ſe débat : fur le champ fuſtigé.
Le lendemain il eſt à la charrue.
De tous ſes maux comprenant l'étendue ,
Il s'écria : ma folle vanité
M'a donc réduit à cette extrémité fed ut 1 .
Jadis , hélas ! je plaifois à mon Maftre :
Dans une courſe on m'auroit vu peut-être
Avoir le prix , loué , récompensé ,
Dans un haras , bien ſoigné , careffé ,
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Le doux plaiſir eût terminé ma vie:
Quel est mon fort ! ... hélas ! c'eſt l'infamie.
Par M. A. P. Deverdan , ancien Officier
des Haras du Roi.
VERS à Madame de P... à l'occaſion
POUR U
d'un ruban.
myſtere , our un ruban qu'on donne ſans myſte
C'eſt bien la peine de gronder !
Aht fi j'avois le bonheur de vous plaire ,
Je ne voudrois pour cela vous bouder ;
Unregard, un foupir me plairoient davantage ,
Seroient pour moi des dons plus ſéduifans ,
Et la chaîne de vos rubans ,
Inutile à mon eſelavage ,
Ne feroit rien pour mon bonheur.
D'Agnès & de ſon vieux Tuteur ,
Rappelez-vous cette ſcene charmante
Où mon jaloux entre en fureur ,
Pour un baifer que l'innocente
A laiſſé prendre à fon Amant.
Figurez vous l'excès de ſon tourment
Ademander , lorſqu'il s'impatiente ,
Ce qu'on a pris enſuite du baiſer ;
Et puis voyez ſon courroux s'appaifer
Quand on répond à ſa demande
MAI. 1776, 55
Qu'il ne s'agit que d'un ruban.
L'Abbé devroit en faire autant :
Mais dans fon dépit il prétend
Qu'entre elle & vous la différence eſt grande :
Plus qu'Arnolphe , ſans doute , il eſt infortuné ,.
Agnès le laiſſe prendre , & vous l'avez donné.
Par M. de B**.
LE mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt le Temps; celui de
la ſeconde eſt l'Eau. Le mot du premier
Logogryphe eſt Grace, dans lequel on
trouve rage , grace ou pardon &race ; celui
du ſecond eſt Mélancolie , où se trouvent
ane , lie , lance , émail , loi , Laon , Milan
, mil ; celui du troiſieme eſt Bonnet ,
où ſe trouvent bon & net .
Ο
HÉNIGME.
N m'emploie à vos vêtemens ,
Et vil dans les hameaux je ſuis d'or à la ville :
On me fait réunir l'agréable à l'utile ,
Des bataillons de Mars je déſigne les rangs ...
:
C'eſt chez les Magiſtrats , c'eſt chez les Gens d'Eglife
D4
56
MERCURE DE FRANCE.
Que j'ai le plus de partiſans :
Mais , cher Lecteur , le Quakre me mépriſe.
Par M. Louis Guilbaut.
LORSQUE
AUTRE.
1
ORSQUE des pleurs de la vermeilie aurore ,
Naiſſent dans nos jardins les plus aimables fleurs ,
Mon haleine les fait éclore
En les peignant des plus vives couleurs,
Rien n'eft preſcrit à mes deſirs ;
Par la fratcheur de mes ailes
J'évente le ſein des belles ,
Et pouffe leurs cheveux au gré de mes ſoupirs,
Ami Lecteur , ſouvent au sein des bois .
Toi-même aſſis ſur la verdure ,
Adınırant d'un ruiſſeau le doux & lent murmure ,
M'as confié les accords de ta voix.
....
i
L
LOGOGRYPΗ.Ε .
✓ECTEUR , Vous me voyez ſous diverſes couleurs
De moeurs & de conduite , eh ! je ne ſais qu'en dire ;
Le févere Boileau , beaucoup d'autres Cenſeurs ,
Ont lancé contre moi plus d'un trait de ſatire.
Quelquefois je m'oublie : on répugne à fouffrir
Que je pronne des tons , des airs de ſuffiſance ,
Que bien d'honnêtes gens traitent d'impertinence ,
MAI.
37 1776.
Et c'eſt ſouvent par-là que je me fais haïr.
Eres-vous fatisfait , Lecteur , de ma franchiſe ?
Je vous dis mes défauts aſſez ingénument ;
Tel ſe vante d'en être exempt ,
৭.
Vous trompe & dit une ſottiſe,
Cela poſé , voyons comment
Vous trouverez mon analyſe.
Sans peine ſous vos yeux je mets un Evéché ,
Ce qu'eſt un voyageur quand il a bien marché,
Ce qui dans un preſſoir comprime la vandange ;
Bataille où les Gaulois vainquirent les Romains ;
Une plante dans nos jardins
Qu'Horace n'aimoit pas & que le Gaſcon mange ;
Une piece de bois propre à faire un plancher ;
Un Arabe fameux ; une carte à jouer.
(
Ne vous rebutez pas , entrez dans la Champagne ,
Je vous montre un gros bourg connu par ſon bon vin,
De Jacob la laide compagne ;
1
Un des quatre élémens , je le donne en latin,
En moi l'on trouve encor , avec un peu d'adreſſe ,
Cette illuſtre beauté dont ſe vante la Grece ;
Un Royaume en Afie ; une très - belle fleur ;
Le mari de Jocaſte : ah ! fon fort me fait peur !
Tout ce qui n'eſt pas Clerc vivant au Monaſtere;
Deux notes de muſique; en Flandre une riviere ;
Ce qu'il faut demander quand on eft incertain ;
Un pronom relatif : mais terminons enfin ;
Je crains que ce détail , Lecteur , ne vous accable;
On ſonne le fouper , j'irai vous joindre à table.
Par M. Hubert.
DS
MERCURE DE FRANCE.
E
AUTRE.
NTIER je ſuis à craindre , évitez ma furie :
Avec un pied de moins je regne en Italie.
Par le même.
J
UTRE.
E réſide toujours entre des mains groſſieres :
オシ
Avec moi l'on conſtruit les palais , les chaumieres ;
Mais fans tête , Lecteur , j'ai bien plus d'agrément ,
Car je deviens témoin du bonheur d'un Amant.
Par M. Bouchet , à Paris.
: 59. Mai. 1776 ,
Sur un air det
Signor Mancini :
Tu teplains deta Climene,
+66
b
Tu teplains de ta Clime- ne,Elle
6+ 66
craint, en payant ta pei-ne , De te
:
6
6
7
60. Mercure de France.
rendre le-ger: Si fon
67.7 6677
+9
coeur, Rifon coeur craint dese rendreAh.Syl
6 6
vandre, Cen'estquepour mieuxtt'enga
4+ 67
ger;Non, non non, Sybrandre,
Ce n'est que pour mieux t'en-ga =
WAL
সে
6+
Mai. 1776 .
61
ger.
Fin
Les rigueurs Lune MaitresseSont une.
65
6
in-nocenteadresse, Sortune innocente adresse
65
X
Pourfi-xer
Le coeur
Lun Berger,
5
62. Mercure de France .
Les rigueursd'une Maitref-Se
*
55 6 6
5
Sontune inno- cente a- a- dreffe,Pourfi
یراد
4
xer le coeur dan Ber-ger, Lour fi=
6
xer
X
=
le coeur &un L'un Ber--ger. Dalapa .
*
MAL 1776. 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Relation d'un voyage en Allemagne , qui
comprend les opérations relatives à la
figure de la terre, & à la géographie
particuliere du Palatinat , du Duché
de Wurtemberg, du Cercle de Souabe ,
de la Baviere & de l'Autriche ; fait
par ordre du Roi; ſuivie de la defcription
des conquêtes de Louis XV, depuis
1745 juſqu'en 1748 , par M. Casfini
de Thury , Maître des Comptes ,
Directeur de l'Obſervatoire Royal , de
l'Académie Royale des Sciences , de la
Société Royale de Londres , de l'Acas
démie de Berlin , de l'Inſtitut de Bologne
, de l'Académie de Munick , &c.
A Paris , à l'Hôtel de Thou , in - 4°.
CET Ouvrage confifte principalement
dans la deſcription géométrique des dif164
MERCURE DE FRANCE.
)
férens pays indiqués dans le titre , & le
détail des meſures & des triangles déa
crits ſur les lieux avec la plus grande
préciſion , préciſion bien difficile à obtenir
, & qui a coûté bien des foins &
des travaux à l'illuſtre ſavant auquel nous
devons cette relation. En la parcourant ,
on eſt étonné de leur complication.
La partie hiſtorique du voyage de M.
de Caffini en Allemagne eſt fort abrégée ,
&toute renfermée dans le diſcours préliminaire
; le corps de l'ouvrage étant entierement
conſacré aux obſervations géographiques
& géométriques. La repréſentation
de ce voyage eſt renfermée
dans neuf cartes , dont une partie contient
le cours du Danube depuis Ulmen
Souabe , juſqu'à Presbourg en Hongrie
, que M. de Caffini a exactement
fuivi. Cette partie de ſon voyage eſt
trés - intéreſſante. Une de ces cartes com
prend Vienne en Autriche & ſes envi
rons.
Cette ville , ſuivant M. de Caſſini ,
eſt placée dans une plaine fort étendue.
Le Danube , après y avoit paſſé , remonte
vers le Nord, où il eſt couvert par des
ifles
MAI 1776. 65
ifles de grandeur médiocre , qui le partagent
en pluſieurs bras. La variété du
terrein de ces iſles , ſemblables à des
pieces de parterre , ornées de bois , de
verdure & de plantations , entourées de
canaux figurés par les bras de la riviere ,
préſente l'aſpect d'un grand parc , qui
s'étendroit juſqu'aux murs de la ville.
Toutes ces iſles font liées l'une à l'autre
par des ponts de communication; celles
qui renferment des bois , contiennent
une grande quantité de ſangliers & autres
animaux , qui , lorſqu'ils font pourſuivis
, paſſent à la nage d'une iſle à
l'autre.
M. de Caffini indique les moyens de
parvenir à ſe procurer une carte générale
& univerſelle ſur le plan exact qu'il a
ſuivi. Il invite les Souverains à l'exécution
de cette grande entrepriſe , qui pourroit
coûter conſidérablement , mais qui
feroit entierement changer la géographie
de face , & porteroit au plus haut degré
de perfection cette ſcience ſi importante ,
en la rendant abſolument invariable , en
procurant une connoiſſance parfaite de
E
66 MERCURE DE FRANCE.
1
notre globe , & en déterminant à jamais
la figure de la terre. M. de Caſſini inſiſte
fortement & avec raiſon, ſur l'exactitude
la plus fcrupuleuſe dans les meſures à
employer pour les diſtances ; les moindres
erreurs fur cet objet étant de la plus
grande conféquence en géographie. Il ſe
plaint auſſi de la négligence de la plupart
des Voyageurs ſur la partie géographique
; ce qui a beaucoup diminué l'utilité
de leurs voyages. Il indique aux Voyageurs
à venir des moyens faciles de faire
les obſervations néceſſaires à cet objet .
La carte des conquêtes de Louis XV
en Flandre eſt exécutée de la même maniere
, & avec la même exactitude que
celles du voyage en Allemagne. Quoique
la deſcription qui l'accompagne foit
principalement l'hiſtoire des opérations
géographiques de M. de Caffini , & que
les exploits des campagnes de Flandre
depuis 1745 juſqu'en 1748 , y ſoient indiqués
plutôt que détaillés , on ne la lira
pas fans intérêt.
a
1
11
C
MAL 1776. 67
Oeuvres diverses du Comte Antoine Hamilton
; Tome VII. A Londres ; & fe
trouvent à Paris , chez le Jay , Libraire
, in- 12. prix br. 30 f.
Ce ſupplément aux OEuvres du Comte
- Hamilton eſt compofé de fix à ſept pieces
de vers , & de pluſieurs lettres &
autres pieces mélées de vers & de profe.
Il y en a beaucoup qui ne font que de
ſimples amuſemens de ſociété ; mais on
retrouve dans toutes l'eſprit , la légéreté ,
&l'agréable badinage qui caractériſent en
général les productions de leur aimable &
ingénieux Auteur. La plupart des lettres
font adreſſées au Maréchal Duc de Berwick.
La premiere & la plus conſidérable
des pieces de vers eſt l'allégorie intitulée :
les Roches de Salisbury. Cette piece eſt
verſifiée avec l'agrément & la facilité qui
caractériſent le ſtyle Marotique dans lequel
elle eſt écrite. Nous allons en rapporter
quelques vers qui font partie ,
dans l'allégorie , d'une prétendue prédiction
de l'Enchanteur Merlin ; mais qu'on
E2
68 MERCURE DE FRANCE,
pourroit regarder comme une véritable
prophétie , & dont on fera aiſement jo
l'application.
1 Le jeune Roi n'aura qu'à ſe montrer .
• • •
Antiques moeurs il reſſuſcitera ,
Gloire & vertu triompher il fera :
Que dirai plus ? Il fermera le Temple
Du vieux Janus , & ſera ſon exemple ,
Des bons l'amour & des méchans l'effroi.
Finalement ce légtime Roi
Fera partout fleurir paix & juſtice ,
Juſtice & paix , meres de tout délice.
De l'Achitecture , par F. S. Sobry. A
Paris , chez Couturier fils , Libraire ,
Ce traité , qu'on peut regarder comme
un bon livre élémentaire ſur l'art de décorer
, eſt plus adapté à nos uſages que
les ouvrages de Vitruve & de Perrault ,
fon Commentateur. L'Auteur qui s'eſt
proposé de joindre à la préciſion des regles
de Vignoles , tous les développe-
V
C
ta
C
Π
MAI. 1776. 69
mens néceſſaires , n'a pas prétendu toujours
dire des choſes neuves. Les principes
généraux ſont les mêmes dans tous
les temps & pour tous les hommes. C'eſt
l'unanimité des témoignages , & le grand
nombre des autorités qui établiſſent enfin
la conviction dans quelque genre que
ce ſoit. L'intention de l'Auteur de l'ouvrage
que nous annonçons , a été de
réunir fous un ſeul point de vue , tout
ce que l'Architecture a de regles géné-
✔rales & particulieres ; d'expliquer fon
uſage , ſes principes , fon étendue , ſes
bornes , & l'eſprit qui doit guider ceux
qui s'y adonnent , de façon que , par fon
moyen , les jeunes Artiſtes apperçoivent
plus aisément la route qu'ils ont à ſuivre;
que ceux qui s'en ſont écartés y reviennent
; que les Praticiens y trouvent un
guide ſuffiſant pour les profils , & que
ceux qui ne font point Architectes , apprennent
par lui à juger avec plus de
connoiſſance du mérite des monumens
qu'ils voient ou qu'ils font conſtruire.
M. Sobry fait un bel éloge de l'Architecture
, & en releve la gloire par
l'exemple des peuples les plus anciens ,
E 3 ,
70 MERCURE DE FRANCE.
& fur-tout des Grecs & des Romains ,
qui regardoient cet art comme celui qui
annonçoit avec le plus d'éclat la ſplendeur
& la proſpérité d'une nation. La
,, magnificence des bâtimens , dit - il , ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
و د
ود
a
t
a
éleve l'ame de ceux qui en approchent ;
& par un effet ſecret qui n'échappe
,, point à la vue des hommes qui ſavent
réfléchir , elle donne à ceux qui les
,, habitent , des idées plus grandes &
plus généreuſes; elle excite l'émulation
; elle augmente le courage ; elle
inſpire la vénération. Le peuple affistera
avec plus de reſpect à l'adminiſtration
de la Juſtice dans de beaux :
palais , & aux cérémonies Religieufes
dans de beaux temples. Le Citoyen
,, aimera davantage la cité , où plus de
commodité & de magnificence s'offri-
,, ront à ſes yeux ; tout homme enfin , à
meſure qu'il s'éloignerà de la barbarie ,
& qu'il acquerra les vertus fociales , fe
plaira davantage dans de certaines
idées de propriété , d'ordre , d'arran-
„ gement qui font defirer de beaux édi-
„ fices. "
"
ود
"
و د
و د
MAI. 1776. 71
Choix des lettres du Lord Chesterfield àfon
fils , traduites de l'Anglois. A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire. : :
Les Anglois ont toujours été regardés
- parmi nous , comme les Penſeurs par
excellence : cette qualité eſt la plus néceſſaire
à un Ecrivain qui cherche plus
à inſtruire qu'à plaire. A quoi ſervent ,
en effet tous ces ornemens qui laiſſent
le coeur tranquille & n'éclairent point
l'eſprit ? De bonnes preuves , préſentées
avec force , peuvent ſeules produire la
conviction , & fatisfaire cette curioſité
naturelle qui nous fait chercher le vrai.
C'eſt parce qu'on n'eſt pas état de préfenter
la vérité d'une maniere naturelle
& intéreſſante , qu'on la défigure par une
multitude d'ornemens frivoles & déplacés.
On nous accuſe d'être fabricateurs
de paroles , & de négliger le fond des
chofes , pour ne s'occuper qu'à embellir
les furfaces. L'Anglois cherche au contraire
à creuſer , & mépriſe même un peu
trop les agrémens du diſcours , & la méthode
qui affigne à chaque preuve la place
E4
72
MERCURE DE FRANCE .
qui lui convient. Chesterfield a choiſf
pour inftruire ſon fils un genre , où l'on
n'a pas un ſi grand beſoin d'ornement &
de méthode. On peut même être prolixe
lorſqu'on écrit à fon fils , & qu'on veut
lui inculquer la vérité en la lui repréſentant
fous toutes les faces. La tendreſſe
paternelle ne croit pas devoir épargner les
paroles dans les préceptes qu'elle donne.
Elle craint , comme le dit le Traducteur ,
de n'en être jamais aſſez bien entendue ;
les petits détails lui paroiſſent néceſſaires ,
& loin d'épargner aux précieux objets de
ſes ſollicitudes , l'ennui des minuties &
des redites , elle s'expoſe même à les rebuter
par trop d'empreſſement à leur être
utile. Auſſi le Traducteur des lettres de
Chesterfield a-t-il fait un triage , en rédui
fant trois volumes in-4°. à un ſeul volume
in - 12. On rend un ſervice ſignalé aux
Lecteurs , lorſqu'on leur épargne & le
temps qui eſt ſi précieux & le travail
pénible de ſéparer l'or pur de l'alliage,
Les lettres que le Traducteur a choiſies ,
renferment des points de vue & des réflexions
folides ſur les différentes hiſtoires
, & fur divers genres de littérature ;
MAI. 1776. 73
on y trouve des idées rapides ſur le gouvernement
de la République des ſept
Provinces- Unies , & un choix de maximes
judicieuſes , tirées des Mémoires du
du Cardinal de Retz , avec des remarques
& des maximes de l'Auteur Anglois.
Cet ouvrage eſt terminé par les lettres
d'Yotick à Elyſa , compoſées par Sterne ,
Auteur du Voyage Sentimental, Le portrait
de Sterne eſt fait de main de maître.
A
Differtation fur l'Apocalypse , ou obfervations
à l'occaſion du Proſpectus de M.
des Hauterayes ſur ce divin livre ; par
M. Rondet , Editeur de la Bible d'Avignon.
A Paris , chez Lottin l'aîné,
L'Auteur de cette Differtation , qui a
depuis long- temps conſacré ſes veilles&
ſes talens à l'étude des Saintes Ecritures ,
& qui a tant de fois donné des preuves
de la profondeur de ſes connoiſſances ,
démontre : 1°. Que l'Apocalypſe eſt une
prophétie qui annonce des événemens
f
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
poſtérieurs à la révélation qui en eſt
faite. 2º Que cette révélation contient
les viſions prophétiques que Saint Jean
a eues dans l'Iſſe de Parmos , vers la fin
du regne de Domitien ; c'est- à-dire vers
l'an 95 de l'ere chrétienne vulgaire , environ
25 ans après la ruine de Jérusalem,
& qu'en conféquence cette révélation
prophétique ne peut avoir pour objet ,
comme le prétend M. des Hauterayes ,
la ruine de Jérusalem , conſommée 25
ans auparavant. 4°. Qu'elle annonce particulierement
la ruine de Rome payenne ,
& en général toutes les grandes révolutions
qui doivent ſucceſſivement intéresfer
l'Egliſe de Jésus - Chriſt depuis l'ascenſion
de ce divin Sauveur juſqu'à fon
dernier avénement. 5º. Que ce divin
livre a été écrit non en hébreu , ni en
ſyriaque , mais en grec. Les preuves
que cet habile Differtateur employe
dans fon Ouvrage , nous ont paru folides
; & nous deſirons de voir comment
'Auteur du Profpectus répondra aux
difficultés qu'on propoſe contre ſon ſystême.
L'Apocalypſe ne paroît point
être une hiſtoire ni une tragédie où l'on
19
MAI. 1776. 75
retrace les événemens paſſés comme s'ils
étoient préſens , & même comme futurs ;
c'eſt une vraie prophétie qui regarde des
événemens dont le temps va commencer
bientôt après cette révélation. L'événement
principal auquel conduiſent les
ſymboles employés dans ce livre , n'eſt
autre , ſuivant les Peres & les meilleurs
Interprêtes , que le rappel futur des
Juifs , dont toutes les Ecritures retentiſſent
d'un bout à l'autre. Il s'agit d'une
révélation qui ne ſe borne point à la
feule ruine de Jérusalem , mais qui embraffe
tout l'Univers . La révélation de
Jésus- Christ que Dieu lui a donnée : ce
titre feul annonce toute ſa grandeur , &
fait comprendre qu'elle a pour objet les
myſteres les plus fublimes. L'Apocalypfe
, depuis le commencement du chapitre
IV juſqu'à la fin du chapitre XI ,
nous annonce l'oeuvre admirable du renouvellement
qui doit faire paroître
l'Eglife comme un Ciel nouveau dont
Ja beauté , la férénité , la pureté furpasferont
non - feulement l'éclat d'un Ciel
qui n'étoit éclairé que par les lumieres
de la loi; mais encore celui du Ciel qui
n'éclairant qu'une partie des Gentils ,
!
(
70
MERCURE DE FRANCE.
n'avoit pu , malgré toute ſa ſplendeur ,
en faire pénétrer les rayons dans toute
l'étendue du monde. Toutes les Ecritures
annoncent , & l'Apocalypfe nous
le montre ſous tant d'emblêmes , ce jour
confolant où le fils de Dieu regnera pleinement
ſur tous les ouvrages de fon pere,
où toutes les Nations d'un bout du
monde à l'autre doivent être ſon héritage
&compofer fon Empire.
L'Auteur de la Diſſertation a foutenu
dans ſes autres Ouvrages fur l'Apocalypſe
, que la conversion des Juifs , qui
fera le fruit de la miſſion d'Elie , l'un des
deux témoins , arrivera dans l'intervalle de
Sept années , & par conséquent bien réellement
& bien littéralement à l'extrémité
des jours. Pluſieurs habiles Interprêtes
n'ont pas pu concilier ce ſyſtême avec ce
que les Ecritures nous annoncent de
cette étonnante révolution. La maniere
dont Saint Paul dépeint l'oeuvre de Jéſus-
Chrift , par rapport aux Juifs & aux
Gentils , ſemble exiger un grand efpace
de temps pour l'exécution des grandes
promeſſes faites à l'Eglife. Saint Paul
nous repréſente les deux Peuples comme
les deux portions d'un édifice unique ,
MAI. 1776 77
poſé ſur les fondemens des Patriarches
& des Prophètes , & dont Jésus-Chriſt
eſt la pierre angulaire & comme le point
de réunion. Une de ces deux portions
de l'édifice , qui eſt celle que compoſent
les Gentils , occupe déjà l'eſpace de dixſept
fiecles . Seroit- il digne de la proportion
que Dieu met dans ſes oeuvres ,
que l'autre portion du bâtiment, qui a
été interrompue dès ſes commencemens ;
n'occupat , quand le Souverain Architecte
y remettra la main , qu'un eſpace de temps
très- court , & qui a peine renfermeroit
quelques années ? Ce préjugé deviendra
déciſif , ſi l'on conſidere que les Gentils
ne font entrés dans l'édifice que contre
l'ordre naturel , & par une conduite de
Dieu , qui ſembloit s'éloigner de fon
premier plan ; de forte qu'un chrétien
qui , du temps de Saint Paul, auroit
comparé ces deux oeuvres l'un à l'autre,
ſur ce qu'en dit cet Apôtre , n'auroit
point héſité à préférer en toutes chofes
la converſion des Juifs à celle des Gentils
, & à la regarder comme plus conſidérable
dans la ſuite des deſſeins de
Dieu .
78 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on réuniſſe à ce préjugé les autres
conſidérations que nous préſente l'Auteur
des Droits de la Religion fur le coeur
de l'homme , dans ſon explication du 12 .
chapitre du Prophète Daniel , approuvée
par un Docteur de Sorbonne. Quand
l'Ecriture place , dit-il , dans les derniers
„ temps , noviffimo tempore , le rappel de
la Maiſon de David ; il ne faut point
,, prendre cette expreffion dans un ſens
abſolu , mais dans un fens relatif. Les
„ jours & les temps où les Juifs doivent
ود
ود
ود
ود ſe convertir , font appelés les derniers
,, par comparaiſon avec les temps & les
,, jours où cet événement a été prédit. Les
„ Prophètes ne le voyoient que dans les
و د
fombres enfoncemens d'un avenir très-
,, éloigné par rapport à eux. C'eſt ainſi
,, que Saint Pierre entend le Prophète
„ Joël , quand il applique au jour de la
" Pentecôte le texte ſacré qui annonce ,
,, que dans les derniers jours Dieu répandra
» Son espritfur toute chair. Les temps où
les derniers myſteres de Jésus - Chrift
"&de l'Eglife s'accompliffent , peuvent ود
" bien encore être appelés les derniers
,, que nous attendons , quoiqu'ils doivent
MAI. 1776. 79
و د
"
ود
„ peut - être s'étendre fort loin. Les derniers
temps ne font point d'ailleurs ni ود le dernier jour ni la derniere heure.
Le jour n'en a-t-il pas douze , dit Jéſus-
Chriſt? Et celle que St Jean appeloit
" la derniere , noviffima hora , dure de-
,, puis long- temps , remarquoit Saint
,, Auguſtin ; & depuis que ce Pere l'a
و د
م
و د
ود
obſervé , elle a bien encore duré da-
,, vantage. Quand la converſion des Juifs
ſeroit à la tête du fixieme âge annoncé
dans l'Apocalypfe , que pourroit-on en
,, conclure , dès qu'on ignore la durée que
,, cet âge doit avoir ? Ne fait -on pas,
continue Saint Auguſtin , que mille
ans ne font que comme un jour devant
leSeigneur ? p. 89 , v. 4. Les Prophètes
& Saint Paul nous donnent lieu d'as-
,, ſigner dans la durée des âges le champ
و د
و د
ود
ود
و د
le plus vaſte au parfait accompliſſe-
,, ment du myſtere de la converfion des
Juifs. Dieu leur promet de ne plus les
abandonner , de ne plus fouffrir qu'ils
s'abandonnent eux-mêmes , quand enfin
il les aura rappelés à lui. Le court ef
,, pace d'un petit nombre d'années d'exis
و د
و د
و د
و د
و د
tence après leur retour , rempliroit - il
MERCURE DE FRANCE.
, la magnificence & l'énergie d'une telle
„ promeſſe ? Tout l'Univers , dit l'Au-
و و
teur de la belle explication de la Gé-
,, neſe , ſentira le fruit du retour d'Iſraël .
Ce nouveau Peuple , plein de l'efprit
de vie , ne ſe contentera pas d'être
, forti du tombeau & de jouir de la
ود
"
ود
ود
ود
ود
lumiere : il s'efforcera de réparer ſes
,, pertes & fon aveuglement par le defir
d'éclairer tout le monde, & d'expier ſa
longue infidélité par un zele que rien
ne ſera capable de retarder ni de ra-
„ lentir; les obſtacles l'animeront : les
Princes demeurés juſques - là dans les
ténebres du paganiſme , les Nations les
,, plus rebelles à la lumiere , les ſuperstitions
les plus enracinées céderont enfin
à leurs difcours , à leur patience&
à leur courage ; & la Maiſon d'Iſraël
,, répandue dans toute la terre , en retour-
,, nant à la foi , entraînera avec elle le
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
monde entier ; Sion ſera encore uné
fois la lumiere des Nations. Ses Envoyés
aſſembleront encore une fois
tous les Peuples & tous les Royaumes
,, pour les unir dans le même culte. Elle
,, a été la mere des Prophètes , elle le
" fera
MAI. } 1770. 81
3, ſera encore. Elle aappris par fon exem-
,, ple , aux autres Eglifes , à tout fouffrir
» pour la vérité ; elle eſt deſtinée à leur
و د
donner encore le même exemple. Ses
,, Martyrs feront , comme autrefois , la
;, ſemence des Martyrs. Ils attaqueront
,, fans crainte toutes les ſuperſtitions , &
ود
ود
ود
ود
leur courage relevera celui des foibles
,, & des timides. Ils ne ceſſeront de com-
,, battre qu'après avoir tout vaincu. Ils
,, ne penſeront à ſe repoſer qu'après avoir
converti tout l'Univers. Leur partage
eſt de finir ce qu'ils ont commence.
Ils ont jeté les fondemens , & ils au-
,, ront la gloire de mettre le comble. "
Une autre réflexion tirée de St Paul ,
ne permet point de reſtraindre à une
très-courte durée les heureux effets de la
converſion des Juifs. Jugeons de l'avenir
par le paſſé , dit l'Auteur de l'explication
du douzieme chapitre de Daniel , d'après
Saint Paul. ,, La chute des Juifs a été la
,, richeſſe du monde : Combien leur plé-
,, nitude l'enrichira - t - elle davantage ?
, Leur reprobration a été la réconcilia .
و د
tion de l'Univers : Que ne fera donc
» pas leur rappel ? Il reſſemblera à une
F
82 MERCURE DE FRANCE.
1
ود
و د
و د
"
réſurrection de morts : voilà l'expresſion
même de Daniel. Quand tout
Iſraël , dit le Prophete , aura part au
falut , la multitude de ceux qui dorment
dans la pouſſiere ſe réveillera ;
,, ceux qui , ayant connu Dieu, apprendront
aux autres à le connoître , brille- .
ront comme les étoiles du firmament
dans toute l'éternité.
و د
و د
ود
ود
ود
و د
و د
و د
و د
و د
ود
ود
ود
ود
"
" Mais une telle abondance de lumiere
, mais le ſpectacle merveilleux de
tant de morts reſſuſcités , ne ſeroit - il
donc qu'un événement paſſager ,qu'une
révolution de quelques jours ? Et le
Tout Puiſſant , après avoir déployé la
force de fon bras pour opérer ce prodige
, permettoit- il qu'il fut fitôt détruit
& renverſé comme s'il ne pouvoit
plus le foutenir ? Outre que l'Esprit
Saint , en nous révélant le ſuccès
de la prédication des Juifs convertis ,
ne nous apprend point le temps qu'ils
doivent employer à ſoumettre l'Univers
au joug de la foi; ce ſeroit borner
étrangement leur miſſion & les merveilles
qui en feront le fruit, que de
ne plus donner que peu d'années à la
ود
ود
ود
وا
ود
MA I. 1776. 83
و د
„ durée du monde après leur converſion.
Ne faut-il donc pas que l'Eglife ,
,, après les avoir enfantés avec tant de
,, peine , & après avoir amené par eux
و د
ود
ود
" 1
à fon époux tous les Peuples de la
,, terre , jouiſſe quelque temps à loiſir
de la conſolation de les voir les uns &
les autres raſſemblés autour d'elle ?
Peut - on croire que la fin de toutes
choſes touchât de ſi près l'événement du
retour d'Iſraël , lorſqu'on fait réflexion
que quand Jésus-Chriſt viendra juger la
terre , il y trouvera à peine de la foi;
que la charité ſera refroidie , & que les
choſes feront tombées dans une décadence
extrême ? La confommation de
toutes choſes n'arrivera donc , comme
l'ont obſervé tant d'habiles interprêtes
des Livres Saints , que lorſque l'iniquité ,
que la converſion des Juifs & les fuites
- de cet événement auront preſque bannie
de la terre , aura de nouveau prévalu ; ce
qui ne fauroit arriver que par une ſucceffion
de temps conſidérable. Alors
Dieu n'ayant plus mis de nouveau Peuple
en réſerve pour y renouveler & y perpétuer
ſon oeuvre , le nombre des élus
qui devoient être pris d'entre les Juifs &
F2
$4 MERCURE DE FRANCE.
d'entre les Gentils , étant rempli , l'Evangile
ayant été porté par le zele des Juifs
dans toutes les parties de la terre où
celui des Gentils n'a pu encore pénétrer ,
il ne reſtera plus au Souverain Maître
de toutes choſes que de venir juger le
monde , de conſommer fon oeuvre dans
une ſtabilité parfaite & éternelle , & de
donner ainſi à ſes promeſſes & à ſes
écritures un dernier degré d'accompliſſement
& de juſteſſe , après quoi il n'y
aura plus qu'à les retirer comme un billet
pleinement acquité.
Le défaveu des Artistes , ou lettre à
M*** , ſervant de réfutation à l'Almanach
hiſtorique & raiſonné des Architectes
, Peintres , Sulpteurs , &c.
1
Rifum teneatis , amici. Hor.
Brochure in-8°. de 42 pages. AParis',
chez Brunet , Libraire .
Le defir que les Amateurs , les Amateurs
étrangers ſurtout , marquoient
d'avoir un écrit qui pût leur donner des
MA I. 1776. 85
e
inſtructions ſur les Artiſtes François actuellement
vivans , dont ils cheriſſent les
talens ; le titre même d'Almanach , que
M. l'Abbé le B *** a donné à l'ouvrage
qu'il a publié fur cet objet ; & les louanges
, quoiqu'un peu vagues , qu'il a distribuées
à la plupart des Artiſtes , ſembloient
lui mériter de l'indulgence fur
quelques erreurs ou des défauts d'exactitude.
Cependant , comme il annonce que
fon Almanach eſt hiſtorique & raiſonné ,
nous penſons que la critique de cet écrit
ne paroîtra point déplacée. Mais l'Artiſte
qui l'a publiée , car on ne peut méconnoître
ici la plume d'un Adverſaire qui
parle dans ſa propre cauſe , dément quelquefois
cet eſprit de douceur & d'urbanité
que les beaux arts font faits pour inſpirer.
Il faut avouer auſſi qu'il eſt bien
difficile de ne pas prendre un peu d'humeur
à la lecture de tant d'écrits fur les
arts , dictés par des Amateurs novices
qui , pour avoir admiré quelquefois les
productions du goût & du génie , croyent
pouvoir donner des leçons aux Artiſtes.
Mais on ne tarde point à s'appercevoir
que ces nouveaux Précepteurs auroient
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
eux - mêmes beſoin d'être éclairés. Leurs
réflexions obfcures , incertaines , minucieuſes
annoncent aſſez qu'ils ne fentent
point cette flamme qui a échauffé l'Artiſte
qu'ils critiquent. Ces Ecrivains portent
le plus ſouvent l'eſprit de diſcuſſion
là où il faudroit le coup d'oeil du génie.
Auſſi n'attendez point d'eux ces obſervations
profondes , vraies , lumineuſes , qui
par les douces impreſſions de la beauté ,
de l'harmonie& des convenances qu'elles
font naître , ſont ſi propres à élever l'ame
du Lecteur , annoblir ſon eſprit & épurer
fon coeur.
Manuel ou Fournée Militaire , vol. in- 12.
A Paris , chez Hardouin , Libraire
paſſage de la colonnade du Louvre ,
près S. Germain l'Auxerois.
,
L'Auteur de ce Manuel nous prévient
dans ſon avant - propos , qu'il n'a fait que
mettre à contribution les chefs - d'oeuvres
de Tactique. On avouera cependant qu'il
falloit un Militaire ſtudieux & éclairé
pour choiſir les matériaux & ce Manuel ,
MAI. 1776. 87
2
& y mettre l'ordre & la préciſion qui s'y
trouvent. Cet écrit qui commence par
des conſidérations ſur la guerre , tirées
de pluſieurs anciens Hiſtoriens , eſt diviſé
par chapitres , & ces chapitres font
au nombre de douze. Le premier nous
préſente les principaux devoirs d'un Général
. Le ſecond traite du ſervice de
l'Artillerie. Le troiſieme nous inſtruit
fur ce qui regarde la ſubſiſtance d'une
armée. Les opérations , les mouvemens ,
les campemens , les combats , les places
de guerre , la garde des places , le ſervice
& la police d'une ville de guerre , l'attaque
& la défenſe des places , font les
objets des chapitres ſuivans. L'Auteur ,
non content d'avoir dans ces différens
- chapitres expoſé les principes qui doivent
ſervir de bouſſole à ceux qui embraſſent
l'état militaire , deſire d'en prouver
la folidité. Dans cette vue , il ſe propoſe
de joindre à cette premiere partie ,
une ſeconde , où les Condé , les Eugène ,
les Turenne , les Montécuculi , les Villars
, les Folard , les Feuquierre , &c.
viendront , pour nous fervir ici d'une expreſſion
de l'Auteur , appofer le ſceau aux
principes qu'il vient de publier , & jufti-
1
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
ſieront la méthode par leurs exemples , &
les leçons de l'art par les inſpirations du
génie.
Discours prononcé à l'Hôtel - de- Ville de
Саёп , le Lundi 14 Août 1775 , fur
l'eſſai ordonné par Sentence de Police
générale du 23 Juin 1775 , tendant à
fixer le prix du pain relativement au
prix du bled , avec des additions & le
requifitoire de M. l'Avocat du Roi ;
par M. Michel Antoine Lair , Avocat
au Parlement de Paris , & Directeur
des Octrois de la Ville.
Homo fum ; bumani nibil à me alienum puto.
Térent.
2
Vol. in- 8 . de 88 pages. A Caën , chez
Pyron & Manoury pere ; à Rouen
chez la Veuve Befongne ; à Amiens ,
chez François ; à Rennes , chez Ramelin
; & au Mans , chez Monnoyer.
Des conſidérations dont l'humanité
MA I. 1776. 89
i
étoit le motif , eſt- il dit dans l'introduction
de cet Ouvrage , ont conduit à des
calculs & à des découvertes aſſez intéreſſantes
au Public , pour occuper tout
çe que la ville de Caën renferme de Citoyens
les plus recommandables par la
naiſſance & les lumieres . Ils ont ſoumis
les calculs à l'expérience , & celle-ci à
la raiſon. Au mois de Mai dernier , l'Auteur
de ce diſcours fit un eſſai. M. de
Fontette , Conſeiller d'Etat , alors Intendant
de la Généralité de Caën , voulut
bien ſe charger en ſon particulier des
frais ; il fic plus , il inſtruifit toutes les
villes de la Généralité , du réſultat de cet
eſſai & de la découverte qui en étoit
Veffet. Il ne ſe borna point à ces marques
, non équivoques , de fon amour
pour le bien public; il inſtruiſit encore
MM. les Officiers du Bailliage , de ſes
intentions ; & leur promit que l'eſſai
nouveau qu'ils devoient ordonner , ſe
feroit aux frais du Roi. La diſſertation
que M. Lair offre au Public ,& qui contient
l'hiſtorique des opérations de l'esſai
, ayant paru renfermer des vues utiles ,
MM. les Officiers municipaux ſe ſont
déterminés à la faire imprimer. En la
publiant fous leurs auspices , l'Auteur
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
۱
n'a d'autre intérêt que celui de la vérité.
Motifs de ma foi en Jésus - Christ , par
un Magiſtrat. A Paris , chez la Veuve
Hériſſant , les freres Etienne , & Charles
- Pierre Breton 1776.
C'eſt le titre d'une petite brochure
in 12 de 133 pages. Quoique les attaques
journalieres des incrédules contre la religion
foient impuiſſantes pour la détruire ,
elles ne laiſſent pas d'affliger les ames
vertueuſes , & d'inquiéter les eſprits foibles.
On ne peut pourtant pas avoir continuellement
la plume à la main pour
repouſſer les traits de l'impiété & de la
calomnie. A peine la diſpute a-t-elle fini
for un point , qu'elle renaît ſur un autre.
Un moyen pour confondre l'incrédulité ,
& pour raſſurer en même temps les vrais
croyans , étoit de rapprocher toutes les
preuves les plus convaincantes de la vérité
de notre religion , & d'en faire fortir
ces traits lumineux , capables de ſubjuguer
les eſprits les plus rebelles ; & c'eſt
ce que nous a paru avoir merveilleuſement
opéré l'Auteur de l'ouvrage que
nous annonçons.
MAI. 1776. 91 }
C'eſt aux faits qu'il a cru devoir uniquement
s'attacher dans ſa difcuffion ,
parce qu'un fait bien établi eſt ſans replique.
Pour remplir ſon objet , il examine
la religion avant Jeſus - Chriſt , du
vivant de Jeſus - Chrift , & après la mort
de Jeſus- Chrift.
J
Avant la venue de Jeſus - Chriſt , ſa
religion eſt annoncée dans les prophéties ,
dans ces livres mêmes qui ſont entre les
mains des plus cruels ennemis du nom
Chrétien. On voit s'accomplir à la lettre
tout ce qui avoit été prédit du Meſſie ;
&la prédiction eſt telle , que Jeſus-Chrift
eſt le ſeul à qui l'application pût s'en
faire , fans craindre de ſe tromper.
Du vivant de Jeſus - Chriſt , on voit
un homme qui ne peut être qu'un Dieu.
La ſainteté de ſes moeurs , la fublimité
de ſa doctrine , ſes leçons , ſes exemples ,
ſes miracles , tout annonce un caractere
de divinité , auquel on ne fauroit ſe
méprendre.
Après ſa mort , un fait eſſentiel , &
fur lequel repoſe la foi des Chrétiens ,
c'eſt ſa réſurection. Jeſus Chrift avoit
dit qu'il reſſuſciteroit ; fi effectivement
il eſt reſſuſcité , nous devons avoir la
plus grande confiance dans ce qu'il nous
92
MERCURE DE FRANCE.
a dit , & dans ce qu'il nous fait encore
eſpérer. Or , que Jeſus Chriſt ſoit resſuſcité
, c'eſt un fait qui eſt examiné
dans le petit ouvrage en queſtion , avec
une ſagacité & une préciſion particuliere ;
toutes les circonstances & toutes les probabilités
font rapprochées dans cet examen
, en quelque forte judiciaire , à ne
laiſſer aucun doute fur une vérité ſi importante.
Cette preuve eſt même ſuivie ,
degré par degré , & toujours par les faits
juſqu'à nos jours , de maniere que l'incrédule
le plus décidé eſt réduit , où à
ſe rendre à l'évidence , ou à déraiſonner
pour foutenir fon obſtination.
Célide , ou Histoire de la Marquise de
Bliville , par Mademoiselle M ***
deux parties in - 12. A la Haye , & ſe
trouve à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue S. Jacques ; Moutard &
Mérigot , quai des Auguſtins ; Delalain,
rue de la Comédie Françoiſe ;
L'eſprit au Palais - Royal.
۱
Célide , ſuivant le portrait qui nous
en eſt tracé , étoit une de ces perſonnes
rares , favoriſées des plus précieux dons
de la nature. Vertu , modefſtie , généro- (
:
MAI. 1776. 93
fité , eſprit , beauté; en un mot , toutes
les qualités qui peuvent plaire , ſe trouvoient
réunies en elle. Le Comte de Bricourt
, ſon pere , qui avoit épuisé pres
que tout fon patrimoine au ſervice , vivoit
retiré dans une petite terre , le ſeul
bien qui lui reſtoit. Cet ancien Officier ,
& la Comteſſe , s'occupoient dans cette
folitude à perfectionner l'éducation de
leur aimable fille, qui avoit alors quatorze
ans , à lui inſpirer de l'amour pour
la vertu , & du mépris pour les richeſſes.
,, Ma chere Célide , lui diſoit un jour
و د
ود
و د
ود
و د
-
la Comteſſe ; ſi vous voulez être heureuſe
, ne donnez pas à l'ambition l'entrée
de votre coeur ; cette funeſte pasſion
empoiſonneroit vos plus beaux
, jours ; quoi qu'on faſſe pour elle , on
,, ne peut la fatisfaire: ſes jouiſſances
mêmes font des tourmens , & ne valent
,, pas le repos dont vous jouiſſez ici ,
Ah ! Madame , s'écria Célide , que
,, je plains les ambitieux , s'ils font tels
,, que vous le dites ? S'ils font tels ?
„ Croyez - moi , ma fille , croyez que
,, quelqu'énergique que vous paroiſſe le
trait dont je viens de les peindre , il
encore bien foible auprès de la vérité.
Il eſt encore une autre paſſion non
„ moins dangereuſe , c'eſt l'amour: ah !
و د
"
و د
1
-
1
94 MERCURE DE FRANCE.
,, ma fille , écoutez attentivement ce que
"
ود
ود
و د
و د
و د
j'ai à vous dire ſur ce ſujet;& gravezle
dans votre coeur , en caracteres inef.
façables : l'amour plaît , il flatte à fon
premier abord ; mais que ces momens
ſont courts ! Il n'eſt point pour le coeur
de plus mortel poifon; ne croyez pas ,
,, ma fille , être aimée , parce qu'on vous
le dira ; fuyez ceux qui vous feront de
„ pareils aveux , comme vos plus cruels
ennemis : ne vous laiſſez ſéduire ni
,, par la figure ni par l'eſprit : penſez en
vous même que ces dehors attrayans ,
cachent une ame perfide. -Quoi , ma
,, mere , tous les hommes font donc
,, trompeurs ? Ils ne le font pas tous;
ود
و د
ود
و د
و د
و د
ود
وو
-
"
mais le nombre des autres eſt ſi petit ,
,, que le plus fûr eſt de ne ſe fier à aucun ;
ſachez aufſi , Célide, qu'une fille ver
tueuſe , ne doit point avoir d'affections
ignorées de ſes pere & mere.
C'étoit ainſi que cette tendre mere tâchoit
d'aſſurer le bonheur de ſa fille. Que
Célide auroit été heureuſe s'il avoit plu
au Ciel de la lui laiſſer plus long-temps !
Mais elle étoit , ajoute ici fon Hiſtorien ,
deſtinée à éprouver les coups les plus rudes
, dont un coeur ſenſible puiſſe être frappé.
Cette reflexion fait aſſez connoître
au Lecteur , que ce Roman eſt moins une
1
MAI. 1776. 95
critique des moeurs , que la peinture d'un
coeur tendre , en proie aux inquiétudes
du ſentiment , & livré aux tourmens des
paffions. La fuite des événemens que ces
mémoires préſentent eſt peu variée ; le
ſtyle néanmoins n'eſt point dépourvu d'intérêt.
Mais l'hiſtorien connoît peu l'art
des tranfitions. Le Lecteur ſouffrira même
impatiemment qu'on le tranſporte d'un
lieu dans un autre , en lui diſant d'un ton
badin , que ce voyage ne le fatiguera pas
beaucoup. Ces légers défauts n'empêcheront
pas que l'on ne s'intéreſſe à l'infortunée
Célide , & que l'on ne voye avec joie
fon amour conſtant couronné par le Marquis
de Bliville , amant tendre , paſſionné
& vertueux.
Ce Roman nous offre dans Mademoiſelle
de Blemigni , amie de Célide
, le modele de la vraie amitié. Le
Lecteur ſentira la ſolidité du reproche
qu'elle fait à ſon amie du peu de confiance
qu'elle lui marque; il approuvera
le doute que Mademoiselle de Bemigni
forme en conféquence ſur l'amitié de
Célide. Ah! que je m'étois abuſée ! lui
dit elle un jour , en croyant avoir dans
votre coeur la place que vous avez dans ود le mien: oui , ma chere amie , oui ,
5, j'en suis perfuadée ; (ainſi ne cherchez
"
ود
"
96 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
ود
ود
دو
ود
,, point à me faire illufion), on ne peus
aimer une perſonne dont on ſe défie.
Le charme de l'amitié conſiſte dans le
plaiſir qu'on goûte en répandant dans
,, le ſein de l'ami qui nous eft cher , les
,, peines dont on eft accablé ,& les ſujets
de joie qui arrivent : ôtez de l'amitié
la confiance , vous en détruirez tout
l'agrément , ainſi que le lien. " On eft
un peu faché qu'une fille qui connoît fi
bien les douceurs de l'amitié devienne
la victime de fon amour pour le Che
valier de Seminille. Mademoiselle de
Blemigni fait voir par ſon exemple que
l'on peut aimer ſans être aimé ; & que
l'amour , très-différent de l'amitié, peut
ſe paſſer de retour.
Extrait du Journal de mes Voyages , où
Hiſtoire d'un jeune homme , pour
ſervir d'école aux peres & meres ; par
M. Pahin de la Blancherie.
:
1
Quiconque a des enfans au vice abandonnés ,
N'a point d'excuses légitimes ;
Car ſous quelque ascendant que ces monstres foient nés
Sa nonchalance a cause tous leurs crimes.
GAMBERVILLE.
2 vol.
MAI. 1776. 97
2 vol. in- 12 ; en papier ordinaire rel.
61. En papier d'Hollande , 21 1. avec
fig. A Paris , chez les Frères Debure ,
Lib. quai des Auguſtins ; à Orléans ,
chez la veuve Rouzeau Montaut.
M. de la Blancherie a voyagé & obſervé
de fort bonne heure. Il a conſigné
dans des lettres écrites à un ami, les
réflexions que lui ſuggérerent les faits
qu'il remarquoit ;& ces reflexions toujours
morales , ont particulierement pour objet
l'éducation des enfans. Notre Voyageur,
en les publiant aujourd'hui , a
pour but d'intéreſſer à cette éducation les
parens & le gouvernement. C'eſt pour
mieux obtenir ce voeu de ſes defirs , qu'il
nous préſente dans l'hiſtoire d'un jeune
homme qu'il a vu & pratiqué , un exemple
terrible des effets de la débauche &
du libertinage. M. de la Blancherie s'éleve
vivement contre les écoles publiques
; & on eſt obligé de reconnoître
avec lui que ſi pluſieurs abus depuis longtemps
introduits dans ces écoles ne
font point réformés , l'éducation privée
ſera préférable à l'éducation publique.
Mais n'y a t-il pas auffi un peu
d'exagération dans la peinture que fait
G
98 MERCURE DE FRANCE .
notre Voyageur des dangers que courent
les jeunes gens lorſqu'ils vivent raſſem
blés. Au reſte , il eſt peut être bon d'exagérer
le péril, pour que ceux auxquels
la jeuneſſe eſt confiée , la veillent de plus
près.
Notre Voyageur obſervateur rapporte
des anecdotes particulieres , cite pluſieurs
traits de bienfaiſance , de juſtice , de
gratitude: rappelle à notre mémoire des
paſſages de différens Auteurs , difcute
pluſieurs points de morale , mais toujours
dans le rapport qu'ils ont avec l'éducation;
il ne tarit point enfin fur cet
objet important. Son éloquence , quoiqu'un
peu diffuſe , plaît néanmoins parce
qu'elle part d'un coeur pénétré , & qui
connoît tout le bien qui réſulteroit d'une
éducation mieux dirigée. Cet Ecrivain
s'eſt plu à ſe peindre dans une de ſes lettres
; le portrait qu'il nous donne de luimême
, & que nous allons citer , ſervira
encore à faire connoître le but moral de
l'ouvrage , la maniere diferte , mais franche
de l'obſervateur , & fon goût pour
les citations , qui font ici en grand nombre,
fur - tout dans les notes placées au
bas des pages. ,, Je vous préviens , écrit-
" il à fon ami , que mes lettres pouront
MAI.
99
1776.
, être par fois un peu longues. Vous
, ſavez que dès qu'il eſt queſtion de mo-
ود
rale ou d'éducation , je ſuis un ba-
,, billard, comme il n'y en a point : dans
ود
mes travaux , mes obſervations , mes
,, lectures , dans tout ce qui ſe paſſe , je
, ne vois que ces deux objets. Je diviſe
, tout én moyens & en abus. Les hom
5, mes ne me paroiſſent que de grands
,, enfans mal élevés ; les enfans font des
, hommes à former. Il y a encore cette
différence entre les grands enfans &
les petits : c'eſt que ceux- ci ont les
,, grâces en partage ; ceux- là n'ont que
les ridicules ; & les plus raisonnables
font quelquefois les plus ennuyeux. Si
," je me mêle parmi les jeux de l'en
„ fance , quelle volupté n'ai-je pas à con-
„ templer ſa naïveté , ſa franchiſe , cette
,, joie vive & pure qui ſe manifeſte au-
ود
ود
وو
قو
ود
dehors par la vivacité des regards , des
,, geſtes , des diſcours ! Oui , l'enfance
,, eſt l'âge de la liberté & du bonheur.
Je laiſſe aux autres leurs chevaux , leurs
,, chiens , leurs fleurs , leurs ſpectacles ,
leurs concubines ; ils font eſclaves.
Moi , je goûterai , je chérirai, j'admi
rerai dans les enfans la nature & fon
- créateur ; je connoîtrai les vices , pour
ود
ود
زر
G
100 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
,, les en préſerver ; je les précéderai
dans leur marche , pour les conduire
dans des ſentiers parſemés de fleurs ;
,, j'arracherai les épines devant eux , & un
fourire innocent me dédommagera de
„ mes peines. Les journées ne ſuffiſent
,, pas à mes recherches , à mes obſervas
"
و د
و د
tions , j'oſe diſe à mon zêle. Je n'ai
,, pas le temps de faire une lettre courte :
d'ailleurs , je me laiſſe emporter par
mon ſujet ; il eſt d'autant plus im-
,, portant à mes yeux , que je l'étudie
fans ceſſe. Que ne dois-je pas à Plutar-
„ que , à Platon , à Montaigne , &c. ?
و د
و د
"
و د
Ils ont été mes feuls amis pendant long-
„ temps ; & peut-être trouvera- t-on dans
mon ſtyle quelque choſe du leur. Au
refte , j'ai plus appris , juſqu'à cette
heure , à penſer qu'à écrire. Je penſe
naïvement & bonnement comme mes
maîtres ; je ne me foucie guere d'écrire
„ autrement. Je n'ai peut- être pas beau-
» coup d'eſprit ; mais j'ai , ce me fem-
ود
و د
و د
22
ود
ble , quelque peu de raifon : je l'ai du
moins bien cultivée & bien exercée.
„ Je fais qu'on aime, dans les écrits ,
comme dans la ſociété , une imagination
vive. Je crois me rendre justice,
» en diſant que j'ai plus de ſolidité dans
"
د
19
MAI. 1776. 10
ود
ود
le jugement, que de feu dans l'imagination.
Tes discoursfentent le vieux , diſoit
Denys le Tyran à Platon , qui lui
„ apprenoit à être digne de commander
„ aux hommes ; les tiens fentent le
29
-
tyran , répondit celui - ci. Si mon ſtyle
>>> font le vieux , je me plais à croire qu'il
ſent l'utile , voilà mon but. Je n'ai
pas la mémoire des mots , mais j'ai
celle des choſes. Je ne retiens pas ai-
> ſément les noms & les dates , mais je
ود
" ſais toujours les faits. Graces au ciel ,
,, je peux me divertir avec les gens d'esprit
, & m'inſtruire avec les gens raifonnables.
ود
M. de la Blancherie nous dit que l'enfance
eſt l'âge de la liberté & du bonheur
; mais en quoi conſiſte la liberté de
cet âge ? L'enfant eſt le plus fouvent foumis
à des Inſtituteurs chagrins , qui le
gênent juſques dans ſa façon naïve d'exprimer
ſes différentes ſenſations. Peut-on
encore appeler heureux celui qui n'a'
pas le ſentiment de ſon bonheur ? Un
imbécille qui ne prévoit pas l'avenir ,
l'homme qui dort , celui dont la raifon
eſt obſcurcie par le vin , par l'âge , ou
par quelqu'autre cauſe que ce fuit , les
animaux enfin qui ne connoiſſent que le
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
préſent , font heureux à la maniere des
enfans.
M. de la Blancherie , dans ce même
ouvrage , s'éleve avec force contre les
meres qui ne veulent point nourrir leurs
enfans , & nous louons ici fon zele. Mais
en exigeant que des Bourgeoiſes de Paris
par exemple , foient les propres nourri
ces de leurs enfans , il faudroit auſſi leur
preſcrire de quitter leur famille , leur
maiſon , leurs affaires , & d'aller vivre
à la campagne , car un air libre & pur eft
peut - être encore plus falutaire à l'enfant
que le lait de ſa propre mere. Cependant
combien de meres Parifiennes auxquelles
un long ſéjour à la campagne ſeroit impoffible
!
M. de la Blancherie donne d'autres
leçons aux meres , dont elles feront bien
de profiter. On voit avec plaiſir à chaque
page de ſon ouvrage que le premier &
même l'unique objet de ſes recherches
eſt de ſe rendre utile. C'eſt dans ce point
de vue qu'il travaille actuellement à un
autre ouvrage qui aura pour titre : de
l'Homme ou fystême général & complet
d'éducation . L'Auteur y examinera ce
que peut & doit être l'homme , d'après
des conſidérations particulieres , phy-
DI
a
da
P
f
1
Γ
MAI. 1776.
103
ſiques , morales , hiſtoriques , politiques
, &c. fur ce qu'il a été juſqu'à préfent,
dans tous les temps , & dans tous
les lieux. Il fera l'hiſtoire de l'éducation
& des moeurs de tous les peuples anciens
& modernes. Il conſidérera les ſciences
dans le rapport qu'elles ont avec l'intelligence
des enfans. Il préſentera un tableau
raiſonné des inconvéniens & des
avantages des chofes principales en uſage
dans l'éducation , ou qui doivent y être ,
d'après tout ce qui a été écrit juſqu'à preſent
ſur cette partie ſi intéreſſante pour
l'humanité , & d'après des obſervations
raiſonnées ſur ce qui peut être ou ne pas
être, ſelon le pays , le climat , le caractere
, &c. Il ſe propoſe de rédiger
toutes ces chofes, de maniere que l'on
en pourra tirer des réſultats poſitifs &
certains fur la méthode particuliere de
former des hommes , pour le plus grand
bien; ce ſera , pour ainſi dire , un manuel
d'éducation , où toutes fortes de cas
feront prévus. Mais en attendant ce grand
ouvrage ſur l'Homme , M. de la Blancherie
en a préparé un autre , qu'il publiera
inceſſamment , & qui eſt une forte
de complément à celui dont il eſt question
aujourd'hui ; il a pour titre: ,, Extrait
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
ود ,, du Journal de mes voyages , ou his
toire d'une jeune Demoiselle, pour دو ſervir d'école aux peres&meres. "
ود
M. de la Blancherie invite les Gens
de Lettres , les Philofophes & tous les
gens de bien , à concourir à donner à
fon fyſtème général & complet de l'éducationn
,, toute l'utilité qu'il aa en vue , en
lui faiſant part de faits & d'obſervations
raiſonnées fur tout ce qui a du rapport
avec l'éducation publique & particuliere,
ancienne & moderne , chez tous les peuples
, & dans tout les états. Les extraits
pourront être adreſſés , francs de port , à
l'Auteur , chez les Libraires ci-deſſus indiqués.
Il ne s'appropriera rien de ce qui
lui aura été envoyé ; chaque Coopérateur.
jouira de ce qui lui appartiendra.
Nouvelle méthode de traiter les maladies
Vénériennes par la Fumigation , avec
les procès verbaux des guériſons opérées
par ce moyen : par M. Pierre
Lalouette, Docteur Régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de
Paris , & Chevalier de l'Ordre de S.
Michel ; publiée par ordre du Roi. A
Paris , chez Mérigot l'aîne , Libraire ,
quai des Auguſtins , près la rue Dau
MAL 1776. 105
phine 1776, avec approbation & privilege
du Roi.
Si nous en exceptons l'empiriſme &
quelques opinions iſolées en petit nom.
bre , l'univerſalité des Médecins reconnoît
le mercure pour le remede le plus
efficace découvert juſqu'ici contre ce
ود
وو
و د
ود
fléau deſtructeur qui attaque l'homme
dans les ſources de la vie , & fe com-
,, munique de générations en généra-
,, tions ; " & entre toutes les manieres
d'adminiſtrer le mercure , on s'eſt fixé à
l'appliquer à l'habitude extérieure du
corps , pour l'introduire , par les pores.
cutanés , dans la maſſe des liquides. Si
par la fumigation on applique à l'habitude
extérieure le même mercure : le voeu de
la Médecine eſt rempli; c'eſt une frica
tion univerſelle ; & toutes choſes étant
égales du côté du médicament , on a
l'avantage de la commodité. Si avec la
fumigation on adminiſtre un mercure
plus pur: on gagne en commodité & en
efficacité de traitement. Voilà l'objet de
l'ouvrage de M. Lalouette ; convaincu
par des réflexions fondées ſur ſes expériences
, que le mercure contient des
ſubſtances métalliques auxquelles il faut
GS
:
106 MERCURE DE FRANCE.
attribuer les effets pernicieux qu'on lui
reproche , & qu'il peut contracter dans
les préparations uſitées un alliage non
moins dangereux ; il a cherché à l'épurer
par des procédés chymiques , qui donnent
un mercure pur , rendu aſſez volatil
pour être élevé par l'action du feu ,
& dégagé des entraves qui l'empêchoient
de pénétrer les pores , dans ſon état
naturel de mobilité : qualités qui manquoient
aux poudres mercurielles qui
ont ſi mal réuſſi dans l'ancienne fumigation
: car , ou le mercure avoit perdu
dans la calcination ſon éclat métallique ,
ou il s'élevoit très-peu par l'action du
feu , ou il ne s'appliquoit à la peau que
ſous la forme de chaux & y adhéroit , ou
il s'en dégageoit une trop petite quantité
des ſels qui l'enveloppoient , ou il deve.
noit lui même , par l'alliage de ces fels , un
fel mercuriel malfaiſant : & toutes ces
poudres avoient l'inconvénient commun ,
que le mercure n'en pouvoit être révivi.
fié que par un feu violent , auquel on
ne peut pas foumettre les malades. C'eſt
ce que l'Auteur développe dans ſon Chapitre
VIII , plein de doctrine & d'expériences
lumineuſes. Il en faut dire autant
du Chapitre III , dans lequel il examine
こ。
MAL 1776. 207
les préparations mercurielles priſes inté.
rieurement , dont il démontre l'inſuffiſance
ou les funeſtes effets. C'eſt-là qu'on
peut apprécier le fublimé-corroſif , préfent
funeſte qu'a fait à l'Europe unMé.
decin auquel la poſtérité ne conſervera
peut- être pas la célébrité dont l'a fait
jouir ſa fortune. M. Lalouette expoſe
l'action de ce cauſtique ſur les chairs audehors
, & le ſuit au- dedans ; où il le
montre exerçant ſes ravages ſur l'organi-
- ſation intérieure , détruiſant les fibres ,
élémens de nos corps , &commençant
l'ouvrage de la mort ; & il découvre ſes
traces dans les cadavres. On ne peut que
déplorer , avec ce Praticien éclairé , le malheur
de voir des Médecins ſe rendre les
Apologiſtes de ce poiſon terrible , & lui
gagner des fuffrages reſpectables , juſqu'à
en faire quelquefois un objet de charité!
Le fublimé pallie ſubitement les ſymptômes,
peut - être il les guérit : mais l'arfenic
fait le même effet fur pluſieurs
maladies violentes : on arrêta , il ya
trente ans , a Cambrai , un Empirique
qui le donnoit; il guériſſoit comme miraculeuſement
, & tous les malades mouroient
au bout d'un an ou deux: il confeſſa
ſon horrible ſecret aux approches
rot MERCURE DE FRANCE.
L
de la torture. Nous pouvons faire une
réflexion concluante contre le ſublimécorrofif,
tirée de la conduite de M. Lalouette.
Ce Médecin qui a donné pendant
plus de trente ans ſes ſoins & fes
remedes à tous les pauvres de la Capitale
qui accouroient chez lui en foule ,
& qui y a conſommé ſa fortune ; lui qui
a tant approfondi le caractere & les effets
du fublimé , auroit- il cherché à grands
frais un autre remede , ſi celui-là eût pâu
remplir ſes vues charitables ?
Les bornes de ce Journal ne nous per.
mettent pas de rendre compte des vues
faciles & économiques que M. Lalouette
indique pour diminuer la propagation de
cette terrible maladie , ni d'entrer dans
un plus grand détail ſur les avantages de
fon procédé , dontle Cenſeur , M. Macquer
, juge éclairé en cette matiere ,
nous annonce qu'il contient des recherches
& des expériences de la plus grande
utilité fur la purification & les préparations
les plus effentielles du mercure.
Nous penſons , avec ce ſavant Académicien,
que la perfection que M. Lalouette
donne a une méthode , déjà tentée , de
guérir les maladies vénériennes , mérite
toute l'attention des gens de l'art. Quel
L
MA 1. 1776. 109
objet en effet peut intéreſſer davantages
que celui de ſubſtituer à l'appareil dégoûtant&
pénible des frictions , & au régime
extenuant qui les accompagne , un traitement
commode & facile , ſous lequel les
malades reprennent de la vigueur & de
l'embonpoint , au lieu de les perdre , &
vacquent comme à l'ordinaire à leurs travaux
? Les machines pour la fumigation ,
& l'appareil pour les préparations chymiques
, font décrits avec clarté , & repréſentés
par des planches très - bien exécutées.
Mémoires historiques , critiques , & anecdotes
des Reines & Regentes de France,
nouvelle édition , revue , corrigée &
conſidérablement augmentée.
Principibus placuiſſe viris non ultima laus eft.
HOR.
J
6 vol. in- 12. A Amſterdam; & ſe
trouvent à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire rue Galande; 1776. Prix 18
liv. reliés.
Suivant les Editeurs qui donnent au
Public cette nouvelle édition , un Ecri-
1
110 MERCURE DE FRANCE.
vain en état de compoſer une Hiſtoire
de France parfaite eſt un Phenix impoſſible
à trouver. Tout ce que l'on peut faire ,
ſelon eux , c'eſt de s'écarter le moins qu'il
eſt poſſible de la perfection , confulter les
fources , balancer les autorités , ne jamais
jurer ſur la foi d'aucun Auteur, lire avec
plus d'attention les critiques de fon Ouvrage
que les éloges , les apprécier tranquillement&
s'en défier à propos ,,, c'eſt ,
, diſent ils , ce qu'on nous aſſure qu'a
,, fait l'Auteur de ces Mémoires. "
Cet Ouvrage commence à la Reine
Bazine epouſe de Chilpéric , pere de
Clovis , & comprend toutes les Reines
&Régentes , de France juſqu'au regne de
Louis XIV , incluſivement. Ce titre de
Régentes , dans l'acception que lui donne
l'Auteur , équivaut à celui d'amies de
nos Rois , uſité ſous ceux des deux premieres
races.
L'Auteur a fait pluſieurs corrections &
augmentations aux notes pleines d'érudition
qui accompagnent le texte. Indé
pendamment des changemens faits aux
anciens articles , il en a ajouté de nouveaux.
Tels font ceux de Charlotte de
Beaune - Samblangai , Dame de Sauves ,
petite fille de l'infortuné Samblançay ,
1
MA I. 1776. fff
Surintendant des Finances fous François
Premier, & célebre par ſa fin tragique ;
de la Demoiselle de Rebours ; & de
Françoiſe de Montmorency Foſſeux , dite
la belle Foſſeuſe , toutes trois Maîtresſes
de Henri IV.
Les Editeurs annoncent dans leur Avertiſſement
que l'Auteur a joint à ſon Ouvrage
les vies de Marguerite de Valois ,
foeur de François Premier ; & de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre & mere de
Henri IV. Nous les y avons cependant
inutilement cherchées. On a mis à la tête
de cette nouvelle édition un Mémoire
fur l'état des femmes & des enfans des Rois
de France de la premiere & de laseconde race
, & du commencement de la troisieme ,
qui ſert en quelque forte d'introduction à
cet Ouvrage , qu'on peut regarder comme
une galerie hiſtorique des plus curieuſes &
des plus intéreſſantes.
Oeuvres diverses de M. le Comte de Tresfan
, Lieutenant- Général des Armées
du Roi , des Académies des Sciences
de Paris , de Londres , de Berlin , d'Edimbourg
, & des Sociétés Royales &
littéraires de Montpellier , Nancy ,
Caën & Rouen. Volume in- 8°. A
112 MERCURE DE FRANCE .
:
Amſterdam ; & ſe trouvent à Paris ;
chez L. Cellot , Imprimeur - Libraire ,
rue Dauphine.
Ces OEuvres diverſes préſentent des réflexions
ſur l'eſprit , des Diſcours Académiques
, l'Eloge de M. Moreau de Maupertuis
, un portrait hiſtorique de Staniflas
le Bienfaiſant , & des poëſies. Les
réflexions ſur l'eſprit ont été dictées par
un homme de goût , un obfervateur attentif
& un pere tendre , qui voudroit
que l'expérience de plus de cinquante
ans , qu'il a paſſés dans la ſociété des gens
les plus éclairés de ſon ſiecle , ne fût pas
abſolument perdue pour ſes enfans. Il leur
donne en conféquence dans les différens
chapitres de cet écrit , qui ont pour objet
l'esprit d'acquit , l'eſprit de l'hiſtoire ,
l'eſprit des ſciences , de l'éducation , de
la littérature , des arts , de ſociété , de la
poësie , &c. les réſultats de ſes obſervations
ſur ce qui peut rendre l'eſprit actif,
juſte , & véritablement éclairé. Il faut
donc bien s'attendre que dans un écrit
dont le but principal eſt de donner à
l'eſprit d'unjeune homme toute ſa force ,
toute fon activité & cette rectitude qu'il
ne peut acquérir que par des notions
claires
MA17764 #13
P
claires & préciſes , on s'éleve avec force
contre la métaphysique abſtraite. Les
,, fondemens de la métaphyſique font
ruineux dès qu'ils ne ſont pas établis
fur une baſe phyſique. Défiez-vous de
وو ces Metaphyficiens fubtils , qui n'ontà
vous offrir que les chimeres qu'ils ont
, produites. Ils ſe plaignent ſouvent
,, qu'ils manquent de mots pour expri-
,, mer leurs idées : concluez en que lorf-
ود
que les mots leur manquent , c'eſt que
leurs idées n'ont rien de réel. Ils ſe
font forges beaucoup de mots com-
,, poſés du grec , auxquels ils donnent
,, une fignification que ces mots n'ont ,
ود
ور ni ne peuvent avoir, puiſqu'ils n'ex-
,, priment aucune idée poſitive ; auſſi
ور voyons-nous arriver preſque toujours,
,, que les Métaphyficiens les plus fubtils
,, ſe ſervent de ces mêmes mots pris dans
des acceptions différentes. Arnaud &
„ Mallebranche ſe reprochoient mutuel-
ود
زو lement qu'ils ne s'entendoient point ;
,, & le fage Fontenelle leur crioit , qui
,, pourra vous juger ? Ne ſoyez doncja-
ود
وو
mais la dupe , dit M. le Comte de
Treſſan à ſes enfans , de ces raiſonneurs
fubtils qui , pour la plupart , ont
trouvé plus commode d'abufer de l'art
H
1
Y14 MERCURE DE FRANCE.
ود
ور
ود
de raiſonner , que de s'inſtruire & d'ob
ſerver , pour ſe mettre en état de connoître
les prétendus élans de l'eſprit
„ par leſquels ils cherchent à en impoſer.
Ces paradoxes captieux , l'art vain &
„ ténébreux du pyrrhoniſme , l'art plus
vain encore de réaliſer la combinaiſon
& le réſultat de pluſieurs idées qui ne
„ peuvent être poſitives , cette métaphy-
"
ود
"
ود
ود
ſique abſtraite en un mot , ne prouvent
,, qu'un abus , un véritable égarement de
l'entendement & des facultés intellectuelles
; elles ne prouvent aux gens
éclairés que l'inſuffiſance d'un eſprit
„ orgueilleux & fubtil qui cherche à ſub-
,, juguer les autres , en ſuppléant à ce
„ qu'il devroit ſavoir par les chimeres
ود
و د
هد
ود
ود
و د
qu'il imagine. Ces fortes d'eſprits faux
& fubtils , font le fléau des gens inftruits
; mais ils ne réuſſiſſent que trop
ſouvent auprès de la multitude à la-
,, quelle l'homme inſtruit , & celui qui
,, ne l'eſt pas font également inconnus.
De - là cet art ténébreux de la diſpute
dans laquelle F'eſprit faux & fubtil
paroît preſque toujours triompher de
,, l'eſprit éclairé. Ce dernier ne ſe permet
de raiſonner que d'après des idées poſitives:
le premier ſe permet tout,
ود
ود
ود
"
MAI.
1776. 115
" ,, vole d'erreurs en erreurs ; & tandis que
l'eſprit juſte & éclairé cherche à entendre
, réfléchit & diſcute , l'autre entraîne
les imbécilles que l'écoutent &
,, qui croyent l'avoir entendu. "
"
"
Les diſputes métaphyſiques ſont encore
d'autant plus à craindre , que , ſous le
prétexte d'exercer l'eſprit , elles le rendent
preſque toujours faux , injuſte &
fouvent même vindicatif. Ne confondons
jamais l'art frivole ou dangereux de la
diſpute avec l'art inſtructif & lumineux
de la diſcuſſion; c'eſt cette diſcuſſion ſage
, dans laquelle on ne peut trop porter
de candeur & trop de défiance de fon opinion
, qui perfectionne en nous la force
' &la clarté de notre entendement Sainte
Théreſe définiſſoit l'imagination en la
nommant la folle de la maison : elle en
avoit cependant beaucoup elle - même ;
mais la ſienne n'étoit pas dangereuſe. La
myſticité ſfera toujours douce& paiſible :
elle répond à l'objet ſublime auquel elle
s'attache. Apprenez , continue M. le C.
de T. en s'adreſſant à ſes enfans , à bien
⚫ connoître en vous ce que vous jugerez
être l'ouvrage de l'imagination ; fongez
que c'eſt un grand reffort , mais qu'il doit
être aſſujetti pour qu'il devienne utile à
H2
I
116 MERCURE DE FRANCE.
l'entendement ; & lorſque vous examine
rez bien la nature de ce reffort , vous verrez
qu'il n'eſt que le prompt effet de l'esprit
d'analogie. L'entendement peut ſe
perfectionner en nous au point de furvivre
à la mémoire ; on fait que M. de Lagny
, en léthargie depuis deux jours , &
ne connoiſſant plus déjà ſes enfans , rés
pondit à M. de Maupertuis , qui lui demanda
bruſquement ;quel eſt le quarré de
douze ? Cent quarante quatre , répondit
un foible reſte d'entendement. Le célebre
Chirac , dans le même état que M. de
Lagny depuis vingt - quatre heures , s'agi
te ſur ſon lit , ſa main droite ſaiſit machinalement
fon bras gauche , il ſe tâte le
pouls: on m'a appellé trop tard , s'écria-til,
on a ſaigné ce malade , il falloit l'évacuer:
c'eſt un homme mort ! L'effet ſuis
vit de près le pronoſtic. ;
Lorſqu'il eſt queſtion de l'eſprit des
ſciences & de l'éducation , M. le Comte
de Treſſan adreſſe la parole aux Inſtituteurs
: O vous , leur dit- il avec autant
,, de force que de vérité ; ô vous ! que
trop ſouvent la pareſſe ou l'incapacit,é
des peres appelle pour remplir un de.,
voir qui devroit leur être auſſi cher que
دد
:
MAI. 1776. 117
"
, facré ; fongez , lorſque vous exercerez
cette fonction fublime , que vous de-
„ vez un homme à l'Etat , à ſa famille ,
à la ſociété! Songez que vous êtes les
و د
ود plus coupables des Citoyens, ſi vous
,, perdez un ſeul inſtant de vue tous les
,, moyens de rendre vos éleves égale.
,, ment éclairés & vertueux ! " M. le C.
de Treffan regarde comme un des plus
grands inconvéniens des Ecoles publis
ques celui d'être preſque toujours placées
dans de grandes Villes. Les jeunes gens
ne fortent preſque jamais de l'enceinte
des murs qui les renferment que pour
voir la nature ou parée par des ornemens
ſymmétriques qui la gênent , ou dégradéę
par une culture en petit qui la défigure.
„ Quelle différence , ajoute l'obſervateur
„ philoſophe , ne remarquera - t - on pas
„ toujours entre un jeune homme élevé
ود
29
ود
dans les Colléges de Paris & celui qui
l'a été dans une place de guerre , dans
une ville maritime , ou même dans le
Château de ſes peres ? Tout étonne le
,, premier , il n'a preſque point encore
d'idées ; l'activité de ſes ſens ne lui a
donné que des goûts , il n'a pas encore
les notions les plus communes ; & fou-
ود
"
29.
„ vent même l'uſage de ſes ſens , au lieu
H3
118 MERCURE DE FRANCE .
ود
و د
de lui donner des idées , ne lui donne
encore que des vices." Les Inſtituteurs
des Colléges de Paris ont cependant un
avantage conſidérable pour la perfection
de l'éducation de leurs Eleves , s'ils favoient
en profiter: celui de pouvoir les
mener dans les manufactures , les atteliers
, les fabriques répandues dans les
grandes Villes & aux environs. Ils accoutumeroient
fans ceſſe , par ce moyen ,
leurs Eleves à l'obſervation de tout ce
qui frappe leurs fens ; ils nourriroient ,
exciteroient en eux leur curiofité , &
pourroient profiter des demandes que
cette curioſité feroit naître , pour rendre
raiſon au jeune homme de tout ce qui
l'entoure. Mais la plupart des Inſtituteurs
, bornés ordinairement à une connoiſſance
vague de la langue latine & de
quelques mots d'un art qu'ils appellent
rhétorique , trouvent plus commode &
plus facile pour eux d'enſeigner à leurs
Eleves cette rhétorique ſi ſouvent ampoulée
& prolixe , & qui ne fait que de
faux beaux - eſprits ; & de les exercer enſuite
dans une eſpece de logique ,
qui , fans perfectionner le raifonnement
, ne donne que les défauts de la dispute,
(
MAL1776. τια
Une attention que l'on ne peut trop
recommander à l'Inſtituteur eſt de cher
cher à diftinguer les dons naturels de
fon Eleve. Ces dons , quand ils font
cultivés , portent un caractere de force &
de lumiere que ceux qui ne les ont pas
reçus ne peuvent preſque jamais acquérir.
Or il feroit intéreſſant pour le jeune
homme , que l'on perfectionnat de bonne
heure en lui ces dons de la nature , qui
peuvent lui ſervir de reſſource contre les
caprices de la fortune. Lorſqu'on parloit
avec éloge à M. le Comte de Caylus
d'un homme qu'il ne connoiſſoit pas , il
demandoit preſque toujours ſi cet homme
n'avoit pas de quoi vivre : A- t - il en
ود
رو
lui quelque talent utile ou agréable ,
,, pour ſe faire un état ? " Cette queſtion
paroiſſoit un peu dure : cependant elle
eſt équitable & digne d'une philoſophe ,
d'un philoſophe ſurtout qui , né dans
un rang diftingué , avoit cultivé les arts
au point de pouvoir en tirer un bénéfice ,
s'il ſe fût trouvé dans une néceſſité qui
l'exigeât.
Les autres réflexions de M. le Comte
de Treſſan ſur l'eſprit de l'éducation ,
font des leçons que les Inſtituteurs ne
J
120 MERCURE DE FRANCE.
doivent point perdre de vue. Ces leçons
ſe trouvent développées dans des obſer
vations ſur l'eſprit des ſciences , des
arts , de la littérature , de l'hiſtoire , de
la poësie. Les beaux- arts font ici définis
une imitation de la nature ſaiſie dans
le genre héroïque , noble , agréable ou
naïf. L'eſprit des arts eſt donc de fe for
mer l'idée la plus juſte de ce qu'ils doivent
imiter & repréſenter , & de ſe mettre
en état de juger en quoi les arts ont
repréſenté & imité le plus ou le moins
parfaitement . La nature n'eſt pas toujours
élegante & expreſſive: mais l'art doit
être toujours l'un & l'autre , l'art doit
faifir tous les inſtan's heureux où la nature
s'embellit , ſe caractériſe & s'exprime
avec énergie. Il doit les ſaiſir pour nous
préſenter l'image de la perfection , agran
dir nos idées & nous dérober en quelque
forte à la foule des objets ordinaires qui
nous environnent. Nos Spectacles lyri .
ques ont- ils atteint ce but des beaux- arts ?
L'Opéra François eft ici comparé , avec
aſſez de vérité , à une poupée de carton
que les Muſes ont pris plaiſir à parer
de leurs dons différens. En effet , le fond
cou le ſujet de nos Opéra eſt le plus
ſouvent hypothétique , contraint & hors
L
de
MAL. 1776. 121
22
dela nature,& les acceſſoires de ce fond
ne font que des imitations exagérées des
effets que préſente la nature. Cela
,, n'empêche pas , ajoute M. le C. de T.
,,que ce ne foit un ſpectacle enchanteur
,, qui frappe à la fois les deux ſens les
,, plus actifs , & qui exercent le plus l'in-
,, telligence. L'ouie& la vue ſont ſi agré-
,, ablement , ſi vivement affectées , que le
,, ſentiment& la volupté entrent par ces
,,deux ſens en notre ame; ils animent
,, la paſſion actuelle qui l'agite , ils lui
„font éprouver quelques étincelles de
,, celle qu'elle n'a pas , ils la diſpoſent à
,,les recevoir toutes. Le goût ſévere
,, pourra donc condamner le carton de
,, la poupée ; mais le goût naturel & le
,,plus général , approuvera l'enſemble
,, délicieux des ornemens qui la parent ".
Dans l'application que M. le C. de
Treſſan ſait des loix du goût aux beauxarts
, il cite ce proverbe : Il nefaut point
disputer des goûts. Mais il ne le cite que
'pour le combattre ; en effet , il exiſte un
goût immuable & feul digne d'être généraliſé.
On peut donc diſputer des
goûts.
蟹
- Dans toutes ces réflexions ſur l'eſprit,
l'eſtimable Ecrivain s'eſt attaché aux vé
I
122 MERCURE DE FRANCE. ;
rités relatives à la marche éclairée de
Fefprit humain. Ces réflexions , quoique
fommaires , font néanmoins fuffifantes
pour donner au Lecteurune notion claire
des objets expoſés tour-a-tour fous fes
yeux. Comme ces réflexions font puiſées
dans un ſentiment vrai & profond du
ſujet , il pourra les étendre , ſe les approprier&
en faire d'heureuſes applications
aux objets de ſes méditations fur les
fciences , les arts , la littérature , l'hiſtoi.
re , la ſociété , &c . १९
Les réflexions ſur l'eſprit forment la
partie la plus confidérable des Oeuvres
diverſes que nous venons d'annoncer.
Elles font fuivies de Diſcours Académi
ques & de l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis. Ces Difcours renferment
différentes obſervations fur les ſciences
& les arts , qui les font lire avec intérêt.
180000
Le portrait hiſtorique de Staniſlas le
Bienfaiſant a été dicté par la vérité & la
reconnoiffance.
Un recueil de poëſies, fruit du loiſir
&de l'amitié de M. le C. deT. termine
ce volume. Nous ne pouvons mieux ca
ractériſer ce recueil qu'en rapportant ce
que M. le Comte de Treffan nous ditde
F
1
AMAMAÍ 196 123
la poësie de ſociété dans fon article fur
l'eſprit de la poësie. ,, La poëfie de fo-
, ciété reſſemble à une belle étrangere
,, pleine d'eſprit que l'on s'empreſſe
d'écouter ; on voit briller dans le pen
,, qu'elle fait entendre tout le feu ,
„ toutes les graces de fon immagination :
,, mais on en perd un plos grand nom
breon les regrette; on cherche à
,, deviner , à ne rien perdre de ce qu'elle
, exprime ; elle nous tranſporte alors
,, au temps , aux lieux,avec ceux mêmes
,,quil'animoient àchanter & à peindre;
,, fa voix est brillante , ſes peintures ſont
,, riantes ; elle caractériſe les lettres , les
, moeurs, les ſociétés,& le goût de ſon
„ fiecle , elle nous en fait des portraits
fidelen, & fes chants variés inſtruiſent
,, en amuſant" .
Expériences &, réflexions relatives à l'analyse
des Bleds && dest Farines , par M.
Parmentier , Penfionnaire du Roi ,
Maître en Pharmacie , de l'Académie
Royale des Sciences deRouen , ancien
Apothicaire-Major de l'Armée Saxonne
& de l'Hôtel Royal des Invalides,
in-30 d'environ 200 pages ; prix
D.ro A Paris, chez Monory , Lib .
12
124 MERCURE DE FRANCE.
rue & vis - à - vis l'ancienne Comédie
Françoiſe.
Dans le Mercure du mois d'Avril
premier volume , nous avons fait mention
d'un Ouvrage de M. Sage fur
l'Analyse de la farine & du fon ; la brochure
que nous annonçons actuellement
eſt une réfutation de cet Ouvrage. Le
but que M. Parmentier s'eſt propoſé
dans cette réfutation , eſt de faire connoître
les ſources où M. Sage a puiſé
pour compoſer ſon Analyſe des bleds , &
d'apprécier ce qui paroiſſoit lui appartenir.
Nous renvoyons nos Lecteurs à
l'Ouvrage même , cette brochure étant
une ſimple diſcuſſion de faits qui ne peuvent
occuper une place dans cet Ouvrage
périodique.
i
:
Lettres fur la Minéralogie , & fur divers
autres objets de l'histoire naturelle de
l'Italie , écrites par M. Ferber , à M.
le Chevalier deBorn; ouvrage traduit
de l'Allemand , enrichi de notes &
d'obſervations faites ſur les lieux : par
M. le Baron de Dietricht , Correſpon
dant de l'Académie Royale des Sciences
, Secrétaire Interprete de l'Ordre
1
21
MAI. 1776. 125
militaire du Mérite , Membre du
Corps de la Nobleſſe immédiate de la
• Baſſe- Alface , Conſeiller Noble au
- Magiſtrat de Strasbourg; grand in-80.
d'environ 520 pages. A Strasbourg ,
chez Bauer & Treuttel , Libraires ; &
ſe vend à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , rue Gallande. Avec appr. &
priv. du Roi.
L'Italie eſt ſans contredit de tous les
Pays celui que les Gens de Lettres &
les Amateurs des ſciences & des beauxarts
ont parcouru avec le plus d'avidité.
Nous avons des notions exactes ſur les
Peuples qui l'habitent, ſur les monumens
antiques qui s'y trouvent , fur les arts
qui y ont fleuri: mais l'hiſtoire naturelle
eſt la ſeule choſe que nous ignorons ;
la difette de connoiſſances dans cette
partie , fur- tout dans la minéralogie d'Italie
, a déterminé M. J. J. Ferber a y
faire un voyage pour s'en occuper uniquement.
Il communiqua par lettres à
M. Born ſes obſervations: & ces lettres
ont paru fi curieuſes & fi intéreſſantes ,
que M. Born a cru devoir les publier ;
on y trouve des remarques intéreſſantes
ſur la formation des montagnes d'Italie ,
13
126 MERCURE DE FRANCE,
des deſcriptions exactes des minéraux ,
des volcans & d'autres phénomènes naturels
; des conféquences juſtes, des conjectures
ſenſées , & enfin des détails fur
les Savans de l'Italie .
Ces lettres ont paru en allemand ;
M. Dietricht vient de les publier en
françois , & c'eſt précisément leur traduction
que nous annonçons ici. Le
Traducteur , qui avoit précédé M. Ferber
en Italie , étoit ſur le point de donner
une relation de ſon voyage & des
découvertes qu'il avoit faites dans l'hiftoire
naturelle de ce Pays; mais comme
M. de Born lui envoya les lettres de M.
Ferber , où cela étoit détaillé tout au
long , M. Dietricht a préféré de tradui
re ces lettres en notre langue , & s'eſt
uniquement contenté de citer quelques.
unes de ſes obſervations à la fuite de
celles de M. Ferber . マット
V
Principes fur l'art d'accoucher , par de
mandes& par réponſes , en faveur des
Sages Femmes de Province ; par M.
J. L. Baudelocque , Chirurgien de
Paris & Accoucheur ; I vol, in 12. A
2 Paris , chez Didot le jeune , Lib . quai (
des Auguftinsbaneno
13
MAI . 1776 127
Les brochures ſur l'art d'accoucher ſe
multiplient de jour en jour ; mais la plupart
font ſi abrégées , qu'elles ne peuvent
que très - peu remplir le but que
ſe font proposé la plupart de ceux qui
les ont rédigées. Celle que nous annonçons
aujourd'hui a en cela un avantage ſur la
plupart des autres qui l'ont précédée; elle
contient 1º, une courte deſcription des
parties de la femme , qui fervent à la
génération & à l'accouchement , les rapports
que ces mêmes parties ont entre
elles & avec le foetus , les changemens
qu'elles éprouvent pendant la groſſeſſe ,
& les vices qui peuvent rendre la fortie
de l'enfant plus ou moins difficile , &
même impoſſible par les voies ordinaires;
29. l'accouchement naturel , ſes
différences , ſes cauſes & ſes ſignes : la
maniere de gouverner les femmes pendant&
après cet accouchement; 3°. les
accouchemens qui exigent les ſecours de
l'art , mais que la main ſeule peut terminer
, ce qui paroît les renfermer encore
dans le pouvoir des Sages Femmes :
cependant il eſt de leur prudence de ne
jamais les entreprendre ſeules ; car ils
préſententquelquefois tant de difficultés ,
que l'Accoucheur le plus robuſte a beſoin
14
1
128 MERCURE DE FRANCE.
1
d'aide pour les terminer; 4º. enfin quelques
détails ſur les accouchemens laborieux
, qui demandent des inſtrumens
pour les opérer.
::
L'Auteur n'en indique dans cette brochure
que les cauſes & les ſignes , afin
de mettre les Sages - Femmes en état de
les reconnoître & d'appeler les Accoucheurs
à leurs fecours. M. Baudelocque
a rédigé ce Traité par demandes & par
réponſes , pour mettre les Eleves Sages-
Femmes dans le cas de s'interroger mutuellement
& de ſe faire des queſtions
ſuivies ſur cet objet. M. Baudelocque
obſerve dans la Préface de cet Ouvrage ,
que le Catechisme fur l'art d'accoucher ,
par M. Augier Dutot , n'eſt que l'extrait
du manuscrit de ſon Ouvrage , dont M.
Dufot a ſu profiter.
Recueil de Differtations , ou recherches
hiſtoriques & critiques ſur le temps
où vivoit le ſolitaire Saint Florent au
Mont Glonne en Anjou; ſur quelques
Ouvrages des anciens Romains nouveillement
découverts dans cette Province
& en Touraine; ſur l'ancien lit
de la Loire de Tours à Angers , &
celui de la riviere de la Vienne; fur
MAI. 1776. 129
le prétendu tombeau de Turnus a
Tours ; l'affiette de Caſarodunum , premiere
Capitale des Turones , fous
Jules Céfar; les ponts de Cé & le
champ près d'Angers , attibués à cet
Empereur , & celui de Chenehutte ,
à trois lieues au - deſſous de Saumur.
Avec de nouvelles aſſertions ſur la
végétation ſpontanée des coquilles du
Château des Places; des deſſins d'une
collection de coquilles foſſiles de la
Touraine & de l'Anjou , de nouvelles
idées ſur la falauniere de Touraine ,
&pluſieurs lettres de M. de Voltaire
relatives à ces différens objets. Par M.
de la Sauvagere , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis ,
&c. I volume in- 8°.A Paris , chez la
veuve Ducheſne , rue St. Jacques ; la
veuve Tillard , rue de la Harpe , 1776
Avec app. & priv. du Roi.
Ces différentes Difſſertations ne peuvent
être que très-utiles à ceux qui s'appliquent
àl'étude de l'antiquité ; elles paroiſſent
néanmoins un peu hafardées ; les
afſſertions ſur les foffiles font encore plus
ſyſtématiques ; ce que l'Auteur dit ſur
Is 1
130 MERCURE DE FRANCE.
leur végétation ſpontanée est actuellement
révoqué en doute par les plus favans
Naturaliſtes .
Supplément au traité de M. Petit , fur les
maladies Chirurgicales , & les opérations
qui leur conviennent , rédigé par M.
Leſne, Maître en Chirurgie à Paris ,
ancien Prévôt du Collége , & Confeiller
du Comité de l'Académie Royale
de Chirurgie. A Paris , chez P. F.
Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguſtins. Prix br. 1 liv. 4 f.
Depuis la mort de M. Petit , on a
trouvé dans ſes cartons un chapitre entier
des plaies à la tête ; la continuation,de
l'article du paraphymofis , qui étoit reſté
imparfait dans l'Ouvrage de M. Petit.
M. Leſne , pour ne pas priver le Public
de ces différens Mémoires , s'empreſſe
de lui en faire part dans le ſupplément
que nous annonçons , en attendant qu'il
puiſſe les inférer dans une ſeconde édition
des Oeuvres de cet Auteur.....
Traité de la fonte des mines par le feu du
charbon de terre , ou Traité de la cont-
21
↓
truction & uſage des fourneaux propres
à la fonte& affinage des métaux
& minéraux par le feu du charbon de
terre , avec la maniere de rendre ce
charbon propre aux mêmes uſages
auxquels on employe le charbon de
bois par M. de Genſſane , de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , Correſpondant de celle
deParis,& Conceffionnaire des mines
d'Alface & Comté de Bourgogne.
Tome II , avec 45 figures in 40. A
Paris , chez Ruault , Lib . rue de la
Harpe. Prix 15 liv.
f
Nous avons annoncé le premier volu.
me de cet Ouvrage en 1770 , temps où
il a paru ; l'Auteur y décrit les fourneaux
propres à chaque fonte , & en explique
l'uſage: il prefcrit en même temps les
regles qu'ily a à ſuivre dans chaque opé
ration. Le ſecond volume dont il s'agit
ici , renferme des détails qui ne font pas
moins intéreſſans ; la fabrique du laiton ,
les matieres propres à la compoſition de
ce métal, & les opérations néceſſaires
pour y parvenir; la fabrique duſmalt ou
bleu d'émail , le cobalt & ſes préparations,
la fonte des mines de biſmut par
132 MERCURE DE FRANCE:
છે
le feu du charbon de terre , la méthode
pour traiter celle de mercure , d'antimoine
, avec le même charbon : enfin la
façon de préparer les calamines, les mines
de cobalt & autres mines arfenicales ,
pour retirer l'or & l'argent que ces minéraux
récelent quelquefois , & extraire
le ſoufre des pyrites & autres matieres
donton les retire,&c. font autant d'objets
qui ſont traités ex profefſſo dans le ſecond
volume.
On ſe plaint depuis long-temps en
France du dépériſſement des forêts , de
la diminution ſenſible du bois & de la
cherté qui en eſt une ſuite. Les verreries ,
les forges , l'exploitation des mines , une
infinité d'autres travaux en grand , la
conſtruction des navires , celle des bâtimens
, le chauffage,&c. dégarniſſent infentiblement
nos forêts. M. de Genſſane
nous offre dans le charbon de terre une
ſubſtance propre à remplacer le charbon
de bois pour la fonte des mines , objet
qui conſomme une quantité prodigieuſe
de bois ; il donne la maniere de s'en
fervir , & il décrit la façondont doivent
être conſtruits les fourneaux pour en faire
uſage; il démontre que non- feulement
P'Etat doit gagner dans une pareille fubfSOMMAT
1776. 133
titution; mais même que l'emploi du
charbon de terre peut être d'un bénéfice
réel pour le Particulier , &qu'il ne tend
pas peu à la perfection des métaux. M.
de Genſſane s'étend beaucoup ſur la fabrication
du laiton: il tâche de ranimer
le goût pour les Manufactures en ce
genre ; elle conſerveroit bien de l'argent
dans le Royaume , où le laiton eſt fi fort
employé: on n'y manque pas de calamines
propres à cet ufage, on en trouve
fréquemment aux environs des terres
alumineuſes. Il dit la même choſe du
bleu d'émail , qu'on tire de l'étranger ,
tandis qu'on trouve en France toutes les
matieres propres à ſa fabrique ; ces vues
patriotiques méritent d'autant plus nos
égards & nos conſidérations , qu'on
n'employera pour toutes les fabriques
que la houille ou charbon de terre : auſſi
le premier volume de cet Ouvrage a été
très-bien accueilli des Gens de l'art , &
il n'eſt pas douteux que le ſecond le ſera
de même.
Antiquité géographique de l'Inde & de
pluſieurs autres contrées de la haute
Afie , par M. d'Anville , premier Géographe
du Roi , des Académies Roya
134 MERCURE DE FRANCE .
les des Inſcriptions & Belles-Lettres
*&des Sciences , &de celle des Scien
ces de Pétersbourg , Secrétairede S.
A. S. Monſeigneur le Duc d'Orléans,
Extremum hunc, Arethusa , mihi conceite taborem
Ming Ecloga ult. va 1s
10
Vol. in -401 de limprimerie Royale,
avec des cartes A Paris, chez l'Auteur
aux galeries du Louvre , rue de
Fortie 60 パソロン70s 100
5.0.
Ecrire fur l'ancienne géographie pour
ne citer que des noms de Villes , de Nazions
ou de Provinces ,& felon que Pline
s'exprime dans l'exorde de ce qu'il donne
de géographie , locorum nuda nomina ,
& quanta dabitur brevitate , fans y joindress
quelque notion par rapport aux
Dieux ou aux parties qui y correſpondent,
zétuellement, eſt un travail affez facile ,
peu intéreſſant , & qui ne remplit pas
l'objet qu'on doit ſe propoſer en cette
matiere. Mais , fi en faifant mention
d'une ville dans l'Inde, telle que Palibotira,
vous faites quelque choſe de plus
que de la nommer , en rapportant les
-termes de Pline ſur le rang& l'opulence
MAT 1976 335
de cette ville ; le Lecteur en qui vous
faites naître de la curioſité , eſt en droit
devous démander , ſi elle exiſte de quelque
maniere que ce foit. Et en fuppo
fant que dans les circonstances données
für l'emplacement de cette ville , il s'en
trouve quelqu'une qui y puiſſe mettre
de l'équivoque , n'eſt il pas néceſſaire
d'entrer en diſcuſſion ſur ce point là , &
d'employer la critique pour réfoudre la
difficulté ? C'est le procédé que M. d'Anville
expoſe dans la préface de fon ouvrage,
& qu'il a fuivi ; comme cet ou-
⚫ vrage préſente une carrieretrès-étendue,
l'Auteur l'a divifé en pluſieurs parties .
Ce qui peut appartenir ſéparément à
chacun des principaux fleuves de l'Inde ,
Indus & Ganges , fait une premiere &
ſeconde ſection. Une troiſieme eſt réſervée
à la partie de l'Inde , qui reſſerrée
des deux côtés par la mer , s'enfonce vers
te Midi. Ce qui concerne la Taprobane
en fait la clôture. La premiere fection
préſente un objet très intéreſſant , celui
des marches d'Alexandre dans ſon expédition
, objet qui a été moins développé ,
- cavec moins de rapport à quelques circonftances
locales, qu'on ne le verra ici.
Ces ſavantes recherches fur l'Inde font
136 MERCURE DE FRANCE.
ſuivies de deux Mémoires , que l'on peut
regarder comme un ſupplément à ces
recherches. Le premier de ces Mémoires
apour objet les limites du monde connu
des anciens au -delà du Gange. Le ſecond
préſente des recherches géographiques &
hiſtoriques ſur la Sirique des anciens , &
une partie de la Sythie..
Histoire de l'Astronomie ancienne depuis
Son origine jusqu'à l'établiſſement de
l'Ecole d'Alexandrie , par M. Bailly ,
Garde des tableaux du Roi , de l'Académie
Royale des Sciences , & de
l'Inſtitut de Bologne.
4
Magni animi res fuit rerum naturæ latebras dimovere , nec
contentum exteriori ejus conspectu introfpicere , & in deorum
fecreta descendere.
Sen. Queſt. nat. lib. VI. c. 5.
Vol. in 40. avec figures. AParis , chez
les freres Debure , quai des Auguſtins ,
près la rue Pavée.
Cettehiſtoire eſt précédée d'undiſcours
fur la nature & les progrès de l'aſtronomie.
Cette ſcience , en ſe perfectionnant ,
a guéri des préjugés ,&diſſipé des craintes,
MA I. 1776. 137
tes , nés peut être de ſon enfance même.
C'eſt un fervice eſſentiel qu'elle a rendu
à l'humanité. ,, L'homme naît timide ,
,, il craint fur-tout les dangers qu'il ne
" connoît pas , les dangers contre les-
,, quels il n'a pas meſuré ſa prudence &
fes forces . Avant de s'être familiariſé ود
ود
و د
ود
avec la nature , il a commencé par la
» craindre , & tout devoit lui caufer de
l'effroi. Il fut bientôt accoutumé à l'ordre
invariable du ciel , à la fucceffion
conſtante de ſes phénomenes ; mais
les phénomenes plus rares lui parurent
,, un bouleverſement de l'ordre naturel.
"
"
" La premiere éclipſe totale de ſoleil
,, donna l'idée de l'anéantiſſement de
, l'univers. L'éclipſede lune fit craindre
"
la perte de cet aſtre ; on imagina qu'un
dragon vouloit la dévorer. Les come
tes remarquables , effrayantes par leur
queue & par leur chevelure , annon
,, çoient la mort des Princes , ladeftruc
,, tion des Empires , la peſte , la fami
,, ne, &c. L'aſtronomie , en dévoilant
les caufes de ces phénomenes , a ras
,, ſuré les eſprits. Le peuple même au-
,, jourd'hui n'eſt pas effrayé des éclipfes.
دور
ود La terreur de l'apparition des cometes
>, a ſubſiſté plus longtemps. Les pensées
K
$38 MERCURE DE FRANCE.
,, diverſes du célebre Bayle , font un mo-
,, nument de la ſuperſtition. Elles font
,, foi qu'en 1680, dans le temps où
Newton calculoit l'orbite des cometes,
ود
ود
où Halley étoit près d'annoncer leur
و و
retour, l'Europe preſque entiere étoit
,, encore dans une ignorance profonde
ود
fur la nature de ces êtres . On les re
„ gardoit commedes avant- coureurs des
„ vengeances divines ; & les alarmes
,, étoient affez fortes , aſſez générales
, pour que Bayle les combattît avec tou-
„ tes les reſſources de l'érudition , &
toutes les armes de la dialectique. Mais
l'aſtronomie qui enſeigne que les co-
" metes ont un retour certain , & une
marche invariable , a plus fait contre
,, le préjugé, que le ſavant ouvrage de
" Bayle." .
6
ود
0107 )
१९
L'utilité de l'aſtronomie contre l'aſtrologie
judiciaire , que l'on peut regarder
comme une maladie de l'eſprit humain,
auſſi déplorable que la ſuperſtition , n'eſt
pas moins reconnue. M. B. expoſe en.
fuite les ſervices que l'aſtronomie a ren
dus à la fociété ; ſon utilité pour l'agriculture,
le calendrier , la chronologie ,
la géographie& la navigation . 1
On verra avec intérêt dans cette fa
ΜΑΙ. 1776. 139
vante hiſtoire , combien il a fallu de
tems &de travaux pour reconnoître que
les mouvemens des aftres , fi compliqués
en apparence , font très- ſimples en effet ,
& dépendent d'une cauſe plus ſimple
encore.
८
Instruction Pastorale de Monseigneur Antoine
de Malvin de Montazet , Archevê.
que , Comte de Lyon , Primat de France ,
fur les ſources de l'incrédulité & les
fondemens' de la Religion. A Paris ,
chez Simon , Imprimeur du Parlement;
& à Lyon , chez Aimé de la Roche
in 40. & in 12.
Les bornes de notre Journal ,& l'objetde
cet ouvrage ne nouspermettentpas
d'en faire une analyſe ſuivie ; nous nous
contenterons d'en citer quelques morceaux,
dont la lecture nous a vivement
frappés. Pour prouver que les Ecrivains
incrédules n'entendent pas les véritables
intérêts de leur gloire ; M. l'Archevêque
de Lyon leur adreſſe ainſi la parole.
,, Hommes de génie ! Ecrivains fameux !
c'eſt donc pour la gloire que vous tra-
ود
د و
و د
vaillez lorſque vous proſtituez vos ta
>> lens & vos veilles au triomphe de l'in.
K2
140 MERCURE DE FRANCE.
,, crédulité, Mais puiſque vous nous for-
,, cez à abandonner le langage de l'E-
,, vangile pour parler avec vous celui de
و د
ود
l'amour propre; dites-nous du moins
ſi cette gloire à laquelle vous aſpirez
,, eſt bien entendue , & fi vous avez
mieux compris les intérêts de votre
,, réputation que ceux de votre ſalut ?
Hélas ! avec les riches préſens que
,, vous aviez reçus de la nature , il vous
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
22
étoit ſi facile de mériter tout à la fois
,, notre reconnoiſſance & notre admiration.
Sans les nuages que l'impiété a
,, raſſemblés autour de vous , & qui iront
vous noicir juſqu'aux yeux de la postérité
la plus reculée , vos noms euſſent
brillé d'un éclat immortel. Eh! com-
,, ment n'avez vous pas prévu qu'au lieu
des hommages univerſels que vous auroit
attirés le bon uſage des dons de
,, Dieu , la partie la plus nombreuſe de
l'univers déteſtera vos principes , malue
dira vos ſuccès , flétrira votre memoire ,
& vous enlevera la plus belle récompenſe
de vos écrits en les banniſſant
de l'éducation publique ? Voyez déjà
les peres vertu ux , les meres chrétiennes
, les inſtituteurs vigilans , attentifs
" à les arracher des mains d'une jeuneſſe
"
و د
و و
و د
و د
و د
"
و د
:
MAI. 1776... 141
”
inconſidérée. Voyez les toujours fideles
à vous dénoncer de géneration en
génération , comme les corrupteurs des
moeurs , comme les fléaux de la religion
&de la fociété. Voyez vos funeſtes
paradoxes invoqués & ſuivis
„ par les Princes injuftes, les ſujets re-
„ belles , les enfans ingrats , les épouxpar-
„ jures. Contemplez dans l'avenir cette
multitude de méchans & de pervers ,
dont vous ferez les Apôtres , les Légiflateurs
, & qui viendront puiſer dans vos
, ouvrages l'oubli de tous les devoirs &
l'apologie de tous les vices." Il n'eſt pas
poſſible de défendre la cauſe de la Reli
gion avec une raiſon plus lumineuſe , &
une éloquence plus perfuafive.
"
"
"
"
• A la ſuite d'un tableau fublime& profond
de la morale de Jeſus- Chriſt , l'il-
Juſtre Auteur decette Inſtruction Paſtorale
expoſe avec autant de courage que
d'énergie les devoirs particuliers que la
- Religion impoſe aux Rois. Maisfi le
chriſtianiſme proſcrit toute défobéisſance
dans les ſujets , ce n'eſt pas pour
favorifer les abus de l'autorité dans le
Monarque. Aucun coden'ajamais auſſi
fortement inculqué aux Rois qu'ils ne
font pas Rois pour eux ; que lediadème
"
"
K 3
142 MERCURE DE FRANCE.
,, dont leur front eſt orné , eſt le ſym-
,, bole de leur fervitude , encore plus
„ que de leur grandeur ;& que s'ils tien-
,, nent ici bas la place de Dieu , ce n'eſt
,, qu'à la charge de régner comme lui
,, par les loix , de féconder & d'enrichir
,, comme lui tout ce qui eſt ſoumis à
,, leur puiſſance. Aucune loi ne leur a
, jamais auſſi ſévérément interdit les
,, violences du deſpotiſme , & les dou-
,, ceurs de la domination arbitraire. Au-
,, cune lumiere ne leur a jamais auſſi clai-
,, rement montré que leurs devoirs font
,, immenfes ; qu'ils dérobent à leurs peu.
, ples le temps qu'ils prodiguent à leurs
,, plaiſirs ; que les grâces accordées à la
ود
ود
faveur font autant de larcins faits au
„ mérite ; que le glaive dont ils font ar-
,, més ne doit être redoutable qu'au crie
,, me; que les impôts ceſſent d'être per .
,, mis dès qu'ils ne font plus comman
5, dés par le beſoin public; que lesinjus.
,, tices qu'ils ne répriment pas les ren-
,, dent coupables comme celles qu'ils
;, commettent; en un mot, que leurs
,, ſujets font autant de freres enmino-
„ rité , qui ont droit d'être protégés &
,, fecourus , non en proportion de leurs
,, richeſſes ou de leur crédit , mais de
MAI. 1776. 143
leur dénuement & de leur foibleſſe."
Nous allons tranfcrire la peroraiſon de
cet exeellent ouvrage , qui doit déſor-
-mais ſervir de modele à tous les Ecrivains
qui défendent la cauſe de la Religion.
» Et nous Miniſtres de Jeſus Chriſt , à
, qui le dépôt de cette Religion a été con-
„ fié , & qui ſommes ſpécialement char-
» gés du ſoin de la défendre , nous laiſſe-
"
"
"
rons - nous intimider par les efforts de
ſesennemis ? Mais ſa cauſe n'a-t-elle pas
toujours lesmêmes fondemens , les mêmes
titres , les mêmes appuis ? Ne fommes-
nous pas les ſucceſſeurs de ces hommes
Apoftoliques , qui ont foumis l'univers
idolâtre a l'empire de la croix ?
Les incrédules qui s'oppoſoient à fon
établiſſement , étoient-ils moins redoutables
que ceux qui travaillent aujourd'hui
à ſa ruine ?Et fi nous ſommes fideles
à notre vocation , ſes anciennes
victoires ne ſont- elles pas des gages affurés
de ſes nouveaux triomphes ? Cependant,
nos chers Coopérateurs , cette
juſte confiance ne doit pasdégénérer en
préſomption . Ce n'eſt point à nous ,
,, ce n'eſt point à un Royaume particu-
,, lier , c'eſt à l'Egliſe ſeule qu'appartient
, le privilege de l'indéfectibilité. Dieu
"
"
1
K 4
144 MERCURE DE FRANCE.
ور ,,nousmenaceparſesProphetesdere-
„ muer, de tranſporter dans d'autres con-
ود
trées le flambeau de la foi. Depuis long-
,, temps il a ceſſé d'éclairer cette partie
du monde , où il avoit brillé d'abord
avec le plus d'éclat , & nous devons
craindre que Dieu n'exerce ſur nous
ور
ود
ود
les mêmes rigueurs , en punition de
,, notre ingratitude. Conſacrons donc
,, nos talens & nos veilles à nous rem-
,, plir de plus en plus de la ſcience du
chriftianiſme , au lieu de nous livrer à
des travaux profanes , qui en paroiffant
étendre l'utilité de notre miniſte-
,, re , changent fon objet , & en éteignent
,, l'eſprit. Reconnoiſſons que la meſure
„ d'inſtruction qui auroit pu nous ſuffire
ود
ود
ود
"
"
"
"
dans des temps plus tranquilles , ne ré-
,, pond plus à l'étendue de nos devoirs
dans ces jours d'effervescence & de
contradiction. Imitons les peres de l'E-
,, gliſe , qui ſans jamais perdre de vue l'univerſalité
du dépôt de la foi , méditoient
& défendoient avec plus de ſoin
les véritésqui étoient plus violemment
2 attaquées . Nous ne ſommes pas tous
,, appelés à combattre l'incrédulité par
,, nos écrits ; mais nous sommes tous
., obligés de ne laiffer aucun prétexte à
"
ود
MAI. 1776. IAS
"
"
"
a
20
ſes dédains & à ſes calomnies. Préſentons
donc la Religion aux hommes ,
avec cette noble ſimplicité qui lui appartient
, telle qu'elle eſt ſortie du ſein
de Dieu , & qu'elle nous a été tranfmiſe
par les Apôtres : ſa doctrine , ſans
aucun mélange des inventions de l'efprit
humain , & fon culte , dégagé de
toutes les pratiques qui ne ſeroientpas
dignes d'elle. Ce ne ſont pas ſeulement
les grandes lumieres , nos chers
Coopérateurs , ce ſont ſur- tout les
grandes vertus qui font la force de la
milice ſainte. La Religion n'a d'autre
but que de rendre les hommes ſages
&heureux. Et qui ofera s'élever contr'elle
, lorſque tous ſes Miniſtres , animés
du même eſprit , ſe dévoueront
pleinement à ce grand ouvrage ; lorf-
„ qu'on ne les verra quitter le filence de
leurs retraites que pour entretenir la
paix dans les familles , réconcilier
les ennemis , ramener les pécheurs ,
• protéger les foibles , ſecourir les pauvres
, conſoler les affligés , prêcher
l'humanité aux grands , la foumiffion
aux peuples , la juſtice aux Rois; lorfqu'enfin
toutes leurs paroles feront des
inſtructions , toutes leurs actions des
"
20
"
"
"
"
K5
146 MERCURE DE FRANCE.
A
"
"
"
ود
"
"
exemples , toutes leurs entrepriſes des
bienfaits publics ? Ce ſeroit méconnoî-
„ tre à la fois & les principes & les
intérêts du chriftianiſme , que de ne
,, pas embraſſer juſqu'à ſes détracteurs
,, dans l'étendue de notre charité. Sou-
,, venons-nous donc , nos chers Coopé-
,, rateurs , que pour être les ennemis de
,, notre culte , ils n'en ſontpas moins nos
freres ; que plus ils font inexcufables ,
„ plus ils font malheureux, qu'à Dieu
ſeul appartient le droit de les juger ,
&à nous l'obligation de les aimer&
de les plaindre; qu'un zele amer ſeroit
,, plus propre à les aigrir qu'à les attirer ;
,, quela vérité s'inſinuepreſque toujours
,, par les douceurs de la perfuafion , &
,, ne s'établit jamais par les excès de la
violence ; que la forcede la parole , le
,, pouvoir de l'exemple , la ferveur de la
,, priere , les attraits de la piété font les
,, armes de la Religion;&que lors même
,, qu'elle paroît s'irriter de l'obſtination
des pécheurs , c'eſt encore au feu dela
charité que s'allume le flambeau de fa
colere."
ود
ود
وو
"
M. deMontazet étoitdéjà connu trèsavantageuſement
par pluſieurs ouvrages
qu'on relit avec plaiſir ,& qui reſteront;
MA1. 1776. 147
=
mais cette nouvelle production doit beaucoup
ajouter à ſa gloire , & elle mérite
le grand ſuccès qu'elle a dans cette capitale.
On y admire un ſtyle majestueux
&pathétique , des connoiſſances profondes&
bien digérées , une éloquence éloignée
de la ſéchereſſe & de la déclamation
, beaucoup d'amour pour les lettres
& pour ceux qui les cultivent , & furtoutune
modération bien digned'un Prélat
auſſi diſtingué par la ſupériorité de ſes
talens , que par fon zele pour la Religion.
Année Sainte ; Ouvrage inſtructif ſur le
Jubilé, ſuivi de la paraphrafe de pluſieurspſeaumes&
cantiques choiſis. A
Paris , chez Lottin le jeune, Libr. rue
St. Jacques . 1.
On aeu beau , dans tous les temps , attaquer
l'établiſſement des fêtes&des folemnités
, tourner en dériſion le culte
extérieur & ſes cérémonies , & crier a
P'illufion , on n'a pas moins conſervé ,
tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle,
les ſignes extérieurs & ſenſibles
par leſquels les hommes ont été conduits
&élevés peu à peu à la connoiſſance du
148 MERCURE DE FRANCE.
culte & de l'adoration intérieure qu'ils
devoient à l'infinie majeſté de Dieu.
Dieu a voulu ſous les deux alliances que
non - ſeulement notre ame , mais auffi
notre corps & tous nos fens fuſſent employés
à ſon ſervice , & que tout en
hous concourût à l'accompliſſement du
grand devoir de le glorifier&de le louer
en toutes chofes
Dans l'état où la vérité ſe montrera à
nous fans voile & fans nuage , notre
culte n'aura beſoin ni de ſignes , ni de
ſymboles ; il conſiſtera tout entier à louer
Dieu , & cette louange fera l'effet de
la parfaite connoiſſance & de l'ardent
amour qui nous réunira à ce ſouverain
bien; mais dans l'état de la vie préſente ,
nous ne pouvons voir la vérité divine
en elle - même. Il faut que le rayon de
cette divine vérité nous éclaire par des
ſignes ſenſibles , quoiqu'en diverſes ma.
nieres , felon que notre eſprit eft capable
de cette lumiere ſi ſublime , & felon
les différens états où nous nous trouvons.
D'ailleurs ces ſignes viſibles qui frappent
les ſens , ont une certaine éloquence qui
s'accommode à l'eſprit & à la capacité
de ceux qui defirent d'apprendre la doc
trine du ſalut, & qui les fait monter,
MAL1776. 149
par les chofes viſibles , à celles qui ſont
inviſibles.
Les pratiques du Jubilé qui tiennent
au culte extérieur preſcrit par les loix
divines & par celles de l'Eglife , & qui
renaiſſent tous les vingt- cinq ans pour
ranimer la ferveur des Juſtes , & pour
faire fortir les pécheurs de leur profonde
léthargie , nous apprennent que rien n'eſt
plus vain & plus inutile que les tenta.
tives des hommes contre un édifice bâti
des mains de l'Eternel. L'Egliſe , malgré
les infultes & les clameurs de ſes ennemis
, n'a pas retranché une ſeule fyllabe
de ſes prieres , un ſeul iota de ſes loix ,
croyant toujours les mêmes dogmes , célébrant
les mêmes offices , pratiquant les
mêmes uſages & nous accordant les mêmes
indulgences .
C'eſt une vérité de foi , que l'Egliſe
a le pouvoir d'accorder les indulgences ;
mais l'exercice de ce pouvoir a ſes regles.
Ses Miniſtres n'en accordent que fur de
ſolides raiſons , & qui ſoient telles ,
qu'elles méritent que Dieu ratifie ces
indulgences dans le ciel : ainſi l'Egliſe
ne prétend point remettre toutes les peines
dues au péché. Il faut néceſſairement
que la juſtice de Dieu ſoit fatisfaite ;
150 MERCURE DE FRANCE.
mais il eſt en ſon pouvoir d'abréger la
durée de ces peines , d'en adoucir la rigueur
, quand elle trouve dans le pénitent
unedouleur afſez vive , une ferveur
aſſez ardente pour l'autoriſer à croireque
la portion des peines qu'elle remet , eft
ſuffisamment compensée par les faintes
douleurs du pénitent & par l'ardeur de
ſa charité ,& que Dieu , qui remet plus
à celui qui aime plus , ratifiera l'indulgence
qu'elle accorde fur ces folides
motifs.
Quel eſt donc le principal but de
l'Egliſe en propoſant les Jubilés à tous les
fidéles? C'eſt de les inviter tous à entrer
dans ces difpofitions excellentes , auxquelles
ſeules elle entend accorder l'indulgence
, & qui ſeules la recevront. Si
elle ordonne à tous ſes membres de redoubler
leurs prieres , c'eſt pour obtenir
par ce faint concert & par cette heureuſe
violence ces diſpoſitions falutaires.
L'Ouvrage que nous annonçons renferme
tout ce qu'il eſt eſſentiel de ſavoir
ſur la matiere des indulgences , &tout ce
que l'on doit pratiquer dans le temps des
Jubilés. 1
MAI. 1776.151
▼
Recherches fur les maladies épizootiques ,
fur la maniere de les traiter & d'en
préſerver les beſtiaux; tirées des Mé.
moires de l'Académie Royale des
Sciences de Stockholm , & traduites
du Suédois en François par M. de
Baer , Aumônier du Roi de Suede ,
Aſſocié ordinaire de l'Académie des
Sciences de Stockholm , Correfpon
dant de celle de Paris. Broc. d'environ
80 pages in - 8°. prix 20 fols. A Paris ,
chez Lacombe , Libr. 1776. Avec ap
probation & privilege du Roi. 201
Ces Mémoires font très - importans
pour connoître, pour caractériſer & pour
prévenir ou combattre la maladie des
beſtiaux qui a fait, depuis pluſieurs années
, de grands ravages dans preſque
toute l'Europe. Ils ont été publiés en
Suede par ordre du Gouvernement. Le
premier Mémoire traite de la maladie
des beſtiaux ; le ſecond déſigne les caracteres
extérieurs de cette maladie ; le troifieme
expoſe les marques de guériſon ,
lequatrieme donne la deſcription de l'in
térieur des animaux morts ; le cinquieme
contient des réflexions ſur l'inoculation
de la maladie des beſtiaux , le fixiemesa
152 MERCURE DE FRANCE.
pour objet la maladie des animaux &
pluſieurs remedes employés avec ſuccès;
Je ſeptieme Mémoire eſt ſur la plantation
& la récolte des orties , ainſi que fur
l'avantage incontestable qu'on peut en
tirer pour engraiſſer le bétail & pour le
préſerver de toute eſpece de maladie.
Tout est trop eſſentiel dans une pareille
matiere pour en faire une analyſe : il
ſuffit ſans doute d'avoir fait connoître
les objets de ces Mémoires.
* Les A- propos de Société , ou Chanfons
de M. L. 3 vol. avec fig. prix 24 liv.
brochés . A Paris , chez la veuve Ducheſne
, rue St. Jacques ; Lacombe,
rue Chriſtine ; & chez les Libraires
qui vendent les nouveautés. :
Il y a quelques exemplaires en papier
d'Hollande.
Ces Chanfons peuvent fervir de
ſuite à l'Anthologie Françoiſe.
M. L *** eſt heureux en d-propos.
L'Amoureux de quinze ans , compofé
à-propos du mariage d'un de nos Princes ,
Sieft
Article de M. de la Harpe.
MAI 1776 158
eſt reſté au Théâtre Italien comme une
de nos plus jolies pieces , & comme le
modele d'une fête villageoiſe du meilleur
goût. On ne réuffit pas toujours auſſi
bien. Une chanfon bonne pour la ſociété,
n'eſt pas toujours bonne ailleurs , & ce
qui eſt agréable au chant ne l'eſt pas toujours
à la lecture. Il ne faut donc pas regarder
d'un oeil trop ſévere un recueil de
chanfons en trois volumes. Le talent de
M. L*** pour ce genre étoitdéjà reconnu .
Il y a de la gaieté & de l'agrément dans
les chanſons que les Amateurs ont retenues
, & qu'ils retrouveront avec plaifir
dans cette collection , qui est très-foignée.
Les airs font notés avec la plus grande
exactitude , la muſique eſt parfaitement
gravée; & l'édition , ornée de jolies eftampes
, doit fatisfaire les Curieux .
Eloge historique de Henri IV, Roi de
France& de Navarre ; par M. le B. D.
-N. P.
:
1
Vois ce Roi triomphant ,ce foudre de la guerre,
L'exemple , la terreur & l'amour de la terre.
HENRIADE , CHANT. 10.
Broch. d'environ 64 pages in- 8°. prix
L
154 MERCURE DE FRANCE.
1
م
15 f. A Paris , chez Lacombe , Libr.
rue Chriſtine , 1776. Avec approb. &
priv. du Roi.
Cet Eloge a l'avantage d'avoir été
'inſpiré par un ſentiment patriotique , &
d'être l'Ouvrage d'un homme de condi
tion qui tient un rang honorable dans la
Province même qui ſe glorifie d'avoir été
le berceaudeHenri IV. Nous ajouterons ,
d'après M. de Sancy , Cenfeur Royal,
qu'on ne peut qu'approuver ce nouvel
hommage rendu à la mémoire d'un
grand Roi , dont notre jeune Monarque
eſt ledigne héritier par le ſang &parles
vertus.
ANNONCES LITTERAIRES.
CORNELII TACITI Opera fupplementis ,
notis & differtationibus illuftravit Gabriel
Brotier ; 7 vol. in-12. A Paris , chez
Mérigot le jeune , quai des Auguſtins ,
au coin de la rue Pavée.
Cette édition eſt augmentée de pluſieurs
fragmens qui n'étoient point dans
l'édition in-4°, 101 / 4
)
SZMAL 1776 155
Les Saiſons, ſeptieme édition , ornée
de nouv. fig. chez Piſſot, Libr.
Anecdotes du regne d'Edouard II, Roi
d'Angleterre ; chez le mêmes. On en
rendra compte inceſſamment.
:
Le Manuel d'Epictete, traduit par M.
Dacier; 2 volumes in-12. pour ſervir de
fuite à la Bibliotheque des anciens Philofophes
, dont ils forment les Tomes X
Ξ chez le même.
Le Traité des bienfaits de Séneque , traduit
par M. Dureau de la Malle ; I vol.
in-12. chez le même.
Les Mémoires Tures, nouv, édit. 2 vol.
in-12. chez Mérigot le jeune.
Le Temple de Gnide , par M. Léonard;
broch. in-8°. prix 4 liv. 16 f, chez le
même.
Hiſtoire des révolutions de Corſe depuis
ſes premiers habitans juſqu'à nos jours ,
par M. l'Abbé de Germanes ; 3 volumes
7
L2
156 MERCURE DE FRANCE.
in-12. prix br. 7 liv. 10 f. A Paris , chez
Demonville , Impr. Libr. de l'Académie
Françoiſe , rue St. Severin , aux Armes
de Dombés , 1776.
:
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe Catholique
juftifiée ſur l'uſage de l'eau
bénite ; Ouvrage hiſtorique , politique &
moral. Par le R. P. Nicolas Collin ,
Docteur en Théologie , Chanoine Régulier
de l'étroite obſervance de Prémontré
, ancien Prieur de Rongéval ; in- 12 .
prix br. 36 f. chez le même.
T
Le Commerce & le Gouvernement , conſidérés
relativement l'un à l'autre ; Ouvrage
élémentaire , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie Françoiſe ,&
Membre de la Société Royale d'Agriculture
d'Orléans ; in- 12 . AAmſterdam ; &
à Paris , chez Jombert & Cellot , Libr.
Lettres critiques & differtation fur le
prêt du commerce ; par M. Liger , Prêtre,
Licentié ès Loix. A Paris , chez Moutard,
Libr. rue du Hurepoix.
Traité de l'Ufure , ſervant de réponſe à
3
MAL 1776. 157
une lettre fur ce ſujet , publiée en 1770
ſous le nom de M Proſt de Royer , Procureur-
Général de la Ville de Lyon , &
au Traité anonyme ſur le même ſujet ,
imprimé à Cologne en 1769 ; par M.
Etienne Souchet , Avocat en Parlement
& au Siège Préſidial d'Angoumois ; ins
12. bre prix 2 liv. A Paris, chez Baſtien ,
Libr. rue du Petit-Lion , Fauxbourg St.
Germain ridicoot A
Mémoire fur les maladies, contagieuses
du bétail ; in- 4°. d'environ 42 pages , de
P'Imprimerie Royale ; prix 15 f. br . A
Paris , chez ProFr. Didot le jeune , Libr.
quai des Auguftinson κως
Traité du ſeigle ergoté , par M. Read ,
Docteuren Médecine ,&c. feconde édit.
brochure d'environ 94 pages in- 12 . prix
1 liv. 4. A Metz , chez Colignon; &
à Paris , chez Didot le jeune.
Mémoire pour fervir au traitement d'une
fievre épidémique , fait & imprimé par
ordre duGouvernement ; par M. Maret ,
Docteur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , &c. br. d'environ 62 pag.
in-8°. prix 11.4 f. A Dijon , chez Fran-
L3
158 MERCURE DE FRANCE.
tin ; & à Paris , chez Didot le jeune,
quai des Auguſtins.
W L'Ami philosophe & politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'efſence , les eſpeces , les
principes, les ſignes caractériſtiques , les
avantages& les devoirs de l'amitié; l'art
d'acquérir , de conſerver , de regagner le
coeur des hommes , in-8°. d'environ 160
pages. A Nancy , chez Babin , Libraire ;
à Paris , chez Dumoulin , Libr. au bas
du Pont St. Michel.
Origine des découvertes attribuées aux
Modernes , où l'on démontre que nos
plus célebres Philoſophes ont puiſé la
plupart de leurs connoiſſances dans les
Ouvrages des Anciens ; & que pluſieurs
vérités importantes fur la Religion ont
été connues des Sages du Paganiſme. Par
M. Dutens , de la Société Royale de
Londres , & de l'Académie des Infcrips
tions & Belles-Lettres ; ſeconde édition ,
conſidérablement augmentée, 2 vol. gr.
in- 80. A Paris , chez la veuve Ducheſne,
Lib. rue St. Jacques .
Dictionnaire historique & géographique
portatif des quatre parties du monde , dans
i
MAL 1776. 159
lequel on trouve tous les Royaumes ,
Provinces & Contrées de la terre , les
Princes dont ils dépendent ; les rivieres ,
baies , mers , montagnes ,&c. 2 vol. pet.
in- 8º. le premier d'environ 492 pag. le
ſecond d'environ 340. A Paris , chez
Coſtard , Libraire , rue St. Jean-de-Beauvais.
I. K. L. Effai drammatique ; Ouvrage
poſthume de Leonard Gobemouche , publié
par Marc- Roch Luc Pic Loup , Citoyen
de Nanterre , des Académies de
Chaillot , Paffy , Vanvres , Auteuil ,Vaugirard,
Surefne , &c. derniere édition.
A Montmartre ; & fe trouve à Paris
chez L. Cellot , Imp. Lib. rue Dauphine.
Mémoirefur les bois de Cerf;foſſfiles trouvés
en creuſant un puits dans les environs
de Mont-méliard en Dauphiné,
à 14 pieds 2 pouces de profondeur , le
28 du mois d'Août 1775; in-89. d'environ
24pages avec fig. AGrenoble , chez
Cuchet; à Paris , chez Ruault , Libr. rue
de la Harpe.
Diſcuſſion de l'ordre profond & de l'ordre
mince , ou examen des ſyſtemes de
:
L4
160 MERCURE DE FRANCE.
MM. de Mesnil-Durand& de Maizeroy,
comparés avecl'ordre à trois de hauteur;
par M. Ducoudray, Capitaine au Corps
de P'Artillerie , Correſpondant de l'Académie
des Sciences. A Amſterdam ; & à
Paris , chez Ruault, Lib. rue de la Harpe.
Epitre enn vers aux Membres de l'Académie
Françoise décriés dans le XVIIIe,
Siecle. Par M. Vigée, Broch . de 16 pag.
in- 8°. A Londres ; & à Paris , chez les
Libraires qui vendent les nouveautés,
er
Histoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui en
dépendent. SCIENCES EXACTES ; ſavoir :
l'arithmétique , l'algebre la géométrie ,
l'astronomie , la, gnomonique , là chrono
logie , la navigation , l'optique , la méchanique
, I hydrauliqués, i l'acoustique & la
musique , la géographie , l'architecture civile
, l'architecture militaire , l'architecture
navale ; avéciun abrégé de labvie des
Auteurs les plus célebres dans ces ſciences
. Par M. Savérien. Volume in - 8°.
rel. prix15 liv. Nouv. édit. corrigée.
A Paris , chez Lacombe , Lib. , 1776.
On trouve chez le même : Hiſtoire des
progrès de l'eſprit humain dans lesfciences
physiques & naturelles , in-8°, rel. 5 1.
OKIMIAL 1776. 161
7
7
ACADEMIES
25
21 J
PARIS .
L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES LETTRES tint ſa ſéance publique
le 16 d'Avril. M. Dupuy , Secrétaire
perpétuel , annonça que M. Dumont ,
Avocat au Parlement , Cenſeur Royal
Honoraire de l'Académie d'Amiens , As
ſocié étranger de la Société Royale de
Nancy , Pentionnaire du Roi , avoit remporté
le prix , qui étoit double (c'eſt le
fecond qui lui eſt adjugé) ; & que le
Mémoire du Pere Arcere , de l'Oratoire ,
avoit mérité l'acceffit. Il s'agiſſoit d'examiner
: Quel avoit été l'état de l'agriculture
chez les Romains , depuis le commencement
de la République jusqu'au fiecle de
Jules César , relativement au gouvernement ,
aux moeurs & au commerce. Il annonça
enſuite que le ſujet de prix pour la Saint
Martin 1777 , conſiſtoit à examiner :
Quels furent les noms & les attributs divers
L5
162 MERCURE DE FRANCE.
de Cérès & de Proferpine chez les différens
Peuples de la Grece & de l'Italie ; quelles
furent l'origine & les raisons de ces attributs.
L'Académie invite encore les Auteurs
à chercher quels ont été les ſtatues ,
les temples , les tableaux célebres de ces
Divinités , & les Artistes qui sefont illuftrés
par ces Ouvrages. Le prix ſera d'une
médaille d'or de 500 livres, Les pieces
affranchies de tout port , feront envoyéés
au Secrétaire perpétuel avant le 1er de
Juillet 1777.
Le reſtede la ſéance a été occupé par
la lecture des Mémoires ſuivans :
Obfervations fur l'Hyppolite , Tragédie
d'Euripide , comparée avec la Phèdre de
Racine , par M l'Abbé Batteux.
Extrait d'un Traité complet lu à l'Académie
, ſur l'attaque &la défense des places
chez les Anciens , par M. de Maizeroy.
Recherches fur l'harmonie & les accords
de la musique des Anciens , par M. de Rochefort.
Diſcours préliminaire d'un Ouvrage
intitulé : Tableau de la fureur du Feu , tiré
des Anciens & des Modernes , par M. Dufaulx.
1
MAI 1776. 163
T
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
tint, le 17 Avril , ſa ſéance publique ,
préſidée par M. le Comte de Maillebois.
M. de Fouchy , Secrétaire perpétuel ,
annonça que le prix propoſé pour cette
année, dont le ſujet étoit la Théorie des
perturbations que les cometes peuvent éprou-3-
ver par l'action des planetes , avoit été remis
à 1778 , avec une rétribution dous
ble.
LesArts publiés par l'Académie depuis
Pâques 1775 , font le Faiſeur de peignes
pour les métiers , ſervant de fixieme partie
àl'art de fabriquer les étoffes de foie ,
par M. Paulet ; la premiere ſection de
l'art du Tourneur Mechanicien , par M..
Hullot pere ; & la quatrieme ſection de
la ſeconde partiede l'art d'exploiter les mines
de charbon de terre.
M. de Fouchy lat enſuite l'Eloge dit
Marquis de Valiere , Lieutenant- Général
des Armées du Roi & Directeur général
de l'Artillerie,
M. le Monnier fit lecture de la préface
d'un Ouvrage de ſa compoſition , intitulé
: Loix du magnétisme comparées aux ob-
1
164 MERCURE DE FRANCE.
Servations & aux experiences en différentes
parties du globe terrestre , pour ſervir à la
théorie de l'aimant , & à la construction des
cartes magnétiques & réduites .
M. de Vaucanfon lut un Mémoire fur
le Choix de l'emplacement &fur la forme
qu'il convient de donner aux bâtimens d'une
fabrique d organsin , à l'usage de ſes nouveaux
moulins .
• M. Bailly lut un Mémoire ſur l'accord
de la mesure de la terre des Anciens , avec
celle qui réſulte des obſervations & des mefures
des Académiens François .
MM. Lavoifier , Vandermonde, Baumée
& Bezout , firent leur rapport des
Obfervations thermométriques du grand froid
de cette année , & de la comparaison des
thermomètres qu'ils étoient chargés d'examiner.
Il en réſulte que le froid de 1776
a été moindre que celui de 1709.
M. l'Abbé Boſſut lut de nouvelles ré
flexions fur la théorie des fluides .
La féance a été terminée par un Memoire
de M. l'Abbé de Rochon fur la
fabrique d'une nouvelle lunette achromatique
avec un objectif à trois verres.
"
C
..
L
JOMAM AL 1776 165
SPECTACLES .
A bet t
CONCERT au Château des Tuileries.
14 say ory
LE Dimanche 28 Avril on a donné au
Château des Tuileries un Concert au
profit de MM. Jarnowick , Befozzi , le
Brun &Duport. Ce Concert a attiré un
grand nombre d'Amateurs , & tous ont
été enchantés de la parfaite exécution
de MM. Befozzi & le Brun , rivaux &
amis , qui ont joué ſur le hautbois des
duos admirables. M. Jarnowick s'eſt ſurpaffédans
fon concerto de violon , &M.
Duport dans ſa ſonate de violoncelle.
Ces habiles Maîtres ne laiſſent rien à
defirer pour la beauté des fons , pour la
juſteſſe des intonations , pour l'adreſſe&
le goût de leur jeu. M. Piozzi , excellent
Muſicien , ainſi que MM. Guichard &
Julien , ont chanté des airs italiens qui
ont été applaudis. On aentendu avec les
témoignages de la plus grande fatisfaction
Mlle Colombe , qui a exécuté parfaitement
une ſcène& un air de Traïetta ,
morceaux très- favorables pour faire con-
{
166 MERCURE DE FRANCE.
noître la beauté de fon organe& le goûr
de ſon chant. MM. Jarnowitk& le Duc ,
MM. le Brun & Duport ont exécuté
pluſieurs petits airs arrangés par feu M.
Trial. Ce Concert a fini par un Oratoire
mis en muſique par M. Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROTALE DE MUSIQUE
adonné le Mardi 23 Avril, la premiere
repréſentation d'Alceste , Tragédie.Opé
ra en trois actes.
Le poëme , imité de l'Italien , eſt de
ML. B. D. R. La muſique eſt de M. le
Chevalier Gluck.
„ Si ce poëme , dit le Traducteur dans
,,un Avertiſſement , a quelque fuccès ,
ود ce feraàM. Cazabigy que nous en ſe-
,, rons redevables. Non- ſeulement nous
,,avons ſuivi en partie le plan de fon
Alceſte ; mais nous en avons encore
,, emprunté pluſieurs détails , afin de
,, conferver un grand nombre de mor-
,, eeaux de la muſique la plus paffionnée ,
la plus énergique , la plus théâtrale qu'on
ait entendue fur aucun Théâtre de l'EuIDHMAL
1776.867
Srope, depuis la renaiſſance de ce bel
art"
Ainſi cet Opéra eſt annoncé comme le
chef-d'oeuvre de M. le Chevalier Gluck
&comme celui de toute la muſique théâtrale.
Nous n'avons rien à dire après un
éloge ſi bien prononcé. Les Amateurs
& les Connoiffeurs font à portée d'en
juger.
L'exécution, tant de la part des Acteurs
que de celle de l'orchestre , ne laisſe
rien àdéſirer. Mile Levaſſeur a ſaiſi
parfaitement le caractere du rôle d'Alceste
, & M. le Gros s'eſt diſtingué dans
celui d'Admette.
L'action du poëme eſt ſimple. Dans le
premier acte , un Hérault annonce que le
Roi Admette touche à fon heure derniere.
Le Peuple fait entendre ſes gémis-
- ſemens. Alceſte vient avec ſes enfans ;
elle unit ſes regrets à ceux de ſes Sujets .
Elle ordonne des ſacrifices dans le Temple
d'Apollon. Auffi-tôt le Temple paroît.
Le Grand-Prêtre , avec le choeur
des Prêtres & Prêtreſſes , & la Reine , in .
voquent le Dieu. On entend cet oracle :
Le Roi doit mourir aujourd'hui,
Si quelqu'autre au trépas ne se livre pour lui.
T
168 MERCURE DE FRANCE.
Le Peuple ſe retire ; aucun ſujet ne ſe
préſente pour victime ; alors Alceſte offre
aux Dieux de conſerver par ſa mort
les jours de fon époux .
Dans le ſecond acte ,foncélebre le
retour de la ſanté du Roi. Admette , ſe
félicite de vivre pour faire le bonheur
de ſes ſujets , & pour adorer encore les
vertus & les appas d'Alceſte. La Reine
ne peut diſſimuler ſa triſteſſe; elle avoue
enfin le ſacrifice qu'elle a fait. Admette
ne veut point conferver ſa vie au prix
de la ſienne.
(à Alceste)
Barbare ! non , Jans toi je ne puis vivre
Tu le fais , tu n'en doutes pas :
Et pour ſauver mes jours ta tendreſſe me livre
Ades maux plus cruels cent fois que le trépas.
La mort est le seul bien qui me reste à prétendre ,
Elle est mon seul recours dans mes tourmens affreux
Et l'unique faveur que j'ofe encore attendre
De l'équité des Dieux.
:
Acte troiſieme. Alceſte va à l'autel de
la mort accomplir ſon facrifice. Elle frémit:
mais l'amour l'encourage. Elle implore
MAI. 1776. 169
plore les Divinités infernales ; Admette
s'empreſſe de défendre les jours de fon
Epouſe , & veut mourir à ſa place. L'Enfer
demande ſa victime ; Alceſte ſe livre
au trèpas. Les Peuples pleurent la perte
d'Alceſte & d'Admette. Apollon defcend
dans un char avec ces deux Epoux , & les
rend au voeux de leurs Sujets.
Cet Opéra eft terminé par un divertifſement
dans lequel les premiers talens de
la danſe renouvellent les plaiſirs & l'admiration
des Spectateurs .
La décoration du dernier acte eſt faite
d'après les deſſins de M. de Machi ,
Peintre du Roi , & a été exécutée par
lui. On y retrouve les effets pittoreſques
que ce Maître met dans ſes tableaux.
On ſe rappelle ſans doute l'Alceste de
Quinault , Opéra dans lequel Hercule
joue un rôle ſi noble & fi généreux ,
où il triomphe de lui - même après
avoir triomphe du raviſſeur d'Alceſte ,
& avoir retiré Alceſte de l'empire de
la Mort pour la rendre au jour & à
fon amour. Cet Opéra eſt pompeux ,
très-varié , très intéreſſant. Il y a cependant
des ſcenes épiſodiques que l'on peut
ôter ; il y a quelques légers changemen's
à faire , quelques traits à ajouter , & ce
M
1
1
(
170 MERCURE DE FRANCE.
poëme ne laiſſeroit alors rien à deſirer.
On nous aſſure qu'un homme de mérite ,
& qui entend parfaitement le Théâtre
s'eſt occupé de ce travail , & qu'il l'a
rempli à la fatisfaction des Connoiffeurs.
Il ſeroit à ſouhaiter que ce beau ſpectacle
fût reproduit ſur le Theâtre de l'Opéra ,
&que le même ſujet , traité ſi ſavamment
en muſique par M. le Chev. Gluck , y fût
de nouveau donné par un Maître digne
d'entrer avec lui dans cette noble carriere.
C'eſt ainſi que les Théâtres de
l'Italie ouvrent un champ libre au génie
& à l'émulation des Compoſiteurs ; c'eſt
un moyen d'accélérer les progrès des arts
& d'animer les grands talens ; & nous
ſommes perfuadés que c'eſt une des reffources
que la nouvelle adminiſtration ſe
fera gloire d'employer.
La nouvelle adminiſtration a déjà fait
connoître ſon attention pour donner à ce
ſpectacle plus d'ordre , plus de police &
plus d'éclat. Les Auteurs font engagés de
travailler pour un plus noble prix accordé
à leurs ſuccès ; &l'émulation des Acteurs
eſt excitée par des récompenfes dignes
de leurs talens. Une Ordonnance du Roi
vient auſſi d'obvier à beaucoup d'abus
qui s'étoient introduits à la faveur des
MAI. 1776. 171
entrées gratuites , des loges louées à l'année
, des répétitions , & d'un nombrede
perfonnes admiſes foit dans le parterre ,
ſoit dans les corridors. Nous ſommes informés
qu'en faveur des Amateurs affidus
de ce ſpectacle , l'Adminiſtration leur
donne le droit d'entrée pendant une année
, moyennant 600 livres , au lieu de
720 qui formoient anciennement le prix
de chaque abonnement de ce genre;
& ils auront entrée a l'amphithéâtre ,
dans les premieres loges , quand elles ne
feront pas louées , & à plus forte raiſon
au parterre. T
Sans déroger à l'Ordonnance du 29
Mars dernier , dont l'exécution eſt indif
penſable , l'Adminiſtration vient de faciliter
la jouiſſance de la porte du Palais-
Royal à ceux qui n'ayant pas de loges
ni portions de loges à l'année , veulent
entrer dans la Salle en payant. Cette
porte fera ouverte à quatre heures &
demie , & l'on délivrera de ce côté des
billets , d'entrée de 40 ſ. avec leſquels on
pourra aller au parterre & dans tous les
corridors . Il vient auſſi d'être établi des
portes autroiſieme rang , à la faveur def.
quelles les mêmes perſonnes pourront ,
enpayant 40f communiquer avec toutes
les parties de la Salle.
M 2
172 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur ſpectacle par Sertorius ,
Tragédie de Corneille , dans laquelle
M. le Kain remplit le rôle de Pompée
avec une dignité impoſante. Mlle de
Sainval remplace Mlle Dumeſnil dans
fon emploi , & joue avec beaucoup de
nobleſſe & de ſenſibilité. Elle a réuni
tous les fuffrages dans le rôle de Sémi .
ramis. Mde Suin , qui a des talens acquis
&beaucoup d'habitude du Théâtre pour
les principaux rôles de la comédie , vient
d'être reçue au nombre des Actrices.
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été prononcé par M. Déſeſſarts , Comédien
très-accueilli du Public dans les
perſonnages dits à manteau & de caractere.
:
:
1
MAI 1776. 173
COMÉDIE ITALIENNE.
1
LES Comédiens Italiens ont donné
à l'ouverture de leur Théâtre l'Ami de la
maison , piece charmante , que l'on entend
toujours avec plaiſir. Madame la
Ruette , qui met dans ſon jeu tant de
fineſſe & d'eſprit ,& dans ſon chant tant
de goût & d'intérêt , a joué avec les plus
vifs applaudiſſemens le rôle d'Agathe.
Madame Bérard a obtenu ſa retraite
avec un traitement honorable , & une
diſtinction flatteuſe de la part de ſes Supérieurs
& de la Comédie. Cette Actrice
a penſé que le temps du repos étoit venu
, & elle en a même devancé le terme ,
quoiqu'elle fût encore accueillie favorablement
du Public dans les rôles de
Duegne & de caractere , qu'elle a joués
pendant nombre d'années , foit à l'Opéra-
Comique , ſoit à la Comédie Italienne ,
avec beaucoup de vérité , d'ame & d'intelligence.
1
On a reçu au nombre des Comédiennes
Mlle le Fêvre , qui joue la comédie
avec eſprit & avec feu ; & Mile Fayel ,
M3
174 MERCURE DE FRANCE.
qui donne de l'intérêt & de l'ingénuité
aux rôles qui lui ſont confiés.
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été rempli par une partie des Acteurs
&Actrices , ayant différens coſtumes de
rôles de caractere des pieces de ce
Théâtre.
M. Carlin étoit dans le coſtume de la
fille d'Omar du Cadi dupé.
M. la Ruette , dans le coſtume du
Comte fourd de Julie.
M. Clairval , dans l'habit de Montauciel.
M. Trial , dans l'habitdu grand coufin.
M. Michu , en Baſtien .
Mle Beaupré , en Babet de la comédie
des Sabots.
Et pluſieurs autres Acteurs & Actrices
en différens coftumes; chacun a fait fon
compliment dans l'eſprit de ſon rôle.
Nous rapporterons de ce compliment
dramatique quelques couplets qui ont
été fort applaudis . :
M. Clairval en Montauciel , ſur l'air:
Vive le vin , vive l'amour .
:
Sous l'étendart du doux plaiſir
Nous faiſons gloire de ſervir ,
Sitot que le Public l'ordonne.
MAI. 1776. 175
Chacun aſpire à la couronne ,
Heureux qui peut y parvenir !
Mais c'eſt de vous que l'on peut l'obtenir ,
C'eſt votre main qui nous la donne.
M. la Ruette dans le coſtume du
Comte de Julie , fur l'air : La belle main !
quelle me tente !
(aux Dames)
Ma parole eſt lente & tardive ,
Mon oreille me ſert très mal ,
Mon aſpect n'a rien qui captive ,
Tel eſt mon fort , mon fort fatal .
Malgré tant de ſujets d'alarmes
J'ai du moins , pour me conſoler,
Des yeux pour admirer vos charmes ,
Un coeur tendre pour vous aimer.
Si mes yeux font tout mon partage ,
Si par eux ſeuls je puis jouir ,
Donnez-moi ſouvent l'avantage
De les fixer avec plaifir..
Venez embellir ces retraites ,
L'amour y viendra ſur vos pas ,
Ce Dieu ne ſe plaît qu'où vous êtes
Et languit où vous n'êtes pas .
Ce compliment eſt de la compoſition
M 4
176 MERCURE DE FRANCE.
de M. Anſeaulme , qui eft en poffeffion ,
depuis beaucoup d'années , d'exprimer au
Public les ſentimens des Comédiens ,
auxquels il eſt attaché...
On ſe diſpoſe à donner inceſſamment
à ce Théâtre le Mai , comédie en trois
actes , avec des vaudevilles ; & les Mariages
Samnites , piece en trois actes ,
mêlée d'ariettes.
DÉBUT.
۱
:
Mademoiselle Desbroſſes , âgée de
douze ans , fille de l'Acteur de ce nom ,
a débuté le 29 Avril dernier , par les
rôles de Juftine dans le Sorcier , & de
Colinette dans la Clochette. On ne peut
avoir des talens plus précoces , & nomtrer
plus d'intelligence pour la ſcene ,
de fineſſe , de préciſion & de goût pour
le chant , que cette jeune & aimaible Actrice.
Il faut ſeulement eſpérer qu'en
grandiſſant elle acquerra un organe plus
fonore & plus étendu.
1
MAI. 1776. 177
ARTS.
GRAVURES.
1
I.
Le Marchand de Lunettes , Eſtampe d'environ
dix-huit pouces de hauteur &
quatorze de largeur , gravée par M.
Helman , Graveur de Monſeigneur le
Duc de Chartres , d'apres le tableau
original de M. le Prince , Peintre
du Roi.
CETTE B ETTE Eſtampe eſt dédiée à S. A. S.
Monſeigneur le Duc de Chartres. Le
Graveur a mis des effets pittoreſques dans
ſon travail , par l'oppoſition des ombres
&des clairs , & par la variété des tailles ,
ſuivant les objets qu'il vouloit rendre.
Cette Eſtampe peut fervir de pendant
au Médecin Clairvoyant qui eſt du même
Graveur , d'après le même Maître ; chacune
eſt du prix de 6 liv. A Paris , chez
Helman , au petit Hôtel de Clugny , rue
des Mathurins. 15
M5
178 MERCURE DE FRANCE.
11.
Portrait en médaillon de M. N. Montgo-
A
din , Curé de S. Albin à Rennes en
Bretagne , gravé par Beaudeau ; prix ,
15 fols A Paris , chez Mondard , rue
Saint-Jacques .
Ce Paſteur refpectable & bienfaiſant
étoit né ſans patrimoine ; mais ayant été
nommé à une Cure d'un revenu modique
, il a ſu , par ſon économie , ſe ménager
les moyens de répandre & multiplier
ſes bienfaits. Il a laiſſé en mourant
foixante jeunes gens qu'il avoit placés
pour apprendre différens métiers : plus
dedeux cents Artiſan's doivent à ſes ſoins
les progrès qu'ils ont faits dans leur profeffion.
Il profcrivoit la pareſſe &la mendicité
, & cultivoit des pommes de terre
pour faire du pain aux indigens. Il a
fondé 700 liv. de rente pour les néceſſiteux
de ſa Paroiſſe , qu'il a deſſervie pen.
dant vingt ans. Il eſt mort en 1775.
III.
Profpectus concernant les plantes purgaMAI
. 1776. 179
tives d'usage , tirées du Jardin du Roi ,
& de celui de MM. les Apothicaires
de Paris , repréſentées avec leur couleur
naturelle , & imprimées ſelon le nouvel
Art; avec leurs vertus & leurs qualités ,
auxquelles on joint , à la diſſection de
leur fleur & de leur fruit , le Species
Plantarum Linnai , pour connoître les
variétés de leurs genres , les ſynonymes
, & le lieu de leur naiſſance : dédiées
à M. Lieutaud, Conſeiller d'Etat,
Premier Médecin de Sa Majefté . Par
M. Dagoty, pere , Anatomiſte & Botaniſte
penſionné du Roi.
:
1
La collection des plantes purgatives
d'uſage ſera in quarto , grand papier , &
compoſée de foixante-quatre planches ,
qui contiendront toutes les plantes de
cette claſſe , avec leurs qualités & leurs
vertus en François ; & à chaque plante
on ajoutera en entier les eſpecesdifférentes
qu'a décrites Linnæus en Latin , avec
les lieux de leur naiſſance & la citation
des Auteurs qui auront donné les variétés
de la plante dont il s'agira.
A la tête de l'Ouvrage il y aura une
table alphabétique de tous les Auteurs
qui ont traité des plantes , & qui en ont
180 MERCURE DE FRANCE.
donné des planches , avec l'année de leur
édition , & l'endroit où leurs Ouvrageste
auront été imprimés.
d
Il y aura auffi une ſeconde table alpha.
bétique des noms François de toutes les f
plantes en général, avec leurs noms La- C
tins , felon Linnæus & Tournefort , & u
felon les autres Botaniſtes les plus accré. D
dités , avec la claſſe des vertus de laja
plante; & afin d'éviter toute confufion , d
on ajoutera à chaque plante placée dans
une claſſe , ſelon ſes vertus principales & F
les plus uſitées , ſes autres qualités & la
partie de la plante dont on ſe ſert ordi.c
nairement dans les uſages. Cette table
générale ne fera pas ſeulement utile aux
plantes purgatives , mais encore aux plan-
Tes hystériques & emménagogues , que l'Auteur
ſe propoſe de donner à la ſuite de
celles- ci pour l'uſage des Sages- Femmes
& aux plantes diaphoretiques & fudorifiques
, qu'il donnera auſſi pour le traitement
des maux vénériens ; ce qui formera
trois Ouvragés ſéparés.
On a mal à propos prétendu que l'ordre
des plantes par leurs vertus étoit défectueux
, à cauſe qu'il y avoit des plantes
qui ont pluſieurs vertus , & que dans
d'autres les fémences & les racines ont
MAI. 1776. 181
quelquefois des qualités différentes de
celles de la fleur& de la feuille ; comme
dans la violette , où les ſémences & les
racines font purgatives , les feuilles & les
fleurs , enſemble émollientes & laxatives ,
& la fleur ſeule cordiale. Ce n'eſt pas là
une raiſon qui puiſſe détruire un ordre ſi
- néceſſaire , où tous les autres doivent
aboutir ; car la violette , par exemple ,
dont on vient de parler , que l'Auteur
met dans la claſſe des plantes purgatives ,
par rapport à ſa principale qualité , peut
être auſſi citée dans la claſſe des plantes
cordiales & des plantes émollientes , en
conſidérant les autres parties de cette
plante qu'on aura repréſentée.
Les plus habiles Médecins qui ont
traité des plantes , n'ont point été chercher
les ſyſtêmes de leur forme & de leur
diviſion , mais ſeulement celui de leurs
vertus qu'adopte M. Dagoty; M. Tournefort
a traité en particulier de leurs vertus
, quoiqu'il ait donné le ſyſtême des
petales des fleurs. Meffieurs Chomel ,
Geoffroy , Buc'hoz & d'autres ont ſuivi
cet ordre. Tous les ſyſtemes des étami,
mes , des calices , &c. ne font que pour
connoître les plantes ; mais ceux de leur
vertu ſont faits pour les mettre en pratique.
182 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , afin que rien ne manque à
ſon projet , donnera auſſi les élémens de
Botanique , ſéparés de toute autre oeuvre ,
& on aura de quoi ſe contenter ſur ce
qui s'appelle Systêmes Botaniques. Cet
Ouvrage, tout compoſé préſentement ,
paroîtra après les plantes purgatives.
La ſouſcription actuelle eft diviſée en
huit cahiers , de huit planches chacun ,
avec les détails que l'on vient de voir ,
qui accompagneront chaque plante .
On délivrera un cahier tous les deux
mois , ou tous les mois. Le prix des cahiers
, ſi on les paye d'avance , fera de
5 liv. chaque ; & fi on attend leur diſtribution,
on les payera 6 liv. L'ouvrage
ſe vendra enſuite ce qu'on jugera à propos.
Les troiſieme & quatrieme fils de l'Auteur
ſe propoſent de donner à la ſuite des
collections des plantes d'usage que l'on
annonce actuellement , les plantes curieufes
& étrangeres.
On trouve auſſi du même Auteur , aux
adreſſes ſuivantes , l'anatomie des parties
de la génération ; l'angéologie & ce qui
concerne la groſſeſſe & l'accouchement,
avec des planches imprimées en couleur.
Prix , 18 liv .
L'exposition anatomique des maux véMA.
I. 1776. 183
nériens , & les remedes uſités dans ces
fortes de maladies , avec des planches
imprimées dans le même genre. Prix ,
12 livres.
L'exposition anatomique des organes
des ſens , & la névrologie , avec des planches
imprimées de meme , avec leur couleur
naturelle. Prix , 21 liv.
On ſouſcrit à Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Honoré , vis- à- vis les Peres de
l'Oratoire ; Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeſſé ; Lacombe , Libraire ,
rue Chriſtine.
:
IV.
Collection de Plantes étrangeres & curieufes
, gravées d'après nature , fur différentes
Serres des jardins du Roi ; ouvrage
curieux , utile & très intéreſſant
pour MM. les Médecins , Chirurgiens
Naturaliftes , Apothicaires , Herboriftes
, Maréchaux , & pour toutes les
perſonnes qui s'amuſent de la Botanique
: par MM. Honoré - Louis & Raphaël
Dagoty , troiſieme & quatrieme
Fils ; felon l'art dont leur Pere eſt inventeur
: préſenté par les Auteurs , à
la Reine & aux Princes.
184 MERCURE DE FRANCE .
MM. Dagoty fils , dont les talens font
connus pour le genre de gravure en couleur
, ont été follicités par les plus célebres
Naturaliſtes de les employer pour
l'Hiſtoire Naturelle. Pour répondre à la
bonne opinion qu'on veut bien leur témoigner
, ils vont commencer par les
plantes , cette partie étant la plus eſſentielle
, & même la plus difficile à rendre.
L'application qu'ils mettront dans l'exétion
, fera juger au Public s'ils pourront
le fatisfaire dans les Ouvrages qu'ils ſe
propoſent dedonnerà laſuite des plantes.
L'art de graver en couleur , dont ils
ſont ſeuls poſſeſſeurs , leur donne la facilité
de mettre ſous les yeux du Public
des Eſtampes qui , au fortir de la preſſe ,
feront autant de tableaux. Cette gravure
imite la plus belle peinture , en a toutes les
nuances , & rend parfaitement la nature.
Avec ces avantages , on y trouvera encore
la plus grande exactitude dans le deſſein ,
la fraîcheur dans les couleurs & le détail
botanique. Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont examiné avec beaucoup
de ſoin cette façon ingénieuſe de graver
en couleur , ſe ſont empreſſés de l'approuver,
& ont reconnu que c'eſt la ſeule
qui puiſſe bien rendre la nature......
Les
ΜΑΙ. 1776. 185
Les Plantes que l'on donne aujourd'hui
ne font point faites au hafard. On a choiſi .
le plan le plus commode pour le Public .
On délivrera cet Ouvrage par cahier ; ce
cahier ſera composé de fix Plantes , &
chaque Plante aura ſa table explicative ,
où on trouvera les noms latins & françois
, la claſſe & la ſection ſelon Linnæus
& Tournefort ; au bas de chaque table
l'anatomie de la Plante , avec les lettres
indicatives. Par ce moyen, chacun fera
libre de les ranger ſelon le ſyſtême qu'il
adoptera.
L'Ouvrage a paru aſſez intéreſſant aux
Auteurs, pour mériter d'être préſenté à la
Cour ; auffi MM. Dagoty ont-ils eu l'hon
neur d'en faire l'hommage à la Reine ,
qui leur a fait la grâce de l'accueillir favorablement
, & de leur en témoigner ſa
fatisfaction .
On délivre le premier Cahier dans le
mois de Mai ; & tous les mois , il en
paroîtra un nouveau. On a pris les plus
grandes meſures pour être exact aux li.
vraiſons , & mériter par cette exactitude
la confiance du Public.
Le prix de cet Ouvrage ſera de 9 liv .
par Cahier ,&de 7 liv. pour les Soufcripteurs.
Les Perſonnes qui ſouſcriront pour
N
186 MERCURE DE FRANCE .
Je ſecond Cahier, ne payeront le premier
qu'au prix de la Soufeription. On délivrera
par la fuite des Cahiers ſéparément,
pour ceux qui voudront orner leurs Cabinets
de ces Estampes.
M. Dagoty pere donne actuellement
les Plantes purgatives ſous le même format
que MM. ſes fils ; ce qui donnera
la facilité de les ranger dans leurs claſſes,
&d'avoir l'Ouvrage le plus complet. On
a choiſi le grand in-4°. comme le moins
embarraſfant.
Onpeut ſouſcrire à Paris, chez Lacombe,
Librairegi rue Chriſtine.
Nota. Les Perſonnes de Province qui
voudront ſe procurer l'Ouvrage ci-deſſus
annoncé , font priées d'affranchir leurs
Lettres .
T
V.
Troisieme Cahier des jardins Anglois,
8planchez de compoſitions du petit au
grand's Roiffy , 8 planches ; Ermenon
ville, planches ; Wanſtead , 5 planches;
Ryz , 28 planches brochées , prix 12
liv.; plus , la moitié du quatrieme Cahier.
Le Waux-Haal de Londres , Projets de
Grotes , Temples , Moſquées , Bains ,
MAI. 1776. 187
Pavillons , Belvederes , par Halfpenny ,
Architecte des jardins Anglois , détail du
baſſin de Neptune , à Versailles , par
Lorio , Profeſſeur Royal , 15 planches';
prix , 6liv. L'autre quinzaine dans le courant
de Juillet , avec la deſcription du
deuxieme , troiſieme& quatrieme Cahier ;
à Paris , chez le Rouge , Géographe du
Roi , rue des Grands Auguſtins .
MUSIQUE.
I.
OUVERTURE du Magnifique arrangée
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
ad libitum. Par M. le Baron de P**
Prix 2 liv. 8 f. A Paris , chez le ſieur
Benaut , Maître de clavecin , rue Gît lecoeur,
la deuxieme porte cochere à gauche
en entrant par le Pont-Neuf.
IXe . Recueil d'ariettes choisies arrangées
5.
188 MERCURE DE FRANCE.
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement de deux violons & la
baſſe chiffrée ; dédiées à Mademoiselle
de Schoebeque , par le ſieur Bénaut ; prix
1 liv. 16 f. à la même adreſſe.
III.
Trois fonates pour le clavecin ou le
piano- forté , avec accompagnement d'un
premier & fecond violon , & violoncelle ,
compoſées par M. T. Brodsky ; dédiées
à S. A. S. Mgr le Duc d'Aremberg , par
MM . Mechtler & Van Ypen . Oeuvre
IIe , gravée à Bruxelles par MM. Van-
Ypen & Pris , rue de la Madeleine. A
Paris , rue de la Montagne Sainte Gene.
vieve , vis- à - vis le Collége de la Marche ,
au deuxieme ; chez Couſineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies , vis- à - vis la
colonnade du Louvre ; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. Prix 61. 8 f.
IV.
Six duo pour violon & alto , dédiés à
M. le Chevalier de Champloſt , Meſtrede-
camp de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de Saint Louis , par M.
MAI. 1776. 189
Guillon , Officier au Régiment de Bouillon
, Infanterie Allemande. Oeuvre I.
Prix 6 liv. A Paris , chez Bignon, Graveur
place du Louvre , à l'Accord parfait;
& aux adreſſes ordinaires.
1
:
5 . :
V.
Deux fonates pour le clavecin ou le
piano-forté , avec accompagnement d'un
violon & violoncelle , ad libitum ; dédiées
à M. le Comte Alexis Golowkin ,
Lieutenant aux Gardes de S. M. 1. de
toutes les Ruffies , &c . par M. Joubert ,
Organiſte de l'Abbaye Royale de Saint
Aubin d'Angers ; avec le quatuor de Lucile
en concerto pour les mêmes inſtrumens
, arrangé par le même Auteur ; prix
7 1. 4 f. avecle concerto; & féparement ,
3 liv. 12 f. gravés & mis au jour par le
fieur Moria & Mile Vendôme , Marchands
de muſique , rue de la Comédie
Françoiſe ; & aux adreſſes ordinaires de
muſique ; à Lyon , chez M. Caſtaud ; à
Rouen , chez M. Magoy.
.)
N3
190 MERCURE DE FRANCE .
COURS DE BELLES - LETTRES.
M. L'Abbé de Perravel recommencera
le 10 Mai , depuis midi juſqu'à deux heures
ſon Cours de Géographie ; & depuis
cinq juſqu'à ſept , fon cours philofophique
de Langue Françoise , par le moyen duquel
, en 48 leçons , les loix de la phrafe
&les regles de la ponctuationy ſont enfeignées
, & géométriquement prouvées. Le
lendemain , depuis cinq heures juſqu'à
ſept , il recommencera fon cours de Langue
Italienne.
2
On trouve , tous les matins , juſqu'à
onze heures , & depuis midi & demi
juſqu'à deux heures , M. l'Abbé de Perravel
, chez- lui , rue S. Honoré , l'allée
du Patiffier , vis- à-vis la rue du Four , au
premier.
J
LETTRE de M. *** à M. de Voltaire ,
en lui envoyantſes Eſſais fur Saturne .
Monfieur Recevez , je vous prie , l'hiſtoire d'un Vieillard
reſpectable , dont on s'occupera tant que le ſavoir
MAI. 1776.1 191
Lera en honneur parmi les hommes. Son front rayonnant
de lumiere eſt orné d'une couronne immortelle. Il nous
éclaire & nous offre un des phénomenes les plus finguliers
de la nature. Ce Vieillard eft Saturne . Je m'empreſſe
de le nommer , de peur que l'on n'en défigne un
autre, dont votre modeftie vous empêcheroit de reconnottre
le portrait . Puiſſe cette analogie mériter à mon Ou
vrage un accueil favorable de votre part .
Je suis avec l'oftime la plus fentie , Monfieur ,
Votre&c.
) L
Réponse de M. de Voltaire.
TA
Monfieur . L'honneur que vous me faites de m'envoyer
votre Saturne , me fait ſentir toute votre bonté &
toute mon indignité ; mais tout indigne que je fuis de ce
beau préſent, il me fait faire bien des réflexions . Nous
avons connu fi tard ſes lunes & fon anneau , très - inutilement
appelés les aftres de Louis ; les Philoſophes de
notre chétif globe ont été tant de fiecles fans deviner ce
qui ſe paſſe autour de cette derniere planete , qu'il eſt
clair qu'elle n'a pas été faite pour nous ; mais en même
temps il eſt bien beau que de petits animaux de cinq
pieds & demi ayent enfin calculé des phénomenes ſi
étonnans à trois cents trente millions de lieues loin de
chez eux.
し
A
Quand on fonge que la lumiere réfléchie de notrree petite
N 4
192 MERCURE DE FRANCE.
\
planete & de ce gros Saturne eſt précisément la même ;
que la gravitation agit ſur ſes cinq lunes comme ſur la
nôtre ; que nous peſons fur le Soleil auſſi bien que Saturne
; que ſes cinq lunes & fon anneau ſemblent abſolument
néceſſaires pour l'éclairer un peu , on eſt ravi d'admiration
& l'on s'anéantit . On eſt obligé d'admettre , avec Platon ,
un éternel Géometre.
Ceux qui , comme vous , Monfieur , entrent dans ce
vaſte & profond fanctuaire , me paraiſſent des êtres bien
au - deſſus de la nature humaine. Je vous avoue que je
ne conçois pas comment un Génie occupé des loix de
l'Univers entier , peut deſcendre à juger des procès dans
un petit coin de ce monde , nommé la Gaule...
Je suis avec le plus fincere respect , Monfieur ,
Votre , &c.
AFerney , ce 6 Avril 1776.
LETTRE de M. de Voltaire.
19 Avril 1776. à Ferney.
Vous m'apprenez , Monfieur, qu'on vient d'imprimer
les Oeuvres poſtumes de feu M. Piron , & que l'Editeur
ne m'a pas épargné. Il prétend , dites - vous , que le Roi
de Pruſſe m'ayant un jour parlé de cet Auteur agréable ,
plein d'eſprit & de ſaillies , je lui répondis : Fi donc ! c'eſt
un homme fans moeurs.
í
Je vous conſeille , Monfieur, de mettre cette anecdote
MAI. 1776. 1 193
:
au nombre des menſonges imprimés , elle n'eſt affurement
ni vraie , ni vraiſemblable. Je puis vous atteſter ,
& j'oſe prendre Sa Majefté le Roi de Pruſſe à témoin ,
que jamais il ne m'a parlé de Piron , & que jamais je ne
lui en ai dit un mot. Je ne crois pas avoir entrevu Piron
trois fois en ma vie. Je connois encore moins l'Editeur
de ſes Ouvrages , mais je ſuis accoutumé depuis longtemps
à ces petites calomnies , qu'il faut réfuter un moment
& oublier pour toujours .
Discours prononcé par M. de la Haye . Curé
de Pavant , Diocese de Soiffons , à ses
Paroiffiens : , le 25 Février 1776.
Mes chers Paroiſſiens , je m'empreſſe de vous annoncer
que le Roi , fur le compte qui lui a été rendu de la conduite
que j'ai tenue dans des circonstances fâcheuſes
pour vous , vient de me gratifier d'une penſion ſur l'Archevêché
d'Auch ; ſi je pouvois penſer que l'intention de
Sa Majeſté eût été de me récompenſer , je m'affligerois
avec vous de vivre dans un fiecle où on acquiert des
bienfaits en ne rempliſſant que ſes devoirs ; & en effce
n'euſſe je pas été blamable: aux yeux de Dieu & des
hommes , fi je me fuſſe écarté vis - à - vis de vous de la
conduite que j'ai tenue ? Et - pourrois - je , ſans être vil à
mes yeux , fupporter l'idée que votre malheur a été pour
moi une voie d'obtenir les faveurs du Souverain ? Des
gens méchans vous avoient trompés , & vous alliez des
)
N 5
194 MERCURE DE FRANCE .
venir criminels envers l'Etat , & faire des démarches contraíres
à vos intérêts les plus précieux. J'ai diſſipé le preſtige qui
vous aveugloit , j'ai rempli mon devoir , & ma récompenſe
ſera toujours la fatisfaction de vous être utile. Je ne
puis donc regarder la penſion qui m'eſt accordée que
comme un moyen de plus que Sa Majefté a bien voulu
me confier pour contribuer à votre bien - être. Je vous
déclare donc , mes chers Amis , que pour répondre aux
vues bienfaiſantes de notre auguſte Monarque , je confacre
dès ce moment , & pour toujours , à votre utilité la
penfion dont le Roi m'a fait dépofitaire. Je n'entends
pas par - là diminuer les charités que je ſuis dans l'uſage
de faire ; ces ſecours font une dette dont je m'acquitte
envers les pauvres invalides , & dont je compte toujours
refter chargé , au lieu que la penſion appartient aux gens
valides , non pas gratuitement , mais' en echange de leurs
journées , quand ils n'auront rien de mieux à faire ; c'eſt
la feule façon dont il foit permis d'aider de braves gens ,
qui ne font dans le beſoin que par le défaut d'ouvrages
tout autre mode de ſecours eſt un abus qui accoutume,
Poiſiveté & qui entraîne au vice . J'ai trop bonne opinion
de vous , mes chers Amis , pour penfer que tant
que vous pourrez vous aider de vos bras , vous confentiez
de le recevoir gratuitement ; ce ſeroit un vol que
yous feriez , & moi auffi , & aucun de nous n'en eſt capable.
Pour que tous les habitans puiſſent trouver dans
le travail qui ſera fait , une utilité commune , nous con
fulterons tous les ans l'aſſemblée des habitans , pour , fur
leur defirs , employer les travaux foit à conſtruire les chemins
, à deflécher les communes , à former des digues
pour empêcher les inondations , à donner aux eaux un
ΜΑΙ. 1776. 195
تفاب
écoulement facile pour en empêcher les ravages , enfin à
mettre notre terroir dans le plus grand état poſſible d'uti
lité ; & fi nous vivons aſſez long- temps pour que nous
ne ſachions plus à quoi nous occuper , alors , mes chers
Amis , nous regarderons nos voiſins , & nous leur dirons :
Vous êtes nos freres , vous nous euffiez aidés ſi vous
j'eufſfiez pu , permettez - nous de vous être utiles , & nous
prolongerons leurs chemins de chez eux à leurs voiſins ;
ils nous aimeront , ils nous béniront , & cependant nous
n'aurons fait que leur rendre commune notre utilité perſonnelle
: car ces nouveaux chemins auront facilité le tranfport
de nos denrées , que par cette raiſon nous vendrons
plus avantageuſement.
Ce fera , mes Amis , à notre bon Roi que nous devrons
tous ces bienfaits . Remercions Dieu de nous l'avoir donné.
Demandons lui ſa confervation & celle des Miniſtres
bienfaiſans dont il a fait choix.
Opérations très- remarquables Sur les chevaux
, par M. le Chevalier de la Plei
gniere , Ecuyer , tenant l'Académie de
Саёп.
M.• LE CHEVALIER DDEE LAPLEIGNIERE ,
undes plus habiles Ecuyers du Royaume ,
&qui tient à Caën une Académie célebre ,
196 MERCURE DE FRANCE.
où la jeune nobleſſe eſt inſtruite de toutes
les parties de l'Art de l'équitation , par
les moyens les plus clairs & les plus
prompts , reçoit chez lui des jeunes gens
François & étrangers ,&les conduit felon
l'intention de leurs parens , & fuivant le
plan qu'ils peuvent donner eux-mêmes.
Nous rapporterons comme des opérations
très - remarquables , celles que M. le Chevalier
de la Pleigniere vient de faire. Ce
ſavant Ecuyer , qui n'a négligé aucunes
des parties de fon art , ayant un cheval ,
dontle cryſtallin devenu opâque étoit tombé
dans la chambre antérieure de l'oeil , il
a extrait ce cryſtallin , ſans crever l'oeil de
l'animal , & a fait cetteopération enpréfence
de M. le Maréchal Duc d'Harcourt,
& de pluſieurs Médecins & Chirurgiens
de la ville , ce qui prouve la poſſibilité
de cette opération. L'animal opéré exiſte
à l'Académie , où les curieux peuvent
le voir. Le dit Ecuyer, depuis qu'il a découvert
la façon de faire cette opération ,
a encore opéré un autre cheval , avec
le même ſuccès pour l'opération ; mais
l'animal plus vif que le premier , n'ayant
pu être panſé, acauſedu travail dans cette
Académie pour le contenir pendant la
cure , s'eſt frotté , & fon oeil s'eſt fondu .
MAI. 1776 . 197
- Précédemment à ces deux opérations, ilen
avoit fait une ſur un cheval cataractériſé ,
qui fut fi heureuſement opéré , qu'il vit incontinent
après l'opération ; mais cet animal
deſtiné à pluſieurs démonſtrations ,
&appartenant à ſes éleves , nefut pas conſervé.
L'émulation de cet Ecuyer demanderoit
à être ſecourue pour l'avantage général.
Cemême Ecuyer a imaginéde ſe ſervir
de la voie naturelle pour guérir un animal
qui , après avoir mis bas, fut regardé
comme un hydropique , ayant beſoin de
la ponction pour guérir; mais réfléchiſſant
que les eaux , le ſang , ou autres vuidanges
n'étoient retenues que par quelque
corps non avancé de la matrice ,& qui en
bouchoit l'orifice , il s'aviſa de percer ou
déranger le corps qui pourroit ſe rencontrer
; ce qu'il fit ſi heureuſement, qu'il
procura une très-grande évacuation , qui
en deux jours rétablit l'animal dans fon
état naturel , au grand étonnement de
tous ceux qui l'avoient décidé ne pouvoir
guérir ſans la ponction.
198 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Industrie.
M. RESTRICK , habitant de Morpeth ,
dans le Northumberland , vient d'exécuterde
nouveaux moulins à ſcie , différens
par leur méchaniſme de ceux qui exiſtent
déjà , & auxquels il a donné un nouveau
degré de perfection & d'utilité. Avec ſa
machine , qui eſt très curieuſe , un ſeul
homme peut faire en une heure beaucoup
plus d'ouvrage que quatre n'en feroient
autrement , & l'ouvrage eſt mieux
fait.
II.
Le ſieur Uſquin poſſede un ſecret pour
fixer toutes les dorures tant fur bois que
fur métaux & ſur toute eſpece de meubles.
Au moyen d'une ſimple couleur ,
& fans or , il donne même au cuivre le
ton d'or moulu , qui non-feulement eſt
MAI. 1776. 199
durable : mais devient plus beau de jour
en jour. La dorure fur bois , fixée par
fon fecret , ne perd jamais l'éclat du
neuf; on peut même la laver ſans altérer
l'or. La même fixation garantit auſſi de
la rouille le fer poli & l'acier , dans quelque
expoſition qu'il puiſſent être ; elle eſt
à l'épreuve des acides & des corrofifs ,
tels que le vinaigre , le verjus , l'urine ,
le verd-de- gris , &c. L'humidité & le
mauvais air n'y font aucune impreſſion.
BIENFAISANCE .
UN Miniſtre Luthérien d'une grande
ville d'Allemagne fut appelé , ily a quelque
temps , chez une pauvre femme ,
qui étoit dangereuſement malade. Il s'y
rendit ſur le champ ; & après avoir rempli
1es fonctions ,& confolé l'agoniſante ,
il lui dit qu'il eſpéroit avoir part à fon
héritage. Eh ! Monsieur , répondit la
mourante , dans l'état de miſere où je
fuis , que pourrois - je vous donner. ?
ود
ود
Ces
deux enfans , repliqua le Paſteur ; &
,, en reconnoiſſance de ce legs , je me
charge de pourvoir aux beſoins de leur
و د
200 MERCURE DE FRANCE.
,, pere" . Cet homme bienfaisant a tentu
ſa parole ; il a fait une penſion au pere ,
& ſon épouſe prend ſoin des deux enfans
étrangers avec autant d'attention
que des ſiens propres .
:
U
ANECDOTES .
I.
Nétranger ſe trouvant au bord de la
mer , lors de l'arrivée du Centurion * en
Angleterre , vit deux jeunes mouſſes (
couverts de ſueur & de goudron , qui
accoururent vers l'Amiral Harriſſon , &
ſe jéterent entre ſes bras. Il demanda à
ce Seigneur qui ils étoient ? L'un , répondit
celui- ci , est le neveu de l'Amiral Hervey
, & l'autre est mon fils.
11.
Alexandre le - Grand faiſant des largeſſes
continuelles à ſes Capitaines ; Parme-
• Nom du vaiſſeau que montoit Amiral Anson , dans son
voyage autour du monde.
MAI. 1776. 201
menion étonné de ſes libéralités lui
dit : Quoi , Sire , ne refervez vous rien
pour vous ? Alexandre lui répondit: je
me réſerve l'espérance , elle me fuffit .
III.
:
Un Comédien , accoutumé à ſe voir
huer dans chaque ville où il jouoit ,
perdit un jour patience , & dit au Parterre
: Meſſfieurs , vous vous en laſſerez ;
on s'en est bien laſſe autre part. Cette naïveté
lui concilia l'indulgence des Spectateurs.
1
e
cart
On informa Henri IV que quoiqu'il
eût pardonné & fait pluſieurs grâces à un
brave , qui avoit été un des Capitaines
de la Ligue , il n'en étoit pas aimé. Il
dit : je veux lui faire tant de bien , qu'il
m'aimera malgré lui...
こん
८
V.
?
Laurent , Prince Palatin , marquoit
ſon étonnement de ce que l'Empereur
Sigifmond pardonnoit à ſes plus cruels
ennemis , lorſqu'il les avoit en ſa puiſ
0
202 MERCURE DE FRANCE.
fance. Les ennemis , lui répondit l'Em- =
pereur , qui font morts ne peuvent plus com
nuire : vous avez raiſon de dire qu'il les fine
faut tuer ; c'est justement ce que je fais :
quand je comble de grâces un vaincu , je
tue en lui un ennemi , & j'en fais naître
un ami .
па
for
ter
inte
2 AVIS .
Pommade pour les hémorrhoïdes .
mi
Ma
CETTE ETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoides
internes & externes , en peu de jours , ſans qu'il y
ait à craindre le retour de cette maladie , ni accidens
pour la vie , en les guériſſant ; prouvé par nombre de cer- bo
tificats authentiques que l'Auteur a entre ſes mains , &
par un nombre infini de perſonnes dignes de foi , de tout
age & de tout ſexe , guéries radicalement depuis pluſieurs
années , &c . par l'uſage qu'elles ont fait de cette pommade
, inventée & compoſée par le ſieur C. Levallois , ancien
Herboriſte , pour ſa propre guériſon , au mois de
Mai 1763 .
les
ur
CE
d
Cette pommade fait ſon opération avec une douceur &
une diligence furprenantes , en otant les douleurs dès les
premieres applications !
cobis, b
Morse . Wuphol
()
2
MAI 1776263"
Elle eſt diviſée en deux fortes , pour agir enſemble de
concert : l'une eſt préparée en ſuppoſitoires , pour être inſinuée
& amollir les hémorrhoïdes internes par une douce
tranfpiration ;l'autre eft applicative ſur les externes ,pour
fondre & diffoudre , avec la même douceur , les groſſeurs externes
, & recevoir au dehors la tranſpiration qui ſe fait
intérieurement : Onl
L'on diſtribue cette pommade avec approbation & per
miffion , chez l'Auteur, ci - devant Vieille sue du Temple
àpréſent rue des Gravilliers , la cinquieme maiſon après
la rue des Vertus en entrant par la rue Saint Martin , vis
à-vis d'un Boulanger , ou à fon dépôt , chez M. Deloche ,
Marchand Limonnadier , au coin de la rue de la Perle , au
Marais , à Paris .
Le prix des doubles boëtes , avec fix fuppofitoires pour
les hémorrhoides anciennes eft de livion si sosteng
Et pour celles qui font nouvellement parues, la demiboëte
, avec trois ſuppoſitoires font de 3 liv. ony joint
un imprimé qui indique la maniere de s'en fervir.
Les perſonnes de Province qui defireront ſe procurer de
cette pommade , font priées d'affranchir Jeurs lettres , &
d'indiquer leur meffageries Toob mo sa shu
1
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2
204 MERCURE DE FRANCE.
:
NOUVELLES POLITIQUES.
L
De la Canée le 28 Mars 1776.
Eſieur d'André , Conſul de France en cette Ville , 2
donné ici , à l'occaſion de la naiſſance d'une fille duGrand-
Seigneur , une fête à laquelle aſſiſterent les perſonnes les
plus conſidérables & les Grands du pays.
shal De Stockholm , le 6 Mars1776 ,
Le 24 du mois dernier , le Duc de Sudermanie donna p
dans ſes appartemens au Roi & à la Reine , une fête qui C
repréſentoit la Foire Saint Germain de Paris : les différen
tes pieces du logement du Prince étoient remplies de boutiques
de toute eſpece; on y trouva des guinguettes , des
cafés , une parade, un jeu de marionnettes. Toutes les
perſonnes diftinguées de la Cour & de la Ville y étoient
en habits de caracteres différens & analogues aux perſon
nages qu'elles étoient chargées de repréſenter. Lorſque
Leurs Majeſtés entrerent , tout parut en action . On étoit
convenu de ne point donner d'autres noms au Roi & à la
Reine que ceux de Mylord & de Myladi , & à la Duchesſe
celui de Marquiſe , pour que l'obſervation du cérémonial
n'apportât aucune gêne au divertiſſement. Les jeux de parades
& de marionnettes étant finis , on ſervit dix tables
de huit couverts , où chacun ſe plaça indiſtinctement.
Après le ſouper , où la gaieté de la fète ſe ſoutint , on
MAI. 1776.
ھ ج م
205
paffadans les petits appartemens , où un Waux- Hall offrit
une autre nouveauté. La Cour y reſta à danſer juſqu'à
quatre heures du matin , & Leurs Majeſtés marquerent la
plus grande fatisfaction d'une fête auſſi variée & aufli imprévue
, dont un François , attaché depuis quelques années
au Prince en qualité de premier Maître- d'Hotel , avoit été
l'Ordonnateur. こい
De Londres, le 2 Avril 1776.
13
La Marine de ce Royaume n'a jamais été ſur un pied
plus reſpectable , à ce qu'on aſſure ; toutes les réparations
ſe font avec la plus grande activité : auſſi - tôt qu'un vaisſean
eſt forti du chantier , il eſt ſur le champ remplacé
par un autre. On a fait depuis peu des marchés avec des
Conſtructeurs pour des chaloupes de quatre pieces de canon
, qui navigeront dans les petites rivieres de l'Amérique
& fur la côte d'Afrique. Le Lord Sandwich s'attache
, autant qu'il le peut , à conferver la liberté des Citoyens
, puiſqu'il refuſe encore d'ordonner la preſſe , dans
le moment où le beſoin qu'on ena , pourroit la rendre
excufable.
Le 31 du mois dernier,le Général Burgoyne & pluſieurs
Officiers ſe ſont embarqués à bord de la Blonde , & feront
voile , par le premier, bon vent , pour Boſton. Lorſque
tout le renfort qu'on ſe propoſe d'y envoyer au Général
Howe fera arrivé , on eſtime que ſon armée montera à
vingt - cinq mille hommes effectifs . Or a obſervé que Jes
Médecins & les Chirurgiens de l'Hôpital-général de l'Amé-
Ο 3
1
206 MERCURE DE FRANCE .
rique avoient reçu ordre , lors de leur nomination , de fe
tenir prêts pour le premier d'Avril ; mais qu'ils n'ont reçu
depuis aucun ordre ultérieur , ce qui donne quelque lueur
d'eſpérance qu'il y a réellement ſur le tapis un plan de réconciliation
entre la Grande - Bretagne & fes Colonies. Il
eſt certain qu'on dit confidemment que le Congrès a fait
des propoſitions au Gouvernement .
On dit qu'il eſt queſtion de brifer les balanciers de la
monnoie & de frapper les eſpeces avec une machine d'une
nouvelle invention , à l'aide de laquelle on peut ſe procurer
un demi million dans une heure , à très peu de
frais & fans inconvéniens , tandis qu'à la Monnoie on n'e
jamais frappé au-delà de 80,000 liv. dans une ſemaine.
On a reçu avis par la corvette te Kinsfisker , arrivée à
Portfinouth , que les Américains ont formé un camp d'environ
neuf mille hommes , à trente milles à peu près de
Cambridge . Ce camp doit fervir de retraite à l'armée de
Wafingthon , dans le cas où les Troupes du Roi , à leur
arrivée , forceroient ſes lignes à Bunkers-Hill.
D
Des lettres venues par la même voie , portent que le
Général Clinton étoit arrivé de Boſton à la Virginie ; que
preſque toutes les maiſons étoient détruires dans la Province
de Norfolk , & que les Propriétaires , devenus euv
mêmes leurs propres incendiaines , pour ne pas laiſſer jouir
de leurs poſſeſſions leurs ennemis , s'étoient retirés dans
l'intérieur du pays , où ils ſont ſurs d'échapper à la pourfuite
de ce Général , premier auteur de la deſtruction, de
leur Ville principale.
MAI . 1776. 207
• Suivant une lettre de l'Ifle de Barbade , une des Frégates
de Sa Majesté a été rencontrée près de cette Ifle , par
deux Corfaires Américains , montés l'un de vingt-huit canons
, & l'autre de vingt- fix ; & après un combat de trois
heures , les équipages des Corſaires ont abordé ce bâtiment
qui , accablé par le nombre , a été obligé de ſe rendre.
On ajoute qu'après en avoir retiré les canons , les
armes , la poudre , les munitions & les vivres , les Corſaires
l'ont laiſſe aller , & qu'enfuite il a relâché dans le port
deBarbade.
De la Haye, le 12 Avril 1776. *
Les Etats de Friſe ont rendu , le 16 Mars , une Ordonnance
par laquelle ils permettent la fortie des beftiaux
pendant l'eſpace d'une année , moyennant quelques droits
payables pour chaque bête. Il vient d'être fait une députation
des Propriétaires de cette Province à la Haye , contre
le projet d'une nouvelle taxe ſur leurs terres , qui ne
ſe concilie point avec les anciens principes du Gouvernement
Saxon , par leſquels ils ſe régiffent encore ,& qui donnent
à leur adminiſtration beaucoup de rapport avec celle
d'Angleterre .
De Madrid , le 2 Avril 1776 .
"
Sa Majeſté a publié un décret par lequel Elle déclare
que dorennavant , lorſqu'il fera queſtion, de conférer quel-,
qu'emploi , ſoit Eccléſiaſtique , ſoit Militaire , foit Civil
dans ſes poſſeſſions de l'Amérique , les habitans du lieu
feront confultés ſur le choix de la perſonne ; & Elle veut
de plus que les concurrens ſe contentent de faire parve-
4
208 MERCURE DE FRANCE.
\
nir à la Cour leurs mémoires &. leurs prétentions , &
qu'ils ſe diſpenſent de ſe tranſporter en Europe , comme
cela s'eſt pratiqué juſqu'à préſent.
De Genes , le 20 Mars 1776.
La ſtatue du feu Doge , ouvrage du Sculpteur Bocciardi
, Directeur de l'Académie de Sculpture de cette Ville ,
a été faite aux frais de la République & érigée comme
une marque authentique de la Satisfaction publique ,à l'oc
caſion du chemin que la famille Cambiaſo a fait conſtruire
à ſes dépens pour la communication de cette Capitale avec
la Lombardie on voit à côté le Dieu Terme , Divinité
qui préſidoit aux chemins , avec cette inſcription : Beno
publico are proprio: cette ſtatue tient en main un ſceptro
qui repoſe ſur la tête de Janus .
De Paris , le 15 Avril 1776.
4
On écrit de Strasbourg , en date du 5 de ce mois , que
la fille du Wazle , Maçon , du village de Niderbonne en
baſſe-Alface , âgée de trois ans , eſt tombée dans la riviere
qui paſſe dans ce lieu , & qu'elle n'a été trouvée & retirée
de l'eau que quelques heures après ſa chûte , fans
mouvement & fans donner aucun ſigne de vie. Le ſieur
Petry , Médecin du lieu , a employé les remedes indiqués
dans les inſtructions envoyées par la Cour , avec tant de
patience & de ſuccès, qu'au bout de 48 h. elle a été par
faitement rétablie.
MA 1.1776. 209
PRÉSEΝΤΛΤΙONS .
Le 28 mars , le ſieur de Baſſeville fils , docteur en médecine
, nommé médecin par quartier de Monſeigneur le comte
d'Artois , a eu Phonneur de lui être préſenté en cette
qualité par le comte de Maillé , premier gentilhomme de la
chambre de ce Prince , & par le ſieur Lieutaud , premier
médecin du Roi.
Le Sieur de Saint- Paul , miniſtre plénipotentiaire de Sa
Majefté Britannique , eut , le 9 Avril , une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il remit ſa lettre de creance
: il fut conduit à cette audience , ainſi qu'à celle de la
Reine & de la Famille royale , par le ſieur la Live de la
Briche , introducteur des Ambaſſadeurs ; le ſieur de Sequeville
, ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite des Ambaſſadeurs
, précédoit.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Le ſieur Buc'hoz , médecin botaniſte & de quartier de
Monfieur , eut l'honneur , le 25 mars , de préſenter au Roi ,
à Monfieur & à Monſeigneur le comte d'Artois , le quatrieme
volume du Dictionnaire minéralogique & hydraulogique
de la France , & le fixieme volume du Dictionnaire
vétérinaire' & des animaux domestiques du méme pays , ou
05
7
210 MERCURE DE FRANCE.
vrages qui terminent la collection entiere de l'hiſtoire naturelle
& économique du Royaume , en 14 vol. in-8.
Le 30 du même mois , le ſieur Vezou , écuyer , ingénieur-
géographe , hiſtoriographe & généalogiſte du Roi , a
eu l'honneur de préſenter à Sa Majeſté une nouvelle édition
de fon Tableau généalogique des trois races des Rois
de France. Cet ouvrage eſt dédié à Sa Majesté , qui a
daigné l'accueillir avec bonté.
*
Le 9 avril , le ſieur Moreau le jeune , deſſinateur des
menus - plaiſirs , préſenté à Sa Majeſté par le maréchal duc
de Duras , a eu l'honneur de faire voir au Roi un deffin
du facre de Sa Majesté , dont Elle a bien voulu témoigner
ſa ſatisfaction à l'Auteur.
Le 22 , le ſieur Cardonne , premier commis de la maifon
de Madame , a eu l'honneur de préſenter à Leurs Majeftés
& à la Famille royale , un ouvrage allégorique en
vers fur la naiſſance de Monſeigneur le duc d'Angouléme.
NOMINΑΤΙΟΙ
1
S.
Le Roi vient d'accorder l'évêché d'Alais à l'abbé de
Balore, vicaire - général de Bellay ; & l'abbaye de St. Michel
de Douriens , ordre de St. Benoît , diocèſe d'Amiens,
à la dame de Maſcrany , religieuſe du prieuré de Charmes
,diocéſe de Soiffons .
AMAL 1776. 211
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Bonrepos , ordre de
Citeaux , dioceſe de Quimper , à l'abbé de la Biochaye ,
vicaire - général de Dol ; celle de la Meilleraye , même
ordre , diocèse de Nantes , à l'abbé le Mintier , vicairegénéral
de Rennes ; celle du Trouchet , ordre de St. Benoît
, diocèse de Dol , à l'abbé de Boisbilly , chanoine de
Quimper;& celle de Chazeaux , même ordre , diocèſe de
Lyon , à la dame de Savaron , religieuſe de la-dite abbaye.
MORTS.
Charles - Pierre Colardeau , nommé à l'Académie Françoiſe
, & dont la cérémonie de la réceptio,n étoit prochaine
, eſt mort à Paris , rue Caffette , le 7 avril.
1,
, Jean- Louis Buiffon de Beauteville , évêque d'Alais
abbé commendataire des abbayes royales de Valenagne ,
ordre de Citeaux , diocèse d'Agde , & de Ste Croix de
Bordeaux , ordre de St. Benoit , mourut le 30 mars , en
fon diocèſe , âgé d'environ 68 ans .
Victor - Marie marquis de Gironde , lieutenant-général au
gouvernement de l'Ifle de France , eſt mort à Paris , le 4
mars , âgé d'environ 50 ans .
Jean- François de Gantes , marquis de Gantes , Lieutenant-
général des armées du Roi, commandeur de l'ordre
212 MERCURE DE FRANCE .
1
royal & militaire de St. Louis , eſt mort à Paris dans ſa
74e année.
)
Marie - Joſéphine- Louiſe - Sophie de Cambis - Velleron ,
épouſe de Jean - Jacques Vivaud de la Tour , conſeiller
d'état , ancien premier préſident du parlement de Grenoble
, eſt morte à Grenoble le 31 mars , agée de 32 ans.
François - Charles de Moneſtay , marquis de Chazeron ,
ancien commandant de la maiſon du Roi , lieutenant - général
de ſes armées , gouverneur de la ville & citadelle
de Verdun , eſt mort à Paris le 8 avril.
Jeanne Marguerite Dupleſſis-Châtillon , veuve de Louis-
Philippe Pottin , comte du Cheſne , eſt morte en ſon chateau
du Chefne , en Normandie , le 6 avril , dans la 74e
année de fon âge.
!
Le nommé Jean Bajon , eſt mort le 28 mars , à Belesme
dans le Perche , âgé de 100 ans 7 mois ; il n'a jamais
été faigné qu'une fois , & n'a eu d'autre infirmité qu'un
peu de ſurdité ſur la fin de ſes jours .
Le ſieur Chalvet de Souſville , chevalier de l'ordre royal
& militaire de St. Louis , ancien colonel dans le Corps
royal de l'artillerie , retiré à Grenoble , y eſt mort , le 15
avril, âgé de 89 ans.
Marie - Louiſe de Galliffet , épouſe de Louis - François-
Alexandre , comte de Galliffet , meſtre- de - camp de cavalerie
, eſt morte le 5 avril , âgée de 19 ans.
: Le ſieur Louis-Hubert de Cerf, vicomte de la Motte ,
MAI. 1776. 213
:
eſt mort le 7 Avril à Montreuil - fur Mer , agé de 93 ans .
Il étoit de l'ancienne Maiſon de Cerf en Flandres .
Jacques Joſeph Bon - Amy de la Princerie , écuyer ,
feigneur de Coignac , ancien capitaine d'infanterie & commandant
une compagnie de bas officiers à l'hôtel royal
des invalides , y eſt mort à l'âge de quatre vingt - fept
ans ; il s'étoit trouvé aux batailles de Malplaquer & de
Ramilly où il avoir été bleſſé , étant alors dans la ſeconde
compagnie des Mouſquetaires ; ſon pere & deux de ſes
freres y avoient auſſi été dangereuſement bleſſés. Il a
laiſſe deux fils , dont l'un eſt ancien capitaine de grenadiers
, & l'autre ancien capitaine d'infanterie.
201
LOTERIES.
Le cent quatre - vingt quatrieme tirage de la Loterie de
l'Hôtel - de- Ville s'eſt fait , le 25 du mois d'Avril , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eft
ěchu au No. 37530. Celui de vingt mille livres au No.
31502 , & les deux de dix mille liv. aux numéros" 21156
*31975.
47
214 MERCURE DE FRANCE.
Ob M
ADDITIONS DE HOLLANDE.
)
2
G
Nous avons reçu deux pieces ac Vers , accompagnées de la
Lettre ſuivante. Travailler auffi efficacement aux plaisirs
du public , est un titre àà mériter les Eloges de tout Citoyen
; nous prenons donc le parti de ſoumettre le tout
aux lumieres des Connoiffeurs , qui jugeront fans doute
que l'auteur raille avec autant de fineffe qu'il fait bien
des Vers.
入。
J
MONSIEUR,
La Haye , ce 15 Mai 1776.
7
E vois que vous avez inſeré dans le xer Mercure d'Avril
la mauvaiſe plaiſanterie de Jean Hancock , quf eft de
ma façon. Cela me fait venir l'idée de vous offrir les
miſeres ci - jointes qui font de foibles imitations de deux
jolies idyles du Métaſtaſe...... Mais , direz -- vous , les
Vers médiocres font impitoyablement exclus du Mercure ;
oh bien , vous n'avez qu'à jetter les miens au feu , ſi vous
les trouvez trop indignes de figurer à côté des beaux vers
du ſuſdit Mercure.
Je ſuis avec la conſidération diftinguée qu'on doit à un
Citoyen tel que vous
Monfieur,
Votre très-humble &c....
MAL 1776. 215
33
Imitation de l'Idylle du Métaſtaſe ,
intitulée LA SCUSA.
Excusez-moi , Bergere ,
Si je ne crois pas mériter
Cette vive colere
Que contre moi vous faites éclater.
Ai-je commis un crime , & fuis-je condamnable ,
Pour avoir dit que je vous trouve aimable ?
: Si ſoupirer pour vos attraits
Eſt à vos yeux une mortelle offenſe ,
Nul ne pourra vanter fon innocence
Que le trifte berger qui ne vous vit jamais.
Nommez un ſeul paſteur de votre connaiſſance
Qui vous regarde avec indifference ,
Un ſeul témoin de vos divins appas
Qui comme moi ne les adore pas ,
Et dans l'inſtant je me réſigne
Et me reconnais digne
De votre fier courroux ;
i
Mais ſi fatalement vous nous enflammez tous
περιλαί
12
21
11
216 MERCURE DE FRANCE.
Et fi tous les bergers vous trouvent adorable ,
De ce crime commun fuis -je ſeul puniſſable ? ....
Bergere reprenez votre ſérénité ,
Vous ignorez combien vous meſſied la fierté.
N'en croyez pas mon témoignage ,
21
Et pour ſavoir la vérité
Dans ce miroir flottant conſultez votre image.....
Eh bien diſais-je vrai ? ..... Vous vous méconnaiſſez,
Et vous reconnaiſſez
Que cet oeil dédaigneux , cet air froid & ſevere ,
Ces ſourcils réfrognés & cette mine altiere 12
Défigurent vos traits , & ne vous laiffent pas
Une moitié de vos appas ....
Il eſt une autre eſpece de vengeance
07
Dont vous devriez châtier mon offenſe....
Si c'eſt un outrage ſi noir
Que d'appeller quelqu'un ſon ſeul & doux eſpoir ,
Et d'une ardeur extrême
De dire à ce quelqu'un , Cher objetje vous aime ,
Outragez-moi de même ,
Et ſans dépit je vous écouterai
ert:T
Et de bon coeur je vous pardonnerai......
Mais
1
MAI. 1776. 217
Mais quoi vous fouriez de l'air le plus aimable !
Ah ! fans plus differer , mirez vos traits chéris ,
Et vous verrez que ce ſouris
Leur rend en un clin d'oeil leur charme inexprimable...
Mais je n'envirois point la fortune d'un Roi
Dans vos yeux attendris ſi vous me laiffiez lire
De la compaſſion pour moi.
Je connais la valeur d'un obligeant ſourire
Et ne mépriſe point ce gage d'amitié ,
Mais j'aime mieux un air où regne la pitie.
Un oeil humide , une divine larme
Eſt un irréſiſtible charme.
Donnez donc à vos traits la tendre expreffion
De la compaſſion ,
Et puis fur la fontaine
Une derniere fois panchez vous Célimene ;
Auflitôt vous verrez mille nouveaux attraits
Illuminer les traits }
De ce charmant viſage ,
Et puiſſe déſormais
Aucun fombre nuage
: Ne l'obſcurcir jamais !
P
1
218 MERCURE DE FRANCE.
Imitation d'une Idylle du Métastase
intitulée L'IMPACCIO .
POURQUOI faut -i OURQUOI faut- il que votre crûe
Petit Ruiſſeau ſoit ſurvenue
A l'heure même , au fortuné moment
Qu'au-delà de vos eaux ma Bergere m'attend ?
A deux genoux je vous demande en grace
De ne point m'arrêter , de ſouffrir que je paſſe ;
Si vous le permettez , allez je vous permets
De fubmerger mes champs , de noyer mes guérets.
Mais vous croiffés toujours , & fourd à ma priere ,
Perdant le ſouvenir des égards obligeans
Que j'ai mal-à-propos prodigué pour vous plaire ,
Vous oubliés ingrat , que mes foins vigilans
Empêcherent vingt fois les Nymphes indiſcrettes
De dépouiller vos rives de fleurettes ;
Que pour ne point troubler vos eaux,
J'en ai toujours éloigné mes troupeaux ;
Que de lauriers touffus j'ai planté vos deux rives ;
T
MAI. 1776. 219
Que vous devez à ma pitié
De couler à l'abri des ardeurs les plus vives ;
Qu'à moi ſeul vous devez votre célébrité
Et qu'un autre que moi ne vous eut point chanté.
Ah d'un pareil honneur , de cette gloire infigne
Chétif Ruiſſeau croyez-vous être digne?
Il me fouvient du jour qu'un Zéphire badin
Détachant un rameau d'un arbriſſeau voiſin
Le laiſſa choir dans votre ſein ;
Un fi léger obſtacle , o pitoyable ſource !
Arrêta votre courſe.
Vous êtes ſi changé qu'on ne vous connait pas ,
Roulant avec fracas
Les flots preffés de la neige fondue
Dont votre onde eft accrûe ,
Violemment vous entraînez
Ce qui s'oppoſe à vous & ce que vous rencontrez ,
Et redoublant encore de furie
Vous fortez de vos bords & noyez la prairie.
Ecoutez-moi , je dois vous préſager
O Torrent paſſager !
(
P2
220 MERCURE DE FRANCE.
Le fort qui vous menace ...
Avant qu'un jour fe paſſe
Peut-être encor plutôt réduit
A rentrer dans votre humble lit
Vous en recouvrirez à peine
Les cailloux & l'arene ,
1
Et fans danger ainſi que ſans effroi
Nous guéerons ma Celimene & moi
Vos eaux ſi peu profondes ,
Et ternirons le criſtal de vos ondes ,
Qui d'un pas lent & pareſſeux
Rouleront vers la mer un vil tribut bourbeux ,
Dont vous même aurez honte
Et dont la mer ne tiendra point de compte.
!
"tΜΑΙ.
1776. 221
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe ,
Les regles de l'Ode ,
Saladin ,
T
Vers à M. le Comte de Montboiffier , of
page 5
ibid.
10
14
La Rémouleuſe of diviniffen
16
A Mlle Colombe , 18
AM. Molé ,
19
Epitaphe de M. Colardeau , 20
enoise NCT ob to
Epître aux Poëtes modernes ibid.
Lettre à M. le Marquis de ***
????????????????
La ruine de Jérusalem , 43
Vers adreſſés à la ville de Séez , 物品品47
L'Infouciance , :
:
e 95548
A Batyle, aciftud 49
Imitation de la 22e ode d'Horace , 50
Le Poulain & le Fermier and 54
Vers à Mde de P *** , 54
Explication des Enigmes & Logogryphes , 555 1
ENIGMES ,
ibid.
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
LOGOGRYPHES ,
Air del fignor Mancini ,
Relation d'un voyage en Allemagne ,
Oeuvres du Comte Hamilton ,
De l'architecture ,
Choix des lettres du Lord Chesterfield ,
Differtation ſur l'Apocalypfe ,
56
59
logosibid
67
F
73
P3
222 MERCURE DE FRANCE.
Le déſaveu des Artiſtes , page 84
Manuel ou Journée militaire , 86
Difcours prononcé à l'Hôtel - de - Ville de Caën , 88
Motifs de ma foi en Jésus - Chrift , 90
Célide , 92
Extrait du Journal de mes voyages , 96
Nouv. méthode de traiter les maladies vénériennes
par la fumigation , 104
Mémoires hiſtoriq. des Reines & Régentes de France , 109
Oeuvres de M. le Comte de Treſſan , 111
Expériences relatives à l'analyſe des bleds , 123
Lettres ſur la minéralogie , 124
Principes fur l'art d'accoucher , 126
Recueil de Differtations , 128
り
Supplément au Traité de M. Petit , 130
Traité de la fonte des mines par le feu du charbon
de terre , ibid.
Antiquités géographiques de l'Inde ,
Hiſtoire de l'aſtronomie ancienne ,
Inſtruction paftorale ,
Année Sainte ,
Recherches ſur les maladies épizootiques ,
Les à-propos de ſociété ,
Eloge hiſtorique de Henri IV,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIE ,
Paris ,
SPECTACLES ,
Concert Spirituel ,
Opéra ,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne , ..
ARTS,
133
136
139
147
151
152
153
154
161
Mx Ribid.
1
165
ibid.
166
172
:
173
εί
377
MAI. 1776. 223
Gravures ,
Muſique ,
page 177
187
Cours de belles lettres , 190
Lettre de M. *** à M. de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 191
Lettre de M. de Voltaire , 192
Diſcours prononcé par M. de la Haye , 193
Opérations très- remarquables , fur les chevaux , 195
Variétés , inventions , &c. 198
Bienfaiſance , 199
Anecdotes. 200
AVIS , 202
Nouvelles politiques , 204
Préſentations , 209
d'Ouvrages , ibid.
Nominations , 210
Morts, 211
Loteries , 213
ADDITIONS DE HOLLANDE , 214
C
A
1
1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
LPLURIBUS UMUM
TUEBOR
SIQUARIS
PENINSULAM
AΜΕΝΑΜ
CIRCUMSPIGE
ر
AP
20
M51
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no.8
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Libraire fur le Cingle. 1
COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſunt & de plus curieux
parmi les Animaux , Végétaux & Minéraux.
CETTE ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme
des Minéraux ; celui- ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des OEufs , des
Infectes , des Poiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront,la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir en Europe du regne
Végétal de cet Empire. Les Cahiers des Minéraux
offriront tour- à- tour des Mines & des Fofiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées fur papier au
nom de Jéſus , & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eft de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f. 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau )de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin. Compoſé
fur les meilleurs Dictionnaires qui ayent paru juſqu'à
préſent. Diviſé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
deGéographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon , Maître-es -Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maître de Langue Eſpagnolle.
4to. 3 vol. Anvers 1769.
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des Long
Citoyens . in- 12. 1776.
1-22-2
3 ) LIVRES NOUVEAUX.
:
YNouveaux Mélanges Philofophiques , Hiftoriques , Critiques
, &c. &c. 8°. tom. 15 19 , 1775.
Effais Politiques fur la véritable Liberté Civile , discours
adreſſe au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand - Confeil , examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c .
80. 2 vol. Avignon 1775.
Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de laBor-
Premier Valet de Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Estampes par I.M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 vol. Gravées
par Moria & Mile . Vendôme . Paris 1773
Joachim ou le Triomphe de la Piéré Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , fuivi d'un choix de Poëfies
a fugitives . Par M. Blin de Saint-More. 8°. Paris 1775 .
05
a
e
زا
2
de
و
af2 : -
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
& de Morale , 12º, No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie, Paris , 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties.
Oeuvres Diverſes de Mr L... (Eſſai philosophique fur le
Monachisme. ) in 12. 1775.
Mêlées de Madame le Prince de Beaumont ,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le ſéjour qu'elle y a fait .
raſſemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil . Pour fervir de fuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol. Maestricht 1775 .
Traité des Bois & des différentes manieres de les Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol . Paris , 1771 .
Phyſiologie des corps Organisés , ou Examen analytique
des Animaux & des Végétaux comparés enſemble,
à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , fous
le titre de Phyſiologie des Mouſſes . Par M. de Necker
, Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c . &c . 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10 .
Poësies de Société , dédiées à Staniflas . II. Roi de Pologue.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1 .
Les Récréations de la Toilette . Hiftoires , Anecdotes
, Avantures amusantes & intéreſſantes. in- 12. 2vol.
Paris , 1775. à f3 : -
1 A2
LIVRES NOUVEAUX.
1
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Mon
Moderne &c . 4to. 1773-1775 , 3 Tomes.
Poefie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 ye
Torino. 1757 -1768.
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la S
ciété Royale de Turin , 4to . 4 vol. fig. 1759-176
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'
fluence de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Am
Par J. P. Marat , Doct en M. grand in- douze ,
2 vol. Amsterdam 1775 , à f 2: 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8
3 vol. 1774. àf3 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite
tuellement les XVII volumes de la réimpreffion
L'ENCYCLOPEDIE , Folio , qui ſe fait à Genève ,
Difcours ,& les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanch
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Pr
ches fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ane
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers fup
importans d'administration , &c. pendant fon seje
en Angleterre. Grand 8vo . en XIII Volumes 177
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. G.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeſſeur à Leyde. 4
2 vol. avec XXX Planches en taille-douce. Amst . 177
af 8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , ti
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Ré
giés . On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt fur
Droits des Souverains, grand in- douze , I vol. 1775. à f
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruffes
les Turcs , travaillée ſur des mémoires très - authe
tiques; les Cartes & Plans font des copies exactes
fideles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Arm
8vo. I vol. à f 6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés &
Indulgences &c. par Mr. Ch. Chais , en 3 vol. 8vo
f3 : 15 de Hollande.
Jérusalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle trad
tion 2 vol. grand in - douze. Paris 1774 à f 2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in- 8vo. 62. yol. Edition
Genève.
1
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN. 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
MITHRIDATE à fon fils PHARNACE.
HÉROÏDE.
-
Mithridate eſt ſuppoſé écrire cette letre
dans le Château de Panticopée , où
eſt aſſiégé , & à la veille de tomber enre
les mains de ſon fils.
A 3
6
MERCURE DE FRANCE.
1
DE ces lieux où mon coeur ne goûte plus d'eſpoir ,
Je fais juſques à toi paſſer mon déteſpoir.
Frémis en recevant cette lettre ſanglante ,
Dont les traits font tracés par ma main chancelante :
Reconnois Mithridate à ſa noble fureur ;
La ſoif de la vengeance eſt toujours dans ſon coeur :
Ainſi donc , au mépris des loix les plus ſacrées ,
Tu brûles de trancher mes triſtes deſtinées;
Ou bien chargeant de fers mes glorieuſes mains ,
Tu veux, comme un brigand , me livrer aux Romains,
Tous mes foldats ſéduits par tes vils artifices ,
De tes projets affreux deviennent les complices :
Tout ajoute aux horreurs de mon malheureux fort ,
Et je n'ai de reſſource , en ces lieux , que la mort.
Enfant dénaturé d'un trop malheureux pere ,
S'll eſt un Dieu vengeur , redoute ſa colere;
Craius que pour te punir de ton manque de foi ,
La foudre avec éclat vienne tomber ſur toi;
Crains que Rome , au mépris d'une feinte alliance ,
A la bonté des Dieux dérobe la vengeance :
Tu connois mal encor ce Peuple que tu fers ;
Pour prix de tes travaux , il te garde des fers :
Sa haine pour les Rois est trop envenimée ,
Et ton triomphe , ingrat , eſt de peu de durée.
JUIN. 1776. 7
1
Fortune , où me réduit ton aveugle fureur !
Qui croira que ce Roi , triomphant & vainqueur,
Après avoir dompté tous les Rois de l'Afie ,
Fait trembler les Romains au ſein de leur patrie ,
Trahi par ſes foldats & par son propre fang ,
A vu fuir en un jour tout l'éclat de fon rang !
Epuiſe tes rigueurs , deſtin inexorable ,
Mon ame en ce moment eſt encor indomptable ;
J'ai toujours foutenu les efforts de ton bras :
Ce dernier coup me perd , mais ne m'alarme pas :
Qu'eſpere-tu de moi , fils ingrat & perfide ?
En menaçant mes jours d'un lâche parricide ,
Prétends-tu me réduire à la néceſſité
De venir à tes pieds dépoſer ma fierté ?
De cet abaiſſement me croirois-tu capable ?
La vie eſt à mes yeux un bien trop mépriſable ,
Et le ciel vainement m'impoſeroit la loi
D'en demander le reſte à qui la tient de moi.
Du haut de cette tour , où ma garde fidelle
Difpute encor l'entrée à ton parti rebelle .
Je n'ai pu , ſans frémir de rage & de fureur ,
De tes honteux deſſeins contempler la noirceur ;
Tu me bravois , cruel , & fier de ta puiſſance ,
Tes yeux fixés ſur moi défioient ma vengeance;
A4
8
MERCURE DE FRANCE.
1
De quel front ofe-tu , fujer ſéditieux ,
Infulter lachement à ton Roi malheureux ?
Tremble que rappellant ma force & mon courage
A travers tes foldats je me fraye un paſſage ,
Et qu'enfonçant le fer dans ton indigne coeur ,
De ce ſang odieux j'abreuve ma fureur.
Foible allié d'un Peuple accablé de ma haine ,
Vil eſclave ébloui de la grandeur Romaine ,
Rampe fous ces tyrans jaloux de mon trépas ,
Mattres du monde entier , mais par des attentats
Paye avec des forfaits leur funeſte alliance ,
Ce n'eſt qu'à ces moyens qu'ils doivent leur puiſſance :
Rome , qui craint toujours de voir changer ſon fort ,
Pour ſa tranquillité n'attend plus que ma mort .
Ces ſuperbes guerriers , tant avides de gloire ,
Qui croyoient à leur ſuite enchaîner la victoire ,
Trompés par mes exploits ne peuvent , fans frémir ,
Se retracer les maux que je leur fis fouffrir.
Malheureux à mon tour , mon génie invincible ,
Meme au ſein des malheurs , ſe montra plus terrible ,
Vingt Peuples réunis vinrent de toutes parts
Se ranger à ma voix ſous mes fiers étendarts ,
Et lorſque les Romains , pleins d'une vaine audace ,
Me croyoient accablé du poids de ma diſgrace ,
JUIN. 1776.
1
7
Tel qu'un lion bleſſe , guidé par ma fureur ,
Au milieu de leur camp je portai la terreur ;
Bien plus , quand le deſtin , redoublant d'injuſtices ,
Sembla vouloir ſur moi ſignaler ſes caprices ,
Toujours plus inſenſible à ſes facheux revers ,
Je conçus le projet d'envahir l'Univers.
Déjà tout étoit pret ; mon ame fatisfaite,
Avec raviſſement voloit à la conquête :
J'étois loin de penſer qu'un ordre des Romains
Auroit pu t'obliger à trahir mes deſſeins.
Par quel charme mon coeur , dépouillé de foibleſſe
A- t-il pu , pour toi ſeul , s'ouvrir à la tendreſſe ?
Pourquoi ce fentiment , qui me faiſoit la loi ,
Avec tant de fuccès , me parloit il pour toi 7
Piût au ciel qu'étouffant le cri de la nature ,
J'euſſe , par ton trépas ,prévenu mon injure :
Vers Rome on m'auroit yu marcher avec ardeur ,
Et porter dans ſon ſein le carnage & l'horreur.
Renverfant les remparts de cette ville immenfe ,
De tous les Rois vaincus j'aurois vengé l'offenſe :
Dans le fang odieux des fuperbes Romains ,
Au gré de mes deſirs j'aurois trempé mes mains ;
E: mon bras glorieux , au défaut du tonnerre ,
D'un fléau & terrible eût délivré la terre,
A5
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais je ſens à ces mots ma fureur s'augmenter :
Les momens me font chers , je dois en profiter ;
Non, je n'attendrai point que tes mains inhumaines
Arrachent mes lauriers pour m'accabler de chaînes :
Rome ne verra point fon rival dangereux
Décorer du vainqueur le triomphe pompeux :
Ce poignard , ſeul eſpoir contre la perfidie ,
Va préſerver mes jours de cette ignominie :
Puiſſe le ciel vengeur, ſenſible à mes ſouhaits ,
Peſer le châtiment au poids de tes forfaits !
Que tes propres enfans , revêtus de tes vices ,
Inventent pour ta mort les plus cruels fupplices ,
Et pour comble de maux , dans ces momens affreux ,
Puiſſe-tu de ton fort n'accuſer que mes voeux !
Par M. Ph. Castel.
1
1
L'APOLOGIE DES FEMMES.
D'un
:
'un ſexe né pour plaire impérieux cenſeurs ,
Vous , dont la fotte jalouſie
Voudroit infecter tous les coeurs ,
1
Penſez-vous me troubler par votre frénéfie ?
Pourquoi donc , contre moi , fi fort vous gendarmer ?
JUIN. 1776. II
J'aime trop , dites-vous , ce ſexe plein de grâces ,
Qui de tous temps a ſu charmer ,
Sexe dont le plaifir fuit fans ceſſe les traces ,
Sexe que l'Amour même a pris ſoin de former ;
Jamais votre coeur inſenſible
Ne connut les tendres plaiſirs
Que nous offre le Dieu , dont le charme invincible
Fait naître à chaque inſtant mille nouveaux deſirs;
Vils eſclaves de la richeſſe ,
Connoiffez mieux ce qui peut m'affliger :
La fortune éblouit , mais bientôt elle ceſſe ,
Et ſon éclat eſt paſſager.
Dans les bras de ma jeune Amante
Je vais oublier vos fureurs ;
Malgré vous , je préfere une beauté naiſſante
Au faſte impoſant des grandeurs ;
Cependant je veux vous répondre :
Toujours honnête & généreux ,
La vérité par moi va vous confondre;
Peut- être mes avis vont defſiller vos yeux.
Apprenez , froids mortels , à connottre les femmes ;
Faites comparaiſon du bonheur d'être aimé ,
De ce bonheur qui féconde les ames ,
A celui d'un Créſus par l'or même alarmé.
Sans les femmes nous ceſſons d'etre ;
Elles font les liens de la ſociété ,
Elles apprennent à connoftre
Le charme de la volupté.
(
L'homme, fortant des mains de la Nature,
1
12 MERCURE DE FRANCE,
Tomberoit d'erreurs en erreurs :
Enveloppé dans une nuit obſcure ,
L'homme n'auroit que de ſauvages moeurs ,
Mais une femme adoucit ſa rudeſſe :
Un doux regard , un fourire flatteur ,
Allument dans ſes ſens le feu de la tendreſſe :
Il devient complaiſant , un trouble heureux le preſſe ,
Il commence dès- lors à counoftre fon coeur.
La femme eſt l'ame de la vie :
Nous lui devons notre félicité ;
La femme , à qui tout porte envie ,
Avec les traits de la gaîté
Repouffe , en folâtrant , ceux de votre furie :
Par une fine railleric ,
Elle corrige un fat de lui-même entêté .
La fleur qui dans nos champs veut naftre ,
Attend l'haleine du zéphir ;
Il fouffle , elle commence à croître :
Vous la voyez s'épanouir.
L'Homme eſt la fleur qui veut paroftre
Son coeur languit lorſqu'il eſt fans defir ;
La femme eſt le zephir , elle anime ſon être :
Dès qu'il la voit , ſon coeur s'ouvre au plaifir,
Ofe donc me poursuivre , & fortune ennemie !
Vainement ta bizarre humeur
Veut diftiller ſes poiſons dans mon coeur :
Dans les yeux d'une aimable amie
Je vais , riant de ton erreur,
Puifer le plair & la vie ,
)
JUIN. 1776. 3
En chantant la jeune Silvie ,
Braver mon fort & ſa fureur.
Et toi , ſexe charmant , à qui je ſacrifie
Ces biens trompeurs qu'on vient m'offrir ;
T'aimer eſt ma philoſophie ,
Et te chanter eſt mon plaiſir.
1
Par M. Duſauſoir.
L'HONNEUR & L'AMOUR.
Fable .
م
U
certain jour , l'Amour avec l'Honneur ;
En bons amis , alloient de compagnie ,
Etdiſcouroient ſur le rare bonheur
Que procure aux humains leur douce ſympathie.
L'Honneur , modeſteinent vetu,
Marchoit d'un pas ferme & tranquille.
Son bandeau ſur les yeux , le pauvre Amour , tout nu
L'air inquiet , ſembloit demander un aſyle ;
Le petit Dieu , dans un dépit jaloux ,
Avoit lui-même ôté ſes ailes ,
Et Jupiter , dans ſon courroux ,
L'avoit privé de ſes flèches cruelles.
Frere , diſoit l'Amour , je verſe à pleines mains
Le vrai bonheur fur la machine ronde ;
14 MERCURE DE FRANCE.
Sans moi , que ſeroient les humains ?
Je ſuis ce doux lien qui les attache au monde;
J'adoucis leurs chagrins , je ſuis tous leurs plaiſirs :
Je leur coûte , il eſt vrai , quelques légers foupirs .
Mais lorſqu'aux doux tranſports d'une vive tendreffe
Succedent ces momens de bonheur & d'ivreſſe ,
Ils ont bien vîte oublié tous leurs maux.
Notre étourdi , en finiſſant ces mots ,
Fait un faux pas ; l'Honneur prévient ſa chûte
Et lui dit , il eſt vrai que tu fais des heureux ;
Mais cependant , ſans moi , tu faiſois la culbute.
Je ſuis , reprit l'Amour un peu honteux ,
Je ſuis l'ame de la nature :
J'anime de mes feux tout ce vaſte Univers
Les oiſeaux dans les airs , les habitans des mers ,
Les Faunes , les Silvains dans leur retraite obſcure ,
Tout s'allume & s'embraſe au flambeau de l'Amour ;
Les Dieux ſortent ſouvent de leur brillant séjour
Pour venir implorer le ſecours de mes charmes;
Je comble leurs deſirs en leur prêtant mes armes.
Il est vrai que ſouvent on voit en un ſeul jour
Mes plaiſirs les plus doux terminés par les larmes :
Mais , conviens donc auſſi que les mortels plongés
Dans le dédale affreux de tes fots préjugés ,
Eloignent pour toujours ces inftans de délices ...
Alors nos voyageurs , qui ſuivoient un ſentier ,
Arrivent ſur un roc bordé de précipices;
Le pied gliſſe à l'Amour qui marchoit le premier ;
JUIN. 1776- 15
Il tombe & roule dans l'abyme.
L'Honneur s'arrête ſur la cime ,
Lui tend la main , le releve & lui dit :
Que je plains le mortel par l'Amour ſeul conduit!
En proie à de fauſſes chimeres ,
Par un ſentier couvert de fleurs ,
Il vole au comble des malheurs ,
Et paye ſes plaiſirs par des larmes ameres.
Que l'amour ſoit toujours ſecondé par l'Honneur
Mortels , fi vous voulez goûter le vrai bonheur.
Par M. d'Estοι
5 MERCURE DE FRANCE .
A Madame C*** , qui étoit sur le point
de partir pour sa campagne.
QUOI ! UOI ! nous quitter ? & c'e c'eſt pour un hameau
Que vous fuyez les attraits de la ville ?
Qu'allez - vous voir ? un ennuyeux troupeau
A pas tardif regagner ſon aſyle ,
Et dévorer le tapis de vos champs.
Des Paſtres lourds , groffiers , acariatres ,
Qui font horreur , valent - ils ces galans ,
Ces beaux Bergers qu'on voit fur nos Théâtres ?
Si la nature y cache ſon attrait ,
L'art veut y plaire au moins par l'impoſture ;
Reuffit - il ? que nous fait la nature,
Si la copie excele le portrait ?
Regardez les ſur un lit de fougere ,
Muſette en main , ſoupirer leur amour ,
Et de feſtons couronner la Bergere ,
Qui ne répond qu'en payant de retour.
Quoi vous riez de ces jeux de Thalie !
Croyez - vous donc à la réalité ?
Ne voiton pas jouer la comédie
Dans le hameau tout comme à la cité ?
Non , direz - vous , mes Bergers ſont fideles...
Fideles !. paſſe.. à leur rufticité ,
A leurs moutons , mais non pas à leurs Belles .
JUIN.
17
1776.
•
Bergers , moutons , nous charment dans l'idylle ,
Sur nos côteaux qu'il en eſt autrement !
Le Berger dort , & la troupe imbécille
Nous y contraint par un long bêlement.
Parez toujours nos villes éclatantes ,
Fuyez ces lieux dont les toſts entr'ouverts
Souffrent des vents les haleines piquantes :
Tous ces zéphirs ne ſont doux qu'en vos vers .
Mais c'eſten vain... En votre folitude
Tous les attraits viennent ſe réunir ;
Et , par vos ſoins , fans nulle inquiétude ,
L'on rit d'Eole ainſi que du Zéphir.
Qui , Ch .. , malgré moi , ſait me plaire ;
Il fait charmer lorſque vous l'habitez ;
Mais , quel qu'il fût , pouroit il fatisfaire ,
Lorſque l'hiver vous chaſſe en nos cités ?
Tous nos jardins vaudroient bien vos boccages ,
Tous nos palais votre joli château ,
Si le plaiſir toujours de vos voyages ,
Ne préféroit près de vous le hameau.
T
2
Par M. de Saulm .. de V....
華
B
18 MERCURE DE FRANCE.
Les Dangers de l'Ignorance.
MADAADAMMEE GULMI étoit de ces femmes
hautaines & opiniâtres , qui lorſqu'elles
ont adopté un préjugé , ne s'en départent
jamais ; de ces perſonnes enfin qui
ne connoiſſent que les extrêmes , & en
qui la vraie raiſon eſt toujours muette.
Une ſévérité mal entendue ſe joignoit
à ſes autres défauts; jugez par - là de l'éducation
que devoit recevoir Julie ſa fille
unique ; cette jeune perſonne , à l'âge
de ſeize ans , réuniſſoit en elle les graces
de la figure & du corps : mais fon eſprit
fans culture , mettoit un obſtacle au développement
de mille bonnes qualités
dont elle étoit douée: fon caractere , naturellement
doux , étoit devenu farouche
d'après les difcours de fa mere : fuyez
les hommes , lui diſoit fans ceſſe cette
mere auſtere , ce ſont des monftres &
des ſéducteurs qui ne peuvent que vous
perdre : fuyez l'amour , c'eſt le poifon
de l'humanité. Julie , encore enfant .
retenoit bien toutes ces leçons ; mais
devenue grande , mais ayant atteint l'âge
1
JUIN. 1776 19
où les paffions commencent à éclore ,
elle fut moins docile , & fentit qu'on
lui enſeignoit ce qu'il lui étoit impoſſible
d'obſerver. Elle eut dès - lors moins de
confiance en ſa mere , & la regarda bientôt
comme un tyran qui caufoit fon
malheur ; elle auroit même voulu brifer
des chaînes qui lui ſembloient un fardeau
peſant ; mais obſervée ſans ceſſe
par Madame Gulmi , ne pouvant faire
un pas fans en être accompagnée , ſa vie
étoit un continuel ennui ; l'aurore ne lui
annonçoit jamais un beau jour : la matinée
ſe paſſoit dans la retraite & dans
la méditation ; l'après - midi ſa mere la
menoit chez ſes connoiſſances , c'eſt àdire
, chez des femmes de fon caractere ,
où l'unique conversation étoit de déchirer
fon prochain: voilà la maniere dont
l'infortunée Julie étoit élevée ; elle foupiroit
en voyant la liberté dont jouisfoient
la plupart des filles de fon âge.
Deux perſonnes d'un ſexe différent paroiſſoient
- ils à ſes yeux étant enſemble ,
ſon coeur palpitoit , & lui faisoit ſentir le
beſoin d'aimer; elle envioit leur fort , elle
ſe repréſentoit l'amour ſous les plus belles
couleurs: ah ! que la nature eſt forte ;
vouloir la vaincre eſt une folie. Meres
も
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
n'eſperez pas ce triomphe ſur vos enfans !
les contenir dans les bornes de l'honneur
& de la raiſon , voilà votre dévoir.
Enfin Julie vit la fin de fon eſclavage ;
ſa mere mourut : elle donna quelques
larmes à la tendreſſe filiale , mais elles
ſe ſécherent bientôt ; tous ceux qui ont
tyranniſé leurs enfans , doivent s'attendre
à un pareil oubli. Julie , orpheline à
l'âge de dix-huit ans , paſſa ſous la tutele
d'un oncle qui demeuroit à Paris : elle
arrive dans la Capitale , & fe croit dans
un monde nouveau : tout pour elle eſt
enchanteur , tout la flatte & la féduit ;
quelle différence de la façon de penfer
de fon oncle à celle de ſa mere ! Iljoignoit
à la douceur & à la complaiſance
un eſprit profond & fans préjugés , il posſédoit
en un mot les qualités qui conftituent
le vrai Philoſophe ; auffi Julie reprit-
elle un nouvel être en entrant dans
ſa maiſon; elle y jouit de cette liberté
honnête , néceſſaire au bonheur de notre
exiſtence ; elle ſe livra aux charmes de
la fociété. Mais malheureuſement pour
elle , fon oncle , qui auroit été en état de
lui en développer les agrémens & les
dangers, fut obligé de ſe rendre en Province
, pour quelque temps , afin d'y terJUIN.
1776. 21
miner des affaires eſſentielles. Comme
M. Félix , c'eſt le nom de cet oncle , étoit
reſté dans le célibat , Julie devint la maîtreſſe
de la maiſon pendant fon abſence ;
ſans expérience , & livrée à elle - même
dans une ville où les précipices s'offrent
de toutes parts cachés ſous les fleurs , à
quels dangers n'étoit- elle pas expoſée ?
M. Félix l'avoit préſentée avant fon départ
dans quelques maiſons qu'il fré-
-quentoit ; on peut juger , d'après ſa
façon de penſer , de celle des perſonnes
chez qui il introduiſit ſa niece : mais qui
ne fait pas que dans les meilleures ſociétés-
mêmes , il ſe gliſſe par fois de certaines
gens qui n'en ſont pas dignes , &
que la politeſſe ou les circonstances ne
/ permettent pas toujours d'exclure ? Julie
éprouva cette vérité; elle alloit ſouvent
dans une de ces maiſons où elle avoit
contracté une liaiſon très - intime avec
Madame Dubois , qui en étoit la maîtreſſe
: c'étoit une jeune femme adorée
de fon mari , & qui poſſédoit en effet
toutes les qualités qui pouvoient la rendre
eſtimable à ſes yeux ; ce couple charmant
& rare couloit des jours marqués
au ſçeau du bonheur : les perſonnes qu'ils
voyoient étoient en petit nombre , mais
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
ils les avoient choiſies ; ce n'étoit point
des médiſans , des petits - maîtres , des
coquettes : c'étoit des gens ſenſés & honnêtes
; cependant il y venoit quelquefois
unjeune homme qui ne reſſembloit point
à ces derniers , mais qu'on ne pouvoit fe
refuſer d'admettre dans la ſociété , parce
que fon pere avoir rendu de grands fervices
à M. Dubois ; d'ailleurs ſes viſites
étoient rares , par la raiſon qu'on ne ſe
plaît guere dans la compagnie de ceux
qui ne penſent pas comme nous. Mais
lorſqu'il eut vu Julie , il ſe rendit beaucoup
plus affidu dans cette maiſon, Ce
jeune homme , à vingt quatre ans , réuniſſoit
tous les défauts qui conſtituent le
fat & le petit maître , défauts qui ne font
que trop communs à Paris. Incapable de
raifonnement , il n'écoutoit jamais que
le délire de ſon imagination; poſſeſſeur
d'un bien conſidérable , il ne l'employoit
qu'à ſe plonger dans la débauche , & à
fe procurer des plaiſirs groſſiers qu'il
payoit à prix d'argent ; calomniateur ,
comme ſes ſemblables , il perdoit de réputation
les femmes qu'il fréquentoit ,
par les prétendues faveurs qu'il diſoit en
avoir reçues ; du reſte , aſſez bel homme ,
fachant pirouetter, ſe mirer dans une
JUIN. 1776. 23
glace , prendre du tabac avec grace , &
débiter mille jolies fadaiſes auprès des
belles , fans que le coeur fut jamais de la
partie. Toutes ces chofes , qui ne ſervent
qu'à faire déteſter un homme des filles
inſtruites & bien élevées , font préciſément
ce qui plaît aux coquettes & à celles
qui , comme Julie , ne faiſant que d'entrer
dans le monde, ne connoiſſant rien
& n'étant pas capables d'aucun difcernement,
ſe laiſſent ſéduire par le faux
brillant , & prennent pour du ſentiment
ce langage apprêté & fuperficiel ,
qui ne trompa jamais les perſonnes éclairées
: il n'eſt donc pas étonnant de
ce que Julie fut la dupe de ces fauſſes
apparences. Elle vit Mélidor , elle admira
ſes geſtes & ſes manieres; accoutumée à
vivre dans la contrainte, à n'eſſuyer que
des refus; la politeſſe , la complaiſance
du jeune homme, attentif à lui plaire
juſques dans les moindres chofes , l'enchanta.
Bientôt l'amour pénétra dans ſon
ame , bientôt elle n'eut des yeux que
pour Mélidor. Il vit ſon triomphe : il
mit tout en uſage pour en profiter ; mais
n'étant pas homme à renfermer ce ſecret
dans ſon coeur , il en fit confidence à ſes
amis , aux compagnons de ſes travers ;
B 4
24
MERCURE DE FRANCE.
ils le féliciterent d'avance ſur les faveurs :
qu'il ne manqueroit pas d'obtenir , &
Julie devint , dès ce jour , la victime de
Jeurs jugements criminels. Cette infortunée
, en proie à un amour funeſte , s'y
livroit entiérement. Mélidor craignant
qu'on ne s'en apperçut dans la maiſon de
Madame Dubois , & que des conſeils
falutaires ne dérobaſſent Julie à ſes pourſuites
, réſolut de prendre des précautions
à cet égard; il lui peignit les maîtres
de cette maiſon comme des perfonnes
ridicules , ennemies de la nature &
des plaiſirs , à qui tout étoit ſuſpect , &
qui ſe ſcandaliſoient des choſes les plus
innocentes ; il conclut enfin à ce qu'elle
ne devoit pas déformais leur faire des
viſites auſſi fréquentes ; & que pour fe
voir avec plus de liberté , il lui feroit
faire la connoiſſance d'une veuve tréseſtimable
, & dont les conſeils lui avoient
toujours fervi de loi ; c'eſt- là , diſoit-il ,
que nous ne verrons point regner une
ennuyeuſe contrainte; c'eſt- là que je
pourrai avec liberté vous exprimer mon
amour; cette Dame eſt l'honnêteté même :
mais elle ne connut jamais les fots ſcrupules.
Ces paroles trompeuſes , & dont
Julie n'appercevoit pas le danger , la
JUIN 1776.
T
25
firent tomber dans le piege ; elle accepta
l'offre ; elle vit la Dame , elle en reçut
mille careſſes , & s'engagea à la viſiter
ſouvent. Une perſonne plus éclairée que
Julie , eût connu , au premier coup-d'oeil ,
les moeurs de cette nouvelle connoiſſance ,
& pénétrée d'indignation pour elle &
pour celui qui l'avoit aſſez peu reſpectée
pour l'amener dans cet endroit , les auroit
dévoués tous deux au mépris. Mais Julie
ne vit & n'examina rien , la Dame
gagna ſa confiance ; & fi fa façon de
s'énoncer , ſon air trop libre bleſſerent
quelquefois ſa pudeur , Mélidor vint
bientôt à bout de vaincre ſes ſcrupules
, & ne lui fit attribuer qu'à un préjugé
abſurde l'honnêteté qui parloit à
fon coeur. Malheureuſe Julie! vois l'abyme
ouvert ſous tes pas ! un ſcélérat abuſe
de ta naïveté , de ton innocence : il ne
cherche qu'à te ravir l'honneur: fuis loin
de lui , ou tu es perdue ! En effet , cette
prétendue veuve , cette femme qu'on lui
avoit peinte aimable & vertueuſe , étoit
une débauchée qui , livrée dans ſa jeuneſſe
à tous les égaremens du libertinage ,
n'avoit atteint l'âge où les plaiſirs de cette
eſpece diſparoiſſent , que pour ſe livrer
à un autre genre de dépravation ; elle
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
1
recevoit chez elle les jeunes gens de l'un
&de l'autre ſexe; que dis -je ? elle fut
pluſieurs fois féduire l'innocence , & plus
d'une jeune fille , tombée dans ſes pieges ,
devint la proie d'un infâme débauché.
Mélidor avoit prévenu cette femme qui ,
crainte d'effaroucher Julie , la recevoit
toujours dans une chambre ſecrette , d'où
elle ne pouvoit voir le manége qui ſe
faifoit dans cette maiſon : c'eſt - là que
Mélidor ſe rendoit , c'eſt là qu'il employoit
tous les moyens propres à la perfuader
de ſe livrer à lui ſans réſerve;
mais l'honneur , mais la vertu combattoient
encore contre lui dans le coeur de
Julie ; elle vouloit aimer & accorder la
décence avec ſon amour. Cependant
Mélidor détruiſoit peu à peu ſes ſcrupules:
le temps approchoit où elle alloit
fuccomber fous la ſéduction , lorſque le
hafard lui fit , à ſes dépens , ouvrir les
yeux fur le danger qui l'environnoit.
L'arrivée de ſon oncle l'obligeoit , depuis
quelques jours , à prendre des précautions
pour que ſon intrigue avec Mélidor
ne fût point connue ; elle ſaiſiſſoit
les inſtans où ſes affaires l'éloignoient de
chez lui , pour ſe rendre chez la veuve.
M. Félix ne s'apperçut de rien , & il
}
JUIN. 1776. 27
ſeroît peut - être reſté long- temps dans
cette sécurité, ſi M. & Madame Dubois ,
ne recevant plus de viſites de Julie , &
ayant appris indirectement la maiſon
qu'elle fréquentoit avec Mélidor , n'eusſent
réſolu d'en donner avis à ſon oncle;
mais ce ne fut que quelques jours après
ſon arrivée qu'ils purent en trouver l'occafion.
Cet honnête homme frémit en
apprenant cette nouvelle ; il ſe hâte de
dérober Julie au précipice où elle eſt
prête à ſe plonger ; cependant il uſe de
précaution ; il veut s'aſſurer de la vérité
avant de faire aucune démarche auprès
de ſa niece. Il interroge adroitement
la femme-de-chambre , qu'il avoit laiſſée
auprès d'elle lors de fon départ ; mais
çette fille qui étoit dans la confidence de
ſa maîtreſſe , & qui l'accompagnoit partout
, fut éluder ſa demande, & il ne
put rien découvrir par fon moyen. Il ſe
réſoud alors à faire épier ſa niece , & il
apprend avec une profonde douleur que
M. & Madame Dubois ne l'ont point
trompé. Le lendemain de cette découverte,
il affecte des affaires preſſantes ,
qui ne doivent lui permettre de rentrer
chez lui que fort avant dans la nuit; il
fort ſur la brune , & fa niece ne tarde
28 MERCURE DE FRANCE.
pas à ſuivre , accompagnée de ſa femme-
de- chambre. Caché à la porte de ſa
maiſon , il la voit fortir , il vole ſur ſes
pas ; elle entre chez la veuve , & il veut
l'y ſurprendre : mais il ſuſpend pour un
moment cet éclat , afin de donner le
temps à Mélidor de ſe rendre dans la
maiſon , s'il n'y eſt point encore arrivé.
Julie , qui devoit ce ſoir là fouper avec
lui & quelques jeunes gens de ſes amis ,
alloit ſe mettre à table , lorſqu'un grand
bruit ſe fait entendre ; on ouvre la porte ,
un exempt du Guet entre , ſuivi de fon
eſcorte: il ſe ſaiſit de la veuve , il ſe ſaifit
de Julie qu'il croit être une femme
de la même eſpece. Julie fait retentir
l'air de ſes cris ; Melidor & ſes amis font
envain quelque réſiſtance: on la transporte
dans un caroſſe avec la veuve. Elles
alloient partir , lorſque M. Félix témoin
de ce ſpectacle , s'élance vers l'Exempt ,
& dit qu'il avoit quelque choſe de la
derniere importance à communiquer au
fujet de ces deux femmes , mais qu'il ne
le peut faire qu'en préſence d'un Commiſſaire.
On les y conduit. Julie , plus
morte que vive , ſe pâme en reconnoiſſant
fon oncle ; cependant ce dernier explique
l'affaire en peu de mots à l'Officier de
JUIN. 1776.
Police. La veuve , confondue & décon
certée , fait l'aveu & le détail de cette
intrigue. M. Félix ſe ſent agité de fureur
en apprenant l'indigne complot formé
par Mélidor contre ſa niece , & il ne
s'appaiſe un peu que dans l'inſtant où la
veuve ajoute que Julie n'a point fuccombé
ſous la ſéduction. Cette infortunée
revenue de l'état où l'avoit miſe la
vue de fon oncle , frémit au récit qu'on
lui fait & des moeurs de la veuve, & du
libertinage de Mélidor ; ſes yeux ſe desfillent
, elle reconnoît ſa faute , & un
torrent de larmes inonde ſon viſage. M.
Félix l'emmene chez lui , & la veuve eſt
conduite dans l'affreuſe demeure où elle
doit expier ſa mauvaiſe conduite. Mélidor,
craigant la ſuite de cette affaire ,
ſe dérobe à la maiſon paternelle avant
que ſon pere en ſoit inſtruit; il rejoint
un Régiment, dans lequel il avoit du fervice.
Cependant Julie , arrivée chez fon
oncle , tient la contenance d'un criminel
prêt à voir prononcer l'arrêt fatal qui doit
le conduire au ſupplice; elle veut parler ,
mais fa langue lui réfuſe ſon ſecours : fes
pleurs feuls lui ſervent d'interprête. M.
Félix , pénétré de ce ſpectacle , joint ſes
larmes à celles de ſa niece; il la conſole,
۱
30 MERCURE DE FRANCE.
la comble de careſſes , & en la ferrant
dans ſes bras , il s'écrie: inforunée Julie !
calme la douleur qui t'accable ; tu as fait
une grande faute , il eſt vrai: ta perte
étoit inévitable , ſi la Providence ne fût
venue à ton fecours : mais ton coeur
n'étoit pas coupable; tu l'avois voué au
véritable amour & non à la débauche :
le malheur a voulu que tu te ſois trompée
dans le choix , & ta mere ſeule en eſt
caufe. Si , loin de vouloir étouffer en toi
toutes les paffions , choſe impoffible , elle
n'eût cherché qu'à les modérer & à les
•contenir dans l'ordre; fi loin de peindre
à tes yeux tous les hommes comme des
monftres , elle ſe fût appliquée à te faire
diftinguer les hommes honnêtes & eftimables
de ceux qui ne le font pas , &
l'amour vertueux du libertinage , tu
n'aurois point rejeté ſes conſeils comme
contraires à la nature ; ton coeur plus délicat
en cherchant à s'enflammer , auroit
été difficile dans le choix , & auroit ſu en
faire un bon. Que cette triſte expérience ,
Ô ma chere Julie , te ſerve pour jamais
de leçon ! voila tout ce que j'exige de
toi; je te rends mon amitié , & j'eſpere
que dans aucun temps je n'aurai point à
m'en repentir. Ces paroles ſalutaires renJUIN.
1776.
dirent Julie à elle-même ; dans l'effuſion
de ſa reconnoiſſance , & lorſqu'elle veut
l'exprimer à cet oncle bienfaiſant , elle
ne fait que bégayer : mais ſes regards
parlent pour elle ; enfin ſe precipitant
dans ſes bras , elle l'inonde de ſes larmes.
Cette ſcene touchante, auroit attendri les
coeurs les plus infenſibles. Julie , depuis
ce temps, fnt très-circonſpecte , & fon
oncle n'eut plus lieu de s'en plaindre.
Par M. Mistelet . à Versailles.
Vers Marotiques à Male Comte de Treſſan
après avoir lu ſes OEuvres diverſes.
J
goshi
USQU'A ce jour ne ſens que le deſir ,
(Diſois-je dolemment à l'Enfant de Cythere)
Mais ce n'eſt tout , quand viendra le plaifir ?
Amenes-le , pour peu que te fois chere :
Lors fous mes yeux mit un livre enchanteur
Tiens , me dit-il , tu vas plaiſir connoftre ;
Plus tu liras , plus le ſentiras naître ;
Seroit à point fi tu voyois l'Auteur.
Par Madame deM
32 MERCURE DE FRANCE.
LA VOLIERE & L'OISEAU DES CHAMPS.
Allégorie à Madame la Princeſſe de B** ,
fur le defir d'être admiſe dansſaſociété.
DANS
ANS un jardin délicieux ,
Où l'art s'unit à la nature ,
Un cabinet d'élégante ſtructure
Paroft & flatte tous les yeux.
Grillage d'or qui l'environne ,
Ylaiſſe pénétrer , à ſon gré , le zéphir ;
Des oiſeaux raſſemblés y chantent le plaiſir ,
Et le Dieu charmant qui le donne.
Cepeuple heureux n'eſt point captif, τότα
Puifqu'il jouit de ce qu'il aime ;
Jamais aucun accent plaintif
Ne troubla fon bonheur extrem
Près de ce réduit enchanteur te
Sautilloit , voltigeoir fans ceſſe
Oiseau des champs , dont la commune eſpece -
Eſt ſpeu chere à tout amateur.
C'étoit d'un moineau franc la timide femelle ,
Sous un plumage gris cachant un noble coeur ,
Du feu d'ambition ayant une étincelle ,
Et corrigeant le tout par beaucoup de douceur.
En
JUIN. 1776. 33
En regardant la ſuperbe voliere ,
Elle foupiroit triftement ,
Et de ſon petit corps ſecouant la pouffiere ,
Gazouilloit ainſi ſon tourment :
Comme le fort eſt inſenſible !
Qu'il eſt cruel en ſa rigueur !
Il offre à mes regards le ſéjour du bonheur ,
Et m'en rend l'accès impoſſible..
Me faudra- t- il donc , malgré moi ,
Vivre toujours au ſein d'une troupe volage , 13
Dont fol amour eſt le partage ,
Defir brûlant la ſeule loi ?
Les ſons harmonieux dont s'émeut un coeur tendre ,
Chez le peuple moineau , hélas ! font inconnus ;
Fougueux tranſports ou cris aigus ,
Voilà ce qu'il me faut entendre.
Ici le plaiſir tient ſa cour ,
Ici le tendre amour habite ,
Délicateſſe eſt à ſa ſuice ,
Et tous trois regnent tour à tour.
De cette agréable clôture ,
Si de mon petit bec , par d'utiles efforts ,
Je parvenois à l'ouverture :
Rien ne m'en défend les déhors.
C
1
34 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce grillage ; il ſemble impénétrable ...
O deſtin ! ſois moi ſecourable ;
Si mon langage eſt peu touchant ,
Si mon plumage & ma figure
N'ont rien de bien intéreſſant ,
Ma bonne mere , la Nature ,
Me doua , tu le fais , d'un coeur reconnoiffant.
Le croira-t-on ? de la voliere
Grillage ſe déſenlaça ,
Vite Moineaute s'y plaça ,
Et fut heureuſe prifonniere.
Par la même.
LE LOUP , LE MOUTON ET L'AGNEAU.
Fable- imitée de l'Anglois.
Un Loup déjà glacé par l'âge ,
Et commençant à s'ennuyer
De ne vivre que de carnage ,
Réſolut de ſe marier.
Tout entier à ſa rêverie ,
Un jour qu'il parcourt la prairie ,
Occupé d'un projet ſi beau ,
Il apperçoit un jeune Agneau
JUIN. 1776. 35
Folâtrant non loin de fa mere.
Le Dieu qu'on adore à Cythere ,
Ennemi juré du répos
Des mortels & des animaux ,
Fait foudain paſſer dans ſon ame
L'ardeur de la plus vive flamme ;
Il vole au pied de fon vainqueur.
Timide à l'aſpect du voleur,
Cherchant fon falut dans la fuite,
Ce couple ſe ſauve tranfi ;
Le Loup ſe met à la poursuite ,
Les atteint , & leur parle ainſi :
,, Belle , baniſſez vos alarmes,
ود L'horreur pour moi n'a plus de charmes
,, Je ne viens point dans ces cantons
,, Répandre le fang des moutons ;
,,Un sentiment plus doux m'entraîne
ود
C'est un captif déconcerté
,, Qui vient , fier de porter fa chatne
,, Tomber aux pieds de la beauté.
„ Votre fille a ſu me ſéduire :
"
"
Pour elle ſeule je reſpire
Et pour couronner ce beau feu ,
餐
Je n'attends plus que votre aveu.
Je ſuis grand Seigneur ; mon domaine
ود Embraffe les bois& la plaine ;
„ Contre les troupeaux , quel bandit
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
:
„ Dans le filence de la nuit ,
و د
"
Ofera jamais entreprendre ,
Si je prends ſoin de les défendre ?
» Déſormais , fans aucun péril,
„ Le chien du Berger , inutile ,
» Pourra ronfter dans fon chenil ;
Par mes foins tout ſera tranquille."
Un monologue auſſi flatteur
Ne pouvoit pas manquer de plaire ;
Le titre pompeux de grandeür
Eblouit les yeux de la mere.
Elle joint ce terrible amant ,
Seule à ſes côtés , dans la plaine ,
Sans crainte , avec lui ſe promene ,
Se fait détailler clairement
Les biens , la dot , puis le douaire :
Propoſe... Tout eſt accordé ;
En amour , la plus grande affaire
Eſt un point bientôt décidé.
Fiere d'une telle alliance ,
A ſa fille , dans ſon tranſport ,
La Brebis , avec complaiſance ,
Vient raconter ſon heureux fort.
A cette accablante nouvelle ,
L'effroi s'empare de la belle;
Elle a beau gémir & prier
De ne point la ſacrifier :
JUIN. 1776. 37
Fillettes ſans expérience ,
Sur ce qui convient aux enfans ,
En ſavent moins que les mamans...
On l'entraîne avec violence
Dans la plaine , & là , fous l'ormeau ,
A regret pour l'infortunée ,
Avant la fin de la journée ,
L'hymen allume ſon flambeau,
1
Du ſein de ſa mere barbare
A l'inſtant elle ſe ſépare
Pour ſuivre ſon nouvel époux ,
Dont le ſeul aſpect l'épouvante ;
Dans les forêts ſa voix bélante
Se mêle aux hurlemens des loups.
Sous ſes yeux , ce monftre exécrable
Maſſacre les agneaux tremblans ,
Et de leurs membres palpitans
Le glouton fait fumer ſa table.
Tous les bois , de fang arrofés ,
Forment un vaſte cimetiere :'
Les os , ſous ſa dent meurtriere ,
Diſparoiſſent pulvérisés.
Témoin de ces ſcenes horribles
L'Amour qui jamais ne ſourit
Qu'aux coeurs délicats & ſenſibles ,
Loin du monſtre vole & s'enfuit.
C3
38 MERCURE DE FRANCE:
Dégoûté de la jouiſſance,
Terme ordinaire des plaiſirs ,
Le Loup , ſans amour , ſans deſirs
Brûle déjà d'impatience
De priver de l'éclat du jour
Le jeune objet de ſon amour;
Il ne veut pas que le caprice
Ait paru le déterminer :
Il projette d'imaginer
Certaine forme de juſtice .
Ainu nous voyons les humains
Voiler d'un prétexte plauſible ,
Leurs forfaits & leurs noirs deſſeins :
Aux méchans tout devient poſſible.
Un jour qu'attiré par l'eſpoir
D'éteindre une ardeur inteſtine ,
Il parcourt la forêt voiſine ,
Il eſt tout étonné de voir
Pluſieurs Chaſſeurs en ſentinelles
La frayeur lui donne des ailes :
Il fuit fans attendre l'affaut ,
Et met tous les chiens en défaut ;
Loin d'eux il burle & tremble encore
} Cependant la faim le dévore ,
Er ſa femme eſt à ſes côtés ...
ود
De ce que j'ai fait pour te plaise ,
egrate , eſt ce-là le ſalaire ?
JUIN. 39
1776.
Voilà le prix de mes bontés !
» Se faire une maligne joie
" De mettre les chiens fur la voie !
,, Affecter de ſuivre mes pas ,
» Pour s'aſſurer de mon trépas
,, Cauſé par le Chaſſeur avide !
» Ton ſang va me venger , perfide ! " . ,,
Il dit ; & fans perdre de temps ,
Dans le feint courroux qui l'anime ,
Il fond fur la pauvre victime ,
Et la déchire à belles- dents.
Vous qui , ſous les loix d'hyménée ,
Voulez rencontrer le bonheur ,
Des grands biens , de ia renommée ,
Belles , fuyez l'éclat trompeur.
Par M. Houllierde Saint Remy
à Sezanne.
L'HOMME & LE BOEUF.
Apologue.
N Boeuf à pas tardifs cheminoit dans la plaine ;
Et de temps en temps ramaſſoit
U
C4
MERCURE DE FRANCE.
De quoi ſe remplir la bedaine :
Le Maître du champ l'apperçoit ,
En grondant foudain il le chaſſe :
„ Maraud , ne peux-tu donc brouter en même place ?
„ A quoi bon aller & venir ?
„ Tu prends une peine inutile :
,, Un ſeul coin de ce champ fertile
,, Suffit ; butor , pour te nourrir."
C'eſt bien à toi , mortel ſuperbe ,
Reprit bruſquement l'animal ,
A me venir diſputer l'herbe ;
Toi , qui pour aſſouvir ton appétit brutal ,
Qu'aucun mers ne peut fatisfaire ,
Fais , dans tes deſirs indifcrets ,
Epuiſer ſans ceſſe , à grands frais ,
Et le ſein de Neptune & celui de la terre.
Par le même.
LE BRUTAL OBLIGEANT.
E
N Eſpagne vivoit jadis
Un, Grand d'humeur officieuſe ,
Mais ſi bizarre & fi fougueuſe ,
Que ſes cliens les plus hardis
JUIN. 1776. 45
Souvent en reſtoient interdits.
Au fond généreux & ſenſible ,
Malgré ſa manie irafcible
Qui s'exhaloit en vains éclats ;
Quand il difoit : „ Je ne veux pas :
,, La choſe eſt abſurde , impoſſible."
,, Au fond du coeur il meditoit
De compenfer par un bienfait
Cet extérieur inflexible.
Il ne ſavoit point dans ſes bras
Serrer tout venant fans élite :
1
Mais il protégeoit le mérite ,
Et l'honoroit dans tous états ;
De l'amitié pure & fincere
11 réaliſoit la chimere :
On le nominoit Comte d'Orgas.
Dom Lopes , ancien militaire ,
Ayant , pour tous fruits de la guerre ,
Ruiné ſa noble maiſon ,
Laiſſe ſon épouſe affligée ,
Sans biens , de fix enfans chargée,
Etoit parti pour l'Acheron .
Lucinde avoit de la jeuneſſe
Encor l'éclat & les attraits ;
Le deuil ſervoit d'ombre à ſes traits ,
Dont il relevoit la fineſſe:
Elle crut donc avec ſuccès
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
Au Comte expoſer ſa détreſſe.
Seigneur , dit-elle , dont le coeur.
Répond à la haute naiſſance ,
Daignez , d'un oeil de bienfaisance ,
Voir le tableau de mon malheur.
De mon époux mort au ſervice ,
Six fils compoſent tout le bien :
Si d'une penſion propice
Par vous j'obtenois le ſoutien...
-Moi , Madame , vaine eſpérance,
Repond d'un air d'impatience
Orgas , au récit d'un tel ſort :
Si chaque militaire mort
Formoit un droit de récompenſe ,
Des veuves la dolente engeance ,
Du Roi vuideroit le tréſor.
Mais mon époux , d'un ſang illuſtre ,
N'étoit pas un mince Officier
Qui tirat fon unique luſtre
Du fier habit de fon métier,
Déjà ſon audace guerriere
Lui coûzoit , dans les champs de Mars ,
Moitié de ſes membres épars ,
Lorſque la parque meurtriere
Y trancha ſa noble carriere .
Seigneur , à ces motifs touchans
Prêtez une oreille attendrie ,
N'abandonnez pas les enfans
১
1
JUIN. 1776. 43
D'un défenſeur de la patrie .
- L'Etat , Madame , eſt plein de gens
Qui vont débitant même gloſe ;
Je fuis les foucis alfommans
Qu'attire une mauvaiſe cauſe ,
Et cours à des foins plus preſſans .
A ces mots , le Comte reveche ;
Content d'un refus auſſi clair ,
Quitte la Dame , & fa caleche
L'emporte au loin comme un éclair.
Lucinde , éplorée , interdite ,
S'en va maudiſſant ſa viſite.
Rien de poli , rien d'obligeant
Qui puiſſe alléger ſa diſgrace;
Lénitif dont un homme en place
Corrige un fâcheux compliment .
Si du moins de la veuve en larmes ,
Orgas ,par un ton ſéducteur ,
Si naturel à tout Seigneur ,
Avoir un peu flatté les charmes ;
L'acceuil d'un galant protecteur
L'étourdiroit ſur ſon malheur.
Mais affectant un air auftere ,
A peine le cruel Orgas
Avoit obſervé ſes appas .
Manquer le ſuccès d'une affaire ,
Que l'on préſume & juſte & claire,
Etre jolie & ne pas plaire ,
44 MERCURE DE FRANCE.
)
Voilà de ces malheureux cas
Ou l'héroïsme est néceſſaire.
De tout temps le coeur féminin
Plus que nous montra de conſtance
Et d'art à poursuivre un deſſein :
Au fein des maux , calme & ferein ,
Jamais il ne perd l'eſpérance
D'améliorer fon deſtin.
Lucinde étoit fans doute inſtruite
Du coſtume du protecteur :
Rien n'intimidoit fon grand coeur :
Elle courut à ſa pourſuite :
Et , ſur le chemin de la Cour ,
Elle l'attendit au retour.
Pendant que la veuve eſt livrée
Aux ſombres accès du dépit ,
Orgas du Roi , par ſon crédit ,
Obtient la faveur deſirée,
Enfin , fur le déclin du jour ,
Il ſe montre aux yeux de la Dame ;
La Belle auſſi- tôt de ſa game
Reprend le lamentable tour.
Orgas , aux premieres paroles ,
L'arrête , &, comme en la grondant ,
Lui dit : Eh ! Madame , on m'attend :
Faiſons trêve aux propos frivoles ;
Le Roi vous accorde , par an ,
Pour ſubſiſter , trois cents piſtoles.
J 45
UIN. 1776.
Orgas , par un ton moins fougueux ,
Eût dû relever ſon ſervice ;
Mais on peut paffer un caprice
Quand le ſuccés en eſt heureux.
Notre fiecle a plus de décence ,
Plus d'art , de douceur , d'entregent ;
A l'antique munificence ,
Que terniſſoit la pétulence ,
Succede un abord prévenant;
Mais cette gothique largeſſe ,
Marquée au coin de la rudeſſe ,
Valoit mieux qu'un zele apparent.
Par M. Flandy.
;
LE DANTE ET LE MARECHAL.
Pou
OUR foulager l'ennui de ſes travaux ,
Un Maréchal , d'une voix foudroyante ,
Eſtropioit les cantiques du Dante ,
Et tout-à-tour , agitant deux marteaux ,
Marquoit des vers la cadence brillante.
En ſon quartier le Dante vient ſoudain ;
Piqué de voir que ſa muſe ſublime
D'un Forgeron ſoit ainsi la Victime ,
Il jette au vent les outils du Vulcain ,
Verſe un ſeau d'eau ſur la forge enflammée :
Quel est ce fol , s'écria la Ramée ?
Par Saint Eloi , je t'aſſomme , faquin .
46 MERCURE DE FRANCE.
Par Apollon , tais-toi , dit le Poëte ,
Ou dis mes vers ſans les eſtropier ;
J'ai même droit de faire ici tempête ,
Que toi , maraud , de gâter mon métier.
Par le même.
1
A Madame la Comteſſe DE LA R***.
V
ous n'avez rien perdu , Lilia , de vos graces ;
Un an de plus ne vous à rien ôté ;
Vous reculez dans vos beaux jours d'été
Loin d'avancer dans la ſaiſon des glaces.
Le Temps , qui détruit tout , ajoute à vos appas ,
Prodige étonnant à comprendre!
Mais , parlez , ne feriez-vous pas
Ce phénix qui renait plus brillant de ſa cendre ?
Par M. Mayer.
JUI N. 1776. 47
VERS à M. Definarais, en réponse àfon
Invitation à ſes Compatriotes.
ΟTor ! dont la muſe chériel
Eclaire notre eſprit & captive nos coeurs !
Toi , qu'Appollon a couronné des fleurs
Que l'Immortalité réſervoit au génie !
Tendre ami de l'humanité ;
Deſmarais , reçois mon hommage ;
Le deſir de flatter ne me l'a point dicté .
Il eſt digne de toi ; la ſenſibilité
3
Ne connoît point ce jargon affecté
Qui , ſouvent , fit rougir le ſage ;
Elle ſeule m'inſpire , & toujours fon langage
Fut celui de la vérité,
1
Que j'aime à contempler ces touches féduisantes
Où ton crayon léger expoſe à nos regards
Les préjugés détruits , les vertus triomphantes
Par le commerce des beaux-arts !
Sans doute le bonheur aime à fuivre leurs traces
Et l'homme doit à leur concours...
La pudeur qui pare les grâces
Et le bandeau décent qui voile les amours
Heureux celui que le plaifir infpire ,
Qui dignement célebre fur ſa yre
14
1
2
MERCURE DE FRANCE .
Et ſa Glicere & le printemps ,
Et qui voit , par un doux sourire ,
Le Dieu des vers applaudir à ſes chants
C'eſt pour lui ſeul que brille la nature;
Le velouté des fleurs , le cintre des berceaux ,
Le bruit flatteur d'un ruiſſeau qui murmure ,
Les chanſons des Bergers , le concert des oiſeaux ,
Tout fait naftre en ſon coeur une volupté pure ,
Et des plaiſirs toujours nouveaux .
Mais plus heureux eſt ce mortel fublime
Qui de l'honneur nous montre les ſentiers ,
Et qui cédant au tranſport qui l'anime ,
Veut avec nous partager ſes lauriers ;
De même celui qui dans Rome
Etoit des arts le généreux ſoutien ,
Savoit être plus qu'un grand homme
En ſachant être citoyen.
Sortons de notre étroite ſphere :
La gloire nous appelle; à ſes accens flatteurs ,
Sur des ailes de feu , volons dans la carriere
Où Deſmarais nous préſente des fleurs.
Le vrai bonheur ſe multiplie
Par l'uſage des vrais talens .
Guidés par la philoſophie ,
Sur l'autel de la poëſie
Allons
JUIN. 1776. 49
1
Allons brûler un pur encens;
Que nos travaux foient tous pour la patrie :
Et malgré l'effort de l'envie ,
Ils braveront les outrages du temps.
A Limoges. Par M. Blanchard , Docteur
en Droit.
VERS à Madame*** , jouant , en ſociété
particuliere , le rôle de Roſine dans le
Barbier de Séville.
Sous
ous les traits de Didon , que vous touchiez nos
coeurs ,
Je n'en fuis point ſurpris ; en répandant des larmes ,
Avec la moitié de vos charmes ,
Une belle aisément feroit couler nos pleurs.
Mais & parfaitement que vous rendiez Rofine ,
Et ſa fineſſe (*) & ſa gaieté ,
Et ſon amour naïf, & fa grâce enfantine,
Cela me paffe , en vérité.
C'eſt l'auguſte Junon en Flore traveſtie ,
Qui voulant n'être que jolie ,
N'a fait , ſans le ſavoir , que changer de beauté.
Par M. Cardonne , Premier Commis
de la Maison de Madame.
(*) Sur - tout celle de Mademoiselle Doligny.
2
D
50
MERCURE DE FRANCE.
Vers de Mademoiselle d'Ormoy la cadette ,
agée de neuf ans , à Madame de la
Popeliniere , qui ayant vu quelques unes
de ses petites productions , lui en demandoit
de nouvelles .
EXIGE
XIGER de moi quelque ouvrage,
C'eſt me faire un honneur que j'ai peu mérité ;
Eh ! que peut - on , Zelmis , attendre de mon âge ?
Si mes foibles eſſais ont eu votre fuffrage ,
C'eſt qu'il n'en eſt aucun que vous n'ayez dicté.
Oui , lorſque j'entreprends de peindre la beauté ,
C'eſt vous qui m'en offrez l'image ;
De grâces , de talens , quel heureux aſſemblage !,
Il n'eſt point de divinité
Sur qui vous ne puiſſiez remporter l'avantage :
Leurs fabuleux attraits ne font qu'un badinage ,
Dont l'eſprit ſeul eſt enchanté ;
1
Mais quand je vois Zelmis , mon coeur lui rend hom
mage ,
C'eſt le tribut qu'il doit à la réalité,
JUIN. 1776. 51
LA GUIRLANDE.
R
Idylle imitée de Moschus.
EINE des nuits , Déeſſe ſolitaire ,
Bienfaisante Phébé , montre toi dans ces lieux :
Tandis que le ſommeil captive tous les yeux ,
Viens éclairer mes pas de ta douce lumiere :
Tu peux , fans balancer , te prêter à mes voeux ?
Je ne vais point , dans un piége perfide ,
Faire tomber le voyageur de nuit :
Je ne vais point , ſous un bras homicide ,
Faire expirer le traftre qui me nuit.
Du voyageur , loin d'augmenter la peine ,
Je le guide fouvent dans ſa marche incertaine;
Je pardonne au méchant ſes envieux deſſeins.
Né pour aimer tous les humains ,
Le coeur de Coritas ne connoît point la haine.
Je ne vais point , de quelque époux abfent
Corrompre l'épouſe volage ,
Qu ſéduire à l'écart un objet innocent.
Je crains les Dieux ; l'honneur eft mon partage:
Non , jamais les bergers , jamais ,
N'ont formé de ces vils projets .
Mais c'eſt demain le jour où , felon mes ſouhaits,
Par l'amour & par l'hyménée
Ma Philis me ſera donnée ;
Pour emblème des noeuds dont nous ferons unis ,
D2
52
MERCURE DE FRANCE.
De nos plus belles fleurs j'ai fait cette guirlande ,
Et je m'en vais la ſuſpendre en offrande
A la cabane de Philis.
1
1
Par Mille Coffon de la Creſſonniere.
EPITRE à M. Guillotin , Docteur-Regent
de la Faculté de Médecine en l'Univerſité
de Paris.
MOLIERE ,
1.
OLIERE , ſur la Faculté
Dont l'eſpece humaine eſt martyre ,
Répand à pleine main le ſel de la gaieté.
Il a beau faire , il a beau dire ,
On rit du Médecin tant qu'on eſt en ſanté :
Mais quand on fouffre , adieu les bons mots , la fatire ;
Debout on eſt bien fort , & bien foible allité.
Favori du Dieu d'Epidaure ,
Par juftice , par goût , non par néceffité ,
Je vous recherche & vous honore (*);
(*) Il est écrit quelque part : Honora Medicum propter
neceffitatem.
JUIN. 1776. 53
Votre mérite eſt atteſté.
Loin d'adopter aucun fyſteme ,
Vous ne cédez qu'à l'empire ſuprême
De la raiſon & de la vérité.
イ
Combien vont au hafard ! ... Dans une route fûre ,
En homme réfléchi , vous marchez pas à pas ;
Vous écoutez conſtamment la nature ,
Vous la ſuivez & ne la forcez pas ;
Enfin l'eſprit du Corps ne fut jamais le votre :
Docte & Docteur font deux ; vous êtes l'un & l'autre.
Senſible & délicat , vous n'ouvrez point les yeux
Sur les conditions ou grandes ou petites ;
Pour vous le plus malade eſt le plus précieux ,
Et fon intérêt ſeul dirige vos viſites.
Je n'en ſuis qu'un trop vrai témoin ,
Et j'en gémis lorſque j'y penſe ;
Le fort ne m'a laiſſe que ma reconnoiſſance ,
Tribut inſuffisant pour votre noble foin.
Piron me conſoloit , Piron , dans l'Elysée ,
Foule , du haut des cieux , la terre mépriſée ,
Et , depuis ſon départ , nul beau jour ne m'a lui.
Partout glace ou pitié ſtérile ;
L'Amour m'eſt démeuré : je ſerois mort ſans lui :
Environné de fots , & par cents & par mille ,
jouet des Protecteurs , victime de l'ennui ,
Dans mon fang fermentoit la bile :
L
Long- temps j'ai combattu , long-temps j'ai réſiſté ,
De mon ennemi le ravage ,
Par le délai s'eſt augmenté...
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous avez conjuré l'orage :
Je renais , je revis tout me ſemble nouveau.
Pour diffiper juſqu'au moindre nuage ,
Bacchus chez moi s'apprête à rouler fon tonneau.
L'Amour , plus vivement , fait ſentir dans mon ame
La pointe de ſes traits , les feux de fon flambeau ..
Apollon à ſon tour m'enflamme ,
Et fi de ſes lauriers je me montre jaloux
Si je veux en cueillir , cher Docteur , c'eſt pour vous.
Par M. Guichard.
ROMANCE.
AIR : O ma tendre musette
Ο
MA douce muſette ,
Echo de ma douleur ,
Sois l'unique interprete
Des ennuis de mon coeur !
Chante ce qu'il regrette ,
Le ſoir & le matin .
Soupire avec Colette ,
Toi qui charmois Colin.
Colin n'eſt plus le même ,
O regrets fuperflus !
Je ne ſais ce qu'il aime
JUIN. 1776. 55
Mais il ne m'aime plus.
Il voit de ma houlette .
Le rúban ſe ternir ,
Sans que fa main diſcrette
Songe à le rajeunir.
Les Bergers , à la ronde ,
Aſpiroient à ma main :
Parmi tous ceux du monde
J'aurois choifi Colin .
Il me rendit hommage ,.
Mais il m'en punit bien ;
Il m'ôte un coeur volage
Sans me rendre le mien.
Vous qui voyez Jeannette,
Répondez-moi tout bas ,
Eſt- elle ſi jeunette ?
A-t-elle tant d'appas ?
On dit quelle étoit belle;
Eſt-on belle toujours ?
Ah! la roſe nouvelle
Ne brille pas deux jours !
Cette Jeanne éternelle ,
Fatale à mon bonheur ,
De la fade immortelle
Je lui vois la pâleur.
Pour faire un infidele,
Quel est donc ſon ſecret ?
D4
56 MERCURE DE FRANCE .
Pour être criminelle ,
Hélas ! qu'ai- je donc fait ?-
Suis -je prude ou coquette ,,
Pour moi , je n'en fais rien.
J'ignore en ma retraite ,
Si je fais mal ou bien .
Seule ſous la coudrette ,
L'ingrat le voit trop bien ,
J'ai pour toute amuſette
Ma brebis & mon chien.
Cette brebis jolie ,
Gage de nos amours ,
Sa brebis qu'il oublie ,
Moi je l'aime toujours.
Vous voyez ma détreſſe ,
Je n'ai qu'un ſeul agneau;
L'ingrat qui me délaiſſe
Me promit un troupeau.
Je l'entends qui t'appelle ,
O brebis de mon coeur,
Aux pieds de l'infidele
Murmure avec douceur .
Colette ſolitaire , ود
Soupire ſous l'ormeau ;
,, Conſole ma Bergere ,
» Ou reprend ton agneau."
ParM.***
JUIN. 1776. 57
Le mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt Bouton d'habit ; celui
de la ſeconde eſt Zephir. Le mot du
premier Logogryphe eſt Laquais , dans
lequel ſe trouvent Alais , las , vis ,
alia , ail , ais , Ali , as , Ai , Lia , aqua ,
Laïs , ava , lis , Laïus , Lai , la , fi , lis ,
avis , qui ; celui du ſecond eſt Dogue ,
où se trouve Doge ; celui du troiſieme
eſt Truelle , où se trouve ruelle de lit.
D5
58. MERCURE DE FRANCE.
ÉNIGME.
MORTELS , que vous LORTELS , que vous rendez notre deſtin affreux !
Des animaux cruels que l'Egypte révere ,
Vous armez contre nous la nation entiere ,
Et pour le feul plaiſir de nous faire la guerre ,
Nourriſſez à grands frais des amis dangereux.
Dans votre fureur de nous nuire ,
Vous vous ſervez de mille inventions ;
Vous empruntez pour nous détruire ,
Les flammes de Vulcain , à Circé ſes poiſons ;
Et votre damnable furie ,
A tous nos maux encor unit la raillerie.
Qu'il se trouve chez vous un fot , un inſenſé .
Entrés dans ſon cerveau bleſſé ,
C'eſt nous qui cauſons fa folie :
Et i Jean ne dort pas , vous ſavez la chanſon ,
C'eſt de nous ſeuls que vient fon infomnie.
Tremblez , mortels , j'en jure Pharaon ,
Dont mes aïeux ont désolé l'Empire.
La rage à ſon tour nous inſpire ,
Et tous ces informes bouquins ,
Où vous puiſez votre ſcience ,
Ces titres enfumés , dont vous êtes ſi vains ,
Vont aſſouvir notre vengeance .
Par M. Louis Guilbaut.
JUIN. 1776. 59
I
AUTRE.
ci bas nous fommes ſept freres ,
Dont les noms font tous différens ,
Pour les humains tantôt contraires ,
Tantôt triſtes , tantôt rians.
ر
Nous avons tous le temps pour maitre;
Sa faulx termine notre cours :
Mais envain tranche-t-il nos jours ,
Lecteurs , nous mourons pour renaître.
Notre aîné ſe faiſant valoir ,
Ne ſe mouche point ſur la manche ,
Et chaque fois qu'il ſe fait voir ,
Il eſt pour vous toujours dimanche.
1
Par M. Lavielle, de Dax.
****
60 MERCURE DE FRANCE.
:
T
AUTRE.
E fuis au nombre des préſens
Que Pomone fait tous les ans.
Les enfans du Dieu de la treille
De moi ne font pas grands gourmets ,
Ma liqueur n'étant pas vermeille ,
Ils me préferent dans les mets :
Auſſi je ne fais pas d'ivrognes
A nez bourgeonnés , rouges trognes ;
On fait rendre mon goût benin ,
Et j'orne très-bien un jardin .
Mon nom de deux mots ſe compoſe
Et ſe partage en deux moitiés ,
Qui font toujours la même choſe ,
Bien qu'on mette ma tête aux pieds :
Dans ce cas je ſuis un proverbe
Très- uſité , fort peu fuperbe ,
J'en conviens : mais chacun le dit
Si ſouvent , qu'il s'offre à l'eſprit.
Par M. Bailleux le fils , à Paris.
JUIN. 1776. 6г
LOGOGRYPHE.
QUOUIOIQQUUEE je fois, Lecteur , l'idiome commun
Des Sujets & des Rois , en un mot de chacun ,
Je figure au Théâtre, on me chante à l'Eglife ,
Fort peu fur le Parnaſſe ; Apollon me mépriſe :
N'en ſuis-je pas vengé , quand cents peuples divers
Me font à chaque inſtant regner dans l'Univers ?
D'ailleurs , par moi, l'on peut avoir rang dans l'hiſtoire,
Et trouver place enfin au Temple de Mémoire ;
Mais retranches mon chef, je n'ai plus qu'une fleur,
Dont tu peins à Philis de ſon tein la couleur ;
Après ce trait , mon tout à ſavoir eſt facile ;
Non , me distu, je ſuis toujours dans l'embarras :
Eh bien ! fonge que j'ai des beautés , des appas ,
Et, pour t'en dire plus , prends & lis l'Evangile.
Par le méme
64.
Mercure de France.
queje vois me rappelle Lefoure-
-nir de monA-- mant;
LaNatatuurreeames voeuxfiJuin.
1776 . 65.
de- le,Me le présente à chaque inf
-tant, Etdans mon a-me renou-
velle Li- mage de
mon
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Dictionnaire de l'Industrie , ou collection
raiſonnée des procédés utiles dans les
ſciences & dans les arts ; contenant
nombre des ſecrets curieux & intéresfans
pour l'économie & les beſoins de
la vie , l'indication de différentes expériences
à faire , la deſcription de
pluſieurs jeux très- finguliers & trèsamuſans
, les notices des découvertes
& inventions nouvelles , les détails
néceſſaires pour ſe mettre à l'abri des
fraudes & falfifications dans pluſieurs
objets de commerce & de fabrique :
Ouvrage également propre aux Artistes
, aux Negocians & aux Gens du
monde ; par une Société de Gens de
lettres ; 3 vol. in- 8°. de plus de 700
pages chacun , br. 15 liv. rel. 18 liv.
A Paris , chez Lacombe , Libr. rue
Chriſtine.
L
(
E titre de la collection que nous
annonçons , fait aſſez connoître que ce
ne ſont point des traités ou des diſſertaJUIN.
1776 . هو .
,
tions ſur les objets des arts & de l'induſtrie
, que l'on doit eſpérer de trouver
ici ; mais les réſultats des expériences &
obſervations faites fur ces objets ; réfultats
dont la connoiſſance eſt curieuſe
utile, ſouvent-même néceſſaire. On peut
ſe diſpenſer de s'occuper de la littérature ,
de la poëſie , des beaux- arts ; mais on ne
doit pas ignorer les inſtructions que la
ſageſſe du Gouvernement s'eſt plû à faire
publier en différens temps pour le bonheur
de la ſociété. Il eſt rare d'ailleurs ,
il eſt même impoſſible qu'on ne fe trouve
quelquefois dans le cas d'avoir recours ,
pour ſoi- même ou pour les autres , aux
différens remedes ſimples , faciles , éprouvés
, que donne la médecine dans mille
accidens fâcheux , auxquels l'humanité
eſt ſujette ; & c'eſt une des parties les
plus intéreſſantes de la collection que
nous annonçons. Les Editeurs ſe ſont
fur - tout attachés aux inſtructions qui
doivent être le plus répandues ; à celles
, par exemple , néceſſaires pour rappeller
à la vie les perſonnes ſuffoquées
pat les vapeurs du charbon , de la braiſe ,
du vin , des liqueurs en fermentation ;
les perſonnes noyées qui paroiſſent mortes
, & qui. périroient effectivement , fi
E3
70 MERCURE DE FRANCE .
on ne leur portoit des ſoins ſecourables
& éclairés .
Les Auteurs du Dictionnaire , à l'article
vipere, n'ont point omis de rapporter , contre
ſa morfure , un remede qui produit un
effet fûr , & qui a été éprouvé en préſence
de M. de Juſſieu , dans le cours
de ſes herboriſations . Il n'eſt queſtion
,, que de faire prendre à la perſonne
ود
"
mordue , le plus promptement que l'on
„ peut , après la morſure , fix gouttes d'alkali
volatil ou d'eau de luce , dans un
verre d'eau , & d'en frotter l'endroit
"
"
ور
"
ود
2,
ود
de la morfure ; on met le malade dans
,, un lit baffiné : la fueur ne tarde pas
,, à être provoquée ; on réitere la priſe
d'alkali , & en très peu de temps l'enflure
diminue ; le venin paſſe par la
tranſpiration , & il ne reſte à l'endroit
de la morſure qu'une marque jaune ,
qui diſparoît au bout de quelque temps.
En quelque lieu qu'un homme ſoit
mordu d'une vipere , on peut aller à
la ville la plus prochaine , chercher
chez l'Apothicaire de l'alkali volatil ; le
temps du voyage laiſſera bien augmenter
l'enflure : mais fix ou ſept heures
ne fauroient la rendre incurable , & on
en ſera quitte pour prendre quelques
doſes d'alkali de plus."
"
و د
ود
"
33
و د
و د
ود
JUIN. 1776. 71
}
L'alkali volatil a été éprouvé avec un
égal ſuccès contre la rage. Il eſt auſſi regardé
comme un remede pour la brûlure
ocaſionnée par le feu des matieres combuſtibles
, & comme l'antidote des champignons,
fur tout de celui qui occaſionne
une eſpece d'apoplexie , dont on meurt
en douze heures. Ceux qui vivent à la
campagne , & qui font éloignés des Villes
, ne peuvent donc ſe diſpenſer d'avoir
chez eux une petite proviſion d'alkali
volatil.
Dans ce même article ſur la morſure
de la vipere , & dans tous les autres articles
de ce Dictionnaire , les Auteurs
ont raſſemblé différens procédés , & c'eſt
ce qui ajoute à l'utilité de cette collec
tion. En effet , il y a tel remede qui,
quoique fort ſimple , ne peut être mis
dans le moment en uſage. D'ailleurs les
circonſtances où se trouve le malade , empêchent
quelquefois de l'employer Au
lieu que quand il y en a pluſieurs d'indiqués
, on peut avoir recours à celui
qui eſt le plus près de foi.
L'économie domeſtique & l'économie
rurale , occupent une grande partie de
cette collection. Leurs différens procédés
doivent point ne être ignorés ; mais
)
E 4
MERCURE DE FRANCE.
1
comme ces procédés ſont ſouvent compoſés
, les Auteurs du Dictionnaire ont
eu ſoin de les détailler , de donner des
explications de leurs effets phyſiques ou
économiques , afin que celui qui les
conſulte puiſſe ſe les approprier en quelque
forte, changer ou ajouter ce qu'il
jugera convenable , ſuivant les circonftances
où il ſe trouve.
Les arts méchaniques ont auſſi leurs
fecrets , ou des manipulations particulieres
qu'il eſt important de connoître , pour
n'être point la dupe du charlataniſme
des ouvriers , ou pour ſe paſſer facilement
d'une main - d'oeuvre diſpendieuſe.
Les Auteurs du Dictionnaire n'ont pu
quelquefois donner l'explication de ces
petits ſecrets , parce qu'ils font modernes
, & que ceux qui les ont trouvés s'en
font réſervé la connoiſſance , afin de forcer
le Public d'acheter d'eux le droit d'en
jouir ; dans ce cas , ils ſe ſont contenté
de les indiquer. Ce Dictionnaire offre
même un article aſſez long d'inventions
nouvelles ; dans ce même article , on
s'éleve avec force contre ces pretendus
ſecrets , ufurpés par l'égoïſme & dérobés
à l'humanité par une baſſe cupidité. ,, A
,, la bonne heure que l'Auteur d'une
JUIN . 73
1776.
, découverte jouiſſe du fruit de ſes tra-
,, vaux; mais il devroit y avoir fingu.
liérement pour les arts , comme il y
,, avoit autrefois en Egypte pour la médecine
, un dépôt ſacré , dans lequel
l'inventeur d'un nouveau procédé fût
,, obligé d'en laiſſer par écrit les détails.
ود
و د
وو Ce dépôt feroit ouvert de temps en
,, temps , & tous les ſecrets dont les Au
"
رد
ود
"
teurs n'exiſteroient plus, feroient rendus
,, publics aux dépens de l'Etat , par la voie
de l'impreſſion , afin que les enfans de
l'Etat puſſent en profiter. De cette publication
réſulteroient pluſieurs avanta-
,, ges très- réels : d'abord chaque Citoyen
,, pourroit puiſer dans cette précieuſe
collection , des connoiſſances relatives
à ſes goûts & à ſes beſoins. En ſecond
,, lieu , la poſtérité profitant de ces connoiſſances
acquiſes , ne tourneroit fes
recherches que vers des objets qui ref-
" tent à connoître. Enfin ces Faſtes de la
ود
"
"
"
و د
ود
و د
ود
"
Nation feroient , à proprement parler ,
l'hiſtoire de l'eſprit humain. Ses progrès
dans les ſciences & dans les arts ſeroient
marqués par des époques fixes
&déterminées , qui ſeroient regardées
comme ſes différens âges. Il eût été
fans doute, bien à deſirer qu'en nous
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
و د
22
"
"
ود
و د
donnant le récit des batailles , des victoires
& des révolutions politiques ,
les Hiſtoriens euſſent pris le même ſoin
,, pour nous conſerver les différentes inventions
dues à l'induſtrie de nos peres.
Un tableau ſi intéreſſant jeteroit peut-
„ être aujourd'hui plus de lumieres fur
les recherches & les travaux des Artiftes
modernes ;& telle découverte qu'on
,, nous donne pour nouvelle , n'oſeroit
ſe montrer comme telle , s'il eût été
tenu regiſtre des anciennes. Au reſte ,
le projet dont nous parlons réuffiroit
moins par des voies de contrainte &
d'autorité , que par la douce inſpiration
des ſentimens patriotiques & le defintéreſſement
de chaque Citoyen. Quant
à fon exécution , elle doit être entiérement
libre & volontaire: ce ſera une
ود
و د
"
"
و د
و د
ود
"
"
ود offrande faite à l'autel du patriotiſme."
Quoiqu'il en foit de ces idées abandonnées
à la ſageſſe du Gouvernement , les
Auteurs du Dictionnaire d'induſtrie , ont
cru devoir préſenter par ordre alphabétique
, & réunir dans quelques pages tout
ce qui a été annoncé dans les papiers publics
, depuis environ quinze ans. Parmi
les objets d'induſtrie , il en eſt de pure
fantaiſie & de pure curioſité : mais il en eft
1
JUIN. 1776. 75
auſſi de vraiment utiles , dont les Auteurs
du Dictionnaire regrettent de ne pas
connoître les procédés pour en faire part
au Public. On voit à l'article vernis , qu'en
1771 M. Rofe , rue Mignon , à l'Hôtel
Turcan , annonça un vernis anglois , propre
àdonner de la fraîcheur & de l'éclat
aux tableaux , ſans être ſujet à jaunir , &
qui peut être enlevé , après nombre d'années
, avec une ſimple éponge mouillée
d'eau ; & en 1773 , M. Juliac , rue Bourgtibourg
, fit annoncer pareillement un
nouveau vernis en détrempe , qui s'enleve
avec une ſimple éponge & de l'eau
pure, au bout de quelques années. Les
Auteurs du Dictionnaire demandent fi ce
nouveau vernis eſt le même que le précédent.
Il ſeroit aiſé de s'en inſtruire;
mais vraiſemblablement ces deux vernis
ne different pas de celui dont, depuis
quelques années , on fait uſage en Italie.
Ce nouveau vernis n'a ni le défaut du
vernis ordinaire , qui eſt de s'attacher fur
la peinture , ſans qu'on puiſſe l'enlever
aiſément lorsqu'il a jauni , ni les incommodités
du blanc d'oeuf, qui fait gripper la
couleur. Il eſt tranſparent , il a de l'éclat ,
& on l'ôte ſans peine avec de l'eau. Ce
n'eſt autre choſe que de la gomme taca76
MERCURE DE FRANCE.
Mahacca diſſoute dans de l'eau chaude.
Les effets de l'aimant , les combinaifons
des nombres , des cartes , des jetons ,
différens tours de main , rempliſſent dans
ce Dictionnaire pluſieurs articles curieux ,
récréatifs , utiles - même , puiſqu'ils empêchent
qu'on accorde une admiration
ſtupide à une adreffe , dont tout le merveilleux
eft fondé fur l'ignorance de celui
qui regarde. On pourra ſe convaincre ici
que les tours des Charlatans les plus furprenans
au premier coup - d'oeil , font ,
dans le fond , les plus puériles. Un Opérateur
, par exemple , pour amufer fon
auditoire , annonce qu'il fera trouver dans
ſa poche la carte penſée par quelqu'un
de la compagnie ; rien fans doute de
plus merveilleux. Ecoutez ſon ſecret , ou
plutôt apprenez ſa fupercherie , & le prodige
s'évanouira. Il y a une perſonne de
la compagnie avec laquelle il s'entend :
il l'a prévenue d'avance qu'il a retiré
du jeu la dame de coeur , par exemple , &
qu'il l'a miſe dans ſa poche. Il donne
ce même jeu à cette perſonne , il lui dit
de penfer & de regarder une carte , &
de remettre le jeu ſur la table ; puis il
demande tout haut quelle eſt la carte
penſée ? la perſonne lui répond , ainſi
JUIN. 1776. 77
qu'il a été ſecretement convenu , que c'eſt
la dame de coeur : l'Opérateur lui dit de
bien regarder fi elle ne ſe trompe pas ,
& fi la carte eſt bien dans le jeu ; elle
aſſure qu'oui ; alors le prétendu forcier ,
fans toucher le jeu , lui dit: Elle n'y est
plus; la voilà dans ma poche: voyez fi
elle est dans le jeu ; & le confident du
forcier fait voir qu'elle n'y eſt effectivement
plus.
Le même Jongleur devinera , par une
autre ruſe , les differentes cartes que vous ,
& ceux de votre compagnie , aurez tirées
d'un jeu. Il a pour cet effet un jeu de
cartes qui , par le haut , eſt coupé plus
étroit d'une ligne que par le bas. Toutes
les cartes paroiſſent égales lorſqu'elles
ſont dans le ſens de leur coupe; mais fi
on en déplace une , deux , trois pour les
retourner du haut en bas , il eſt ſenſible.
qu'elles formeront des inégalités qui font
reconnoître les cartes choiſfies. Par exemple
, on fait tirer à une premiere perſonne
une carte dans ce jeu, & on obſerve attentivement
ſi elle ne la retourne pas
dans ſa main; ſi elle la remet comme
elle l'a retirée , on retourne le jeu , afin
que la carte tirée ſe trouve en ſens contraire:
fi elle la retourne dans la main ,
78 MERCURE DE FRANCE.
on ne retourne pas le jeu. La carte ayant
été remiſe , on donne à mêler ; après
quoi on fait tirer une ſeconde , & même
une troiſieme carte , en obfervant les mêmes
précautions ; après quoi , prenant le
jeu du côté le plus large , entre les deux
doigts de la main gauche , on tire avec
ceux de la droite ſucceſſivement les cartes
qui ont été choiſies par les trois différentes
perſonnes.
Une carte plus large ou plus longue
que les autres cartes du même jeu , eſt
encore d'un ſecours infini pour faire des
récréations amuſantes. On en rapporte
ici pluſieurs.
Rien ſans doute de plus abſurde & de
plus ſuperſtitieux que cette puiſſance attribuée
par l'imagination aux taliſmans :
mais auſſi rien de plus commun que cette
erreur populaire , enfantée par l'ignorance
& la crédulité , & qui ſe reproduit ſous
mille formes différentes: là , ce font des
plaques de métal rondes , triangulaires ,
&c. ailleurs , ce font des cheveux , des
poils d'animaux , des os , des poudres ,
de racines enchaſſées , &c. Les Grecs ,
les Egyptiens , les Romains , les Samothraces
& autres Peuples , y mettoient la
plus grande confiance ; & les cabinets des
i
JUIN. 1776. 79
A
Antiquaires ſont pleins de ces plaques
ou amulettes , qui portent des empreintes
aſtronomiques ou magiques. En 585
on attribua l'incendie général de Paris ,
à l'imprudence que l'on avoit eue d'enlever
de deſſous l'arche d'un pont , un
ferpent & une ſouris d'airain , qu'on regardoit
comme les deux taliſmans de la
Ville. Ne voyons nous pas encore des
empyriques débiter publiquement au peuple
dupe & crédule , des amulettes dont le
plus grand effet , ajoutent les Auteurs
du Dictionnaire , eſt de lui enlever le
peu de monnoie qu'il gagne à la fueur
de fon front ? Un tel préjugé ne peut-être
entiérement banni , que lorſque le bon
fens & la raiſon ſeront univerſellement
répandus , & l'on n'aura plus recours aux
taliſmans , que pour en faire un objet
d'amuſement , de l'eſpece de celui qui
eſt ici rapporté. Il faut avoir une petite
boîte triangulaire , dont chaque côté ait
environ quatre à cinq pouces de long ,
& dont le fond ſoit revêtu de métal.
Cette boîte ſera couverte d'une eſpece
de chapiteau , & fera ornée en dehors de
chiffres ou caracteres extraordinaires ,
pour donner au taliſman un air encore
plus myſtérieux. On aura différens mor -
1
5. MERCURE DE FRANCE.
ceaux de papier de même forme que la
boîte , & qui puiſſent y entrer exactement.
En tête de ces morceaux de papier,
feront écrites différentes queſtions
avec de l'encre ordinaire ; & pour écrire
la réponſe , on ſe ſervira de différentes
encres ſympathiques , (on en trouve les
recettes dans ce Dictionnaire) dont l'écriture
ne paroît qu'après avoir été expoſée
au feu ; obſervant à chaque mot de ces
réponſes , de vous fervir d'une encre
différente. On donne à choiſir une des
queſtions écrites ſur ces différents papiers
, & on annonce à la perſonne qu'en
mettant cette queſtion dans le taliſman ,
la réponſe ſera écrite au bas avec des
caracteres de différentes couleurs. En
effet , on a fait chauffer auparavant , affez
fortement , un petit triangle de métal ,
qui entre exactement dans la boîte. Lorsqu'on
en couvre le papier , & qu'on
ferme la boîte de fon chapiteau , la chaleur
du métal ſe communiquant au papier
, fait paroître tous les caracteres qui
y ont été tranſcrits. On pourroit mettre
deux papiers à la fois au fond du talisman
, & recommencer une feconde fois ,
ſi le triangle métallique avoit été bien
échauffé. Cette récréation , exécutée avec
intelligence ,
1
JUIN. 1776. 8
intelligence , eſt plus curieuſe & plus
amuſante qu'on ne fauroit le croire. On
peut s'en ſervir pour tirer un horoscope ,
donner la réponſe d'une énigme , faire
l'éloge d'une perſonne de la compagnie ,
&c.
Depuis quelques années , on a employé
la phyſique & la méchanique à
des objets amuſans & agréables. L'aimant
, fur tout , fournit à une infinité
de récréations. On en rapporte pluſieurs
dans cette collection. La Sirene Savante
a eu , dans ſon temps , beaucoup de célébrité
, & n'eſt pas une des moins ingénieuſes
de ces récréations ; mais elle
demande des préparations , qui font ici
décrites avec beaucoup d'exactitude.
1
Les jeux électriques forment auſſi dans
ce Dictionnaire , un article très- étendu.
Ils préſentent un ſpectacle plein de phé.
nomenes curieux , amuſans , intéreſſans ,
& modifiés de mille manieres, différentes
...
Une autre récréation , qui pourra intéreſſer
bien des perſonnes qui vivent
à la campagne , eſt la décoration des
jardins . Les Hollandois regardent dans
leurs jardins , comme un très - bel ornement
, des ifs , buis , ou autres arbriſſeaux
F
L
:
MERCURE DE FRANCE.
taillés en forme d'animaux ; ils y mettent
quelquefois des yeux d'émail. La
nature ſe prête difficilement à ces bizarreries
, qui ne peuvent jamais être d'une
grande élégance. Les perſonnes pour
leſquelles ces fingularités ont quelque
agrément , peuvent placer dans leurs parterres
des formes d'animaux , de ſtatues ,
ou de vaſes faits en fils de fer , remplir
ces moules de terre , & femer à travers
ces fils des graines. Lorſque la plante ſera
levée , on croira voit un animal de verdure.
Le perfil réuffit très-bien pour cette
imitation. On tient toujours au lieu dont
on vient , dit la Fontaine. Un Cuiſinier
du premier ordre , s'il faut én croire
Pope , avoit embelli fa campagne d'un
dîné , tel qu'on en ſert à la cérémonie
d'un couronnement. Ce Philoſophe célebre
, critique vivement ce goût fingulier ,
qui paroît s'éloigner de la nature ; & par
zele pour ceux qui font curieux de ces
fortes de merveilles , il en fait un catalogue
très -plaiſant : on voit entre autres
l'arche de Noé dont les côtés ſont en
affez mauvais état, faute d'eau : un St.
George en buis , dont un des bras n'eſt
pas tout à fait affez long, mais qui pourra
tuer le dragon au mois d'Avril prochain :
JUI N. 1776. 83
<
Y
Une Reine Elifabeth en tilleul , tirant
un peu fur les pâles couleurs , mais , à
cela près , croiſſant à merveille : une
vieille fille d'honneur en bois vermoulu:
pluſieurs grands Poëtes modernes
un peu gâtes : un cochon de haie - vive ,
devenu porte-épic , pour avoir été laiſſe à
la pluie pendant une ſemaine: un verrat
de lavande , avec de la ſauge qui poufſe
dans fon ventre: deux vierges en fapins ,
prodigieuſement avancées , &c. Il eſt cependant
des imitations auxquelles l'art
ne peut atteindre , ſans paroître ridicule.
On a vu des morceaux d'architecture ,
des théâtres exécutés en charmille avec
ſuccès , & dont le coup - d'oeil faifoit un
bel effet. Quant à la décoration des parterres
, on a beau vanter l'agrément des
parterres en broderie , les plattes-bandes
garnies de fleurs font toujours expoſées
à être nues , fur-tout dans l'arriere ſaiſon.
Les Auteurs du Dictionnaire difent avoir
vu chez un Curieux un parterre qui pouvoit
plaire en tout temps , & étoit auſſi
agréable en hiver que dans le fort de
l'été. C'eſt un genre de parterre à l'angloife;
mais formé & nué à grandes parties
, en gazons de diverſes couleurs ,
à-peu-près comme nos boîtes de differens
F
84 MERCURE DE FRANCE.
ors Une fleur -de - lys découpée formoit
ce parterre ; elle étoit compoſée de quatre
grandes pieces , dont l'une étoit en reygraſſ,
l'autre en petit gramen d'Eſpagne ;
& on fait qu'il y a deux cents eſpeces
de graminées , qui fourniſſent abondamment
de quoi choiſir pour varier ces
nuances de verd , dont l'une differe de
l'autre très - ſenſiblement. Cette variété ,
qui eft très agréable à l'oeil , jointe aux
fables colorés , produit un plus joli effet
que les buis toujours fales , & ſujets à
trop d'entretien. On donne ici une méthode
pour deſſiner les parterres ; un ta
bleau des fleurs qui , chaque mais , contribuent
à leur décoration , & un autre
tableau des arbuſtes propres à la décoration
des boſquets. Lorſque l'on veut
ſe procurer des boſquets charmans , on
doit principalement s'attacher , dans le
choix des arbres , à ceux qui donnent des
fleurs dans certain temps de l'année , &
les diſpoſer chacun , de maniere que tous
les mois un boſquet ſe trouve orné de
fleurs nouvelles. On n'eſt jamais embarraflé
dans le printemps ; c'eſt la ſaiſon la
plus riche en fleurs : mais il faut avoir
ſoin d'étudier les arbres qui donnent des
fleurs plus tard, afin que l'oeil ſoit touJUIN.
1776. 85
1
jours récréé par quelque objet nouveau.
Dans l'automne , il y a des arbres dont
les fruits colorés forment le ſpectacle le
plus agréable. Le tableau qui eſt ici
donné , indique les différens temps de
l'année ou les arbres , arbriſſeaux & arbuſtes
, qui forment les boſquets , ſe
couvrent de fleurs .
Les fecrets d'une pratique indiſpen.
fab'e pour les Agriculteurs , font ici trèsmultipliés
. Au reſte , il ne faut entendre
ici par ſecrets , que ce que les Auteurs du
Dictionnaire entendent eux - mêmes , des
procédés ou des recettes éprouvées , ignorées
du plus grand nombre , & qui cependant
ne doivent point être négligées ,
puiſqu'elles procurent des avantages
réels. Le recueil que nous annonçons
contribuera à les faire connoître de plus
en plus , & à les conſerver même pour
la poſtérité. Combien de choſes ſimples ,
& autrefois très-communes , ſe trouvent
aujourd'hui perdues par le non - uſage ,
parce qu'on a négligé de les récueillir ,
& que l'on s'eſt trop fié ſur la tradition.
Il y a dans les ſciences , & fur - tout
en phyſique , certaines découvertes qui
ont été oubliées , perdues même , & n'ont
été retrouvées qu'après plusieurs fiecles.
F 3. とい
86 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'indiquerons pas les différentes
claſſes de ſciences & arts qui ont fourni
des articles intéreſſans à ce Dictionnaire ,
parce qu'elles ont toutes été miſes à contribution.
Les Auteurs conduits par un
zele éclairé pour les progrès des ſciences ,
des arts & de l'induſtrie , & excités par
le deſir de former un recueil utile pour
tous ceux qui s'occupent plus des choſes
que des mots , ont puiſé dans les Mémoires
de différentes Académies , dans des Traités
particuliers , dans des Differtations
manufcrites ou imprimées. Ils ont même
extrait de différens Journaux & papiers
publics , des procédés qu'il fauten quelque
forte ſaiſir au paſſage , ſi on ne veut
pas les perdre pour toujours.
Nous sommes priés de prévenir le Lecteur
qu'il ne doit point s'étonner de ne pas
trouver dans ce Dictionnaire l'article fu.
cre, auquel on a renvoyé par mégarde ;
la fabrication du fucre étant trop connue
&décrite dans beaucoupde Traités particuliers.
Zabhet , ou les heureux effets de la Bienfaisance;
par Madame de B***. Vo-
Jume in 12 diviſé en deux parties.
A Paris , chez P. F. Gueffier , Imp.
Libr. au bas de la rue de la Harpe.
JUIN. 1776. 87
>
>
Zabhet , l'héroïne de ce Roman , mous
donne elle même ſon hiſtoire dans des
lettres, ou une eſpéce de journal qu'elle
envoye à Hortenſe , ſon amie. Les ſentimens
de Zabhet pour de Vormane , fon
amitié pour Hortenſe , ſon reſpect pour
ſes pere & mere , & fon empreſſement
à leur adoucir , par les plus tendres ſoins ,
l'état d'infortune où ils étoient tombés ,
nous peignent l'ame la plus aimante &
le coeur le plus ſenſible. Son exemple eſt
une leçon de conduite pout le commun
des jeunes gens qui cherchent à étourdir
leur vie dans un tourbillon de diffipations
,& qui ignorent que le vrai bonheur
ne peut ſe trouver que dans la pratique
de nos devoirs , & dans l'épanchement
des ſentimens que nous tenons d'une
nature bien ordonnée.
De Werghen , l'ami & le confident
des pere & mere de Zabhet , nous fait
voir auſſi , par ſa conduite , que les premiers
beſoins , ou du moins les plus
ſenſibles , font ceux d'un coeur bienfaiſant.
C'eſt pour mieux fatisfaire ces beſoins
, que de Werghen avoit étudié l'art
de la médecine. L'amour de ſes ſem-
ود
دو
د
"
blables , écrit Zabhet à ſon Amie , eſt
le flambeau qui éclaire M. de Werghen
dans les recherches de fon art. La na-
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
ture renferme en ſon ſein tout ce qui
,, peut perpétuer &détruire ſes ouvrages:
mais on diroit qu'elle ſe plaît à nous
dérober la connoiſſances des choses qui
,, nous font les plus falutaires. Il faut la
,, guetter ſans ceſſe pour parvenir à décou-
"
"
"
ود
ود
vrir ſes ſecrets. Ah! qui peut être capable
de cette application habituelle , fi ce
n'eſt celui qui met ſon plus grand bonheur
à être utile à l'humanité ? Notre
,, vertueux ami eſt ſûrement bien plus
,, heureux , quand , à force de foins , de
recherches & d'affiduité , il eſt parvenu
و د
ود à rappeller à la vie celui qui étoit au
,, moment d'en fortir, que ne pourroit
être un homme qui , après s'être ruiné
à la vaine recherche du principe de
l'or , auroit enfin trouvé le fecret d'en
"
"
و د
و د
و د
و و
و د
faire ? Le bonheur de M. de Werghen
,, augmente en proportion de l'otilité
dont peut être , ſur la terre , celui qui
grâces à fon art & à fes foins , l'habite
encore ". Ce digne Médecin étoit encore
l'ami le plus généreux , le plus tendre
, le plus compatiſſant des infortunés.
Les traits de ſa phyſionomie révéloient ,
au premier coup-d'oeil, les heureuſes dispoſitions
de ſon âme. Si je n'avois pas
,, le meilleur des peres , avoue Zabhet
ود
وو
à fon Amie , je regretterois de n'etre
JUIN. 1776. 89
{
}
,, pas la fille de M. de Werghen ; mais
,, je lui dois bien plus que s'il m'eût
و د
,
,
donné la vie." M. de Werghen en
effet avoit , par ſes généreux offices
confervé à Zabhet un pere & une mere ,
que la plus triſte ſituation auroit conduits
au tombeau. L'infortuné de Phalmord ,
c'eſt le nom du pere de Zaphet , emporté
par la jalouſie , avoit trempé ſes mains
dans le ſang d'un jeune homme , fils du /
Duc de ***. Obligé de fuir pour ſe
dérober aux pourſuites , il avoit été dépouillé
d'une charge de Préſident , qu'il
poſſédoit dans une Cour Souveraine , &
de tous fes biens. De Werghen , qui reconnut
dans Phalmord un homme plus
malheureux que criminel , l'accueillit
l'aida de ſes conſeils , lui préſenta des
motifs de confolation , & empêcha cette
famille , dénuée de tout fecours , de périr
de miſere. Mais avant de connoître
Werghen , Phalmord errant dans une
contrée éloignée , réduit à la plus affreuſe
néceſſité , & déſeſpéré de voir ſa femme
périr de beſoin , s'étoit rendu dans un
chemin écarté pour obtenir , par la force ,
un ſecours qu'il ne pouvoit plus attendre.
C'eſt cette circonſtance de fon infortune,
que Phalmord, dans une lettre à
Werghen , veut faire entendre à cet Ami ,
1
F5
90
MERCURE DE FRANCE.
qui , pour procurer à cette famille déſolée
des ſecours qu'elle ne rougît plus d'accepter
; & peut - être auſſi ſenſible aux charmes
de Zaphet, avoit demandé cette aimable
fille en mariage. ,, O mon Ami ! lui
و د
و د
"
ود
écrit de Phalmord, c'eſt préſentement
,, que je ſuis vraiment malheureux ....
Votre lettre , du commencement à la
fin , décele l'ardeur qui vous embraſe ;
,, vous êtes encore bien plus épris que
,, vous ne penſez: je connois trop l'amour
,, pour ne pas voir tout le votre. Pour
,, prix de vos vertus & de vos ſervices ,
," je vais donc vous livrer au malheur !
Un obſtacle affreux s'oppoſe... Hélas !
puiſque je ne vous ai pas moi - même
offert ma fille, comment n'avez - vous
,, pas compris que quelques liens terribles
retenoient dans mes mains le ſeul
préſent que je pouvois vous faire ? ...
Apprenez donc... Mais comment vous
révéler un ſecret auſſi odieux , auſſi
cruel ? ... Je n'ai pas balancé un inſtant
" (dès que vous me l'avez demandé ) à
, remettre entre vos mains celui de ma
„ vie: c'eſt vous en dire aſſez pour vous
"
"
و د
و د
ود
ود
و د
ود
”
१७
ود
faire comprendre de quelle nature eſt
l'horrible myſtère que l'honneur me
force aujourd'hui à vous dévoiler ....
Puis -je bien prononcer ce mot ſacré ,
JUIN.1776. 91
و د
ود
ود
"
22
22
quand il exiſte un être fur la terre à
,, qui j'ai donné le droit de me croire le
,, plus vil & le plus mépriſable ! ... Que
dis-je? il peut me croire un infâme ,
,, unaſſaffin; il m'a vu , menaçant ſa vie ,
lui demander ... Dans l'inſtant même ,
fans force , fans mouvement , fans connoiſſance
, je tombai à ſes pieds. Ce
,, généreux mortel, digne de vous être
comparé, defcend de cheval , vient à
,, mon fecours , remet entre mes mains
tout ce qu'il poſſede , me fait quelques
queſtions auxquelles je ne puis répondre
qu'en lui diſant: ma femme touche
à fon dernier moment , elle meurt faute
de ſubſiſtance , & c'eſt moi , c'eſt mon
affreuſe jalouſie qui l'a plongée dans cet
abyme de miſere ... Il me conſole ...
Je l'invite à me ſuivre ... Le temps le
preſſe... Il eſt forcé de me quitter , &
j'ai la douleur de le voir partir fans
avoir pu lui montrer la cauſe terrible
de mon affreux déſeſpoir. O le plus
vertueux & le plus fage de tous les humains
! Croyez vous à préſent pouvoir
devenirmon gendre ?Ma femme ignore ود encore le honteux excès oùmon amour
m'a conduit : elle croit tout vous devoir.
„ L'époque de notre connoiſſance fut
ود
29
"
ود
و د
و د
وو
"
"
29
29
و د
29
92 MERCURE DE FRANCE.
, celle de mon déshonneur... Je courus
ود chez vous dans le moment même où
,, je perdis de vue l'être généreux qui ,
و د
dans le fond de ſon coeur, me confond
,, peut - être avec ces miférables que le
و د
و د
و د
و د
و د
و د
ود
و د
fupplice appelle... Mon ame , aux priſes
,, avec le remords & le déſeſpoir , me
,, permit à peine de vous expliquer ce
,, que j'attendois de vous. Je vis , à votre
maniere de m'enviſager , que vous
doutiez de ma raiſon ... Je vous entraînai
vers ce lit de douleur , où ce
„ que le ciel a jamais formé de plus parfait
ſembloit prêt à rendre les derniers ſoupirs
, & une partie de la cauſe de mon
déſordre vous fut alors connue ; vous
comprîtes que l'époux d'une femme
,, auffi céleste , ne pouvoit, ſans perdre
l'uſage de ſa raiſon , concevoir ſeulement
l'idée d'en être ſéparé. Mais que
vous étiez loin cependant de pouvoir
imaginer toute l'étendue de mon affliction
! Quand on ignore l'ivreſſe des
paffions , on n'a point l'idée de la violence
des maux qu'elles peuvent produire
, ni des excès auxquels elles peu
vent emporter ... Il faut , jaloux , furieux
, avoir été , ainſi que moi , le
و د
D'
و د
ود
و د
و د
"
"
ود
1
ود cruel artiſan des ſouffrances de l'objet
JUIN1776.95
"
,, que l'on idolâtre , pour concevoir l'af
freux déchirement de mon ame , & le
" délire de ma raiſon." Il eſt trés - malheureux
, fans doute , d'avoir été néceſſité
à quelque action répréhenſible : le ſouvenir
peut enêtre long-temps douloureux ; mais
il ne doit y avoir de douleur éternelle que
pour ceux qui ſe ſont volontairement
écartés du droit chemin , ou pour ceux
qui ont eu la barbarie d'entendre gémir
le malheureux , ſans lui porter des ſecours
qui auroient pu le ſauver de l'opprobre ,
ou ſeulement de la misere. C'eſt une
partie des motifs qu'emploie de Werghen
pour relever le courage de ſon Ami. Il
parvient enfin à rendre le calme à fon
ame agitée , & à le faire conſentir à fon
union avec Zabhet. De Werghen aſſuré
du conſentement de Phalmord, ne chercha
plus qu'à obtenir celui de fon aimable
fille. Cet homme bienfaisant étoit
trop accoutumé à mettre ſa fatisfaction
dans celle des autres , pour pouvoir s'eſtimer
véritablement heureux par une jouisſance
qui lui feroit purement perſonnelle.
Il avoit même exigé de M. & de Mde
de Phalmord , leur parole d'honneur , que
ni directement , ni indirectement , ils
ne diroient rien à Zabhet qui pût lui
- faire ſoupçonner l'accord fait entre - eux.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
1
ود Tout à l'amour filial, leur écrit - il , en
,, parlant de Zabhet , ce tendre coeur ren-
„ fermeroit ſa répugnance & ſes ſoupirs ,
ود la crainte de vous contrifter , ne lui
,, permettroit pas de rejeter un choix
,, qu'elle croiroit le vôtre ; & quand fon
" conſentement ſeroit volontaire , du
„ moment que je ne pourrois pas le
» croire tel , je ne ſerois pas moi-même
,, heureux. " Le facrifice généreux que
de Werghen fait , par la ſuite , de fon
amour à un rival aimé depuis longtemps
, met dans tout leur jour les vertus
bienfaiſantes de cet homme eftimable.
Ce rival ſe trouve être le fils d'une Dame
de Vormane , chez laquelle Zabhet avoit
trouvé un aſyle durant les premieres
années de l'infortune de ſes parens. Le
jeune de Vormane avoit obtenu le coeur
de la ſenſible Zabhet , moins par fon es
prit , ſa figure , & les qualités extérieures
les plus aimables , que par ſon tendre
attachement à ſa mere, fon reſpect fi
lial , par ſes vertus enfin. La ſuite de cette
hiſtoire nous apprend que ce jeune homme
eſt le bienfaiteur dont Phalmord
parle dans ſa lettre , celui même qui
l'avoit fecouru dans le plus affreux défespoir
, & qu'il defiroit de connoître pour
JUIN 1776 95
ſe jeter à ſes genoux, lui faire part de
ſes remords , & obtenir un généreux pardon.
On peut , d'après ce court expoſé,
juger dans quelle ſituation dut ſe trouver
Zabhet , quand , par un heureux enchainement
de circonſtances , elle retrouva dans
le bienfaiteur de ſon pere , l'Amant dont
elle regrettoit tous les jours l'abfence ; &
qu'elle vit ce pere, dont elle partageoit
les chagrins , trouver la fin de ſes maux
dans les bras de ce fidele Amant. Si
ود
ود
} ,, ſentir c'eſt exiſter , écrit Zabhet à fon
Amie , j'ai fûrement plus vécu que la
„ plupart des jeunes gens qui atteignent
,, à la plus longue carriere. " De Werghen
qui, par ſes ſoins & ſes ſervices , venoit
de faire rentrer cette famille dans
ſes biens , pouvoit parler en faveur de
fon amour ; mais témoin de la tendreſſe
des deux Amans , il court embraſſer ſon
rival , rend à Phalmord le conſentement
qu'il lui a donné pour épouſer
Zabhet , & le ſollicite d'accorder ce
même conſentement à ſon premier bienfaiteur.
Mon cher Ami , s'écria le généreux
de Werghen , pourriez - vous
,, bien laiſſer tant de vertus fans récom-
>> penſe ?- Quelle ſera la vôtre ?-Leur
, bonheur , réplique cet homme inimi-
"
"
"
table."
96 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman ou cette Hiſtoire , écrit
avec ſenſibilité , & dont le ſtyle n'eſt
point dépourvu de chaleur ni d'intérêt ,
peut être mis entre les mains des jeunes
perſonnes. Heureuſes les meres qui trouveront
dans leurs filles les vertus que
l'Auteur de ce Roman s'eſt plu à raſſembler
dans Zabhet ! Celui qui éprouve
toutes les diſgrâces de la fortune , n'eſt
point encore à plaindre , s'il peut acquérir
un ami ou un bienfaiteur tel que le bon ,
le vertueux de Werghen nous eſt ici
dépeint.
Abrégé des élémens d'arithmétique , d'algebre
& de géométrie , avec une introduction
aux ſections coniques ; Ouvrage
utile pour diſpoſer à l'étude de
la phyſique & des ſciences phyſicomathématiques
. Par M. J. M. Mazéas ,
ancien Profeſſeur de Philofophie en
l'Univerſité de Paris , au Collége
Royal de Navarre. Volume in 12. A
Paris , de l'Imprim. de Ph. D. Pierres
rue St Jacques.
M. de Mazéas a publié précédemment
, en 1758 & 1761 , des élémens
d'arithmétique , d'algebre & de géométrie.
JUIN. 1776. 97
۱
1
trie. Il avoue , dans l'avertiſſement , placé
à la tête de l'Abrégé que nous annoncons
, qu'il regardoit ces élémens comme
étant eux-mêmes un abrégé d'une étendue
médiocre . Mais , dans les différentes éditions,
ils ſe ſont accrus & font devenus , C
à-peu-près , complets. Ceux qui veulent
s'adonner à l'étude de la géométrie n'ont
pas beſoin , dans les commencemens ,
d'entrer dans un grand nombre de détails.
Ils pourroient même être rebutés par la
quantité des matieres , laquelle entraîne
ſouvent des difficultés qui ne font pas
toujours à la portée des Commençans.
M. de M. a cru en conféquence devoir ,
- pour leur utilité , reſſerrer dans de juſtes
bornes ces élémens ; il les a réduits à ce
qui eſt ſimplement néceſſaire pour donher
des principes ſuffiſans d'arithméti.
que , d'algebre & de géométrie , & en
inſpirer le goût. L'Auteur a , dans l'abrégé
de ces élémens , conſervé l'ordre & la
méthode de ſon premier Ouvrage ; il s'eſt
appliqué à y faire appercevoir la même
liaiſon , le même enchaînement dans les
idées & les propoſitions. La table placée
à la fin de cet abrégé , eſt elle - même un
- extrait méthodique & raiſonné , dont une
lecture réitérée ſera très-utile aux jeunes
G
98 / MERCURE DE FRANCE.
Y
éleves , pour les accoutumer à prendre
l'eſprit & l'enſemble des chofes , à apprécier
& généraliſer leurs idées.
Discours fur différens sujets ; par M. de
Treſſeol , Docteur en Droit , Profeſſeur
d'Hiſtoire à l'Ecole Royale Militaire.
Volume in- 12. A Paris , chez
Knapen , Imprimeur - Libraire , au bas
du Pont Saint Michel.
ود
Le premier diſcours a pour objet l'uti.
lité de l'hiſtoire. „ Retracer la vie des
Empires dans leurs differens âges ; dé-
„ velopper les reſſorts des révolutions
„ en en ſuivant la chaîne ; diftinguer
dans les événemens l'ouvrage de la
„ politique de l'ouvrage du hafard , ou
ود
ود
"
و د
39
de la caufe cachée que l'on apelle
,, hafard; déterminer l'influence & des
loix & des moeurs & de tout ce qui
concourt à élever ou à détruire ; faire
fortir des faits l'inſtruction , cette instruction
, qui , en éclairant l'eſprit ,
s'empare de l'ame , & lui rend propre
l'expérience des ſiecles ; apprendre aux
Rois à regner , aux citoyens à gouver-
,, ner leur petit empire , je veux dire
و و
ود
" leur famille & leur héritage , à tous les
JUIN. 1776. 99
„ hommes à vivre : tel eſt l'objet de
,, l'hiſtoire , tels ſont ſes avantages. Elle
و د
ود
ود
ود
و د
ود
دو
eſt le témoin des temps , le dépoſitaire
des actions & des penſées , la lumiere
de la vérité , la vie de la mémoire ,
l'inſtitutrice des moeurs ; c'eſt ainſi que
l'Orateur philoſophe faiſoit l'éloge de
l'hiſtoire en retraçant ſimplement
ce quelle eft , perfuadé que l'ignorance
,, eſt le fléau le plus terrible des Peuples ,
& que la ſcience a une liaiſon intime
,, avec la vertu. L'hiſtoire eſt , de toutes
les connoiſſances humaines , la plus
„ agréable à acquérir & la plus utile à
cultiver , utile dulci. , L'hiſtoire , pour
nous ſervir de l'expreſſion de l'Orareur ,
tient l'homme par le plaiſir & l'intérêt ;
c'eſt auſſi ſous ces deux rapports qu'il la
confidere.
"
و د
M. de Treſſeol , dans un ſecond discours
, agite cette queſtion : Lequel des
deux , de l'Orateur ou du Poëte , doit
être préferé dans l'ordre littéraire ? ,, Le
,, goût des beaux - arts , nous , dit- il dans
• Historia testis temporum , lux veritatis , vita memorie
magistra vite , nuntia vetustatis. Cirer. lib. 2. de
Orat.
G2
100 MERCURE DE FRANCE .
1
.
ود
ود
ود
ود
fon exorde , eſt , après celui de la vertu,
le plus beau préſent que la Nature ait
fait à l'homme ; fans eux , il auroit éternellement
demeuré dans un état brut,
,, & il ſe ſeroit à peine traîné ſous le
,, joug accablant de la barbarie. Les
,, beaux arts l'ont poli & humaniſé. Je
"
ود
ne ſuis point ſurpris que la fable foit
allée les chercher dans l'Olympe , ces
arts amis de la ſociété , & les recevoir
" de la main des Dieux. L'imitation de
و د
ود
ود
21
la nature eſt le ſeul but des beaux arts ;
ils ont donc entre - eux de l'analogie&
de l'affinité ; & pour parler le langage
des Poëtes , les Muſes ſont ſoeurs. Le
même chef préſide à leur troupe divi-
, ne , & elles furent toujours honorées
toutes enſemble ſur les mêmes autels.
Les arts qu'elles protégent ſe tiennent
,, par la main comme les Grâces ; auffi
les a-t-on vus jeter tout à la fois le
plus grand éclat , lorſque la lumiere
des lettres a éclairé le monde. Il n'ya ,
pour s'en convaincre , qu'à obſerver
"
"
و د
و د
و د
و د
و د
les ſiecles littéraires . Les grands hom-
„ mes , dans tous les genres , ont preſque
, toujours été contemporains. La poëfie ,
dit Horace , eſt une eſpece de peinture :
l'on peut dire également que la peinture
JUIN. 1776. ΙΟΙ
1
eſt une forte de poësie. Il eſt aiſé de
, remarquer de pareils rapports dans les
,, autres arts : mais avec des qualités
, communes qui les uniſſent d'un côte ,
ود
"
ils ont un caractere particulier qui les
,, diftingue de l'autre, Leurs ſuccès demandent
des talens différens , & ils
,, ne doivent pas fans doute aſpirer aux
mêmes honneurs. C'eſt à la philoſophie
à les mettre dans la balance , pour leur
,, aſſigner le rang qui leur eſt dû dans
l'ordre littéraire. Il s'eſt pluſieurs fois
ود
دو
"
ود élevé des diſputes ſur leurprééminence ,
,, entre ceux qui les ont exercés . Le
,, Sculpteur a diſputé le pas au Peintre ,
" l'Orateur le diſpute au Poëte. Il eſt
,, trop naturel à l'homme de ſe paffion-
,, ner pour ſa profeſſion; & le même
,, préjugé , qui exagere à l'Artiſte l'excel-
ود
ود
ود
"
lence de fon art , l'empêche de ſentir
le prix des autres. Ciceron donne la
,, palme à l'éloquence: mais il étoit Orateur
; & , fi l'on en croit les critiques ,
il n'étoit pas né Poëte. En portant un
pareil jugement , il ſe vengeoit , fans
le vouloir , des talens que la nature lui
avoit refuſés. Aimons , comme lui , Pla-
,, ton; mais , comme lui , aimons davan-
,, tage la vérité. " Au reſte , M. de T.
و د
ود
و د
1
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
ne prétend pas ici s'aſſeoir ſur le Tribunal
pour prononcer lequel , de l'Orateur
ou du Poëte , doit être préféré dans la
hiérarchie littéraire, Il ne fait que monter
dans la Tribune pour plaider la cauſe
du Poëte. Il fait voir d'abord dans ce
diſcours , que l'éloquence n'a aucun avantage
qui ne lui ſoit commun avec la
poëfie ; il expoſe enſuite en quoi la
poësie lui paroît l'emporter ſur ſa rivale.
L'imitation de la nature eſt ici regardée
comme le ſeul but des beaux - arts ; mais
le but des beaux-arts eſt d'annoblir la pen.
ſée de l'homme , d'élever ſon ame , d'épurer
fon coeur par l'image ſenſible de la
perfection qu'ils lui préſentent ; & l'imitation
d'une nature choiſie , n'eſt qu'un
moyen qu'emploie l'Artiſte pour arriver
à ce but. Nous diſons une nature choiſie
, parce que nous regardons comme
Artiſte , ou digne de ce nom , celui - là
ſeul qui a fu raſſembler dans un même
objet les beautés que la nature , toujours
avare de ſes dons , a répandues fur plus
fieurs,
Dans un troiſieme diſcours , M. de
T. fait voir que le déſintéreſſement eſt
une des marques les moins équivoques
d'une grande ame, }
JUIN. 1776. 103
Ce volume eſt terminé par l'Eloge
d'Adrien Baillet , & celui du célebre
Jurifconfulte Cujas, Ce ſujet a été propoſé
par l'Académie des Jeux Floraux
de Toulouſe , pour prix d'éloquence.
Mais l'Eloge dicté par M. de Treſſeol
n'a point été envoyé au concours. Cujas
eut un rival de gloire dans Dumoulin ,
& l'Orateur en prend ici occafion de
faire le parallele de ces deux grands Jurifconfultes.
,, Ce que l'un fut dans la
„ Jurisprudence Romaine , l'autre le fut
رو
ود
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"
dans le Droit Coutumier. Ils acquirent
l'un & l'autre une égale célébrité : mais
avec une trempe différente de génie.
Dumoulin a l'imagination plus vive &
plus féconde : quelquefois il va par
,, bonds & par fauts ; c'eſt la fougue de
la force indomptable. Cujas a plus de
,, jugement & de méthode ; il va droit
à ſon but: c'eſt la ſageſſe de l'âge mûr.
Le premier étale ſes richeſſes ; le ſecond
entaſſe les ſiennes. Celui - là ,
plus fublime , s'évanouit quelquefois
dans ſes penſées ; celui - ci , plus
ferme , ſe poſſede toujours. L'un
échauffe plus qu'il n'éclaire: c'eſt le
volcan de l'éloquence ; l'autre éclaire
plus qu'il n'échauffe : c'eſt le flambeau
و د
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ود
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THE UNIVERSITY
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
"
de la raifon. Cujas eſt toujours avec
ſon Lecteur ; Dumoulin oublie quelquefois
le ſien. On admirera peut - être
davantage celui - ci ; on aimera peut-
,, être davantage celui - la. Cujas auroit
voulu avoir fait les Commentaires fur-
"
ود
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ود
21
la Coutume de Paris, fur les titres des
,, fiefs & des cenſives fur-tout, & les No-
,, tes de Dumoulin fur les autres Coutu
,, tumes ; Dumoulin auroit voulu avoir
fait les Paratiltes fur le code , les livres -
des obſervations , les commentaires fur
2 les nouvelles. Ce dernier eſt , ſuivant le
,, jugement de Ferriere , le Prince des
Jurifconfultes François; l'autre eſt le ود Prince des Commentateurs du Droit
,, Romain. Cujas l'emporte ſur Dumoulin
pour la diction; le ſtyle de celui- ci
eſt quelquefois inexact , incorrect &
même barbare ; la plume de celui-là
eſt toujours pure , élégante & facile,
Enfin , en mettant dans les mains des
Eleves du barreau les Ouvrages de l'un
& de l'autre , nous leur recommande.
rons , comme le Chancelier d'Aguesſeau
le recommandoit à ſon fils , de
lire ſans ceffe Cujas parce qu'il a
mieux parlé la langue du droit qu'aucun
Auteur moderne ,& peut-être auſſi
bien qu'aucun ancien. "
ود
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رد
ود
ود
ود
ود
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ود
१०
JUIN. 1776. 105
Mémoire fur une queſtion de géographiepratique
: ,, Si l'applatiſſement de la
و د
terre peut - être rendu ſenſible ſur les
,, cartes , & fi les Géographes peuvent
و د
le négliger , ſans être taxés d'inexac-
,, titude " ; lu à l'Académie Royale des
Sciences , en Juillet 1775, par M. Robert
de Vaugondy , Géographe ordinaire
du Roi , du feu Roi de Pologne ,
Duc de Lorraine & de Bar , de la Société
Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nancy , & Cenſeur-Royal,
Utilitas , justi propè mater & æqui.
Hor. lib. I. fat. I.
Brochure in-40. de 37 pages. AParis ,
chez l'Auteur , quai de l'Horloge , près
le Pont Neuf ; & Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint Jacques.
M. de Vaugondy obſerve , 1°. que la
quantité de l'applatiſſement de la terre
n'eſt pas exactement connue. Les diffé
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
rens degrés meſurés du méridien , donnent
des quantites qui différent entreelles
, & qui différent de celle qui eſt déduite
de la theorie , la terre ſuppoſée homogene.
Cette incertitude ſur l'élément
même , en rend l'emploi plus difficile.
2°. Il obſerve que quand on veut tracer
ſur une carte les differens degrés du
méridien , on fait feulement que ces degrés
croiffent en allant de l'Equateur au
Pôle; mais la loi n'en est pas fuffisamment
fixée. M. Bouguer en a ſuppoſé pluſieurs ,
& les différences de ces hypotheſes ſont
une nouvelle fource d'incertitudes,
• 3°. Il obſerve que la petiteſſe de cet
élément rend ſes effets inſenſibles fur les
cartes, à moins qu'on ne les faſſe ſur un
très-grand point . Il choiſit pour exemple
une carte qu'il ſuppoſe embraſſer
neuf degrés en latitude , depuis le 48€
juſqu'au 57°, & dix -huit degrés en longitude;
en donnant 25 pouces au degré ,
c'est - à- dire un pouce à la lieue , cette
carte aura 18 pieds 9 pouces de haut
& 15 pieds 6 pouces de large. La différence
des deux hypothefes de la terre
ſphérique ou ſphéroïde accourci , donne
8 ligne fur la latitude , & 2 pouces fur
la longitude , ou 2 lieues fur 303 , c'eſt
JUI N. 1776. 107
Ià
dire un d'erreur. Cette erreur eſt
moindre dans les poſitions intermédiaires
de la carte : mais en ne prenant ici
que les poſitions extrêmes , l'erreur qui
en réſulte eſt de quarante ſecondes ſur la
latitude , & de trente en tout fur la longitude
; cette erreur n'excede pas celle que
les obſervations comportent. Si l'on excepte
quelques Villes de l'Europe , telles
que Paris , Londres, où il y a des obſervations
conftantes & des obſervatoires fixes
, le plus grand nombre des autres poſitions
eſt aſſujetti à une pareille erreur.
Il ne paroît donc pas bien néceſſaire d'employer
un élément dont la quantité n'eſt
pas entiérement fixée , & dont les effets
ne ſurpaſſent point l'erreur des obſervations,
fur - tout ſi l'on confidere que dans
des cartes d'un plus petit point , ces effets
de l'applatiſſement de la terre ne feront
pas ſenſibles au compas.
Telles font les réflexions par leſquelles
M. de Vaugondy , jaloux des fuffrages
du Public , & fur- tout de la perfection
des cartes géographiques , ſe juſtifie de
ne pas employer cet élément. Les Géographes
qui ſe propoſeront de l'employer,
méritent cependant d'être encoura108
MERCURE DE FRANCE.
)
gés..,, On ne peut , ajoutent dans leur
, rapport les Commiſſaires de l'Acadé-
و د
و د
و د
ود
"
"
و د
ود
ود
mie , nommés pour examiner ce Mé
moire de M. de Vaugondy , exclure
une préciſion rigoureuſe , à laquelle
l'Académie tend ſans ceſſe par ſes travaux
; mais comme , dans le cas préſent
, cette préciſion eſt plus métaphyfique
que pratique , comme elle peut
être détruite par l'erreur inévitable des
obſervations , nous penſons qu'en applaudiſſant
aux efforts des Géographes
„ qui tenteront de tenir compte de l'applatiſſement
de la terre , l'Académie
., peut continuer à regarder comme bonnes
les cartes où cet applatiſſement eſt
„ négligé , & nous croyons qu'elle peut
accorder fon fuffrage & fon approbation
aux réflexions de M. de Vaugondy.
"
"
و د
و د
"
و د
Bibliotheque universelle des Romans , Ouvrage
périodique , dans lequel on donne
l'analyſe raiſonnée des Romans
anciens & modernes , françois , ou traduits
en notre langue ; avec des anecdotes
& des notices hiſtoriques &
critiques concernant les Auteurs ou
leurs Ouvrages , ainſi que les moeurs ,
JUIN. 1776. 100
les uſages des temps , les circonſtances
particulieres & relatives , & les perſonnages
connus , déguiſés ou emblé
matiques.
Cet Ouvrage périodique eſt compoſé
, par année , de 16 volumes in 12 ,
chacun de neuf feuilles au moins d'impreſſion
, rendus à Paris 24 liv. , &
en Province , port frane par la poſte ,
32 liv. On ſouſcrit en tout temps chez
Lacombe , Libraire , rue Chriſtine.
Cet Ouvrage à commencé au I Juillet
1775 , & fa premiere année ſera révolue
au dernier Juin 1776.
Les Romans font , chez toutes les Nations
, le miroir des paſſions , le tableau
fidele du coeur humain , & renferment
enoutre la tradition précieuſe des uſages ,
des moeurs , du coſtume , de la maniere
de voir , de ſentir , d'agir & de s'exprimer
des temps dont ils parlent , ou , tout
au moins , des temps où ils ont été écrits.
Nous avons en ce genre une richeſſe nationale
qui eſt telle , qu'aucun autre Peuple
n'en poſſede , & , peut- être , n'en
ſoupçonne une ſemblable.
Avant la publication de la Bibliothe
que univerſelle des Romans , il n'y avoit
110 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'un très - petit nombre de Curieux qui
connuſſent & l'étendue iramenſe de cette
branche de littérature , & fes rameaux
les plus rares. Peu de perſonnes , par
exemple , avoient en leur poffeffion ceux
de nos Romans qui ſont d'une certaine
vétuſté ; & tous n'avoient pas le courage
de déchiffrer des livres ou des manuscrits
très- volumineux, imprimés ou écrits en
caracteres gothiques , chargés , le plus
ſouvent , d'abréviations bizarres. Auſſi
peu de Lecteurs étoient- ils en état de
ſe former une idée nette d'un ſi riche
fonds , ni de profiter des lumieres qui
pouvoient réſulter de fon examen.
Il falloit les reſſources d'une bibliothe
que immenſe en tous les genres ; il falloit
les lumieres & le zele étonnant d'un
homme diſtingué & profond dans toutes
les parties de la littérature , pour réaliſer
ce plan d'ouvrage ſi conſiderable dans ſon
étendue & dans ſes branches.
ود
" La plupart de ceux qui n'ont pas
fait une étude approfondie de nos an-
„ tiquités , (écrivoit M. de Sainte Palaye
en 1753) ont peine à regarder notre
Chevalerie comme une inſtitution ſérieuſe
, encore moins comme un établiſſement
politique & militaire , dont
"
ود
ود
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JUIN. 1776. 11
و د
39
و د
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و د
و د
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"
و د
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, l'hiſtoire eſt liée néceſſairement à celle
de la Nobleſſe & de la Milice Fran-
„ çoiſe. C'eſt , à leurs yeux , un ſyſtême
bizarre , imaginé par nos anciens Romanciers
, pour fervir de fondement à
leurs fictions. Mais la lecture réfléchie
des anciens Romans comparés avec
les divers monumens & témoignages
hiſtoriques , nous force d'en porter un
jugement plus conforme au vrai. Le
tableau que cette étude nous offre , eſt
une partie intéreſſante & peu connue,
des moeurs de nos Ancêtres. On re-
,, marque dans cette portion de leurs
uſages un contraſte ſingulier de religion
& de galanterie , de magnificence &
,, de ſimplicité , de bravoure & de ſous
miſſion ; un mélange d'adreſſe & de
force , de patience & de courage , de
belles actions produites par un motif
chimérique , & de fonctions preſque
,, ſerviles , annoblies par un motif élévé
Moeurs à la fois groffieres & reſpectables
, auſſi dignes d'être étudiées , furd
,, tout par un François , que celles des
و د
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و د
و د
ود
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و د
"
و د
Grecs ou des Orientaux ; moeurs com-
,, parables en bien des points , & même
ſupérieures en quelques- uns , a celles des
,, temps héroïques chantés parHomere. "
112 MERCURE DE FRANCE.
Le beau ſexe jouant le plus grand rôle
dans cette collection de fictions ingénieuſes
, il étoit naturel qu'il y prſt un
intérêt direct. En effet , dans le monde
tel qu'il eſt , ou dans l'hiſtoire exacte qui
le repréſente , les Dames rempliſſent , de
temps à autre , un rôle important ; mais ,
dans un Roman , elles regnent , pour
ainſi dire , fans partage. Un sentiment
univerfel a inſpiré , appris & confirmé
aux Ecrivains de tous les temps & de
tous les lieux , que les Dames font ,
en ſecret ou à découvert , la baſe de
l'intérêt que tout homme civiliſé prend
à une fiction d'une certaine étendue
A ce point viennent correſpondre tous
les Ouvrages de Théâtre , fruits heureux
d'imaginations romaneſques , &
les Romans eux- mêmes , fruits précoces
d'une imagination digne ſouvent
de figurer ſur la ſcene théâtrale , &
qui lui fournit tous les jours les ſujets
les plus riches.
Au reſte , la ſcene varie ſouvent dans
la Bibliotheque des Romans. On ne s'y
occupe pas toujours de tournois & de
Chevalerie. On a ſoin de promener l'attention
du Lecteur ,tantôt ſur les plus curieuſes
fictions , en tout genre , qui ſoient
forties
JUIN. 1776. 4 113
ſorties de l'heureuſe fécondité des Grecs
&des Latins; tantôt ſur ce que les Modernes
, Nationaux ou Etrangers , ont
écrit de plus ingénieux , de plus ſpirituel
, de plus moral , de plus inſtructif
& de plus attrayant , ſoit en faiſant un
mêlange adroit de l'hiſtoire & de la
fiction , ſoit en captivant notre intérêt
par les feules forces d'une imagination
toujours active & toujours foutenue.
Quoique cet édifice n'ait en effet d'autre
baſe réelle que l'imagination , on
peut dire que tous les acceſſoires en font
folides , & que l'enſemble n'a rien de
frivole. C'eſt , en général , une excellente
école de bravoure , de loyauté , de fermeté
, de conſtance , de toutes les vertus
civiles & militaires. C'eſt une peinture
fidelle des uſages des fiecles paſſés , &
quelquefois du fiecle préfent. Chaque article
, d'ailleurs , eſt rédigé avec beaucoup
de décence & de reſpect pour les moeurs :
il eft accompagné de préambules & de
réſumés inſtructifs , où l'on ſaiſit le rapport
de la fiction avec l'hiſtoire , & ou
l'on apprend nombre d'anecdotes intéreſſantes
, relatives à chaque Roman &
à fon Auteur.
Nous allons expoſer un tableau rapide
H
THE
114 MERCURE DE FRANCE.
1
:
1
des Ouvrages compris dans les ſeize volu
lumes de cette premiere année. Les années
ſuivantes acquerront encore un
nouvel intérêt par les Romans étrangers
les plus finguliers que les Rédacteurs
font entrer dans le plan de cette Bibliotheque.
Tout l'Ouvrage eſt partagé en huit
claſſes , que l'on réunit, autant qu'il eſt
poſſible , dans chaque collection de deux
volumes,
Les articles qui ont paru ſous les yeux
du Lecteur depuis le 1er Juillet 1775 ,
juſqu'au mois de Juin 1776, font :
PREMIERE CLASSE. ROMANS TRADUITS
DU GREC ET DU LAΤΙΝ.
Les affections de divers Amans , par
Parthenius de Nicée , ancien Auteur
Grec , miſes en françois en 1555. Ce
livré eſt un recueil d'hiſtoriettes tirées
des Fables Milésiennes , ou écrites dans
le genre de ces fables.
Les Narrations d'amour , de Plutarque.
Elles offrent différens traits intéreſſans ,
tirés des Ouvrages de cet Hiſtorien Philofophe.
L'Ane d'or d'Apulée , Philofophe
JUIN. 1776.1 115
"
Médecin , contemporain de Marc - Aurele.
Le ſujet de l'Ane d'or a été auſſi
traité par Lucius & par Lucien. L'original
de cette fiction ingénieuſe , qui eſt
ſouvent une ſatyre du vice , faiſoit peutêtre
partie des anciennes Fables Miléſien-
Ce qui diſtingue principalement
L'Ane d'or d'Apulée , c'eſt l'épiſode touchant
& à jamais célebre des Amours de
Cupidon & de Psyché.
nes.
Le vrai & parfait Amour , traduit du
grec d'Athénagoras , Philoſophe Athénien
& Chrétien , qui vivoit ſous Marc-
Aurele & Commode. Ce Roman , qui
contient les amours honnêtes de Théogenes
& de Charides ; de Phérécide & de Mélangenie
, eſt ſur - tout curieux par l'exactitude
avec laquelle l'Auteur décrit les
cérémonies , les triomphes & les monumens
publics des Romains.
Les amours pastorales de Daphnis &
Chloé , traduites du grec de Longus , par
Amiot ; Ouvrage charmant , connu de
tout le monde. Il a fourni la Comédie
des Amans Ignorans , par Autreau ,
l'Opéra auquel on a donné fon nom , &
pourroit être le ſujet d'un Poёте. Се
Roman a acquis encore un furcroît de
célébrité parmi nous , par les deffins dont
7
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
le Duc d'Orléans , Régent , l'a orné.
Une note curieufe accompagne l'extrait
de cet Ouvrage.
Le prince Erastus ou les ſept Sages de
Rome. Fiction intéreſſante , qui doit paroître
une des plus fingulieres productions
de l'eſprit humain. Elle eſt parvenue
des ſiecles les plus reculés juſqu'à notre
âge, en paſſant par une infinité de langues&
de formes différentes. Ce livre,
Telon M. l'Abbé Maſſieu , doit avoir
d'abord été écrit en Indien , & eſt probablement
l'Ouvrage de Sandaber. On y
reconnoît la marche & le caractere des
imaginations orientales. Il eſt remarquable
, en ce que c'eſt une Reine qui fait
affaut d'eſprit & de ruſes contre fept
Sages , occupés à défendre le Prince Erastus
, leur éleve.
Histoire de Zarine & de Stryangée. Ce
morceau eſt du plus grand intérêt , peu
connu , & bien digne de l'être. C'eſt un
fujet trés - heureux pour un beau ſpectacle.
Les amours de Leucippe & de Clitophon ,
traduit du grec d'Achilles Tatius. L'intérêt
de ce Roman ſemble augmenter
par lapréciſion de l'extrait qu'on en fait ,
cet intérêt y étant plus raſſemblé que
JUIN. 1776. 117
dans l'Ouvrage original. Une note curieuſe
diſcute les queſtions d'époques ,
- & d'autres points de critique & d'hiſtoire
relatifs à l'Auteur du Roman & au Roman
même.
;
L'Utopie , de Thomas Morus , Chancelier
d'Angleterre , ou idée d'une République
heureuſe. C'eſt un fiction , c'eſt
un rêve : mais le rêve d'un Homme de
bien & d'un Homme d'Etat.
La note hiſtorique & critique ſur
Thomas Morus , répand beaucoup d'intérêt
& de lumiere ſur cet article. Elle
eſt auſſi d'un Homme d'Etat , qu'il eſt
bien facile de reconnoître à ſon goût &
à ſon érudition .
Les amours de Théagene&de Chariclée ,
par Héliodore , Evêque de Tricca , en
Theſſalie, Ce Roman ingénieux , mais
d'une chaleur foible , traduit du grec ,
d'abord par Amiot, puis par un Ecrivain
› plus moderne , a eu parmi nous un grand
nombre d'éditions. On obſerve dans l'extrait
, que Racine , Gabriel Gilbert & M.
Dorat, ont tenté d'en mettre le ſujet ſur
la ſcene tragique ; que Duché en a fait
un Opéra; & que Hardy avoit trouvé
dans ce Roman le ſujet de huitTragédies
en cinq actes. 1 234
1
ر
Η 3
118 MERCURE DE FRANCE.
Ismene & Ifménias, Roman très - intéreffant
d'Eumathius ou d'Euftathius , pu
blié , traduit & réimprimé un grand nombre
de fois .
Les amours d'Abrocome & d'Anthia.
Ce Roman, dont l'original eſt en langue
grecque , eſt peut - être un peu trop compliqué
; cependant il attache encore plus
par les faits que par les détails.
DEUXIEME CLASSE. ROMANS DE
CHEVALERIE.
Merlin. C'eſt le premier Roman de
Chevalerie , la ſource des autres Ouvrages
de ce genre. On y remarque une imagination
feconde , & ſouvent une heureuſe
naïveté de ſtyle. On releve dans les obſervations
ſur le Roman de Merlin , les
aſſertions fauſſes de pluſieurs Ecrivains
fur ce célebre & fingulier perſonnage
On y donne une juſte idée de ſes prophéties
, &c. &c.
Le Saint Greaal ; c'est-à-dire la Sainte
Portion , ou l'écuelle de Jéſus - Chriſt ,
affis à table avec les douze Apôtres . Le
Romancier ſuppoſe que Joſeph d'Arymathie
, propriétaire de cette précieuſe
relique , la tranſmit à ſes deſcendans , &
JUIN. 1776. 119
qu'elle devint une forte de taliſman , inhérent
à la Table ronde , au moyen duquel
cette table ſe trouvoit miraculeufement
couverte de toutes fortes de mêts.
La queſte , ou recherche du Saint Greaal ,
par les Chevaliers de la Table ronde ,
eſt l'action principale de ce Roman.
Lancelot du Lac , Chevalier de la Table
ronde. Ce Roman de Chevalerie , ainſi
que tous ceux de ce genre , contient la
plus fidelle hiſtoire des moeurs anciennes ,
depuis l'époque de la décadence de l'Empire
Romain. C'eſt une mine féconde de
caracteres & de traits finguliers & variés.
L'intrigue amoureuſe de Lancelot du Lac
& de la Reine Genievre , femme du
Roi Artus , eſt des plus intéreſſantes.
Perceval le Gallois , Chevalier de la
Table ronde. Le Héros de ce Roman of
fre un caractere d'une phyſionomie toute
particuliere. L'Auteur en fait un guerrier
d'une éducation fort inculte , de moeurs
ruſtiques , d'une franchiſe bruſque , & ,
malgré tout cela , d'une bravoure &d'une
loyauté à toute épreuve. Perceval , pour
n'être pas toujours préſenté du côté ſérieux
, n'en eſt que plus intéreſſant ; &
cette invention d'un caractere mixte , &
abſolument inattendu , releve aſſurément
1
H4
120 MERCURE DE FRANCE.
le mérite de ce Roman de Chevalerie
qui eſt fort ancien.
Perce - Forêt , Roi de la Grande - Bretagne.
Il y a peu d'action & d'unité
d'intérêt dans ce Roman de Chevalerie.
Mais il eſt ſemé de détails qui amuſent
ou qui attachent le Lecteur. De ce nombre
ſont la deſcription finguliere du Boffu
de Suave , & de fa maniere étrange de
combattre ; & l'épiſode intéreſſant de la
belle Pucelle Neronès , qui ſe déguiſe
en homme pour ſuivre ſon ami Pernéhan
, & qui le ſert en qualité d'Ecuyer
ſans qu'il la reconnoiſſe.
Meliadus de Léonnois. Roman rempli
d'incidens récréatifs & curieux. C'eſt un
des Ouvrages qui renferment le plus de
notions ſur les Chevaliers de la Table
ronde.
Histoire du Chevalier Tristan , fils du
Roi Méliadus de Léonnois. L'extrait qu'en
donne la Bibliotheque des Romans , & qui
eſt l'un des plus agréables & des plus
intéreſſans ce ce recueil , eſt l'ouvrage
d'un homme de qualité , diftingué par
ſes ſervices & ſes grades militaires , à
qui ſes talens & l'étendue de ſes connoiſſances
, ont mérité une place dans
pluſieurs Académies. Après ces renfei- 1
3
JUIN. 1779 121
1
gnemens , il feroit inutile de taire fon
nom. On faura donc que M. le Comte
de Treſſan eſt l'Auteur de cet extrait ,
auffi curieux qu'amuſant.
Ifaïe le Triste. L'extrait eſt du même
homme de qualité qui a donné celui de
Tristan. Ce Roman nous dépeint les vertus
groffieres & les moeurs d'un ſiecle
barbare.
TROISIEME CLASSE. ROMANS
HISTORIQUES.
Le Triomphe des neuf Preux. C'eſt
l'hiſtoire ( traitée romaneſquement ) de
divers perſonnages , dont les uns appartiennent
à la Bible , les autres aux temps
héroïques chantés par Homere, les autres
à l'hiſtoire de France & de la Grande-
Bretagne. On y diftingue ſurtout l'histoire
de la jeuneſſe du célebre Bertand
du Gueſclin.
Histoire Secrette des Femmes galantes
de l'antiquité. L'Auteur commence par
les Divinités du Paganiſme , dont il a
retranché tout le merveilleux , pour y
ſubſtituer des intrigues galantes plus vraiſemblables.
Les Impératrices Romaines. Cet Ou-
L
と
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
vrage préſente des tableaux variés ,
& eft rempli d'aventures où l'amour
joue toujours le premier rôle. Il faut
lire l'avis qui eſt à la fin du ſecond vol.
d'Octobre 1775.
Artamene, ou le Grand Cyrus , par
Mademoiselle de Scudery. Rien de plus
grand , de plus noble , de plus fierement
deſſiné que le caractere de ce Héros. Il
regne dans ce Roman (peut-être trop furchargé
d'éſpiſodes ) le plus magique intérêt.
Le défaut dont nous parlons , diſparoît
abſolument dans l'extrait qu'en donne
la Bibliotheque des Romans , où ces épiſodes
ſont ſupprimés. Les vertus héroïques
du Cyrus de Mademoiſelle
de Scudery , les ſentimens , les procédés
& les actions vraiment magnanimes
qu'elle lui prête , font quelquefois tolérer
la faute qu'elle a faite de traveſtir en
Soupirant un perſonnage que l'hiſtoire ne
préſenta jamais tel.
Amendorix & Celanire , Hiſtoire Celtique.
Dans l'extrait qu'on a donné de
cet Ouvrage, on en a décompofé la marche
qui , dans l'original , eſt fort embrouillée
& furchargée d'épiſodes. Les
notes qui l'accompagnent font très-remarquables
, par les lumieres qu'elles
répandent ſur la partie hiſtorique.
JUIN. 1776. 123
Intrigues galantes de la Cour de France ,
depuis Pharamond juſqu'à Louis XIV.
C'eſt un mélange de fiction & de vérité.
L'Hiſtoire , dans cet Ouvrage , eſt plus
reſpectée vers les derniers temps ; on y
trouve même des anecdotes très-réelles &
très-dignes d'être recueillies. Il faut faire
attention aux notes , dans lesquelles le
Rédacteur , trés - inſtruit , indique les
Romans relatifs à chaque regne : il laiſſe
même entrevoir le deſſein de tracer dans
cette curieuſe collection , l'Hiſtoire de
France & celle de nos Rois , par une
analyſe raiſonnée & ſuivie des Romans
qui exiſtent. Plan nouveau , très - intéresfant
& très - deſirable.
Amours d'Afpafie de Milet. Ce Roman
eſt bien embelli dans cet extrait. L'homme
de goût qui a traité cet article , n'a
pas été fidele au plan de Madame de
Ville-dieu ; mais il a puiſé dans l'hiſtoire ,
dans Plutarque , dans les Philoſophes ,
dans les Poëtes , des traits & des détails
charmans qui peignent , avec beaucoup
de délicateſſe , les moeurs , le coſtume &
la galanterie des Grecs.
THE UNIVERSITY OL
124 MERCURE DE FRANCE.
QUATRIEME CLASSE. ROMANS
D'AMOUR.
L'Aftrée. Ouvrage connu ; mais on ne
connoiſſoit pas les éclairciſſemens fur
l'Aſtrée , par le célebre Avocat Patru ,
qui font très-curieux ,& qui ont été tirés
d'un manufcrit de cet homme célebre ;
ce qui donne un grand prix à l'extrait de
ce Roman .
Almahide ou l'Esclave Reine , par M.
ou plutôt par Mille de Scudery ; Ouvrage
très - intéreſſant & devenu rare. Les fameuſes
diſſentions des Zégris & des
Abencerrages , ne jouent nulle part un
plus grand rôle que dans ce Roman.
La Cythérée , Roman de Louis Marin,
ſieur de Gomberville ; Ouvrage d'unmérite
commun , mais enrichi , dans cette
collection , de notes curieuſes , & embelli
par l'élégante préciſion duRédacteur.
Zayde , Hiftoire Eſpagnole. La note
hiſtorique , très-détaillée & pleine d'anecdotes
, qui accompagne l'analyſe de cet
Ouvrage, n'eſt pas moins curieuſe , que
l'Ouvrage lui - même eſt intéreſſant.
La princeſſe de Montpenfier. Le précis
qu'on donne de cet Ouvrage de Ma-
こ
JUIN. 1776. 그림
}
dame de la Fayette, eſt du plus grand
intérêt.
La Princeſſe de Cleves. L'Hiſtoire de
cette production intéreſſante eſt détaillée
avec ſoin dans le préambule de l'extrait,
& donne plus d'importance au Roman
même.
1
La Comteffe de Tende , autre Roman
de Madame de la Fayette , écrit avec
toute la délicateſſe de l'eſprit , & toute
l'énergie de la paffion. Une note raiſonnée
fait bien ſentir le mérite de ce charmant
Ouvrage.
Hiſtoire des Fratricelles , Conte de Madame
de Ville-dieu. La note qui en précede
l'extrait contient les recherches les
plus curieuſes ſur la vie de cette Dame :
on y voit qu'elle puiſoit le ſujet de la
plupart de ſes Romans , moins dans fon
eſprit, qui étoit fort agréable , que dans
fon coeur , extrémement ſenſible & tendre
, & qui la rendit plus d'une fois
l'héroïne d'une aventure trop fameuſe.
Carmante. Roman tiré de l'histoire
grecque , par Madame de Villedieu. Cet
article eſt devenu piquant par l'art du
Rédacteur , qui a ſimplifié l'action &
animé la narration .
UTNHE
126 MERCURE DE FRANCE.
2
CINQUIEME CLASSE. ROMANS DE
SPIRITUALITÉ , DE MORALE ET
DE POLITIQUE.
L'Histoire de Barlaam & de Fofaphat ,
Roi des Indes. C'eſt un Roman deſpiritualité.
Cet Ouvrage, compoſé originairement
en langue ſyriaque , eſt attribué
à Saint Jean Damaſcene. Unjeune Prince
*qui a le courage de s'affranchir des pieges
de la ſéduction , & qui ſe laiſſe conduire
par les lumieres de la raiſon & de la
foi chrétienne: telle eſt la fiction de ce
Roman.
Les aventures étranges de Lycidas& de
Cleorithe. Cet Ouvrage eſt , pour le fond ,
une forte d'imitation du Roman précédent;
les détails ſeuls endifferent. L'Auteur
n'y épargne pas les tentations du
Démon contre l'innocence ; mais il fait
toujours triompher celle- ci de toutes les
attaques.
Les Aventures de Télémaque C'eſt le
chef-d'oeuvre (ſi connu) de M. de Fénélon.
Les obſervations qui en accompagnent
l'extrait , renferment des anecdotes
peu communes & fort intéreſſantes. On
a joint quelques morceaux moins conJUIN.
1776. 197
nus , mais non moins intéreſſans , du
même illuſtre Auteur , & qu'il avoit
compoſés pour l'éducation de Mgr. le
Duc de Bourgogne. Rien de plus moral
& de plus philofophique que ces hiſtoriettes
, qui étoient preſque oubliées ;
rien de plus agréable en même temps ,
par le charme du ſtyle & du ſentiment.
,
Pèlerinage de Colombelle & de Volontairette
vers leur Bien Aimé , dans Féru-
Salem. L'intérêt de ce Roman de ſpiriritualité
conſiſte dans les caracteres différens
de Colombelle qui eſt douce
réfléchie , docile & prudente ; & de
Volontairette qui eſt légere , inconfé
quente , capricieuſe. Les aventures des
deux foeurs & leurs deſtins naiſſent de
leurs humeurs. Elles font bien contrastées
& bien préſentées.
La Cyropédie, ou l'Hiſtoire de Cyrus ,
par Xénophon. On s'eſt ſervi , pour l'extrait
de cet Ouvrage, de la traduction )
de Charpentier , en regrettant que celle
que prépare en ce moment un Homme
de Lettres fort eſtimable , ne fût pas encore
publiée. L'intérêt de la Cyropédie
eſt plus chaud dans l'extrait que dans
l'Ouvrage entier , où les divers détails
de morale & d'inſtitution que Xénophon
1
128 MERCURE DE FRANCE.
avoit principalement en vue de placer
dans ſon livre , nuiſent fort à cet intérêt.
On lit à la tête de l'extrait , des recherches
très - curieuſes ſur l'Ouvrage & fur
le Traducteur.
Les Voyages de Cyrus , par M. de
Ramſay. C'eſt un Roman du même but
moral que la Cyropedie , c'est-à-dire , un
plan d'inſtitution propre à former un
jeune Prince. Dans l'analyſe qu'on en
donne , on fait voir les beautés & les
défauts de cet Ouvrage. On trouve à
la ſuite , le précis des critiques & des
réponſes auxquelles cet Ouvrage donna
lieu dans le temps ; entr'autres une
lettre du Pere Vinot , de l'Oratoire ; lettre
fort curieuse & bien écrite.
Romans de M. Camus , Evéque de
Belay. On s'eſt bien gardé d'analyſer
la totalité de ces Romans de ſpritualité,
qui font tombés dans un juſte oubli.
Mais , dans une courte notice , on fait
connoître le genre d'écrire & de s'exprimer
de leur Auteur , qui , malgré fon
mauvais goût , ne manquoit pas d'eſprit.
Les Romans analyſés , font :
La mémoire de Daric , où se voit l'idée
d'une dévotieuſe vie & d'une religieuse
mort.
Palombe ,
JUIN. 17768 128
Palombe , ou la Femme honorable.
Diotrephe , Histoire Valentine.
Aristandre , Histoire Germanique.
Le Pentagone historique , montrant en
cinq façades autant d'accidens signalés.
Ce Pentagone & ces cinq façades font
du ſtyle figuré , & font l'annonce ou
le titre métaphorique d'un recueil de
cinq fictions de ſpiritualité d'un but
moral. La premiere eſt intitulée : Herman
on l'amitié fraternelle; la ſeconde ,
Herminia ou les déguisemens ; la troiſieme,
Pascal ou l'erreur excusable ; la
quatrieme , Félix ou la vertu reconnue ;
la cinquieme , Everard. Dans la ſeconde ,
le bon Evêque fait une ſortie fort vive
contre les grands Seigneurs qui , de fon
temps , (vers l'an 1620) traînoient après
eux des filles perdues fous des habits de
Pages , & contre les Dames de la plus
haute naiſſance , qui ſe faiſoient ſuivre
parde jeunes hommes vêtus en filles .
Argénis & Poliarque , célebre Roman
de Barclay. Duryer en a fait une Tragédie.
L'Argénis a été traduit une fois en
italien, en eſpagnol , en allemand , en
hollandois , & trois fois en anglois. Une
note curieuſe ſuit l'extrait.
Les pieuses recréations du Pere Angelin
THE UNIVERSITY OF
I
13 MERCURE DE FRANCE.
Gazée , de la Compagnie de Féfus , Oeuvres
remplies de Saintes joyeusetés , c .
Ces contes édifians & plaifans , par la
naïveté de l'invention & da ſtyle , ont
fait long-temps , dans toute la France ,&
font peut- être encore dans quelques Provinces
, l'amusement des perſonnes reli.
gieufes.
SIXIEME CLASSE . ROMANS SATYRIQUES ,
COMIQUES ET BOURGEOIS .
4
La Satyre de Petrone. C'eſt moins un
récit qu'une action. Tous les perſonnages
y font en mouvement , & même dans
une forte d'agitation convulsive , comme
il convient aux Acteurs d'une orgie &
aux Héros d'une débauche effrénée. La
Bibliotheque des Romans préfente des obſervations
importantes for Pétrone.
Le Roman Bourgeois de Furetière . Ta
bleau fidele & pittoreſque des moeurs de
la petite bourgeoiſie du fiecle paflé.L'Auteur
s'eſt même amuſé àpeindre juſqu'au
costume des modes.
Le Télémaque travesti , par M. de Marivaux;
Roman burlesque , fingulier &
très-peu connu. La notice que la Bibliotheque
des Romans donne fur cet AcadéJUIN.
1776. 131
!
micien , contient beaucoup d'anecdotes
curieuſes.
Roman Comique . Scarron reſpire tout
entier dans l'extrait que la Bibliotheque
des Romans en donne ; on l'y réduit
à ce qu'il a de plus ſaillant , & l'on
a ſoin d'employer les expreſſions de cet
Ecrivain fingulier. Les anecdotes qui le
> concernent ne font pas moins propres à
le faire connoître,
Histoire de Gargantua & de Pantagruel
par Rabelais. L'extrait& les notes donnent
la plus juſte idée de l'efprit , du
goût , du ſavoir &du génie de cet Auteur
, autrefois trop eftimé peut- être , au
jourd'hui trop négligé.
Les aventures extravagantes du Courti-
San Grotesque , de 1633 ou 1634. C'eft ,
parmi les Ouvrages modernes , le plus
ancien prototype de Calembourgs , à la
fuite de cet article , on trouve toute l'hif
toire du genre , & l'on fait que ce genre
> eſt devenu afſez en vogue de nos jours .
SEPTIEME CLASSE . NOUVELLES HISTORI
QUES ET CONTES .
Les Cent Nouvelles - nouvelles. Ces
Nouvelles , pleines d'imagination & de
12
132 MERCURE DE FRANCE.
gaieté, écrites du ſtyle le plus naïf , font
les plus anciennes que nous ayons dans
notre langue. Elles ont ſervi de modele
à la Reine de Navarre , & fourni des
ſujets à la Fontaine. Les Narrateurs de
ces Nouvelles étoient le Duc de Bourgogne
; le Dauphin , depuis Louis XI ; Jean|
de Créqui ; Gilbert de Lannoi; le Comte
de Châtellux , Maréchal de France ; Thibault
de Luxembourg ; Pierre Michault ;
&c. On a rapporté , à cet égard, nombre
de particularités hiſtoriques qui font
dignes d'être lues.
Les Nouvelles Françoises , par M. Segrais.
On donne, dans des notes , l'explicationdes
portraits allégoriques répandus
dans cet Ouvrage, & qui font ceux des
principales perſonnes de la Cour de MademoiselledeMontpenſier:
ce qui répand
d'autant plus d'intérêt ſur ces fictions
ingénieuſes.
Les cent Nouvelles de la Reine de
Navarre. La lecture de ces Contes agréables
augmente de prix , par l'intérêt de
la note fort étendue & fort curieuſe , qui
les accompagne dans la Bibliotheque des
Romans.
Contes, Nouvelles & joyeux devis, de
Bonaventure des Perriers. La notice cu
1
JUIN. 1776. 133
rieuſe qu'en expoſe la Bibliotheque des
Romans , eſt accompagnée de recherches
&d'anecdotes fur la vie & les ouvrages
de des Perriers , & des autres Valetsde-
chambre de la Reine de Navarre. 6
Nouvelles de Scarron. Ces Nouvelles
prouvent que Scarron avoit une philoſolophie
, une galanterie & un fentiment
qui le rendoient capable de réuſſir dans
plus d'un genre. Cet Auteur , gai jufqu'au
burleſque , ſe montre dans ces Nouvelles
bien différent de lui même ; il y
intéreſſe , il attendrit ſon Lecteur.
Nouvelles Africaines , par Madame de
Ville-dieu.
Dom Carlos , Nouvelle Historique. Il y
adans cette Nouvelle beaucoup d'imagination
& d'intérêt.
Les Illustres Françoiſes , histoire véritable.
On n'ignore pas que toute hiſtoire
qui s'intitule histoire véritable , eſt un
conte. Si l'on y ajoute ces mots , &remarquable
, c'eſt une tromperie de plus.
Au reſte , les Illuſtres Françoiſes de Gré.
goire de Challes , font très intéreſſantes
& remplies de détails de moeurs & de
* paffions ; elles ont fourni pluſieurs ſujets
✓ de Théâtre , tels que la Comédie de Dupuis&
DDeeffrroonnnnaaiiss,, ttrraitée ſi agréable-
-
134 MERCURE DE FRANCE.
ment & avec tant de ſuccès , par M.
Collé ; celle du Comte de Livry & de
Mademoiselle de Mancigny ; Sylvie ,
Tragédie Bourgeoife , &c.
Hiftoire du Comte de Vallebois & de Ma
demoiselle de Pontais .
CetteNouvelle , & celles qui ſuivent ,
du Comte de Livry & de M. Salvange ,
font tirées des Illustres Françoises , &
ſont d'un intérêt vif & preſſant , par
l'art ingénu avec lequel elles font préſentées.
HUITIEME CLASSE. ROMANS
MERVEILLEUX.
L'Histoire de Mélusine,
Ce Roman , ainſi que les plus anciens ,
fut écrit en vers avant de l'être en profe.
Il étoit déposé , manufcrit , dans les are
chives de la Maiſon de Luſignan , qui
rapporte fon origine à cette prétendue
Fée , fille du Roi d'Albanie.
Les Contes des Fées, de Mde d'Aul.
noy , de Mlle de la Force & de Mde
de Murat ; le Dauphin , Belle - belle , la
bonne Femme , le Palais de la vengeance ,
Contes charmans qui amuſent l'enfance ,
& qui font fourire la raiſon,
JUIN. 1776. 135
قود
1
Hiſtoires ou Contes du temps palé , avec
des moralités , par Perrault. Le ton naïf
& familier , l'air de bonhommie , la
ſimplicité qui regnent dans ces fictions ,
étoient bien propres à leur acquérir la
célébrité dont elles jouiffent.
L'adroite Princeſſe , ou les aventures de
Finette . L'Auteur inconnu de ce Conte ,
met en action ces deux principes : Que
l'oiſiveté eſt mere de tous vices ; & que défiance
est mere de fûreté.
Contes d'Hamilton. Le précis de ces
Contes , eſt très-propre à en laiſſer une
idée convenable , & à juftifier la grande
réputation de cet Ouvrage. Il eſt accompagné
de recherches ſur la vie & les
Oeuvres de l'Auteur.
(
Peau d'Ane , Conte de des Perriers ,
mis en vers par Perrault. Ce conte étoit
devenu fort rare ; il eſt du nombre de
ces productions fingulieres , dont le fort
eſt d'avoir beaucoup de cours , quoique
décriées , à certains égards,
Plus belle que Fée , Conte ; par Made.
moiſelle de la Force.
Gracieuse & Percinet , conte par la
même...
Perfinette , conte , par la même.
Verd & Bleu , conte , par la même.
:
14
136 MERCURE DE FRANCE.
۱
Ces quatre hiſtoriettes , dont la Féerie
eftl'ame , ſontdes fictions agréables , con
tées avec beaucoup d'eſprit & d'ingé
nuité.
L'Oiseau Bleu , de Madame d'Aulnoy ,
quelques Contes de Fées de Madame de
Murat , & les Lutins du Château de Kernoſi
, accompagnés , dans l'extrait qu'on
en donne , de notes intéreſſantes & de
poëſies légeres , qui décelent plus d'un
talent aimable dans l'Homme de goût
qui préſide à cet Ouvrage , terminent
agréablement le dernier volume de la
premiere année de cette collection.
En général , on s'eſt proposé , dans la
Bibliotheque des Romans , de procurer au
Lecteur un amusement exempt de fati
gue; & l'on a cherché à lui rendre plus
intéreſſant ce qui l'étoit déjà , en préſen
tant les objets ſous toutes les faces qui
comportent intérêt & curioſité , & qui
raſſemblent , preſque ſous un même point
✓ de vue , les agrémens de l'imagination ,&
les avantages réels des recherches hiſtoriques
& critiques. 1
* Anecdotes de la Cour & du regne
Article de M. de la Harpe
JUIN. 1776. 137
d'Edouard II , Roi d'Angleterre ; par
Madame J. M. D. T. & Madame E.
D. B. A Paris , chez Piſſot , Lib. quai
des Auguſtins .
Les deux premieres parties de ce Roman
, fontun Ouvrage pofthume de Madame
de Tencin, ſi connue parpluſieurs
Romans , qui font au nombre des plus
intéreſſans & desmieux écrits dont notre
littérature s'honore; tels que le Siége de
Calais, le Comte de Comminge , les
Malheurs de l'amour. Les Anecdotes du
regne d'Edouard ne font pas indignesdu
nom&du talent de leur célebre Auteur,
quoiqu'elles ne ſoient pas de la même
ſupériorité que ſes autres productions.
On y reconnoît encore cet art de tracer
des caracteres & d'amener des ſituations ;
cet intérêt de ſtyle & ces détails de pafſions
, que ſaiſit ſi bien l'eſprit des femmes
, & qui ſemblent acquérir ſous leur
plumeunnouveau charme , parce qu'elles
paroiſſent les avoir tracés avec plus de
complaiſance.
La fortune & la diſgrace du malheureux
Gaveſton , favori d'Edouard , font
le fondement hiſtorique de cet Ouvrage ,
& forment même l'action principale.
L'Hiſtoire y eſt quelquefois ſuivie &
L
Iş
138< MERCURE DE FRANCE.
!
;
quelquefois déguiſée , & même contredite.
C'eſt le défaut de preſque toutes les
productions de ce genre , qui étoient fort
à la modedans le fiecle dernier , &qu'on
appelloit Nouvelles hiſtoriques. Elles font
paſſées de mode; & c'étoit un défaut
eſſentiel que ce mélange de la vérité &
de la fiction , qui répandoit beaucoup de
fauſſes idées , & pouvoit tromper beaucoup
deperſonnes peu inſtruites Quand ,
pour augmenter l'intérêt d'une fable , on
l'établit fur des événemens & des caracteres
connus , il ne faut point les
akérer & les défigurer. Le Siége de Calais
eft exempt de ce défaut , parce qu'il
ne roule guere que fur des intrigues
d'amour.
:• Madame Elie de Beaumont , connue
par les Lettres du Marquis de Roſelle ,
dont pluſieurs éditions ont atteſté le fuccès
dans ce Pays & chez les Etrangers ,
qui les ont traduites , a bien voulu ſe
charger de la troiſieme partie de l'Ouvrage
, que Madame de Tencin n'avoit
point achevée. Ceux qui ſentiront combien
c'eſt une tâche pénible que de travailler
ſur un plan qu'on n'a point fait ,
&de ſe mettre à la fuite des idées d'autrui
, fauront beaucoup de gré à Madame
de Beaumont de ſon travail , qui fait
JUIN. 1776. 139
autant d'honneur à ſa modeſtie qu'à fon
talent.
L'art du Chant figguré , de J. B. Mancini ,
Maître de chant de la Cour Impériale
de Vienne , & Membre de l'Académie
des Philarmoniques de Bologne ; trad.
de l'Italien , par M. A. Deſaugiers.
Italiam ! Lialiam ! Eneid VI.
Brochure in-8°. prix 1 1. 4 f. A Paris ,
chez Cailleau , rue St Severin ; Durand
, rue Galande; veuve Duchefne ,
rue St Jacques.
Le premier article de ce Traité , nous
donne quelques notices ſur les diverſes
Ecoles d'Italie , & fur les célebres Muſiciens
qui en ſont ſortis depuis la fin du
fiecle dernier. Les Ecoles de muſique les
plus renommées ont été celles de Piftocchi
, à Bologne ; de Brivio , à Milan ;
de François Peli , à Modene; de François
Redi , à Florence ; des Amateurs (Amadori)
à Rome; & celles de Porpora , de
Léonard Leo& de François Feo , àNaples.
Le premier Muſicien,dont il ſoit ici fait
mention , eſt le Chevalier Balthasar Ferri ,
de Pérouſe. Ce célebre Chanteur , doué
de la plus belle voix qui peut - être ait
jamais exiſté , avoit étudié tous les carac140
MERCURE DE FRANCE.
1.
३
teres du chant , &les avoit portés à leur
plus haut degré de perfection. Parmi les
tours de force qu'il faifoit de ſa voix , on
cite celui - ci: il montoit & deſcendoit
tout d'une haleine deux octaves pleines
par un trill continuel , marquant tous les
degrés chromatiques avec la plus grande
juſteſſe.
Siface ſe diftingua par un chant ſim .
ple , naturel & grave. Il conſerva jufqu'au
de- là de quatre-vingts ans une voix
fi claire , ſi flexible & fi légere , que ceux
qui l'auroient entendu chanter ſans levoir,
l'auroient pris pour un jeune homme à
la fleur de ſes ans.
Bernacchi , Diſciple de Piſtocchi de
Bologne , avoit une voix peu flatteuſe. Il
parvint néanmoins , est- il dit ici , à ſe
faire admirer univerſellement. Cet éloge
nous paroît peu meſuré , d'autant plus
qu'on a reproché à Bernacchi d'avoir fouvent
quitté l'expreſſiondu ſentiment pour
ſe livrer à un chant travaillé & compliqué.
Il étoit très - adroit , ſans doute , à
parcourir les paſſages les plus difficiles de
la muſique , dans le court eſpace d'une
ariette; mais cette adreſſe ne pouvoit
plaire qu'à quelques enthouſiaſtes , amis
des difficultés.
Le Paſi , contemporain de Bernacchi
<
JUIN. 1776. 141
1
&Diſciple , comme lui , de Piſtocchi ,
ine mit dans ſon chant que des ornemens
qui pouvoient faire valoir une voix foible,
à la vérité , mais pleine d'expreffion &
conduite avec beaucoup de goût.
Le Lecteur s'attend bien que dans une
notice ſur les célebres Chanteurs Italiens ,
on n'apas oublié le Chevalier Don Charles
Broschi , plus connu ſous le nom de
Farinelli , long - temps attaché au ſervice
de la Cour d'Eſpagne ,& qui vit aujourd'hui
retiré dans une de ſes maiſons de
campagne des environs de Bologne. Ce
célebre Chanteur avoit de plus que les
voix ordinaires de deſſus , ſept ou huit
tons également ſonores , & par-tout limpides
& agréables. On remarque ici qu'il
ſe diftingua fur- tout dans l'art de con
duire & de gouverner ſon haleine , qu'il
reprenoit ſi finement & fi délicatement,
que perſonne ne put jamais s'en appercevoir.
Il poſſédoit d'ailleurs toute la
ſcience muſicale à un degré éminent , &
tel qu'on pouvoit l'eſpérer du plus digne
éleve du ſavant Porpora. Auſſi à peine
commença-t- il à paroître ſur le Théâtre ,
qu'il devint l'idole des Italiens , & bientôt
de tout le monde harmonique.
Gaëran Majorano dit Caffarelli , Dif
ciple dePorpora , ainſi que Farinelli , ne
fit pas moins d'honneur à fon Maître.
142 MERCURE DIE FRANCE.
ود
ود
وو
On peut citer , parmi les célebres Cantatrices
, Françoiſe Guzzoni , née à Parme
, & Fauftine Bordoni, épouſe du fameux
Compoſiteur Jean Haffe , furnommé
le Saxon. La voix de la Cuzzoni ,
autant par ſa clartéque par ſa douceur ود & ſa légéreté , étoit de celles qu'on
appelle angéliques ; elle poſſedoitd'ailleurs
ſupérieurement l'art de la conduire
, de la foutenir, de la renforcer
& de l'adoucir inſenſiblement. Chantoit-
elle une ariette , elle la rajeuniſſoit
,, par des mordans, de petits grouppes
des trills parfaits , & enfin par tous les
agrémens du chant , qu'elle exécutoit à
ravir. Son intonation étoit d'une juf-
„ teſſe ſans égale , dans les fons même
ود
ود
وو
ود
ود
ود
ود les plus aigus". Aufſi l'appelloit-t-on
la lyre d'or. La voix de la Faustina paſſe
pour avoir été encore plus brillante. Elle
étoit d'une légéreté ſans égale. Cette céebre
Cantatrice , par la facilité qu'elle
avoit de rendre les paſſages les plus difficiles
de la muſique , contribua à introduire
dans le chant un nouveau goût.
Les Chanteurs , hommes & femmes ,
fans avoir égard à leur genre de voix
& à leurs talens , voulurent l'imiter , &
obligerent ſouvent les Compoſiteurs à ſe
conformer à leurs caprices.
JUIN. 1776. 143
M. Mancini nous rappelle d'autres
Muficiens célebres ; il nous donne enſuite
des préceptes ſur l'art du chant ; il nous
explique ce que c'eſt que la cadence , le
trill , le mordant , l'appogiatura , agrément
du chant, qu'il diviſe en ſimple &
en double ou grouppe. Il nous indique
les défauts de la voix, les moyens de les
corriger. Il nous fait part de ſes obferva
tions ſur l'intonation , ſur la vraie pofition
de la bouche , fur la maniere de
porter la voix & celle de l'appuyer ; il
finit par nous entretenir du récitatif&
de l'action théâtrale. Toutes ces inſtruc
tions ne doivent point être négligées par
celui qui veut ſe rendre habile dans l'art
du chant. Mais nous avouerons , avec M.
Mancini lui - même, que ce font moins
des préceptes qu'il faut à l'éleve , que des
exemples , & qu'une ariette chantée par
un Maître habile , contribuera plus à ſes
progrès que tous les Traités ſur l'art du
chant. Si, dans tous les beaux-arts ,les
,, ſuccèsdesEcoliers dépendent beaucoup
de la ſcience du Maître & de fa bonne
volonté à les inftruire (& c'eſt de
quoi l'on ne peut douter) dans l'école
du chant figuré,ils en dépendent entié
rement. Qu'un Peintre , un Sculpteur ,
un Architecte , un Poete , un Muficien
ود
60
ود
ود
"
d
144 MERCURE DE FRANCE .
Tur
,, ne ſoit pas des plus excellens ou des
„ plus ingénieux à communiquer toutes
ود
ود
"
"
fes connoiſſances à ſes Ecoliers , ceuxci
pourront ſe perfectionner un jour
» par eux-mêmes ,& rectifier ce que leur
Maître peut leur avoir enſeigné de
défectueux. Il exiſte tant de parfaits
,, monumens d'architecture,de peinture,
de ſculpture , de poëſie& de muſique
des plus grands Maîtres , qu'un jeune
,, homme , qui a du génie , n'a qu'à les
étudier pour ſe perfectionner. Mais il
n'en eſt pasdemême de l'art du chant ,
dont on n'a , ni ne peut avoir aucun
,, monument , par la raiſon qu'un Chan-
ود
ود
ود
ود
ود teurne peut laiſſer àla poſtérité ni cet
,, enthouſiaſme , ni cette méthode , ni
„ cettegrâce, ni cette conduite,&c. avec
,, leſquels il embellit ſon chant. Qu'on
,, ouvre les partitions des plus célèbres
وو
و د
Compoſiteurs , on n'y trouvera fûrement
aucune de toutes ces chofes
,, pas même le plus ſimple paſſage , &
cela tout expreſſément pour laiſſer au
Chanteur la liberté de l'embellir à fa
fantaiſie & felon ſon goût. Bien plus ,
prenons en main une ariette chantée
,, par le célebre Farinelli , &ayons ſépa-
„ rément par écrit toutes les variations
دو
و و
و د
23 & les agrémens qu'il a employés pour
l'embellir
"
JUIN. 17766 145
l'embellir ; nous ne pourrons néan
„ moins découvrir , en aucune façon ,
quelle étoit précisément ſa méthode ,
„ ou , pour mieux dire , cette magie qui
; lui a acquis une ſi grande célébrité".
Manuel du Jardiner , ou Journal de ſon
travail , diſtribué par mois , par M.
D***
Redit agricolis labor actus in orbema
Georg. Lib. II. v. 401 .
Nouvelle édition , revue , corrigée &
augmentée. Brochure in 12. prix 1 1.
A Paris , chez Debure pere , quai des
Auguſtins , au coin de la rue Gît-lecoeur.
Ce Manuel, bien connu par les éditions
précédentes , eſt une indication
utile & commode des différens travaux
à faire dans un jardin , durant le cours
del'année. Nous avons beaucoup d'écrits
fur la culture du potager. L'Auteur du
Manuel les a mis à contribution. Il en a
extrait les pratiques & les obſervations
les plus néceſſaires à ceux qui s'occupent
dujardinage par devoir ou par goût. II
K
146 MERCURE DE FRANCE.
a joint à ce Manuel la culture des plus
belles fleurs , c'eſt-à-dire , l'indication du
temps où il faut les ſemer , les marcoter
& les planter , pour que l'on puiſſe , dans
différentes ſaiſons, jouir de leur ſpectacle
agréable.
:
Effai fur les moyens de rendre les facultés
de l'homme plus utiles à fon bonheur ;
traduit de l'Anglois de M. Jean Gregory
, Profeſſeur de Médecine en l'Univerſité
d'Edimbourg , & premier
Médecin de S. M. en Ecoſſe. Volume
in 12. broché 2 liv. A. Paris, chez
Lacombe , Libr. rue Chriſtine.
L'accueil que le Public a fait aux Ob-
Servationsfurles devoirs & les fonctions d'un
Médecin , & à l'Ouvrage intitulé : Legs
d'un Pere à fes Filles , eſt, en quelque
forte , le garant du ſucces de l'Ouvrage
que nous annonçons, Un Médecin qui
a cultivé la philofophie & les belleslettres
, donne volontiers ſes heures de
loiſir aux divers genres d'étude qui lui
tiennent lieu de délaſſement. M. Gregory,
que la médecine occupe & attache
tout entier, ne peut pas faire un meilleur
uſage de ſes récréations , qu'en nous don
JUIN. 1776. 147
hant des Ouvrages remplis d'une aimable&
douce morale ,& de pluſieurs idées
neuves , qui peuvent ſervir aux agrémens
de la Société.
L'Auteur de cet Eſſai examine d'abord
les divers avantages que le genre humain
poſſede au deſſus du reſte des animaux ,
en conſidérant l'homme dans ſon état
ſauvage & dans les états progreſſifs de la
ſociété humaine. Il ſoutient que tous
ceux qui ont étudié la nature de l'homme,
n'ont pas aſſez connu la ſtructure de
fon corps & les loix de l'économie
animale. D'un autre côté , on eſt tombé
dans un excès oppoſé, en ne donnant aucune
attention aux loix particulieres de
la nature intelligente , & à leur influen
ce ſur le corps. Prétendre expliquer tous
les phénomenes de l'économie animale ,
& même éclaircir toutes les queſtions
qui ont rapport aux opérations de l'eſprit
humain , par les ſeuls principes de la méchanique
, c'eſt vouloir s'enfoncer dans
les ténébres & dévorer des abſurdités. Il
fuffit de confronter les loix les plus conſtantes
du méchaniſme avec ce qu'il y a
dans l'ame de plus intime,ſes ſenſations,
› ſes opérations , ſes modifications , pour
en conclure que rien n'eſt plus ſenſible
K
148 MERCURE DE FRANCE.
que l'oppoſition qui ſe trouve entre l'être
penſant & l'être machinal. Que l'on
faſſe le parallele des opérations que l'on
remarque dans les animaux , avec les actions
de l'homme , & l'on verra l'extrême
différence qui en réſulte. Chaque
animal fait les mêmes chofes , & de la
même maniere que ceux de ſon eſpece.
Ils ſemblent tous conduits par une ſeule
ame. Parmi les hommes , chaque individu
penſe & agit d'une maniere qui lui
eſt propre. Les animaux n'ont que les
facultés néceſſaires pour ſe conſerver ,
parce que la vie animale dont ils jouisſent
, ne fauroit avoir d'autre objet.
L'homme ne vit pas ſeulement pour vivre
; il vit pour cultiver ſa raiſon , pour
jouir des fruits inestimables de la ſagesſe
, pour remplir l'immenſité de ſes devoirs
à l'égard de Dieu, de lui-même&de
ſes ſemblables. Si la Nature a donné à
l'homme ſeul des facultés ſuperflues à ſa
propre conſervation, c'eſt une preuve
bien claire , comme l'ont remarqué les
meilleurs Philoſophes , qu'elle n'a pas voulu
le borner , comme les autres animaux ,
au ſoin de ſa ſeule conſervation; & c'eſt
avec raiſon que M. Grégory , en avouant
que toutes les parties de la nature font
JUIN. 1776. 149
fort unies l'une avec l'autre, par une gradation
inſenſible , n'en foutient pas moins
que la gradatión diſparoît en comparant
l'homme avec les autres animaux , & que
la diſtance eſt infinie entre les facultés
humaines , & celles de la brute la plus
parfaite.
Les réflexions qu'il fait ſur l'éducation
phyſique des enfans , ſur l'uſage de nos
facultés , fur les avantages de la Religion
, ſont également judicieuſes & utiles.
On lira avec plaiſir la digreſſion qu'il
fait ſur la muſique , qu'il ne réduit pas
au talent frivole de chanter ou de jouer
d'un inſtrument. Cet Auteur prouvebien ,
par la pureté de ſa morale , que rien n'eſt
plus propre à nous conduire à Dieu , & à
nous exciter à l'accompliſſement de tous
nos devoirs , que l'examen de la plus parfaite
des créatures , tiré du méchaniſme
admirable de l'homme ſain ,& de la guériſon
, plus admirable peut être encore ,
de l'homme malade. Galien avoit bien
raiſon d'appeller ſon livre ſur l'uſage des
parties du corps humain , un monument
érigé à la gloire de cet étre. M. Grégory
, à l'exemple du grand Boerhaave, inculque
dans tous ſes Ouvrages , que la
pratique de la vertu eſt l'unique ſource
K3
150 MERCURE DE FRANCE.
tTeHE
1
9
des vrais plaiſirs; & que la deſtinée des
gens de bien, eſt mille fois plus douce
& plus agréable que celle des hommes
qui peuvent ſe livrer à toutes leurs pasfions.
Voici comment ce Médecin Philofophe
s'exprime ſur la paſſion des richeſſes
, qui eſt devenue , malheureuſe .
ment pour notre fiecle , la paſſion univerfelle.
Elle corrompt , dlt il , tous
les ſentimens du goût , de la nature &
de la vertu. A la longue , elle réduit
la nature humaine à l'état le plus mal-
> heureux qu'on puiſſe éprouver. La
conſtitution du corps & de l'eſprit devient
foible & mal faine , incapable de
> foutenir les viciffitudes ordinaires de
la vie , également incapable de jouir de
ſes plaiſirs , parce que la ſource en eſt
tarie ou détournée ; dans cet état , l'or
devient la ſeule idole , devant laquelle
„ tout genou fléchit. On abandonne
pour elle tout principe de religion&
de vertu ; & la plus grande partie des
hommes lui facrifient chaque jour , &&
* leur vie & leur ſanté . Cette paffion
„ pervertit totalement le coeur ; éteint ,
» ou, du moins , ſubjugue l'attache-
» ment naturel entre les deux ſexes ;
» & , au mépris de tout ſentiment de la
৫
JUIN. 1776. 151
20
"
ود
"
"
nature & d'une ſaine politique , ils re
gardent toujours leurs propres enfans
comme une charge & un embarras.
En échange de tous ces biens , l'or ne
procure ni félicité , ni même de plaifir ,
dans le propre fens de ce mot. Il nourrit
ſeulement une vanité pénible , inquiete
& inſatiable; il abandonne les
hommes à la diffipation , à la langueur ,
» au dégoût & à l'infortune. Alors ,
non ſeulement lepatriotiſme eſt éteint ;
mais tout ce qui en a le caractere ,
paſſe pour ridicule. Ce qu'on appelle
vues publiques , ne regarde ni l'encou
„ ragement de la population , ni le pro-
, grès de la vertu; mais ſeulement l'agrandiſſement
du commerce & l'étendue
des conquêtes, Lorſqu'une Nation
eſt arrivée à ce point de dépravation ,
la liberté alors eſt de courte durée ,&
ne peut être foutenue que par le hafard,
qui place auprès d'elle quelques
Nations auffi corrompues , dont les dif
férens maux balancent les ſiens. Quand
,, un Peuple libre , opulent , & livré au
, luxe, a perdu ſa liberté , il devient le
,, plus vil & le plus méprifable de tous
les eſclaves".
α
ود
"
1
L
K
:
FING UNIVERSITY OF MICHIGAN
+52 MERCURE DE FRANCE,
:
Théâtre du Monde, ou , par des exemples
tirés des Auteurs anciens &modernes ,
les vertus & les vices ſont mis en oppoſition
, par M. Richer , Auteur des
Hommes illuftres. A Paris, chez Saillant
, Libr. rue St. Jean-de-Beauvais ;
la veuve Ducheſne , le Jay & Dorez ,
Libraires , rue St. Jacques.
L'Hiſtoire , dit un Magiſtrat éloquent ,
eſt vraiment une ſeconde philofophie ,
qui nous fait connoître la véritable nature
de l'homme , & qui nous découvre le
principe de ce mélange etonnant de pas
fions & de vertus , de baſſeſſe & de grandeur
, de foibleſſe & de force , de crimes
atroces & d'actions héroïques , qu'on
trouve ſouvent dans le même homme,
Rien n'eſt plus rare que les deux extrêmités
oppoſées , c'eſt à-dire , la vertu
ſans vices , & le vice ſans vertus ; ou , ce
qui eſt preſque la même choſe , l'homme
entiérement bon & l'homme ſouverainement
mauvais . Principe fécond, qui fert
à expliquer la véritable cauſe d'une grande
partie des événemens qui nous furprennent
dans l'hiſtoire.
La philofophie poſe les fondemens de
JUIN. 1776. 153
la connoiſſance du coeur humain ; mais
elle ne nous montre au plus que les cauſes
, au lieu que l'hiſtoire nous découvre
les effets. Et tel eſt le caractere de la plupart
des hommes que , comme les exemples
les affectent davantage , & font plus
d'impreſſion que les préceptes , ils connoiſſent
auſſi plus facilement les cauſes
par les effets , que les effets par les
cauſes.
Entre les cauſes mêmes , la philoſo.
phie ne nous découvre que les plus fimples
& les plus générales: il n'y a que
l'hiſtoire qui nous inſtruiſe des cauſes
particulieres , & qui nous développe les
refforts ſecrets& ſouvent imperceptibles
qui remuent les volontés des hommes.
C'eſt par cette connoiſſance que l'hom.
me apprend véritablement à vivre avec
les hommes. Il est né pour la ſociété ,&
la connoiſſance de foi-même , qui ne lui
fuffit que dans la folitude , doit emprunter
le ſecours de la connoiſſance des autres
hommes , pour ſe ſoutenir dans le
tourbillon du monde & des affaires.
Ainſi l'utilité de l'hiſtoire n'a pas plus
beſoin d'être prouvée que l'utilité de la
connoiſſance des hommes , qui s'acquiert
en grande partiepar l'étude de ce qui eſt
hap
K 5
154 MERCURE DE FRANCE.
arrivé dans les différentes ſociétés entre
leſquelles la Providence a partagé l'Uni
vers. Cette étude eſt ſur-tout indiſpenſable
auxjeunes gens qui ont un extrême befoin
d'acquérir cette expérience anticipée
, qui leur devient ſi néceſſaire en
entrant dans le monde : & l'on a obſervé
dans tous les temps , que les leçons ſéches
d'une morale ſévere & didactique , ne
produiſoient tout au plus qu'une conviction
ſtérile fans faire éclore le ſentiment.
Qu'on oppoſe les exemples aux
préceptes , qu'on introduiſe fur la ſcene les
Socrates , les Ariſtides ,& l'on éprouvera
que cette morale miſe en action s'infi
nuera dans les coeurs , & que la jeuneſſe
fera les progrès les plus rapides dans la
pratique de la vertu.
Par l'hiſtoire on devient ſage aux dépens d'autrui.
C'eſt l'école de la prudence.
Le Public ne fauroit trop accueillir
tous lesOuvrages où l'on ſe propoſe, com
me dans celui qui nous annonçons , de
former l'efprit & le coeur de la jeuneſſe,
en lui mettant ſous les yeux un tableau
intéreſſant des actions héroïques , & en
Jui apprenant de bonne heure à difcerner
le faux éclat dont ſe pare le vice , d'avec
JUIN. 1776. 155
la gloire réelle de la vertu. L'Auteur du
Théatre du Monde a pris pourfon modele
Valere Maxime , qui puiſa dans les meilleurs
Auteurs , les actions mémorables des
grands hommes , & en fit une collection
qu'il préſentaau Public.ValereMaxime ne
lie pas aſſez les événemens , & ne fair
pas toujours aſſez connoître les perfon
nages & les motifs de leurs actions . M.
Richer a évité cet défaut , en faifant
précéder chaque trait hiſtorique d'un
préambule , qui fait connoître au Lecteur
les perſonnages dont on rapporte les
actions ; le temps &les lieux où ils ont
vécus. Pour mettre delavariété dans fon
Ouvrage, il a eu ſoin de faire fuivre un
exemple de vertu par un autre du vice oppoſé,
Ce recueil, qui réunit l'utile à
l'agréable , a le double avantage d'inftruire&
d'amuſer , &ne renferme aucunt
de ces traits licencieux , qui ne peuvent
que pervertir le lecteur. La variété des
faits pique la curioſité ſans fatiguer l'attention;&
le bon choix , (partie eſſen-
⚫tielle de ces fortes d'Ouvrages ) fauve de
l'ennui d'une longue lecture , où l'utile
&le dangereux font trop ſouvent mêlés
& confondus enſemble.
4
t
156 MERCURE DE FRANCE. 1
1
Abrégé historique des Ordres de Chevalerie
anciens & modernes . A Paris , chez
Dorez , Libraire.
On trouve dans cet Ouvrage des notions
exactes & ſuccintes ſur l'origine
des différens Ordres de Chevalerie , qui
ont exiſté autrefois dans le Royaume ,&
de ceux qui y exiſtent encore. On y voit
auſſi les Ordres des Royaumes , Républiques
& Principautés de l'Europe ; ainſi
que ceux qui ont été créés à la Terre-
Sainte. La Nobleſſe Françoiſe doit prendre
un intérêt particulier à cet Abrégé ;
elle doit ſe plaire à contempler , en parcourant
le précis hiſtorique des différens
Ordres du Royaume , ceux de leur famille
, décorés de cette diſtinction flatteuſe
, qui fut toujours la récompenfe
du mérite militaire, ou du moins , des
ſervices rendus à la patrie. Rien n'étoit
plus propre à inſpirer l'amour de la
gloire & à produire d'excellens défenſeurs
de la patrie, que l'inſtitution de
tous ces différens Ordres , qui n'ont pas
tous la même origine. Pluſieurs Hiſtoriens
prétendent que le premier Ordre
de Chevalerie dont nous ayons connoif
ſance , commença dans la Palestine , à
l'occaſion des fréquens voyages que les
JUIN. 1776. 157
Chétiens de toutes les Nations faisoient
dans la Terre Sainte.
Après la priſe deJérusalem , l'an 1099 ,
par les Chrétiens d'Occident , comme
l'obſerve l'Auteur de cet Abrégé , il s'éléva
différentes ſociétés qui , ſous la profeſſion
de trois voeux ſolemnels , ſe dévouerent
à la défenſe des lieux faints , ou
à exercer l'hoſpitalité envers les Pélerins
qui y abordoient de toutes parts.
On trouve à la tête de l'Ouvrage un
précis hiſtorique ſur l'origine des Ordres
de Chevalerie , & la table alphabétique
qui indique chaque Ordre & le Royaume
dans lequel il exiſte. Les dates chronologiques
y font obſervées exactement ;
& c'eſt d'après de bons mémoires que
l'Auteur foutient que ſon Abrégé a été
rédigé.
Supplément au Traité de l'éducation économique
des abeilles , ou l'art de former
foi-même les eſſaims , quand on juge
à propos de le faire , ſans être obligé
d'attendre qu'ils viennent d'eux mêmes
; par M. Ducarne de Blangy , de
la Société Royale d'Agriculture du
- Bureau de Laon. A Paris, chez Guef
fier, Imprimeur - Libraire, au bas de
138 MERCURE DE FRANCE.
la rue de la Harpe , 1776. Prix 12
fols.
Ce Supplément , ainſi que tous les
Ouvrages de M. Ducarne de Blangy ,
annoncent dans ſon Auteur un bon Citoyen
, qui ne s'occupe que des chofes
utiles , &qui ſe fait un plaiſirde les communiquer
à ſes Concitoyens.M. Ducarne
de Blangy s'occupe , depuis long-temps ,
de l'éducation des abeilles ; & on peut
dire que c'eſt un de ceux qui a poufſé
, ſur cet objet, les connoiſſances le
plus loin ; ce Supplément en eſt encore
une preuve convaincante , puiſqu'il
eſt parvenu à former lui - même des
eſſaims à ſon gré. La Société de Luſace
nous avoit bien indiqué quelques moyens
pour le faire ; mais ces moyens ne réuffiffoient
pas toujours : ce n'eſt qu'à force
d'épreuves & d'expériences que M. Ducarne
eſt parvenu au vrai but.
On donnera gratis le Supplément à
ceux qui prendront le Traité de l'éducation
économique des abeilles , qu'on
trouve chez le même Libraire.
Les moeurs des Germains & la vie d'Agricola
, par Tacite; traduction nouvelle ,
JUIN. 1776. 159
t
avec des notes ſur le ſens& le ſtyle de
Tacite; par M. Boucher , Procureur
au Parlement. A Paris , chez Demonville
, Imprimeur - Libraire , rue Saint
Severin.
)
M. Boucher s'étant , par les circonftances
, privé des fonctions de fon état ,
& attendant le retour du Corps auguſte
des Magiſtrats , auquel il eſt inviolablement
attaché , a eu le loiſir de relire
Tacite , & d'étudier le génie & le ſtyle
animé de cet Hiſtorien Philofophe.. On )
fait combien Tacite met de concifion
dans ſes idées & dans la maniere de les
exprimer ; M. Boucher a expofé au devant
de ſa traduction , des réflexions lumineuſes
ſur le méchaniſme en quelque
forte , & fur l'ordredu ſtylede cetAuteur
Latin. Il a cru appercevoir que c'étoit en
le ſuivant avec une ſcrupuleuſe attention
dans tous ſes mouvemens, dans ſes tours ,
dans ſa marche rapide , que l'on pouvoit
ſuivre ce Prothée , & découvrir le myf
tere de ſon génie. Mais il y a toujours
la difficulté invincible des formes des
deux langues latine & françoiſe , qui ne
procédent point de même ; & le Traduc
teur prouve, par ſes propres efforts ,
I160 MERCURE DE FRANCE.S
に
qu'il n'eſt point toujours à propos de
ſuivre ſervilement fon modele. Cependantcette
méthode l'a ſervi , en beaucoup
d'endroits , à découvrir le vrai ſens de
Tacite , échappé à pluſieurs autres Traducteurs
, à corriger heureuſement beaucoup
de paſſages difficiles du texte latin ;
ſes notes font toujours fingulieres , &
ſouvent très - utiles . Cet eſſai doit être
recherché , & encourager M. Boucher à
completter , dans une nouvelle édition ,
tout ce qui nous reſte de l'HiſtorienRomain.
La Fille de trente ans , Comédie. A Paris
, chez Cloufier , Imprimeur - Libr.
rue St. Jacques ; Ruault, Libr. rue de
la Harpe , 1776.
Conſtance , le principal perſonnage
de cette Comédie , affecte de mépriſer
le mariage , de mal parler des hommes ,
de vouloir être au-deſſus de fſon ſexe , de
rebuter les partis qui ſe préſentent. Enfin ,
parvenue à un certain âge , elle veut bien
confentir à donner ſa main à l'hommemême
qu'elle a le plus dédaigné ; mais
elle eſt elle-même refuſée , & obligée de
refter dans le célibat. Cette Comédie
pré
JUIN. 1776. 161
i
préſente une leçon utile pour les jeunes
perſonnes du caractere de Conſtance , s'il
s'en trouve. Cette piece eſt agréable &
facile à jouer en ſociété.
Des pierres précieuses & des pieres fines ,
avec les moyens de les connoître &
de les évaluer ; pat M. Dutens , de la
Société Royale de Londres , & de
l'Académie des Inſcriptions & Belles-
Lettres de Paris .
In aritum coacta rerum naturæ majestas.
Plin. 1. 37.
Brochure d'environ 146 pages . prix 6
liv. A Paris ; chez F. A. Didot , Imprimeur
Libr. rue Pavée St André ;
Debure aîne , Libr. quai des Auguftins.
Ce Traité des pierres précieuſes & des
pierres fines , eſt fait avec beaucoup de
préciſion &de connoiſſance. L'Auteur a
tiré parti des lumieres de tous les Ecrivains
, même de leurs erreurs ; il a trouvé
qu'en omettant les inutilités , pour ne parler
que de ce que l'on fait , on pouvoit
produire un fort petit Ouvrage , qui
L
162 MERCURE DE FRANCE.
fuffiroit pour infſtruire les gens du monde
de ce qu'il leur convient de ſavoir à cer
égard , & qui pourroit ſervir de guide
aux Amateurs , pour les diriger dans
leurs collections , & d'inſtruction aux
Joailliers pour l'avantage de leur com
merce. Ce plan eſt parfaitement rempli ,
& réunit beaucoup de lumieres & d'inftructions.
Ce petit volume eſt riche &
précieux dans ſon genre , comme les
objets qu'il renferme , ſurtoutſi l'on
confidere le fini , en quelque forte , &
l'éclat de l'édition par la beauté du papier,
par la netteté de l'impreſſion , &
par l'intelligence de l'exécution typographique.
&
Mémoires de mathématiques & de physique
préfentés à l'Academie Royale des
Sciences par divers Savans , & lus
dans les aſſemblées. Année 1773. Vol.
in 4º. De l'Imprimerie Royale; avec
fig . & ſe trouve à Paris , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins.
Les Mémoires envoyés par les Savans
qui ne ſont pas Membres de l'Academie ,
font imprimés dans des volumes féparés ,
il y a dans celui-ci un Mémoire de mi
JUIN. 1770900168
néralogie , un de botanique , quatre
d'anatomie , trois ſur l'hiſtoire naturelle
des animaux , deux d'hiſtoire météorologique,
deux de chimie , cinq d'analyſe ,
un de mechanique rationelle , un d'hy
droſtatique , trois d'obſervations aſtronomiques
, deux d'aſtronomie théorique
&un ſur les arts.
Histoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui
en dépendent. SCIENCES EXACTES ;
ſavoir : l'arithmétique , l'algebre , la
géométrie , l'astronomie , la gnomonique ,
la chronologie , la navigation , l'optique ,
la méchanique , l'hydraulique , l'acouftique
& la musique , la géographie ,
l'architecture civile , l'architecture militaire
, l'architecture navale ; avec un
abrégé de la vie des Auteurs les plus
célebres dans ces ſciences. Seconde édi
tion corrigée. Par M. Savérien. Vol.
in-8°. rel. prix 5 liv. AParis , chez
Lacombe , Lib. rue Chrſtine , 1776.
Avec approbation&privilége du Roi.
Cettenouvelle édition contient peu de
changemens&d'augmentations ; mais elle
atteſte l'utilité de cet Ouvrage. L'Auteur
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
remonte , dans cette Hiſtoire des Science's
exactes, à l'origine de chaque fcience ou
de chaque art en particulier , & fuit ſes
progrès fans quitter l'ordre des temps. Il
forme ainſi des tableaux iſolés , qui repréſentent
tous les efforts que l'eſprit
humain a fait pour produire les objets
qui les compoſent.
M. Savérien a donné , ſur le mêmeplan,
l'Hiſtoire des Sciences physiques & naturelles
& des arts qui en dépendent; favoir
: l'eſpace , le vuide , le temps , le
mouvement & le lieu ; la nature ou les
corps ; la terre , l'eau , l'air , le fon , le
feu , la lumiere & les couleurs , l'électricité
,l'aſtronomie phyſique , le globe terreſtre
, l'économie animale , la chimie ,
la verrerie , la teinture , avec un abrégé
de la vie des plus célebres Auteurs dans
ces ſciences , volume in-8°. prix 5. rel.
chez le même Lib .
On imprime pareillement en un vol.
in-8°. & du même Auteur , l'Hiſtoire des
Sciences intellectuelles , ce qui complettera
l'Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain
dans les ſciences & dans les arts .
Mémoires Turcs , nouvelle édition revue
& corrigée avec fig. A Amſterdam,
JUIN. 1776 165
On en trouve quelques exemplaires
à Paris , chez Mérigot le jeune , quai
des Auguſtins.
Le ſuccès de cet Ouvrage eſt prononcé
parplus de 6 éditions qui en ont été faites ;
& celle ci ne peut qu'être plus agréable
au Public , par les foins qu'on a apportés
aux corrections du ſtyle , ainſi qu'à l'agrément
typographique , & fur-tout par une
Epître dédicatoire à Mademoiselle de T.
dans laquelle les moeurs du jour , ou les
vices du bon ton , ſont peints avec une
gaiete& une ironie foutenues. Cet Ouvrage
, en 2 volumes ,eſt de M Daucour
connu par beaucoup d'autres productions
eſtimées , fur-tout par l'imagination qui
y regne.
On va auſſi réimprimer , ſur le même
format des Mémoires Turcs , & avec
figures , le Berceau de la France , l'Aca
demie Militaire , & quelques autres Ouvrages
de M. Daucour, dont les pre
mieres éditions , épuiſées , ne ſe retrouvent
plus , on finira par le Pariféide , du
même Auteur.'
On propose à l'hôtel de Thou rue des Poitevins,
"
L
C
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
à des diminutions conſidérables , jusqu'au
Ier Septembre 1776, pluſieurs articles
considérables de Librairie , entr'autres :
Corps complet de P'Histoire & des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences , in 12 , depuis ſon origine en 1666,
jufques & compris 1772 , en 170 volumes , propoſés à
350 1. au lieu de 595 liv.
Ce grand & précieux Ouvrage eſt la bibliotheque la
plus complette que nous ayons ſur toutes les ſciences
naturelles ; c'eſt l'ouvrage de plus d'un fiecle de travaux ,
&des hommes les plus célebres par le génie , l'eſprit , le
ſavoir & les lumieres .
L'édition in-4. étant d'un prix exceffif & preſque entiérement
épuiſée , le fieur Pankoucke vient d'acquerir des
Libraires d'Hollande tout le fonds de cet ouvrage in 12.
Cette édition commode , portative & correcte , comprend
le même nombre de planches que l'édition in-4.
Les volumes qui manquent pour mettre cette édition
au pair de l'in-4. feront publiés en 1777. Par la réimpreffion
de pluſieurs volumes, on eſt parvenu à former
400 corps complets , en 170 volumes ; &, pour en faciliter
l'acquifition , on fera la diftribution de l'ouvrage en
quatre parties , ſavoir : le premier Mai prochain , en recevant
les années 1699 à 1708 ; les années 1725 à 1757 ; trois
volumes de Tables , formant 95 vol. on payera 200 1.
Le 1 Février 1777 , les années ,
1
JUIN. 1776. 167
1666, & 1709 à 1724 25 50
Le i Juin , les années 1758 à
$765 , 24 50
Le 1 Décembre , les années 1766
1772, 26
50
170 350
Nota. Les perſonnes qui voudront faire le premier payement
en quatre fois , à trois ou fix mois de diſtance , en
feront les maîtreſſes ; elles ne retireront alors que le quart
des volumes; ſavoir, en retirant les années 1699 à 1708 ,
& 1725 à 1729 , formant 25 volumes , elles payeront 50
liv.; en retirant les années 1730 à 1741 , 25 vol. même
fomme ; en retirant les années 1742 à 1751 , 25 vol. méme
ſomme ; & les années 1752 à 1757 , 3 vol. de Tables,
même ſomme.
1 On a été obligé de faire de la tête de l'ouvrage la
deuxieme livraiſon , parce qquuee c'eſt dans cette partie qu'il
manque le plus de volumes. Il y a de ces vol. qui ont
été réimprimés pluſieurs fois en Hollande.
Les perſonnes qui veulent profiter de cette diminution ,
doivent actuellement ſe faire inſcrire & on leur donnera
une obligation pour leur fournir les volumes , dans le
temps & dans l'ordre déſignés ci deſſus. On ne paye chaque
livraiſon qu'en la recevant. On continuera cet ouvrage
à mesure que l'in-4. paroîtra.
P
Les perſonnes qui ont acquis précédemment ce Recueil,
& qui veulent ſe completter , profiteront de la diainution
actuelle , elles payeront chaque vol. ſéparé a b
L
L4
168 MERCURE DE FRANCE.
110 f. au lieu de 8 1. 10 f. prix que les Hollandois les
ont toujours vendus.
Le Recueil in-4. ſe vend 12 à 1300 1. dans les ventes :
cette édition in 4. en 1764 , fut propoſée pour 800 1. ſçavoir ,
les 88 vol , qui ne comprenoient que juſqu'à l'année 1762. Ces
170 vol. qu'on peut acquérir pour 350 1. comprennent juf
qu'à l'année 1772. On peut encore obſerver que ces 170
vol tiennent moins de place dans une bibliotheque que le
corps complet in-4 parce qu'un vol. in-4. eſt au moins
plus haut & plus épais d'un tiers , qu'un vol . in- 12.
L'Histoire & les Mémoires de Littérature de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles Lettres , 74 vol. in 12.
Les 74 vol . comprennent les 32 premiers vol. de l'édition
in-4. propofés à 129 1. au lieu de 222 t.
:
t
Les Mémoires de l'Académie des Inſcriptions ſont fi
connus , & l'édition in -4. eſt ſi répandue en France &
chez l'Etranger , qu'on peut ſe diſpenſer d'entrer dans un
grand détail, pour en faire connoître le mérite & l'utilité.
)
....
L'édition in-12. comprend le même nombre de figures
que l'in-4 . La différence du prix de ces deux éditions eft
de plus des deux tiers .
5
On peut l'acquérir à la fois ou par parties ; ſavoir,
en recevant la quatrieme & troiſieme livraiſon , formant
24 vol. on payera 42 1.
En recevant la 2e.' 24 42
En recevant la ze. 24 45
74 129
Les perſonnes qui ont acheté les premieres livraiſons
JUIN. 1776. 169
peuvent ſe procurer les ſuivantes au même prix , à l'exa
ception des fix derniers vol. qui comprennent les Tomes
XXXI & XXXII in-4. ainſi chaque vol. pendant la durée
du rabais , fera de 1 1. 15 f. au lieu de 2 1. 10 f.
Recueil des Ordonnances , &c. des Rois de France de la
troiſieme Race , II vol. in-fol. ſans la Table. Imprimerie
Royale .
Cet ouvrage manquoit depuis long-temps ; au moyen de
la réimpreſſion du premier vol. le ſieur Pankoucke eſt par
venu à former 50 corps complets.
Le corps complet en 11 vol. in fol. compris la Table,
fera de 276 1 .; & paſſé cette année , s'il en reſte quelques
exemplaires , de 350 1.
Les vol. ſéparés depuis le Tome II , 18 1. au lieu
de24 1. r
Chacun de ces vol . d'Ordonnances eſt précédé de préfaces
ou difcours très-bien faits , qui fervent d'introduction
à toutes les parties de notre Droit , & qui facilitent Pin
telligence de ces Ordonnances.
Recueil des Diplômes & Ordonnances des premiers Rois
de France ; Imprim. Royale , in-fol. 18 I. au lieu de 24 1.
Les Ordonnances des Rois de France , 11 vol. in-fol ne
-contiennent que les Ordonnances des Rois de la troifies
me Race. Cet Ouvrage eſt l'introduction de ce Recueil
immenſe: il contient les Ordonnances des Rois de
premiere & deuxieme Race ; il contient de plus des no
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
1
tices , des remarques critiques , des obſervations ſages&
judicieuſes ſur toutes les parties de chaque chartre ou of
donnance.
Tables Chronologiques des Diplomes , Chartres , titres &
actes imprimés , concernant l'Histoire de France , par
M. de Bréquigny ; Imp. Royale; in-fol. 36 1. au lieu de
48. 1. Le Tome II ſéparément , br. 24 1. rel. 29. 1.
M. de Bréquigny a apporté dans la rédaction & la dic
tribution de cet Ouvrage tout le foin poffibie , & y a répandu
toutes les lumieres qu'on connoît à cet illuftre
cadémicien : la préface qui commence le volume eſt un
chef-d'oeuvre. Cet Ouvrage fait ſuite aux Ordonnances.
Collection Académique , composée de tous les Mémoires de
toutes les Académies de l'Europe , concernant l'hiſtoire
naturelle , la médecine , la phyſique , &c. 17 vol. fn-4.
nombre de planches. Les 17 vol. propoſés à 119 1. au
lieu de 204 1.
Les Recueils Académiques font immenfes , & il n'y
peut être pas en Europe une ſeule bibliotheque où l'ont
ſoit parvenu à les completter ; mais cette collection fût- elle
raſſemblée actuellement , il n'y a peut- être pas un ſeul homme
qui fût en état de la lire. Le but de la Collection Académique
, eſt d'abréger ces ouvrages immenfes. Lorſqu'elle
ſera au pair des Académies qui fe publient chaque année .
ce ſera un des Recueils les plus utiles des ſciences naturelles
, puiſqu'on aura en 30 volumes in-4. écrits dans la
même langue , tout ce qu'il y a d'eſſentiel dans plus de
500 vol. écrits en toutes fortes de langues , & dont l'acquiſition
totale coûteroit plus de 500 louis. Y
1
JUIN. 1776. 171
Cet Ouvrage contient déjà le dépouillement de plus de
250vol.
Le Tome I comprend l'Académie del Cimento ; le II ,
Pabrégé des tranſactions de Londres ; le III , les éphémé
rides des Curieux de la Nature ; le IV, les actes de Copenhague
, &c .; le V, l'extrait de Swammerdam; le VI,
les éphémérides de Léipſick , &c.; le VII , la ſuite des
éphémérides & des actes de Copenhague ; les VIII , IX,
l'abrégé de l'Acad. de Berlin; les X, XI , l'abrégé de
P'Académie de Bologne & de Suede ; le XII , la fuite de
- Berlin , &c. &c.
La plupart des vol. de cet Ouvrage ſont précédés de
difcours prémilinaires , faits de main de maître; on les
attribués à M. le Comte de Buffon : mais ils font de
M. de Guenau de Montbeliard , chargé de la continuation
de l'hiſtoire naturelle des oiſeaux.
Les Académies dont on a la copie , font Turin , Gottingue
, Pétersbourg , Upſal , Bologne , Léipſik , ſuite des
Ephémérides , &c.
C
>
ANNONCES LITTERAIRES.
TABLETTES historiques & chronologi
ques, contenant les faits les plus mémo
172 MERCURE DE FRANCE.
rables de notre Monarchie ; avec les noms
des perſonnesqui ſe ſontdiftinguées dans
les ſciences & les arts juſqu'à nos jours.
A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire ,
`rue St. Jean-de- Beauvais , 1776; 1 vol.
pet. in-12 rel. en parchemin , prix 18 f.
Mémoires fecrets , tirés des archives
des Souverains de l'Europe ; Tom. XXIII
& XXIV , faiſant les Tomes IX& X du
regne de Louis XIII ; Ouvrage traduit
de l'Italien. A Amſterdam ; & fe trouve
à Paris , chez le même Libraire. Prix 3 l.
les deux vol. br.
Systême nouveau sur l'origine des fiefs ,
pour ſervir à la connoiſſancede l'hiſtoire
&à l'intelligence des coutumes ; par M..
Marchand , Licenciéès Loix , Notaire-
Royal à Chartres. A Chartres , chez
Jouenne , Libraire ; & ſe trouve à Paris ,
chez le même Libraire; in . 8°. br. prix
11. 4 f.
Le Mentor moderne , ou inſtructions
pour les garçons & pour ceux qui les
élevent; par Madame le Prince de Beaumont.
A Paris , chez le même Libraire ;
12 parties rel. en 6 vol. prix 12. 1.-
JUIN. 1776. 173
(
Recueil de deux Mémoires concernant le
mariage des Proteftans de France ; 1776.
I vol. in 80. ſe trouve àParis chez Nyon
aîné , Libraire , rue St Jean de Beauvais,
Prix rel. 4 1.
Esprit de Saurin , ou extraits analyſés
de ſes ſermons ; 2 volumes in 12. A
Paris , chez le même Libraire. Prix rel,
5 livres.
Recueil des Edits , Déclarations , Lettres
- Patentes , Ordonnances , &c. &c.
Année 1774. Second ſemeſtre. Vol .
in - 40. A Paris , chez Ruault , Libr. rue
de la Harpe. On trouve chez le même
Lib. les années 1771 , 1772 & 1773 en
2 vol. in - 40 . chacune.
Les fiecles chrétiens , ou Hiſtoire du
Chriſtianiſme dans ſon établiſſement &
-ſes progrès ; par M. l'Abbé ***. Tomes
V& VI in- 12. Prix rel. 5 liv. A Paris ,
chez Moutard , Libr. de la Reine , de
Madame & de Madame la Comteſſe
d'Artois , quai des Auguſtins , près du
pont Saint Michel , à Saint Ambroiſe ,
1776,
174 MERCURE DE FRANCE.
Florello , Hiſtoire méridionale ; par
M. Loaiſel deTreogate , ci-devant Gendarme
du Roi, A Paris , chez le même
Libraire ; in- 80, avec fig. Prix br. 1 liv.
16-f.
Grammaire Latine , contenant le Rudiment
, la Syntaxe & une Méthode
françoiſe- latine; précédée d'une introduction
aux langues ,miſe à la portée des
enfans. A Paris, chez L. Cellot , Libr.
Imprim. rue Dauphine , 1776; 1 vol,
in-12. Prix rel. 2 1.
Réponse à la brochure intitulée : l'ordre
profond & l'ordre mince , conſidérés par
rapport aux effets de l'artillerie. A Amfterdam
; & ſe trouve à Paris , chez L.
Cellot& Jombert , fils jeune , Libraires ,
rue Dauphine , 1776; in 80. br.
Précis de Histoire de France , en vers ,
avec des notes , où l'on développe ce que
les vers ne font qu'indiquer ; à l'uſage de
la jeune Nobleſſe ; par M. Pelofi , Italien.
A Paris , chez la veuve Ducheſne
Libraire , rue St Jacques , au Temple du
Goût, 1776; I vol. in- 8°,
JUIN. 1776. 175
Eſſai fur les cauſes principales qui
ont contribué à détruire les deux premieres
races des Rois de France ; Ouvrage
dans lequel on développe les conftitutions
fondamentales de la Nation
Françoiſe , dans ces anciens temps. Par
l'Auteur de la Théorie du Luxe.AParis ,
chez la veuve Ducheſne , Libr. rue St
Jacques , 1776; in - 80.
Projet d'un Hôpital de malades ou Ho
tel - Dieu , dans lequel les malades , couchés
chacun ſeul dans un lit , recevroient
les meilleurs ſecours , avec le moins de
frais poſſibles ; diviſé en trois parties ,
1º. l'emplacement , 2º. les bâtimens
3º. l'adminiſtration. Par M. R***. A
Londres; & ſe trouve à Paris , chez la
veuve Ducheſne, Libr, rue St Jacques ,
1776; in - 49. br.
1
し
Itinéraire portatif d'un arrondiſſement
de 30 à 40 lieues de la Ville de Paris
diviſé en trois parties : Ouvrage utile à
toutes les perſonnes qui deſirent avoir
uneconnoiſſance exacte des endroits , des
grandes routes & chemins de traverſe,
renfermés dans le même arrondiſſement ,
enrichi d'un plan de Paris & de deux
>
C
に
ES
י ו ג
ト
176 MERCURE DE FRANCE.
cartes pour l'intelligence dudit Ouvrage.
Par L. Denis. Prix 5 liv. les 2 vol. br.
A Paris , chez la veuve Ducheſne , Libr.
rue St Jacques ; Ruault, Libr. rue de la
Harpe ; & Dorez , Lib. rue St Jacques .
Annales du regne de Marie Therese ,
Impératrice - Douairiere , Reine de Hongrie
, & c . dédiées à la Reine. Par M.
Fromageot , Prieur-Commandataire , Seigneur
de Gondargues , Uſſel , &c. vol . gr .
in - 80. bien imprimé , avec les portraits
de l'Impératrice - Reine , de l'Empéreur ,
de la Reine de France , & quatre autres
eſtampes ſupérieurement gravées ; br.41.
rel . 5 1. A Paris , chez Lacombe , Libr .
rue Chriſtine.
Mémoire fur le cours des eaux ; les
avantages qu'on peut tirer des crues
d'eau; qualités des eaux ſtagnantes , des
eaux fouterraines. A Châlons , chez Mercier
, Imprim . Libr. dans la grande rue ;
&à Paris , chez Lottin , Imprim. Libr.
rue St. Jacques , au Coq , 1776 ; in- 12 .
Satires de Perfe , traduites en françois,
avec des remarques ; par M. Sélis , ancien
Pro
JUIN. 1776 177
Profeſſeur d'Eloquence , Docteur aggrégé
en la Faculté des Arts de l'Univerſité de
Paris , de l'Académie des Sciences , Belles
- Lettres & Arts d'Amiens . A Paris ,
chez Antoine Fournier , Libr. rue du
Hurepoix à la Providence ; I vol. in-8°.
Epitres en vers fur différens fujets ; par
M. Sélis. A Paris , chez le méme , 1776 ,
in-8%. br.
Oraiſon Funebre de très-haut & trèspuiſſant
Seigneur Louis Nicolas Victor
de Félix , Comte du Muy , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat au département
de la guerre , ci devant Menin de
Monſeigneur le Dauphin , Directeur &
Adminiftrateur del'Hôtel-Royal des Invalides
; prononcée dans l'Egliſe de cet
Hôtel , le 24 Avril 1776, par Meſſire
-Jean - Baptiste - Charles Marie de Beau-
-vais , Evêque de Senez . A Paris , chez
le Jay , Libr. rue St Jacques , in-12 . Prix
11. 4 f. br.
>
Défense de la doctrine de l'Eglise fur le
Jubile , ou Entretien d'Eudoxe & d'Eri
gone fur les indulgences ; par M. Maf
M
178 MERCURE DE FRANCE.
ficau laîné , ancien Maire d'Orleans ,
Adminiſtrateur de l'Hôtel - Dieu , &
Membre de la Société d'Agriculture de
le même Ville ; in 12. A Paris , & fe
trouve à Orléans , chez Couret de Ville-
neuve le jeune , Impr. du Roi.
Nouvelle Edition des Lettres de Clément
XIV; 2 volumes in 12 A Paris , chez
Lottin le jeune , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cette ſeconde édition eſt plus correcte
que la premiere , & enrichie de nou.
velles lettres intéreſſantes.
ACADÉMIES.
I.
PARIS.
Académie Royale de Chirurgie.
Les quatre médailles d'or de too liv.
chacune, fondées à perpétuité par M.
Houſtet ,ancien Directeur de l'Académie
JUIN. 1776. 179
Roya'e de Chirurgie , Aggrégé au Cols
lége de Montpellier , & chargé de l'inf.
pection des Ecoles , ont été adjugées .
cetteannée, lapremiere, au ſieur François
Camy, de Toulouſe; la ſeconde , au fleur
Claude Nicolas Guignard, de Paris; la
troiſieme , au ſieur Ferdinand Bretilliot ,
de Dôle , Dioceſe de Besançon ; la quatrieme
, au ſieur Jean Baptifte Jacques
Thillaye , de Rouen.
Les quatre acceffit, conſiſtant enquatre
médailles d'argent, pareillement fondées
par M. Houſtet , ont été accordés , le
premier , au ſieur Matthieu Larrat , de
Clerac , Dioceſe d'Agen , qui a eu plu
ſieurs voix pour une médaille d'or ; &
les trois autres aux fieurs Pierre Petitot,
de Varennes , Dioceſe de Langres ; Jacques-
Michel Guidon, d'Arpajon , Dioceſe
de Paris; & Jean Baptifte Allenet ,
de la Chapelle , Dioceſe de Saintes.
II.
Ecole Royale gratuite de Deſſin
Le premier Mai , M. Albert , Lieu
tenant-Général de Police , acompagné
de MM. les Directeurs &Adminiſtra
Ma
に
專
L
180 MERCURE DE FRANCE..
teurs de l'Ecole-Royale gratuite de def
fin, a faitl'ouverture de la nouvelle claſſe
& chef- lieu de la-dite Ecole , rue des
Cordeliers ; enſuite il s'eſt rendu aux
Tuilleries , accompagné comme deſſus ,
pour y délivrer les grands prix , & prix
de quartier , de l'année 1775. Les Eleves
qui ont remporté les ſept grands Prix ,
ont eu l'honneur d'être embraſſés par le
Magiſtrat , au bruit des fanfares & des
acclamations du public,
M. Bachelier , Directeur , ouvrit
la ſéance par un diſcours ; enſuite on
procéda à la diſtribution de 220 Prix ,
que le Magiſtat délivra aux Eleves.
III.
DIJON.
Prix proposés par l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles- Lettres de Dijon , pour
les années 1776 & 1777 .
T
Le prix de 1773 ayant été réſervé , ce.
lui de 1776 ſera double , & aura pour
ſujet la même queſtion de médecine pratique
propoſée pour 1773 , ſavoir :
Quelles sont les maladies dans lef
JUIN. 1776. 181
لا
>
quelles la médecine agiſſante est préférable
à l'expectante , & celle - ci à l'agiſſante ;
& à quels signes le Médecin reconnoît
qu'il doit agir ou rester dans l'inaction , en
attendant le moment favorable pour placer
les remedes ?
Depuis pluſieurs ſiecles les Médecins
font partagés fur cette grande queſtion.
Les agiſſans & les expectans croient leur
ſyſtême-pratique autoriſé par des raifonnemens
concluans & des expériences déciſives.
Le moment où doit ſe diffiper
l'illuſion qu'ils ſe font néceſſairement
les uns ou les autres , ſemble préparé par
les lumieres que la philoſophie a portées
de nos jours ſur tous les objets. L'Académie
eſpere que le Prix qu'elle propoſe
aujourd'hui , hâtera la révolution que
l'on eſt dans le cas de prévoir, & qui
doit ramener à une méthode uniforme.
L'importance du ſujet qui a déjà été
propoſé pour le prix de 1771 & pour
celui de 1774 , a décidé l'Académie à le
propoſer encore pour 1777 , en triplant
le prix. Elle le partagera fi pluſieurs
Mémoires rempliſſent ſes vues; mais fi
elle n'a pas la fatisfaction de pouvoir le
décernerr,, elle renoncera à l'eſpoir d'obtenir
la ſolution qu'elle defire , & em-
M3
182 MERCURE DE FRANCE,
P
ploiera les trois médailles àdiriger l'ému
lation ſur d'autres objets.
L'Académie demande donc encore
pour le prix de 1777 , que l'on détera
mine.
L'action des acides fur les huiles , le
méchanisme de leur combinaison , & la
nature des différens composées ſavonneux qui
en résultent.
Les Auteurs font invités à indiquer
dans les trois regnes les productions naz
turelles les plus ſimples qui participent de
l'état ſavonneux acide; à eſſayer en ce
genre de nouvelles compoſitions ; à ex
poſer leurs propriétés générales ; à défis
gner leurs caracteres particuliers , & à
ne préſenter leur théorie qu'appuyée de
l'obſervation & de l'expérience.
Les Mémoires feront écrits en françois
ou en latin , & l'on fera libre de
leur donner l'étendue néceſſaire..
Tous les Sçavans , à l'exception des
Académiciens réſidens, feront admis au
concours. Il ne ſe feront connoître ni
directement ni indirectement ; ils inf
criront ſeulement leurs noms dans un
billet cacheté , & ils adreſſeront leurs
ouvrages, francs de port , à M. Maret ,
Docteur en Médecine , Secrétaire per
JUIN. 1776. 183
1 pétuel , qui les recevra juſqu'au premier
Avril, incluſivement , des années pour
leſquelles ces différens prix font pro
pofés.
Le prix fondé par M. le Marquis die
Terrail & par Madame Crufſol d'Uzès de
Montaußer Son épouse , à préſent Ducheffe
de Caylus , conſiſte en une médaille d'or
de la valeur de 300 liv. portant , d'un côté
l'empreinte des armes & du nom de M.
Pouffier , fondateur de l'Académie ; &
de l'autre , la devise de cette Société litséraire
.
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les repréſentations d'Alceste ,
Tragédie-Opéra en trois actes.
On a eſſayé de ranimer le poëme , en
introduiſant Hercule dans le ſecond & le
troiſieme actes. Ce Héros , conduit par
l'amitié , vient trouver Admette , & eſt
étonné de voir les peuples gémir du ſa-
M
に
184 MERCURE DE FRANCE.
1
t
crifice d'Alceſte , qui veut s'immoler
pour fon époux. Hercule proteſte qu'envain
l'Enfer tombe ſur ſa victime , &
qu'il faura bien l'en délivrer ; en effet ,
il entreprenoit d'abord d'écarter les Divinités
infernales avec ſa maſſue ; mais
ce moyen ne produiſant pas un bon
effet , il ſe précipite ſur les pas d'Alceſte
dans l'Enfer , il la ramene auſſi tôt , &
la rend à admette. Son retour eſt célébré
par des chants de victoire.
Mademoiselle la Guerre a repréſenté
le rôle d'Alceste , avec cette ſenſibilité&
cette intelligence qu'elle met toujours
dans ſon jeu & dans ſon chant.
L'Académie royale ſe diſpoſe de donner
inceſſamment l'Union de l'Amour &
des Arts , muſique de M. Floquet , & de
jouer cet opéra alternativement , avec
celui d'Alceste ; en attendant les Romans ,
nouveaux fragmens en trois actes , dont
lamuſique eſt de M. Cambiny.
JUIN. 1776. 185
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
Lundi , 13 Mai , une repréſentation de
l'Ecole des moeurs , piece nouvelle en cinq
actes en vers , par M. de Falbaire , Auteur
de l'Honnête Criminel , du Fabricant
de Londres , des deux Avares.
Les perſonnages font : le Lord Bethon ,
Sir Charles & Sir James , fes fils , Duling
, leur Gouverneur ; Ladi - Bethon ;
Henriette , fille de Duling ; Nelly , femme
de chambre de Ladi; un Juge de paix ;
un Geolier ; Jonathan ; Johnson ; Patrice
Roger , laquais . La Scene eft à Londres.
Cetre Ecole des moeurs a paru mal remplir
ſon objet. Un pere libertin a deux
fils ; le plus jeune a beaucoup d'honneur ,
de ſenſibilité , & d'amour ; laîné à l'i
mitation de l'Auteur de ſes jours , ſe
livre à toute la fougue de ſes paſſions. Ils
aiment tous les trois la belle Henriette ,
fille de Duling. Ladi-Bethon la protége ,
la chérit , & la comble d'amitié. Une
confidence mutuelle ajoute encore à leur
tendre union. La vertueuſe Henriette ne
peut ſe défendre d'être ſenſible à l'honnê
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
1
"
C
C
1
teté des ſentimens , & à l'amour véri
table de Sir James , le plus jeune des
fils. Mais elle fuit avec indignation la
ſéduction du pere , & l'audace du fils
aîne. Sa reſpectable amie la plaint , &
gémit elle-même de ces perféctutions.Elle
la défend , & la conſole autant qu'elle
le peut ; elle concerte les moyens dë
faire ſon bonheur. Cependant Duling
connoiſſant tout ce que fa fille doit crain
dre, veut l'emmener dans un aſyle plus
fur & plus tranquille. Ce projet , que le
Lord ne peut arrêter , irrite ſes deſirs ,&
ceux du fils aîné; & tous deux rivaux
ſans le ſavoir, méditent chacun à part ,
de s'aſſurer de Henriette , & de la faire
enlever. Sir-Charles ,pour écarter le pere
de Henriette , fait payer un billet que
doit Duling; & maître de ſa dette , le
fait traîner en prifon. Ce malheureux pe
ré eſt au déſeſpoir; Ladi ne peut empê
cher fon infortune , & le Lord ne lui
montrequ'une fauſſe pitié. Le Geolier plus
humain, attendri par les larmes de Hen
riette,par les malheurs de Duling ,& par
ledéſeſpoir de Sir-James,emploie la dot
de ſa fille , prête de ſe marier , pour dé
livrer cet honnête prifonnier. Henriette
ſediſpoſe àſuivre ſon peredans ſa retrai
te ; elle quitte en pleurant ſa reſpectable
JUIN. 1776.87
i
&malheureuſe amie, lorſqu'un vacarme
affreux répand l'horreur dans la maiſon.
Ce fontles gens du Lord Bethon ,&ceux
de Sir - Charles , qui veulent pendant la
nuit , enlever Henriette ; tandis que les
deux partis ſe diſputent leur proie , Hen
riette ſe ſauve épouvantée ; le Lord dé
guifé , & Sir- Charles , combattent l'un
contrel'autre. Sir-Jamesaccourt au bruit ,
&s'oppoſe à la violence. Le Lord , percd
d'un coup d'épée par ſon fils , ſuccombe,
Sir Charles reconnoît ſon pere. Cette
ſcene d'horreur fait frémir. Le Lord
expirant , veut excuſer le parricide de
ſon fils , comme une juſte punition de
ſes crimes & du mauvais exemple qu'il
a donné. Ilengage Sir James à donner ſa
main à Henriette, il aſſure leur fortune
& celle de Duling : Eſt ce là une Ecole
des moeurs?
Une Dame , au ſortir de ce ſpectacle ,
demandant à M. le Kain comment on
pouvoit recevoir des pieces de ce genre,
Î'Acteur répondit: Madame , c'est lefecret
de la Comédie.
Les principaux rôles ont été remplis
par MM. Brifart , Molé , de la Rive
Monvel , Déſeſſars , & par Mesdames ,
Préville & Doligni. :
188 MERCURE DE FRANCE.
DÉBUTS.
M. DE CENE a débuté , ſans être annoncé
, le mardi 30 Avril , dans le rôle
de Clitandre du Miſantrope ; il a joué
ſucceſſivement le rôle du Comte des Bourgeoiſes
de qualité , Don Sanche du Cid ,
Damis du Préjugé à la mode.
Madame DORBIGNY a débuté le 4
Mai par le rôle de Phedre.
M. DAUTERIVE a joué le 14 Mai ,
le rôle de Datviane de Mélanide ; & ,
le jour ſuivant , Pilade d'Iphigénie en
Aulide.
Ces débuts ont été de foibles eſſais
fur leſquels on ne peut porter de jugement.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
le 8 Mai dernier , la premiere repréſentation
du Mai , Comédie en trois Actes ,
mêlée de proſe & de vers , d'ariettes &
de vaudevilles , par M. Desfontaines.
Un bourgeois , poſſédé de lamanie des
talens , a une fille à quiil ſouhaiteroit pou
JUIN. 1776. 189
voir donner en mariage trois génies de fa
ſociété; ſavoir,unPoëte tragique,un Compoſiteur
d'opéra , & un Virtuoſe pour les
ariettes , mais ne le pouvant pas , il pro
poſe un concours aux trois prétendans ;
&celui qui remportera le Mai du génie ,
doit obtenir la main de Lucile pour prix
de ſa victoire. Cet arrangement ne convient
pas trop à la jeune beauté ; elle
aimeroit beaucoup mieux pour époux
Dorval, qui ne fait ni vers , ni opéra ,
ni ariettes , mais qui fait mieux l'art de
plaire . Dorval eſt neveu de Doranthe ,
ancien ami du pere de Lucile , homme
railleur, qui ſe promet bien de s'amuser
aux dépens des trois génies , & de ſervir
les amans .
1
Le Poëte tragique entre dans l'enthouſiaſme.
Il vient, portant tout l'arſénal de
Melpomene , avec des poignards , des
vers ampoules & furieux. Le perfifleur
s'approche de lui , dans le coſtume d'un
ſouffleur de théatre ; il l'interroge , lui
fait débiter beaucoup d'extravagances ,&
lui conſeille de tuer tous les perſonnages
de fon drame , afin que cela foit plus tra
gique , & finit par le baffouer. Il en fait
autant au Compoſiteur d'opéra , en habit
demachiniſte ,&auVirtuoſe,en batelier;
190 MERCURE DE FRANCE.
L
P
les pourſuivant tous avec quelques re.
frains de vaudeville.
٢٠ Cependant le bourgeois ridicule n'eſt
point détrompé , & trouve fublimes les
plans& les eſſais que les trois génies lui
communiquent. C'eſt en vain que Do
santhe veut ledéſabuſer , en oppoſant tous
jours à leurs efforts , les traits de nos anciennes
chanfons , des lon lan la, des
faridondaine , & autres belles choſes dont
il paroît fort épris (ainſi que l'auteur).
Il penſe que pour corriger la manie
du pere de Lucile ; il vaut mieux paroftre
l'applaudir. Doranthe , ſecondé par
ſon neveu& par Lucile elle- même , fait
entendre qu'Apollon vient de leur appa,
roître ,& que le Mai , ou la palme , déſi
gnera celui qui doit triompher de ſes rivaux;
ce qui le pere approuve. On ſe
fert des machines & des décorations d'un
ſpectacle que le pere de Lucile a dans ſa
campagne , & l'on en forme un parnaſſe.
Pluſieurs femmes , amies de Doranthe ,
repréſentent les Muſes; Dorval eſt au
près d'elles en Apollon: le cheval Pégaſe
eſt figuré au haut de la double colline.
Les géniesprétendans ſont invités d'aller
enlever la palme qui eſt ſur le ſommet de
l'Hélicon. Ils graviſſent avec peine; le
1
JUIN. 1776.198
>
cheval Pégafe fait des ruades , les fontaines
jailliſſent , & les génies tombent
dans le bourbier. Ils demandent grace,
avouant leur foibleſſe, La palme deſcend ,
comme par magie , dans les mains d'Apollon,
qui demande , comme on l'a promis
, Lucile pour épouſe.
Le pere , toujours ſéduit , ſe trouve
forthonoré d'un tel choix. NotreApollon
heureux , déclare alors qu'il eſt le ſimple
neveudeDoranthe. Le bourgeois un peu
confus , renonce à ſa manie ; il confirme
le bonheur des amans , & s'amuse luimême
de ſa crédulité , & du ſtratagême
employé pour ledétromper.
Ce plan de comédie , ſi bizarre & fi
confus, fert de cadre à quelques ſcenes
aſſez gaies , & à des couplets affez
agréables.
Les principaux rôles ont été joués par
MM. Laruette , Trial , Narbonne, Suin ,
Julien , & par Mlle Lefevre.
On doit donner inceſſamment à ce
* théatre , les Mariages Samnites , en trois
Actes , en vers , par M. Derozoi , mu
ſique de M. Gretry.
১
:
:
192 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES.
I.L
Le Spectacle de l'Histoire Romaine , depuis
la fondation de Rome juſqu'à la priſe
de Conſtantinople par Mahomet II ,
l'an de J. C. 1453 , par M. Philippe ,
des Académies d'Angers & de Rouen
Cenſeur Royal & Profefſeur d'Hif
toire. Volume in - 4o . avec une ſuite
de 20 eſtampes gravées par les meilleurs
Artiſtes , d'après les deſſins de
MM. Gravelot , Saint - Aubie , &c.
Prix 32 liv. A Paris, chez la veuve
Tilliard & Ruault , Libraires , rue de
la Harpe, Lacombe , rue Chriſtine ;
& chez les principaux Libraires.
M. Philippe , non moins connu par
ſes talens que par fon zele pour la ſcience
qu'il profefſe depuis ſi long- temps , &
qu'il continue de profeſſer avec le plus
grand ſuccès, a imaginé & exécuté un
Plan
Σ
も JUIN. 1776. 103.
+
1
1
Plan d'Histoire Univerſelle , Sacrée & Profane
, Ancienne & Moderne , dont le volume
que nous annonçons aujourd'hui , eſt
une partie détachée & très-intéreſſante.
Rien de plus ſimple , & en mêmetemps
rien de plus attachant , que ce
Spectacle de l'Histoire Romaine. Une centaine
de tableaux gravés par d'habiles
maîtres , offrent aux yeux les ſujets les
plus ſaillans de cette hiſtoire , fi féconde
en grands événemens. C'eſt une gallerie,
où chaque ſcene eft non-ſeulement repréſentée
avec fidélité , mais expliquée par
l'Auteur , avec un art qui nous a paru trèsadroit.
Voici en quoi confifte cet aarrtt ,, qui
différencie l'entrepriſe de M. Philippe ,
de tous les recueils ou livres d'eſtampes.
L'auteur , qui n'oublie pas qu'il offre un
ſpectacle en tableaux , ne ceſſe , dans les
diſcours qu'il leur a joints , d'être peintre.
Fidele à fon rôle , il explique , il détaille
en artiſte ce que l'on voit dans ſes repréſentations
; il indique même ce que l'on
doit y voir , & ce que la négligence du
ſpectateur l'empêcheroit ſouvent d'y cher
cher , Il fait plus , il exalte l'imagination
✔de ce ſpectateur ,& lui apprend à ajouter
mille belles circonstances , que les bornes
de l'art ont forcé le deſſinateur de laiſſer
N
د
194 MERCURE DE FRANCE,
Si
de côté; de forte qu'il embellit , anime
&complette ces petits drames muets ; &
l'on peut dire qu'il ne leur manque alors
plus rien, pour être auſſi inſtructifs qu'agréables.
Les Auteurs qui ont prétendu offrir
P'hiftoire en tableaux , n'ont point connu
cette manierede faire concourir aumême
but , qui eſt l'inftruction ,deux chofesauffi
différentes que le deffin ou le langage ty
pique ,& le difcours ou le langage articulé.
Auffi ont-ils partagé l'intérêt de leurs ou
vrages ,& n'ont jamais rempli leur ob
jet. Ils ont bien connu la maxime d'Horace,
que l'eſprit eſt plus frappé par les
chofes qui ſe tranfmettent juſqu'à lui par
le sens de la vue , que par celles qui lui
viennent par le fens de l'ouïe; mais ile
ont négligé de tirer tout le parti poſſible
de cepremier ſens. Notre Profeffeur,au
contraire , ne le perd jamais de vue; c'eſt
fur lui qu'il dirige toutes ſes impreffions,
& c'est une adreſſe qui mérite les plus
grands Eloges. En encourageant& en accueillant
de pareilles entrepriſes , on ne
rend pas feulement juſtice à leurs inventeurs
, on concourt encore à la perfection
des arts &des ſciences.
La fuite des tableaux hiſtoriques , qui
JUIN. 1776. 195
compofent le Spectacle de l'Hiftoire Romaine,
paroîtra avant la fin du mois de
Novembre prochain. Cette ſeconde ſuite
commencera au N. XXI juſqu'au N. XL
incluſivement. L'Auteur y ajoutera un
cahier de difcours , où , après une courte
expoſition des faits, il paſſera à la diftributiondes
ſcenes & des détails , comme
on le voit pratiqué dans la premiere li
vraiſon qui ſe vend actuellement, & à
la tête de laquelle eſt le plan de Rome
ancienne du temps des Rois.
11.
G
Costume des anciens Peuples , par M. Dan.
dré Bardon , Profeſſeur de l'Acadé
mie Royale de Peinture &de Sculpture
, Directeur perpétuel de celle de
Marseille , & Membre de l'Académie
des Belles-Lettres, Sciences&Arts de
la même Ville. Trentieme & trenteunieme
& dernier cahier in - 4. A
Paris, rue Dauphine , chez Jombert
&Cellot.
I
Ces deux derniers cahiers du Coſtume
des anciens Peuples , complettent la fuife
de cette riche & favante collection. Ils
15
N2
196 MERCURE. DE FRANCE.
préſentent des obſervations fur quelques
anecdotes pittoreſques , & fur l'éléphant.
La bizarrerie de la ſtructure de cet animal
, la variété de ſes mouvemens , l'étendue
de ſes reſſources , & fur-tout la difficulté
d'en trouver des modeles vivans ,
ont déterminé M. Dandré Bardon, à faire
à ſon ſujet, principalement en faveur des
peintres &des ſculpteurs , quelques obſervations
d'autant plus utiles , que cet
animal , tout monstrueux qu'il eſt , a fouvent
décoré des ſcenes héroïques , que les
arts font quelquefois obligés de retracer.
Le trente- unieme & dernier cahier ,
eſt terminé par une table des matieres ,
ſuivant l'ordre numérique des cahiers , où
l'on indiquele principal objet de chaque
planche.
II.
Gravure en maniere noire.
M
$
Il paroît une Tête , d'après Vandyck ,
gravée par Smith , de 14 pouces & de
haut; ſur 10 pouces & de large. Prix
6 liv. chez Haines , rue de Seine , la
deuxieme boutique par la rue du Colombier
, fauxbourg Saint -Germain , ci
devant rue de Tournonsto
SJUIN. 1776. 197
८ Le ſieur Haines enſeigne les principes
de ce genre de gravure ,& la manierede
grainer les planches ; & aux Dames &
autres , à coller & peindre les eſtampés
ſur verre ; le tout en très-peu de temps.
:
IV.
On diſtribue le quatrieme cahier des
estampes pour le Telémaque , in - 4. deffinées
ſi agréablement par M. Monnet ,
Peintre du Roi , & gravées avec tant de
goût& de talent , par M. Jean-Baptiſte
Tilliard.
Ce cahier , compoſé de 6 gravures &
de deux planches d'explications , eſt pour
les Livres VII & VIII du Roman. A
Paris , chez M. Tilliard , Graveur , quai
des Auguſtins.
L
V.
On trouve chez Bonnet , rue Saint-
Jacques , au coin de celle du Plâtre ,
4 cahiers des principes de Deſſin , d'après
nature , deſſinés par Leclerc , gravés dans
la maniere du crayon , par L. Bonnet.
Chaque cahier , de 6 planches in -4.
Prix 1 liv. 4 fols.
८
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
2 cahiers de Fleurs , d'après Salambier ,
chacun de 4 feuilles. Prix 15 fols.
32 cahiers de Trophées , chacun de 4
feuilles. Prix 1 liv. 4 ſols.
• Etude au crayon , d'une tête d'un tas
bleau de M. Doyen , Peintre du Roi , par
Bonnet. Prix I liv. 4 fols,
4 IV.
L
Cahier de 6 feuilles , gravées à l'eaus
forte , de Tombeaux , par M. Thierry ,
d'après les deſſins de M. Guiard. Prix
I liv. 4 fols , chez M. Panſeron , Pro
feſſeurd'Architecture , rue du Foin-Saint-
Jacques , au Collége de Me Gervais.
2
VIL
Clavicule du Cheval , ou Tableau des connoiſſances
relatives à cet animal , par
M. Lafoffe.
Cet Ouvrage , qui contient le précis
de tous ceux qu'a faits l'Auteur , eſt re
préſenté ſous la forme de deux grands ta
bleaux de finances , gravés proprement,
&imprimés fur papier grand aigle.
Lepremier explique la ſtructure externe
JUIN. 1776. 199
& interne du cheval , avec un petit tableau
de laconnoiſſance des differens âges
du cheval , depuis ſa naiſſance juſqu'à
30 ans.
Le ſecond contient le détail de toutes
les maladies du cheval , & eſt diviſé en
cinq colonnes. La premiere donne le nom
de la maladie, la ſeconde explique ſes
cauſes , la troiſieme le diagnoſtic , la quatrieme
le prognoſtic , & la cinquieme la
curation.
L'Auteur s'eſt d'autant plus déterminé
àprendre cet ordre méthodique , que ces
tableaux peuvent convenir , non ſeulement
à des écuyers , maréchaux , mar
chands de chevaux , mais même à tous
ceux qui n'ont aucune connoiffance da
cheval; & qu'on peut les mettre entre
les mainsd'un cocher ou palfrenier , qui
- ſouvent régit uné écurie,& qui , par-là ,
- peut facilement ſe paſſer d'un maréchal ,
& éviter ſouvent une maladie qui deviendroit
grave , étant dans le cas d'en reconnoître
les ſymptômes , & d'y apporter
les remedes convenables. Prix 4 liv 10
fols. A Paris , chez Dezauche , Graveur,
rue Saint-Severin , la porte-cochere fai
fant face à la rue de la Harpe..
!
E
N4
200 MERCURE DE FRANCE .
VIII.
Histoire universelle du regne végétal , 24
Volumes in folio , dont 12 de Difcours
& 12 de Planches ; par M. Buc'hoz ,
Médecin de Monsieur , propofée parfoufcription
, chez Brunet , Libraire à Paris ,
rue des Ecrivains , & chez les principaux
Libraires de l'Europe.
Le titre de cette Hiſtoire annonce fon
utilité : l'Auteur y réunit toutes les connoiſſances
qui concernent les plantes , les
/ arbres & arbuſtes de notre Globe ; c'eſt
une vraie Encyclopédie végétale , qui
préſente également l'utile & l'agréable.
M. Buc'hoz , pour éviter la confufion dans
cet ouvrage , a adopté la forme commode
de Dictionnaire , & s'eſt conformé, pour
l'ordre dechaque article ,aux noms génériques
& triviaux du célebre Chevalier
Von-Linné : il a toujours été ſon guide.
Il n'a pas moins conſulté tous les hommes
fameux qui ont conſacré leurs veilles
à la botanique; leurs ouvrages ne lui ont
pas peu fervi pour affigner aux plantes
étrangeres le lieu de leur naiſſance. C'eſt
dans ces ſources qu'il a puiſé la plupart
JUIN. 1776. 201
de ſes deſcriptions ; & quand il en a
trouvé d'incomplettes , il a cru pouvoir
y ſuppléer par ſes propres obſervations.
Après avoir donné la deſcription des
plantes ,M. Buc'hoz paſſe à leur culture ;
&pour rendre fon ouvrage plus général ,
&lui donner un certain degré de perfection
, il a joint aux recherches & aux
expériences qu'il a faites dans le cours
de ſes voyages , les obſervations particulieres
de tous les Auteurs recomman-
- dables , dont les écrits ont trait à cettematiere.
Mais la partie à laquelle l'Auteur
s'eſt le plus appliqué , & peut- être la plus
intéreſſante de cet ouvrage , c'eſtde nous
faire connoître l'ufage qu'on peut tirer
des plantes , non ſeulement pour l'orne .
ment de nos Jardins, pour les Arts , pour
la nourriture des hommes&desanimaux,
mais encore pour la Médecine , qui doit
aux Végétaux ſes plus grands ſuccès. M.
Buc'hoz démontre que nos plantes indi.
genes ſont ſouvent plus propres au traitement
des maladies qui nous furviennent
, que les plantes étrangeres ,ſoit que
celles - ci perdent de leur vertu , par la
diſtance ou le laps de temps qui s'écoule
avant qu'elles nous foient parvenues ,
foit que les autres aient une forte d'ana-
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
لا
電
logie avec notre tempéramment. Enfin ,
l'Auteur nous préſente les plantes fous
tous leurs différens aſpects ; &l'on peut
juger, d'après ce ſimple expofé, que cet
ouvrage immenfen'intéreſſe pas uniquement
les Médecins & les Botaniſtes;
mais que les Cultivateurs, les Artiſtes ,
&généralement tous les Individus de la
fociété , y trouvent de quoi ſe ſatisfaire.
M. Buc'hoz , pour obvier aux reproches
qu'on auroit pu lui faire de n'avoir pas
été affez méthodique , donne à la fin
de fon Ouvrage une Table générale des
Plantes , ſuivant le ſyſtême de Linné:
elle eſt accompagnée de dix autres particulieres
, dont chacune offre une nomenclature
des objets qui lui font relatifs
. Il ſeroit inutile de chercher à les
dévélopper plus amplement; il ſuffirade
dire que l'Académie Royale des Scien
ces deParis,ahonoré cetOuvrage de fon
Approbation ; qu'elle le regarde comme
le premier en ce genre qui ait paru en
François ; & l'eſtime d'autant plus honorable
pour la République des Lettres ,
que ſon premier but tend aubien & à la
conſervation de l'humanité.
JUIN. 1776 203
P
CONDITIONS
Le Libraire qui propoſe cet Ouvrage par
Souſcription fera les Livraiſons de lamanierefuivante
:
1. Il donneradès-à-préſentaux Soufcripteurs
, les trois premiers Volumes de
Planches , à raiſon de 36 livres l'un ;
•
ci, •. 1081
Avec les trois premiers
Volumes de Diſcours ,
à 12 livres l'un ; ci , 86 1.
2. Le premier Juin , les quatre ,
cinq& fixieme Volumes de
Planches , au prix ci deſſus ,
3. Le premier Septembre , les
ſept , huit&neuviemeVola
mes de Planches , au prix cideſſus,
4. Le premier Décembre , les
dix, onze& douzieme Volu
mes de Planches , au
mêmeprix, • 108 1.7
Avec les quatre , cinq :
&fixieme Volumesde
Difcours , à 18 livres
le Volume ,
1441
18014
1081
1441
36 1.
1
204 MERCURE DE FRANCE.
や
5. Le premier Juin 1777 , les
ſept ,huit&neuvieme Volumes
de Difcours , au prix cideſſus
, •
6. Le premier Décembre ſuivant
, les dix , onze & douzieme
Volumes deDifcours , au
prix ci-deſſus , •
36 1.
• 36 1.
TOTAL , ... 5761.
On ne payera , en ſouſcrivant, que
les Volumes que l'on recevra , ce qui
eſt très- avantageux;&l'on ſera toujours
maître de prendre à la fois la quantité de
Volumes que l'on deſirera: l'arrange
ment ci deſſus n'étant que pour faciliter
l'acquifition & le payement de ce grand
Ouvrage. On peut même livrer dès-àpréſent
les douze Volumes de Planches ,
& les trois premiers Volumes de Difcours.
La Souſcription ſera exactement
fermée le deuxieme Janvier 1777 , excluſivement
; & les perſonnes qui n'au
rontpas ſouſcrit à cette époque , paye
les Volumes de Planches 48 livr
ceuxdeDiſcours 14 livres. Les Pla
font tirées ſur papier ſuperfin , bier
JUIN. 1776. 205
& propre à l'enluminure;& les ſoins que
l'on a pris pour la partieTypographique
ne laiſſent rien à defirer. , ....
MUSIQUE.O
I.
1.
LESs Souliers mor-dorés , Opéra bouffon ,
en deux actes , mis en muſique parAlexandre
Friner dit Friſeri , aveugle depuis
l'âge d'un an. Oeuvre IV , prix , 18 liv .
à Paris , chez l'Auteur , rue du Ponceau' ,
maiſon d'un Boutonnier , & aux adreſſes
ordinaires de muſique.
Cet opéra bouffon a été repréſenté
avec ſuccès , à la Comédie Italienne; la
muſique en eſt agréable. A
Le Curé de Pomponne, avec quinze
variations , arrangées pour le clavecin ou
le Forté-piano , dédié à Miff-Charlotte .
Eliſabeth Butler de Vigny , par Benaut ,
Maître de clavecin , prix , 1 liv. 16 fol .
1
206 MERCURE DE FRANCE.
àParis , rueGît-le- Coeur , la deuxieme
porte-cochere à gauche , en entrant par
le Pont - neuf, & aux adreſſes ordinai
res.
111.
Ouverture de Céphale & Procris , arrangéepour
le clavecin ou le Forté-piano,
avec accompagnement d'un violon &
violoncelle , ad libitum ; par M. Benaut.
Prix, 2 liv. 8 fols ; aux mêmes adreſſes.
IV.
Premier Recueil de Menuets , Alleman.
des , & autres morceaux variés , entre
mêlés d'ariettes , romances , &c. avec leurs
accompagnemens arrangés pour le Ciſtre,
dédié àMadame la Comteſſe de laHeuſe,
parM. Demeſſe; oeuvre premier : prix ,
7 liv. 4 fol. A Paris, chez Bignon ,
Graveur , place du Louvre , à l'accord
parfait; Laurent , Luthier & Editeur ,
paſſage du Saumon ; & aux adreſſes ordinairesde
muſique.
e
Sei Duetti per duo Molini del Signor
JUIN. 1775.207
i
Gaëtano pugnani , Opéra XIII ; Prix, g
liv. 12 f. A Paris , chez Bignon , Gra
yeur , place du Louvre.
VI.
La douce Erreur , romance , avec accompagnement
, par M. Greffet, Maitre
de chant. AParis , chez Bignon , place
da vieux Louvre. Chez l'Auteur , rue
de la Heaumerie, entre un Mercier &
un Perruquier ; & aux adreſſes ordinai
res.
VIL
Symphonie pour le clavecin , avec ac
compagnement de deux violons , deux
cors , & une baffe ad libitum , dédiée à
Madame Griffon de Romagné , par M.
Edelmann , oeuvre IV. Prix, 4 liv. 4 f.
AParis , chez l'Auteur , rue de la Feuil.
Jade , maiſon de M. le Baron de Bagge,
Madame de Marchand , rue Fromenteau,
& à Opera. A Strasbourg , au Temple
del'harmonie , rue Saint Jean,
VIIL
Airs détachés d'Alceste, Tragedio
208 MERCURE DE FRANCE.
trois actes , par M. le Chevalier Gluck;
prix , I'liv. 16. f.
Racolta d'Arie , avec ſymphonie , par
Mde la Baronne d'Aerſen. de Voshol;
Opéra II . 9 liv.
Trois Sonates pour le clavecin & violon ,
par Verbrugen ; Opéra I; prix , 7 liv.
4fol.
Le Stabat mater , à deux voix & deux
violons & baſſe , par Gaſparini. 9 liv.
au bureau įd'abonnement mufical , rue
du Hafard-Richelieu.
IX.
Nouveau Clavecin.
M. de Virbės , Maître de Muſique ,
faitentendre un clavecin qu'il abeaucoup
perfectionné depuis peu , qu'il appelle
Céleste , auquel il a ajouté pluſieurs jeux ,
imitant différens inſtrumens ; ce qui
donne à ce Clavecin beaucoup de force ,
de variété , d'étendue , & d'effets de mufique.
Cependant ſa forme ne differe pas
des autres Clavecins ; & la Méchanique
en eſt ſi ſimple , qu'elle n'en augmente
pref
JUIN. 1776: 209
preſque point le volume , & que fon jeu
en eſt facile. Les perſonnes qui voudront
entendre ce Clavecin, ſont priées d'en
prévenir l'auteur , & de lui faire demander
des billets. Sa demeure eſt rue du
Four , près Saint Eustache , N. 90.
1
ARCHITECTURE.
1.
NOUVEAUX élémens d'Architecture
dédiés à Monſeigneur de Sartine , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département
de la Marine ; par le ſieur Panſeron , ancien
Profeſſeur de deſſin à l'EcoleRoyale
militaire ,& Profeſſeur d'Architecture.
Premierepartie , contenant les cinq or-
- dres d'Architecture, en ſeize planches :
prix , broch. & en ſimple trait, 2 liv.;
broché & lavé 4 liv.
Deuxieme partie , contenant en 56
planches , des ornemens relatifs à l'Ar-
* chitecture : prix , broch. en un trait ,
5 liv.; broch. & lavé , 10 liv.
Troiſieme partie , contenant en 38
1
210 MERCURE DE FRANCE.
planches , l'application des cinq ordres
d'Architecture , de la conſtruction des
édifices , & de la diſtribution & conftruction
, &c.; prix , broché , 8 liv. Le
tout relié , & fans être lavé , 17 liv. relié
& lavé , 24 liv. A Paris , chez l'Auteur
, rue du Foin- Saint- Jacques , au Collége
de Maître Gervais ; & Deſnos , Libraire
, rue S. Jacques.
II. 7
Plan du rez-de- chauſſsée de la nouvelle Eglife
de Sainte Genevieve , avec une élévation
géométrale de la coupole projetée avec fon
Portail. A Paris, chez M. Dumont ,
rue des Arcis ; & chez MM. Foulain ,
Pere & Fils , Quai de la Mégiſſerie.
Ce nouveau projet de Coupole , eſt
fans doute la derniere penſée de l'Ar.
chitecte. Elle aura 63 pieds en dedansoeuvre
, roo pieds de diametre en dehors
, & environ 170 pieds d'élévation
juſqu'à la croix ; elle ſera environnée
d'une colonnade corinthienne de forme
octogone , qui formera , dans tout fon
contour extérieur , un large périſtile ;
enfinle tout ſera terminé par un attique
JUIN. 1776. 211
qui ſoutiendra le Dôme. On attend actuellement
le plan de la tour de cette
grande Coupole , & celui de ſes coupes
géométrales.
BOTANIQUE.
FLORA PARISIENSIS , ou deſcriptions
& figures in 8°. enluminées , de toutes
les plantes qui croiſſent aux environs de
Paris , ſuivant la méthode ſexuelle de
M. Linné , & les démonſtrations de Botanique
qui ſe font aujourd'hui au Jardin
du Roi.
On s'abonne chez Didot , Libraire ,
Quai des Auguſtins.
En recevant le premier cahier 15 1. f.
Le ſecond. • 7 10
Le troiſieme. • • 7 10
Le quatrieme. • 7 10
Le cinquieme. • 7 10
Le fixieme , gratis.
- ou de 120 planches.
Etat d'une année de fix cahiers ,
Chaque cahier , pour ceux qui ne s'abonnent
pas , eſt de 9 liv.; le prix eſt
double pour le grand papier.
-
• 45 liv.
02
212 MERCURE DE FRANCE.
19
COURS DE MATHÉMATIQUES.
MONSIEUR LE ROI , Maître de mathématiques
& de géographie , annonce au
Public qu'il donne ſes Leçons trois fois
par ſemaine , & qu'il ſe rend , pour cet
objet , dans les Maiſons particulieres &
dans les Penſions. Il prend vingt-quatre
livres par mois pour les mathématiques ,
&trente fix quand on y joint la géographie.
Ses Leçons ſont utiles, particulièrement
aux jeunes gens deſtinés àſuivre les
Ecoles de génie , & en général , à tous
ceux qui veulent acquérir quelques connoiſſances
de ces deux Sciences . On aura
labonté de ſe faire infcrire chez Monfieur
le Roi. Il loge au Collége des Tréſoriers,
Place Sorbonne , à Paris.
Cours de Langue Allemande.
Comme la Langue Allemande de
vient de jour en jour plus néceſſaire
aux François, le ſieur Triedel doit commencer
, le quinze de Jain, un cours de
JUIN. 1776. 213
cette Langue , pour la jeuneſſe entre dix
&ſeize ans. Il ſera compoſé de quinze
perſonnes ſeulement , & fubfiftera une
année: pendant les trois premiers mois ,
pour faciliter les progrès des Eleves ,
il leur donnera tous les jours , réguliérement
, une leçon , excepté les Dimanches
& Fêtes ; & enſuite , quatre
ſeulement chaque ſemaine. On payera
fix livres au commencement , & au re-
- nouvellement de chaque mois. Il eſt logé
- rue Dauphine , chez Madame Mon-
- mayeux , Marchande Limonadiere , au
Café de la victoire , & on le trouve tous
les jours , de midi à deux heures , chez
lui. Il continuera de donner des leçons
enville. ۱
t
LETTRE de M. de Voltaire à M. Laus
de Boiffy ,fur sa réception à l'Académie
des Arcades de Rome.
6 Mai 1776 , & Ferney.
Si j'ai l'honneur , Monfieur , d'etre votre Confrere à
Rome , je ne ferais pas moins flatté de l'être à Paris.
J'ambitionne encore un titre plus flatteur , celui de votre
ami Vos lettres m'en ont inſpiré le defir , autant que
03
214 MERCURE DE FRANCE,
-vos Ouvrages ont de droit à mon eſtime. Il eſt vrai que
mon âge , mes maladies & ma retraite , ne me permettent
guere de cultiver une liaiſon ſi flatteuſe ; mais fouffrez
que je cherche dans les expreſſions de mes ſentimens
pour vous , une confolation qui m'eſt néceſſaire, Je crois
appercevoir dans tout ce que vous écrivez , quel eſt le
charme de votre ſociété. J'ai reçu , un peu tard , le préſent
charmant dont vous m'honorez ; il n'y aurait qu'un
Anacreon qui pût mériter une telle galanterie ; il aurait
chanté vos couplets , je puis à peine les lire , & je n'ai
d'Anacreon que la vieilleſſe.
:
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec tous les ſentimens
que je vous dois ,
Votre, &c.
VOLTAIRE.
Variétés, inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Induſtrie.
M. D
DE LESTWITZ , Directeur de la Société
patriotique de Siléſie , a découvert
un moyen de détruire le Puceron de
JUIN. 1776 215
Jardins , dont l'utilité a été confirmée par
beaucoup d'expériences. Il confifte à
verſer huit ou dix gouttes d'huile de baleine
, mêlée dans une pareille quantité
d'eau , au pied des plantes où le réfugient
les Pucerons , dont les nids font
communément de la grandeur d'une foucoupe
à thé : ces nids renferment des
milliers d'oeufs , qui , lorſqu'ils viennent
à éclore , font bientôt périr une prodi.
gieuſe quantité de plantes. M. de Leftwitz
a détruit , par cette méthode , tous
les Pucerons qui ravageoient les plantes ,
&même les arbres de ſes Jardins.
!
II.
Le ſieur CORDELLE , Mécanicien ,
vient d'inventer une nouvelle machine
pour élever les eaux à toute hauteur, avec
moins de force qu'on n'en a employé jufqu'à
préſent : cette machine a été approuvée
par l'Académie Royale des Sciences .
Il en a fait pluſieurs qui font en activité
, à l'aide de différens moteurs. On
peut en voir une , rue des Martyres , en
montant à Montmartre , laquelle éleve
l'eau à cent vingts pieds par le poids d'un
ſeul homme dans une roue , &une autre
04
16 MERCURE DE FRANCE ..
à Courbevoix , près de Neuilly, miſe en
mouvement par le vent , & qui éleve
l'eau à quatre-vingts pieds. Ceux qui auront
beſoin de pareilles machines , foit
pour arroſement ou épuiſement , peuvent
s'adreſſer au ſieur Cordelle , rue des
Boucheries Saint-Honoré.
111.
Don Salvador de Cardenas , habitant
de Séville , a inventé une nouvelle machine
propre à conduire juſqu'à quatre
charrues à la fois, ſuivant la nature des
terres , avec une ſeule paire de boeufs ou
demulets. L'expérience a juſtifié les promeſſes
de l'Auteur; ces charrues , dans
les champs qui en comportent l'emploi ,
préparent la terre de la maniere la plus
favorable pour qu'elle reçoive la fes
IV.
mence.
Le St Labé s'étant long- temps occupé à
* perfectionner un métal dont l'incorporation
avec le fer , en lui donnant une couleurd'argent
matte,le préſerve de la rouil
le, eſt parvenu à lui donner un dégré de
folidité& de perfection inconnu juſqu'a
JUIN. 1776. 217
préſent. Ce métal a d'autant plus d'avantage
fur le fer , que lorſque la grande
humidité ou le maniement continuel viennent
à le ternir , on peut lui rendre ſa
premiere beauté comme à l'argent , &
par les mêmes moyens ; car il ne fait
plus avec le fer qu'un feul & même
corps. Le ſieur Labé compoſe auffi un
Vernis propre à s'appliquer ſur tous les
objets de fer quelconques , qui lui con.
ſerve ſa couleur naturelle , & le préſerve
également de la rouille.
V.
7
1 .
On a trouvé dernierement dans les
Mines de charbon de terre , ſituées à
Lotham , dans le Lancashire , en Angleterre,
uncrapaud énorme en vie ; il étoit
dans le coeur d'un gros morceau de charbon,
peſant plus de 80 livres , & tiré
d'un endroit à 90 pieds de la ſurface de
la terre, Ce charbon paroiſſoit tout uni
avant d'être caſſé , & on ne voyoit pas
la moindre apparence extérieure de cafſures
ou d'interſtices . Le crapaud mourut
cinq minutes après avoir été expoſé au
grand air.
C 05
220 MERCURE DE FRANCE.
tionde la grandeur de leurs crimes , au
moyen d'un nombre plus ou moins grand
de têtes de Loups. On aſſure que depuis
ce temps là , il n'y a pas eu de Loups
en Angleterre.
IV.
Un Particulier s'étant éveillé un jour
de grand matin , appella ſon Valet , &
lui commanda de regarder s'il faiſoit
jour. Le Valet ouvre la fenêtre , va fur
le balcon , & crie à ſon Maître qu'il ne
voit goute. Butor , lui répondit fon
Maître , je le crois bien; allume la
chandelle; & tu verras mieux ",
V.
Henri IVvoulut que Vitry , Capitaine
de ſes Gardes - du - Corps , reçût , dans ſa
Compagnie, celui qui l'avoit bleſſé à la
bataille d'Aumale: & le Maréchal d'Eftrée
étant un jour dans la carroſſe de Sa
Majefté , & ceGarde à la portiere : voilà ,
dit le Roi , en le montrant au Maréchal ,
le Soldat qui me bleſſa à la journée d'Aumale.
JUIN. 1776. 921
AVIS.
1.
Secrétaire Mechanique & Portatif qui fert
d'écritoire & de porte feuille , augmenté
pour une plus grande utilité ; qui se met
&se porte dans la poche d'une veſte: de
l'invention de Royer , Maître Ecrivain
Arithméticien , demeurant à Versailles ,
rue des Frippiers.
f
دی
CE Secrétaire Méchanique & Portatif, qui ſert d'écritoire
& de porte-feuille , eſt très -léger , ſolide & utile à
toutes fortes de perſonnes qui veulent écrire des lettres ,
ſoit que l'on ſoit à la campagne ou à la promenade : on
le met dans la poche d'une veſte , & les Dames le peu
vent également porter dans une poche.
Il n'a que 5 pouces 2 lignes de long, 3 pouces 2 lignes
de large, & i lignes d'épaiſſeur. Il renferme un
encrier fermant à vis , des plumes , dix feuilles de papier
a lettres écrites ou non , un canif , un gratoir
du ſandaraque , de la poudre , un cachet ordinaire ou
pliant, du pain à cacheter , une regle , un compas , un
crayon , de la cire d'Eſpagne , ou cire à cacheter, de la
4
222 MERCURE DE FRANCE.
:
bougie , un briquet , une pierre à fuſil, de l'amadou,
des allumettes , &c.
Le prix de ce ſecrétaire , ſans être garni , eſt de 5 liv.
& étant garni de ce qu'il renferme (excepté le cachet ,
parce que chacun a ſon cactiet) 9 liv.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer ce Secrétaire ,
s'adreſſeront à l'adreſſe ci-deſſus indiquée. Le fieur Royer
prie les perſonnes qui lui feront l'honneur de lui écrire ,
de faire affranchir leurs lettres , ainſi que le port de l'ar
gent , juſqu'à Versailles . Il ſe charge de faire tenir le dit
Secrétaire juſqu'aux frontieres du Royaume : on fera attention
de faire inſcrire fon nom & fon adreſſe ſur la feuille
de la poſte.
Lorſque l'on veut écrire , on peut poſer la feuille de
papier deſſus le couvercle , & on puiſe l'encre par le trou
dans l'encrier. On peut mettre ce Secrétaire dans un pe
tit ſachet, comme on fait d'un livre.
I I.
Nouvel avisfur le Scaphandre , ou le Bateau
de l'Homme.
Le Scaphandre eſt une eſpece de cuiraſſe , ſans bras
rompue dans tout fon pourtour , en différentes pieces,
comme l'épine du dos , pour ſe prêter aux différentes in
flexions du corps.
Cette armure contre le danger des eaux , enveloppe ce
Jui qui en eſt revêtu, depuis la naiſſance du col , juſques
vers le milieu des hanches.
JUIN. 1776 . 229
Elle eſt retenue ſur le corps par une ſuſpenſoire , qui la
met dans l'impoſſibilité de jamais s'en ſéparer.
En attachant fermement à ce corſelet un pantalon à
Etriers , c'est-à-dire , dont la partie inférieure ſe paſſe ſous
les pieds , à la maniere des guêtres , on trouve , à flot ,
au milieu des eaux les plus profondes , un point fixe &
perpétuel , qui met en état d'y marcher tout debout ,
comme fur terre ferme.
Que l'on joigne à cet accoutrement un bonnet , dont
la partie ſupérieure foit concave , comme l'ouvrier fait
l'exécuter , pour y enfermer des proviſions , & l'on ſera en
état de faire , à flot , même ſans ſavoir nager , d'aſſez
longs trajets , où l'on pourra ſe paſſer abſolument d'auber
ges ou d'hôtelleries .
Or , voici les avantages de cette invention , mille fois
éprouvée, très - fortement conteſtée , & enfin très-folem
nellement approuvée. Après être entré dans l'eau juſques
vers la région des mamelles , on se trouve à flot , tout
debout , comme on s'y tient ſur la terre ferme. Les bras
bien dégagés des eaux , aucune manoeuvre n'embarraffe.
On peut très - facilement , tout à la nage , boire , manger
, lire , écrire , marcher , pêcher , charger des armes,
chaffer, ſe ſauver des naufrages , gagner terre , &c . com
me cela eſt expliqué fort en détail dans le Traitéde la
construction théorique & pratique du Scaphandre , publiée
en 1775, par M. de la Chapelle , auteur du Scaphandre
& du Livre qui en traite , lequel ſe vend chez Debure
pere , quai des Auguſtins . Prix 3 liv. 12 fols. Vol , in-de
broché, enrichi de figures.
D24 MERCURE DE FRANCE.
Cette invention , ſi utile & fi néceſſaire aux Naviga
teurs , s'exécute à Paris , avec la plus grande préciſion ,
par le ſieur Hirault , Maître Tailleur, quai des Auguſtins ,
àl'hôtel d'Auvergne , pour la ſomme de 75 liv. y com
pris le pantalon. Si l'on y joint le bonnet à proviſions , ce
fera 6 liv. de plus.
Cet ouvrier pour les Scaphandres , eſt le ſeul , juſqu'a
préſent, qui ait ſuivi bien rigoureuſement les leçons de
l'Auteur , & auſſi le ſeul qu'il a la confiance d'avouer devant
le Public.
III.
Etabliſſement pour l'Education de la jeu
ne Nobleſſe , ſous la direction de MM.
Moret , dont l'un Prêtre . A Paris ,
fauxbourg Saint - Germain rue & barriere
de Seve , presque en face de l'avenue
de Breteuil .
৯ La religion eſt la baſe , le principal objet , & doit étré
le premier fruit de cette Education. Les langues Latine
Allemande , Italienne & Françoife ; les mathématiques
pour les enfans deſtinés à l'artillerie , au génie & à la
marine; les belles - lettres , la ſphere , la géographie , la
chronologie , l'hiſtoire , la mythologie & le blaſon ; l'écriture
, le deſſin , la danſe , la muſique vocale & inſtrumentale
, l'exercice militaire , les armes , & géné
salement toutes les parties qui entrent dans le plan d'une
édu
JUIN. 1776. 225
!
education.noble & diftinguée , font montrées dans cette
maiſon , par des Maîtres recommandables par leur zele &
par leurs talens . Les Eleves qui veulent apprendre à mon
ter à cheval , ſont conduits par quelqu'un de confiance , à
l'équitation .
Cet établiſſement fournit aux enfans toutes les reffources
qu'ils auroient en Allemagne pour apprendre l'Allemand:
tous les Maftres de cette penſion parlent , & font
parler cette langue aux Eleves. Indépendamment de cet
exercice continuel , qui eſt l'unique moyen d'apprendrė
l'Allemand , MM. Moret l'enſeignent encore par des principes
qui leur en facilitent conſidérablement l'étude de la
prononciation . Il fournit réciproquement de grands avan
tages aux étrangers ; ils y confervent l'uſage de leur lartgue
, en continuant , fans aucune eſpece de retard , le
cours de leurs études.
1
Chaque enfant eſt élevé relativement aux vues des pa
rens. L'intérêt n'étant point l'ame de cet établiſſement
le prix de la penſion eſt rédigé le plus bas poſſible , &
même au deſſous du prix des éducations moins complettes.
La nourriture eſt ſaine , abondante , & la même
que celle des Maîtres qui ſe font un devoir eſſentiel de
mänger avec leurs Eleves , fans aucune eſpece de diftinction
. La maiſon eſt vaſte & commode , ſituée entre cour
& jardin , en bơn air , & à portée de pluſieurs promenades
agréables. Il y a des chambres particulieres pour
des Eleves, quand cela convient , & un quartier détaché
, avec jardin , pour les enfans depuis l'âge de trois
ans juſqu'à ſept , où ils ſont ſoignés par des gouvernantes
Allemandes & Françoiſes , qui leur apprennent leur
P
226 MERCURE DE FRANCE.
religion , à lire & àparler ces deux langues , avec quel
ques notions d'hiſtoire & de géographie , proportionées à
la foibleſte de leur age. MM. Moret leur donnent en
fuite les premiers élémens des langues Latine , Allemande
& Françoiſe , dès qu'ils font à même de les concevoir ,
& fourniſſent les Maîtres d'écriture & d'exercice du corps :
la nourriture , la propreté , la ſanté& le maintien , font
Pobjet des foins les plus recherchés dans cet établiſſement .
La penſion n'eſt pas chere ; le prix eft propertionné à la
ge des enfans.
MM. Moret , ci - devant Directeurs des penſions aca
démiques de Dole & de Besançon , pour l'éducation de la
jeune Nobleſſe , au Comté de Bourgogne , font réunis
pour tenir le préſent établiſſement. Vingt années d'expérience
, un goût marqué pour l'éducation , les heureux
ſuccès , les ſoins pour la ſanté , la douceur & la tendreſſe
pour les enfans , ſont des motifs qui ont toujours
mérité à ces Inſtituteurs l'eſtime & la confiance des
perſonnes de la premiere conſidération. En témoignage
de quoi , il y a lettres authentiques données en con
feil & munies du ſcel de la cité de Besançon , du 17
Mai 1775.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople, le 18 Mars 1776
ONN paroît avoir quelque inquiétude fur le retour da
la caravane de la Mecque , & l'on craint que les fils du
Chéik Daher , dans le deſſein de ſe venger de la mort
JUIN. 1776. 227
2
de leur pere, ne ſe joignent aux Arabes du défert pou
lapiller.
De Stockholm , le 25 Mars 1776 .
Dans le commencement du mois dernier , pluſieurs Offciers
d'artillerie s'étoient portés , envers leur Colonel ,
pour un ſujet très- léger , à des procédés contraires à la
fubordination militaire , & s'étoient même répandus en
invectives . Sa Majefté en a pris connoiſſance , & après
avoir fait mettre aux arrêts les plus mutins , a nomme
des Commiſfaires pour examiner la nature de l'affaire.
Sur leur rapport , on a établi un Conſeil de Guerre qui,
pour fatisfaire aux loix , a condamné les rebelles à faire
le ſervicede ſimples ſoldats pendant quatre mois.
De Londres , le 21 Avril 1776.
UnNégociant de cette ville vient de recevoir une let
tre de Neuw-Yorck , par laquelle on apprend qu'une ar
mée conſidérable , ſous le commandement du Général
Lée, eſt tellement retranchée près de la Ville , qu'il faudroit
au moins vingt mille hommes pour la forcer ; que
leGouverneur Tyron eſt à bord d'un vaiſſeau de guerre,
n'ayant pas la dixieme partie des troupes qu'il lui faut
pour faire face à l'armée Provinciale , & que les habitans
ayant été avertis d'emporter leurs meilleurs effets , on re
doute que les troupes réglées ne ſe croyent dans l'obligation
de mettre le feu à cette ville.
e
Une circonſtance très - avantageuſe pour les Améri
cains , dans la guerre qu'ils ont avec nous , c'eſt que plus
ils ſe retireront avec leurs beftiaux dans l'intérieur des
P2
228 MERCURE DE FRANCE .
terres , plus ils - auront de moyens de ſubſiſter , & que
par - là il leur ſera très facile de ne laiſſer qu'un déſert
à l'armée Royale .
La Comteſſe de Bristol , convaincue du crime de bigamie
, dont elle avoit été accuſée , & que l'ancien privilege
des Pairs a miſe à l'abri de toute peine afflictive , ne
perdra pas même , a ce qu'on dit , la jouiſſance des biens
que lui a légués le Duc de Kingſton , parce que la tradition
qui lui en a été faite par teſtament , ne s'adreſſe
qu'à la Comteſſe de Briſtol.
On vient de créer une nouvelle commiffion , compofée
de cinq perſonnes , qui feront chargées de recevoir la foumiſſion
des Américains , & de leur accorder les conditions
dont on eft convenu dans le cabinet. Le Lord Howe &
le Général Howe , le ſieur Cornwall font du nombre de
ces Commiſſaires ; mais on ignore quels font les deux autres
qui partiront avec la derniere diviſion des troupes ,
portant d'une main la branche d'olivier & de l'autre l'épée.
Il paroît , au ſurplus décidé , qu'on n'offrira aucune
condition d'accommodement aux rébelles avant qu'ils
n'aient mis bas les armes & ne ſe foient entiérement
foumis.
,
On a reçu par le Williams beaucoup de lettres de la
Jamaïque , dont pluſieurs confirment les détails que le
fieur Weatley, commandant du bâtiment , avoit envoyés ,
relativement à neuf vaiſſeaux de ligne Eſpagnols , cind
frégates & quatorze mille hommes de troupes qui , en
paroiſſant devant le Cap François , ont inſpiré quelque
crainte ; mais il y a toute apparence que ce mouvement
20 3378
JUIN. 1776. 229
S
৫
de la part des Eſpagnols , n'a d'autre but que de relever
leurs garniſons , ce qui ſe pratique régulierement tous les
trois ans.
On apprend que l'eſcadre du Chevalier Peter Parker ,
ſur laquelle l'Adminiſtration avoit fondé de grandes eſpérances
, a été diſperſée par une tempête des plus affreuſes
: on en a rencontré une partie à cent lieues de la côte
du Bréfil , une autre fur la route de Sainte-Hélene , en
Afrique , quelques autres vaiſſeaux de cette eſcadre ont
fait naufrage aux Bermudes . & quelques-uns ont été poufſés
vers différentes Ifles de l'Amérique , où ils font arrivés
dans l'état le plus déplorable .
Le commandement de l'armée Provinciale à New - Yorck
a été donné au Général Schuyter , & le Général Lée s'eſt
mis en marche pour la Virginie , dans le deſſein de s'oppoſer
au Lord Dunmore , & aux Généraux Clinton &
Cornwallis . Quelques lettres annoncent des avantages
remportés par le Gouverneur Martin ſur les Infurgens ,
dans la Caroline ſeptentrionale.
De Naples, le 30 Mars 1776.
La capitulation des Suiſſes de ce Royaume vient enfin
d'être renouvellée pour vingt ans .
De Paris , le 27 Mai 1776.
On mande d'Alençon qu'à l'inſtant du tremblement de
terre , vivement reſſenti près de cette ville , le 30 Décembre
de l'année derniere , l'eau d'un puits , qui étoit pro .
- fond de 45 à 50 pieds , & qui étoit très - bonne , devint
:
P3
230 MERCURE DE FRANCE.
tout -à- coup noirâtre & infecte ; il ſe forme à préſent
la ſurface une croûte limoneuſe & épaiſſe , & les ſeaux avec
leſquels on y puiſe , deviennent noirs à la ſeconde ou troi
ſieme fois qu'on s'en ſert.
PRÉSENTATIONS.
Le 28 avril , la marquiſe de Ducret eut l'honneur d'être
préſentée à Leurs Majestés & à la Famille Royale , par la
comteffe de Rochechouart.
Le même jour, le fieur Radix de Sainte - Foy , miniſtre
plénipotentiaire du Roi près le duc des Deux - Ponts , de
retour ici par congé , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majefté par le comte de Vergennes , miniftre & fecrétaire
d'état au département des affaires étrangeres.
Le même jour , le ſieur du Faure de Rochefort , eut
T'honneur d'être préſenté au Roi par le Garde des Sceaux ,
en qualité d'avocat - général de la cour des Aides de Paris
; il a eu l'honneur de faire , dans la même qualité , ſa
révérence à la Reine & la Famille royale.
Le 12 mai , la marquiſe d'Eſtourmel , la comteſſe Agathe
d'Hautefort chanoineſſe du chapitre de Nivel , en
Franche - Comté , & la comteſſe de Balby , ont eu l'honpeur
d'être préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
royale ; les deux premieres par la comteſſe d'Hautefort ,
dame pour accompagner Madame , & la troiſieme par la
princeſſe de Monaco.
Le comte de Chaſot , lieutenant- général , gouverneur
0
JUIN. 1776 . 231
commandant en chef à Lubec , a eu l'honneur d'être préſenté
au Roi & au Famille royale.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 5 mai , l'abbé Germanes eut l'honneur de préfenter
au Roi le troiſieme & dernier voluine de fon Histoire des
révolutions de Corse.
Le Lendemain , l'évêque de Sénez a eu l'honneur de
préſenter au Roi & à la Famille royale l'Oraiſon funebre
du feu maréchal comte du Muy, prononcée dans l'égliſe des
invalides.
Le 16 du même mois , le ſieur de Vezou , écuyer , ingénieur
- géographe & généalogiſte du Roi , a eu l'honneur
de preſenter à Sa Majefté , à Monfieur & à Monſeigneur
le comte d'Artois , un tableau répréſentant la description
historique des cartes généalogies des trois races des Rois de
France &de la maison royale de Bourbon. Sa Majefté , à
laquelle cet ouvrage eſt dédié , a bien voulu , ainſi que
Monfieur & Monſeigneur le comte d'Artois , l'accueillir
avec bonté.
Le 13 mai , le ſieur Regnier a eu Phonneur de préfenter
au Roi & à la Famille royale , le projet d'un hôpital
de malades ou d'un hôtel - dieu , dans lequel chaque malade
ſeroit couché ſeul , & où , ſans beaucoup de frais ,
ils ſeroient tous parfaitement ſecourus.
P4
232 MERCURE DE FRANCE.
J
NOMINATIONS.
Le Roi , ſur la nomination & la préſentation de Monſeigneur
le comte d'Artois , en vertu de ſon appanage ,
vient d'accorder l'abbaye de Thiers , ordre de St Benoît ,
dioceſe de Clermont , à l'abbé de Saint - Didier , vicairegénéral
de Macon , & aumonier de Monſeigneur le comte
d'Artois .
A
Le 12 mai , le ſieur de Lamoignon de Malesherbes ,
miniſtre & fecrétaire d'état au département de la maifon
du Roi , ayant remis à Sa Majeſte ſa demiffion de cette
place, le Roi en a pourvu le ſieur Amelot , conſeiller d'état
, intendant des finances & ci - devant intendant de
Bourgogne , qui a prêté ſerment entre les mains de Sa Majeſté
en qualité de ſecrétaire d'état au département de ſa
malfon.
Le marquis de Noailles , ci - devant ambaſſadeur auprès
des Etats - Généraux des Provinces - Unies , ayant été nommé
par le Roi ambaſſadeur près de Sa Majesté Britanni
que , a eu l'honneur de faire , le 1 de mai , ſes remer
ciemens à Sa Majesté , à laquelle il a été préſenté par le
comte de Vergennes , miniſtre & ſecrétaire d'état au dé
partement des affaires étrangeres , & de faire ſa révérence
à la Reine & à la Famille royale.
Sa Majeſté a auſſi nommé le duc de la Vauguyon , l'un
de ſes anciens menins , ſon ambaſſadeur auprès des Etats-
Généraux des Provinces - Unies .
Le 16 mai , le comte de Maurepas a prêté ferment
JUIN. 1776. 233
entre les mains du Roi pour la place de chef de conſeil
royal des finances , dont Sa Majesté l'a pourvu.
Le Roi vient d'accorder les honneurs du Louvre & le
titre de duc au comte de Guines , ci devant ſon ambaffadeur
en Angleterre. Sa Majesté a eu la bonté de lui
annoncer cette faveur par une lettre de ſa main .
Le 19 mai , le marquis d'Arbouville a prêté ſerment
entre les mains du Roi pour la lieutenance- générale de
l'Iſle de France , vacante par la mort du marquis de Gi
ronde,
Le Roi a nommé miniſtre le comte de Saint-Germain ,
ſecrétaire d'état au département de la guerre , qui , dans
cette qualité , a aſſiſté , le 19 , au conſeil d'état.
Le 20 , le ſieur, de Clugny , ci-devant maître des rea
quêtes & intendant en Guienne , a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi , & de faire fes remerciemens à Sa Majeſté
pour la place de contrôleur général des finances à
laquelle Sa Majesté l'a nommé ſur la démiſſion de ſieur
Turgot.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Mégemont , ordre
de Citeaux , dioceſe de Clermont , à l'abbé de Clédat ,
vicaire général de Caſtres , chapelain de Sa Majeſté & de
Monſeigneur le comte d'Artois , fur la nomination de ce
Prince , en vertu de fon appanage.
Le 12 de mai , le ſieur Sénac de Meilhan , maître des
requêtes , intendant du Hainault & Cambréfis , eut l'henneur
d'être préſenté au Roi par le comte de Saint Ger
main miniſtre & fecrétaire d'état au département de la
guerre , & de faire fes remerciemens à Sa Majefté , en
qualité d'intendant de l'armée.
Ps
234 MERCURE DE FRANCE.
ELECTION.
Le 13 mai , l'Académie Françoiſe a élu , avec l'agré
ment du Roi , le ſieur de la Harpe pour remplir la place
vacante par la mort du ſieur Colardeau .
MARIAGES.
Le 28 avril , Leurs Majestés & la Famille royale ont
figné le contrat de mariage du marquis d'Eſtourmel , meftre-
de-camp en ſecond du régiment de la Marche , dragons
, avec demoiselle Galard ; celui du comte de Balbi ,
colonel d'infanterie , avec demoiselle de Caumont ; & celui
du comte de Lammerville avec demoiſelle de Vandégre.
Le même jour , Leurs Majestés & la Famille royale ont
figné le contrat de mariage du preſident de la Briffe , avec
demoiſelle de Bernage , fille du ſieur de Bernage de Vaux ,
conſeiller d'état ordinaire.
Le 5 mai , le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de mariage du marquis de Fumel-Mont-Segur , gentil
homme ordinaire de Monfieur & meſtre-de-camp de cavalerie
, avec demoiselle du Tillet ; celui du marquis de
Nadaillac , capitaine au régiment de Royal-Champagne ,
cavalerie , avec demoiselle de Bragelongne.
2.1
JUIN. 1776. 235
NAISSANCES.
George René de Fitte , eſt né au château du Barri le 14
Avril 1776; fils de Meſſire Armand-Marie-Caſimir-Théreſe
Genevieve-Emmanuel de Fitte , ſeigneur de Gariés , Caf
teljaloux & autres places , lieutenant de MM. les Maré
chaux de France au département de Riviere , Verdun ; &
de dame Anne Edgcumbe ; & a été tenu ſur les fonts
baptifinaux , par repréſentant , par le Lord Edgeumbe ,
pair du royaume d'Angleterre & amiral de la Grande-Bre.
tage , &, en perfonne , par dame Reine Bugler Ducernay ,
veuve de Meffire Pierre-Henri de fitte , chevalier de l'ore
dre royal & militaire de St. Louis , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Berri & commiſſaire provincial
des guerres , (le même dont M. le maréchal de Saxe loue
le zele & l'activité dans l'expédition d'Egra , par une lettre
écrite par ce Général à M. de Breteuil , alors miniſtre
de la guerre).
Le 5 mai , la nommée Catherine Servinien , femme de
Thomas Beaurepaire , vigneron à Auxerre , eſt accouchée
ſans douleur , en un quart d'heure , d'une fille & de deux
garçons , dont l'un eſt mort deux heures après : les deux
autres enfans ſe portent bien , ainſi que la mere.
MORTS.
Jeanne-Anne Poncet de la Riviere , comteſſe de Carcar
do, dame de l'ordre de la croix étoilée , épouſe de Louis
236 MERCURE DE FRANCE.
Gabriel le Sénéchal , comte de Carcado , maréchal de
camp , eſt morte à Paris le 22 Avril , âgée de 45 ans.
Charles de Beraud de Courville , chevalier, ancien capitaine
de grenadiers , doyen des chevaliers de l'ordre
royal & militaire de Saint Louis , mourut , le 4 Avril , à
Mont-Midy , dans la 85e année de ſon âge.
Claude Louis le Bouthelier de Chavigni , marquis de
Ponts , brigadier des armées du Roi, eſt mort a Paris le
4 Mai , dans ſa 60e année.
N. Gauné de Cazeau , chevalier de l'ordre royal & militaire
de St. Louis , lieutenant-colonel de dragons & ancien
gouverneur des pages de la petite écurie du Roi , eſt
mort le 6 Mai , dans ſon château du Fort , près d'Auxerre
, à l'âge de 89 ans.
Charles-Etienne de Surirey de Saint Remi , chanoine de
l'égliſe de Paris , abbé commendataire de l'abbaye de
Fontmorigny , ordre de Citeaux , dioceſe de Bourges , eſt
mort à Paris le 8 Mai , dans la 57e année de ſon âge .
Pierre-Joſeph Bareau , marquis de Girac , colonel à la
fuite de la cavalerie , eſt mort à Paris, âgé de 45 ans.
Le ſieur J. Louis Roger, marquis de Rochechouard ,
chevalier des ordres du Roi , lieutenant-général de ſes armées
, gouverneur de Péronne , commandant en chef pour
Sa Majesté en Provence , eſt mort à Paris le 13 Mai , âgé
de 59 ans.
Louiſe Françoiſe-Joly de Fleury , veuve de Jean-Nicolas
Megret de Serilly , maître des requêtes honoraire , confeilter
d'honneur à la cour des aides de Paris & intendant d'Alface,
eft morte le 16 Mai.
JUIN. 1776 237
1-
Le marquis de la Feuillée , meſtre de camp de dragons ,
chevalier de l'ordre royal & militaire de St. Louis , ci de
vant capitaine des levrettes de la chambre de Monfieur ,
eſt mort à Paris , le 18 Mai , âgé de 64 ans.
On apprend de Raguſe que la mere de l'abbé Boſcowich
, directeur d'optique de la marine de France , eft
morte dans ſa patrie au mois d'Avril dernier , dans ſa 103e
année. Elle laiſſe un fils âgé de 80 ans, l'abbé Boſcowich
qui en a 65 & une fille qui en a 62. Elle aa confervé
juſqu'à la fin de ſa vie , l'uſage de ſes fens , de ſa raiſon
&de fa mémoire .
Simon Tramet , gagne- denier , eſt mort à Paris le 5 Mai ,
fur la paroiffe de Sainte Marguerite , âgé de 100 ans 6
mois & 22 jours : il a conſervé ſa raiſon juſqu'au dernier
moment de ſa vie , dont une chûte a avancé le terme.
८
T
LOTERIES.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire s'eſt
fait le 6 Mai. Les numéros fortis de la roue de fortune
font 36 , 24, 62 , 19 , 88. Le prochain tirage ſe fera le
5 Juin.
Le cent quatre-vingt- cinquième tirage de la Loterie de..
Hôtel- de-Ville s'eſt fait , le 25 du mois de mai , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eſt
échu au No. 53357. Celui de vingt mille livres au No...
41720 , & les deux de dix mille liv. aux numéros 42614
&51141. E
2.
238 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profes
Mithridate à ſon fils Pharnace ,
L'apologie des femmes ,
L'Honneur & l'Amour,
page 5
ibid.
ΟΙ
13
A Madame C **, 15
Les dangers de l'ignorance , 18
Vers marotiques à M. le Comte de Treffan 31
La voliere & loiſeau des champs , 32
Le loup, le mouton & l'agneau , 34
L'homme & le boeuf,
39
Le brutal obligeant ,
40
Le Dante & le Maréchal,
t
45
AMadame la Comteſſe de la R... 46
Vers à M. Deſmarais , 47
Vers à Madame ** 49
Vers de Mile d'Ormoy , 50
1
La guirlande , 51
Epître à M. Guillotin, 52
Romance ,
Explication des Enigmes & Logogryplies
ENIGMES,
LOGOGRYPHES
Air,
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Dictionnaire de l'Induſtrie ,
Zabhet,
Abrégé des élémens d'arithmétique , &c.
Difcours fur différens ſujets ,
54
57
58
61
63
68
ibid
86
96
98
JUIN. 1776. 239
Mémoire ſur une queſtion de géographie pratique, 105
Bibliotheque univerſelle des Romans , 108
1
Anecdotes du regne d'Edouard II. 136
V
L'art du chant figuré , 139
Manuel du Jardinier , 145
Effai ſur les moyens de rendre les facultés de l'homme
plus utiles à fon bonheur , 147
Théâtre du monde , 152
Abrégé hiftorique des ordres de Chevalerie ,
Supplement au traité de l'éducation des abeilles ,
156
157
Les moeurs des Germains ,
158
La fille de trente ans , 160
Des pierres précieuſes & des pierres fines , 16x
Mém. de mathematiques &de phyſique , 162
Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain 163
Mémoires Turcs ,
Livres propoſés au rabais,
164
165
Annonces littéraires , 171
ACADÉMIE. 178
Paris , ibid.
1
!
Dijon , 180'
SPECTACLES. 183
Opéra , ibida
Comédie Françoiſe , 185
Comédie Italienne , 188
ARTS .
1924
Gravures , ibid.
Muſique, 205
Architecture ,
1
209
Botanique ,
"
Cours de mathématiques ,
- Lettre de M. de Voltaire ,
Variétés , inventions ,&c.
211
1
212
213
1
214
240 MERCURE DE FRANCE.
Anecdotes. 218
AVIS , 221
Nouvelles politiques , 226
Préſentations , 230
d'Ouvrages , 231
Nominations , 232
Election ,
234
Mariages ,
ibid.
Naiſſances ,
235
Morts,
Loteries ,
ibid.
237
:
1
NOUVEAUTÉS.
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , à Mr. Paw , par
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20
.M51
1776
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DE FRANCE ,
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COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſant & de plus curieux
parmi les Animaux , Végétaux & Minéraux .
CETTE ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme ,
des Minéraux ; celui-ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des OEufs , des
Inſectes , des Poiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir én Europe du regne
Végétal de cet Empire. Las Cahiers des Minéraux
offriront tour- à - tour des Mines & des Foffiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées ſur papier au
nom de Jéſus, & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eft de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau ) de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin. Compolé
fur les meilleurs Dictionnaires qui aient paru juſqu'à
préſent. Divifé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
de Géographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon Maftree- s- Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maître de Langue Eſpagnolle.
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१
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des bons
Citoyens. in- 12. 1776.
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Nouveaux Mélanges Philofophiques , Hiſtoriques , Critiques
, &c. &c. 8° . tom. 15 à 19 , 1775.
Effais Politiques fur la véritable Liberté Civile , discours
adreffé au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand - Conſeil examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c.
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Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet - de - Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Eſtampes par 1. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773 .
Joachim ou le Triomphe de la Piété Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , ſuivi d'un choix de Poëſies
fugitives. Par M. Blin de Saint -More. 8°. Paris 1775
à f 2 :
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
&\de Morale , 12º. No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie, Paris , 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties .
Oeuvres Diverſes de M L... (Eſſai philosophique sur le
Monachisme.) in - 12. 1775.
Mêlées de Madame le Prince de Beaumont,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le féjour qu'elle y a fait.
raffemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil. Pour ſervir de ſuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol . Maestricht 1775.
Traité des Bois & des différentes manieres de les Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol . Paris , 1771 .
Phyſiologie des corps Organiſés , ou Examen analytique
des Animaux & des Végétaux comparés enſemble
, à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , ſous
le titre de Phyſiologie des Mouſſes . Par M. de Necker
, Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin ,
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c. &c. 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10.
Poëfies de Societé , dédiées à Staniflas II. Roi de Pologne.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1 .
Les Récréations de la Toilette. Hiſtoires , Anecdotes,
Avantures amuſantes & intéreſſantes . in- 12. 2 vol.
Paris , 1775. à f3 : -
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LIVRES NOUVEAUX.
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Monde
Moderne &c. 4to. 1773 - - 1775 , 3 Tomes.
Poesie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. to vola
Torino. 1757 1768.
Mélanges de Philoſophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to. 4 vol. fig. 1759-1769 .
DE L'HOMME ou des principes & des Loixde l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame .
Par J. P. Marat , Doct. en M. grand in-douze , en
2 vol. Amsterdam , 1775, à f 2: 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII volumes de la rrééiimmpprreſſion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanches.
On ppuubblliicera de fix en fix mois deux tomes de Planches
fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Piénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre. Grand 8vo. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil
Jacob s'Gravesande , raſfemblées & publiées par
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeſſeur à Leyde. 4to.
2 vol. avec XXX Planches en taille- douce. Amst. 1774.
àf8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt ſur les
Droits des Souverains, grand in- douze , I vol. 1775. àfi:-
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruſſes &
les Turcs , travaillée sur des mémoires très - authentiques
; les Cartes & Plans font des copies exactes &
fidelles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée .
8vo. I vol. à f6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés & les
Indulgences &c. par M. Ch. Chais , en 3 νοί. 8νο.
f3: 15 de Hollande.
Jérufalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle traduction
2 vol. grand in - douze. Paris 1774. af2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in -8vo. 62. vol. Edition de
Genève.
MERCURE
DE FRANCE.
1
:
JUILLET . I. Vol. 1776..
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
T
ARIANE à THÉSÉE.
HÉROÏDE.
u fuis donc pour jamais , infidele Théſée ?
Sur ce rocher affreux , Ariane éplorée ,
Fixe d'un oeil mourant ces rapides vaiſſeaux ,
Qui t'entraînent loin d'elle en volant ſur les eaux.
Ainfi tu reconnois ma tendreſſe & mon zele ?
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Barbare ! en te ſauvant de la rage cruelle
D'un monftre dévorant au carnage excité,
N'ai-je pu mériter qu'une infidélité !
Triomphes de l'erreur d'une amante inſenſée ,
Fuis ces lieux détestés où , long -temps abuſée ,
lugrat , elle te crut digne de fon amour :
Fuis , te dis - je , à mes maux laiſſe moi ſans retour
De tes feux paſſagers quand je ſuis la victime ,
Près de moi ta froideur augmenteroit ton crime.
Cruel ! impunément crois - tu donc m'outrager ?
Je laiſſe aux Dieux puiſſans le ſoin de me venger.
Puiſſai - je être témoin de leur courroux céleſte !
Voir tes vaiſſeaux briſés ; & toi , que je déteſte ,
Avant d'aller peupler le rivage des morts ,
Puiſſes - tu , fans ſecours , emporté ſur mes bords ,
Offrir à mes regards ta honte & ta miſere ! ..
Mais , non ... Dieux tout puiſſans , mépriſez ma colere &
Hélas ! fur mon_Amant gardez vous de tonner ,
Mon coeur , mon foible coeur cherche à lui pardonner.
O climats empeſtés ! & malheureuſe Crete !
La gloire & le danger d'une illuſtre conquête
Fixerent ſur res bords ce héros inhumain ;
Je le vis , je l'aimai : ma ſecourable main
Au lieu de le frapper , ſeconda ſa victoire ,
Je devois l'immoler , & j'augmentai ſa gloire.
Minos ! viens me punir de mes noirs attentats,
Accours , viens me donner un trop juſte trépas :
Hâte - toi , que ton bras , fi long- temps redoutable,
Venge la trahiſon de ta fille coupable.
JUILLET. I. Vol. 1776. 7
De mes jours , de mon fort , augmente encor l'horreur ,
Je ne me plaindrai point de toute ta fureur :
Etouffe , s'il ſe peut ; le feu qui me dévore ;
Mais éloigne de moi cet Amant que j'adore ,
Quand j'ai trahi mon pere , il a dû me haïr ,
Mes feux font criminels , le ciel doit m'en punir ...
Malheureuſe Ariane ! ... Amante infortunée ;
Ah ! peux - tu ſans frémir te voir abandonnée ? ...
Théſée ! ... Amant cruel ! reviens auprès de moi ,
Vois mon coeur , il eſt prêt à te donner ſa foi.
Que l'amour , dont l'ardeur me dévore & m'enflamme ,
T'engage à ſeconder les tranſports de mon ame.
Que ton fort à jamais au mien daigne s'unir !
Vois mes pleurs ! .. Par pitié , viens du moins les tarir!
Hate - toi , cher Amant ! .. Arrête , malheureuſe !
Où te laiſſe emporter ton ardeur furieuſe ?
Quand tout , autour de moi , retentit de mes cris ,
L'ingrat ne m'a laiſfé que de cruels mépris .
Déjà loin de ces bords la fortune l'entraîne :
De l'amour dans ſon coeur il a briſé la chaîne ,
Et content de regner fur l'empire des mers ,
Glorieux par moi ſeule , il rit de mes revers .
Ah ! dans ce jour affreux , horrible & fanguinaire ,
Que n'ai - je pu m'armer d'une juſte colere ?
Au lieu de le guider dans ce dédale affreux ,
Je devoir irriter le monſtre furieux
Contre un monftre farouche & plus cruel encore ,
L'abreuver de ce fang que je hais , que j'abhorre ,
De ce ſang dont l'amour me cacha la noirceur ,
De ce ſang criminel , ſource de mon malheur.
A 4
8 : MERCURE DE FRANCE.
Que Neptune en courroux appelle la tempête ,
Que la foudre brûlante éclate ſur ſa tête ;
Que les vents réunis , contre lui mutinés .
Promenent fur les mers tous fes vaiſſeaux briſés ;
Que les membres épars de cet Amant parjure ,
Des vautours dévorans deviennent la pâture;
Exauce tous mes voeux ; ciel vengeur hate - toi :
Crains - tu de le punir ? .. Eh bien ! tonne fur moi.
Que mon coeur criminel , que la fureur, égare ,
Aille bientôt rouler dans les flots du Ténare ;
Prends pitié de mes maux , hate mon dernier jour,
Frappe mon corps mourant , ou détruis mon amour.
Triſte & fatal objet , témoin de mon fupplice,
Rocher , tombe sur moi! qu'Ariane périſſe !
Que ces monts fourcilleux , ſenſibles à mes pleurs ,
Se roulant en éclats , terminent mes malheurs ...
Cher Theſée ! .. à l'amour te livrant ſans partage ,
Que ne puis -je te voir réparer ton outrage !
Par un heureux remords viens finir mon tourment :
Tu liras ton pardon dans mon coeur palpitant.
Viens , fecondes Peſpoir qui me flatte & m'entraine ,
Tu verras Ariane incapable de haine ;
Viens jouir de mes pleursi . O deſirs ſuperflus !
Flatteuſe illufion ! .. non tu ne m'aimes plus ;
Ton coeur dans les combats cherche une vaine gloire ;
Puiſſes - tu de ton ſang cimenter ta victoire !
Pour punir ton forfait , que le ciel irrité
Te préſente en tous lieux un trépas mérité ! ...
Grace au ciel... j'entrevois ta deſtinée affreuſe ...
Jours d'horreur ! jours de crime ! o Phedre malheureuſe !
JUILLET. I. Vol. 1776.
Hate toi de ſouiller tes execrables noeuds ;
Cherche pour me venger des forfaits plus affreux;
Etonne l'Univers par ton horrible inceſte ,
Que ce ſoit le ſeul fruit de ton himen funeſte !
Et toi , perfide Amant , toi , monftre furieux ,
Je vois tomber fur toi tout le courroux des Dieux.
L'enfer eſt irrité ; que ton ame frémiſſe.... A
Pluton a préparé ton horrible ſupplice.
Puiſſai - je chez les morts , témoin de tes douleurs ,
Te reprocher ta honte & toutes tes noirceurs I
Retracer à tes yeux ta lâche perfidie ;
Te prouver les fureurs d'une Amante trahie ,
De tes juſtes tourmens augmenter les horreurs ;
Ariane aux enfers n'aura que des douceurs.
1
Pur M. Guittard cadet , Bachel. en Droit
de Limoux , en Languedoc.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE .
LE CHIEN & LE CHAT.
M
Fable.
AÎTRE Raton , voleur de fon métier ,
1
Maftre Sultan , la terreur du gibier ,
Se diſputoient ſur les grands avantages
Que leur Maftre tiroit de leurs rares talens.
Moi , dit Raton , je purge le ménage
Des fouris & des rats , animaux malfaiſans :
Giſant près d'un bon fen , dormant des deux oreilles ,
Je n'attends point que mon Maître m'éveille;
Toujours au guet , toujours en l'air ,
Si quelque malfaiteur ſe gliſſe vers l'office ,
Zeſte , je pars comme un éclair ,
Et fur le champ j'en fais juſtice :
Le mauvais temps ne m'arrête jamais ,
Toujours je fais ma ronde avec un ſoin extrême ,
Et du travail ne me fiant qu'à moi - même ,
Je maintiens au logis l'abondance & la paix .
On applaudit ma vigilance ,
On me ſait gré de mon abſence ,
On eſt charmé de mon retour :
Valets , enfans , maftres , maſtreſſes ,
Tous , à l'envi , s'empreſſent tour à - tour
A me combler des plus douces careſſes ,
On s'amuſe de moi , on ſe prête à mes jeux ,
On rit de mes tours de ſoupleſſe ,
JUILLET. I. Vol. 1776. II
Enfin en moi tout intéreſſe :
L'un tire de mon geſte un préſage fâcheux ,
L'autre en augure un figne heureux.
Pour toi , toujours dans la cuiſine ,
Chaſſé par l'un , par l'autre rebuté ,
A tous venans tu fais la grife mine ,
Et de tes cris chacun eſt tourmenté ;
Pout s'en défaire , on te prend , on t'entraîne
1
Loin du logis , on te met à la chaîne ,
Et , comme un criminel , on te voit garroté ;
Mais pour moi , je jouis des faveurs de mon Maftre :
Sans engager ma liberté
J'aſſure ma félicité ,
En conſervant ce don ſi cher à tous les êtres. (*)
De ce propos Sultan vivement irrité १
2
Il te ſied bien , dit - il , animal indocile ,
De railler mon humeur complaifante & facile ,
De te moquer de ma docilité ;
Je me donne à mon Maître , & fans nulle réſerve ,
Je me dévoue à ſes plaiſirs ;
De lui feul occupé , j'examine , j'obſerve ,
Autant qu'il eſt en moi , je préviens ſes deſirs :
A la maiſon je veille à ſa fortune :
Tout viſage étranger me gêne & m'importune ;
Je crains toujours qu'on n'en veuille à ſes biens,
Et pour ſes jours je donnerois les miens.
Content de mes ſoins , de mon zele ,
Je ſuis toujours ſon compagnon fidele ;
(*) Etres , ou plurier , ne peut rimer avec Maitre au
fingulier , avantages & ménage (vers 3 & 5) offrent l.
méme faute.
12 MERCURE DE FRANCE.
Heureux quand je ſuis avec lui ,
Son abfence me plonge en un mortel ennui :
En mon Mattre je mets toute ma confiance ,
Je ne crains rien en ſa préſence;
Sans redouter le fort le plus fatal ,
J'attaque hardiment le plus fier animal :
Et mon adreſſe & mon courage
Me font preſque toujours obtenir l'avantage :
Je deviens dans ſes mains un utile inſtrument ;
C'eſt pour lui ſeul que je cours cette proie ,
Je la viens à ſes pieds dépoſer avec joie :
Une careſſe eſt mon paiement ;
7
Et ce ſenſible coeur, préſent de la nature ,
Me la fait rendre avec uſure :
Je me crois trop payé. Pour toi ,
Dont l'intérêt eſt la fuprême loi ,
Ofes - tu bien me vanter des careſſes ,
Que , grâce à ton ame traſtreſſe , (*) ?
On ne t'accorde qu'en tremblant ?
Car plus tu flatte & plus le danger eſt preſfant :
Mais , par bonheur , on fait apprécier ton mérite ,
On n'eſt plus pris à ton air hypocrite ,
On connoît les détours de ton perfide coeur :
1
7
(*) Autre licence impardonnable dans les pieces de ce
genre, qui n'ont de mérite qu'autant qu'elles sont chatiées,
& furtout dans un fiecle où l'on se pique de quelque
exactitude. (Note de l'Editeur de Hollande , ainſi
que la précédente & les ſuivantes .)
JUILLET. I. Vol. 1776. 13
Tu ne reſpectes rien , tes vols & tes rapines
Te font à chaque inſtant chaſſer de la cuiſine;
Plus tu parois foumis , rampant , flatteur ,
Et plus il faut ſe défier du trompeur : (*) :
Car fûrement ton ame ſcélérate
Epie alors l'inſtant de jouer de la patte :
Tu dois tes jours à la néceſſité ,
Au fecours que fournit ta lâche cruauté;
Rien n'eſt ſacré pour toi ; ſi l'on te laiſſoit faire ,
Si ta force égaloit ton humeur ſanguinaire ,
Pour contenter ton naturel pervers
Tu dépeuplerois l'Univers :
Tout ce qui vit t'inquiete & te bleſſe ,
Témoin loiſeau chéri de ta jeune Mattreſſe
Que tu croquois l'autre jour ſans pitié ,
Sans nul égard pour ſa tendre amitié :
Vas ,fuis , délivre - moi d'un objet que j'abhorre
Crains que , ſenſible à ſa douleur ,
Je ne t'immole à ma juſte fureur.
Le Chat eut peur , il court encore.
A leur difcours un vieux Corbeau
-Prêtoit une oreille fidelle :
Des vrais amis , dit - il , le Chien eſt le modele,
Des faux amis le Chat eſt le tableau .
Par M. Destot.
1
-F (*) Cette ligne n'est point un Vers. defier , est de trois
Syllabes; le Vers 15e de la piece, est dans le méme cas.
14 MERCURE DE FRANCE.
LE RÉVEIL DE LH'OMME BIENFAISANT .
Stances allégoriques qui ont obtenu le prémier
Acceſſit au Palinod de Caën , en
1775.
A M. ESMANGART , Intendant de la
Généralité de Caën.
U
N vent affreux s'éleve au fommet des montagnes :
Il s'accroît dans fa courſe & répand la terreur ;
Sous ſon ruftique toſt l'habitant des campagnes
S'incline avec frayeur.
L'athmoſphere frémit ; & le char des orages
Dans l'éther enflammé promene le trépas ;
D'un tonnerre éloigné que roulent les nuages ,
On entend les éclats.
Ce choc tumultueux attriſte la Nature ...
Ariſte ſe réveille aux cris des élémens ,
L'écho répéte au loin le vaſte & fourd murmurë
Que produiſent les vents.
L'humanité l'élance au milieu des ténebres ;
Son ame retentit des accens du malheur :
:
JUILLET. I. Vol. 1776. 15
=
Il voit autour de lui des images funebres
Et des ſcenes d'horreur.
La foudre , en ferpentant , embraſe une chaumiere ;
La flamme dans les airs circule en tourbillons ;
Les ruiſſeaux dans leur cours , en rompant leur barriere ,
Entraînent les moiſſons.
On n'a plus d'eſpérance aux travaux de l'année;
Les femmes , les vieillards expirent de douleur :
Des enfans au berceau , la foule conſternée ,
Palpite de frayeur.
Ne pouvant foutenir cette image ſanglante ,
Ariſte , d'un coup d'oeil , ravit tout à la mort :
Il tend à ces enfans une main bienfaiſante ,
”
"
Et prend ſoin de leur fort .
, Loin ces mortels , dit - il , que la fortune accable ,
Et qui trafnent leurs jours dans de pénibles jeux :
Sous leurs lambris dorés ils ignorent à table
S'il eſt des malheureux.
, Leur indifcrette joie inſulte à l'indigence :
» L'aurore les ſurprend dans les bras du plaiſfir ;
Un dégoût dévorant poursuit leur opulence
"
Et flétrit leur defir.
16 MERCURE DE FRANCE.
1
„ Le Dieu qui m'a fait naftre au ſein de la richeſſe ,
Du pauvre qui gémit m'a confié les jours ;
Il eſt homme... Il ſuffit... Tout en lui m'intéreſſe ,
„ Je lui dois des ſecours.
Ah ! qu'il eſt conſolant de ſe dire à ſoi-même :
Du timide orphelin je fais remplir les voeux ;
,, Dans le rang que j'occupe on me reſpecte , on m'aime
„ Et je fais des heureux."
ALLUSION.
De l'homme bienfaiſant en retraçant l'image ,
Epouſe du Très -Haut je t'ai peint dans mes vers :
Comme lui , chaque jour , aurore ſans nuage ,
Tu fais brifer nós fers .
Remerciement à Meſſieurs de Vendeuve
d'Oneville , Juges honoraires du Palinod.
Dans ce brillant Lycée où les arts & la gloire ,
Sur le front des vainqueurs diſpenſent leurs lauriers ,
Pour tranſmettre fon nom au Temple de Mémoire ,
Apollo
JUILLET. I. Vol. 1776. 17
Apollon à nos yeux offre divers ſentiers.
L'un chante de ſon Roi la tendre bienfaiſance,
L'autre de Lamitié retrace les douceurs ,
Et les autres enfin de la reconnoiſſance ,
Expriment les accens par la voix des neuf foeurs
7
Vous qui ſavez unir l'agréable à l'utile ,
Et dont les ſoins flatteurs encouragent les arts ,
Ši je puis obtenir un feul de vos regards ,
Vous n'aurez point rendu mon triomphe inutile.
Par M. Daubert , de Caën.
:
H
MORALITÉ .
É quoi ! mon fils , toujours des livres , des crayons ,
Et tous les attributs de la docte Uranie !
Sans doute il eſt flatteur que le Dieu du génie
Vous éclaire de ſes rayons ;
Mais , croyez - moi , tout ce vain étalage
Ne fuffit pas pour les devoirs du ſage ,
Avec l'eſprit il faut les dons du coeur.
Philémon , dans ce voiſinage ,
Vient d'éprouver un grand malheur ;
Il goûtoit le repos cette nuit , quand la foudre
A mis fon toft & fes moiffons en poudre,
B
:
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous le trouverez abattu
De la douleur la plus profonde :
Allez le ſecourir , tous les talens du monde
Ne valent pas une vertu .
Par M. Dareau , de la Société Littéraire
de Clermont - Ferrand.
EPITRE & Mademoiselle DE G.
Sur le UR le ton doucereux d'une fade élégie ,
Eglé , je ne veux point exprimer ma douleur.
De Tibulle , il eſt vrai , la touchante énergie
Sait ravir à la fois & l'efprit & le coeur.
Les plus heureux tranſports ſecondoient fon génie ;
Pour bien peindre l'amour , il faut fentir ſes feux.
Tibulle étoit amant , il adoroit Délie :
Il eſt un ſentiment plus pur , moins dangereux
Que l'éclair ſéducteur d'ane tendre folie.
L'amitié , le reſpect à votre char me lie ,
Et le temps a toujours refferré ces doux noeuds.
Hélas ! vous nous quittez ... On dit que l'hyménée
Vous amene un époux iſſu des demi - Dieux ,
Que bientot nous verrons éclorre la journée ,
L'inſtant qui doit charmer & défoler ces lieux .
JUILLET. Í. Vol. 1776. 19
Eglé , votre départ nous coûtera des larmes ,
Et nous regretterons des momens pleins de charmes :
Mais , puiſſiez-vous goûter le fort le plus heureux !
Qu'il foit digne de vous , il comblera nos voeux.
い。
1
Sous les yeux vigilans d'une prudente mere ;
Eglé , vous l'avez vue à la vertu ſévere
Allier fans effort les graces , l'enjouement ,
Et la raiſon folide au tendre ſentiment.
Déjà vous imitez un ſi parfait modele.
Douce , toujours égale , à vos devoirs fidele ,
Vous ferez le bonheur d'un époux vertueux.
Bientôt vous apprendrez au monde faſtueux
Que , fans rien dérober aux plaiſirs légitimes ,
On peut , on doit ſouvent dédaigner ſes maximes ;
Qu'une femme modeſte en ſa ſimplicité ,
Affife au plus haut rang , montre ſa dignité;
Que , moins elle eſt brillante , plus elle en eſt illuftre ;
Que l'aimable pudeur fait ſa gloire & fon luftre ,
Plus que l'éclat de l'or , le feu des diamans .
Eglé , vous le ſavez , ce ſont les ſentimens
Dont l'invincible attrait nous charme & nous entratie.
Vous connoiſſez le mot d'une fage Romaine
A qui l'on reprochoit ſes ſimples ornemens ,
Et qui , fans s'émouvoir , fit venir ſes enfans ;
Ah ! dit - elle , voilà ma plus riche parure .
La voix de la vertu , la voix de la nature
S'exprimoit par ſa bouche ; & c'eſt ainſi qu'un jout
B 2
20 MERCURE DE FRANCE .
Eglé ſera du monde & l'exemple & l'amour.
Je vois autour de vous , dans un heureux aſyle ,
L'ordre & la douce paix embellir vos deſtins .
Vous plairez à la cour , vous charmerez la ville..
Que nous reſtera - t- il ici , que les chagrins ?
Non , de votre bonheur , heureux auffi nous mêmes ,
Nous fongerens , Eglé , que les honneurs ſuprêmes
Ne fauroient vous changer ; que du moins quelquefois
Vous reviendrez goûter du plaifir dans nos bois.
Toujours ſemblable à vous , toujours ſimple & fublime
Vous ravirez partout le reſpect & l'eſtime ;
Et , ſans vous en douter, entraînant tous les coeurs ,
Vous aurez des amis , même au ſein des grandeurs .
1
Mere , épouſe chérie , amie inestimable ,
Senſible au vrai mérite , au vice redoutable ,
Vous verrez de vos moeurs la douce impreſſion ,
Des honteux préjugés effaçant le preſtige ,
Et détruiſant bientôt leur vaine illufion ,
Du changement des coeurs opérer le prodige.
Séduiſante ſans art & fage ſans fierté ,
Vous faurez adoucir ces horribles furies
Qui veulent tour ſoumettre à leur autorité.
Qui ſont toujours fans frein , & dont les frénéfies
A leurs louches regards ſemblent la vérité ;
Qui , nous donnant pour loi leurs triſtes fantaiſies ,
Nous prêchent , pour raiſon , l'humble docilité ;
JUILLET. I. Vol. 1776. 21
1
Qui n'ont dans la douleur qu'un farouche ivreſſe ,
Dont la vivacité , même dans l'allégreſſe ,
Reſſemble à la colere , annonce les fureurs
De leurs rudes eſprits , de leurs fauvages moeurs.
Vous faurez corriger l'orgueilleuſe imbécile ,
Que jamais le bon - ſens n'a pu rendre docile ;
Fiere & fotte béate , exhalant ſes mépris ,
Qui tranche , qui décide & qui , changeant d'avis ,
Sans honte , ſans pudeur , au gré de ſon caprice ,
Couronne tour- à - tour la ſageſſe & le vice ,
Ne veut point qu'on réplique , & ſe croit tout permis .
Au joug de la raiſon l'on verra donc foumis
Le triſte & fol eſſaim de ces femmes frivoles ,
Qui , pour aimer ſans crainte & regner fans danger,
De finges & de chats font leurs cheres idoles ,
Comme leurs animaux , n'aiment qu'à ſe gorger ;
Et qui noyant des riens dans un flux de paroles ;
Ne ſavent que médire & nous faire enrager.
Vous viendrez même à bout de la vieille coquette
Qui , d'un air enfantin , aſſiſe à ſa toilette,
De rouge enluminée , & minaudant encor ,
De l'autre fiecle entin ſémillante pouletre ,
Se flatte bonnement d'enflammer un Médor.
Mais pourquoi , de Boileau copiſte miſérable .
De votre ſexe ici retracer les erreurs ?
Ah ! vous le vengez bien de çet amas d'horreurs ;
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
Aux yeux de la beauté faut - il offrir le Diable ?
Mais pour mieux expier mon forfait exécrable ,
Je vais , en vous peignant , éclaircir mes couleurs.
D'un chat plus d'une femme eſt tendrement épriſe ,
A main objet coëffé c'eſt commune ſottiſe ;
Plus d'une vieille auſſi ſe plaſt à coquetter :
Mais de ſentir le vrai , de ſavoir le goûter ,
D'aſſervir ſes penchans à la raiſon ſévere ,
De vaincre fon humeur , de pouvoir fe dompter ,
D'être douce , équitable , obligeante , ſincere ,
Il n'appartient qu'à vous peut - être , aimable Eglé,
Et peu d'hommes fans doute ont cet heureux partage ;
C'eſt un préfent du ciel, un bienfait ſignalé ;
Quiconque la reçu mérite notre hommage.
Objet cher aux humains , objet aimé des cieux ,
Ah ! vous ferez valoir tous leurs dons précieux.
Dans vos champs fortunés , de retour de la ville ,
Vos ſoins feront germer & fleurir le bonheur ;
Le beſoin , la pareſſe , & le vice & l'erreur ,
A pas précipités fuiront de votre aſyle.
Ferme en vos ſentimens & douce dans vos moeurs ,
Libre de préjugés , du menfonge ennemie ,
Vous convaincrez l'eſprit , vous toucherez les coeurs !
Et de l'opinion bravant la loi impie ,
Vos leçons , votre exemple inſtruiront vos enfans .
Raſſemblant autour d'eux les plaifirs innocens ,
Loin de fouffrir chez vous de profanes ſpectacles ,
• Vous confondrez le fiecle & ſes menteurs oracles .
JUILLET . I. Vol. 1776. 23
D'un illuſtre Payen (*) vous citerez ces mots ,
Dont pourroient aujourd'hui rougir certains dévots :
„ Jadis la poësie , en ſa pure origine ,
„ Exprimoit dans ſes vers la morale divine ;
" Qu'elle a dégénéré ! Poëtes feducteurs ,
1
Vos coupables écrits empoiſonnent les coeurs.
,, Vous énervez notre ame , & bien loin de vous lire ,
ود Pour le bien de l'Etat il faudroit vous proſcrire."
Je veux finir , Eglé , par ce trait rigoureux.
J'en ai trop dit pour vous , trop peu pour le vulgaire.
- Daignez ſouffrir mes vers ; que je ferois heureux
Si ce léger tribut pouvoit ne pas déplaire !
(* ) Cicéron.
Par M. Marteau.
R? હું
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
:
Z
SONNET imité de Pétrarque.
Zefiro torna e 'l bel tempo rimena
E i fiori , e l'erbe ,
EPHIRE dans nos champs ramene la verdure
Et Progné dans les airs fait entendre ſa voix ;
Le printemps nous sourit, & la ſimple nature ,
Dans toute ſa beauté vient reprendre ſes droits.
Le ciel'pare fon front d'une clarté plus pure ;
La fille du matin vient embellir nos bois ;
Le Berger fatisfait dans ſa cabane obſcure ,
Rend hommage à l'amour,& reconnoſt ſes loix.
Pour moi que la douleur vient obſéder ſans ceſſe ,
Pour moi qui vient de perdre une aimable mattreſſe ,
Je n'ai plus de plaiſir qu'à répandre des pleurs.
Le doux chant des oiſeaux , les fleurs de ce boccage ,
Les Nymphes de ces bois rappellent més malheurs ;
La nature , à mes yeux , n'eſt qu'un déſert ſauvage.
Par M. Buchey , d'Angouléme
JUILLET. I. Vol. 1776. 25
FERADIR , ou le moyen d'être heureux ;
Conte morale , imité de l'Arabe.
LE Calife Aaron Al - Raſchid faiſant un
foir ſa tournée ordinaire dans les rues
de Bagdad , feul & déguisé , apperçut de
loin une épaiſſe fumée dans un quartier
voiſin. Préfumant que c'étoit quelque
incendie , & fon amour pour la police
de Bagdad ne lui permettant pas de différer
, il ſe rendit à la hâte à l'endroit
où étoit le feu ; c'étoit une partie de
maiſon qui brûloit. Une foule innombrable
d'Arabes y étoit accourue : les
uns travailloient , d'autres pilloient , &
la plupart ſe contentoient de contempler
l'activité de la flamme & les débris
qu'elle laiſſoit , lorſqu'un Arabe fortit
de ce théâtre de ravage , & traverſant la
foule , vint ſe poſter, les bras croisés ,
vis- à- vis la maiſon , avec la tranquillité
la plus étonnante. Il ſe trouva par haſard.
placé près du Calife , qui venoit d'y arriver
, & qu'il ne reconnut pas. Aaron lui
demanda quel étoit le maître de cette
Y
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
-
maiſon ? C'eſt moi , dit froidement
l'Arabe... Surpris d'un fang - froid ſi inconcevable
, le Calife lui demanda encore
pourquoi il ſe tenoit ſi tranquille ?
-
-
Bon! répliqua cet homme , je viens
de travailler autant & plus que tous les
autres ; j'ai fait couper les communications
, afin que le feu ne fit pas plus de progrès
, & actuellement j'examine le peu
qu'il en fait. Cela eſt malheureux
pour vous , interrompit le Calife. -Pas
tant ! répliqua l'Arabe.
n'est- ce pas un malheur que de voir
brûler la moitié de fa maiſon ? Oui ...
mais n'eſt . ce pas un bonheur de pouvoir
conferver l'autre ?
- Comment! ...
Le Calife ſurpris à l'excès d'un discours
fi extraordinaire , forma ſur le
champ le deſſein d'interroger plus amplement
un homme qui lui paroiſſoit
tout- à - fait bizarre ; & lui ayant encore
fait quelques queſtions auxquelles l'Arabe
repondit fur le même ton de fingularité
, le Calife s'en retourna continuer
ſes viſites nocturnes.
Le lendemain , Al Rafdhid , ſe ſouvenant
de l'aventure de la veille , 'ordonna
à un de ſes Eſclaves d'aller chercher le
JUILLET. I. Vol. 1776. 27
A
propriétaire de la maiſon où l'incendie
étoit arrivé. L'arabé reçut l'ordre avec
ſurpriſe , ſuivit l'Eſclave fans crainte , &
arriva au Palais du Calife , devant lequel
il fut introduit.
L'Arabe , après les genuflexions ordinaires
, attendit , dans un reſpectueux filence ,
que le Calife daignât lui parler. Approches
, lui dit ce dernier , me reconnois-tu ?
- Commandeur des Croyans , répliqua
l'Arabe , je vous reconnois pour le fouverain
maître de ma vie. - Sais - tu que
c'eſt moi qui t'ai parlé hier près de ta
maiſon ? L'Arabe s'inclina refpectueufement
, & le Calife continua : Je t'ai
fait venir pour ſavoir l'hiſtoire de ta vie ,
& à quels événemens tu dois la fingularité
du caractere dont j'ai été frappé hier
par tes réponſes.
Puiſſant Empereur , dit l'Arabe , puise
que vous l'ordonnez , je vais vous fatisfaire.
Je m'appelle Féradir , & fuis né dans
cette fuperbe ville de parens qui , au
moyen d'un commerce maritime aſſez
conſidérable , me laiſſerent à leur mort
une aifance honnête ; mais le defir d'amas,
> fer de plus grands biens , fit que je ne me
28 MERCURE DE FRANCE,
contentai pas de cette fortune ; je voulois
être heureux , & je plaçois le bonheur
dans la poſſeſſion des richeſſes ; je
réſolus donc de continuer la profeſſion
de mon pere. Un frere que j'avois , étant
dans les mêmes ſentimens , nous ne fongeâmes
plus qu'à exécuter ce deſſein. Nos
richeſſes étoient placées ſur quatre vaisſeaux
, nous décidâmes d'attendre leur
retour. Quelque temps après nous apprîmes
la funeſte nouvelle que le plus
conſidérable de ces vaiſſeaux avoit fait
naufrage , & qu'un autre avoit été entiérement
pillé par des Pirates : à cette
nouvelle nous demeurâmes anéantis,
Mon frere , naturellement plus emporté ,
murmura contre la divine Providence ;
les deux vaiſſeaux qui nous reſtoient
étoient les moins précieux & pouvoient
eſſuyer le même ſort , ce qui faiſoit
évanouir tous nos projets de fortune.
Nous demeurâmes encore quelque
temps irréſolus ſur le parti qui nous restoit
à prendre ; notre chagrin étoit au
comble ; lorſqu'un soir , plus abattus qu'à
l'ordinaire , nous étions enſemble à rêver
&à nous plaindre , je laiſſai échapper ces
mots : O Alla ! que t'ai -je fait pour me
JUILLET. I. Vol. 1776. 29
traiter ſi cruellement ? Etoit - ce un crime
que de chercher à me rendre heureux ? ...
Hélas ! ... je ne le ſerai jamais ! ... Tule
feras , tu l'es , dit une voix tonnante qui
nous fit treſſaillir de crainte & d'étonnement.
En même temps nous vîmes descendre
l'immortel Barouk , le génie du
bonheur. Mon frere , aigri par le défespoir
, ne quitta pas ſa place: pour moi ,
je me proſternai & demandai humblement
au Génie l'explication de ces mystérieuſes
paroles. Foible mortel ! me ditil
, n'est - ce pas un bonheur de ne perdre
que, deux vaiſſeaux , lorſque tu pouvois
en perdre quatre ? Puiſſant Génie !
repliquai - je , n'eût il pas été plus heureux
de n'en perdre aucun ? Oui , mais
au moins ton malheur n'eſt pas au comble
, & cependant tu te plains comme
s'il ne te reſtoit plus rien.
-
-
Ce peu de mots fut un baume falutaire
qui ſe répandit dans tous mes fens ;
j'attendis que le Génie confolateur reprit
la parole; il le fit: Tu voulois être heureux
! le bonheur parfait eſt - il fait pour
des êtres imparfaits ? Non ; apprends que
l'homme le plus heureux n'eſt que celui
qui a moins de malheurs que les autres ;
30 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt la perſuaſion où l'oneſt d'être
moins malheureux , qui conſtitue le ſeul
bonheur que vous pouvez goûter. Que
cela te ſuffife. Je n'ajoute plus qu'un mot :
Tu feras heureux lorſque tuferas malhcureux.
4
Le Génie , à ces mots , diſparut avec
la promptitude , du foudre redoutable
émané du trône céleſte. J'étois démeuré
dans un enthouſiaſme divin : j'en fus
diſtrait par un éclat de rire de mon frere.
Quoi ! dit - il , vous avez la foibleſſe
d'écouter un pareil oracle ? Que veut
dire ce Génie avec ſes dernieres paroles :
Tu feras heureux lorſque tu feras malheu
reux ? Impie , dit la même voix , pour
prix de ton blaſphême , tu éprouveras un
fort contraire , & tu feras malheureux lorsque
tu feras heureux .
Mon frere infulta de nouveau à la
puiſſance céleste par ſa coupable tranquilité.
Pour moi, les paroles du Génie
avoient fait fur mon âme l'effet du plus
brillant des aſtres ſur les nuages épais qui
cachent fes rayons aux yeux des mortels :
tous mes doutes , tous mes chagrins
s'étoient difipés, & je n'étois plus occupé
de la perte de mes vaiſſeaux , que
JUILLET. 1
2 I. Vol. 1776. 31
par le ſouvenir agréable de l'heureuſe
apparition que cette perte m'avoit procurée.
Cependant je réſolus de voyager &
d'aller rendre grâce , ſur le tombeau du
Saint Prophete , de l'apparition conſolante
du Génie . Mon frere voulut être
du voyage , par la ſeule envie de ſe distraire.
Nos vaiſſeaux étoient encore bien
éloignés de leur retour. Nous partîmes
donc; mais à peine avions - nous fait une
demi -journée de chemin , que mon
frere ſe ſentit preſſé d'une foif extraordinaire;
le plus prochain caravanſerai étoit
encore bien éloigné , & il n'y avoit aucun
ruiffeau fur notre route ; mon frere
murmuroit déjà : Ah ! diſoit il que je
ferois heureux de pouvoir me déſaltérer !
- Je ſerois le plus content des hommes ....
Il achevoit ces mots , lorſqu'une fource
d'eau fortit d'un tronc d'arbre qui étoit
près de nous. Mon frere but cette eau
avec une avidité incroyable ; mais à
peine eût- il fatisfait cette brûlante ſoif,
qu'il s'écria que la faim qu'il commençoit
a fentir , étoit mille fois plus grande que
la foif qu'il venoit d'appaiſer : il ne ſe
préſenta cependant aucun mets , & j'ad32
MERCURE DE FRANCE.
mirai dès - lors la juſtification de l'oracle
du Génie. Nous continuâmes notre route
& ayant trouvé le ſoir un caravanſerai ,
nous y entrâmes. Mon frere ſe reput à
fon aiſe: mais il ſe plaignit enſuite de
la laſſitude & fut fe coucher.
Le lendemain , en ſortant du caravanſerai
, une tuile vint à ſe détacher du
toît , tomba fur moi , & me fit une contuſion
à la tête , j'eus à peine le temps
de jeter un cri, que la cheminée tomba
à quatre pas de moi, je m'écriai : Que je
fuis heureux ! - Comment , dit mon
frere , c'eſt un bonheur de recevoir une
tuile ſur la tête ? - Comment , mon
frere , lui répliquai -je , ce n'eſt pas un
bonheur d'en être quitte à ſi peu , tandis
qu'à quatre pas plus loin j'étois écrasé
par la cheminée ? Mais il eût été plus
heureux d'éviter l'un & l'autre. Mais
répondis - je , il eût été plus malheureux
auſſi de recevoir l'un que l'autre.
-
-
Mon frere fe prit à rire de ce qu'il
appelloit ma fimplicité , & nous reprîmes
notre marche. Au bout d'une heure ; il
ſe plaignit du froid , qui étoit exceſſif.
Au millieu de ſes plaintes , nous vîmes
pafſſer un des Viſirs de ce magnifique
Empire ; il étoit dans un char fourré
d'hermine
}
JUILLET. I. Vol. 1776. 83
d'hermine & de toutes les peaux les plus
chaudes. Ah ! s'écria mon frere , convenez
qu'on eſt bien heureux de voyager
ainſi à l'abri du froid , de la laffitude &
de tous les déſagrémens auxquels nous
ſommes expoſés. Pour cette fois , je ſentis
la vérité de ce que me diſoit mon
frere , & j'enviai le fort du Viſir ; mais
ayant tourné la tête derriere moi , j'apperçus
un pauvre Faquir qui avoit le
corps à moitié découvert , la tête & les
pieds nuds , preſque mort de froid , &
traînant à peine ſa maſſe épuiſée. Je le
fis voir à mon frere: convenez auſſi , lui
dis - je , qu'on eſt plus heureux encore
d'être vêtu comme nous , que comme ce
malheureux Faquir ? y a plus de diffé
rence de lui à nous , que de nous au Viſir ;
ce dernier a du ſuperflu , nous avons le
néceſſaire , & ce pauvre homme n'a ni
J'un ni l'autre. Le Viſit eſt heureux, nous
le ſommes moins que lui , mais ce Faquir
ne l'eſt pas du tout. Je crus m'appercevoir
que ces paroles faifoient impresfion
fur mon frere , & je m'en félicitois ;
mais il étoit deſtiné à ſubir l'accomplis
ſement de l'oracle.
Nous étions déjà aſſez près de Mé
dine , lorſque mon frere apperçut & ra
G
34 MERCURE DE FRANCE.
maſſa auſſi - tôt trois bourſes qui étoient
tombées à terre ; nous les ouvrîmes , il y
en avoit deux qui étoient remplies de
ſequins & de diamans de la plus grande
beauté ; la troiſieme ne contenoit que
des jetons de cuivre. Je me félicitois de
ce bonheur ineſpéré ; mon frere , loin de
m'imiter , ſe mit à s'exhaler en plaintes
ameres fur le peu de valeur de la troiſieme
bourſe : Ah! s'écroit- il , j'ai plus
de chagrin de la voir ſi pauvre, que de
joie de trouver les deux autres ſi bien
remplies : quel cas faire d'un bonheur
fi malheureuſement troublé ?
Vous pouvez juger , magnifique Empereur
(continua Féradir) à quel point je
ſus ſurpris d'une inſatiabilité ſi étrange!
Mais il eſt impoſſible de vous figurer à
quel excès monta mon indignation ,
lorſque mon frere me ſignifia que je
n'avois aucun droit à prétendre dans
cette fortune. Je rougis de lui voir des
ſentimens auſſi bas, & je lui en fis les
plus vifs reproches : mais il s'emporta ,
& me jetant les trois bourſes : Hé bien !
dit- il , prenez - les donc ſeul , ces richesfes
; puiſque je ne puis avoir tout, je ne
veux rien.
L'oracle n'étoit- il pas bien accompli ? (
JUILLET. I. Vol. 1776, 35
Le bonheur de mon frere ſe changeoit
en tourment par ſon inſatiable cupidité.
J'eus pitié de ſa folie , & je lui proteſtai
que je ne voulois point qu'une pareille
aventure caufat notre deſunion ; que fon
amitié m'étoit plus précieuſe que ce tréfor
, & que je le priois inſtamment de le
- garder en entier. Il ne ſe le fit pas répéter
; & profitant de mon déſintéreſſe-
-ment , il garda les diamans , & employa
fon or en achat de différentes marchandiſes
, qu'il plaça ſur des vaiſſeaux destinés
à aller au Caire ; & s'embarquant
fur un de ces mêmes vaiſſeaux , il me fit
fes adieux , & partit pour cette foire célebre.
Je partis auſſi de mon côté , & aprés
pluſieurs aventures , qu'il eſt inutile de
raconter , j'arrivai à Médine , où je remplis
pieuſement le but qui m'y avoit conduit.
J'y ſéjournai quelque temps , après
quoi je me remis en marche pour revenir
à Bagdad , où j'arrivai enfin , non
fans beaucoup de peines & de fatigues ,
qui avoient quelquefois laſſé ma constance
, mais dont je me conſolois tou
jours en enviſageant de plus grands mal-
> heurs qui auroient pu m'arriver.
Rentré dans Bagdad , j'appris que les
Ca2
36 MERCURE DE FRANCE .
deux vaiſſeaux qui étoient ſur mer lors
de mon départ , étoient de retour ; le
produit des marchandises vendues étoit
immenſe ; je le recueillis , & j'en deſtinai
la moitié à mon frere. Cependant
j'employai ma moitié à l'acquiſition de
la maiſon dont une partie fut brûlée
hier , & content de ma fortune , je fixai
entiérement mon ſejour dans cette ville.
Quelques années après , je reçus la nouvelle
de la mort de mon frere. Il avoit
fait la fortune la plus brillante : mais
ſon inſupportable foif du bonheur lui (
ayant exagéré la perte de trois diamans
ſuperbes qu'il avoit , il en devint inconfolable
, & ſes immenfes richeſſes ne
lui paroiſſant plus pouvoir ſuffire à ſes
voeux , la douleur le mit au tombeau.
Ses dernieres diſpoſitions étoient en ma
faveur ; je donnai des larmes ſinceres à
ſon trepas , & je recueillis le fruit de
tant de travaux dont il n'avoit pas ſu
jouir.
Me trouvant alors poſſeſſeur d'une
fortune conſidérable , je refolus de la partager
avec une Compagne. Je fis choix
d'une jeune Arabe nommée Zéluma. Elle
m'accepta ; quelques intrigues qu'elle
avoit eues avec un jeune Arabe nommé
1
JUILLET. I. Vol. 1776. 37
Aboulem , ne m'éprouvanterent pas , vu
les aſſurances que l'on me donna que
leur liaiſon étoit entiérement rompue.
Enfin tout étoit prêt pour unir nos destins
: nous étions à la veille du jour fixé
pour cet accord; le hafard ou l'amour
conduiſirent mes pas chez ma belle Zeluma...
Figurez - vous mon déſeſpoir ! ...
Aboulem & elle , occupés à mériter ma
colere , en conſommant ma honte... Furieux
, je m'élance ſur ces deux traîtres ,
je plonge le poignard dans le coeur du
perfide Aboulem. En vain ſon Amante
demande grâce , & pour lui & pour elle...
Ses larmes , ſes cris , ſes prieres , ſes efforts
, ſes menaces... rien ne me toucha.
Je retirai le poignard ſanglant du
corps d'Aboulem,& le plongeant à coups
redoublés dans le ſein de la perfide...
Va , lui criai - je, va rejoindre ton indigne
Amant , puiſque le don de mon
coeur & de ma fortune n'ont pu te toucher...
Elle expira... Dieu ! ... quelle étoit
encore belle ! ... Je quittai ce théâtre de
carnage ; & animé du plus violent déſeſpoir
, je courus dans le deſſein de me
jeter dans le précipice le plus profond :
j'étois déjà ſur le ſommet du plus haut
rocher... déjà je prenois un eſſor furieux...
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
Je me fentis retenir fortement par le
bras ; je me retourne ; c'étoit un Saint
Faquir , dont l'hermitage étoit fixé fur
ce rocher. Qu'avez- vous ? me dit- il , quel
malheur ! ... Ah! lui dis -je , laiſſez moi
abréger le cours d'une vie qui m'eſt en
horreur. Mais encore , reprit - il , confiez
moi vos peines , peut - être y at - il
quelque remede. J'inſiſtai fortement : je
m'échappai pluſieurs fois , il me retint
toujours ; enfin je jugai que je m'en débarraſſerois
en lui contant mon infor.
tune. Saint Faquir ! lui dis je , est- il homme
plus malheureux que moi ? ... Vio
lemment épris d'une jeune Arabe d'ici
près , j'étois au moment de goûter le
bonheur le plus parfait , j'accourois pour
lui renouveller mille proteſtations d'un
amour éternel... je l'ai trouvée... ô ciel ! ...
je l'ai trouvée dans les bras du plus perfide
des hommes... Oh! oh! interrompit
le Faquir , cela n'eſt pas ſi malheureux
d'avoir été éclairé de la forte avantd'être
uni à elle... Ces mots furent un trait de
lumiere ; j'eus peine à concevoir comment
j'avois pu me croire ſi infortuné ,
tandis qu'un jour de plus je l'aurois été
bien davantage , & fans remede. Je baifai
le bas de la robe du vénérable vieillard ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 39
& le quittai , bien réſolu de ne plus
m'exagérer mes malheurs.
Depuis ce temps , continua Féradir ,
je mene la vie la plus heureuſe ; j'ai toujours
dans la mémoire les paroles de
- Barouk , tu feras heureux lorſque tu feras
- malheureux. Je l'avois éprouvé dans cette
■ derniere catastrophe ; car c'eſt être heureux
que d'être garanti d'un grand mal-
- heur par un moindre.
Toutes ces aventures , magnifique Sei-
-gueur , m'ont aguerri contre l'adverſité ,
& m'ont accoutumé à n'enviſager les
événemens que du bon côte. La ſcene du
monde n'offre à mes yeux qu'un tableau
riant , où tout eſt repréſenté ſous une
forme agréable. Je m'empreſſe de faire
diſparoître le mal en lui oppoſant le
bien. Je ne cherche & ne trouve que le
mieux dans les choſes qui n'offrent que
le pire aux yeux des autres hommes. Je ne
fais ſi ma philoſophie ſera goûtée d'eux :
mais elle me ſuffit , & je préfere mon
erreur agréable à leur vérité affligeante.
Féradir finit ainſi ſon hiſtoire ; le
Calife loua ſa philofophie , & lui offrit
la place de Grand Viſir qui étoit vacante;
mais l'Arabe la refuſa en lui difant
: Commandeur des Croyans , je n'ai
C4
49 MERCURE DE FRANCE.
jamais cherché que le bonheur; je l'ai
trouvé, je le goûte : ce ſeroit m'en priver
que d'accepter vos offres généreuſes. On
n'eſt pas parfaitement heureux , quand
on devient, par ſon élévation , l'objet
de l'envie des autres , dût - on même ne
les pas craindre. Aaron , tranſporté de
plaiſir d'un déſintéreſſement ſi héroïque ,
embraſſa l'Arabe & le congédia , en jurant
qu'il n'avoit jamais rencontré un
homme qui méritât , à plus de titres , le
nom de philoſophe, prodigué ſi mal à
propos ſouvent à des hommes qui , par
leur orgueil ſeulement à s'en parer , s'en
rendent indignes tous les jours.
ODE A GLICERE .
D
XIX. Livre I.
ES Amours la mere cruelle ,
Et l'imprudent fils de Sémele ,
Et de mes ſens émus l'impérieux inſtinct ,
Rouvrent aux voluptés mon ame envain rebella,
Et vaniment un feu que je croyois éteint.
C'eſt Glicere que j'idolatre ;
JUILLET. I. Vol. 1776, 41
Glicere', dont le ſein d'albatre ,
Dont les yeux pétillans du beſoin des plaiſirs ,
dont l'air doux & frippon , dont la gaité folâtre
Rajeuniffent mon coeur enivré de deſirs .
i.
Vénus abandonnant Cythere ,
Remplir mon ame toute entlere ;
L'accable de fon joug , l'aſſervit à ſes loix ,
Et ne veut pas ſouffrir que ma lyre guerriere
Des Romains triomphans célebre les exploits ,
Epargne , Déeſſe inflexible ,
Un coeur que tu rends trop ſenſible ;
Reçois ſur ce gazon mes voeux & mon encens ;
Qu'un facrifice offert , calme , s'il eſt poſſible ,
Le trouble qui m'agite & les feux que je ſens.
Par M. L. R
VERS adreſſés à Madame DE VATRE;
au sujet de fa petite vérole.
V
ous avez triomphe , par un bonheur fuprême,
Du perfide tyran qui détruit la beauté ;
Les Dieux vous protégeoient . Eſculape lui - même ,
Invité par l'Amour , guidoit la Faculté.
L'Enfant badin qui vous céda ſes charmes,
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
Dans ves beaux yeux avoit placé ſes traits
Il a veillé ſur vos attraits
Pour conferver ſon pouvoir & ſes armes.
Par M. J. M. C. de St Quentin.
L
E mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt Rat ; celui de la
ſeconde eſt les fept jours de la Semaine;
celui de la troiſieme eſt verjus , dont le
proverbe eſt jus ver ou verjus. Le mot
du premier Logogryphe eſt profe , dans
lequel ſe trouve rose; celui du ſecond
eſt bride , où ſe trouve ride.
Les
ÉNIGME.
Es portes s'ouvrent à ma voix,
Quand j'exerce mon miniſtere ;
On me fait troter juſqu'aux toits
Pour un affez mince ſalaire.
Des Citoyens de tous les rangs
Mes ambaſſades font chéries ,
Je ne ſuis pas iſſu des Grands
Dont je porte les armoiries.
JUILLET. I. Vol. 1776. 43
Sans malice, je donne à chacun ſon paquet.
Ami Lecteur , triſte jouet
De la crainte & de l'eſpérance ,
Peut - être tu m'attends avec impatience.
ParM. de la Louptiere.
VENUS
AUTRE.
A Mademoiselle de **
ÉNUS à Philidis accorda ma frafcheur ,
Et par les mains de la pudeur ,
De mon vif incarnat embellit ſa figure.
Ses levres que la nature
Doua d'un ſourire enchanteur ,
Reſpirent les parfums de ma charmante odeur.
Si Philidis eft la Reine des Belles ,
Moi , je ſuis celle des jardins :
Mais qu'il eſt entre nos deſtins
Des différences bien cruelles !
On ne me verra pas deux jours
Captiver le zéphir volage ,
Et ſous ſes loix cette Bergere engage
Un Amant difcret & fage ,
Qui la chérira toujours.
1
Par M. Louis Guilbaut.
MERCURE DE FRANCE.
ENCORE que
AUTRE.
CINCORE que je fois utile & néceſſaire ,
On ne doit pourtant pas trop ſe fier à moi.
Le maître qui me vend , m'ordonne ou me fait faire,
Sait le fourer par - tout & juſques chez le Roi.
Si je ſuis bien adminiſtrée ,
Et fur - tout à propos , il en réſulte un bien ,
Et, dans ce cas , je ſuis condérée ,
Autrement je fais rage & je vaux moins que rien.
O Lecteur qui de moi fais un fréquent uſage ,
Que n'as - tu pas à craindre pour ton fort ?
S'il faut m'expliquer davantage ,
Je prolonge la vie ou je donne la mort.
JUILLET. I. Vol. 1776. 45
LOGOGRYPΗΕ.
Detes E tes fecrets , Lecteur , ſouvent dépoſitaire ,
En tout temps , en tout lieu , je te ſuis néceſſaire.
Favorable à l'amour , j'annonce à deux Amans
Que bientôt - ils verront la fin de leurs tourmens :
Je ſuis , comme tu vois , d'un agréable augure ;
Ne vas pas cependant te mettre à la torture
Pour ſavoir qui je ſuis. Tu peux vivre ſans moi ,
Et moi , Leeteur , j'ai peine à me paſſer de toi :
Quelquefois je ſuis craint de l'homme le plus ſage,
Et ce n'eſt qu'à regret qu'il me met en uſage.
Je me trouve par tout. Affez communément,
D'une intrigue d'amour j'arrive au dénouement ;
Si tu veux toutefois un peu mieux me connoître
Je m'en vais à tes yeux décompoſer mon étre :
Sept pieds forment mon tout: mais , en les renverfant
Tu peux trouver en moi un fubtil élément; 10
Le contraire de quelque choſe ;
Cequi ne fent pas l'eau de roſe ,
Et ce que de nommer il feroit peu décent;
Un oiſeau qu'on renomme ,
Dont le cri jadis ſauva Rome ;
Un métal qui ſouvent fait chanceler l'honneur ;
Un autre plus commun & de moindre valeur ;
Un fardeau bien peſant pour un octogénaires
Un ancien mot françois qui veut dire colere ;
Certaine herbe qu'impunément
60
T
(
C
46 MERCURE DE FRANCE.
Le voyageur ne touche guere;
Ce que femme ne fauroit faire;
Un animal rongeur ; le fon d'un instrument;
Un Muſicien fameux qui , par la mélodie
De ſon luth enchanteur , fut conſerver ſa vies
Un viſcere du corps qui ſe gonfle en courant ;
Une ville d'Artois ; un jeu très- amuſant;
Une couleur que j'aime & que ſouvent je porte ,
Et veux faire porter ; par qui ? Fort peu t'importe.
Renverſe encor mes pieds , &, ſans beaucoup de mal ,
Chez moi tu peux trouver un ſtupide animal;
Un minéral utile à la folle jeuneſſe;
Cequ'un Amant, pour plaire à ſa Maftreffe ,
Peut en amour employer quelquefois ,
Un objet chéri des François ;
Un des meilleurs mets de la table;
Une étoffe d'hiver ; un volcan redoutable;
Un des grands ornememens des Pontifes Romains &
Un inſecte volant redouté des humains ;
Un vent qu'en bonne compagnie
On ne lache point fans rougir ,
Et qu'on a peine à retenir;
Un canton de la Beotie ;
Deux pronoms ; une Muſe; une Nymphe jolie :
Ce n'eſt pas tout encor. Mais c'eſt aſſez rimer z
Je pourrois bien , Lecteur , à la fin t'ennuyer.
Me voilà décliné. Je n'ai plus qu'à me taire.
Je t'ai preſque tout dit, cherches , c'eſt ton affaire.
٦٠٠ Par M. Midavaines
JUILLET. I. Vol. 1776. 47
J
AUTRE.
A. Madame F. d. Ch.
E naquis pour l'amour , mon pere eſt le Zéphir ,
Son fouffle pur me donna l'exiſtence : 1
Sur votre ſein ſi je pouvois mourir ,
Ma mort feroit illuſtre autant que ma naiſſance !
Je flatte pluſieurs ſens enſemble ou tour - à - tour :
Je renferme en mon ſein , ce qui me déſeſpere ,
Deux de mes grands fléaux ; l'un eſt fils de la Terre ,
L'autre du Ciel : n'aguere on lui faiſoit la cour ,
On la lui fait peut - être encore :
Il eut un culte à Rome : en cent lieux on l'adore,
On le reſſent , Thémire , en vous voyant ,
De vos yeux dans les coeurs il paſſe en un inſtant.
Par M. de W. C. A. M. au R. R. P. C.
48 MERCURE DE FRANCE.
SANS
AUTRE.
ANS éloquence , ni logique ,
Et par un effort plus qu'humain ,
Ma foudroyante réthorique
Pénétreroit un coeur d'airains
Amphion faifoit une ville
Avec ſes magiques chansons ,
Pour moi , d'un ſeul mot , ſans façons ,
Je les détruis mieux qu'un Achille
L'Indien , qui ne me connoît pas ,
M'évite comme le trépas.
Si le croiffant qui me couronne ,
Tombe de mon chef orgueilleux
De fier compagnon de Bellonne
Je deviens fot , lache , ennuycик ;
Ma bouche ne fait plus merveilles ,
Et muni de longues oreilles ,
Je ne ſuis qu'un fade orateur ,
:
Sans goût, ſans gloire , fans honneur :
Une voix rauque & glapiſſanté ,
1
Une muſique dégoûtante
Fait place à ceton incriaçant
Que je perds avec mon croiffant.
८ கூ
Par M. Tachard.
Juillet. 1776. 49.
MARCHE
DES FILLES SAMNITES..
Muſique deM.Gretry.
Dieu d'amour, En cejour,Viens avec
Dieud'amour, En cjeour,Viens avec
Mars nous défendre; Oui, viens dé-
Marsnous défendre; Oui, viens dé
*
50. Mercure de France.
C
fen-dre Et tes loix && ta
fen-dre Et tes lioc & ta
5 *3 8x3
cour La beautépourfe
cour . La beautépourJe
rendre,Ne coute que l'honrendre,
N'é coute que l'how
Juillet. 1776. 57.
neur, Et Vénus devientplus
neur, Et Vénus devientplus :
Dix
ten- dre, Quandlagloire ajouten-
dre, Quand la gloire ajou-
5
5
56
te au bonheur .
te au bonheur .
Dix
35
:
JUILLET I. Vol. 1776.
:
53
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FABLES & CONTES , dédiés à fon Alteſſe
Impériale Monseigneur le Grand-Duc de
toutes les Ruffies , &c. &c.
Ce genre antique , inventé par un Sage ,
Offre toujours un voile officieux
Que l'amour-propre emploie à fon uſage.
La fable plaît quand la fatyre outrage ,
Et par-la même elle inſtruit beaucoup mieux.
Par M. L C. de Ch.
Volume in- 8°. petit format , avec le
portrait du Grand-Duc. A Paris , chez
Lacombe , Libr. , Prix 36 f. br.
U
NE partie de ces fables a été preſentée
au Grand Duc de Ruſſie l'année qu'il eſt
entré dans ſa majorité. Celle-ci , où
• la Fable elle - même eſt perſonnifiée ,
eſt à la tête du Recueil , diviſé en
quatre Livres , & peut lui ſervir d'introduction.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE.
Au temps que les humains , plus près de l'âge d'er ,
Avoient ſu conſerver un reſte d'innocence ,
Temps où par fois les Dieux daignoient encor
Les honorer de leur préſence ;
Minerve forma le projet
D'aller voyager für la terre;
Mais comme l'oeil humain n'étoit déjà plus fait
Pour foutenir l'éclat des torrens de lumiere
Que répandoit un être ſi parfait ,
Cette ingénieuſe Déeſſe ,
Ardente à s'occuper fans ceſſe
De la pénible fonction
D'arrêter les progrès de la contagion ,
Chargea les neuf Soeurs du Permeſſe
D'imaginer quelque déguiſement ,
Avec art calculé ſur l'humaine foibleſſe ,
Qui , ſous le voile heureux de l'agrément ,
Pût ménager à l'auſtere ſageſſe
Quelques moyens d'enſeignement.
Pour la ſervir , les Muſes promptement
Lui compoſent une parure :
Aſſez bizarre accoutrement ,
Où l'on voyoit mêlés confufément
Tous les regnes de la Nature.
Tel qu'il étoit , le menſonger habit
JUILLET I. Vol. 1776. 55
A la Déeſſe eut le bonheur de plaire :
La ſageſſe s'en revêtit ,
Et parut fur la terre.
On la reçut partout avec civilité ,
On l'appella la bonne Fable.
Elle diſoit la vérité ,
Et ne laiſſoit pas d'être aimable ;
Elle ſe fit en peu de temps
Ungrand nombre de partiſans ,
Et de tour âge & de tous rangs ,
Et de tous caracteres ;
1
En un mot juſqu'aux meres ,
Qui la montroient à leurs enfans,
Quoiqu'ils ne la compriſſent gueres,
Mais de tous ceux qui l'entouroient,
(Badauds , dont le monde foiſonne ,
Et que ſes contes attiroient)
Les plus entendus l'admiroient ;
D'autres la trouvoient aſſez bonne ,
Fort peu d'entr'eux en profitoient ,
Et bien moins encor ſe doutoient
Que ce fût Minerve en perſonne.
L'Auteur , M. la Fermiere , a quelquefois
emprunté des Fabuliſtes Alle
mands , les ſujets de ſes fables. Souvent
D4
SO, MERCURE DE FRANCE,
auſſi il fait ufage d'un trait hiſtorique
ou d'une anecdote déjà connue , pour en
tirer une vérité morale ou une maxime
de conduite. La fable intitulée le Madri
gal , eſt une anecdote de Cour , rapportée
par Madame de Sévigné dans une de ſes
lettres.
Un Roi , parmi ſes paſſe - temps divers ,
Voulut prendre celui de compoſer des vers.
Il n'étoit point ſujet à cette fantaiſie ,
Et c'étoient les premiers qu'il eût fait de ſa vie.
Il fit un madrigal , foible & mince avorton ,
Et que lui-même enfin ne trouvoit pas trop bon.
Le Roi , qui de ſes vers étoit en train de rire ,
Voit un vieux Courtiſan , l'appelle , & lui va dire
Monfieur tel ! venez-ça ! liſez-moi comme il faut
Ce petit madrigal , que je trouve très-fet.
Depuis qu'on fait que , ſans être Poëte ,
J'aime les vers , on m'en jette à la tête
De toutes les façons. Lifez ceux-ci ; jamais
Je n'en ai lus , pour moi , de plus mauvais,
Le vieux Courtiſan lit , ſans ſe douter du piége ,
Hoche la tête. Hé bien ! dit le Roi , me trompé-je ?
Convenez- en , le madrigal eſt plat ,
Et l'Auteur de la piece eſt ſans doute un grand fat,
» On ne fauroit vous contredire ,
Vous en jugez admirablement , Sire :
92 Et voilà bien le plus fot madrigal
>
JUILLET I. Vol. 1776. 57
,, Qu'il me foit arrivé de lire ,
„ Depuis que nos Rimeurs ſe mêlent d'écrire ; (*)
" Et celui qui l'a fait eſt un franc animal".
Oh bien ! lui dit le Roi , je ſuis tout ravi d'aiſe
Que vous m'ayez fi bonnement
Sur ces vers dit votre ſentiment ; (†)
Car , Monfieur , ne vous en déplaiſe ,
J'en ſuis l'Auteur. - Ah ! Sire ! ah ! quel tour ! un
moment !
Je les ai lus trop bruſquement ,
Rendez- les moi. - Non , non ; il n'eſt pas néceſſaire.
Le premier ſentiment eſt toujours plus fincere
Que le ſecond , & je m'y tiens . -Que faire ?
Notre Courtiſan , je crois ($)
S'en ſera bien mordu les doigts.
Un Roi pourroit tirer de cette hiſtoire
Cet enſeignement capital ,
Que , pour ſavoir en bien , en mal ,
Sur chaque objet ce qu'il doit croire ,
Il ſeroit bon , en général
De cacher l'intérêt qu'il prend au madrigal.
Quel Roi voudra jamais s'expoſer au déboira
D'entendre ainſi de triſtes vérités ?
(*) Cette ligne ne fut jamais un Vers.
(†) Celle- ci non plus .
($) Cette troiſieme encore moins.
(
D 5
58 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi quels Rois ont joui de la gloire
De n'être pas un peu gâtés,
Le Poëte a fait uſage dans la Fable
ſuivante , du mot d'un Payſan à Phi.
lippe II , Roi d'Eſpagne.
Un Lion , en Monarque ſage ,
Voulant viſiter ſes Etats ,
Pendant le cours de ſon voyage ,
Un jour qu'il ſe trouvoit fort las ,
Il rencontra ſur ſon paſſage
1
La taniere d'un ours. Il yporte ſes pass
L'Ours ſe fût bien paſſe d'une telle viſite;
Du Sire il connoiſſoit l'humeur :
Jaloux , ombrageux querelleur,
Implacable dans ſa fureur ,
Que la moindre vétille excite.
L'Ours lui fait grande chere , & de fon mieux s'acquitte
De ce qu'il doit à fon Seigneur.
Après ſouper le Seigneur Roi repoſe.
Le lendemain , content de l'hospitalité,
Le Lion dit à l'Ours : Vous m'avez bien traité;
Cà , demandez moi quelque choſe .
Puiſſent les Dieux , dit l'Ours , de Votre Mjeſté
Combler les jours de gloire & de profpérité!
2
JUILLET I. Vol. 1776. 59
Sire ! & puiſque votre bonté
Veut bien d'une priere autoriſer l'audace,
Accordez moi l'immunité
De ne plus me trouver avec vous face à face.
1
La fable de l'Ours danſant , nous fait
voir que l'admiration eit un ſentiment
pénible dont on cherche toujours à ſe
venger ; & que celui qui deſire la tranquillité
, ſans laquelle il n'y a point de
vrai bonheur , doit ſe mettre au niveau
de laſociété dans laquelle il vit,
Un Ours , réduit long-temps à vivre de la danſe ,
Las du métier , s'échappa de ſes fers.
Et regagna les lieux de ſa naiſſance.
Il fut reçu des Ours à bras ouverts ;
La forêt retentit de leurs cris d'alegreſſe ;
Et , pendant tout le long du jour ,
Dès qu'un Qurs à l'autre s'adreſſe ,
C'eſt pour crier : Brunet eſt de retour!
Brunet ne manqua point , ainſi qu'il eſt d'uſage,
De raconter l'hiſtoire du voyage ,
Ce qu'il a fait , écouté , dit & vu
Au pays qu'il a parcouru .
60 MERCURE DE FRANCE.
Et quand ce vint à parler de la danſe ,
Le Baladin , dreſſe ſur ſes ergots ,
Au grand étonnement de toute l'aſſiſtance ,
Aumilieu du cercle s'avance
D'un pas élégant & diſpos .
Ours auſſi tôt d'admirer ſa tournure
Et de vouloir imiter ſon allure ;
Mais au lieu , comme lui , de marcher , de danſer,
Apeine pouvoient- ils ſeulement ſe dreſſers
Et plus d'un , eſſayant l'affaire
Alla donner du nez en terre.
Sire Brunet , les voyant en défaut,
N'en faute que plus haut.
Mais ſa trop grande ſuffiſance
Excira bientôt leur courroux.
Au Diable ! crierent ils tous ,
Le ſot qui vient , avec impertinence ,
Berner les gens de ſa ſcience ,
Et qui prétend en ſavoir plus que nous.
Brunet rira ſa révérence ,
Et ſe ſauva de peur des coups.
Ce mot de l'Eléphant eſt plein de
fens & de raiſon .
Un jour, à la cour du Lion
On agita la queſtion ,
JUILLET I. Vol. 1776. 61
Savoir , de juſtice ou vaillance ,
Laquelle étoit de plus grande importance ?
Chacun dit fon opinion ,
Et les vertus miſes dans la balance ,
On trouva , comme de raiſon ,
Qu'il falloit , fans comparaiſon ,
A la valeur donner la préférence ;
C'etoit la vertu des Héros ,
La qualité par excellence ,
Témoin Hercule & fes douze travaux.
L'Eléphant gardoit le filence.
Je voudrois bien fur ce propos
Savoir , dit le Lion , ce que Sa Grandeur penſe :
On connoît ſon bon ſens & ſa haute prudence.
Je vais , dit l'Eléphant , vous l'apprendre en deux motss
Si juſtice regnoit parmi les animaux ,
Je crois que l'on pourroit ſe paſſer de vaillance
Pluſieurs des fables ou contes de ce
recueil , ont une tournure épigrammati
que ,& plaifent par cette briéveté même ,
qui fait un des premiers mérites de l'Epi
gramme.
Un Dervis ſe plaignoit un jour à des Derviches,
Qu'il étoit aſſailli des pauvres & des riches.
62 MERCURE DE FRANCE.
Refuſe au pauvre , Ami , dit l'un , il s'en ira ;
Demande au riche , il te fuira.
1
L'Alouette au Coucou dit un jour : ſavez-vous
Pourquoi ces grandes voyageuſes ,
Ces Cigognes , malgré leurs courſes ſi fameuſes ,
N'en ſavent pas plus long que nous ?
Oui , c'eſt , dit le Coucou , parce que les voyages
Ne rendent pas les ſots plus ſages.
2
:
Le Bouquet Royal , ou Recueil des meil.
leures Pieces , addreſſées à Leurs Majef
tés ; à Geneve , & ſe trouve à Paris
chez Coſtard , Libraire , in-8°, avee
fig. Prix 2 liv. 8 f. broché .
L'objet de ce Recueil doit le rendre
cher au coeurdetoutbonFrançois. Preſque
toutes les pieces qui le compoſent ont
été imprimées à part , ou inférées dans
les Journaux. En général, le choix en
eſt aſſez bien fait. On y relira avec plaiſir
le Nouveau Regne , Ode à la Nation ,
&pluſieurs autres pieces de M. Dorap;
JUILLET I. Vol. 1776. 63
a
1
des Vers au Roi , par M. de la Harpe ;
une Epître à Henri IV, par M. de Voltaire;
pluſieurs pieces de M. Imbert ; une
Epître charmante de Madame la Marquiſe
d'Antremont , à la Reine ; Gliceré
&Mirtil , Eclogue , par M. Monvel.
Zémire mourante à ſa Fille ; traduction
libre d'une Ode Turque; par M. F ***
Brochure in 8°. A Conſtantinople ; &
ſe trouve à Paris , chez la Veuve Ducheſne
, Libr.
On nous dit ici que Zémire eſt le
nom de la chienne d'Eglé , Sultane faverite
d'Achmet , mais on fera porté à
croireque cette Sultane vivoit en France ,
à en juger du moins par les inſtructions
quedonne Zémire à ſa fille. ,, Les années,
,, lui dit- elle, qui ſe ſuccedent avec tant
ود de rapidité, malgré nos voeux , ont
„ déjà , d'une main vorace, emporté ton
,, enfance , tu te fortifies , tu grandis , ô
,, ma Zémire ! Que de charmes je dé
,, couvre en toi! tes gentilleſſes & tes
,, ſingeries font déjà l'amuſement de ta
,, jeune maſtreſſe. Sois eſpiegle , folâtre,
" réjouiſſante; amuſe Egle, diffipe fes
64 MERCURE DE FRANCE.
وو ennuis , chaſſe tous ſes chagrins. Va
;, par fauts & par bonds; élance toi fur
ود
ود
ود
le lit. Que j'aime à te voir courir de
,, ſophas en ſophas ! Jette-toi fur le ca-
وو napé, monte avec vivacité ſur la bergere;
defcends ,jappe , deſſine une roue
autour de ta queue , &, la tenant cap-
وو tive entre tes dents , viens , de cul
,, butes en culbutes , rouler juſqu'a ſes
,, pieds ſur le tapis. Ces tours d'agilité ,
,, naturels en toi , la feront mieux fourire
que les airs guindés &les grimaces
de tous ces étourneaux futiles que les
femmes décorent des noms de char-
„ mans & d'agréables. Prends garde ce-
,, pendant de te rendre incommode. En
,, tout il eſt un but que la prudence
,, affigne ; & les limites en font toujours
ود
ود
ود reſpectées par le ſage. Si ta maîtreſſe
,, chante ou travaille , écoute & fois
,, tranquille. On aimera quelquefois tes
, jeux innocens , d'autres fois on peſtera
„ contre ta turbulence; il faut étudier tes
,, devoirs dans ſes regards, dans ſes dif-
, cours , & juſques dans ſes moindres
geftes.
وو Aies toujours l'oreille au guet , &
, fais foigneuſement ſentinelle. On ne
"
te
JUILLET I. Vol. 1776. 65
te loge , on ne te nourrit que pour
» cet emploi. Au moindre bruit , fais
„ rage ; les gens mal intentionnés s'éva-
„ deront. N'émouſſe point trop tes ſens ;
„ conſerve la fineſſe de l'ouie ,& menage
ton odorat. Tu auras beſoin du premier
„ de ces organes pour diftinguer la flat-
>>terie d'avec la louange équitable .
„ l'homme groffier d'avec l'homme poli ,
„ l'homme corrompu d'avec celui qui a
„ des moeurs. Si tu entends dire à quelqu'un
que ta Maîtreſſe eſt ſage , dou-
„ ce , honnête , engageante , accable ce
» quelqu'un de careſſes, il dit vrai: qu'elle
„ a de Vénus les grâces & les appas ; il
, ne ment point encore; redouble pour
„ lui d'amitié. Mais ſi un fat , un fot ,
„ un impudent , une coquette , ont l'audace
de calomnier ou de médire , de
railler ou de ſe louer en ſa préſence ,
ſans reſpect d'âge , de ſexe, ni de
„ rang , abboye & mords. Ecarte cette
foule importuné de gens ſans honneur ,
fans ame, fans délicateſſe & fans foi ;
fais les fuir. Sois un dragon ,
fois
» pour eux pire que Cerbere , &c.
Cebadinage auroit peut- être été plus
piquant, ſi l'Auteur l'eût mis en vers , &
E
66 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'il eût parodié quelques unes de nos
élégies modernes , dont le ton méthodiquement
langoureux , a paru ſi nuiſible
aux grâces & à la gaité françoiſe.
Lettres critiques & diſſertation fur le prêt
du commerce ; par M. Liger , Prêtre ,
Licentié ès Loix. A Paris , chez Moutard
, Libr.
Cette matiere, auſſi importante que
difficile, a été ſouvent un objet de difpute
parmi les Théologiens. Les unsont
regardé comme uſuraire tout ce qu'on
exige au delà du capital , en vertu d'un
ſimple prêt . C'étoit , ſelon eux , bleſſer
la loi naturelle que d'exiger un intérêt
au - delà de la juſte valeur de la
chofe dont on a cédé la propriété avec
l'uſage;& ce ſentiment, ils l'ont défendu
comme un dogme puiſé dans la révéla
tion , qu'il n'étoit permis à perſonne de
combattre. D'autres Théologiens ontdiftingué
le prêt fait au pauvre ou à celui
que le mauvais état de ſes affaires oblige
d'emprunter , de celui que l'on fait à un
homme qui n'a aucun beſoin , & qui
n'emprunte que pour faire unplus grand
2
JUILLET I. Vol. 1776. 67
commerce , pour augmenter ſes biens ,
pour avancer ſa fortune. Autant ceux-ci
ont foutenu que le premier prêt devoit
être entiérement gratuit , & que tout
intérêt , à cet égard , étoit également
réprouvé par les ſentimens de l'humanité
& par la loi de l'Evangile , autant ils
ont cru que les prêts de la ſeconde efpece
, loin d'être onéreux à l'emprunteur,
lui devenoient très - utiles en lui
fourniſſant les moyens de s'enrichir. Ces
Théologiens , moins ſéveres que les premiers
, ont inſiſté ſur cette regle lumi
-neufe , gravée dans le coeur de tous les
hommes , laquelle conſiſte à traiter les
autres de la maniere que nous voudrions
qu'ils nous traitaſſent ; &, par une alternative
néceſſaire , ne leur point faire
ce que nous ne voudrions pas qu'ilsnous
fiffent. Ils ont prétendu , d'après cette
regle , qui ſeule peut fixer tous les devoirs
que la juſtice nous preſcrit , qu'on
ne pouvoit pas démontrer l'injuſtice du
profit d'un prêt fait à un riche , ou de
celui qu'on appelle prêt de commerce.
S'il eſt certain que les préceptes de la
morale même évangélique , ſont conformes
aux principes invariables que le
Créateur a gravés dans tous les coeurs
1
1
E 2
68 MERCURE DE FRANCE.
1
&qu'il n'y en aitpointdont un homme,
qui veut faire uſage de fa raiſon , ne
réconnoiſſe facilement la juſtice ; & s'il
étoit également vrai qu'aucun de ces
principes ne démontre l'injuſtice d'un
prêt fait à un riche , la queſtion: fur
l'uſure feroit bientôt terminée. L'Auteur
des lettres critiques que nous annonçons
ne ſoutient, comme il le fait , l'illégi.
timité de l'intérêt qu'on exige dans le
cas du prêt du commerce , que parce qu'il
le croit oppofé aux regles immuables du
droit naturel , contre lesquelles rien ne
peut preſcrire. Il eſt certain que Dieu
ne commande rien , ou ne veut rien
commander ou conſeiller qui ſoit contraire
à la droite & faine raifon. Dans
tout ce qui concerne la regle des moeurs ,
la Religion n'enſeigne rien qui ſoit en
contradiction avec la ſaine raiſon ,& ne
condamne rien,par conséquent,que ce que
cette même raiſon , & non celle que les
paffions ont obfcurcie , peut condamner.
Selon ces mêmes Théologiens , on doit
mettre une grande différence entre les
myſteres que la Religion nous propoſe ,
&les devoirs que la morale nous pref
crit. Les myſteres ne peuvent ſe prouver
que par la révélation ; & la raiſon n'a
JUILLET I. Vol. 1776. 69
plus rien à faire qu'à conſtater l'exiſtence
&la certitude de cette révélation. Il en
eſt de meme des oeuvres de Dieu : il nè
-nous eſt pas permis également de demander
à Dieu pourquoi avez-vous fait
ainſi ? Ma raifon n'a qu'une ſeule démarche
à faire , qui eft de ſe bien aſſurer
fi Dieu agit ou parle ; mais expliquer
les motifs de fa conduite , éclaircir ce
qu'il y a d'incompréhenſible dans ces
paroles , lever toutes les difficultés dont
l'ignorance humaine eſt ſi féconde , ma
raiſon n'en eſt point chargée.Mais , continuent
ces Théologiens , il n'en eſt pas
de méme quand il s'agit des préceptes
de morale ou des maximes de droit naturel.
Chacun doit trouver dans ſonpropre
fond , s'il ſe conſulte de bonne foi
les principes pour ſe décider ſur ce qui
eft permis ou défendu.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, s'est déclaré ouvertement contre
tout intérêt exigé en vertud'un ſimple
prêt , même des prêts de commerce. Ses
raiſons méritent la plusgrande attention .
Son dialogue eſt preſſant en même temps
qu'il pique par ſa variété.
Il ſeroit bien avantageux que la poli
tique , qui doit faire fleuurriirr le com-
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
merce, & faciliter les moyens de
fatisfaire aux beſoins fans ceſſe renaif,
ſantsdes ſociétés, trouve enfin les moyens
de ſe concilier avec la ſaine théologie ,
qui n'eſt occupée qu'à reprimer les excès
de la cupidité . Au reſte ,nous laiſſons la
ſolution de toutes ces queſtions délicates
à leurs Juges naturels; & nous avouerons
ſans peine que ſi l'on doit redouter fur
cette matiere les féductions de la cupi
dité, les excès du rigoriſme ont auſſi
leurs inconvéniens.
Anecdotes da regne de Louis XVI , avec
cette épigraphe :
Tout Citoyen est Roi ſous un Roi Citoyen . ;
A Paris , chez J. F. Baſtien , libraire ,
Į vol . in- 12 . 1776.
ر
CetOuvrage eſt diviſé en trois parties.
Lapremiere contient un détail du ſacre
de Sa Majefté ; la ſeconde renferme une
notice de tous les Ouvrages qui ont paru
àl'occaſion de cette cérémonie ; la troiſieme
, qui eſt la plus conſidérable , &
dans laquelle l'Ouvrage conſiſte princi-
...
JUILLET I. Vol. 1776. 71
palement , eſt intitulée : Anecdotes du
regne de Louis XVI. L'Auteur s'y eſt
propoſé de commencer à raſſembler une
partie des matériaux qui ſerviront un
jour à l'hiſtoire de notre jeune Monarque
, & de préſenter un tableau vif&
animé des principaux événemens des
deux premieres années de ce nouveau
regne , dont les commencemens font
d'un préſage ſi heureux pour la Nation,
Quoiqu'il n'y ait ſans doute aucun Lecteur
, qui n'ait gravé dans ſa mémoire
&dans ſon coeur , les traits multipliés
de bienfaisance de Louis XVI & de fon
auguſte Famille , on ne les relira pas
avec moins de plaiſir dans ce recueil intéreſſant.
On y a joint quelques traits
concernant les Miniſtres employés ſous
le nouveau regne.
"
Nous ne pouvons nous refuſer au plaifir
de rapporter le trait ſuivant, quoiqu'il
ſe trouve dans pluſieurs Ouvrages périodiques
. Dans une de ſes courſes , Sa
Majeſté rencontra un enfant qui lui
demanda l'aumône . Que ferez-
⚫ vous de l'argent que je vous donnerai,
„ demanda leMonarque ?- Hélas ! Monſieur
, répondit le jeune infortuné , je
le porterai à mon pauvre pere, malade
-
1
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
"
20
depuis pluſieurs jours ,& qui eſt ſur le
pointde mourir, faute d'avoir du pain
&du bois pour ſe chauffer. Le Roi
deſira de ſavoir ſi le récit de l'enfant
étoit véritable , & lui dit de le conduire
chez lui. Arrivé dans la plus
triſte demeure , le Monarque vit en
effet un vieillard infirme , couché fur
la paille& dépourvu de tout , dans une
ſaiſon où les riches même ſouffroient
de la rigueur du froid. Le Prince, les
„ yeux baignés de larmes , ſe hâta de
prodiguer des fecours à cet infortuné,
&lui fit au plutôt apporter un lit , &
tout ce qui pouvoit lui être néceſſai-
„ re , pour adoucir ſon indigence".
"
"
Si le trait que nous venons de citer eft
propre à faire chérir la bienfaiſance du
vertueux Prince , à qui de pareilles actions
ſont ſi naturelles , le ſuivant doit
faire admirer ſa ſageſſe. ,, Une perſonne
de la premiere diſtinction préſenta au
Roi un jeune Abbé d'une famille trèsilluftre
, & fupplia Sa Majeſté de le
,, nommer à un Evêché vacant.-Mais,
obſerva le Monarque , M. l'Abbé eſt
bien jeunepour être en état de remplir
les devoirs de l'Epifcopat.
"
"
"
"
"
- Oh!
„ répondit le Protecteur , il y a dans
JUILLET I. Vol. 1776. 73
6
ل
ود
1
„ l'Evêché que j'ai en vue , un Grand-
Vicaire d'un âge mûr , & qui diri
„ gera , par ſes conſeils le nouveau Pré-
„ lat. Eh bien ! reprit le Roi , il
» n'y a qu'à nommer Evêque le Grand.
Vicaire , & mettre à ſa place M.
l'Abbé , afin qu'il ait le temps de
s'inftruire beaucoup mieux des vertus
» qu'exige la Prélature. Cet arrange-
,, ment ſi ſage fut en effet exécuté".
,
Heureuſe la Nation dont le Souverain
, en moins de deux ans de regne,
peut avoir déjà fourni la matiere d'un
pareil recueil !
Contes des Fées , Nouvelles , &c. &c. &c .
le tout dédié à la Volupté. Par M.
de V *** de G ***. A Amſterdam ;
& ſe trouve à Paris , chez Durand
neveu ; le - Jay ; Monory ; Eſprit &
Baſtien , Libraires , 1776. 2 parties
in- 12. br. prix 2 1. 8 f.
La premiere de ces deux parties com-
- prend les Contes des Fées , au nombre de
deux , l'Ours & le Chaffeur , & la Chatte
merveilleuse. Il y a beaucoup d'imagination
dans ces Contes , où les événe
E5
74
MERCURE DE FRANCE.
mens merveilleux ſont ſinguliérement
accumulés.
Dans l'Ours & le Chaffeur , un jeune
homme nommé Terſandre , s'endort de
fatigue étant à la chaſſe , après avoir
inutilement poursuivi un Ours qu'il avoit
bleſſé , & qui cependant avoit échappé
aux chiens. L'Ours , ou plutôt l'Enchanteur
Kakobraouf, réduit à cette métamorphofe
, par la loi que lui avoit im
poſée un autre Enchanteur , après l'avoir
vaincu en combat fingulier , tranfporte
Terſandre, pendant ſon ſommeil ,
dans l'Iſle des Chimeres , dont il étoit
Souverain , pour lui apprendre à vaincre
ſes paſſions. Il lui ſuſcite une fou--
le de preftiges& d'aventures prodigieu
ſes , propres à exercer ſa patience : il
le change lui-même en ours pendant un
temps. Enfin , après des épreuves multipliées
, Terſandre ayant appris à ſe
vaincre , ſe trouve l'homme propre à
remplir un oracle qui le deſtinoit au défenchantement
de Kakobraouf. Cet Enchanteur
le récompenſe par la main de
fa fille , pour laquelle il avoit ſu lui in
ſpirer de l'amour.
Candor , jeune homme perfuadé de
( 2
JUILLET I, Vol. 1776. 75
l'existence des Génies & des Fées , &
fon ami Ranulphe, qui n'y ajoutoit aucune
foi , font les Héros du Conte,de
la Chatte merveilleuse ou la Puce à l'oreille.
La Chatte merveilleuſe eſt une Fée qui ,
s'étant introduite chez Candor ſous cette
forme , le tranſporte , ainſi que fon ami ,
au pays des Génies , pour récompenfer
l'un & corriger l'autre de ſon incrédu
lité.Aprèsuue foule d'avantures incroya
bles & périlleuſes , Candor , revêtu du
pouvoir magique , & deſtiné , en vertu
d'un oracle , à delivrer une Princeſſe
qu'un Génie malfaiſant tenoit renfermée
dans unChâteau inacceſſible , y parvient ,
après s'être introduit auprès d'elle fous
la forme d'une puce. Mais il retombe ,
avec la Princeſſe , dans un nouveau péril .
Ils en font tirés par Ranulphe , que
l'oracle indiquoit également pour mettre
fin à cette aventure. Les deux Amis font
élevés au rang des Génies , & Candor
epouſe la Princeſſe.
La ſeconde partie eſt compoſée d'une
Nouvelle de Rosemonde& Andro , poëme
traduit du Gaulois , & de Mélindor , Co
médie en trois actes. Le fond du ſujet de
la Nouvelle n'eſt pas neuf. Ce font deux
amans qui , aprés une ſéparation forcée ,
76 MERCURE DE FRANCE .
1
beaucoup de chagrins & de traverſes ,
font enfin unis enſemble. La traduction ,
vraie ou prétendue , du poëme de Rofe
monde & Andro , eſt en profe , & fort
courte. Andro , vaillant Chevalier , parvient
à tirer la belle Roſemonde des
mains d'un vieux jaloux , qui la tient
renfermée dans un fort Château , dont
l'entrée eſt défendue par un Géant , un
lion & un dragon énorme. Le brave
Andro n'ayant pas , comme le Héros de
la Chatte merveilleuse , le don de ſe changer
en puce pour entrer dans le Château,
combat ces monftres à force ouverte ,
les défait , & réuſſit ainſi dans une entrepriſe
qui avoit déjà coûté la vie à pluſieurs
Chevaliers , qui l'avoient inutilement
tentée. La belle Rofemonde eſt ſa
récompenfe , & fon rival ſe tue de déſefpoir.
La Comédie de Mélindor eſt d'une
intrigue aſſez foible. Sophie aime Mélindor;
mais fa mere la deſtine à un M.
Wanderberg , Négociant , homme avare
& groſſier , à qui ſa fortune fait donner
la préférence. Le jour où ce mariage
doit ſe terminer , Wanderberg apprend ,
par une lettre , qu'un vaiſſeau , qui contenoit
toute ſa fortune , vient d'être
JUILLET I. Vol. 1776. 77
ſubmergé, Il veut cacher cette nouvelle,
afin de trouver une reſſource dans fon
mariage. Tout ſe découvre au moment
où il va épouſer Sophie ; il eſt éconduit
honteuſement , & Mélindor obtient la
main de ſa Maîtreſſe.
Entretiens de Périclés & de Sully aux
Champs Eliſées , ſur leur adminiſtra .
tion ; ou balance entre les avantages
du luxe & ceux de l'économie.
Vix credas quantum vectigal fit parcimonia.
Pline , Ep .
1-
A Londres ; & ſe trouve à Paris
chez Coſtard , 16 f.
Les deux illuſtres Hommes d'Etat
qu'on fait parler dans ce dialogue , y
defendent chacun les avantages de leur
ſyſtême d'adminiſtration. Ils entrent , à
ce ſujet , dans des détails intéreſſans .
Une partie de ceux que l'Auteur met
dans la bouche de Sully , font tirés des
Economies Royales ; & c'eſt d'après Plutarque
qu'il fait parler Périclés. On com
78 MERCURE DE FRANCE.
prend aisément que l'avantage demeure
au Miniſtre de Henri IV, qui défend
victorieuſement la cauſe de l'économie .
Il conclut que les particuliers font toujours
à leur aiſe , quand l'Etat eſt riche
fans eux; mais qu'un Etat n'eſt jamais
riche de la richeſſe des Particuliers .
Sully , ou plutôt l'Auteur , propoſe,
à la fin de l'Ouvrage , d'employer le
tréſor de l'Etat à former une caiſſe de
prêt public. Il détaille lesavantages d'un
pareil établiſſement , & répond aux objections
que lui fait , à ce ſujet , Périclés .
Ces entretiens font accompagnés de
notes, la plupart hiſtoriques,&précédées
d'un avertiſſement de l'Editeur , dans
lequel il entre dans quelques détails fur
la viede Périclés & de Sully , & fait une
eſpece de parallele entre ces deux grands
hommes.
Lettres de Madame la Comteſſe de la Riviere
à Madame la Baronne de Neufpont
, Son amie ; contenant les princi
paux événemens de sa vie , de celle
de ses enfans , & de quelques uns de
Jes parens: avec beaucoup de nouvelles
& d'anecdotes du regne de Louis
JUILLET I. Vol. 1776. 79
/
XIV , depuis l'année 1686. juſqu'à
1712. A Paris , chez Froullé Libr . 1776 ;
3 vol. in-12. prix 6 liv. br.
Ces lettres ont été publiéés par M. le
Comte de la Vanne , petit-fils de Mada
me la Comteſſe de la Riviere , qui fait
lui -même l'hiſtoire de ces lettres dans
une préface. Madame de la Riviere étoit
également diftinguée par ſa naiſſance ,
ſa beaute , les agrémens de ſon eſprit &
l'excellence de ſon caractere. Petite-fille
d'une Amie de Madame de Sévigné ,
elle eut , dans ſa jeuneſſe , l'avantage de
connoître beaucoup cette femme célebre.
Vivantà la Cour de Louis XIV , elle ſe
trouva plus ou moins liée avec la plupart
des perſonnes illuſtres de fon temps. Il
paroît qu'elle recherchoit fur- tout la ſociété
des Gens de Lertres. Elle parle partout
avec enthouſiaſme des Poëtes &
des Orateurs les plus célebres du ſiécle
paffé , qu'elle a preſque tous connus.
Le ſtyle de ces lettres eſt facile &
agréable , ſans être travaillé ni recherché.
C'eſt le vrai ſtyle épiſtolaire. On y trouve
à la fois de l'eſprit , de l'enjouement ,
80 MERCURE DE FRANCE. -
۱
& cette ſimplicité , cette candeur qui
annoncent une belle ame. On y voit
par tout une femme aimable , ſage , ver.
tueuſe , bonne épouſe , bonne mere ,
bonne amie , également paſſionnée pour
le mérite & pour la vertu.
Indépendamment du grand nombre
d'anecdotes relatives à l'hiſtoiredu regne
de Louis XIV , dont ces lettres ſont remplies
, & qui fuffiroient ſeules pour en
rendre la lecture agréable & piquante ,
l'hiſtoire de Madame de la Riviere & de
ſa famille , qui en fait le fond , eſt trèsattachante
; on y trouve des incidens ,
des ſituations , enfin tout l'intérêt qu'on
pourroit defirer dans un Roman. M. le
Comtede la Vanne acheve cette hiſtoire
dans une addition aux lettres On verſera
des larmes d'attendriſſement au récit de
la fin cruelle & touchante de fon pere&
de ſa mere , fils & belle fille de Madame
de la Riviere, jeunes époux , morts à la
fleur de leur âge & preſqu'en même
temps.
Au furplus , la plus grande partie des
anecdotes hiſtoriques que renferment ces
lettres , étoient plus ou moins connues.
Envoici uneque nous ne nous rappellons
pas d'avoir vue ailleurs. ,, M. de Lorges
» étoit
/
JUILLET I. Vol. 1776. 81
étoit prifonnier à la Baſtille. La lon-
,, gueur de ſa priſon l'ennuya au point
„ d'appréhender d'y devenir malade ,&
,, incapable de tout. On lui offroit des
ود livres, il les refuſoit , diſant que ce
,, n'étoit pas de la lecture qu'il lui fal-
„ loit , mais de l'exercice. Enfin , après
avoir rêvé à différentes chofes ,il ima
gina de ſe faire apporter un millier
,, d'épingles , & trois fois par jour il les
ود 2
ود jetoit bien régulièrement au plancher,
,, afin qu'elles s'écartaſſent en tombant
,, par terre. Enfſuite il les ramaſſoit toutes
;, avec tant d'exactitude , qu'il n'en man-
5, quoit pas une. On dit qu'il s'applaudit
beaucoup d'avoir trouvé ce ſecret
: ,, pour ſe remuer & ſe tirer d'un ennui
,, qui le dévoroit. "...
a
ود
1.
Nous allons rapporter une autre anecdote.
Un Jéſuite s'aviſa un jour de dire
e devant l'Abbé Boileau , frere du fameux
Deſpréaux , que Paſcal avoit fait des
fouliers à Port Royal. ,, Je ne fais pas ,
,, répliqua fur le champ l'Abbé Boileau ,
s'il a fait des fouliers , mais je fais
qu'il vous a porté de bonnes bottes."
Nous remarquerons , à l'occaſion de cette
répartie de l'Abbé Boileau , que Madame
de la Riviere avoit une amitié & une
ود
"
F
82 MERCURE DE FRANCE.
eſtime particuliere pour Deſpréaux
qu'elle voyoit fréquemment , & dont
elle parle beaucoup. Elle nous apprend
qu'en 1709 il avoit compoſé pourMademoiſelle
de la Riviere, ſa fille , depuis
Comteſſe de Livon, alors âgée de douze
ans , un petit Ouvrage, qui ſans doute
a été le dernier forti de ſa plume , intitulé:
Conseil d'un vieux Ami à ſa jeune
Amie. M. le Comte de la Vanne n'a pu
recouvrer cet Ouvrage , ſans quoi , ditil
, il ſe feroit fait un plaifir de le don.
ner au Public. Voici ce que Madame de
la Riviere écrivoit à fon Amie , en lui
annonçant la mort de ce Poëte célebre .
ود
"
Il eſt regretté de tous les Savans &de
,, tous les honnêtés gens , parce que luimême
étoit auſſi honnête homme qu'il
étoit grand. Chacun s'accorde pour
dire du bien de lui . Le Roi l'aimoit ,
,, l'eſtimoit , & applaudiſſoit volontiers
,, à ſa liberté& à ſa franchiſe. Un jour
ود
ود
ود
M. Deſpréaux critiquoit des vers ;
,, quelqu'un lui dit que le Roi les trouvoit
bons: ils ne valent rien, inſiſta M.
„ Deſpréaux , je m'y connois mieux que
وو
ود leRoi. Un Courtifan l'alla rapporter
,, au Roi , & le Roi dit tout de ſuite:
" Il a raison , il s'y connoît mieux que
JUILLET I Vol. 1776. 83
-
moi. Ce trait fait tout à la fois l'éloge
- du Poete & du Monarque. M. Def-
;, préaux étoit d'une humeur ſévere , &
- ,, cependant perſonne n'étoit plus com-
,, patiſſant que lui & meilleur ami. Rien
,, n'étoit ſi ſatisfaiſant que ſa converfa-
,, tion; elle n'avoit rien de mielleux :
,, mais elle avoit , ce qui plaît davan-
;, tage & qui n'ennuie jamais , de la
„ vigueur , de la nobleſſe , de la majeſtés
3, de l'aiſance , de la franchiſe."
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Christ , depuis fon incarnation juſqu'à
- fonbafcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate, par le Pere
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
tung một ai !
}
Sous quelque face & de quelque côté
qu'on enviſage le chef & le fondateur
de la Religion Chrétienne , on trouve
en lui la vertu duTrès- Haut ;en lui ſont
cachés tous les tréfors de la ſageſſe &
de la fcience ; en lui réſide corporellement
toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
F2
S4 MERCURE DE FRANCE.
merveilles , qui ſe répétent ou qui le
diverfifient dans l'hiſtoire de ſavie : mais
il opere lui - même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiſſante.
Dans la majestueuſe ſimplicité de ſes
moeurs& de ſa conduite, on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inſtruire ceux
qui s'attachent à ſes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eſt plus fublime
& moins faſtueuſe que la ſienne ?
On fent qu'il n'a pas beſoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands myſteres , & qu'engendre dans la
Splendeur des Saints , il voit ſans étonnement
les profondeurs de Dieu. Que fon
langage eſt différent de celui des Brophetes
! Ils font preſque toujours dans
l'enthouſiaſme , parce que les vérités
qu'une vifion céleſte leur découvre, font
pour eux d'admirables nouveautés , au
deſſus de leurs expreffions & de leurs
penfées. La noble ſimplicité des diſcours
les plus fublimes de Jésus- Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le ſein des merveilles dont il nous entretient
, & qu'il eſt véritablement le fils
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLET I. Vol. 1776. 85
maison de fon pere. Aufſfi connoît - il à
fond tous les ravages que le péché a faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes courstes
, mais déciſives , la morale la plus
?
I
1
propre à les réparer. Où trouver ailleurs:
| qu'à fon école , les reſſources qui nous
< font néceſſaires ? On voit en lui un auguſte
melange de grandeur &de bonté,
qui nous humilie & qui nous enleve ,
☑ qui nous étonne & qui nous raſſure. S'il
atoute l'autorité du fils unique de Dieu ,
il eſt le plus doux des enfans des hom-
$ mes. Voilà comme les dignes Interpretes
des Livres Saints nous parlent de Jéſus-
Chriſt. L'hiſtoire qui renferme les actions
de ſa vie & les préceptes de ſa morale ,
• eſt le ſeul livre néceſſaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le ſeroit pas. On ne peut ſe
livrer à cette lecture ſans deſirer de de.
venir meilleur. La majeſté des Ecritures
m'étonne , la ſainteté de l'Evangile parle
à mon coeur , dit l'éloquent Rouſſean ;
voyez les livres des Philoſophes avec
toute leur pompe; qu'ils font petits près
de celui - là ?
1
S
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puiſé dans les
4
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
Evangeliſtes , tout ce qui pouvoit fervir
à éclaircir les difficultés qui peuvent s'y
rencontrer , & à développer les vérités
intéreſſantes de la morale chrétienne. II
ſe fait un devoir , dit- il , de ſuivre , avec
la plus grande exactitude , la tradition
& l'enſeignement commun de l'Eglife
Catholique. Mais y a - t - il dans la tradition
, comme dans la morale chrétienne
une regle plus inviolable que celle qui
nous défend d'imputer à nos freres des
erreurs qu'ils ont conſtamment défa
vouées ? Parmi ceux que l'Auteur ſemble
déſigner dans les notes , n'y en aura-t-il
point qui pourront ſe plaindre qu'on n'a
pas ſuivi à leur égard cette maxime immuable
du droit naturel , ou qu'on n'a
pas craint d'imputer à une multitude
d'innocens les excès de quelques particuliers
? Au reſte , les choſes excellentes
qui font répandues dans les notes qui
accompagnent l'Ouvrage , ſemblent exiger
qu'on ferme les yeux ſur des impus
tations vagues, qui ne peuvent pas même
nuire aux Lecteurs ignorans , parce qu'ils
ne ſavent point de quoi il s'agit ; &
l'Auteur de la vie de notre divin Chef,
qui inculque par-tout la charité& la paix
chrétienne, retranchera ſans peine dans
JUILLET I. Vol. 1776. 87
la ſeconde édition , tout ce qui ne fert
point à éclairer & à édifier. Il eſt également
eſſentiel , & de tranſmettre dans
ſon intégrité , le dépôt de la ſaine doc.
trine , & d'éviter toutes les ſaillies d'un
zele qui n'eſt point éclairé . La charité ,
dit l'Apôtre , ne penſe point le mal ; elle
ne forme , elle n'adopte point de foupçons
vagues & injurieux ; elle n'eſt ni
téméraire , ni precipitée. ,, Elle (*) ap-
,, prend à douter , à faire réflexion , à ſe
,, défier de ſa ſageſſe , à réprimer une fier
و د
té qui veut tout décider & tout foumet-
,, tre à ſes penſées ; elle n'eſt point cone
„tentieuſe ni turbulente ; elle ne ſe paf-
,, ſionne point pour une vérité au pré-
,,judice des autres vérités ; elle évite
,, avec ſoin toutes les diſputes d'où l'on
و د
ne peut ſe promettre ni la gloire de
„Dieu , ni le ſalut de ſes freres ; elle
,, n'eſt ni jalouſe , ni envieuſe ; elle ne
travaille point à obſcurcir , à étouffer,
,, à rendre ſuſpect le mérite d'autrui ;
,,comme elle ne cherche dans le bien
,, que le bien même , elle ſe réjouit également
du bien qu'elle fait & de celui
"
(*) Mandement de M. l'Archevêque de Lyon.
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
ود
,, que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
,, Paul: Qu'il n'y ait point de schisme ,
ni de diviſion dans le corps: mais que
tous les membres conſpirent mutuellement
,, à s'entraider les uns les autres. Elle ne
,, voit dans cette multitude de Paſteurs
,,& de Fideles répandus par tout l'Uni-
„ vers , qu'une ſeule & même famille ,
,, où les biens & les maux ſont com
,, muns , où l'on partage les ſouffrances
,,de ſes freres , le ſoin de leur pauvreté ,
,,la crainte de leurs périls , l'inquiétude
دوde leurs combats, la reconnoiſſance de
leurs victoires , la douleur & l'hu-
,, miliation de leurs chûtes , la joie de
"
ود leur retour. Voilà ce qu'eſt l'Eglife
,, aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
„a été pendant pluſieurs fiecles , & ce
,, qu'elle doit être toujours dans le plan
,,de ſon divin Fondateur,"
Discours prononcé à l'ouverture folemnelle
du Cours de la matiere médicale ; traduction
. A Paris , chez Quillau , Imp.
Lib. & Didot le jeune , Lib .
>> Contempler les beautés de la Na.
L
JUILLET I. Vol. 1776. 89
८
و
„ ture , admirer ſes graces , détailler la
ſtructure merveilleuſe des plantes ,
,, connoître la vertu de chaque racine ,
,, quels font les différens uſages des
,, feuilles & des fleurs des ſimples : voilà
une ſource abondante de plaiſirs pour
„ le Philoſophe. Les jardins font les
„ délices des Rois & des Philoſophes ;
,, c'eſt pour cela que réuniſſant l'agréable
,, à l'utile , les Grands confacrent des
,,ſommes immenfes à la culture des
,,plantes: il manqueroit quelque choſe
ودàlamagnificence de leurs palais , s'ils
,, n'étoient décorés de vaſtes jardins , où
,, l'art déploie toutes ſes reflources .
رو
,, Lorſque ſorti des orages de la bouillante
jeuneſſe , &que délivré des deſirs
„ambitieux de l'âge viril , l'homme -
„ recueillant ſes ſens , rentre en lui-
,,même , c'eſt alors qu'il aime les re-
,,traites paiſibles, qu'il s'abandonne au
,, repos ; c'eſt alors que vivant pour lui
,,&pour ſes amis , reſpirant le parfum
des fleurs de ſon jardin, meſurant de وو
ود l'oeil ſes allées d'arbres , & admirant
,, les merveilles de la nature & de l'art ,
,, ſon ame s'éleve vers l'Auteur de
tous ces biens , & le révere dans un
„ filence reſpectueux . De plus , les jar
ود
1
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
,,dins plantés pour le plaiſir de la vue ,
,,& qui offrent une promenade ſi agréa
,, ble , ont des charmes pour tous les
,, âges , pour tous les états. Qui pourroit
,, ſe défendre du ſentiment d'admiration
,, qu'inſpirent cette diverſité , cette abon-
,, dance de plantes , de fleurs & de fruits ,
,, ces allées d'arbres qui s'accordent & ſe
,, répondent avec un ſi bel ordre , ces
,, planches & ces plates-bandes qui for
وو
ود
ment des contours ſi variés & fi gra
,, cieux ; ici l'èmail des fleurs & la ver.
,, dure du gazon nous inſpirent une
,, douce volupté; là , des ruiſſeaux qui
,, fuient en ferpentant , nous invitent ,
,, par un doux murmure , à goûter de
leur eau; plus loin , s'éleve un amphi .
théâtre couronné d'arbres , cù les tendres
zéphirs ſe jouent , en agitant
,,leurs ailes, Le filence des boſquets n'eſt
,, interrompu que par les chants mélo-
,, dieux de mille oiſeaux divers qui les
,,habitent. Quoi de plus puiſſant que ce
"
"
ود
ſpectacle des beautés de la nature &
,,de l'art , pour récréer l'eſprit , animer
,, le génie , diſſiper les nuages de l'ame
,,& calmer ſes inquiétudes " ?
5
C'eſt ainſi que l'ancien Profeſſeur de
Botanique (M. Pajon des Moncets DocJUILLET
I. Vol. 1776. 91
teur en Médecine) s'exprime ſur les plai.
firs qu'offre l'étude de la bonatique. Il en
fait connoître , dans la ſuite de ſon difcours
, l'excellence & les avantages , en
prouvant que c'eſt du regne végétal que
l'on tire la plus grande partie des médi
camens , & que la pratique de traiter
avec les ſimples , eſt plus amie de la
snature que toute autre. L'Orateur fait
un nouvel éloge de la botanique , en la
comparant avec les autres arts. Voici ce
qu'il dit de l'étude de l'anatomie. ,, 11
,, ne faut rien moins que le plus grand
1 , courage & le plus grand amour du
e
i
1
e
it
bien de l'humanité , pour ſurmonter
„les friſſonnemens & l'horreur ſecrette
2,qu'inſpire ſon appareil. Quelle révo
,, lution n'éprouve pas l'ame de ceux qui
,,entrent, pour la premiere fois , dans les
,, amphithéâtres d'anatomie , & qui ſe
vouent à cet utile , mais lugubre mi-
,, niftere ! Etre au milieu des débris de
,, l'humanité , parmi des cadavres , ob-
,, ſerver la fituation , la ſtructure des
viſceres , des vaiſſeaux , des nerfs ,
,, leurs actions & leurs uſages , creuſer
,,d'un oeil curieux dans leurs plus fe-
, crettes cavités , pour y découvrir les
,, cauſes & les principes des maladies.
1
92 MERCURE DE FRANCE.
>
„ Quel ſpectacle rebutant pour l'imagi.
„nation! quels dégoûts ! quelle répu-
„gnance ne reſſent- on pas ? Il faut ſe
,, familiariſer avec l'image de la mort ;
,,& fi l'on n'étoit ſoutenu par le defir
„ d'être utile à ſes Concitoyens & au
,, genre humain , qui s'adonneroit à cette
,, ſcience ? " .
L'Orateur n'a pas beſoin d'étaler ſon
éloquence pour prouver que l'étude de
la botanique eſt plus agréable que celle
de l'anatomie , & ne réunit pas l'inconvénient
de la chymie qui , quoique trèsutile
, égare quelquefois dans des labyrinthes
les imprudens Argonautes qui
courent après la toiſon d'or.
Avis au Peuple ſur l'amélioration de ſes
terres & la ſanté de ſes beſtiaux; I
: vol. in 12. A Avignon , chez J. J..
Niel , Imprim . Lib .; & à Paris , chez
P. Fr. Didot le jeune , Libr.
Ce Recueil eſt tiré des différens Ouvrages
qui ont paru ſur cet objet , tels
que la Nature conſidérée , qui ſe débite
chez Lacombe , Libraire ; le Dictionnaire
vétérinaire & des animaux domestiques ,
:
:
JUILLET I. Vol. 1776. 93
la Médecine vétérinaire de M. Viret , &
pluſieurs autres , dont l'énumération ſe-
Teroit trop longue. L'Auteur avoue luimême
qu'il ne lui appartient rien dans
cet Ouvrage que l'ordre&l'arrangement.
Il le diviſe, en deux parties : la premiere
traite de l'amélioration des terres , des
notions néceſſaires pour y parvenir , du
foin qu'on doit avoir des beſtiaux , &
de la maniere de perfectionner , autant
qu'il eſt poſſible , & de conſerver les
races de bêtes à laine. La ſeconde , renferme
le détail des Auteurs qui ont écrit
fur les beftiaux & leurs maladies ; elle
contient quelques obſervations générales
& eſſentielles pour les connoiſſances &
le traitement des maladies ; elle donne
une idée de la qualité & de l'éducation
des quadrupedes domeſtiques ; elle traite
en outre de leurs maladies & des ſymp.
tômes qui les caractériſent , des remedés
dont les hommes les plus éclairés ſe ſont
ſervis , fondés ſur l'expérience& l'obfervation
; des maladies de la volaille , avec
les remedes convenables ; & enfin le détail
& la vertu des remedes analogues
aux animaux , & la maniere de les admi
niftrer.
94 MERCURE DE FRANCE.
Histoire des Révolutions de Corfe , depuis
ſes premiers Habitans juſqu'à nos
jours ; par M. l'Abbé de Germanes .
Tome III , in-12 .
Sine ird &studio . Tac. Ann.
A Paris , chez Demonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie Françoiſe
, rue St. Severin , 1776.
Ce troiſieme & dernier volume con
tient l'hiſtoire du Généralat de Paoli ,
juſqu'à l'entiere réduction de cette Ifle
par les Troupes Françoiſes. On ſe rappellera
avec plaifir , en le lifant , les détails
de cette conquête encore récente. Il
n'a paru encore rien de plus propre , que
ce volume , à faire connoître le célebre
Paoli , homme rempli de vues & de
reſſources dans le génie : mais plus politique
que guerier. Voici le portrait que
trace, de ce Chefdes Corſes , M. l'Abbé
deGermanes. ,,Au défaut de bravoure ,
ور il fubftituoit l'art d'en montrer. Fei-
وو gnant de chercher le péril au commencement
d'une action , il trouvoit
, toujours des amis difcrets qui arrê-
1
JUILLET I. Vol. 1776. 95
ود
, toient fon ardeur , & le ſupplioient
ود
う dteennoietploeidnetſteixnpodſeelraNſaatviioen,.àQulaoqiuqelulee
,, timide dans le combat , il étoit hardi
dans le conſeil ,& ferme dans ſes pro-
,, jets. Onpeutdire , qu'à l'exemple d'Au
,, guſte , iln'étoit pas dénué de ce courage
, qui fait braver la mort , laquelle , au mi-
,, lieu des factions , ſe préſente à un Chef
, de Parti , ſous tant de faces différentes.
قو Si ne pouvant plus maintenir ſon Pays
,, dans la liberté dont il prétendoit être
,, le reſtaurateur , il fût mort les armes
,, à lamain à la tête de ſes Compatrio-
,, tes , il paſſeroit pour un Héros. S'il ſe
3, fût accommodé avec la France ,& que
,, renonçant à toute condition avanta
,, geuſe pour lui - même , il eût ſacrifié à
,, l'avantage de ſon pays ſes emplois &&
وو ſon autorité plus chere à un ambis
,, tieux que la vie même , on je regarde
roit comme un grand homme ; ce
noble& fublime deſintéreſſement l'eût
3, mis, dans l'esprit des Nations à côté
,, de ces fameux Grecs , qui ont tout
, fait pour le bonheur de leur patrie .
Mais l'envie de perpétuer ſon gouver
nement , fut ſa premiere raiſon d'Etat ;
,, & il préféra toujours ſa grandeur pers
وک MERCURE DE FRANCE.
(
,, ſonnelle à la liberté de ſa Nation." قو
M. l'Abbé de Germanes a joint à fon
Ouvrage deux précis hiſtoriques , l'un
fur l'Eglife , & l'autre ſur la Nobleſſe de
Corſe; un mémoire ſur les impoſitions ,
le réglement de l'Aſſemblée générale ,
&pluſieurs autres pieces relatives à l'adminiſtration
de cette Ifle. L'Auteur a eu
ſoin , dans toutes ſes recherches , de ne
rien avancer que de très - authentique;
on en trouve la preuve dans la citation
qu'il fait de deux chartres de 1050 &
1103 , contenant des donations en faveur
de l'Abbaye de Trimajor , par Albert &
Hugues Ruffo , monumens reſpectables
par leur ancienneté , & dont le ſuffrage
ne fauroit être ſuſpect. Elles ont donné
lieu à M. l'Abbé de Germanes de faire ,
fur la Maiſon de Ruffo , une note curieuſe
que l'on peut confulter.
Recueil de deux Mémoires concernant le
mariage des Protestans de France ; 1776,
in- 8°. Prix rel. 4 1.
C Ces deux Mémoires parurent , pour
la premiere fois , il y a environ vingt
ans. On examine dans le premier , s'il
eſt de l'intérêt de l'Egliſe & de l'Etat
d'étaJUILLET
I. Vol. 1776 97
1
d'établir , pour les Calviniſtes du Royaume
, une nouvelle forme de ſe marier ,
& l'on y réfute un écrit intitulé : Mémoire
théologique & politique fur les mariages
, clandestins des Protestans de France. L'Auteur
décide en faveur de l'intolérance ;
- il s'attache en particulier à réduire confi
dérablement le nombre des Proteftans
e qu'il ſuppoſe être en France , & celui des
; réfugiés qui en ſont ſortis après la révocation
de l'Edit de Nantes ; il cherche
auffi à affoiblir beaucoup l'idée des inconvéniens
auxquels les ſuites de cette
émigration ont donné lieu.
S Le ſecond Mémoire , intitulé : La
voix du vrai Patriote Catholique , est une
ſuite du premier , & tend au même but.
L'Auteur conclut en aſſurant ,, qu'en
,, oppoſant ſa voix à celle des faux Patriotes
tolérans , il plaide en même
„ temps la cauſe de la Religion , de la
Patrie & de l'Humanité."
و د
Les Siecles Chrétiens , ou Hiſtoire du
Chriſtianiſme dans ſon établiſſement
&ſes progrès ; par M. l'Abbé ***
TomesV & VI in- 12 . Prix rel. 5 liv.
A Paris , chez Moutard , Libr. de la
Reine , de Madame & de Madame
G-
)
98 MERCURE DE FRANCE.
la Comteſſe d'Artois , quai des Au
guſtins , près du pont Saint Michel ,
*àSaint Ambroise.
:
Ces deux nouveaux Tomes compren--
nent l'hiſtoire des douzieme , treizieme
&quatorzieme fiecles. Il n'y a guere de
période où l'hiſtoire de l'Egliſe ſoit plus
liée à la politique ,& ait une plus grande
part aux événemens de l'hiſtoire générale
, que pendant ces trois fiécles. C'eſt
dans cet eſpace que ſe trouve renfermée
l'hiſtoire des differentes Croiſades contre
les Infideles ,de celle contre lesAlbigeois ,
des diſſentions des Guelfes &des Gibelins
, de la plus grande partie des plus
fameux démêlés des Papes avec les Empereurs
& les Rois , enfin du grand
Ichiſme d'Occident .
Cet Ouvrage peut être regardé , non.
ſeulement comme une excellente Hif
toire de l'Eglife , mais auſſi comme une
véritable hiſtoire générale ,puiſque l'Auteur
(M. l'Abbé Ducreux , Chanoine
d'Auxerre) y a réuni à l'hiſtoire des Papes
, des Conciles , des Ordres Religieux,
des héréſies & des ſchimes , &c.
le tableau des révolutions des différens
Etats d'Orient & d'Occident , & celui
JUILLET I. Vol. وو . 1776
de l'état des lettres & des ſciences dans
chaque fiecle. Tous ces objets font traités
avec beaucoup d'ordre & de fagacité.
L'Auteur réunit le mérite du ſtyle aux
lumieres & à l'impartialité. Il fait répandre
le plus grand intérêt ſur toutes
e les parties de ſon hiſtoire. On trouve à
$ la fin de fon fixieme volume un Bref
que le Pape regnant lui a adreſſé , qui
contient des éloges flatteurs & mérités .
e
e
وا
S
רי
Systeme nouveau sur l'origine des fiefs ,
pour ſervir à la connoiſſance de l'hiftoire&
à l'intelligence des coutumes ;
par M. Marchand , Licencié- ès Loix ,
Notaire - Royal à Chartres. A Chartres
, chez Jouenne , Libraire , près la
Porte Châtelet ; & ſe trouve à Paris ,
chez Nyon Paîné , Libraire , rue St
Jean de Beauvais , 1776; in-8°. br.
prix 1 1. 4 f,
Si les Loix d'un Etat tiennent au génie
de la Nation& à ſes uſages privés , l'origine
des liens qui les uniſſent &de leurs
rapports ſucceſſifs , ne peut manquer
d'être une choſe avantageuſe à connoître,
puiſqu'elle inſtruira les Citoyens ; les
› uns de ce quils peuvent demander , les
G
103 MERCURE DE FRANCE,
1
A Châlons , chez Murcier , Imprim,
Libr. dans la grande rue ; & à Paris ,
chez Lottin , Imprim. Libr rue St
Jacques , au Coq , vis-à- vis St Yves ,
1776; in-12.
Cet Ouvrage , reſſerré dans les bornes
d'une très-petit volume , eſt peu fufceptible
d'extrait. L'Auteur s'attache d'abord
à établir comment les eaux ſe retirerent
après le déluge ; il examine enſuite ce
qui a pu donner naiſſance aux montagnes
, & quelle eſt l'influence que la
rapidité des courans a dû avoir , ſelon
lui, dans leur formation, par des excavations
& des vallées profondes ;& comment
enfin les eaux ont dû ſe rendre à
l'Océan , leur baffin commun. Les
,, montagnes , dit il , font coupées de
maniere , que la vallée la plus reculée
a toujours ménagé des pas à l'échappe-
,, ment des eaux ; ce qui prouve inconteſtablement
que le deluge a été univerſel
, & que la diſpoſition des lieux
décrits fur notte globe , n'a pu ſe faire
,, par le déplacement des mers , tel qu'on
l'avoit ſuppoſé , Il faut voir dans
l'Ouvrage même comment l'Auteur développe
ces principes. Il s'oppoſe au
ود
ود
ود
ود
"
وو
ود
JUILLET I. Vol. 1776. 103
2
レ
ſentiment de Brunet , Naturaliſte Anglois
, & de ceux qui l'ont ſuivi.
Florello , Hiſtoire méridionale : par M.
Loaifel de Treogate . ci-devant Gendarme
du Roi .
Rura mihi & rigni placeant in yallibus amnes.
Flumina amem Sylvasque inglorius .
VIRG.
A Paris , chez Moutard , Libr. de la
Reine , rue du Hurpoix; in-8°.
Sur les bords de l'Orénoque , dans
l'Amérique méridionale , un bon vieillard,
nommé Kador, vivoit depuis quarante
ans dans la folitude, Un ſoir il
rencontre , près de la grotte qu'il habitoit,
un jeune homme dont l'extérieur
annonçoit l'infortune , & que le hafard
venoit de jeter ſur ſes bords. C'étoit
Florello , jeune Européen , dont toute la
vie n'avoit été, depuis pluſieurs années ,
qu'un tiſſu de malheurs. Le repos , la
douceur du climat , les ſoins du bon
vieillard , remettent bientôt le calme
dans fon ame. Il raconte ſes aventures
à Kador , qui le conſole ; & en lui pei
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
gnant le bonheur dont il a joui dans ſa
folitude , le détermine à la partager. Au
bout de quelque temps , le vieillard
meurt , & Florello , après avoir donné
la ſépulture à fon bienfaiteur , continuoit
à vivre dans ce déſert. Il ignoroit qu'à
peu dediſtance de là , le pays étoithabité.
Un jour qu'il avoit franchi , contre ſon
ordinaire , l'eſpace borné de ſa folitude , il
voit au pied d'un arbre une jeune ſauvage
endormie , d'une beauté raviſſante. A fon
réveil , elle eſt effrayée de ſa vue , & s'enfuit.
Florello , devenu amoureux d'elle ,&
la cherchant dans toute l'étendue de cette
plaine, la retrouve peu de jours après. Il
lui exprime ſa paſſion par ſignes , &
s'apperçoit , dans une nouvelle entrevue ,
de celle que la belle ſauvage reſſent , de
ſon côté , pour lui. Ils s'uniſſent enſemble.
Elle le conduit dans une grotte où ils
peuvent ſe voir tous les jours. En peu
de temps , l'Amante de Florello parvient
à lui faire entendre ſa langue. Elle
lui fait connoître alors le danger qu'il
court s'il eſt decouvert , & qu'elle n'avoit
pu que lui faire comprendre par ſignes.
Elle ſe nomme Eurimale. Elle lui ras
conte comment des hommes armés &
venus d'un autre monde , avoient fondu
JUILLET I. Vol. 1776. 105
fur l'habitation des ſauvages; comment
ils avoient enlevé leurs troupeaux , pillé
& maſſacré tout , & comment ſa mere
Nadine avoit perdu la vie en voulant
ſauver fon époux. Depuis ce temps ,
Thoal (c'eſt le nom du vieux ſauvage) a
conçu une haine cruelle contre les Eu.
ropéens , & s'eſt fait une loi d'immoler
à ſa vengeance tous ceux qu'il rencontreroit.
Ce pere rédoutable ſurprend ſa fille
& Florello dans la grotte: il veut tuer
PEuropéen ; mais il ſe laiſſe bientôt dé .
farmer par les prieres d'Eurimale & par
les diſcours de Florello. Il emmene ce
dernier chez lui , & confent , quelques
jours après , à l'unir à ſa fille , quoiqu'il
l'eût déjà promiſe à Orabski , ſauvage
féroce , qui , furieux du manquement de
parole de Thoal, profite d'un moment
où Florello étoit abſent , pour maſſacrer
Pinfortuné vieillard & enlever Eurimale.
Florello , de retour , trouve Thoal bai
gné dans ſon ſang; le fauvage expire
dans ſes bras , en lui nommant le ravifſeur
d'Eurimale , & lui laiſſe ſon arc &
ſes flêches , en lui recommandant de les
employer à ſa vengeance. Rempli de
fureur , il erre long -temps ſur les traees
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
de fon rival. Après avoir ſhutilement
épuiſé ſes forces à ſa pourſuite , accablé
de fatigue & de déſeſpoir , il ſe retire
dans un antre obfcur , & prend la réſolution
d'achever ſesjours dans cette folitude
affreuſe. Ses auſtérités le conduiſent
bientôt aux portes du tombeau. La tendre
Eurimale , qui , échappée à fon raviſſeur ,
cherchoit par-tout ſon époux , le retrouve
enfin au moment où il eſt près d'expirer .
Cette fidelle Amante a la douleur de lui
fermer les yeux , ſans que ſes ſoins ni
ſes careſſes puiſſent le rappeller à la
vie. Il meurt en exhortant Eurimale de
modérer ſon déſeſpoir , & de lui furvivre.
Il y a de l'intérêt & de la chaleur
dans ce petit Roman , qui porte par tout
l'empreinte d'une imagination vive &
ſenſible , mais mélancolique & fombre.
:
Esprit de Saurin , ou extraits analyſés
de ſes fermons ; 2 volumes in- 12.
Prix rel. 51. AParis , chez Nyon l'aîné ,
Libraire , rue St Jean- de- Beauvais ;
1776.
٤٠
i
Les Sermons de Saurin font eſtimés
avec raifon. On y trouve de l'élévation
JUILLET I. Vol. 1776. 107
dans les idées , de la juſteſſe & de la
profondeur dans les raiſonnemens ; mais
il falloit prémunir les Lecteurs contre
les écueils que préſentent ces fermons . Il
falloit ſéparer la morale excellente dont
ils font remplis , des erreurs de la Religion
Proteftante ſur le dogme , dont on
découvre des traces fréquentes ; faire
diſparoître une foule de forties peu décentes
contre la Religion Catholique ;
élaguer enfin beaucoup d'inutilités & de
diſcuſſions , auſſi ſeches que prolixes.
C'eſt ce qu'a fait l'Editeur, qui eſt parvenu
, par ce moyen , à préſenter en deux
volumes , tout ce que plus de douze ,
qui compoſent les Oeuvres de ce fameux
Prédicateur , renferment de vraiment
beau & intéreſſant. C'eſt de l'or pur ,
dégagé de toute eſpece d'alliage.
L'Editeur extrait le quart ou le tiers
des meilleurs fermons , très-rarement la
moitié ; d'autres font réduits à très - peu
de pages. Il en eſt enfin , & la moitié
environ font dans ce ccaass,, dont il n'a
tiré que quelques traits rapides & iſolés ,
qu'il a placés , fans ordre , à la fin de
l'Ouvrage , ſous le titre de Pensées détachées.
Nous allons en tranſcrire quelques
morceaux qui nous ont paru intéreſſans.
108 MERCURE DE FRANCE .
وو
و د
و د
ود
ود
Dans la vie la plus occupée , le
fidele doit avoir des momens deſtinés
au filence & à la retraite. Malheur à
celui qui eſt toujours hors de lui-
,, même , toujours dans le bruit & le
tumulte du monde. Une dévotion qui
" aſans ceſſe beſoin de ſecours extérieurs
,, pour ſe ſoutenir , n'eſt pas bien profonde.
Ces ſecours font utiles ; mais
une ame fidelle , quand elle ne les a
pas , quand elle feroit dans un déſert
,, écarté , fait y prier, fait s'y unir à ſon
Dieu. La retraite eſt un eſſai de la
,, mort. La ſéparation de tous les objets
,, du fiécle , prépare le coeur à la ſéparation
univerſelle du tombeau .
”
ود
22
ود
,, Les maximes que les hommes ſe
,, forment ſur les plaiſirs , ſont plus ou
moins relâchées , felon que leur grade
eſt plus ou moins éminent. La licence
croît avec le crédit & la fortune. Tel
ود
ود
ود
25
”
وو
qui cachoit ſes excès dans un état mé-
, diocre , en fait trophée depuis que fon
,, rang lui aſſure la gloire & l'impunité.
, Tout ce que laReligion nous inſpire ,
,, le détachement du monde , l'humilité ,
,, l'eſprit de pénitence , l'image de la
,, mort, le plan d'une félicité future ;
,, ces idées ne font guere compatibles
1
1 JUILLET I. Vol. 1776. 1091
e
i
ود
avec les richeſſes & les grandeurs .
Notre fortune n'eſt point à nous ;
les maiſons les plus opulentes , les
,,mieux affermies , croulent dans un
,, inſtant. Notre réputation n'eſt point à
,, nous ; une ſimple foibleſſe ternit quel-
,, quefois la plus belle vie , &réduit pref-
,, que à n'ofer paroître devant les hommes
,, celui qui jouiſſoit de la plus éclatante
,, eſtime. Notre raiſon n'eſt point à nous ;
„que faut - il pour changer le génie-
,,mêmeen ſtupidité& en folie ? Ledéran-
,, gement d'une fibre. Notre ſanté , notre
„vie ne font point à nous ; tout confpire
ود
و د
à nous la ravir: tous les êtres qui nous
,, environnent , ſont nos ennemis. Pas
un homme qui puiſſe répondre d'une
„année , d'un jour de vie : mais auſſi
nul de nous ne meurt pour lui même ;
en quittant la vie , il rentre dans l'em-
,, pire de Dieu. Quelque abſolu que foit
„l'empire d'un homme ſur un autre
un moment les rend égaux : c'eſt celui
de la mort.
ود
و د
ود
وو
ود
., Que ferois -je , ſans la Religion ,
dans l'adverſité ? Je me livrerois à
l'éclat de mes murmures , à toute
,,l'amertume de mes larmes ; je n'aurois
ni ſoutien, ni confolateur. Que ferois-
こ
đo MERCURE DE FRANCE.
و و ,,je à la mort ? Je ſerois enveloppé de
,,ténebres épaiſſes , déchiré par mes
,, perplexités , en proie à de noires ter-
3, reurs. J'entrerois ſans guide & fans
,, lumieres dans une nuit éternelle , ſans
; ſavoir ce que c'eſt que l'avenir , ſans
,, ſavoir ſi je vais ceſſer d'être , ou entrer
,, dans un fort affreux. La Religion tire
,, ce rideau : elle me découvre une autre
,, vie , un autre monde; elle m'ouvre le
,, ſein d'un pere , & le trône d'un Dieu
,,de miféricordes".
Le Mentor moderne , ou inſtructions pour
*les garçons & pour ceux qui les élevent;
par Madame le Prince de Beaumont.
12 parties rel. en 6 vol. AParis ,
chez Nyon l'aîné , Libraire , rue Saint
Jean-de-Beauvais; 1776. Prix 12 1.
Cet Ouvrage, diviſé par journées ou
dialogues entre un Inſtituteur & ſes Eleves
, eſt fait à-peu-près ſur le même plan
que le Magasin des Enfans , & les autres
Ouvrages que Madame de Beaumont a
publiés ſur l'éducation , dont le mérite
& l'utilité ſont reconnus , & qui font
entre les mains de tous les enfans.
L'Auteurparoîts'êtrepropoſé principa
JUILLET I. Vol. 1776. III
lement d'établir , pour baſe de l'éducation
des jeunes gens , l'étude de l'hiſtoire
& celle de la morale; la plus grande
partie de cet Ouvrage n'eſt même qu'un
cours de ces deux ſciences importantes ,
combinées enſemble. Ce plan très-bien
conçu ſert , d'une part , à faire étudier
avec fruit l'hiſtoire aux enfans ; & de
J'autre , à graver dans leur eſprit , d'une
maniere ineffaçable , les principes de la
morale.
Madame de Beaumont a fondu pref
qu'en entierdans cetOuvrage , un abrégé
de l'hiſtoire ancienne , par demandes &
par réponſes , qu'elle publia , il a quelques
années, ſous le titre d'Education
complette , Ouvrage trés- propre à faciliter
l'étude de l'hiſtoire aux commençans ,
&dontpluſieurs Inſtituteurs avoient fait
uſage avec ſuccès.
1.On a reproché à l'Auteur une trop
grande négligence dans le ſtyle : elle
répond à cela , dans un Avis , que fon
Ouvrage étant fait pour des enfans entre
râge de fix ans & celui de douze , il a
fallu ſe mettre à leur portée. Quant aux
répétitions trop fréquentes des principes
de morale , qu'on lui a également re-
> prochées , elle s'excufe fur la néceffité
tre MERCURE DE FRANCE.
d'imprimer des traces profondes de ces
principes dans la tête des enfans.
Madame de Beaumont promet encore
au Public une douzaine de volumes pour
ſervir de ſuite à cet Ouvrage , qui gagneroit
, peut- être , à être un peu plus
reſſerré : mais qui renferme beaucoup
de choſes également utiles aux enfans&
à ceux qui font chargés de leur éducation.
Grammaire Latine , contenant le Rudiment
, la Syntaxe & une Méthode
françoiſe-latine ; précédée d'une introduction
aux langues , miſe à la por
tée des enfans. A Paris , chez Louis
Cellot , Libr. - Imprim, rue Dauphine ,
1776; 1 vol. in-12 .
On s'eſt attaché principalement , dans
cette nouvelle Grammaire , à épargner
de la peine aux enfans , en ſimplifiant
les regles , & en les exprimant d'une
maniere qui fût davantage à leur portée.
Pour mieux faciliter l'intelligence de ces
mêmes régles , on a beaucoup multiplié
les exemples. ८
Cette Grammaire latine eſt précédée
d'une Introduction aux langues , ou explication
:
JUILLET I. Vol. 1778. 113
cation des termes de la Grammaire. On
he peut expoſer les premiers principes
de cette ſcience d'une maniere plus claire .
Les peres& meres , ceux-mêmes qui n'auront
point étudié , pourront l'apprendre
eux - mêmes à leurs enfans , ſans aucun
ſecours , avant de les envoyer au Collége.
It n'eſt pas même abſolument néceſſaire
de la leur faire apprendre par
coeur , la fimple lecture doit fuffire pour
en concevoir & retenir les principes .
C'eſt , ſuivant l'Auteur, l'affaire de deux
ou trois ſémaines pour eux , & de deux
ou trois heures pour des hommes faits.
Il a jugé inutile de charger d'abord la
mémoire des enfans de toutes les parti.
cularités de la langue , & n'a renfermé ,
par cette raiſon , dans ce petit abrégé , que
des idées générales. Cet Ouvrage nous
aparu mériter l'attention de tous ceux
qui inſtruiſent des enfans en bas âge ,
étant très-propre à abréger leurs travaux
› ainſi que ceux de leurs éleves.
Tablettes historiques & chronologiques ,
contenant les faits les plus mémorables
de notre Monarchie , avec les
noms des perſonnes qui ſe ſont dif
tinguées dans les ſciences & dans les
H
114 MERCURE DE FRANCE.
م
arts , juqu'à nos jours. A Paris , chez
Nyon l'aîné , Libraire , rue St Jeande-
Beauvais , 1776; in-16. Prix 18 f.
rel. en parchemin.
Il paroît que ce petit Ouvrage n'a que
le titre de nouveau ; mais ceux qui l'y
ont adapté, n'ont pas fait attention qu'il
ne lui convenoit pas , puiſque ces Tablettes
renferment la chronologie de l'hiſ
toire univerſelle depuis la création du
monde, & non celle de l'hiſtoire de
notre Monarchie en particulier. Cette
mépriſe n'empêche pas que l'Ouvrage
ne foitd'un uſage très commode , puifque
toutes les époques principales de
P'hiſtoire s'y trouvent raſſemblées dans
leur ordre chronologique , en 150pages,
d'un très-petit format. On y a joint à la
fin de chaque fiecle, une liſte des principaux
Ecrivains , Artiſtes , Philofophes
& autres Hommes célebres. Ces liſtes
doivent néceſſairement être très - defectueuſes.
Nous avons cependant été furpris
de ne pas voir le Taſſe parmi les
noms célebres du ſeizieme ſiecle , & Cicéron
parmi les Ecrivains latins de celui
d'Auguſte.
1. K. L. Esjai Dramatique ; Ouvrage
pofthume de Léonard Gobemouche ,
4
JUILLET I. Vol. 1776. 115
a
S
publié par Marc- Roch- Luc Pic-Loup ,
Citoyen de Nanterre , des Académies
De Chaillot , Paſſy , Vanvres , Auteuil
, Vaugirard , Surene , &c . der.
niere édition.
Fari que sentiam.
A Montmartre ; & ſe trouve à Paris ,
chez L. Cellot , Impr.-Libr. rue Dauphine
, 1776 ; in 80.
Cet Effai Dramatique n'eſt autre choſe
qu'uneeſpecede calembourg ſur les vingt-
Equatre lettres de l'alphabet , plaiſanterie
dont le fond n'eſt pas neuf, & connue
depuis long- temps de ceux quiſe piquent
de quelque érudition dans ce genre fublime.
Il eſt vrai que dans cet Ou
vrage , comme en beaucoup d'autres ,
le fond eſt peu de choſe , & paroît
n'y tenir ſa place que pour donner lieu
aux acceſſoires , qui font une Epître dédicatoire
à mon Cordonnier , un Difcours
préliminaire , un Eloge de Léonard Gobemouche
, un Commentaire ſur l'Effai
Dramatique , & des notes fur le Difcours
préliminaire. Ces notes ſont preſque
toutes littéraires. En voici unerau ſujet
des détracteurs de M. de V. ,, Si lorſque
: H2
116 MERCURE DE FRANCE.
:
ود
ود
ود
,, Zoïle crut avoir découvert des défauts
,, eſſentiels dans Homere , il eût été traité
,, par ſes compatriotes avec tout le mé.
,, pris que méritoit ſon audace , il ſeroit
,, encore enfeveli dans les ténebres , où
fon nom devoit croupir éternellement ;
il n'auroit point été ſuivi de cette foule
de finges , qui ſe ſont traînés ſur ſes
,, traces. Les G. les Def. & leurs dignes
,, ſucceſſeurs , feroient encore inconnus
,, aujourd'hui , & la perte ne ſeroit pas
,,grande. Mais quel inconvenient néanmoins
que ces noms fameux , graces à
,, l'impudence de ceux qui les portent ,
,, paſſent à la poſtérité , même la plus
,, reculée ? Les Ouvrages qu'ils ont atta-
,,qués y paſſeront auſſi , & dépoſeront
,, éternellement contre eux. L'opprobre
,, les ſuivra d'âge en âge , & la faulx du
,, temps , qui détruit tout , ſe brifera
,, contre leur infamie."
ود
Catéchisme de l'homme focial , par M.
l'Abbé Duval Pirrau. A Francfort fur
le Mein , chez les Héritiers d'Eichenberg.
Il y a long - temps qu'on deſire qu'un
Ecrivain ſage & impartial raſſemble
avec choix & avec préciſion , tout ce
JUILLET I. Vol. 1776. 117
A
وو
une
que les différens Moraliſtes nous ont
tracé fur les devoirs de l'homme en fo.
ciété avec Dieu , avec ſoi - même &
avec ſes ſemblables . Jamais compilation
ne fut plus utile ni plus néceſſaire. Tel
eſt le but que l'Auteur du Cathechiſme
s'eſt propoſé , en écrivant pour quiconque
a des ſemblables à reſpecter ,
patrie à ſervir & un Dieu à aimer. ,, Dif-
„ poſer ſon coeur , ou le tenir ouvert au
,, bien; le fermer au mal , ou l'en éloi-
,, gner plus encore; mettre ſous ſes yeux
,,&devant ſes actions , le flambeau qui
montre le bonheur de la ſociété & la
,,, gloire des Empires ; l'éclairer enfin fur
,, les moyens foibles ou dangereux que
,, ſes mains , mal fûres , pourroient em-
,, ployer pour atteindre à la vertu ou pour
,, la défendre." L'homme n'eſt pas uniquement
deſtiné à croire & à adorer des
myſteres. Il eſt obligé encore à pratiquer
une multitude de devoirs , dont l'accompliſſement
fait le bonheur de la ſociété
&des individus quí la compoſent. Si
l'homme , ajoute cet Auteur , doit fouvent
s'élancer dans les cieux , n'est-ce pas
pour en imiter le Dieu , autant que pour
baiſſer ſes regards & s'humilier ? C'eſt
une vérité capitale que Dieu eſ९t la pre- t
H3
120 MERCURE DE FRANCE.
ſent , l'homme eſt incliné au mal , &
que ce n'eſt qu'en faiſant les plus grands
efforts , qu'il pratique la vertu avec per.
ſévérance, Il ſuffit de rentrer en foi même ,
&dejeter les yeux fur tout ce qui arrive
dans les différentes ſociétés , pour reconnoître
cette vérité , qui eſt d'ailleurs le
dogme fondamental du Chriſtianiſme,
Les tenebres de l'eſprit humain , & les
paſſions qui nous maîtriſent ſi ſouvent ,
ne permettent pas de croire que la moralité
de nos actions ſoit dans le jugement
que nous en portons nous-mêmes ,
L'adultere ne feroit donc qu'une action
indifférente ou même louable pour un
peuple qui auroit adopté le jugement que
Platon avoit porté ſur la communauté
des femmes . Les plus horribles excès
deviendroient légitimes , dès que des
ſcélérats fanatiques auroient réuffi à ſe
perfuader que ce font pour eux des entrepriſes
juſtes & néceſſaires. Et depuis
quand la regle de nos devoirs eſt - elle
dans les ténebres ou les paſſions des hommes
? Ce Catéchiſme inſiſte ſur pluſieurs
vérités de morale, qui ne ſe concilient
nullement avec ces aſſertions , qui n'ont
pul beſoin d'être refutées .
On ne conçoit pas clairement ce que
:
:
JUILLET I. Vol. 1776. 121
T
c'eſt que cette nature diftinguéede Dieu,
& des mains de laquelle tombent ou
- s'échappent le mal phyſique & moral.
La ſaine philofophie n'entend , par le mot
de nature , que l'ordre qu'il a plu à Dieu
de mettre entre les différentes parties de
cet Univers , ou les loix ſelon leſquelles
il le gouverne, Comme il eſt ſouverai
nement maître de ſuſpendre ou de changer
cet ordre , il le fait auſſi quelquefois
pour exécuter ſes deſſeins de juſtice ou
de miféricorde ; & il eſt vraiment la
cauſe des maux phyſiques qui font dans
ſa main des fléaux pour châtier les méchans
ou pour purifier les bons. C'eſt lui.
qui appelle , quand il lui plaît , la ſtérilité
, la famine , les débordemens , la contagion
, pour punir l'abus que les hommes
ont fait de ſes bienfaits , On contredit
formellement la raiſon & le témoignage
des Ecritures , en ſoutenant que Dieu
n'envoie point les maux phyſiques. Voilà
les vérités qu'un Catéchiſte doit enfeigner
, afin d'inſpirer aux hommes une
crainte religieuſe pour la Divinité , &
leur apprendre à faire un uſage ſalutaire
desdifférens maux dont la vie eſt ſemée.
Nous ne pouſſerons pas plus loin nos
remarques ; rien de ſi aiſé que de per
۱
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
fectionner l'Ouvrage annoncé, Il ſuffit
pour cela de puiſer dans les bonnes fources
, &de confulter ſurtout les Ecrivains
facrés qui exhortent tous les hommes à
vivre dans la tempérance , dans la justice
& dans la piété.
J
Jezennemours , Roman- Dramatique ; 2
vol. in- 12. AAmſterdam ; & ſe trouve
à Paris chez les Libraires qui débitent
les nouveautés,
Jezennemours , né d'un pere qui , par
ſon état , ne pouvoit l'avouer pour fon
fils , fut confié , en naiſſant , à des mains
étrangeres. L'honnête homme qui ſe
chargea de ſon éducation , employa ,
fuivant la routine ordinaire , le fouet de
la crainte pour le façonner à la vie , &
lui faire adopter une foule d'idées baſſes
&rampantes , fruit des préjugés & de
la ſuperſtition. La lecture , l'obſervation ,
&une logique naturelle , aiderent Jezennemours
à fecouer une partie de ces
préjugés . Voilà à peu près l'hiſtoire de
la plupart des hommes; ils paſſent leur
vie à rectifier les erreurs dont l'ignorance
ou la baſſeſſe de leurs Inſtituteurs
anourri leur enfance.
:
JUILLET I. Vol. 1776. 123
>
L'amour ou le beſoin d'aimer , qui fe
fait ſentir à un certain âge , fit , de fon
côté , recouvrer à Jezennemours cette
ſenſibilité ſi naturelle à l'homme , &
dont cependant on avoit cherché à dé
pouiller Jezennemours enfant , par des
châtimens journaliers ,& par les portraits
les plus triftes qu'on lui avoit faits des
autres hommes. Son parrain vouloit , pour
lui procurer une ſubſiſtance aſſurée , lui
faire contracter des voeux dans un Monaſtere
de Strasbourg , où il étoit luimême
revêtu d'un des premiers emplois.
Il lui avoit en conféquence fait prendre
l'habit du Couvent; il cherchoit à lui
eu faire aimer les regles ; il s'appliquoit
furtout à lui peindre les femmes fous
les couleurs les plus propres à l'éloigner
de leur fociété. Mais que peuvent les
fauſſes craintes&tous les préjugés contre
deux beaux yeux ! Suzanne , c'eſt le nom
de la jeune Strasbourgeoiſe qui , la premiere
, fit connoître à Jezennemours
l'aſcendant impérieux de l'amour , n'étoit
pas , de fon côté , dans une ſituation
plus heureuſe que fon Amant. Contrainte
par un pere avare & dur de ſe
ſoumettre au joug d'un hymen qu'elle
déteſtoit , elle n'en étoit que plus portée
124 MERCURE DE FRANCE.
à partager les ſentimens que Jezennemours
, à peu-près de ſon âge , cherchoit
à lui inſpirer. Elle fit même plus que les
partager ; après avoir reçu des ſermensde
fidélité de ſon Amant, elle l'engagea
à fuir avec elle des lieux où des parens
inhumains vouloient porter atteinte à
une liberté auſſi inaliénable , que l'eſt celle
de ſe choiſir un époux . Suzanne avoit
une tante établie en Allemagne , à plus
de quatre-vingt lieues de Strasbourg. Son
projet fut de l'aller trouver , de ſe mettre
avec ſon Amant fous ſa protection , &
de l'intéreſſer à leurs amours, Ce voyage
n'étoit pas fans danger ; on étoit en
guerre ; des huſſards infeſtoient les chemins
, & ils n'étoient pas hommes à ſe
laiſſer toucher parles ſoupirs d'un Amant ,
comme ne l'éprouva que trop l'infortuné
Jezennemours. Aſſailli par cette foldateſque
, il ſe vit dépouillé de ſes effets
&ſéparé de ſa chere Suzanne. Les barbares
, pour mieux inſulter à ſa douleur ,
l'avoient laiſſe attaché tout nudà un arbre.
Jezennemours , le corps ferré ſous des
cordes étroites , immobile dans ce ſupplice
, & prêt à périr de faim , n'étoit
cependant occupé que du fort de fon
Amante. Il attendoit la mort pour terme
JUILLET 1. Vol. 1776. 125
(
de tous ſes maux , lorſqu'un voyageur
aſſis dans ſa chaiſe de poſte , entendant
les ſoupirs plaintifs d'un homme ſouf.
frant , envoya de ſes gens pour le déli
vrer; il le fit couvrir d'un manteau , lui
procura tous les ſecours dont il avoit
beſoin,& le fit placer avec lui dans ſa
chaife. Cet homme humain pouſſa méme
l'attention juſqu'à ne point fatiguer cet
infortuné de queſtions. Le lendemain ,
comme Jezennemours lui témoignoit la
crainte qu'il avoit de reſter plus longtemps
à ſa charge , Monval , c'eſt le nom
de fon bienfaiteur , riche Financier , qui
voyageoit pour ſon plaiſir , lui répondit ,
d'un ton amical , qu'il le retenoit avec
lui pour toujours , & l'emmenoit dans
fon Hôtel à Paris . Jezennemours ne- favoit
ce qui pouvoit l'exciter à tant de
générofité , il étoit muet , toujours foupirant
, & ne fongeoit qu'à Suzanne. Il
prononça ce nom fi fréquemment , que
Monval crut devoir chercher à diſtraire
cet Amant de ſa douleur ; mais Jezennemours
lui répondit qu'il avoit perdu
ce qu'il avoit de plus cher au monde ,
ſon Amante , qu'il alloit épouſer à trente
lieues de -là, qu'il l'adoroit , & que fans
elle la vie lui étoit affreuſe, Monval
3
1
126 MERCURE DE FRANCE.
fourit, en lui diſant qu'il falloit enfin
ſe conſoler , s'il n'yavoit plus d'eſpoir;
que chez lui il trouveroit autant de Suzannes
qu'il en voudroit. Monval montre
ce caractere dans toute la ſuite de cette
hiſtoire; officieux . humain , doux , lis
béral : mais regardant comme des préju
gés les idées les plus faites pour établir
ces mêmes vertus. Jezennemours , au
contraire , nous eft repréſenté agiſſant
toujours d'après des principes; mais on
ne remarque que trop fouvent dans ſes
réflexions . un obſervateur qui ſe plaît
à voir les objets à traverslesteintes d'une
fombre mélancolie. Les Parifiens fur tout
n'auront pas lieu d'être fatisfaits du portrait
qu'il fait d'eux. Il nous les peint
comme une race moutonniere , comme
des hommes dégénérés , amoureux de
petites jouiſſances , adorateurs d'un luxe
puéril, & qui , tournant dans un cercle
de froides habitudes , ont perdu les
grandes idées comme les vrais plaiſirs.
Il ne voit en eux que des eſpéces de
fantômes revêtus de clinquans , ayant un
idiôme conventionnel , qu'ils appliquent
également aux moeurs , aux ſciences , aux
arts , tous apperçus ſous le côté poli , &
dégénérantenpetiteſſe à force de grâces .
JUILLET I Vol. 1776 127
}
L
1
Les autres traits que Jezennemoursajoute
à ce portrait dénotent un homme qui ,
pendant ſon ſéjour à Paris , étoit travaillé
d'une affection hypocondriaque. ,, Le
,, Théâtre François , après lequel je fou-
„ pirois , continue-t-il , & où je courus
,, avidement , me parut ſi inférieur à
l'idée que je m'en étois formée , que
,, j'aimai mieux bientôt livrer la piece
., à mon imagination qu'à l'art de ſes
,, Acteurs. Leur front étoit dur ou inanimé.
Monotones , froids & compaflés
, dans leursmouvemens , on voyoit qu'ils
avoientaffaire à un peuple tiéde, chez
qui les grandes paſſions étoient étein-
„ tes , & qui demandoit aux recherches
combinées de l'art , ce qu'il ne ſavoit
plus reconnoître dans les tableaux naïfs
,, & énergiques de la nature. Je crus
toujours voir la même tragédie ; car
elle ne fort pas , en France , de la
, même forme qui lui fut imprimée
,, dans l'origine. Des tirades de vers , de
foibles & de petits moyens , des pa-
, roles à laplace de l'action , tout an
nonce le champ étroit où les Postes
ont choiſi leurs perſonnages. Ils n'ont
»jamais que fix pieds quarrés pour ſe pro-
, mener & pout agir".
ود
"
128 MERCURE DE FRANCE.
Cette finguliere diatribe contre lè
Théâtre François , fuffit pour faire con
noître à quelle plume on doit le Roman
dramatique de Jezennemours . La ſcene de
ce Roman eſt ſucceſſivement à Stras
bourg , en Allemagne , à Paris , dans les Ifles
de l'Amérique. Le Héros , après avoir
éprouvé différentes ſituations ,plus triſtes
ou plus pathétiques les unes que les autres
, trouve enfin le bonheur dans les bras
de ſa chere Suzanne , qui devient ſon
épouſe. Le Romancier termine là fon Roman
; car il faut finir , de peur d'ennuyer
plus long temps. C'eſt le titre que porte le
dernier chapitre de ce Roman , qui en
a 73. Chacun de ces chapitres a une
inſcription dont on ne devine pas toujours
le vrai fens ; mais ceci eſt peut- être
un art pour rendre la lecture du chapitre
plus piquante. Au reſte ce Roman porte
l'empreinte des autres Ouvrages de l'Auteur,
& peut très-bien figurer à la ſuite
de ſes Drames tragiques.
Selectæ Fabulæ ex libris Metamorpheſeon
Ovidii Nafonis , capitibus & notis
gallicis enucleatæ quibus accefferunt exi-
***mia quædam ex Virgilii Georgicis loca.
Ad ufum Scholarum inferiorum , editio
altera ,
1
JUILLET İ. Vol. 1776. 129
altera, recognita , & locupletior priores
Volume in- 12. de 180 pages. Prix rel .
en parchemin 11. 5 f. A Paris , chez
Colas , Libr. Place de Sorbonne.
On connoît aſſez l'utilité de ces fortes
de collections, pour faciliter à la jeuneſſe
l'étude de lalangue latine. Nous en avons
pluſieurs en proſe , qui font d'un bon
choix. Les Inſtituteurs deſiroient d'en
avoir une en vers ; & l'accueil qu'ils ont
fait àla premiere édition de la collection
que nous annonçons , prouve aſſez que
l'Editeur a rempli leurs voeux à cet égard.
En effet Ovide , quoique du domaine
des hautes claſſes, contient des morceaux
qui peuvent être à la portée des baſſes
claſſes , fur - tout lorſqu'ils ſe trouvent
éclaircis , comme dans ce recueil de fables
, par quelques notes utiles. QuelPoëte
d'ailleurs plus capable de plaire à la jeuneſſe
qu'Ovide ? Tout parle aux ſensdans
ſes Ouvrages . C'eſt le Poëte de l'imagination.
Les ſujets les plus ſtériles deviennent
riches ,gracieux& fleuris entre
ſes mains, Le volume que nous annon
çons préſente les morceaux qui peuvent
le plus réveiller l'attention des jeunes
gens; mais le ſage Editeur a eu le plus
}
2
I
130 MERCURE DE FRANCE.
grand foin d'en écarter les peintures des
amours des Dieux & des hommes , &
tous ces tableaux de paſſions , d'autant
plus dangereux , qu'Ovide y emploie un
pinceau tendre & touchant.
Des morceaux détachés des Bucoliques
& des Géorgiques de Virgile , ajoutent
à l'utilité de ce Recueil , dont la nouvelle
édition eſt beaucoup plus ample
que la premiere.
:
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe juſtifiée
ſur l'usage de l'eau bénite , Ouvrage
hiſtorique , polémique & moral.
Par le R. P. Collin , Docteur en
Théologie , Chanoine régulier de l'étroite
obſervance de Prémontré. A
Paris , chez Demonville , Impr. Libr.
rue St. Séverin.
La cérémonie de l'eau bénite a été
attaquée par les différens Hérétiques :
c'étoit , felon les Vaudois , une choſe
tout-à-fait digne de riſée ; felon les Flagellans
, chaque goutte de cette eau étoit
une étincelle de l'enfer. L'usage de cette
eau étoit , felon les Wicléfites , une pratique
de necromantie. Les Centuriateurs
deMagdebourg l'ont traitée de rit entié
JUILLET I. Vol. 1776. 131
rement payen. Brentius , Luthérien , &
chef des Ubiquitaires , a prétendu que
c'étoit une ombre qui avoit dû diſparoître
au flambeau de l'Evangile. D'autres
l'ont tournée en ridicule. Mais cette eau
n'en eſt pas moins , pour les Chrétiens
- Catholiques , un élément ſanctifié , une
eau falutaire pour l'ame & pour le corps,
une eau de bénédiction qui , préparée
par les exorcifmes , & fanctifiée par les
bénédictions de l'Egliſe , devient ellemême
une ſource de bénédictions , & a
produit, comme l'Auteur le montre par
pluſieurs faits bien atteſtés , une foule de
miracles, qui forment autant de réponſes
victorieuſes aux Hérétiques & aux Moqueurs.
Un miracle bien prouvé renverſe
tous les fophifmes , & fupplée à tous les
raiſonnemens que le ſimple Fidele n'eſt
pas ſouvent en état de faire. Aufſi l'Auteur
ne manque point d'en faire uſage
dans ſon Traité , où tout ce qui a rapport
à cette vénérable cérémonie eſt diſcuté
àfond.
Traité de l'Ufure, ſervant de réponſe à
une lettre fur ce ſujet , publiée en
1770 , fous le nom de M. Proft de
Royer , Procureur- Général de la Ville
12
132 MERCURE DE FRANCE.
de Lyon ; & au Traité anonyme ſur
le même ſujet , imprimé à Cologne
en 1769. Par M. Etienne Souchet,
Avocat au Parlement & au Siége Préfidial
d'Angoumois. A Paris , chez
Baſtien , Libr. rue du Petit- Lion , F.
StG.
Le termed'uſure eſt interprété de tant
de manieres , il eſt accompagné de circonftances
fi différentes , qu'on l'emploie
auſſi ſouvent pour déshonorer des Citoyens
, que pour exprimer des intérêts
ufuraires qu'on croit très-licites. Rien
n'eſt donc plus important que de donner
des notions claires ſur une matiere que
les difputes n'ont pas toujours aſſez éclaircie.
Le deſir du gain fait ſouvent adopter
de faux principes , qui égarent les con
ſciences de ceux-mêmes dontles vues ſont
droites. D'un autre côté , une ſévérité
outrée traite d'uſure tout intérêt qu'exi
ge un Citoyen qui prête ſon argent , &
ne fait nulle attention aux motifs & aux
circonſtances qui engagent le prêteur à
recevoir cet intérêt. L'Auteur de cet
Ouvrage , qui marche entre ces deux
écueils , explique d'abord ce que c'eſt
que l'uſure ; prouve enſuite qu'elle eſt
JUILLET I. Vol. 1776. 133
ام
イ
condamnée par le droit naturel, & par
les loix divines & humaines ; & prétend
démontrer que l'état des choſes ou les
événemens , ne peuvent l'autorifer , &
qu'il eſt de l'intérêt publicde la proſcrire
& de déraciner les maux qu'elle produit.
Il termine ſon Ouvrage en vengeant la
mémoire de Benoît XIV , à qui on avoit
attribué , ſur cette matiere , une opinion
oppoſée aux préceptes de Jéſus - Chriſt
& à la doctrine de l'Eglife. Il faut laiſſer
aux habiles Jurifconfultes & aux profonds
Théologiens , le ſoin de diſcuter des
queſtions qui intéreſſent autant la Religion
que l'Etat ; & l'on doit , en attendant
l'éclairciſſement que les nouvelles
objections ſemblent exiger , conſerver le
reſpect le plus religieux pour les loix
divines & les loix civiles auxquelles
tout bon François eſt ſoumis.
Diſcours fur l'Etude , pour un Pasteur des
ames; par M. l'Abbé Roy , Docteur
en l'Univerſité de Bourges. A Paris ,
chez Gogué & Née de la Rochelle ,
Libraires , quai des Auguſtins , près
le Pont St. Michel .
Les Scribes & les Prêtres de la Loi,
1
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
perfuadés que la connoiſſance de ſes préceptes
& de ſes ordonnances étoit inféparable
du facerdoce , affectoient de porter
attachés à leurs vêtemens , & étaloient
avec oftentation leurs philacteres ,
qui n'étoient que des rouleaux amples
de la loi , dont ils bordoient le bas de
leurs robes . C'étoit , à la vérité , comme
l'obſerve le Prélat le plus éloquent de
l'Egliſe Gallicane , une affectation phariſaïque
& ridicule. Mais ils nous apprenoient
du moins qu'un Prêtre ne doit
jamais marcher & paroître nulle part
fans porter avec lui la loi , non pas atta
chée à ſes vêtemens , mais gravée profondément
dans ſon eſprit & dans fon
coeur. Dans le Paganiſme même , les
Prêtres des Idoles n'avoient point d'autre
occupation qu'une étude affidue des
fables & des extravagances de leur
Mythologie ; ils vivoient retirés dans
l'obscurité de leurs Temples , pour
répondre aux Peuples abuſés qui venoient
les confulter ſur leurs myſteres
impurs & infenfés. Si les Miniftres
de l'erreur ſe faifoient un devoir
de s'inſtruire , combien plus les Interpretes
d'une doctrine ſainte & divine
doivent- ils la méditer & l'approfondir ,
JUILLET I. Vol. 1776. 135
afin de pouvoir l'enſeigner avec ſuccès
à ceux qu'ils font chargés de conduire
dans les voies de la juſtice? Si chacun
doit s'appliquer à acquérir la ſcience de
ſon état , pour qui cette obligation eftelle
plus indiſpenſable , ſi ce n'eſt pour
un Paſteur des ames ? Il est la lumiere du
monde. Ses éleves doivent donc être les
dépoſitaires de la ſcience. Mais de quelle
ſcience , & comment ſe la procurer?
De - là , trois queſtions intéreſſantes, que
l'Auteur du Diſcours traite d'une maniere
folide & claire. 1. Juſqu'où s'étend
l'obligation de l'étude pour un Paſteur
des ames ? 2. Quels en font les objets ?
3. Quelle eſt la meilleure maniere d'y
réuffir ? Sujet important, dans un ſiecle
où le goût de l'étude ſemble par- tout
s'être réfroidi. ,, Il n'y a plus d'études
,, que par extraits , dit ſi bien le célebre
,, Ganganelli. Pourvu qu'on ait l'épider-
,, me des ſciences , on ſe croit un grand
ود Docteur. Je ne fais pas où cela nous
,, menera ; mais je crains bien que nous
„ ne retombions inſenſiblement dans l'i-
,, gnorance du dixieme fiécle".
L'Ami philoſophe & politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'eſſence , les eſpéces ,
14
136 MERCURE DE FRANCE,
les principes , les ſignes caractériſtiques
, les avantages & les devoirs de
l'amitié : l'art d'acquérir , de confer
ver , de regagner le coeur des hommes.
A Paris , chez Dumoulin , Libr. au
bas du Pont St. Michel.
Rien de ſi eſſentiel pour l'homme
deſtiné à vivre en fociété , que de bien
connoître ce que l'on appelle amitié , &
de tirer de cette liaiſon ſi douce, tous
les avantages qui peuvent en réſulter.
ود
גנ
ود
ود
ود
Il n'eſt pas bon que l'homme ſoit feul,
dit le plus éloquent de tous les Moraliſtes;
les ames humaines veulent être
,, accouplées, pour valoir tout leur prix ;
& la force unit des amis , comme
celle des lames d'un aimant artificiel
22 eſt incomparablement plus grande que
la ſomme de leurs forces particulieres.
Divine amitié ! c'eſt là ton triomphe...
Rien n'a tant de poids , dit-il dans un
,, autre endroit , ſur le coeur humain,
,, que la voix de l'amitié bien reconnue ;
,, caron fait qu'elle ne nous parle jamais
,, que pour notre intérêt. On peut croi-
"
१७
"
ود
re qu'un ami ſe trompe , mais non qu'il
veuille nous tromper. Quelquefois on
,, réſiſte à ſes conſeils , mais on ne les
» mépriſe pas.
JUILLET I. Vol. 1776. 137
,,L'attachement peutſe paſſerde retour?
,,jamais l'amitié. Elle eſt un échange ,
,, un contrat comme les autres; mais elle
ود
eſt le plus faint de tous. Le mot d'ami
,,n'a point d'autre correlatif que luimême.
Tout hommequi n'eſt pas l'ami
,, de fon ami , eſt trés-fûrement un four-
„be; car ce n'eſt qu'en rendant ou fei-
,,gnant de rendre l'amitié , qu'on peut
,,l'obtenir " .
L'Auteur de ce nouveau traité de
l'amitié a eu raiſon de croire qu'on pouvoit
encore en parler après les Séneque,
les Plutarque , les Cicéron , les Sacy. On
trouvera dans ſon Ouvragedes réflexions
qui ont échappé aux autres Moraliſtes
&fur-tout une ſaine métaphyſique , fi
précieuſe dans le ſiecle où nous vivons,
Il ne ſe borne pas à découvrir juſqu'aux
nuances les plus légeres de cette belle
paſſion , qui unit les hommes entre eux ,
&qui fait le bonheur de leur vie. Il
remonte juſqu'à l'origine des premiers
mouvemens de l'ame , & diſtingue
l'amour- propre bien entendu , qui eſt
naturel & eſſentiel à l'homme , de celui
qui eſt eſſentiellement vicieux , parce
qu'il ramene tout à ſoi , & qu'il ne conſulte
en rien la loi primordiale , qui
15
138 MERCURE DE FRANCE,
/
nous conduit à l'Etre-Suprême , la fin
de tout , comme il en eſt le principe ,
&qui nous preſcrit de regarder tous les
hommes comme nos freres , à qui on ne
doit jamais ceſſer de ſouhaiter& de faire
du bien. Dieu ne favoriſe- t-il pas notre
„ amour propre , dit cet Auteur , quand
„ il nous ordonne d'aimer notre prochain
„ comme nous - mêmes ? Ce qui eſt la
„ regle de notre charité pour nos freres ,
„ peut- il être déréglé ? Dieu engagenotre
„ amour propre àla pratiquedubien pardes
» promeſſes &des menaces. Il veut done
„nous faire entendre que la meilleure
„ façon de nous aimer nous-mêmes eft
de faire ſes volontés. N'oppoſons pas
l'amour de noouuss-- 1mêmes bien réglé, à
l'amour deDieu. Aimer Dieu ,c'eſts'ai-
„ mer foi-même comme il faut;& s'aimer
foi-même comme il faut , c'eſt aimer
Dieu . L'amour de Dieu eſt le bon ſens
de l'amour de nous-mêmes...Je pourſuis
par-tout l'interêt de l'amour-propre ,
& je le trouve toujours innocent ,
quand il eſt bien entendu. Je vois des
hommes qui font métier de penſer ,
„ de donner des leçons de ſageſſe , de
„ faire la guerre aux préjugés , mettre
„ leurs noms à la tête de leurs ecrits : Je
"
"
"
JUILLET I. Vol. 1776. 139
vois des Artiſans habiles graver les
,, leurs fur ceux de leurs ouvrages qu'ils
,, jugent les meilleurs . Le Laboureur ,
„ ſous le chaume , pleure ſon fils unique,
,, qui n'eût hérité de lui que fa miſere,
,,mais qui eût fait revivre ſon nom. Le
,, Navigateur hardi ſe conſole de ſes tra
,, vaux pénibles & des dangers affreux
,, auxquels il s'expoſe , en laiſſant fon
ودnomàquelques îles inconnues avantlui.
,, Je lis dans les cieux les noms de ceux qui
,, ſe ſont appliqués à découvrir & à faire
,, connoître les aſtres. Enfin , juſques
ود
و د
dans les bras deſtructeurs de la mort ,
,, je trouve des noms , conſervés en dépit
,, de ſa rigueur , fur la pierre & ſur l'ai-
,, rain. Que veut dire ce penchant géné-
ود
ral des hommes à ſe tirer de l'oubli ?
„Pour moi , je crois que c'eſt une image
,,& un gage naturel de l'immortalité que
,,Dieu nous promet , & que c'eſt pour
„nous garantir en quelque façon fa pa-
,, role, qu'il a inſpiré ce defir à toute la
,, nature penſante."
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, avoue qu'il n'a pas ſuivi avec
exactitude la génération la plus immédiate
des idées , & qu'il s'eſt contenté
quelquefois de nuancer légérement les
140 MERCURE DE FRANCE.
tranſitions. Ila voulu omettre les penſées
triviales & infipides , qui forment ordi.
nairement la liaiſon des paragraphes ; il a
mieux aimé faire des découvertes nouvelles
que de préſenter les anciennes , &
dérober à la philoſophie & à la politique ,
tout ce que ces ſciences ont de plus analogue
à la matiere qu'il traite. Si fa marche
n'eſt pas toujours également réglée
&fuivie dans ces fortes d'excursions , il
en réſulte au moinsdes réflexions neuves
&une variété qui plaît toujours au Lecteur.
CetOuvrage facilite l'étude de ſoimême
, & apprend en même temps à
difcerner & apprécier les qualités des
autres . L'ami éclairé & vrai ne ſuit jamais
l'inſtinct ſeul ; il n'engage jamais
fon coeur témérairement ; il porte devant
lui le flambeau de l'expérience & de la
philoſophie ; il s'arrête , il difcute , il
examine, Il met à profit toutes les connoiſſances
qu'il a priſes dans l'étude de
l'homme , avant que de ſe livrer aux
doux ſentimens de l'amitié ; enfin il
veut connoître avant que d'aimer , de
peur d'être dupe & de faire de fauſſes
démarches .
Si le coeur, fait un choix , la raiſon l'examine ;
JUILLET I. Vol. 1776. 141 1
C'eſt elle qui le fixe & qui le détermine
Et le penchant du coeur, conduit par la raiſon
Eſt ce qui des amis forme la liaiſon.
}
C'eſt ainſi que l'Abbé de Villiers s'exprime
fur la prudence qui doit diriger
P'amitié. Si la morale de ce Poëte eſt
bonne , ſa poëſie ne reſſemble en rien à
celle de l'Ecrivain qui a le mieux fu
embellir la morale & même la métaphy
fique.
11.
Pour les coeurs corrompus , l'amitié n'eſt point
faite.
O divine amitié ! Félicité parfaite !
1
Seul mouvement de l'ame où l'excès ſoit permis ,
Change en bien tous les maux où le ciel m'a fou
mis
Compagne de mes pas dans toutes més demeures ;
Dans toutes les ſaiſons & dans toutes les heures.
ton
{
Sans toi tout homme eſt ſeul; il peut , par
;
Pappui ,
Multiplier ſon être & vivre dans autrdi.
7
Défense de la doctine de l'Eglise fur le
Jubilé , ou Entretien d'Eudoxe &
d'Erigene ſur les Indulgences. Par M.
Maſſuau , ancien Maire d'Orléans.
Nouvelle édition. A Orléans , chez
$42 MERCURE DE FRANCE.
Couret de Villeneuve , Imprimeur du
Roi.
Cet Ouvrage eſt uneréponſe faite aux
Auteurs de deux pieces intitulées : 1º.
Lettre d'un Curé de campagne à un deses
Confreres , fur le Jubilé; 2°. Lettre d'un
Curé , pour répondre à la Lettre de fon
Confrere fur le Jubilé. Ces deux écrits
réduiſoient preſqu'à rien la valeur des
Indulgences , depuis la ceſſation des pénitences
canoniques. Ils font réfutés d'une
maniere ſimple & victorieuſe dans la
brochure. L'Auteur éclaircit la matiere
des Indulgences , en combattant ſes Adverſaires
avec la modération qui convient
à la vérité. On eſt ſupris de voir qu'un
Laïque qui a paſſé laplus grande partie de
ſa vie dans l'exercice des charges publiques
, emploie , avec autant de ſuccès ,
les armes de la théologie. 4
Cette doctrine conſolante , que des
Novateurs ont cherché à obſcurcir , un
Prélat reſpectable vient de l'établir
dans ſonMandement ſur le Jubilé , d'une
maniere lumineuſe & éloquente. Après
avoir rappellé tout ce qui peut donner
* Monseigneur P'Evique de Leſcar.
JUILLET I. Vol. 1776. 143
J
de juſtes idées ſur la nature , l'origine ,
les effets de l'indulgence , qui n'eſt
qu'une ſuite & l'exercice du pouvoir
qu'à l'Egliſe de remettre & de retenir
les péchés ; il exhorte ſes ouailles à puiſer
dans ce tréſor de grâces & de commifération
, & à remplir , pour cet effet , les
conditions préalables , qui peuvent ſeules
leur en faire recueillir le fruit. , Ne
,, nous flattons pas , dit- il , M. T. C. F.
,, que pour remporter le prix , ce ſoit
,,affez d'entrer dans la carriere ; qu'il
,, ſuffiſede s'être accuſé pour être abſous
„ d'être abſous pour être juſtifié , &
,, d'avoir accompli quelques oeuvres pres-
,,crites pour n'avoir plus rien à expier.
,,L'indulgence eſt une grâce qui ne
,, s'accorde qu'au pécheur converti , &
,, qui le ſuppoſe déjà dans le chemin de
,,, la juſtice; mais l'homme juſte ne s'en-
,, fante point ſans douleur ; la pénitence
,, ne ſera jamais qu'un baptême labo-
| , fieux....
rieux...... L'eſſentiel de cette vertu ,
,, le difficile de fon grand ouvrage , c'eſt
,, que le pécheur ſoit converti ; l'eſſentiel
,,de ſes oeuvres , c'eſt que le pécheur
,, ſoit puni & que Dieu ſoit vengé.
,, L'Egliſe regrette ſans doute ces heu-
,, reux temps où le coupable , ſe dénon-
!
t
144 MERCURE DE FRANCE
„ çant lui-même , s'avançoit au devant
,,du châtiment , & follicitoit la péni
,,tence comme les pécheurs d'aujours
,,d'hui la rejettent. Mais en les regret-
;, tant , ces temps heureux , elle les rap.
pelle; elle entend qu'à ces peines
;, légeres , dont ſa clémence veut ſe con-
3, tenter, vous en ajoutiez de votre choix ,
;, qui ſuppléent à ce qui leur manque ;
que vous entriez dans une ſainte indi-
,, gnation contre le péché , pour le punir
,,autant qu'il le mérite ; & que plus elle
,, ménage votre foibleſſe , moins vous
3,abuſiez de ſa condeſcendance... Mais
,malheur à vous- mêmes , ſi , par un juſte
,jugement de Dieu , vous trouvez le
,, prévaricateur que vous cherchez , un
,,de ces hommes imbus d'une fauſſe ſa-
,geſſe , animés d'un faux zele , parés
5,d'un vain dehors de vertu , qui poſſfé-
,,dant l'art funeſte d'applanir les fauſſes
y, routes , d'élargir les confciences , de
5, calmer les remords , vous juſtifiera ſans
,, vous connoître , preſque ſans vous entendre
, & qui , de votre juge devenu
وو votre complice, marchera à vos côtés
dans lechemin qui conduit à l'abyſme ,
;,& s'y précipitera avec vous... Miniſtres
de la pénitence, qui veillez aux bar-
,, rieres
JUILLET I. Vol. 1776. 145
,rieres du ſanctuaire , écartez ces profanes
qui voudroient les franchir ;
,, qu'ils frappent à la porte , mais
,, qu'ils ne la briſent pas ; qu'ils ſe préfentent
à l'entrée du Temple , mais
»qu'ils n'avancent pas ; qu'ils deman-
,,dent avec humilité , qu'ils attendent
,, avec patience , qu'ils follicitent par
,, leurs oeuvres la grâce dont le dépôt eft
- , remis entre vos mains.
A
,, Si le ciel, dans ſa miféricorde , vous
-s, adreſſe un pécheur touché des premiers
,, traits de la grâce , & qui , plus foible
, que méchant, combat & cede , ſe releve
& retombe , vaincu par la force
de l'habitude du penchant; tendez lui
,, une main fecourable , foutenez ſes pre-
,, miers pas , mêlez la force & la doua
,, ceur , en lui appliquant la rigueur de
رو votre miniftere ,, qu'il fente vos entrailles
s'émouvoir."
Après avoir rappellé les paroles de la
Lettre Encyclique , où le Pape Pie VI
décrit de la maniere la plus forte & la .
- plus touchante , les maux de l'Eglife , le
Prélat ajoute ces paroles: ,, Nous ne craignons
pas , M.T. C. F. , que les efforts
de l'Enfer prévalent jamais contre
,, l'Eglife , & rendent vaines les pro-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
,, meſſes de ſon auteur ; nous craignons
„que le flambeau de la foi ne change
ود deplace, que le Royaume de Dieu ,
,,établi parmi vous , ne vous ſoit ôté,
,,&ne paſſe à d'autres Peuples , qui en
,, connoîtront mieux le prix."
Cette vérité effrayante a toujours été
préſentée aux Fideles , fur tout dans les
criſes propres à réveiller le zele des Pafteurs.
M. de Fénélon , dans ſon fermon
prêché le jour des Rois, s'exprime ainſi:
,,Que font- elles devenues ces fameuſes
„Eglifes d'Alexandrie , d'Antioche , de
„ Jérusalem , de Conſtantinople , qui en
„ avoient d'innombrables ſous elles ?
,,Que reſte-t- il ſur les côtes de l'Afri-
,, que ? L'Angleterre rompant le lien
وو ſacré de l'unité... Une partie des Pays-
Bas , P'Allemagne , le Danemarck ,
ود
ود
la Suede, font autant de rameaux que
,, le glaive vengeur a retranchés , & qui
,, ne tiennent plus à l'ancienne tige.
„ L'Eglife , il est vrai, répare ſes pertes ;
.,, de nouveaux enfans qui lui naiſſent au-
„delà des merss, effuient ſes larmes
,, pour ceux qu'elle a perdus. Mais
,,l'Egliſe a des promeſſes d'éternité ; &
nous , qu'avons nous , M. F. , finon des
,,menaces qui nous montrent à chaque
4 JUILLET I. Vol. 1776. 147 1
pas l'abyſme ouvert ſous nos pieds?
Le fleuve de la grâce ne tarit point , il
وو est vrai ; mais fouvent , pour arrofer
„de nouvelles terres , il détourne ſon
;;cours , &ne laiſſe dans l'ancien canal
,, que des ſables arides. La foi ne s'étein-
,,dra point , je l'avoue : mais elle n'eſt
attachée à aucun des lieux qu'elle
éclaire. "
M. l'Archevêque de Lyon ne s'eſt pas
borné à nous mettre ſous les yeux ces
menaces terribles , renfermées dans les
Livres Saints . Il nous y fait auſſi enviſager
les promeſſes confolantes faites à
l'Egliſe pour les derniers temps. Il nous
- annonce dans ſa derniere Inſtruction Paftorale
, dont on multiplie de toutes parts
des éditions , l'heureuſe époque du retour
d'Iſraël , qui doit ,, être celle d'un grand
,, renouvellement dans l'Eglife ;& , pour
nous servir des expreſſions - mêmes de
„Saint Paul, d'une heureuse résurrection .
Nous devons auffi attendre ce moment
, dit ce Prélat , avec une ferme
espérance ,& le hater par nos gémiſſe-
3, mens & nos prieres..... Car , fuivant
la doctrine de Saint Paul (*) , quoique
les Juifs soient maintenant ennemis
(*) Instruction Pastorale ; 24 Décembre 1762.
"
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
,, par rapport à l'Evangile qu'ils ont re-
,,jetté,& àcauſe de nous autresGentils,
,,qui avons été ſubſtitués à leur place ,
"
ils n'en récueilleront pas moins un
,,jour les effets les plus abondans de la
„grâce. Lorsque le bandeau , qu'ils ont
,, à préſent ſur les yeux , ſera ôté ; lorf-
,, que déplorant le crime de leur incré-
,, dulité , & touchés d'une vive componction
, ils tourneront leurs regards
,, fur celui qu'ils ont percé ; lorſque ,
,, felon l'expreffion de l'Apôtre , ils ſe-
,, ront entés fur la tige d'olivier - franc
ود
ود
ود
ود
des Patriarches, dont ils font les bran-
,,ches naturelles ; lorſqu'enfin , comme
le petit nombre d'entre eux que Diea
s'eſt réſervé à la naiſſance du Chriſtianiſme
a été la richeſſe du monde ,
,, le corps entier de la Nation , éclairé ,
,, converti & fauvé par une foi vive ,
„deviendra la reſſource & le renouvellement
du monde entier."
"
Oeuvres complettes d'Alexis Piron , publiées
par M. Rigoley de Juvigny ,
Conſeiller Honoraire au Parlement de
Metz , de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de Dijon ; 7 volumes
in - 80. A Paris , de l'Imprimerie de
Michel Lambert , rue de la Harpe
1
JUILLET I. Vol. 1776. 149
près St Côme. Avec approb. & privil.
du Roi.
On a donnédans cette collection toutes
les Pieces que M. Piron a fait jouer fur
le Théâtre François , & dans le même
ordre qu'il les publia , avec de nouvelles
Préfaces , en 1758. On y a ajouté une
Paſtorale lyrique en un acte , intitulée la
Fauſſe Alarme , & la Comédie de l'Amant
mystérieux.
M. Piron travailla d'abord pour les
Théâtres de la Foire , & furtout pour
celui de l'Opéra Comique , ſpectacle qui
avoit alors la plus grande vogue , par la
gaieté & la malignité du vaudeville , qui
en étoit l'ame. Les Opéra comiques de ce
Poëte n'avoient point encore été imprimés
, & c'eſt pour la premiere fois qu'ils
= voient le jour; quoiqu'ils ne ſoient pas
tous également bons & de la même
force , l'Editeur a cru n'en devoir rejeter
aucun,parce que ces productions ne font
pas , dit - il , aſſez ſérieuſes pour influer
ſur la réputation de l'Auteur , qui ne les
apas regardées lui-même comme des titres
propres à l'établir.
Les Contes ne ſont pas la partie la
moins intéreſſante de ce recueil. M.
1
150 MERCURE DE FRANCE.
Piron , ajoute fon Editeur , aexcellé dans
ce genre , où il eſt le ſeul qui approche
de la Fontaine , ſans être ſon imitateur.
Samaniere de raconter eſt à lui ; il n'a
pas les heureuſes négligences de fon inimitable
Prédéceſſeur; mais il en a toutes
les grâces& toute la naïveté.
Ce qu'on a dit des Contes de M.
Piron doit s'appliquer , continue l'Editeur
, à fes Epigrammes . ,,Je les ai toutes
,, raſſemblées avec ſoin ; j'aurois voulu
pouvoir fupprimer entiérement celles
, qui font dirigées contre quelques Au
,,teurs eſtimes; mais outre qu'elles font
trop connues, & que l'on m'auroit
reproché mon infidélité ; une raifon
,,plus forte m'a déterminé à les inférer
ور toutes dans cette édition, Je n'ai pas
,,voulu enhardir la haine, la vengeance
3, ou l'audace de quelques Ecrivains obf-
,, curs , leſquels ſe ſeroient joués de la
„crédulité du Public , en lançant leurs
,,traits à l'abri du nomdePiron ". ود
Quant aux Poësies fugitives de M. Piron',
quoiqu'elles foient en grand nom
bre, il y en a très-peu de connues. La
légéreté , l'aiſance , l'harmonie , les grâces
les caractériſent preſque toutes. Il eſt ,
ditM. R. de J. , agréable dans ſes Epitres ,
JUILLET I. Vol. 1776. 151
い
fublime dans ſes Odes , plein de force
&de choſes dans ſes Poëmes divers. Il
aparcouru tons les genres , & juſques
dans ſes Chanfons , tout eſt marqué au
au coin du génie.
La Traduction des fept Pleaumes de la
Pénitence , termine Jes Poëſies de M.
Piron; elle ne ſe reſſent point de l'âge
avancédans lequel il l'a compoſée. Elle
eft encore animée , ſuivant l'Editeur ,
par ce feu poëtique qu'il a conſervé,
pour ainſi dire , juſqu'au dernier moment
de ſa vie.
Enfin , on a ajouté à cette collection
quelques Productions en profe de M. Piron,
dont pluſieurs font déjà connues ,
& ont été bien reçues du Public.
Indépendamment des Ouvrages que
nous venons de citerde M. Piron,l'Edi
teur a ajouté , dans ce recueil , un difcours
préliminaire , dans lequel il rend
compte de ſon travail & de ſes motifs;
avec la vie d'Alexis Pirón , & quelques
notes critiques , hiſtoriques & littéraires.
La partie typographique de cette édition
eſt bien exécutée , ſur de beau papier
, & fait honneur aux preſſes de M.
Lambert. Nous eſpérons pouvoir revenir
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
ſur cette collection très-remarquable &
très-variée.
Shakespeare , traduit de l'Anglois , dédié
au Roi. Tome I. & II in ४०. ParMM,
le Comte de Catuelan , le Tourneur
& Fontaine Malherbe. Ceux qui n'ont
pas ſouſcrit , peuvent fe procurer cet
Ouvrage chez la veuve Ducheſne , les
Jay & Cloufier , Libraires, rue Saint
Jacques ; Mufier , rue du Foin ; Nyon ,
rue St. Jean-de-Beauvais; Lacombe ,
rue Chriſtine ; & Rault , rue de la
Harpe,
On annonce auffi une ſouſcription de
cent-quatre-vingt-une gravures , par les
meilleurs Artiſtes (MM. le Bas , Aliamet,
Saint-Aubin , le Mire , Prevoſt ,
Choffard , de Launay , &c. fur les deſſins
de M. Moreau) pour orner chaque acte
des-trente fix Pieces de Shakeſpéare. On
payera en ſouſcrivant , pour la premiere
livraiſon de ſeize planches , 12 livres ;
pour la feconde livraiſon 15 liv. &c.
La ſouſcription ſera ouverte juſqu'à la
fin d'Août de cette année , chez M. le
Tourneur , rue Notre Dame des Victoires;
& chez les Libraires ci-deſſus,
JUILLET I. Vol. 1776. 153
Ces deux premiers volumes contien.
nent Othello , ou le More de Venise ,
Tragédie ; la Tempête , Tragédie dans
le genre de Féerie ; & la Mort de Fules-
César.
Shakespeare eſt un génie libre , qui
n'a jamais voulu s'aſſervir ni aux modeles
des Anciens , ni aux loix du Théâtre ; il
a étudié la Nature,& l'a imitée avec une
franchiſe heureuſe & fouvent impoſante.
Il a connu le coeur humain ,& en a fondé
toute la profondeur. Ce Poëte eſt d'antant
plus étonnant , qu'il a créé fon art ;
&que fans guide , ſans ſecours , il s'eſt
frayé une route nouvelle , dans laquelle
il a marché à pas de Géant. On ſent
combien il étoit difficile de faire connoître
& de ſaiſir dans une traduction ,
la beauté ſauvage & fiere d'un tel homme.
Nous offrons , diſent les Traduc
teurs , Shakeſpéare lui-même , avec ſes
imperfections , mais dans ſa grandeur
naturelle ; juſqu'ici on ne l'avoit montré
que dans une forte de traveſtiſſement
ridicule , qui défiguroit ſes belles pro
portions.
Il eſt fans doute difficile d'analyſer
Shakespeare; il faut lire ſes Ouvrages
pour s'en faire une idée. Louer ce Poëte
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
par des citations iſolées , ce feroit , comme
on le remarque dans le diſcours préliminaire,
imiter le Pédant d'Hiéroclès ,
qui ayant une maiſon à vendre , en por
toit ſous ſon manteau une pierre , qu'il
préſentoit comme l'échantillon de ſa
maifon. Cependant nous ne devons pas
nous contenter de certe ſimple annonce ,
&nous nous proposons de revenir fur
cet Ouvrage , & de le faire connoître
dans un extrait plus développé.
LaScience & l'art de l'équitation démontrés
d'après la nature , ou Theorie & pratique
de l'équitation , fondées ſur l'anatomie
, la méchanique , la géométrie,
& la phyſique. Par M. Dupaty de
Clam , ancien Mouſquetaire , de l'Académie
des Sciences , Belles-Lettres &
Arts de Bordeaux.
Solersia crevia
Artibus & fecêre gradum melioribus artis.
Savary.Hippodromi leges.
In-4°. avec fig. prix br. en carton , 18
liv. pet. pap. & 36 liv. en gr. pap. A
Paris , de l'Imprimerie de Fr. Ambr.
Didot, rue Pavée St. André.
1
JUILLET I. Vol. 1776. 159
Ce Traité de l'art de l'équitation eft
le plus approfondi , le mieux raiſonné ,
celui qui eſt fondé ſur les principés les
plus certains , ſur les loix mêmes preſcrites
par la nature. M. Dupatya fait concourir
les connoiſſances qu'il a des ſciences , à
la démonſtration en quelque forte de ſa
méthode.
Tant que la pratique manuelle , dit
M. D. , a été le ſeul talent de l'Ecuyer ,
parce que l'ignorance étoit générale , on
pouvoit lui pardonner ſon peu d'érudi
tion; mais depuis que les arts perfectionnés
ont porté la lumiere par - tout ,
depuis que l'on a commencé à raiſonner
fur tout, pourquoi n'exigeroit-on pas des
hommes de cheval qu'ils foient inſtruits
de ce qui peut accélérer leurs progrès ?
Il eſt malheureux pour les Eleves , qui
defirentd'opérer avec jugement ,&d'être
dirigés d'après des principes réfléchis ,
qu'aucun livre ne leur facilite les pre
miers pas , pour les conduire à voir la
nature en Ecuyers ; car la parfaite connoiſſance
de l'anatomie de l'homme &
du cheval , l'étude des loix , du mouve
ment , de la phyſique , &c. font d'un
foible fecours , fi on ne les accompagne
des obſervations relatives à l'art dont il
356 MERCURE DE FRANCE.
s'agit. Unepratique ancienne & réfléchie
a dû fixer les points de vue qui conviennent
à l'équitation , & l'homme inſtruit
a dû ſe former un ſyſtême dont l'enſem--
ble ſoit la nature même ; & dont toutes
les parties feront les faits particuliers qui
la compoſent. La meilleure méthode ſera
donc celle qui n'aura rien d'arbitraire ,
&dans laquelle onrendra raiſon de tout ,
en employant ce que l'on fait déjà des
faits de la nature , que perſonne ne conteſte
; elle ſera courte , ſimple & trèsfacile
à mettre en uſage,
Tel eſt le plan fidellement ſuivi dans
ce Traite.
L'étude de l'anatomie de l'homme &
du cheval , donne les principes de l'équitation.
Celle de l'homme preſcrit les
regles de ſa poſition , de ſes mouvemens
&de ſes actions à cheval. Auſſi dans la
premiere partie du premier livre , qui
traite de la théorie relativement àl'homme
,M. Dupatys'eſt uniquement occupé
de ce qui contribue à ſa ſureté , à ſa
tenue fur l'animal. Dans la ſeconde partie
, il établit , d'après la conſtruction de
l'homme , les moyens de lui apprendre
à monter à cheval , & à opérer d'une
maniere qui ſoit facile pour lui , utile
pour l'animal.
JUILLET I. Vol. 1776 157
Dans le ſecond livre , M. D. conſidere
le cheval indépendamment de l'équitation.
Il traitede ſa beauté & de fa bonté ,
du méchaniſme de ſes mouvemens , de
ſa conformation , de ſes ſenſations , de
la bonne attitude de ſes membres , en
un mot de tout ce qui peut donner des
principes pour fon éducation, Il cherche
à lefaire bien connoître avant que d'enſeigner
à le dreſſer. Enfin , M. D. après
avoir expoſé ce qui fait le cheval dans
l'état de nature , après avoir développé
toutes les obſervations qui ont dirigé le
choix de fa méthode , enſeigne les opérations
par leſquelles on aſſouplit le cheval
, & par lesquelles on le conduit à
une parfaite obéiſſance.
La ſcience de l'équitation eſt expofée
dans cet Ouvrage & démontrée en rigueur.
Tous les articles font liés entre
eux par une chaîne de principes & de
conféquences qui ſe ſuivent & fe forti
fient graduellement Des figures deſſinées
avec précifion, ajoutent encore à l'in
telligence de cet excellent Traité, Il eſt
précédé par un diſcours iu par M. Dupaty
à ſa réceptionà l'Académiede Bordeaux ,
fur les rapportsde l'équitation avec l'anatomie
, le méchaniſme , la géométrie
&la phyſique.
158 MERCURE DE FRANCE.
Recueil des pièces relatives à la députa
tion des Etats de Béarn ; imprimé par
ordre des Etats & aux frais de la Province.
Ce recueil renferme les Lettres Patentes
du Roi , contenant l'acte du ſerment
que Sa Majeſté a fait aux Députés des
trois Ordres du Pays de Béarn , & de
celui que les Députés ont prêté à S. M.
comme Seigneur Souverain de Béarn;
au nom de la Province ; & le procèsverbal
de laDéputation ;avec les difcours
prononcés au Roi & à la Famille Royale
par M. l'Evêque de Leſcar , qui portoit
la parole. Nous allons rapporter le dif
cours que ce Prélat adreſſa au Roi , qui
lui en témoigna ſa ſatisfaction de la
maniere la plus ſenſible. Nous rapportetons
auffi le diſcours à la Reine.
Au Roi.
Sire , vos fideles Sujets de la Souve
raineté de Béarn ſuivent le ſang de leurs
anciens Maîtres ; ils viennent révérer fur
le Trône où vous êtes monté , la poſté
rité du grand Henri , recevoir de votre
1
1
JUILLET I. Vol. 1776. 159
bouche le ferment que ce Roi , l'ami de
ſon Peuple , fit à nos peres , & jurer à
Votre Majefté l'obéiſſance & l'amour"
dont nous avons hérité pour votre Perſonne
facrée.
C ,, Nos voeux , Sire ; hâtoient ce moment
defiré ; & fitôt que Votre Majefté
eût fait entendre que ſes fideles Sujets
de la Souveraineté de Béarn pouvoient
voter pour le choix de leurs
Repréſentans , une joie vive s'empara de
tous les coeurs; &, dans le premier
tranſport , on eût dit que Votre Majefté
venoit elle - même recevoir notre hommage
, ou que le grand Henri , reparoifſant
au milieu de ſon Peuple , vouloit
jurer de nouveau la confirmation de nos
loix &de nos privileges".
ود La premiere de ces loix, Sire , &
la ſeule qui n'ait pas beſoin du concours
de votre autorité , c'eſt l'amour de nos
Maîtres ; le plus beau de nos titres , c'eſt
celui de vos premiers ſujets, le plus
précieux de nos droits , celui d'offrir à
Votre Majesté, comme un don volontaire
, la meilleure portion de nos biens,
& de devoir à votre protection la jouiffance
paiſible du reſte; d'être jugés felon
nos loix & par nos Juges; de combattre
1
1
160 MERCURE DE FRANCE.
pour la défenſe de nos foyers , ſous les
enſeignes de la patrie & ſous les yeux
de nos Concitoyens ".
" Sire , des montagnes nous ſéparent |
de nos voiſins ; le ſang& les traités nous
uniſſent ; Votre Majeſté n'aura jamais
beſoin de notre courage , mais nous au
rons ſans ceſſe beſoin de votre protec
tion. Eloignés des regards du Souverain,
depuis que nous faiſons portion d'un
grand Empire , nous craignons de n'être
plus connus de nos Maîtres ; nos maux
font vus de loin , nos plaintes parviennent
tard.... Un fléau deſtructeur ſe
répandfur nos campagnes , porte ladéſo .
lation pour le moment& pour l'avenir ;
l'homme a perdu le compagnon de ſes
travaux , l'inſtrument néceſſaire de ſa
culture. L'inclémence du ciel ſe joint à
la mortalité ,& nous ravit un reſte d'espérance;
la terre en deuil n'offre plus à
fes habitans , que la triſte néceſſité de
périr ou de chercher une autre Patrie;
mais Votre Majefté s'attendrit ſur leur
fort , & bientôt ils ceſſeront d'être à
plaindre ; ranimé par vos dons , le courage
a remplacé la force ; l'homme a fait
lui ſeul un travail qu'il commandoit aux
animaux ; nos champs , trempés de nos
fueurs
JUILLET. I. Vol. 1776. 161
fueurs , ſe couvrent encore d'une moisfon
, & donnent le temps à vos nouveaux
bienfaits d'arriver au ſecours de notre
indigence ".
ود
201
Depuis dix ans , Sire , nous regrettions
nos Magiſtrats , frappés du coup
- qui préludoit au renverſement de la
Magiftrature entiere. Votre Majefté , en
fixant ſes regards ſur les débris des Tribunaux
épars dans ſon Royaume , n'a pas
oublié ſa Souveraineté de Béarn ; elle
n'a pas voulu qu'à côté du berceau de
Henri IV , on vit un monument des malheurs
de la France. Votre Edit du mois
d'Octobre dernier va chercher dans leur
retraite les anciens Miniſtres des loix ,
les ramene dans le ſanctuaire de la Jus-
{ tice , & les rend aux voeux de leurs Con-
- citoyens ".
es "
A
Sire , vous êtes Roi par le droit de
votre naiſſance , vous regnez parteles
& bienfaits , & vous voulez ajouter encore
à tant de titres , les liens ſacrés du ferement
; nous jurons , Sire , d'aimer , de
fervir de nos biens & de notre ſang un
Roi qui ſe montre le pere de ſes ſujets ,
qui reſpecte leurs droits , qui ne cherche
point à étendre les ſiens , &qui ſe croit
affez grand , ſi les Peuples font heureux ".
e.a
L
1
162 MERCURE DE FRANCE.
ود Nos zélés Compatriotes répandus
dans la Capitale , ſe joignent à nous ,
Sire , pour vous répondre de nos Conci
toyens abſens ; ceux - là , retenus dans le
ſein de leur patrie , ne s'occupent pas
moins de ce grand jour , & maintenant ,
les yeux tournés vers votre trône , les
mains levées vers le ciel , ils lui adresſent
les mêmes voeux , font les mêmes
ſermens , & partagent l'attendriſſement
de cette cérémonie.
ود Nos peres ſe ſouviennent à peine
d'en avoir vu une pareille: puiſſent nos
neveux , Sire , n'en jamais voir de ſemblable
, & la laiſſer attendre à la derniere
poſtérité
"
A LA REINE
,, Madame , vos ſujets de la Souveraineté
de Béarn partagent , avec la France ,
la gloire de vous obéir : mais ils envioient
aux Peuples qui vous environnent
, le bonheur d'être vus de Votre
Majeſté ; admis en votre préſence , ils
contemplent l'auguſte Fille des Cefars ,
partageant le trône de leur Henri . Si
l'éclat dont brille Votre Majesté les intimide
, le charme de votre bienfaiſance
JUILLET. I. Vol. 1776. 163
1.
& de votre affabilité les raſſure ; ils
croient voir leurs anciens & premiers
Maîtres , qui s'offroient aux regards de
nos peres ſous la ſeule garde de l'amour
& du reſpect ; enhardis par cette reſſemblance
, ils ofent préſenter à vos yeux le
tableau de leurs calamités. D'un regard,
Votre Majeſté ſuſpend le ſentiment de
leurs maux ; d'une parole , Elle les fera
finir. Heureux de tenir toutde vosmains
bienfaiſantes , ils ſe pareront des dons
de Votre Majesté , & feront toujours
plus ſenſibles à votre bienveillance qu'à
- vos bienfaits "
C
C
Traité fur la Cavalerie , par M. le Comte
Drummond de Melfort , Maréchal
de Camp ès Armées du Roi , & Inspecteur-
Général des Troupes Légeres.
A Paris , de l'Imprimerie de Guillaume
Deſprez , Imprimeur ordinaire du Roi
& du Clergé de France , rue S. Jacques ,
1776 , 2 vol. infol. , très bien imprimés
, dont un fur papier grand- raiſin ,
avec beaucoup de planches gravées :
prix 120 liv.
Cet ouvrage eſt un des plus beaux
monumens que le génie & l'eſprit d'ob-
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
L
ſervation aient conſacré à l'honneur de
la nation , à l'utilité de la jeune nobleſſe ,
à la connoiſſance de la Cavalerie , & au
progrès de la ſcience de la guerre. C'eſt
un Traité raiſonné qui réunit tout ce
qu'un homme , à commencer depuis le
ſimple Cavalier juſqu'au Lieutenant - Général
, doit indiſpenſablement ſavoir pour
être en état de faire ſon ſervice & de
s'y diftinguer. Nous ne pouvons mieux
faire connoître cet ouvrage important ,
qu'en nous fervant de l'eſquiſſe ſimple
& fidelle qui en eſt tracée dans le Proſpectus.
Cet ouvrage embraſſe également toutes
les connoiſſances qui peuvent être
utiles au ſervice journalier des Cavaliers ,
en temps de paix & en temps de guerre ,
ainſi qu'à celui des Officiers ſupérieurs
&autres.
Il comprend en outre des détails ſur
la compoſition qu'on juge la plus ſolide
àdonner à un Efcadron , ainſi qu'à un
Régiment; après quoi l'on traite , dans
le plus grand détail , tous les principes
fur leſquels la plupart des Officiers de
Cavalerie different d'opinions , & cela
d'une maniere d'autant plus fatisfaiſante ,
que pour rendre les choſes plus frap .
JUILLET. I. Vol. 1776. 165
pantes , les planches dont ce Traité eſt
enrichi , au moyen des hommes à cheval
qui y font vus en action , repréſentent ,
d'un côté , un Eſcadron agiſſant , d'après
l'un des principes qui font en difcuffion ,
& vis - à - vis , en oppoſition , un autre
Eſcadron manoeuvrant ſur les principes
que l'on préfere , & de la ſupériorité des
quels on donne la preuve dans le discours
; ce qui , joint à la démonſtration
dont le tableau fournit l'exemple , met
ce travail à la portée de tout hommé
non- feulement du métier , mais de ceux
même qui n'auroient que du bon ſens
&des yeux.
Aprés avoir difcuté tous les objets ſur
leſquels le ſentiment des Officiers de Cavalerie
eſt partagé , on approfondit également
tous les principes des manoeuvres
de détail , pour un ou pluſieurs
Efcadrons , auxquels on juge que la Ca
valerie ne peut mieux faire que de s'exercer
pendant la paix .
De ces détails , qui font la ſeconde
partie de ce Traité , & qui ne font que
la théorie du métier , on paſſe dans la
troiſieme & derniere à ceux des opérations
de la Guerre , tels que font les
Camps , les Grandes -Gardes , les con
1
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
vois défendus ou attaqués , les diſpoſi
tions d'arriere-Gardes compoſéesde troupes
mêlées , les détachements , les embuſcades
, les découvertes , les deploiements
de colonnes , les reploiements de
ligne , les marches en bataille , les combats
enfin d'une aile entiere de Cavalerie ;
tous ſujets appuyés des principes & des
exemples qu'offrent les différents tableaux
où ils font expoſés, & dans le deſſein
deſquels on a mis affez de correction &
d'exactitude, pour qu'on puiſſe dire que
ce font autant de démonſtrations .
Enfin , on peut ajouter que ce travail
eſt le fruit de quinze campagnes de
guerre, faites fans négligence , & le réfultat
d'une étude ſuivie de plus de trente
années , de la part d'un Officier qui , pendant
tout ce laps de temps , n'a pas ceſſé
d'avoir de la Cavalerie à exercer pendant
la paix , & d'en avoir de toutes les eſpeces
à conduire à la guerre.
Les Planches dont il eſt queſtion
dans cet ouvrage , ſont gravées ſur du papier
grand- aigle , de trois pieds de long
fur deux pieds de large. Il faut avouer
qu'on n'a rien va juſqu'ici , en fait d'ouvrages
militaires , qui puiſſe approcher
de la netteté & de la clarté dont elles
font.
S
JUILLET. I. Vol. 1776. 167
Elles démontrent d'abord l'école du..
Manege , où chaque homme eſt deſſiné
à cheval , dans une attitude auſſi exacte
qu'elle eſt analogue à ce qu'on lui enſeigne.
Elles embraſſent l'instruction , & fourniſſent
l'exemple de toutes les manoeuvres
qu'il eſt avantageux à la Cavalerie
d'apprendre dans les temps de repos.
Enfin elles repréſentent une infinité
d'actions des plus importantes de la
guerre , & dont la vue ſeule , qui feroit
jointe à une beaucoup plus courte explication
que celles dans lesquelles on eſt entré
, ſuffiroit pour inſtruire , en très-peu
de temps , la plupart des Officiers de Cavalerie
, qui n'auroient pas eu la poſſibilité
de joindre la pratique à la théorie du
métier.
Elles font au nombre de trente-deux ,
= dont pluſieurs renferment chacune quatre
tableaux , & elles ſont gravées par les
plus célebres Artiſtes en ce genre.
Il faut auſſi faire attention à la belle
Eſtampe ſervant de frontiſpice , où l'on
a tracé la diſpoſition de deux Armées
combattantes , avec des acceffoires analogues
à la ſcience militaire & à la gloire
de la France.
L4
163 MERCURE DE FRANCE.
A Paris, ce I Mars 1776.
Monfieur , je vous prie de vouloir bien inférer
dans le Mercure prochain la traduction ci-jointe ,
d'un article de la Gazette de Milan. C'eſt l'extrait
d'un excellent Ouvrage dont , à la vérité , vous
avez déjà parlé , mais auquel , permettez moi de
vous le dire , vous n'avez point affez rendu justice.
En effet , le Lecteur qui ne connoîtra l'Histoire
de l'Aſtronomie ancienne que par ce que
vous en avez dit dans le Mercure du mois de
Mai , ſera fort éloigné de regarder cet Ouvrage
comme le plus parfait que l'on ait juſqu'ici publié
fur cette matiere; comme un Ouvrage rempli de
ſcience & d'érudition , également intéreſſant par
les idées neuves qu'il renferme , & par la maniere
dont elles ſont préſentées. Telle eſt cependant
l'idée que l'on doit en avoir , telle eſt du moins
celle que j'allois eſſayer de faire adopter au Public
, lorſque la Gazette de Milan eſt tombéę
entre mes mains . J'ai reconnu la plume habile
qui a produit l'article que j'ai l'honneur de vous
communiquer ; & dès lors , j'ai abandonné mon
projet , & préféré de faire connoître au Public le
jugement d'un ſavant illuſtre &d'un étranger tel
que M. l'Abbé Frizi ; jugement qui doit fans doute
vous paroître moins ſuſpect que celui d'un confrere
& d'un ami.
Je ſuis très-parfaitement , Monfieur ,
"
Votre très-humble ſerviteur , DE CASSINI
fils , de l'Acad. Roy. des Sciences .
JUILLET. I. Vol. 1776. 169
Histoire de l'Astronomie ancienne , depuis fon origine
jusqu'à l'établiſſement de l'Ecole d'Alexan--
drie; par M. Bailly , Garde des tableaux du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences , & de
l'Institut de Bologne. Paris 1775 ; in 40. P. 527 .
(Article de la Gazette de Milan).....
L'Auteur de cet Ouvrage avoit mérité un rang
diftingué parmi les Géometres , par fa Théorie
des Satellites de Jupiter: & fon Eloge de Leibnitz,
l'avoit déjà fait reconnoître pour un des meilleurs
Ecrivains de notre fiécle. Il nous donne aujourd'hui
la premiere partie de l'Hiſtoire générale
de l'Aſtronomie , contenant les découvertes des
premiers fiecles.
,, J'ai ofé, dit il , dans une lettre qu'il écrit à
, M. l'Abbé Frizi , regarder comme modernes
,, des Peuples qui datent de trois mille ans avant
,, l'ère vulgaire , & appercevoir au - delà une
". époque plus ancienne , où les arts & les ſciences
étoient foigneuſement ११ fuite détruits par une gcurlatnidvéesr,év&oluftuiroennt, eqnu-i
?? ne laiſſa après elle que les débris de connoiſſan-
,, ces précédemment acquiſes ; & ce font ces dé.
bris qui ont ſervi de baſe à la ſcience des Indiens
, des Chinois & des Egyptiens."
"
?"
Voilà principalement ce que l'Auteur s'attache
à démontrer dans le premier livre , qui traite des
Inventeurs de l'aſtronomie & de fon antiquité. Ily
releve le ſincroniſme fingulier qui ſe trouve entre
les Auteurs & Chronologistes , tant anciens que
modernes , qui font tous remonter à 3000 ans
avant l'ere vulgaire , les premieres obſervations
dont on ait confervé la mémoire. Ce ſincroniſme
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
}
2
devient plus frappant , ſi l'on réfléchit aux diffé
rentes manieres de compter les années , ſoit par
la révolution diurne du ſoleil en 24 h. foit par.
celle de la lune en un mois , ſoit par la durée d'une
entiere ſaiſon , ſoit par l'intervalle entre les retours
d'un ſolſtice à l'autre, Les obfervations anciennes
rapportées par Ptolomée viennent à l'appui de ces
conjectures. Une entre-autres marque le lever
héliaque de Sirius pour la haute Egypte , au quatrieme
jour après le ſolſtice d'été , ce qui ſe rapporte&
convient à l'an 2550 avant l'ere vulgaire.
Or les Caldéens ont commencé à compter les an.
nées folaires 1473 ans avant cette ere. Ptolomée
rapporte encore un lever héliaque des Pleyades ,
qui eut lieu ſept jours avant l'équinoxe d'automne,
ce qui remonte encore à 3000 ans ; époque,
où , felon les Hiſtoires Chinoifes & Tartares ,
vivoit Fohi , qui cultiva l'aſtronomie & contribua
tant à ſes progrès. Il eſt parlé dans les anciens
livres Perſans d'un temps où quatre belles étoiles
répondoient , dans le ciel , aux quatre points
cardinaux. Notre Auteur remarque que cette
époque remonte encore à 3000 ans avant l'être,
vulgaire. Ils s'attache enſuite à faire voir que les
connoiſſances aſtronomiques de ce temps-là,
étoient plutôt les débris que les élémens d'une
ſcience . Parmi un grand nombre de preuves , il
cite le fare caldéen , période de 223 mois lunaires
, qui ramene les conjonctions du ſoleil & de
Ja lune à la même diſtance du noeud & de l'apogée,
& preſqu'au même point du ciel Enſuite la pé.
riode luni - folaire de 600 ans , que J. D. Caſſini a
trouvée ſi exacte , & dont Joſeph attribue la découverte
aux Patriarches . Or , pour reconnoître.
une ſemblable période , il faut au moins en avoir
JUILLET. I. Vol. 1776. 171
vu s'écouler deux , c'est-à- dire avoir amafféune
fuite de 1200 ans d'obſervations ; & ces obſervations
elles-mêmes ont dû néceſſairement être précédées
d'autres obſervations préliminaires ; cet
argument eft repris dans le troiſieme livre , qui
regarde l'aſtronomie antediluvienne. L'Auteur y
traite plus particulièrement du cyle de 600 ans,
d'une ancienne diviſion du zodiaque , & d'une
autre période de 144 années , attribuée anciennement
aux fixes , à l'occaſion de laquelle s'offre
une particularité très-curieuſe ; c'eſt que ſi par le
nom d'années dans cette période , on avoit entendu
la révolution de 180 années ſolaires , qui
étoient familieres & ufitées parmi les anciens Tartares
, on auroit précisément les 25920 qui , ſelon
nos obſervations les plus modernes , font la
révolution des fixes , cauſée par la préceſſion
des équinoxes. L'Auteur parle encore des plus
anciennes déterminations de l'anné folaire , &
des premieres tentatives ſur la meſure de la terre,
& de la grandeur de la lune & du ſoleil.
Le ſecond livre préſente le développement des
premieres connoiſſances aftronomiques : on y fuit
P'ordre & la gradation avec lesquels l'homme eſt
parvenu peu- à-peu à la connoiſſance entiere du
ciel. Les Métaphyficiens nous ont fait connoître
l'enchaînement & le développement de toutes nos
idées , ou plutôt ils nous ont appris quelques unes
des manieres variées & multipliées dont ces idées
peuvent fucceſſivement s'acquérir. Mais peut-être
y a-t- il pluſieurs de ces idées qui ſe préſentent
naturellement , fans que l'une dérive de l'autre.
Quant aux connoiſſances aftronomiques , la recherche
de leur enchaînement eſt d'autant plus
1
172 MERCURE DE FRANCE.
intéreſſante , que ces connoiffances ſubtiles & dé .
licates , font toujours le fruit de l'obſervation
&du raiſonnement.
Le quatrieme livre traite des premiers temps
immédiatement après le déluge , & de l'aſtronomie
des Indiens & des Chinois. L'Auteur fait voir
que les ſciences font defcendues du nord au midi
, ce qui eft abſolument contraire à l'opinion
reçue juſqu'à préſent. En effet , outre l'analogie
des fables du Phénix , de Janus , d'Ofiris , d'Adonis
, &c. l'Auteur cite le Temple que les Chinois
ont élevé à Pékin aux étoiles du Nord ; les
pélerinages que les Indiens font en Sibérie juſqu'à
Selinginskoi ; & cette circonstance particuliere que
l'on lit dans les ouvrages de Zoraſtre , où il eſt
dit que le plus long jour d'été eſt double du plus
court jour de l'hiver , ce qui ne peut avoir lieu
que ſous la latitude de 490 qui eſt précisément
celle de Selinginskoi,
En parlant de l'aſtronomie des Indiens , l'Auteur
appuie particulièrement fur leurs méthodes
du calcul des éclipſes , méthodes cachées , ré
duites à quelques regles pratiques , par le moyen
deſquelles M. le Gentil eſt parvenu à calculer
deux éclipſes auſſi exactement qu'avec les Tables
de Mayer. Au ſujet de l'aſtronomie des Chinois ,
'Auteur cite particulierement de très-anciennes
obſervations de l'étoile polaire , la conſtruction
d'une eſpece de ſphere , & l'invention des cycles
de 12 , 19 & 60 ans .
Le cinquieme livre regarde l'aſtronomie des
Perſans & des Chaldéens ; le fixieme , l'aſtronomie
des Egyptiens. LL''Auteur donne aux Orientaux
& aux Chaldéens une ſupériorité générale
fur les Egyptiens ; il ne trouve chez ces derniers
JUILLET. I. Vol. 1776. 173
que la poſition des pyramides , la connoiffance
ancienne de l'année de 365 jours un quart , & la
découverte des mouvemens de Mercure & de
Vénus , qui ſuppoſent la connoiſſance des méthodes
aſtronomiques. Mais chez les Chaldéens
il vante l'antiquité & la continuité de leurs obſer
vations , la détermination exacte de la longueur
de l'année & des différens mouvemens de la lune,
leur période luni- folaire , la connoiſſance du mouvement
des fixes & du cours des cometes .
Les trois autres livres de cet Ouvrage traitent
de l'aſtronomie des Grecs , des Philoſophes des
ſectes Ionienne , Pythagoricienne , Eléatique ; de
Platon , d'Eudoxe & des autres Philoſophes. L'Auteur
fait voir que tout ce que la Grece alors pouvoit
avoir de connoiffances en aſtronomie , ne
lui appartenoit nullement. La fameuſe période de
Meton , l'obliquité de l'écliptique , la ſphere ,
l'ordre & le mouvement des planetes ; elle avoit
tout emprunté de l'Egypte ou de l'Afie, Les Grecs
n'ont été aucunement obfervateurs ; Méton , Aristote
ne font qu'une légere exception. L'Auteur
trouve dans l'eſprit national des Grecs , la raiſon
du peu de progrès qu'ils ont fait en aſtronomie :
ils s'attachoient plus à inventer des ſyſtemes qu'à
raffembler & à obſerver les faits ; il y avoit plus
d'imagination chez eux que de raiſonnement.
Atout ceci eft jointe une excellente diſſertation
ſur l'origine de l'aftrologie ; & le livre eſt rerminé
par des notes , où se trouvent amplement
diſcutés tous les faits & les détails particuliers
qui , dans le cours de l'Ouvrage , auroient inter
rompu le fil des raiſonnemens , & des réflexions,
Nous regardons en conféquence cet Ouvrage
1
Y
:
174 MERCURE DE FRANCE,
comme le fruit précieux , non - ſeulement d'une
profonde érudition , mais de la méditation , de
raiſonnement & du génie: auſſi nous déſirons
vivement que l'Auteur s'acquitte , le plutôt posfible
, de l'engagement qu'il a contracté vis-à-vis
du Public , en donnant inceſſamment la continuation
de l'Hiſtoire de l'Aftronomie juſqu'à nos
jours.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
Dictionnaire Dramatique , contenant l'Histoire
des Théâtres , les regles du genre
dramatique , les obſervations des
Maîtres les plus célebres , & des réflexions
nouvelles ſur les ſpectacles ,
fur le génie & la conduite de tous les
genres , avec les notices des meilleures
Pieces , le catalogue de tous les Drames
, & celui des Auteurs dramatiques ,
3 vol . grand in-80. Prix rel. 15 liv. A
Paris , chez Lacombe, Libraire , rue
Chriſtine , 1776.
1
CE
9 20101 290
10
1
2.
E nouvel Ouvrage préſente , dans
l'ordre alphabétique , tout ce qui a été
dit de plus eſſentiel & de plus intéresfant
fur le génie & le goût dramatique ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 175
:
avec des notices ſuffiſantes pour la connoiſſance
de toutes les Pieces de Théâtre ,
& un catalogue des Auteurs qui ont écrit
pour la ſcene ; ce recueil doit être d'autant
mieux accueilli , qu'il manquoit dans
le nombre des livres utiles ; qu'il n'y en
a point eu ſous ce double aſpect de la
théorie unie à la pratique du Théâtre ,
qu'il eſt exécuté avec ſoin , & qu'il étoit
defiré.
Lettre du Frere François, Cuiſinier du
Pape Ganganelli , ſur les Lettres de ce
Pontife , à un Parifien de ſes amis , prix
12 f. chez Monory, Libraire , rue& visà
- vis l'ancienne Comédie Françoiſe ,
1776.
On trouve chez Lottin l'aîné , Imprimeur
Libraire du Roi , rue St Jacques ,
au coq & au livre d'or :
Inſtructions fur les principales vérités de
la Religion , & fur les principaux devoirs
du Chriftianisme ; I vol. petit in - 8°. rel.
3 liv.
Instructions Chrétiennes en forme de lectures
& de méditations; 1 vol. petit in - 8°.
rel. 3 1 .
176 MERCURE DE FRANCE.
Méthode nouvelle pour apprendre facilement
le plain - chant , avec quelques exemiples
d'hymnes & de profe ; par M. Oudoux
, Prêtre , Chapelain & Muſicien de
l'Egliſe de Noyon. Seconde édition , res
vue , corrigée & augmentée.
L'Ecole des Moeurs ou les fuites du libertinage
, Drame en cinq actes & en
vers , repréſenté à la Comédie Françoiſe
le 13 Mai 1776. Par M. de Falbaire dé
Quingey. T
Quid leges fine moribus vana proficiunt.
HOR.
A Paris , chez la veuve Ducheſne , Li
braire rue St Jacques ; & Ruault , Libraire
rue de la Harpe.
Traité théorique ſur les maladies épidémiques,
dans lequel on examine s'il eſt posible
de les prévoir , & quels feroient les
moyens de les prévenir & d'en arrêter
les progrès ; Ouvrage qui a été couronné
, en Novembre 1772 , par la Facul
té de Médecine de Paris , & auquel
on a depuis ajouté quelques vues relatives
à la pratique ; par M. le Brun ,
Docteur
JUILLET. I. Vol. 1776. 177
Docteur en Médecine à Meaux en Brie ;
in 8°. br. 2 1. 8 f. A Paris , chez Didot
le jeune , Libr. quai des Auguſtins.
L'Erreur d'un moment , traduit de l'Anglois
par Madame*** ; in- 12 . br. prix 36
f. A Paris , chez Demonville , Imp. de
l'Académie Françoiſe , rue St Séverin ,
aux armes de Dombes.
Divi Aurelii Auguſtini Hipponensis Episcopi
Confeffionum , Libri tredecim : ad calcem
additæ funt varia lectiones. A Paris ,
chez Ph. D. Pierres , Impr. Libr. rue St
Jacques.
Cette nouvelle édition en latin eſt trèsſoignée
, tant pour la correction que pour
l'impreſſion ; mais ce qui en fait le principal
mérite , ce ſont les variantes recueillies
d'après les meilleures éditions , &d'après
les manuscrits précieux de la Bibliotheque
du Roi , de celle de Sainte Génevieve
, &c. Elles ſont en très-grand
- nombre,
Cette édition eſt de format in- 32. &
ſe vendra :
moroquin , filets. • 41. 10 f.
12.
2 15
veau doré fur tranche , filets , 3
reliure ordinaire •
M
178 MERCURE DE FRANCE.
En feuilles • 21. 5 f.
On en a tiré quelques exemplaires ſur
très-beau papier , avec des cadres de format
petit in 18 , à la tête duquel ſera le
portrait de Saint- Augustin , ſupérieurement
gravé par M. de Saint-Aubin , Graveur
du Roi , d'après le deſſin de M.
Monnet,
Maroquin , filets • • 6 liv.
Veau doré fur tranche , filets , 5
En feuilles 4
Les perſonnes qui deſireront avoir le
portrait de Saint-Augustin à part, le payeront
I liv.
:
ACADÉMIE FRANÇOISE.
M. DE LA HARPE ayant été élu par
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe , à la
place de M. Colardeau , y vint prendre
ſéance le Jeudi 20 Juin 1776. Jamais
Aſſemblée ne fut plus nombreuſe ni plus
brillante. On étoit empreſſé d'entendre
l'homme de Lettres , tant de fois couronne
lorſqu'il célébroit de grands talents ,
exprimer lui-même les ſentimens de fon
coeur , élever ſa voix qu'il a conſacrée à
JUILLET. I. Vol. 1776. 179
1
la gloire , & juſtifier enfin le choix de
l'Académie. M. de la Harpe a fatisfait aux
eſpérances du Public; il a rempli les voeux
de toutes les ames honnêtes , & répondu
à l'idée qu'il avoit donnée de fon éloquence
, par le beau diſcours où il s'acquitte
avec tant de nobleſſe des hommages
de fa reconnoiſſance , où il rend une
juſtice folemnelle aux talens qu'il admire ,
où il répand avec un tendre intérêt des
fleurs fur la tombe des deux Académiciens
ſes précédeſſeurs ; où il trace , avec
autant d'énergie que de vérité, le caractere&
les devoirs de l'homme de Lettres.-
Nous ne rapportons que quelques morceaux
de ce diſcours , qu'il faudroit citer
tout entier.
Voici ſon début :
„ Le talent qui diftingue les hommes ,
„ le génie qui s'éleve au-deſſus du talent ,
la vertu enfin ſi ſupérieure à l'un &
,, à l'autre , ſe réuniſſant dans un même
,, Sanctuaire , à la voix de la gloire qui
,, les couronne , & fous les aufpices de
,, la Patrie qui les appelle ; l'amitié ,
,, faite pour leur imprimer un plus tou-
2
و و
chant caractere , reſſerrant encore les
,, noeuds de cette union ſi honorable ;
,, telle étoit depuis long-temps l'idée que
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
,,je me formois de cette Aſſemblée , &
ود ce témoignage que j'aime à vous ren-
,, dre , vous ne le devez , j'oſe le dire ,
ود
ود
ni aux excuſables illuſions de la recon-
,, noiſſance , ni au plaiſir ſi légitime& fi
„ pur , qu'a dû faire naître enmoi la réu-
,, nion de vos ſuffrages. Entraîné de
bonne heure vers les arts de l'eſprit &
,, de l'imagination , par ce goût irréſiſti-
,, ble qui commande tous les ſacrifices , en-
,, flammé de cet amour des talems , qui ne
,, peut exiſter ſans quelque enthouſiaſme ,
,, j'ai fait connoître aſſez les ſentimens
,, qui m'animoient. Mes premiers regards
"
ſe font tournés vers cette claſſe d'Hom-
,, mes choiſis , qui me donnoit une idée
,, plus noble de mon état & de mes tra-
,, vaux , vers ceux chez qui j'ai cru voir
,, la dignité des Lettres conſervée comme
,, un dépôt dont-ils font reſponſables à la
,Nation ,& qui fait partie de leur propre
,, gloire. J'ai regardé comme le but de
mes efforts , cette adoption qui en dévient
aujourd'hui la récompenſe.
ود
"
Tel eſt le tableau qu'il fait d'un homme
de Lettres .
و و
C'eſt celui dont la profeſſion princi-
,, pale eſt de cultiver ſa raiſon , pour
,, ajouter à celle des autres. C'eſt dans
JUILLET. I. Vol. 1776. 181
,, ce genre d'ambition , qui lui eſt parti .
„ culier , qu'il concentre toute l'activité ,
,, tout l'intérêt que les autres hommes
,, diſperſent ſur les différens objets qui
„ les entraînent tour-à-tour. Jaloux d'étendre
& de multiplier ſes idées , il re-
,, monte dans les ſiecles , & s'avance au
,, travers les monumens épars de l'Anti-
,, quité , pour y recueillir , ſur des traces
,, ſouvent preſque effacées , l'ame & la
,, pensée des Grands Hommes de tous
"
" les âges. Il converſe avec eux dans leur
,, langue , dont il ſe ſert pour enrichir la
fienne. Il parcourt le domaine de la
,, Littérature étrangere , dont il rapporte
des dépouilles honorables au treſor de
,, la Littérature nationale. Doué de ces
,,organes heureux , qui font aimer avec
,, paffion le beau & le vrai en tout genre,
"
ود il laiſſe les eſprits étroits & prévenus
, s'efforcer en vain de plier à une même
22
"
دو
meſure tous les talens & tous les carac-
,, teres , & il jouit de la variété féconde
& fublime de la nature , dans les différens
moyens qu'elle a donnés à fes
favoris pour charmer les hommes , les
éclairer & les ſervir. C'eſt pour lui furtout
que rien n'eſt perdu de ce qui s'eſt
fait de bon & de louable ; c'eſt pourune
ود
ود
ود
ود
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
,, oreille telle que la ſienne que Virgile
,,a mis tant de charmes dans l'harmonie
ودde ſes vers; c'eſt pour un Juge auffi
ور ſenſible , que Racine répandit un jour
,, ſi doux dans les replis des ames ten-
,, dres , que Tacite jeta des lueurs affreu-
,, ſes dans les profondeurs de l'ame des
„ tyrans ; c'eſt à lui que s'adreſſoit Mon-
,, tesquieu , quand il plaidoit pour l'hu-
,,manité , Fénélon quand il embelliſſoit
,, la vertu. Pour lui toute vérité eſt une
,, conquête, tout chef-d'oeuvre eſt une
„jouiffance. Accoutumé à puiſer égale-
„ment dans ſes réflexions & dans celles
,,d'autrui, il ne ſera ni ſeul dans la re-
,, traite , ni étranger dans la ſociété,
ود Enfin, quel que foit le travail auquel il
,, s'applique , ſoit qu'il marche à pas me-
,, ſurés dans le monde intellectuel des
,, ſpéculations mathématiques , ou qu'il
,, s'égare dans le monde enchanté de la
„ poéſie , foit qu'il attendriſſe les hom.
„ mes ſur la ſcene , ou qu'il les inſtruiſe
,, dans l'hiſtoire, en portant ſes tributs
„ au Temple des Arts , il ne cherchera
,, point à renverſer ſes Concurrens dans ſa
„ route , ni à déshonorer leurs offrandes
,,pour relever le prix de la ſienne ; il ne
détournera pas des triomphes d'au
JUILLET. I. Vol. 1776. 183
trui fon oeil conſterné; les cris de la
,, renommée ne feront pas pour ſon ame
,, un bruit importun ; & au lieu que la
,, médiocrité , inquiete &jalouſe , gémit
,, de tous les ſuccès, parce que le champ
,, du génie ſe rétrecit fans ceſſe à ſes foi-
" bles yeux , le véritable Homme de
,, Lettres , le parcourant d'un regard plus
, vaſte & plus sûr , y verra toujours&
,, un monument à élever , & une place à
obtenir.
وو
M. de la Harpe confidere enſuite
l'homme de Lettres dans la retraite ou
dans le monde. On a beaucoup applaudi
à la vérité & à la vivacité des traits avec
leſquels il le repréſente ſous ce double
aſpect.
L'Orateur finit par ces hommages aus-
A juſtes que bien exprimés.,,Je ne crains
, pas que mes louanges ne paroiſſent
,, qu'une vaine cerémonie d'uſage , ni mê
,, me un ſimple tribut de reconnoiſſance
,, pour les bienfaits que notre jeune Sou-
,, verain a daigné répandre fur moi. Quel
„ Citoyen , quel Patriote ne partageroit
,, pas mes ſentimens ? Quel ſpectacle plus
,, intéreſſant que la Royauté & la jeu-
,, neſſe , que la vertu ſur le trône , aſſiſe
, à côte des grâces ? Je ne m'étendrai
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
,, point ſur tout ce que doit déjà la France
,, à un Prince de cet âge , qui n'a parlé
"
ود
aux Peuples que pour leur aſſurer des
,, ſoulagemens & des eſpérances , aux
Courtiſans que pour leur donner des
„ leçons. Je ne m'arrête que fur un ſeul
,, point , qui ſans doute ne vous aura pas
„ échappé: c'eſt que ſous le Regne de
ود
ود
ود
ود
"
و د
Louis XVI l'autorité a pris un ca-
,, ractere qu'elle n'avoit pas encore eu ,
celui de la perfuafion; heureux augure ,
s'il eſt vrai que le pouvoir ne conſente
à perfuader que lorſqu'il eſt sûr de convaincre
! Ce grand caractere ſe retrouve
,, aujourd'hui dans tous les Actes de l'Adminiſtration
. Par-tout on y remarque
,, ce langage d'une raiſon ſupérieure , qui
,, établit le bonheur des Peuples fur des
,, principes durables & fur la baſe de la
,. législation. Dans la bouche d'un Sou-
,, verain, ce ton de bonté ſi aimable , eſt
,, un exemple fait pour influer ſur tous les
,, états , & que les meilleurs eſprits s'em-
„preſſent de ſuivre. Me fera-t-il permis
ود d'obſerver que ,dans le même-temps , un
,, grand-Prélat , aſſis parmi vous , qui ho
„ nore le premier Siege de France par
,, la ſupériorité de ſes talens & de ſes
lumieres , dans un Ecrit vraiment Apos
JUILLET. I. Vol. 1776. 185
,, tolique , fait pour ramener les eſprits
,, rebelles à la foi , ne leur a parlé qu'avec
,, cette éloquence affectueuſe&perſuaſive,
و د
avec cette tendreſſe paternelle , digne
,, du Miniſtre d'une Religion bienfaiſante ,
,, digne du Dieu de l'Evangile ? Oh ! puis-
ود
ود
ſent s'étendre par-tout ces principes de
douceur & d'indulgence , & que le Re-
,, gne de Louis XVI ſoit le Regne de
l'humanité ! Qu'au milieu des orages
,, de l'Europe , qui ébranlent les deux
,, hémiſphéres , la paix ſoit le glorieux
,, partage de cette Monarchie , qui doit
ود
و د
être toujours aſſez puiſſante, affez res-
,, pectée pour ne ſe mouvoir qu'à ſon gré !
,,C'eſt dans ce calme favorable que ſe
ود maintiendra l'honneur des Beaux Arts ,
,, ornemens de la proſpérité. La France
,, ne perdra point cette eſpece de domination
ſi glorieuſe qu'elle a obtenue ſur
و د
ود les Peuples éclairés. La lumiere des
,, vrais talens , ne s'éteindra point dans
,, les ténebres du mauvais goût. Si d'un
52 côté l'on s'efforce de les épaiſſir , vous
,, combattez de l'autre pour les diffiper.
,, L'aſtre , qui a long-temps éclairé les
,, Arts , ſe ſoutient ſur le penchant de fa
,, courſe , & brille encore à fon déclin.
Il ſurvit à foixante ans de travaux ce
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
„ Vieillard célebre , le prodige du fiecle
,, qui l'a vu naître , & le déſeſpoir des
,,âges ſuivans , qui ne le verront point
„ égaler. Ce n'eſt point ici dans doute ,
,, ce n'eſt pas dans ce Lycée , fait pour
,, atteſter les richeſſes de la nature , que
,, j'oſerai douter de ſon inépuiſable fé-
,, condité. Mais peut - être ne lui eſt - il
,, pas donné de produire deux fois cet
,, aſſemblage de tous les dons de l'eſprit ,
,,&, ce qui n'eſt pas moins rare , l'acti-
,, vité néceſſaire pour les mettre tous en
,, valeur. Peut- être auſſi doit - elle être
,, unique en tout genre , cette finguliere
„ deſtinée , qui , prolongeant au-delà des
,, bornes ordinaires des jours ſi laborieux
&fi remplis , amené ce Grand Homme
,, ſur les débris de quatre générations en-
"
" ſévelies , juſqu'à ce Trône élevé par
„ l'Opinion toute puiſſante ,d'où il exerce
„ fur tous les Peuples policés la Dicta-
,, ture du Génie? Il ne lui manque que
„d'entendre vos acclamations. Quel mo.
„ ment , Meffieurs , fi nous pouvions le
„ voir, à la fin de ſa carriere, jouir à la
,, fois de ſa gloire & de ſa Patrie! s'il
„ pouvoit , fur ce Théâtre qu'il a tant de
„ fois embelli de ſes chef-d'oeuvres , s'a-
„ vancer courbé ſous l'amas de ſes cou
JUILLET. I. Vol. 1776. 187
ور ronnes , répondre par des larmes de
,joie aux cris de la France afſſemblée ,
,,& plus heureux que Sophocle , ſurvi-
,, vre encore à ſon triomphe ! "
M. Marmontel , Chancelier de l'Académie
Françoiſe , a répondu au Difcours
de M. de la Harpe. Ses éloges de M. le
Duc de Saint - Aignan & de M. Colardeau
, font honneur à cet Académicien.
,, L'heureuſe deſtinée du Duc de Saint-
„Aignan voulut encore que fon enfance
, répondit à celle du Duc de Bourgogne.
Souvent admis à ſes études (bonheur
,, que tous les Rois du monde auroient
,, ſouhaité à leurs enfans ) , il alloit pren-
" dre avec lui les leçons de ce Génie
„bienfaiſant , que vous avez , Monfieur,
,, dignement célébré , de ce Genie à qui
,le Ciel avoit ſi éminemment accordé le
,, don de rendre la vérité intéreſſante , la
ſageſſe aimable , & la vertu facile.
ود
,, Eſt-ce dans cette ſource que le Duc
de Saint Aignan avoit puiſé ſes lumie-
و, res & fes principes ? Est-ce de l'ame
,, de Fénélon qu'avoit découlé dans ſon
,, ame cette piété tendre , cette égalité
,, douce, cette aimable ſérénité , cette
,, modeſtie indulgente qui compoſoient
,, ſon caractere ; Etoit - ce à Fénélon que
188 MERCURE DE FRANCE.
ود
2, l'on devoit enfin un Politique ſans ar.
„ tifice, un Grand ſans faſte & fans or-
,, gueil , un Homme de Cour fans intri-
,, gue, un Homme du monde ſi doux &
d'un commerce ſi facile , que ſa bonté
faifoit preſque oublier l'austérité de ſa
vertu ? Quoi qu'il en ſoit , M. le Duc
de Saint-Aignan a mérité qu'on l'ait pu
,, croire le Diſciple de Fénélon ; & cette
,,opinion fait son plus grand éloge.
ود
ود
"
و د
,, Mais l'ineſtimable avantage qu'il eut
fur Fénélon lui -même, fut de n'avoir
„ point d'ennemis. Soit à la Cour, où il
"s'étoit fait un port à l'abri des orages ,
„ auprès de cette Reine auguſte dont
"
و د
22
د ر
2"
l'eſtime lui tenoit lieu de la plus brile
„ lante faveur , ſoit dans le monde que
,fes moeurs accuſoient , mais que fa
modeſtie & fa candeur aimable , confoloient
de cette cenfure , jamais il n'a
connu de la proſpérité ni les dégoûts ,
ni l'amertume ; & dans ſon rang , il
eſt peut - être le ſeul homme de tout
" un fiecle , qui , conſtamment heureux ,
fans trouble & impunément vertueux ,
n'ait pas même irrité l'envie. Ce n'eſt
donc pas lui qu'il faut plaindre, Monſieur:
il a rempli ſa deſtinée ; & la nature
a été pour lui auſſi indulgente que
و د
و د
و د
29
"
”
JUILLET. I. Vol. 1776. 189
, pouvoit le permettre l'inévitable néces-
,, ſité de ſes Loix."
On a été attendri juſqu'aux larmes à ce
tableau touchant de l'Homme de Lettres
mourant , lorſqu'il étoit prés de recueillir
la récompenſe de ſes travaux.
" Mais qu'un jeune Homme ( M. Co
,, lardeau ) à qui le ciel n'avoit donné que
,, des talens ; que dis je ? à qui le Ciel
,, avoit vendu ſi cher ces talens de l'es-
,, prit , ces facultés de l'ame , cette or
,, ganiſation délicate , à laquelle il devoit
,, peut- être & la vivacité brillante de fon
,, imagination , & la fineſſe exquiſe de
,, fon goût, & cette ſenſibilité , qui , de
,, fon coeur facile & tendre , ſe repandoit
" avec tant de charmes dans ſes écrits ;
,, que ce jeune Homme à qui les Lettres
; tenoient lieu de tous les biens , même
رو de la ſanté, qui ſuſpendoit ſes dou-
,, leurs comme Orphée , digne d'en
,, rappeller l'exemple par la douceur de
,, ſes accens ; qui n'avoit d'autre conſo-
„lation dans ſes maux , d'autre ambition ,
,, d'autre eſpérance , vous le ſavez , Mes-
,, ſieurs , que de s'aſſurer du fuffrage de
,, la Poſtérité en méritant le vôtre ; qui
,,demandoit comme la récompenſe de
,, ſes veilles ſi douloureuſes , l'honneur
190 MERCURE DE FRANCE.
" d'être aſſis parmi vous; qui tournoit
ſes regards mourans vers cette place
,, qui l'attendoit , & dont vous l'aviez
„ jugé digne ; que cet infortuné jeune
Homme vienne expirer , en vous ten-
,dant les bras , ſur le feuil de ce Sanc-
„ tuaire , ſans que l'impitoyable mort
ود
ود lui permette d'y pénétrer, c'eſt un
,,malheur d'autant plus cruel qu'il étoit
,, encore fans exemple."
M. de la Harpe a lu dans cette même
ſéance, une Imitation en vers du ſeptieme
Livre de la Pharſale de Lucain , qu'il
a beaucoup abrégé , & qu'il a beaucoup
embélli. Le mérite de cette traduction a
été vivement ſenti , & applaudi avec
tranſport.
M. d'Alembert , Secrétaire perpétuel
de l'Academie , a fini la ſéance par la lecture
de l'Eloge de M. de Sacy , Traducteur
des Lettres de Pline , On a entendu
avec le plus grand atendriſſement la
peinture qu'il a faite de la douleur &
de l'abandon de cet Académicien , à
la mort de la Marquiſe Lambert , fon
amie , dont l'union reſpectable lui étoit
devenue délicieuſe & néceſſaire par le
même rapport des vertus , des goûts &
des fentimens. On a été d'autant plus
JUILLET. I. Vol. 1776. 19F
touché de ce tableau intéreſſant , qu'il
-étoit facile de voir que la ſenſibilité du
Panégyriſte venoit d'en ſaiſir les circonstances
, & exprimer ſa douleur par celle
de l'Académicien qu'il célébroit.
SPECTACLES.
OPERA.
دوش
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner alternativement des <
repréſentations d'Alceste , Tragédie-Opéra
en trois actes , & de l'Union de l'Amour
& des Arts , Ballet héroïque en trois entrées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Itya Ly a eu de nouveau à la Comédie Françoiſe
pluſieurs débuts.
M. DORIVAL a débuté , le ſamedi 8
Juin , par le rôle de Polieutte ; il a joué le
lendemain le Misantrope , le Procureur ar192
MERCURE DE FRANCE .
bitre ; & les jours ſuivans , pluſieurs rô
les dans la Tragédie & dans le haut comique.
Cet Acteur a beaucoup d'acquit
du Théâtre ; il joue avec feu & avec intelligence.
M. VALVILTE a débuté , le 17 de Juin ,
par le rôle du Commandeur dans le Pere
de Famille. On a trouvé de la facilité
dans ſon organe , beaucoup de naturel
dans ſon jeu , & un grand uſage du
Théâtre. Il falloit ſans doute des talens
marqués pour mériter , dans un rôle dont
le perſonnage eſt ſi odieux , tous les
applaudiſſemens avec lesquels le Public
l'a accueilli . Il a continué ſes débuts ,
avec un égal ſuccès , dans les rôles d'Orgon
du Tartuffe , de Forlis dans lesDehors
Trompeurs , du Grondeur , &c. Il les a
rendus tous avec la plus grande vérité. Il
paroît également fait pour jouer les rôles
a manteau , les Financiers & les Payſans.
On eſpere que la Scene Françoiſe ſe fera
un jour honneur des talens de cet Acteur.
COMÉDIE
JUILLET. I. Vol. 1776. 193
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comediens Italiens ont donné le
Mercredi 12 Juin, la premiere repréſentation
des Mariages Samnites , Drame
lyrique en trois actes , en vers , paroles
de M. de Rozoi , muſique de M. Gretry.
La ſeconde repréſentation a été différée
juſqu'au Samedi 29 , à cauſe de l'indiſpoſition
du principal Acteur , dont le
rôle a été changé.
Parmenon & Agathis , deux jeunes
Samnites unis par la plus tendre amitié ,
ſe félicitent de pouvoir aller venger leur
patrie , de ſignaler leur courage contre
les Romains , & de mériter enfin , par
quelques actions éclatantes , de choiſir
la Beauté qui les a charmés ; mais ils
craignent en même temps d'être rivaux,
& d'aimer l'un & l'autre , l'objet que
l'amour leur repréſente comme le plus
digne de faire leur bonheur. La loi
défend de ſe communiquer leur ſecret ;
loi ſacrée qu'ils n'ofent enfreindre. Ils
peuvent ſeulement découvrir leurs fentimens
aux auteurs de leurs jours. Agathis
a du moins la douceur de déclarer
à Eumene ſon pere , les feux de fon
:
1
N
194 MERCURE DE FRANCE.
coeur, & de l'entendre les applaudir. La
belle Céphalide rend pareillement Euphémie
la confidente de ſes amours ;
mais Parménon , privé de ſes parens , ainſi
qu'Eliane , n'a point cette confolation.
Cependant ils célebrent , ſans le nom.
mer , l'objet de leur inclination. Les
filles Samnites , toutes ambitieuſes de
plaire , s'aſſemblent ; les guerriers font
ſecrétement leur choix , & le feu de leur
courage s'animant par celui de leur pasfion
, ils volent au combat. Les Samnites
adreſſent leur priere à l'Amour. Céphalide
, Amante ſoumiſe , attend paiſiblement
que la gloire lui ramene fon
Amant. Eliane , plus impatiente & plus
fiere , s'indigne au contraire d'une loi
trop ſévere , qui lui impoſe le filence &
l'obéiſſance. Elle fait éclater ſon dépit;
elle condamne la tyrannie exercée contre
ſon ſexe , & elle prétend aux mêmes
avantages que les braves défenſeurs de
la patrie. Tant d'audace la fait condam
ner par ſes compagnes ; on la prive de
l'honneur de mériter un choix , & d'être
préſente à l'aſſemblée des filles Samnites ,
lorſque les guerriers reviendront vainqueurs.
Elle projette dès lors de réparer
fa gloire par quelque action brillante. La
tendre Céphalide pleure ſon amie &
2
JUILLET , I. Vol. 1776. 195
1
n'eſpere plus de bonheur , ſi elle ne
peut voir fon amie heureuſe. Eumene
qui , malgré ſon grand age , a voulu
fuivre fon fils au combat, a été renverſé ;
& près de périr , il eſt enlevé par Agathis
& entraîné loin du danger. Il déplore
alors le deſtin de ſon fils , qui a préféré
à la gloire de ſe fignaler contre l'ennemi ,
le devoir de ſauver les jours d'un vieillard.
Agathis ſent toute la grandeur de
fon facrifice ; mais la tendreſſe filiale le
conſole même de fon amour. Cependant
un parti des Samnites , repouſſés par les
Romains , eſt en fuite; Agathis les voit ,
les rallie & les ramene au combat , laisfant
fon pere aux ſoins d'Euphémie. Eumene
fait des voeux pour ſon fils. Enfin
les Samnites reviennent triomphans. On
proclame les vainqueurs qui ſe ſont le
plus diftingués. Un des guerriers s'eſt
élancé devant le fer qui alloit frapper le
Général des Samnites; il l'a ſauvé , en
oppoſant fon corps au fer ennemi ; ce
guerrier eſt inconnu . Un autre , pour ſe
venger de l'offenſe d'un Samnite , l'a
défié d'enlever le drapeau du Général
Romain. Il a ſauvé lui même le Samnite
qui l'avoit inſulté , le voyant ſous le glaive ;
îl a en même temps remporté l'étendart :
ce guerrier eſt Parmenon. Un troiſieme ,
(
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
qui attiroit tous les regards par ſes exploits,
a tout-à-coup abandonné les intérêts
de la patrie; oui , répond Eumene ,
s'il a quitté le champ de bataille & la
gloire, c'eſt pour conferver les jours d'un
pere malheureux quialloit périr ; mais mon
fils a réparé ſa faute , ſi c'en eſt une d'être
ſenſible ; il a rendu le courage à des
foldats effrayés , il les a ramenés en
préſence des Romains , & il a décidé la
victoire par ſon commandement & par
ſa valeur : on proclame Agathis. Ces
deux amis ont l'un & l'autre le droit de
choiſir la Beauté qui les a charmés ;mais ils
craignent d'être rivaux; & ſi leur choix
eſt le même , l'Amour doit faire leur malheur.
On leur permet alors de ſortir de
l'enceinte , & de ſe faire en particulier
la confidence de leurs feux. Ce moment
fatal cauſe la plus grande inquiétude &
le plus vif intérêt. Les deux amis appréhendent
de nommer chacun l'objet qu'il
aime. Le nom d'Eliane échappe à Parménon
; fon ami lui dit avec tranſport,
ce n'eſt donc point Céphalide qui fait
l'objet de tes voeux. Ils ne peuvent contenir
leur joie: ils déclarent leur choix ,
& les Chefs le confirment. Mais Eliane
eft abſente : on ignore ſa deſtinée. Cepha. |
lide ne veut pas confentir d'être unie à
JUILLET. I. Vol. 1776. 197
ſon Amant , ſi ſon amie n'eſt pas heureuſe
comme elle. Les deux amis partagent
le même ſentiment. Alors Eliane
paroît en guerrier , & l'on reconnoît à
fon armure le Héros qui a ſauvé le Général
de l'armée. Ce trait de courage
efface ſa faute ; la Patrie comble ces
Amans de gloire , & l'amour & l'amitié
font leur bonheur. Agathis & Parmé-
- non ,& tout le choeur avec eux , chantent :
1
:
تا
Objet ſacré de notre hommage ,
Sexe trop cher , regnez fur nous :
Nos arts , nos loix font votre ouvrage ,
Talens , vertus , tout naît par vous.
Du monde entier formez la chaîne ;
C'eſt commander que vous fervir ;
Quand on a la beauté pour reine ,
Tout eft devoir , tout eſt plaiſir.
Ce ſimple expoſe ſuffit pour donner
l'idée d'un ſpectacle intéreſſant &varié.
La gloire & l'amour animent les ſentimens
des Samnites ; ce qu'ils diſent &
ce
fr
qu'il font , font des lecons de générofité
& de vertu. On deſireroit uneaction
dont l'intérêt fût moins diviſé; cependant
l'unité , ſi eſſentielle dans une
Piece de Théâtre déclamée , eſt peut-
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
être moins favorable à la muſique qu'une
action variée , qui préſente différens tableaux
, avec beaucoup de mouvement
&d'oppoſitions. Le ſujet eſt imité d'un
conte de M. de Marmontel; mais le
Poëte a inventé le caractere d'Eliane ,
dont le noble orgueil , la fierté , le courage
contraſtent heureuſement avec les
moeurs douces & tendres de Céphalide.
La ſcene du pere ſauvé par ſon fils , celle
des Samnites ramenés au combat , celle
de la proclamation des vainqueurs qui
ont le plus mérité de la patrie, l'incertitude
du fort d'Agathis , le combat de
générofité des deux amis , la confidence
qu'ils craignent tant de ſe faire du ſecret
de leur coeur, le retour d'Eliane en guerrier
, toutes ces ſituations font trèsintéreſſantes
; ajoutez à cela une muſique
qui anime tout , qui embellit tout , qui
prend toutes les formes de la paffion ,
du ſentiment , des caracteres , qui a toujours
l'expreſſion propre , qui eſt toujours
pittoreſque , éloquente & ſenſible ; dont
les chants ſont ſi variés , ſi neufs , ſi brillans
, ſi intéreſſans , & ce ſpectacle paroſtra
digne de ſon ſuccès. M. Grétry
n'a jamais porté ſi haut l'art de la compofition
muſicale que dans cette nouvelle
JUILLET. I. Vol. 1776. 199
Piece , qui atteſte la richeſſe inépuifable
de fon génie. Nous nous contenterons
de citer l'air à la fois tendre & martial
chanté par Agathis , Quand mon
coeur vole à la victoire , &c. Le quatuor ,
où les à parté ſont ſi heureuſementménagés
& les chants ſi délicieux , entre Agathis
& fon pere , entre Céphalide & fa
mere; le choeur des Guerriers qui vont
au combat , la marche militaire , celle des
filles Samnites , dont le chant eſt ſi naïf.
ſi délicat : le récitatif obligé & l'air
d'Eliane , muſique de la plus grande énergie
& de l'effet le plus impoſant ; le duo
enchanteur entre Eliane & Céphalide ,
le chant paſſionné entre Eliane & le
choeur des filles Samnites , le magnifique
duo des deux amis , les beaux airs de
Céphalide , les couplets des filles Samni-
- tes & ceux de la fin.
Les principaux rôles de cette Piece ont
- été parfaitement joués & chantés par M.
Julien , dont on connoît le goût & le
talent ; par M. Michu , bon acteur &
agréable chanteur ; par M. Narbonne
excellent muſicien ; par M. Meunier ,
plein de feu & d'intelligence. Madame
Trial intéreſſe infiniment par la beauté
de fon organe , par la délicateſſe de ſon
N4
200 MERCURE DE FRANCE.
goût , par la juſte & brillante expreſſion
de fon chant; Mademoiselle Colombe
étonne , enchante par la nobleſſe de ſon
jeu , par l'étendue de ſa voix , par le
grand caractere de fon chant. Tant d'avantages
réunis font les plus fûrs garants
d'un plaiſir durable pour les Amateurs qui
ſont ſenſibles & fans prévention.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Collection de Deſſins Italiens, Flamands ,
Hollandois & François , ainsi que de
pluſieurs Tableaux , Estampes , Volumes
d'antiquité , &c.
CETTE ETTE collection , dont la vente eſt
annoncée pour le 8 du préſent mois de
Juillet , eſt particulierement riche en
deffins Flamands & Hollandois. Le desfins
de Berghem , Oftade , Rembrant ,
Ruyſdaal , Potter , K. du Jardin , Van
1
JUILLET. I. Vol. 1776. 201
Velde , Van-Huyſum, Moucheron , Layreſſe
, &c. y font en grand nombre.
Pluſieurs de ces deſſins ſont très-capitaux
& préférables , peut être , à pluſieurs tableaux
de ces mêmes Maîtres , par leur
rareté , leur conſervation , & la touche
tout à fait ſpirituelle avec laquelle ils
ſont exécutés. L'Amateur Hollandois ,
✓ M. Neyman, qui a formé cette collection
, en a fait dreſſer le catalogue par
F. Baſan , Graveur & Marchandd'eſtampes
, demeurant à Paris , rue & Hôtel
Serpente. On le diſtribue chez lui , &
chez Prault , Imprimeur Libraire , qual
de Gêvres ; prix 3 1. 12 f.
Ce catalogue curieux , de format
in - 8°. eſt orné d'un frontiſpice du deſſin
de M. Choffard , & enrichi de quatorze
eſtampes gravées à l'eau forte , d'une
pointe fine & légere , par M. Wiesbrood
& autres Artiſtes , d'après les principaux
deſſins de la collection.
11.
La joyeuse Bacchante , eſtampe de
forme ovale , ayant 6 pouces de haut fur
4 de large , gravée par Guttinberg ,
d'après la gouache peinte par Madame
N5
202 MERCURE DE FRANCE .
le Sueur. Cette petite eſtampe eſt gravée,
avec beaucoup de ſoin , par un jeune
homme dont le talent n'eſt pas encore
connu , & qui donnera inceſſamment le
pendant , dont le ſujet, très agréable ,
fera exécuté avec la même attention.
Elle ſe trouve chez Iſabey , Marchand
d'eſtampes , rue de Gêvres ; prix 12 f.
III.
Les Poules aux Guinées, de 8 pouces
environ de hauteur ſur 6 de longueur ;
eftampe allégorique , inventée , deffinée
& gravée avec beaucoup de talent
par F. Godefroi; prix 24 f. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Francs- Bourgeois
Saint Michel , vis - à - vis la rue de
Vaugirard.
Le ſujet eſt tiré de la fablede la Poule
mux oeufs d'or de la Fontaine :
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Un homme armé , tenant d'une main le
ſymbole d'un gouvernement , déſigné par
trois léopards , pourſuit des Poules , qui
abandonnent le nid où elles pondoient
parmi les roſeaux , & s'envolent vers des
JUILLET. I. Vol. 1776. 203
fortifications . On voit au loin le tonnerre
fillonner des nuées orageuſes.
I V.
Hommage des Arts, eſtampe de treize
pouces de hauteur ſur neuf & demi de
largeur , deffinée par Ch. N. Cochin , de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
, gravée par B. L. Prevoſt , de l'Académie
Impériale & Royale de Vienne.
La compoſition en eſt ingénieuſe , & la
gravure d'un effet pittoreſque. Le médaillon
de la Reine y eſt repréſenté avec
les Arts qui l'environnent & lui font
hommage. Cette eſtampe ſert de frontispice
à un recueil de muſique préſenté à
Sa Majefté par le ſieur Botti , de la Chapelle
du Roi. On trouve l'eſtampe chez
M. Prevoſt , rue St Jacques , porte Saint
Jacques ; prix 4 liv.
V.
Portrait de Clement XIV. Ganganelli ,
né en 1705 , Religieux Mineur Conventuel
en 1723 , Cardinal en 1759 , Pape
en 1769, mort en 1774. Ce Portrait eſt
très - reſſemblant & bien gravé , par M.
1
204 MERCURE DE FRANCE.
Bradel , d'après le tableau original apporté
de Rome: il eſt de format in - 12,
& peut être placé au devant des Lettres
de ce Pontife. Prix I liv. 4 f. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Septvoies , au
College de Forter , prés Ste -Genevieve.
Les perſonnes de Province recevront ce
portrait par la poſte , franc de port , ſur
leur demande, en affranchiſſant leur lettre&
l'argent,
V I.
Les Amans Curieux , Eſtampe de 19
pouces de longueur fur 16 & demi de
largeur , gravée avec beaucoup de ſoin &
de talent , d'après M. Aubry , par M. Levaſſeur
, pour ſervir de pendant à l'Amour
Paternel. Prix 6.liv.
VII.
L'Heureuſe Union , Eſtampe de 17
pouces de hauteur , fur 12 de largeur :
gravée par Boſſe , d'apres le deſſin de
Frendenberg , d'une compoſition agréable
, & d'une exécution pittoreſque. On
la trouve chez M. Moreau , Deſſinateur
du Roi , cour du Palais. Prix 3 1.
JUILLET. I. Vol. 1776. 205
VIII.
Portrait en Médaillon de Francois de
la Peyronie , premier Chirurgien du Roi
Louis XV , gravé par pruneau. A Paris ,
chez l'Auteur , porte S. Jacques , Maiſon
de Mde. Augier , Apothicaire , & aux
adreſſes ordinaires. Prix 1 liv. 4 f.
ء1
1 X.
Les Citrons de Favotte , Eſtampe de
14 pouces de hauteur & 16de largeur ,
gravée d'une maniere large , & d'un bon
effet , d'après le tableau de M. Jeaurat ,
par M. Levaſſeur. Pris 2 liv .
MUSIQUE.
I.
SIX
DIX DUO pour un alto & un violon ,
compoſés par M. Prot , OEuvre 1. Prix
7 liv. 4 f. A Paris , chez M. de la Chévardiere
Editeur, rue du Roule , à la
206 MERCURE DE FRANCE.
Croix - d'or. A Lyon chez M. Caſtaud;
& en Province , chez tous les Marchands
deMuſique.
I I.
L'Amant malheureux ; Ariette à quatre
parties obligées : deux violons , alto
& baſſe , par M. Prot , dédié à Mile
F. L. 1 liv. 16 f. A paris , chez l'Auteur ,
rue Cadet , Fauxbourg Montmartre , la
ſeconde porte - cochere à droite. Et chez
Mlle Girard , rue du Roule , à la Nouveauté.
III.
Premier Concerto à flûte traverſiere ,
premier & ſecond violon , alto & baſſe ,
arrangée ſur des morceaux connus ; dédié
aux Amateurs ; par M. Amé , Maître de
flûte. Prix 3 liv. 12 f. AParis , chez Bignon
, place du vieux. Louvre , & aux
adreſſes de Muſique.
I V.
SOUSCRIPTION.
Si la Muſique d'abord conſacrée à ajouJUILLET.
I. Vol. 1776. 207
ter de la grandeur & de la folemnité aux
cérémonies tant religieuſes que profanes ,
eſt enſuite entrée dans les ſyſtèmes d'éducation,
il faut convenir que c'eſt à
cette double fin qu'elle doit ſes progrès.
Les différens caracteres donnés à cet
- Art agréable , fait pour maîtriſer l'ame
en charmant les ſens , ont été variés fuivant
les circonstances , ou réglés par l'uſage
auquel il étoit deſtiné. De- là la
multitude d'OEuvres publiés par des Maîtres
célebres & accueillis avec emprefſement.
Sans ſe mettre au même rang , mais
non moins jaloux de ſe rendre utile , le
ſieur Benaut , Maître de Clavecin , déja
connu par des Ouvrage propres à l'Orgue
, au Clavecin & au Forté- Piano , offre
les fruits d'un travail qu'il vient d'entreprendre
d'aprés les demandes réitérées
qui lui ont été faites dans ces deux genres.
Il propoſe deux abonnemens , l'un pour
l'Orgue , & l'autre pour le Clavecin & le
Forté-Piano .
Le premier conſiſtera chaque année
en douze cahiers , conformément à la diviſion
ſuivante.
Trois Meſſes , composées chacune de
208 MERCURE DE FRANCE.
cinq verſets pour le Kyrie; huit pour
le Gloria ; grande Sonate ou Chaſſe , avec
Tempo di Minuetto ou Fanfare pour l'Offertoire
; deux Verſets pour le Sanctus ;
Pieces en rondeau mineur &majeur pour
l'Elévation ; Verſet pour le premier
Agnus , & grande Piece pour le troiſieme ,
&d'unplein jeu pour le Deo Gratias.
Le prix ſéparé de ce cahier , ſera de
3 liv. 12 f.
Trois Magnificat de huit Verſets
chacun. Prix ſéparé 2 liv. 8 f. chaque.
Trois Hymnes , de ſix Verſets chacun.
Prix ſéparé, I liv. 16 f. chaque.
Trois Livres de Verſets , compoſés
de douze Verſets ordinaires ou vingtquatre
petit Verſets. Prix ſéparé , 2 liv.
8fols chacun.
Chaque exemplaire contiendra de
plus , des Fugues & autres Pieces de Caracteres
, avec un Avertiſſement pour
l'Exécuteur.
Toutes ces Pieces feront dans toutes
fortes de tons en mineur ou en majeur ,
dans le genre moderne.
Le prix de cetAbonnement eſt de 30
liv. pour la Province , & de 24 liv. pour
Paris , franc de port.
Le ſecond Abonnement pour le Clavecin
JUILLET. I. Vol. 1776. 209
vecin & le Forté-Piano , ſera compoſé
de douze cahiers ſucceſſivement par
mois.
On y trouvera quatre ouvertures avec
accompagnement d'un Violon & Vio-
Joncelle ad libitum. Le prix ſéparé eſt de
3 livres.
Quatre Recueils d'Ariettes choiſies en
Pieces de Clavecin , compoſés de douze
Ariettes chacun , avec accompagnement
d'un Violon en jouant le premier deſſus
à l'uniffon. Prix ſéparé 3 liv. chaque.
Quatre Recueils d'Ariettes choiſies ,
avec accompagnement de deux Violons ,
la Baſſe chiffrée; chaque Recueil compoſé
de fix Ariettes . Prix ſéparé , 1 liv. 16 f.
chaque.
Le prix de l'Abonnement eſt de 30
liv. pour la Province , & de 24 pour Paris
, rendu franc de port.
Ces deux Abonnemens commenceront
au premier octobre 1776 , pour finir à
pareille époque 1777 ; & l'Auteur ſe propoſe
de la coutinuer enſuite.
On s'adreſſera au ſieur Benaut , Maître
de Clavecin , à Paris , rue Gît- le- coeur ,
la feconde porte cochere , à gauche , en
entrant par le quai des Auguſtins: & l'on
eſt prié d'affranchir le port des lettres&
Ο
210 MERCURE DE FRANCE .
A
de l'argent. On pourra s'abonner en tout
temps.
V.
Six Quatuor dialogués pour deux Vio
lons , Alto & Violoncelle , dédiés à M.
Savalette de Lange , par M. Paiſible;
OEuvre troiſieme. Priv 9 liv.
V I.
Quatrieme Recueil d'Ariettes d'Opéra
Comiques , & autres jolis Airs , avec ac
compagnement de guittarre : Menuets
variés , Allemandes & pieces , par M. Vi
dal , Maître de Guitarre : OEuvre neu
vieme. Prix 6 liv.
VII.
Trente - neuvieme Recueil d'Ariettes d'Opéra-
Comiques , & autres , arrangées pour
le forté-piano&le clavecin , par M. Pouteau
, Organiſte de Saint Martin - des
Champs , & Maître de Clavecin. Prix
I liv. 16 fols. Ce Recueil eſt le troiſieme
en la quatrieme année de l'abonnement
par l'année 1776. Ces trois Ouvrages,
mis au jour par M. Bouin , ſe vendent a
JUILLET. I. Vol. 1776. 211
1
Paris chez l'Editeur , Marchand de Muſi
que & de cordes d'inſtrumens , rue
Saint- Honoré , près S. Roch , au Gagne
- petit.
VIII.
☐ Le Danger des Soupçons , duo italien
(paroles françoiſes) , avec accompagne
ment de deux violons , alto & baffe ; à
Paris , au Bureau du Journal de Muſique ,
rue Montmartre , vis à-vis celle des vieux
Auguſtins, Prix 24 f.
Ce Duo , dont on ignore l'Auteur , a
été communiqué aux Auteurs du Journal
de Muſique , par un Amateur auſſi distingué
par ſa naiſſance que par fon goût
pour les Arts. Il paroît être du même
ſtyle que le duo italien des Sermens- de
l'Hymen , qui parut il y a deux ans à la
même adreſſe.
I X.
Le Choix Raisonnable , Romance de
M. d'Arnaud , miſe en Muſique , avec
accompagnement de deux violons &
baſſe , par M. Greſſet , maître de Chant ;
à Paris , à la même adreſſe ci -deſſus.
Prix 24 f.
(
2
212 MERCURE DE FRANCE .
Cette Jolie Romance eſt tirée du Re
cueil des Odes Anacreontiques de M.
d'Arnaud. La muſique eſt agréable &
legere, & a été fort applaudie dans les
Concerts particuliers.
Χ.
Ouverture des deux Avares , arrangée
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement d'un violon & violon
celle , ad libitum, par M. le Baron P. **
Prix 2 liv. 8 f. A Paris, chez le ſieur Benaut
, Maître de Clavecin , rue Gît - lecoeur
, & aux adreſſes ordinaires .
X I.
Dixieme Recueil d'Ariettes choisies
arrangées pour le clavecin ou le fortépiano
, avec accompagnement de deux
violons & la baſſe chiffrée , dédié à Mademoiſelle
Langlé de Schoebeque , par
M. Benaut. prix 1 liv. 16 f.: aux mêmes
adreſſes.
ΧΙΙ.
Pieces d'Orgues. Meſſes & Noëls avec
variations , flamands , françois , italiens ,
JUILLET. 1. Vol. 1776. 213
en re mineur : dédiées à Madame de
Montmorency-Laval , Abbeſſe de Montmartre
, compoſées & arrangées par M.
Benaut , Prix 3 1. 13 f. aux mêmes adreſſes
.
ΧΙΙΙ.
1
Romance nouvelle: la Fidélité de Lucrece.
Prix 18 fols , chez Mlle Girard,
Marchande de muſique, rue du Roule ,
à la Nouveauté.
ARCHITECTURE.
PORTE DE ORTE DE VILLE , compoſée dans le
goût Romain , enrichie d'attributs militaires
, avec deux Fontaines publiques de
chaque côté , dans une portion de cercle ,
faiſant décoration à la-dite porte dans ſon
arriere- corps .
L'original eſt deſſiné à la plume par toutes
lignes verticales &circulaires , ſuivant
le cas , ſans être croiſées : ce qui rend les
objets plus doux , plus naturels , & moins
durs à l'oeil ; exécutée ſur cuivre par l'Au
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE.
teur, dans le même genre que l'original.
La feuille a 14 fur 16 pouces& demi ,
y compris la Dédicace: & chaque exem
plaire ſe vend 3 liv. , chez le ſieur Baudry
, Ingénieur pour la levée des plans ,
rue des Nonáindieres , près celle de la
Mortellerie.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
LE
I.
Industrie.
E ſieur Doucet eſt parvenu à trouver
un remede à tous les inconvéniens qu'en
traîne l'uſage des batteries de Cuiſine ,
de cuivre ou de fer battu , en imaginant,
pour le même uſage , un métal ſain &
peu diſpendieux , avec lequel on n'aura
à craindre ni rouille , ni verd de gris , ni
aucun effet préjudiciable à la ſanté ou au
goût. Sans avoir fubi aucune préparation
dangereuſe , les uſtenſiles de ce métal
factice font plus blancs en dedans qu'en
dehors. Ils n'ont jamais beſoin d'être
JUILLET. I. Vol. 1776. 215
étamés. Il ne faut , pour les tenir propres
, que les écurer ſouvent en dedans &
en dehors , avec du vinaigre & du ſable
fin. Plus on les nétoiera , plus ils ſeront
unis & brillans. Une caſſerolle de ce métal
doit durer douze ou quinze ans , en
ſervant journellement ; pourvu qu'on ne
la laiſſe pas trop long temps ſur le feu
ſans y jeter quelque liquide , & qu'on ne
s'en ſerve pas pour faire des fritures , tant
à l'huile qu'au beurre ; car dans le premier
cas elle caſſeroit , & dans le ſecond elle
entreroit en fuſion.
I I.
Le ſieur Rivey, de Lyon , a inventé
un nouveau métier à tricoter , au moyen
duquel il exécute des étoffes à deſſin & à
fleurs nuées pour habits ou autres uſages.
Ce métier a eu l'approbation des Acadé-
-mies des Sciences de Paris & de Lyon.
- Le ſieur Rivey a même eu l'honneur de
travailler devant Leurs Majeſtés & la Famille
Royale ; & les Princes , pour lui
marquer leur fatisfaction de certe invention
nouvelle , ont fait choix fur les
échantillons qu'il leur a préſentés , de
- quelques étoffes pour ſe faire des habits.
1
04
216 MERCURE DE FRANCE
ΙΙΙ.
Le ſieur Nicolas Duboy , Marchand
& Géometre à Saint - Quentin , en Picardie
, a trouvé une méthode générale
pour diviſer ou partager un quadrilatere
ou figure de quatre côtés inégaux : ſavoir,
en deux , trois ou quatre parties égales
, &c. ou telle ſuperficie que l'on voudra
prendre dans le- dit quadrilatere , par
des lignes droites en longueur ou en largeur
, & dont les côtés oppoſés ſoient
proportionels aux- dites ſuperficies que
l'on voudra prendre; le tout démontré
par les Elémens d'Euclide ; & aucun
Auteur , que l'on fache , n'a pas encore
juſqu'à préſent traité cette partie de Géométrie.
I V.
On débite à Paris , rue Saint- Honoré ,
vis-à-vis l'Oratoire , à la Roſe , un Fumoir
ou Soufflet méchanique , à l'uſage
des Cultivateurs , propre à étouffer dans
les trous les familles entieres de rats ,
mulots , taupes , ſouris , loirs , & généralement
tous les animaux ennemis de
la culture, ainſi que les chenilles aux
JUILLET. I. Vol. 1776. 217
arbres , ſans danger pour les fleurs ni les
fruits . Ce foufflet eſt ſoumis à l'examen
du public par l'expérience journaliere ;
on offre même aux acheteurs incrédules
d'en faire l'expérience devant eux fur un
animal vivant.
V.
Le ſieur Foerſter , Teinturier de Bres
law , en Siléſie , a trouvé le ſecret d'un
rouge de Turquie , compoſé avec des
ingrédiens fournis par le ſol du Pays. Les
Commiſſaires nommés pour en faire
l'épreuve , en ont atteſté la bonté , la
beauté & la ſolidité ; il eſt même plus
fin , plus brillant & plus agréable à l'oeil ,
que le vrai rouge de Turquie.
LA
ANECDOTES.
I.
A liberté Angloiſe a paru , dans toute
-ſa licence , dans la repréſentation du
Négre devenu Blanc , Opéra - Comique ,
joué à Londres au mois de Février
05
218 MERCURE DE FRANCE,
,
dernier , ſur le Théâtre de Drury-
Lane. Cette Piece après avoir été
bien reçue aux deux premieres repréſentations
, avoit été affez mal accueillie à
la troſieme ; les Acteurs furent fifflés &
aſſaillis de toutes parts de pommes &
d'oranges . Au millieu du tumulte , un
Anglais briſa les luftres à coup de bâton ,
ſauta fur le théâtre & déchira les décorations
: quelqu'un du parterre jeta ſa
groſſe canne à celui qui cauſoit tout ce
déſordre ſur le théâtre , & le bleſſa à la
mâchoire & à l'épaule ; le bleſſé furieux
ramaſſe la canne, la jette au milieu du
parterre,& frappe cinq ou fix têtes. Dans
je moment plus de cinquante perſonnes
s'élancent ſur le théâtre , & ſe battent à
coups de poing; il ne reſta ni luſtres , ni
bougies , ni décorations : tous les ornemens
de la ſalle furent détruits . M. Garrick
, déſeſpéré de ce tintamarre , parut
& harrangua le Public. Il l'aſſura que ,
puiſque la piece lui déplaifoit , elle ne
ſeroit plus jouée davantage. La diſpute
s'appaifa , & les auteurs du déſordre paſſerent
la nuit à la taverne. Le lendemain
ils allerent offrir deux cents guinées de
dédommagement à M. Garrick pour les
luftres & les décorations : il les refuſa ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 219
& les pria d'être plus honnêtes à l'avenir.
I I.
Fait fingulier.
Un particulier d'une grande Ville d'Allemagne
, vient de faire un teſtament
fingulier. Entre autres effets qu'il laiſſe
à ſa famille , il y a une collection de plus
de mille tabatieres de toutes eſpeces & de
différens métaux ; il a aſſigné une certaine
fomme pour entretenir & augmenter
cette biſarre collection , qui ne pourra
jamais être diviſée ni aliénée. Enfin , il
a légué en faveur d'un gros chien , dont
il vante la fidélité , la ſomme de cinquante
écus à celui qui en aura le plus
grand ſoin.
III.
Le Philoſophe Ariſtippe demandant
grace pour un de ſes Amis , ſe jeta
pour l'obtenir , aux pieds de Denys le
Tyran; quelqu'un l'ayant repris de cette
baſſeſſe: ce n'est pas ma faute , reponditil
, mais bien plutôt celle de Denys , qui
n'a les oreilles qu'aux pieds.
220 MERCURE DE FRANCE.
I V.
Congreve , fameux Poëte comique
Anglois , avoir la manie de rabaiſſer
beaucoup la profeffion d'Ecrivain , à laquelle
il devoit ſa réputation & fa fortune;
& parloit de ſes Ouvrages comme
de bagatelles qui étoient au deſſous de
lui. M. de Voltaire l'étant allé voir lors
de ſon Voyage en Angleterre , Congreve
lui fit entendre dans leur premiere converſation
, qu'il ne devoit le regarder
que ſur le pied d'un Gentilhomme qui
menoit une vie aiſée & fimple. M. de
Voltaire lui répondit , que s'il eût été
aſſez malheureux de n'être qu'un Gentilhomme
, il ne feroit jamais venu le
voir.
JUILLET. I. Vol. 1776. 221
AVIS.
I.
Maison d'Education pour les jeunes
Demoiselles.
CETTE maiſon ſpacieuſe, & accompagnée d'un jardin
,
en bon air , eſt ſituée à Paris , rue de Vaugirard , audeſſus
de la rue nevue de Notre - Dame des Champs ,
Fauxbourg Saint Germain. Mademoiselle Ecambourt
qui eſt à la tête de cette Maiſon , emploie les moyens
d'inſtruction les plus capables de former le coeur &
l'eſprit de ſes éleves . Cette Demoiselle diſtribue chez
elle un précis imprimé de fon cours d'éducation , que
les parens , qui voudront procurer à leurs enfans une
éducation ſage & fructueuſe , feront bien de conſulter.
I I.
Manufacture de papiers peints pour ameublemens
, rue de Montreuil , Fauxbourg
& près de l'Abbaye Saint Antoine , à
Paris.
Le ſieur Reveillon , Entrepreneur de cette Manufactuce
, a l'honneur de prévenir le Public que deſirant don
222
MERCURE
DE FRANCE
.
ner à cette entrepriſe toute l'extenſion & la perfection
dont elle eſt ſuſceptible , il a pris le parti de quitter
totalement la maiſon de commerce qu'il occupoit ci - devant
rue de l'Arbre - ſec , où il faiſoit le debit de ſes
papiers , pour fixer ſa demeure à la-dite Manufacture ,
dont le fuccès , toujours conftant , provoque de plus en
plus ſon émulation , & dans laquelle il fabrique &
vend, tant en gros qu'en détail , toutes fortes de papiers
pour tapiſſeries , comme papiers veloutés ou drapés ,
peints & veloutés , nués , peints , imprimés & dominotés
, imitant les velours , damas , petits points , moëres ,
ſatins , lampaſſes , perſes , indiennes , papiers de la Chine ,
& généralement toutes les étoffes françoiſes & étrangeres
à l'uſage des ameublemens.
Il réunit dans cet établiſſement une collection ſi nombreuſe
de deſſins & de gravures , qu'il y a peu d'étoffes
qu'on ne puiſſe très -bien y aſſortir.
Il exécute ces mêmes deſſins ſur toile ou sur toutes autres
éroffes , dont on peut faire des meubles & rideaux.
Pour la commodité des perſonnes qui ne voudroient
pas ſe tranſporter dans un quartier auſſi éloigné , il vient
d'établir fon magaſin rue du Carouzel , en face de la
porte des Tuileries , près la rue de l'Echelle , chez le
ſieur de la Foſſe , privilégié du Roi , où l'on trouvera
tous ſes papiers marqués de fon timbre , dont les prix
établis avec toute modération , feront fixés par un tarif
égal à celui de la manufacture.
Il y aura toujours à ce magaſin quelqu'un capable de
recevoir les commiſſions pour l'aſſortiment des étoffes ou
JUILLET. I. Vol. 1776. 223
échantillons , & de rendre compte des meſures & qualités
que chaque piece de tenture pourra contenir ; en un
mot , le Public y jouira du double avantage de pouvoir
acheter fans marchander , & d'être certain de ne pouvoir
être trompé par des contrefactions imparfaites.
Ce commerce devenant chaque jour plus connu dans
les Provinces du Royaume & chez l'Etranger , les Négocians
qui defireront tenir cet article , pourront s'adreſſer
directement au ſieur Reveillon , qui leur fera parvenir ,
s'ils le defirent , un aſſortiment des échantillons de ſes
papiers , fur leſquels ils trouveront le prix & le numéro
indicatif du deſlin .
III.
Eau de Fleur d'Orange de Malte.
Madame Savoye , rue Théreſe , au coin de la rue
Sainte Anne , vient de recevoir la nouvelle eau de fleur
d'orange double de Malte , qui avoit été annoncée dans
les Mercures précédens. On peut lui écrire ; elle ſe
charge d'en envoyer en Province .
IV.
Ecriture.
Le ſieur Ourbelin , privilégié du Roi , & aſſocié à
l'Académie royale d'Ecriture , vient d'imaginer & de
compoſer diverſes estampes , en forme de cartouches
1
224 MERCURE DE FRANCE.
allégoriques. Elles font gravées avec ſoin & en partie
exécutées à la plume , richement ornées de figures analogues
, de guirlandes de fleurs , & d'attributs qui caractériſent
les différens ſujets qu'elles repréſentent & qui
confiftent : *
1º. En un Tablean qui renferme en vers le nom , le
nombre , & le ſujet de tous les livres de l'ancien & du
nouveau Teftament : ce cartouche eſt décoré des attributs
de la Religion .
2º. En pluſieurs cartouches propres à décorer un
cabinet , à contenir les armes des Seigneurs , les chiffres
, les époques , les naiſſances & les mariages , ainſi
que les complimens en vers ou en profe.
3º. En d'autres cartouches dédiés à MM. les Financiers
, Banquiers & Négocians du Royaume , pour ſervir
de frontiſpices à leurs journaux & grands livres d'extraits.
Ces cartouches ſont embellis de figures relatives
au commerce dans toutes les parties du monde.
• Ils ſe trouvent à Paris , chez l'Auteur , rue Croixdes-
Petits-Champs , vis- à-vis la rue Coquilliere , maiſon
de M. Tremblay ; & à côté , chez le ſieur Lamarre ,
Gazetier.
NOUVELLES
JUILLET. I. Vol. 1776. 225
NOUVELLES POLITIQUES .
De Constantinople , le 17 Avril 1776.
L
Es nouvelles de Bagdad nous promettent un accommodement
prochain avec la Perſe. Le petit Ecuyer du
Grand Seigneur eſt parti depuis quelques jours pour
porter une peliſſe à Spanatchi Muſtapha Pacha.
On eſt informé que les Ruſſes travaillent avec ardeur
à la conſtruction d'une fortereſſe entre Kerche & Jénikalé.
L'Officier qui y commande eſt parvenu à fe concilier
les Tartares du voisinage , & à les maintenir dans
une intelligence réciproque. On aſſure auſſi que la navigation
va commencer à s'établir dans ce pays , au
moyen de pluſieurs frégates légeres que la Ruffie doit y
envoyer.
De Petersbourg , le 10 Mai 1776.
La ſemaine derniere , dans la Maiſon Impériale de
'Education des Demoiſelles , on a procédé à la diſtribution
des prix & à la fortie de celles qui compofoient
la premiere claſſe , en préſence des Directeurs & des
Directrices de cette Maiſon , & d'une grande quantité de
Nobleſſe qui y étoit préſente. Sa Majesté Impériale a
pourvu aux beſoins de celles qui ſe trouvent privées de
pere & de mere , ou dont la fortune ne répond pas à
leur naiſſance.
1
P
226 MERCURE DE FRANCE.
De Warsovie , le 18 Mai 1776.
Les lettres de la Pruffe Polonoiſe parlent d'un campement
de quarante mille Prufſiens , qui aura lieu le 8 du
mois Juin à Graudentz , dans les nouvelles acquiſitions
du Roi de Pruffe , & elles ajoutent que Sa Majesté Prusſienne
fait conſtruire une fortereſſe ſur les bords de la
Viftule.
De Copenhague, le 22 Mai 1779.
En conséquence d'une réſolution du Roi , le commer
ce ſur les côtes de Guinée ſe fera à l'avenir pour le
compte de Sa Majeſté.
De Londres, le 24 Mai 1776.
La ville de Boſton eft actuellement occupée par quinze
mille Infurgens. Ils fortifient la place avec la plus gran
de célérité. La Garniſon actuelle de cette ville a arbo
ré , dit- on , ſur la citadelle un pavillon avec l'inſcription :
Appel au Ciel.
La Penſilvanie vient de ſe mettre en état de réſiſter à
toute entrepriſe. La riviere eſt défendue par des chevaux
de friſe qu'on a coulés à fond dans le canal ; ce
qui a été cauſe que trois vaiſſeaux ont péri par la maladreſſe
des Pilotes. On a d'alleurs fermé le port avec
une groſſe & forte chaîne. Il y auſſi à la rade un vaisfeau
de vingt canons , une batterie flottante , montée du
même nombre de canons , & treize galeres , ayant chacune
un canon& cinquante hommes d'équipage bien armés.
Ce pays a pour ſa ſûreté trois régimens de trouJUILLET.
I. Vol. 1776. 227
pes réglées , & environ trente à quarante mille hommes
de milice.
Le grand Congrès n'attend , à ce qu'on dit , que l'arrivée
des Commiſſaires , pour ſavoir d'eux à quelles conditions
le Gouvernement leur fait eſpérer la paix ; & c'eſt
une opinion affez générale que ſi cette aſſemblée ne les
trouve ni honorables , ni admifſibles , elle prononcera
l'indépendance entiere des Colonies.
On écrit de la Nouvelle- Yorck , en date du 15 Avril ,
que depuis l'arrivée des troupes Provinciales , les vaisſeaux
de guerre n'ont plus permiffion de faire de l'eau,
ni de d'acheter aucun rafraîchiffement & aucunes marchandifes.
Une lettre des Barbades du 13 du même mois , annonce
la plus grande calamité & la plus grande difette
dans ce pays ; on n'y vit depuis quelque temps que de
rféves gâtées , & d'un reſte de bled à moitié corrompu ,
dont la quantité ne ſuffit pas pour la ſubſiſtance de dix
- à douze jours .
C
De laHaye, le 7 Juin 1776.
Les Etats -Généraux ont rendu , dans le courant du
mois dernier , une ordonnance qui a été envoyée aux
Provinces reſpectives , contenant en ſubſtance que dorénavant
il ne fera permis d'employer l'or fin & le fil
d'argent que fur du fil de foie , fous peine de 1000 flo-
-rins d'amende. Leurs Hautes Puifances préviennent par
cette Loi le dangereux uſage qu'on peut faire de la contrefaction
des métaux , en limitant expreffément par ce
placard , l'usage de ceux qui font faux , aux fils qui ne
font pas de foie .
P2
228 MERCURE DE FRANCE.
De Rome , le 8 Mai 1776.
Sa Sainteté , voulant mettre à exécution le projet an
ciennement conçu & négligé , d'ajouter à l'Egliſe de Saint
Pierre une facriſtie digne de ce bâtiment ſuperbe , vient
d'adopter le plan qu'en a laiffé le feu Chevalier Ivarra ,
Sicilien.
De Cartagene , le 17 Mai 1776.
La ville d'Oran eſt fournie à tous égards de ce qui
peut être néceſſaire à ſa ſûreté. Le Bey cependant , aing
que le Commandement de la place , tiennent reſpectivement
une conduite tranquille & pacifique . Le Chef des
Maures augmente ſon armée , fans qu'on penetre rien de
fes vues. On dit qu'il a reçu ordre de la Régence de
ſe tenir prêt pour ſe rendre à Alger au premier appel.
1
De Paris , le 14 Juin 1776.
Par délibération du Corps de Ville de Saint-Malo , du
25.Mai dernier , le ſieur Turpin , Auteur du Plutarque
François , ayant écrit la vie du fameux du Gué- Trouin ,
a été déclaré , avec un applaudiſſement général , Citoyen
de cette Ville , laquelle par cet honneur a voulu lui témoigner
combien elle avoit été fatisfaite de l'éloge historique
d'un des plus célebres de ſes concitoyens.
JUILLET. I. Vol. 1776. 229
)
PRESENTATIONS.
Le 2 Juin ; les Députés des Etats d'Artois furent
admis à l'audience du Roi ; ils furent préſentés à Sa
Majeſté par le marquis de Levis , Gouverneur - général
de la province , & par le comte de Saint - Germain
miniſtre & fecrétaire d'état ayant le département de
l'Artois . La Députation qui fut conduite à l'audience
de Sa Majeſté par le ſieur de Nantouillet , maître des
cérémonies , & par le ſieur de Watronville , aide des
cérémonies , étoit compoſée , pour le Clergé , de l'évêque
d'Arras , qui porta la parole ; pour la Nobleſſe , du
marquis de Compigny , ancien député général & ordinaire
des états de cette Province , & pour le tiers - état ,
du ſieur Brunel , écuyer , avocat en parlement , & ancien
conſeiller penſionnaire de la ville & cité d'Arras .
L'après - midi de ce même jour , la marquise de Ganges
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale par la comteſſe de Gontaut.
Le vicomte de Vibraye , miniſtre plénipotentiaire du
Roi près le duc de Wittemberg , & fon miniſtre près le
Cercle de Souabe , a eu l'honneur d'être préſenté , le
18 , à Sa Majesté par le comte de Vergennes , miniftre
& fecrétaire d'état au département des affaires étrangeres
, & de prendre congé du Roi pour retourner à fa
deftination .
P3
230- MERCURE DE FRANCE.
-
PRESENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 2 juin , le ſieur Pahin de la Blaucherie a eu l'honneur
de préſenter au Roi fon ouvrage ou Histoire d'un
jeune Homme , intitulé ; Extrait du Journal de mes
Voyages ; & fe trouve à Paris , chez les freres Debure ,
& chez Moutard , Libt. quai des Auguſtins ; à Orléans ;
chez la veuve Rouzeau - Montaut. Le 28 du mois dernier
, il avoit eu l'honneur de le préſenter à la Reine,
Le 8, le comte de Maitz de Goimpy , capitaine de
vaiſſeau & de l'Académie Royale de Marine , a eu l'honneur
de préſenter à Sa Majesté un ouvrage intitulé :
Traité Sur la construction des vaisseaux.
Le 23 juin, le ſieur Ozanne , ingénieur de la Marine ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi les plans & vues
perſpectives des ports de Rouen & de Dieppe , faifant
partie du recueil des ports de France , qu'il deſſine
d'après les ordres de Sa Majesté.
ΝΟΜΙΝΑΤΙΟNS.
Monseigneur le comte d'Artois ayant nommé à la place
d'inſtituteur de ſes enfans l'abbé Deſprades , ſon ſecré.
taire - interprete , vicaire général de Die ; & de l'aca.
1
JUILLET . I. Vol. 1776. 231I
démie royale des belles - lettres de la Rochelle ; cet
Inſtituteur a eu l'honneur d'être préſenté , dans cette
qualité, le 30 mai, à Monſeigeur le comte &Madame
Ela comteſſe d'Artois .
Le Roi vient d'accorder au ſieur Thiroux de Monregard
, intendant - général des Poſtes , un brevet de confeiller
d'état.
Le Roi , par fon ordonnance du 25 mars dernier ,
ayant créé & établi une charge d'inſpecteur - général de
fes nouvelles Ecoles royalesą militaires , qui doit toujours
être remplie par un Officier général , Sa Majeſté en a
pourvu le marquis de Timburne , maréchal - de - camp
en ſes armées , ci - devant gouverneur de l'ancienne
Ecole.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Fontmorigny ,
ordre de Citeaux , dioceſe de Bourges , à l'abbé de
Cordon , comte de Lyon & vicaire - général d'Embrun.
L'archevêque d'Auch & l'évêque de Dijon ont prété ,
le ro de ce mois , pendant la meſſe , ſerment de fidélité
entre les mains du Roi.
Le duc de la Vauguyon , l'un des anciens menins du
☑ Roi , & que Sa Majesté a nommé ſon ambaſſadeur en
Hollande , a eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le
comte de Vergennes , miniſtre & ſecrétaire d'état au
département des affaires étrangeres , & de lui faire ſes
remerciemens .
Le 14 juin , le ſieur le Noir a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi & de lui faire ſes remerciemens pour
1
P4
1
238 MERCURE DE FRANCE.
la place de lieutenant - général de Police de Paris , vacante
par la retraite du ſieur Albert.
Le ſieur Dupré de Saint - Maur , Maître des requêtes
honoraire & intendant de Bourges , ayant été nommé
par Sa Majesté , à l'intendance de Bordeaux , vacante
par la nomination du fieur de Clugny à la place de
contrôleur - général des finances , il a eu , dans cette
qualité , l'honneur d'être préſenté au Roi , le 16, par
le ſieur de Clugny , & de faire ſes remerciemens à Sa
Majeſté.
Le Roi a auſſi nommé le ſieur Feydeau de Brou ,
maître des requêtes , à l'intendance de Bourges , vacante
par la nomination du ſieur Dupré de Saint - Maur à
celle de Bordeaux.
,
Sa Majesté a nommé en même temps le ſieur Farges ,
intendant du commerce à la place d'intendant des
finances , vacante par la nomination du ſieur Amelot , à
la place de ſecrétaire d'état au département de la maifon .
Le Roi a donné ſon agrément à la nomination que
Monfieur a faire de la Dame de Baudot de Sainneville
pour l'abbaye de Villers -Canivet. L'abbaye de Vignats ,
vacante par cette nomination , étant dans l'apanage de
Monfieur , a été donnée auſſi par ce Prince à la Dame
de Saint - Denis de Vertaine , religieuſe de la même
abbaye, & cette nomination a été pareillement agréée
par Sa Majesté . Les deux abbayes ſont dans l'évêché
de Séez en Normandie.
Sa Majefté a accordé l'abbaye du Mont - Saint- Quen
ト
JUILLET . 1. Vol. 1776. 233
tin , ordre de St Benoſt , dioceſe de Noyon , à l'archevêque
de Bordeaux , & celle de Bois-Aubry , même
ordre , dioceſe de Tours , à l'abbé Batteux de l'académie
Françoiſe.
Le 9 juin , l'abbé de Vogue , nommé à l'évêche de
Dijon , a été ſacré dans l'égliſe de l'abbaye royale de St
Victor , par l'archevêque de Lyon , ayant pour aſſiſtans
les évêques de Macon & de Saint Omer.
Le dimanche 23 , dom Jean- Baptiste Miroudot de Saint
Ferjeux , nommé évêque de Babylone & conſul de
France à Bagdad , a été ſacré par l'archevêque de Befançon
, aſſiſté de l'évêque de Tricomie , à l'égliſe paroiſſiale
de Saint Louis .
Le Roi a accordé l'évêché de Clermont à l'abbé de
Bonnal , vicaire général de Châlons ſur Saône , & l'un
des viſiteurs-généraux des Carmelites.
MARIAGES.
Le 2 juin , Leurs Majestés & la Famille royale ont
ſigné le contrat de mariage du comte du Chilleau , colonel
en fecond du régiment de Lorraine , avec demoiſelle
de Merle ; & celui du marquis de Bercy , capitaine
au régiment Royal - Cravattes , avec demoiselle de Simiane.
P5
234 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCES.
Le 22 juin , le Roi & Madame Sophie de France ,
tinrent for les fonts de baptême de la paroiſſe de Marly
, le fils du ſieur de Baſſelas , écuyer , & de demoiselle
de Vilette , fa femme. Sa Majesté a été repréſentée par le
duc de Fleury , pair de France , & premier gentilhomme
de la chambre en exercice , & Madame Sophie , par la
conteffe de Buzançois , ſa dame d'honneur, L'enfant a
été nommé Louis Philippe.
MORTS.
René-Paul comte de Scepeaux , maréchal des camps
& armées du Roi , chef d'une brigade des Gardes du
corps de Sa Majesté , eſt mort , le 27 mai dans la Goe
année de ſon âge .
Un Particulier de Gemoſac en Saintonge , orfévre dans
la ville de Saintes , y eſt mort à l'âge de 104 ans , ayant
joui pendant cette longue vie d'une ſanté toujours égale.
Il s'étoit marié à 79 ans , & il laiſſoit de ce mariage
trois enfans , dont l'aîné à 24 ans. L'affoibliſſement de
la vue eſt la ſeule incommodité qu'il ait éprouvé quelques
années avant ſa mort.
Marie Lafay , veuve Jenſe , eſt morte , le 30 mai ,
dans l'hôpital-général de Lyon , agée de 104 ans & 7
1
235 JUILLET. I. Vol. 1776.
)
Ha
(
jours , étant née le 23 mai 1672 : cette femme ayant
été abandonnée dans ſon enfance par ſes pere & mere ,
que l'indigence avoit forcés de s'expatrier , fut reçue
en qualité de fille délaiſſée , a l'hôtel - dieu , d'où elle
paſſa , à l'âge de 7 ans , ſuivant l'uſage , dans l'hôpital
de la Charité qui a pris ſoin de ſon éducation. Après
avoir été mariée deux fois & étant devenue veuve ,
elle y rentra en 1732 , en qualité de vieille & pauvre
femme , & y eſt reſtée juſqu'à ſon décès. Elle eut
l'honneur de. complimenter Monfieur & Madame le 27
ſeptembre de l'année derniere , lorſque ces auguſtes
époux , dans leur paſſage à Lyon , honorerent l'hôpitał
de la Charité de leur préſence ; cette femme a conſervé
la mémoire & le jugement , ainſi que l'uſage de ſes
ſens , juſqu'à ſa mort.
Louis - Jacques - Armand de Guignon , comte de Villennes
, meſtre de camp de cavalerie chevalier de
l'ordre royale & militaire de Saint Louis , eſt mort à
Paris , le 29 mai , âgé d'environ 58 ans.
François Marie le Maître de la Garlaye , comte de
Lyon , évêque de Clermont , abbé commendataire des
abbayes royales de Chéery , ordre de Citeaux , dioceſe
de Reims , & de Morilles , même ordre , dioceſe de la
Rochelle; eſt mort en fon palais épiſcopal à Clermont ,
le 5 juin , âgé de 75 ans.
Nicolas-Emond Hurault de Gondrecourt , colonel d'infanterie
, chevalier de l'ordre royal & militaire de Saint
Louis , commiſſaire de la Nobleſſe de la Guadeloupe , eſt
mort à Paris , le 27 juin , âgé de 48 ans.
236 MERCURE DE FRANCE
Anne Joſeph de la Queuille , veuve de Jacques -Philippe
Sébastien le Prêtre , comte de Vauban , lieutenant-général
des armées du Roi , eſt morte le 19 avril , dans ſon chateau
de Vauban , dans le Maconnois. Elle étoit agée de
63 ans.
Auguſte- Louis Joſeph de Calonne- Courtebonne , premier
lieutenant - de - Roi de la province d'Artois , capitaine
de cavalerie au régiment d'Orléans , eſt mort à
Paris le 12 avril dernier.
Innocente-Aglaé Dupleſſis -Richelieu d'Aiguillon , épouſe
de Joſeph - Dominique de Guignes - Moreton , marquis de
Chabrillant , colonel commandant du régiment de Conti ,
infanterie , premier écuyer de Madame le comteſſe d'Artois
, eſt morte à Aiguillon , le II juin , dans le 29e
année de fon âge .
Charles - Barthelemy vicomte de Bar , enſeigne des
vaiſſeaux du Roi , eſt mort à la Guadeloupe , dans ſa
23e année.
Phillippe - Hugues Guilles de Crecy , ancien vicairegénéral
du Mans , abbé commendataire de l'abbaye de
Fenieres , ordre de Saint Benoît , congrégation de Saint
Maur , dioceſe de Clermont , eſt mort à Paris I juin ,
dans la 78e année de fon âge.
✔Paul de Rebeyre , évéque de Saint Flour , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Saint - André - le Basles
- Vienne en Dauphiné , eſt mort en ſon palais épifco .
pal , à Saint Flour en Auvergne , le 10 du même mois
dans ſa 85e année.
,
JUILLET. I. Vol. 1776. 237
LOTERIES .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire s'eſt
fait le 5 Juin. Les numéros fortis de la roue de fortune
font 85 , 54 , 78 , 87 , 57. Le prochain tirage ſe fera le
5 Juillet. 1
Lé cent quatre-vingt- fixieme tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eſt fait , le 25 du mois de juin , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eft
-échu au No. 66284. Celui de vingt - mille livres au No.
62051 , & les deux de dix mille liv. aux numéros 606673
&76560.
!
1
238 MERCURE DE FRANCE.
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LA HAYE.
AVERTISSEMENT
.
Nous ous anonçons avec plaifir , aux vrais protecteurs , &
amateurs des Arts , un projet qui doit les intéreſſer. Il
a pour but de tranſmettre à la poſtérité la plus reculée
les fublimes idées des plus grands peintres des fiecles
modernes , dont les chefs-d'oeuvres ſe détruiſent de jour
en jour par la rapacité du temps , ou par l'indifférence
& l'inſenſibilité du vulgaire , peu fait pour connoftre &
apprécier le vrai beau .
M. HURTER , l'un des plus grands peintres en émail
qu'on ait encore vu , s'eſt proposé de traduire dans
fon Art les plus beaux tableaux des Raphael , des van
Dyck, des Correge , des Rembrand , des Carlodolce &c .
Suivant le profpectus qu'il en a formé & qu'on publiera
dans la ſuite.
Pour bien ſentir l'importance de ce projet , il faut remarquer
premiérement quels font les avantages de ce
genre de peinture , & enfuite quels font ceux qui ſe réuniffent
dans le genie du peintre.
JUILLET. I. Vol. 1776. 239
Pour ce qui regarde la peinture en émail , il eſt inconteſtable
qu'elle ſurpaſſe tous les genres de peinture par
ſa durée & fon immutabilité , par la force de l'expresfion
, par la beauté & la vivacité de ſon coloris , & enfin
par une qualité qui réſulte de ces avantages , ſçavoir
celle de pouvoir concentrer dans un beaucoup plus petit
eſpace toute la vigueur & les plus riches details d'un
grand original ; tellement , que lorſqu'on veut par un miroir
concave rendre cette eſpece de mignature à ſa grandeur
primitive , l'original reparoftra avec plus de ſplendeur
, & plus de force qu'il n'en avoit , par la raiſon que
la furface polie & vitrée de l'émail réfléchit du moins
vingt fois plus de rayons de lumiere , que le tableau le
plus brillant dans quelqu'autre genre de peinture que ce
-foit ; par confequent un tableau en émail d'un pied de
diametre (grandeur à laqu'elle M. Hurter ſe propoſe
de porter quelques pieces) pourroit répreſenter un tableau ,
en huile ou en freſque , du diametre de vingt pieds , avec
- plus de vivacité encore que n'en aura l'original lui - même
; & de la s'enfuit la poſſibilité piquante de conſerver
& de contenir dans un petit cabinet fans ſoins
& fans aucun entretien tout l'effentiel des plus riches
trefors de la peinture en Europe.
: Pour ce qui regarde le peintre , tous les vrais connoisſeurs
conviennent aiſement que M. Hurter poſſade dans
la perfection tous les talents néceſſaires pour l'exécution
d'un tel projet . Il fuit & copie les contours avec la
plus grande exactitude , & les réduit à la grandeur qu'il
ſe propoſe avec une juſteſſe extrême. Il ſaiſit parfaite.
240 MERCURE DE FRANCE.
ment le degré de force ou de foibleſſe du clair obfcur
& l'eſprit des touches de chaque peintre qu'il copie. Il
a le talent de ſentir & de rendre le vrai ton du coloris
de ſon original , & il a cet enthouſiaſme de fon art , qui
le fait entrer dans les idées du peintre primitif, & le
fait penfer comme lui.
van
On peut ſe convaincre de tout ceci par pluſieurs pieces
admirables qu'il a exécutées d'après Raphael ,
Dyck , Frans Hals , Carlo-Dolce , Sharat , Poelenburg ,
& autres , & qui ſe trouvent chez les amateurs les plus
diftingués , tant en Allemagne qu'en Hollande.
Enfin il eſt à ſouhaiter, pour le bien de la peinture que
M. Hurter qui a le bonheur d'être beaucoup plus animé
pour la gloire de fon art , qu'obligé d'y chercher ſa
fortune , ne quitte pas ſon projet de vue , & qu'il trou
ve chez les vrais protecteurs des Arts les fecours qui
doivent le conſoler , en quelque façon , (de ſes peines
dans une ſi belle entrepriſe.
LEYDEN.
JUILLET. I. Vol. 1776. 241
L
LEYDEN.
MDE LELYVELD auteur d'un ESSAI SUR LES
MOYENS DE DIMINUER LES DANGERS DE LA
-MER , par l'effuſion de l'huile , du goudron , ou de toute
autre matiere flottante ,&c. propoſe un prix aux perfonnes
, qui pour le bien de l'humanité voudront ſeconder
fes vues , & coopérer avec lui au progrès de nos connoiffances
fur un objet auſſi eſſentiel.
Voici l'extrait des queſtions dont le reſpectable Auteur
demande la ſolution , & qui doivent exciter l'émulation
de tous ceux qui comptent pour quelque choſe
les decouvertes relatives à la conſervation d'une grande
-partie de l'eſpéce humaine.
هللا
Nous nous fervons de la traduction de cet EssAI, qui
vient d'éire imprimée , & se trouve à Amsterdam chez
MARC - MICHEL REY Libraire fur le Cingle. prix 15
fols de hol.
1.
L'usage de jetter de l'huile , du goudron , ou autre ma
tieres graffes & flottantes pour calmer le flots & réprimer
les briſants , eſt- il univerſellement connu des marins
des pays - bas ? eſt - ce par oui- dire , ou par expérience
qu'ils le connoiffent 7
5
242 MERCURE DE FRANCE.
も
I I.
L'huile de végétaux eſt-elle meilleure que celle de poisfon?
qu'elle eſt ſon degré de ſupériorité , & qu'elle autre
forte de graiffe pouroit of employer avec le meine
fuccès?
:::
III.
Pouroit- on déterminer à peu près la quantité d'huile
qu'il faudroit pour telle ou telle circonstance ? quels font
les cas où un vailleau peut s'en fervir avec avantage ?
eft-elle également utile pour les grands navires , en plein
ocean, & contre les grands coups de mer? Comment ,
& de quel côté du vaiſſeau doit-on répandre l'huile ?
dans quel cas doit - on jetes tout a la fois , ou la laiſſer
couler peu- à-peu ? de quelle durée eſt le calme produit
par l'huile , & pour combien de temps ponroit-on ex
prolonger Peffet
IV.
zá
:
Parmi les vaiſſeaux de,différentes conſtructions quels
ſont ceux qui craignent le plus les coups de mer , &
qui exigent plus par conféquent le ſecours de l'huile ?-
S
JUILLET. I. Vol. 1776. 243
1
V.
J
bre
A
-Eft- il vrai qu'après l'effuſion de Phuile , & Peffet
qu'elle a produit , la mer devienne plus furieuse qu'auparavant
, &que les vaiſſeaux , qui ſaivent de près ceux
qui en ont fait uſage , courent un riſque évident de périr ?
Cette question est d'autant plus importante que c'est
une opinion repandue chez la plupart des pécheurs.
V I.
Enfin l'effufion de l'huile eſt elle préjudiciable à la
pêche , des anguilles , & autres , ou nn''est-ce qu'un préjuge
?
Le PRIX que propose M. DE LELYVELD eſt de
trente ducats , ou une medaille de même valeur , à celui
qui aura fourni le meilleur ouvrage ſur ces queſtions
intéreſſantes . Il prie les perſonnes , qui voudront y travailler
, de lui faire parvenir leurs écrits avant le premier
de may 1777. A ce terme , trois perſonnes d'un mérite
reconnu , & dont on publiera les noms lors de l'impresfion
, les examineront. S'il s'en trouve deux ou plus
- qui , par une ſupériorité marquée , méritent également le
prix , on le doublera à proportion. Les mémoires doi.
vent être envoyés à M. DE LELYVELD avec une ſim...
ple devife , & le nom de l'auteur , ainſi que ſa demeure ,
dans un billet cacheté , dans lequel ſe trouvera la mé-
2
244 MERCURE DE FRANCE,
1
me deviſe comme il eſt d'uſage en pareil cas; tout ce
qui ſera jugé pouvoir être de quelqu'utilité pour le public
ſera imprimé.
Après la diſtribution de ce prix , M. DE LELYVELD
eſt dans l'intention d'en propoſer un autre pour la folution
de quelques queſtions ſur LES RAISONS PHYSIQUES
de cet effet de l'huile ſur les eaux de la mer.
JUILLET. I. Vol. 1776. 245
1
AVIS.
MARC - MICHEL REY , donne
avis qu'il vient de recevoir le Profpectus
d'un Ouvrage auſſi intéreſſant que defiré :
& dont les deux premiers volumes feront
en vente à Amsterdam dans le courant
d'Août ,
SUPPLEMENT.
A L'ENCYCLOPEDIE
OU
DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES,
DES ARTS ET DES MÉTIERS ,
En cinq Volumes in- folio , dont un de Planches
. Les deux premiers Volumes actuellement
en vente (* ) Juillet 1776 ; le troiſieme
en Décembre , le quatrieme & le cinquieme
en Fuillet 1777 .
(*) A Paris .
Q3
246 MERCURE DE FRANCE.
ON
N fait ſçavoir aux Amateurs des Sciences & des
Arts qu'on vient de mettre en vente le SUPPLÉMENT
A L'ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAI
SONNÉ DES SCIENCES , DES ARTS ET DES MÉ-
TIERS , par une Société de Gens de Lettres. Il eſt
compofé de cing Volumes in -folio , ſçavoir , quatre de
difcours & un de planches. Le caractere & te papier
font ſemblables à ceux de l'Ouvrage en vingt - huit volumes
in-folió , dont on vient d'achever à Geneve une
réimpreffion entjérement conforme à l'Edition de Paris ;
enforte que ce Supplément ſert pour Pune & pour
l'autre.
C'eſt l'ouvrage de MM. d'ALEMBERT, le Marquis
DE CONDORCET , le Baron DE HALLER , BERNOULLI
, DE LA LANDE , ADANSON , MARMON.
TEL , & d'autres Savants des Académies de France &
Etrangeres . Ils y ont raffemblé les nouvelles découvertes
faites dans les Sciences & les Arts ; & ce qui n'eſt
pas moins eſſentiel , ils ont corrigé un grand nombre de
fautes , pardonnables fans doute à des Gens de Lettres ,
qui éprouverent trop de contradictions pour porter d'a.
bord leur entrepriſe à fa perfection . Ainſi le Supplément
, qu'on annonce , complette ce Dépôt immenfe des
counoiffances humaines. C'eſt le même qui fur entrepris&
propofé en 1769 par M. Panckoucke , Libraire à
Paris; annoncé depuis par MM. Cramer & de Tournes ,
Libraires à Geneve , & dont le Journal Encyclopédique
de Bouillon & la Gazette Littéraire de Deux Ponts ont
(
JUILLET. I. Vol. 1776. 247
fait pluſieurs fois mention . S'il paroît fi tard , c'eſt
qu'on n'a voulu épargner ni temps , ni peines , ni dépenſes
pour le porter au degré de perfection dont il
étoit ſuſceptible. Six ans ont à peine ſuffi pour raſſembler
le Manufcrit , qui a coûté plus de 80000 livres .
Nous espérons que le Public , loin de blamer une lenteur
qui tourne à ſon avantage , voudra bien nous en
ſavoir gré . On auroit pu faire un plus grand nombre
de volumes ; nous n'avons point cherché à les multiplier
; l'importance feule des matieres en a décidé.
ORDRE DES LIVRAISONS ET DES PAIEMENTS.
Premier Paiement Juillet 1776.
I & II vol . de Diſcours . • • 48 liy.
60 liv.
à compte du Vol. de Planches 12
Deuzieme Paiement Decembre 1776.
III. Vol. de Difcours • 24
• 24 1
Troisieme Paiement Juillet 1777-
IV. Vol. de Difcours • • •
reſtant du Vol. de Planches 36
2460
144
4
Q4
248 MERCURE DE FRANCE.
P. S. On a fait graver pluſieurs Exemplaires de Portraits
de MM. Diderot & d'Alembert de la grandeur du
format de l'Ouvrage. Le prix eſt de 3 livres chaque.
Amsterdamle 15 Juillet , 1776.
Les perſonnes auxquelles j'ai eu l'honneur de fournir
les exemplaires de l'Encyclopédie fol , 28 Vol , ſoit de
L'Edition originale de Paris , ſoit de la Réimpreſſion
faite à Geneve , peuvent ſe procurer le ſupplément indiqué.
Sçavoir les Tomes I , & II , à ff. 12
à compte du volume de planches .... J
24
6
Le Tome Troiſieme
Le Tome Quatrieme
•
30
..... 12
• .. 12
Le Tome Cinquieme , fl. 24. dont on a
payé ci-deſſus 6 fl. à compte ; reſte
Argent de Hollande
18
• • • 72 flo.
Les perſonnes , qui defireront ſe procurer cette fuite ,
font prices d'en avertir le Libraire qui aura ſoin de la
leur faire prevenir,
ARC - MICHEL REY.
JUILLET. I. Vol. 1776. 249
MODELE DES RÉCONNOISANCES,
No.
M.
A payé la ſomme de ſoixante livres ; (30 flo. de Hol
lande ) ſçavoir quarante - huit livres (24 flo. ) pour les
-deux premiers Volumes de Diſcours qui lui ont été livrés
, & douze livres (6 flo .) à compte ſur le Volume
de Planches. A Paris , ce
Signe PANCKOUKR. BRUNET. STOUPE.
La ſeconde livraiſon ſera endoſée derriere la préſente
Reconnoiſſance , qui ſera retirée à la troiſieme & der.
niere livraiſon.
1
Q5
250 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers en profe ,
Ariane à Théſée ,
Le chien & le chat ,
page 5
ibid.
IO
Le réveil de l'homme bienfaiſant , 14
Moralité .
Epitre à Mile de G.
17
18
Sonnet imité de Pétrarque , 24
Féradir, 25
Ode à Glicere , 40
Vers à Mde de Vaſtre , 42
Explication des Enigmes & Logogryphes , 42
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 45
Marche des filles Samnites , 49
NOUVELLES LITTÉRAIRES, 53
Fables & contes , ibid.
Le bouquet royal , 62
Zémire mourante à ſa fille , 63
Lettres critiques & diſſertation ſur le prêt du commerce , 66
Anecdotes du regne de Louis XVI , 70
JUILLET. I. Vol. 1776. 251
Contes des Fées , Nouvelles , 73
Entretiens de Périclès & de Sully ,
77
Lettres de Mde la Comteſſe de la Riviere ,
78
Hiſt. de la vie de N. S. Jésus - Chriſt ,
83
Difcours prononcé à l'ouverture du cours de matiere
médicale ,
88
Avis au Peuple
92
Hiſt. des révolutions de Corſe ,
94
Recueil de deux Mém. concernant le mariage des
proteſtans de France ,
96
Les fiecles chrériens ,
97
Syſtème nouveau ſur l'origine des fiefs ,
99
Réponſe à la brochure intitulée l'ordre profond &
l'ordre mince ,
100
し
Mémoire ſur le cours des caux , ΙΟΙ
Florello,
103
Eſprit de Saurin , 106
Le Mentor moderne , 110
Grammaire latine ,
112
Tablettes hiftoriques , &c.
113
L. K. L. eſſai dramatique , 114
Cathéchifme de l'homme ſocial , 116
Jezennemours , 122
252 MERCURE DE FRANCE.
f
Selectæ Fabulæ ex libris metamorphoſeon Ovidii
Naſonis ,
Traité de l'eau bénite ,
l'uſure ,
Diſcours fur l'étude ,
128
130
131
33
L'ami philoſophe & politique , 135
1
Défenſe de la doctrine de l'Egliſe fut le Jubilé, 141
OEuvres complettes d'Alexis Piron , 148
Shakespeare , 152
La ſcience & l'art de l'équitation , 154
Recueil de pieces relatives à la députation des Etats
de Béarn , 158
Traité ſur la cavalerie , 163
1
Lettre à l'Auteur du Mercure , 168
Annonces littéraires , 174
ACADÉMIE FRANÇOISE.
1
178
SPECTACLES. 191
Opéra, ibid.
Comédie Françoiſe , ibid.
Comédie Italienne , 193
ARTS. 200
Gravures, ibid.
Muſique. 205
Architecture, 213
JUILLET. I. Vol. 1776. 253
Variétés , inventions , & c. 214
Anecdotes, 217
Avis , 221
Nouvelles politiques , 225
Préſentations , 229
d'Ouvrages , 230
Nominations ,
ibid.
Mariages ,
233
Naiſſances ,
234
Morts ,
ibide
237 Loteries ,
ADDITIONS DE HOLLANDE.
38
86
CATALOGUE.
Juillet 1776.
Ethocratie ; ou le Gouvernement fondé fur la Morale,
grand in 8vo. I vol. 1776 à 3 Livres.
Efiai fur les moyens de diminuer les dangers de laMer;
par l'effuſion de l'huile , du goudron ou de toute autre
matiere flottante , avec des queſtions propoftes fur ce
fujet , par M. de Lelyveld , Traduit du Hollandois.
A Amsterdam chez Marc-Michel Rey 1770. a 2 L. 10/.
Eſſai ſur les Cometes , où l'on tâche d'expliquer les
Phénomenes , qu'offrent leurs queues , & où l'on fait
voir qu'elles ſont probablement deſtinées à rendre les
Cometes des mondes habités ; avec des obfervations
& des réflexions ſur le Soleil & fur les Planetes du
premier ordre , par Mr. André Olivier. Traduit de
l'Anglois , 8vo . I vol. fig. Amsterdam 1776. à 3 Liv .
De l'Homme ou des Principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps , & du Corps fur l'Ame ,
grand in-douze 3 vol. 17756 à Amsterdam , à 7 Liv.
10fols.
tome 3 féparé 1776. à 2 Livres 10 fols.
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , à Mr. Paw ,
par un Bénédictin avec pluſieurs autres pieces inté
reffantes , auxquelles on a joint le Dimanche ou les
filles de Minée ; Poëme. Diatribe à l'auteur des Ephèmerides
&c. 8vo . 1 vol. à 2 Livres.
Les Mannequins. Conte ou Hiſtoire , comme l'on voudra
, 8vo 1776 à 20 ſols.
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées pour la confection des
chemins , la fuppreffion des Officiers fur les ports , quais ,
halles & chantiers de Paris & des droits attribués à
ces Officiers , la ſuppreſſion des Droits fur les grains
aux entrées de la Ville de Paris , &c. Preſentées en
Mars 1776. A Amsterdam chez M. M. Rey 1776.
à 20 fois.
Relation ou Journal d'un Officier François au Service
de la Confédération de Pologne , pris par les Ruffes
en 1769& relegué en Sibérie , 8vo. 1 vol. 1776. a z L.
UNIVERSITY OF MICHIGA
3 9015 06370 9391
PROPERTY OF
The
University of
Michigan
Libraries
1817
ARTES SCIENTIA VERITAS
1
"
4
t
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
RIS PENINSULAΜ
ΑΜΟΣΝAM
CUMSPICE
AT
20
.M5
17
No
MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
MA I. 1776.
N°. VII.
Mobilitate viget. VIRGILE .
A AMSTERDAM ,
Chez MARC - MICHEL REV
MDCCLXXVI
LIVRES NOUVEAUX.
Qu'on trouve Chez MARC MICHEL REY ,
Libraire sur le Cingle.
COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſunt & de plus curieux
parmi les Animaux , Vegétaux & Minéraux.
CETTI ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme ,
des Minéraux ; celui-ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des oeufs , des
Infectes , des Foiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir en Europe du regne
Végétal de cet Empire. Les Cahiers des Minéraux
offriront tour à tour des Mines & des Foffiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées fur papier au
nom de Jéſus , & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eſt de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau ) de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin . Composé
fur les meilleurs Dictionnaires qui ayent paru juſqu'à
préſent. Diviſé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
de Géographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon , Maître-es-Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maftre de Langue Eſpagnolle.
40. 3 vol. Anvers 1769.
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des Bons
Citoyens. in 12. 1776 .
Burgundyk
11-202-27
153/3 LIVRES NOUVEAUX.
Nouveaux Mélanges Philoſophiques , Hiſtoriques Criti
ques , &c. &c. 8°. tom. 15 à 19 , 1775.
Eſſais Politiques ſur la véritable Liberté Civile , dis
cours adreſſe au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand- Confeil , examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c .
80. 2 vol. Avignon 1775.
de
,
Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de laBor-
Premier Valet - de - Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Eſtampes par I.M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 yol. Gravées
par Moria & Mile. Vendôme. Paris 1773.
Joachim ou le Triomphe de la Piété Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , ſuivi d'un choix de Poëſies
fugitives. Par M. Blin de Saint- More . 8°. Paris 1775
f2:
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
& de Morale , 12. No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie. Paris, 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties .
Oeuvres Diverſes de Mr L... (Eſſai philosophique sur le
Monachisme.) in- 12. 1775.
- Mêlées de Madame le Prince de Beaumont ,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le féjour qu'elle y a faita
Raſſemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil. Pour ſervir de ſuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol. Maestricht 1775 .
Traité des Bois & des différentes manieres deles Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol. Paris , 1771 .
Physiologie des corps Organiſés , ou Examen analytique
des, Animaux & des Végétaux comparés enſemble,
à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , ſous
le titre de Phyſiologie des Mouffes. Par M. de Necker,
Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin ,
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c. &c. 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10.
Poëſies de Société , dédiées à Staniflas II. Roi de Pologne.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1.
Les Récréations de la Toilette . Hiſtoires , Anecdos
tes, Avantures amusantes & intéreſſantes. in- 12. 2vols
Paris, 1775. à f3 : -
Aa
)
LIVRES NOUVEAUX .
J
Monde Primitif , ana'yle & comparé avec le Monde
Moderne &c. 4to. 1773-1775 , 3 Tomes.
Poesie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 vol.
Torino. 1757 1768 .
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la So
ciété Royale de Turio , 4to. 4 vol. fig. 1759-1769 .
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'in.
fluence de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame.
Par J. P. Marat , Doct en M. grand in- douze , en
2vol. Amsterdam 1775 à f 2 : 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII volumes de la réimpreſſion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , &les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Planches
fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre. Grand Eve. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , ratiemblées & publiées par
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeffeur à Leyde. 4to.
2 vol . avec XXX Planches en taille-douce. Amst . 1774.
àf8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les
Droits des Souverains , grand in - douze , vol. 1775. à fr: -
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruffes &
les Turcs , travaillée fur des mémoires très - authentiques
, les Cartes & Plans font des copies exactes
fideles de ceux - mêmes qui ont été dreffés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée.
8vo. 1 vol. à f 6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés & les
Indulgeenncceess &c.par Mr.Ch
f3 : 15 de Hollande.
Chais , en 3 vol. 8vo.
Jérusalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle traduction
2 vol. grand in - douze . Paris 1774. à f2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in 8vo. 62. yol. Edition de
Genève.
168522 AA
{}
MERCURE
DE FRANCE.
MAI. 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE.
LES REGLES DE L'O DE.
Vous qu'on ous qu'on révere en Theſſalie (1 ) ,
O Muſes ! guidez mes travaux !
Coule en mon ſein , & Caftalie (2) !
(1) Grande contrée de la Grece , aujourd'hui Janna.
(2) Fontaine au pied du Parnaſſe.
A 3
6 MERCURE DE FRANCE .
!
Que je m'enivre de tes eaux !
Apollon , accorde ma lyre ,
Que ton fouffle divin m'inſpire :
Deſcends me preſcrire tes loix ;
Parle , enſeigne-moi ſur quel mode
On doit & faire & chanter l'Ode ,
Je ſerai l'écho de ta voix.
Foible mortel ! qu'ofes- tu faire ?
Ta main te cueille des cyprès ;
Hélas ! ſur ton front téméraire
Vois retomber tes propres traits .
De Thraſidas (3) le fort funeſte ;
Ce fort eſt le ſeul qui te reſte.
Faire des loix ! quelle fureur !
De tes pareils c'eſt la manie :
Les ſuivre , voilà le génie ,
Voilà ta perte & leur erreur.
1
Hé bien , franchis cette barriere ,
Pars , vole , jeune ambitieux :
Mais tremble que ta tête altiere
Ne ſe briſe contre les cieux.
:
(3) Il conſeilla à Bufiris , pour faire tomber de l'eau ,
de faire immoler les Etrangers qui étoient dans ses
Etats . Le Roi connut qu'il étoit étranger lui-même , &
lui dit : " Je vais commencer par vous à faire pleuvoir."
MAI. 1776. 7
८
Les Dieux puniſſent notre audace :
Le foible auprès d'eux trouve grace ;
Aini s'éleva dans les airs
Le fier , l'impétueux Pindare (4) .
Qui ſe fie aux ailes d'Icare (5 )
Se noie avec lui dans les mers.
Plane au milieu de l'atmosphere :
S'il te faut redouter les cieux ,
Tu dois auſſi craindre la terre ,
Ces écueils font pernicieux .
Suis , imite le ſage Horace (6) ,
(4) Natif de Théves 590 ans avant J. C. pere de
rode , chantre d'Achille & d'Ulyſſe ; il mourut 436 ans
avant J. C. Son style est si sublime , que ſouvent on ne
le comprend pas. Il est encore des Auteurs de nos jours
qui croient , en s'échafaudant , se rendre merveilleux ;
mais je crois que s'ils étoient de bonne foi , ils convien.
droient qu'ils font inintelligibles pour eux-mêmes.
(5) Fils de Dédale ; ils étoient tous deux enfermés
dans le labyrinthe de Crete , que celui- ci avoit conſtruit.
Dédale se fit à lui-même & à Icare des ailes pour se
Sauver de leur prison ; il recommanda àson fils de ne
point s'approcher trop près du Soleil , dans la crainte
que la chaleur ne fondit la cire qui tenoit ses plumes.
Le jeune homme ne profita point de ces ſages conseils ,
& tomba dans un bras de mer auquel il donna son nom .
(6. Poëte Latin très- connu , qui naquit à Venuſe , d'un
Affranchi , 63 ans avant J. C. Il mourut à 57 ans.
A4
8 MERCURE DE FRANCE,
Il fut la route du Parnaſſe (7).
Du parfum né fut chaque fleur ,
L'abeille économe & prudente
Fait ſon profit , & nous préſente
Un mets auſſi doux que flatteur,
Près de ces lieux tu dois entendre
Les airs du Chantre de Théos (8) ;
Ne t'y laiſſe jamais ſurprendre ;
Son luth , le charme de Paphos (9) ,
Flatte peu les neuf Immortelles .
Tels jadis ces monftres femelles ( 10) ,
Sur des rochers harmonieux (11 ) ,
Rendirent la mer de Sicile .
Long- temps en naufrages fertile
Par leurs concerts mélodieux.
Avec un apprêt trop ſévere
(7) Mont de la Phocide consacré aux Mules.
(3) Anacreon étoit de Théos , il naguit environ 53
ans avant J. C. & mourut à l'age de 85 ans. Son ftile
eft délicat & aisé , méme trop aise ; l'Ode d'ailleurs demande
des fujets plus élevés que ceux qu'il a traités,
(9) Ville de l'Isle de Chypre consacrée à Vénus.
(1c) Les Sirenes.
(II) Claudien dit que les Sirenes habitoient sur des
rochers harmonieux dans la mer de Sicile ; écueils où les
Voyageurs alloient échouer fans regret & expiroient dans
Penchantement.
MAI. 1776.
4
Monter au Pinde (12) eſt un haſard :
Le Dieu du goût ,, ce Dieu préfere
Un beau déſordre enfant de l'art .
L'art dégrade-t-il la nature
Quand il emprunte ſa figure ?
Vit-on fur les bords du Cidnus (13)
D'Antoine (14) la célebre Amante
Et moins belle & moins ſéduiſante
Avec les habits de Vénus (15) ?
Sois le maître de tou génie ,
Avec ſageſſe prend l'eſſor ,
Et fais qu'une fleur ſoit ſuivie
D'une autre fleur plus belle encor.
Le dégoût bien ſouvent fuccede
า
(12) Mont entre la Thessalie & PEpire, consacré aux
Muses.
(13) Fleuve de Tarſe ſur lequel Antoine vit Cléopatre
pour la premiere fois.
(14) On connoitles amours de Marc-Antoine le Triumvir
& de Cléopatre , Reine d'Egypte.
(15) Quand Cleopatre alla trouver Antoine en Cilicie ,
elle s'embarqua fur le Fleuve Cidnus ; la poupe du Bdtiment
qui la portoit étoit d'or , les voiles de pourpre ,
les cordages de soie & d'or , les rames d'argent. Elle
aborda au ſon des instrumens ; elle étoit couchée sous un
pavillon tissu d'or , elle étoit à moitié nue & n'avoit que
les habillemens ſous lesquels on a coutume de représenter
Vénus,
A 5
TO MERCURE DE FRANCE.
Au merveilleux qui le précede.
Va voir le matin dans nos champs ,
Va voir s'élever l'alouette ,
Va voir la conduite difcrete
Et de fon vol & de ſes chants.
!
Par un Affocié de Académie d'Angers,
SALADIN ou le Plaideur généreux.
C
ERTAIN Guerrier de Tartarie ,
Que l'on nommoit Aboul-Cazem ,
Quittant ſa ſauvage patrie
Se rendit à Jérusalem.
L'objet de ſon pèlerinage
Etoit l'opulent héritage
D'un frere aux faints lieux décédé :
Il comptoit en jouir fans peine;
Mais avant tout , par droit d'aubaine ,
Le fiſc en avoit hérité.
Conquérant de la Ville ſainte ,
Saladin , par ſes douces loix ,
Tempéroit le deuil & la crainte
Qu'avoient excité ſes exploits.
Le Tartare , avec pétulence ,
Oſa demander au Cadi
MAI. 1776: II
Des biens ſaiſis la délivrance :
Surpris d'un trait auſſi hardi ,
Le Juge ſurſeoit la ſentence.
D'ailleurs juger un différend
Qui regardoit un Conquérant ;
L'entrepriſe étoit dangereuſe,
Il conta le fait au Sultan ,
Dont l'ame grande & généreuſe
Pouvoit aider ſon jugement.
Il n'oublia pas la licence
Dont avoit uſé le guerrier ;
Mais imputant ce ton d'aiſance
Soit au climat , ſoit au métier ,
Loin d'en ſolliciter vengeance ,
Il en plaiſanta le premi er.
Roi , dit-il , plus grand qualexandre ,
Toi , dont les bienfaits , les vertus
Enchaînent cent Peuples vaincus ,
Dicte l'arrêt que je dois rendre ;
Dois-je , en adouciſfant les loix ,
Au demandeur être propice ,
Ou faut-il maintenir tes droits ?
Saladin répond : Fais juſtice;
Themis aveugle & fans caprice
Se doit au Peuple comme aux Rois,
D'aprés un tel ordre ſuprême
Le Juge ajourna les Plaideurs :
Tout ſe termina ſans longueurs ;
Le Sultan comparut lui-même.
Voir un i grand Prince debout
12 MERCURE DE FRANCE.
1
Plaider comme un fimple Tartare ,
Sembloit un ſpectacle bizarre.
Le vrai mérite oublioit tout.
Le Scythe ignoroit la pratique ,
Et le droit d'aubaine & les loix :
Des dards , une hache , un carquois ,
Compofoient toute ſa logique,
Il réclame tout uniment
Les biens que poffeda fon frere :
D'après maint ſolide argument
Qu'aidoit le droit de Conquérant ,
Le Prince obtient un jugement
Qui condamne fon adverfaire.
Aboul- Cazem , loin du Cadi ,
Alloit déplorer ſa défaite ,
Quand le vaillant Prince attendri
Ordonne auffi- tôt qu'on l'arrête .
Le Scythe trembloit pour ſa tête.
Le Conquérant qui démêloit
De la franchiſe , un coeur bien fait
Sous le fombre maintien du Scythe ,
Lui dit , en lui tendant la main :
Vois fans frayeur un Souverain
Qui connoît le prix du mérite,
Pour avoir les biens délaiſſes
D'autres fe ſeroient adreſſés
Sans doute à ma bonté propice;
Toi , préſumant ce Tribunal
Entre nous deux impartial
Tu n'invoquas que ſa juſtice,
MAI. 1776. 3
Qu'aux yeux dun Vainqueur généreux
Ce tacite hommage a de charmes !
Ami , reviens de tes alarmes ;
N'attends qu'un fort avantageux .
Des biens éloignés de Scythie
T'arracheroient à ta patrie ;
Reçois-en deux fois la valeur :
Vole oublier un jour de peine
Sur les rives du Boristhene ,
Pendant un fiecle de bonheur.
Que ne puis - je en ces doux aſyles ,
Où des vergers , des champs fertiles ,
D'un Peuple humain comblent les veux ,
Paffer les momens inutiles .
Où je ne fais pas des heureux !
Cadi , modele de prudence ,
Souviens-toi que la vigilance
Qui doit au vice un châtiment ,
Veut qu'on couronne le mérite ,
Sous tel humble toît qu'il habite ,
Et que le ton de courtiſan
N'eſt pas le partage d'un Scythe :
Apprends auffſi que fa candeur
Eſt préférable à l'art trompeur
D'un infidieux politique :
Qu'être admis au foin précieux
De la félicité publique
Par un Prince judicieux ,
C'eſt de ton emploi glorieux
L'attribut le plus magnifique.
1
T
Par M. Flandy.
14 MERCURE DE FRANCE.
VERS adreſſés à Monsieur le Comte
DE MONTBOISSIER.
QUEULELLLEE foule , bon Dieu!& quels cris d'alegreſſa
Se font entendre autour de moi !
Comte , fi vous voyiez comme ici tout s'empreſſe
Pour applaudir au choix du Roi !
Chacun dit que Louis aujourd'hui récompenſe
Et vos vertus & vos exploits.
Aux accens de toute la France
Me ſera-t- il permis d'unir ma foible voix ?
Ils font gravés dans notre hiſtoire ,
Et le François encor rappelle en ſa mémoire
Ces jours où l'on vous vit , plein d'une noble ardeur
Du foldat épuisé ranimer la valeur ,
De cent foudres d'airain affrontant la tempête ,
Autour de vos drapeaux ranimer les fuyards ,
Et courant avec eux à de nouveaux hafards ,
De l'heureux Frédéric arrêter la conquête ( 1 ).
Mais , Comte , chaque fiecle a produit ſes Guerriers
Et leurs trop funeſtes lauriers
(1 ) Le Comte de Montboiffier eut deux chevaux
tués ſous lui à Rosbak , où il commandoit une division ,
étant alors Lieutenant Général.
ง
MA I. 1776. 15
Sont toujours atrofés de larmes.
Qu'au milieu de la paix vos vertus ont de charmes !
Qu'il eſt beau de vous voir dans les tems malheureux
A vos nombreux vaſſaux prodiguer vos richeſſes ,
Offrir à l'indigent un ſecours généreux ,
Et le nourrir de vos largeſſes (2)!
Tantôt parcourant les guérêts ,
Inſtruit des ſecrets de Cérès ,
Vous donnez au laboureur même
Des leçons de cet art qu'enſeigna Triptoleme (3 )
Oui , c'eſt dans le beau rang où Dieu vous a place,
Qu'il eſt beau de s'égaler au vulgaire ;
De l'orgueil des Puiſſans le foible eſt offenſé ,
Et la haine publique eft fon juſte ſalaire ,
Tandis qu'heureux par vos bienfaits
Les Peuples béniront fans ceſſe
Un Monarque dont la ſageſſe
Amis le comble à leurs fouhaits .
Louis , du bien de ſes ſujets
Fit toujours ſa plus chere envie ;
Il fait qu'en tout temps occupé
Du ſoin de ceux qu'il lui confie,
De ſon propre intérêt Montboiffier peu frappe,
Pour le bonheur des fiens toujours ſe ſacrifie.
:
Par M. l'Abbé Legros.
(2) Les bleds étant fort chers, il en fit distribuer
àbas prix à tous ses vaſaux.
(3) ll eft de plusieurs Sociétés d'Agriculture.
6 MERCURE DE FRANCE.
LA RÉMOULEUSE.
Conte.
CERTAIN Gagne- Petit , jeune & taille , ma foi !
Pour gagner gros fur un coeur de fillette ,
S'en alloit dans un bourg chantant la chansonnette.
On m'a dit qu'il étoit auffi content qu'un Roi ;
Je dis qu'il l'étoit plus : car rouler la brouette
Et conduire un état ne font pas même emploi .
1
On ſe laffe à force d'ouvrage.
Mon gars bailla , puis dans un coin
S'en fut dormir vingt pas plus loin ,
Dos contre mur , poing ſous vilage ,
Liſe vient à paſſer ; Life eut toujours l'eſprit
Vif, enjoué , folâtre & ruſé. Life rit ,
Voit la brouette , s'en approche ,
Prend des ciſeaux dans le fond de ſa poche ,
Met un pied où l'on fait , range ſon cotillor ,
Et du ſabot percé tire le goupillon .
-L'eau tombe goutte à goutte , &les ciſeaux de Life
Rafant la meule en feu s'aiguiſent à ſa guife ,
C'eſt- à - dire affez mal ; pour furcroft de malheur
› Le cri du grais qui s'uſe éveille le dormeur.
Il ſe leve , il accourt : elle veut fair & tombe.
Quand on a le pied pris , force eſt que l'on fuccombe.
Life s'agite , hélas ! fans ſe débarraſſer.
Tolle
(
MAI. 1776 17
Telle on voit une pauvre grive
Que par la patte un fil vient d'enlacer ,
Se débattre & ſe trémouſſer ,
Sur-tout quand le Chaſſeur arrive.
Le Rémouleur demanda de l'argent.
„ Je n'en ai point , lui dit la Belle ,
Et mon affaire en eſt plus criminelle ;
,,Mais pour te payer autrement ,
» Prends moi vite un baiſer comptant. "
Soit par timidité , ſoit plutôt par malice,
Il lui jura , d'un air novice ,
:
11
Qu'il n'en prendroit qu'un ſeulement.
Un ferment fi nouveau déplut à la Bergere ,
Qui dit , en lui donnant ce baiſer de franc jeu :
"
„ Frippon , puiſque tu prends & peu ,
Je vais chercher encor les ciſeaux de ma mere, "
B
Par M. Auguste
18 MERCURE DE FRANCE.
J
A Mademoiselle COLOMBE , jouant le
rôle de Bélinde dans la Colonie.
Ainsi de fiere Aufonie INS
Colombe , tu nous rends les chants les plus brillans :
En vain la critique & l'envie
Armeroient contre toi leurs efforts impuiſſans.
Aimable enfant de la nature , :
Par quel fon de voix enchanteur ,
De l'art furpaſſant l'impoſture .
Tu fais ravir l'ame du Spectateur ;
Vénus applaudit à ta gloire ,
Elle-même prend ſoin d'embellir tes attraits ;
Son fils , quand tu parois , eſt für de la victoire ,
Dans tous les coeurs tu fais paſſer ſes traits .
Pourſuis ta brillante carriere ,
Au milieu des plaiſirs , des ſuccès éclatans ,
L'Amour couronne tes talens
Au Théâtre ainſi qu'à Cythere.
Par M. R...
MAI. 1776. 19
A Monsieur MOLÉ , à l'occaſion d'une
Fête qu'il donnoit.
Sous
2
ous des lauriers les jeux te ſont permis ;
Il doivent près de toi voler quand tu l'ordonnes :
La gloire fans doute a fon prix ;
Mais toujours quelqu'épine eſt jointe à ſes couronnes :
Sois le plus gai de tous ſes favoris :
Moque-toi des jaloux : tu plais , ils font punis ,
Et punis doublement , puiſque tu leur pardonnes.
Au Public échappé , dépêche-toi , jouis ;
Et riant pour ton compte au ſein de tes amis ,
Paye-toi par tes mains du plaiſir que tu donnes.
ParM. D
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITAPHE de M. COLARDEAU.
CI GIT le tendre écho des regrets d'Héloïſe.
Nous admirions ſa muſe auprès de Pope affife .
Au midi de ſes jours faut-il que l'Univers
Donne à ſa mort les pleurs qu'il gardoit pour ſes vers ?
EPITRE AUX POETES MODERNES.
AM
ANS des Muſes , pauvres diables ,
Qui coarez à la gloire au milieu des fifflets ,
Et qui vivez bien miférables
Dans le riſible eſpoir de ne mourir jamais ,
Vous arrivez trop tard ; Apollon ſe repoſe :
Il laiſſe pendre aux chênes d'Hélicon
Sa vieille couronne de roſes ;
Dans l'âge heureux de la raiſon ,
On n'eſt plus rien que par la profe.
La rime agoniſante a perdu ſon renom ;
Au beau ſexe lui-même elle a ceſſé de plaire ,
Témoin nos femmes du bon ton :
Un luth galany ne fauroit les diſtraire.
De la maitreffe de Cléon-
J'ai vu gemir la chiffonniere
Sous le grave poids de Bacon .
MAI, 1776. 21
Lock enivre Cloé; Liſe la minaudiere
Anone doctement Collins & Warburton ,
N'applaudit , n'admire/ Voltaire
Que quand il explique Newton ,
Ou raiſonne ſur la lumiere.
Doris , raffole de Platon ,
Découvre un monde imaginaire , 1
Avec Deſcartes habite un tourbillon ,
Goûte Tyco-Brahé , veut expliquer la ſphere ,
Et croiroit déroger en lifant Pavillon.
Qu'êtes-vous devenus , Hôtel de Longueville ,
Boudoirs de Sceaux , Jardins d'Anet !
Les jeux aux vrais talens ouvroient le triple aſyle ,
La riante beauté ſans orgueil y brilloit ,
Et la Muſe la plus facile
Etoit celle qu'on accueilloit.
1
Dans un Temple charmant que le Goût ſe rappelle
Et dont lui ſeul étoit le Dieu ,
L'Amour avoit une chapelle
Que deſſervoit le Grand Prêtre Chaulieu :
Pontife un peu goutteux , mais célébrant fidele ,
Et digne en tout des Prêtreſſes du lieu.
Là jamais n'entra la ſageſſe ,
Amoins qu'elle n'eût pris un hochet à la main ,
Et n'eût ſemé des fleurs fur le chemin
Qui mene l'homme à la vieilleſſe.
On n'y difoit pas quatre mots
Sur la cherté des grains ou des effets royaux ;
Les Miniſtres régnans , leur faveur , leurs diſgraces
Ne venoient point attriſter les propos ;
1
B 3
22 MERCURE DE FRANCE,
>
En choeur on y buvoit aux Graces ,
Ou , s'il étoit aimable , on chantoit un Héros .
Aujourd'hui quelle différence !
L'ennui préſide à nos repas ,
On n'y rit plus , on n'y boit pas :
Des buveurs d'eau la froide engeance
Ofe armer Comus d'un compas ,
A ſes côtés fait aſſeoir l'abſtinence ,
Et regle à l'entremets le deſtin des Etats.
Et puis faites des vers ! Par-tout des froids Ariſtes ,
Des gens ſombres , des protecteurs ..
Citez-moi , s'il vous plaît , deux accidens plus triſtes
Que des diners d'Agriculteurs
Et des ſoupers d'Economiſtes ?
J'aime les Fous à table & non pas les Docteurs.
Par M. D.
MAI. } 1776. 23
LETTRE à M. le Marquis de*** avec
l'extrait d'un Livre intitulé : Recit vé .
ritable de la naiſſance de Meſſeigneurs
& Dames les Enfans de France (de
Henri IV & de Marie de Médicis )
avec les particularités qui y ont eſté &
pouvoient eſtre remarquées. Par Louiſe
Bourgeois , dite Bourfier , Sage- Femme
de la Royne *.
J
A peine a- t- on connu la moitiéde son ame!
L'EDITEUR.
E conçois votre impatience , mon cher
Marquis. Si les moindres particularités
de la vie privée des grands hommes ,
ont toujours droit d'intereſſer les coeurs
ſenſibles , il n'eſt pas étonnant que vous
aſpiriez ſi vivement après l'extrait d'un
ouvrage ignoré juſqu'ici , & où le bon
naturel du plus grand & du meilleur de
nos Rois , ſe trouve peint , pour ainſi
dire , en action , par une main qui ne
fauroit être ſuſpecte.
• A Paris , chez Melchior Mondier , en l'ifle du Paaux
deux Viperes; 1625 , in- 12. lais , rue du Harlay
Avec privilege du Roi.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais n'ai-je point à craindre , en cé
dant à vos deſirs , & fur- tout dans un
fiecle auſſi poli & auſſi délicat que le
nôtre , d'encourir une eſpece de ridicule,
en retraçant des moeurs , qui paroîtront
peut - être auſſi gothiques qu'incroyables ,
aux élégans Légiflateurs de nos Bureaux
d'esprit , ainſi qu'aux merveilleuses , toujours
ſi emphatiquement prônées par leurs
affidus commençaux , & ſouvent ſi peu
dignes de l'être ?
C'eſt donc pour vous , uniquement ,
mon cher Marquis , pour vous dont
l'ame toujours neuve eſt au- deſſus des
délicateſſes du jour , que j'entreprends
l'eſtampe d'un tableau , où vous verrez le
bon Henry , dans ſon ménage , éprouvant
tous les ſentimens qu'inſpire la nature ,
s'y livrant ſans rougir , ainſi qu'un bon
& franc Bourgeois ;& dès- là , s'il ſe peut ,
plus cher qu'il ne l'étoit encore , à ceux
dont l'ame eſt faite pour s'applaudir d'avoir
quelques rapports avec celle du vrai
Héros , que chaque jour fait encore mieux
connoître.
Après ceci , mon cher Marquis , c'eſt
la Boursier qui va parler , quoiqu'un peu
moins poſitivement que dans ſon livre.
La premiere groſſeſſe de Marie de Mé-
1.
MAL. 1776 25
dicis , eſtant déclarée , on ſongeoit à lui
donner Madame Dupuis pour Sage- Femme
: ce que la Royne n'avoit gueres agréable...
ce qui engagea les Médecins à en
chercher une ſeconde pour travailler avec
la Dupuis. Mais le Roy , prévenu en
faveur de cette femme , (qui avoit ſervi
la Ducheſſe de Beauford) , ne vouloit
point que la Royne en viſt ni entendit
parler d'aucune autre ; & dit même , en
ſe fafchant , que la premiere personne qui
en parleroit à la Royne , il lui monstreroit
qu'il lui en desplairoit.
Cependant eſtant protégée par lesMédecins
, par Madame Conchine , & autres
Dames de la Cour, je fus préſentée ſecrettement
à la Royne, qui leur dit naï.
vement : que veut - on que je faſſe? leRoy
veut m'en donner une qui ne me plaiſt pas :
il faut bien que je paſſe par là !... Affurezla
pourtant , (dit-elle , quelques jours après,
à Madame Conchine) , que jamais autre
qu'elle ne me touchera.
Quelques jours après * , le Roi prêt à
• L'Editeur fupprime un grand nombre de circonſtances
affez indifférentes , & fur-tout les intrigues de la
Cour en faveur des deux rivales .
B5
6 MERCURE DE FRANCE.
partir pour la Picardie , dit à ſa femme :
ma mie , vous partirez après moy pour Fontainebleau
(ou la Royne devoit faire ſes
couches ) , où vous ne manquerez de rien
qui vous foit néceſſaire. Vous aurez Madame
ma foeur , qui est la meilleure compagnie
du monde , &c. vous aurez enfin Madame
Dupuis , votre Sage- Femme A quoi
la Royne commença a branfler la tête , &
dit: La Dupuis ?... je ne me veux fervir
d'elle.
Sur quoi le Roi , demeurant fort estonné
: comment , ma mie , (lui dit- i') ,
avez- vous attendu mon département pour
me dire que vous ne vouliez pas de Madame
Dupuis ? ... Eh ! qui voulez - vous
donc?
Je veux , (ſe dit elle) , une femme encore
affez jeune , grande , & allégre , qui
a accouché Madame d'Elboeuf, & laquelle
j'ay veue à l'hostel de Gondy- Comment ,
ma mie ! eh ! qui vous l'a fait voir ? ...
Est - ce Madame d'Elboeuf ? - Non ; elle
est venue de Joy. -Je vous affeure , (reprit
Je Roi) , qui ni mon voyage , ni affaire
que j'aye , ne me mettent en peine comme
cela.... que l'on m'aille chercher M. du
Laurens.
Ce premier Médecin tranquillifa le
MAI. 1776 27
Roi ſur ma capacité. Il en voulut pourtant
le témoignage de la part d'une douzaine
de femmes de qualité , qu'on lui
dit que j'avois ſervies ; & conſentit après
cela aux deſirs de la Royne.
Le lendemain du départ du Roi , elle
me fit appeler.... je fus introduite par
Mademoiselle de la Renouilliere , ſa premiere
Femme de Chambre , qui lui dit :
Madame , voici la Sage-Femme que Votre
Majesté a choisie... Oui , s'écria la Royne) ,
je l'ai choiſie ; je la veux : je ne me trompay
jamais en chose que j'ay choisie...
qu'elle s'approche.
La Royne , en me voyant , ſe prit à
rire , avec une couleur vermeille qui lui vint
aux joues , me dit de la venir voir le lendemain
au lict , fit commander au Tapisqer
d'en tenir un prêt pour moi ,& m'ordonna
de préparer mon coffre pour partir
avec elle dans trois ou quatre jours.
Au départ pour Fontainebleau , je
fus miſe dans le carroſſe de la Royne ,
dans lequel eſtoit Madame de Guercheville
, avec Madame Conchine , chacune
à une portiere , & Maistre Guillaume , le
fol du Roi , que l'on mit du côté du cocher.
Le voyage ſe fit en deux jours. La
1
28 MERCURE DE FRANCE.
couchée du premier ſe fit à Corbeil , en
une hostellerie , où il n'y avoit qu'une me-
Schante petite chambre , baſſe de plancher ,
bien étouffée , pour la Royne ; & l'on mit
coucher les Femmes de Chambre & moi ,
dans ce qui eſtoit marqué pour le cabinet
de Sa Majefté... Il n'y avoit avoit mesme
entre fon lict & le mien , qu'une petite
cloifon de torchis .
Le diſné fut à Melun , au logis de M.
de la Grangele Rai , où il n'y avoit aucuns
meubles ; & fur - tout il y avoit de
groffes pierres , au lieu de chenets... L'on
avoit fait du feu , encore que ce fuft vers
la fin d'Aoust , car il ne faisoit pas trop
chaud... Tandis que la Royne avoit le
dos tourné au feu , des buſches , qui
eſtoient extrêmement groſſes , vinrent à
esbouler... Festois au jambage de la cheminée
; je me jette à bas pour en arrester
une grofje ronde & très- forte , qui alloit tombersur
les talons de la Royne , & qui l'eust
infailliblement fait tomber en arriere dans
le feu... Voilà le premierfervice que j'eus
l'honneur de lui rendre , & au Roi qu'elle
portoit.
Arrivée à Fontainebleau , je ſuivis la
Royne en fa chambre , d'où je ne bougeay
que pour manger & dormir...
MA 1. 1776. 20
1
Mademoiselle de la Renouilliere me dit ,
de la part de Sa Majefté ; qu'arrivantfon
accouchement , je ne m'eſtonnaſſe d'aucune
chose que je peuſſe voir ou entendre... Qu'il
Se pourroit faire que quelques perſonnes
faſchées de ce qu'elle m'avoit priſe , me
pourroient dire ou faire quelque chose pour
me fafcher ou intimider Que cela arri.
vant , je ne m'en fouciaſſe nullement.....
Que je n'avois affaire qu à elle ; & qu'elle
n'entreroit jamais en doute de ma capacité...
Que je fiſſe d'elle enfin ainſi que
de la plus pauvre femme de fon Royaume ,
& de fon enfant , ainsi que du plus pauvre
enfant...
:
Souvent la Royne me demandoit.ce
que je penſois qu'elle duſt avoir ? .. Je
Pauſſuois qu'elle auroit un fils... & véritablement
, je dirai ce qui me le faifoit
croire : je la voyois fi belle , & avec un fi
bon tein , l'oeil si bon & fi clair , queselon
les préceptes que tiennent les femmes , ce
devoit être un fils .
Huit jours avant l'accouchement , le
Roi arriva de Calais , ce dont la Royne ,
Madame , & toute la Cour , furent grandement
réjouis ... J'en avois une joie
meſlée de crainte , n'ayant point encore
eu l'honneur d'avoir eſté vue de Sa
Majefté.
30 MERCURE DE FRANCE.
1
Le lendemain, mon devoir m'ayant
conduite chez la Royne : ma mie , ( lui
dit - il) , est- ce cy votre Sage- Femme ? ...
Elle dit , qu'ouy. Sur quoi , le Roi me
voulant gratifier: ma mie , ( ce dit- il ) ,
je crois qu'elle vous fervira bien : elle m'a
bonne mine... Je n'en doute point , (repric
la Royne) , je l'ai choisie ; & diray , que
je ne me trompay jamais en chose que j'ay
choisie.
Le Roi me dit alors : Sage . Femme ,
il faut bien faire... c'est une chose de
grande importance que vous avez à manier.
Je lui dis: j'espere , Sire , que Dieu
m'en fera la grace !. Je te crois me ditil
.... & s'approchant de moi , me dit
tout plein de mots de gaufferie. C'eſtoit ,
qu'eſtant aux couches de Madame la Ducheſſe
, Madame Dupuis vivoit avec une
grande liberté auprès de lui ; & qu'il croyoit
que toutes celles de cet état fuſſent ſemblables.
Sur quoi , M. le Duc d'Elboeuf entrant ,
& me voyant, me dit : ma bonne amie ,
j'ai une grande joie de vous voir ici ! ...
A quoi , le Roi lui dit : Comment ,
coufin ! vous cognoiſſez la Sage - Femme
de ma femme ? Oui , Sire : elle a relevé
la mienne , qui s'en est bien trouvée.
-
MAI. 1776. 31
Ma mie! s'écria le Roi , en allant à la
Royne : voilà mon cousin d'Elboeuf, qui
cognoit votre Sage- Femme , & qui en fait
état. Cela me resjouit , & m'en donne
l'aſſeurance grande.
Le lendemain , la Royne me dit :
fitoft que je feray accouchée , je cognoistray
bien, en vous voyant , quel enfant
cefera.
Je fuppliay Sa Majeſté de croire ,
qu'elle n'y pourroit rien cognoistre : d'autant
qu'il estoit grandement dangereux ,
en ce cas, d'avoir joye ny deſplaisir , qu'on
ne fust bien hors d'affaire ; & que la joye
& la triſteſſe avoient un même effet , qui
étoit capable de caufer les plus grands accidens
;. que je lafuppliois mesme , de ne
s'en point informer .... & que jeferois triſte
mine , encore que ce fuſt un fils , afin qu'elle
ne s'en eſtonnast.
Le Roi entrant , ſur l'heure , voulut
ſavoir de quoi nous parlions... Sur quoi ,
il répondit : que si c'eſtoit un fils , je ne le
dirois pas doucement , mais que je crierois
tant que je pourrois ; & qu'il n'y avoit point
de femme au monde , qui en une telle affaire
eust pouvoir de ſe taire.
Mais je fuppliai Sa Majeſté de croire ,
que je me faurois taire , puiſqu'il y alloit
A
32
MERCURE DE FRANCE.
de la vie de la Royne ; ... & qu'outre ce,
il y alloit de l'honneur des femmes , que
j'estois obligée de Soutenir.
Mademoiselle de la Renouilliere , premiere
Femme de Chambre , me demanda ,
en grace , de lui faire un ſignal , afin
d'avoir l'honneur de le dire , la premiere
au Roi. Le ſignal fut , que si c'eſtoit un
fils je baiſſerois la teste , en figne que
tout alloit bien ; & au cas contraire , que
je la renverferois en arriere.
Mais Gratienne , auffi Femme de
Chambre , qui m'aimoit fort , m'ayant
auſſi perſécutée pour un ſignal ; je me
trouvay dans un grand embarras... Eh
bien , (me dit-elle) , pour ne point vous
faire d'affaires avec la Renouilliere ; ditesmoi
, tout haut , dès que la Royne fera
accouchée d'un fils: ma fille , chauffezmoi
un linge ?
Comment , & en quel temps la Royne
accoucha.
La nuict du 27 Sept. 1601 àminuict ,
le Roi m'envoya appeler , pour aller voir
la Royne , qui ſe trouvoit mal... Le Roi
me dit , en entrant : venez , venez , Sage-
Femme ? ma femme eſt malade : recognoiffez
,
(
MAI. 1776. 33
1
noiſſez , fi c'eſt pour accoucher : ... ce
qu'ayant recognu , je l'aſſuray qu'ouy .
Ma mie , dit le Roy à la Royne , vous
Savez que je vous ay dit , par plusieurs
fois , le besoin qu'il y a que les Princes
du Sang foient à votre accouchement Fe
vous supplie de vous y résoudre : c'est la
grandeur de vous & de votre enfant !
A quoi la Royne répondit : qu'elle
avoit toujours été résolue de faire tout ce
qui lui plairoit.
Je fai bien , ma mie , (repliqua- t-il,)
que vous voulez tout ce que je veux : mais
je cognois votre naturel , qui est timide &
honteux ; & je crains que ſi vous ne prenez
une grande résolution , les voyant cela ne
vous empeſche d'accoucher. C'est pourquoi .
de rechef, je vous prie de ne vous eftonner
point , puiſque c'eſt la forme qu'on tient
au premier accouchement des Roynes.
Environ une heure après minuict , le
Roi , vaincu d'impatience de voir fouffrir
la Royne , & croyant que les Princes
n'auroient pas le temps de venir , les
envoya querir : qui furent , Meſſeigneurs
le Prince de Conty , de Soiſſons , & de
Montpensier.
Et le Roy diſoit , en les attendant : fi
jamais l'on n'a veu trois Princes en grand
C
34
MERCURE DE FRANCE.
point , l'on en verra tantoſt , car ils font
tous trois grandement pitoyables & de bon
naturel , qui voyant fouffrir ma femme ,
voudroient pour beaucoup de leur bien ,
estre bien loin d'ici !
Il arriverent tous trois avant les deux
heures. Mais le Roy ayant ſçeu de moy ,
que l'accouchement n'eſtoit pas ſi proche
, les renvoya chez eux , & leur dit
qu'ils ſe tinſſent preſts quand il les envoyeroit
appeler...
Alors , tous les Médecins du Roy &
de la Royne furent appelés pour voir la
Royne ; & auffi- tôt ſe retirerent en un lieu
proche.
Les Dames que le Roy avoit réſolu
qui ſeroient appelées , eſtant arrivées ; il
fut apporté , fous le grand pavillon de
toile de Hollande une chaise , des fiéges
pliants , & des tabourets , pour affeoir le
Roy, Madame sa soeur , & Madame de
Nemours.
Sur les quatre heures du matin , une
grande colique ſe meſla parmy le travail
de la Royne , & lui donna d'extreſmes
douleurs , fans avancement... De fois à
autres , le Roy faiſoit venir les Médecins
voir la Royne , & me parler ; auxquels
je rendois compte de ce qui fe paſſoit ;
(
MAI. 1776. 35
& la Royne fouffroit plus de ſa colique
que d'autre choſe.
1.
Les Médecins me demanderent : fi
c'estoit une femme où n'y eust que vous
pour la gouverner , que feriez vous ?
Je leur propoſay des remedes qu'ils
ordonnerent à l'inſtant à l'Apothicaire.
Les Reliques de Madame Sainte Marguerite
, estoient sur une table dans la
chambre ; & deux Religieux de Saint Germain
des - Près , qui prioient Dieu Sans
ceffe.
Le mal de la Royne dura vingt & deux
heures & un quart. Elle avoit une telle
vertu , que c'estoit choſe admirable ; ... &
pendant un fi long- temps ,le Roy ne l'abandonna
nullement. Que s'il fortoit pour
manger , il envoyoit ſans ceſſe ſavoir de
fes nouvelles ...
J'eſtois ſur un petit ſiége devant la
Royne ; laquelle étant accouchée , je miš
Monfieur le Dauphin dans des linges &
langes , dans mon géron , fans que personne
Sçust , que moi , quel enfant c'eſtoit.
Le Roi vint auprès de moi , comme
je regardois l'enfant au viſage , & que
le voyant foible , je demandois du vin
à M. de Lozeray , avec une cuiller...
Le Roy print la bouteille , & je lui dis :
)
C2
36
MERCURE DE FRANCE.
Sire , si c'estoit un autre enfant , je mettrois
du vin dans ma bouche & lui en donnerois
, de peur que la foibleſſe ne duraſt
trop. Sur quoi , le Roi me mit la bouteille
contre la bouche , & me dit : Faites
comme à un autre Alors j'emplis ma
bouche de vin , & lui en foufflay: & à
l'heure même , il revint , & favoura le vin
que je lui avois donné...
Je vis le Roy triſte & changé , s'eftant
retiré de moi ; d'autant qu'il ne ſçavoit
quel enfant c'eſtoit.
Il alla du coſté du feu ; & je cherchai
des yeux Mademoiselle de la Renouilliere ,
pour lui donner le ſignal convenu , afin
qu'elle allaſt ôter le Roy de peine. Mais
elle baſſinoit le grand lict... Alors , appercevant
Gratienne , à qui je dis : Chauffez-
moi un linge. Je la vis aller gayement
au Roy ; lequel la repouſſa , & ne
la vouloit croire , parce qu'il avoit vu te
contraire à ma mine , &fe croyoit fûr que
c'estoit une fille...
Sur quoi , Gratienne lui dit : Sire , elle
vous a prévenu qu'elle la feroit telle.
Mademoiselle de la Renouilliere , qui
arriva , & qui vit le Roi ſe faſcher avec
Gratienne , vint à moi ; & ſur le ſignal
que je lui fis , elle détrouſſafon chapperon ,
MAI .
37
1776.
alla faire la révérence au Roy , en l'aſſurant
, non- feulement que je lui avois fait
le ſignal , mais encore , que je le lui
avois dit à l'oreille.
La couleur , alors , revint au Roy ; ..
il vint à moy , paſſant à coſté de la Royne
s'abaiſſa , mit ſa bouche contre mon
oreille , & me demanda : Sage - Femme ,
est ce un fils ? .. Et fur ce que je lui dis ,
qu'ouy ; ... ne me donnez point de courte
joie ? (me dit - il,) car cela me feroit
mourir !
Je développai alors , un petit , Monficur
le Dauphin , & lui fis voir que c'es
toit un fils ; mais de façon que la Royne
n'en puſt rien voir... Il leva, tout- à- coup,
les mains jointes au ciel ; & les larmes
lui coutoient fur les joues , auſſi groffes
que de gros pois.
Il me demanda , avec vivacité , si j'a
vois fait cet aveu à la Royne , & s'il n'y
avoit plus de danger de le luy dire? Je lui
dis que non; mais que je le ſuppliois ,
que ce fuſt avec le moins d'émotion
poffible.
Alors , il ſe leva , alla baiſer la Royne ,
& lui dit : ma mie , vous avez beaucoup fouffert
de mal : mais Dieu nous a fait une grande
grace, de nous avoir donné un beaufils !
C3
4
38 MERCURE DE FRANCE.
La Royne , auſſi - tôt , joignit les mains,
&les levant , avec les yeux , vers le ciel ,
jeta quantité de groſſes larmes , & tomba
en foibleſſe ....
Cependant le Roy (qui ne s'en eſtoit
pas appeçu) courut embraffer les Princes
, ouvrit la porte de la chambre , &
fit entrer toutes les perſonnes qu'il trouva
dans l'anti- chambre & le grand cabinet...
Je crois qu'il y avoit deux cents perfonnes
: de forte qu'on ne pouvoit se remuer
dans la chambre , pour porter la Royne
dans fon lift.
২
Sur quoi , le Roy , s'étant apperçeu
que cela me fafchoit fort , revint à moi ,
me frappa fur l'épaule , & me dit : Taistoi
, tais- toi, Sage Femme ! ne te fafches
point : cet enfant est à tout le monde ; il
faut que chacun s'en résjouiſſe.
Je fus accommoder Menfieur le Dauphin
; où M. Hérouard , fon Médecin ,
commença à le ſervir.
Il me le fit laver entierement de vin &
d'eau & le regarda par tout , avant que je
T'emmaillotaſſe... Le Roy y amena tous les
Princes pour le voir... Pour tous ceux de
la Maiſon de luy & de la Royne , il le leur
faisoit auſſi voir , & puis les renvoyoit ,
MAI. 1776. 39
pourfaire place à d'autres ; & tous s'entrebaifoient
, fans avoir esgard à ce qui estoit
du plus ou du moins.. J'ai même entendu
dire , qu'il y eut de grandes Dames qui
rencontrant leurs gens , les embraſſerent ,
estant fi transportées de joye , qu'elles ne
Sçavoient ce qu'elles faisoient. ?
Ayant achevé d'accommoder Monfieur
le Dauphin , je le rendis à Madame de
Monglas , qui l'alla monſtrer à la Royne ,
qui le vit de bien bon oeil...
Dès qu'il fut dans ſa chambre , elle
ne déſempliſſoit nullement ; & n'eftoit
qu'il eſtoit ſous un grand pavillon , où
l'on n'entroit pas fans l'aveu de Madame
de Monglas , je ne ſcay comment l'on
euſt pu faire: car le Roy n'y avoit pas
fitoft amené une bande de personnes , qu'il
y en ramenoit une autre....
La
...A l'inſtant que la Royne fut accouchée
, le Roi ordonna de dreſſer fon propre
lict auprès du fien , où il coucha ,
jusqu'au moment où elle ſe porta bien
Royne craignoit pourtant qu'il en reçût
quelque incommodité , mais il ne voulut
jamais l'abandonner.
..
Je trouvai le lendemain , après diſné ,
C 4
40 MERCURE DE FRANCE.
M. de Vandofme * , qui estoit ſeul à la
porte de l'anti-chambre , & qui tenoit la
tapiſſerie du cabinet par où il falloit pasfer
pour aller chez M. le Dauphin , &
eſtoit arrefté , fort eſtonné.
Je luy demanday: Eh quoi ! Monfieur ,
que faites vous là ? Il me dit : je ne sçay
Il n'y a gueres que chacun parloit à moy...
personne ne me dit plus rien !
C'eſt , Monfieur , lui dis -je , que chacun
va voir Monsieur le Dauphin , qui est
arrivé depuis un peu. Quand chacun l'aura
falué , on vous parlera comme auparavant.
J'en fis le rapport à la Royne , qui
en eut grand' pitié ,&dit : voilà pourfaire
mourir ce pauvre enfant !.. & commanda
que l'on le careſſaſt autant ou plus que de
coustume... , C'est que chacun s'amuse à
mon fils , ( adjouta t-elle ) , & que l'on ne
pense pas à lui ; & cela est bien étrange à
cet enfant !
Le 29 dudit mois , je fus pour voir
Monfieur le Dauphin , ... je vis la chambre
pleine ; ... le Roi , Madame ſa ſoeur ,
les Princes & Princeſſes & la Cour y
Que l'on appeloit Cesar Monfieur , fils naturel.
du Roi & de la Ducheffe de Beaufort (Gabrielle
d'Eſtrées )
MAI. 1776. 410
eſtoient ,à cauſe que l'on vouloit ondoyer
Monsieur le Dauphin... Comme je me
retirois , le Roy , qui m'apperçeut , me
dit : Entrez , entrez , Sage - Femme ! Ce
n'eſt pas à vous à n'ofer entrer ici ; .. &
en ſe retournant vers Madame & les Princes
: Comment ! ( s'écria - t - il ) , j'ay bien
veu des personnes , foit hommes , foit femmes
; mais ni à la guerre , ni ailleurs ,
je n'ay jamais rien vu de ſi résolu que
cette femme - là ... Elle tenoit mon fils dans
fon géron , & regardoit le monde avec une
mine auffi froide , que si elle n'eust rien
c'estoit pourtant un Dauphin
qu'elle tenoit; & il y a 80 ans qu'il n'en
estoit né en France.
tenu ; ...
Sur ce , je luy répliquay : j'avois dit à
Votre Majesté , Sire , qu'il y alloit beaucoup
de la fanté de la Royne.
Il est vray , ( ce dit le Roy) , auffi je
ne l'ai dit à la Royne , qu'après que tout
a esté fait . Famais Sage Femme ne fit
mieux qu'elle a fait : car fi elle eust fait
autrement , c'estoit pour faire mourir ma
femme ; ... auſſi , je veux , dorefnavant ,
ne la nommer , que la RÉSOLUE.
Il me fit demander , ſi je voulois être
la Remueuse de fon fils , & que j'aurois
mêmes gages que la Nourrice.
C5
42 MERCURE DE FRANCE,
Mais je fis ſupplier Sa Majeſté d'avoir
agréable , que je ne quittaſle point mon
exercice ordinaire , pour me rendre encore
plus capable de ſervir la Royne.
Je demeuray auprès d'elle environ un
mois , & au bout de huit autres jours ,
pendant leſquels elle m'avoit fait commander
de l'attendre , je revins avec Sa
Majeſté à Paris.
La Boursier donne enſuite la relation
mais beaucoup moins étendue , des autres
couches de Marie de Médicis , où il
ſe trouve des particularités également intéreſſantes
; mais dont je n'enverrai l'extrait
à Monfieur le Marquis , qu'autant
que je faurai que celui- ci lui aura fait
quelque plaifir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. L. P....
ABruxelles , ce 1 Mars 1776.
2
A
MA I. 1776. 43
La ruine de Jérusalem ou le triomphe du
Chriftianisme , Oratoire mis en muſique
par M. Joubert , Organiſte d'Angers ,
& exécuté au Concert Spirituel le Lundi
8 Avril 1776.
LE PROPHETE.
DEPLORABLE
Récitatif oblige.
ÉPLORABLE ſéjour d'un Peuple parricide,
Tremble , Jérusalem , ville ingrate & perfide ,
Tu n'as plus pour appui tes Rois & tes Héros ;
Tes ennemis vengés triomphent de tes maux ,
Et ton Dieu lui-même préſide.
A lenrs redoutables complots.
Le ſang que tu viens de répandre
A mis le comble à tes forfaits.
1
ر
3
Au fond du ſanctuaire un cri ſe fait entendre : 1
f
Jérusalem n'eſt plus l'objet de mes bienfaits
„ Et ma vengeance va lui rendre
Les maux cruels qu'elle m'a faits."
1
44
MERCURE DE FRANCE.
1
)
LES PROPHETES .
Duo.
La faim , la difcorde & la guerre
Contre toi vont ſe raſſembler ;
Aux feux échappés de la terre
Je vois tes remparts s'ébranler ;
Un monftre plus terrible encore ,
Déjà de ſes poifons brûlans ,
Embraſe , confume & dévore
Tes facrileges habitans,
HOMMES,
Chour.
Du courroux de ton Dieu victime déplorable ,
Qui peut te reconnoître , & Reine des Cités !
Tes enfans animés d'une haine implacable ,
Elevent contre toi leurs bras enfanglantés,
FEMMES./
Tu frémis à l'aſpect de leurs affreux ravages ;
Mais , douleur tardive ! o regrets ſuperflust
Il a vengé ſes droits & puni tes outrages :
Tes palais font détruits & ton Temple n'eſt plus.
MAI. 1776. 45
UN ISRAÉLITE.
Aria.
Il tombe ce cedre ſuperbe ,
Ce monument de ta grandeur ;
Et ſes débris cachés fous l'herbe ,
Sont les reſtes de ſa ſplendeur.
Ainſi , pour expier tes crimes ,
Source de tes maux éternels ,
Le ſang innocent des victimes
Ne rougira plus tes autels.
LE GRAND - PRÊTRE.
Avec ton Dieu , Juda , tu n'as plus d'alliance ;
Tes forts font acablés du poids de tes revers ;
Et tes Prêtres en butte aux traits de fa vengeance ,
Gémiſſent avilis dans la honte & les fers .
A tes enfans proſcrits déſormais étrangere ,
La terre n'offre plus qu'un exil malheureux ;
L'Eternel les marqua du ſceau de fa colere ,
Et le ſang de ſon fils eſt retombé fur eux.
Duo & Choeur.
Mais quelle éclatante lumiere
Vient frapper nos yeux éblouis ?
Iſraël fort de la poufſiere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Les oracles font accomplis
Déjà plus puiſſante & plus belle ,
Sous ſon Rédempteur triomphant ,
Une Jérusalem nouvelle
S'éleve aux portes du couchant.
LE PROPHETE
Récitatif.
La terre ſera ſon partage;
Ainſi le Seigneur t'a promis. 1
Elle verra bientôt ſes plus fiers ennemis ,
Du Dieu qui l'établit reconnoftre l'ouvrage ,
Et l'Enfer même , en frémiſſant, de rage ,
{ A fes décrets ſoumis.
۱۰ : Petit Choeur d'Hommes.
Quittez ces vêtemens de deuil & de triſteſſe ,
O Filles de Sion ! reprenez vos concerts ,
Et faites retentir les airs
De vos, cantiques d'alegreſſe :
Chantez de votre Dieu la ſublime ſageſſe
Et l'annoncez à l'Univers .
Grand Coeur.
Terrible dans ſa juſtice ,
S'il frappe , il anéantit ;
14
Mais long - temps ſa main propice
:
A
A
MAI. 1776. 47
Suſpent le coup qui détruit.
11 a fondé ſon empire
Sur l'amour & les bienfaits ;
Il regne & regne à jamais.
Par M. Rangeard , Archiprétre d'Andard
en Anjou.
Vers adreſſés à la Ville de Séez à l'occaſion
de l'entrée folemnelle de Monseigneur
Dupleſſfis d'Argentré , premier Aumônier
de Monfieur , &c. Evêque de ce Diocese,
le jour des Rameaux , 31 Mars 1776.
SUSPEND Ste USPENDS tes hymnes de triffeffe ,
1
Peuple heureux que le ciel comble de ſes bienfaits ,
Digne & premier troupeau de l'egliſe de Séez ,
Fais retentir les airs de tes chants d'alegreffe.
Le Ciel fixe fur toi des regards paternels :
Il fait aſſeoir Titus au Trône de la France ;
Et pour Pontife , il donne à tes autels
Un Sage dont la bienfaiſance
Adéjà mérité des honneurs immortels.
Ouvre ton ame à la reconnoiſſance:
F
48 MERCURE DE FRANCE.
1
D'Argentré vient , du ſein de l'opulence
Et du faîte de la grandeur ,
Juſqu'aux humbles foyers de la trifte indigence (* ).
Se montrer ton ami , ton pere , ton paſteur.
Il retrace à tes yeux la ſainteté des Anges ...
Sans t'épuiſer en efforts ſuperflus ,
Si tu veux dignement célébrer ſes louanges ,
Sois docile à ſa voix , imite ſes vertus .
Pax M. l'Abbé Morand , Professeur
au College de Séez . 1
L'INSOUCIANCE.
Traduction de la XIII . Ode d'Anacréon:
ANNACREON , tu te fais vieux !
Tu te fais vieux , dit chaque belle t
Conſulte une glace fidelle ;
ン
Tiens , vois , tu n'as plus de cheveux ;
Ton front eft illoné ; regarde :
Je t'en laiſſe le Juge. Eh bien ? ..
Paix. Chauve ou non , je n'en fais rien ,
Et ne veux pas y prendre garde.
(* ) Ce digne Prélat a fait distribuer des aumbnes
confiderables dans les cinq Paroises de cette Ville.
J'aime
>
i
MAI. 1776. 49
J'aime , c'eſt aſſez. Ai-je tort ?
Ai-je raifon ? peu m'en foucie.
Plus on approche de la mort ,
Plus on doit égayer la vie.
Par M. Levrier de Champrion , attaché à
11 la Bibliothèque du Roi.
A BATYLE.
Traduction de la XXII . Ode d'Anacreon:
AccCoCOUURRSS ,, viens , ô mon cher Batyle !
Viens t'aſſeoir à l'ombre avec moi.
Tout m'intéreſſe en cet aſyle ,
Lorsque j'y ſuis auprès de toi
Des oiſeaux entends le ramage ,
Et chante , comme eux , tes plaiſirs .
Regarde comme les zéphirs
Vont folâtrant dans les feuillages.
Ecouté ce petit ruiffeau
Qui doucement tombe & murmures
Couche- toi ſous čet arbriſſeau ;
Vois ſa ruſtique architecture ;
Et dis-moi fi , dans la nature ,
Il eſt an plus joli berceau ?
1
Far le même.
D
50 MERCURE DE FRANCE.
Imitation de la XXe. Ode du ler. Livre
d'Horace .
)
Integer vitæ, ſceleriſque purus , &c.
HEUREUX le mortel qui du vice -
N'a jamais goûté les attraits .
Et dont le coeur , ſans artifice ,
Eut toujours horreur des forfaits !
Protégé par ſon innocence ,
Il porte avec lui ſa défenſe :
La vertu le rend triomphant ;
Il brave la fleche homicide
Que lance la main intrépide
Du Maure fier & conquérant.
Si de la ſauvage Scythie
Il parcourt les vaſtes climats ,
Si de l'affreuſe Sarmatie
Il affronte les noirs frimats ;
Ou de la cime du Caucaſe ,
S'il vient ſur les rives du Phaſe
Ou fur des bords inhabités ,
Son ame paiſible & tranquille
Eft comme le roc immobile
Au milieu des flots irrités .
Quand , épris d'un noble délire
Et l'eſprit de ſoins dégagé ,
MAI. 1776
je veux eſſayer fur ma lyre
Quelque chanſon pour Lalagé ,
Des loups cruels de l'Etrurie
5
Je vois expirer la furie
Et leur rage s'évanouir ;
Au fimple nom de ma Bergere
Iis ont étouffé leur colere :
Son nom ſemble les attendrir.
Sa voix annonce la tendreſſe ,
Ses regards font ceux du plaiſfir :
Elle rit avec la fineſſe
Que nous inſpire le defir :
Si vers les rives de l'Euphrate ,
Ou dans quelqu'autre terre ingrate ,
Je devois fixer mon ſéjour ,
Jamais la fortune cruelle ,
Me forçant à vivre loin d'elle ,
Ne pourroit changer mon amour.
Par M. de Lacger , Sous-Aide-Major
au Regiment de Touraine.
LE POULAIN & LE FERMIER.
Fable traduite de l'Anglois.
Quoil fe voil ſe moquer des noeuds du mariage
dix-huit ans refuſer un époux !
ge;
D2
52
MERCURE DE FRANCE.
L'objet des voeux des filles de votre age ;
En vérité , Corine , y fonges - vous ?
Dans mon printemps j'ai vu certaine fille ,
A l'oeil fripon , à la mine gentille ,
S'énorgueillir d'un viſage charmant
Et mépriſer un vertueux Amant ,
Le maltraiter , railler de ſa tendreſſe ,
Le perſiffler , rire de ſa foibleſſe ,
En abufer , refuſer durement
Le don du coeur , l'offre du ſacrement ;
Et je l'ai vue , alors que la vieilleſſe
Vint remplacer l'imprudente jeuneſſe ,
Joindre ſon ſort au premier libertin
Qui s'eſt offert & fit payer ſa main.
Belle Corine, écoutez cette Fable ,
Et , s'il se peut , fuyez un fort ſemblable.
Un beau Poulain , vif , alerte & fringant ,
Allant , venant , toujours caracolant ,
Fut deſtiné pour briller à la courſe.
De ſes malheurs il faut conter la ſource .
Etourdi , jeune , & fur- tout orgueilleux ,
Mon beau Poulain crut qu'il étoit honteux
D'être bridé , d'habiter l'écurie ;
Malgré ſon Maître il fuit vers la prairie.
Tantôt il boit l'eau blanche d'un torrent ,
Tantôt il faute , ou bondit , ou s'arrête
4
MAI. 1776. 53
Près d'un ruiſſeau qui coule lentement ;
Il va , revient & fait tout à ſa têre:
Au grand galop fuccede un petit pas ;
Sans nul chagrin , fans nulle prévoyance ,
Quand il le veut , il choiſit ſon repas.
L'été ſe paſſe ainſi dans l'abondance :
Mais l'hiver vient : le froid de tous côtés
Se fait ſentir ; les arbres agités ...
En un moment ont perdú leur verdure
D'un voile blanc ſe couvre la nature ;
Par l'aquilon zéphir eſt remplacé ,
Et le ruiſſeau ſous la neige eſt glacé,
Mon imprudent regrette l'écurie ,
Qu'il mépriſoit au temps de fa folie;
Il l'apperçoit , & , d'un pas chancelant,
Du toft ruſtique il approche humblement.
Reçu fort bien , la nuit il ſe repoſe;
Le lendemain , oh ! c'eſt une autre choſe ;
D'un lourd fardeau les valets l'ont chargé ;
Il ſe débat : fur le champ fuſtigé.
Le lendemain il eſt à la charrue.
De tous ſes maux comprenant l'étendue ,
Il s'écria : ma folle vanité
M'a donc réduit à cette extrémité fed ut 1 .
Jadis , hélas ! je plaifois à mon Maftre :
Dans une courſe on m'auroit vu peut-être
Avoir le prix , loué , récompensé ,
Dans un haras , bien ſoigné , careffé ,
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Le doux plaiſir eût terminé ma vie:
Quel est mon fort ! ... hélas ! c'eſt l'infamie.
Par M. A. P. Deverdan , ancien Officier
des Haras du Roi.
VERS à Madame de P... à l'occaſion
POUR U
d'un ruban.
myſtere , our un ruban qu'on donne ſans myſte
C'eſt bien la peine de gronder !
Aht fi j'avois le bonheur de vous plaire ,
Je ne voudrois pour cela vous bouder ;
Unregard, un foupir me plairoient davantage ,
Seroient pour moi des dons plus ſéduifans ,
Et la chaîne de vos rubans ,
Inutile à mon eſelavage ,
Ne feroit rien pour mon bonheur.
D'Agnès & de ſon vieux Tuteur ,
Rappelez-vous cette ſcene charmante
Où mon jaloux entre en fureur ,
Pour un baifer que l'innocente
A laiſſé prendre à fon Amant.
Figurez vous l'excès de ſon tourment
Ademander , lorſqu'il s'impatiente ,
Ce qu'on a pris enſuite du baiſer ;
Et puis voyez ſon courroux s'appaifer
Quand on répond à ſa demande
MAI. 1776, 55
Qu'il ne s'agit que d'un ruban.
L'Abbé devroit en faire autant :
Mais dans fon dépit il prétend
Qu'entre elle & vous la différence eſt grande :
Plus qu'Arnolphe , ſans doute , il eſt infortuné ,.
Agnès le laiſſe prendre , & vous l'avez donné.
Par M. de B**.
LE mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt le Temps; celui de
la ſeconde eſt l'Eau. Le mot du premier
Logogryphe eſt Grace, dans lequel on
trouve rage , grace ou pardon &race ; celui
du ſecond eſt Mélancolie , où se trouvent
ane , lie , lance , émail , loi , Laon , Milan
, mil ; celui du troiſieme eſt Bonnet ,
où ſe trouvent bon & net .
Ο
HÉNIGME.
N m'emploie à vos vêtemens ,
Et vil dans les hameaux je ſuis d'or à la ville :
On me fait réunir l'agréable à l'utile ,
Des bataillons de Mars je déſigne les rangs ...
:
C'eſt chez les Magiſtrats , c'eſt chez les Gens d'Eglife
D4
56
MERCURE DE FRANCE.
Que j'ai le plus de partiſans :
Mais , cher Lecteur , le Quakre me mépriſe.
Par M. Louis Guilbaut.
LORSQUE
AUTRE.
1
ORSQUE des pleurs de la vermeilie aurore ,
Naiſſent dans nos jardins les plus aimables fleurs ,
Mon haleine les fait éclore
En les peignant des plus vives couleurs,
Rien n'eft preſcrit à mes deſirs ;
Par la fratcheur de mes ailes
J'évente le ſein des belles ,
Et pouffe leurs cheveux au gré de mes ſoupirs,
Ami Lecteur , ſouvent au sein des bois .
Toi-même aſſis ſur la verdure ,
Adınırant d'un ruiſſeau le doux & lent murmure ,
M'as confié les accords de ta voix.
....
i
L
LOGOGRYPΗ.Ε .
✓ECTEUR , Vous me voyez ſous diverſes couleurs
De moeurs & de conduite , eh ! je ne ſais qu'en dire ;
Le févere Boileau , beaucoup d'autres Cenſeurs ,
Ont lancé contre moi plus d'un trait de ſatire.
Quelquefois je m'oublie : on répugne à fouffrir
Que je pronne des tons , des airs de ſuffiſance ,
Que bien d'honnêtes gens traitent d'impertinence ,
MAI.
37 1776.
Et c'eſt ſouvent par-là que je me fais haïr.
Eres-vous fatisfait , Lecteur , de ma franchiſe ?
Je vous dis mes défauts aſſez ingénument ;
Tel ſe vante d'en être exempt ,
৭.
Vous trompe & dit une ſottiſe,
Cela poſé , voyons comment
Vous trouverez mon analyſe.
Sans peine ſous vos yeux je mets un Evéché ,
Ce qu'eſt un voyageur quand il a bien marché,
Ce qui dans un preſſoir comprime la vandange ;
Bataille où les Gaulois vainquirent les Romains ;
Une plante dans nos jardins
Qu'Horace n'aimoit pas & que le Gaſcon mange ;
Une piece de bois propre à faire un plancher ;
Un Arabe fameux ; une carte à jouer.
(
Ne vous rebutez pas , entrez dans la Champagne ,
Je vous montre un gros bourg connu par ſon bon vin,
De Jacob la laide compagne ;
1
Un des quatre élémens , je le donne en latin,
En moi l'on trouve encor , avec un peu d'adreſſe ,
Cette illuſtre beauté dont ſe vante la Grece ;
Un Royaume en Afie ; une très - belle fleur ;
Le mari de Jocaſte : ah ! fon fort me fait peur !
Tout ce qui n'eſt pas Clerc vivant au Monaſtere;
Deux notes de muſique; en Flandre une riviere ;
Ce qu'il faut demander quand on eft incertain ;
Un pronom relatif : mais terminons enfin ;
Je crains que ce détail , Lecteur , ne vous accable;
On ſonne le fouper , j'irai vous joindre à table.
Par M. Hubert.
DS
MERCURE DE FRANCE.
E
AUTRE.
NTIER je ſuis à craindre , évitez ma furie :
Avec un pied de moins je regne en Italie.
Par le même.
J
UTRE.
E réſide toujours entre des mains groſſieres :
オシ
Avec moi l'on conſtruit les palais , les chaumieres ;
Mais fans tête , Lecteur , j'ai bien plus d'agrément ,
Car je deviens témoin du bonheur d'un Amant.
Par M. Bouchet , à Paris.
: 59. Mai. 1776 ,
Sur un air det
Signor Mancini :
Tu teplains deta Climene,
+66
b
Tu teplains de ta Clime- ne,Elle
6+ 66
craint, en payant ta pei-ne , De te
:
6
6
7
60. Mercure de France.
rendre le-ger: Si fon
67.7 6677
+9
coeur, Rifon coeur craint dese rendreAh.Syl
6 6
vandre, Cen'estquepour mieuxtt'enga
4+ 67
ger;Non, non non, Sybrandre,
Ce n'est que pour mieux t'en-ga =
WAL
সে
6+
Mai. 1776 .
61
ger.
Fin
Les rigueurs Lune MaitresseSont une.
65
6
in-nocenteadresse, Sortune innocente adresse
65
X
Pourfi-xer
Le coeur
Lun Berger,
5
62. Mercure de France .
Les rigueursd'une Maitref-Se
*
55 6 6
5
Sontune inno- cente a- a- dreffe,Pourfi
یراد
4
xer le coeur dan Ber-ger, Lour fi=
6
xer
X
=
le coeur &un L'un Ber--ger. Dalapa .
*
MAL 1776. 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Relation d'un voyage en Allemagne , qui
comprend les opérations relatives à la
figure de la terre, & à la géographie
particuliere du Palatinat , du Duché
de Wurtemberg, du Cercle de Souabe ,
de la Baviere & de l'Autriche ; fait
par ordre du Roi; ſuivie de la defcription
des conquêtes de Louis XV, depuis
1745 juſqu'en 1748 , par M. Casfini
de Thury , Maître des Comptes ,
Directeur de l'Obſervatoire Royal , de
l'Académie Royale des Sciences , de la
Société Royale de Londres , de l'Acas
démie de Berlin , de l'Inſtitut de Bologne
, de l'Académie de Munick , &c.
A Paris , à l'Hôtel de Thou , in - 4°.
CET Ouvrage confifte principalement
dans la deſcription géométrique des dif164
MERCURE DE FRANCE.
)
férens pays indiqués dans le titre , & le
détail des meſures & des triangles déa
crits ſur les lieux avec la plus grande
préciſion , préciſion bien difficile à obtenir
, & qui a coûté bien des foins &
des travaux à l'illuſtre ſavant auquel nous
devons cette relation. En la parcourant ,
on eſt étonné de leur complication.
La partie hiſtorique du voyage de M.
de Caffini en Allemagne eſt fort abrégée ,
&toute renfermée dans le diſcours préliminaire
; le corps de l'ouvrage étant entierement
conſacré aux obſervations géographiques
& géométriques. La repréſentation
de ce voyage eſt renfermée
dans neuf cartes , dont une partie contient
le cours du Danube depuis Ulmen
Souabe , juſqu'à Presbourg en Hongrie
, que M. de Caffini a exactement
fuivi. Cette partie de ſon voyage eſt
trés - intéreſſante. Une de ces cartes com
prend Vienne en Autriche & ſes envi
rons.
Cette ville , ſuivant M. de Caſſini ,
eſt placée dans une plaine fort étendue.
Le Danube , après y avoit paſſé , remonte
vers le Nord, où il eſt couvert par des
ifles
MAI 1776. 65
ifles de grandeur médiocre , qui le partagent
en pluſieurs bras. La variété du
terrein de ces iſles , ſemblables à des
pieces de parterre , ornées de bois , de
verdure & de plantations , entourées de
canaux figurés par les bras de la riviere ,
préſente l'aſpect d'un grand parc , qui
s'étendroit juſqu'aux murs de la ville.
Toutes ces iſles font liées l'une à l'autre
par des ponts de communication; celles
qui renferment des bois , contiennent
une grande quantité de ſangliers & autres
animaux , qui , lorſqu'ils font pourſuivis
, paſſent à la nage d'une iſle à
l'autre.
M. de Caffini indique les moyens de
parvenir à ſe procurer une carte générale
& univerſelle ſur le plan exact qu'il a
ſuivi. Il invite les Souverains à l'exécution
de cette grande entrepriſe , qui pourroit
coûter conſidérablement , mais qui
feroit entierement changer la géographie
de face , & porteroit au plus haut degré
de perfection cette ſcience ſi importante ,
en la rendant abſolument invariable , en
procurant une connoiſſance parfaite de
E
66 MERCURE DE FRANCE.
1
notre globe , & en déterminant à jamais
la figure de la terre. M. de Caſſini inſiſte
fortement & avec raiſon, ſur l'exactitude
la plus fcrupuleuſe dans les meſures à
employer pour les diſtances ; les moindres
erreurs fur cet objet étant de la plus
grande conféquence en géographie. Il ſe
plaint auſſi de la négligence de la plupart
des Voyageurs ſur la partie géographique
; ce qui a beaucoup diminué l'utilité
de leurs voyages. Il indique aux Voyageurs
à venir des moyens faciles de faire
les obſervations néceſſaires à cet objet .
La carte des conquêtes de Louis XV
en Flandre eſt exécutée de la même maniere
, & avec la même exactitude que
celles du voyage en Allemagne. Quoique
la deſcription qui l'accompagne foit
principalement l'hiſtoire des opérations
géographiques de M. de Caffini , & que
les exploits des campagnes de Flandre
depuis 1745 juſqu'en 1748 , y ſoient indiqués
plutôt que détaillés , on ne la lira
pas fans intérêt.
a
1
11
C
MAL 1776. 67
Oeuvres diverses du Comte Antoine Hamilton
; Tome VII. A Londres ; & fe
trouvent à Paris , chez le Jay , Libraire
, in- 12. prix br. 30 f.
Ce ſupplément aux OEuvres du Comte
- Hamilton eſt compofé de fix à ſept pieces
de vers , & de pluſieurs lettres &
autres pieces mélées de vers & de profe.
Il y en a beaucoup qui ne font que de
ſimples amuſemens de ſociété ; mais on
retrouve dans toutes l'eſprit , la légéreté ,
&l'agréable badinage qui caractériſent en
général les productions de leur aimable &
ingénieux Auteur. La plupart des lettres
font adreſſées au Maréchal Duc de Berwick.
La premiere & la plus conſidérable
des pieces de vers eſt l'allégorie intitulée :
les Roches de Salisbury. Cette piece eſt
verſifiée avec l'agrément & la facilité qui
caractériſent le ſtyle Marotique dans lequel
elle eſt écrite. Nous allons en rapporter
quelques vers qui font partie ,
dans l'allégorie , d'une prétendue prédiction
de l'Enchanteur Merlin ; mais qu'on
E2
68 MERCURE DE FRANCE,
pourroit regarder comme une véritable
prophétie , & dont on fera aiſement jo
l'application.
1 Le jeune Roi n'aura qu'à ſe montrer .
• • •
Antiques moeurs il reſſuſcitera ,
Gloire & vertu triompher il fera :
Que dirai plus ? Il fermera le Temple
Du vieux Janus , & ſera ſon exemple ,
Des bons l'amour & des méchans l'effroi.
Finalement ce légtime Roi
Fera partout fleurir paix & juſtice ,
Juſtice & paix , meres de tout délice.
De l'Achitecture , par F. S. Sobry. A
Paris , chez Couturier fils , Libraire ,
Ce traité , qu'on peut regarder comme
un bon livre élémentaire ſur l'art de décorer
, eſt plus adapté à nos uſages que
les ouvrages de Vitruve & de Perrault ,
fon Commentateur. L'Auteur qui s'eſt
proposé de joindre à la préciſion des regles
de Vignoles , tous les développe-
V
C
ta
C
Π
MAI. 1776. 69
mens néceſſaires , n'a pas prétendu toujours
dire des choſes neuves. Les principes
généraux ſont les mêmes dans tous
les temps & pour tous les hommes. C'eſt
l'unanimité des témoignages , & le grand
nombre des autorités qui établiſſent enfin
la conviction dans quelque genre que
ce ſoit. L'intention de l'Auteur de l'ouvrage
que nous annonçons , a été de
réunir fous un ſeul point de vue , tout
ce que l'Architecture a de regles géné-
✔rales & particulieres ; d'expliquer fon
uſage , ſes principes , fon étendue , ſes
bornes , & l'eſprit qui doit guider ceux
qui s'y adonnent , de façon que , par fon
moyen , les jeunes Artiſtes apperçoivent
plus aisément la route qu'ils ont à ſuivre;
que ceux qui s'en ſont écartés y reviennent
; que les Praticiens y trouvent un
guide ſuffiſant pour les profils , & que
ceux qui ne font point Architectes , apprennent
par lui à juger avec plus de
connoiſſance du mérite des monumens
qu'ils voient ou qu'ils font conſtruire.
M. Sobry fait un bel éloge de l'Architecture
, & en releve la gloire par
l'exemple des peuples les plus anciens ,
E 3 ,
70 MERCURE DE FRANCE.
& fur-tout des Grecs & des Romains ,
qui regardoient cet art comme celui qui
annonçoit avec le plus d'éclat la ſplendeur
& la proſpérité d'une nation. La
,, magnificence des bâtimens , dit - il , ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
و د
ود
a
t
a
éleve l'ame de ceux qui en approchent ;
& par un effet ſecret qui n'échappe
,, point à la vue des hommes qui ſavent
réfléchir , elle donne à ceux qui les
,, habitent , des idées plus grandes &
plus généreuſes; elle excite l'émulation
; elle augmente le courage ; elle
inſpire la vénération. Le peuple affistera
avec plus de reſpect à l'adminiſtration
de la Juſtice dans de beaux :
palais , & aux cérémonies Religieufes
dans de beaux temples. Le Citoyen
,, aimera davantage la cité , où plus de
commodité & de magnificence s'offri-
,, ront à ſes yeux ; tout homme enfin , à
meſure qu'il s'éloignerà de la barbarie ,
& qu'il acquerra les vertus fociales , fe
plaira davantage dans de certaines
idées de propriété , d'ordre , d'arran-
„ gement qui font defirer de beaux édi-
„ fices. "
"
ود
"
و د
و د
MAI. 1776. 71
Choix des lettres du Lord Chesterfield àfon
fils , traduites de l'Anglois. A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire. : :
Les Anglois ont toujours été regardés
- parmi nous , comme les Penſeurs par
excellence : cette qualité eſt la plus néceſſaire
à un Ecrivain qui cherche plus
à inſtruire qu'à plaire. A quoi ſervent ,
en effet tous ces ornemens qui laiſſent
le coeur tranquille & n'éclairent point
l'eſprit ? De bonnes preuves , préſentées
avec force , peuvent ſeules produire la
conviction , & fatisfaire cette curioſité
naturelle qui nous fait chercher le vrai.
C'eſt parce qu'on n'eſt pas état de préfenter
la vérité d'une maniere naturelle
& intéreſſante , qu'on la défigure par une
multitude d'ornemens frivoles & déplacés.
On nous accuſe d'être fabricateurs
de paroles , & de négliger le fond des
chofes , pour ne s'occuper qu'à embellir
les furfaces. L'Anglois cherche au contraire
à creuſer , & mépriſe même un peu
trop les agrémens du diſcours , & la méthode
qui affigne à chaque preuve la place
E4
72
MERCURE DE FRANCE .
qui lui convient. Chesterfield a choiſf
pour inftruire ſon fils un genre , où l'on
n'a pas un ſi grand beſoin d'ornement &
de méthode. On peut même être prolixe
lorſqu'on écrit à fon fils , & qu'on veut
lui inculquer la vérité en la lui repréſentant
fous toutes les faces. La tendreſſe
paternelle ne croit pas devoir épargner les
paroles dans les préceptes qu'elle donne.
Elle craint , comme le dit le Traducteur ,
de n'en être jamais aſſez bien entendue ;
les petits détails lui paroiſſent néceſſaires ,
& loin d'épargner aux précieux objets de
ſes ſollicitudes , l'ennui des minuties &
des redites , elle s'expoſe même à les rebuter
par trop d'empreſſement à leur être
utile. Auſſi le Traducteur des lettres de
Chesterfield a-t-il fait un triage , en rédui
fant trois volumes in-4°. à un ſeul volume
in - 12. On rend un ſervice ſignalé aux
Lecteurs , lorſqu'on leur épargne & le
temps qui eſt ſi précieux & le travail
pénible de ſéparer l'or pur de l'alliage,
Les lettres que le Traducteur a choiſies ,
renferment des points de vue & des réflexions
folides ſur les différentes hiſtoires
, & fur divers genres de littérature ;
MAI. 1776. 73
on y trouve des idées rapides ſur le gouvernement
de la République des ſept
Provinces- Unies , & un choix de maximes
judicieuſes , tirées des Mémoires du
du Cardinal de Retz , avec des remarques
& des maximes de l'Auteur Anglois.
Cet ouvrage eſt terminé par les lettres
d'Yotick à Elyſa , compoſées par Sterne ,
Auteur du Voyage Sentimental, Le portrait
de Sterne eſt fait de main de maître.
A
Differtation fur l'Apocalypse , ou obfervations
à l'occaſion du Proſpectus de M.
des Hauterayes ſur ce divin livre ; par
M. Rondet , Editeur de la Bible d'Avignon.
A Paris , chez Lottin l'aîné,
L'Auteur de cette Differtation , qui a
depuis long- temps conſacré ſes veilles&
ſes talens à l'étude des Saintes Ecritures ,
& qui a tant de fois donné des preuves
de la profondeur de ſes connoiſſances ,
démontre : 1°. Que l'Apocalypſe eſt une
prophétie qui annonce des événemens
f
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
poſtérieurs à la révélation qui en eſt
faite. 2º Que cette révélation contient
les viſions prophétiques que Saint Jean
a eues dans l'Iſſe de Parmos , vers la fin
du regne de Domitien ; c'est- à-dire vers
l'an 95 de l'ere chrétienne vulgaire , environ
25 ans après la ruine de Jérusalem,
& qu'en conféquence cette révélation
prophétique ne peut avoir pour objet ,
comme le prétend M. des Hauterayes ,
la ruine de Jérusalem , conſommée 25
ans auparavant. 4°. Qu'elle annonce particulierement
la ruine de Rome payenne ,
& en général toutes les grandes révolutions
qui doivent ſucceſſivement intéresfer
l'Egliſe de Jésus - Chriſt depuis l'ascenſion
de ce divin Sauveur juſqu'à fon
dernier avénement. 5º. Que ce divin
livre a été écrit non en hébreu , ni en
ſyriaque , mais en grec. Les preuves
que cet habile Differtateur employe
dans fon Ouvrage , nous ont paru folides
; & nous deſirons de voir comment
'Auteur du Profpectus répondra aux
difficultés qu'on propoſe contre ſon ſystême.
L'Apocalypſe ne paroît point
être une hiſtoire ni une tragédie où l'on
19
MAI. 1776. 75
retrace les événemens paſſés comme s'ils
étoient préſens , & même comme futurs ;
c'eſt une vraie prophétie qui regarde des
événemens dont le temps va commencer
bientôt après cette révélation. L'événement
principal auquel conduiſent les
ſymboles employés dans ce livre , n'eſt
autre , ſuivant les Peres & les meilleurs
Interprêtes , que le rappel futur des
Juifs , dont toutes les Ecritures retentiſſent
d'un bout à l'autre. Il s'agit d'une
révélation qui ne ſe borne point à la
feule ruine de Jérusalem , mais qui embraffe
tout l'Univers . La révélation de
Jésus- Christ que Dieu lui a donnée : ce
titre feul annonce toute ſa grandeur , &
fait comprendre qu'elle a pour objet les
myſteres les plus fublimes. L'Apocalypfe
, depuis le commencement du chapitre
IV juſqu'à la fin du chapitre XI ,
nous annonce l'oeuvre admirable du renouvellement
qui doit faire paroître
l'Eglife comme un Ciel nouveau dont
Ja beauté , la férénité , la pureté furpasferont
non - feulement l'éclat d'un Ciel
qui n'étoit éclairé que par les lumieres
de la loi; mais encore celui du Ciel qui
n'éclairant qu'une partie des Gentils ,
!
(
70
MERCURE DE FRANCE.
n'avoit pu , malgré toute ſa ſplendeur ,
en faire pénétrer les rayons dans toute
l'étendue du monde. Toutes les Ecritures
annoncent , & l'Apocalypfe nous
le montre ſous tant d'emblêmes , ce jour
confolant où le fils de Dieu regnera pleinement
ſur tous les ouvrages de fon pere,
où toutes les Nations d'un bout du
monde à l'autre doivent être ſon héritage
&compofer fon Empire.
L'Auteur de la Diſſertation a foutenu
dans ſes autres Ouvrages fur l'Apocalypſe
, que la conversion des Juifs , qui
fera le fruit de la miſſion d'Elie , l'un des
deux témoins , arrivera dans l'intervalle de
Sept années , & par conséquent bien réellement
& bien littéralement à l'extrémité
des jours. Pluſieurs habiles Interprêtes
n'ont pas pu concilier ce ſyſtême avec ce
que les Ecritures nous annoncent de
cette étonnante révolution. La maniere
dont Saint Paul dépeint l'oeuvre de Jéſus-
Chrift , par rapport aux Juifs & aux
Gentils , ſemble exiger un grand efpace
de temps pour l'exécution des grandes
promeſſes faites à l'Eglife. Saint Paul
nous repréſente les deux Peuples comme
les deux portions d'un édifice unique ,
MAI. 1776 77
poſé ſur les fondemens des Patriarches
& des Prophètes , & dont Jésus-Chriſt
eſt la pierre angulaire & comme le point
de réunion. Une de ces deux portions
de l'édifice , qui eſt celle que compoſent
les Gentils , occupe déjà l'eſpace de dixſept
fiecles . Seroit- il digne de la proportion
que Dieu met dans ſes oeuvres ,
que l'autre portion du bâtiment, qui a
été interrompue dès ſes commencemens ;
n'occupat , quand le Souverain Architecte
y remettra la main , qu'un eſpace de temps
très- court , & qui a peine renfermeroit
quelques années ? Ce préjugé deviendra
déciſif , ſi l'on conſidere que les Gentils
ne font entrés dans l'édifice que contre
l'ordre naturel , & par une conduite de
Dieu , qui ſembloit s'éloigner de fon
premier plan ; de forte qu'un chrétien
qui , du temps de Saint Paul, auroit
comparé ces deux oeuvres l'un à l'autre,
ſur ce qu'en dit cet Apôtre , n'auroit
point héſité à préférer en toutes chofes
la converſion des Juifs à celle des Gentils
, & à la regarder comme plus conſidérable
dans la ſuite des deſſeins de
Dieu .
78 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on réuniſſe à ce préjugé les autres
conſidérations que nous préſente l'Auteur
des Droits de la Religion fur le coeur
de l'homme , dans ſon explication du 12 .
chapitre du Prophète Daniel , approuvée
par un Docteur de Sorbonne. Quand
l'Ecriture place , dit-il , dans les derniers
„ temps , noviffimo tempore , le rappel de
la Maiſon de David ; il ne faut point
,, prendre cette expreffion dans un ſens
abſolu , mais dans un fens relatif. Les
„ jours & les temps où les Juifs doivent
ود
ود
ود
ود ſe convertir , font appelés les derniers
,, par comparaiſon avec les temps & les
,, jours où cet événement a été prédit. Les
„ Prophètes ne le voyoient que dans les
و د
fombres enfoncemens d'un avenir très-
,, éloigné par rapport à eux. C'eſt ainſi
,, que Saint Pierre entend le Prophète
„ Joël , quand il applique au jour de la
" Pentecôte le texte ſacré qui annonce ,
,, que dans les derniers jours Dieu répandra
» Son espritfur toute chair. Les temps où
les derniers myſteres de Jésus - Chrift
"&de l'Eglife s'accompliffent , peuvent ود
" bien encore être appelés les derniers
,, que nous attendons , quoiqu'ils doivent
MAI. 1776. 79
و د
"
ود
„ peut - être s'étendre fort loin. Les derniers
temps ne font point d'ailleurs ni ود le dernier jour ni la derniere heure.
Le jour n'en a-t-il pas douze , dit Jéſus-
Chriſt? Et celle que St Jean appeloit
" la derniere , noviffima hora , dure de-
,, puis long- temps , remarquoit Saint
,, Auguſtin ; & depuis que ce Pere l'a
و د
م
و د
ود
obſervé , elle a bien encore duré da-
,, vantage. Quand la converſion des Juifs
ſeroit à la tête du fixieme âge annoncé
dans l'Apocalypfe , que pourroit-on en
,, conclure , dès qu'on ignore la durée que
,, cet âge doit avoir ? Ne fait -on pas,
continue Saint Auguſtin , que mille
ans ne font que comme un jour devant
leSeigneur ? p. 89 , v. 4. Les Prophètes
& Saint Paul nous donnent lieu d'as-
,, ſigner dans la durée des âges le champ
و د
و د
ود
ود
و د
le plus vaſte au parfait accompliſſe-
,, ment du myſtere de la converfion des
Juifs. Dieu leur promet de ne plus les
abandonner , de ne plus fouffrir qu'ils
s'abandonnent eux-mêmes , quand enfin
il les aura rappelés à lui. Le court ef
,, pace d'un petit nombre d'années d'exis
و د
و د
و د
و د
و د
tence après leur retour , rempliroit - il
MERCURE DE FRANCE.
, la magnificence & l'énergie d'une telle
„ promeſſe ? Tout l'Univers , dit l'Au-
و و
teur de la belle explication de la Gé-
,, neſe , ſentira le fruit du retour d'Iſraël .
Ce nouveau Peuple , plein de l'efprit
de vie , ne ſe contentera pas d'être
, forti du tombeau & de jouir de la
ود
"
ود
ود
ود
ود
lumiere : il s'efforcera de réparer ſes
,, pertes & fon aveuglement par le defir
d'éclairer tout le monde, & d'expier ſa
longue infidélité par un zele que rien
ne ſera capable de retarder ni de ra-
„ lentir; les obſtacles l'animeront : les
Princes demeurés juſques - là dans les
ténebres du paganiſme , les Nations les
,, plus rebelles à la lumiere , les ſuperstitions
les plus enracinées céderont enfin
à leurs difcours , à leur patience&
à leur courage ; & la Maiſon d'Iſraël
,, répandue dans toute la terre , en retour-
,, nant à la foi , entraînera avec elle le
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
monde entier ; Sion ſera encore uné
fois la lumiere des Nations. Ses Envoyés
aſſembleront encore une fois
tous les Peuples & tous les Royaumes
,, pour les unir dans le même culte. Elle
,, a été la mere des Prophètes , elle le
" fera
MAI. } 1770. 81
3, ſera encore. Elle aappris par fon exem-
,, ple , aux autres Eglifes , à tout fouffrir
» pour la vérité ; elle eſt deſtinée à leur
و د
donner encore le même exemple. Ses
,, Martyrs feront , comme autrefois , la
;, ſemence des Martyrs. Ils attaqueront
,, fans crainte toutes les ſuperſtitions , &
ود
ود
ود
ود
leur courage relevera celui des foibles
,, & des timides. Ils ne ceſſeront de com-
,, battre qu'après avoir tout vaincu. Ils
,, ne penſeront à ſe repoſer qu'après avoir
converti tout l'Univers. Leur partage
eſt de finir ce qu'ils ont commence.
Ils ont jeté les fondemens , & ils au-
,, ront la gloire de mettre le comble. "
Une autre réflexion tirée de St Paul ,
ne permet point de reſtraindre à une
très-courte durée les heureux effets de la
converſion des Juifs. Jugeons de l'avenir
par le paſſé , dit l'Auteur de l'explication
du douzieme chapitre de Daniel , d'après
Saint Paul. ,, La chute des Juifs a été la
,, richeſſe du monde : Combien leur plé-
,, nitude l'enrichira - t - elle davantage ?
, Leur reprobration a été la réconcilia .
و د
tion de l'Univers : Que ne fera donc
» pas leur rappel ? Il reſſemblera à une
F
82 MERCURE DE FRANCE.
1
ود
و د
و د
"
réſurrection de morts : voilà l'expresſion
même de Daniel. Quand tout
Iſraël , dit le Prophete , aura part au
falut , la multitude de ceux qui dorment
dans la pouſſiere ſe réveillera ;
,, ceux qui , ayant connu Dieu, apprendront
aux autres à le connoître , brille- .
ront comme les étoiles du firmament
dans toute l'éternité.
و د
و د
ود
ود
ود
و د
و د
و د
و د
و د
ود
ود
ود
ود
"
" Mais une telle abondance de lumiere
, mais le ſpectacle merveilleux de
tant de morts reſſuſcités , ne ſeroit - il
donc qu'un événement paſſager ,qu'une
révolution de quelques jours ? Et le
Tout Puiſſant , après avoir déployé la
force de fon bras pour opérer ce prodige
, permettoit- il qu'il fut fitôt détruit
& renverſé comme s'il ne pouvoit
plus le foutenir ? Outre que l'Esprit
Saint , en nous révélant le ſuccès
de la prédication des Juifs convertis ,
ne nous apprend point le temps qu'ils
doivent employer à ſoumettre l'Univers
au joug de la foi; ce ſeroit borner
étrangement leur miſſion & les merveilles
qui en feront le fruit, que de
ne plus donner que peu d'années à la
ود
ود
ود
وا
ود
MA I. 1776. 83
و د
„ durée du monde après leur converſion.
Ne faut-il donc pas que l'Eglife ,
,, après les avoir enfantés avec tant de
,, peine , & après avoir amené par eux
و د
ود
ود
" 1
à fon époux tous les Peuples de la
,, terre , jouiſſe quelque temps à loiſir
de la conſolation de les voir les uns &
les autres raſſemblés autour d'elle ?
Peut - on croire que la fin de toutes
choſes touchât de ſi près l'événement du
retour d'Iſraël , lorſqu'on fait réflexion
que quand Jésus-Chriſt viendra juger la
terre , il y trouvera à peine de la foi;
que la charité ſera refroidie , & que les
choſes feront tombées dans une décadence
extrême ? La confommation de
toutes choſes n'arrivera donc , comme
l'ont obſervé tant d'habiles interprêtes
des Livres Saints , que lorſque l'iniquité ,
que la converſion des Juifs & les fuites
- de cet événement auront preſque bannie
de la terre , aura de nouveau prévalu ; ce
qui ne fauroit arriver que par une ſucceffion
de temps conſidérable. Alors
Dieu n'ayant plus mis de nouveau Peuple
en réſerve pour y renouveler & y perpétuer
ſon oeuvre , le nombre des élus
qui devoient être pris d'entre les Juifs &
F2
$4 MERCURE DE FRANCE.
d'entre les Gentils , étant rempli , l'Evangile
ayant été porté par le zele des Juifs
dans toutes les parties de la terre où
celui des Gentils n'a pu encore pénétrer ,
il ne reſtera plus au Souverain Maître
de toutes choſes que de venir juger le
monde , de conſommer fon oeuvre dans
une ſtabilité parfaite & éternelle , & de
donner ainſi à ſes promeſſes & à ſes
écritures un dernier degré d'accompliſſement
& de juſteſſe , après quoi il n'y
aura plus qu'à les retirer comme un billet
pleinement acquité.
Le défaveu des Artistes , ou lettre à
M*** , ſervant de réfutation à l'Almanach
hiſtorique & raiſonné des Architectes
, Peintres , Sulpteurs , &c.
1
Rifum teneatis , amici. Hor.
Brochure in-8°. de 42 pages. AParis',
chez Brunet , Libraire .
Le defir que les Amateurs , les Amateurs
étrangers ſurtout , marquoient
d'avoir un écrit qui pût leur donner des
MA I. 1776. 85
e
inſtructions ſur les Artiſtes François actuellement
vivans , dont ils cheriſſent les
talens ; le titre même d'Almanach , que
M. l'Abbé le B *** a donné à l'ouvrage
qu'il a publié fur cet objet ; & les louanges
, quoiqu'un peu vagues , qu'il a distribuées
à la plupart des Artiſtes , ſembloient
lui mériter de l'indulgence fur
quelques erreurs ou des défauts d'exactitude.
Cependant , comme il annonce que
fon Almanach eſt hiſtorique & raiſonné ,
nous penſons que la critique de cet écrit
ne paroîtra point déplacée. Mais l'Artiſte
qui l'a publiée , car on ne peut méconnoître
ici la plume d'un Adverſaire qui
parle dans ſa propre cauſe , dément quelquefois
cet eſprit de douceur & d'urbanité
que les beaux arts font faits pour inſpirer.
Il faut avouer auſſi qu'il eſt bien
difficile de ne pas prendre un peu d'humeur
à la lecture de tant d'écrits fur les
arts , dictés par des Amateurs novices
qui , pour avoir admiré quelquefois les
productions du goût & du génie , croyent
pouvoir donner des leçons aux Artiſtes.
Mais on ne tarde point à s'appercevoir
que ces nouveaux Précepteurs auroient
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
eux - mêmes beſoin d'être éclairés. Leurs
réflexions obfcures , incertaines , minucieuſes
annoncent aſſez qu'ils ne fentent
point cette flamme qui a échauffé l'Artiſte
qu'ils critiquent. Ces Ecrivains portent
le plus ſouvent l'eſprit de diſcuſſion
là où il faudroit le coup d'oeil du génie.
Auſſi n'attendez point d'eux ces obſervations
profondes , vraies , lumineuſes , qui
par les douces impreſſions de la beauté ,
de l'harmonie& des convenances qu'elles
font naître , ſont ſi propres à élever l'ame
du Lecteur , annoblir ſon eſprit & épurer
fon coeur.
Manuel ou Fournée Militaire , vol. in- 12.
A Paris , chez Hardouin , Libraire
paſſage de la colonnade du Louvre ,
près S. Germain l'Auxerois.
,
L'Auteur de ce Manuel nous prévient
dans ſon avant - propos , qu'il n'a fait que
mettre à contribution les chefs - d'oeuvres
de Tactique. On avouera cependant qu'il
falloit un Militaire ſtudieux & éclairé
pour choiſir les matériaux & ce Manuel ,
MAI. 1776. 87
2
& y mettre l'ordre & la préciſion qui s'y
trouvent. Cet écrit qui commence par
des conſidérations ſur la guerre , tirées
de pluſieurs anciens Hiſtoriens , eſt diviſé
par chapitres , & ces chapitres font
au nombre de douze. Le premier nous
préſente les principaux devoirs d'un Général
. Le ſecond traite du ſervice de
l'Artillerie. Le troiſieme nous inſtruit
fur ce qui regarde la ſubſiſtance d'une
armée. Les opérations , les mouvemens ,
les campemens , les combats , les places
de guerre , la garde des places , le ſervice
& la police d'une ville de guerre , l'attaque
& la défenſe des places , font les
objets des chapitres ſuivans. L'Auteur ,
non content d'avoir dans ces différens
- chapitres expoſé les principes qui doivent
ſervir de bouſſole à ceux qui embraſſent
l'état militaire , deſire d'en prouver
la folidité. Dans cette vue , il ſe propoſe
de joindre à cette premiere partie ,
une ſeconde , où les Condé , les Eugène ,
les Turenne , les Montécuculi , les Villars
, les Folard , les Feuquierre , &c.
viendront , pour nous fervir ici d'une expreſſion
de l'Auteur , appofer le ſceau aux
principes qu'il vient de publier , & jufti-
1
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
ſieront la méthode par leurs exemples , &
les leçons de l'art par les inſpirations du
génie.
Discours prononcé à l'Hôtel - de- Ville de
Саёп , le Lundi 14 Août 1775 , fur
l'eſſai ordonné par Sentence de Police
générale du 23 Juin 1775 , tendant à
fixer le prix du pain relativement au
prix du bled , avec des additions & le
requifitoire de M. l'Avocat du Roi ;
par M. Michel Antoine Lair , Avocat
au Parlement de Paris , & Directeur
des Octrois de la Ville.
Homo fum ; bumani nibil à me alienum puto.
Térent.
2
Vol. in- 8 . de 88 pages. A Caën , chez
Pyron & Manoury pere ; à Rouen
chez la Veuve Befongne ; à Amiens ,
chez François ; à Rennes , chez Ramelin
; & au Mans , chez Monnoyer.
Des conſidérations dont l'humanité
MA I. 1776. 89
i
étoit le motif , eſt- il dit dans l'introduction
de cet Ouvrage , ont conduit à des
calculs & à des découvertes aſſez intéreſſantes
au Public , pour occuper tout
çe que la ville de Caën renferme de Citoyens
les plus recommandables par la
naiſſance & les lumieres . Ils ont ſoumis
les calculs à l'expérience , & celle-ci à
la raiſon. Au mois de Mai dernier , l'Auteur
de ce diſcours fit un eſſai. M. de
Fontette , Conſeiller d'Etat , alors Intendant
de la Généralité de Caën , voulut
bien ſe charger en ſon particulier des
frais ; il fic plus , il inſtruifit toutes les
villes de la Généralité , du réſultat de cet
eſſai & de la découverte qui en étoit
Veffet. Il ne ſe borna point à ces marques
, non équivoques , de fon amour
pour le bien public; il inſtruiſit encore
MM. les Officiers du Bailliage , de ſes
intentions ; & leur promit que l'eſſai
nouveau qu'ils devoient ordonner , ſe
feroit aux frais du Roi. La diſſertation
que M. Lair offre au Public ,& qui contient
l'hiſtorique des opérations de l'esſai
, ayant paru renfermer des vues utiles ,
MM. les Officiers municipaux ſe ſont
déterminés à la faire imprimer. En la
publiant fous leurs auspices , l'Auteur
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
۱
n'a d'autre intérêt que celui de la vérité.
Motifs de ma foi en Jésus - Christ , par
un Magiſtrat. A Paris , chez la Veuve
Hériſſant , les freres Etienne , & Charles
- Pierre Breton 1776.
C'eſt le titre d'une petite brochure
in 12 de 133 pages. Quoique les attaques
journalieres des incrédules contre la religion
foient impuiſſantes pour la détruire ,
elles ne laiſſent pas d'affliger les ames
vertueuſes , & d'inquiéter les eſprits foibles.
On ne peut pourtant pas avoir continuellement
la plume à la main pour
repouſſer les traits de l'impiété & de la
calomnie. A peine la diſpute a-t-elle fini
for un point , qu'elle renaît ſur un autre.
Un moyen pour confondre l'incrédulité ,
& pour raſſurer en même temps les vrais
croyans , étoit de rapprocher toutes les
preuves les plus convaincantes de la vérité
de notre religion , & d'en faire fortir
ces traits lumineux , capables de ſubjuguer
les eſprits les plus rebelles ; & c'eſt
ce que nous a paru avoir merveilleuſement
opéré l'Auteur de l'ouvrage que
nous annonçons.
MAI. 1776. 91 }
C'eſt aux faits qu'il a cru devoir uniquement
s'attacher dans ſa difcuffion ,
parce qu'un fait bien établi eſt ſans replique.
Pour remplir ſon objet , il examine
la religion avant Jeſus - Chriſt , du
vivant de Jeſus - Chrift , & après la mort
de Jeſus- Chrift.
J
Avant la venue de Jeſus - Chriſt , ſa
religion eſt annoncée dans les prophéties ,
dans ces livres mêmes qui ſont entre les
mains des plus cruels ennemis du nom
Chrétien. On voit s'accomplir à la lettre
tout ce qui avoit été prédit du Meſſie ;
&la prédiction eſt telle , que Jeſus-Chrift
eſt le ſeul à qui l'application pût s'en
faire , fans craindre de ſe tromper.
Du vivant de Jeſus - Chriſt , on voit
un homme qui ne peut être qu'un Dieu.
La ſainteté de ſes moeurs , la fublimité
de ſa doctrine , ſes leçons , ſes exemples ,
ſes miracles , tout annonce un caractere
de divinité , auquel on ne fauroit ſe
méprendre.
Après ſa mort , un fait eſſentiel , &
fur lequel repoſe la foi des Chrétiens ,
c'eſt ſa réſurection. Jeſus Chrift avoit
dit qu'il reſſuſciteroit ; fi effectivement
il eſt reſſuſcité , nous devons avoir la
plus grande confiance dans ce qu'il nous
92
MERCURE DE FRANCE.
a dit , & dans ce qu'il nous fait encore
eſpérer. Or , que Jeſus Chriſt ſoit resſuſcité
, c'eſt un fait qui eſt examiné
dans le petit ouvrage en queſtion , avec
une ſagacité & une préciſion particuliere ;
toutes les circonstances & toutes les probabilités
font rapprochées dans cet examen
, en quelque forte judiciaire , à ne
laiſſer aucun doute fur une vérité ſi importante.
Cette preuve eſt même ſuivie ,
degré par degré , & toujours par les faits
juſqu'à nos jours , de maniere que l'incrédule
le plus décidé eſt réduit , où à
ſe rendre à l'évidence , ou à déraiſonner
pour foutenir fon obſtination.
Célide , ou Histoire de la Marquise de
Bliville , par Mademoiselle M ***
deux parties in - 12. A la Haye , & ſe
trouve à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue S. Jacques ; Moutard &
Mérigot , quai des Auguſtins ; Delalain,
rue de la Comédie Françoiſe ;
L'eſprit au Palais - Royal.
۱
Célide , ſuivant le portrait qui nous
en eſt tracé , étoit une de ces perſonnes
rares , favoriſées des plus précieux dons
de la nature. Vertu , modefſtie , généro- (
:
MAI. 1776. 93
fité , eſprit , beauté; en un mot , toutes
les qualités qui peuvent plaire , ſe trouvoient
réunies en elle. Le Comte de Bricourt
, ſon pere , qui avoit épuisé pres
que tout fon patrimoine au ſervice , vivoit
retiré dans une petite terre , le ſeul
bien qui lui reſtoit. Cet ancien Officier ,
& la Comteſſe , s'occupoient dans cette
folitude à perfectionner l'éducation de
leur aimable fille, qui avoit alors quatorze
ans , à lui inſpirer de l'amour pour
la vertu , & du mépris pour les richeſſes.
,, Ma chere Célide , lui diſoit un jour
و د
ود
و د
ود
و د
-
la Comteſſe ; ſi vous voulez être heureuſe
, ne donnez pas à l'ambition l'entrée
de votre coeur ; cette funeſte pasſion
empoiſonneroit vos plus beaux
, jours ; quoi qu'on faſſe pour elle , on
,, ne peut la fatisfaire: ſes jouiſſances
mêmes font des tourmens , & ne valent
,, pas le repos dont vous jouiſſez ici ,
Ah ! Madame , s'écria Célide , que
,, je plains les ambitieux , s'ils font tels
,, que vous le dites ? S'ils font tels ?
„ Croyez - moi , ma fille , croyez que
,, quelqu'énergique que vous paroiſſe le
trait dont je viens de les peindre , il
encore bien foible auprès de la vérité.
Il eſt encore une autre paſſion non
„ moins dangereuſe , c'eſt l'amour: ah !
و د
"
و د
1
-
1
94 MERCURE DE FRANCE.
,, ma fille , écoutez attentivement ce que
"
ود
ود
و د
و د
و د
j'ai à vous dire ſur ce ſujet;& gravezle
dans votre coeur , en caracteres inef.
façables : l'amour plaît , il flatte à fon
premier abord ; mais que ces momens
ſont courts ! Il n'eſt point pour le coeur
de plus mortel poifon; ne croyez pas ,
,, ma fille , être aimée , parce qu'on vous
le dira ; fuyez ceux qui vous feront de
„ pareils aveux , comme vos plus cruels
ennemis : ne vous laiſſez ſéduire ni
,, par la figure ni par l'eſprit : penſez en
vous même que ces dehors attrayans ,
cachent une ame perfide. -Quoi , ma
,, mere , tous les hommes font donc
,, trompeurs ? Ils ne le font pas tous;
ود
و د
ود
و د
و د
و د
ود
وو
-
"
mais le nombre des autres eſt ſi petit ,
,, que le plus fûr eſt de ne ſe fier à aucun ;
ſachez aufſi , Célide, qu'une fille ver
tueuſe , ne doit point avoir d'affections
ignorées de ſes pere & mere.
C'étoit ainſi que cette tendre mere tâchoit
d'aſſurer le bonheur de ſa fille. Que
Célide auroit été heureuſe s'il avoit plu
au Ciel de la lui laiſſer plus long-temps !
Mais elle étoit , ajoute ici fon Hiſtorien ,
deſtinée à éprouver les coups les plus rudes
, dont un coeur ſenſible puiſſe être frappé.
Cette reflexion fait aſſez connoître
au Lecteur , que ce Roman eſt moins une
1
MAI. 1776. 95
critique des moeurs , que la peinture d'un
coeur tendre , en proie aux inquiétudes
du ſentiment , & livré aux tourmens des
paffions. La fuite des événemens que ces
mémoires préſentent eſt peu variée ; le
ſtyle néanmoins n'eſt point dépourvu d'intérêt.
Mais l'hiſtorien connoît peu l'art
des tranfitions. Le Lecteur ſouffrira même
impatiemment qu'on le tranſporte d'un
lieu dans un autre , en lui diſant d'un ton
badin , que ce voyage ne le fatiguera pas
beaucoup. Ces légers défauts n'empêcheront
pas que l'on ne s'intéreſſe à l'infortunée
Célide , & que l'on ne voye avec joie
fon amour conſtant couronné par le Marquis
de Bliville , amant tendre , paſſionné
& vertueux.
Ce Roman nous offre dans Mademoiſelle
de Blemigni , amie de Célide
, le modele de la vraie amitié. Le
Lecteur ſentira la ſolidité du reproche
qu'elle fait à ſon amie du peu de confiance
qu'elle lui marque; il approuvera
le doute que Mademoiselle de Bemigni
forme en conféquence ſur l'amitié de
Célide. Ah! que je m'étois abuſée ! lui
dit elle un jour , en croyant avoir dans
votre coeur la place que vous avez dans ود le mien: oui , ma chere amie , oui ,
5, j'en suis perfuadée ; (ainſi ne cherchez
"
ود
"
96 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
ود
ود
دو
ود
,, point à me faire illufion), on ne peus
aimer une perſonne dont on ſe défie.
Le charme de l'amitié conſiſte dans le
plaiſir qu'on goûte en répandant dans
,, le ſein de l'ami qui nous eft cher , les
,, peines dont on eft accablé ,& les ſujets
de joie qui arrivent : ôtez de l'amitié
la confiance , vous en détruirez tout
l'agrément , ainſi que le lien. " On eft
un peu faché qu'une fille qui connoît fi
bien les douceurs de l'amitié devienne
la victime de fon amour pour le Che
valier de Seminille. Mademoiselle de
Blemigni fait voir par ſon exemple que
l'on peut aimer ſans être aimé ; & que
l'amour , très-différent de l'amitié, peut
ſe paſſer de retour.
Extrait du Journal de mes Voyages , où
Hiſtoire d'un jeune homme , pour
ſervir d'école aux peres & meres ; par
M. Pahin de la Blancherie.
:
1
Quiconque a des enfans au vice abandonnés ,
N'a point d'excuses légitimes ;
Car ſous quelque ascendant que ces monstres foient nés
Sa nonchalance a cause tous leurs crimes.
GAMBERVILLE.
2 vol.
MAI. 1776. 97
2 vol. in- 12 ; en papier ordinaire rel.
61. En papier d'Hollande , 21 1. avec
fig. A Paris , chez les Frères Debure ,
Lib. quai des Auguſtins ; à Orléans ,
chez la veuve Rouzeau Montaut.
M. de la Blancherie a voyagé & obſervé
de fort bonne heure. Il a conſigné
dans des lettres écrites à un ami, les
réflexions que lui ſuggérerent les faits
qu'il remarquoit ;& ces reflexions toujours
morales , ont particulierement pour objet
l'éducation des enfans. Notre Voyageur,
en les publiant aujourd'hui , a
pour but d'intéreſſer à cette éducation les
parens & le gouvernement. C'eſt pour
mieux obtenir ce voeu de ſes defirs , qu'il
nous préſente dans l'hiſtoire d'un jeune
homme qu'il a vu & pratiqué , un exemple
terrible des effets de la débauche &
du libertinage. M. de la Blancherie s'éleve
vivement contre les écoles publiques
; & on eſt obligé de reconnoître
avec lui que ſi pluſieurs abus depuis longtemps
introduits dans ces écoles ne
font point réformés , l'éducation privée
ſera préférable à l'éducation publique.
Mais n'y a t-il pas auffi un peu
d'exagération dans la peinture que fait
G
98 MERCURE DE FRANCE .
notre Voyageur des dangers que courent
les jeunes gens lorſqu'ils vivent raſſem
blés. Au reſte , il eſt peut être bon d'exagérer
le péril, pour que ceux auxquels
la jeuneſſe eſt confiée , la veillent de plus
près.
Notre Voyageur obſervateur rapporte
des anecdotes particulieres , cite pluſieurs
traits de bienfaiſance , de juſtice , de
gratitude: rappelle à notre mémoire des
paſſages de différens Auteurs , difcute
pluſieurs points de morale , mais toujours
dans le rapport qu'ils ont avec l'éducation;
il ne tarit point enfin fur cet
objet important. Son éloquence , quoiqu'un
peu diffuſe , plaît néanmoins parce
qu'elle part d'un coeur pénétré , & qui
connoît tout le bien qui réſulteroit d'une
éducation mieux dirigée. Cet Ecrivain
s'eſt plu à ſe peindre dans une de ſes lettres
; le portrait qu'il nous donne de luimême
, & que nous allons citer , ſervira
encore à faire connoître le but moral de
l'ouvrage , la maniere diferte , mais franche
de l'obſervateur , & fon goût pour
les citations , qui font ici en grand nombre,
fur - tout dans les notes placées au
bas des pages. ,, Je vous préviens , écrit-
" il à fon ami , que mes lettres pouront
MAI.
99
1776.
, être par fois un peu longues. Vous
, ſavez que dès qu'il eſt queſtion de mo-
ود
rale ou d'éducation , je ſuis un ba-
,, billard, comme il n'y en a point : dans
ود
mes travaux , mes obſervations , mes
,, lectures , dans tout ce qui ſe paſſe , je
, ne vois que ces deux objets. Je diviſe
, tout én moyens & en abus. Les hom
5, mes ne me paroiſſent que de grands
,, enfans mal élevés ; les enfans font des
, hommes à former. Il y a encore cette
différence entre les grands enfans &
les petits : c'eſt que ceux- ci ont les
,, grâces en partage ; ceux- là n'ont que
les ridicules ; & les plus raisonnables
font quelquefois les plus ennuyeux. Si
," je me mêle parmi les jeux de l'en
„ fance , quelle volupté n'ai-je pas à con-
„ templer ſa naïveté , ſa franchiſe , cette
,, joie vive & pure qui ſe manifeſte au-
ود
ود
وو
قو
ود
dehors par la vivacité des regards , des
,, geſtes , des diſcours ! Oui , l'enfance
,, eſt l'âge de la liberté & du bonheur.
Je laiſſe aux autres leurs chevaux , leurs
,, chiens , leurs fleurs , leurs ſpectacles ,
leurs concubines ; ils font eſclaves.
Moi , je goûterai , je chérirai, j'admi
rerai dans les enfans la nature & fon
- créateur ; je connoîtrai les vices , pour
ود
ود
زر
G
100 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
,, les en préſerver ; je les précéderai
dans leur marche , pour les conduire
dans des ſentiers parſemés de fleurs ;
,, j'arracherai les épines devant eux , & un
fourire innocent me dédommagera de
„ mes peines. Les journées ne ſuffiſent
,, pas à mes recherches , à mes obſervas
"
و د
و د
tions , j'oſe diſe à mon zêle. Je n'ai
,, pas le temps de faire une lettre courte :
d'ailleurs , je me laiſſe emporter par
mon ſujet ; il eſt d'autant plus im-
,, portant à mes yeux , que je l'étudie
fans ceſſe. Que ne dois-je pas à Plutar-
„ que , à Platon , à Montaigne , &c. ?
و د
و د
"
و د
Ils ont été mes feuls amis pendant long-
„ temps ; & peut-être trouvera- t-on dans
mon ſtyle quelque choſe du leur. Au
refte , j'ai plus appris , juſqu'à cette
heure , à penſer qu'à écrire. Je penſe
naïvement & bonnement comme mes
maîtres ; je ne me foucie guere d'écrire
„ autrement. Je n'ai peut- être pas beau-
» coup d'eſprit ; mais j'ai , ce me fem-
ود
و د
و د
22
ود
ble , quelque peu de raifon : je l'ai du
moins bien cultivée & bien exercée.
„ Je fais qu'on aime, dans les écrits ,
comme dans la ſociété , une imagination
vive. Je crois me rendre justice,
» en diſant que j'ai plus de ſolidité dans
"
د
19
MAI. 1776. 10
ود
ود
le jugement, que de feu dans l'imagination.
Tes discoursfentent le vieux , diſoit
Denys le Tyran à Platon , qui lui
„ apprenoit à être digne de commander
„ aux hommes ; les tiens fentent le
29
-
tyran , répondit celui - ci. Si mon ſtyle
>>> font le vieux , je me plais à croire qu'il
ſent l'utile , voilà mon but. Je n'ai
pas la mémoire des mots , mais j'ai
celle des choſes. Je ne retiens pas ai-
> ſément les noms & les dates , mais je
ود
" ſais toujours les faits. Graces au ciel ,
,, je peux me divertir avec les gens d'esprit
, & m'inſtruire avec les gens raifonnables.
ود
M. de la Blancherie nous dit que l'enfance
eſt l'âge de la liberté & du bonheur
; mais en quoi conſiſte la liberté de
cet âge ? L'enfant eſt le plus fouvent foumis
à des Inſtituteurs chagrins , qui le
gênent juſques dans ſa façon naïve d'exprimer
ſes différentes ſenſations. Peut-on
encore appeler heureux celui qui n'a'
pas le ſentiment de ſon bonheur ? Un
imbécille qui ne prévoit pas l'avenir ,
l'homme qui dort , celui dont la raifon
eſt obſcurcie par le vin , par l'âge , ou
par quelqu'autre cauſe que ce fuit , les
animaux enfin qui ne connoiſſent que le
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
préſent , font heureux à la maniere des
enfans.
M. de la Blancherie , dans ce même
ouvrage , s'éleve avec force contre les
meres qui ne veulent point nourrir leurs
enfans , & nous louons ici fon zele. Mais
en exigeant que des Bourgeoiſes de Paris
par exemple , foient les propres nourri
ces de leurs enfans , il faudroit auſſi leur
preſcrire de quitter leur famille , leur
maiſon , leurs affaires , & d'aller vivre
à la campagne , car un air libre & pur eft
peut - être encore plus falutaire à l'enfant
que le lait de ſa propre mere. Cependant
combien de meres Parifiennes auxquelles
un long ſéjour à la campagne ſeroit impoffible
!
M. de la Blancherie donne d'autres
leçons aux meres , dont elles feront bien
de profiter. On voit avec plaiſir à chaque
page de ſon ouvrage que le premier &
même l'unique objet de ſes recherches
eſt de ſe rendre utile. C'eſt dans ce point
de vue qu'il travaille actuellement à un
autre ouvrage qui aura pour titre : de
l'Homme ou fystême général & complet
d'éducation . L'Auteur y examinera ce
que peut & doit être l'homme , d'après
des conſidérations particulieres , phy-
DI
a
da
P
f
1
Γ
MAI. 1776.
103
ſiques , morales , hiſtoriques , politiques
, &c. fur ce qu'il a été juſqu'à préfent,
dans tous les temps , & dans tous
les lieux. Il fera l'hiſtoire de l'éducation
& des moeurs de tous les peuples anciens
& modernes. Il conſidérera les ſciences
dans le rapport qu'elles ont avec l'intelligence
des enfans. Il préſentera un tableau
raiſonné des inconvéniens & des
avantages des chofes principales en uſage
dans l'éducation , ou qui doivent y être ,
d'après tout ce qui a été écrit juſqu'à preſent
ſur cette partie ſi intéreſſante pour
l'humanité , & d'après des obſervations
raiſonnées ſur ce qui peut être ou ne pas
être, ſelon le pays , le climat , le caractere
, &c. Il ſe propoſe de rédiger
toutes ces chofes, de maniere que l'on
en pourra tirer des réſultats poſitifs &
certains fur la méthode particuliere de
former des hommes , pour le plus grand
bien; ce ſera , pour ainſi dire , un manuel
d'éducation , où toutes fortes de cas
feront prévus. Mais en attendant ce grand
ouvrage ſur l'Homme , M. de la Blancherie
en a préparé un autre , qu'il publiera
inceſſamment , & qui eſt une forte
de complément à celui dont il eſt question
aujourd'hui ; il a pour titre: ,, Extrait
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
ود ,, du Journal de mes voyages , ou his
toire d'une jeune Demoiselle, pour دو ſervir d'école aux peres&meres. "
ود
M. de la Blancherie invite les Gens
de Lettres , les Philofophes & tous les
gens de bien , à concourir à donner à
fon fyſtème général & complet de l'éducationn
,, toute l'utilité qu'il aa en vue , en
lui faiſant part de faits & d'obſervations
raiſonnées fur tout ce qui a du rapport
avec l'éducation publique & particuliere,
ancienne & moderne , chez tous les peuples
, & dans tout les états. Les extraits
pourront être adreſſés , francs de port , à
l'Auteur , chez les Libraires ci-deſſus indiqués.
Il ne s'appropriera rien de ce qui
lui aura été envoyé ; chaque Coopérateur.
jouira de ce qui lui appartiendra.
Nouvelle méthode de traiter les maladies
Vénériennes par la Fumigation , avec
les procès verbaux des guériſons opérées
par ce moyen : par M. Pierre
Lalouette, Docteur Régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de
Paris , & Chevalier de l'Ordre de S.
Michel ; publiée par ordre du Roi. A
Paris , chez Mérigot l'aîne , Libraire ,
quai des Auguſtins , près la rue Dau
MAL 1776. 105
phine 1776, avec approbation & privilege
du Roi.
Si nous en exceptons l'empiriſme &
quelques opinions iſolées en petit nom.
bre , l'univerſalité des Médecins reconnoît
le mercure pour le remede le plus
efficace découvert juſqu'ici contre ce
ود
وو
و د
ود
fléau deſtructeur qui attaque l'homme
dans les ſources de la vie , & fe com-
,, munique de générations en généra-
,, tions ; " & entre toutes les manieres
d'adminiſtrer le mercure , on s'eſt fixé à
l'appliquer à l'habitude extérieure du
corps , pour l'introduire , par les pores.
cutanés , dans la maſſe des liquides. Si
par la fumigation on applique à l'habitude
extérieure le même mercure : le voeu de
la Médecine eſt rempli; c'eſt une frica
tion univerſelle ; & toutes choſes étant
égales du côté du médicament , on a
l'avantage de la commodité. Si avec la
fumigation on adminiſtre un mercure
plus pur: on gagne en commodité & en
efficacité de traitement. Voilà l'objet de
l'ouvrage de M. Lalouette ; convaincu
par des réflexions fondées ſur ſes expériences
, que le mercure contient des
ſubſtances métalliques auxquelles il faut
GS
:
106 MERCURE DE FRANCE.
attribuer les effets pernicieux qu'on lui
reproche , & qu'il peut contracter dans
les préparations uſitées un alliage non
moins dangereux ; il a cherché à l'épurer
par des procédés chymiques , qui donnent
un mercure pur , rendu aſſez volatil
pour être élevé par l'action du feu ,
& dégagé des entraves qui l'empêchoient
de pénétrer les pores , dans ſon état
naturel de mobilité : qualités qui manquoient
aux poudres mercurielles qui
ont ſi mal réuſſi dans l'ancienne fumigation
: car , ou le mercure avoit perdu
dans la calcination ſon éclat métallique ,
ou il s'élevoit très-peu par l'action du
feu , ou il ne s'appliquoit à la peau que
ſous la forme de chaux & y adhéroit , ou
il s'en dégageoit une trop petite quantité
des ſels qui l'enveloppoient , ou il deve.
noit lui même , par l'alliage de ces fels , un
fel mercuriel malfaiſant : & toutes ces
poudres avoient l'inconvénient commun ,
que le mercure n'en pouvoit être révivi.
fié que par un feu violent , auquel on
ne peut pas foumettre les malades. C'eſt
ce que l'Auteur développe dans ſon Chapitre
VIII , plein de doctrine & d'expériences
lumineuſes. Il en faut dire autant
du Chapitre III , dans lequel il examine
こ。
MAL 1776. 207
les préparations mercurielles priſes inté.
rieurement , dont il démontre l'inſuffiſance
ou les funeſtes effets. C'eſt-là qu'on
peut apprécier le fublimé-corroſif , préfent
funeſte qu'a fait à l'Europe unMé.
decin auquel la poſtérité ne conſervera
peut- être pas la célébrité dont l'a fait
jouir ſa fortune. M. Lalouette expoſe
l'action de ce cauſtique ſur les chairs audehors
, & le ſuit au- dedans ; où il le
montre exerçant ſes ravages ſur l'organi-
- ſation intérieure , détruiſant les fibres ,
élémens de nos corps , &commençant
l'ouvrage de la mort ; & il découvre ſes
traces dans les cadavres. On ne peut que
déplorer , avec ce Praticien éclairé , le malheur
de voir des Médecins ſe rendre les
Apologiſtes de ce poiſon terrible , & lui
gagner des fuffrages reſpectables , juſqu'à
en faire quelquefois un objet de charité!
Le fublimé pallie ſubitement les ſymptômes,
peut - être il les guérit : mais l'arfenic
fait le même effet fur pluſieurs
maladies violentes : on arrêta , il ya
trente ans , a Cambrai , un Empirique
qui le donnoit; il guériſſoit comme miraculeuſement
, & tous les malades mouroient
au bout d'un an ou deux: il confeſſa
ſon horrible ſecret aux approches
rot MERCURE DE FRANCE.
L
de la torture. Nous pouvons faire une
réflexion concluante contre le ſublimécorrofif,
tirée de la conduite de M. Lalouette.
Ce Médecin qui a donné pendant
plus de trente ans ſes ſoins & fes
remedes à tous les pauvres de la Capitale
qui accouroient chez lui en foule ,
& qui y a conſommé ſa fortune ; lui qui
a tant approfondi le caractere & les effets
du fublimé , auroit- il cherché à grands
frais un autre remede , ſi celui-là eût pâu
remplir ſes vues charitables ?
Les bornes de ce Journal ne nous per.
mettent pas de rendre compte des vues
faciles & économiques que M. Lalouette
indique pour diminuer la propagation de
cette terrible maladie , ni d'entrer dans
un plus grand détail ſur les avantages de
fon procédé , dontle Cenſeur , M. Macquer
, juge éclairé en cette matiere ,
nous annonce qu'il contient des recherches
& des expériences de la plus grande
utilité fur la purification & les préparations
les plus effentielles du mercure.
Nous penſons , avec ce ſavant Académicien,
que la perfection que M. Lalouette
donne a une méthode , déjà tentée , de
guérir les maladies vénériennes , mérite
toute l'attention des gens de l'art. Quel
L
MA 1. 1776. 109
objet en effet peut intéreſſer davantages
que celui de ſubſtituer à l'appareil dégoûtant&
pénible des frictions , & au régime
extenuant qui les accompagne , un traitement
commode & facile , ſous lequel les
malades reprennent de la vigueur & de
l'embonpoint , au lieu de les perdre , &
vacquent comme à l'ordinaire à leurs travaux
? Les machines pour la fumigation ,
& l'appareil pour les préparations chymiques
, font décrits avec clarté , & repréſentés
par des planches très - bien exécutées.
Mémoires historiques , critiques , & anecdotes
des Reines & Regentes de France,
nouvelle édition , revue , corrigée &
conſidérablement augmentée.
Principibus placuiſſe viris non ultima laus eft.
HOR.
J
6 vol. in- 12. A Amſterdam; & ſe
trouvent à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire rue Galande; 1776. Prix 18
liv. reliés.
Suivant les Editeurs qui donnent au
Public cette nouvelle édition , un Ecri-
1
110 MERCURE DE FRANCE.
vain en état de compoſer une Hiſtoire
de France parfaite eſt un Phenix impoſſible
à trouver. Tout ce que l'on peut faire ,
ſelon eux , c'eſt de s'écarter le moins qu'il
eſt poſſible de la perfection , confulter les
fources , balancer les autorités , ne jamais
jurer ſur la foi d'aucun Auteur, lire avec
plus d'attention les critiques de fon Ouvrage
que les éloges , les apprécier tranquillement&
s'en défier à propos ,,, c'eſt ,
, diſent ils , ce qu'on nous aſſure qu'a
,, fait l'Auteur de ces Mémoires. "
Cet Ouvrage commence à la Reine
Bazine epouſe de Chilpéric , pere de
Clovis , & comprend toutes les Reines
&Régentes , de France juſqu'au regne de
Louis XIV , incluſivement. Ce titre de
Régentes , dans l'acception que lui donne
l'Auteur , équivaut à celui d'amies de
nos Rois , uſité ſous ceux des deux premieres
races.
L'Auteur a fait pluſieurs corrections &
augmentations aux notes pleines d'érudition
qui accompagnent le texte. Indé
pendamment des changemens faits aux
anciens articles , il en a ajouté de nouveaux.
Tels font ceux de Charlotte de
Beaune - Samblangai , Dame de Sauves ,
petite fille de l'infortuné Samblançay ,
1
MA I. 1776. fff
Surintendant des Finances fous François
Premier, & célebre par ſa fin tragique ;
de la Demoiselle de Rebours ; & de
Françoiſe de Montmorency Foſſeux , dite
la belle Foſſeuſe , toutes trois Maîtresſes
de Henri IV.
Les Editeurs annoncent dans leur Avertiſſement
que l'Auteur a joint à ſon Ouvrage
les vies de Marguerite de Valois ,
foeur de François Premier ; & de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre & mere de
Henri IV. Nous les y avons cependant
inutilement cherchées. On a mis à la tête
de cette nouvelle édition un Mémoire
fur l'état des femmes & des enfans des Rois
de France de la premiere & de laseconde race
, & du commencement de la troisieme ,
qui ſert en quelque forte d'introduction à
cet Ouvrage , qu'on peut regarder comme
une galerie hiſtorique des plus curieuſes &
des plus intéreſſantes.
Oeuvres diverses de M. le Comte de Tresfan
, Lieutenant- Général des Armées
du Roi , des Académies des Sciences
de Paris , de Londres , de Berlin , d'Edimbourg
, & des Sociétés Royales &
littéraires de Montpellier , Nancy ,
Caën & Rouen. Volume in- 8°. A
112 MERCURE DE FRANCE .
:
Amſterdam ; & ſe trouvent à Paris ;
chez L. Cellot , Imprimeur - Libraire ,
rue Dauphine.
Ces OEuvres diverſes préſentent des réflexions
ſur l'eſprit , des Diſcours Académiques
, l'Eloge de M. Moreau de Maupertuis
, un portrait hiſtorique de Staniflas
le Bienfaiſant , & des poëſies. Les
réflexions ſur l'eſprit ont été dictées par
un homme de goût , un obfervateur attentif
& un pere tendre , qui voudroit
que l'expérience de plus de cinquante
ans , qu'il a paſſés dans la ſociété des gens
les plus éclairés de ſon ſiecle , ne fût pas
abſolument perdue pour ſes enfans. Il leur
donne en conféquence dans les différens
chapitres de cet écrit , qui ont pour objet
l'esprit d'acquit , l'eſprit de l'hiſtoire ,
l'eſprit des ſciences , de l'éducation , de
la littérature , des arts , de ſociété , de la
poësie , &c. les réſultats de ſes obſervations
ſur ce qui peut rendre l'eſprit actif,
juſte , & véritablement éclairé. Il faut
donc bien s'attendre que dans un écrit
dont le but principal eſt de donner à
l'eſprit d'unjeune homme toute ſa force ,
toute fon activité & cette rectitude qu'il
ne peut acquérir que par des notions
claires
MA17764 #13
P
claires & préciſes , on s'éleve avec force
contre la métaphysique abſtraite. Les
,, fondemens de la métaphyſique font
ruineux dès qu'ils ne ſont pas établis
fur une baſe phyſique. Défiez-vous de
وو ces Metaphyficiens fubtils , qui n'ontà
vous offrir que les chimeres qu'ils ont
, produites. Ils ſe plaignent ſouvent
,, qu'ils manquent de mots pour expri-
,, mer leurs idées : concluez en que lorf-
ود
que les mots leur manquent , c'eſt que
leurs idées n'ont rien de réel. Ils ſe
font forges beaucoup de mots com-
,, poſés du grec , auxquels ils donnent
,, une fignification que ces mots n'ont ,
ود
ور ni ne peuvent avoir, puiſqu'ils n'ex-
,, priment aucune idée poſitive ; auſſi
ور voyons-nous arriver preſque toujours,
,, que les Métaphyficiens les plus fubtils
,, ſe ſervent de ces mêmes mots pris dans
des acceptions différentes. Arnaud &
„ Mallebranche ſe reprochoient mutuel-
ود
زو lement qu'ils ne s'entendoient point ;
,, & le fage Fontenelle leur crioit , qui
,, pourra vous juger ? Ne ſoyez doncja-
ود
وو
mais la dupe , dit M. le Comte de
Treſſan à ſes enfans , de ces raiſonneurs
fubtils qui , pour la plupart , ont
trouvé plus commode d'abufer de l'art
H
1
Y14 MERCURE DE FRANCE.
ود
ور
ود
de raiſonner , que de s'inſtruire & d'ob
ſerver , pour ſe mettre en état de connoître
les prétendus élans de l'eſprit
„ par leſquels ils cherchent à en impoſer.
Ces paradoxes captieux , l'art vain &
„ ténébreux du pyrrhoniſme , l'art plus
vain encore de réaliſer la combinaiſon
& le réſultat de pluſieurs idées qui ne
„ peuvent être poſitives , cette métaphy-
"
ود
"
ود
ود
ſique abſtraite en un mot , ne prouvent
,, qu'un abus , un véritable égarement de
l'entendement & des facultés intellectuelles
; elles ne prouvent aux gens
éclairés que l'inſuffiſance d'un eſprit
„ orgueilleux & fubtil qui cherche à ſub-
,, juguer les autres , en ſuppléant à ce
„ qu'il devroit ſavoir par les chimeres
ود
و د
هد
ود
ود
و د
qu'il imagine. Ces fortes d'eſprits faux
& fubtils , font le fléau des gens inftruits
; mais ils ne réuſſiſſent que trop
ſouvent auprès de la multitude à la-
,, quelle l'homme inſtruit , & celui qui
,, ne l'eſt pas font également inconnus.
De - là cet art ténébreux de la diſpute
dans laquelle F'eſprit faux & fubtil
paroît preſque toujours triompher de
,, l'eſprit éclairé. Ce dernier ne ſe permet
de raiſonner que d'après des idées poſitives:
le premier ſe permet tout,
ود
ود
ود
"
MAI.
1776. 115
" ,, vole d'erreurs en erreurs ; & tandis que
l'eſprit juſte & éclairé cherche à entendre
, réfléchit & diſcute , l'autre entraîne
les imbécilles que l'écoutent &
,, qui croyent l'avoir entendu. "
"
"
Les diſputes métaphyſiques ſont encore
d'autant plus à craindre , que , ſous le
prétexte d'exercer l'eſprit , elles le rendent
preſque toujours faux , injuſte &
fouvent même vindicatif. Ne confondons
jamais l'art frivole ou dangereux de la
diſpute avec l'art inſtructif & lumineux
de la diſcuſſion; c'eſt cette diſcuſſion ſage
, dans laquelle on ne peut trop porter
de candeur & trop de défiance de fon opinion
, qui perfectionne en nous la force
' &la clarté de notre entendement Sainte
Théreſe définiſſoit l'imagination en la
nommant la folle de la maison : elle en
avoit cependant beaucoup elle - même ;
mais la ſienne n'étoit pas dangereuſe. La
myſticité ſfera toujours douce& paiſible :
elle répond à l'objet ſublime auquel elle
s'attache. Apprenez , continue M. le C.
de T. en s'adreſſant à ſes enfans , à bien
⚫ connoître en vous ce que vous jugerez
être l'ouvrage de l'imagination ; fongez
que c'eſt un grand reffort , mais qu'il doit
être aſſujetti pour qu'il devienne utile à
H2
I
116 MERCURE DE FRANCE.
l'entendement ; & lorſque vous examine
rez bien la nature de ce reffort , vous verrez
qu'il n'eſt que le prompt effet de l'esprit
d'analogie. L'entendement peut ſe
perfectionner en nous au point de furvivre
à la mémoire ; on fait que M. de Lagny
, en léthargie depuis deux jours , &
ne connoiſſant plus déjà ſes enfans , rés
pondit à M. de Maupertuis , qui lui demanda
bruſquement ;quel eſt le quarré de
douze ? Cent quarante quatre , répondit
un foible reſte d'entendement. Le célebre
Chirac , dans le même état que M. de
Lagny depuis vingt - quatre heures , s'agi
te ſur ſon lit , ſa main droite ſaiſit machinalement
fon bras gauche , il ſe tâte le
pouls: on m'a appellé trop tard , s'écria-til,
on a ſaigné ce malade , il falloit l'évacuer:
c'eſt un homme mort ! L'effet ſuis
vit de près le pronoſtic. ;
Lorſqu'il eſt queſtion de l'eſprit des
ſciences & de l'éducation , M. le Comte
de Treſſan adreſſe la parole aux Inſtituteurs
: O vous , leur dit- il avec autant
,, de force que de vérité ; ô vous ! que
trop ſouvent la pareſſe ou l'incapacit,é
des peres appelle pour remplir un de.,
voir qui devroit leur être auſſi cher que
دد
:
MAI. 1776. 117
"
, facré ; fongez , lorſque vous exercerez
cette fonction fublime , que vous de-
„ vez un homme à l'Etat , à ſa famille ,
à la ſociété! Songez que vous êtes les
و د
ود plus coupables des Citoyens, ſi vous
,, perdez un ſeul inſtant de vue tous les
,, moyens de rendre vos éleves égale.
,, ment éclairés & vertueux ! " M. le C.
de Treffan regarde comme un des plus
grands inconvéniens des Ecoles publis
ques celui d'être preſque toujours placées
dans de grandes Villes. Les jeunes gens
ne fortent preſque jamais de l'enceinte
des murs qui les renferment que pour
voir la nature ou parée par des ornemens
ſymmétriques qui la gênent , ou dégradéę
par une culture en petit qui la défigure.
„ Quelle différence , ajoute l'obſervateur
„ philoſophe , ne remarquera - t - on pas
„ toujours entre un jeune homme élevé
ود
29
ود
dans les Colléges de Paris & celui qui
l'a été dans une place de guerre , dans
une ville maritime , ou même dans le
Château de ſes peres ? Tout étonne le
,, premier , il n'a preſque point encore
d'idées ; l'activité de ſes ſens ne lui a
donné que des goûts , il n'a pas encore
les notions les plus communes ; & fou-
ود
"
29.
„ vent même l'uſage de ſes ſens , au lieu
H3
118 MERCURE DE FRANCE .
ود
و د
de lui donner des idées , ne lui donne
encore que des vices." Les Inſtituteurs
des Colléges de Paris ont cependant un
avantage conſidérable pour la perfection
de l'éducation de leurs Eleves , s'ils favoient
en profiter: celui de pouvoir les
mener dans les manufactures , les atteliers
, les fabriques répandues dans les
grandes Villes & aux environs. Ils accoutumeroient
fans ceſſe , par ce moyen ,
leurs Eleves à l'obſervation de tout ce
qui frappe leurs fens ; ils nourriroient ,
exciteroient en eux leur curiofité , &
pourroient profiter des demandes que
cette curioſité feroit naître , pour rendre
raiſon au jeune homme de tout ce qui
l'entoure. Mais la plupart des Inſtituteurs
, bornés ordinairement à une connoiſſance
vague de la langue latine & de
quelques mots d'un art qu'ils appellent
rhétorique , trouvent plus commode &
plus facile pour eux d'enſeigner à leurs
Eleves cette rhétorique ſi ſouvent ampoulée
& prolixe , & qui ne fait que de
faux beaux - eſprits ; & de les exercer enſuite
dans une eſpece de logique ,
qui , fans perfectionner le raifonnement
, ne donne que les défauts de la dispute,
(
MAL1776. τια
Une attention que l'on ne peut trop
recommander à l'Inſtituteur eſt de cher
cher à diftinguer les dons naturels de
fon Eleve. Ces dons , quand ils font
cultivés , portent un caractere de force &
de lumiere que ceux qui ne les ont pas
reçus ne peuvent preſque jamais acquérir.
Or il feroit intéreſſant pour le jeune
homme , que l'on perfectionnat de bonne
heure en lui ces dons de la nature , qui
peuvent lui ſervir de reſſource contre les
caprices de la fortune. Lorſqu'on parloit
avec éloge à M. le Comte de Caylus
d'un homme qu'il ne connoiſſoit pas , il
demandoit preſque toujours ſi cet homme
n'avoit pas de quoi vivre : A- t - il en
ود
رو
lui quelque talent utile ou agréable ,
,, pour ſe faire un état ? " Cette queſtion
paroiſſoit un peu dure : cependant elle
eſt équitable & digne d'une philoſophe ,
d'un philoſophe ſurtout qui , né dans
un rang diftingué , avoit cultivé les arts
au point de pouvoir en tirer un bénéfice ,
s'il ſe fût trouvé dans une néceſſité qui
l'exigeât.
Les autres réflexions de M. le Comte
de Treſſan ſur l'eſprit de l'éducation ,
font des leçons que les Inſtituteurs ne
J
120 MERCURE DE FRANCE.
doivent point perdre de vue. Ces leçons
ſe trouvent développées dans des obſer
vations ſur l'eſprit des ſciences , des
arts , de la littérature , de l'hiſtoire , de
la poësie. Les beaux- arts font ici définis
une imitation de la nature ſaiſie dans
le genre héroïque , noble , agréable ou
naïf. L'eſprit des arts eſt donc de fe for
mer l'idée la plus juſte de ce qu'ils doivent
imiter & repréſenter , & de ſe mettre
en état de juger en quoi les arts ont
repréſenté & imité le plus ou le moins
parfaitement . La nature n'eſt pas toujours
élegante & expreſſive: mais l'art doit
être toujours l'un & l'autre , l'art doit
faifir tous les inſtan's heureux où la nature
s'embellit , ſe caractériſe & s'exprime
avec énergie. Il doit les ſaiſir pour nous
préſenter l'image de la perfection , agran
dir nos idées & nous dérober en quelque
forte à la foule des objets ordinaires qui
nous environnent. Nos Spectacles lyri .
ques ont- ils atteint ce but des beaux- arts ?
L'Opéra François eft ici comparé , avec
aſſez de vérité , à une poupée de carton
que les Muſes ont pris plaiſir à parer
de leurs dons différens. En effet , le fond
cou le ſujet de nos Opéra eſt le plus
ſouvent hypothétique , contraint & hors
L
de
MAL. 1776. 121
22
dela nature,& les acceſſoires de ce fond
ne font que des imitations exagérées des
effets que préſente la nature. Cela
,, n'empêche pas , ajoute M. le C. de T.
,,que ce ne foit un ſpectacle enchanteur
,, qui frappe à la fois les deux ſens les
,, plus actifs , & qui exercent le plus l'in-
,, telligence. L'ouie& la vue ſont ſi agré-
,, ablement , ſi vivement affectées , que le
,, ſentiment& la volupté entrent par ces
,,deux ſens en notre ame; ils animent
,, la paſſion actuelle qui l'agite , ils lui
„font éprouver quelques étincelles de
,, celle qu'elle n'a pas , ils la diſpoſent à
,,les recevoir toutes. Le goût ſévere
,, pourra donc condamner le carton de
,, la poupée ; mais le goût naturel & le
,,plus général , approuvera l'enſemble
,, délicieux des ornemens qui la parent ".
Dans l'application que M. le C. de
Treſſan ſait des loix du goût aux beauxarts
, il cite ce proverbe : Il nefaut point
disputer des goûts. Mais il ne le cite que
'pour le combattre ; en effet , il exiſte un
goût immuable & feul digne d'être généraliſé.
On peut donc diſputer des
goûts.
蟹
- Dans toutes ces réflexions ſur l'eſprit,
l'eſtimable Ecrivain s'eſt attaché aux vé
I
122 MERCURE DE FRANCE. ;
rités relatives à la marche éclairée de
Fefprit humain. Ces réflexions , quoique
fommaires , font néanmoins fuffifantes
pour donner au Lecteurune notion claire
des objets expoſés tour-a-tour fous fes
yeux. Comme ces réflexions font puiſées
dans un ſentiment vrai & profond du
ſujet , il pourra les étendre , ſe les approprier&
en faire d'heureuſes applications
aux objets de ſes méditations fur les
fciences , les arts , la littérature , l'hiſtoi.
re , la ſociété , &c . १९
Les réflexions ſur l'eſprit forment la
partie la plus confidérable des Oeuvres
diverſes que nous venons d'annoncer.
Elles font fuivies de Diſcours Académi
ques & de l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis. Ces Difcours renferment
différentes obſervations fur les ſciences
& les arts , qui les font lire avec intérêt.
180000
Le portrait hiſtorique de Staniſlas le
Bienfaiſant a été dicté par la vérité & la
reconnoiffance.
Un recueil de poëſies, fruit du loiſir
&de l'amitié de M. le C. deT. termine
ce volume. Nous ne pouvons mieux ca
ractériſer ce recueil qu'en rapportant ce
que M. le Comte de Treffan nous ditde
F
1
AMAMAÍ 196 123
la poësie de ſociété dans fon article fur
l'eſprit de la poësie. ,, La poëfie de fo-
, ciété reſſemble à une belle étrangere
,, pleine d'eſprit que l'on s'empreſſe
d'écouter ; on voit briller dans le pen
,, qu'elle fait entendre tout le feu ,
„ toutes les graces de fon immagination :
,, mais on en perd un plos grand nom
breon les regrette; on cherche à
,, deviner , à ne rien perdre de ce qu'elle
, exprime ; elle nous tranſporte alors
,, au temps , aux lieux,avec ceux mêmes
,,quil'animoient àchanter & à peindre;
,, fa voix est brillante , ſes peintures ſont
,, riantes ; elle caractériſe les lettres , les
, moeurs, les ſociétés,& le goût de ſon
„ fiecle , elle nous en fait des portraits
fidelen, & fes chants variés inſtruiſent
,, en amuſant" .
Expériences &, réflexions relatives à l'analyse
des Bleds && dest Farines , par M.
Parmentier , Penfionnaire du Roi ,
Maître en Pharmacie , de l'Académie
Royale des Sciences deRouen , ancien
Apothicaire-Major de l'Armée Saxonne
& de l'Hôtel Royal des Invalides,
in-30 d'environ 200 pages ; prix
D.ro A Paris, chez Monory , Lib .
12
124 MERCURE DE FRANCE.
rue & vis - à - vis l'ancienne Comédie
Françoiſe.
Dans le Mercure du mois d'Avril
premier volume , nous avons fait mention
d'un Ouvrage de M. Sage fur
l'Analyse de la farine & du fon ; la brochure
que nous annonçons actuellement
eſt une réfutation de cet Ouvrage. Le
but que M. Parmentier s'eſt propoſé
dans cette réfutation , eſt de faire connoître
les ſources où M. Sage a puiſé
pour compoſer ſon Analyſe des bleds , &
d'apprécier ce qui paroiſſoit lui appartenir.
Nous renvoyons nos Lecteurs à
l'Ouvrage même , cette brochure étant
une ſimple diſcuſſion de faits qui ne peuvent
occuper une place dans cet Ouvrage
périodique.
i
:
Lettres fur la Minéralogie , & fur divers
autres objets de l'histoire naturelle de
l'Italie , écrites par M. Ferber , à M.
le Chevalier deBorn; ouvrage traduit
de l'Allemand , enrichi de notes &
d'obſervations faites ſur les lieux : par
M. le Baron de Dietricht , Correſpon
dant de l'Académie Royale des Sciences
, Secrétaire Interprete de l'Ordre
1
21
MAI. 1776. 125
militaire du Mérite , Membre du
Corps de la Nobleſſe immédiate de la
• Baſſe- Alface , Conſeiller Noble au
- Magiſtrat de Strasbourg; grand in-80.
d'environ 520 pages. A Strasbourg ,
chez Bauer & Treuttel , Libraires ; &
ſe vend à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , rue Gallande. Avec appr. &
priv. du Roi.
L'Italie eſt ſans contredit de tous les
Pays celui que les Gens de Lettres &
les Amateurs des ſciences & des beauxarts
ont parcouru avec le plus d'avidité.
Nous avons des notions exactes ſur les
Peuples qui l'habitent, ſur les monumens
antiques qui s'y trouvent , fur les arts
qui y ont fleuri: mais l'hiſtoire naturelle
eſt la ſeule choſe que nous ignorons ;
la difette de connoiſſances dans cette
partie , fur- tout dans la minéralogie d'Italie
, a déterminé M. J. J. Ferber a y
faire un voyage pour s'en occuper uniquement.
Il communiqua par lettres à
M. Born ſes obſervations: & ces lettres
ont paru fi curieuſes & fi intéreſſantes ,
que M. Born a cru devoir les publier ;
on y trouve des remarques intéreſſantes
ſur la formation des montagnes d'Italie ,
13
126 MERCURE DE FRANCE,
des deſcriptions exactes des minéraux ,
des volcans & d'autres phénomènes naturels
; des conféquences juſtes, des conjectures
ſenſées , & enfin des détails fur
les Savans de l'Italie .
Ces lettres ont paru en allemand ;
M. Dietricht vient de les publier en
françois , & c'eſt précisément leur traduction
que nous annonçons ici. Le
Traducteur , qui avoit précédé M. Ferber
en Italie , étoit ſur le point de donner
une relation de ſon voyage & des
découvertes qu'il avoit faites dans l'hiftoire
naturelle de ce Pays; mais comme
M. de Born lui envoya les lettres de M.
Ferber , où cela étoit détaillé tout au
long , M. Dietricht a préféré de tradui
re ces lettres en notre langue , & s'eſt
uniquement contenté de citer quelques.
unes de ſes obſervations à la fuite de
celles de M. Ferber . マット
V
Principes fur l'art d'accoucher , par de
mandes& par réponſes , en faveur des
Sages Femmes de Province ; par M.
J. L. Baudelocque , Chirurgien de
Paris & Accoucheur ; I vol, in 12. A
2 Paris , chez Didot le jeune , Lib . quai (
des Auguftinsbaneno
13
MAI . 1776 127
Les brochures ſur l'art d'accoucher ſe
multiplient de jour en jour ; mais la plupart
font ſi abrégées , qu'elles ne peuvent
que très - peu remplir le but que
ſe font proposé la plupart de ceux qui
les ont rédigées. Celle que nous annonçons
aujourd'hui a en cela un avantage ſur la
plupart des autres qui l'ont précédée; elle
contient 1º, une courte deſcription des
parties de la femme , qui fervent à la
génération & à l'accouchement , les rapports
que ces mêmes parties ont entre
elles & avec le foetus , les changemens
qu'elles éprouvent pendant la groſſeſſe ,
& les vices qui peuvent rendre la fortie
de l'enfant plus ou moins difficile , &
même impoſſible par les voies ordinaires;
29. l'accouchement naturel , ſes
différences , ſes cauſes & ſes ſignes : la
maniere de gouverner les femmes pendant&
après cet accouchement; 3°. les
accouchemens qui exigent les ſecours de
l'art , mais que la main ſeule peut terminer
, ce qui paroît les renfermer encore
dans le pouvoir des Sages Femmes :
cependant il eſt de leur prudence de ne
jamais les entreprendre ſeules ; car ils
préſententquelquefois tant de difficultés ,
que l'Accoucheur le plus robuſte a beſoin
14
1
128 MERCURE DE FRANCE.
1
d'aide pour les terminer; 4º. enfin quelques
détails ſur les accouchemens laborieux
, qui demandent des inſtrumens
pour les opérer.
::
L'Auteur n'en indique dans cette brochure
que les cauſes & les ſignes , afin
de mettre les Sages - Femmes en état de
les reconnoître & d'appeler les Accoucheurs
à leurs fecours. M. Baudelocque
a rédigé ce Traité par demandes & par
réponſes , pour mettre les Eleves Sages-
Femmes dans le cas de s'interroger mutuellement
& de ſe faire des queſtions
ſuivies ſur cet objet. M. Baudelocque
obſerve dans la Préface de cet Ouvrage ,
que le Catechisme fur l'art d'accoucher ,
par M. Augier Dutot , n'eſt que l'extrait
du manuscrit de ſon Ouvrage , dont M.
Dufot a ſu profiter.
Recueil de Differtations , ou recherches
hiſtoriques & critiques ſur le temps
où vivoit le ſolitaire Saint Florent au
Mont Glonne en Anjou; ſur quelques
Ouvrages des anciens Romains nouveillement
découverts dans cette Province
& en Touraine; ſur l'ancien lit
de la Loire de Tours à Angers , &
celui de la riviere de la Vienne; fur
MAI. 1776. 129
le prétendu tombeau de Turnus a
Tours ; l'affiette de Caſarodunum , premiere
Capitale des Turones , fous
Jules Céfar; les ponts de Cé & le
champ près d'Angers , attibués à cet
Empereur , & celui de Chenehutte ,
à trois lieues au - deſſous de Saumur.
Avec de nouvelles aſſertions ſur la
végétation ſpontanée des coquilles du
Château des Places; des deſſins d'une
collection de coquilles foſſiles de la
Touraine & de l'Anjou , de nouvelles
idées ſur la falauniere de Touraine ,
&pluſieurs lettres de M. de Voltaire
relatives à ces différens objets. Par M.
de la Sauvagere , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis ,
&c. I volume in- 8°.A Paris , chez la
veuve Ducheſne , rue St. Jacques ; la
veuve Tillard , rue de la Harpe , 1776
Avec app. & priv. du Roi.
Ces différentes Difſſertations ne peuvent
être que très-utiles à ceux qui s'appliquent
àl'étude de l'antiquité ; elles paroiſſent
néanmoins un peu hafardées ; les
afſſertions ſur les foffiles font encore plus
ſyſtématiques ; ce que l'Auteur dit ſur
Is 1
130 MERCURE DE FRANCE.
leur végétation ſpontanée est actuellement
révoqué en doute par les plus favans
Naturaliſtes .
Supplément au traité de M. Petit , fur les
maladies Chirurgicales , & les opérations
qui leur conviennent , rédigé par M.
Leſne, Maître en Chirurgie à Paris ,
ancien Prévôt du Collége , & Confeiller
du Comité de l'Académie Royale
de Chirurgie. A Paris , chez P. F.
Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguſtins. Prix br. 1 liv. 4 f.
Depuis la mort de M. Petit , on a
trouvé dans ſes cartons un chapitre entier
des plaies à la tête ; la continuation,de
l'article du paraphymofis , qui étoit reſté
imparfait dans l'Ouvrage de M. Petit.
M. Leſne , pour ne pas priver le Public
de ces différens Mémoires , s'empreſſe
de lui en faire part dans le ſupplément
que nous annonçons , en attendant qu'il
puiſſe les inférer dans une ſeconde édition
des Oeuvres de cet Auteur.....
Traité de la fonte des mines par le feu du
charbon de terre , ou Traité de la cont-
21
↓
truction & uſage des fourneaux propres
à la fonte& affinage des métaux
& minéraux par le feu du charbon de
terre , avec la maniere de rendre ce
charbon propre aux mêmes uſages
auxquels on employe le charbon de
bois par M. de Genſſane , de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , Correſpondant de celle
deParis,& Conceffionnaire des mines
d'Alface & Comté de Bourgogne.
Tome II , avec 45 figures in 40. A
Paris , chez Ruault , Lib . rue de la
Harpe. Prix 15 liv.
f
Nous avons annoncé le premier volu.
me de cet Ouvrage en 1770 , temps où
il a paru ; l'Auteur y décrit les fourneaux
propres à chaque fonte , & en explique
l'uſage: il prefcrit en même temps les
regles qu'ily a à ſuivre dans chaque opé
ration. Le ſecond volume dont il s'agit
ici , renferme des détails qui ne font pas
moins intéreſſans ; la fabrique du laiton ,
les matieres propres à la compoſition de
ce métal, & les opérations néceſſaires
pour y parvenir; la fabrique duſmalt ou
bleu d'émail , le cobalt & ſes préparations,
la fonte des mines de biſmut par
132 MERCURE DE FRANCE:
છે
le feu du charbon de terre , la méthode
pour traiter celle de mercure , d'antimoine
, avec le même charbon : enfin la
façon de préparer les calamines, les mines
de cobalt & autres mines arfenicales ,
pour retirer l'or & l'argent que ces minéraux
récelent quelquefois , & extraire
le ſoufre des pyrites & autres matieres
donton les retire,&c. font autant d'objets
qui ſont traités ex profefſſo dans le ſecond
volume.
On ſe plaint depuis long-temps en
France du dépériſſement des forêts , de
la diminution ſenſible du bois & de la
cherté qui en eſt une ſuite. Les verreries ,
les forges , l'exploitation des mines , une
infinité d'autres travaux en grand , la
conſtruction des navires , celle des bâtimens
, le chauffage,&c. dégarniſſent infentiblement
nos forêts. M. de Genſſane
nous offre dans le charbon de terre une
ſubſtance propre à remplacer le charbon
de bois pour la fonte des mines , objet
qui conſomme une quantité prodigieuſe
de bois ; il donne la maniere de s'en
fervir , & il décrit la façondont doivent
être conſtruits les fourneaux pour en faire
uſage; il démontre que non- feulement
P'Etat doit gagner dans une pareille fubfSOMMAT
1776. 133
titution; mais même que l'emploi du
charbon de terre peut être d'un bénéfice
réel pour le Particulier , &qu'il ne tend
pas peu à la perfection des métaux. M.
de Genſſane s'étend beaucoup ſur la fabrication
du laiton: il tâche de ranimer
le goût pour les Manufactures en ce
genre ; elle conſerveroit bien de l'argent
dans le Royaume , où le laiton eſt fi fort
employé: on n'y manque pas de calamines
propres à cet ufage, on en trouve
fréquemment aux environs des terres
alumineuſes. Il dit la même choſe du
bleu d'émail , qu'on tire de l'étranger ,
tandis qu'on trouve en France toutes les
matieres propres à ſa fabrique ; ces vues
patriotiques méritent d'autant plus nos
égards & nos conſidérations , qu'on
n'employera pour toutes les fabriques
que la houille ou charbon de terre : auſſi
le premier volume de cet Ouvrage a été
très-bien accueilli des Gens de l'art , &
il n'eſt pas douteux que le ſecond le ſera
de même.
Antiquité géographique de l'Inde & de
pluſieurs autres contrées de la haute
Afie , par M. d'Anville , premier Géographe
du Roi , des Académies Roya
134 MERCURE DE FRANCE .
les des Inſcriptions & Belles-Lettres
*&des Sciences , &de celle des Scien
ces de Pétersbourg , Secrétairede S.
A. S. Monſeigneur le Duc d'Orléans,
Extremum hunc, Arethusa , mihi conceite taborem
Ming Ecloga ult. va 1s
10
Vol. in -401 de limprimerie Royale,
avec des cartes A Paris, chez l'Auteur
aux galeries du Louvre , rue de
Fortie 60 パソロン70s 100
5.0.
Ecrire fur l'ancienne géographie pour
ne citer que des noms de Villes , de Nazions
ou de Provinces ,& felon que Pline
s'exprime dans l'exorde de ce qu'il donne
de géographie , locorum nuda nomina ,
& quanta dabitur brevitate , fans y joindress
quelque notion par rapport aux
Dieux ou aux parties qui y correſpondent,
zétuellement, eſt un travail affez facile ,
peu intéreſſant , & qui ne remplit pas
l'objet qu'on doit ſe propoſer en cette
matiere. Mais , fi en faifant mention
d'une ville dans l'Inde, telle que Palibotira,
vous faites quelque choſe de plus
que de la nommer , en rapportant les
-termes de Pline ſur le rang& l'opulence
MAT 1976 335
de cette ville ; le Lecteur en qui vous
faites naître de la curioſité , eſt en droit
devous démander , ſi elle exiſte de quelque
maniere que ce foit. Et en fuppo
fant que dans les circonstances données
für l'emplacement de cette ville , il s'en
trouve quelqu'une qui y puiſſe mettre
de l'équivoque , n'eſt il pas néceſſaire
d'entrer en diſcuſſion ſur ce point là , &
d'employer la critique pour réfoudre la
difficulté ? C'est le procédé que M. d'Anville
expoſe dans la préface de fon ouvrage,
& qu'il a fuivi ; comme cet ou-
⚫ vrage préſente une carrieretrès-étendue,
l'Auteur l'a divifé en pluſieurs parties .
Ce qui peut appartenir ſéparément à
chacun des principaux fleuves de l'Inde ,
Indus & Ganges , fait une premiere &
ſeconde ſection. Une troiſieme eſt réſervée
à la partie de l'Inde , qui reſſerrée
des deux côtés par la mer , s'enfonce vers
te Midi. Ce qui concerne la Taprobane
en fait la clôture. La premiere fection
préſente un objet très intéreſſant , celui
des marches d'Alexandre dans ſon expédition
, objet qui a été moins développé ,
- cavec moins de rapport à quelques circonftances
locales, qu'on ne le verra ici.
Ces ſavantes recherches fur l'Inde font
136 MERCURE DE FRANCE.
ſuivies de deux Mémoires , que l'on peut
regarder comme un ſupplément à ces
recherches. Le premier de ces Mémoires
apour objet les limites du monde connu
des anciens au -delà du Gange. Le ſecond
préſente des recherches géographiques &
hiſtoriques ſur la Sirique des anciens , &
une partie de la Sythie..
Histoire de l'Astronomie ancienne depuis
Son origine jusqu'à l'établiſſement de
l'Ecole d'Alexandrie , par M. Bailly ,
Garde des tableaux du Roi , de l'Académie
Royale des Sciences , & de
l'Inſtitut de Bologne.
4
Magni animi res fuit rerum naturæ latebras dimovere , nec
contentum exteriori ejus conspectu introfpicere , & in deorum
fecreta descendere.
Sen. Queſt. nat. lib. VI. c. 5.
Vol. in 40. avec figures. AParis , chez
les freres Debure , quai des Auguſtins ,
près la rue Pavée.
Cettehiſtoire eſt précédée d'undiſcours
fur la nature & les progrès de l'aſtronomie.
Cette ſcience , en ſe perfectionnant ,
a guéri des préjugés ,&diſſipé des craintes,
MA I. 1776. 137
tes , nés peut être de ſon enfance même.
C'eſt un fervice eſſentiel qu'elle a rendu
à l'humanité. ,, L'homme naît timide ,
,, il craint fur-tout les dangers qu'il ne
" connoît pas , les dangers contre les-
,, quels il n'a pas meſuré ſa prudence &
fes forces . Avant de s'être familiariſé ود
ود
و د
ود
avec la nature , il a commencé par la
» craindre , & tout devoit lui caufer de
l'effroi. Il fut bientôt accoutumé à l'ordre
invariable du ciel , à la fucceffion
conſtante de ſes phénomenes ; mais
les phénomenes plus rares lui parurent
,, un bouleverſement de l'ordre naturel.
"
"
" La premiere éclipſe totale de ſoleil
,, donna l'idée de l'anéantiſſement de
, l'univers. L'éclipſede lune fit craindre
"
la perte de cet aſtre ; on imagina qu'un
dragon vouloit la dévorer. Les come
tes remarquables , effrayantes par leur
queue & par leur chevelure , annon
,, çoient la mort des Princes , ladeftruc
,, tion des Empires , la peſte , la fami
,, ne, &c. L'aſtronomie , en dévoilant
les caufes de ces phénomenes , a ras
,, ſuré les eſprits. Le peuple même au-
,, jourd'hui n'eſt pas effrayé des éclipfes.
دور
ود La terreur de l'apparition des cometes
>, a ſubſiſté plus longtemps. Les pensées
K
$38 MERCURE DE FRANCE.
,, diverſes du célebre Bayle , font un mo-
,, nument de la ſuperſtition. Elles font
,, foi qu'en 1680, dans le temps où
Newton calculoit l'orbite des cometes,
ود
ود
où Halley étoit près d'annoncer leur
و و
retour, l'Europe preſque entiere étoit
,, encore dans une ignorance profonde
ود
fur la nature de ces êtres . On les re
„ gardoit commedes avant- coureurs des
„ vengeances divines ; & les alarmes
,, étoient affez fortes , aſſez générales
, pour que Bayle les combattît avec tou-
„ tes les reſſources de l'érudition , &
toutes les armes de la dialectique. Mais
l'aſtronomie qui enſeigne que les co-
" metes ont un retour certain , & une
marche invariable , a plus fait contre
,, le préjugé, que le ſavant ouvrage de
" Bayle." .
6
ود
0107 )
१९
L'utilité de l'aſtronomie contre l'aſtrologie
judiciaire , que l'on peut regarder
comme une maladie de l'eſprit humain,
auſſi déplorable que la ſuperſtition , n'eſt
pas moins reconnue. M. B. expoſe en.
fuite les ſervices que l'aſtronomie a ren
dus à la fociété ; ſon utilité pour l'agriculture,
le calendrier , la chronologie ,
la géographie& la navigation . 1
On verra avec intérêt dans cette fa
ΜΑΙ. 1776. 139
vante hiſtoire , combien il a fallu de
tems &de travaux pour reconnoître que
les mouvemens des aftres , fi compliqués
en apparence , font très- ſimples en effet ,
& dépendent d'une cauſe plus ſimple
encore.
८
Instruction Pastorale de Monseigneur Antoine
de Malvin de Montazet , Archevê.
que , Comte de Lyon , Primat de France ,
fur les ſources de l'incrédulité & les
fondemens' de la Religion. A Paris ,
chez Simon , Imprimeur du Parlement;
& à Lyon , chez Aimé de la Roche
in 40. & in 12.
Les bornes de notre Journal ,& l'objetde
cet ouvrage ne nouspermettentpas
d'en faire une analyſe ſuivie ; nous nous
contenterons d'en citer quelques morceaux,
dont la lecture nous a vivement
frappés. Pour prouver que les Ecrivains
incrédules n'entendent pas les véritables
intérêts de leur gloire ; M. l'Archevêque
de Lyon leur adreſſe ainſi la parole.
,, Hommes de génie ! Ecrivains fameux !
c'eſt donc pour la gloire que vous tra-
ود
د و
و د
vaillez lorſque vous proſtituez vos ta
>> lens & vos veilles au triomphe de l'in.
K2
140 MERCURE DE FRANCE.
,, crédulité, Mais puiſque vous nous for-
,, cez à abandonner le langage de l'E-
,, vangile pour parler avec vous celui de
و د
ود
l'amour propre; dites-nous du moins
ſi cette gloire à laquelle vous aſpirez
,, eſt bien entendue , & fi vous avez
mieux compris les intérêts de votre
,, réputation que ceux de votre ſalut ?
Hélas ! avec les riches préſens que
,, vous aviez reçus de la nature , il vous
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
22
étoit ſi facile de mériter tout à la fois
,, notre reconnoiſſance & notre admiration.
Sans les nuages que l'impiété a
,, raſſemblés autour de vous , & qui iront
vous noicir juſqu'aux yeux de la postérité
la plus reculée , vos noms euſſent
brillé d'un éclat immortel. Eh! com-
,, ment n'avez vous pas prévu qu'au lieu
des hommages univerſels que vous auroit
attirés le bon uſage des dons de
,, Dieu , la partie la plus nombreuſe de
l'univers déteſtera vos principes , malue
dira vos ſuccès , flétrira votre memoire ,
& vous enlevera la plus belle récompenſe
de vos écrits en les banniſſant
de l'éducation publique ? Voyez déjà
les peres vertu ux , les meres chrétiennes
, les inſtituteurs vigilans , attentifs
" à les arracher des mains d'une jeuneſſe
"
و د
و و
و د
و د
و د
"
و د
:
MAI. 1776... 141
”
inconſidérée. Voyez les toujours fideles
à vous dénoncer de géneration en
génération , comme les corrupteurs des
moeurs , comme les fléaux de la religion
&de la fociété. Voyez vos funeſtes
paradoxes invoqués & ſuivis
„ par les Princes injuftes, les ſujets re-
„ belles , les enfans ingrats , les épouxpar-
„ jures. Contemplez dans l'avenir cette
multitude de méchans & de pervers ,
dont vous ferez les Apôtres , les Légiflateurs
, & qui viendront puiſer dans vos
, ouvrages l'oubli de tous les devoirs &
l'apologie de tous les vices." Il n'eſt pas
poſſible de défendre la cauſe de la Reli
gion avec une raiſon plus lumineuſe , &
une éloquence plus perfuafive.
"
"
"
"
• A la ſuite d'un tableau fublime& profond
de la morale de Jeſus- Chriſt , l'il-
Juſtre Auteur decette Inſtruction Paſtorale
expoſe avec autant de courage que
d'énergie les devoirs particuliers que la
- Religion impoſe aux Rois. Maisfi le
chriſtianiſme proſcrit toute défobéisſance
dans les ſujets , ce n'eſt pas pour
favorifer les abus de l'autorité dans le
Monarque. Aucun coden'ajamais auſſi
fortement inculqué aux Rois qu'ils ne
font pas Rois pour eux ; que lediadème
"
"
K 3
142 MERCURE DE FRANCE.
,, dont leur front eſt orné , eſt le ſym-
,, bole de leur fervitude , encore plus
„ que de leur grandeur ;& que s'ils tien-
,, nent ici bas la place de Dieu , ce n'eſt
,, qu'à la charge de régner comme lui
,, par les loix , de féconder & d'enrichir
,, comme lui tout ce qui eſt ſoumis à
,, leur puiſſance. Aucune loi ne leur a
, jamais auſſi ſévérément interdit les
,, violences du deſpotiſme , & les dou-
,, ceurs de la domination arbitraire. Au-
,, cune lumiere ne leur a jamais auſſi clai-
,, rement montré que leurs devoirs font
,, immenfes ; qu'ils dérobent à leurs peu.
, ples le temps qu'ils prodiguent à leurs
,, plaiſirs ; que les grâces accordées à la
ود
ود
faveur font autant de larcins faits au
„ mérite ; que le glaive dont ils font ar-
,, més ne doit être redoutable qu'au crie
,, me; que les impôts ceſſent d'être per .
,, mis dès qu'ils ne font plus comman
5, dés par le beſoin public; que lesinjus.
,, tices qu'ils ne répriment pas les ren-
,, dent coupables comme celles qu'ils
;, commettent; en un mot, que leurs
,, ſujets font autant de freres enmino-
„ rité , qui ont droit d'être protégés &
,, fecourus , non en proportion de leurs
,, richeſſes ou de leur crédit , mais de
MAI. 1776. 143
leur dénuement & de leur foibleſſe."
Nous allons tranfcrire la peroraiſon de
cet exeellent ouvrage , qui doit déſor-
-mais ſervir de modele à tous les Ecrivains
qui défendent la cauſe de la Religion.
» Et nous Miniſtres de Jeſus Chriſt , à
, qui le dépôt de cette Religion a été con-
„ fié , & qui ſommes ſpécialement char-
» gés du ſoin de la défendre , nous laiſſe-
"
"
"
rons - nous intimider par les efforts de
ſesennemis ? Mais ſa cauſe n'a-t-elle pas
toujours lesmêmes fondemens , les mêmes
titres , les mêmes appuis ? Ne fommes-
nous pas les ſucceſſeurs de ces hommes
Apoftoliques , qui ont foumis l'univers
idolâtre a l'empire de la croix ?
Les incrédules qui s'oppoſoient à fon
établiſſement , étoient-ils moins redoutables
que ceux qui travaillent aujourd'hui
à ſa ruine ?Et fi nous ſommes fideles
à notre vocation , ſes anciennes
victoires ne ſont- elles pas des gages affurés
de ſes nouveaux triomphes ? Cependant,
nos chers Coopérateurs , cette
juſte confiance ne doit pasdégénérer en
préſomption . Ce n'eſt point à nous ,
,, ce n'eſt point à un Royaume particu-
,, lier , c'eſt à l'Egliſe ſeule qu'appartient
, le privilege de l'indéfectibilité. Dieu
"
"
1
K 4
144 MERCURE DE FRANCE.
ور ,,nousmenaceparſesProphetesdere-
„ muer, de tranſporter dans d'autres con-
ود
trées le flambeau de la foi. Depuis long-
,, temps il a ceſſé d'éclairer cette partie
du monde , où il avoit brillé d'abord
avec le plus d'éclat , & nous devons
craindre que Dieu n'exerce ſur nous
ور
ود
ود
les mêmes rigueurs , en punition de
,, notre ingratitude. Conſacrons donc
,, nos talens & nos veilles à nous rem-
,, plir de plus en plus de la ſcience du
chriftianiſme , au lieu de nous livrer à
des travaux profanes , qui en paroiffant
étendre l'utilité de notre miniſte-
,, re , changent fon objet , & en éteignent
,, l'eſprit. Reconnoiſſons que la meſure
„ d'inſtruction qui auroit pu nous ſuffire
ود
ود
ود
"
"
"
"
dans des temps plus tranquilles , ne ré-
,, pond plus à l'étendue de nos devoirs
dans ces jours d'effervescence & de
contradiction. Imitons les peres de l'E-
,, gliſe , qui ſans jamais perdre de vue l'univerſalité
du dépôt de la foi , méditoient
& défendoient avec plus de ſoin
les véritésqui étoient plus violemment
2 attaquées . Nous ne ſommes pas tous
,, appelés à combattre l'incrédulité par
,, nos écrits ; mais nous sommes tous
., obligés de ne laiffer aucun prétexte à
"
ود
MAI. 1776. IAS
"
"
"
a
20
ſes dédains & à ſes calomnies. Préſentons
donc la Religion aux hommes ,
avec cette noble ſimplicité qui lui appartient
, telle qu'elle eſt ſortie du ſein
de Dieu , & qu'elle nous a été tranfmiſe
par les Apôtres : ſa doctrine , ſans
aucun mélange des inventions de l'efprit
humain , & fon culte , dégagé de
toutes les pratiques qui ne ſeroientpas
dignes d'elle. Ce ne ſont pas ſeulement
les grandes lumieres , nos chers
Coopérateurs , ce ſont ſur- tout les
grandes vertus qui font la force de la
milice ſainte. La Religion n'a d'autre
but que de rendre les hommes ſages
&heureux. Et qui ofera s'élever contr'elle
, lorſque tous ſes Miniſtres , animés
du même eſprit , ſe dévoueront
pleinement à ce grand ouvrage ; lorf-
„ qu'on ne les verra quitter le filence de
leurs retraites que pour entretenir la
paix dans les familles , réconcilier
les ennemis , ramener les pécheurs ,
• protéger les foibles , ſecourir les pauvres
, conſoler les affligés , prêcher
l'humanité aux grands , la foumiffion
aux peuples , la juſtice aux Rois; lorfqu'enfin
toutes leurs paroles feront des
inſtructions , toutes leurs actions des
"
20
"
"
"
"
K5
146 MERCURE DE FRANCE.
A
"
"
"
ود
"
"
exemples , toutes leurs entrepriſes des
bienfaits publics ? Ce ſeroit méconnoî-
„ tre à la fois & les principes & les
intérêts du chriftianiſme , que de ne
,, pas embraſſer juſqu'à ſes détracteurs
,, dans l'étendue de notre charité. Sou-
,, venons-nous donc , nos chers Coopé-
,, rateurs , que pour être les ennemis de
,, notre culte , ils n'en ſontpas moins nos
freres ; que plus ils font inexcufables ,
„ plus ils font malheureux, qu'à Dieu
ſeul appartient le droit de les juger ,
&à nous l'obligation de les aimer&
de les plaindre; qu'un zele amer ſeroit
,, plus propre à les aigrir qu'à les attirer ;
,, quela vérité s'inſinuepreſque toujours
,, par les douceurs de la perfuafion , &
,, ne s'établit jamais par les excès de la
violence ; que la forcede la parole , le
,, pouvoir de l'exemple , la ferveur de la
,, priere , les attraits de la piété font les
,, armes de la Religion;&que lors même
,, qu'elle paroît s'irriter de l'obſtination
des pécheurs , c'eſt encore au feu dela
charité que s'allume le flambeau de fa
colere."
ود
ود
وو
"
M. deMontazet étoitdéjà connu trèsavantageuſement
par pluſieurs ouvrages
qu'on relit avec plaiſir ,& qui reſteront;
MA1. 1776. 147
=
mais cette nouvelle production doit beaucoup
ajouter à ſa gloire , & elle mérite
le grand ſuccès qu'elle a dans cette capitale.
On y admire un ſtyle majestueux
&pathétique , des connoiſſances profondes&
bien digérées , une éloquence éloignée
de la ſéchereſſe & de la déclamation
, beaucoup d'amour pour les lettres
& pour ceux qui les cultivent , & furtoutune
modération bien digned'un Prélat
auſſi diſtingué par la ſupériorité de ſes
talens , que par fon zele pour la Religion.
Année Sainte ; Ouvrage inſtructif ſur le
Jubilé, ſuivi de la paraphrafe de pluſieurspſeaumes&
cantiques choiſis. A
Paris , chez Lottin le jeune, Libr. rue
St. Jacques . 1.
On aeu beau , dans tous les temps , attaquer
l'établiſſement des fêtes&des folemnités
, tourner en dériſion le culte
extérieur & ſes cérémonies , & crier a
P'illufion , on n'a pas moins conſervé ,
tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle,
les ſignes extérieurs & ſenſibles
par leſquels les hommes ont été conduits
&élevés peu à peu à la connoiſſance du
148 MERCURE DE FRANCE.
culte & de l'adoration intérieure qu'ils
devoient à l'infinie majeſté de Dieu.
Dieu a voulu ſous les deux alliances que
non - ſeulement notre ame , mais auffi
notre corps & tous nos fens fuſſent employés
à ſon ſervice , & que tout en
hous concourût à l'accompliſſement du
grand devoir de le glorifier&de le louer
en toutes chofes
Dans l'état où la vérité ſe montrera à
nous fans voile & fans nuage , notre
culte n'aura beſoin ni de ſignes , ni de
ſymboles ; il conſiſtera tout entier à louer
Dieu , & cette louange fera l'effet de
la parfaite connoiſſance & de l'ardent
amour qui nous réunira à ce ſouverain
bien; mais dans l'état de la vie préſente ,
nous ne pouvons voir la vérité divine
en elle - même. Il faut que le rayon de
cette divine vérité nous éclaire par des
ſignes ſenſibles , quoiqu'en diverſes ma.
nieres , felon que notre eſprit eft capable
de cette lumiere ſi ſublime , & felon
les différens états où nous nous trouvons.
D'ailleurs ces ſignes viſibles qui frappent
les ſens , ont une certaine éloquence qui
s'accommode à l'eſprit & à la capacité
de ceux qui defirent d'apprendre la doc
trine du ſalut, & qui les fait monter,
MAL1776. 149
par les chofes viſibles , à celles qui ſont
inviſibles.
Les pratiques du Jubilé qui tiennent
au culte extérieur preſcrit par les loix
divines & par celles de l'Eglife , & qui
renaiſſent tous les vingt- cinq ans pour
ranimer la ferveur des Juſtes , & pour
faire fortir les pécheurs de leur profonde
léthargie , nous apprennent que rien n'eſt
plus vain & plus inutile que les tenta.
tives des hommes contre un édifice bâti
des mains de l'Eternel. L'Egliſe , malgré
les infultes & les clameurs de ſes ennemis
, n'a pas retranché une ſeule fyllabe
de ſes prieres , un ſeul iota de ſes loix ,
croyant toujours les mêmes dogmes , célébrant
les mêmes offices , pratiquant les
mêmes uſages & nous accordant les mêmes
indulgences .
C'eſt une vérité de foi , que l'Egliſe
a le pouvoir d'accorder les indulgences ;
mais l'exercice de ce pouvoir a ſes regles.
Ses Miniſtres n'en accordent que fur de
ſolides raiſons , & qui ſoient telles ,
qu'elles méritent que Dieu ratifie ces
indulgences dans le ciel : ainſi l'Egliſe
ne prétend point remettre toutes les peines
dues au péché. Il faut néceſſairement
que la juſtice de Dieu ſoit fatisfaite ;
150 MERCURE DE FRANCE.
mais il eſt en ſon pouvoir d'abréger la
durée de ces peines , d'en adoucir la rigueur
, quand elle trouve dans le pénitent
unedouleur afſez vive , une ferveur
aſſez ardente pour l'autoriſer à croireque
la portion des peines qu'elle remet , eft
ſuffisamment compensée par les faintes
douleurs du pénitent & par l'ardeur de
ſa charité ,& que Dieu , qui remet plus
à celui qui aime plus , ratifiera l'indulgence
qu'elle accorde fur ces folides
motifs.
Quel eſt donc le principal but de
l'Egliſe en propoſant les Jubilés à tous les
fidéles? C'eſt de les inviter tous à entrer
dans ces difpofitions excellentes , auxquelles
ſeules elle entend accorder l'indulgence
, & qui ſeules la recevront. Si
elle ordonne à tous ſes membres de redoubler
leurs prieres , c'eſt pour obtenir
par ce faint concert & par cette heureuſe
violence ces diſpoſitions falutaires.
L'Ouvrage que nous annonçons renferme
tout ce qu'il eſt eſſentiel de ſavoir
ſur la matiere des indulgences , &tout ce
que l'on doit pratiquer dans le temps des
Jubilés. 1
MAI. 1776.151
▼
Recherches fur les maladies épizootiques ,
fur la maniere de les traiter & d'en
préſerver les beſtiaux; tirées des Mé.
moires de l'Académie Royale des
Sciences de Stockholm , & traduites
du Suédois en François par M. de
Baer , Aumônier du Roi de Suede ,
Aſſocié ordinaire de l'Académie des
Sciences de Stockholm , Correfpon
dant de celle de Paris. Broc. d'environ
80 pages in - 8°. prix 20 fols. A Paris ,
chez Lacombe , Libr. 1776. Avec ap
probation & privilege du Roi. 201
Ces Mémoires font très - importans
pour connoître, pour caractériſer & pour
prévenir ou combattre la maladie des
beſtiaux qui a fait, depuis pluſieurs années
, de grands ravages dans preſque
toute l'Europe. Ils ont été publiés en
Suede par ordre du Gouvernement. Le
premier Mémoire traite de la maladie
des beſtiaux ; le ſecond déſigne les caracteres
extérieurs de cette maladie ; le troifieme
expoſe les marques de guériſon ,
lequatrieme donne la deſcription de l'in
térieur des animaux morts ; le cinquieme
contient des réflexions ſur l'inoculation
de la maladie des beſtiaux , le fixiemesa
152 MERCURE DE FRANCE.
pour objet la maladie des animaux &
pluſieurs remedes employés avec ſuccès;
Je ſeptieme Mémoire eſt ſur la plantation
& la récolte des orties , ainſi que fur
l'avantage incontestable qu'on peut en
tirer pour engraiſſer le bétail & pour le
préſerver de toute eſpece de maladie.
Tout est trop eſſentiel dans une pareille
matiere pour en faire une analyſe : il
ſuffit ſans doute d'avoir fait connoître
les objets de ces Mémoires.
* Les A- propos de Société , ou Chanfons
de M. L. 3 vol. avec fig. prix 24 liv.
brochés . A Paris , chez la veuve Ducheſne
, rue St. Jacques ; Lacombe,
rue Chriſtine ; & chez les Libraires
qui vendent les nouveautés. :
Il y a quelques exemplaires en papier
d'Hollande.
Ces Chanfons peuvent fervir de
ſuite à l'Anthologie Françoiſe.
M. L *** eſt heureux en d-propos.
L'Amoureux de quinze ans , compofé
à-propos du mariage d'un de nos Princes ,
Sieft
Article de M. de la Harpe.
MAI 1776 158
eſt reſté au Théâtre Italien comme une
de nos plus jolies pieces , & comme le
modele d'une fête villageoiſe du meilleur
goût. On ne réuffit pas toujours auſſi
bien. Une chanfon bonne pour la ſociété,
n'eſt pas toujours bonne ailleurs , & ce
qui eſt agréable au chant ne l'eſt pas toujours
à la lecture. Il ne faut donc pas regarder
d'un oeil trop ſévere un recueil de
chanfons en trois volumes. Le talent de
M. L*** pour ce genre étoitdéjà reconnu .
Il y a de la gaieté & de l'agrément dans
les chanſons que les Amateurs ont retenues
, & qu'ils retrouveront avec plaifir
dans cette collection , qui est très-foignée.
Les airs font notés avec la plus grande
exactitude , la muſique eſt parfaitement
gravée; & l'édition , ornée de jolies eftampes
, doit fatisfaire les Curieux .
Eloge historique de Henri IV, Roi de
France& de Navarre ; par M. le B. D.
-N. P.
:
1
Vois ce Roi triomphant ,ce foudre de la guerre,
L'exemple , la terreur & l'amour de la terre.
HENRIADE , CHANT. 10.
Broch. d'environ 64 pages in- 8°. prix
L
154 MERCURE DE FRANCE.
1
م
15 f. A Paris , chez Lacombe , Libr.
rue Chriſtine , 1776. Avec approb. &
priv. du Roi.
Cet Eloge a l'avantage d'avoir été
'inſpiré par un ſentiment patriotique , &
d'être l'Ouvrage d'un homme de condi
tion qui tient un rang honorable dans la
Province même qui ſe glorifie d'avoir été
le berceaudeHenri IV. Nous ajouterons ,
d'après M. de Sancy , Cenfeur Royal,
qu'on ne peut qu'approuver ce nouvel
hommage rendu à la mémoire d'un
grand Roi , dont notre jeune Monarque
eſt ledigne héritier par le ſang &parles
vertus.
ANNONCES LITTERAIRES.
CORNELII TACITI Opera fupplementis ,
notis & differtationibus illuftravit Gabriel
Brotier ; 7 vol. in-12. A Paris , chez
Mérigot le jeune , quai des Auguſtins ,
au coin de la rue Pavée.
Cette édition eſt augmentée de pluſieurs
fragmens qui n'étoient point dans
l'édition in-4°, 101 / 4
)
SZMAL 1776 155
Les Saiſons, ſeptieme édition , ornée
de nouv. fig. chez Piſſot, Libr.
Anecdotes du regne d'Edouard II, Roi
d'Angleterre ; chez le mêmes. On en
rendra compte inceſſamment.
:
Le Manuel d'Epictete, traduit par M.
Dacier; 2 volumes in-12. pour ſervir de
fuite à la Bibliotheque des anciens Philofophes
, dont ils forment les Tomes X
&XI; chez le même.
Le Traité des bienfaits de Séneque , traduit
par M. Dureau de la Malle ; I vol.
in-12. chez le même.
Les Mémoires Tures, nouv, édit. 2 vol.
in-12. chez Mérigot le jeune.
Le Temple de Gnide , par M. Léonard;
broch. in-8°. prix 4 liv. 16 f, chez le
même.
Hiſtoire des révolutions de Corſe depuis
ſes premiers habitans juſqu'à nos jours ,
par M. l'Abbé de Germanes ; 3 volumes
7
L2
156 MERCURE DE FRANCE.
in-12. prix br. 7 liv. 10 f. A Paris , chez
Demonville , Impr. Libr. de l'Académie
Françoiſe , rue St. Severin , aux Armes
de Dombés , 1776.
:
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe Catholique
juftifiée ſur l'uſage de l'eau
bénite ; Ouvrage hiſtorique , politique &
moral. Par le R. P. Nicolas Collin ,
Docteur en Théologie , Chanoine Régulier
de l'étroite obſervance de Prémontré
, ancien Prieur de Rongéval ; in- 12 .
prix br. 36 f. chez le même.
T
Le Commerce & le Gouvernement , conſidérés
relativement l'un à l'autre ; Ouvrage
élémentaire , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie Françoiſe ,&
Membre de la Société Royale d'Agriculture
d'Orléans ; in- 12 . AAmſterdam ; &
à Paris , chez Jombert & Cellot , Libr.
Lettres critiques & differtation fur le
prêt du commerce ; par M. Liger , Prêtre,
Licentié ès Loix. A Paris , chez Moutard,
Libr. rue du Hurepoix.
Traité de l'Ufure , ſervant de réponſe à
3
MAL 1776. 157
une lettre fur ce ſujet , publiée en 1770
ſous le nom de M Proſt de Royer , Procureur-
Général de la Ville de Lyon , &
au Traité anonyme ſur le même ſujet ,
imprimé à Cologne en 1769 ; par M.
Etienne Souchet , Avocat en Parlement
& au Siège Préſidial d'Angoumois ; ins
12. bre prix 2 liv. A Paris, chez Baſtien ,
Libr. rue du Petit-Lion , Fauxbourg St.
Germain ridicoot A
Mémoire fur les maladies, contagieuses
du bétail ; in- 4°. d'environ 42 pages , de
P'Imprimerie Royale ; prix 15 f. br . A
Paris , chez ProFr. Didot le jeune , Libr.
quai des Auguftinson κως
Traité du ſeigle ergoté , par M. Read ,
Docteuren Médecine ,&c. feconde édit.
brochure d'environ 94 pages in- 12 . prix
1 liv. 4. A Metz , chez Colignon; &
à Paris , chez Didot le jeune.
Mémoire pour fervir au traitement d'une
fievre épidémique , fait & imprimé par
ordre duGouvernement ; par M. Maret ,
Docteur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , &c. br. d'environ 62 pag.
in-8°. prix 11.4 f. A Dijon , chez Fran-
L3
158 MERCURE DE FRANCE.
tin ; & à Paris , chez Didot le jeune,
quai des Auguſtins.
W L'Ami philosophe & politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'efſence , les eſpeces , les
principes, les ſignes caractériſtiques , les
avantages& les devoirs de l'amitié; l'art
d'acquérir , de conſerver , de regagner le
coeur des hommes , in-8°. d'environ 160
pages. A Nancy , chez Babin , Libraire ;
à Paris , chez Dumoulin , Libr. au bas
du Pont St. Michel.
Origine des découvertes attribuées aux
Modernes , où l'on démontre que nos
plus célebres Philoſophes ont puiſé la
plupart de leurs connoiſſances dans les
Ouvrages des Anciens ; & que pluſieurs
vérités importantes fur la Religion ont
été connues des Sages du Paganiſme. Par
M. Dutens , de la Société Royale de
Londres , & de l'Académie des Infcrips
tions & Belles-Lettres ; ſeconde édition ,
conſidérablement augmentée, 2 vol. gr.
in- 80. A Paris , chez la veuve Ducheſne,
Lib. rue St. Jacques .
Dictionnaire historique & géographique
portatif des quatre parties du monde , dans
i
MAL 1776. 159
lequel on trouve tous les Royaumes ,
Provinces & Contrées de la terre , les
Princes dont ils dépendent ; les rivieres ,
baies , mers , montagnes ,&c. 2 vol. pet.
in- 8º. le premier d'environ 492 pag. le
ſecond d'environ 340. A Paris , chez
Coſtard , Libraire , rue St. Jean-de-Beauvais.
I. K. L. Effai drammatique ; Ouvrage
poſthume de Leonard Gobemouche , publié
par Marc- Roch Luc Pic Loup , Citoyen
de Nanterre , des Académies de
Chaillot , Paffy , Vanvres , Auteuil ,Vaugirard,
Surefne , &c. derniere édition.
A Montmartre ; & fe trouve à Paris
chez L. Cellot , Imp. Lib. rue Dauphine.
Mémoirefur les bois de Cerf;foſſfiles trouvés
en creuſant un puits dans les environs
de Mont-méliard en Dauphiné,
à 14 pieds 2 pouces de profondeur , le
28 du mois d'Août 1775; in-89. d'environ
24pages avec fig. AGrenoble , chez
Cuchet; à Paris , chez Ruault , Libr. rue
de la Harpe.
Diſcuſſion de l'ordre profond & de l'ordre
mince , ou examen des ſyſtemes de
:
L4
160 MERCURE DE FRANCE.
MM. de Mesnil-Durand& de Maizeroy,
comparés avecl'ordre à trois de hauteur;
par M. Ducoudray, Capitaine au Corps
de P'Artillerie , Correſpondant de l'Académie
des Sciences. A Amſterdam ; & à
Paris , chez Ruault, Lib. rue de la Harpe.
Epitre enn vers aux Membres de l'Académie
Françoise décriés dans le XVIIIe,
Siecle. Par M. Vigée, Broch . de 16 pag.
in- 8°. A Londres ; & à Paris , chez les
Libraires qui vendent les nouveautés,
er
Histoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui en
dépendent. SCIENCES EXACTES ; ſavoir :
l'arithmétique , l'algebre la géométrie ,
l'astronomie , la, gnomonique , là chrono
logie , la navigation , l'optique , la méchanique
, I hydrauliqués, i l'acoustique & la
musique , la géographie , l'architecture civile
, l'architecture militaire , l'architecture
navale ; avéciun abrégé de labvie des
Auteurs les plus célebres dans ces ſciences
. Par M. Savérien. Volume in - 8°.
rel. prix15 liv. Nouv. édit. corrigée.
A Paris , chez Lacombe , Lib. , 1776.
On trouve chez le même : Hiſtoire des
progrès de l'eſprit humain dans lesfciences
physiques & naturelles , in-8°, rel. 5 1.
OKIMIAL 1776. 161
7
7
ACADEMIES
25
21 J
PARIS .
L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES LETTRES tint ſa ſéance publique
le 16 d'Avril. M. Dupuy , Secrétaire
perpétuel , annonça que M. Dumont ,
Avocat au Parlement , Cenſeur Royal
Honoraire de l'Académie d'Amiens , As
ſocié étranger de la Société Royale de
Nancy , Pentionnaire du Roi , avoit remporté
le prix , qui étoit double (c'eſt le
fecond qui lui eſt adjugé) ; & que le
Mémoire du Pere Arcere , de l'Oratoire ,
avoit mérité l'acceffit. Il s'agiſſoit d'examiner
: Quel avoit été l'état de l'agriculture
chez les Romains , depuis le commencement
de la République jusqu'au fiecle de
Jules César , relativement au gouvernement ,
aux moeurs & au commerce. Il annonça
enſuite que le ſujet de prix pour la Saint
Martin 1777 , conſiſtoit à examiner :
Quels furent les noms & les attributs divers
L5
162 MERCURE DE FRANCE.
de Cérès & de Proferpine chez les différens
Peuples de la Grece & de l'Italie ; quelles
furent l'origine & les raisons de ces attributs.
L'Académie invite encore les Auteurs
à chercher quels ont été les ſtatues ,
les temples , les tableaux célebres de ces
Divinités , & les Artistes qui sefont illuftrés
par ces Ouvrages. Le prix ſera d'une
médaille d'or de 500 livres, Les pieces
affranchies de tout port , feront envoyéés
au Secrétaire perpétuel avant le 1er de
Juillet 1777.
Le reſtede la ſéance a été occupé par
la lecture des Mémoires ſuivans :
Obfervations fur l'Hyppolite , Tragédie
d'Euripide , comparée avec la Phèdre de
Racine , par M l'Abbé Batteux.
Extrait d'un Traité complet lu à l'Académie
, ſur l'attaque &la défense des places
chez les Anciens , par M. de Maizeroy.
Recherches fur l'harmonie & les accords
de la musique des Anciens , par M. de Rochefort.
Diſcours préliminaire d'un Ouvrage
intitulé : Tableau de la fureur du Feu , tiré
des Anciens & des Modernes , par M. Dufaulx.
1
MAI 1776. 163
T
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
tint, le 17 Avril , ſa ſéance publique ,
préſidée par M. le Comte de Maillebois.
M. de Fouchy , Secrétaire perpétuel ,
annonça que le prix propoſé pour cette
année, dont le ſujet étoit la Théorie des
perturbations que les cometes peuvent éprou-3-
ver par l'action des planetes , avoit été remis
à 1778 , avec une rétribution dous
ble.
LesArts publiés par l'Académie depuis
Pâques 1775 , font le Faiſeur de peignes
pour les métiers , ſervant de fixieme partie
àl'art de fabriquer les étoffes de foie ,
par M. Paulet ; la premiere ſection de
l'art du Tourneur Mechanicien , par M..
Hullot pere ; & la quatrieme ſection de
la ſeconde partiede l'art d'exploiter les mines
de charbon de terre.
M. de Fouchy lat enſuite l'Eloge dit
Marquis de Valiere , Lieutenant- Général
des Armées du Roi & Directeur général
de l'Artillerie,
M. le Monnier fit lecture de la préface
d'un Ouvrage de ſa compoſition , intitulé
: Loix du magnétisme comparées aux ob-
1
164 MERCURE DE FRANCE.
Servations & aux experiences en différentes
parties du globe terrestre , pour ſervir à la
théorie de l'aimant , & à la construction des
cartes magnétiques & réduites .
M. de Vaucanfon lut un Mémoire fur
le Choix de l'emplacement &fur la forme
qu'il convient de donner aux bâtimens d'une
fabrique d organsin , à l'usage de ſes nouveaux
moulins .
• M. Bailly lut un Mémoire ſur l'accord
de la mesure de la terre des Anciens , avec
celle qui réſulte des obſervations & des mefures
des Académiens François .
MM. Lavoifier , Vandermonde, Baumée
& Bezout , firent leur rapport des
Obfervations thermométriques du grand froid
de cette année , & de la comparaison des
thermomètres qu'ils étoient chargés d'examiner.
Il en réſulte que le froid de 1776
a été moindre que celui de 1709.
M. l'Abbé Boſſut lut de nouvelles ré
flexions fur la théorie des fluides .
La féance a été terminée par un Memoire
de M. l'Abbé de Rochon fur la
fabrique d'une nouvelle lunette achromatique
avec un objectif à trois verres.
"
C
..
L
JOMAM AL 1776 165
SPECTACLES .
A bet t
CONCERT au Château des Tuileries.
14 say ory
LE Dimanche 28 Avril on a donné au
Château des Tuileries un Concert au
profit de MM. Jarnowick , Befozzi , le
Brun &Duport. Ce Concert a attiré un
grand nombre d'Amateurs , & tous ont
été enchantés de la parfaite exécution
de MM. Befozzi & le Brun , rivaux &
amis , qui ont joué ſur le hautbois des
duos admirables. M. Jarnowick s'eſt ſurpaffédans
fon concerto de violon , &M.
Duport dans ſa ſonate de violoncelle.
Ces habiles Maîtres ne laiſſent rien à
defirer pour la beauté des fons , pour la
juſteſſe des intonations , pour l'adreſſe&
le goût de leur jeu. M. Piozzi , excellent
Muſicien , ainſi que MM. Guichard &
Julien , ont chanté des airs italiens qui
ont été applaudis. On aentendu avec les
témoignages de la plus grande fatisfaction
Mlle Colombe , qui a exécuté parfaitement
une ſcène& un air de Traïetta ,
morceaux très- favorables pour faire con-
{
166 MERCURE DE FRANCE.
noître la beauté de fon organe& le goûr
de ſon chant. MM. Jarnowitk& le Duc ,
MM. le Brun & Duport ont exécuté
pluſieurs petits airs arrangés par feu M.
Trial. Ce Concert a fini par un Oratoire
mis en muſique par M. Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROTALE DE MUSIQUE
adonné le Mardi 23 Avril, la premiere
repréſentation d'Alceste , Tragédie.Opé
ra en trois actes.
Le poëme , imité de l'Italien , eſt de
ML. B. D. R. La muſique eſt de M. le
Chevalier Gluck.
„ Si ce poëme , dit le Traducteur dans
,,un Avertiſſement , a quelque fuccès ,
ود ce feraàM. Cazabigy que nous en ſe-
,, rons redevables. Non- ſeulement nous
,,avons ſuivi en partie le plan de fon
Alceſte ; mais nous en avons encore
,, emprunté pluſieurs détails , afin de
,, conferver un grand nombre de mor-
,, eeaux de la muſique la plus paffionnée ,
la plus énergique , la plus théâtrale qu'on
ait entendue fur aucun Théâtre de l'EuIDHMAL
1776.867
Srope, depuis la renaiſſance de ce bel
art"
Ainſi cet Opéra eſt annoncé comme le
chef-d'oeuvre de M. le Chevalier Gluck
&comme celui de toute la muſique théâtrale.
Nous n'avons rien à dire après un
éloge ſi bien prononcé. Les Amateurs
& les Connoiffeurs font à portée d'en
juger.
L'exécution, tant de la part des Acteurs
que de celle de l'orchestre , ne laisſe
rien àdéſirer. Mile Levaſſeur a ſaiſi
parfaitement le caractere du rôle d'Alceste
, & M. le Gros s'eſt diſtingué dans
celui d'Admette.
L'action du poëme eſt ſimple. Dans le
premier acte , un Hérault annonce que le
Roi Admette touche à fon heure derniere.
Le Peuple fait entendre ſes gémis-
- ſemens. Alceſte vient avec ſes enfans ;
elle unit ſes regrets à ceux de ſes Sujets .
Elle ordonne des ſacrifices dans le Temple
d'Apollon. Auffi-tôt le Temple paroît.
Le Grand-Prêtre , avec le choeur
des Prêtres & Prêtreſſes , & la Reine , in .
voquent le Dieu. On entend cet oracle :
Le Roi doit mourir aujourd'hui,
Si quelqu'autre au trépas ne se livre pour lui.
T
168 MERCURE DE FRANCE.
Le Peuple ſe retire ; aucun ſujet ne ſe
préſente pour victime ; alors Alceſte offre
aux Dieux de conſerver par ſa mort
les jours de fon époux .
Dans le ſecond acte ,foncélebre le
retour de la ſanté du Roi. Admette , ſe
félicite de vivre pour faire le bonheur
de ſes ſujets , & pour adorer encore les
vertus & les appas d'Alceſte. La Reine
ne peut diſſimuler ſa triſteſſe; elle avoue
enfin le ſacrifice qu'elle a fait. Admette
ne veut point conferver ſa vie au prix
de la ſienne.
(à Alceste)
Barbare ! non , Jans toi je ne puis vivre
Tu le fais , tu n'en doutes pas :
Et pour ſauver mes jours ta tendreſſe me livre
Ades maux plus cruels cent fois que le trépas.
La mort est le seul bien qui me reste à prétendre ,
Elle est mon seul recours dans mes tourmens affreux
Et l'unique faveur que j'ofe encore attendre
De l'équité des Dieux.
:
Acte troiſieme. Alceſte va à l'autel de
la mort accomplir ſon facrifice. Elle frémit:
mais l'amour l'encourage. Elle implore
MAI. 1776. 169
plore les Divinités infernales ; Admette
s'empreſſe de défendre les jours de fon
Epouſe , & veut mourir à ſa place. L'Enfer
demande ſa victime ; Alceſte ſe livre
au trèpas. Les Peuples pleurent la perte
d'Alceſte & d'Admette. Apollon defcend
dans un char avec ces deux Epoux , & les
rend au voeux de leurs Sujets.
Cet Opéra eft terminé par un divertifſement
dans lequel les premiers talens de
la danſe renouvellent les plaiſirs & l'admiration
des Spectateurs .
La décoration du dernier acte eſt faite
d'après les deſſins de M. de Machi ,
Peintre du Roi , & a été exécutée par
lui. On y retrouve les effets pittoreſques
que ce Maître met dans ſes tableaux.
On ſe rappelle ſans doute l'Alceste de
Quinault , Opéra dans lequel Hercule
joue un rôle ſi noble & fi généreux ,
où il triomphe de lui - même après
avoir triomphe du raviſſeur d'Alceſte ,
& avoir retiré Alceſte de l'empire de
la Mort pour la rendre au jour & à
fon amour. Cet Opéra eſt pompeux ,
très-varié , très intéreſſant. Il y a cependant
des ſcenes épiſodiques que l'on peut
ôter ; il y a quelques légers changemen's
à faire , quelques traits à ajouter , & ce
M
1
1
(
170 MERCURE DE FRANCE.
poëme ne laiſſeroit alors rien à deſirer.
On nous aſſure qu'un homme de mérite ,
& qui entend parfaitement le Théâtre
s'eſt occupé de ce travail , & qu'il l'a
rempli à la fatisfaction des Connoiffeurs.
Il ſeroit à ſouhaiter que ce beau ſpectacle
fût reproduit ſur le Theâtre de l'Opéra ,
&que le même ſujet , traité ſi ſavamment
en muſique par M. le Chev. Gluck , y fût
de nouveau donné par un Maître digne
d'entrer avec lui dans cette noble carriere.
C'eſt ainſi que les Théâtres de
l'Italie ouvrent un champ libre au génie
& à l'émulation des Compoſiteurs ; c'eſt
un moyen d'accélérer les progrès des arts
& d'animer les grands talens ; & nous
ſommes perfuadés que c'eſt une des reffources
que la nouvelle adminiſtration ſe
fera gloire d'employer.
La nouvelle adminiſtration a déjà fait
connoître ſon attention pour donner à ce
ſpectacle plus d'ordre , plus de police &
plus d'éclat. Les Auteurs font engagés de
travailler pour un plus noble prix accordé
à leurs ſuccès ; &l'émulation des Acteurs
eſt excitée par des récompenfes dignes
de leurs talens. Une Ordonnance du Roi
vient auſſi d'obvier à beaucoup d'abus
qui s'étoient introduits à la faveur des
MAI. 1776. 171
entrées gratuites , des loges louées à l'année
, des répétitions , & d'un nombrede
perfonnes admiſes foit dans le parterre ,
ſoit dans les corridors. Nous ſommes informés
qu'en faveur des Amateurs affidus
de ce ſpectacle , l'Adminiſtration leur
donne le droit d'entrée pendant une année
, moyennant 600 livres , au lieu de
720 qui formoient anciennement le prix
de chaque abonnement de ce genre;
& ils auront entrée a l'amphithéâtre ,
dans les premieres loges , quand elles ne
feront pas louées , & à plus forte raiſon
au parterre. T
Sans déroger à l'Ordonnance du 29
Mars dernier , dont l'exécution eſt indif
penſable , l'Adminiſtration vient de faciliter
la jouiſſance de la porte du Palais-
Royal à ceux qui n'ayant pas de loges
ni portions de loges à l'année , veulent
entrer dans la Salle en payant. Cette
porte fera ouverte à quatre heures &
demie , & l'on délivrera de ce côté des
billets , d'entrée de 40 ſ. avec leſquels on
pourra aller au parterre & dans tous les
corridors . Il vient auſſi d'être établi des
portes autroiſieme rang , à la faveur def.
quelles les mêmes perſonnes pourront ,
enpayant 40f communiquer avec toutes
les parties de la Salle.
M 2
172 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur ſpectacle par Sertorius ,
Tragédie de Corneille , dans laquelle
M. le Kain remplit le rôle de Pompée
avec une dignité impoſante. Mlle de
Sainval remplace Mlle Dumeſnil dans
fon emploi , & joue avec beaucoup de
nobleſſe & de ſenſibilité. Elle a réuni
tous les fuffrages dans le rôle de Sémi .
ramis. Mde Suin , qui a des talens acquis
&beaucoup d'habitude du Théâtre pour
les principaux rôles de la comédie , vient
d'être reçue au nombre des Actrices.
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été prononcé par M. Déſeſſarts , Comédien
très-accueilli du Public dans les
perſonnages dits à manteau & de caractere.
:
:
1
MAI 1776. 173
COMÉDIE ITALIENNE.
1
LES Comédiens Italiens ont donné
à l'ouverture de leur Théâtre l'Ami de la
maison , piece charmante , que l'on entend
toujours avec plaiſir. Madame la
Ruette , qui met dans ſon jeu tant de
fineſſe & d'eſprit ,& dans ſon chant tant
de goût & d'intérêt , a joué avec les plus
vifs applaudiſſemens le rôle d'Agathe.
Madame Bérard a obtenu ſa retraite
avec un traitement honorable , & une
diſtinction flatteuſe de la part de ſes Supérieurs
& de la Comédie. Cette Actrice
a penſé que le temps du repos étoit venu
, & elle en a même devancé le terme ,
quoiqu'elle fût encore accueillie favorablement
du Public dans les rôles de
Duegne & de caractere , qu'elle a joués
pendant nombre d'années , foit à l'Opéra-
Comique , ſoit à la Comédie Italienne ,
avec beaucoup de vérité , d'ame & d'intelligence.
1
On a reçu au nombre des Comédiennes
Mlle le Fêvre , qui joue la comédie
avec eſprit & avec feu ; & Mile Fayel ,
M3
174 MERCURE DE FRANCE.
qui donne de l'intérêt & de l'ingénuité
aux rôles qui lui ſont confiés.
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été rempli par une partie des Acteurs
&Actrices , ayant différens coſtumes de
rôles de caractere des pieces de ce
Théâtre.
M. Carlin étoit dans le coſtume de la
fille d'Omar du Cadi dupé.
M. la Ruette , dans le coſtume du
Comte fourd de Julie.
M. Clairval , dans l'habit de Montauciel.
M. Trial , dans l'habitdu grand coufin.
M. Michu , en Baſtien .
Mle Beaupré , en Babet de la comédie
des Sabots.
Et pluſieurs autres Acteurs & Actrices
en différens coftumes; chacun a fait fon
compliment dans l'eſprit de ſon rôle.
Nous rapporterons de ce compliment
dramatique quelques couplets qui ont
été fort applaudis . :
M. Clairval en Montauciel , ſur l'air:
Vive le vin , vive l'amour .
:
Sous l'étendart du doux plaiſir
Nous faiſons gloire de ſervir ,
Sitot que le Public l'ordonne.
MAI. 1776. 175
Chacun aſpire à la couronne ,
Heureux qui peut y parvenir !
Mais c'eſt de vous que l'on peut l'obtenir ,
C'eſt votre main qui nous la donne.
M. la Ruette dans le coſtume du
Comte de Julie , fur l'air : La belle main !
quelle me tente !
(aux Dames)
Ma parole eſt lente & tardive ,
Mon oreille me ſert très mal ,
Mon aſpect n'a rien qui captive ,
Tel eſt mon fort , mon fort fatal .
Malgré tant de ſujets d'alarmes
J'ai du moins , pour me conſoler,
Des yeux pour admirer vos charmes ,
Un coeur tendre pour vous aimer.
Si mes yeux font tout mon partage ,
Si par eux ſeuls je puis jouir ,
Donnez-moi ſouvent l'avantage
De les fixer avec plaifir..
Venez embellir ces retraites ,
L'amour y viendra ſur vos pas ,
Ce Dieu ne ſe plaît qu'où vous êtes
Et languit où vous n'êtes pas .
Ce compliment eſt de la compoſition
M 4
176 MERCURE DE FRANCE.
de M. Anſeaulme , qui eft en poffeffion ,
depuis beaucoup d'années , d'exprimer au
Public les ſentimens des Comédiens ,
auxquels il eſt attaché...
On ſe diſpoſe à donner inceſſamment
à ce Théâtre le Mai , comédie en trois
actes , avec des vaudevilles ; & les Mariages
Samnites , piece en trois actes ,
mêlée d'ariettes.
DÉBUT.
۱
:
Mademoiselle Desbroſſes , âgée de
douze ans , fille de l'Acteur de ce nom ,
a débuté le 29 Avril dernier , par les
rôles de Juftine dans le Sorcier , & de
Colinette dans la Clochette. On ne peut
avoir des talens plus précoces , & nomtrer
plus d'intelligence pour la ſcene ,
de fineſſe , de préciſion & de goût pour
le chant , que cette jeune & aimaible Actrice.
Il faut ſeulement eſpérer qu'en
grandiſſant elle acquerra un organe plus
fonore & plus étendu.
1
MAI. 1776. 177
ARTS.
GRAVURES.
1
I.
Le Marchand de Lunettes , Eſtampe d'environ
dix-huit pouces de hauteur &
quatorze de largeur , gravée par M.
Helman , Graveur de Monſeigneur le
Duc de Chartres , d'apres le tableau
original de M. le Prince , Peintre
du Roi.
CETTE B ETTE Eſtampe eſt dédiée à S. A. S.
Monſeigneur le Duc de Chartres. Le
Graveur a mis des effets pittoreſques dans
ſon travail , par l'oppoſition des ombres
&des clairs , & par la variété des tailles ,
ſuivant les objets qu'il vouloit rendre.
Cette Eſtampe peut fervir de pendant
au Médecin Clairvoyant qui eſt du même
Graveur , d'après le même Maître ; chacune
eſt du prix de 6 liv. A Paris , chez
Helman , au petit Hôtel de Clugny , rue
des Mathurins. 15
M5
178 MERCURE DE FRANCE.
11.
Portrait en médaillon de M. N. Montgo-
A
din , Curé de S. Albin à Rennes en
Bretagne , gravé par Beaudeau ; prix ,
15 fols A Paris , chez Mondard , rue
Saint-Jacques .
Ce Paſteur refpectable & bienfaiſant
étoit né ſans patrimoine ; mais ayant été
nommé à une Cure d'un revenu modique
, il a ſu , par ſon économie , ſe ménager
les moyens de répandre & multiplier
ſes bienfaits. Il a laiſſé en mourant
foixante jeunes gens qu'il avoit placés
pour apprendre différens métiers : plus
dedeux cents Artiſan's doivent à ſes ſoins
les progrès qu'ils ont faits dans leur profeffion.
Il profcrivoit la pareſſe &la mendicité
, & cultivoit des pommes de terre
pour faire du pain aux indigens. Il a
fondé 700 liv. de rente pour les néceſſiteux
de ſa Paroiſſe , qu'il a deſſervie pen.
dant vingt ans. Il eſt mort en 1775.
III.
Profpectus concernant les plantes purgaMAI
. 1776. 179
tives d'usage , tirées du Jardin du Roi ,
& de celui de MM. les Apothicaires
de Paris , repréſentées avec leur couleur
naturelle , & imprimées ſelon le nouvel
Art; avec leurs vertus & leurs qualités ,
auxquelles on joint , à la diſſection de
leur fleur & de leur fruit , le Species
Plantarum Linnai , pour connoître les
variétés de leurs genres , les ſynonymes
, & le lieu de leur naiſſance : dédiées
à M. Lieutaud, Conſeiller d'Etat,
Premier Médecin de Sa Majefté . Par
M. Dagoty, pere , Anatomiſte & Botaniſte
penſionné du Roi.
:
1
La collection des plantes purgatives
d'uſage ſera in quarto , grand papier , &
compoſée de foixante-quatre planches ,
qui contiendront toutes les plantes de
cette claſſe , avec leurs qualités & leurs
vertus en François ; & à chaque plante
on ajoutera en entier les eſpecesdifférentes
qu'a décrites Linnæus en Latin , avec
les lieux de leur naiſſance & la citation
des Auteurs qui auront donné les variétés
de la plante dont il s'agira.
A la tête de l'Ouvrage il y aura une
table alphabétique de tous les Auteurs
qui ont traité des plantes , & qui en ont
180 MERCURE DE FRANCE.
donné des planches , avec l'année de leur
édition , & l'endroit où leurs Ouvrageste
auront été imprimés.
d
Il y aura auffi une ſeconde table alpha.
bétique des noms François de toutes les f
plantes en général, avec leurs noms La- C
tins , felon Linnæus & Tournefort , & u
felon les autres Botaniſtes les plus accré. D
dités , avec la claſſe des vertus de laja
plante; & afin d'éviter toute confufion , d
on ajoutera à chaque plante placée dans
une claſſe , ſelon ſes vertus principales & F
les plus uſitées , ſes autres qualités & la
partie de la plante dont on ſe ſert ordi.c
nairement dans les uſages. Cette table
générale ne fera pas ſeulement utile aux
plantes purgatives , mais encore aux plan-
Tes hystériques & emménagogues , que l'Auteur
ſe propoſe de donner à la ſuite de
celles- ci pour l'uſage des Sages- Femmes
& aux plantes diaphoretiques & fudorifiques
, qu'il donnera auſſi pour le traitement
des maux vénériens ; ce qui formera
trois Ouvragés ſéparés.
On a mal à propos prétendu que l'ordre
des plantes par leurs vertus étoit défectueux
, à cauſe qu'il y avoit des plantes
qui ont pluſieurs vertus , & que dans
d'autres les fémences & les racines ont
MAI. 1776. 181
quelquefois des qualités différentes de
celles de la fleur& de la feuille ; comme
dans la violette , où les ſémences & les
racines font purgatives , les feuilles & les
fleurs , enſemble émollientes & laxatives ,
& la fleur ſeule cordiale. Ce n'eſt pas là
une raiſon qui puiſſe détruire un ordre ſi
- néceſſaire , où tous les autres doivent
aboutir ; car la violette , par exemple ,
dont on vient de parler , que l'Auteur
met dans la claſſe des plantes purgatives ,
par rapport à ſa principale qualité , peut
être auſſi citée dans la claſſe des plantes
cordiales & des plantes émollientes , en
conſidérant les autres parties de cette
plante qu'on aura repréſentée.
Les plus habiles Médecins qui ont
traité des plantes , n'ont point été chercher
les ſyſtêmes de leur forme & de leur
diviſion , mais ſeulement celui de leurs
vertus qu'adopte M. Dagoty; M. Tournefort
a traité en particulier de leurs vertus
, quoiqu'il ait donné le ſyſtême des
petales des fleurs. Meffieurs Chomel ,
Geoffroy , Buc'hoz & d'autres ont ſuivi
cet ordre. Tous les ſyſtemes des étami,
mes , des calices , &c. ne font que pour
connoître les plantes ; mais ceux de leur
vertu ſont faits pour les mettre en pratique.
182 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , afin que rien ne manque à
ſon projet , donnera auſſi les élémens de
Botanique , ſéparés de toute autre oeuvre ,
& on aura de quoi ſe contenter ſur ce
qui s'appelle Systêmes Botaniques. Cet
Ouvrage, tout compoſé préſentement ,
paroîtra après les plantes purgatives.
La ſouſcription actuelle eft diviſée en
huit cahiers , de huit planches chacun ,
avec les détails que l'on vient de voir ,
qui accompagneront chaque plante .
On délivrera un cahier tous les deux
mois , ou tous les mois. Le prix des cahiers
, ſi on les paye d'avance , fera de
5 liv. chaque ; & fi on attend leur diſtribution,
on les payera 6 liv. L'ouvrage
ſe vendra enſuite ce qu'on jugera à propos.
Les troiſieme & quatrieme fils de l'Auteur
ſe propoſent de donner à la ſuite des
collections des plantes d'usage que l'on
annonce actuellement , les plantes curieufes
& étrangeres.
On trouve auſſi du même Auteur , aux
adreſſes ſuivantes , l'anatomie des parties
de la génération ; l'angéologie & ce qui
concerne la groſſeſſe & l'accouchement,
avec des planches imprimées en couleur.
Prix , 18 liv .
L'exposition anatomique des maux véMA.
I. 1776. 183
nériens , & les remedes uſités dans ces
fortes de maladies , avec des planches
imprimées dans le même genre. Prix ,
12 livres.
L'exposition anatomique des organes
des ſens , & la névrologie , avec des planches
imprimées de meme , avec leur couleur
naturelle. Prix , 21 liv.
On ſouſcrit à Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Honoré , vis- à- vis les Peres de
l'Oratoire ; Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeſſé ; Lacombe , Libraire ,
rue Chriſtine.
:
IV.
Collection de Plantes étrangeres & curieufes
, gravées d'après nature , fur différentes
Serres des jardins du Roi ; ouvrage
curieux , utile & très intéreſſant
pour MM. les Médecins , Chirurgiens
Naturaliftes , Apothicaires , Herboriftes
, Maréchaux , & pour toutes les
perſonnes qui s'amuſent de la Botanique
: par MM. Honoré - Louis & Raphaël
Dagoty , troiſieme & quatrieme
Fils ; felon l'art dont leur Pere eſt inventeur
: préſenté par les Auteurs , à
la Reine & aux Princes.
184 MERCURE DE FRANCE .
MM. Dagoty fils , dont les talens font
connus pour le genre de gravure en couleur
, ont été follicités par les plus célebres
Naturaliſtes de les employer pour
l'Hiſtoire Naturelle. Pour répondre à la
bonne opinion qu'on veut bien leur témoigner
, ils vont commencer par les
plantes , cette partie étant la plus eſſentielle
, & même la plus difficile à rendre.
L'application qu'ils mettront dans l'exétion
, fera juger au Public s'ils pourront
le fatisfaire dans les Ouvrages qu'ils ſe
propoſent dedonnerà laſuite des plantes.
L'art de graver en couleur , dont ils
ſont ſeuls poſſeſſeurs , leur donne la facilité
de mettre ſous les yeux du Public
des Eſtampes qui , au fortir de la preſſe ,
feront autant de tableaux. Cette gravure
imite la plus belle peinture , en a toutes les
nuances , & rend parfaitement la nature.
Avec ces avantages , on y trouvera encore
la plus grande exactitude dans le deſſein ,
la fraîcheur dans les couleurs & le détail
botanique. Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont examiné avec beaucoup
de ſoin cette façon ingénieuſe de graver
en couleur , ſe ſont empreſſés de l'approuver,
& ont reconnu que c'eſt la ſeule
qui puiſſe bien rendre la nature......
Les
ΜΑΙ. 1776. 185
Les Plantes que l'on donne aujourd'hui
ne font point faites au hafard. On a choiſi .
le plan le plus commode pour le Public .
On délivrera cet Ouvrage par cahier ; ce
cahier ſera composé de fix Plantes , &
chaque Plante aura ſa table explicative ,
où on trouvera les noms latins & françois
, la claſſe & la ſection ſelon Linnæus
& Tournefort ; au bas de chaque table
l'anatomie de la Plante , avec les lettres
indicatives. Par ce moyen, chacun fera
libre de les ranger ſelon le ſyſtême qu'il
adoptera.
L'Ouvrage a paru aſſez intéreſſant aux
Auteurs, pour mériter d'être préſenté à la
Cour ; auffi MM. Dagoty ont-ils eu l'hon
neur d'en faire l'hommage à la Reine ,
qui leur a fait la grâce de l'accueillir favorablement
, & de leur en témoigner ſa
fatisfaction .
On délivre le premier Cahier dans le
mois de Mai ; & tous les mois , il en
paroîtra un nouveau. On a pris les plus
grandes meſures pour être exact aux li.
vraiſons , & mériter par cette exactitude
la confiance du Public.
Le prix de cet Ouvrage ſera de 9 liv .
par Cahier ,&de 7 liv. pour les Soufcripteurs.
Les Perſonnes qui ſouſcriront pour
N
186 MERCURE DE FRANCE .
Je ſecond Cahier, ne payeront le premier
qu'au prix de la Soufeription. On délivrera
par la fuite des Cahiers ſéparément,
pour ceux qui voudront orner leurs Cabinets
de ces Estampes.
M. Dagoty pere donne actuellement
les Plantes purgatives ſous le même format
que MM. ſes fils ; ce qui donnera
la facilité de les ranger dans leurs claſſes,
&d'avoir l'Ouvrage le plus complet. On
a choiſi le grand in-4°. comme le moins
embarraſfant.
Onpeut ſouſcrire à Paris, chez Lacombe,
Librairegi rue Chriſtine.
Nota. Les Perſonnes de Province qui
voudront ſe procurer l'Ouvrage ci-deſſus
annoncé , font priées d'affranchir leurs
Lettres .
T
V.
Troisieme Cahier des jardins Anglois,
8planchez de compoſitions du petit au
grand's Roiffy , 8 planches ; Ermenon
ville, planches ; Wanſtead , 5 planches;
Ryz , 28 planches brochées , prix 12
liv.; plus , la moitié du quatrieme Cahier.
Le Waux-Haal de Londres , Projets de
Grotes , Temples , Moſquées , Bains ,
MAI. 1776. 187
Pavillons , Belvederes , par Halfpenny ,
Architecte des jardins Anglois , détail du
baſſin de Neptune , à Versailles , par
Lorio , Profeſſeur Royal , 15 planches';
prix , 6liv. L'autre quinzaine dans le courant
de Juillet , avec la deſcription du
deuxieme , troiſieme& quatrieme Cahier ;
à Paris , chez le Rouge , Géographe du
Roi , rue des Grands Auguſtins .
MUSIQUE.
I.
OUVERTURE du Magnifique arrangée
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
ad libitum. Par M. le Baron de P**
Prix 2 liv. 8 f. A Paris , chez le ſieur
Benaut , Maître de clavecin , rue Gît lecoeur,
la deuxieme porte cochere à gauche
en entrant par le Pont-Neuf.
IXe . Recueil d'ariettes choisies arrangées
5.
188 MERCURE DE FRANCE.
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement de deux violons & la
baſſe chiffrée ; dédiées à Mademoiselle
de Schoebeque , par le ſieur Bénaut ; prix
1 liv. 16 f. à la même adreſſe.
III.
Trois fonates pour le clavecin ou le
piano- forté , avec accompagnement d'un
premier & fecond violon , & violoncelle ,
compoſées par M. T. Brodsky ; dédiées
à S. A. S. Mgr le Duc d'Aremberg , par
MM . Mechtler & Van Ypen . Oeuvre
IIe , gravée à Bruxelles par MM. Van-
Ypen & Pris , rue de la Madeleine. A
Paris , rue de la Montagne Sainte Gene.
vieve , vis- à - vis le Collége de la Marche ,
au deuxieme ; chez Couſineau , Luthier
de la Reine , rue des Poulies , vis- à - vis la
colonnade du Louvre ; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. Prix 61. 8 f.
IV.
Six duo pour violon & alto , dédiés à
M. le Chevalier de Champloſt , Meſtrede-
camp de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de Saint Louis , par M.
MAI. 1776. 189
Guillon , Officier au Régiment de Bouillon
, Infanterie Allemande. Oeuvre I.
Prix 6 liv. A Paris , chez Bignon, Graveur
place du Louvre , à l'Accord parfait;
& aux adreſſes ordinaires.
1
:
5 . :
V.
Deux fonates pour le clavecin ou le
piano-forté , avec accompagnement d'un
violon & violoncelle , ad libitum ; dédiées
à M. le Comte Alexis Golowkin ,
Lieutenant aux Gardes de S. M. 1. de
toutes les Ruffies , &c . par M. Joubert ,
Organiſte de l'Abbaye Royale de Saint
Aubin d'Angers ; avec le quatuor de Lucile
en concerto pour les mêmes inſtrumens
, arrangé par le même Auteur ; prix
7 1. 4 f. avecle concerto; & féparement ,
3 liv. 12 f. gravés & mis au jour par le
fieur Moria & Mile Vendôme , Marchands
de muſique , rue de la Comédie
Françoiſe ; & aux adreſſes ordinaires de
muſique ; à Lyon , chez M. Caſtaud ; à
Rouen , chez M. Magoy.
.)
N3
190 MERCURE DE FRANCE .
COURS DE BELLES - LETTRES.
M. L'Abbé de Perravel recommencera
le 10 Mai , depuis midi juſqu'à deux heures
ſon Cours de Géographie ; & depuis
cinq juſqu'à ſept , fon cours philofophique
de Langue Françoise , par le moyen duquel
, en 48 leçons , les loix de la phrafe
&les regles de la ponctuationy ſont enfeignées
, & géométriquement prouvées. Le
lendemain , depuis cinq heures juſqu'à
ſept , il recommencera fon cours de Langue
Italienne.
2
On trouve , tous les matins , juſqu'à
onze heures , & depuis midi & demi
juſqu'à deux heures , M. l'Abbé de Perravel
, chez- lui , rue S. Honoré , l'allée
du Patiffier , vis- à-vis la rue du Four , au
premier.
J
LETTRE de M. *** à M. de Voltaire ,
en lui envoyantſes Eſſais fur Saturne .
Monfieur Recevez , je vous prie , l'hiſtoire d'un Vieillard
reſpectable , dont on s'occupera tant que le ſavoir
MAI. 1776.1 191
Lera en honneur parmi les hommes. Son front rayonnant
de lumiere eſt orné d'une couronne immortelle. Il nous
éclaire & nous offre un des phénomenes les plus finguliers
de la nature. Ce Vieillard eft Saturne . Je m'empreſſe
de le nommer , de peur que l'on n'en défigne un
autre, dont votre modeftie vous empêcheroit de reconnottre
le portrait . Puiſſe cette analogie mériter à mon Ou
vrage un accueil favorable de votre part .
Je suis avec l'oftime la plus fentie , Monfieur ,
Votre&c.
) L
Réponse de M. de Voltaire.
TA
Monfieur . L'honneur que vous me faites de m'envoyer
votre Saturne , me fait ſentir toute votre bonté &
toute mon indignité ; mais tout indigne que je fuis de ce
beau préſent, il me fait faire bien des réflexions . Nous
avons connu fi tard ſes lunes & fon anneau , très - inutilement
appelés les aftres de Louis ; les Philoſophes de
notre chétif globe ont été tant de fiecles fans deviner ce
qui ſe paſſe autour de cette derniere planete , qu'il eſt
clair qu'elle n'a pas été faite pour nous ; mais en même
temps il eſt bien beau que de petits animaux de cinq
pieds & demi ayent enfin calculé des phénomenes ſi
étonnans à trois cents trente millions de lieues loin de
chez eux.
し
A
Quand on fonge que la lumiere réfléchie de notrree petite
N 4
192 MERCURE DE FRANCE.
\
planete & de ce gros Saturne eſt précisément la même ;
que la gravitation agit ſur ſes cinq lunes comme ſur la
nôtre ; que nous peſons fur le Soleil auſſi bien que Saturne
; que ſes cinq lunes & fon anneau ſemblent abſolument
néceſſaires pour l'éclairer un peu , on eſt ravi d'admiration
& l'on s'anéantit . On eſt obligé d'admettre , avec Platon ,
un éternel Géometre.
Ceux qui , comme vous , Monfieur , entrent dans ce
vaſte & profond fanctuaire , me paraiſſent des êtres bien
au - deſſus de la nature humaine. Je vous avoue que je
ne conçois pas comment un Génie occupé des loix de
l'Univers entier , peut deſcendre à juger des procès dans
un petit coin de ce monde , nommé la Gaule...
Je suis avec le plus fincere respect , Monfieur ,
Votre , &c.
AFerney , ce 6 Avril 1776.
LETTRE de M. de Voltaire.
19 Avril 1776. à Ferney.
Vous m'apprenez , Monfieur, qu'on vient d'imprimer
les Oeuvres poſtumes de feu M. Piron , & que l'Editeur
ne m'a pas épargné. Il prétend , dites - vous , que le Roi
de Pruſſe m'ayant un jour parlé de cet Auteur agréable ,
plein d'eſprit & de ſaillies , je lui répondis : Fi donc ! c'eſt
un homme fans moeurs.
í
Je vous conſeille , Monfieur, de mettre cette anecdote
MAI. 1776. 1 193
:
au nombre des menſonges imprimés , elle n'eſt affurement
ni vraie , ni vraiſemblable. Je puis vous atteſter ,
& j'oſe prendre Sa Majefté le Roi de Pruſſe à témoin ,
que jamais il ne m'a parlé de Piron , & que jamais je ne
lui en ai dit un mot. Je ne crois pas avoir entrevu Piron
trois fois en ma vie. Je connois encore moins l'Editeur
de ſes Ouvrages , mais je ſuis accoutumé depuis longtemps
à ces petites calomnies , qu'il faut réfuter un moment
& oublier pour toujours .
Discours prononcé par M. de la Haye . Curé
de Pavant , Diocese de Soiffons , à ses
Paroiffiens : , le 25 Février 1776.
Mes chers Paroiſſiens , je m'empreſſe de vous annoncer
que le Roi , fur le compte qui lui a été rendu de la conduite
que j'ai tenue dans des circonstances fâcheuſes
pour vous , vient de me gratifier d'une penſion ſur l'Archevêché
d'Auch ; ſi je pouvois penſer que l'intention de
Sa Majeſté eût été de me récompenſer , je m'affligerois
avec vous de vivre dans un fiecle où on acquiert des
bienfaits en ne rempliſſant que ſes devoirs ; & en effce
n'euſſe je pas été blamable: aux yeux de Dieu & des
hommes , fi je me fuſſe écarté vis - à - vis de vous de la
conduite que j'ai tenue ? Et - pourrois - je , ſans être vil à
mes yeux , fupporter l'idée que votre malheur a été pour
moi une voie d'obtenir les faveurs du Souverain ? Des
gens méchans vous avoient trompés , & vous alliez des
)
N 5
194 MERCURE DE FRANCE .
venir criminels envers l'Etat , & faire des démarches contraíres
à vos intérêts les plus précieux. J'ai diſſipé le preſtige qui
vous aveugloit , j'ai rempli mon devoir , & ma récompenſe
ſera toujours la fatisfaction de vous être utile. Je ne
puis donc regarder la penſion qui m'eſt accordée que
comme un moyen de plus que Sa Majefté a bien voulu
me confier pour contribuer à votre bien - être. Je vous
déclare donc , mes chers Amis , que pour répondre aux
vues bienfaiſantes de notre auguſte Monarque , je confacre
dès ce moment , & pour toujours , à votre utilité la
penfion dont le Roi m'a fait dépofitaire. Je n'entends
pas par - là diminuer les charités que je ſuis dans l'uſage
de faire ; ces ſecours font une dette dont je m'acquitte
envers les pauvres invalides , & dont je compte toujours
refter chargé , au lieu que la penſion appartient aux gens
valides , non pas gratuitement , mais' en echange de leurs
journées , quand ils n'auront rien de mieux à faire ; c'eſt
la feule façon dont il foit permis d'aider de braves gens ,
qui ne font dans le beſoin que par le défaut d'ouvrages
tout autre mode de ſecours eſt un abus qui accoutume,
Poiſiveté & qui entraîne au vice . J'ai trop bonne opinion
de vous , mes chers Amis , pour penfer que tant
que vous pourrez vous aider de vos bras , vous confentiez
de le recevoir gratuitement ; ce ſeroit un vol que
yous feriez , & moi auffi , & aucun de nous n'en eſt capable.
Pour que tous les habitans puiſſent trouver dans
le travail qui ſera fait , une utilité commune , nous con
fulterons tous les ans l'aſſemblée des habitans , pour , fur
leur defirs , employer les travaux foit à conſtruire les chemins
, à deflécher les communes , à former des digues
pour empêcher les inondations , à donner aux eaux un
ΜΑΙ. 1776. 195
تفاب
écoulement facile pour en empêcher les ravages , enfin à
mettre notre terroir dans le plus grand état poſſible d'uti
lité ; & fi nous vivons aſſez long- temps pour que nous
ne ſachions plus à quoi nous occuper , alors , mes chers
Amis , nous regarderons nos voiſins , & nous leur dirons :
Vous êtes nos freres , vous nous euffiez aidés ſi vous
j'eufſfiez pu , permettez - nous de vous être utiles , & nous
prolongerons leurs chemins de chez eux à leurs voiſins ;
ils nous aimeront , ils nous béniront , & cependant nous
n'aurons fait que leur rendre commune notre utilité perſonnelle
: car ces nouveaux chemins auront facilité le tranfport
de nos denrées , que par cette raiſon nous vendrons
plus avantageuſement.
Ce fera , mes Amis , à notre bon Roi que nous devrons
tous ces bienfaits . Remercions Dieu de nous l'avoir donné.
Demandons lui ſa confervation & celle des Miniſtres
bienfaiſans dont il a fait choix.
Opérations très- remarquables Sur les chevaux
, par M. le Chevalier de la Plei
gniere , Ecuyer , tenant l'Académie de
Саёп.
M.• LE CHEVALIER DDEE LAPLEIGNIERE ,
undes plus habiles Ecuyers du Royaume ,
&qui tient à Caën une Académie célebre ,
196 MERCURE DE FRANCE.
où la jeune nobleſſe eſt inſtruite de toutes
les parties de l'Art de l'équitation , par
les moyens les plus clairs & les plus
prompts , reçoit chez lui des jeunes gens
François & étrangers ,&les conduit felon
l'intention de leurs parens , & fuivant le
plan qu'ils peuvent donner eux-mêmes.
Nous rapporterons comme des opérations
très - remarquables , celles que M. le Chevalier
de la Pleigniere vient de faire. Ce
ſavant Ecuyer , qui n'a négligé aucunes
des parties de fon art , ayant un cheval ,
dontle cryſtallin devenu opâque étoit tombé
dans la chambre antérieure de l'oeil , il
a extrait ce cryſtallin , ſans crever l'oeil de
l'animal , & a fait cetteopération enpréfence
de M. le Maréchal Duc d'Harcourt,
& de pluſieurs Médecins & Chirurgiens
de la ville , ce qui prouve la poſſibilité
de cette opération. L'animal opéré exiſte
à l'Académie , où les curieux peuvent
le voir. Le dit Ecuyer, depuis qu'il a découvert
la façon de faire cette opération ,
a encore opéré un autre cheval , avec
le même ſuccès pour l'opération ; mais
l'animal plus vif que le premier , n'ayant
pu être panſé, acauſedu travail dans cette
Académie pour le contenir pendant la
cure , s'eſt frotté , & fon oeil s'eſt fondu .
MAI. 1776 . 197
- Précédemment à ces deux opérations, ilen
avoit fait une ſur un cheval cataractériſé ,
qui fut fi heureuſement opéré , qu'il vit incontinent
après l'opération ; mais cet animal
deſtiné à pluſieurs démonſtrations ,
&appartenant à ſes éleves , nefut pas conſervé.
L'émulation de cet Ecuyer demanderoit
à être ſecourue pour l'avantage général.
Cemême Ecuyer a imaginéde ſe ſervir
de la voie naturelle pour guérir un animal
qui , après avoir mis bas, fut regardé
comme un hydropique , ayant beſoin de
la ponction pour guérir; mais réfléchiſſant
que les eaux , le ſang , ou autres vuidanges
n'étoient retenues que par quelque
corps non avancé de la matrice ,& qui en
bouchoit l'orifice , il s'aviſa de percer ou
déranger le corps qui pourroit ſe rencontrer
; ce qu'il fit ſi heureuſement, qu'il
procura une très-grande évacuation , qui
en deux jours rétablit l'animal dans fon
état naturel , au grand étonnement de
tous ceux qui l'avoient décidé ne pouvoir
guérir ſans la ponction.
198 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Industrie.
M. RESTRICK , habitant de Morpeth ,
dans le Northumberland , vient d'exécuterde
nouveaux moulins à ſcie , différens
par leur méchaniſme de ceux qui exiſtent
déjà , & auxquels il a donné un nouveau
degré de perfection & d'utilité. Avec ſa
machine , qui eſt très curieuſe , un ſeul
homme peut faire en une heure beaucoup
plus d'ouvrage que quatre n'en feroient
autrement , & l'ouvrage eſt mieux
fait.
II.
Le ſieur Uſquin poſſede un ſecret pour
fixer toutes les dorures tant fur bois que
fur métaux & ſur toute eſpece de meubles.
Au moyen d'une ſimple couleur ,
& fans or , il donne même au cuivre le
ton d'or moulu , qui non-feulement eſt
MAI. 1776. 199
durable : mais devient plus beau de jour
en jour. La dorure fur bois , fixée par
fon fecret , ne perd jamais l'éclat du
neuf; on peut même la laver ſans altérer
l'or. La même fixation garantit auſſi de
la rouille le fer poli & l'acier , dans quelque
expoſition qu'il puiſſent être ; elle eſt
à l'épreuve des acides & des corrofifs ,
tels que le vinaigre , le verjus , l'urine ,
le verd-de- gris , &c. L'humidité & le
mauvais air n'y font aucune impreſſion.
BIENFAISANCE .
UN Miniſtre Luthérien d'une grande
ville d'Allemagne fut appelé , ily a quelque
temps , chez une pauvre femme ,
qui étoit dangereuſement malade. Il s'y
rendit ſur le champ ; & après avoir rempli
1es fonctions ,& confolé l'agoniſante ,
il lui dit qu'il eſpéroit avoir part à fon
héritage. Eh ! Monsieur , répondit la
mourante , dans l'état de miſere où je
fuis , que pourrois - je vous donner. ?
ود
ود
Ces
deux enfans , repliqua le Paſteur ; &
,, en reconnoiſſance de ce legs , je me
charge de pourvoir aux beſoins de leur
و د
200 MERCURE DE FRANCE.
,, pere" . Cet homme bienfaisant a tentu
ſa parole ; il a fait une penſion au pere ,
& ſon épouſe prend ſoin des deux enfans
étrangers avec autant d'attention
que des ſiens propres .
:
U
ANECDOTES .
I.
Nétranger ſe trouvant au bord de la
mer , lors de l'arrivée du Centurion * en
Angleterre , vit deux jeunes mouſſes (
couverts de ſueur & de goudron , qui
accoururent vers l'Amiral Harriſſon , &
ſe jéterent entre ſes bras. Il demanda à
ce Seigneur qui ils étoient ? L'un , répondit
celui- ci , est le neveu de l'Amiral Hervey
, & l'autre est mon fils.
11.
Alexandre le - Grand faiſant des largeſſes
continuelles à ſes Capitaines ; Parme-
• Nom du vaiſſeau que montoit Amiral Anson , dans son
voyage autour du monde.
MAI. 1776. 201
menion étonné de ſes libéralités lui
dit : Quoi , Sire , ne refervez vous rien
pour vous ? Alexandre lui répondit: je
me réſerve l'espérance , elle me fuffit .
III.
:
Un Comédien , accoutumé à ſe voir
huer dans chaque ville où il jouoit ,
perdit un jour patience , & dit au Parterre
: Meſſfieurs , vous vous en laſſerez ;
on s'en est bien laſſe autre part. Cette naïveté
lui concilia l'indulgence des Spectateurs.
1
e
cart
On informa Henri IV que quoiqu'il
eût pardonné & fait pluſieurs grâces à un
brave , qui avoit été un des Capitaines
de la Ligue , il n'en étoit pas aimé. Il
dit : je veux lui faire tant de bien , qu'il
m'aimera malgré lui...
こん
८
V.
?
Laurent , Prince Palatin , marquoit
ſon étonnement de ce que l'Empereur
Sigifmond pardonnoit à ſes plus cruels
ennemis , lorſqu'il les avoit en ſa puiſ
0
202 MERCURE DE FRANCE.
fance. Les ennemis , lui répondit l'Em- =
pereur , qui font morts ne peuvent plus com
nuire : vous avez raiſon de dire qu'il les fine
faut tuer ; c'est justement ce que je fais :
quand je comble de grâces un vaincu , je
tue en lui un ennemi , & j'en fais naître
un ami .
па
for
ter
inte
2 AVIS .
Pommade pour les hémorrhoïdes .
mi
Ma
CETTE ETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoides
internes & externes , en peu de jours , ſans qu'il y
ait à craindre le retour de cette maladie , ni accidens
pour la vie , en les guériſſant ; prouvé par nombre de cer- bo
tificats authentiques que l'Auteur a entre ſes mains , &
par un nombre infini de perſonnes dignes de foi , de tout
age & de tout ſexe , guéries radicalement depuis pluſieurs
années , &c . par l'uſage qu'elles ont fait de cette pommade
, inventée & compoſée par le ſieur C. Levallois , ancien
Herboriſte , pour ſa propre guériſon , au mois de
Mai 1763 .
les
ur
CE
d
Cette pommade fait ſon opération avec une douceur &
une diligence furprenantes , en otant les douleurs dès les
premieres applications !
cobis, b
Morse . Wuphol
()
2
MAI 1776263"
Elle eſt diviſée en deux fortes , pour agir enſemble de
concert : l'une eſt préparée en ſuppoſitoires , pour être inſinuée
& amollir les hémorrhoïdes internes par une douce
tranfpiration ;l'autre eft applicative ſur les externes ,pour
fondre & diffoudre , avec la même douceur , les groſſeurs externes
, & recevoir au dehors la tranſpiration qui ſe fait
intérieurement : Onl
L'on diſtribue cette pommade avec approbation & per
miffion , chez l'Auteur, ci - devant Vieille sue du Temple
àpréſent rue des Gravilliers , la cinquieme maiſon après
la rue des Vertus en entrant par la rue Saint Martin , vis
à-vis d'un Boulanger , ou à fon dépôt , chez M. Deloche ,
Marchand Limonnadier , au coin de la rue de la Perle , au
Marais , à Paris .
Le prix des doubles boëtes , avec fix fuppofitoires pour
les hémorrhoides anciennes eft de livion si sosteng
Et pour celles qui font nouvellement parues, la demiboëte
, avec trois ſuppoſitoires font de 3 liv. ony joint
un imprimé qui indique la maniere de s'en fervir.
Les perſonnes de Province qui defireront ſe procurer de
cette pommade , font priées d'affranchir Jeurs lettres , &
d'indiquer leur meffageries Toob mo sa shu
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2
204 MERCURE DE FRANCE.
:
NOUVELLES POLITIQUES.
L
De la Canée le 28 Mars 1776.
Eſieur d'André , Conſul de France en cette Ville , 2
donné ici , à l'occaſion de la naiſſance d'une fille duGrand-
Seigneur , une fête à laquelle aſſiſterent les perſonnes les
plus conſidérables & les Grands du pays.
shal De Stockholm , le 6 Mars1776 ,
Le 24 du mois dernier , le Duc de Sudermanie donna p
dans ſes appartemens au Roi & à la Reine , une fête qui C
repréſentoit la Foire Saint Germain de Paris : les différen
tes pieces du logement du Prince étoient remplies de boutiques
de toute eſpece; on y trouva des guinguettes , des
cafés , une parade, un jeu de marionnettes. Toutes les
perſonnes diftinguées de la Cour & de la Ville y étoient
en habits de caracteres différens & analogues aux perſon
nages qu'elles étoient chargées de repréſenter. Lorſque
Leurs Majeſtés entrerent , tout parut en action . On étoit
convenu de ne point donner d'autres noms au Roi & à la
Reine que ceux de Mylord & de Myladi , & à la Duchesſe
celui de Marquiſe , pour que l'obſervation du cérémonial
n'apportât aucune gêne au divertiſſement. Les jeux de parades
& de marionnettes étant finis , on ſervit dix tables
de huit couverts , où chacun ſe plaça indiſtinctement.
Après le ſouper , où la gaieté de la fète ſe ſoutint , on
MAI. 1776.
ھ ج م
205
paffadans les petits appartemens , où un Waux- Hall offrit
une autre nouveauté. La Cour y reſta à danſer juſqu'à
quatre heures du matin , & Leurs Majeſtés marquerent la
plus grande fatisfaction d'une fête auſſi variée & aufli imprévue
, dont un François , attaché depuis quelques années
au Prince en qualité de premier Maître- d'Hotel , avoit été
l'Ordonnateur. こい
De Londres, le 2 Avril 1776.
13
La Marine de ce Royaume n'a jamais été ſur un pied
plus reſpectable , à ce qu'on aſſure ; toutes les réparations
ſe font avec la plus grande activité : auſſi - tôt qu'un vaisſean
eſt forti du chantier , il eſt ſur le champ remplacé
par un autre. On a fait depuis peu des marchés avec des
Conſtructeurs pour des chaloupes de quatre pieces de canon
, qui navigeront dans les petites rivieres de l'Amérique
& fur la côte d'Afrique. Le Lord Sandwich s'attache
, autant qu'il le peut , à conferver la liberté des Citoyens
, puiſqu'il refuſe encore d'ordonner la preſſe , dans
le moment où le beſoin qu'on ena , pourroit la rendre
excufable.
Le 31 du mois dernier,le Général Burgoyne & pluſieurs
Officiers ſe ſont embarqués à bord de la Blonde , & feront
voile , par le premier, bon vent , pour Boſton. Lorſque
tout le renfort qu'on ſe propoſe d'y envoyer au Général
Howe fera arrivé , on eſtime que ſon armée montera à
vingt - cinq mille hommes effectifs . Or a obſervé que Jes
Médecins & les Chirurgiens de l'Hôpital-général de l'Amé-
Ο 3
1
206 MERCURE DE FRANCE .
rique avoient reçu ordre , lors de leur nomination , de fe
tenir prêts pour le premier d'Avril ; mais qu'ils n'ont reçu
depuis aucun ordre ultérieur , ce qui donne quelque lueur
d'eſpérance qu'il y a réellement ſur le tapis un plan de réconciliation
entre la Grande - Bretagne & fes Colonies. Il
eſt certain qu'on dit confidemment que le Congrès a fait
des propoſitions au Gouvernement .
On dit qu'il eſt queſtion de brifer les balanciers de la
monnoie & de frapper les eſpeces avec une machine d'une
nouvelle invention , à l'aide de laquelle on peut ſe procurer
un demi million dans une heure , à très peu de
frais & fans inconvéniens , tandis qu'à la Monnoie on n'e
jamais frappé au-delà de 80,000 liv. dans une ſemaine.
On a reçu avis par la corvette te Kinsfisker , arrivée à
Portfinouth , que les Américains ont formé un camp d'environ
neuf mille hommes , à trente milles à peu près de
Cambridge . Ce camp doit fervir de retraite à l'armée de
Wafingthon , dans le cas où les Troupes du Roi , à leur
arrivée , forceroient ſes lignes à Bunkers-Hill.
D
Des lettres venues par la même voie , portent que le
Général Clinton étoit arrivé de Boſton à la Virginie ; que
preſque toutes les maiſons étoient détruires dans la Province
de Norfolk , & que les Propriétaires , devenus euv
mêmes leurs propres incendiaines , pour ne pas laiſſer jouir
de leurs poſſeſſions leurs ennemis , s'étoient retirés dans
l'intérieur du pays , où ils ſont ſurs d'échapper à la pourfuite
de ce Général , premier auteur de la deſtruction, de
leur Ville principale.
MAI . 1776. 207
• Suivant une lettre de l'Ifle de Barbade , une des Frégates
de Sa Majesté a été rencontrée près de cette Ifle , par
deux Corfaires Américains , montés l'un de vingt-huit canons
, & l'autre de vingt- fix ; & après un combat de trois
heures , les équipages des Corſaires ont abordé ce bâtiment
qui , accablé par le nombre , a été obligé de ſe rendre.
On ajoute qu'après en avoir retiré les canons , les
armes , la poudre , les munitions & les vivres , les Corſaires
l'ont laiſſe aller , & qu'enfuite il a relâché dans le port
deBarbade.
De la Haye, le 12 Avril 1776. *
Les Etats de Friſe ont rendu , le 16 Mars , une Ordonnance
par laquelle ils permettent la fortie des beftiaux
pendant l'eſpace d'une année , moyennant quelques droits
payables pour chaque bête. Il vient d'être fait une députation
des Propriétaires de cette Province à la Haye , contre
le projet d'une nouvelle taxe ſur leurs terres , qui ne
ſe concilie point avec les anciens principes du Gouvernement
Saxon , par leſquels ils ſe régiffent encore ,& qui donnent
à leur adminiſtration beaucoup de rapport avec celle
d'Angleterre .
De Madrid , le 2 Avril 1776 .
"
Sa Majeſté a publié un décret par lequel Elle déclare
que dorennavant , lorſqu'il fera queſtion, de conférer quel-,
qu'emploi , ſoit Eccléſiaſtique , ſoit Militaire , foit Civil
dans ſes poſſeſſions de l'Amérique , les habitans du lieu
feront confultés ſur le choix de la perſonne ; & Elle veut
de plus que les concurrens ſe contentent de faire parve-
4
208 MERCURE DE FRANCE.
\
nir à la Cour leurs mémoires &. leurs prétentions , &
qu'ils ſe diſpenſent de ſe tranſporter en Europe , comme
cela s'eſt pratiqué juſqu'à préſent.
De Genes , le 20 Mars 1776.
La ſtatue du feu Doge , ouvrage du Sculpteur Bocciardi
, Directeur de l'Académie de Sculpture de cette Ville ,
a été faite aux frais de la République & érigée comme
une marque authentique de la Satisfaction publique ,à l'oc
caſion du chemin que la famille Cambiaſo a fait conſtruire
à ſes dépens pour la communication de cette Capitale avec
la Lombardie on voit à côté le Dieu Terme , Divinité
qui préſidoit aux chemins , avec cette inſcription : Beno
publico are proprio: cette ſtatue tient en main un ſceptro
qui repoſe ſur la tête de Janus .
De Paris , le 15 Avril 1776.
4
On écrit de Strasbourg , en date du 5 de ce mois , que
la fille du Wazle , Maçon , du village de Niderbonne en
baſſe-Alface , âgée de trois ans , eſt tombée dans la riviere
qui paſſe dans ce lieu , & qu'elle n'a été trouvée & retirée
de l'eau que quelques heures après ſa chûte , fans
mouvement & fans donner aucun ſigne de vie. Le ſieur
Petry , Médecin du lieu , a employé les remedes indiqués
dans les inſtructions envoyées par la Cour , avec tant de
patience & de ſuccès, qu'au bout de 48 h. elle a été par
faitement rétablie.
MA 1.1776. 209
PRÉSEΝΤΛΤΙONS .
Le 28 mars , le ſieur de Baſſeville fils , docteur en médecine
, nommé médecin par quartier de Monſeigneur le comte
d'Artois , a eu Phonneur de lui être préſenté en cette
qualité par le comte de Maillé , premier gentilhomme de la
chambre de ce Prince , & par le ſieur Lieutaud , premier
médecin du Roi.
Le Sieur de Saint- Paul , miniſtre plénipotentiaire de Sa
Majefté Britannique , eut , le 9 Avril , une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il remit ſa lettre de creance
: il fut conduit à cette audience , ainſi qu'à celle de la
Reine & de la Famille royale , par le ſieur la Live de la
Briche , introducteur des Ambaſſadeurs ; le ſieur de Sequeville
, ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite des Ambaſſadeurs
, précédoit.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Le ſieur Buc'hoz , médecin botaniſte & de quartier de
Monfieur , eut l'honneur , le 25 mars , de préſenter au Roi ,
à Monfieur & à Monſeigneur le comte d'Artois , le quatrieme
volume du Dictionnaire minéralogique & hydraulogique
de la France , & le fixieme volume du Dictionnaire
vétérinaire' & des animaux domestiques du méme pays , ou
05
7
210 MERCURE DE FRANCE.
vrages qui terminent la collection entiere de l'hiſtoire naturelle
& économique du Royaume , en 14 vol. in-8.
Le 30 du même mois , le ſieur Vezou , écuyer , ingénieur-
géographe , hiſtoriographe & généalogiſte du Roi , a
eu l'honneur de préſenter à Sa Majeſté une nouvelle édition
de fon Tableau généalogique des trois races des Rois
de France. Cet ouvrage eſt dédié à Sa Majesté , qui a
daigné l'accueillir avec bonté.
*
Le 9 avril , le ſieur Moreau le jeune , deſſinateur des
menus - plaiſirs , préſenté à Sa Majeſté par le maréchal duc
de Duras , a eu l'honneur de faire voir au Roi un deffin
du facre de Sa Majesté , dont Elle a bien voulu témoigner
ſa ſatisfaction à l'Auteur.
Le 22 , le ſieur Cardonne , premier commis de la maifon
de Madame , a eu l'honneur de préſenter à Leurs Majeftés
& à la Famille royale , un ouvrage allégorique en
vers fur la naiſſance de Monſeigneur le duc d'Angouléme.
NOMINΑΤΙΟΙ
1
S.
Le Roi vient d'accorder l'évêché d'Alais à l'abbé de
Balore, vicaire - général de Bellay ; & l'abbaye de St. Michel
de Douriens , ordre de St. Benoît , diocèſe d'Amiens,
à la dame de Maſcrany , religieuſe du prieuré de Charmes
,diocéſe de Soiffons .
AMAL 1776. 211
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Bonrepos , ordre de
Citeaux , dioceſe de Quimper , à l'abbé de la Biochaye ,
vicaire - général de Dol ; celle de la Meilleraye , même
ordre , diocèse de Nantes , à l'abbé le Mintier , vicairegénéral
de Rennes ; celle du Trouchet , ordre de St. Benoît
, diocèse de Dol , à l'abbé de Boisbilly , chanoine de
Quimper;& celle de Chazeaux , même ordre , diocèſe de
Lyon , à la dame de Savaron , religieuſe de la-dite abbaye.
MORTS.
Charles - Pierre Colardeau , nommé à l'Académie Françoiſe
, & dont la cérémonie de la réceptio,n étoit prochaine
, eſt mort à Paris , rue Caffette , le 7 avril.
1,
, Jean- Louis Buiffon de Beauteville , évêque d'Alais
abbé commendataire des abbayes royales de Valenagne ,
ordre de Citeaux , diocèse d'Agde , & de Ste Croix de
Bordeaux , ordre de St. Benoit , mourut le 30 mars , en
fon diocèſe , âgé d'environ 68 ans .
Victor - Marie marquis de Gironde , lieutenant-général au
gouvernement de l'Ifle de France , eſt mort à Paris , le 4
mars , âgé d'environ 50 ans .
Jean- François de Gantes , marquis de Gantes , Lieutenant-
général des armées du Roi, commandeur de l'ordre
212 MERCURE DE FRANCE .
1
royal & militaire de St. Louis , eſt mort à Paris dans ſa
74e année.
)
Marie - Joſéphine- Louiſe - Sophie de Cambis - Velleron ,
épouſe de Jean - Jacques Vivaud de la Tour , conſeiller
d'état , ancien premier préſident du parlement de Grenoble
, eſt morte à Grenoble le 31 mars , agée de 32 ans.
François - Charles de Moneſtay , marquis de Chazeron ,
ancien commandant de la maiſon du Roi , lieutenant - général
de ſes armées , gouverneur de la ville & citadelle
de Verdun , eſt mort à Paris le 8 avril.
Jeanne Marguerite Dupleſſis-Châtillon , veuve de Louis-
Philippe Pottin , comte du Cheſne , eſt morte en ſon chateau
du Chefne , en Normandie , le 6 avril , dans la 74e
année de fon âge.
!
Le nommé Jean Bajon , eſt mort le 28 mars , à Belesme
dans le Perche , âgé de 100 ans 7 mois ; il n'a jamais
été faigné qu'une fois , & n'a eu d'autre infirmité qu'un
peu de ſurdité ſur la fin de ſes jours .
Le ſieur Chalvet de Souſville , chevalier de l'ordre royal
& militaire de St. Louis , ancien colonel dans le Corps
royal de l'artillerie , retiré à Grenoble , y eſt mort , le 15
avril, âgé de 89 ans.
Marie - Louiſe de Galliffet , épouſe de Louis - François-
Alexandre , comte de Galliffet , meſtre- de - camp de cavalerie
, eſt morte le 5 avril , âgée de 19 ans.
: Le ſieur Louis-Hubert de Cerf, vicomte de la Motte ,
MAI. 1776. 213
:
eſt mort le 7 Avril à Montreuil - fur Mer , agé de 93 ans .
Il étoit de l'ancienne Maiſon de Cerf en Flandres .
Jacques Joſeph Bon - Amy de la Princerie , écuyer ,
feigneur de Coignac , ancien capitaine d'infanterie & commandant
une compagnie de bas officiers à l'hôtel royal
des invalides , y eſt mort à l'âge de quatre vingt - fept
ans ; il s'étoit trouvé aux batailles de Malplaquer & de
Ramilly où il avoir été bleſſé , étant alors dans la ſeconde
compagnie des Mouſquetaires ; ſon pere & deux de ſes
freres y avoient auſſi été dangereuſement bleſſés. Il a
laiſſe deux fils , dont l'un eſt ancien capitaine de grenadiers
, & l'autre ancien capitaine d'infanterie.
201
LOTERIES.
Le cent quatre - vingt quatrieme tirage de la Loterie de
l'Hôtel - de- Ville s'eſt fait , le 25 du mois d'Avril , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eft
ěchu au No. 37530. Celui de vingt mille livres au No.
31502 , & les deux de dix mille liv. aux numéros" 21156
*31975.
47
214 MERCURE DE FRANCE.
Ob M
ADDITIONS DE HOLLANDE.
)
2
G
Nous avons reçu deux pieces ac Vers , accompagnées de la
Lettre ſuivante. Travailler auffi efficacement aux plaisirs
du public , est un titre àà mériter les Eloges de tout Citoyen
; nous prenons donc le parti de ſoumettre le tout
aux lumieres des Connoiffeurs , qui jugeront fans doute
que l'auteur raille avec autant de fineffe qu'il fait bien
des Vers.
入。
J
MONSIEUR,
La Haye , ce 15 Mai 1776.
7
E vois que vous avez inſeré dans le xer Mercure d'Avril
la mauvaiſe plaiſanterie de Jean Hancock , quf eft de
ma façon. Cela me fait venir l'idée de vous offrir les
miſeres ci - jointes qui font de foibles imitations de deux
jolies idyles du Métaſtaſe...... Mais , direz -- vous , les
Vers médiocres font impitoyablement exclus du Mercure ;
oh bien , vous n'avez qu'à jetter les miens au feu , ſi vous
les trouvez trop indignes de figurer à côté des beaux vers
du ſuſdit Mercure.
Je ſuis avec la conſidération diftinguée qu'on doit à un
Citoyen tel que vous
Monfieur,
Votre très-humble &c....
MAL 1776. 215
33
Imitation de l'Idylle du Métaſtaſe ,
intitulée LA SCUSA.
Excusez-moi , Bergere ,
Si je ne crois pas mériter
Cette vive colere
Que contre moi vous faites éclater.
Ai-je commis un crime , & fuis-je condamnable ,
Pour avoir dit que je vous trouve aimable ?
: Si ſoupirer pour vos attraits
Eſt à vos yeux une mortelle offenſe ,
Nul ne pourra vanter fon innocence
Que le trifte berger qui ne vous vit jamais.
Nommez un ſeul paſteur de votre connaiſſance
Qui vous regarde avec indifference ,
Un ſeul témoin de vos divins appas
Qui comme moi ne les adore pas ,
Et dans l'inſtant je me réſigne
Et me reconnais digne
De votre fier courroux ;
i
Mais ſi fatalement vous nous enflammez tous
περιλαί
12
21
11
216 MERCURE DE FRANCE.
Et fi tous les bergers vous trouvent adorable ,
De ce crime commun fuis -je ſeul puniſſable ? ....
Bergere reprenez votre ſérénité ,
Vous ignorez combien vous meſſied la fierté.
N'en croyez pas mon témoignage ,
21
Et pour ſavoir la vérité
Dans ce miroir flottant conſultez votre image.....
Eh bien diſais-je vrai ? ..... Vous vous méconnaiſſez,
Et vous reconnaiſſez
Que cet oeil dédaigneux , cet air froid & ſevere ,
Ces ſourcils réfrognés & cette mine altiere 12
Défigurent vos traits , & ne vous laiffent pas
Une moitié de vos appas ....
Il eſt une autre eſpece de vengeance
07
Dont vous devriez châtier mon offenſe....
Si c'eſt un outrage ſi noir
Que d'appeller quelqu'un ſon ſeul & doux eſpoir ,
Et d'une ardeur extrême
De dire à ce quelqu'un , Cher objetje vous aime ,
Outragez-moi de même ,
Et ſans dépit je vous écouterai
ert:T
Et de bon coeur je vous pardonnerai......
Mais
1
MAI. 1776. 217
Mais quoi vous fouriez de l'air le plus aimable !
Ah ! fans plus differer , mirez vos traits chéris ,
Et vous verrez que ce ſouris
Leur rend en un clin d'oeil leur charme inexprimable...
Mais je n'envirois point la fortune d'un Roi
Dans vos yeux attendris ſi vous me laiffiez lire
De la compaſſion pour moi.
Je connais la valeur d'un obligeant ſourire
Et ne mépriſe point ce gage d'amitié ,
Mais j'aime mieux un air où regne la pitie.
Un oeil humide , une divine larme
Eſt un irréſiſtible charme.
Donnez donc à vos traits la tendre expreffion
De la compaſſion ,
Et puis fur la fontaine
Une derniere fois panchez vous Célimene ;
Auflitôt vous verrez mille nouveaux attraits
Illuminer les traits }
De ce charmant viſage ,
Et puiſſe déſormais
Aucun fombre nuage
: Ne l'obſcurcir jamais !
P
1
218 MERCURE DE FRANCE.
Imitation d'une Idylle du Métastase
intitulée L'IMPACCIO .
POURQUOI faut -i OURQUOI faut- il que votre crûe
Petit Ruiſſeau ſoit ſurvenue
A l'heure même , au fortuné moment
Qu'au-delà de vos eaux ma Bergere m'attend ?
A deux genoux je vous demande en grace
De ne point m'arrêter , de ſouffrir que je paſſe ;
Si vous le permettez , allez je vous permets
De fubmerger mes champs , de noyer mes guérets.
Mais vous croiffés toujours , & fourd à ma priere ,
Perdant le ſouvenir des égards obligeans
Que j'ai mal-à-propos prodigué pour vous plaire ,
Vous oubliés ingrat , que mes foins vigilans
Empêcherent vingt fois les Nymphes indiſcrettes
De dépouiller vos rives de fleurettes ;
Que pour ne point troubler vos eaux,
J'en ai toujours éloigné mes troupeaux ;
Que de lauriers touffus j'ai planté vos deux rives ;
T
MAI. 1776. 219
Que vous devez à ma pitié
De couler à l'abri des ardeurs les plus vives ;
Qu'à moi ſeul vous devez votre célébrité
Et qu'un autre que moi ne vous eut point chanté.
Ah d'un pareil honneur , de cette gloire infigne
Chétif Ruiſſeau croyez-vous être digne?
Il me fouvient du jour qu'un Zéphire badin
Détachant un rameau d'un arbriſſeau voiſin
Le laiſſa choir dans votre ſein ;
Un fi léger obſtacle , o pitoyable ſource !
Arrêta votre courſe.
Vous êtes ſi changé qu'on ne vous connait pas ,
Roulant avec fracas
Les flots preffés de la neige fondue
Dont votre onde eft accrûe ,
Violemment vous entraînez
Ce qui s'oppoſe à vous & ce que vous rencontrez ,
Et redoublant encore de furie
Vous fortez de vos bords & noyez la prairie.
Ecoutez-moi , je dois vous préſager
O Torrent paſſager !
(
P2
220 MERCURE DE FRANCE.
Le fort qui vous menace ...
Avant qu'un jour fe paſſe
Peut-être encor plutôt réduit
A rentrer dans votre humble lit
Vous en recouvrirez à peine
Les cailloux & l'arene ,
1
Et fans danger ainſi que ſans effroi
Nous guéerons ma Celimene & moi
Vos eaux ſi peu profondes ,
Et ternirons le criſtal de vos ondes ,
Qui d'un pas lent & pareſſeux
Rouleront vers la mer un vil tribut bourbeux ,
Dont vous même aurez honte
Et dont la mer ne tiendra point de compte.
!
"tΜΑΙ.
1776. 221
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe ,
Les regles de l'Ode ,
Saladin ,
T
Vers à M. le Comte de Montboiffier , of
page 5
ibid.
10
14
La Rémouleuſe of diviniffen
16
A Mlle Colombe , 18
AM. Molé ,
19
Epitaphe de M. Colardeau , 20
enoise NCT ob to
Epître aux Poëtes modernes ibid.
Lettre à M. le Marquis de ***
????????????????
La ruine de Jérusalem , 43
Vers adreſſés à la ville de Séez , 物品品47
L'Infouciance , :
:
e 95548
A Batyle, aciftud 49
Imitation de la 22e ode d'Horace , 50
Le Poulain & le Fermier and 54
Vers à Mde de P *** , 54
Explication des Enigmes & Logogryphes , 555 1
ENIGMES ,
ibid.
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
LOGOGRYPHES ,
Air del fignor Mancini ,
Relation d'un voyage en Allemagne ,
Oeuvres du Comte Hamilton ,
De l'architecture ,
Choix des lettres du Lord Chesterfield ,
Differtation ſur l'Apocalypfe ,
56
59
logosibid
67
F
73
P3
222 MERCURE DE FRANCE.
Le déſaveu des Artiſtes , page 84
Manuel ou Journée militaire , 86
Difcours prononcé à l'Hôtel - de - Ville de Caën , 88
Motifs de ma foi en Jésus - Chrift , 90
Célide , 92
Extrait du Journal de mes voyages , 96
Nouv. méthode de traiter les maladies vénériennes
par la fumigation , 104
Mémoires hiſtoriq. des Reines & Régentes de France , 109
Oeuvres de M. le Comte de Treſſan , 111
Expériences relatives à l'analyſe des bleds , 123
Lettres ſur la minéralogie , 124
Principes fur l'art d'accoucher , 126
Recueil de Differtations , 128
り
Supplément au Traité de M. Petit , 130
Traité de la fonte des mines par le feu du charbon
de terre , ibid.
Antiquités géographiques de l'Inde ,
Hiſtoire de l'aſtronomie ancienne ,
Inſtruction paftorale ,
Année Sainte ,
Recherches ſur les maladies épizootiques ,
Les à-propos de ſociété ,
Eloge hiſtorique de Henri IV,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIE ,
Paris ,
SPECTACLES ,
Concert Spirituel ,
Opéra ,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne , ..
ARTS,
133
136
139
147
151
152
153
154
161
Mx Ribid.
1
165
ibid.
166
172
:
173
εί
377
MAI. 1776. 223
Gravures ,
Muſique ,
page 177
187
Cours de belles lettres , 190
Lettre de M. *** à M. de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 191
Lettre de M. de Voltaire , 192
Diſcours prononcé par M. de la Haye , 193
Opérations très- remarquables , fur les chevaux , 195
Variétés , inventions , &c. 198
Bienfaiſance , 199
Anecdotes. 200
AVIS , 202
Nouvelles politiques , 204
Préſentations , 209
d'Ouvrages , ibid.
Nominations , 210
Morts, 211
Loteries , 213
ADDITIONS DE HOLLANDE , 214
C
A
1
1837
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
LPLURIBUS UMUM
TUEBOR
SIQUARIS
PENINSULAM
AΜΕΝΑΜ
CIRCUMSPIGE
ر
AP
20
M51
1776
no.8
1
1
MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES .
JUIN. 1776.
No. VIII.
Mobilitate viget. VIRGILE.
e
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY
MDCCLXXVI.
LIVRES NOUVEAUX.
1
Qu'on trouve Chez MARC- MICHEL REY
Libraire fur le Cingle. 1
COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſunt & de plus curieux
parmi les Animaux , Végétaux & Minéraux.
CETTE ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme
des Minéraux ; celui- ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des OEufs , des
Infectes , des Poiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront,la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir en Europe du regne
Végétal de cet Empire. Les Cahiers des Minéraux
offriront tour- à- tour des Mines & des Fofiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées fur papier au
nom de Jéſus , & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eft de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f. 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau )de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin. Compoſé
fur les meilleurs Dictionnaires qui ayent paru juſqu'à
préſent. Diviſé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
deGéographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon , Maître-es -Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maître de Langue Eſpagnolle.
4to. 3 vol. Anvers 1769.
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des Long
Citoyens . in- 12. 1776.
1-22-2
3 ) LIVRES NOUVEAUX.
:
YNouveaux Mélanges Philofophiques , Hiftoriques , Critiques
, &c. &c. 8°. tom. 15 19 , 1775.
Effais Politiques fur la véritable Liberté Civile , discours
adreſſe au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand - Confeil , examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c .
80. 2 vol. Avignon 1775.
Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de laBor-
Premier Valet de Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Estampes par I.M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 vol. Gravées
par Moria & Mile . Vendôme . Paris 1773
Joachim ou le Triomphe de la Piéré Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , fuivi d'un choix de Poëfies
a fugitives . Par M. Blin de Saint-More. 8°. Paris 1775 .
05
a
e
زا
2
de
و
af2 : -
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
& de Morale , 12º, No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie, Paris , 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties.
Oeuvres Diverſes de Mr L... (Eſſai philosophique fur le
Monachisme. ) in 12. 1775.
Mêlées de Madame le Prince de Beaumont ,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le ſéjour qu'elle y a fait .
raſſemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil . Pour fervir de fuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol. Maestricht 1775 .
Traité des Bois & des différentes manieres de les Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol . Paris , 1771 .
Phyſiologie des corps Organisés , ou Examen analytique
des Animaux & des Végétaux comparés enſemble,
à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , fous
le titre de Phyſiologie des Mouſſes . Par M. de Necker
, Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c . &c . 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10 .
Poësies de Société , dédiées à Staniflas . II. Roi de Pologue.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1 .
Les Récréations de la Toilette . Hiftoires , Anecdotes
, Avantures amusantes & intéreſſantes. in- 12. 2vol.
Paris , 1775. à f3 : -
1 A2
LIVRES NOUVEAUX.
1
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Mon
Moderne &c . 4to. 1773-1775 , 3 Tomes.
Poefie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. 10 ye
Torino. 1757 -1768.
Mélanges de Philofophie & de Mathématiques de la S
ciété Royale de Turin , 4to . 4 vol. fig. 1759-176
DE L'HOMME ou des principes & des Loix de l'
fluence de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Am
Par J. P. Marat , Doct en M. grand in- douze ,
2 vol. Amsterdam 1775 , à f 2: 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8
3 vol. 1774. àf3 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite
tuellement les XVII volumes de la réimpreffion
L'ENCYCLOPEDIE , Folio , qui ſe fait à Genève ,
Difcours ,& les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanch
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Pr
ches fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ane
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers fup
importans d'administration , &c. pendant fon seje
en Angleterre. Grand 8vo . en XIII Volumes 177
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. G.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeſſeur à Leyde. 4
2 vol. avec XXX Planches en taille-douce. Amst . 177
af 8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , ti
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Ré
giés . On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt fur
Droits des Souverains, grand in- douze , I vol. 1775. à f
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruffes
les Turcs , travaillée ſur des mémoires très - authe
tiques; les Cartes & Plans font des copies exactes
fideles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Arm
8vo. I vol. à f 6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés &
Indulgences &c. par Mr. Ch. Chais , en 3 vol. 8vo
f3 : 15 de Hollande.
Jérusalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle trad
tion 2 vol. grand in - douze. Paris 1774 à f 2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in- 8vo. 62. yol. Edition
Genève.
1
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN. 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
MITHRIDATE à fon fils PHARNACE.
HÉROÏDE.
-
Mithridate eſt ſuppoſé écrire cette letre
dans le Château de Panticopée , où
eſt aſſiégé , & à la veille de tomber enre
les mains de ſon fils.
A 3
6
MERCURE DE FRANCE.
1
DE ces lieux où mon coeur ne goûte plus d'eſpoir ,
Je fais juſques à toi paſſer mon déteſpoir.
Frémis en recevant cette lettre ſanglante ,
Dont les traits font tracés par ma main chancelante :
Reconnois Mithridate à ſa noble fureur ;
La ſoif de la vengeance eſt toujours dans ſon coeur :
Ainſi donc , au mépris des loix les plus ſacrées ,
Tu brûles de trancher mes triſtes deſtinées;
Ou bien chargeant de fers mes glorieuſes mains ,
Tu veux, comme un brigand , me livrer aux Romains,
Tous mes foldats ſéduits par tes vils artifices ,
De tes projets affreux deviennent les complices :
Tout ajoute aux horreurs de mon malheureux fort ,
Et je n'ai de reſſource , en ces lieux , que la mort.
Enfant dénaturé d'un trop malheureux pere ,
S'll eſt un Dieu vengeur , redoute ſa colere;
Craius que pour te punir de ton manque de foi ,
La foudre avec éclat vienne tomber ſur toi;
Crains que Rome , au mépris d'une feinte alliance ,
A la bonté des Dieux dérobe la vengeance :
Tu connois mal encor ce Peuple que tu fers ;
Pour prix de tes travaux , il te garde des fers :
Sa haine pour les Rois est trop envenimée ,
Et ton triomphe , ingrat , eſt de peu de durée.
JUIN. 1776. 7
1
Fortune , où me réduit ton aveugle fureur !
Qui croira que ce Roi , triomphant & vainqueur,
Après avoir dompté tous les Rois de l'Afie ,
Fait trembler les Romains au ſein de leur patrie ,
Trahi par ſes foldats & par son propre fang ,
A vu fuir en un jour tout l'éclat de fon rang !
Epuiſe tes rigueurs , deſtin inexorable ,
Mon ame en ce moment eſt encor indomptable ;
J'ai toujours foutenu les efforts de ton bras :
Ce dernier coup me perd , mais ne m'alarme pas :
Qu'eſpere-tu de moi , fils ingrat & perfide ?
En menaçant mes jours d'un lâche parricide ,
Prétends-tu me réduire à la néceſſité
De venir à tes pieds dépoſer ma fierté ?
De cet abaiſſement me croirois-tu capable ?
La vie eſt à mes yeux un bien trop mépriſable ,
Et le ciel vainement m'impoſeroit la loi
D'en demander le reſte à qui la tient de moi.
Du haut de cette tour , où ma garde fidelle
Difpute encor l'entrée à ton parti rebelle .
Je n'ai pu , ſans frémir de rage & de fureur ,
De tes honteux deſſeins contempler la noirceur ;
Tu me bravois , cruel , & fier de ta puiſſance ,
Tes yeux fixés ſur moi défioient ma vengeance;
A4
8
MERCURE DE FRANCE.
1
De quel front ofe-tu , fujer ſéditieux ,
Infulter lachement à ton Roi malheureux ?
Tremble que rappellant ma force & mon courage
A travers tes foldats je me fraye un paſſage ,
Et qu'enfonçant le fer dans ton indigne coeur ,
De ce ſang odieux j'abreuve ma fureur.
Foible allié d'un Peuple accablé de ma haine ,
Vil eſclave ébloui de la grandeur Romaine ,
Rampe fous ces tyrans jaloux de mon trépas ,
Mattres du monde entier , mais par des attentats
Paye avec des forfaits leur funeſte alliance ,
Ce n'eſt qu'à ces moyens qu'ils doivent leur puiſſance :
Rome , qui craint toujours de voir changer ſon fort ,
Pour ſa tranquillité n'attend plus que ma mort .
Ces ſuperbes guerriers , tant avides de gloire ,
Qui croyoient à leur ſuite enchaîner la victoire ,
Trompés par mes exploits ne peuvent , fans frémir ,
Se retracer les maux que je leur fis fouffrir.
Malheureux à mon tour , mon génie invincible ,
Meme au ſein des malheurs , ſe montra plus terrible ,
Vingt Peuples réunis vinrent de toutes parts
Se ranger à ma voix ſous mes fiers étendarts ,
Et lorſque les Romains , pleins d'une vaine audace ,
Me croyoient accablé du poids de ma diſgrace ,
JUIN. 1776.
1
7
Tel qu'un lion bleſſe , guidé par ma fureur ,
Au milieu de leur camp je portai la terreur ;
Bien plus , quand le deſtin , redoublant d'injuſtices ,
Sembla vouloir ſur moi ſignaler ſes caprices ,
Toujours plus inſenſible à ſes facheux revers ,
Je conçus le projet d'envahir l'Univers.
Déjà tout étoit pret ; mon ame fatisfaite,
Avec raviſſement voloit à la conquête :
J'étois loin de penſer qu'un ordre des Romains
Auroit pu t'obliger à trahir mes deſſeins.
Par quel charme mon coeur , dépouillé de foibleſſe
A- t-il pu , pour toi ſeul , s'ouvrir à la tendreſſe ?
Pourquoi ce fentiment , qui me faiſoit la loi ,
Avec tant de fuccès , me parloit il pour toi 7
Piût au ciel qu'étouffant le cri de la nature ,
J'euſſe , par ton trépas ,prévenu mon injure :
Vers Rome on m'auroit yu marcher avec ardeur ,
Et porter dans ſon ſein le carnage & l'horreur.
Renverfant les remparts de cette ville immenfe ,
De tous les Rois vaincus j'aurois vengé l'offenſe :
Dans le fang odieux des fuperbes Romains ,
Au gré de mes deſirs j'aurois trempé mes mains ;
E: mon bras glorieux , au défaut du tonnerre ,
D'un fléau & terrible eût délivré la terre,
A5
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais je ſens à ces mots ma fureur s'augmenter :
Les momens me font chers , je dois en profiter ;
Non, je n'attendrai point que tes mains inhumaines
Arrachent mes lauriers pour m'accabler de chaînes :
Rome ne verra point fon rival dangereux
Décorer du vainqueur le triomphe pompeux :
Ce poignard , ſeul eſpoir contre la perfidie ,
Va préſerver mes jours de cette ignominie :
Puiſſe le ciel vengeur, ſenſible à mes ſouhaits ,
Peſer le châtiment au poids de tes forfaits !
Que tes propres enfans , revêtus de tes vices ,
Inventent pour ta mort les plus cruels fupplices ,
Et pour comble de maux , dans ces momens affreux ,
Puiſſe-tu de ton fort n'accuſer que mes voeux !
Par M. Ph. Castel.
1
1
L'APOLOGIE DES FEMMES.
D'un
:
'un ſexe né pour plaire impérieux cenſeurs ,
Vous , dont la fotte jalouſie
Voudroit infecter tous les coeurs ,
1
Penſez-vous me troubler par votre frénéfie ?
Pourquoi donc , contre moi , fi fort vous gendarmer ?
JUIN. 1776. II
J'aime trop , dites-vous , ce ſexe plein de grâces ,
Qui de tous temps a ſu charmer ,
Sexe dont le plaifir fuit fans ceſſe les traces ,
Sexe que l'Amour même a pris ſoin de former ;
Jamais votre coeur inſenſible
Ne connut les tendres plaiſirs
Que nous offre le Dieu , dont le charme invincible
Fait naître à chaque inſtant mille nouveaux deſirs;
Vils eſclaves de la richeſſe ,
Connoiffez mieux ce qui peut m'affliger :
La fortune éblouit , mais bientôt elle ceſſe ,
Et ſon éclat eſt paſſager.
Dans les bras de ma jeune Amante
Je vais oublier vos fureurs ;
Malgré vous , je préfere une beauté naiſſante
Au faſte impoſant des grandeurs ;
Cependant je veux vous répondre :
Toujours honnête & généreux ,
La vérité par moi va vous confondre;
Peut- être mes avis vont defſiller vos yeux.
Apprenez , froids mortels , à connottre les femmes ;
Faites comparaiſon du bonheur d'être aimé ,
De ce bonheur qui féconde les ames ,
A celui d'un Créſus par l'or même alarmé.
Sans les femmes nous ceſſons d'etre ;
Elles font les liens de la ſociété ,
Elles apprennent à connoftre
Le charme de la volupté.
(
L'homme, fortant des mains de la Nature,
1
12 MERCURE DE FRANCE,
Tomberoit d'erreurs en erreurs :
Enveloppé dans une nuit obſcure ,
L'homme n'auroit que de ſauvages moeurs ,
Mais une femme adoucit ſa rudeſſe :
Un doux regard , un fourire flatteur ,
Allument dans ſes ſens le feu de la tendreſſe :
Il devient complaiſant , un trouble heureux le preſſe ,
Il commence dès- lors à counoftre fon coeur.
La femme eſt l'ame de la vie :
Nous lui devons notre félicité ;
La femme , à qui tout porte envie ,
Avec les traits de la gaîté
Repouffe , en folâtrant , ceux de votre furie :
Par une fine railleric ,
Elle corrige un fat de lui-même entêté .
La fleur qui dans nos champs veut naftre ,
Attend l'haleine du zéphir ;
Il fouffle , elle commence à croître :
Vous la voyez s'épanouir.
L'Homme eſt la fleur qui veut paroftre
Son coeur languit lorſqu'il eſt fans defir ;
La femme eſt le zephir , elle anime ſon être :
Dès qu'il la voit , ſon coeur s'ouvre au plaifir,
Ofe donc me poursuivre , & fortune ennemie !
Vainement ta bizarre humeur
Veut diftiller ſes poiſons dans mon coeur :
Dans les yeux d'une aimable amie
Je vais , riant de ton erreur,
Puifer le plair & la vie ,
)
JUIN. 1776. 3
En chantant la jeune Silvie ,
Braver mon fort & ſa fureur.
Et toi , ſexe charmant , à qui je ſacrifie
Ces biens trompeurs qu'on vient m'offrir ;
T'aimer eſt ma philoſophie ,
Et te chanter eſt mon plaiſir.
1
Par M. Duſauſoir.
L'HONNEUR & L'AMOUR.
Fable .
م
U
certain jour , l'Amour avec l'Honneur ;
En bons amis , alloient de compagnie ,
Etdiſcouroient ſur le rare bonheur
Que procure aux humains leur douce ſympathie.
L'Honneur , modeſteinent vetu,
Marchoit d'un pas ferme & tranquille.
Son bandeau ſur les yeux , le pauvre Amour , tout nu
L'air inquiet , ſembloit demander un aſyle ;
Le petit Dieu , dans un dépit jaloux ,
Avoit lui-même ôté ſes ailes ,
Et Jupiter , dans ſon courroux ,
L'avoit privé de ſes flèches cruelles.
Frere , diſoit l'Amour , je verſe à pleines mains
Le vrai bonheur fur la machine ronde ;
14 MERCURE DE FRANCE.
Sans moi , que ſeroient les humains ?
Je ſuis ce doux lien qui les attache au monde;
J'adoucis leurs chagrins , je ſuis tous leurs plaiſirs :
Je leur coûte , il eſt vrai , quelques légers foupirs .
Mais lorſqu'aux doux tranſports d'une vive tendreffe
Succedent ces momens de bonheur & d'ivreſſe ,
Ils ont bien vîte oublié tous leurs maux.
Notre étourdi , en finiſſant ces mots ,
Fait un faux pas ; l'Honneur prévient ſa chûte
Et lui dit , il eſt vrai que tu fais des heureux ;
Mais cependant , ſans moi , tu faiſois la culbute.
Je ſuis , reprit l'Amour un peu honteux ,
Je ſuis l'ame de la nature :
J'anime de mes feux tout ce vaſte Univers
Les oiſeaux dans les airs , les habitans des mers ,
Les Faunes , les Silvains dans leur retraite obſcure ,
Tout s'allume & s'embraſe au flambeau de l'Amour ;
Les Dieux ſortent ſouvent de leur brillant séjour
Pour venir implorer le ſecours de mes charmes;
Je comble leurs deſirs en leur prêtant mes armes.
Il est vrai que ſouvent on voit en un ſeul jour
Mes plaiſirs les plus doux terminés par les larmes :
Mais , conviens donc auſſi que les mortels plongés
Dans le dédale affreux de tes fots préjugés ,
Eloignent pour toujours ces inftans de délices ...
Alors nos voyageurs , qui ſuivoient un ſentier ,
Arrivent ſur un roc bordé de précipices;
Le pied gliſſe à l'Amour qui marchoit le premier ;
JUIN. 1776- 15
Il tombe & roule dans l'abyme.
L'Honneur s'arrête ſur la cime ,
Lui tend la main , le releve & lui dit :
Que je plains le mortel par l'Amour ſeul conduit!
En proie à de fauſſes chimeres ,
Par un ſentier couvert de fleurs ,
Il vole au comble des malheurs ,
Et paye ſes plaiſirs par des larmes ameres.
Que l'amour ſoit toujours ſecondé par l'Honneur
Mortels , fi vous voulez goûter le vrai bonheur.
Par M. d'Estοι
5 MERCURE DE FRANCE .
A Madame C*** , qui étoit sur le point
de partir pour sa campagne.
QUOI ! UOI ! nous quitter ? & c'e c'eſt pour un hameau
Que vous fuyez les attraits de la ville ?
Qu'allez - vous voir ? un ennuyeux troupeau
A pas tardif regagner ſon aſyle ,
Et dévorer le tapis de vos champs.
Des Paſtres lourds , groffiers , acariatres ,
Qui font horreur , valent - ils ces galans ,
Ces beaux Bergers qu'on voit fur nos Théâtres ?
Si la nature y cache ſon attrait ,
L'art veut y plaire au moins par l'impoſture ;
Reuffit - il ? que nous fait la nature,
Si la copie excele le portrait ?
Regardez les ſur un lit de fougere ,
Muſette en main , ſoupirer leur amour ,
Et de feſtons couronner la Bergere ,
Qui ne répond qu'en payant de retour.
Quoi vous riez de ces jeux de Thalie !
Croyez - vous donc à la réalité ?
Ne voiton pas jouer la comédie
Dans le hameau tout comme à la cité ?
Non , direz - vous , mes Bergers ſont fideles...
Fideles !. paſſe.. à leur rufticité ,
A leurs moutons , mais non pas à leurs Belles .
JUIN.
17
1776.
•
Bergers , moutons , nous charment dans l'idylle ,
Sur nos côteaux qu'il en eſt autrement !
Le Berger dort , & la troupe imbécille
Nous y contraint par un long bêlement.
Parez toujours nos villes éclatantes ,
Fuyez ces lieux dont les toſts entr'ouverts
Souffrent des vents les haleines piquantes :
Tous ces zéphirs ne ſont doux qu'en vos vers .
Mais c'eſten vain... En votre folitude
Tous les attraits viennent ſe réunir ;
Et , par vos ſoins , fans nulle inquiétude ,
L'on rit d'Eole ainſi que du Zéphir.
Qui , Ch .. , malgré moi , ſait me plaire ;
Il fait charmer lorſque vous l'habitez ;
Mais , quel qu'il fût , pouroit il fatisfaire ,
Lorſque l'hiver vous chaſſe en nos cités ?
Tous nos jardins vaudroient bien vos boccages ,
Tous nos palais votre joli château ,
Si le plaiſir toujours de vos voyages ,
Ne préféroit près de vous le hameau.
T
2
Par M. de Saulm .. de V....
華
B
18 MERCURE DE FRANCE.
Les Dangers de l'Ignorance.
MADAADAMMEE GULMI étoit de ces femmes
hautaines & opiniâtres , qui lorſqu'elles
ont adopté un préjugé , ne s'en départent
jamais ; de ces perſonnes enfin qui
ne connoiſſent que les extrêmes , & en
qui la vraie raiſon eſt toujours muette.
Une ſévérité mal entendue ſe joignoit
à ſes autres défauts; jugez par - là de l'éducation
que devoit recevoir Julie ſa fille
unique ; cette jeune perſonne , à l'âge
de ſeize ans , réuniſſoit en elle les graces
de la figure & du corps : mais fon eſprit
fans culture , mettoit un obſtacle au développement
de mille bonnes qualités
dont elle étoit douée: fon caractere , naturellement
doux , étoit devenu farouche
d'après les difcours de fa mere : fuyez
les hommes , lui diſoit fans ceſſe cette
mere auſtere , ce ſont des monftres &
des ſéducteurs qui ne peuvent que vous
perdre : fuyez l'amour , c'eſt le poifon
de l'humanité. Julie , encore enfant .
retenoit bien toutes ces leçons ; mais
devenue grande , mais ayant atteint l'âge
1
JUIN. 1776 19
où les paffions commencent à éclore ,
elle fut moins docile , & fentit qu'on
lui enſeignoit ce qu'il lui étoit impoſſible
d'obſerver. Elle eut dès - lors moins de
confiance en ſa mere , & la regarda bientôt
comme un tyran qui caufoit fon
malheur ; elle auroit même voulu brifer
des chaînes qui lui ſembloient un fardeau
peſant ; mais obſervée ſans ceſſe
par Madame Gulmi , ne pouvant faire
un pas fans en être accompagnée , ſa vie
étoit un continuel ennui ; l'aurore ne lui
annonçoit jamais un beau jour : la matinée
ſe paſſoit dans la retraite & dans
la méditation ; l'après - midi ſa mere la
menoit chez ſes connoiſſances , c'eſt àdire
, chez des femmes de fon caractere ,
où l'unique conversation étoit de déchirer
fon prochain: voilà la maniere dont
l'infortunée Julie étoit élevée ; elle foupiroit
en voyant la liberté dont jouisfoient
la plupart des filles de fon âge.
Deux perſonnes d'un ſexe différent paroiſſoient
- ils à ſes yeux étant enſemble ,
ſon coeur palpitoit , & lui faisoit ſentir le
beſoin d'aimer; elle envioit leur fort , elle
ſe repréſentoit l'amour ſous les plus belles
couleurs: ah ! que la nature eſt forte ;
vouloir la vaincre eſt une folie. Meres
も
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
n'eſperez pas ce triomphe ſur vos enfans !
les contenir dans les bornes de l'honneur
& de la raiſon , voilà votre dévoir.
Enfin Julie vit la fin de fon eſclavage ;
ſa mere mourut : elle donna quelques
larmes à la tendreſſe filiale , mais elles
ſe ſécherent bientôt ; tous ceux qui ont
tyranniſé leurs enfans , doivent s'attendre
à un pareil oubli. Julie , orpheline à
l'âge de dix-huit ans , paſſa ſous la tutele
d'un oncle qui demeuroit à Paris : elle
arrive dans la Capitale , & fe croit dans
un monde nouveau : tout pour elle eſt
enchanteur , tout la flatte & la féduit ;
quelle différence de la façon de penfer
de fon oncle à celle de ſa mere ! Iljoignoit
à la douceur & à la complaiſance
un eſprit profond & fans préjugés , il posſédoit
en un mot les qualités qui conftituent
le vrai Philoſophe ; auffi Julie reprit-
elle un nouvel être en entrant dans
ſa maiſon; elle y jouit de cette liberté
honnête , néceſſaire au bonheur de notre
exiſtence ; elle ſe livra aux charmes de
la fociété. Mais malheureuſement pour
elle , fon oncle , qui auroit été en état de
lui en développer les agrémens & les
dangers, fut obligé de ſe rendre en Province
, pour quelque temps , afin d'y terJUIN.
1776. 21
miner des affaires eſſentielles. Comme
M. Félix , c'eſt le nom de cet oncle , étoit
reſté dans le célibat , Julie devint la maîtreſſe
de la maiſon pendant fon abſence ;
ſans expérience , & livrée à elle - même
dans une ville où les précipices s'offrent
de toutes parts cachés ſous les fleurs , à
quels dangers n'étoit- elle pas expoſée ?
M. Félix l'avoit préſentée avant fon départ
dans quelques maiſons qu'il fré-
-quentoit ; on peut juger , d'après ſa
façon de penſer , de celle des perſonnes
chez qui il introduiſit ſa niece : mais qui
ne fait pas que dans les meilleures ſociétés-
mêmes , il ſe gliſſe par fois de certaines
gens qui n'en ſont pas dignes , &
que la politeſſe ou les circonstances ne
/ permettent pas toujours d'exclure ? Julie
éprouva cette vérité; elle alloit ſouvent
dans une de ces maiſons où elle avoit
contracté une liaiſon très - intime avec
Madame Dubois , qui en étoit la maîtreſſe
: c'étoit une jeune femme adorée
de fon mari , & qui poſſédoit en effet
toutes les qualités qui pouvoient la rendre
eſtimable à ſes yeux ; ce couple charmant
& rare couloit des jours marqués
au ſçeau du bonheur : les perſonnes qu'ils
voyoient étoient en petit nombre , mais
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
ils les avoient choiſies ; ce n'étoit point
des médiſans , des petits - maîtres , des
coquettes : c'étoit des gens ſenſés & honnêtes
; cependant il y venoit quelquefois
unjeune homme qui ne reſſembloit point
à ces derniers , mais qu'on ne pouvoit fe
refuſer d'admettre dans la ſociété , parce
que fon pere avoir rendu de grands fervices
à M. Dubois ; d'ailleurs ſes viſites
étoient rares , par la raiſon qu'on ne ſe
plaît guere dans la compagnie de ceux
qui ne penſent pas comme nous. Mais
lorſqu'il eut vu Julie , il ſe rendit beaucoup
plus affidu dans cette maiſon, Ce
jeune homme , à vingt quatre ans , réuniſſoit
tous les défauts qui conſtituent le
fat & le petit maître , défauts qui ne font
que trop communs à Paris. Incapable de
raifonnement , il n'écoutoit jamais que
le délire de ſon imagination; poſſeſſeur
d'un bien conſidérable , il ne l'employoit
qu'à ſe plonger dans la débauche , & à
fe procurer des plaiſirs groſſiers qu'il
payoit à prix d'argent ; calomniateur ,
comme ſes ſemblables , il perdoit de réputation
les femmes qu'il fréquentoit ,
par les prétendues faveurs qu'il diſoit en
avoir reçues ; du reſte , aſſez bel homme ,
fachant pirouetter, ſe mirer dans une
JUIN. 1776. 23
glace , prendre du tabac avec grace , &
débiter mille jolies fadaiſes auprès des
belles , fans que le coeur fut jamais de la
partie. Toutes ces chofes , qui ne ſervent
qu'à faire déteſter un homme des filles
inſtruites & bien élevées , font préciſément
ce qui plaît aux coquettes & à celles
qui , comme Julie , ne faiſant que d'entrer
dans le monde, ne connoiſſant rien
& n'étant pas capables d'aucun difcernement,
ſe laiſſent ſéduire par le faux
brillant , & prennent pour du ſentiment
ce langage apprêté & fuperficiel ,
qui ne trompa jamais les perſonnes éclairées
: il n'eſt donc pas étonnant de
ce que Julie fut la dupe de ces fauſſes
apparences. Elle vit Mélidor , elle admira
ſes geſtes & ſes manieres; accoutumée à
vivre dans la contrainte, à n'eſſuyer que
des refus; la politeſſe , la complaiſance
du jeune homme, attentif à lui plaire
juſques dans les moindres chofes , l'enchanta.
Bientôt l'amour pénétra dans ſon
ame , bientôt elle n'eut des yeux que
pour Mélidor. Il vit ſon triomphe : il
mit tout en uſage pour en profiter ; mais
n'étant pas homme à renfermer ce ſecret
dans ſon coeur , il en fit confidence à ſes
amis , aux compagnons de ſes travers ;
B 4
24
MERCURE DE FRANCE.
ils le féliciterent d'avance ſur les faveurs :
qu'il ne manqueroit pas d'obtenir , &
Julie devint , dès ce jour , la victime de
Jeurs jugements criminels. Cette infortunée
, en proie à un amour funeſte , s'y
livroit entiérement. Mélidor craignant
qu'on ne s'en apperçut dans la maiſon de
Madame Dubois , & que des conſeils
falutaires ne dérobaſſent Julie à ſes pourſuites
, réſolut de prendre des précautions
à cet égard; il lui peignit les maîtres
de cette maiſon comme des perfonnes
ridicules , ennemies de la nature &
des plaiſirs , à qui tout étoit ſuſpect , &
qui ſe ſcandaliſoient des choſes les plus
innocentes ; il conclut enfin à ce qu'elle
ne devoit pas déformais leur faire des
viſites auſſi fréquentes ; & que pour fe
voir avec plus de liberté , il lui feroit
faire la connoiſſance d'une veuve tréseſtimable
, & dont les conſeils lui avoient
toujours fervi de loi ; c'eſt- là , diſoit-il ,
que nous ne verrons point regner une
ennuyeuſe contrainte; c'eſt- là que je
pourrai avec liberté vous exprimer mon
amour; cette Dame eſt l'honnêteté même :
mais elle ne connut jamais les fots ſcrupules.
Ces paroles trompeuſes , & dont
Julie n'appercevoit pas le danger , la
JUIN 1776.
T
25
firent tomber dans le piege ; elle accepta
l'offre ; elle vit la Dame , elle en reçut
mille careſſes , & s'engagea à la viſiter
ſouvent. Une perſonne plus éclairée que
Julie , eût connu , au premier coup-d'oeil ,
les moeurs de cette nouvelle connoiſſance ,
& pénétrée d'indignation pour elle &
pour celui qui l'avoit aſſez peu reſpectée
pour l'amener dans cet endroit , les auroit
dévoués tous deux au mépris. Mais Julie
ne vit & n'examina rien , la Dame
gagna ſa confiance ; & fi fa façon de
s'énoncer , ſon air trop libre bleſſerent
quelquefois ſa pudeur , Mélidor vint
bientôt à bout de vaincre ſes ſcrupules
, & ne lui fit attribuer qu'à un préjugé
abſurde l'honnêteté qui parloit à
fon coeur. Malheureuſe Julie! vois l'abyme
ouvert ſous tes pas ! un ſcélérat abuſe
de ta naïveté , de ton innocence : il ne
cherche qu'à te ravir l'honneur: fuis loin
de lui , ou tu es perdue ! En effet , cette
prétendue veuve , cette femme qu'on lui
avoit peinte aimable & vertueuſe , étoit
une débauchée qui , livrée dans ſa jeuneſſe
à tous les égaremens du libertinage ,
n'avoit atteint l'âge où les plaiſirs de cette
eſpece diſparoiſſent , que pour ſe livrer
à un autre genre de dépravation ; elle
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
1
recevoit chez elle les jeunes gens de l'un
&de l'autre ſexe; que dis -je ? elle fut
pluſieurs fois féduire l'innocence , & plus
d'une jeune fille , tombée dans ſes pieges ,
devint la proie d'un infâme débauché.
Mélidor avoit prévenu cette femme qui ,
crainte d'effaroucher Julie , la recevoit
toujours dans une chambre ſecrette , d'où
elle ne pouvoit voir le manége qui ſe
faifoit dans cette maiſon : c'eſt - là que
Mélidor ſe rendoit , c'eſt là qu'il employoit
tous les moyens propres à la perfuader
de ſe livrer à lui ſans réſerve;
mais l'honneur , mais la vertu combattoient
encore contre lui dans le coeur de
Julie ; elle vouloit aimer & accorder la
décence avec ſon amour. Cependant
Mélidor détruiſoit peu à peu ſes ſcrupules:
le temps approchoit où elle alloit
fuccomber fous la ſéduction , lorſque le
hafard lui fit , à ſes dépens , ouvrir les
yeux fur le danger qui l'environnoit.
L'arrivée de ſon oncle l'obligeoit , depuis
quelques jours , à prendre des précautions
pour que ſon intrigue avec Mélidor
ne fût point connue ; elle ſaiſiſſoit
les inſtans où ſes affaires l'éloignoient de
chez lui , pour ſe rendre chez la veuve.
M. Félix ne s'apperçut de rien , & il
}
JUIN. 1776. 27
ſeroît peut - être reſté long- temps dans
cette sécurité, ſi M. & Madame Dubois ,
ne recevant plus de viſites de Julie , &
ayant appris indirectement la maiſon
qu'elle fréquentoit avec Mélidor , n'eusſent
réſolu d'en donner avis à ſon oncle;
mais ce ne fut que quelques jours après
ſon arrivée qu'ils purent en trouver l'occafion.
Cet honnête homme frémit en
apprenant cette nouvelle ; il ſe hâte de
dérober Julie au précipice où elle eſt
prête à ſe plonger ; cependant il uſe de
précaution ; il veut s'aſſurer de la vérité
avant de faire aucune démarche auprès
de ſa niece. Il interroge adroitement
la femme-de-chambre , qu'il avoit laiſſée
auprès d'elle lors de fon départ ; mais
çette fille qui étoit dans la confidence de
ſa maîtreſſe , & qui l'accompagnoit partout
, fut éluder ſa demande, & il ne
put rien découvrir par fon moyen. Il ſe
réſoud alors à faire épier ſa niece , & il
apprend avec une profonde douleur que
M. & Madame Dubois ne l'ont point
trompé. Le lendemain de cette découverte,
il affecte des affaires preſſantes ,
qui ne doivent lui permettre de rentrer
chez lui que fort avant dans la nuit; il
fort ſur la brune , & fa niece ne tarde
28 MERCURE DE FRANCE.
pas à ſuivre , accompagnée de ſa femme-
de- chambre. Caché à la porte de ſa
maiſon , il la voit fortir , il vole ſur ſes
pas ; elle entre chez la veuve , & il veut
l'y ſurprendre : mais il ſuſpend pour un
moment cet éclat , afin de donner le
temps à Mélidor de ſe rendre dans la
maiſon , s'il n'y eſt point encore arrivé.
Julie , qui devoit ce ſoir là fouper avec
lui & quelques jeunes gens de ſes amis ,
alloit ſe mettre à table , lorſqu'un grand
bruit ſe fait entendre ; on ouvre la porte ,
un exempt du Guet entre , ſuivi de fon
eſcorte: il ſe ſaiſit de la veuve , il ſe ſaifit
de Julie qu'il croit être une femme
de la même eſpece. Julie fait retentir
l'air de ſes cris ; Melidor & ſes amis font
envain quelque réſiſtance: on la transporte
dans un caroſſe avec la veuve. Elles
alloient partir , lorſque M. Félix témoin
de ce ſpectacle , s'élance vers l'Exempt ,
& dit qu'il avoit quelque choſe de la
derniere importance à communiquer au
fujet de ces deux femmes , mais qu'il ne
le peut faire qu'en préſence d'un Commiſſaire.
On les y conduit. Julie , plus
morte que vive , ſe pâme en reconnoiſſant
fon oncle ; cependant ce dernier explique
l'affaire en peu de mots à l'Officier de
JUIN. 1776.
Police. La veuve , confondue & décon
certée , fait l'aveu & le détail de cette
intrigue. M. Félix ſe ſent agité de fureur
en apprenant l'indigne complot formé
par Mélidor contre ſa niece , & il ne
s'appaiſe un peu que dans l'inſtant où la
veuve ajoute que Julie n'a point fuccombé
ſous la ſéduction. Cette infortunée
revenue de l'état où l'avoit miſe la
vue de fon oncle , frémit au récit qu'on
lui fait & des moeurs de la veuve, & du
libertinage de Mélidor ; ſes yeux ſe desfillent
, elle reconnoît ſa faute , & un
torrent de larmes inonde ſon viſage. M.
Félix l'emmene chez lui , & la veuve eſt
conduite dans l'affreuſe demeure où elle
doit expier ſa mauvaiſe conduite. Mélidor,
craigant la ſuite de cette affaire ,
ſe dérobe à la maiſon paternelle avant
que ſon pere en ſoit inſtruit; il rejoint
un Régiment, dans lequel il avoit du fervice.
Cependant Julie , arrivée chez fon
oncle , tient la contenance d'un criminel
prêt à voir prononcer l'arrêt fatal qui doit
le conduire au ſupplice; elle veut parler ,
mais fa langue lui réfuſe ſon ſecours : fes
pleurs feuls lui ſervent d'interprête. M.
Félix , pénétré de ce ſpectacle , joint ſes
larmes à celles de ſa niece; il la conſole,
۱
30 MERCURE DE FRANCE.
la comble de careſſes , & en la ferrant
dans ſes bras , il s'écrie: inforunée Julie !
calme la douleur qui t'accable ; tu as fait
une grande faute , il eſt vrai: ta perte
étoit inévitable , ſi la Providence ne fût
venue à ton fecours : mais ton coeur
n'étoit pas coupable; tu l'avois voué au
véritable amour & non à la débauche :
le malheur a voulu que tu te ſois trompée
dans le choix , & ta mere ſeule en eſt
caufe. Si , loin de vouloir étouffer en toi
toutes les paffions , choſe impoffible , elle
n'eût cherché qu'à les modérer & à les
•contenir dans l'ordre; fi loin de peindre
à tes yeux tous les hommes comme des
monftres , elle ſe fût appliquée à te faire
diftinguer les hommes honnêtes & eftimables
de ceux qui ne le font pas , &
l'amour vertueux du libertinage , tu
n'aurois point rejeté ſes conſeils comme
contraires à la nature ; ton coeur plus délicat
en cherchant à s'enflammer , auroit
été difficile dans le choix , & auroit ſu en
faire un bon. Que cette triſte expérience ,
Ô ma chere Julie , te ſerve pour jamais
de leçon ! voila tout ce que j'exige de
toi; je te rends mon amitié , & j'eſpere
que dans aucun temps je n'aurai point à
m'en repentir. Ces paroles ſalutaires renJUIN.
1776.
dirent Julie à elle-même ; dans l'effuſion
de ſa reconnoiſſance , & lorſqu'elle veut
l'exprimer à cet oncle bienfaiſant , elle
ne fait que bégayer : mais ſes regards
parlent pour elle ; enfin ſe precipitant
dans ſes bras , elle l'inonde de ſes larmes.
Cette ſcene touchante, auroit attendri les
coeurs les plus infenſibles. Julie , depuis
ce temps, fnt très-circonſpecte , & fon
oncle n'eut plus lieu de s'en plaindre.
Par M. Mistelet . à Versailles.
Vers Marotiques à Male Comte de Treſſan
après avoir lu ſes OEuvres diverſes.
J
goshi
USQU'A ce jour ne ſens que le deſir ,
(Diſois-je dolemment à l'Enfant de Cythere)
Mais ce n'eſt tout , quand viendra le plaifir ?
Amenes-le , pour peu que te fois chere :
Lors fous mes yeux mit un livre enchanteur
Tiens , me dit-il , tu vas plaiſir connoftre ;
Plus tu liras , plus le ſentiras naître ;
Seroit à point fi tu voyois l'Auteur.
Par Madame deM
32 MERCURE DE FRANCE.
LA VOLIERE & L'OISEAU DES CHAMPS.
Allégorie à Madame la Princeſſe de B** ,
fur le defir d'être admiſe dansſaſociété.
DANS
ANS un jardin délicieux ,
Où l'art s'unit à la nature ,
Un cabinet d'élégante ſtructure
Paroft & flatte tous les yeux.
Grillage d'or qui l'environne ,
Ylaiſſe pénétrer , à ſon gré , le zéphir ;
Des oiſeaux raſſemblés y chantent le plaiſir ,
Et le Dieu charmant qui le donne.
Cepeuple heureux n'eſt point captif, τότα
Puifqu'il jouit de ce qu'il aime ;
Jamais aucun accent plaintif
Ne troubla fon bonheur extrem
Près de ce réduit enchanteur te
Sautilloit , voltigeoir fans ceſſe
Oiseau des champs , dont la commune eſpece -
Eſt ſpeu chere à tout amateur.
C'étoit d'un moineau franc la timide femelle ,
Sous un plumage gris cachant un noble coeur ,
Du feu d'ambition ayant une étincelle ,
Et corrigeant le tout par beaucoup de douceur.
En
JUIN. 1776. 33
En regardant la ſuperbe voliere ,
Elle foupiroit triftement ,
Et de ſon petit corps ſecouant la pouffiere ,
Gazouilloit ainſi ſon tourment :
Comme le fort eſt inſenſible !
Qu'il eſt cruel en ſa rigueur !
Il offre à mes regards le ſéjour du bonheur ,
Et m'en rend l'accès impoſſible..
Me faudra- t- il donc , malgré moi ,
Vivre toujours au ſein d'une troupe volage , 13
Dont fol amour eſt le partage ,
Defir brûlant la ſeule loi ?
Les ſons harmonieux dont s'émeut un coeur tendre ,
Chez le peuple moineau , hélas ! font inconnus ;
Fougueux tranſports ou cris aigus ,
Voilà ce qu'il me faut entendre.
Ici le plaiſir tient ſa cour ,
Ici le tendre amour habite ,
Délicateſſe eſt à ſa ſuice ,
Et tous trois regnent tour à tour.
De cette agréable clôture ,
Si de mon petit bec , par d'utiles efforts ,
Je parvenois à l'ouverture :
Rien ne m'en défend les déhors.
C
1
34 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce grillage ; il ſemble impénétrable ...
O deſtin ! ſois moi ſecourable ;
Si mon langage eſt peu touchant ,
Si mon plumage & ma figure
N'ont rien de bien intéreſſant ,
Ma bonne mere , la Nature ,
Me doua , tu le fais , d'un coeur reconnoiffant.
Le croira-t-on ? de la voliere
Grillage ſe déſenlaça ,
Vite Moineaute s'y plaça ,
Et fut heureuſe prifonniere.
Par la même.
LE LOUP , LE MOUTON ET L'AGNEAU.
Fable- imitée de l'Anglois.
Un Loup déjà glacé par l'âge ,
Et commençant à s'ennuyer
De ne vivre que de carnage ,
Réſolut de ſe marier.
Tout entier à ſa rêverie ,
Un jour qu'il parcourt la prairie ,
Occupé d'un projet ſi beau ,
Il apperçoit un jeune Agneau
JUIN. 1776. 35
Folâtrant non loin de fa mere.
Le Dieu qu'on adore à Cythere ,
Ennemi juré du répos
Des mortels & des animaux ,
Fait foudain paſſer dans ſon ame
L'ardeur de la plus vive flamme ;
Il vole au pied de fon vainqueur.
Timide à l'aſpect du voleur,
Cherchant fon falut dans la fuite,
Ce couple ſe ſauve tranfi ;
Le Loup ſe met à la poursuite ,
Les atteint , & leur parle ainſi :
,, Belle , baniſſez vos alarmes,
ود L'horreur pour moi n'a plus de charmes
,, Je ne viens point dans ces cantons
,, Répandre le fang des moutons ;
,,Un sentiment plus doux m'entraîne
ود
C'est un captif déconcerté
,, Qui vient , fier de porter fa chatne
,, Tomber aux pieds de la beauté.
„ Votre fille a ſu me ſéduire :
"
"
Pour elle ſeule je reſpire
Et pour couronner ce beau feu ,
餐
Je n'attends plus que votre aveu.
Je ſuis grand Seigneur ; mon domaine
ود Embraffe les bois& la plaine ;
„ Contre les troupeaux , quel bandit
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
:
„ Dans le filence de la nuit ,
و د
"
Ofera jamais entreprendre ,
Si je prends ſoin de les défendre ?
» Déſormais , fans aucun péril,
„ Le chien du Berger , inutile ,
» Pourra ronfter dans fon chenil ;
Par mes foins tout ſera tranquille."
Un monologue auſſi flatteur
Ne pouvoit pas manquer de plaire ;
Le titre pompeux de grandeür
Eblouit les yeux de la mere.
Elle joint ce terrible amant ,
Seule à ſes côtés , dans la plaine ,
Sans crainte , avec lui ſe promene ,
Se fait détailler clairement
Les biens , la dot , puis le douaire :
Propoſe... Tout eſt accordé ;
En amour , la plus grande affaire
Eſt un point bientôt décidé.
Fiere d'une telle alliance ,
A ſa fille , dans ſon tranſport ,
La Brebis , avec complaiſance ,
Vient raconter ſon heureux fort.
A cette accablante nouvelle ,
L'effroi s'empare de la belle;
Elle a beau gémir & prier
De ne point la ſacrifier :
JUIN. 1776. 37
Fillettes ſans expérience ,
Sur ce qui convient aux enfans ,
En ſavent moins que les mamans...
On l'entraîne avec violence
Dans la plaine , & là , fous l'ormeau ,
A regret pour l'infortunée ,
Avant la fin de la journée ,
L'hymen allume ſon flambeau,
1
Du ſein de ſa mere barbare
A l'inſtant elle ſe ſépare
Pour ſuivre ſon nouvel époux ,
Dont le ſeul aſpect l'épouvante ;
Dans les forêts ſa voix bélante
Se mêle aux hurlemens des loups.
Sous ſes yeux , ce monftre exécrable
Maſſacre les agneaux tremblans ,
Et de leurs membres palpitans
Le glouton fait fumer ſa table.
Tous les bois , de fang arrofés ,
Forment un vaſte cimetiere :'
Les os , ſous ſa dent meurtriere ,
Diſparoiſſent pulvérisés.
Témoin de ces ſcenes horribles
L'Amour qui jamais ne ſourit
Qu'aux coeurs délicats & ſenſibles ,
Loin du monſtre vole & s'enfuit.
C3
38 MERCURE DE FRANCE:
Dégoûté de la jouiſſance,
Terme ordinaire des plaiſirs ,
Le Loup , ſans amour , ſans deſirs
Brûle déjà d'impatience
De priver de l'éclat du jour
Le jeune objet de ſon amour;
Il ne veut pas que le caprice
Ait paru le déterminer :
Il projette d'imaginer
Certaine forme de juſtice .
Ainu nous voyons les humains
Voiler d'un prétexte plauſible ,
Leurs forfaits & leurs noirs deſſeins :
Aux méchans tout devient poſſible.
Un jour qu'attiré par l'eſpoir
D'éteindre une ardeur inteſtine ,
Il parcourt la forêt voiſine ,
Il eſt tout étonné de voir
Pluſieurs Chaſſeurs en ſentinelles
La frayeur lui donne des ailes :
Il fuit fans attendre l'affaut ,
Et met tous les chiens en défaut ;
Loin d'eux il burle & tremble encore
} Cependant la faim le dévore ,
Er ſa femme eſt à ſes côtés ...
ود
De ce que j'ai fait pour te plaise ,
egrate , eſt ce-là le ſalaire ?
JUIN. 39
1776.
Voilà le prix de mes bontés !
» Se faire une maligne joie
" De mettre les chiens fur la voie !
,, Affecter de ſuivre mes pas ,
» Pour s'aſſurer de mon trépas
,, Cauſé par le Chaſſeur avide !
» Ton ſang va me venger , perfide ! " . ,,
Il dit ; & fans perdre de temps ,
Dans le feint courroux qui l'anime ,
Il fond fur la pauvre victime ,
Et la déchire à belles- dents.
Vous qui , ſous les loix d'hyménée ,
Voulez rencontrer le bonheur ,
Des grands biens , de ia renommée ,
Belles , fuyez l'éclat trompeur.
Par M. Houllierde Saint Remy
à Sezanne.
L'HOMME & LE BOEUF.
Apologue.
N Boeuf à pas tardifs cheminoit dans la plaine ;
Et de temps en temps ramaſſoit
U
C4
MERCURE DE FRANCE.
De quoi ſe remplir la bedaine :
Le Maître du champ l'apperçoit ,
En grondant foudain il le chaſſe :
„ Maraud , ne peux-tu donc brouter en même place ?
„ A quoi bon aller & venir ?
„ Tu prends une peine inutile :
,, Un ſeul coin de ce champ fertile
,, Suffit ; butor , pour te nourrir."
C'eſt bien à toi , mortel ſuperbe ,
Reprit bruſquement l'animal ,
A me venir diſputer l'herbe ;
Toi , qui pour aſſouvir ton appétit brutal ,
Qu'aucun mers ne peut fatisfaire ,
Fais , dans tes deſirs indifcrets ,
Epuiſer ſans ceſſe , à grands frais ,
Et le ſein de Neptune & celui de la terre.
Par le même.
LE BRUTAL OBLIGEANT.
E
N Eſpagne vivoit jadis
Un, Grand d'humeur officieuſe ,
Mais ſi bizarre & fi fougueuſe ,
Que ſes cliens les plus hardis
JUIN. 1776. 45
Souvent en reſtoient interdits.
Au fond généreux & ſenſible ,
Malgré ſa manie irafcible
Qui s'exhaloit en vains éclats ;
Quand il difoit : „ Je ne veux pas :
,, La choſe eſt abſurde , impoſſible."
,, Au fond du coeur il meditoit
De compenfer par un bienfait
Cet extérieur inflexible.
Il ne ſavoit point dans ſes bras
Serrer tout venant fans élite :
1
Mais il protégeoit le mérite ,
Et l'honoroit dans tous états ;
De l'amitié pure & fincere
11 réaliſoit la chimere :
On le nominoit Comte d'Orgas.
Dom Lopes , ancien militaire ,
Ayant , pour tous fruits de la guerre ,
Ruiné ſa noble maiſon ,
Laiſſe ſon épouſe affligée ,
Sans biens , de fix enfans chargée,
Etoit parti pour l'Acheron .
Lucinde avoit de la jeuneſſe
Encor l'éclat & les attraits ;
Le deuil ſervoit d'ombre à ſes traits ,
Dont il relevoit la fineſſe:
Elle crut donc avec ſuccès
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
Au Comte expoſer ſa détreſſe.
Seigneur , dit-elle , dont le coeur.
Répond à la haute naiſſance ,
Daignez , d'un oeil de bienfaisance ,
Voir le tableau de mon malheur.
De mon époux mort au ſervice ,
Six fils compoſent tout le bien :
Si d'une penſion propice
Par vous j'obtenois le ſoutien...
-Moi , Madame , vaine eſpérance,
Repond d'un air d'impatience
Orgas , au récit d'un tel ſort :
Si chaque militaire mort
Formoit un droit de récompenſe ,
Des veuves la dolente engeance ,
Du Roi vuideroit le tréſor.
Mais mon époux , d'un ſang illuſtre ,
N'étoit pas un mince Officier
Qui tirat fon unique luſtre
Du fier habit de fon métier,
Déjà ſon audace guerriere
Lui coûzoit , dans les champs de Mars ,
Moitié de ſes membres épars ,
Lorſque la parque meurtriere
Y trancha ſa noble carriere .
Seigneur , à ces motifs touchans
Prêtez une oreille attendrie ,
N'abandonnez pas les enfans
১
1
JUIN. 1776. 43
D'un défenſeur de la patrie .
- L'Etat , Madame , eſt plein de gens
Qui vont débitant même gloſe ;
Je fuis les foucis alfommans
Qu'attire une mauvaiſe cauſe ,
Et cours à des foins plus preſſans .
A ces mots , le Comte reveche ;
Content d'un refus auſſi clair ,
Quitte la Dame , & fa caleche
L'emporte au loin comme un éclair.
Lucinde , éplorée , interdite ,
S'en va maudiſſant ſa viſite.
Rien de poli , rien d'obligeant
Qui puiſſe alléger ſa diſgrace;
Lénitif dont un homme en place
Corrige un fâcheux compliment .
Si du moins de la veuve en larmes ,
Orgas ,par un ton ſéducteur ,
Si naturel à tout Seigneur ,
Avoir un peu flatté les charmes ;
L'acceuil d'un galant protecteur
L'étourdiroit ſur ſon malheur.
Mais affectant un air auftere ,
A peine le cruel Orgas
Avoit obſervé ſes appas .
Manquer le ſuccès d'une affaire ,
Que l'on préſume & juſte & claire,
Etre jolie & ne pas plaire ,
44 MERCURE DE FRANCE.
)
Voilà de ces malheureux cas
Ou l'héroïsme est néceſſaire.
De tout temps le coeur féminin
Plus que nous montra de conſtance
Et d'art à poursuivre un deſſein :
Au fein des maux , calme & ferein ,
Jamais il ne perd l'eſpérance
D'améliorer fon deſtin.
Lucinde étoit fans doute inſtruite
Du coſtume du protecteur :
Rien n'intimidoit fon grand coeur :
Elle courut à ſa pourſuite :
Et , ſur le chemin de la Cour ,
Elle l'attendit au retour.
Pendant que la veuve eſt livrée
Aux ſombres accès du dépit ,
Orgas du Roi , par ſon crédit ,
Obtient la faveur deſirée,
Enfin , fur le déclin du jour ,
Il ſe montre aux yeux de la Dame ;
La Belle auſſi- tôt de ſa game
Reprend le lamentable tour.
Orgas , aux premieres paroles ,
L'arrête , &, comme en la grondant ,
Lui dit : Eh ! Madame , on m'attend :
Faiſons trêve aux propos frivoles ;
Le Roi vous accorde , par an ,
Pour ſubſiſter , trois cents piſtoles.
J 45
UIN. 1776.
Orgas , par un ton moins fougueux ,
Eût dû relever ſon ſervice ;
Mais on peut paffer un caprice
Quand le ſuccés en eſt heureux.
Notre fiecle a plus de décence ,
Plus d'art , de douceur , d'entregent ;
A l'antique munificence ,
Que terniſſoit la pétulence ,
Succede un abord prévenant;
Mais cette gothique largeſſe ,
Marquée au coin de la rudeſſe ,
Valoit mieux qu'un zele apparent.
Par M. Flandy.
;
LE DANTE ET LE MARECHAL.
Pou
OUR foulager l'ennui de ſes travaux ,
Un Maréchal , d'une voix foudroyante ,
Eſtropioit les cantiques du Dante ,
Et tout-à-tour , agitant deux marteaux ,
Marquoit des vers la cadence brillante.
En ſon quartier le Dante vient ſoudain ;
Piqué de voir que ſa muſe ſublime
D'un Forgeron ſoit ainsi la Victime ,
Il jette au vent les outils du Vulcain ,
Verſe un ſeau d'eau ſur la forge enflammée :
Quel est ce fol , s'écria la Ramée ?
Par Saint Eloi , je t'aſſomme , faquin .
46 MERCURE DE FRANCE.
Par Apollon , tais-toi , dit le Poëte ,
Ou dis mes vers ſans les eſtropier ;
J'ai même droit de faire ici tempête ,
Que toi , maraud , de gâter mon métier.
Par le même.
1
A Madame la Comteſſe DE LA R***.
V
ous n'avez rien perdu , Lilia , de vos graces ;
Un an de plus ne vous à rien ôté ;
Vous reculez dans vos beaux jours d'été
Loin d'avancer dans la ſaiſon des glaces.
Le Temps , qui détruit tout , ajoute à vos appas ,
Prodige étonnant à comprendre!
Mais , parlez , ne feriez-vous pas
Ce phénix qui renait plus brillant de ſa cendre ?
Par M. Mayer.
JUI N. 1776. 47
VERS à M. Definarais, en réponse àfon
Invitation à ſes Compatriotes.
ΟTor ! dont la muſe chériel
Eclaire notre eſprit & captive nos coeurs !
Toi , qu'Appollon a couronné des fleurs
Que l'Immortalité réſervoit au génie !
Tendre ami de l'humanité ;
Deſmarais , reçois mon hommage ;
Le deſir de flatter ne me l'a point dicté .
Il eſt digne de toi ; la ſenſibilité
3
Ne connoît point ce jargon affecté
Qui , ſouvent , fit rougir le ſage ;
Elle ſeule m'inſpire , & toujours fon langage
Fut celui de la vérité,
1
Que j'aime à contempler ces touches féduisantes
Où ton crayon léger expoſe à nos regards
Les préjugés détruits , les vertus triomphantes
Par le commerce des beaux-arts !
Sans doute le bonheur aime à fuivre leurs traces
Et l'homme doit à leur concours...
La pudeur qui pare les grâces
Et le bandeau décent qui voile les amours
Heureux celui que le plaifir infpire ,
Qui dignement célebre fur ſa yre
14
1
2
MERCURE DE FRANCE .
Et ſa Glicere & le printemps ,
Et qui voit , par un doux sourire ,
Le Dieu des vers applaudir à ſes chants
C'eſt pour lui ſeul que brille la nature;
Le velouté des fleurs , le cintre des berceaux ,
Le bruit flatteur d'un ruiſſeau qui murmure ,
Les chanſons des Bergers , le concert des oiſeaux ,
Tout fait naftre en ſon coeur une volupté pure ,
Et des plaiſirs toujours nouveaux .
Mais plus heureux eſt ce mortel fublime
Qui de l'honneur nous montre les ſentiers ,
Et qui cédant au tranſport qui l'anime ,
Veut avec nous partager ſes lauriers ;
De même celui qui dans Rome
Etoit des arts le généreux ſoutien ,
Savoit être plus qu'un grand homme
En ſachant être citoyen.
Sortons de notre étroite ſphere :
La gloire nous appelle; à ſes accens flatteurs ,
Sur des ailes de feu , volons dans la carriere
Où Deſmarais nous préſente des fleurs.
Le vrai bonheur ſe multiplie
Par l'uſage des vrais talens .
Guidés par la philoſophie ,
Sur l'autel de la poëſie
Allons
JUIN. 1776. 49
1
Allons brûler un pur encens;
Que nos travaux foient tous pour la patrie :
Et malgré l'effort de l'envie ,
Ils braveront les outrages du temps.
A Limoges. Par M. Blanchard , Docteur
en Droit.
VERS à Madame*** , jouant , en ſociété
particuliere , le rôle de Roſine dans le
Barbier de Séville.
Sous
ous les traits de Didon , que vous touchiez nos
coeurs ,
Je n'en fuis point ſurpris ; en répandant des larmes ,
Avec la moitié de vos charmes ,
Une belle aisément feroit couler nos pleurs.
Mais & parfaitement que vous rendiez Rofine ,
Et ſa fineſſe (*) & ſa gaieté ,
Et ſon amour naïf, & fa grâce enfantine,
Cela me paffe , en vérité.
C'eſt l'auguſte Junon en Flore traveſtie ,
Qui voulant n'être que jolie ,
N'a fait , ſans le ſavoir , que changer de beauté.
Par M. Cardonne , Premier Commis
de la Maison de Madame.
(*) Sur - tout celle de Mademoiselle Doligny.
2
D
50
MERCURE DE FRANCE.
Vers de Mademoiselle d'Ormoy la cadette ,
agée de neuf ans , à Madame de la
Popeliniere , qui ayant vu quelques unes
de ses petites productions , lui en demandoit
de nouvelles .
EXIGE
XIGER de moi quelque ouvrage,
C'eſt me faire un honneur que j'ai peu mérité ;
Eh ! que peut - on , Zelmis , attendre de mon âge ?
Si mes foibles eſſais ont eu votre fuffrage ,
C'eſt qu'il n'en eſt aucun que vous n'ayez dicté.
Oui , lorſque j'entreprends de peindre la beauté ,
C'eſt vous qui m'en offrez l'image ;
De grâces , de talens , quel heureux aſſemblage !,
Il n'eſt point de divinité
Sur qui vous ne puiſſiez remporter l'avantage :
Leurs fabuleux attraits ne font qu'un badinage ,
Dont l'eſprit ſeul eſt enchanté ;
1
Mais quand je vois Zelmis , mon coeur lui rend hom
mage ,
C'eſt le tribut qu'il doit à la réalité,
JUIN. 1776. 51
LA GUIRLANDE.
R
Idylle imitée de Moschus.
EINE des nuits , Déeſſe ſolitaire ,
Bienfaisante Phébé , montre toi dans ces lieux :
Tandis que le ſommeil captive tous les yeux ,
Viens éclairer mes pas de ta douce lumiere :
Tu peux , fans balancer , te prêter à mes voeux ?
Je ne vais point , dans un piége perfide ,
Faire tomber le voyageur de nuit :
Je ne vais point , ſous un bras homicide ,
Faire expirer le traftre qui me nuit.
Du voyageur , loin d'augmenter la peine ,
Je le guide fouvent dans ſa marche incertaine;
Je pardonne au méchant ſes envieux deſſeins.
Né pour aimer tous les humains ,
Le coeur de Coritas ne connoît point la haine.
Je ne vais point , de quelque époux abfent
Corrompre l'épouſe volage ,
Qu ſéduire à l'écart un objet innocent.
Je crains les Dieux ; l'honneur eft mon partage:
Non , jamais les bergers , jamais ,
N'ont formé de ces vils projets .
Mais c'eſt demain le jour où , felon mes ſouhaits,
Par l'amour & par l'hyménée
Ma Philis me ſera donnée ;
Pour emblème des noeuds dont nous ferons unis ,
D2
52
MERCURE DE FRANCE.
De nos plus belles fleurs j'ai fait cette guirlande ,
Et je m'en vais la ſuſpendre en offrande
A la cabane de Philis.
1
1
Par Mille Coffon de la Creſſonniere.
EPITRE à M. Guillotin , Docteur-Regent
de la Faculté de Médecine en l'Univerſité
de Paris.
MOLIERE ,
1.
OLIERE , ſur la Faculté
Dont l'eſpece humaine eſt martyre ,
Répand à pleine main le ſel de la gaieté.
Il a beau faire , il a beau dire ,
On rit du Médecin tant qu'on eſt en ſanté :
Mais quand on fouffre , adieu les bons mots , la fatire ;
Debout on eſt bien fort , & bien foible allité.
Favori du Dieu d'Epidaure ,
Par juftice , par goût , non par néceffité ,
Je vous recherche & vous honore (*);
(*) Il est écrit quelque part : Honora Medicum propter
neceffitatem.
JUIN. 1776. 53
Votre mérite eſt atteſté.
Loin d'adopter aucun fyſteme ,
Vous ne cédez qu'à l'empire ſuprême
De la raiſon & de la vérité.
イ
Combien vont au hafard ! ... Dans une route fûre ,
En homme réfléchi , vous marchez pas à pas ;
Vous écoutez conſtamment la nature ,
Vous la ſuivez & ne la forcez pas ;
Enfin l'eſprit du Corps ne fut jamais le votre :
Docte & Docteur font deux ; vous êtes l'un & l'autre.
Senſible & délicat , vous n'ouvrez point les yeux
Sur les conditions ou grandes ou petites ;
Pour vous le plus malade eſt le plus précieux ,
Et fon intérêt ſeul dirige vos viſites.
Je n'en ſuis qu'un trop vrai témoin ,
Et j'en gémis lorſque j'y penſe ;
Le fort ne m'a laiſſe que ma reconnoiſſance ,
Tribut inſuffisant pour votre noble foin.
Piron me conſoloit , Piron , dans l'Elysée ,
Foule , du haut des cieux , la terre mépriſée ,
Et , depuis ſon départ , nul beau jour ne m'a lui.
Partout glace ou pitié ſtérile ;
L'Amour m'eſt démeuré : je ſerois mort ſans lui :
Environné de fots , & par cents & par mille ,
jouet des Protecteurs , victime de l'ennui ,
Dans mon fang fermentoit la bile :
L
Long- temps j'ai combattu , long-temps j'ai réſiſté ,
De mon ennemi le ravage ,
Par le délai s'eſt augmenté...
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous avez conjuré l'orage :
Je renais , je revis tout me ſemble nouveau.
Pour diffiper juſqu'au moindre nuage ,
Bacchus chez moi s'apprête à rouler fon tonneau.
L'Amour , plus vivement , fait ſentir dans mon ame
La pointe de ſes traits , les feux de fon flambeau ..
Apollon à ſon tour m'enflamme ,
Et fi de ſes lauriers je me montre jaloux
Si je veux en cueillir , cher Docteur , c'eſt pour vous.
Par M. Guichard.
ROMANCE.
AIR : O ma tendre musette
Ο
MA douce muſette ,
Echo de ma douleur ,
Sois l'unique interprete
Des ennuis de mon coeur !
Chante ce qu'il regrette ,
Le ſoir & le matin .
Soupire avec Colette ,
Toi qui charmois Colin.
Colin n'eſt plus le même ,
O regrets fuperflus !
Je ne ſais ce qu'il aime
JUIN. 1776. 55
Mais il ne m'aime plus.
Il voit de ma houlette .
Le rúban ſe ternir ,
Sans que fa main diſcrette
Songe à le rajeunir.
Les Bergers , à la ronde ,
Aſpiroient à ma main :
Parmi tous ceux du monde
J'aurois choifi Colin .
Il me rendit hommage ,.
Mais il m'en punit bien ;
Il m'ôte un coeur volage
Sans me rendre le mien.
Vous qui voyez Jeannette,
Répondez-moi tout bas ,
Eſt- elle ſi jeunette ?
A-t-elle tant d'appas ?
On dit quelle étoit belle;
Eſt-on belle toujours ?
Ah! la roſe nouvelle
Ne brille pas deux jours !
Cette Jeanne éternelle ,
Fatale à mon bonheur ,
De la fade immortelle
Je lui vois la pâleur.
Pour faire un infidele,
Quel est donc ſon ſecret ?
D4
56 MERCURE DE FRANCE .
Pour être criminelle ,
Hélas ! qu'ai- je donc fait ?-
Suis -je prude ou coquette ,,
Pour moi , je n'en fais rien.
J'ignore en ma retraite ,
Si je fais mal ou bien .
Seule ſous la coudrette ,
L'ingrat le voit trop bien ,
J'ai pour toute amuſette
Ma brebis & mon chien.
Cette brebis jolie ,
Gage de nos amours ,
Sa brebis qu'il oublie ,
Moi je l'aime toujours.
Vous voyez ma détreſſe ,
Je n'ai qu'un ſeul agneau;
L'ingrat qui me délaiſſe
Me promit un troupeau.
Je l'entends qui t'appelle ,
O brebis de mon coeur,
Aux pieds de l'infidele
Murmure avec douceur .
Colette ſolitaire , ود
Soupire ſous l'ormeau ;
,, Conſole ma Bergere ,
» Ou reprend ton agneau."
ParM.***
JUIN. 1776. 57
Le mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt Bouton d'habit ; celui
de la ſeconde eſt Zephir. Le mot du
premier Logogryphe eſt Laquais , dans
lequel ſe trouvent Alais , las , vis ,
alia , ail , ais , Ali , as , Ai , Lia , aqua ,
Laïs , ava , lis , Laïus , Lai , la , fi , lis ,
avis , qui ; celui du ſecond eſt Dogue ,
où se trouve Doge ; celui du troiſieme
eſt Truelle , où se trouve ruelle de lit.
D5
58. MERCURE DE FRANCE.
ÉNIGME.
MORTELS , que vous LORTELS , que vous rendez notre deſtin affreux !
Des animaux cruels que l'Egypte révere ,
Vous armez contre nous la nation entiere ,
Et pour le feul plaiſir de nous faire la guerre ,
Nourriſſez à grands frais des amis dangereux.
Dans votre fureur de nous nuire ,
Vous vous ſervez de mille inventions ;
Vous empruntez pour nous détruire ,
Les flammes de Vulcain , à Circé ſes poiſons ;
Et votre damnable furie ,
A tous nos maux encor unit la raillerie.
Qu'il se trouve chez vous un fot , un inſenſé .
Entrés dans ſon cerveau bleſſé ,
C'eſt nous qui cauſons fa folie :
Et i Jean ne dort pas , vous ſavez la chanſon ,
C'eſt de nous ſeuls que vient fon infomnie.
Tremblez , mortels , j'en jure Pharaon ,
Dont mes aïeux ont désolé l'Empire.
La rage à ſon tour nous inſpire ,
Et tous ces informes bouquins ,
Où vous puiſez votre ſcience ,
Ces titres enfumés , dont vous êtes ſi vains ,
Vont aſſouvir notre vengeance .
Par M. Louis Guilbaut.
JUIN. 1776. 59
I
AUTRE.
ci bas nous fommes ſept freres ,
Dont les noms font tous différens ,
Pour les humains tantôt contraires ,
Tantôt triſtes , tantôt rians.
ر
Nous avons tous le temps pour maitre;
Sa faulx termine notre cours :
Mais envain tranche-t-il nos jours ,
Lecteurs , nous mourons pour renaître.
Notre aîné ſe faiſant valoir ,
Ne ſe mouche point ſur la manche ,
Et chaque fois qu'il ſe fait voir ,
Il eſt pour vous toujours dimanche.
1
Par M. Lavielle, de Dax.
****
60 MERCURE DE FRANCE.
:
T
AUTRE.
E fuis au nombre des préſens
Que Pomone fait tous les ans.
Les enfans du Dieu de la treille
De moi ne font pas grands gourmets ,
Ma liqueur n'étant pas vermeille ,
Ils me préferent dans les mets :
Auſſi je ne fais pas d'ivrognes
A nez bourgeonnés , rouges trognes ;
On fait rendre mon goût benin ,
Et j'orne très-bien un jardin .
Mon nom de deux mots ſe compoſe
Et ſe partage en deux moitiés ,
Qui font toujours la même choſe ,
Bien qu'on mette ma tête aux pieds :
Dans ce cas je ſuis un proverbe
Très- uſité , fort peu fuperbe ,
J'en conviens : mais chacun le dit
Si ſouvent , qu'il s'offre à l'eſprit.
Par M. Bailleux le fils , à Paris.
JUIN. 1776. 6г
LOGOGRYPHE.
QUOUIOIQQUUEE je fois, Lecteur , l'idiome commun
Des Sujets & des Rois , en un mot de chacun ,
Je figure au Théâtre, on me chante à l'Eglife ,
Fort peu fur le Parnaſſe ; Apollon me mépriſe :
N'en ſuis-je pas vengé , quand cents peuples divers
Me font à chaque inſtant regner dans l'Univers ?
D'ailleurs , par moi, l'on peut avoir rang dans l'hiſtoire,
Et trouver place enfin au Temple de Mémoire ;
Mais retranches mon chef, je n'ai plus qu'une fleur,
Dont tu peins à Philis de ſon tein la couleur ;
Après ce trait , mon tout à ſavoir eſt facile ;
Non , me distu, je ſuis toujours dans l'embarras :
Eh bien ! fonge que j'ai des beautés , des appas ,
Et, pour t'en dire plus , prends & lis l'Evangile.
Par le méme
64.
Mercure de France.
queje vois me rappelle Lefoure-
-nir de monA-- mant;
LaNatatuurreeames voeuxfiJuin.
1776 . 65.
de- le,Me le présente à chaque inf
-tant, Etdans mon a-me renou-
velle Li- mage de
mon
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Dictionnaire de l'Industrie , ou collection
raiſonnée des procédés utiles dans les
ſciences & dans les arts ; contenant
nombre des ſecrets curieux & intéresfans
pour l'économie & les beſoins de
la vie , l'indication de différentes expériences
à faire , la deſcription de
pluſieurs jeux très- finguliers & trèsamuſans
, les notices des découvertes
& inventions nouvelles , les détails
néceſſaires pour ſe mettre à l'abri des
fraudes & falfifications dans pluſieurs
objets de commerce & de fabrique :
Ouvrage également propre aux Artistes
, aux Negocians & aux Gens du
monde ; par une Société de Gens de
lettres ; 3 vol. in- 8°. de plus de 700
pages chacun , br. 15 liv. rel. 18 liv.
A Paris , chez Lacombe , Libr. rue
Chriſtine.
L
(
E titre de la collection que nous
annonçons , fait aſſez connoître que ce
ne ſont point des traités ou des diſſertaJUIN.
1776 . هو .
,
tions ſur les objets des arts & de l'induſtrie
, que l'on doit eſpérer de trouver
ici ; mais les réſultats des expériences &
obſervations faites fur ces objets ; réfultats
dont la connoiſſance eſt curieuſe
utile, ſouvent-même néceſſaire. On peut
ſe diſpenſer de s'occuper de la littérature ,
de la poëſie , des beaux- arts ; mais on ne
doit pas ignorer les inſtructions que la
ſageſſe du Gouvernement s'eſt plû à faire
publier en différens temps pour le bonheur
de la ſociété. Il eſt rare d'ailleurs ,
il eſt même impoſſible qu'on ne fe trouve
quelquefois dans le cas d'avoir recours ,
pour ſoi- même ou pour les autres , aux
différens remedes ſimples , faciles , éprouvés
, que donne la médecine dans mille
accidens fâcheux , auxquels l'humanité
eſt ſujette ; & c'eſt une des parties les
plus intéreſſantes de la collection que
nous annonçons. Les Editeurs ſe ſont
fur - tout attachés aux inſtructions qui
doivent être le plus répandues ; à celles
, par exemple , néceſſaires pour rappeller
à la vie les perſonnes ſuffoquées
pat les vapeurs du charbon , de la braiſe ,
du vin , des liqueurs en fermentation ;
les perſonnes noyées qui paroiſſent mortes
, & qui. périroient effectivement , fi
E3
70 MERCURE DE FRANCE .
on ne leur portoit des ſoins ſecourables
& éclairés .
Les Auteurs du Dictionnaire , à l'article
vipere, n'ont point omis de rapporter , contre
ſa morfure , un remede qui produit un
effet fûr , & qui a été éprouvé en préſence
de M. de Juſſieu , dans le cours
de ſes herboriſations . Il n'eſt queſtion
,, que de faire prendre à la perſonne
ود
"
mordue , le plus promptement que l'on
„ peut , après la morſure , fix gouttes d'alkali
volatil ou d'eau de luce , dans un
verre d'eau , & d'en frotter l'endroit
"
"
ور
"
ود
2,
ود
de la morfure ; on met le malade dans
,, un lit baffiné : la fueur ne tarde pas
,, à être provoquée ; on réitere la priſe
d'alkali , & en très peu de temps l'enflure
diminue ; le venin paſſe par la
tranſpiration , & il ne reſte à l'endroit
de la morſure qu'une marque jaune ,
qui diſparoît au bout de quelque temps.
En quelque lieu qu'un homme ſoit
mordu d'une vipere , on peut aller à
la ville la plus prochaine , chercher
chez l'Apothicaire de l'alkali volatil ; le
temps du voyage laiſſera bien augmenter
l'enflure : mais fix ou ſept heures
ne fauroient la rendre incurable , & on
en ſera quitte pour prendre quelques
doſes d'alkali de plus."
"
و د
ود
"
33
و د
و د
ود
JUIN. 1776. 71
}
L'alkali volatil a été éprouvé avec un
égal ſuccès contre la rage. Il eſt auſſi regardé
comme un remede pour la brûlure
ocaſionnée par le feu des matieres combuſtibles
, & comme l'antidote des champignons,
fur tout de celui qui occaſionne
une eſpece d'apoplexie , dont on meurt
en douze heures. Ceux qui vivent à la
campagne , & qui font éloignés des Villes
, ne peuvent donc ſe diſpenſer d'avoir
chez eux une petite proviſion d'alkali
volatil.
Dans ce même article ſur la morſure
de la vipere , & dans tous les autres articles
de ce Dictionnaire , les Auteurs
ont raſſemblé différens procédés , & c'eſt
ce qui ajoute à l'utilité de cette collec
tion. En effet , il y a tel remede qui,
quoique fort ſimple , ne peut être mis
dans le moment en uſage. D'ailleurs les
circonſtances où se trouve le malade , empêchent
quelquefois de l'employer Au
lieu que quand il y en a pluſieurs d'indiqués
, on peut avoir recours à celui
qui eſt le plus près de foi.
L'économie domeſtique & l'économie
rurale , occupent une grande partie de
cette collection. Leurs différens procédés
doivent point ne être ignorés ; mais
)
E 4
MERCURE DE FRANCE.
1
comme ces procédés ſont ſouvent compoſés
, les Auteurs du Dictionnaire ont
eu ſoin de les détailler , de donner des
explications de leurs effets phyſiques ou
économiques , afin que celui qui les
conſulte puiſſe ſe les approprier en quelque
forte, changer ou ajouter ce qu'il
jugera convenable , ſuivant les circonftances
où il ſe trouve.
Les arts méchaniques ont auſſi leurs
fecrets , ou des manipulations particulieres
qu'il eſt important de connoître , pour
n'être point la dupe du charlataniſme
des ouvriers , ou pour ſe paſſer facilement
d'une main - d'oeuvre diſpendieuſe.
Les Auteurs du Dictionnaire n'ont pu
quelquefois donner l'explication de ces
petits ſecrets , parce qu'ils font modernes
, & que ceux qui les ont trouvés s'en
font réſervé la connoiſſance , afin de forcer
le Public d'acheter d'eux le droit d'en
jouir ; dans ce cas , ils ſe ſont contenté
de les indiquer. Ce Dictionnaire offre
même un article aſſez long d'inventions
nouvelles ; dans ce même article , on
s'éleve avec force contre ces pretendus
ſecrets , ufurpés par l'égoïſme & dérobés
à l'humanité par une baſſe cupidité. ,, A
,, la bonne heure que l'Auteur d'une
JUIN . 73
1776.
, découverte jouiſſe du fruit de ſes tra-
,, vaux; mais il devroit y avoir fingu.
liérement pour les arts , comme il y
,, avoit autrefois en Egypte pour la médecine
, un dépôt ſacré , dans lequel
l'inventeur d'un nouveau procédé fût
,, obligé d'en laiſſer par écrit les détails.
ود
و د
وو Ce dépôt feroit ouvert de temps en
,, temps , & tous les ſecrets dont les Au
"
رد
ود
"
teurs n'exiſteroient plus, feroient rendus
,, publics aux dépens de l'Etat , par la voie
de l'impreſſion , afin que les enfans de
l'Etat puſſent en profiter. De cette publication
réſulteroient pluſieurs avanta-
,, ges très- réels : d'abord chaque Citoyen
,, pourroit puiſer dans cette précieuſe
collection , des connoiſſances relatives
à ſes goûts & à ſes beſoins. En ſecond
,, lieu , la poſtérité profitant de ces connoiſſances
acquiſes , ne tourneroit fes
recherches que vers des objets qui ref-
" tent à connoître. Enfin ces Faſtes de la
ود
"
"
"
و د
ود
و د
ود
"
Nation feroient , à proprement parler ,
l'hiſtoire de l'eſprit humain. Ses progrès
dans les ſciences & dans les arts ſeroient
marqués par des époques fixes
&déterminées , qui ſeroient regardées
comme ſes différens âges. Il eût été
fans doute, bien à deſirer qu'en nous
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
و د
22
"
"
ود
و د
donnant le récit des batailles , des victoires
& des révolutions politiques ,
les Hiſtoriens euſſent pris le même ſoin
,, pour nous conſerver les différentes inventions
dues à l'induſtrie de nos peres.
Un tableau ſi intéreſſant jeteroit peut-
„ être aujourd'hui plus de lumieres fur
les recherches & les travaux des Artiftes
modernes ;& telle découverte qu'on
,, nous donne pour nouvelle , n'oſeroit
ſe montrer comme telle , s'il eût été
tenu regiſtre des anciennes. Au reſte ,
le projet dont nous parlons réuffiroit
moins par des voies de contrainte &
d'autorité , que par la douce inſpiration
des ſentimens patriotiques & le defintéreſſement
de chaque Citoyen. Quant
à fon exécution , elle doit être entiérement
libre & volontaire: ce ſera une
ود
و د
"
"
و د
و د
ود
"
"
ود offrande faite à l'autel du patriotiſme."
Quoiqu'il en foit de ces idées abandonnées
à la ſageſſe du Gouvernement , les
Auteurs du Dictionnaire d'induſtrie , ont
cru devoir préſenter par ordre alphabétique
, & réunir dans quelques pages tout
ce qui a été annoncé dans les papiers publics
, depuis environ quinze ans. Parmi
les objets d'induſtrie , il en eſt de pure
fantaiſie & de pure curioſité : mais il en eft
1
JUIN. 1776. 75
auſſi de vraiment utiles , dont les Auteurs
du Dictionnaire regrettent de ne pas
connoître les procédés pour en faire part
au Public. On voit à l'article vernis , qu'en
1771 M. Rofe , rue Mignon , à l'Hôtel
Turcan , annonça un vernis anglois , propre
àdonner de la fraîcheur & de l'éclat
aux tableaux , ſans être ſujet à jaunir , &
qui peut être enlevé , après nombre d'années
, avec une ſimple éponge mouillée
d'eau ; & en 1773 , M. Juliac , rue Bourgtibourg
, fit annoncer pareillement un
nouveau vernis en détrempe , qui s'enleve
avec une ſimple éponge & de l'eau
pure, au bout de quelques années. Les
Auteurs du Dictionnaire demandent fi ce
nouveau vernis eſt le même que le précédent.
Il ſeroit aiſé de s'en inſtruire;
mais vraiſemblablement ces deux vernis
ne different pas de celui dont, depuis
quelques années , on fait uſage en Italie.
Ce nouveau vernis n'a ni le défaut du
vernis ordinaire , qui eſt de s'attacher fur
la peinture , ſans qu'on puiſſe l'enlever
aiſément lorsqu'il a jauni , ni les incommodités
du blanc d'oeuf, qui fait gripper la
couleur. Il eſt tranſparent , il a de l'éclat ,
& on l'ôte ſans peine avec de l'eau. Ce
n'eſt autre choſe que de la gomme taca76
MERCURE DE FRANCE.
Mahacca diſſoute dans de l'eau chaude.
Les effets de l'aimant , les combinaifons
des nombres , des cartes , des jetons ,
différens tours de main , rempliſſent dans
ce Dictionnaire pluſieurs articles curieux ,
récréatifs , utiles - même , puiſqu'ils empêchent
qu'on accorde une admiration
ſtupide à une adreffe , dont tout le merveilleux
eft fondé fur l'ignorance de celui
qui regarde. On pourra ſe convaincre ici
que les tours des Charlatans les plus furprenans
au premier coup - d'oeil , font ,
dans le fond , les plus puériles. Un Opérateur
, par exemple , pour amufer fon
auditoire , annonce qu'il fera trouver dans
ſa poche la carte penſée par quelqu'un
de la compagnie ; rien fans doute de
plus merveilleux. Ecoutez ſon ſecret , ou
plutôt apprenez ſa fupercherie , & le prodige
s'évanouira. Il y a une perſonne de
la compagnie avec laquelle il s'entend :
il l'a prévenue d'avance qu'il a retiré
du jeu la dame de coeur , par exemple , &
qu'il l'a miſe dans ſa poche. Il donne
ce même jeu à cette perſonne , il lui dit
de penfer & de regarder une carte , &
de remettre le jeu ſur la table ; puis il
demande tout haut quelle eſt la carte
penſée ? la perſonne lui répond , ainſi
JUIN. 1776. 77
qu'il a été ſecretement convenu , que c'eſt
la dame de coeur : l'Opérateur lui dit de
bien regarder fi elle ne ſe trompe pas ,
& fi la carte eſt bien dans le jeu ; elle
aſſure qu'oui ; alors le prétendu forcier ,
fans toucher le jeu , lui dit: Elle n'y est
plus; la voilà dans ma poche: voyez fi
elle est dans le jeu ; & le confident du
forcier fait voir qu'elle n'y eſt effectivement
plus.
Le même Jongleur devinera , par une
autre ruſe , les differentes cartes que vous ,
& ceux de votre compagnie , aurez tirées
d'un jeu. Il a pour cet effet un jeu de
cartes qui , par le haut , eſt coupé plus
étroit d'une ligne que par le bas. Toutes
les cartes paroiſſent égales lorſqu'elles
ſont dans le ſens de leur coupe; mais fi
on en déplace une , deux , trois pour les
retourner du haut en bas , il eſt ſenſible.
qu'elles formeront des inégalités qui font
reconnoître les cartes choiſfies. Par exemple
, on fait tirer à une premiere perſonne
une carte dans ce jeu, & on obſerve attentivement
ſi elle ne la retourne pas
dans ſa main; ſi elle la remet comme
elle l'a retirée , on retourne le jeu , afin
que la carte tirée ſe trouve en ſens contraire:
fi elle la retourne dans la main ,
78 MERCURE DE FRANCE.
on ne retourne pas le jeu. La carte ayant
été remiſe , on donne à mêler ; après
quoi on fait tirer une ſeconde , & même
une troiſieme carte , en obfervant les mêmes
précautions ; après quoi , prenant le
jeu du côté le plus large , entre les deux
doigts de la main gauche , on tire avec
ceux de la droite ſucceſſivement les cartes
qui ont été choiſies par les trois différentes
perſonnes.
Une carte plus large ou plus longue
que les autres cartes du même jeu , eſt
encore d'un ſecours infini pour faire des
récréations amuſantes. On en rapporte
ici pluſieurs.
Rien ſans doute de plus abſurde & de
plus ſuperſtitieux que cette puiſſance attribuée
par l'imagination aux taliſmans :
mais auſſi rien de plus commun que cette
erreur populaire , enfantée par l'ignorance
& la crédulité , & qui ſe reproduit ſous
mille formes différentes: là , ce font des
plaques de métal rondes , triangulaires ,
&c. ailleurs , ce font des cheveux , des
poils d'animaux , des os , des poudres ,
de racines enchaſſées , &c. Les Grecs ,
les Egyptiens , les Romains , les Samothraces
& autres Peuples , y mettoient la
plus grande confiance ; & les cabinets des
i
JUIN. 1776. 79
A
Antiquaires ſont pleins de ces plaques
ou amulettes , qui portent des empreintes
aſtronomiques ou magiques. En 585
on attribua l'incendie général de Paris ,
à l'imprudence que l'on avoit eue d'enlever
de deſſous l'arche d'un pont , un
ferpent & une ſouris d'airain , qu'on regardoit
comme les deux taliſmans de la
Ville. Ne voyons nous pas encore des
empyriques débiter publiquement au peuple
dupe & crédule , des amulettes dont le
plus grand effet , ajoutent les Auteurs
du Dictionnaire , eſt de lui enlever le
peu de monnoie qu'il gagne à la fueur
de fon front ? Un tel préjugé ne peut-être
entiérement banni , que lorſque le bon
fens & la raiſon ſeront univerſellement
répandus , & l'on n'aura plus recours aux
taliſmans , que pour en faire un objet
d'amuſement , de l'eſpece de celui qui
eſt ici rapporté. Il faut avoir une petite
boîte triangulaire , dont chaque côté ait
environ quatre à cinq pouces de long ,
& dont le fond ſoit revêtu de métal.
Cette boîte ſera couverte d'une eſpece
de chapiteau , & fera ornée en dehors de
chiffres ou caracteres extraordinaires ,
pour donner au taliſman un air encore
plus myſtérieux. On aura différens mor -
1
5. MERCURE DE FRANCE.
ceaux de papier de même forme que la
boîte , & qui puiſſent y entrer exactement.
En tête de ces morceaux de papier,
feront écrites différentes queſtions
avec de l'encre ordinaire ; & pour écrire
la réponſe , on ſe ſervira de différentes
encres ſympathiques , (on en trouve les
recettes dans ce Dictionnaire) dont l'écriture
ne paroît qu'après avoir été expoſée
au feu ; obſervant à chaque mot de ces
réponſes , de vous fervir d'une encre
différente. On donne à choiſir une des
queſtions écrites ſur ces différents papiers
, & on annonce à la perſonne qu'en
mettant cette queſtion dans le taliſman ,
la réponſe ſera écrite au bas avec des
caracteres de différentes couleurs. En
effet , on a fait chauffer auparavant , affez
fortement , un petit triangle de métal ,
qui entre exactement dans la boîte. Lorsqu'on
en couvre le papier , & qu'on
ferme la boîte de fon chapiteau , la chaleur
du métal ſe communiquant au papier
, fait paroître tous les caracteres qui
y ont été tranſcrits. On pourroit mettre
deux papiers à la fois au fond du talisman
, & recommencer une feconde fois ,
ſi le triangle métallique avoit été bien
échauffé. Cette récréation , exécutée avec
intelligence ,
1
JUIN. 1776. 8
intelligence , eſt plus curieuſe & plus
amuſante qu'on ne fauroit le croire. On
peut s'en ſervir pour tirer un horoscope ,
donner la réponſe d'une énigme , faire
l'éloge d'une perſonne de la compagnie ,
&c.
Depuis quelques années , on a employé
la phyſique & la méchanique à
des objets amuſans & agréables. L'aimant
, fur tout , fournit à une infinité
de récréations. On en rapporte pluſieurs
dans cette collection. La Sirene Savante
a eu , dans ſon temps , beaucoup de célébrité
, & n'eſt pas une des moins ingénieuſes
de ces récréations ; mais elle
demande des préparations , qui font ici
décrites avec beaucoup d'exactitude.
1
Les jeux électriques forment auſſi dans
ce Dictionnaire , un article très- étendu.
Ils préſentent un ſpectacle plein de phé.
nomenes curieux , amuſans , intéreſſans ,
& modifiés de mille manieres, différentes
...
Une autre récréation , qui pourra intéreſſer
bien des perſonnes qui vivent
à la campagne , eſt la décoration des
jardins . Les Hollandois regardent dans
leurs jardins , comme un très - bel ornement
, des ifs , buis , ou autres arbriſſeaux
F
L
:
MERCURE DE FRANCE.
taillés en forme d'animaux ; ils y mettent
quelquefois des yeux d'émail. La
nature ſe prête difficilement à ces bizarreries
, qui ne peuvent jamais être d'une
grande élégance. Les perſonnes pour
leſquelles ces fingularités ont quelque
agrément , peuvent placer dans leurs parterres
des formes d'animaux , de ſtatues ,
ou de vaſes faits en fils de fer , remplir
ces moules de terre , & femer à travers
ces fils des graines. Lorſque la plante ſera
levée , on croira voit un animal de verdure.
Le perfil réuffit très-bien pour cette
imitation. On tient toujours au lieu dont
on vient , dit la Fontaine. Un Cuiſinier
du premier ordre , s'il faut én croire
Pope , avoit embelli fa campagne d'un
dîné , tel qu'on en ſert à la cérémonie
d'un couronnement. Ce Philoſophe célebre
, critique vivement ce goût fingulier ,
qui paroît s'éloigner de la nature ; & par
zele pour ceux qui font curieux de ces
fortes de merveilles , il en fait un catalogue
très -plaiſant : on voit entre autres
l'arche de Noé dont les côtés ſont en
affez mauvais état, faute d'eau : un St.
George en buis , dont un des bras n'eſt
pas tout à fait affez long, mais qui pourra
tuer le dragon au mois d'Avril prochain :
JUI N. 1776. 83
<
Y
Une Reine Elifabeth en tilleul , tirant
un peu fur les pâles couleurs , mais , à
cela près , croiſſant à merveille : une
vieille fille d'honneur en bois vermoulu:
pluſieurs grands Poëtes modernes
un peu gâtes : un cochon de haie - vive ,
devenu porte-épic , pour avoir été laiſſe à
la pluie pendant une ſemaine: un verrat
de lavande , avec de la ſauge qui poufſe
dans fon ventre: deux vierges en fapins ,
prodigieuſement avancées , &c. Il eſt cependant
des imitations auxquelles l'art
ne peut atteindre , ſans paroître ridicule.
On a vu des morceaux d'architecture ,
des théâtres exécutés en charmille avec
ſuccès , & dont le coup - d'oeil faifoit un
bel effet. Quant à la décoration des parterres
, on a beau vanter l'agrément des
parterres en broderie , les plattes-bandes
garnies de fleurs font toujours expoſées
à être nues , fur-tout dans l'arriere ſaiſon.
Les Auteurs du Dictionnaire difent avoir
vu chez un Curieux un parterre qui pouvoit
plaire en tout temps , & étoit auſſi
agréable en hiver que dans le fort de
l'été. C'eſt un genre de parterre à l'angloife;
mais formé & nué à grandes parties
, en gazons de diverſes couleurs ,
à-peu-près comme nos boîtes de differens
F
84 MERCURE DE FRANCE.
ors Une fleur -de - lys découpée formoit
ce parterre ; elle étoit compoſée de quatre
grandes pieces , dont l'une étoit en reygraſſ,
l'autre en petit gramen d'Eſpagne ;
& on fait qu'il y a deux cents eſpeces
de graminées , qui fourniſſent abondamment
de quoi choiſir pour varier ces
nuances de verd , dont l'une differe de
l'autre très - ſenſiblement. Cette variété ,
qui eft très agréable à l'oeil , jointe aux
fables colorés , produit un plus joli effet
que les buis toujours fales , & ſujets à
trop d'entretien. On donne ici une méthode
pour deſſiner les parterres ; un ta
bleau des fleurs qui , chaque mais , contribuent
à leur décoration , & un autre
tableau des arbuſtes propres à la décoration
des boſquets. Lorſque l'on veut
ſe procurer des boſquets charmans , on
doit principalement s'attacher , dans le
choix des arbres , à ceux qui donnent des
fleurs dans certain temps de l'année , &
les diſpoſer chacun , de maniere que tous
les mois un boſquet ſe trouve orné de
fleurs nouvelles. On n'eſt jamais embarraflé
dans le printemps ; c'eſt la ſaiſon la
plus riche en fleurs : mais il faut avoir
ſoin d'étudier les arbres qui donnent des
fleurs plus tard, afin que l'oeil ſoit touJUIN.
1776. 85
1
jours récréé par quelque objet nouveau.
Dans l'automne , il y a des arbres dont
les fruits colorés forment le ſpectacle le
plus agréable. Le tableau qui eſt ici
donné , indique les différens temps de
l'année ou les arbres , arbriſſeaux & arbuſtes
, qui forment les boſquets , ſe
couvrent de fleurs .
Les fecrets d'une pratique indiſpen.
fab'e pour les Agriculteurs , font ici trèsmultipliés
. Au reſte , il ne faut entendre
ici par ſecrets , que ce que les Auteurs du
Dictionnaire entendent eux - mêmes , des
procédés ou des recettes éprouvées , ignorées
du plus grand nombre , & qui cependant
ne doivent point être négligées ,
puiſqu'elles procurent des avantages
réels. Le recueil que nous annonçons
contribuera à les faire connoître de plus
en plus , & à les conſerver même pour
la poſtérité. Combien de choſes ſimples ,
& autrefois très-communes , ſe trouvent
aujourd'hui perdues par le non - uſage ,
parce qu'on a négligé de les récueillir ,
& que l'on s'eſt trop fié ſur la tradition.
Il y a dans les ſciences , & fur - tout
en phyſique , certaines découvertes qui
ont été oubliées , perdues même , & n'ont
été retrouvées qu'après plusieurs fiecles.
F 3. とい
86 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'indiquerons pas les différentes
claſſes de ſciences & arts qui ont fourni
des articles intéreſſans à ce Dictionnaire ,
parce qu'elles ont toutes été miſes à contribution.
Les Auteurs conduits par un
zele éclairé pour les progrès des ſciences ,
des arts & de l'induſtrie , & excités par
le deſir de former un recueil utile pour
tous ceux qui s'occupent plus des choſes
que des mots , ont puiſé dans les Mémoires
de différentes Académies , dans des Traités
particuliers , dans des Differtations
manufcrites ou imprimées. Ils ont même
extrait de différens Journaux & papiers
publics , des procédés qu'il fauten quelque
forte ſaiſir au paſſage , ſi on ne veut
pas les perdre pour toujours.
Nous sommes priés de prévenir le Lecteur
qu'il ne doit point s'étonner de ne pas
trouver dans ce Dictionnaire l'article fu.
cre, auquel on a renvoyé par mégarde ;
la fabrication du fucre étant trop connue
&décrite dans beaucoupde Traités particuliers.
Zabhet , ou les heureux effets de la Bienfaisance;
par Madame de B***. Vo-
Jume in 12 diviſé en deux parties.
A Paris , chez P. F. Gueffier , Imp.
Libr. au bas de la rue de la Harpe.
JUIN. 1776. 87
>
>
Zabhet , l'héroïne de ce Roman , mous
donne elle même ſon hiſtoire dans des
lettres, ou une eſpéce de journal qu'elle
envoye à Hortenſe , ſon amie. Les ſentimens
de Zabhet pour de Vormane , fon
amitié pour Hortenſe , ſon reſpect pour
ſes pere & mere , & fon empreſſement
à leur adoucir , par les plus tendres ſoins ,
l'état d'infortune où ils étoient tombés ,
nous peignent l'ame la plus aimante &
le coeur le plus ſenſible. Son exemple eſt
une leçon de conduite pout le commun
des jeunes gens qui cherchent à étourdir
leur vie dans un tourbillon de diffipations
,& qui ignorent que le vrai bonheur
ne peut ſe trouver que dans la pratique
de nos devoirs , & dans l'épanchement
des ſentimens que nous tenons d'une
nature bien ordonnée.
De Werghen , l'ami & le confident
des pere & mere de Zabhet , nous fait
voir auſſi , par ſa conduite , que les premiers
beſoins , ou du moins les plus
ſenſibles , font ceux d'un coeur bienfaiſant.
C'eſt pour mieux fatisfaire ces beſoins
, que de Werghen avoit étudié l'art
de la médecine. L'amour de ſes ſem-
ود
دو
د
"
blables , écrit Zabhet à ſon Amie , eſt
le flambeau qui éclaire M. de Werghen
dans les recherches de fon art. La na-
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
ture renferme en ſon ſein tout ce qui
,, peut perpétuer &détruire ſes ouvrages:
mais on diroit qu'elle ſe plaît à nous
dérober la connoiſſances des choses qui
,, nous font les plus falutaires. Il faut la
,, guetter ſans ceſſe pour parvenir à décou-
"
"
"
ود
ود
vrir ſes ſecrets. Ah! qui peut être capable
de cette application habituelle , fi ce
n'eſt celui qui met ſon plus grand bonheur
à être utile à l'humanité ? Notre
,, vertueux ami eſt ſûrement bien plus
,, heureux , quand , à force de foins , de
recherches & d'affiduité , il eſt parvenu
و د
ود à rappeller à la vie celui qui étoit au
,, moment d'en fortir, que ne pourroit
être un homme qui , après s'être ruiné
à la vaine recherche du principe de
l'or , auroit enfin trouvé le fecret d'en
"
"
و د
و د
و د
و و
و د
faire ? Le bonheur de M. de Werghen
,, augmente en proportion de l'otilité
dont peut être , ſur la terre , celui qui
grâces à fon art & à fes foins , l'habite
encore ". Ce digne Médecin étoit encore
l'ami le plus généreux , le plus tendre
, le plus compatiſſant des infortunés.
Les traits de ſa phyſionomie révéloient ,
au premier coup-d'oeil, les heureuſes dispoſitions
de ſon âme. Si je n'avois pas
,, le meilleur des peres , avoue Zabhet
ود
وو
à fon Amie , je regretterois de n'etre
JUIN. 1776. 89
{
}
,, pas la fille de M. de Werghen ; mais
,, je lui dois bien plus que s'il m'eût
و د
,
,
donné la vie." M. de Werghen en
effet avoit , par ſes généreux offices
confervé à Zabhet un pere & une mere ,
que la plus triſte ſituation auroit conduits
au tombeau. L'infortuné de Phalmord ,
c'eſt le nom du pere de Zaphet , emporté
par la jalouſie , avoit trempé ſes mains
dans le ſang d'un jeune homme , fils du /
Duc de ***. Obligé de fuir pour ſe
dérober aux pourſuites , il avoit été dépouillé
d'une charge de Préſident , qu'il
poſſédoit dans une Cour Souveraine , &
de tous fes biens. De Werghen , qui reconnut
dans Phalmord un homme plus
malheureux que criminel , l'accueillit
l'aida de ſes conſeils , lui préſenta des
motifs de confolation , & empêcha cette
famille , dénuée de tout fecours , de périr
de miſere. Mais avant de connoître
Werghen , Phalmord errant dans une
contrée éloignée , réduit à la plus affreuſe
néceſſité , & déſeſpéré de voir ſa femme
périr de beſoin , s'étoit rendu dans un
chemin écarté pour obtenir , par la force ,
un ſecours qu'il ne pouvoit plus attendre.
C'eſt cette circonſtance de fon infortune,
que Phalmord, dans une lettre à
Werghen , veut faire entendre à cet Ami ,
1
F5
90
MERCURE DE FRANCE.
qui , pour procurer à cette famille déſolée
des ſecours qu'elle ne rougît plus d'accepter
; & peut - être auſſi ſenſible aux charmes
de Zaphet, avoit demandé cette aimable
fille en mariage. ,, O mon Ami ! lui
و د
و د
"
ود
écrit de Phalmord, c'eſt préſentement
,, que je ſuis vraiment malheureux ....
Votre lettre , du commencement à la
fin , décele l'ardeur qui vous embraſe ;
,, vous êtes encore bien plus épris que
,, vous ne penſez: je connois trop l'amour
,, pour ne pas voir tout le votre. Pour
,, prix de vos vertus & de vos ſervices ,
," je vais donc vous livrer au malheur !
Un obſtacle affreux s'oppoſe... Hélas !
puiſque je ne vous ai pas moi - même
offert ma fille, comment n'avez - vous
,, pas compris que quelques liens terribles
retenoient dans mes mains le ſeul
préſent que je pouvois vous faire ? ...
Apprenez donc... Mais comment vous
révéler un ſecret auſſi odieux , auſſi
cruel ? ... Je n'ai pas balancé un inſtant
" (dès que vous me l'avez demandé ) à
, remettre entre vos mains celui de ma
„ vie: c'eſt vous en dire aſſez pour vous
"
"
و د
و د
ود
ود
و د
ود
”
१७
ود
faire comprendre de quelle nature eſt
l'horrible myſtère que l'honneur me
force aujourd'hui à vous dévoiler ....
Puis -je bien prononcer ce mot ſacré ,
JUIN.1776. 91
و د
ود
ود
"
22
22
quand il exiſte un être fur la terre à
,, qui j'ai donné le droit de me croire le
,, plus vil & le plus mépriſable ! ... Que
dis-je? il peut me croire un infâme ,
,, unaſſaffin; il m'a vu , menaçant ſa vie ,
lui demander ... Dans l'inſtant même ,
fans force , fans mouvement , fans connoiſſance
, je tombai à ſes pieds. Ce
,, généreux mortel, digne de vous être
comparé, defcend de cheval , vient à
,, mon fecours , remet entre mes mains
tout ce qu'il poſſede , me fait quelques
queſtions auxquelles je ne puis répondre
qu'en lui diſant: ma femme touche
à fon dernier moment , elle meurt faute
de ſubſiſtance , & c'eſt moi , c'eſt mon
affreuſe jalouſie qui l'a plongée dans cet
abyme de miſere ... Il me conſole ...
Je l'invite à me ſuivre ... Le temps le
preſſe... Il eſt forcé de me quitter , &
j'ai la douleur de le voir partir fans
avoir pu lui montrer la cauſe terrible
de mon affreux déſeſpoir. O le plus
vertueux & le plus fage de tous les humains
! Croyez vous à préſent pouvoir
devenirmon gendre ?Ma femme ignore ود encore le honteux excès oùmon amour
m'a conduit : elle croit tout vous devoir.
„ L'époque de notre connoiſſance fut
ود
29
"
ود
و د
و د
وو
"
"
29
29
و د
29
92 MERCURE DE FRANCE.
, celle de mon déshonneur... Je courus
ود chez vous dans le moment même où
,, je perdis de vue l'être généreux qui ,
و د
dans le fond de ſon coeur, me confond
,, peut - être avec ces miférables que le
و د
و د
و د
و د
و د
و د
ود
و د
fupplice appelle... Mon ame , aux priſes
,, avec le remords & le déſeſpoir , me
,, permit à peine de vous expliquer ce
,, que j'attendois de vous. Je vis , à votre
maniere de m'enviſager , que vous
doutiez de ma raiſon ... Je vous entraînai
vers ce lit de douleur , où ce
„ que le ciel a jamais formé de plus parfait
ſembloit prêt à rendre les derniers ſoupirs
, & une partie de la cauſe de mon
déſordre vous fut alors connue ; vous
comprîtes que l'époux d'une femme
,, auffi céleste , ne pouvoit, ſans perdre
l'uſage de ſa raiſon , concevoir ſeulement
l'idée d'en être ſéparé. Mais que
vous étiez loin cependant de pouvoir
imaginer toute l'étendue de mon affliction
! Quand on ignore l'ivreſſe des
paffions , on n'a point l'idée de la violence
des maux qu'elles peuvent produire
, ni des excès auxquels elles peu
vent emporter ... Il faut , jaloux , furieux
, avoir été , ainſi que moi , le
و د
D'
و د
ود
و د
و د
"
"
ود
1
ود cruel artiſan des ſouffrances de l'objet
JUIN1776.95
"
,, que l'on idolâtre , pour concevoir l'af
freux déchirement de mon ame , & le
" délire de ma raiſon." Il eſt trés - malheureux
, fans doute , d'avoir été néceſſité
à quelque action répréhenſible : le ſouvenir
peut enêtre long-temps douloureux ; mais
il ne doit y avoir de douleur éternelle que
pour ceux qui ſe ſont volontairement
écartés du droit chemin , ou pour ceux
qui ont eu la barbarie d'entendre gémir
le malheureux , ſans lui porter des ſecours
qui auroient pu le ſauver de l'opprobre ,
ou ſeulement de la misere. C'eſt une
partie des motifs qu'emploie de Werghen
pour relever le courage de ſon Ami. Il
parvient enfin à rendre le calme à fon
ame agitée , & à le faire conſentir à fon
union avec Zabhet. De Werghen aſſuré
du conſentement de Phalmord, ne chercha
plus qu'à obtenir celui de fon aimable
fille. Cet homme bienfaisant étoit
trop accoutumé à mettre ſa fatisfaction
dans celle des autres , pour pouvoir s'eſtimer
véritablement heureux par une jouisſance
qui lui feroit purement perſonnelle.
Il avoit même exigé de M. & de Mde
de Phalmord , leur parole d'honneur , que
ni directement , ni indirectement , ils
ne diroient rien à Zabhet qui pût lui
- faire ſoupçonner l'accord fait entre - eux.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
1
ود Tout à l'amour filial, leur écrit - il , en
,, parlant de Zabhet , ce tendre coeur ren-
„ fermeroit ſa répugnance & ſes ſoupirs ,
ود la crainte de vous contrifter , ne lui
,, permettroit pas de rejeter un choix
,, qu'elle croiroit le vôtre ; & quand fon
" conſentement ſeroit volontaire , du
„ moment que je ne pourrois pas le
» croire tel , je ne ſerois pas moi-même
,, heureux. " Le facrifice généreux que
de Werghen fait , par la ſuite , de fon
amour à un rival aimé depuis longtemps
, met dans tout leur jour les vertus
bienfaiſantes de cet homme eftimable.
Ce rival ſe trouve être le fils d'une Dame
de Vormane , chez laquelle Zabhet avoit
trouvé un aſyle durant les premieres
années de l'infortune de ſes parens. Le
jeune de Vormane avoit obtenu le coeur
de la ſenſible Zabhet , moins par fon es
prit , ſa figure , & les qualités extérieures
les plus aimables , que par ſon tendre
attachement à ſa mere, fon reſpect fi
lial , par ſes vertus enfin. La ſuite de cette
hiſtoire nous apprend que ce jeune homme
eſt le bienfaiteur dont Phalmord
parle dans ſa lettre , celui même qui
l'avoit fecouru dans le plus affreux défespoir
, & qu'il defiroit de connoître pour
JUIN 1776 95
ſe jeter à ſes genoux, lui faire part de
ſes remords , & obtenir un généreux pardon.
On peut , d'après ce court expoſé,
juger dans quelle ſituation dut ſe trouver
Zabhet , quand , par un heureux enchainement
de circonſtances , elle retrouva dans
le bienfaiteur de ſon pere , l'Amant dont
elle regrettoit tous les jours l'abfence ; &
qu'elle vit ce pere, dont elle partageoit
les chagrins , trouver la fin de ſes maux
dans les bras de ce fidele Amant. Si
ود
ود
} ,, ſentir c'eſt exiſter , écrit Zabhet à fon
Amie , j'ai fûrement plus vécu que la
„ plupart des jeunes gens qui atteignent
,, à la plus longue carriere. " De Werghen
qui, par ſes ſoins & ſes ſervices , venoit
de faire rentrer cette famille dans
ſes biens , pouvoit parler en faveur de
fon amour ; mais témoin de la tendreſſe
des deux Amans , il court embraſſer ſon
rival , rend à Phalmord le conſentement
qu'il lui a donné pour épouſer
Zabhet , & le ſollicite d'accorder ce
même conſentement à ſon premier bienfaiteur.
Mon cher Ami , s'écria le généreux
de Werghen , pourriez - vous
,, bien laiſſer tant de vertus fans récom-
>> penſe ?- Quelle ſera la vôtre ?-Leur
, bonheur , réplique cet homme inimi-
"
"
"
table."
96 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman ou cette Hiſtoire , écrit
avec ſenſibilité , & dont le ſtyle n'eſt
point dépourvu de chaleur ni d'intérêt ,
peut être mis entre les mains des jeunes
perſonnes. Heureuſes les meres qui trouveront
dans leurs filles les vertus que
l'Auteur de ce Roman s'eſt plu à raſſembler
dans Zabhet ! Celui qui éprouve
toutes les diſgrâces de la fortune , n'eſt
point encore à plaindre , s'il peut acquérir
un ami ou un bienfaiteur tel que le bon ,
le vertueux de Werghen nous eſt ici
dépeint.
Abrégé des élémens d'arithmétique , d'algebre
& de géométrie , avec une introduction
aux ſections coniques ; Ouvrage
utile pour diſpoſer à l'étude de
la phyſique & des ſciences phyſicomathématiques
. Par M. J. M. Mazéas ,
ancien Profeſſeur de Philofophie en
l'Univerſité de Paris , au Collége
Royal de Navarre. Volume in 12. A
Paris , de l'Imprim. de Ph. D. Pierres
rue St Jacques.
M. de Mazéas a publié précédemment
, en 1758 & 1761 , des élémens
d'arithmétique , d'algebre & de géométrie.
JUIN. 1776. 97
۱
1
trie. Il avoue , dans l'avertiſſement , placé
à la tête de l'Abrégé que nous annoncons
, qu'il regardoit ces élémens comme
étant eux-mêmes un abrégé d'une étendue
médiocre . Mais , dans les différentes éditions,
ils ſe ſont accrus & font devenus , C
à-peu-près , complets. Ceux qui veulent
s'adonner à l'étude de la géométrie n'ont
pas beſoin , dans les commencemens ,
d'entrer dans un grand nombre de détails.
Ils pourroient même être rebutés par la
quantité des matieres , laquelle entraîne
ſouvent des difficultés qui ne font pas
toujours à la portée des Commençans.
M. de M. a cru en conféquence devoir ,
- pour leur utilité , reſſerrer dans de juſtes
bornes ces élémens ; il les a réduits à ce
qui eſt ſimplement néceſſaire pour donher
des principes ſuffiſans d'arithméti.
que , d'algebre & de géométrie , & en
inſpirer le goût. L'Auteur a , dans l'abrégé
de ces élémens , conſervé l'ordre & la
méthode de ſon premier Ouvrage ; il s'eſt
appliqué à y faire appercevoir la même
liaiſon , le même enchaînement dans les
idées & les propoſitions. La table placée
à la fin de cet abrégé , eſt elle - même un
- extrait méthodique & raiſonné , dont une
lecture réitérée ſera très-utile aux jeunes
G
98 / MERCURE DE FRANCE.
Y
éleves , pour les accoutumer à prendre
l'eſprit & l'enſemble des chofes , à apprécier
& généraliſer leurs idées.
Discours fur différens sujets ; par M. de
Treſſeol , Docteur en Droit , Profeſſeur
d'Hiſtoire à l'Ecole Royale Militaire.
Volume in- 12. A Paris , chez
Knapen , Imprimeur - Libraire , au bas
du Pont Saint Michel.
ود
Le premier diſcours a pour objet l'uti.
lité de l'hiſtoire. „ Retracer la vie des
Empires dans leurs differens âges ; dé-
„ velopper les reſſorts des révolutions
„ en en ſuivant la chaîne ; diftinguer
dans les événemens l'ouvrage de la
„ politique de l'ouvrage du hafard , ou
ود
ود
"
و د
39
de la caufe cachée que l'on apelle
,, hafard; déterminer l'influence & des
loix & des moeurs & de tout ce qui
concourt à élever ou à détruire ; faire
fortir des faits l'inſtruction , cette instruction
, qui , en éclairant l'eſprit ,
s'empare de l'ame , & lui rend propre
l'expérience des ſiecles ; apprendre aux
Rois à regner , aux citoyens à gouver-
,, ner leur petit empire , je veux dire
و و
ود
" leur famille & leur héritage , à tous les
JUIN. 1776. 99
„ hommes à vivre : tel eſt l'objet de
,, l'hiſtoire , tels ſont ſes avantages. Elle
و د
ود
ود
ود
و د
ود
دو
eſt le témoin des temps , le dépoſitaire
des actions & des penſées , la lumiere
de la vérité , la vie de la mémoire ,
l'inſtitutrice des moeurs ; c'eſt ainſi que
l'Orateur philoſophe faiſoit l'éloge de
l'hiſtoire en retraçant ſimplement
ce quelle eft , perfuadé que l'ignorance
,, eſt le fléau le plus terrible des Peuples ,
& que la ſcience a une liaiſon intime
,, avec la vertu. L'hiſtoire eſt , de toutes
les connoiſſances humaines , la plus
„ agréable à acquérir & la plus utile à
cultiver , utile dulci. , L'hiſtoire , pour
nous ſervir de l'expreſſion de l'Orareur ,
tient l'homme par le plaiſir & l'intérêt ;
c'eſt auſſi ſous ces deux rapports qu'il la
confidere.
"
و د
M. de Treſſeol , dans un ſecond discours
, agite cette queſtion : Lequel des
deux , de l'Orateur ou du Poëte , doit
être préferé dans l'ordre littéraire ? ,, Le
,, goût des beaux - arts , nous , dit- il dans
• Historia testis temporum , lux veritatis , vita memorie
magistra vite , nuntia vetustatis. Cirer. lib. 2. de
Orat.
G2
100 MERCURE DE FRANCE .
1
.
ود
ود
ود
ود
fon exorde , eſt , après celui de la vertu,
le plus beau préſent que la Nature ait
fait à l'homme ; fans eux , il auroit éternellement
demeuré dans un état brut,
,, & il ſe ſeroit à peine traîné ſous le
,, joug accablant de la barbarie. Les
,, beaux arts l'ont poli & humaniſé. Je
"
ود
ne ſuis point ſurpris que la fable foit
allée les chercher dans l'Olympe , ces
arts amis de la ſociété , & les recevoir
" de la main des Dieux. L'imitation de
و د
ود
ود
21
la nature eſt le ſeul but des beaux arts ;
ils ont donc entre - eux de l'analogie&
de l'affinité ; & pour parler le langage
des Poëtes , les Muſes ſont ſoeurs. Le
même chef préſide à leur troupe divi-
, ne , & elles furent toujours honorées
toutes enſemble ſur les mêmes autels.
Les arts qu'elles protégent ſe tiennent
,, par la main comme les Grâces ; auffi
les a-t-on vus jeter tout à la fois le
plus grand éclat , lorſque la lumiere
des lettres a éclairé le monde. Il n'ya ,
pour s'en convaincre , qu'à obſerver
"
"
و د
و د
و د
و د
و د
les ſiecles littéraires . Les grands hom-
„ mes , dans tous les genres , ont preſque
, toujours été contemporains. La poëfie ,
dit Horace , eſt une eſpece de peinture :
l'on peut dire également que la peinture
JUIN. 1776. ΙΟΙ
1
eſt une forte de poësie. Il eſt aiſé de
, remarquer de pareils rapports dans les
,, autres arts : mais avec des qualités
, communes qui les uniſſent d'un côte ,
ود
"
ils ont un caractere particulier qui les
,, diftingue de l'autre, Leurs ſuccès demandent
des talens différens , & ils
,, ne doivent pas fans doute aſpirer aux
mêmes honneurs. C'eſt à la philoſophie
à les mettre dans la balance , pour leur
,, aſſigner le rang qui leur eſt dû dans
l'ordre littéraire. Il s'eſt pluſieurs fois
ود
دو
"
ود élevé des diſputes ſur leurprééminence ,
,, entre ceux qui les ont exercés . Le
,, Sculpteur a diſputé le pas au Peintre ,
" l'Orateur le diſpute au Poëte. Il eſt
,, trop naturel à l'homme de ſe paffion-
,, ner pour ſa profeſſion; & le même
,, préjugé , qui exagere à l'Artiſte l'excel-
ود
ود
ود
"
lence de fon art , l'empêche de ſentir
le prix des autres. Ciceron donne la
,, palme à l'éloquence: mais il étoit Orateur
; & , fi l'on en croit les critiques ,
il n'étoit pas né Poëte. En portant un
pareil jugement , il ſe vengeoit , fans
le vouloir , des talens que la nature lui
avoit refuſés. Aimons , comme lui , Pla-
,, ton; mais , comme lui , aimons davan-
,, tage la vérité. " Au reſte , M. de T.
و د
ود
و د
1
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
ne prétend pas ici s'aſſeoir ſur le Tribunal
pour prononcer lequel , de l'Orateur
ou du Poëte , doit être préféré dans la
hiérarchie littéraire, Il ne fait que monter
dans la Tribune pour plaider la cauſe
du Poëte. Il fait voir d'abord dans ce
diſcours , que l'éloquence n'a aucun avantage
qui ne lui ſoit commun avec la
poëfie ; il expoſe enſuite en quoi la
poësie lui paroît l'emporter ſur ſa rivale.
L'imitation de la nature eſt ici regardée
comme le ſeul but des beaux - arts ; mais
le but des beaux-arts eſt d'annoblir la pen.
ſée de l'homme , d'élever ſon ame , d'épurer
fon coeur par l'image ſenſible de la
perfection qu'ils lui préſentent ; & l'imitation
d'une nature choiſie , n'eſt qu'un
moyen qu'emploie l'Artiſte pour arriver
à ce but. Nous diſons une nature choiſie
, parce que nous regardons comme
Artiſte , ou digne de ce nom , celui - là
ſeul qui a fu raſſembler dans un même
objet les beautés que la nature , toujours
avare de ſes dons , a répandues fur plus
fieurs,
Dans un troiſieme diſcours , M. de
T. fait voir que le déſintéreſſement eſt
une des marques les moins équivoques
d'une grande ame, }
JUIN. 1776. 103
Ce volume eſt terminé par l'Eloge
d'Adrien Baillet , & celui du célebre
Jurifconfulte Cujas, Ce ſujet a été propoſé
par l'Académie des Jeux Floraux
de Toulouſe , pour prix d'éloquence.
Mais l'Eloge dicté par M. de Treſſeol
n'a point été envoyé au concours. Cujas
eut un rival de gloire dans Dumoulin ,
& l'Orateur en prend ici occafion de
faire le parallele de ces deux grands Jurifconfultes.
,, Ce que l'un fut dans la
„ Jurisprudence Romaine , l'autre le fut
رو
ود
ر د
"
dans le Droit Coutumier. Ils acquirent
l'un & l'autre une égale célébrité : mais
avec une trempe différente de génie.
Dumoulin a l'imagination plus vive &
plus féconde : quelquefois il va par
,, bonds & par fauts ; c'eſt la fougue de
la force indomptable. Cujas a plus de
,, jugement & de méthode ; il va droit
à ſon but: c'eſt la ſageſſe de l'âge mûr.
Le premier étale ſes richeſſes ; le ſecond
entaſſe les ſiennes. Celui - là ,
plus fublime , s'évanouit quelquefois
dans ſes penſées ; celui - ci , plus
ferme , ſe poſſede toujours. L'un
échauffe plus qu'il n'éclaire: c'eſt le
volcan de l'éloquence ; l'autre éclaire
plus qu'il n'échauffe : c'eſt le flambeau
و د
ر و
و و
ود
"
ود
"
ود
THE UNIVERSITY
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
"
de la raifon. Cujas eſt toujours avec
ſon Lecteur ; Dumoulin oublie quelquefois
le ſien. On admirera peut - être
davantage celui - ci ; on aimera peut-
,, être davantage celui - la. Cujas auroit
voulu avoir fait les Commentaires fur-
"
ود
ود
ود
ود
ود
21
la Coutume de Paris, fur les titres des
,, fiefs & des cenſives fur-tout, & les No-
,, tes de Dumoulin fur les autres Coutu
,, tumes ; Dumoulin auroit voulu avoir
fait les Paratiltes fur le code , les livres -
des obſervations , les commentaires fur
2 les nouvelles. Ce dernier eſt , ſuivant le
,, jugement de Ferriere , le Prince des
Jurifconfultes François; l'autre eſt le ود Prince des Commentateurs du Droit
,, Romain. Cujas l'emporte ſur Dumoulin
pour la diction; le ſtyle de celui- ci
eſt quelquefois inexact , incorrect &
même barbare ; la plume de celui-là
eſt toujours pure , élégante & facile,
Enfin , en mettant dans les mains des
Eleves du barreau les Ouvrages de l'un
& de l'autre , nous leur recommande.
rons , comme le Chancelier d'Aguesſeau
le recommandoit à ſon fils , de
lire ſans ceffe Cujas parce qu'il a
mieux parlé la langue du droit qu'aucun
Auteur moderne ,& peut-être auſſi
bien qu'aucun ancien. "
ود
رد
رد
ود
ود
ود
ود
رد
ود
१०
JUIN. 1776. 105
Mémoire fur une queſtion de géographiepratique
: ,, Si l'applatiſſement de la
و د
terre peut - être rendu ſenſible ſur les
,, cartes , & fi les Géographes peuvent
و د
le négliger , ſans être taxés d'inexac-
,, titude " ; lu à l'Académie Royale des
Sciences , en Juillet 1775, par M. Robert
de Vaugondy , Géographe ordinaire
du Roi , du feu Roi de Pologne ,
Duc de Lorraine & de Bar , de la Société
Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nancy , & Cenſeur-Royal,
Utilitas , justi propè mater & æqui.
Hor. lib. I. fat. I.
Brochure in-40. de 37 pages. AParis ,
chez l'Auteur , quai de l'Horloge , près
le Pont Neuf ; & Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint Jacques.
M. de Vaugondy obſerve , 1°. que la
quantité de l'applatiſſement de la terre
n'eſt pas exactement connue. Les diffé
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
rens degrés meſurés du méridien , donnent
des quantites qui différent entreelles
, & qui différent de celle qui eſt déduite
de la theorie , la terre ſuppoſée homogene.
Cette incertitude ſur l'élément
même , en rend l'emploi plus difficile.
2°. Il obſerve que quand on veut tracer
ſur une carte les differens degrés du
méridien , on fait feulement que ces degrés
croiffent en allant de l'Equateur au
Pôle; mais la loi n'en est pas fuffisamment
fixée. M. Bouguer en a ſuppoſé pluſieurs ,
& les différences de ces hypotheſes ſont
une nouvelle fource d'incertitudes,
• 3°. Il obſerve que la petiteſſe de cet
élément rend ſes effets inſenſibles fur les
cartes, à moins qu'on ne les faſſe ſur un
très-grand point . Il choiſit pour exemple
une carte qu'il ſuppoſe embraſſer
neuf degrés en latitude , depuis le 48€
juſqu'au 57°, & dix -huit degrés en longitude;
en donnant 25 pouces au degré ,
c'est - à- dire un pouce à la lieue , cette
carte aura 18 pieds 9 pouces de haut
& 15 pieds 6 pouces de large. La différence
des deux hypothefes de la terre
ſphérique ou ſphéroïde accourci , donne
8 ligne fur la latitude , & 2 pouces fur
la longitude , ou 2 lieues fur 303 , c'eſt
JUI N. 1776. 107
Ià
dire un d'erreur. Cette erreur eſt
moindre dans les poſitions intermédiaires
de la carte : mais en ne prenant ici
que les poſitions extrêmes , l'erreur qui
en réſulte eſt de quarante ſecondes ſur la
latitude , & de trente en tout fur la longitude
; cette erreur n'excede pas celle que
les obſervations comportent. Si l'on excepte
quelques Villes de l'Europe , telles
que Paris , Londres, où il y a des obſervations
conftantes & des obſervatoires fixes
, le plus grand nombre des autres poſitions
eſt aſſujetti à une pareille erreur.
Il ne paroît donc pas bien néceſſaire d'employer
un élément dont la quantité n'eſt
pas entiérement fixée , & dont les effets
ne ſurpaſſent point l'erreur des obſervations,
fur - tout ſi l'on confidere que dans
des cartes d'un plus petit point , ces effets
de l'applatiſſement de la terre ne feront
pas ſenſibles au compas.
Telles font les réflexions par leſquelles
M. de Vaugondy , jaloux des fuffrages
du Public , & fur- tout de la perfection
des cartes géographiques , ſe juſtifie de
ne pas employer cet élément. Les Géographes
qui ſe propoſeront de l'employer,
méritent cependant d'être encoura108
MERCURE DE FRANCE.
)
gés..,, On ne peut , ajoutent dans leur
, rapport les Commiſſaires de l'Acadé-
و د
و د
و د
ود
"
"
و د
ود
ود
mie , nommés pour examiner ce Mé
moire de M. de Vaugondy , exclure
une préciſion rigoureuſe , à laquelle
l'Académie tend ſans ceſſe par ſes travaux
; mais comme , dans le cas préſent
, cette préciſion eſt plus métaphyfique
que pratique , comme elle peut
être détruite par l'erreur inévitable des
obſervations , nous penſons qu'en applaudiſſant
aux efforts des Géographes
„ qui tenteront de tenir compte de l'applatiſſement
de la terre , l'Académie
., peut continuer à regarder comme bonnes
les cartes où cet applatiſſement eſt
„ négligé , & nous croyons qu'elle peut
accorder fon fuffrage & fon approbation
aux réflexions de M. de Vaugondy.
"
"
و د
و د
"
و د
Bibliotheque universelle des Romans , Ouvrage
périodique , dans lequel on donne
l'analyſe raiſonnée des Romans
anciens & modernes , françois , ou traduits
en notre langue ; avec des anecdotes
& des notices hiſtoriques &
critiques concernant les Auteurs ou
leurs Ouvrages , ainſi que les moeurs ,
JUIN. 1776. 100
les uſages des temps , les circonſtances
particulieres & relatives , & les perſonnages
connus , déguiſés ou emblé
matiques.
Cet Ouvrage périodique eſt compoſé
, par année , de 16 volumes in 12 ,
chacun de neuf feuilles au moins d'impreſſion
, rendus à Paris 24 liv. , &
en Province , port frane par la poſte ,
32 liv. On ſouſcrit en tout temps chez
Lacombe , Libraire , rue Chriſtine.
Cet Ouvrage à commencé au I Juillet
1775 , & fa premiere année ſera révolue
au dernier Juin 1776.
Les Romans font , chez toutes les Nations
, le miroir des paſſions , le tableau
fidele du coeur humain , & renferment
enoutre la tradition précieuſe des uſages ,
des moeurs , du coſtume , de la maniere
de voir , de ſentir , d'agir & de s'exprimer
des temps dont ils parlent , ou , tout
au moins , des temps où ils ont été écrits.
Nous avons en ce genre une richeſſe nationale
qui eſt telle , qu'aucun autre Peuple
n'en poſſede , & , peut- être , n'en
ſoupçonne une ſemblable.
Avant la publication de la Bibliothe
que univerſelle des Romans , il n'y avoit
110 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'un très - petit nombre de Curieux qui
connuſſent & l'étendue iramenſe de cette
branche de littérature , & fes rameaux
les plus rares. Peu de perſonnes , par
exemple , avoient en leur poffeffion ceux
de nos Romans qui ſont d'une certaine
vétuſté ; & tous n'avoient pas le courage
de déchiffrer des livres ou des manuscrits
très- volumineux, imprimés ou écrits en
caracteres gothiques , chargés , le plus
ſouvent , d'abréviations bizarres. Auſſi
peu de Lecteurs étoient- ils en état de
ſe former une idée nette d'un ſi riche
fonds , ni de profiter des lumieres qui
pouvoient réſulter de fon examen.
Il falloit les reſſources d'une bibliothe
que immenſe en tous les genres ; il falloit
les lumieres & le zele étonnant d'un
homme diſtingué & profond dans toutes
les parties de la littérature , pour réaliſer
ce plan d'ouvrage ſi conſiderable dans ſon
étendue & dans ſes branches.
ود
" La plupart de ceux qui n'ont pas
fait une étude approfondie de nos an-
„ tiquités , (écrivoit M. de Sainte Palaye
en 1753) ont peine à regarder notre
Chevalerie comme une inſtitution ſérieuſe
, encore moins comme un établiſſement
politique & militaire , dont
"
ود
ود
ود
JUIN. 1776. 11
و د
39
و د
و د
و د
و د
و د
"
و د
و د
و د
, l'hiſtoire eſt liée néceſſairement à celle
de la Nobleſſe & de la Milice Fran-
„ çoiſe. C'eſt , à leurs yeux , un ſyſtême
bizarre , imaginé par nos anciens Romanciers
, pour fervir de fondement à
leurs fictions. Mais la lecture réfléchie
des anciens Romans comparés avec
les divers monumens & témoignages
hiſtoriques , nous force d'en porter un
jugement plus conforme au vrai. Le
tableau que cette étude nous offre , eſt
une partie intéreſſante & peu connue,
des moeurs de nos Ancêtres. On re-
,, marque dans cette portion de leurs
uſages un contraſte ſingulier de religion
& de galanterie , de magnificence &
,, de ſimplicité , de bravoure & de ſous
miſſion ; un mélange d'adreſſe & de
force , de patience & de courage , de
belles actions produites par un motif
chimérique , & de fonctions preſque
,, ſerviles , annoblies par un motif élévé
Moeurs à la fois groffieres & reſpectables
, auſſi dignes d'être étudiées , furd
,, tout par un François , que celles des
و د
و د
و د
و د
ود
و د
و د
"
و د
Grecs ou des Orientaux ; moeurs com-
,, parables en bien des points , & même
ſupérieures en quelques- uns , a celles des
,, temps héroïques chantés parHomere. "
112 MERCURE DE FRANCE.
Le beau ſexe jouant le plus grand rôle
dans cette collection de fictions ingénieuſes
, il étoit naturel qu'il y prſt un
intérêt direct. En effet , dans le monde
tel qu'il eſt , ou dans l'hiſtoire exacte qui
le repréſente , les Dames rempliſſent , de
temps à autre , un rôle important ; mais ,
dans un Roman , elles regnent , pour
ainſi dire , fans partage. Un sentiment
univerfel a inſpiré , appris & confirmé
aux Ecrivains de tous les temps & de
tous les lieux , que les Dames font ,
en ſecret ou à découvert , la baſe de
l'intérêt que tout homme civiliſé prend
à une fiction d'une certaine étendue
A ce point viennent correſpondre tous
les Ouvrages de Théâtre , fruits heureux
d'imaginations romaneſques , &
les Romans eux- mêmes , fruits précoces
d'une imagination digne ſouvent
de figurer ſur la ſcene théâtrale , &
qui lui fournit tous les jours les ſujets
les plus riches.
Au reſte , la ſcene varie ſouvent dans
la Bibliotheque des Romans. On ne s'y
occupe pas toujours de tournois & de
Chevalerie. On a ſoin de promener l'attention
du Lecteur ,tantôt ſur les plus curieuſes
fictions , en tout genre , qui ſoient
forties
JUIN. 1776. 4 113
ſorties de l'heureuſe fécondité des Grecs
&des Latins; tantôt ſur ce que les Modernes
, Nationaux ou Etrangers , ont
écrit de plus ingénieux , de plus ſpirituel
, de plus moral , de plus inſtructif
& de plus attrayant , ſoit en faiſant un
mêlange adroit de l'hiſtoire & de la
fiction , ſoit en captivant notre intérêt
par les feules forces d'une imagination
toujours active & toujours foutenue.
Quoique cet édifice n'ait en effet d'autre
baſe réelle que l'imagination , on
peut dire que tous les acceſſoires en font
folides , & que l'enſemble n'a rien de
frivole. C'eſt , en général , une excellente
école de bravoure , de loyauté , de fermeté
, de conſtance , de toutes les vertus
civiles & militaires. C'eſt une peinture
fidelle des uſages des fiecles paſſés , &
quelquefois du fiecle préfent. Chaque article
, d'ailleurs , eſt rédigé avec beaucoup
de décence & de reſpect pour les moeurs :
il eft accompagné de préambules & de
réſumés inſtructifs , où l'on ſaiſit le rapport
de la fiction avec l'hiſtoire , & ou
l'on apprend nombre d'anecdotes intéreſſantes
, relatives à chaque Roman &
à fon Auteur.
Nous allons expoſer un tableau rapide
H
THE
114 MERCURE DE FRANCE.
1
:
1
des Ouvrages compris dans les ſeize volu
lumes de cette premiere année. Les années
ſuivantes acquerront encore un
nouvel intérêt par les Romans étrangers
les plus finguliers que les Rédacteurs
font entrer dans le plan de cette Bibliotheque.
Tout l'Ouvrage eſt partagé en huit
claſſes , que l'on réunit, autant qu'il eſt
poſſible , dans chaque collection de deux
volumes,
Les articles qui ont paru ſous les yeux
du Lecteur depuis le 1er Juillet 1775 ,
juſqu'au mois de Juin 1776, font :
PREMIERE CLASSE. ROMANS TRADUITS
DU GREC ET DU LAΤΙΝ.
Les affections de divers Amans , par
Parthenius de Nicée , ancien Auteur
Grec , miſes en françois en 1555. Ce
livré eſt un recueil d'hiſtoriettes tirées
des Fables Milésiennes , ou écrites dans
le genre de ces fables.
Les Narrations d'amour , de Plutarque.
Elles offrent différens traits intéreſſans ,
tirés des Ouvrages de cet Hiſtorien Philofophe.
L'Ane d'or d'Apulée , Philofophe
JUIN. 1776.1 115
"
Médecin , contemporain de Marc - Aurele.
Le ſujet de l'Ane d'or a été auſſi
traité par Lucius & par Lucien. L'original
de cette fiction ingénieuſe , qui eſt
ſouvent une ſatyre du vice , faiſoit peutêtre
partie des anciennes Fables Miléſien-
Ce qui diſtingue principalement
L'Ane d'or d'Apulée , c'eſt l'épiſode touchant
& à jamais célebre des Amours de
Cupidon & de Psyché.
nes.
Le vrai & parfait Amour , traduit du
grec d'Athénagoras , Philoſophe Athénien
& Chrétien , qui vivoit ſous Marc-
Aurele & Commode. Ce Roman , qui
contient les amours honnêtes de Théogenes
& de Charides ; de Phérécide & de Mélangenie
, eſt ſur - tout curieux par l'exactitude
avec laquelle l'Auteur décrit les
cérémonies , les triomphes & les monumens
publics des Romains.
Les amours pastorales de Daphnis &
Chloé , traduites du grec de Longus , par
Amiot ; Ouvrage charmant , connu de
tout le monde. Il a fourni la Comédie
des Amans Ignorans , par Autreau ,
l'Opéra auquel on a donné fon nom , &
pourroit être le ſujet d'un Poёте. Се
Roman a acquis encore un furcroît de
célébrité parmi nous , par les deffins dont
7
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
le Duc d'Orléans , Régent , l'a orné.
Une note curieufe accompagne l'extrait
de cet Ouvrage.
Le prince Erastus ou les ſept Sages de
Rome. Fiction intéreſſante , qui doit paroître
une des plus fingulieres productions
de l'eſprit humain. Elle eſt parvenue
des ſiecles les plus reculés juſqu'à notre
âge, en paſſant par une infinité de langues&
de formes différentes. Ce livre,
Telon M. l'Abbé Maſſieu , doit avoir
d'abord été écrit en Indien , & eſt probablement
l'Ouvrage de Sandaber. On y
reconnoît la marche & le caractere des
imaginations orientales. Il eſt remarquable
, en ce que c'eſt une Reine qui fait
affaut d'eſprit & de ruſes contre fept
Sages , occupés à défendre le Prince Erastus
, leur éleve.
Histoire de Zarine & de Stryangée. Ce
morceau eſt du plus grand intérêt , peu
connu , & bien digne de l'être. C'eſt un
fujet trés - heureux pour un beau ſpectacle.
Les amours de Leucippe & de Clitophon ,
traduit du grec d'Achilles Tatius. L'intérêt
de ce Roman ſemble augmenter
par lapréciſion de l'extrait qu'on en fait ,
cet intérêt y étant plus raſſemblé que
JUIN. 1776. 117
dans l'Ouvrage original. Une note curieuſe
diſcute les queſtions d'époques ,
- & d'autres points de critique & d'hiſtoire
relatifs à l'Auteur du Roman & au Roman
même.
;
L'Utopie , de Thomas Morus , Chancelier
d'Angleterre , ou idée d'une République
heureuſe. C'eſt un fiction , c'eſt
un rêve : mais le rêve d'un Homme de
bien & d'un Homme d'Etat.
La note hiſtorique & critique ſur
Thomas Morus , répand beaucoup d'intérêt
& de lumiere ſur cet article. Elle
eſt auſſi d'un Homme d'Etat , qu'il eſt
bien facile de reconnoître à ſon goût &
à ſon érudition .
Les amours de Théagene&de Chariclée ,
par Héliodore , Evêque de Tricca , en
Theſſalie, Ce Roman ingénieux , mais
d'une chaleur foible , traduit du grec ,
d'abord par Amiot, puis par un Ecrivain
› plus moderne , a eu parmi nous un grand
nombre d'éditions. On obſerve dans l'extrait
, que Racine , Gabriel Gilbert & M.
Dorat, ont tenté d'en mettre le ſujet ſur
la ſcene tragique ; que Duché en a fait
un Opéra; & que Hardy avoit trouvé
dans ce Roman le ſujet de huitTragédies
en cinq actes. 1 234
1
ر
Η 3
118 MERCURE DE FRANCE.
Ismene & Ifménias, Roman très - intéreffant
d'Eumathius ou d'Euftathius , pu
blié , traduit & réimprimé un grand nombre
de fois .
Les amours d'Abrocome & d'Anthia.
Ce Roman, dont l'original eſt en langue
grecque , eſt peut - être un peu trop compliqué
; cependant il attache encore plus
par les faits que par les détails.
DEUXIEME CLASSE. ROMANS DE
CHEVALERIE.
Merlin. C'eſt le premier Roman de
Chevalerie , la ſource des autres Ouvrages
de ce genre. On y remarque une imagination
feconde , & ſouvent une heureuſe
naïveté de ſtyle. On releve dans les obſervations
ſur le Roman de Merlin , les
aſſertions fauſſes de pluſieurs Ecrivains
fur ce célebre & fingulier perſonnage
On y donne une juſte idée de ſes prophéties
, &c. &c.
Le Saint Greaal ; c'est-à-dire la Sainte
Portion , ou l'écuelle de Jéſus - Chriſt ,
affis à table avec les douze Apôtres . Le
Romancier ſuppoſe que Joſeph d'Arymathie
, propriétaire de cette précieuſe
relique , la tranſmit à ſes deſcendans , &
JUIN. 1776. 119
qu'elle devint une forte de taliſman , inhérent
à la Table ronde , au moyen duquel
cette table ſe trouvoit miraculeufement
couverte de toutes fortes de mêts.
La queſte , ou recherche du Saint Greaal ,
par les Chevaliers de la Table ronde ,
eſt l'action principale de ce Roman.
Lancelot du Lac , Chevalier de la Table
ronde. Ce Roman de Chevalerie , ainſi
que tous ceux de ce genre , contient la
plus fidelle hiſtoire des moeurs anciennes ,
depuis l'époque de la décadence de l'Empire
Romain. C'eſt une mine féconde de
caracteres & de traits finguliers & variés.
L'intrigue amoureuſe de Lancelot du Lac
& de la Reine Genievre , femme du
Roi Artus , eſt des plus intéreſſantes.
Perceval le Gallois , Chevalier de la
Table ronde. Le Héros de ce Roman of
fre un caractere d'une phyſionomie toute
particuliere. L'Auteur en fait un guerrier
d'une éducation fort inculte , de moeurs
ruſtiques , d'une franchiſe bruſque , & ,
malgré tout cela , d'une bravoure &d'une
loyauté à toute épreuve. Perceval , pour
n'être pas toujours préſenté du côté ſérieux
, n'en eſt que plus intéreſſant ; &
cette invention d'un caractere mixte , &
abſolument inattendu , releve aſſurément
1
H4
120 MERCURE DE FRANCE.
le mérite de ce Roman de Chevalerie
qui eſt fort ancien.
Perce - Forêt , Roi de la Grande - Bretagne.
Il y a peu d'action & d'unité
d'intérêt dans ce Roman de Chevalerie.
Mais il eſt ſemé de détails qui amuſent
ou qui attachent le Lecteur. De ce nombre
ſont la deſcription finguliere du Boffu
de Suave , & de fa maniere étrange de
combattre ; & l'épiſode intéreſſant de la
belle Pucelle Neronès , qui ſe déguiſe
en homme pour ſuivre ſon ami Pernéhan
, & qui le ſert en qualité d'Ecuyer
ſans qu'il la reconnoiſſe.
Meliadus de Léonnois. Roman rempli
d'incidens récréatifs & curieux. C'eſt un
des Ouvrages qui renferment le plus de
notions ſur les Chevaliers de la Table
ronde.
Histoire du Chevalier Tristan , fils du
Roi Méliadus de Léonnois. L'extrait qu'en
donne la Bibliotheque des Romans , & qui
eſt l'un des plus agréables & des plus
intéreſſans ce ce recueil , eſt l'ouvrage
d'un homme de qualité , diftingué par
ſes ſervices & ſes grades militaires , à
qui ſes talens & l'étendue de ſes connoiſſances
, ont mérité une place dans
pluſieurs Académies. Après ces renfei- 1
3
JUIN. 1779 121
1
gnemens , il feroit inutile de taire fon
nom. On faura donc que M. le Comte
de Treſſan eſt l'Auteur de cet extrait ,
auffi curieux qu'amuſant.
Ifaïe le Triste. L'extrait eſt du même
homme de qualité qui a donné celui de
Tristan. Ce Roman nous dépeint les vertus
groffieres & les moeurs d'un ſiecle
barbare.
TROISIEME CLASSE. ROMANS
HISTORIQUES.
Le Triomphe des neuf Preux. C'eſt
l'hiſtoire ( traitée romaneſquement ) de
divers perſonnages , dont les uns appartiennent
à la Bible , les autres aux temps
héroïques chantés par Homere, les autres
à l'hiſtoire de France & de la Grande-
Bretagne. On y diftingue ſurtout l'histoire
de la jeuneſſe du célebre Bertand
du Gueſclin.
Histoire Secrette des Femmes galantes
de l'antiquité. L'Auteur commence par
les Divinités du Paganiſme , dont il a
retranché tout le merveilleux , pour y
ſubſtituer des intrigues galantes plus vraiſemblables.
Les Impératrices Romaines. Cet Ou-
L
と
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
vrage préſente des tableaux variés ,
& eft rempli d'aventures où l'amour
joue toujours le premier rôle. Il faut
lire l'avis qui eſt à la fin du ſecond vol.
d'Octobre 1775.
Artamene, ou le Grand Cyrus , par
Mademoiselle de Scudery. Rien de plus
grand , de plus noble , de plus fierement
deſſiné que le caractere de ce Héros. Il
regne dans ce Roman (peut-être trop furchargé
d'éſpiſodes ) le plus magique intérêt.
Le défaut dont nous parlons , diſparoît
abſolument dans l'extrait qu'en donne
la Bibliotheque des Romans , où ces épiſodes
ſont ſupprimés. Les vertus héroïques
du Cyrus de Mademoiſelle
de Scudery , les ſentimens , les procédés
& les actions vraiment magnanimes
qu'elle lui prête , font quelquefois tolérer
la faute qu'elle a faite de traveſtir en
Soupirant un perſonnage que l'hiſtoire ne
préſenta jamais tel.
Amendorix & Celanire , Hiſtoire Celtique.
Dans l'extrait qu'on a donné de
cet Ouvrage, on en a décompofé la marche
qui , dans l'original , eſt fort embrouillée
& furchargée d'épiſodes. Les
notes qui l'accompagnent font très-remarquables
, par les lumieres qu'elles
répandent ſur la partie hiſtorique.
JUIN. 1776. 123
Intrigues galantes de la Cour de France ,
depuis Pharamond juſqu'à Louis XIV.
C'eſt un mélange de fiction & de vérité.
L'Hiſtoire , dans cet Ouvrage , eſt plus
reſpectée vers les derniers temps ; on y
trouve même des anecdotes très-réelles &
très-dignes d'être recueillies. Il faut faire
attention aux notes , dans lesquelles le
Rédacteur , trés - inſtruit , indique les
Romans relatifs à chaque regne : il laiſſe
même entrevoir le deſſein de tracer dans
cette curieuſe collection , l'Hiſtoire de
France & celle de nos Rois , par une
analyſe raiſonnée & ſuivie des Romans
qui exiſtent. Plan nouveau , très - intéresfant
& très - deſirable.
Amours d'Afpafie de Milet. Ce Roman
eſt bien embelli dans cet extrait. L'homme
de goût qui a traité cet article , n'a
pas été fidele au plan de Madame de
Ville-dieu ; mais il a puiſé dans l'hiſtoire ,
dans Plutarque , dans les Philoſophes ,
dans les Poëtes , des traits & des détails
charmans qui peignent , avec beaucoup
de délicateſſe , les moeurs , le coſtume &
la galanterie des Grecs.
THE UNIVERSITY OL
124 MERCURE DE FRANCE.
QUATRIEME CLASSE. ROMANS
D'AMOUR.
L'Aftrée. Ouvrage connu ; mais on ne
connoiſſoit pas les éclairciſſemens fur
l'Aſtrée , par le célebre Avocat Patru ,
qui font très-curieux ,& qui ont été tirés
d'un manufcrit de cet homme célebre ;
ce qui donne un grand prix à l'extrait de
ce Roman .
Almahide ou l'Esclave Reine , par M.
ou plutôt par Mille de Scudery ; Ouvrage
très - intéreſſant & devenu rare. Les fameuſes
diſſentions des Zégris & des
Abencerrages , ne jouent nulle part un
plus grand rôle que dans ce Roman.
La Cythérée , Roman de Louis Marin,
ſieur de Gomberville ; Ouvrage d'unmérite
commun , mais enrichi , dans cette
collection , de notes curieuſes , & embelli
par l'élégante préciſion duRédacteur.
Zayde , Hiftoire Eſpagnole. La note
hiſtorique , très-détaillée & pleine d'anecdotes
, qui accompagne l'analyſe de cet
Ouvrage, n'eſt pas moins curieuſe , que
l'Ouvrage lui - même eſt intéreſſant.
La princeſſe de Montpenfier. Le précis
qu'on donne de cet Ouvrage de Ma-
こ
JUIN. 1776. 그림
}
dame de la Fayette, eſt du plus grand
intérêt.
La Princeſſe de Cleves. L'Hiſtoire de
cette production intéreſſante eſt détaillée
avec ſoin dans le préambule de l'extrait,
& donne plus d'importance au Roman
même.
1
La Comteffe de Tende , autre Roman
de Madame de la Fayette , écrit avec
toute la délicateſſe de l'eſprit , & toute
l'énergie de la paffion. Une note raiſonnée
fait bien ſentir le mérite de ce charmant
Ouvrage.
Hiſtoire des Fratricelles , Conte de Madame
de Ville-dieu. La note qui en précede
l'extrait contient les recherches les
plus curieuſes ſur la vie de cette Dame :
on y voit qu'elle puiſoit le ſujet de la
plupart de ſes Romans , moins dans fon
eſprit, qui étoit fort agréable , que dans
fon coeur , extrémement ſenſible & tendre
, & qui la rendit plus d'une fois
l'héroïne d'une aventure trop fameuſe.
Carmante. Roman tiré de l'histoire
grecque , par Madame de Villedieu. Cet
article eſt devenu piquant par l'art du
Rédacteur , qui a ſimplifié l'action &
animé la narration .
UTNHE
126 MERCURE DE FRANCE.
2
CINQUIEME CLASSE. ROMANS DE
SPIRITUALITÉ , DE MORALE ET
DE POLITIQUE.
L'Histoire de Barlaam & de Fofaphat ,
Roi des Indes. C'eſt un Roman deſpiritualité.
Cet Ouvrage, compoſé originairement
en langue ſyriaque , eſt attribué
à Saint Jean Damaſcene. Unjeune Prince
*qui a le courage de s'affranchir des pieges
de la ſéduction , & qui ſe laiſſe conduire
par les lumieres de la raiſon & de la
foi chrétienne: telle eſt la fiction de ce
Roman.
Les aventures étranges de Lycidas& de
Cleorithe. Cet Ouvrage eſt , pour le fond ,
une forte d'imitation du Roman précédent;
les détails ſeuls endifferent. L'Auteur
n'y épargne pas les tentations du
Démon contre l'innocence ; mais il fait
toujours triompher celle- ci de toutes les
attaques.
Les Aventures de Télémaque C'eſt le
chef-d'oeuvre (ſi connu) de M. de Fénélon.
Les obſervations qui en accompagnent
l'extrait , renferment des anecdotes
peu communes & fort intéreſſantes. On
a joint quelques morceaux moins conJUIN.
1776. 197
nus , mais non moins intéreſſans , du
même illuſtre Auteur , & qu'il avoit
compoſés pour l'éducation de Mgr. le
Duc de Bourgogne. Rien de plus moral
& de plus philofophique que ces hiſtoriettes
, qui étoient preſque oubliées ;
rien de plus agréable en même temps ,
par le charme du ſtyle & du ſentiment.
,
Pèlerinage de Colombelle & de Volontairette
vers leur Bien Aimé , dans Féru-
Salem. L'intérêt de ce Roman de ſpiriritualité
conſiſte dans les caracteres différens
de Colombelle qui eſt douce
réfléchie , docile & prudente ; & de
Volontairette qui eſt légere , inconfé
quente , capricieuſe. Les aventures des
deux foeurs & leurs deſtins naiſſent de
leurs humeurs. Elles font bien contrastées
& bien préſentées.
La Cyropédie, ou l'Hiſtoire de Cyrus ,
par Xénophon. On s'eſt ſervi , pour l'extrait
de cet Ouvrage, de la traduction )
de Charpentier , en regrettant que celle
que prépare en ce moment un Homme
de Lettres fort eſtimable , ne fût pas encore
publiée. L'intérêt de la Cyropédie
eſt plus chaud dans l'extrait que dans
l'Ouvrage entier , où les divers détails
de morale & d'inſtitution que Xénophon
1
128 MERCURE DE FRANCE.
avoit principalement en vue de placer
dans ſon livre , nuiſent fort à cet intérêt.
On lit à la tête de l'extrait , des recherches
très - curieuſes ſur l'Ouvrage & fur
le Traducteur.
Les Voyages de Cyrus , par M. de
Ramſay. C'eſt un Roman du même but
moral que la Cyropedie , c'est-à-dire , un
plan d'inſtitution propre à former un
jeune Prince. Dans l'analyſe qu'on en
donne , on fait voir les beautés & les
défauts de cet Ouvrage. On trouve à
la ſuite , le précis des critiques & des
réponſes auxquelles cet Ouvrage donna
lieu dans le temps ; entr'autres une
lettre du Pere Vinot , de l'Oratoire ; lettre
fort curieuse & bien écrite.
Romans de M. Camus , Evéque de
Belay. On s'eſt bien gardé d'analyſer
la totalité de ces Romans de ſpritualité,
qui font tombés dans un juſte oubli.
Mais , dans une courte notice , on fait
connoître le genre d'écrire & de s'exprimer
de leur Auteur , qui , malgré fon
mauvais goût , ne manquoit pas d'eſprit.
Les Romans analyſés , font :
La mémoire de Daric , où se voit l'idée
d'une dévotieuſe vie & d'une religieuse
mort.
Palombe ,
JUIN. 17768 128
Palombe , ou la Femme honorable.
Diotrephe , Histoire Valentine.
Aristandre , Histoire Germanique.
Le Pentagone historique , montrant en
cinq façades autant d'accidens signalés.
Ce Pentagone & ces cinq façades font
du ſtyle figuré , & font l'annonce ou
le titre métaphorique d'un recueil de
cinq fictions de ſpiritualité d'un but
moral. La premiere eſt intitulée : Herman
on l'amitié fraternelle; la ſeconde ,
Herminia ou les déguisemens ; la troiſieme,
Pascal ou l'erreur excusable ; la
quatrieme , Félix ou la vertu reconnue ;
la cinquieme , Everard. Dans la ſeconde ,
le bon Evêque fait une ſortie fort vive
contre les grands Seigneurs qui , de fon
temps , (vers l'an 1620) traînoient après
eux des filles perdues fous des habits de
Pages , & contre les Dames de la plus
haute naiſſance , qui ſe faiſoient ſuivre
parde jeunes hommes vêtus en filles .
Argénis & Poliarque , célebre Roman
de Barclay. Duryer en a fait une Tragédie.
L'Argénis a été traduit une fois en
italien, en eſpagnol , en allemand , en
hollandois , & trois fois en anglois. Une
note curieuſe ſuit l'extrait.
Les pieuses recréations du Pere Angelin
THE UNIVERSITY OF
I
13 MERCURE DE FRANCE.
Gazée , de la Compagnie de Féfus , Oeuvres
remplies de Saintes joyeusetés , c .
Ces contes édifians & plaifans , par la
naïveté de l'invention & da ſtyle , ont
fait long-temps , dans toute la France ,&
font peut- être encore dans quelques Provinces
, l'amusement des perſonnes reli.
gieufes.
SIXIEME CLASSE . ROMANS SATYRIQUES ,
COMIQUES ET BOURGEOIS .
4
La Satyre de Petrone. C'eſt moins un
récit qu'une action. Tous les perſonnages
y font en mouvement , & même dans
une forte d'agitation convulsive , comme
il convient aux Acteurs d'une orgie &
aux Héros d'une débauche effrénée. La
Bibliotheque des Romans préfente des obſervations
importantes for Pétrone.
Le Roman Bourgeois de Furetière . Ta
bleau fidele & pittoreſque des moeurs de
la petite bourgeoiſie du fiecle paflé.L'Auteur
s'eſt même amuſé àpeindre juſqu'au
costume des modes.
Le Télémaque travesti , par M. de Marivaux;
Roman burlesque , fingulier &
très-peu connu. La notice que la Bibliotheque
des Romans donne fur cet AcadéJUIN.
1776. 131
!
micien , contient beaucoup d'anecdotes
curieuſes.
Roman Comique . Scarron reſpire tout
entier dans l'extrait que la Bibliotheque
des Romans en donne ; on l'y réduit
à ce qu'il a de plus ſaillant , & l'on
a ſoin d'employer les expreſſions de cet
Ecrivain fingulier. Les anecdotes qui le
> concernent ne font pas moins propres à
le faire connoître,
Histoire de Gargantua & de Pantagruel
par Rabelais. L'extrait& les notes donnent
la plus juſte idée de l'efprit , du
goût , du ſavoir &du génie de cet Auteur
, autrefois trop eftimé peut- être , au
jourd'hui trop négligé.
Les aventures extravagantes du Courti-
San Grotesque , de 1633 ou 1634. C'eft ,
parmi les Ouvrages modernes , le plus
ancien prototype de Calembourgs , à la
fuite de cet article , on trouve toute l'hif
toire du genre , & l'on fait que ce genre
> eſt devenu afſez en vogue de nos jours .
SEPTIEME CLASSE . NOUVELLES HISTORI
QUES ET CONTES .
Les Cent Nouvelles - nouvelles. Ces
Nouvelles , pleines d'imagination & de
12
132 MERCURE DE FRANCE.
gaieté, écrites du ſtyle le plus naïf , font
les plus anciennes que nous ayons dans
notre langue. Elles ont ſervi de modele
à la Reine de Navarre , & fourni des
ſujets à la Fontaine. Les Narrateurs de
ces Nouvelles étoient le Duc de Bourgogne
; le Dauphin , depuis Louis XI ; Jean|
de Créqui ; Gilbert de Lannoi; le Comte
de Châtellux , Maréchal de France ; Thibault
de Luxembourg ; Pierre Michault ;
&c. On a rapporté , à cet égard, nombre
de particularités hiſtoriques qui font
dignes d'être lues.
Les Nouvelles Françoises , par M. Segrais.
On donne, dans des notes , l'explicationdes
portraits allégoriques répandus
dans cet Ouvrage, & qui font ceux des
principales perſonnes de la Cour de MademoiselledeMontpenſier:
ce qui répand
d'autant plus d'intérêt ſur ces fictions
ingénieuſes.
Les cent Nouvelles de la Reine de
Navarre. La lecture de ces Contes agréables
augmente de prix , par l'intérêt de
la note fort étendue & fort curieuſe , qui
les accompagne dans la Bibliotheque des
Romans.
Contes, Nouvelles & joyeux devis, de
Bonaventure des Perriers. La notice cu
1
JUIN. 1776. 133
rieuſe qu'en expoſe la Bibliotheque des
Romans , eſt accompagnée de recherches
&d'anecdotes fur la vie & les ouvrages
de des Perriers , & des autres Valetsde-
chambre de la Reine de Navarre. 6
Nouvelles de Scarron. Ces Nouvelles
prouvent que Scarron avoit une philoſolophie
, une galanterie & un fentiment
qui le rendoient capable de réuſſir dans
plus d'un genre. Cet Auteur , gai jufqu'au
burleſque , ſe montre dans ces Nouvelles
bien différent de lui même ; il y
intéreſſe , il attendrit ſon Lecteur.
Nouvelles Africaines , par Madame de
Ville-dieu.
Dom Carlos , Nouvelle Historique. Il y
adans cette Nouvelle beaucoup d'imagination
& d'intérêt.
Les Illustres Françoiſes , histoire véritable.
On n'ignore pas que toute hiſtoire
qui s'intitule histoire véritable , eſt un
conte. Si l'on y ajoute ces mots , &remarquable
, c'eſt une tromperie de plus.
Au reſte , les Illuſtres Françoiſes de Gré.
goire de Challes , font très intéreſſantes
& remplies de détails de moeurs & de
* paffions ; elles ont fourni pluſieurs ſujets
✓ de Théâtre , tels que la Comédie de Dupuis&
DDeeffrroonnnnaaiiss,, ttrraitée ſi agréable-
-
134 MERCURE DE FRANCE.
ment & avec tant de ſuccès , par M.
Collé ; celle du Comte de Livry & de
Mademoiselle de Mancigny ; Sylvie ,
Tragédie Bourgeoife , &c.
Hiftoire du Comte de Vallebois & de Ma
demoiselle de Pontais .
CetteNouvelle , & celles qui ſuivent ,
du Comte de Livry & de M. Salvange ,
font tirées des Illustres Françoises , &
ſont d'un intérêt vif & preſſant , par
l'art ingénu avec lequel elles font préſentées.
HUITIEME CLASSE. ROMANS
MERVEILLEUX.
L'Histoire de Mélusine,
Ce Roman , ainſi que les plus anciens ,
fut écrit en vers avant de l'être en profe.
Il étoit déposé , manufcrit , dans les are
chives de la Maiſon de Luſignan , qui
rapporte fon origine à cette prétendue
Fée , fille du Roi d'Albanie.
Les Contes des Fées, de Mde d'Aul.
noy , de Mlle de la Force & de Mde
de Murat ; le Dauphin , Belle - belle , la
bonne Femme , le Palais de la vengeance ,
Contes charmans qui amuſent l'enfance ,
& qui font fourire la raiſon,
JUIN. 1776. 135
قود
1
Hiſtoires ou Contes du temps palé , avec
des moralités , par Perrault. Le ton naïf
& familier , l'air de bonhommie , la
ſimplicité qui regnent dans ces fictions ,
étoient bien propres à leur acquérir la
célébrité dont elles jouiffent.
L'adroite Princeſſe , ou les aventures de
Finette . L'Auteur inconnu de ce Conte ,
met en action ces deux principes : Que
l'oiſiveté eſt mere de tous vices ; & que défiance
est mere de fûreté.
Contes d'Hamilton. Le précis de ces
Contes , eſt très-propre à en laiſſer une
idée convenable , & à juftifier la grande
réputation de cet Ouvrage. Il eſt accompagné
de recherches ſur la vie & les
Oeuvres de l'Auteur.
(
Peau d'Ane , Conte de des Perriers ,
mis en vers par Perrault. Ce conte étoit
devenu fort rare ; il eſt du nombre de
ces productions fingulieres , dont le fort
eſt d'avoir beaucoup de cours , quoique
décriées , à certains égards,
Plus belle que Fée , Conte ; par Made.
moiſelle de la Force.
Gracieuse & Percinet , conte par la
même...
Perfinette , conte , par la même.
Verd & Bleu , conte , par la même.
:
14
136 MERCURE DE FRANCE.
۱
Ces quatre hiſtoriettes , dont la Féerie
eftl'ame , ſontdes fictions agréables , con
tées avec beaucoup d'eſprit & d'ingé
nuité.
L'Oiseau Bleu , de Madame d'Aulnoy ,
quelques Contes de Fées de Madame de
Murat , & les Lutins du Château de Kernoſi
, accompagnés , dans l'extrait qu'on
en donne , de notes intéreſſantes & de
poëſies légeres , qui décelent plus d'un
talent aimable dans l'Homme de goût
qui préſide à cet Ouvrage , terminent
agréablement le dernier volume de la
premiere année de cette collection.
En général , on s'eſt proposé , dans la
Bibliotheque des Romans , de procurer au
Lecteur un amusement exempt de fati
gue; & l'on a cherché à lui rendre plus
intéreſſant ce qui l'étoit déjà , en préſen
tant les objets ſous toutes les faces qui
comportent intérêt & curioſité , & qui
raſſemblent , preſque ſous un même point
✓ de vue , les agrémens de l'imagination ,&
les avantages réels des recherches hiſtoriques
& critiques. 1
* Anecdotes de la Cour & du regne
Article de M. de la Harpe
JUIN. 1776. 137
d'Edouard II , Roi d'Angleterre ; par
Madame J. M. D. T. & Madame E.
D. B. A Paris , chez Piſſot , Lib. quai
des Auguſtins .
Les deux premieres parties de ce Roman
, fontun Ouvrage pofthume de Madame
de Tencin, ſi connue parpluſieurs
Romans , qui font au nombre des plus
intéreſſans & desmieux écrits dont notre
littérature s'honore; tels que le Siége de
Calais, le Comte de Comminge , les
Malheurs de l'amour. Les Anecdotes du
regne d'Edouard ne font pas indignesdu
nom&du talent de leur célebre Auteur,
quoiqu'elles ne ſoient pas de la même
ſupériorité que ſes autres productions.
On y reconnoît encore cet art de tracer
des caracteres & d'amener des ſituations ;
cet intérêt de ſtyle & ces détails de pafſions
, que ſaiſit ſi bien l'eſprit des femmes
, & qui ſemblent acquérir ſous leur
plumeunnouveau charme , parce qu'elles
paroiſſent les avoir tracés avec plus de
complaiſance.
La fortune & la diſgrace du malheureux
Gaveſton , favori d'Edouard , font
le fondement hiſtorique de cet Ouvrage ,
& forment même l'action principale.
L'Hiſtoire y eſt quelquefois ſuivie &
L
Iş
138< MERCURE DE FRANCE.
!
;
quelquefois déguiſée , & même contredite.
C'eſt le défaut de preſque toutes les
productions de ce genre , qui étoient fort
à la modedans le fiecle dernier , &qu'on
appelloit Nouvelles hiſtoriques. Elles font
paſſées de mode; & c'étoit un défaut
eſſentiel que ce mélange de la vérité &
de la fiction , qui répandoit beaucoup de
fauſſes idées , & pouvoit tromper beaucoup
deperſonnes peu inſtruites Quand ,
pour augmenter l'intérêt d'une fable , on
l'établit fur des événemens & des caracteres
connus , il ne faut point les
akérer & les défigurer. Le Siége de Calais
eft exempt de ce défaut , parce qu'il
ne roule guere que fur des intrigues
d'amour.
:• Madame Elie de Beaumont , connue
par les Lettres du Marquis de Roſelle ,
dont pluſieurs éditions ont atteſté le fuccès
dans ce Pays & chez les Etrangers ,
qui les ont traduites , a bien voulu ſe
charger de la troiſieme partie de l'Ouvrage
, que Madame de Tencin n'avoit
point achevée. Ceux qui ſentiront combien
c'eſt une tâche pénible que de travailler
ſur un plan qu'on n'a point fait ,
&de ſe mettre à la fuite des idées d'autrui
, fauront beaucoup de gré à Madame
de Beaumont de ſon travail , qui fait
JUIN. 1776. 139
autant d'honneur à ſa modeſtie qu'à fon
talent.
L'art du Chant figguré , de J. B. Mancini ,
Maître de chant de la Cour Impériale
de Vienne , & Membre de l'Académie
des Philarmoniques de Bologne ; trad.
de l'Italien , par M. A. Deſaugiers.
Italiam ! Lialiam ! Eneid VI.
Brochure in-8°. prix 1 1. 4 f. A Paris ,
chez Cailleau , rue St Severin ; Durand
, rue Galande; veuve Duchefne ,
rue St Jacques.
Le premier article de ce Traité , nous
donne quelques notices ſur les diverſes
Ecoles d'Italie , & fur les célebres Muſiciens
qui en ſont ſortis depuis la fin du
fiecle dernier. Les Ecoles de muſique les
plus renommées ont été celles de Piftocchi
, à Bologne ; de Brivio , à Milan ;
de François Peli , à Modene; de François
Redi , à Florence ; des Amateurs (Amadori)
à Rome; & celles de Porpora , de
Léonard Leo& de François Feo , àNaples.
Le premier Muſicien,dont il ſoit ici fait
mention , eſt le Chevalier Balthasar Ferri ,
de Pérouſe. Ce célebre Chanteur , doué
de la plus belle voix qui peut - être ait
jamais exiſté , avoit étudié tous les carac140
MERCURE DE FRANCE.
1.
३
teres du chant , &les avoit portés à leur
plus haut degré de perfection. Parmi les
tours de force qu'il faifoit de ſa voix , on
cite celui - ci: il montoit & deſcendoit
tout d'une haleine deux octaves pleines
par un trill continuel , marquant tous les
degrés chromatiques avec la plus grande
juſteſſe.
Siface ſe diftingua par un chant ſim .
ple , naturel & grave. Il conſerva jufqu'au
de- là de quatre-vingts ans une voix
fi claire , ſi flexible & fi légere , que ceux
qui l'auroient entendu chanter ſans levoir,
l'auroient pris pour un jeune homme à
la fleur de ſes ans.
Bernacchi , Diſciple de Piſtocchi de
Bologne , avoit une voix peu flatteuſe. Il
parvint néanmoins , est- il dit ici , à ſe
faire admirer univerſellement. Cet éloge
nous paroît peu meſuré , d'autant plus
qu'on a reproché à Bernacchi d'avoir fouvent
quitté l'expreſſiondu ſentiment pour
ſe livrer à un chant travaillé & compliqué.
Il étoit très - adroit , ſans doute , à
parcourir les paſſages les plus difficiles de
la muſique , dans le court eſpace d'une
ariette; mais cette adreſſe ne pouvoit
plaire qu'à quelques enthouſiaſtes , amis
des difficultés.
Le Paſi , contemporain de Bernacchi
<
JUIN. 1776. 141
1
&Diſciple , comme lui , de Piſtocchi ,
ine mit dans ſon chant que des ornemens
qui pouvoient faire valoir une voix foible,
à la vérité , mais pleine d'expreffion &
conduite avec beaucoup de goût.
Le Lecteur s'attend bien que dans une
notice ſur les célebres Chanteurs Italiens ,
on n'apas oublié le Chevalier Don Charles
Broschi , plus connu ſous le nom de
Farinelli , long - temps attaché au ſervice
de la Cour d'Eſpagne ,& qui vit aujourd'hui
retiré dans une de ſes maiſons de
campagne des environs de Bologne. Ce
célebre Chanteur avoit de plus que les
voix ordinaires de deſſus , ſept ou huit
tons également ſonores , & par-tout limpides
& agréables. On remarque ici qu'il
ſe diftingua fur- tout dans l'art de con
duire & de gouverner ſon haleine , qu'il
reprenoit ſi finement & fi délicatement,
que perſonne ne put jamais s'en appercevoir.
Il poſſédoit d'ailleurs toute la
ſcience muſicale à un degré éminent , &
tel qu'on pouvoit l'eſpérer du plus digne
éleve du ſavant Porpora. Auſſi à peine
commença-t- il à paroître ſur le Théâtre ,
qu'il devint l'idole des Italiens , & bientôt
de tout le monde harmonique.
Gaëran Majorano dit Caffarelli , Dif
ciple dePorpora , ainſi que Farinelli , ne
fit pas moins d'honneur à fon Maître.
142 MERCURE DIE FRANCE.
ود
ود
وو
On peut citer , parmi les célebres Cantatrices
, Françoiſe Guzzoni , née à Parme
, & Fauftine Bordoni, épouſe du fameux
Compoſiteur Jean Haffe , furnommé
le Saxon. La voix de la Cuzzoni ,
autant par ſa clartéque par ſa douceur ود & ſa légéreté , étoit de celles qu'on
appelle angéliques ; elle poſſedoitd'ailleurs
ſupérieurement l'art de la conduire
, de la foutenir, de la renforcer
& de l'adoucir inſenſiblement. Chantoit-
elle une ariette , elle la rajeuniſſoit
,, par des mordans, de petits grouppes
des trills parfaits , & enfin par tous les
agrémens du chant , qu'elle exécutoit à
ravir. Son intonation étoit d'une juf-
„ teſſe ſans égale , dans les fons même
ود
ود
وو
ود
ود
ود
ود les plus aigus". Aufſi l'appelloit-t-on
la lyre d'or. La voix de la Faustina paſſe
pour avoir été encore plus brillante. Elle
étoit d'une légéreté ſans égale. Cette céebre
Cantatrice , par la facilité qu'elle
avoit de rendre les paſſages les plus difficiles
de la muſique , contribua à introduire
dans le chant un nouveau goût.
Les Chanteurs , hommes & femmes ,
fans avoir égard à leur genre de voix
& à leurs talens , voulurent l'imiter , &
obligerent ſouvent les Compoſiteurs à ſe
conformer à leurs caprices.
JUIN. 1776. 143
M. Mancini nous rappelle d'autres
Muficiens célebres ; il nous donne enſuite
des préceptes ſur l'art du chant ; il nous
explique ce que c'eſt que la cadence , le
trill , le mordant , l'appogiatura , agrément
du chant, qu'il diviſe en ſimple &
en double ou grouppe. Il nous indique
les défauts de la voix, les moyens de les
corriger. Il nous fait part de ſes obferva
tions ſur l'intonation , ſur la vraie pofition
de la bouche , fur la maniere de
porter la voix & celle de l'appuyer ; il
finit par nous entretenir du récitatif&
de l'action théâtrale. Toutes ces inſtruc
tions ne doivent point être négligées par
celui qui veut ſe rendre habile dans l'art
du chant. Mais nous avouerons , avec M.
Mancini lui - même, que ce font moins
des préceptes qu'il faut à l'éleve , que des
exemples , & qu'une ariette chantée par
un Maître habile , contribuera plus à ſes
progrès que tous les Traités ſur l'art du
chant. Si, dans tous les beaux-arts ,les
,, ſuccèsdesEcoliers dépendent beaucoup
de la ſcience du Maître & de fa bonne
volonté à les inftruire (& c'eſt de
quoi l'on ne peut douter) dans l'école
du chant figuré,ils en dépendent entié
rement. Qu'un Peintre , un Sculpteur ,
un Architecte , un Poete , un Muficien
ود
60
ود
ود
"
d
144 MERCURE DE FRANCE .
Tur
,, ne ſoit pas des plus excellens ou des
„ plus ingénieux à communiquer toutes
ود
ود
"
"
fes connoiſſances à ſes Ecoliers , ceuxci
pourront ſe perfectionner un jour
» par eux-mêmes ,& rectifier ce que leur
Maître peut leur avoir enſeigné de
défectueux. Il exiſte tant de parfaits
,, monumens d'architecture,de peinture,
de ſculpture , de poëſie& de muſique
des plus grands Maîtres , qu'un jeune
,, homme , qui a du génie , n'a qu'à les
étudier pour ſe perfectionner. Mais il
n'en eſt pasdemême de l'art du chant ,
dont on n'a , ni ne peut avoir aucun
,, monument , par la raiſon qu'un Chan-
ود
ود
ود
ود
ود teurne peut laiſſer àla poſtérité ni cet
,, enthouſiaſme , ni cette méthode , ni
„ cettegrâce, ni cette conduite,&c. avec
,, leſquels il embellit ſon chant. Qu'on
,, ouvre les partitions des plus célèbres
وو
و د
Compoſiteurs , on n'y trouvera fûrement
aucune de toutes ces chofes
,, pas même le plus ſimple paſſage , &
cela tout expreſſément pour laiſſer au
Chanteur la liberté de l'embellir à fa
fantaiſie & felon ſon goût. Bien plus ,
prenons en main une ariette chantée
,, par le célebre Farinelli , &ayons ſépa-
„ rément par écrit toutes les variations
دو
و و
و د
23 & les agrémens qu'il a employés pour
l'embellir
"
JUIN. 17766 145
l'embellir ; nous ne pourrons néan
„ moins découvrir , en aucune façon ,
quelle étoit précisément ſa méthode ,
„ ou , pour mieux dire , cette magie qui
; lui a acquis une ſi grande célébrité".
Manuel du Jardiner , ou Journal de ſon
travail , diſtribué par mois , par M.
D***
Redit agricolis labor actus in orbema
Georg. Lib. II. v. 401 .
Nouvelle édition , revue , corrigée &
augmentée. Brochure in 12. prix 1 1.
A Paris , chez Debure pere , quai des
Auguſtins , au coin de la rue Gît-lecoeur.
Ce Manuel, bien connu par les éditions
précédentes , eſt une indication
utile & commode des différens travaux
à faire dans un jardin , durant le cours
del'année. Nous avons beaucoup d'écrits
fur la culture du potager. L'Auteur du
Manuel les a mis à contribution. Il en a
extrait les pratiques & les obſervations
les plus néceſſaires à ceux qui s'occupent
dujardinage par devoir ou par goût. II
K
146 MERCURE DE FRANCE.
a joint à ce Manuel la culture des plus
belles fleurs , c'eſt-à-dire , l'indication du
temps où il faut les ſemer , les marcoter
& les planter , pour que l'on puiſſe , dans
différentes ſaiſons, jouir de leur ſpectacle
agréable.
:
Effai fur les moyens de rendre les facultés
de l'homme plus utiles à fon bonheur ;
traduit de l'Anglois de M. Jean Gregory
, Profeſſeur de Médecine en l'Univerſité
d'Edimbourg , & premier
Médecin de S. M. en Ecoſſe. Volume
in 12. broché 2 liv. A. Paris, chez
Lacombe , Libr. rue Chriſtine.
L'accueil que le Public a fait aux Ob-
Servationsfurles devoirs & les fonctions d'un
Médecin , & à l'Ouvrage intitulé : Legs
d'un Pere à fes Filles , eſt, en quelque
forte , le garant du ſucces de l'Ouvrage
que nous annonçons, Un Médecin qui
a cultivé la philofophie & les belleslettres
, donne volontiers ſes heures de
loiſir aux divers genres d'étude qui lui
tiennent lieu de délaſſement. M. Gregory,
que la médecine occupe & attache
tout entier, ne peut pas faire un meilleur
uſage de ſes récréations , qu'en nous don
JUIN. 1776. 147
hant des Ouvrages remplis d'une aimable&
douce morale ,& de pluſieurs idées
neuves , qui peuvent ſervir aux agrémens
de la Société.
L'Auteur de cet Eſſai examine d'abord
les divers avantages que le genre humain
poſſede au deſſus du reſte des animaux ,
en conſidérant l'homme dans ſon état
ſauvage & dans les états progreſſifs de la
ſociété humaine. Il ſoutient que tous
ceux qui ont étudié la nature de l'homme,
n'ont pas aſſez connu la ſtructure de
fon corps & les loix de l'économie
animale. D'un autre côté , on eſt tombé
dans un excès oppoſé, en ne donnant aucune
attention aux loix particulieres de
la nature intelligente , & à leur influen
ce ſur le corps. Prétendre expliquer tous
les phénomenes de l'économie animale ,
& même éclaircir toutes les queſtions
qui ont rapport aux opérations de l'eſprit
humain , par les ſeuls principes de la méchanique
, c'eſt vouloir s'enfoncer dans
les ténébres & dévorer des abſurdités. Il
fuffit de confronter les loix les plus conſtantes
du méchaniſme avec ce qu'il y a
dans l'ame de plus intime,ſes ſenſations,
› ſes opérations , ſes modifications , pour
en conclure que rien n'eſt plus ſenſible
K
148 MERCURE DE FRANCE.
que l'oppoſition qui ſe trouve entre l'être
penſant & l'être machinal. Que l'on
faſſe le parallele des opérations que l'on
remarque dans les animaux , avec les actions
de l'homme , & l'on verra l'extrême
différence qui en réſulte. Chaque
animal fait les mêmes chofes , & de la
même maniere que ceux de ſon eſpece.
Ils ſemblent tous conduits par une ſeule
ame. Parmi les hommes , chaque individu
penſe & agit d'une maniere qui lui
eſt propre. Les animaux n'ont que les
facultés néceſſaires pour ſe conſerver ,
parce que la vie animale dont ils jouisſent
, ne fauroit avoir d'autre objet.
L'homme ne vit pas ſeulement pour vivre
; il vit pour cultiver ſa raiſon , pour
jouir des fruits inestimables de la ſagesſe
, pour remplir l'immenſité de ſes devoirs
à l'égard de Dieu, de lui-même&de
ſes ſemblables. Si la Nature a donné à
l'homme ſeul des facultés ſuperflues à ſa
propre conſervation, c'eſt une preuve
bien claire , comme l'ont remarqué les
meilleurs Philoſophes , qu'elle n'a pas voulu
le borner , comme les autres animaux ,
au ſoin de ſa ſeule conſervation; & c'eſt
avec raiſon que M. Grégory , en avouant
que toutes les parties de la nature font
JUIN. 1776. 149
fort unies l'une avec l'autre, par une gradation
inſenſible , n'en foutient pas moins
que la gradatión diſparoît en comparant
l'homme avec les autres animaux , & que
la diſtance eſt infinie entre les facultés
humaines , & celles de la brute la plus
parfaite.
Les réflexions qu'il fait ſur l'éducation
phyſique des enfans , ſur l'uſage de nos
facultés , fur les avantages de la Religion
, ſont également judicieuſes & utiles.
On lira avec plaiſir la digreſſion qu'il
fait ſur la muſique , qu'il ne réduit pas
au talent frivole de chanter ou de jouer
d'un inſtrument. Cet Auteur prouvebien ,
par la pureté de ſa morale , que rien n'eſt
plus propre à nous conduire à Dieu , & à
nous exciter à l'accompliſſement de tous
nos devoirs , que l'examen de la plus parfaite
des créatures , tiré du méchaniſme
admirable de l'homme ſain ,& de la guériſon
, plus admirable peut être encore ,
de l'homme malade. Galien avoit bien
raiſon d'appeller ſon livre ſur l'uſage des
parties du corps humain , un monument
érigé à la gloire de cet étre. M. Grégory
, à l'exemple du grand Boerhaave, inculque
dans tous ſes Ouvrages , que la
pratique de la vertu eſt l'unique ſource
K3
150 MERCURE DE FRANCE.
tTeHE
1
9
des vrais plaiſirs; & que la deſtinée des
gens de bien, eſt mille fois plus douce
& plus agréable que celle des hommes
qui peuvent ſe livrer à toutes leurs pasfions.
Voici comment ce Médecin Philofophe
s'exprime ſur la paſſion des richeſſes
, qui eſt devenue , malheureuſe .
ment pour notre fiecle , la paſſion univerfelle.
Elle corrompt , dlt il , tous
les ſentimens du goût , de la nature &
de la vertu. A la longue , elle réduit
la nature humaine à l'état le plus mal-
> heureux qu'on puiſſe éprouver. La
conſtitution du corps & de l'eſprit devient
foible & mal faine , incapable de
> foutenir les viciffitudes ordinaires de
la vie , également incapable de jouir de
ſes plaiſirs , parce que la ſource en eſt
tarie ou détournée ; dans cet état , l'or
devient la ſeule idole , devant laquelle
„ tout genou fléchit. On abandonne
pour elle tout principe de religion&
de vertu ; & la plus grande partie des
hommes lui facrifient chaque jour , &&
* leur vie & leur ſanté . Cette paffion
„ pervertit totalement le coeur ; éteint ,
» ou, du moins , ſubjugue l'attache-
» ment naturel entre les deux ſexes ;
» & , au mépris de tout ſentiment de la
৫
JUIN. 1776. 151
20
"
ود
"
"
nature & d'une ſaine politique , ils re
gardent toujours leurs propres enfans
comme une charge & un embarras.
En échange de tous ces biens , l'or ne
procure ni félicité , ni même de plaifir ,
dans le propre fens de ce mot. Il nourrit
ſeulement une vanité pénible , inquiete
& inſatiable; il abandonne les
hommes à la diffipation , à la langueur ,
» au dégoût & à l'infortune. Alors ,
non ſeulement lepatriotiſme eſt éteint ;
mais tout ce qui en a le caractere ,
paſſe pour ridicule. Ce qu'on appelle
vues publiques , ne regarde ni l'encou
„ ragement de la population , ni le pro-
, grès de la vertu; mais ſeulement l'agrandiſſement
du commerce & l'étendue
des conquêtes, Lorſqu'une Nation
eſt arrivée à ce point de dépravation ,
la liberté alors eſt de courte durée ,&
ne peut être foutenue que par le hafard,
qui place auprès d'elle quelques
Nations auffi corrompues , dont les dif
férens maux balancent les ſiens. Quand
,, un Peuple libre , opulent , & livré au
, luxe, a perdu ſa liberté , il devient le
,, plus vil & le plus méprifable de tous
les eſclaves".
α
ود
"
1
L
K
:
FING UNIVERSITY OF MICHIGAN
+52 MERCURE DE FRANCE,
:
Théâtre du Monde, ou , par des exemples
tirés des Auteurs anciens &modernes ,
les vertus & les vices ſont mis en oppoſition
, par M. Richer , Auteur des
Hommes illuftres. A Paris, chez Saillant
, Libr. rue St. Jean-de-Beauvais ;
la veuve Ducheſne , le Jay & Dorez ,
Libraires , rue St. Jacques.
L'Hiſtoire , dit un Magiſtrat éloquent ,
eſt vraiment une ſeconde philofophie ,
qui nous fait connoître la véritable nature
de l'homme , & qui nous découvre le
principe de ce mélange etonnant de pas
fions & de vertus , de baſſeſſe & de grandeur
, de foibleſſe & de force , de crimes
atroces & d'actions héroïques , qu'on
trouve ſouvent dans le même homme,
Rien n'eſt plus rare que les deux extrêmités
oppoſées , c'eſt à-dire , la vertu
ſans vices , & le vice ſans vertus ; ou , ce
qui eſt preſque la même choſe , l'homme
entiérement bon & l'homme ſouverainement
mauvais . Principe fécond, qui fert
à expliquer la véritable cauſe d'une grande
partie des événemens qui nous furprennent
dans l'hiſtoire.
La philofophie poſe les fondemens de
JUIN. 1776. 153
la connoiſſance du coeur humain ; mais
elle ne nous montre au plus que les cauſes
, au lieu que l'hiſtoire nous découvre
les effets. Et tel eſt le caractere de la plupart
des hommes que , comme les exemples
les affectent davantage , & font plus
d'impreſſion que les préceptes , ils connoiſſent
auſſi plus facilement les cauſes
par les effets , que les effets par les
cauſes.
Entre les cauſes mêmes , la philoſo.
phie ne nous découvre que les plus fimples
& les plus générales: il n'y a que
l'hiſtoire qui nous inſtruiſe des cauſes
particulieres , & qui nous développe les
refforts ſecrets& ſouvent imperceptibles
qui remuent les volontés des hommes.
C'eſt par cette connoiſſance que l'hom.
me apprend véritablement à vivre avec
les hommes. Il est né pour la ſociété ,&
la connoiſſance de foi-même , qui ne lui
fuffit que dans la folitude , doit emprunter
le ſecours de la connoiſſance des autres
hommes , pour ſe ſoutenir dans le
tourbillon du monde & des affaires.
Ainſi l'utilité de l'hiſtoire n'a pas plus
beſoin d'être prouvée que l'utilité de la
connoiſſance des hommes , qui s'acquiert
en grande partiepar l'étude de ce qui eſt
hap
K 5
154 MERCURE DE FRANCE.
arrivé dans les différentes ſociétés entre
leſquelles la Providence a partagé l'Uni
vers. Cette étude eſt ſur-tout indiſpenſable
auxjeunes gens qui ont un extrême befoin
d'acquérir cette expérience anticipée
, qui leur devient ſi néceſſaire en
entrant dans le monde : & l'on a obſervé
dans tous les temps , que les leçons ſéches
d'une morale ſévere & didactique , ne
produiſoient tout au plus qu'une conviction
ſtérile fans faire éclore le ſentiment.
Qu'on oppoſe les exemples aux
préceptes , qu'on introduiſe fur la ſcene les
Socrates , les Ariſtides ,& l'on éprouvera
que cette morale miſe en action s'infi
nuera dans les coeurs , & que la jeuneſſe
fera les progrès les plus rapides dans la
pratique de la vertu.
Par l'hiſtoire on devient ſage aux dépens d'autrui.
C'eſt l'école de la prudence.
Le Public ne fauroit trop accueillir
tous lesOuvrages où l'on ſe propoſe, com
me dans celui qui nous annonçons , de
former l'efprit & le coeur de la jeuneſſe,
en lui mettant ſous les yeux un tableau
intéreſſant des actions héroïques , & en
Jui apprenant de bonne heure à difcerner
le faux éclat dont ſe pare le vice , d'avec
JUIN. 1776. 155
la gloire réelle de la vertu. L'Auteur du
Théatre du Monde a pris pourfon modele
Valere Maxime , qui puiſa dans les meilleurs
Auteurs , les actions mémorables des
grands hommes , & en fit une collection
qu'il préſentaau Public.ValereMaxime ne
lie pas aſſez les événemens , & ne fair
pas toujours aſſez connoître les perfon
nages & les motifs de leurs actions . M.
Richer a évité cet défaut , en faifant
précéder chaque trait hiſtorique d'un
préambule , qui fait connoître au Lecteur
les perſonnages dont on rapporte les
actions ; le temps &les lieux où ils ont
vécus. Pour mettre delavariété dans fon
Ouvrage, il a eu ſoin de faire fuivre un
exemple de vertu par un autre du vice oppoſé,
Ce recueil, qui réunit l'utile à
l'agréable , a le double avantage d'inftruire&
d'amuſer , &ne renferme aucunt
de ces traits licencieux , qui ne peuvent
que pervertir le lecteur. La variété des
faits pique la curioſité ſans fatiguer l'attention;&
le bon choix , (partie eſſen-
⚫tielle de ces fortes d'Ouvrages ) fauve de
l'ennui d'une longue lecture , où l'utile
&le dangereux font trop ſouvent mêlés
& confondus enſemble.
4
t
156 MERCURE DE FRANCE. 1
1
Abrégé historique des Ordres de Chevalerie
anciens & modernes . A Paris , chez
Dorez , Libraire.
On trouve dans cet Ouvrage des notions
exactes & ſuccintes ſur l'origine
des différens Ordres de Chevalerie , qui
ont exiſté autrefois dans le Royaume ,&
de ceux qui y exiſtent encore. On y voit
auſſi les Ordres des Royaumes , Républiques
& Principautés de l'Europe ; ainſi
que ceux qui ont été créés à la Terre-
Sainte. La Nobleſſe Françoiſe doit prendre
un intérêt particulier à cet Abrégé ;
elle doit ſe plaire à contempler , en parcourant
le précis hiſtorique des différens
Ordres du Royaume , ceux de leur famille
, décorés de cette diſtinction flatteuſe
, qui fut toujours la récompenfe
du mérite militaire, ou du moins , des
ſervices rendus à la patrie. Rien n'étoit
plus propre à inſpirer l'amour de la
gloire & à produire d'excellens défenſeurs
de la patrie, que l'inſtitution de
tous ces différens Ordres , qui n'ont pas
tous la même origine. Pluſieurs Hiſtoriens
prétendent que le premier Ordre
de Chevalerie dont nous ayons connoif
ſance , commença dans la Palestine , à
l'occaſion des fréquens voyages que les
JUIN. 1776. 157
Chétiens de toutes les Nations faisoient
dans la Terre Sainte.
Après la priſe deJérusalem , l'an 1099 ,
par les Chrétiens d'Occident , comme
l'obſerve l'Auteur de cet Abrégé , il s'éléva
différentes ſociétés qui , ſous la profeſſion
de trois voeux ſolemnels , ſe dévouerent
à la défenſe des lieux faints , ou
à exercer l'hoſpitalité envers les Pélerins
qui y abordoient de toutes parts.
On trouve à la tête de l'Ouvrage un
précis hiſtorique ſur l'origine des Ordres
de Chevalerie , & la table alphabétique
qui indique chaque Ordre & le Royaume
dans lequel il exiſte. Les dates chronologiques
y font obſervées exactement ;
& c'eſt d'après de bons mémoires que
l'Auteur foutient que ſon Abrégé a été
rédigé.
Supplément au Traité de l'éducation économique
des abeilles , ou l'art de former
foi-même les eſſaims , quand on juge
à propos de le faire , ſans être obligé
d'attendre qu'ils viennent d'eux mêmes
; par M. Ducarne de Blangy , de
la Société Royale d'Agriculture du
- Bureau de Laon. A Paris, chez Guef
fier, Imprimeur - Libraire, au bas de
138 MERCURE DE FRANCE.
la rue de la Harpe , 1776. Prix 12
fols.
Ce Supplément , ainſi que tous les
Ouvrages de M. Ducarne de Blangy ,
annoncent dans ſon Auteur un bon Citoyen
, qui ne s'occupe que des chofes
utiles , &qui ſe fait un plaiſirde les communiquer
à ſes Concitoyens.M. Ducarne
de Blangy s'occupe , depuis long-temps ,
de l'éducation des abeilles ; & on peut
dire que c'eſt un de ceux qui a poufſé
, ſur cet objet, les connoiſſances le
plus loin ; ce Supplément en eſt encore
une preuve convaincante , puiſqu'il
eſt parvenu à former lui - même des
eſſaims à ſon gré. La Société de Luſace
nous avoit bien indiqué quelques moyens
pour le faire ; mais ces moyens ne réuffiffoient
pas toujours : ce n'eſt qu'à force
d'épreuves & d'expériences que M. Ducarne
eſt parvenu au vrai but.
On donnera gratis le Supplément à
ceux qui prendront le Traité de l'éducation
économique des abeilles , qu'on
trouve chez le même Libraire.
Les moeurs des Germains & la vie d'Agricola
, par Tacite; traduction nouvelle ,
JUIN. 1776. 159
t
avec des notes ſur le ſens& le ſtyle de
Tacite; par M. Boucher , Procureur
au Parlement. A Paris , chez Demonville
, Imprimeur - Libraire , rue Saint
Severin.
)
M. Boucher s'étant , par les circonftances
, privé des fonctions de fon état ,
& attendant le retour du Corps auguſte
des Magiſtrats , auquel il eſt inviolablement
attaché , a eu le loiſir de relire
Tacite , & d'étudier le génie & le ſtyle
animé de cet Hiſtorien Philofophe.. On )
fait combien Tacite met de concifion
dans ſes idées & dans la maniere de les
exprimer ; M. Boucher a expofé au devant
de ſa traduction , des réflexions lumineuſes
ſur le méchaniſme en quelque
forte , & fur l'ordredu ſtylede cetAuteur
Latin. Il a cru appercevoir que c'étoit en
le ſuivant avec une ſcrupuleuſe attention
dans tous ſes mouvemens, dans ſes tours ,
dans ſa marche rapide , que l'on pouvoit
ſuivre ce Prothée , & découvrir le myf
tere de ſon génie. Mais il y a toujours
la difficulté invincible des formes des
deux langues latine & françoiſe , qui ne
procédent point de même ; & le Traduc
teur prouve, par ſes propres efforts ,
I160 MERCURE DE FRANCE.S
に
qu'il n'eſt point toujours à propos de
ſuivre ſervilement fon modele. Cependantcette
méthode l'a ſervi , en beaucoup
d'endroits , à découvrir le vrai ſens de
Tacite , échappé à pluſieurs autres Traducteurs
, à corriger heureuſement beaucoup
de paſſages difficiles du texte latin ;
ſes notes font toujours fingulieres , &
ſouvent très - utiles . Cet eſſai doit être
recherché , & encourager M. Boucher à
completter , dans une nouvelle édition ,
tout ce qui nous reſte de l'HiſtorienRomain.
La Fille de trente ans , Comédie. A Paris
, chez Cloufier , Imprimeur - Libr.
rue St. Jacques ; Ruault, Libr. rue de
la Harpe , 1776.
Conſtance , le principal perſonnage
de cette Comédie , affecte de mépriſer
le mariage , de mal parler des hommes ,
de vouloir être au-deſſus de fſon ſexe , de
rebuter les partis qui ſe préſentent. Enfin ,
parvenue à un certain âge , elle veut bien
confentir à donner ſa main à l'hommemême
qu'elle a le plus dédaigné ; mais
elle eſt elle-même refuſée , & obligée de
refter dans le célibat. Cette Comédie
pré
JUIN. 1776. 161
i
préſente une leçon utile pour les jeunes
perſonnes du caractere de Conſtance , s'il
s'en trouve. Cette piece eſt agréable &
facile à jouer en ſociété.
Des pierres précieuses & des pieres fines ,
avec les moyens de les connoître &
de les évaluer ; pat M. Dutens , de la
Société Royale de Londres , & de
l'Académie des Inſcriptions & Belles-
Lettres de Paris .
In aritum coacta rerum naturæ majestas.
Plin. 1. 37.
Brochure d'environ 146 pages . prix 6
liv. A Paris ; chez F. A. Didot , Imprimeur
Libr. rue Pavée St André ;
Debure aîne , Libr. quai des Auguftins.
Ce Traité des pierres précieuſes & des
pierres fines , eſt fait avec beaucoup de
préciſion &de connoiſſance. L'Auteur a
tiré parti des lumieres de tous les Ecrivains
, même de leurs erreurs ; il a trouvé
qu'en omettant les inutilités , pour ne parler
que de ce que l'on fait , on pouvoit
produire un fort petit Ouvrage , qui
L
162 MERCURE DE FRANCE.
fuffiroit pour infſtruire les gens du monde
de ce qu'il leur convient de ſavoir à cer
égard , & qui pourroit ſervir de guide
aux Amateurs , pour les diriger dans
leurs collections , & d'inſtruction aux
Joailliers pour l'avantage de leur com
merce. Ce plan eſt parfaitement rempli ,
& réunit beaucoup de lumieres & d'inftructions.
Ce petit volume eſt riche &
précieux dans ſon genre , comme les
objets qu'il renferme , ſurtoutſi l'on
confidere le fini , en quelque forte , &
l'éclat de l'édition par la beauté du papier,
par la netteté de l'impreſſion , &
par l'intelligence de l'exécution typographique.
&
Mémoires de mathématiques & de physique
préfentés à l'Academie Royale des
Sciences par divers Savans , & lus
dans les aſſemblées. Année 1773. Vol.
in 4º. De l'Imprimerie Royale; avec
fig . & ſe trouve à Paris , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins.
Les Mémoires envoyés par les Savans
qui ne ſont pas Membres de l'Academie ,
font imprimés dans des volumes féparés ,
il y a dans celui-ci un Mémoire de mi
JUIN. 1770900168
néralogie , un de botanique , quatre
d'anatomie , trois ſur l'hiſtoire naturelle
des animaux , deux d'hiſtoire météorologique,
deux de chimie , cinq d'analyſe ,
un de mechanique rationelle , un d'hy
droſtatique , trois d'obſervations aſtronomiques
, deux d'aſtronomie théorique
&un ſur les arts.
Histoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui
en dépendent. SCIENCES EXACTES ;
ſavoir : l'arithmétique , l'algebre , la
géométrie , l'astronomie , la gnomonique ,
la chronologie , la navigation , l'optique ,
la méchanique , l'hydraulique , l'acouftique
& la musique , la géographie ,
l'architecture civile , l'architecture militaire
, l'architecture navale ; avec un
abrégé de la vie des Auteurs les plus
célebres dans ces ſciences. Seconde édi
tion corrigée. Par M. Savérien. Vol.
in-8°. rel. prix 5 liv. AParis , chez
Lacombe , Lib. rue Chrſtine , 1776.
Avec approbation&privilége du Roi.
Cettenouvelle édition contient peu de
changemens&d'augmentations ; mais elle
atteſte l'utilité de cet Ouvrage. L'Auteur
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
remonte , dans cette Hiſtoire des Science's
exactes, à l'origine de chaque fcience ou
de chaque art en particulier , & fuit ſes
progrès fans quitter l'ordre des temps. Il
forme ainſi des tableaux iſolés , qui repréſentent
tous les efforts que l'eſprit
humain a fait pour produire les objets
qui les compoſent.
M. Savérien a donné , ſur le mêmeplan,
l'Hiſtoire des Sciences physiques & naturelles
& des arts qui en dépendent; favoir
: l'eſpace , le vuide , le temps , le
mouvement & le lieu ; la nature ou les
corps ; la terre , l'eau , l'air , le fon , le
feu , la lumiere & les couleurs , l'électricité
,l'aſtronomie phyſique , le globe terreſtre
, l'économie animale , la chimie ,
la verrerie , la teinture , avec un abrégé
de la vie des plus célebres Auteurs dans
ces ſciences , volume in-8°. prix 5. rel.
chez le même Lib .
On imprime pareillement en un vol.
in-8°. & du même Auteur , l'Hiſtoire des
Sciences intellectuelles , ce qui complettera
l'Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain
dans les ſciences & dans les arts .
Mémoires Turcs , nouvelle édition revue
& corrigée avec fig. A Amſterdam,
JUIN. 1776 165
On en trouve quelques exemplaires
à Paris , chez Mérigot le jeune , quai
des Auguſtins.
Le ſuccès de cet Ouvrage eſt prononcé
parplus de 6 éditions qui en ont été faites ;
& celle ci ne peut qu'être plus agréable
au Public , par les foins qu'on a apportés
aux corrections du ſtyle , ainſi qu'à l'agrément
typographique , & fur-tout par une
Epître dédicatoire à Mademoiselle de T.
dans laquelle les moeurs du jour , ou les
vices du bon ton , ſont peints avec une
gaiete& une ironie foutenues. Cet Ouvrage
, en 2 volumes ,eſt de M Daucour
connu par beaucoup d'autres productions
eſtimées , fur-tout par l'imagination qui
y regne.
On va auſſi réimprimer , ſur le même
format des Mémoires Turcs , & avec
figures , le Berceau de la France , l'Aca
demie Militaire , & quelques autres Ouvrages
de M. Daucour, dont les pre
mieres éditions , épuiſées , ne ſe retrouvent
plus , on finira par le Pariféide , du
même Auteur.'
On propose à l'hôtel de Thou rue des Poitevins,
"
L
C
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
à des diminutions conſidérables , jusqu'au
Ier Septembre 1776, pluſieurs articles
considérables de Librairie , entr'autres :
Corps complet de P'Histoire & des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences , in 12 , depuis ſon origine en 1666,
jufques & compris 1772 , en 170 volumes , propoſés à
350 1. au lieu de 595 liv.
Ce grand & précieux Ouvrage eſt la bibliotheque la
plus complette que nous ayons ſur toutes les ſciences
naturelles ; c'eſt l'ouvrage de plus d'un fiecle de travaux ,
&des hommes les plus célebres par le génie , l'eſprit , le
ſavoir & les lumieres .
L'édition in-4. étant d'un prix exceffif & preſque entiérement
épuiſée , le fieur Pankoucke vient d'acquerir des
Libraires d'Hollande tout le fonds de cet ouvrage in 12.
Cette édition commode , portative & correcte , comprend
le même nombre de planches que l'édition in-4.
Les volumes qui manquent pour mettre cette édition
au pair de l'in-4. feront publiés en 1777. Par la réimpreffion
de pluſieurs volumes, on eſt parvenu à former
400 corps complets , en 170 volumes ; &, pour en faciliter
l'acquifition , on fera la diftribution de l'ouvrage en
quatre parties , ſavoir : le premier Mai prochain , en recevant
les années 1699 à 1708 ; les années 1725 à 1757 ; trois
volumes de Tables , formant 95 vol. on payera 200 1.
Le 1 Février 1777 , les années ,
1
JUIN. 1776. 167
1666, & 1709 à 1724 25 50
Le i Juin , les années 1758 à
$765 , 24 50
Le 1 Décembre , les années 1766
1772, 26
50
170 350
Nota. Les perſonnes qui voudront faire le premier payement
en quatre fois , à trois ou fix mois de diſtance , en
feront les maîtreſſes ; elles ne retireront alors que le quart
des volumes; ſavoir, en retirant les années 1699 à 1708 ,
& 1725 à 1729 , formant 25 volumes , elles payeront 50
liv.; en retirant les années 1730 à 1741 , 25 vol. même
fomme ; en retirant les années 1742 à 1751 , 25 vol. méme
ſomme ; & les années 1752 à 1757 , 3 vol. de Tables,
même ſomme.
1 On a été obligé de faire de la tête de l'ouvrage la
deuxieme livraiſon , parce qquuee c'eſt dans cette partie qu'il
manque le plus de volumes. Il y a de ces vol. qui ont
été réimprimés pluſieurs fois en Hollande.
Les perſonnes qui veulent profiter de cette diminution ,
doivent actuellement ſe faire inſcrire & on leur donnera
une obligation pour leur fournir les volumes , dans le
temps & dans l'ordre déſignés ci deſſus. On ne paye chaque
livraiſon qu'en la recevant. On continuera cet ouvrage
à mesure que l'in-4. paroîtra.
P
Les perſonnes qui ont acquis précédemment ce Recueil,
& qui veulent ſe completter , profiteront de la diainution
actuelle , elles payeront chaque vol. ſéparé a b
L
L4
168 MERCURE DE FRANCE.
110 f. au lieu de 8 1. 10 f. prix que les Hollandois les
ont toujours vendus.
Le Recueil in-4. ſe vend 12 à 1300 1. dans les ventes :
cette édition in 4. en 1764 , fut propoſée pour 800 1. ſçavoir ,
les 88 vol , qui ne comprenoient que juſqu'à l'année 1762. Ces
170 vol. qu'on peut acquérir pour 350 1. comprennent juf
qu'à l'année 1772. On peut encore obſerver que ces 170
vol tiennent moins de place dans une bibliotheque que le
corps complet in-4 parce qu'un vol. in-4. eſt au moins
plus haut & plus épais d'un tiers , qu'un vol . in- 12.
L'Histoire & les Mémoires de Littérature de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles Lettres , 74 vol. in 12.
Les 74 vol . comprennent les 32 premiers vol. de l'édition
in-4. propofés à 129 1. au lieu de 222 t.
:
t
Les Mémoires de l'Académie des Inſcriptions ſont fi
connus , & l'édition in -4. eſt ſi répandue en France &
chez l'Etranger , qu'on peut ſe diſpenſer d'entrer dans un
grand détail, pour en faire connoître le mérite & l'utilité.
)
....
L'édition in-12. comprend le même nombre de figures
que l'in-4 . La différence du prix de ces deux éditions eft
de plus des deux tiers .
5
On peut l'acquérir à la fois ou par parties ; ſavoir,
en recevant la quatrieme & troiſieme livraiſon , formant
24 vol. on payera 42 1.
En recevant la 2e.' 24 42
En recevant la ze. 24 45
74 129
Les perſonnes qui ont acheté les premieres livraiſons
JUIN. 1776. 169
peuvent ſe procurer les ſuivantes au même prix , à l'exa
ception des fix derniers vol. qui comprennent les Tomes
XXXI & XXXII in-4. ainſi chaque vol. pendant la durée
du rabais , fera de 1 1. 15 f. au lieu de 2 1. 10 f.
Recueil des Ordonnances , &c. des Rois de France de la
troiſieme Race , II vol. in-fol. ſans la Table. Imprimerie
Royale .
Cet ouvrage manquoit depuis long-temps ; au moyen de
la réimpreſſion du premier vol. le ſieur Pankoucke eſt par
venu à former 50 corps complets.
Le corps complet en 11 vol. in fol. compris la Table,
fera de 276 1 .; & paſſé cette année , s'il en reſte quelques
exemplaires , de 350 1.
Les vol. ſéparés depuis le Tome II , 18 1. au lieu
de24 1. r
Chacun de ces vol . d'Ordonnances eſt précédé de préfaces
ou difcours très-bien faits , qui fervent d'introduction
à toutes les parties de notre Droit , & qui facilitent Pin
telligence de ces Ordonnances.
Recueil des Diplômes & Ordonnances des premiers Rois
de France ; Imprim. Royale , in-fol. 18 I. au lieu de 24 1.
Les Ordonnances des Rois de France , 11 vol. in-fol ne
-contiennent que les Ordonnances des Rois de la troifies
me Race. Cet Ouvrage eſt l'introduction de ce Recueil
immenſe: il contient les Ordonnances des Rois de
premiere & deuxieme Race ; il contient de plus des no
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
1
tices , des remarques critiques , des obſervations ſages&
judicieuſes ſur toutes les parties de chaque chartre ou of
donnance.
Tables Chronologiques des Diplomes , Chartres , titres &
actes imprimés , concernant l'Histoire de France , par
M. de Bréquigny ; Imp. Royale; in-fol. 36 1. au lieu de
48. 1. Le Tome II ſéparément , br. 24 1. rel. 29. 1.
M. de Bréquigny a apporté dans la rédaction & la dic
tribution de cet Ouvrage tout le foin poffibie , & y a répandu
toutes les lumieres qu'on connoît à cet illuftre
cadémicien : la préface qui commence le volume eſt un
chef-d'oeuvre. Cet Ouvrage fait ſuite aux Ordonnances.
Collection Académique , composée de tous les Mémoires de
toutes les Académies de l'Europe , concernant l'hiſtoire
naturelle , la médecine , la phyſique , &c. 17 vol. fn-4.
nombre de planches. Les 17 vol. propoſés à 119 1. au
lieu de 204 1.
Les Recueils Académiques font immenfes , & il n'y
peut être pas en Europe une ſeule bibliotheque où l'ont
ſoit parvenu à les completter ; mais cette collection fût- elle
raſſemblée actuellement , il n'y a peut- être pas un ſeul homme
qui fût en état de la lire. Le but de la Collection Académique
, eſt d'abréger ces ouvrages immenfes. Lorſqu'elle
ſera au pair des Académies qui fe publient chaque année .
ce ſera un des Recueils les plus utiles des ſciences naturelles
, puiſqu'on aura en 30 volumes in-4. écrits dans la
même langue , tout ce qu'il y a d'eſſentiel dans plus de
500 vol. écrits en toutes fortes de langues , & dont l'acquiſition
totale coûteroit plus de 500 louis. Y
1
JUIN. 1776. 171
Cet Ouvrage contient déjà le dépouillement de plus de
250vol.
Le Tome I comprend l'Académie del Cimento ; le II ,
Pabrégé des tranſactions de Londres ; le III , les éphémé
rides des Curieux de la Nature ; le IV, les actes de Copenhague
, &c .; le V, l'extrait de Swammerdam; le VI,
les éphémérides de Léipſick , &c.; le VII , la ſuite des
éphémérides & des actes de Copenhague ; les VIII , IX,
l'abrégé de l'Acad. de Berlin; les X, XI , l'abrégé de
P'Académie de Bologne & de Suede ; le XII , la fuite de
- Berlin , &c. &c.
La plupart des vol. de cet Ouvrage ſont précédés de
difcours prémilinaires , faits de main de maître; on les
attribués à M. le Comte de Buffon : mais ils font de
M. de Guenau de Montbeliard , chargé de la continuation
de l'hiſtoire naturelle des oiſeaux.
Les Académies dont on a la copie , font Turin , Gottingue
, Pétersbourg , Upſal , Bologne , Léipſik , ſuite des
Ephémérides , &c.
C
>
ANNONCES LITTERAIRES.
TABLETTES historiques & chronologi
ques, contenant les faits les plus mémo
172 MERCURE DE FRANCE.
rables de notre Monarchie ; avec les noms
des perſonnesqui ſe ſontdiftinguées dans
les ſciences & les arts juſqu'à nos jours.
A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire ,
`rue St. Jean-de- Beauvais , 1776; 1 vol.
pet. in-12 rel. en parchemin , prix 18 f.
Mémoires fecrets , tirés des archives
des Souverains de l'Europe ; Tom. XXIII
& XXIV , faiſant les Tomes IX& X du
regne de Louis XIII ; Ouvrage traduit
de l'Italien. A Amſterdam ; & fe trouve
à Paris , chez le même Libraire. Prix 3 l.
les deux vol. br.
Systême nouveau sur l'origine des fiefs ,
pour ſervir à la connoiſſancede l'hiſtoire
&à l'intelligence des coutumes ; par M..
Marchand , Licenciéès Loix , Notaire-
Royal à Chartres. A Chartres , chez
Jouenne , Libraire ; & ſe trouve à Paris ,
chez le même Libraire; in . 8°. br. prix
11. 4 f.
Le Mentor moderne , ou inſtructions
pour les garçons & pour ceux qui les
élevent; par Madame le Prince de Beaumont.
A Paris , chez le même Libraire ;
12 parties rel. en 6 vol. prix 12. 1.-
JUIN. 1776. 173
(
Recueil de deux Mémoires concernant le
mariage des Proteftans de France ; 1776.
I vol. in 80. ſe trouve àParis chez Nyon
aîné , Libraire , rue St Jean de Beauvais,
Prix rel. 4 1.
Esprit de Saurin , ou extraits analyſés
de ſes ſermons ; 2 volumes in 12. A
Paris , chez le même Libraire. Prix rel,
5 livres.
Recueil des Edits , Déclarations , Lettres
- Patentes , Ordonnances , &c. &c.
Année 1774. Second ſemeſtre. Vol .
in - 40. A Paris , chez Ruault , Libr. rue
de la Harpe. On trouve chez le même
Lib. les années 1771 , 1772 & 1773 en
2 vol. in - 40 . chacune.
Les fiecles chrétiens , ou Hiſtoire du
Chriſtianiſme dans ſon établiſſement &
-ſes progrès ; par M. l'Abbé ***. Tomes
V& VI in- 12. Prix rel. 5 liv. A Paris ,
chez Moutard , Libr. de la Reine , de
Madame & de Madame la Comteſſe
d'Artois , quai des Auguſtins , près du
pont Saint Michel , à Saint Ambroiſe ,
1776,
174 MERCURE DE FRANCE.
Florello , Hiſtoire méridionale ; par
M. Loaiſel deTreogate , ci-devant Gendarme
du Roi, A Paris , chez le même
Libraire ; in- 80, avec fig. Prix br. 1 liv.
16-f.
Grammaire Latine , contenant le Rudiment
, la Syntaxe & une Méthode
françoiſe- latine; précédée d'une introduction
aux langues ,miſe à la portée des
enfans. A Paris, chez L. Cellot , Libr.
Imprim. rue Dauphine , 1776; 1 vol,
in-12. Prix rel. 2 1.
Réponse à la brochure intitulée : l'ordre
profond & l'ordre mince , conſidérés par
rapport aux effets de l'artillerie. A Amfterdam
; & ſe trouve à Paris , chez L.
Cellot& Jombert , fils jeune , Libraires ,
rue Dauphine , 1776; in 80. br.
Précis de Histoire de France , en vers ,
avec des notes , où l'on développe ce que
les vers ne font qu'indiquer ; à l'uſage de
la jeune Nobleſſe ; par M. Pelofi , Italien.
A Paris , chez la veuve Ducheſne
Libraire , rue St Jacques , au Temple du
Goût, 1776; I vol. in- 8°,
JUIN. 1776. 175
Eſſai fur les cauſes principales qui
ont contribué à détruire les deux premieres
races des Rois de France ; Ouvrage
dans lequel on développe les conftitutions
fondamentales de la Nation
Françoiſe , dans ces anciens temps. Par
l'Auteur de la Théorie du Luxe.AParis ,
chez la veuve Ducheſne , Libr. rue St
Jacques , 1776; in - 80.
Projet d'un Hôpital de malades ou Ho
tel - Dieu , dans lequel les malades , couchés
chacun ſeul dans un lit , recevroient
les meilleurs ſecours , avec le moins de
frais poſſibles ; diviſé en trois parties ,
1º. l'emplacement , 2º. les bâtimens
3º. l'adminiſtration. Par M. R***. A
Londres; & ſe trouve à Paris , chez la
veuve Ducheſne, Libr, rue St Jacques ,
1776; in - 49. br.
1
し
Itinéraire portatif d'un arrondiſſement
de 30 à 40 lieues de la Ville de Paris
diviſé en trois parties : Ouvrage utile à
toutes les perſonnes qui deſirent avoir
uneconnoiſſance exacte des endroits , des
grandes routes & chemins de traverſe,
renfermés dans le même arrondiſſement ,
enrichi d'un plan de Paris & de deux
>
C
に
ES
י ו ג
ト
176 MERCURE DE FRANCE.
cartes pour l'intelligence dudit Ouvrage.
Par L. Denis. Prix 5 liv. les 2 vol. br.
A Paris , chez la veuve Ducheſne , Libr.
rue St Jacques ; Ruault, Libr. rue de la
Harpe ; & Dorez , Lib. rue St Jacques .
Annales du regne de Marie Therese ,
Impératrice - Douairiere , Reine de Hongrie
, & c . dédiées à la Reine. Par M.
Fromageot , Prieur-Commandataire , Seigneur
de Gondargues , Uſſel , &c. vol . gr .
in - 80. bien imprimé , avec les portraits
de l'Impératrice - Reine , de l'Empéreur ,
de la Reine de France , & quatre autres
eſtampes ſupérieurement gravées ; br.41.
rel . 5 1. A Paris , chez Lacombe , Libr .
rue Chriſtine.
Mémoire fur le cours des eaux ; les
avantages qu'on peut tirer des crues
d'eau; qualités des eaux ſtagnantes , des
eaux fouterraines. A Châlons , chez Mercier
, Imprim . Libr. dans la grande rue ;
&à Paris , chez Lottin , Imprim. Libr.
rue St. Jacques , au Coq , 1776 ; in- 12 .
Satires de Perfe , traduites en françois,
avec des remarques ; par M. Sélis , ancien
Pro
JUIN. 1776 177
Profeſſeur d'Eloquence , Docteur aggrégé
en la Faculté des Arts de l'Univerſité de
Paris , de l'Académie des Sciences , Belles
- Lettres & Arts d'Amiens . A Paris ,
chez Antoine Fournier , Libr. rue du
Hurepoix à la Providence ; I vol. in-8°.
Epitres en vers fur différens fujets ; par
M. Sélis. A Paris , chez le méme , 1776 ,
in-8%. br.
Oraiſon Funebre de très-haut & trèspuiſſant
Seigneur Louis Nicolas Victor
de Félix , Comte du Muy , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat au département
de la guerre , ci devant Menin de
Monſeigneur le Dauphin , Directeur &
Adminiftrateur del'Hôtel-Royal des Invalides
; prononcée dans l'Egliſe de cet
Hôtel , le 24 Avril 1776, par Meſſire
-Jean - Baptiste - Charles Marie de Beau-
-vais , Evêque de Senez . A Paris , chez
le Jay , Libr. rue St Jacques , in-12 . Prix
11. 4 f. br.
>
Défense de la doctrine de l'Eglise fur le
Jubile , ou Entretien d'Eudoxe & d'Eri
gone fur les indulgences ; par M. Maf
M
178 MERCURE DE FRANCE.
ficau laîné , ancien Maire d'Orleans ,
Adminiſtrateur de l'Hôtel - Dieu , &
Membre de la Société d'Agriculture de
le même Ville ; in 12. A Paris , & fe
trouve à Orléans , chez Couret de Ville-
neuve le jeune , Impr. du Roi.
Nouvelle Edition des Lettres de Clément
XIV; 2 volumes in 12 A Paris , chez
Lottin le jeune , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cette ſeconde édition eſt plus correcte
que la premiere , & enrichie de nou.
velles lettres intéreſſantes.
ACADÉMIES.
I.
PARIS.
Académie Royale de Chirurgie.
Les quatre médailles d'or de too liv.
chacune, fondées à perpétuité par M.
Houſtet ,ancien Directeur de l'Académie
JUIN. 1776. 179
Roya'e de Chirurgie , Aggrégé au Cols
lége de Montpellier , & chargé de l'inf.
pection des Ecoles , ont été adjugées .
cetteannée, lapremiere, au ſieur François
Camy, de Toulouſe; la ſeconde , au fleur
Claude Nicolas Guignard, de Paris; la
troiſieme , au ſieur Ferdinand Bretilliot ,
de Dôle , Dioceſe de Besançon ; la quatrieme
, au ſieur Jean Baptifte Jacques
Thillaye , de Rouen.
Les quatre acceffit, conſiſtant enquatre
médailles d'argent, pareillement fondées
par M. Houſtet , ont été accordés , le
premier , au ſieur Matthieu Larrat , de
Clerac , Dioceſe d'Agen , qui a eu plu
ſieurs voix pour une médaille d'or ; &
les trois autres aux fieurs Pierre Petitot,
de Varennes , Dioceſe de Langres ; Jacques-
Michel Guidon, d'Arpajon , Dioceſe
de Paris; & Jean Baptifte Allenet ,
de la Chapelle , Dioceſe de Saintes.
II.
Ecole Royale gratuite de Deſſin
Le premier Mai , M. Albert , Lieu
tenant-Général de Police , acompagné
de MM. les Directeurs &Adminiſtra
Ma
に
專
L
180 MERCURE DE FRANCE..
teurs de l'Ecole-Royale gratuite de def
fin, a faitl'ouverture de la nouvelle claſſe
& chef- lieu de la-dite Ecole , rue des
Cordeliers ; enſuite il s'eſt rendu aux
Tuilleries , accompagné comme deſſus ,
pour y délivrer les grands prix , & prix
de quartier , de l'année 1775. Les Eleves
qui ont remporté les ſept grands Prix ,
ont eu l'honneur d'être embraſſés par le
Magiſtrat , au bruit des fanfares & des
acclamations du public,
M. Bachelier , Directeur , ouvrit
la ſéance par un diſcours ; enſuite on
procéda à la diſtribution de 220 Prix ,
que le Magiſtat délivra aux Eleves.
III.
DIJON.
Prix proposés par l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles- Lettres de Dijon , pour
les années 1776 & 1777 .
T
Le prix de 1773 ayant été réſervé , ce.
lui de 1776 ſera double , & aura pour
ſujet la même queſtion de médecine pratique
propoſée pour 1773 , ſavoir :
Quelles sont les maladies dans lef
JUIN. 1776. 181
لا
>
quelles la médecine agiſſante est préférable
à l'expectante , & celle - ci à l'agiſſante ;
& à quels signes le Médecin reconnoît
qu'il doit agir ou rester dans l'inaction , en
attendant le moment favorable pour placer
les remedes ?
Depuis pluſieurs ſiecles les Médecins
font partagés fur cette grande queſtion.
Les agiſſans & les expectans croient leur
ſyſtême-pratique autoriſé par des raifonnemens
concluans & des expériences déciſives.
Le moment où doit ſe diffiper
l'illuſion qu'ils ſe font néceſſairement
les uns ou les autres , ſemble préparé par
les lumieres que la philoſophie a portées
de nos jours ſur tous les objets. L'Académie
eſpere que le Prix qu'elle propoſe
aujourd'hui , hâtera la révolution que
l'on eſt dans le cas de prévoir, & qui
doit ramener à une méthode uniforme.
L'importance du ſujet qui a déjà été
propoſé pour le prix de 1771 & pour
celui de 1774 , a décidé l'Académie à le
propoſer encore pour 1777 , en triplant
le prix. Elle le partagera fi pluſieurs
Mémoires rempliſſent ſes vues; mais fi
elle n'a pas la fatisfaction de pouvoir le
décernerr,, elle renoncera à l'eſpoir d'obtenir
la ſolution qu'elle defire , & em-
M3
182 MERCURE DE FRANCE,
P
ploiera les trois médailles àdiriger l'ému
lation ſur d'autres objets.
L'Académie demande donc encore
pour le prix de 1777 , que l'on détera
mine.
L'action des acides fur les huiles , le
méchanisme de leur combinaison , & la
nature des différens composées ſavonneux qui
en résultent.
Les Auteurs font invités à indiquer
dans les trois regnes les productions naz
turelles les plus ſimples qui participent de
l'état ſavonneux acide; à eſſayer en ce
genre de nouvelles compoſitions ; à ex
poſer leurs propriétés générales ; à défis
gner leurs caracteres particuliers , & à
ne préſenter leur théorie qu'appuyée de
l'obſervation & de l'expérience.
Les Mémoires feront écrits en françois
ou en latin , & l'on fera libre de
leur donner l'étendue néceſſaire..
Tous les Sçavans , à l'exception des
Académiciens réſidens, feront admis au
concours. Il ne ſe feront connoître ni
directement ni indirectement ; ils inf
criront ſeulement leurs noms dans un
billet cacheté , & ils adreſſeront leurs
ouvrages, francs de port , à M. Maret ,
Docteur en Médecine , Secrétaire per
JUIN. 1776. 183
1 pétuel , qui les recevra juſqu'au premier
Avril, incluſivement , des années pour
leſquelles ces différens prix font pro
pofés.
Le prix fondé par M. le Marquis die
Terrail & par Madame Crufſol d'Uzès de
Montaußer Son épouse , à préſent Ducheffe
de Caylus , conſiſte en une médaille d'or
de la valeur de 300 liv. portant , d'un côté
l'empreinte des armes & du nom de M.
Pouffier , fondateur de l'Académie ; &
de l'autre , la devise de cette Société litséraire
.
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les repréſentations d'Alceste ,
Tragédie-Opéra en trois actes.
On a eſſayé de ranimer le poëme , en
introduiſant Hercule dans le ſecond & le
troiſieme actes. Ce Héros , conduit par
l'amitié , vient trouver Admette , & eſt
étonné de voir les peuples gémir du ſa-
M
に
184 MERCURE DE FRANCE.
1
t
crifice d'Alceſte , qui veut s'immoler
pour fon époux. Hercule proteſte qu'envain
l'Enfer tombe ſur ſa victime , &
qu'il faura bien l'en délivrer ; en effet ,
il entreprenoit d'abord d'écarter les Divinités
infernales avec ſa maſſue ; mais
ce moyen ne produiſant pas un bon
effet , il ſe précipite ſur les pas d'Alceſte
dans l'Enfer , il la ramene auſſi tôt , &
la rend à admette. Son retour eſt célébré
par des chants de victoire.
Mademoiselle la Guerre a repréſenté
le rôle d'Alceste , avec cette ſenſibilité&
cette intelligence qu'elle met toujours
dans ſon jeu & dans ſon chant.
L'Académie royale ſe diſpoſe de donner
inceſſamment l'Union de l'Amour &
des Arts , muſique de M. Floquet , & de
jouer cet opéra alternativement , avec
celui d'Alceste ; en attendant les Romans ,
nouveaux fragmens en trois actes , dont
lamuſique eſt de M. Cambiny.
JUIN. 1776. 185
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
Lundi , 13 Mai , une repréſentation de
l'Ecole des moeurs , piece nouvelle en cinq
actes en vers , par M. de Falbaire , Auteur
de l'Honnête Criminel , du Fabricant
de Londres , des deux Avares.
Les perſonnages font : le Lord Bethon ,
Sir Charles & Sir James , fes fils , Duling
, leur Gouverneur ; Ladi - Bethon ;
Henriette , fille de Duling ; Nelly , femme
de chambre de Ladi; un Juge de paix ;
un Geolier ; Jonathan ; Johnson ; Patrice
Roger , laquais . La Scene eft à Londres.
Cetre Ecole des moeurs a paru mal remplir
ſon objet. Un pere libertin a deux
fils ; le plus jeune a beaucoup d'honneur ,
de ſenſibilité , & d'amour ; laîné à l'i
mitation de l'Auteur de ſes jours , ſe
livre à toute la fougue de ſes paſſions. Ils
aiment tous les trois la belle Henriette ,
fille de Duling. Ladi-Bethon la protége ,
la chérit , & la comble d'amitié. Une
confidence mutuelle ajoute encore à leur
tendre union. La vertueuſe Henriette ne
peut ſe défendre d'être ſenſible à l'honnê
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
1
"
C
C
1
teté des ſentimens , & à l'amour véri
table de Sir James , le plus jeune des
fils. Mais elle fuit avec indignation la
ſéduction du pere , & l'audace du fils
aîne. Sa reſpectable amie la plaint , &
gémit elle-même de ces perféctutions.Elle
la défend , & la conſole autant qu'elle
le peut ; elle concerte les moyens dë
faire ſon bonheur. Cependant Duling
connoiſſant tout ce que fa fille doit crain
dre, veut l'emmener dans un aſyle plus
fur & plus tranquille. Ce projet , que le
Lord ne peut arrêter , irrite ſes deſirs ,&
ceux du fils aîné; & tous deux rivaux
ſans le ſavoir, méditent chacun à part ,
de s'aſſurer de Henriette , & de la faire
enlever. Sir-Charles ,pour écarter le pere
de Henriette , fait payer un billet que
doit Duling; & maître de ſa dette , le
fait traîner en prifon. Ce malheureux pe
ré eſt au déſeſpoir; Ladi ne peut empê
cher fon infortune , & le Lord ne lui
montrequ'une fauſſe pitié. Le Geolier plus
humain, attendri par les larmes de Hen
riette,par les malheurs de Duling ,& par
ledéſeſpoir de Sir-James,emploie la dot
de ſa fille , prête de ſe marier , pour dé
livrer cet honnête prifonnier. Henriette
ſediſpoſe àſuivre ſon peredans ſa retrai
te ; elle quitte en pleurant ſa reſpectable
JUIN. 1776.87
i
&malheureuſe amie, lorſqu'un vacarme
affreux répand l'horreur dans la maiſon.
Ce fontles gens du Lord Bethon ,&ceux
de Sir - Charles , qui veulent pendant la
nuit , enlever Henriette ; tandis que les
deux partis ſe diſputent leur proie , Hen
riette ſe ſauve épouvantée ; le Lord dé
guifé , & Sir- Charles , combattent l'un
contrel'autre. Sir-Jamesaccourt au bruit ,
&s'oppoſe à la violence. Le Lord , percd
d'un coup d'épée par ſon fils , ſuccombe,
Sir Charles reconnoît ſon pere. Cette
ſcene d'horreur fait frémir. Le Lord
expirant , veut excuſer le parricide de
ſon fils , comme une juſte punition de
ſes crimes & du mauvais exemple qu'il
a donné. Ilengage Sir James à donner ſa
main à Henriette, il aſſure leur fortune
& celle de Duling : Eſt ce là une Ecole
des moeurs?
Une Dame , au ſortir de ce ſpectacle ,
demandant à M. le Kain comment on
pouvoit recevoir des pieces de ce genre,
Î'Acteur répondit: Madame , c'est lefecret
de la Comédie.
Les principaux rôles ont été remplis
par MM. Brifart , Molé , de la Rive
Monvel , Déſeſſars , & par Mesdames ,
Préville & Doligni. :
188 MERCURE DE FRANCE.
DÉBUTS.
M. DE CENE a débuté , ſans être annoncé
, le mardi 30 Avril , dans le rôle
de Clitandre du Miſantrope ; il a joué
ſucceſſivement le rôle du Comte des Bourgeoiſes
de qualité , Don Sanche du Cid ,
Damis du Préjugé à la mode.
Madame DORBIGNY a débuté le 4
Mai par le rôle de Phedre.
M. DAUTERIVE a joué le 14 Mai ,
le rôle de Datviane de Mélanide ; & ,
le jour ſuivant , Pilade d'Iphigénie en
Aulide.
Ces débuts ont été de foibles eſſais
fur leſquels on ne peut porter de jugement.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
le 8 Mai dernier , la premiere repréſentation
du Mai , Comédie en trois Actes ,
mêlée de proſe & de vers , d'ariettes &
de vaudevilles , par M. Desfontaines.
Un bourgeois , poſſédé de lamanie des
talens , a une fille à quiil ſouhaiteroit pou
JUIN. 1776. 189
voir donner en mariage trois génies de fa
ſociété; ſavoir,unPoëte tragique,un Compoſiteur
d'opéra , & un Virtuoſe pour les
ariettes , mais ne le pouvant pas , il pro
poſe un concours aux trois prétendans ;
&celui qui remportera le Mai du génie ,
doit obtenir la main de Lucile pour prix
de ſa victoire. Cet arrangement ne convient
pas trop à la jeune beauté ; elle
aimeroit beaucoup mieux pour époux
Dorval, qui ne fait ni vers , ni opéra ,
ni ariettes , mais qui fait mieux l'art de
plaire . Dorval eſt neveu de Doranthe ,
ancien ami du pere de Lucile , homme
railleur, qui ſe promet bien de s'amuser
aux dépens des trois génies , & de ſervir
les amans .
1
Le Poëte tragique entre dans l'enthouſiaſme.
Il vient, portant tout l'arſénal de
Melpomene , avec des poignards , des
vers ampoules & furieux. Le perfifleur
s'approche de lui , dans le coſtume d'un
ſouffleur de théatre ; il l'interroge , lui
fait débiter beaucoup d'extravagances ,&
lui conſeille de tuer tous les perſonnages
de fon drame , afin que cela foit plus tra
gique , & finit par le baffouer. Il en fait
autant au Compoſiteur d'opéra , en habit
demachiniſte ,&auVirtuoſe,en batelier;
190 MERCURE DE FRANCE.
L
P
les pourſuivant tous avec quelques re.
frains de vaudeville.
٢٠ Cependant le bourgeois ridicule n'eſt
point détrompé , & trouve fublimes les
plans& les eſſais que les trois génies lui
communiquent. C'eſt en vain que Do
santhe veut ledéſabuſer , en oppoſant tous
jours à leurs efforts , les traits de nos anciennes
chanfons , des lon lan la, des
faridondaine , & autres belles choſes dont
il paroît fort épris (ainſi que l'auteur).
Il penſe que pour corriger la manie
du pere de Lucile ; il vaut mieux paroftre
l'applaudir. Doranthe , ſecondé par
ſon neveu& par Lucile elle- même , fait
entendre qu'Apollon vient de leur appa,
roître ,& que le Mai , ou la palme , déſi
gnera celui qui doit triompher de ſes rivaux;
ce qui le pere approuve. On ſe
fert des machines & des décorations d'un
ſpectacle que le pere de Lucile a dans ſa
campagne , & l'on en forme un parnaſſe.
Pluſieurs femmes , amies de Doranthe ,
repréſentent les Muſes; Dorval eſt au
près d'elles en Apollon: le cheval Pégaſe
eſt figuré au haut de la double colline.
Les géniesprétendans ſont invités d'aller
enlever la palme qui eſt ſur le ſommet de
l'Hélicon. Ils graviſſent avec peine; le
1
JUIN. 1776.198
>
cheval Pégafe fait des ruades , les fontaines
jailliſſent , & les génies tombent
dans le bourbier. Ils demandent grace,
avouant leur foibleſſe, La palme deſcend ,
comme par magie , dans les mains d'Apollon,
qui demande , comme on l'a promis
, Lucile pour épouſe.
Le pere , toujours ſéduit , ſe trouve
forthonoré d'un tel choix. NotreApollon
heureux , déclare alors qu'il eſt le ſimple
neveudeDoranthe. Le bourgeois un peu
confus , renonce à ſa manie ; il confirme
le bonheur des amans , & s'amuse luimême
de ſa crédulité , & du ſtratagême
employé pour ledétromper.
Ce plan de comédie , ſi bizarre & fi
confus, fert de cadre à quelques ſcenes
aſſez gaies , & à des couplets affez
agréables.
Les principaux rôles ont été joués par
MM. Laruette , Trial , Narbonne, Suin ,
Julien , & par Mlle Lefevre.
On doit donner inceſſamment à ce
* théatre , les Mariages Samnites , en trois
Actes , en vers , par M. Derozoi , mu
ſique de M. Gretry.
১
:
:
192 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES.
I.L
Le Spectacle de l'Histoire Romaine , depuis
la fondation de Rome juſqu'à la priſe
de Conſtantinople par Mahomet II ,
l'an de J. C. 1453 , par M. Philippe ,
des Académies d'Angers & de Rouen
Cenſeur Royal & Profefſeur d'Hif
toire. Volume in - 4o . avec une ſuite
de 20 eſtampes gravées par les meilleurs
Artiſtes , d'après les deſſins de
MM. Gravelot , Saint - Aubie , &c.
Prix 32 liv. A Paris, chez la veuve
Tilliard & Ruault , Libraires , rue de
la Harpe, Lacombe , rue Chriſtine ;
& chez les principaux Libraires.
M. Philippe , non moins connu par
ſes talens que par fon zele pour la ſcience
qu'il profefſe depuis ſi long- temps , &
qu'il continue de profeſſer avec le plus
grand ſuccès, a imaginé & exécuté un
Plan
Σ
も JUIN. 1776. 103.
+
1
1
Plan d'Histoire Univerſelle , Sacrée & Profane
, Ancienne & Moderne , dont le volume
que nous annonçons aujourd'hui , eſt
une partie détachée & très-intéreſſante.
Rien de plus ſimple , & en mêmetemps
rien de plus attachant , que ce
Spectacle de l'Histoire Romaine. Une centaine
de tableaux gravés par d'habiles
maîtres , offrent aux yeux les ſujets les
plus ſaillans de cette hiſtoire , fi féconde
en grands événemens. C'eſt une gallerie,
où chaque ſcene eft non-ſeulement repréſentée
avec fidélité , mais expliquée par
l'Auteur , avec un art qui nous a paru trèsadroit.
Voici en quoi confifte cet aarrtt ,, qui
différencie l'entrepriſe de M. Philippe ,
de tous les recueils ou livres d'eſtampes.
L'auteur , qui n'oublie pas qu'il offre un
ſpectacle en tableaux , ne ceſſe , dans les
diſcours qu'il leur a joints , d'être peintre.
Fidele à fon rôle , il explique , il détaille
en artiſte ce que l'on voit dans ſes repréſentations
; il indique même ce que l'on
doit y voir , & ce que la négligence du
ſpectateur l'empêcheroit ſouvent d'y cher
cher , Il fait plus , il exalte l'imagination
✔de ce ſpectateur ,& lui apprend à ajouter
mille belles circonstances , que les bornes
de l'art ont forcé le deſſinateur de laiſſer
N
د
194 MERCURE DE FRANCE,
Si
de côté; de forte qu'il embellit , anime
&complette ces petits drames muets ; &
l'on peut dire qu'il ne leur manque alors
plus rien, pour être auſſi inſtructifs qu'agréables.
Les Auteurs qui ont prétendu offrir
P'hiftoire en tableaux , n'ont point connu
cette manierede faire concourir aumême
but , qui eſt l'inftruction ,deux chofesauffi
différentes que le deffin ou le langage ty
pique ,& le difcours ou le langage articulé.
Auffi ont-ils partagé l'intérêt de leurs ou
vrages ,& n'ont jamais rempli leur ob
jet. Ils ont bien connu la maxime d'Horace,
que l'eſprit eſt plus frappé par les
chofes qui ſe tranfmettent juſqu'à lui par
le sens de la vue , que par celles qui lui
viennent par le fens de l'ouïe; mais ile
ont négligé de tirer tout le parti poſſible
de cepremier ſens. Notre Profeffeur,au
contraire , ne le perd jamais de vue; c'eſt
fur lui qu'il dirige toutes ſes impreffions,
& c'est une adreſſe qui mérite les plus
grands Eloges. En encourageant& en accueillant
de pareilles entrepriſes , on ne
rend pas feulement juſtice à leurs inventeurs
, on concourt encore à la perfection
des arts &des ſciences.
La fuite des tableaux hiſtoriques , qui
JUIN. 1776. 195
compofent le Spectacle de l'Hiftoire Romaine,
paroîtra avant la fin du mois de
Novembre prochain. Cette ſeconde ſuite
commencera au N. XXI juſqu'au N. XL
incluſivement. L'Auteur y ajoutera un
cahier de difcours , où , après une courte
expoſition des faits, il paſſera à la diftributiondes
ſcenes & des détails , comme
on le voit pratiqué dans la premiere li
vraiſon qui ſe vend actuellement, & à
la tête de laquelle eſt le plan de Rome
ancienne du temps des Rois.
11.
G
Costume des anciens Peuples , par M. Dan.
dré Bardon , Profeſſeur de l'Acadé
mie Royale de Peinture &de Sculpture
, Directeur perpétuel de celle de
Marseille , & Membre de l'Académie
des Belles-Lettres, Sciences&Arts de
la même Ville. Trentieme & trenteunieme
& dernier cahier in - 4. A
Paris, rue Dauphine , chez Jombert
&Cellot.
I
Ces deux derniers cahiers du Coſtume
des anciens Peuples , complettent la fuife
de cette riche & favante collection. Ils
15
N2
196 MERCURE. DE FRANCE.
préſentent des obſervations fur quelques
anecdotes pittoreſques , & fur l'éléphant.
La bizarrerie de la ſtructure de cet animal
, la variété de ſes mouvemens , l'étendue
de ſes reſſources , & fur-tout la difficulté
d'en trouver des modeles vivans ,
ont déterminé M. Dandré Bardon, à faire
à ſon ſujet, principalement en faveur des
peintres &des ſculpteurs , quelques obſervations
d'autant plus utiles , que cet
animal , tout monstrueux qu'il eſt , a fouvent
décoré des ſcenes héroïques , que les
arts font quelquefois obligés de retracer.
Le trente- unieme & dernier cahier ,
eſt terminé par une table des matieres ,
ſuivant l'ordre numérique des cahiers , où
l'on indiquele principal objet de chaque
planche.
II.
Gravure en maniere noire.
M
$
Il paroît une Tête , d'après Vandyck ,
gravée par Smith , de 14 pouces & de
haut; ſur 10 pouces & de large. Prix
6 liv. chez Haines , rue de Seine , la
deuxieme boutique par la rue du Colombier
, fauxbourg Saint -Germain , ci
devant rue de Tournonsto
SJUIN. 1776. 197
८ Le ſieur Haines enſeigne les principes
de ce genre de gravure ,& la manierede
grainer les planches ; & aux Dames &
autres , à coller & peindre les eſtampés
ſur verre ; le tout en très-peu de temps.
:
IV.
On diſtribue le quatrieme cahier des
estampes pour le Telémaque , in - 4. deffinées
ſi agréablement par M. Monnet ,
Peintre du Roi , & gravées avec tant de
goût& de talent , par M. Jean-Baptiſte
Tilliard.
Ce cahier , compoſé de 6 gravures &
de deux planches d'explications , eſt pour
les Livres VII & VIII du Roman. A
Paris , chez M. Tilliard , Graveur , quai
des Auguſtins.
L
V.
On trouve chez Bonnet , rue Saint-
Jacques , au coin de celle du Plâtre ,
4 cahiers des principes de Deſſin , d'après
nature , deſſinés par Leclerc , gravés dans
la maniere du crayon , par L. Bonnet.
Chaque cahier , de 6 planches in -4.
Prix 1 liv. 4 fols.
८
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
2 cahiers de Fleurs , d'après Salambier ,
chacun de 4 feuilles. Prix 15 fols.
32 cahiers de Trophées , chacun de 4
feuilles. Prix 1 liv. 4 ſols.
• Etude au crayon , d'une tête d'un tas
bleau de M. Doyen , Peintre du Roi , par
Bonnet. Prix I liv. 4 fols,
4 IV.
L
Cahier de 6 feuilles , gravées à l'eaus
forte , de Tombeaux , par M. Thierry ,
d'après les deſſins de M. Guiard. Prix
I liv. 4 fols , chez M. Panſeron , Pro
feſſeurd'Architecture , rue du Foin-Saint-
Jacques , au Collége de Me Gervais.
2
VIL
Clavicule du Cheval , ou Tableau des connoiſſances
relatives à cet animal , par
M. Lafoffe.
Cet Ouvrage , qui contient le précis
de tous ceux qu'a faits l'Auteur , eſt re
préſenté ſous la forme de deux grands ta
bleaux de finances , gravés proprement,
&imprimés fur papier grand aigle.
Lepremier explique la ſtructure externe
JUIN. 1776. 199
& interne du cheval , avec un petit tableau
de laconnoiſſance des differens âges
du cheval , depuis ſa naiſſance juſqu'à
30 ans.
Le ſecond contient le détail de toutes
les maladies du cheval , & eſt diviſé en
cinq colonnes. La premiere donne le nom
de la maladie, la ſeconde explique ſes
cauſes , la troiſieme le diagnoſtic , la quatrieme
le prognoſtic , & la cinquieme la
curation.
L'Auteur s'eſt d'autant plus déterminé
àprendre cet ordre méthodique , que ces
tableaux peuvent convenir , non ſeulement
à des écuyers , maréchaux , mar
chands de chevaux , mais même à tous
ceux qui n'ont aucune connoiffance da
cheval; & qu'on peut les mettre entre
les mainsd'un cocher ou palfrenier , qui
- ſouvent régit uné écurie,& qui , par-là ,
- peut facilement ſe paſſer d'un maréchal ,
& éviter ſouvent une maladie qui deviendroit
grave , étant dans le cas d'en reconnoître
les ſymptômes , & d'y apporter
les remedes convenables. Prix 4 liv 10
fols. A Paris , chez Dezauche , Graveur,
rue Saint-Severin , la porte-cochere fai
fant face à la rue de la Harpe..
!
E
N4
200 MERCURE DE FRANCE .
VIII.
Histoire universelle du regne végétal , 24
Volumes in folio , dont 12 de Difcours
& 12 de Planches ; par M. Buc'hoz ,
Médecin de Monsieur , propofée parfoufcription
, chez Brunet , Libraire à Paris ,
rue des Ecrivains , & chez les principaux
Libraires de l'Europe.
Le titre de cette Hiſtoire annonce fon
utilité : l'Auteur y réunit toutes les connoiſſances
qui concernent les plantes , les
/ arbres & arbuſtes de notre Globe ; c'eſt
une vraie Encyclopédie végétale , qui
préſente également l'utile & l'agréable.
M. Buc'hoz , pour éviter la confufion dans
cet ouvrage , a adopté la forme commode
de Dictionnaire , & s'eſt conformé, pour
l'ordre dechaque article ,aux noms génériques
& triviaux du célebre Chevalier
Von-Linné : il a toujours été ſon guide.
Il n'a pas moins conſulté tous les hommes
fameux qui ont conſacré leurs veilles
à la botanique; leurs ouvrages ne lui ont
pas peu fervi pour affigner aux plantes
étrangeres le lieu de leur naiſſance. C'eſt
dans ces ſources qu'il a puiſé la plupart
JUIN. 1776. 201
de ſes deſcriptions ; & quand il en a
trouvé d'incomplettes , il a cru pouvoir
y ſuppléer par ſes propres obſervations.
Après avoir donné la deſcription des
plantes ,M. Buc'hoz paſſe à leur culture ;
&pour rendre fon ouvrage plus général ,
&lui donner un certain degré de perfection
, il a joint aux recherches & aux
expériences qu'il a faites dans le cours
de ſes voyages , les obſervations particulieres
de tous les Auteurs recomman-
- dables , dont les écrits ont trait à cettematiere.
Mais la partie à laquelle l'Auteur
s'eſt le plus appliqué , & peut- être la plus
intéreſſante de cet ouvrage , c'eſtde nous
faire connoître l'ufage qu'on peut tirer
des plantes , non ſeulement pour l'orne .
ment de nos Jardins, pour les Arts , pour
la nourriture des hommes&desanimaux,
mais encore pour la Médecine , qui doit
aux Végétaux ſes plus grands ſuccès. M.
Buc'hoz démontre que nos plantes indi.
genes ſont ſouvent plus propres au traitement
des maladies qui nous furviennent
, que les plantes étrangeres ,ſoit que
celles - ci perdent de leur vertu , par la
diſtance ou le laps de temps qui s'écoule
avant qu'elles nous foient parvenues ,
foit que les autres aient une forte d'ana-
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
لا
電
logie avec notre tempéramment. Enfin ,
l'Auteur nous préſente les plantes fous
tous leurs différens aſpects ; &l'on peut
juger, d'après ce ſimple expofé, que cet
ouvrage immenfen'intéreſſe pas uniquement
les Médecins & les Botaniſtes;
mais que les Cultivateurs, les Artiſtes ,
&généralement tous les Individus de la
fociété , y trouvent de quoi ſe ſatisfaire.
M. Buc'hoz , pour obvier aux reproches
qu'on auroit pu lui faire de n'avoir pas
été affez méthodique , donne à la fin
de fon Ouvrage une Table générale des
Plantes , ſuivant le ſyſtême de Linné:
elle eſt accompagnée de dix autres particulieres
, dont chacune offre une nomenclature
des objets qui lui font relatifs
. Il ſeroit inutile de chercher à les
dévélopper plus amplement; il ſuffirade
dire que l'Académie Royale des Scien
ces deParis,ahonoré cetOuvrage de fon
Approbation ; qu'elle le regarde comme
le premier en ce genre qui ait paru en
François ; & l'eſtime d'autant plus honorable
pour la République des Lettres ,
que ſon premier but tend aubien & à la
conſervation de l'humanité.
JUIN. 1776 203
P
CONDITIONS
Le Libraire qui propoſe cet Ouvrage par
Souſcription fera les Livraiſons de lamanierefuivante
:
1. Il donneradès-à-préſentaux Soufcripteurs
, les trois premiers Volumes de
Planches , à raiſon de 36 livres l'un ;
•
ci, •. 1081
Avec les trois premiers
Volumes de Diſcours ,
à 12 livres l'un ; ci , 86 1.
2. Le premier Juin , les quatre ,
cinq& fixieme Volumes de
Planches , au prix ci deſſus ,
3. Le premier Septembre , les
ſept , huit&neuviemeVola
mes de Planches , au prix cideſſus,
4. Le premier Décembre , les
dix, onze& douzieme Volu
mes de Planches , au
mêmeprix, • 108 1.7
Avec les quatre , cinq :
&fixieme Volumesde
Difcours , à 18 livres
le Volume ,
1441
18014
1081
1441
36 1.
1
204 MERCURE DE FRANCE.
や
5. Le premier Juin 1777 , les
ſept ,huit&neuvieme Volumes
de Difcours , au prix cideſſus
, •
6. Le premier Décembre ſuivant
, les dix , onze & douzieme
Volumes deDifcours , au
prix ci-deſſus , •
36 1.
• 36 1.
TOTAL , ... 5761.
On ne payera , en ſouſcrivant, que
les Volumes que l'on recevra , ce qui
eſt très- avantageux;&l'on ſera toujours
maître de prendre à la fois la quantité de
Volumes que l'on deſirera: l'arrange
ment ci deſſus n'étant que pour faciliter
l'acquifition & le payement de ce grand
Ouvrage. On peut même livrer dès-àpréſent
les douze Volumes de Planches ,
& les trois premiers Volumes de Difcours.
La Souſcription ſera exactement
fermée le deuxieme Janvier 1777 , excluſivement
; & les perſonnes qui n'au
rontpas ſouſcrit à cette époque , paye
les Volumes de Planches 48 livr
ceuxdeDiſcours 14 livres. Les Pla
font tirées ſur papier ſuperfin , bier
JUIN. 1776. 205
& propre à l'enluminure;& les ſoins que
l'on a pris pour la partieTypographique
ne laiſſent rien à defirer. , ....
MUSIQUE.O
I.
1.
LESs Souliers mor-dorés , Opéra bouffon ,
en deux actes , mis en muſique parAlexandre
Friner dit Friſeri , aveugle depuis
l'âge d'un an. Oeuvre IV , prix , 18 liv .
à Paris , chez l'Auteur , rue du Ponceau' ,
maiſon d'un Boutonnier , & aux adreſſes
ordinaires de muſique.
Cet opéra bouffon a été repréſenté
avec ſuccès , à la Comédie Italienne; la
muſique en eſt agréable. A
Le Curé de Pomponne, avec quinze
variations , arrangées pour le clavecin ou
le Forté-piano , dédié à Miff-Charlotte .
Eliſabeth Butler de Vigny , par Benaut ,
Maître de clavecin , prix , 1 liv. 16 fol .
1
206 MERCURE DE FRANCE.
àParis , rueGît-le- Coeur , la deuxieme
porte-cochere à gauche , en entrant par
le Pont - neuf, & aux adreſſes ordinai
res.
111.
Ouverture de Céphale & Procris , arrangéepour
le clavecin ou le Forté-piano,
avec accompagnement d'un violon &
violoncelle , ad libitum ; par M. Benaut.
Prix, 2 liv. 8 fols ; aux mêmes adreſſes.
IV.
Premier Recueil de Menuets , Alleman.
des , & autres morceaux variés , entre
mêlés d'ariettes , romances , &c. avec leurs
accompagnemens arrangés pour le Ciſtre,
dédié àMadame la Comteſſe de laHeuſe,
parM. Demeſſe; oeuvre premier : prix ,
7 liv. 4 fol. A Paris, chez Bignon ,
Graveur , place du Louvre , à l'accord
parfait; Laurent , Luthier & Editeur ,
paſſage du Saumon ; & aux adreſſes ordinairesde
muſique.
e
Sei Duetti per duo Molini del Signor
JUIN. 1775.207
i
Gaëtano pugnani , Opéra XIII ; Prix, g
liv. 12 f. A Paris , chez Bignon , Gra
yeur , place du Louvre.
VI.
La douce Erreur , romance , avec accompagnement
, par M. Greffet, Maitre
de chant. AParis , chez Bignon , place
da vieux Louvre. Chez l'Auteur , rue
de la Heaumerie, entre un Mercier &
un Perruquier ; & aux adreſſes ordinai
res.
VIL
Symphonie pour le clavecin , avec ac
compagnement de deux violons , deux
cors , & une baffe ad libitum , dédiée à
Madame Griffon de Romagné , par M.
Edelmann , oeuvre IV. Prix, 4 liv. 4 f.
AParis , chez l'Auteur , rue de la Feuil.
Jade , maiſon de M. le Baron de Bagge,
Madame de Marchand , rue Fromenteau,
& à Opera. A Strasbourg , au Temple
del'harmonie , rue Saint Jean,
VIIL
Airs détachés d'Alceste, Tragedio
208 MERCURE DE FRANCE.
trois actes , par M. le Chevalier Gluck;
prix , I'liv. 16. f.
Racolta d'Arie , avec ſymphonie , par
Mde la Baronne d'Aerſen. de Voshol;
Opéra II . 9 liv.
Trois Sonates pour le clavecin & violon ,
par Verbrugen ; Opéra I; prix , 7 liv.
4fol.
Le Stabat mater , à deux voix & deux
violons & baſſe , par Gaſparini. 9 liv.
au bureau įd'abonnement mufical , rue
du Hafard-Richelieu.
IX.
Nouveau Clavecin.
M. de Virbės , Maître de Muſique ,
faitentendre un clavecin qu'il abeaucoup
perfectionné depuis peu , qu'il appelle
Céleste , auquel il a ajouté pluſieurs jeux ,
imitant différens inſtrumens ; ce qui
donne à ce Clavecin beaucoup de force ,
de variété , d'étendue , & d'effets de mufique.
Cependant ſa forme ne differe pas
des autres Clavecins ; & la Méchanique
en eſt ſi ſimple , qu'elle n'en augmente
pref
JUIN. 1776: 209
preſque point le volume , & que fon jeu
en eſt facile. Les perſonnes qui voudront
entendre ce Clavecin, ſont priées d'en
prévenir l'auteur , & de lui faire demander
des billets. Sa demeure eſt rue du
Four , près Saint Eustache , N. 90.
1
ARCHITECTURE.
1.
NOUVEAUX élémens d'Architecture
dédiés à Monſeigneur de Sartine , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département
de la Marine ; par le ſieur Panſeron , ancien
Profeſſeur de deſſin à l'EcoleRoyale
militaire ,& Profeſſeur d'Architecture.
Premierepartie , contenant les cinq or-
- dres d'Architecture, en ſeize planches :
prix , broch. & en ſimple trait, 2 liv.;
broché & lavé 4 liv.
Deuxieme partie , contenant en 56
planches , des ornemens relatifs à l'Ar-
* chitecture : prix , broch. en un trait ,
5 liv.; broch. & lavé , 10 liv.
Troiſieme partie , contenant en 38
1
210 MERCURE DE FRANCE.
planches , l'application des cinq ordres
d'Architecture , de la conſtruction des
édifices , & de la diſtribution & conftruction
, &c.; prix , broché , 8 liv. Le
tout relié , & fans être lavé , 17 liv. relié
& lavé , 24 liv. A Paris , chez l'Auteur
, rue du Foin- Saint- Jacques , au Collége
de Maître Gervais ; & Deſnos , Libraire
, rue S. Jacques.
II. 7
Plan du rez-de- chauſſsée de la nouvelle Eglife
de Sainte Genevieve , avec une élévation
géométrale de la coupole projetée avec fon
Portail. A Paris, chez M. Dumont ,
rue des Arcis ; & chez MM. Foulain ,
Pere & Fils , Quai de la Mégiſſerie.
Ce nouveau projet de Coupole , eſt
fans doute la derniere penſée de l'Ar.
chitecte. Elle aura 63 pieds en dedansoeuvre
, roo pieds de diametre en dehors
, & environ 170 pieds d'élévation
juſqu'à la croix ; elle ſera environnée
d'une colonnade corinthienne de forme
octogone , qui formera , dans tout fon
contour extérieur , un large périſtile ;
enfinle tout ſera terminé par un attique
JUIN. 1776. 211
qui ſoutiendra le Dôme. On attend actuellement
le plan de la tour de cette
grande Coupole , & celui de ſes coupes
géométrales.
BOTANIQUE.
FLORA PARISIENSIS , ou deſcriptions
& figures in 8°. enluminées , de toutes
les plantes qui croiſſent aux environs de
Paris , ſuivant la méthode ſexuelle de
M. Linné , & les démonſtrations de Botanique
qui ſe font aujourd'hui au Jardin
du Roi.
On s'abonne chez Didot , Libraire ,
Quai des Auguſtins.
En recevant le premier cahier 15 1. f.
Le ſecond. • 7 10
Le troiſieme. • • 7 10
Le quatrieme. • 7 10
Le cinquieme. • 7 10
Le fixieme , gratis.
- ou de 120 planches.
Etat d'une année de fix cahiers ,
Chaque cahier , pour ceux qui ne s'abonnent
pas , eſt de 9 liv.; le prix eſt
double pour le grand papier.
-
• 45 liv.
02
212 MERCURE DE FRANCE.
19
COURS DE MATHÉMATIQUES.
MONSIEUR LE ROI , Maître de mathématiques
& de géographie , annonce au
Public qu'il donne ſes Leçons trois fois
par ſemaine , & qu'il ſe rend , pour cet
objet , dans les Maiſons particulieres &
dans les Penſions. Il prend vingt-quatre
livres par mois pour les mathématiques ,
&trente fix quand on y joint la géographie.
Ses Leçons ſont utiles, particulièrement
aux jeunes gens deſtinés àſuivre les
Ecoles de génie , & en général , à tous
ceux qui veulent acquérir quelques connoiſſances
de ces deux Sciences . On aura
labonté de ſe faire infcrire chez Monfieur
le Roi. Il loge au Collége des Tréſoriers,
Place Sorbonne , à Paris.
Cours de Langue Allemande.
Comme la Langue Allemande de
vient de jour en jour plus néceſſaire
aux François, le ſieur Triedel doit commencer
, le quinze de Jain, un cours de
JUIN. 1776. 213
cette Langue , pour la jeuneſſe entre dix
&ſeize ans. Il ſera compoſé de quinze
perſonnes ſeulement , & fubfiftera une
année: pendant les trois premiers mois ,
pour faciliter les progrès des Eleves ,
il leur donnera tous les jours , réguliérement
, une leçon , excepté les Dimanches
& Fêtes ; & enſuite , quatre
ſeulement chaque ſemaine. On payera
fix livres au commencement , & au re-
- nouvellement de chaque mois. Il eſt logé
- rue Dauphine , chez Madame Mon-
- mayeux , Marchande Limonadiere , au
Café de la victoire , & on le trouve tous
les jours , de midi à deux heures , chez
lui. Il continuera de donner des leçons
enville. ۱
t
LETTRE de M. de Voltaire à M. Laus
de Boiffy ,fur sa réception à l'Académie
des Arcades de Rome.
6 Mai 1776 , & Ferney.
Si j'ai l'honneur , Monfieur , d'etre votre Confrere à
Rome , je ne ferais pas moins flatté de l'être à Paris.
J'ambitionne encore un titre plus flatteur , celui de votre
ami Vos lettres m'en ont inſpiré le defir , autant que
03
214 MERCURE DE FRANCE,
-vos Ouvrages ont de droit à mon eſtime. Il eſt vrai que
mon âge , mes maladies & ma retraite , ne me permettent
guere de cultiver une liaiſon ſi flatteuſe ; mais fouffrez
que je cherche dans les expreſſions de mes ſentimens
pour vous , une confolation qui m'eſt néceſſaire, Je crois
appercevoir dans tout ce que vous écrivez , quel eſt le
charme de votre ſociété. J'ai reçu , un peu tard , le préſent
charmant dont vous m'honorez ; il n'y aurait qu'un
Anacreon qui pût mériter une telle galanterie ; il aurait
chanté vos couplets , je puis à peine les lire , & je n'ai
d'Anacreon que la vieilleſſe.
:
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec tous les ſentimens
que je vous dois ,
Votre, &c.
VOLTAIRE.
Variétés, inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Induſtrie.
M. D
DE LESTWITZ , Directeur de la Société
patriotique de Siléſie , a découvert
un moyen de détruire le Puceron de
JUIN. 1776 215
Jardins , dont l'utilité a été confirmée par
beaucoup d'expériences. Il confifte à
verſer huit ou dix gouttes d'huile de baleine
, mêlée dans une pareille quantité
d'eau , au pied des plantes où le réfugient
les Pucerons , dont les nids font
communément de la grandeur d'une foucoupe
à thé : ces nids renferment des
milliers d'oeufs , qui , lorſqu'ils viennent
à éclore , font bientôt périr une prodi.
gieuſe quantité de plantes. M. de Leftwitz
a détruit , par cette méthode , tous
les Pucerons qui ravageoient les plantes ,
&même les arbres de ſes Jardins.
!
II.
Le ſieur CORDELLE , Mécanicien ,
vient d'inventer une nouvelle machine
pour élever les eaux à toute hauteur, avec
moins de force qu'on n'en a employé jufqu'à
préſent : cette machine a été approuvée
par l'Académie Royale des Sciences .
Il en a fait pluſieurs qui font en activité
, à l'aide de différens moteurs. On
peut en voir une , rue des Martyres , en
montant à Montmartre , laquelle éleve
l'eau à cent vingts pieds par le poids d'un
ſeul homme dans une roue , &une autre
04
16 MERCURE DE FRANCE ..
à Courbevoix , près de Neuilly, miſe en
mouvement par le vent , & qui éleve
l'eau à quatre-vingts pieds. Ceux qui auront
beſoin de pareilles machines , foit
pour arroſement ou épuiſement , peuvent
s'adreſſer au ſieur Cordelle , rue des
Boucheries Saint-Honoré.
111.
Don Salvador de Cardenas , habitant
de Séville , a inventé une nouvelle machine
propre à conduire juſqu'à quatre
charrues à la fois, ſuivant la nature des
terres , avec une ſeule paire de boeufs ou
demulets. L'expérience a juſtifié les promeſſes
de l'Auteur; ces charrues , dans
les champs qui en comportent l'emploi ,
préparent la terre de la maniere la plus
favorable pour qu'elle reçoive la fes
IV.
mence.
Le St Labé s'étant long- temps occupé à
* perfectionner un métal dont l'incorporation
avec le fer , en lui donnant une couleurd'argent
matte,le préſerve de la rouil
le, eſt parvenu à lui donner un dégré de
folidité& de perfection inconnu juſqu'a
JUIN. 1776. 217
préſent. Ce métal a d'autant plus d'avantage
fur le fer , que lorſque la grande
humidité ou le maniement continuel viennent
à le ternir , on peut lui rendre ſa
premiere beauté comme à l'argent , &
par les mêmes moyens ; car il ne fait
plus avec le fer qu'un feul & même
corps. Le ſieur Labé compoſe auffi un
Vernis propre à s'appliquer ſur tous les
objets de fer quelconques , qui lui con.
ſerve ſa couleur naturelle , & le préſerve
également de la rouille.
V.
7
1 .
On a trouvé dernierement dans les
Mines de charbon de terre , ſituées à
Lotham , dans le Lancashire , en Angleterre,
uncrapaud énorme en vie ; il étoit
dans le coeur d'un gros morceau de charbon,
peſant plus de 80 livres , & tiré
d'un endroit à 90 pieds de la ſurface de
la terre, Ce charbon paroiſſoit tout uni
avant d'être caſſé , & on ne voyoit pas
la moindre apparence extérieure de cafſures
ou d'interſtices . Le crapaud mourut
cinq minutes après avoir été expoſé au
grand air.
C 05
220 MERCURE DE FRANCE.
tionde la grandeur de leurs crimes , au
moyen d'un nombre plus ou moins grand
de têtes de Loups. On aſſure que depuis
ce temps là , il n'y a pas eu de Loups
en Angleterre.
IV.
Un Particulier s'étant éveillé un jour
de grand matin , appella ſon Valet , &
lui commanda de regarder s'il faiſoit
jour. Le Valet ouvre la fenêtre , va fur
le balcon , & crie à ſon Maître qu'il ne
voit goute. Butor , lui répondit fon
Maître , je le crois bien; allume la
chandelle; & tu verras mieux ",
V.
Henri IVvoulut que Vitry , Capitaine
de ſes Gardes - du - Corps , reçût , dans ſa
Compagnie, celui qui l'avoit bleſſé à la
bataille d'Aumale: & le Maréchal d'Eftrée
étant un jour dans la carroſſe de Sa
Majefté , & ceGarde à la portiere : voilà ,
dit le Roi , en le montrant au Maréchal ,
le Soldat qui me bleſſa à la journée d'Aumale.
JUIN. 1776. 921
AVIS.
1.
Secrétaire Mechanique & Portatif qui fert
d'écritoire & de porte feuille , augmenté
pour une plus grande utilité ; qui se met
&se porte dans la poche d'une veſte: de
l'invention de Royer , Maître Ecrivain
Arithméticien , demeurant à Versailles ,
rue des Frippiers.
f
دی
CE Secrétaire Méchanique & Portatif, qui ſert d'écritoire
& de porte-feuille , eſt très -léger , ſolide & utile à
toutes fortes de perſonnes qui veulent écrire des lettres ,
ſoit que l'on ſoit à la campagne ou à la promenade : on
le met dans la poche d'une veſte , & les Dames le peu
vent également porter dans une poche.
Il n'a que 5 pouces 2 lignes de long, 3 pouces 2 lignes
de large, & i lignes d'épaiſſeur. Il renferme un
encrier fermant à vis , des plumes , dix feuilles de papier
a lettres écrites ou non , un canif , un gratoir
du ſandaraque , de la poudre , un cachet ordinaire ou
pliant, du pain à cacheter , une regle , un compas , un
crayon , de la cire d'Eſpagne , ou cire à cacheter, de la
4
222 MERCURE DE FRANCE.
:
bougie , un briquet , une pierre à fuſil, de l'amadou,
des allumettes , &c.
Le prix de ce ſecrétaire , ſans être garni , eſt de 5 liv.
& étant garni de ce qu'il renferme (excepté le cachet ,
parce que chacun a ſon cactiet) 9 liv.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer ce Secrétaire ,
s'adreſſeront à l'adreſſe ci-deſſus indiquée. Le fieur Royer
prie les perſonnes qui lui feront l'honneur de lui écrire ,
de faire affranchir leurs lettres , ainſi que le port de l'ar
gent , juſqu'à Versailles . Il ſe charge de faire tenir le dit
Secrétaire juſqu'aux frontieres du Royaume : on fera attention
de faire inſcrire fon nom & fon adreſſe ſur la feuille
de la poſte.
Lorſque l'on veut écrire , on peut poſer la feuille de
papier deſſus le couvercle , & on puiſe l'encre par le trou
dans l'encrier. On peut mettre ce Secrétaire dans un pe
tit ſachet, comme on fait d'un livre.
I I.
Nouvel avisfur le Scaphandre , ou le Bateau
de l'Homme.
Le Scaphandre eſt une eſpece de cuiraſſe , ſans bras
rompue dans tout fon pourtour , en différentes pieces,
comme l'épine du dos , pour ſe prêter aux différentes in
flexions du corps.
Cette armure contre le danger des eaux , enveloppe ce
Jui qui en eſt revêtu, depuis la naiſſance du col , juſques
vers le milieu des hanches.
JUIN. 1776 . 229
Elle eſt retenue ſur le corps par une ſuſpenſoire , qui la
met dans l'impoſſibilité de jamais s'en ſéparer.
En attachant fermement à ce corſelet un pantalon à
Etriers , c'est-à-dire , dont la partie inférieure ſe paſſe ſous
les pieds , à la maniere des guêtres , on trouve , à flot ,
au milieu des eaux les plus profondes , un point fixe &
perpétuel , qui met en état d'y marcher tout debout ,
comme fur terre ferme.
Que l'on joigne à cet accoutrement un bonnet , dont
la partie ſupérieure foit concave , comme l'ouvrier fait
l'exécuter , pour y enfermer des proviſions , & l'on ſera en
état de faire , à flot , même ſans ſavoir nager , d'aſſez
longs trajets , où l'on pourra ſe paſſer abſolument d'auber
ges ou d'hôtelleries .
Or , voici les avantages de cette invention , mille fois
éprouvée, très - fortement conteſtée , & enfin très-folem
nellement approuvée. Après être entré dans l'eau juſques
vers la région des mamelles , on se trouve à flot , tout
debout , comme on s'y tient ſur la terre ferme. Les bras
bien dégagés des eaux , aucune manoeuvre n'embarraffe.
On peut très - facilement , tout à la nage , boire , manger
, lire , écrire , marcher , pêcher , charger des armes,
chaffer, ſe ſauver des naufrages , gagner terre , &c . com
me cela eſt expliqué fort en détail dans le Traitéde la
construction théorique & pratique du Scaphandre , publiée
en 1775, par M. de la Chapelle , auteur du Scaphandre
& du Livre qui en traite , lequel ſe vend chez Debure
pere , quai des Auguſtins . Prix 3 liv. 12 fols. Vol , in-de
broché, enrichi de figures.
D24 MERCURE DE FRANCE.
Cette invention , ſi utile & fi néceſſaire aux Naviga
teurs , s'exécute à Paris , avec la plus grande préciſion ,
par le ſieur Hirault , Maître Tailleur, quai des Auguſtins ,
àl'hôtel d'Auvergne , pour la ſomme de 75 liv. y com
pris le pantalon. Si l'on y joint le bonnet à proviſions , ce
fera 6 liv. de plus.
Cet ouvrier pour les Scaphandres , eſt le ſeul , juſqu'a
préſent, qui ait ſuivi bien rigoureuſement les leçons de
l'Auteur , & auſſi le ſeul qu'il a la confiance d'avouer devant
le Public.
III.
Etabliſſement pour l'Education de la jeu
ne Nobleſſe , ſous la direction de MM.
Moret , dont l'un Prêtre . A Paris ,
fauxbourg Saint - Germain rue & barriere
de Seve , presque en face de l'avenue
de Breteuil .
৯ La religion eſt la baſe , le principal objet , & doit étré
le premier fruit de cette Education. Les langues Latine
Allemande , Italienne & Françoife ; les mathématiques
pour les enfans deſtinés à l'artillerie , au génie & à la
marine; les belles - lettres , la ſphere , la géographie , la
chronologie , l'hiſtoire , la mythologie & le blaſon ; l'écriture
, le deſſin , la danſe , la muſique vocale & inſtrumentale
, l'exercice militaire , les armes , & géné
salement toutes les parties qui entrent dans le plan d'une
édu
JUIN. 1776. 225
!
education.noble & diftinguée , font montrées dans cette
maiſon , par des Maîtres recommandables par leur zele &
par leurs talens . Les Eleves qui veulent apprendre à mon
ter à cheval , ſont conduits par quelqu'un de confiance , à
l'équitation .
Cet établiſſement fournit aux enfans toutes les reffources
qu'ils auroient en Allemagne pour apprendre l'Allemand:
tous les Maftres de cette penſion parlent , & font
parler cette langue aux Eleves. Indépendamment de cet
exercice continuel , qui eſt l'unique moyen d'apprendrė
l'Allemand , MM. Moret l'enſeignent encore par des principes
qui leur en facilitent conſidérablement l'étude de la
prononciation . Il fournit réciproquement de grands avan
tages aux étrangers ; ils y confervent l'uſage de leur lartgue
, en continuant , fans aucune eſpece de retard , le
cours de leurs études.
1
Chaque enfant eſt élevé relativement aux vues des pa
rens. L'intérêt n'étant point l'ame de cet établiſſement
le prix de la penſion eſt rédigé le plus bas poſſible , &
même au deſſous du prix des éducations moins complettes.
La nourriture eſt ſaine , abondante , & la même
que celle des Maîtres qui ſe font un devoir eſſentiel de
mänger avec leurs Eleves , fans aucune eſpece de diftinction
. La maiſon eſt vaſte & commode , ſituée entre cour
& jardin , en bơn air , & à portée de pluſieurs promenades
agréables. Il y a des chambres particulieres pour
des Eleves, quand cela convient , & un quartier détaché
, avec jardin , pour les enfans depuis l'âge de trois
ans juſqu'à ſept , où ils ſont ſoignés par des gouvernantes
Allemandes & Françoiſes , qui leur apprennent leur
P
226 MERCURE DE FRANCE.
religion , à lire & àparler ces deux langues , avec quel
ques notions d'hiſtoire & de géographie , proportionées à
la foibleſte de leur age. MM. Moret leur donnent en
fuite les premiers élémens des langues Latine , Allemande
& Françoiſe , dès qu'ils font à même de les concevoir ,
& fourniſſent les Maîtres d'écriture & d'exercice du corps :
la nourriture , la propreté , la ſanté& le maintien , font
Pobjet des foins les plus recherchés dans cet établiſſement .
La penſion n'eſt pas chere ; le prix eft propertionné à la
ge des enfans.
MM. Moret , ci - devant Directeurs des penſions aca
démiques de Dole & de Besançon , pour l'éducation de la
jeune Nobleſſe , au Comté de Bourgogne , font réunis
pour tenir le préſent établiſſement. Vingt années d'expérience
, un goût marqué pour l'éducation , les heureux
ſuccès , les ſoins pour la ſanté , la douceur & la tendreſſe
pour les enfans , ſont des motifs qui ont toujours
mérité à ces Inſtituteurs l'eſtime & la confiance des
perſonnes de la premiere conſidération. En témoignage
de quoi , il y a lettres authentiques données en con
feil & munies du ſcel de la cité de Besançon , du 17
Mai 1775.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople, le 18 Mars 1776
ONN paroît avoir quelque inquiétude fur le retour da
la caravane de la Mecque , & l'on craint que les fils du
Chéik Daher , dans le deſſein de ſe venger de la mort
JUIN. 1776. 227
2
de leur pere, ne ſe joignent aux Arabes du défert pou
lapiller.
De Stockholm , le 25 Mars 1776 .
Dans le commencement du mois dernier , pluſieurs Offciers
d'artillerie s'étoient portés , envers leur Colonel ,
pour un ſujet très- léger , à des procédés contraires à la
fubordination militaire , & s'étoient même répandus en
invectives . Sa Majefté en a pris connoiſſance , & après
avoir fait mettre aux arrêts les plus mutins , a nomme
des Commiſfaires pour examiner la nature de l'affaire.
Sur leur rapport , on a établi un Conſeil de Guerre qui,
pour fatisfaire aux loix , a condamné les rebelles à faire
le ſervicede ſimples ſoldats pendant quatre mois.
De Londres , le 21 Avril 1776.
UnNégociant de cette ville vient de recevoir une let
tre de Neuw-Yorck , par laquelle on apprend qu'une ar
mée conſidérable , ſous le commandement du Général
Lée, eſt tellement retranchée près de la Ville , qu'il faudroit
au moins vingt mille hommes pour la forcer ; que
leGouverneur Tyron eſt à bord d'un vaiſſeau de guerre,
n'ayant pas la dixieme partie des troupes qu'il lui faut
pour faire face à l'armée Provinciale , & que les habitans
ayant été avertis d'emporter leurs meilleurs effets , on re
doute que les troupes réglées ne ſe croyent dans l'obligation
de mettre le feu à cette ville.
e
Une circonſtance très - avantageuſe pour les Améri
cains , dans la guerre qu'ils ont avec nous , c'eſt que plus
ils ſe retireront avec leurs beftiaux dans l'intérieur des
P2
228 MERCURE DE FRANCE .
terres , plus ils - auront de moyens de ſubſiſter , & que
par - là il leur ſera très facile de ne laiſſer qu'un déſert
à l'armée Royale .
La Comteſſe de Bristol , convaincue du crime de bigamie
, dont elle avoit été accuſée , & que l'ancien privilege
des Pairs a miſe à l'abri de toute peine afflictive , ne
perdra pas même , a ce qu'on dit , la jouiſſance des biens
que lui a légués le Duc de Kingſton , parce que la tradition
qui lui en a été faite par teſtament , ne s'adreſſe
qu'à la Comteſſe de Briſtol.
On vient de créer une nouvelle commiffion , compofée
de cinq perſonnes , qui feront chargées de recevoir la foumiſſion
des Américains , & de leur accorder les conditions
dont on eft convenu dans le cabinet. Le Lord Howe &
le Général Howe , le ſieur Cornwall font du nombre de
ces Commiſſaires ; mais on ignore quels font les deux autres
qui partiront avec la derniere diviſion des troupes ,
portant d'une main la branche d'olivier & de l'autre l'épée.
Il paroît , au ſurplus décidé , qu'on n'offrira aucune
condition d'accommodement aux rébelles avant qu'ils
n'aient mis bas les armes & ne ſe foient entiérement
foumis.
,
On a reçu par le Williams beaucoup de lettres de la
Jamaïque , dont pluſieurs confirment les détails que le
fieur Weatley, commandant du bâtiment , avoit envoyés ,
relativement à neuf vaiſſeaux de ligne Eſpagnols , cind
frégates & quatorze mille hommes de troupes qui , en
paroiſſant devant le Cap François , ont inſpiré quelque
crainte ; mais il y a toute apparence que ce mouvement
20 3378
JUIN. 1776. 229
S
৫
de la part des Eſpagnols , n'a d'autre but que de relever
leurs garniſons , ce qui ſe pratique régulierement tous les
trois ans.
On apprend que l'eſcadre du Chevalier Peter Parker ,
ſur laquelle l'Adminiſtration avoit fondé de grandes eſpérances
, a été diſperſée par une tempête des plus affreuſes
: on en a rencontré une partie à cent lieues de la côte
du Bréfil , une autre fur la route de Sainte-Hélene , en
Afrique , quelques autres vaiſſeaux de cette eſcadre ont
fait naufrage aux Bermudes . & quelques-uns ont été poufſés
vers différentes Ifles de l'Amérique , où ils font arrivés
dans l'état le plus déplorable .
Le commandement de l'armée Provinciale à New - Yorck
a été donné au Général Schuyter , & le Général Lée s'eſt
mis en marche pour la Virginie , dans le deſſein de s'oppoſer
au Lord Dunmore , & aux Généraux Clinton &
Cornwallis . Quelques lettres annoncent des avantages
remportés par le Gouverneur Martin ſur les Infurgens ,
dans la Caroline ſeptentrionale.
De Naples, le 30 Mars 1776.
La capitulation des Suiſſes de ce Royaume vient enfin
d'être renouvellée pour vingt ans .
De Paris , le 27 Mai 1776.
On mande d'Alençon qu'à l'inſtant du tremblement de
terre , vivement reſſenti près de cette ville , le 30 Décembre
de l'année derniere , l'eau d'un puits , qui étoit pro .
- fond de 45 à 50 pieds , & qui étoit très - bonne , devint
:
P3
230 MERCURE DE FRANCE.
tout -à- coup noirâtre & infecte ; il ſe forme à préſent
la ſurface une croûte limoneuſe & épaiſſe , & les ſeaux avec
leſquels on y puiſe , deviennent noirs à la ſeconde ou troi
ſieme fois qu'on s'en ſert.
PRÉSENTATIONS.
Le 28 avril , la marquiſe de Ducret eut l'honneur d'être
préſentée à Leurs Majestés & à la Famille Royale , par la
comteffe de Rochechouart.
Le même jour, le fieur Radix de Sainte - Foy , miniſtre
plénipotentiaire du Roi près le duc des Deux - Ponts , de
retour ici par congé , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majefté par le comte de Vergennes , miniftre & fecrétaire
d'état au département des affaires étrangeres.
Le même jour , le ſieur du Faure de Rochefort , eut
T'honneur d'être préſenté au Roi par le Garde des Sceaux ,
en qualité d'avocat - général de la cour des Aides de Paris
; il a eu l'honneur de faire , dans la même qualité , ſa
révérence à la Reine & la Famille royale.
Le 12 mai , la marquiſe d'Eſtourmel , la comteſſe Agathe
d'Hautefort chanoineſſe du chapitre de Nivel , en
Franche - Comté , & la comteſſe de Balby , ont eu l'honpeur
d'être préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
royale ; les deux premieres par la comteſſe d'Hautefort ,
dame pour accompagner Madame , & la troiſieme par la
princeſſe de Monaco.
Le comte de Chaſot , lieutenant- général , gouverneur
0
JUIN. 1776 . 231
commandant en chef à Lubec , a eu l'honneur d'être préſenté
au Roi & au Famille royale.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 5 mai , l'abbé Germanes eut l'honneur de préfenter
au Roi le troiſieme & dernier voluine de fon Histoire des
révolutions de Corse.
Le Lendemain , l'évêque de Sénez a eu l'honneur de
préſenter au Roi & à la Famille royale l'Oraiſon funebre
du feu maréchal comte du Muy, prononcée dans l'égliſe des
invalides.
Le 16 du même mois , le ſieur de Vezou , écuyer , ingénieur
- géographe & généalogiſte du Roi , a eu l'honneur
de preſenter à Sa Majefté , à Monfieur & à Monſeigneur
le comte d'Artois , un tableau répréſentant la description
historique des cartes généalogies des trois races des Rois de
France &de la maison royale de Bourbon. Sa Majefté , à
laquelle cet ouvrage eſt dédié , a bien voulu , ainſi que
Monfieur & Monſeigneur le comte d'Artois , l'accueillir
avec bonté.
Le 13 mai , le ſieur Regnier a eu Phonneur de préfenter
au Roi & à la Famille royale , le projet d'un hôpital
de malades ou d'un hôtel - dieu , dans lequel chaque malade
ſeroit couché ſeul , & où , ſans beaucoup de frais ,
ils ſeroient tous parfaitement ſecourus.
P4
232 MERCURE DE FRANCE.
J
NOMINATIONS.
Le Roi , ſur la nomination & la préſentation de Monſeigneur
le comte d'Artois , en vertu de ſon appanage ,
vient d'accorder l'abbaye de Thiers , ordre de St Benoît ,
dioceſe de Clermont , à l'abbé de Saint - Didier , vicairegénéral
de Macon , & aumonier de Monſeigneur le comte
d'Artois .
A
Le 12 mai , le ſieur de Lamoignon de Malesherbes ,
miniſtre & fecrétaire d'état au département de la maifon
du Roi , ayant remis à Sa Majeſte ſa demiffion de cette
place, le Roi en a pourvu le ſieur Amelot , conſeiller d'état
, intendant des finances & ci - devant intendant de
Bourgogne , qui a prêté ſerment entre les mains de Sa Majeſté
en qualité de ſecrétaire d'état au département de ſa
malfon.
Le marquis de Noailles , ci - devant ambaſſadeur auprès
des Etats - Généraux des Provinces - Unies , ayant été nommé
par le Roi ambaſſadeur près de Sa Majesté Britanni
que , a eu l'honneur de faire , le 1 de mai , ſes remer
ciemens à Sa Majesté , à laquelle il a été préſenté par le
comte de Vergennes , miniſtre & ſecrétaire d'état au dé
partement des affaires étrangeres , & de faire ſa révérence
à la Reine & à la Famille royale.
Sa Majeſté a auſſi nommé le duc de la Vauguyon , l'un
de ſes anciens menins , ſon ambaſſadeur auprès des Etats-
Généraux des Provinces - Unies .
Le 16 mai , le comte de Maurepas a prêté ferment
JUIN. 1776. 233
entre les mains du Roi pour la place de chef de conſeil
royal des finances , dont Sa Majesté l'a pourvu.
Le Roi vient d'accorder les honneurs du Louvre & le
titre de duc au comte de Guines , ci devant ſon ambaffadeur
en Angleterre. Sa Majesté a eu la bonté de lui
annoncer cette faveur par une lettre de ſa main .
Le 19 mai , le marquis d'Arbouville a prêté ſerment
entre les mains du Roi pour la lieutenance- générale de
l'Iſle de France , vacante par la mort du marquis de Gi
ronde,
Le Roi a nommé miniſtre le comte de Saint-Germain ,
ſecrétaire d'état au département de la guerre , qui , dans
cette qualité , a aſſiſté , le 19 , au conſeil d'état.
Le 20 , le ſieur, de Clugny , ci-devant maître des rea
quêtes & intendant en Guienne , a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi , & de faire fes remerciemens à Sa Majeſté
pour la place de contrôleur général des finances à
laquelle Sa Majesté l'a nommé ſur la démiſſion de ſieur
Turgot.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Mégemont , ordre
de Citeaux , dioceſe de Clermont , à l'abbé de Clédat ,
vicaire général de Caſtres , chapelain de Sa Majeſté & de
Monſeigneur le comte d'Artois , fur la nomination de ce
Prince , en vertu de fon appanage.
Le 12 de mai , le ſieur Sénac de Meilhan , maître des
requêtes , intendant du Hainault & Cambréfis , eut l'henneur
d'être préſenté au Roi par le comte de Saint Ger
main miniſtre & fecrétaire d'état au département de la
guerre , & de faire fes remerciemens à Sa Majefté , en
qualité d'intendant de l'armée.
Ps
234 MERCURE DE FRANCE.
ELECTION.
Le 13 mai , l'Académie Françoiſe a élu , avec l'agré
ment du Roi , le ſieur de la Harpe pour remplir la place
vacante par la mort du ſieur Colardeau .
MARIAGES.
Le 28 avril , Leurs Majestés & la Famille royale ont
figné le contrat de mariage du marquis d'Eſtourmel , meftre-
de-camp en ſecond du régiment de la Marche , dragons
, avec demoiselle Galard ; celui du comte de Balbi ,
colonel d'infanterie , avec demoiselle de Caumont ; & celui
du comte de Lammerville avec demoiſelle de Vandégre.
Le même jour , Leurs Majestés & la Famille royale ont
figné le contrat de mariage du preſident de la Briffe , avec
demoiſelle de Bernage , fille du ſieur de Bernage de Vaux ,
conſeiller d'état ordinaire.
Le 5 mai , le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de mariage du marquis de Fumel-Mont-Segur , gentil
homme ordinaire de Monfieur & meſtre-de-camp de cavalerie
, avec demoiselle du Tillet ; celui du marquis de
Nadaillac , capitaine au régiment de Royal-Champagne ,
cavalerie , avec demoiselle de Bragelongne.
2.1
JUIN. 1776. 235
NAISSANCES.
George René de Fitte , eſt né au château du Barri le 14
Avril 1776; fils de Meſſire Armand-Marie-Caſimir-Théreſe
Genevieve-Emmanuel de Fitte , ſeigneur de Gariés , Caf
teljaloux & autres places , lieutenant de MM. les Maré
chaux de France au département de Riviere , Verdun ; &
de dame Anne Edgcumbe ; & a été tenu ſur les fonts
baptifinaux , par repréſentant , par le Lord Edgeumbe ,
pair du royaume d'Angleterre & amiral de la Grande-Bre.
tage , &, en perfonne , par dame Reine Bugler Ducernay ,
veuve de Meffire Pierre-Henri de fitte , chevalier de l'ore
dre royal & militaire de St. Louis , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Berri & commiſſaire provincial
des guerres , (le même dont M. le maréchal de Saxe loue
le zele & l'activité dans l'expédition d'Egra , par une lettre
écrite par ce Général à M. de Breteuil , alors miniſtre
de la guerre).
Le 5 mai , la nommée Catherine Servinien , femme de
Thomas Beaurepaire , vigneron à Auxerre , eſt accouchée
ſans douleur , en un quart d'heure , d'une fille & de deux
garçons , dont l'un eſt mort deux heures après : les deux
autres enfans ſe portent bien , ainſi que la mere.
MORTS.
Jeanne-Anne Poncet de la Riviere , comteſſe de Carcar
do, dame de l'ordre de la croix étoilée , épouſe de Louis
236 MERCURE DE FRANCE.
Gabriel le Sénéchal , comte de Carcado , maréchal de
camp , eſt morte à Paris le 22 Avril , âgée de 45 ans.
Charles de Beraud de Courville , chevalier, ancien capitaine
de grenadiers , doyen des chevaliers de l'ordre
royal & militaire de Saint Louis , mourut , le 4 Avril , à
Mont-Midy , dans la 85e année de ſon âge.
Claude Louis le Bouthelier de Chavigni , marquis de
Ponts , brigadier des armées du Roi, eſt mort a Paris le
4 Mai , dans ſa 60e année.
N. Gauné de Cazeau , chevalier de l'ordre royal & militaire
de St. Louis , lieutenant-colonel de dragons & ancien
gouverneur des pages de la petite écurie du Roi , eſt
mort le 6 Mai , dans ſon château du Fort , près d'Auxerre
, à l'âge de 89 ans.
Charles-Etienne de Surirey de Saint Remi , chanoine de
l'égliſe de Paris , abbé commendataire de l'abbaye de
Fontmorigny , ordre de Citeaux , dioceſe de Bourges , eſt
mort à Paris le 8 Mai , dans la 57e année de ſon âge .
Pierre-Joſeph Bareau , marquis de Girac , colonel à la
fuite de la cavalerie , eſt mort à Paris, âgé de 45 ans.
Le ſieur J. Louis Roger, marquis de Rochechouard ,
chevalier des ordres du Roi , lieutenant-général de ſes armées
, gouverneur de Péronne , commandant en chef pour
Sa Majesté en Provence , eſt mort à Paris le 13 Mai , âgé
de 59 ans.
Louiſe Françoiſe-Joly de Fleury , veuve de Jean-Nicolas
Megret de Serilly , maître des requêtes honoraire , confeilter
d'honneur à la cour des aides de Paris & intendant d'Alface,
eft morte le 16 Mai.
JUIN. 1776 237
1-
Le marquis de la Feuillée , meſtre de camp de dragons ,
chevalier de l'ordre royal & militaire de St. Louis , ci de
vant capitaine des levrettes de la chambre de Monfieur ,
eſt mort à Paris , le 18 Mai , âgé de 64 ans.
On apprend de Raguſe que la mere de l'abbé Boſcowich
, directeur d'optique de la marine de France , eft
morte dans ſa patrie au mois d'Avril dernier , dans ſa 103e
année. Elle laiſſe un fils âgé de 80 ans, l'abbé Boſcowich
qui en a 65 & une fille qui en a 62. Elle aa confervé
juſqu'à la fin de ſa vie , l'uſage de ſes fens , de ſa raiſon
&de fa mémoire .
Simon Tramet , gagne- denier , eſt mort à Paris le 5 Mai ,
fur la paroiffe de Sainte Marguerite , âgé de 100 ans 6
mois & 22 jours : il a conſervé ſa raiſon juſqu'au dernier
moment de ſa vie , dont une chûte a avancé le terme.
८
T
LOTERIES.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire s'eſt
fait le 6 Mai. Les numéros fortis de la roue de fortune
font 36 , 24, 62 , 19 , 88. Le prochain tirage ſe fera le
5 Juin.
Le cent quatre-vingt- cinquième tirage de la Loterie de..
Hôtel- de-Ville s'eſt fait , le 25 du mois de mai , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eſt
échu au No. 53357. Celui de vingt mille livres au No...
41720 , & les deux de dix mille liv. aux numéros 42614
&51141. E
2.
238 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profes
Mithridate à ſon fils Pharnace ,
L'apologie des femmes ,
L'Honneur & l'Amour,
page 5
ibid.
ΟΙ
13
A Madame C **, 15
Les dangers de l'ignorance , 18
Vers marotiques à M. le Comte de Treffan 31
La voliere & loiſeau des champs , 32
Le loup, le mouton & l'agneau , 34
L'homme & le boeuf,
39
Le brutal obligeant ,
40
Le Dante & le Maréchal,
t
45
AMadame la Comteſſe de la R... 46
Vers à M. Deſmarais , 47
Vers à Madame ** 49
Vers de Mile d'Ormoy , 50
1
La guirlande , 51
Epître à M. Guillotin, 52
Romance ,
Explication des Enigmes & Logogryplies
ENIGMES,
LOGOGRYPHES
Air,
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Dictionnaire de l'Induſtrie ,
Zabhet,
Abrégé des élémens d'arithmétique , &c.
Difcours fur différens ſujets ,
54
57
58
61
63
68
ibid
86
96
98
JUIN. 1776. 239
Mémoire ſur une queſtion de géographie pratique, 105
Bibliotheque univerſelle des Romans , 108
1
Anecdotes du regne d'Edouard II. 136
V
L'art du chant figuré , 139
Manuel du Jardinier , 145
Effai ſur les moyens de rendre les facultés de l'homme
plus utiles à fon bonheur , 147
Théâtre du monde , 152
Abrégé hiftorique des ordres de Chevalerie ,
Supplement au traité de l'éducation des abeilles ,
156
157
Les moeurs des Germains ,
158
La fille de trente ans , 160
Des pierres précieuſes & des pierres fines , 16x
Mém. de mathematiques &de phyſique , 162
Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain 163
Mémoires Turcs ,
Livres propoſés au rabais,
164
165
Annonces littéraires , 171
ACADÉMIE. 178
Paris , ibid.
1
!
Dijon , 180'
SPECTACLES. 183
Opéra , ibida
Comédie Françoiſe , 185
Comédie Italienne , 188
ARTS .
1924
Gravures , ibid.
Muſique, 205
Architecture ,
1
209
Botanique ,
"
Cours de mathématiques ,
- Lettre de M. de Voltaire ,
Variétés , inventions ,&c.
211
1
212
213
1
214
240 MERCURE DE FRANCE.
Anecdotes. 218
AVIS , 221
Nouvelles politiques , 226
Préſentations , 230
d'Ouvrages , 231
Nominations , 232
Election ,
234
Mariages ,
ibid.
Naiſſances ,
235
Morts,
Loteries ,
ibid.
237
:
1
NOUVEAUTÉS.
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , à Mr. Paw , par
un Benedictin , avec pluſieurs pieces intéreſſantes , grand
in 8. 1 vol. à f1 : - : -
52
ARTES
1837
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
PLURIBUS DINU
TUEBOR
SIQUÆRIS PENINSULAM
-AMCEΝΑΜ
CIRCUMSPICE
AP
20
.M51
1776
по.9
MERCURE
DE FRANCE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE GENS DE LETTRES.
JUILLET. 1776.
PREMIER VOLUME.
N°. IX.
٦٠
Mobilitate viget. VIRGILE .
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY
MDCCLXXVI.
LIVRES NOUVEAUX.
Qu'on trouve Chez MARC- MICHEL REY,
Libraire fur le Cingle. !
COLLECTION des Planches enluminées &
non enluminées , représentant au naturel ce qui
se trouve de plus intéreſſant & de plus curieux
parmi les Animaux , Végétaux & Minéraux .
CETTE ETTE Collection qui commence à paroître depuis
le mois de Janvier de 1775 , par Cahier , de trois
mois en trois mois , en renferme actuellement cinq
qui ont mérité l'approbation des Curieux ; le premier
& le quatrieme repréſentent des Animaux ; le deuxieme
& le cinquieme , des Végétaux ; & le troiſieme ,
des Minéraux ; celui-ci ſera ſuivi d'un fixieme au premier
Avril prochain , & ainſi de ſuite de regne en regne.
Dans les Cahiers des Animaux , on y entremele
des Quadrupedes , des Oiseaux , des OEufs , des
Inſectes , des Poiffons , des Serpens , des Coquillages ,
des Madrepores ; les Cahiers deſtinés aux Végétaux
ne repréſentent que les Plantes botaniques & médicinales
de la Chine , de forte que ces Cahiers réunis à
ceux de la Collection précédente , formeront la plus
belle Collection qu'on puiſſe avoir én Europe du regne
Végétal de cet Empire. Las Cahiers des Minéraux
offriront tour- à - tour des Mines & des Foffiles ; chaque
Cahier renferme 22 feuilles tirées ſur papier au
nom de Jéſus, & brochées en papier bleu ; chaque
Cahier eft de 30 livres à Paris , & à Amſterdam chez
Rey à f 15 : 15 de Hollande.
Dictionnaire (nouveau ) de Sobrino , Eſpagnol , François
& Latin ; & François , Eſpagnol & Latin. Compolé
fur les meilleurs Dictionnaires qui aient paru juſqu'à
préſent. Divifé en trois Tomes , dont les deux premiers
renferment l'Eſpagnol expliqué par le François
& le Latin : & le troiſieme , le François expliqué par
l'Eſpagnol & le Latin ; enrichi d'un Dictionnaire Abrégé
de Géographie , dans lequel on trouve les noms des
Royaumes , des Villes , des Mers , & des Rivieres du
Monde. Par François Cornon Maftree- s- Arts de
l'Univerſité de Paris , & Maître de Langue Eſpagnolle.
410. 3 vol. Anvers 1769.
१
Heures Nouvelles , à l'uſage des Magiſtrats & des bons
Citoyens. in- 12. 1776.
LIVRES NOUVEAUX.
Nouveaux Mélanges Philofophiques , Hiſtoriques , Critiques
, &c. &c. 8° . tom. 15 à 19 , 1775.
Effais Politiques fur la véritable Liberté Civile , discours
adreffé au peuple d'Angleterre. 80. à 12 fols.
La Jurisprudence du Grand - Conſeil examinée dans
les Maximes du Royaume. Ouvrage précieux , &c.
80.2 vol. Avignon 1775.
,
Choix de Chanſons miſes en Muſique par M. de la Borde
, Premier Valet - de - Chambre ordinaire du Roi ,
Gouverneur du Louvre. Ornées d'Eſtampes par 1. M.
Moreau , Dédié à Madame la Dauphine. 3 vol. Gravées
par Moria & Mile. Vendome. Paris 1773 .
Joachim ou le Triomphe de la Piété Filiale. Drame en
trois Actes & en vers , ſuivi d'un choix de Poëſies
fugitives. Par M. Blin de Saint -More. 8°. Paris 1775
à f 2 :
Journal de Lecture , ou Choix Périodique de Littérature
&\de Morale , 12º. No. 1 à 14. ou tom. I. prem. partie
à tom. 5. 2de partie, Paris , 1775. à f 9. pour les 4
Tomes en 12 Parties .
Oeuvres Diverſes de M L... (Eſſai philosophique sur le
Monachisme.) in - 12. 1775.
Mêlées de Madame le Prince de Beaumont,
Extraits des Journaux & Feuilles périodiques qui ont
paru en Angleterre pendant le féjour qu'elle y a fait.
raffemblées & imprimées , pour la premiere fois en
forme de Recueil. Pour ſervir de ſuite à ſes autres
ouvrages in 12. 6 vol . Maestricht 1775.
Traité des Bois & des différentes manieres de les Semer,
Planter , Cultiver , Exploiter , Tranſporter & Conferver.
80. 2 vol . Paris , 1771 .
Phyſiologie des corps Organiſés , ou Examen analytique
des Animaux & des Végétaux comparés enſemble
, à deſſein de démontrer la chaîne de continuité
qui unit les différens Regnes de la Nature. Edition
Françoiſe du Livre publié en Latin à Manheim , ſous
le titre de Phyſiologie des Mouſſes . Par M. de Necker
, Botaniſte & Hiftoriographe de l'Electeur Palatin ,
Aſſocié de pluſieurs Académies , &c. &c. 80. avec
une Planche. Bouillon 1775. à f 1-10.
Poëfies de Societé , dédiées à Staniflas II. Roi de Pologne.
Par M. L. Renaud. 8°. Leipzig 1775. à f 1 .
Les Récréations de la Toilette. Hiſtoires , Anecdotes,
Avantures amuſantes & intéreſſantes . in- 12. 2 vol.
Paris , 1775. à f3 : -
1
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Monde Primitif , analyſé & comparé avec le Monde
Moderne &c. 4to. 1773 - - 1775 , 3 Tomes.
Poesie del signor abate Pietro Metastasio , 8vo. to vola
Torino. 1757 1768.
Mélanges de Philoſophie & de Mathématiques de la Société
Royale de Turin , 4to. 4 vol. fig. 1759-1769 .
DE L'HOMME ou des principes & des Loixde l'influence
de l'Ame fur le Corps & du Corps fur l'Ame .
Par J. P. Marat , Doct. en M. grand in-douze , en
2 vol. Amsterdam , 1775, à f 2: 10.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 :
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII volumes de la rrééiimmpprreſſion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. desPlanches.
On ppuubblliicera de fix en fix mois deux tomes de Planches
fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Piénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre. Grand 8vo. en XIII Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil
Jacob s'Gravesande , raſfemblées & publiées par
Jean - Nic. Seb . Allamand , Profeſſeur à Leyde. 4to.
2 vol. avec XXX Planches en taille- douce. Amst. 1774.
àf8 : -
Les Droits de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt ſur les
Droits des Souverains, grand in- douze , I vol. 1775. àfi:-
L'Hiſtoire de la Campagne de 1769. entre les Ruſſes &
les Turcs , travaillée sur des mémoires très - authentiques
; les Cartes & Plans font des copies exactes &
fidelles de ceux - mêmes qui ont été dreſſés alors fur
les lieux par ordre du Chef- Commandant de l'Armée .
8vo. I vol. à f6 : - :
Lettres Hiſtoriques & Dogmatiques ſur les Jubilés & les
Indulgences &c. par M. Ch. Chais , en 3 νοί. 8νο.
f3: 15 de Hollande.
Jérufalem Délivrée . Poëme du Taſſe. Nouvelle traduction
2 vol. grand in - douze. Paris 1774. af2 : -
Oeuvres de Voltaire , grand in -8vo. 62. vol. Edition de
Genève.
MERCURE
DE FRANCE.
1
:
JUILLET . I. Vol. 1776..
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
T
ARIANE à THÉSÉE.
HÉROÏDE.
u fuis donc pour jamais , infidele Théſée ?
Sur ce rocher affreux , Ariane éplorée ,
Fixe d'un oeil mourant ces rapides vaiſſeaux ,
Qui t'entraînent loin d'elle en volant ſur les eaux.
Ainfi tu reconnois ma tendreſſe & mon zele ?
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Barbare ! en te ſauvant de la rage cruelle
D'un monftre dévorant au carnage excité,
N'ai-je pu mériter qu'une infidélité !
Triomphes de l'erreur d'une amante inſenſée ,
Fuis ces lieux détestés où , long -temps abuſée ,
lugrat , elle te crut digne de fon amour :
Fuis , te dis - je , à mes maux laiſſe moi ſans retour
De tes feux paſſagers quand je ſuis la victime ,
Près de moi ta froideur augmenteroit ton crime.
Cruel ! impunément crois - tu donc m'outrager ?
Je laiſſe aux Dieux puiſſans le ſoin de me venger.
Puiſſai - je être témoin de leur courroux céleſte !
Voir tes vaiſſeaux briſés ; & toi , que je déteſte ,
Avant d'aller peupler le rivage des morts ,
Puiſſes - tu , fans ſecours , emporté ſur mes bords ,
Offrir à mes regards ta honte & ta miſere ! ..
Mais , non ... Dieux tout puiſſans , mépriſez ma colere &
Hélas ! fur mon_Amant gardez vous de tonner ,
Mon coeur , mon foible coeur cherche à lui pardonner.
O climats empeſtés ! & malheureuſe Crete !
La gloire & le danger d'une illuſtre conquête
Fixerent ſur res bords ce héros inhumain ;
Je le vis , je l'aimai : ma ſecourable main
Au lieu de le frapper , ſeconda ſa victoire ,
Je devois l'immoler , & j'augmentai ſa gloire.
Minos ! viens me punir de mes noirs attentats,
Accours , viens me donner un trop juſte trépas :
Hâte - toi , que ton bras , fi long- temps redoutable,
Venge la trahiſon de ta fille coupable.
JUILLET. I. Vol. 1776. 7
De mes jours , de mon fort , augmente encor l'horreur ,
Je ne me plaindrai point de toute ta fureur :
Etouffe , s'il ſe peut ; le feu qui me dévore ;
Mais éloigne de moi cet Amant que j'adore ,
Quand j'ai trahi mon pere , il a dû me haïr ,
Mes feux font criminels , le ciel doit m'en punir ...
Malheureuſe Ariane ! ... Amante infortunée ;
Ah ! peux - tu ſans frémir te voir abandonnée ? ...
Théſée ! ... Amant cruel ! reviens auprès de moi ,
Vois mon coeur , il eſt prêt à te donner ſa foi.
Que l'amour , dont l'ardeur me dévore & m'enflamme ,
T'engage à ſeconder les tranſports de mon ame.
Que ton fort à jamais au mien daigne s'unir !
Vois mes pleurs ! .. Par pitié , viens du moins les tarir!
Hate - toi , cher Amant ! .. Arrête , malheureuſe !
Où te laiſſe emporter ton ardeur furieuſe ?
Quand tout , autour de moi , retentit de mes cris ,
L'ingrat ne m'a laiſfé que de cruels mépris .
Déjà loin de ces bords la fortune l'entraîne :
De l'amour dans ſon coeur il a briſé la chaîne ,
Et content de regner fur l'empire des mers ,
Glorieux par moi ſeule , il rit de mes revers .
Ah ! dans ce jour affreux , horrible & fanguinaire ,
Que n'ai - je pu m'armer d'une juſte colere ?
Au lieu de le guider dans ce dédale affreux ,
Je devoir irriter le monſtre furieux
Contre un monftre farouche & plus cruel encore ,
L'abreuver de ce fang que je hais , que j'abhorre ,
De ce ſang dont l'amour me cacha la noirceur ,
De ce ſang criminel , ſource de mon malheur.
A 4
8 : MERCURE DE FRANCE.
Que Neptune en courroux appelle la tempête ,
Que la foudre brûlante éclate ſur ſa tête ;
Que les vents réunis , contre lui mutinés .
Promenent fur les mers tous fes vaiſſeaux briſés ;
Que les membres épars de cet Amant parjure ,
Des vautours dévorans deviennent la pâture;
Exauce tous mes voeux ; ciel vengeur hate - toi :
Crains - tu de le punir ? .. Eh bien ! tonne fur moi.
Que mon coeur criminel , que la fureur, égare ,
Aille bientôt rouler dans les flots du Ténare ;
Prends pitié de mes maux , hate mon dernier jour,
Frappe mon corps mourant , ou détruis mon amour.
Triſte & fatal objet , témoin de mon fupplice,
Rocher , tombe sur moi! qu'Ariane périſſe !
Que ces monts fourcilleux , ſenſibles à mes pleurs ,
Se roulant en éclats , terminent mes malheurs ...
Cher Theſée ! .. à l'amour te livrant ſans partage ,
Que ne puis -je te voir réparer ton outrage !
Par un heureux remords viens finir mon tourment :
Tu liras ton pardon dans mon coeur palpitant.
Viens , fecondes Peſpoir qui me flatte & m'entraine ,
Tu verras Ariane incapable de haine ;
Viens jouir de mes pleursi . O deſirs ſuperflus !
Flatteuſe illufion ! .. non tu ne m'aimes plus ;
Ton coeur dans les combats cherche une vaine gloire ;
Puiſſes - tu de ton ſang cimenter ta victoire !
Pour punir ton forfait , que le ciel irrité
Te préſente en tous lieux un trépas mérité ! ...
Grace au ciel... j'entrevois ta deſtinée affreuſe ...
Jours d'horreur ! jours de crime ! o Phedre malheureuſe !
JUILLET. I. Vol. 1776.
Hate toi de ſouiller tes execrables noeuds ;
Cherche pour me venger des forfaits plus affreux;
Etonne l'Univers par ton horrible inceſte ,
Que ce ſoit le ſeul fruit de ton himen funeſte !
Et toi , perfide Amant , toi , monftre furieux ,
Je vois tomber fur toi tout le courroux des Dieux.
L'enfer eſt irrité ; que ton ame frémiſſe.... A
Pluton a préparé ton horrible ſupplice.
Puiſſai - je chez les morts , témoin de tes douleurs ,
Te reprocher ta honte & toutes tes noirceurs I
Retracer à tes yeux ta lâche perfidie ;
Te prouver les fureurs d'une Amante trahie ,
De tes juſtes tourmens augmenter les horreurs ;
Ariane aux enfers n'aura que des douceurs.
1
Pur M. Guittard cadet , Bachel. en Droit
de Limoux , en Languedoc.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE .
LE CHIEN & LE CHAT.
M
Fable.
AÎTRE Raton , voleur de fon métier ,
1
Maftre Sultan , la terreur du gibier ,
Se diſputoient ſur les grands avantages
Que leur Maftre tiroit de leurs rares talens.
Moi , dit Raton , je purge le ménage
Des fouris & des rats , animaux malfaiſans :
Giſant près d'un bon fen , dormant des deux oreilles ,
Je n'attends point que mon Maître m'éveille;
Toujours au guet , toujours en l'air ,
Si quelque malfaiteur ſe gliſſe vers l'office ,
Zeſte , je pars comme un éclair ,
Et fur le champ j'en fais juſtice :
Le mauvais temps ne m'arrête jamais ,
Toujours je fais ma ronde avec un ſoin extrême ,
Et du travail ne me fiant qu'à moi - même ,
Je maintiens au logis l'abondance & la paix .
On applaudit ma vigilance ,
On me ſait gré de mon abſence ,
On eſt charmé de mon retour :
Valets , enfans , maftres , maſtreſſes ,
Tous , à l'envi , s'empreſſent tour à - tour
A me combler des plus douces careſſes ,
On s'amuſe de moi , on ſe prête à mes jeux ,
On rit de mes tours de ſoupleſſe ,
JUILLET. I. Vol. 1776. II
Enfin en moi tout intéreſſe :
L'un tire de mon geſte un préſage fâcheux ,
L'autre en augure un figne heureux.
Pour toi , toujours dans la cuiſine ,
Chaſſé par l'un , par l'autre rebuté ,
A tous venans tu fais la grife mine ,
Et de tes cris chacun eſt tourmenté ;
Pout s'en défaire , on te prend , on t'entraîne
1
Loin du logis , on te met à la chaîne ,
Et , comme un criminel , on te voit garroté ;
Mais pour moi , je jouis des faveurs de mon Maftre :
Sans engager ma liberté
J'aſſure ma félicité ,
En conſervant ce don ſi cher à tous les êtres. (*)
De ce propos Sultan vivement irrité १
2
Il te ſied bien , dit - il , animal indocile ,
De railler mon humeur complaifante & facile ,
De te moquer de ma docilité ;
Je me donne à mon Maître , & fans nulle réſerve ,
Je me dévoue à ſes plaiſirs ;
De lui feul occupé , j'examine , j'obſerve ,
Autant qu'il eſt en moi , je préviens ſes deſirs :
A la maiſon je veille à ſa fortune :
Tout viſage étranger me gêne & m'importune ;
Je crains toujours qu'on n'en veuille à ſes biens,
Et pour ſes jours je donnerois les miens.
Content de mes ſoins , de mon zele ,
Je ſuis toujours ſon compagnon fidele ;
(*) Etres , ou plurier , ne peut rimer avec Maitre au
fingulier , avantages & ménage (vers 3 & 5) offrent l.
méme faute.
12 MERCURE DE FRANCE.
Heureux quand je ſuis avec lui ,
Son abfence me plonge en un mortel ennui :
En mon Mattre je mets toute ma confiance ,
Je ne crains rien en ſa préſence;
Sans redouter le fort le plus fatal ,
J'attaque hardiment le plus fier animal :
Et mon adreſſe & mon courage
Me font preſque toujours obtenir l'avantage :
Je deviens dans ſes mains un utile inſtrument ;
C'eſt pour lui ſeul que je cours cette proie ,
Je la viens à ſes pieds dépoſer avec joie :
Une careſſe eſt mon paiement ;
7
Et ce ſenſible coeur, préſent de la nature ,
Me la fait rendre avec uſure :
Je me crois trop payé. Pour toi ,
Dont l'intérêt eſt la fuprême loi ,
Ofes - tu bien me vanter des careſſes ,
Que , grâce à ton ame traſtreſſe , (*) ?
On ne t'accorde qu'en tremblant ?
Car plus tu flatte & plus le danger eſt preſfant :
Mais , par bonheur , on fait apprécier ton mérite ,
On n'eſt plus pris à ton air hypocrite ,
On connoît les détours de ton perfide coeur :
1
7
(*) Autre licence impardonnable dans les pieces de ce
genre, qui n'ont de mérite qu'autant qu'elles sont chatiées,
& furtout dans un fiecle où l'on se pique de quelque
exactitude. (Note de l'Editeur de Hollande , ainſi
que la précédente & les ſuivantes .)
JUILLET. I. Vol. 1776. 13
Tu ne reſpectes rien , tes vols & tes rapines
Te font à chaque inſtant chaſſer de la cuiſine;
Plus tu parois foumis , rampant , flatteur ,
Et plus il faut ſe défier du trompeur : (*) :
Car fûrement ton ame ſcélérate
Epie alors l'inſtant de jouer de la patte :
Tu dois tes jours à la néceſſité ,
Au fecours que fournit ta lâche cruauté;
Rien n'eſt ſacré pour toi ; ſi l'on te laiſſoit faire ,
Si ta force égaloit ton humeur ſanguinaire ,
Pour contenter ton naturel pervers
Tu dépeuplerois l'Univers :
Tout ce qui vit t'inquiete & te bleſſe ,
Témoin loiſeau chéri de ta jeune Mattreſſe
Que tu croquois l'autre jour ſans pitié ,
Sans nul égard pour ſa tendre amitié :
Vas ,fuis , délivre - moi d'un objet que j'abhorre
Crains que , ſenſible à ſa douleur ,
Je ne t'immole à ma juſte fureur.
Le Chat eut peur , il court encore.
A leur difcours un vieux Corbeau
-Prêtoit une oreille fidelle :
Des vrais amis , dit - il , le Chien eſt le modele,
Des faux amis le Chat eſt le tableau .
Par M. Destot.
1
-F (*) Cette ligne n'est point un Vers. defier , est de trois
Syllabes; le Vers 15e de la piece, est dans le méme cas.
14 MERCURE DE FRANCE.
LE RÉVEIL DE LH'OMME BIENFAISANT .
Stances allégoriques qui ont obtenu le prémier
Acceſſit au Palinod de Caën , en
1775.
A M. ESMANGART , Intendant de la
Généralité de Caën.
U
N vent affreux s'éleve au fommet des montagnes :
Il s'accroît dans fa courſe & répand la terreur ;
Sous ſon ruftique toſt l'habitant des campagnes
S'incline avec frayeur.
L'athmoſphere frémit ; & le char des orages
Dans l'éther enflammé promene le trépas ;
D'un tonnerre éloigné que roulent les nuages ,
On entend les éclats.
Ce choc tumultueux attriſte la Nature ...
Ariſte ſe réveille aux cris des élémens ,
L'écho répéte au loin le vaſte & fourd murmurë
Que produiſent les vents.
L'humanité l'élance au milieu des ténebres ;
Son ame retentit des accens du malheur :
:
JUILLET. I. Vol. 1776. 15
=
Il voit autour de lui des images funebres
Et des ſcenes d'horreur.
La foudre , en ferpentant , embraſe une chaumiere ;
La flamme dans les airs circule en tourbillons ;
Les ruiſſeaux dans leur cours , en rompant leur barriere ,
Entraînent les moiſſons.
On n'a plus d'eſpérance aux travaux de l'année;
Les femmes , les vieillards expirent de douleur :
Des enfans au berceau , la foule conſternée ,
Palpite de frayeur.
Ne pouvant foutenir cette image ſanglante ,
Ariſte , d'un coup d'oeil , ravit tout à la mort :
Il tend à ces enfans une main bienfaiſante ,
”
"
Et prend ſoin de leur fort .
, Loin ces mortels , dit - il , que la fortune accable ,
Et qui trafnent leurs jours dans de pénibles jeux :
Sous leurs lambris dorés ils ignorent à table
S'il eſt des malheureux.
, Leur indifcrette joie inſulte à l'indigence :
» L'aurore les ſurprend dans les bras du plaiſfir ;
Un dégoût dévorant poursuit leur opulence
"
Et flétrit leur defir.
16 MERCURE DE FRANCE.
1
„ Le Dieu qui m'a fait naftre au ſein de la richeſſe ,
Du pauvre qui gémit m'a confié les jours ;
Il eſt homme... Il ſuffit... Tout en lui m'intéreſſe ,
„ Je lui dois des ſecours.
Ah ! qu'il eſt conſolant de ſe dire à ſoi-même :
Du timide orphelin je fais remplir les voeux ;
,, Dans le rang que j'occupe on me reſpecte , on m'aime
„ Et je fais des heureux."
ALLUSION.
De l'homme bienfaiſant en retraçant l'image ,
Epouſe du Très -Haut je t'ai peint dans mes vers :
Comme lui , chaque jour , aurore ſans nuage ,
Tu fais brifer nós fers .
Remerciement à Meſſieurs de Vendeuve
d'Oneville , Juges honoraires du Palinod.
Dans ce brillant Lycée où les arts & la gloire ,
Sur le front des vainqueurs diſpenſent leurs lauriers ,
Pour tranſmettre fon nom au Temple de Mémoire ,
Apollo
JUILLET. I. Vol. 1776. 17
Apollon à nos yeux offre divers ſentiers.
L'un chante de ſon Roi la tendre bienfaiſance,
L'autre de Lamitié retrace les douceurs ,
Et les autres enfin de la reconnoiſſance ,
Expriment les accens par la voix des neuf foeurs
7
Vous qui ſavez unir l'agréable à l'utile ,
Et dont les ſoins flatteurs encouragent les arts ,
Ši je puis obtenir un feul de vos regards ,
Vous n'aurez point rendu mon triomphe inutile.
Par M. Daubert , de Caën.
:
H
MORALITÉ .
É quoi ! mon fils , toujours des livres , des crayons ,
Et tous les attributs de la docte Uranie !
Sans doute il eſt flatteur que le Dieu du génie
Vous éclaire de ſes rayons ;
Mais , croyez - moi , tout ce vain étalage
Ne fuffit pas pour les devoirs du ſage ,
Avec l'eſprit il faut les dons du coeur.
Philémon , dans ce voiſinage ,
Vient d'éprouver un grand malheur ;
Il goûtoit le repos cette nuit , quand la foudre
A mis fon toft & fes moiffons en poudre,
B
:
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous le trouverez abattu
De la douleur la plus profonde :
Allez le ſecourir , tous les talens du monde
Ne valent pas une vertu .
Par M. Dareau , de la Société Littéraire
de Clermont - Ferrand.
EPITRE & Mademoiselle DE G.
Sur le UR le ton doucereux d'une fade élégie ,
Eglé , je ne veux point exprimer ma douleur.
De Tibulle , il eſt vrai , la touchante énergie
Sait ravir à la fois & l'efprit & le coeur.
Les plus heureux tranſports ſecondoient fon génie ;
Pour bien peindre l'amour , il faut fentir ſes feux.
Tibulle étoit amant , il adoroit Délie :
Il eſt un ſentiment plus pur , moins dangereux
Que l'éclair ſéducteur d'ane tendre folie.
L'amitié , le reſpect à votre char me lie ,
Et le temps a toujours refferré ces doux noeuds.
Hélas ! vous nous quittez ... On dit que l'hyménée
Vous amene un époux iſſu des demi - Dieux ,
Que bientot nous verrons éclorre la journée ,
L'inſtant qui doit charmer & défoler ces lieux .
JUILLET. Í. Vol. 1776. 19
Eglé , votre départ nous coûtera des larmes ,
Et nous regretterons des momens pleins de charmes :
Mais , puiſſiez-vous goûter le fort le plus heureux !
Qu'il foit digne de vous , il comblera nos voeux.
い。
1
Sous les yeux vigilans d'une prudente mere ;
Eglé , vous l'avez vue à la vertu ſévere
Allier fans effort les graces , l'enjouement ,
Et la raiſon folide au tendre ſentiment.
Déjà vous imitez un ſi parfait modele.
Douce , toujours égale , à vos devoirs fidele ,
Vous ferez le bonheur d'un époux vertueux.
Bientôt vous apprendrez au monde faſtueux
Que , fans rien dérober aux plaiſirs légitimes ,
On peut , on doit ſouvent dédaigner ſes maximes ;
Qu'une femme modeſte en ſa ſimplicité ,
Affife au plus haut rang , montre ſa dignité;
Que , moins elle eſt brillante , plus elle en eſt illuftre ;
Que l'aimable pudeur fait ſa gloire & fon luftre ,
Plus que l'éclat de l'or , le feu des diamans .
Eglé , vous le ſavez , ce ſont les ſentimens
Dont l'invincible attrait nous charme & nous entratie.
Vous connoiſſez le mot d'une fage Romaine
A qui l'on reprochoit ſes ſimples ornemens ,
Et qui , fans s'émouvoir , fit venir ſes enfans ;
Ah ! dit - elle , voilà ma plus riche parure .
La voix de la vertu , la voix de la nature
S'exprimoit par ſa bouche ; & c'eſt ainſi qu'un jout
B 2
20 MERCURE DE FRANCE .
Eglé ſera du monde & l'exemple & l'amour.
Je vois autour de vous , dans un heureux aſyle ,
L'ordre & la douce paix embellir vos deſtins .
Vous plairez à la cour , vous charmerez la ville..
Que nous reſtera - t- il ici , que les chagrins ?
Non , de votre bonheur , heureux auffi nous mêmes ,
Nous fongerens , Eglé , que les honneurs ſuprêmes
Ne fauroient vous changer ; que du moins quelquefois
Vous reviendrez goûter du plaifir dans nos bois.
Toujours ſemblable à vous , toujours ſimple & fublime
Vous ravirez partout le reſpect & l'eſtime ;
Et , ſans vous en douter, entraînant tous les coeurs ,
Vous aurez des amis , même au ſein des grandeurs .
1
Mere , épouſe chérie , amie inestimable ,
Senſible au vrai mérite , au vice redoutable ,
Vous verrez de vos moeurs la douce impreſſion ,
Des honteux préjugés effaçant le preſtige ,
Et détruiſant bientôt leur vaine illufion ,
Du changement des coeurs opérer le prodige.
Séduiſante ſans art & fage ſans fierté ,
Vous faurez adoucir ces horribles furies
Qui veulent tour ſoumettre à leur autorité.
Qui ſont toujours fans frein , & dont les frénéfies
A leurs louches regards ſemblent la vérité ;
Qui , nous donnant pour loi leurs triſtes fantaiſies ,
Nous prêchent , pour raiſon , l'humble docilité ;
JUILLET. I. Vol. 1776. 21
1
Qui n'ont dans la douleur qu'un farouche ivreſſe ,
Dont la vivacité , même dans l'allégreſſe ,
Reſſemble à la colere , annonce les fureurs
De leurs rudes eſprits , de leurs fauvages moeurs.
Vous faurez corriger l'orgueilleuſe imbécile ,
Que jamais le bon - ſens n'a pu rendre docile ;
Fiere & fotte béate , exhalant ſes mépris ,
Qui tranche , qui décide & qui , changeant d'avis ,
Sans honte , ſans pudeur , au gré de ſon caprice ,
Couronne tour- à - tour la ſageſſe & le vice ,
Ne veut point qu'on réplique , & ſe croit tout permis .
Au joug de la raiſon l'on verra donc foumis
Le triſte & fol eſſaim de ces femmes frivoles ,
Qui , pour aimer ſans crainte & regner fans danger,
De finges & de chats font leurs cheres idoles ,
Comme leurs animaux , n'aiment qu'à ſe gorger ;
Et qui noyant des riens dans un flux de paroles ;
Ne ſavent que médire & nous faire enrager.
Vous viendrez même à bout de la vieille coquette
Qui , d'un air enfantin , aſſiſe à ſa toilette,
De rouge enluminée , & minaudant encor ,
De l'autre fiecle entin ſémillante pouletre ,
Se flatte bonnement d'enflammer un Médor.
Mais pourquoi , de Boileau copiſte miſérable .
De votre ſexe ici retracer les erreurs ?
Ah ! vous le vengez bien de çet amas d'horreurs ;
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
Aux yeux de la beauté faut - il offrir le Diable ?
Mais pour mieux expier mon forfait exécrable ,
Je vais , en vous peignant , éclaircir mes couleurs.
D'un chat plus d'une femme eſt tendrement épriſe ,
A main objet coëffé c'eſt commune ſottiſe ;
Plus d'une vieille auſſi ſe plaſt à coquetter :
Mais de ſentir le vrai , de ſavoir le goûter ,
D'aſſervir ſes penchans à la raiſon ſévere ,
De vaincre fon humeur , de pouvoir fe dompter ,
D'être douce , équitable , obligeante , ſincere ,
Il n'appartient qu'à vous peut - être , aimable Eglé,
Et peu d'hommes fans doute ont cet heureux partage ;
C'eſt un préfent du ciel, un bienfait ſignalé ;
Quiconque la reçu mérite notre hommage.
Objet cher aux humains , objet aimé des cieux ,
Ah ! vous ferez valoir tous leurs dons précieux.
Dans vos champs fortunés , de retour de la ville ,
Vos ſoins feront germer & fleurir le bonheur ;
Le beſoin , la pareſſe , & le vice & l'erreur ,
A pas précipités fuiront de votre aſyle.
Ferme en vos ſentimens & douce dans vos moeurs ,
Libre de préjugés , du menfonge ennemie ,
Vous convaincrez l'eſprit , vous toucherez les coeurs !
Et de l'opinion bravant la loi impie ,
Vos leçons , votre exemple inſtruiront vos enfans .
Raſſemblant autour d'eux les plaifirs innocens ,
Loin de fouffrir chez vous de profanes ſpectacles ,
• Vous confondrez le fiecle & ſes menteurs oracles .
JUILLET . I. Vol. 1776. 23
D'un illuſtre Payen (*) vous citerez ces mots ,
Dont pourroient aujourd'hui rougir certains dévots :
„ Jadis la poësie , en ſa pure origine ,
„ Exprimoit dans ſes vers la morale divine ;
" Qu'elle a dégénéré ! Poëtes feducteurs ,
1
Vos coupables écrits empoiſonnent les coeurs.
,, Vous énervez notre ame , & bien loin de vous lire ,
ود Pour le bien de l'Etat il faudroit vous proſcrire."
Je veux finir , Eglé , par ce trait rigoureux.
J'en ai trop dit pour vous , trop peu pour le vulgaire.
- Daignez ſouffrir mes vers ; que je ferois heureux
Si ce léger tribut pouvoit ne pas déplaire !
(* ) Cicéron.
Par M. Marteau.
R? હું
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
:
Z
SONNET imité de Pétrarque.
Zefiro torna e 'l bel tempo rimena
E i fiori , e l'erbe ,
EPHIRE dans nos champs ramene la verdure
Et Progné dans les airs fait entendre ſa voix ;
Le printemps nous sourit, & la ſimple nature ,
Dans toute ſa beauté vient reprendre ſes droits.
Le ciel'pare fon front d'une clarté plus pure ;
La fille du matin vient embellir nos bois ;
Le Berger fatisfait dans ſa cabane obſcure ,
Rend hommage à l'amour,& reconnoſt ſes loix.
Pour moi que la douleur vient obſéder ſans ceſſe ,
Pour moi qui vient de perdre une aimable mattreſſe ,
Je n'ai plus de plaiſir qu'à répandre des pleurs.
Le doux chant des oiſeaux , les fleurs de ce boccage ,
Les Nymphes de ces bois rappellent més malheurs ;
La nature , à mes yeux , n'eſt qu'un déſert ſauvage.
Par M. Buchey , d'Angouléme
JUILLET. I. Vol. 1776. 25
FERADIR , ou le moyen d'être heureux ;
Conte morale , imité de l'Arabe.
LE Calife Aaron Al - Raſchid faiſant un
foir ſa tournée ordinaire dans les rues
de Bagdad , feul & déguisé , apperçut de
loin une épaiſſe fumée dans un quartier
voiſin. Préfumant que c'étoit quelque
incendie , & fon amour pour la police
de Bagdad ne lui permettant pas de différer
, il ſe rendit à la hâte à l'endroit
où étoit le feu ; c'étoit une partie de
maiſon qui brûloit. Une foule innombrable
d'Arabes y étoit accourue : les
uns travailloient , d'autres pilloient , &
la plupart ſe contentoient de contempler
l'activité de la flamme & les débris
qu'elle laiſſoit , lorſqu'un Arabe fortit
de ce théâtre de ravage , & traverſant la
foule , vint ſe poſter, les bras croisés ,
vis- à- vis la maiſon , avec la tranquillité
la plus étonnante. Il ſe trouva par haſard.
placé près du Calife , qui venoit d'y arriver
, & qu'il ne reconnut pas. Aaron lui
demanda quel étoit le maître de cette
Y
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
-
maiſon ? C'eſt moi , dit froidement
l'Arabe... Surpris d'un fang - froid ſi inconcevable
, le Calife lui demanda encore
pourquoi il ſe tenoit ſi tranquille ?
-
-
Bon! répliqua cet homme , je viens
de travailler autant & plus que tous les
autres ; j'ai fait couper les communications
, afin que le feu ne fit pas plus de progrès
, & actuellement j'examine le peu
qu'il en fait. Cela eſt malheureux
pour vous , interrompit le Calife. -Pas
tant ! répliqua l'Arabe.
n'est- ce pas un malheur que de voir
brûler la moitié de fa maiſon ? Oui ...
mais n'eſt . ce pas un bonheur de pouvoir
conferver l'autre ?
- Comment! ...
Le Calife ſurpris à l'excès d'un discours
fi extraordinaire , forma ſur le
champ le deſſein d'interroger plus amplement
un homme qui lui paroiſſoit
tout- à - fait bizarre ; & lui ayant encore
fait quelques queſtions auxquelles l'Arabe
repondit fur le même ton de fingularité
, le Calife s'en retourna continuer
ſes viſites nocturnes.
Le lendemain , Al Rafdhid , ſe ſouvenant
de l'aventure de la veille , 'ordonna
à un de ſes Eſclaves d'aller chercher le
JUILLET. I. Vol. 1776. 27
A
propriétaire de la maiſon où l'incendie
étoit arrivé. L'arabé reçut l'ordre avec
ſurpriſe , ſuivit l'Eſclave fans crainte , &
arriva au Palais du Calife , devant lequel
il fut introduit.
L'Arabe , après les genuflexions ordinaires
, attendit , dans un reſpectueux filence ,
que le Calife daignât lui parler. Approches
, lui dit ce dernier , me reconnois-tu ?
- Commandeur des Croyans , répliqua
l'Arabe , je vous reconnois pour le fouverain
maître de ma vie. - Sais - tu que
c'eſt moi qui t'ai parlé hier près de ta
maiſon ? L'Arabe s'inclina refpectueufement
, & le Calife continua : Je t'ai
fait venir pour ſavoir l'hiſtoire de ta vie ,
& à quels événemens tu dois la fingularité
du caractere dont j'ai été frappé hier
par tes réponſes.
Puiſſant Empereur , dit l'Arabe , puise
que vous l'ordonnez , je vais vous fatisfaire.
Je m'appelle Féradir , & fuis né dans
cette fuperbe ville de parens qui , au
moyen d'un commerce maritime aſſez
conſidérable , me laiſſerent à leur mort
une aifance honnête ; mais le defir d'amas,
> fer de plus grands biens , fit que je ne me
28 MERCURE DE FRANCE,
contentai pas de cette fortune ; je voulois
être heureux , & je plaçois le bonheur
dans la poſſeſſion des richeſſes ; je
réſolus donc de continuer la profeſſion
de mon pere. Un frere que j'avois , étant
dans les mêmes ſentimens , nous ne fongeâmes
plus qu'à exécuter ce deſſein. Nos
richeſſes étoient placées ſur quatre vaisſeaux
, nous décidâmes d'attendre leur
retour. Quelque temps après nous apprîmes
la funeſte nouvelle que le plus
conſidérable de ces vaiſſeaux avoit fait
naufrage , & qu'un autre avoit été entiérement
pillé par des Pirates : à cette
nouvelle nous demeurâmes anéantis,
Mon frere , naturellement plus emporté ,
murmura contre la divine Providence ;
les deux vaiſſeaux qui nous reſtoient
étoient les moins précieux & pouvoient
eſſuyer le même ſort , ce qui faiſoit
évanouir tous nos projets de fortune.
Nous demeurâmes encore quelque
temps irréſolus ſur le parti qui nous restoit
à prendre ; notre chagrin étoit au
comble ; lorſqu'un soir , plus abattus qu'à
l'ordinaire , nous étions enſemble à rêver
&à nous plaindre , je laiſſai échapper ces
mots : O Alla ! que t'ai -je fait pour me
JUILLET. I. Vol. 1776. 29
traiter ſi cruellement ? Etoit - ce un crime
que de chercher à me rendre heureux ? ...
Hélas ! ... je ne le ſerai jamais ! ... Tule
feras , tu l'es , dit une voix tonnante qui
nous fit treſſaillir de crainte & d'étonnement.
En même temps nous vîmes descendre
l'immortel Barouk , le génie du
bonheur. Mon frere , aigri par le défespoir
, ne quitta pas ſa place: pour moi ,
je me proſternai & demandai humblement
au Génie l'explication de ces mystérieuſes
paroles. Foible mortel ! me ditil
, n'est - ce pas un bonheur de ne perdre
que, deux vaiſſeaux , lorſque tu pouvois
en perdre quatre ? Puiſſant Génie !
repliquai - je , n'eût il pas été plus heureux
de n'en perdre aucun ? Oui , mais
au moins ton malheur n'eſt pas au comble
, & cependant tu te plains comme
s'il ne te reſtoit plus rien.
-
-
Ce peu de mots fut un baume falutaire
qui ſe répandit dans tous mes fens ;
j'attendis que le Génie confolateur reprit
la parole; il le fit: Tu voulois être heureux
! le bonheur parfait eſt - il fait pour
des êtres imparfaits ? Non ; apprends que
l'homme le plus heureux n'eſt que celui
qui a moins de malheurs que les autres ;
30 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt la perſuaſion où l'oneſt d'être
moins malheureux , qui conſtitue le ſeul
bonheur que vous pouvez goûter. Que
cela te ſuffife. Je n'ajoute plus qu'un mot :
Tu feras heureux lorſque tuferas malhcureux.
4
Le Génie , à ces mots , diſparut avec
la promptitude , du foudre redoutable
émané du trône céleſte. J'étois démeuré
dans un enthouſiaſme divin : j'en fus
diſtrait par un éclat de rire de mon frere.
Quoi ! dit - il , vous avez la foibleſſe
d'écouter un pareil oracle ? Que veut
dire ce Génie avec ſes dernieres paroles :
Tu feras heureux lorſque tu feras malheu
reux ? Impie , dit la même voix , pour
prix de ton blaſphême , tu éprouveras un
fort contraire , & tu feras malheureux lorsque
tu feras heureux .
Mon frere infulta de nouveau à la
puiſſance céleste par ſa coupable tranquilité.
Pour moi, les paroles du Génie
avoient fait fur mon âme l'effet du plus
brillant des aſtres ſur les nuages épais qui
cachent fes rayons aux yeux des mortels :
tous mes doutes , tous mes chagrins
s'étoient difipés, & je n'étois plus occupé
de la perte de mes vaiſſeaux , que
JUILLET. 1
2 I. Vol. 1776. 31
par le ſouvenir agréable de l'heureuſe
apparition que cette perte m'avoit procurée.
Cependant je réſolus de voyager &
d'aller rendre grâce , ſur le tombeau du
Saint Prophete , de l'apparition conſolante
du Génie . Mon frere voulut être
du voyage , par la ſeule envie de ſe distraire.
Nos vaiſſeaux étoient encore bien
éloignés de leur retour. Nous partîmes
donc; mais à peine avions - nous fait une
demi -journée de chemin , que mon
frere ſe ſentit preſſé d'une foif extraordinaire;
le plus prochain caravanſerai étoit
encore bien éloigné , & il n'y avoit aucun
ruiffeau fur notre route ; mon frere
murmuroit déjà : Ah ! diſoit il que je
ferois heureux de pouvoir me déſaltérer !
- Je ſerois le plus content des hommes ....
Il achevoit ces mots , lorſqu'une fource
d'eau fortit d'un tronc d'arbre qui étoit
près de nous. Mon frere but cette eau
avec une avidité incroyable ; mais à
peine eût- il fatisfait cette brûlante ſoif,
qu'il s'écria que la faim qu'il commençoit
a fentir , étoit mille fois plus grande que
la foif qu'il venoit d'appaiſer : il ne ſe
préſenta cependant aucun mets , & j'ad32
MERCURE DE FRANCE.
mirai dès - lors la juſtification de l'oracle
du Génie. Nous continuâmes notre route
& ayant trouvé le ſoir un caravanſerai ,
nous y entrâmes. Mon frere ſe reput à
fon aiſe: mais il ſe plaignit enſuite de
la laſſitude & fut fe coucher.
Le lendemain , en ſortant du caravanſerai
, une tuile vint à ſe détacher du
toît , tomba fur moi , & me fit une contuſion
à la tête , j'eus à peine le temps
de jeter un cri, que la cheminée tomba
à quatre pas de moi, je m'écriai : Que je
fuis heureux ! - Comment , dit mon
frere , c'eſt un bonheur de recevoir une
tuile ſur la tête ? - Comment , mon
frere , lui répliquai -je , ce n'eſt pas un
bonheur d'en être quitte à ſi peu , tandis
qu'à quatre pas plus loin j'étois écrasé
par la cheminée ? Mais il eût été plus
heureux d'éviter l'un & l'autre. Mais
répondis - je , il eût été plus malheureux
auſſi de recevoir l'un que l'autre.
-
-
Mon frere fe prit à rire de ce qu'il
appelloit ma fimplicité , & nous reprîmes
notre marche. Au bout d'une heure ; il
ſe plaignit du froid , qui étoit exceſſif.
Au millieu de ſes plaintes , nous vîmes
pafſſer un des Viſirs de ce magnifique
Empire ; il étoit dans un char fourré
d'hermine
}
JUILLET. I. Vol. 1776. 83
d'hermine & de toutes les peaux les plus
chaudes. Ah ! s'écria mon frere , convenez
qu'on eſt bien heureux de voyager
ainſi à l'abri du froid , de la laffitude &
de tous les déſagrémens auxquels nous
ſommes expoſés. Pour cette fois , je ſentis
la vérité de ce que me diſoit mon
frere , & j'enviai le fort du Viſir ; mais
ayant tourné la tête derriere moi , j'apperçus
un pauvre Faquir qui avoit le
corps à moitié découvert , la tête & les
pieds nuds , preſque mort de froid , &
traînant à peine ſa maſſe épuiſée. Je le
fis voir à mon frere: convenez auſſi , lui
dis - je , qu'on eſt plus heureux encore
d'être vêtu comme nous , que comme ce
malheureux Faquir ? y a plus de diffé
rence de lui à nous , que de nous au Viſir ;
ce dernier a du ſuperflu , nous avons le
néceſſaire , & ce pauvre homme n'a ni
J'un ni l'autre. Le Viſit eſt heureux, nous
le ſommes moins que lui , mais ce Faquir
ne l'eſt pas du tout. Je crus m'appercevoir
que ces paroles faifoient impresfion
fur mon frere , & je m'en félicitois ;
mais il étoit deſtiné à ſubir l'accomplis
ſement de l'oracle.
Nous étions déjà aſſez près de Mé
dine , lorſque mon frere apperçut & ra
G
34 MERCURE DE FRANCE.
maſſa auſſi - tôt trois bourſes qui étoient
tombées à terre ; nous les ouvrîmes , il y
en avoit deux qui étoient remplies de
ſequins & de diamans de la plus grande
beauté ; la troiſieme ne contenoit que
des jetons de cuivre. Je me félicitois de
ce bonheur ineſpéré ; mon frere , loin de
m'imiter , ſe mit à s'exhaler en plaintes
ameres fur le peu de valeur de la troiſieme
bourſe : Ah! s'écroit- il , j'ai plus
de chagrin de la voir ſi pauvre, que de
joie de trouver les deux autres ſi bien
remplies : quel cas faire d'un bonheur
fi malheureuſement troublé ?
Vous pouvez juger , magnifique Empereur
(continua Féradir) à quel point je
ſus ſurpris d'une inſatiabilité ſi étrange!
Mais il eſt impoſſible de vous figurer à
quel excès monta mon indignation ,
lorſque mon frere me ſignifia que je
n'avois aucun droit à prétendre dans
cette fortune. Je rougis de lui voir des
ſentimens auſſi bas, & je lui en fis les
plus vifs reproches : mais il s'emporta ,
& me jetant les trois bourſes : Hé bien !
dit- il , prenez - les donc ſeul , ces richesfes
; puiſque je ne puis avoir tout, je ne
veux rien.
L'oracle n'étoit- il pas bien accompli ? (
JUILLET. I. Vol. 1776, 35
Le bonheur de mon frere ſe changeoit
en tourment par ſon inſatiable cupidité.
J'eus pitié de ſa folie , & je lui proteſtai
que je ne voulois point qu'une pareille
aventure caufat notre deſunion ; que fon
amitié m'étoit plus précieuſe que ce tréfor
, & que je le priois inſtamment de le
- garder en entier. Il ne ſe le fit pas répéter
; & profitant de mon déſintéreſſe-
-ment , il garda les diamans , & employa
fon or en achat de différentes marchandiſes
, qu'il plaça ſur des vaiſſeaux destinés
à aller au Caire ; & s'embarquant
fur un de ces mêmes vaiſſeaux , il me fit
fes adieux , & partit pour cette foire célebre.
Je partis auſſi de mon côté , & aprés
pluſieurs aventures , qu'il eſt inutile de
raconter , j'arrivai à Médine , où je remplis
pieuſement le but qui m'y avoit conduit.
J'y ſéjournai quelque temps , après
quoi je me remis en marche pour revenir
à Bagdad , où j'arrivai enfin , non
fans beaucoup de peines & de fatigues ,
qui avoient quelquefois laſſé ma constance
, mais dont je me conſolois tou
jours en enviſageant de plus grands mal-
> heurs qui auroient pu m'arriver.
Rentré dans Bagdad , j'appris que les
Ca2
36 MERCURE DE FRANCE .
deux vaiſſeaux qui étoient ſur mer lors
de mon départ , étoient de retour ; le
produit des marchandises vendues étoit
immenſe ; je le recueillis , & j'en deſtinai
la moitié à mon frere. Cependant
j'employai ma moitié à l'acquiſition de
la maiſon dont une partie fut brûlée
hier , & content de ma fortune , je fixai
entiérement mon ſejour dans cette ville.
Quelques années après , je reçus la nouvelle
de la mort de mon frere. Il avoit
fait la fortune la plus brillante : mais
ſon inſupportable foif du bonheur lui (
ayant exagéré la perte de trois diamans
ſuperbes qu'il avoit , il en devint inconfolable
, & ſes immenfes richeſſes ne
lui paroiſſant plus pouvoir ſuffire à ſes
voeux , la douleur le mit au tombeau.
Ses dernieres diſpoſitions étoient en ma
faveur ; je donnai des larmes ſinceres à
ſon trepas , & je recueillis le fruit de
tant de travaux dont il n'avoit pas ſu
jouir.
Me trouvant alors poſſeſſeur d'une
fortune conſidérable , je refolus de la partager
avec une Compagne. Je fis choix
d'une jeune Arabe nommée Zéluma. Elle
m'accepta ; quelques intrigues qu'elle
avoit eues avec un jeune Arabe nommé
1
JUILLET. I. Vol. 1776. 37
Aboulem , ne m'éprouvanterent pas , vu
les aſſurances que l'on me donna que
leur liaiſon étoit entiérement rompue.
Enfin tout étoit prêt pour unir nos destins
: nous étions à la veille du jour fixé
pour cet accord; le hafard ou l'amour
conduiſirent mes pas chez ma belle Zeluma...
Figurez - vous mon déſeſpoir ! ...
Aboulem & elle , occupés à mériter ma
colere , en conſommant ma honte... Furieux
, je m'élance ſur ces deux traîtres ,
je plonge le poignard dans le coeur du
perfide Aboulem. En vain ſon Amante
demande grâce , & pour lui & pour elle...
Ses larmes , ſes cris , ſes prieres , ſes efforts
, ſes menaces... rien ne me toucha.
Je retirai le poignard ſanglant du
corps d'Aboulem,& le plongeant à coups
redoublés dans le ſein de la perfide...
Va , lui criai - je, va rejoindre ton indigne
Amant , puiſque le don de mon
coeur & de ma fortune n'ont pu te toucher...
Elle expira... Dieu ! ... quelle étoit
encore belle ! ... Je quittai ce théâtre de
carnage ; & animé du plus violent déſeſpoir
, je courus dans le deſſein de me
jeter dans le précipice le plus profond :
j'étois déjà ſur le ſommet du plus haut
rocher... déjà je prenois un eſſor furieux...
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
Je me fentis retenir fortement par le
bras ; je me retourne ; c'étoit un Saint
Faquir , dont l'hermitage étoit fixé fur
ce rocher. Qu'avez- vous ? me dit- il , quel
malheur ! ... Ah! lui dis -je , laiſſez moi
abréger le cours d'une vie qui m'eſt en
horreur. Mais encore , reprit - il , confiez
moi vos peines , peut - être y at - il
quelque remede. J'inſiſtai fortement : je
m'échappai pluſieurs fois , il me retint
toujours ; enfin je jugai que je m'en débarraſſerois
en lui contant mon infor.
tune. Saint Faquir ! lui dis je , est- il homme
plus malheureux que moi ? ... Vio
lemment épris d'une jeune Arabe d'ici
près , j'étois au moment de goûter le
bonheur le plus parfait , j'accourois pour
lui renouveller mille proteſtations d'un
amour éternel... je l'ai trouvée... ô ciel ! ...
je l'ai trouvée dans les bras du plus perfide
des hommes... Oh! oh! interrompit
le Faquir , cela n'eſt pas ſi malheureux
d'avoir été éclairé de la forte avantd'être
uni à elle... Ces mots furent un trait de
lumiere ; j'eus peine à concevoir comment
j'avois pu me croire ſi infortuné ,
tandis qu'un jour de plus je l'aurois été
bien davantage , & fans remede. Je baifai
le bas de la robe du vénérable vieillard ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 39
& le quittai , bien réſolu de ne plus
m'exagérer mes malheurs.
Depuis ce temps , continua Féradir ,
je mene la vie la plus heureuſe ; j'ai toujours
dans la mémoire les paroles de
- Barouk , tu feras heureux lorſque tu feras
- malheureux. Je l'avois éprouvé dans cette
■ derniere catastrophe ; car c'eſt être heureux
que d'être garanti d'un grand mal-
- heur par un moindre.
Toutes ces aventures , magnifique Sei-
-gueur , m'ont aguerri contre l'adverſité ,
& m'ont accoutumé à n'enviſager les
événemens que du bon côte. La ſcene du
monde n'offre à mes yeux qu'un tableau
riant , où tout eſt repréſenté ſous une
forme agréable. Je m'empreſſe de faire
diſparoître le mal en lui oppoſant le
bien. Je ne cherche & ne trouve que le
mieux dans les choſes qui n'offrent que
le pire aux yeux des autres hommes. Je ne
fais ſi ma philoſophie ſera goûtée d'eux :
mais elle me ſuffit , & je préfere mon
erreur agréable à leur vérité affligeante.
Féradir finit ainſi ſon hiſtoire ; le
Calife loua ſa philofophie , & lui offrit
la place de Grand Viſir qui étoit vacante;
mais l'Arabe la refuſa en lui difant
: Commandeur des Croyans , je n'ai
C4
49 MERCURE DE FRANCE.
jamais cherché que le bonheur; je l'ai
trouvé, je le goûte : ce ſeroit m'en priver
que d'accepter vos offres généreuſes. On
n'eſt pas parfaitement heureux , quand
on devient, par ſon élévation , l'objet
de l'envie des autres , dût - on même ne
les pas craindre. Aaron , tranſporté de
plaiſir d'un déſintéreſſement ſi héroïque ,
embraſſa l'Arabe & le congédia , en jurant
qu'il n'avoit jamais rencontré un
homme qui méritât , à plus de titres , le
nom de philoſophe, prodigué ſi mal à
propos ſouvent à des hommes qui , par
leur orgueil ſeulement à s'en parer , s'en
rendent indignes tous les jours.
ODE A GLICERE .
D
XIX. Livre I.
ES Amours la mere cruelle ,
Et l'imprudent fils de Sémele ,
Et de mes ſens émus l'impérieux inſtinct ,
Rouvrent aux voluptés mon ame envain rebella,
Et vaniment un feu que je croyois éteint.
C'eſt Glicere que j'idolatre ;
JUILLET. I. Vol. 1776, 41
Glicere', dont le ſein d'albatre ,
Dont les yeux pétillans du beſoin des plaiſirs ,
dont l'air doux & frippon , dont la gaité folâtre
Rajeuniffent mon coeur enivré de deſirs .
i.
Vénus abandonnant Cythere ,
Remplir mon ame toute entlere ;
L'accable de fon joug , l'aſſervit à ſes loix ,
Et ne veut pas ſouffrir que ma lyre guerriere
Des Romains triomphans célebre les exploits ,
Epargne , Déeſſe inflexible ,
Un coeur que tu rends trop ſenſible ;
Reçois ſur ce gazon mes voeux & mon encens ;
Qu'un facrifice offert , calme , s'il eſt poſſible ,
Le trouble qui m'agite & les feux que je ſens.
Par M. L. R
VERS adreſſés à Madame DE VATRE;
au sujet de fa petite vérole.
V
ous avez triomphe , par un bonheur fuprême,
Du perfide tyran qui détruit la beauté ;
Les Dieux vous protégeoient . Eſculape lui - même ,
Invité par l'Amour , guidoit la Faculté.
L'Enfant badin qui vous céda ſes charmes,
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
Dans ves beaux yeux avoit placé ſes traits
Il a veillé ſur vos attraits
Pour conferver ſon pouvoir & ſes armes.
Par M. J. M. C. de St Quentin.
L
E mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt Rat ; celui de la
ſeconde eſt les fept jours de la Semaine;
celui de la troiſieme eſt verjus , dont le
proverbe eſt jus ver ou verjus. Le mot
du premier Logogryphe eſt profe , dans
lequel ſe trouve rose; celui du ſecond
eſt bride , où ſe trouve ride.
Les
ÉNIGME.
Es portes s'ouvrent à ma voix,
Quand j'exerce mon miniſtere ;
On me fait troter juſqu'aux toits
Pour un affez mince ſalaire.
Des Citoyens de tous les rangs
Mes ambaſſades font chéries ,
Je ne ſuis pas iſſu des Grands
Dont je porte les armoiries.
JUILLET. I. Vol. 1776. 43
Sans malice, je donne à chacun ſon paquet.
Ami Lecteur , triſte jouet
De la crainte & de l'eſpérance ,
Peut - être tu m'attends avec impatience.
ParM. de la Louptiere.
VENUS
AUTRE.
A Mademoiselle de **
ÉNUS à Philidis accorda ma frafcheur ,
Et par les mains de la pudeur ,
De mon vif incarnat embellit ſa figure.
Ses levres que la nature
Doua d'un ſourire enchanteur ,
Reſpirent les parfums de ma charmante odeur.
Si Philidis eft la Reine des Belles ,
Moi , je ſuis celle des jardins :
Mais qu'il eſt entre nos deſtins
Des différences bien cruelles !
On ne me verra pas deux jours
Captiver le zéphir volage ,
Et ſous ſes loix cette Bergere engage
Un Amant difcret & fage ,
Qui la chérira toujours.
1
Par M. Louis Guilbaut.
MERCURE DE FRANCE.
ENCORE que
AUTRE.
CINCORE que je fois utile & néceſſaire ,
On ne doit pourtant pas trop ſe fier à moi.
Le maître qui me vend , m'ordonne ou me fait faire,
Sait le fourer par - tout & juſques chez le Roi.
Si je ſuis bien adminiſtrée ,
Et fur - tout à propos , il en réſulte un bien ,
Et, dans ce cas , je ſuis condérée ,
Autrement je fais rage & je vaux moins que rien.
O Lecteur qui de moi fais un fréquent uſage ,
Que n'as - tu pas à craindre pour ton fort ?
S'il faut m'expliquer davantage ,
Je prolonge la vie ou je donne la mort.
JUILLET. I. Vol. 1776. 45
LOGOGRYPΗΕ.
Detes E tes fecrets , Lecteur , ſouvent dépoſitaire ,
En tout temps , en tout lieu , je te ſuis néceſſaire.
Favorable à l'amour , j'annonce à deux Amans
Que bientôt - ils verront la fin de leurs tourmens :
Je ſuis , comme tu vois , d'un agréable augure ;
Ne vas pas cependant te mettre à la torture
Pour ſavoir qui je ſuis. Tu peux vivre ſans moi ,
Et moi , Leeteur , j'ai peine à me paſſer de toi :
Quelquefois je ſuis craint de l'homme le plus ſage,
Et ce n'eſt qu'à regret qu'il me met en uſage.
Je me trouve par tout. Affez communément,
D'une intrigue d'amour j'arrive au dénouement ;
Si tu veux toutefois un peu mieux me connoître
Je m'en vais à tes yeux décompoſer mon étre :
Sept pieds forment mon tout: mais , en les renverfant
Tu peux trouver en moi un fubtil élément; 10
Le contraire de quelque choſe ;
Cequi ne fent pas l'eau de roſe ,
Et ce que de nommer il feroit peu décent;
Un oiſeau qu'on renomme ,
Dont le cri jadis ſauva Rome ;
Un métal qui ſouvent fait chanceler l'honneur ;
Un autre plus commun & de moindre valeur ;
Un fardeau bien peſant pour un octogénaires
Un ancien mot françois qui veut dire colere ;
Certaine herbe qu'impunément
60
T
(
C
46 MERCURE DE FRANCE.
Le voyageur ne touche guere;
Ce que femme ne fauroit faire;
Un animal rongeur ; le fon d'un instrument;
Un Muſicien fameux qui , par la mélodie
De ſon luth enchanteur , fut conſerver ſa vies
Un viſcere du corps qui ſe gonfle en courant ;
Une ville d'Artois ; un jeu très- amuſant;
Une couleur que j'aime & que ſouvent je porte ,
Et veux faire porter ; par qui ? Fort peu t'importe.
Renverſe encor mes pieds , &, ſans beaucoup de mal ,
Chez moi tu peux trouver un ſtupide animal;
Un minéral utile à la folle jeuneſſe;
Cequ'un Amant, pour plaire à ſa Maftreffe ,
Peut en amour employer quelquefois ,
Un objet chéri des François ;
Un des meilleurs mets de la table;
Une étoffe d'hiver ; un volcan redoutable;
Un des grands ornememens des Pontifes Romains &
Un inſecte volant redouté des humains ;
Un vent qu'en bonne compagnie
On ne lache point fans rougir ,
Et qu'on a peine à retenir;
Un canton de la Beotie ;
Deux pronoms ; une Muſe; une Nymphe jolie :
Ce n'eſt pas tout encor. Mais c'eſt aſſez rimer z
Je pourrois bien , Lecteur , à la fin t'ennuyer.
Me voilà décliné. Je n'ai plus qu'à me taire.
Je t'ai preſque tout dit, cherches , c'eſt ton affaire.
٦٠٠ Par M. Midavaines
JUILLET. I. Vol. 1776. 47
J
AUTRE.
A. Madame F. d. Ch.
E naquis pour l'amour , mon pere eſt le Zéphir ,
Son fouffle pur me donna l'exiſtence : 1
Sur votre ſein ſi je pouvois mourir ,
Ma mort feroit illuſtre autant que ma naiſſance !
Je flatte pluſieurs ſens enſemble ou tour - à - tour :
Je renferme en mon ſein , ce qui me déſeſpere ,
Deux de mes grands fléaux ; l'un eſt fils de la Terre ,
L'autre du Ciel : n'aguere on lui faiſoit la cour ,
On la lui fait peut - être encore :
Il eut un culte à Rome : en cent lieux on l'adore,
On le reſſent , Thémire , en vous voyant ,
De vos yeux dans les coeurs il paſſe en un inſtant.
Par M. de W. C. A. M. au R. R. P. C.
48 MERCURE DE FRANCE.
SANS
AUTRE.
ANS éloquence , ni logique ,
Et par un effort plus qu'humain ,
Ma foudroyante réthorique
Pénétreroit un coeur d'airains
Amphion faifoit une ville
Avec ſes magiques chansons ,
Pour moi , d'un ſeul mot , ſans façons ,
Je les détruis mieux qu'un Achille
L'Indien , qui ne me connoît pas ,
M'évite comme le trépas.
Si le croiffant qui me couronne ,
Tombe de mon chef orgueilleux
De fier compagnon de Bellonne
Je deviens fot , lache , ennuycик ;
Ma bouche ne fait plus merveilles ,
Et muni de longues oreilles ,
Je ne ſuis qu'un fade orateur ,
:
Sans goût, ſans gloire , fans honneur :
Une voix rauque & glapiſſanté ,
1
Une muſique dégoûtante
Fait place à ceton incriaçant
Que je perds avec mon croiffant.
८ கூ
Par M. Tachard.
Juillet. 1776. 49.
MARCHE
DES FILLES SAMNITES..
Muſique deM.Gretry.
Dieu d'amour, En cejour,Viens avec
Dieud'amour, En cjeour,Viens avec
Mars nous défendre; Oui, viens dé-
Marsnous défendre; Oui, viens dé
*
50. Mercure de France.
C
fen-dre Et tes loix && ta
fen-dre Et tes lioc & ta
5 *3 8x3
cour La beautépourfe
cour . La beautépourJe
rendre,Ne coute que l'honrendre,
N'é coute que l'how
Juillet. 1776. 57.
neur, Et Vénus devientplus
neur, Et Vénus devientplus :
Dix
ten- dre, Quandlagloire ajouten-
dre, Quand la gloire ajou-
5
5
56
te au bonheur .
te au bonheur .
Dix
35
:
JUILLET I. Vol. 1776.
:
53
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FABLES & CONTES , dédiés à fon Alteſſe
Impériale Monseigneur le Grand-Duc de
toutes les Ruffies , &c. &c.
Ce genre antique , inventé par un Sage ,
Offre toujours un voile officieux
Que l'amour-propre emploie à fon uſage.
La fable plaît quand la fatyre outrage ,
Et par-la même elle inſtruit beaucoup mieux.
Par M. L C. de Ch.
Volume in- 8°. petit format , avec le
portrait du Grand-Duc. A Paris , chez
Lacombe , Libr. , Prix 36 f. br.
U
NE partie de ces fables a été preſentée
au Grand Duc de Ruſſie l'année qu'il eſt
entré dans ſa majorité. Celle-ci , où
• la Fable elle - même eſt perſonnifiée ,
eſt à la tête du Recueil , diviſé en
quatre Livres , & peut lui ſervir d'introduction.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE.
Au temps que les humains , plus près de l'âge d'er ,
Avoient ſu conſerver un reſte d'innocence ,
Temps où par fois les Dieux daignoient encor
Les honorer de leur préſence ;
Minerve forma le projet
D'aller voyager für la terre;
Mais comme l'oeil humain n'étoit déjà plus fait
Pour foutenir l'éclat des torrens de lumiere
Que répandoit un être ſi parfait ,
Cette ingénieuſe Déeſſe ,
Ardente à s'occuper fans ceſſe
De la pénible fonction
D'arrêter les progrès de la contagion ,
Chargea les neuf Soeurs du Permeſſe
D'imaginer quelque déguiſement ,
Avec art calculé ſur l'humaine foibleſſe ,
Qui , ſous le voile heureux de l'agrément ,
Pût ménager à l'auſtere ſageſſe
Quelques moyens d'enſeignement.
Pour la ſervir , les Muſes promptement
Lui compoſent une parure :
Aſſez bizarre accoutrement ,
Où l'on voyoit mêlés confufément
Tous les regnes de la Nature.
Tel qu'il étoit , le menſonger habit
JUILLET I. Vol. 1776. 55
A la Déeſſe eut le bonheur de plaire :
La ſageſſe s'en revêtit ,
Et parut fur la terre.
On la reçut partout avec civilité ,
On l'appella la bonne Fable.
Elle diſoit la vérité ,
Et ne laiſſoit pas d'être aimable ;
Elle ſe fit en peu de temps
Ungrand nombre de partiſans ,
Et de tour âge & de tous rangs ,
Et de tous caracteres ;
1
En un mot juſqu'aux meres ,
Qui la montroient à leurs enfans,
Quoiqu'ils ne la compriſſent gueres,
Mais de tous ceux qui l'entouroient,
(Badauds , dont le monde foiſonne ,
Et que ſes contes attiroient)
Les plus entendus l'admiroient ;
D'autres la trouvoient aſſez bonne ,
Fort peu d'entr'eux en profitoient ,
Et bien moins encor ſe doutoient
Que ce fût Minerve en perſonne.
L'Auteur , M. la Fermiere , a quelquefois
emprunté des Fabuliſtes Alle
mands , les ſujets de ſes fables. Souvent
D4
SO, MERCURE DE FRANCE,
auſſi il fait ufage d'un trait hiſtorique
ou d'une anecdote déjà connue , pour en
tirer une vérité morale ou une maxime
de conduite. La fable intitulée le Madri
gal , eſt une anecdote de Cour , rapportée
par Madame de Sévigné dans une de ſes
lettres.
Un Roi , parmi ſes paſſe - temps divers ,
Voulut prendre celui de compoſer des vers.
Il n'étoit point ſujet à cette fantaiſie ,
Et c'étoient les premiers qu'il eût fait de ſa vie.
Il fit un madrigal , foible & mince avorton ,
Et que lui-même enfin ne trouvoit pas trop bon.
Le Roi , qui de ſes vers étoit en train de rire ,
Voit un vieux Courtiſan , l'appelle , & lui va dire
Monfieur tel ! venez-ça ! liſez-moi comme il faut
Ce petit madrigal , que je trouve très-fet.
Depuis qu'on fait que , ſans être Poëte ,
J'aime les vers , on m'en jette à la tête
De toutes les façons. Lifez ceux-ci ; jamais
Je n'en ai lus , pour moi , de plus mauvais,
Le vieux Courtiſan lit , ſans ſe douter du piége ,
Hoche la tête. Hé bien ! dit le Roi , me trompé-je ?
Convenez- en , le madrigal eſt plat ,
Et l'Auteur de la piece eſt ſans doute un grand fat,
» On ne fauroit vous contredire ,
Vous en jugez admirablement , Sire :
92 Et voilà bien le plus fot madrigal
>
JUILLET I. Vol. 1776. 57
,, Qu'il me foit arrivé de lire ,
„ Depuis que nos Rimeurs ſe mêlent d'écrire ; (*)
" Et celui qui l'a fait eſt un franc animal".
Oh bien ! lui dit le Roi , je ſuis tout ravi d'aiſe
Que vous m'ayez fi bonnement
Sur ces vers dit votre ſentiment ; (†)
Car , Monfieur , ne vous en déplaiſe ,
J'en ſuis l'Auteur. - Ah ! Sire ! ah ! quel tour ! un
moment !
Je les ai lus trop bruſquement ,
Rendez- les moi. - Non , non ; il n'eſt pas néceſſaire.
Le premier ſentiment eſt toujours plus fincere
Que le ſecond , & je m'y tiens . -Que faire ?
Notre Courtiſan , je crois ($)
S'en ſera bien mordu les doigts.
Un Roi pourroit tirer de cette hiſtoire
Cet enſeignement capital ,
Que , pour ſavoir en bien , en mal ,
Sur chaque objet ce qu'il doit croire ,
Il ſeroit bon , en général
De cacher l'intérêt qu'il prend au madrigal.
Quel Roi voudra jamais s'expoſer au déboira
D'entendre ainſi de triſtes vérités ?
(*) Cette ligne ne fut jamais un Vers.
(†) Celle- ci non plus .
($) Cette troiſieme encore moins.
(
D 5
58 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi quels Rois ont joui de la gloire
De n'être pas un peu gâtés,
Le Poëte a fait uſage dans la Fable
ſuivante , du mot d'un Payſan à Phi.
lippe II , Roi d'Eſpagne.
Un Lion , en Monarque ſage ,
Voulant viſiter ſes Etats ,
Pendant le cours de ſon voyage ,
Un jour qu'il ſe trouvoit fort las ,
Il rencontra ſur ſon paſſage
1
La taniere d'un ours. Il yporte ſes pass
L'Ours ſe fût bien paſſe d'une telle viſite;
Du Sire il connoiſſoit l'humeur :
Jaloux , ombrageux querelleur,
Implacable dans ſa fureur ,
Que la moindre vétille excite.
L'Ours lui fait grande chere , & de fon mieux s'acquitte
De ce qu'il doit à fon Seigneur.
Après ſouper le Seigneur Roi repoſe.
Le lendemain , content de l'hospitalité,
Le Lion dit à l'Ours : Vous m'avez bien traité;
Cà , demandez moi quelque choſe .
Puiſſent les Dieux , dit l'Ours , de Votre Mjeſté
Combler les jours de gloire & de profpérité!
2
JUILLET I. Vol. 1776. 59
Sire ! & puiſque votre bonté
Veut bien d'une priere autoriſer l'audace,
Accordez moi l'immunité
De ne plus me trouver avec vous face à face.
1
La fable de l'Ours danſant , nous fait
voir que l'admiration eit un ſentiment
pénible dont on cherche toujours à ſe
venger ; & que celui qui deſire la tranquillité
, ſans laquelle il n'y a point de
vrai bonheur , doit ſe mettre au niveau
de laſociété dans laquelle il vit,
Un Ours , réduit long-temps à vivre de la danſe ,
Las du métier , s'échappa de ſes fers.
Et regagna les lieux de ſa naiſſance.
Il fut reçu des Ours à bras ouverts ;
La forêt retentit de leurs cris d'alegreſſe ;
Et , pendant tout le long du jour ,
Dès qu'un Qurs à l'autre s'adreſſe ,
C'eſt pour crier : Brunet eſt de retour!
Brunet ne manqua point , ainſi qu'il eſt d'uſage,
De raconter l'hiſtoire du voyage ,
Ce qu'il a fait , écouté , dit & vu
Au pays qu'il a parcouru .
60 MERCURE DE FRANCE.
Et quand ce vint à parler de la danſe ,
Le Baladin , dreſſe ſur ſes ergots ,
Au grand étonnement de toute l'aſſiſtance ,
Aumilieu du cercle s'avance
D'un pas élégant & diſpos .
Ours auſſi tôt d'admirer ſa tournure
Et de vouloir imiter ſon allure ;
Mais au lieu , comme lui , de marcher , de danſer,
Apeine pouvoient- ils ſeulement ſe dreſſers
Et plus d'un , eſſayant l'affaire
Alla donner du nez en terre.
Sire Brunet , les voyant en défaut,
N'en faute que plus haut.
Mais ſa trop grande ſuffiſance
Excira bientôt leur courroux.
Au Diable ! crierent ils tous ,
Le ſot qui vient , avec impertinence ,
Berner les gens de ſa ſcience ,
Et qui prétend en ſavoir plus que nous.
Brunet rira ſa révérence ,
Et ſe ſauva de peur des coups.
Ce mot de l'Eléphant eſt plein de
fens & de raiſon .
Un jour, à la cour du Lion
On agita la queſtion ,
JUILLET I. Vol. 1776. 61
Savoir , de juſtice ou vaillance ,
Laquelle étoit de plus grande importance ?
Chacun dit fon opinion ,
Et les vertus miſes dans la balance ,
On trouva , comme de raiſon ,
Qu'il falloit , fans comparaiſon ,
A la valeur donner la préférence ;
C'etoit la vertu des Héros ,
La qualité par excellence ,
Témoin Hercule & fes douze travaux.
L'Eléphant gardoit le filence.
Je voudrois bien fur ce propos
Savoir , dit le Lion , ce que Sa Grandeur penſe :
On connoît ſon bon ſens & ſa haute prudence.
Je vais , dit l'Eléphant , vous l'apprendre en deux motss
Si juſtice regnoit parmi les animaux ,
Je crois que l'on pourroit ſe paſſer de vaillance
Pluſieurs des fables ou contes de ce
recueil , ont une tournure épigrammati
que ,& plaifent par cette briéveté même ,
qui fait un des premiers mérites de l'Epi
gramme.
Un Dervis ſe plaignoit un jour à des Derviches,
Qu'il étoit aſſailli des pauvres & des riches.
62 MERCURE DE FRANCE.
Refuſe au pauvre , Ami , dit l'un , il s'en ira ;
Demande au riche , il te fuira.
1
L'Alouette au Coucou dit un jour : ſavez-vous
Pourquoi ces grandes voyageuſes ,
Ces Cigognes , malgré leurs courſes ſi fameuſes ,
N'en ſavent pas plus long que nous ?
Oui , c'eſt , dit le Coucou , parce que les voyages
Ne rendent pas les ſots plus ſages.
2
:
Le Bouquet Royal , ou Recueil des meil.
leures Pieces , addreſſées à Leurs Majef
tés ; à Geneve , & ſe trouve à Paris
chez Coſtard , Libraire , in-8°, avee
fig. Prix 2 liv. 8 f. broché .
L'objet de ce Recueil doit le rendre
cher au coeurdetoutbonFrançois. Preſque
toutes les pieces qui le compoſent ont
été imprimées à part , ou inférées dans
les Journaux. En général, le choix en
eſt aſſez bien fait. On y relira avec plaiſir
le Nouveau Regne , Ode à la Nation ,
&pluſieurs autres pieces de M. Dorap;
JUILLET I. Vol. 1776. 63
a
1
des Vers au Roi , par M. de la Harpe ;
une Epître à Henri IV, par M. de Voltaire;
pluſieurs pieces de M. Imbert ; une
Epître charmante de Madame la Marquiſe
d'Antremont , à la Reine ; Gliceré
&Mirtil , Eclogue , par M. Monvel.
Zémire mourante à ſa Fille ; traduction
libre d'une Ode Turque; par M. F ***
Brochure in 8°. A Conſtantinople ; &
ſe trouve à Paris , chez la Veuve Ducheſne
, Libr.
On nous dit ici que Zémire eſt le
nom de la chienne d'Eglé , Sultane faverite
d'Achmet , mais on fera porté à
croireque cette Sultane vivoit en France ,
à en juger du moins par les inſtructions
quedonne Zémire à ſa fille. ,, Les années,
,, lui dit- elle, qui ſe ſuccedent avec tant
ود de rapidité, malgré nos voeux , ont
„ déjà , d'une main vorace, emporté ton
,, enfance , tu te fortifies , tu grandis , ô
,, ma Zémire ! Que de charmes je dé
,, couvre en toi! tes gentilleſſes & tes
,, ſingeries font déjà l'amuſement de ta
,, jeune maſtreſſe. Sois eſpiegle , folâtre,
" réjouiſſante; amuſe Egle, diffipe fes
64 MERCURE DE FRANCE.
وو ennuis , chaſſe tous ſes chagrins. Va
;, par fauts & par bonds; élance toi fur
ود
ود
ود
le lit. Que j'aime à te voir courir de
,, ſophas en ſophas ! Jette-toi fur le ca-
وو napé, monte avec vivacité ſur la bergere;
defcends ,jappe , deſſine une roue
autour de ta queue , &, la tenant cap-
وو tive entre tes dents , viens , de cul
,, butes en culbutes , rouler juſqu'a ſes
,, pieds ſur le tapis. Ces tours d'agilité ,
,, naturels en toi , la feront mieux fourire
que les airs guindés &les grimaces
de tous ces étourneaux futiles que les
femmes décorent des noms de char-
„ mans & d'agréables. Prends garde ce-
,, pendant de te rendre incommode. En
,, tout il eſt un but que la prudence
,, affigne ; & les limites en font toujours
ود
ود
ود reſpectées par le ſage. Si ta maîtreſſe
,, chante ou travaille , écoute & fois
,, tranquille. On aimera quelquefois tes
, jeux innocens , d'autres fois on peſtera
„ contre ta turbulence; il faut étudier tes
,, devoirs dans ſes regards, dans ſes dif-
, cours , & juſques dans ſes moindres
geftes.
وو Aies toujours l'oreille au guet , &
, fais foigneuſement ſentinelle. On ne
"
te
JUILLET I. Vol. 1776. 65
te loge , on ne te nourrit que pour
» cet emploi. Au moindre bruit , fais
„ rage ; les gens mal intentionnés s'éva-
„ deront. N'émouſſe point trop tes ſens ;
„ conſerve la fineſſe de l'ouie ,& menage
ton odorat. Tu auras beſoin du premier
„ de ces organes pour diftinguer la flat-
>>terie d'avec la louange équitable .
„ l'homme groffier d'avec l'homme poli ,
„ l'homme corrompu d'avec celui qui a
„ des moeurs. Si tu entends dire à quelqu'un
que ta Maîtreſſe eſt ſage , dou-
„ ce , honnête , engageante , accable ce
» quelqu'un de careſſes, il dit vrai: qu'elle
„ a de Vénus les grâces & les appas ; il
, ne ment point encore; redouble pour
„ lui d'amitié. Mais ſi un fat , un fot ,
„ un impudent , une coquette , ont l'audace
de calomnier ou de médire , de
railler ou de ſe louer en ſa préſence ,
ſans reſpect d'âge , de ſexe, ni de
„ rang , abboye & mords. Ecarte cette
foule importuné de gens ſans honneur ,
fans ame, fans délicateſſe & fans foi ;
fais les fuir. Sois un dragon ,
fois
» pour eux pire que Cerbere , &c.
Cebadinage auroit peut- être été plus
piquant, ſi l'Auteur l'eût mis en vers , &
E
66 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'il eût parodié quelques unes de nos
élégies modernes , dont le ton méthodiquement
langoureux , a paru ſi nuiſible
aux grâces & à la gaité françoiſe.
Lettres critiques & diſſertation fur le prêt
du commerce ; par M. Liger , Prêtre ,
Licentié ès Loix. A Paris , chez Moutard
, Libr.
Cette matiere, auſſi importante que
difficile, a été ſouvent un objet de difpute
parmi les Théologiens. Les unsont
regardé comme uſuraire tout ce qu'on
exige au delà du capital , en vertu d'un
ſimple prêt . C'étoit , ſelon eux , bleſſer
la loi naturelle que d'exiger un intérêt
au - delà de la juſte valeur de la
chofe dont on a cédé la propriété avec
l'uſage;& ce ſentiment, ils l'ont défendu
comme un dogme puiſé dans la révéla
tion , qu'il n'étoit permis à perſonne de
combattre. D'autres Théologiens ontdiftingué
le prêt fait au pauvre ou à celui
que le mauvais état de ſes affaires oblige
d'emprunter , de celui que l'on fait à un
homme qui n'a aucun beſoin , & qui
n'emprunte que pour faire unplus grand
2
JUILLET I. Vol. 1776. 67
commerce , pour augmenter ſes biens ,
pour avancer ſa fortune. Autant ceux-ci
ont foutenu que le premier prêt devoit
être entiérement gratuit , & que tout
intérêt , à cet égard , étoit également
réprouvé par les ſentimens de l'humanité
& par la loi de l'Evangile , autant ils
ont cru que les prêts de la ſeconde efpece
, loin d'être onéreux à l'emprunteur,
lui devenoient très - utiles en lui
fourniſſant les moyens de s'enrichir. Ces
Théologiens , moins ſéveres que les premiers
, ont inſiſté ſur cette regle lumi
-neufe , gravée dans le coeur de tous les
hommes , laquelle conſiſte à traiter les
autres de la maniere que nous voudrions
qu'ils nous traitaſſent ; &, par une alternative
néceſſaire , ne leur point faire
ce que nous ne voudrions pas qu'ilsnous
fiffent. Ils ont prétendu , d'après cette
regle , qui ſeule peut fixer tous les devoirs
que la juſtice nous preſcrit , qu'on
ne pouvoit pas démontrer l'injuſtice du
profit d'un prêt fait à un riche , ou de
celui qu'on appelle prêt de commerce.
S'il eſt certain que les préceptes de la
morale même évangélique , ſont conformes
aux principes invariables que le
Créateur a gravés dans tous les coeurs
1
1
E 2
68 MERCURE DE FRANCE.
1
&qu'il n'y en aitpointdont un homme,
qui veut faire uſage de fa raiſon , ne
réconnoiſſe facilement la juſtice ; & s'il
étoit également vrai qu'aucun de ces
principes ne démontre l'injuſtice d'un
prêt fait à un riche , la queſtion: fur
l'uſure feroit bientôt terminée. L'Auteur
des lettres critiques que nous annonçons
ne ſoutient, comme il le fait , l'illégi.
timité de l'intérêt qu'on exige dans le
cas du prêt du commerce , que parce qu'il
le croit oppofé aux regles immuables du
droit naturel , contre lesquelles rien ne
peut preſcrire. Il eſt certain que Dieu
ne commande rien , ou ne veut rien
commander ou conſeiller qui ſoit contraire
à la droite & faine raifon. Dans
tout ce qui concerne la regle des moeurs ,
la Religion n'enſeigne rien qui ſoit en
contradiction avec la ſaine raiſon ,& ne
condamne rien,par conséquent,que ce que
cette même raiſon , & non celle que les
paffions ont obfcurcie , peut condamner.
Selon ces mêmes Théologiens , on doit
mettre une grande différence entre les
myſteres que la Religion nous propoſe ,
&les devoirs que la morale nous pref
crit. Les myſteres ne peuvent ſe prouver
que par la révélation ; & la raiſon n'a
JUILLET I. Vol. 1776. 69
plus rien à faire qu'à conſtater l'exiſtence
&la certitude de cette révélation. Il en
eſt de meme des oeuvres de Dieu : il nè
-nous eſt pas permis également de demander
à Dieu pourquoi avez-vous fait
ainſi ? Ma raifon n'a qu'une ſeule démarche
à faire , qui eft de ſe bien aſſurer
fi Dieu agit ou parle ; mais expliquer
les motifs de fa conduite , éclaircir ce
qu'il y a d'incompréhenſible dans ces
paroles , lever toutes les difficultés dont
l'ignorance humaine eſt ſi féconde , ma
raiſon n'en eſt point chargée.Mais , continuent
ces Théologiens , il n'en eſt pas
de méme quand il s'agit des préceptes
de morale ou des maximes de droit naturel.
Chacun doit trouver dans ſonpropre
fond , s'il ſe conſulte de bonne foi
les principes pour ſe décider ſur ce qui
eft permis ou défendu.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, s'est déclaré ouvertement contre
tout intérêt exigé en vertud'un ſimple
prêt , même des prêts de commerce. Ses
raiſons méritent la plusgrande attention .
Son dialogue eſt preſſant en même temps
qu'il pique par ſa variété.
Il ſeroit bien avantageux que la poli
tique , qui doit faire fleuurriirr le com-
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
merce, & faciliter les moyens de
fatisfaire aux beſoins fans ceſſe renaif,
ſantsdes ſociétés, trouve enfin les moyens
de ſe concilier avec la ſaine théologie ,
qui n'eſt occupée qu'à reprimer les excès
de la cupidité . Au reſte ,nous laiſſons la
ſolution de toutes ces queſtions délicates
à leurs Juges naturels; & nous avouerons
ſans peine que ſi l'on doit redouter fur
cette matiere les féductions de la cupi
dité, les excès du rigoriſme ont auſſi
leurs inconvéniens.
Anecdotes da regne de Louis XVI , avec
cette épigraphe :
Tout Citoyen est Roi ſous un Roi Citoyen . ;
A Paris , chez J. F. Baſtien , libraire ,
Į vol . in- 12 . 1776.
ر
CetOuvrage eſt diviſé en trois parties.
Lapremiere contient un détail du ſacre
de Sa Majefté ; la ſeconde renferme une
notice de tous les Ouvrages qui ont paru
àl'occaſion de cette cérémonie ; la troiſieme
, qui eſt la plus conſidérable , &
dans laquelle l'Ouvrage conſiſte princi-
...
JUILLET I. Vol. 1776. 71
palement , eſt intitulée : Anecdotes du
regne de Louis XVI. L'Auteur s'y eſt
propoſé de commencer à raſſembler une
partie des matériaux qui ſerviront un
jour à l'hiſtoire de notre jeune Monarque
, & de préſenter un tableau vif&
animé des principaux événemens des
deux premieres années de ce nouveau
regne , dont les commencemens font
d'un préſage ſi heureux pour la Nation,
Quoiqu'il n'y ait ſans doute aucun Lecteur
, qui n'ait gravé dans ſa mémoire
&dans ſon coeur , les traits multipliés
de bienfaisance de Louis XVI & de fon
auguſte Famille , on ne les relira pas
avec moins de plaiſir dans ce recueil intéreſſant.
On y a joint quelques traits
concernant les Miniſtres employés ſous
le nouveau regne.
"
Nous ne pouvons nous refuſer au plaifir
de rapporter le trait ſuivant, quoiqu'il
ſe trouve dans pluſieurs Ouvrages périodiques
. Dans une de ſes courſes , Sa
Majeſté rencontra un enfant qui lui
demanda l'aumône . Que ferez-
⚫ vous de l'argent que je vous donnerai,
„ demanda leMonarque ?- Hélas ! Monſieur
, répondit le jeune infortuné , je
le porterai à mon pauvre pere, malade
-
1
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
"
20
depuis pluſieurs jours ,& qui eſt ſur le
pointde mourir, faute d'avoir du pain
&du bois pour ſe chauffer. Le Roi
deſira de ſavoir ſi le récit de l'enfant
étoit véritable , & lui dit de le conduire
chez lui. Arrivé dans la plus
triſte demeure , le Monarque vit en
effet un vieillard infirme , couché fur
la paille& dépourvu de tout , dans une
ſaiſon où les riches même ſouffroient
de la rigueur du froid. Le Prince, les
„ yeux baignés de larmes , ſe hâta de
prodiguer des fecours à cet infortuné,
&lui fit au plutôt apporter un lit , &
tout ce qui pouvoit lui être néceſſai-
„ re , pour adoucir ſon indigence".
"
"
Si le trait que nous venons de citer eft
propre à faire chérir la bienfaiſance du
vertueux Prince , à qui de pareilles actions
ſont ſi naturelles , le ſuivant doit
faire admirer ſa ſageſſe. ,, Une perſonne
de la premiere diſtinction préſenta au
Roi un jeune Abbé d'une famille trèsilluftre
, & fupplia Sa Majeſté de le
,, nommer à un Evêché vacant.-Mais,
obſerva le Monarque , M. l'Abbé eſt
bien jeunepour être en état de remplir
les devoirs de l'Epifcopat.
"
"
"
"
"
- Oh!
„ répondit le Protecteur , il y a dans
JUILLET I. Vol. 1776. 73
6
ل
ود
1
„ l'Evêché que j'ai en vue , un Grand-
Vicaire d'un âge mûr , & qui diri
„ gera , par ſes conſeils le nouveau Pré-
„ lat. Eh bien ! reprit le Roi , il
» n'y a qu'à nommer Evêque le Grand.
Vicaire , & mettre à ſa place M.
l'Abbé , afin qu'il ait le temps de
s'inftruire beaucoup mieux des vertus
» qu'exige la Prélature. Cet arrange-
,, ment ſi ſage fut en effet exécuté".
,
Heureuſe la Nation dont le Souverain
, en moins de deux ans de regne,
peut avoir déjà fourni la matiere d'un
pareil recueil !
Contes des Fées , Nouvelles , &c. &c. &c .
le tout dédié à la Volupté. Par M.
de V *** de G ***. A Amſterdam ;
& ſe trouve à Paris , chez Durand
neveu ; le - Jay ; Monory ; Eſprit &
Baſtien , Libraires , 1776. 2 parties
in- 12. br. prix 2 1. 8 f.
La premiere de ces deux parties com-
- prend les Contes des Fées , au nombre de
deux , l'Ours & le Chaffeur , & la Chatte
merveilleuse. Il y a beaucoup d'imagination
dans ces Contes , où les événe
E5
74
MERCURE DE FRANCE.
mens merveilleux ſont ſinguliérement
accumulés.
Dans l'Ours & le Chaffeur , un jeune
homme nommé Terſandre , s'endort de
fatigue étant à la chaſſe , après avoir
inutilement poursuivi un Ours qu'il avoit
bleſſé , & qui cependant avoit échappé
aux chiens. L'Ours , ou plutôt l'Enchanteur
Kakobraouf, réduit à cette métamorphofe
, par la loi que lui avoit im
poſée un autre Enchanteur , après l'avoir
vaincu en combat fingulier , tranfporte
Terſandre, pendant ſon ſommeil ,
dans l'Iſle des Chimeres , dont il étoit
Souverain , pour lui apprendre à vaincre
ſes paſſions. Il lui ſuſcite une fou--
le de preftiges& d'aventures prodigieu
ſes , propres à exercer ſa patience : il
le change lui-même en ours pendant un
temps. Enfin , après des épreuves multipliées
, Terſandre ayant appris à ſe
vaincre , ſe trouve l'homme propre à
remplir un oracle qui le deſtinoit au défenchantement
de Kakobraouf. Cet Enchanteur
le récompenſe par la main de
fa fille , pour laquelle il avoit ſu lui in
ſpirer de l'amour.
Candor , jeune homme perfuadé de
( 2
JUILLET I, Vol. 1776. 75
l'existence des Génies & des Fées , &
fon ami Ranulphe, qui n'y ajoutoit aucune
foi , font les Héros du Conte,de
la Chatte merveilleuse ou la Puce à l'oreille.
La Chatte merveilleuſe eſt une Fée qui ,
s'étant introduite chez Candor ſous cette
forme , le tranſporte , ainſi que fon ami ,
au pays des Génies , pour récompenfer
l'un & corriger l'autre de ſon incrédu
lité.Aprèsuue foule d'avantures incroya
bles & périlleuſes , Candor , revêtu du
pouvoir magique , & deſtiné , en vertu
d'un oracle , à delivrer une Princeſſe
qu'un Génie malfaiſant tenoit renfermée
dans unChâteau inacceſſible , y parvient ,
après s'être introduit auprès d'elle fous
la forme d'une puce. Mais il retombe ,
avec la Princeſſe , dans un nouveau péril .
Ils en font tirés par Ranulphe , que
l'oracle indiquoit également pour mettre
fin à cette aventure. Les deux Amis font
élevés au rang des Génies , & Candor
epouſe la Princeſſe.
La ſeconde partie eſt compoſée d'une
Nouvelle de Rosemonde& Andro , poëme
traduit du Gaulois , & de Mélindor , Co
médie en trois actes. Le fond du ſujet de
la Nouvelle n'eſt pas neuf. Ce font deux
amans qui , aprés une ſéparation forcée ,
76 MERCURE DE FRANCE .
1
beaucoup de chagrins & de traverſes ,
font enfin unis enſemble. La traduction ,
vraie ou prétendue , du poëme de Rofe
monde & Andro , eſt en profe , & fort
courte. Andro , vaillant Chevalier , parvient
à tirer la belle Roſemonde des
mains d'un vieux jaloux , qui la tient
renfermée dans un fort Château , dont
l'entrée eſt défendue par un Géant , un
lion & un dragon énorme. Le brave
Andro n'ayant pas , comme le Héros de
la Chatte merveilleuse , le don de ſe changer
en puce pour entrer dans le Château,
combat ces monftres à force ouverte ,
les défait , & réuſſit ainſi dans une entrepriſe
qui avoit déjà coûté la vie à pluſieurs
Chevaliers , qui l'avoient inutilement
tentée. La belle Rofemonde eſt ſa
récompenfe , & fon rival ſe tue de déſefpoir.
La Comédie de Mélindor eſt d'une
intrigue aſſez foible. Sophie aime Mélindor;
mais fa mere la deſtine à un M.
Wanderberg , Négociant , homme avare
& groſſier , à qui ſa fortune fait donner
la préférence. Le jour où ce mariage
doit ſe terminer , Wanderberg apprend ,
par une lettre , qu'un vaiſſeau , qui contenoit
toute ſa fortune , vient d'être
JUILLET I. Vol. 1776. 77
ſubmergé, Il veut cacher cette nouvelle,
afin de trouver une reſſource dans fon
mariage. Tout ſe découvre au moment
où il va épouſer Sophie ; il eſt éconduit
honteuſement , & Mélindor obtient la
main de ſa Maîtreſſe.
Entretiens de Périclés & de Sully aux
Champs Eliſées , ſur leur adminiſtra .
tion ; ou balance entre les avantages
du luxe & ceux de l'économie.
Vix credas quantum vectigal fit parcimonia.
Pline , Ep .
1-
A Londres ; & ſe trouve à Paris
chez Coſtard , 16 f.
Les deux illuſtres Hommes d'Etat
qu'on fait parler dans ce dialogue , y
defendent chacun les avantages de leur
ſyſtême d'adminiſtration. Ils entrent , à
ce ſujet , dans des détails intéreſſans .
Une partie de ceux que l'Auteur met
dans la bouche de Sully , font tirés des
Economies Royales ; & c'eſt d'après Plutarque
qu'il fait parler Périclés. On com
78 MERCURE DE FRANCE.
prend aisément que l'avantage demeure
au Miniſtre de Henri IV, qui défend
victorieuſement la cauſe de l'économie .
Il conclut que les particuliers font toujours
à leur aiſe , quand l'Etat eſt riche
fans eux; mais qu'un Etat n'eſt jamais
riche de la richeſſe des Particuliers .
Sully , ou plutôt l'Auteur , propoſe,
à la fin de l'Ouvrage , d'employer le
tréſor de l'Etat à former une caiſſe de
prêt public. Il détaille lesavantages d'un
pareil établiſſement , & répond aux objections
que lui fait , à ce ſujet , Périclés .
Ces entretiens font accompagnés de
notes, la plupart hiſtoriques,&précédées
d'un avertiſſement de l'Editeur , dans
lequel il entre dans quelques détails fur
la viede Périclés & de Sully , & fait une
eſpece de parallele entre ces deux grands
hommes.
Lettres de Madame la Comteſſe de la Riviere
à Madame la Baronne de Neufpont
, Son amie ; contenant les princi
paux événemens de sa vie , de celle
de ses enfans , & de quelques uns de
Jes parens: avec beaucoup de nouvelles
& d'anecdotes du regne de Louis
JUILLET I. Vol. 1776. 79
/
XIV , depuis l'année 1686. juſqu'à
1712. A Paris , chez Froullé Libr . 1776 ;
3 vol. in-12. prix 6 liv. br.
Ces lettres ont été publiéés par M. le
Comte de la Vanne , petit-fils de Mada
me la Comteſſe de la Riviere , qui fait
lui -même l'hiſtoire de ces lettres dans
une préface. Madame de la Riviere étoit
également diftinguée par ſa naiſſance ,
ſa beaute , les agrémens de ſon eſprit &
l'excellence de ſon caractere. Petite-fille
d'une Amie de Madame de Sévigné ,
elle eut , dans ſa jeuneſſe , l'avantage de
connoître beaucoup cette femme célebre.
Vivantà la Cour de Louis XIV , elle ſe
trouva plus ou moins liée avec la plupart
des perſonnes illuſtres de fon temps. Il
paroît qu'elle recherchoit fur- tout la ſociété
des Gens de Lertres. Elle parle partout
avec enthouſiaſme des Poëtes &
des Orateurs les plus célebres du ſiécle
paffé , qu'elle a preſque tous connus.
Le ſtyle de ces lettres eſt facile &
agréable , ſans être travaillé ni recherché.
C'eſt le vrai ſtyle épiſtolaire. On y trouve
à la fois de l'eſprit , de l'enjouement ,
80 MERCURE DE FRANCE. -
۱
& cette ſimplicité , cette candeur qui
annoncent une belle ame. On y voit
par tout une femme aimable , ſage , ver.
tueuſe , bonne épouſe , bonne mere ,
bonne amie , également paſſionnée pour
le mérite & pour la vertu.
Indépendamment du grand nombre
d'anecdotes relatives à l'hiſtoiredu regne
de Louis XIV , dont ces lettres ſont remplies
, & qui fuffiroient ſeules pour en
rendre la lecture agréable & piquante ,
l'hiſtoire de Madame de la Riviere & de
ſa famille , qui en fait le fond , eſt trèsattachante
; on y trouve des incidens ,
des ſituations , enfin tout l'intérêt qu'on
pourroit defirer dans un Roman. M. le
Comtede la Vanne acheve cette hiſtoire
dans une addition aux lettres On verſera
des larmes d'attendriſſement au récit de
la fin cruelle & touchante de fon pere&
de ſa mere , fils & belle fille de Madame
de la Riviere, jeunes époux , morts à la
fleur de leur âge & preſqu'en même
temps.
Au furplus , la plus grande partie des
anecdotes hiſtoriques que renferment ces
lettres , étoient plus ou moins connues.
Envoici uneque nous ne nous rappellons
pas d'avoir vue ailleurs. ,, M. de Lorges
» étoit
/
JUILLET I. Vol. 1776. 81
étoit prifonnier à la Baſtille. La lon-
,, gueur de ſa priſon l'ennuya au point
„ d'appréhender d'y devenir malade ,&
,, incapable de tout. On lui offroit des
ود livres, il les refuſoit , diſant que ce
,, n'étoit pas de la lecture qu'il lui fal-
„ loit , mais de l'exercice. Enfin , après
avoir rêvé à différentes chofes ,il ima
gina de ſe faire apporter un millier
,, d'épingles , & trois fois par jour il les
ود 2
ود jetoit bien régulièrement au plancher,
,, afin qu'elles s'écartaſſent en tombant
,, par terre. Enfſuite il les ramaſſoit toutes
;, avec tant d'exactitude , qu'il n'en man-
5, quoit pas une. On dit qu'il s'applaudit
beaucoup d'avoir trouvé ce ſecret
: ,, pour ſe remuer & ſe tirer d'un ennui
,, qui le dévoroit. "...
a
ود
1.
Nous allons rapporter une autre anecdote.
Un Jéſuite s'aviſa un jour de dire
e devant l'Abbé Boileau , frere du fameux
Deſpréaux , que Paſcal avoit fait des
fouliers à Port Royal. ,, Je ne fais pas ,
,, répliqua fur le champ l'Abbé Boileau ,
s'il a fait des fouliers , mais je fais
qu'il vous a porté de bonnes bottes."
Nous remarquerons , à l'occaſion de cette
répartie de l'Abbé Boileau , que Madame
de la Riviere avoit une amitié & une
ود
"
F
82 MERCURE DE FRANCE.
eſtime particuliere pour Deſpréaux
qu'elle voyoit fréquemment , & dont
elle parle beaucoup. Elle nous apprend
qu'en 1709 il avoit compoſé pourMademoiſelle
de la Riviere, ſa fille , depuis
Comteſſe de Livon, alors âgée de douze
ans , un petit Ouvrage, qui ſans doute
a été le dernier forti de ſa plume , intitulé:
Conseil d'un vieux Ami à ſa jeune
Amie. M. le Comte de la Vanne n'a pu
recouvrer cet Ouvrage , ſans quoi , ditil
, il ſe feroit fait un plaifir de le don.
ner au Public. Voici ce que Madame de
la Riviere écrivoit à fon Amie , en lui
annonçant la mort de ce Poëte célebre .
ود
"
Il eſt regretté de tous les Savans &de
,, tous les honnêtés gens , parce que luimême
étoit auſſi honnête homme qu'il
étoit grand. Chacun s'accorde pour
dire du bien de lui . Le Roi l'aimoit ,
,, l'eſtimoit , & applaudiſſoit volontiers
,, à ſa liberté& à ſa franchiſe. Un jour
ود
ود
ود
M. Deſpréaux critiquoit des vers ;
,, quelqu'un lui dit que le Roi les trouvoit
bons: ils ne valent rien, inſiſta M.
„ Deſpréaux , je m'y connois mieux que
وو
ود leRoi. Un Courtifan l'alla rapporter
,, au Roi , & le Roi dit tout de ſuite:
" Il a raison , il s'y connoît mieux que
JUILLET I Vol. 1776. 83
-
moi. Ce trait fait tout à la fois l'éloge
- du Poete & du Monarque. M. Def-
;, préaux étoit d'une humeur ſévere , &
- ,, cependant perſonne n'étoit plus com-
,, patiſſant que lui & meilleur ami. Rien
,, n'étoit ſi ſatisfaiſant que ſa converfa-
,, tion; elle n'avoit rien de mielleux :
,, mais elle avoit , ce qui plaît davan-
;, tage & qui n'ennuie jamais , de la
„ vigueur , de la nobleſſe , de la majeſtés
3, de l'aiſance , de la franchiſe."
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Christ , depuis fon incarnation juſqu'à
- fonbafcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate, par le Pere
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
tung một ai !
}
Sous quelque face & de quelque côté
qu'on enviſage le chef & le fondateur
de la Religion Chrétienne , on trouve
en lui la vertu duTrès- Haut ;en lui ſont
cachés tous les tréfors de la ſageſſe &
de la fcience ; en lui réſide corporellement
toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
F2
S4 MERCURE DE FRANCE.
merveilles , qui ſe répétent ou qui le
diverfifient dans l'hiſtoire de ſavie : mais
il opere lui - même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiſſante.
Dans la majestueuſe ſimplicité de ſes
moeurs& de ſa conduite, on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inſtruire ceux
qui s'attachent à ſes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eſt plus fublime
& moins faſtueuſe que la ſienne ?
On fent qu'il n'a pas beſoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands myſteres , & qu'engendre dans la
Splendeur des Saints , il voit ſans étonnement
les profondeurs de Dieu. Que fon
langage eſt différent de celui des Brophetes
! Ils font preſque toujours dans
l'enthouſiaſme , parce que les vérités
qu'une vifion céleſte leur découvre, font
pour eux d'admirables nouveautés , au
deſſus de leurs expreffions & de leurs
penfées. La noble ſimplicité des diſcours
les plus fublimes de Jésus- Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le ſein des merveilles dont il nous entretient
, & qu'il eſt véritablement le fils
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLET I. Vol. 1776. 85
maison de fon pere. Aufſfi connoît - il à
fond tous les ravages que le péché a faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes courstes
, mais déciſives , la morale la plus
?
I
1
propre à les réparer. Où trouver ailleurs:
| qu'à fon école , les reſſources qui nous
< font néceſſaires ? On voit en lui un auguſte
melange de grandeur &de bonté,
qui nous humilie & qui nous enleve ,
☑ qui nous étonne & qui nous raſſure. S'il
atoute l'autorité du fils unique de Dieu ,
il eſt le plus doux des enfans des hom-
$ mes. Voilà comme les dignes Interpretes
des Livres Saints nous parlent de Jéſus-
Chriſt. L'hiſtoire qui renferme les actions
de ſa vie & les préceptes de ſa morale ,
• eſt le ſeul livre néceſſaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le ſeroit pas. On ne peut ſe
livrer à cette lecture ſans deſirer de de.
venir meilleur. La majeſté des Ecritures
m'étonne , la ſainteté de l'Evangile parle
à mon coeur , dit l'éloquent Rouſſean ;
voyez les livres des Philoſophes avec
toute leur pompe; qu'ils font petits près
de celui - là ?
1
S
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puiſé dans les
4
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
Evangeliſtes , tout ce qui pouvoit fervir
à éclaircir les difficultés qui peuvent s'y
rencontrer , & à développer les vérités
intéreſſantes de la morale chrétienne. II
ſe fait un devoir , dit- il , de ſuivre , avec
la plus grande exactitude , la tradition
& l'enſeignement commun de l'Eglife
Catholique. Mais y a - t - il dans la tradition
, comme dans la morale chrétienne
une regle plus inviolable que celle qui
nous défend d'imputer à nos freres des
erreurs qu'ils ont conſtamment défa
vouées ? Parmi ceux que l'Auteur ſemble
déſigner dans les notes , n'y en aura-t-il
point qui pourront ſe plaindre qu'on n'a
pas ſuivi à leur égard cette maxime immuable
du droit naturel , ou qu'on n'a
pas craint d'imputer à une multitude
d'innocens les excès de quelques particuliers
? Au reſte , les choſes excellentes
qui font répandues dans les notes qui
accompagnent l'Ouvrage , ſemblent exiger
qu'on ferme les yeux ſur des impus
tations vagues, qui ne peuvent pas même
nuire aux Lecteurs ignorans , parce qu'ils
ne ſavent point de quoi il s'agit ; &
l'Auteur de la vie de notre divin Chef,
qui inculque par-tout la charité& la paix
chrétienne, retranchera ſans peine dans
JUILLET I. Vol. 1776. 87
la ſeconde édition , tout ce qui ne fert
point à éclairer & à édifier. Il eſt également
eſſentiel , & de tranſmettre dans
ſon intégrité , le dépôt de la ſaine doc.
trine , & d'éviter toutes les ſaillies d'un
zele qui n'eſt point éclairé . La charité ,
dit l'Apôtre , ne penſe point le mal ; elle
ne forme , elle n'adopte point de foupçons
vagues & injurieux ; elle n'eſt ni
téméraire , ni precipitée. ,, Elle (*) ap-
,, prend à douter , à faire réflexion , à ſe
,, défier de ſa ſageſſe , à réprimer une fier
و د
té qui veut tout décider & tout foumet-
,, tre à ſes penſées ; elle n'eſt point cone
„tentieuſe ni turbulente ; elle ne ſe paf-
,, ſionne point pour une vérité au pré-
,,judice des autres vérités ; elle évite
,, avec ſoin toutes les diſputes d'où l'on
و د
ne peut ſe promettre ni la gloire de
„Dieu , ni le ſalut de ſes freres ; elle
,, n'eſt ni jalouſe , ni envieuſe ; elle ne
travaille point à obſcurcir , à étouffer,
,, à rendre ſuſpect le mérite d'autrui ;
,,comme elle ne cherche dans le bien
,, que le bien même , elle ſe réjouit également
du bien qu'elle fait & de celui
"
(*) Mandement de M. l'Archevêque de Lyon.
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
ود
,, que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
,, Paul: Qu'il n'y ait point de schisme ,
ni de diviſion dans le corps: mais que
tous les membres conſpirent mutuellement
,, à s'entraider les uns les autres. Elle ne
,, voit dans cette multitude de Paſteurs
,,& de Fideles répandus par tout l'Uni-
„ vers , qu'une ſeule & même famille ,
,, où les biens & les maux ſont com
,, muns , où l'on partage les ſouffrances
,,de ſes freres , le ſoin de leur pauvreté ,
,,la crainte de leurs périls , l'inquiétude
دوde leurs combats, la reconnoiſſance de
leurs victoires , la douleur & l'hu-
,, miliation de leurs chûtes , la joie de
"
ود leur retour. Voilà ce qu'eſt l'Eglife
,, aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
„a été pendant pluſieurs fiecles , & ce
,, qu'elle doit être toujours dans le plan
,,de ſon divin Fondateur,"
Discours prononcé à l'ouverture folemnelle
du Cours de la matiere médicale ; traduction
. A Paris , chez Quillau , Imp.
Lib. & Didot le jeune , Lib .
>> Contempler les beautés de la Na.
L
JUILLET I. Vol. 1776. 89
८
و
„ ture , admirer ſes graces , détailler la
ſtructure merveilleuſe des plantes ,
,, connoître la vertu de chaque racine ,
,, quels font les différens uſages des
,, feuilles & des fleurs des ſimples : voilà
une ſource abondante de plaiſirs pour
„ le Philoſophe. Les jardins font les
„ délices des Rois & des Philoſophes ;
,, c'eſt pour cela que réuniſſant l'agréable
,, à l'utile , les Grands confacrent des
,,ſommes immenfes à la culture des
,,plantes: il manqueroit quelque choſe
ودàlamagnificence de leurs palais , s'ils
,, n'étoient décorés de vaſtes jardins , où
,, l'art déploie toutes ſes reflources .
رو
,, Lorſque ſorti des orages de la bouillante
jeuneſſe , &que délivré des deſirs
„ambitieux de l'âge viril , l'homme -
„ recueillant ſes ſens , rentre en lui-
,,même , c'eſt alors qu'il aime les re-
,,traites paiſibles, qu'il s'abandonne au
,, repos ; c'eſt alors que vivant pour lui
,,&pour ſes amis , reſpirant le parfum
des fleurs de ſon jardin, meſurant de وو
ود l'oeil ſes allées d'arbres , & admirant
,, les merveilles de la nature & de l'art ,
,, ſon ame s'éleve vers l'Auteur de
tous ces biens , & le révere dans un
„ filence reſpectueux . De plus , les jar
ود
1
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
,,dins plantés pour le plaiſir de la vue ,
,,& qui offrent une promenade ſi agréa
,, ble , ont des charmes pour tous les
,, âges , pour tous les états. Qui pourroit
,, ſe défendre du ſentiment d'admiration
,, qu'inſpirent cette diverſité , cette abon-
,, dance de plantes , de fleurs & de fruits ,
,, ces allées d'arbres qui s'accordent & ſe
,, répondent avec un ſi bel ordre , ces
,, planches & ces plates-bandes qui for
وو
ود
ment des contours ſi variés & fi gra
,, cieux ; ici l'èmail des fleurs & la ver.
,, dure du gazon nous inſpirent une
,, douce volupté; là , des ruiſſeaux qui
,, fuient en ferpentant , nous invitent ,
,, par un doux murmure , à goûter de
leur eau; plus loin , s'éleve un amphi .
théâtre couronné d'arbres , cù les tendres
zéphirs ſe jouent , en agitant
,,leurs ailes, Le filence des boſquets n'eſt
,, interrompu que par les chants mélo-
,, dieux de mille oiſeaux divers qui les
,,habitent. Quoi de plus puiſſant que ce
"
"
ود
ſpectacle des beautés de la nature &
,,de l'art , pour récréer l'eſprit , animer
,, le génie , diſſiper les nuages de l'ame
,,& calmer ſes inquiétudes " ?
5
C'eſt ainſi que l'ancien Profeſſeur de
Botanique (M. Pajon des Moncets DocJUILLET
I. Vol. 1776. 91
teur en Médecine) s'exprime ſur les plai.
firs qu'offre l'étude de la bonatique. Il en
fait connoître , dans la ſuite de ſon difcours
, l'excellence & les avantages , en
prouvant que c'eſt du regne végétal que
l'on tire la plus grande partie des médi
camens , & que la pratique de traiter
avec les ſimples , eſt plus amie de la
snature que toute autre. L'Orateur fait
un nouvel éloge de la botanique , en la
comparant avec les autres arts. Voici ce
qu'il dit de l'étude de l'anatomie. ,, 11
,, ne faut rien moins que le plus grand
1 , courage & le plus grand amour du
e
i
1
e
it
bien de l'humanité , pour ſurmonter
„les friſſonnemens & l'horreur ſecrette
2,qu'inſpire ſon appareil. Quelle révo
,, lution n'éprouve pas l'ame de ceux qui
,,entrent, pour la premiere fois , dans les
,, amphithéâtres d'anatomie , & qui ſe
vouent à cet utile , mais lugubre mi-
,, niftere ! Etre au milieu des débris de
,, l'humanité , parmi des cadavres , ob-
,, ſerver la fituation , la ſtructure des
viſceres , des vaiſſeaux , des nerfs ,
,, leurs actions & leurs uſages , creuſer
,,d'un oeil curieux dans leurs plus fe-
, crettes cavités , pour y découvrir les
,, cauſes & les principes des maladies.
1
92 MERCURE DE FRANCE.
>
„ Quel ſpectacle rebutant pour l'imagi.
„nation! quels dégoûts ! quelle répu-
„gnance ne reſſent- on pas ? Il faut ſe
,, familiariſer avec l'image de la mort ;
,,& fi l'on n'étoit ſoutenu par le defir
„ d'être utile à ſes Concitoyens & au
,, genre humain , qui s'adonneroit à cette
,, ſcience ? " .
L'Orateur n'a pas beſoin d'étaler ſon
éloquence pour prouver que l'étude de
la botanique eſt plus agréable que celle
de l'anatomie , & ne réunit pas l'inconvénient
de la chymie qui , quoique trèsutile
, égare quelquefois dans des labyrinthes
les imprudens Argonautes qui
courent après la toiſon d'or.
Avis au Peuple ſur l'amélioration de ſes
terres & la ſanté de ſes beſtiaux; I
: vol. in 12. A Avignon , chez J. J..
Niel , Imprim . Lib .; & à Paris , chez
P. Fr. Didot le jeune , Libr.
Ce Recueil eſt tiré des différens Ouvrages
qui ont paru ſur cet objet , tels
que la Nature conſidérée , qui ſe débite
chez Lacombe , Libraire ; le Dictionnaire
vétérinaire & des animaux domestiques ,
:
:
JUILLET I. Vol. 1776. 93
la Médecine vétérinaire de M. Viret , &
pluſieurs autres , dont l'énumération ſe-
Teroit trop longue. L'Auteur avoue luimême
qu'il ne lui appartient rien dans
cet Ouvrage que l'ordre&l'arrangement.
Il le diviſe, en deux parties : la premiere
traite de l'amélioration des terres , des
notions néceſſaires pour y parvenir , du
foin qu'on doit avoir des beſtiaux , &
de la maniere de perfectionner , autant
qu'il eſt poſſible , & de conſerver les
races de bêtes à laine. La ſeconde , renferme
le détail des Auteurs qui ont écrit
fur les beftiaux & leurs maladies ; elle
contient quelques obſervations générales
& eſſentielles pour les connoiſſances &
le traitement des maladies ; elle donne
une idée de la qualité & de l'éducation
des quadrupedes domeſtiques ; elle traite
en outre de leurs maladies & des ſymp.
tômes qui les caractériſent , des remedés
dont les hommes les plus éclairés ſe ſont
ſervis , fondés ſur l'expérience& l'obfervation
; des maladies de la volaille , avec
les remedes convenables ; & enfin le détail
& la vertu des remedes analogues
aux animaux , & la maniere de les admi
niftrer.
94 MERCURE DE FRANCE.
Histoire des Révolutions de Corfe , depuis
ſes premiers Habitans juſqu'à nos
jours ; par M. l'Abbé de Germanes .
Tome III , in-12 .
Sine ird &studio . Tac. Ann.
A Paris , chez Demonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie Françoiſe
, rue St. Severin , 1776.
Ce troiſieme & dernier volume con
tient l'hiſtoire du Généralat de Paoli ,
juſqu'à l'entiere réduction de cette Ifle
par les Troupes Françoiſes. On ſe rappellera
avec plaifir , en le lifant , les détails
de cette conquête encore récente. Il
n'a paru encore rien de plus propre , que
ce volume , à faire connoître le célebre
Paoli , homme rempli de vues & de
reſſources dans le génie : mais plus politique
que guerier. Voici le portrait que
trace, de ce Chefdes Corſes , M. l'Abbé
deGermanes. ,,Au défaut de bravoure ,
ور il fubftituoit l'art d'en montrer. Fei-
وو gnant de chercher le péril au commencement
d'une action , il trouvoit
, toujours des amis difcrets qui arrê-
1
JUILLET I. Vol. 1776. 95
ود
, toient fon ardeur , & le ſupplioient
ود
う dteennoietploeidnetſteixnpodſeelraNſaatviioen,.àQulaoqiuqelulee
,, timide dans le combat , il étoit hardi
dans le conſeil ,& ferme dans ſes pro-
,, jets. Onpeutdire , qu'à l'exemple d'Au
,, guſte , iln'étoit pas dénué de ce courage
, qui fait braver la mort , laquelle , au mi-
,, lieu des factions , ſe préſente à un Chef
, de Parti , ſous tant de faces différentes.
قو Si ne pouvant plus maintenir ſon Pays
,, dans la liberté dont il prétendoit être
,, le reſtaurateur , il fût mort les armes
,, à lamain à la tête de ſes Compatrio-
,, tes , il paſſeroit pour un Héros. S'il ſe
3, fût accommodé avec la France ,& que
,, renonçant à toute condition avanta
,, geuſe pour lui - même , il eût ſacrifié à
,, l'avantage de ſon pays ſes emplois &&
وو ſon autorité plus chere à un ambis
,, tieux que la vie même , on je regarde
roit comme un grand homme ; ce
noble& fublime deſintéreſſement l'eût
3, mis, dans l'esprit des Nations à côté
,, de ces fameux Grecs , qui ont tout
, fait pour le bonheur de leur patrie .
Mais l'envie de perpétuer ſon gouver
nement , fut ſa premiere raiſon d'Etat ;
,, & il préféra toujours ſa grandeur pers
وک MERCURE DE FRANCE.
(
,, ſonnelle à la liberté de ſa Nation." قو
M. l'Abbé de Germanes a joint à fon
Ouvrage deux précis hiſtoriques , l'un
fur l'Eglife , & l'autre ſur la Nobleſſe de
Corſe; un mémoire ſur les impoſitions ,
le réglement de l'Aſſemblée générale ,
&pluſieurs autres pieces relatives à l'adminiſtration
de cette Ifle. L'Auteur a eu
ſoin , dans toutes ſes recherches , de ne
rien avancer que de très - authentique;
on en trouve la preuve dans la citation
qu'il fait de deux chartres de 1050 &
1103 , contenant des donations en faveur
de l'Abbaye de Trimajor , par Albert &
Hugues Ruffo , monumens reſpectables
par leur ancienneté , & dont le ſuffrage
ne fauroit être ſuſpect. Elles ont donné
lieu à M. l'Abbé de Germanes de faire ,
fur la Maiſon de Ruffo , une note curieuſe
que l'on peut confulter.
Recueil de deux Mémoires concernant le
mariage des Protestans de France ; 1776,
in- 8°. Prix rel. 4 1.
C Ces deux Mémoires parurent , pour
la premiere fois , il y a environ vingt
ans. On examine dans le premier , s'il
eſt de l'intérêt de l'Egliſe & de l'Etat
d'étaJUILLET
I. Vol. 1776 97
1
d'établir , pour les Calviniſtes du Royaume
, une nouvelle forme de ſe marier ,
& l'on y réfute un écrit intitulé : Mémoire
théologique & politique fur les mariages
, clandestins des Protestans de France. L'Auteur
décide en faveur de l'intolérance ;
- il s'attache en particulier à réduire confi
dérablement le nombre des Proteftans
e qu'il ſuppoſe être en France , & celui des
; réfugiés qui en ſont ſortis après la révocation
de l'Edit de Nantes ; il cherche
auffi à affoiblir beaucoup l'idée des inconvéniens
auxquels les ſuites de cette
émigration ont donné lieu.
S Le ſecond Mémoire , intitulé : La
voix du vrai Patriote Catholique , est une
ſuite du premier , & tend au même but.
L'Auteur conclut en aſſurant ,, qu'en
,, oppoſant ſa voix à celle des faux Patriotes
tolérans , il plaide en même
„ temps la cauſe de la Religion , de la
Patrie & de l'Humanité."
و د
Les Siecles Chrétiens , ou Hiſtoire du
Chriſtianiſme dans ſon établiſſement
&ſes progrès ; par M. l'Abbé ***
TomesV & VI in- 12 . Prix rel. 5 liv.
A Paris , chez Moutard , Libr. de la
Reine , de Madame & de Madame
G-
)
98 MERCURE DE FRANCE.
la Comteſſe d'Artois , quai des Au
guſtins , près du pont Saint Michel ,
*àSaint Ambroise.
:
Ces deux nouveaux Tomes compren--
nent l'hiſtoire des douzieme , treizieme
&quatorzieme fiecles. Il n'y a guere de
période où l'hiſtoire de l'Egliſe ſoit plus
liée à la politique ,& ait une plus grande
part aux événemens de l'hiſtoire générale
, que pendant ces trois fiécles. C'eſt
dans cet eſpace que ſe trouve renfermée
l'hiſtoire des differentes Croiſades contre
les Infideles ,de celle contre lesAlbigeois ,
des diſſentions des Guelfes &des Gibelins
, de la plus grande partie des plus
fameux démêlés des Papes avec les Empereurs
& les Rois , enfin du grand
Ichiſme d'Occident .
Cet Ouvrage peut être regardé , non.
ſeulement comme une excellente Hif
toire de l'Eglife , mais auſſi comme une
véritable hiſtoire générale ,puiſque l'Auteur
(M. l'Abbé Ducreux , Chanoine
d'Auxerre) y a réuni à l'hiſtoire des Papes
, des Conciles , des Ordres Religieux,
des héréſies & des ſchimes , &c.
le tableau des révolutions des différens
Etats d'Orient & d'Occident , & celui
JUILLET I. Vol. وو . 1776
de l'état des lettres & des ſciences dans
chaque fiecle. Tous ces objets font traités
avec beaucoup d'ordre & de fagacité.
L'Auteur réunit le mérite du ſtyle aux
lumieres & à l'impartialité. Il fait répandre
le plus grand intérêt ſur toutes
e les parties de ſon hiſtoire. On trouve à
$ la fin de fon fixieme volume un Bref
que le Pape regnant lui a adreſſé , qui
contient des éloges flatteurs & mérités .
e
e
وا
S
רי
Systeme nouveau sur l'origine des fiefs ,
pour ſervir à la connoiſſance de l'hiftoire&
à l'intelligence des coutumes ;
par M. Marchand , Licencié- ès Loix ,
Notaire - Royal à Chartres. A Chartres
, chez Jouenne , Libraire , près la
Porte Châtelet ; & ſe trouve à Paris ,
chez Nyon Paîné , Libraire , rue St
Jean de Beauvais , 1776; in-8°. br.
prix 1 1. 4 f,
Si les Loix d'un Etat tiennent au génie
de la Nation& à ſes uſages privés , l'origine
des liens qui les uniſſent &de leurs
rapports ſucceſſifs , ne peut manquer
d'être une choſe avantageuſe à connoître,
puiſqu'elle inſtruira les Citoyens ; les
› uns de ce quils peuvent demander , les
G
103 MERCURE DE FRANCE,
1
A Châlons , chez Murcier , Imprim,
Libr. dans la grande rue ; & à Paris ,
chez Lottin , Imprim. Libr rue St
Jacques , au Coq , vis-à- vis St Yves ,
1776; in-12.
Cet Ouvrage , reſſerré dans les bornes
d'une très-petit volume , eſt peu fufceptible
d'extrait. L'Auteur s'attache d'abord
à établir comment les eaux ſe retirerent
après le déluge ; il examine enſuite ce
qui a pu donner naiſſance aux montagnes
, & quelle eſt l'influence que la
rapidité des courans a dû avoir , ſelon
lui, dans leur formation, par des excavations
& des vallées profondes ;& comment
enfin les eaux ont dû ſe rendre à
l'Océan , leur baffin commun. Les
,, montagnes , dit il , font coupées de
maniere , que la vallée la plus reculée
a toujours ménagé des pas à l'échappe-
,, ment des eaux ; ce qui prouve inconteſtablement
que le deluge a été univerſel
, & que la diſpoſition des lieux
décrits fur notte globe , n'a pu ſe faire
,, par le déplacement des mers , tel qu'on
l'avoit ſuppoſé , Il faut voir dans
l'Ouvrage même comment l'Auteur développe
ces principes. Il s'oppoſe au
ود
ود
ود
ود
"
وو
ود
JUILLET I. Vol. 1776. 103
2
レ
ſentiment de Brunet , Naturaliſte Anglois
, & de ceux qui l'ont ſuivi.
Florello , Hiſtoire méridionale : par M.
Loaifel de Treogate . ci-devant Gendarme
du Roi .
Rura mihi & rigni placeant in yallibus amnes.
Flumina amem Sylvasque inglorius .
VIRG.
A Paris , chez Moutard , Libr. de la
Reine , rue du Hurpoix; in-8°.
Sur les bords de l'Orénoque , dans
l'Amérique méridionale , un bon vieillard,
nommé Kador, vivoit depuis quarante
ans dans la folitude, Un ſoir il
rencontre , près de la grotte qu'il habitoit,
un jeune homme dont l'extérieur
annonçoit l'infortune , & que le hafard
venoit de jeter ſur ſes bords. C'étoit
Florello , jeune Européen , dont toute la
vie n'avoit été, depuis pluſieurs années ,
qu'un tiſſu de malheurs. Le repos , la
douceur du climat , les ſoins du bon
vieillard , remettent bientôt le calme
dans fon ame. Il raconte ſes aventures
à Kador , qui le conſole ; & en lui pei
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
gnant le bonheur dont il a joui dans ſa
folitude , le détermine à la partager. Au
bout de quelque temps , le vieillard
meurt , & Florello , après avoir donné
la ſépulture à fon bienfaiteur , continuoit
à vivre dans ce déſert. Il ignoroit qu'à
peu dediſtance de là , le pays étoithabité.
Un jour qu'il avoit franchi , contre ſon
ordinaire , l'eſpace borné de ſa folitude , il
voit au pied d'un arbre une jeune ſauvage
endormie , d'une beauté raviſſante. A fon
réveil , elle eſt effrayée de ſa vue , & s'enfuit.
Florello , devenu amoureux d'elle ,&
la cherchant dans toute l'étendue de cette
plaine, la retrouve peu de jours après. Il
lui exprime ſa paſſion par ſignes , &
s'apperçoit , dans une nouvelle entrevue ,
de celle que la belle ſauvage reſſent , de
ſon côté , pour lui. Ils s'uniſſent enſemble.
Elle le conduit dans une grotte où ils
peuvent ſe voir tous les jours. En peu
de temps , l'Amante de Florello parvient
à lui faire entendre ſa langue. Elle
lui fait connoître alors le danger qu'il
court s'il eſt decouvert , & qu'elle n'avoit
pu que lui faire comprendre par ſignes.
Elle ſe nomme Eurimale. Elle lui ras
conte comment des hommes armés &
venus d'un autre monde , avoient fondu
JUILLET I. Vol. 1776. 105
fur l'habitation des ſauvages; comment
ils avoient enlevé leurs troupeaux , pillé
& maſſacré tout , & comment ſa mere
Nadine avoit perdu la vie en voulant
ſauver fon époux. Depuis ce temps ,
Thoal (c'eſt le nom du vieux ſauvage) a
conçu une haine cruelle contre les Eu.
ropéens , & s'eſt fait une loi d'immoler
à ſa vengeance tous ceux qu'il rencontreroit.
Ce pere rédoutable ſurprend ſa fille
& Florello dans la grotte: il veut tuer
PEuropéen ; mais il ſe laiſſe bientôt dé .
farmer par les prieres d'Eurimale & par
les diſcours de Florello. Il emmene ce
dernier chez lui , & confent , quelques
jours après , à l'unir à ſa fille , quoiqu'il
l'eût déjà promiſe à Orabski , ſauvage
féroce , qui , furieux du manquement de
parole de Thoal, profite d'un moment
où Florello étoit abſent , pour maſſacrer
Pinfortuné vieillard & enlever Eurimale.
Florello , de retour , trouve Thoal bai
gné dans ſon ſang; le fauvage expire
dans ſes bras , en lui nommant le ravifſeur
d'Eurimale , & lui laiſſe ſon arc &
ſes flêches , en lui recommandant de les
employer à ſa vengeance. Rempli de
fureur , il erre long -temps ſur les traees
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
de fon rival. Après avoir ſhutilement
épuiſé ſes forces à ſa pourſuite , accablé
de fatigue & de déſeſpoir , il ſe retire
dans un antre obfcur , & prend la réſolution
d'achever ſesjours dans cette folitude
affreuſe. Ses auſtérités le conduiſent
bientôt aux portes du tombeau. La tendre
Eurimale , qui , échappée à fon raviſſeur ,
cherchoit par-tout ſon époux , le retrouve
enfin au moment où il eſt près d'expirer .
Cette fidelle Amante a la douleur de lui
fermer les yeux , ſans que ſes ſoins ni
ſes careſſes puiſſent le rappeller à la
vie. Il meurt en exhortant Eurimale de
modérer ſon déſeſpoir , & de lui furvivre.
Il y a de l'intérêt & de la chaleur
dans ce petit Roman , qui porte par tout
l'empreinte d'une imagination vive &
ſenſible , mais mélancolique & fombre.
:
Esprit de Saurin , ou extraits analyſés
de ſes fermons ; 2 volumes in- 12.
Prix rel. 51. AParis , chez Nyon l'aîné ,
Libraire , rue St Jean- de- Beauvais ;
1776.
٤٠
i
Les Sermons de Saurin font eſtimés
avec raifon. On y trouve de l'élévation
JUILLET I. Vol. 1776. 107
dans les idées , de la juſteſſe & de la
profondeur dans les raiſonnemens ; mais
il falloit prémunir les Lecteurs contre
les écueils que préſentent ces fermons . Il
falloit ſéparer la morale excellente dont
ils font remplis , des erreurs de la Religion
Proteftante ſur le dogme , dont on
découvre des traces fréquentes ; faire
diſparoître une foule de forties peu décentes
contre la Religion Catholique ;
élaguer enfin beaucoup d'inutilités & de
diſcuſſions , auſſi ſeches que prolixes.
C'eſt ce qu'a fait l'Editeur, qui eſt parvenu
, par ce moyen , à préſenter en deux
volumes , tout ce que plus de douze ,
qui compoſent les Oeuvres de ce fameux
Prédicateur , renferment de vraiment
beau & intéreſſant. C'eſt de l'or pur ,
dégagé de toute eſpece d'alliage.
L'Editeur extrait le quart ou le tiers
des meilleurs fermons , très-rarement la
moitié ; d'autres font réduits à très - peu
de pages. Il en eſt enfin , & la moitié
environ font dans ce ccaass,, dont il n'a
tiré que quelques traits rapides & iſolés ,
qu'il a placés , fans ordre , à la fin de
l'Ouvrage , ſous le titre de Pensées détachées.
Nous allons en tranſcrire quelques
morceaux qui nous ont paru intéreſſans.
108 MERCURE DE FRANCE .
وو
و د
و د
ود
ود
Dans la vie la plus occupée , le
fidele doit avoir des momens deſtinés
au filence & à la retraite. Malheur à
celui qui eſt toujours hors de lui-
,, même , toujours dans le bruit & le
tumulte du monde. Une dévotion qui
" aſans ceſſe beſoin de ſecours extérieurs
,, pour ſe ſoutenir , n'eſt pas bien profonde.
Ces ſecours font utiles ; mais
une ame fidelle , quand elle ne les a
pas , quand elle feroit dans un déſert
,, écarté , fait y prier, fait s'y unir à ſon
Dieu. La retraite eſt un eſſai de la
,, mort. La ſéparation de tous les objets
,, du fiécle , prépare le coeur à la ſéparation
univerſelle du tombeau .
”
ود
22
ود
,, Les maximes que les hommes ſe
,, forment ſur les plaiſirs , ſont plus ou
moins relâchées , felon que leur grade
eſt plus ou moins éminent. La licence
croît avec le crédit & la fortune. Tel
ود
ود
ود
25
”
وو
qui cachoit ſes excès dans un état mé-
, diocre , en fait trophée depuis que fon
,, rang lui aſſure la gloire & l'impunité.
, Tout ce que laReligion nous inſpire ,
,, le détachement du monde , l'humilité ,
,, l'eſprit de pénitence , l'image de la
,, mort, le plan d'une félicité future ;
,, ces idées ne font guere compatibles
1
1 JUILLET I. Vol. 1776. 1091
e
i
ود
avec les richeſſes & les grandeurs .
Notre fortune n'eſt point à nous ;
les maiſons les plus opulentes , les
,,mieux affermies , croulent dans un
,, inſtant. Notre réputation n'eſt point à
,, nous ; une ſimple foibleſſe ternit quel-
,, quefois la plus belle vie , &réduit pref-
,, que à n'ofer paroître devant les hommes
,, celui qui jouiſſoit de la plus éclatante
,, eſtime. Notre raiſon n'eſt point à nous ;
„que faut - il pour changer le génie-
,,mêmeen ſtupidité& en folie ? Ledéran-
,, gement d'une fibre. Notre ſanté , notre
„vie ne font point à nous ; tout confpire
ود
و د
à nous la ravir: tous les êtres qui nous
,, environnent , ſont nos ennemis. Pas
un homme qui puiſſe répondre d'une
„année , d'un jour de vie : mais auſſi
nul de nous ne meurt pour lui même ;
en quittant la vie , il rentre dans l'em-
,, pire de Dieu. Quelque abſolu que foit
„l'empire d'un homme ſur un autre
un moment les rend égaux : c'eſt celui
de la mort.
ود
و د
ود
وو
ود
., Que ferois -je , ſans la Religion ,
dans l'adverſité ? Je me livrerois à
l'éclat de mes murmures , à toute
,,l'amertume de mes larmes ; je n'aurois
ni ſoutien, ni confolateur. Que ferois-
こ
đo MERCURE DE FRANCE.
و و ,,je à la mort ? Je ſerois enveloppé de
,,ténebres épaiſſes , déchiré par mes
,, perplexités , en proie à de noires ter-
3, reurs. J'entrerois ſans guide & fans
,, lumieres dans une nuit éternelle , ſans
; ſavoir ce que c'eſt que l'avenir , ſans
,, ſavoir ſi je vais ceſſer d'être , ou entrer
,, dans un fort affreux. La Religion tire
,, ce rideau : elle me découvre une autre
,, vie , un autre monde; elle m'ouvre le
,, ſein d'un pere , & le trône d'un Dieu
,,de miféricordes".
Le Mentor moderne , ou inſtructions pour
*les garçons & pour ceux qui les élevent;
par Madame le Prince de Beaumont.
12 parties rel. en 6 vol. AParis ,
chez Nyon l'aîné , Libraire , rue Saint
Jean-de-Beauvais; 1776. Prix 12 1.
Cet Ouvrage, diviſé par journées ou
dialogues entre un Inſtituteur & ſes Eleves
, eſt fait à-peu-près ſur le même plan
que le Magasin des Enfans , & les autres
Ouvrages que Madame de Beaumont a
publiés ſur l'éducation , dont le mérite
& l'utilité ſont reconnus , & qui font
entre les mains de tous les enfans.
L'Auteurparoîts'êtrepropoſé principa
JUILLET I. Vol. 1776. III
lement d'établir , pour baſe de l'éducation
des jeunes gens , l'étude de l'hiſtoire
& celle de la morale; la plus grande
partie de cet Ouvrage n'eſt même qu'un
cours de ces deux ſciences importantes ,
combinées enſemble. Ce plan très-bien
conçu ſert , d'une part , à faire étudier
avec fruit l'hiſtoire aux enfans ; & de
J'autre , à graver dans leur eſprit , d'une
maniere ineffaçable , les principes de la
morale.
Madame de Beaumont a fondu pref
qu'en entierdans cetOuvrage , un abrégé
de l'hiſtoire ancienne , par demandes &
par réponſes , qu'elle publia , il a quelques
années, ſous le titre d'Education
complette , Ouvrage trés- propre à faciliter
l'étude de l'hiſtoire aux commençans ,
&dontpluſieurs Inſtituteurs avoient fait
uſage avec ſuccès.
1.On a reproché à l'Auteur une trop
grande négligence dans le ſtyle : elle
répond à cela , dans un Avis , que fon
Ouvrage étant fait pour des enfans entre
râge de fix ans & celui de douze , il a
fallu ſe mettre à leur portée. Quant aux
répétitions trop fréquentes des principes
de morale , qu'on lui a également re-
> prochées , elle s'excufe fur la néceffité
tre MERCURE DE FRANCE.
d'imprimer des traces profondes de ces
principes dans la tête des enfans.
Madame de Beaumont promet encore
au Public une douzaine de volumes pour
ſervir de ſuite à cet Ouvrage , qui gagneroit
, peut- être , à être un peu plus
reſſerré : mais qui renferme beaucoup
de choſes également utiles aux enfans&
à ceux qui font chargés de leur éducation.
Grammaire Latine , contenant le Rudiment
, la Syntaxe & une Méthode
françoiſe-latine ; précédée d'une introduction
aux langues , miſe à la por
tée des enfans. A Paris , chez Louis
Cellot , Libr. - Imprim, rue Dauphine ,
1776; 1 vol. in-12 .
On s'eſt attaché principalement , dans
cette nouvelle Grammaire , à épargner
de la peine aux enfans , en ſimplifiant
les regles , & en les exprimant d'une
maniere qui fût davantage à leur portée.
Pour mieux faciliter l'intelligence de ces
mêmes régles , on a beaucoup multiplié
les exemples. ८
Cette Grammaire latine eſt précédée
d'une Introduction aux langues , ou explication
:
JUILLET I. Vol. 1778. 113
cation des termes de la Grammaire. On
he peut expoſer les premiers principes
de cette ſcience d'une maniere plus claire .
Les peres& meres , ceux-mêmes qui n'auront
point étudié , pourront l'apprendre
eux - mêmes à leurs enfans , ſans aucun
ſecours , avant de les envoyer au Collége.
It n'eſt pas même abſolument néceſſaire
de la leur faire apprendre par
coeur , la fimple lecture doit fuffire pour
en concevoir & retenir les principes .
C'eſt , ſuivant l'Auteur, l'affaire de deux
ou trois ſémaines pour eux , & de deux
ou trois heures pour des hommes faits.
Il a jugé inutile de charger d'abord la
mémoire des enfans de toutes les parti.
cularités de la langue , & n'a renfermé ,
par cette raiſon , dans ce petit abrégé , que
des idées générales. Cet Ouvrage nous
aparu mériter l'attention de tous ceux
qui inſtruiſent des enfans en bas âge ,
étant très-propre à abréger leurs travaux
› ainſi que ceux de leurs éleves.
Tablettes historiques & chronologiques ,
contenant les faits les plus mémorables
de notre Monarchie , avec les
noms des perſonnes qui ſe ſont dif
tinguées dans les ſciences & dans les
H
114 MERCURE DE FRANCE.
م
arts , juqu'à nos jours. A Paris , chez
Nyon l'aîné , Libraire , rue St Jeande-
Beauvais , 1776; in-16. Prix 18 f.
rel. en parchemin.
Il paroît que ce petit Ouvrage n'a que
le titre de nouveau ; mais ceux qui l'y
ont adapté, n'ont pas fait attention qu'il
ne lui convenoit pas , puiſque ces Tablettes
renferment la chronologie de l'hiſ
toire univerſelle depuis la création du
monde, & non celle de l'hiſtoire de
notre Monarchie en particulier. Cette
mépriſe n'empêche pas que l'Ouvrage
ne foitd'un uſage très commode , puifque
toutes les époques principales de
P'hiſtoire s'y trouvent raſſemblées dans
leur ordre chronologique , en 150pages,
d'un très-petit format. On y a joint à la
fin de chaque fiecle, une liſte des principaux
Ecrivains , Artiſtes , Philofophes
& autres Hommes célebres. Ces liſtes
doivent néceſſairement être très - defectueuſes.
Nous avons cependant été furpris
de ne pas voir le Taſſe parmi les
noms célebres du ſeizieme ſiecle , & Cicéron
parmi les Ecrivains latins de celui
d'Auguſte.
1. K. L. Esjai Dramatique ; Ouvrage
pofthume de Léonard Gobemouche ,
4
JUILLET I. Vol. 1776. 115
a
S
publié par Marc- Roch- Luc Pic-Loup ,
Citoyen de Nanterre , des Académies
De Chaillot , Paſſy , Vanvres , Auteuil
, Vaugirard , Surene , &c . der.
niere édition.
Fari que sentiam.
A Montmartre ; & ſe trouve à Paris ,
chez L. Cellot , Impr.-Libr. rue Dauphine
, 1776 ; in 80.
Cet Effai Dramatique n'eſt autre choſe
qu'uneeſpecede calembourg ſur les vingt-
Equatre lettres de l'alphabet , plaiſanterie
dont le fond n'eſt pas neuf, & connue
depuis long- temps de ceux quiſe piquent
de quelque érudition dans ce genre fublime.
Il eſt vrai que dans cet Ou
vrage , comme en beaucoup d'autres ,
le fond eſt peu de choſe , & paroît
n'y tenir ſa place que pour donner lieu
aux acceſſoires , qui font une Epître dédicatoire
à mon Cordonnier , un Difcours
préliminaire , un Eloge de Léonard Gobemouche
, un Commentaire ſur l'Effai
Dramatique , & des notes fur le Difcours
préliminaire. Ces notes ſont preſque
toutes littéraires. En voici unerau ſujet
des détracteurs de M. de V. ,, Si lorſque
: H2
116 MERCURE DE FRANCE.
:
ود
ود
ود
,, Zoïle crut avoir découvert des défauts
,, eſſentiels dans Homere , il eût été traité
,, par ſes compatriotes avec tout le mé.
,, pris que méritoit ſon audace , il ſeroit
,, encore enfeveli dans les ténebres , où
fon nom devoit croupir éternellement ;
il n'auroit point été ſuivi de cette foule
de finges , qui ſe ſont traînés ſur ſes
,, traces. Les G. les Def. & leurs dignes
,, ſucceſſeurs , feroient encore inconnus
,, aujourd'hui , & la perte ne ſeroit pas
,,grande. Mais quel inconvenient néanmoins
que ces noms fameux , graces à
,, l'impudence de ceux qui les portent ,
,, paſſent à la poſtérité , même la plus
,, reculée ? Les Ouvrages qu'ils ont atta-
,,qués y paſſeront auſſi , & dépoſeront
,, éternellement contre eux. L'opprobre
,, les ſuivra d'âge en âge , & la faulx du
,, temps , qui détruit tout , ſe brifera
,, contre leur infamie."
ود
Catéchisme de l'homme focial , par M.
l'Abbé Duval Pirrau. A Francfort fur
le Mein , chez les Héritiers d'Eichenberg.
Il y a long - temps qu'on deſire qu'un
Ecrivain ſage & impartial raſſemble
avec choix & avec préciſion , tout ce
JUILLET I. Vol. 1776. 117
A
وو
une
que les différens Moraliſtes nous ont
tracé fur les devoirs de l'homme en fo.
ciété avec Dieu , avec ſoi - même &
avec ſes ſemblables . Jamais compilation
ne fut plus utile ni plus néceſſaire. Tel
eſt le but que l'Auteur du Cathechiſme
s'eſt propoſé , en écrivant pour quiconque
a des ſemblables à reſpecter ,
patrie à ſervir & un Dieu à aimer. ,, Dif-
„ poſer ſon coeur , ou le tenir ouvert au
,, bien; le fermer au mal , ou l'en éloi-
,, gner plus encore; mettre ſous ſes yeux
,,&devant ſes actions , le flambeau qui
montre le bonheur de la ſociété & la
,,, gloire des Empires ; l'éclairer enfin fur
,, les moyens foibles ou dangereux que
,, ſes mains , mal fûres , pourroient em-
,, ployer pour atteindre à la vertu ou pour
,, la défendre." L'homme n'eſt pas uniquement
deſtiné à croire & à adorer des
myſteres. Il eſt obligé encore à pratiquer
une multitude de devoirs , dont l'accompliſſement
fait le bonheur de la ſociété
&des individus quí la compoſent. Si
l'homme , ajoute cet Auteur , doit fouvent
s'élancer dans les cieux , n'est-ce pas
pour en imiter le Dieu , autant que pour
baiſſer ſes regards & s'humilier ? C'eſt
une vérité capitale que Dieu eſ९t la pre- t
H3
120 MERCURE DE FRANCE.
ſent , l'homme eſt incliné au mal , &
que ce n'eſt qu'en faiſant les plus grands
efforts , qu'il pratique la vertu avec per.
ſévérance, Il ſuffit de rentrer en foi même ,
&dejeter les yeux fur tout ce qui arrive
dans les différentes ſociétés , pour reconnoître
cette vérité , qui eſt d'ailleurs le
dogme fondamental du Chriſtianiſme,
Les tenebres de l'eſprit humain , & les
paſſions qui nous maîtriſent ſi ſouvent ,
ne permettent pas de croire que la moralité
de nos actions ſoit dans le jugement
que nous en portons nous-mêmes ,
L'adultere ne feroit donc qu'une action
indifférente ou même louable pour un
peuple qui auroit adopté le jugement que
Platon avoit porté ſur la communauté
des femmes . Les plus horribles excès
deviendroient légitimes , dès que des
ſcélérats fanatiques auroient réuffi à ſe
perfuader que ce font pour eux des entrepriſes
juſtes & néceſſaires. Et depuis
quand la regle de nos devoirs eſt - elle
dans les ténebres ou les paſſions des hommes
? Ce Catéchiſme inſiſte ſur pluſieurs
vérités de morale, qui ne ſe concilient
nullement avec ces aſſertions , qui n'ont
pul beſoin d'être refutées .
On ne conçoit pas clairement ce que
:
:
JUILLET I. Vol. 1776. 121
T
c'eſt que cette nature diftinguéede Dieu,
& des mains de laquelle tombent ou
- s'échappent le mal phyſique & moral.
La ſaine philofophie n'entend , par le mot
de nature , que l'ordre qu'il a plu à Dieu
de mettre entre les différentes parties de
cet Univers , ou les loix ſelon leſquelles
il le gouverne, Comme il eſt ſouverai
nement maître de ſuſpendre ou de changer
cet ordre , il le fait auſſi quelquefois
pour exécuter ſes deſſeins de juſtice ou
de miféricorde ; & il eſt vraiment la
cauſe des maux phyſiques qui font dans
ſa main des fléaux pour châtier les méchans
ou pour purifier les bons. C'eſt lui.
qui appelle , quand il lui plaît , la ſtérilité
, la famine , les débordemens , la contagion
, pour punir l'abus que les hommes
ont fait de ſes bienfaits , On contredit
formellement la raiſon & le témoignage
des Ecritures , en ſoutenant que Dieu
n'envoie point les maux phyſiques. Voilà
les vérités qu'un Catéchiſte doit enfeigner
, afin d'inſpirer aux hommes une
crainte religieuſe pour la Divinité , &
leur apprendre à faire un uſage ſalutaire
desdifférens maux dont la vie eſt ſemée.
Nous ne pouſſerons pas plus loin nos
remarques ; rien de ſi aiſé que de per
۱
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
fectionner l'Ouvrage annoncé, Il ſuffit
pour cela de puiſer dans les bonnes fources
, &de confulter ſurtout les Ecrivains
facrés qui exhortent tous les hommes à
vivre dans la tempérance , dans la justice
& dans la piété.
J
Jezennemours , Roman- Dramatique ; 2
vol. in- 12. AAmſterdam ; & ſe trouve
à Paris chez les Libraires qui débitent
les nouveautés,
Jezennemours , né d'un pere qui , par
ſon état , ne pouvoit l'avouer pour fon
fils , fut confié , en naiſſant , à des mains
étrangeres. L'honnête homme qui ſe
chargea de ſon éducation , employa ,
fuivant la routine ordinaire , le fouet de
la crainte pour le façonner à la vie , &
lui faire adopter une foule d'idées baſſes
&rampantes , fruit des préjugés & de
la ſuperſtition. La lecture , l'obſervation ,
&une logique naturelle , aiderent Jezennemours
à fecouer une partie de ces
préjugés . Voilà à peu près l'hiſtoire de
la plupart des hommes; ils paſſent leur
vie à rectifier les erreurs dont l'ignorance
ou la baſſeſſe de leurs Inſtituteurs
anourri leur enfance.
:
JUILLET I. Vol. 1776. 123
>
L'amour ou le beſoin d'aimer , qui fe
fait ſentir à un certain âge , fit , de fon
côté , recouvrer à Jezennemours cette
ſenſibilité ſi naturelle à l'homme , &
dont cependant on avoit cherché à dé
pouiller Jezennemours enfant , par des
châtimens journaliers ,& par les portraits
les plus triftes qu'on lui avoit faits des
autres hommes. Son parrain vouloit , pour
lui procurer une ſubſiſtance aſſurée , lui
faire contracter des voeux dans un Monaſtere
de Strasbourg , où il étoit luimême
revêtu d'un des premiers emplois.
Il lui avoit en conféquence fait prendre
l'habit du Couvent; il cherchoit à lui
eu faire aimer les regles ; il s'appliquoit
furtout à lui peindre les femmes fous
les couleurs les plus propres à l'éloigner
de leur fociété. Mais que peuvent les
fauſſes craintes&tous les préjugés contre
deux beaux yeux ! Suzanne , c'eſt le nom
de la jeune Strasbourgeoiſe qui , la premiere
, fit connoître à Jezennemours
l'aſcendant impérieux de l'amour , n'étoit
pas , de fon côté , dans une ſituation
plus heureuſe que fon Amant. Contrainte
par un pere avare & dur de ſe
ſoumettre au joug d'un hymen qu'elle
déteſtoit , elle n'en étoit que plus portée
124 MERCURE DE FRANCE.
à partager les ſentimens que Jezennemours
, à peu-près de ſon âge , cherchoit
à lui inſpirer. Elle fit même plus que les
partager ; après avoir reçu des ſermensde
fidélité de ſon Amant, elle l'engagea
à fuir avec elle des lieux où des parens
inhumains vouloient porter atteinte à
une liberté auſſi inaliénable , que l'eſt celle
de ſe choiſir un époux . Suzanne avoit
une tante établie en Allemagne , à plus
de quatre-vingt lieues de Strasbourg. Son
projet fut de l'aller trouver , de ſe mettre
avec ſon Amant fous ſa protection , &
de l'intéreſſer à leurs amours, Ce voyage
n'étoit pas fans danger ; on étoit en
guerre ; des huſſards infeſtoient les chemins
, & ils n'étoient pas hommes à ſe
laiſſer toucher parles ſoupirs d'un Amant ,
comme ne l'éprouva que trop l'infortuné
Jezennemours. Aſſailli par cette foldateſque
, il ſe vit dépouillé de ſes effets
&ſéparé de ſa chere Suzanne. Les barbares
, pour mieux inſulter à ſa douleur ,
l'avoient laiſſe attaché tout nudà un arbre.
Jezennemours , le corps ferré ſous des
cordes étroites , immobile dans ce ſupplice
, & prêt à périr de faim , n'étoit
cependant occupé que du fort de fon
Amante. Il attendoit la mort pour terme
JUILLET 1. Vol. 1776. 125
(
de tous ſes maux , lorſqu'un voyageur
aſſis dans ſa chaiſe de poſte , entendant
les ſoupirs plaintifs d'un homme ſouf.
frant , envoya de ſes gens pour le déli
vrer; il le fit couvrir d'un manteau , lui
procura tous les ſecours dont il avoit
beſoin,& le fit placer avec lui dans ſa
chaife. Cet homme humain pouſſa méme
l'attention juſqu'à ne point fatiguer cet
infortuné de queſtions. Le lendemain ,
comme Jezennemours lui témoignoit la
crainte qu'il avoit de reſter plus longtemps
à ſa charge , Monval , c'eſt le nom
de fon bienfaiteur , riche Financier , qui
voyageoit pour ſon plaiſir , lui répondit ,
d'un ton amical , qu'il le retenoit avec
lui pour toujours , & l'emmenoit dans
fon Hôtel à Paris . Jezennemours ne- favoit
ce qui pouvoit l'exciter à tant de
générofité , il étoit muet , toujours foupirant
, & ne fongeoit qu'à Suzanne. Il
prononça ce nom fi fréquemment , que
Monval crut devoir chercher à diſtraire
cet Amant de ſa douleur ; mais Jezennemours
lui répondit qu'il avoit perdu
ce qu'il avoit de plus cher au monde ,
ſon Amante , qu'il alloit épouſer à trente
lieues de -là, qu'il l'adoroit , & que fans
elle la vie lui étoit affreuſe, Monval
3
1
126 MERCURE DE FRANCE.
fourit, en lui diſant qu'il falloit enfin
ſe conſoler , s'il n'yavoit plus d'eſpoir;
que chez lui il trouveroit autant de Suzannes
qu'il en voudroit. Monval montre
ce caractere dans toute la ſuite de cette
hiſtoire; officieux . humain , doux , lis
béral : mais regardant comme des préju
gés les idées les plus faites pour établir
ces mêmes vertus. Jezennemours , au
contraire , nous eft repréſenté agiſſant
toujours d'après des principes; mais on
ne remarque que trop fouvent dans ſes
réflexions . un obſervateur qui ſe plaît
à voir les objets à traverslesteintes d'une
fombre mélancolie. Les Parifiens fur tout
n'auront pas lieu d'être fatisfaits du portrait
qu'il fait d'eux. Il nous les peint
comme une race moutonniere , comme
des hommes dégénérés , amoureux de
petites jouiſſances , adorateurs d'un luxe
puéril, & qui , tournant dans un cercle
de froides habitudes , ont perdu les
grandes idées comme les vrais plaiſirs.
Il ne voit en eux que des eſpéces de
fantômes revêtus de clinquans , ayant un
idiôme conventionnel , qu'ils appliquent
également aux moeurs , aux ſciences , aux
arts , tous apperçus ſous le côté poli , &
dégénérantenpetiteſſe à force de grâces .
JUILLET I Vol. 1776 127
}
L
1
Les autres traits que Jezennemoursajoute
à ce portrait dénotent un homme qui ,
pendant ſon ſéjour à Paris , étoit travaillé
d'une affection hypocondriaque. ,, Le
,, Théâtre François , après lequel je fou-
„ pirois , continue-t-il , & où je courus
,, avidement , me parut ſi inférieur à
l'idée que je m'en étois formée , que
,, j'aimai mieux bientôt livrer la piece
., à mon imagination qu'à l'art de ſes
,, Acteurs. Leur front étoit dur ou inanimé.
Monotones , froids & compaflés
, dans leursmouvemens , on voyoit qu'ils
avoientaffaire à un peuple tiéde, chez
qui les grandes paſſions étoient étein-
„ tes , & qui demandoit aux recherches
combinées de l'art , ce qu'il ne ſavoit
plus reconnoître dans les tableaux naïfs
,, & énergiques de la nature. Je crus
toujours voir la même tragédie ; car
elle ne fort pas , en France , de la
, même forme qui lui fut imprimée
,, dans l'origine. Des tirades de vers , de
foibles & de petits moyens , des pa-
, roles à laplace de l'action , tout an
nonce le champ étroit où les Postes
ont choiſi leurs perſonnages. Ils n'ont
»jamais que fix pieds quarrés pour ſe pro-
, mener & pout agir".
ود
"
128 MERCURE DE FRANCE.
Cette finguliere diatribe contre lè
Théâtre François , fuffit pour faire con
noître à quelle plume on doit le Roman
dramatique de Jezennemours . La ſcene de
ce Roman eſt ſucceſſivement à Stras
bourg , en Allemagne , à Paris , dans les Ifles
de l'Amérique. Le Héros , après avoir
éprouvé différentes ſituations ,plus triſtes
ou plus pathétiques les unes que les autres
, trouve enfin le bonheur dans les bras
de ſa chere Suzanne , qui devient ſon
épouſe. Le Romancier termine là fon Roman
; car il faut finir , de peur d'ennuyer
plus long temps. C'eſt le titre que porte le
dernier chapitre de ce Roman , qui en
a 73. Chacun de ces chapitres a une
inſcription dont on ne devine pas toujours
le vrai fens ; mais ceci eſt peut- être
un art pour rendre la lecture du chapitre
plus piquante. Au reſte ce Roman porte
l'empreinte des autres Ouvrages de l'Auteur,
& peut très-bien figurer à la ſuite
de ſes Drames tragiques.
Selectæ Fabulæ ex libris Metamorpheſeon
Ovidii Nafonis , capitibus & notis
gallicis enucleatæ quibus accefferunt exi-
***mia quædam ex Virgilii Georgicis loca.
Ad ufum Scholarum inferiorum , editio
altera ,
1
JUILLET İ. Vol. 1776. 129
altera, recognita , & locupletior priores
Volume in- 12. de 180 pages. Prix rel .
en parchemin 11. 5 f. A Paris , chez
Colas , Libr. Place de Sorbonne.
On connoît aſſez l'utilité de ces fortes
de collections, pour faciliter à la jeuneſſe
l'étude de lalangue latine. Nous en avons
pluſieurs en proſe , qui font d'un bon
choix. Les Inſtituteurs deſiroient d'en
avoir une en vers ; & l'accueil qu'ils ont
fait àla premiere édition de la collection
que nous annonçons , prouve aſſez que
l'Editeur a rempli leurs voeux à cet égard.
En effet Ovide , quoique du domaine
des hautes claſſes, contient des morceaux
qui peuvent être à la portée des baſſes
claſſes , fur - tout lorſqu'ils ſe trouvent
éclaircis , comme dans ce recueil de fables
, par quelques notes utiles. QuelPoëte
d'ailleurs plus capable de plaire à la jeuneſſe
qu'Ovide ? Tout parle aux ſensdans
ſes Ouvrages . C'eſt le Poëte de l'imagination.
Les ſujets les plus ſtériles deviennent
riches ,gracieux& fleuris entre
ſes mains, Le volume que nous annon
çons préſente les morceaux qui peuvent
le plus réveiller l'attention des jeunes
gens; mais le ſage Editeur a eu le plus
}
2
I
130 MERCURE DE FRANCE.
grand foin d'en écarter les peintures des
amours des Dieux & des hommes , &
tous ces tableaux de paſſions , d'autant
plus dangereux , qu'Ovide y emploie un
pinceau tendre & touchant.
Des morceaux détachés des Bucoliques
& des Géorgiques de Virgile , ajoutent
à l'utilité de ce Recueil , dont la nouvelle
édition eſt beaucoup plus ample
que la premiere.
:
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe juſtifiée
ſur l'usage de l'eau bénite , Ouvrage
hiſtorique , polémique & moral.
Par le R. P. Collin , Docteur en
Théologie , Chanoine régulier de l'étroite
obſervance de Prémontré. A
Paris , chez Demonville , Impr. Libr.
rue St. Séverin.
La cérémonie de l'eau bénite a été
attaquée par les différens Hérétiques :
c'étoit , felon les Vaudois , une choſe
tout-à-fait digne de riſée ; felon les Flagellans
, chaque goutte de cette eau étoit
une étincelle de l'enfer. L'usage de cette
eau étoit , felon les Wicléfites , une pratique
de necromantie. Les Centuriateurs
deMagdebourg l'ont traitée de rit entié
JUILLET I. Vol. 1776. 131
rement payen. Brentius , Luthérien , &
chef des Ubiquitaires , a prétendu que
c'étoit une ombre qui avoit dû diſparoître
au flambeau de l'Evangile. D'autres
l'ont tournée en ridicule. Mais cette eau
n'en eſt pas moins , pour les Chrétiens
- Catholiques , un élément ſanctifié , une
eau falutaire pour l'ame & pour le corps,
une eau de bénédiction qui , préparée
par les exorcifmes , & fanctifiée par les
bénédictions de l'Egliſe , devient ellemême
une ſource de bénédictions , & a
produit, comme l'Auteur le montre par
pluſieurs faits bien atteſtés , une foule de
miracles, qui forment autant de réponſes
victorieuſes aux Hérétiques & aux Moqueurs.
Un miracle bien prouvé renverſe
tous les fophifmes , & fupplée à tous les
raiſonnemens que le ſimple Fidele n'eſt
pas ſouvent en état de faire. Aufſi l'Auteur
ne manque point d'en faire uſage
dans ſon Traité , où tout ce qui a rapport
à cette vénérable cérémonie eſt diſcuté
àfond.
Traité de l'Ufure, ſervant de réponſe à
une lettre fur ce ſujet , publiée en
1770 , fous le nom de M. Proft de
Royer , Procureur- Général de la Ville
12
132 MERCURE DE FRANCE.
de Lyon ; & au Traité anonyme ſur
le même ſujet , imprimé à Cologne
en 1769. Par M. Etienne Souchet,
Avocat au Parlement & au Siége Préfidial
d'Angoumois. A Paris , chez
Baſtien , Libr. rue du Petit- Lion , F.
StG.
Le termed'uſure eſt interprété de tant
de manieres , il eſt accompagné de circonftances
fi différentes , qu'on l'emploie
auſſi ſouvent pour déshonorer des Citoyens
, que pour exprimer des intérêts
ufuraires qu'on croit très-licites. Rien
n'eſt donc plus important que de donner
des notions claires ſur une matiere que
les difputes n'ont pas toujours aſſez éclaircie.
Le deſir du gain fait ſouvent adopter
de faux principes , qui égarent les con
ſciences de ceux-mêmes dontles vues ſont
droites. D'un autre côté , une ſévérité
outrée traite d'uſure tout intérêt qu'exi
ge un Citoyen qui prête ſon argent , &
ne fait nulle attention aux motifs & aux
circonſtances qui engagent le prêteur à
recevoir cet intérêt. L'Auteur de cet
Ouvrage , qui marche entre ces deux
écueils , explique d'abord ce que c'eſt
que l'uſure ; prouve enſuite qu'elle eſt
JUILLET I. Vol. 1776. 133
ام
イ
condamnée par le droit naturel, & par
les loix divines & humaines ; & prétend
démontrer que l'état des choſes ou les
événemens , ne peuvent l'autorifer , &
qu'il eſt de l'intérêt publicde la proſcrire
& de déraciner les maux qu'elle produit.
Il termine ſon Ouvrage en vengeant la
mémoire de Benoît XIV , à qui on avoit
attribué , ſur cette matiere , une opinion
oppoſée aux préceptes de Jéſus - Chriſt
& à la doctrine de l'Eglife. Il faut laiſſer
aux habiles Jurifconfultes & aux profonds
Théologiens , le ſoin de diſcuter des
queſtions qui intéreſſent autant la Religion
que l'Etat ; & l'on doit , en attendant
l'éclairciſſement que les nouvelles
objections ſemblent exiger , conſerver le
reſpect le plus religieux pour les loix
divines & les loix civiles auxquelles
tout bon François eſt ſoumis.
Diſcours fur l'Etude , pour un Pasteur des
ames; par M. l'Abbé Roy , Docteur
en l'Univerſité de Bourges. A Paris ,
chez Gogué & Née de la Rochelle ,
Libraires , quai des Auguſtins , près
le Pont St. Michel .
Les Scribes & les Prêtres de la Loi,
1
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
perfuadés que la connoiſſance de ſes préceptes
& de ſes ordonnances étoit inféparable
du facerdoce , affectoient de porter
attachés à leurs vêtemens , & étaloient
avec oftentation leurs philacteres ,
qui n'étoient que des rouleaux amples
de la loi , dont ils bordoient le bas de
leurs robes . C'étoit , à la vérité , comme
l'obſerve le Prélat le plus éloquent de
l'Egliſe Gallicane , une affectation phariſaïque
& ridicule. Mais ils nous apprenoient
du moins qu'un Prêtre ne doit
jamais marcher & paroître nulle part
fans porter avec lui la loi , non pas atta
chée à ſes vêtemens , mais gravée profondément
dans ſon eſprit & dans fon
coeur. Dans le Paganiſme même , les
Prêtres des Idoles n'avoient point d'autre
occupation qu'une étude affidue des
fables & des extravagances de leur
Mythologie ; ils vivoient retirés dans
l'obscurité de leurs Temples , pour
répondre aux Peuples abuſés qui venoient
les confulter ſur leurs myſteres
impurs & infenfés. Si les Miniftres
de l'erreur ſe faifoient un devoir
de s'inſtruire , combien plus les Interpretes
d'une doctrine ſainte & divine
doivent- ils la méditer & l'approfondir ,
JUILLET I. Vol. 1776. 135
afin de pouvoir l'enſeigner avec ſuccès
à ceux qu'ils font chargés de conduire
dans les voies de la juſtice? Si chacun
doit s'appliquer à acquérir la ſcience de
ſon état , pour qui cette obligation eftelle
plus indiſpenſable , ſi ce n'eſt pour
un Paſteur des ames ? Il est la lumiere du
monde. Ses éleves doivent donc être les
dépoſitaires de la ſcience. Mais de quelle
ſcience , & comment ſe la procurer?
De - là , trois queſtions intéreſſantes, que
l'Auteur du Diſcours traite d'une maniere
folide & claire. 1. Juſqu'où s'étend
l'obligation de l'étude pour un Paſteur
des ames ? 2. Quels en font les objets ?
3. Quelle eſt la meilleure maniere d'y
réuffir ? Sujet important, dans un ſiecle
où le goût de l'étude ſemble par- tout
s'être réfroidi. ,, Il n'y a plus d'études
,, que par extraits , dit ſi bien le célebre
,, Ganganelli. Pourvu qu'on ait l'épider-
,, me des ſciences , on ſe croit un grand
ود Docteur. Je ne fais pas où cela nous
,, menera ; mais je crains bien que nous
„ ne retombions inſenſiblement dans l'i-
,, gnorance du dixieme fiécle".
L'Ami philoſophe & politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'eſſence , les eſpéces ,
14
136 MERCURE DE FRANCE,
les principes , les ſignes caractériſtiques
, les avantages & les devoirs de
l'amitié : l'art d'acquérir , de confer
ver , de regagner le coeur des hommes.
A Paris , chez Dumoulin , Libr. au
bas du Pont St. Michel.
Rien de ſi eſſentiel pour l'homme
deſtiné à vivre en fociété , que de bien
connoître ce que l'on appelle amitié , &
de tirer de cette liaiſon ſi douce, tous
les avantages qui peuvent en réſulter.
ود
גנ
ود
ود
ود
Il n'eſt pas bon que l'homme ſoit feul,
dit le plus éloquent de tous les Moraliſtes;
les ames humaines veulent être
,, accouplées, pour valoir tout leur prix ;
& la force unit des amis , comme
celle des lames d'un aimant artificiel
22 eſt incomparablement plus grande que
la ſomme de leurs forces particulieres.
Divine amitié ! c'eſt là ton triomphe...
Rien n'a tant de poids , dit-il dans un
,, autre endroit , ſur le coeur humain,
,, que la voix de l'amitié bien reconnue ;
,, caron fait qu'elle ne nous parle jamais
,, que pour notre intérêt. On peut croi-
"
१७
"
ود
re qu'un ami ſe trompe , mais non qu'il
veuille nous tromper. Quelquefois on
,, réſiſte à ſes conſeils , mais on ne les
» mépriſe pas.
JUILLET I. Vol. 1776. 137
,,L'attachement peutſe paſſerde retour?
,,jamais l'amitié. Elle eſt un échange ,
,, un contrat comme les autres; mais elle
ود
eſt le plus faint de tous. Le mot d'ami
,,n'a point d'autre correlatif que luimême.
Tout hommequi n'eſt pas l'ami
,, de fon ami , eſt trés-fûrement un four-
„be; car ce n'eſt qu'en rendant ou fei-
,,gnant de rendre l'amitié , qu'on peut
,,l'obtenir " .
L'Auteur de ce nouveau traité de
l'amitié a eu raiſon de croire qu'on pouvoit
encore en parler après les Séneque,
les Plutarque , les Cicéron , les Sacy. On
trouvera dans ſon Ouvragedes réflexions
qui ont échappé aux autres Moraliſtes
&fur-tout une ſaine métaphyſique , fi
précieuſe dans le ſiecle où nous vivons,
Il ne ſe borne pas à découvrir juſqu'aux
nuances les plus légeres de cette belle
paſſion , qui unit les hommes entre eux ,
&qui fait le bonheur de leur vie. Il
remonte juſqu'à l'origine des premiers
mouvemens de l'ame , & diſtingue
l'amour- propre bien entendu , qui eſt
naturel & eſſentiel à l'homme , de celui
qui eſt eſſentiellement vicieux , parce
qu'il ramene tout à ſoi , & qu'il ne conſulte
en rien la loi primordiale , qui
15
138 MERCURE DE FRANCE,
/
nous conduit à l'Etre-Suprême , la fin
de tout , comme il en eſt le principe ,
&qui nous preſcrit de regarder tous les
hommes comme nos freres , à qui on ne
doit jamais ceſſer de ſouhaiter& de faire
du bien. Dieu ne favoriſe- t-il pas notre
„ amour propre , dit cet Auteur , quand
„ il nous ordonne d'aimer notre prochain
„ comme nous - mêmes ? Ce qui eſt la
„ regle de notre charité pour nos freres ,
„ peut- il être déréglé ? Dieu engagenotre
„ amour propre àla pratiquedubien pardes
» promeſſes &des menaces. Il veut done
„nous faire entendre que la meilleure
„ façon de nous aimer nous-mêmes eft
de faire ſes volontés. N'oppoſons pas
l'amour de noouuss-- 1mêmes bien réglé, à
l'amour deDieu. Aimer Dieu ,c'eſts'ai-
„ mer foi-même comme il faut;& s'aimer
foi-même comme il faut , c'eſt aimer
Dieu . L'amour de Dieu eſt le bon ſens
de l'amour de nous-mêmes...Je pourſuis
par-tout l'interêt de l'amour-propre ,
& je le trouve toujours innocent ,
quand il eſt bien entendu. Je vois des
hommes qui font métier de penſer ,
„ de donner des leçons de ſageſſe , de
„ faire la guerre aux préjugés , mettre
„ leurs noms à la tête de leurs ecrits : Je
"
"
"
JUILLET I. Vol. 1776. 139
vois des Artiſans habiles graver les
,, leurs fur ceux de leurs ouvrages qu'ils
,, jugent les meilleurs . Le Laboureur ,
„ ſous le chaume , pleure ſon fils unique,
,, qui n'eût hérité de lui que fa miſere,
,,mais qui eût fait revivre ſon nom. Le
,, Navigateur hardi ſe conſole de ſes tra
,, vaux pénibles & des dangers affreux
,, auxquels il s'expoſe , en laiſſant fon
ودnomàquelques îles inconnues avantlui.
,, Je lis dans les cieux les noms de ceux qui
,, ſe ſont appliqués à découvrir & à faire
,, connoître les aſtres. Enfin , juſques
ود
و د
dans les bras deſtructeurs de la mort ,
,, je trouve des noms , conſervés en dépit
,, de ſa rigueur , fur la pierre & ſur l'ai-
,, rain. Que veut dire ce penchant géné-
ود
ral des hommes à ſe tirer de l'oubli ?
„Pour moi , je crois que c'eſt une image
,,& un gage naturel de l'immortalité que
,,Dieu nous promet , & que c'eſt pour
„nous garantir en quelque façon fa pa-
,, role, qu'il a inſpiré ce defir à toute la
,, nature penſante."
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, avoue qu'il n'a pas ſuivi avec
exactitude la génération la plus immédiate
des idées , & qu'il s'eſt contenté
quelquefois de nuancer légérement les
140 MERCURE DE FRANCE.
tranſitions. Ila voulu omettre les penſées
triviales & infipides , qui forment ordi.
nairement la liaiſon des paragraphes ; il a
mieux aimé faire des découvertes nouvelles
que de préſenter les anciennes , &
dérober à la philoſophie & à la politique ,
tout ce que ces ſciences ont de plus analogue
à la matiere qu'il traite. Si fa marche
n'eſt pas toujours également réglée
&fuivie dans ces fortes d'excursions , il
en réſulte au moinsdes réflexions neuves
&une variété qui plaît toujours au Lecteur.
CetOuvrage facilite l'étude de ſoimême
, & apprend en même temps à
difcerner & apprécier les qualités des
autres . L'ami éclairé & vrai ne ſuit jamais
l'inſtinct ſeul ; il n'engage jamais
fon coeur témérairement ; il porte devant
lui le flambeau de l'expérience & de la
philoſophie ; il s'arrête , il difcute , il
examine, Il met à profit toutes les connoiſſances
qu'il a priſes dans l'étude de
l'homme , avant que de ſe livrer aux
doux ſentimens de l'amitié ; enfin il
veut connoître avant que d'aimer , de
peur d'être dupe & de faire de fauſſes
démarches .
Si le coeur, fait un choix , la raiſon l'examine ;
JUILLET I. Vol. 1776. 141 1
C'eſt elle qui le fixe & qui le détermine
Et le penchant du coeur, conduit par la raiſon
Eſt ce qui des amis forme la liaiſon.
}
C'eſt ainſi que l'Abbé de Villiers s'exprime
fur la prudence qui doit diriger
P'amitié. Si la morale de ce Poëte eſt
bonne , ſa poëſie ne reſſemble en rien à
celle de l'Ecrivain qui a le mieux fu
embellir la morale & même la métaphy
fique.
11.
Pour les coeurs corrompus , l'amitié n'eſt point
faite.
O divine amitié ! Félicité parfaite !
1
Seul mouvement de l'ame où l'excès ſoit permis ,
Change en bien tous les maux où le ciel m'a fou
mis
Compagne de mes pas dans toutes més demeures ;
Dans toutes les ſaiſons & dans toutes les heures.
ton
{
Sans toi tout homme eſt ſeul; il peut , par
;
Pappui ,
Multiplier ſon être & vivre dans autrdi.
7
Défense de la doctine de l'Eglise fur le
Jubilé , ou Entretien d'Eudoxe &
d'Erigene ſur les Indulgences. Par M.
Maſſuau , ancien Maire d'Orléans.
Nouvelle édition. A Orléans , chez
$42 MERCURE DE FRANCE.
Couret de Villeneuve , Imprimeur du
Roi.
Cet Ouvrage eſt uneréponſe faite aux
Auteurs de deux pieces intitulées : 1º.
Lettre d'un Curé de campagne à un deses
Confreres , fur le Jubilé; 2°. Lettre d'un
Curé , pour répondre à la Lettre de fon
Confrere fur le Jubilé. Ces deux écrits
réduiſoient preſqu'à rien la valeur des
Indulgences , depuis la ceſſation des pénitences
canoniques. Ils font réfutés d'une
maniere ſimple & victorieuſe dans la
brochure. L'Auteur éclaircit la matiere
des Indulgences , en combattant ſes Adverſaires
avec la modération qui convient
à la vérité. On eſt ſupris de voir qu'un
Laïque qui a paſſé laplus grande partie de
ſa vie dans l'exercice des charges publiques
, emploie , avec autant de ſuccès ,
les armes de la théologie. 4
Cette doctrine conſolante , que des
Novateurs ont cherché à obſcurcir , un
Prélat reſpectable vient de l'établir
dans ſonMandement ſur le Jubilé , d'une
maniere lumineuſe & éloquente. Après
avoir rappellé tout ce qui peut donner
* Monseigneur P'Evique de Leſcar.
JUILLET I. Vol. 1776. 143
J
de juſtes idées ſur la nature , l'origine ,
les effets de l'indulgence , qui n'eſt
qu'une ſuite & l'exercice du pouvoir
qu'à l'Egliſe de remettre & de retenir
les péchés ; il exhorte ſes ouailles à puiſer
dans ce tréſor de grâces & de commifération
, & à remplir , pour cet effet , les
conditions préalables , qui peuvent ſeules
leur en faire recueillir le fruit. , Ne
,, nous flattons pas , dit- il , M. T. C. F.
,, que pour remporter le prix , ce ſoit
,,affez d'entrer dans la carriere ; qu'il
,, ſuffiſede s'être accuſé pour être abſous
„ d'être abſous pour être juſtifié , &
,, d'avoir accompli quelques oeuvres pres-
,,crites pour n'avoir plus rien à expier.
,,L'indulgence eſt une grâce qui ne
,, s'accorde qu'au pécheur converti , &
,, qui le ſuppoſe déjà dans le chemin de
,,, la juſtice; mais l'homme juſte ne s'en-
,, fante point ſans douleur ; la pénitence
,, ne ſera jamais qu'un baptême labo-
| , fieux....
rieux...... L'eſſentiel de cette vertu ,
,, le difficile de fon grand ouvrage , c'eſt
,, que le pécheur ſoit converti ; l'eſſentiel
,,de ſes oeuvres , c'eſt que le pécheur
,, ſoit puni & que Dieu ſoit vengé.
,, L'Egliſe regrette ſans doute ces heu-
,, reux temps où le coupable , ſe dénon-
!
t
144 MERCURE DE FRANCE
„ çant lui-même , s'avançoit au devant
,,du châtiment , & follicitoit la péni
,,tence comme les pécheurs d'aujours
,,d'hui la rejettent. Mais en les regret-
;, tant , ces temps heureux , elle les rap.
pelle; elle entend qu'à ces peines
;, légeres , dont ſa clémence veut ſe con-
3, tenter, vous en ajoutiez de votre choix ,
;, qui ſuppléent à ce qui leur manque ;
que vous entriez dans une ſainte indi-
,, gnation contre le péché , pour le punir
,,autant qu'il le mérite ; & que plus elle
,, ménage votre foibleſſe , moins vous
3,abuſiez de ſa condeſcendance... Mais
,malheur à vous- mêmes , ſi , par un juſte
,jugement de Dieu , vous trouvez le
,, prévaricateur que vous cherchez , un
,,de ces hommes imbus d'une fauſſe ſa-
,geſſe , animés d'un faux zele , parés
5,d'un vain dehors de vertu , qui poſſfé-
,,dant l'art funeſte d'applanir les fauſſes
y, routes , d'élargir les confciences , de
5, calmer les remords , vous juſtifiera ſans
,, vous connoître , preſque ſans vous entendre
, & qui , de votre juge devenu
وو votre complice, marchera à vos côtés
dans lechemin qui conduit à l'abyſme ,
;,& s'y précipitera avec vous... Miniſtres
de la pénitence, qui veillez aux bar-
,, rieres
JUILLET I. Vol. 1776. 145
,rieres du ſanctuaire , écartez ces profanes
qui voudroient les franchir ;
,, qu'ils frappent à la porte , mais
,, qu'ils ne la briſent pas ; qu'ils ſe préfentent
à l'entrée du Temple , mais
»qu'ils n'avancent pas ; qu'ils deman-
,,dent avec humilité , qu'ils attendent
,, avec patience , qu'ils follicitent par
,, leurs oeuvres la grâce dont le dépôt eft
- , remis entre vos mains.
A
,, Si le ciel, dans ſa miféricorde , vous
-s, adreſſe un pécheur touché des premiers
,, traits de la grâce , & qui , plus foible
, que méchant, combat & cede , ſe releve
& retombe , vaincu par la force
de l'habitude du penchant; tendez lui
,, une main fecourable , foutenez ſes pre-
,, miers pas , mêlez la force & la doua
,, ceur , en lui appliquant la rigueur de
رو votre miniftere ,, qu'il fente vos entrailles
s'émouvoir."
Après avoir rappellé les paroles de la
Lettre Encyclique , où le Pape Pie VI
décrit de la maniere la plus forte & la .
- plus touchante , les maux de l'Eglife , le
Prélat ajoute ces paroles: ,, Nous ne craignons
pas , M.T. C. F. , que les efforts
de l'Enfer prévalent jamais contre
,, l'Eglife , & rendent vaines les pro-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
,, meſſes de ſon auteur ; nous craignons
„que le flambeau de la foi ne change
ود deplace, que le Royaume de Dieu ,
,,établi parmi vous , ne vous ſoit ôté,
,,&ne paſſe à d'autres Peuples , qui en
,, connoîtront mieux le prix."
Cette vérité effrayante a toujours été
préſentée aux Fideles , fur tout dans les
criſes propres à réveiller le zele des Pafteurs.
M. de Fénélon , dans ſon fermon
prêché le jour des Rois, s'exprime ainſi:
,,Que font- elles devenues ces fameuſes
„Eglifes d'Alexandrie , d'Antioche , de
„ Jérusalem , de Conſtantinople , qui en
„ avoient d'innombrables ſous elles ?
,,Que reſte-t- il ſur les côtes de l'Afri-
,, que ? L'Angleterre rompant le lien
وو ſacré de l'unité... Une partie des Pays-
Bas , P'Allemagne , le Danemarck ,
ود
ود
la Suede, font autant de rameaux que
,, le glaive vengeur a retranchés , & qui
,, ne tiennent plus à l'ancienne tige.
„ L'Eglife , il est vrai, répare ſes pertes ;
.,, de nouveaux enfans qui lui naiſſent au-
„delà des merss, effuient ſes larmes
,, pour ceux qu'elle a perdus. Mais
,,l'Egliſe a des promeſſes d'éternité ; &
nous , qu'avons nous , M. F. , finon des
,,menaces qui nous montrent à chaque
4 JUILLET I. Vol. 1776. 147 1
pas l'abyſme ouvert ſous nos pieds?
Le fleuve de la grâce ne tarit point , il
وو est vrai ; mais fouvent , pour arrofer
„de nouvelles terres , il détourne ſon
;;cours , &ne laiſſe dans l'ancien canal
,, que des ſables arides. La foi ne s'étein-
,,dra point , je l'avoue : mais elle n'eſt
attachée à aucun des lieux qu'elle
éclaire. "
M. l'Archevêque de Lyon ne s'eſt pas
borné à nous mettre ſous les yeux ces
menaces terribles , renfermées dans les
Livres Saints . Il nous y fait auſſi enviſager
les promeſſes confolantes faites à
l'Egliſe pour les derniers temps. Il nous
- annonce dans ſa derniere Inſtruction Paftorale
, dont on multiplie de toutes parts
des éditions , l'heureuſe époque du retour
d'Iſraël , qui doit ,, être celle d'un grand
,, renouvellement dans l'Eglife ;& , pour
nous servir des expreſſions - mêmes de
„Saint Paul, d'une heureuse résurrection .
Nous devons auffi attendre ce moment
, dit ce Prélat , avec une ferme
espérance ,& le hater par nos gémiſſe-
3, mens & nos prieres..... Car , fuivant
la doctrine de Saint Paul (*) , quoique
les Juifs soient maintenant ennemis
(*) Instruction Pastorale ; 24 Décembre 1762.
"
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
,, par rapport à l'Evangile qu'ils ont re-
,,jetté,& àcauſe de nous autresGentils,
,,qui avons été ſubſtitués à leur place ,
"
ils n'en récueilleront pas moins un
,,jour les effets les plus abondans de la
„grâce. Lorsque le bandeau , qu'ils ont
,, à préſent ſur les yeux , ſera ôté ; lorf-
,, que déplorant le crime de leur incré-
,, dulité , & touchés d'une vive componction
, ils tourneront leurs regards
,, fur celui qu'ils ont percé ; lorſque ,
,, felon l'expreffion de l'Apôtre , ils ſe-
,, ront entés fur la tige d'olivier - franc
ود
ود
ود
ود
des Patriarches, dont ils font les bran-
,,ches naturelles ; lorſqu'enfin , comme
le petit nombre d'entre eux que Diea
s'eſt réſervé à la naiſſance du Chriſtianiſme
a été la richeſſe du monde ,
,, le corps entier de la Nation , éclairé ,
,, converti & fauvé par une foi vive ,
„deviendra la reſſource & le renouvellement
du monde entier."
"
Oeuvres complettes d'Alexis Piron , publiées
par M. Rigoley de Juvigny ,
Conſeiller Honoraire au Parlement de
Metz , de l'Académie des Sciences &
Belles - Lettres de Dijon ; 7 volumes
in - 80. A Paris , de l'Imprimerie de
Michel Lambert , rue de la Harpe
1
JUILLET I. Vol. 1776. 149
près St Côme. Avec approb. & privil.
du Roi.
On a donnédans cette collection toutes
les Pieces que M. Piron a fait jouer fur
le Théâtre François , & dans le même
ordre qu'il les publia , avec de nouvelles
Préfaces , en 1758. On y a ajouté une
Paſtorale lyrique en un acte , intitulée la
Fauſſe Alarme , & la Comédie de l'Amant
mystérieux.
M. Piron travailla d'abord pour les
Théâtres de la Foire , & furtout pour
celui de l'Opéra Comique , ſpectacle qui
avoit alors la plus grande vogue , par la
gaieté & la malignité du vaudeville , qui
en étoit l'ame. Les Opéra comiques de ce
Poëte n'avoient point encore été imprimés
, & c'eſt pour la premiere fois qu'ils
= voient le jour; quoiqu'ils ne ſoient pas
tous également bons & de la même
force , l'Editeur a cru n'en devoir rejeter
aucun,parce que ces productions ne font
pas , dit - il , aſſez ſérieuſes pour influer
ſur la réputation de l'Auteur , qui ne les
apas regardées lui-même comme des titres
propres à l'établir.
Les Contes ne ſont pas la partie la
moins intéreſſante de ce recueil. M.
1
150 MERCURE DE FRANCE.
Piron , ajoute fon Editeur , aexcellé dans
ce genre , où il eſt le ſeul qui approche
de la Fontaine , ſans être ſon imitateur.
Samaniere de raconter eſt à lui ; il n'a
pas les heureuſes négligences de fon inimitable
Prédéceſſeur; mais il en a toutes
les grâces& toute la naïveté.
Ce qu'on a dit des Contes de M.
Piron doit s'appliquer , continue l'Editeur
, à fes Epigrammes . ,,Je les ai toutes
,, raſſemblées avec ſoin ; j'aurois voulu
pouvoir fupprimer entiérement celles
, qui font dirigées contre quelques Au
,,teurs eſtimes; mais outre qu'elles font
trop connues, & que l'on m'auroit
reproché mon infidélité ; une raifon
,,plus forte m'a déterminé à les inférer
ور toutes dans cette édition, Je n'ai pas
,,voulu enhardir la haine, la vengeance
3, ou l'audace de quelques Ecrivains obf-
,, curs , leſquels ſe ſeroient joués de la
„crédulité du Public , en lançant leurs
,,traits à l'abri du nomdePiron ". ود
Quant aux Poësies fugitives de M. Piron',
quoiqu'elles foient en grand nom
bre, il y en a très-peu de connues. La
légéreté , l'aiſance , l'harmonie , les grâces
les caractériſent preſque toutes. Il eſt ,
ditM. R. de J. , agréable dans ſes Epitres ,
JUILLET I. Vol. 1776. 151
い
fublime dans ſes Odes , plein de force
&de choſes dans ſes Poëmes divers. Il
aparcouru tons les genres , & juſques
dans ſes Chanfons , tout eſt marqué au
au coin du génie.
La Traduction des fept Pleaumes de la
Pénitence , termine Jes Poëſies de M.
Piron; elle ne ſe reſſent point de l'âge
avancédans lequel il l'a compoſée. Elle
eft encore animée , ſuivant l'Editeur ,
par ce feu poëtique qu'il a conſervé,
pour ainſi dire , juſqu'au dernier moment
de ſa vie.
Enfin , on a ajouté à cette collection
quelques Productions en profe de M. Piron,
dont pluſieurs font déjà connues ,
& ont été bien reçues du Public.
Indépendamment des Ouvrages que
nous venons de citerde M. Piron,l'Edi
teur a ajouté , dans ce recueil , un difcours
préliminaire , dans lequel il rend
compte de ſon travail & de ſes motifs;
avec la vie d'Alexis Pirón , & quelques
notes critiques , hiſtoriques & littéraires.
La partie typographique de cette édition
eſt bien exécutée , ſur de beau papier
, & fait honneur aux preſſes de M.
Lambert. Nous eſpérons pouvoir revenir
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
ſur cette collection très-remarquable &
très-variée.
Shakespeare , traduit de l'Anglois , dédié
au Roi. Tome I. & II in ४०. ParMM,
le Comte de Catuelan , le Tourneur
& Fontaine Malherbe. Ceux qui n'ont
pas ſouſcrit , peuvent fe procurer cet
Ouvrage chez la veuve Ducheſne , les
Jay & Cloufier , Libraires, rue Saint
Jacques ; Mufier , rue du Foin ; Nyon ,
rue St. Jean-de-Beauvais; Lacombe ,
rue Chriſtine ; & Rault , rue de la
Harpe,
On annonce auffi une ſouſcription de
cent-quatre-vingt-une gravures , par les
meilleurs Artiſtes (MM. le Bas , Aliamet,
Saint-Aubin , le Mire , Prevoſt ,
Choffard , de Launay , &c. fur les deſſins
de M. Moreau) pour orner chaque acte
des-trente fix Pieces de Shakeſpéare. On
payera en ſouſcrivant , pour la premiere
livraiſon de ſeize planches , 12 livres ;
pour la feconde livraiſon 15 liv. &c.
La ſouſcription ſera ouverte juſqu'à la
fin d'Août de cette année , chez M. le
Tourneur , rue Notre Dame des Victoires;
& chez les Libraires ci-deſſus,
JUILLET I. Vol. 1776. 153
Ces deux premiers volumes contien.
nent Othello , ou le More de Venise ,
Tragédie ; la Tempête , Tragédie dans
le genre de Féerie ; & la Mort de Fules-
César.
Shakespeare eſt un génie libre , qui
n'a jamais voulu s'aſſervir ni aux modeles
des Anciens , ni aux loix du Théâtre ; il
a étudié la Nature,& l'a imitée avec une
franchiſe heureuſe & fouvent impoſante.
Il a connu le coeur humain ,& en a fondé
toute la profondeur. Ce Poëte eſt d'antant
plus étonnant , qu'il a créé fon art ;
&que fans guide , ſans ſecours , il s'eſt
frayé une route nouvelle , dans laquelle
il a marché à pas de Géant. On ſent
combien il étoit difficile de faire connoître
& de ſaiſir dans une traduction ,
la beauté ſauvage & fiere d'un tel homme.
Nous offrons , diſent les Traduc
teurs , Shakeſpéare lui-même , avec ſes
imperfections , mais dans ſa grandeur
naturelle ; juſqu'ici on ne l'avoit montré
que dans une forte de traveſtiſſement
ridicule , qui défiguroit ſes belles pro
portions.
Il eſt fans doute difficile d'analyſer
Shakespeare; il faut lire ſes Ouvrages
pour s'en faire une idée. Louer ce Poëte
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
par des citations iſolées , ce feroit , comme
on le remarque dans le diſcours préliminaire,
imiter le Pédant d'Hiéroclès ,
qui ayant une maiſon à vendre , en por
toit ſous ſon manteau une pierre , qu'il
préſentoit comme l'échantillon de ſa
maifon. Cependant nous ne devons pas
nous contenter de certe ſimple annonce ,
&nous nous proposons de revenir fur
cet Ouvrage , & de le faire connoître
dans un extrait plus développé.
LaScience & l'art de l'équitation démontrés
d'après la nature , ou Theorie & pratique
de l'équitation , fondées ſur l'anatomie
, la méchanique , la géométrie,
& la phyſique. Par M. Dupaty de
Clam , ancien Mouſquetaire , de l'Académie
des Sciences , Belles-Lettres &
Arts de Bordeaux.
Solersia crevia
Artibus & fecêre gradum melioribus artis.
Savary.Hippodromi leges.
In-4°. avec fig. prix br. en carton , 18
liv. pet. pap. & 36 liv. en gr. pap. A
Paris , de l'Imprimerie de Fr. Ambr.
Didot, rue Pavée St. André.
1
JUILLET I. Vol. 1776. 159
Ce Traité de l'art de l'équitation eft
le plus approfondi , le mieux raiſonné ,
celui qui eſt fondé ſur les principés les
plus certains , ſur les loix mêmes preſcrites
par la nature. M. Dupatya fait concourir
les connoiſſances qu'il a des ſciences , à
la démonſtration en quelque forte de ſa
méthode.
Tant que la pratique manuelle , dit
M. D. , a été le ſeul talent de l'Ecuyer ,
parce que l'ignorance étoit générale , on
pouvoit lui pardonner ſon peu d'érudi
tion; mais depuis que les arts perfectionnés
ont porté la lumiere par - tout ,
depuis que l'on a commencé à raiſonner
fur tout, pourquoi n'exigeroit-on pas des
hommes de cheval qu'ils foient inſtruits
de ce qui peut accélérer leurs progrès ?
Il eſt malheureux pour les Eleves , qui
defirentd'opérer avec jugement ,&d'être
dirigés d'après des principes réfléchis ,
qu'aucun livre ne leur facilite les pre
miers pas , pour les conduire à voir la
nature en Ecuyers ; car la parfaite connoiſſance
de l'anatomie de l'homme &
du cheval , l'étude des loix , du mouve
ment , de la phyſique , &c. font d'un
foible fecours , fi on ne les accompagne
des obſervations relatives à l'art dont il
356 MERCURE DE FRANCE.
s'agit. Unepratique ancienne & réfléchie
a dû fixer les points de vue qui conviennent
à l'équitation , & l'homme inſtruit
a dû ſe former un ſyſtême dont l'enſem--
ble ſoit la nature même ; & dont toutes
les parties feront les faits particuliers qui
la compoſent. La meilleure méthode ſera
donc celle qui n'aura rien d'arbitraire ,
&dans laquelle onrendra raiſon de tout ,
en employant ce que l'on fait déjà des
faits de la nature , que perſonne ne conteſte
; elle ſera courte , ſimple & trèsfacile
à mettre en uſage,
Tel eſt le plan fidellement ſuivi dans
ce Traite.
L'étude de l'anatomie de l'homme &
du cheval , donne les principes de l'équitation.
Celle de l'homme preſcrit les
regles de ſa poſition , de ſes mouvemens
&de ſes actions à cheval. Auſſi dans la
premiere partie du premier livre , qui
traite de la théorie relativement àl'homme
,M. Dupatys'eſt uniquement occupé
de ce qui contribue à ſa ſureté , à ſa
tenue fur l'animal. Dans la ſeconde partie
, il établit , d'après la conſtruction de
l'homme , les moyens de lui apprendre
à monter à cheval , & à opérer d'une
maniere qui ſoit facile pour lui , utile
pour l'animal.
JUILLET I. Vol. 1776 157
Dans le ſecond livre , M. D. conſidere
le cheval indépendamment de l'équitation.
Il traitede ſa beauté & de fa bonté ,
du méchaniſme de ſes mouvemens , de
ſa conformation , de ſes ſenſations , de
la bonne attitude de ſes membres , en
un mot de tout ce qui peut donner des
principes pour fon éducation, Il cherche
à lefaire bien connoître avant que d'enſeigner
à le dreſſer. Enfin , M. D. après
avoir expoſé ce qui fait le cheval dans
l'état de nature , après avoir développé
toutes les obſervations qui ont dirigé le
choix de fa méthode , enſeigne les opérations
par leſquelles on aſſouplit le cheval
, & par lesquelles on le conduit à
une parfaite obéiſſance.
La ſcience de l'équitation eſt expofée
dans cet Ouvrage & démontrée en rigueur.
Tous les articles font liés entre
eux par une chaîne de principes & de
conféquences qui ſe ſuivent & fe forti
fient graduellement Des figures deſſinées
avec précifion, ajoutent encore à l'in
telligence de cet excellent Traité, Il eſt
précédé par un diſcours iu par M. Dupaty
à ſa réceptionà l'Académiede Bordeaux ,
fur les rapportsde l'équitation avec l'anatomie
, le méchaniſme , la géométrie
&la phyſique.
158 MERCURE DE FRANCE.
Recueil des pièces relatives à la députa
tion des Etats de Béarn ; imprimé par
ordre des Etats & aux frais de la Province.
Ce recueil renferme les Lettres Patentes
du Roi , contenant l'acte du ſerment
que Sa Majeſté a fait aux Députés des
trois Ordres du Pays de Béarn , & de
celui que les Députés ont prêté à S. M.
comme Seigneur Souverain de Béarn;
au nom de la Province ; & le procèsverbal
de laDéputation ;avec les difcours
prononcés au Roi & à la Famille Royale
par M. l'Evêque de Leſcar , qui portoit
la parole. Nous allons rapporter le dif
cours que ce Prélat adreſſa au Roi , qui
lui en témoigna ſa ſatisfaction de la
maniere la plus ſenſible. Nous rapportetons
auffi le diſcours à la Reine.
Au Roi.
Sire , vos fideles Sujets de la Souve
raineté de Béarn ſuivent le ſang de leurs
anciens Maîtres ; ils viennent révérer fur
le Trône où vous êtes monté , la poſté
rité du grand Henri , recevoir de votre
1
1
JUILLET I. Vol. 1776. 159
bouche le ferment que ce Roi , l'ami de
ſon Peuple , fit à nos peres , & jurer à
Votre Majefté l'obéiſſance & l'amour"
dont nous avons hérité pour votre Perſonne
facrée.
C ,, Nos voeux , Sire ; hâtoient ce moment
defiré ; & fitôt que Votre Majefté
eût fait entendre que ſes fideles Sujets
de la Souveraineté de Béarn pouvoient
voter pour le choix de leurs
Repréſentans , une joie vive s'empara de
tous les coeurs; &, dans le premier
tranſport , on eût dit que Votre Majefté
venoit elle - même recevoir notre hommage
, ou que le grand Henri , reparoifſant
au milieu de ſon Peuple , vouloit
jurer de nouveau la confirmation de nos
loix &de nos privileges".
ود La premiere de ces loix, Sire , &
la ſeule qui n'ait pas beſoin du concours
de votre autorité , c'eſt l'amour de nos
Maîtres ; le plus beau de nos titres , c'eſt
celui de vos premiers ſujets, le plus
précieux de nos droits , celui d'offrir à
Votre Majesté, comme un don volontaire
, la meilleure portion de nos biens,
& de devoir à votre protection la jouiffance
paiſible du reſte; d'être jugés felon
nos loix & par nos Juges; de combattre
1
1
160 MERCURE DE FRANCE.
pour la défenſe de nos foyers , ſous les
enſeignes de la patrie & ſous les yeux
de nos Concitoyens ".
" Sire , des montagnes nous ſéparent |
de nos voiſins ; le ſang& les traités nous
uniſſent ; Votre Majeſté n'aura jamais
beſoin de notre courage , mais nous au
rons ſans ceſſe beſoin de votre protec
tion. Eloignés des regards du Souverain,
depuis que nous faiſons portion d'un
grand Empire , nous craignons de n'être
plus connus de nos Maîtres ; nos maux
font vus de loin , nos plaintes parviennent
tard.... Un fléau deſtructeur ſe
répandfur nos campagnes , porte ladéſo .
lation pour le moment& pour l'avenir ;
l'homme a perdu le compagnon de ſes
travaux , l'inſtrument néceſſaire de ſa
culture. L'inclémence du ciel ſe joint à
la mortalité ,& nous ravit un reſte d'espérance;
la terre en deuil n'offre plus à
fes habitans , que la triſte néceſſité de
périr ou de chercher une autre Patrie;
mais Votre Majefté s'attendrit ſur leur
fort , & bientôt ils ceſſeront d'être à
plaindre ; ranimé par vos dons , le courage
a remplacé la force ; l'homme a fait
lui ſeul un travail qu'il commandoit aux
animaux ; nos champs , trempés de nos
fueurs
JUILLET. I. Vol. 1776. 161
fueurs , ſe couvrent encore d'une moisfon
, & donnent le temps à vos nouveaux
bienfaits d'arriver au ſecours de notre
indigence ".
ود
201
Depuis dix ans , Sire , nous regrettions
nos Magiſtrats , frappés du coup
- qui préludoit au renverſement de la
Magiftrature entiere. Votre Majefté , en
fixant ſes regards ſur les débris des Tribunaux
épars dans ſon Royaume , n'a pas
oublié ſa Souveraineté de Béarn ; elle
n'a pas voulu qu'à côté du berceau de
Henri IV , on vit un monument des malheurs
de la France. Votre Edit du mois
d'Octobre dernier va chercher dans leur
retraite les anciens Miniſtres des loix ,
les ramene dans le ſanctuaire de la Jus-
{ tice , & les rend aux voeux de leurs Con-
- citoyens ".
es "
A
Sire , vous êtes Roi par le droit de
votre naiſſance , vous regnez parteles
& bienfaits , & vous voulez ajouter encore
à tant de titres , les liens ſacrés du ferement
; nous jurons , Sire , d'aimer , de
fervir de nos biens & de notre ſang un
Roi qui ſe montre le pere de ſes ſujets ,
qui reſpecte leurs droits , qui ne cherche
point à étendre les ſiens , &qui ſe croit
affez grand , ſi les Peuples font heureux ".
e.a
L
1
162 MERCURE DE FRANCE.
ود Nos zélés Compatriotes répandus
dans la Capitale , ſe joignent à nous ,
Sire , pour vous répondre de nos Conci
toyens abſens ; ceux - là , retenus dans le
ſein de leur patrie , ne s'occupent pas
moins de ce grand jour , & maintenant ,
les yeux tournés vers votre trône , les
mains levées vers le ciel , ils lui adresſent
les mêmes voeux , font les mêmes
ſermens , & partagent l'attendriſſement
de cette cérémonie.
ود Nos peres ſe ſouviennent à peine
d'en avoir vu une pareille: puiſſent nos
neveux , Sire , n'en jamais voir de ſemblable
, & la laiſſer attendre à la derniere
poſtérité
"
A LA REINE
,, Madame , vos ſujets de la Souveraineté
de Béarn partagent , avec la France ,
la gloire de vous obéir : mais ils envioient
aux Peuples qui vous environnent
, le bonheur d'être vus de Votre
Majeſté ; admis en votre préſence , ils
contemplent l'auguſte Fille des Cefars ,
partageant le trône de leur Henri . Si
l'éclat dont brille Votre Majesté les intimide
, le charme de votre bienfaiſance
JUILLET. I. Vol. 1776. 163
1.
& de votre affabilité les raſſure ; ils
croient voir leurs anciens & premiers
Maîtres , qui s'offroient aux regards de
nos peres ſous la ſeule garde de l'amour
& du reſpect ; enhardis par cette reſſemblance
, ils ofent préſenter à vos yeux le
tableau de leurs calamités. D'un regard,
Votre Majeſté ſuſpend le ſentiment de
leurs maux ; d'une parole , Elle les fera
finir. Heureux de tenir toutde vosmains
bienfaiſantes , ils ſe pareront des dons
de Votre Majesté , & feront toujours
plus ſenſibles à votre bienveillance qu'à
- vos bienfaits "
C
C
Traité fur la Cavalerie , par M. le Comte
Drummond de Melfort , Maréchal
de Camp ès Armées du Roi , & Inspecteur-
Général des Troupes Légeres.
A Paris , de l'Imprimerie de Guillaume
Deſprez , Imprimeur ordinaire du Roi
& du Clergé de France , rue S. Jacques ,
1776 , 2 vol. infol. , très bien imprimés
, dont un fur papier grand- raiſin ,
avec beaucoup de planches gravées :
prix 120 liv.
Cet ouvrage eſt un des plus beaux
monumens que le génie & l'eſprit d'ob-
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
L
ſervation aient conſacré à l'honneur de
la nation , à l'utilité de la jeune nobleſſe ,
à la connoiſſance de la Cavalerie , & au
progrès de la ſcience de la guerre. C'eſt
un Traité raiſonné qui réunit tout ce
qu'un homme , à commencer depuis le
ſimple Cavalier juſqu'au Lieutenant - Général
, doit indiſpenſablement ſavoir pour
être en état de faire ſon ſervice & de
s'y diftinguer. Nous ne pouvons mieux
faire connoître cet ouvrage important ,
qu'en nous fervant de l'eſquiſſe ſimple
& fidelle qui en eſt tracée dans le Proſpectus.
Cet ouvrage embraſſe également toutes
les connoiſſances qui peuvent être
utiles au ſervice journalier des Cavaliers ,
en temps de paix & en temps de guerre ,
ainſi qu'à celui des Officiers ſupérieurs
&autres.
Il comprend en outre des détails ſur
la compoſition qu'on juge la plus ſolide
àdonner à un Efcadron , ainſi qu'à un
Régiment; après quoi l'on traite , dans
le plus grand détail , tous les principes
fur leſquels la plupart des Officiers de
Cavalerie different d'opinions , & cela
d'une maniere d'autant plus fatisfaiſante ,
que pour rendre les choſes plus frap .
JUILLET. I. Vol. 1776. 165
pantes , les planches dont ce Traité eſt
enrichi , au moyen des hommes à cheval
qui y font vus en action , repréſentent ,
d'un côté , un Eſcadron agiſſant , d'après
l'un des principes qui font en difcuffion ,
& vis - à - vis , en oppoſition , un autre
Eſcadron manoeuvrant ſur les principes
que l'on préfere , & de la ſupériorité des
quels on donne la preuve dans le discours
; ce qui , joint à la démonſtration
dont le tableau fournit l'exemple , met
ce travail à la portée de tout hommé
non- feulement du métier , mais de ceux
même qui n'auroient que du bon ſens
&des yeux.
Aprés avoir difcuté tous les objets ſur
leſquels le ſentiment des Officiers de Cavalerie
eſt partagé , on approfondit également
tous les principes des manoeuvres
de détail , pour un ou pluſieurs
Efcadrons , auxquels on juge que la Ca
valerie ne peut mieux faire que de s'exercer
pendant la paix .
De ces détails , qui font la ſeconde
partie de ce Traité , & qui ne font que
la théorie du métier , on paſſe dans la
troiſieme & derniere à ceux des opérations
de la Guerre , tels que font les
Camps , les Grandes -Gardes , les con
1
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
vois défendus ou attaqués , les diſpoſi
tions d'arriere-Gardes compoſéesde troupes
mêlées , les détachements , les embuſcades
, les découvertes , les deploiements
de colonnes , les reploiements de
ligne , les marches en bataille , les combats
enfin d'une aile entiere de Cavalerie ;
tous ſujets appuyés des principes & des
exemples qu'offrent les différents tableaux
où ils font expoſés, & dans le deſſein
deſquels on a mis affez de correction &
d'exactitude, pour qu'on puiſſe dire que
ce font autant de démonſtrations .
Enfin , on peut ajouter que ce travail
eſt le fruit de quinze campagnes de
guerre, faites fans négligence , & le réfultat
d'une étude ſuivie de plus de trente
années , de la part d'un Officier qui , pendant
tout ce laps de temps , n'a pas ceſſé
d'avoir de la Cavalerie à exercer pendant
la paix , & d'en avoir de toutes les eſpeces
à conduire à la guerre.
Les Planches dont il eſt queſtion
dans cet ouvrage , ſont gravées ſur du papier
grand- aigle , de trois pieds de long
fur deux pieds de large. Il faut avouer
qu'on n'a rien va juſqu'ici , en fait d'ouvrages
militaires , qui puiſſe approcher
de la netteté & de la clarté dont elles
font.
S
JUILLET. I. Vol. 1776. 167
Elles démontrent d'abord l'école du..
Manege , où chaque homme eſt deſſiné
à cheval , dans une attitude auſſi exacte
qu'elle eſt analogue à ce qu'on lui enſeigne.
Elles embraſſent l'instruction , & fourniſſent
l'exemple de toutes les manoeuvres
qu'il eſt avantageux à la Cavalerie
d'apprendre dans les temps de repos.
Enfin elles repréſentent une infinité
d'actions des plus importantes de la
guerre , & dont la vue ſeule , qui feroit
jointe à une beaucoup plus courte explication
que celles dans lesquelles on eſt entré
, ſuffiroit pour inſtruire , en très-peu
de temps , la plupart des Officiers de Cavalerie
, qui n'auroient pas eu la poſſibilité
de joindre la pratique à la théorie du
métier.
Elles font au nombre de trente-deux ,
= dont pluſieurs renferment chacune quatre
tableaux , & elles ſont gravées par les
plus célebres Artiſtes en ce genre.
Il faut auſſi faire attention à la belle
Eſtampe ſervant de frontiſpice , où l'on
a tracé la diſpoſition de deux Armées
combattantes , avec des acceffoires analogues
à la ſcience militaire & à la gloire
de la France.
L4
163 MERCURE DE FRANCE.
A Paris, ce I Mars 1776.
Monfieur , je vous prie de vouloir bien inférer
dans le Mercure prochain la traduction ci-jointe ,
d'un article de la Gazette de Milan. C'eſt l'extrait
d'un excellent Ouvrage dont , à la vérité , vous
avez déjà parlé , mais auquel , permettez moi de
vous le dire , vous n'avez point affez rendu justice.
En effet , le Lecteur qui ne connoîtra l'Histoire
de l'Aſtronomie ancienne que par ce que
vous en avez dit dans le Mercure du mois de
Mai , ſera fort éloigné de regarder cet Ouvrage
comme le plus parfait que l'on ait juſqu'ici publié
fur cette matiere; comme un Ouvrage rempli de
ſcience & d'érudition , également intéreſſant par
les idées neuves qu'il renferme , & par la maniere
dont elles ſont préſentées. Telle eſt cependant
l'idée que l'on doit en avoir , telle eſt du moins
celle que j'allois eſſayer de faire adopter au Public
, lorſque la Gazette de Milan eſt tombéę
entre mes mains . J'ai reconnu la plume habile
qui a produit l'article que j'ai l'honneur de vous
communiquer ; & dès lors , j'ai abandonné mon
projet , & préféré de faire connoître au Public le
jugement d'un ſavant illuſtre &d'un étranger tel
que M. l'Abbé Frizi ; jugement qui doit fans doute
vous paroître moins ſuſpect que celui d'un confrere
& d'un ami.
Je ſuis très-parfaitement , Monfieur ,
"
Votre très-humble ſerviteur , DE CASSINI
fils , de l'Acad. Roy. des Sciences .
JUILLET. I. Vol. 1776. 169
Histoire de l'Astronomie ancienne , depuis fon origine
jusqu'à l'établiſſement de l'Ecole d'Alexan--
drie; par M. Bailly , Garde des tableaux du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences , & de
l'Institut de Bologne. Paris 1775 ; in 40. P. 527 .
(Article de la Gazette de Milan).....
L'Auteur de cet Ouvrage avoit mérité un rang
diftingué parmi les Géometres , par fa Théorie
des Satellites de Jupiter: & fon Eloge de Leibnitz,
l'avoit déjà fait reconnoître pour un des meilleurs
Ecrivains de notre fiécle. Il nous donne aujourd'hui
la premiere partie de l'Hiſtoire générale
de l'Aſtronomie , contenant les découvertes des
premiers fiecles.
,, J'ai ofé, dit il , dans une lettre qu'il écrit à
, M. l'Abbé Frizi , regarder comme modernes
,, des Peuples qui datent de trois mille ans avant
,, l'ère vulgaire , & appercevoir au - delà une
". époque plus ancienne , où les arts & les ſciences
étoient foigneuſement ११ fuite détruits par une gcurlatnidvéesr,év&oluftuiroennt, eqnu-i
?? ne laiſſa après elle que les débris de connoiſſan-
,, ces précédemment acquiſes ; & ce font ces dé.
bris qui ont ſervi de baſe à la ſcience des Indiens
, des Chinois & des Egyptiens."
"
?"
Voilà principalement ce que l'Auteur s'attache
à démontrer dans le premier livre , qui traite des
Inventeurs de l'aſtronomie & de fon antiquité. Ily
releve le ſincroniſme fingulier qui ſe trouve entre
les Auteurs & Chronologistes , tant anciens que
modernes , qui font tous remonter à 3000 ans
avant l'ere vulgaire , les premieres obſervations
dont on ait confervé la mémoire. Ce ſincroniſme
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
}
2
devient plus frappant , ſi l'on réfléchit aux diffé
rentes manieres de compter les années , ſoit par
la révolution diurne du ſoleil en 24 h. foit par.
celle de la lune en un mois , ſoit par la durée d'une
entiere ſaiſon , ſoit par l'intervalle entre les retours
d'un ſolſtice à l'autre, Les obfervations anciennes
rapportées par Ptolomée viennent à l'appui de ces
conjectures. Une entre-autres marque le lever
héliaque de Sirius pour la haute Egypte , au quatrieme
jour après le ſolſtice d'été , ce qui ſe rapporte&
convient à l'an 2550 avant l'ere vulgaire.
Or les Caldéens ont commencé à compter les an.
nées folaires 1473 ans avant cette ere. Ptolomée
rapporte encore un lever héliaque des Pleyades ,
qui eut lieu ſept jours avant l'équinoxe d'automne,
ce qui remonte encore à 3000 ans ; époque,
où , felon les Hiſtoires Chinoifes & Tartares ,
vivoit Fohi , qui cultiva l'aſtronomie & contribua
tant à ſes progrès. Il eſt parlé dans les anciens
livres Perſans d'un temps où quatre belles étoiles
répondoient , dans le ciel , aux quatre points
cardinaux. Notre Auteur remarque que cette
époque remonte encore à 3000 ans avant l'être,
vulgaire. Ils s'attache enſuite à faire voir que les
connoiſſances aſtronomiques de ce temps-là,
étoient plutôt les débris que les élémens d'une
ſcience . Parmi un grand nombre de preuves , il
cite le fare caldéen , période de 223 mois lunaires
, qui ramene les conjonctions du ſoleil & de
Ja lune à la même diſtance du noeud & de l'apogée,
& preſqu'au même point du ciel Enſuite la pé.
riode luni - folaire de 600 ans , que J. D. Caſſini a
trouvée ſi exacte , & dont Joſeph attribue la découverte
aux Patriarches . Or , pour reconnoître.
une ſemblable période , il faut au moins en avoir
JUILLET. I. Vol. 1776. 171
vu s'écouler deux , c'est-à- dire avoir amafféune
fuite de 1200 ans d'obſervations ; & ces obſervations
elles-mêmes ont dû néceſſairement être précédées
d'autres obſervations préliminaires ; cet
argument eft repris dans le troiſieme livre , qui
regarde l'aſtronomie antediluvienne. L'Auteur y
traite plus particulièrement du cyle de 600 ans,
d'une ancienne diviſion du zodiaque , & d'une
autre période de 144 années , attribuée anciennement
aux fixes , à l'occaſion de laquelle s'offre
une particularité très-curieuſe ; c'eſt que ſi par le
nom d'années dans cette période , on avoit entendu
la révolution de 180 années ſolaires , qui
étoient familieres & ufitées parmi les anciens Tartares
, on auroit précisément les 25920 qui , ſelon
nos obſervations les plus modernes , font la
révolution des fixes , cauſée par la préceſſion
des équinoxes. L'Auteur parle encore des plus
anciennes déterminations de l'anné folaire , &
des premieres tentatives ſur la meſure de la terre,
& de la grandeur de la lune & du ſoleil.
Le ſecond livre préſente le développement des
premieres connoiſſances aftronomiques : on y fuit
P'ordre & la gradation avec lesquels l'homme eſt
parvenu peu- à-peu à la connoiſſance entiere du
ciel. Les Métaphyficiens nous ont fait connoître
l'enchaînement & le développement de toutes nos
idées , ou plutôt ils nous ont appris quelques unes
des manieres variées & multipliées dont ces idées
peuvent fucceſſivement s'acquérir. Mais peut-être
y a-t- il pluſieurs de ces idées qui ſe préſentent
naturellement , fans que l'une dérive de l'autre.
Quant aux connoiſſances aftronomiques , la recherche
de leur enchaînement eſt d'autant plus
1
172 MERCURE DE FRANCE.
intéreſſante , que ces connoiffances ſubtiles & dé .
licates , font toujours le fruit de l'obſervation
&du raiſonnement.
Le quatrieme livre traite des premiers temps
immédiatement après le déluge , & de l'aſtronomie
des Indiens & des Chinois. L'Auteur fait voir
que les ſciences font defcendues du nord au midi
, ce qui eft abſolument contraire à l'opinion
reçue juſqu'à préſent. En effet , outre l'analogie
des fables du Phénix , de Janus , d'Ofiris , d'Adonis
, &c. l'Auteur cite le Temple que les Chinois
ont élevé à Pékin aux étoiles du Nord ; les
pélerinages que les Indiens font en Sibérie juſqu'à
Selinginskoi ; & cette circonstance particuliere que
l'on lit dans les ouvrages de Zoraſtre , où il eſt
dit que le plus long jour d'été eſt double du plus
court jour de l'hiver , ce qui ne peut avoir lieu
que ſous la latitude de 490 qui eſt précisément
celle de Selinginskoi,
En parlant de l'aſtronomie des Indiens , l'Auteur
appuie particulièrement fur leurs méthodes
du calcul des éclipſes , méthodes cachées , ré
duites à quelques regles pratiques , par le moyen
deſquelles M. le Gentil eſt parvenu à calculer
deux éclipſes auſſi exactement qu'avec les Tables
de Mayer. Au ſujet de l'aſtronomie des Chinois ,
'Auteur cite particulierement de très-anciennes
obſervations de l'étoile polaire , la conſtruction
d'une eſpece de ſphere , & l'invention des cycles
de 12 , 19 & 60 ans .
Le cinquieme livre regarde l'aſtronomie des
Perſans & des Chaldéens ; le fixieme , l'aſtronomie
des Egyptiens. LL''Auteur donne aux Orientaux
& aux Chaldéens une ſupériorité générale
fur les Egyptiens ; il ne trouve chez ces derniers
JUILLET. I. Vol. 1776. 173
que la poſition des pyramides , la connoiffance
ancienne de l'année de 365 jours un quart , & la
découverte des mouvemens de Mercure & de
Vénus , qui ſuppoſent la connoiſſance des méthodes
aſtronomiques. Mais chez les Chaldéens
il vante l'antiquité & la continuité de leurs obſer
vations , la détermination exacte de la longueur
de l'année & des différens mouvemens de la lune,
leur période luni- folaire , la connoiſſance du mouvement
des fixes & du cours des cometes .
Les trois autres livres de cet Ouvrage traitent
de l'aſtronomie des Grecs , des Philoſophes des
ſectes Ionienne , Pythagoricienne , Eléatique ; de
Platon , d'Eudoxe & des autres Philoſophes. L'Auteur
fait voir que tout ce que la Grece alors pouvoit
avoir de connoiffances en aſtronomie , ne
lui appartenoit nullement. La fameuſe période de
Meton , l'obliquité de l'écliptique , la ſphere ,
l'ordre & le mouvement des planetes ; elle avoit
tout emprunté de l'Egypte ou de l'Afie, Les Grecs
n'ont été aucunement obfervateurs ; Méton , Aristote
ne font qu'une légere exception. L'Auteur
trouve dans l'eſprit national des Grecs , la raiſon
du peu de progrès qu'ils ont fait en aſtronomie :
ils s'attachoient plus à inventer des ſyſtemes qu'à
raffembler & à obſerver les faits ; il y avoit plus
d'imagination chez eux que de raiſonnement.
Atout ceci eft jointe une excellente diſſertation
ſur l'origine de l'aftrologie ; & le livre eſt rerminé
par des notes , où se trouvent amplement
diſcutés tous les faits & les détails particuliers
qui , dans le cours de l'Ouvrage , auroient inter
rompu le fil des raiſonnemens , & des réflexions,
Nous regardons en conféquence cet Ouvrage
1
Y
:
174 MERCURE DE FRANCE,
comme le fruit précieux , non - ſeulement d'une
profonde érudition , mais de la méditation , de
raiſonnement & du génie: auſſi nous déſirons
vivement que l'Auteur s'acquitte , le plutôt posfible
, de l'engagement qu'il a contracté vis-à-vis
du Public , en donnant inceſſamment la continuation
de l'Hiſtoire de l'Aftronomie juſqu'à nos
jours.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
Dictionnaire Dramatique , contenant l'Histoire
des Théâtres , les regles du genre
dramatique , les obſervations des
Maîtres les plus célebres , & des réflexions
nouvelles ſur les ſpectacles ,
fur le génie & la conduite de tous les
genres , avec les notices des meilleures
Pieces , le catalogue de tous les Drames
, & celui des Auteurs dramatiques ,
3 vol . grand in-80. Prix rel. 15 liv. A
Paris , chez Lacombe, Libraire , rue
Chriſtine , 1776.
1
CE
9 20101 290
10
1
2.
E nouvel Ouvrage préſente , dans
l'ordre alphabétique , tout ce qui a été
dit de plus eſſentiel & de plus intéresfant
fur le génie & le goût dramatique ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 175
:
avec des notices ſuffiſantes pour la connoiſſance
de toutes les Pieces de Théâtre ,
& un catalogue des Auteurs qui ont écrit
pour la ſcene ; ce recueil doit être d'autant
mieux accueilli , qu'il manquoit dans
le nombre des livres utiles ; qu'il n'y en
a point eu ſous ce double aſpect de la
théorie unie à la pratique du Théâtre ,
qu'il eſt exécuté avec ſoin , & qu'il étoit
defiré.
Lettre du Frere François, Cuiſinier du
Pape Ganganelli , ſur les Lettres de ce
Pontife , à un Parifien de ſes amis , prix
12 f. chez Monory, Libraire , rue& visà
- vis l'ancienne Comédie Françoiſe ,
1776.
On trouve chez Lottin l'aîné , Imprimeur
Libraire du Roi , rue St Jacques ,
au coq & au livre d'or :
Inſtructions fur les principales vérités de
la Religion , & fur les principaux devoirs
du Chriftianisme ; I vol. petit in - 8°. rel.
3 liv.
Instructions Chrétiennes en forme de lectures
& de méditations; 1 vol. petit in - 8°.
rel. 3 1 .
176 MERCURE DE FRANCE.
Méthode nouvelle pour apprendre facilement
le plain - chant , avec quelques exemiples
d'hymnes & de profe ; par M. Oudoux
, Prêtre , Chapelain & Muſicien de
l'Egliſe de Noyon. Seconde édition , res
vue , corrigée & augmentée.
L'Ecole des Moeurs ou les fuites du libertinage
, Drame en cinq actes & en
vers , repréſenté à la Comédie Françoiſe
le 13 Mai 1776. Par M. de Falbaire dé
Quingey. T
Quid leges fine moribus vana proficiunt.
HOR.
A Paris , chez la veuve Ducheſne , Li
braire rue St Jacques ; & Ruault , Libraire
rue de la Harpe.
Traité théorique ſur les maladies épidémiques,
dans lequel on examine s'il eſt posible
de les prévoir , & quels feroient les
moyens de les prévenir & d'en arrêter
les progrès ; Ouvrage qui a été couronné
, en Novembre 1772 , par la Facul
té de Médecine de Paris , & auquel
on a depuis ajouté quelques vues relatives
à la pratique ; par M. le Brun ,
Docteur
JUILLET. I. Vol. 1776. 177
Docteur en Médecine à Meaux en Brie ;
in 8°. br. 2 1. 8 f. A Paris , chez Didot
le jeune , Libr. quai des Auguſtins.
L'Erreur d'un moment , traduit de l'Anglois
par Madame*** ; in- 12 . br. prix 36
f. A Paris , chez Demonville , Imp. de
l'Académie Françoiſe , rue St Séverin ,
aux armes de Dombes.
Divi Aurelii Auguſtini Hipponensis Episcopi
Confeffionum , Libri tredecim : ad calcem
additæ funt varia lectiones. A Paris ,
chez Ph. D. Pierres , Impr. Libr. rue St
Jacques.
Cette nouvelle édition en latin eſt trèsſoignée
, tant pour la correction que pour
l'impreſſion ; mais ce qui en fait le principal
mérite , ce ſont les variantes recueillies
d'après les meilleures éditions , &d'après
les manuscrits précieux de la Bibliotheque
du Roi , de celle de Sainte Génevieve
, &c. Elles ſont en très-grand
- nombre,
Cette édition eſt de format in- 32. &
ſe vendra :
moroquin , filets. • 41. 10 f.
12.
2 15
veau doré fur tranche , filets , 3
reliure ordinaire •
M
178 MERCURE DE FRANCE.
En feuilles • 21. 5 f.
On en a tiré quelques exemplaires ſur
très-beau papier , avec des cadres de format
petit in 18 , à la tête duquel ſera le
portrait de Saint- Augustin , ſupérieurement
gravé par M. de Saint-Aubin , Graveur
du Roi , d'après le deſſin de M.
Monnet,
Maroquin , filets • • 6 liv.
Veau doré fur tranche , filets , 5
En feuilles 4
Les perſonnes qui deſireront avoir le
portrait de Saint-Augustin à part, le payeront
I liv.
:
ACADÉMIE FRANÇOISE.
M. DE LA HARPE ayant été élu par
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe , à la
place de M. Colardeau , y vint prendre
ſéance le Jeudi 20 Juin 1776. Jamais
Aſſemblée ne fut plus nombreuſe ni plus
brillante. On étoit empreſſé d'entendre
l'homme de Lettres , tant de fois couronne
lorſqu'il célébroit de grands talents ,
exprimer lui-même les ſentimens de fon
coeur , élever ſa voix qu'il a conſacrée à
JUILLET. I. Vol. 1776. 179
1
la gloire , & juſtifier enfin le choix de
l'Académie. M. de la Harpe a fatisfait aux
eſpérances du Public; il a rempli les voeux
de toutes les ames honnêtes , & répondu
à l'idée qu'il avoit donnée de fon éloquence
, par le beau diſcours où il s'acquitte
avec tant de nobleſſe des hommages
de fa reconnoiſſance , où il rend une
juſtice folemnelle aux talens qu'il admire ,
où il répand avec un tendre intérêt des
fleurs fur la tombe des deux Académiciens
ſes précédeſſeurs ; où il trace , avec
autant d'énergie que de vérité, le caractere&
les devoirs de l'homme de Lettres.-
Nous ne rapportons que quelques morceaux
de ce diſcours , qu'il faudroit citer
tout entier.
Voici ſon début :
„ Le talent qui diftingue les hommes ,
„ le génie qui s'éleve au-deſſus du talent ,
la vertu enfin ſi ſupérieure à l'un &
,, à l'autre , ſe réuniſſant dans un même
,, Sanctuaire , à la voix de la gloire qui
,, les couronne , & fous les aufpices de
,, la Patrie qui les appelle ; l'amitié ,
,, faite pour leur imprimer un plus tou-
2
و و
chant caractere , reſſerrant encore les
,, noeuds de cette union ſi honorable ;
,, telle étoit depuis long-temps l'idée que
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
,,je me formois de cette Aſſemblée , &
ود ce témoignage que j'aime à vous ren-
,, dre , vous ne le devez , j'oſe le dire ,
ود
ود
ni aux excuſables illuſions de la recon-
,, noiſſance , ni au plaiſir ſi légitime& fi
„ pur , qu'a dû faire naître enmoi la réu-
,, nion de vos ſuffrages. Entraîné de
bonne heure vers les arts de l'eſprit &
,, de l'imagination , par ce goût irréſiſti-
,, ble qui commande tous les ſacrifices , en-
,, flammé de cet amour des talems , qui ne
,, peut exiſter ſans quelque enthouſiaſme ,
,, j'ai fait connoître aſſez les ſentimens
,, qui m'animoient. Mes premiers regards
"
ſe font tournés vers cette claſſe d'Hom-
,, mes choiſis , qui me donnoit une idée
,, plus noble de mon état & de mes tra-
,, vaux , vers ceux chez qui j'ai cru voir
,, la dignité des Lettres conſervée comme
,, un dépôt dont-ils font reſponſables à la
,Nation ,& qui fait partie de leur propre
,, gloire. J'ai regardé comme le but de
mes efforts , cette adoption qui en dévient
aujourd'hui la récompenſe.
ود
"
Tel eſt le tableau qu'il fait d'un homme
de Lettres .
و و
C'eſt celui dont la profeſſion princi-
,, pale eſt de cultiver ſa raiſon , pour
,, ajouter à celle des autres. C'eſt dans
JUILLET. I. Vol. 1776. 181
,, ce genre d'ambition , qui lui eſt parti .
„ culier , qu'il concentre toute l'activité ,
,, tout l'intérêt que les autres hommes
,, diſperſent ſur les différens objets qui
„ les entraînent tour-à-tour. Jaloux d'étendre
& de multiplier ſes idées , il re-
,, monte dans les ſiecles , & s'avance au
,, travers les monumens épars de l'Anti-
,, quité , pour y recueillir , ſur des traces
,, ſouvent preſque effacées , l'ame & la
,, pensée des Grands Hommes de tous
"
" les âges. Il converſe avec eux dans leur
,, langue , dont il ſe ſert pour enrichir la
fienne. Il parcourt le domaine de la
,, Littérature étrangere , dont il rapporte
des dépouilles honorables au treſor de
,, la Littérature nationale. Doué de ces
,,organes heureux , qui font aimer avec
,, paffion le beau & le vrai en tout genre,
"
ود il laiſſe les eſprits étroits & prévenus
, s'efforcer en vain de plier à une même
22
"
دو
meſure tous les talens & tous les carac-
,, teres , & il jouit de la variété féconde
& fublime de la nature , dans les différens
moyens qu'elle a donnés à fes
favoris pour charmer les hommes , les
éclairer & les ſervir. C'eſt pour lui furtout
que rien n'eſt perdu de ce qui s'eſt
fait de bon & de louable ; c'eſt pourune
ود
ود
ود
ود
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
,, oreille telle que la ſienne que Virgile
,,a mis tant de charmes dans l'harmonie
ودde ſes vers; c'eſt pour un Juge auffi
ور ſenſible , que Racine répandit un jour
,, ſi doux dans les replis des ames ten-
,, dres , que Tacite jeta des lueurs affreu-
,, ſes dans les profondeurs de l'ame des
„ tyrans ; c'eſt à lui que s'adreſſoit Mon-
,, tesquieu , quand il plaidoit pour l'hu-
,,manité , Fénélon quand il embelliſſoit
,, la vertu. Pour lui toute vérité eſt une
,, conquête, tout chef-d'oeuvre eſt une
„jouiffance. Accoutumé à puiſer égale-
„ment dans ſes réflexions & dans celles
,,d'autrui, il ne ſera ni ſeul dans la re-
,, traite , ni étranger dans la ſociété,
ود Enfin, quel que foit le travail auquel il
,, s'applique , ſoit qu'il marche à pas me-
,, ſurés dans le monde intellectuel des
,, ſpéculations mathématiques , ou qu'il
,, s'égare dans le monde enchanté de la
„ poéſie , foit qu'il attendriſſe les hom.
„ mes ſur la ſcene , ou qu'il les inſtruiſe
,, dans l'hiſtoire, en portant ſes tributs
„ au Temple des Arts , il ne cherchera
,, point à renverſer ſes Concurrens dans ſa
„ route , ni à déshonorer leurs offrandes
,,pour relever le prix de la ſienne ; il ne
détournera pas des triomphes d'au
JUILLET. I. Vol. 1776. 183
trui fon oeil conſterné; les cris de la
,, renommée ne feront pas pour ſon ame
,, un bruit importun ; & au lieu que la
,, médiocrité , inquiete &jalouſe , gémit
,, de tous les ſuccès, parce que le champ
,, du génie ſe rétrecit fans ceſſe à ſes foi-
" bles yeux , le véritable Homme de
,, Lettres , le parcourant d'un regard plus
, vaſte & plus sûr , y verra toujours&
,, un monument à élever , & une place à
obtenir.
وو
M. de la Harpe confidere enſuite
l'homme de Lettres dans la retraite ou
dans le monde. On a beaucoup applaudi
à la vérité & à la vivacité des traits avec
leſquels il le repréſente ſous ce double
aſpect.
L'Orateur finit par ces hommages aus-
A juſtes que bien exprimés.,,Je ne crains
, pas que mes louanges ne paroiſſent
,, qu'une vaine cerémonie d'uſage , ni mê
,, me un ſimple tribut de reconnoiſſance
,, pour les bienfaits que notre jeune Sou-
,, verain a daigné répandre fur moi. Quel
„ Citoyen , quel Patriote ne partageroit
,, pas mes ſentimens ? Quel ſpectacle plus
,, intéreſſant que la Royauté & la jeu-
,, neſſe , que la vertu ſur le trône , aſſiſe
, à côte des grâces ? Je ne m'étendrai
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
,, point ſur tout ce que doit déjà la France
,, à un Prince de cet âge , qui n'a parlé
"
ود
aux Peuples que pour leur aſſurer des
,, ſoulagemens & des eſpérances , aux
Courtiſans que pour leur donner des
„ leçons. Je ne m'arrête que fur un ſeul
,, point , qui ſans doute ne vous aura pas
„ échappé: c'eſt que ſous le Regne de
ود
ود
ود
ود
"
و د
Louis XVI l'autorité a pris un ca-
,, ractere qu'elle n'avoit pas encore eu ,
celui de la perfuafion; heureux augure ,
s'il eſt vrai que le pouvoir ne conſente
à perfuader que lorſqu'il eſt sûr de convaincre
! Ce grand caractere ſe retrouve
,, aujourd'hui dans tous les Actes de l'Adminiſtration
. Par-tout on y remarque
,, ce langage d'une raiſon ſupérieure , qui
,, établit le bonheur des Peuples fur des
,, principes durables & fur la baſe de la
,. législation. Dans la bouche d'un Sou-
,, verain, ce ton de bonté ſi aimable , eſt
,, un exemple fait pour influer ſur tous les
,, états , & que les meilleurs eſprits s'em-
„preſſent de ſuivre. Me fera-t-il permis
ود d'obſerver que ,dans le même-temps , un
,, grand-Prélat , aſſis parmi vous , qui ho
„ nore le premier Siege de France par
,, la ſupériorité de ſes talens & de ſes
lumieres , dans un Ecrit vraiment Apos
JUILLET. I. Vol. 1776. 185
,, tolique , fait pour ramener les eſprits
,, rebelles à la foi , ne leur a parlé qu'avec
,, cette éloquence affectueuſe&perſuaſive,
و د
avec cette tendreſſe paternelle , digne
,, du Miniſtre d'une Religion bienfaiſante ,
,, digne du Dieu de l'Evangile ? Oh ! puis-
ود
ود
ſent s'étendre par-tout ces principes de
douceur & d'indulgence , & que le Re-
,, gne de Louis XVI ſoit le Regne de
l'humanité ! Qu'au milieu des orages
,, de l'Europe , qui ébranlent les deux
,, hémiſphéres , la paix ſoit le glorieux
,, partage de cette Monarchie , qui doit
ود
و د
être toujours aſſez puiſſante, affez res-
,, pectée pour ne ſe mouvoir qu'à ſon gré !
,,C'eſt dans ce calme favorable que ſe
ود maintiendra l'honneur des Beaux Arts ,
,, ornemens de la proſpérité. La France
,, ne perdra point cette eſpece de domination
ſi glorieuſe qu'elle a obtenue ſur
و د
ود les Peuples éclairés. La lumiere des
,, vrais talens , ne s'éteindra point dans
,, les ténebres du mauvais goût. Si d'un
52 côté l'on s'efforce de les épaiſſir , vous
,, combattez de l'autre pour les diffiper.
,, L'aſtre , qui a long-temps éclairé les
,, Arts , ſe ſoutient ſur le penchant de fa
,, courſe , & brille encore à fon déclin.
Il ſurvit à foixante ans de travaux ce
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
„ Vieillard célebre , le prodige du fiecle
,, qui l'a vu naître , & le déſeſpoir des
,,âges ſuivans , qui ne le verront point
„ égaler. Ce n'eſt point ici dans doute ,
,, ce n'eſt pas dans ce Lycée , fait pour
,, atteſter les richeſſes de la nature , que
,, j'oſerai douter de ſon inépuiſable fé-
,, condité. Mais peut - être ne lui eſt - il
,, pas donné de produire deux fois cet
,, aſſemblage de tous les dons de l'eſprit ,
,,&, ce qui n'eſt pas moins rare , l'acti-
,, vité néceſſaire pour les mettre tous en
,, valeur. Peut- être auſſi doit - elle être
,, unique en tout genre , cette finguliere
„ deſtinée , qui , prolongeant au-delà des
,, bornes ordinaires des jours ſi laborieux
&fi remplis , amené ce Grand Homme
,, ſur les débris de quatre générations en-
"
" ſévelies , juſqu'à ce Trône élevé par
„ l'Opinion toute puiſſante ,d'où il exerce
„ fur tous les Peuples policés la Dicta-
,, ture du Génie? Il ne lui manque que
„d'entendre vos acclamations. Quel mo.
„ ment , Meffieurs , fi nous pouvions le
„ voir, à la fin de ſa carriere, jouir à la
,, fois de ſa gloire & de ſa Patrie! s'il
„ pouvoit , fur ce Théâtre qu'il a tant de
„ fois embelli de ſes chef-d'oeuvres , s'a-
„ vancer courbé ſous l'amas de ſes cou
JUILLET. I. Vol. 1776. 187
ور ronnes , répondre par des larmes de
,joie aux cris de la France afſſemblée ,
,,& plus heureux que Sophocle , ſurvi-
,, vre encore à ſon triomphe ! "
M. Marmontel , Chancelier de l'Académie
Françoiſe , a répondu au Difcours
de M. de la Harpe. Ses éloges de M. le
Duc de Saint - Aignan & de M. Colardeau
, font honneur à cet Académicien.
,, L'heureuſe deſtinée du Duc de Saint-
„Aignan voulut encore que fon enfance
, répondit à celle du Duc de Bourgogne.
Souvent admis à ſes études (bonheur
,, que tous les Rois du monde auroient
,, ſouhaité à leurs enfans ) , il alloit pren-
" dre avec lui les leçons de ce Génie
„bienfaiſant , que vous avez , Monfieur,
,, dignement célébré , de ce Genie à qui
,le Ciel avoit ſi éminemment accordé le
,, don de rendre la vérité intéreſſante , la
ſageſſe aimable , & la vertu facile.
ود
,, Eſt-ce dans cette ſource que le Duc
de Saint Aignan avoit puiſé ſes lumie-
و, res & fes principes ? Est-ce de l'ame
,, de Fénélon qu'avoit découlé dans ſon
,, ame cette piété tendre , cette égalité
,, douce, cette aimable ſérénité , cette
,, modeſtie indulgente qui compoſoient
,, ſon caractere ; Etoit - ce à Fénélon que
188 MERCURE DE FRANCE.
ود
2, l'on devoit enfin un Politique ſans ar.
„ tifice, un Grand ſans faſte & fans or-
,, gueil , un Homme de Cour fans intri-
,, gue, un Homme du monde ſi doux &
d'un commerce ſi facile , que ſa bonté
faifoit preſque oublier l'austérité de ſa
vertu ? Quoi qu'il en ſoit , M. le Duc
de Saint-Aignan a mérité qu'on l'ait pu
,, croire le Diſciple de Fénélon ; & cette
,,opinion fait son plus grand éloge.
ود
ود
"
و د
,, Mais l'ineſtimable avantage qu'il eut
fur Fénélon lui -même, fut de n'avoir
„ point d'ennemis. Soit à la Cour, où il
"s'étoit fait un port à l'abri des orages ,
„ auprès de cette Reine auguſte dont
"
و د
22
د ر
2"
l'eſtime lui tenoit lieu de la plus brile
„ lante faveur , ſoit dans le monde que
,fes moeurs accuſoient , mais que fa
modeſtie & fa candeur aimable , confoloient
de cette cenfure , jamais il n'a
connu de la proſpérité ni les dégoûts ,
ni l'amertume ; & dans ſon rang , il
eſt peut - être le ſeul homme de tout
" un fiecle , qui , conſtamment heureux ,
fans trouble & impunément vertueux ,
n'ait pas même irrité l'envie. Ce n'eſt
donc pas lui qu'il faut plaindre, Monſieur:
il a rempli ſa deſtinée ; & la nature
a été pour lui auſſi indulgente que
و د
و د
و د
29
"
”
JUILLET. I. Vol. 1776. 189
, pouvoit le permettre l'inévitable néces-
,, ſité de ſes Loix."
On a été attendri juſqu'aux larmes à ce
tableau touchant de l'Homme de Lettres
mourant , lorſqu'il étoit prés de recueillir
la récompenſe de ſes travaux.
" Mais qu'un jeune Homme ( M. Co
,, lardeau ) à qui le ciel n'avoit donné que
,, des talens ; que dis je ? à qui le Ciel
,, avoit vendu ſi cher ces talens de l'es-
,, prit , ces facultés de l'ame , cette or
,, ganiſation délicate , à laquelle il devoit
,, peut- être & la vivacité brillante de fon
,, imagination , & la fineſſe exquiſe de
,, fon goût, & cette ſenſibilité , qui , de
,, fon coeur facile & tendre , ſe repandoit
" avec tant de charmes dans ſes écrits ;
,, que ce jeune Homme à qui les Lettres
; tenoient lieu de tous les biens , même
رو de la ſanté, qui ſuſpendoit ſes dou-
,, leurs comme Orphée , digne d'en
,, rappeller l'exemple par la douceur de
,, ſes accens ; qui n'avoit d'autre conſo-
„lation dans ſes maux , d'autre ambition ,
,, d'autre eſpérance , vous le ſavez , Mes-
,, ſieurs , que de s'aſſurer du fuffrage de
,, la Poſtérité en méritant le vôtre ; qui
,,demandoit comme la récompenſe de
,, ſes veilles ſi douloureuſes , l'honneur
190 MERCURE DE FRANCE.
" d'être aſſis parmi vous; qui tournoit
ſes regards mourans vers cette place
,, qui l'attendoit , & dont vous l'aviez
„ jugé digne ; que cet infortuné jeune
Homme vienne expirer , en vous ten-
,dant les bras , ſur le feuil de ce Sanc-
„ tuaire , ſans que l'impitoyable mort
ود
ود lui permette d'y pénétrer, c'eſt un
,,malheur d'autant plus cruel qu'il étoit
,, encore fans exemple."
M. de la Harpe a lu dans cette même
ſéance, une Imitation en vers du ſeptieme
Livre de la Pharſale de Lucain , qu'il
a beaucoup abrégé , & qu'il a beaucoup
embélli. Le mérite de cette traduction a
été vivement ſenti , & applaudi avec
tranſport.
M. d'Alembert , Secrétaire perpétuel
de l'Academie , a fini la ſéance par la lecture
de l'Eloge de M. de Sacy , Traducteur
des Lettres de Pline , On a entendu
avec le plus grand atendriſſement la
peinture qu'il a faite de la douleur &
de l'abandon de cet Académicien , à
la mort de la Marquiſe Lambert , fon
amie , dont l'union reſpectable lui étoit
devenue délicieuſe & néceſſaire par le
même rapport des vertus , des goûts &
des fentimens. On a été d'autant plus
JUILLET. I. Vol. 1776. 19F
touché de ce tableau intéreſſant , qu'il
-étoit facile de voir que la ſenſibilité du
Panégyriſte venoit d'en ſaiſir les circonstances
, & exprimer ſa douleur par celle
de l'Académicien qu'il célébroit.
SPECTACLES.
OPERA.
دوش
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner alternativement des <
repréſentations d'Alceste , Tragédie-Opéra
en trois actes , & de l'Union de l'Amour
& des Arts , Ballet héroïque en trois entrées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Itya Ly a eu de nouveau à la Comédie Françoiſe
pluſieurs débuts.
M. DORIVAL a débuté , le ſamedi 8
Juin , par le rôle de Polieutte ; il a joué le
lendemain le Misantrope , le Procureur ar192
MERCURE DE FRANCE .
bitre ; & les jours ſuivans , pluſieurs rô
les dans la Tragédie & dans le haut comique.
Cet Acteur a beaucoup d'acquit
du Théâtre ; il joue avec feu & avec intelligence.
M. VALVILTE a débuté , le 17 de Juin ,
par le rôle du Commandeur dans le Pere
de Famille. On a trouvé de la facilité
dans ſon organe , beaucoup de naturel
dans ſon jeu , & un grand uſage du
Théâtre. Il falloit ſans doute des talens
marqués pour mériter , dans un rôle dont
le perſonnage eſt ſi odieux , tous les
applaudiſſemens avec lesquels le Public
l'a accueilli . Il a continué ſes débuts ,
avec un égal ſuccès , dans les rôles d'Orgon
du Tartuffe , de Forlis dans lesDehors
Trompeurs , du Grondeur , &c. Il les a
rendus tous avec la plus grande vérité. Il
paroît également fait pour jouer les rôles
a manteau , les Financiers & les Payſans.
On eſpere que la Scene Françoiſe ſe fera
un jour honneur des talens de cet Acteur.
COMÉDIE
JUILLET. I. Vol. 1776. 193
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comediens Italiens ont donné le
Mercredi 12 Juin, la premiere repréſentation
des Mariages Samnites , Drame
lyrique en trois actes , en vers , paroles
de M. de Rozoi , muſique de M. Gretry.
La ſeconde repréſentation a été différée
juſqu'au Samedi 29 , à cauſe de l'indiſpoſition
du principal Acteur , dont le
rôle a été changé.
Parmenon & Agathis , deux jeunes
Samnites unis par la plus tendre amitié ,
ſe félicitent de pouvoir aller venger leur
patrie , de ſignaler leur courage contre
les Romains , & de mériter enfin , par
quelques actions éclatantes , de choiſir
la Beauté qui les a charmés ; mais ils
craignent en même temps d'être rivaux,
& d'aimer l'un & l'autre , l'objet que
l'amour leur repréſente comme le plus
digne de faire leur bonheur. La loi
défend de ſe communiquer leur ſecret ;
loi ſacrée qu'ils n'ofent enfreindre. Ils
peuvent ſeulement découvrir leurs fentimens
aux auteurs de leurs jours. Agathis
a du moins la douceur de déclarer
à Eumene ſon pere , les feux de fon
:
1
N
194 MERCURE DE FRANCE.
coeur, & de l'entendre les applaudir. La
belle Céphalide rend pareillement Euphémie
la confidente de ſes amours ;
mais Parménon , privé de ſes parens , ainſi
qu'Eliane , n'a point cette confolation.
Cependant ils célebrent , ſans le nom.
mer , l'objet de leur inclination. Les
filles Samnites , toutes ambitieuſes de
plaire , s'aſſemblent ; les guerriers font
ſecrétement leur choix , & le feu de leur
courage s'animant par celui de leur pasfion
, ils volent au combat. Les Samnites
adreſſent leur priere à l'Amour. Céphalide
, Amante ſoumiſe , attend paiſiblement
que la gloire lui ramene fon
Amant. Eliane , plus impatiente & plus
fiere , s'indigne au contraire d'une loi
trop ſévere , qui lui impoſe le filence &
l'obéiſſance. Elle fait éclater ſon dépit;
elle condamne la tyrannie exercée contre
ſon ſexe , & elle prétend aux mêmes
avantages que les braves défenſeurs de
la patrie. Tant d'audace la fait condam
ner par ſes compagnes ; on la prive de
l'honneur de mériter un choix , & d'être
préſente à l'aſſemblée des filles Samnites ,
lorſque les guerriers reviendront vainqueurs.
Elle projette dès lors de réparer
fa gloire par quelque action brillante. La
tendre Céphalide pleure ſon amie &
2
JUILLET , I. Vol. 1776. 195
1
n'eſpere plus de bonheur , ſi elle ne
peut voir fon amie heureuſe. Eumene
qui , malgré ſon grand age , a voulu
fuivre fon fils au combat, a été renverſé ;
& près de périr , il eſt enlevé par Agathis
& entraîné loin du danger. Il déplore
alors le deſtin de ſon fils , qui a préféré
à la gloire de ſe fignaler contre l'ennemi ,
le devoir de ſauver les jours d'un vieillard.
Agathis ſent toute la grandeur de
fon facrifice ; mais la tendreſſe filiale le
conſole même de fon amour. Cependant
un parti des Samnites , repouſſés par les
Romains , eſt en fuite; Agathis les voit ,
les rallie & les ramene au combat , laisfant
fon pere aux ſoins d'Euphémie. Eumene
fait des voeux pour ſon fils. Enfin
les Samnites reviennent triomphans. On
proclame les vainqueurs qui ſe ſont le
plus diftingués. Un des guerriers s'eſt
élancé devant le fer qui alloit frapper le
Général des Samnites; il l'a ſauvé , en
oppoſant fon corps au fer ennemi ; ce
guerrier eſt inconnu . Un autre , pour ſe
venger de l'offenſe d'un Samnite , l'a
défié d'enlever le drapeau du Général
Romain. Il a ſauvé lui même le Samnite
qui l'avoit inſulté , le voyant ſous le glaive ;
îl a en même temps remporté l'étendart :
ce guerrier eſt Parmenon. Un troiſieme ,
(
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
qui attiroit tous les regards par ſes exploits,
a tout-à-coup abandonné les intérêts
de la patrie; oui , répond Eumene ,
s'il a quitté le champ de bataille & la
gloire, c'eſt pour conferver les jours d'un
pere malheureux quialloit périr ; mais mon
fils a réparé ſa faute , ſi c'en eſt une d'être
ſenſible ; il a rendu le courage à des
foldats effrayés , il les a ramenés en
préſence des Romains , & il a décidé la
victoire par ſon commandement & par
ſa valeur : on proclame Agathis. Ces
deux amis ont l'un & l'autre le droit de
choiſir la Beauté qui les a charmés ;mais ils
craignent d'être rivaux; & ſi leur choix
eſt le même , l'Amour doit faire leur malheur.
On leur permet alors de ſortir de
l'enceinte , & de ſe faire en particulier
la confidence de leurs feux. Ce moment
fatal cauſe la plus grande inquiétude &
le plus vif intérêt. Les deux amis appréhendent
de nommer chacun l'objet qu'il
aime. Le nom d'Eliane échappe à Parménon
; fon ami lui dit avec tranſport,
ce n'eſt donc point Céphalide qui fait
l'objet de tes voeux. Ils ne peuvent contenir
leur joie: ils déclarent leur choix ,
& les Chefs le confirment. Mais Eliane
eft abſente : on ignore ſa deſtinée. Cepha. |
lide ne veut pas confentir d'être unie à
JUILLET. I. Vol. 1776. 197
ſon Amant , ſi ſon amie n'eſt pas heureuſe
comme elle. Les deux amis partagent
le même ſentiment. Alors Eliane
paroît en guerrier , & l'on reconnoît à
fon armure le Héros qui a ſauvé le Général
de l'armée. Ce trait de courage
efface ſa faute ; la Patrie comble ces
Amans de gloire , & l'amour & l'amitié
font leur bonheur. Agathis & Parmé-
- non ,& tout le choeur avec eux , chantent :
1
:
تا
Objet ſacré de notre hommage ,
Sexe trop cher , regnez fur nous :
Nos arts , nos loix font votre ouvrage ,
Talens , vertus , tout naît par vous.
Du monde entier formez la chaîne ;
C'eſt commander que vous fervir ;
Quand on a la beauté pour reine ,
Tout eft devoir , tout eſt plaiſir.
Ce ſimple expoſe ſuffit pour donner
l'idée d'un ſpectacle intéreſſant &varié.
La gloire & l'amour animent les ſentimens
des Samnites ; ce qu'ils diſent &
ce
fr
qu'il font , font des lecons de générofité
& de vertu. On deſireroit uneaction
dont l'intérêt fût moins diviſé; cependant
l'unité , ſi eſſentielle dans une
Piece de Théâtre déclamée , eſt peut-
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
être moins favorable à la muſique qu'une
action variée , qui préſente différens tableaux
, avec beaucoup de mouvement
&d'oppoſitions. Le ſujet eſt imité d'un
conte de M. de Marmontel; mais le
Poëte a inventé le caractere d'Eliane ,
dont le noble orgueil , la fierté , le courage
contraſtent heureuſement avec les
moeurs douces & tendres de Céphalide.
La ſcene du pere ſauvé par ſon fils , celle
des Samnites ramenés au combat , celle
de la proclamation des vainqueurs qui
ont le plus mérité de la patrie, l'incertitude
du fort d'Agathis , le combat de
générofité des deux amis , la confidence
qu'ils craignent tant de ſe faire du ſecret
de leur coeur, le retour d'Eliane en guerrier
, toutes ces ſituations font trèsintéreſſantes
; ajoutez à cela une muſique
qui anime tout , qui embellit tout , qui
prend toutes les formes de la paffion ,
du ſentiment , des caracteres , qui a toujours
l'expreſſion propre , qui eſt toujours
pittoreſque , éloquente & ſenſible ; dont
les chants ſont ſi variés , ſi neufs , ſi brillans
, ſi intéreſſans , & ce ſpectacle paroſtra
digne de ſon ſuccès. M. Grétry
n'a jamais porté ſi haut l'art de la compofition
muſicale que dans cette nouvelle
JUILLET. I. Vol. 1776. 199
Piece , qui atteſte la richeſſe inépuifable
de fon génie. Nous nous contenterons
de citer l'air à la fois tendre & martial
chanté par Agathis , Quand mon
coeur vole à la victoire , &c. Le quatuor ,
où les à parté ſont ſi heureuſementménagés
& les chants ſi délicieux , entre Agathis
& fon pere , entre Céphalide & fa
mere; le choeur des Guerriers qui vont
au combat , la marche militaire , celle des
filles Samnites , dont le chant eſt ſi naïf.
ſi délicat : le récitatif obligé & l'air
d'Eliane , muſique de la plus grande énergie
& de l'effet le plus impoſant ; le duo
enchanteur entre Eliane & Céphalide ,
le chant paſſionné entre Eliane & le
choeur des filles Samnites , le magnifique
duo des deux amis , les beaux airs de
Céphalide , les couplets des filles Samni-
- tes & ceux de la fin.
Les principaux rôles de cette Piece ont
- été parfaitement joués & chantés par M.
Julien , dont on connoît le goût & le
talent ; par M. Michu , bon acteur &
agréable chanteur ; par M. Narbonne
excellent muſicien ; par M. Meunier ,
plein de feu & d'intelligence. Madame
Trial intéreſſe infiniment par la beauté
de fon organe , par la délicateſſe de ſon
N4
200 MERCURE DE FRANCE.
goût , par la juſte & brillante expreſſion
de fon chant; Mademoiselle Colombe
étonne , enchante par la nobleſſe de ſon
jeu , par l'étendue de ſa voix , par le
grand caractere de fon chant. Tant d'avantages
réunis font les plus fûrs garants
d'un plaiſir durable pour les Amateurs qui
ſont ſenſibles & fans prévention.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Collection de Deſſins Italiens, Flamands ,
Hollandois & François , ainsi que de
pluſieurs Tableaux , Estampes , Volumes
d'antiquité , &c.
CETTE ETTE collection , dont la vente eſt
annoncée pour le 8 du préſent mois de
Juillet , eſt particulierement riche en
deffins Flamands & Hollandois. Le desfins
de Berghem , Oftade , Rembrant ,
Ruyſdaal , Potter , K. du Jardin , Van
1
JUILLET. I. Vol. 1776. 201
Velde , Van-Huyſum, Moucheron , Layreſſe
, &c. y font en grand nombre.
Pluſieurs de ces deſſins ſont très-capitaux
& préférables , peut être , à pluſieurs tableaux
de ces mêmes Maîtres , par leur
rareté , leur conſervation , & la touche
tout à fait ſpirituelle avec laquelle ils
ſont exécutés. L'Amateur Hollandois ,
✓ M. Neyman, qui a formé cette collection
, en a fait dreſſer le catalogue par
F. Baſan , Graveur & Marchandd'eſtampes
, demeurant à Paris , rue & Hôtel
Serpente. On le diſtribue chez lui , &
chez Prault , Imprimeur Libraire , qual
de Gêvres ; prix 3 1. 12 f.
Ce catalogue curieux , de format
in - 8°. eſt orné d'un frontiſpice du deſſin
de M. Choffard , & enrichi de quatorze
eſtampes gravées à l'eau forte , d'une
pointe fine & légere , par M. Wiesbrood
& autres Artiſtes , d'après les principaux
deſſins de la collection.
11.
La joyeuse Bacchante , eſtampe de
forme ovale , ayant 6 pouces de haut fur
4 de large , gravée par Guttinberg ,
d'après la gouache peinte par Madame
N5
202 MERCURE DE FRANCE .
le Sueur. Cette petite eſtampe eſt gravée,
avec beaucoup de ſoin , par un jeune
homme dont le talent n'eſt pas encore
connu , & qui donnera inceſſamment le
pendant , dont le ſujet, très agréable ,
fera exécuté avec la même attention.
Elle ſe trouve chez Iſabey , Marchand
d'eſtampes , rue de Gêvres ; prix 12 f.
III.
Les Poules aux Guinées, de 8 pouces
environ de hauteur ſur 6 de longueur ;
eftampe allégorique , inventée , deffinée
& gravée avec beaucoup de talent
par F. Godefroi; prix 24 f. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Francs- Bourgeois
Saint Michel , vis - à - vis la rue de
Vaugirard.
Le ſujet eſt tiré de la fablede la Poule
mux oeufs d'or de la Fontaine :
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Un homme armé , tenant d'une main le
ſymbole d'un gouvernement , déſigné par
trois léopards , pourſuit des Poules , qui
abandonnent le nid où elles pondoient
parmi les roſeaux , & s'envolent vers des
JUILLET. I. Vol. 1776. 203
fortifications . On voit au loin le tonnerre
fillonner des nuées orageuſes.
I V.
Hommage des Arts, eſtampe de treize
pouces de hauteur ſur neuf & demi de
largeur , deffinée par Ch. N. Cochin , de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
, gravée par B. L. Prevoſt , de l'Académie
Impériale & Royale de Vienne.
La compoſition en eſt ingénieuſe , & la
gravure d'un effet pittoreſque. Le médaillon
de la Reine y eſt repréſenté avec
les Arts qui l'environnent & lui font
hommage. Cette eſtampe ſert de frontispice
à un recueil de muſique préſenté à
Sa Majefté par le ſieur Botti , de la Chapelle
du Roi. On trouve l'eſtampe chez
M. Prevoſt , rue St Jacques , porte Saint
Jacques ; prix 4 liv.
V.
Portrait de Clement XIV. Ganganelli ,
né en 1705 , Religieux Mineur Conventuel
en 1723 , Cardinal en 1759 , Pape
en 1769, mort en 1774. Ce Portrait eſt
très - reſſemblant & bien gravé , par M.
1
204 MERCURE DE FRANCE.
Bradel , d'après le tableau original apporté
de Rome: il eſt de format in - 12,
& peut être placé au devant des Lettres
de ce Pontife. Prix I liv. 4 f. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Septvoies , au
College de Forter , prés Ste -Genevieve.
Les perſonnes de Province recevront ce
portrait par la poſte , franc de port , ſur
leur demande, en affranchiſſant leur lettre&
l'argent,
V I.
Les Amans Curieux , Eſtampe de 19
pouces de longueur fur 16 & demi de
largeur , gravée avec beaucoup de ſoin &
de talent , d'après M. Aubry , par M. Levaſſeur
, pour ſervir de pendant à l'Amour
Paternel. Prix 6.liv.
VII.
L'Heureuſe Union , Eſtampe de 17
pouces de hauteur , fur 12 de largeur :
gravée par Boſſe , d'apres le deſſin de
Frendenberg , d'une compoſition agréable
, & d'une exécution pittoreſque. On
la trouve chez M. Moreau , Deſſinateur
du Roi , cour du Palais. Prix 3 1.
JUILLET. I. Vol. 1776. 205
VIII.
Portrait en Médaillon de Francois de
la Peyronie , premier Chirurgien du Roi
Louis XV , gravé par pruneau. A Paris ,
chez l'Auteur , porte S. Jacques , Maiſon
de Mde. Augier , Apothicaire , & aux
adreſſes ordinaires. Prix 1 liv. 4 f.
ء1
1 X.
Les Citrons de Favotte , Eſtampe de
14 pouces de hauteur & 16de largeur ,
gravée d'une maniere large , & d'un bon
effet , d'après le tableau de M. Jeaurat ,
par M. Levaſſeur. Pris 2 liv .
MUSIQUE.
I.
SIX
DIX DUO pour un alto & un violon ,
compoſés par M. Prot , OEuvre 1. Prix
7 liv. 4 f. A Paris , chez M. de la Chévardiere
Editeur, rue du Roule , à la
206 MERCURE DE FRANCE.
Croix - d'or. A Lyon chez M. Caſtaud;
& en Province , chez tous les Marchands
deMuſique.
I I.
L'Amant malheureux ; Ariette à quatre
parties obligées : deux violons , alto
& baſſe , par M. Prot , dédié à Mile
F. L. 1 liv. 16 f. A paris , chez l'Auteur ,
rue Cadet , Fauxbourg Montmartre , la
ſeconde porte - cochere à droite. Et chez
Mlle Girard , rue du Roule , à la Nouveauté.
III.
Premier Concerto à flûte traverſiere ,
premier & ſecond violon , alto & baſſe ,
arrangée ſur des morceaux connus ; dédié
aux Amateurs ; par M. Amé , Maître de
flûte. Prix 3 liv. 12 f. AParis , chez Bignon
, place du vieux. Louvre , & aux
adreſſes de Muſique.
I V.
SOUSCRIPTION.
Si la Muſique d'abord conſacrée à ajouJUILLET.
I. Vol. 1776. 207
ter de la grandeur & de la folemnité aux
cérémonies tant religieuſes que profanes ,
eſt enſuite entrée dans les ſyſtèmes d'éducation,
il faut convenir que c'eſt à
cette double fin qu'elle doit ſes progrès.
Les différens caracteres donnés à cet
- Art agréable , fait pour maîtriſer l'ame
en charmant les ſens , ont été variés fuivant
les circonstances , ou réglés par l'uſage
auquel il étoit deſtiné. De- là la
multitude d'OEuvres publiés par des Maîtres
célebres & accueillis avec emprefſement.
Sans ſe mettre au même rang , mais
non moins jaloux de ſe rendre utile , le
ſieur Benaut , Maître de Clavecin , déja
connu par des Ouvrage propres à l'Orgue
, au Clavecin & au Forté- Piano , offre
les fruits d'un travail qu'il vient d'entreprendre
d'aprés les demandes réitérées
qui lui ont été faites dans ces deux genres.
Il propoſe deux abonnemens , l'un pour
l'Orgue , & l'autre pour le Clavecin & le
Forté-Piano .
Le premier conſiſtera chaque année
en douze cahiers , conformément à la diviſion
ſuivante.
Trois Meſſes , composées chacune de
208 MERCURE DE FRANCE.
cinq verſets pour le Kyrie; huit pour
le Gloria ; grande Sonate ou Chaſſe , avec
Tempo di Minuetto ou Fanfare pour l'Offertoire
; deux Verſets pour le Sanctus ;
Pieces en rondeau mineur &majeur pour
l'Elévation ; Verſet pour le premier
Agnus , & grande Piece pour le troiſieme ,
&d'unplein jeu pour le Deo Gratias.
Le prix ſéparé de ce cahier , ſera de
3 liv. 12 f.
Trois Magnificat de huit Verſets
chacun. Prix ſéparé 2 liv. 8 f. chaque.
Trois Hymnes , de ſix Verſets chacun.
Prix ſéparé, I liv. 16 f. chaque.
Trois Livres de Verſets , compoſés
de douze Verſets ordinaires ou vingtquatre
petit Verſets. Prix ſéparé , 2 liv.
8fols chacun.
Chaque exemplaire contiendra de
plus , des Fugues & autres Pieces de Caracteres
, avec un Avertiſſement pour
l'Exécuteur.
Toutes ces Pieces feront dans toutes
fortes de tons en mineur ou en majeur ,
dans le genre moderne.
Le prix de cetAbonnement eſt de 30
liv. pour la Province , & de 24 liv. pour
Paris , franc de port.
Le ſecond Abonnement pour le Clavecin
JUILLET. I. Vol. 1776. 209
vecin & le Forté-Piano , ſera compoſé
de douze cahiers ſucceſſivement par
mois.
On y trouvera quatre ouvertures avec
accompagnement d'un Violon & Vio-
Joncelle ad libitum. Le prix ſéparé eſt de
3 livres.
Quatre Recueils d'Ariettes choiſies en
Pieces de Clavecin , compoſés de douze
Ariettes chacun , avec accompagnement
d'un Violon en jouant le premier deſſus
à l'uniffon. Prix ſéparé 3 liv. chaque.
Quatre Recueils d'Ariettes choiſies ,
avec accompagnement de deux Violons ,
la Baſſe chiffrée; chaque Recueil compoſé
de fix Ariettes . Prix ſéparé , 1 liv. 16 f.
chaque.
Le prix de l'Abonnement eſt de 30
liv. pour la Province , & de 24 pour Paris
, rendu franc de port.
Ces deux Abonnemens commenceront
au premier octobre 1776 , pour finir à
pareille époque 1777 ; & l'Auteur ſe propoſe
de la coutinuer enſuite.
On s'adreſſera au ſieur Benaut , Maître
de Clavecin , à Paris , rue Gît- le- coeur ,
la feconde porte cochere , à gauche , en
entrant par le quai des Auguſtins: & l'on
eſt prié d'affranchir le port des lettres&
Ο
210 MERCURE DE FRANCE .
A
de l'argent. On pourra s'abonner en tout
temps.
V.
Six Quatuor dialogués pour deux Vio
lons , Alto & Violoncelle , dédiés à M.
Savalette de Lange , par M. Paiſible;
OEuvre troiſieme. Priv 9 liv.
V I.
Quatrieme Recueil d'Ariettes d'Opéra
Comiques , & autres jolis Airs , avec ac
compagnement de guittarre : Menuets
variés , Allemandes & pieces , par M. Vi
dal , Maître de Guitarre : OEuvre neu
vieme. Prix 6 liv.
VII.
Trente - neuvieme Recueil d'Ariettes d'Opéra-
Comiques , & autres , arrangées pour
le forté-piano&le clavecin , par M. Pouteau
, Organiſte de Saint Martin - des
Champs , & Maître de Clavecin. Prix
I liv. 16 fols. Ce Recueil eſt le troiſieme
en la quatrieme année de l'abonnement
par l'année 1776. Ces trois Ouvrages,
mis au jour par M. Bouin , ſe vendent a
JUILLET. I. Vol. 1776. 211
1
Paris chez l'Editeur , Marchand de Muſi
que & de cordes d'inſtrumens , rue
Saint- Honoré , près S. Roch , au Gagne
- petit.
VIII.
☐ Le Danger des Soupçons , duo italien
(paroles françoiſes) , avec accompagne
ment de deux violons , alto & baffe ; à
Paris , au Bureau du Journal de Muſique ,
rue Montmartre , vis à-vis celle des vieux
Auguſtins, Prix 24 f.
Ce Duo , dont on ignore l'Auteur , a
été communiqué aux Auteurs du Journal
de Muſique , par un Amateur auſſi distingué
par ſa naiſſance que par fon goût
pour les Arts. Il paroît être du même
ſtyle que le duo italien des Sermens- de
l'Hymen , qui parut il y a deux ans à la
même adreſſe.
I X.
Le Choix Raisonnable , Romance de
M. d'Arnaud , miſe en Muſique , avec
accompagnement de deux violons &
baſſe , par M. Greſſet , maître de Chant ;
à Paris , à la même adreſſe ci -deſſus.
Prix 24 f.
(
2
212 MERCURE DE FRANCE .
Cette Jolie Romance eſt tirée du Re
cueil des Odes Anacreontiques de M.
d'Arnaud. La muſique eſt agréable &
legere, & a été fort applaudie dans les
Concerts particuliers.
Χ.
Ouverture des deux Avares , arrangée
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement d'un violon & violon
celle , ad libitum, par M. le Baron P. **
Prix 2 liv. 8 f. A Paris, chez le ſieur Benaut
, Maître de Clavecin , rue Gît - lecoeur
, & aux adreſſes ordinaires .
X I.
Dixieme Recueil d'Ariettes choisies
arrangées pour le clavecin ou le fortépiano
, avec accompagnement de deux
violons & la baſſe chiffrée , dédié à Mademoiſelle
Langlé de Schoebeque , par
M. Benaut. prix 1 liv. 16 f.: aux mêmes
adreſſes.
ΧΙΙ.
Pieces d'Orgues. Meſſes & Noëls avec
variations , flamands , françois , italiens ,
JUILLET. 1. Vol. 1776. 213
en re mineur : dédiées à Madame de
Montmorency-Laval , Abbeſſe de Montmartre
, compoſées & arrangées par M.
Benaut , Prix 3 1. 13 f. aux mêmes adreſſes
.
ΧΙΙΙ.
1
Romance nouvelle: la Fidélité de Lucrece.
Prix 18 fols , chez Mlle Girard,
Marchande de muſique, rue du Roule ,
à la Nouveauté.
ARCHITECTURE.
PORTE DE ORTE DE VILLE , compoſée dans le
goût Romain , enrichie d'attributs militaires
, avec deux Fontaines publiques de
chaque côté , dans une portion de cercle ,
faiſant décoration à la-dite porte dans ſon
arriere- corps .
L'original eſt deſſiné à la plume par toutes
lignes verticales &circulaires , ſuivant
le cas , ſans être croiſées : ce qui rend les
objets plus doux , plus naturels , & moins
durs à l'oeil ; exécutée ſur cuivre par l'Au
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE.
teur, dans le même genre que l'original.
La feuille a 14 fur 16 pouces& demi ,
y compris la Dédicace: & chaque exem
plaire ſe vend 3 liv. , chez le ſieur Baudry
, Ingénieur pour la levée des plans ,
rue des Nonáindieres , près celle de la
Mortellerie.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
LE
I.
Industrie.
E ſieur Doucet eſt parvenu à trouver
un remede à tous les inconvéniens qu'en
traîne l'uſage des batteries de Cuiſine ,
de cuivre ou de fer battu , en imaginant,
pour le même uſage , un métal ſain &
peu diſpendieux , avec lequel on n'aura
à craindre ni rouille , ni verd de gris , ni
aucun effet préjudiciable à la ſanté ou au
goût. Sans avoir fubi aucune préparation
dangereuſe , les uſtenſiles de ce métal
factice font plus blancs en dedans qu'en
dehors. Ils n'ont jamais beſoin d'être
JUILLET. I. Vol. 1776. 215
étamés. Il ne faut , pour les tenir propres
, que les écurer ſouvent en dedans &
en dehors , avec du vinaigre & du ſable
fin. Plus on les nétoiera , plus ils ſeront
unis & brillans. Une caſſerolle de ce métal
doit durer douze ou quinze ans , en
ſervant journellement ; pourvu qu'on ne
la laiſſe pas trop long temps ſur le feu
ſans y jeter quelque liquide , & qu'on ne
s'en ſerve pas pour faire des fritures , tant
à l'huile qu'au beurre ; car dans le premier
cas elle caſſeroit , & dans le ſecond elle
entreroit en fuſion.
I I.
Le ſieur Rivey, de Lyon , a inventé
un nouveau métier à tricoter , au moyen
duquel il exécute des étoffes à deſſin & à
fleurs nuées pour habits ou autres uſages.
Ce métier a eu l'approbation des Acadé-
-mies des Sciences de Paris & de Lyon.
- Le ſieur Rivey a même eu l'honneur de
travailler devant Leurs Majeſtés & la Famille
Royale ; & les Princes , pour lui
marquer leur fatisfaction de certe invention
nouvelle , ont fait choix fur les
échantillons qu'il leur a préſentés , de
- quelques étoffes pour ſe faire des habits.
1
04
216 MERCURE DE FRANCE
ΙΙΙ.
Le ſieur Nicolas Duboy , Marchand
& Géometre à Saint - Quentin , en Picardie
, a trouvé une méthode générale
pour diviſer ou partager un quadrilatere
ou figure de quatre côtés inégaux : ſavoir,
en deux , trois ou quatre parties égales
, &c. ou telle ſuperficie que l'on voudra
prendre dans le- dit quadrilatere , par
des lignes droites en longueur ou en largeur
, & dont les côtés oppoſés ſoient
proportionels aux- dites ſuperficies que
l'on voudra prendre; le tout démontré
par les Elémens d'Euclide ; & aucun
Auteur , que l'on fache , n'a pas encore
juſqu'à préſent traité cette partie de Géométrie.
I V.
On débite à Paris , rue Saint- Honoré ,
vis-à-vis l'Oratoire , à la Roſe , un Fumoir
ou Soufflet méchanique , à l'uſage
des Cultivateurs , propre à étouffer dans
les trous les familles entieres de rats ,
mulots , taupes , ſouris , loirs , & généralement
tous les animaux ennemis de
la culture, ainſi que les chenilles aux
JUILLET. I. Vol. 1776. 217
arbres , ſans danger pour les fleurs ni les
fruits . Ce foufflet eſt ſoumis à l'examen
du public par l'expérience journaliere ;
on offre même aux acheteurs incrédules
d'en faire l'expérience devant eux fur un
animal vivant.
V.
Le ſieur Foerſter , Teinturier de Bres
law , en Siléſie , a trouvé le ſecret d'un
rouge de Turquie , compoſé avec des
ingrédiens fournis par le ſol du Pays. Les
Commiſſaires nommés pour en faire
l'épreuve , en ont atteſté la bonté , la
beauté & la ſolidité ; il eſt même plus
fin , plus brillant & plus agréable à l'oeil ,
que le vrai rouge de Turquie.
LA
ANECDOTES.
I.
A liberté Angloiſe a paru , dans toute
-ſa licence , dans la repréſentation du
Négre devenu Blanc , Opéra - Comique ,
joué à Londres au mois de Février
05
218 MERCURE DE FRANCE,
,
dernier , ſur le Théâtre de Drury-
Lane. Cette Piece après avoir été
bien reçue aux deux premieres repréſentations
, avoit été affez mal accueillie à
la troſieme ; les Acteurs furent fifflés &
aſſaillis de toutes parts de pommes &
d'oranges . Au millieu du tumulte , un
Anglais briſa les luftres à coup de bâton ,
ſauta fur le théâtre & déchira les décorations
: quelqu'un du parterre jeta ſa
groſſe canne à celui qui cauſoit tout ce
déſordre ſur le théâtre , & le bleſſa à la
mâchoire & à l'épaule ; le bleſſé furieux
ramaſſe la canne, la jette au milieu du
parterre,& frappe cinq ou fix têtes. Dans
je moment plus de cinquante perſonnes
s'élancent ſur le théâtre , & ſe battent à
coups de poing; il ne reſta ni luſtres , ni
bougies , ni décorations : tous les ornemens
de la ſalle furent détruits . M. Garrick
, déſeſpéré de ce tintamarre , parut
& harrangua le Public. Il l'aſſura que ,
puiſque la piece lui déplaifoit , elle ne
ſeroit plus jouée davantage. La diſpute
s'appaifa , & les auteurs du déſordre paſſerent
la nuit à la taverne. Le lendemain
ils allerent offrir deux cents guinées de
dédommagement à M. Garrick pour les
luftres & les décorations : il les refuſa ,
JUILLET. I. Vol. 1776. 219
& les pria d'être plus honnêtes à l'avenir.
I I.
Fait fingulier.
Un particulier d'une grande Ville d'Allemagne
, vient de faire un teſtament
fingulier. Entre autres effets qu'il laiſſe
à ſa famille , il y a une collection de plus
de mille tabatieres de toutes eſpeces & de
différens métaux ; il a aſſigné une certaine
fomme pour entretenir & augmenter
cette biſarre collection , qui ne pourra
jamais être diviſée ni aliénée. Enfin , il
a légué en faveur d'un gros chien , dont
il vante la fidélité , la ſomme de cinquante
écus à celui qui en aura le plus
grand ſoin.
III.
Le Philoſophe Ariſtippe demandant
grace pour un de ſes Amis , ſe jeta
pour l'obtenir , aux pieds de Denys le
Tyran; quelqu'un l'ayant repris de cette
baſſeſſe: ce n'est pas ma faute , reponditil
, mais bien plutôt celle de Denys , qui
n'a les oreilles qu'aux pieds.
220 MERCURE DE FRANCE.
I V.
Congreve , fameux Poëte comique
Anglois , avoir la manie de rabaiſſer
beaucoup la profeffion d'Ecrivain , à laquelle
il devoit ſa réputation & fa fortune;
& parloit de ſes Ouvrages comme
de bagatelles qui étoient au deſſous de
lui. M. de Voltaire l'étant allé voir lors
de ſon Voyage en Angleterre , Congreve
lui fit entendre dans leur premiere converſation
, qu'il ne devoit le regarder
que ſur le pied d'un Gentilhomme qui
menoit une vie aiſée & fimple. M. de
Voltaire lui répondit , que s'il eût été
aſſez malheureux de n'être qu'un Gentilhomme
, il ne feroit jamais venu le
voir.
JUILLET. I. Vol. 1776. 221
AVIS.
I.
Maison d'Education pour les jeunes
Demoiselles.
CETTE maiſon ſpacieuſe, & accompagnée d'un jardin
,
en bon air , eſt ſituée à Paris , rue de Vaugirard , audeſſus
de la rue nevue de Notre - Dame des Champs ,
Fauxbourg Saint Germain. Mademoiselle Ecambourt
qui eſt à la tête de cette Maiſon , emploie les moyens
d'inſtruction les plus capables de former le coeur &
l'eſprit de ſes éleves . Cette Demoiselle diſtribue chez
elle un précis imprimé de fon cours d'éducation , que
les parens , qui voudront procurer à leurs enfans une
éducation ſage & fructueuſe , feront bien de conſulter.
I I.
Manufacture de papiers peints pour ameublemens
, rue de Montreuil , Fauxbourg
& près de l'Abbaye Saint Antoine , à
Paris.
Le ſieur Reveillon , Entrepreneur de cette Manufactuce
, a l'honneur de prévenir le Public que deſirant don
222
MERCURE
DE FRANCE
.
ner à cette entrepriſe toute l'extenſion & la perfection
dont elle eſt ſuſceptible , il a pris le parti de quitter
totalement la maiſon de commerce qu'il occupoit ci - devant
rue de l'Arbre - ſec , où il faiſoit le debit de ſes
papiers , pour fixer ſa demeure à la-dite Manufacture ,
dont le fuccès , toujours conftant , provoque de plus en
plus ſon émulation , & dans laquelle il fabrique &
vend, tant en gros qu'en détail , toutes fortes de papiers
pour tapiſſeries , comme papiers veloutés ou drapés ,
peints & veloutés , nués , peints , imprimés & dominotés
, imitant les velours , damas , petits points , moëres ,
ſatins , lampaſſes , perſes , indiennes , papiers de la Chine ,
& généralement toutes les étoffes françoiſes & étrangeres
à l'uſage des ameublemens.
Il réunit dans cet établiſſement une collection ſi nombreuſe
de deſſins & de gravures , qu'il y a peu d'étoffes
qu'on ne puiſſe très -bien y aſſortir.
Il exécute ces mêmes deſſins ſur toile ou sur toutes autres
éroffes , dont on peut faire des meubles & rideaux.
Pour la commodité des perſonnes qui ne voudroient
pas ſe tranſporter dans un quartier auſſi éloigné , il vient
d'établir fon magaſin rue du Carouzel , en face de la
porte des Tuileries , près la rue de l'Echelle , chez le
ſieur de la Foſſe , privilégié du Roi , où l'on trouvera
tous ſes papiers marqués de fon timbre , dont les prix
établis avec toute modération , feront fixés par un tarif
égal à celui de la manufacture.
Il y aura toujours à ce magaſin quelqu'un capable de
recevoir les commiſſions pour l'aſſortiment des étoffes ou
JUILLET. I. Vol. 1776. 223
échantillons , & de rendre compte des meſures & qualités
que chaque piece de tenture pourra contenir ; en un
mot , le Public y jouira du double avantage de pouvoir
acheter fans marchander , & d'être certain de ne pouvoir
être trompé par des contrefactions imparfaites.
Ce commerce devenant chaque jour plus connu dans
les Provinces du Royaume & chez l'Etranger , les Négocians
qui defireront tenir cet article , pourront s'adreſſer
directement au ſieur Reveillon , qui leur fera parvenir ,
s'ils le defirent , un aſſortiment des échantillons de ſes
papiers , fur leſquels ils trouveront le prix & le numéro
indicatif du deſlin .
III.
Eau de Fleur d'Orange de Malte.
Madame Savoye , rue Théreſe , au coin de la rue
Sainte Anne , vient de recevoir la nouvelle eau de fleur
d'orange double de Malte , qui avoit été annoncée dans
les Mercures précédens. On peut lui écrire ; elle ſe
charge d'en envoyer en Province .
IV.
Ecriture.
Le ſieur Ourbelin , privilégié du Roi , & aſſocié à
l'Académie royale d'Ecriture , vient d'imaginer & de
compoſer diverſes estampes , en forme de cartouches
1
224 MERCURE DE FRANCE.
allégoriques. Elles font gravées avec ſoin & en partie
exécutées à la plume , richement ornées de figures analogues
, de guirlandes de fleurs , & d'attributs qui caractériſent
les différens ſujets qu'elles repréſentent & qui
confiftent : *
1º. En un Tablean qui renferme en vers le nom , le
nombre , & le ſujet de tous les livres de l'ancien & du
nouveau Teftament : ce cartouche eſt décoré des attributs
de la Religion .
2º. En pluſieurs cartouches propres à décorer un
cabinet , à contenir les armes des Seigneurs , les chiffres
, les époques , les naiſſances & les mariages , ainſi
que les complimens en vers ou en profe.
3º. En d'autres cartouches dédiés à MM. les Financiers
, Banquiers & Négocians du Royaume , pour ſervir
de frontiſpices à leurs journaux & grands livres d'extraits.
Ces cartouches ſont embellis de figures relatives
au commerce dans toutes les parties du monde.
• Ils ſe trouvent à Paris , chez l'Auteur , rue Croixdes-
Petits-Champs , vis- à-vis la rue Coquilliere , maiſon
de M. Tremblay ; & à côté , chez le ſieur Lamarre ,
Gazetier.
NOUVELLES
JUILLET. I. Vol. 1776. 225
NOUVELLES POLITIQUES .
De Constantinople , le 17 Avril 1776.
L
Es nouvelles de Bagdad nous promettent un accommodement
prochain avec la Perſe. Le petit Ecuyer du
Grand Seigneur eſt parti depuis quelques jours pour
porter une peliſſe à Spanatchi Muſtapha Pacha.
On eſt informé que les Ruſſes travaillent avec ardeur
à la conſtruction d'une fortereſſe entre Kerche & Jénikalé.
L'Officier qui y commande eſt parvenu à fe concilier
les Tartares du voisinage , & à les maintenir dans
une intelligence réciproque. On aſſure auſſi que la navigation
va commencer à s'établir dans ce pays , au
moyen de pluſieurs frégates légeres que la Ruffie doit y
envoyer.
De Petersbourg , le 10 Mai 1776.
La ſemaine derniere , dans la Maiſon Impériale de
'Education des Demoiſelles , on a procédé à la diſtribution
des prix & à la fortie de celles qui compofoient
la premiere claſſe , en préſence des Directeurs & des
Directrices de cette Maiſon , & d'une grande quantité de
Nobleſſe qui y étoit préſente. Sa Majesté Impériale a
pourvu aux beſoins de celles qui ſe trouvent privées de
pere & de mere , ou dont la fortune ne répond pas à
leur naiſſance.
1
P
226 MERCURE DE FRANCE.
De Warsovie , le 18 Mai 1776.
Les lettres de la Pruffe Polonoiſe parlent d'un campement
de quarante mille Prufſiens , qui aura lieu le 8 du
mois Juin à Graudentz , dans les nouvelles acquiſitions
du Roi de Pruffe , & elles ajoutent que Sa Majesté Prusſienne
fait conſtruire une fortereſſe ſur les bords de la
Viftule.
De Copenhague, le 22 Mai 1779.
En conséquence d'une réſolution du Roi , le commer
ce ſur les côtes de Guinée ſe fera à l'avenir pour le
compte de Sa Majeſté.
De Londres, le 24 Mai 1776.
La ville de Boſton eft actuellement occupée par quinze
mille Infurgens. Ils fortifient la place avec la plus gran
de célérité. La Garniſon actuelle de cette ville a arbo
ré , dit- on , ſur la citadelle un pavillon avec l'inſcription :
Appel au Ciel.
La Penſilvanie vient de ſe mettre en état de réſiſter à
toute entrepriſe. La riviere eſt défendue par des chevaux
de friſe qu'on a coulés à fond dans le canal ; ce
qui a été cauſe que trois vaiſſeaux ont péri par la maladreſſe
des Pilotes. On a d'alleurs fermé le port avec
une groſſe & forte chaîne. Il y auſſi à la rade un vaisfeau
de vingt canons , une batterie flottante , montée du
même nombre de canons , & treize galeres , ayant chacune
un canon& cinquante hommes d'équipage bien armés.
Ce pays a pour ſa ſûreté trois régimens de trouJUILLET.
I. Vol. 1776. 227
pes réglées , & environ trente à quarante mille hommes
de milice.
Le grand Congrès n'attend , à ce qu'on dit , que l'arrivée
des Commiſſaires , pour ſavoir d'eux à quelles conditions
le Gouvernement leur fait eſpérer la paix ; & c'eſt
une opinion affez générale que ſi cette aſſemblée ne les
trouve ni honorables , ni admifſibles , elle prononcera
l'indépendance entiere des Colonies.
On écrit de la Nouvelle- Yorck , en date du 15 Avril ,
que depuis l'arrivée des troupes Provinciales , les vaisſeaux
de guerre n'ont plus permiffion de faire de l'eau,
ni de d'acheter aucun rafraîchiffement & aucunes marchandifes.
Une lettre des Barbades du 13 du même mois , annonce
la plus grande calamité & la plus grande difette
dans ce pays ; on n'y vit depuis quelque temps que de
rféves gâtées , & d'un reſte de bled à moitié corrompu ,
dont la quantité ne ſuffit pas pour la ſubſiſtance de dix
- à douze jours .
C
De laHaye, le 7 Juin 1776.
Les Etats -Généraux ont rendu , dans le courant du
mois dernier , une ordonnance qui a été envoyée aux
Provinces reſpectives , contenant en ſubſtance que dorénavant
il ne fera permis d'employer l'or fin & le fil
d'argent que fur du fil de foie , fous peine de 1000 flo-
-rins d'amende. Leurs Hautes Puifances préviennent par
cette Loi le dangereux uſage qu'on peut faire de la contrefaction
des métaux , en limitant expreffément par ce
placard , l'usage de ceux qui font faux , aux fils qui ne
font pas de foie .
P2
228 MERCURE DE FRANCE.
De Rome , le 8 Mai 1776.
Sa Sainteté , voulant mettre à exécution le projet an
ciennement conçu & négligé , d'ajouter à l'Egliſe de Saint
Pierre une facriſtie digne de ce bâtiment ſuperbe , vient
d'adopter le plan qu'en a laiffé le feu Chevalier Ivarra ,
Sicilien.
De Cartagene , le 17 Mai 1776.
La ville d'Oran eſt fournie à tous égards de ce qui
peut être néceſſaire à ſa ſûreté. Le Bey cependant , aing
que le Commandement de la place , tiennent reſpectivement
une conduite tranquille & pacifique . Le Chef des
Maures augmente ſon armée , fans qu'on penetre rien de
fes vues. On dit qu'il a reçu ordre de la Régence de
ſe tenir prêt pour ſe rendre à Alger au premier appel.
1
De Paris , le 14 Juin 1776.
Par délibération du Corps de Ville de Saint-Malo , du
25.Mai dernier , le ſieur Turpin , Auteur du Plutarque
François , ayant écrit la vie du fameux du Gué- Trouin ,
a été déclaré , avec un applaudiſſement général , Citoyen
de cette Ville , laquelle par cet honneur a voulu lui témoigner
combien elle avoit été fatisfaite de l'éloge historique
d'un des plus célebres de ſes concitoyens.
JUILLET. I. Vol. 1776. 229
)
PRESENTATIONS.
Le 2 Juin ; les Députés des Etats d'Artois furent
admis à l'audience du Roi ; ils furent préſentés à Sa
Majeſté par le marquis de Levis , Gouverneur - général
de la province , & par le comte de Saint - Germain
miniſtre & fecrétaire d'état ayant le département de
l'Artois . La Députation qui fut conduite à l'audience
de Sa Majeſté par le ſieur de Nantouillet , maître des
cérémonies , & par le ſieur de Watronville , aide des
cérémonies , étoit compoſée , pour le Clergé , de l'évêque
d'Arras , qui porta la parole ; pour la Nobleſſe , du
marquis de Compigny , ancien député général & ordinaire
des états de cette Province , & pour le tiers - état ,
du ſieur Brunel , écuyer , avocat en parlement , & ancien
conſeiller penſionnaire de la ville & cité d'Arras .
L'après - midi de ce même jour , la marquise de Ganges
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale par la comteſſe de Gontaut.
Le vicomte de Vibraye , miniſtre plénipotentiaire du
Roi près le duc de Wittemberg , & fon miniſtre près le
Cercle de Souabe , a eu l'honneur d'être préſenté , le
18 , à Sa Majesté par le comte de Vergennes , miniftre
& fecrétaire d'état au département des affaires étrangeres
, & de prendre congé du Roi pour retourner à fa
deftination .
P3
230- MERCURE DE FRANCE.
-
PRESENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 2 juin , le ſieur Pahin de la Blaucherie a eu l'honneur
de préſenter au Roi fon ouvrage ou Histoire d'un
jeune Homme , intitulé ; Extrait du Journal de mes
Voyages ; & fe trouve à Paris , chez les freres Debure ,
& chez Moutard , Libt. quai des Auguſtins ; à Orléans ;
chez la veuve Rouzeau - Montaut. Le 28 du mois dernier
, il avoit eu l'honneur de le préſenter à la Reine,
Le 8, le comte de Maitz de Goimpy , capitaine de
vaiſſeau & de l'Académie Royale de Marine , a eu l'honneur
de préſenter à Sa Majesté un ouvrage intitulé :
Traité Sur la construction des vaisseaux.
Le 23 juin, le ſieur Ozanne , ingénieur de la Marine ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi les plans & vues
perſpectives des ports de Rouen & de Dieppe , faifant
partie du recueil des ports de France , qu'il deſſine
d'après les ordres de Sa Majesté.
ΝΟΜΙΝΑΤΙΟNS.
Monseigneur le comte d'Artois ayant nommé à la place
d'inſtituteur de ſes enfans l'abbé Deſprades , ſon ſecré.
taire - interprete , vicaire général de Die ; & de l'aca.
1
JUILLET . I. Vol. 1776. 231I
démie royale des belles - lettres de la Rochelle ; cet
Inſtituteur a eu l'honneur d'être préſenté , dans cette
qualité, le 30 mai, à Monſeigeur le comte &Madame
Ela comteſſe d'Artois .
Le Roi vient d'accorder au ſieur Thiroux de Monregard
, intendant - général des Poſtes , un brevet de confeiller
d'état.
Le Roi , par fon ordonnance du 25 mars dernier ,
ayant créé & établi une charge d'inſpecteur - général de
fes nouvelles Ecoles royalesą militaires , qui doit toujours
être remplie par un Officier général , Sa Majeſté en a
pourvu le marquis de Timburne , maréchal - de - camp
en ſes armées , ci - devant gouverneur de l'ancienne
Ecole.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Fontmorigny ,
ordre de Citeaux , dioceſe de Bourges , à l'abbé de
Cordon , comte de Lyon & vicaire - général d'Embrun.
L'archevêque d'Auch & l'évêque de Dijon ont prété ,
le ro de ce mois , pendant la meſſe , ſerment de fidélité
entre les mains du Roi.
Le duc de la Vauguyon , l'un des anciens menins du
☑ Roi , & que Sa Majesté a nommé ſon ambaſſadeur en
Hollande , a eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le
comte de Vergennes , miniſtre & ſecrétaire d'état au
département des affaires étrangeres , & de lui faire ſes
remerciemens .
Le 14 juin , le ſieur le Noir a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi & de lui faire ſes remerciemens pour
1
P4
1
238 MERCURE DE FRANCE.
la place de lieutenant - général de Police de Paris , vacante
par la retraite du ſieur Albert.
Le ſieur Dupré de Saint - Maur , Maître des requêtes
honoraire & intendant de Bourges , ayant été nommé
par Sa Majesté , à l'intendance de Bordeaux , vacante
par la nomination du fieur de Clugny à la place de
contrôleur - général des finances , il a eu , dans cette
qualité , l'honneur d'être préſenté au Roi , le 16, par
le ſieur de Clugny , & de faire ſes remerciemens à Sa
Majeſté.
Le Roi a auſſi nommé le ſieur Feydeau de Brou ,
maître des requêtes , à l'intendance de Bourges , vacante
par la nomination du ſieur Dupré de Saint - Maur à
celle de Bordeaux.
,
Sa Majesté a nommé en même temps le ſieur Farges ,
intendant du commerce à la place d'intendant des
finances , vacante par la nomination du ſieur Amelot , à
la place de ſecrétaire d'état au département de la maifon .
Le Roi a donné ſon agrément à la nomination que
Monfieur a faire de la Dame de Baudot de Sainneville
pour l'abbaye de Villers -Canivet. L'abbaye de Vignats ,
vacante par cette nomination , étant dans l'apanage de
Monfieur , a été donnée auſſi par ce Prince à la Dame
de Saint - Denis de Vertaine , religieuſe de la même
abbaye, & cette nomination a été pareillement agréée
par Sa Majesté . Les deux abbayes ſont dans l'évêché
de Séez en Normandie.
Sa Majefté a accordé l'abbaye du Mont - Saint- Quen
ト
JUILLET . 1. Vol. 1776. 233
tin , ordre de St Benoſt , dioceſe de Noyon , à l'archevêque
de Bordeaux , & celle de Bois-Aubry , même
ordre , dioceſe de Tours , à l'abbé Batteux de l'académie
Françoiſe.
Le 9 juin , l'abbé de Vogue , nommé à l'évêche de
Dijon , a été ſacré dans l'égliſe de l'abbaye royale de St
Victor , par l'archevêque de Lyon , ayant pour aſſiſtans
les évêques de Macon & de Saint Omer.
Le dimanche 23 , dom Jean- Baptiste Miroudot de Saint
Ferjeux , nommé évêque de Babylone & conſul de
France à Bagdad , a été ſacré par l'archevêque de Befançon
, aſſiſté de l'évêque de Tricomie , à l'égliſe paroiſſiale
de Saint Louis .
Le Roi a accordé l'évêché de Clermont à l'abbé de
Bonnal , vicaire général de Châlons ſur Saône , & l'un
des viſiteurs-généraux des Carmelites.
MARIAGES.
Le 2 juin , Leurs Majestés & la Famille royale ont
ſigné le contrat de mariage du comte du Chilleau , colonel
en fecond du régiment de Lorraine , avec demoiſelle
de Merle ; & celui du marquis de Bercy , capitaine
au régiment Royal - Cravattes , avec demoiselle de Simiane.
P5
234 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCES.
Le 22 juin , le Roi & Madame Sophie de France ,
tinrent for les fonts de baptême de la paroiſſe de Marly
, le fils du ſieur de Baſſelas , écuyer , & de demoiselle
de Vilette , fa femme. Sa Majesté a été repréſentée par le
duc de Fleury , pair de France , & premier gentilhomme
de la chambre en exercice , & Madame Sophie , par la
conteffe de Buzançois , ſa dame d'honneur, L'enfant a
été nommé Louis Philippe.
MORTS.
René-Paul comte de Scepeaux , maréchal des camps
& armées du Roi , chef d'une brigade des Gardes du
corps de Sa Majesté , eſt mort , le 27 mai dans la Goe
année de ſon âge .
Un Particulier de Gemoſac en Saintonge , orfévre dans
la ville de Saintes , y eſt mort à l'âge de 104 ans , ayant
joui pendant cette longue vie d'une ſanté toujours égale.
Il s'étoit marié à 79 ans , & il laiſſoit de ce mariage
trois enfans , dont l'aîné à 24 ans. L'affoibliſſement de
la vue eſt la ſeule incommodité qu'il ait éprouvé quelques
années avant ſa mort.
Marie Lafay , veuve Jenſe , eſt morte , le 30 mai ,
dans l'hôpital-général de Lyon , agée de 104 ans & 7
1
235 JUILLET. I. Vol. 1776.
)
Ha
(
jours , étant née le 23 mai 1672 : cette femme ayant
été abandonnée dans ſon enfance par ſes pere & mere ,
que l'indigence avoit forcés de s'expatrier , fut reçue
en qualité de fille délaiſſée , a l'hôtel - dieu , d'où elle
paſſa , à l'âge de 7 ans , ſuivant l'uſage , dans l'hôpital
de la Charité qui a pris ſoin de ſon éducation. Après
avoir été mariée deux fois & étant devenue veuve ,
elle y rentra en 1732 , en qualité de vieille & pauvre
femme , & y eſt reſtée juſqu'à ſon décès. Elle eut
l'honneur de. complimenter Monfieur & Madame le 27
ſeptembre de l'année derniere , lorſque ces auguſtes
époux , dans leur paſſage à Lyon , honorerent l'hôpitał
de la Charité de leur préſence ; cette femme a conſervé
la mémoire & le jugement , ainſi que l'uſage de ſes
ſens , juſqu'à ſa mort.
Louis - Jacques - Armand de Guignon , comte de Villennes
, meſtre de camp de cavalerie chevalier de
l'ordre royale & militaire de Saint Louis , eſt mort à
Paris , le 29 mai , âgé d'environ 58 ans.
François Marie le Maître de la Garlaye , comte de
Lyon , évêque de Clermont , abbé commendataire des
abbayes royales de Chéery , ordre de Citeaux , dioceſe
de Reims , & de Morilles , même ordre , dioceſe de la
Rochelle; eſt mort en fon palais épiſcopal à Clermont ,
le 5 juin , âgé de 75 ans.
Nicolas-Emond Hurault de Gondrecourt , colonel d'infanterie
, chevalier de l'ordre royal & militaire de Saint
Louis , commiſſaire de la Nobleſſe de la Guadeloupe , eſt
mort à Paris , le 27 juin , âgé de 48 ans.
236 MERCURE DE FRANCE
Anne Joſeph de la Queuille , veuve de Jacques -Philippe
Sébastien le Prêtre , comte de Vauban , lieutenant-général
des armées du Roi , eſt morte le 19 avril , dans ſon chateau
de Vauban , dans le Maconnois. Elle étoit agée de
63 ans.
Auguſte- Louis Joſeph de Calonne- Courtebonne , premier
lieutenant - de - Roi de la province d'Artois , capitaine
de cavalerie au régiment d'Orléans , eſt mort à
Paris le 12 avril dernier.
Innocente-Aglaé Dupleſſis -Richelieu d'Aiguillon , épouſe
de Joſeph - Dominique de Guignes - Moreton , marquis de
Chabrillant , colonel commandant du régiment de Conti ,
infanterie , premier écuyer de Madame le comteſſe d'Artois
, eſt morte à Aiguillon , le II juin , dans le 29e
année de fon âge .
Charles - Barthelemy vicomte de Bar , enſeigne des
vaiſſeaux du Roi , eſt mort à la Guadeloupe , dans ſa
23e année.
Phillippe - Hugues Guilles de Crecy , ancien vicairegénéral
du Mans , abbé commendataire de l'abbaye de
Fenieres , ordre de Saint Benoît , congrégation de Saint
Maur , dioceſe de Clermont , eſt mort à Paris I juin ,
dans la 78e année de fon âge.
✔Paul de Rebeyre , évéque de Saint Flour , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Saint - André - le Basles
- Vienne en Dauphiné , eſt mort en ſon palais épifco .
pal , à Saint Flour en Auvergne , le 10 du même mois
dans ſa 85e année.
,
JUILLET. I. Vol. 1776. 237
LOTERIES .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire s'eſt
fait le 5 Juin. Les numéros fortis de la roue de fortune
font 85 , 54 , 78 , 87 , 57. Le prochain tirage ſe fera le
5 Juillet. 1
Lé cent quatre-vingt- fixieme tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eſt fait , le 25 du mois de juin , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille liv. eft
-échu au No. 66284. Celui de vingt - mille livres au No.
62051 , & les deux de dix mille liv. aux numéros 606673
&76560.
!
1
238 MERCURE DE FRANCE.
ADDITIONS DE HOLLANDE.
LA HAYE.
AVERTISSEMENT
.
Nous ous anonçons avec plaifir , aux vrais protecteurs , &
amateurs des Arts , un projet qui doit les intéreſſer. Il
a pour but de tranſmettre à la poſtérité la plus reculée
les fublimes idées des plus grands peintres des fiecles
modernes , dont les chefs-d'oeuvres ſe détruiſent de jour
en jour par la rapacité du temps , ou par l'indifférence
& l'inſenſibilité du vulgaire , peu fait pour connoftre &
apprécier le vrai beau .
M. HURTER , l'un des plus grands peintres en émail
qu'on ait encore vu , s'eſt proposé de traduire dans
fon Art les plus beaux tableaux des Raphael , des van
Dyck, des Correge , des Rembrand , des Carlodolce &c .
Suivant le profpectus qu'il en a formé & qu'on publiera
dans la ſuite.
Pour bien ſentir l'importance de ce projet , il faut remarquer
premiérement quels font les avantages de ce
genre de peinture , & enfuite quels font ceux qui ſe réuniffent
dans le genie du peintre.
JUILLET. I. Vol. 1776. 239
Pour ce qui regarde la peinture en émail , il eſt inconteſtable
qu'elle ſurpaſſe tous les genres de peinture par
ſa durée & fon immutabilité , par la force de l'expresfion
, par la beauté & la vivacité de ſon coloris , & enfin
par une qualité qui réſulte de ces avantages , ſçavoir
celle de pouvoir concentrer dans un beaucoup plus petit
eſpace toute la vigueur & les plus riches details d'un
grand original ; tellement , que lorſqu'on veut par un miroir
concave rendre cette eſpece de mignature à ſa grandeur
primitive , l'original reparoftra avec plus de ſplendeur
, & plus de force qu'il n'en avoit , par la raiſon que
la furface polie & vitrée de l'émail réfléchit du moins
vingt fois plus de rayons de lumiere , que le tableau le
plus brillant dans quelqu'autre genre de peinture que ce
-foit ; par confequent un tableau en émail d'un pied de
diametre (grandeur à laqu'elle M. Hurter ſe propoſe
de porter quelques pieces) pourroit répreſenter un tableau ,
en huile ou en freſque , du diametre de vingt pieds , avec
- plus de vivacité encore que n'en aura l'original lui - même
; & de la s'enfuit la poſſibilité piquante de conſerver
& de contenir dans un petit cabinet fans ſoins
& fans aucun entretien tout l'effentiel des plus riches
trefors de la peinture en Europe.
: Pour ce qui regarde le peintre , tous les vrais connoisſeurs
conviennent aiſement que M. Hurter poſſade dans
la perfection tous les talents néceſſaires pour l'exécution
d'un tel projet . Il fuit & copie les contours avec la
plus grande exactitude , & les réduit à la grandeur qu'il
ſe propoſe avec une juſteſſe extrême. Il ſaiſit parfaite.
240 MERCURE DE FRANCE.
ment le degré de force ou de foibleſſe du clair obfcur
& l'eſprit des touches de chaque peintre qu'il copie. Il
a le talent de ſentir & de rendre le vrai ton du coloris
de ſon original , & il a cet enthouſiaſme de fon art , qui
le fait entrer dans les idées du peintre primitif, & le
fait penfer comme lui.
van
On peut ſe convaincre de tout ceci par pluſieurs pieces
admirables qu'il a exécutées d'après Raphael ,
Dyck , Frans Hals , Carlo-Dolce , Sharat , Poelenburg ,
& autres , & qui ſe trouvent chez les amateurs les plus
diftingués , tant en Allemagne qu'en Hollande.
Enfin il eſt à ſouhaiter, pour le bien de la peinture que
M. Hurter qui a le bonheur d'être beaucoup plus animé
pour la gloire de fon art , qu'obligé d'y chercher ſa
fortune , ne quitte pas ſon projet de vue , & qu'il trou
ve chez les vrais protecteurs des Arts les fecours qui
doivent le conſoler , en quelque façon , (de ſes peines
dans une ſi belle entrepriſe.
LEYDEN.
JUILLET. I. Vol. 1776. 241
L
LEYDEN.
MDE LELYVELD auteur d'un ESSAI SUR LES
MOYENS DE DIMINUER LES DANGERS DE LA
-MER , par l'effuſion de l'huile , du goudron , ou de toute
autre matiere flottante ,&c. propoſe un prix aux perfonnes
, qui pour le bien de l'humanité voudront ſeconder
fes vues , & coopérer avec lui au progrès de nos connoiffances
fur un objet auſſi eſſentiel.
Voici l'extrait des queſtions dont le reſpectable Auteur
demande la ſolution , & qui doivent exciter l'émulation
de tous ceux qui comptent pour quelque choſe
les decouvertes relatives à la conſervation d'une grande
-partie de l'eſpéce humaine.
هللا
Nous nous fervons de la traduction de cet EssAI, qui
vient d'éire imprimée , & se trouve à Amsterdam chez
MARC - MICHEL REY Libraire fur le Cingle. prix 15
fols de hol.
1.
L'usage de jetter de l'huile , du goudron , ou autre ma
tieres graffes & flottantes pour calmer le flots & réprimer
les briſants , eſt- il univerſellement connu des marins
des pays - bas ? eſt - ce par oui- dire , ou par expérience
qu'ils le connoiffent 7
5
242 MERCURE DE FRANCE.
も
I I.
L'huile de végétaux eſt-elle meilleure que celle de poisfon?
qu'elle eſt ſon degré de ſupériorité , & qu'elle autre
forte de graiffe pouroit of employer avec le meine
fuccès?
:::
III.
Pouroit- on déterminer à peu près la quantité d'huile
qu'il faudroit pour telle ou telle circonstance ? quels font
les cas où un vailleau peut s'en fervir avec avantage ?
eft-elle également utile pour les grands navires , en plein
ocean, & contre les grands coups de mer? Comment ,
& de quel côté du vaiſſeau doit-on répandre l'huile ?
dans quel cas doit - on jetes tout a la fois , ou la laiſſer
couler peu- à-peu ? de quelle durée eſt le calme produit
par l'huile , & pour combien de temps ponroit-on ex
prolonger Peffet
IV.
zá
:
Parmi les vaiſſeaux de,différentes conſtructions quels
ſont ceux qui craignent le plus les coups de mer , &
qui exigent plus par conféquent le ſecours de l'huile ?-
S
JUILLET. I. Vol. 1776. 243
1
V.
J
bre
A
-Eft- il vrai qu'après l'effuſion de Phuile , & Peffet
qu'elle a produit , la mer devienne plus furieuse qu'auparavant
, &que les vaiſſeaux , qui ſaivent de près ceux
qui en ont fait uſage , courent un riſque évident de périr ?
Cette question est d'autant plus importante que c'est
une opinion repandue chez la plupart des pécheurs.
V I.
Enfin l'effufion de l'huile eſt elle préjudiciable à la
pêche , des anguilles , & autres , ou nn''est-ce qu'un préjuge
?
Le PRIX que propose M. DE LELYVELD eſt de
trente ducats , ou une medaille de même valeur , à celui
qui aura fourni le meilleur ouvrage ſur ces queſtions
intéreſſantes . Il prie les perſonnes , qui voudront y travailler
, de lui faire parvenir leurs écrits avant le premier
de may 1777. A ce terme , trois perſonnes d'un mérite
reconnu , & dont on publiera les noms lors de l'impresfion
, les examineront. S'il s'en trouve deux ou plus
- qui , par une ſupériorité marquée , méritent également le
prix , on le doublera à proportion. Les mémoires doi.
vent être envoyés à M. DE LELYVELD avec une ſim...
ple devife , & le nom de l'auteur , ainſi que ſa demeure ,
dans un billet cacheté , dans lequel ſe trouvera la mé-
2
244 MERCURE DE FRANCE,
1
me deviſe comme il eſt d'uſage en pareil cas; tout ce
qui ſera jugé pouvoir être de quelqu'utilité pour le public
ſera imprimé.
Après la diſtribution de ce prix , M. DE LELYVELD
eſt dans l'intention d'en propoſer un autre pour la folution
de quelques queſtions ſur LES RAISONS PHYSIQUES
de cet effet de l'huile ſur les eaux de la mer.
JUILLET. I. Vol. 1776. 245
1
AVIS.
MARC - MICHEL REY , donne
avis qu'il vient de recevoir le Profpectus
d'un Ouvrage auſſi intéreſſant que defiré :
& dont les deux premiers volumes feront
en vente à Amsterdam dans le courant
d'Août ,
SUPPLEMENT.
A L'ENCYCLOPEDIE
OU
DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES,
DES ARTS ET DES MÉTIERS ,
En cinq Volumes in- folio , dont un de Planches
. Les deux premiers Volumes actuellement
en vente (* ) Juillet 1776 ; le troiſieme
en Décembre , le quatrieme & le cinquieme
en Fuillet 1777 .
(*) A Paris .
Q3
246 MERCURE DE FRANCE.
ON
N fait ſçavoir aux Amateurs des Sciences & des
Arts qu'on vient de mettre en vente le SUPPLÉMENT
A L'ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAI
SONNÉ DES SCIENCES , DES ARTS ET DES MÉ-
TIERS , par une Société de Gens de Lettres. Il eſt
compofé de cing Volumes in -folio , ſçavoir , quatre de
difcours & un de planches. Le caractere & te papier
font ſemblables à ceux de l'Ouvrage en vingt - huit volumes
in-folió , dont on vient d'achever à Geneve une
réimpreffion entjérement conforme à l'Edition de Paris ;
enforte que ce Supplément ſert pour Pune & pour
l'autre.
C'eſt l'ouvrage de MM. d'ALEMBERT, le Marquis
DE CONDORCET , le Baron DE HALLER , BERNOULLI
, DE LA LANDE , ADANSON , MARMON.
TEL , & d'autres Savants des Académies de France &
Etrangeres . Ils y ont raffemblé les nouvelles découvertes
faites dans les Sciences & les Arts ; & ce qui n'eſt
pas moins eſſentiel , ils ont corrigé un grand nombre de
fautes , pardonnables fans doute à des Gens de Lettres ,
qui éprouverent trop de contradictions pour porter d'a.
bord leur entrepriſe à fa perfection . Ainſi le Supplément
, qu'on annonce , complette ce Dépôt immenfe des
counoiffances humaines. C'eſt le même qui fur entrepris&
propofé en 1769 par M. Panckoucke , Libraire à
Paris; annoncé depuis par MM. Cramer & de Tournes ,
Libraires à Geneve , & dont le Journal Encyclopédique
de Bouillon & la Gazette Littéraire de Deux Ponts ont
(
JUILLET. I. Vol. 1776. 247
fait pluſieurs fois mention . S'il paroît fi tard , c'eſt
qu'on n'a voulu épargner ni temps , ni peines , ni dépenſes
pour le porter au degré de perfection dont il
étoit ſuſceptible. Six ans ont à peine ſuffi pour raſſembler
le Manufcrit , qui a coûté plus de 80000 livres .
Nous espérons que le Public , loin de blamer une lenteur
qui tourne à ſon avantage , voudra bien nous en
ſavoir gré . On auroit pu faire un plus grand nombre
de volumes ; nous n'avons point cherché à les multiplier
; l'importance feule des matieres en a décidé.
ORDRE DES LIVRAISONS ET DES PAIEMENTS.
Premier Paiement Juillet 1776.
I & II vol . de Diſcours . • • 48 liy.
60 liv.
à compte du Vol. de Planches 12
Deuzieme Paiement Decembre 1776.
III. Vol. de Difcours • 24
• 24 1
Troisieme Paiement Juillet 1777-
IV. Vol. de Difcours • • •
reſtant du Vol. de Planches 36
2460
144
4
Q4
248 MERCURE DE FRANCE.
P. S. On a fait graver pluſieurs Exemplaires de Portraits
de MM. Diderot & d'Alembert de la grandeur du
format de l'Ouvrage. Le prix eſt de 3 livres chaque.
Amsterdamle 15 Juillet , 1776.
Les perſonnes auxquelles j'ai eu l'honneur de fournir
les exemplaires de l'Encyclopédie fol , 28 Vol , ſoit de
L'Edition originale de Paris , ſoit de la Réimpreſſion
faite à Geneve , peuvent ſe procurer le ſupplément indiqué.
Sçavoir les Tomes I , & II , à ff. 12
à compte du volume de planches .... J
24
6
Le Tome Troiſieme
Le Tome Quatrieme
•
30
..... 12
• .. 12
Le Tome Cinquieme , fl. 24. dont on a
payé ci-deſſus 6 fl. à compte ; reſte
Argent de Hollande
18
• • • 72 flo.
Les perſonnes , qui defireront ſe procurer cette fuite ,
font prices d'en avertir le Libraire qui aura ſoin de la
leur faire prevenir,
ARC - MICHEL REY.
JUILLET. I. Vol. 1776. 249
MODELE DES RÉCONNOISANCES,
No.
M.
A payé la ſomme de ſoixante livres ; (30 flo. de Hol
lande ) ſçavoir quarante - huit livres (24 flo. ) pour les
-deux premiers Volumes de Diſcours qui lui ont été livrés
, & douze livres (6 flo .) à compte ſur le Volume
de Planches. A Paris , ce
Signe PANCKOUKR. BRUNET. STOUPE.
La ſeconde livraiſon ſera endoſée derriere la préſente
Reconnoiſſance , qui ſera retirée à la troiſieme & der.
niere livraiſon.
1
Q5
250 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers en profe ,
Ariane à Théſée ,
Le chien & le chat ,
page 5
ibid.
IO
Le réveil de l'homme bienfaiſant , 14
Moralité .
Epitre à Mile de G.
17
18
Sonnet imité de Pétrarque , 24
Féradir, 25
Ode à Glicere , 40
Vers à Mde de Vaſtre , 42
Explication des Enigmes & Logogryphes , 42
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 45
Marche des filles Samnites , 49
NOUVELLES LITTÉRAIRES, 53
Fables & contes , ibid.
Le bouquet royal , 62
Zémire mourante à ſa fille , 63
Lettres critiques & diſſertation ſur le prêt du commerce , 66
Anecdotes du regne de Louis XVI , 70
JUILLET. I. Vol. 1776. 251
Contes des Fées , Nouvelles , 73
Entretiens de Périclès & de Sully ,
77
Lettres de Mde la Comteſſe de la Riviere ,
78
Hiſt. de la vie de N. S. Jésus - Chriſt ,
83
Difcours prononcé à l'ouverture du cours de matiere
médicale ,
88
Avis au Peuple
92
Hiſt. des révolutions de Corſe ,
94
Recueil de deux Mém. concernant le mariage des
proteſtans de France ,
96
Les fiecles chrériens ,
97
Syſtème nouveau ſur l'origine des fiefs ,
99
Réponſe à la brochure intitulée l'ordre profond &
l'ordre mince ,
100
し
Mémoire ſur le cours des caux , ΙΟΙ
Florello,
103
Eſprit de Saurin , 106
Le Mentor moderne , 110
Grammaire latine ,
112
Tablettes hiftoriques , &c.
113
L. K. L. eſſai dramatique , 114
Cathéchifme de l'homme ſocial , 116
Jezennemours , 122
252 MERCURE DE FRANCE.
f
Selectæ Fabulæ ex libris metamorphoſeon Ovidii
Naſonis ,
Traité de l'eau bénite ,
l'uſure ,
Diſcours fur l'étude ,
128
130
131
33
L'ami philoſophe & politique , 135
1
Défenſe de la doctrine de l'Egliſe fut le Jubilé, 141
OEuvres complettes d'Alexis Piron , 148
Shakespeare , 152
La ſcience & l'art de l'équitation , 154
Recueil de pieces relatives à la députation des Etats
de Béarn , 158
Traité ſur la cavalerie , 163
1
Lettre à l'Auteur du Mercure , 168
Annonces littéraires , 174
ACADÉMIE FRANÇOISE.
1
178
SPECTACLES. 191
Opéra, ibid.
Comédie Françoiſe , ibid.
Comédie Italienne , 193
ARTS. 200
Gravures, ibid.
Muſique. 205
Architecture, 213
JUILLET. I. Vol. 1776. 253
Variétés , inventions , & c. 214
Anecdotes, 217
Avis , 221
Nouvelles politiques , 225
Préſentations , 229
d'Ouvrages , 230
Nominations ,
ibid.
Mariages ,
233
Naiſſances ,
234
Morts ,
ibide
237 Loteries ,
ADDITIONS DE HOLLANDE.
38
86
CATALOGUE.
Juillet 1776.
Ethocratie ; ou le Gouvernement fondé fur la Morale,
grand in 8vo. I vol. 1776 à 3 Livres.
Efiai fur les moyens de diminuer les dangers de laMer;
par l'effuſion de l'huile , du goudron ou de toute autre
matiere flottante , avec des queſtions propoftes fur ce
fujet , par M. de Lelyveld , Traduit du Hollandois.
A Amsterdam chez Marc-Michel Rey 1770. a 2 L. 10/.
Eſſai ſur les Cometes , où l'on tâche d'expliquer les
Phénomenes , qu'offrent leurs queues , & où l'on fait
voir qu'elles ſont probablement deſtinées à rendre les
Cometes des mondes habités ; avec des obfervations
& des réflexions ſur le Soleil & fur les Planetes du
premier ordre , par Mr. André Olivier. Traduit de
l'Anglois , 8vo . I vol. fig. Amsterdam 1776. à 3 Liv .
De l'Homme ou des Principes & des Loix de l'influence
de l'Ame fur le Corps , & du Corps fur l'Ame ,
grand in-douze 3 vol. 17756 à Amsterdam , à 7 Liv.
10fols.
tome 3 féparé 1776. à 2 Livres 10 fols.
Lettres Chinoiſes , Indiennes & Tartares , à Mr. Paw ,
par un Bénédictin avec pluſieurs autres pieces inté
reffantes , auxquelles on a joint le Dimanche ou les
filles de Minée ; Poëme. Diatribe à l'auteur des Ephèmerides
&c. 8vo . 1 vol. à 2 Livres.
Les Mannequins. Conte ou Hiſtoire , comme l'on voudra
, 8vo 1776 à 20 ſols.
Remontrances du Parlement de Paris contre les Edits
portant l'abolition des Corvées pour la confection des
chemins , la fuppreffion des Officiers fur les ports , quais ,
halles & chantiers de Paris & des droits attribués à
ces Officiers , la ſuppreſſion des Droits fur les grains
aux entrées de la Ville de Paris , &c. Preſentées en
Mars 1776. A Amsterdam chez M. M. Rey 1776.
à 20 fois.
Relation ou Journal d'un Officier François au Service
de la Confédération de Pologne , pris par les Ruffes
en 1769& relegué en Sibérie , 8vo. 1 vol. 1776. a z L.
UNIVERSITY OF MICHIGA
3 9015 06370 9391
Qualité de la reconnaissance optique de caractères