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Texte
A 489748
PROPERTY OF
The
Universityof
Michigan
Libraries
1817
ANTES SCIENTIA VERITAS
:
1
8.1
8.8
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TCEHOR
ERIS
PENINSUL
AP
:
20
M5.
1775
no.4
1
1
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
MARS.
No. IV.
1775.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MCCLXX V.
LIVRES NOUVEAUX.
MARC-MICHEL - REY , Libraire fur le Cingle a
Amsterdam , continue d'imprimer & de débiter le
MERCURE DE FRANCE , ouvrage périodique contenant
des Pieces Fugitives en Vers & en Profe , des
Enigmes, Logogryphes , Nouvelles Littéraires , Annonces
des prix des différentes Académies , Annonces de Spectacles,
Avis concernant les Arts agréables , comme Peinture
, Architecture , Gravure , Mufique &c. quelques
Anecdotes ; des Edits , Arrêts , Déclarations ; des Avis ,
des Nouvelles Politiques ; les Naissances & les Morts
des Personnages les plus illustres ; les Nouvelles des Loteries,
& affez ſouvent des Additions intéreſſantes de
Editeur de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par
année que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12 : - ceux qui voudront avoir des parties ſéparées les
payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez lui
les années 1770 , 1771 , 1772 , 1773 , 1774.
Journal des Sçavans depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes.
2Tomes.
dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Décembre 1774
en 78 Volumes.
dito , la fuite , ſous preſſe.
Depuis 1764 l'année est compofée de 14 parties à 12
fols; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande .
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiſtoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoi
res très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fideles de ceux - mêmes qui ont été
dreſſés alors ſur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée. 8vo. I vol. à f6 : -
Hiſtoire Littéraire des Troubadours contenant leurs
Vies , les extraits de leurs pieces , pluſieurs particularités
fur les moeurs , les uſages , & l'hiſtoire du douzieme
& treizieme fiecle . 3 vol. grand in- douze ,
Paris 1774.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fou
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 :
11-22-28
S313LIVRES NOUVEAUX.
Jardin (le) des Racines Grecques miſes en Vers François
, &c. nouvelle édition , 1 vol. Paris 1774. àf1 : 10.
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII. volumes de la réimpreſſion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. des Planches.
On publiera de fix en ſix mois deux tomes de Planches
fans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son Séjour
en Angleterre. Grand 8vo. en XIII. Volumes 1774-
Oeuvres Philoſophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par
Jean Nic. Seb . Allamand Profeſſeur à Leyde. 4to.
2 vol. avec XXX Planches en taille douce. Amst. 1774.
af 8 : -
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVIe. Livres de
PLINE L'ANCIEN , avec des Notes. Par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vola
La Haye 1773. à f 4 : de Hollande.
Cantiques tirés en partie des Pieaumes , & en partie des
Poëfies Sacrées des meilleurs Poëtes François . Avec
des airs notés . par M. Jean Dumas , Pasteur à Leipfic.
grand in 8vo. I vol. Leipfic , 1775 , à f 3:10.
Regles & Principes de l'art de la Guerre des Meilleurs
Auteurs qui ont écrit ſur cette ſcience , recueillis
par G. R. Faeſch , Colonel des Ingénieurs au Service
de Saxe &c. Tome 3. 4. grand in 8vo. avec fig.
Leipfic 1774 , à f 7:10.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt ſur les
Droits des Souverains . grand in - douze I vol. 1775. af 1 : -
AVIS.
J'ai mis ſous preſſe &je ſuis ſur le point de publier
un ouvrage intéreſſant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inſtruction de la Jeuneſſe de ſon empire & pour
le bonheur de tous ſes Sujets .
A2
Ces Etabliſſements font La Maison d'education de
Moscou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caisse de Depot ouverte au Public
un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruſſes & fous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements .
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le compoſent
, à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés;
pour en prévenir de nouveaux pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour soulager les
Veuves & les Orphelins ; pour aſſurer les ſucceſſions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour affranchir
des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs.
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail, en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inftruction de la Jeuneſſe & à la conſervation
de la ſanté, objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
de50 Ce recueil formera 2 vol. grand in- douze
feuilles d'impreſſion , à f2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 40. en deux parties , ſera ornée
de plus de go morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 : 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long-tems la publication de cet ouvrage.
Il eſt propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoître & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien s'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE,
MARS, 1775.
PIECES FUGITIVES .
EN VERS ET EN PROSE.
:
LES CHEVAUX
Fable imitée de l'Allemand.
LANGUIRONS-NOUS long-temps fous le pouvoir des
,, hommes ?
S'écrioit un Cheval ; „ Eſclaves que nous ſommes ,
Ne verrai-je donc point de courſiers généreux
Pour qui la liberté ſoit le premier des voeux ?
A 3
6. MERCURE DE FRANCE.
,, Que les temps font changés ! ahl que jadis nos peres
» Jouiſſoient dans les bois de deſtins plus proſperes 1
و د
و د
Ni le fier Polonois , ni l'Eſpagnol hautain ,
Ne ſavoient point fléchir ſous un maître inhumain .
, Ils ne ſuivoient de loi que celle du courage :
, L'auguſte liberté recevoit leur hommage ;
,, L'auguſte liberté , ſeul tréſor d'un grand coeur ,
Suffiſoit à leurs voeux , cimentoit leur bonheur ;
» Et la vaſte forêt , leur ouvrant ſes aſyles ,
„ Leur aſſuroit des jours fortunés & tranquilles.
Loin de ſentir le frein fous un deſpote altier ,
,, Ils patſſoient à leur gré dans l'Univers entier .
" Et nous , vils inftrumens de l'induſtrie humaine ,
»Nous sommes en naiſfant dévoués à la peine :
,Nous ſubiſſons le joug, &, pour comble de maux,
و و
Nous sommes aſſervis aux derniers des travaux.
Nous pouvons commander à toute la nature...
„ Et de l'homme étonné nous sommes la monture !
„ Nous ! nous ! conſidérez ce timide animal :
” Eſt-il à comparer au plus foible Cheval ?
O honte ! o déſeſpoir ! Eſt- ce donc là le maître
" Qu'un courſier , plein d'ardeur , peut & doit reconnaître
,, Fait- il trembler au loin la terre ſous ſes pas ?
ور Reffent- il , comme nous , la chaleur des combats
סי
ود
Eſt -il plus courageux ? 0 comble de miſere !
Voilà le potentat qui gouverne la terre !
▼
,, Voilà le fouverain qui nous dicte des loix ,
» Et qui , de nos talens diſpoſant à ſon choix ,
MARS.
1775- 7
5,Veut nous faire obéir à fon moindre caprice;
"
"
Et nous endurerons cette affreuſe injuſtice !
Laiſſons-nous emporter au plus juſte courroux :
,, Nous livrons ſes combats , il triomphe pour nous :
„ Sans nous , fans notre appui , que feroit ſa vaillance ?
" Et de tant de bienfaits quelle eſt la récompenſe ?
,, Quel fruit retirons-nous de nos nobles travaux ?
,, Souvent nous gémiſſons ſous d'indignes fardeaux ;
„ Nous décorons ſon char , nous brillons àla vue ,
Et dès le lendemain nous trafnons la charrue !
„ Compagnons , quelle honte & quel abaiſſement !
,, Ne fortirons-nous point de notre aveuglement ?
„ Ecoutons , croyez m'en , notre bouillant courage
" Briſons le joug; fuyons un indigne esclavage ;
,, Rompons nos fers, ſuivons le chemin de l'honneur ;
„ Et nous mériterons de goûter le bonheur ."
A-ces mots il fe tait ce diſcours magnanime
Obtient au même inſtant un fuffrage unanime.
Un murmure confus s'éleve : mille voix.
Répetent à l'envi : ,, Fuyons au ſein des bois" ;
Lorſqu'un vieux Cheval blanc , le Neſtor de la troupe
Les regarde , ſe leve , & fecouant ſa croupe ,
„ Compagnons , leur dit - il , compagnons , arrêtez :
,, Dans quel abyſme affreux vous vous précipitez !
„ La nature , il eſt vrai , nous donna la preſtance ;
Mais l'homme , plus heureux , reçut l'intelligence.
Si la force eſt pour nous , n'a-t- il pas la raiſon ;
„ Pouvons-nous balancer unſi précieux don t
A 4
8 MERCURE DE FRANCE .
92 Nous faifons ſes travaux , il ſoutient notre vie ;
, Qui d'entre nous eût pu conſtruire l'écurie ?
„ Où , dès que les frimats déchaînent leur courroux ,
„ Braverons - nous la dent des tigres & des loups ?
" Eh! quand l'hiver , des bois flétrira le feuillage ,
„ Qui nous procurera des grains & du fourage ?
» Qui nous garantira des horreurs de la faim ?
» C'eſt l'homme , o mes amis ! c'eſt l'homme , l'homme
enfin ,
2,Qui dans nos rateliers verſe avec abondance ,
Ces grains que , dans l'été , recueillit ſa prudence.
„ Nous l'aidons , j'en conviens : mais fa main nous nourrit,
» Et de tous nos travaux nous recueillons le fruit.
„ Fête-t-il un ſeul jour , nous le fêtons enſemble :
» Le beſoin nous unit , l'amitié nous raſſemble.
,, Il ſe fait entre nous un commerce enchanteur ,
„ Dont l'accord précieux tend au commun bonheur.
» C'eſt ainſi que ce Grec , dont j'honore la cendre ,
„ Ce courſier , qui jadis porta l'homme Alexandre ,
" Parvint , avec ſon Maftre , à l'immortalité.
» Seroit- il donc connu de la poſtérité ,
"
Si l'homme eût dédaigné de tranſmettre à l'hiſtoire
Ses vertus , ſes hauts faits & l'éclat de ſa gloire ?
Sans l'homme , faurions - nous qu'il vécut , ce héros ,
,, Qu'il s'immortaliſa par ſes nobles travaux ?
» Ce nom , qui de ſa gloire a rempli tout le monde ,
„ Seroit enseveli dans une nuit profonde.
Gardez-vous donc , amis , de ſuivre aveuglément
MARS. 1775
,Un conſeil qui ne tend qu'à votre détriment.
„ J'ai vécu plus d'un jour & j'ai de la prudence :
„ Croyez-en mon grand age & mon expérience.
, Notre fort est heureus , ſoyons-en fatisfaits :
,, Aimons l'homme , & fentons le prix de ſes bienfaits
Le conſeil étoit ſage ; on ne l'écouta guere :
Le Cheval ne voyoit , ne préchoir que miſere ,
C'étoit un radoteur : on s'enfuit dans les bois.
Là , pour maintenir l'ordre , on fit de belles loix :
Tout alloit bien : l'hiver vint enfin , la famine
En moins de quinze jours conſomma leur ruine,
Un tiers , mangé des loups , fit une trifte fin ;
Un tiers mourut de froid , de miſere & de faims
Et l'autre , convaincu par ſon expérience ,
Qu'on paie avec uſure un moment d'imprudence ,
Revint à l'écurie , abjura ſon erreur ,
Servit l'homme & trouva près de lui le bonheur.
Vous , que l'attrait du vice & de l'indépendance
Arrache à vos parens au fortir de l'enfance ,
Voilà de votre ſort le fidele tableau !
Vous boirez à loiſir toute votre imprudence ,
Et vous ferez un jour votre propre bourreau .
Par M. Willemain d'Abancourt.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE,
EGLOGUE.
LA BERGERE DÉSINTÉRESSÉE.
S
UN BERGER.
I tu voulois m'aimer , Bergere...
UNE BERGERE.
Eh bien !
LE BERGER.
Ces grands troupeaux font tous à moi ;
J'héritai ſeul à la mort de mon pere ;
Si tu voulois m'aimer , ils ſeroient tous à toi.
LA BERGERE.
Eſt- ce tout ?
LE BERGER
Ces immenfes plaines
Sont couvertes de mes moiſſons ;
Ces richeſſes ſeront les tiennes ,
Bergere , & nous nous aimons .
MARS 1775
LA BERGERZ.
Berger, tu n'as pas davantage ?
LE BERGER.
Sur ces rians côteaux qui bordent le villag
De vendangeurs un peuple entier ,
Chacun armé d'une ferpette ,
En répétant la chansonnette ,
1
Cueille la grappe & remplit mon cellier ,
La plus belle des vendangeuſes
Avec grace viendroit t'offrir tous les matins ,
L'élite de ines beaux raiſins ;
Mes récoltes , toujours heureuſes ,
Seront à toi , Bergere ; uniſſons nos deſtins,
LA BERGERE.
Eft - ce tout ?
LE BERGER.
Non! ... Cent vaches marquetées .
De noir & de feu tachetées ,
En rentrant , ſous tes yeux paſſeront chaque foir ;
Dans l'étable tu peux les voir ,
Pas une d'elles n'eſt farouche ;
Preſqu'auſſi doux qu'un baiſer de ta bouche ,
Preſqu'auſſi blanc que les lis de ton ſein,
12 MERCURE DE FRANCE,
Un lait pur , que tes doigts s'empreſſeront de traire,
Dans de nombreux vaſes de terre
Coulera pour toi ſeule... en me donnant la main,
LA BERGERZ.
On m'offre beaucoup plus encore.
LE BERGER.
Mais je ſuis cependant (ſi j'en crois le renom)
Le plus opulent du canton.
Que peut-on t'offrir ?... Je l'ignore ! ...
LA BERGERE.
Un coeur! ... Le pauvre Hylas , pour moi ,
Avec le ſien eſt plus riche que toi.
Par M. Maréchal.
MARS. 1775. 13
L'HEUREUX DÉBARQUEMENT.
Apologue composé d'abord en Anglois par
M. de H... à l'occaſion de l'inauguration
de la Statue (1 ) de S. A. R. le Duc Charles
de Lorraine, & mis en vers par M.
l'Abbé R...
UN vaiſſeau , peſamment chargé ,
Du Rhin , avec effort , fendoit l'onde écumante ;
Des Nymphes le voyoient , & leur troupe tremblante
Craignoit qu'il ne fût ſubmergé.
Emu lui- même à cette vue ,
D'où vient donc , dit le Dieu , cette crainte imprévue ,
Qui trouble la paix de mes eaux ?
Ce vaiſſeau , lui répond une Nymphe ingénue ,
Ce vaiſſeau porte la ſtatue
Du plus aimable des Héros.
Eh bien , reprit le Dieu tranſporté d'alegreſſe ,
Je veux que l'Univers apprenne en ce moment
Combien ce dépôt m'intéreſſe ;
(1) La Statue a été jetée en fonte à Manheim ; pour
la transporter , il a fallu l'embarquer sur un vaisseau ,
& lui faire faire un long trajet fur le Rhin : c'est ce
qui a donné lieu à PApologue.
14 MERCURE DE FRANCE.
Dieux , qui peuplez ſous moi le liquide élément',
Veillez tous ſur un monument
Que l'on conſacre à la mémoire
D'un Héros qu'autrefois , avec étonnement ,
J'ai vu ſe frayer hardiment ,
Atravers de mes flots , le chemin de la gloire.
!
Il dit; mille autres Dieux partagent fon tranſport.
De leurs cris redoublés les échos retentiffent:
Sous le noble vaiſſeau les ondes s'applaniſſent
Et le conduiſent droit au port.
Prince , juſques aux Dieux , tout prend part à ton fort.
QUATRAINdu même , fur le même ſujet.
B
RONZE , qui vas tranſmettre à la race future
Du meilleur des Héros les traits & la figure ,
Puiſſes-tu , d'age en age , aux yeux du Citoyen ,
Retracer ſes vertus , notre amour & le ſien !
MARS. 1775. 13
LA BIENFAISANCE.
L'ENNUI 'ENNUI me conduiſit un jour ſur les
bords de la Seine. Son onde paiſible m'invita
à rêver. J'apperçus un vieillard dont
la phyſionomie annonçoit le génie &
la bonté. Ses traits m'attirerent vers lui.
Après l'avoir ſalué , je lui adreſſai la parole.
Ce que je lui dis étoit ſimple ; fa
réponſe honnête me flatta. Après m'être
entretenu vaguement avec le vieillard
pendant quelques inſtans, je lui demandai
ſi c'étoit le plaiſir de la promenade
qui l'avoit conduit au lieu où je le trouvois.
Un intérêt plus tendre a dirigé mes
pas , me répondit- il ; je viens attendre ici
une jeune perſonne que je dois épouſer
demain. Elle eſt allée inviter quelques
amies que la belle ſaiſon a conduites à la
campagne ; vous m'aidez à ſupporter la
longueur du temps.
J'avois apparemment marqué de la ſurpriſe
en entendant parler de noce à un
homme que l'âge devoit avoir réfroidi.
Il s'en apperçut, & prévint l'aveu qui
alloit m'échapper. Vos pensées ſont dans
16 MERCURE DE FRANCE.
)
vos yeux , me dit-il; nous ne nous cons
noiſſons point , & je n'ai aucun compte
à vous rendre de mes motifs : mais je
vois que vous daignez prendre quelque
intérêt à moi ; &, par honnêteté , je vais
répondre à ce que vous ne me dites pas.
Mon âge eſt celui de la retraite , & l'hymen
eſt un tourbillon. J'épouſe une perſonne
de ſeize ans , mais je n'ai pas le malheur
d'en être amoureux ; c'eſt donc une
action ; libre & cette action paroît inconcevable
, puiſque je raiſonne ſur la distance
infinie que les années mettent en
tre ce jeune objet & moi. Daignez m'entendre;
le ſentiment vous aidera à com
cevoir l'ouvrage de l'humanité.
Mon nom , que je vous ai appris, vous
a d'abord inſtruit des occupations de ma
vie. J'ai acquis quelque célébrité : elle
m'a fait connoître le prix du temps. J'ai
cru que les paſſions nuiſoient à la gloire ,
&j'ai préféré les travaux aux plaiſirs. Un
motif plus puiſſant m'a conduit ; j'avois
une jeune orpheline à protéger contre les
outrages de la fortune. Son pere ne vivoit
plus : il avoit été mon ami juſqu'à
la mort; ſa confiance en moi étoit l'unique.
MARS.
1775. 17
que héritage de ſa fille. Adopter un orphelin
, c'eſt devenir ſon pere. Ma fortune
étoit encore médiocre ; mon zêle étoit
extrême. Je régardai le travail comme
un devoir , & la peine devint un plaiſir.
Lucile n'étoit plus un enfant. Déjà les
progrès de ſes charmes annonçoient ce
période où la nature , fans s'expliquer ,
parle au coeur d'un pere ſenſible. Je me
pénetre de l'engagement que j'ai pris en
l'adoptant. Mes efforts redoublent : je
me reproche le ſommeil ; mes voeux préviennent
mes dons ; je vois enfin briller
l'aurore du jour que je deſire plus qu'elle :
cinquante mille écus & un époux lui font
offerts par ma main. Vous allez voir ici
combien les meilleures vues , celles du
ſentiment le plus pur , trouvent de contrariété
dans la deſtinée. Lucile ne paroît
ſenſible qu'à mon motif; l'or que je fais
briller à ſes yeux , n'obtient que le regard
de la reconnoiſſance ; & le mari que je
lui préſente , cet être dont la ſeule qua-
'lification doit faire naître des idées agréables
à un objet de ſeize ans , reçoit un
accueil dont la froideur eſt l'équivalent
-d'un refus. Lucile étoit honnête ; & fouvent,
ſes manieres touchoient comme les
bons procédés. Je ne cherchai donc point
B
18 MERCURE DE FRANCE.
dans fon caractere le principe de l'irré
gularité dont elle me rendoit témoin.
Mon ame , prompte à lui trouver une
excuſe , ſe peignit l'antipathie avec tour
fon empire. Je regardai les traits du
jeune homme que je préſentois ; ils n'étoient
point beaux ; je n'accufai plus
que lui. Cette ſcene finit: &je me gardai
bien d'en faire le ſujet d'un entretien
avec Lucile. Croyant l'avoir deviné ,
j'étois trop prudent pour l'interroger. A
feize ans on déguiſe ſon coeur : en cherchant
à l'inſtruire , je lui aurois appris à
tromper. Je ne voulois pas d'ailleurs
qu'elle pût prendre mes réflexions pour
des reproches ; mes dons n'auroient plus
touché le ſentiment, mes premiers ſoins
auroient perdu leur caractere à ſes yeux ;
d'une pupile , j'aurois fait une eſclave.
Je lui cherchai un autre époux. La nature
fut conſultée dans mon choix. J'eus
le bonheur de rencontrer la convenance
dans tous les points. Déjà je jouiſſois in-(
térieurement du plaiſir de voir fon ame
s'épanouir. Mes idées ſe répandoient fur
l'avenir ; je voyois mon ouvrage & mon
bonheur. Un triſte nuage éclipfe tout- acoup
ce beau jour. Lucile renouvelle
l'horreur du ſpectacle que j'avois voulu
MARS. 19 1775
oublier. On n'excuſe pas deux fois quand
le coeur eſt affecté . La vanité ne m'attachoit
pas à mes bienfaits ; mais l'objet
que je chériſfois ne vouloit pas être heureux
par mes foins. Cette idée eſt cruelle :
l'ame ſe révolte. Je me plaignis ; je menaçai
de mon difference : je n'interrogeai
ni le coeur , ni l'eſprit ; j'imputois
tout au caprice; mes expreſſions ne furent
que des plaintes. Lucile ne répondoit
point & avoit les yeux baiſſés. Elle les
ouvre ; ils étoient pleins de ces larmes
qui diſent tant de choſes , de ces larmes
qui ne coulent point , & qui annoncent
le terrible tumulte qui regne dans l'ame
par les penſées. Elle me regarde , ſe retire
, & me laiſſe avec l'impreſſion de
tout ce qu'un coup d'oeil m'oblige d'expliquer.
Dans une pareille ſituation , l'eſprit ſe
porte vers les objets de ſentiment. Je
crus qu'une paſſion ſecrette étoit la cauſe
de l'obſtacle que je rencontrois. Cette
penſée s'imprime fortement dans mon
coeur ; je m'y livre ; la nature me fait
entendre ſa voix, je vole ſur les pas de
Lucile , je l'arrete, je lui parle : jamais
peut- être l'humanité n'eut plus d'énergie.
Après tout ce que j'ai éprouvé de ton
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
eſprit , lui dis - je , je juge que ton ame
eſt engagée. Déclare ta paſſion , nomme
ton amant ; je te donne à lui s'il eſt honnête
; n'eût il rien , fût-il né dans le dernier
rang , ma tendreſſe ſupplée à tout;
prononce fon nom ; il eſt déjà ton
époux.
Ici vous allez voir une nouvelle ſcene
ſe former des aveux & des ſentimens les
plus extraordinaires. Lucile tombe à mes
pieds , pleure beaucoup fans rien dire
d'abord , ſe releve , & me déclare , en
s'éloignant , que le ſeul époux qu'elle
veuille accepter , c'eſt moi.
A l'abri de la ſéduction des ſens , que
l'âge avoit preſque glacés , mes premieres
penſées , fans doute , ne ſe porterent
point fur les charmes de l'objet qui vouloit
ſe donner à moi. J'enviſageai d'abord
une ame honnête & neuve , que la
reconnoiſſance emportoit vers l'objet des
uniques ſentimens qu'elle connût. Je ſentis
, pour ainſi dire , la réſolution d'être
généreux , toute formée dans mon coeur;
la délicateſſe me tint lieu de réflexion.
C'étoit un état de tranquillité ; j'en ai
peu connu de plus doux , & où j'aie été
plus content de moi-même. Ce calme ne
dura pas. Un coup d'oeil de la beauté eſt
MARS. 1775- 21
fait pour renouveler notre exiſtence , &
pour corrompre nos vertus ; combien un
mot flatteur , un aveu tendre de ſa part
doit entraîner plus de révolution! Lucile
;) s'offroit à moi , vouloit ma main , la demandoit
avec des larmes .... Je ſavois
que j'étois peu digne de ce bonheur ;
e mais le defir eſt une ſurpriſe : il entraîna
mon ame fans égarer ma raiſon. J'entrai
chez Lucile qui s'étoit jetée dans un
- fauteuil. Je me plaçai à côté d'elle , &
lui prenant la main : Tu viens de me
faire une ſituation bien étrange & bien
capable de m'agiter , lui dis-je; avant de
e t'expliquer ce que j'éprouve , je veux
t'interroger toi- même ſur le véritable
état de ton coeur. Pourquoi veux tu préférer
ſoixante- dix ans , des rides , des
aſenſations preſque uſées , des habitudes
peut- être ridicules , des réflexions nécefa
ſairement ſérieuſes , aux avantages & aux
magrémens de la jeuneſſe ? Quel eſt ton
re motif , quel eſt ton but , quels font tes
rſentimens ?... Vos queſtions font dignes
1 de vous , me dit Lucile , & achevent
a votre éloge déjà gravé dans mon coeur.
ett Vous ne voyez en moi que les avantages
ne que je dois à la nature; les qualités de
ef mon eſprit vous font inconnues. En vous
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
expliquant le ſecret de mes pensées , vous
concevrez aisément & mes motifs &
mon eſpoir. Vous favez , pourſuivit- elle ,
que la lecture & la converſation des perſonnes
ſenſées ont fait mes plus doux
amuſemens. Je me prête à la frivolité par
uſage': mais la réflexion eſt l'habitude &
le plaiſir de mon ame. De tout ce que
j'ailu , il s'eft formé une eſpece de fyftême
auquel je ſuis fort attachée; la difpoſition
que je vous ai montrée en eſt
le réſultat. Je ſuis perfuadée que les hommes
font ingrats & volages ; époux ou
amans , leurs deſirs ne font que des éclairs,
que l'inſtant du bonheur fait diſparoître.
Les droits qu'ils ont acquis , leur deviennent
indifférens , ou ne réveillent l'ame par
les fens , que pour la rendre injufte &
cruelle envers nous. Placées entre l'indifférence
& la tyrannie nous n'avons plus
d'autre fort à attendre que l'aviliſſement;
les charmes mêmes que nous conſervons,
ne nous préparent que des outrages.
J'ai fait cette réflexion : elle s'eſt
imprimée dans mon coeur ; & j'ai abhorré
d'avance tout homme qui me feroit offert
pour époux. Je fais cependant qu'il
faut un état dans le monde. Dans ma
façon de penſer , donner fa main , c'eſt
MARS.
23 1775-
être victime de l'uſage ; mais il n'y aura
plus de facrifice à faire , ni de riſque à
courir ſi vous acceptez cette main que
mon coeur vous offre, & qu'il ne peut
accorder qu'à vous.
L'étonnement que me cauſoit le discours
de Lucile ne m'empêcha pas de
réfléchir à ſes dernieres expreſſions. Ni
facrifice à faire , ni riſque à courir. Je
compris aisément le ſens de cette phrafe.
Je ne l'interrogeai donc que pour la forme.
Elle m'avoua que ſi elle devenoit
ma femme , elle oſoit eſpérer une union
fans contrainte ,& fans réalité. C'eſt pour
mon bonheur , me dit - elle , que vous
voulez que je prenne un époux ; en recevant
cette qualité par mon choix , vous
n'agirez point contre vos principes , &
vous m'immolerez des droits qui ne peuvent
rien avoir d'auſſi doux que de rendre
mon admiration égale à ma reconnoisfance.
Vous êtes inſtruit de la réſolution que
j'ai priſe après avoir entendu Lucile , me
dit le vieillard en poursuivant ; puiſque
je viens de vous apprendre que je l'épouſe
demain. Dix ans avoient été employés
à lui faire une dot; la main qui l'avoit
préparée lui appartenoit. J'avois craint
B 4
24 MERCURE DE FRANCE .
l'hymen comme un esclavage : avec elle
il ne devoit être qu'une ſociété. Il me
paroiſſoit cependantun peu fingulier que
j'engageaſſe ma liberté , ſans me permettre
l'eſpoir des plaiſirs : mais , en réfléchisfant
à l'étendue que j'allois donner à mes
bienfaits , je trouvai bientôt un charme
particulier dans la fingularité de mon engagement
;& depuis quinze jours que ma
parole eſt donnée & qu'on s'occupe des
préparatifs , je ne ſens plus que le plaiſir
de la rendre heureuſe.
Le vieillard terminoit ſa narration
lorſque nous apperçumes le bateau qui
avoit porté Lucile chez ſes amies. Par
difcrétion je voulus me retirer ; il me
força de reſter & de trouver bon qu'il
me préſentât ſa future. La curiofité ſe
mêloit au ſentiment que les ames honnêtes
éprouvent lorſqu'elles trouvent
l'occaſion d'admirer. Lucile arriva. Elle
effaçoit ſes compagnes. Le compliment
que je lui adreſſai ne la rendit ni vaine
ni timide. On eſt peu ſenſible aux louanges
quand on n'eſtime pas les hommes. Je
vis tous les ſentimens d'une fille pour
ſon pere , & toute la froideur d'une philofophe.
Je me retirai après avoir expri.
mé les voeux que m'inſpiroit une union
MARS.
1775 25
à laquelle je prenois un intérêt particulier.
Les détails que m'avoit faits le vieillard
, devenoient des raiſons à oppoſer au
ſyſtême d'un ami , qui prétendoit que tout
bienfaiteur devenoit bientôt un tyran.
Les vertus que je venois d'admirer dans
le protecteur de Lucile , ces ſentimens
folides qui le conduiſoient à immoler
fa liberté , & le prix qu'il pouvoit exiger
de ce facrifice , un héroïſme auſſi marqué
offroit toutes les preuves de l'erreur
dont j'étois intimement perfuadé ; je cherchai
mon philoſophe pendant quelques
jours ; il étoit parti pour la province : je
ne pus le retrouver qu'au bout de quelques
mois. Je lui parlai : je peignis
bien ce que j'avois bien vu ; j'avois le
ton triomphant........ Les reſſources de
J'erreur font infinies. Vous avez l'orgueil
faſtueux d'un vainqueur , me dit - il en
fouriant : il ne tiendroit qu'à moi de
croire que vous voulez m'humilier. J'ai
foutenu des affauts plus périlleux : la
philofophie ne fuccombe jamais. Votre
vieillard a vraiſemblablement épousé Lucile:
il y a trois mois que cette union a
été conclue. Il étoit alors un héros de
l'humanité : il eſt ſûrement aujourd'hui
un tyran de ſa femme. Il a mépriſé les
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
paroles qu'il avoit données , ou fi Lucile
n'a pas fuccombé aux violences dont il
eſt devenu capable, elle doit payer cha .
que jour l'honneur du triomphe par les
horreurs de la dépendance. Les bienfaits
lui font reprochés , ou ſes voeux ont été
trahis.
Je ne pouvois répondre que par des
conjectures ;& c'étoit vouloir fournir des
armes à monAdverſaire. Je le quittai un
peu fâché contre lui. Le lendemain je me
rendis chez le vieilllard avec empreſſement.
Il me reçut comme un homme à
qui l'on a fait des confidences par eftime
, & à qui il reſte encore beaucoup
de choſes à apprendre , qu'il paroît dispoſé
à écouter avec le même intérêt. Notre
entretien ſe lia dès que les premiers
complimens eurent mis fin à la cérémonie.
Nous étions ſous un berceau de fon
iardin ; je lui demandai familiérement ſi
fa femme étoit reſtée ſévérement attachée
a ſes principes , & s'il avoit pu trouver
le bonheur dans un hymen réduit aux
fentimens de la fraternité.... Vous me
faites ſans le vouloir , me dit- il , une
queſtion bien cruelle ; elle rouvre une
plaie , que le temps & la raiſon viennent
à peine de sfermer , cependant je ne ſuis
MARS. 1775 27
>
pas fâché d'avoir à vous parler des douleurs
que j'ai reſſenties ; l'homme eſt foible;
l'amour propre le porte aux confidences
, lorſqu'il peut regarder comme
un illuftre malheureux. Vous me voyez
aſſez tranquille , poursuivit - il ; vous me
retrouvez avec les ſentimens que vous
daignâtes admirer, Sans les charmes de la
bienfaiſance , ſans le courage qu'elle donne
à l'ame pénétrée de la beauté de ſes
maximes , vous ne m'auriez revu que
pour vous pénétrer des tourmens d'uncoeur
agité..... Vous faites palpiter le
mien , lui dis - je; hâtez vous de m'inftruire
; je crains de vous entendre : mais
l'intérêt & l'eſtime ſemblent me commander
de m'attendrir avec vous..
Après la cérémonie qui m'unit à Lucile ,
poursuivit - il , après lui avoir promis le
facrifice de mes droits, me fiant trop à
la vertu , j'oſai contempler ſes charmes ,
&vivre avec elle dans cette familiarité
qu'on meſure à la ſincérité de ſes réſolutions.
Je me trompois ; c'étoit défier la
nature ; il faut la connoître , la craindre ,
&croire que les avantages que l'on obtient
ſur elle ne donnent jamais un empire
bien aſſuré. Je tardaí peu à fentir
que j'avois beſoin de combattre ; bientôt
....
28 MERCURE DE FRANCE.
je compris qu'il me ſeroit difficile de
vaincre. J'enviſageai ma deſtinée ; je vis
un avenir affreux ; triompher de mes ſens
ou céder à ma foibleſſe , m'offroit une
vie également infortunée ; comme ennemi
de moi - même ou comme tyran d'une
moitié chérie , je ne pouvois être que le
plus malheureux des hommes. Je renfermois
mes deſirs dans mon coeur : je voyois
que Lucile commençoit à les ſoupçonner
; mon arrêt étoit dans ſes yeux. Mon
fort devint horrible. J'allois y fuccomber
lorſqu'un jour m'efforçant de me juger
moi-même , je parvins à me retracer ces
plaiſirs , cette douceur infinie que j'avois
trouvée dans le bonheur toujours renaiffant
de l'objet de mes bienfaits J'eus
honte de ma métamorphoſe. La honte
rend l'activité à la vertu ; la réflexion me
fit chérir mes regrets , & l'attendriſſement
me conduiſit au mépris de mes
defirs . Sublime bienfaiſance ! tes rayons
facrés éclairerent mon coeur : tes charmes
indicibles ſéduiſfirent mon ame. Je ſentis
l'enthouſiaſme de la vertu, Depuis ce jour
j'ai vécu plus tranquille. Vous allez voir
ma femme : ſa ſécurité touchante vous
répondra du triomphe que j'ai remporté
fur moi même.
MARS. 1775. 29
Le vieillard ceſſa de parler. Nous tenons
à nos opinions en raiſon du droit
qu'elles nous donnent d'eſtimer l'humanité.
Jaloux du ſpectacle que je venois
d'admirer , je ne voulus point l'expoſer
aux regards de mon ami. La philoſophie
ne s'offrit plus à moi que ſous les traits
cruels du pirronifme. Je gardai pour moi
le plaiſir que je venois de gouter , la
3 connoiſſance que je venois d'acquérir ; &
je fus convaincu que la vraie bienfaiſance
étoit comme un de ces jardins dont le
propriétaire délicat n'aime à cultiver les
arbres , que pour en offrir gratuitement
les fruits.
Par M. B ... de M.
COUPLETS.
d'Henri IV à M. de Rozoi.
AIR : De la ronde de table de Henri IV.
> GRACH à tab
>
RACE à ta baguette magique ,
Paris m'a vu reſſuſciter ;
Je m'habille encor à l'antique ,
Mais je ſais mieux me préſenter.
A l'Opera - Comique
Tu m'as contraint de débuter.
30 MERCURE DE FRANCE,
Ventre ſein -gris ! de mon temps la muſique
Etoit plus facile à chanter.
On m'a fait une armée entiere
De tous les Danſeurs du canton ;
Ils s'en vont ſoixante à la guerre
Avec des piques de carton.
Dans le fond des coulifſſes
Leur valeur m'entralne auſſi - tôt.
Ventre- ſein - gris ! ce n'eſt qu'à des Actrices
Qu'il faut alors livrer l'aſſaut.
J'ai trouvé , pour ma bien - Venue ,
Les champs d'Ivri tout parquetés .
Nul canon ne s'offre à ma vue :
Pourtant l'on tire à mes côtés.
Les boulets inviſibles
Frappant l'air , à loiſir prefé.
Ventre - ſein -gris ! je les crois pea nuiſibles ,
Car pas un foldat n'eſt bleſſe.
Je te prends ſous ma bienveillance ,
Mon très - cher Sire de Roioz ;
Mais , dans la moindre circonſtance ,
Laiſſe - moi parler comme moi.
Pour me prouver ton zéle ,
Ne me mets jamais en trio.
Ventre - ſein - gris ! ma chere Gabrielle
Ne m'apprenoit que des duo.
Tu mérites que je t'apprenne
MARS 17754 gr
Mon plus agréable ſecret .
Tu crois m'avoir mis fur la ſcene ,
Et c'est mon ombre qui paroita
Tout entier fur le Trône ,
J'ai changé de nom ſeulement.
Ventre - fein - gris ! Henri Quatre en perſonne
A rétabli ſon Parlement.
ParM. Auguſte.
"
IRIS ET SA BONNE.
Conte.
2
"
UI , ma bonne , c'eſt inutile .
„ A mon âge on n'apprend plus rien.
„ Mangez , buvez & dormez bien
» Du reſte laiſſez - moi tranquille.
Ainſi parloit la jeune Iris.
A fon antique Gouvernante ,
Qui chaque jour , au temps précis ,
Laſſoit fon ame impatiente
Par de longs & fades récits .
Tantôt c'étoit la Barble - bleue ;
Tantôt la Belle au bois dormant ,
Ou l'hiſtoire d'un Revenant
Trafnant avec grand bruit ſa queue.
Cet avis ne put retenir
La langue de l'Argus femelle .
ود Mon enfant , pourquoi me punir
,, D'une maniere auffi cruelle ?
1
32 MERCURE DE FRANCE :
و د
Conter , pour moi , c'eſt rajeunir.
,, Tiens , je me ſens même une envie ...
"
Mais d'ailleurs le trait eſt ſi beau !
., Vas , ne crains pas que je t'ennuie ,
,, Et , pour toi , s'il n'eſt pas nouveau ,
,, Je ne veux conter de ma vie . -
,, Il étoit un jeune garçon
„ Aimable , honnête & fait pour plaire.
On l'appelloit Endymion. "
ود
ود
La Lune , fans plus de myſtere ,
Deſcendoit par fois ſur la terre ,
,, Et , le trouvant fur le gazon ,
وو
ود
Lui prodiguoit , avec tendreſſe ,
Mille baifers de ſa façon .
Iris fourit avec fineſſe.
"
,, Eh ! quoi donc ? N'est - ce que cela ?
" Oh ! je connois fort ce trait là.
L'autre jour encor , vers la brune ,
„ Qu'on me croyoit à la maiſon ,
" Saintval faiſoit l'Endymion ,
„ Et puis , moi , je ſaiſois la Lune. "
Par le méme.
AU
MARS. 1775. 33
D
AURO 1.
E Louis le premier age
Du rappel du vrai Sénat
Fut l'époque & le préſage.
Le ſecond fait davantage :
Car, de cet Aréopage ,
Il seſſuſcite l'Etat
Et lui rend tout ſon éclats
Pour fixer un ſi digne ouvrage
Dans les faſtes de l'Univers ,
Sublimes Arts ! faites uſage
D'une médaille avec ces vers ,
Inſpirés pour lower un Sage.
ز و
A l'auguſte Reſtaurateur
, De la meilleure Monarchie ;
„ Tout François conſacre ſon coeur
Et tiendroit au plus grand honneur
De lui facrifier ſa vie."
Par M.le Vaigneur, Avocat.
C
34 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON faite à l'occasion d'une fête
donnée par le Régiment du Roi à Nanci ,
le 26 Décembre 1774 , à la réception de
pluſieurs Vétérans, & chantée par euxmêmes.
AIR: du Maréchalferrant , tot , τοι , το ,
battez chaud , &c.
Ο
n'eſt Vétéran , mes amis ,
Que de nom , en fervant Louis;
Nous nous ſommes couverts de gloire
En ſuivant nos Chefs , nos drapeaux ;
Vieillit- on en chemins & beaux ,
Marchant toujours à la victoire ?
Bon foldat
Au combat
On s'immortalife ,
Oui , la gloire nous éternife,
Quand on a bien ſerville Roi ,
On eſt bien aſſuré , ma foi ,
D'acquérir honneur & richeſſes *;
*Un médaillon attaché à l'habit , & la folde entiere
chez foi .
1
MARS. 35 I1775
>
De quoi pouvoir , en bons guerriers ,
Boire, à l'ombre de ſes lauriers ,
A ce bon Maftre , à nos Mattreſſes
Pan , pan , pan
A l'inſtant ,
Ades ſantés ſi cheres,
Amis , buvons tous à pleins verres.
Anotre Colonel Louis ,
Après avoir bu , mes amis ;
Buvons à notre aimable Reine ,
Qui , fans canons & fans guerrier,
Sauroit vaincre le monde entier ;
D'un regard , d'un mot elle enchatne ;
Tous ici ,
Buvons y ,
Amis , faiſons - nous gloire
D'être ivres du plaifir de boire.
COUPLETS adreſſés àM. le Marquis de
Choiseul la Baume, fait Maréchal - de-
Camp à la tête d'un Régiment de Dra
gons , & aux Vétérans du Régiment de
la Rochefoucault , Dragons , en garnison
avec le Régiment du Roi , à Nanci.
Au combat qui vous voit courans ,
Vous prendroit pour Dragons volans ;
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
A préſent aidez - nous à boire.
Un jour , Choiſeul vous commandant ,
Vous nous aiderez promptement
Anous aſſurer la victoire .
Pan , pan , pan,
Attendant
Les combats & la guerre ,
A Choiſeul buvons à plein verre.
On voit à notre Commandant
Un cordon d'un rouge éclatant ;
Morbleu ! cela n'étonne guere ,
Ce vaillant guerrier l'a rougi
Souvent du ſang de l'ennemi :
De teindre voilà ſa maniere .
Pan , pan , pan ,
A l'inſtant,
A ce brave & bon pere ,
Amis , buvons tous à plein verre .
Le Carthaginois s'amollit
A Capoue , à ce que l'on dit :
Qu'eût- il donc fait dans cette ville ?
En eût- il jamais pu fortir ?
Souvent on nous en vit partir ** ;
• M. Dupleſſis , Lieutenant - Colonel du Régiment du
Roi , a le Cordon rouge.
Ce Régiment eſt parti & revenu pluſieurs fois à
Nanci .
MARS. 37 I775
Mais , pour effort ſi difficile ,
On fentoit
Qu'il falloit
Beaucoup plus de courage
Que pour le combat , le carnage.
Par M. le Comte de V
Capitaine de Cavalerie.
FAIS
COUPLETS.
AIR : Trifle raiſon , j'abjure ton empire.
fois
AIS mon bonheur , tranquille indifférence ,
Berce ma vie , endors mes heureux jours ;
Soeur de la paix , fille de l'innocence ,
Tes plaiſirs purs valent tous les amours.
Arts enchanteurs , dont le goût eſt le guide ,
Amuſez ſeuls mes innocens loiſirs ;
Du temps ainfi qui fait remplir le vuide ,
Sauve ſon coeur du trouble des deſirs.
A l'amitié j'abandonne mon ame ;
C'eſt un penchant qu'approuve la raiſon;
Sans enivrer , ce ſentiment enflamme;
Par- tout il platt : tout age eſt ſa ſaiſon,
Par M. l'Abbé Cofa
C3
38
MERCURE DE FRANCE .
VERS fur M. le Marquis de Tilly- Blaru ,
Lieutenant Généraldes Armées du Roi ,
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis ; mort à Vernon le
10 du mois de Janvier 1775.
AUXux vertus du guerrier , par un heureux lien
On l'a vu réunir celles du citoyen ;
Et l'honneur qu'il acquit en ſervant ſa patrie ,
Moins que fa bienfaiſance illuſtrera ſa vie.
La vertu perd en lui ſon ami , ſon ſoutien ;
Le malheureux en pleurs redemande fon pere ;
Les regrers & le deuil de tous les gens de bien ,
Sont les plus beaux vers à la gloire.
M. le Marquis de Blaru a ſervi 54 ans.
Par M. Dionis, prisonnier au Château
de Dieppe.
MARS. 1775. 39
DIALOGUE.
Entre OLIVIER CROMWEL &
le Cardinal de RICHELIEU.
TOUTE
CROMWEL.
OUTE diſtinction ceſſe ici - bas & ma
qualité de religionnaire ne doit plus m'éloigner
d'un Prince de l'égliſe de Rome :
ſi la franchiſe pouvoit gagner les eſprits
de deux grands politiques , je demanderois
à votre Eminence la grace de me dire
, avec toute la ſincérité dont elle eſt
capable , ſi j'ai bien joué mon rôle dans
les troubles de l'Angleterre.
LE CARDIN L.
Protecteur , le mien ne fut pas maladroit
à la Cour de France.
CROMWEL.
Monſeigneur , vous éludez: 'je rends
juſtice àvotre adminiſtration; mais il s'agit
de la mienne.
C4
49
MERCURE DE FRANCE.
LE CARDINAL.
Vous mourûtes dans votre lit ?
CROMWEL,
Ma vie précéda ma mort.
LE CARDINAL.
C'eſt donc fur votre vie que vous des
mandez mon avis ?
CROMWEL.
C'eſt - là précisément ce que j'attends
de votre complaifance.
LE CARDINAL.
Si nous étions encore là - haut , je me
garderois bien de vous fatisfaire ; car une
rupture avec l'Angleterre ne convient pas
à la poſition actuelle des affaires de l'Europe
; mais cet inconvénient regarde les
gens de l'autre monde , & en deux mots
voici votre hiſtoire :
,, Né dans un rang peu diftingué dans fa
,, patrie , Cromwel profite du fanatiſme
,, de ſes compatriotes , ſe met à la tête
MARS. 1775. 41
!
1
1
,des rebelles , défait ſon Roi , le jette
,,dans une priſon , & après l'avoir fait
,, paroître en criminel dans une aſſemblée
ودde fanatiques à ſes ordres , lui fait cou-
,, per le col dans la place publique de Lon-
,, dres : après cette exécution , le parrici-
,, de s'aſſied fur le trône enſanglanté de
ſon malheureux maître , & donne des "
" loix aux Angiois étonnés".
Sur laquelle de ces belles actions fautil
vous juger ?
CROMWE L.
Ce ne fera pas fur votre expoſé , s'il
vous plaît.
Charles fut malheureux par ſa faute : il
eut l'imprudence de vouloir toucher à la
religion fans avoir approfondi le caractere
national ; il fouleva tous les eſprits. Les
guerres facrées font terribles , le fanatisme
eſt ardent , j'en ſuivois les loix. Mon
génie& le concours des circonstances me
mirent à la tête de la révolution ; je me
livrai à ſon impulfion ,& le Roi fut proscrit
légalement. J'en fus fort aiſe en vé-
* rité; car fin le Roi conſervoit ſa tête , il
falloit tendre la mienne ,& dans l'alternative
je n'avois point à balancer. Sa mort
laiſſoit une place vacante , je m'en em-
!
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
parai... Monſeigneur , vous en eufſfiez
fait autant.
LE CARDINAL
Je n'admets point la comparaiſon: je
régnai ſous le nom de Louis; mais il
régna par moi. Je fus le protecteur de
mon Roi & vous le meurtrier du vôtre ;
&, dans le fond, où étoit la néceſſité
d'une caraſtrophe ?
CROMWEL.
Dans le génie Anglois , dans cegénie
avide des nouveautés qui , d'un inſtant à
l'autre , pouvoit changer leurs affections ,
le phanthome de leur Roi pouvoit les
armer enſa faveur; je le fis exécuter publiquement
pour ne leur laiſſer aucun
doute de ſa mort,& il m'étoit plus aiſé de
devenir fon bourreau que de reſter ſon !
geolier. Votre poſition étoit différente
de la mienne: pour exercer l'autorité,
il vous falloit un nom; pour affurer la
mienne , il falloit en effacer un.
LE CARDINAL.
vous entendre , Milord , on ſeroit
MARS. 1775- 43
I tenté de croire que je n'eus qu'à dicter
des loix ſur un trône de paix: cependant
fi mon adminiſtration fut brillante , elle
tint àdes circonſtances au-deſſus deſquelles
je ne fus pas toujours.
CROMWEL.
Je crois effectivement me rappeler que
fans la Valette , on ne parleroit pas , dans
votre hiſtoire , de la journée des Dupes ?
LE CARDINAL.
Aufſi eſt-ce le ſeul endroit foible de ma
vie. Par-tout ailleurs vous me retrouverez
grand , ferme , noble & toujours
égal à moi - même , depuis le moment de
mon entrée dans le Miniſtere. La confiance
de la Reine mere...
CROMWEL.
Ce n'eſt pas là le trait le plus brillant
de l'hiſtoire de ſon Eminence.
LE CARDINAL.
Il honoreroit Cromwel. Mes partifans
diſent que je n'eus pas tort d'envoyer
à Cologne ma bonne maîtreſſe.
44 MERCURE DE FRANCE.
Entre hous , il n'étoit pas trop honnête à
moi d'y laiſſer mourir de faim un Reine ,
mere , foeur , tante de Roi ; mais briſonslà
, la confiance de la Reine mere me
valut celle du Roi ſon fils. Une fois admis
au Conſeil , je compris qu'à un Monarque
foible & inappliqué , il fallait un
Miniſtre qui ſe rendît néceſſaire. J'entretins
une correfpondance ſuivie dans les
Cours Etrangeres ; j'approfondis les ſecrets
des Princes ; je combinai leurs intérêts
, & calculai leurs forces. Les finances
, travaillées ſous mes yeux , répandirent
dans l'Etat une circulation juqu'alors
inconnue. Sous l'effort de mes armes la
Rochelle tomba , en dépit de vos Anglois
; & le Savoyard plia.
CROMWEL.
Cardinal , premier Miniſtre , Général
d'armée & Surintendant des Finances ,
vous étiez tout l'Etat , & votre Roi ne
s'étoit réſervé que la repréſentation.
LE CARDINAL.
J'avois affaire au plus ſuſceptible des
hommes. Jaloux à l'extrême de fon autorité
, Louis ne me la communiquoit qu'à
MARS. 1775 45
regret & avec réſerve ; tout ce qui l'environnoit
, déſiroit ma perte , & ſouvent
j'ai reconnu que le petit coucher me donnoit
plus d'embarras que toute une campagne
contre les ennemis de l'Etat. Je
me ſuis foutenu ſeul contre tous . Monſieur
eſt forcé de ſe retirer en Lorraine :
Montmorency monte ſur un échafaud :
Cinqmars & Marillac périſſent par lamain
du bourreau , & après tant de ſang répandu,
je finis tranquillement ſous les yeux
d'un maître qui paſſa une partie de ſes
jours à me craindre & l'autre à me déteſter.
CROMWEL.
Votre Eminence eut , je le vois , beſoinde
tout ſon génie pour réſiſter à tant
d'efforts conjurés ;je n'eus pas tantàfaire.
Une fois porté ſur le trône par le voeu de
la Nation , je m'occupai du ſoin de ſeconder
ſes penchans dominans , le commerce
& la guerre : ces deux parties profporerent
dans mes mains. Reſpecté dans
l'Europe , reconnu par toutes les Cours ,
avoué par le fanatiſme toujours ſubſiſtant ,
je terminai mes jours plus tranquillement
que je ne devois l'eſpérer. Avec des vues
moins profondes que les vôtres , une po46
MERCURE DE FRANCE.
litique moins éclairée, mais auffi avec
des circonstances plus favorables & un
tour d'eſprit plus audacieux , je fis de plus
grandes choſes que vous; &, vous laiſſant
dans la ſujétion , je parvins à régner.
LE CARDINAL
Avec cette différence que la plupart
de vos moyens furent bas &cachés , les
miens toujours nobles , ouverts & dignes
d'un Gentilhomme François. Dieu délivre
les Rois de nous &de nos pareils !
Par M... Avocat du Roi de **
QUATRAIN
A Madame de Laiffe , Auteur des Contes
Moraux.
M
LINERVE en t'écoutant te nomme fa rivale ,
Vénus en te voyant frémit de ta beauté :
Mais peux - tu redouter leur vengeance fatale,
Quand tu tiens le brevet de l'Immortalité ?
Par M. l'Abbé G. de B.
MARS: 1775 47
QUATRAI
Pour mettre au bas du Portrait du Roi.
FRANÇOIS , du grand Henri ce Prince a les vertus ,
Il eſt bon , il eſt tendre , il eſt doux , il eſt juſte.
Dans Louis les beaux arts retrouvent un Auguſte ,
Et fon coeur bienfaiſant fait revivre Titus.
Par M. l'Abbé te Gris.
QUATRAIN
AM*** , qui étoit après àfaire le Portrait
du Roi.
P
OURQUOI tant de crayons , de pinceaux , de couleurs ?
Du plus chéri des Rois tu veux rendre l'image ;
De tes rares talens c'eſt faire un noble uſage...
Mais à quoi bon le peindre ; il eſt peint dans nos coeurs !
Par le même.
1
48 MERCURE DE FRANCE.
A M. le Comte de Rochechouart- Faudouas ,
Seigneur & Gouverneur de Bar-fur- Seine
, y commandant pour le Roi .
SOUS ous vos remparts la Seine, en miracles féconde ,
S'applaudit de porter le tribut de ſon onde.
Bar ne fut pas toujours une illuftre cité ,
Depuis qu'elle eſt à vous , elle en vaut bien une autre t
Vous faites ſa félicité,
Peut- elle trop faire la vôtre ?
De l'étranger , de l'habitant
Elle ſemble aujourd'hui la commune patrie ;
J'eſtime fort leur courtoiſie ,
J'aime fur-tout le Commandant ,
Gouverneur dans ſa Seigneurie ,
Seigneur dans ſon Gouvernement.
Loin des brigues des Cours , loin des yeux de l'envie
Un couple , iſſu des Dieux , doit jouir à jamais
D'un deſtin ſi rempli d'attraits .
Dans ce ſéjour orné , voluptueux , tranquille ,
Contentez vos ſages deſirs ,
Gouvernez toujours les plaiſirs
Comme vous gouvernez la ville .
Par M. de la Louptiere.
1
VERS
MARS
49 1775.
ETRENNES à Madame la Comteſſe de
LA
Brionne.
A Nature , en prudente mere ,
Donnoit aux uns le goût , à l'autre les talens ,
A celle- ci l'eſprit , à l'autre l'art de plaire ;
Les vertus ou les agrémens ;
Enfin on ne voyoit perſonne
Qui n'en fût aſſez bien traité :
Elle montre aujourd'hui trop d'inégalité ,
Elle donne tout à Brionne .
Par M. de Chennevieres.
Q
QUATRAIN.
UAND Maurepas , comme Sulli,
Seconde un Roi , qui veut nous gouverner en pere ,
On croit voir le regne d'Henri ,
Du Favori le miniftere.
D
Par le méme.
RS
50
MERCURE DE FRANCE.
A. M. Pouteau , de l'Académie Royale de
Chirurgie , fur les prix qu'il a conſignés
à l'Académie de Lyon pour les meilleurs
Mémoires contre le vice cancéreux & la
phthifie pulmonaire.
2
T
IMPROMPTU.
:
:
QUCHE des maux des mortels aux abois ,
Pouteau veut en, tarir la ſource ;
Pour les guérir , il emploie à la fois
Sa main , fon génie & fa bourſe .
Par M***. de Lyon.
A une jeune Dame qui envoyoit chercher
des Livres dans un Cabinet littéraire.
רורב םכ
いい
IMPROMPTU.
DANANSS,1le Cabinet littéraire
Ni vous , ni moi , n'ayons rien à chercher ;
Vous favez tout ; vous favez l'art de plaire ,
Et nul Auteur n'apprend celui de vous toucher.
Par le même.
2
$
MARS
1775. 51
LE MIROIR ET L'EAU.
Fable.
'AI lu , je ne fais où , que , fur leur excellence ,
Le Miroir avec l'Eau , ſe diſputoient entre eux ,
La choſe , à mon avis , n'eſt pas hors de croyance ,
De pareils différens font aujourd'hui nombreux.
L'amour - propre eſt un mal de l'humaine nature ;
Il eſt peu de cerveaux qu'il ne tourmente pas .
Sur l'honorable agriculture
Le commerce exige le pas ;
Pour le rang , la Nobleffe & la Magiftrature
Ont de continuels débats ;
Et , par humilité , l'Egliſe nous aſſure
Qu'elle eſt le premier des Etats .
Mais laiſſons la nature entiere
Se quereller ; ce n'eſt pas là mon fait :
Revenons vîte à notre affaire.
J'ai donc dit qu'avec l'Eau le Miroir difputait ;
Je ne fais pas pourquoi l'on vous trouve fi belle ,
Lui diſoit-il ; où met-on votre prix ?
Plus nettement que vous , des objets réfléchis ,
Je rends l'image naturelle :
Je ne flatte ni n'enlaidis ;
Ma peinture eſt fraîche & fidelle.
!
Da
52
MERCURE DE FRANCE.
Au lieu qu'un voile ténébreux
Semble toujours cacher les portraits que vous faites ,
Et vous ne préſentez aux yeux
Que des eſquiſſes imparfaites.
Ai - je tort ? me voilà prêt à vous écouter ;
Démentez moi , voyons : aurez-vous ce courage ?
Non , lui repondit l'Eau ſans ſe déconcerter ;
De montrer mieux que moi les taches du viſage ,
Je vous laiſſe , fans difputer ,
Le triſte & frivole avantage ;
Mais j'ai fur vous celui de les pouvoir ôter.
Du ſens moral de cette fable
Profitez , Critiques amers ;
Au lieu de les tracer , corrigez nos travers ,
Et votre gloire alors deviendra véritable.
Par M***. de Nisme.
P
AM. GRESSET.
AR la Nobleſſe qu'il vous donne ,
Louis veut couronner vos talens , vos vertus .
Malgré l'éclat qui l'environne ,
Votre gloire à la ſienne eſt un rayon de plus .
:
Par M. le Comte de Couturelle ,
de l'Académie d'Arras .
e
IARS 1775.
53
1 A Mademoiselle de SAINT - MARCEL .
V
ous êtes jeune , ſage & belle ;
Vous chantez comme Philomele :
Charmante Saint- Marcel , aux fons de votre voix
L'Amour quitte Cythere , & vole ſur vos traces :
Il vous prend pour une des Graces ;
Vous les valez bien toutes trois (*).
Par M. de Sancy.
Le Pouvoir de l'Amour & celui de PLUTUS .
Du fein même du marbre une jeune Beauté
Vit pour Pygmalion , s'attendrit à ſa vue :
L'Amour fait ce miracle ; & Plutus , ſi vanté ,
Dans les bras d'un Créſus ne met que la ſtatue .
,
Par le même.
(*) Mlle de Saint-Marcel , jeune virtuoſe , demeure avec
M. fon Pere , cloître Saint- Benoit. Elle donne des leçons
de clavecin de guittare , de harpe & de chant. Elle
excelle dans tous ces genres , comme on peut s'en convaincre
dans ſes concerts du mardi de chaque ſemaine ,
où le plaifir de l'entendre raſſemble une compagnie distinguée
.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE .
P
Imitation d'un Madrigal Italien .
?
OURQUOI l'Amour a- t- il un bandeau ſur les yeux ?
Diſoit Philis , d'un eſprit curieux .
Hé quoi ! cela vous intéreſſe ?
Répond Tircis : ces yeux fi brillans & fi doux ,
Qui devoient éclairer le Dieu de la tendreſſe ,
Pourquoi , Philis , les avez-vous ?
Par le même.
V
AIR.
ous avez vu dans un jardin
Une roſe brillante
De Zéphyr faire le deſtin ;
Liſe eſt plus raviſſante.
Dans le verger de mon voiſin
Une pêche éclatante
Amille fois tenté ma main ;
Liſe eſt plus ſéduiſante.
Sans engager jamais ſa foi ,
Elle fait des Amans fideles ;
Elle joint le je ne fais quoi
A tous les charmes de nos Belles.
1
1
MARS.
1775- 55
Aparler fans aucun détour ,
Life eft la fleur la plus aimable
Et le fruit le plus agréable
De tous les jardins de l'Amour.
Par M. de B... de M.
Tableaux de l'AMOUR & de l'AMITIÉ.
QUEL funeſte poiſon s'eſt gliſſe dans mon coeur ?
Un feu dévorant me confume.
Mes jours font abreuvés d'un torrent d'amertame ;
- Je ſeche dans l'ennui , je vis dans la douleur ,
Mes genoux chancelans me foutiennent à peine ;
Sur mes yeux abattus un voile affreux s'étend ;
Je me fens accabler ſous le poids de ma chaîne.
Ma vie eſt un fupplice , & chaque pas me trafne
Au terme fatal qui m'attend.
Amour , contemple ton ouvrage.
Cruel enfant ! c'eſt toi qui m'a dompté !
Mes jours , fans trouble & fans nuage ,
Couloient dans la tranquillité.
Tu m'as fait voir l'adorable Clarice :
Clarice , ton vivant portrait .
A plongé dans mon ſein l'inévitable trait
Dont tu l'armas pour mon fupplice.
Dieu barbare ! es - tu fatisfait ?
D 4
}
55 MERCURE DE FRANCE .
Tous mes foins aſſidus , mes pleurs & ma conftance
N'ont point vaincu ſa réſiſtance.
L'Amour m'entraîne enfin dans un gouffre de maux
Je crois voir par - tout des rivaux.
J'entends autour de moi frémir la perfidie .
Les remords importuns , les ſoupçons dévorans ,
Et ce poiſon des coeurs , la pâle jalousie ,
Afſiegent ma mourante vie ;
Mes plaiſirs les plus doux ſe changent en tyrans .
Tout m'eſt ſuſpect : je crains ces fatales tendreſſes
Ou mon ame oſe ſe livrer (*).
Dans un abyſme affreux je ſuis enveloppé.
Je ne vois que la mort pour finir ma miſere.
Mourons ... Mais , quel flambeau , quel nouveau jour
m'éclaire ,
Et fait luire ſes feux à mon coeur détrompé ?
Une Déeſſe tutélaire
Me tend les bras du haut des cieux .
Le calme eſt ſur ſon front , la douceur dans ſes yeux ;
(*) Cette ſévérité qui annonce l'indifférence & qui resſemble
quelquefois à l'averſion , faifort un fingulier contraſte
avec le rare aſſemblage de la beauté , des graces ,
de l'eſprit & de la vertu de Clarice . Aufli le Poëte a-t- il
toujours eu la circonfpection de lui cacher tous les vers
qu'il a été comme forcé de faire à ſa louange . L'empire
que le reſpect d'un Amant délicat donne à une femme
vertueuſe , va juſqu'à lui ſoumettre les tranſports de l'amour.
4
MARS.
1775. 57
*
La perſuaſion me parle par ſa bouche ;
Elle vient eſſuyer mes pleurs .
Dans mon ſein , ouvert aux douleurs ,
Elle verſe en fecret un charme qui me touche.
Mes funeſtes liens tombent à ſon aſpect.
Je me ſens entrainer vers l'aimable Déeſſe
Par un penchant mêlé d'amour & de reſpect ,
De confiance & de tendreſſe .
Elle répond par ſes deſirs ,
Aux deſirs qu'en mon ame allume la ſageſſe :
Elle gémit des maux dont la rigueur me preſſe ,
Et mes plaiſirs ſont ſes plaiſirs.
D'une union ſi pure & fi fidelle
Le temps n'altere point la douce volupté :
C'eſt la vertu qui fait notre félicité .
Elle est immuable comme elle .
Aux traits que je viens de tracer ,
O divine Amitié ! qui peut te méconnoîtret
Avec toi j'apprends à penſer ;
J'apprends à cultiver , à reſpecter mon être ,
Et libre ſous un joug ou j'aime à m'abaiſſer ,
Même en obéiſſant , j'agis toujours en maître .
Entre ces deux tableaux c'eſt à vous de choiſir.
L'Amitié , charmante Emilie ,
Dans un chemin de fleurs nous fait couler la vie ;
L'Amour conduit au repentir :
L'une fait le grand homme , & l'autre l'humilie.
Par M**. Des bords de la Marne.
a
D 5
58 MERCURE DE FRANCE.
VERS pour mettre au bas des Portraits de
M. & Madame D.... peints par une
jolie personne .
C couple fut toujours heureux ,
Toujours digne de l'être & toujours vertueux :
Dans leurs regards , pleins de tendreſſe ,
Le ſentiment s'y trouve empreint ,
C'eſt un Amant , c'eſt ſa Maîtreſſe ,
Que l'Amour a formés & que l'Amour nous peint.
Par M. Facob Dupleſſis.
L'EXPLICATION du mot de la premiere
Enigme du volume du Mercure du mois
de Février 1775 eſt Révolution ; celui de
la feconde eſt Réputation ; celui de la
troiſieme eſt Nuage ; ceux de la quatrieme
font verre , bouteille , télescope , glaces.
Le mot du premier Logogryphe eft
Pantoufle , dans lequel on trouve , Pan ,
paon , pou , âne , flot , foule , plante , Alep ,
Laon , Toul , poulet , palet , tôle , poulan ,
lot , élan , loupe (lentille) , plat , pot , la
note , tuf, loupe ( excrefcence charnue ,)
Léon , fou , faon , Louet , puant , pet ,
:
L
MARS. 1775. 59
!
3
taupe , loup , plane , alun , poteau , feu
eau , étalon , talon , peau , falot , lune
Platon , Pluton , fléau , tu , te , ta , où
&c.; celui du fecond eſt Pot - de - vin , où
ſe trouvent pot , de , vin ; celui du troiſieme
eſt Corde , où on trouve , dé (à coudre
) , roc , code , or , cor , ode , cor ( au
pied) .
D
ÉNIGME.
E l'un des élémens je reçois la naiſſance ,
Mais d'un autre bientôt je deviens le jouet :
Commune en Angleterre encore plus qu'en France ,
On defire ma cauſe & l'on craint mon effet.
On m'apperçoit aux champs , on me voit à la ville ;
Dans ſa cabane un pauvre , en ſon palais un Roi ,
A mon pere offrent un afyle ,
Et mon pere , Lecteur , jamais ne va ſans moi.
,
Par M.G.
DEUX
AUTRE.
EUX lettres peignent qui je ſuis ;
Au rang des végétaux l'homme , ou le fort, m'a mis ;
Dans les jardins je demeure & je vis :
Mais bien peu je les embellis ,
Et mon nom à l'envers , exprime le mépris .
Par le même.
1
6ο MERCURE DE FRANCE .
J'AI
AUTRE.
'A I des yeux , ſans y voir , oui , je crois , plus de mille ,
Je ſuis un inſtrument pour purger , non la bile ,
Mais l'utile manne qui vient
De la mere commune , & qui tous nous ſoutient.
Je ne ſouffre point choſe impure ,
Non pas la plus petite ordure.
Soit dit par figure : l'on peut
Me donner à manger tout autant que l'on veut ;
Mais ne me donne point à boire ,
Bois toi - même , mon cher Grégoire ;
Sans quoi tu me verrois , dans le même moment ,
Laiffer aller ſous moi ton liquide préſent.
Par M. L. G. en Bretagne.
I
LOGOGRYPΗ Ε.
L eſt d'un bon chrétien , d'une ame franche & ronde ,
De mettre à l'aiſe autrui , d'obliger tout le monde :
C'eſt ma marote & mon ſyſteme auſſi ;
Je vais , Lecteur , te le prouver ici
Saint Jean nous dit dans l'Ecriture ,
Aimez - vous , mes enfans , d'amitié tendre & pure ;
MARS. 1775- 6 .
i
1
Rien n'eſt ſi beau que la cordialité ,
Que la bonne union & la fraternité .
D'après ce conſeil ſalutaire ,
Amon prochain cherchant à plaire,
A bras ouverts toujours je le reçois ,
Chez tous les Grands & chez certains Bourgeois .
Dans mes huit pieds ſe rencontre une ville ;
Synonyme d'un ſot , déſignant ame vile ;
Un arbre dont le nom , pour groſſe injure pris ,
Commença les malheurs dont gémit un pays ;
Lieu commode où l'on fait différente beſogne ;
Ce qui tient lien de beurre en toute la Gaſcogne ;
Ce dont ne peut Lingere ſe paſſer ;
Ce qui fait quelquefois un Ecolier feſſer ;
Deux élémens ; trois notes de muſiques
Ce qui fert à border les jupons d'Angélique ;
Un grand eſpaçe entouré d'eau ;
Le nom d'un inftrument & celui d'un vaiſſeau ;
De Laban une fille ; un lieu de ſacrifice.
Mais j'ai tout dit : Lecteur , fais ton office .
Par le méme.
A
AUTRE.
MI Lecteur , ſi tu veux me connoître ,
Il te faudra décompoſer mon être ,
62 MERCURE DE FRANCE.
Et , ſi je fais bien diviſer ,
En deux parts le dépiécer ;
La choſe n'eſt pas difficile :
En l'une tu verras le nom d'un animal
:
Méchant par goût , mais très ſouvent utile ,
Non par amour du bien , mais par celui du mal.
Il eſt toujours au guet pour trouver mal à faire ;
Ce n'eſt pas là, tu vois , un charmant caractere.
Quoi qu'il en ſoit , cet animal nous fert ,
Mais ſouvent auſſi nous deffert ;
On a beau le punir , il eſt toujours vorace
L'inftinet ne change pas , nous dit le bon Horace.:
Mais , chut : ami Lecteur , fans doute qu'à ce trait
2
jà tu connois tout le portrait;
Cependant, ſi je ne m'abuſe ,
Peut - être ce portrait t'amuse ;
Pour te garantir done de toute illufion ,
Je paſſe à l'autre part de ma divifion.
Elle exprime une créature
Utile à toute la nature ,
Sans laquelle on voit Flore abandonner les champs ,
Tout dépérir , même au printemps :
La terre devenir une maſſe ſtérile ,
Et tous les êtres languiſſans .
Mais elle joint encor Pagréable à l'utile :
Car c'eſt elle qui fait fleurir ,
Et fait enrichir le commerce
Des tréſors qu'on voit nous fournir
MARS. 1775. 63
L'Amérique , l'Inde & la Perſe ;
En un mot il n'eſt point de jours
Où l'on n'éprouve ſes ſecours. 廉
Malgré pourtant ces avantages ,
Comme il n'eſt qu'un Etre parfait ,
Souvent par d'horribles ravages ,
Elle a fait oublier le bien qu'elle avoit fait.
A tous ces traits , Lecteur , tu me devrois connoftret
Encor un cépendant ; to fauras que le traître ,
Qui de mon nom compoſe la moitié
Atoujours eu certaine inimitié
Contre l'autre part de moi-même ,
Qui s'épuiſe pour le nourrir ,
Sans laquelle , ein un mot , on le verroit mourir.
Son ingratitude eſt extrême ;
Onc pour lui néanmoins on ne m'a vu tarir .
C'en eſt aſſez , Lecteur ; maintenant aſſocie
Et rapproche mes deux parties ;
(T
Puis tu verras que je fais l'ornement
De mille endroits remplis de charmes.
Souvent pourtant mori dos eft chargé d'armes
Et, quand je füis bien fait , je brave effrontément
Les ruſes& la foudre
Du farouche ennemi qui me veut mettre en poudre
Pour tout dire en un mot , je ne fuis point abject ,
Puiſque d'un art je ſuis l'objet.
D'en dire plus , ma foi je n'oſe ;
Si tu ne me tiens pas , je n'en ſuis pas la caufe.
Par M. l'Abbé V***.
64 MERCURE DE FRANCE.
:
J
AUTRE.
E loge dans le coeur du ſage
Etdans celui du vrai chrétien !
Du juſte je fuis le partage ;
Mais le pervers ne me connoit en rien .
Sans tête je ſuis plus connue ;
Alors , Lecteur , dans l'eſprit du méchant
Je loge affez communément :
Mais toujours j'y fuis corrompue.
!
Par M. Laveille , de Dax.
!
A U TRRE.
1
JE fais un bruit pareil à celui du tonnerre;
Mon chef à bas , je ſuis le plus fot de la terre.
Par le même.
T
COU-
1
:
Mars . 1775. 05.
COUPLETS dela Fausse Magie.
MusiquedeM.Grétry.
Madame SAINT - CLAIR .
Andante .
Veut-onque la bonne aven-ture
Naitriende douteux ni dobfcur ?
Leplusfa- co-le & leplus sür ,
Ceftdinterro-ger laNiz-tu- re:
Chacun de nous afon de-vin,Qui ne
vé-penejamais en vain.Disle refr .
66 MERCURE DE FRANCE.
)
DORIMON.
On fait affez quand on eſt ſage ,
Ce que promet le lendemain ;
Mais ce n'eſt pas fur notre main ,
C'eſt dans nos coeurs qu'eſt le préſage
Chacun de nous a fon Devin ,
Qui ne répond jamais en vain.
Madame SAINT - CLAIR.
Lorſqu'un vieillard veut encor plaire ,
Qu'il ſe demande : Est - ce mon tour
Est - ce l'étoile de l'Amour
Qui me domine & qui m'éclaire ?
Chacun de nous a ſon Devin ,
Qui ne répond jamais en vain.
INVAL.
Pour être heureux avec ma femme
Je ne lirai pas dans les cieux ;
Je lirai mon fort dans ſes yeux.
LUCETTE.
Je lirai le mien dans ton ame.
Tous les deux .
L'Amour ſera notre Devin ,
Il ne répond jamais en vain.
MARS. 1775 . 67
NOUVELLES LITTERAIRES .
Nouvelles Ephémérides économiques , ou
Bibliotheque raifonnée de l'hiſtoire ,
de la morale & de la politique.
Quid pulchrum , quid turpe , quid utile , quid non.
Horace.
CE recueil hiſtorique , moral & politique
, rédigé par M. l'Abbé Baudeau ,
paroîtra régulièrement tous les mois,
dans le cours de la troiſieme ſemaine , à
commencer du mois de Janvier 1775.
Les volumes ſeront de neuf feuilles in-
12. Le prix de l'abonnement est de 241.
franc de port dans tout le Royaume. On
foufcrit à Paris , chez le ſieur Lonvay ,
rue de Savoie , la ſeptieme porte cochere
à gauche en entrant par celle desGrands
Auguſtins , à côté de Hôtel de Savoie;
& au Bureau de correſpondance , rue des
deux Portes Saint Sauveur ; & chez La-
E2
1
68 MERCURE DE FRANCE.
combe , Libraire , rue Chriſtine. On foufcrit
au même Bureau de correſpondance
pour la Gazette de l'Agriculture , du
Commerce , &c. par M. l'Abbé Roubaud.
Les Ouvrages , Mémoires , Lettres ou
paquets pour cette Gazette & pour les
Ephémérides , peuvent être adreſſés au
Bureau général de correfpondance , rue
des deux Portes Saint- Sauveur , à Paris.
M. de Saint-Luc , Colonel au ſervice du
Roi & de la République de Pologne, ſe
charge de traduire ou analyſer les écrits
qui feront en langues étrangeres. On enverra
gratuitement les Gazettes & les
Ephémérides aux perſonnes qui voudront
bien coopérer habituellement à ces deux
Ouvrages.
On diftribue actuellement , & gratui
tement, aux Souſcripteurs un petit volu .
me qui peut être regardé comme l'annonce
de ces nouvelles Ephémérides. Ce
volume eſt diviſé en trois parties ; la
premiere contient des pieces détachées :
1º. des maximes générales du gouvernement
économique d'un Royaume Agricole
, par M. Queſnay. 2°. Un difcours
économique au Roi de Suede & à fon
Académie des Sciences , fur le bonheur
MARS. 1775. 69
1
:
!
*
,
des Peuples , & fur les loix fondamentales
des Etats , par M. le Comte de
Scheffer . 30. Une lettre du Fermier des
droits de Halle , & du marché de la ville
de *** , à fon Confrere le Fermier des
mêmes droits à * par M. l'Abbé
Baudeau . La ſeconde partie , deſtinée à
des critiques raiſonnées , renferme des
queſtions fur le plan d'impoſition foidiſant
économique , par M. l'Abbé Baudeau.
La troiſieme partie , qui eſt confacrée
à nous rappeler des actes ou des événemens
publics relatifs auGouvernement,
nous offre le diſcoursdu Roi de Suede , lu
par Sa Majeſté en plein Sénat ; & le renouvellement
de l'Ordonnance & Edit
du Roi , concernant la liberté d'écrire
&d'imprimer , donné à Stokholm le 26
Avril 1774 .
Les maximes générales du Gouvernement
économique d'un Royaume Agricole
, ont déjà été publiées en 1768 dans
le premier volume de laPhyſiocratie. M.
l'Abbé Baudeau a cru devoir les mettre
encore à la tête du recueil que nous venons
d'annoncer , pour fatisfaire un grand
nombre de perſonnes qui demandent un
abrégé clair & précis des principes fou-
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
tenus par les philoſophes qu'on appelle
Economiſtes . Cet abrégé , qui eſt à la
portee de tout le monde , eſt la meilleure
réponſe que l'on puiſſe faire aux objections
de ceux qui , juſqu'à préſent , ont
attaqué la dectrine des Economiſtes. On
faura d'ailleurs d'autant plus de gré à
l'Editeur de ces nouvelles Ephémérides ,
d'avoir place ces maximes à la tête de
fon recueil , que cet Ouvrage périodique
eſt particulièrement deſtiné à développer
ces mêmes maximes , & à les appuyer
des preuves de droit & de fait.
Histoire fecrette du Prophete des Turcs ; &
parties in 12 , petit format , prix Il.
16 f. A Paris , chez Baſtien , Libraire.
:
Ce Roman , publié pour la premiere
fois en 1754 , contient quelques avantu
res amoureuſes de la jeuneſſe de Mahomet.
Comme ces avantures n'ont rien de
bien piquant , l'Auteur , pour foutenir la
curioſité du Lecteur , fait voyager Mahomet
dans les différentes planetes , & lui
donne pour guide l'Ange Eturiel , qui
tranſporte le Prophete ſur ſes aîles. Mais
MARS. 1775. 71
!
tout ceci n'eſt qu'une foible imitation
des rêveries de Cyrano de Bergerac .
Directions pour la confcience d'un Roi ,
compoſées pour l'inſtruction de Louis
de France , Duc de Bourgogne , par
feu Meſſire François de Salignac de la
Mothe Fénélon , Archevêque Duc de
Cambray , fon Précepteur.
:
Et nunc, reges , intelligite ; erudimini qui judicatis terram.
Pfalm. II.
:
Vol. in-12. de 160 pages. A Paris ,
chez les Freres Etienne , Libraires .
CES Directions , qui furent l'un des
fruits de la correſpondance ſecrette de
l'Archevêque de Cambray avec le Duc
de Bourgogne , petit-fils de Louis XIV ,
ont été publiées , pour la premiere fois ,
à la Haye en 1748 , d'après une copie qui
venoit de l'Hôtel de Bretonvilliers .
On retrouve dans cet Ouvrage les
maximes & les conſeils que M. de Fénélon
a répandus dans ſon Télémaque ; mais
ces maximes & ces conſeils font ici plus
E 4
MERCURE DE FRANCE.
directs , plus précis , plus rapprochés ; &
cet écrit , pour nous ſervir de l'expreſſion
de l'Auteur de l'éloge de Fénélon , peut
à juſte titre , être appellé l'abrégé de la
ſageſſe & le catéchiſme des Princes .
Almanach de l'Etranger qui séjourne à
Paris , année 1775; vol. in 16. prix
20 ſols broché. A Paris , chez Hardouin
, Libraire , paſſage du vieux
Louvre , du côté de Saint Germainl'Auxerrois
.
L'Etranger qui ſéjourne à Paris trouvera
dans ce livret des renſeignemens fur
les divers ſpectacles , ſur les jours d'audience
des Miniſtres , fur le prix des
voitures publiques. On lui fait connoître
les promenades de Paris , les jours &
heures auxquelles on peut aller voir quelque
monument ou quelque curioſité pu .
blique , les bureaux d'abonnement pour
les gazettes , journaux , &c. L'Auteur
pourra rendre ſon Almanach encore
plus utile aux Etrangers , en leur indiquant
, par exemple , les Bibliotheques
publiques , les cabinets de tableaux , &
1
MARS. 1775 . 73
1
autres objets qu'il a omis , & qui ce.
pendant doivent les intéreſſer.
Révolutions d'Italie ; traduites de l'Italien
de M. Denina , par M. l'Abbé
Jardin. Tomes VIIe , & VIIIe ; in 12 .
A Paris , chez le Jay , Libraire , rue
St. Jacques .
Ces deux volumes terminent l'Hiſtoire
des Révolutions d'Italie par M. Denina.
Dans cette hiſtoire, qui ſort de la claſſe
ordinaire des révolutions , l'Hiſtorien s'eſt
particulièrement appliqué à raſſembler
les faits les plus propres à donner des
réſultats politiques ou moraux. M. Denina
n'ignore pas que les projets d'un
particulier , inexpérimenté dans les matie .
res de gouvernement , peuvent manquer
d'exactitude & de juſteſſe , être même
impraticables pour le moment; mais ce
feroit juger auſſi trop défavantageuſe.
ment des hommes & de leurs occupa
tions , ſi , vivant au milieu de la ſociété ,
obſervant , lifant , penſant & réfléchif
ſant , chacun ſelon la meſure de ſon gé
nie , on les déclaroit incapables d'apper.
cevoir ce qui peut contribuer à la féli
E 5
74 MERCURE DE FRANCE,
cité publique. Les Lettres n'auroient
plus d'attraits , fi ceux qui les cultivent
n'étoientjamais à portée de les faire fervir
au bonheur de la ſociété ; s'ils ne pouvoient,
par la voie des livres , propoſer
aux Régiffeurs d'Etat quelque moyen
nouveau d'en augmenter les forces & la
ſplendeur. „ On pourroit dire , à bien
,, plus juſte titre , ajoute ici M. Denina ,
,, que les Ecrivains font en quelque forte
,, les Conſeillers des Gouvernemens &
,, des Rois. Quiconque prend la plume
,, revêt le caractere d'homme public , &
ود il eſt de fon devoir de propoſer ce qui ,
,, quoique ſpéculativement , paroît avan-
,, tageux à la République; le Miniftere
ود reſtant toujours le maître de choiſir&
,, d'exécuter ce que la raiſon & l'expé-
,,rience jugeront de plus convenable".
L'Hiſtorien obſerve avec un Auteur moderne
& François , à qui l'on ne peut
diſputer de connoître àfond les matieres
économiques& les intérêts des Peuples ;
que l'Angleterre doit à ſes Ecrivains les
progrès des arts , de fon induſtrie , de
ſon commerce , les ſuccès prodigieux de
fon agriculture , & preſque toutes ſes
meilleures inſtitutions.Aforcederépéter
MARS. 1775. 75
d'utiles vérités , on conduit le Gouvernement
à former une infinité de ſages
établiſſemens. Les bons écrits excitent
d'abord un applaudiſſement univerſel ;
les fuffrages d'une multitude de Lecteurs
citoyens & philoſophes ſe réuniffent &
forment le voeu public ; & le voeu public
fixe enfin I attention des Légiflateurs .
,
M. Denina en inférant dans ſes
obſervations pluſieurs vues politiques
a donné un nouveau degré d'intérét
à fon Histoire. Cet Ecrivain termine
ſon dernier volume par jeter un coupd'oeil
ſur l'Etat d'Italie depuis la paix
d'Utrecht. ,, S'il ne falloit , nous dit-il ,
,, pour rendre les Nations heureuſes &
,, floriſſantes , que de longues paix , des
Souverains réſidens , des Miniſtres ap-
„pliqués , l'Italie , dans ces cinquante
८४
ودou foixante années écoulées depuis la
,, paix d'Utrecht , auroit dû croître &
„proſpérer de tous points. S'il n'étoit
,,même trop paradoxal de compter cer-
ود
ود
taines guerres parmi les principes de
félicité publique, je n'hésiterois pasd'y
,, ranger celles de 1733 & de 1741 : du
moins eft - il certain que la quantité
,, d'or ; que les Puiſſances belligerantes
,,verferent dans la contrée , furpafſſa de
"
76 MERCURE DE FRANCE.
:
,,beaucoup le dégât qu'elles y firent.
,, La condition des Etats de Naples ,
,,pendant les quinze ou vingt années
,, qu'ils furent foumis à l'Empereur Char-
,, les VI , ne fut gueres meilleure que
ود
ود
Pas
ſous les Rois d'Eſpagne de la Maiſon
,, d'Autriche. Mais du moment qu'ils eurent
un Souverain propre , réſidant &
,, ſervi par d'excellens Miniſtres , qui
,, n'avoient pas moins à coeur les intérêts
de la Nation que ceux du Monarque ;
,, on fent bien que ce beau pays dut re-
,, naître , refleurir , remonter inceſſam.
,, ment à ce haut degré de proſpérité où
,, l'avoit trouvé Charles VIII , quand il
,, vint troubler le ſage gouvernement des
,, Arragonois .
ود L'Etat du Saint Siege & celui de
„Veniſe jouirent , au dedans , d'une paix
,, conſtante & profonde : ils furent inva-
,, riablement ce qu'ils étoient dans le
,, ſiecle précédent.
,, Quant à la Toscane , conſidérée
,, entre la mort de Jean Gaſton & celle
,, de François I, on n'oferoit avancer
,, que ſa condition eût été améliorée , vu
,, l'extrême difficulté de ſuppléer à la
,, poffeffion ou proximité d'un Souve-
,, rain. Mais , outre que François lui-même
MARS. 1775- 77
1
„ne négligea rien de ce qui pouvoit
,, compenfer fon éloignement ou le ren-
„dre moins onéreux , les Toſcans en
,, furent enſuite & bien abondamment
dédommagés par l'heureux avénement
,, de Léopold d'Autriche (fils de François-
,, Etienne , & frere de l'Empereur Jo-
,, ſeph II , actuellement régnant ) dont
,, la ſageſſe fait goûter à ces peuples plus
,, de douceurs , de délices , de félicités
,, que ne leur en départirent jamais les
,, Médicis en deux cents ans de regne.
,, Cette partie de la Lombardie , com-
,, priſe ſous le nom d'Etat de Milan& ré-
„ duite , tant qu'elle dépendit de la Cour
,, de Madrid , à la condition de province
,, lointaine & détachée , ne put que ga-
„ gner à paſſer ſous la domination des
,, Allemands , dont les moeurs , indé-
,, pendamment de la contiguité , avoient
„plus d'analogie avec les ſiennes.
ود Parme & Plaiſance , qui , même ſous
les Farnefes , n'avoient jamais été miſes
au rang des premieres Cités d'Ita-
„ lie , ne tarderent pas d'y monter quand
ود
95 elles appartinrent aux Bourbons , qui
,,y ont tellement favorisé la culture des
,, Lettres , l'affluence des Etrangers , le
,, commerce , les Arts , la circulation , que
78 MERCURE DE FRANCE.
„ Parme fur - tout , malgré l'exiguité de
., l'Empire dont elle eſt le ſiege , peut fe
,,placer entre les plus polies , les plus
,, floriſſantes capitales
,, Mais c'eſt l'amélioration du Piémont
,, qui eſt ſenſible & frappante. Sans avoir
,, changé de gouvernement , ni ceſſé
,,d'obéir à la Maiſon Royale de Savoie ,
, ces Etats ont ſi prodigieuſement acquis
,, depuis la paix d'Utrecht ; l'induſtrie ,
,, les richeſſes , la population en font ac-
,, crues à un tel point , que les vieillards
,, eux - mêmes ne peuvent s'empêcher de
mettre le préſent fort au- deſſus du
,, paffé ; de convenir qu'il n'eſt aucune
cité , aucune bourgade , aucun village
,, ni hameau où l'on ne compre un plus
,, grand nombre d'habitans , où l'on ne
,, vive plus commodément , plus agréa
,,blement qu'autrefois ; ce qui démontre
bien ſenſiblement les progrès de
,, l'agriculture & de tous les arts.
ود Il réſulte de cette eſquiffe que l'Ita
,,lie eſt exempte des maux qui la tour-
,, menterent ſous les Romains , ainſi que
,, dans les XII , XIIIe & XIVe fiecles de
,, l'ere chrétienne. Mais combien d'avan-
,, tages dont elle jouiſſoit alors , & dont
39 elle eft privée aujourd'hui ! Il faudroit
८
MARS. 1775. 79
1
,, ſavoir ou pouvoir les unir pour l'éle-
,ver au plus haut degré de félicité politique;
les livres ſont ſi multipliés , les
,, fciences , la philofophie , le droit des
„gens , l'économie législative & fociale
,, font allés fi loin , qu'il n'eſt plus à
,, craindre que nous puiſſions jamais
,, perdre ce que nous avons gagné à la
,, renaiſſance des lettres , & redevenir
,, barbares. Que ne ſommes-nous égale-
,,ment afſurés de pouvoir bannir la mo-
,, leffe & ramener dans les moeurs quel-
,, que peu de cette vigueur mâle , de
,, cette rudeſſe antique, le plus ferme
„ appui de la grandeur des Etats" .
Le voeu que fait M. Denina , en terminant
fon hiftoire, eſt celui d'un bon patriote
; mais toutes les déclamations ,
tous les raifonnemens même les plus
folides contre le luxe , ne fervent à rien
ou preſque rien. Des ordonnances , des
- loix fomptuaires , ne ferviroient pas davantage
, attendu l'impoſſibilité d'empêcher
que les riches ne dépenſent leur
-argent à leur fantaiſie , & que les indigens
ne cherchent avidement les
moyens de le leur faire dépenſer. Il n'y
auroit peut-être d'autre parti à prendre
pour réprimer , ou du moins retarder les
80 MERCURE DE FRANCE.
effets du luxe , que de mettre une plus
grande proportion entre les fortunes des
particuliers ; d'empêcher en conféquence
qu'il n'y ait d'autres moyens d'acquérir
des richeſſes que ceux que procurent le
travail , les ſervices ou les talens. Lorfque
dans un Etat il ſe trouve des voies
de fortune , autres que celles que nous
venons d'indiquer , ces voies de fortune
étant moins longues , elles feront préfé.
rées par le plus grand nombre: mais
parce qu'il n'eſt pas poffibleque tous ceux
que l'intrigue agite , réuſſiſſent , il ſe trouvera
néceſſairement une multitude de
citoyens entraînés , pour toute leur vie ,
dans un tourbillon qui les rendra inutiles
à l'Etat ; c'eſt le moindre inconvénient.
Lorſque pluſieurs font parvenus à l'objet
de leurs defirs ; comme ils ont eſſuyé
d'abord bien des refus , ils s'en dédommagent
en jouiſſant de leur fortune avec
oftentation. Ils cherchent en quelque
ſorte à s'étendre , en ajoutant à l'idée que
l'on à de foi - même les diſtinctions qui
accompagnent l'opulence. Cet éclat agit
ſur la multitude; chacun s'efforce d'imiter
, plus ou moins , un faſte qui le charme
, que le peuple ſtupide prend pour
de l'honneur , & auquel il prodigue fon
ad-
८
MARS . 1775 .
admiration. Ces deſirs effacent pou-à-peu
l'eſtime que l'on accorde au mérite ; l'intérêt
devient pour lors le reffort le plus
actif ; & , au lieu de récompenfer les
ſervices rendus à la patrie par des diſtinctions
, le Gouvernement ſe voit obligé
" de les payer avec de l'or .
M. Denina rappelle auſſi les grands
principes de l'adminiſtration économi-
⚫ que , pour faire voir les pertes que ſouffre
un Etat dans ſa culture , dans ſes denrées
, & par conséquent dans ſa population
, lorſque ſon territoire n'eſt partagé
que par grandes portions. On ne confidere
, ajoute-t- il , qu'avec effroi les vaſtes
poſſeſſions des riches . C'eſt en effet de
tous les abus qui concourent à la dépopulation
des campagnes , le plus actif&
le plus deſtructeur. Cependant il n'a jamais
été poſſible d'y remédier. L'inutilité
des loix agraires n'eſt que trop conftatée ;
& le droit de primogéniture , quoique
avantageux à beaucoup d'égards , augmente
encore la difficulté d'arrêter le
défordre.
Refutation de l'Ouvrage qui a pour titre:
Dialogues fur le commerce des bleds .
Vol . in-8 ° . à Londres , & ſe trouve
1
F
82 MERCURE DE FRANCE.
à Paris , chez les freres Etienne , Li- i
braires , rue St. Jacques .
L'Auteur de cette réfutation profite
de la liberté rendue à la diſcuſſion & à
l'inſtruction dans les matieres de l'écono
mie politique , pour faire paroître une
réponſe à un Ouvrage déjà ancien. Au
reſte cette réponſe , dictée par un eſprit
juſte , folide , & très-verſé dans les matieres
économiques , ne contient pas feulement
une réfutation ſuivie des Dialogues
; elle préſente encore le développe .
ment de pluſieurs vérités importantes fur
un ſujet qui ne peut être trop difcuté &
trop approfondi.
Almanach encyclopédique de l'Histoire de
France, où les principaux événemens
de notre Hiſtoire ſe trouvent rangés ,
ſuivant leurs dates , ſous chacun des
* jours de l'année. Année 1775. Vol .
in- 16. A Paris , chez Vincent , Imprimeur
Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel de Clugny.
:
Quelques Lecteurs ont paru defirer
plus de liaiſon , plus d'enchaînement
dans les faits hiſtoriques de ce petit Ou-
A
MARS. 1775. 83
vrage. L'Auteur , pour répondre à leurs
demandes , fans néanmoins rien changer
à la forme qu'il avoit adoptée , a , dès
l'année 1772 , augmenté l'Almanach de
deux articles nouveaux & importans ;
l'un eſt un tableau chronologique des
Rois de France , diviſés en trois races ,
depuis le Fondateur de la Monarchie ; &
l'autre , une premiere époque de l'Hiftoire
de France , comprenant l'hiſtoire
abrégée de la premiere race de nos Rois .
Pour faire ſuite à ces deux morceaux ,
- l'Auteur a donné en 1773 , une ſeconde
époque comprenant les regnes de Pepin
&de Charlemagne ; & une troiſieme en
→ 1774 , comprenant les regnés des Defcendans
de Charlemagne. Il termine
l'année 1775 par les regnes des premiers
Rois de la troiſieme race.
Le Clergé de France , ou tableau hiſtorique
& chronologique des Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeſſes &
Chefs des Chapitres principaux du
Royaume , depuis la fondation des
Egliſes juſqu'à nos jours. Par M. l'Abbé
Hugues du Tems , Docteur de la
Maiſon & Société de Sorbonne , Vicaire-
Général de Bordeaux & d'Acqs ,
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
)
&Chanoine de l'Egliſe Métropolitaine
& Paroiſſiale de Saint André de Bordeaux.
Tomes I & II . A Paris , chez
Delalain , Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe .
Au commencement du dernier fiecle ,
Chenudonna au Public la chronologie des
Evêques de France ; cet Ouvrage , rempli
d'inexactitudes, fut tellement augmenté &
perfectionné en 1626 , par Claude Robert
, Grand Archidiacre de Châlons-fur-
Sône , qu'on a donné à ce dernier Auteur
la gloire de l'invention & de la premiere
exécution. Toutes les découvertes
qu'on a faites dans l'antiquité depuis ce
temps - là , déterminerent MM. de Sainte
Marthe à nous donner une nouvelle édi .
tion de cet Ouvrage , qui parut d'abord
en quatre Tomes ſous le nom de Gallia
Christiana , & qui a été continuée par
les Religieux Bénédictins . Le onzieme
volume in-folio a paru. On trouve dans
l'Ouvrage de M. du Tems , qu'on peut
regarder comme un excellent abrégé du
Gallia Chriftiana , une critique exacte &
ún choix judicieux de faits auſſi inſtructifs
qu'intéreſſans. L'abrégé hiſtorique
qu'il nous donne de chaque Ville Epifco
MARS. 1775 . 85
pale, eft fait avec préciſion. Le diſcours
préliminaire renferme un tableau des progrès
& des viciffitudes de l'Eglife dans
les Gaules . C'eſt aux Théologiens Canoniſtes
à diſcuter ce que cet Auteur dit de
la pragmatique , du concordat & de plu .
' ſieurs autres articles délicats fur l'ancienne
difcipline de l'Eglife. Malgré la diverſité
des idées à cet égard , l'Ouvrage
mérite d'être bien accueilli , fur-tout à
cauſe de ſon utilité. Le plan de l'Ouvrage
eſt judicieux , & l'Auteur ne s'en
écarte point dans l'exécution.
1
:
Recherches fur les remedes capables de
diffoudre la pierre & la gravelle , traduites
de l'Anglois ; in-8°. 3. 1. broch .
A Londres , & ſe trouvent à Paris ,
chez Ph. D. Pierres , Imprimeur Libraire
, rue St. Jacques , 1775-
De toutes les opérations chirurgicales ,
la taille , ou l'extraction de la pierre de
la veſſie , étoit, anciennement une des
plus haſardeuſes pour le malade & l'Opérateur
; quoique la chirurgie moderne ,
inſtruite par l'anatomie la plus fcrupuleuſe
, de la ſtructure exacte des parties ,
ait tellement perfectionné cette opéra
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
tion , qu'il foit difficile de croire qu'elle
puiſſeêtre portée plus loin , il n'en eſtpas
cependant moins vrai qu'elle n'eſt pas .
toujours exempte de dangers ; ſouvent
celui qui l'a éprouvée avec ſuccès n'eſt
pas à l'abri des récidives de la maladie ,
qui l'avoit forcé de s'y foumettre . On a
vudes perſonnes affez malheureuſes pour
avoir été obligées d'y revenir deux , trois
& même quatre fois.
Ces raiſons ont engagé , dans tous les
temps , les Médecins à chercher s'il n'y
avoit pas dans la nature ou dans les productions
de l'art , des moyens capables
de détruire les concrétions & la
cauſe qui les produit; auſſi trouve-t-on
dans les Ouvrages de Médecine pluſieurs
notes de remedes ſimples ou
compoſés ; les Médecins Anglois font
principalement ceux à qui nous ſommes
redevables d'un grand nombre d'expériences
fur la Nature du calcul & de ſes
diſſolvans.
Le remede de Mlle Stephens nous
vient d'Angleterre ; on en a élagué tout
ce qui a paru y avoir été employé de
trop ; le ſavon en fut regardé comme le
ſeul ingrédient actif; quelques - uns lui
aſſocierent l'eau de chaux , dans la vue
MARS. 1775- 87
d'en augmenter encore l'efficacité : mais
la quantité énorme qu'il falloit prendre
de l'un & de l'autre de ces remedes , rebutoit
infiniment le malade ; le Docteur
Chittick annonca pour lors un ſpécifique
contre ces maladies ; il fut bientôt accrédité
, tant par ſon efficacité que par le
myſtere qu'y mit ce Médecin. Les autres
Médecins de Londres tâcherent d'en découvrir
le ſecret. M. Blacktie , Auteur
de ces Recherches , s'y appliqua ſpécialement
; il parvint enfin à ſe convaincre
que ce n'étoit autre choſe que de la leffive
de Savonniers : il fit part de ſa découverte
au Public ; la maniere dont fes
Recherches furent accueillies en Angleterre
doivent néceſſairement garantir des
ſuccès qu'elles doivent avoir en France.
Ce font ces Recherches qui font l'objet
de l'Ouvrage que nous annonçons. Le
* Traducteur de cet Ouvrage & le Commentateur
( Meffieurs Guilbert & Bourru)
n'ont rien négligé pour donner encore
plus de mérite à cet Ouvrage , tant par
l'exactitude de la traduction que par les
notes ſavantes & critiques qu'ils y ont
> joint; un pareil Ouvrage mérite à tous
égards d'être conſulté par les gens de
l'art. M. Buch'oz , dans ſes Lettres fur
3 F 4
88 MERCURE DE FRANCE.
les végétaux & dans ſon Dictionnaire
des plantes de la France , rapporte quelques
obfervations qu'il a faites de l'efficacité
de l'uva ursi , contre les affections
calculeuſes & la néphrétique.
Traduction d'anciens ouvrages latins relatifs
à l'agriculture & à la Médecine vétérinaire
, avec des notes ; par M. Saboureux
de la Bonnetrie , Ecuyer ,
Avocat au Parlement , Docteur & Profefſeur
de la Faculté des Droits en
l'Univerſité de Paris. Tome Ve,
contenant l'économie rurale de Palladius
, & Tome VIe , contenant l'économie
rurale de Végétius ; in- 8°. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la
Faculté de Médecine , quai des Auguſtins
, 1775. Avec approbation &
privilege du Roi,
Ces deux volumes font la fuite des
traductions de Caton , de Varron & de
Columelle ; la collection entiere de ces
différens Ouvrages , relatifs à l'Agriculture
& à la Médecine vétérinaire , eſt
très-précieuſe ; on en defiroit depuis long.
temps la traduction , elle n'a pu cependant
être faite dans un temps plus favo
MARS. 1771 . 89
rable que celui - ci , où l'on s'adonne
entiérement aux ſciences utiles. Le Libraire
, pour faciliter l'acquifition de ces
différens Ouvrages , les vendra féparément
; le prix de ces deux derniers volumes
eſt de 10 liv. ; les deux volumes qui
contiennent les Oeuvres de Caton & de
Varron , ſont de 9 liv.; les troiſieme &
quatrieme , qui comprennent les Oeuvres
de Columelle , ſont de roliv .; la collection
complette eſt de 29 liv.
On trouve dans ces deux derniers volumes
pluſieurs obſervations intéreſſantes
ſur l'Agriculture des Anciens , fur les
maladies des beſtiaux , fur la façon de
les élever , ſur les avantages qu'on en
peut tirer ; on y lit auffi pluſieurs détails
ſur le jardinage , ſur les différentes méthodes
de greffer les arbres , fur la vigne ,
&c. fur d'autres pareils objets , tous de
la plus grande importance dans l'économie
rurale ; le Traducteur y a joint des
notes ſavantes , dans lesquelles il fait voir
l'anologie qu'il y a des principes ruraux
des Anciens avec ceux des Modernes : il
explique en même temps les différens
termes d'agriculture & d'art vétérinaire ,
uſités dans les Ouvrages des Auteurs qu'il
traduit. On peut donc affurer que cette
F5
90
MERCURE DE FRANCE .
collection renferme ſeule une bibliotheque
d'économie rurale , & qu'elle mérite
d'être confultée à chaque inſtant par ceux
qui s'appliquent à l'agriculture & à l'éco .
nomie rurale.
Ecrits politiques & économiques .
Lettre à M. Richart des Glanieres fur
ſon plan d'impoſition économique &
d'adminiſtration des finances ; in- 8 °.
prix 1 1. 4 f. A Paris , chez Monory ,
Libraire , rue & vis-à- vis la Comédie
Françoiſe.
La Poule au Pot .
Réflexions patriotiques ſur le nouveau
plan d'impofition économique , avec
quelques vues différentes ſur le même
objet. In-4° . A Paris , de l'Imprimerie
de Ph. D. Pierres , rue St. Jacques .
Examen raisonné du plan d'impofition
économique , ou réflexions critiques fur
l'adminiſtration des finances . Par M.
Guyetand. In 4º. prix I liv. 10 f. A
Paris , de l'Imprimerie de Michel
Lambert.
La prospérité du commerce. Par M. de la
MARS. 1775. 91
Croix , Avocat au Parlement; in - 4° .
A Paris , chez Simon , Imprimeur , rue
Mignon St André - des - Arts.
Administration générale & particuliere de
la France. In-4°. prix 1 1. 4 f. A Paris ,
chez le même.
- Observations fur le commerce des grains ,
écrites enDécembre 1760. Par M....
Avocat. In- 8°. A Paris , chez L. Cellot
, rue Dauphine.
Effai fur les Monnoies , ou réflexions ſur
le rapport entre l'argent & les denrées .
Volume in - 4°. Prix 4 liv. 10 f. en
feuilles . A Paris , chez la veuve Mequignon
, Libraire , rue de la Juiverie ,
près celle de la Calande , en la Cité.
Nous avons réuni ces différens écrits
ſous le même titre , parce qu'ils préſen
tent tous des ſpéculations plus ou moins
heureuſes en matiere d'économie politique
& d'adminiſtration. L'eſſai ſur les
Monnoies par M. Dupré de St Maur ,
a été publié , pour la premiere fois , en
1746. On trouve à la tête de cet eſſai
pluſieurs queſtions préliminaires , la plu
92 MERCURE DE FRANCE.
part tirées & traduites de deux Traités
de Lock fur cette matiere. L'Auteur y
a ajouté quelques remarques qui font
comme une eſpece d'extenfion aux penfées
de l'Ecrivain Anglois. La feconde
partie de cet Ouvrage conſiſte en réflexions
fur le rapport entre l'argent &
les denrées .
Eloge de Mathieu Molé , Premier Préfident
du Parlement de Paris & Garde
des Sceaux de France. Difcours prononcé
à la rentrée de la conférence
publique de Meſſieurs les Avocats au
Parlement de Paris ; par M. Henrion
de Pencé , Avocat au même Parlement.
Brochure in. 8°. prix 12 f. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue St
Jacques.
Quel homme montra plus que Mathieu
Molé de ce courage intrépide qui
fait affronter les dangers , lorſque le devoir
le demande ? Si ce n'étoit pas un
„ blaſphême , diſoit le Cardinal de Retz ,
„ d'avancer que quelqu'un a été plus
brave que le grand Condé , je dirois
„ que c'étoit Mathieu Molé "
"
Lors des barricades de 1648 , il fit
MARS. 1775. 93
ouvrir les portes de ſon hôtel , que l'on
venoit de fermer , en difant que la maifon
d'un premier Préſident devoit être
ouverte à tout le monde.
La fidélité due au Prince & l'amour de
l'ordre avoient . pendant les troubles de
la Régence de Marie de Medicis , trouvé
un aſyle dans le coeur du vertueux Molé.
Son éloge étoit donc le ſujet le plus
propre à nous rappeler les obligations dues
par la Nation aux Magiſtrats , qui , à
l'exemple de celui dont M. Henrion a
célébré les vertus , font toujours prêts à
ſe facrifier pour le foutien des Loix , la
gloire du Trône & le bonheur des peu .
ples .
Le ſtyle de cet Eloge , quoique trèsorné
, n'est pas dépourvu de chaleur &
d'intérêt . L'Orateur s'éleve ſur-tout avec
force contre un abus très criant& affez ordinaire
dans les temps de trouble , l'établiſſement
des Commiſſions pour abſoudre
ou profcrire au gré de l'intérêt & du
caprice. ,, Barbares ! prenez le poignard ,
„ égorgez vous mêmes vos victimes
„ vous ne ferez que des aſſaffins ; mais
les frapper du fer facré des Loix
c'eſt de toutes les hypocrifies politiques
„ la plus vile & la plus noire ; c'eſt un
20
"
94 MERCURE DE FRANCE.
rafinement de vengeance qui me pé.
„ netre d'indignation & d'horreur. Quel
garant reſte - t - il à mon innocence, fi
„ Themis ne tient plus fon glaive que
„d'une main incertaine ; fi mes ennemis
„ peuvent le lui arracher pour s'en armer
„ contre moi ? "
Histoire générale de l'Asie , de l'Afrique
& de l'Amérique , contenant des dif.
cours fur l'hiſtoire ancienne des Peuples
de ces contrées , leur hiſtoire
moderne & la deſcription des lieux ,
avec des remarques ſur leur hiſtoire
naturelle , & des obſervations ſur les
religions , les gouvernemens , les ſciences
, les arts , le commerce , les coutumes
, les moeurs , les caracteres , &c .
des Nations . Tome V in- 8° . formant
•les Tomes XIII , XIV & XV de l'édi
tion in- 12. Par M. L. A. R. A Paris,
chez Deſventes de Ladoué , Libraire ,
rue St Jacques , vis-à-vis le College de
Louis le Grand
Ce nouveau volume , qui contient
l'hiſtoire de l'Amérique , étoit d'autant
plus attendu , que l'Hiſtorien de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Amérique fait , par
MARS.1775. 95
des recherches ſavantes , des diſcuſſions
philofophiques & des peintures animées ,
intéreſſer le Lecteur , qui demande qu'on
lui préſente un peu plus qu'une fuite de
faits hiſtoriques. Un diſcours fur l'hiſtoire
ancienne de l'Amérique eſt placé à la tête
de ce volume. L'Hiſtorien commence par
nous entretenir de l'origine & des divers
nſages des anciens habitans de l'Amérique.
Le Pere Lafiteau , comme l'obſerve
Hiſtorien , a , par fa Comparaison des
moeurs des Américains & des ancienstemps,
très bien prouvé ce qu'il ne vouloit
pas prouver , qu'il étoit impofſſible d'arriver
à leur origine par cette voie. Suivant
le tableau qu'il trace , les coutumes
du nouveau monde auroient été compoſées
de coutumes de différentes Nations
de notre Continent ; & elles n'étoient
pas plus les moeurs d'un tel peuple
de l'Amérique , que les moeurs de
telle Nation de notre hémiſphere. Les
uſages les plus bizarres ne jeteront pas
plus de lumiere ſur leur origine. Par
exemple , chez les Galibis , les Caraïbes ,
&c. les maris ſe mettent au lit ou dans
le hamac, lorque leurs femmes font accouchées
; cette coutume eft commune
aux Ibériens , aux anciens Corſes , à des
:
96 MERCURE DE FRANCE.
Tartares , aux Tibaréniens d'Afie & à
divers autres Peuples de l'Eſpagne & de
l'Orient ; elle étoit même conſervée dans
le Béarn , & c'eſt ce qu'on y appelloit
faire la couvade. Lequel de ces peuples
l'aura-t-il enſeigné aux autres ? Et de quel
point feroit-elle partie pour faire le tour
du monde ? Quelques Européens , en
voyant des Américains en couche & du
lait dans leurs mammelles , ont dit que
dans le Sud de ces contrées , les hommes
allaitoient leurs enfans . M. Boulanger ,
dans ſon antiquité dévoilée par les usages ,
regarde la conduite des maris Galibis ,
Ibériens , Corſes , &c. comme une forte
de pénitence , fondée ſur la honte & le
repentir d'avoir donné le jour à un être
de fon eſpece. Cette conjecture n'eſt pas
heureuſe. L'Auteur des recherches fur les
Américains , M. de Paw , penſe qu'on
veut par - là donner à connoître que les
maris ont eu autant de part à la génération
que les femmes ; & que , comme ſi
le premier produit de leurs amours les
eût énervés , ils ſe nourriſſent alors de
mets ſucculens pour rétablir , diſent-ils ,
leurs forces , épuiſées par les efforts dela
paternité, Il eſt difficile de donner la
ra fon de ſemblables bizarreries , puifqu'elles
MARS. 1775. 97
qu'elles ne paroiſſent pas être ſelon la
raiſon ; Mais , ajoute ici M. R. , nous
"
"
ne devons jamais oublier qu'il en eſt
,, de la plupart des coutumes comme des
,, hieroglyphes ; nous n'y trouvons que
ود
ود
ود
de la bizarrerie , parce que nous en
,, ignorons le ſens & l'analogie. Ne feroit
- il pas permis d'imaginer que celle
dont nous parlons a eu pour premiere
;, cauſe un ſentiment très naturel & un
, motif tres louable? Les maris , après
l'accouchement de leurs femmes , ne ود
ود
ود
ſe ſeroient - ils pas mis au lit pour
,, échauffer , comme les animaux , d'une
chaleur naturelle , les nouveaux nés ,
,, pendant que leurs femmes ſe ſeroient
,, purifiées de leurs fouillures ? Cette pra-
,, tique ne ſeroit certainement pas inſen-
„ fée , car on ne fauroit douter qu'elle.
,, ne fût ſalutaire pour les enfans. Cette
" conjecture eſt d'autant plus vraiſem-
,, blable , que les Baſques nous l'infinuent
- ,, eux -. mêmes , par le nom qu'ils donnoient
à cette pratique : ils entendoient
,, couver les nouveaux nés , ou fomenter
leur chaleur par une chaleur analo-
و د
>,, gue."
M. R. après avoir détruit les conjectures
tirées des moeurs , ſur l'origine des
G
98 MERCURE DE FRANCE.
Américains , ne croit pas qu'il foit à propos
de recourir à la confrontation des
langues. Il abandonne donc les recherches
fur les ancêtres des Américains ;
mais il ſe permet d'examiner comment
l'Amérique a pu être peuplée. Il préſume
, avec pluſieurs Savans , que l'Afie
& l'Amérique , d'abord unies par une
ifthme , ont été diviſées par un tremblement
de terre. Il eſt certain que les mers
ont ouvert beaucoup de breches à travers
notre continent. Bottarini ,dans ſon projet
d'hiſtoire de l'Amérique ſeptentrionale
, dit , en traitant du paſſage des Indiens
à la nouvelle Eſpagne , avoir trouvé
dans les hiſtoires de la Moscovie & du
Japon , les deux contrées unies enſemble
fur d'anciennes cartes géographiques. M.
Steller juge que les terres du Kamtſchatka
, & les côtes de l'Aſie & de la Californie
étoient autrefois jointes enſemble.
Il ſe fonde fur quatre obſervations. 1º.
Les rivages efcarpés du Kamtſchatka &
de l'Amérique. 20. Le grand nombre de
caps avancés dans les mers depuis trente
juſqu'à foixante verſtes , ou depuis ſept
juſqu'à quatorze de noslieues communes .
3º, La multitude d'Ifles répandues entre
ces mers. 4°. La ſituation de ces Ifles &
MARS. وو . 1775
le peu de largeur de ces mers. M.R.
joint à ces obſervations d'autres particularités
, qui tendent également à prouver
que les Nations de l'Afie & de la Californie
communiquoient enſemble. Il nous
donne , dans la ſuite de fon diſcours, fes
remarques ſur la couleur & la conftitution
phyſique des Américains. Mais il a
ſoind'écarter de cette diſcuſſion les menfonges
ſemés à pleines mains dans les
relations de l'Amérique , à l'article des
fingularités de notre eſpece. Il laiſſe à
Jacques Cartier ſes Sauvages ſeptentrionaux,
à la face velue & à la marche
quadrupede ; à tel autre voyageur , ſes
› petits hommes monopedes & très leſtes ,
avec une ſeule jambe; à ceux là , leurs
peuples à pattes d'oie ; à ceux- ci , leurs
eſclaves aux pieds en queue d'écreviſſe ;
àVaſco Nunnez & autres , leurs peu-
→ plades de Negres aux environs de Quarqua;
à Cortez , fa race blafarde de l'iſthme
Darien; aux Portugais , leurs troupeaux
de Sirenes nageant dans la mer du
Bréfil , à une autre Nation, ces hommesmarins
pêchés à la Martinique ; à la plupart
› des anciens voyageurs , leurs hermaphrodites
de la Floride , &c. Il n'y a dans le nouveau
monde d'autres Noirs que ceux que
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
la tyrannie y tranſplante , ou leurs enfans
, quoique pluſieurs Nations y foient
placées ſous la zône Torride. La cou-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
leur cuivrée eſt celle de tous les Américains
, uniquement différenciés par
des tons & des nuances plus ou moins
fortes. Les teintés que la chaleur donne
,, aux uns , l'inclémence de l'air , le hâle ,
les onctions de graiffes , de drogues , les
impriment aux autres. Il ne tient qu'à
ceux qui prendroient les couleurs de
nos vêtemens pour celles de notre peau,
de prendre les peintures noires, jaunes,
bleues , rouges & bariolées , dont les
Indiens ſe barbouillent le corps , pour
,, leur coloris naturel : il n'eſt permis
qu'à ceux - là de peupler l'Amérique
d'hommes rouges & jaunes , à moins
,, qu'on ne donne le nom de jaune & de
„ rouge à un teint fanguin& olivâtre.
Affez long-temps des ſauvages enduits
de vernis & d'onguent nous ont paru
ridicules & barbares , à nous à qui les
,, figures peintes font néanmoins afſez
familieres , & à qui les onctions ne le
font peut - être pas aſſez , tandis que
ces uſages leur font dictés par la prudence&
le beſoin. Ainſi que les Euro-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
,, péens ſe diftinguent ſur mer par la
MARS. 1775-
هد
ود
ود
ود
"
”
ود
ود
différence de leurs pavillons , ces peu-
, ples vagabonds portent fur leurs corps
des marques particulieres , pour ne pas
ſe méter & fe confondre. Les huiles
,, & les drogues entretiennent la foupleffe
& l'agilité de leurs membres , les
défendent des impreſſions de l'humidité
& des intempéries , & repouſſent
loin d'eux ou frappent de mort les inſectes
ſi multipliés , fi venimeux, ſi âpres
" &fi redoutables dans ces contrées."
L'induſtrie des Américains , leurs
moeurs , les différentes formes de leurs
gouvernemens , leurs qualités morales ,
font également rappellés dans cedifcours
ou dans cette introduction à l'hiſtoire
moderne de l'Amérique. M. R. dans
cette même introduction nous préſente ,
ſous un point de vue très- philofophique,
les grands traits de l'hiſtoire ancienne de
l'Amérique , & nous donne les réſultats
de l'hiſtoire moderne. Comme il faut
étre inſtruit des faits rapportés dans le
corps de l'ouvrage pour bien faifir ces
réſultats , nous nous contenterons d'en
donner ici quelques-uns , & dans la vue
→ ſeulement que le Lecteur puiſſe mieux
apprécier le mérite particulier de cette
nouvelle hiſtoire.
7
G3
102 MERCURE DE FRANCE,
29
و د
La découverte de l'Amérique eſt la
,, plus mémorable des révolutions que
notre globe ait eſſuyées de la part de
l'homme: la conquête de l'Amérique
eſt la plus affreuſe des calamités que
l'humanité ait fouffertes de la part de
l'homme.
ود
"
"
ود
ود Ces événemens ont changé la face
de l'Univers : la terre en est-elle plus
floriſſante ? Où eſt l'abondance ? où eft
, la paix ? où eſt le bonheur ?
و د
Qu'eſt- il reſté de l'ancienne Améri-
,, que ? le ciel , le fol , & le ſouvenir
des Nations exterminées.
ود
؟و
१२
ود
؟د
ود
Je me trompe , il y reſte encore des
eſclaves & des fauvages. Ces eſclaves
font les plus abrutis des mortels , &
cetabrutiſſement léthargique eſt le dernier
degré de la miſere humaine. Ces
,, ſauvages ſont ſans ceſſe attaqués , pourſuivis
, dépravés , détruits par nos ar-
„ mes , nos intrigues , nos vices , nos
,, maladies , nos eaux-de- vie , &c.: c'eſt
l'enfance énervée & corrompue.
"
ود
ود
११
32
Il y a une effroyable communication
de maux entre l'Europe & l'Amérique ;
& il n'y a point eu entre- elles d'échan-
„ ge réciproque de biens.
La petite vérole , tranſplantée en
MARS. 1775- 103
7
" Amérique , n'y a point exercé moins
de ravages que la maladie Américaine
du même nom n'en a exercé en Europe.
ود
ود
ود
Les Américains poſſédoient quel-
,, ques ſecrets , nous ne les avons point
,, appris ; l'Europe avoit des arts , nous
,, ne les leur avons point enſeignés .
» Quelques coins du nouveau monde
font exploités : par qui ? par des Africains
& des Américains: pour qui ?
,, pour des Européens .
ود
دو
ود
ود
و د
و د
"
ود Je ſouhaite qu'il ſe forme dans ces
contrées de vrais chrétiens ; & que la
Religion ſe conſole , dans leurs vertus
&leur_beatitude , d'avoir été proſtituée
aux facrileges excès de la plus impie
barbarie.
ود
ود
و د
دو
Il apeut- être péri en Amérique plus
de vingt millions d'Indiens ; il en a
coûté bien davantage à notre Conti-
,, nent. On eſtime que l'Eſpagne a vomi
fur cette contrée huit millions d'hom-
, mes ; le Portugal , l'Angleterre , la
France , l'Allemagne , la Hollande ,
&c. réunis , en ont-ils moins perdu ;
fur-tout fi l'on évalue le nombre des
victimes de la guerre & de la navigation
? La Grande Bretagne ſe dépeuple
,, encore de jour en jour , pour peupler
ود
ود
ود
ود
دو
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
و د
"
cet immenſe deſert ; l'Afrique y a far
crifié près de douze millions des fiens,
& elle en facrifie encore chaque an.
née plus de foixante mille.
ود
و د
ود
ود
ود
ود
ود
و د
Qu'importe que l'Europe ait ouvert
de nouveaux débouchés à ſes produc.
tions , quand elle a arrêté l'abondance
& provoqué la difette ? Recueillerezvous
fur votre fol fans avoir ſemé , &
ſemerez vous en terre étrangere fans
avoir recueilli ?
,, Quels ont été ces débouchés ? Des
,, Européens ſont allés jouir en Amérique
ود
21
des richeſſes naturelles de leur patrie,
La tranſplantation des consommateurs
,, opere-t- elle une conſommation nou
velle?
ود
و د
د
ود
ود
ود
ود
و د
L'or , ou volé , ou fans ceſſe acheté
१० afuur plr'iExurdoupefàanggraAnmdésrfilcotasi,n&, al'conoudliéroit
qu'il a calciné une partie de ſes
terres ;& on l'a pris follement pour la
richeſſe des Etats , juſqu'à en attendre
leur ſubſiſtance; & il a rendu la cupidité
fifcale effrénée ; & les vices & les
erreurs l'ont converti en inſtrument
univerſel de tous les genres de défordres
;& tout a été politiquement , civilement
& moralement vénal,
"
ود
و د
ود
MARS. 1775. 105
ود
"
ود La conquête étoit encore récente,
,, que Garcilafſo de la Véga obfervoit
l'aviliſſement de la monnoie produite
,, par ſon abondance , & le hauſſement
du prix des denrées proportionné à la
multiplication du numéraire. Le même
poids de denrées emporte , dans la balance
des échanges , un poids octuple
de métaux,depuis que l'Europe a frappé
huit fois plus de ſignes qu'elle n'en
avoit auparavant. Qu'a-t-elle done ga-
,, gné ? Elle a converti ſes fortes eſpeces
,, en petite monnoie.
ود
و د
وو
و د
و د
ود
و د
ود
".
Le tribut de l'Amérique a, dit- on ,
nourri notre commerce avec l'Inde :
non , il ne l'a pas ſeulement nourri , il
l'a groſſi à l'excès , ce commerce dévorant.
L'or , en coulant à flots précipités
des ſources de l'Amérique à travers
l'Europe , a emporté notre population ,
nos fabriques , notre terre féconde dans
les gouffres de l'Inde.
ود
ود
ود
و د
Nous avons facrifié , nous facrifions ,
nous facrifierons les capitaux de notre
culture & de notre induſtrie à la fureur
de conſommer fans meſure des
épiceries qui nous brûlent , un thé qui
nous deſſeche , des drogues qui nous
,, empoisonnent , des étoffes qui inful
"
"
→
ود
ود
G5
106 MERCURE DE FRANCE,
ود
ود
و د
"
tent au deuil de notre agriculture &
de nos arts .
" L'Amérique nous a communiqué
quelques plantes alimentaires : la pomme
de terre , par exemple , eſt un des
,, plus précieux préſens que nous en
,, ayons reçus . Oferions- nous nous glo-
,, rifier des reſſources de la mifere ? Serions-
nous affamés de pommes de terre
ſi nous n'avions flétri l'épi de bled ?
Nous empruntons des pelleteries de
l'Amérique Race abâtardie ! faut - il
,, que nous nous armions contre un ciel
tempéré , des cuiraffes apprétées par le
Nord contre les frimats du Nord?
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
L'Amérique nous a fait connoître le
tabac: oui , le beſoin d'une poudre ,
,, ou vaine ou dangereuſe , porté juſqu'à
la néceſſité , a livré des Nations en
proie à la fiſcalité qui l'a excité vivement&
qui le punit avidement.
ود
ود
"
وو
ود
ود
ود Elle a multiplié le café ;&l'Europe
a été altérée d'une boiſſon pernicieuſe ,
juſques- là qu'on voit dans pluſieurs
Provinces de France & d'Allemagne ,
des malheureux ſe dérober le pain pour
,, s'en abreuver.
” Elle nous fournit la cochenille , des
,, perles , des émeraudes, des diamans.
MARS. 1775- 107
7
66
ود
Enfans ! juſqu'à quand acheterez- vous
des couleurs au prix de votre ſubſiſ
,, tance ? Demanderez - vous encore des
hochets au lit de mort?
ود
ود
ود
"
ود
"
Nous tirons notre ſucre de la même
contrée: les Ifles de Provence en ont
produit ; la Sicile en a produit ; les
Ifles de l'Archipel en ont produit ; la
Turquie Européenne & une partie de
l'Europe méridionale en produiront ;
,, l'Afrique en produira: il abonderoit
ſous notre main , ſi notre Continent
n'étoit plus qu'à demi barbare.
ود
"
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Pour jouir arbitrairement de toutes
ces productions , nourries & dégouttan .
tes de fang , nous avons établi dans ces
contrées deux fortes de domination ,
l'une ſur les Naturels du Pays , l'autre
fur nos Sujets tranſplantés ; là la tyrannie
, ici le monopole. La différence
eſt dans les noms; tout eſt aſſervi. "
M. R. fait ſur les Colonies de l'Amé .
rique des réflexions qui peuvent nous
faire enviſager le fort à venir du nouveau
monde. Si les Colonies , continue
l'Hiſtorien , font foibles , on craint
l'ennemi ; fi elles font puiſſantes , on
les craint elles - mêmes .
ود
११
"
Il eſt contre nature qu'on redoute la
22
108 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
proſpérité de ſes Sujets : ſi vous redoutez
celle de vos Colons , ils ne font
,, pas faits pour être vos Sujets ; ils cefferont
de l'être ou d'être .
ود
ود
ود
ود
L'Europe n'a pu forcer l'Amérique
ſeptentrionale à produire du ſucre , du
café , de l'or , des diamans : il a fallu
,, y laiſſer cultiver des grains & autres
productions néceſſaires ou utiles . Delà
le falut & l'indépendance future de
l'Amérique entiere.
"
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
" Déjà les Colonies ſeptentrionales ,
fortifiées par la réunion d'une fuite de
conquêtes , ont fait avorter les projets
d'impôts conçus par le Gouvernement
&adoptés par la lég flation Britanni-
,, que. La terre leur prodigue les plus
utiles productions. Elles appellent tous
les arts utiles. Les ſciences fleuriſſent
dans leur fein ; on y connoît le prix
de l'agriculture , & les cauſes de ſa
proſpérité ; une population heureuſe
s'y multiplie comme la ſubſiſtance. Elles
feront indépendantes , quand elles
voudront l'être,
وو
ود
ود
و د
19
19
ود
ود
Vous conferverez votre empire en
les divifant: mais à la fin elles ſe réu-
,, niront ; & vous ne forcerez pas , avec
,, quelques vaiſſeaux & quelques milliers
MARS. 1775. 109
7
ود
ود
ود
ود
ود
ود
de soldats , des millions d'hommes
braves , pourvus de tout , vos égaux
en difcipline , en armes , en talens ;
vous ne les forcerez pas fur une étendue
immenſe de côtes & dans une immenſe
profondeur de terre. Si vous
ود
ود
détruifiez leurs plantations , vous ruineriez
vos propres eſpérances .
Lorſqu'elles feront indépendantes ,
,, tout le reſte de l'Amérique ſera bientôt
و د
libre ; car il a le plus grand intérêt à
„ l'être , & il pourra l'être par fon fecours
.
و د
رد
ود
رو
"
ود
ود
ود
ود
Alors tous ces peuples ſe livreront
aux cultures , au commerce , aux arts
les plus fructueux: tout profpérera. Les
fuperfluités abonderont comme les néceffités.
Toute l'Europe , déchargée de
toute dépenſe , commercera avantageufement
avec toute l'Amérique & avec
la proſpérité.
و د
Alors l'Amérique ſe glorifiera d'avoir
reçu les Européens dans ſon ſein.
Alors , & alors ſeulement , l'Europe ود
و د
recueillera le prix de la découverte de
,, l'Amérique. "
116 MERCURE DE FRANCE .
Georges & Molly, Drame en trois actes ,
lu aux Italiens le 17 Septembre 1772 ;
tiré de l'Orpheline Angloife , Roman ,
où l'on a puiſé le Vindicatif, joué aux
François en Juillet 1774. Broch. in 80.
A Paris , chez Valade , Libraire.
M. N *** , Auteur de la Fauſſe peur
& de Georges & Molly , nous dit , dans
un Avertiſſement , que le jour que les
Comédiens Italiens reçurent la Fauffe
Peur , il leur lut Georges & Molly , &
que cette derniere piece eut des applaudiſſemens
, mais que le ſujet en parut trop
trifte, trop incompatible avec le genre
de ce ſpectacle. Cependant on exhorta
l'Auteur à y répandre un peu de gaieté
pour faire contraſte & varier les tableaux
de la muſique qui , ſans cela , auroit pu
paroître trop ſombre, trop monotone. II
créa en conféquence le rôle de Guinée ,
perſonne d'un caractere avare , gai &
brouillon , & qui a la manie de vouloir
rendre ſervice aux gens malgré eux . M.
N*** ſe propoſoit de faire une feconde
lecture de fon Drame aux Comédiens ,
lorſque le Vindicatif parut. Il y reconnut
le ſujet qu'il avoit traité & renonça
pour lors à l'envie defaire jouer ſa piece ,
MARS. 1775. 111
qui eſt puiſée dans l'Orpheline Angloise ,
ainſi que celle de M. Dudoyer. Il y a
néanmoins des différences que le Lecteur
prendra plaiſir à remarquer. L'Auteur de
Georges & Molly a , par exemple , ſagement
écarté de fon Drame le rôle atroce
du Vindicatif , qui a paru révolter dans
la piece de M. Dudoyer. Il a rendu d'ailleurs
ſes ſituations plus vives , plus théâtrales
, en donnant à Georges , dans le
Chevalier de Welnom , un frere & un
rival; enſorte que le Baronet Moony ,
fait Comte de Welnom & Juge de paix
depuis peu , ſe trouve Juge d'un de ſes
fils& vengeur de l'autre. Le rôle neuf de
cette piece eſt celui de Guinée , mais ce
rôle , un peu trop chargé , impatiente fouvent
plus qu'il n'amuſe. Quelques ariettes
pourroient être mieux amenées , ou du
moins elles ne nous ont point toujours
paru être , comme on le defire , le complément
ou le dernier degré d'énergie du
ſentiment ou de la ſituation qui étoit
à rendre. Au reſte ces ariettes peuvent
facilement être retranchées ou traduites
en proſe par ceux qui voudroient jouer
Georges & Molly fur les théâtres de ſociété.
Ce Drame eſt même fait pour y
réuffir , & peut être rendu fans beaucoup
112 MERCURE DE FRANCE.
d'étude , parce que le jeu ſcénique eſt
aſſez bien indiqué par les différentes
ſituations où ſe trouvent les perſonnages.
Dialogue entre Henri IV, le Maréchal de
Biron & le brave Crillon , ſur le regne
fortuné & Louis XVI , recueilli par
M. l'Abbé Regley.
Afpice venturo latentur ut omnia faclo.
VIRG. Egl. IV.
Brochure in 80. ornée de deux portraits
en pendans , de celui de Henri
IV. & de celui de Sa Majeſté Louis
XVI. A Paris , chez la veuve Duchefne
, rue St. Jacques.
Le refurrexit que l'on a trouvé écrit
au bas de la ſtatue équestre de Henri IV,
quand Louis XVI eſt monté ſur le trône ,
afans doute inſpiré à M. l'Abbé Regley
l'idée de ce Dialogue. Les deux Interlocuteurs
qui accompagnent Henri IV. paroiſſent
appuyer le bonheur de la France
fur trois objets , l'honneur , les moeurs ,
la vérité . Le Maréchal de Biron defire
que la vérité ſoit connue desRois , pour
leur laiſſer appercevoir les moyens de
faire
MARS. 1775. 113
faire le bonheur de leurs peuples. Le brave
Crillon , qui aima paſſionnément la
gloire , veut que ce ſentiment paſſe dans
tous les individus de la Nation , & que ,
pour l'y établir fortement , on lui donne
des moeurs . La cauſe , Sire , dit Cril-
ود
ود
lon à Henri IV , qui éteint les moeurs
dans les Empires , eſt ſouvent la mifere
;; qu'éprouvent les peuples. Comment
"
ود un malheureux , qui eſt affligé par tous
, les besoins de la vie , peut - il fonger
à avoir des moeurs &en donner à ſa ود
ود
ود
ود
ود
famille , auſſi malheureuſe que lui ? II
,, devient chagrin , dur , ſon ame ſe con-
,, tracte , ſe reſſerre ; tout le fatigue &
l'importune ; il a de l'aigreur , de l'em-
,, portement ; le ton de la colere ſe naturaliſe
avec lui ; l'enfant le reçoit & le
communique à ſon tour : voilà toute
,, une claſſe de Citoyens que l'indigence a .
infectée d'un vice d'habitude , & cette .
claſſe eſt la plus nombreuſe de l'Etat.
Autrefois il y avoit de l'aifance dans
les campagnes & juſques dans les chaumieres.
Tous nos François étoient patriotes
; ils avoient entre eux une franchiſe
droite ,& cette gaieté naïve qui
marque ſi bien le repos de l'ame. Vouez
- vous voir revivre cette antique
ود
و د و
و د
و د
و د
و د
H
114 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
bonne - foi de nos aïeux ? Faites jouir
nos François de l'immenſe abondance
,, que donne la nature .
ود
ود
" Voilà précisément , répond Henri
IV , ce qui a fait l'objet de mes voeux
fur la fin de mon regne ; j'ai tourné
,, mes voeux du côté de mes Laboureurs,
,, au moment où j'ai commencé à goûter
ود
وو
ود
ود
ود
les douceurs de la paix. Mon petit- fils
a connu l'objet de mes derniers fou-
,, pirs , & fes premiers foins ont été de
rétablir dans ſon Royaume l'honneur
du labourage ; toute la France en refſent
déjà les douceurs : mais attendons
,, quelque temps encore , que le jeune
Roi puiſſe toucher tous les refforts qui
compofent la grande machine de l'Etat,
,, que son oeil en apperçoive l'enſemble;
il ſaura en ſimplifier les mouvemens ,
&tous ſes Sujets s'étonnerontde ſe voir
,, des richeſſes qu'ils devront à ſa ſageſſe
&à ſes travaux."
ود
ود
ود
ود
ود
Henri , Biron & Crillon ſe réuniſſent
de concert à la fin de ce Dialogue pour
chanter la félicitéde leur ancienne patrie.
Comme leurs chants paroiſſent tirés de
la quatrieme Eglogue de Virgile , cette
Eglogue eſt placée à la fin du Dialogue ,
avec la traduction. C'eſt celle où le Poëte
MARS. 1775 . 115
célebre la naiſſance de Drufus , fils d'Auguſte
, qui devoit bannir le fiecle de fer
& ramener l'âge d'or parmi les Romains.
Si cet âge n'eſt autre choſe que celui de
২ la vertu , tous les Lecteurs François verront
fans doute avec délice l'heureuſe
application que l'Auteur du Dialogue
fait des brillantes fictions de Virgile à
la poſition actuelle de la France ſous
Louis XVI.
* Discours fur la découverte , les propriétés
& l'usage de l'eau vulnéraire de Comere ,
de Montpellier , par Pierre Duchans ,
Botaniſte . Broch. in- 8°. A Paris , chez
Pierre de Lormel , Imprimeur , rue
du Foin.
M. Duchans qui a hérité de Paul Comere
, fon grand oncle , Chirurgien Major
au Régiment de Toiras, Cavalerie ,
du fecret de la compoſition de l'eau vulnéraire
, connue sous le nom d'Eau de
Comere, expoſe , dans cette brochure ,
_ les principaux accidens contre leſquels
on doit faire uſage de cette eau , avec la
maniere de l'employer. Il rapporte dans
ce même écrit les témoignages rendus
par les gens de l'art & par des perſonnes
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
de diſtinction , en faveur de ce topique.
M. Duchans , dans l'intention de folliciter
un privilege exclufif , ayant propoſé
l'examen de fon eau vulnéraire à MM.
de l'Académie Royale des Sciences , &
leur en ayant confié la recette ; nous nous
contenterons de citer ici le rapport qui
en fut fait par MM. Malouin & Macquer
, Commiſſaires nommés par l'Académie.
,, Cette eau , diſent les Commiffaires
, eft déjà anciennement connue ,
ſous le nom du ſieur Comere , de
,, Montpellier. Le ſieur Duchans , qui
eſt le neveu du ſieur Comere , & qui
ſe dit ſeul poſſeſſeur du ſecret de la
compofition de ſon eau , nous en a
confié la recette ;& il nous paroît que
les ingrédiens dont elle est compoſée ,
la rendent en effet propre à accélérer
la guériſon de pluſieurs eſpeces de
plaies , & fingulièrement de celles où
il y a meurtriſſures ou extravaſion du
fang ou échinofe. Nous pouvons dire
en général que les drogues qui entrent
dans la compoſition de cette eau , ont
une qualité fondante , réſolutive& tonique
; elles font du nombre de celles
dont l'efficacité eft reconnue en Médé-
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دو cine. Il y a même des remedes uſités
MARS. 1775. 117
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-
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&décrits dans le Diſpenſaire , qui font
fort analogues à celui - ci. Cela nous
porte à croire qu'on peut ſe ſervir de
ce dernier , avec ſuccès , dans tous les
,, cas où les médicamens en même temps
,, toniques , fondans & difcuffifs font indiqués."
ود
La Nouvelle imprévue , Drame en un acte
& en profe , dédié aux Dames ; par
M. de Ste C ***.
:
La vertu la plus pure , unie à la beauté ,
Eſt l'ouvrage chéri de la Divinité ..
Venise sauvée , Trag. act . 1 , fc. 5.
Brochure in - 8°. A Paris , chez Hardouin
, Libraire , au vieux Louvre.
La ſcene de ce Drame eſt à l'Hôtel de
Florange. Les Acteurs font la Marquiſe
de Florange , femme tendre , fenfible , &
qui ſoupire après le retour de fon mari ,
qui eft à la tête de ſon Régiment en
Corſe ; le Chevalier de Monval , ami intime
du Marquis ; Marcelle , jeune perſonne
qui a la confiance de la Marquiſe;
Dufresne , valet - de - chambre du Chevalier
, & pluſieurs domeſtiques de la Mar-
H 3
80
MERCURE
effats
du
luxe , q
grande
proportion
particuliers ;
d'em
qu'il
n'y
ait
d'au
des
richeffes
que
travail ,
les
fervie
que
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Et
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fortune ,
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d'indiqu
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moins
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775. 121
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28
Te-t-elle fur fes
beu d'illufion !"
annonce affez
d'une femme
, animée que
ve pour fon
ce eſt mélan
il eft fi doux
er les liens de
Lecture de ce
e dialogue en
ce eſt dépoureurs
un peu
Auteur a donur
auroit dei
fidele , auſſi
buir du bonu
milieu mêen
l'honneur
elle furprend
r de Monval
de cet époux
moment.
es Jeux Flqmence
, prolle
de Tourocureur
du
:
120 MERCURE DE FRANCE.
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ود
ود
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ود
"
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l'hiver , à fon retour... Verd & gris
de lin , eſpérance , amour fans fin. Ah!
ma chere Maîtreſſe , votre amour tiré
parti de tout ! ...Duffiez- vous me querel.
ler , je ne veux plus que vous vous chagriniez
; vous reverrez dans peu Monſieur
, plus amoureux que jamais ; à
quoi vous aura fervide vous être attriftée
? ... Je n'ai jamais euune fi grande
envie de dormir... (Elle se raffied).
Nous nous fommes couchees ce matin
à cinq heures & levées à neuf... Pourquoi
? Je n'en fais rien ! ... Madame a
rêvé que le Marquis étoit très- mal de
ſa bleſſure... Cela n'a pas le ſens commun
; il nous a écrit qu'il étoit preſque
rétabli ... Allons , allons , Madame ,
vous êtes chimérique... Mais la pendule
fonne neuf heures & demie ... Ar-
,, rangeons dans ces vaſes les fleurs que
le Jardinier vient d'apporter... ( Elle
tire de fa poche une étrenne mignone &
la feuillette). Peut- être s'amufera t- elle
aujourd'hui ... C'eſt le quinze , oui , le
quinze de Juillet, fete de fon époux ;
elledoit luidonner fon bouquet, comme
s'il étoit préſent ; le Chevalier de Monval
, l'ami de Monfieur , dînera ici , &
quelques Dames qui doivent concerter
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2.3
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MARS. 1775. 121
1
1
ر
"
ود
avec la Marquiſe. Puiſſe-t-elle fur fes
inquiétudes ſe faire un peu d'illufion ! "
Cette expoſition nous annonce affez
bien la conduite touchante d'une femme
qui n'eſt , en quelque forte , animée que
par l'amour qu'elle conſerve pour fon
époux . Le ton de cette piece eſt mélancolique
& monotone ; mais il eſt ſi doux
de voir la ſenſibilité reſſerrer les liens de
l'union conjugale , que la lecture de ce
Drame pourra intéreſſer. Le dialogne en
eft affez naturel. Mais la piece eſt dépourvue
d'action ; on eſt d'ailleurs un peu
fâché du dénouerent que l'Auteur a donné
à fon Drame. Le ſpectateur auroit defiré
de voir une femme auſſi fidele , auffi
fenfible que la Marquiſe , jouir du bonheur
dû à ſes vertus ; mais au milieu même
de la fete qu'elle célebre en l'honneur
du Marquis de Florange , elle furprend
entre les mains du Chevalier de Monval
une lettre qui lui apprend que cet époux
chéri touche à fon dernier moment.
Difcours contenant l'histoire des Jeux Flqraux
, & celle de Dame Clémence , prononcé
au Conſeil de la ville de Toulouſe
, par M. Lagane , Procureur du
1
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
Roi de la Ville & Sénéchauffée , &
ancien Capitoul , imprimé par délibé
ration du même Conſeil , pour fervir
à l'inſtance que la Ville a arrêté de
former devant le Roi , en rapport de
l'Edit du mois d'Août 1773 , portant
Statuts pour l'Académie des Jeux Floraux.
Vol. in - 8°. de 246 pag.
Veritati nemo preſcribere potest , non spatium temporum
, non patrocinia perfonarum , non privilegium regionum
; fi tempus consulatur , veritas æterna eft; fi
patrocinia perfonarum , à Deo eft ; fi privilegium regionum
, natura imò omnium eft.
ود
Tertulien , Traité de velandis virginibus ,
Chap. premier
Si les Villes , dit l'Orateur au come
,, mencement de ce Discours , ont tou-
,, jours ambitionné d'acquérir de la gloire
,, par des établiſſemens littéraires , Tou-
,, louſe , attachée de tout temps à cultiver
ود & à protéger les belles lettres , s'eſtdiſ-
» tinguée par des fondations de cette
nature ; mais reconnoiſſant les avanta-
,, ges ſupérieurs de la poëſie, elle donna
,, la préférence à cet art divin , que toutes
MARS. 1775. 123
;
1
*
১
وو
ود
,, les Nations ont mis en uſage , parce
„ qu'il éleve l'ame & qu'il exprime toute
l'énergie de ſes ſentimens. C'eſt à cette
préférence que nous devons les jeux
,, poëtiques : inſtitution conçue par di-
,, vers Citoyens recommandables par leur
,. génie , & perfectionnée par la munificence
de la Ville : inſtitution la plus
ancienne , la plus célebre , qui l'éleve
au- deſſus des autres villes del'Europe ,
& qui a dû lui attirer un honneur im
mortel. Devroit t-elle s'attendre qu'un
Corps qui eſt dans ſon ſein,le Corps
,, Académique de ces Jeux , s'efforçât de
lui ravir cet honneur , pour l'attribuer à
un perſonnage chimérique ; qu'il fit
confacrer ce fantôme dans un Edit éga
lement préjudiciable à ſes droits, à ceux
,, de ſes Capitouls , & au progrès des
beaux arts ? Mais quel eſt ce fantôme
,, qui forme preſque l'unique baſe d'un
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
tel Edit ? Dame Clémence , qu'on fait
وو paroître comme la fondatrice de cet
établiſſement; preſtige qui regne dans
,, l'eſprit de nos Concitoyens depuis deux
cents cinquante ans ; qui , par des motifs
d'intérêt , a dominé dans ce Confeil
durant près de quatre vingts ans ;
fable inventée & accréditée par les
وو
ود
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124 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
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ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
ود
Mainteneurs , par une ſociété jalouſe de
la réputation de la ville , des prérogatives
& de la puiſſance de ſes Magiftrats
; par des Capitouls attachés à cette
Société , ou initiés à ces exercices ; qui ,
,, par fon ancienneté & par les couleurs
ſpécieuſes qu'on lui a données , a féduit
les Compagnies littéraires & les Littérateurs
du Royaume. Il eſt donc bien
efſſentiel de diſſiper ce preſtige juſques
dans fes fondemens ; de rétablir , par
ce moyen , les avantages de la patrie &
de ſes repréſentans ; il n'eſt aucun de
nous qui n'y prenne intérêt; quelque
juſte& néceflaire qu'en ſoit l'entrepriſe
, perſonne juſqu'ici ne s'en eft char.
gé. Le ſavant Cafeneuve laiſſa ſeulement
entrevoir ſes ſentimens contre
cette chimere , parce que des conſidérations
particulieres l'empêcherent d'entrer
dans des détails & de s'expliquer
ouvertement. Catel & Lafaille l'ont
,, plus approfondie ; mais , loin de la détruire
, il paroit qu'ils ont eu en vue de
fournir à ſes partiſans des armes pour
la défendre."
ود
"
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ود
ود
ود
ود
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دو
Le zêle de M. Lagane pour la gloire
de la Ville , ou plutôt le double devoir
que lui impoſent ſa qualité de Citoyen ,
i
MARS. 1775. 128
& celle de Membre de fon Corps politique
, l'ont engagé à faire un ouvrage où
il examine de près d'établiſſement des
Jeux Floraux , & où il combat la fondation
de Clémence. L'Auteur , pour préfenter
cet ouvrage avec ordre , l'a diviſé
en deux parties. La premiere y trace l'hiſtoire
& les progrès de ces Jeux ; l'influence
de la Ville dans une inftitution fi ancienne;
les contradictions qu'elles a effuyées
à cet égard en différentes occafions
; le grand préjudice qui réſulta pour
elle à la réformation qu'introduifirent les
Lettres - Patentes & les Statuts du mois
de Septembre 1694 ; les atteintes que
l'Edit du mois d'Août dernier donne à ſa
gloire , à ſes intérêts , aux droits , à l'autorité
de ſes Magiſtrats , & à l'avancement
des Lettres . L'Auteur s'attache ,
dans ia feconde partie , à mettre dans tout
fon jour la fable de Clémence , à déchirer
, ſuivant ſon expreffion , le voile impoſant
& trompeur , ſous lequel on pré-
+ ſente cet être imaginaire. Cet écrit eſt
accompagné de notes , de citations , &
offre bien des recherches qui ont rapport
à l'hiſtoire des Troubadours.
126 MERCURE DE FRANCE.
Almanach dédié à MONSIEUR , Fils de
France , frere du Roi , Duc d'Anjou ,
Comte du Maine, du Perche & de
Senonches , imprimé pour ſon apanage;
contenant la Maiſon de Monfieur
& celle de Madame , des Jurifdictions
& détails intéreſſans des villes
de l'Anjou , du Maine , du Perche
&de Senonches ; augmenté de quelques
petites villes , dont on n'avoit pu
avoir les détails l'année précédente.
Année 1775. Prix 24 fols br. A Paris ,
chez Michel Lambert , Imprimeur.
Libraire.
La Ferme de Pensylvanie , les avantages
de la vertu ; plan d'inſtruction pour le
peuple , avec quelques obſervations ſur
la liberté du commerce des grains. A
Paris , chez Ribou , cloſtre Saint Germain
l'Auxerrois , attenant l'Eglife.
L'Auteur de cet Ouvrage a renfermé
dans la Préface une Lettre patriotique
que nous mettons ſous les yeux du Lecteur.
Je ſuis plein d'humeur , mon
Ami , contre deux efreces de gens que
,, je voudrois tenir dans ma main , pour
ود
1
MARS 1775. 127
}
1
=
A
ouvrir la bouche aux uns & la fermer
,, aux autres , ce ſont les bons Ecrivains
&les mauvais Politiques. Deux ou trois
,, ſeulement des premiers ont chanté le
bonheurdontnous commençons àjouir,
&preſque tous les Politiques déraifonnent
à la journée." (Ce nombre eſt
augmenté depuis que la Lettre eſt écrite).
ود
ود
ود
وو
"
ود
" Si je pouvois raſſembler ces derniers,
,, je leur dirois: Taiſez vous done , bavards
impitoyables ! ne calculez point
le temps qu'il faut pour réparer le mal
fur ce qu'il a fallu pour qu'il arrivât.
Un moment ſuffit pour détruire ; mais
,, pour trouver & décider le régime le
plus capable de rétablir & d'aſſurer la
ſanté d'un corps politique , tel que la
nôtre , il faut du tems & de bonnes
têtes. Nous les poſſédons ces bonnes
„ têtes ; le Roi veut nous rendre heu
,, reux ; nous le ferons: prenez patience,
&taiſez vous.
"
ود
"
ود
ود
وو
"
"
ود
"
,, Que ſi je pouvois me faire entendre
de nos Poëtes , de nos Hiſtoriens , de
nos Orateurs , je leur dirois: Meſſieurs,
ſi autre fois • •
deshommes
de lettres ont proſtitué leur plume
au menſonge , à l'adulation , à la frivovolité
, hâtez-vous de réparer cet ou
128 MERCURE DE FRANCE.
,, trage fait à la philoſophie. C'eſt la
„ vertu , la vérité , le patriotiſme que
ود
ود
ود
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ود
و د
ود
"
ود
vous devez déſormais célébrer ; ne différez
donc plus. Qu'attendez - vous !
» pourquoi vous taire dans un moment
fi intéreſſant ! tout conſpire aujourd'hui
à notre bonheur. La confiance dont le
Roi honore les premiers hommes de
ſon Royaume , les opérations admirables
qu'il fait chaque jour ,&par leurs
fages conſeils , & par les tendres mouvemens
de fon coeur paternel ; tout cela
ne doit- il pas exciter votre émulation ?
Encore une fois , Meſſieurs , qu'attendez
vous pour peindre notre joie , notre
reconnoiſſance? Vous n'avez plus
beſoin de votre imagination pour donner
de la chaleur aux écrits, queje vous
demande en qualité de Citoyens ; dites
, dites ſeulement ce que vous favez ,
,, préſentez - nous le tableau ſi touchant
de notre jeune Monarque , entouré de
vrais ſages , d'amis de ſa gloire & Bu
bonheur public. Célébrez le triomphe
de la vertu , célébrez notre adorable
,, Reine."
ود
ود
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وو
ود
"
"
ود
وو
ود
Le premier Ouvrage du Recueil nous
fait connoître la Ferme de Penſylvanie.
On fait que cette contrée de l'Amérique ,
éclaii
'MARS. 1775. 129
éclairée des lumieres qu'y ont répandues
des hommes de la plus haute ſageſſe ,
Dikinson , Franklin , &c. , ſe gouverne
aujourd'hui par les loix éternelles de
l'ordre , par ces loix écrites en caracteres
de feu dans tous les coeurs qui ne font
-point dépravés , par ces loix qui peuvent
feules & immuablement faire le bonheur
des peuples & des Souverains.
A
La Ferme dont on donne l'hiſtoire ,
eſt adminiſtrée de la même maniere que
l'Etat dont elle fait partie ; & comme la
différence d'un peuple à une famille , n'eſt
guere que celle d'un plus grand nombre
d'enfans à un moindre nombre , on voit
dans le tableau que l'Auteur en donne ,
l'abrégé du Gouvernement de la Penſylvanie
entiere , cette belle partie du nouveau
monde , ſi légitimement acquiſe par
Guillaume Pen.
Cette Ferme emblématique ( le nom de
Nobrond qu'on lui donne explique l'emblême
) eſt aujourd'hui gouvernée par
un jeune Maître , qui joint à beaucoup
d'intelligence & d'application aux chofes
utiles , une probité ſévere. Il s'informedes
moindres détails , parce qu'il eſt à propos
qu'il les connoiſſe , mais il ne s'y arrête
pas trop ; il en charge des hommes qu'il
1
130 MERCURE DE FRANCE.
choiſit avec ſoin. Il s'occupe en perſonne,
des grandes opérations que lui feul peut
&doit diriger.
Ce que le premier des Nobrond , arrête
dans ſa courſe bienfaiſante par une
main meurtriere , n'a pu finir , il l'achevera
; tout , dans ſa conduite, le promet.
Il répandra le bonheur & l'aiſance jufques
ſur ſes derniers Sujets qui font ,
comme les autres , fes enfans.
Il ſe propoſe de rectifier des calculs
faux & ruineux , par leſquels ona trom.
pé ſes prédéceſſeurs ; il abandonne une
politique fauſſe , cruelle , & par cette
raiſon , doublement ruineuſe , qu'ils ont
eu le malheur de ſuivre en pluſieurs
points. Il a un Econome& d'autres Officiers
ſi habiles , fi honnêtes gens , qu'il
ne tardera pas , avec leur fecours & celui
de fa famille , de remettre tout dans l'ordre.
En conféquence , il cherche tous les
moyens de faciliter les communications
en faiſant faire à prix d'argent , & fans
corvées , les ponts , les chemins & les
autres grands travaux néceſſaires. Il veut
que, ſelon la premiere & la plus facrée
des loix naturelles , tout homme qui a
des propriétés , de l'induſtrie , des talens,
puiſſe les faire valoir par le commerce &
MARS. 1775. 13
7
les arts , feuls vrais moyens de trouver
fon bien-être , non ſeulement fans nuire
à celui des autres , mais même en l'augmentant.
L'impôt doit être pris , felon le
ſyſtéme du poſſeſſeur de la Ferme , à la
fource des richeſſes , c'est --à dire , ſur le
territoire. Cet impôt n'exige aucun frais
de régie & de perception , & n'a d'autre
inconvénient que celui d'empêcher pluſieurs
grandes fortunes illégitimes ; mais
celle du Maître & celle des Sujets con
tribuans & productifs , y gagnent beaucoup.
On y réprouve toute loterie , parce
qu'on ne veut pas ruiner des dupes en
irritant leur cupidité.
L'Hiſtorien de cette Ferme eſt un moraliſte
exact & ſévere , qui démontre que
le bonheur & la vertu font inféparables ,
& qu'il ſuffit d'être coupable pour être
malheureux. On ne peut être heureux
que par le bonheur des autres. Et le pré-
- tendu bonheur du crimen'eſt proprement
que l'aſſemblage de tous les maux.
Le Recueil eſt terminé par un plan
d'inſtruction pour le peuple. On trouve
dans ce dernier Ouvrage , comme dans
les précédens , les mémoires d'une ſaine
morale , & les regles d'une ſage adminiftration
, qui ne ſépare point les inté.
12
132 MERCURE DE FRANCE.
:
rêts du Souverain , de ceux de ſes Sujets.
Histoire de Maurice , Comte de Saxe , Duc
de Courlande & de Sémigale , Maré.
chal-Général des Camps & Armées de
Sa Majeſté Très Chrétienne ; par M. le
Baron d'Eſpagnac. Nouv. édition corrigée
& confidérablement augmentée ;
dédiée au Roi , 2 vol. in 12. br. 5 liv.
A Paris chez Saillant & Nyon , Libr.
rue St Jean-de-Bauvais ; Piſſot , quai
de Conti ; la veuve Duchefne , rue St
Jacques ; la veuve Deſſaint , rue du
Foin ; l'Eſprit , au Palais Royal.
L'Hiſtorien du Maréchal de Saxe , encouragé
par l'accueil du Public & par les
Lettres de M. de Voltaire , a fait réimprimer
fon Ouvrage in - 40. avec des
planches , & in - 12 fans planches. Il nous
apprend qu'il a corrigé & confidérablement
augmenté cette nouvelle édition ,
au moyen des inſtructions qu'il s'eſt procurées
ſur les faits dont il n'a pas été témoin;
il a profité des notes critiques &
intéreſſantes qu'on lui a fait paffer ; il
a eu la permiffion de s'éclairer dans le
dépôt précieux de la correſpondanced'Etat
, des Officiers généraux&particuliers;
MARS. 1775. 133
*
7
il n'a de plus épargné aucuns foins , aucunes
recherches pour bien caractériſer
ces belles actions , d'où naiſſent les fentimens
d'eſtime qu'on a pour ſes enne .
mis.
Quoiqu'une hiſtoire telle que celle - ci
ne foit fufceptible que de grands événemens
, il a cependant fait uſage de tous
les mémoires particuliers qui lui ont été
adreſſés ; ainſi , ajoute- t-il , on ne doit pas
être ſurpris s'il n'a point parlé des actions
perſonnelles qu'on lui a laiſſé ignorer .
Il fait entrer dans ſon récit les motifs
des guerres ; il en a développé les plans
& les moyens , relativement à des faits
qui ſe ſont paſſés de nos jours ; il aſſure
que ces faits , quoique préſentés ſimplement
, font mis ici dans le grand jour de
l'hiſtoire , qui n'eſt autre choſe que la
vérité elle même.
Il a ſuivi dans cette édition le même
plan que dans les précédentes. La premiere
partie finit à l'époque de l'élévation du
Comte de Saxe au grade de Maréchal de
--France ; la ſeconde eſt le récit de ſes
campagnes de Flandres , d'autant plus
glorieuſes pour lui , que ſes belles actions
ſe ſont faites ſous les ordres & en préſen
ce du Roi.
13
134 MERCURE DE FRANCE.
Etat actuel de la Musique du Roi & des
trois Spectacles de Paris. A Paris , chez
Vente . Librairé des Menus Plaiſirs du
Roi , au bas de la montagne Ste Gene.
vieve , 1775 .
Ce petit Ouvrage ſe renouvelle tous
les ans ; il contient 1º. l'Etat de la Muſique
du Roi ; 2º. celui de toutes les pieces
jouées & reſtées aux trois Spectacles
de Paris , avec le nom de leurs Auteurs;
3º. les noms & demeures des Acteurs &
Actrices , ainſi que des Muficiens & Danfeurs
dont les talens font néceſſaires à
l'éducation. Il y a de petits diſcours à la
tête de chaque Spectacle , où l'on trouve
une notice abrégée des nouveautés dans
tous les genres .
L'Etat de la Muſique du Roi eſt pré .
cédé par l'éloge de Guignon , qui fut le
violon le plus célebre , & le Roi des Violons.
Il eut la générofité de donner volontairement
la démiſſion des Charges de
Roi & Maître des Ménétriers , au mois
de Mars 1773 , & d'en demander la
fuppreffion ; parce que ce titre étoit devenu
un moyen de vexation contre les
Profeſſeurs d'inſtrumens & d'art muſical .
M.ARS. 1775. 135
}
>
Les Spectacles de Paris; ou Calendrier
hiſtorique & chronologique des Théâtres
, avec des anecdotes & un catalogue
de toutes les pieces jouées ſur les
différens Theâtres ; le nom des Auteurs
vivans qui ont travaillé dans le genre
dramatique , & la liſte de leurs Ouvrages
. On y a joint les demeures des
principaux Acteurs , Danfeurs , Muſiciens
& autres perſonnes employées
aux Spectacles, vingt-quatrieme partie
, pour l'année 1775. A Paris , chez
la veuve Duchefne , Libraire , rue St.
Jacques.
Ce Calendrier des Spectacles eſt à ſa
vingt - quatrieme année , & forme une
ſuite auffi curieuſe qu'utile pour l'hiſtoire
des Théâtres . On y trouve une analyſe
bien faite des pieces nouvelles , tous les
détails qu'il faut connoître de l'intérieur
des Spectacles , la liſte chronologique
&alphabétique des pieces des différens
Théâtres , & le nom des Auteurs , avec
- des anecdotes amusantes .
Nous ferons connoître plus particuliérement
quelques Ouvrages ſuivans , dont
14
136 MERCURE DE FRANCE,
nous ne pouvons à préſent que donner les
titres.
Petit Guide des Lettres , pour l'année
1775 , contenant les jours & heures
du départ & de l'arrivée des Couriers
au Bureau général des Poſtes de Paris ,
la taxe des lettres , le prix de l'affran- .
chiſſement & le temps qu'elles font
en route , préſenté à MM. les Intendans
& Adminiſtrateurs généraux des
poſtes de France ; par M. Guyot , de
la Société littéraire militaire , & Directeur
au Bureau général des Poftes .
Prix 1 1. 4 f. en blanc , emboîté I 1 .
16 f. relié en veau 21. 8f. , relié en
maroquin 3 1. A Paris , chez Saugrain ,
quai des Auguſtins .
,
Conférences Ecclésiastiques du Dioceſe
d'Angers fur les péchés & fur les actes
humains , tenues pendant l'année 1760
& les fuivantes , par l'ordre de Mgr
l'illuſt . & Révér. Jacques de Graffe
Evêque d'Angers ; redigées par l'Auteur
des Cas réſervés & des Loix : 2
volumes in - 12 rel. 6 liv. faiſant fuite
aux Conférences d'Angers. A Paris ,
chez la veuve Deſſaint , Lib, rue du
Foin St. Jacques. 1 1
1
MARS. 1775. 137
7
L
Opérations des changes des principales
Piaces de l'Europe , contenant les noms
& la diviſion de leurs différentes mon.
noies de changes , conſidérées entre
elles & relativement les unes aux autres
; la maniere dont on y tient les
écritures , &c . &c. avec la réduction
réciproque des monnoies d'une Place
à l'autre , calculée ſur le cours des
changes établis entre elles. Par J. R.
} Ruelle , Arithméticien & Teneur de
Livres ; deuxieme édition revue , corrigée
& augmentée; in-8°. prix 6 liv.
br . A Lyon , chez l'Auteur , rue Puits-
Gaillot; & les Freres Périffe , Libr.
rue Merciere.
Contes mis en vers , par un petit Couſin
de Rabelais ; in -8°. avec figures , prix
6 liv . br. A Paris , chez Ruault , Libr,
> Discourssur l'éducation , prononcé au College
Royal de Rouen , ſuivi de notes tirées
des meilleurs Auteurs anciens &
modernes , auxquels on a joint des réflexions
ſur l'amitié ; in - 12 . Par M. Auger
, Prêtre , Profeſſeur d'Eloquence au
College de Rouen , de l'Académie des
Sciences , Belles-Lettres & Arts de la
15
# 38 MERCURE DE FRANCE.
même ville. A Rouen , chez Boucher
fils , Libraire ; à Paris , chez Durand
neveu , Libr. rue Galande.
,
Cléopâtre , Tragédie en cinq actes ; par
M. L ** Avocat. A Dijon , chez
Frantin; à Paris , chez Piſſot , Libr .
quai des Auguſtins.
Mémoires pour ſervir à l'Histoire de notre
Littérature , depuis François I. juſqu'à
nos jours ; par M. Paliſſot. Nouv. édit.
vol. in 8°. A Paris , chez Moutard ,
Libr. quai des Auguſtins , près le pont
St. Michel .
Théorie des Paradoxes; in- 12 . A Amſter.
dam ; & à Paris , chez Piſſot , Libraire ,
quai des Auguſtins .
Abrégé de l'Histoire & des Mémoires de
l'Académic Royale des Sciences ; contenant
l'hiſtoire générale & particuliere
, la phyſique , la chimie, la médecine,
& toutes les ſciences naturel.
les. Par M. Paul , de la Société Royale
de Montpellier , &c. de l'Académie
de Marseille. Tome Ve. in-4°. A Paris
, Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
MARS. 1775. 139
>
La Finance Politique réduite en principe
& en pratique , pour ſervir de ſyſteme
général en France ; par M. Grouber de
Groubentall , Ecuyer , Avocat au Farlement
de Paris , in-8°. A Paris , chez
Grangé , Imprim Libr. rue de la Parcheminerie
; l'Auteur rue du Four St. -
Germain , vis-à-vis le Notaire.
Examen & refutation des réflexions fur le
prêt de commerce ; par le R. P. Auguſte
de St. Lô , Capucin Miſſionnaire ; Ou..
vrage utile aux Eccléſiaſtiques , aux Jurifconfultes
& aux Commerçans ; in - 12
prix 30 f. A Vire , chez Chalmé , Lib .
à Paris , chez Moutard, Libr. rue du
Hurepoix .
い
Précis des maladies chroniques & aiguës ;
par M. Didelot ; ſervant de ſuite à
l'avis aux gens de la campagne du mê .
me Auteur ; contenant l'hiſtoire des
maladies , la maniere de les traiter ,
d'après les plus célebres Médecins ;
avec des remarques & des obfervations
intéreſſantes pour la pratique ; 2 vol.
in - 12. A Nancy , chez Mathieu ,
(
Libr.
140 MERCURE DE FRANCE.
Des tropes , ou des différens ſens dans lefquels
on peut prendre un même mot dans
une même langue ; ouvrage utile pour
l'intelligence des Auteurs , & qui peut |
ſervir d'introduction à la rhétorique
& à la logique ; par M. Dumarfais ,
troiſieme édit. in 12. A Paris , chez
Pafchal Prault , Libr. rue de Tournon .
Mémoires de Mademoiselle de Sternheim ,
publiés par M. Wieland , & traduits
de l'Allemand par Madame ... deux
parties in - 12 , prix 3 1. A Paris , chez
Moutard , quai des Auguſtins,
Théâtre de Campagne , par l'Auteur des
Proverbes Dramatiques , 3 vol. in- 8°.
prix 15 1. broch . A Paris , chez Ruault ,
Libr. rue de la Harpe.
Qeuvres de M. de Saint Marc ; vol. in- 80.
très-bien imprimé & orné de gravures ,
prix 61. broch . A Paris , chez Monory .
Libr. rue de la Comédie Françoiſe.
Zély ou la difficulté d'être heureux , Roman
Indien , ſuivi de Zima & des
amours de Victoire & de Philogene ,
publié par A. M. Dantu ; in 8°. A
Paris , chez la veuve Duchefne , Libr.
rue St. Jacques .
1
८
MARS. 1775. 141
:
Almanach des Muſes ou choix des poësies
fugitives de 1774. A Paris , chez Delalain
, rue de la Comédie Françoiſe.
Les Oeuvres de Théâtre de M. de Saint
Foix , 3 vol. in - 8º de plus de 400 pag .
chacun ; de l'Imprimerie Royale ; édition
nouvelle , la plus complette qui ait
paru des charmantes Comédies de M.
de Saint- Foix . A Paris . chez Lacombe
, Libraire , rue Chriſtine , & non a
la fauſſe adreſſe indiquée par l'Editeur
de l'Almanach.
Les Confidences d'une jolie femme ; quatre
parties in 12. A Paris , chez la veuve
Duchefne , Libraire , rue St. Jacques-
Guillyn , Libr. quai des Auguſtins, au
Lisd'or.
La Victime mariée ou Hiſtoire de Lady
Villars ; traduite de l'Anglois , par M.
A. 2 parties in- 12 . A Paris , chez Mérigot
le jeune , Libr. quai des Augus
tins , au coin de la rue Pavée.
_ La Décameron François , par M. d'Uffieux
; in- 86. orné de gravures & trèsbien
imprimé. A Paris , chez Brune ,
Libr. rue des Ecrivains , c'oître Saint
Jacques de la Boucherie.
142 MERCURE DE FRANCE.
Ode fur l'Histoire de France du Président
Henault ; chez les Libraires au Palais
Royal.
Jean Hennuyer , Evêque de Lisieux , Drame
en 3 actes ; in-8°. par M. Mercier.
Nouv. édit. prix 30 ſ. A Paris , chez
Rey à Amſterdam.
Les Cent Nouvelles nouvelles de Madame
de Gomez. Nouvelle édit. 8 volumes
in - 12 de près de 500 pag. chaque vol.
prix 12 liv. broch.
Les mêmes Cent Nouvelles nouvelles
en groſſes lettres , 36 parties br. 18 1.
A Paris , chez Fournier , Libraire , rue
du Hurepoix ; Guillaume neveu , Lib.
au coin de la rue du Hurepoix , Dorez
, Lib . rue St. Jacques , près la rue
du Plâtre.
L'Art de régner , poëme , par M. D** t ;
in 8°. prix 8 f. A Lausanne ; & à Par's ,
chez d'Houry , Imprim. Libr. rue de
la vieille Bouclerie.
Epitre à un Ami , en lui envoyant pour
* étrennes les différens Poëmes adreſſés
au Roi , ſuivie d'une autre Epître en
MARS. 1775 145
コ
vers&d'un remerciment à M. Saut**
de Mor**. A Berne ; & à Paris , chez
les Marchands de nouveautés .
Eloge de M. Piron , lu à la ſcéance publi.
que de l'Académie de Dijon , du 23
Décembre 1773 ; par M. Perrin , Avocat
, Secrétaire perpétuel pour la partie
des Belles - Lettres. A Dijon chez
Frantin ; & à Paris , chez Piſſot , Lib .
quai des Auguſtins.
L'Ame d'un bon Roi , ou choix d'anec.
dotes & de penſées de Henri IV , les
plus propres à caractériſer le coeur &
Je génie de ce Prince; précédé de fon
éloge hiſtorique & des portraits qu'en
ont tracés les meilleurs Hiſtoriens. Par
M. Coſtard , Libraire à Paris. A Lon
dres , & ſe trouve à Paris rue St. Jeande
Beauvais , la premiere porte cochere
au-deſſus du College , 1775; in-80
grand format , avec fig. br. 3 l.
Dictionnaire portatif de l'Ecriture Sainte ,
contenant l'hiſtoire , la chronologie &
la topographie des Royaumes , Villes ,
Tribus , Rivieres , &c. dont il eſt fait
mention dans l'Hiſtoire ſacrée , &l'état
*44 MERCURE DE FRANCE.
i
:
** actuel de ces contrées;ouvrage néceſſaire
pour l'intelligence de l'Ecriture Sainte .
Par le R. P. Colome , Barnabite. A Paris
rue St. Jean-de-Beauvais , la premiere
porte cochere au deſſus du College ,
1775 ; 1 vol . in-8°. prix 6 1. br.
Almanach général des Marchands , Négocians
, Armateurs , & Fabricans de
la France & de l'Europe , & autres parties
du monde ; année 1775 , contenant
l'état préſent des principales villes
- commerçantes , la nature des marchandifes
ou denrées qui s'y trouvent , les
manufactures ou fabriques relatives
au commerce ; avec les noms de leurs
principaux Marchands , Négocians ,
Fabricans , Banquiers , Artiſtes & Artifans.
Nouvelle édition , revue , corrigée
& augmentée. Vol. in- 80. prix
4 liv. 10 f. br. A Paris , chez Grangé ,
Imprimeur Libraire , au Cabinet Litté .
raire , pont Notre-Dame , près la pom.
pe ; Deſnos , Libraire , rue St. Jacques ,
au Globe.
"
Cet Almanach donne des notions générales
ſur le commerce , ſur les lettres ,
billets & monnoies de change , ſur les
diffé-
J
IARS.
145 1775
différentes Foires de l'Euope. Il préſente
même des détails ſur les principales villes
commerçantes ; il indique la nature de
leurs denrées , les marchandiſes fabriquées
qu'elles mettent dans le commerce ,
les noms de ceux qui font à la tête de
leurs fabriques , ou qui ſe ſont rendus les
Agens de leur commerce. Mais ces détails
, toujours très-ſujets par leur nature
à varier , ne feront jamais bien exacts
qu'autant que les Fabricans , Négocians ,
Banquiers , &c. répondront à l'invitation
que leur a déjà faite l'année derniere
l'Editeur de cet Almanach , de lui faire
paſſer les nouvelles connoiſſances qu'ils
auront pu acquérir ſur les objets ci-deſſus
indiqués. Ces inſtructions , en rendant
l'Ouvrage plus exact , contribueront à
former entre le Cultivateur , le Négociant
, le Fabricant & le Confommateur
une correſpondance qui ſera également
utile à tous.
Almanach astronomique & historique de
la Ville de Lyon & des Provinces du
Lyonnois , Forêt & Beaujolois , pour
l'année 1775 , avec un discours fur
les progrès de l'aſtronomie ſous le
regne de Louis XV; prix trois livres
K
146 MERCURE DE FRANCE
broché. A Lyon , chez Aimé de la
Roche , Imprimeur ; & à Paris , chez
Humblot , Lib. rue St Jacques.
Ellai patriotique ou Mémoire , pour fervir
à prouver l'inutilité des communaux
, l'avantage qu'il y auroit de les
défricher , ainſi que toutes les terres
incultes ; celui que l'Etat retireroit de
la protection accordée à l'Agriculture ,
&les cauſes qui en empêchent les progrès
; par le Baron Scott , Capitaine
de Dragons à la ſuite des Troupes
légeres ; in-8° . de 37 pag. A Paris ,
chez Simon , Imprimeur , rue Mignon
St André des Arts.
Mémoires littéraires , critiques , philologi
ques , biographiques & bibliographiques
pour fervir à l'histoire ancienne & moderne
de la Médecine , dediés à Mgr le
Garde des Sceaux. A Paris , chez Pyre ,
Libr . rue St Jacques , près les Jacobins ;
& Baſtien , Lib. rue du petit Lyon , F.
StG.
Ces Mémoires font imprimés in 4°. Il
en paroît deux feuilles tous les quinze
jours depuis le 15 Janvier dernier , & en
MARS. 1775. 147
fuite les premier & quinze de chaque
mois.
Le prix de l'abonnement eſt pour Paris
de 12 liv. & franc de port en Province ,
15 liv.
Réflexions en faveur de la Caiſſe de Poisfys
in -12.
L'étude propre à l'homane , par M. Coutans
in- 12; prix 36 f. A Paris , chez
Dalalain , Libr. que & à côté de la
Comédie Françoiſe.
1
1
Et chez le même Libraire.
Le grand Oeuvre dévoilé en faveur des Enfans
de lalumiere; traduit du Chaldaïque
par M. Coutan ; br. in- 12 , prix
liv. 4 f. A
Le Livre fans titre , à l'usage de ceux qui
font éveillés pour les endormir , & de
ceux qui font endormis pour les éveiller
; par M. Coutan ; in - 12 , prix 36 f.
broche.. !
Etrennes du Parnaffe. A Paris , chez Fétil
, Lib. rue des Cordeliers. :
K3
148 MERCURE DE FRANCE.
Les cinq volumes du choix de poëſies
ſe vendront , juſqu'à la fin de Décembre
prochain , 3 liv. au lieu de 6 liv. & chaque
vol. ſéparé 1 1. 4. f.
Le même Libraire propoſe auſſi au
rabais pour le même terme , les autres
articles des Etrennes du Parnaſſe , 7 vol.
pour 6 liv. au lieu de 11 1. 8 f. ſavoir.
Recherches & réflexions ſur la poëſie en
général , & en particulier ſur la poëfie
latine , ſur ſon origine , ſes progrès , ſa
décadence , fur les Théatres Romains , le
génie de la langue & le caractere de
leurs Poëtes , I vol. 1 1. 16 f.
Notice des Poëtes Latins , contenant la
vie de chaque Poëte , les jugemens fur
fes Ouvrages , avec un choix des plus
beaux morceaux , traduits ou imités en
vers françois , 4 vol. 7 l. 4 f.
Idem des Poëtes Grecs , 2 vol. 2 1. 8 f.
Le
SPECTACLES.
CONNCCEERRT SPIRITUEL.
LE Jeudi 2 Février on a exécuté dans
le Concert du Château des Tuileries au
MARS. 1775. 149
Louvre , une belle ſymphonie de M.
Davau. M. Guichard a bien chanté un
joli motet à voix ſeule de M. Baut
Schmit. On a entendu un motet à grand
choeur, Notus in Judad Deus ,de M. Rey ,
Maître de Muſique de Nantes , ouvrage.
eftimable , d'une compoſition ſavante , où
il y a de beaux effets d'harmonie & des
chants agréables. Il a été fort applaudi.
Une ſymphonie concertante nouvelle de
M. Cambini , parfaitement exécutée par
MM. Paiſible , Guénin & Leduc l'aîné
, a fait le plus grand plaiſir. Mile Du-
- château a chanté avec goût un petit motet.
M. Stamits , connu par l'élégance &
la perfection de ſon jeu , a exécuté avec
applaudiſſement un concerto de violon
de ſa compoſition. Ce Concert a fini par
la Nativité , oratoire à deux choeurs , de
M. Goſſec , qui a été redemandé ; muſique
d'un effet brillant & impoſant.
OPERA.
L'ACADÉMIE royale de Muſique continue
avec un très-grand ſuccès les repré-
K 3
150
MERCURE DE FRANCE.
ſentations d'Iphigénie en Aulide , Tragédie-
Opéra en trois actes. Mlle de la
Guerre ,qui s'étoit déjà diſtinguée par un
jeu animé &par un chant plein d'expresfion
dans le rôle d'Euridice , reçoit de
nouveaux applaudiſſemens dans le rôle
d'Iphigénie , qu'elle repréſenté avec beaucoup
d'intelligence , de nobleſſe & d'intérêt.
On a donné le 16 de Février , pour
les ſpectacles du Jeudi , la premiere repréſentation
de l'Acte Turc , d'Hylas &
Eglé , ballet héroïque en un acte , & de
la Provençale.
L'Acte Ture eſt la derniere entrée de
l'Europe galante , ballet , donc les paroles
font de la Mothe & la muſique de Campra.
L'Acte Turc forme un ſpectacle plein
de gaîté &d'agrémens. Le rôle de Roxane
, ou de la Sultane jalouſe , eſt bien
repréſenté par Mile Durancy ;& celui de
Zayde Sultane favorite , par Mde Larrivé.
M. Gelin joue le Sultan Zuliman.
Les divertiſſemens font deſſinés agréablement
par M. Veftris & par M. Dauberval.
La pantomime de la fin de cet acte
fait le plus grand plaiſir.
•L'Acte d'Hylas & Eglé eſt une des entrées
du Triomphe de l'Harmonie , ballet
MARS. 1775. 151
héroïque , repréſenté en 1737 , dont les
paroles font de M. le Franc & la muſique
de M. Grenet. M. Legros &M. Deforme-
1ry viennent d'en refaire la muſique & d'y
ajouter de nouveaux airs. Leur tentative
a été couronnée par un ſuccès flatteur. Ils
ont répandu dans leur ouvrage beaucoup
de gaîte & d'agrémens , dans le genre
des compoſitions charmantes des Muſiciens
modernes. Il ne leur manque peutêtre
que d'avoir choiſi un ſujet plus animé,
plus intéreſſant & qui eût plus de
contraſtes ou plus de moyens de faire
reſſortir les effets de leur muſique ; quoique
d'ailleurs cet acte ſoit d'une poësie
..élégante & facile. M. Legros, jouant le
rôle d'Hylas , a réuni les applaudiſſemens
de Compoſiteur ingénieux , d'Acteur excellent
& de Chanteur admirable ; le rôle
d'Eglé eſt très bien joué & chanté par
Mile Rofalie. Le ballet eſt agréable & de
la compofition de M. Veftris.
La Provençale eſt un acte du Ballet des
Fêtes de Thalie , dont les paroles font
de Lafont & la muſique de Mouret.
Le rôle de la Provençale eſt repréſenté
par Mile Roſalie', celui de Nérine par
Mile Durancy, le Tuteur par M. Durand,
& l'Amant par M. Tirot. Cet ačte a été
K 4
152 MERCURE DE FRANCE,
repris ſouvent & joué toujours avec fuccès
, parce qu'il fait une petite comédie
gaie & intéreſſante. Le ballet en eft char .
mant , & les airs de danſe ſont d'une
grande vivacité. M. Dauberval & Mile
Peſlin y brillent par leur danfe vive &
pantomime. Mlle Guimard danſe dans
ces divertiſſemens avec les graces & la
ſupériorité qui la diftinguent. M. Veftris
y réunit les applaudiſſemens dus à la perfection
de ſon talent ; M. Veftris fils ,
encore très - jeune , paroît auſſi étonnant
qu'admirable , par la force & la hardieſſe
heureuſe qu'il met dans ſes entrées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES ES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné , le ſamedi 4 Février , la
premiere repréſentation d'Albert I , ou
Adeline , Comédie héroïque en trois
actes , en vers de dix fyllables , par M. le
Blanc*.
•Cette plece eſt imprimée in-8°, & ſe vend, prix
30 f. à Paris chez le Jay , Libraire , rue Saint Jacques.
MARS. 1775. 153
}
Une aventure arrivée à un grand Prince
, ou plutôt un acte de bienfaiſance &
de juſtice , que nous avons rapporté dans
le Mercure , a donné l'idée de ce Drame
, d'une eſpece aſſez finguliere. On
n'a pas cru , dit M. le Blanc , devoir
étouffer le fond du ſujet ſous une intrigue
qui l'eût fait diſparoître , ou du moins
l'eût affoibli beaucoup.
Les Acteurs de ce Drame font
L'Empereur , le Baron de Tezel , courtiſan
; le Comte Valter , Capitaine des
Gardes de l'Empereur , Madame Lavran-
- ce veuve d'un Officier mort au ſervice ;
Adeline , fille de Madame Lavrance ;
- Vilkin , Garde de l'Empereur ; Derick ,
Menuifier ; Gerard, Laquais du Baron
de Tezel.
ACTE I. Le Théatre repréſente un attelier
de Menuisier.
Derick eſt dans la plus grande affliction.
Le Baron s'informe de l'état de ces
femmes infortunées. Derick lui fait une
peinture touchante des vertus de la mere
→& des ſentimens de la fille ; il lui apprend
que ce jour même Faucher , leur
créancier , doit les pourſuivre. Le cruel
K 5
154 MERCURE DE FRANCE.
Baron , ſous prétexte de les obliger , veut
ſe rendre maître des droits de leur créancier
; il compte s'en ſervir comme de
moyens de féduction auprès de la jeune
Adeline. Mde Lavrance implore vainement
ſa protection pour obtenir d'un
Prince humain & généreux des bienfaits
dûs aux ſervices de fon mari. Le perfide
Courtiſan lui préſente la Cour ſous les
couleurs les plus fauſſes & les plus dures ;
il offre ſes ſecours que la malheureuſe
veuve eſt loin de vouloir accepter ; elle
s'afflige ſur le ſort de ſa fille , qui tâche
de la conſoler; mais elle déſeſpere Adeline
en lui ordonnant de renoncer à l'espérance
qu'elle avoit de donner ſa main
au vertueux Vilkin , jeune homme , qui
vient d'être nommé Garde del'Empereur,
& dont cette place fait toute la fortune.
Cependant Vilkin , plein d'amour , vient
apporter le conſentement de ſon pere.
Adeline ſe jette dans les bras de ſa mere ;
&cette mere apprend à Vilkin qu'il faut
renoncer à ſa fille. Vilkin eſt obligé
d'obéir , mais avec encore plus d'amour.
Un Huiffier arrête Mde Lavrance.Derick
ſe rend caution , & fufpend ſa captivité
en diſant : Le bien n'est rien pour fauver
fes amis.
MARS.
1775. 155
ACTE II. Le Théâtre représente la rue
où eſt ſituée la maison de Derick.
Mde Lavrance engage Derick d'accompagner
ſa fille pour aller vendre
quelques bijoux qui lui reſtoient. Derick
réſiſte en vain ; il ſe met en chemin avec
Adeline , qui ſe plaint moins de ſon infortune
que de la perte de ſon Amant.
L'Empereur déguiſé & le Capitaine des
-Gardes vont au-devant d'Adeline. Elle
marque ſon effroi. L'Empereur la raſſure
-, & lui demande le ſujet de ſa triſteſſe ;
- elle garde le filence. Il interroge Derick ,
qui raconte tout ce qu'il fait. L'Empereur
- attendri , demande pourquoi on ne s'eſt
pas adreſſé à l'Empereur ; Adeline dit alors
ce que le Baron de Tezel lui a rapporté
de ſes ſollicitations , & des refus qu'il
prétend avoir eſſuyés. Ce grand Prince
eſt indigné de cette horrible calomnie ;
il préſente de l'or & un diamant à cette
jeune infortunée , qui ne veut rien
recevoir d'un inconnu ; mais il force
Derick de tout accepter , & lui dit de
venir demain avec Adeline à l'audience
de l'Empereur.
156 MERCURE DE FRANCE.
LE COMTE à l'Empereur.
:
Sur leur parole & fans mieux les connoftre ,
Donner ainſi !
L'EMPEREUR.
Vas , quoi qu'il en puiſſe être ,
J'aime encor mieux , Valter , & tu m'en crois ,
Perdre ſouvent , que manquer une fois
L'occafion , toujours ſi précieuſe ,
De ſecourir la vertu malheureuſe.
Derick , tranſporté de joie , rapporte à
Mde Lavrance l'heureuſe rencontre du
bienfaiteur qui lui a donné ſi généreuſement
des ſecours , & qui leur promet la
protection de l'Empereur. Mde Lavrance
& fa fille ne veulent rien recevoir de
l'inconnu ; mais elles promettent de ſe
rendre à l'audience. Cependant Vilkin
reconnoît à ces traits la main bienfaiſante
de fon Maître. Il en fait la confidence
à Derick , qui s'écrie :
Il m'a parlé ; ſe peut - il !
J'ai vu l'Empereur ?
VILKIN.
Quel bonheur!
MARS. 1775. 157
i
C'eſt lui, Cet autre eft notre Capitaine ,
Monfieur Valter.
DERICк .
Je le croirois fans peine ,
Lorſqu'en effet je ſonge à ſes diſcours.
On a beau feindre , on ſe trahit toujours :
Tout peint en nous le fond du caractere.
A ce trait même on reconnoſt ſa mere ,
Dont les vertus paſſent dans ſes enfans.
Souvenez - vous de ces tendres momens
Où de ces lieux on vit partir ſa fille.
• Chacun pleuroit , ainſi que fa famille ;
Mais après tout , d'un Prince vertueux ,
L'eſpoir d'un Peuple , objet de tous ſes voeux,
C'eſt le bonheur qu'on dit qu'elle va faire ;
Puiſſe leur fang remplir un jour la terre !
ACTE III. Le Théâtre représente la
Salle où l'Empereur donne ſes audiences.
Le Baron de Tezel regrette les momens
qu'il donne à faire ſa Cour. Il ſe
félicité d'être le maître du fort de Mde
Lavrance & d'Adeline. Il a faitarrêter la
mere , & compte voir bientôt la fille
éplorée chez lui. L'Empereur arrive. Il
s'indigne en voyant le Baron de Tezel ,
qui l'a calomnié. Cet Auguſte Souve
158 MERCURE DE FRANCE .
rain récompenſe les ſervices d'un vieux
Officier . Il honore un Fermier , & le
montrant à ſes Courtiſans , il leur dit :
Oui , ce font àles premiers Citoyens ;
Je les honore. Une erreur trop cruelle
Les dégradoit , & leur utile zéle
Peut ſeul du Trône afſſurer la grandeur.
Il encourage un Artiſte utile & un bon
Ecrivain ; il accorde aux larmes d'une
mere la liberté du fils d'un Magiftrat , que
le jeu avoit égaré; il donne des ordres
pour profcrire à jamais ,
Ce jeu cruel , l'école des forfaits .
:
Il s'inquiete de ne point voir venir les
inconnus qu'il a rencontrés & qu'il veut
fecourir en confondant le perfide Tezel.
Il lui demande s'il n'a pas connoiſſance de
quelque malheureuſe famille qui mérite
fes bienfaits ; il lui nomme même Lavrance
; il reconnoît toute ſa perfidie à
ſes réponſes. Il accorde aux follicitations
d'un grand Seigneur la défenſe
d'une Maiſon opprimée. Il applaudit aux
heureux travaux d'un Négociant, & leve
les obſtacles qui gênoient le commerce.
MARS.
1775- 159
i
1
Il rejette un projet immenfe pour le produit,
mais ruineux pour les peuples.
Le tréfor des Etats
Eſt dans la terre avec foin cultivée ,
Dans la jeuneſſe au travail élevée ,
Dans le commerce , && non dans ces projets ,
Dont tant de maux conſacneno les ſuccès', -
Qul groſſiffant une fauffe nicheffe ,
Entraîneroient le luxe , la pareſſe ,
La pauvreté qui ſuit bientôt leurs pas.
Enfin Adeline &Derick viennent à l'audience.
L'Empereur s'en apperçoit au
- trouble qu'il remarque dans les yeux du
Baron. Ce Courtiſan veut les écarter ,
mais en vain. Adeline voyant l'Empereur
dans l'inconnu de la veille, eſt troublée.
L'Empereun la raſſure par un accueil
favorable. Adeline veut rendre l'or & le
diamant qui lui avoient été donnés.
L'Empereur les refuſe; il envoie chercher
la veuve Lavrance , que le Baron
avoit fait arrêter. Il confond cet homme
perfide &lebannitde ſes Etats. Vilkin
eſt de garde dans la ſalle d'audience , &
témoinde cette ſcene ſi intéreſſante pour
fon coeur , & de la bienfaiſance de l'Empereur
pour celle qu'il aime. L'Empereur
rend la paix & l'aiſance à cette famille
160 MERCURE DE FRANCE,
honorable ; il éleve Vilkin aux emplois
de Lavrance ; il veut que ce ſoit de la
main même d'Adeline qu'il tienne ces
bienfaits. Derick eſt heureux de leur
bonheur , & ſe livre aux tranſports de ſa
joie & de fa reconnoiſſance.
On fent que le Poëte n'a eu intention
que de mettre ſous les yeux du Spectateur
le tableau intéreſſant de la bienfaiſance ,
& qu'il a négligé les regles de l'art pour
ne faire voir que la ſimple vérité & la
belle nature.
Ce Drame eſt parfaitement joué par
MM. Molé , Préville , Montvel , Dauberval
, & par Mlles Dumeſnil & Doligny.
Le Jeudi 23 on a donné à ce Thea
tre la premiere repréſentation du Barbier
de Séville ou la Précaution inutile , Comédie
nouvelle en cinq actes , réduite à
quatre actes , en proſe , de M. de Beaumarchais.
Les Acteurs font ,
Le Comte d'Almaviva , Amant , tantôt
Lindor , Bachelier , & Cafcarillo , éle
ve du Maître de muſique
M. Belcourt.
Rofine , pupille de Bartholo.
Mile Doligny .
Bartholo ,
MARS. 1775. 161
}
Bartholo , Docteur - Médecin , tuteur de
Rofine M. Déſeſſarts.
Figaro , Barbier de Séville. M. Préville.
Dom Bazile , Maître de muſique.
M. Auger.
L'Eveillé , Laquais de Bartholo.
M. Belmont.
La Jeuneſſe , autre Laquais. M. Dugazon
Le Notaire . M. Bouret.
Bartholo veut épouſer Roſine , ſa pupille.
C'eſt un Tuteur avare , dur & jaloux
qui fait tout ce qu'il faut pour ſe
rendre odieux. Le Comte d'Almaviva ,
jeune homme , cherche tous les moyens
- de gagner le coeur & d'obtenir la main
de Rofine. Il emploie différens ſtratagemes
pour lui faire tenir des lettres , &
pour la voir. Il y parvient en jouant
de la guittare ſous ſes fenêtres , en ſe
déguiſant , en faiſant des confidences ,
qui lui font même contraires , en ſéduifant
les valets. Il eſt ſur tout bien
ſecondé par Figaro , Barbier , qui eſt un
intriguant prêt à tout faire pour de l'argent.
Comme Figaro eſt le Chirurgien
de la maiſon de Bartholo , il rend ſes
valets des ſurveillans inutiles , en donnant
des drogues ſoporifiques à l'Eveillé ,
2 L
162 MERCURE DE FRANCE .
qui ne fait que bailler , & un ſternuta.
toire à la Feuneſſe , qui éternue à chaque
inſtant. Dom Bazile Maître de muſique ,
quoiqu' attaché au Docteur , reçoit de l'argentdu
Comte d'Almaviva , puis le trahit ,
puis le ſeconde dans ſes amours. Rofine
ſe ſert de toutes fortes de rufes pour tromper
ſon Tuteur , qui , toujours très défiant
, eſt toujours dupé. Enfin il mande
le Notaire , qui eſt auſſi mandé par le
Comte d'Almaviva. Le Comte , introduit
dans la maiſon du Tuteur , ſe fait |
connoître àRoſine pour unAmant fidele ,
dérange le projet qu'elle avoit conçu , par
dépit , d'épouſer ſon Tuteur , découvre
dans les différens déguiſemens de Lindor
& de Cafcarillo l'amoureux Comte d'Almaviva
, obtient fon conſentement , ſe
fert des gens mêmes de Bartholo pour être
ſes témoins , & le contraint enfin de
convenir que toutes les précautions font
inutiles contre l'amour. Cette Comédie
eſt un inbroglio comique , où il y a
beaucoup de facéties , d'alluſions plaiſantes
, de jeux de mots , de lazzis , de
ſatires groteſques , de ſituations ſingulieres
& vraiment théâtrales , de caracteres
originaux ,& fur- tout de gaîté vive
& ingénieuſe. Les retranchemens que
l'Auteur a faits à la ſeconde repréſenta
MARS.
163 1775.
tion , aſſurent le ſuccès de cette Comédie.
Elle eſt parfaitement jouée parMM.
Belcourt , Préville , Auger , Déſeſſarts
Dugazon , Belmont , & Mile Doligny.
DÉBUT.
Mlle Lavoy , petite fille d'un Comédien
du Roi , a débuté le ſamedi 11 Février
dans le rôle d'Iphigénie , qu'elle a
encore joué le lundi ſuivant; le mercredi
15 elle a repréſenté le rôle d'Hyperme-
- nestre ; elle a joué enſuite le rôle d'Al .
zire .
Cette jeune Actrice a paru mettre dans
fon jeu beaucoup d'intelligence , de ſenfibilité
& de vérité. On ne perd rien de
ce qu'elle dit , & elle détaille à merveille
fes rôles . Ces avantages peuvent en quelque
forte ſuppléer aux dons naturels que
l'on ſemble exiger des perſonnes qui font
fur la ſcene.
COMÉDIE ITALIENNE.
LESES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont donné le mercredi 1 Février , la
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
premiere repréſentation de la Fauſſe Magie
, Comédie mêlée de chant. Les paroles
font de M. Marmontel , la muſique
eſt de M. Grétry.
Cette Comédie a été d'abord repréſentée
en deux actes ; elle a été enſuite
remiſe en un.
Les perſonnages ſont
Dalin , homme crédule , Tuteur &
Amant de Lucette , Lucette , niece de Dalin
& de Mde de St Clair ; Madame de
Saint Clair , ſoeur de Dalin ; Dorimon , |
vieillard à qui Lucette étoit promiſe ;
Linval , neveu de Dorimon; troupe de
Bohémiens.
Madame de Saint - Clair eſt une bonne
tante qui , dans un âge avancé , ſait goûter
encore des plaiſirs tranquilles , & s'intéreſſer
au bonheur de ſa Niece. Elle la
trouve inquiete , & l'engage à lui faire
l'aveu de ſes amours . Elle lui raconte
comment elle a autrefois aimé , & comment
une vieille Tante a ſervi ſa tendreſſe.
La Niece , encouragée par cette
confidence , lui dit naïvement que fon
ſecret eſt le ſien ; elle la prie de lui ſervir
de mere , & d'être ſon guide & fon appui.
Elle avoue qu'elle aime Linval. Ce
jeune homme implore auſſi Madame de
MARS. 1775. 165
St. Clair. La bonne Tante s'attendrit , &
demande aux jeunes Amans de lui conter
comment cet amour eſt venu.
DUO.
LUCETTE & LINVAL.
Il vous ſouvient de cette fête ,
Où l'on voulut nous voir danſer :
Pour faire de nous ſa conquête ,
L'Amour n'eut qu'un trait à lancer.
LINVAL.
Dans mon ſein une douce flamme
De veine en veine ſe gliſſa..
LUCETTE.
Je ſentis que j'avois une âme :
Un feu naiſſant me l'annonça.
Ma main , qui trembloit dans la fienne ,
LINVAL.
Sa main qui trembloit dans la mienne ,
LUCETTE.
Donna pour moi
L3
166 MERCURE DE FRANCE ,
LINVAL.
Reçut de moi
Ensemble.
Le témoignage de ma foi.
:
LINV L.
Je m'égarois parmi la danſe ;
Je n'entendois plus le hautbois,
LUCETTE,
Je rencontrai ſes yeux deux fois ,
Deux fois j'oubliai la cadence.
Ma main , &c.
LINVAL.
Sa main , &c.
Comme tout cela m'intéreſſe ! dit la Tante
On ne médit de la jeuneſſe
Que par le chagrin de vieillir.
L'oncle de Linval avoit la promeſſe
d'épouſer Lucette , mais Dalin veut le refufer
pour ſe mettre à ſa place. Mde de
Saint-Clair craint ſa folie ; cependant
MARS. 1775 167 .
コ
elle fait un moyen de le déſabuſer en profitant
de ſa crédulité & de la croyance
qu'il donne aux préſages. En effet il eſt
› tourmenté par un fonge dans lequel il a
cru voir un milan enlever une poulette ,
& le coq qui l'aimoit fe changer en oifon.
Il vient parler d'amour à ſa pupille , mais
Lucette , déjà inſtruite de fon rêve , feint
d'en avoir eu un pareil , dont elle ſe dit
fort inquiete. Le Tuteur ne tient pas
à ce préſage ; il avoue qu'il a fait le même
P ſonge ; ce qui donne lieu à un duo charmant
, où chacun dit ce qu'il a vu & ce
qui le tourmente. Dalin veut vaincre ſa
- foibleſſe & pourſuit ſon projet. Il commence
par congédier Dorimon , oncle de
Linval , en lui annonçant que Lucette en
aime un autre que lui. Cet homme raifonnable
ſe rend justice fur fon âge , qui
n'eſt plus le temps de l'amour , mais il ne
- peut s'empêcher de ſe moquer de Dalin ,
quand il lui dit que c'eſt lui que Lucette
préfere. Autre duo délicieux , dans lequel
ces deux vieillards ſe raillent l'un
l'autre. Dorimon uſe de détour pour
faire avouer à Linval que c'eſt lui qui eſt
l'Amant aimé. Il paroît d'abord ſe facher
; mais il eſt enſuite d'intelligence a
L4
168 MERCURE DE FRANCE,
vec Madame de St. Clair & Lucette ,
pour arracher le conſentement du Tuteur.
Cette Tante officieuſe témoigne tout l'intérêt
qu'elle prend au bonheur de ſa chere
Niece , & craint que Linval ne foit un in.
fidele. Elle eſt raſſurée par l'Oncle & le
Neveu , ce qui fait naître un trio contraflé
& parfaitement exprimé. Dalin vient déranger
leur projet , en diſant qu'il a la parole
de ſa Niece. Il ſe forme alors entre
Linval , Lucette , Mde de Saint - Clair &
Dorimon , une ſcene en quatuor , qui eft
raviſſante par l'expreſſion des différens
ſentimens des perſonnages. L'officieufe
Tante diſpoſe une troupe de Bohémiennes
à tirer le blanc - ſeing de Dalin , & à
lui faire une belle peur ſur la folie qu'il a
d'épouſer ſa jeune pupille. On raconte
devant Dalin des chofes merveilleuſes de
ces Magiciens. Il veut les confulter , faifant
toujours l'eſprit fort , & voulant masquer
ſa foibleſſe , qui le trahit à chaque
inſtant. Dorimon eſt bien plus ſage , il
ne cherche pas à prévenir ſon deſtin.
AIR.
Sur l'avenir jamais je ne raiſonne :
Tant mieux pour moi s'il me ſurprend
MARS.
169 1775.
Eſt - ce un plaiſir ? il eſt plus grand,
Et la ſurpriſe l'aſſaiſonne.
Sur l'avenir jamais je ne raiſonne :
Tant mieux pour moi s'il me ſurprend,
Eſt - ce une peine qui n'arrive ?
Qu'ai - je beſoin de la ſavoir ?
En ſera - t - elle plus tardive ;
C'eſt bien aſſez , lorſqu'elle arrive,
De la ſentir ſans la prévoir,
Linval raconte ce que les Bohémiens
ont lu dans ſa main & dans celle de Lucette.
Il rappelle comiquement l'aventure
du coq , de la poule & du milan. Lucette
paroît s'en effrayer , & Dalin en eſt
☑ véritablement inquiet. Enfin les Bohémiens
s'aſſemblent; il font leur invocation
au grand Albert & à Matthieu Lansberch.
Dalin apporte un ruban de Lucette , avec
fa fignature & la ſienne ſur un papier en
blanc; on le fait mettre à genoux devant
un miroir magique, & là il lit ſa deſtinée
; il voit que Lucette en aime un autre
- que lui , & que cet autre eſt Linval. Il
veut ſe fâcher : mais on lui chante en
choeur que c'eſt pour luiune bonne affaire.
• Il eſt donc obligé de prendre ſon parti ,
en enrageant du triomphe de fon rival. Le
comique de cette piece eſt comme celui
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
du Bourgeois Gentilhomme , du Malade
imaginaire & de tant d'autres pieces , dont
le principal objet eſt de faire rire , par
l'imbécille crédulité de vieillards , qui ſe
prêtent à tout ce qu'on exige d'eux. Le
défaut du Tuteur de la Fauſſe Magie eſt
de raiſonner , de dire lui- même qu'il n'a
point peur. Un vieux Payſan bien crédule
que des Maîtres , en s'amusant à la campagne
, auroient effrayé par la magie ,
pour le détourner de fon fol amour , eût
fourni peut - être un comique moins invraiſemblable
& plus plaiſant. Au reſte
cette Comédie , quoi qu'on en diſe , eſt
bien écrite , à quelques expreſſions près ,
qui ont été corrigées ; elle n'a point l'intérêt
des autres Drames lyriques de M. Marmontel
, tels que Lucile , Sylvain , l'Ami
de la Maiſon , Zémire & Azor: mais elle
a le même mérite du ſtyle. Le caractere
de la bonne Tante eft charmant . Perſonne
n'entend mieux la préparation des airs &
la coupe des ſcenes de muſique ; & ces
répétitions de mots , qui ont été relevées ,
font ſouvent des graces dans la poëſie lyrique.
C'eſt un état bien pénible.
Que celui d'un jeune coeur ,
MARS. 1775- 171
D'un coeur timide & ſenſible
Que fait taire la pudeur.
On en trouve mille exemples dans Quinault
, dans Racine , & dans ceux qui
ont le mieux entendu la poëſie lyrique.
Il n'y a qu'une ſeule voix fur la muſique
de cette piece. M. Grétry ſemble s'être
furpaſſé lui - même ; chaque air eſt un
morceau achevé , qui charme autant qu'il
étonne. Invention dans les penſées , choix
heureux des motifs , art prodigieux pour
varier les formes muſicales , talent particulier
de rendre tous les inſtrumens
acteurs , goût exquis pour ſaiſir , embellir
& fortifier le langage propre du ſentiment
ou de la paſſion , ſcience profonde
de l'art , avec toutes les graces de la belle
nature ; tant d'avantages réunis feront
toujours diftinguer les compoſitions de
M. Grétry. L'ouverture eſt une très-belle
ſymphonie ſuivie d'un air, dont la modulation
eſt neuve & très agréable. Le
grand air Comme la flatteuse espérance ;
a plus qu'on exige dans ces morceaux
d'éclat ; il y a un chant délicat& varie.
Comme l'expreſſion de l'ariette C'est un
état bien pénible , & de celle Je ne le dis
qu'à vous , eſt ſenſible & intéreſſante , la
172 MERCURE DE FRANCE.
muſique de ce duo Il vous souvient de
cette fête , a une fraîcheur , une aménité ,
un charme délicieux ; qui ſe ſent mieux
qu'on ne peut le décrire. Quoi de plus
comique & d'une imitation plus pantomime
que le duo du ſonge ? Le duo des
vieillards eft encore d'une muſique faillante
& plaiſamment imitative. Le quatuor
eſt un chef- d'oeuvre où les traits de
caracteres & de vérité , où les contraſtes ,
la variété , les différens mouvemens , les
expreſſions pittoreſques de la muſique
forment un enſemble raviſſant. Mais il
faudroit citer tous les airs de ce Drame
pour en citer toutes les beautés ; &
nous craignons de ne pas aſſez dire pour
ceux qui ont entendu cette muſique , &
trop pour ceux qui n'ont encore pu
l'entendre.
Les rôles ont été parfaitement remplis
par M. Trial , excellent muſicien &
charmant acteur , repréſentant Dalin ;
par M. Clairval , qui joue avec autant
de fineſſe qu'il chante avec goût dans le
rôle de Linval ; par Mde Trial , dont
l'organe admirable & le jeu intéreſſant
ont été applaudis dans le perſonnage de
Lucette; par Mde Billioni , qui a joué
& chanté avec beaucoup d'intelligence&
de ſenſibilité le rôle de la Tante ; par
MARS. I1775 173
k
+
r
>
M. Nainville , dont la voix ſuperbe &
le jeu franc & gai , font le plus grand
plaiſir dans le rôle de Dorimon ; par
Mde Moulinghen , qui a très - bien joué
& chanté le rôle de Magicienne.
Le Samedi 25 Février Mde Laruette ,
abſente depuis plus d'un an, pour cauſe
de maladie , a rentré à la Comédie dans
le rôle d'Agathe de l'Ami de la Maiſon ,
& a excité les tranſports de toute l'affemblée
, qu'elle a enchantée par la fineſſe de
ſon jeu , par la beauté de ſon organe , &
par le charme de fon chant.
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE . (1 )
Laféance publique du jeudi 16 Février
eſt une époque mémorable pour la gloire
des Lettres. Ce que la Cour a de plus
brillant , ce que les différens Ordres de
l'Etat ont de plus reſpectable , s'était réuni
pour voir l'Académie Françaiſe préſenter
, au nom de la Nation , une couronne
à la vertu & au génie. Jamais le concours
ne fut plus nombreux , ni les acclama-
(1) Article de M. de la Harpe.
-
174
MERCURE DE FRANCE.
tions plus vives. Dois- je croire , dit mo
deſtement M. de Malesherbes dans fon
exorde , que vous mettez les ſentimens
patriotiques au nombre des titres litté
raires?
Certes les ſentimens patriotiques ſont
le premier titre du Citoyen. Mais quand
ils produiſent d'auffi beaux monumens
que les diſcours de M. de Malesherbes ,
(ce qui eſt fort rare ) la Littérature s'honore
de ces productions glorieuſes qu'elle
annonce à la rénommée & à la poſtérité.
L'illuſtre Récipiendaire ſe propoſe de
conſidérer en Citoyen le rang que tiennent
à préſent les Lettres entre les différens
Ordres de l'Etat.
ود
وا
فو
ود
,, Je félicite l'Académie , je félicite
mon fiecle & ma patrie , de ce qu'au-
„ jourd'hui tout ce qui mérite d'occuper
,, &d'intéreſſer les hommes eſt du reſſort
de la Littérature. Le Public porte une
curioſité avide ſur les objets qui autrefois
lui étaient le plus indifférens.
Il s'eſt élevé un Tribunal indépendant ود de toutes les Puiſſances &que toutes
,, les Puiſſances reſpectent , qui apprécie
tous les talens , qui prononce fur tous
les genres de mérite ; & dans un fiecle
éclairé , dans un fiecle où chaque Ci
دو
ود
ود
ود
MARS. 1775- 175
6
1
5, toyen peut parler à la Nation entiere
,, par la voie de l'impreſſion , ceux qui
و د
ود
ود
ود
ود
ont le talent d'inſtruire les hommes ou
le don de les émouvoir , les Gens de
Lettres en un mot, ſont au millieu du
Public diſperſé , ce qu'étaient les Orateurs
de Rome & d'Athènes au milieu
,, du Peuple aſſemblé. Cette vérité que
j'expoſe dans l'aſſemblée des Gens de
„ Lettres , a déjà été préſentée à des Ma-
,, giftrats , & aucun n'a refuſé de reconnaître
le Tribunal du Public comme le
Juge ſouverain de tous les Juges de la
,, terre " .
و د
ود
ود
M. de Malesherbes jette un coup- d'oeil
lumineux fur les progrès des Lettres depuis
Louis XIV juſqu'à nos jours , & fur
les différens caracteres qui ont marqué
leurs différentes époques.
وو Louis , né avec un eſprit juſte &
,, l'ame la plus ferme & la plus élevée ,
était fait pour porter au plus haut point ود
ود
les vertus où il ſerait appelé par le gé- ود nie de ſon ſiecle. S'il eût vécu dans le
,, temps des Valois , il n'eut peut- être été
,, que Guerrier & Conquérant. S'il ré-
و د
و د
"
gnait aujourd'hui , il ne ferait fans
doute que Législateur & Bienfaiteur
de fon Peuple. Dans le moment où il
176 MERCURE DE FRANCE .
, fut placé ſur le Trône , il mit le com
"
و د
و د
و د
ود
و د
ble à la gloire des Français par des
,, victoires , & prépara leur bonheur par
des Loix plus ſages que celles qu'on
avait connues juſqu'alors , & par la
protection qu'il accorda aux Lettres. La
brillante Littérature , appelée en France
avec les beaux Arts , du temps de Fran-
,, çois Premier , parvint, ſous Louis XIV,
à ce degré de ſplendeur , après lequel
elle ne fait ſouvent que décroître : &
les ſciences de raiſonnement , dont la
marche eſt plus lente , mais qui n'onc
,, jamais de mouvement rétrograde ,
arriverent auſſi à la voix de ce Roi , &
;, furent poſées par lui ſur la plus ſolide
ود
زر
و د
و د
و د
ود de toutes les baſes , ſur les établiſſe-
,, mens dirigés par Colbert. Ce fut fous
ود ce regne que diſparut tout- à- fait le
,, préjugé barbare qui avait condamné
,, nos Ancêtres à l'ignorance. Le nom&
,, l'objet de chaque ſcience furent con-
,, nus , & les Savans de toutes les claſſes
obtinrent la conſidération qui leur eſt
due. Il parut un Sage qui parlait également
la langue des Savans & celle
des Gens du monde , & qui avait le
don de répandre la lumiere & l'agrément
ſur les ſujets les plus obfcurs &
و د
ود
ود
ود
ود
ود
"
les
MARS. 1775. 177
1
» les plus ingrats. C'étoit le neveu des
Corneilles. Ce fut lui qui ſervit d'inter-
,, prete entre tous les hommes de fon
,, fiecle ;& c'eſt depuis cette époque qu'il
n'eſt plus de barriere entre la ſcience
& les talens , & que l'art d'écrire eſt
preſque inſéparable de l'art de penſer.
,, Aujourd'hui les ſecrets de tous les Arts
ود
ود
وا
ود font dévoilés ou vont l'être. On a
,, trouvé ce qu'on aurait cherché inutile-
,, ment dans les fiecles paſſés , des Artis-
ود
دد
ود
"
ود
ce ,
tes capables de les écrire , & des Lecteurs
capables de les entendre. L'étude
de la Nature n'eſt plus une froide con-
,, templation. Elle remue l'ame par des
refforts auſſi puiſſans que ceux de l'épo-
,, pée. Le Pline Français a ſu ,par la ſeule
,, magie du ſtyle & fans le ſecours de la
fiction , prêter aux brutes fon éloquence
, & nous intéreſſer pour les êtres
inanimés . La géométrie même eſt jus-
,,, tifiée du reproche d'aridité qu'on lui a
fait pendant tant de ſiecles. Les oracles
de cette ſcience font encore proférés
dans une langue myſtérieuſe ; mais les
Prêtres de ce Temple ne ſe tiennent
plus éloignés des autres hommes. Celui
,, qui inſtruit les Savans par de lumineuſes
théories , ſait auſſi obtenir du Pu-
"
"
وو
و ا
و د
و د
M
178 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
"
blic les applaudiſſemens dûs à l'hom-
„ me de génie. Le profond Mathématicien
devient le rival de Tacite ; que
dis - je ? il s'éleve au fommet de toutes
les ſciences , & c'eſt lui qui en a tracé
le tableau & tous les rapports. Il marche
au milieu de vous , Meſſieurs , le
front ceint d'un laurier inconnu àNew-
" ton lui -même. Enfin la Littérature &
و د
و د
"
ود
"
"
و د
ود
la Philofophie ſemblent avoir repris le
droit qu'elles avoient dans l'ancienne
Grece , de donner des Légiſſateurs aux
Nations. Nous n'avons plus à la vérité
,, la Tribune des Démosthenes & des
Cicérons. Les Souverains & les Républiques
n'appellent point encore les
,, Philoſophes , ſur la foi de leur renom-
"
و د
" mée , pour leur dicter des Loix. Ce-
,, pendant une voix s'eſt élevée , & c'eſt
,, au milieu de vous , Meſſieurs , c'eſt du
" ſein de cette Académie que Montes-
,, quieu a parlé , & les Nations ont ac-
,, couru pour l'entendre. Il eut des dis-
و د
و د
ciples paſſionnés ; il fit naître de puisſantes
contradictions. Quelque juge-
„ ment qu'en porte la poſtérité, il eſt
toujours certain qu'aujourd'hui les Philofophes
regardent la légiflation comme
un champ ouvert à leurs ſpécula-
و د
دد
MARS. 1775. 179
1
و د
tions , & que les Jurifconfultes cher-
,, chent à porter dans leurs travaux le
flambeau de la philoſophie". ود
وو
ود
ود
A ces différentes révolutions l'Orateur
ne pouvait manquer de joindre celle qui
s'eſt faite dans la maniere d'écrire l'Histoire.
,, L'Hiſtoire , deſtinée à être l'école
des Rois & des Grands , s'était preſque
entiérement bornée , depuis pluſieurs
ſiecles , à des récits de combats. Aujourd'hui
on y démontre aux ambitieux
l'inutilité de leurs rivalités & de leurs
,, guerres. On leur prouve que la cruauté
eſt auſſi une abſurdité ; & j'oſe prédi-
„ re , Meſſieurs , qu'à l'avenir nul de
"
و د
و د
vous ne ſe rappellera le ſouvenir des
,, temps d'héroïſme & de barbarie , ſans
déteſter ce qui a fait l'admiration de
,, nos Ancêtres" .
و د
Il n'eſt pas difficile de reconnaître ici
l'éloquent Auteur de la Rivalité de la
France & de l'Angleterre , & de la belle
Hiſtoire de François Premier , l'un des
Ouvrages les mieux faits dans ce genre
qui aient paru dans ce ſiecle. Tous les
Gens de Lettres applaudiront d'autant
plus volontiers à la juſtice que le reſpectable
Récipiendaire rend ici à M. Gaillard
, que M. Gaillard lui-même la rend
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
à tous ſes Confreres avec la plus noble
impartialité ; que nul homme de talent
n'eſt plus ſenſible aux talens d'autrui ; &
que dans les articles pleins de goût & de
ſaine critique qu'il infere depuis bien des
années dans le Journal des Savans , on a
remarqué toujours & le Littérateur excellent
, &, ce qui eſt beaucoup plus rare ,
l'homme élevé au-deſſus de la jalouſie.
ود
ود
M. de Malesherbes pourſuit ledénombrement
de nos richeſſes Littéraires.
Déjà le progrès des moeurs depuis
Charlemagne juſqu'à nos jours , a été
,, préſenté dans des tableaux faits pour
intéreſſer les Lecteurs de tout âge , de
tout ſexe , de toute condition." On ne
pent méconnaître à ces traits l'Eſſai fur
l'Histoire générale.
ود
ود
L'Auteur de cet article retrace ces éloges
avec d'autant plus de plaiſir , que lui
même eſt le premier qui ait rendu une
juſtice publique à ce grand monument
d'hiſtoire ( 1 ) , en butte à tant de détracteurs
; juſtice qui ne manqua pas de lui
attirer beaucoup d'injures dans certaines
feuilles périodiques.
(1 ) Voyez le Diſcours préliminaire de la traduction de
Suétone .
MARS. 1775. 181
M. de Malesherbes déſigne dans le
paſſage ſuivant , un homme d'une trèsgrande
naiſſance , qui était préſent à l'asſemblée
, & qui entendit le Public confirmer
par ſes applaudiſſemens les témoignages
honorables qu'on lui rendait. ,, Je
ود
vois un Philoſophe , un Littérateur ,
,, qui remplirait plus dignement que moi
la place dont vous m'avez honoré ; je
ود
و د
le vois renoncer aux ſuccès flatteurs
,, qu'il obtint plus d'une fois dans le
,, commerce des Muſes , pour ſe livrer à
ود
ود
de pénibles recherches ſur les cauſes
du bonheur des hommes. Je le vois
,, après s'être diftingué dans la guerre ,
,, annoncer aux Souverains la néceffité
ود de la paix , digne de pluſieurs Ancêtres
,, que l'Hiſtoire nomme parmi nos plus
celebres Guerriers , digne auſſi de ce
,, ſavant, cet éloquent , ce vertueux Ma-
,, giftrat , qu'aucun Citoyen ne peut en-
ود
ود
tendre nommer ſans rendre à ſa mémoire
un tribut de tendreſſe & de vé.
nération , & qui auroit reconnu fon
petit- fils dans l'Auteur de la Félicité
,, publique (2 ) .
ود
(2) Ouvrage plein de connaiſſances , de raiſon &de
1
M 3
132 MERCURE DE FRANCE.
M. de Malesherbes s'acquitte du légìtime
tribut de louanges qu'il devait à la
mémoire de l'Académicien qu'il remplace.
Né dans la Magiſtrature , il avait
ود
و د
ود
ود
و د
ود
و د
ود
été entraîné vers les Lettres par un
,, goût invincible. L'eſſai de ſes talens
avait été d'enrichir notre Littérature
du chef- d'oeuvre de la Nation notre
rivale. C'eſt avec ce titre brillant qu'il
avait été reçu dans cette Académie. Sa
maiſon même devint un Lycée où ſe
réuniſſait la ſcience , l'eſprit & la dé-
,, cence , où ce grand Montesquieu disſertait
avec le naturaliſte Réaumur , où
toutes les ſciences communiquaient
à l'envi leurs ſecrets. C'eſt là , c'eſt au
milieu de ces entretiens intéreſſans que
ce vertueux Citoyen conçut & exécuta
le projet de ſe dévouer entiérement à
de laborieuſes & effrayantes compilations
ſur la valeur des monnoies , fur
le prix des denrées ; travaux faftidieux
,, pour le Traducteur de Milton , mais
و د
ود
ود
ود
ود
ود
”
"
ود
lumieres , déjà traduit dans pluſieurs langues , qui funpoſe
en effet beaucoup d'études & de recherches, &
dont il faut avoir d'autant plus de gré à l'Auteur , qu'après
avoir réuſſi dans des Ouvrages d'agrément , il a
bien voulu être utile .
MARS. 1775 183
1
,, dignes de l'ami de Monteſquieu , puis-
,, qu'ils font utiles à l'humanité".
M. de Malesherbes nous apprend que
les précieux manufcrits de M. Dupré de
Saint Maur ont été remis à un Miniſtre
,, dont les opérations ne font envelop-
,, pées d'aucun voile; qui penſe que fon
,, coeur doit être ouvert à tous les Ci-
,, toyens , parce que leur bonheur doit
و د
être l'unique objet de ſes travaux ; &
,, qui trouvera toujours dans l'eſtime &
l'amitié des Gens de Lettres , le prix
de tout le bien qu'il veut faire aux
hommes" .
و د
ود
"
C'eſt à M. de Malesherbes qu'il convenait
de louer ſi dignement le Citoyen
éclairé & vertueux qui a fait du miniſtere
de la finance un miniſtere de bienfaits.
Enfin l'Orateur termine ainſi tout ce
que les Lettres ont acquis ſous le regne
de Louis XV. ,, Sous son regne , les Sa-
,, vans de tous les genres furent protégés;
,, parce qu'il ſavait que cette protection
,, leur était due; parce qu'un ſentiment
,, naturel le portait à honorer le mérite ,
&toujours fans ce faſte de protection :
fans aucun retour vers ſa propre gloire,
fans vouloir diriger des travaux , qu'un
و و
Souverain ne doit qu'encourager , fans
و د
و د
1
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و
,, prétendre dicter des loix impérieuſes
,, au génie ; & c'eſt ſous cette douce &
,, tranquille adminiſtration que les ſciences
livrées à elles - mêmes ont fait
des progrès ſupérieurs à ceux des autres
,, fiecles ; que la raiſon humaine s'eſt perfectionnée
; enfin , que l'humanité a
ſemblé renaître dans tous les coeurs ,
& en chaſſer les reſtes de la barbarie :
l'humanité qui exiſte en nous avant
la ſcience & même avant la ſageſſe;
l'humanité , qui n'eſt point unpréſent T
de la philoſophie , mais qui ſouvent
,, étouffée par des préjugés , enfans de
,, l'ignorance , par une paſſion excluſive
& infenfée pour la ſeule gloire des
,, armes , par des haines aveugles de
„ parti , de Nation , de Religion , & qui
,, reprend aisément fon empire dans l'ın-
"
ود
ود
ود
ود
ſtant heureux ou le retour de la raiſon
,, ramene la morale à ſes vrais principes ,
& où le charme des Lettres fait revivre
les vrais ſentimens de la Nature",
C'eſt ainſi qu'en préſence de l'élite de
la Nation , un des premiers Magiſtrats du (
Royaume a parlé des Lettres & du bien
qu'elles ont fait à ce fiecle & à ceux qui
le ſuivront. L'Aſſemblée a répondu à ce
témoignage par des applaudiſſemens réi
3
MARS. 1775. 185
}
térés. Ce fut fans doute un beau moment
pour les Lettres , un beau ſpectacle pour
les ames éclairées & ſenſibles ; & ſi l'on
veut oppoſer à ce tableau de gloire l'opprobre
& l'abjection où rampent ceux
qui calomnient les arts & les talens dans
des dictionnaires d'injures , on aura l'idée
des deux extrêmes de l'humanité .
leſſe
ود
Ces mêmes hommes ne feront pas
moins humiliés des actions de grace que
l'on rend dans le même diſcours , au
nom de l'humanité , à ce grand homme
› dont ils inſultent ſi baſſement la vieil-
Songeons que le plus beau génie
de notre ſiecle aurait cru ſa gloire
imparfaire , s'il n'eût employé à ſecourir
les malheureux , l'aſcendant qu'il a
,, pris ſur le Public. Je fais que ce n'eſt
point à moi à louer les talens de cet
homme univerſel en préſence du Prblic
, accoutumé à lui prodiguer ſes.
acclamations , & devant vous , Mes-
,
7
ود
ود
و د
و د
ود
"
"
و د
ود
ſieurs , à qui ſeuls il appartient de dé-
,, cerner la palme du génie. Mais il m'eſt
permis de remercier , au nom de l'humanité
, le généreux défenſeur de pluſieurs
familles infortunées ; celui qui ,
du fond de ſa retraite , ſait mettre les
"
ود
”
M5 L
186 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
و د
و د
"
"
و د
و د
innocens ſous la protection de la Nation
entiere; & je dois obſerver , à
l'honneur de notre ſiecle , que les Poëtes
immortels qui ont illuſtré la Cour
d'Auguſte & celle de Louis XIV,
n'ont pas eu cette gloire , de joindre
aux titres littéraires le titre ſacré de
protecteur des opprimés".
Ce diſcours , plein d'une éloquence
vraie , de cette éloquence de l'ame , qui
rend la vérité touchante & la raiſon perſuaſive
, eſt dignement terminé par les
remerciemens & les voeux que le Magistrat
, le Citoyen , l'homme de Lettres
adreſſe au jeune Monarque qui fait le
bonheur de la France. Il ne loue ce Prince
qu'en lui parlant de tout le bien qu'il
fera & dont celui qu'il a déjà fait eſt le
garant infaillible.
ود Vous , Monfieur, (dit-il au Direc-
,, teur de l'Académie , M. l'Abbé de
,, Radonvilliers ) qui avez le bonheur
,, d'approcher du Roi ,& la gloire d'avoir
و د
1
contribué à ſon éducation , vous nous
„ avez annoncé que ſa grande ame s'indigne
de la louange , dès qu'elle approche
de la flatterie; c'eſt nous dire
aſſez que toute louange nous eſt défen-
و د
و د
ود
,, due; car les éloges donnés à un Roi
MARS. 1775. 187
7
ود
وو
" font toujours voiſins de l'adulation. La
,, poſtérité ſeule peut louer dignement les
Rois , puiſqu'elle ſeule a le droit de
les juger ; mais l'amour des Peuples a
,, une autre expreſſion à laquelle ils ne
ſauraient ſe méprendre , & qui eſt la
récompenſe de leurs bienfaits. Ofons
donc ſubſtituer à ces éloges , qu'un
long | uſage ſemblait avoir conſacrés ,
la naïve & fincere expreſſion des ſen-
,, timens des Gens de Lettres. Plus le Roi
"
ود
ود
ود
ود
ود ſe refuſe aux louanges, plus il nous
,, inſpire la confiance de lui adreſſer nos
,, voeux & de lui montrer nos eſpérances :
,, car une ame inacceſſible à la flatterie
و د
eſt toujours ouverte à la vérité. Le Roi
,, protégera les Lettres. Il le doit à fa
,, gloire , il le doit au Public, à qui la
و د
ود
"
ود
Littérature devient tous les jours plus
,, chere , & dont les voeux unanimes déterminent
toujours la volonté des bons
Rois. Eſpérons qu'il ſera érigé ſous
ſon regne de grands monumens , qu'il
ſera fait des établiſſemens utiles aux
ſciences , qu'on exécutera de ces grandes
entrepriſes qui doivent être faites
,, par les Souverains , parce qu'elles ne
„ peuvent l'être que par eux.
"
"
و و
" Il eſt vrai qu'on ne voit point parmi
188 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
ود
وو
ود
"
,, vous un Miniſtre puiſſant qui vienne ſe
repoſer de ſes travaux dans le ſanctuaire
des Muſes , & faire réfléchir ſur elle
les rayons de ſa gloire : mais il exiſte
un génie inviſible qui prêtant à la jeuneſſe
du Roi les ſecours de l'expérien-
,, , ce lui fera connaître toutes les reſſources
de la Nation qu'il a le bonheur de
,, gouverner ; & on reconnaîtra ſans peine
la main qui raſſembla dans de vaſtes
édifices toutes les productions de la
Nature & dans d'autres , le dépôt immenſe
des connoiſſances humaines ;
qui dirigea les voyages des Savans dans
toutes les parties de l'Univers , ſoit
,, pour recueillir les précieux reſtes de
l'antiquité , ſoit pour rapporter cette
meſure de la terre , que la France a la
gloire d'avoir donnée aux autres Nations.
Mais ces bienfaits éclatans ne
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
رد
ود
ſont pas les ſeuls que les Lettres doi-
,, vent attendre dans le dix- huitieme fiecle.
Quant on fortait de la barbarie ,
c'était aux Princes à faire de grands
efforts pour introduire la Littérature
dans leur patrie. Mais chez une Nation
déja inſtruite , & par qui la
ſcience & les talens font révérés ,
le plus précieux de tous les biens
,, pour les Gens de Lettres , eſt la
"
ود
1
.....
(
,
>
MARS. 1775: 189
„ liberté de donner l'eſſor à leur génie.
La gloire , ſeul but de leurs travaux ,
,, peut ſeule en être le digne ſalaire , ou
ود
و د
ſi les faveurs des Souverains leur font
,, encore néceſſaires , ſi la profeſſion des
,, Lettres exige ce loiſir , qu'un Dieu
,, avait procuré à Virgile , que la car-
ود
riere ſoit ouverte , & ceux qui feront
nommés vainqueurs , par le ſuffrage
„ des Peuples , recevront des prix de la
main des Souverains.
"
ود
Non Meſſieurs , vous ne demande-
,, rez point au Maître d'un grand Empire
,, de ſe diſtraire des ſoins les plus impor-
-,, tans pour ſe livrer lui - même à vos
ſciences & à vos arts , & s'en conſtituer
le Juge. Vous ne lui direz point ,
,, comme dans les ſiecles d'adulation
.,, que ſon goût , toujours sûr , doit ins-
.,, pirer tous les Artiſtes ; que ſes con-
و د
ود noiſſances perſonnelles doivent guider
,, les recherches de tous les Savans ; que
,, ce ſont ſes ſuffrages qui doivent en-
,, traîner ceux du Public. Diſons plutôt
"
ود
و د
à tous les Rois ce que l'antiquité diſait
à Rome , maîtreſſe du monde : que
d'autres faſſent reſpirer le marbre &
,, l'airain , que d'autres décrivent les mou-
,, vemens des aſtres ; vous , Rois , n'ou-
,
190 MERCURE DE FRANCE,
و د
و د
bliez jamais que votre emploi eſt de
régir les Peuples" .
Il faut avouer qu'on rechercherait en
vain dans les recueils Académiques du
fiecle dernier un morceau qui reſſemblât
à ce qu'on vient de lire.
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
"
M. l'Abbé de Radonvilliers a répondu
au Récipiendaire avec beaucoup de fageſſe
& d'eſprit. En vain , pour vous
dérober aux regards , vous avez paſſé
fous filence une révolution dans laquelle
vous étiez perſonnellement intéreſſé.
En vain , pour entrer dans vos
vues , j'uſerai de lamême réſerve. Ces
ménagemens font inutiles. Votre préſence
rappelle ce que votre modeſtie
veut faire oublier ; & le Tribunal du
public , qui s'eſt depuis long - temps
déclaré en votre faveur , vient de confirmer
ſes arrêts par de nouveaux applaudiſſemens.
"
"
"
و د
"
"
و د
و د
و د
23
ود
• •
σ
Lorſque vous cultiviez par l'étude
vos dipoſitions naturelles , vous ne
penſiez qu'à remplir avec honneur les
places où votre naiſſance vous appelait
; mais l'Académie témoin de vos
ſuccès , a dû ſonger à ſa gloire. Elle
eft intéreſſée à adopter les talensgoûtés
:
MARS. 1775. 191
)
▼
,, du Public; & le Public , fur- tout dans
ود ce moment , nous indiquait les vôtres.
,, Il n'a pas tenu à nos Prédéceſſeurs que
,, vous ne trouvaſſiez un de vos An-
,, cêtres infcrit dans nos Faſtes. Vous dé-
,, dommagerez l'Académie , Monfieur ,
ود de ſes regrets paſſés , en lui rendant le
„ même nom , auquel vous avez ajouté
"
un nouveau luftre. Ce nom vous doit
,, la diftinction flatteuſe d'être placé en
„ même temps dans toutes les Acadé-
„ mies , honneur rare , mais juſtement
,, accordé au nombre & à la variété de
,, vos connaiſſances. Je ne fais pourtant
ود
و د
ود
ſi l'amour des ſciences & des lettres
devrait vous être compté pour un mérite
perſonnel ; il eſt ancien dans votre
„ Maiſon , & vous l'avez recueilli dans
la ſucceſſion de vos peres".
و د
ود
Le Directeur revient ſur l'uſage & fur
les travaux de M. Dupré de Saint-Maur.
Il termine très heureuſement fa réponſe
par ce morceau plein de vérité & d'intérêt.
Pour inſpirer le goût de la bien-
,, faiſance , les exemples feront toujours
,, plus éloquens que les diſcours. Il n'eſt
,, pas beſoin d'en chercher loin de nous ,
,, tandis que nous avons ſous les yeux
,, notre auguſte Protecteur. Je ne parle
192 MERCURE DE FRANCE.
و و
ود
ود
ود
ود
و د
ود
و د
ود
" point des preuves journalieres d'un
,, coeur humain & bienfaiſant; je ne parle
point des traits ſouvent répétés d'une
bonté noble & généreuſe. Les dons ,
les graces , les largeſſes , font le bonheur
d'un petit nombre d'hommes. Les
bienfaits d'un Roi doivent rendre heureux
fun Peuple entier. La libéralité eſt
la bienfaiſance des particuliers : la
bienfaiſance des Rois , c'eſt le ſoin de
l'Etat . Un Prince de vingt ans appelle
,, un Sage auprès de lui pour donner à ſa
jeuneſſe l'appui de l'expérience. Dans
le choix de ſes Miniſtres , il ferme
l'oreille aux voeux de l'ambition pour
n'écouter que l'intérêt public. Dans un
„ âge , ennemi de la contrainte , il refuſe
ود
ود
ود
و د
و د
و د
و د
ود
au plaifir toutes les heures demandées
„ par le devoir ; quoique le devoir demande
preſque tous les jours entiers ;
voilà le Roi bienfaiſant. Combien
d'autres traits je pourrais citer ? Mais
,, j'en ai dit aſſez , peut- être même j'en ai
,, trop dit pour lui plaire. Cependant la
bienfaiſance dans le Roi , la reconnoisſance
dans ſes Sujets ſont des vertus
qu'il eſt précieux de publier".
ود
ود
و د
M. l'Abbé de Lille lut enſuite deux
chants d'un Poëme ſur la Nature champêtre
,
MARS. 1775. 193
1
pêtre , Ouvrage charmant , plein depoëfie
, de mouvemens & de ſenſibilité, &
qui a été vivement applaudi. Enfin cette
ſéance ſi intéreſſante a été couronnée par
a la lecture d'un Eloge de l'Abbé de Saint-
Pierre , morceau excellent de M. d'Alembert
, & digne de toute la réputation&
de tout le génie de ſon illuſtre Auteur.
SCIENCES.
Canaux de navigation dans l'intérieur du
Royaume.
N a répandu dans le Public , & même
imprimé dans quelques Gazettes étrangeres
que M. le Contrôleur - Général
avoit créé pour MM. d'Alembert , l'Abbé
Boſſut & le Marquis de Condorcet ,
trois places de Directeurs de la naviga
tion dans l'intérieur du Royaume , chacune
de 6000 liv. d'appointement. Voici
la vérité du fait. M. le Contrôleur Général
, fans créer aucune place pour ces Aca-
- démiciens , les a chargés , par ordre du
Roi , de s'occuper des recherches théoriques
& expérimentales , relatives aux ca
N
194 MERCURE DE FRANCE.
naux de navigation , pour l'avantage du
commerce ; & en ſe chargeant de ce travail,
ces trois Académiciens y ont mis
pour conditions qu'ils ne recevroient
point d'appointement.
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Confiance enfantine & la Crainte enfantine
, deux eſtampes en pendant , de
format in - folio ; prix 6 liv. chaque
eſtampe. A Paris , chez le Pere &
Avaulez , Marchands d'Eſtampes , rue
St Jacques , près la Fontaine St Séverin
, à la ville de Rouen.
CESEs deux eſtampes font gravées par Fr.
Janinet dans la maniere du deſſin au lavis
de pluſieurs couleurs , d'après les deſſins
de même grandeur de M. Frucdeberg. On
connoît la difficulté de cette gravure , qui
exige pluſieurs planches pour rendre avec
une forte d'illuſion les différentes couMARS:
1775- 195
leurs du deſſin original. Le ſieur Janinet
s'eſt déjà fait connoître avantageuſement
dans cette gravure par pluſieurs eſtampes
que nous avons annoncées précédemment.
La premiere de celles qui viennent de
, paroître repréſente un enfant aſſis ſur les
genoux de ſa mere , & qui careſſe un
chat qu'on lui préſente, La ſeconde fait
voir un autre enfant qui apeur d'un gros
chien , & ſe jette dans les bras de ſa
mere. Il y a de la naïveté & de l'effet
dans ces différentes ſcenes .
On diſtribue à la même adreſſe une
eſtampe gravée par le ſieur Ingouf le
jeune, d'après M. Greuze , Peintre du
Roi ; prix 3 liv. Elle repréſente une jeune
. fille qui a la tête appuyée ſur une de ſes
mains , & femble réfléchir à un objet
qui l'intéreſſe. Cette eſtampe , gravée
- avec foin , eſt du même format qu'une
autre eſtampe publiée précédemment , &
repréſente une jeune fille qui pleure fon
oiſeau mort. f
I I.
Portrait fort reſſemblant de Christophe
Gluck , en médaillon , gravé avec beaucoup
de ſoin & de talent , d'après le tableau
de M. Dupleſſis , Peintre du Roi ,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
par M. Miger ; prix 2 liv. 8 f. A Paris ,
chez Miger , Graveur , rue Montmartre ,
au coin de celle des vieux Auguſtins.
On lit ces vers au bas du Portrait :
De l'art d'aller au coeur par des accens touchans ,
Nul autre mieux que lui n'a montré la puiſſance ;
Et de tous ſes rivaux c'eſt le ſeul dont les chants
Aient charmé ſon Pays , l'Italie & la France.
III.
Le Médecin clairvoyant , Eſtampe de 18
pouces 8 lignes ſur 13 pouces 8 lignes
, d'après le tableau de M. le
Prince , gravé par H. M. Helman ,
Graveur de Monſeigneur le Duc de
Chartres.
Une jeune fille conſulte un vieux Médecin
, qui lui apprend que ſa maladie
eſt dans ſon coeur , & que l'amour en eft
la cauſe. Ce ſujet eſt rendu avec intelligence
,& d'une maniere pittoreſque. Prix
61. à Paris chez l'Auteur , rue des Mathurins
, au petit hôtel de Cluni.
MARS. 1775. 197
I V.
La Poule au pot , dédiée & préſentée à la
Reine par M. David.
Cette eſtampe , annoncée ſous le titre
de trait de bienfaiſance , ayant fait le
plus grand plaiſir , & le nombre des bonnes
épreuves tirées n'étant point fuffiſant
pour contenter tous ceux qui vouloient ſe
la procurer , M. David l'a gravée de nouveau.
Elle ſe vend à Paris , chez l'Auteur ,
rue des Noyers , au coin de celle des Anglois
; prix 1 l. 10 f.
V.
Portrait de l'Impératrice de Ruſſie.
Ce Portrait , gravé par M. David, ne
laiſſe rien à deſirer , tant pour la reſſemblance
que pour les travaux , variés avec
intelligence , qui en rendent l'effet trèspiquant.
Prix 1 1. 10 f.
Il ſe trouve à Paris chez l'Auteur , rue
des Noyers , au coin de la rue des Anglois.
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
V I.
La Pharmacie rustique , ou repréſentation
exacte de l'intérieur de la chambre où
Michel Schuppach , connu ſous le nom
de Médecin de la Montagne , tient
ſes conſultations .
Cette eſtampe ſinguliere , & dont
pluſieurs perſonnes ont demandé l'exécution
, repréſente le célebre Médecin
Michel Schuppach , de Langnau , au canton
de Berne , dans le moment où une
Dame de la premiere diſtinction le con
ſulte. Ce perſonnage extraordinaire y eſt
vu de profil , dans tout fon coſtume , &
d'une reſſemblance frappante. On a pareillement
rendu l'arrangement pittoresque
du lieu où il donne ſes audiences ,
avec une telle exactitude , qu'on y lit aiſément
les étiquettes , ſouvent facétieuſes
, du grand nombre de boites & de
flacons qui y font expoſés.
Cette eftampe paroît à Bâle en Suiffe ,
chez M. Chrétien de Mechel , Graveur
eſtimé, ſous la direction duquel elle à
été gravée , & ſe trouve à Paris chez Bafan
& Poignant , rue & hôtel Serpente , &
MARS . 1775. 199
}
chez les principaux Marchands d'Eſtampes.
Elle a environ 12 pouces de largeur
ſur 10 pouces de hauteur. Prix 6
liv.
Ce nouveau morceau , vraiment curieux
& intéreſſant , eſt accompagné d'une
petite vue de la montagne & des habitations
de M. Schuppach , de la largeur
de 6 pouces & de la hauteur de 4 pouces
. Prix 12 f.
L'on trouve de plus aux mêmes adresſes:
La Mort d'Adonis , nouvelle eſtampe
gravée d'après le tableau de Jean Kupertzky
, par L. A. Romanet , hauteur
14 pouces , largeur 11 pouces. Prix 3 1.
VII.
Estampe allégorique préſentée à Monfeigneur
le Garde des Sceaux.
Sur la face antérieure d'un obéliſque ,
qui s'éleve fort haut , eſt attachée une
fuite de médaillons : les premiers font
cachés par des nues , au milieu deſquelles
le ſommet de l'obéliſque va ſe perdre ;
mais on diſtingue parfaitement les portraits
de Montholon , Sulli , Molé , d'Agues-
N 4
200 MERCURE DE FRANCE
feau. Ces deux mots , INTEMERATA
VIRTUTI, écrits en vieux caracteres ,
annoncent l'ancienneté de ce monument.
Sur le devant de l'eſtampe , & à gauche ,
la France , affiſe ſous un palmier , regarde
avec un air de complaiſance & de fatisfaction
un portrait en bas-relief de Mgr
le Garde des Sceaux , gravé par M. Ingouf
le jeune , & très reſſemblant.
Cette allégorie ingénieuſe & parfaitement
rendue, fe vend à Paris chez le Sr
Ingouf , rue de la Parcheminerie , vis àvis
le paſſage St Séverin , maifon de M.
Laurent. Prix 3 1.
:
TOPOGRAPHIE.
Recherches historiques fur la ville de Reims ,
avec le plan aſſujetti à ſes nouveaux
accroiſſemens , embelliſſemens & projets
, dédié & préſenté au Roi par le
ſieur Moithey , Ingénieur Géographe
du Roi , & Profeſſeur de Mathémati,
ques des Pages de LL. AA. SS. Mgrle
Prince de Conti & Mgr le Comte de
la Marche. A Paris chez l'Auteur , rue
de la Harpe , la porte cochere attenant
MARS 1775 201
こ
▼
Je Parfumeur , vis - à- vis la Sorbonne.
Prix 1 1. 16 f. br,
L'AUTEUR , pour dreſſfer le plan hiftorique
de la ville de Reims , s'eſt conformé
au récit des Hiſtoriens ; il a lie l'Histoire
à la Topographie , pour rendre plus
fenſibles les faits énoncés par les Ecrivains.
Il ſuivra la même méthode dans
les plans des principales Villes de France
qu'il ſe propoſe de publier ſucceſſivement,
Ces plans feront , également
que celui-ci , accompagnés de recherches
hiſtoriques , dictées avec la préciſion &
= la netteté que l'on a droit d'exiger dans
ces fortes d'ouvrages.
1
Cen'eſt que chez le Sr Moithey que l'on
pourra ſe procurer les recherches hiſtoriques
ci-deſſus avec le plan. On trouvera
chez lui ce même plan de Reims lavé ſuivant
la méthode des Ingénieurs ; il ſe
vend ſéparément 6 1. Le Sr Moithey distribue
auſſi un petit plan de Paris , où
ſont déſignés par des couleurs , les différens
accroiſſemens de cette ville depuis
Philippe Auguſte juſqu'au regne de Louis
XV; prix en blanc 1 l. 4 f. & lavé 61.
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHIE.
CARTE,
I.
en quatre feuilles , du Gouvernement
de Normandie , diviſé par
Bailliages contenant toutes les Paroiſſes ,
annexes & Abbayes , avec toutes les routes
& chemins , d'après la grande carte
de France ; prix 2 liv. 8 f. A Paris chez
Bourgouin ; Graveur , rue & porte Saint
Jacques , au coin de la rue des Foſſés St
Jacques.
I I.
Plan de Bellevue , Maiſon Royale à
deux lieues oueſt de Paris , chez le Rouge
rue des Grands Auguſtins.
III.
Cartes topographiques des environs de
Paris, en quatre feuilles , dédiées & préſentées
au Roi , par Dom Coutans , Bénédictin
de Saint - Maur. A Paris , chez
Vignon , débitant les nouvelles feuilles
de la France , rue Dauphine , vis - à - vis
MARS.
1775. 203
celle d'Anjou. Prix 16 livres les quatre
feuilles.
MUSIQUE.
I.
Six Sonates pour le Clavecin , par M. Edelmann
, Maître de Clavecin. AParis ,
chez l'Auteur , rue de la Feuillade ,
maiſon de M. le Baron de Bacq ,& aux
adreſſes ordinaires de muſique.
- CESE
s fonates ſont d'un excellent goût
_ de compoſition , & dans les bons principes
des Ecoles Italiennes , où M. Edelmann
a formé ſon talent ; il enſeigne avec
beaucoup de ſuccès le clavecin& le forte
piano , & les regles de l'accompagnement
à la maniere des bons Maîtres Italiens.
I I.
,
Pieces de clavecin , harpe ou piano forte ,
avec l'accompagnement d'un violon
ad libitum , compoſé par M. Chabanon ,
mis au jour par Rigel ; prix 6 liv. A
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris , chez Rigel , Maître de Clave
cin , rue de Grenelle St Honoré , au
n°. 64; & aux adreſſes ordinaires.
Ces pieces de clavecin, de la compoſition
d'un Amateur diftingué & très connu
, méritent l'attention des Muſiciens ;
elles font agréables & chantantes.
III.
Trois quatuors pour le clavecin ou le
piano- forte , la harpe, le violon & l'alto-
obligés , pour ſervir de ſuite aux trois
trio qui ont paru il y a un an , auxquels
l'Auteur a ajouté la partie d'alto, parde
Mignaux , ordinaire de la muſique duRoi.
Prix 7 1. 4 f. A Paris , chez Fleury , Maître
Luthier , rue des Boucheries F. S. G.;
& aux adreſſes ordinaires de muſique , à
Verſailles , chez l'Auteur , rue de la Pompe
, à l'hôtel de Baviere ; & Fournier ,
Libraire , au Château , galerie haute des
Princes.
On diſtribue gratis aux Souſcripteurs
l'alto des trois premiers trio.
1
MARS 1775. 205
I V.
Partition d'Henri IV, Drame lyrique ,
en trois actes & en proſe , mêlé d'ariettes ,
→ mis en muſique par M. Martini , repré-
> ſenté pour la premiere fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 14
Novembre 1774. Cette piece a eu le plus
grand ſuccès , & ſe vend 18 liv. chez le
ſieur Sieber , rue Saint Honoré , à l'hô-
➡te d'Aligre , où l'on trouve pluſieurs autres
oeuvres des bonsAuteurs.
V.
Six quatuors pour deux violons alto&
baſſe , par C. F. Abel , Op . XI ; chez
le ſieur Sieber , rue St Honoré , à l'hôtel
d'Aligre , ancien Grand Confeil.
V I.
Six trio à trois violons concertans , par
Demaky , Opéra VIIIe; chez le même.
VII.
Deux concerto à flûte principale , deux
206 MERCURE DE FRANCE.
violons alto & baſſe , deux cors , par C
Stamitz ; chez le même.
VIII.
Un concerto à violon principal , deux
violons alto & baſſe , par C. Stamitz ;
chez le même.
Ι Χ.
Vingt - neuvieme Recueil d'ariettes d'Opéra
- Comique , arrangées pour le fortepiano
& le clavecin , par M. Pouteau ,
Organiſte de St Jacques de la Boucherie
de St Martin - des Champs , & Maître
de Clavecin ; prix I liv. 16 f. A
Paris , chez M. Bouin , Marchand de
muſique & de cordes d'inſtrument, rue
St Honoré , près Saint Roch , au Gagne-
Petit. Ce recueil eſt compoſé de la
ronde d'Henri IV & autres ariettes.
X.
Six quatuors pour deux violons alto
& violoncelle ; compoſés par M. J. B.
Moulinghen d'Halem , ordinaire de la
Comédie Italienne , mis au jour par M.
Bouin ; OEuvre IIe. Prix 9 1. A Paris , chez
MARS. 1775 207
4
:
.
M. Bouin : Marchand de muſique & de
cordes d'inſtrumens , rue St Honoré , près
Saint Roch ; Mile Caſtagnery , rue des
Prouvaires ; en Province, chez les Marchands
de muſique.
X I.
La Nouveauté , contredanſe Allemande
& Françoiſe , à douze figurans , dont
les figures ſont de M. Bacquoi Guédon ,
ci-devant Danſeur du Théâtre François ;
la muſique par M. Tiffier , de l'Académie
Royale de Muſique.
La Nouvelle Mode, contredanſe à neuf
figurans , dédiée à M. Dauberval , Penfionaire
du Roi, Académicien , & premier
Danfeur de l'Opéra ; par M. Bac-
- quoy Guédon , Auteur des figures & de
la muſique.
La Rose , contredanſe à douze figuans
, dédiée à Mde. de Cardonne'; par
De même , Auteur des figures & de la
anuſique.
Le Génie de la danse , contredanſe
Allemande & Françoiſe à huit figurans ,
208 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à M. Deshayes , Maître & Com
poſiteur des Ballets de la Comédie Françoiſe
; par le même , auteur des figures
& de la muſique.
Chez Bacquoy-Guédon , rue de la Poterie
, la premiere porte cochere à gauche
en entrant par celle de la Tixéranderie. C
Mlle Caſtagnery, rue des Prouvaires
& aux adreſſes ordinaires.
19
:
ACTE DE VALEUR.
Extrait de l'histoire du Maréchal de Saxe
par M. le Baron d'Espagnac.
Au fiege d'Ypres en 1744 , le Roi
viſita les tranchées le 21 & le 24 Juin ;
ce même jour , fur le foir , M. d'Arnaud
de l'Eſtang , Aide - Major d'Artillerie
, ſervant comme volontaire dans
la tranchée , ſous les ordres du Duc de
Biron , obtint la permiffion d'aller avec
deux Mineurs reconnoître ce qui ſe pasfoit
dans la Baſſe- ville ; il ſe gliſſa dans
le foſſé , & après avoir eſcaladé la petite
demi - lune vis - à - vis la poterne , il fi
gratter & arracher par ſes deux Mineurs,
une
e
Π
C
d
MAA1RS. 1775 209
une porte de communication , pratiquée
** dans l'épaiſſeur du rempart; il y monta
- feul , l'épée à la main , en criant , vive
le Roi ; ce qui fut répété par toute la
- tranchée : cet officier revint tout de
fuite demander au Duc de Biron des
Grenadiers , à la tête deſquels il marcha ,
→& s'empara de toute la baſſe - ville ainſi
que de la porte Royale.
4
Ce premier ſuccès ayant furpaſſé ſes
eſpérances , M. de l'Eſtang forma ſur le
champ le deſſein de prendre la hauteville
en vingt - quatre heures , en faiſant
amener deux batteries de canon & de
mortiers (1 ) ; malgré des difficultés presque
infurmontables , il parvint à exécuter
ce ſecond projet , dont l'événement
eut une réuſſite ſi efficace , que les batteries
ayant été dreſſées & placées , la ville
demanda à capituler le 25 au foir. Cette
manoeuvre parut d'autant plus belle , que
d'un côté , elle abrégea ce ſiege au moins
- de huit jours , & que de l'autre , elle conſerva
peut - être deux mille hommes au
(1) Ces deux batteries étoient celles de M. de Bréande
(aujourd'hui Maréchal-de-Camp ) & de M. de Mollaire.
210 MERCURE DE FRANCE.
J
Roi , & épargna plus de douze cents
mille livres de dépenſes extraordinaires.
Cette action s'étant paſſée en préſence
de Sa Majeſté , Elle accorda la Croix de
St Louis à M. de l'Eſtang , & lui permit
de porter dans ſes armes cette deviſe honorable
; Ypris coram Rege captis. (1)
(1) Ce brave Officier , annobli déjà par fon zéle héroïque
, & par le bonheur de ſes actions , le fut encore par
les Lettres honorables que le Roi , qui en avoit été témoin
, lui accorda. Ce fut après avoir rendu à ſa Patrie
tous les ſervices que ſa valeur , ſes talens & fon
expérience pouvoient payer en tribut , qu'il ſe retira du
ſervice , que ſes infirmités , fruits de longs & pénibles
travaux , ne lui permettoient pas de continuer. Il eſt
dans un âge avancé , ſans fortune , pere de pluſieurs jeunes
enfans , dont quatre fils follicitent à tant de titres
les bienfaits de l'Etat & la récompenſe militaire d'un
Officier diftingué.
MARS. 1775.
113
ACTE DE BIENFAISANCE.
ARMI les différens traits de bienfaifance
conſacrés dans l'Hiſtoire , il n'y en
a point de plus capable d'intéreſſer les
ames honnêtes& ſenſibles , que celui qui
vient d'arriver au College d'Harcourt.
C'eſt la leçon de tous les âges & de tous
les fiecles. Il eſt au- deſſus des éloges
comme des expreſſions , parce que le
langage de l'ame ne ſe parle ni ne s'écrit.
Un Ecolier , âgé de dix-sept ans , étudiant
en rhétorique au College d'Harcourt
, a recontré , il y a près de huit
mois , dans une de ſes promenades , un
homme couvert des haillons de la miſere.
L'indigence & les malheurs avoient
altéré dans cet infortuné les traits d'un
ancien domeſtique qui l'avoit ſervi autrefois
chez ſes parens. Il le reconnut avec
peine , & s'en approcha avec la pitié la
plus vive& le plus preſſant intérêt. Après
l'avoir interrogé ſur les cauſes de ſon
infortune , à laquelle il remarqua que les
Aces ni la pareſſe n'avoient aucune part ,
il lui affigna un rendez - vous ſecret pour
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE .
le lendemain matin au College d'Har
court. Il lui donne pour premier ſecours
tout l'argent qu'il poſſédoit alors , & la
portion de pain deſtinée à ſon déjeûner ,
avec ordre de revenir l'après dîner prendre
celle qui lui étoit deſtinée pour fon
goûter. Il le charge de ſe loger dans une
maiſon honnête , & de lui faire connoître
l'Hoteſſe chez laquelle il auroit choiſi
ſon gîte. Il s'excuſe ſur la modicité des
fecours qu'il lui prodigue alors , & l'exhorte
à eſpérer du temps & de ſa bonne
conduite des jours plus calmes & plus t
heureux. L'Hôteſſe choiſie & préſentée
au jeune homme , a reçu , pendant huit
mois , le prix de ſes loyers . Elle a éclairé
les démarches de l'indigent & a rendu
témoignage à ſa conduite. L'infortuné
a vecu , pendant ce long eſpace de
temps , de la portion de pain deſtinée
au déjeûner & au goûter de ce généreux
Ecolier. Mais comme elle n'auroi
pas fuffi , il y a ajouté , par chaque femaine
la modique ſomme d'argent que
ſes parens , en récompenſe de ſon tra
vail , lui abandonnoient pour ſes inno
cens plaiſirs & les beſoins de fon âge. Ce
pendant il retranchoit méthodiquemen
quelque choſe pour mettre en maſſe , afin
d'habiller cet honnête malheureux . Quand
a
MARS . 1775. 213
a
S
il a été aſſez riche , il a employé l'indusstrie
d'un tiers pour acheter à la friperie
un habit qui mit ſon protégé en état de
ſe préſenter fans humiliation , pour folliciter
quelque emploi. Cependant l'im-
- patient jeune homme s'agitoit & s'intriguoit
pour lui trouver une place où il
pût , en travaillant , ſe procurer une vie
plus douce & plus aiſée. Enfin il a eu le
bonheur de prévenir le voeu de cet indigent
qui , pour derniere reſſource , vouloit
s'engager. Il l'a fait entrer comme
domeſtique dans une maiſon où ſa mere
avoit quelques liaiſons. Cette mere dînant
un jour chez fon amie, a reconnu ce laquais
autrefois à ſes gages. La curioſité
l'a portée à lui demander l'hiſtoire de ſa
vie , depuis qu'il avoit quitté ſon ſervice.
Elle finiſſoit par le récit détaillé de la généreuſe
ſenſibilité de ſon fils. Juſques là
un profond fecret avoit été gardé de la
part du jeune bienfaiteur , qui avoit même
trompé ſur cet article la vigilance de
fon Précepteur. C'eſt ſa propre mere qui
a déchiré le voile impénétrable qui couvroit
cette action éclatante. O mere !
adore ton image & bénis la vertu !
Оз
214 MERCURE DE FRANCE .
U
ANECDOTES.
I.
N Empereur Turc ſe faiſoit montrer
ſur la carte , la province de Flandre , le
ſujet & le théâtre de tant de guerres entre
les Princes Chrétiens. Ce n'eſt que
„ cela , diſoit-il avec mépris ? Si c'étoit
„ mon affaire , la querelle ſeroit bientôt
terminée ; j'enverrois un bon nombre
de pionniers & je ferois jeter ce petit
coin de terre - là dans la mer".
ود
ود
"
I I.
Henri IV voyoit Henriette de Balzac
d'Entrague , depuis Marquiſe de Verneuil
, du conſentement de ſes parens ;
mais ils lui ſuſcitoient ſouvent des obstacles
: on vouloit apparemment ammener
le bon Prince à la promeſſe de mariage.
Un jour que le Roi alloit voir fa
Maîtreſſe au Chateau de Marcouſſi , où
elle étoit avec ſa Mere , le Roi fit le tour
du Château , & en trouva tous les ponts
levés & toutes les portes fermées: il ap
MARS. 1775.215
perçut la Dame d'Entrague à une croi-
, ſée , & lui demanda par où on entroit
chez elle : ,, par l'Eglife ," Sire , réponditelle.
11Ι.
Un jeune homme ſe vantoit d'avoir en
peu de temps appris beaucoup de choſes ,
&d'avoir dépensé mille écus pour payer
ſes Maîtres. Quelqu'un de ceux qui l'écoutoient
dit : fi vous trouvez cent écus de tout
ce que vous avez appris, je vous confeille
de les prendre sans hésiter.
I V.
Un Faifeur de critiques périodiques
diſoit dans une compagnie qu'il diſtribuoit
la gloire. Oui , Monsieur , lui répondit
quelqu'un , ſi généreusement , que
vous n'en gardez pas pour vous.
V.
Catherine de Médicis , Reine de
France fit voeu que ſi elle terminoit heureuſement
une entrepriſe , elle enverroit
à Jérusalem un Pélerin , qui en feroit
04
216 MERCURE DE FRANCE ,
le chemin à pied , en avançant de trois
pas & en reculant d'un pas à chaque
troiſieme pas . Il fut queſtion de trouver
un homme aſſez vigoureux pour entreprendre
un ſi long voyage. UnBourgeois
de Verberie , Bourg de Picardie , promit
d'accomplir fcrupuleuſement le voeu ,
& remplir ſes engagemens avec une
exactitude dont la Reine s'aſſura. Cet
homme qui étoit Marchand de profesfion
recut une fomme en récompenſe ,
& fut annobli .
V I.
Une Dame de condition faifoit un
reproche au dernier Ambaſſadeur Ture
en France , de ce que la loi de Mahomet
permettoit d'avoir pluſieurs femmes.
Elle le permet , Madame , lui répondit
galamment cet Ambaſſadeur , afin de
pouvoir trouver dans pluſieurs , toutes
les qualités qui font raſſemblées dans vous
Seule.
MARS. 1775. 217
Journal des Causes célebres , curieuses &
intéreſſantes de toutes les Cours Souveraines
du Royaume , avec les jugemens
qui les ont décidées.
LE
E ſecond volume de ce Journal a paru
le premier Février dernier ; il contient
deux cauſes également célebres. La premiere
préſente une accuſation d'impuisfance
intentée par une Marquise contre
- ſon mari. Elle contient les détails les
plus piquans , & l'analyſe des autorités
qui ſont éparſes dans tous les Ouvrage
des Jurifconfultes qui ont traité cet
queſtion. Ainſi cette cauſe peut fatisfain.
la curioſité de tous les Lecteurs , & ins
truire ceux qui s'occupent de l'étude des
loix.
La ſeconde cauſe eſt la Roſiere de
Salency , qui a été jugée le trois de Décembre
dernier , par le Parlement de Paris
. La célébrité de cette affaire nous dispenſe
d'en donner une idée. Il n'eſt point
de Lecteurs auxquels cette cauſe ne puiffe
plaire. Elle est écrite avec l'intérêt & le
ſtyle qui lui étoit propre.
05
218 MERCURE DE FRANCE.
On doit ſavoir gré aux Auteurs de
cet Ouvrage d'avoir enrichi la littérature
Françoiſe d'un genre qui réunit l'atile à
P'agréable. Ce Journal ſera dans la ſuite
un des recueils les plus intéreſſans & les
plus inſtructifs que nous ayions en Jurisprudence.
Il eſt compoſé de 12 volumes par an,
dont il en paroît un chaque mois. Le
prix de la ſouſcription pour la Province ,
franc de port , eſt de 24 liv. & pour Paris
de 18 liv. On ſouſcrit chez le ſieur Lacombe
, Libraire , rue Chriſtine.
AVIS.
I.
Chocolat de Santé.
LE ſieur Rouſſel , Marchand Epicier dans l'Ab.
baye St Germain des Prez, en entrant par la
rue Sainte Marguerite , attenant à la Fontaine ,
Conſidérant que l'uſage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la ſanté que pour l'agrément
, affuré d'ailleurs de la bonté de ſa fabrique
, par le témoignage & les applaudiſſemens de
plufieurs perſonnes de diſtinction & de goût , qui
fui ont conſeillé de le faire connoître , il donne
avis au Public , qu'en qualité de Citoyen , qui |
1
MARS.
1775. 219
veut être utile à ſes Compatriotes , & pour éviter
toute mépriſe , il fait mettre fur chaque pain de
chocolat fortant de ſa fabrique , l'empreinte de
fon nom & fa demeure. Le prix du chocolat de
ſanté de la meilleure qualité , eſt de 3 liv . à une
demi vanille , 3 liv. , celui à une vanille, 4 l.; &
5 1. pour celui qui eſt à deux vanilles.
I I.
Bolte nouvelle.
La Faye , Marchand , rue Plâtriere , à Paris ,
a eu l'honneur de préſenter , le 17 Janvier , à
Sa Majeſté une boite allégorique du vrai bonheur
des François. C'eſt le Temps qui découvre la Vérité
& terraſſe l'Envie , la Fourberie & la Difcorde.
La Vérité parvient au Roi , qui la ſoutient
avec bonté d'une main , & de l'autre déſigne la
justice qu'il fait rendre à tous ſes Sujets.
Ce médaillon a été trouvé ingénieuſement imaginé,
& intéreſſant ; en conféquence le fieur la
Faye a fait établir de ces mêmes médaillons fur
diverſes boîtes de différens prix , pour mettre le
Public à portée d'avoir l'allégorie qui démontre à
tout bon Citoyen que Sa Majeſté eft toujours
prête à foutenir la Vérité , & à faire le bonheur
de ſes Sujets.
III.
Magasin Littéraire.
Quillau , Libraire à Paris , rue Chriſtine , près
la rue Dauphine , Fauxbourg St Germain , tenant
le Magatin Littéraire pour la lecture par abonne
220 MERCURE DE FRANCE.
1
1
ment , ſoit à l'année , ſoit au mois , donne avis
au Public qu'il vient d'augmenter ſa Bibliotheque
des livres les plus intéreſſans en différens genres
qui ont paru en 1773 & 1774. On trouve auMagaſin
Littéraire le Profpectus de cetutile& agréable
établiſſement , où les conditions de l'abonnement
font expliquées plus au long , avec le catalogue
des livres deſtinés à la lecture. Le prix de
l'abonnement eſt de 24 liv. par an , & de 3 liv.
par mois . Les perſonnes qui font abonnées peuvent
venir lire gratis au Magaſfin les Ouvrages
périodiques , comme Journaux & Gazettes , con
fulter les grands Dictionnaires , ainſi que les Mémoires
de l'Académie des Sciences & ceux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles-Lettres.
I V.
Nécrologie.
Le Nécrologe de l'année derniere eſt imprimé;
ce volume contient les éloges de MM. de la Condamine
, de Pont-de - Vêle , Tannevot , Dupré
de St. Maur , Mariette , Hérifſfant , Dorigny ,
Frézier , l'Abbé de Villars , le Goux de Gerland
& Blondel.
On trouve auffi à la fin de ce volume l'étiquette
de différens deuils de famille.
Cet Ouvrage ne ſe diſtribue qu'au Bureau royal
de correſpondance , rue des deux Portes Saint
Sauveur. La ſouſcription eſt de trois livres , franc
de port , pour Paris , & le même prix pour les
étiquettes des deuils de Cour pour l'année.
On foufcrit auſſi audit Bureau pour la Gazette
d'agriculture , commerce , arts & finances , par
M. l'Abbé Roubaud , ainſi que pour les Nouvel
MARS. 1775 221
1
les Ephémérides économiques par M. l'Abbé Baudeau
; l'abonnement de chacun de ces Ouvrages
périodiques , eſt 24 1. pour l'année , franc de port
par tout le Royaume.
V.
Cours public de maladies des femmes &
d'accouchemens.
M. Alponſe Leroy , Docteur Régent en la Faculté
de Médecine de Paris ; commencera le
lundi 6 Mars 1775 , en faveur des Etudians en
Médecine , un cours public de maladies desfemmes
&d'accouchemens , qu'il continuera les lundi, mardi
, jeudi & vendredi de chaque ſemaine , à
quatre heures & demie du ſoir.
Dans l'amphithéâtre de la Faculté , rue de la
Bucherie , vis - à - vis le Petit Pont de l'Hôtel-
Dieu.
NOUVELLES POLITIQUES.
ON
De Constantinople , le 4 Fanvier 1775 .
N mande que le Comte de Romanzow n'a
point encore achevé l'évacuation de la Molda.
vie. On en donne pour raifon que la Porte ne
lui a pas encore remis la forterelle de Kilbourn .
Suivant le Traité , il eſt autorisé à retenir , dans
ce cas , les villes de Bender & de Choczim. Me
222 MERCURE DE FRANCE.
;
lek Mehemet Pacha ; ci-devant Caîmacan , vient
d'être nommé Pacha de cette derniere ville.
Des Frontieres de la Pologne , le 28 Janvier
1775.
La Cour de Pétersbourg a fait publier une es.
pece de Manifeſte ou de Déclaration fur la fin
des troubles intérieurs de la Ruffie , & fur la pri
ſe du Chef des Rebelles. L'entrée triomphante
du Feld-Maréchal Comte de Romanzow à Moscou
, ſuivra celle de l'Impératrice. Cette Princeſſe
le recevra à cheval ; & le Général ne descendra
pas du fien. Ils paſſeront fous deux arcs
de triomphe oppofés , & fe rencontreront dans
l'intervalle qui les ſépare. L'un de ces arcs a
coûté quinze mille roubles , & l'autre vingt- huit
mille. Toute l'armée Ruſſe a paffé le Dnieſter .
Le Feld Maréchal aura fon quartier général à
Kaniou , près de Bialacierkiew , dans l'Ukraine
Polonoiſe . Vingt Régimens s'étendront du Dniester
, par la Lithuanie , juſqu'à la Livonie. Le
reſte demeurera en Volhynie & en Ukraine avec
le Général .
De Vienne , le 18 Janvier 1775.
Les glaces , en ſe rompant , avoient emporté
une arche du Pont du Danube. L'Empereur a
donné des ordres ſi précis , que cette arche a
été réparée en deux jours , & qu'on paſſe actuel
lement fur le pont.
De Berlin , le 28 Janvier 1775.
Le Profeffeur Gleditſch ayant donné un OuMARS.
1775 223
vrage qui a pour titre : Introduction systématique
à la science des Forets , le Roi en a été ſi ſatisfait
, qu'il lui a fait remettre une ſomme confidérable
par le Directoire en chef des Finances ,
des Guerres & des Domaines , une lettre circulaire
, par laquelle Elle recommande eſſentiellement
la lecture de cet Ouvrage , aux Officiers
des Forêts .
De Bergben en Norwege , le 13 Décembre
1774-
Il regne en ce pays une parfaite tranquillité:
on ne s'y occupe que du ſoin d'en améliorer le
terroir , naturellement peu fertile , & de mettre
à profit le produit des pêches. Quoique la Littérature
& les Arts y foient encore dans l'enfance
, il y a cependant quelques perſonnes éclairées
qui s'occupent des Sciences utiles. Pluſieurs ſe
font réunies , & ont formé une eſpece de Société
d'Agriculture. Ce premier de tous les Arts commence
à faire quelques progrès. Les Cultivateurs
font encouragés par des récompenfes proportionnées
à leurs talens & à leur intelligence.
De Dreſde , le 7 Février 1775.
Il n'y a point eu d'exemple dans ce ſiecle d'un
froid auſſi violent que celui qu'on a éprouvé
deux jours de ſuite en Siléfie. Le 21 Janvier le
thermometre étoit à 17 degrés au - deflous de la
glace , & le lendemain il defcendit à 20. Le froid
apar conféquent été de 4 degrés plus rigoureux
qu'en 1709. Tout commerce a été interrompu
pendant ces deux jours. Des fentinelles ont été
224 MERCURE DE FRANCE.
trouvés gelés dans leurs guérites , & on n'a pu
les rappelier à la vie.
De la Haye , le 10 fanvier 1775.
On a cru ici ne pouvoir mieux remédier à la
mortalité des beftiaux qu'en introduiſant des bêtes
étrangeres , à la faveur d'une diminuation fur
les droits d'entrée qui , en conſequence , feront
réduits cette année de vingt florins à cinq , entre
le premier jour d'Avril & le dernier de Juin.
Les départemens de l'Amirauté d'Amſterdam
& de Rotterdam ont publié , à l'occaſion de la
déclaration de guerre du Roi de Maroc , un avis
qui , à commencer au premier Février prochain ,
affure aux Négocians , un convoi depuis Ports .
mouth juſqu'à Gibraltar .
Les Etats Généraux ont rendu le 23 Janvier ,
une Ordonnance relative à la déclaration de
guerre du Roi de Maroc. En conséquence de
ce réglement , dont les diſpoſitions tendent à exciter
le zêle des Officiers & des Equipages , la
portion des priſes qui a appartenu juſqu'ici au
Fiſc , reſtera en propriété aux vaiſſeaux qui les
auront faites. Il leur ſera cédé un cinquieme
des effets ou des bâtimens Hollandois repris fur
l'ennemi en quarante-huit heures ; & un quart ,
ſi la repriſe a lieu plus tard.
On voit ici depuis quelques jours l'Ukafe de
l'Impératrice de Ruſſie du 19 (30) Décembre ,
concernant le Chef des Rebelles du Jaïch. Le
nom & la patrie que quelques relations lui ont
donnés , s'y trouvent confirmés.
Jemelka Pugatſchew , né ſur le Don , à Stanitza
en Simoweis , a eu pour pere & pour aïeul
des Coſaques du même endroit. Sa femme, appelée
MARS. 1775. 225
r
lée Sopha , eſt fille d'un Coſaque nommé Dmitry
Nicoſorow. Pugatſchew a ſervi chez les Prusfiens
, & enfuite dans les campagnes des Ruffes
&des Tures. Après la priſe de Bender il follicita
fon congé , qui lui fut refuſé. Apprenant que fon
beau frere étoit envoyé à Taganrok , il alla le trouver
, & lui perſuada de fuir avec lui & pluſieurs
de leurs Compatriotes , aux bords du jaïk , où
les nouvelles publiques l'ont l'on ſuivi juſqu'au
› moment de ſa détention.
D'Anamour en Caramanie , le 12 Novembre
1774.
Koyouudgy Pacha , qui paſſe au Gouverne
ment d'Adena , eſt arrivé depuis quelques jours ,
à la tête de dix mille hommes de troupes , de
Conſtantinople au Caraman , ville capitale de certe
Province. Il leve , par-tout où il paffe , de
fortes contributions ; & le Caraman n'en fera pas
quitte pour cent bourſes. Ce Pacha , Grand Justicier
, & muni des ordres de la Porte , fait faifir
fur ſa toute tous les Agas des environs , qui tyranniſoient
les Peuples , & qui s'étoient rendus
indépendans. Il les dépouille & leur fait couper
la tête : il en a déjà fait périr un grand nombre.
La confternation augmente dans chaque endroit
Poù il arrive , à proportion du ſéjour qu'il y fait.
Tout particulier riche craint d'être impofé : cependant
il n'opprime point le peuple , & il fait
obſerver à ſa troupe une exacte diſcipline.
i
P
226 MERCURE DE FRANCE.
De la Corogne , le 21 Janvier 1775.
On vient d'envoyer en toute diligence , à Malaga
, un détachement de deux cents hommes du
Corps Royal d'Artillerie , qui paſſeront vraifemblablement
aux Préfides d'Afrique..
De Carthagene , le 28 Janvier 1775.
Treize bâtimens marchands de différens pavillons
, firent voile hier matin , ſous l'eſcorte d'un
chebec &d'une frégare de Sa Majefté , que commande
le ſieur de Salafranca. Ce convoi transporte
à Oran des munitions de guerre & de bouche.
De Cadix , le 13 Janvier 1775.
Les Eſclaves Maures dont Sa Majeſté fait pré.
fent au Roi de Maroc , ont été embarqués le 9
de ce mois , au nombre de cent treize , avec
l'Envoyé de ce Prince & fa fuite , fur le vaiſſeau
le Saint Fanvier , qui a fait voile , le 11 , pour
Larache.
De Turin , le 15 Janvier 1774.
Dimanche , 12 de ce mois , le Roi déclara
fa Cour le mariage arrêté entre le Prince de Piémont
fon fils & Madame Clotilde de France. II
y a eu beaucoup de fêtes à cette occafion.
De Gênes , le 6 Février 1775 .
Le 26 Janvier , le Doge Pierre- François Grimaldi
, ayant fini le temps preſcrit pour l'exer
cice de cette dignité , quittale Palais Ducal , &
ſe retira dans le fien , avec les formalités ordinai
MARS. 1775. 227
res. Le lendemain matin le Grand Conſeil s'asſembla
pour procéder à l'élection d'un nouveau
Doge. Il nomma quinze Sujets , que le petit Con.
feil réduifit à fix ; & mercredi dernier il choifit
entre ces fix Candidats le noble Brizio Giuftiani.
Cette élection fut annoncée au peuple par le fon
de la grande cloche. Le nouveau Doge reçut le
même jour , les complimens du Corps de la Nobleſſe
, de l'Archevêque , des Miniſtres étrangers ,
▸ & des Chefs d'Ordres Religieux.
Le Capitaine d'un Navire Anglois , venant de
Tunis , a rapporté qu'au moment de ſon départ
il y étoit arrivé une Frégate d'Alger de trentefix
pieces de canon & de cent hommes d'équipage
, avec une Polacre & uneTartane Napolitaines
dont elle s'étoit emparé. La Polacre , qui étoit
en leſt , eſt reftée à Tunis pour y être vendue ;&
la Tartane , qui avoit un chargement de diverſes
marchandises , a été renvoyée à Alger.
De Rome , le 25 Janvier 1775.
Dans une fouille qui ſe fait à deux milles de la
Porte Majeure , on a découvert , entr'autres monumens
antiques , trois grands buſtes de marbre ,
très bien conſervés : on ne fait quels perſonnages
il repréſentent. Il y avoit à côté un ſarcophage
de marbre blanc , orné de bas reliefs , avec
une infcription grecque dans le milieu , & deux
têtes qui paroiſfoient être celles de Bacchus &
d'Ariane.
P2
228 MERCURE DE FRANCE .
1
1
De Londres,le 3 Février 1775.
On mande de Williamsburg dans la Virginie ,
en date du 12 Novembre , que les Virginiens
ſoutiennent avec chaleur la cauſe de l'Amérique.
Le Capitaine Eaſton étant arrivé à New-Yorck
avec deux caiſſes de thé , le Comité du Comté
s'aſſembla & décida que le thé ſeroit détruit , &
que dans vingt jours levaiſſeau partiroit pourLondres
, fans pouvoir faire aucun chargement. Le
the fut en conféquence jeté à la mer , & le vaisſeau
ſera forcé de s'en retourner en left .
Des nouvelles récentes de Boſton portoient que
le 22 Décembre on y avoit reçu de Porſmouth
la lettre ſuivante , datée du 16 du même mois .
Nous avons éprouvé ici , il y a deux jours ,une
violente alarme. Sur un avis reçu de Boſton par
un Exprès , que deux Régimens étoient en marche
pour prendre poffeſſion de notre fort , deux cents
hommes s'affemblerent au bruit du tambour , &
s'y rendirent dans deux Gondoles. Un autre corps
de cent cinquante hommes ſe joignit à eux , &
cette troupe demanda qu'on leur livrat le fort. Le
Capitaine Cookran , qui y commandoit , refuſa
de ſe rendre , & fit pointer contre eux deux canons
. Alors la troupe eſcalada les remparts , défarma
le Capitaine & fes gens , & s'empara de
quatre-vingt dix- sept barils de poudre , qui furent
mis à bord des Gondoles , après quoi on les transporta
dans la ville , & enſuite à quelque diſtance
dans les terres. Depuis cette expédition , une foule
de gens accourent de la campagne en corps de
troupe , & la ville en étoit hier remplie. Ils ont
choiſi des Députés pour aller trouver le Gouver.
neur. Celui - ci les a aſſurés qu'il ignoroit qu'on
eût aucun defſfein d'envoyer des troupes , ni des
vaiſſeaux.
MARS. 1775. 229
De Versailles , le 9 Janvier 1775.
L'Archiduc Maximilien - François , frere de
l'Empereur , qui voyage ſous le nom du Comte
de Bourgau , arriva mardi dernier au Château de
la Muette , où la Reine alla le recevoir ; & le len.
demain il fut préſenté à Leurs Majestés & à la
Famille Royale par le Comte de Mercy , Ambasſadeur
de LL. MM. Imp . & R.
On a appris par un Courier arrivé de Rome le
22 , que le Cardinal Braſchi , né à Cefene le 27
Décembre 1717 , & élevé à la pourpre Romaine
en 1773 , a été élu Pape le 15 de ce mois , &
a pris le nom de Pie VI.
De Paris, le 4 Février 1775.
Les Préſidens & Conſeillers de l'ancien Parlement
de Bretagne , qui avoient été mandés à
Rennes le 15 Décembre , & à qui le Comte de
Goyon , Commendant de la Province , avoit fait
diſtribuer des lettres de cachet , par leſquelles il
leur étoit ordonné de ſe rendre au Palais le lendemain
pour y attendre en filence les ordres du Roi,
qui devoient leur être notifiés par le ſieur de Viarmes
, Conſeiller d'Etat , y entrerent ſéparément le
16 à huit heures du matin ; & à neuf heures , le
fieur de Viarmes y arriva au bruit du canonde la
Ville & au milieu des acclamations du Peuple.
Après fon difcours , on fit lecture de trois Edits,
l'un pour la rentrée du Parlement , l'autre pour ſa -
difcipline & le troiſieme pour l'attribution aux
Préſidiaux. Les Gens du Roi ayant enſuite requis
l'enregiſtrement de ces Edits , on y procéda
dans la même ſéance.
P3
230
MERCURE DE FRANCE .
1
->
-PRESENTATIONS .
T
La marquiſe de Turpin de Criſſé ; & la mar.
quiſe de Courbon-Blenac , furent préfentées le 29
Janvier à Leurs Majeſtés , & à la Famille Royale ;
la premiere , par la Comteffe de Turpin de Criffé ,
& la feconde , par la Ducheffe de la Vauguyon ,
dame d'honneur de Madame.
La vicomteſſe d'Eſpinchal , & la comteſſe de
Pardaillan ont eu l'honneur d'être préſentées , le
5 Février , au Roi & à la Famille Royale ; la
premiere , par la comteſſe de Teffé , & la fecon.
de, par la ducheſſe d'Uzès.
Le 12 Février , le comte d'Adhémar , Ministre
plénipotentiaire du Roi à Bruxelles , lui fut
préſenté par le comte de Vergennes , & prit congé
de Sa Majeſté.
Les fieurs Brunet , Aubier & Dalbiat , députés
de la Sénéchauffée & Siege Préſidial de Clermont-
Ferrand , eurent l'honneur d'être préſentés , le
5 Février , à Monſeigneur le Comte d'Artois , &
de lui faire leurs remercîmens , au nom de leur
compagnie , pour laquelle ils ont obtenu la distinction
de porter la robe rouge.
Le 19 Février , la comteſſe de Ségur fut préfentée
au Roi & à la Reine , ainſi qu'à la Famille
Royale , par la marquiſe de Ségur .
NOMINATIONS.
Le Roi a diſpoſé du Conſulat de Cadix , vacant
par la mort du ſieur de Guyabry , en faveur du
fheur du Pleſſis de Mongelas.
MARS . 1775.. 231
Le Roi a nommé au Conſulat de Lisbonne ,
vacant par la retraite du fieur Beſſiere , le fieur
Brochier , Conful à Alicante ; & à celui d'Alicante,
le fieur de Puyabry. S. M. a également dis.
poſé du Confulat de Gênes , vacant par la re.
traite du fieur Regny , en faveur du ſieur Rau.
lin , Chancelier , & ci- devant Secrétaire d'Ambaffade
à Conftantinople.
Le 12 Février , le due de Coffe , Capitaine
commandant les Cent-Suiffes de la garde du Roi ,
en ſurvivance, eut Phonneur de faire fes remercîmens
à Sa Majeſté , pour la place de Gouver .
neur de Patis , dont Elle l'a pourvu , ſur la démisfion
du Maréchal Duc de Briffac , fon pere . II
fut préſenté , en cette qualité , à la Reine & à la
Famille Royale.
Le même jour , le comte de Caraman prêta
ferment entre les mains du Roi pour la Lieute
nance générale de le province de Languedoc ,
dont s'est démis le comte de Maillebois .
Le Roi a donné l'Abbaye de Fontenay , Ordre
de St. Benoît , dioceſe de Bayeux , à l'abbé de
Montazet , vicaire général de Lyon.
Le 20 Février , le ſieur de Bourgueux , Confeiller
d'Etat , eut l'honneur de faire ſes remer .
cîmens au Roi pour Padjonction à la charged'Intendant
des finances du ſieur Trudaine , & prit en
même temps congé de Sa Majesté , qui l'a nommé
pour accompagner en Guyenne le comte de Noailles
, à la place du ſieur Ogier.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Durfort
un brevet de duc , & lui a permis de prendre le
nom de Civrac , qui eſt celui de ſa branche , dont
il eſt l'aîné. Il a eu l'honneur de faire à ce ſujet
ſes rimercimens au Roi , à la Reine & à la
Famille Royale , & de leur être préſenté ,
cette qualité , le 24 Novembre 1774.
en
P4
232 MERCURE DE FRANCE.
Madame la ducheſſe de Civrac a été préſentée
par madame la ducheſſe de Duras le 27.
NAISSANCE.
Un femme de Clelles , en Dauphiné , nommée
Brun , accoucha au mois de Décembre dernier ,
de deux garçons & d'une fille , qui moururent
peu de jours après .
Marie-Magdeleine- Louiſe Couteux , épouſe de
Nicolas Chaffinte , graveur , eſt accouchée à Paris
le 23 Janvier , de trois garçons , qui ont
été baptifés le même jour St Barthélemy , & qui
fe portent bien , ainſi que leur mere.
La Comteſſe de Baſchi du Cayla eft accouchée
d'un garçon le 17 Février,
Le 23 Décembre 1774 , la nommée Catalina
de Maguera , native d'Ongot , au royaume de
Navarre , étant groſſe de ſept mois accoucha à
ſept heures du matin , d'un garçon , qui mourut
un quart d'heure après ; & à ſept heures du foir ,
d'un garçon & d'une fille , qui ne vécurent qu'une
demi-heure. A minuit , elle fut encore délivrée
d'une fille morte , &dont le corps paroiſſoit meurtri.
Les trois premiers enfans ont été ondoyés ; la
mere , quoiqu'âgée de trente fix ans , n'a été
que peu de temps à ſe rétablir de ſes couches.
On écrit de Poitiers , que la nommée Sufanne-
Elifabeth Rouſſeau , de l'Ile de Noirmoutier ,
enceinte de ſept à huit mois , y eft accouchée le
28 Janvier de quatre filles , qui ont reçu le baptême
, & font mortes quelques heures après.
MARS. 1775. 233
MARIAGES
Le 15 Janvier , Leurs Majestés , ainſi que la
Famille Royale , fignerent le contrat de mariage
da marquis de Fraguier , Brigadier des armées du
Roi , & Lieutenant de ſes Gardes-du- Corps , compagnie
Ecoffoife , avec la marquiſe d'Oyſonville.
Le 29 Janvier , elles fignerent celui du Marquis
d'Eſcorches de Sainte-Croix , &demoiselle Talon .
Le Roi & la Reine , ainſi que la Famille Royale,
fignerent , le 12 Février , le contrat de mariage
- du marquis de Creſt , Lieutenant-colonel d'infan.
térie , avec demoiselle de Raffelot.
Le 14 Janvier , Leurs Majestés & la Famille
Royale, fignerent le contrat de mariage du marquis
de Coigny avec demoiselle de Conflans.
MORTS.
N. de Montvalon , Conſeiller clerc au Parle-.
ment d'Aix , & de la Chambre- Souveraine du ,
Clergé de la Province , abbé commandataire de
l'Abbaye royale de Saint Rambert , Ordre de St
Benoît , dioceſe de Lyon , eſt mort à Aix , le 21
Janvier dernier , dans ſa ſoixante-neuvieme année.
Mare- Joſeph Bally de Roiſon , prévôt du Chapitre
de l'Egliſe collégiale & chapelle royale de
Saint-André , abbé commandataire de l'Abbaye
royale de Bonnevaux , ordre de Citaux , dioceſe de
Vienne , & vicaire général du dioceſe de Grenoble
, eſt mort à Paris , le 24 Janvier , âgé de
quarante trois ans.
1
1
P5
234 MERCURE DE FRANCE.
N. de Piedoue de Charfigné , prêtre , abbécommandataire
del'Abbaye royale de Fontenay , ordre
de St Benoît , dioceſe de Bayeux , eſt mort à
Caen , le 24 Janvier , dans la foixante- treizieme
année de fon âge.
1
Claude-Marie-Joſeph de Saint George , épouse.
d'Abel-Claude-Marie , marquis de Vichy , ancien
guidon des Gendarmes de Berry , & chevalier de
l'ordre royal & militaire de Saint-Louis , e morte
le 27 Janvier en ſon château de Montceaux , en
Maconnois , dans ſa trente-troiſieme année.
Magdeleme - Angélique de Montmorency - Luxembourg
,foeur de la ducheſſe de Montmorency,
& feconde fille du feu duc de Montmorency ,
capitaine des Gardes - du- Corps , & de Louiſe-
Françoife-Pauline de Montmorency- Luxembourg-
Tingry , aujourd'hui princeffe de Montmorency ,
eft morre à Geneve , le 27 Janvier, dans ſa fei
zieme année.
Le nommé Langevin , ancien foldat au régiment
de Champagne , eſt mort à Arpajon , âgé
de cent ans & deux mois ; il ſe reſſouvenoit de
tous les fieges & de toutes les batailles où il s'étoit
trouvé , & il en rendoit un compte exact. II
a joui , juſqu'à ſa mort , d'une bonne ſanté.
Sophie- Auguſte , princeſſe de Salm- Salm , chat
noinefle de Mons , mourut le 30 Janvier à Seno-)
nés , capitale de la principauté de Salm - Salm ,
à quinze lieues de Nancy , âgée de trente- neufans.
Marie-Louiſe Catherine de Rogrès de Luſignan
deCampignelles , veuve du marquis de Dampier.
re , capitaine des vaiſſeaux du Roi, eft morte le
3 Févriern en fon château de Dampierre en Champagne
, auée de ſoixante onze ans.
La nommée Marie Marti eſt morte le 20 Décembre
dans la paroiſſe de la Mongie-Montaſtrue,
près de Bergerac , âgée de cent fix ans. Elle a
MARS. 1775. 235
conſervé , juſqu'au dernier moment de ſal vie ,
tune mémoire furprenante.
コ
Antoine-Joſeph Gaſpart de Noizet de Saint-
Paul , maréchal de camp , directeur des fortifications
de la province d'Artois , & de partie de
celle de Flandre, & commandant pour le Roi au
fort de Saint-Sauveur de l'Ile , eſt mort à Aire ,
elé 8 Février , dans la foixante-ſeizieme année de
= ſon âge.
Jean-Baptifte Vivien de Chateaubrun , l'un des
fous-gouverneurs du duc de Chartres , & l'un des
- quarante de l'Académie Françoiſe , eſt mort à
Paris , le 16 Février , âgé de quatre-vingt- trois
ans .
La nommée Barbe Zakrzewska vient de mou-
- rir à Minski , en Pologne , à l'âge de cent quinze
aps & trois mois.
- La nommée Magdeleine Lori eſt morte à Florence
dans ſa cent quatrieme année. Elle laiffe
- une fille âgée de foixante-treize ans ,& deux fils ,
= dont l'un en a quatre- vingt , & l'autre foixantefeize.
Frere Achill-e Charles-Paul- Alexis.Anne de
Kerouartz , chevalier de l'ordre de Saint-Jean de
Jérufalem , commandeur de la commanderie de
Théval , eſt mort à Paris le 15 Février , dans la
foixante-neuvieme année de ſon âge.
Frere Jacques de Foudras , chevalier-grand'-
croix de l'ordre de Saint-JeandeJérusalem , com .
mandeur des commanderies de Poutaubert , & de
Thors & Corgebin , eſt mort à Paris , le 16 Février
, dans ſa foixante-unieme année.
Jean Joſeph Chapelle de Jumilhac de Saint .
Jean , archevêque d'Arles , abbé commandataire
de l'Abbaye royale de Bonneval-Saint Florentin ,
ordre de Saint Benoît , dioceſe de Chartres , prélat-
commandeur de l'ordre du Saint Eſprit, eſt
236 MERCURE DE FRANCE.
mort à Paris , le 21 Février , dans la foixanteneuvieme
année de ſon âge.
Jean-François Ogier , préſident honoraire au
Parlement de Paris , ci-devant ambaffadeur de
France en Dannemarck , nommé confeiller d'état
en 1766 , eſt mort à Paris , le 23 Février , dans
ſa ſoixante - onzieme année. Ce magiſtrat , qui a
toujours fait connoître des talens ſupérieurs dans
les différentes places qu'il a remplies , eſt univerfellement
regretté .
LOTERIES.
Le cent foixante-dixieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel -de- Ville s'eſt fait , le 25 du mois de
Février , en la maniere accoutumée. Le lot de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 58361. Celui
de vingt mille livres au No. 45996 , & les deux
de dix mille , aux numéros 46251 & 58649.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 6 de Février. Les numéros fortis de
la roue de fortune font 80 , 5 , 11 , 28 , 35. Le
prochain tirage ſe fera le 6 Mars.
MARS. 1775. 237
TABLE.
PIECES IECES FUGITIVES en vers en proſe , page5
Les Chevaux , fable ,
Eglogue , la Bergere déſintéreſſée ,
L'heureux débarquement ,
Quatrain.
La Bienfaiſance ,
Couplets d'Henri IV à M. de Rozoi ,
ibid.
10
13
14
15
29
3
33
Chanſon faite par le Régiment du Roi à Nanci. 34
Iris & fa Bonne , conte.
Au Roi ,
Couplets adreſſés à M. le Marquis de Choiſeul
la Baume , 35
Couplets , 37.
Vers ſur M. le Marquis de Tilly-Blanc , 38
Dialogue entre Olivier Cromwel & le Cardinal
de Richelieu , 39
Quatrain à Mde de Laiſſe , 46
pour mettre au bas du portrait du Roi. 47
- à M*** qui étoit après à faire le portrait
du Roi. ibid.
A M. le Comte de Rocherchouars- Faudouas , 48
Etrennes à Mde la Comteſſe de Brionne.
Quatrain.
Impromptu à M. Pouteau ,
à une jeune Dame ,
A M. Greffet.
Le Miroir & l'Eau , fable.
Mlle de St Marcel ,
49
ibid.
50
ibid
51
52
53
e pouvoir de l'Amour & celui de Plutus. ibid.
nitation d'un madrigal Italien ,
ir,
ableaux de l'Amour & de l'Amitié ,
54
ibid.
55
238 MERCURE DE FRANCE ,
Vers pour les portraits de M. & Mde D. 58
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES , 59
LOGO GRYPHES , 61
Couplets de la Fauſſe Magie. 65
1 Mufique. TIO"ה יד ibid.
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 67
Nouvelles Ephémerides économiques. ibid.
Hiſtoire ſecrete du Prophete des Tures. 70
Direcions pour la confcience d'un Roi , 71
Almanach de l'étranger qui ſéjourne à Paris , 72
Révolutions d'Italie , Tom. VII , VIII. 73
Réfutation de l'Ouvrage qui a pour titre : Dialogue
ſur le commerce des bleds , 81
Almanach encyclopédique de l'Hift. de France, 82
Le Clergé de France , 83
Recherches ſur les remedes capables de diffoudre
la pierre & la gravelle , 85
Traduction d'anciens ouvrages latins relatifs à
l'agriculture , &c. 88
Ecrits politiques & économiques... 90
Eloge de Mathieu Molé , ::
92
Hiſtoire générale de l'Afie , de l'Afrique& de
l'Amérique. 94
George & Molly. 110
Dialogue entre Henri IV, le Maréchal de Biron
& le brave. Crillon , 112
Diſcours fur la découverte de l'eau vulnéraire
de Comere.
"
115
La nouvelle imprévue , Drame. 117
Difcours contenant l'hiſtoire des Jeux Floraux
& celle de Dame Clémence , 131
Almanach dédié à Monfieur , 120
La Ferme de Penſylvanie , ibid.
Hiſtoire de Maurice , Comte de Saxe , 13
Etat actuel de la Muſique du Roi. 134
Les Spectacles de Paris , 135
MARS. 1775 239
Petit guide des lettres , 136
Conférences Eccléſiaſtiques , ibid.
) Opérations des changes des principales places
1 de l'Europe , 137
Contes mis en vers , ibid.
Difcours fur l'éducation , ibid.
1 Cléopâtre , Tragédie , 133
Mémoires pour fervir à l'hiſt . de notre Littérat. ibid.
Théorie des paradoxes , ibid .
Abrégé de l'Hift. & des Mém. de l'Acad. Royale
des Sciences , ibid.
La Finance politique , 139
Examen & réfutation des réflexions ſur le prêt
de commerce , ibid.
: Précis des maladies chroniques & aiguës , ibid.
Des tropes , 140
Mém. de Mlle de Sternheim , ibid .
+ Théâtre de campagne , ibid.
Oeuvres de M. de Saint Mare , ibid.
Zély ou la difficulté d'être heureux , ilid.
- Almanach des Muſes, 141
Oeuvres de Théâtre de M. de Saint-Foix , ibid.
Les confidences d'une jolie femme , ibid.
La Victime mariée , ibid.
Le Décaméron françois , ibid.
Ode fur l'hiſt. de France du Préſid. Hénault , 142
Jean Hennuyer , Evêque de Lisieux , ibid .
Les cent Nouvelles nouvelles , ibid.
L'art de régner , ibid.
Epître à un Ami. :
ibid.
- Eloge de M. Piron . 143
L'ame d'un bon Roi , ibid.
Dict portatif de l'Ecriture Sainte , ibid.
Almanach général des Marchands , 144
- astronom. & hift . de la ville de Lyon , 145
Effai patriotique , 146
Mémoires littéraires , critiques , &c. ibid.
240 MERCURE DE FRANCE.
2
Réflexions ſur la caiſſe de Poiffy , 147
L'étude propre à l'homme ,
ibid.
Le grand- oeuvre dévoilé , ibid.
Le livre ſans titre ,
ibid.
Etrennes du Parnaſſe , ibid.
Recherches & réflex. fur la poëſie en général. 148
Notices des Poëtes Latins & Grecs , ibid
SPECTACLES , Concert Spirituel , ibid.
Opéra . 140
Comédie Françoiſe 15
Comédie Italienne , 16
ACADÉMIE , Françoiſe , 173
Sciences , 193
ARTS , Gravures , 194.
Topographie , 200
Géographie , 202
Mulique. 203
Acte de valeur , 208
bienfaifance , 211
Anecdotes .
214
Journal des cauſes célebres , 217
AVIS , 218
Nouvelles politiques , 221
Préſentations , 230
Nominations , 231
Naiffance ,
232
Mariages , Morts , 233
Loterie , 236
FIN.
D
3
6
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
SAPLURIBUSTOTHO
TUEBOR
SI
QUÆRIS PENINSULAM
ΑΜΝΑM
CIRCUMSPO
1
AP
1
20
M5
177
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(
MERCURE
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FALCONET. Seconde Edition. On y a joint d'antres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vola
La Haye 1773. d f 4 : de Hollande.
Cantiques tirés en partie des Preaumes ,&en partie des
Poëfies Sacrées des meilleurs Poëtes François . Avec
des airs notés , par M. Jean Dumas , Pasteur à Leipfic.
grand in 8vo. I vol. Leipfic , 1775 , à f 3:10.
Regles & Principes de l'art de la Guerre des Meilleurs
Auteurs qui ont écrit fur cette ſcience , recueillis
par G. R. Faeſch , Colonel des Ingénieurs au Service
de Saxe &c. Tome 3. 4. grand in 840. avec fig.
Leipfic 1774 , à f 7:10.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les
Droitsdes Souverains. grand in -douze I vol. 1775. à fr :-
AVIS.
J'ai mis ſous preſſe &je ſuis ſur le point de publier
un ouvrage intéreſſant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inftruction de la Jeuneſſe de ſon empire & pour
le bonheur de rous fes Sujets .
A 2
Ces Etabliſſements ſont La Maison d'éducation de
Mosiou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre ; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caissede Dépôt ouverte au Public ,
& un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruffes & ſous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements.
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le compoſent
, à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux ;
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés ,
pour en prévenir de nouveaux ; pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour foulager les
Veuves & les Orphelins ; pour aſſurer les ſucceſſions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour affranchir
des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs.
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail , en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inſtruction de la Jeuneſſe & à la conſervation
de la ſanté , objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
, Ce recueil formera 2 vol. grand in - douze de 50
feuilles d'impreſſion , à f 2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 40. en deux parties , fera ornée
de plus de 90 morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 : 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long- tems la publication de cet ouvrage.
Il eſt propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoftre & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien n'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1775-
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
warind
EPITRE à M. de Saint - LAMBERT.
Par un Ruffe.
T.or dont le pinceau vrai , gracieux & facile
A tous les agrémens du pinceau de Virgile ;
Toi qui ſais dans Paris , émule de Tompson ,
Conſacrer à Cérès des fleurs de l'Hélicon ;
Aimable Saint- Lambert , que ta Muſe m'enchante !
A 3
6 MERCURE DE FRANCE,
Elle est belle fans fard ; à ſa voix conſolante
Un fentiment nouveau penetre dans mon coeur :
J'entrevois les vertus qui menent au bonheur.
Mon ame en treſſaillant rejette l'impoſture ,
Et je me fens meilleur , plus près de la nature.
Ton Poëme à la main , je parcours quelquefois
Mes plaines , mes côteaux , mes vallons & mes bois ;
J'apperçois le flambeau , précédé par l'aurore ,
Sortir du ſein des mers que ſon éclat colore ; (1)
Je jouis du midi ; de la fin d'un beau jour ;
Chaque objet pour tes vers augmente mon amour .
Tu peins ce que je vois , & tu le peins en mattre.
Le bourgeon entr'ouvert , la fleur qui vient de naître
Cette ſource qui fuit , ces odorans berceaux ,
L'haleine des zéphyrs , le doux chant des oiſeaux ,
Mes troupeaux bondiſſans ſur la verte prairie ,
Les épis vacillans dans la plaine jaunie ,
Ces ſites variés , ces grouppes , ce lointain ,
Tout ce qui m'environne eſt tracé de ta main.
Cependant i le ſort t'eût conduit ſur ces rives ,
Où la Newa ſix mois tient ſes ondes captives !
(1 ) La campagne de l'Auteur est fur les bords du
golfe de Finlande.
AVRIL. I. Vol. 1775. 7
Où , d'un char pareſſeux , Phebus verſe long-tems
Une clarté douteuſe & des rayons mourans ;
La Nature , fublime , étonnante , énergique ,
Eût ſans doute occupé ton eſprit poëtique ,
Tu peignis les hivers ; mais ceux de nos climats
Ont pour l'obſervateur de plus piquans appas ,
Des traits plus reffentis , un plus grand caractere.
Quand l'Epoux d'Orythie , exhalant ſa colere ,
Par ſes horribles cris trouble les élémens ,
L'oeil reſte environné de ſpectacles frappans.
Un Océan de neige inonde les campagnes;
On ne diftingue plus les vallons des montagnes ;
Les lacs ſont diſparus , & plus le ciel eſt pur ,
Plus un froid pénétrant condenſe ſon azur.
La fumée , en touchant l'inviſible barriere ,
Retombe fur les toits & roule juſqu'à terre ;
Tandis que le duvet argenté de nos champs
Jette un éclat ſemblable aux feux des diamans,
Les troupes des oiſeaux , dans le vague planantes ,
S'abattent bruſquement & tombent défaillantes.
Sur l'agile courſier le poil eſt hériffe,
Des horreurs du trépas chaque être eſt menacé.
S'éloignant une fois de nos palais profanes ,
La terreur va ſceller les portes des cabanes :
Et Neptune lui-même , en ces lieux confterné ,
Sous un albâtre épais languit emprisonné.
C'eſt dans cette ſaiſon , au milieu des nuits fombres ,
A4
8 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un météore ardent vient triompher des ombres ; (2)
Il ramene le jour. Miniſtre du sommeil ,
Morphée eſt plein d'effroi ſur l'horiſon vermeil ,
En voyant tout-à-coup les traits de la lumiere
Interrompre fes loix , rétrécir ſa carriere.
Une flamme légere en ſes longs mouvemens ,
Eparpille dans l'air des faifceaux ondoyans ,
Et des cieux moins brunis les voûtes impoſantes
Se revêtent ſouvent de colonnes brillantes.
Mais c'eſt peu ; contemplons ces momens déſaſtreux
Ces orages d'hivers , ces ouragans affreux , (3)
१
(2) L'aurore boréale devient plus intéreſſante à me
fure qu'on s'approche du Pole. Ce phénomene ne parolt
dans tout son éclat qu'entre le boe & le 7ce degré
de latitude ſeptentrionale. Ceux qui veulent s'en
former une idée precise peuvent confulter, le grand
Dictionnaire Encyclopédique , article Aurore boréale.
(3) Cette espece d'ouragan , nommé en Ruſſe métel ,
est très redoutée. Elle fait périr nombre de personnes,
en route. Ses effets sont incomparablement plus fenfibles
en Sibérie & dans ce qu'on nomme les ſteps ou
i
AVRIL. Ι. Vol. 1775.
Quand PAquilon , doublant l'horreur & la froidure ,
Charge encor le tableau des maux de la nature,
11 chaſſe des côteaux , dans le fond des vallons ,
Ces humides tapis de neige & de glaçons .
Et lance en même temps , ſur les cimes pelées ,
Les flocons entaſſés dans le creux des vallées .
Ces tourbillons , ces corps l'un à l'autre oppoſés,
Ce choc des élémens l'un par l'autre briſés ,
Troublant le Voyageur dans le champ qui vacille ,
L'enferment avec bruit dans un globe mobile,
Il marche ; l'orbe cede. Où diriger ſes pas !
Près de lui , loin de lui ſe preſent les frimats ,
Et le ciel & la terre , & les objets ſenſibles
A fes yeux étonnés deviennent inviſibles .
Mais il ne reſte plus de traces de nos maux
Quand le foleil vainqueur entre dans les Gémeaux.
Quels tranſports raviſſans ! quel charme inexprimable !
Zéphyr , en devançant une Déeſſe aimable ,
Par un ſouffle paiſible & plein de volupté ,
Epanche mollement la vie & la ſanté.
Il ſe joue , & tout prend une face nouvelle ;
L'Idalie eſt aux lieux rajeunis par fon afle.
Sous les aſtres de l'Ourse on trouve le Lignon.
La folie a banni l'ennui de ce canton.
9
déserts, que dans les provinces intérieures de l'Empire.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Le fentiment s'éveille & s'enflamme ſans ceffe,
Echo prolonge au loin le cri de l'algéreſſe ,
Ce cri délicieux , le ſignal du printemps ;
Et l'enfant de Paphos eſt le Dieu de nos ſens .
La loi qu'il nous impoſe eſt la ſeule adorée.
On s'abreuve à longs traits dans ſon urne ſacrée.
Que la tendre Euphroſine & ſes touchantes Soeurs ,
Inclinent pour Chloé plus que pour les grandeurs ;
Une Dame titrée au fond de l'ame enrage
De céder d'agrémens aux Nymphes du village;
C'est un affront , dit- on , fait à la qualité. (4)
Ah ! rien ne plaît au coeur ſans la ſimplicité.
En vain à ſe parer Dorphiſe ſe tourmente ,
L'art éblouit ſans doute & la nature enchante.
Ce n'eſt point par degrés que Flore en nos climats
Aſſemble ſes atours & reprend ſes appas.
A peine le Zéphyr careſſe la prairie ,
A peine ces climats font rendus à la vie ,
Que le front de Cybele eſt nuancé d'émaux.
L'émeraude a percé l'écorce des rameaux ,
Et déjà Philomele au ſein d'un verd bocage ,
De ſes acccens perlés charme le voiſinage.
Des parfums du matin les airs ſont imprégnés.
Dans cet enchantement , dans ces temps fortunés ,
Le Laboureur confie au guéret qu'il fillone
(4) Vers de la Comedie de Nanine.
AVRIL. 1. Vol. 1775. II
.........
Des tréſors qu'en deux mois il decuple & moiſfonne. (5 )
Dans le coeur de l'été pénétrons ſous le ciel ,
Où l'on voit dominer les remparts d'Arcangel ;
Minuit ſonne , & le jour éclaire ces contrées. (6)
(5) On a cherché à exprimer deux vérités dans ce
vers ; l'une , qu'entre Moscou & Pétersbourg il ne s'é
coule gueres que deux mois depuis le temps qu'on feme
les grains en Mars , jusqu'à celui où on fait la récolte.
1
L'autre , que les ſemences rapportent dix grains pour un.
C'est même quelque chose de commun en Ingrie , en Estonie
& en Livonie.
(6) Ces vers font imités d'un morceau de la Pétréade
de feu M. Lomonosow , où Pierre le Grand est représentenaviguant
sur la Mer Blanche. En voici la traduction
littérale, Latre du jour atteint minuit & ne cache
point sa face ardente dans Pabysme. Il paroft comme
une montagne de flammes au-deſſus des vagues , &
étend un éclat pourpré de derriere les glaçons. Au
milieu d'une nuit merveilleuse , éclairée de tous les
rayons du soleil , les fommets dorés des flots vacillans
éblouiffent Pail dy Navigateur,
12 MERCURE DE FRANCE.
De l'Océan du Nord les vagues azurées ,
Ecument de fatigue en rompant le rayon
D'un diſque , qui ſe meut fans quitter l'horifon .
L'édifice pompeux , aux afles blanchiſſantes ,
Qui vole en effleurant les plaines mugiſſantes ,
Par les noeuds du commerce arrête ſur ces bords ,
Va tranſporter au loin nos utiles tréſors ; (7 )
Sans avoir entrevu dans ſes courſes célebres ,
Ni les faphirs des nuits , ni l'aſtre des tenebres .
Aux bornes de ces mers , quels coloſſes brillans
Semblent toucher les cieux de leurs fronts menaçans ?
Leur aſpect fait frémir. Ces maſes formidables
Sont l'onde transforinée en rocs inaltérables .
Lefluide , durci par d'éternels hivers ,
Plus haut que l'Apennin s'éleve dans les airs .
Des monftres à fes pieds , méditant ſa ruine ,
(7) Presque toutes les marchandises qui fortent de
Rufſie ſont des objets de premiere nécessité, comme le
chanvre , le fer , le cuivre , les mats , les bois de conſtruction
, la cire , le fuif, &c. & les grains , branche
nouvelle de commerce que le pays doit à l'auguste Catherine
II. On croira dificilement à quel point ce dernier
article augmente l'exportation qui se fait par Arcangel.
AVRIL. I. Vol. 1775. 13
Ne peuvent ébranler ſa profonde racine ;
Et lorſque le ſoleil tempere ſes ardeurs
Ses prismes merveilleux répetent ſes couleurs.
Hélas ! où m'emportai - je , & quel eſpoir m'abuse ?
Pour rendre ces objets il nous faudrait ta Muſe.
Elle ſeule pourrait , ſur ces bords écartés ,
Deffiner noblement ces locales beautés.
O ! combien j'applaudis , alors que ton génie
Des habitans des champs m'offre la bonhommie ,
Leurs vertus ſans apprêts , leurs fêtes ſans langueur,
La chaſteté , la foi , l'équité , la candeur ,
La franchiſe adorable & les amours finceres
Semblent être en dépôt ſous les toits ſolitaires :
Dans ces humbles hameaux que dédaignent les Grands ,
On y trouve , au lieu d'or , de paiſibles momens.
La médiocrité ne connaît point d'alarmes.
Après un long travail le repos a des charmes .
Le plaifir eſt plus pur quand il n'eſt point payé,
Et qui n'eſt pas oiſif n'eſt jamais ennuyé ,
Je les vois quelquefois ces Bergers , ces Bergeres ,
Ces Villageois contents au ſeuil de leur chaumieres .
Que je mépriſe alors nos lambris faſtueux !
Le calme eſt dans mon coeur , la gatté ſous mes yeux ,
Il ne manque plus rien au bonheur de ma vie.
Heureux qui , s'appuyant ſur la philoſophie ,
Modeſte en ſes deſirs & fans biens ſuperſlus ,
Dans un ſéjour obſcur cultive ſes vertus !
MERCURE DE FRANCE,
Lié par ſes devoirs , & non chargé d'entraves ,
Il vit fans préjugés , ſans mattre & fans esclaves ;
Et contemple en pitié les fragiles faveurs ,
L'appareil du pouvoir , le fonge des honneurs ,
Ces titres , ces emplois , brigués avec baſſeſſe ,
Dont l'homme médiocre entoure ſa faibleſſe ;
Qui , charmant ſes regards juſqu'au bord du cercueil ,
Etourdiſſent ſa tête en flattant ſon orgueil.
L'auguſte vérité , ſa compagne fidelle ,
Toujours à ſes côtes , lui ſemble toujours belle
Et la tendre amitié , prodiguant tous ſes dons ,
Embellit ſes foyers de ſes plus doux rayons ;
C'eſt le feu de Veſta que garde l'innocence.
Ah ! dans ce ſiecle affreux de crime & de licence ,
Quand le luxe cruel vient endurcir les coeurs ,
Et briſe infolemment la barriere des moeurs ;
Quand l'homme dégradé, ſans force & fans courage ,
Préſente à Plutus ſeul ſes voeux & fon hommage ,
Et croit que le bonheur , qu'il cherche avec tranſport ,
Ne ſe trouve jamais que fur des piles d'or ;
Il eſt beau de tracer la félicité pure
:
Qu'on goûte à peu de frais , au sein de la nature;
D'offrir à nos Créſus , aux cinq ſens émouſſés ,
Tous les jeux des hameaux par des jeux remplacés;
D'honorer à leurs yeux le foc de Triptoleme ;
De peindre la vertu , baſe du bien fuprême ;
:
AVRIL . I. Vol. 1775. 15
De rappeler enfin les humains étonnés ,
Aux emplois innocens pour leſquels ils font nés :
Ce font- là les travaux de ton génie aimable .
Pourfuis , & Saint - Lambert ! que ta main fecourable
Préſente de nouveau ces tableaux raviſſans ,
Qui ſatisfont l'eſprit, le coeur , l'ame & les fens;
Ajoute à nos plaiſirs en remontant ta lyre :
Un C ** te cenfure & l'Europe t'admire.
C'eſt ainſi qu'autrefois l'ingénieux Maron
S'élevait par ſes chants au sommet d'Hélicon
De l'Empire Romain captivait le ſuffrage ,
Tandis que Mévius lui prodiguait ſa rage.
Ton ame eſt au - deſſus de ces faibles dégoûts ;;
Le talent fut créé pour faire des jaloux.
Malheur à l'Ecrivain qui déſarme la haine.
Les arts ſont devenus une indécente arene ,
Où toujours les vaincus infultent aux vainqueurs ;
Et combien de Lettrés font des Gladiateurs
Cent pédants belliqueux vous déclarent ia guerre (8) ;
Ils font vos ennemis , dès que vous favez plaire.
(8) On diflingue, à Paris la haute& la baffe Litté
rature , comme on distingue à Vienne en Autriche la
grande & la petite Noblesse. Parmi la populace des
16 MERCURE DE FRANCE.
FABLE PRÉSENTÉE A LA REINE.
JUPITER ET LE PAPILLON.
UN Papillon de bonne race
Conçut un jour la noble audace
De tenter la route des cieux ;
Hélas ! diſoit - il , quel eſpace
Entre les hommes & les Dieux !
Fort à propos un Aigle paſſe ,
C'étoit l'oiſeau de Jupiter ;
Il le voit , le ſaiſit , l'embraſſe:
Voilà le Papillon dans l'air.
Il arrive ; tout l'Empirée
Ecrivains , il s'éleve de temps en temps de ces hommes
impudens qui disent au Public qu'il a tort d'estimer tels
& tels Auteurs , dont le mérite prodigieux les humilis.
Čes gens dégoûtans , qui s'érigent en Apotres du goût,
font encore plus ridicules qu'odieux , quoique leurs facéties
Joient ordinairement farcies d'atrocités. Note de
l'Auteur.
Précifement
AVRIL. 1. Vol. 1775. 17
3
Précisément célébroit dans ce jour
Une fète au ciel conſacrée
Par le reſpect & par l'amoura
Plus on ſent , moins on peut ſe taire:
Le Papillon , pour fon malheur .
N'étoit pas brillant orateur ;
Il vouloit parler... Comment faire ?
Il prit ce qu'il dit dans ſon coeur ;
Et ce qu'il bagaya fut plaire.
On applaudit à ſes tranſports.
Avant que de quitter les voûtes éternelles ,
Je veux , dit Jupiter , qu'on lui dore les afles
Pour récompenſer ſes efforts.
L'Olympe retentit à la voix de ſon Maftre ,
Et le Papillon fut content ;
Il fut heureux : je pourrai l'être
Quand vous voudrez en dire autant.
:
Par M. l'Abbéde Morveaui
B
18 MERCURE DE FRANCE.
DIALOGUE.
Entre THAMAS KOULI KAN, Roi de
Perfe ; & LA PRINCESSE AL.....
veuve du Grand Prince de R.....*
LA PRINCESSE AL...
ENFIN , me voilà délivrée du fardeau
de la vie , après l'avoir été auparavant de
celui des grandeurs.
201
TH. KOULI -KAN.
Je perdis la vie& mes grandeurs lorsque
j'allois en jouir le plus tranquillement.
J'avois payé ma fortune affez cher
pour qu'elle dût être plus durable.
LA PRINCESSE AL...
Fûtes vous Monarque ou Empereur ?
TH. KOULI - KAN. -
Je portai le titre de Roi des Rois. Il
* Ce Dialogue eſt anecdotique , & l'anecdote eſt des
plus modernes .
AVRIL . Vol. 1775. 1o
y avoit une diſtance infinie entre ce rang
& celui où la fortune m'avoit fait naître.
Je ne fus d'abord qu'un brigand obſcur ,
& enſuite chef de brigands. Je me vis
→ recherché par le Souverain qui auroit dû
me punir. Je devins ſon appui ; mais je ne
tardai pas à devenir ſon oppreſſeur. J'at
tentai à ſes jours ; je fis périr l'enfant qui
devoit lui fuccéder. Vous frémiſſez ! j'en
frémis moi - même , dans ces lieux où le
. voile de l'ambition ne faſcine plus mes
regards , & me laiſſe enviſager mes forfaits
avec toute leur noirceur. Mais le
Trône de Perſe où je montai , la Turquie
humiliée par mes armes , l'Inde foumiſe
* & dépouillée par mes mains ; tout contribuoit
à nourir l'ivreſſe de mon ame & de
mes deſirs. Un crime couronné par tant
de ſuccès ne me parut plus un crime. Je
ne parus plus occupé que du ſoin d'en
jouir avec éclat. Je gouvernai en maître
abfolu, mais équitable; & fi l'Afie me
confond parmi les Usurpateurs , la Perfe
me comptera toujours au nombre de ſes
- plus grands Rois.
-
:
LA PRINCESSE A L...
Vous êtes donc le célebre Thamas-
Kouli-Kan ? B2
20 MERCURE DE FRANCE.
TH. KουULI-KAN.
Oui , vous voyez en moi ſon ombre.
Je fus précipité du Trône comme j'y étois
monté ; par un crime. Un de mes
neveux trempa ſes mains dans mon fang ;
moins pour punir en moi l'Ufurpateur que
pour s'emparer du rang que j'avois ufurpé.
LA PRINCESSE AL...
Il eſt triſte pour l'humanité que l'envie
de gouverner les hommes rende quelques-
uns d'entre eux ſi criminels. J'étois
née pour contempler de près le rang ſuprême.
Je fus portée, par une alliance ,
à côté du Trôné de R..... ; j'épouſai
l'héritier préſomptif de cet Empire , &
j'attendois ſans impatience que l'ordre de
la Nature lui fit remplacer P.... le
Grand. Je faifois même des voeux pour
que ce ſecoud fondateur de l'Empire des
R.... gouvernât long -temps le peuple
qu'il avoit formé. On accuſa mon époux
de faire des voeux contraires , & même
d'y joindre des projets plus dangereux. Un
pere qui regne eſt peu diſpoſé à rejetter
une accufation. Bientôt le C... ne vit plus
dans ſon fils qu'un chef de révolte. It le
i
AVRIL. I. Vol. 1775. 21
i
4
fit arrêter ; on le jugea coupable ; & cette
tête deſtinée à porter une couronne ,
tomba ſous les coups d'un vil bourreau.
TH. KOULI - KAN.
J'aurois pu , en pareil cas , épargner
cette honte à mon fils ; mais je n'euſſe
pas épargné ſa tête.... Quel fut votre
fort après celui de votre époux ?
LA PRINCESSE AL...
On m'avoit reléguée dans une étroite
priſon : j'y attendois la mort , & je la
défirois . L'Officier chargé de veiller à ma
garde , fut touché de ma ſituation & des
autres malheurs qui pouvoient s'y joindre.
J'étois jeune , j'étois belle , j'étois
en péril & il étoit François. Il riſqua de
ſe perdre pour me ſauver. Je ne me dé-
- terminai qu'avec peine à profiter d'un
fecours ſi dangereux pour lui ; mais il
inſiſta , il preſſa ; nous devions fuir enſemble....
Je crus devoir me fier au
haſard dans une circonſtance où le haſard
ſeul pouvoit me ſervir.
TH. KOULI - KAN.
Je parierois la vigne d'or du Grand-
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
Mogol , fi j'en étois encore le maître ,
que ce François étoit jeune , bien fait ,
&tant ſoit peu étourdi.... Mais ne parlons
que de votre fuite. Fut- elle heureuſe?
LA PRINCESSE AL...
Plus que je n'ofois l'eſpérer. Un déguiſement
bien choiſi nous fit échapper
à toutes les recherches. Mon libérateur
m'amena dans ſa patrie. Il n'y jouiſſoit
pas d'une grande fortune , & il ne me
reſtoit de toute la mienne qu'un titre
dont je n'ofois plus me parer. Il m'ime
portoit d'ailleurs de me ſouſtraire aux
regards de tous ceux qui pouvoient me
reconnoître. Nous prîmes le parti , mon
époux & moi....
TH. KOULI - KAN.
Votre époux !
LA PRINCESSE AL...
Qui ; j'avois épouſé mon libérateur.
Ти. KOULI - KAN.
Vous voyez , Princeſſe , que je n'aurois
pas perdu ma vigne,
AVRIL. I. Vol. 1775. 23
LA PRINCESSE AL...
J'eus à combattre un préjugé trop généralement
reçu en Europe; mais un ſentiment
plus vif me fourniſſoit des armes
contre lui. Il eſt des cas où la reconnois-
- ſance paroît ſi légitime ! mon bienfaiteur
n'exigeoit rien , & je l'en trouvois plus
digne d'obtenir ce qu'il ne demandoit pas.
Il avoit tout haſardé pour moi , & je n'avois
d'autre récompeuſe àlui donner que
moi - même. C'étoit la ſeule choſe que
m'eût laiffée la fortune. Mais celui à qui
j'en voulois faire le ſacrifice combattoit
ſes propres deſirs & les miens : il fon-
- geoit moins à l'état où il me voyoit réduite,
qu'au rang où il m'avoit vue élevée.
Enfin un médiateur plus pluiſſant
nous mit d'accord; ce fut l'Amour. In
ne connoît point les diſtinctions inventées
par la politique. Il aime à les rapprocher
; il ſe joue des conventions humaines
; & lorſqu'il parle fortement , il
- eſt rare qu'on écoute un autre langage.
TH. KOULI - KAN.
Votre Europe auroit grand beſoin de
prendre quelque leçons de notre Afie.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
Elle y apprendroit à ſe familiariſer avec
ces méfalliances , qui ne font point hors
de l'ordre , puiſqu'elles font dans la na
ture.
LA PRINCESSE AL...
1
Sans doute; mais preſque tout eſt con.
vention chez les humains. La beauté
certaines vertus , certains devoirs , certaines
bienféances ne font parmi eux que
l'effet de cette convention, Elles different
chez différens Peuples comme les productions
des climats qu'ils habitent. Mais
j'avois à craindre autre choſe que le blame;
il falloit me ſouſtraire aux recher.
ches d'un ennemi puiſſant. Il falloit , de
plus , me fouftraire , mon époux & moi ,
aux horreurs de l'indigence. Il obtint un
emploi honorable dans les Troupes que
la France envoyoit aux Indes. Je le fuivis
; j'affrontai avec lui les dangers que
l'on court fur ces mers immenfes qui féparent
l'Europe de l'Aſie, Arrivés dans
ces lieux , fi nouveaux pour moi , mon
époux eut d'autres périls à braver. Il y
trouva la mort ; il périt dans un combat
livré aux Anglois. Jugez de ma cruelle
ſituation ! étrangere , ignorée , hors d'état
ε
AVRIL. I. Vol. 1775. 25
de me faire connoître , intéreſſée même
à ne pas être connue , j'éprouvrai toutes
les atteintes de l'infortune , ſans entrevoir
aucun remede à mes diſgraces. Le
préſent m'effrayoit , l'avenir n'offroit à
mon eſprit qu'un nouvel abyſme. J'enviois
le fort des humains les plus abjects ,
&j'aurois voulu pouvoir le partager. II
ne me reſtoit de toutes mes grandeurs
que l'impuiſſance de pouvoir deſcendre
aux derniers rangs .
TH. KOULI-KAN.
J'avoue que ce récit m'intéreſſe. Quel
parti prêtes-vous enfin ?
LA PRINCESSE AL...
Celui de m'expoſer encore à l'inconstance
des mers & des événemens . Mon
fort me réduifſoit à tout braver. Je revins
en France. J'y ſubſiſtai d'une modique
penſion que me valut la mort de mon époux.
J'y vécus perpétuellement inconnue.
Un jour cependant queje meprome-
- nois dans le magnifique jardin des Rois
de France ( 1 ) , j'y fis une rencontre qui
7
(1 ) Aux Tuileries .
BS
26. MERCURE DE FRANCE.
penſa dévoiler mon incognito. Ce fut
celle du célebre Maurice de Saxe , ce Général
qui fit tant de bruit dans le monde ,
quelques temps après que vous l'eûtes
quitté. Il m'avoit vue à Moſcou ; il me
reconnut à Paris. Je cherchai en vain à
m'eſquiver ; il m'aborde & me témoigne
fon étonnement. Il falloit me dé.
barraſſer de ſes queſtions: je lui aſſignai
un autre jour & un autre lieu pour y répondre.
1
TH. KOULIKAN.
Il fut fans doute exact au rendez- vous,
LA PRINCESSE A L...
Je l'ignore ; le rendez vous n'étoit que
fimulé. Je ne voulois point de confident
d'une ſituation qui ne pouvoit plus changer.
Il eſt vrai que mon ennemi n'existoit
plus ; mais le préjugé que j'avois bravé
ſubſiſtoit toujours. Je ne me repentois
, ni ne voulois m'accuſer de rien.
J'étois réfolue de finir dans l'obſcurité
une carriere qui eût été plus heureuſe , ſi
je l'euſſe commencée avec moins d'éclat.
AVRIL. I. Vol. 1775. 27
y
TH . KOULI - KAN.
Ne deviez - vous pas craindre de nouvelles
rencontres ?
1
LA PRINCESSE AL....
Je pris de nouvelles précautions pour
m'y fouſtraire. Je me retirai dans un village
voiſin de la capitale (1) ,& habité par
des humains qui ne ſoupçonnent point la
grandeur où elle ne ſe montre pas . J'y
vécus , oubliée de toute la terre , & oubliant
moi- même qu'on pût y jouer un
plus grand rôle. En un mot, je trouvai
le repos dans ma retraite ; &, dans une
poſition telle que la mienne , c'étoit y
trouver le bonheur
TH. KOULI -KAN.
Pardonnez ; je crois difficilement à ce
bonheur ſi tardif. Il en eſt des grandeurs
comme de certains climats , qu'on ne
quitte pas impunément , lorſqu'on y eſt
né , qu'on n'habite pas impunément ſi
l'on naquit loin d'eux.
(1) Le village de Vitry.
28 MERCURE DE FRANCE.
LA PRINCESSE AL...
Le repos eſt pour l'ame ce que la bonté
du climat eſt pour le corps. Je me
rappellois mes grandeurs paſſées comme
on ſe rappelle un fonge pénible & douloureux.
L'inſtant du réveil eſt toujours
accompagné d'un ſentiment de joie, Vous
ne jouîtes point de cet inſtant ; votre
ſonge ne finit qu'avec vos jours.
TH. KOULI - KAN.
J'aurois voulu pouvoir le prolonger.
Tout est fonge dans la vie , & il vaut
encore mieux rêver qu'on eſt le Maître
d'un vaſte empire , que de ſe croire l'Esclave
de quelque petit Deſpote.
LA PRINCESSE AL ...
Au fond , je crois la choſe aſſez égale ;
mais voyez à quoi tient le repos de la
terre & le bonheur des indiviuus qui l'habitent.
L'aſie eût été bien moins troublée
ſi vous n'euſſiez jamais quitté votre village
, & ma vie eût été bien plus heureuſe
fi j'avois plutôt habité le mien.
Par M. de la Dixmerie.
AVRIL: I. Vol: 17753 29
1
EPITRE à un de mes Amis , auffi conſtant
que malheureux dansses amours.
T
E voilà , nouveau Celadon ,
Toujours plus tendre & plus fidele :
Jamais les rives du Lignon
N'avoient vu de flamme ſi belle ;
Auſſi que ne naiſſois - tu là ?
L'Amour t'eût donné la couronne.
Et de ces beaux ſentimens -là
Aucun en France ne la donne.
Y ſonges-tu ? Ne vif , charmant ,
Le François ne doit l'art de plaire
Qu'à ce rayon de ſentiment ,
Cette étincelle & légere
Qui brille & meurt au même inſtant.
Le coeur eſt une fleur naiſſante
Qu'entrouvre une douce chaleur : ..
Quand elle devient trop ardente ,
On voit foudain languir la fleur ;
Mais un léger ruiſſeau qui coule ,
Bondit & gazouille à l'entour ,
Vient tempérer les feux du jour.
L'inconſtance eſt le flot qui roule
30 MERCURE DE FRANCE.
Pour calmer les feux de PAmour.
Pauline eut ton coeur ; à Julie
Cours à l'inſtant porter tes veus :
Ah ! pour plaire à Nymphe jolie ,
C'eſt un titre bien précieux
Qu'une Beauté déjà trahie.
Te voilà donc tout réformé.
Moins raisonnable & bien plus ſage ,
Moins aimant & bien plus aimé;
Tu vas déſormais faire rage.
Trifte , languiſſant , abattu ,
Le reſpect rampe aux pieds des Bellesa
L'Amant qui veut triompher d'elles
Doit croire moins à leur vertu
Leur coeur , en cherchant à paroître
Ce qu'au fond il dément tout bas ,
Haïroit trop de nous voir être
Comme elles voudroient n'être pas
Julie auroit la fantaiſie
D'un coeur conſtant dans ſes amours
Mais en est - il ? Promets toujours ,
Jure de l'aimer pour la vie.
A quoi t'engagent des fermens ?
Le vent les porte ſur ſes atles.
Le Ciel punit - il les Amans
Pour n'avoir pas été fideles ?
A vingt Déeſſes tour à tour
AVRIL. I. Vol. 1775. 3
(Prenons Jupiter pour modele)
Il fit mille fermens d'amour
Qu'il oublia le même jour
Aux genoux de quelque Mortelle .
Hercule , de grand ſentiment ,
Se piqua-t- il auprès d'Omphale ?
Iole encor l'eut pour Amant.
Phoebus garda-t-il ſon ſerment ?
Mars aima Vénus tendrement ;
Vénus eut plus d'une rivale.
On peut , en imitant les Dieux ,
Ne pas rougir d'être coupable.
En amour , qui trompe le mieux ,
Fut de tout temps le plus aimable.
Dès que ta conquête ne tient
Qu'à quelque peu de perfidie ,
De plein droit elle te revient ;
Et l'uſage t'acquiert Julie.
Mais comment tromper les jaloux
Qui , nuit & jour , en ſentinelle ,
De douze clefs , de vingt verroux
Arment une porte cruelle ?
Sur ſes gonds , comment ébranler
Sa maſſe lourde & gémiſſante ?
L'Amour , que Julie y conſente ,
D'un ſeul doigt la fera rouler.
Argus , vos foins nous font utiles ;
Nous nous plaignons à tort de vous :
32
MERCURE DE FRANCE.
Rendez les plaiſirs difficiles ,
Il n'en feront que bien plus doux
Et les Nymphes bien plus dociles .
Eh ! qui pourroit nous réſiſter
Quand l'Amour ouvre le paſſage ?
Argus , frimats , nuit , vents , orage ,
Que rien ne puiſſe l'arrêter.
Vénus hait les coeurs fans courage ,
Et ſes faveurs font le partage
De ceux qui ſavent tout tenter
A Aix. Par M. d'Hermite de
Maillane.
BOSI ; Conte tiré d'un Auteur Turc.
Bosi , né avec le caractere le plus heureux
, l'ame la plus ſenſible , les ſentimens
les plus diftingués , ſembloit n'avoir
rien à déſirer. Il comptoit pour Aïeux
pluſieurs Muſulmans , qui , par leurs lumieres
, s'étoient illuſtrés à Stamboul. Ce
qui fur-tout lui faisoit beaucoup d'honneur
, c'étoit d'être d'une famille dont
aucun des membres , depuis un temps
immémorial , n'avoit eu la foibleſſe de
rire. Une aiſance honnête le tenoit élevé
au deſſus des malheureux qui rampent
dans
AVRIL. I. Vol. 1775. 33
i
১
dans la pouſſiere. Il vivoit retiré dans
une terre éloignée du fracas de la ville
& du ſiege du deſpotiſme ; & , pour le
récompenſer de ſa vertu , le divin Pro-
> phete verſoit ſur lui la roſée de ſes faveurs.
Le deſtin voulut l'éprouver par
quelques tribulations. Un injuſte voiſin
s'empara de ſes biens , le maltraita & le
chaſſa de fa maiſon. Pénétré de douleur ,
il conſulta des Sages qui lui donnerent
des avis dont l'exécution étoit impoſſible.
Il conſulta ſes amis , qui ne purent que
mêler leurs larmes aux ſiennes. Enfin il
conſulta ſes parens. Ceux- ci lui avouerent
qu'un de leurs proches nommé Mous-
• ſouw , etoit parvenu au rang de Bacha à
trois queues , en achetant , par des basſeſſes
, l'amitié du petitAli ; que ce petit
Ali étoit un compagnon de débauches
de l'Empereur Bajazet II , ſur l'eſprit dus
quel il avoit un afcendant incroyable.
On lui ajouta qu'il fereit bien de recourir
à Mouſſouw pour obtenir une prompte
*juſtice. Boſi refuſa d'abord d'employer à
une auſſi belle oeuvre un homme parvenu
* à un dégré de fortune auſſi éminent , par
› des moyens auſſi bas. Jeune homme ,
lui dit un vieillard ,le fumier fait pousfer
les roſes , & ſouvent Dieu ſe ſert
"
"
ود
C
34 MERCURE DE FRANCE.
"
"
"
du vice pour faire triompher la vertu.
Hâte-toi d'aller trouver Moufſouw ,&
ne néglige rien pour obtenir la punition
de ton voiſin. Si tu lui pardonnes
,, pour toi-même (ce dont je ſuis perſua-
,, dé) je te défends de lui pardonner pour
ود
" la fociété". Boſi obéit. S'appuyant fur
un gros bâton noueux ,il ſe met en chemin
&arrive à Stamboul. Il ſe préſente chez
Mouſſouw , s'annonce comme ſon parent.
On dit à Mouſſouw qu'un homme
feul , venant à pied, de fort loin , à l'audace
de demander à lui parler en qualité
de parent. , Mes parens ,s'écria le Bacha
„ à trois queues , quand ils voyagent , ont
,, une nombreuſe eſcorte ; ils montent
" des chevaux qui ont tous plus de 300
,, ans de nobleffe , & leurs pieds , rougis
„ du ſang du peuple ,ne foulent que des
,, tapis de pourpre.Qu'on chaſſe donc cet
,, homme , je ne veux pas le voir" .
"
"
Boſi fut frappé de cette réponſe comme
d'un coup de foudre ; ,, Ovieillard !
dit- il à l'inftant , quel conſeil m'as - tu
donné ! Si de pareils refus outragent
le dernier des hommes , lorſqu'ils proviennent
d'un étranger , combien ne
doivent - ils pas être ſenſibles pour une
ame noble qui les fouffre d'un parent ? "
ود
وو
"
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 35
>
}
Bofi au défeſpoir , réſolut d'obtenir
juſtice de l'Empereur même. En effet il
faiſit l'inſtant où Bajazet va le matin à la
Moſquée: il fend les rangs des Janiſſaires
, il ſe jette aux genoux du Prince &
lui expoſe en peu de mots ſes fujets de
plainte , tant contre ſon voiſin que contre
fon parent. Bajazet étoit juſte quand
il étoit de ſang-froid: Leve-toi , dit-il à
Boſi ,& va- t -en chez tois Boſi ſe leve ,
s'éloigne avec précipitation , arrive dans
fa terre. Le premier objet qui ſe préſente
= à ſes yeux eſt fon voiſin pendu vis-à-vis
fa porte. ,, Je trouve l'arrêt trop févere ,
,, s'écria le vertueux Musulman ; il n'étoit
3, pas mon parent , on pouvoit efpérer
,,, de lui quelque retour". En entrant dans
ſa maiſon il apperçoit Mouſſouw qui
étoit auſſi pendu : ,, Cette punition eſt
,, juſte, dit alors Boſi: car un tel parent
, ne pouvoit être qu'un monſtre".
Par M. de Lamoligniere.
C2
30 MERCURE
DE FRANCE,
EPITRE à Mademoiselle de P *** , en
lui envoyant un Recueil de vers.
R
ECEVEZ P *** le galant breviaire
Que les neuf Muſes ont dicté ;
Vous y lirez maint cantique chanté
Par les Amours au Temple de Cythere .
Lorſqu'en le feuilletant j'y trouvois les portraits
De Zirphé , de Zélis ou d'une autre Bergere ,
Je me diſois : elle a bien plus d'attraits
La Beauté qui ſait tant me plaire :
Aufſi , pour mon malheur , elle eſt bien plus ſévere.
Ma conſtance , mes foins ne peuvent l'attendrir ;
Elle rit de mes pleurs , s'offenſe d'un ſoupir ;
Un ſeul de mes regards excite ſa colere.
*Amant délicat & difcret ,
J'ai vu deux fois la tendre tourterelle
Céder aux doux tranſports de ſon oiſeau fidele ,
Et repeupler cet antique boſquet ;
Où chaque jour , quand la triple Immortelle
Sous les loix du fommeil enchaîne les humains ,
Je vais gémir des rigueurs de ma Belle ;
Cet antique boſquet où mes tremblantes mains
Ont tracé fi ſouvent le nom de la cruelle .
J'ai vu deux fois la ſaiſon des Amours
Ramener en ces lieux Zéphyr & les beaux jours ;
Deux fois j'ai vu tous les êtres ſenſibles
९
AVRIL, I. Vol. 1775. 37
}
3
>
S'enflammer & s'unir ſur ces rives paiſibles ,
Et , fortunés par lui , célébrer le printemps .
Tout s'eſt renouvelé ſous l'empire de Flores
Et moi ſeul , embraſé du feu qui me dévore ,
Je ſuis reſté toujours en proie à mes tourmens .
Dieu de Paphos , pour prix de ma conſtance ,
Adoucis s'il ſe peut ſa fiere indifférence,
Sous le chever de P ...
Vas dépoſer ce volume chéri,
Des plus belles chanſons fais lui noter la page :
D'Imbert ou de Dorat les chants harmonieux ,
L'attendriront peut- être en lifant cet ouvrage.
Saiſis avec ardeur ce moment précieux.
Dis lui : „ Si ton Berger ne ſauroit faire entendre
Des actens auſſi doux , auſſi mélodieux ;
"
39 S'il ne peut égaler ces Poëtes heureux ,
»Aucun d'eux n'eut un coeur plus ſenſible &plus tendre" .
Par M. de Bellerie .
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
ELÉGIE DE TIBULLE.
P
Divitias alius.
our l'avare mortel que l'or ſeul ait des charmes ,
Qu'il entaſſe à fon gré ce métal précieux ;
Jamais il ne jouit , il vit dans les alarmes :
Le ſommeil fuit loin de ſes yeux.
Dans le ſein du repos je puis couler ma vie ,
Et dans ma pauvreté goûter un fort heureux ;
Si de fruits chaque jour ma corbeille eſt remplie ;
Si Bacchus répond à mes voeux.
Je ne rougirai point de travailler ma vigne ,
D'apporter au bercail le chevreau délaiſfé.
Palès , de tes bienfaits ſi tu me trouves digne ,
Un lait pur te ſera verſé.
Soit qu'un marbre pompeux nous offre ton image,
Soit que par un tronc vil tes traits ſoient reproduits ,
O Déeſſe des champs ! je te ferai l'hommage
Des prémices de tous mes fruits .
Suſpendons , O Cérès ! aux parvis de ton Temple
Les épis des moiſſons , en couronne treſſes ;
Et que dans mes vergers , Priape , on te contemple
Parmi les oiſeaux diſperſés .
AVRIL, I. Vol. 1775. 39
Vous , jadis les gardiens d'un plus riche héritage ,
Mes Lares agréez ce modique préſent :
Un agneau , de mes voeux ſera l'unique gage ,
Tribut d'un mortel indigent,
Exaucez- nous au bruit des chants de la jeuneſſe t
Nos vaſes ſont d'argile , ils font purs , l'age d'or
Ignoroit , comme nous , l'éclat de la richeſſe;
Les dons du coeur font un tréfor.
Pourſuivez les troupeaux qui vont courant la plaine ,
Loups cruels épargnez mes agneaux peu nombreux.
Je ne regrette point un plus vaſte domaine,
Ni l'or des lambris ſomptueux.
Sous un ruſtique toit , dans mon unique couche ,
Que je repoſe en paix, pauvre fans embarras ;
- Que j'entende gronder la tempête farouche ,
Serrant Délie entre mes bras !
Le calme eſt dans mon coeur , & l'Auſter en furie
Fait tomber de la nue un déluge bruyant ;
- Soyez riche , inſenſe qui perdez votre vie
Abraver Neptune écumant.
T
Je fais vivre de peu: le temps m'a rendu ſage.
Je paſſerai mes jours ſur le bord des ruiſſeaux ,
A l'abri du ſoleil , ſous un épais ombrage .
Flatté du murmure des eaux,
}
C4
40 MERCURE DE FRANCE.-
Périſſent les tréſors que le Pactole donne ,
Plutôt que mon départ afflige la Beauté !
Sois vainqueur , Meffala , ſuis le char de Bellone,
L'Amour ſeul me tient arrêté.
Que m'importe l'encens du ſtupide vulgaire
Délie , auprès de toi je trouve l'Univers ;
Près de toi je ſerai paſteur & folitaire ,
Et j'oublierai tous mes revers.,
Sur le ſimple gazon mon ſommeil eſt paiſible ;
L'Amour préfere-t il les fuperbes tapis ?
Délie eft avec moi ! par un charme invincible
Ces aſyles font embellis.
Quel eſt le coeur de fer qui , délaiſſant les Graces ,
Epris d'un fol eſpoir , cherche de vains lauriers ?
Et de Mars en fureur oſant ſuivre les traces ,
S'élance à travers les guerriers ?
Délie , & mes amours ! quand la Mort effrayante
Viendra près de mon lit pour frapper ton Amant,
Puiſſe je te preſſer de ma main défaillante ,
Et mourir en te regardant !
Tes baiſers & tes pleurs réveilleront ma cendre ;
Tu pleureras. Le Ciel , qui voulut te former ,
N'a point couvert d'acier ton coeur fidele & tendre ;
Délie eſt faite pour aimer.
Quand de jeunes Amans une foule éplorée
Gémira fur ma tombe en ce jour douloureux ;
T
AVRILI. Vol. 1775. 41
ל
7
Garde-toi de porter ta main déſeſpérée
Sur ton front , fur tes beaux cheveux.
Mais , le Ciel le permet , embraſfons-nous encore ;
Le voile de la mort trop tôt vient nous couvrir.
Au déclin de mes jours qui rejoindra l'aurore ?
Et pourrai-je aimer ſans tougir ?
Livrons-nous à Vénus , profitons du bel age ;
D'autres iront chercher de l'or & des exploits.
Charmé de tes attraits , content de mon partage ;
Je vois à mes pieds tous les Rois,
Par M. Marteau .
LE SOCLE ET LA STATUE.
Ο
Fable,
SES - TU t'égaler à moi ,
Diſoit au Socle une fiere Statue ;
Je porte mon front dans la nue ,
Et je poſe le pied ſur toi ;
Encore , trop heureux qu'un jour je ne t'écraſe.
Plus de douceur & moins d'emphase :
Il te ſied bien de m'inſulter ,
Etre foible , injuſte & fuperbe !
Si je ceſſois de te porter
Je te verrois bientôt ſous l'herbe.
..
Par M. Feutry.
Cs
42 MERCURE DE FRANCE.
1 QUATRAIN.
Pour être mis au bas d'un Portrait deM.
l'Archevêque Duc de C *** , Prince du
Saint - Empire.
D'UN 'UN aimable Paſteur la douce piété ,
La vertu , les talens , l'eſprit & la bonté ,
De nos derniers neveux ont mérité d'avance
L'amour , l'eſtime & la reconnoiſſance
• Pluſieurs ſervices rendus a la Province & aux Eglifes
de laT...
Par M. B. de R..
:
AVRIL. 1. Vol. 1775. 43
1
3
EPITRE à une jeune femme qui exigeoit
qu'on n'eût pour elle que de l'amitié.
DELPE ELPHIRE à ta morale auſtere
En vain je veux m'accoutumer.
Il eſt aufli par trop ſévere .
De me défendre de t'aimer.
Şans que la plus ardente flamme
T'inſpire la moindre pitié
Tu voudrois qu'on n'ouvrſt fon ame
Qu'au ſeul plaiſir de l'amitié ;
C'eſt pour une ſexagénaire
Qu'eſt fait un pareil ſentiment :
D'une femme en age de plaire ,
L'Ami toujours devient l'Amant.
Ah ! crois que tout ce qui reſpire
Reconnoit les loix de l'Amour ;
Crois que toi-même à ſon empire
Tu te ſoumettras à ton tour.
Rien ne peut égaler ſes charmes :
Unique ſource du bonheur ,
Au ſein même de ſes alarmes
Il eſt encor quelque douceur.
Redoutes pourtant fa colere ,
Crains les foudres qu'il peut lancer ,
En vain on reſſemble à ſa mere
Si l'on ne craint de l'offenſer.
Protecteur des Amans fideles ,
44
MERCURE DE FRANCE,
Il eſt encor moins irrité
De l'inconſtance dans les Belles
Que de l'inſenſibilité.
Renonce donc à ſyſtème ,
Soit par crainte ou par ſentiment :
Et crois que le bonheur ſuprême
Ne peut ſe trouver qu'en aimant.
"
1
Par M. le Seurre de Muſſey.
LA PROSPÉRITÉ ET L'ADVERSITE.
Allégorie traduite de l'Anglois.
LAA Providence envoya un jour deux de
ſes filles , la Proſpérité & l'Adverſité ,
chez un riche Marchand nommé Vélasco
, qui demeuroit à Tyr , capitale du
Royaume de Phénicie.
Vélaſco avoit deux fils , Félix & Uranio.
Tous deux , deſtinés au commerce ,
avoient reçu une éducation proportionnée
à la fortune de leur pere , & avoient
paſſé leur enfance dans l'amitié la plus
intime ; mais l'Amour , devant qui toutes
les affections de l'ame diſparoiſſent comme
les traces d'un vaiſſeau ſur l'Océan ,
trouva bientôt le moyen de les déſunir.
Ils furent tous deux au même inſtant enflammés
par les charmes de Prospérité ;
AVRIL. I..Vol. 1775. 45
1
la Nymphe , ſemblable aux filles des
hommes , flattoit en particulier leurs es
pérances , mais déclaroit en public qu'elle
ne pouvoit prendre aucun engagement
> que ſa ſeur , de qui , diſoit- elle , elle ne
pouvoit être long- temps ſéparée , ne fût
mariée en même temps.
Vélaſco s'apperçut bientôt de la paſſion
de ſes fils , & craignant tout de leur violence
, il voulut en prévenir les ſuites ;
il les contraignit , par ſon autorité , à
ſouffrir que le fort décidât de leurs prétentions
; chacun d'eux s'engagea par un
ferment ſolemnel à épouſer la Nymphe
qui lui tomberoit en partage. Les lots
furent tirés. Proſpérité devint la femme
de Félix , & Adverſité échut à Uranio .
Peu de temps après la célébration de
ces deux mariages , Vélaſco mourut , ayant
légué à ſon fils aîné la maiſon où il
demeuroit , avec la plus grande partie de
ſes biens.
Félix étoit ſi enchanté & fi orgueilleux
de la beauté de ſa femme , que les plus
riches habits & les perles du plus grand
prix furent employées à en relever l'éclat.
Il lui bâtit un palais magnifique ſur les
débris de la maifon modeſte de ſon pere ;
détourna à grands frais une riviere pour
embellir ſon jardin , & en orna le rivage
46 MERCURE DE FRANCE.
de pavillons ſuperbes. Il recevoit à fa
table la Nobleſſe la plus diſtinguée , fai
foit à ſes convives la chere la plus délica
te, réjouiffſoit leurs oreilles par une muſique
délicieuſe , & leurs yeux par la plus
grande magnificence. Bientôt il ne regarda
plus ſes parens les plus proches&
ſes amis les plus intimes que comme des
étrangers ; & fon frere même, devenu
pour lui un objet de mépris , reçut ordre
de ne ſe plus préſenter à ſa porte.
Mais comme l'eau qui forme un grand
canal ſe perd dans les vallées , ſi elle n'eſt
pas contenue par une digue ; de même la
fortune la plus conſidérable eft bientôt
diſſipée quand elle n'eſt pas confervée par
une ſage économie. En peu d'années les
biens de Félix furent altérés par fes extravagances
; ſes marchandises lui man
querent , faute de foins & d'exactitude ,
& ſes meubles furent ſaiſis par les mains
impitoyables de ſes créanciers. Il s'adresfa
dans fa détreſſe aux Nobles qu'il avoit
fêtés & accablés de préfens ; mais il n'en
put rien obtenir quelques- uns même ne
ſe rappelerent pas exactement ſes traits
fes amis , qu'il avoit négligés , le mépriferent
à leur tour ; & fa femme elle-même
inſulta à ſa miſere , & le quitta , après lui
avoir reproché ſes prodigalités. Cepen
AVRIL I. Vol 1775. 47
dant il en étoit fi fortement épris qu'il la
ſuivoit encore; mais Proſpérité, voulant
le fuir avec précipitation, laiſſa tomber
fon maſque & lui découvrit un viſage
auſſi difforme que, ſous le maſque , il l'avoit
trouvé charmant.
Onne fait pas précisément ce qu'il devint
enfuite. On croit qu'il erra dans l'Egypte
, où il vécut miſérablement des ſecours
de quelques amis qui ne l'avoient
pas entiérement abandonné , & qu'il mourut
peu de temps après dans la pauvreté&
dans l'exil..
Retournons maintenant à Uranio, que
nous avons vu chaſſé par ſon frere. Adverſité
, quoiqu'elle ne fût qu'un objet de
haine pour fon coeur& un ſpectre hideux
à ſes yeux, ſuivoit par-tout ſes pas ; pour
aggraver ſon malheur , il reçut la nouvelleque
ſonplus riche vaiſſeauavoit été pris
par un Pirate ; qu'un autre avoit fait naufrage
ſur les côtes de Lybie ; & , pour
comble d'infortune , que le Banquier fur
lequel la plus grande partie de ſes biens
étoit placée , venoit de faire banqueroute
& de ſe retirer en Sicile. Ramaſſant alors
les foibles reſtes de ſa fortune , il abandonna
ſa patrie , &, ſuivi par Adver
fité , à travers des routes défertes & des
48 MERCURE DE FRANCE.
forêts inconnues ; ils arriverent dans un
petit village , ſitué au pied d'une haute
montagne. Là ils fixerent pour quelque
temps leur habitation ;&Adverſité , pour
diminuer les maux qu'il avoit foufferts ,
adouciſſant la ſévérité de ſes regards , lui
donnoit les conſeils les plus falutaires ,
guériſſoit ſon coeur de l'amour immodéré
des biens de la terre , lui apprenoit à révérer
les Dieux & à placer tout fon bonheur
dans leur protection. Elle humanifoit
fon ame , le rendoit humble & modeſte
, compâtiſſant aux maux de ſes ſemblables
, & l'engageoit à les ſecourir.
"
ود
و د
و د
وو Je ſuis , diſoit-elle , envoyée par les
Dieux à ceux qu'ils chérifſſent : car je
les conduis non - feulement , par ma
ſévere diſcipline , à la gloire éternelle ;
mais auſſi je les diſpoſe à recevoir ,
„ avec les plus grands tranſports, la joie
la plus légere. Ce fut moi qui élevai
les caracteres de Caton , de Socrate&
de Timoléon à cette hauteur preſque
divine, qui les rendit l'exemple des
fiecles futurs. Proſpérité , ma flatteuſe
mais perfide ſoeur , ne réduit que trop
ſouvent ceux qu'elle a ſéduits à être
ود
د
و د
"
,, punis par ſes cruels compagnons , le
,, Chagrin
AVRIL. 1. Vol. 1745. 45
ور
ود
;; Chagrin & le Déſeſpoir ; tandis que
,, l'Adverſité ne manque jamais de ren-
,, dre heureux & tranquilles ceux qui
,, profitent de ſes inſtructions. "
ور
"
وو
Uranio écoutoit ces mots avec atten
tion , & regardant le viſage d'Adverſité ,
il lui ſembloit moins affreux. Peu- à- peu
fon averſion diminua : enfin il s'abandonna
entiérement à ſes conſeils. Elle lai
répétoit fréquemment cette ſage maxime
d'un Philofophe : Ceux qui manquent
3, des plus petites choſes reſſemblent le
,, plus à la Divinité , qui ne manque de
;; rien. Elle l'exhortoit à regarder là
foule conſidérable d'êtres qui végétoient
au- deſſous de lui , au lieu de conſidérer
le petit nombre de ceux qui vivoient dans
la pompe & dans la ſplendeur , & de demander
aux Dieux , à la place des riches
ſes & des grandeurs , un eſprit ſage &
vertueux ,& une ame ferme & inaltérable.
Adverſité voyant de jour en jour , Uranio
profiter de ſes leçons , & le trouvant
dant l'état de réſignation où elle le deſiroit
, lui adreſſa ce diſcours: ,, Ainſi que
,, l'or, eſt rafiné par le feu , l'Adverſité
,, eſt envoyée par la Providence pour
;; épurer la vertu des mortels ; ma tâche
رد
D
50
MERCURE DE FRANCE,
:
1
, eſt remplie , je vous quitte & je vais
,, rendrecompte de ma commiffion. Vo-
ود
ود
tre frere , qui eut la Proſpérité pour
ſon lot , & dont le fort étoit envié de
,, tout le monde , après avoir fait l'expé-
„ rience de ſon choix , eſt enfin délivré
,, par la mort, de l'exiſtence la plus mal-
ود
1
heureuſe. C'eſt un bonheur pour Ura-
„ nio que l'Adverſité ait été ſon partage;
s'il t'en fouvient , comme il le doit , ſa
„ vie ſera honorable & fa mort heureuſe
&tranquille."
ود
"
Après avoir dit ces mots , elle diſparut
à ſes yeux. Quoique ſes traits en ce
moment , au lieu d'inſpirer l'horreur accoutumée
, ſemblaſſent faire briller une
forte de beauté douce & languiſſante ,
Uranio , qui n'avoit pu parvenir à l'aimer,
ne regretta point fon départ& ne defira
point fon retour; mais , quoiqu'il ſe réjouſt
de ſon abſence , il conferva précieufement
ſes conſeils au fond de ſon coeur ,
&devint heureux en les pratiquant.
Il ſe remit dans le commerce ; &
ayant en peu d'années , par ſa bonne conduite
, amaſſé un bien ſuffiſant pour fatisfaire
aux beſoins de la vie, il ſe retira
dans une petite ferme qu'il avoit
AVRIL. I. Vol. 1775. 51
٤
achetée , & ſe propoſa d'y finir ſes jours.
Il y employoit le temps à cultiver ſes
) terres & fon jardin, à réprimer ſes pasſions
, & à mettre en pratique les leçons
d'Adverſité. Il paſſoit tous ſes momens
de loiſir dans un petit hermitage qu'il
avoit pratiqué au fond de ſon jardin ſous
un boſquet d'arbres touffus . entourés de
lierre & de chevrefeuil, & où un ruisſeau
, qui tomboit d'un rocher voiſin ,
formoit un bain délicieux. On lifoit ces
mots gravés fur la porte:
"
و د
Sous ce toit couvert de mouffe ha-
,, bitent la vérité , le contentement , la
liberté & la vertu. Dites moi, vous
3, qui ofez mépriſer cette heureuſe retraite
, quels palais magnifiques vous
, procurent des biens plus réels ?"
و د
Il parvint dans cet aſyle juſqu'à un
âge très avancé , & mourat honoré &
regretté de tous ceux qui le connoiffoient:
Par M. Simoneau.
Da
52 MERCURE DE FRANCE.
VERS à Madame de Montanclos , Auteur
du Journal des Dames.
L'AMOUR, fier de donner des loix
Aux mortels même les plus ſages ,
Calculoit au bout de ſes doigts
Et le nombre de ſes exploits ,
Et le produit de tant d'ouvrages ;
Lorſque la Déeſſe aux cent voix ,
Portant trompette en bandouilliere ,
En ſon vol , brillante & légere ,
Fendit les airs rapidement.
Où courez- vous , belle Déeſſe ?
Dit l'Amour en la pourſuivant;
Toujours quelqu'affaire vous preſſe :
Arrêtez-du moins un moment.
La Déeſſe , non complaiſante ,
De ce diſcours fit peu de cas ;
Dans fa courſe , l'indifférente ,
Loin d'arrêter , doubla le pas
Mais , à ſon gré , l'Amour, déroute
Celle qui penſe l'éviter ;
En le fuyant , ſans s'en douter ,
On le retrouve ſur ſa route.
Auſſi le petit Dier. lutin
Dont ſe croyoit bien éloignée
م
AVRIL. I. Vol. 1775. 53
La dédaigneuſe Renommée ,
De nouveau barra fon chemin .
Eh ! quelle eſt donc cette humeur noire
Alors que je vous fais ma cour ?
Reprit malignement l'Amour ;
Je ſuis preſque tenté de croire
Que vous me trouvez dangereux.
Comme votre air eſt ſoucieux !
Auriez -vous donc à la Victoire
A reprocher des faits honteux ?
Eſt- ce que vous boudez la Gloire ?
On fait plus d'ingrats que d'heureux,
Heureux par vous ! quel avantage !
En est- il à lui préférer ?
Et ne l'être pas , quel dommage !
On pourroit s'en déſeſpérer.
Ce mielleux & doux langage
Parut ſans doute un perfifflage ;
Mais la Déeſſe s'arrêta ,
Et redoutant qu'un ton ſévere
Ne piquât l'enfant de Cythere ,
Doucement elle ripoſta :
Non ; je ne veux mal à perſonne ;
Avec la Gloire en paix je vis ,
Et tout le bien dont je jouis
Vient des conſeils qu'elle me donne.
Mais puiſqu'au plus charmant des Dieux
J'ai le flatteur eſpoir de plaire ;
En lui dévoilant un myſtere
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Dont il me ſemble curieux ;
Sans différer je vais l'inſtruire ;
S'il daigne à mon projet ſourire ,
Il me fera plus précieux.
Il faut qu'aux Faſtes du Génie
Soit infcrit glorieuſement
Certain Journal intéreſſant
Qu'en France aujourd'hui l'on public,
L'eſprit , les Graces , l'Harmonie ,
La Décence & le Sentiment
Ont prononcé ce jugement.
Je vais au Temple de Mémoire
Chercher la Muſe de l'Hiſtoire ,
Puis l'une & l'autre , à qui mieux mienx
Nous exalterons la gloire ;
Et tous ces hommes envieux ,
Dont la brigue eſt infatigable ,
Verront enfin qu'un ſexe aimable
Peut s'élever auſſi haut qu'eux.
Ah ! dit l'Amour , rien n'en ſi ſage
Que ce dont vous vous aviſez:
Celle que vous préconiſez
A droit de même à mon hommage,
Mais c'eſt peu de la protéger ;
Vous êtes d'un ſi bon exemple ,
Montons enſemble juſqu'au Temple
Je prétends auſſi l'obliger :
Je veux , pour lui prouver mon zele
Que Clio , quittant le burin ,
in
L
AVRIL . I. Vol. 1775. 55
Arrache de ſa propre main ,
L'une des plumes de mon aile ;
Et que , fur un velin , traçant
En caractere inaltérable ,
De cette femme inimitable
Le nom , les graces , le talent ,
On life: Ces charmans ouvrages
Ont acquis l'immortalité,
Et telle aussi fut sa beauté ,
Qu'elle eetraina tous les suffruges.
Ainsi , Muſe , Déeſſe , Amour
Ont deſiré , divine Hortenfe ,
Vous éterniſer, ſans retour ;
Mais ce n'eſt pas leur complaiſence
Qui ſeule alluma leurs tranſports ;
Croyez qu'à l'envi l'un de l'autre ,
Ils ont fait bien autant d'efforts
Pour leur honneur que pour le vôtre.
CLO
D4
56 MERCURE DE FRANCE.
L'ANE , LE LION ET LE LOUP.
Fable imitée d'une Nouvelle Italienne.
D
ANS l'Arcadie autrefois habitoit
Martin Aliboron , fleur de la race Aſine :
Sur ſon dos un Meunier chaque jour infligeoit ,
D'un gros baton poueux mainte ſalve aſſaffine.
Jamais fourrage ou d'avoine un feul grain ,
N'adouciſſoient fon jeune & fon martyre :
Pour le grifon , nulle fête au moulin ;
Paille & chardons , ſeuls mets du pauvre Sire ,
Excorioient ſa gueule & lui laiſſoient la faim.
Las , excédé d'un si trifte régime ,
Voulant à ſes vieux jours aſſurer du repos ,
Martin rompt ſon licol , & , le bât ſur le dos
D'un mont voiſin eſcalade la cime ,
A l'inſtant qu'on alloit aggraver ſes travaux.
Le fugitif ne voit pas ſans envie ,
Des tréſors de verdure étalés ſous ſes pas;
Sur l'herbe , s'il oſoit , il prendroit ſes ébats.
Un clair ruiffeau l'invite ; mais , hélas !
Goûte-t'on le plaiſir où l'on craint pour la vie
L'Aurore avoit quitté les bras du vieux Titon :
L'Ane guette par- tout en battant la campagne :
Il ne s'arrête point qu'il n'ait mis la montagne
Entre ſon dos & l'énorme bâton .
Tha
2
AVRIL. I. Vol. 1775. 57
1
}
7
Anéanti par la marche accablante ,
Martin , d'une vallée enfiloit le ſentier .
Lorſqu'un Lion , à la gueule béante ,
Branlant ſa fiere queue , arrête le courſier.
Le miférable en fût mort d'épouvante ,
Si le Lion lui-même , effrayé du Rouffin ,
De ſa lugubre voix , de ſes amples oreilles ,
Pour lui nouveautés fans pareilles ,
Oubliant ſa fureur , n'eût dit : Beau pélerin ,
De quel droit , par tes cris , troubles -tu mon empire ?
Ignores- tu que tout ce qui reſpire
Craint ma, griffe & ma queue ; & que , Roi du vallon,
Lion je ſuis ? Et moi , dit l'Etalon ,
Archi- Lion je fuis , & crains peu les bravades;
Vois ſous ma queue un canon ; & foudain
Au curieux il lache vingt ruades ,
Et tout autant de pétarades.
Ami , dit le Monarque , alarmé du tocſin
Sonné par la maligne bête ,
Que l'adreſſe entre-nous , non le ſang ou la mort .
Décide à qui ſera cette belle retraite.
Vois ce foſſé: ſautons à l'autre bord.
Le Lion s'y lança comme un trait d'arbalete.
A toi , l'ami , dit- il à Dom Baudet.
L'Ane fait trois élans & fond fur un piquet ,
Où , par ſon bật , il pendoit comme un luſtre,
Pour le ſauver , ſon rival généreux
Vole au piquet & dégage le ruſtre.
Quel fut le grand- merci ? L'Anne malencontreux
Dit au Lion : maudite ſoir la bete !
D 5
58 1
MERCURE DE FRANCE.
Que ne m'y laiſſois- tu ? Ton humeur indiſcrete ,
Juré coquin , m'a ſevré d'un plaifir...
Pendu ſur le foſſé , j'eſſayois d'éclaircir
Laquelle peſe plus ou la queue ou la tête.
Le Lion lui replique : excuſe mon erreur ,
Mon zele m'excitoit à te ſauver la vie ;
Encore un tour d'adreſſe , auſſi digne d'envie ,
Du beau vallon te rendra le Seigneur.
Le couple s'achemine & ſe rend près d'un fleuve
Impétueux , large profond :
Le Roi des bois s'écrie : alerte Archi- Lion ,
Il nous faut faire', à la nage , une épreuve.
Prends , dit Martin , ſi tu veux les devans ,
T'en laiſſerai - je moins , pauvre fot , en arriere ?
Le Lion , comme un Daim , coupe droit la rivieres
Son émule , tranſi , n'oſoit entrer dedans ,
Tandis qu'à l'autre bord il ſéchoit ſa criniere.
Le défi ſe trouvant par malheur engagé ,
Le Baudet nage enfin , d'une allure affez, vive:
Il ſe croyoit déjà ſur l'autre rive :
Mais un tourbillon d'eau l'a bientôt fubmergé.
Il n'offre plus qu'un pied , puis la croupe ou la tête.
e
Le Lion , d'une part , ayant peur du canon ,
N'oſoit aider la dangereuſe bête ;
Vaincu par la pitié , dans le fleuve il ſe jette ,
Et , par un pied , réchappe Aliboron.
Apeine celui-ci ſe voit fur le rivage ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 59
Q'apostrophant le ſauveur de ſes jours ,
Avec un ton de dépit & de rage :
Scélérat , lui dit -il , faudra-t-il que toujours
Ames côtés , pour ma perte tu veilles !
Et fecouant auſſi-tot ſes oreilles ,
Il tombe des goujons : vois , dit- il , malheureux ,
Par cet eſſai quelle eût été ma pêche ,
Trattre , à qui je devrois fendre la tête en deux !
Maudit ſoit ton ſecours! fans toi , bête revêche ,
J'amenois ſur le ſable un peiſſon monstrueux.
Le Lion part , tout confus , pour le chaſſes
Il voit un Loup : compere , lui dit-il ,
Si tu ne veux y laiſſer ta carcaffe ,
Evite un animal gris , terrible & fubtil ;
Armé d'un gros canon , il foudroie , il afſomme
Tout ce quiil voit errer fur ces côteaux;
Il a voix de tonnerre & felle ſur le dos ;
Ce monftre, à longue oreille , Archi-Lion fe nomme.
Le Loup reconnut Pane àces divers fignaux.
C'eſt , dit- il , Monfeigneur , la bête la plus vile;
Je fais de ſes pareils un morceau journalier ;
Venez voir du maroufe augmenter mon charnier.
Le Sultan des forêts n'en eſt pas plus tranquille.
La peur , de tous les maux , eſt le pire à guérir.
Le Lion cede enfin : mais avant de partir ,
Pour que la fuite au Loup foit empêchée ,
Il veut que l'un à l'autre alt la queue attaché :
;
60 MERCURE DE FRANCE.
Unis ainſi , dit - il , allons vaincre ou périr.
Al'aſpect de Martin le coeur du Loup palpite ;
Il croit déjà fendre l'Ane en quartiers :
Mais fon lâche adjudant , fuyant à l'oppoſite ,
L'entraîne & le déchire à travers les halliers .
Le Lion perd un oeil que lui creve une ronce :
T'ai-je pas dit , bourreau , dit- il à ſon voiſin ,
Qu'Archi- Lion eſt terrible & malin !
Le Loup mourant ne fait point de réponſe,
Le monſtre a de nous vu la fin ,
Lui diſoit le Lion lui fermant la paupiere :
J'y laiſſe un oeil , & toi carcaffe entiere.
Je quitte le vallon fans en être envieux :
Heureux , quoique bleſſe , de revoir ma taniere !
Je laiſſe Archi- Lion régner ſeul en ces lieux.
Ce conte apprend qu'aux champs comme à la ville
Le ſol eſt en ingrats ; en faux braves fertile;
Que le Loup devoit fuir les avis d'un Tyran s
On voit dans le Lion , bravé par un émule
Tel qu'un Baudet , infolent , ridicule ,
Que l'audace au mérite en impofe ſouvent.
ParM. Flandy
$
AVRIL. 1. Vol. 1775. 61
AMadame LA RUETTE , fur fon retour
au Théâtre Italien en Février 1775 ,
après le rétabliſſement deſa ſanté .
CHAHHRAARRMMMAANTE Cantatrice , aimable la Ruette ,
Enfin te voilà donc rendue à nos defirs .
Viens , dédommage nous , ſonge que ta retraite ,
Néceſſaire à tes jours , nous coûta des plaiſirs .
Jouis de tes ſuccés; que ton jeu noble & tendre
S'anime aux doux accens d'un organe enchanteur ;
Le Public fatisfait , empreſfé de t'entendre ,
T'accordera toujours le prix le plus flatteur.
L
:
E mot de la premiere Enigme du volume
du Mercure du mois de Mars 1775
eſt la Fumée ; celui de la ſeconde eſt un
If, où se trouve fo ; celui de la troiſieme
eſt Crible. Le mot du premier Logogryphe
eſt Fauteuil , où l'on trouve eu ,
fat , if, lit , ail , fil , faute , feu , eau ,
ut , fa , la , filet , île , flûte , lia , autel ,
celui du ſecond eſt Chateau , ou ſe trouvent
chat & eau; celui du troiſieme eſt
Conscience , ou l'on trouve ſcience ; celui
du quatrieme eſt Canon , ou ſe trouve
anon.
62 MERCURE DE FRANCE.
L
ÉNIGME.
E luxe fut mon pere ,
La molleſſe ma mere ;
J'entends quant à l'invention ,
Non quant à l'exécution ,
Car , pour que je m'explique,
Je tiens l'exiſtence phyſique
De l'induſtrie ou , ſi l'on veut , de l'art ,
Qui me finit toujours par m'enduire de farda
Ma deſtination eſt de courir le monde
Sur terre &non for londes
Tantôt en l'air , mais plus ſouvent à bas,
De mon pied je ne fais jamais le moindre pass
On a chez moi porte & fenêtres :
Je mets fort à l'aise mes Maftres.
Je... Mais je dirois mon fecret,
Chut. Gardons le tacet.
A Rennes. Par M. de L. G.
AUTRE.
BON HENRI , de tes Sujets le pere !
Qui , toi , dont la mémoire à jamais fera cherey
AVRIL. I. Vol. 1775. 63
Sache que tu revis
Dans la perſonne de Louis ;
It que moi , qui toujours dans le champ de la gloire
T'accompagnai , volant à la victoire ,
Chez le beau Sexe auſſi
Je revis aujourd'hui ;
Avec la ſeule différence
Que de ton temps j'annonçois ta préſence
Et ta bravoure à tes vaillans ſoldats ,
Đàns là mêlée & le fort des combats ,
Au lieu qu'aujourd'hui chez les Belles ,
Dominant fur tous leurs atours ,
Par un emploi plus doux , je rallie autour d'elles
Les Ris , les Jeux & les Amours.
Par le même.
S
AUTRE.
I je n'agis jamais que dans l'obſcurité
En ſuis - je moins de grande utilité?
Non certes ; & chacun l'éprouve fréquemment :
Mais , loin d'y trouver mon bien-être ,
Souvent ma tête on ferre fortement ,
It , par fois , on me fait l'indigne traîteffent
De me jeter par la fenêtre.
Par M. B. L. de Tours.
64 MERCURE DE FRANCE.
A
AUTRE.
BIEN DES GENS , foit de jour ou de nuit ,
Mon voiſinage en toute faiſon nuit ;
Cependant je ne ſors jamais de ma demeure ,
Hors , quand le malheur veut , qu'à ma façon je meure.
Par le méme.
LOGOGRYPНЕ.
EMO
N plus d'un lieu , dans maint appartement ,
Chez les riches ſurtout , je fus toujours d'uſage:
De mon tout les deux tiers n'ornent point un viſage ,
Et la moitié ſous terre a ſon département.
Par le méme.
AUTRE.
MASCULIN , je tiens dans le ciel
Une place honorable ;
Féminin , je ſuis fur l'autel
Objet
AVRIL. I. Vol. 1775. 65
Objet très - reſpectable .
Du même genre enfin très - commune je fuis :
On me trouve par tout pays.
D'autres , du même nom , font rares , curieuſes ,
Et d'autres précieuſes . 4
D'autres prennent naiffance où l'on ne voudroit point,
Et font fouffrir au dernier point.
Il en eſt une autre attirante ;
Une qui ne fert que d'attente ;
Mais je finis par celle enfin
Qu'on cherchera toujours en vain.
Rennes. Par M. L. G.
J
AUTRE.
'AI deux moitiés. On voit dans la premiere
Un mois charmant & gracieux.
Dans la feconde , une écorce groſſiere ,
Reſte léger qui voiloit à tes yeux
L'aliment le plus ſain & le plus précieux.
Par M. Vincent , Curé de Quincy.
E
66. Mercure de France. ::
AIRdelaFausseMagie .
Musique deM.Grétry.
Allegretto:
C'estun étatbienpenible Que
ce-luid'unjeune cooeur,D'un coeur
timide&fenfible. Quefait taire
lapudeur: C'est un é- tạt
:
bienpenibleQue celui d'un :
Adagio.
jeu .
comepprriinma.
-- ne cooeur,D'un coeur -----
timide &fen-fible, Que fait :
Arril. 1775 .
taire lapu- deur: C'est un
é-tat bienpé-nible Que ce luid'un
jeune coeur, Quefait tai- re
la pudeur, Quefait tai- re , :
Quefait taire, Quefait tai- re
lapudeur, Quefait tai- re
:
:
la pudeur.L'Amour luifait:
vio-lence,Le devoir lui dit :
68. Mercure de France.
fi -lence; Comment:
faire,à qui ce- der ? Onné:
faitau- quel en- tendre;
On eft craintive, on est tendre .
Commentfaire à qui ceder
. Et commentse de ci-
Adagio
der? Comment, commentse
de- ci-der?
C'est un.
AVRIL. I. Vol. 1775. 59
۲
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
E
Du Miroir ardent d'Archimede ; par M.
L. Dutens. Brocure in- 80. prix 1 liv.
4 fols. A Paris , chez Debure , fils
aîné , Libraire , quai des Auguſtins.
Le génie fécond d'Archimede s'eſt manifeſté
d'une maniere éclatante , non-feulement
dans les écrits qui nous ont été
conſervés de lui , mais auſſi dans les des-
> criptions que les Auteurs , qui ſont venus
peu de temps après lui , nous ont faites
de ſes découvertes dans les mathématiques
& la mécanique. Quelques - unes
des inventions de ce grand homme ont
paru même tellement au-deſſus des efforts
de l'eſprit humain , que de célebres Philofophes
ont trouvé plus facile de les ré-
, voquer en doute , que d'imaginer comme
elles avoient été miſes en exécution ; &
pluſieurs d'eux ont été juſqu'à prétendre
en démontrer l'impoſſibilité. M. Dutens
ne s'arrête ici que ſur les miroirs ardens
que les anciens Hiſtoriens nous rapportent
avoir été employees par Archimede pour
brûler la flotte des Romains. Kepler ,
<
E 3
79
MERCURE DE FRANCE.
Naudé , Fontenelle , Descartes même ,
ont traité ce fait de pure fable , quoique
Diodore de Sicile , Lucien , Dion , Zo
nare , Galien , Euftathe , Anthemius ,
Tzetzès & pluſieurs autres en euſſent fait
mention. On voit ici , ajoute M. Dutens,
un exemple bien frappant du défaut de
raiſonnement appelé énumération imparfaite
: on ne confidere pas affez tous les
moyens par leſquels une choſe peut être ;
& l'on conclut témérairement qu'elle
n'eſt pas , parce qu'elle n'eſt point d'une
certaine maniere , quoiqu'elle pût être
d'une autre. Deſcartes & Kepler prétendoient
que pour avoir des miroirs ardens
dont le foyer pût atteindre la flotte des
Romains , il eût été néceſſaire d'avoir des
miroirs ou convexes ou concaves , d'une
telle grandeur , que l'exécution en auroit
été abſolument impraticable. Mais ils ne
conſidéroient pas qu'Archimede avoit pu
ſe ſervir d'un autre moyen; ſavoir , de
celui de pluſieurs miroirs plans , réunis &
dirigés vers un même foyer , dont la
longueur n'étoit point par conféquent limitée.
M. Dutens fait voir par les détails
que les anciens Ecrivains nous ont tranfmis
là-deſſus , que c'étoit en effet ſur ce
dernier principe qu'Archimede avoit
AVRIL L. Vol. 1775. ז 7
1
conſtruit fon miroir. Diodore de Sicile,
Dion Caffius & pluſieurs autres Hiftoriens
, qui pouvoient avoir écrit d'après
les mémoires des Contemporains d'Archimede
, ſe contentent de raconter le
fait de l'embraſement de la flotte des Romains
par ce grand homme , ſans entrer
dans aucun détail, Tzetzès , qui vivoit au
douzieme fiecle , non-feulement rapporte
le fait , mais il explique la conſtruction
du miroir Il dit clairement que,, lorſque
les vaiſſeaux de Marcellus ſe trouve-
„ rent à la portée d'un trait d'arbalête ,
„ Archimede fit apporter le miroir qu'il
„ avoit fait; compoſé de petits miroirs
, quadrangulaires , lequel il plaça dans
„ une diſtance proportionnée , & qu'il fit
„ mouvoir en tous ſens , à l'aide de leurs
„ charnieres & de certaines lames ; & que
„ recevant fur ces miroirs les rayons du
„ foleil , & les dirigeant enfuite vers les
vaiſſeaux des Romains , il reduiſit en
cendres toute la flotte , quoiqu'elle fût
„ éloignée de la portée d'un trait " ,
ود
"
Les Savans verront encore avec plaifir
la deſcription qu'Anthemius , de Tralles
en Lydie , nous donne d'un miroir qu'il
- avoit fait à l'imitation de celui d'Archimede.
Anthemius qui vivoit du temps de
E 4
72 MERCURE DE FRANCE .
"
ود
l'Empereur Juſtinien, avoit cultivé avec
ſuccès les mathématiques , la ſculpture &
l'architecture . Le manuscrit grec où ce
Savant parle de ſon miroir ardent , ſe
trouve à la Bibliotheque du Roi ; & M.
Dutens nous donne une traduction fidele
du paſſage qui a rapport à ce miroir. Anthemius
commence par ſe propoſer la
queſtion : Comment dans un lieu donné
, qui ſeroit à la diſtance d'un trait
d'arbalête , on pourroit produire un em-
„braſement par le moyen des rayons
„ du ſoleil ? Il poſe pour principe :
qu'un tel embraſement ne pourroit
être cauſé que par la réflexion des rayons
du foleil , qui ſe feroit dans une direction
inclinée & oppoſée à cet aftre " .
Il ajoute que ladiſtance requiſe étant
„ fort conſidérable , il paroîtroit d'abord
impoſſible que les rayons puſſent pro-
„duire un embraſement ; mais que cependant
perſonne ne pouvant conteſter
„ à Archimede la gloire d'avoir brûlé la
flotte des Romains par la réflexion des
rayons du ſoleil , ce dont on convenoit
„ unanimement , il jugeoit raiſonnable
„ de croire ce problême poſſible ſur le
principe qu'il avoit avancé ". Il approfondit
enſuite la queſtion , & établit
AVRIL I. Vol. 1775. 73
premiérement quelques propoſitions néceſſaires
pour la bien comprendre. ,, Il
>propoſede trouver avec un miroir plan ,
une poſition quelconque qui réfléchiſſe
„ les rayons du ſoleil à un point donné
; il fait voir que l'angle de réflexion
eſt égal à celui d'incidence ; & , après
„ avoir démontré que dans cette poſition
„ d'un point donné , relativement au ſoleil
, les rayons lui peuvent être réflé,
" chis parunmiroir plan , il ſoutient que
„l'embraſement requis peut être produit
» par l'aſſemblage de ces rayons du fo-
„ leil , dirigés à un même foyer , parce
„ qu'alors , de la chaleur réunie & con-
" centrée de ces différens rayons ſur un
„ même point , il en devra réſulter un
„ embraſement ; & de même que quand
, un corps eſt échauffé par le feu , il com-
„munique fa chaleur à l'air qui l'envi-
„ ronne , ainſi tous les rayons du ſoleil
étant raſſemblés vers un même point ,
doivent contribuer réciproquement à
augmenter la puiſſance de la chaleur :
8
" d'où il eſt néceſſaire , continue - t - il ,
„ de conclure qu'avec pluſieurs miroirs
plans , on peut réfléchir vers un foyer
„ donné & à la diſtance d'un trait d'ar
balête , une telle quantité de rayons du
E 5
74 MERCURE DE FRANCE,
foleil , que leur réunion , à un même
„ point , y produiſe un embraſfement".
Quant à la maniere de faire cette expérience,
ildit : ,, qu'elle peut ſe faire par
„le moyen de pluſieurs hommes dont
„ chacun tiendroit un miroir dans la poſition
ci- deſſus indiquée". Mais afin
d'éviter l'embarras d'une telle méthode
, il imagine un autre moyen , qui eſt
de ,, prendre un cadre, auquel on accom-
„ mode vingt - quatre miroirs plans , qui
puiſſent ſe mouvoir dans les directions
» preſcrites , par des plaques ou des bandes
quelconques , qui les joindroient
„ enſemble , ou , encore mieux , par
„ des charnieres ; & préſentant cette machine
aux rayons du ſoleil, faire en-
„ forte (après avoir fixé le miroir du
„milieu) d'ajuſter adroitement& promp-
„ tement les autres miroirs qui l'entou
„ rent , en les inclinant fur celui du mi
lieu , de maniere que les rayons du fo
„leil, partant de ces différens miroirs ,
„feront réfléchis au même foyer que
celui du miroir principal ; & qu'ainfi ,
répétant la même choſe , en plaçant
d'autres miroirs , compofés d'après le
„ même principe&dirigés vers le même
„ lieu que le premier , la réflexion des
"
?
AVRIL I. Vol. 1775. 75
f
"
rayons dn foleil ſe faiſant toute entiere
vers un meme point , il en réſultera
infailliblement l'embraſement requis
dans un point donné" . Il ajoute encore
que , cette expérience réuffira d'autant
„mieux , que l'on préparera une plus
„grande quantité de ces miroirs compo-
„fés , de forte que ſi l'on en aſſemble
„pluſieurs en même temps , on produira
des effets plus ou moins conſidérables".
Enfin Anthemius conclut ſa differtation
en diſant ,, qu'il étoit bon de remarquer
„ que tous les Auteurs qui avoient parlé
„ des miroirs du divin Archimede n'a .
„ voient pas fait mention d'un miroir
„ ſeulement , mais de pluſieurs" . Une
explication auſſi claire de la conſtruction
du miroir ardent d'Archimede , ne peut
plus laiſſer aucun doute fur un fait auſſi
long-tems diſputé ; & l'on ne peut aſſez
s'étonner avec M. Dutens , que les deux
derniers fiecles (que l'on peut regarder
comme les plus éclairés que l'hiſtoire
nous préſente) ſe ſoient obſtinés à traiter
de pure fable une vérité annoncée avec
tant de perſévérance.
M. Dutens , déjà bien connu dans la
- République des Lettres par des Recherches
fur l'origine des découvertes attribuées
76 MERCURE DE FRANCE .
aux Modernes , publiées à Paris en 1766 ,
en deux vol. in- 8°. & dont on prépare
une nouvelle édition avec des additions,
termine l'écrit que nous annonçons par
une réflexion importante ſur le peu d'attention
que l'on donneen ce fiecle à l'étu
de des Anciens. On prend ſouvent , nous
dit - il , pour de nouvelles découvertes
pluſieurs chofes qui leur ont été réellement
connues , ou ſur leſquelles ils ont
du moins répandu le plus grand jour.
Souvent auſſi on leur refuſe d'avoir eu
des connoiſſances que leur attribue l'hiſtoire,
parce qu'elles ne ſe trouvent pas
aſſez clairement énoncées dans leurs Ou
vrages. Cependant il eſt facile de ſecon
vaincre que les grandes vérités des ſyſtêmes
reçus avec tant d'applaudiſſemens
depuis deux fiecles , avoient déjà été
connus & enſeignés par Pythagore , Platon
, Ariftote , Archimede , Euclide ,
Plutarque , &c.; & nous devons penfer
qu'ils favoient démontrer ces mêmes vé,
rités , quoique les raiſonnemens ſur lesquels
une partie de leurs démonſtrations
étoient fondées , ne foient point parvenus
juſqu'à nous. Car fi dans les écrits qui
ſont échappés aux injures du temps , on
trouve une foule de preuves de la pro
AVRIL. I. Vol. 1775. 77
fondeur de leur méditation , & de la
juſteſſe de leur dialectique pour expofer
leurs découvertes , il est très - juſte de
croire qu'ils ont employé les memes ſoins
&la meme force de raiſonnement pour
appuyer les autres vérités que nous trouvons
ſimplement énoncées dans ceux de
leurs écrits que nous connoiffons . Cette
conjecture eft d'autant plus naturelle , que
parmi les titres qui nous ont été conſervés
de ces Ouvrages qui ont péri , on en
trouve pluſieurs qui traitoient de ces
mêmes ſujets , qui ne font qu'énoncés
dans leurs autres écrits ; d'où il eſt naturel
de penſer que l'on y eût trouvé les
démonſtrations qui nous manquent de
ces vérités. Ils jugeoient ſans doute inutile
de les répéter après en avoir parlé
en pluſieurs autres livres , auxquels ils
réferent fort ſouvent , & dont Diogene
Laerce , Suidas & d'autres Anciens nous
ont conſervé les titres , qui ſuffiſent ſeuls
pour nousdonner une idée de la grandeur
de notre perte.
La Pologne telle qu'elle a été , telle qu'elle
est , telle qu'ellefera; 3 parties in- 12.
brochées 2 liv. 8 f. A Poitiers , chez
Chevrier , Libraire ; & à Paris , chez
Valade, rue St. Jacques , & Baſtien ,
78 MERCURE DE FRANCE.
rue du Petit Lion , Fauxbourg Saint
Germain.
L'Auteur a cherché à ſe rendre favo
rable le jugement des Lecteurs , par une
préface où il rend compte de fon Ou
vrage. C'eſt , dit - il , au milieu des tem-
„ pétes qui agitent maintenant la Pologne
, que je fais paroître cet Ouvrage.
On n'est jamais plus attentifà l'orage
,, que lorſqu'il gronde.
,,On me jugera très - impartial fi l'on
,, eſt déſintéreſſé ; mais fansdouteje ferai
5, lu par des hommes de parti. Ily a pré-
,, fentement trop de factions en Pologne
,,pour plaire à tous les Polonois.
,, Le tableau que j'offre au Public n'eſt
3, qu'en miniature. La plupart des hom
,mes , diſtraits par leurs plaiſirs ou par
leurs occupations , n'aiment les hiſtoi-
„ res qu'en abrégé ; d'ailleurs onſe répete
,, lorſqu'on veut tout dire , & l'on eft
s,preſque toujours languiſſant.
55
,, L'événement qui fait le ſujet de cet
„ écrit , mérite l'attention de tous les ef-
,, prits: il nous inſtruit de tout ce que
,, peut la force , & des dangers auxquels
,,un Gouvernement foible eſt toujours
,, expofé.
AVRIL. L I. Vol. 1775. 79
Je n'attends d'autre ſuccès de cet
,, Ouvrage que le plaiſir de rendre hommage
à la vérité , & de mettre ſous les
,, yeux des Lecteurs des faits dont tous
les fiecles parleront , & dont ils feront
,, étonnés .
وو
L'hiſtoire de notre temps doit nous
intéreſſer beaucoup plus que celle des
Grecs & des Romains; on n'eſt jamais
plus affecté d'une Tragédie que lorf
qu'on eſt au parterre. La Pologne eſt
maintenant un vaſte Théâtre où l'on
„voit la ſcene la plus touchante ; & il
n'y a point d'Européen qui ne doive ſe
regarder comme en étant le ſpectateur.
Les Royaumes , à raiſon de la politique
& du commerce, font devenus ,
,depuis long-temps, une feule & même
,,famille.
,, L'homme juſte eſt citoyen du mon
de , il n'arrive point de révolution dans
,, l'étendue des Empires qu'il n'y prenne
„part.
„J'ai ſouvent interrogé un Auteur
moderne qui m'a beaucoup ſervi , &
j'ai placé dans ce petit Ouvrage tout
,, ce que la Pologne , dans ſon principe ,
,dans ſa ſplendeur , dans ſon déclin ,
offre de plus frappant ; on n'y décou-
„vrira rien qui puiſſe bleſfer perſonne.
80 MERCURE DE FRANCE.
ود ,,Laprudencedoit toujours être compa-
,, gne de la vérité" .
L'Ecrivain ne s'eſt point écarté de ce
principe La premiere partie de fon Ouvrage
nous préſente un tableau vrai dela
Pologne , conſidérée depuis fon origine
juſqu'au temps préſent. Les traits rapprochés
dans ce tableau , nous peignent les
moeurs & le caractere des Polonois. Ils
nous donnent une connoiſſance ſuffiſante
de leurs loix , de leur conſtitution & de
l'eſprit de leur Gouvernement. Si la population
eſt une des regles les plus cere
taines pour juger de labonté relative des
Gouvernemens , le Lecteur gémira plus
d'une fois fur celui de la Pologne. II
verra avec douleur unEtat long de quatre
cents lieues& large de deux cents , n'avoir
que fix millions d'habitans , & ne pou
voir conféquemment cultiver que les
deux tiers de ſon terrein , perte d'autant
plus déplorable , que le ſol de la Pologne
eſt excellent. Les villes ainſi que les vil
lages appartiennent aux Grands en propriété
; ils les engagent , ils les vendent;
de forte qu'il ſe rient des Seigneuries de
Paroiſſes dont les principaux droits confiftent
à recevoir avant tous les habitans
de l'eau bénite & de l'encens . Le Comte
Branicki , Grand Général de la Courone
ne ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 8
ne , mort depuis peu , voyant le feu qui
confumoit ſa ville de Bialeſtok , ordonnaqu'on
la laiſſat brûler ,& prit un crayon
pour en deſſiner une autre.
ود
L'Ecrivain termine par cette réflexion
la feconde partie de cet Ouvrage , où il
nous décrit les troubles actuels qui déchirent
la Pologne. Tout Philofophe ,
„ dit- il , qui peſe attentivement ce que
, nous venons d'expoſer , & ce qui ſe
paſſe preſque ſous nos yeux , a bien des
„ſujets de méditer , ſoit ſur l'inſtabilité
des choses humaines , foit ſur la maniere
dont les Empires diminuent ou
,, s'aggrandiffent. Il voit d'un côté tom-
و د
"
و د
ber une République immenſe qui , de-
, puis un temps immémorial , gouvernoit
en quelque forte ſes Rois ; & de l'au-
, tre , s'élever , ſur ſes débris , des voifins
puiſſans , qui métamorphofent des
„Seigneurs dans des vaſſaux , & des ferfs
dans des hommes libres : car voilà
„ l'étrange révolution qui occupe maintenant
tous les eſprits " .
"
L'Auteur , dans la troiſieme partie de
cet écrit , après avoir analyſé les forces
- de la Pologne , & après avoir examiné
le génie & la poſition des Puiſſances qui
environnent cet Etat infortuné , tire des
F ;
82 MERCURE DE FRANCE.
inductions propres à faire croire que la
République de Pologne n'attendra pas
en vain l'heureux moment qui lui rendra
fon patrimoine & fa liberté. „ Si la
„ Pologne , dit- il , a des chaînes , & fi
„ les Puiſſances qui s'emparent de cet
„Etat ſe maintiennent dans leur poffef-
„ ſion , l'équilibre n'a plus lieu , & le
„ commerce eſt gêné. Auffi pluſieurs Po-
„litiques aſſurent - ils que la France ,
„ l'Eſpagne , le Portugal , la Suede , le
„ Dannemarck , l'Angleterre , la Hollan-
„ de, la Sardaigne même , & bien en-
„ tendu la Turquie , formeront une alliance
pour s'oppoſer à une pareille
entrepriſe , & que ces différens Royau-
„mes , felon leurs intérêts , ne peuvent
„ abſolument s'en diſpenſer ". Sans doute
, ſi cela étoit , la Pologne feroit bientôt
dégagée; mais elle n'a pas beſoin de
tous ces ſecours , fuivant la remarque de
l'Ecrivain politique , pour recouvrer fes
terres & fa liberté. Qu'on examine en
effet les Puiſſances qui s'en emparent;
qu'on fuppute en même tems les dépenſes
énormes qu'il faudra faire de toutes
manieres , pour élever des forts & pour
répandre dans ce vaſte Royaume , qui
n'eſt nullement peuplé , des hommes &
des foldats. Outre que ce ne peut écre
AVRIL, I. Vol. 1775.83
qu'en s'appauvriſſant elles-mêmes que les
Puiſſances co- partageantes peupleroient
la Pologne & la fortifieroient , elles ont
toujours à redouter des Nationaux qui
tiennent à leur liberté plus qu'à leur vie ,
& qui , dans la moindre querelle avec
les Ruffes &les Autrichiens , renaîtront
de leurs propres cendres , pour ſe retrouver
comme ils étoient. On les y excitera
quand même ils n'y penſeroient pas
alors ; & lorſqu'une guerre violente s'allumera
fur les bords du Rhin , de l'Efcaut
ou du Pô , ſera-t- il poſſible que la
Pruſſe & l'Autriche ſe répandent de toutes
parts ? & fur-tout ſi la Turquie , qui
'aima toujours la Pologne , & qui eſt intéreſſée
à la protéger , ſe met de la partie.
D'ailleurs les trois Puiflances copartageantes
ne feront pas toujours unies.
Si c'eſt laRuſſie qui entre en guerre avec
les Pruffiens & les Autrichiens , elle
s'unira dès-lors à l'Empire Ottoman pour
les déloger de la Pologne ; & l'on peut
préſumer qu'elle y réuffira. Le Lecteur
ajoutera à ces réflexions que les trois Puifſances
qui partagent aujourd'hui la Pologne
, doivent leurs ſuccès à la ſupériorité
de leur génie & à leur héroïſme , &
qu'ils pourront avoir des ſucceſſeurs foi
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
bles. Il faut des fiecles pour produire des
Héros. Frédéric le Grand peut s'appeller
un Atlas qui porte la Monarchie ſur ſes
épaules . Quelques talens qu'ait celui qui
doit le remplacer , il eſt preſque impoffible
qu'il le rende trait pour trait. Les
événemens dès- lors n'auront pas le même
cours. Ce ne feront plus les mêmes
vues , les mêmes projets, les mêmes defirs
, les mêmes inclinations. Tous les
Souverains n'aiment pas la guerre , &
Pon profite ſouvent de cette difpofition
pour les dépouiller , d'où l'Auteur de cet
écrit oſe aſſurer que la Pologne , à quel .
que choſe près , reviendra quelque jour
ce qu'elle étoit. ,, Cette prédiction , con-
ودtinue- t- il , n'eſt point pour flatter les
,, Polonois , quoique je leur fois fincé-
,, rement attaché , ni pour les engager
,, à ſupporter leur joug impatiemment ,
,,d'autant mieux que les Puiffances co-
,, partageantes traitent tous leurs Sujets
و د
avec bonté , & qu'ils peuvent s'atten-
,, dre , pour le moins, à un pareil traite .
, ment.
„ Quiconque a lu l'hiſtoire de la Po-
,, logne n'a pas manqué d'obſerver que ce
vaſte Royaume eut plus d'une fois af-
,, faire à des ennemis qui le partagerent
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 85
ود
ود
en quelque forte ; &qu'en 1655 , ſous le
,, regne de Cafimir, il eſſuya les plus cruel-
,, les révolutions. Charles Gustave , deve-
,, nu Roi de Suede par l'abdication de
., Chriſtine (cette Reine qui préferala phi-
„ lofophie au plaifir de régner) , ſe rendit
maître en peu de temps d'une partie de la
Mazovie&d'une grande partie de laPo-
„ logne , fans compter la Lithuanie qui
ſe foumit au Vainqueur. Les Hiſtoriens
„ ajoutent qu'alors les Polonois fembloient
être frappés de la foudre , &
,, qu'il ne leur reſtoit qu'un courage inutile
, mêlé de déſeſpoir. Cependant
ces orages fe diſſiperent , & le moment
vint où la Pologne reprit ce
,, qu'elle avoit perdu , malgré les efforts
,, de Ragotski , Prince de Tranſylvanie ,
,, qui s'étoit uni à Guſtave , dans le def-
ود
ود
و د
"
و د
ود
fein même de ravir la couronne à
,, Catimir " . L'niſtoire ancienne & moderne
peut fournir pluſieurs autres exemples
pareils , qui confirmeront la réflexion
que fait ici l'Auteur , qu'il eſt des criſes
dans les révolutions comme dans les maladies
; l'état des chofes change , & fou-
- vent , au moment le moins attendu , un
Empire qu'on croyoit démembré éprouve
une fecouffe & reparoît tel qu'il étoit.
F3
86 MERCURE DE FRANCE,
Temple de Mémoire ou viſion d'un Soli.
taire. A Paris , chez Ruault , Libraire ,
rue de la Harpe.
Thalie conduit le Solitaire dans le
Temple de Mémoire , & lui montre
tous les hommes qui ont mérité d'y avoir
une place diftinguée. Cet édifice , d'une
architecture noble & majestueuſe , &
tout environné de lumiere , n'étoit point
aſſez vaſte pour contenir ceux qui ſe ſont
immortaliſes par leurs talens & par leurs
actions fublimes. Voici comme l'homme
aux viſions nous dépeint Thalie.
Une Nymphe au fouris malin ,
Avec un maſque dans la main ,
Tout-à-coup fortit d'un nuage ;
Ses yeux refpiroient l'enjouement ,
L'eſprit , la fine raillerie .
Une légere draperie ,
Qui couvroit fon buſte charmant ,
En deffinoit correctement
Les contours & la fymmétrie ,
Ses pieds mignons étoient chauſſés
De brodequins ou de fandales ,
Dont les cordons , entrelaſſes ,
Brilloient de rubis enchaſſes ,
AVRIL. I. Vol . 1775. 87
Et de perles orientales .
Pour la fraîcheur du coloris ,
C'étoit une roſe nouvelle
Qu'on voit éclorre entre des lis :
Enfin , à mes ſens interdits ,
Tout annonçoit une immortelle.
Où n'iroit-on pas avec un ſi charmant
guide? Et comment s'égarer avec une
' Nymphe qui ne fait d'autre uſage de ſes
talens que celui d'inſpirer le goût de la
vraie gloire , & d'apprécier avec impartialité
le mérite des hommes qui fe font
rendus dignes de l'immortalite ? ,, La vie
,, des hommes , dit cette aimable Déeſſe ,
,, eſt ſi bornée , qu'il leur eſt bien permis
ودde chercher du moins à perpétuer le
,, ſouvenir de leur exiſtence , j'entends
,, par tout ce qui mérite l'eſtime & l'ad-
,,miration de leurs ſemblables. C'eſt une
و د
"
ſeconde vie qui tourne au profit de
ceux qui reſtent; parce qu'elle entre-
„tient le goût des chofes honnêtes &
,, utiles par les exemples qu'elle laiſſe à
,, imiter. D'ailleurs , la vertu & le ſavoir
و د
font fi mal récompensés ſur la terre ,
,, qu ils tomberoneut dans le décourage-
„ ment s'ils n'étoient foutenus par cette
,, idée de gloire &de renommée qu'ils ſe
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
>>promettent des fiecles à venir " . Et
rien n'eſt plus propre à exciter une noble
émulation & a perpétuer le louable defir
d'imiter les grands hommes ; que la ma.
niere avec laquelle Thalie les offre à nos
yeux.
On eſt ſeulement fâché de voir que
l'enceinte du Temple foit fi étroite, &
que les noms des Monarques , des Capitaines
, des Magiftrats , ne foient pas tou .
jours accompagnés des éloges qu'ils ont
fi juſtement mérités,
Paradoxes par un Citoyen. Lettres de Bru .
tus fur les chars anciens & modernes .
Chez Saillant & Nyon , Libraires , ruę
St. Jean de Beauvais ,
L'Auteur de cet Ouvrage a déjà donné
au Public la Philofophie de la Nature ,
qui a réuni preſque tous les fuffrages. A
la vérité il fut mal accueilli par un Journaliſte
; qu'importe d'être flétri par un
Satirique , dit notre Philofophe ; fi l'Ouvrage
eſt bon , l'opprobre réjaillit tout
entier fur le Faiſeur de fatire. S'il eſt
mauvais , l'Ouvrage & la fatire font oubliés
au même inſtant. D'après cette idée
des critiques qu'on croit être injuſtes , les
AVRIL. I. Vol. 1775. &0
Auteurs des bons Ouvrages devroient
jouir d'une parfaite tranquillité. On a
ſouvent remarqué que lorſqu'un Ouvrage
eft critiqué , ce n'eſt pas l'Auteur de
l'Ouvrage qui ſubit la plus délicate épreu.
ve. Le public intelligent , ſe réſerve le
droit de juger le Cenſeur ; & fi la criti
que eſt injufte & fauſſe , le mépris dont
elle eſt payée ſe meſure à l'idée de ſupériorité
que tout Cenſeur fait préfumer
avoir voulu donner de foi. On ne doit
pas ſe diſſimuler les difficultés de la cri
tique. Rien de plus rare , après les bons
livres , que les bons Juges de livres ;
pour les juger , diſoit Malherbe , il faut
ſcience & confcience. Cette réunion n'eft
pas fi commune qu'on pourroit le penſer,
Convaincu , par principe & par fentiment
, qu'il falloit une baſe à la morale
univerſelle , l'Auteur des nouveaux paradoxes
a épuisé toutes les différentes
preuves de l'existence de Dieu , de la
néceffité de la morale & de notre immortalité
. Les raiſonnemens qu'il a employés
ne menent point au dogme trifte
& froid de l'indifférence. L'indifférence ,
comme l'obferve très bien notre Philo.
- ſophe , eſt le principe de l'homme qui
n'en a point ; c'eſt le plus grand mal que
F5
१० MERCURE DE FRANCE .
le pyrrhoniſme ait pu faire à la terre :
l'indifférence dans les arts conduit à la
barbarie ; dans la vie ſociale, elle produit
des êtres vils & fans caracteres ; dans la
Religion , elle fait des Athees. La faine
philofophie , dont cet Ecrivain prend la
défenſe , s'éloigne également de tous
ces excès fi propres à avilir l'homme &
à nuire à la fociété. Les Philoſophes ,
dignes de porter ce nom glorieux , unif
fent la vertu au génie , & n'admettent
d'autres principes que ceux qui peuvent
rendre l'homme heureux ici bas & dans
l'économie future. C'eſt ſe couvrir d'opprobre
que de calomnier ceux qu'on doit
regarder plutôt comme les bienfaiteurs
de l'humanité. C'eſt le comble de l'injuſtice
que de les confondre avec ces Auteurs
qui voudroient renverſer les regles
immuables des moeurs , & qui n'admettant
point la diftinction du bien & du
mal , ne reconnoiſſent point le Légifla
teur fuprême , qui doit récompenfer l'un
&punir l'autre. Autant l'Auteur des Paradoxes
montre de zele pour la ſaine philofophie
, autant il manifeſte ſon indignation
contre ceux qui ofent méconnoître
P'origine & la deſtination de l'homme ,
& qui ne lui offrent que la perſpective
AVRIL. I. Vol. 1775. 91
du néant pour le conſoler dans les traverſes
& dans les maux auxquels il eſt
expoſe dans le cours de la vie.
L'accuſation de plagiat , qu'on n'emplore
que pour dégrader la perſonne du
Philofophe , & pour éloigner le vulgaire
de la lecture de l'Ecrivain qu'on calomnie
, n'eſt le plus ſouvent que la reffource
de l'envie&de la médiocrité. L'Auteur
des Paradoxes juſtifie pluſieurs Ecrivains
célebres qu'on a cherché à flétrir
par cette odieuſe imputation ; & l'apologie
qu'il fait de ces Ecrivains le conduit
à traiter la fameuſe queſtion de la preſſe,
Il eſt plus aifé de prouver que les loix
peuvent & doivent fixer des limites à la
liberté d'écrire , que de les déterminer
avec cette ſageſſe impartiale qui difcute
également les inconveniens & les avantages.
On regarde comme un principe
incontestable qu'une faculté ſi naturelle
&fi utile ne doit & ne peut être gênée
qu'autant que le bien de l'Etat , cette loi
ſuprême , l'exige. Il n'est pas cependant
auſſi facile qu'on ſe l'imagine de démêler
les circonſtances ou l'intérêt public l'ordonne.
La vérité n'a point à craindre les
-attaques de l'erreur. Multiplier les com-
_ bats , c'eſt multiplier ſes triomphes . C'eſt
92 MERCURE DE FRANCE,
ſouvent du choc des opinions que naît
cette lumiere bienfaiſante qui éclaire
tous les eſprits , & qui termine enfin
toutes ces vaines & ridicules difputes ,
ſouvent fi contraires à l'ordre public & a
la tranquillité des Citoyens .
On trouve à la ſuite de ces diſſertations
une nouvelle édition des Lettres de
Brutus fur les chars anciens & modernes ,
où l'Auteur emploie toute fon érudition
contre ce genre de luxe quia tant de fois
produit des malheurs & des défordres
dans la ſociété . M. de Voltaire , en recevant
la premiere édition de cet Ouvrage
, a écrit cette Lettre de remercier
ment à l'Auteur. ,, Monfieur, il y a deux ans
,,queje ne fors point de ma chambre,& que
la vieilleſſe& les maladies qui accablenţ
mon corps très - foible , me retiennent
preſque toujours dans monlit.Je neprendrai
point contre vous le parti de ceux
,, qui vont en carroſſe; tout ce que je puis
,, vous dire , c'eſt qu'un homme qui écrit
,,auſſi bien que vous , mérite au moins
,, un carofſe à fix chevaux, vous voulez
,, qu'on ſoit porté par des hommes
,, j'irai bientôt ainſi dans ma Paroiſſe ,
,, ſuppoſé qu'on veuille bien m'y recevoir.
Enattendant , j'ai l'honneur d'être
”
"
ود
??
,
AVRİL. I. Vol. 1775. 93
=
avec la plus profonde eſtime & la plus
,, vive reconnoiſſance. "
Discours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , ſuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié. Par M. Auger
, Prêtre , Profeſſeur d'Eloquence
au College de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux peres & aux meres qui font
jaloux de bien élever leurs enfans. La
faine morale qu'il reſpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon ,
Plutarque, Montaigne , Locke, Fénélon ,
Rollin , M. Rouſſeau , rendent ces Difcours
très intéreſſans. Ce Profeſſeur , que
le zele ſeul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
P'Emile de M. Rouſſeau eſt un riche tréfor
où l'on trouve ſur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineuſes ,
les réflexions les plus juſtes & les plus
ſenſées , la morale la plus pure & la plus
94
MERCURE DE FRANCE.
ſévere. Ce Philoſophe, également profond&
éloquent , s'eſt déclaré pour l'education
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur-tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'eſprit & le coeur que par occaſion
& par forme de conſervation. Il veut
qu'on n'exerce le jugement de ſon Eleve
que de vive voix , & qu'on laiſſe ſa mémoire
oiſive ; éloignant de lui toute efpece
de livres , il ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préferela Religion purement naturelle.
La juſte admiration que notre Profefſeur
à conçue pour M. Rouſſeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
çe nouveau ſyſtême d'éducation. Il con
vient qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Eleve en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une choſe moins eſſentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire ſur des objets
agréables & utiles , comme fables , hif
toires , &c . parce que c'eſt dans la pre
miere jeuneſſe que la mémoire eſt bonne
&qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne ſuffit pas de prendre garde
AVRIL. I. Vol. 1775. 95
d'y introduire des idées fauſſes, mais on
doit encore la remplir d'excellens matériaux,
que le jugement trouvera & met
tra en oeuvre quand il fera formé. Le
Profeſſeur respecte trop la Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
eſſentiel de faire connoître au plutôt à
- fon Eleve l'Etre dont il tient l'exiſtence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par ſon amour ,& que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit-on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , ſera environné des
ténebres les plus épaiſſes&des maximes
les plus fauſſes , & qu'il ne manquera
pas de marcher dans ces fentiers téné
breux , fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau céleſte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées,
nous font repréſentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de remedes propres à guérir nos
maladies fpirituelles. Le jeune Eleve ,
fentant ſes propres défauts , pourra trouver
dans ce tréſor de la parole de Dieu ,
Fefpece particuliere de remede qui con96
MERCURE DE FRANCE.
1
vient à ſon mal. Comme Dieu a donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de ſucs deftis
nés à guérir les plaies du corps , il a de
méme rempli les Livres Saints de pré .
ceptes ſalutaires pour remédier aux ma.
ladies de notreame. Qu'on ſe rappelle le
bel éloge que M. Rouſſeau fait de ces
Livres , & l'on ſera ſurpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceſſité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture .
Le Profeſſeur d'Eloquence obſerve judicieuſement
qu'un des plus précieux
avantages de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul& de lutter ſeul contre les difficultés
fans le ſecours d'autrui. C'eſt ſans doute
une excellente méthode d'inſtruire les
enfans en les amusant , en converfant
avec eux , en leur faiſant faire de vive
voix des réflexions qui ſoient à la portée
de leur âge , ſur tout ce qu'ils liſent ,
voient ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la ſcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne ſavons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous ſommes efforcés de trouver ſeuls ,
de
AVRIL. I. Vol. 17756 97.
de réſoudre ſeuls les difficultés. En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inſtruit que par la conversation , ne s'ennuie
& ne ſe morfonde dès qu'il ſera
livré au filence & à la folitude du cabinet.
Quant à l'inconvénient de commen
cer tard à étudier , on ne peut ſe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceſſe d'apprendre;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , ſi le cerveau
, ſiege de la mémoire , n'eſt rempli
ni de mots , ni de faits , ſur quoi opérerat
- il ? Comment manifeſtera - t- il aux autres
ſes opérations , ſi l'on ne l'a pas ac
coutumé de bonne heure à recevoir mille
impreſſions différentes , à ſe plier & ſe
replier de mille manieres diverſes , lorſqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
aattendu que les fibres ſe ſoient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y en.
trera qu'avec peine. Rien ne ſeroit plus
eſſentiel au Profeſſeur que de remplir la
mémoire de ſon Eleve d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au beſoin , & de rendre plus facile , par
- l'habitude , l'application de l'eſprit.
On trouve dans ces Diſcours l'éloge
:
G
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la ſageſſe a devancé
les années , & qui eſt convaincu que
pour affermir ſon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de ſes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le ſoutien de la Puiſſance ſouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eſt
fi viſiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eſt rare de voir les Princes
ſeporter d'eux-mêmes à les détruire. Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent ſe ſouſtraire aux
Loix , & les autres aſpirent à dominer
fur elles . Mais pour faire honorer ces
Loix , fur leſquelles repoſe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniſtres ,& fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépositaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniſſent étroite
ment toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perſonne ſacrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiſſolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'eſprit & au coeur, l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éduca
AVRIL. I. Vol. 1775- 99
- tion des anciens Perfas , & celui de l'inf
titution Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eſt terminé par des réflexions judicieuſes
ſur la véritable amitié.
-Traité complet d'Anatomie , ou deſcription
de toutes les parties du corps
humain ; par M. Sabathier , Membre
du College de Chirurgie de Paris ,
Cenfeur& Profeſſeur Royal , de l'Académie
Royal des Sciences & de celle
de Chirurgie , Chirurgien . Major &
Conſultant de l'Hôtel - Royal des Invalides
, &c. 2 vol. in- 80. chez Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage eſt vraiment élémen.
taire ; c'eſt un des meilleurs dans ſon
genre qui ait paru ; l'Auteur a puiſé dans
- ſes propres obſervations &dans ſes diſ
ſections , la doctrine qu'il y expoſe ; il a
confulté en outre , pour ſa rédaction ,
- les Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences ,& il ne ſe trouve preſque aucun
Auteur célebre qu'il n'ait mis , en quel-
- que forte , à contribution , les Morgagni ,
les Haller , les Monro , les Meckel , les
Hunter , les Zinn , les Senac , les Winflow
, les Lieutaud , les Heïſter , font au-
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
tant de célebres Anatomiſtes dont il a
emprunté les lumieres. Il ſe fait un
honneur d'être un des diſciples de M.
Verdier ; & s'il n'avoit été obligé de
céder aux follicitations réitérées de ſes
amis , il auroit continué de faire paroître
cet Ouvrage ſous le nom de ſon Maître
, quoiqu'il puiſſe le réclamer comme
le fruit de ſes travaux , puiſqu'il en a
retranché le peu qui s'y trouvoit de M.
Verdier , & que d'ailleurs il a fait des
additions très - conſidérables.
Cet Ouvrage eſt diviſé en ſept parties ,
en oſtéologie , myologie , ſplanchnolo .
gie , angeiologie , névrologie , adenologie
, & en hiſtoire des tégumens. La
premiere , outre la deſcription des os,
contient celle du périoſte , des cartilages ,
des ligamens , des glandes ſynoviales ,
de la moëlle & de leurs vaiſſeaux. La
ſeconde traite des muſcles. Ces organes
répandus dans la machine animale , ope.
rent le plus grand nombre , ou plutôt ,
preſque tous les mouvemens qui s'y exécutent.
La ſplanchnologie , qui fait la
troiſieme partie de cet Ouvrage , eſt une
des plus intéreſſante; auſſi l'Auteur l'at-
il traitée avec beaucoup d'étendue ; elle
commence par ce qui concerne la tête , &
AVRIL. I. Vol. 1775. ΙΟΙ
continue par l'hiſtoire de la poitrine &
du bas ventre. L'angeiologie a pour objet
la connoiſſance des vaiſſeaux fanguins &
lymphatiques ; M. Sabathier a tiré , pour
la rédaction de cette partie , les plus
grands ſecours des Fafciculi anatomici de
M. de Haller. La névrologie qui vient
enfuite , contient quelques notions ſur
les nerfs en général. L'adenologie , ſur
la deſcription des nerfs ; ce n'eſt , pour
ainſi dire , qu'une récapitulation des
glandes , dont l'Auteur à déjà parlé dans
la ſplanchnologie. Enfin l'hiſtoire des
tégumens comprend celle du tiſſu cellulaire
, qui eſt moins une des enveloppes
ſous leſquelles toutes les parties font enfermées
, qu'un des principes conſtitutifs
de la machine animale.
Telle eſt la diſpoſition de cet Ouvrage
; outre ce qui concerne la forme ,
les dimenſions , la ſtructure & les rap .
ports de tout ce qui entre dans la compoſition
du corps humain , l'Auteur a
eu ſoin d'y inférer encore un aſſez grand
nombre de remarques hiſtoriques , critiques
, phyſiologiques & pathologiques.
On trouve auſſi chez le même Libraire
qui débite cet Ouvrage , & chez l'Au-
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
teur , rue Saint Jacques , un autre qui a
pour titre : Apparatus ad nosologiam , feu
Synopsis nofologiæ methodice , Auct.
Gul. Cullen ; edito novo aucta , Amſte .
lodami 1775 , in . 8°. prix 6 livres broché.
Discours prononcés en différentes folemnités
de piété ; par M. l'Abbé le Couſturier
, Chanoine de Saint Quentin ,
Prédicateur du Roi. A Paris , chez
Moutard , Libraire , rue du Hurpoix
1774. Nouvelle édition ; I vol. de
492 pages.
Ces Difcours ont déjà mérité l'approbation
du Public; celle dont l'Académie
Françoiſe a honoré deuxPanégyriques de
Saint Louis , prononcés devant elle par
le même Orateur, eſt la plus honorable
pour M. l'Abbé C. L'Académie déterminée
par les applaudiſſemens réitérés qui
interrompirent l'Orateur , follicita en ſa
faveur les graces de la Cour. Le change.
ment de Miniſtere fut un obſtacle , &
Orateur applaudi fut oublié. La vérité
& la bonté font les deux grands traits
ſous lesquels M. l'Abbé le Couſturier
repréſente tout le regne de Saint Louis.
AVRIL. I. Vol. 1775. 103
ود
ود
ود
دو
"
ود
Quand la vérité éclaire les Rois , dit il ,
,, que leur regne eſt puiſſant! Elle les
inſtruit dans l'art de gouverner , elle
ſoutient leur Trône , elle met la Juſtice
à côté de la Victoire , le courage à côté
des malheurs ; ils veillent à la fois aux
intérêts du ciel & au bonheur de la
terre. Quand la bonté inſpire les Rois ,
,, que leur empire eſt doux ! L'autorité ,
quelquefois terrible , n'eſt plus que
,, bienfaiſante; ils aiment leurs Peuples ,
ils en font aimés , ils les rendent heureux:
il font plus , ils les rendent di-
„ gnes de l'être. Heureux le Prince qui
,, peut mériter un tel éloge ! heureux le
Peuple qui peut mériter un tel Prince !
la gloire de l'un , le bonheur de l'autre
font inséparables & font également affurés."
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
Voulez - vous , Meſſieurs , dit l'Ora .
teur , un triomphe de la vérité dans un
,, autre genre ? Le ſchiſme , ce monftre
,, qui ébranle les Trônes au nom de la
„ Religion , éclate entre Rome & l'Em-
,, pire ; au milieu des nuages qui s'éle-
,, vent dans l'Europe , Louis , les yeux
ود
و د
12
fixés ſur le centre de lumiere & de vérité
, voit en gémiſſant le glaive des
Pontifes & le glaive des Céſars tour-
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
ود
و د
ود
nés l'un contre l'autre , il reconnoît
avec douleur le déchaînement des pafſions
humaines ; les mots facrés ne lui
en impoſent pas. Il fait que ſouvent ,
ſelon le langage de ſes paffions , ven-
,, ger Dieu , c'eſt ſe venger foi-meme. Il
reſpecte les titres , dévoile les prétex-
,, tes , démêle les intérêts , gémit des excès
& juge les hommes.
ود
ود
22
ود
ود
وو
ود
مد
La Juttice eſt la compagne de la
vérité. Elle ſe foutenoit ſous le regne
de Louis , mais foible , chancelante ,
accablée ſous un fardeau de loix , &
,, ces loix confondues enſemble , défigurées
par la barbarie de leur premiere
origine , amas informe, dont l'obſcurité
diviſoit les Citoyens au lieu de les
unir , dont l'incertitude multiplioit les
,, jugemens , n'arrêtoit pas les coupables ,
,, dont la chaîne , loin d'envelopper le
,, corps focial , fe briſoit à chaque inf.
tant & laiſſoit un vuide ...... Au
"
१७
ود
دو ?? milieu de tant de maux , la Juſtice
éplorée , cherche l'appui de la Vé
,, rité, &c. "
29
Ce Diſcours ne perd rien à la lecture
de la ſenſation qu'il a faite lorſqu'il fut
prononcé. La maniere d'écrire de M.
l'Abbé C. a quelque choſe de touchant,
1
AVRIL. I. Vol. 1775. 105
d'infinuant , de rapide qui entraîne &
ſubjugue l'Auditeur ; on lui a déjà rendu
la justice de dire qu'il poſſédoit & imitoit
l'art d'écrire deBoſſuet, ſi négligé de
nos jours.
Entre pluſieurs Diſcours qui remplifſent
ce volume,& qu'il faut lire de ſuite
dans le volume même , M. l'Abbé C.
varie ſes portraits ſelon les perſonnes
qu'il a à peindre. Voici celui d'une Abbeſſe
Religieuſe , que paroit offrir ou
,, que doit offrir à une jeune perſonne
,, qui ſuit la voix qui l'entraîne au pied
,, de l'autel , cet aſyle religieux , où elle
enſevelit les plus brillans de ſes jours !
Une ſolitude qui la ſépare du monde ,
,, des affaires , des intérêts , des eſpéran
, ces , des plaiſirs du monde , de tout ce
,, qui peut lui plaire , la diſtraire , la
ود
?י
ودflatter dans le monde; une carriere
,plus ou moins longue à terminer ,
,,mais toujours renfermée dans un ef-
,, pace bien étroit & que parcourent les
,,yeux. Une perſpective ſombre de de
„ voirs obfcurs , de fonctions pénibles ,
,, auſteres , rigoureuſes; de ménagemens
,, néceſſaires , de ſacrifices fréquens , de
,, liaiſons forcées , de bienſéances & de
charité , mais bornées aux objets , aux 12
G5
106 MERCURE DE FRANCE,
1
,, perſonnes qui l'entourent ; une fuccef
ود
"
ſion incertaine ,plus ou moins rapide ,
de celles qui précedent & de celles qui
fuivront, mais toujours dans le même
lieu ; un concours de caracteres , d'ef-
,, prits différens que la piété a raſſemblés
"
ود
"
"
ود
& fournis à l'empire de la même loi ;
,, un oubli de foi - même pour ne plus
vivre , pour ne plus voir que par l'oeil
de la foi , & ne reconnoître dans celle
,, qui commande que la voix & l'autorité
du Légiflateur ſuprême." Ce tableau
eſt peint d'après l'expérience&préſenté
par la vérité.
"
: Voici le portrait d'un Pasteur réduit
aux foins méritoires de la campagne.
ود
وو
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
ود
Un Prêtre de la loi nouvelle (*) héritier
du zele & des vertus des Prêtres de
l'ancienne loi ; un homme occupé du
miniſtere évangélique , le plus pénible ,
le plus obfcur , & par là peut- être le
plus méritoire; un homme calomnié
d'abord , épreuve bien rigoureuſe pour
un coeur ſenſible , qui ne peut ſe juſtifier
que par ſa douleur ; l'innocence
connoît-elle d'autres armes ? Un Pafteur
d'un pauvre troupeau , plus pauvre
(*) Le B. P. Fourrier , Curé de Mataincourt.
AVRIL, I, Vol. 1775. 107
ود
ود
lui-même encore par choix & par devoir&
par-la plus véritable Paſteur ; un
" homme connu de Dieu feul & de fon
,, Peuple ; un homme nourri à l'ombre
d'un autel obfcur , bien éloigné d'en
dérober l'encens ou de lui préférer les
,, vapeurs de la molleſſe , ou les fumées
de la vanité. " Cet exemple eſt trop
- beau pour n'être pas trop rare.
ود
و د
ود
Le Diſcours ſur la Révélation , dit
l'Editeur , devoit être prononcé dans
une aſſemblée de perſonnes inſtruites &
éclairées ; ce ſujet n'avoit été traité juf.
qu'ici que dans des écrits polémiques ,
retouchés par des mains ſavantes , mais
moins propres à faire naître dans l'ame
ces émotions falutaires qui caractériſent
l'art oratoire. Ces Discours en général
font dans le ton d'une éloquence vraie ,
pathétique , touchante & éclairée. Les
notes qui les accompagnent méritent
d'être lues.
L'Homme ſenſible; traduit de l'Anglois ,
par M. de Saint-Ange. A Paris , chez
Piſſot , Libraire , quai des Auguftins ,
près la rue Gît- le - coeur. Prix 30 fols
broché.
108 MERCURE DE FRANCE.
Homo fum , humani nihil à me alienum
puto. Ce vers de Térence , dont voici la
traduction littérale : Fe fuis homme : rien
de ce qui est de l'homme ne m'eſt étranger ,
donne une idée juſte & préciſe du fond
de cet Ouvrage; c'eſt un récit très ſimple
d'incidens plus ſimples encore: mais ce
récit , où l'inſtruction ſe trouve toujours
mêlée , devient ſouvent piquant par ſa
ſimplicité même. Le Lecteur attentif ſera
étonné d'y trouver autant ,& même plus ,
de ce qu'on appelle fineſſe d'eſprit , que
dans ces écrits dont le bel eſprit paroît
être le caractere dominant ; ſouvent auſſi
on remarquera dans le ſtyle autant d'élégance
que de naturel. ,, L'Auteur An-
" glois , M. Brook , dit le Traducteur ,
,, paroît avoir adopté la maniere & le
,, ſtyle du Voyage Sentimental. On pour-
ود roit, à beaucoup d'égards , rapprocher
,, ces deux Ouvrages ; même ſagacité
,, d'eſprit , même ſenſibilité d'ame y ren-
ود dent les détails tour-à-tour piquans&
,, intéreſſans . Mais en dépouillant la partialité
ordinaire à un Traducteur , on
ſe haſarde à croire que le parallele ſe-
,, roit à l'avantage de M. Brook.
?د
" On a reproché , avec raiſon , au
,, voyage de Stern un défaut de liaiſon
AVRIL. I. Vol. 1775. 109
ود
و د
,,trop ſenſible ; on ne remarque aucun
,, deſſein dans la diſtribution de ſes cha-
,, pitres ; ce ſont des fragmens ſans fuite ,
,, qui ſouvent finiſſent tout- à - coup , au
,, moment où l'intérêt alloit commencer.
On nepeut faire les mêmes reproches à
notre Auteur. Quoique ſon Livre ſoit
un aſſemblage d'épiſodes détachées , il
,, y a obſervé cette gradation progreſſive
,, d'intérêt que les Italiens appellent en
,,muſique le Crefcendo. Il met dans la
,, main des Lecteurs un fil qui les con-
,, duit à travers les ſcenes différentes ,
,, dont le tiſſu compoſe ſon eſpece de
,,Roman ; ce fil eſt le développement
„ ſucceſſif du caractere de l'homme ſen-
„ſible."
Nous allons en tranſcrire pluſieurspafſages
; l'Ouvrage commence ainfi :
ود
,, Ily a une forte de rouille originelle à
,, l'eſprit de l'homme . Chacun de nous la
,, contracte en naiſſant. Dans certains pays
néanmoins , en France par exemple , les
,, idées des habitans ſont d'une ſi prodi-
„ gieuſe & fi habituelle légéreté , que lors
,, même qu'elles ſont en petit nombre ,
,, elles doivent néceſſairement ſe frotter
,,fans ceſſe ; de maniere que cette rouille
,, de l'eſprit s'efface bientôt. Le contraire
ود
110 MERCURE DE FRANCE.
ود
arrive en Angleterre. UnAnglois meurt
ſouvent avant de s'en être débarraſſé...
„ 'Il y a un moyen sûr de perdre cette
,, rouille , dit le frere du Baronnet , qui
,, étoit un exemple frappant d'un excel-
,,lent métal horriblement rouillé , c'est
„ de voyager. A ces mots j'approchai ma
,, chaiſe de la ſienne. Qu'on me permette
de peindre cet honnête vieillard ; ce
,, n'eſt qu'une phrase en paſſant , pour rap.
,, peler ſon image dans ma mémoire.
"
Son attitude la plus habituelle étoit
,, d'être aſſis , le coude appuyé ſur le
„ genou , & les doigts appliqués ſur la
,, joue. Sa main cachoit à moitié fon vi-
,, ſage. Cependant il avoit dû paſſer autrefois
pour être très - beau ; ſes traits
étoient mâles & frappans; ſes ſourcils ,
ود
”
ود les plus larges que je me rappelle avoir
,, vus , lui donnoient un certain air de
,, dignité. Sa perſonne étoit grande&
bien faite ; mais fon indolence naturelle
lui avoit fait prendre un embonpoint
,, conſidérable.
ود
ود
ود Il parloit peu , & feulement à quel-
,, ques amis particuliers ; mais il ne difoit
rien qui ne méritât d'étre écouté
avec reſpect. Simple & integre dans
,, toutes ses actions, il étoit tout de feu
ود
و د
AVRIL. I. Vol. 1775. 111
3
,, quand il s'agiſſoit des intérets de la
,, vertu & de l'amitié.
,, Aujourd'hui il eſt oublié : il eſt ab.
,, fent. La derniere fois que j'allai à Sil-
,, ton. Halle , je vis ſon fanteuil au coin
,,de la cheminée : on y avoit ajouté un
,, couffin , & il étoit occupé par l'épa
,, gneul de ma jeune maîtreſſe. Je m'en
,,approchai ſans être apperçu , & dans
,,mondépit ſecret , je lui pinçai l'oreil-
,,le; il fit un cri & ſe réfugia auprès de
,, ſa maîtreſſe. Elle ne devina pas l'au-
و د
teur de cette méchanceté ; mais elle
,, déplora l'infortune du pauvre animal
,,dans les termes les plus pathétiques ;
elle le careſſa , le prit ſur ſes genoux ,
,,& le couvrit avec un mouchoir de la
,, plus fine baptifte.
ود
ود
ود
,,Moi , je me plaçai dans le ſiege
,,de mon vieil ami : j'entendis autour
de moi les ris & la gaîté bruyante de
la compagnie ; alors , pauvre Ben-
,, Filton ,je te donnai une larme. Accepte
la: elle coule à l'honneur de ton
,, ſouvenir , &c."
ود
La Lecture de ce morceau a dû faire
plaifir. Le contraſte des foins recherchés
pour l'épagneul & de l'oubli du vieillard,
de la gaîté d'une frivole aſſemblée
112 MERCURE DE FRANCE.
&de la ſenſibilité recueillie d'un homme
ſenſé , préſente une peinture de moeurs
piquante à la fois & attendriſſante. Prefque
tout le Roman eſt compoſé d'une
foule de ſcenes non moins intéreſſantes.
On en pourra juger par les citations que
l'on va lire. Harley , ou l'homme ſenſi
ble , fait un voyage à Londres poury folliciter
une affaire. Son ſéjour en cette
ville donne lieu à pluſieurs incidens d'uri
genre varié ; il en eſt reparti dans une
voiture publique.
"
ود
ود
ود
,, Lorſque le coche fut arrivé à l'en-
,, droit de ſa deſtination , Harley ſe mit
,, à examiner comment il continueroit ſa
,, route. Le Maître del'Hôtellerie l'abor-
,, da avec civilité & lui propoſa le choix
d'un cheval ou d'une chaiſe de poſte.
Mais Harley faiſoit rarement les chofes
de la maniere qu'on appelle communément
la plus naturelle. Il remercial'Hôte
,,& s'achemina à pied , après avoir donné
les ordres néceſſaires pour fon por-
„ te-manteau. C'étoit une façon de voya-
„ ger qui lui étoit ordinaire. Par - là ,
,, fans autre embarras que celui de ſa per-
„ ſonne , il étoit libre de choiſir ſes auber-
,, ges & d'entrer dans la premiere cabane
où il ſeroit attiré par une phyſionomie
ود
ود
,, inAVRIL
1. Vol. 1775. 113
3
, intéreſſante. Enfin , lorſque ſa ſenſibi.
,, lité pour ſes ſemblables n'abſorboit pas
, toutes ses affections , il pouvoit les
,, étendre ſur des êtres d'une eſpece infé-
,, rieure ; il pouvoit , tantôt ſur le pen-
,, chant d'une colline , tantôt ſur le bord
,, d'un ruiſſeau , ſe laiſſer aller au fom-
,,meil ou à ſes rêveries .
•
Le jour étoit ſur ſon déclin , & le
,, ſoir des plus ſereins , lorſqu'il entra
,, dans un chemin creux qui alloit en
,, tournant entre deux hauteurs qui l'en-
,, vironnoient. Ce chemin étoit couvert
,, d'une pelouſe entre - coupée par diffé-
,, rens petits ſentiers , felon les diverſes
,, traces que les voyageurs avoient tenues.
Il paroiſſoit alors peu fréquenté ,
,, & quelques - uns des endroits battus
,, commençoient à ſe recouvrir de ver-
,, dure. Ce ſite agréable l'engagea à s'ar-
,, rêter pour en contempler les beautés.
,, Comme il portoit ſes yeux de côté &
5, d'autre , ſes regards , juſqu'alors penſifs
,,& rêveurs , furent frappés d'un objet
,, qui réveilla ſon attention.
,Un homme âgé , dont l'habit paroif.
3. ſoit avoir été celui d'un ſoldat , dor-
,, moit profondément ſur le gazon ; il
H
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
,avoit à ſa droite un havre- ſac poſé fur
une pierre , & à ſa gauche un ſabre
„ garni de cuivre , placé en travers fur
„fon bâton. Harley le conſidéra attenti-
,, vement ; c'étoit une figure dans legen.
„re des deſſins de Salvator. Les alentours
avoient je ne fais quoi d'agreſte & de
„ ſauvage , qui cadroit avec le fond du
,, tableau. Les hauteurs étoient couron-
,,nées , des deux côtés , d'arbuſtes incul-
,, tes qui croiſſoient irrégulièrement ; fur
,, l'une de ces éminences , on voyoit , à
,, quelque diſtance , un poteau deſtiné à
,, indiquer la différente direction du che-
,,min, qui fe partageoit en deux en cet
, endroit un roc , femé de quelques
,, fleurs champêtres , formoit un avance.
,ment au - deſſus de la tête du foldat en-
,, dormi. Elle étoit ombragée par la ſeule
,, branche encore verte & touffue d'un
,, vieux tronc enraciné ſur le ſommet du
„roc. Leviſage du voyageur avoit les traits
,,mâles d'une belle phyſionomie , altérée
„ par les années ; ſon front n'étoit pas
„ entiérement chauve , mais on auroit
,,pu compter ſes cheveux ; leur blancheur
,, faifoit , avec le brun foncé de fon cou ,
,,uncontraſte vénérable qui ſaiſit de ref-
„ pect l'ame de Harley. Tu es vieux ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 115
"
dit - il en lui-même ; & l'âge qui t'a ôté
les forces , ne t'a pas donné le repos.
Hélas ! peut - être ces cheveux blanchis
- au service de ton pays n'ont pu y trou
,, ver un abri. Le foldat ſe réveilla ; il
,, parut confus en voyant Harley ; mais
,,Harley connoiſſoit trop bien ce genre
,, d'embarras pour ne pas l'épargner àun
. ,, autre: il ſe détourna & reprit ſon che-
,, min. Le vieux ſoldat rajuſta ſon havre-
,,ſac & fuivit un des ſentiers battus , de
- ,, l'autre côté de la route.
,, Lorſque Harley eut entendu derriere
,, lui le bruit des pas du vieux voyageur ,
,, il ne put s'empêcher de lui jeter des
,, regards à la dérobée. Ses reins paroif-
,, foient courbés ſous le poids de fon ha-
,vre-fac. Il étoit eſtropié d'une jambe
,, qui le faiſoit boiter , & perclus d'un
,,, bras qui pendoit en écharpe ſur ſa poitrine.
Ses regards avoient l'expreffion
,, d'un homme aguerri contre les fouf-
> frances , qui avoit appris à enviſager ſes
,,malheurs avec des yeux fees".
Lesdeux voyageurs lient converſation
enſemble; ils alloient tous deux au même
endroit.
,,Nous pouvons , dit Harley , nous
abréger mutuellement la route en la
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
,, faiſant enſemble. Il paroît que vous
„ avez ſervi votre Patrie , & que vous
و د
avez beaucoup fouffert en la fervant.
,, Sachez que je ne connois pointde gen .
,, te de mérite plus glorieux & plus ref-
,, pectable ; mais au nom de votre âge ,
,, permettez - moi , avant tout , de vous
,, foulager de ce havre - fac.
,, Le vieux foldat le regarda avec une
,, larme à l'oeil : Jeune homme, lui ditil
, vous êtes trop bon, puiſſe le ciel
,, vous bénir à la priere'd'un vieillard qui
,,, ne peut vous donner que des bénédic-
,,tions: mais mon havre - fac eſt ſi fami-
,, lier avec mes épaules , que j'en mar-
,, cherois moins bien s'il me manquoit ;
,,cette charge feroit pour vous d'autant
„plus embarraſſante que vous n'y êtes
,, pas accoutumé.-Au contraire , reprit
„ Harley avec feu , j'en ferois plus léger.
,, Je ne porterai jamais un fardeau plus
,, honorable" .
Harley eft reconnu du vieillard , qui
lui raconte ſes malheurs. Il eſt chaffé de
ſa premiere ferme par l'injuſtice & la
dureté d'un Intendant. L'animoſité d'un
Juge de paix cauſe une ſeconde fois le
déſaſtre de ſa famille.
,, Un Officier arriva dans le Comté
AVRIL. I. Vol. 1775. 117
1
„ avec un ordre du Roi pour faire des
„ levées de foldats. Le Juge de paix ſe
„ concerta avec lui pour enlever un cer-
„ tain nombre d'hommes dont il vouloit
„purger le pays , le nom de mon fils
fut inferit ſur la liſte.
"
„ C'étoit une veille de Noël , jour de
„ la naiſſancedu petit garçonde mon fils ,
ainſi que de celle du Sauveur. La nuit
„ étoit d'un froid ſaiſiſſant. Il faiſoit un
„ouragan horrible , accompagné de grêle
„& de neige ; nous nous étions retirés
dans la chambre du fond , où nous
„avions allumé un grand feu . J'étois
S
aſſis devant la cheminée dans un fau-
„ teuil d'ozier , remerciant Dieu de
„ m'avoir laiſſé un abri pour ma famille
& pour moi. Les enfans de mon fils
s'amuſoient à fauter autour de mes
„ genoux. Je me fentois ragaillardi à la
„ vue de leurs petites gambades : j'avois
„mis ſur la table une bouteille de notre
meilleure biere , & nous avions pref.
„ que oublié nos malheurs paſſés.
و د
„ Tous les ans , la nuit de Noël , nous
„étions dans l'uſage de nous amufer au
„ jeu de Colin - Maillard ; conformément
à cette coutume , nous avions tiré ay
■ fort , moi , mon fils , ſa femme , la
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
,, fille d'un Fermier voiſin , qui était
„venue nous rendre viſire , les deux pe-
مو
tits enfans & la bonne vieille qui nous
,, ſervoit , & qui avoit paſſé toute ſa vie
,, avec moi . Le ſort étoit tombé fur
mon fils ; c'étoit à lui d'avoir les yeux
,,bandés .
و د
ود
ودLe jeu commençoit à s'animer. Mon
fils avoit paſſé à tâtons dans la premiere
,,chambre , en poursuivant quelqu'un
qu'il croyoit s'y être réfugié . Nous
nous tenions fans bruit chacun à notre
,, place , & fon erreur nous divertiſſoit.
,, Il y avoit quelque temps qu'il y rodoit
,, en aveugle , lorſqu'il ſentit par derriere
,, quelqu'un qui le frappoit à l'épaule ; il
११
ſe retourna & le ſaiſit en diſant : Vous
,, êtes pris ; - & vous auſſi lui répondit-
,, on , & dans peu l'on vous fera jouer à
,,un autre jeu que celui - ci .
११
,,Harley interrompit ce récit par une
,, exclamation de fureur; l'indignation
ſe peignit ſur ſon viſage. Sa main , par
,,un mouvement machinal, ſe jeta fur
le fabre d'Edouard & le tira à moitié
du foureau Le bonhomme l'y replaça
,,tranquillement & continua ſa narration.
ود
ود
१२
Ces paroles prononcées par une voix
AVRIL. I. Vol. 1775. 119
ל
,, étrangere , nousattirerentdans la cham-
„bre qui fut bientôt remplie d'une trou-
„ pe de vauriens en habit de foldar. Ma
,, belle fille tomba évanouie à leur vue ;
,, la vieille ſervante & moi nous nous
,, empreſſames de la ſecourir , tandis que
,,mon pauvre fils , reſté immobile &
,, comme pétrifié , portoit tour-à-tour ſes
,, regards ſur ſes enfans & fur ſa femme.
,,Nos foins la rappelerent à la vie. Nous
,,voulions qu'elle ſe retirât juſqu'au dé
,, nouement de cette malheureuſe aven-
,, ture; mais elle courut précipitamment
ودdans les bras de fon mari , qu'elle ferra
,,dans les ſiens , dans une attitude qui
,, exprimoit à la fois ſa douleur & fon
,, effroi .
„ Un des hommes de la troupe , que
,, nous prîmes à fon uniforme pour un
,, fergent d'infanterie , s'approcha de moi
,,& me dit que mon fils... pouvoit ſe
,, racheter en donnant un autre homme
,,& en payant une certaine ſomme d'ar-
,,gent pour fa liberté. Nous fûmes aſſez
,, heureux pour ramaſſer la ſomme entre
,, nous , graces à la générofité de la bonne
,, vieille , qui apporta dans une petite
ودbourſe de foie verte tout le produit de
,, ſes économies depuisqu'elle étoit àmon ود
H4
120 MERCURE DE FRANCE .
,, ſervice. Mais il falloit un homme pour
,, remplacer mon fils. Sa femme fixa fur
,, ſes enfans des yeux pleins de tendreſſe
&de déſeſpoir. "
,, Pauvres enfans , s'écria- t- elle , an
,, veut vous arracher votre pere : qui
,, veut-on qui prenne ſoin de vous ? Fau-
,,dra-t-il que votre mere vous voie mou
,, rir de faim , ou qu'elle aille mendier.
,, pour elle & pour vous le ſoutien d'une
,, vie miférable ? Je la priai de ſe tran-
,,quilliſer , mais je n'avois point de vé
,,ritable caution à lui donner. Après un
,, moment de reflexion je pris le Sergent
,, à part , & l'interrogeai pour ſavoir ſi
,,mon âge ne m'empechoit point d'en .
,,trer au ſervice à la place de mon fi's,
Votre âge , me repondit - il , devroit
vous en empêcher ; mais avec de l'ar.
,, gent tout s'accommode. Je lui mis dans
,,la main la ſomme que nous avions
,, recueillie ; je courus enſuite embraſſer
ود
و د
ودmon fils : Jacques , lui dis - je à baſſe
„ voix , vous êtes libre ; vivez pour vo-
,, tre femme & pour ces jeunes enfans.
Il me reſte peu de vie à perdre : ſi je
reſtois , je ne ſerois qu'un malheureux
de plus à charge à d'autres malheureux.
Non , s'écria mon fils , je ne fuis pas
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 121
,, auſſi lâche que vous paroiſſez le croire,
,, Non ; le ciel n'ordonne point que mon
,, pere expoſe ſa tete , déjà blanchie par
,, l'âge , tandis que ſon fils meneroit une
,, vie douce & paiſible. Je ſuis jeune &
,, capable d'endurer la fatigue ; Dieu au-
,, ra pitié de nous ; il ſera , en mon ab-
„fence, le confolateur de ma femme &
,, le pere de mes enfans . -Jacques , lui
,, répondis -je , je veux que cette diſpute
,, finiſſe. Vous m'avez toujours obéi juf-
„qu'à ce moment: vous ne le choiſirez
„pas pour contrevenir à mes volontés .
,, Je vous legue , comme pere , le foin
,,de ma famille , je m'en repoſe ſur
و د
vous comme ami. Notre ſéparation ,
,, M. Harley , fut un déchirement de
,, part & d'autre qui ne peut ſe décrire ;
,, c'étoit pour la premiere fois que nous
,, allions nous quitter. Les ſoldats avoient
,, peine à ſe défendre les larmes , &c. "
Nous ſommes fàchés que les bornes
ordinaires d'un extrait nous aient forcés
de mutiler ce chapitre. Mais nous croyons
que les Lecteurs ſenſbles , & même les
gens de goût nous fauront gré de tranfcrire
encore le morceau qui fuit.
ود Ils n'étoient plus qu'à très -peu de
,,diſtance du village où ils alloient ,
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
,, lorſque Harley s'arrêta tout- à -coup &
,, regarda avec étonnement les décom-
,,bres d'une maiſon ſituée ſur un des
,, côtés de la route. O ciel ! s'écria-t- il ,
,, ô demeure de mon enfance! dans quel
,, état t'apperçois-je aujourd'hui ? Pour-
,, quoi te vois-je ainſi déferte & renver-
,, ſée de fond en comble ? Où eſt allée la
,, troupe enfantine de tes habitans ? Pour-
,,quoi n'entends -je plus bourdonner leur
"
ود
eſſaim folâtre ? Edouard , regardez , re-
,, gardez ici ; voyez le théâtre de mes
premiers amusemens & de mes pre-
,,mieres liaiſons , détruit & devenu un
,, amas de ruines . C'eſt là l'école où j'étois
en penſion dans le temps que vous de-
"meuriez à South-Hill. A peine y a - t - il
„un an qu'elle étoit encore debout , &
,,que ſes bancs étoient remplis d'une
,, foule d'enfans . Vis-à-vis c'étoit une pe-
,,louſe où ils avoient coutume de pren-
,,dre innocemment leurs ébats. Voyez
,, comme la charrue facrilege en a profané
la verdure. J'aurois donné cent
fois la valeur de ce terrein pour le préſerver
de ce ravage.
ود
"
”
ود
גג
Mon bon M. Harley , répondit
Edouard, peut - être cette demeure a-telle
été abandonnée par choix ; peut- être
AVRIL, I. Vol. 1775. 123
-
,
» en a-t-on préféré une autre plus com-
„ mode & mieux ſituée. Cela ne peut
„ être , reprit Harley cela ne peut
être. Eh ! quoi ! cette plaine ne fera
>>donc plus émaillée de fleurs champé.
„ tre ; elle ne fera plus foulée par les
>pieds délicats d'un peuple de jeunes
„ innocens , Je ne verrai plus ce vieux
> tronc paré des guirlandes que leurs
> petites mains entrelacoient en s'amu.
ſant. Ces deux longues pierres qu'on
„ apperçoit à côté , renverſées par terre ,
ſervoient de piliers à une petite hutte
„ que j'avois aidé moi-même à bâtir. Com
» bien de fois m'y ſuis-je aſſis ſur un ſiege
„ de verdure ? Combien de fois y ai-je
”
fait avec mes camarades , un régal de
„ pommes ? Plus heureux alors , oui ,
mon cher Edouard , infiniment plus
„ heureux que je ne puis jamais l'être !
Remede nouveau contre les maladies vénériennes
, tiré du regne végétal ; ou effai
fur la vertu anti vénérienne des alkalis
volatils ; par M. Peyrithe , du College
de Chirurgie de Paris , Docteur en
Médecine , de l'Académie des Scien
ces , Inſcriptions & Belles- Lettres de
Toulouſe , & de celle des Sciences de
Montpellier. A Paris , chez Didot le
124 MERCURE DE FRANCE.
jeune , Libraire . quai des Auguſtins.
Prix 2 liv. br-
Dans l'introduction de cet Ouvrage ,
on voit quelles font les raiſons qui ont
détermine M. P. à faire la recherched'un
anti-vénérien nouveau. La principale eſt
l'erreur où l'on eft , qu'en poſſédant le mercure
, l'art de guérir ne peut eſpérer un
meilleur remede. Les grands Maîtres
avoient pourtant recommandé , mais fans
fruit , de ſe défendre de cette erreur.
Çet eſſai eſt accompagné de notes féparées
, qui font comme un traité à part ,
auffi étendu que l'Ouvrage même. Ce
ſont des réflexions judicieuſes ſur les cas
que M. P. auroit trouvé bon de difcuter
dans le cours de ſon eſſai , s'il n'eût paş
trop détourné le Lecteur , en lui expli.
quant tout ce qui pouvoit l'inſtruire.
On fent que cet Ouvrage eſt de nature
à ne pouvoir qu'être annoncé dans ce
Journal ; mais il fait d'ailleurs honneur
a fon Auteur comme ami de l'humanité ,
comme ſavant praticien & comme bon
écrivain .
Traité élémentaire de Géométrie & de la
maniere d'appliquer l'Algebre à la Gen
AVRIL. I. Vol. 1775. 125
コ
métric ; par M. l'Abbé Boſſut , Examinateur
des Ingénieurs , Membre de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris , de l'Inſtitut de Bologne & de la
Société Royale de Lyon. I vol . in 8°.
A Paris , chez Jombert fils aîné , rue
Dauphine.
Ce Traité eſt la troiſieme partie du
Cours de Mathématiques que l'Auteur
donne au Public , à l'uſage des Ingénieurs
. Il eſt écrit, comme tous ceux qui
l'ont précédé , avec clarté , préciſion &
élégance ; & quoiqu'il ne ſemble promettre
que des connoiffances élémentaires
, on y trouvera beaucoup de choſes
nouvelles & piquantes , fur - tout dans le
traité des ſolides & dans l'application de
l'Algebre à la Géometrie. Nous inférerons
dans le prochain Mercure le Discours
préliminaire que M. l'Abbé Boffut
a mis à la tête de cet Ouvrage.
Lettre & réflexions fur la fureur du jeu ,
auxquelles on a joint une autre Lettre
morale ; par M. Duſaulx , ancien Commiſſaire
de la Gendarmerie , de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles
- Lettres & de celle de Nancy.
126 MERCURE DE FRANCE .
Simplexne furor ? Juvénal.
Vol. in- 8°. prix t liv. rổ f broché.
A Paris , chez Lacombe , Libraire.
rue Criſtine , près la rue Dauphine.
Le ſavant Traducteur de Juvénal emprunte
ici ſa véhémente éloquencepour détourner
les jeunes gens dela fureur dujeu.
Sa Lettre cependant eſt moins une fatirede
cette paſſion qu'un tableau vif, animé ,
mais vrai & effrayant des malheurs dans
leſquels cette paſſion nous précipite , &
des tourmens qu'elle nous fait éprouver,
La Lettre eſt adreſſeé à un jeune homme
qui avoit eſſuyé une perte conſidérable
aujeu. ,, Vous gémiſſez , mon ami , lui
dit- il , & moi je m'applaudis de laperte
que vous venez de faire: mes conſeils ,
vous le ſavez , n'ont pu vous en garantir
; peut - être que la leçon du malheur
fera plus efficace. Il eſt temps de vous
corriger ; mais ne différez point. Quand
il s'agit de la fureur du jeu , l'expérien-
> ce arrive preſque toujours trop tard" .
M. Duſaulx , après avoir fait confidé.
rer à fon ami le danger qu'il a couru ,
eſpere qu'il pourra ſe défendre facilement
de la paſſion du jeu , parce qu'il
VRIL. 1. Vol. 1775. 127
n'eſt pas encorece qu'on appelle un joueur,
& qu'il n'a pas eu le temps d'en contracter
les moeurs. ,, Savez - vous , lui dit - il , ce
,, que c'eſt qu'un joueur ? J'en atteſte tout
,,honnête homme, ce titre ſeul eſt une
,,infulte; vous en auriez horreur , ſi vous
ſaviez , comme moi , ce qu'il exprime
,, d'abjet & d'inhumain. Quiconque ne
.,fait pas réſiſter à ce funeſte penchant ,
quels que foient ſes motifs , ne fauroit
etre qu'un fot , un fourbe ou bien un
,, furieux ; je ne ſache point de termes
,, moyens. Oui , je le ſoutiens , il eſt de la
,,plus abfurde inconféquence de riſquer
„le néceſſaire pour obtenir le ſuperflu ;
,, de ſe permettre , comme un paffe-temps
→ , légitime , d'immoler celui que , bien-
,, tôt après , on ne fauroit s'empêcher de
, plaindre , & quelquefois de ſecourir ,
,, en un mot , de faire le métier de
brigand avec le coeur d'un honnête
,,homme.
„Deteſtons , vous & moi , les uſages
& les maximes qui , dans la ſociété ,
n'ont d'autre fondement , d'autre fanc-
„tion , que le voeu d'acquérir des richef-
,, ſes , au préjudice réciproque des mem-
„bres qui la compofent. Il n'ya, mon
,, ami , de ſalaires légitimes que pour
128 MERCURE DE FRANCE.
les talens utiles ; & duffé- je vous pa-
„ roître trop dur , je ſoutiendrai toujours
,, que les profits des joueurs ne font au
,, fond que des rapines" .
Les fauſſes bienſéances d'un luxe ſcandaleux
& des conventions deſtructives ,
ſemblent aujourd'hui concourir à allumer
la paſſion du jeu. Donner une fête , c'eſt
donner à jouer ; c'eſt , après bien des
tourmens , livrer des victimes au défespoir.
M. Duſaulx auroit pu citer ici une
foule d'exemples tragiques , qui montrent
juſqu'où peut aller le déſeſpoir des
joueurs. Mais il ſe contente de rapporter
ce trait de déſeſpoir d'une nouvelle efpece.
Un Joueur , plegmatique en ap.
parence , après avoir perdu tranquillement
, & même avec ſérénité , la plus
forte partie de ſa fortune , joua fon reſte
d'un ſeul coup , & le perdit ſans murmurer.
On le regarde avec ſurpriſe ; ſa
figure ne change point : on s'apperçoit
ſeulement qu'elle devient fixe & immobile
; l'étonnement redouble. Bientôt
deux ruiſſeaux de larmes coulent rapidement
le long de ſes joues , & toujours
fans que fon viſage en ſoit altéré . D'abord
on ſe mit à rire ; mais , ajoute M. Dufaulx
, je ne sais quelles idées cette statue
pleu
AVRIL. I. Vol. 1775. 129
pleurante réveilla inſenſiblement dans
Tame des ſpectateurs : ils finirent tous
par être ſaiſis de terreur & de pitié .
" J'ai voulu , continue M. Duſaulx ,
,, revoir ces triſtes aſſemblées , où le plai-
: ود
و د
fir fert de prétexte à la cupidité ; j'ai
,, voulu les étudier. Je friſſonnois au ſeul
,, aſpect de la foule pâle , muette &
,, tremblante , qui attendoit ſon arrêt.
,, Quoique ſimple ſpectateur ,je ſouffrois.
,, Tous ces inſenſés , ſuſpendus àla roue
de fortune , qui les agitoit en ſens contraire
, me forçoient , malgré mon indignation
, ou plutôt mes mépris , de
,, compâtir à leur miférable fort. J'ai
ſouvent attendu juſqu'au lever du ſoleil
le dénouement de ces drames ter
,, ribles& trop pleins de vérité. Que l'art
eſt loin d'imiter ce flux & reflux de
,, mouvemens oppoſés , ces ſurpriſes ,
ود
ود
"
”
"
"
ces ſecouſſes , ces tranſes & tous ces
caracteres del'eſpérance & de la crain
,, te , variés à l'infini fur chacun des viſages
! .... Tout cela n'eſt rien , en.
,, comparaiſon des angoiſſes ſecrettes.
Ecoutez & frémiſſez : deux joueurs
manifeſtoient leur rage , l'un par un
-, morne filence , l'autre par des impréca-
,, tions redoublées ; celui-ci choqué du
و د
I
130 MERCURE DE FRANCE.
,, fang froid apparent de fon voiſin , lui
,, reproche d'endurer fans ſeplaindre des
,, revers , coup fur coup multipliés : -
Tiens , répond l'autre , regarde . Il s'étoit
déchiré la poitrine , & lui en montroit
des lambeaux fanglans " .
"
ود
دو
Et l'ame.... que devient- elle , lorsqu'ainſi
battue de toutes parts , & dé
pourvue de motifs honnêtes , elle n'obéit
plus qu'à des impulfions foudaines ? M.
Duſaulx dit avoir vu un jeune homme
de qualité , plein d'honneur & de bravoure
, dont la tête fut tellement bouleverſée
par un coup fatal & ruineux , qu'il
ſe leva bruſquement , regarda d'un air
furieux & égaré ſon camarade qui venoit
de le gagner: ,, Que m'importe ? lui dit-
,, il: je ne dois rien " . Puis tout-à- coup
fondant fur lui , le ſerrant entre ſes bras ,
& l'arrofant de ſes larmes: ,,Ah! mon
ود
ami , tu me connois , ne crains rien ; ſi
, j'avois joué mon ſang contre toi , tu
ſais bien que je le verſerois tout à
l'heure à tes pieds " .
ود
ود
Mais le moment peut-être le plus terrible
& le plus difficile à peindre eſt celui
où le joueur triomphant ſe leve & ſe
retire. ,, Ce départ eſt un coup de foudre
,, pour celui qu'il abandonne. Après un
AVRIL. I. Vol. 1775. 131
j
ود
"
- combat fingulier, la haine expire en-
,, tre les deux rivaux , & le vainqueur
attendri tend la main au vaincu. Après
cet odieux conflit , l'imprudent qui s'eſt
,, compromis , ſans égards à ſes moyens ,
,, a beau chercher ſur le front de fon
Adverſaire le moindre ſentiment de
,, compaſſion ou de généroſité , il n'y lit
) ,, que ces mots: Point de grace , point
de délai ; il faut payer. -Quand ?
Demain . - Hé ! le puis je?- L'horrible
ſituation ! C'eſt là que commence
un nouveau genre de fupplice. Tant
qu'il eſt en action , lejoueur efpere un
heureux retour ; il joue du moins , il
و د
ود
- ود
و د
وو
"
و د
و د
"
-
lutte & s'étourdit : mais rendu à lui-
7 , même , les furies le ſaiſiſſent , l'honneur
réclame ſa parole , il ne lui laiſſe
„ que le terme rigoureux preſcrit par
l'uſage , plus impérieux que les loix &
la raiſon. Dès- lors , éperdu , confus ,
il ne fait à qui recourir : ſes amis les
plus intimes lui deviennent ſuſpects ;
il ſe croit ſeul dans l'Univers : quedis-
,, je ? Il y voit ſon créancier ".
"
ود
ود
Ceux qui font dominés par la paſſion
du jeu n'accuſeront pas M. D. d'avoir
chargé ce tableau. ,,Ah ! fi mon oreiller ,
ور s'écrioit un joueur deprofeſſion, pou-
12
132 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
voit révéler ce que j'ai fouffert pendant
les nuits " ! Lesjoueurs comme le remarque
l'Auteur , ne s'abſtiennent guere du
jeu qu'autant qu'ils font dénués d'argent.
& de refſources. Cette inaction forcée
eſt pour eux un fupplice dont les tourmens
, comme il arrive dans certaines
maladies aiguës , font redoublés pendant
les nuits . Une Demoiselle avancée en
âge (l'exemple n'eſt pas fameux) qui ne
'vivoit que de pain & de laitage , pour
épargner un très - mince revenu qu'elle
perdoit affiduement , ne faisoit pas de
difficulté d'avouer qu'elle avoit plus d'une
fois uſé , déchiré les draps de ſon lit avec
les ongles de ſes pieds , & percé ſon matelas
.
Conſidérens avec M. D. quelles font
les occupations des joueurs , & quelle
eſt leur exiſtence. Cherchons une heure
de calme & de férénité dans le cours de
leur vie ; cherchons-y la moindre tendance
au bien public: nous n'y trouverons
que du vertige , & trop ſouvent
l'oubli des devoirs les plus facrés. Brûlant
de courir de nouveaux hazards ,
dont ils ne ſavent pas ſe défier , ils regardent
comme perdu tout le temps qui
s'écoule juſqu'à ce qu'ils recommencent ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 133
1
1
Qui le croiroit , ſans l'avoir éprouvé ,
c'eſt à regret qu'ils voient luire le foleils
s'ils le pouvoient , ils hâteroint ſa courſe.
Auſſi faut- il les voir entre eux , &
lorſqu'ils font libres de toutes bienfeances.
Quand la partie est belle , quand une
fois le defir du gain & le regret de la
perte font bien exaltés, les heures & les
journées s'écoulent ſans qu'ils s'en apperçoivent.
On a vu , le croira- t-on , des
joueurs refter trois , quatre & quelquefois
cinq jours de ſuite affis à la même
table de jeu ; on les a vus dans ce long
ſupplice , dont quelques-uns font morts ,
ne prendre que furtivement , de la main
des valets , de quoi ſe ſubſtanter , & ne
> vaquer qu'en murmurant aux beſoins naturels
. N'eſt- il pas permis de s'écrier avec
Juvenal , fimplexne furor ? N'est - ce là
que de la fureur ?
Ces traits & d'autres rapportés dans
cette même Lettre , ſont bien capables
d'effrayer tout joueur de profeſſion. Si
cependant les catastrophes enfantées par
7 le jeu & déposées dans la plupart des
Greffes criminels , ne peuvent éteindre
dans unjoueur le defir de courir de nouveaux
haſards , pour avoir de nouvelles
fommes à diſſiper ; qu'il calcule du moins
13
134 MERCURE DE FRANCE.
avec un peu de fang froid ; & il verra
que ſon argent ſe trouve néceſſairement
abſorbé par les cartes & par d'autres frais
de convention. En effet , tous ces repaires
, tous ces cloaques , renommés par un
faſte impofteur , & qu'il préfere aux honnêtes
maiſons , ne fubfiftent & ne paient
des tributs fecrets qu'à l'aide des largefſes
uſitées , que font alternativement les
joueurs , quand la fortune leur rit; de
forte qu'à la longue, c'eſt le tapis & la
prodigalité qui dévorent tout. Mais ils
ne ſont occupés que du moment préſent
; l'avenir n'exiſte point pour les
joueurs .
Comme c'eſt principalement en faveur
des jeunes gens que M. D. a fait imprimer
ſa Lettre & ſes réflexions ſur la fureur
du jeu ; il a cru devoir avertir les
parens qui envoient leurs enfans dans
les villes capitales , & fur- tout à Paris ,
de prendre toutes fortes de précautions
contre les intriguans qui ont le département
de la jeuneſſe. Voici la marche ordinaire
de ces hommes dangereux : quand
ils n'ont point de titres , ils s'en fabriquent
;& peu de gens les leur conteſtent,
parce qu'on trouve ces Meſſieurs utiles
aux plaiſirs de la ſociété , dont ils font
AVRIL. I. Vol. 1775. 135
les frais aux dépensdes dupes qu'ils mettent
dans le monde. Le revenu de ces
Chevaliers d'induſtrie eſt ordinairement
fondé ſur l'inexpérience de ceux qui les
regardent comme des modeles & des
oracles . D'abord ils ſe les attachent par
des appas de toute eſpece. Après les avoir
promenés d'erreurs en erreurs , après leur
avoir ſuggéré une foule de beſoins & de
vices , qu ils ne ſont plus en état de fatiffaire
, ils leur enſeignent , s'ils font majeurs
, la reſſource infaillible dujeu ; c'eſtlà
, dès l'origine, le terme fatal où ils
vouloient les mener. Alors le protecteur
livre ſes petits amis à des exécuteurs fubalternes
, qui les ruinent au profit com-
> mun des confédérés.
M. Duſaulx a joint à cette Lettre & à
ces réflexions ſur le jeu , deux ſcenes
d'une Comédie qui y avoit rapport , &
dont l'objet étoit de faire voir le danger
des liaiſons.
Les Lecteurs d'un caractere doux &
paiſible , à qui la manie turbulente que
7 M. D. a tâché de peindre eſt étrangere ,
liront ſans doute avec plus d'intéret la
Lettre morale du même Auteur ſur la
mort d'un honnête homme , d'un homme
qui fut autant qu'il étoit en lui le conſo-
14
r
136 MERCURE DE FRANCE.
lateur & le ſoutien de ſes ſemblables , &
n'eut jamais à rougir des excès qu'il avoit
blâmes . De tous les vices à la mode ,
l'adultere étoit ſans exception celui qui
Jui inſpiroit le plus d'horreur , & dont
il faifoit le mieux ſentir les affreuſes
conféquences. Il avoit le courage de s'en
expliquer hautement : car cet homme à
grand caractere n'avoit plus d'égards , &
ne craignoit plus le ridicule quand il plaidoit
la cauſe des moeurs N'eſpérons
„ pas , diſoit- il , qu'elles ſe rétabliſſent jamais
, tant qu'il ſera du bon ton de
railler le lien conjugal; tant que les
Poëtes & les romanciers diront im
punément comme.Ovide :
"
"
Rufticus eft nimium , quem lædit adultera conjux ,
Et notos mores non fatis urbis habet.
L'honnête homme dont il eſt parlé
dans cette Lettre avoit écrit rapidement
des conſeils à un jeune homme mécontent
de ſon début dans le monde ; & ces
conſeils font ici publiés par M. D. Ce
petit écrit , dicté par un coeur honnête&
ſenſible , & épris du beau moral , eſt le
plus bel éloge que M. D. pouvoit faire
de fon ami.Tout ceci eſt accompagné de
AVRIL. L. Vol. 1775, 137
notes & de citations qui occupent agréa
blement le Lecteur , & font diſparoître
la féchereſſe ordinaire à ces fortes d'écrits .
Oeuvres complettes d'Alexis Piron , propoſées
par ſouſcription. A Paris , chez
: Michel Lambert , Imprimeur Libraire ,
rue de la Harpe , près St. Côme.
:
On n'a pu répondre plutôt à l'empreſ,
ſement du Public au ſujet de l'édition
des Oeuvres complettes defeu Alexis Piron.
Cette édition , actuellement ſous preſſe ,
fera compoſée de ſept volumes in- 8°. &
paroîtra , fans aucun retard , au mois de
Novembre prochain.
Elle contiendra toutes les Pieces qu'il
a données , foit aux Théâtres François &
Italien , foit à l'Opéra - Comique. Celles
qui regardent ce Spectacle forain , en
aſſez grand nombre, n'ont point encore
été imprimées. L'Auteur les avoit raſſem
blées avec ſoin , dans le deſſein de les
joindre à la collection générale de ſes
Oeuvres. On s'eſt d'autant plus volontiers
conformé à ſes intentions , que rien n'eſt
plus gai , plus plaifant & plus ſpirituel
que ces Opéra- Comiques , dont l'ingénieux
& malin vaudeville eſt ſi propre
15
\
138 MERCURE DE FRANCE.
à dérider le frondle plus grave & le plus
févere. On doit regretter que ce genre
de ſpectacle , qui avoit atteint à ſa perfection
ſous le fertile & riant pinceau du
célebre M. Favart , ſoit entiérement perdu
pour nous. :
Les Contes , les Epigrammes & les
Chanfons de Piron , genres dans lesquels
il excelloit , ne feront pas le moindre
ornement de cette édition .
Elle fera précieuſe encore par une in.
finité d'autres Pieces fugitives , qui verront
le jour pour la premiere fois. Il eſt
inutile de faire ici l'éloge des différens
Ouvrages qui compoſent cette collection,
Il fuffit de dire qu'on y reconnoîtra pare
tout le génie de l'illuſtre Auteur de la
Métromanie , dont on trouvera la vie à
la tête du premier volume , par l'Hom.
me de Lettres , à l'amitié duquel il a
confié , en mourant , le ſoin de fa mé.
moire.
CONDITIONS.
On ſouſcrira à Paris , chez Michel
Lambert , Imprimeur Libraire , rue de
la Harpe , près St. Côme.
Cette édition , ornée du Portrait de
l'Auteur , contiendra ſept volumes in-8° .
AVRIL. I. Vol. 1775. 139
en très- beaux caracteres , & fur papier
fin d'Angoulême. Elle fera du prix de
quarante-deux livres en feuilles pour les
Souſcripteurs.
1
On payera en ſouſcrivant
En retirant l'exemplaire complet
au mois de Novembre de la
préſente année.
24 1.
:
18
42 1.
Il y en a vingt-cinq exemplaires en
très-beau papier d'Hollande , dont le prix
ſera de 84 liv. On payera 48 liv. en
ſouſcrivant , & 36.1. en retirant l'exem .
plaire complet.
Vers à ma Patrie ; 8 pages in - 8°. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , rue
Chriſtine.
Ces vers renferment l'expreſſion des
fentimens d'un bon Citoyen , qui célebre
le bonheur de ſa Patrie.
La France a retenti des accens du bonheur ;
J'entends chanter Louis , la Juſtice & l'Honneur :
Tout paroît reſpirer une nouvelle vie ;
Il eſt permis enfin de croire à la Patrie ,
140 MERCURE DE FRANCE.
D'être bon Citoyen ainſi que bon Sujet ,
Et d'adorer ſon Roi dans le bien qu'il nous fait,
O France ! 6 mon Pays , idole de mon ame !
Un nouveau jour m'éclaire , un nouveau jour m'enflamine ;
Par l'eſpoir animé , je reſſens dans mon coeur
L'orgueil du nom François & cette noble ardeur
Qui plaît par fon audace & tient lieu de génie,
C'eſt célébrer ſon Roi que chanter ſa Patrie.
ANNONCES .
Code Ecclésiastique , ou queſtions importantes
& obſervations ſur l'Edit dų
mois d'Avril 1695 , concernant la
Jurisdiction Ecclésiastique ; fur l'Arrệt
du Parlement du 26 Février 1768 ,
concernant les Bulles & autres expé .
ditions de Cour de Rome ; ſur l'Edit
de Mars 1768 , concernant les Ordres
Religieux ; fur l'Edit de Mai 1768 ,
concernant les portions congrues ; &
fur pluſieurs articles de l'Ordonnance
du mois d'Avril 1768 , concernant les
procédures. Par M. J. B. Coudart de
Clozol , Avocat au Parlement. 2 vol.
in- &º. prix 8 l . br & 101. rel . A Paris ,
chez Grangé , Libraire Imprimeur , au
AVRIL. I. Vol. 1775. 141
Cabinet Littéraire , pont Notre-Dame ,
près la Pompe.
La vie du Pape Clément XIV ( Ganganelli
) ; in 12. br. 3 1. A Paris , chez
la veuve Deſaint , Libraire , rue du
Foin Saint Jacques .
Architecture pratique , qui comprend la
conſtruction générale & particuliere
des bâtimens , le détail, les toifé &
devis de chaque partie , ſavoir maçon
nerie , charpenterie , couverture , me
nuiſerie , ferrurerie , vitrerie , plomberie
, peinture d'impreſſion , dorure ,
ſculpture , marbrerie , miroiterie , poëlerie
, &c. avec une explication& une
conférence des trente- fix articles de la
coutume de Paris ſur les titres des Sentences
& rapports qui concernent les
bâtimens & l'Ordonnance de 1673 .
Par M. Bullet , Architecte du Roi ,&
de l'Académie Royale d'Architecture ;
revue , corrigée avec foin , confidérablement
augmentée , fur-tout des détails
eſſentiels à l'uſage actuel du toiſé
des bâtimens , aux us & coutumes de
Paris & aux réglemens des mémoires ,
& à laquelle on ajoint un tarif & des
comptes faits de toutes fortes d'ouvra-
:
142 MERCURE DE FRANCE.
ges en bâtiment , &un autre tarifpour
connoître le poids du pied de fer fuivant
ſesdifférentes groſſeurs.Par M ***
Architecte , ancien Inſpecteur Toiſeur
de bâtimens ; Ouvrage très-utile aux
Architectes & Entrepreneurs , à tous
Propriétaires de maiſons & à ceux qui
veulent bâtir. Nouvelle édition revue
& augmentée ; in- 8°. avec fig. A Paris
, chez Delalain , rue de la Comédie
Françoiſe.
La Confolation du Chrétien , ou motifs
de confiance en Dieu dans les diverſes
circonstances de la vie ; par M.
l'Abbé Roifard ; 2 vol. in- 12. rel . 5 1 .
A Paris , chez Humblot , Libr. rue St.
Jacques , entre la rue du Plâtre & celle
des Noyers , Près St. Yves , 1775.
Le Dentiſte obfervateur , ou recueil abrégé
d'obſervations tant fur les maladies
qui attaquent les gencives& les dents ,
que fur les moyens de les guérir ;dans
lequel on trouve un précis de la ſtructure
, de la formation & de la connexion
des dents , avec une réfutation
de l'efficacité prétendue des eſſences
& élixirs ; & de la deſcription d'un
nouveau pélican , imaginé pour l'exAVRIL.
I. Vol. 1775. 143
3
- traction des dents doubles. Par Honoré
Gaillard Courtois , Expert Dentiſte à
Paris ; vol. in- 12. avec fig. prix 2 1. 8 f.
br. de l'Imprimerie de Michel Lambert
; ſe trouve chez Lacombe , Libr.
rue Chriſtine , près la rue Dauphine.
Détail des ſuccès de l'établiſſement que la
ville de Paris a fait en faveur des per-
Sonnes noyées & qui a été adopté dans
diverses Provinces de France; troiſieme
partie , 1774. On y a joint pluſieurs
exemples des moyens éprouvés pour
rappeler à la vie les perſonnes que des
vapeurs mofétiques & d'autres accidens
de différente nature , ont frappées
d'une mortapparente ,&le procèsverbal
de la mort des ſieur & dame le
Maire , ſuffoqués par la vapeur du
charbon allumé. Par M. Pia. Ampliat
ætatem fuam vir bonus , quando longevitati
confortium prodeft. A Paris , rue
St. Jacques , près St. Yves , au Coq&
Livre d'or , chez Lottin l'aîné , Imprimeur
de la Ville ; & Eugene Ontfroy ,
Libraire.
Lettre apologétique fur les corvées , analyſée
& réfutée , par M. l'Abbé Bau
144 MERCURE DE FRANCE.
deau ; in- 12. de 75 pages. Prix 12 fols .
A Paris , chez Lacombe , Libr. rue
Chriftine.
Lettres & Mémoires à un Magistrat du Parlement
de Paris , ſur l'Arrêt du 13 Septembre
1774 , concernant la liberté du
commerce des grains ; in 12. de 146
pages , prix 24 f. à la même adreſſe.
DISCOURS : Quelles sont les causes générales
des progrès de l'industrie & du
commerce , & quelle a été leur influence
fur l'esprit & les moeurs des Nations ,
prononcé à l'Hôtel - de - Ville de Lyon
le 21 Décembre 1774 , par M. Bergaffe
, Avocat. A Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche ; & à Paris ,
chez Humblot , Libraire , rue Saint
Jacques.
Etabliſſement d'Hôpitaux pour les Enfans
Trouvés , en Bretagne ; in 4°. de
28 pages. Ce Mémoire eſt vendu au
profit des Hôpitaux. A Paris , chez les
Libraires du quai de Gêvres.
Choix de tableaux tirés de diverſes galeries
Angloiſes , par M. Berquin ; in- 80.
de
AVRIL. I. Vol. 1775. 145
de 300 pages. A Paris , chez la veuve
Ducheſne & le Jay, Libraires , rue St
Jacques ; Saillant & Nyon , rue Saint
Jean de Beauvais ; Delalain & Monory
, rue de la Comédie Françoiſe ; &
Ruault , rue de la Harpe.
Pygmalion , ſcene lyrique de M. J. J.
Rouſſeau , miſe en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 80.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv. 8 f. chez Coſtard , rue St Jeande
Beauvais.
Itinéraire des routes les plus fréquentées ,
ouJournal d'un yoyage aux Villes
principales de l'Europe , où l'on a
marqué en heures & minutes le temps
employé à aller d'une poſte à l'autre ,
les diſtances en milles Anglois , mefurées
par un odometre appliqué à la
voiture ; le produit des contrées , la
population des Villes , les choſes remarquables
à voir dans les Villes &
fur les routes , les auberges , &c. &c.
On y a joint le rapport des monnoies
& celui des meſures itinéraires & linéales
, ainſi que le prix des chevaux
de poſte des différens pays ; par M.
K
146 MERCURE DE FRANCE.
Dutens; vol. in-8°. prix br. 11. 16. f.
A Paris , chez Piſſot , Libr. quai des
Auguſtins.
Recueil d'observations ſur les différentes
méthodes propoſéés pour guérir la ma.
ladie épidémique qui attaque les bêtes
à cornes ; ſur les moyens de la reconnoître
par - tout où elle pourra ſe manifeſter
, & fur la maniere de déſinfecter
les étables ; par M. Félix Vicq
d'Azyr , Médecin envoyé par les ordres
du Roi dans les Provinces où regne
la contagion ; in-4°. A Paris de-
Imprimerie Royale.
Instructions ſur la maniere de déſinfecter
les Villages ; par M. Vicq d'Azyr ,
in-4°. A Paris , de l'Imprim. Royale.
C'eſt d'après ces Inſtructions que l'on
procede à l'exécution de l'Arrêt du Con--
ſeil d'Etat du 30 Janvier dernier , qui
ordonne de tuer les bêtes malades.
AVRIL, I. Vol. 1775. 147
ACADEMIES.
I.
DIJON.
Séance publique de l'Académie des Scien
: ces , Arts & Belles- Lettres de Dijon ,
tenue le 14 Août 1774.
:
M. MARET, Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par un Eloge précis de
Louis XV.
L'Académie doit à cet auguſte Monarque
la liberté de s'aſſembler; il lui a
permis de conſacrer aux Muſes l'Hôtel
qu'elle occupe , & d'accepter la donation
du Jardin des plantes qui lui a été faite
par M. Legouz.
Ces bienfaits , en excitant ſa reconnoiſſance
, autoriſoient à donner de la
publicité aux expreſſions de ſa ſenſibilité.
M. Maret s'eſt borné à montrer dans
Louis XV le protecteur éclairé des Lettres
, des Sciences & des Arts , il a rap
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
pelé que ſi la protection accordée par
Louis XIII & par Louis XIV aux Gens
de Lettres , aux Savans & aux Artiſtes , a
hâté les progrès des connoiſſances & fait
prendre à la France une face bien différente
de celle qu'elle avoit avant les
regnes de ces Monarques ; il falloit ,
pour rendre la révolution complette , que
le flambeau des ſciences , allumé dans la
Capitale du Royaume , pût porter ſa
lumiere juſqu'aux extrémités des Provinces
les plus reculées ; que les Lettres ,
en adouciſſant les moeurs de tous les
François , fiſſent ſentir univerſellement
le prix d'une fociété paiſible ; & que les
Sciences & les Arts , vivifiant toutes les
parties de la France , multipliant les occaſions
de travail & les commodités de
la vie , attachaſſent les Sujets à leur Roi
par les liens de l'amour & de la reconnoiffance.
Une énumération rapide des établiſſemens
faits ou autoriſés par Louis XV en
faveur des Lettres , des Sciences & des
Arts , & un tableau des avantages qu'ont
procurés ces établiſſemens , ſervent à MMaret
pour prouver que Louis XV s'eſt
acquis des droits puiſſans à la reconnoisfance
de fes Sujets , & qu'il a aſſuré à la
AVRIL. I. Vol. 1775. 149
France un bonheur dont les vertus éclatantes
de fon Succeſſeur garantiſſent la
durée.
Après avoir payé ce tribut à la mémoire
de ce Monarque , M. Maret a lu
l'éloge de M. Legouz de Gerland , ancien
Grand-Bailli du Dijonois & Académicien
* Honoraire , mort le 17 Mars dernier.
Un précis des Ouvrages donnés au
Public par M. Legouz ou qui ſe ſont
trouvés dans ſes porte - feuilles , fait
d'abord voir qu'avec le deſir de tout apprendre
, cet Académicien avoit les talens
néceſſaires pour réuffir dans tous les genres:
mais que l'hiſtoire naturelle , celle
du coeur de l'homme & celle de l'antiquité
avoient été les principaux objets de ſes
études.
Le portrait de la belle ame de cet
Académicien montre enſuite à quels titres
il s'étoit concilié tous les coeurs ; &
l'expoſition des bienfaits dont il a comblé
l'Académie , des projets qu'il avoit
formés pour l'avantage de ſa Patrie , met
dans le plus beau jour le patriotiſme dont
il étoit animé , & prouve qu'aux qualités
qui rendent les particuliers animables , il
réuniſſoit celles qui font les excellens Citoyens.
:
K3
150
MERCURE DE FRANCE.
Cette lecture a été ſuivie de celles des
ſtances faites par M. Baillot , Suppléant
au College , ſur la mort de M. Legouz.
Les regrets que cette mort a fait naître
dans les coeurs de tous les Citoyens , &
les motifs de ſes regrets , y font rendus
avec une énergie & une harmonie qui
font également honneur à l'eſprit & au
coeur du jeune Poëte. Comme l'Académie
a arrêté qu'elles ſeroient imprimées
à la ſuite de l'éloge de l'Académicien qui
en eſt l'objet * , on n'en citera qu'une qui
caractériſe M. Legouz d'une maniere bien
heureuſe.
Ainſi , d'un feu ſacré, brûlant pour ſa Pattie ,
Sans ceſſe autour de lui Degouz porte la vue ;
Des Arts il eſt l'appui :
A leurs ſavans travaux ſe conſacrant lui - même ,
Son coeur puiſe ſa joie & fon bonheur ſupreme
Dans le bonheur d'autrui. 1
M. de Morveau a lu la premiere fection
d'un Mémoire ſur la maniere d'es-
•Ces deux Ouvrages ont été imprimés à Dijon ehez
Cauffe, & ſe vendent à Paris chez le Jay , Libraire
rue Saint Jacques ; on a placé le portrait de M. Legouz
à la tête de ſon Eloge.
AVRIL.I. Vol. 1775. 151
ſayer les mines de fer , & ſur les avantages
que l'on peut retirer de ſes eſſais pour
perfectionner l'hiſtoire naturelle de ce
minéral , aſſurer la théorie de ſa réduction
, & fur - tout pour diriger les opérations
journalieres des travaux en grand ,
avec une obſervation ſur la cryſtalliſation
- réguliere du fer fondu.
Le deſir de faire connoître une maniere
facile & peu diſpendieuſe d'eſſayer les mines
de fer , ſecret que M. Bouchu avoit
promis de communiquer à l'Académie , que
ſa famille , contre le voeu de ce Savant ,
a cru devoir ſe réſerver , & que M. de
Morveau a découvert , a engagé cet
Académicien à compoſer cet Ouvrage.
Il s'eſt principalement propoſé d'y indiquer
la méthode qu'il a ſuivie , de maniere
que ceux qui ſont le moins verſés
dans la métallurgie puiſſent eſſayer trèspromptement
& à peu de frais toutes
- ſortes de mines de fer , comparer celles
qui font à leur portée , en faire un choix
avantageux , diriger en conféquence leurs
travaux , & en retirer enfin tout le fruit
qu'ils peuvent s'en procurer , en les mettant
à même de juger d'avance , & avec
certitude , de la qualité de leurs mines ,
ce qu'ils n'apprennent ordinairement que
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
très - imparfaitement & par des tâtonnemens
diſpendieux.
M. Mailli , Profeſſeur au College , a
ļu des fragmens d'une introduction à
l'eſprit des Croiſades.
Jugement des Pieces envoyées au concours
pour le prix de 1774.
L'Académie avoit proposé pour le prix
de 1771 de déterminer l'action des acides
fur les huiles , le mécanisme de leur combinaiſon
& la nature des différens compofés
Savoneux qui en résultent.
Elle n'eut pas la fatisfaction de trouver
parmi les Mémoires qui lui furent envoyés
, un Ouvrage digne de la couronne
qu'elle avoit promiſe , & crut engager les
Auteurs à faire des efforts plus heureux ,
en différant juſqu'à cette année la diſtribution
du même prix , & annonçant que
ce prix feroit double.
Les eſpérances de l'Académie ont été
trompées , & loin d'avoir à s'applaudir
du parti qu'elle avoit pris, cette Compagnie
n'a reçu qu'une feule piece , encore
fort au - deſſous de celle dont elle avoit
cru devoir faire l'éloge en 1771. Celleci
ne contient que des experiences trop
AVRIL. 1. Vol. 1775. 153
peu nombreuſes & trop variées pour
donner des reſultats fatisfaiſans ; on n'y
trouve ni explication du mécaniſme de
la combinaiſon des acides avec les huiles ,
ni tentatives faites pour produire des compoſés
ſavoneux nouveaux, ni énumération
des ſubſtances végétales qui font
dans l'état ſavoneux , ni expoſition des
uſages auxquels on peut les employer
dans les Arts ; en un mot , rien de ce
qu'attendoit l'Académie , & fur quoi elle
s'étoit expliquée de la maniere la plus
préciſe & la plus claire.
L'imperfection de cet Ouvrage l'a
forcée à réſerver encore le prix qu'elle
eſpéroit adjuger , & peu s'en eſt fallu
que le mauvais ſuccès de ce ſecond concours
ne l'ait engagée à renoncer à l'eſpérance
de recevoir quelque jour une réponſe
ſatisfaiſante à la queſtion qu'elle avoit
faite aux Phyſiciens Chimiſtes ; mais l'importance
du ſujet l'a déterminée à le propoſer
une troiſieme fois pour l'année
1777. Le prix ſera triple & compofé de
trois médailles , chacune de 300 liv. Elle
ſe réſerve la faculté de partager ce prix ,
ſi pluſieurs des Mémoires qui lui feront
envoyés méritent cette diſtinction ; &
elle annonce dès-à-préſent que fi ce troi-
1
K5
:
inces
T
1775- 43 155
ParHonoré
oba-
Dentiſte à
nanprix21.
8 .
Prochel
Lamſe:
mbe , Libr.
ra-
Dauphine .
ieu
eu.
Tement que is
veur des percalipte
dans
es trobeme
int plufeurs
proutes pour
d'autres aco
-
au
Conand
rrioix
celaunte
entà
n,
&
rée
154
MERCURE DE FRANCE.
ſieme concours ne remplit pas ſes vues ,
elle abandonnera ce ſujet , & employera
la valeur de ce prix à diriger l'émulation
des Phyſiciens ſur quelques autres objets
dans le choix deſquels cette Compagnie
ſe décidera , pour ce qui pourra le plus
contribuer à l'utilité publique , ſuivant
le voeu de M. le Marquis du Terrail ,
fondateur du prix,
I I,
LIMOGES.
La Société Royale d'Agriculture de
Limoges ayant promis , fuivant le programme
qu'elle fit répandre l'année derniere
, une médaille d'or de 300 liv. au
meilleur Mémoire ſur la comparaison de
l'emploi du boeuf ou du cheval dans la culture
des terres.
A, dans ſon aſſemblée du 18 Février
dernier , décerné le prix au Mémoire nº.
3 , ayant pour deviſe : Exercete , viri , tauros
; ferite hordea campis, dont l'Auteur
eſt M. Silvain , natif de la Ville de St
Yrier , Dioceſe & Election de Limoges.
Elle a accordé un acceffit aux deux autres
Mémoires , l'un nº. 5, ayant pour
AVRIL. I. Vol. 1775. 155
deviſe , Argumentum experientia probatum
, dont l'Auteur eſt M. deBraumanfon
, ancien Officier , à St Remi en Provence.
L'autre , no. 9 , ayant pour deviſe :
Depreſſo incipiat jam tum mihi taurus aratro
, dont l'Auteur eſt M. de Villedieu
de Torcy , Seigneur de Torcy , demeu.
rant à Dijon.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
L. Samedi 25 Mars on a donné au
Château des Tuileries un très - beau Concert
, compoſé d'une ſymphonie à grand
orcheſtre de Toeſchy. Madame Larrivée
à chanté avec goût un motet à voix
ſeule. MM. Stamitz & Guénin , excellens
violons , ont exécuté , avec applaudiſſement
, une ſymphonie concertante
de M. Cambiny. Enſuite on a fait entendre
le Dixit Dominus , ſuperbe motet à
grand choeur de Duranti. MM. Klyn ,
> Reyffer , Paiſa , Tiersmith , Richard &
Petit, ont exécuté avec beaucoup de pré
156 MERCURE DE FRANCE.
ciſion & d'intelligence , avec des inſtrumens
à vent , pluſieurs morceaux d'harmonie.
On a été charmé d'un air italien
chanté avec expreſſion par Mlle Duchâteau.
M. de la Mothe , premier violon
de l'Empereur , virtuoſe très -jeune &
très - diftingué , a parfaitement exécuté
un concerto de violon de ſa compoſition.
Ce Concert a fini par Samfon , Oratoire à
grand choeur , qui fait honneur à M. de
Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ACADÉMIE royale de Muſique continue
avec ſuccès les repréſentations d'Iphigénic
en Aulide. Mlle Roſalie joue &
chante avec autant d'énergie que de ſenſibilité
le rôle d'Iphéginie , & y eſt fort
applaudie. On doit beaucoup d'éloges
au zêle de cette jeune Actrice , qui a un
très - bel organe , beaucoup d'intelligence,
d'ame & de ſentiment , & qui fe
rend d'autant plus utile à ce Théâtre ,
qu'elle aime ſon talent & qu'elle tend à
*le perfectionner , en ſuivant les avis des
Maîtres de l'art .
La Reine , Madame , & les Princes
AVRIL. I. Vol. 1775. 157
- freres du Roi , ont honoré ce ſpectacle
-de leur préſence. Il ſeroit difficile de
peindre l'hommage éclatant & les accla-
- mations de l'aſſemblée à leur préſence.
L'Archiduc Maximilien , pendant fon
ſéjour à Paris , & Monſeigneur le Comte
d'Artois , le jour de ſon entrée dans cette
'Capitale , ont aſſiſté à ce ſpectacle , où
ils ont été reçus avec les plus vives démonſtrations
de joie.
Tous les Jeudis font remplis par les
Fragmens , compoſés de l'Acte Turc ,
d'Hilas & Eglé , ballet héroïque , & de
l'Acte de la Provençale.
Le Mercredi 22 Mars on a donné une
repréſentation d'Orphée & Euridice au profit
des Acteurs. Le Public s'eſt porté en
foule à cette repréſentation & aux ſuivantes
, & a prodigué les plus grands applaudiſſemens
à la muſique & à ſa parfaite
exécution.
DÉBUT.
1
1
Mile Aſſelin , niece , très -jeune Danſeuſe
, de la plus grande eſpérance , a débuté
& a été très - applaudie dans le genre
noble & dans celui des Pâtres avec M.
Veſtris fils . Elle eſt éleve de Mile Allard ,
& ſemble être fon émule. On ne peut
158 MERCURE DE FRANCE.
réunir plus de talens avec plus de jeuneſſe
que ces deux charmans Danfeurs , qui
paroiſſent avoir atteint la perfection de
leur art dans l'âge où l'on commençoit à
peine autrefois à en apprendre les élé
mens.
On diſpoſe les répétitions de Céphale &
Procris , Tragédie lyrique en trois actes ,
dont les paroles font de M. Marmontel ,
& la muſique de M. Gřetri ; Opéra qui
doit être joué à l'ouverture du Théâtre
après Pâques. cord s
Sur la réception de LA REINE
l'Opéra d'Iphigénie.
JA
:
'AI vu d'une auguſte Princeſſe
L'embarras , le trouble enchanteur
J'ai reſſenti l'aimable ivreſſe ,
L'enthouſiaſme de fon coeur.
J'ai vu de précieuſes larmes
Couler de ſes yeux attendris ; を分
Eh! comment réſiſter aux charmes
Des voeux touchans de tout Paris !
Partageant fon heureux délirea
VRIL: I. Vol. 1775. 159
Amon tour effuyant mes pleurs ,
Tout bas je me ſuis mis à dire :
Voilà, voilà de vrais honneurs ;
La pompe des Rois nous étonne ,
Et furtout lorſque la beauté
Réunit l'éclat qu'elle donne
A l'éclat de la Majeſté.
Mais ces tranſports de l'alegreſſe ,
L'accord charmant de mille mains ,
Ces voix qu'éleve la tendreſſe ,
Sont-ce là des ſuffrages vains ?
O Rois ! voilà votre richeſſe ,
C'eſt le faſte des Souverains.
Reſpectables Epoux , que le François adore ,
Goûtez , goûtez long-temps un fi parfait bonheur.
Oui , quel que soit pour vous l'excés de la grandeur ,
Un hommage auffi pur eft bien plus doux encore .
* Cette piece eſt de M. Thierry fils Colonel de Dra.
gons , premier Valet-de-Chambre du Roi. La Reine l'a
reçue avec beaucoup de bonté , && voulu qu'elle für
Envoyée à la Cour de Vienne.
160 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE .
LEE Barbier de Séville , dont nous n'avons
pu donner qu'une eſquiſſe légere en atten
dant l'impreſſion , attire toujours , par fa
gaîté , beaucoup de monde à la Comédie
Françoiſe. Les ris des ſpectateurs font les
meilleurs applaudiſſemens qui puiſſent
être donnés à cette Comédie , dont le
principal but eſt rempli , puiſqu'elle amuſe.
Il faut auſſi y diftinguer des ſituations
d'un excellent comique , telle que la ſcene
de la Pupille ſurpriſe par ſon Tuteur
jaloux , & trouvant le moyen de lui donner
le change & de laiſſer prendre , pendant
un feint évanouiſſement , une autre
lettre que celle qu'il vouloit voir.
On a joué le Mercredi 15 Mars Tancrede
, Tragédie de M. de Voltaire ; ce beau
ſpectacle , parfaitement rendu par MM.
Lekain , Brifard , & par Madame Veftris ,
a été honoré de la préſence de Monſeigneur
le Comte d'Artois , qui a reçu avec
ſenſibilité les témoignages redoublés du
reſpect & de la joie de l'aſſemblée la plus
brillante & la plus nombreuſe.
DÉBUTS.
AVRIL. I. Vol. 1775. IỖI
r
L
COMÉDIE ITALIENNE .
ES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont donné le Lundi 20 Mars , la
a
a
DÉB U TS .
M. Beaugrand fils , aprës avoir joué
dans différentes Villes de Province , a
débuté le Jeudi 16 Mars ſur le Théâtre
de la Capitale , dans le rôle du Chevalier
de la Comédie du Diſtrait ; & dans celui
de Lindor d'Heureuſement. Ce jeune Acteur
, avec l'habitude du Théâtre & de
l'intelligence , n'a point cru devoir con
tinuer ſon début.
Mile Pirrot , très - jeune Actrice , dela
figure la plus agréable & la plus intéresfante
, a débuté le 19 Mars dans le rôle
de Junie de la Tragédie de Britannicus ,
& a joué le lendemain la Pupille dans la
Piece de ce nom. Une très-grande timidité
ne lui a gueres permis de dévelop.
per fon organe , & de ſe livrer à ſa ſenſibilité
; mais il faut encourager un talent
fi utile & d'ailleurs ſi bien accompagné
par les graces.
L
162 MERCURE DE FRANCE.
premiere repréſentation des Femmes vengées,
Opéra Comique en un acte , en
vers , par M. Sedaine , la muſique de
M. Philidor.
ACTEURS.
M. Riff. Peintre. M. Clairval .
Mde Riff.
Le Président .
La Présidente
M. Lek.
Mde Moulinghen .
M. Laruette.
Mile Colombe.
Mde Lek.
M. Nainville.
Mde Gault.
CeDrame offre une ſingularité théâtrale
, c'eſt la repréſentation de trois ſcenes
à la fois dans trois lieux différens , en
obſervant l'unité d'action . Mde Riff fe
diſpoſe à venger deux femmes ſes amies
de la perfidie de leurs maris , qui lui font
l'amour. Elle avertit Mde Lek & la Préſidente
, qui croient leurs maris abfens.
Elle leur confie le projet qu'elle a concerté
avec ſon mari , auquel ces femmes
ſouſcrivent de bon, coeur pour punir
leurs infideles. Ce projet eſt de rece.
voir les deux Amans, de paroître céder
à leur amour ; alors M. Riff ſurviendra
; les deux époux , effrayés de ce contre
- temps ,"fe cacheront dans un cabi
AVRIL.I. Vol. 1775. 163
net; arriveront enſuite le femmes trompées
, & chacune d'elles paroîtra tour- atour
demeurer ſeule en tête- à-tête avec
M. Riff , & feindra une infidélité , dont
chacun des maris ſera auſſi tour à tour le
témoin, fans oſer ſe plaindre. Ce projet
s'exécute comme il a été convenu. Mde
Riff reçoit les deux Galans qui viennent
l'un avec un pâté & des biſcuits , l'autre
avec des bouteilles de vin de Champa.
gne. Ils croient le Peintre abſent pour
-long-temps ,& ils aident à mettre le cou
vert: mais à peine ſe diſpoſent- ils à fou
per avec leur voiſine qu'ils entendent
fonner ; c'eſt M. Riſſ que ſa femme leur
annonce. La frayeur les gagne; ils ſerca
chent dans un cabinet où le Spectateur
voit leur embarras. M. Riff ſe félicite en
Friant d'être de retour plutôt qu'il ne le
comptoit. Il demande pour qui ce ſouper
apprêté ; Mde Riff répond , comme en:
aefitant , qu'elle attend Mde Lek & Mde
Fla Préſidente. Le mari dit à ſa femme
de les aller chercher ; & feul alors, il
s'applaudit du plaiſir qu'il aura de fouper
Favec ce qu'il adore. Ce mot commence
intriguer les Epoux cachés dans le cawinet.
M. Riſſ , dans la joie qui le tranfporte
, veut tirer ſon piſtolet contre le
Le
164 MERCURE DE FRANCE.
cabinet , & le percer de deux balles. Les
deux amis effrayés font le plongeon ; le
Peintre chante , en riant , ſes amours. Les
femmes arrivent & mangent avec le
Peintre & fa femme le repas apprêté par
leurs maris ; mais le vin manque. Mde
Riſſ engage Mde la Préſidente à la ſuivre
à la cave. Elles ſe rendent dans le cabinet
oppofé , où elles ſont vues du Spectateur.
Le Peintre joue la ſcene d'Amoureux
avec Mde Lek , & paroît s'abſenter
avec elle , en ſe retirant dans le cabinet.
Le mari , qui entend tout , enrage &
veut faire du bruit ; mais le Préſident le
retient , & l'exhorte à la patience. Lamême
ſcene ne tarde pas à ſe répéter avec
la Préſidente , qui , elle-même , ſemble
prévenir le Peintre & lui faire , avec un
ton comiquement tragique , la déclaration
de fon amour. Les prétendus Amans
fortis & retirés auſſi dans le cabinet où
ils ſont viſibles au Spectateur , le Préſident
s'emporte & eſt raillé par M. Lek
qui prend ſa revanche. Mde Riff revient.
Les deux maris lui content tout ce qui
s'eſt paffé , croyant qu'elle l'ignore ; ils
lui demandent vengeance & font à ſes
genoux. Leurs femmes & le Peintre les
ſurprennent en riant. Les maris ne tar-
1
AVRIL. I. Vol. 1775. 165
dent pas à reconnoître qu'ils ont été dupes
de Mde Riſſ,& perfifiés par leurs femmes
: ils demandent pardon de leur écart :
& ils s'en vont corrigés & contens. Cet
Opéra - Comique a paru fort gai , & chaque
ſcene offre une ſituation plaiſante &
bien intriguée. C'eſt un bon Opéra - Comique
, qui eût beaucoup réuſſi & qui
- eût été fort ſuivi avant que le Public eût
- donné un goût de préférence aux intermedes
d'un genre noble & intéreſſant,
La muſique de M. Philidor , ajoute à la
réputation de ce ſavant Compoſiteur. Il
y a des chants fort agréables. On peut
citer , pour les paroles & pour la muſique,
les airs ſuivans.
M. RIss.
Quand Paris ſur le mont Ida
Jugea trois Beautés immortelles ;
Que de voluptés il goûta ,
1
A l'aſpect enchanteur des charmes de trois Belles !
Je ſuis plus fortuné que n'étoit ce Berger ;
Car il ne fit que les juger ,
Et je ſuis aimé d'elles .
ROMANCE.
Tous les pas d'un difcret Amant
Ne doivent laiſſer nulles traces :
L3
166 MERCURE DE FRANCE ,
Le ſecret eſt au ſentiment
Ce que la pudeur eft aux Graces ;
Vénus fuit l'immortel ſéjour
Pour un Berger qui fait ſe taire :
Car on n'eſtime l'amour.
Qu'accompagné du myſtere.
Cet Opéra - Comédie eſt généralement
bien joué, M. Clairval y fait briller de
nouveau le talent qu'il a d'embellir fon
rôle , & de le rendre avec la plus grande
vérité, Mile Colombe chante & joue à
merveille ; elle est beaucoup applaudie
dans ſa brillante ariette de la Coquette
volage. Le jeu comique de M. Laruette
& de M. Nainville . & la vivacité charmante
de Mde Moulinghen , font auffi
le plus grand plaiſir,
Le Jeudi 23 Mars Monseigneur le
Comte d'Artois eſt venu à la Comédie
Italienne , où il a été reçu avec acclamation
par le Public, honoré & charmé de
ſa préſence. On a repréſenté l'Amoureux
de quinze ans & le Turban enchanté,
AVRIL, I. Vol. 1775. 167
ARTS.
GRAVURES.
I.
Portrait en grand médaillon de Marie-
Antoinette , Archiducheſſe d'Autriche ,
Reine de France .
Quæ te tam leta tulerunt
Sæcula ? qui tanti talem genuere parentes !
CEE Portrait eſt gravé d'après le tableau
de Fredou , par Cathelin , Graveur du
Roi. Il eſt d'un burin délicat & précieux ;
il a le mérite de préſenter à notre hommage
la parfaite reſſemblance de la Beauté
& des Graces qui regnent ſur tous les
coeurs François .
Ce Portrait ſe trouve à Verſailles chez
Blaizot , au Cabinet Littéraire , rue Satory;
& à Paris chez Calenge , rue de la
Harpe , près celle du Foin, maiſon de
M. Fortin , Ingénieur pour les Globes.
L 4
168 MERCURE DE FRANCE,
I I.
Portrait de Georges - Louis le Clerc , Comte
de Buffon , d'après le tableau de M.
Drouais , gravé par M. Savart , rue &
près le petit St Antoine , au coin de
la rue Percée.
Ce Pottrait eſt accompagné des attributs
des travaux & de la gloire de ce
grand homme ; il eſt très reſſemblant &
gravé avec ſoin. Il fait ſuite de la collection
précieuſe des Ecrivains célebres , qui
ont été gravés par MM. Fiquet& Savar.
1
III.
Portrait de M. d'Alembert , deſſiné par
Pujos , & très bien gravé par Maleuvre.
Ce Portrait , qui ne ſe vend point , &
que M. de Beaufleury a fait graver à
l'inſçu de M. d'Alembert , eſt dédié à
M. de Voltaire. On lit au bas ces quatre
vers de M. Marmontel.
Ce ſage à l'amitié rend un culte affidu ,
Se dérobe à la gloire & ſe cache à l'envie :
Modeſte comme le génie
Et fage comme la vertu.
AVRIL. 1. Vol. 1775 169
:
M. Coſſon , Profeſſeur au College
Mazarin , en a fait cette traduction latine
:
Cultor amicitia , fimul & contemptor bonorum
Quæritat bic tenebras , invidiamque fugit ,
Quem comes ingeniiſecura modestia velat
Virtutiſque foror candida fimplicitas,
I V.
La Conversation des Fermieres ; jolie
eſtampe colorée , imitant le deſſin , gravée
par Briceau. Prix 61. chez l'Auteur.
rue St Honoré , près l'Oratoire.
V.
:
Le ſieur Halbou , Graveur en tailledouce
, vient de mettre au jour trois
planches , dont l'une a pour titre le temps
perdu, d'après un deſſin de M. Will ,
•Peintre du Roi. Le ſujet eſt un homme ,
qui engagé par les careſſes d'une femme ,
s'amuſe à enfiler des perles . L'autre a
pour titre l'aventure fréquente , d'après un
deſſin de Scheneau , Peintre de S. A. S.
l'Electeur de Saxe. Le ſujet eſt une jeune
Cardeuſe de matelas ſurpriſe par un Ecolier
, qui lui caſſe ſon ſabot, Ces deux
L5
1
170 MERCURE DE FRANCE.
gravures font pendans; elles ont feize
pouces dehaut fur onze & demi de large.
La troiſieme de ces planches eſt le
Portrait de M. de Troye fils , Peintre du
Roi , Directeur de l'Académie de Rome
& Chevalier de l'Ordre de St Michel ,
mort à Rome en 1752 , âgé de 76 ans ,
gravé au burin d'après le tableau de M.
Aved , pour ſa réception à l'Académie.
Ce Portrait a 9 pouces &demi de haut ,
for 7 de large. Ces gravures ſont faites
avec beaucoup de foin & de talent.
On trouve chez le même Graveur les
Intrigues amoureuses & la Credulité fans
réflexion , qui font pendant. L'adreſſe du
fieur Halbou eſt rue de Fouarre , maiſon
de M. Maillard , Procureur au Parlement.
V I.
Epoques de Thémis , avec des cartels
différens , le tout orné de vers François ;
préſenté à Sa Majeſté Louis XVI.
Thémis militante.
On lit ces vers , qui en font l'explication
Les vices déchaînés à Thémis font la guerre.
AVRIL. I. Vol. 1775. 171
Hélas ! cédera-t-elle à leurs complots cruels ;
S'ils peuvent lui ravir ſon glaive & ſes autels ,
Nous verrons le bonheur s'exiler de la terre.
Cartel.
Minerve préſente à Diogene S. A. R.
› Monfieur, Autour du Portrait de S. A.
R. on lit : Patriæ columen ; à droite & à
gauche du cartel on lit ces vers :
Diogene autrefois , fa lanterne à la main ,
Chercha , fans le trouver , un homme dans Athenes ;
> Minerve offrant ce Prince à fon oeil incertain ,
S'il revenoit un jour termineroit ſes peines,
Themis fouffrante.
Au bas du deſſin on lit ces vers :
Au ſein de ces rochers , l'effroi de la nature .
Themis eft condamnée à l'exil , à l'ennui ;
La Veuve & l'Orphelin , privés de fon appui ,
De l'Oppreſſeur puiſſant deviendront la pâture.
Cartel.
Henri Quatre , ſans doute , eſt bien cher à nos voeux ;
172 MERCURE DE FRANCE .
1
Mais pourquoi dans ce jour lui rendre la lumiere ;
Notre jeune Louis , qu'un même eſprit éclaire ,
Le ſurpaſſe dans l'art de faire des heureux.
Thémis triomphante.
Au bas du deſſin ont lit ces vers :
D'où viennent ces tranſports , & quel chant d'allégreſſe
Un Peuple tout entier éleve juſqu'aux cieux ;
Le retour de Thémis excite ſon ivreſſe ;
Elle abat les méchans & rend le Peuple heureux.
1 Cartel.
Eprouve enfin , Thémis , des tranſports d'allégreſſe.
Hercule vient t'offrir ton zélé Protecteur ;
Ce Prince t'appuyant de ſa rare ſageſſe ,
Par ton heureux retour à fait notre bonheur.
Les exemplaires des gravures ci-deſſus
énoncées ſe trouvent chez le ſieur Bigant ,
Graveur , quai des Auguſtins , dans une
boutique attenant l'Eglife. Prix 6 1.
VII.
Eſtampe repréſentant une petite fille
AVRIL. 1. Vol. 1775. 173
nonchalamment poſée , ayant un livre en
main & pour titre : Honi foit qui mal y
pense. Elle est dédiée à S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres. L'Artiſte ayant repris
le burin pour perfectionner ſa gravure ,
ne reconnoît pour bonnes épreuves que
celles avec la dédicace. Cette eſtampe eſt
▸ d'un travail fini. Prix 3 1.; à Paris , chez
l'Auteur , rue d'Ecoſſe , vis- à-vis la petite
porte de St Hilaire.
>
1
Lettre à M. LACOMBE.
Monfieur , vous êtes François , & c'eſt à ce
titre que je vous prie d'annoncer le projet ſuivant
dans votre Ouvrage. Je me propoſe de dépoſer
dans un recueil les portraits des Hommes chers à
la Nation , par des établiſſemens utiles , par des
découvertes heureuſes , & enfin par tout ce qui
peut intéreſſer la France & ajouter à ſa gloire.
Les portraits feront gravés en bufte de format
in-80. On gravera au bas de chaque planche les
actions qui auront rendu recommandable le Ci.
toyen qui en fera l'objet. L'Ouvrage ſera intitulé :
Les Fastes du Patriotisme.
Ce qui eſt utile eſt toujours au-deſſus de ce qui
eft grand.
1
Thomas , Eloge de Sulli.
176 MERCURE DE FRANCE.
cripteurs qui contribueront à l'établiſſement de
cet Ouvrage National.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très humble & obéiſſant
ferviteur , F. REGNAULT.
Paris , ce 13 Février 1775.
SCULPTURES .
I.
Dans le courant du mois de Mars
1775 , il a été poſé dans une niche de la
Chapelle de Saint Grégoire de l'Egliſe Royale
des Invalides , une figure en marbre
de ſeptpieds cinq pouces de proportion ,
repréſentant Sainte Sylvie , femme de
Gordien , Sénateur Romain , mere de
Saint Grégoire , Pape. Elle eſt repréſentée
dans le moment qu'elle remercie
Dieu de lui avoir donné un fils qui a
été un des plus grands Pontifes. Cette
figure a été exécutée par M. Caffiéri ;
Sculpteur du Roi. 1
Elle eſt habillée d'une longue tunique
& d'un ample manteau , parure ordinaire
des Dames Romaines .
Ce magnifique morceau de ſculpture
fait
AVRİL . I. Vol . 1775. 177
fait infiniment d'honneur à M. Caffieri.
On y trouve , outre la perfection du deffin
, le grand caractere de nobleſſe & de
vertu joint au charme de la beauté. Cette
figure ſera diftinguée parmi les chefs-
-d'oeuvre qui ornent la riche Chapelle
des Invalides .
I I.
Il a été exposé pendant près de quinze
jours dans les Appartemens de Verſailes
, un très -riche cadre doré , deſtiné à
recevoir le portrait de la Reine en pied ,
de grandeur naturelle.
Des Génies ſupportent , dans le couronnement
, le médaillon du chiffre de
cette Princeſſe , ceint d'une bordure de
roſe , ſurmonté d'une couronne royale ,
avec différens acceſſoires.
Le ſupport préſente une portion circulaire
, dans laquelle un Amour unit les
ecuſſons de Leurs Majestés , & ſe termine
en cul- de -lampe avec des feſtons de
leurs .
On a remarqué dans le profil une
Koulure taillée d'une multitude de coeurs
nis par des flocons de chaînes , embrafés
de fleurons qui en forment la circon-
Térence ; les autres font ornées de feuil-
M
178 MERCURE DE FRANCE.
les d'olive , d'entre - lacs de lierre & autres
ſymboles. Des doubles feſtons de
fruits font chûte ſur les montans qui font
flanqués , ſous les croſſettes , de branches
de lis , paſſées dans des couronnes de
feuilles d'olive.
Quand le couronnement & le ſupport
n'annonceroient pas quel doit être l'intéreſſant
objet du tableau ; qui , en voyant
réunis les ſymboles de la beauté de
l'ame , de la pureté du coeur , des charmes
du caractere , de la fraîcheur & des graces
de la jeuneſſe , pourroit méconnoître
l'intention de ces heureuſes allégories ?
Ces coeurs , adroitement ſubſtitués aux
oves ordinaires , ces flocons de chaînes ,
ces feſtons de fleurs , qui s'offrent de toutes
parts , ne font - ils pas éprouver au
Spectateur que c'eſt l'attachement univerfel
de la France & le bonheur du regne
préfent que cette expreſſive ſculpture
a voulu rendre.
La compoſition de ce charmant morceau
, la délicateſſe & le fini de ſon exécution
, juſtifient bien la réputation du
ſieur Boulanger (1) , placé depuis long
temps au rang des plus célebres Artiſtes
(1 ) Sculpteur des Bâtimens du Roi.
AVRİL. I. Vol. 1775. 179
۱
de fon genre : n'eût- il à citer que les
chefs-d'oeuvre de ſculpture tant admirés
à l'Ecole Militaire , ſur-tout dans la Salle
du Conſeil.
. La dorure n'eſt pas moins un chefd'oeuvre
; il eſt à peine concevable comment
cet art peut le diſputer ainſi à l'or
moulu , au point de faire douter ſi ce
n'eſt pas le métal même ſortant des mains
du plus habile Orfevre. Elle a été exécutée
par les ſieurs Watin & Ramier ,
Aſſociés pour les entrepriſes de dorure
& de peinture.
Leurs Majestés & la Famille Royale
ont paru extrêmement fatisfaites. Le ſieur
Watin , à cette occafion , a eu l'honneur
de préſenter à la Reine l'Art du Peintre ,
Doreur , Vernisseur , Ouvrage de ſa compoſition
, qu'Elle a daigné accueillir avec
bonté *.
* Nous avons fait connoître cet Ouvrage dans
le ſecond volume du mois d'Octobre 1773 ; nous
annoncions alors qu'au mérite de décrire ſupérieurement
les procédés de fon art , le ſieur
Watin joignoit celui de les exécuter de même .
Ma
180
MERCURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHI
I
CARTE curieufe des nouvelles limites
de la Pologne , de l'Empire Ottoman &
des Etats voiſins , fixées 10. par les Puisfances
co- partageantes , 2°. par la paix
entre les Ruſſes & les Turcs , 3º. par un
Traité entre la Maiſon d'Autriche & le
Grand- Seigneur ; avec les Places fortes ,
les grandes routes & diſtances entre les
Capitales de ces divers Etats , & des notes
politiques. Par M. Brion , Ingénieur--
Géographe du Roi , à Paris , rue St Jac
ques , à la Ville de Coutances , après la
Fontaine St Séverin , au deuxieme ; feuille
d'Atlas , prix I liv. 4 f. Cette Carte ,
qui s'étend depuis la Mer Baltique jus
qu'à la Mer Noire & la Mer Caſpienne ,
devient un fupplément d'autant plus néceſſaire
aujourd'hui aux Atlas & livres de
Géographie , qu'étant fondée ſur d'exactes
opérations faites ſur les lieux mêmes ,
elle differe eſſentiellement de toute autre
pour les longitudes & les latitudes ,
l'étendue des pays ou leurs diviſions .
AVRIL.I. Vol. 1775. 181
コ
I I.
Cartes géographiques d'une partie de
l'Allemagne , gravées ſous la direction de
l'Académie Royale des Sciences de Berlin
; ſavoir :
La Pruſſe , en 6 feuilles,
La Ruffie , en 3 feuilles.
La Pomeranie citérieure , en 4 feuil.
La Heſſe , en 4 feuilles.
Le Mecklenbourg , en 4 f..
Les Duchés de Brème &de Verden , 2 f.
La Baviere , en 4 f.
Le plan de Berlin ſur papier.
Le même ſur toile fine.
La grande Carte d'Allemagne ſur pap.
La même ſur toile fine.
L'Atlas Marino , en 13 feuilles.
Le Port de Berlin , une feuille.
Ces Cartes ſe trouvent à Paris , chez
Mde Duclos , rue des Singes , Maiſon à
côté du Maréchal.
III.
Nouvelle Carte réduite de la Manche
de Bretagne , en 3 feuilles de papier gr.
aigle , contenant toutes les côtes de france
depuis Dunkerque juſqu'à Oueſſant ,
& les côtes d'Angleterre depuis Colches
M 3
189 MERCURE DE FRANCE.
1
ter , qui eſt au nord de la Tamiſe , jus.
qu'au Cap Clare , en Irlande; les brasfeigges
& qualités des fonds , tant en
dedans qu'en dehors de la Manche , &c.
Cette Carte , qui eſt dédiée au Commerce
, ſe trouve chez le ſieur de Gaulle,
l'Auteur , rue St Jacques , au Havre ; &
chez le ſieur Mérigot l'aîné ; Libr. quai
des Auguſtins , à Paris , qui a le dépôt
des Cartes hidrographiques ; prix 7 liv.
10 f. les 3 feuilles. Les Marchands de
Provinces qui vendent des Cartes , en
en prenant un certain nombre , auront
une diminution honnête. L'on trouve
chez le ſieur de Gaulle tout ce qui concerne
la navigation ; il fait des envois
d'inſtrumens , & n'en vend aucuns qu'il
n'en garantiſſe la préciſion par un billet
ſigné de fa main.
SIX
MUSIQUE.
I.
IX duo pour deux violons, dédiés à M.
Guelle , Contrôleur Général des Suiſſes
&Grifons . Par M. A. Guenin. Oeuv. III
Prix 7 1. 4 f. chez l'Auteur , rue des MouAVRIL
. I. Vol. 1775. 183
lins , butte St Roch , Maiſon de M.
Pérart , Architecte du Roi ; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. En Province
chez les Marchands de muſique.
I I.
Perrin & Lucette , Comédie en deux
actes & en proſe , mêlée d'ariettes , par
M. Cifolelli ; les paroles font de M. Daveſne
; prix 15 liv. A Paris , au Bureau
muſical , rue du Haſard Richelieu ; &
aux adreſſes ordinaires de muſique. A
Lyon , chez M. Caſtau , Marchand Lib.
place de la Comédie.
III.
Les vrais Amans , ariette en rondeau
avec accompagnement de deux violons
& baſſe ; par M. Deſcombes , Auteur de
la muſique & des paroles ; prix 1 1. 16 f.
à Paris chez l'Auteur , cloître St Nicolas
du Louvre , maiſon de M. Lacour , Bi-
Graveur , place du Louvre , à →gnon ,
PAccord Parfait ; & aux adreſſes ordinaires
de muſique.
I V.
Trentieme Recueil périodique d'ariet
M4
184 MERCURE DE FRANCE.
tes d'Opéra - Comiques & autres , arrangées
pour le piano forte & le clavecin ;
par M. Pouteau , Organiſte de St Jacques
de la Boucherie , & Marchand de
clavecin . Prix r liv. 16 ſ. à Paris chez
le ſieur Bouin , Marchand de muſique &
de cordes d'inſtrumens , rue Saint Honoré
, près Saint Roch , au Gagne- Petit.
On trouvera à la même adreſſe plufieurs
Recueils de contre - danſes en potpourri
qui ſe danſent chez la Reine , avec
l'explication des figures,
V.
Sei duetti per due violini , compoſiti
dalla Sig. Madalena - Laura Syrmen. Op.
V. Prix 7 1. 4 f. à Paris chez M. Venier
Editeur de pluſieurs Ouvrages de muſique
, rue St Thomas du Louvre , vis -àvis
le Château d'eau ; & aux adreſſes
ordinaires. En Province, chez tous les
Marchands de muſique.
V I.
On trouve à la même adreſſe : Sei feſtetti
per tre violini , violà , è due violoncelli
obligatti , compoſiti dall. Sig. Gaetano
Brunetti , Virtuoſo della Cappelle
AVRIL. I. Vol. 1775. 185
Reale di S. M. C. & primo Violino e
Compoſitor di Camera di S. A. R. il
Principe d'Afturias. Opera I. Prix 12 1.
N. B. La partie du ſecond violoncelle
ſe poura exécuter ſur l'alto ou un baſſon.
VII.
- Six trio à trois violons, compoſés par
G. de Maki. Prix 7 1. 4 f. à Paris chez
le ſieur Sieber , rue St Honoré , à l'Hôtel
d'Aligre , ancien Grand - Conſeil ; à
Lyon , chez Caſteau ; à Bordeaux , chez
Saunier ; à Bruxelles , chez Godefroy.
>
VIII.
- Ouverture d'Iphigénie en Aulide , arrangée
pour le clavecin ou le forte-pia-
- no , avec accompagnement d'un violon
& violoncelle ad libitum ; par M. Benaut
, Maître de clavecin. Prix 2 l. 8 f. à
Paris , chez l'Auteur , rue Gît-le- coeur , la
deuxieme porte à gauche en entrant par
le Pont-Neuf; & aux adreſſes ordinaires
de muſique.
I X.
On trouve aux mêmes adreſſes l'Ou
M 5
186 MERCURE DE FRANCE,
verture de la Rofiere de Salency , arrangée
pour le clavecin ou le forte piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
, ad libitum ; par M. Benaut. Prix 2
1, 8 f.
Χ.
Et le Premier Recueil de duo d'Opéra
& Opéra-Comiques , &c. arrangés pour
le clavecin ou le fortepiano ; dédié à
Mademoiselle Rofalie de Rohan-Chabot ,
née Comtéſſe de Chabot ; par Benaut.
Prix 1 1. 16 f.
LETTRE du Roi de Suede à M. de Roffet ,
Auteur du Poëme de l'Agriculture.
Monf. de Roffet. J'ai reçu avec plaiſir , & j'ai
lu avec plus de plaifir encore l'Ouvrage que vous
m'avez envoyé. Votre poëſie ſera certainement
louée par les Poëtes. Je me borne à vous remercier
, au nom de l'humanité , de ce que vous avez
conſacré vos talens à embellir les regles d'un art
qui fait la baſe la plus ſolide de la puiſſance des
Empires & du bonheur des Peuples. Cet art ne
peut pas être trop enſeigné par les Savans , ni
trop encouragé par les Princes. Vous devez donc
être perfuadé de toute mon eſtime & de toute ma
bienveillance. Et fur ce , je prie Dieu qu'il vous
AVRIL . I. Vol. 1775. 187
ait , Monf. de Roffet , en ſa ſainte & digne garde.
Fait à Stokholm le 29 Novembre 1774 .
GUSTAVE .
LETTRE de M. de Voltaire à M. de la
Croix , Avocat.
A Ferney , par Lyon , le 21 Janvier 1775.
Il ſemble , Monfieur , qu'en adouciſſant les
maux de ma vieilleffe , & en confolant ma folitude
par la lecture de vos agréables Ouvrages , vous
ayiez voulu me priver du plaifirde vous en remercier.
Vous ne m'avez point donné votre adreſſe;
il y a pluſieurs perſonnes à Paris qui portent votre
nom , quoiqu'il n'y ait que vous qui le rendiez
célebre.
Je hafarde mes remerciemens chez votre Libraire.
Il a imprimé peu de Mémoires auſſi bien
faits . Ceux pour la Rofiere font les premiers , je
crois , qui aient introduit les graces dans l'éloquence
du barreau . Celui de Delpech me ſemble
difcuter les probabilités avec beaucoup de vraiſemblance
: car les hommes ne peuvent juger que
par les probabilités. La certitude n'eſt gueres
faite pour eux , & voilà pourquoi j'ai toujours
penſé que notre Code criminel eſt auſſi abſurde
= que barbare. Il n'y a guere de Tribunal en France
qui n'ait rendu des jugemens affreux & iniques
pour avoir mal raiſonné plutôt que pour avoir eu
l'intention de condamner l'innocence.
138 MERCURE DE FRANCE.
F
J'ai l'honneur d'être , avec toute l'eſtime & la
reconnoiffance que je vous dois ,
Monfieur ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur DE VOLTAIRE.
ANECDOTES.
I.
Un Colonel , fous Louis XIV , frappa
de ſa canne un Grenadier dans un exercice.
La violence du mal fit oublier un
inftant à celui- ci la ſévérité de la difcipline
militaire. Un geſte menaçant annonça
au Colonel le reſſentiment du_brave
homme qu'il venoit d'offenſer. Grenadier
qu'oſez-vous? lui cria vivement le
Colonel.-Ah ! Monfieur, quel mal vous
m'avez fait , reprend le malheureux Grenadier
, en ſe laiſſant tomber ſur les genoux.
On le conduit à l'Hôpital,
On fent quelle rumeur dut exciter cette
action dans toute la garniſon ; elle fut
d'autant plus vive , que celui qui s'en
étoit rendu coupable étoit un Officier
d'une grande eſpérance & d'une des plus
AVRIL: I. Vol. 1775. 189
illuſtres Familles du Royaume. Touché
de repentir , ce jeune Colonel ſe rend à
l'Hôpital . & s'approche du lit du Grenadier
, à qui il offre cinq ou fix louis .
Celui - ci , ſe levant bruſquement ſur ſon
féant : Eh! croyez - vous , Monfieur ,
,, que c'eſt avec de l'or qu'on fait oublier
ود
ود
une injure auſſi ſanglante que celle que
,, vous m'avez faite ; mordieu ! mon Co-
,, lonel , gardez vos louis. Vous avez vu
,, dans quel abyſme de maux vous pouviez
plonger un homme d'honneur ! ...
Un reſte de raiſon m'a retenu ! ... Béniſſons-
en le ciel l'un & l'autre. Allez ,
gardez votre or & corrigez vous . "
ود
ود
I I.
Diogene voyoit un jour un Vainqueur
des Jeux Olympiques faiſant ſon entrée
dans Athenes , fixer , avec un attachement
fingulier , une jeune fille qui le
ſuivoit. ,, Regardez donc ce Vainqueur ,
,, s'écria - t - il ; au milieu même de fon
,, triomphe il eſt déjà vaincu."
III.
Une Princeſſe du Sang paſſoit par une
190 MERCURE DE FRANCE.
Ville de Province ; tous les Corps s'em
preſſerent de l'aller complimenter. Celui
de l'Election n'étoit repréſenté que par
trois Membres. ,, Madame , lui dit le
ود Chef de cette Jurisdiction , nous fom-
,, mes dans ce moment une preuve ſenſible
de cette vérité ſacrée , beaucoup
d'Appelés & peu d'Elus. Notre devoir
eſt de prononcer ſur le fait des Tailles
, & nous certifierons à tout le mon-
. , de que la vôtre eſt des plus élégantes. "
ود
وا
ود
ود
I V.
Fabius Maximus , qui avoit été Dic
tateur à Rome, alloit à cheval au devant
de ſon fils , qui venoit d'être créé
Conful ; celui - ci voyant ſon pere , lui
envoya commander de mettre pied à
terre. Fabius deſcendit auffi - tôt & embraſſant
fon fils , je me réjouis , lui dit - il ,
de ce que tu te comportes en Conful.
V.
Dans le temps que le Duc de Bourgogne
, petit - fils de Louis XIV , commandoit
l'armée en Flandres , un vieux
Officier , qui connoiſſoit mieux ſon mé
AVRIL: I. Vol. 1775. 191
tier que les uſages de la Cour, ſe mit à
la table du Prince fans en avoir obtenu
la permiſſion . On l'avertit de ſa faute ,
& il en demanda pardon. Monfieur , lui
dit obligeamment le jeune Prince , vous
Souperez ovec moi ; je vous apprendrai la
Cour & vous m'apprendrez la guerre.
V I.
M. de Fontenelle étoit dans une com-
› pagnie où l'on montroit un petit ouvrage
d'ivoire , d'un travail ſi délicat , qu'on
n'oſoit le toucher. Chacun l'admiroit ;
pour moi , dit M. de Fontenelle , je n'ai-
* me point ce qu'il faut tant respecter. La
Marquiſe de F. très - belle femme , furvint
tandis qu'il parloit ; M. de Fontenelle
alla au- devant d'elle , & ajouta en
l'abordant , je ne dis pas cela pour vous ,
Madame .
"
VII.
Un enfant s'étoit levé ford tard; fon
pere , pour le rendre plus diligent , lui
dit: Mon fils , vous ne connoiſſez pas
le prix & les avantages de la diligence ;
un homme diligent s'étant levé fort
matin , trouva une bourſe pleine de louis
و د
"
192 MERCURE DE FRANCE.
و و
dans ſoni chemin ". Mais , mon Pere,
répondit l'Enfant , celui qui l'avoit perdue
s'étoit encore levé plus matin.
VIII.
وو
Un jour le Roi Jacques II ordonna au
Poëte Waller de l'attendre , parce qu'il
vouloit lui parler ; c'étoit dans l'aprèsmidi.
Le Roi ne rentra que tard; il conduiſit
Waller dans ſon cabinet , & lui
préſentant un tableau , il lui demnnda ce
qu'il en penſoit. Le temps eft obfcur ,
,, répondit Waller , je ne vois pas bien ce
,, que c'eſt , ſi votre Majesté daignoit
m'aider... C'eſt la Princeſſe d'Oran-
„ ge. Elle reſſemble preſque à la plus
grande Princeſſe du monde.-A quelle
Princeſſe donnez vous ce nom ?-A la
Reine Elifabeth.- Je ſuis ſurpris M.
Waller que vous parliez ainſi ; Elifabeth
étoit comme les autres femmes ,
,, elle dut ſa grandeur à fon Conſeil .
و د
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
-
-
-
Eh ! Sire , croyez - vous que des fous
aient jamais choiſi des Conſeillers
" ſages ?"
१
AVIS.
AVRIL.I. Vol. 1775. 193
AVIS.
L
Bijouterie.
E fieur Grancher , Bijoutier de la RReine, au
petit Dunkerque , vis-à-vis le Pont-Neuf , vient
de mettre au jour un nouveau portrait de la Reine
, exécuté en tale , ſupérieur à tout ce que l'on
a vu en genre , tant pour la gravure que pour
la reſſemblance ; il eſt poſe ſur différentes boîtes,
dites le tableau parlant , à divers prix , dont le
meilleur marché eſt de 30 livres . L'on trouve aufli
fur des tabatieres le même portrait en miniature ,
- de même que celui de l'Archiduc , frere de la
Reine , prix 60 1.
De très-beaux modeles nouveaux de boutons
d'habit en pinsbeck , acier & autres , en argent
émaillé qu'il attendoit depuis long-temps ; ainſi
que des épées d'acier à pointes de diamans &
pinsbeck , faifant un grand effet aux lumieres.
Une collection confidérable d'ouvrages en pierres
de ſtras d'Angleterre , tant en girandoles qu'en
luftres & garnitures de cheminées de la plus grande
beauté ; carafes à oignons , flambeaux , vaſes ,
caffolettes unies , le tout en cryſtal factice de diverfes
couleurs , garnies à Paris en bronze doré
d'or moulu .
De fuperbes jattes à punch & d'autres petits
éryſtaux pour la table.
N
194 MERCURE DE FRANCE.
1
De nouvelles pieces en tole amalgamé en argent,
dites pletedes ; corbeilles à compartiment ,
pour ſervir les rôties ; petits flambeaux de cabinets,
fontaines à thé , ſalieres en bouts de tables.
Teyeres en litron ; écritoires en ébene pour
bureaux , garnies en tole amalgamé en argent ,
avec les pieces en cryſtal taillé.
Cuiſiniere angloiſe pour faire cuir au bainmarie
les viandes ou le fromage.
Bagues d'or montées à l'antique , avec portrait
en relief , émaillé ſous cryſtal , du Roi , de la
Reine , d'Henri IV , de l'Empereur & de l'Impé.
ratrice , gravés par Wurtz , que l'on peut annoncer
pour être le chef-d'oeuvre de reſſemblance;
prix 36 1. piece.
Nouveaux boutons de printemps en pierres
de couleurs , doublés & ornés d'or & de petits
grains ; prix 60 1. la garniture.
Boucles d'argent très-grandes , d'une ciſelure
imitant la broderie.
Nouvelles porcelaine dure , de Clignancourt ,
allant au feu.
Figures en biſcuit de l'Ile St Denis.
Nouveaux flambeaux de marbre blanc , garnis
de bronze doré au mat , & vaſes très-beaux dans
le même genre , ainſi que plufieurs pendules tant
en marbre de Paros , repréſentant un vaſe , &
orné de bronze doré au mat , qu'en bronze ,
repréſentant , l'une l'Innocence , une autre la
Pleureuſe d'oiſeaux , une autre Apollon & Daphné,
& autres ſujets , depuis 1000 1. juſqu'à
2000 1.
AVRİL. I. Vol. 1775. 195
f
>
I I.
Eau Favorite.
Le ſieur Fargeon , Parfumeur du Roi & de la
Cour , a trouvé le ſecret d'enlever les taches de
Fouffeur par le moyen d'un coſmétique appelé
Eau favorite. Aucune tache ne peut réſiſter aux
effets admirables de cette eau , ſi l'on eft constant
à s'en fervir ; elle a la propriété d'éclaircir
le teint & de diffiper les dartres farineuſes , ſans
endommager la dentelure. Le prix eſtde 3. 1:
la petite bouteille: il donne la maniere de s'en
fervir.
Pluſieurs perſonnes s'étant plaintes à lui de la
perte de leurs cheveux , il a compoſé une pommade
à la fleur d'orange , à la moële de boeuf; elle
a l'onctueux de la graiffe d'ours , mais en outre
elle a la vertu de fortifier les racines des cheveux:
- les mélanges dont elle est compoſée étant reconnus
pour les feuis ſpécifiques réels pour leur confervation
, il a pris le parti de les faire entrer dans
toutes ses pommades ; le prix eft de 30 f. l'once.
Sa demeure eſt rue du Roule , au Cygne des
Parfums.
III.
Le Trésor de la Bouche.
Le fieur, Pierre Bocquillon , Marchand Gantier
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Egliſe de St Louis de MM. de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis- à-vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & ap
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
prouvé à la Commiſſion Royale de Médecine , le
11 Octobre 1773 , pour une liqueur nommée le
véritable trésor de la bouche , dont il eſt le ſeul
compofiteur. Ses rares vertus la font préférer , en
lui établiſſant une très-grande réputation. La propriété
de ſa liqueur eſt de guérir tous les mauxde
dents quelque violens qu'ils puiſſent être , de purger
de tout venin , abſcès & ulceres , enfin de
préſerver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conſerve même quoique
gârées. Cette liqueur a un goût très-agréable.
L'Auteur en reçoit tous les jours de nouveaux
fuffrages par des certificats que lui envoient fans
ceſſe les perfonnes de la premiere diftinction .
L'Auteur a des bouteilles à 101.5 1.3 1. & 1 1.
4 f. Il donne la maniere de s'en ſervir , ſignée &
paraphée de fa main ; il met ſon nom de baptême
&de fa famille fur l'étiquette des bouteilles , ainſi
que fur le bouchon , marqué de fon eachet , & un
tableau au deſſus de ſa porte , pour ne pas fe
tromper. Il vend auſſi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brulures ,
approuvé par MM. de la Médecine , le 31 Juillet
1773. L'Auteur prie de lui affranchir le port des
lettres.
Le ſieur Bocquillon a l'honneur de donner avis
au Public qu'il va établir au premier de Mai prochain
, un Bureau de ſa liqueur nommée le Tréfor
de la Bouche , chez le Sr Boufſu , ſon gendre,
Marchand de modes , rue St Honoré, vis-à-vis la
petite porte de la boucherie de Beauvais , entre
la rue Tirechape & la rue des Bourdonois , pour
la facilité du Public , à, Paris.
AVRIL . 1. Vol. 1775. 197
}
I V.
Le ſieur Rouffel , demeurant à Paris , rueJeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte cochere
à côté du Taillandier , au deuxieme appartement
fur le devant , près de la Grêve , donne
▸avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eſt de guérir la goutte.
Les perſonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
› goutte ; en la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 1 .
Le ſieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds .
Le prix des boîtes à douze mouches eſt de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eſt I 1.10 1.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit.
Les pots de pommade ſont de 3 liv. & 11.4 f.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préſident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. &de 1 1. 4 .
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
Du Caire, le 12 Décembre 1774.
ONN travaille ici , par ordre de la Porte , à des
préparatifs pour une expédition contre le Chéik
Daher. Mehemet Bey a impoſé en conféquence
, une taxe de 1800 livres fur chacun des principaux
villages de ce Royaume. On ne croit pas
que l'intention de ce Prince foit de ſe mettre à la
tête des troupes qu'il enverra en Syrie. Il ya
apparence qu'il en deſtine le commandement à
quelques Beys , qui ſejoindront vraiſemblablement
àcelles que la Porte enverra de ſon côté.
De Malaga, le 19 Février 1775.
Les Maures ont commencé le 12 de ce mois ,
le ſiege du Pennen de Velez ; & , juſqu'au 17 ,
ils ont jeté dans cette place deux cents trente deux
bombes , qui ont tué un forçat & en ont blefle
deux autres. Le colonel Don florent Moreno ,
qui y commande , ayant demandé du ſecours à
notre Capitaine Général , celui- ci vient d'ordon .
ner à un détachement de trois cents hommes de
ſe tenir prêt à s'embarquer. Ce détachement
partira auſli- tôt que le vent ſera devenu favorable.
De Madrid ,le 7 Mars 1775.
On a appris par les derniers avis reçus du Com.
mandant Général de Melille , les particularités
fuivantes.:
AVRIL. I. Vol. 1775. 199
)
Le Roi de Maroc ayant aſſemblé le 11 Février
ſes Généraux & les Gens de Loi , pour délibérer
avec eux fur le deſſein qu'il avoit formé de don-
› ner un affaut à la Place , tous s'accorderent à
lui faire des repréſentations ſi ſérieuſes ſur la té.
mérité de cette entrepriſe , qu'il confentit enfin,
à y renoncer , au grand regret de ſes troupes ,
qui eſpéroient par cette action périlleuſe , mettre
fin aux travaux & à la miſere qu'ils éprouvent
dans le camp. Les gens qu'on avoit fait venir
des endroits circonvoilins furent renvoyés immédiatement
après les fêtes de Pâques . L'ennemi
appréhendant que nos vaiſſeaux ne tentaſſent une
defcente , fit élever ſur la plage une nouvelle bat .
terie , & la dirigeant vers la baye , il fortifia
l'artillerie de celle qui eſt placée derriere la pointe ,
à l'embouchure de la Rambla. Il ramena au camp
la plus grande partie de ſes mortiers , & tout
bombardement ceſſa le 12 .
De Trieste , lo 9 Février 1775.
On écrit de Venise , en date du 4 de ce mois ,
qu'un navire de cette République s'étant laifié
aborder par une galiote qui avoit pavillon Ruffe ;
des Pirates qui la montoient , tuerent le Capitaine
&la plupart des Matelots , & conduifurent enfuite
la navire dans une des îles de l'Archipel , où ils
> déchargerent ce qu'il contenoit de plus précieux;
après quoi , ils rendirent à un Pilote & deux Matelots
qui s'étoient cachés , la liberté de ſe reti .
rer , avec leur bâtiment , qui eſt arrivé heureuſfe.
ment à Venife,
N
१९९
MERCURE DE FRANCE.
De Rome , le 15 Fevrier 1775 .
Jean-Ange Braſchi , Cardinal - Prêtre du titre
de Saint-Onuphre , né à Ceſene , ville de l'Etat
Eccléſiaſtique , le 27 Décembre 1717 , Tréſorier
Général du Saint Siege avant ſa promotion au
Cardinalat , arrivée ſous le Pontificat de Clément
XIV , le 26 Avril 1773 , ayant réuni tous les
fuffrages du Sacré College , a été élu Pape au
fcrutin de ce matin , & a pris le nom de Pie VI .
Cette nouvelle a été publiée auſſi- tôt , fuivant
l'uſage , par le Cardinal Alexandre Albani , premier
Cardinal Diacre ,&annoncée en même temps
par une décharge de l'artillerie du Château Saint-
Ange , à laquelle toutes les cloches de la ville ont
répondu .
La vacance du Saint Siege a duré quatre mois
& vingt-deux jours , & le Conclave quatre mois
&dix jours.
Du 22.
La double cérémonie du facre & du couronnement
du Pape s'eſt faite ce matin , avec beau
coup de folemnité , dans l'Egliſe de Saint Pierre.
Lorſque le Cardinal Doyen du Sacré College , a
eu mis la tiarę fur la tête du Souverain Pontife ,
Sa Sainteté a donné la bénédiction à un peuple
immenfe , raffemblé dans la place de Sainte Pier.
re ; & il s'est fait en même temps une décharge
de l'artillerie du Château Saint-Ange. Comme
cette cérémonie ſe trouve tomber le jour de la
fête de la Chaire de St Pierre , Sa Sainteté a voulu
que , pour cette année ſeulement , ce fut fête
de précepte en cette ville.
De la Haye , le 24 Février 1775.
La planete de Saturne a offert aux Aftrono-
4
AVRIL. I. Vol. 1775. 201
1
>
!
2
mes , dans l'eſpace d'environ ſept mois deux
phénomenes intéreſſans. Le premier eſt la réapparition
de fon anneau , qui ne diſparoîtra plus
que du mois de Juillet dernier en quinze ans .
Le ſecond eſt l'occulation de fon globe par la
lune , obſervée à Utrecht le 18 de ce mois , depuis
9 heures 28 minutes 57 ſecondes du foir
(temps vrai ) , moment de l'immerfion, jusqu'à
10 heur. 19 min. 26 ſec. Cette éclipſe , qu'on
n'avoit point obſervée depuis 1678 , a été vue
: également à Paris , & pourra ſervir à déterminer
exactement la longitude d'Utrecht. L'occultation
du centre , à Paris , eſt arrivée à 9 h. 11 m. 14 f.
- & l'émerſion à 10 h. II m. I f.
Les équipemens ordonnés par les Etats-Généraux
ſe font avec tant de célérité , qu'outre les
huit frégates de guerre qui doivent croifer actuellement
vers les côtes d'Afrique , la République
ſera en état d'en mettre fix autres en mer
avant le mois de Mai. Quelques-uns de ces bâtimens
, dont on portera le nombre à dix fept ,
font conſtruits fur une nouvelle méthode , qui
change l'uſage & la diſpoſition des batteries
de canon.
Les lettres les plus récentes de Batavia ne confirment
point les bruits qui avoient couru en
Europe , au ſujet de quelques difficultés qu'on
prétendoit avoir été ſuſcitées aux Hollandois dans
> le Japon ; ces lettres font mention de plufieurs
défaftres arrivés dans ces contrées . Une maladie
contagieuſe , plus violente que celle qu'on y
éprouva il y a ſoixante-deux ans , a enlevé en
1773 , plus de fept cents mille hommes dans la
Capitale & dans d'autres Villes. A cette calamité
ſe ſont jointes des inondations qui ont emporté
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
les habitations les plus élevées. Ailleurs , la mer
ayant rompu ſes digues , a englouti une Ville
entiere , en fubmergeant tous ſes environs , c'eſt .
à-dire, un très-vaſte territoire cultivé & habité.
De Turin,le 19 Février 1775.
Le mariage du Prince de Piémont avec Mada .
me Clotilde de France , eſt fixé au mois de Sep.
tembre prochain. On dit que la Cour fera cet .
été un voyage à Chambéry , où elle attendra
cette Princeſſe.
De Paris, le 10 Mars 1775.
La cérémonie de la réception au Parlement
du Duc de Coffé , nouveau Gouverneur & Lieutenant
-Général pour le Roi , de la Ville , Prévôté
& Vicomté de Paris , & celle de ſon inſtallation
à l'Hôtel-de-Ville , ſe firent le 4 de ce
mois.
Le 7 de ce mois , Monſeigneur le Comte d'Artois
vint dans cette Capitale , accompagné des
principaux Officiers de ſa Maiſon. Il fut falué , à
fon arrivée & à fon départ , par le canon de l'Hộ
tel Royal des Invalides , par celui de la Ville &par
celui de la Baſtille. Le Corps de Ville lui fut pré
ſenté par le Duc de Coffe , Gouverneur de Paris,
qui le reçut à l'endroit où étoit anciennement la
Porte appelée de la Conférence ; & le ſieur de la
Michodiere , Conſeiller d'Etat & Prevôt- des-Marchands
, eut l'honneur de le complimenter. Le ſieur
le Noir , Maitre des Requêtes , & Lieutenant-Gé
néral de Police , s'étoit rendu au même endroit.
Le Prince , en arrivant , monta dans un des car-
4
roſſes de parade qui l'attendoient , & qui furent
AVRIL. I. Vol. 1775. 203
remplis par les perſonnes de fa fuite. Celui qu'occupoit
le Prince étoit précédé & ſuivi de fes Gar.
des -du-Corps. Le cortege prit le chemin de Notre-
Dame , par le quai des Tuileries , le pont Royal ,
les quais des Theatins & de Conti , le Pont Neuf,
le quai des Orfevres , la rue Saint- Louis ,le marché
Neuf& la rue Notre- Dame. Arrivé à la Cathédrale
, Monseigneur le Comte d'Artois fut reçu &
complimenté , à la porte de l'Eglife , par l'Arche- *
Evêque de Paris , revêtu de ſes habits pontificaux
& à la tête des Chanoines. Ce Prince fit ſa priere
dans le Choeur ,& entendit la Meſſe à la Chapelle
de la Vierge ; après quoi , il fut reconduit avec
les mêmes cérémonies , remonta en caroffe , &
alla à Sainte Genevieve , par la rue Notre- Dame,
le marché Neuf , la rue Saint- Louis , le quai des
Orfevres , le pont Neuf, le quai des Auguftins ,
le pont Saint-Michel , la rue de la Bouclerie , les
rues Saint Séverin & Saint-Jacques , le marché &
la place de la nouvelle Eglife. L'Abbé de Sainte-
Genevieve , accompagné des Chanoines Réguliers,
eut l'honneur, de le recevoir & de lui adreffer un
Difcours . Après avoir fait ſa priere dans cette
Eglife , & avoir vu la bibliotheque de la Maiſon ,
-le Prince ſe rendit aux Tuileries , par les rues
Saint Thomas , d'Enfer , des Francs-Bourgeois ,
de Tournon , des Quatre-Vents , de la Comédie
-Françoiſe , Dauphine , le pont Neuf, les rues de
Ma Monnoie , du Roule , Saint-Honoré , Saint- Nicaiſe
, & la place du Carrouſel. Il dîna au Palais
des Tuileries , à une table de quarante couverts .
A une feconde table étoient les Seigneurs à qui ce
Prince avoit fait l'honneur de les inviter. L'aprèsmidi
, Monſeigneur le Comte d'Artois , ainſi que
Jes Seigneurs qui l'avoient accompagné , alla à
Opéra , par la rue Saint-Nicaiſe & larue Saint
204 MERCURE DE FRANCE,
Honoré. Il vit repréſenter l'Opéra d' Iphigénie. En
fortant de ce ſpectacle , il retourna à Versailles ,
par la rue Saint-Honoré , la rue Royale & la place
de Louis XV. Le Gouverneur de Paris , le Lieutenant-
Général de Police & le Prévôt des Marchands
ſe ſont trouvés dans tous les endroits où
le Prince s'eſt arrêté , & où les Gardes Françoiſes
& Suiffes étoient ſous les armes , ayant leurs Officiers
à leur tête. En allant à Sainte Genevieve ,
il fut complimenté à la porte du College de Louisle
Grand, parle Recteur de l'Univerſité à la tête
des Quatre Facultés. Le Peuple , accouru en
foule fur fon paſſage , malgré le mauvais temps ,
lui a donné par-tout des témoignages éclatans de
la joie que ſa préſence lui inſpiroit .
Jean-Ange Braſchi , comme on l'a déja annoncé,
eſt né à Céſene , Ville de la Romagne , le 27 Décembre
1717. Sa Maifon , l'une des plus nobles
de cette province , porte dans ſes Armes l'Aigle &
les Fleurs de Lys. Ce Pontife , qui eſt de la plus
belle repréſentation , a beaucoup d'eſprit , de vi .
wacité & de connoiſſances. Benoît XIV , dont il
étoit eſtimé , lui confia pluſieurs emplois importans
; & dans tous ceux qu'il a occupés , il s'eſt
toujours diftingué par ſon défintéreſſement &
par fon exactitude. Quoiqu'il n'ait jamais joui
que d'une fortune très - médiocre, il ſavoit faifir
à propos les occafions de faire éclater la générofité
de fon coeur & fon goût pour la magnificence.
A ces rares qualités il joint une piété
folide & éclairée , ainſi que le plus grand éloignement
de tout eſprit de parti. Tant de vertus
réunies juſtifient l'applaudiſſement général qui a
été donné à fon exaltation.
On mande de Lyon que le 15 Janvier dernier
une femme en couche , ayant vainement fouffert
AVRIL. I. Vol. 1775. 205
- pendant deux jours les douleurs de l'enfantement
, le ſieur Faiffoltes , Chirurgien du Roi en
cette Ville , qui avoit été appelé auprès d'elle ,
fut obligé du ſe ſervir du forceps pour fauver
cette femme & fon fruit . A huit heures du ſoir il
la délivra d'un enfant fans mouvement , fans
pouls , qui avoit le viſage de couleur violette
foncée , & que ce Chirurgien crut mort. Il ordonna
de faire chauffer du vin , & après avoir foigné
$ la mere , il alla au fecours de l'enfant , auquel on
avoit déjà adminiſtré inutilement pluſieurs remedes.
Il le plongea dans du vin tiede animé avec
de l'eau- de- vie , & lui ſouffla dans la bouche autant
d'air que ſes poumons lui en purent fournir .
›Dix minutes s'étant écoulées ſans ſuccès , il infiſta
ſur ce traitement en faiſant reſpirer à l'enfant
* de l'eau de luce & du vinaigre radical , & en le
tenant toujours dans le vin tiede & continuant
les frictions. Environ une demi heure après , il
fortit de la bouche de cet enfant beaucoup d'eau
écumeuſe ; on lui ſentit quelques légers batte
mens de coeurs , & au bout de trois quarts d'heure
il s'annonça lui-même à ſa mere , par un cri qui
répandit la joie dans toute la famille. C'étoit un
premier enfant après quatre années de mariage. Il
ſe porte aujourd'hui très bien , & il eſt nouri par
fa mere. Cette méthode pour rappeler les enfans
- qui paroiffent avoir été fuffroqués au paflage , à
- également réuffi plufieurs fois à un Chirurgien de
Paris. Le ſieur Portal , dans fon rapport à l'Académie
Royale des Sciences ſur les ſuffroqués , en
sa auſſi parlé de la forte: ,, Nous dirons ici , en
paſſant , que nous avons foufflé dans la bouche
d'un enfant , qui n'avoit encore donné aucun
figne de vie ; à peine le fouffle parvint- il dans
le poumon de cet enfant , qu'on le vit mouvoir
=
"
و د
"
206 MERCURE DE FRANCE.
,, les yeux , & qu'on l'entendit touffer avec ef
,, fort ; il rendit par la toux & par le vomiſffe-
" ment , des glaires qui rempliffoient ſes bron-
,, ches : & il reſpira enfuite avec facilité. "
PRESENTATION S.
La comteffe de Seguin & la baronne de Marfill
furent préſentées le 26 Février , à Leurs Majeftés
& à la FamilleRoyale ; la premiere , par lacomteffe
de Modene , & la feconde , par la marquife
deTilly.
Le i mars le comte de Mercy , ambaſſadeu
extraordinaire de LL. MM. II. préſenta au Ro
le comte de Burgaw , qui prit congé de Sa Majeſté
& de la Reine , pour retourner à Vienne
Le 2 mars la marquiſe de Lefcure fut préſentée
à Leurs Majeſtés par Madame Adélaïde , en qualité
de Dame pour accompagner cette Princeſſe.
Le 5 mars la marquife de Saint Aignan la Frenaye
fut préſentée à Leurs Majestés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la marquiſe de Mailly , dame
du palais de la Reine.
Le duc Charles-Auguſte de Saxe Weimar- Eifenach
,& le prince Frédéric- Ferdinand ſon frere,
qui voyagent fous le nom de comtes d'Alſtedt,
furent préſentés , le 7 Mars , au Roi & à la Rei
ne , ainſi qua la Famille Royale , par le comte
de Mercy, ambaſſadeur de LL. MM . II. en cette
Cour.
Le 5 mars le comte de Clermont- Tonnerre , fils
“ aîné du maréchal de Tonnerre, lieutenant-géné
AVRIL. I. Vol. 1775. 207
ral des armées du Roi , & lieutenal général en
furvivance de la province de Dauphiné , où il
commande en chef, cut l'honneur de faire fes remerciemens
au Roi en qualité de commiffaire
nommé par Sa Majeté pour accompagner Madame
Clotilde. Il fut préſenté en la même qualité à
la Reine & à la Famille Royale.
Le bailli de Saint Simon , ambaffadeur de la
Religion de Malthe , eut , le 14 mars , une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta
à Sa Majeſté ſa lettre de créance. Le ſieur
la Live de la Briche , introducteur des ambaffadeurs
, le conduifit à cette audience , & à celle de
la Reine & de la Famille Royale; le ſieur de Séqueville
, ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite
des ambaſſadeurs , précédoit.
Le Roi ayant nommé maréchaux de France le
duc d'Harcourt , le duc de Noailles , le comte de
Nicolaï , le duc de Fitz -James , le comte de
Noailles , le comte de Muy & le duc de Duras ,
ils eurent l'honneur , dimanche dernier , 26 mars,
de faire leurs remerciemens à S. M. , & d'être
préſentés en cette qualité à la Reine & à la Famille
Royale.
Le même jour , la baronne de Montboiſſier fut
préſentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à a Famille
Royale , par la vicomteſſe de Montboider.
208 MERCURE DE FRANCE.
NOMINATION S.
Le Roi a accordé les entrées de ſa chambre à
l'évêque de Rennes.
Sa Majeflé a diſpoſé de l'archevêché d'Arles en
faveur de l'abbé Dulau , agent-général du Cler.
gé ; & de l'évêché de Mariana & Accia , en Corſe,
en faveur de l'évêque de Nebbio. Elle a nommé
à ce dernier évêché l'abbe de Santini , vicairegénéral
de Sagone.
Le Roi a diſpoſé du gouvernement de l'île de
Rhé , vacant par la mort bailli du d'Aulan ,, en
faveur du chevalier de Chantilly , maréchal-décamp.
Le Roi a nommé au conmandement de la marine
à Breſt le comte d'Orvilliers , chef d'efcadre ,
à la place du comte de Breugnon , qui a démardé
la permiffion de fe démettre de ce comman.
dement .
Le Roi a accordé l'abbaye de Saint Arnould ,
ordre de St Benoît , dioceſe & ville de Metz , à
l'évêque de Metz; celle de Bonneval de St Florentin
, même ordre , dioceſe de Chartres , à l'évêque
d'Autun ;& celle de St Symphorien , même
ordre , dioceſe & ville de Metz , à l'abbé de Polignac
, vicaire général d'Auxerre.
Le 18 mars le comte de Modene , gentilhom
me de Monfieur , fit ſes remercîmens au Roi
pour le gouvernement du palais du Luxembourg ,
que Sa Majesté lui a accordé ſur la démiffion du
marquis de Marigny.
Le
AVRIL. I. Vol. 1775. 209
-Le fieur Gabriel , premier architecte des bâtimens
du Roi , ayant demandé fa retraite , S. M.
a nommé pour le remplacer le ſieur Mique , chevalier
de l'ordre du Roi , premier architecte du
feu Roi de Pologne , duc de Lorraine & de Bar ,
- intendant & contrôleur des bâtimens de la Reine.
Le Roi a bien voulu enmême temps , pour récom.
penfer les ſervices du ſieur Gabriel , lui accorder
- le titre de ſon premier architecte honoraire , & le
maintient , en cette qualité , dans la place de di .
recteur de l'académie royale d'architecture.
MARIAGES.
Le Roi & la Reine , ainſi que la Famille Royale ,
= 6gnerent , le 26 Février , le contrat de mariage
du vicomte de St Vallier , maréchal-de- camp ,
avec demoiselle de Ryante.
Le Roi & la Famille Royale , ſignerent , le 5
mars , le contrat de mariage du comte de Praflin
capitaine à la fuite de la cavalerie , avec demoi
- felle O Brien de Thomond; & celui du marquis
de Rennepont , capitaine de dragons au régiment
de la Reine , avec demoiselle Cheſtret.
Le 19 mars , Leurs Majestés , ainſi que la
Famille Royale , ſignerent le contrat de mariage
du chevalier de la Tour-du-Pin , brigadier des
armées du Roi & Gentilhomme d'honneur de
- Monſeigneur le comte d'Artois , avec demoiſelle
Pajot de Juviſy. Le Roi a trouvé bon que le chevalier
de la Tour- du-Pin portât dorénavant le
nom de vicomte de la Charce.
0
210
MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCE.
Jeanne Roulot , femme du nommé Milloreau ,
meunier au moulin de Beaux , paroiſſe de Saulieu
en Bourgogne , accoucha , le 19 Janvier , de trois
garçons , dont deux ſe portent très-bien ; la mere
en nourrit un elle-même ; l'autre eſt en nourrice
au Jarnol , paroiſſe d'Aligny , le troiſieme
eſt mort le 31 du même mois.
MORTS.
La veuve C. La croix eſt morteà la Haye , âgée
de plus de 105 ans ; quoiqu'elle n'eût qu'une fortune
très -médiocre , la ſanté & la gaîté ne l'ont
abandonnée que la veille de ſa mort.
Le nommé Jacques Scheraf , né en 1667 auц
Petit- Lucelle , canton de Soleure , qu'il quitta en
1679 , pour demeurer avec ſes parens à Neuneich
, métairie ſituée dans une paroiſſe de la hau.
te-Alface , y eſt mort le 27 janvier , âgé de 108
ans. Il a conſervé juſqu'au dernier moment l'ufa.
ge de tous ſens , & une excellente mémoire ; il ne
ſe nourriſſoit que de laitage & de pommes de
terre , & n'avoit eu que deux maladies graves ,
l'une à 7 ans & l'autre à 35 , l'hiver il deſcendoit
tous les jours une montagne très-rapide , d'une
lieue de hauteur , pour foigner ſes beſtiaux , qu'il
étooiitt obligé d'entretenir dans un village, faute
de fourrage fur cette montagne , où il avoit fon
AVRIL. I. Vol. 1775. 211
habitation ; huit mois avant ſa mort il s'occupoit
encore des travaux très rudes , comme de faucher
& de façonner du bois. I laiſſe cinq enfans
&douze petits- enfans , qui ſont preſque tous au
ſervice du Roi .
Pierre- Louis d'Abadie de Cadarcet , chevalier
de l'ordre royal & militaire de Saint- Louis , ancien
maréchal - des - logis dans la premiere compagnie
des Moufquetaires , ayant le brevet de meſtre-deçamp
, eſt le mort le 15 Février , en ſa terre de
Cadarcer , au pays de Foix , dans la 100e année
de fon âge.
Pierre-Marie de Combarel du Gibanel de Vernege
, maréchal-de-camp , chevalier de l'ordre
de St Louis , & commandeur de celui de St Lazare,
major des Gendarmes-de - la- Garde , eſt
mort à Paris le 28 Février , âgé de 78 ans.
Michel , marquis de Vaſſan , ancien ſous- lieutenant
au régiment des Gardes- Françoiſes , capitaine
des levrettes de la chambre du Roi , eft
mort à Paris le 4 mars , dans la 69 année de ſon
age.
Pierre Laurent Buirette de Belloy , avocat , citoyen
de Calais ,& l'un des quarante de l'académie
françoiſe , eſt mort à Paris le 5 mars , âgé
d'environ 47 ans.
Pierre-André comte de Palmes , colonel d'infanterie
, capitaine de grenadiers au régiment des
Gardes-Françoiſes , chevalier de l'ordre royal &
militaire de St Louis , eſt mort à Paris le 6 mars ,
dans la 57e année de ſon âge.
La nommée Marie Labattut , veuve de Jean
Rouge , laboureur , eſt morte dans la paroiffe
d'Ambrus , dioceſe de Condom , à l'âge de 107
2
112 MERCURE DE FRANCE.
ans. Cette femme ſe ſouvenoit parfaitement des
événemens dont elle avoit été témoin dans ſa
jeuneſſe ; elle n'avoit aucune des infirmités de la
vieilleffe , & elle a conſervé toute fa raiſon jusqu'au
dernier moment.
Le chevalier de Crenay , Brigadier des armées
Bavales , neveu du chevalier de Crenay , décédé
vice- amiral de France , eſt mort le 20 février ,
au château de Montaigu en Normandie.
Le nommé Martin , laboureur au village de
Lasbolas , paroiffe d'Uffac , en bas Limousin , eft
mort le 24 février , âgé de 103 ans .
Louis Roger Franſure de'Villers , chef-d'eſcadre
des armées navales de S. M. & chevalier de
l'ordre royal & militaire de St Louis , eſt mort au
Havre-de-Grace , dans la 92e année de fon âge.
Il fervoit le Roi depuis 75 ans , & avoit eu le
talon emporté par un coup de mitraille , au com
bat naval qui fe donna près de Malaga le 24
Août 1704.
François-de-Paule-Philogene , marquis de Blanchefort
, baron d'Afnois , gouverneur pour le Roi
du pays de Cex , eſt mort à Paris le 10 mars ,
dans ſa 7re année .
N. Doat , préſident à mortier au parlement
de Pau , y eſt mort le 10 mars , âgé de 86 ans.
Il a conſervé juſqu'au dernier moment une tête
faine, & beaucoup de ſagacité & de pénétration
pour les affaires ; il s'étoit toujours montré affidu
à remplir ſes fonctions , & il n'y avoit qu'environ
trois ſemaines qu'il avoit ceffé de ſuivre le
palais . Ce magiſtrat étoit le plus ancien préſident
à mortier du Royaume , étant entré dans
cette charge en 1713.
AVRIL. L. Vol 1775. 213
Henri-Claude chevalier de Boulainvillier , cả.
pitaine au régiment de cavalerie , comte de la
Marche , eſt mort à Paris le 16 mars , dans la
23e année de fon âge.
Thadée comte de Tyszkiwicz , grand - notaire
du grand duché de Lithuanie , nommé chevalier
de l'ordre de St. Stanislas , eſt mort à Paris le 14
mars , dans la 25 année de fon âge .
Jean-Baptifte-Elie Camus de Pontcarré de Viarmes
, conſeiller d'état ordinaire & ancien prévôt
des marchands , eſt mort à Paris le 22 mars , Agé
de 73 ans.
La nommée Marie Marguerite St Aubin , men-
- diante , eſt morte à Mantes fur-Seine de 21 février
, âgée de 102 ans ; cette femme, qui aimoit
beaucoup à boire , n'avoit jamais été malade.
LOTERIES.
Le cent ſoixante-onzieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel de-Ville s'eft fait , le 24 du mois de
- Mars , en la maniere accoutumée. Le lor de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 78261. Celui
de vingt mille livres au No. 70205 , & les deux
de dix mille , aux numéros 63580 & 71455 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 6 de Mars. Les numéros fortis
de la roue de fortune font 66 , 9, 7 , 78 , 22.
Le prochain tirage fe fera le 5 Avril..
03
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES IECES FUGITIVES en vers en proſe , page 5
Epître à M. de Saint-Lambert , ibid.
Jupiter & le Papillon , fable. 16
Dialogue entre Thamas-Kouli-Kan , & la Princeffe
Al... 18
Epître à un de mes Amis ,
122
9
Boſi , conte , 32
Epître à Mile de P**. 36
Elégie de Tibulle , 38
Le Socle & la Statue , fable . 41
Quatrain pour être mis au bas d'un portrait de
M. l'Archevêque Duc de C**. 42
Epître à une jeune femme , 43
La Proſpérité & l'Adverſité , allégorie , 44
Vers à Mde de Montanclos , 52
L'Ane , le Lion & le Loup , fable. 56
A Mde Laruette , σε
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES , 62
LOGO GRYPHES , 64
Air de la Fauſſe Magie . 66
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
Du miroir ardent d'Archimede , ibid.
La Pologne telle qu'elle a été , telle qu'elle
eft , & telle qu'elle fera , 27
Temple de Mémoire ,
20086
Paradoxes par un Citoyen , 88
Difcours ſur l'éducation ,
93
Traité complet d'anatomie ,
99
Difcours prononcés en différentes folemnités
de piété , 102
AVRIL. I. Vol. 1775. 215
L'Homme ſenſible , 107
Remede nouveau contre les maladies vénériennes
, 123
Traité élémentaire de géométrie , &c.
124
Lettre & réflexions fur la fureur du jeu , ibid.
Oeuvres complettes d'Alexis Piron ,
137
Vers à ma Patrie ,
139
Code Eccléſiaſtique , 140
La vie du Pape Clément XIV , 141
Architecture pratique , ibid.
La confolation du Chrétien, 142
Le Dentiſte obſervateur , ibid.
Détail des ſuccès de l'établiſſement que la
"
ville de Paris a fait en faveur des per-
1
ſonnes noyées , 143
Lettre apologétique ſur les corvées , ibid .
Lettres & Mémoires à un Magiſtrat du Parlement
de Paris ,
144
Etabliſſemens d'hôpitaux pour les enfanstrouvés
, en Bretagne, ibid.
Choix de tableaux , ibid.
Pygmalion , 145
Itinéraires des routes les plus fréquentées , ibid.
Recneil d'obſervations pour la guériſon de la
maladie épidémique qui attaque les bêtes
à cornes , ibid.
Inſtructions fur la maniere de déſinfecter les
villages, ibid.
ACADÉMIES. 147
de Dijon , ibid.
Opéra .
génie ,
-de Limoges ,
SPECTACLES , Concert Spirituel ,
Sur la réception de la Reine à l'Opéra d'Iphi-
- Comédie Françoiſe
154
155
156
158
160
216 MERCURE DE FRANCE.
Comédie Italienne, 16г
ARTS , Gravures , 167
Lettre à M. Lacombe , 173
Sculpture... 176
Géographie,
1.80
Mafique. 182
Leture du Roi de Suede à M. de Roffet , 186
Lettre de M. de Voltaire à M. de la Croix , 187
Anecdotes. 188
९
AVIS , 193
Nouvelles politiques. 198
Préfentations , 200
Nominations 208
Mariages , 209
Naiffances , 210
Morts, ibid.
Loteries, 5 213
FIN.
ARTES
1837
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
PLURIBUS UNUN
TUEBOR
SI
QUÆRIS PENINSULAM
AMENAM
CIRCUMSPICE
AP
۱
1
20
M51
177:
пот
1
MERCURE
DE FRANCE ,
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MERCURE DE FRANCE , Ouvrage périodiquè con .
tenant des Pieces Fugitives en Vers & en Profe , des
Enigmes , Logogryphes , Nouvelles Littéraires , Annonces
des prix des différentes Académies , Annonces de Specta
cles,Avis concernant les Arts agréables , comme Pein
ture , Architecture , Gravure , Musique &c. quelques
Anecdotes ; des Edits , Arrêts , Déclarations ; des Avis
des Nouvelles Politiques ; les Naiſſances & les Morts
des Perſonnages les plus illustres ; les Nouvelles des Lo
teries, & alfez ſouvent des Additions intéreſſantes de
Editeur de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par
année que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
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payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez lu
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On publiera de fix en fix mois deux tomes de Planches
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Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Plénipotentinire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son Séjour
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Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par
Jean Nic. Seb . Allamand Profeffeur à Leyde. 4to.
2 vol. avec XXX Planches en taille douce. Amst. 1774.
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Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVIe. Livres de
PLINE L'ANCIEN , avec des Notes. Par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vols
La Haye 1773. à f 4 : de Hollande.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt fur les
Droits des Souverains . grand in - douze 1 vol. 1775. àf 1 :
AVIS.
J'ai mis fous preſſe & je ſuis fur le point de publier
un ouvrage intéreſfant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inftruction de la Jeunefle de fon empire & pour
le bonheur de tous fes Sujets .
As
Ces Erabliſſements font La Maison d'éducation de
Moscou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts ; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre ; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caisse de Dépot ouverte au Public ,
& un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruffes & ſous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements .
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le com
pofènt , à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux ,
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés ,
pour en prévenir de nouveaux pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour ſoulager les
Veuves & les Orphelins ; pour affurer les fucceffions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour af
franchir des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs .
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail , en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inſtruction de la Jeuneſſe & à la confervation
de la ſanté , objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
Ce recueil formera 2 vol. grand in - douze , de 50
feuilles d'impreffion , à f 2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 4to. en deux parties , ſera or
née de plus de go morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long-tems la publication de cet ouvrage.
It eft propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoître & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien n'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE.
MAI. 1775.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
SENTIMENS de repentir qu'adreſſe
à Dieu un Philosophe libertin , dans un
état de souffrance.
T.1
of qui nous fait naftre & mourir ,
Matrre abſolu de la nature ,
Témoin des tourmens que j'endure ,
Grand Dieu , daigne me ſecourir.
Le jour ne m'offre plus que des clartés funebres ;
Mais puiſque ton divin flambeau
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Vient de mon coeur féduit diſſiper les ténebres
Qu'il me guide vers le tombeau.
Quand j'eus perdu mon innocence ,
Lorsque le monde enivroit mes deſirs .
Du vain éclat de ſa magnificence
Et du poiſon de ſes plaiſirs ;
Pour m'étourdir ſur ma licence ,
Je ne ceſſois d'avoir recours ,
Et de livrer ma confiance
A ces Oracles de nos jours ,
Organes de l'erreur & de la ſuffiſance ,
Qui de clincant parant leur arrogance ,
Et du ſophifme occupant les détours
Lancent leurs traits impurs contre ton exiſtence.
Alors mon pauvre eſprit fier de fon ignorance ,
D'un abſurde ſyſtème accréditoit le cours ,
Et rejetoit ton évidence:
2
?
L'intérêt de mes ſens dictoit ſeul ma croyance ;
Et grace à mon puiſſant ſecours ,
J'empoiſonnois tous mes diſcours
De ma facrilege démence.
Je maudiſſois le joug de toute autorité ,
Et donnois à mon coeur un pouvoir deſpotique.
Apôtre de la liberté ,
De mon impudence cynique
Je tirois même vanité ;
Et je cherchois un bonheur fantaſtique
Dans le ſein de la volupté.
L'ordre de l'Univers , ſa régularité ,
Sa ſplendeur , image authentique
:
MAI.
7 1775-
De ton pouvoir , de ton immenſité ,
Loin de me pénétrer de ta divinité ,
Par ſon ſpectacle magnifique ,
Confirmoient ma fécurité ,
Excitoient ma témérité ;
De mon orgueil philofophique
Entretenoient l'activité ;
De la raiſon dont un Sage ſe pique
Dégradoient la fublimité ,
Et n'offroient à mon ceil phyſique
Qu'un tout indépendant de toute volonté ,
Mu ſans deſſein par ſa force énergique ,
Et l'effet éternel de la néceſſité,
Ainſi toujours coupable & toujours emporté
Par mon délire phrénétique ,
Joſois donner le nom de politique
A ton auguſte vérité ;
Je renonçois à l'immoralité ,
It mon plaifir préſent étoit mon bien unique.
Pour étayer ce dogme ſéducteur ,
De ma raiſon la lumiere incertaine ,
Venoit ſe joindre à la voix de mon coeur ;
Et je me figurois ſans peine
Qu'on ne pouvoit fe faire honneur ,
Et s'illustrer , parmi l'eſpece humaine ,
Qu'en méconnoiffant ſon auteur.
Sois moins mon juge que mon pere ,
Dieu puiſſant , ſur mon fort fais tomber tes regards ;
Vois mes pleurs ; & ſenſible à ma douleur amere ,
A4
8 MERCURE DE FRANCE
Reçois ici l'aveu fincere
De mes forfaits , de mes écarts .
Oui , fans remords & ſans inquiétude ,
(Que ne puis-je le dire au pied de tes autels !)
La plus conſtante ingratitude
Exerça tes ſoins paternels
Des plaiſirs les plus criminels
Mes ſens formerent l'habitude ,
Et jamais des biens éternels
Mon coeur ne fit la moindre études
Mais las enfin d'être outragé ,
Tu crus devoir lacher le poids de ta colere ;
Je gémis des malheurs où je me fuis plongé ;
J'ai reçu mon digne ſalaire ,
Mes plaiſirs mêmes t'ont venge.
:
Je te bénis pour le mal qui m'accable nr : A
Enfin j'ouvre les yeux , & j'adore ta loi ;
Tel pécheur endurci peut fouffrir moins que moi ,
Mais ſon fort eſt plus déplorable .
C'eſt ainſi , Dieu Sauveur , digne objet de ma foi ,
Que ta main , toujours adorable ,
S'appéfantit fur nous pour nous mener vers toi."
Sois moi toujours auffi propice ;
Par les Maux que je fens confirme mon eſpoir;
Le repentir , l'amour & le devoir.
T'en offrent l'humble ſacrifice ,
Grand Dieu , daigne le recevoir ;
Et que ton fouverain pouvoir
Remette à ta bonté les droits de ta juſtice. N
:
L
Quoniam ego in flagella paratus fum.
MAL1775- 9
VERS adreſſés à un jeune Epicurien de
vingt deux ans , avec lequel je me trouvois
à l'instant qu'expiroit un de ses Amis
, agé de trente fix ans.
VOILA
OILA donc ce Damis , que le pauvre étonné
Nommoit du titre faux de riche fortuné ?
Un moment à détruit ce chef - d'oeuvre admirable ,
Cet animal penſant , cet homme , mon ſemblable.
Sibarite opulent , toi , que la volupté
Fait courir à la mort d'un pas précipité ,
Vois comme on meurt , & crains : la foudre eſt ſur ta
tête ;
Peut- être pourrois-tu , plus fage & plus prudent ,
Ralentir du fuſeau l'éternel mouvement ;
Par un retour heureux éloigne la tempête...
Ton âge t'enhardit ? Jeune préſomptueux ,
L'Etre qui de tout temps régla nos deſtinées ,
A-t- il dit à la Mort de compter nos années ?
Non , lorſqu'il faut mourir on eſt toujours trop vieux,
Hé ! que nous ſerviroit une eſpérance vaine !
A tout âge , en tout lieu , notre fin eſt certaine :
La vie eſt un préſent que chacun , à ſon tour ,
Ou donne , ou doit donner , mais qu'il doit rendre un
jour.
Les Rois , ces demi-Dieux que l'intérêt adore ,
Tous ces inges des Rois , que la baſſeffe honore ,
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Les Grands ſi révérés , & ſouvent ſi petits ,
A cet arrêt ſacré ſont tous aſſujettis .
La Mort qui , ſans pitié , porte par-tout ſa rage ,
Frappe d'un coup égal le méchant & le ſage :
Tout meurt; mais l'honnête homme a du moins , en
mourant.
De l'emploi de ſes jours le tableau confolant ;
Il voit la vérité , qu'il a toujours chérie ,
Au livre des vertus écrire ſes bienfaits ,
Et le dénombrement des heureux qu'il a faits.
Se concentrant alors dans ſa philoſophie ,
Impaſſible & ferein juſqu'au dernier moment ,
Il dit , je vais dormir , & meurt tranquillement,
2
MAI. 1775- II
1
LE CHENE & LE POURCEAU.
Fable.
A
u pied d'un Chene fuperbe
Dom Pourceau , toujours grognant ;
S'en alloit toujours grugeant
Le gland qui tomboit fur l'herbe,
Etonné dé cette humeur
Du Diſciple d'Epicure ,
Notre Chêne , avec douceur ,
Lui dit : Animal grondeur ,
En prenant ta nourriture ,
Au moins à ton bienfaiteur
Daigne épargner le murmure.
A ce portrait , vils ingrats ,
Vous avez baiſſé la tête :
Je ne fais ce qui m'arrête ,
Mais je ne vous nomme pas ,
Quoique ma liſte ſoit prête.
Par M. Bretè
12 MERCURE DE FRANCE.
L
A Monfieur PERRONNET.
ES Eleves des Ponts & Chauſſées
voulant conſacrer leur reconnoiſſance envers
M. Perronnet , par un monument
durable , ont cru devoir placer fon buſte
dans leur Ecole , & lui en ont demande
: la permiffion par les vers ſuivans :
O toi qui de Minerve illuſtres la carriere ,
Permets que fes enfans , marchant à ta lumiere
De tes traits reſpectés embelliſſent ces lieux
Et que fans ceffe ton image
Pour recevoir leur tendre hommage ,
Comme elle eſt dans leur coeur , ſoit préſente à leurs
yeux.
Ayant obtenu cette permiffion , ce
Meſſieurs ont mis au bas dubuſte le qua
train qu'on va lire , & qui caractériſe
l'Artiſte célebre à qui ce juſte hommage
eft rendu.
Marchant au flambeau du génie ,
Dont il offre à nos yeux la fublime candeur ,
Il affure aux François la gloire réunie
Des arts par ſes talens , des vertus par ſon coeur.
MAI.
13 1775.
VERS à M. Trinqueſſefur le Portrait ,
entre autres , qu'il a fait de Madame le
C***.
D
E ton pinceau j'admire la magie
La vérité guide ſes traits :
Tu joins dans tes tableaux la grace à l'énergie ,
L'ame eſt infuſe en tes portraits .
Quelle richeſſe en leur ſimple ordonnance !
Tout s'y rencontre , accord des ombres & des clairs ,
Diftinction des plans , perspective , diſtance ,
Etoffes dont l'éclat n'eſt point nuiſible aux chairs.
Sous ces légeres draperies
Mes yeux charmés , ſuivant le nu;
Parmi ces figures chéries
Une fur-tout frappe mon coeur ému ;
Quelle frafcheur ! quelle nobleffe !
Quel regard à la fois ſage & voluptueux !
Je crois que c'eſt une Déeffe ,
J'approche & reconnois l'aimable le C***
Son Serin qu'elle attire , & non la mélodie
Sur fon épaule a bien ſu ſe poſer ;
Bec ouvert , il s'élance , avide de baifer
Le coin d'une levre fleurie ,
Qu'à ces deſirs on ne diſpute pas ...
* Cette Dame eſt repréſentée jouant de la ſerinette,
14
MERCURE DE FRANCE.
Quelle tête! quel corps ! & la jambel & le bras !
Comme tourne ce ſein ! la main , comme elle eſt faite!
Quelle ſoupleſſe dans les doigts !
Ne nous ſemble - t - il point ouir la ſerinette ?
Le tendre enfant que j'apperçois ,
D'Hercule en arc doit courber la maſſue ,
Sans nul effort , puiſque c'eſt à ſa vue *.
Moi même , je ne puis la contempler envain &
Ce raviſſant objet m'anime , m'encourage ;
Et fi je ne craignois de gåter ton ouvrage ,
Ami , j'y mettrois ce quatrain.
,,Beauté ſans artifice eſt ſon moindre avantage
,, Talens & modeftie afurent ſon pouvoir.
,, Son ſexe-lui pardonne un ſi rare partage:
, Il eſt doux de l'entendre autant que de la voir".
Par M. Guichard.
• Quelques cartons à ſes pieds annoncent qu'elle vient
de deffiner d'après l'Amour de Bouchardon , qui eft
dans le fond du tableau,
MAI.
1775- 15
L'EPREUVE , Comédie de Société.
PERSONNAGES.
DAMON pere.
DAMON fils , Amant de Lucile.
ORONTE
LUCILE , fille d'Oronte.
LA BRANCHE , valet de Damon fils.
La Scene eft chez Damon pere.
SCENE Ι.
DAMON fils , LA BRANCHE .
(Damonfils entre le premier ,il est en habit
de chaffe; la Branche le fuit , portant
deux fufils).
(Damon eft plongé dans la plus profonde
rêverie , & fait pluſieurs tours fur le
Théâtre fans rien dire ).
LA BRANCHE.
LONSIEUR , voilà votre fufil.
DAMON fils , vivement. Mon fafil ,
- pourquoi faire ? qui te l'a demandé ?
16 MERCURE DE FRANCE.
LA BRANCHE. Vous , Monfieur , à
l'inftant.
DAMON fils. Moi? je t'ai demandé
mon fufil ?
LA BRANCHE. Oui Monfieur , dès
le matin vous m'avez réveillé pour une
partie de chaſſe... Vous ne chaffez pas
ſans fuſil , peut- être ?
DAMON fils le regarde , & revient à ſoi
Tu as raiſon , donne; va-t'en. (Il retombe
dans fa rêverie.
LA BRANCHE. Monfieur.
DAMON fils. Va t'en, te dis- je.
LA BRANCHE . Mais , Monfieur , au
moins faut - il que je ſache de quel côté
vous chaſſerez aujourd'hui.
DAMONfils toujours diſtrait. Eh ! que
t'importe ? va toujours.
LA BRANCHE riant . Comment , Monſieur
, que m'importe ?:
DAMON fils , à part. Je ne fais où je
fuis , ni ce que je dis , ni ce que je fais .
(haut) Va m'attendre aux environs de ce
grand bois , où nous chaſſames hier. (La
Branche fort) .
SCENE II.
DAMON fils , feul.
Quel état cruel ! juſte ciel ! aide moi à
calmer
MAI.
1775 37
calmer les tranſports qui m'animent. Jai
mépriſé juſqu'à préſent les coups redoublés
dont la fortune n'a ceffé d'accabler
ma malheureuſe famille: mais depuis que
j'ai vu l'aimable Lucile , depuis que je fai
que le plus avare des hommes met à prix
la poſſeſſion de cette fille adorable ;
Dieux ! que ne ferois -je pas pour fortir
de la ſituation où je ſuis ! ah ! malheureux
Damon !
}
SCENE III .
DAMON pere , DAMON fils.
DAMON pere , furprenant ſon fils. Mon
fils ...
DAMON fils , embarraffe. Mon pere...
DAMON pere. Vous me paroiſſezbien
agité.
DAMON fils. Mon pere... non pas...
autrement... j'ai peu dormi cette nuit...
DAMON pere. L'ardeur de la chaſſe
vous tranſporte... Vous parliez ſeul à
Tinſtant ?
DAMON fils. Mon pere... il eſt vrai ;
la chaſſe ... :
DAMON pore. La chaſſe eſt un divertiſſement
honnête ; mais , mon fils , ce
B
18 MERCURE DE FRANCE.
n'eſt qu'un divertiſſement qui ne doit
point vous occuper tout entier , & devenir
chez vous une paſſion. Comme vous
voilà agité , tout en déſordre... Que les
hommes font ingénieux à ſe tourmenter !
DAMON fils. Mon pere , j'envie votre
fang froid& votre tranquillité.
DAMON pere. Et vous avez raiſon ; il
n'eft point d'état plus heureux.
DAMON fils. Je le crois , mon pere ;
mais c'eſt un bonheur qui n'eſt pas fait
pour moi.---
DAMON pere. Vous vous abuſez , mon
fils ; il ne s'agit que de ſavoir ſe contenter
de peu. -Tiens , cette maiſon , ce
potager, ce verger , cet enclos qui ſuffiſent
à mes beſoins , malgré leur petiteſſe,
bornent tous mes vosux. Si tu penſois
comme moi , mon fils , je t'apprendrois
fans crainte une chofe...
DAMON fils Mon pere!
DAMON pere. Les richeſſes ne te
tourneroſent - elles point la tête ?
DAMON fils. Comment , mon pere?
DAMON pere. Oui , & la fortune ſe
montroit moins ſévere ; n'oublierois - tu
pas bientôt les vertus de la médiocrité ?
DAMONfils. Ah ! mon pere... appre
nez moi... de grace... je vous en conjure
MAI.
1775. 19
DAMON pere. Quelle vivacité ! j'aurois
dû me taire ; mais puiſque je me ſuis ſi
imprudemment avancé , apprenez donc
qu'un nouveau coup du fort nous remet
à la place d'où nous étions tombés. Votre
oncle eſt mort à Pondicheri , & vous
laiſſe ſa fortune , qui ſe monte à plus de
cent mille écus.
DAMON fils avec transport. Juſte ciel !
quel heureux événement !
DAMON pere. Voilà une joie bien vive.
Mon fils , lorſqu'on attache auſſi fortement
fon bonheur aux biens de la fortune
, on eſt prêt à tout faire pour les acquerir
& à tout perdre pour les confer.
ver.
DAMON fils. Mon pere , ne m'humiliez
pas davantage; je ſuis plus digne de
vous que vous ne penſez. Vous ſavez
combien j'aime Lucile ; vous avez agréé
mon amour; vous n'ignorez pas ce qui
m'a fait eſſuyer le plus cruel des refus.
Ah ! mon pere pouvez-vous ne pas excufer
mes tranſports ?
DAMON pere. Oh ! tu es actuellement
dans le cas de faire deſirer cet établiſſement
à M. Oronte.
DAMON fils. Permettez que j'y courre,
mon pere ; je vole leur annoncer....
B 2
20 MERCURE DE FRANCE.
DAMON pere. Qu'allez-vous faire ? quoi
après les plus infultans refus ? ...
tout.
DAMON fils. Ah ! mon pere , oublions
DAMON pere. Quel aveuglement !
SCENE IV.
DAMON perc , feul.
Eſt - il poſſible de prodiguer ainſi aux
paſſions des emportemens réſervés pour
la vertu . O mon fils ! rendrois- tu inutiles
les ſoins que je prends , depuis vingt
ans , pour former ton coeur ? es-tu digne
encore d'entendre la voix de l'honneur ?
Je te prépare une épreuve terrible ; ſi tu
fuccombes , je ſuis le plus malheureux
des peres.
) SCENE V.
DAMON pere , ORONTE .
ORONTE , accourant à bras ouverts. Eh!
bon jour , mon vieil ami , mon cher
voiſin ; que j'ai de plaiſir à vous embrasfer!
DAMON pere , froidement. Je ſuis votre
ſerviteur.
MAI. 1775. 21
ORONTE. Eh bien ! qu'est - ce ? vous
êtes bien joyeux , n'est - ce pas ? comme
j'ai pris part à votre bonheur ! ma foi ,
vous avez en moi un véritable ami.
> DAMON pere. Je vous fuis obligé. ८
ORONTE. Comment , quel air froid !
Eft- ce que vous ne me reconnoiſſez pas ?
C'eſt Oronte , c'eſt votre meilleur ami
qui vous parle.
DAMON pere. Vous me ſurprenez ;
Monfieur ; je ſuis ce même homme à qui
vous fîtes refuser l'entrée de votre maifon
il y a quelques jours.
ORONTE. Qui? moi? à mon ami Danon?
qui font ces impertinens ...
DAMON pere. Ne vous fâchez pas , &
n'accuſez perſonne ; c'eſt vous même :
vous prîtes à inſulte lapropoſition que je
vous fis de marier mon fils à Lucile.
■ ORONTE , éclatant de rire. Ah , ah ,
ah! cette bagatelle-là vous occupe. Eh !
mon cher ami , point de rancune. Je ſuis
if, emporté ; cette petite fotte de Luile
me faifoit tourner la tête avec fes
viſions de couvent , de célibat... Morleu
! que j'étois fâché ! mais , entre nous,
e crois que votre égrillard de fils a fair
hanger ſa réſolution .
* DAMON pere. Comment ?
B 3
22
MERCURE DE FRANCE .
ORONTE. Oui , parbleu : la petite en
tient. Je ne m'en ferois jamais doute...
Ces filles font d'une diſſimulation !-Tou
chez là , mon vieil ami ; j'accepte votre
fils pour mon gendre.
DAMON pere. J'ai tout lieu d'être furpris
, après l'accueil ...
ORONTE. Eh ! que diable , vous e
revenez toujours là. Je vous l'ai déja dia
d'un côté Lucile me paroifſſoit avoir un
éloignement invincible pour le mariage
d'un autre côté , je me voyois propoſet
un aimable jeune homme , vif bien plan
té , fils de mon meilleur ami.... Morble
que j'étois impatienté !
DAMON pere , fouriant. Et puis les cen
mille écus dont mon fils vient d'hériter.
ORONTE. Ah ! mon ami ! que dites
* vous là ? ſe peut-il que vous me connois
fiez ſi peu. La fortune eſt pour moi pe
de choſe ; je ne ſonge qu'au bonheur de
ma Lucile , cette chere enfant , que j'ai
me de tout mon coeur. Votre fils ef
bien né ; ils s'aiment ; que faut- il davan
tage ? Vous êtes bien injuſte , mon ami
eh bien ! tenez , je ſuis meilleur ami qu
vous; je parierois que quand je ne pour
rois donner à Lucile qu'un bien médic
cre , vous ne vous prêteriez pas à ce ma
MAI.
1775- 23
-riage avec moins de joie. Eſt-ce bien
--penſer de ſes amis , cela ?
DAMON pere. Je nous ſuis bien obli-
-gé: vous me rendez juſtice. Ainſi donc
,la fortune n'entre pour rien dans votre
- réſolution.
ORONTE. Non parbleu ; je ne conſulte
que ma tendreſſe pour ma fille.
DAMON pere. Je me plais à vous voir
dans ces ſentimens.
ORONTE un peu intrigué. En doutezvous
? Mais pourquoi ces réflexions ?
DAMON pere. C'eſt que je ſuis enchanté
: vous raſſurez mon coeur , & je ne
crains plus de vous apprendre que...
ORONTE l'interrompt avec vivacité. Comment
? eft ce que votre frere de Pondichéri
ne ſeroit pas mort ?
DAMON pere. Non pas cela ; mais ....
ORONTE. Ah ! je conçois ; il aura déshérité
votre fils .
DAMON pere. Point du tout; daignez
m'entendre .
ORONTE. Morbleu ! vous verrez qu'il
ne s'eſt rien trouvé après ſa mort.
DAMON pere. Pardonnez - moi ; on a
trouvé cent mille écus en or dans ſes coffres
; mais ...
ORONTE brusquement . Mais , quoi !
mais : expliquez donc ce mais.
B 4
24
MERCURE DE FRANCE.
DAMON pere. Quel homme ! laiſſez.
moi parler ; je vous expliquerai. Ces centmille
écus n'appartenoient point à mon
frere ; c'étoit un dépôt qu'on lui avoit
confié.
ORONTE consterné. Un dépôt ?
DAMON pere. Hélas ! oui. Il nous en
inſtruit lui-même par un écrit que l'on a
trouvé dans ſes papiers & que j'ai entre
les mains .
ORONTE. Et que comptez vous faire
de ce bel écrit ?
DAMON pere. Je pourois le fupprimer
; mais l'honneur , mon cher M.
Oronte , l'honneur me fait un devoir de
le rendre public.
ORONTE , avec un soupir. L'honneur ,
oui , c'eſt une belle choſe que l'honneur.
DAMON pere. Après les beaux fentimens
que vous venez de faire paroître ,
je ne doute point que vous ne penfiez.
comme moi , & que vous n'approuviez
la réſolution que j'ai priſe , de reftituer
cette fomme à ſes légitimes maîtres .
Cela ne vous empêche pas de donner les
mains au bonheur de nos enfans ; quelque
médiocre que foient leurs biens , ils
leur fuffiront , s'ils favent s'en contenter.
MAI. 1775. 25
た
r
Mais fuſſent - ils dans la plus cruelle indigence
, je ne voudrois pas les en tirer
par une injustice.
ORONTE qui a paru rêveur pendant cette
tirade , fort brusquement . Serviteur , ferviteur.
SCENE VI.
DAMON pere, DAMON fils , LUCILE .
DAMON fils. Souffrez , mor pere , que
je vous préſente la charmante : Lucile ;
fon pere confent à notre union ; je fuis
le plus heureux des hommes.
DAMON pere. Mon fils , modérez ces
tranſports ; il y a bien du changement.
DAMON fils. Ah ciel ! que dites vous ?
' LUCILE. Quel nouveau malheur nous
menace ?
DAMON pere tirant un papier. Tenez ,
lifez.
DAMON fils prend le papier & le parcourt
. Tout eſt perdu !
LUCILE . Ah ! Damon.
DAMON fils. Aimable Lucile , je vous
perds une feconde fois. Hélas ! mon bonheur
n'a été qu'un ſonge.
DAMON pere. Mes chers enfans , votre
douleur me perce l'ame.
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
DAMON fils. Ah! ſi par un heureux
retour mais... le plus dur des hommes
n'y confentira jamais. Pardon , belle Lucile
; c'eſt votre pere.
LUCILE. Oui , Damon , je dois lui
obéir & me taire.
DAMON fils. Malheureux que je fuis !
mais peut - être ignore- t-il ? ... oui , ſans
doute... Ah ! mon pere , fi vous vouliez.
DAMON pere. Quoi ! mon fils.
DAMON fils. Pardonnez à mes transports
, mon pere : excuſez mon amour.
M. Oronte fait ma fortune, il n'eſt pas
inſtruit du fatal revers .... Profitons de
cette erreur... Mais je m'égare , mon
pere , je lis dans vos yeux ma faute.
7
DAMON pere , froidement . Confultezvous
bien, mon fils; quant à moi , je
n'ai rien à vous dire.
DAMON fils. Eh ! quel crime de tromper
ſon infatiable avarice , d'éviter d'en
devenir la victime ? Na- t- il pas confenti
à notre bonheur ?
DAMON pere. C'eſt donc-là votre avis ,
mon fils ?
DAMON fils , timidement. Oui , mon
pere ; ſi c'eſt le vôtre.
DAMON pere. J'en ſuis bien fâché ;
mais un obſtacle s'oppoſe à ce beau proMAI.
1775- 27
jet. Je quitte M. Oronte : il fait tout.
DAMON fils. Ah ! je ſuis perdu.
SCENE VII & derniere .
DAMON pere , DAMONfils , ORONTE ,
LUCILE.
ORONTE. Je vous trouve tous raſſemblés
fort à propos. Oh! ça , mon vieil
ami , je vous ai quitté tantôt un peu
bruſquement , n'eſt - il pas vrai ? Mais ,
paffons ; j'avois de bonnes raiſons pour
cela.
1
Damon pere. Je les ſoupçonne.
ORONTE. Vous pouvez bien ne vous
pas tromper. Au lieu de perdre le temps ,
ainſi que vous , en de vaines lamentations
, j'ai fait quelque réflexions , dont
je vais vous dire le réſultat.
DAMON pere. Voyons.
ORONTE. Ecoutez moi , je vous préviens
d'abord que fans biens on n'aura
pas ma fille. Je voulois un gendre riche
de cent mille écus , mais je vous paſſe à
cinquante. Voilà ce qui s'appeelle être
raifonnable , cela !
DAMON pere. Mais , où voulez - vous
que je les prenne ? ر
28 MERCURE DE FRANCE:
ORONTE. Patience ; laiſſez - moi faire.
Mais il faudra en paſſer par tout ce que
je dirai.
DAMON pere . Nous verrons.
ORONTE à Damon fils. J'examine que ,
d'un côté , votre oncle vous fait ſon légataire
univerſel ; il vous laiſſe ſes meubles
&fon argent comptant; il ſe trouve dans
fes coffres cent mille écus : donc ces cent
mille écus vous appartiennent.
DAMON pere , fouriant. Voilà un fort
beau raiſonnement; mais ce dépôt.
ORONTE. Bon ! ce dépôt ; il n'en reſte
aucune trace que ce petit morceau de
papier , qu'on peut mettre au_feu.
DAMON pere. L'expédient eſt merveilleux.
Votre avis feroit donc , Monfieur ,
dè nous approprier cet or & d'en dépouiller
les légitimes propriétaires.
ORONTE. Non pas , morbleu ! non pas ;
vous ne connoiſſez pas Oronte. L'honneur
! la probité ! Eh ! je crois que nous
en avons autant qu'un autre. Je diſois
donc que d'un côté il falloit rendre quelque
juſtice aux propriétaires du dépôt.
Ainſi donc on peut donner cinquante
mille écus , & les autres cinquante mille
écus demeureront à mon gendre , pour
lui tenir lieu de legs , & lui faire épouMAIL
17757 29
fer ma fille. Eh bien ! que dites vous de
cet arrangement - la? hem?
DAMON pere . Vous m'en voyez interdit
d'admiration & d'étonnement.
ORONTE. Je le ſavois bien , moi , que
je vous furprendrois .
DAMON pere. Oh ! on ne peut pas
davantage.
ORONTE , à Damon pere. Eh bien !
vous approuvez mon projet; n'eſt - il pas
vrai ? Répondez donc ?
DAMON pere. Je ne puis vous rien dire.
Interrogez mon fils.
› ORONTE. Qui ? mon gendre futur ?
oh! je réponds de lui.
DAMON pere . Non , Monfieur , cette
affaire - ci le regarde: il faut qu'il s'explique.
DAMON fils paroît dans le plus grand
accablement. Doutez-vous de ma réponſe ,
mon pere ? Je préfere de mériter la char-
>mante Lucile , au bonheur de la poſſéder.
LUCILE. Ah ! Damon , cet aveu m'enchante
; il m'arrache celui de vous - aſſurer
que ſi Lucile ne peut être à vous , elle
renonce éternellement à tout autre.
ORONTE . Ouais ; que veut dire ceci
? quel rôle me fait - on jouer ?
MERCURE DE FRANCE .
DAMON pere. Celui que vous méritez ,
mon cher M. Oronte; pouvez-vous vous
laiſſer aveugler ainſi par votre avarice ?
ORONTE , furieux. Allez , vous êtes un
vieux fou. ( à Lucile ). Et vous , Mademoiſelle
l'impertinente , je vous défends
de jamais penfer à ce jeune fot. Partez.
(Il veut fortir).
DAMON pere. Arrêtez un moment. Je
ſuis peu ému de vos injures: mais , avant
que de nous quitter , je veux vous faire
une nouvelle confidence , qui vous plaira
plus que les premieres. Ce dépôt eſt un
jeu de mon imagination. J'ai effectivement
chez moi les cent mille écus , pour
marier mon fils à Lucile.
ORONTE , avec une extrême ſurpriſe.
Oh! oh !
LUCILE. Ah ! ciel .
DAMON fils se jette aux genoux de fon
pere. Ah! mon_pere.
DAMON pere. Relevez vous , mon fils ,
& embraſſez - moi. L'inquiétude & l'agitation
que j'ai remarquée en vous , m'ont
alarmé , mon fils : j'ai craint de vous
voir dédaigner les douceurs de la médiocrité
; mes craintes font heureuſement
diſſipées ; jouiſſez du fruit de la libéralité ,
de votre oncle. On confie aiſément les
MAI. 1775. I 31
richeſſes à ceux qui ſavent les mépriſer.
Recevez pour récompenfe la main de
l'aimable Lucile. (à Oronte). N'y conſentez
- vous pas ?
ORONTE. De tout mon coeur; je ſuis
trop confus de ce qui vient de ſe paſſer...
Mais , cent mille écus !
DAMON pere. Je vous ai tant de fois
trompé , que vous n'ofez plus me croire ;
mais , paffez dans mon cabinet , & je ne
tarderai pas à vous convaincre.
Par Mille Raigner de Malfontaine.
COUPLETS que j'aurois chantés , sij'avois
fait le rôle de M. le Bailli , à la feconde
représentation de la Fête du Château
devant la Reine , au Salon d'Hercule ,
la nuit du 20 au 21 Février 1775.
AIR: Vive Henri , vive Henri.
A Madame la Comteffe DU N ...
D'HEBE , jeune & fratche Déele ,
Cherchez - vous les naiſfans appas ,
La grace , le tein , la ſoupleffe ,
La taille , les traits délicats ?
32
MERCURE DE FRANCE.
Pour vous fatisfaire
Et connoître un objet ſi beau ;
Ne quitttez point le ſéjour de la terre,
Voyez la Dame du Chateau. bis.
Vous dont le pinceau cherche à rendre ,
En peignant la belle Cipris ,
Ce fouris , ce regard fi tendre ,
Vainqueursde Mars & d'Adonis :
Pour vous fatisfaire ,
Et remplir un projet ſi beau ;
Gardez - vous bien de courir à Cythere
Peignez la Dame du Château. bis.
Et vous dont l'oeil n'a point encore ,
En perſonne , vu dans un bal ,
Danfer l'agile Terpſicore ,
Goûtez ce plaiſir fans égal :
Pour vous fatisfaire ,.
N'allez point au docte côteau 9
C'eſt là qu'elle eſt une pure chimere ,
Voyez la Dame du Château . bis .
De ces trois Déeſſes brillantes ,
Ne diroit -on pas que l'Amour
Tout exprès , de ſes mains puiſſantes ,
Forma du Nolſt .... pour la Cour ?
Si dans la Nature
Il fit un miracle auſſi beau,
Prenez
MAI.
33 1775 .
Prenez mes yeux , vous direz, je vous jure ,
C'eſt pour la Dame du Chateau. bis .
Au milieu des brillans fuffrages .
Et de l'encens des plus grands Dieux ,
D'un Mortel les ſimples hommages
Trouveront-ils grace à vos yeux ?
La fiere Diane
D'un Berger a fubi la loi ,
Le plus grand Prince , belle Ba ...
Peut-il vous aimer mieux que moi ? bis.
A Versailles , le 21 Février , à y heures
du matin , par le Chevalier du Luxem.
VFRS adreſſés à Madame la D. DE GR.
Soeur de M. le D. de Ch... à fon paſſage
à Nîmes , ( où elle ne devoit paffer que
deux heures ) , par le Régiment de Bourbonnois
, qui y étoit en garnison.
ENcroirons-nous un bruit répandu dans ces lieux ?
Que le plus pur climat , les eaux d'une fontaine ,
* Ses talens , ſa beauté , ſa modeſtie lui attirerent en
ce moment les applaudiſſemens , & , je puis dire , les
coeurs de tout ce qu'il y a de plus grand à la Cour.
C
34
MERCURE DE FRANCE.
Bains chéris autrefois & délices des Dieux ,
Et tant de monumens de la grandeur Romaine ,
Ne pourront vous fixer ici qu'une heure ou deux ?
Ahl de grace , à nos voeux montrez vous moins contraire;
Des antiques Céſars ces immortels travaux ,
Leurs aigles mutilés , leurs cirques , leurs tombeaux ,
Dans des vaſes briſés , cette vaine pouſſiere ,
(Reſtes inanimés d'équivoques Héros)
Sont- ils les ſeuls objets de votre itinéraire ?
Il en eſt dans ces murs , qui , ſans être antiquaire ,
Je garantis , pour vous , plus touchans & plus beaux
Tout intéreſſe en eux ; tout eſt für de vous plaire:
Et , pour les voir , il faut une ſemaine entiere;
Ne les dédaignez pas .... Pour le dire , en deux mots ,
Nous ſavons tous combien vous chérifiez un frere
De qui la France attend ſa gloire & fon repos ,
Et nous ſommes tous vos rivaux.
Par M.le Chev. Desb...
au nom du Corps.
MAI. 1775- 35
ODE fur le retour du Printems , imitée
de l'Ode d'Horace : Solvitur acris
hyems , &c.
L'HIVER s'enfuit; l'Amant de Flore
Revole en nos heureux climats ;
D'un vert naiſſant l'herbe colore
Les prés blanchis par les frimats.
Banni de fon foyer ruſtique ,
Déjà le Laboureur s'applique
A fertiliſer ſes ſillons ;
Les troupeaux quittent leur aſyle ,
Le vaiſeau fend l'onde tranquille ,
Sans redouter les Aquilons .
Lorſque , ſur la plaine azurée ,
La Lune a répandu ſes feux ,
Vénus , des Graces entourée ,
Raſſemble les Ris & les Jeux.
Des Nymphes la troupe légere ,
Foule en cadence la fougere ,
Au tendre ſon des chalumeaux ;
Tandis qu'au centre de la terre ,
Des noirs artiſans du tonnerre ,
Vulcain embraſe les fourneaux.
Ami de la ſaiſon des roſes ,
C2
36 MERCURE DE FRANCE ,
Laifferons-nous fuir les inftans ?
De fleurs nouvellement écloſes
Parfemons nos cheveux flottans ;
Couronnés d'un naiſſant feuillage ,
Allons ſous cet épais ombrage
Du Printemps chanter le retour ;
Au doux plaiſir tout nous convie ,
Damon , l'éclair de notre vie
Luit pour Bacchus & pour l'Amour.
Peut- être au bout de ta carriere ,
Pourquoi former de vains projets ?
La mort frappe à l'humble chaumiere
Comme aux plus ſuperbes palais ;
Habitans des Royaumes ſombres ,
Bientôt on te verra des ombres
Groffir le fabuleux eſſaim ;
Crois-tu qu'en ces lieux de détreffe
L'on puiſſe avoir une Mattreſſe .
Ou devenir Roi d'un feſtin .
1
Par le Solitaire d'Escates
مس
LEE mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt le Puits ; celui de
la ſeconde eſt Bulle d'eau & de favon ;
celui de la troiſieme eſt Croix ; celui de
MAI. 37 1775.
la quatrieme eſt le Copcau. Le mot du
premier Logogryphe eſt Laboratoire , où
ſe trouvent or , ire , bal , rôtie , rot , boire ,
oratoire , atre , latrie , Baal , lo , lara ,
robe ; celui du ſecond eſt Tambour , où
l'on trouve Amour ; celui du troiſieme eſt
Maiſon , où l'on trouve Mai & fon.
DANS
ENIGME.
Ans les forêts je prends naiſſance ;
En me donnant la ſubſiſtance ,
Ma mere auſſi la donne à mille autres enfans ,
Qui de fon fein renaiffent tous les ans.
Mais que je plains ma deſtinée !
Dans une charrette liée
On m'emmene au fupplice , auffi-tot des bourreaux ,
Ecartant la pitié , me mettent par morceaux :
Enfuite je me vois aux flammes condamnée.
Me tiens- tu maintenant ,
Cher Lecteur ? Non. Hé bien ! rumine.
Je te donne encore un inftant.
Il faut bien que tu me devine ,
Ou je t'appellerai ... Mais non ;
Je te reſpecte trop pour te donner mon nom.
Par M. Raux , Chanoine à Châteaudun.
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
JAL
AUTRE.
'AI douze enfans de taille égale !
On ſe ſert d'eux quand il faut des ſoldats ;
Mais eux , ni moi, de la loi conjugale
N'avons connu les embarras ,
Et chacun d'eux a pourtant douze filles :
Un ſi grand nombre de familles
Avec moi loge au même endroit ;
Adieu , Lecteur , devine-moi.
Par M.le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
A
AUTRE.
ux Gens de Robe , aux Gens d'Egliſe
Je ſers aſſez communément ;
Ma taille eſt mince , aſſez bien priſe ,
Et très - légere , aſſurément ;
Sans être ennemi de la joie ,
A ma ſuite , mon cher Lecteur ,
Prenez bien garde qu'on la voie
Ce feroit ſigne de malheur.
Par M. Bernard du Montelet.
MAI 1775-
39
D
AUTRE.
E même qu'un Etat , plus ou moins rrelevé,
Rend l'homme auffi plus ou moins élevé ,
Tour de même je rends , fans aucun artifice ,
L'homme plus ou moins grand & propre à la milice :
Mais , ſans à l'homme me borner ,
Je fais à la femme donner
Une élévation plus ou moins haute & grande ,
Et ce , ſuivant qu'on le demande.
Engendré dans les bois ou forti des troupeaux ,
J'habite également les palais , les hameaux :
On me voit en caroſſe , on me voit en charrette :
On me voit fur le trône & près de la houlette.
Enfin je ſuis par - tout , au ſpectacle , à l'autel ,
Et fans jamais offenſer l'Eternel.
Mais , malgré tous mes avantages ,
Je ſuis même au-deſſous du Laquais & des Pages.
A Rennes. Par M. de L. G.
C
40 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
LECTEUR, je fuis par- tout fur ce vaſte Univers .
Si le penchant t'engage à faire des voyages ,
Parcours tous les Etats divers ,
Enfonce- toi dans les déſerts ,
Confidere toutes les plages ,
Les lieux arides , les bocages ,
De tous côtés enfin promene tes regards ,
Tu m'apperçois de toutes parts .
Parlons à préſent d'autres choſes .
Je vais te dire un mot de mes métamorphoſes.
Ce n'eſt pas le moins curieux.
Efface tête & queue , une Ville en Champagne
1
T'offre auſſi- tôt un nectar précieux ,
Qu'on pourroit préférer au meilleur vin d'Eſpagne ,
Pour ſon parfum délicieux ,
Qu'à la Cour même , oui , qu'à la Cour on fête .
Par un nouveau renverſement ,
Place ma queue avant mà tête ;
Mais afin que rien ne t'arrête ,
Coupe mon dernier membre : un Village Allemand
Tiès renominé , t'offre une eau ſalutaire ,
Au lieu du bon vin Champenois.
C'eſt - là qu'Amour ; uſant de tous ſes droits
Aux maris , bien ſouvent , n'a pas le don de plaire.
Taiſons nous fur ce point , ce n'eſt pas notre affaire.
Ami Lecteur , fur nouveaux frais ,
1
MAI.
1775- 41
Pardonne-moi cette manie ,
Je veux encore exercer ton genie ;
Mais je n'y mettrai point d'apprêts.
Dans un feul mot reconnois un eſpace
Affez étroit , encavé par les flots ;
Pour fervir de barriere à deux Peuples rivaux ;
Ce que tu fais quand tu quittes ta place ;
Enfuite une conjonction ,
Qui marque une négation.
Ce mot enfin dans la géométrie ,
Science où des humains éclate l'induſtrie ,
Exprime la diſtance . Ote mon chef ici ,
Reſte un terme de jeu . Voilà tout Grand- merci.
Par M. Vincent , Curé de Quincey.
A
AUTRE.
LA plus horrible tempête ,
Réunir le fer & le feu ,
Tout cela pour moi n'est qu'un jeu ;
Mais , à qui me coupe la tête ,
Lecteur , quel heureux changement !
J'offre un falutaire aliment.
Par M. Houllier de Saint- Remy ,
de Sezanne.
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
L
AUTRE.
'ARME dont les Romains faisoient uſage en guerre ,
Un outil dont ſe ſert le pauvre Bucheron ,
Ce qui feroit tomber la tête la plus chere ,
Eft rendu dans un mot en commençant mon nom.
Ce nom , pas plus que moi , peut ſe paſſer de tête :
Mais , au lieu d'être en haut , la ſienne eſt par en bas .
On lui compte huit pieds , dont cinq vont à la bête
Que Raton fait crier dans ſes tendres ébats .
Far M. Sarrauton.
AUTRE.
JeEffuuiiss ,, aavveecc ſix pieds , un mets fort uſité;
Ma tête eſt fleuve d'Italie ,
Etma quene offre une Cité
Qu'on ne peut trouver qu'en Afie.
Par M. Lagache , fils.
Mai. 1775.
43.
L
VAUDEVILLEF des Femmes vengées.
Paroles de M. Sedaine ;
Mujique deM.Philidor
M.RISS .
Moderato
4
:
Nedonnonsjamais ànos
femmes Devrais motifs pour
Serenger: Le ciel a placé
dans leurs ames Affiez de
penchantpour changer
Quelquepeu de co- quet- te-
:
44. Mercure deFrance .
ri-e Peutles rendre volages:
mais,Pour ren-:.
dre agré- a- blela vi- e,
Nyregar- donspas detrop
pres,Nyregardonspas
de trop près .
Madame LEK .
Mon Epoux estfroid&faurage:
MWuepuiqtuseouvent derien,
Wecroitungrand personnage,
Etcequ'ilfait efttoujours bbiieenn;;;
Sapetitephilosophie
Pourroitsouvent mefacher;matis,
MAI. 1775 45
Pour rendre agréable la vie , ٤٠٠
N'y regardons pas de trop près.
LA PRÉSIDENTE.
Etre toujours dans ſon ménage ,
En même temps froid & jaloux ;
Un vrai Caton pour le langage :
C'eſt le portrait de mon Epoux.
De ſa galante perfidie ,
Je pourrois bien me venger , mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près.
LE PRÉSIDENT.
Ma Femme eſt tant ſoit peu coquette
Un miroir n'eſt pas fait pour rien ;
Un Monfieur vient à ſa toilette : -
Madame que vous êtes bien ! -
Elle permet quelque folie ;
Cela pourroit me facher ; mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près .
Madame RISS.
Pour peindre une Femme très - belle,
Mon Mari fait venir chez lui ,
Afin de fervir de modele ,
T
:
:
:
:
46 MERCURE DE FRANCE.
Le Tendron le plus accompli,
Un jour la Fillette jolie ,
Avec Monfieur babilloit ; mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près.
Aux Spectateurs.
Diverſité : c'eſt la deviſe
Des jeux que nous vous préſentons ,
Votre bonté nous autoriſe
A chanter fur différens tons ;
Celui de cette Comédie
A, ſans doute , des défauts ; mais ,
Mais , Meſſieurs , à cette folie ;
N'y regardez pas de trop près .
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
* Dom Pedre , Roi de Castille , Tragédie ;
& autres Pieces , 1775 , in - 8°. Se
réimprime actuellement chez Rey à Amſterdam
.
CET Ouvrage , attribué au grandhomme
qui a tant de fois enrichi la
• Article de M. de la Harpe.
MA1. 1775- 47
ود
Vous
Scene Françaiſe de ſes chef-d'oeuvres ,
eft précédé d'une Epître dédicatoire de
l'Editeur , à M. d'Alembert :
,, êtes lui dit - il , une de ces ames privi-
,, légiées , dont l'Auteur de D. Pedre
,, parle dans fon Diſcours , (le Difcours
,, hiſtorique & critique qu'on trouve
,, après l'Epître dédicatoire ) ; vous êtes
" de ce petit nombre d'hommes qui
وو favent embellir l'eſprit géométrique ,
,, par l'eſprit de la littérature. L'Acadé-
,, mie Françaiſe a bien ſenti , en vous
,, choiſiſſant pour fon Secrétaire perpé-
,, tuel , & en rendant cet hommage à la
,, profondeur des mathématiques , qu'elle
,, en rendait un autre au bon goût & à
د و
la vraie éloquence. Elle vous a jugé
,, comme l'Académie des Sciences a jugé
و د
M. le Marquis de Condorcet , & tout
,, le public a penſé comme ces deux
Compagnies reſpectables. Vous faites
tous deux revivre ces anciens temps ,
où les plus grands Philofophes de la
Grece enſeignaient les principes de
,, l'éloquence & de l'art dramatique".
Il ajoute :
ود
؟و و
دد
ود
2
" L'auteur n'a point ambitionné de
- donner cette Piece au Théâtre. Il
و د
fait très bien qu'elle n'eſt qu'une es48.
MERCURE DE FRANCE,
و د
ود
"
quiſſe ; mais les portraits reſſemblent.
C'eſt pourquoi il ne la préſente qu'aux
,, hommes inſtruits. Il me diſait d'ail-
,, leurs que le ſuccès au Théâtre dépend
entiérement d'un Acteur ou d'une Ac
,, trice; mais qu'à la lecture il ne dépend
,, que de l'arrêt équitable & févere d'un
,, juge & d'un Ecrivain tel que vous. Il
,, fait qu'un homme de goût ne tolere
aujourd'hui ni déclamation ampoulée
5, de Rhétorique , ni fade déclaration
d'amour à ma Princeſſe ; encore moins
ces infipides barbaries , en ſtyle viligot .
,, qui déchirent l'oreille , fans jamais
parler à la raiſon & au ſentiment ,
deux choſes qu'il ne faut jamais fé-
. parer " . L'Editeur défigne & caractériſe
tous ceux dont il defire plus particuliérement
le fuffrage. Je demande ,
,, pour l'Auteur , l'arrêt de tous les Académiciens
qui ont cultivé affidûment
notre Langue. Je commence par le
,, Philofophe inventeur ( 1 ) , qui , ayant
" fait une deſcription ſi vraie,& fi éloquente
du corps humain , connaît
l'homme moral , auſſi bien qu'il obſerve
ود
و د
و و
و د
و د
ود
دو
و د
و د
.دد
l'homme
( 1 ) M. de Buffon.
MA I. 1773 . 49
ود ,,l'homme phyſique. Je veux pour juge
,, le Philofophe profond (1 ) , qui a percé
,,juſques dans l'origine de nos idées ,
,, fans rien perdre de ſa ſenſibilité. Je
,, veux pour juge l'Auteur du fiege de
,,, Calais , qui a communiqué ſon en-
,, thouſiaſmeà la Nation ; & qui , ayant
,, lui - même compoſé une Tragédie de
" D. Pedre , doit regarder mon ami
,, comme le ſien , & non comme un
,, rival. Je veux pour juge l'Auteur de
,, Spartacus , qui a vengé l'humanité ,
,, dans cette Piece remplie de traits di-
,, gnes du grand Corneille: car la véri-
,, table gloire eſt dans l'approbation des
,, maîtres de l'art. Vous avez dit que
,, rarement un Amateur raiſonnera de
,, l'art , avec autant de lumieres qu'un
و د
habile Artiſte : pour moi , j'ai toujours
,, vu que des Artiſtes ſeuls rendaient
,, une exacte juſtice , quand ils n'étaient
,, pas jaloux
,, Je préſente la Tragédie de D. Pedre
„ à l'Académicien qui a fait parler fi
„ dignement Bélifaire.
(1) M. l'Abbé de Condillac.
D
50
MERCURE DE FRANCE .
و د
,, Je la ſoumets à la faine critique de
ceux qui , dans des Difcours confirmés
„ par l'Académie , ont apprécié, avec tant
,, de goût , les grands hommes du fiecle
„de Louis XIV. Je m'en remets entié--
„ rement à la déciſion de l'Auteur éclaire
,, du Poëme de la peinture (1) , qui ſeul
,, a donné les vraies regles de l'art qu'il
,, chante , & qui le connaît a fond , ainſi
,, que celui de la Poéfie. Je m'en rap-
,, porte au Traducteur de Virgile , ſeul
,, digne de le traduire , parmi tous ceux
,, qui l'ont tenté ; à l'illuftre Auteur des
,, Saiſons , ſi ſupérieur à Thompson &
,, à ſon ſujet , tous juges irréfragables
ودdans l'art des vers très - peu connu , &
,, qui ont été proclamés dans le temple
,, de la gloire , par les cris mêmes de
,, l'envie. Je ſuis bien perfuadé que
,,celui qui met ſur la Scene D. Pedre
„ & Gueſclin préférerait , aux applaudif-
ودſemens paſſagers du Parterre , l'appro-
,, bation réfléchie de l'Officier auſſi inf-
,, truit de cet art , que de celui de la
„ guerre , qui , ayant fait parler ſi noble-
(1) M. Vatelet.
ΜΑΙ. 1775. 51
وو
, ment le célebre Connétable de Bourbon
& le plus célebre Chevalier
,, Bayard , a donné l'exemple à notre
,, Auteur , de ne point prodiguer fa
,, Piece ſur le Théâtre.
,, Il ſouhaite , fans doute d'être jugé
par le Peintre de François - Pre-
,, mier ; d'autant plus que ce ſavant
,,& profond Hiſtorien fait mieux que
,, perfonne , que ſi l'on dut appeler le
,, Roi Charles Cinq , habile , ce fut
,, Henri de Tranſtamare qu'on dut nom-
,, mer cruel. J'attends l'opinion des deux
,, Académiciens Philoſophes , vos dignes
,, confreres , qui ont confondu de la-
,, ches & fots délateurs , par une réponſe
,, auſſi énergique que ſage & délicate ,
,,& qui favent juger comme écrire. Voi-
,,là , Monfieur , l'Aréopage dont vous
,, êtes l'organe , &c."
On pourrait dire de celui qui rend
compte ici de la Tragédie de Dom
Pedre:
Se quoque principibus permiſtum agnovit Achivis.
Mais il fait fort bien que ce qui
n'eſt que juſtice pour les autres , n'eſt
pour lui qu'indulgence & amitié. Cependant
comme l'Editeur joint à fes
D2
52
MERCURE DE FRANCE .
louanges un témoignage infiniment
reſpectable , l'Auteur de cet article
ſe croirait coupable d'ingratitude , s'il
le paſſait ſous filence ; & il croit
devoir le rapporter, non par amour propre
, mais par reconnaiſſance. ,, Je vous-
,, avouerai , dit l'Editeur , que j'aimerais
,, mieux le feul fuffrage de celui qui a
,, reſſuſcité le ſtyle de Racine , dans
„ Mélanie , que de me voir applaudi ,
,, un mois de ſuite , au théâtre " ; &
il ajoute en note : ,, J'oſe dire hardi-
و د
ment que je n'ai point vu de Piece
,, mieux écrite que Mélanie. Ce mérite
,, ſi rare a été fenti par les étrangers
,, qui apprennent notre Langue , par
,, principes & par l'uſage. L'héritier de
la plus vaſte Monarchie ( 1 ) de
,, notre hémiſphere , étonné de n'enten-
و د
و د
dre que très difficilement le jargon
,, de quelques - uns de nos Auteurs nou-
„ veaux , & d'entendre , avec autant de
,, plaifir que de facilité , cette Piece de
„Mélanie & l'éloge de Fénélon , a ré-
,, pandu ſur l'Auteur les bienfaitsles plus
,,honorables. Il a fait , par goût , ce que
- (1) S. A. I. Mgr le grand Duc de Ruſſie.
MAI . 1775. 53
,,Louis XIV fit , autrefois , par un noble
= ,, amour de la gloire.
【
L'Editeur juftifie les louanges qu'il
diftribue . par l'exemple de l'Arioſte ,
qui nommait tous les hommes de fon
temps qui faisaient honneur à l'Italie ,
& fous lefquels il écrivait. Si un Fol-
,, liculaire , dit - il encore , dit que je n'ai
,, donné de fi juſtes éloges à ceux que
,, je prends pour juges de mon ami ,
,, qu'afin de les lui rendre favorables ;
,, je réponds d'avance que je confirme
,, ces éloges , ſi mon ami eft condamné.
,, Je demande pour lui une déciſion &
,, non des louanges .
Le fond de la Tragédie de D. Pedre
eſt d'une extrême ſimplicité. Tranſtamare
, Bîtard legitimé d'Alphonfe , Roi
de Caſtille , a été appelé par les dernieres
volontés de ce Prince , à partager
fon Royaume avec D. Pedre , l'héritier
légitime de la Couronne. Il devait , fuivant
ce même teftament , époufer Léonore
de Lacerda , Princeſſe du Sang
Royal. Ces diſpoſitions d'Alphonſe étaient
une fource de difcorde. D. Pedre en appela
con me d'une injustice. Appuyé par
les Anglais & par le fameux Prince
Noir , il vainquit , à Navarette , Tranſta-
D 3
54
MERCURE DE FRANCE .
mare , & Gueſclin , ſon défenfeur. Cepen
dant il a accordé la paix à fon frere , &
ce frere en a profité pour foulever l'Efpagne
contre lui Les Etats font aſſemblés
, pour prononcer ſur les droits refpectifs
des deux Princes , & ces Etats
prétendent une autorité ſupérieure à l'autorité
Royale. Dans cette orageuſe anarchie
, Tranſtamare attend de nouveau
les ſecours de la France & de Gueſclin ,
& D. Pedre attend tout de fon courage.
Tel eſt l'état des chofes , lorſque la piece
commence. Nous en ſuivronsla marche ,
en nous arrêtant quelquefois ſur les
détails.
Dans la premiere ſcene , Almede , que
Tranſtamare avait envoyé à la Cour de
Charles - Cinq , folliciter les ſecours de
le France , lui annonce qu'ils lui ſont
accordés , & que Gueſclin arrive à Tolede.
Charle, en vous foutenant au bord du précipice ,
Vous tend , par politique , une main ptotectrice ,
Et diviſant l'Eſpagne afin de l'affaiblir ,
Il veut frapper Dom Pedre autant que vous ſervir,
Pour fon intérêt ſeul il entreprend la guerre.
Dom Pedre eut pour appui la ſuperbe Angleterre ;
Le fameux Prince Noir était fon protecteur ;
MAI. 1775- 55
Mais ce Guerrier terrible , & de Gueſclin vainqueur ,
Au milieu de la gloire achevant ſa carriere ,
Approche , dans Bordeaux , de fon heure derniere.
Son génie accablait & la France & Guefclin ;
Et quand des jours fi beaux touchent à leur déclin ,
Ce Français , dont le bras aujourd'hui vous ſeconde,
Demeure , avec éclat , ſeul en ſpectacle au monde.
Charle a choiſi ce temps : l'Anglais tombe épuifé ,
L'Empire a trente Rois , & languit diviſé ;
L'Eſpagnol eſt en proie à la guerre civile ,
Charle eſt le ſeul puiſſant , &, d'un eſprit tranquille ,
Ebranlant , à ſon gré , tous les autres Etats,
Il triomphe à Paris fans employer fon bras.
Charles s'engage à aſſurer à Tranſtamare
, Valence & les autres poffeffions
que lui affignait le teſtament d'Alphonfe.
Il lui promet ſur- tout , la main de la
Princeſſe Léonore.
TRANSTAMARE.
Léonore eſt le bien le plus cher à mes yeux.
Mon pere , tu le ſais , voulut que l'hymenée
Fit revivre , par moi , les Rois dont elle est née.
Il avait gagné Rome : elle approuvait fon choix ,
D 4
56 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eſpagne , à genoux , reconnaiſſait mes droits .
Dans un aſyle faint Léonore enfermée ,
Fuyait les factions de Tolede alarmée .
Elle fuyait Dom Pedre : il la fait enlever.
De mes biens , en tout temps , ardent à me priver ,
It la retient ici captive avec fa mere.
Voudrait - il feulement l'arracher à fon frere ?
Croit- il de tant d'objets , trop heureux féducteur
De ce coeur fimple & vrai corrompre la candeur ?
Craindrait - il en fecret les droits que Léonore
Au Trône Caftillan peut conferver encore ?
Prétend- il l'époufer , ou d'un nouvel amour
Etaler le ſcandale à ſon indigne Cour ?
Veut- il des Lacerda déshonorer la fille ?
La traîner en triomphe après Laure & Padille
Et d'un peuple opprimé bravant les vains foupirs ,
Inſulter aux humains du ſein de ſes plaifirs ?
Le crédit des Etats & les armes des
Français raſſurent Tranſtamare. Il a fou,
levé les eſprits contre D. Pedre,
L'opinion publique eſt une arme puiſſante';
J'en aiguiſe les traits : la Ligue menaçante ,
Ne voit plus dans ſon Roi qu'un Tyran criminel ,
Il n'eſt p'us déſigné que du nom de cruel .
Ne me demande point fi c'eſt avec juſtice ;
Il faut qu'on le déteſte avant qu'on le puniſſe,
La haine eſt ſans ſcrupule : un peuple révolté
MAI. 1775 . 57
Ecoute les rumeurs & non la vérité .
On avilit ſes moeurs , on noircit ſa conduite ,
On le rend odieux à l'Europe féduite ,
On le pourfuit dans Rome à ce vieux Tribunal ,
Qui , par un long abus , peut- être trop fatal ,
Sur tous les Souverains étend ſon vafte empire .
Je l'y fais condamner , & je puis te prédire
Que tu verras l'Eſpagne , en ſa crédulité ,
Exécuter l'arrêt dès qu'il ſera porté.
Mais un foin plus preffant m'agite & me dévore ;
A fes autels ſacrés il ravit Léonore.
De cette Cour profane il faut bien la ſauver.
Arrachons - la des mains qui m'en oſent priver.
Sans doute il s'eſt Batté du grand art de féduire ,
De ſa vaine beauté , de ce frivole empire ,
Qu'il eut fur tous les coeurs aifés à conquérir ;
Tout cet éclat trompeur avec lui va périr.
Tout eſt diſpoſé pour enlever à D.
- Pedre Léonore & le Trône. Léonore
paraît ; elle conſeille à Tranſtamare de
ne point ſe préſenter devant le Roi ;
elle lui promet d'engager ce Prince à la
clémence , & l'on voit déjà , dans ſes
difcours , la préférence qu'elle donne à
D Pedre. Ses offres , ſes conſeils & le
mot de clémence révoltent Tranſtamare .
Il fort , en déclarant qu'il faura défendre
D 5
58
MERCURE DE FRANCE.
ſes droits . Léonore demeure avec Elvire ,
ſa confidente. Elle explique ſa paffion
pour D. Pedre . Sa mere a conſenti à
leur union ſecrette , qui eft prête à s'achever
; mais elle frémit des dangers qui
environnent ſon amant. Elle craint le
caractere violent du Prince , que pourtant
elle efpere d'adoucir.
Son ame eſt noble & généreuſe ,
Elvire ; elle eſt ſenſible autant qu'impétueuſe ,
Et s'il m'aime en effet , j'oſe encore eſpérer
Que des jours moins affreux peuvent nous éclairer.
L'auguſte Lacerda, dont le ciel me fit naître ,
M'inſpira ce projet en me donnant un Maître :
Ah ! fi le Roi voulait , ſi je pouvais un jour
Voir ce Trône ébranlé raffermi par l'amour ,
Si , comme je l'ai cru , les femmes étaient nées
Pour calmer des eſprits les fougues effrénées ,
Pour faire aimer la paix aux féroces humains ,
Pour émouffer le fer en leurs ſanglantes mains !
D. Pedre arrive. Elle le conjure de
pardonner à fon frere. Le Prince lui
rappelle tous les attentats de Tranſtamare.
Il eſt bleſſé de l'intérêt qu'elle
paraît prendre à celui qu'il regarde comme
un rebelle. Léonore fort conſternée.
MAI. 1775. 59
Elle revient au ſecond acte , & Tranftamare
ſe préſente , de nouveau , devant
elle. D. Pedre arrive & voit avec indignation
, qu'il ofe parler à Léonore. Les
deux freres ſe bravent & fe defient. Le
Roi , pouffe à bout, met la main fur fon
épée. Tranſtamare , pret a tirer la fienne,
lui dit:
Sire , oferiez -vous bien me faire cet honneur ?
Léonore ſe jette eutre les deux freres
& leur reproche leurs emportemens. D.
Pedre eſt vivement bleſſé qu'elle paraiſſe
le confondre avec ſon frere.
LÉONORE.
Et vous me reprochez , dans ce déſordre affreux ,
De vouloir épargner un crime à tous les deux f
Vous me connaiſſez mal : apprenez l'un & l'autre
Quels font mes ſentimens , & mon fort & le vôtre.
Tranſtamare , ſachez que vous n'auriez enfin ,
Quandvous feriez mon Roi , ni mon coeur ,ni ma main.
Sire , tombe fur moi la justice éternelle ,
Si , juſqu'à mon trépas , je ne vous fuis fidelle
Mais la guerre civile eſt horrible à mes yeux ,
Et je ne puis me voir entre deux furieux ,
Miférable ſujet de difcorde & de haine ,
1
60 MERCURE DE FRANCE.
Toujours dans la terreur & toujours incertaine ,
Si le feul de vous deux qui doit régner ſur moi ,
Ne me fait pas l'affront de douter de ma foi .
Vous m'arrachez , Seigneur , au folitaire aſyle ,
Où mon coeur , loin de vous , était au moins tranquille .
Je me vois exilée en ce cruel ſéjour,
Dans cet antre ſanglant , que vous nommez la Cour.
Je la fuis. Je retourne à la tombe facrée ,
Où j'étais morte au monde & du monde ignorée.
Qu'un autre ſe complaiſe à nourrit dans les coeurs
Les tourmens de l'Amour & toutes fes fureurs ;
A mêler fans effroi fes langueurs tyranniques
Aux tumultes fanglans des difcordes publiques ;
Qu'elle ſe faffe un jeu du malheur des humains ,
Et des feux de la guerre attiſés par ſes mains ;
Qu'elle y mette , à fon gré , ſa gloire & fon mérite ,
Cette gloire exécrable eſt tout ce que j'évite ;
Mon coeur , qui la déteſte , eſt encore étonné
D'avoir fui cette paix , pour qui ſeule il eſt né ,
Cette paix qu'on regrette au milieu des orages .
Je vais loin de Tolede & de ces grands naufrages .
M'enſevelir , vous plaindre , & fervir à genoux
Un Maître plus puiſſant & plus clément que vous.
Elle fort , & Tranſtamare auſſi , D.
MAI. 1775 . 61
Pedre reſte avec Mendoſe. Ce fidele ami
lui repréſente qu'il devrait mettre dans
fa conduite , plus de ménagement & de
politique ; qu'il a contre lui un parti
puiſſant , qui ne ceſſe de décrier fon ca.
ractere & de le peindre comme un tyran
condamné par Rome & par le Ciel ; &
qu'il ſemble trop juftifier , par fes vio .
lences , les imputations de la haine. D.
Pedre répond:
Ah ! dure iniquité des jugemens humains ,
Fantômes élevés par des caprices vains !
J'ai dédaigné toujours votre vile fumée ;
Je foule aux pieds l'erreur qui fait la renommée.
On ne m'a vu jamais fatiguer mes eſprits
A chercher un fuffrage à Rome ou dans Paris .
J'ai vaincu , j'ai bravé la rumeur populaire ;
Je ne me fens point né pour flatter le vulgaire.
Où tombons , où régnons . L'heureux eft reſpecté ,
Le vainqueur devient cher à la poſtérité ,
Et les infortunés font condamnés par elle .
Rome de Tranſtamare embraſſe la querelle .
Rome fera pour moi quand j'aurai combattu ;
Quand on verra ce traître à mes pieds abattu ,
Me rendre , en expirant , ma puiſſance ufurpée .
Je ne veux plus de droits que ceux de mon épée.
Alvare paraît. Il oſe dire au Roi que
62 MERCURE DE FRANCE.
le Sénat le demande. Ce mot ſeul fait
fentir tout l'orgueil & tout le pouvoir
de ce Corps . D. Pedre en eſt révolté. On
lui déclare qu'il entendra , dans les Etats ,
la lecture d'un Edit rédigé par fon frere ,
& qui réglera le fort de l'Eſpagne.
Au Sénat que faut-il que j'annonce ?
D. PEDRE.
Je ſuis fon Roi . Sortez. Et voilà ma réponſe.
D. Pedre furieux donne ordre au
Chef de ſes Gardes d'arrêter Tranſtamare.
Les troupes du Roi approchent de
Tolede & foutiendront cet acte de vigueur.
Mendoſe lui remontre le danger
où il s'expoſe , en violant des loix &
des privileges qu'on reſpecte.
D. PEDRE.
Moi ! je reſpecterais ce gothique ramas
De privileges vains que je ne connais pas !
Eternels alimens de troubles , de ſcandales ,
Que l'on ofe appeler nos loix fondamentales !
Ces Tyrans féodeaux , ces Barons ſourcilleux ,
Sous leurs ruſtiques toits indigens orgueilleux :
Tous ces Nobles nouveaux , ce Sénat anarchique ,
ΜΑΙ. 1775.
L
Erigeant la licence en liberté publique
Ces Etats déſunis dans leurs vaſtes projets ,
Sous les débris du Trône écrafant les Sujets !
Ils aiment Tranſtamare , ils flattent ſon audace ;
Ils voudraient l'opprimer , s'il régnait en ma place :
Je les punirai tous. Les armes d'un Sénat
N'ont pas beaucoup de force en un jour de combat.
Au troiſieme acte, les troupes de D.
• Pedre font entrées dans Tolede, Il difpoſe
tout pour l'hymen & le couronnement
de Léonore. Il avoue , avec plaiſir ,
tout l'aſcendant qu'elle a pris fur lui. II
eſpere qu'elle voudrabien lui pardonner
ſes ſoupçons & ſes reproches injuftes.
Tranſtamare eſt arrêté , & tous lesGrands
qui compoſent les Etats s'apprêtent à le
défendre & à le venger. Léonore , prête
à ſe voir déclarer Reine , repréſente à
- l'époux dont elle va recevoir la main ,
que la haine publique eſt un fardeau
qu'il lui ferait dur de partager. D. Pedre
l'entend & la prévient. Il fait venir ſon
frere. Il lui rappelle qu'un uſage , confacré
dans l'Eſpagne , permet à une Reine ,
le jour de ſon couronnement , de de .
mander la grace d'un criminel. Léonore
a demandé celle de Tranſtamare , qui
64
MERCURE DE FRANCE.
Dans
a mérité la mort . Il lui laiſſe la vie ,
& fe contente de le bannir. Mais , dans
le meme inſtant , on annonce l'arrivée
de Gueſclin. Il demande audience ,
comme Ambaſſadeur de Charles - Cing ,
& fon armée reſte ſous les murs.
la premiere ſcene du quatrieme acte ,
entre D. Pedre & Mendoſe , on apprend
que l'hymen de Léonore eſt achevé ;
que le parti de Tranſtamare , foutenu
par les Français , l'a délivré des fers.
A peine ce Gueſclin touchait à nos rivages ,
Tous les Grands , à l'envi , lui portant leurs hommages ,
Accouraient dans fon camp , le nommaient à grands cris ,
L'Ange de la Caſtille envoyé de Paris.
Il commande , il s'érige un tribunal ſuprême ,
Où lui ſeul va juger la Caſtille & vous même.
Scipion fut moins fier & moins audacieux ,
Quand il vous apporta ſes aigles & ſes Dieux.
Mendoſe s'étonne que D. Pedre fouffre
dans Tolede la préſence de ce fuperbe
Français , qui a oſé arracher Tranſtamare
de ſes mains .
D. PEDRE.
Il ne fait qu'obéir au Roi qui me l'envoie.
L'orMAI.
1775 . 65
L'orgueil de ce Gueſclin ſe montre & fe déploie
Comme un reſſort puiſſant avec art préparé ,
Qu'un Maître induſtrieux fait mouvoir à ſon gré.
Dans l'Europe aujourd'hui tu fais comme on les
nomme ;
Charle a le nom de ſage & Gueſclin de grand
homme.
Et qui ſuis - je auprès d'eux , moi qui fus leur vain
queur ?
Je pourrais des Français punir l'Ambaſſadeur ,
Qui m'oſant outrager , à ma foi fe confie.
Plus d'un Roi s'eſt vengé par une perfidie ,
Et les ſuccès heureux de ces grands coups d'Etat ,
Souvent à leurs auteurs ont donné quelque éclat .
Leurs flatteurs ont vanté cette infâme prudence.
Ami , je ne veux point d'une telle vengeance.
Dans mes emporteinens & dans mes paſſions ,
Je reſpecte plus qu'eux les droits des Nations.
J'ai déja fur Gueſclin ce premier avantage ,
Et nous verrons bientôt s'il l'emporte en courage.
Un Français peut me vaincre & non m'humilier.
Je ſuis Roi , cher Ami ; mais je ſuis Chevalier.
Vient enſuite la ſcene d'audience , où
D. Pedre , ſur ſon Trône , environné de
toute la pompe de ſa Cour , reçoit l'Ambaſſadeur
Français. La nobleſſe du dialogue
répond à ce grand appareil. Nous
E
66 MERCURE DE FRANCE.
citerons une partie de cette ſcene , qui
certainement produiroit ſur le théâtre
un effet impoſant. Gueſclin explique
nettement tout ce que Charles exige de
D. Pedre , en s'appuyant ſur les dernieres
volontés d'Alphonse , dont il s'établit
le garant.
Rendez à votre frere , injuſtement proſcrit ,
Léonore & les biens qu'un pere lui promit ,
Tous ſes droits reconnus d'un Sénat toujours juſte ,
Dans Rome confirmés par un pouvoir auguſte.
Des Etats Caftillans n'uſurpez point les droits ;
Pour qu'on vous obéiffe , obéiſſez aux loix :
C'eſt-là ce qu'à ma Cour on déclare équitable ,
Et Charle eſt , à ce prix , votre ami véritable .
D. PEDRE.
Inſtruit de ſes deſſeins & non pas effrayé ,
Je préfere ſa haine à ſa fauſſe amitié.
S'il feint de protéger l'enfant de l'adultere ,
Le rebelle inſolent qu'on appelle mon frere ;
Je ſais qu'il n'a donné ces ſecours dangereux
Que pour mieux s'aggrandir & nous perdre tous deux.
Diviſer pour régner , voilà ſa politique.
Mais il en eſt une autre où Dom Pedre s'applique ,
C'eſt de vaincre;& Gueſclin ne doit pas l'ignorer.
MAI. 1775. 67
?
Agent de Tranſtamare , oſez- vous déclarer.
Que vous lui deſtinez la main de Léonore ?
Léonore eſt ma femme . Apprenez plus encore
Sachez que votre Roi , qui penſe m'accabler ,
Des fecrets de mon lit ne doit point ſe mêler ;
Que de l'hymen des Rois Rome n'eſt point le juge.
Je demeure furpris que , pour dernier refuge ,
Au Tribunal de Rome on oſe en appeller ,
Et qu'un Guerrier François s'abaiſſe à m'en parler.
Oubliez - vous , Monfieur , qu'on vous a vu vousmême
,
Vous qui me vantez Rome & fon pouvoir fuprême
,
Extorquer ſes tributs , rançonner ſes Etats ,
Et forcer le Pontife à payer vos ſoldats ?
GUESCLIN.
On dit qu'en tous les temps ma Cour a fu con
noître
Et ſéparer les droits du Monarque & du Prêtre ;
Mais , peu fait pour toucher ces refforts délicats ,
Je combats pour mon Prince & je ne l'inſtruis pas.
Qu'on ait lancé ſur vous ce qu'on nomme anathême
,
Que l'épouſe d'un frere ou vous craigne ou vous aime ,
Je n'examine point ces intrigues des Cours ,
Ces abus des autels , encor moins vos amours.
E2
68 MERCURE DE FRANCE.
Vous ne voyez en moi qu'un organe fidele
D'un Roi l'amide Rome , & qui s'arme pour elle.
On va verſer le ſang , & l'on peut l'épargner :
Fléchiſſez , croyez-moi , ſi vous voulez régner.
D. PEDRE .
J'entends ; vous exigez ma prompte déférence
A ces refcrits de Rome émanés de la France.
Charle adore à genoux ces étonnans decrets ,
Ou les foule à ſes pieds ſuivant ſes intérêts .
L'orgueil me les apporte au nom de la juſtice;
Vous m'offrez un pardon , pourvu que j'obéiſſe .
Ecoutez : fi j'allais , du même zèle épris ,
Envoyer une armée aux remparts de Paris ;
Si l'un de mes foldats diſoit à votre Maître :
„ Sire , cédez le Trône où Dieu vous a fait naître ;
”
Cédez le digne objet pour qui ſeul vous vivez ;
Et de tous ces tréſors à vos mains enlevés ,
„ Enrichiſſez un traître , un fils d'une étrangere ,
,, Indigne de la France , indigne de ſon pere.
,, Gardez-vous de donner vos ordres abſolus
29
Pour former des foldats , pour lever des tributs ;
„ Attendez humblement qu'un Pontife l'ordonne ;
„ Remettez au Sénat les droits de la couronne ;
„Et mon Mattre , à ce prix , veut bien vous protéger.
Votre Maître , à ce point ſe ſentant outrager ,
Pourroit - il écouter , fans un peu de colere ,
MAI 1775. 69
Ce diſcours inſultant d'un ſoldat téméraire,
GUESCLIN.
Je veux bien avouer que votre Ambaſladeur
S'expliqueroit fort mal avec tant de hauteur.
Rien ne juftifieroit l'orgueil & l'imprudence
De donner des leçons & des loix à la France.
Charle s'en tient , Seigneur , à la foi des traités.
Songez aux derniers mots par Alphonse dictés ;
Ils ont rendu mon Roi le tuteur & le pere
De celui que Dom Pedre eût dû traiter en frere.
D. PEDRE .
Le tuteur d'un rebelle ! ah ! noble Chevalier ,
Qu'il vous coûte en ſecret de le juſtifier !
J'en appelle à vous-même , à l'honneur à la gloire .
Votre Prince eſt-il juſte ?
GUESCLIN.
Un Sujet doit le croire.
Je ſuis ſon Général , & le ſers contre tous ,
Comme je ſervirois ſi j'étois né ſous vous.
Je vous ai déclaré les arrêts qu'il prononce :
Je n'y veux rien changer , & j'attends la réponſe :
Bonnez-la ſans réſerve ; il faut vous confulters
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
Je viens pour vous combattre & non pour difputer .
Vous m'appellez ſoldat , & je le fuis , fans doute.
Ce n'eſt plus qu'en foldat que Gueſclin vous écoute.
Cédez ou prononcez votre dernier refus .
D. PEDRE.
Je vous refuſe tout excepté mon eſtime , &c .
Il donne à Gueſclin ſon épée. Tout
ſe diſpoſe pour le combat. Tranſtamare ,
au cinquieme acte, revient vainqueur ,
ou plutôt Gueſelin a vaincu pour lui ;
& Tranſtamare a fouillé la victoire , en
aſſaſſinant fon frere déſarmé , prifonnier ,
&bleſſé. Léonore ſe tue Le généreux ,
Gueſclin reproche à Tranſtamare fa lacheté
& fa barbarie , & le laiſſe dans
les remords.
On fent qu'il ne nous conviendroit
point de prononcer un jugement ſur un
Ouvrage de M. de Voltaire. Il eſt trop
au-deſſus de nos éloges & de nos critiques
, & perſonne ne reprochera au dif.
ciple , de ne point juger ſon maître.
Mémoires littéraires , critiques , philofophiques
, biographiques & bibliographiques ,
pour ſervir à l'hiſtoire ancienne &
MAI. 1775. 71
ה
A
1
moderne de la médecine ; dédiés à
Monſeigneur le Garde des Sceaux :
Louis XVI. régnant , année 1775. A
Paris , chez Pire , Libraire , & chez
Baſtien , Libraire. Avec approbation &
privilege du Roi.
Ces Mémoires ſont in-4. Il en paroît
exactement deux feuilles , tous les quinze
jours. Le prix de la ſouſcription eſt de
12 liv. franc de port pour Paris , & de
15 liv. pour la Province.
Il paroît déjà 16 feuilles de cet Ouvrage
, qui avoit commencé en 1769 ,
ſous le titre de Lettres à un Médecin de
Province , leſquelles étoient déjà goûtées ,
lorſqu'elles furent interrompues. L'Auteur
, M. Goulin, en reprenant ſon travail
, ſous un autre titre , l'a annoncé
fimplement , comme devant ſervir de
fuite à l'hiſtoire de l'art de guérir. Ce
projet nous ſemble mériter l'attention
des Médecins , des Chirurgiens , des
Pharmaciens. Tous ſe regardant comme
membres d'une famille ancienne , ſavante
&confacrée , pour ainſi dire ,au ſervice
de l'humanité ſouffrante , ils prendront
intérêt à une histoire qui eſt véritablement&
proprement la leur. Les noms
E 4
72
MERCURE DE FRANCE .
de ceux qui les ont précédés leur font
chers ; ils éprouveront donc un plaifir
ſenſible , en lifant le récit des actes de
leurs vies , de leurs ſuccès , des honneurs
qu'ils ont reçus , des découvertes qu'ils
ont pu faire , des Ouvrages qu'ils ont compoſés.
Tels font les détails dans lesquels
l'Auteur s'engage d'entrer ſucceſſivement,
tant à l'égard des anciens , que des modernes
. Occupé , depuis 15 années , de
ce projet également important& curieux ,
M. Goulin ſe montre préparé pour le
remplir ; il n'écrit pas avant d'avoir lu ,
avant que de s'être inſtruit ; il a parcouru
le vaſte champ de la Médecine , dont
il veut donner , pour ainſi dire , la Topographie.
Il débute par une diſſerta.
tion , dans laquelle il prouve que l'origine
de l'art de guérir remonte preſque
à celle du monde ; que , dans toutes les
Langues , celui qui l'exerce a été déſigné
par le terme de Guériſſeur ; que la Diététique
& la Chirurgie ſont également
nobles ; & que le Chirurgien , qui auroit
conſervé dix citoyens par les reſſources
qu'il a puiſées dans ſon art , ne mérite
pas moins la couronne civique , que le
Médecin ſavant & expérimenté , qui en
auroit rendu à la vie un pareil nombre
MAL. 1775. 73
dévoué à une mort inévitable ; que ,
durant une longue ſuite de fiecles , la
totalité de l'art fut exercée par un ſeul
individu. L'impartialité avec laquelle
M. Goulin parle des trois eſpeces d'hommes
qui ſe ſont partagé l'exercice de
la Medecine , annonce un écrivain raifonnable
, qui ne ſe laiſſe aveugler ni
par les préjugés , ni par l'eſprit de
Corps.
Cette differtation eſt ſuivie d'une notice
fur la Vie & les Ouvrages de Pierre
Abano , un des plus célebres & des
plus ſavans Médecins des treizieme &
quatorzieme fiecles . L'Auteur des Memoires
l'a traduite de l'Italien de M.
Mazzuchelli ; elle eſt curieufe & a de.
mandé beaucoup de recherches , auxquelles
le Traducteur en a joint de
nouvelles , accompagnées d'obſervations
intéreſſantes & inftructives. Un trait ,
peu adroitement lancé contre Pierre
d'Abano que M. Goulin repouſſe , lui
donne occafion d'expliquer avec fagacité
un endroit d'Hippocrate , dont le texte eſt
viſiblement altéré ; & les corrections
qu'il propoſe , en les foumettant au jugement
des Savans , prouvent que la Langue
Grecque lui eſt très - connue. Il de.
E5
74
MERCURE DE FRANCE.
vroit bien s'impoſer lepénible , mais utile
travail de traduire tout Hippocrate en
François ; Ouvrage qui manque à notre
littérature ; & dont nous savons qu'il a
déjà traduit différens traités .
Dans une autre diſſertation , l'on examine
ſi , peu après le déluge , il y avoit
déjà des Anatomiſtes; ſi les Druides &
les Juifs du premier âge doivent être
regardés comme tels , ainſi que l'avoit
annoncé un Ecrivain tres-moderne. On
démontre , par des preuves non équivoques
, qu'on ne s'occupa gueres de
l'Anatomie (des brutes) , avant le fiecle
de Thalès ; & que l'étude de la Philofophie
chez les Grecs, en infpirant du
goût pour les ſciences & pour les arts ,
fit naître le defir de rechercher les cauſes
de divers phénomenes de la nature.
Ceux qui les frapperent dans l'homme
&dans les animaux ne pouvoient s'expliquer
fans connoître leur ſtructure. Ils
commencerent à s'en inſtruire fur ces
derniers , par la diſſection , qui conduifit
inſenſiblement à l'anatomie humaine,
1 ſeule qui foit véritablement néceſſaire
aux Médecins & aux Chirurgiens.
Les gens de Lettres qui aiment la
critique, l'érudition , la philologie , la
MAI. 1775. 75
biographie & la bibliographie , ont de
quoi ſe fatisfaire, en lifant ces nouveaux
Mémoires. On ne fauroit douter qu'ils
n'obtiennent principalementles fuffrages
de ceux pour lesquels ils font deftines ,
ſi le zèle de l'Auteur ne ſe rallentit pas.
Obfervations critiques en faveur du Roi
&de fon peuple , ſur l'Ouvrage de
M. Richard des Glannieres , intitulé
: Plan d'impoſition économique &
d'adminiſtration des Finances , préſenté
à Mgr. Turgot , Contrôleurgénéral
, par M. D. G. , Avocat au
Parlement de Paris.
L'oppoſition des opinions en extrait
la lumiere , & du débat naît enfin le
point qui fixe les jugemens. Voilà la
deviſe de l'Auteur. Les bons patriotes
ne peuvent rien faire de plus utile &
de plus méritoire, que de rédiger leurs
vues & leurs talents ſur un objet auſſi
important au rétabliſſement de l'économie
publique. Chacun eſt obligé d'y contribuer
pour ſa part. On n'a rien à craindre
fous un gouvernement qui fait que le
bien ne peut naître que de la réunion
des lumieres; que les fauſſes vues & les
76
MERCURE DE FRANCE.
erreurs ne peuvent être écartées que
par la contradiction ; & que les vrais
principes ne peuvent acquérir l'autorité
qu'ils doivent avoir , que par la difcuffion
publique , libre & impartiale .
Dans le langage de la ſcience économique
, il n'eſt point d'erreurs légeres ,
ni de petites fautes. En dénaturant les
expreffions de cette doctrine invariable
dans ſes effets comme dans ſa théorie ,
dit l'Auteur des obſervations , on rifque
de faire paffer les finances dans un dédale
auſſi compliqué que celui d'où l'on
voudroit fortir. La route qu'on cherche
eft bordée d'écueils qu'il n'eſt pas toujours
aifé d'appercevoir. La droiture du
coeur & l'amour de la patrie doivent
diriger les talens , mais ne les ſuppoſent
pas toujours. On ne fauroit donc réunir
trop de lumieres , pour traiter une matiere
auſſi étendue & auſſi délicate que
celle des finances.
Code Eccleſiaſtique , ou queſtions importantes
& obſervations ſur l'Edit du
mois d'Avril de 1655 , concernant la
Jurisdiction Eccléſiaſtique ; furl'Arrêt
du Parlement du 26 Février 1768
concernant les bulles & expéditions
,
MA I. 1775- 77
_ de Cour de Rome; ſur l'Edit de Mars
1768 , concernant les Ordres Religieux
; ſur l'Edit de Mai 1768 , concernant
les portions congrues ; & fur
pluſieurs articles de l'Ordonnance du
mois d'Avril 1667 , concernant les
procédures : par M. Condert de Clozol ,
Avocat au Parlement . A Paris , chez
- Grangé , Libraire.
On trouve dans le Droit Eccléſiaſtique
un grand nombre de matieres mixtes ,
dans lesquelles la puiſſance temporelle
concourt avec l'autorité ſpirituelle ; &
- où ces deux puiſſances , fans être ſubordonnées
l'une à l'autre , doivent ſe prêter
un ſecours mutuel : afin qu'étant également
émanées de Dieu , elles agiſſent ,
chacune dans leur genre , pour la gloire
de leur Auteur & pour la félicité , non
ſeulement temporelle , mais encore éternelle
, de leurs ſujets. Il y a donc doubles
loix & des Jugemens de deux eſpeces
différentes;&, par conféquent , deux
* ſortes d'études qu'il faut toujours réunir
pour s'inſtruire pleinement du Droit
Eccléſiaſtique. L'une eſt celle des regles
établies par l'Eglife ; l'autre eſt celle des
loix que les Princes yont ajoutées. Parmi
4
78 MERCURE DE FRANCE.
Il
celles - ci , le Clergé réclame l'Edit de
1695, concernant les droits de l'Eglife
& les privileges des Eccléſiaſtiques .
prétend que cette loi ne fait qu'expliquer
& confirmer le droit ancien , &
n'établit point un droit nouveau. Pluſieurs
Canoniſtes célebres ne penſent pas , à cet
égard, fur tous les articles de cet Edit ,
comme le Commentateur. Son Ouvrage
n'en eſt pas moins utile pour les Supérieurs
Eccléſiaſtiques & pour tous les
Jurifconfultes. Les Commentaires qui
ont précédé celui- ci n'étoient pas aſſez
étendus. On ſe propoſe , dans ce nouvel
Ouvrage, de faire connoître quelles font
les bornes de la Jurifdiction Eccléfiaftique
, quel eſt le pouvoir dont jouiſſent
à préſent les Evêques & les Officiaux ,
&quels font les privileges du Clergé &
de tous ceux qui le compoſent. On a
joint au Commentaire de l'Edit de 1655 ,
celui de pluſieurs Edits nouveaux qui
complettent le Code Eccléſiaſtique .
La confolation du Chrétien , ou motifs de
confiance en Dieu dans les diverses circonstances
de la vie , par M. l'Abbé
Roiffard , en 2 vol. chez Humblot.
MAI. 1775- 79
On ne peut être tenté de découragement&
de défiance au ſervice de Dieu ,
que lorſqu'on n'a pas le bonheur de
connoître l'Evangile , qui renferme les
--motifs les plus puiſſans de l'eſpérance
Chrétienne . L'Auteur , en les réuniſſant ,
nous prouve que cette vertu , ſi néceffaire
dans toutes les ſituations de la vie ,
a , tout à la fois , la propriété de procurer
'à l'homme les biens que ſon indigence
lui rend néceſſaires ; & de rendre à
Dieu , une gloire parfaite pour ces mêmes
biens , en confeſſant qu'ils viennent
de Dieu & qu'il en eſt le maître : enſorte
qu'elle enrichit l'homme , avec une parfaite
dépendance de Dieu. Dans ce point
de vue , toute la puiſſance que nous reconnoiſſons
en Dieu , pour le ſalut des
hommes , devient notre bien propre &
le titre de notre bonheur futur. Toutes
les merveilles de l'oeuvre de J. C. ne
font plus pour nous un ſpectacle ſtérile ;
mais un tréſor dont on entre ſolidairement
en poffeffion , avec tous ceux qui
ont été , dans tous les ſiecles , les objets
des miféricordes de Dieu. Les divines
écritures renferment le gage de la grandeur
deſtinée à ceux qui ſe fient à Dieu.
Quand on poffede cette vertu , ſi bien
}
A
80 MERCURE DE FRANCE.
développée dans l'Ouvrage de M. l'Abbé
Roiffard ; on a le glorieux avantage de
lire les Ecritures , dans le même eſprit
qu'un grand Seigneur parcourt ſes archives
, où il ne voit rien d'énoncé qu'il ne
diſe , en même temps : c'eſt mon bien ;
cela m'appartient. Alors notre foibleſſe
ne nous effraie plus exceſſivement , parce
que nous eſpérons de n'y être pas abandonnés
, & d'être foutenus par le Tout-
Puiſſant. La longueur de la carriere quenous
avons à courir , les difficultés , les
viciffitudes que nous pouvons éprouver
en nous - mêmes , tout cela ne nous fait
pas déſeſpérer d'arriver au terme du ſalut
; puiſque nous avons le bonheur de
nous regarder comme étant du nombre
de ces brebis que Dieu porte dans ſon
ſein & que perſonne ne peut lui ravir.
Un coeur à qui Dieu fait connoître la
vanité de biens périſſables , peut il trop
ſe fier à celuidont il attend ſon bonheur.
Que la religion eſt confolante , quand
elle eft préſentée ſous les caracteres qui
lui font propres & qui ſaiſiſſent le coeur !
Telle eſt la maniere dont M. l'Abbé
Roiſſard la fait enviſager dans fon
Ouvrage.
Louis
MAI. 1775 . 81
Louis XII, furnommé le Pere du Peuple,
dont le préſent regne nous rappelle le
ſouvenir; par M. Auffray , des Académies
de Metz & de Marſeille ; avec
des Notes.
Toutes les actions ſages , réfléchies &
remplies d'équité , de notre auguſte
Monarque , ont déterminé l'Auteur à
compoſer l'éloge hiſtorique de Louis XII.
Marc-Aurele fait penſer à Trajan , Titus
à Sévere , Louis XVI à Louis XII , à
Henri IV. Ces paralleles ſe font tout
naturellement , & fervent à montrer
qu'on n'aime rien tant à louer qu'un
Souverain qui n'écoute que ſon devoir ,
fans ſe laiſſer éblouir par ſon autorité.
Tous les traits remarquables de ſa vie
réveillent des ſentimens qui font naître
ou raniment dans les coeurs l'amour du
bien , & donnent au bonheur national
une conſiſtance que rien ne peut ébranler .
Le même rang qui donne les Rois en
-ſpectacle , a dit un célebre Prédicateur ,
Eles propoſe pour modele. Leurs moeurs
forment bientôt les moeurs publiques.
On ſuppoſe que ceux qui méritent nos
hommages , ne font pas indignes de
notre imitation. La foule n'a point d'autres
loix que les exemples de ceux qui
F
82 MERCURE DE FRANCE.
commandent. Leur vie ſe reproduit,
pour ainſi dire , dans le public. Lanation
Françoiſe ſur-tout , plus attachée à fes
Maîtres & plus reſpectueuſe envers les
Grands , ſe fait une gloirede copier leurs
moeurs , comme un devoir d'aimer leurs
perſonnes. On eſt flatté d'une reſſemblance
, qui , nous rapprochant de leur
conduite , ſemble nous rapprocher de
leur rang. Tout devient honorable dans
de grands modeles. Le Panégyriſte de
Louis XII , en rapprochant tous les traits
de ſa vie , nous inſpire le plus fort intérêt
pour un Prince dont la mémoire
a toujours été en bénédiction parmi les
François. Saplus forte envie fut toujours
de les rendre heureux , & de mériter,
par fon amour pour eux , d'en être ſurnommé
le Pere. Cet éloge prouvera que
les fautes qu'on peut lui reprocher ont
été moins les ſiennes que celles des circonſtances.
Il ne courut oncques , dit S.
Gelais , du regne de nul des autres , fi bon
temps , qu'il a fait durant lefien .
٦٠
Une nation ,dit cet Auteur , ne pourra
jamais avoir une Hiſtoire générale digne
d'attention, tantque ſon rédacteur n'aura
point ſous la main une biographie nom
breuſe & choiſfie de Rois , & d'honmes
MAI. 1775. 83
illuftres dans tous les exemples. L'Hiftorien
, emporté par une nar ation rapide,
eſt ſouvent forcé de négliger des faits
très - importants , que le Biographe , au
contraire , a très-ſoin de raſſembler. Le
mérite du premier eſt de peindre àgrands
traits , de fondre habilement des faits
ſouvent diſparates , & de les enchaîner
avec un art imperceptible. Le ſecond ,
dont la marche eſt plus tranquille , ne
perd jamais de vue ſon Héros , & choiſit
les circonstances les plus propres à faire
connoître les vertus & les vices qui le
caractériſent. Plutarque nous a laiffé des
modeles de ce genre d'écrire , qu'il n'eſt
pas ſi aifé d'imiter. On doit defirer que
ceux qui ont des talens ſe joignent à
M. Auffray , pour nous donner un cours
complet de biographie , & nous mettre
ſous les yeux des exemples propres à
réveiller le goût de la vertu.
Code du faux , ou Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juillet 1737,
avec des notes fur chaque article , une
inſtruction pour les Experts , en matiere
de faux , &un recueil des Edits ,
Arrêts & Réglemens , concernant les
peines contre les fauſſaires; par feu
F2
84
MERCURE DE FRANCE.
M. Serpillon , Lieutenant - Général ,
criminel , honoraire & Conſeillercivil
aux Baillage , Chancellerie , aux
Contrats & Siege Préſidial d'Autun.
M. Le Chancelier d'Agueſſeau , à qui
l'on doit cette Ordonnance , étoit intimement
perfuadé qu'il étoit auſſi important
de régler la forme de la procédure ,
que de fixer des maximes certaines &
invariables ſur le fond des matieres ; &
avouoit que le premier point étoit d'un
uſage plus fréquent & plus général que
le ſecond. Les queſtions difficiles &
problématiques ne ſe préfentent pas dans
toutes les affaires : mais il n'y en a aucune
, ni civile , ni criminelle , où la
régularité de la procédure ne ſoit néceſſaire
; & la voie par laquelle on parvient
à obtenir juſtice , exige une attention
plus continuelle que le fond de
la juſtice même.
Tel fut le principal objet que Louis
XIV ſe propoſa , dans les Codes , ou dans
les Ordonnances générales de 1667 , de
1669 , de 1670 ; ou dans d'autres loix
ſemblables qui regardent l'ordre judi .
ciaire , & qui ne contribuent pas moins.
que ſes autres actions à immortaliſer la
gloire de fon regne.
MAI. 1775. 85
Mais il eſt attaché à la condition humaine
de ne produire aucunOuvrage où
il ne ſe gliffe quelque imperfection : il
n'eſt point d'eſprit , quelque vaſte qu'il
foit , qui puiſſe tout prévoir; & les Légiflateurs
les plus éclairés n'ont pas rougi
d'avouer qu'ils devoient plus ſouvent au
* ſecours de l'uſage & de l'expérience ,
qu'à leurs propres réflexions. C'eſt cet
ufage & cette expérience , plus fûre que
les loix mêmes , qui ont montré qu'il
manquoit encore quelque choſe à l'entiere
perfection des Ordonnances qui
ont établi les regles de la procédure ; &
c'eſt par cette raiſon qu'on jugea à propos
d'en faire une reviſion exacte , ſoit
pour en bannir toute obfcurité ou toute
équivoque , foit pour ſuppléer ce qui y
manque en quelques endroits , foit enfin
pour eſſayer de ſimplifier encore plus le
ſtyle judiciaire , d'abréger la longueur
& de diminuer les frais de la procédure.
Comme il étoit impoſſible d'embraſſer ,
en même temps, toutes les parties d'un
projet ſi étendu , & que les inſtructions
criminelles font les plus importantes &
les plus privilégiées ; Louis XV crut qu'il
falloit commencer cet Ouvrage par un
nouvel examen de l'Ordonnance de 1670 :
F3
86 MERCURE DE FRANCE .
&, dans le grand nombre de matieres
que cette Ordonnance contenoit , on
donna la préférence à ce qui regarde l'inftruction
du faux ; foit parce que la rédac .
tiondes deux titres qui s'y rapportent n'a
pas été faite avec autant d'exactitude , de
diſtinction & de détail qu'il auroit eté
àdefirer ; toit parce que les Juges , obligés
de fuppléer, par leur attention , ce
qui manquoit à ces deux titres de l'Or.
donnance , l'ont expliquée ſi différemment
, ou quelquefois même avec ſi peu
de ſuccès , qu'il ſe trouve peu d'inſtruc.
tions uniformes& régulieres ſur le faux.
Dela vient qu'il n'y en avoit preſque
point où l'on ne decouvrît des défauts
eſſentiels , qui obligent les Tribunaux
ſupérieurs à la déclarer nulle. Ce fut done
pour prévenir tous ces Jugemens , que
M. le Chancelier d'Agueſſeau travailla ,
ſous l'autorité du Souverain , à la rédaction
de l'Ordonnance de 1737. M. Serpillon
, qui avoit étudié , toute ſa vie ,
Jes loix criminelles ,s'étoit fur-tout appliqué
à éclaircir toutes les queſtions qui
avoient rapport au crime de faux; le ſeul
contre lequel nousayons confervé la voie
d'inſcription que le droitRomain exigeoit
pour les plus grands crimes: c'eſt ce qui
MAI. 1775- 87
a fait dire à Coquille , qu'en France nous
n'avons pas reçu la peine du talion , pratiquée
chez les Romains , finon en cas
de crime de faux, auquel l'inſcription eſt
requife ; & , par conféquent , qu'elle a
lieu , dans ce cas, contre le calomniateur
qui accuſe.
Chymie Hydraulique , pour extraire lesfels
effentiels des végétaux , des animaux ,
par le moyen de l'eau pure ; par M.
le Comte de la Garaye: nouvelle Edition
, revue , corrigée & augmentée de
notes , par M. Parmentier , Penſionnaire
du Roi , Maître en Pharmacie ,
ancien Apoticaire Major de l'armée
Saxone & de l'Hôtel des Invalides ,
Membre de l'Académie Royale des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de
Rouen , &c. &c. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire.
La premiere édition de la Chymie Hy
draulique parut en 1746. M. le Comte
⚫de la Garaye répandoit auparavant , dans
le Royaume , les remedes qui provenoient
de fa nouvelle méthode : mais
le Roi ayant deſiré que ces remedes , diftribués
dans le filence , fuſſent rendus
F4
89 MERCURE DE FRANCE.
publics , pour le bien de fes Sujets & de
I humanité , l'Auteur ſe rendit bientôt
aux voeux de Sa Majesté , & publia fes
expériences ; & l'on peut dire que jamais
homme ne porta à un plus haut degré ,
l'amour de l'humanité , le zéle du bien
public , la ſenſibilité pour les malheurs
d'autrui , le defir de prévenir & de foulager
l'infortuné fouffrant. Auffi M. Parmentier
compare - t - il ce vertueux citoyen
àM. de Chamouſſet ; & voici comme
il termine le parallele qu'il en fait :
Ces deux amis des hommes laiſſent de
grands exemples à ſuivre ; j'oſe aſſurer
que leurs imitateurs , quoiqu'en diſent
les détracteurs du genre humain , ne
ſont pas auſſi rares qu'on voudroit le
faire entendre. Le ſentiment de bien .
faiſance nous eſt tellement naturel
qu'en France fur-tout , depuis notre
» jeune Monarque juſqu'au dernier de
ſes Sujets , l'humanité eſt ſûre d'avoir
ſes partiſans & fes protecteurs .
"
"
ود
ود
"
"
"
"
"
,
Cette nouvelle édition eſt conſidérablement
augmentée de notes. Dans la
multitude de celles qui nous ont paru les
plus intéreſſantes , nous allons en citer
une , que nous prenons au hafard , afin
de faire juger du mérite des autres.
MAI. 1775 . 89
ود ,, Il en eſt , ſans doute , des ſels appli-
,, qués à l'exterieur , dit M. Parmentier ,
,, comme de ceux que nous prenons inté-
,, rieurement; c'est- à-dire que dans le
„ nombre il y en a pluſieurs qui ont
,, un effet plus efficace & plus marqué ,
,, que les plantes d'où on les a extraits :
,, par exemple , il eſt bien certain que le
,, fel de Thymelea , pour parler le langage
de cette Chymie, ne produira
,,jamais une action auſſi prompte , ni
,, auſſi vive , que le végétal lui - même
,, dont l'usage , comme topique ou exu-
,, toire , eſt en vogue , depuis que M. le
,, Roi nous en a ſi bien démontré les
,, avantages , dans beaucoup de mala-
,, dies rebelles & difficiles à guérir. A
„ ce ſujet , je dois faire part d'une ob-
,, ſervation qui m'a été communiquée
,, par une Dame aimable & auffi in-
,, téreſſante par les charmes de la figure ,
,, que par les qualités du coeur & de
,, l'eſprit. Madame de B. qu'un tendre &
,, folide attachement pour ſon époux ,
,, avoit condamnée, pendant pluſieurs
,, années , aux fonctions pénibles & dé-.
,, fagréables d'une garde malade affidue ,
,, a remarqué que quand on fait fubir à
,, l'écorce du Garou , ou Thymelea , une
F5
90
MERCURE DE FRANCE.
,, préparation avantde l'employer , ce qui
,,conſiſte à la mettre en macération dans
„ le vinaigre , il en réſulte quelques in-
„convéniens qu'on n'éprouve jamais ,
„lorſque, au lieu de vinaigre , c'eſt de
,, l'eau dont on s'eſt ſervi. Voici comme
„Madame de B. explique l'action de ces
ودdeux fluides ſur l'exutoire en queſtion :
,, l'eau , dit-elle , diſpoſe & développe
,, leprincipe médicamenteux qui va agir ,
,, tandis que le vinaigre , au contraire ,
l'émoufle & le bride , en occaſionnant "
ودde plus, fur la peau, une fortede crif-
,, pation qui en reſſerre les pores. J'ai eu
,, occaſion de vérifier fur le bras d'une
„ Dame, chere à ſa famille &à ſes amis ,
,, qu'en effet cette explication étoit on
,, ne peut plus juſte ,& qu'il falloit , dans
,, ce cas , donner la préférence à l'eau ;
,,& cette circonſtance me rappelle que ,
,, pendant la derniere guerre , j'ai vu
,, ſouvent que les cantharides que l'on
,, met ordinairement avec du levain
ود font agir avec moins d'énergie & de
,, célérité , que ſi l'on avoit pris pour
,, expédient une matiere réſineufe. J'ai
,,déjà dit combien les acides affoiblif-
,, foient les vertus des plantes purga-
„tives ou vénéneuſes. On fait que
MAI. 1775- 91
,les accidens funeſtes , cauſés par le
stramonium , ſont combattus par les
,acides végétaux; que le fuc de citron
,eſt une des ſubſtances les plus propres
, à modérer l'activité de l'Opium , & à
,, remédier aux effets dangereux qui pro -
,, viennent de l'abus qu'on en fait: que
,,l'oximel ſcillitique & colchique opere
,, différemment que ces racines bulbeu.
” ſes , priſes en ſubſtance ou en décoc-
,, tion: mais , quoique les acides foient
,,les plus puiſſans correctifs de tous ces
,, végétaux , il faut cependant bien pren-
,,dre garde de n tes adminiſtrer qu'avec
,,les plus ſages precautions & les plus
,, grands ménagemens".
La maniere diftinguée& éclairée , avec
laquelle M. Parmentier parle des Savans ,
le ton ſimple & modeſte qu'il emploie
pour préſenter fſes judicieuſes réflexions ,
manifeſtent l'homme honnête , le Pharmacien
profond & le Chymiſte inſtruit.
Nous aurions defiré que M. Parmentier
inférât dans la Chymie Hydraulique la
diſſertation de l'eau de la Seine , qu'il
vient de publier , pour raſſurer les habitans
de la Capitale , ſur la falubrité
de leur boiffon ordinaire ; car quel Ouvrage
en étoit plusdigne, que celui dans
:
92
MERCURE DE FRANCE.
lequel il eſt queſtion d'extraire de tous
les corps leurs principes les plus actifs , à
la faveur de l'élément acqueux ?
On trouve chez le même Libraire :
Gaubii Institutiones Pathologiæ ; Lugd.
Bat. 1774 , in- 12. Prix , 3 liv. relie .
Le meme délivre actuellement les
tomes 2 & 3 de l'Hiſtoire des Inſectes
de M. de Réaumur , in- 4 °. aux conditions
du Proſpectus.
La France Illuftre , ou le Plutarque François;
contenant l'histoire des Généraux ,
des Ministres & des Magistrats : par
M. Turpin. Vol. in 8°. A Paris , chez
l'Auteur , porte Saint Jacques ;& chez
Lacombe , Libraire.
Un hommed'efprit interrogé lequelde
tous les livres de l'antiquité il voudroit
conferver , s'il ne pouvoit en obtenir qu'un
feul : les hommes illustres de Plutarque , répondit-
il. Il n'y a peut- étrepoint, en effet,
de livres plus propre à former les hommes
, foit pour la vie publique , foit pour
la vie privée. M. Turpin , en prenant
MAI. 1775 . 93
Plutarque pour modele , s'eſt auſſi propoſé
le même but. Il omettra pluſieurs
détails peu intéreſſans, pour s'occuper plus
particulièrement des traits de caractere ,
de moeurs ou de paſſions , qui non ſeument
peignent l'homme, mais fervent
encore de leçons au lecteur. On doit , de
plus , regarder l'Ouvrage que M. Turpin
entreprend aujourd'hui , comme un mo .
nument élevé à la gloire de la Nobleſſe
Françoise , & de tous ceux qui ont bien
mérité de la nation , par leurs travaux
publics ou privés . Un pareil monument
ne pourroit- il pas remplacer les ſtatues ,
ou les trophées que les anciens avoient
coutumed'ériger à la gloire de leurs grands
hommes ?
Chaque cahier de la France illustre
ſera décoré du portrait du Guerrier , du
Magiſtrat ou de l'Homme public , dont
M. Turpin donnera l'hiſtoire. La comparaiſon
que le lecteur pourra faire des
traits tranſmis par la gravure , avec le
portrait tracé par l'Historien, fixera celuici
dans la mémoire , tandis que l'autre ſe
peindra dans l'imagination. Quel lecteur
d'ailleurs ne prendra plaifir à contempler
les traits de phyſionomie de celui
dont l'Hiſtorien lui peindra l'ame & le
94
MERCURE DE FRANCE.
caractere M. Turpin invite doncles Familles
à lui confier les portraits de leurs
ancêtres pour en perpétuer les traits par
le ſecours du burin. C'eſt un hommage
qu'elles rendront à leur mémoire; c'eſt
une complaiſance pour le public , qui
aime à contempler les traits des bienfaiteurs
de la patrie , dont il lit les actions.
Il feroit auſſi à defirer que Meſſieurs des
Etats-majors vouluſſent bien communiquer
à l'Hiſtorien les traits qui peuvent
relever la gloire de leurs Corps , afin
qu'il en ſoit fait uſage dans l'occaſion.
Les Ecrivains Grecs & Romains ont corrigé
la féchereſſe de leur ſujer , en tirant
de l'oubli une infinite d'actions héroïques
, faites par de ſimples Légionaires.
Ces faits particuliers ſont propres à entretenir
la valeur nationale. Le Militaire ,
à qui l'on rappelle la gloire que fon Régiment
s'eſt acquiſe dans une action , ſe
forme une plus haute idé de ſon métier.
Cette collection renfermera pluſieurs
traits qu'il pourroit lire avec fruit.
Le degré de perfection que l'Auteur
ſe propoſe de donner à cette entrepriſe ,
en rend l'exécution diſpendieuſe ; mais
étant faite pour occuper une place dans
les cabinets de livres les mieux choiſis,
ΜΑΙ. 1775. 95
il n'a été rien épargné pour aſſurer ſa
deſtinée. Le prix , pour chaque année ,
ſera de 30 liv. franc de port , pour les
abonnés ; & de 36 liv. pour ceux qui ne le
ſont point. L'Auteur s'oblige à donner
pour étrennes, àſes abonnés , un treizieme
cahier qui contiendra la vie des Littérateurs
& des Artiſtes contemporains des
grands hommes dont il aura donné l'hiſtoire
pendant l'année. Les grands hommes
, dont il fera mention cette année ,
formeront un hiſtoire complette du regne
de Louis XV.
Le premier cahierdecette importante
collection vientde paroître ; il nous offre
le portrait & l'hiſtoire du Maréchal de
Saxe. ,,Quoique Maurice , Comte de
,, Saxe , foit né, nous dit l'Hiſtorien ,
,, dans une terre étrangere , la France
,, qu'il adopta , & qu'il rendit triomphante
, adroit de l'infcrire dans ſes
,, Faſtes& de le compter parmi ſes Héros.
,, La patrie du grand homme eſt le pays
»qui fut le théâtre de ſa gloire.
,,Maurice , né à Dreſde, le 19 Octo-
,, bre 1696, fut l'unique fruit des amours
,, d'Auguſte II , Electeur de Saxe , & de
,, la Comteſſe de Coniſmark, Suédoiſe ,
,, qui comptoitdes Miniſtres&des He96
MERCURE DE FRANCE.
و د
ros parmi ſes ancêtres , ſa beauté fut le
,, moindre des dons qu'elle reçut de la
,,nature ; ſupérieure à ſon ſexe , par l'af-
,, ſemblage de tous les talens qui forment
,, le grand homme , l'Europe l'eût comp-
,, tée parmi ſes premiers Souverains , fi
,, la naiſſance l'eût appelée au gouverne .
,, ment d'un Empire : mais ſi elle n'eut
,, point de Couronne , elle eut du moins
,, la gloire d'aſſervir un grand Roi. Née
tendre & ſenſible , ſes foibleſſes ſem .
blent avoir été anoblies & par celui
,, qui en fut l'objet , & par celui qui en
,, étoit le fruit. Auguſte étoit le Prince le
,,plus accompli de ſon ſiecle; Maurice
,,devint le Héros du ſien. Les demi-
ود
ود
ود
Dieux de l'antiquité ont eu une tache
,, originelle. La naiſſance d'Hercule n'a
,, point flétri la mémoire d'Alcmene ; on
,, reſpecta des erreurs & des fautes dont
,, on retiroit le fruit , & le merveilleux
,, les conſacra.
ود
ود
" Les premiers penchans de Maurice
ſe manifeſterent pour la guerre. Les
exercices militaires furent les ſeuls
,, amuſemens de ſon enfance ; un beau
, cheval excitoit ſes tranſports , & fon
,,unique paffion étoit deile dompter : à
,, l'exemple d'Achille à Scyros , il s'élan-
„ çoit
MAI. 1775. : 97
D
"
çoit avec enthouſiaſme ſur des armes ,
pour enexaminer la forme & en eſſayer
latrempe. Contempteur dédaigneux de
toutes les frivolités qui captivent l'enfance
, il ſembloit parvenu à la maturité
, ſans le ſecours du temps. L'éducation
Allemande a quelque choſe de
plus viril que la nôtre; nous abandonnons
l'enfance & la jeuneſſe à des Hiftrions
plus propres à former des Héros
de théâtre , qu'à donner des défenſeurs
à la patrie: preſſés dejouir , nous dif
, penſons lesjeunes gens d'être eſſentiels;
il nous ſuffit qu'ils ſoient aimables.
Mais heureuſement nous commençons
,, à nous appercevoir de nós erreurs.
מ
Ce fut contre la France que Maurice fit
ſon apprentiſſage de guerre , à l'école
d'Eugene & de Malbouroug , Généraux
bien dignes de former un pareil Eleve.
L'Hiſtorien fait , à ce ſujet , une réflexion
fur les jeux de la fortune , qui ſe plaît à
tromper la prévoyance humaine.Eugene
sné en France , & dédaigné par elle, en
devient la terreur. Maurice , né en Allemagne
, y apprend l'art de vaincre ; il fait
l'effai de ſes talens militaires contre la
France , & en devient dans la ſuite le
ſoutien.
1
G
98 MERCURE DE FRANCE.
• L'Hiſtorien , fans entrer dans le détai
des expéditions militaires du Comte de
Saxe , n'omet cependant rien de ce qui
peut aſſurer à ceGénéral la gloired'avoir
été le plus grandCapitaine de ſon ſiecle.
La célebre victoire de Fontenoi fut due
principalement à ſa vigilance&à ſa capacité.
Ce Général cependant étoit alors
preſque mourant. Il ſe fit traînerdans une
voitured'ofier, pour viſiter tous les poftes.
Pendant l'action , il monta à cheval ; fon
extrême foibleſſe faiſoit craindre , à tout
moment , qu'il n'expirât : c'eſt ce qui fit
dire au Roi de Pruſſe , dans une Lettre
qu'il écrivit , long-temps après , qu'agie
,, tant, il y a quelques jours ,la queſtion
"
ود
de ſavoir quelle étoit la bataille de ce
ſiecle qui avoit fait le plus d'honneur
,, au Général , les uns avoient propoſe
,, celle d'Almanza , & les autres celle de
"
ود
Turin; maisqu'il étoit d'avis que c'étoit
celle qu'un Général , à l'agonie , rem-
,, porta fur les ennemis de la France.
Maurice a étendu les limites de l'art.
de la guerre , non ſeulement par ſes travaux,
mais encore par unOuvrage inſtructif,
qu'il appeloit modeſtement ſes rêve
ries. C'eſt cedont le lecteur pourra ſe convaincre
, en lifant cette hiſtoire ; &après
ΜΑΙ. 1775.
وو
avoir vu ce grand homme à la tête des
armées , il prendra ſans doute plaiſir à
le foivre avec l'Hiſtorien , preſque dans
-l'intérieur de ſa maiſon , à l'examiner
dans ſon déshabillé , à prêter l'oreille à
fes converſations les plus familieres. Ce
Général , habile à pénétrer dans les coeurs,
recherchoit la valeur modefte, pour l'em-
*ployer ,& refuſoit ſa confiance à ces fanfarons
, toujours empreſſés à demander
ſes ordres pour marcher àl'ennemi. ,, Ces
charlatans , diſoit- il , reſſemblent au
chevalde bronze, qui a toujours le pied
levé & qui ne marche jamais.
ود
ود
Quand on lui propoſoit une attaque où
Il falloit ſacrifier quelques soldats: ,, Dif-
,, férons , répondoit-il,de quelques jours;
,, le plus beau fuccès eſt celui qui coûtele
moins de fang ; un Grenadier m'eſt
,, précieux , il faut vingt ans pour le rem-
,, placer .
ود
La confiance dont l'honoroit le Mo
narque lui attiroit une foule d'impor
tuns , qui follicitoient des graces. Incapable
de tromper par de fauſſes promeſſes ,
il leur diſoit avec ingénuité : ,, Meffieurs ,
,,je ſuis bien le maître de faire caffer des
,, jambes & des bras ; je les épargne ,
> ,, quand je puis: mais je ne diſpoſe pas
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
des graces du Roi ; je rendrai ſimplement
témoignage des ſervices que vous
„ avez rendus." Il eſt vrai que fa recommendation
étoit rarement ſtérile.
Le Maréchal de Saxe penſoit que les
ſpectacles & les fêtes étoient propres à
diſtraire le ſoldat de la réflexion ſur les
dangers & les fatigues de fon métier ;
ainſi il eut ſoin de faire naître , dans ſon
armée , la gaieté qui régnoit dans ſon
coeur. La veille d'une bataille , il avoit
toujours un ſpectacle à donner ; & à peine
étoit on forti de la fête , qu'il falloit
marcher à l'ennemi. Obfervateur rigide
de la difcipline , il vouloit qu'on en tempérât
la rigueur par le ton de l'affabilité.
Le Major d'un Régiment , qui ne favoit
ſe faire obéir qu'en maltraitant le ſoldat ,
reçut un coup de balle à la cuiſſe , dans un
exercice à feu . Ce crime excita une grande
rumeur. Le Maréchal ſe rendit chez le
bleſſé & dit , en préſence de beaucoup
d'Officiers : Voilà comme le ſoldat
,, François paie les coups de canne qu'on
lui donne par humeur.
ور
دو
Quoique le Maréchal de Saxe ne fût
point infatué de la chimere de la naiſſance
,& qu'il reconnût dans les hommes une
égalité établie par la nature , &qui ne deMAI.
1775. 101
voit être dérangée que par l'inégalité des
talens , il ne pouvoit fupporter ceux qui
- s'oublient ; il vouloit que tout fût en
ſa place. On lui reprocha ſouvent de proftituer
ſa confiance , à des perſonnes d'une
réputation équivoque : Que voulez-
,, vous, répondoit.il; on les chaſſe par
ود
"
la porte , ils rentrent par les fenêtres ;
,, tous les gens de ma forte font expoſés à
ود
la ſéduction . D'ailleurs il eſt certaines
,, perſonnes dont on peut exiger des ſervi-
,, ces , que d'autres plus délicates refuſeroient
de rendre. Jeles prends pour ce
,, qu'ils font; il faut tirer parti des moindres
atomes.
ود
Il connoiſſoit parfaitement la meſure
de ſes talens . Convaincu qu'il étoit plutôt
né pour conquérir que pour gouverner ,
il s'abſtenoit de toute diſcuſſion ſur les
myſteres de la politique. Il étoit encore
plus réſervé à parler de guerre avec ceux
dont il ne pouvoit tirer aucune inſtruc
tion. Une femme qui jouiſſoit alors de
la plus haute faveur , exigea ſon ſecret fur
' les opérations de la campagne qu'il alloit
entamer. Il crut que cette complaifance
feroit une foibleſſe; &, ſur ſon refus ,
cette femme irritée jura d'être ſon éternelle
ennemie. Le Maréchal en rendit
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
compte au Roi , qui fit éclater ſonmécon
tentement par de juſtes menaces. C'étoit
le préſage d'une diſgrace que la favorite
crut devoir prévenir ; & , pour en dérober
l'éclat au public , elle envoya prier le
Maréchal de ſe rendre avec elle à l'Opéra.
Il fut exact à l'invitation ; & , en l'abordant,
il lui dit: ,, Oh ! Madame , pour
,, ces fortes de choſes , je ferai toujours à
,,vos ordres.
Le Comte de Saxe avoit un tempérament
ardent qui le livroit aux femmes ;
mais, peu conftant dans ſes goûts , il ne
cherchoit qu'à les varier ,& ſouvent ſans
beaucoup de délicateſſe. Ses paffions pouvoient
même être regardées comme les
ſaillies paſſageres d'un coeur facile à s'enflammer
& à s'éteindre. Une aventure ,
rapportée par fon Hiſtorien, le prouve
aſſez. Mademoiſelle Lecouvreur , célebre
Actrice du Théâtre François , qui aimoit
le Comte de Saxe & en étoit aimée , inftruite
de la ſituation critique de fon
amant , lors du ſéjour qu'il fit en Courlande
, pour faire valoir ſes prétentions
fur ce Duché , avoit , en ſa faveur, fait le
facrifice de tout fon mobilier. Lorsque le
Comte revint àParis , la reconnoiſſance ,
ſous le nom de l'amour , le conduifit
MAI. 1775. JO3
chez Mademoiſelle Lecouvreur. Il ne ſe
donna pas le temps dedéfaire ſes bottes ,
nide réparer ledéſordre d'un long voyage.
C'étoit , dit l'Hiſtorien , un Tartare qui
- ſembloit revenir d'une courſe. L'Héroïne
de théâtre étoit retenue dans ſon cabinet,
pour des affaires preſſées. Se trouvant ſeul
-dans l'appartement , il apperçoit ſur la
cheminée, une Lettre écritepar un amant
favoriſé , qui ſe lamentoit ſur le retour
d'un rival qui alloit le ſupplanter. Il y
avoit ces mots , dans cette douloureuſe
complainte:,, Comment ferons-nous pour
nous revoir ? Je laiſſe à l'amour &à
,, votre coeur le ſoin d'en ménager les
,, moyens." Le Comte , moins affligé
que ſurpris de ſa défaite , voit entrer fon
amante infidelle qui ſe jetta dans ſes
bras , avec un épanouiſſement de joie qui
en eût impoſé à unamant moins inſtruit.
Le Comte , au lieu d'éclater en reproches
-vulgaires , reçoit ſes careſſes avec tranfport;
mais craignant de lui laiſſer appercevoir
un dépit ſecret, il lui dit : ,, Il faut
- ,, que je vous quitte , pour reparoître
ود dans un état plus décent; dans un mo-
,, ment je ſuis à vous." Il la quitte ; &,
au lieu d'aller chez fon baigneur , il ſe
rend chez ſon rival ,ſurpris d'une pareille
G4
104
هيف
MERCURE DE FRANCE.
"
viſite ; il lui propoſe de monter dans un
fiacre avec lui . Cette invitation reſſembloit
à un appel fur l'arene : il fut accepté.
La ſurpriſe fut encore plus grande , lorfqu'il
vit qu'on le menoit chez Mademoifelle
Lecouvreur , à qui le Comte dit ,
en l'abordant : Ma Tourterelle , vous
ne ferez plus embarraſſée des moyens
de revoir Monfieur ; le voilà , c'eſt moi
qui vous l'amene ; c'eſt au vaincu à
couronner le vainqueur." L'amante
confondue pleure , gémit , & veut héroï
quement ſe poignarder, On l'arrête , &
on lui promet fon pardon. Le Comte
étoit lui - même coupable de trop d'infidélités
, pour ne pas excufer les foibleſſes
des autres ; afſuré de trouver partout des
dédommagemens , il ceſſa d'être fon
amant , fans ceſſer d'être ſon ami.
Nous omettrons pluſieurs autres traits ,ou
anecdotes propres à nous faire connoître
le Maréchal de Saxe ; afin de mettre fous
les yeux de nos lecteurs le portrait que
'Hiſtorien nous a tracé de ſa perfonne.
„Maurice , comte de Saxe , étoit d'une
haute taille. Sa force ſemble juſtifier
tout ce que les Grecs exagérateurs ont
,, publié de Milonle Crotoniate, Il rom
poitun ferà cheval , fans efforts : on l'a
MAI. 1775 . 105
4
vu pluſieurs fois tortiller de gros clous
avec fes doigts , & en faire un tirebouchon.
Il fut inſulté , dans les rues
„ de Londres , par un boueur; il le faiſit
„ par le chignon & le jeta ſurſon tombe-
„ reau dégouttant d'une boue liquide. Sontein
baſané , ſes ſourcils noirs & épais
lui donnoient un air dur , qu'il tempé--
roit par un fourire gracieux. Il fuffifoit
„ de le voir , pour deviner qu'il étoit né
„ pour la guerre, Alexandre envioit à
Achille le bonheur d'avoir eu un homme
pour tranſmettre ſes actions héroï
ques à la poſtérité ; le Maréchal de
„ Saxe , auffi grand & plus heureux que
leHéros Macédonien , à eu M. Thomas
» pour panégyriſte.
"
„ L'hommage le plus glorieux , rendu à
„ ſa mémoire , eft celui de ces Grena-
„diers , qui , paſſant à Strasbourg , aiguiferent
la lame de leur fabre fur fon
„ tombeau. Cet enthouſiaſme nous rap-
„ pelle l'admiration dont les Tures , à la
„ priſe de Croya , furent ſaiſis pour Scanderberg
, autrefois leur vainqueur. Ils
„ tirerent fon corps du tombeau , pour
lui rendre des honneurs funebres dignes
d'un Héros. Les uns lui enleverent fon.
GS
106 MERCURE DE FRANCE.
"
caſque , les autres fon bouclier & fon
„ épée , dans la confiance d'être invincibles
en portant ces armes triomphantes.
Ils hacherent tout son corps , pour en
faire des reliques: ceux qui lui coupe-
„ rent les parties naturelles furent per-
„ ſuadés que leurs enfans ſeroient auſſi
„ braves & auſſi vigoureux que lui. Les
„Hymnes de la victoire , chantés par le
„ peuple & le foldat , font le plus beau
•Panégyrique d'un Général.
Cette Hiſtoire , & celles du Maréchal
de Choiſeul & du grand Condé , que M.
Turpin a ajoutées à la ſuite des Vies des
hommes illustres de France , publiées par
l'Abbé Perau , font un für garantde l'intérêt
que l'on doit eſpérer de trouver dans
la collection que nous venons d'annoncer.
M. Turpin , qui a débuté dans la carriere
de l'Hiſtoire , de la maniere la plus honorable
, fait , par l'énergie & la dignité
de ſon ſtyle , foutenir la noble fonction
d'Hiftorien. L "
* Adonis. Imitation du chant huitieme
de l'Adoné du Cavalier Marin : à Lon-
1 Les deux articles ſuivans font deM. de la Harpe.
MA I. 1775. 107
dres; & ſe trouve à Paris , chez Mufier
fils , Libraire,
,, On a tâché , dit le Traducteur , dans
,, ſon avertiſſement , de mettre dans cette
imitation une ſuite & des liaiſons qu'on
chercheroit vainement dans l'Original ;
ود
ود
ود on a même pris la liberté d'y ajouter
,, pluſieurs idées. Mais quelques change.
,, mens , quelques tranſpoſitions qu'on ait
"été obligé de faire , les lecteurs y recon.
,,noſtront fans peine le génie Italien. Si
,, cet eſſai de traduction , ou plutôt d'imi
,, tation très- libre , a le bonheur de plaire,
„ on pourra donner tous les chants de
„ l'Adoné , par morceaux détachés , dans
,, le même goût que celui-ci ; c'eſt-à-dire
,, qu'on ne ſaiſira dans ce Poëme , que
ه و
ce qu'il renferme de plus agréable , &
,,qu'on laiſſera de côté toutes les lon-
,, gueurs , tous les petits détails , tous les
,, concerti qui déparent cette production
,, trop ingénieuſe , diſons le mot , trop Ita-
,, lienne. Par ces retranchemens indiſpen-
,, ſables , il pourra très bien arriver que
de trois ou quatre chants du Cavalier ود
ود Marin, on n'en faſſe qu'un ſeul : ainſi
,, le public n'a point à craindre qu'on le
,, furcharge d'un Ouvrage volumineux.
108 MERCURE DE FRANCE.
,,On ne confultera dans ce travail , que le
,, géniede notre langue & le goût de notre
,,nation. Ces parties ſéparées ſeront im-
,, primées dans le même format , avec
ود
les mêmes embelliſſemens & le même
,, caractere Typographique , que celle
,, qu'on fait paroître aujourd'hui .
L'Adoné eſt un Poëme en 24 chants ,
le plus conſidérable des Ouvrages de J.
Baptifte Marini , célebre poëte Italien ,
que nous appellons le Cavalier Marin. Son
Poëme d'Adonis peche par le défaut d'action
, par la prolixité & la monotonie
des deſcriptions ; mais il eſt ſemé d'idées
fines& délicates , & de peintures voluptueuſes.
Nous en citerons quelques morceaux
, qui ſuffiront pour faire connoître
le génie du poëte Italien , le ton de
l'Ouvrage & le ſtyle de l'Imitateur.
*** Vénus , dans le huitieme chant , ſe préſente
aux regards d'Adonis , au moment
où il s'éveille. Elle l'enleve fur fon char
& le conduit à Paphos. Voici la defcription
du Palais de la Déeffe.
ود
ود
९
,,Qui pourroit décrire ce Palais enchan-
,, teur ! La Flatterie , qui ſe tient ſur le
feuil de la porte, attire les jeunes étran-
,, gers ; la Vanitéleur fait un riantaccueil;
la Confiance encourage les plus timides ; ود
MAI. 1775. 109
,,la Richelle , vêtue d'un habit de pourpre ,
„ étale devant eux tous ſes tréſors ; la
„ Promeffe engageante les prend par la
,, main ; & la Gaieté , au viſage riant , les
,, accompagne. Les Soupirs y font des ha-
ودleines de feu ; le Regard eſt coquet; le
„ Sourire , agaçant les Jeux courent
,, embraſſer les Plaiſirs; les Charmes ſe
„jettent dans les bras des Amusemens ; la
„Foie chaſſe loin d'elle les foucis incom-
„ modes , & folâtre ſans ceſſe; l'Amoureuse
Pensée , le front baiſſé , eſt toute
,, entiere à l'objet qui l'occupe : la Priere ,
,, à genoux , demande du relâche à la
„ Douleur ; & la Paix , à la Guerre. Le
„ Geste , meſſager muet du Defir , ſe fait
,, entendre ; le Baiſer préſente ſes levres
ود&ſe fonddans un baifer ; la Langueur
,, ſe repoſe à chaque pas ; le Sommeil la
,, fuit , avec un front appeſanti ,& ſe ſou-
ودtenant à peine. La troupe des Songes
,, voltige autour de lui , les uns parés de
,, fleurs , les autres couverts de ciprés ; le
,, Mystere eſt enveloppé d'un voile preſque
,,impénétrable. On ne peut l'appercevoir
,, que dans l'ombre dela nuit ou dans l'é-
,paiſſeur des forêts. Chaque jour il s'enri-
,, chit des pertes de l'Indiscrétion . La Complaisance
facile prévient ſes goûts ; les
110 MERCURE DE FRANCE.
,, Soins obligeans compoſent ſon cortege;
ود
ود
la Jeunesse fait des couronnes de lys ,&
,, treſſe avec des roſes les boucles de ſes
,, cheveux. La Beauté , les Graces , les
Agrémens & les Charmes ſe tiennent par
,, lamain; l'aimable Folie danſe au milieu
,, d'eux ; l'Espérance flatteuſe& perfide les
,, fuit , avec le Defir plein d'agitation.
„ L'Occafion ne fait que ſe montrer &
,,diſparoître; elle a peur qu'on ne lui ſaiſiſſe
le toupet de cheveux qu'elle a fur
le front. L'Audace tremble elle- même ,
,, au premier larcin qu'elle fait. La Li-
,, cence porte ſes mains téméraires ſur tout
,, ce qui ſe préſente ; l'adroite Tromperie
,,& l'ingénieux Mensonge , tous deux
,,maſqués , ſe promenent enſemble. La
,, Fraude couvre de fleurs les ferpens de
,, fon horrible chevelure; une voix douce,
un fourire agréable , cachent le venin
de ſa langue. Les Sermens faux , ou in-
,, fideles , s'envolent avec des ailes légeres ,
,, font répandus dans les airs. Les Soupirs ,
ود
"
2" les Sanglots entrecoupés , la Crainte ,
,, au regard abattu , marchent ſur les
,, pas de la Colere , ſi facile à appaiſer.
Ce dernier trait de la colere facile à
appaiſer eft peut- être le plus heureux de
tous , parce qu'il eſt le plus vrai& le plus
MAI. 1775- III
- naturel . Il y en a quelques autres qui ont
de la fineſſe & de l'agrément. Mais d'ailleurs
quel abus d'eſprit ! Que cette pro-
- fuſion d'allégories eſt froide & de mau
vais goût ! C'eſt bien là que les figures
font l'oppoſé de la Poéſie. Combien le
ſeul morceau de la ceinture de Vénus ,
dans Homere , eſt ſupérieur à tout ce clinquant
du bel- efprit moderne ! Comme
toute figure devient un défaut , dèsqu'elle
ne préſente pas un grandſens , ou
une image vraie & frappante ! Qu'impor
te que les Charmes ſe jettent dans les bras
des Amusemens , & que les Jeux embraffent
les Plaiſirs ? Et quelle idée de faire
marcher les Sanglots fur les pas de la
Colere ! Comparez à ce morceau , qui n'eſt
guere qu'un amas de défauts brillants , le
temple de l'amour dans la Henriade; &
voyez combien on retrouve le goût anti.
que , le génie de la belle Poéſie , dans ce
Poëme , que l'envie & l'ignorance ont accuſe
ſi ſouvent de n'être qu'un monument
de bel - eſprit.
Le repentir les ſuit , déteſtant leurs fureurs ,
Et baiſſe , en ſoupirant , ſes yeux mouillés de pleurs .
On croit revoir dans ce tableau celul
112 MERCURE DE FRANCE.
des prieres qui ſuivent l'injure , dans le
neuvieme livre de l'Iliade. Oppoſons cependant
à ces défauts de Marini quelques
traits , dans lesquels il ſe rapproche plus
des anciens , & , par conséquent , de labelle
nature. Il peint Vénus irritant les défirs
d'Adonis .
ود Elle s'étoit un peu enfoncée dans le
,, boſquet , comme par modeſtie , de ma-
,, niere cependant qu'on pouvoit la voir à
,, travers le feuillage. Qui connoît mieux
„ que Vénus l'art d'irriter les yeux ! Elle
,, ſe montre & ſe cache tour-à-tour. On
,, s'apperçoit même qu'elle rougit. Tous
,, ſes geftes , toutes ſes attitudes , tous ſes
,, mouvemens formés à deſſein ſemblent
,, l'ouvrage de la timide retenue. Cette
,, pudeur enfantine , cet embarras qui
,, paroît ingénu , lui prêtent de nouveaux
,, charmes. Tous les arbriſſeaux empreſſés
" ſe diſputent l'honneur de l'ombrager.
,, lls étendent , ils penchent leurs ra-
„meaux à l'envi , moins pour la parer
„ des rayons curieux du Soleil , que pour
ود
s'en approcher eux-mêmes de plus près
,, pour l'embraſſer & la careſſer. Leur
,,ſeve , autrefois vagabonde , ſe préci-
,, pite aux extrémités des branches qui
,, touchent la Déeſſe. On vit même un
,,jeune
MAI. 1775 . 113
- jeune hêtre qui , ne pouvant renfermer
le plaiſir qu'il reſſentait , pouſſa des
, boutons & devint plus touffu " .
Quelle différencede ce morceau , vrai.
ment poëtique , à celui que nous venons
de blâmer ! c'eſt ici que l'imagination eſt
heureuſement employée. Ce n'eſt plus
une foule d'êtres moraux & métaphyfiques
ridiculement perſonnifiés ; c'eſt Vénus
, c'eſt la Déeſſe du plaiſir animant
= tout ce qui l'approche. Les arbres , les
eaux , tout reſſent de l'amour pour elle.
Non - ſeulement il y a de l'intérêt dans
ces fortes de fictions , qui nous rappellent
les idées qui plaiſent le plus à notre
ſenſibilité ; mais il y a même une forte
de vérité convenue.La mythologie , dont
nous avons adopté les inventions aimables
, peuplait tous les élémens d'êtres
ſenſibles; ainſi notre imagination ne ſe
révolte point de voir les feuilles des
arbres ſe pencher amoureuſement vers la
Déeſſe de l'Amour , de voir les flots la
careſſer &s'empreſſer autour d'elle. Cette
image dujeune hêtre qui pouſſe des boutons
& devient plus touffu , eft charmante
& dans le goût des Anciens. Comme
▸ en effet rien ne reſſemble plus à la ſenſibilité
phyſique que la végétation , les
H
114 MERCURE DE FRANCE.
fables qui uniſſaient une Dryade à un
chêne , & faiſaient habiter les Sylvains
dans les forets , avaient l'avantage d'amuſer
l'imagination fans trop bleſſer le bon
fens.
Rien n'eſt beau que le vrai , le vrai feul eſt aimables
Il doit régner par - tout & même dans la fable.
On abien ſouvent cité ces vers , parce
qu'ils ont un grand fens; on les a plus
ſouvent oubliés, parce que le bon goût
eſt fort rare. Le Cavalier Marin a péché
encore contre ce bon goût , même dans
le morceau que nous venons de louer ,
en donnant aux rayons du Soleil l'épithete
de curieux. Quelle idée froide &
bizarre de perſonnifier un rayon ! c'eſt
cette comparaiſon du bon & du mauvais
à côté l'un de l'autre , dans un même
Auteur & dans un meme morceau , qui
peut fervir à former legoût. Lesbonnes
traductions , qui nous font connaître la
Littérature ancienne& étrangere , font ,
en ce ſens , de très - grands ſervices rendus
à la nôtre. Quoique l'Adoné ne ſoit
pas un bon Ouvrage , il n'eſt pas fans
mérite , & la traduction qu'on nous anMAI.
1775 . 115
nonce peut être utile , & fera connaître
de plus en plus le génie des Italiens ,
même en s'écartant un peu de l'original.
Cette verſion eſt élégante en général ;
mais le Traducteur devrait faire attention
à rejeter certains mots néceſſairement
exclus de la langue poëtique ,
comme celui de toupet , que nous avons
remarqué , comme lorſqu'il met des
draps dans le lit de Vénus ; ces fortesde
fautes font faciles à éviter.
Les Conversations d'Emilie . A Leipfic ;
& ſe trouve à Paris , chez Piſſot , Libraire
, quai des Auguſtins.
C'eſt une vérité qui n'a été reconnue
qu'un peu tard , que les livres élémentaires
ne peuvent être bien faits que par
des perfonnes fort ſupérieures à ce genre
de travail. Il faut poſſéder très-bien une
matiere pour n'en offrir que les réſultats
les plus intéreſſans ; il faut beaucoup de
juſteſſe d'eſprit pour les faiſir , beaucoup
de méthode pour les préſenter , beaucoup
de goût pour écarter l'inutile. C'eſt par
toutes ces raiſons (pour le dire en paffant)
qu'un bon Journal ne peut être
Ha
116 MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage que d'un homme de lettres trèsdiftingué
par ſon eſprit & ſes talens.
Chargé de former le goût de ſes lecteurs ,
comment fera - t - il , s'il n'en a pas luimême
, ce qui arrive le plus ſouvent ?
Et quelle grace aura- t- il à parler d'eſprit
& de ſtyle , s'il écrit comme un pédant
ennuyeux ou comme un ſatirique groffier
?
Les converſations d'Emilie font un livre
demorale élémentaire, à la portée d'un enfant
; mais il eſt compoſé de maniere à être
lu avec plaifir par des hommes inſtruits.
Il y regne une ſimplicité aimable , qui
inſpire le goût de la vérité & de la vertu.
La tendreſſe & la vigilance maternelle ,
jettent de l'intérêt dans les converſations
d'Emilie avec ſa mere . On aime à voir
une femme , qui paraît d'un eſprit trèsſage
& très cultivé , deſcendre juſqu'à
celui d'un enfant , pour l'élever , peu- àpeu
, juſqu'au ſien; on fuit les progrès
de l'inſtruction dans une ame neuve &
docile , à qui l'on fait concevoir & fentir
fucceſſivement tous les principes demorale
qui fondent la ſociété & en établiſſent
les rapports . Ces principes ne font
pas prolixement étalés , de maniere à
inſpirer l'l'ennui. La mere , attentive &
MAI. 1775 . 117
ſage , qui ſait que les enfans ont communément
l'eſprit juſte , & qu'il ne s'agit
* que de leur préſenter un objet à propos
pour le leur faire ſaiſir de maniere à
n'être pas oublié , fait toujours naître
un occafion pour enfeigner une verité ,
& même la rend ſi palpable , que c'eſt
l'enfant qui a l'air de la découvrir. Tel
. eſt le louable artifice qui regne dans ces
dialogues , & que quelques exemples
cités feront mieux connaître.
2
La mere veut faire ſentir le ridicule
trop commun de mettre dans la tête des
enfans des mots qu'ils ne comprennent
pas , & dont l'explication tient à des
connaiſſances trop élevées au - deſſus de
leur âge & de leur raiſon C'eſt le ſujet
de la cinquieme converſation.
EMILIE .
Maman , maman , embraſſez - moi.
LA MERE.
Très volontiers. Vous me direz fans
doute pourquoi .
EMILIE.
Oui , maman , c'eſt que je le mérite
Η 3
118 MERCURE DE FRANCE.
bien. C'eſt que je ſuis bien ſavante à
préſent. Je fais trois choſes de plus .
LA MERE.
Trois chofes ! mais vraiment c'eſt beau--
coup de choſes. Etfont-elles belles ? fontelles
utiles?
.
EMILIE.
Vous allez voir , maman. C'eſt queje
fais qu'il y a quatre élémens , le feu ,
l'eau , la terre & l'air.
LA MERE.
Bon!
EMILIE.
Oui , maman , c'eſt très-vrai. Etpuis,
élément veut dire principe qui fait agir.
Vous voyez que j'ai bien retenu. Mais
ce n'eſt pas tout.
LA MERE.
Ehbien!
EMILIE.
Tenez , maman , écoutez. Il y a trois
choſes encore qu'on appelle les trois regnes
; le regne végétal , que vous avez
4
MAI. 1775. 119
eu la bonté de m'expliquer l'autre jour :
ce font les fruits , les arbres, tout ce qui
ſe ſeme ou ſe plante; vous ſavez bien ?
& puis le regne minéral, qui font les
pierres , l'or , l'argent , le fer , qu'on appelle
mines , & qui ſe forment au fond
de la terre ; & puis le regne animal , qui
ſont tous les animaux , les bétes , les
-poiſſons , les oiſeaux &les hommes : &
voilà de quoi tout le monde eſt compofé.
LA MERE
Et c'eſt pour cela qu'il a fallu vous
embraſſer.
EMILIE.
Oui , ſurement , ma chere maman ;
eſt- ce que vous n'êtes pas bien aiſe , bien
contente de moi ? Je fais tout ce qu'il y
adans le monde à préſent.
LA MERE.
Vous croyez cela?
EMILIE.
Mais , oui , maman. Eſt - ce qu'il y a
Aencore autre choſe ?
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
LAMERE.
Et à qui avez - vous l'obligation decette
belle ſcience ?
EMILIE.
Maman , j'aurai l'honneur de vous le
dire. Mais dites - moi donc , ma chere
maman , ſi vous n'êtes pas bien contente
demoi.
LA MERE.
Je le ſuis de votre émulation & du
plaiſir que vous avez en croyant m'en
avoir fait. Je vous en ſais très-bon gré ;
je vous en remercie meme , parce que
cela me prouve , que vous cherchez à
me plaire . Mais , ma chere enfant , fi
vous voulez me faire un bien plus grand
plaifir encore , il faut oublier tout cela ,
EMILIE.
Pourquoi donc , maman ?
LA MERE.
C'eſt que vous ne comprenez pas un
mot de ce que vous croyez ſi bien ſavoir ;
MAI. 1775. 121
&que rien n'eſt ſi dangereux à votre âge
que de parler des choses qu'on n'entend
pas. Il en arrive toutes fortes d'inconvéniens.
EMILIE.
1
Mais pardonnez-moi , maman. J'entends
très bien tout ce quej'ai appris,
LA MERE.
C'eſt ce que nous allons voir. Reprenons
un peu ce que vous avez dit. Savezvous
qu'il y a dequoi cauſer huit jours
avant de comprendre un ſeul des grands
mots dont vous m'avez fait une ſi belle
litanie.
EMILIE.
Oh ! tant mieux , maman. J'aime tant
à cauſer avec vous ! & puis il pleut depuis
ce matin ; j'eſpere qu'il ne viendra
perfonne. Nous aurons bien du temps.
LA MERE.
Profitons -en. Eh bien ! vous dites donc
qu'il y a quatre élémens ?
EMILIE.
Oui , maman : l'air , le feu....
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
LA MERE.
Oh ! doucement. Je ne vais pas fi
vîte , moi . Je dis comme M. Gobemouche
, entendons - nous .
EMILIE riant de tout fon coeur.
M. Gobemouche , c'eſt un drôle de
nom. Queſt-ce que c'eſt que M. Gobemouche?
LA MERE.
C'eſt un original qui n'a que faire à
notre converſation. Nous en parlerons
une autre fois. Nous diſions qu'il y a
quatre élémens. Et n'y en a - t - il que
quatre ?
EMILIE.
Je ne sais pas. On ne m'en a montré
que quatre.
LA MERE.
Et qu'est-ce qu'ils font ces quatre élé.
mens que vous connaiſlez?
EMILIE.
Ah ! j'avais oublié. Il font aller le
monde.
MAI. 1775- 123.
LA MERE.
Mais , qu'est - ce que c'eſt que le
monde?
EMILIE.
Mais , maman , c'eſt tout cela , c'eſt
Paris , c'eſt le Bois de Boulogne ; c'eſt
St. Cloud... Voilà tout.
LA MERE.
Voilà tout ce que vous en connaiſſez :
Eh bien! vos quatre élémens font done
aller St. Cloud & le Bois de Boulogne ?
Mais comment cela?
EMILIE..
Ah! je ne fais pas.
LA MERE.
Bon , voilà déjà votre ſcience en défaut
, &c.
La mere tâche enſuite de lui faire entendre
ſucceſſivement ce qu'eſt chacun
de ces élémens par rapport à l'homme :
mais elle ne va pas loin ſans ſe ſervir
124 MERCURE DE FRANCE.
1
de termes que l'enfant n'entend plus &
dont elle demande la ſignification. Alors
la mere lui dit que cette explication en
entraînerait encore d'autres qu'elle n'entendrait
pas davantage. Elle en prend
occafion de lui perfuader qu'elle doit
s'en tenir à ce que fa mere Iniapprendra ,
parce que ſa mere ſeule peut ſavoir ce
qui lui convient.
Dans un autre dialogue , la mere explique
à Emilie les moyens qui procurent
le bonheur. Elle l'amene , par degrés , à
convenir que le plus grand bonheur eſt
celui d'être content de foi , & on ne l'eſt
que lorſqu'on a fait ſon devoir.
LA MERE .
Quand vous étudiez mal , avec négligence
, avec pareſſe , quelle eſt l'idée qui
vous occupe alors ? quelle en eſt lacauſe ?
EMILLE.
C'eſt que d'apprendre me donne de la
peine.
:
LA MERE.
Et que vous aimeriez mieux aller
jouer , chanter , danſer.
ΜΑΙ. 1775. 125.
EMILI Ε.
Cela eft vrai .
LA MERE.
C'eſt donc pour fuir la peine &
pour avoir plutôt du plaifir que vous
•étudiez mal ? Eh bien ! qu'est - ce qui
en arrive?
EMILI E.
Ah! il en arrive tout le contraire.
Quand j'ai mal étudié , j'étudie plus
long-temps. L'humeur me prend , je fais
tout de travers , & je ne joue pas.
La MERE.
Et quand vous êtes entêtée , & que
vous ſuivez vos fantaiſies , fans égards
pour ce que j'exige de vous , quelle eft
votre idée?
EMILIE.
C'eſt que ce que je veux me fait plaifir
, & que ce qu'on exige de moi ne
m'en fait pas ...
126 MERCURE DE FRANCE,
LA MERE.
C'eſt donc pour fuir la peine & pour
vous procurer du plaiſir. Et qu'en arrivet-
il?
EMILIE,
Que jem'attire une bonne pénitences
que la peine dure tout le jour , & qu'il
n'eſt plus queſtion de jeu ni de plaifir.
LA MERE,
Et quand vous étudiez bien , & que
vous êtes docile , qu'en arrive-t-il ?
EMILIE.
Oh ! que mes devoirs font bientôt
faits ! que je ſuis heureuſe ! heureuſe !
Tenez , ma petite maman , je ſens là
quelque choſe dans mon coeur qui me
rend ſi aife! oh! comme je ſuis gaie &
contente!
LA MERE,
Vous voyez donc bien que quand vous
n'êtes pas raiſonnable, vous vous trom
pez ſur les moyens qui menent au bon
ΜΑΙ. 1775- 127
heur. Lorſque vous vous ſentez le déſir
de contenter une fantaiſie que je déſapprouve
, ou de faire quelque choſe que
je vous défends ; ſi vous vous diſiez : au
lieu du bien que je cherche , il va marriver
malheur , ſi je m'obſtine , & fi au
contraire , je cede , j'aurai un bonheur
plus grand que celui auquel je renonce...
EMILIE,
Et lequel donc ?
LA MERE,
Le plus grand de tous , celui qu'il n'eſt
au pouvoir de perſonne de vous faire
perdre, quand une fois vous l'avez.
EMILIE.
Maman , dites-moi donc vite ce que
c'eſt , je vous en prie.
LA MERI.
Celui d'être contente de vous , de ſentir
là , au coeur , ce qui vous rend ſi
aife.
EMILIE.
Oh ! c'eſt vrai ; c'eſt le plus grand
128 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , quand j'ai là , au coeur , je ne fais
quoi qui me fait rire toute ſeule. Comment
cela s'appelle t- il , maman ?
LA MERE.
Cela s'appelle la joie de la bonne
confcience.
EMILI E.
Qu'est- ce que c'eſt que la confcience?
LA MERE.
C'eſt un fentiment intérieur qui nous
avertit , malgré nous , de notre conduite.
EMILIE.
Quoi ! eſt-ce que cela parle?
LA MERE .
Oui , cela crie au dedans de nous ,
nous met mal à notre aiſe , quand nous
avons fait une faute même ignorée , &
cela nous fait rougir des louanges qu'on
nous donne quand nous ne les méritons
pas.
EMILIE,
Et quand nous les méritons, qu'est- ce
qu'elle dit , la confcience ?
LA
MAI. 1775 . 129
LA MERE.
Elle nous rend la louange agréable.
EMILIE.
Je l'ai entendue quelquefois , je crois ;
mais je ne ſavais pas ce que c'était.
LA MERE.
Vous ne fauriez trop l'écouter , nitrop
chercher à entendre ce qu'elle vous dit.
C'eſt un guide fûr. C'eſt un ami que
nous avons toujours en nous , & qu'on
ne faurait trop ménager . Il faut vous accoutumer
à queſtionner cet ami en vousmeme
pluſieurs fois le jour.
EMILI E.
C'eſt drôle quelque choſe qui parle
comme cela, tout bas en nous mémes. Je
vous promets , maman , que je lui parlerai
tous les jours. Je lui dirai : ma
confcience , êtes - vous contente ?
* Il ya du charme dans cette naïveté
enfantine En général ces dialogues font
agréables à lire ; mais ils doivent avoir
un intérêt particulier pour les perſonnes
I
130 MERCURE DE FRANCE.
qui ont des enfans à élever. Jene connais
point pour cet âge de meilleur cours de
morale. Ce livre ne peut être l'ouvrage
que d'une excellente mere & d'une femme
qui , née avec un eſprit juſte & une
ame ſenſible , a voulu consacrer l'un &
l'autre à l'éducation d'un enfant.
Les Etrennes de Santé , ou l'art de ſe bien
porter, contenant des préceptes pour
apprendre les chofes qui donnent la
vie la plus longue & exempte de maladies
, avec différens préſervatifs . Par
M. de C*** , D. M. P. A Epidaure ;
& ſe trouve à Paris chez Cailleau ,
Imprimeur Libraire , in-24 de 96 pag.
Prix 12 f.
Ces Etrennes font diviſées en trois
parties; les deux premieres ſont confacrées
à l'hygiene, ou la maniere de ſe
conſerver enſanté. L'éducation phyſique
des enfans y tient un rang diftingué . La
troiſieme partie contient : 10. differens remedes
; 20. les cas qui demandent un
prompt ſecours. 30. Des moyens préſervatifs
de nombre de maux ; entre autres
on y trouve le préſervatif de M. de CéMAI,
1775. 131
zan , D. M. P. contre le mal vénérien.
40. Le dépôt à Paris des eaux minérales ,
& leur prix. 50. Les ſecours gratuits , tels
que ceux pour les noyés , &c. 60. Enfin
les adreſſes où l'on trouve différentes
choſes utiles à la ſanté , telles que celle
du ſieur Jacquet , rue de Vaugirard , qui
vend la préparation antimoniale , approu
vée par la Faculté ; celle de M. Martin ,
Apothicaire , rue & vis-à-vis la Croix
des Petits -Champs , qui vend le chocolat
anti-vénérien de M. le Febure , D. M. P.
& de pluſieurs Académies , &c. Le tout
terminé par des traits anecdotiques auffi
curieux qu'amuſans.
Annales du regne de Marie- Therese ,
Impératrice Douariere , Reine de
- Hongrie & de Bohême , Archiducheſſe
-d'Autriche , &c. &c. &c. dédiées à la
Reine par M. Fromageot , Prieur-
Commendataire , Seigneur de Goudargues
, Uſſel , &c. AParis , chez l'Auteur
, rue Saint - Denis , vis - à - vis le
Saint- Sépulchre ; Prault fils , Libraire,
& Lacombe , Libraire. Cet Ouvrage
eſt in- 4. & in- 8 , avec pluſieurs planches
très-bien gravées: le prix de l'in
12
132 MERCURE DE FRANCE.
4. broché eſt de 12 liv. & de l'in - 8.
6 liv .
Les annales du regne de Marie Théreſe
ſont celles de toutes les vertus , de
la grandeur d'ame & de la bienfaiſance .
Cette Impératrice Reine gouverne , depuis
trente quatre ans , une des plus
grandes parties de l'Europe & n'a point ,
comme Titus , perdu un jour ; elle les
à tous conſacrés au bonheur des différens .
peuples qui lui obéiſſent.
Lorſqu'en 1741 , preſque toutes les
puiſſances de l'Europe , liguées contre la
Maiſon d'Autriche , menaçoient Vienne ,
Marie Thereſe ſortit de ſa Capitale , emmenant
avec elle l'Archiduc , aujourd'hui
l'Empereur ; elle alla en Hongrie ; elle
parut devant les Ordres de l'Etat , tenant
entre ſes bras un fils âgé de quelques
mois , & leur adreſſa , en Latin , ces paroles
touchantes : „ Abandonnée de mes
„ amis , perſécutée par mes ennemis , attaquée
par mes plus proches parens , je
n'ai de reſſources que dans votre fide.
„ lité , dans votre courage & dans ma
conſtance ; je remets en vos mains la
fille & le fils de vos Rois , qui attendent
de vous leur falut". A peine lui
"
"
n
MAI. 1775. 133
donne-t-on le temps de finir ce diſcours
énergique. Les Hongrois , tranſportés de
l'enthousiasme qu'elle avoit fait naître ,
tirent leurs fabres & s'écrient , d'une voix
unanime : Mourons tous pour notre Roi
Marie- Therese . Les Hongrois exécuterent
ce qu'ils avoient promis. Des armées ,
forties de la Hongrie , de la Croatie , de
- l'Esclavonie , & pluſieurs grandes alliances
terminerent cette guerre. Dès que
Marie - Thereſe n'eut plus d'ennemis à
combattre , elle ne vit plus que des ſujets
à rendre heureux ; elle employa à ce
grand objet tous les moyens qui font
, entre les mains des Souverains. On vit
cette Souveraine , toujours à la tête de
fon Confeil , guider elle-même les vues
de fes Miniftres ; on la vit veiller également
aux besoins des particuliers & à
la conduite générale des affaires ; on la
vit quitter , de temps en temps , fa Capitale
, & viſiter tantôt une partie de fes
Etats , tantôt une autre , pour y verſer
elle-meme , ſur ſes ſujets , les graces &
les récompenfes , on la vit faire la revue
de fes armées , & préſider aux exercices
militaires ; enfin on fait avec quels foins
elle dirigeoit l'éducation de ſes auguſtes
, enfans. Elle s'affranchitde cette étiquette
13
134 MERCURE DE FRANCE.
qui gênoit ſon affabilité. Elle admit , deux
fois par ſemaine , à ſa table , vingt quatre
perſonnes des principaux Seigneurs , &
quelques - unes des Dames les plus qualifiées
. Jamais l'Impératrice ne refuſa d'audience
, & jamais on n'en fortit mecon.
tent d'elle . Elle établit un Ordre Mili.
taire , auquel elle donna fon nom , &
qui devint la récompenſe des généreux
défenſeurs de l'Etat. L'Empereur & l'Im .
pératrice , apprenant la victoire du Géné
ral Daun , contre les Prufſiens , allerent
chez la Maréchale lui en donner la nouvelle
& s'en féliciter avec elle. Quel
exemple d'humanité , de bienfaiſance &
de bonté , cette auguſte Souveraine ne
donna-t- elle point , lorſqu'étant à Laxembourg
, elle y reçut un meſſager de la part
d'une femme âgée de cent huit ans , qui ,
pendant pluſieurs années , n'avoit pas
manqué de ſe préſenter le jour du Jeudi-
Saint, pour être du nombre de ces pauvres
auxquels Sa Majesté Impériale &
Royale lavoit les pieds! Depuis deux
ans, ſes infirmités l'avoient empêchée de
ſe rendre au Palais; elle fit dire à l'Impératrice
qu'elle avoit le plus vif regret
de n'avoir pu ſe trouver à cette pieuſe
cérémonie , non à cauſe de l'honneur
MAI. 1775. 135
qu'elle auroit reçu , mais parce qu'elle
avoit été privée du bonheur de voir une
- Souveraine adorée. L'Impératrice Reine ,
touchée du meſſage & des ſentimens
de cette bonne femme , ſe rendit dans
le Village qu'elle habitoit ; elle ne dédaigna
pas d'entrer dans une miférable
cabane; elle la trouva ſur un grabat , où
la retenoient ſes infirmités , compagnes
inſéparables de l'âge . Vous regrettez de ne
m'avoir point que , lui dit , avec bonté ,
cette généreuſe Princeſſe ; confolez vous ,
ma bonne , je viens vous voir. Elle l'entretint
pendant long temps , & lui laiſſa
une ſomme d'argent néceſſaire pour lui
procurer les fecours dont elle avoit be.
- foin.
Cette Hiſtoire eſt écrite avec chaleur
& avec intérêt : l'Auteur l'a enrichie des
traits de bienfaiſance & d'humanité de
l'Empereur , & de la Reine de France ,
qui font le plus bel éloge de leur auguſte
mere , & qui , à ſon exemple ,
feront le bonheur & l'admiration de
leurs peuples.
Le Médecin interprête de la nature , ou
recueil de pronoſtics ſur le caractere
des maladies , leur guérison , leurs mé-
14
136 MERCURE DE FRANCE.
taſtaſes & leurs fuites funeftes ; trad.
du Latin de M. le Docteur L. Geoffroy
Klein , Confeiller - Médecin & Phyſicien
, à Erbac ; par M. J. F. A. ,
Docteur en Médecine , de la Faculté
de Montpellier. 2 vol. in - 12.; prix
broché , 4 liv . 4 f.: à Paris , chez Mufier
fils , Libraire.
1
Diſons , d'après le témoignage de M.
le Baron de Haller, que ce Livre,
quoique peu volumineux , renferme des
choſes de la plus grande importance. M.
Klein a puiſé dans les Ouvrages des
meilleurs Ecrivains , tant anciens que
modernes , depuis Hippocrate & Gallien ,
juſqu'aux Auteurs de nos jours ; il a
extrait , de cette multitude d'écrits , un
petit nombre de ſentences qui renferment
, en peu de mots , tout ce qui
concerne l'hiſtoire des maladies , leurs
ſignes & leurs pronoſtics. Les Médecins
praticiens y apprendront à connoître les
phénomenes d'un augure favorable &
ceux qui annoncent le danger. La petiteſſe
de ce volume a même ſon utilité.
Le Médecin pourra le porter partout
commodément , & le conſulter juſqu'auΜΑΙ
1775. 137
près du lit du malade. Un praticien bien
occupé peut aisément ſe paſſer de ces Ouvrages
volumineux , auxquels on trouve
une vaſte érudition , de ſavantes difcuffions
hiſtoriques & des hypothefes ingénieuſes
ſur tous les cas particuliers. M.
Klein n'a preſque choiſi que des phrases
ifolées , qui , ſemblables aux aphorifmes
d'Hippocrate , contiennent des corollaires
déduits d'un grand nombre de réfultats
d'accord entre eux. Il eſt d'autant
plus propre à un pareil travail , qu'il a
appris auprès des malades , à diftinguer
ce qui est vraiment important , de ce qui
n'eſt que ſavant . C'eſt principalement en
faveur des jeunes Médecins que cet Ouvrage
a été compofé. On ne fauroit trop
leur en recommander la lecture. Elle ne
- fera cependant pas tout-à-fait inutile aux
praticiens les plus exercés ; elle leur épargnera
bien de la peine , & ils n'y trouveront
rien à rejeter.
On trouve , chez le même Libraire :
Entretiens Philofophiques & critiques , fur
pluſieurs points de morale & d'hiſtoire
, concernant les principes de la Phi-
☑ loſophie moderne , dans les matieres
I5
138 MERCURE DE FRANCE.
de Religion & de critique ; par M.
M. P. P. C. 2 parties en I vol. in 12.
broché , 2 liv. 8 f.
On réfute , dans ces entretiens , tout
ce que les libertins & les incrédules ſe
permettent journellement de dire & d'é .
crire contre la Religion. Les Chrétiens
inſtruits y retrouveront leurs principes.
Ceux qui ne font pas à portée de puiſer
dans des fources plus étendues , y prendront
du moins des notions ſures , &
ſentiront l'avantage de la vérité & d'une
ſaine logique , ſur la fauſſeté & la fubtilité
du bel - efprit.
La Religion eſt ſi intéreſſante , que
l'homme raisonnable doit chercher , avec
empreſſement , tout ce qui peut éclaircir
ſa divine origine , & diſſiper les nuages
que l'orgueil , l'ignorance & le libertinage
du coeur & de l'eſprit , veulent répandre.
On a beau s'étourdir , on peut
parvenir malheureuſement à éluder , dans
la chaleur des paſſions , la crainte & les
remords : mais on ne peut ni reculer , ni
changer le terme fatal ; & l'évidence ,
dont l'incrédule veut bien ſe flatter , eſt
tout au plus celle de l'aveugle , qui nie
tous les phénomenes lumineux qu'il ne
peut ni voir , ni comprendre. La forme
MAI. 1775. 139
de dialogue , que l'Auteur a choiſie , lui
a facilité les moyens de faire faire les
queſtions , dans le ſtyle meme qu'elles
ont été publiées , & de les réfuter par
des réponſes vraies ſages & folides. Cet
Ouvragepeut fervir infiniment auxEccléſiaſtiques
qui ſe deſtinent au miniftere
de la parole , & aux perſonnes qui font
-chargées de l'éducation.
Propositions avantageuses à l'Etat , Mé .
moire imprimé. Par M. de Forge ,
ancien Ecuyer de main du Roi. A Paris
chez les Libraires au Palais Royal &
ailleurs .
On propoſe l'exécution de l'Ordon.
nance de 1773 , & de former en confé-
- quence une Compagnie pour faire ſigner
& parapher à chaque feuille par l'un des
Confuls , dans les Villes où il y a Jurifdiction
Confulaire; & dans les autres ,
par le Maire , où l'un des Echevins , ou
par telles autres perſonnes commiſes par
la Compagnie; les livres journaux des
Négocians , Marchands , Banquiers &
Agens de change , avec le droit qui fera
perçu d'un fol par page. Le produit de
. cette taxe , eſtimée aux environs d'un
million quatre cents vingt mille livres
140 MERCURE DE FRANCE .
par an, eſt demandé pour vingt ans , au
moyen dequoi la Compagnie ſe charge :
1º. De tenir la main à l'exécution de
l'Ordonnance du commerce , qui peut
ſeule rétablir la confiance dans le Royaume.
2º . D'ouvrir le commerce du Nord
avec un nombre ſuffisant de vaiſſeaux ,
& d'y établir le commerce néceſſaire pour
le bien de ſa correfpondance .
3º. De défricher une partie des terres
incultes de la Guyanne , d'y envoyer un
nombre fuffifant de vaiſſeaux Négriers ,
ainſi que les cargaiſons , vivres & uſtenfiles
propres à faire fleurir cet établiſſement
, &c .
On juſtifie très bien cette perception
d'un droit ſur les livres journaux des
Commerçans , comme très propre à maintenir
la bonne foi , qui fait l'ame du
commerce , & à empêcher & prévenir
le délit des banqueroutes frauduleuſes.
On établit pareillement la facilité de
la perception de cette taxe , quiſe levera
fans inquifition & fans contrainte arbitraire
, & fuivant le voeu du Marchand ,
qui enverra fon regiſtre en blanc au Bureau
, le jour qu'il voudra.
On fait voir les grands avantages qui
ΜΑΙ. 1775- 141
réſulteront pour la France des établiſſemens
projetés .
Entin , on répond avec ſo'idité aux objections
qui ont été faites dans quelques
papiers publics contre la taxe & contre
les entrepriſes propofées.
Peut- être qu'avant de fonger à un
commerce du Nord , & à un défrichement
de terre à la Guyanne , pourroiton
propofer des objets plus importans
pour nous & plus prochains , comme des
défrichemens dans l'intérieur du Royaume
, des défléchemens de marais , des
cultures de landes abandonnées , des che .
mins de traverſes , des canaux de communication
de Province à Province , &c.
Précis d'un projet d'opération de finance
par forme de lotteric ; par M. de la Fontaine
, ancien Officier au Régiment
des Gardes Suiffes. Prix 12 f.
On doit , dit l'Auteur , dans une opération
de finance de cette eſpece , chercher
à remplir deux objets ; le premier
eft de préfenter aux intéreſſés un tableau
qui les flatte , & qui leur offre aſſez
d'avantages pour les engager à y placer
⚫ leurs fonds.
142 MERCURE DE FRANCE.
Le ſecond eſt de procurer un bénéfice
réel au Gouvernement , qui met en uſa
ge un tel moyen .
C'eſt ce qu'on s'eſt proposé dans ce
plan , & ce qu'on prétend démontrer . trer.
Nous renvoyons à l'Ouvrage ceux qui
font curieux d'examiner les opérations
de cette Lotterie de trois cents mille bil.
lets , à fix cents livres chacun , faiſant
un fond de quatre-vingt millions.
Prospectus.
La Gazette connue , depuis 1733 , fous
le titre de Courrier d'Avignon , & fufpendue
par la réunion de cette Ville à
la Couronne de France , va reprendre un
nouveau cours. Les deux Puiſſances ,
dont l'une gouverne & l'autre protege
cepays , favoriſent également cette Feuille
périodique. Avignon & le Comtat
font rendus à leur ancien Maître ; & la
France , qui les remplit de ſes bienfaits ,
& les environne de ſa puiſſance , n'y
veut rien que de juſte , rien qui bleffe
les droits des habitans , nagueres fes
Sujets , aujourd'hui ſes Régnicoles. Ces
droits , & l'ancienne poſſetion de la Gazette
intitulée Courrier d'Avignon , avoient
ΜΑΙ. 1775. 143
été ménagés & reſpectés , pour ainſi dire ,
dans le Privilege accordé pour la Feuille
- de Monaco , & dans les conventions faites
à ce ſujet. Cette Gazette , y est - il dit ,
Substituée à celle d'Avignon , qui a été
Supprimée , pourra , tant que durera cette
Suppreſſion , être introduite dans le Royaume.
Cette ſuppreſſion a été révoquée , &
le temps n'eſt pas loin où le Courrier
d'Avignon reverra la lumiere. Nous fixons
cette époque au Mardi , 4 du mois de
Juillet prochain . Avancer ce terme , c'eût
été manquer d'égards pour le Privilégié
& pour les Souſcripteurs de la Gazettede
Monaco : nous n'avons pas voulu troubler
leur jouiſſance au milieu d'un fémeſtre.
Ce ſeroit peut - être ici l'occaſion de
rappeler ou d'apprendre au Lecteur com
bien notre Gazette a eu de vogue , dans
tous les temps. Où eſt celle qui pourroit
ſe vanter d'un pareil débit ? Cet avantage
eſt dû au bonheur de la poſition où
ſe trouve la ville d'Avignon ; à ſon voifinage
de Marseille , de l'Italie & du
Levant, à ſa correſpondance intime avec
la Cour de Rome ; & dans le cas où
ces lieux feroient le théâtre d'événemens
remarquables , quelle eſt la Gazette qui
144 MERCURE DE FRANCE .
pourroit ſe flatter de donner des nouvelles
auſſi fraîches , auſſi ſures , auſſi multipliées
?
Il n'y a point de guerre au delà des
Alpes ; il n'y en a point en Europe , dans
cet heureux moment ; & nous faiſons ,
avec tous les amis de l'humanité , les
voeux les plus finceres , pour que le ciel
détourne ce fléau redoutable. Eh ! qu'avons
- nous beſoin de ſieges & de batailles
? Loin de manquer de matériaux pour
notre Feuille , nous ferons embarraffés
du choix. Les négociations , les traites &
les alliances entre les Cours , les révolu .
tions intérieures , les viciſſitudes de l'adminiſtration
, la variation des ſyſtemes
politiques , la diverſité des plans économiques
, les differens reſſorts qui meuvent
lamachine des Etats , les événemens
remarquables de la vie civile , les changemens
de ſcene ſi fréquens ſur le théâtre
du monde , la navigation & ſes courſes ,
le commerce & toutes ſes branches ,
l'agriculture floriſſante ſous un Roi dont
les jeunes mains ont conduit le foc , les
impôts & leur diminution , la finance
& fes reſſources , les arts & leurs chefsd'oeuvre
, les ſciences & leurs progrès ,
la littérature & fes nouveautés; voilà
la
MAI
145 1775-
la matiere féconde de notre Gazette.
Avec des correfpondances nombreuſes,
exactes , fûres & promptes ; avec l'intention
de ne jamais tromper , à moins que
nous ne ſoyons trompés les premiers ;
de ne nous expoſer jamais à rougir d'un
menfonge aux yeux du public , auquel
nous aurons quelquefois à demander grace
pour des erreurs & des mépriſes ; nous
nous flattons d'obtenir l'indulgence &
peut - être les fuffrages de nos Lecteurs.
Voilà ce que nous ofons nous promettre ,
tant nous ſommes fûrs de notre zêle &
de notre droiture ; également éloignés
d'une modeſtie affectée , qui n'eſt qu'un
rafinement d'orgueil , ou d'un mal adroit
charlataniſme , dont les promeſſes magnifiques
reſſemblent aux clameurs de la
montagne :
C'eſt promettre beaucoup ; mais qu'en fort - il
ſouvent ?
Du vent.
La Fontaine.
CONDITION S.
1. On foufcrit pour le Courrier d'Avignon
, à Avignon , chez Jean-Joſeph
K
146 MERCURE DE FRANCE.
Niel , ſeul Imprimeur de Sa Sainteté ,
rue de la Balance.
2º. Labonnement ſera de 12 liv. par
an , pour les perſonnes qui le prendront
chez l'Imprimeur , & de 18 liv. pour
celles à qui on l'enverra par la poſte ,
franc de port pour toute la France , &
juſqu'à ſes frontieres pour les pays étrangers.
3º. On pourra s'abonner dans tous les
temps , à fon choix , pour l'année entiere
, ou pour fix mois .
4°. On remettra l'argent , franc de
port , au Bureau de la poſte le plus près
du lieu où l'on voudra recevoir le Courrier
, & l'on adreſſera au même Imprimeur
la Lettre d'avis , où il y aura l'adreſſe
exacte de la perſonne qui voudra
s'abonner : cette Lettre ſera affranchie ,
ainſi que les avis qu'on voudra faire inférer
dans le Courrier , & qu'on aura foin
de faire parvenir avec la rétribution
d'uſage.
5°. Le Courrier contiendra 4 pages
d'impreſſion in-4. Il ſera imprimé avec
des caracteres & fur du papier conformes
au Prospectus.
6°. Il paroîtra deux fois par ſemaine ,
le Mardi & le Vendredi , ce qui rend
MAI. 147 1775.
notre Gazette beancoup moins chere &
bien plus intéreſſante que celles qui ne
font publiées qu'une fois par ſemaine
Gazete des Banquiers , des Marchands
des Négocians , par M. *** , Banquier.
Cette Gazette contiendra le Cours des
• Changes de toutes les Places de l'Europe ;
le prix courant de toutes les Marchandi-
-ſes , dans toutes les Villes de Commerce
de l'Europe ; le Cours des Marchandifes
dans toutes les Ifles Françoiſes & étran
geres ; le Cours du fret des Navires , &
- des aſſurances , l'arrivée & le départ des
Vaiſſeaux , dans toutes les Villes mari
times de l'Europe , avec une notice de
leur cargaison; le cours des matieres d'or
- & d'argent dans toutes les Places de l'Eu
rope ; le nom des principaux Manufac
turiers , avec une notice de leurs Ou
vrages ; le nom des principales Maiſons ,
& leur genre de commerce; le droit or
dinaire de commiffion des Banquiers ,
celui de l'achat & de la vente des marchandifes
; l'annonce & l'extrait de tous
les nouveaux Ouvrage relatifs au com
merce ; une notice des uſages du com-
- merce de l'Europe.
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
On parlera quelquefois de la combinaiſon
des Changes & de la maniere
la plus ſimple de les calculer.
On ſe permettra auſſi quelques réflexions
ſur les Jurisdictions Conſulaires ,
dans toutes les Villes de Commerce de
l'Europe , & fur les Jugemens intéreſſans
qui y feront rendus.
Il paroîtra une feuille de cette Gazette,
tous les huit jours. On a choiſi le Jeudi ,
pour pouvoir y inférer les Cours des
Changes qui arriveront le Mercredi , de
tout le Midi , & pour que la Gazette
foit diſtribuée dans tout le Nord , avant
que les Lettres de France , d'Eſpagne &
d'Italie y arrivent.
,
Ceux , qui voudront faire inférer
quelques articles dans cette Gazette
pourront les adreſſer , en affranchiſſant
les Lettres , à M. Ducrocq , rue & en
face du Carrouſel : c'eſt chez lui qu'on
en recevra les ſouſcriptions ; elles feront
de 24 liv. par an , franches de port pour
Paris & pour tout le Royaume.
On ſouſcrira auſſi chez les principaux
Libraires de toutes les Villes de commerce
de l'Europe.
MAI. 1775-
149
ANNONCE.
De la Connoiſſance de l'Homme , dans fon
être & dans ses rapports ; par M. l'Abbé
Joannet , de la Société Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Nancy.
Illi mors gravis incubat qui ignotus moritur fibi.
Sénec. Thyeſt . Act. II.
2 vol. grand in. 80. chacun d'environ
700 pages , avec des notes. Prix broc .
10 liv. A Paris , chez Lacombe , Libr.
Nous donnerons dans les Mercures
ſuivans des notices de cet Ouvrage , le
- plus profond peut - être qui ait été écrit
fur la connoiſſance de l'homme dans ſon
étre & dans ſes rapports.
Abrégé de Histoire Romaine de L. A.
Florus. Traduction nouvelle , avec des
notes ; par M. l'Abbé Paul , Profeſſeur
d'Eloquence au College d'Arles.
In brevi quafi tabella totam ejus ( Populi
K 3
150
MERCURE DE FRANCE .
Rom.) imaginem amplectitur Flor. lib. I,
in præm .
Vol. in - 12 rel. 3 liv. A Paris , chez
Barbou , Imprimeur - Libraire , rue &
vis - à - vis la grille des Mathurins.
M. l'Abbé Paul a pareillement traduit
Velleïus Paterculus , v. in- 12. & Juſtin ,
2. vol. in- 12 . qui ont paru depuis peu
chez le même Libraire Imprimeur.
Histoire du bas Empire , en commençant
à Conſtantin le Grand ; par M. le
Beau , Profeſſeur Emérite en l'Univerſité
de Paris , Profeſſeur d'Eloquence
au College Royal , Secrétaire ordinaire
de Monſeigneur le Duc d'Orléans
& ancien Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Inſcriptions &
Belles- Lettres. Tomes XVII & XVIII,
in- 12 . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
& veuve Defaint, rue du Foin .
Lorezzo , Anecdote Sicilienne , avec fig.
C'eſt la troiſieme du Tome IIIe des
Epreuves du Sentiment. Liebman &
Roſalie , deux autres Anecdotes . font
MAI.
1775. 151
fous preffe & completteront le volume.
A Paris chez Delalain , Libraire.
Histoire des Souverains Pontifes qui ont
fiégé dans Avignon. Vol. in-4º. A Avignon
, chez Jean Aubert , Imprimeur-
Libraire , & chez les principaux Libraires
de chaque Ville de France.
LE
ACADEMIES.
I.
E 25 d'Avril l'Académie des Infcriptions
& Belles - Lettres tint ſa ſéance publique
au Louvre.
Le prix concernant l'Hiſtoire de France
fut adjugé à M. Dumont , connu avantageuſement
par pluſieurs ouvrages.
Enfuite M. l'Abbé Bartelemi lut une
Differtation fur pluſieurs médailles du
Cabinet du Roi , fur lesquelles font repréſentés
les fignes du Zodiaque avec
les planetes.
M. de Guignes lut un Mémoire concernant
la Religion & la philofophie des
K 4
152
MERCURE DE FRANCE.
Chinois , dans lequel il eſſaie de prouver
que ces Peuples ont été inftruits &
policés par les Egyptiens .
1 M. l'Abbé Arnaud en lut un ſur la
proſe grecque.
Et M. le Beau termina la ſéance par
un Mémoire ſur la légion. C'eſt une
ſuite de ceux qu'il a lus fur le même ſujet.
Celui - ci a pour objet la paie du
Soldat Romain.
II.
Aſſemblée publique de l'Académie Royale
des Sciences , du 26 Avril 1775.
M. de Fouchi a annoncé la publication
des Arts ſuivans , approuvés par l'Académie
, ſavoir :
L'Ebénisterie , par M. Roubaut fils ,
Menuifier.
L'Art du Treillageur , par le même.
L'Art du Diſtillateur- Liquoriſte , par
M. de Machy...
L'Art du Savonier, par M. Duhamel.
L'Art de l'Amidonier par le même.
M. de Fouchi lut enſuite l'Eloge de
M. Queſnay , premier Médecin ordinaire
du Roi , homme célebre par fon
/
MAI.
1775. 153
ſavoir , par ſes écrits & par ſes principes
économiques.
Les Mémoires lus dans cette Aſſemblée
ſont 10. des Recherches ſur les cauſes
de la mort certaine & de la mort ap .
parente des noyés , par M. Tenon.
2º. Mémoire ſur la nature du principe
qui ſe combine avec les métaux pendant
la calcination , & qui en augmente
le poids. M. Lavoisier prouve dans ce
- Mémoire , par des expériences auffi ingénieuſes
que déciſives , que la ſubſtance
qui ſe joint aux métaux pendant leur calcination
, & qui augmente conſidérablement
le poids de leurs chaux , n'eſt autre
choſe que de l'air pur , & même d'un
air beaucoup plus pur que celui de l'athmoſphere
; car M. Lavoiſier a conſtaté
par des épreuves certaines , que les animaux
peuvent vivre plus long - temps
dans cet air des chaux métalliques , &
que la flamme des corps allumés y devient
plus grande , plus lumineuſe , &
ſubſiſte plus long - temps que dans l'air
que nous reſpirons.
3º. Obfervations faites aux Indes fur
l'inclinaiſon de l'aiguille aimantée par
M. le Gentil.
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
Prix proposé par l'Académie Royale des
Sciences , pour l'année 1777 .
L'Académie avoit propoſé pour le ſujet
du prix de l'année 1775 , la queſtion
fuivante : Quelle est la meilleure maniere
de fabriquer les aiguilles aimantées , de les
Juspendre , de s'affurer qu'elles font dans
le vrai méridien magnétique ; enfin de rendre
raison de leurs variations diurnes régulieres?
Quelques - unes des pieces qui ont concouru
, ont paru contenir des vues ingénieuſes
& utiles même à certains égards ,
on a fur-tout diftingué la piece nº. 2 , qui
a pour deviſe.
Etiam non affecutis voluiſſe , abundè pulchrum atque
magnificum est ,
& qui ſuppoſe beaucoup de connoiſſances
, de travail & d'obſervations : mais
l'Académie auroit deſiré plus d'exactitude
& de préciſion dans les recherches , ſoit
expérimentales , foit purement théoriques
que cet ouvrage renferme ; & , en
général , aucun des Auteurs n'a fuffifamment
rempli les différens objets énoncés
dans le programme.
MAI
1775. 155
En conféquence l'Académie propoſe
de nouveau le même ſujet , pour l'année
1777-
Le prix ſera double , c'est-à-dire de
4000 liv .
Les Savans & les Artiſtes de toutes les
Nations font invités à travailler fur ce
fujet , & même les Aſſociés Etrangers de
l'Académie , Elle s'eſt fait la loi d'exclure
les Académiciens régnicoles de prétendre
aux prix.
Les Auteurs qui ont déjà concouru ,
peuvent envoyer de nouvelles pieces , ou
des ſupplémens à celles que l'Académie a
reçues .
Ceux qui compoſeront font invités à
écrire en françois ou en latin , mais fans
aucune obligation. Ils pourront écrire en
telle langue qu'ils voudront , & l'Académie
fera traduire leurs ouvrages.
On les prie que leurs écrits ſoient fort
liſibles , fur- tout quand il y aura des calculs
d'algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs
- ouvrages , mais ſeulement une ſentence
ou deviſe. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur écrit un billet ſéparé &
cacheté par eux , où feront , avec cette
-même ſentence , leur nom , leurs qualités
156 MERCURE DE FRANCE.
leur adreſſe ; & ce billet ne ſera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la piece
ait remporté le prix.
au
Ceux qui travailleront pour le prix ,
adreſſeront leurs ouvrages à Paris ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , ou
les lui feront remettre entre les mains.
Dans ce ſecond cas le Secrétaire en donnera
en même temps à celui qui les lui
aura remis , fon récépiſſé ou ſera marquée
la ſentence de l'ouvrage & fon numéro
, felon l'ordre ou le temps dans
lequel il aura été reçu.
Les ouvrages ne feront reçus que jusqu'au
rer Septembre 1776 , excluſivement.
L'Académie , à ſon aſſemblée publique
d'aprés Pâques 1777, proclamera la
piece qui aura mérité ce prix.
S'il y a un récépiſſé du Secrétaire pour
la piece qui aura remporté le prix , le
Tréſorier de l'Académie délivrera la ſomme
du prix à celui qui lui rapportera ce
récépiſſé. Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de récépiſſé du Secrétaire
, le Tréſorier ne délivrera le prix
qu'à l'Auteur même , qui ſe fera connoître
ou au porteur d'une procuration
de ſa part.
MAI . 157 1775.
- Prix extraordinaire ſur l'Art de la
Teinture. Le ſujet eſt l'analyſe de l'indigo
; prix de 1200 livres pour Pâques
1777.
III.
Le 27 Avril l'Académie Françoiſe tint
une ſéance publique pour la réception de
M. de Chaſtellux , à la place de feu M.
de Châteaubrun .
Le nouvel Académicien prononça un
beau Difcours , plein de raiſon & de
philofophie , dans lequel il examina les
-ſignes& les cauſes du goût dans la Littérature.
Il honora la mémoire de fon Prédéceſſeur
,& fit le juſte éloge des illuſtres
Protecteurs de l'Académie & des plus
célebres Académiciens.
M. le Comte de Buffon , Directeur ,
répondit avec éloquence à ce diſcours ;
il fit quelques obſervations ſur les éloges
, releva l'éclat des titres littéraires du
I nouvel Académicien , répandit des fleurs
fur la tombe de M. de Châteaubrun , &
paya le tribut de juttice & d'éloges dû au
jeune Monarque qui fait le bonheur de
fes Peuples. Nous rendrons un compte
۱۰ plus détaillé de ces Diſcours, lorſqu'ils
. feront imprimés.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. d'Alembert , Secrétaire perpétuel
de l'Académie , a fini la féance par la
lecture de l'Eloge de la Motte Houdart ,
dont il a parfaitement caractérisé l'eſprit ,
les talens & les ouvrages. Cet Eloge ,
plein de ſaillies , de traits lumineux , &
de vues fines & délicates , avec un pas
rallele brillant entre cet Auteur & Fon
tenelle , ſon ami, fit la plus vive fenfa
tion & le plus grand plaifir.
I V.
COPENHAGUE.
Le 1o Février 1775 , la Société des
Sciences à Copenhague fut aſſemblée pour
examiner les écrits adreſſés à ladite Société
, ſur les ſujets propoſés pour l'année
paſſée.
Le prix d'Hiſtoire fut adjugé à une
Diſſertation fur la ſituation de Jomsborg
, avec cette deviſe : Tempus edax
rerum , tuque invidioſa vetuftas omnia destruitis
, cette piece étant écrite avec beaucoup
de foin & d'érudition : mais comme
l'Auteur n'a point aſſez conſulté les anciens
Ecrivains , dont divers paſſages ,
rapprochés & comparés enfemble , au4
159
MAI.
1775.
roient pu fervir à la ſolution de la question
propofée , la Société ne fauroit a.
dopter l'hypotheſe foutenue dans ce Mé .
Thoire. L'on ne manquera pas de publier
le nom de l'Auteur , dès qu'il voudra le
faire connoître à la Société.
N'ayant reçu aucun Mémoire fatisfai-
Tant ſur les ſujets mathématiques & phyfiques
, la Société trouve bon de continuer
pour l'année prochaine les problêmes
ſuivans :
EN MATHÉMATIQUES .
quæ
Invenire machinam , aut mechanicum
quoddam artificium , cujus ope lacus , stagna
, aliaque id genus aquilegia , commode ,
& fine magno pretio repurgari , & à limo ,
immunditie , fructibusque aquaticis ,
fundum elevant , interitumque lacuum accelerant
liberari poffint ; co imprimis cafu , ubi
effluxus aquarum ad exficcandas & effodendas
ejufmodi aquarum collectiones nimis
Starent impenfis aliaque circumftantia aquas
dulces urbi neceffarias interea perdi , & inutiliter
defluere haud permittunt.
EN PHYSIQUE.
1
Analyſin metallorum in partes conflitutivas
fecundum follicitè inftituta experimenta
tradere.
160 MERCURE DE FRANCE.
Outre ces deux problêmes , il fut ré
folu , dans la même afſſemblée, de propofer
pour cette année les ſujets fuivans
:
' EN MATHÉMATIQUES.
Incurvationem baſis carinæ aquæ diutius
innatantis facili modo , ad calculum revocare
, & demonstrare quænam ſtructura navi
huic vitio præ aliis fit obnoxia ?
EN PHYSIQUE.
Experientid docente , oculus hominis fanus
objecta viſa coloribus peregrinis à diver-
Sa refrangibilitate ortis , non inquinat quamdiu
pupilla integra radios excipit ; hac ver
ad dimidium tecta , objecta viſa omnind coloribus
peregrinis cinguntur. Defideratur itaque
ratio hujus phænomeni , & disquisitio , numnè
ad normam oculi , nova ſpecies vitrorum
objectivorum achromaticorum componi
queat ?
:
EN HISTOIRE .
Requiritur historia juris in homines.
proprios
MAI. 1775.
-proprios glebæ additos quod in Dania vi.
guit , ab origine hujus juris ufque ad ejus
abrogationem
Les Savans , tant Etrangers que Danois
, excepté les Membres de la Société
font invités à concourir pour les prix , &
voudront bien écrire leur Mémoire en
danois , latin , françois où allemand ; les
Ouvrages compoſés en d'autres langues
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à celui
qui , à fon jugement, aura le mieux traité
chaque ſujet , conſiſte en une médaille
d'or de la valeur de roo écus (rixdaler) ,
argent de Dannemark.
Les Concurrens adreſſeront leurs Mémoires
, écrits d'un caractere liſible , &
francs de ports , à M. de Hielmeſtierne ,
Chevalier de l'Ordre de Dannebrogue &
Conſeiller des Conférences du Roi , Secrétaire
de la Société. Aucun écrit ne
fera reçu au Concours , paſſé le dernier
Mars de l'année 1776 .
La diſtribution des prix ſe fera vers
la fin du mois d'Avril 1776 , & le jugeiment
de la Société ſera publié incontinent
après.
Les Auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront une deviſe à la tête
L
162 MERCURE DE FRANCE .
ou à la fin du Mémoire , & y joindront
un billet cacheté qui contiendra la mêmedeviſe
, avec leur nom & le lieu de leur
réſidence.
Ceux qui ſouhaiteront que leurs Ouvrages
, qui ont concouru pour les prix
de l'année 1774 , leur foient rendus ,
ſont priés de s'adreſſer , pour cet effet
à M. de Helmeſtierne , avant la fin de
l'année courante.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LES
1
,
و
ES Concerts donnés aux Tuileries
pendant la vacance des Spectacles , ont
attiré un grand concours d'Amateurs ,
empreſſés d'applaudir à l'excellent choix
de muſique donné par les Directeurs , à la
parfaite exécution de l'orcheſtre , & aux
talens ſupérieurs des voix & des inftrumens.
On a exécuté dans ces Concerts
pluſieurs beaux motets, tels que l'Offertoire
de la Meſſe des Morts , morceaux pa .
thétique de M. Goffec ; le fameux Stabat
de Pergoleſe ; le De profundis , compo.
MAI.
163 1775.
fition ſavante & d'un grand effet , de M.
Langlé ; Cantate ; fuperbe motet à grand
choeur du même Maître ; Confitebor ,
motet de M. l'Abbé Roze , Maître de
Muſique des Saints Innocens , qui a montré
dans cette compoſition le goût de la
muſique en même temps agréable & expreſſive.
L'oratoire d'Esther & le motet
à trois voix de M. Mereaux ont paru
d'une mélodie élégante & d'une harmonie
pittoreſque. M. Cambini , célebre
Compoſiteur , a reçu les plus juſtes ap
plaudiſſemens , pour ſes belles ſymphonies
, pour fon Miferere , motet à grand
choeur ; pour ſes oratoires françois , Joad
& le Sacrifice d'Isaac , tous morceaux qui
annoncent un génie heureux & facile. On
revoit & l'on entend toujours avec plaifir
les belles ſymphonies de M. Goſſec ,
& celles de M. Davaux & de M. Diters.
Les voix récitantes dans ces Concerts
-font Mesdames Larrivée , Charpentier ,
Duchâteau ; MM. Legros , Guichard ,
Borel , Beauvalet , Roier & d'autres ,
dont le Public a admiré l'organe & l'expreſſion.
Les inſtrumens qui ſe ſont dis.
tingués dans les ſymphonies concertantes
font MM. Bertheaume , Guénin , Laurent
, le Jeune , Guerin , Le duc le jeune ,
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
excellens violons ; M. Monin , ſur la
quinte ; M. Petit , ſurile baſſon. M. Baer
a exécuté avec un talent ſupérieur plufieurs
excellens morceaux de clarinette.
M. Schon a fait entendre un concerto de
cor de chaſſe , dont il joue d'une maniere
très diſtinguée. On a auſſi beaucoup
applaudi au jeu brillant & expreffif de
M. Duport le jeune , fur le violoncelle.
M. Lebrun , premier hautbois de S. A.
S. l'Electeur Palatin , a joué pluſieurs
concerto , & toujours avec le même ſuecès
& un talent prodigieux , qui ne laiſſe
rien à déſirer; il a trouvé l'art d'adoucir
& d'animer le hautbois , de lui donner
plus d'étendue dans les tons ſupérieurs ,
de varier ſon jeu , & de le rendre toujours
auſſi flatteur qu'il eſt admirable.
Deux rivaux pour le violon , dignes de
s'eſtimer l'un l'autre , ont paru dans
la lice des talens , M. Jarnovick , célebre
par le beau fini , par l'élégance
& par l'expreffion de ſon jeu ; M.
Lamotte , jeune virtuoſe , qui met dans
fon exécution beaucoup de feu , de variété
& de hardieſſe , ont joué alternativement
des concerto , & ſe ſont enſuite
réunis dans le même Concert , où ils ont
-développé leurs talens & toutes les resMAI.
1775. 165
→
ſources de leur art. Ils ont été l'un &
- l'autre applaudis avec tranſports ; & , réciproquement
vainqueurs & vaincus , ils
ont partagé l'admiration ſans l'affoiblir.
1
OPERA.
ACADÉMIE royale de Muſique a fait
- l'ouverture de ſon Théâtre par Orphée &
Euridice , Drame héroïque en trois actes ,
en attendant Céphale & Procris , Tragédie
lyrique en trois actes , paroles de M.
de Marmontel , muſique de M. Grétry ,
dont la premiere repréſentation eſt annoncée
pour le Mardi 2 Mai. L'Académie
continue , pour les repréſentations
des Jeudis , l'Acte Turc , Hilas & Eglé
& la Provençale.
COMÉDIE FRANÇOISE ...
LESES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné pour l'ouverture de leur
Théâtre , la quatorzieme repréſentation
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
d'Adélaïde de Hongrie , Tragédie nouvel
le de M. Dorat ( 1 ) .
Le compliment d'uſage a été débité
par M. Déſeſſart , dernier Acteur reçu,
Il a été jugé d'une préciſion élégante.
Μ. Larrive , Acteur qui a déjà paru
fur ce Théâtre avec ſuccès , doit y débuter
de nouveau dans le Tragique &
dans le haut Comique, Il jouera le Mercredi
3 Mai le rôle d'Oedipe.
COMÉDIE ITALIENNE.
ΟN a donné , à l'ouverture , la fixieme
repréſentation des Femmes vengées , Co
médie nouvelle en un acte , mêlée d'ariettes
, paroles de M. Sedaine , muſique de
M. Philidor ( 2 ) .
( 1 ) Cette Tragédie eſt imprimée & ſe vend , prix
30 fols , chez Delalain , Libraire , rue de la Comédie
Françoife.
(2 ) Cette Comédie , eſt imprimée & ſe vend , avec
des airs notés & une eftampe néceſſaire pour l'intelligence
de la repréſentation , prix 30 f. à Paris chez Mufier
fils , Lib. rue du Foin. Nous avons rendu compte de
cette Piece dans le fecond volume d'Avril.
MAI. 1775. 167
Le compliment a été débité par M.
Michu , dernier Acteur reçu. Il a paru
un peu long , par la differtation qui lui
étoit étrangere , fur le nouveau genre
héroïque que M. de Rozoi prétend avoir
introduit par fon Drame lyrique de Henri
IV, & qu'il annonce dans un nouveau
Drame de la Réduction de Paris
On attend à ce Théâtre le début de
Mlle de Villeneuve , Actrice intéreſſante
, qui a joué avec ſuccès fur le Théâtre
de Strasbourg & fur celui de la Ville
de Versailles .
BIBLIOTHEQUE UNIVER .
SELLE DES ROMANS
Ouvrage périodique dans lequel on donnera
l'analyſe raiſonnée des Romans
anciens & modernes , François , ou
traduits dans notre Langue ; avec des
anecdotes & des notices hiſtoriques &
critiques , concernant les Auteurs ou
leurs Ouvrages , ainſi que les moeurs ,
les uſages du temps , les circonstances
particulieres & relatives , & les perſonnages
connus , déguisés ou emblé
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
matiques : à Paris , chez Lacombe ,
Libraire.
LESE
S Romans ont été les premiers Livres
de toutes les nations. Ils renferment les
plus fideles notions de leurs moeurs , de
leurs uſages , de leurs vices & de leurs
vertus. Ils font comme autant de tableaux
allégoriques qui préſentent la vérité voilée
, ou embellie par la fiction. Les Hordes
ſauvages , ainſi que les hommes policés
, ont leurs Romans: mais c'eſt chez
un peuple actif , noble & induſtrieux ,
qu'il faut chercher ces fruits heureux de
l'imagination ; c'eſt en France fur - tout
que les Romans deviennent intéreſſans
& utiles pour quiconque veut aller audelà
du but que la frivolité paroît s'être
propoſé. Ils renferment la branche la plus
ancienne , la plus étendue & la plus riche
de notre littérature. La lecture de quelques
Romans iſolés amuſe l'oiſiveté
trompe l'ennui , peut donner de fauſſes
idées & de plus faux ſentimens. Mais
cette même lecture , dirigée par la Philofophie
& embraſſant la généralité des
fictions , devient l'étude la plus fûre & la
plus fuivie de l'Hiſtoire la plus ſecrette
& la plus fidelle par les faits qu'elle
2
2
:
MA 1. 1775 169
raſſemble & les myſteres qu'elles dévoile.
C'eſt une chaîne d'un nouveau genre ,
dont il faut faiſir & fuivre la progreſſion :
elle lie tous les temps , & marque , pour
ainſi dire , les progrès de la Monarchie ,
par les progrès du génie & la peinture
des paffions.
Le Roman a cet avantage ſur l'Hiſtoire,
qu'il peint les moeurs en décrivant les
faits ; qu'il développe & nuance les caracteres
; & qu'il repréſente toute une nation,
dans le récit des aventures de quelques
citoyens. Or , toutes les particularités ,
répandues dans les Romans , forment le
véritable corps de l'Hiſtoire. Il ſeroit fans
doute impoffible , & même abſurde ,
de raſſembler tous les volumes que le
temps a accumulés: il ſuffit de les faire
connoître , en les analyſant ; d'en donner
l'ame , l'eſprit , & , pour ainſi dire ,
la miniature. C'eſt le plan que nous exé
cutons.
La difficulté étoit de retrouver tout ce
qui a été produit , dans ce genre , depuis
des fiecles ; & de raſſembler toutes les richeſſes
, foit nationales , foit étrangeres ,
que la traduction a naturaliſées parmi nous.
Cette difficulté a été levée par la générofité
d'un homme de qualité , qui poſſede
LS
170 MERCURE DE FRANCE.
la bibliotheque la plus complette dans
tous les genres ; qui a réuni un nombre
étonnant de manufcrits précieux ; & qui
a récueilli lui-même , par un travail peutêtre
inconcevable , depuis pluſieurs années
, une infinité d'anecdotes , de notes
hiſtoriques & critiques ſur les Auteurs ,
les ouvrages , & fur les objets qui leur
font relatifs . Il veut bien préſider à notre
p'an , en tracer lui-même le deſſein , &
procurer les matériaux néceſſaires pour
élever un des plus beaux monumens , &
le feul , en ce genre , dont la littérature
puiſſe ſe glorifier. La reconnoiſſance , ici ,
marqueroit un fentiment bien foible , fi
elle trouvoit une expreffion.
Il y avoit pluſieurs formes propres à
préſenter la collection que nous propofons:
ſavoir; 1°. l'ordre chronologique
des Romans , 2º. l'ordre ſyſtématique des
genres ; 3°. l'ordre alphabétique ; 4°. la
forme périodique. Les deux premieres
avoient un grand inconvénient. Il eût
fallu arrêter trop long-temps le lecteur
fur des productions d'une imagination
gothique ; ou le fatiguer par une ſuite
d'objets d'une même eſpece. La troiſieme
forme étoit trop aſſujettiſſante , fans procurer
aucun avantage. Nous avons préféré
la forme du journal , parce qu'elle
MA I. 1775 . 171
met le lecteur à portée de jouir promtement
& fucceſſivement d'un travail déjà
fait ; & d'acquérir , fans ſe fatiguer , les
richeſſes , auſſi variées qu'intéreſſantes ,
de l'imagination. Cependant , pour ne
rien perdre des avantages qui peuvent
réſulter de tous ces plans , nous ferons , à
la fin de chaque année , une table qui
contiendra la chronologie des Romans
analyſés & deux autres tables qui préfenteront
, dans un ordre méthodique &
alphabétique , les genres & les eſpeces,
Ce journal des Romans donnera , (comme
nous l'avons dit) , la miniature de chaque
Roman : le fond du tableau ſera relevé
par le piquant des anecdotes & par la lumiere
des recherches , de la critique &
des traits hiſtoriques. Nous tâcherons que
chaque volume de cette bibliotheque
foit d'une lecture diverſifiée , inſtructive
& amusante , en nous attachant à faire
contrafter les genres , les temps , & l'intérêt
des fictions dont nous rendrons
compte. On ſera bien étonné de voir
dans ce Journal , combien les Romans de
tout genre , ceux même de l'imagina
tion la plus folle , font hiſtoriques ;
combien ils intéreſſent la nation , par les
moeurs & par les perſonnes , combien de
fictions font des vérités. Cadit perfona ,
172 MERCURE DE FRANCE.
1
manet res : le maſque ôté , on reconnoîtra
le perſonnage , ou le fait , déguiſé ſous
le voile de l'allégorie ; & la fable deviendra
le meilleur commentaire de l'Histoire.
Nous aurons l'avantage de faire connoître
auffi beaucoup d'excellens Romans ,
qui ſont d'anciens manuscrits renfermés ,
comme des tréſors , dans l'immenſe bibliotheque
qui nous eſt ouverte , & de
'faire renaître beaucoup d'autres Romans ,
auxquels la rareté ou la vétuſté avoient
ravi les avantages de la publicité , en bornant
, à un très petit nombre , les exemplaires
en quelque forte myſtérieux , qu'on
ne peut que très difficilement trouver. Les
Romans trop connus ne feront point analyſés.
Notre travail, à leur égard, ſe bornera
à de ſimples notices , pour en expliquer
les circonstances , donner l'intelligence
du deſſein,& faire fentir leurs rapports
avec l'Hiſtoire. Cet expoſé ſuffit , ſans
doute , pour justifier les avantages de cette
entrepriſe , agréable à l'homme du monde
qui veut s'amuſer , utile à l'homme
de Lettres qui veut s'inſtruire , féconde
pour les Poëtes qui cherchentdes fictions
heureuſes propres au théâtre , néceſſaire
à l'Hiftorien & à l'Obfervateur des moeurs
MAI.
173 1775.
!
des temps & des uſages anciens & modernes
.
La Bibliotheque universelle des Romans
paroîtra périodiquement , le premier de
chaque mois , à commencer au premier
Juillet 1775. Le volume ſera de neuf
feuilles , au moins , d'impreſſion , caractere
de Cicero. On publiera ſeize volumes
par année ; ſavoir , outre les volumes
du mois , un autre volume , le 15 des
mois de Janvier , Avril , Juillet & Octobre.
Le prix des ſeize volumes
année , ſera de 24 liv. à Paris, & de 32
liv. en Province , rendus francs de port
aux abonnés. Chaque volume fera de
36 f. chez le Libraire , pour ceux qui
n'auront point ſouſcrit.
و
par
On pourra s'abonner, en tout temps ,
chez Lacombe , Libraire , à Paris , rue
Chriſtine ; au bureau des Journaux.
Meſſieurs les Souſcripteurs font priés
d'affranchir le port de leurs Lettres d'avis
& de leur argent.
174 MERCURE DE FRANCE.
VERS à Mademoiselle D. L. B*** , de
Versailles.
CERTAIN ERTAIN foir , qu'il étoit grande fête à Cithere ,
Et qu'on avoit chanté maint cantique à l'Amour ,
Quelques Dieux , à l'envi , s'empreſſant de lui plaire ,
Lui vantoient tour- à-tour ,
Les ſoins qu'ils prenoient tous pour embellir ſa Cour.
Je me donne , dit Terpſicore ,
Une rivale ; elle a mes divers mouvemens :
L'oeil l'admire d'abord , bientôt le coeur l'adore ,
Et ſes pas fur les ſiens attirent mille Amans .
Pour moi , réplique Hébé , je peux citer les charmes
D'un bijou de treize ans , embelli de mes traits ;
Son air naïf ajoute à ſes attraits :
Elle ſourit , & l'on lui rend les, armes .
Fils de Cypris , poursuivit Apollon ,
Tu fais que ta tendre harmonie
Apeuplé de tout temps les boſquets d'Idalie ?
Je m'occupe de toi , même ſur l'Hélicon :
Je m'y plais à former une jeune Mortelle
Dont la flexible voix
Rangera fous tes loix
Le coeur le plus rebelle :
Les accords que ſa harpe ou que ſon clavecin
Soupirent fous ſa main ,
Paroiffent s'échapper de ma lyre immortelle.
Bon ! s'écria l'Amour de plaifir tranſporté !
MAI.
175
1775.
Voyons ces trois merveilles .
Celle qui charmera nos yeux ou nos oreilles ,
Recevra de ma main un prix bien mérité.
Il dit , Mercure part ; l'ordre eſt exécuté.
Mimi ſeule paroft: chacun des Dieux en elle
Voit applaudir l'Emule à ſes leçons fidelle.
L'Amour lui fait préſent d'un trait toujours vainqueur ;
J'ai vu Mimi , le trait eſt dans mon coeur.
Par M. C***.
- A Monseigneur ie Maréchal DE DURAS .
1
Vous venez donc de recevoir
Des Guerriers le ſceptre héroïque ;
Vous allez de plus vous affeoir
Dans le fauteuil Académique :
Double gloire bien due à votre illuftre nom .
La palme de Mars , avec grace ,
Dans vos heureuſes mains s'enlace
Avec les lauriers d'Apollon;
Par Madame Bouret.
176 MERCURE DE FRANCE.
A Monsieur le Marquis DE VERAC.
P
OLITIQUE , guerrier , digne repréſentant
D'un jeune Roi qu'on idolatre ,
Caffel étoit pour vous un trop petit theatre ;
Allez où le Danois & le Nord vous attend.
Hélas ! nous gémirons de vous ſavoir abſent.
Avec un coeur tel que le vôtre ,
Et ce que votre eſprit a par-tout de pouvoir ,
D'un pays on n'eſt point l'eſpoir ,
Sans être le regret d'un autre.
Par la méme.
EPITRE du Prince de Beloſelsky , Ruffe,
à M. de Voltaire.
GRAND RAND Voltaire , de qui la gloire ,
Au ſein de l'immortalité ,
Ira , de mémoire en mémoire ,
Intéreſſer l'humanité ,
Servir de ſujet à l'Hiſtoire ,
De phare à la Poſtérité ;
Acceptez l'hommage fincere
Que vous offre un enfant du Nord,
Qui
1
MAI . 177 1775.
コ
Qui n'a de titre littéraire
Qu'un brûlant deſir de vous plaire :
Ou pardonnez lui ſon tranſport .
Etant ſi près de vous , Monfieur , pouvoit . il
réſiſter plus long - temps à l'impérieuſe démangeaiſon
de vous marquer fa reconnoiffance , pour
tant d'Ouvrages qui l'ont échauffé dans le pays
des frimats.
Mais quoique vous ſoyiez le pere
De ces chants ſi pleins d'agrément ,
Où le plaiſant & le ſévere ;
On le tour & le ſentiment
Diſputent à qui fait mieux plaire ;
Vous êtes bien peu conféquent ,
Sauf votre reſpect liminaire ,
D'avoir au bas mis votre nom :
Il falloit , fublime Voltaire ,
Il falloit figner Apollon .
Je me fuis mis au rang des rimeurs , comme
vous voyez , Monfieur , & dans une langue ,, fi
vous n'y aviez écrit , abſolument étrangere à moi,
mais tout cela moins par étude que par ſentiment;
je me fuis dit de bonne heure :
Comme un torrent impétueux
Le temps coule & ſe précipite :
Se plaire à le fixer eſt la gloire des Dienx ;
- Pour nous un moindre eſpoir doit conronner nos voeux ,
Apprenons à tromper ſa fuite ;
M
178 MERCURE DE FRANCE.
Par nous mêmes ſoyons heureux ;
Et , ſans porter envie au partage fuprême ,
Recueillons notre eſprit à l'aſpect de ce temps ;
Et loin de tout fade ſyſtème ,
Epluchons tous fes traits , goûtons tous ſes inftans.
Le plaifir le prolonge en dépit de lui - même.
LE PRINCE DE BELOSELSM
Réponse de M. de Voltaire.
AFerney, 27 Mars 1775.
MONSIEUR ,
Un Vieillard de quatre-vingt & un ans , accablé
de maladies cruelles , a ſenti quelques adouciſſemens
à ſes maux en recevant la Lettre charmante
en proſe & en vers dont vous l'avez hono
ré , dans une langue qui n'eſt point la vôtre , &
dans laquelle vous écrivez mieux que tous les
jeunes gens de notre Cour. Je viendrais vous en
remercier à Geneve , fi mes fouffrances me le
permettaient , & fi elles ne me privaient pasde
toute ſociété..
J'ai dit tout bas , en reliſant vos vers :
Dans des climats glacés Ovide vit un jour
Une fille du tendre Orphée.
D'un beau feu leur ame échauffée,
Fit des chanfons , des vers, & fur-tout fit l'amour.
MAI. 1775. 179
۲
Les Dieux bénirent leur tendrelle ,
11 en naquit un fils orné de leurs talens ;
Vous en êtes iſſu ; connaiſſez vos parens ,
Et tous vos titres de nobleffe.
Agréez , Monfieur le Prince , le reſpect du
Vieillard de Ferney.
LETTRE de M. de Voltaire à l'Auteur
des Ephémérides du Citoyen.
Je ne puis affez vous remercier , Monfieur ,
de la bonté que vous avez de me faire envoyer
vos Ephémérides. Les vérités utiles y font fi
clairement énoncées , que j'y apprends toujours
quelque choſe , quoiqu'à mon âge on foit d'ordinaire
incapable d'apprendre. La liberté du commerce
des grains y eſt traitée comme elle doit
l'être , & cet avantage inestimable ferait encore
plus grand , fi l'Etat avait pu dépenſer en canaux
de Province à Province la vingtieme partie de ce
qu'il nous en a coûté pour deux guerres , dont la
premiere fut entiérement inutile & l'autre funefte.
S'il y a jamais eu quelque choſe de prouvé , c'eſt
la néceflité d'abolir pour jamais les corvées. Voi
là deux ſervices effentiels que Monfieur Turgot
veut rendre à la France ; & en cela fon adminiſtration
ſera très - ſupérieure à celle du grand
Colbert. J'ai toujours admiré cet habile Miniſtre
de Louis XIV , bien moins pour ce qu'il fit , que
pour ce qu'il voulut faire ; car vous favez que
fon plan était d'écarter pour jamais les Trai-
M 2
م
180 MERCURE DE FRANCE.
tans La guerre plus brilante que ſage , de 1672 ,
détruifit toute ſon économie. Il fallut ſervir la
gloire de. Louis XIV , au lieu de fervir la Fran-
се. Il fallut recourir aux emprunts onéreux , au
lieu d'impoſer un tribut égal & proportionné
comme celui du dixieme.
Que la France foit adminiſtrée comme l'a été
la Province de Limoges , & alors cette France
fortant de ſes ruines , ſera le modele du plus
heureux Gouvernement.
Je ſuis bien content , Monfieur , de tout ce
que vous dites ſur les entraves des Artiſtes , fur
les maîtriſes , ſur les jurandes. J'ai fous mes yeux
un grand exemple de ce que peut une liberté
honnête & modérée en fait de commerce , aufli
bien qu'en fait d'agriculture. Il y avoit dans le
plus bel aſpect de l'Europe , après Conſtantinople
, mais dans le fol le plus ingrat & le plus
mal fain , un petit hameau habité par quarante
malheureux dévorés d'écrouelles & de pauvreté.
Un homme avec un bien honnête , acheta ce
territoire affreux , exprès pour le changer. 11
commença par faire deſſécher des marais em
peſtés . Il défricha. Il fit venir des Artiſtes étran
gers de toute eſpece , & furtout des Horlogers
qui ne connurent ni maîtriſe , ni jurande , ni
compagnonage , mais qui travaillerent avec une
induſtrie merveilleufe , & qui furent en état de
donner des ouvrages finis à un tiers meilleur marché
qu'on ne les vend à Paris.
Monfieur le Duc de Choiſeul les protégea avec
cette nobleffe & cette grandeur qui ont donné /
tant d'éclat à toute ſa conduite.
Monfieur Dogni les foutint par des bontés
fans lesquelles ils étaient perdus.
MAI. 181 1775-
Monfieur Turgot voyant en eux des étrangers
devenus François , & des gens de bien de.
venus utiles , leur a donné toutes les facilités
qui ſe concilient avec les loix.
Enfin , en peu d'années , un repaire de quarante
fauvages est devenu une petite Ville opulente
, habitée par douze cents perſonnes utiles ,
par des Phyſiciens de pratique , par des ſages
dont l'eſprit occupe les mains. Si on les avoit
afſujettis aux loix ridicules inventées pour oppri
mer les Arts , ce lieu ferait encore un défert infect
, habité par les ours des Alpes & du Mont-
Jura .
Continuez , Monfieur , à nous éclairer , à nous
encourager , à préparer les matériaux avec lesquels
■ nos Miniſtres éleveront le temple de la félicité
publique.
L
J'ai l'honneur d'être , avec une reconnoiffance
reſpectueuse , Monfieur ,
Votre tres -humble & très- obéifſfans
ferviteur VOLTAIRE. 1
1
1
1
1
M 3
182
MERCURE DE FRANCE,
LETTRE de M. de Voltaire à M.
Parmentier.
Ferney , le 1 Avril 1775-
J'ai reçu , Monfieur , les deux excellens Mémoires
que vous avez bien voulu m'envoyer ,
l'un fur les Pommes de terre , defiré du Gouvernement
, l'autre ſur les Végétaux nourriffans,
couronné par l'Académie de Besançon. Si j'ai
tardé un peu à vous remercier , c'eſt que je ne
mangerai plus de pommes de terre dont j'ai fait
du pain très- ſavoureux , mêlé avec moitié de fa.
rine de froment, & dont j'ai fait manger à mes
Agriculteurs dans un temps de difette, avec le
plus grand ſuccès. Mais quatre-vingt & un ans,
furchargés de maladies , ne me permettent pas
d'être bien exact à répondre ; je n'en ſuis pas
moins ſenſible à votre mérite , à l'utilité de vos
recherches , & au plaifir que vous m'avez fait.
J'ai l'honneur d'être avec tous les ſentimens
que je vous dois, Monfieur , votre tres-humble
& très-obéiffant ſerviteur.
VOLTAIRE.
MAI. 1775- 183
COURS ET LEGONS PUBLIQUES .
I.
M. Bouchaud , de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , Lecteur
- & Profeſſeur Royal du Droit de la Nature
& des Gens ( Chaire nouvellement
établie) , Docteur-Régent de la Faculté de
Droit , & cenſeur Royal , a repris ſes leçons
au College Royal , le Lundi 24 de
ce mois. Il les continuera les Lundis , Mercredis
& Vendredis à huit heures& demie
du matin , & donnera la premiere partie
de ſes Inſtitutions du Droit des Gens. M.
Bouchaud fera en outre , chez lui , un Cours
particulier de Droit Politique , les Dimanches
depuis dix heures juſqu'à midi ,& les
Jeudis depuis onze heures juſqu'à une.
L'objet de ce Cours ſera de développer la
conſtitution politique & actuelle de tous
les Etats de l'Europe , & de conſidérer ,
ſous un point de vue général ,les intérêts
de chacun d'eux relativement aux autres
Etats .
I I.
M. l'Abbé Aubert , Cenſeur Royal , Di-
M 4
184 MEKCURE DE FRANCE.
recteur de la manutention économique de
la Gazette de France , Lecteur & Profesſeur
Royal en Littérature Françoiſe (Chai
re nouvellement créée ) , a fait l'ouverture
de ſes leçons au College Royal , le Mardi
25 , à onze heures du matin , par un Discours
fur l'origine de la Langue Françoise ,
& il les continuera les Mardis, Jeudis &
Samedis à la même heure. Il y reprendra
la Langue à ſon berceau ; & il en ſuivra
les progrès dans nos vieux Poëtes , en y
joignant tout ce que pourra lui fournir
d'utile & de curieux , l'Hiſtoire littéraire
des Troubadours , compoſée d'après les
manuscrits de M. de Sainte- Pallaye.
III.
M. Junker finira le 22 Mai prochain ,
fon Cours de Grammaire Allemande , auffi
bien que celui de Science Politique . Il recommencera
l'un & l'autre le 24 du même
mois , & les continuera pendant fix mois
comme il a fait juſqu'ici , tous les Lundis
Mercredis & Vendredis , le premier de.
puis neuf heures du matin juſqu'à dix , &
le ſecond depuis dix heures juſqu'à midi.
Le prix du Cours de Grammaire Allemande
eſt de trois Louis , & celui du Cours
MAI. 775- 185
de Science Politique , très utile & même
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent aux af-
- faires , eſt de ſix Louis , qui ſe paient d'avance.
Les perſonnes qui voudront venir
à l'un ou à l'autre , ſont priées de ſe faire
infcrire quelques jours auparavant. M.
Junker demeure rue Saint Benoît , Fauxbourg
Saint Germain , maiſon du Bourrelier
de Monfieur , au ſecond.
I V.
M. Roberts , Profeſſeur de Langue An-
- gloiſe , & Anglois de nation , a l'honneur
d'avertir le Public qu'il eſt de retour de
Londres , qu'il continue de donner des
leçons chez lui & en ville , à ſen ordinaire.
Les perſonnes qui defirent apprendre
l'Anglois , foit par goût ou par beſoin ,
&qui veulent un peu s'y appliquer , peuvent
s'aſſurer qu'elles fauront le lire avec
un très-bon accent , & de maniere à ſe
faire bien entendre au milieu de Londres
même , en très-peu de temps. On dit en
général que la prononciation de cette
Langue eſt d'un difficulté extrême , ſinon
infurmontable ; pour détruire ce prejugé
, il ſuffit de réfléchir que l'homme
eſt né imitateur , & qu'entre les mains
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
d'un Maitre qui ſait tirer parti de ce penchant
naturel , toutes les difficultés difparoiſſent
dans un mois de temps ,
en n'étudiant même qu'une heure par
jour. Les perſonnes , qui éprouvent le
contraire doivent croire , ou qu'elles fuivent
une méthode éloignée de celle de
la nature , qui eſt toujours laplus ſimple
& la plus facile , ou qu'elles font mal enſeignées.
Cours public de Langue Angloise.
M. Roberts , pour faire voir au Public
qu'il ne lui en impoſe pas , & pour concourir
à l'utilité publique autant qu'il eſt
en lui , invite les perſonnes qui deſirent
cultiver l'Anglois , à ſuivre le Cours qu'il
ouvrira le fix Mars prochain à 11 heures
du matin. Ce Cours durera quatre mois ,
il y aura leçon tous les jours , les Fêtes
exceptées ; en liſant quelques - uns des
Hiſtoriens Anglois , on expliquera d'une
maniere nette & préciſe les regles de la
Grammaire àmeſure qu'elles ſe préſenteront
, & on réſervera les fix dernieres ſemaines
pour lire quelques morceaux choiſis
de nos Poëtes les plus célebres, Comme
l'Auteur ne négligera aucun foin pourrenΜΑΙ.
1775. 187
dre ce Cours utile & intéreſſant , il ſe
- flatte de mériter les ſuffrages du Public
& de pouvoir aſſurer que les perſonnes
qui l'auront ſuivi régulièrement , feront
en état de lire toute forte de livres Anglois
, & même de pouvoir s'exprimer
dans cette Langue. Le bonheur d'être
utile ſera la ſeule & la plus flatteuſe récompenfe
qu'il peut recevoir. M. Roberts
demeure rue Pavée Saint - Andrédes
Arts , chez M. Tourillon , Tapiffier ,
à Paris.
ARTS.
GRAVURES.
I.
COLLECTION de planches enluminées &
non enluminées , repréſentant au naturel
ce qui fe trouve de plus intéreſſant
&de plus curieux parmi les animaux ,
les végéraux & les minéraux , par M.
Buc'hoz , Médecin Botaniſte & Surnuméraire
de Monfieur , Auteur de
'Hiſtoire Univerſelle du Regne Végé188
MERCURE DE FRANCE
tal , & des Dictionnaires des trois Regnes
de la France.
CETTE COLLECTION, une des plus curieuſes
& des plus intéreſſantes en fon
genre , paroîtra par cahier régulièrement
tous les trois mois. Le premier cahier qui
a paru dès le commencement de Janvier ,
comprend le regne animal ; il renferme
12 feuilles de gravures tirées ſur grand
papier au Nom de Jésus , & 10 feuilles
d'enluminures faiſant en tout vingt - deux
feuilles .
Le ſecond cahier qui paroît actuellement ,
comprend le regne végétal; on n'y a repréſenté
que les plantes de la Chine , dont (
le plus grand nombre eſt encore actuellement
inconnu dans l'Europe. Depuis longtemps
on déſiroit en Europe la repréſentation
figurée des plantes de la Chine ; il
falloit , pour pouvoir y parvenir , une circonſtance
auffi favorable que celle qui
s'eſt préſentée à l'Auteur ; on n'ignore pas
que l'entrée de la Chine eſt interdite à
tout étranger ; comment donc pouvoir la
parcourir pour en connoître les plantes ?
Un Miſſionnaire qui réuniſſoit à ſes talens
apoftoliques un goût pour la Botanique &
pour la Médecine , tâcha de réunir dans
MAI. 1775. 189
un corps d'ouvrage tout ce qu'il y avoit de
- plus intéreſſant&de plus curieux à ſavoir
fur les plantes , arbres & arbuſtes de la
Chine ; il puiſa, pour cet effet , dans
tous les livres de Botanique du Pays ; il
confulta les Médecins, les Botaniſtes &
les Pharmaciens de la Cour ; il s'aſſocia
pareillement des Peintres pour figurer ces
mêmes plantes ; l'ouvrage qu'il rédigea
fur cet objet , eſt actuellement déposé
dans la Bibliotheque de l'Empereur ; &
les figures des plantes qu'on publie dans
ce recueil, font copiées exactement d'après
cet ouvrage , enforte qu'elle feroient
auſſi rares , fi on les publioit à la Chine ,
qu'elles le font en France , puiſqu'elles ne
1 ſe trouvent que chez l'Empereur. C'eſt un
avantage pour nous d'avoir une notion de
ces plantes , telle que nous en avions de
celle d'Europe du temps de Diofcoride &
de Mathiole ; peut-être un jour pourronsnous
mieux les connoître: du moins , par
la connoiſſance que nous avons de leurs
noms Chinois qui ſe trouvent gravés en
caracteres du pays dans la derniere plan.
che de ce fecond cahier , pourra-t-on les
demander en réalité dans le pays & les
cultiver en France? Ce ſecond cahier qui
les repréſente , eſt , de même que le pre
1
i
1
1
1
1
190 MERCURE DE FRANCE.
mier , de 12 feuilles gravées & de to ena
luminées , il eſt tiré auſſi ſur même pa
pier ; il ſe trouve dans le cahier 30 plantes
figurées ; le recueil de ces plantes pourra ſe
monter environ à 500.
Le troiſieme cahier , qui paroîtra en
Juillet , ne ſera pas moins intéreſſant que
les deux autres,'pour ne pas dire plus : il
eſt actuellement gravé , & on peut dire
que c'eſt un chef- d'oeuvre de gravures ,
même au dire des Amateurs ; il eſt deftiné
au regne minéral; on y trouve des foffiles
très-curieux , des cryſtalliſations , des acci
dens parmi les minéraux , qui ſont rendus
avec la derniere exactitude : il n'y a encore
rien eu de ſi bien exécuté en ce genre
; on ne craint pas de l'avancer .
Le quatrieme cahier paroîtra en Octo
bre; il eſt déjà plus de moitié gravé ; il
recommencera le regne animal; & le cinquieme
qu'on publiera en Janvier 1776 ,
fera la continuation du regne végétal , de
même que le fixieme ſera celle du regne
minéral, & ainſi de ſuite régulièrement
de trois mois en trois mois ; chaque cahier
eſt broché en papier bleu , & entre
chaque planche il y a des feuilles de papier
ferpente ; il faudra réunir dix cahiers
pour un volume.
MA1. 1775.
191
On n'ouvrira aucune ſouſcription pour
cette Collection de planches ; on aime
mieux en offrir l'acquiſition à meſure
que chaque cahier paroîtra , ſans rien
payer d'avance; on n'en fera tirer que
300 Exemplaires ; ceux qui voudront
avoir les premieres épreuves font priés
de ſe faire inſcrire ; la diſtribution s'en
fera felon la date de leur inſcription ; le
prix de chaque cahier eſt de 30 livres ;
on pourra ſe les procurer chez l'Auteur ,
rue Haute- Feuille , & chez Lacombe , Libraire
, rue Chriſtine.
- On invite les Curieux & les Amateurs
qui auront quelques morceaux intéreſſans
d'Hiſtoire Naturelle , de vouloir bien en
donner avis à l'Auteur ; il les fera deſſiner
& graver à ſes frais, & indiquera les endroits
où on les trouve.
On foufcrit chez le même Libraire pour
un Ouvrage périodique ſur l'Hiſtoire Naturelle
, intitulé: la Nature conſidéréeſous
ſes différens Aspects. Il en paroît deux cahiers
par mois , & chaque fix mois , un
de ſupplément; le prix de la ſouſcription ,
pour toute l'année, eſt de 12 livres ; on
trouve raſſemblé dans ce Journal tout ce
qu'il y a de plus intéreſſant ſur la Médecine
, l'Art Vétérinaire , l'Agriculture , le
192 MERCURE DE FRANCE.
Jardinage , la Minéralogie, la Phyſique ,
'Hiftoire des Animaux , &c.; enforte
qu'on peut regarder ce Recueil autant
comme Ouvrage de bibliotheque , que
comme Journal .
On trouve auſſi à la même adreſſe le
Traité économique des Oiseaux de baſſecour
, Ouvrage nouveau , in - 12 , prix 2
1. broché
I I.
L'Agréable Désordre & la Promeſſe du
Retour: deux Eſtampes faiſant pendant
gravées par M. David ; de 14
pouces de hauteur , fur dix de largeur.
Ces deux ſujets n'offrent rien que d'agréable
, & font rendus avec toute la fineſſe
& la préciſion que l'Auteur a ſu ſi
bien répandre dans le Marché aux herbes
&Amsterdam : il ſemble même que le
travail en eſt plus ſoigné.
Elles ſe trouvent à Paris , chez M.
David , Rue des Noyers , au coin de
celle des Anglois ; prix , chacune , 2 1. 8 f.
ΙΙΙ.
Le Sieur Thomas , jeune Graveur
vient
MAI.
1775. 193
vient de mettre au jour le Portrait du
Sieur des Eſſarts , Comédien du Roi ,
repréſenté dans le rôle de Francaleu , lifant
la Tragédie de la mort de Bucéphale.
Ce portrait eſt gravé d'aprés le deſſein
de M. Ingouf , l'aîné. M. Thomas , éleve
du Sieur le Mire, célebre Graveur , annonce
de grandes diſpoſitions: ſon burin
ade la couleur & de la fermeté. On trouve
ce portrait chez M. Le Mire , rue St.
- Etienne- des-Grès. Il ſe vend I liv. 4 f.
I V.
Portrait , en médaillon , du ſieur Jean-
Jofeph Sue , Profeſſeur & Démonſtrateur
aux Ecoles Royales de Chirurgie , de
l'Académie Royale de peinture & fculpture
, &c. Ce portrait eſt gravé avec
beaucoup de ſoin & d'intelligence , d'après
un deſſein de M. Pujos , par M.
Pruneau & ſe vend ; I liv. 4 f. chez
l'Auteur , rue St Jacques , maiſon de
Madame Ducheſne , Libraire.
V.
Le grand tableau de Payſage de M.
-le Prince , qui a été expoſé au dernier
N
194
MERCURE DE FRANCE.
Sallon , ſous le titre de Vue des environs
de Fontainebleau , vient d'être gravé par
M. Godefroy. Cette Eſtampe de 22
pouces ſur 16 , ſe diſtribuera , le 1 Juin,
chez l'Auteur , rue des Francs - Bourgeois
, place St Michel , vis-à-vis la rue
de Vaugirard : prix 12 liv.
V I.
Jardins Anglois..
Les curieux , qui ont ſouſcrit pour les
huit planches faiſant fupplément des Jardins
Anglois , font priés de les faire
retirer.
Le cahier eſt actuellement compoſé
de 27 planches , compris le plan de Bellevue
& la deſcription ; prix 9 liv. broché ;
chez le Sieur le Rouge , Ingénieur - Géographe
, rue des grands Auguſtins .
MUSIQUE.
I.
TROISIEME Recueil d'airs d'Opéra-
Comique & autres , avec accompagne.
MAI. 195 1775.
■ ment de Guittarre , par M. Tiffier , de
l'Académie Royale de Muſique ; mis au
jour par M. Boüin ; Oeuvre ſeptieme :
- prix , 7 l. 4 f.
Ι Ι.
Trente - unieme Recueil périodique d'ariettes
d'Opéra-Comique , arrangées pour
le Forté Piano & le Clavecin : à Paris ,
chez M. Pouteau , Organiſte à St Martin-
des -Champs , & Maître de Clavecin ;
prix , 1 liv. 16 f. à Paris , chez M.
Boüin , Marchand de Muſique , & de
cordes d'inſtrumens , rue St. Honoré ,
au Gagne - petit , près St. Roch.
BAROMETRES ET THERMOMETRES.
LEE SIEUR ASSIER PERICA , Ingénieur-
Conſtructeur de Barometres & Thermometres
, & autres inſtrumens de Phyſique
expérimentale , eſt parvenu , après
un long travail , à ôter le choc du
mercure , ſi long - temps deſiré pour ces
inſtrumens , qui ne pouvoient auparavant
ſe tranſporter d'un lieu à l'autre ,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
ſans être expoſés à ſe caſſer & à ſe dé.
ranger par le choc .
Čes Barometres préviennent les tempêtes
& les ouragans ; & mettent , par conſéquent
, les Capitaines de vaiſſeaux ,
dans le cas de prévoir le danger.
Il a auſſi inventé des Thermometres ,
avec telle ſenſibilité , que dans un quart
de minute , ils ſe dilatent de 50 degrès ,
tandis que les ordinaires n'ont encore
pris aucuns degrés de température.
,
Au premier changement de la condenſation
ou dilatation , les amateurs & obſervateurs
peuvent s'aſſurer de tous les
changemens qui en réſultent. Il conſtruit
auffi des peſe liqueurs de comparaiſon
pour meſurer toutes fortes de liqueurs.
On trouve ces peſe - liqueurs chez M.
Baumé, Membre de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , rue Coquilliere ;
& une table d'explications. Le tout approuvé
par ladite Académie.
'Auteur fait toutes fortes de Barometres
, pour faire parallele aux Pendules
& Cartels.
Il demeure rue Geoffroy- l'Afnier , au
coin de celle de St-Antoine , au Barometre
Royal , à Paris .
1
MAI.
197 1775.
ACTE DE BIENFAISANCE.
- LE jeune Robert attendoit fur le rivage , à
-
-
-
--
Marſeille , que quelqu'un entrat dans son barelet.
Un inconnu s'y place , mais il alloit en fort r incontinent
, en difant à Robert qui ſe préſente , &
qu'il ne ſoupçonne pas en être le Patron , que
puifque le conducteur ne ſe montre point , il va
paffer dans un autre. Celui - ci est le mien ,
Monfieur ; voulez - vous fortir du port ? Non...
Monfieur... Il n'y a plus qu'une heure de jour ... Je
voulois ſeulement faire quelques tours dans le
baflin , pour profiter de la fraîcheur & de la beauté
de la ſoirée... Mais vous n'avez pas l'air d'un
marinier , ni le ton d'un homme de cet état.
Cela est vrai & je ne le ſuis pas en effet : ce n'eſt
que pour gagner plus d'argent que je fais ce métier
les fêtes & les dimanches . Fi! avare à votre
âge ! cela dépare votre jeuneſſe , & étouffe l'intérêt
qu'inſpire d'abord votre heureuſe phyfionomie.
Hélas , ſi vous faviez pourqo je
defire fi fort de gagner de l'argent , li vous me
connoiffiez , vous n'ajouteriez pas à ma peine
celle de me croire un caractere fi bas . -- J'ai pu
vous faire tort : mais vous vous êtes mal exprimé .
Faiſons notre promenade , vous me conterez votre
histoire... Eh bien ! mon cher ami , ditesmoi
done quels font vos chagrins ; vous m'avez
difpofé à y prendre part. Je n'en ai qu'un ,
celui d'avoir mon pere dans les fers , fans pouvoir
l'en tirer encore. Il étoit Courtier dans cette Ville ;
s'étant procuré de fes épargnes & de celles de ma
mere , dans le commerce de modes , un intérêt
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
fur un vaiſſeau en charge pour Smyrne , ii a
voulu lui - même veiller à l'échange de ſa pacotille
& en faire le choix. Le vaiſſeau a été pris par
un Corſaire & conduit à Tétuan , où mon malheureux
pere eſt eſclave avec le reſte de l'équipage,
Il faut deux mille écus pour ſa rançon ;
mais comme il s'étoit épuisé , afin de rendre
plus importante fſon entrepriſe , nous ſommes
bien éloignés d'avoir encore cette ſomme. Cependant
ma mere & mes foeurs travaillent jour
& nuit; j'en fais de même chez mon maître ,
dans l'état de joaillier que j'ai embraffé , & je
cherche à mettre à profit , comme vous voyez ,
les Dimanches & les Fêtes. Nous nous sommes
retranchés juſques ſur les beſoins de premiere
néceſſité; une ſeule petite chambre forme le logement
de notre ménage infortuné . Je croyois
d'abord qu'il m'étoit poſſible d'aller prendre la
place de mon pere & de le délivrer en me chargeant
de fes fers ; j'étois prêt à exécuter ce
projet, lorſque ma mere , qui en fut informée
je ne fais comment , m'aſſura qu'il étoit auſſi
impraticable que chimérique , & fit défendre à
tous les Capitaines pour le Levant de me prendre
à leur bord. Recevez- vous quelquefois des
nouvelles de votre pere ; favez - vous quel eſt ſon
Patron à Tétuan , & quels traitemens il y éprouve
? --- Son Patron eſt Intendant des jardins du
Roi ; on le traite avec humanité ; & les travaux
auxquels on l'emploie ne font pas au -deſſus de fes
forces. Mais nous ne sommes point avec lui pour
le conſoler , pour le foulager , il eſt éloigné de
nous , d'une épouſe chérie & de trois enfans qu'il
aima toujours avec tendreſſe. -- Etquelnom votre
pere porte-t- il à Tétuan ? Il n'en a pas
changé: il s'appelle Robert , comme à Marseille.
---
-
1
MAI. 1775- 199
-
- -
Ha ! ha ! Robert... chez l'Intendant des jardins
. Oui , Monfieur. Votre malheur me
touche ; mais , d'après vos ſentimens qui le méritent
, j'oſe vous préſager un meilleur fort , &
je vous le ſouhaite bien fincérement... En jouisfant
du frais ; je voulois auſſi me livrer à la foli .
tude : ne trouvez donc pas mauvais , mon ami ,
que je fois tranquille un moment.
Lorſqu'il fut nuit , Robert eut ordre d'aborder.
Sortant du bateau , ſans lui donner le temps d'en
defcendre , ni de l'attacher, l'inconnu ne permit
pas à Robert de le remercier de ſa bourſe qu'il lui
laiſſa , en le quittant ainſi avec précipitation. Il y
avoit dans cette bourſe huit doubles louis en or ,
& dix écus en argent. Une généroſité auſſi confidérable
inſpira au jeune homme la plus haute
opinion de la ſenſibilité de l'inconnu : mais ce
fut en vain qu'il faiſoit des voeux pour le rencon
trer & lui en rendre graces .
Six ſemaines après cette époque , cette famille
honnête , qui continuoit , fans relâche , à tra-
■ vailler , pour completter la ſomme dont elle avoit
beſoin , étant à prendre un dîner frugal , compoſé
de pain & d'amandes ſeches , voit arriver le pere
Robert , très proprement vêtu , qui la ſurprend
dans ſa douleur & dans ſa miſere. -- Ah ! ma fem .
me! ah ! mes chers enfans ! comment avez vous
pu me délivrer auſſi promptement , & de la maniere
dont vous l'avez fait ? Voyez un peu comment
vous m'avez équipé ; & puis ces cinquante
louis que l'on m'a compté en m'embarquant fur
le vaiſſeau , cù mon paflage & ma nourriture
étoient acquittés d'avance ! comment reconnoître
tant d'amour , tant de zèle ! & ce dépouillement
affreux où vous vous êtes mis pour moi !
furpriſe de la mere lui ôte d'abord la force de
- La
N 4
200 MERCURE DE FRANCE,
répondre; elle ne peut qu'embraſſer ſon mari ,
fondre en larmes , & fes filles de l'imiter. Pour
le jeune Robert , il reſte immobile ſur ſa chaiſe :
toujours fans mouvement , il s'y évanouit enfin.
Les pleurs qu'il a répandus rendent la parole
à la mere ; elle embraſſe encore fon mari , elle
regarde fon fils , & le montrant au pere : voilà
votre libérateur. Il falloit fix mille francs pour
votre rançon : nous en avons un peu plus de
moitié ſeulement , dont la meilleure partie eſt le
prix du travail & de l'amour de votre fils. Ce
reſpectable enfant aura trouvé des amis , qui ,
touchés de ſes vertus , l'auront aidé ; & puiſqu'il
projettoit , en fecret , dès le principe de votre
eſclavage , d'aller prendre votre place ; c'eſt ſans
doute à lui que nous devons notre bonheur : il a
voulu de même nous en laiſſer la ſurpriſe. Voyez
comme il le ſent ! mais ſecourons- le. La mere vo.
le à lui ; ſes ſoeurs en font de même. Ce n'eſt
qu'avec beaucoup de peine qu'on l'arrache de fon
évanouiſſement ; il jette alors ſes regards languisfans
fur fon pere : mais il n'a point affez de force
pour parler encore.
De fon côté , tout-à-coup rêveur & taciturne ,
le pere paroît bientôt conſterné ; puis s'adreſſant
à fon fils : malheureux ! qu'as-tu fait? comment
puis-je te devoir ma délivrance fans la regretter ?
comment pouvoit- elle reſter un fecret pour ta
mere , fans être acheté au prix de ta vertu ? A ton
âge , fils d'un infortuné , d'un eſclave , on ne ſe
procure point naturellement les reſſources confidérables
qu'il te falloit. Je frémis de penser que
l'amour paternel t'ait rendu coupable! Raffuremoi
, fois vrai , & mourons tous , fi tu as pu
ceffer d'être honnête. Tranquilliſez - vous ,
mon pere , répond - il en ſe levant avec effort :
----
MAI. 1775. 201
embraſſez votre fils ; il n'eſt pas indigne de ce
beau titre , ni aſſez heureux pour avoir pu vous
prouver combien il lui eſt cher. Ce n'eſt point
à moi , ce n'eſt point à nous que vous devez
votre liberté, Je connois notre bienfaiteur ; ma
⚫mere ! cet inconnu qui me donna fa bourſe ,
m'a fait bien des queſtions- Je paſſerai ma vie à
le chercher ; je le rencontrerai : il viendra jouir
de ſes bienfaits , les partager , & verſer avec
nous de douces larmes. Le fils raconte à fon
pere l'anecdote de l'inconnu , & le raffure ainfi
fur ſes craintes.
Rendu à la tranquillité , Robert trouva des
amis & des ſecours. Les ſuccès les plus inattendus
furpaffant ſes eſpérances , couronnent ſes nou
+ velles entrepriſes. Au bout de deux ans , il ſe voit
riche ; fes enfans établis & heureux , goûtent
avec lui & fa femme une félicité qui ſeroit fans
mélange , fi les recherches continuelles du fils
avoient pu lui faire découvrir ce bienfaiteur caché
, objet de leur reconnoiffance & de leurs
voeux.
Il le rencontre enfin un dimanche matin , ſe
promenant ſeul fur le port. Ah ! mon Dieu tutélaire!
C'est tout ce qu'il put prononcer en ſe jettant
à ſes pieds , où il tombe ſans connoiffance .
L'inconnu s'empreſſe de le ſecourir , & par quel
que eau ſpiritueuſe parvient à le faire revenir ; il
n'eſt pas moins empreſſé à lui demander la cauſe
de fon état. Ah ! Monfieur , pouvez - vous
l'ignorer ? Avez-vous oublié Robert & fa famille
infortunée , que vous rendites au bonheur en lui
rendant fon pere ? - Vous vous méprenez , mon
ami , je ne vous connois point , & vous ne fauriez
me connoître , car , étranger à Marfeille , je n'y
" fuis que depuis peu de jours. Tout cela peut
-
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
être: mais rappellez-vous qu'il y a vingt-fix mois
vous y étiez déjà ; cette promenade dans le port ,
l'intérêt que vous prîtes à mon malheur ; les
queſtions que vous me fites , ſeulement ſur les
circonstances qui pouvoient vous éclairer & vous
donner les lumieres néceſſaires pour être mon
bienfaiteur. Libérateur de mon pere , pouvezvous
oublier que vous êtes le ſauveur d'une famille
entiere , qui ne défire plus rien que votre
préſence? Ne vous refuſez pas à ſes voeux ; partagez
ſa joie ; venez confondre les larmes de votre
attendriſſement à celles de notre reconnoiſſance
.. Venez. --- Doucement , mon ami ; je vous
l'ai déjà dit : vous vous méprenez. Non ,
Monfieur , je ne me trompe point... Vos traits
font trop profondément gravés dans mon coeur
pour que je puiffe vous méconnoître : venez , de
grace! .. Et le jeune Robert de le prendre par le
bras & de lui faire ainſi une douce violence pour
l'entraîner , & le peuple de s'aſſembler autour de
ces deux perſonnages.
...
L'inconnu alors , d'un ton plus grave & plus
ferme : Monfieur , cette ſcene me fatigue ſans
vous foulager. Quelque reſſemblance frappante
occafionne votre erreur ; rappellez votre raifon ,
&, dans le ſein de votre famille , allez reprendre
la tranquillité dont vous me paroiſſez avoir beſoin.
-- Quelle barbarie! bienfaiteur de cette famille,
pourquoi , par votre réſiſtance , par votre refus
dem'accompagner , altérer le bonheur qu'elle ne
doit qu'à vous ? Reſterai-je en vain à vos pieds ?
Et ferez vous affez cruel pour rebuter aujourd'hui
le tribut touchant que nous réſervons depuis fi
long- temps à votre ſenſibilité ? Et vous , 6 mes
Concitoyens ! vous tous que le déſordre & le trouble
où je ſuis doivent attendrir , joignez - vous
MAI. 1775- 203
à moi pour que l'auteur de mon falut vienne contempler
lui-même ſon propre ouvrage.
Ici l'inconnu ſe tait. Mais réuniſſant toutes ſes
forces & rappellant fon courage , pour réſiſter à
la ſéductiioonn de la jouiſſance délicieuſe qui lui eſt
offerte , il échappe dans la foule , aux yeux
éteints & égarés du jeune Robert , & laiffe au
peuple étonné , l'exemple d'un héroïſme tel qu'il
n'avoit point encore vu.
Le filence de la déſolation , la fuffocation du
reffentiment ſuccedent à l'agitation dont l'honnête
Robert eſt tourmenté : on eſt obligé de le porter
chez lui , où enfin un torrent de larmes falutaires
l'arrache au danger de ſa ſituation .
L'inconnu dont il a été queſtion juſqu'ici , le
feroit encore maintenant , fi des gens d'affaires
ayant trouvé dans ſes papiers , à la mort de leur
maître , une note de 7500 liv. envoyées à Robert
Mayn , de Cadix , ne lui en euſſent pas demandé
compte: mais ſeulement par curiofité , puiſque
la note étoit bâtonnée & le papier chiffonné ,
comme ceux qu'on deſtine au feu. Ce fameux
Banquier Anglois répond qu'il en a fait uſage
pour délivrer un Marſeillois nommé Robert ,
efclave à Tétuan , conformément aux ordres de
CHARLES IDE SECONDAT , BARON DE
MONTESQUIEU , PRÉSIDENT A MORTIER
AU PARLEMENT DE BORDEAUX. (*)
Lorſque cet Auteur , par ſes écrits , tous éga
lement inſpirés & dictés par l'amour des hommes
& du vrai , éleva , lui - même , à ſa gloire , des
(*) Dans ſa vie , active , laborieuſe & obfervatrice ,
M. de Monte quieu aimoit à voyager. Il viſiroit fréquemment
ſa ſooeur , Madame d'Héricourt , mariée à
Marſeille.
204 MERCURE DE FRANCE.
monumens éternels , j'ai cru qu'en rapportant fim
plement ce fait , c'étoit la ſeule maniere dont
'Humanité , pénétrée de ſa perte , pouvoit , avec
quelque dignité , faire fumer l'encens de la
reconnoiſſance ſur le tombeau de fon immortel
bienfaiteur .
Douce , précieuſe , conſolante philoſophie ,
que de refpect & de vénération n'imprimes - tu
pas dans tous les coeurs , quand ceux dont le gé
nie peut éclairer , rendre meilleurs & plus heureux
leurs ſemblables , font les premiers à donner
l'exemple de la vertu !
Quel tableau touchant pour ceux qui le connois
foient! quel ſpectacle attendriſſant pour ſes amis ,
que la vie de l'Auteur de l'Esprit des Loix ! elle fut
facrifiée toute entiere à la bienfaiſance: les lettres
& le plaifir n'enfurent que les acceſſoires . Quel dut|
être fon bonheur de voir l'Epouſe qu'il adoroit ,
une Epoufe digne de lui , dédaigner , repouffer les
hommages dus aux graces & à la beauté , pour ne
s'occuper que du foulagement des miférables ; pour
ne trouver , avec lui , de fatisfaction &de jouiſſan
ce qu'à faire des heureux ! Leur vie , ſi celle des
êtres bienfaiſans & délicats dans le partage de
leurs dons , pouvoit être connue , ſerviroit de modele&
de confolation aux amis de l'Humanité.
O vous ! moderne Prométhée , dont l'ardent
flambeau furprit la Nature dans ſes projets ,
j'éclaira , l'embellit , vint l'agrandir à nos yeux
& nous découvrir ſes refforts , juſqu'à vous imperceptibles
à la foibleſſe de notre vue , Buffon !
que de moyens n'offrez - vous pas à nos neveux
pour faire de vos vertus le pendant de votre gé.
nie ! combien de traits brûlans de magninamité ,
partis du brafier de votre coeur ! Ainſi que l'aſtre
lumineux qui vivifie & régénere la plante deſſéMAI.
205 1775
chée par accident , vous relevez l'opprimé , vous
■ encouragez le malheureux , & effuyant ſes larmes
, vous favez lui faire oublier juſqu'au ſouvenir
même de ſes revers.
Arbitre & modele du goût , mortel non moins
univerſel qu'étonnant , toi qui , rendant hommage
à mon Héros , a dit il y a deux jours :
De Londres à Pétersbourg on lit l'Eſprit des Loix ; }
C'eſt l'oracle du Peuple & la leçon des Rois.
Epitre à M. le Comtede Treffan.
Toi de qui le nom ſeul eſt un bienfait , puiſqu'il
rappelle fans ceſſe au coeur & à l'eſprit des actes
de générofité , des traits de lumiere , ou l'image
des graces & du plaifir, que ne puis-je anticiper
fur les droits de la poſtérité !! mais la renommée
ſe les eft appropriés ; les noms de Calas , de Sirven
, celui de la race du grand Corneille , & tant
- d'autres , volent à l'Immortalité avec ceux de
Henri & de Jeannie d'Arc :
Et le même laurier couvre Horace & Titus ,
M. le Chev. de Cabierede Palmefeat,
Epitre ſur l'Amour de la Gloire.
a dit , voulant parler de toi & chantant l'union
du génie & de la vertu , l'un de tes plus dignes
admirateurs .
Que ne puis - je raconter quelqu'une de ces
anecdotes qui diftinguent ta délicateſſe ! que ne
m'eſt il permis fur tout d'arracher de l'oubli où
tu l'as plongée , une des circonstances de ta vie ,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
où tu ne fis pas moins d'efforts que Montesquieu
pour te cacher à tous les yeux , & rejetter le tri
but que ta magnanimité venoit de t'affurer ! que
ne puis-je le citer ce fait que j'ignorerois , fi celui
qui fut l'objet de ta bienfaiſance ne me l'eût
point appris , en te reprochant le filence auquel
tu l'as condamné !
Pardonne , 6 Voltaire ! ſi dans une carriere ol
ta préſence entretient , perpétue le printemps &
fait fleurir le myrthe à l'ombre du laurier , pardonne
ſi j'ai tenté de jetter des fleurs fur ta route
glorieufe! ton génie & ton indulgence les fi
rent éclore : l'émulation & la reconnoiſſance t'en
préfentent l'hommage.
Par M. Mingard.
1
1
ΜΑΙ.
207 1775.
ANECDOTES.
I.
Trait de piété filiale.
UNE femme du Japon étoit reſtée
veuve & fans bien, avec trois garçons.
Le travail de ſes enfans ne ſuffiſoit pas
pour entretenir ſa famille. Ils ſe communiquerent
leur chagrin , & ils prirent ,
pour mettre leur mere à ſon aiſe, une
étrange réſolution. On avoit publié, depuis
peu , que quiconque livreroit un
voleur à la Juſtice recevroit , pour récompenfe
, une ſomme aſſez conſidérable.
Les trois freres convinrent enſemble que
l'un d'eux ſeroit livré à la Juſtice par
les deux autres , comme voleur. On tira
au fort , & il tomba ſur le plus jeune-
Onleconduiſitau Magiftrat. Interrogé
par le Juge , le prétendu coupable confeſſa
le vol , & la ſomme promiſe fut
délivrée à ſes freres. Ces infortunés ,
attendris ſur le ſort de la victime , ſe
gliſſerent dans la priſon , pour l'arroſer
de leurs larmes. Le Magiſtrat s'en apper208
MERCURE DE FRANCE.
cut & les fit ſuivre per un domeſtique !
celui - ci les obſerva ; il s'infinua dans
leur maison , & entendit l'aveu qu'ils
firent à leur mere , de ce qui s'étoit
paſſé. Cette femme , au déſeſpoir , refuſa
de conſerver ſa vie , au prix de celle de
fon jeune enfant. Elle commanda aux
deux autres d'aller promptement déclarer
au Magiſtrat la vérité. Le Juge , informé
par le domeſtique, interroge de nouveau
le prifonnier , qui , par ſa conſtance
à foutenir ſa premiere déclaration , ſembloit
vouloir le contraindre à le punir.
Le Magiſtrat inſtruiſit le Cubo , (le Souverain
), de cette action immortelle. Le
•Cubo combla les trois freres de careſſes ,
& aſſigna au plus jeune , quinze cents
écus de rente , & cinq cents à chacun
des deux autres.
I I.
Un Prince Alide demandoit un jour
à Moëz , premier Prince de la Dinaſtie
des Fatimes Egyptiens . de quelle branche
des Alides il ſortoit. Voilà ma généalogie
, lui dit Moëz , en tirant fon
épée; il jeta enſuite de l'argent à ſes
ſoldats attroupes , en diſant : Voilà ma
race, III.
MAI.
1775- 200
111.
1
Onnontagué , Chef des Irroquois , en
guerre avec les Hurons & les François , ne
voulut point chercher ſon ſalut par la fuite
, à la vue d'un corps ennemi infiniment
ſupérieur à ſon détachement , qui ſe diffipa
ſans être attaqué. Il tomba entre
les mains des Hurons , qui , ſuivant
- leurs moeurs , s'acharnerent contre ce
Vieillard , âgé de cent ans. Celui - ci ,
bien loin de pouſſer un foupir , reprocha
aux Hurons d'être les vils eſclaves des
François. Un de ſes bourreaux , outré de
ſes inſultes , lui donne trois coups de
poignard. Tu as tort , lui dit fiérement
Onnontagé , d'abréger ma vie ;
tu aurois eu plus de temps pour apprendre
à mourir en homme.
I V.
Triſtan , ayant pris un Fort dans l'Iſle
de Jocotora , trouva un aveugle qui
s'étoit retiré au fond d'un puits ; il lui
demanda comment il avoit pu y deſcendre
; Les aveugles, répondit il , voient
le chemin de la liberté. La liberté fut
le fruit de ſa réponſe.
0
210 MERCURE DE FRANCE .
1
AVIS.
I.
:
ROBOIBINN,, Libraire , paſſage du Saumon , au-desſus
de l'Egout Mont-Martre , a forme depuis doux
ans un cabinet , où il a raffemblé & raffemble
journellement tout ce qui lui paroît propre à la
lecture.
Il a ramaffé juſqu'à ce jour dix-huit cents articles
, tant d'anciens Romans que de Romans
modernes.
La partie du Théâtre eſt preſque complette ,
indépendamment d'un très-grand nombredePie
ces détachées des différens Théâtres qu'il vend
ſéparément & à juſte prix , & qu'on peut fe pro-
⚫curer pour la lecture ſeulement.
L'Hiſtoire de France eſt une des parties à laquelle
il paroît s'attacher ſpécialement. Outre les
Hiſtoires générales , il raffemble tout ce qu'il
trouve des Mémoires ou Hiſtoires particulieres
relatives à cet objet.
Il ne néglige rien néanmoins pour completter
autant qu'il lui eſt poſſible , les Hiſtoires des autres
Nations , tant anciennes que modernes.
Il a auſſi un grand nombre de Voyageurs .
Enfin , s'il continue comme il a commencé ,
il y a apparence que dans quelques années , il
aura formé le cabinet le plus complet en ce
genre.
MAI. 211 1775.
Il vend fon Catalogue douze fols , & donne
gratis tous les ans le ſupplement .
Les conditions des différens abonnemens font
énoncés à la tête dudit Catalogue.
1 1.
Spectacle pyrique & hydraulique , ou imitation
des effets des feux d'artifices &
des eaux.
Ce ſpectacle conſiſte en différentes exécutions
d'artifices , fur des décorations variées d'Architecture
, de cafcades , &c. Il réunit tout ce que
l'art de l'Artificier embraſſe , ſoit dans la partie
de l'illumination , ſoit dans celles des foleils
fixes & tournans , des napes & jets d'eaux , des
chiffres , des guirlandes & autres eſpeces d'ornement;
la vivacité des feux , leur mouvement &
leur variété ſucceſſive dans les couleurs concourent
à faire l'illuſion la plus parfaite.
Les Amateurs & les Artistes que l'Auteur a
confultés , avant d'en faire part au public , l'ont
afſuré qu'il paſſoit de bien loin toutes les tentatives
faites juſqu'à préſent dans ce genre.
On pourra le voir tous les jours à fix heures
préciſes du ſoir , chez le fieur Le Bailly , qui en
eſt l'Auteur , en ſa demeure , rue des Lavandie .
res , place Maubert , au bureau de la capitation ,
au deuxieme.
Les repréſentations changeront pluſieurs fois
par ſemaine ; les billets feront de 24 fols par
place.
2
A
212
MERCURE DE FRANCE.
Les perſonnes qui ne voudroient pas s'aſſujettir
à l'heure ci - deſſus dite , pourront venir à tout
autre inſtant , en faiſant prévenir la veille le ſieur
Le Bailly.
III .
Cosmétique , Pâte de propreté.
Le moindre des ſecrets propres à conferver la
beauté ou à lui prêter un nouvel éclat , nous paroît
digne d'être diftingué parmi les recettes préſentées
aux Dames. Celui que nous leur offrons
eſt dans les harems des Orientaux & des Levantins
, très recherché des femmes , finon plus belles
que les nôtres , au moins également jalouſes
de l'éclat de leurs attraits. La compoſition que nous
leur avons annoncée dejà les années précédentes ,
s'appelle Guzellik , ou Ekmocq , mot arabe qui
lui vient de l'uſage que la propreté en fait au
ferrail& dans toute l'Afie. Elle est fort au- desfus
de la pâte d'amende , deſtinée ſeulement à ſe
laver les mains. Le reſte du corps méritoit bien
l'attention du beau ſexe , & par conséquent des
Artiſans du luxe. Ce n'eſt point affez de ſe net.
toyer : blanchir , adoucir , rafermir les chairs &
parfumer la peau , ſont des foins importans qu'il
feroit ſouvent dangereux de négliger , s'il eft
vrai qu'en quelque forte ils puiffent relever des
charmes ſéduiſans que la nature donne avant
l'art à cette moitié chérie de l'eſpece humaine .
L'Ekmocq a toutes les propriétés les plus defi .
rées : il ſuffit pour s'en frotter , de l'avoir fait
tremper un inftant dans l'eau , laquelle fert enfui
MAI.
213
1775.
te à ſe laver. Lorsqu'elle eſt tiede , l'effet en
devient plus prompt. C'eſt le ſieur Fagonde ,
Marchand de parfums , qui la débite ſeul . Il
demeure rue Saint - Denis , près de la rue des
Lombards , à la Toilette. Tout ce qui s'achette
ailleurs eſt abſolument contre- fait. Les pains
valent 24 fols piece. Ils ont une odeur trèsagréable
& qui s'évapore peu ; mais pour la con
ferver toujours , il faut les ferrer dans un petit
coffret , doublé d'étain ; ce qui ſe trouve auſſi
chez le même Marchand.
Un pain dure trois mois , fi l'on n'en fait uſage
que pour les mains , & le pain & le coffre ne
coûtent enſemble que 48 fols.
Nota. Des perſonnes dignes de foi qui avoient
le tein échauffé & plein de boutons , après s'être
ſervi de diverſes pommades indiquées & fans
ſuccès , ont fait uſage de cette pâte , en en faifant
fondre dans de l'eau de riviere , juſqu'à ce que
l'eau ſoit un peu épaiffe , & s'en font humecté
le viſage tous les foirs ; cela a produit le meilleur
effet , & a fupprimé entiérement les boutons.
LETTRES - PATENTES , ARRÊTS ,
ORDONNANCES , &c.
LE
I.
CE Parlement a enregiſtré le 16 Mars dernier ,
des Lettres- Patentes du Roi , en date du 12 Jan
3
A
214 MERCURE DE FRANCE.
vier,précédent , données en faveur de la Ville
Impériale de Reutlingen pour l'exemption du
Droit d'Aubaine , & la liberté du Commerce.
II.
Il paroît deux Arrêts du Conſeil d'Etat du Roi ;
le premier en date du 5 Janvier dernier , avec
Lettres-Patentes fur icelui , qui ordonnent que le
franc-falédes Officiers de la Chambre des Comptes
de cette Ville leur ſera délivré ſuivant l'ancien
uſage & comme auparavant les Arrêts des 24
Février & 18 Juillet 1773. Le fecond , en date
du 2 de ce mois , fupprime un ouvrage ayant
pour titre ; Théorie du Libelle , ou l'Art de calomnier
avec fruit , Dialogue Philosophique pour ſervir
de Supplément à la Théorie du Paradoxe.
III.
La Chambre des Comptes a rendu un Arrêt
en date du 22 Février dernier , concernant les
contrats d'échange faits entre le Roi & divers
particuliers , & acquiſitions faites par Sa Majetté
pour être réunies à fon Domaine , depuis le 19
Décembre 1735 , juſqu'au premier Janvier 1771 ;
enſemble des contrats d'échange faits entre le
Duc d'Orléans , en qualité de Prince Apanagiſte ,
& divers particuliers , depuis le 16 Août 1748
juſqu'au premier Janvier 1773.
I V.
L'Intendant de la Généralité de Poitou , informé
que la maladie des bêtes à cornes pénétroit
dans le Périgord & la Saintonge , vient de publier
MAI. 1775. 215
une Ordonnance par laquelle il prend toutes les
meſures convenables pour prévenir ce mal , en
interdiſant les moyens de communication. 11
défend même, par une ſeconde Ordonnance , le
débarquement de tous cuirs dans les Ports ou fur
les Côtes de la Généralité , de quelques lieux
qu'ils puiſſent venir .
V.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du 13 de ce
mois , qui ordonne que les droits ſur le poiffon
de mer frais , ne feront perçus pour l'avenir que
fur le pied de la moitié à laquelle ils avoient été
réduits par la Déclaration du 8 Janvier dernier ,
&que la perception des droits ſur le poiſſon fale
ſera & demeurera fupprimée par la fuite , ainfi
qu'elle l'étoit par la même Déclaration. N'enten .
dant néanmoins Sa Majesté comprendre dans la
réduction & fuppreſſion , les droits irréductibles
de Domaine & Barage.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Moscou , le 5 Mars 1775.
LES ES Troupes irrégulieres employées contre les
Tures , font déjà renvoyées , en grande partie ,
dans leurs Provinces : les ſeuls Régimens de
la diviſion de Livonie & d'Estonie reſtent encore
dans leurs quartiers juſqu'à ce que les affaires de
la Pologne foient terminées.
04
A
216 MERCURE DE FRANCE,
-
De Warsovie , le 24 Mars 1775-
On affure qu'actuellement il y a dans leGrand-
Duché de Lithuanie à-peu-près vingt mille Rusfes.
Le Corps d'armée que Sa Majeſté Pruffienne
a dans les Provinces de la Pruſſe , & qu'on fait
monter à trente - fix mille cinq cents hommes ,
doit , à l'exception du Régiment qui eſt auprès
de Dantzick , ſe trouver le 6 Juin près de Graudentz
( Ville du Palatinat de Culm , dans la
Pruſſe Polonoife) , pour y paffer la revue du Roi.
Des lettres récentes des Frontieres de Podolie ,
portent que la garniſon Ruffe de Choczim en
étoit fortie le 10 de ce mois , & avoit remis cette
place aux Turcs , qui y étoient entrés assnombre
de deux cents ſoixante-dix hommes ſeulement ,
commandés par un Aga. De leur côté , les
Tures ont remis Kinburn aux Troupes Ruſſes .
Un Major Français , nommé le Baron de Reuillecourt
, a obtenu le commandement d'une Lé.
gion de douze cents hommes qu'il leve aux dépens
de la République.
Les dernieres lettres de la Podolie annoncent
le départ du Général Romanzow pour Moſcaw.
Quant à l'armée Ruſſe , elle paroît faire quelques
difpofitions pour ſa ſortie de la Pologne.
MAI.
1775. 217
De Copenhague , le 4 Avril 1775 .
Le Baron de Blome , Envoyé extraordinaire à
la Cour de France , ayant obtenu un congé pour
paffer quelques mois dans le Holſtein , le Confeiller
de Légation Schutz eſt chargé à la même
Cour , pendant l'absence de cet Envoyé , des af.
faires de Sa Majeſté .
De Berlin , le 25 Mars 1775.
Par le Traité de Commerce conclu entre le
Roi de Prufle & la République de Pologne , on
a ftipulé la diminution de moitié des droits d'entrée
& de fortie en Pologne , qui font réduits à
2 pour 100. Celui de tranfit a été aufli modifié
à la même taxe , pour les objets fabriqués dans
les deux Etats reſpectifs . Une claufe afſujettit
_ aux anciennes fixations tous les objets néceſſaires
aux fabrications des Etats du Roi de Pruffe.
De Madrid , le 4 Avril 1775.
Les Maures étant fortis de leur camp devant
Mélille , & ayant arboré le drapeau blanc le 16
Mars à deux heures après-midi , on laiſſa en con .
féquence approcher des murs de la place un Alcaïde
qui annonça la levée du ſiege , & qui demanda
que Sidi Hamet Elgazel , Ambaſſadeur à
la Cour d'Eſpagne , lors de la conclufion de la
derniere paix , pût conférer avec le Commandant-
Général.
Don Juan de Sherlock , répondit qu'Elgazel
pouvoit venir , & bientôt il parut , accompagné
de deux autres Officiers Maures , qui donnerent ,
comme lui , en approchant , les marques d'un
05
218 MERCURE DE FRANCE.
reſpect & d'une foumiffion peu ordinaires à cette
Nation.
Le Gouverneur du Préſide du Pennon a auſſi
donné avis que les Maures qui l'affiégeoient ,
avoient arboré l'étendart de la paix le 18 Mars
au foir , & que la place y ayant répondu , ils
firent en ſubſtance les mêmes proteſtations qu'à
Mélille , demandant la paix & ſe retirant avec
leur artillerie,
De Naples , le premier Avril 1775.
Le Roi ayant été informé par fon Miniſtre à
Conſtantinople , que les ſommes deſtinées à l'entretien
des Lieux Saints n'étoient point appliquées
à leur objet , & que les Religieux qui réſident
à Jérufalem , privés de ce ſecours , y ſubſiſtoient
avec peine , Sa Majesté a ordonné au ſieur Léone
, Préſident de la Chambre des Comptes , de (
ſe rendre au Couvent des Cordeliers de Sainte
Marie la Neuve de cette Ville , où ſe reçoivent (
les quêtes rélatives à cet entretien qui ſe font
dans tout le Royaume. Ce Magiſtrat s'est fait
remettre la clef du tréſor , & il y a trouvé plus
de cent mille ducats d'argent comptant ; dont
il s'eſt ſaiſi. Deux jours après , il a paru un
Edit portant défenſes de faire à l'avenir de pareilles
quêtes , Sa Majesté voulant ſe charger >
Elle même de pourvoir à l'entretien des Saints
Lieux de la maniere qu'elle jugera convenable.
De la Haye , le 31 Mars 1775.
Les Etats Généraux ont publié le 20 , un placard
portant défenſe proviſionnelle, pour le terme de
fix mois , d'exporter aucune munition de guerre ,
MAI.
1775- 219
poudre , canons , balles ſur les Vaiffeaux expédiés
vers les Domaines de la Grande Bretagne , ſous
peine de confiſcation des objets prohibés qu'on
y trouveroit & d'une amende de mille florins
dont le Capitaine feroit reſponſable & pour lesquels
fon Vaiſſeau pourroit être exécuté. Les
mêmes peines & faiſies font prononcées par cette
Ordonnance contre tous autres Vaiſſeaux , foit
étrangers , foit nationnaux , s'ils ne font munis
d'une permiſſion expreſſe de ſortir avec les chargemens
ci- deffus déſignés ; on a pourvu à ce que
cette permillion ne pût leur être expédiée que
par le Département de l'Amirauté , ſous l'in
ſpection duquel ſe feront les embarquemens.
De Livourne , le 15 Mars 1775 .
Selon les nouvelles d'Alger , les Sujets de cet.
te Régence voient avec inquiétude les meſures
que prend le Bey pour rendre héréditaire cette
dignité dans la famille. La fermentation des esprits
excite des foulevemens dans la Ville , &
donne quelques alarmes aux Négocians Européens.
Extrait d'une Lettre de Philadelphie en date du
15 Février 1775.
Il regne ici une grande maladie , & particuliérement
dans les Troupes. Le dixieme Régiment
s'est révolté il y a quelques jours , & il a été
défarmé pour avoir refuſé de caſſer la tête à
trois foldats qui avoient déſerté. Les amis de
l'adminiſtration ont eu grand foin d'étouffer cette
affaire.
220 MERCURE DE FRANCE .
De Boston , le 7 Avril 1775.
Le Congrès Provincial aſſemblé le 15 Février
dernier à Cambridge , a décidé que la grande loi
de la conſervation de ſoi-même obligeoit les habitans
de cette Colonie à ſe préparer , fans délai
, contre toute entrepriſe qui pourroit être
formée de les attaquer par ſurpriſe . En conféquence
il eſt ordonné à tout Corps de Milice de
ſe perfectionner dans la difcipline militaire. Il eſt
recommandé aux Villes & Diſtricas de la Colonie
d'encourager les Fabriquans d'armes &d'en pourvoir
les Habitans qui n'en ont point encore : cette
réfolution eſt ſignée John Hencock , Préſident
du Congrès Provincial.
De Londres , le 2 Avril 1775.
Les Généraux Howe , Clinton & Burgoyne ,
qui commanderont les Troupes en Amérique ,
doivent s'embarquer à Portsmouth ; mais l'idée
qu'on s'eſt faite de leurs caracteres patriotriques ,
fait préſumer , qu'autant que l'honneur le leur
permeettttrraa , ils employeront les voies de la perfuafion
& de la douceur , pour ramener ces Pays
à la Mere Patrie avant de recourir aux moyens
de rigueur.
On annonce avec quelques inquiétudes qu'un
Vaiſſeau eſt parti de Stétin , au mois de Mars
dernier , avec un chargement d'armes à feu , de
poudre à canon , de boulets , d'habits d'ordon .
nance& de trente pieces de campagnes légeres ;
que les armes & les munitions ont été payées
par un Agent de l'Amérique à Berlin ; que ce
Vaiſſeau porte huit Officiers Généraux qui ont fervi
long- temps en Allemagne , & du nombre desquels
font les fieurs Roberveils , Larafont &Gurgenſtein.
MAL 1775- 221
De Paris , le 28 Avril 1775.
Les Habitans de Saint Domingue & les Chambres
du commerce du Royaume , ayant fait des
repréſentations fur le bas prix du café , Sa Majeflé
, pour encourager ce genre de culture , a
ordonné que le droit de 14 den. pour liv. qui ſe
perçoit à St. Domingue fur cette denrée , ſera
réduit à 4 pour 100 du prix vénal.
NOMINATIONS.
Le 19 Mars , la Marquise de Caumont de la
Force prêta ferment entre les mains de Monfeigneur
le Comte d'Artois , pour la place de Gouvernante
des Enfans de ce Prince.
Le Roi a accordé l'Evêché de Nantes à lẺ.
vêque de Tréguier ; & celui de Tréguier à l'Ab.
bé de Luberfac , Vicaire-Général d'Arles & Aumônier
de Sa Majefté.
PRÉSENTATIONS.
Le 6 Avril , le ſieur Bertrand de Boucheporne ,
nommé à l'Intendance de Corſe , ſur la démisfion
du fieur de Pradine , a eu l'honneur de
fare fes remercimens au Roi , auquel il a été
préſenté par le ſieur Turgot , Contrôleur-Géneral
des Finances .
Le 12 Mars ,le fieur de Courtilloles , Lieute822
MERCURE DE FRANCE .
nant Général au Baillage & Siege Préfidial d'Alençon
, anti que les ſieurs Dumellanges , Boullay
& de Badoire , Députés de cette Jur fd tien,
curent l'honneur d'être préſentés à Monfieur , &
de lui faire leurs remercimens , au nom de leur
Compagnie , pour laquelle ils ont obtenu la distinction
de porter la robe rouge.
Le 28 Mars , le fieur d'Albertas fils , eut l'honneur
d'être préſenté au Roi par le Sr de Miro
mefnil , Garde des Sceaux , & de faire fes re
mercîmens à Sa Majeſté de l'agrément qu'elle
lui a accordé pour la place de Premier Fréſident
à la Cour des Comptes , Aides & Finances de
Provence.
Le 17 Avril , la Marquiſe de Lomeſnil eut
Phonneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés & à
la Famille Royale , par la Comteffe de Brienne.
M. le Vicomte de Villerau , Officier au Régi.
ment des Gardes Françoiſes , a eu l'honneurd'être
préſenté au Roi , à la Reine , & à la Famille
Royale le 18 d'Avril. Le même jour Monfieur
le Marquis de Baroncelly , Officier au Régiment
des Gardes Françoiſes a auſſi eu l'honneur d'être
préſenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale.
NAISSANCES.
Le to Avril , la nommée Madeleine Vilguenne ,
âgée de quarante deux ans , Femme de Claude
Nigue , Tifferand , de la Paroiffe de Saint Gobain ,
Dioceſe de Laon , eſt accouchée d'un garçon&de
deux filles qui ſe portent très-bien. Cette femme
avoit déjà eu onze enfans , dont les huit premiers
étoient des garçons. Il en reſte ſept vivans au
pere & à la mere qui font fort pauvres .
MAI. 1775. 223
Le 8 de Mars , la Comteſſe héréditaire de Wied-
Neuwied , née Comteffe de Berlebourg , accoucha
heureuſement au Château de Neuwied , de ſon ſecond
fils , qui a été nommé Chrétien-Fréderic.
MARIAGES.
Le 17 Avril le Roi & la Famille Royale ont
ſigné le contrat de mariage du Baron de la
Houze , Chevalier des Ordres Royaux , Militaires
& Hofpitaliers de Notre- Dame du Mont-
Carmel & de Saint Lazare de Jérusalem , Chevalier
Honoraire de l'Ordre de Malte , ci - devant
Miniſtre Plénipotentiaire de Sa Majefté à laCour
de Parme , & actuellement réſidant avec le même
titre près les Princes & Etats du Cercle de la
Baffe-Saxe , avec Demoiselle Favre de Schalens.
actuelleme
Le 18 Avril , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de Mariage du Comte d'Ecquevelli
, Meſtre-de-Camp du Régiment Royal , Cavalerie
, avec Demoiselle de Durfort de Civrac ;
celui du Marquis de Bouzols , Colonel du Ré.
giment de Lyonnois , Infanterie , avec Demoifelledd''
Argout ; & celui du Comte de Puſignieu ,
Capitaine au Régiment Dauphin , Dragons , avec
Demoiselle de Santo.Domingue.
Le 9 Avril , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Comte de Fleurigny
, avec Damoiſelle Defreaulx ; & le 23 , ce.
lui du fieur de Chapt de Raftignac , Comre de
Chapt , Officier au Régiment du Roi , Infanterie
, avec Demoiselle de Forbin de Janſon .
Le 12 Avril , le Comte régnant de Sayn Wittgenſtein
- Berlebourg , époufa , à Grünſtatt , la
224 MERCURE DE FRANCE.
Comteſſe Charlote - Fréderique de Linange- Westerbourg.
MORTS.
Pierre Mauclerc de la Muſanchere , Evêque de
Nantes en Bretagne , Conſeiller du Roi , en tous
ſes Conſeils , eſt mort dans ſon Palais Epifcopal ,
le Avril.
Michel . Armand, Marquis de Broc , Comman
deur de l'Ordre Royal & Militaire de St Louis ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , ci-devant
Commandant en Bretagne , & depuis en
Baffe- Alface , eſt mort dans ſes Terres , au pays
du Maine , le 4 Avril.
On apprend de la Côte d'Or , en Afrique ,
que Dahomay , Roi de Juda , y eſt mort le 12 Mai
1774. Ce Prince étoit fils de Dahomay, un des
plus grands Conquérans de cettepartie dumonde,
&qui en 1727 , du fond des déſerts &des terres ,
à la tête de quelques hordes errantes , ſe rendit
maître des Royaumes d'Ardes , de Jaquin & de
Juda , qu'il réduiſit au point que l'ancienne race
des Judaïques n'existe plus. Adamouſon eft aujourd'hui
ſur le Trone qu'a fondé fon Aïeul par
ledroit de la dévaſtation.
On mande de Caën en Normandie , que le 17
Mars dernier il y eſt mort un particulier nommé
Thomas , âgé de 102 ans , natif de Chinon en
Touraine. Il n'a jamais eu de maladie , & n'a
été alité que ſix à ſept jours avant ſa mort.
Nicolas de Frémont , Préſident honoraire au
Parlement ;
MA 1. 1775 225
Parlement; eſt mort le 6 Avril , dans la 66e an
née .
Etienne , Chevalier d'Eſparbès de Lufian , Bailli
de Manorque , Commandeur de Renneville , eſt
mort à Toulouſe , le 13 Avril , dans ſa 88e arr .
- née ; il étoit le treizieme Chevalier de Malte de
fa maifon .
Au mois de Mars mourut au Château de Berlebourg
Eſter Polyxene-Marie , Comteſſe Douairiere
de Berlebourg , née Comteſſe de Wurmbaand ,
âgée de 79 ans.
IOTERIE.
Le cent ſoixante douzieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel de- Ville s'est fait , le 25 du mois d'Avril
, en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 83793. Celui
de vingt mille livres au No. 83532 , & les deux
de dix mille , aux numéros 90103 & 95262 .
ERRATA du Mercure d'Avril 2 vol. 1775.
Page 14 , après le vers :
Ce mot ou cet écueil de l'amour conjugal.
Ajoutez le vers omis :
Où quelquefois l'Amant devient faux & parjure.
P
226 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe, page 5
Sentimens de repentir ,
Vers adreffés à un jeune Epicurien ,
Le Chêne & le Pourceau , fable.
A M. Perronnet ,
Vers à M. Trinqueſſe ,
L'Epreuve , Comédie de Société ,
Couplets ,
ibid.
9
I I
12
13
15
31
Vers adreſſés à Mde la D. de Gr.
Ode fur le retour du Printemps ,
33
25
Explication des Enigmes & Logogryphes , 36
ENIGMES , 37
LOGO GRYPHES , 39
Vaudeville des Femmes vengées , 43
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 70
Don Pedre , Tragédie , ibid.
Mémoires littéraires , critiques , &c. 70
Obſervations critiques en faveur du Roi & de
fon Peuple , 75
Code Eccléſiaſtique , 76
La confolation du chrétien , 78
Louis XII , furnommé le Pere du Peuple , dont
le préſent regne nous rappelle le ſouvenir , 8
Code du faux , 83
Chimie hydraulique , 87
La France illuftre , 92
Adonis , 106
Les converſations d'Emilie , 115
Les Etrennes de ſanté ,? 130
MAI. 1775. 127
Annales du regne de Marie-Théreſe , 131
Le Médecin interprete de la Nature ,
Entretiens philoſophiques & critiques ,
135
137
Propoſitions avantageuſes à l'Etat , 139
Précis d'un projet d'opérations de finance par
forme de Loterie ,
141
Profpectus de la Gazette du Courrier d'Avignon
, 142
Gazette des Banquiers , &c . 147
Annonces , 149
ACADÉMIES , 151
des Inſcriptions & Belles- Lettres, ibid.
Royale des Sciences , 152
---Françoiſe , 157
-- de Copenhague , 158
SPECTACLES , 162
Concert Spirituei , ibid.
Opéra , 165
Comédie Françoiſe , ibid
Comédie Italienne , 166
Bibliotheque univerſelle des Romans , avec
des notes , Ouvrage périodique 167
Vers à Mile D. L. B. de Verſailles , 174
A Mgr le Maréchal de Duras , 175
A M. le Marquis de Vérac , 176
Epître du Prince de Beloſelsky , Ruſſe , à M.
de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 178
Lettre M. de Voltaire à l'Auteur des Ephé
mérides du Citoyen , 179
Lettre de M. de Voltaire à M. Parmentier , 182
Cours & Leçons publiques , 183
ARTS. 187
Gravures , ibid.
228 MERCURE DE FRANCE.
Muſique.
Barometre & Thermometre ,
Acte de Bienfaifance ,
Anecdotes.
AVIS ,
Lettres-Patentes , &c.
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Naiſſances ,
Mariages ,
Morts,
Loteries ,
FIN.
1
I
194
195
197
207
210
213
215-
221
ibid.
222
223
224
225
UNIVERSITY
OF MICH
3 9015 06370 94
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06370 9458
PROPERTY OF
The
Universityof
Michigan
Libraries
1817
ANTES SCIENTIA VERITAS
:
1
8.1
8.8
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TCEHOR
ERIS
PENINSUL
AP
:
20
M5.
1775
no.4
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1
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des Pieces Fugitives en Vers & en Profe , des
Enigmes, Logogryphes , Nouvelles Littéraires , Annonces
des prix des différentes Académies , Annonces de Spectacles,
Avis concernant les Arts agréables , comme Peinture
, Architecture , Gravure , Mufique &c. quelques
Anecdotes ; des Edits , Arrêts , Déclarations ; des Avis ,
des Nouvelles Politiques ; les Naissances & les Morts
des Personnages les plus illustres ; les Nouvelles des Loteries,
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Editeur de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par
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On publiera de fix en ſix mois deux tomes de Planches
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Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers ſujets
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Jean Nic. Seb . Allamand Profeſſeur à Leyde. 4to.
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af 8 : -
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVIe. Livres de
PLINE L'ANCIEN , avec des Notes. Par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vola
La Haye 1773. à f 4 : de Hollande.
Cantiques tirés en partie des Pieaumes , & en partie des
Poëfies Sacrées des meilleurs Poëtes François . Avec
des airs notés . par M. Jean Dumas , Pasteur à Leipfic.
grand in 8vo. I vol. Leipfic , 1775 , à f 3:10.
Regles & Principes de l'art de la Guerre des Meilleurs
Auteurs qui ont écrit ſur cette ſcience , recueillis
par G. R. Faeſch , Colonel des Ingénieurs au Service
de Saxe &c. Tome 3. 4. grand in 8vo. avec fig.
Leipfic 1774 , à f 7:10.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt ſur les
Droits des Souverains . grand in - douze I vol. 1775. af 1 : -
AVIS.
J'ai mis ſous preſſe &je ſuis ſur le point de publier
un ouvrage intéreſſant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inſtruction de la Jeuneſſe de ſon empire & pour
le bonheur de tous ſes Sujets .
A2
Ces Etabliſſements font La Maison d'education de
Moscou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caisse de Depot ouverte au Public
un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruſſes & fous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements .
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le compoſent
, à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés;
pour en prévenir de nouveaux pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour soulager les
Veuves & les Orphelins ; pour aſſurer les ſucceſſions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour affranchir
des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs.
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail, en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inftruction de la Jeuneſſe & à la conſervation
de la ſanté, objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
de50 Ce recueil formera 2 vol. grand in- douze
feuilles d'impreſſion , à f2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 40. en deux parties , ſera ornée
de plus de go morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 : 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long-tems la publication de cet ouvrage.
Il eſt propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoître & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien s'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE,
MARS, 1775.
PIECES FUGITIVES .
EN VERS ET EN PROSE.
:
LES CHEVAUX
Fable imitée de l'Allemand.
LANGUIRONS-NOUS long-temps fous le pouvoir des
,, hommes ?
S'écrioit un Cheval ; „ Eſclaves que nous ſommes ,
Ne verrai-je donc point de courſiers généreux
Pour qui la liberté ſoit le premier des voeux ?
A 3
6. MERCURE DE FRANCE.
,, Que les temps font changés ! ahl que jadis nos peres
» Jouiſſoient dans les bois de deſtins plus proſperes 1
و د
و د
Ni le fier Polonois , ni l'Eſpagnol hautain ,
Ne ſavoient point fléchir ſous un maître inhumain .
, Ils ne ſuivoient de loi que celle du courage :
, L'auguſte liberté recevoit leur hommage ;
,, L'auguſte liberté , ſeul tréſor d'un grand coeur ,
Suffiſoit à leurs voeux , cimentoit leur bonheur ;
» Et la vaſte forêt , leur ouvrant ſes aſyles ,
„ Leur aſſuroit des jours fortunés & tranquilles.
Loin de ſentir le frein fous un deſpote altier ,
,, Ils patſſoient à leur gré dans l'Univers entier .
" Et nous , vils inftrumens de l'induſtrie humaine ,
»Nous sommes en naiſfant dévoués à la peine :
,Nous ſubiſſons le joug, &, pour comble de maux,
و و
Nous sommes aſſervis aux derniers des travaux.
Nous pouvons commander à toute la nature...
„ Et de l'homme étonné nous sommes la monture !
„ Nous ! nous ! conſidérez ce timide animal :
” Eſt-il à comparer au plus foible Cheval ?
O honte ! o déſeſpoir ! Eſt- ce donc là le maître
" Qu'un courſier , plein d'ardeur , peut & doit reconnaître
,, Fait- il trembler au loin la terre ſous ſes pas ?
ور Reffent- il , comme nous , la chaleur des combats
סי
ود
Eſt -il plus courageux ? 0 comble de miſere !
Voilà le potentat qui gouverne la terre !
▼
,, Voilà le fouverain qui nous dicte des loix ,
» Et qui , de nos talens diſpoſant à ſon choix ,
MARS.
1775- 7
5,Veut nous faire obéir à fon moindre caprice;
"
"
Et nous endurerons cette affreuſe injuſtice !
Laiſſons-nous emporter au plus juſte courroux :
,, Nous livrons ſes combats , il triomphe pour nous :
„ Sans nous , fans notre appui , que feroit ſa vaillance ?
" Et de tant de bienfaits quelle eſt la récompenſe ?
,, Quel fruit retirons-nous de nos nobles travaux ?
,, Souvent nous gémiſſons ſous d'indignes fardeaux ;
„ Nous décorons ſon char , nous brillons àla vue ,
Et dès le lendemain nous trafnons la charrue !
„ Compagnons , quelle honte & quel abaiſſement !
,, Ne fortirons-nous point de notre aveuglement ?
„ Ecoutons , croyez m'en , notre bouillant courage
" Briſons le joug; fuyons un indigne esclavage ;
,, Rompons nos fers, ſuivons le chemin de l'honneur ;
„ Et nous mériterons de goûter le bonheur ."
A-ces mots il fe tait ce diſcours magnanime
Obtient au même inſtant un fuffrage unanime.
Un murmure confus s'éleve : mille voix.
Répetent à l'envi : ,, Fuyons au ſein des bois" ;
Lorſqu'un vieux Cheval blanc , le Neſtor de la troupe
Les regarde , ſe leve , & fecouant ſa croupe ,
„ Compagnons , leur dit - il , compagnons , arrêtez :
,, Dans quel abyſme affreux vous vous précipitez !
„ La nature , il eſt vrai , nous donna la preſtance ;
Mais l'homme , plus heureux , reçut l'intelligence.
Si la force eſt pour nous , n'a-t- il pas la raiſon ;
„ Pouvons-nous balancer unſi précieux don t
A 4
8 MERCURE DE FRANCE .
92 Nous faifons ſes travaux , il ſoutient notre vie ;
, Qui d'entre nous eût pu conſtruire l'écurie ?
„ Où , dès que les frimats déchaînent leur courroux ,
„ Braverons - nous la dent des tigres & des loups ?
" Eh! quand l'hiver , des bois flétrira le feuillage ,
„ Qui nous procurera des grains & du fourage ?
» Qui nous garantira des horreurs de la faim ?
» C'eſt l'homme , o mes amis ! c'eſt l'homme , l'homme
enfin ,
2,Qui dans nos rateliers verſe avec abondance ,
Ces grains que , dans l'été , recueillit ſa prudence.
„ Nous l'aidons , j'en conviens : mais fa main nous nourrit,
» Et de tous nos travaux nous recueillons le fruit.
„ Fête-t-il un ſeul jour , nous le fêtons enſemble :
» Le beſoin nous unit , l'amitié nous raſſemble.
,, Il ſe fait entre nous un commerce enchanteur ,
„ Dont l'accord précieux tend au commun bonheur.
» C'eſt ainſi que ce Grec , dont j'honore la cendre ,
„ Ce courſier , qui jadis porta l'homme Alexandre ,
" Parvint , avec ſon Maftre , à l'immortalité.
» Seroit- il donc connu de la poſtérité ,
"
Si l'homme eût dédaigné de tranſmettre à l'hiſtoire
Ses vertus , ſes hauts faits & l'éclat de ſa gloire ?
Sans l'homme , faurions - nous qu'il vécut , ce héros ,
,, Qu'il s'immortaliſa par ſes nobles travaux ?
» Ce nom , qui de ſa gloire a rempli tout le monde ,
„ Seroit enseveli dans une nuit profonde.
Gardez-vous donc , amis , de ſuivre aveuglément
MARS. 1775
,Un conſeil qui ne tend qu'à votre détriment.
„ J'ai vécu plus d'un jour & j'ai de la prudence :
„ Croyez-en mon grand age & mon expérience.
, Notre fort est heureus , ſoyons-en fatisfaits :
,, Aimons l'homme , & fentons le prix de ſes bienfaits
Le conſeil étoit ſage ; on ne l'écouta guere :
Le Cheval ne voyoit , ne préchoir que miſere ,
C'étoit un radoteur : on s'enfuit dans les bois.
Là , pour maintenir l'ordre , on fit de belles loix :
Tout alloit bien : l'hiver vint enfin , la famine
En moins de quinze jours conſomma leur ruine,
Un tiers , mangé des loups , fit une trifte fin ;
Un tiers mourut de froid , de miſere & de faims
Et l'autre , convaincu par ſon expérience ,
Qu'on paie avec uſure un moment d'imprudence ,
Revint à l'écurie , abjura ſon erreur ,
Servit l'homme & trouva près de lui le bonheur.
Vous , que l'attrait du vice & de l'indépendance
Arrache à vos parens au fortir de l'enfance ,
Voilà de votre ſort le fidele tableau !
Vous boirez à loiſir toute votre imprudence ,
Et vous ferez un jour votre propre bourreau .
Par M. Willemain d'Abancourt.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE,
EGLOGUE.
LA BERGERE DÉSINTÉRESSÉE.
S
UN BERGER.
I tu voulois m'aimer , Bergere...
UNE BERGERE.
Eh bien !
LE BERGER.
Ces grands troupeaux font tous à moi ;
J'héritai ſeul à la mort de mon pere ;
Si tu voulois m'aimer , ils ſeroient tous à toi.
LA BERGERE.
Eſt- ce tout ?
LE BERGER
Ces immenfes plaines
Sont couvertes de mes moiſſons ;
Ces richeſſes ſeront les tiennes ,
Bergere , & nous nous aimons .
MARS 1775
LA BERGERZ.
Berger, tu n'as pas davantage ?
LE BERGER.
Sur ces rians côteaux qui bordent le villag
De vendangeurs un peuple entier ,
Chacun armé d'une ferpette ,
En répétant la chansonnette ,
1
Cueille la grappe & remplit mon cellier ,
La plus belle des vendangeuſes
Avec grace viendroit t'offrir tous les matins ,
L'élite de ines beaux raiſins ;
Mes récoltes , toujours heureuſes ,
Seront à toi , Bergere ; uniſſons nos deſtins,
LA BERGERE.
Eft - ce tout ?
LE BERGER.
Non! ... Cent vaches marquetées .
De noir & de feu tachetées ,
En rentrant , ſous tes yeux paſſeront chaque foir ;
Dans l'étable tu peux les voir ,
Pas une d'elles n'eſt farouche ;
Preſqu'auſſi doux qu'un baiſer de ta bouche ,
Preſqu'auſſi blanc que les lis de ton ſein,
12 MERCURE DE FRANCE,
Un lait pur , que tes doigts s'empreſſeront de traire,
Dans de nombreux vaſes de terre
Coulera pour toi ſeule... en me donnant la main,
LA BERGERZ.
On m'offre beaucoup plus encore.
LE BERGER.
Mais je ſuis cependant (ſi j'en crois le renom)
Le plus opulent du canton.
Que peut-on t'offrir ?... Je l'ignore ! ...
LA BERGERE.
Un coeur! ... Le pauvre Hylas , pour moi ,
Avec le ſien eſt plus riche que toi.
Par M. Maréchal.
MARS. 1775. 13
L'HEUREUX DÉBARQUEMENT.
Apologue composé d'abord en Anglois par
M. de H... à l'occaſion de l'inauguration
de la Statue (1 ) de S. A. R. le Duc Charles
de Lorraine, & mis en vers par M.
l'Abbé R...
UN vaiſſeau , peſamment chargé ,
Du Rhin , avec effort , fendoit l'onde écumante ;
Des Nymphes le voyoient , & leur troupe tremblante
Craignoit qu'il ne fût ſubmergé.
Emu lui- même à cette vue ,
D'où vient donc , dit le Dieu , cette crainte imprévue ,
Qui trouble la paix de mes eaux ?
Ce vaiſſeau , lui répond une Nymphe ingénue ,
Ce vaiſſeau porte la ſtatue
Du plus aimable des Héros.
Eh bien , reprit le Dieu tranſporté d'alegreſſe ,
Je veux que l'Univers apprenne en ce moment
Combien ce dépôt m'intéreſſe ;
(1) La Statue a été jetée en fonte à Manheim ; pour
la transporter , il a fallu l'embarquer sur un vaisseau ,
& lui faire faire un long trajet fur le Rhin : c'est ce
qui a donné lieu à PApologue.
14 MERCURE DE FRANCE.
Dieux , qui peuplez ſous moi le liquide élément',
Veillez tous ſur un monument
Que l'on conſacre à la mémoire
D'un Héros qu'autrefois , avec étonnement ,
J'ai vu ſe frayer hardiment ,
Atravers de mes flots , le chemin de la gloire.
!
Il dit; mille autres Dieux partagent fon tranſport.
De leurs cris redoublés les échos retentiffent:
Sous le noble vaiſſeau les ondes s'applaniſſent
Et le conduiſent droit au port.
Prince , juſques aux Dieux , tout prend part à ton fort.
QUATRAINdu même , fur le même ſujet.
B
RONZE , qui vas tranſmettre à la race future
Du meilleur des Héros les traits & la figure ,
Puiſſes-tu , d'age en age , aux yeux du Citoyen ,
Retracer ſes vertus , notre amour & le ſien !
MARS. 1775. 13
LA BIENFAISANCE.
L'ENNUI 'ENNUI me conduiſit un jour ſur les
bords de la Seine. Son onde paiſible m'invita
à rêver. J'apperçus un vieillard dont
la phyſionomie annonçoit le génie &
la bonté. Ses traits m'attirerent vers lui.
Après l'avoir ſalué , je lui adreſſai la parole.
Ce que je lui dis étoit ſimple ; fa
réponſe honnête me flatta. Après m'être
entretenu vaguement avec le vieillard
pendant quelques inſtans, je lui demandai
ſi c'étoit le plaiſir de la promenade
qui l'avoit conduit au lieu où je le trouvois.
Un intérêt plus tendre a dirigé mes
pas , me répondit- il ; je viens attendre ici
une jeune perſonne que je dois épouſer
demain. Elle eſt allée inviter quelques
amies que la belle ſaiſon a conduites à la
campagne ; vous m'aidez à ſupporter la
longueur du temps.
J'avois apparemment marqué de la ſurpriſe
en entendant parler de noce à un
homme que l'âge devoit avoir réfroidi.
Il s'en apperçut, & prévint l'aveu qui
alloit m'échapper. Vos pensées ſont dans
16 MERCURE DE FRANCE.
)
vos yeux , me dit-il; nous ne nous cons
noiſſons point , & je n'ai aucun compte
à vous rendre de mes motifs : mais je
vois que vous daignez prendre quelque
intérêt à moi ; &, par honnêteté , je vais
répondre à ce que vous ne me dites pas.
Mon âge eſt celui de la retraite , & l'hymen
eſt un tourbillon. J'épouſe une perſonne
de ſeize ans , mais je n'ai pas le malheur
d'en être amoureux ; c'eſt donc une
action ; libre & cette action paroît inconcevable
, puiſque je raiſonne ſur la distance
infinie que les années mettent en
tre ce jeune objet & moi. Daignez m'entendre;
le ſentiment vous aidera à com
cevoir l'ouvrage de l'humanité.
Mon nom , que je vous ai appris, vous
a d'abord inſtruit des occupations de ma
vie. J'ai acquis quelque célébrité : elle
m'a fait connoître le prix du temps. J'ai
cru que les paſſions nuiſoient à la gloire ,
&j'ai préféré les travaux aux plaiſirs. Un
motif plus puiſſant m'a conduit ; j'avois
une jeune orpheline à protéger contre les
outrages de la fortune. Son pere ne vivoit
plus : il avoit été mon ami juſqu'à
la mort; ſa confiance en moi étoit l'unique.
MARS.
1775. 17
que héritage de ſa fille. Adopter un orphelin
, c'eſt devenir ſon pere. Ma fortune
étoit encore médiocre ; mon zêle étoit
extrême. Je régardai le travail comme
un devoir , & la peine devint un plaiſir.
Lucile n'étoit plus un enfant. Déjà les
progrès de ſes charmes annonçoient ce
période où la nature , fans s'expliquer ,
parle au coeur d'un pere ſenſible. Je me
pénetre de l'engagement que j'ai pris en
l'adoptant. Mes efforts redoublent : je
me reproche le ſommeil ; mes voeux préviennent
mes dons ; je vois enfin briller
l'aurore du jour que je deſire plus qu'elle :
cinquante mille écus & un époux lui font
offerts par ma main. Vous allez voir ici
combien les meilleures vues , celles du
ſentiment le plus pur , trouvent de contrariété
dans la deſtinée. Lucile ne paroît
ſenſible qu'à mon motif; l'or que je fais
briller à ſes yeux , n'obtient que le regard
de la reconnoiſſance ; & le mari que je
lui préſente , cet être dont la ſeule qua-
'lification doit faire naître des idées agréables
à un objet de ſeize ans , reçoit un
accueil dont la froideur eſt l'équivalent
-d'un refus. Lucile étoit honnête ; & fouvent,
ſes manieres touchoient comme les
bons procédés. Je ne cherchai donc point
B
18 MERCURE DE FRANCE.
dans fon caractere le principe de l'irré
gularité dont elle me rendoit témoin.
Mon ame , prompte à lui trouver une
excuſe , ſe peignit l'antipathie avec tour
fon empire. Je regardai les traits du
jeune homme que je préſentois ; ils n'étoient
point beaux ; je n'accufai plus
que lui. Cette ſcene finit: &je me gardai
bien d'en faire le ſujet d'un entretien
avec Lucile. Croyant l'avoir deviné ,
j'étois trop prudent pour l'interroger. A
feize ans on déguiſe ſon coeur : en cherchant
à l'inſtruire , je lui aurois appris à
tromper. Je ne voulois pas d'ailleurs
qu'elle pût prendre mes réflexions pour
des reproches ; mes dons n'auroient plus
touché le ſentiment, mes premiers ſoins
auroient perdu leur caractere à ſes yeux ;
d'une pupile , j'aurois fait une eſclave.
Je lui cherchai un autre époux. La nature
fut conſultée dans mon choix. J'eus
le bonheur de rencontrer la convenance
dans tous les points. Déjà je jouiſſois in-(
térieurement du plaiſir de voir fon ame
s'épanouir. Mes idées ſe répandoient fur
l'avenir ; je voyois mon ouvrage & mon
bonheur. Un triſte nuage éclipfe tout- acoup
ce beau jour. Lucile renouvelle
l'horreur du ſpectacle que j'avois voulu
MARS. 19 1775
oublier. On n'excuſe pas deux fois quand
le coeur eſt affecté . La vanité ne m'attachoit
pas à mes bienfaits ; mais l'objet
que je chériſfois ne vouloit pas être heureux
par mes foins. Cette idée eſt cruelle :
l'ame ſe révolte. Je me plaignis ; je menaçai
de mon difference : je n'interrogeai
ni le coeur , ni l'eſprit ; j'imputois
tout au caprice; mes expreſſions ne furent
que des plaintes. Lucile ne répondoit
point & avoit les yeux baiſſés. Elle les
ouvre ; ils étoient pleins de ces larmes
qui diſent tant de choſes , de ces larmes
qui ne coulent point , & qui annoncent
le terrible tumulte qui regne dans l'ame
par les penſées. Elle me regarde , ſe retire
, & me laiſſe avec l'impreſſion de
tout ce qu'un coup d'oeil m'oblige d'expliquer.
Dans une pareille ſituation , l'eſprit ſe
porte vers les objets de ſentiment. Je
crus qu'une paſſion ſecrette étoit la cauſe
de l'obſtacle que je rencontrois. Cette
penſée s'imprime fortement dans mon
coeur ; je m'y livre ; la nature me fait
entendre ſa voix, je vole ſur les pas de
Lucile , je l'arrete, je lui parle : jamais
peut- être l'humanité n'eut plus d'énergie.
Après tout ce que j'ai éprouvé de ton
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
eſprit , lui dis - je , je juge que ton ame
eſt engagée. Déclare ta paſſion , nomme
ton amant ; je te donne à lui s'il eſt honnête
; n'eût il rien , fût-il né dans le dernier
rang , ma tendreſſe ſupplée à tout;
prononce fon nom ; il eſt déjà ton
époux.
Ici vous allez voir une nouvelle ſcene
ſe former des aveux & des ſentimens les
plus extraordinaires. Lucile tombe à mes
pieds , pleure beaucoup fans rien dire
d'abord , ſe releve , & me déclare , en
s'éloignant , que le ſeul époux qu'elle
veuille accepter , c'eſt moi.
A l'abri de la ſéduction des ſens , que
l'âge avoit preſque glacés , mes premieres
penſées , fans doute , ne ſe porterent
point fur les charmes de l'objet qui vouloit
ſe donner à moi. J'enviſageai d'abord
une ame honnête & neuve , que la
reconnoiſſance emportoit vers l'objet des
uniques ſentimens qu'elle connût. Je ſentis
, pour ainſi dire , la réſolution d'être
généreux , toute formée dans mon coeur;
la délicateſſe me tint lieu de réflexion.
C'étoit un état de tranquillité ; j'en ai
peu connu de plus doux , & où j'aie été
plus content de moi-même. Ce calme ne
dura pas. Un coup d'oeil de la beauté eſt
MARS. 1775- 21
fait pour renouveler notre exiſtence , &
pour corrompre nos vertus ; combien un
mot flatteur , un aveu tendre de ſa part
doit entraîner plus de révolution! Lucile
;) s'offroit à moi , vouloit ma main , la demandoit
avec des larmes .... Je ſavois
que j'étois peu digne de ce bonheur ;
e mais le defir eſt une ſurpriſe : il entraîna
mon ame fans égarer ma raiſon. J'entrai
chez Lucile qui s'étoit jetée dans un
- fauteuil. Je me plaçai à côté d'elle , &
lui prenant la main : Tu viens de me
faire une ſituation bien étrange & bien
capable de m'agiter , lui dis-je; avant de
e t'expliquer ce que j'éprouve , je veux
t'interroger toi- même ſur le véritable
état de ton coeur. Pourquoi veux tu préférer
ſoixante- dix ans , des rides , des
aſenſations preſque uſées , des habitudes
peut- être ridicules , des réflexions nécefa
ſairement ſérieuſes , aux avantages & aux
magrémens de la jeuneſſe ? Quel eſt ton
re motif , quel eſt ton but , quels font tes
rſentimens ?... Vos queſtions font dignes
1 de vous , me dit Lucile , & achevent
a votre éloge déjà gravé dans mon coeur.
ett Vous ne voyez en moi que les avantages
ne que je dois à la nature; les qualités de
ef mon eſprit vous font inconnues. En vous
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
expliquant le ſecret de mes pensées , vous
concevrez aisément & mes motifs &
mon eſpoir. Vous favez , pourſuivit- elle ,
que la lecture & la converſation des perſonnes
ſenſées ont fait mes plus doux
amuſemens. Je me prête à la frivolité par
uſage': mais la réflexion eſt l'habitude &
le plaiſir de mon ame. De tout ce que
j'ailu , il s'eft formé une eſpece de fyftême
auquel je ſuis fort attachée; la difpoſition
que je vous ai montrée en eſt
le réſultat. Je ſuis perfuadée que les hommes
font ingrats & volages ; époux ou
amans , leurs deſirs ne font que des éclairs,
que l'inſtant du bonheur fait diſparoître.
Les droits qu'ils ont acquis , leur deviennent
indifférens , ou ne réveillent l'ame par
les fens , que pour la rendre injufte &
cruelle envers nous. Placées entre l'indifférence
& la tyrannie nous n'avons plus
d'autre fort à attendre que l'aviliſſement;
les charmes mêmes que nous conſervons,
ne nous préparent que des outrages.
J'ai fait cette réflexion : elle s'eſt
imprimée dans mon coeur ; & j'ai abhorré
d'avance tout homme qui me feroit offert
pour époux. Je fais cependant qu'il
faut un état dans le monde. Dans ma
façon de penſer , donner fa main , c'eſt
MARS.
23 1775-
être victime de l'uſage ; mais il n'y aura
plus de facrifice à faire , ni de riſque à
courir ſi vous acceptez cette main que
mon coeur vous offre, & qu'il ne peut
accorder qu'à vous.
L'étonnement que me cauſoit le discours
de Lucile ne m'empêcha pas de
réfléchir à ſes dernieres expreſſions. Ni
facrifice à faire , ni riſque à courir. Je
compris aisément le ſens de cette phrafe.
Je ne l'interrogeai donc que pour la forme.
Elle m'avoua que ſi elle devenoit
ma femme , elle oſoit eſpérer une union
fans contrainte ,& fans réalité. C'eſt pour
mon bonheur , me dit - elle , que vous
voulez que je prenne un époux ; en recevant
cette qualité par mon choix , vous
n'agirez point contre vos principes , &
vous m'immolerez des droits qui ne peuvent
rien avoir d'auſſi doux que de rendre
mon admiration égale à ma reconnoisfance.
Vous êtes inſtruit de la réſolution que
j'ai priſe après avoir entendu Lucile , me
dit le vieillard en poursuivant ; puiſque
je viens de vous apprendre que je l'épouſe
demain. Dix ans avoient été employés
à lui faire une dot; la main qui l'avoit
préparée lui appartenoit. J'avois craint
B 4
24 MERCURE DE FRANCE .
l'hymen comme un esclavage : avec elle
il ne devoit être qu'une ſociété. Il me
paroiſſoit cependantun peu fingulier que
j'engageaſſe ma liberté , ſans me permettre
l'eſpoir des plaiſirs : mais , en réfléchisfant
à l'étendue que j'allois donner à mes
bienfaits , je trouvai bientôt un charme
particulier dans la fingularité de mon engagement
;& depuis quinze jours que ma
parole eſt donnée & qu'on s'occupe des
préparatifs , je ne ſens plus que le plaiſir
de la rendre heureuſe.
Le vieillard terminoit ſa narration
lorſque nous apperçumes le bateau qui
avoit porté Lucile chez ſes amies. Par
difcrétion je voulus me retirer ; il me
força de reſter & de trouver bon qu'il
me préſentât ſa future. La curiofité ſe
mêloit au ſentiment que les ames honnêtes
éprouvent lorſqu'elles trouvent
l'occaſion d'admirer. Lucile arriva. Elle
effaçoit ſes compagnes. Le compliment
que je lui adreſſai ne la rendit ni vaine
ni timide. On eſt peu ſenſible aux louanges
quand on n'eſtime pas les hommes. Je
vis tous les ſentimens d'une fille pour
ſon pere , & toute la froideur d'une philofophe.
Je me retirai après avoir expri.
mé les voeux que m'inſpiroit une union
MARS.
1775 25
à laquelle je prenois un intérêt particulier.
Les détails que m'avoit faits le vieillard
, devenoient des raiſons à oppoſer au
ſyſtême d'un ami , qui prétendoit que tout
bienfaiteur devenoit bientôt un tyran.
Les vertus que je venois d'admirer dans
le protecteur de Lucile , ces ſentimens
folides qui le conduiſoient à immoler
fa liberté , & le prix qu'il pouvoit exiger
de ce facrifice , un héroïſme auſſi marqué
offroit toutes les preuves de l'erreur
dont j'étois intimement perfuadé ; je cherchai
mon philoſophe pendant quelques
jours ; il étoit parti pour la province : je
ne pus le retrouver qu'au bout de quelques
mois. Je lui parlai : je peignis
bien ce que j'avois bien vu ; j'avois le
ton triomphant........ Les reſſources de
J'erreur font infinies. Vous avez l'orgueil
faſtueux d'un vainqueur , me dit - il en
fouriant : il ne tiendroit qu'à moi de
croire que vous voulez m'humilier. J'ai
foutenu des affauts plus périlleux : la
philofophie ne fuccombe jamais. Votre
vieillard a vraiſemblablement épousé Lucile:
il y a trois mois que cette union a
été conclue. Il étoit alors un héros de
l'humanité : il eſt ſûrement aujourd'hui
un tyran de ſa femme. Il a mépriſé les
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
paroles qu'il avoit données , ou fi Lucile
n'a pas fuccombé aux violences dont il
eſt devenu capable, elle doit payer cha .
que jour l'honneur du triomphe par les
horreurs de la dépendance. Les bienfaits
lui font reprochés , ou ſes voeux ont été
trahis.
Je ne pouvois répondre que par des
conjectures ;& c'étoit vouloir fournir des
armes à monAdverſaire. Je le quittai un
peu fâché contre lui. Le lendemain je me
rendis chez le vieilllard avec empreſſement.
Il me reçut comme un homme à
qui l'on a fait des confidences par eftime
, & à qui il reſte encore beaucoup
de choſes à apprendre , qu'il paroît dispoſé
à écouter avec le même intérêt. Notre
entretien ſe lia dès que les premiers
complimens eurent mis fin à la cérémonie.
Nous étions ſous un berceau de fon
iardin ; je lui demandai familiérement ſi
fa femme étoit reſtée ſévérement attachée
a ſes principes , & s'il avoit pu trouver
le bonheur dans un hymen réduit aux
fentimens de la fraternité.... Vous me
faites ſans le vouloir , me dit- il , une
queſtion bien cruelle ; elle rouvre une
plaie , que le temps & la raiſon viennent
à peine de sfermer , cependant je ne ſuis
MARS. 1775 27
>
pas fâché d'avoir à vous parler des douleurs
que j'ai reſſenties ; l'homme eſt foible;
l'amour propre le porte aux confidences
, lorſqu'il peut regarder comme
un illuftre malheureux. Vous me voyez
aſſez tranquille , poursuivit - il ; vous me
retrouvez avec les ſentimens que vous
daignâtes admirer, Sans les charmes de la
bienfaiſance , ſans le courage qu'elle donne
à l'ame pénétrée de la beauté de ſes
maximes , vous ne m'auriez revu que
pour vous pénétrer des tourmens d'uncoeur
agité..... Vous faites palpiter le
mien , lui dis - je; hâtez vous de m'inftruire
; je crains de vous entendre : mais
l'intérêt & l'eſtime ſemblent me commander
de m'attendrir avec vous..
Après la cérémonie qui m'unit à Lucile ,
poursuivit - il , après lui avoir promis le
facrifice de mes droits, me fiant trop à
la vertu , j'oſai contempler ſes charmes ,
&vivre avec elle dans cette familiarité
qu'on meſure à la ſincérité de ſes réſolutions.
Je me trompois ; c'étoit défier la
nature ; il faut la connoître , la craindre ,
&croire que les avantages que l'on obtient
ſur elle ne donnent jamais un empire
bien aſſuré. Je tardaí peu à fentir
que j'avois beſoin de combattre ; bientôt
....
28 MERCURE DE FRANCE.
je compris qu'il me ſeroit difficile de
vaincre. J'enviſageai ma deſtinée ; je vis
un avenir affreux ; triompher de mes ſens
ou céder à ma foibleſſe , m'offroit une
vie également infortunée ; comme ennemi
de moi - même ou comme tyran d'une
moitié chérie , je ne pouvois être que le
plus malheureux des hommes. Je renfermois
mes deſirs dans mon coeur : je voyois
que Lucile commençoit à les ſoupçonner
; mon arrêt étoit dans ſes yeux. Mon
fort devint horrible. J'allois y fuccomber
lorſqu'un jour m'efforçant de me juger
moi-même , je parvins à me retracer ces
plaiſirs , cette douceur infinie que j'avois
trouvée dans le bonheur toujours renaiffant
de l'objet de mes bienfaits J'eus
honte de ma métamorphoſe. La honte
rend l'activité à la vertu ; la réflexion me
fit chérir mes regrets , & l'attendriſſement
me conduiſit au mépris de mes
defirs . Sublime bienfaiſance ! tes rayons
facrés éclairerent mon coeur : tes charmes
indicibles ſéduiſfirent mon ame. Je ſentis
l'enthouſiaſme de la vertu, Depuis ce jour
j'ai vécu plus tranquille. Vous allez voir
ma femme : ſa ſécurité touchante vous
répondra du triomphe que j'ai remporté
fur moi même.
MARS. 1775. 29
Le vieillard ceſſa de parler. Nous tenons
à nos opinions en raiſon du droit
qu'elles nous donnent d'eſtimer l'humanité.
Jaloux du ſpectacle que je venois
d'admirer , je ne voulus point l'expoſer
aux regards de mon ami. La philoſophie
ne s'offrit plus à moi que ſous les traits
cruels du pirronifme. Je gardai pour moi
le plaiſir que je venois de gouter , la
3 connoiſſance que je venois d'acquérir ; &
je fus convaincu que la vraie bienfaiſance
étoit comme un de ces jardins dont le
propriétaire délicat n'aime à cultiver les
arbres , que pour en offrir gratuitement
les fruits.
Par M. B ... de M.
COUPLETS.
d'Henri IV à M. de Rozoi.
AIR : De la ronde de table de Henri IV.
> GRACH à tab
>
RACE à ta baguette magique ,
Paris m'a vu reſſuſciter ;
Je m'habille encor à l'antique ,
Mais je ſais mieux me préſenter.
A l'Opera - Comique
Tu m'as contraint de débuter.
30 MERCURE DE FRANCE,
Ventre ſein -gris ! de mon temps la muſique
Etoit plus facile à chanter.
On m'a fait une armée entiere
De tous les Danſeurs du canton ;
Ils s'en vont ſoixante à la guerre
Avec des piques de carton.
Dans le fond des coulifſſes
Leur valeur m'entralne auſſi - tôt.
Ventre- ſein - gris ! ce n'eſt qu'à des Actrices
Qu'il faut alors livrer l'aſſaut.
J'ai trouvé , pour ma bien - Venue ,
Les champs d'Ivri tout parquetés .
Nul canon ne s'offre à ma vue :
Pourtant l'on tire à mes côtés.
Les boulets inviſibles
Frappant l'air , à loiſir prefé.
Ventre - ſein -gris ! je les crois pea nuiſibles ,
Car pas un foldat n'eſt bleſſe.
Je te prends ſous ma bienveillance ,
Mon très - cher Sire de Roioz ;
Mais , dans la moindre circonſtance ,
Laiſſe - moi parler comme moi.
Pour me prouver ton zéle ,
Ne me mets jamais en trio.
Ventre - ſein - gris ! ma chere Gabrielle
Ne m'apprenoit que des duo.
Tu mérites que je t'apprenne
MARS 17754 gr
Mon plus agréable ſecret .
Tu crois m'avoir mis fur la ſcene ,
Et c'est mon ombre qui paroita
Tout entier fur le Trône ,
J'ai changé de nom ſeulement.
Ventre - fein - gris ! Henri Quatre en perſonne
A rétabli ſon Parlement.
ParM. Auguſte.
"
IRIS ET SA BONNE.
Conte.
2
"
UI , ma bonne , c'eſt inutile .
„ A mon âge on n'apprend plus rien.
„ Mangez , buvez & dormez bien
» Du reſte laiſſez - moi tranquille.
Ainſi parloit la jeune Iris.
A fon antique Gouvernante ,
Qui chaque jour , au temps précis ,
Laſſoit fon ame impatiente
Par de longs & fades récits .
Tantôt c'étoit la Barble - bleue ;
Tantôt la Belle au bois dormant ,
Ou l'hiſtoire d'un Revenant
Trafnant avec grand bruit ſa queue.
Cet avis ne put retenir
La langue de l'Argus femelle .
ود Mon enfant , pourquoi me punir
,, D'une maniere auffi cruelle ?
1
32 MERCURE DE FRANCE :
و د
Conter , pour moi , c'eſt rajeunir.
,, Tiens , je me ſens même une envie ...
"
Mais d'ailleurs le trait eſt ſi beau !
., Vas , ne crains pas que je t'ennuie ,
,, Et , pour toi , s'il n'eſt pas nouveau ,
,, Je ne veux conter de ma vie . -
,, Il étoit un jeune garçon
„ Aimable , honnête & fait pour plaire.
On l'appelloit Endymion. "
ود
ود
La Lune , fans plus de myſtere ,
Deſcendoit par fois ſur la terre ,
,, Et , le trouvant fur le gazon ,
وو
ود
Lui prodiguoit , avec tendreſſe ,
Mille baifers de ſa façon .
Iris fourit avec fineſſe.
"
,, Eh ! quoi donc ? N'est - ce que cela ?
" Oh ! je connois fort ce trait là.
L'autre jour encor , vers la brune ,
„ Qu'on me croyoit à la maiſon ,
" Saintval faiſoit l'Endymion ,
„ Et puis , moi , je ſaiſois la Lune. "
Par le méme.
AU
MARS. 1775. 33
D
AURO 1.
E Louis le premier age
Du rappel du vrai Sénat
Fut l'époque & le préſage.
Le ſecond fait davantage :
Car, de cet Aréopage ,
Il seſſuſcite l'Etat
Et lui rend tout ſon éclats
Pour fixer un ſi digne ouvrage
Dans les faſtes de l'Univers ,
Sublimes Arts ! faites uſage
D'une médaille avec ces vers ,
Inſpirés pour lower un Sage.
ز و
A l'auguſte Reſtaurateur
, De la meilleure Monarchie ;
„ Tout François conſacre ſon coeur
Et tiendroit au plus grand honneur
De lui facrifier ſa vie."
Par M.le Vaigneur, Avocat.
C
34 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON faite à l'occasion d'une fête
donnée par le Régiment du Roi à Nanci ,
le 26 Décembre 1774 , à la réception de
pluſieurs Vétérans, & chantée par euxmêmes.
AIR: du Maréchalferrant , tot , τοι , το ,
battez chaud , &c.
Ο
n'eſt Vétéran , mes amis ,
Que de nom , en fervant Louis;
Nous nous ſommes couverts de gloire
En ſuivant nos Chefs , nos drapeaux ;
Vieillit- on en chemins & beaux ,
Marchant toujours à la victoire ?
Bon foldat
Au combat
On s'immortalife ,
Oui , la gloire nous éternife,
Quand on a bien ſerville Roi ,
On eſt bien aſſuré , ma foi ,
D'acquérir honneur & richeſſes *;
*Un médaillon attaché à l'habit , & la folde entiere
chez foi .
1
MARS. 35 I1775
>
De quoi pouvoir , en bons guerriers ,
Boire, à l'ombre de ſes lauriers ,
A ce bon Maftre , à nos Mattreſſes
Pan , pan , pan
A l'inſtant ,
Ades ſantés ſi cheres,
Amis , buvons tous à pleins verres.
Anotre Colonel Louis ,
Après avoir bu , mes amis ;
Buvons à notre aimable Reine ,
Qui , fans canons & fans guerrier,
Sauroit vaincre le monde entier ;
D'un regard , d'un mot elle enchatne ;
Tous ici ,
Buvons y ,
Amis , faiſons - nous gloire
D'être ivres du plaifir de boire.
COUPLETS adreſſés àM. le Marquis de
Choiseul la Baume, fait Maréchal - de-
Camp à la tête d'un Régiment de Dra
gons , & aux Vétérans du Régiment de
la Rochefoucault , Dragons , en garnison
avec le Régiment du Roi , à Nanci.
Au combat qui vous voit courans ,
Vous prendroit pour Dragons volans ;
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
A préſent aidez - nous à boire.
Un jour , Choiſeul vous commandant ,
Vous nous aiderez promptement
Anous aſſurer la victoire .
Pan , pan , pan,
Attendant
Les combats & la guerre ,
A Choiſeul buvons à plein verre.
On voit à notre Commandant
Un cordon d'un rouge éclatant ;
Morbleu ! cela n'étonne guere ,
Ce vaillant guerrier l'a rougi
Souvent du ſang de l'ennemi :
De teindre voilà ſa maniere .
Pan , pan , pan ,
A l'inſtant,
A ce brave & bon pere ,
Amis , buvons tous à plein verre .
Le Carthaginois s'amollit
A Capoue , à ce que l'on dit :
Qu'eût- il donc fait dans cette ville ?
En eût- il jamais pu fortir ?
Souvent on nous en vit partir ** ;
• M. Dupleſſis , Lieutenant - Colonel du Régiment du
Roi , a le Cordon rouge.
Ce Régiment eſt parti & revenu pluſieurs fois à
Nanci .
MARS. 37 I775
Mais , pour effort ſi difficile ,
On fentoit
Qu'il falloit
Beaucoup plus de courage
Que pour le combat , le carnage.
Par M. le Comte de V
Capitaine de Cavalerie.
FAIS
COUPLETS.
AIR : Trifle raiſon , j'abjure ton empire.
fois
AIS mon bonheur , tranquille indifférence ,
Berce ma vie , endors mes heureux jours ;
Soeur de la paix , fille de l'innocence ,
Tes plaiſirs purs valent tous les amours.
Arts enchanteurs , dont le goût eſt le guide ,
Amuſez ſeuls mes innocens loiſirs ;
Du temps ainfi qui fait remplir le vuide ,
Sauve ſon coeur du trouble des deſirs.
A l'amitié j'abandonne mon ame ;
C'eſt un penchant qu'approuve la raiſon;
Sans enivrer , ce ſentiment enflamme;
Par- tout il platt : tout age eſt ſa ſaiſon,
Par M. l'Abbé Cofa
C3
38
MERCURE DE FRANCE .
VERS fur M. le Marquis de Tilly- Blaru ,
Lieutenant Généraldes Armées du Roi ,
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis ; mort à Vernon le
10 du mois de Janvier 1775.
AUXux vertus du guerrier , par un heureux lien
On l'a vu réunir celles du citoyen ;
Et l'honneur qu'il acquit en ſervant ſa patrie ,
Moins que fa bienfaiſance illuſtrera ſa vie.
La vertu perd en lui ſon ami , ſon ſoutien ;
Le malheureux en pleurs redemande fon pere ;
Les regrers & le deuil de tous les gens de bien ,
Sont les plus beaux vers à la gloire.
M. le Marquis de Blaru a ſervi 54 ans.
Par M. Dionis, prisonnier au Château
de Dieppe.
MARS. 1775. 39
DIALOGUE.
Entre OLIVIER CROMWEL &
le Cardinal de RICHELIEU.
TOUTE
CROMWEL.
OUTE diſtinction ceſſe ici - bas & ma
qualité de religionnaire ne doit plus m'éloigner
d'un Prince de l'égliſe de Rome :
ſi la franchiſe pouvoit gagner les eſprits
de deux grands politiques , je demanderois
à votre Eminence la grace de me dire
, avec toute la ſincérité dont elle eſt
capable , ſi j'ai bien joué mon rôle dans
les troubles de l'Angleterre.
LE CARDIN L.
Protecteur , le mien ne fut pas maladroit
à la Cour de France.
CROMWEL.
Monſeigneur , vous éludez: 'je rends
juſtice àvotre adminiſtration; mais il s'agit
de la mienne.
C4
49
MERCURE DE FRANCE.
LE CARDINAL.
Vous mourûtes dans votre lit ?
CROMWEL,
Ma vie précéda ma mort.
LE CARDINAL.
C'eſt donc fur votre vie que vous des
mandez mon avis ?
CROMWEL.
C'eſt - là précisément ce que j'attends
de votre complaifance.
LE CARDINAL.
Si nous étions encore là - haut , je me
garderois bien de vous fatisfaire ; car une
rupture avec l'Angleterre ne convient pas
à la poſition actuelle des affaires de l'Europe
; mais cet inconvénient regarde les
gens de l'autre monde , & en deux mots
voici votre hiſtoire :
,, Né dans un rang peu diftingué dans fa
,, patrie , Cromwel profite du fanatiſme
,, de ſes compatriotes , ſe met à la tête
MARS. 1775. 41
!
1
1
,des rebelles , défait ſon Roi , le jette
,,dans une priſon , & après l'avoir fait
,, paroître en criminel dans une aſſemblée
ودde fanatiques à ſes ordres , lui fait cou-
,, per le col dans la place publique de Lon-
,, dres : après cette exécution , le parrici-
,, de s'aſſied fur le trône enſanglanté de
ſon malheureux maître , & donne des "
" loix aux Angiois étonnés".
Sur laquelle de ces belles actions fautil
vous juger ?
CROMWE L.
Ce ne fera pas fur votre expoſé , s'il
vous plaît.
Charles fut malheureux par ſa faute : il
eut l'imprudence de vouloir toucher à la
religion fans avoir approfondi le caractere
national ; il fouleva tous les eſprits. Les
guerres facrées font terribles , le fanatisme
eſt ardent , j'en ſuivois les loix. Mon
génie& le concours des circonstances me
mirent à la tête de la révolution ; je me
livrai à ſon impulfion ,& le Roi fut proscrit
légalement. J'en fus fort aiſe en vé-
* rité; car fin le Roi conſervoit ſa tête , il
falloit tendre la mienne ,& dans l'alternative
je n'avois point à balancer. Sa mort
laiſſoit une place vacante , je m'en em-
!
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
parai... Monſeigneur , vous en eufſfiez
fait autant.
LE CARDINAL
Je n'admets point la comparaiſon: je
régnai ſous le nom de Louis; mais il
régna par moi. Je fus le protecteur de
mon Roi & vous le meurtrier du vôtre ;
&, dans le fond, où étoit la néceſſité
d'une caraſtrophe ?
CROMWEL.
Dans le génie Anglois , dans cegénie
avide des nouveautés qui , d'un inſtant à
l'autre , pouvoit changer leurs affections ,
le phanthome de leur Roi pouvoit les
armer enſa faveur; je le fis exécuter publiquement
pour ne leur laiſſer aucun
doute de ſa mort,& il m'étoit plus aiſé de
devenir fon bourreau que de reſter ſon !
geolier. Votre poſition étoit différente
de la mienne: pour exercer l'autorité,
il vous falloit un nom; pour affurer la
mienne , il falloit en effacer un.
LE CARDINAL.
vous entendre , Milord , on ſeroit
MARS. 1775- 43
I tenté de croire que je n'eus qu'à dicter
des loix ſur un trône de paix: cependant
fi mon adminiſtration fut brillante , elle
tint àdes circonſtances au-deſſus deſquelles
je ne fus pas toujours.
CROMWEL.
Je crois effectivement me rappeler que
fans la Valette , on ne parleroit pas , dans
votre hiſtoire , de la journée des Dupes ?
LE CARDINAL.
Aufſi eſt-ce le ſeul endroit foible de ma
vie. Par-tout ailleurs vous me retrouverez
grand , ferme , noble & toujours
égal à moi - même , depuis le moment de
mon entrée dans le Miniſtere. La confiance
de la Reine mere...
CROMWEL.
Ce n'eſt pas là le trait le plus brillant
de l'hiſtoire de ſon Eminence.
LE CARDINAL.
Il honoreroit Cromwel. Mes partifans
diſent que je n'eus pas tort d'envoyer
à Cologne ma bonne maîtreſſe.
44 MERCURE DE FRANCE.
Entre hous , il n'étoit pas trop honnête à
moi d'y laiſſer mourir de faim un Reine ,
mere , foeur , tante de Roi ; mais briſonslà
, la confiance de la Reine mere me
valut celle du Roi ſon fils. Une fois admis
au Conſeil , je compris qu'à un Monarque
foible & inappliqué , il fallait un
Miniſtre qui ſe rendît néceſſaire. J'entretins
une correfpondance ſuivie dans les
Cours Etrangeres ; j'approfondis les ſecrets
des Princes ; je combinai leurs intérêts
, & calculai leurs forces. Les finances
, travaillées ſous mes yeux , répandirent
dans l'Etat une circulation juqu'alors
inconnue. Sous l'effort de mes armes la
Rochelle tomba , en dépit de vos Anglois
; & le Savoyard plia.
CROMWEL.
Cardinal , premier Miniſtre , Général
d'armée & Surintendant des Finances ,
vous étiez tout l'Etat , & votre Roi ne
s'étoit réſervé que la repréſentation.
LE CARDINAL.
J'avois affaire au plus ſuſceptible des
hommes. Jaloux à l'extrême de fon autorité
, Louis ne me la communiquoit qu'à
MARS. 1775 45
regret & avec réſerve ; tout ce qui l'environnoit
, déſiroit ma perte , & ſouvent
j'ai reconnu que le petit coucher me donnoit
plus d'embarras que toute une campagne
contre les ennemis de l'Etat. Je
me ſuis foutenu ſeul contre tous . Monſieur
eſt forcé de ſe retirer en Lorraine :
Montmorency monte ſur un échafaud :
Cinqmars & Marillac périſſent par lamain
du bourreau , & après tant de ſang répandu,
je finis tranquillement ſous les yeux
d'un maître qui paſſa une partie de ſes
jours à me craindre & l'autre à me déteſter.
CROMWEL.
Votre Eminence eut , je le vois , beſoinde
tout ſon génie pour réſiſter à tant
d'efforts conjurés ;je n'eus pas tantàfaire.
Une fois porté ſur le trône par le voeu de
la Nation , je m'occupai du ſoin de ſeconder
ſes penchans dominans , le commerce
& la guerre : ces deux parties profporerent
dans mes mains. Reſpecté dans
l'Europe , reconnu par toutes les Cours ,
avoué par le fanatiſme toujours ſubſiſtant ,
je terminai mes jours plus tranquillement
que je ne devois l'eſpérer. Avec des vues
moins profondes que les vôtres , une po46
MERCURE DE FRANCE.
litique moins éclairée, mais auffi avec
des circonstances plus favorables & un
tour d'eſprit plus audacieux , je fis de plus
grandes choſes que vous; &, vous laiſſant
dans la ſujétion , je parvins à régner.
LE CARDINAL
Avec cette différence que la plupart
de vos moyens furent bas &cachés , les
miens toujours nobles , ouverts & dignes
d'un Gentilhomme François. Dieu délivre
les Rois de nous &de nos pareils !
Par M... Avocat du Roi de **
QUATRAIN
A Madame de Laiffe , Auteur des Contes
Moraux.
M
LINERVE en t'écoutant te nomme fa rivale ,
Vénus en te voyant frémit de ta beauté :
Mais peux - tu redouter leur vengeance fatale,
Quand tu tiens le brevet de l'Immortalité ?
Par M. l'Abbé G. de B.
MARS: 1775 47
QUATRAI
Pour mettre au bas du Portrait du Roi.
FRANÇOIS , du grand Henri ce Prince a les vertus ,
Il eſt bon , il eſt tendre , il eſt doux , il eſt juſte.
Dans Louis les beaux arts retrouvent un Auguſte ,
Et fon coeur bienfaiſant fait revivre Titus.
Par M. l'Abbé te Gris.
QUATRAIN
AM*** , qui étoit après àfaire le Portrait
du Roi.
P
OURQUOI tant de crayons , de pinceaux , de couleurs ?
Du plus chéri des Rois tu veux rendre l'image ;
De tes rares talens c'eſt faire un noble uſage...
Mais à quoi bon le peindre ; il eſt peint dans nos coeurs !
Par le même.
1
48 MERCURE DE FRANCE.
A M. le Comte de Rochechouart- Faudouas ,
Seigneur & Gouverneur de Bar-fur- Seine
, y commandant pour le Roi .
SOUS ous vos remparts la Seine, en miracles féconde ,
S'applaudit de porter le tribut de ſon onde.
Bar ne fut pas toujours une illuftre cité ,
Depuis qu'elle eſt à vous , elle en vaut bien une autre t
Vous faites ſa félicité,
Peut- elle trop faire la vôtre ?
De l'étranger , de l'habitant
Elle ſemble aujourd'hui la commune patrie ;
J'eſtime fort leur courtoiſie ,
J'aime fur-tout le Commandant ,
Gouverneur dans ſa Seigneurie ,
Seigneur dans ſon Gouvernement.
Loin des brigues des Cours , loin des yeux de l'envie
Un couple , iſſu des Dieux , doit jouir à jamais
D'un deſtin ſi rempli d'attraits .
Dans ce ſéjour orné , voluptueux , tranquille ,
Contentez vos ſages deſirs ,
Gouvernez toujours les plaiſirs
Comme vous gouvernez la ville .
Par M. de la Louptiere.
1
VERS
MARS
49 1775.
ETRENNES à Madame la Comteſſe de
LA
Brionne.
A Nature , en prudente mere ,
Donnoit aux uns le goût , à l'autre les talens ,
A celle- ci l'eſprit , à l'autre l'art de plaire ;
Les vertus ou les agrémens ;
Enfin on ne voyoit perſonne
Qui n'en fût aſſez bien traité :
Elle montre aujourd'hui trop d'inégalité ,
Elle donne tout à Brionne .
Par M. de Chennevieres.
Q
QUATRAIN.
UAND Maurepas , comme Sulli,
Seconde un Roi , qui veut nous gouverner en pere ,
On croit voir le regne d'Henri ,
Du Favori le miniftere.
D
Par le méme.
RS
50
MERCURE DE FRANCE.
A. M. Pouteau , de l'Académie Royale de
Chirurgie , fur les prix qu'il a conſignés
à l'Académie de Lyon pour les meilleurs
Mémoires contre le vice cancéreux & la
phthifie pulmonaire.
2
T
IMPROMPTU.
:
:
QUCHE des maux des mortels aux abois ,
Pouteau veut en, tarir la ſource ;
Pour les guérir , il emploie à la fois
Sa main , fon génie & fa bourſe .
Par M***. de Lyon.
A une jeune Dame qui envoyoit chercher
des Livres dans un Cabinet littéraire.
רורב םכ
いい
IMPROMPTU.
DANANSS,1le Cabinet littéraire
Ni vous , ni moi , n'ayons rien à chercher ;
Vous favez tout ; vous favez l'art de plaire ,
Et nul Auteur n'apprend celui de vous toucher.
Par le même.
2
$
MARS
1775. 51
LE MIROIR ET L'EAU.
Fable.
'AI lu , je ne fais où , que , fur leur excellence ,
Le Miroir avec l'Eau , ſe diſputoient entre eux ,
La choſe , à mon avis , n'eſt pas hors de croyance ,
De pareils différens font aujourd'hui nombreux.
L'amour - propre eſt un mal de l'humaine nature ;
Il eſt peu de cerveaux qu'il ne tourmente pas .
Sur l'honorable agriculture
Le commerce exige le pas ;
Pour le rang , la Nobleffe & la Magiftrature
Ont de continuels débats ;
Et , par humilité , l'Egliſe nous aſſure
Qu'elle eſt le premier des Etats .
Mais laiſſons la nature entiere
Se quereller ; ce n'eſt pas là mon fait :
Revenons vîte à notre affaire.
J'ai donc dit qu'avec l'Eau le Miroir difputait ;
Je ne fais pas pourquoi l'on vous trouve fi belle ,
Lui diſoit-il ; où met-on votre prix ?
Plus nettement que vous , des objets réfléchis ,
Je rends l'image naturelle :
Je ne flatte ni n'enlaidis ;
Ma peinture eſt fraîche & fidelle.
!
Da
52
MERCURE DE FRANCE.
Au lieu qu'un voile ténébreux
Semble toujours cacher les portraits que vous faites ,
Et vous ne préſentez aux yeux
Que des eſquiſſes imparfaites.
Ai - je tort ? me voilà prêt à vous écouter ;
Démentez moi , voyons : aurez-vous ce courage ?
Non , lui repondit l'Eau ſans ſe déconcerter ;
De montrer mieux que moi les taches du viſage ,
Je vous laiſſe , fans difputer ,
Le triſte & frivole avantage ;
Mais j'ai fur vous celui de les pouvoir ôter.
Du ſens moral de cette fable
Profitez , Critiques amers ;
Au lieu de les tracer , corrigez nos travers ,
Et votre gloire alors deviendra véritable.
Par M***. de Nisme.
P
AM. GRESSET.
AR la Nobleſſe qu'il vous donne ,
Louis veut couronner vos talens , vos vertus .
Malgré l'éclat qui l'environne ,
Votre gloire à la ſienne eſt un rayon de plus .
:
Par M. le Comte de Couturelle ,
de l'Académie d'Arras .
e
IARS 1775.
53
1 A Mademoiselle de SAINT - MARCEL .
V
ous êtes jeune , ſage & belle ;
Vous chantez comme Philomele :
Charmante Saint- Marcel , aux fons de votre voix
L'Amour quitte Cythere , & vole ſur vos traces :
Il vous prend pour une des Graces ;
Vous les valez bien toutes trois (*).
Par M. de Sancy.
Le Pouvoir de l'Amour & celui de PLUTUS .
Du fein même du marbre une jeune Beauté
Vit pour Pygmalion , s'attendrit à ſa vue :
L'Amour fait ce miracle ; & Plutus , ſi vanté ,
Dans les bras d'un Créſus ne met que la ſtatue .
,
Par le même.
(*) Mlle de Saint-Marcel , jeune virtuoſe , demeure avec
M. fon Pere , cloître Saint- Benoit. Elle donne des leçons
de clavecin de guittare , de harpe & de chant. Elle
excelle dans tous ces genres , comme on peut s'en convaincre
dans ſes concerts du mardi de chaque ſemaine ,
où le plaifir de l'entendre raſſemble une compagnie distinguée
.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE .
P
Imitation d'un Madrigal Italien .
?
OURQUOI l'Amour a- t- il un bandeau ſur les yeux ?
Diſoit Philis , d'un eſprit curieux .
Hé quoi ! cela vous intéreſſe ?
Répond Tircis : ces yeux fi brillans & fi doux ,
Qui devoient éclairer le Dieu de la tendreſſe ,
Pourquoi , Philis , les avez-vous ?
Par le même.
V
AIR.
ous avez vu dans un jardin
Une roſe brillante
De Zéphyr faire le deſtin ;
Liſe eſt plus raviſſante.
Dans le verger de mon voiſin
Une pêche éclatante
Amille fois tenté ma main ;
Liſe eſt plus ſéduiſante.
Sans engager jamais ſa foi ,
Elle fait des Amans fideles ;
Elle joint le je ne fais quoi
A tous les charmes de nos Belles.
1
1
MARS.
1775- 55
Aparler fans aucun détour ,
Life eft la fleur la plus aimable
Et le fruit le plus agréable
De tous les jardins de l'Amour.
Par M. de B... de M.
Tableaux de l'AMOUR & de l'AMITIÉ.
QUEL funeſte poiſon s'eſt gliſſe dans mon coeur ?
Un feu dévorant me confume.
Mes jours font abreuvés d'un torrent d'amertame ;
- Je ſeche dans l'ennui , je vis dans la douleur ,
Mes genoux chancelans me foutiennent à peine ;
Sur mes yeux abattus un voile affreux s'étend ;
Je me fens accabler ſous le poids de ma chaîne.
Ma vie eſt un fupplice , & chaque pas me trafne
Au terme fatal qui m'attend.
Amour , contemple ton ouvrage.
Cruel enfant ! c'eſt toi qui m'a dompté !
Mes jours , fans trouble & fans nuage ,
Couloient dans la tranquillité.
Tu m'as fait voir l'adorable Clarice :
Clarice , ton vivant portrait .
A plongé dans mon ſein l'inévitable trait
Dont tu l'armas pour mon fupplice.
Dieu barbare ! es - tu fatisfait ?
D 4
}
55 MERCURE DE FRANCE .
Tous mes foins aſſidus , mes pleurs & ma conftance
N'ont point vaincu ſa réſiſtance.
L'Amour m'entraîne enfin dans un gouffre de maux
Je crois voir par - tout des rivaux.
J'entends autour de moi frémir la perfidie .
Les remords importuns , les ſoupçons dévorans ,
Et ce poiſon des coeurs , la pâle jalousie ,
Afſiegent ma mourante vie ;
Mes plaiſirs les plus doux ſe changent en tyrans .
Tout m'eſt ſuſpect : je crains ces fatales tendreſſes
Ou mon ame oſe ſe livrer (*).
Dans un abyſme affreux je ſuis enveloppé.
Je ne vois que la mort pour finir ma miſere.
Mourons ... Mais , quel flambeau , quel nouveau jour
m'éclaire ,
Et fait luire ſes feux à mon coeur détrompé ?
Une Déeſſe tutélaire
Me tend les bras du haut des cieux .
Le calme eſt ſur ſon front , la douceur dans ſes yeux ;
(*) Cette ſévérité qui annonce l'indifférence & qui resſemble
quelquefois à l'averſion , faifort un fingulier contraſte
avec le rare aſſemblage de la beauté , des graces ,
de l'eſprit & de la vertu de Clarice . Aufli le Poëte a-t- il
toujours eu la circonfpection de lui cacher tous les vers
qu'il a été comme forcé de faire à ſa louange . L'empire
que le reſpect d'un Amant délicat donne à une femme
vertueuſe , va juſqu'à lui ſoumettre les tranſports de l'amour.
4
MARS.
1775. 57
*
La perſuaſion me parle par ſa bouche ;
Elle vient eſſuyer mes pleurs .
Dans mon ſein , ouvert aux douleurs ,
Elle verſe en fecret un charme qui me touche.
Mes funeſtes liens tombent à ſon aſpect.
Je me ſens entrainer vers l'aimable Déeſſe
Par un penchant mêlé d'amour & de reſpect ,
De confiance & de tendreſſe .
Elle répond par ſes deſirs ,
Aux deſirs qu'en mon ame allume la ſageſſe :
Elle gémit des maux dont la rigueur me preſſe ,
Et mes plaiſirs ſont ſes plaiſirs.
D'une union ſi pure & fi fidelle
Le temps n'altere point la douce volupté :
C'eſt la vertu qui fait notre félicité .
Elle est immuable comme elle .
Aux traits que je viens de tracer ,
O divine Amitié ! qui peut te méconnoîtret
Avec toi j'apprends à penſer ;
J'apprends à cultiver , à reſpecter mon être ,
Et libre ſous un joug ou j'aime à m'abaiſſer ,
Même en obéiſſant , j'agis toujours en maître .
Entre ces deux tableaux c'eſt à vous de choiſir.
L'Amitié , charmante Emilie ,
Dans un chemin de fleurs nous fait couler la vie ;
L'Amour conduit au repentir :
L'une fait le grand homme , & l'autre l'humilie.
Par M**. Des bords de la Marne.
a
D 5
58 MERCURE DE FRANCE.
VERS pour mettre au bas des Portraits de
M. & Madame D.... peints par une
jolie personne .
C couple fut toujours heureux ,
Toujours digne de l'être & toujours vertueux :
Dans leurs regards , pleins de tendreſſe ,
Le ſentiment s'y trouve empreint ,
C'eſt un Amant , c'eſt ſa Maîtreſſe ,
Que l'Amour a formés & que l'Amour nous peint.
Par M. Facob Dupleſſis.
L'EXPLICATION du mot de la premiere
Enigme du volume du Mercure du mois
de Février 1775 eſt Révolution ; celui de
la feconde eſt Réputation ; celui de la
troiſieme eſt Nuage ; ceux de la quatrieme
font verre , bouteille , télescope , glaces.
Le mot du premier Logogryphe eft
Pantoufle , dans lequel on trouve , Pan ,
paon , pou , âne , flot , foule , plante , Alep ,
Laon , Toul , poulet , palet , tôle , poulan ,
lot , élan , loupe (lentille) , plat , pot , la
note , tuf, loupe ( excrefcence charnue ,)
Léon , fou , faon , Louet , puant , pet ,
:
L
MARS. 1775. 59
!
3
taupe , loup , plane , alun , poteau , feu
eau , étalon , talon , peau , falot , lune
Platon , Pluton , fléau , tu , te , ta , où
&c.; celui du fecond eſt Pot - de - vin , où
ſe trouvent pot , de , vin ; celui du troiſieme
eſt Corde , où on trouve , dé (à coudre
) , roc , code , or , cor , ode , cor ( au
pied) .
D
ÉNIGME.
E l'un des élémens je reçois la naiſſance ,
Mais d'un autre bientôt je deviens le jouet :
Commune en Angleterre encore plus qu'en France ,
On defire ma cauſe & l'on craint mon effet.
On m'apperçoit aux champs , on me voit à la ville ;
Dans ſa cabane un pauvre , en ſon palais un Roi ,
A mon pere offrent un afyle ,
Et mon pere , Lecteur , jamais ne va ſans moi.
,
Par M.G.
DEUX
AUTRE.
EUX lettres peignent qui je ſuis ;
Au rang des végétaux l'homme , ou le fort, m'a mis ;
Dans les jardins je demeure & je vis :
Mais bien peu je les embellis ,
Et mon nom à l'envers , exprime le mépris .
Par le même.
1
6ο MERCURE DE FRANCE .
J'AI
AUTRE.
'A I des yeux , ſans y voir , oui , je crois , plus de mille ,
Je ſuis un inſtrument pour purger , non la bile ,
Mais l'utile manne qui vient
De la mere commune , & qui tous nous ſoutient.
Je ne ſouffre point choſe impure ,
Non pas la plus petite ordure.
Soit dit par figure : l'on peut
Me donner à manger tout autant que l'on veut ;
Mais ne me donne point à boire ,
Bois toi - même , mon cher Grégoire ;
Sans quoi tu me verrois , dans le même moment ,
Laiffer aller ſous moi ton liquide préſent.
Par M. L. G. en Bretagne.
I
LOGOGRYPΗ Ε.
L eſt d'un bon chrétien , d'une ame franche & ronde ,
De mettre à l'aiſe autrui , d'obliger tout le monde :
C'eſt ma marote & mon ſyſteme auſſi ;
Je vais , Lecteur , te le prouver ici
Saint Jean nous dit dans l'Ecriture ,
Aimez - vous , mes enfans , d'amitié tendre & pure ;
MARS. 1775- 6 .
i
1
Rien n'eſt ſi beau que la cordialité ,
Que la bonne union & la fraternité .
D'après ce conſeil ſalutaire ,
Amon prochain cherchant à plaire,
A bras ouverts toujours je le reçois ,
Chez tous les Grands & chez certains Bourgeois .
Dans mes huit pieds ſe rencontre une ville ;
Synonyme d'un ſot , déſignant ame vile ;
Un arbre dont le nom , pour groſſe injure pris ,
Commença les malheurs dont gémit un pays ;
Lieu commode où l'on fait différente beſogne ;
Ce qui tient lien de beurre en toute la Gaſcogne ;
Ce dont ne peut Lingere ſe paſſer ;
Ce qui fait quelquefois un Ecolier feſſer ;
Deux élémens ; trois notes de muſiques
Ce qui fert à border les jupons d'Angélique ;
Un grand eſpaçe entouré d'eau ;
Le nom d'un inftrument & celui d'un vaiſſeau ;
De Laban une fille ; un lieu de ſacrifice.
Mais j'ai tout dit : Lecteur , fais ton office .
Par le méme.
A
AUTRE.
MI Lecteur , ſi tu veux me connoître ,
Il te faudra décompoſer mon être ,
62 MERCURE DE FRANCE.
Et , ſi je fais bien diviſer ,
En deux parts le dépiécer ;
La choſe n'eſt pas difficile :
En l'une tu verras le nom d'un animal
:
Méchant par goût , mais très ſouvent utile ,
Non par amour du bien , mais par celui du mal.
Il eſt toujours au guet pour trouver mal à faire ;
Ce n'eſt pas là, tu vois , un charmant caractere.
Quoi qu'il en ſoit , cet animal nous fert ,
Mais ſouvent auſſi nous deffert ;
On a beau le punir , il eſt toujours vorace
L'inftinet ne change pas , nous dit le bon Horace.:
Mais , chut : ami Lecteur , fans doute qu'à ce trait
2
jà tu connois tout le portrait;
Cependant, ſi je ne m'abuſe ,
Peut - être ce portrait t'amuse ;
Pour te garantir done de toute illufion ,
Je paſſe à l'autre part de ma divifion.
Elle exprime une créature
Utile à toute la nature ,
Sans laquelle on voit Flore abandonner les champs ,
Tout dépérir , même au printemps :
La terre devenir une maſſe ſtérile ,
Et tous les êtres languiſſans .
Mais elle joint encor Pagréable à l'utile :
Car c'eſt elle qui fait fleurir ,
Et fait enrichir le commerce
Des tréſors qu'on voit nous fournir
MARS. 1775. 63
L'Amérique , l'Inde & la Perſe ;
En un mot il n'eſt point de jours
Où l'on n'éprouve ſes ſecours. 廉
Malgré pourtant ces avantages ,
Comme il n'eſt qu'un Etre parfait ,
Souvent par d'horribles ravages ,
Elle a fait oublier le bien qu'elle avoit fait.
A tous ces traits , Lecteur , tu me devrois connoftret
Encor un cépendant ; to fauras que le traître ,
Qui de mon nom compoſe la moitié
Atoujours eu certaine inimitié
Contre l'autre part de moi-même ,
Qui s'épuiſe pour le nourrir ,
Sans laquelle , ein un mot , on le verroit mourir.
Son ingratitude eſt extrême ;
Onc pour lui néanmoins on ne m'a vu tarir .
C'en eſt aſſez , Lecteur ; maintenant aſſocie
Et rapproche mes deux parties ;
(T
Puis tu verras que je fais l'ornement
De mille endroits remplis de charmes.
Souvent pourtant mori dos eft chargé d'armes
Et, quand je füis bien fait , je brave effrontément
Les ruſes& la foudre
Du farouche ennemi qui me veut mettre en poudre
Pour tout dire en un mot , je ne fuis point abject ,
Puiſque d'un art je ſuis l'objet.
D'en dire plus , ma foi je n'oſe ;
Si tu ne me tiens pas , je n'en ſuis pas la caufe.
Par M. l'Abbé V***.
64 MERCURE DE FRANCE.
:
J
AUTRE.
E loge dans le coeur du ſage
Etdans celui du vrai chrétien !
Du juſte je fuis le partage ;
Mais le pervers ne me connoit en rien .
Sans tête je ſuis plus connue ;
Alors , Lecteur , dans l'eſprit du méchant
Je loge affez communément :
Mais toujours j'y fuis corrompue.
!
Par M. Laveille , de Dax.
!
A U TRRE.
1
JE fais un bruit pareil à celui du tonnerre;
Mon chef à bas , je ſuis le plus fot de la terre.
Par le même.
T
COU-
1
:
Mars . 1775. 05.
COUPLETS dela Fausse Magie.
MusiquedeM.Grétry.
Madame SAINT - CLAIR .
Andante .
Veut-onque la bonne aven-ture
Naitriende douteux ni dobfcur ?
Leplusfa- co-le & leplus sür ,
Ceftdinterro-ger laNiz-tu- re:
Chacun de nous afon de-vin,Qui ne
vé-penejamais en vain.Disle refr .
66 MERCURE DE FRANCE.
)
DORIMON.
On fait affez quand on eſt ſage ,
Ce que promet le lendemain ;
Mais ce n'eſt pas fur notre main ,
C'eſt dans nos coeurs qu'eſt le préſage
Chacun de nous a fon Devin ,
Qui ne répond jamais en vain.
Madame SAINT - CLAIR.
Lorſqu'un vieillard veut encor plaire ,
Qu'il ſe demande : Est - ce mon tour
Est - ce l'étoile de l'Amour
Qui me domine & qui m'éclaire ?
Chacun de nous a ſon Devin ,
Qui ne répond jamais en vain.
INVAL.
Pour être heureux avec ma femme
Je ne lirai pas dans les cieux ;
Je lirai mon fort dans ſes yeux.
LUCETTE.
Je lirai le mien dans ton ame.
Tous les deux .
L'Amour ſera notre Devin ,
Il ne répond jamais en vain.
MARS. 1775 . 67
NOUVELLES LITTERAIRES .
Nouvelles Ephémérides économiques , ou
Bibliotheque raifonnée de l'hiſtoire ,
de la morale & de la politique.
Quid pulchrum , quid turpe , quid utile , quid non.
Horace.
CE recueil hiſtorique , moral & politique
, rédigé par M. l'Abbé Baudeau ,
paroîtra régulièrement tous les mois,
dans le cours de la troiſieme ſemaine , à
commencer du mois de Janvier 1775.
Les volumes ſeront de neuf feuilles in-
12. Le prix de l'abonnement est de 241.
franc de port dans tout le Royaume. On
foufcrit à Paris , chez le ſieur Lonvay ,
rue de Savoie , la ſeptieme porte cochere
à gauche en entrant par celle desGrands
Auguſtins , à côté de Hôtel de Savoie;
& au Bureau de correſpondance , rue des
deux Portes Saint Sauveur ; & chez La-
E2
1
68 MERCURE DE FRANCE.
combe , Libraire , rue Chriſtine. On foufcrit
au même Bureau de correſpondance
pour la Gazette de l'Agriculture , du
Commerce , &c. par M. l'Abbé Roubaud.
Les Ouvrages , Mémoires , Lettres ou
paquets pour cette Gazette & pour les
Ephémérides , peuvent être adreſſés au
Bureau général de correfpondance , rue
des deux Portes Saint- Sauveur , à Paris.
M. de Saint-Luc , Colonel au ſervice du
Roi & de la République de Pologne, ſe
charge de traduire ou analyſer les écrits
qui feront en langues étrangeres. On enverra
gratuitement les Gazettes & les
Ephémérides aux perſonnes qui voudront
bien coopérer habituellement à ces deux
Ouvrages.
On diftribue actuellement , & gratui
tement, aux Souſcripteurs un petit volu .
me qui peut être regardé comme l'annonce
de ces nouvelles Ephémérides. Ce
volume eſt diviſé en trois parties ; la
premiere contient des pieces détachées :
1º. des maximes générales du gouvernement
économique d'un Royaume Agricole
, par M. Queſnay. 2°. Un difcours
économique au Roi de Suede & à fon
Académie des Sciences , fur le bonheur
MARS. 1775. 69
1
:
!
*
,
des Peuples , & fur les loix fondamentales
des Etats , par M. le Comte de
Scheffer . 30. Une lettre du Fermier des
droits de Halle , & du marché de la ville
de *** , à fon Confrere le Fermier des
mêmes droits à * par M. l'Abbé
Baudeau . La ſeconde partie , deſtinée à
des critiques raiſonnées , renferme des
queſtions fur le plan d'impoſition foidiſant
économique , par M. l'Abbé Baudeau.
La troiſieme partie , qui eſt confacrée
à nous rappeler des actes ou des événemens
publics relatifs auGouvernement,
nous offre le diſcoursdu Roi de Suede , lu
par Sa Majeſté en plein Sénat ; & le renouvellement
de l'Ordonnance & Edit
du Roi , concernant la liberté d'écrire
&d'imprimer , donné à Stokholm le 26
Avril 1774 .
Les maximes générales du Gouvernement
économique d'un Royaume Agricole
, ont déjà été publiées en 1768 dans
le premier volume de laPhyſiocratie. M.
l'Abbé Baudeau a cru devoir les mettre
encore à la tête du recueil que nous venons
d'annoncer , pour fatisfaire un grand
nombre de perſonnes qui demandent un
abrégé clair & précis des principes fou-
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
tenus par les philoſophes qu'on appelle
Economiſtes . Cet abrégé , qui eſt à la
portee de tout le monde , eſt la meilleure
réponſe que l'on puiſſe faire aux objections
de ceux qui , juſqu'à préſent , ont
attaqué la dectrine des Economiſtes. On
faura d'ailleurs d'autant plus de gré à
l'Editeur de ces nouvelles Ephémérides ,
d'avoir place ces maximes à la tête de
fon recueil , que cet Ouvrage périodique
eſt particulièrement deſtiné à développer
ces mêmes maximes , & à les appuyer
des preuves de droit & de fait.
Histoire fecrette du Prophete des Turcs ; &
parties in 12 , petit format , prix Il.
16 f. A Paris , chez Baſtien , Libraire.
:
Ce Roman , publié pour la premiere
fois en 1754 , contient quelques avantu
res amoureuſes de la jeuneſſe de Mahomet.
Comme ces avantures n'ont rien de
bien piquant , l'Auteur , pour foutenir la
curioſité du Lecteur , fait voyager Mahomet
dans les différentes planetes , & lui
donne pour guide l'Ange Eturiel , qui
tranſporte le Prophete ſur ſes aîles. Mais
MARS. 1775. 71
!
tout ceci n'eſt qu'une foible imitation
des rêveries de Cyrano de Bergerac .
Directions pour la confcience d'un Roi ,
compoſées pour l'inſtruction de Louis
de France , Duc de Bourgogne , par
feu Meſſire François de Salignac de la
Mothe Fénélon , Archevêque Duc de
Cambray , fon Précepteur.
:
Et nunc, reges , intelligite ; erudimini qui judicatis terram.
Pfalm. II.
:
Vol. in-12. de 160 pages. A Paris ,
chez les Freres Etienne , Libraires .
CES Directions , qui furent l'un des
fruits de la correſpondance ſecrette de
l'Archevêque de Cambray avec le Duc
de Bourgogne , petit-fils de Louis XIV ,
ont été publiées , pour la premiere fois ,
à la Haye en 1748 , d'après une copie qui
venoit de l'Hôtel de Bretonvilliers .
On retrouve dans cet Ouvrage les
maximes & les conſeils que M. de Fénélon
a répandus dans ſon Télémaque ; mais
ces maximes & ces conſeils font ici plus
E 4
MERCURE DE FRANCE.
directs , plus précis , plus rapprochés ; &
cet écrit , pour nous ſervir de l'expreſſion
de l'Auteur de l'éloge de Fénélon , peut
à juſte titre , être appellé l'abrégé de la
ſageſſe & le catéchiſme des Princes .
Almanach de l'Etranger qui séjourne à
Paris , année 1775; vol. in 16. prix
20 ſols broché. A Paris , chez Hardouin
, Libraire , paſſage du vieux
Louvre , du côté de Saint Germainl'Auxerrois
.
L'Etranger qui ſéjourne à Paris trouvera
dans ce livret des renſeignemens fur
les divers ſpectacles , ſur les jours d'audience
des Miniſtres , fur le prix des
voitures publiques. On lui fait connoître
les promenades de Paris , les jours &
heures auxquelles on peut aller voir quelque
monument ou quelque curioſité pu .
blique , les bureaux d'abonnement pour
les gazettes , journaux , &c. L'Auteur
pourra rendre ſon Almanach encore
plus utile aux Etrangers , en leur indiquant
, par exemple , les Bibliotheques
publiques , les cabinets de tableaux , &
1
MARS. 1775 . 73
1
autres objets qu'il a omis , & qui ce.
pendant doivent les intéreſſer.
Révolutions d'Italie ; traduites de l'Italien
de M. Denina , par M. l'Abbé
Jardin. Tomes VIIe , & VIIIe ; in 12 .
A Paris , chez le Jay , Libraire , rue
St. Jacques .
Ces deux volumes terminent l'Hiſtoire
des Révolutions d'Italie par M. Denina.
Dans cette hiſtoire, qui ſort de la claſſe
ordinaire des révolutions , l'Hiſtorien s'eſt
particulièrement appliqué à raſſembler
les faits les plus propres à donner des
réſultats politiques ou moraux. M. Denina
n'ignore pas que les projets d'un
particulier , inexpérimenté dans les matie .
res de gouvernement , peuvent manquer
d'exactitude & de juſteſſe , être même
impraticables pour le moment; mais ce
feroit juger auſſi trop défavantageuſe.
ment des hommes & de leurs occupa
tions , ſi , vivant au milieu de la ſociété ,
obſervant , lifant , penſant & réfléchif
ſant , chacun ſelon la meſure de ſon gé
nie , on les déclaroit incapables d'apper.
cevoir ce qui peut contribuer à la féli
E 5
74 MERCURE DE FRANCE,
cité publique. Les Lettres n'auroient
plus d'attraits , fi ceux qui les cultivent
n'étoientjamais à portée de les faire fervir
au bonheur de la ſociété ; s'ils ne pouvoient,
par la voie des livres , propoſer
aux Régiffeurs d'Etat quelque moyen
nouveau d'en augmenter les forces & la
ſplendeur. „ On pourroit dire , à bien
,, plus juſte titre , ajoute ici M. Denina ,
,, que les Ecrivains font en quelque forte
,, les Conſeillers des Gouvernemens &
,, des Rois. Quiconque prend la plume
,, revêt le caractere d'homme public , &
ود il eſt de fon devoir de propoſer ce qui ,
,, quoique ſpéculativement , paroît avan-
,, tageux à la République; le Miniftere
ود reſtant toujours le maître de choiſir&
,, d'exécuter ce que la raiſon & l'expé-
,,rience jugeront de plus convenable".
L'Hiſtorien obſerve avec un Auteur moderne
& François , à qui l'on ne peut
diſputer de connoître àfond les matieres
économiques& les intérêts des Peuples ;
que l'Angleterre doit à ſes Ecrivains les
progrès des arts , de fon induſtrie , de
ſon commerce , les ſuccès prodigieux de
fon agriculture , & preſque toutes ſes
meilleures inſtitutions.Aforcederépéter
MARS. 1775. 75
d'utiles vérités , on conduit le Gouvernement
à former une infinité de ſages
établiſſemens. Les bons écrits excitent
d'abord un applaudiſſement univerſel ;
les fuffrages d'une multitude de Lecteurs
citoyens & philoſophes ſe réuniffent &
forment le voeu public ; & le voeu public
fixe enfin I attention des Légiflateurs .
,
M. Denina en inférant dans ſes
obſervations pluſieurs vues politiques
a donné un nouveau degré d'intérét
à fon Histoire. Cet Ecrivain termine
ſon dernier volume par jeter un coupd'oeil
ſur l'Etat d'Italie depuis la paix
d'Utrecht. ,, S'il ne falloit , nous dit-il ,
,, pour rendre les Nations heureuſes &
,, floriſſantes , que de longues paix , des
Souverains réſidens , des Miniſtres ap-
„pliqués , l'Italie , dans ces cinquante
८४
ودou foixante années écoulées depuis la
,, paix d'Utrecht , auroit dû croître &
„proſpérer de tous points. S'il n'étoit
,,même trop paradoxal de compter cer-
ود
ود
taines guerres parmi les principes de
félicité publique, je n'hésiterois pasd'y
,, ranger celles de 1733 & de 1741 : du
moins eft - il certain que la quantité
,, d'or ; que les Puiſſances belligerantes
,,verferent dans la contrée , furpafſſa de
"
76 MERCURE DE FRANCE.
:
,,beaucoup le dégât qu'elles y firent.
,, La condition des Etats de Naples ,
,,pendant les quinze ou vingt années
,, qu'ils furent foumis à l'Empereur Char-
,, les VI , ne fut gueres meilleure que
ود
ود
Pas
ſous les Rois d'Eſpagne de la Maiſon
,, d'Autriche. Mais du moment qu'ils eurent
un Souverain propre , réſidant &
,, ſervi par d'excellens Miniſtres , qui
,, n'avoient pas moins à coeur les intérêts
de la Nation que ceux du Monarque ;
,, on fent bien que ce beau pays dut re-
,, naître , refleurir , remonter inceſſam.
,, ment à ce haut degré de proſpérité où
,, l'avoit trouvé Charles VIII , quand il
,, vint troubler le ſage gouvernement des
,, Arragonois .
ود L'Etat du Saint Siege & celui de
„Veniſe jouirent , au dedans , d'une paix
,, conſtante & profonde : ils furent inva-
,, riablement ce qu'ils étoient dans le
,, ſiecle précédent.
,, Quant à la Toscane , conſidérée
,, entre la mort de Jean Gaſton & celle
,, de François I, on n'oferoit avancer
,, que ſa condition eût été améliorée , vu
,, l'extrême difficulté de ſuppléer à la
,, poffeffion ou proximité d'un Souve-
,, rain. Mais , outre que François lui-même
MARS. 1775- 77
1
„ne négligea rien de ce qui pouvoit
,, compenfer fon éloignement ou le ren-
„dre moins onéreux , les Toſcans en
,, furent enſuite & bien abondamment
dédommagés par l'heureux avénement
,, de Léopold d'Autriche (fils de François-
,, Etienne , & frere de l'Empereur Jo-
,, ſeph II , actuellement régnant ) dont
,, la ſageſſe fait goûter à ces peuples plus
,, de douceurs , de délices , de félicités
,, que ne leur en départirent jamais les
,, Médicis en deux cents ans de regne.
,, Cette partie de la Lombardie , com-
,, priſe ſous le nom d'Etat de Milan& ré-
„ duite , tant qu'elle dépendit de la Cour
,, de Madrid , à la condition de province
,, lointaine & détachée , ne put que ga-
„ gner à paſſer ſous la domination des
,, Allemands , dont les moeurs , indé-
,, pendamment de la contiguité , avoient
„plus d'analogie avec les ſiennes.
ود Parme & Plaiſance , qui , même ſous
les Farnefes , n'avoient jamais été miſes
au rang des premieres Cités d'Ita-
„ lie , ne tarderent pas d'y monter quand
ود
95 elles appartinrent aux Bourbons , qui
,,y ont tellement favorisé la culture des
,, Lettres , l'affluence des Etrangers , le
,, commerce , les Arts , la circulation , que
78 MERCURE DE FRANCE.
„ Parme fur - tout , malgré l'exiguité de
., l'Empire dont elle eſt le ſiege , peut fe
,,placer entre les plus polies , les plus
,, floriſſantes capitales
,, Mais c'eſt l'amélioration du Piémont
,, qui eſt ſenſible & frappante. Sans avoir
,, changé de gouvernement , ni ceſſé
,,d'obéir à la Maiſon Royale de Savoie ,
, ces Etats ont ſi prodigieuſement acquis
,, depuis la paix d'Utrecht ; l'induſtrie ,
,, les richeſſes , la population en font ac-
,, crues à un tel point , que les vieillards
,, eux - mêmes ne peuvent s'empêcher de
mettre le préſent fort au- deſſus du
,, paffé ; de convenir qu'il n'eſt aucune
cité , aucune bourgade , aucun village
,, ni hameau où l'on ne compre un plus
,, grand nombre d'habitans , où l'on ne
,, vive plus commodément , plus agréa
,,blement qu'autrefois ; ce qui démontre
bien ſenſiblement les progrès de
,, l'agriculture & de tous les arts.
ود Il réſulte de cette eſquiffe que l'Ita
,,lie eſt exempte des maux qui la tour-
,, menterent ſous les Romains , ainſi que
,, dans les XII , XIIIe & XIVe fiecles de
,, l'ere chrétienne. Mais combien d'avan-
,, tages dont elle jouiſſoit alors , & dont
39 elle eft privée aujourd'hui ! Il faudroit
८
MARS. 1775. 79
1
,, ſavoir ou pouvoir les unir pour l'éle-
,ver au plus haut degré de félicité politique;
les livres ſont ſi multipliés , les
,, fciences , la philofophie , le droit des
„gens , l'économie législative & fociale
,, font allés fi loin , qu'il n'eſt plus à
,, craindre que nous puiſſions jamais
,, perdre ce que nous avons gagné à la
,, renaiſſance des lettres , & redevenir
,, barbares. Que ne ſommes-nous égale-
,,ment afſurés de pouvoir bannir la mo-
,, leffe & ramener dans les moeurs quel-
,, que peu de cette vigueur mâle , de
,, cette rudeſſe antique, le plus ferme
„ appui de la grandeur des Etats" .
Le voeu que fait M. Denina , en terminant
fon hiftoire, eſt celui d'un bon patriote
; mais toutes les déclamations ,
tous les raifonnemens même les plus
folides contre le luxe , ne fervent à rien
ou preſque rien. Des ordonnances , des
- loix fomptuaires , ne ferviroient pas davantage
, attendu l'impoſſibilité d'empêcher
que les riches ne dépenſent leur
-argent à leur fantaiſie , & que les indigens
ne cherchent avidement les
moyens de le leur faire dépenſer. Il n'y
auroit peut-être d'autre parti à prendre
pour réprimer , ou du moins retarder les
80 MERCURE DE FRANCE.
effets du luxe , que de mettre une plus
grande proportion entre les fortunes des
particuliers ; d'empêcher en conféquence
qu'il n'y ait d'autres moyens d'acquérir
des richeſſes que ceux que procurent le
travail , les ſervices ou les talens. Lorfque
dans un Etat il ſe trouve des voies
de fortune , autres que celles que nous
venons d'indiquer , ces voies de fortune
étant moins longues , elles feront préfé.
rées par le plus grand nombre: mais
parce qu'il n'eſt pas poffibleque tous ceux
que l'intrigue agite , réuſſiſſent , il ſe trouvera
néceſſairement une multitude de
citoyens entraînés , pour toute leur vie ,
dans un tourbillon qui les rendra inutiles
à l'Etat ; c'eſt le moindre inconvénient.
Lorſque pluſieurs font parvenus à l'objet
de leurs defirs ; comme ils ont eſſuyé
d'abord bien des refus , ils s'en dédommagent
en jouiſſant de leur fortune avec
oftentation. Ils cherchent en quelque
ſorte à s'étendre , en ajoutant à l'idée que
l'on à de foi - même les diſtinctions qui
accompagnent l'opulence. Cet éclat agit
ſur la multitude; chacun s'efforce d'imiter
, plus ou moins , un faſte qui le charme
, que le peuple ſtupide prend pour
de l'honneur , & auquel il prodigue fon
ad-
८
MARS . 1775 .
admiration. Ces deſirs effacent pou-à-peu
l'eſtime que l'on accorde au mérite ; l'intérêt
devient pour lors le reffort le plus
actif ; & , au lieu de récompenfer les
ſervices rendus à la patrie par des diſtinctions
, le Gouvernement ſe voit obligé
" de les payer avec de l'or .
M. Denina rappelle auſſi les grands
principes de l'adminiſtration économi-
⚫ que , pour faire voir les pertes que ſouffre
un Etat dans ſa culture , dans ſes denrées
, & par conséquent dans ſa population
, lorſque ſon territoire n'eſt partagé
que par grandes portions. On ne confidere
, ajoute-t- il , qu'avec effroi les vaſtes
poſſeſſions des riches . C'eſt en effet de
tous les abus qui concourent à la dépopulation
des campagnes , le plus actif&
le plus deſtructeur. Cependant il n'a jamais
été poſſible d'y remédier. L'inutilité
des loix agraires n'eſt que trop conftatée ;
& le droit de primogéniture , quoique
avantageux à beaucoup d'égards , augmente
encore la difficulté d'arrêter le
défordre.
Refutation de l'Ouvrage qui a pour titre:
Dialogues fur le commerce des bleds .
Vol . in-8 ° . à Londres , & ſe trouve
1
F
82 MERCURE DE FRANCE.
à Paris , chez les freres Etienne , Li- i
braires , rue St. Jacques .
L'Auteur de cette réfutation profite
de la liberté rendue à la diſcuſſion & à
l'inſtruction dans les matieres de l'écono
mie politique , pour faire paroître une
réponſe à un Ouvrage déjà ancien. Au
reſte cette réponſe , dictée par un eſprit
juſte , folide , & très-verſé dans les matieres
économiques , ne contient pas feulement
une réfutation ſuivie des Dialogues
; elle préſente encore le développe .
ment de pluſieurs vérités importantes fur
un ſujet qui ne peut être trop difcuté &
trop approfondi.
Almanach encyclopédique de l'Histoire de
France, où les principaux événemens
de notre Hiſtoire ſe trouvent rangés ,
ſuivant leurs dates , ſous chacun des
* jours de l'année. Année 1775. Vol .
in- 16. A Paris , chez Vincent , Imprimeur
Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel de Clugny.
:
Quelques Lecteurs ont paru defirer
plus de liaiſon , plus d'enchaînement
dans les faits hiſtoriques de ce petit Ou-
A
MARS. 1775. 83
vrage. L'Auteur , pour répondre à leurs
demandes , fans néanmoins rien changer
à la forme qu'il avoit adoptée , a , dès
l'année 1772 , augmenté l'Almanach de
deux articles nouveaux & importans ;
l'un eſt un tableau chronologique des
Rois de France , diviſés en trois races ,
depuis le Fondateur de la Monarchie ; &
l'autre , une premiere époque de l'Hiftoire
de France , comprenant l'hiſtoire
abrégée de la premiere race de nos Rois .
Pour faire ſuite à ces deux morceaux ,
- l'Auteur a donné en 1773 , une ſeconde
époque comprenant les regnes de Pepin
&de Charlemagne ; & une troiſieme en
→ 1774 , comprenant les regnés des Defcendans
de Charlemagne. Il termine
l'année 1775 par les regnes des premiers
Rois de la troiſieme race.
Le Clergé de France , ou tableau hiſtorique
& chronologique des Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeſſes &
Chefs des Chapitres principaux du
Royaume , depuis la fondation des
Egliſes juſqu'à nos jours. Par M. l'Abbé
Hugues du Tems , Docteur de la
Maiſon & Société de Sorbonne , Vicaire-
Général de Bordeaux & d'Acqs ,
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
)
&Chanoine de l'Egliſe Métropolitaine
& Paroiſſiale de Saint André de Bordeaux.
Tomes I & II . A Paris , chez
Delalain , Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe .
Au commencement du dernier fiecle ,
Chenudonna au Public la chronologie des
Evêques de France ; cet Ouvrage , rempli
d'inexactitudes, fut tellement augmenté &
perfectionné en 1626 , par Claude Robert
, Grand Archidiacre de Châlons-fur-
Sône , qu'on a donné à ce dernier Auteur
la gloire de l'invention & de la premiere
exécution. Toutes les découvertes
qu'on a faites dans l'antiquité depuis ce
temps - là , déterminerent MM. de Sainte
Marthe à nous donner une nouvelle édi .
tion de cet Ouvrage , qui parut d'abord
en quatre Tomes ſous le nom de Gallia
Christiana , & qui a été continuée par
les Religieux Bénédictins . Le onzieme
volume in-folio a paru. On trouve dans
l'Ouvrage de M. du Tems , qu'on peut
regarder comme un excellent abrégé du
Gallia Chriftiana , une critique exacte &
ún choix judicieux de faits auſſi inſtructifs
qu'intéreſſans. L'abrégé hiſtorique
qu'il nous donne de chaque Ville Epifco
MARS. 1775 . 85
pale, eft fait avec préciſion. Le diſcours
préliminaire renferme un tableau des progrès
& des viciffitudes de l'Eglife dans
les Gaules . C'eſt aux Théologiens Canoniſtes
à diſcuter ce que cet Auteur dit de
la pragmatique , du concordat & de plu .
' ſieurs autres articles délicats fur l'ancienne
difcipline de l'Eglife. Malgré la diverſité
des idées à cet égard , l'Ouvrage
mérite d'être bien accueilli , fur-tout à
cauſe de ſon utilité. Le plan de l'Ouvrage
eſt judicieux , & l'Auteur ne s'en
écarte point dans l'exécution.
1
:
Recherches fur les remedes capables de
diffoudre la pierre & la gravelle , traduites
de l'Anglois ; in-8°. 3. 1. broch .
A Londres , & ſe trouvent à Paris ,
chez Ph. D. Pierres , Imprimeur Libraire
, rue St. Jacques , 1775-
De toutes les opérations chirurgicales ,
la taille , ou l'extraction de la pierre de
la veſſie , étoit, anciennement une des
plus haſardeuſes pour le malade & l'Opérateur
; quoique la chirurgie moderne ,
inſtruite par l'anatomie la plus fcrupuleuſe
, de la ſtructure exacte des parties ,
ait tellement perfectionné cette opéra
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
tion , qu'il foit difficile de croire qu'elle
puiſſeêtre portée plus loin , il n'en eſtpas
cependant moins vrai qu'elle n'eſt pas .
toujours exempte de dangers ; ſouvent
celui qui l'a éprouvée avec ſuccès n'eſt
pas à l'abri des récidives de la maladie ,
qui l'avoit forcé de s'y foumettre . On a
vudes perſonnes affez malheureuſes pour
avoir été obligées d'y revenir deux , trois
& même quatre fois.
Ces raiſons ont engagé , dans tous les
temps , les Médecins à chercher s'il n'y
avoit pas dans la nature ou dans les productions
de l'art , des moyens capables
de détruire les concrétions & la
cauſe qui les produit; auſſi trouve-t-on
dans les Ouvrages de Médecine pluſieurs
notes de remedes ſimples ou
compoſés ; les Médecins Anglois font
principalement ceux à qui nous ſommes
redevables d'un grand nombre d'expériences
fur la Nature du calcul & de ſes
diſſolvans.
Le remede de Mlle Stephens nous
vient d'Angleterre ; on en a élagué tout
ce qui a paru y avoir été employé de
trop ; le ſavon en fut regardé comme le
ſeul ingrédient actif; quelques - uns lui
aſſocierent l'eau de chaux , dans la vue
MARS. 1775- 87
d'en augmenter encore l'efficacité : mais
la quantité énorme qu'il falloit prendre
de l'un & de l'autre de ces remedes , rebutoit
infiniment le malade ; le Docteur
Chittick annonca pour lors un ſpécifique
contre ces maladies ; il fut bientôt accrédité
, tant par ſon efficacité que par le
myſtere qu'y mit ce Médecin. Les autres
Médecins de Londres tâcherent d'en découvrir
le ſecret. M. Blacktie , Auteur
de ces Recherches , s'y appliqua ſpécialement
; il parvint enfin à ſe convaincre
que ce n'étoit autre choſe que de la leffive
de Savonniers : il fit part de ſa découverte
au Public ; la maniere dont fes
Recherches furent accueillies en Angleterre
doivent néceſſairement garantir des
ſuccès qu'elles doivent avoir en France.
Ce font ces Recherches qui font l'objet
de l'Ouvrage que nous annonçons. Le
* Traducteur de cet Ouvrage & le Commentateur
( Meffieurs Guilbert & Bourru)
n'ont rien négligé pour donner encore
plus de mérite à cet Ouvrage , tant par
l'exactitude de la traduction que par les
notes ſavantes & critiques qu'ils y ont
> joint; un pareil Ouvrage mérite à tous
égards d'être conſulté par les gens de
l'art. M. Buch'oz , dans ſes Lettres fur
3 F 4
88 MERCURE DE FRANCE.
les végétaux & dans ſon Dictionnaire
des plantes de la France , rapporte quelques
obfervations qu'il a faites de l'efficacité
de l'uva ursi , contre les affections
calculeuſes & la néphrétique.
Traduction d'anciens ouvrages latins relatifs
à l'agriculture & à la Médecine vétérinaire
, avec des notes ; par M. Saboureux
de la Bonnetrie , Ecuyer ,
Avocat au Parlement , Docteur & Profefſeur
de la Faculté des Droits en
l'Univerſité de Paris. Tome Ve,
contenant l'économie rurale de Palladius
, & Tome VIe , contenant l'économie
rurale de Végétius ; in- 8°. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la
Faculté de Médecine , quai des Auguſtins
, 1775. Avec approbation &
privilege du Roi,
Ces deux volumes font la fuite des
traductions de Caton , de Varron & de
Columelle ; la collection entiere de ces
différens Ouvrages , relatifs à l'Agriculture
& à la Médecine vétérinaire , eſt
très-précieuſe ; on en defiroit depuis long.
temps la traduction , elle n'a pu cependant
être faite dans un temps plus favo
MARS. 1771 . 89
rable que celui - ci , où l'on s'adonne
entiérement aux ſciences utiles. Le Libraire
, pour faciliter l'acquifition de ces
différens Ouvrages , les vendra féparément
; le prix de ces deux derniers volumes
eſt de 10 liv. ; les deux volumes qui
contiennent les Oeuvres de Caton & de
Varron , ſont de 9 liv.; les troiſieme &
quatrieme , qui comprennent les Oeuvres
de Columelle , ſont de roliv .; la collection
complette eſt de 29 liv.
On trouve dans ces deux derniers volumes
pluſieurs obſervations intéreſſantes
ſur l'Agriculture des Anciens , fur les
maladies des beſtiaux , fur la façon de
les élever , ſur les avantages qu'on en
peut tirer ; on y lit auffi pluſieurs détails
ſur le jardinage , ſur les différentes méthodes
de greffer les arbres , fur la vigne ,
&c. fur d'autres pareils objets , tous de
la plus grande importance dans l'économie
rurale ; le Traducteur y a joint des
notes ſavantes , dans lesquelles il fait voir
l'anologie qu'il y a des principes ruraux
des Anciens avec ceux des Modernes : il
explique en même temps les différens
termes d'agriculture & d'art vétérinaire ,
uſités dans les Ouvrages des Auteurs qu'il
traduit. On peut donc affurer que cette
F5
90
MERCURE DE FRANCE .
collection renferme ſeule une bibliotheque
d'économie rurale , & qu'elle mérite
d'être confultée à chaque inſtant par ceux
qui s'appliquent à l'agriculture & à l'éco .
nomie rurale.
Ecrits politiques & économiques .
Lettre à M. Richart des Glanieres fur
ſon plan d'impoſition économique &
d'adminiſtration des finances ; in- 8 °.
prix 1 1. 4 f. A Paris , chez Monory ,
Libraire , rue & vis-à- vis la Comédie
Françoiſe.
La Poule au Pot .
Réflexions patriotiques ſur le nouveau
plan d'impofition économique , avec
quelques vues différentes ſur le même
objet. In-4° . A Paris , de l'Imprimerie
de Ph. D. Pierres , rue St. Jacques .
Examen raisonné du plan d'impofition
économique , ou réflexions critiques fur
l'adminiſtration des finances . Par M.
Guyetand. In 4º. prix I liv. 10 f. A
Paris , de l'Imprimerie de Michel
Lambert.
La prospérité du commerce. Par M. de la
MARS. 1775. 91
Croix , Avocat au Parlement; in - 4° .
A Paris , chez Simon , Imprimeur , rue
Mignon St André - des - Arts.
Administration générale & particuliere de
la France. In-4°. prix 1 1. 4 f. A Paris ,
chez le même.
- Observations fur le commerce des grains ,
écrites enDécembre 1760. Par M....
Avocat. In- 8°. A Paris , chez L. Cellot
, rue Dauphine.
Effai fur les Monnoies , ou réflexions ſur
le rapport entre l'argent & les denrées .
Volume in - 4°. Prix 4 liv. 10 f. en
feuilles . A Paris , chez la veuve Mequignon
, Libraire , rue de la Juiverie ,
près celle de la Calande , en la Cité.
Nous avons réuni ces différens écrits
ſous le même titre , parce qu'ils préſen
tent tous des ſpéculations plus ou moins
heureuſes en matiere d'économie politique
& d'adminiſtration. L'eſſai ſur les
Monnoies par M. Dupré de St Maur ,
a été publié , pour la premiere fois , en
1746. On trouve à la tête de cet eſſai
pluſieurs queſtions préliminaires , la plu
92 MERCURE DE FRANCE.
part tirées & traduites de deux Traités
de Lock fur cette matiere. L'Auteur y
a ajouté quelques remarques qui font
comme une eſpece d'extenfion aux penfées
de l'Ecrivain Anglois. La feconde
partie de cet Ouvrage conſiſte en réflexions
fur le rapport entre l'argent &
les denrées .
Eloge de Mathieu Molé , Premier Préfident
du Parlement de Paris & Garde
des Sceaux de France. Difcours prononcé
à la rentrée de la conférence
publique de Meſſieurs les Avocats au
Parlement de Paris ; par M. Henrion
de Pencé , Avocat au même Parlement.
Brochure in. 8°. prix 12 f. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue St
Jacques.
Quel homme montra plus que Mathieu
Molé de ce courage intrépide qui
fait affronter les dangers , lorſque le devoir
le demande ? Si ce n'étoit pas un
„ blaſphême , diſoit le Cardinal de Retz ,
„ d'avancer que quelqu'un a été plus
brave que le grand Condé , je dirois
„ que c'étoit Mathieu Molé "
"
Lors des barricades de 1648 , il fit
MARS. 1775. 93
ouvrir les portes de ſon hôtel , que l'on
venoit de fermer , en difant que la maifon
d'un premier Préſident devoit être
ouverte à tout le monde.
La fidélité due au Prince & l'amour de
l'ordre avoient . pendant les troubles de
la Régence de Marie de Medicis , trouvé
un aſyle dans le coeur du vertueux Molé.
Son éloge étoit donc le ſujet le plus
propre à nous rappeler les obligations dues
par la Nation aux Magiſtrats , qui , à
l'exemple de celui dont M. Henrion a
célébré les vertus , font toujours prêts à
ſe facrifier pour le foutien des Loix , la
gloire du Trône & le bonheur des peu .
ples .
Le ſtyle de cet Eloge , quoique trèsorné
, n'est pas dépourvu de chaleur &
d'intérêt . L'Orateur s'éleve ſur-tout avec
force contre un abus très criant& affez ordinaire
dans les temps de trouble , l'établiſſement
des Commiſſions pour abſoudre
ou profcrire au gré de l'intérêt & du
caprice. ,, Barbares ! prenez le poignard ,
„ égorgez vous mêmes vos victimes
„ vous ne ferez que des aſſaffins ; mais
les frapper du fer facré des Loix
c'eſt de toutes les hypocrifies politiques
„ la plus vile & la plus noire ; c'eſt un
20
"
94 MERCURE DE FRANCE.
rafinement de vengeance qui me pé.
„ netre d'indignation & d'horreur. Quel
garant reſte - t - il à mon innocence, fi
„ Themis ne tient plus fon glaive que
„d'une main incertaine ; fi mes ennemis
„ peuvent le lui arracher pour s'en armer
„ contre moi ? "
Histoire générale de l'Asie , de l'Afrique
& de l'Amérique , contenant des dif.
cours fur l'hiſtoire ancienne des Peuples
de ces contrées , leur hiſtoire
moderne & la deſcription des lieux ,
avec des remarques ſur leur hiſtoire
naturelle , & des obſervations ſur les
religions , les gouvernemens , les ſciences
, les arts , le commerce , les coutumes
, les moeurs , les caracteres , &c .
des Nations . Tome V in- 8° . formant
•les Tomes XIII , XIV & XV de l'édi
tion in- 12. Par M. L. A. R. A Paris,
chez Deſventes de Ladoué , Libraire ,
rue St Jacques , vis-à-vis le College de
Louis le Grand
Ce nouveau volume , qui contient
l'hiſtoire de l'Amérique , étoit d'autant
plus attendu , que l'Hiſtorien de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Amérique fait , par
MARS.1775. 95
des recherches ſavantes , des diſcuſſions
philofophiques & des peintures animées ,
intéreſſer le Lecteur , qui demande qu'on
lui préſente un peu plus qu'une fuite de
faits hiſtoriques. Un diſcours fur l'hiſtoire
ancienne de l'Amérique eſt placé à la tête
de ce volume. L'Hiſtorien commence par
nous entretenir de l'origine & des divers
nſages des anciens habitans de l'Amérique.
Le Pere Lafiteau , comme l'obſerve
Hiſtorien , a , par fa Comparaison des
moeurs des Américains & des ancienstemps,
très bien prouvé ce qu'il ne vouloit
pas prouver , qu'il étoit impofſſible d'arriver
à leur origine par cette voie. Suivant
le tableau qu'il trace , les coutumes
du nouveau monde auroient été compoſées
de coutumes de différentes Nations
de notre Continent ; & elles n'étoient
pas plus les moeurs d'un tel peuple
de l'Amérique , que les moeurs de
telle Nation de notre hémiſphere. Les
uſages les plus bizarres ne jeteront pas
plus de lumiere ſur leur origine. Par
exemple , chez les Galibis , les Caraïbes ,
&c. les maris ſe mettent au lit ou dans
le hamac, lorque leurs femmes font accouchées
; cette coutume eft commune
aux Ibériens , aux anciens Corſes , à des
:
96 MERCURE DE FRANCE.
Tartares , aux Tibaréniens d'Afie & à
divers autres Peuples de l'Eſpagne & de
l'Orient ; elle étoit même conſervée dans
le Béarn , & c'eſt ce qu'on y appelloit
faire la couvade. Lequel de ces peuples
l'aura-t-il enſeigné aux autres ? Et de quel
point feroit-elle partie pour faire le tour
du monde ? Quelques Européens , en
voyant des Américains en couche & du
lait dans leurs mammelles , ont dit que
dans le Sud de ces contrées , les hommes
allaitoient leurs enfans . M. Boulanger ,
dans ſon antiquité dévoilée par les usages ,
regarde la conduite des maris Galibis ,
Ibériens , Corſes , &c. comme une forte
de pénitence , fondée ſur la honte & le
repentir d'avoir donné le jour à un être
de fon eſpece. Cette conjecture n'eſt pas
heureuſe. L'Auteur des recherches fur les
Américains , M. de Paw , penſe qu'on
veut par - là donner à connoître que les
maris ont eu autant de part à la génération
que les femmes ; & que , comme ſi
le premier produit de leurs amours les
eût énervés , ils ſe nourriſſent alors de
mets ſucculens pour rétablir , diſent-ils ,
leurs forces , épuiſées par les efforts dela
paternité, Il eſt difficile de donner la
ra fon de ſemblables bizarreries , puifqu'elles
MARS. 1775. 97
qu'elles ne paroiſſent pas être ſelon la
raiſon ; Mais , ajoute ici M. R. , nous
"
"
ne devons jamais oublier qu'il en eſt
,, de la plupart des coutumes comme des
,, hieroglyphes ; nous n'y trouvons que
ود
ود
ود
de la bizarrerie , parce que nous en
,, ignorons le ſens & l'analogie. Ne feroit
- il pas permis d'imaginer que celle
dont nous parlons a eu pour premiere
;, cauſe un ſentiment très naturel & un
, motif tres louable? Les maris , après
l'accouchement de leurs femmes , ne ود
ود
ود
ſe ſeroient - ils pas mis au lit pour
,, échauffer , comme les animaux , d'une
chaleur naturelle , les nouveaux nés ,
,, pendant que leurs femmes ſe ſeroient
,, purifiées de leurs fouillures ? Cette pra-
,, tique ne ſeroit certainement pas inſen-
„ fée , car on ne fauroit douter qu'elle.
,, ne fût ſalutaire pour les enfans. Cette
" conjecture eſt d'autant plus vraiſem-
,, blable , que les Baſques nous l'infinuent
- ,, eux -. mêmes , par le nom qu'ils donnoient
à cette pratique : ils entendoient
,, couver les nouveaux nés , ou fomenter
leur chaleur par une chaleur analo-
و د
>,, gue."
M. R. après avoir détruit les conjectures
tirées des moeurs , ſur l'origine des
G
98 MERCURE DE FRANCE.
Américains , ne croit pas qu'il foit à propos
de recourir à la confrontation des
langues. Il abandonne donc les recherches
fur les ancêtres des Américains ;
mais il ſe permet d'examiner comment
l'Amérique a pu être peuplée. Il préſume
, avec pluſieurs Savans , que l'Afie
& l'Amérique , d'abord unies par une
ifthme , ont été diviſées par un tremblement
de terre. Il eſt certain que les mers
ont ouvert beaucoup de breches à travers
notre continent. Bottarini ,dans ſon projet
d'hiſtoire de l'Amérique ſeptentrionale
, dit , en traitant du paſſage des Indiens
à la nouvelle Eſpagne , avoir trouvé
dans les hiſtoires de la Moscovie & du
Japon , les deux contrées unies enſemble
fur d'anciennes cartes géographiques. M.
Steller juge que les terres du Kamtſchatka
, & les côtes de l'Aſie & de la Californie
étoient autrefois jointes enſemble.
Il ſe fonde fur quatre obſervations. 1º.
Les rivages efcarpés du Kamtſchatka &
de l'Amérique. 20. Le grand nombre de
caps avancés dans les mers depuis trente
juſqu'à foixante verſtes , ou depuis ſept
juſqu'à quatorze de noslieues communes .
3º, La multitude d'Ifles répandues entre
ces mers. 4°. La ſituation de ces Ifles &
MARS. وو . 1775
le peu de largeur de ces mers. M.R.
joint à ces obſervations d'autres particularités
, qui tendent également à prouver
que les Nations de l'Afie & de la Californie
communiquoient enſemble. Il nous
donne , dans la ſuite de fon diſcours, fes
remarques ſur la couleur & la conftitution
phyſique des Américains. Mais il a
ſoind'écarter de cette diſcuſſion les menfonges
ſemés à pleines mains dans les
relations de l'Amérique , à l'article des
fingularités de notre eſpece. Il laiſſe à
Jacques Cartier ſes Sauvages ſeptentrionaux,
à la face velue & à la marche
quadrupede ; à tel autre voyageur , ſes
› petits hommes monopedes & très leſtes ,
avec une ſeule jambe; à ceux là , leurs
peuples à pattes d'oie ; à ceux- ci , leurs
eſclaves aux pieds en queue d'écreviſſe ;
àVaſco Nunnez & autres , leurs peu-
→ plades de Negres aux environs de Quarqua;
à Cortez , fa race blafarde de l'iſthme
Darien; aux Portugais , leurs troupeaux
de Sirenes nageant dans la mer du
Bréfil , à une autre Nation, ces hommesmarins
pêchés à la Martinique ; à la plupart
› des anciens voyageurs , leurs hermaphrodites
de la Floride , &c. Il n'y a dans le nouveau
monde d'autres Noirs que ceux que
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
la tyrannie y tranſplante , ou leurs enfans
, quoique pluſieurs Nations y foient
placées ſous la zône Torride. La cou-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
leur cuivrée eſt celle de tous les Américains
, uniquement différenciés par
des tons & des nuances plus ou moins
fortes. Les teintés que la chaleur donne
,, aux uns , l'inclémence de l'air , le hâle ,
les onctions de graiffes , de drogues , les
impriment aux autres. Il ne tient qu'à
ceux qui prendroient les couleurs de
nos vêtemens pour celles de notre peau,
de prendre les peintures noires, jaunes,
bleues , rouges & bariolées , dont les
Indiens ſe barbouillent le corps , pour
,, leur coloris naturel : il n'eſt permis
qu'à ceux - là de peupler l'Amérique
d'hommes rouges & jaunes , à moins
,, qu'on ne donne le nom de jaune & de
„ rouge à un teint fanguin& olivâtre.
Affez long-temps des ſauvages enduits
de vernis & d'onguent nous ont paru
ridicules & barbares , à nous à qui les
,, figures peintes font néanmoins afſez
familieres , & à qui les onctions ne le
font peut - être pas aſſez , tandis que
ces uſages leur font dictés par la prudence&
le beſoin. Ainſi que les Euro-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
,, péens ſe diftinguent ſur mer par la
MARS. 1775-
هد
ود
ود
ود
"
”
ود
ود
différence de leurs pavillons , ces peu-
, ples vagabonds portent fur leurs corps
des marques particulieres , pour ne pas
ſe méter & fe confondre. Les huiles
,, & les drogues entretiennent la foupleffe
& l'agilité de leurs membres , les
défendent des impreſſions de l'humidité
& des intempéries , & repouſſent
loin d'eux ou frappent de mort les inſectes
ſi multipliés , fi venimeux, ſi âpres
" &fi redoutables dans ces contrées."
L'induſtrie des Américains , leurs
moeurs , les différentes formes de leurs
gouvernemens , leurs qualités morales ,
font également rappellés dans cedifcours
ou dans cette introduction à l'hiſtoire
moderne de l'Amérique. M. R. dans
cette même introduction nous préſente ,
ſous un point de vue très- philofophique,
les grands traits de l'hiſtoire ancienne de
l'Amérique , & nous donne les réſultats
de l'hiſtoire moderne. Comme il faut
étre inſtruit des faits rapportés dans le
corps de l'ouvrage pour bien faifir ces
réſultats , nous nous contenterons d'en
donner ici quelques-uns , & dans la vue
→ ſeulement que le Lecteur puiſſe mieux
apprécier le mérite particulier de cette
nouvelle hiſtoire.
7
G3
102 MERCURE DE FRANCE,
29
و د
La découverte de l'Amérique eſt la
,, plus mémorable des révolutions que
notre globe ait eſſuyées de la part de
l'homme: la conquête de l'Amérique
eſt la plus affreuſe des calamités que
l'humanité ait fouffertes de la part de
l'homme.
ود
"
"
ود
ود Ces événemens ont changé la face
de l'Univers : la terre en est-elle plus
floriſſante ? Où eſt l'abondance ? où eft
, la paix ? où eſt le bonheur ?
و د
Qu'eſt- il reſté de l'ancienne Améri-
,, que ? le ciel , le fol , & le ſouvenir
des Nations exterminées.
ود
؟و
१२
ود
؟د
ود
Je me trompe , il y reſte encore des
eſclaves & des fauvages. Ces eſclaves
font les plus abrutis des mortels , &
cetabrutiſſement léthargique eſt le dernier
degré de la miſere humaine. Ces
,, ſauvages ſont ſans ceſſe attaqués , pourſuivis
, dépravés , détruits par nos ar-
„ mes , nos intrigues , nos vices , nos
,, maladies , nos eaux-de- vie , &c.: c'eſt
l'enfance énervée & corrompue.
"
ود
ود
११
32
Il y a une effroyable communication
de maux entre l'Europe & l'Amérique ;
& il n'y a point eu entre- elles d'échan-
„ ge réciproque de biens.
La petite vérole , tranſplantée en
MARS. 1775- 103
7
" Amérique , n'y a point exercé moins
de ravages que la maladie Américaine
du même nom n'en a exercé en Europe.
ود
ود
ود
Les Américains poſſédoient quel-
,, ques ſecrets , nous ne les avons point
,, appris ; l'Europe avoit des arts , nous
,, ne les leur avons point enſeignés .
» Quelques coins du nouveau monde
font exploités : par qui ? par des Africains
& des Américains: pour qui ?
,, pour des Européens .
ود
دو
ود
ود
و د
و د
"
ود Je ſouhaite qu'il ſe forme dans ces
contrées de vrais chrétiens ; & que la
Religion ſe conſole , dans leurs vertus
&leur_beatitude , d'avoir été proſtituée
aux facrileges excès de la plus impie
barbarie.
ود
ود
و د
دو
Il apeut- être péri en Amérique plus
de vingt millions d'Indiens ; il en a
coûté bien davantage à notre Conti-
,, nent. On eſtime que l'Eſpagne a vomi
fur cette contrée huit millions d'hom-
, mes ; le Portugal , l'Angleterre , la
France , l'Allemagne , la Hollande ,
&c. réunis , en ont-ils moins perdu ;
fur-tout fi l'on évalue le nombre des
victimes de la guerre & de la navigation
? La Grande Bretagne ſe dépeuple
,, encore de jour en jour , pour peupler
ود
ود
ود
ود
دو
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
1
و د
و د
"
cet immenſe deſert ; l'Afrique y a far
crifié près de douze millions des fiens,
& elle en facrifie encore chaque an.
née plus de foixante mille.
ود
و د
ود
ود
ود
ود
ود
و د
Qu'importe que l'Europe ait ouvert
de nouveaux débouchés à ſes produc.
tions , quand elle a arrêté l'abondance
& provoqué la difette ? Recueillerezvous
fur votre fol fans avoir ſemé , &
ſemerez vous en terre étrangere fans
avoir recueilli ?
,, Quels ont été ces débouchés ? Des
,, Européens ſont allés jouir en Amérique
ود
21
des richeſſes naturelles de leur patrie,
La tranſplantation des consommateurs
,, opere-t- elle une conſommation nou
velle?
ود
و د
د
ود
ود
ود
ود
و د
L'or , ou volé , ou fans ceſſe acheté
१० afuur plr'iExurdoupefàanggraAnmdésrfilcotasi,n&, al'conoudliéroit
qu'il a calciné une partie de ſes
terres ;& on l'a pris follement pour la
richeſſe des Etats , juſqu'à en attendre
leur ſubſiſtance; & il a rendu la cupidité
fifcale effrénée ; & les vices & les
erreurs l'ont converti en inſtrument
univerſel de tous les genres de défordres
;& tout a été politiquement , civilement
& moralement vénal,
"
ود
و د
ود
MARS. 1775. 105
ود
"
ود La conquête étoit encore récente,
,, que Garcilafſo de la Véga obfervoit
l'aviliſſement de la monnoie produite
,, par ſon abondance , & le hauſſement
du prix des denrées proportionné à la
multiplication du numéraire. Le même
poids de denrées emporte , dans la balance
des échanges , un poids octuple
de métaux,depuis que l'Europe a frappé
huit fois plus de ſignes qu'elle n'en
avoit auparavant. Qu'a-t-elle done ga-
,, gné ? Elle a converti ſes fortes eſpeces
,, en petite monnoie.
ود
و د
وو
و د
و د
ود
و د
ود
".
Le tribut de l'Amérique a, dit- on ,
nourri notre commerce avec l'Inde :
non , il ne l'a pas ſeulement nourri , il
l'a groſſi à l'excès , ce commerce dévorant.
L'or , en coulant à flots précipités
des ſources de l'Amérique à travers
l'Europe , a emporté notre population ,
nos fabriques , notre terre féconde dans
les gouffres de l'Inde.
ود
ود
ود
و د
Nous avons facrifié , nous facrifions ,
nous facrifierons les capitaux de notre
culture & de notre induſtrie à la fureur
de conſommer fans meſure des
épiceries qui nous brûlent , un thé qui
nous deſſeche , des drogues qui nous
,, empoisonnent , des étoffes qui inful
"
"
→
ود
ود
G5
106 MERCURE DE FRANCE,
ود
ود
و د
"
tent au deuil de notre agriculture &
de nos arts .
" L'Amérique nous a communiqué
quelques plantes alimentaires : la pomme
de terre , par exemple , eſt un des
,, plus précieux préſens que nous en
,, ayons reçus . Oferions- nous nous glo-
,, rifier des reſſources de la mifere ? Serions-
nous affamés de pommes de terre
ſi nous n'avions flétri l'épi de bled ?
Nous empruntons des pelleteries de
l'Amérique Race abâtardie ! faut - il
,, que nous nous armions contre un ciel
tempéré , des cuiraffes apprétées par le
Nord contre les frimats du Nord?
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
L'Amérique nous a fait connoître le
tabac: oui , le beſoin d'une poudre ,
,, ou vaine ou dangereuſe , porté juſqu'à
la néceſſité , a livré des Nations en
proie à la fiſcalité qui l'a excité vivement&
qui le punit avidement.
ود
ود
"
وو
ود
ود
ود Elle a multiplié le café ;&l'Europe
a été altérée d'une boiſſon pernicieuſe ,
juſques- là qu'on voit dans pluſieurs
Provinces de France & d'Allemagne ,
des malheureux ſe dérober le pain pour
,, s'en abreuver.
” Elle nous fournit la cochenille , des
,, perles , des émeraudes, des diamans.
MARS. 1775- 107
7
66
ود
Enfans ! juſqu'à quand acheterez- vous
des couleurs au prix de votre ſubſiſ
,, tance ? Demanderez - vous encore des
hochets au lit de mort?
ود
ود
ود
"
ود
"
Nous tirons notre ſucre de la même
contrée: les Ifles de Provence en ont
produit ; la Sicile en a produit ; les
Ifles de l'Archipel en ont produit ; la
Turquie Européenne & une partie de
l'Europe méridionale en produiront ;
,, l'Afrique en produira: il abonderoit
ſous notre main , ſi notre Continent
n'étoit plus qu'à demi barbare.
ود
"
ود
ود
ود
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Pour jouir arbitrairement de toutes
ces productions , nourries & dégouttan .
tes de fang , nous avons établi dans ces
contrées deux fortes de domination ,
l'une ſur les Naturels du Pays , l'autre
fur nos Sujets tranſplantés ; là la tyrannie
, ici le monopole. La différence
eſt dans les noms; tout eſt aſſervi. "
M. R. fait ſur les Colonies de l'Amé .
rique des réflexions qui peuvent nous
faire enviſager le fort à venir du nouveau
monde. Si les Colonies , continue
l'Hiſtorien , font foibles , on craint
l'ennemi ; fi elles font puiſſantes , on
les craint elles - mêmes .
ود
११
"
Il eſt contre nature qu'on redoute la
22
108 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
proſpérité de ſes Sujets : ſi vous redoutez
celle de vos Colons , ils ne font
,, pas faits pour être vos Sujets ; ils cefferont
de l'être ou d'être .
ود
ود
ود
ود
L'Europe n'a pu forcer l'Amérique
ſeptentrionale à produire du ſucre , du
café , de l'or , des diamans : il a fallu
,, y laiſſer cultiver des grains & autres
productions néceſſaires ou utiles . Delà
le falut & l'indépendance future de
l'Amérique entiere.
"
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
" Déjà les Colonies ſeptentrionales ,
fortifiées par la réunion d'une fuite de
conquêtes , ont fait avorter les projets
d'impôts conçus par le Gouvernement
&adoptés par la lég flation Britanni-
,, que. La terre leur prodigue les plus
utiles productions. Elles appellent tous
les arts utiles. Les ſciences fleuriſſent
dans leur fein ; on y connoît le prix
de l'agriculture , & les cauſes de ſa
proſpérité ; une population heureuſe
s'y multiplie comme la ſubſiſtance. Elles
feront indépendantes , quand elles
voudront l'être,
وو
ود
ود
و د
19
19
ود
ود
Vous conferverez votre empire en
les divifant: mais à la fin elles ſe réu-
,, niront ; & vous ne forcerez pas , avec
,, quelques vaiſſeaux & quelques milliers
MARS. 1775. 109
7
ود
ود
ود
ود
ود
ود
de soldats , des millions d'hommes
braves , pourvus de tout , vos égaux
en difcipline , en armes , en talens ;
vous ne les forcerez pas fur une étendue
immenſe de côtes & dans une immenſe
profondeur de terre. Si vous
ود
ود
détruifiez leurs plantations , vous ruineriez
vos propres eſpérances .
Lorſqu'elles feront indépendantes ,
,, tout le reſte de l'Amérique ſera bientôt
و د
libre ; car il a le plus grand intérêt à
„ l'être , & il pourra l'être par fon fecours
.
و د
رد
ود
رو
"
ود
ود
ود
ود
Alors tous ces peuples ſe livreront
aux cultures , au commerce , aux arts
les plus fructueux: tout profpérera. Les
fuperfluités abonderont comme les néceffités.
Toute l'Europe , déchargée de
toute dépenſe , commercera avantageufement
avec toute l'Amérique & avec
la proſpérité.
و د
Alors l'Amérique ſe glorifiera d'avoir
reçu les Européens dans ſon ſein.
Alors , & alors ſeulement , l'Europe ود
و د
recueillera le prix de la découverte de
,, l'Amérique. "
116 MERCURE DE FRANCE .
Georges & Molly, Drame en trois actes ,
lu aux Italiens le 17 Septembre 1772 ;
tiré de l'Orpheline Angloife , Roman ,
où l'on a puiſé le Vindicatif, joué aux
François en Juillet 1774. Broch. in 80.
A Paris , chez Valade , Libraire.
M. N *** , Auteur de la Fauſſe peur
& de Georges & Molly , nous dit , dans
un Avertiſſement , que le jour que les
Comédiens Italiens reçurent la Fauffe
Peur , il leur lut Georges & Molly , &
que cette derniere piece eut des applaudiſſemens
, mais que le ſujet en parut trop
trifte, trop incompatible avec le genre
de ce ſpectacle. Cependant on exhorta
l'Auteur à y répandre un peu de gaieté
pour faire contraſte & varier les tableaux
de la muſique qui , ſans cela , auroit pu
paroître trop ſombre, trop monotone. II
créa en conféquence le rôle de Guinée ,
perſonne d'un caractere avare , gai &
brouillon , & qui a la manie de vouloir
rendre ſervice aux gens malgré eux . M.
N*** ſe propoſoit de faire une feconde
lecture de fon Drame aux Comédiens ,
lorſque le Vindicatif parut. Il y reconnut
le ſujet qu'il avoit traité & renonça
pour lors à l'envie defaire jouer ſa piece ,
MARS. 1775. 111
qui eſt puiſée dans l'Orpheline Angloise ,
ainſi que celle de M. Dudoyer. Il y a
néanmoins des différences que le Lecteur
prendra plaiſir à remarquer. L'Auteur de
Georges & Molly a , par exemple , ſagement
écarté de fon Drame le rôle atroce
du Vindicatif , qui a paru révolter dans
la piece de M. Dudoyer. Il a rendu d'ailleurs
ſes ſituations plus vives , plus théâtrales
, en donnant à Georges , dans le
Chevalier de Welnom , un frere & un
rival; enſorte que le Baronet Moony ,
fait Comte de Welnom & Juge de paix
depuis peu , ſe trouve Juge d'un de ſes
fils& vengeur de l'autre. Le rôle neuf de
cette piece eſt celui de Guinée , mais ce
rôle , un peu trop chargé , impatiente fouvent
plus qu'il n'amuſe. Quelques ariettes
pourroient être mieux amenées , ou du
moins elles ne nous ont point toujours
paru être , comme on le defire , le complément
ou le dernier degré d'énergie du
ſentiment ou de la ſituation qui étoit
à rendre. Au reſte ces ariettes peuvent
facilement être retranchées ou traduites
en proſe par ceux qui voudroient jouer
Georges & Molly fur les théâtres de ſociété.
Ce Drame eſt même fait pour y
réuffir , & peut être rendu fans beaucoup
112 MERCURE DE FRANCE.
d'étude , parce que le jeu ſcénique eſt
aſſez bien indiqué par les différentes
ſituations où ſe trouvent les perſonnages.
Dialogue entre Henri IV, le Maréchal de
Biron & le brave Crillon , ſur le regne
fortuné & Louis XVI , recueilli par
M. l'Abbé Regley.
Afpice venturo latentur ut omnia faclo.
VIRG. Egl. IV.
Brochure in 80. ornée de deux portraits
en pendans , de celui de Henri
IV. & de celui de Sa Majeſté Louis
XVI. A Paris , chez la veuve Duchefne
, rue St. Jacques.
Le refurrexit que l'on a trouvé écrit
au bas de la ſtatue équestre de Henri IV,
quand Louis XVI eſt monté ſur le trône ,
afans doute inſpiré à M. l'Abbé Regley
l'idée de ce Dialogue. Les deux Interlocuteurs
qui accompagnent Henri IV. paroiſſent
appuyer le bonheur de la France
fur trois objets , l'honneur , les moeurs ,
la vérité . Le Maréchal de Biron defire
que la vérité ſoit connue desRois , pour
leur laiſſer appercevoir les moyens de
faire
MARS. 1775. 113
faire le bonheur de leurs peuples. Le brave
Crillon , qui aima paſſionnément la
gloire , veut que ce ſentiment paſſe dans
tous les individus de la Nation , & que ,
pour l'y établir fortement , on lui donne
des moeurs . La cauſe , Sire , dit Cril-
ود
ود
lon à Henri IV , qui éteint les moeurs
dans les Empires , eſt ſouvent la mifere
;; qu'éprouvent les peuples. Comment
"
ود un malheureux , qui eſt affligé par tous
, les besoins de la vie , peut - il fonger
à avoir des moeurs &en donner à ſa ود
ود
ود
ود
ود
famille , auſſi malheureuſe que lui ? II
,, devient chagrin , dur , ſon ame ſe con-
,, tracte , ſe reſſerre ; tout le fatigue &
l'importune ; il a de l'aigreur , de l'em-
,, portement ; le ton de la colere ſe naturaliſe
avec lui ; l'enfant le reçoit & le
communique à ſon tour : voilà toute
,, une claſſe de Citoyens que l'indigence a .
infectée d'un vice d'habitude , & cette .
claſſe eſt la plus nombreuſe de l'Etat.
Autrefois il y avoit de l'aifance dans
les campagnes & juſques dans les chaumieres.
Tous nos François étoient patriotes
; ils avoient entre eux une franchiſe
droite ,& cette gaieté naïve qui
marque ſi bien le repos de l'ame. Vouez
- vous voir revivre cette antique
ود
و د و
و د
و د
و د
و د
H
114 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
bonne - foi de nos aïeux ? Faites jouir
nos François de l'immenſe abondance
,, que donne la nature .
ود
ود
" Voilà précisément , répond Henri
IV , ce qui a fait l'objet de mes voeux
fur la fin de mon regne ; j'ai tourné
,, mes voeux du côté de mes Laboureurs,
,, au moment où j'ai commencé à goûter
ود
وو
ود
ود
ود
les douceurs de la paix. Mon petit- fils
a connu l'objet de mes derniers fou-
,, pirs , & fes premiers foins ont été de
rétablir dans ſon Royaume l'honneur
du labourage ; toute la France en refſent
déjà les douceurs : mais attendons
,, quelque temps encore , que le jeune
Roi puiſſe toucher tous les refforts qui
compofent la grande machine de l'Etat,
,, que son oeil en apperçoive l'enſemble;
il ſaura en ſimplifier les mouvemens ,
&tous ſes Sujets s'étonnerontde ſe voir
,, des richeſſes qu'ils devront à ſa ſageſſe
&à ſes travaux."
ود
ود
ود
ود
ود
Henri , Biron & Crillon ſe réuniſſent
de concert à la fin de ce Dialogue pour
chanter la félicitéde leur ancienne patrie.
Comme leurs chants paroiſſent tirés de
la quatrieme Eglogue de Virgile , cette
Eglogue eſt placée à la fin du Dialogue ,
avec la traduction. C'eſt celle où le Poëte
MARS. 1775 . 115
célebre la naiſſance de Drufus , fils d'Auguſte
, qui devoit bannir le fiecle de fer
& ramener l'âge d'or parmi les Romains.
Si cet âge n'eſt autre choſe que celui de
২ la vertu , tous les Lecteurs François verront
fans doute avec délice l'heureuſe
application que l'Auteur du Dialogue
fait des brillantes fictions de Virgile à
la poſition actuelle de la France ſous
Louis XVI.
* Discours fur la découverte , les propriétés
& l'usage de l'eau vulnéraire de Comere ,
de Montpellier , par Pierre Duchans ,
Botaniſte . Broch. in- 8°. A Paris , chez
Pierre de Lormel , Imprimeur , rue
du Foin.
M. Duchans qui a hérité de Paul Comere
, fon grand oncle , Chirurgien Major
au Régiment de Toiras, Cavalerie ,
du fecret de la compoſition de l'eau vulnéraire
, connue sous le nom d'Eau de
Comere, expoſe , dans cette brochure ,
_ les principaux accidens contre leſquels
on doit faire uſage de cette eau , avec la
maniere de l'employer. Il rapporte dans
ce même écrit les témoignages rendus
par les gens de l'art & par des perſonnes
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
de diſtinction , en faveur de ce topique.
M. Duchans , dans l'intention de folliciter
un privilege exclufif , ayant propoſé
l'examen de fon eau vulnéraire à MM.
de l'Académie Royale des Sciences , &
leur en ayant confié la recette ; nous nous
contenterons de citer ici le rapport qui
en fut fait par MM. Malouin & Macquer
, Commiſſaires nommés par l'Académie.
,, Cette eau , diſent les Commiffaires
, eft déjà anciennement connue ,
ſous le nom du ſieur Comere , de
,, Montpellier. Le ſieur Duchans , qui
eſt le neveu du ſieur Comere , & qui
ſe dit ſeul poſſeſſeur du ſecret de la
compofition de ſon eau , nous en a
confié la recette ;& il nous paroît que
les ingrédiens dont elle est compoſée ,
la rendent en effet propre à accélérer
la guériſon de pluſieurs eſpeces de
plaies , & fingulièrement de celles où
il y a meurtriſſures ou extravaſion du
fang ou échinofe. Nous pouvons dire
en général que les drogues qui entrent
dans la compoſition de cette eau , ont
une qualité fondante , réſolutive& tonique
; elles font du nombre de celles
dont l'efficacité eft reconnue en Médé-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
و د
ود
ود
ود
ود
دو cine. Il y a même des remedes uſités
MARS. 1775. 117
}
}
-
ود
وا
وو
ود
&décrits dans le Diſpenſaire , qui font
fort analogues à celui - ci. Cela nous
porte à croire qu'on peut ſe ſervir de
ce dernier , avec ſuccès , dans tous les
,, cas où les médicamens en même temps
,, toniques , fondans & difcuffifs font indiqués."
ود
La Nouvelle imprévue , Drame en un acte
& en profe , dédié aux Dames ; par
M. de Ste C ***.
:
La vertu la plus pure , unie à la beauté ,
Eſt l'ouvrage chéri de la Divinité ..
Venise sauvée , Trag. act . 1 , fc. 5.
Brochure in - 8°. A Paris , chez Hardouin
, Libraire , au vieux Louvre.
La ſcene de ce Drame eſt à l'Hôtel de
Florange. Les Acteurs font la Marquiſe
de Florange , femme tendre , fenfible , &
qui ſoupire après le retour de fon mari ,
qui eft à la tête de ſon Régiment en
Corſe ; le Chevalier de Monval , ami intime
du Marquis ; Marcelle , jeune perſonne
qui a la confiance de la Marquiſe;
Dufresne , valet - de - chambre du Chevalier
, & pluſieurs domeſtiques de la Mar-
H 3
80
MERCURE
effats
du
luxe , q
grande
proportion
particuliers ;
d'em
qu'il
n'y
ait
d'au
des
richeffes
que
travail ,
les
fervie
que
dans
un
Et
de
fortune ,
au
venons
d'indiqu
ézant
moins
lor
Les
par
le p
Parce
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'Etat; c'eft
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mod
775. 121
2
2
PL
さぁ
-
28
Te-t-elle fur fes
beu d'illufion !"
annonce affez
d'une femme
, animée que
ve pour fon
ce eſt mélan
il eft fi doux
er les liens de
Lecture de ce
e dialogue en
ce eſt dépoureurs
un peu
Auteur a donur
auroit dei
fidele , auſſi
buir du bonu
milieu mêen
l'honneur
elle furprend
r de Monval
de cet époux
moment.
es Jeux Flqmence
, prolle
de Tourocureur
du
:
120 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
l'hiver , à fon retour... Verd & gris
de lin , eſpérance , amour fans fin. Ah!
ma chere Maîtreſſe , votre amour tiré
parti de tout ! ...Duffiez- vous me querel.
ler , je ne veux plus que vous vous chagriniez
; vous reverrez dans peu Monſieur
, plus amoureux que jamais ; à
quoi vous aura fervide vous être attriftée
? ... Je n'ai jamais euune fi grande
envie de dormir... (Elle se raffied).
Nous nous fommes couchees ce matin
à cinq heures & levées à neuf... Pourquoi
? Je n'en fais rien ! ... Madame a
rêvé que le Marquis étoit très- mal de
ſa bleſſure... Cela n'a pas le ſens commun
; il nous a écrit qu'il étoit preſque
rétabli ... Allons , allons , Madame ,
vous êtes chimérique... Mais la pendule
fonne neuf heures & demie ... Ar-
,, rangeons dans ces vaſes les fleurs que
le Jardinier vient d'apporter... ( Elle
tire de fa poche une étrenne mignone &
la feuillette). Peut- être s'amufera t- elle
aujourd'hui ... C'eſt le quinze , oui , le
quinze de Juillet, fete de fon époux ;
elledoit luidonner fon bouquet, comme
s'il étoit préſent ; le Chevalier de Monval
, l'ami de Monfieur , dînera ici , &
quelques Dames qui doivent concerter
وو
ود
ود
و د
وو
ود
2"
2.3
ود
و د
ود
ود
MARS. 1775. 121
1
1
ر
"
ود
avec la Marquiſe. Puiſſe-t-elle fur fes
inquiétudes ſe faire un peu d'illufion ! "
Cette expoſition nous annonce affez
bien la conduite touchante d'une femme
qui n'eſt , en quelque forte , animée que
par l'amour qu'elle conſerve pour fon
époux . Le ton de cette piece eſt mélancolique
& monotone ; mais il eſt ſi doux
de voir la ſenſibilité reſſerrer les liens de
l'union conjugale , que la lecture de ce
Drame pourra intéreſſer. Le dialogne en
eft affez naturel. Mais la piece eſt dépourvue
d'action ; on eſt d'ailleurs un peu
fâché du dénouerent que l'Auteur a donné
à fon Drame. Le ſpectateur auroit defiré
de voir une femme auſſi fidele , auffi
fenfible que la Marquiſe , jouir du bonheur
dû à ſes vertus ; mais au milieu même
de la fete qu'elle célebre en l'honneur
du Marquis de Florange , elle furprend
entre les mains du Chevalier de Monval
une lettre qui lui apprend que cet époux
chéri touche à fon dernier moment.
Difcours contenant l'histoire des Jeux Flqraux
, & celle de Dame Clémence , prononcé
au Conſeil de la ville de Toulouſe
, par M. Lagane , Procureur du
1
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
Roi de la Ville & Sénéchauffée , &
ancien Capitoul , imprimé par délibé
ration du même Conſeil , pour fervir
à l'inſtance que la Ville a arrêté de
former devant le Roi , en rapport de
l'Edit du mois d'Août 1773 , portant
Statuts pour l'Académie des Jeux Floraux.
Vol. in - 8°. de 246 pag.
Veritati nemo preſcribere potest , non spatium temporum
, non patrocinia perfonarum , non privilegium regionum
; fi tempus consulatur , veritas æterna eft; fi
patrocinia perfonarum , à Deo eft ; fi privilegium regionum
, natura imò omnium eft.
ود
Tertulien , Traité de velandis virginibus ,
Chap. premier
Si les Villes , dit l'Orateur au come
,, mencement de ce Discours , ont tou-
,, jours ambitionné d'acquérir de la gloire
,, par des établiſſemens littéraires , Tou-
,, louſe , attachée de tout temps à cultiver
ود & à protéger les belles lettres , s'eſtdiſ-
» tinguée par des fondations de cette
nature ; mais reconnoiſſant les avanta-
,, ges ſupérieurs de la poëſie, elle donna
,, la préférence à cet art divin , que toutes
MARS. 1775. 123
;
1
*
১
وو
ود
,, les Nations ont mis en uſage , parce
„ qu'il éleve l'ame & qu'il exprime toute
l'énergie de ſes ſentimens. C'eſt à cette
préférence que nous devons les jeux
,, poëtiques : inſtitution conçue par di-
,, vers Citoyens recommandables par leur
,. génie , & perfectionnée par la munificence
de la Ville : inſtitution la plus
ancienne , la plus célebre , qui l'éleve
au- deſſus des autres villes del'Europe ,
& qui a dû lui attirer un honneur im
mortel. Devroit t-elle s'attendre qu'un
Corps qui eſt dans ſon ſein,le Corps
,, Académique de ces Jeux , s'efforçât de
lui ravir cet honneur , pour l'attribuer à
un perſonnage chimérique ; qu'il fit
confacrer ce fantôme dans un Edit éga
lement préjudiciable à ſes droits, à ceux
,, de ſes Capitouls , & au progrès des
beaux arts ? Mais quel eſt ce fantôme
,, qui forme preſque l'unique baſe d'un
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
tel Edit ? Dame Clémence , qu'on fait
وو paroître comme la fondatrice de cet
établiſſement; preſtige qui regne dans
,, l'eſprit de nos Concitoyens depuis deux
cents cinquante ans ; qui , par des motifs
d'intérêt , a dominé dans ce Confeil
durant près de quatre vingts ans ;
fable inventée & accréditée par les
وو
ود
ود
124 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
ود
ود
Mainteneurs , par une ſociété jalouſe de
la réputation de la ville , des prérogatives
& de la puiſſance de ſes Magiftrats
; par des Capitouls attachés à cette
Société , ou initiés à ces exercices ; qui ,
,, par fon ancienneté & par les couleurs
ſpécieuſes qu'on lui a données , a féduit
les Compagnies littéraires & les Littérateurs
du Royaume. Il eſt donc bien
efſſentiel de diſſiper ce preſtige juſques
dans fes fondemens ; de rétablir , par
ce moyen , les avantages de la patrie &
de ſes repréſentans ; il n'eſt aucun de
nous qui n'y prenne intérêt; quelque
juſte& néceflaire qu'en ſoit l'entrepriſe
, perſonne juſqu'ici ne s'en eft char.
gé. Le ſavant Cafeneuve laiſſa ſeulement
entrevoir ſes ſentimens contre
cette chimere , parce que des conſidérations
particulieres l'empêcherent d'entrer
dans des détails & de s'expliquer
ouvertement. Catel & Lafaille l'ont
,, plus approfondie ; mais , loin de la détruire
, il paroit qu'ils ont eu en vue de
fournir à ſes partiſans des armes pour
la défendre."
ود
"
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
دو
Le zêle de M. Lagane pour la gloire
de la Ville , ou plutôt le double devoir
que lui impoſent ſa qualité de Citoyen ,
i
MARS. 1775. 128
& celle de Membre de fon Corps politique
, l'ont engagé à faire un ouvrage où
il examine de près d'établiſſement des
Jeux Floraux , & où il combat la fondation
de Clémence. L'Auteur , pour préfenter
cet ouvrage avec ordre , l'a diviſé
en deux parties. La premiere y trace l'hiſtoire
& les progrès de ces Jeux ; l'influence
de la Ville dans une inftitution fi ancienne;
les contradictions qu'elles a effuyées
à cet égard en différentes occafions
; le grand préjudice qui réſulta pour
elle à la réformation qu'introduifirent les
Lettres - Patentes & les Statuts du mois
de Septembre 1694 ; les atteintes que
l'Edit du mois d'Août dernier donne à ſa
gloire , à ſes intérêts , aux droits , à l'autorité
de ſes Magiſtrats , & à l'avancement
des Lettres . L'Auteur s'attache ,
dans ia feconde partie , à mettre dans tout
fon jour la fable de Clémence , à déchirer
, ſuivant ſon expreffion , le voile impoſant
& trompeur , ſous lequel on pré-
+ ſente cet être imaginaire. Cet écrit eſt
accompagné de notes , de citations , &
offre bien des recherches qui ont rapport
à l'hiſtoire des Troubadours.
126 MERCURE DE FRANCE.
Almanach dédié à MONSIEUR , Fils de
France , frere du Roi , Duc d'Anjou ,
Comte du Maine, du Perche & de
Senonches , imprimé pour ſon apanage;
contenant la Maiſon de Monfieur
& celle de Madame , des Jurifdictions
& détails intéreſſans des villes
de l'Anjou , du Maine , du Perche
&de Senonches ; augmenté de quelques
petites villes , dont on n'avoit pu
avoir les détails l'année précédente.
Année 1775. Prix 24 fols br. A Paris ,
chez Michel Lambert , Imprimeur.
Libraire.
La Ferme de Pensylvanie , les avantages
de la vertu ; plan d'inſtruction pour le
peuple , avec quelques obſervations ſur
la liberté du commerce des grains. A
Paris , chez Ribou , cloſtre Saint Germain
l'Auxerrois , attenant l'Eglife.
L'Auteur de cet Ouvrage a renfermé
dans la Préface une Lettre patriotique
que nous mettons ſous les yeux du Lecteur.
Je ſuis plein d'humeur , mon
Ami , contre deux efreces de gens que
,, je voudrois tenir dans ma main , pour
ود
1
MARS 1775. 127
}
1
=
A
ouvrir la bouche aux uns & la fermer
,, aux autres , ce ſont les bons Ecrivains
&les mauvais Politiques. Deux ou trois
,, ſeulement des premiers ont chanté le
bonheurdontnous commençons àjouir,
&preſque tous les Politiques déraifonnent
à la journée." (Ce nombre eſt
augmenté depuis que la Lettre eſt écrite).
ود
ود
ود
وو
"
ود
" Si je pouvois raſſembler ces derniers,
,, je leur dirois: Taiſez vous done , bavards
impitoyables ! ne calculez point
le temps qu'il faut pour réparer le mal
fur ce qu'il a fallu pour qu'il arrivât.
Un moment ſuffit pour détruire ; mais
,, pour trouver & décider le régime le
plus capable de rétablir & d'aſſurer la
ſanté d'un corps politique , tel que la
nôtre , il faut du tems & de bonnes
têtes. Nous les poſſédons ces bonnes
„ têtes ; le Roi veut nous rendre heu
,, reux ; nous le ferons: prenez patience,
&taiſez vous.
"
ود
"
ود
ود
وو
"
"
ود
"
,, Que ſi je pouvois me faire entendre
de nos Poëtes , de nos Hiſtoriens , de
nos Orateurs , je leur dirois: Meſſieurs,
ſi autre fois • •
deshommes
de lettres ont proſtitué leur plume
au menſonge , à l'adulation , à la frivovolité
, hâtez-vous de réparer cet ou
128 MERCURE DE FRANCE.
,, trage fait à la philoſophie. C'eſt la
„ vertu , la vérité , le patriotiſme que
ود
ود
ود
و د
ود
و د
ود
"
ود
vous devez déſormais célébrer ; ne différez
donc plus. Qu'attendez - vous !
» pourquoi vous taire dans un moment
fi intéreſſant ! tout conſpire aujourd'hui
à notre bonheur. La confiance dont le
Roi honore les premiers hommes de
ſon Royaume , les opérations admirables
qu'il fait chaque jour ,&par leurs
fages conſeils , & par les tendres mouvemens
de fon coeur paternel ; tout cela
ne doit- il pas exciter votre émulation ?
Encore une fois , Meſſieurs , qu'attendez
vous pour peindre notre joie , notre
reconnoiſſance? Vous n'avez plus
beſoin de votre imagination pour donner
de la chaleur aux écrits, queje vous
demande en qualité de Citoyens ; dites
, dites ſeulement ce que vous favez ,
,, préſentez - nous le tableau ſi touchant
de notre jeune Monarque , entouré de
vrais ſages , d'amis de ſa gloire & Bu
bonheur public. Célébrez le triomphe
de la vertu , célébrez notre adorable
,, Reine."
ود
ود
و د
وو
ود
"
"
ود
وو
ود
Le premier Ouvrage du Recueil nous
fait connoître la Ferme de Penſylvanie.
On fait que cette contrée de l'Amérique ,
éclaii
'MARS. 1775. 129
éclairée des lumieres qu'y ont répandues
des hommes de la plus haute ſageſſe ,
Dikinson , Franklin , &c. , ſe gouverne
aujourd'hui par les loix éternelles de
l'ordre , par ces loix écrites en caracteres
de feu dans tous les coeurs qui ne font
-point dépravés , par ces loix qui peuvent
feules & immuablement faire le bonheur
des peuples & des Souverains.
A
La Ferme dont on donne l'hiſtoire ,
eſt adminiſtrée de la même maniere que
l'Etat dont elle fait partie ; & comme la
différence d'un peuple à une famille , n'eſt
guere que celle d'un plus grand nombre
d'enfans à un moindre nombre , on voit
dans le tableau que l'Auteur en donne ,
l'abrégé du Gouvernement de la Penſylvanie
entiere , cette belle partie du nouveau
monde , ſi légitimement acquiſe par
Guillaume Pen.
Cette Ferme emblématique ( le nom de
Nobrond qu'on lui donne explique l'emblême
) eſt aujourd'hui gouvernée par
un jeune Maître , qui joint à beaucoup
d'intelligence & d'application aux chofes
utiles , une probité ſévere. Il s'informedes
moindres détails , parce qu'il eſt à propos
qu'il les connoiſſe , mais il ne s'y arrête
pas trop ; il en charge des hommes qu'il
1
130 MERCURE DE FRANCE.
choiſit avec ſoin. Il s'occupe en perſonne,
des grandes opérations que lui feul peut
&doit diriger.
Ce que le premier des Nobrond , arrête
dans ſa courſe bienfaiſante par une
main meurtriere , n'a pu finir , il l'achevera
; tout , dans ſa conduite, le promet.
Il répandra le bonheur & l'aiſance jufques
ſur ſes derniers Sujets qui font ,
comme les autres , fes enfans.
Il ſe propoſe de rectifier des calculs
faux & ruineux , par leſquels ona trom.
pé ſes prédéceſſeurs ; il abandonne une
politique fauſſe , cruelle , & par cette
raiſon , doublement ruineuſe , qu'ils ont
eu le malheur de ſuivre en pluſieurs
points. Il a un Econome& d'autres Officiers
ſi habiles , fi honnêtes gens , qu'il
ne tardera pas , avec leur fecours & celui
de fa famille , de remettre tout dans l'ordre.
En conféquence , il cherche tous les
moyens de faciliter les communications
en faiſant faire à prix d'argent , & fans
corvées , les ponts , les chemins & les
autres grands travaux néceſſaires. Il veut
que, ſelon la premiere & la plus facrée
des loix naturelles , tout homme qui a
des propriétés , de l'induſtrie , des talens,
puiſſe les faire valoir par le commerce &
MARS. 1775. 13
7
les arts , feuls vrais moyens de trouver
fon bien-être , non ſeulement fans nuire
à celui des autres , mais même en l'augmentant.
L'impôt doit être pris , felon le
ſyſtéme du poſſeſſeur de la Ferme , à la
fource des richeſſes , c'est --à dire , ſur le
territoire. Cet impôt n'exige aucun frais
de régie & de perception , & n'a d'autre
inconvénient que celui d'empêcher pluſieurs
grandes fortunes illégitimes ; mais
celle du Maître & celle des Sujets con
tribuans & productifs , y gagnent beaucoup.
On y réprouve toute loterie , parce
qu'on ne veut pas ruiner des dupes en
irritant leur cupidité.
L'Hiſtorien de cette Ferme eſt un moraliſte
exact & ſévere , qui démontre que
le bonheur & la vertu font inféparables ,
& qu'il ſuffit d'être coupable pour être
malheureux. On ne peut être heureux
que par le bonheur des autres. Et le pré-
- tendu bonheur du crimen'eſt proprement
que l'aſſemblage de tous les maux.
Le Recueil eſt terminé par un plan
d'inſtruction pour le peuple. On trouve
dans ce dernier Ouvrage , comme dans
les précédens , les mémoires d'une ſaine
morale , & les regles d'une ſage adminiftration
, qui ne ſépare point les inté.
12
132 MERCURE DE FRANCE.
:
rêts du Souverain , de ceux de ſes Sujets.
Histoire de Maurice , Comte de Saxe , Duc
de Courlande & de Sémigale , Maré.
chal-Général des Camps & Armées de
Sa Majeſté Très Chrétienne ; par M. le
Baron d'Eſpagnac. Nouv. édition corrigée
& confidérablement augmentée ;
dédiée au Roi , 2 vol. in 12. br. 5 liv.
A Paris chez Saillant & Nyon , Libr.
rue St Jean-de-Bauvais ; Piſſot , quai
de Conti ; la veuve Duchefne , rue St
Jacques ; la veuve Deſſaint , rue du
Foin ; l'Eſprit , au Palais Royal.
L'Hiſtorien du Maréchal de Saxe , encouragé
par l'accueil du Public & par les
Lettres de M. de Voltaire , a fait réimprimer
fon Ouvrage in - 40. avec des
planches , & in - 12 fans planches. Il nous
apprend qu'il a corrigé & confidérablement
augmenté cette nouvelle édition ,
au moyen des inſtructions qu'il s'eſt procurées
ſur les faits dont il n'a pas été témoin;
il a profité des notes critiques &
intéreſſantes qu'on lui a fait paffer ; il
a eu la permiffion de s'éclairer dans le
dépôt précieux de la correſpondanced'Etat
, des Officiers généraux&particuliers;
MARS. 1775. 133
*
7
il n'a de plus épargné aucuns foins , aucunes
recherches pour bien caractériſer
ces belles actions , d'où naiſſent les fentimens
d'eſtime qu'on a pour ſes enne .
mis.
Quoiqu'une hiſtoire telle que celle - ci
ne foit fufceptible que de grands événemens
, il a cependant fait uſage de tous
les mémoires particuliers qui lui ont été
adreſſés ; ainſi , ajoute- t-il , on ne doit pas
être ſurpris s'il n'a point parlé des actions
perſonnelles qu'on lui a laiſſé ignorer .
Il fait entrer dans ſon récit les motifs
des guerres ; il en a développé les plans
& les moyens , relativement à des faits
qui ſe ſont paſſés de nos jours ; il aſſure
que ces faits , quoique préſentés ſimplement
, font mis ici dans le grand jour de
l'hiſtoire , qui n'eſt autre choſe que la
vérité elle même.
Il a ſuivi dans cette édition le même
plan que dans les précédentes. La premiere
partie finit à l'époque de l'élévation du
Comte de Saxe au grade de Maréchal de
--France ; la ſeconde eſt le récit de ſes
campagnes de Flandres , d'autant plus
glorieuſes pour lui , que ſes belles actions
ſe ſont faites ſous les ordres & en préſen
ce du Roi.
13
134 MERCURE DE FRANCE.
Etat actuel de la Musique du Roi & des
trois Spectacles de Paris. A Paris , chez
Vente . Librairé des Menus Plaiſirs du
Roi , au bas de la montagne Ste Gene.
vieve , 1775 .
Ce petit Ouvrage ſe renouvelle tous
les ans ; il contient 1º. l'Etat de la Muſique
du Roi ; 2º. celui de toutes les pieces
jouées & reſtées aux trois Spectacles
de Paris , avec le nom de leurs Auteurs;
3º. les noms & demeures des Acteurs &
Actrices , ainſi que des Muficiens & Danfeurs
dont les talens font néceſſaires à
l'éducation. Il y a de petits diſcours à la
tête de chaque Spectacle , où l'on trouve
une notice abrégée des nouveautés dans
tous les genres .
L'Etat de la Muſique du Roi eſt pré .
cédé par l'éloge de Guignon , qui fut le
violon le plus célebre , & le Roi des Violons.
Il eut la générofité de donner volontairement
la démiſſion des Charges de
Roi & Maître des Ménétriers , au mois
de Mars 1773 , & d'en demander la
fuppreffion ; parce que ce titre étoit devenu
un moyen de vexation contre les
Profeſſeurs d'inſtrumens & d'art muſical .
M.ARS. 1775. 135
}
>
Les Spectacles de Paris; ou Calendrier
hiſtorique & chronologique des Théâtres
, avec des anecdotes & un catalogue
de toutes les pieces jouées ſur les
différens Theâtres ; le nom des Auteurs
vivans qui ont travaillé dans le genre
dramatique , & la liſte de leurs Ouvrages
. On y a joint les demeures des
principaux Acteurs , Danfeurs , Muſiciens
& autres perſonnes employées
aux Spectacles, vingt-quatrieme partie
, pour l'année 1775. A Paris , chez
la veuve Duchefne , Libraire , rue St.
Jacques.
Ce Calendrier des Spectacles eſt à ſa
vingt - quatrieme année , & forme une
ſuite auffi curieuſe qu'utile pour l'hiſtoire
des Théâtres . On y trouve une analyſe
bien faite des pieces nouvelles , tous les
détails qu'il faut connoître de l'intérieur
des Spectacles , la liſte chronologique
&alphabétique des pieces des différens
Théâtres , & le nom des Auteurs , avec
- des anecdotes amusantes .
Nous ferons connoître plus particuliérement
quelques Ouvrages ſuivans , dont
14
136 MERCURE DE FRANCE,
nous ne pouvons à préſent que donner les
titres.
Petit Guide des Lettres , pour l'année
1775 , contenant les jours & heures
du départ & de l'arrivée des Couriers
au Bureau général des Poſtes de Paris ,
la taxe des lettres , le prix de l'affran- .
chiſſement & le temps qu'elles font
en route , préſenté à MM. les Intendans
& Adminiſtrateurs généraux des
poſtes de France ; par M. Guyot , de
la Société littéraire militaire , & Directeur
au Bureau général des Poftes .
Prix 1 1. 4 f. en blanc , emboîté I 1 .
16 f. relié en veau 21. 8f. , relié en
maroquin 3 1. A Paris , chez Saugrain ,
quai des Auguſtins .
,
Conférences Ecclésiastiques du Dioceſe
d'Angers fur les péchés & fur les actes
humains , tenues pendant l'année 1760
& les fuivantes , par l'ordre de Mgr
l'illuſt . & Révér. Jacques de Graffe
Evêque d'Angers ; redigées par l'Auteur
des Cas réſervés & des Loix : 2
volumes in - 12 rel. 6 liv. faiſant fuite
aux Conférences d'Angers. A Paris ,
chez la veuve Deſſaint , Lib, rue du
Foin St. Jacques. 1 1
1
MARS. 1775. 137
7
L
Opérations des changes des principales
Piaces de l'Europe , contenant les noms
& la diviſion de leurs différentes mon.
noies de changes , conſidérées entre
elles & relativement les unes aux autres
; la maniere dont on y tient les
écritures , &c . &c. avec la réduction
réciproque des monnoies d'une Place
à l'autre , calculée ſur le cours des
changes établis entre elles. Par J. R.
} Ruelle , Arithméticien & Teneur de
Livres ; deuxieme édition revue , corrigée
& augmentée; in-8°. prix 6 liv.
br . A Lyon , chez l'Auteur , rue Puits-
Gaillot; & les Freres Périffe , Libr.
rue Merciere.
Contes mis en vers , par un petit Couſin
de Rabelais ; in -8°. avec figures , prix
6 liv . br. A Paris , chez Ruault , Libr,
> Discourssur l'éducation , prononcé au College
Royal de Rouen , ſuivi de notes tirées
des meilleurs Auteurs anciens &
modernes , auxquels on a joint des réflexions
ſur l'amitié ; in - 12 . Par M. Auger
, Prêtre , Profeſſeur d'Eloquence au
College de Rouen , de l'Académie des
Sciences , Belles-Lettres & Arts de la
15
# 38 MERCURE DE FRANCE.
même ville. A Rouen , chez Boucher
fils , Libraire ; à Paris , chez Durand
neveu , Libr. rue Galande.
,
Cléopâtre , Tragédie en cinq actes ; par
M. L ** Avocat. A Dijon , chez
Frantin; à Paris , chez Piſſot , Libr .
quai des Auguſtins.
Mémoires pour ſervir à l'Histoire de notre
Littérature , depuis François I. juſqu'à
nos jours ; par M. Paliſſot. Nouv. édit.
vol. in 8°. A Paris , chez Moutard ,
Libr. quai des Auguſtins , près le pont
St. Michel .
Théorie des Paradoxes; in- 12 . A Amſter.
dam ; & à Paris , chez Piſſot , Libraire ,
quai des Auguſtins .
Abrégé de l'Histoire & des Mémoires de
l'Académic Royale des Sciences ; contenant
l'hiſtoire générale & particuliere
, la phyſique , la chimie, la médecine,
& toutes les ſciences naturel.
les. Par M. Paul , de la Société Royale
de Montpellier , &c. de l'Académie
de Marseille. Tome Ve. in-4°. A Paris
, Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
MARS. 1775. 139
>
La Finance Politique réduite en principe
& en pratique , pour ſervir de ſyſteme
général en France ; par M. Grouber de
Groubentall , Ecuyer , Avocat au Farlement
de Paris , in-8°. A Paris , chez
Grangé , Imprim Libr. rue de la Parcheminerie
; l'Auteur rue du Four St. -
Germain , vis-à-vis le Notaire.
Examen & refutation des réflexions fur le
prêt de commerce ; par le R. P. Auguſte
de St. Lô , Capucin Miſſionnaire ; Ou..
vrage utile aux Eccléſiaſtiques , aux Jurifconfultes
& aux Commerçans ; in - 12
prix 30 f. A Vire , chez Chalmé , Lib .
à Paris , chez Moutard, Libr. rue du
Hurepoix .
い
Précis des maladies chroniques & aiguës ;
par M. Didelot ; ſervant de ſuite à
l'avis aux gens de la campagne du mê .
me Auteur ; contenant l'hiſtoire des
maladies , la maniere de les traiter ,
d'après les plus célebres Médecins ;
avec des remarques & des obfervations
intéreſſantes pour la pratique ; 2 vol.
in - 12. A Nancy , chez Mathieu ,
(
Libr.
140 MERCURE DE FRANCE.
Des tropes , ou des différens ſens dans lefquels
on peut prendre un même mot dans
une même langue ; ouvrage utile pour
l'intelligence des Auteurs , & qui peut |
ſervir d'introduction à la rhétorique
& à la logique ; par M. Dumarfais ,
troiſieme édit. in 12. A Paris , chez
Pafchal Prault , Libr. rue de Tournon .
Mémoires de Mademoiselle de Sternheim ,
publiés par M. Wieland , & traduits
de l'Allemand par Madame ... deux
parties in - 12 , prix 3 1. A Paris , chez
Moutard , quai des Auguſtins,
Théâtre de Campagne , par l'Auteur des
Proverbes Dramatiques , 3 vol. in- 8°.
prix 15 1. broch . A Paris , chez Ruault ,
Libr. rue de la Harpe.
Qeuvres de M. de Saint Marc ; vol. in- 80.
très-bien imprimé & orné de gravures ,
prix 61. broch . A Paris , chez Monory .
Libr. rue de la Comédie Françoiſe.
Zély ou la difficulté d'être heureux , Roman
Indien , ſuivi de Zima & des
amours de Victoire & de Philogene ,
publié par A. M. Dantu ; in 8°. A
Paris , chez la veuve Duchefne , Libr.
rue St. Jacques .
1
८
MARS. 1775. 141
:
Almanach des Muſes ou choix des poësies
fugitives de 1774. A Paris , chez Delalain
, rue de la Comédie Françoiſe.
Les Oeuvres de Théâtre de M. de Saint
Foix , 3 vol. in - 8º de plus de 400 pag .
chacun ; de l'Imprimerie Royale ; édition
nouvelle , la plus complette qui ait
paru des charmantes Comédies de M.
de Saint- Foix . A Paris . chez Lacombe
, Libraire , rue Chriſtine , & non a
la fauſſe adreſſe indiquée par l'Editeur
de l'Almanach.
Les Confidences d'une jolie femme ; quatre
parties in 12. A Paris , chez la veuve
Duchefne , Libraire , rue St. Jacques-
Guillyn , Libr. quai des Auguſtins, au
Lisd'or.
La Victime mariée ou Hiſtoire de Lady
Villars ; traduite de l'Anglois , par M.
A. 2 parties in- 12 . A Paris , chez Mérigot
le jeune , Libr. quai des Augus
tins , au coin de la rue Pavée.
_ La Décameron François , par M. d'Uffieux
; in- 86. orné de gravures & trèsbien
imprimé. A Paris , chez Brune ,
Libr. rue des Ecrivains , c'oître Saint
Jacques de la Boucherie.
142 MERCURE DE FRANCE.
Ode fur l'Histoire de France du Président
Henault ; chez les Libraires au Palais
Royal.
Jean Hennuyer , Evêque de Lisieux , Drame
en 3 actes ; in-8°. par M. Mercier.
Nouv. édit. prix 30 ſ. A Paris , chez
Rey à Amſterdam.
Les Cent Nouvelles nouvelles de Madame
de Gomez. Nouvelle édit. 8 volumes
in - 12 de près de 500 pag. chaque vol.
prix 12 liv. broch.
Les mêmes Cent Nouvelles nouvelles
en groſſes lettres , 36 parties br. 18 1.
A Paris , chez Fournier , Libraire , rue
du Hurepoix ; Guillaume neveu , Lib.
au coin de la rue du Hurepoix , Dorez
, Lib . rue St. Jacques , près la rue
du Plâtre.
L'Art de régner , poëme , par M. D** t ;
in 8°. prix 8 f. A Lausanne ; & à Par's ,
chez d'Houry , Imprim. Libr. rue de
la vieille Bouclerie.
Epitre à un Ami , en lui envoyant pour
* étrennes les différens Poëmes adreſſés
au Roi , ſuivie d'une autre Epître en
MARS. 1775 145
コ
vers&d'un remerciment à M. Saut**
de Mor**. A Berne ; & à Paris , chez
les Marchands de nouveautés .
Eloge de M. Piron , lu à la ſcéance publi.
que de l'Académie de Dijon , du 23
Décembre 1773 ; par M. Perrin , Avocat
, Secrétaire perpétuel pour la partie
des Belles - Lettres. A Dijon chez
Frantin ; & à Paris , chez Piſſot , Lib .
quai des Auguſtins.
L'Ame d'un bon Roi , ou choix d'anec.
dotes & de penſées de Henri IV , les
plus propres à caractériſer le coeur &
Je génie de ce Prince; précédé de fon
éloge hiſtorique & des portraits qu'en
ont tracés les meilleurs Hiſtoriens. Par
M. Coſtard , Libraire à Paris. A Lon
dres , & ſe trouve à Paris rue St. Jeande
Beauvais , la premiere porte cochere
au-deſſus du College , 1775; in-80
grand format , avec fig. br. 3 l.
Dictionnaire portatif de l'Ecriture Sainte ,
contenant l'hiſtoire , la chronologie &
la topographie des Royaumes , Villes ,
Tribus , Rivieres , &c. dont il eſt fait
mention dans l'Hiſtoire ſacrée , &l'état
*44 MERCURE DE FRANCE.
i
:
** actuel de ces contrées;ouvrage néceſſaire
pour l'intelligence de l'Ecriture Sainte .
Par le R. P. Colome , Barnabite. A Paris
rue St. Jean-de-Beauvais , la premiere
porte cochere au deſſus du College ,
1775 ; 1 vol . in-8°. prix 6 1. br.
Almanach général des Marchands , Négocians
, Armateurs , & Fabricans de
la France & de l'Europe , & autres parties
du monde ; année 1775 , contenant
l'état préſent des principales villes
- commerçantes , la nature des marchandifes
ou denrées qui s'y trouvent , les
manufactures ou fabriques relatives
au commerce ; avec les noms de leurs
principaux Marchands , Négocians ,
Fabricans , Banquiers , Artiſtes & Artifans.
Nouvelle édition , revue , corrigée
& augmentée. Vol. in- 80. prix
4 liv. 10 f. br. A Paris , chez Grangé ,
Imprimeur Libraire , au Cabinet Litté .
raire , pont Notre-Dame , près la pom.
pe ; Deſnos , Libraire , rue St. Jacques ,
au Globe.
"
Cet Almanach donne des notions générales
ſur le commerce , ſur les lettres ,
billets & monnoies de change , ſur les
diffé-
J
IARS.
145 1775
différentes Foires de l'Euope. Il préſente
même des détails ſur les principales villes
commerçantes ; il indique la nature de
leurs denrées , les marchandiſes fabriquées
qu'elles mettent dans le commerce ,
les noms de ceux qui font à la tête de
leurs fabriques , ou qui ſe ſont rendus les
Agens de leur commerce. Mais ces détails
, toujours très-ſujets par leur nature
à varier , ne feront jamais bien exacts
qu'autant que les Fabricans , Négocians ,
Banquiers , &c. répondront à l'invitation
que leur a déjà faite l'année derniere
l'Editeur de cet Almanach , de lui faire
paſſer les nouvelles connoiſſances qu'ils
auront pu acquérir ſur les objets ci-deſſus
indiqués. Ces inſtructions , en rendant
l'Ouvrage plus exact , contribueront à
former entre le Cultivateur , le Négociant
, le Fabricant & le Confommateur
une correſpondance qui ſera également
utile à tous.
Almanach astronomique & historique de
la Ville de Lyon & des Provinces du
Lyonnois , Forêt & Beaujolois , pour
l'année 1775 , avec un discours fur
les progrès de l'aſtronomie ſous le
regne de Louis XV; prix trois livres
K
146 MERCURE DE FRANCE
broché. A Lyon , chez Aimé de la
Roche , Imprimeur ; & à Paris , chez
Humblot , Lib. rue St Jacques.
Ellai patriotique ou Mémoire , pour fervir
à prouver l'inutilité des communaux
, l'avantage qu'il y auroit de les
défricher , ainſi que toutes les terres
incultes ; celui que l'Etat retireroit de
la protection accordée à l'Agriculture ,
&les cauſes qui en empêchent les progrès
; par le Baron Scott , Capitaine
de Dragons à la ſuite des Troupes
légeres ; in-8° . de 37 pag. A Paris ,
chez Simon , Imprimeur , rue Mignon
St André des Arts.
Mémoires littéraires , critiques , philologi
ques , biographiques & bibliographiques
pour fervir à l'histoire ancienne & moderne
de la Médecine , dediés à Mgr le
Garde des Sceaux. A Paris , chez Pyre ,
Libr . rue St Jacques , près les Jacobins ;
& Baſtien , Lib. rue du petit Lyon , F.
StG.
Ces Mémoires font imprimés in 4°. Il
en paroît deux feuilles tous les quinze
jours depuis le 15 Janvier dernier , & en
MARS. 1775. 147
fuite les premier & quinze de chaque
mois.
Le prix de l'abonnement eſt pour Paris
de 12 liv. & franc de port en Province ,
15 liv.
Réflexions en faveur de la Caiſſe de Poisfys
in -12.
L'étude propre à l'homane , par M. Coutans
in- 12; prix 36 f. A Paris , chez
Dalalain , Libr. que & à côté de la
Comédie Françoiſe.
1
1
Et chez le même Libraire.
Le grand Oeuvre dévoilé en faveur des Enfans
de lalumiere; traduit du Chaldaïque
par M. Coutan ; br. in- 12 , prix
liv. 4 f. A
Le Livre fans titre , à l'usage de ceux qui
font éveillés pour les endormir , & de
ceux qui font endormis pour les éveiller
; par M. Coutan ; in - 12 , prix 36 f.
broche.. !
Etrennes du Parnaffe. A Paris , chez Fétil
, Lib. rue des Cordeliers. :
K3
148 MERCURE DE FRANCE.
Les cinq volumes du choix de poëſies
ſe vendront , juſqu'à la fin de Décembre
prochain , 3 liv. au lieu de 6 liv. & chaque
vol. ſéparé 1 1. 4. f.
Le même Libraire propoſe auſſi au
rabais pour le même terme , les autres
articles des Etrennes du Parnaſſe , 7 vol.
pour 6 liv. au lieu de 11 1. 8 f. ſavoir.
Recherches & réflexions ſur la poëſie en
général , & en particulier ſur la poëfie
latine , ſur ſon origine , ſes progrès , ſa
décadence , fur les Théatres Romains , le
génie de la langue & le caractere de
leurs Poëtes , I vol. 1 1. 16 f.
Notice des Poëtes Latins , contenant la
vie de chaque Poëte , les jugemens fur
fes Ouvrages , avec un choix des plus
beaux morceaux , traduits ou imités en
vers françois , 4 vol. 7 l. 4 f.
Idem des Poëtes Grecs , 2 vol. 2 1. 8 f.
Le
SPECTACLES.
CONNCCEERRT SPIRITUEL.
LE Jeudi 2 Février on a exécuté dans
le Concert du Château des Tuileries au
MARS. 1775. 149
Louvre , une belle ſymphonie de M.
Davau. M. Guichard a bien chanté un
joli motet à voix ſeule de M. Baut
Schmit. On a entendu un motet à grand
choeur, Notus in Judad Deus ,de M. Rey ,
Maître de Muſique de Nantes , ouvrage.
eftimable , d'une compoſition ſavante , où
il y a de beaux effets d'harmonie & des
chants agréables. Il a été fort applaudi.
Une ſymphonie concertante nouvelle de
M. Cambini , parfaitement exécutée par
MM. Paiſible , Guénin & Leduc l'aîné
, a fait le plus grand plaiſir. Mile Du-
- château a chanté avec goût un petit motet.
M. Stamits , connu par l'élégance &
la perfection de ſon jeu , a exécuté avec
applaudiſſement un concerto de violon
de ſa compoſition. Ce Concert a fini par
la Nativité , oratoire à deux choeurs , de
M. Goſſec , qui a été redemandé ; muſique
d'un effet brillant & impoſant.
OPERA.
L'ACADÉMIE royale de Muſique continue
avec un très-grand ſuccès les repré-
K 3
150
MERCURE DE FRANCE.
ſentations d'Iphigénie en Aulide , Tragédie-
Opéra en trois actes. Mlle de la
Guerre ,qui s'étoit déjà diſtinguée par un
jeu animé &par un chant plein d'expresfion
dans le rôle d'Euridice , reçoit de
nouveaux applaudiſſemens dans le rôle
d'Iphigénie , qu'elle repréſenté avec beaucoup
d'intelligence , de nobleſſe & d'intérêt.
On a donné le 16 de Février , pour
les ſpectacles du Jeudi , la premiere repréſentation
de l'Acte Turc , d'Hylas &
Eglé , ballet héroïque en un acte , & de
la Provençale.
L'Acte Ture eſt la derniere entrée de
l'Europe galante , ballet , donc les paroles
font de la Mothe & la muſique de Campra.
L'Acte Turc forme un ſpectacle plein
de gaîté &d'agrémens. Le rôle de Roxane
, ou de la Sultane jalouſe , eſt bien
repréſenté par Mile Durancy ;& celui de
Zayde Sultane favorite , par Mde Larrivé.
M. Gelin joue le Sultan Zuliman.
Les divertiſſemens font deſſinés agréablement
par M. Veftris & par M. Dauberval.
La pantomime de la fin de cet acte
fait le plus grand plaiſir.
•L'Acte d'Hylas & Eglé eſt une des entrées
du Triomphe de l'Harmonie , ballet
MARS. 1775. 151
héroïque , repréſenté en 1737 , dont les
paroles font de M. le Franc & la muſique
de M. Grenet. M. Legros &M. Deforme-
1ry viennent d'en refaire la muſique & d'y
ajouter de nouveaux airs. Leur tentative
a été couronnée par un ſuccès flatteur. Ils
ont répandu dans leur ouvrage beaucoup
de gaîte & d'agrémens , dans le genre
des compoſitions charmantes des Muſiciens
modernes. Il ne leur manque peutêtre
que d'avoir choiſi un ſujet plus animé,
plus intéreſſant & qui eût plus de
contraſtes ou plus de moyens de faire
reſſortir les effets de leur muſique ; quoique
d'ailleurs cet acte ſoit d'une poësie
..élégante & facile. M. Legros, jouant le
rôle d'Hylas , a réuni les applaudiſſemens
de Compoſiteur ingénieux , d'Acteur excellent
& de Chanteur admirable ; le rôle
d'Eglé eſt très bien joué & chanté par
Mile Rofalie. Le ballet eſt agréable & de
la compofition de M. Veftris.
La Provençale eſt un acte du Ballet des
Fêtes de Thalie , dont les paroles font
de Lafont & la muſique de Mouret.
Le rôle de la Provençale eſt repréſenté
par Mile Roſalie', celui de Nérine par
Mile Durancy, le Tuteur par M. Durand,
& l'Amant par M. Tirot. Cet ačte a été
K 4
152 MERCURE DE FRANCE,
repris ſouvent & joué toujours avec fuccès
, parce qu'il fait une petite comédie
gaie & intéreſſante. Le ballet en eft char .
mant , & les airs de danſe ſont d'une
grande vivacité. M. Dauberval & Mile
Peſlin y brillent par leur danfe vive &
pantomime. Mlle Guimard danſe dans
ces divertiſſemens avec les graces & la
ſupériorité qui la diftinguent. M. Veftris
y réunit les applaudiſſemens dus à la perfection
de ſon talent ; M. Veftris fils ,
encore très - jeune , paroît auſſi étonnant
qu'admirable , par la force & la hardieſſe
heureuſe qu'il met dans ſes entrées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES ES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné , le ſamedi 4 Février , la
premiere repréſentation d'Albert I , ou
Adeline , Comédie héroïque en trois
actes , en vers de dix fyllables , par M. le
Blanc*.
•Cette plece eſt imprimée in-8°, & ſe vend, prix
30 f. à Paris chez le Jay , Libraire , rue Saint Jacques.
MARS. 1775. 153
}
Une aventure arrivée à un grand Prince
, ou plutôt un acte de bienfaiſance &
de juſtice , que nous avons rapporté dans
le Mercure , a donné l'idée de ce Drame
, d'une eſpece aſſez finguliere. On
n'a pas cru , dit M. le Blanc , devoir
étouffer le fond du ſujet ſous une intrigue
qui l'eût fait diſparoître , ou du moins
l'eût affoibli beaucoup.
Les Acteurs de ce Drame font
L'Empereur , le Baron de Tezel , courtiſan
; le Comte Valter , Capitaine des
Gardes de l'Empereur , Madame Lavran-
- ce veuve d'un Officier mort au ſervice ;
Adeline , fille de Madame Lavrance ;
- Vilkin , Garde de l'Empereur ; Derick ,
Menuifier ; Gerard, Laquais du Baron
de Tezel.
ACTE I. Le Théatre repréſente un attelier
de Menuisier.
Derick eſt dans la plus grande affliction.
Le Baron s'informe de l'état de ces
femmes infortunées. Derick lui fait une
peinture touchante des vertus de la mere
→& des ſentimens de la fille ; il lui apprend
que ce jour même Faucher , leur
créancier , doit les pourſuivre. Le cruel
K 5
154 MERCURE DE FRANCE.
Baron , ſous prétexte de les obliger , veut
ſe rendre maître des droits de leur créancier
; il compte s'en ſervir comme de
moyens de féduction auprès de la jeune
Adeline. Mde Lavrance implore vainement
ſa protection pour obtenir d'un
Prince humain & généreux des bienfaits
dûs aux ſervices de fon mari. Le perfide
Courtiſan lui préſente la Cour ſous les
couleurs les plus fauſſes & les plus dures ;
il offre ſes ſecours que la malheureuſe
veuve eſt loin de vouloir accepter ; elle
s'afflige ſur le ſort de ſa fille , qui tâche
de la conſoler; mais elle déſeſpere Adeline
en lui ordonnant de renoncer à l'espérance
qu'elle avoit de donner ſa main
au vertueux Vilkin , jeune homme , qui
vient d'être nommé Garde del'Empereur,
& dont cette place fait toute la fortune.
Cependant Vilkin , plein d'amour , vient
apporter le conſentement de ſon pere.
Adeline ſe jette dans les bras de ſa mere ;
&cette mere apprend à Vilkin qu'il faut
renoncer à ſa fille. Vilkin eſt obligé
d'obéir , mais avec encore plus d'amour.
Un Huiffier arrête Mde Lavrance.Derick
ſe rend caution , & fufpend ſa captivité
en diſant : Le bien n'est rien pour fauver
fes amis.
MARS.
1775. 155
ACTE II. Le Théâtre représente la rue
où eſt ſituée la maison de Derick.
Mde Lavrance engage Derick d'accompagner
ſa fille pour aller vendre
quelques bijoux qui lui reſtoient. Derick
réſiſte en vain ; il ſe met en chemin avec
Adeline , qui ſe plaint moins de ſon infortune
que de la perte de ſon Amant.
L'Empereur déguiſé & le Capitaine des
-Gardes vont au-devant d'Adeline. Elle
marque ſon effroi. L'Empereur la raſſure
-, & lui demande le ſujet de ſa triſteſſe ;
- elle garde le filence. Il interroge Derick ,
qui raconte tout ce qu'il fait. L'Empereur
- attendri , demande pourquoi on ne s'eſt
pas adreſſé à l'Empereur ; Adeline dit alors
ce que le Baron de Tezel lui a rapporté
de ſes ſollicitations , & des refus qu'il
prétend avoir eſſuyés. Ce grand Prince
eſt indigné de cette horrible calomnie ;
il préſente de l'or & un diamant à cette
jeune infortunée , qui ne veut rien
recevoir d'un inconnu ; mais il force
Derick de tout accepter , & lui dit de
venir demain avec Adeline à l'audience
de l'Empereur.
156 MERCURE DE FRANCE.
LE COMTE à l'Empereur.
:
Sur leur parole & fans mieux les connoftre ,
Donner ainſi !
L'EMPEREUR.
Vas , quoi qu'il en puiſſe être ,
J'aime encor mieux , Valter , & tu m'en crois ,
Perdre ſouvent , que manquer une fois
L'occafion , toujours ſi précieuſe ,
De ſecourir la vertu malheureuſe.
Derick , tranſporté de joie , rapporte à
Mde Lavrance l'heureuſe rencontre du
bienfaiteur qui lui a donné ſi généreuſement
des ſecours , & qui leur promet la
protection de l'Empereur. Mde Lavrance
& fa fille ne veulent rien recevoir de
l'inconnu ; mais elles promettent de ſe
rendre à l'audience. Cependant Vilkin
reconnoît à ces traits la main bienfaiſante
de fon Maître. Il en fait la confidence
à Derick , qui s'écrie :
Il m'a parlé ; ſe peut - il !
J'ai vu l'Empereur ?
VILKIN.
Quel bonheur!
MARS. 1775. 157
i
C'eſt lui, Cet autre eft notre Capitaine ,
Monfieur Valter.
DERICк .
Je le croirois fans peine ,
Lorſqu'en effet je ſonge à ſes diſcours.
On a beau feindre , on ſe trahit toujours :
Tout peint en nous le fond du caractere.
A ce trait même on reconnoſt ſa mere ,
Dont les vertus paſſent dans ſes enfans.
Souvenez - vous de ces tendres momens
Où de ces lieux on vit partir ſa fille.
• Chacun pleuroit , ainſi que fa famille ;
Mais après tout , d'un Prince vertueux ,
L'eſpoir d'un Peuple , objet de tous ſes voeux,
C'eſt le bonheur qu'on dit qu'elle va faire ;
Puiſſe leur fang remplir un jour la terre !
ACTE III. Le Théâtre représente la
Salle où l'Empereur donne ſes audiences.
Le Baron de Tezel regrette les momens
qu'il donne à faire ſa Cour. Il ſe
félicité d'être le maître du fort de Mde
Lavrance & d'Adeline. Il a faitarrêter la
mere , & compte voir bientôt la fille
éplorée chez lui. L'Empereur arrive. Il
s'indigne en voyant le Baron de Tezel ,
qui l'a calomnié. Cet Auguſte Souve
158 MERCURE DE FRANCE .
rain récompenſe les ſervices d'un vieux
Officier . Il honore un Fermier , & le
montrant à ſes Courtiſans , il leur dit :
Oui , ce font àles premiers Citoyens ;
Je les honore. Une erreur trop cruelle
Les dégradoit , & leur utile zéle
Peut ſeul du Trône afſſurer la grandeur.
Il encourage un Artiſte utile & un bon
Ecrivain ; il accorde aux larmes d'une
mere la liberté du fils d'un Magiftrat , que
le jeu avoit égaré; il donne des ordres
pour profcrire à jamais ,
Ce jeu cruel , l'école des forfaits .
:
Il s'inquiete de ne point voir venir les
inconnus qu'il a rencontrés & qu'il veut
fecourir en confondant le perfide Tezel.
Il lui demande s'il n'a pas connoiſſance de
quelque malheureuſe famille qui mérite
fes bienfaits ; il lui nomme même Lavrance
; il reconnoît toute ſa perfidie à
ſes réponſes. Il accorde aux follicitations
d'un grand Seigneur la défenſe
d'une Maiſon opprimée. Il applaudit aux
heureux travaux d'un Négociant, & leve
les obſtacles qui gênoient le commerce.
MARS.
1775- 159
i
1
Il rejette un projet immenfe pour le produit,
mais ruineux pour les peuples.
Le tréfor des Etats
Eſt dans la terre avec foin cultivée ,
Dans la jeuneſſe au travail élevée ,
Dans le commerce , && non dans ces projets ,
Dont tant de maux conſacneno les ſuccès', -
Qul groſſiffant une fauffe nicheffe ,
Entraîneroient le luxe , la pareſſe ,
La pauvreté qui ſuit bientôt leurs pas.
Enfin Adeline &Derick viennent à l'audience.
L'Empereur s'en apperçoit au
- trouble qu'il remarque dans les yeux du
Baron. Ce Courtiſan veut les écarter ,
mais en vain. Adeline voyant l'Empereur
dans l'inconnu de la veille, eſt troublée.
L'Empereun la raſſure par un accueil
favorable. Adeline veut rendre l'or & le
diamant qui lui avoient été donnés.
L'Empereur les refuſe; il envoie chercher
la veuve Lavrance , que le Baron
avoit fait arrêter. Il confond cet homme
perfide &lebannitde ſes Etats. Vilkin
eſt de garde dans la ſalle d'audience , &
témoinde cette ſcene ſi intéreſſante pour
fon coeur , & de la bienfaiſance de l'Empereur
pour celle qu'il aime. L'Empereur
rend la paix & l'aiſance à cette famille
160 MERCURE DE FRANCE,
honorable ; il éleve Vilkin aux emplois
de Lavrance ; il veut que ce ſoit de la
main même d'Adeline qu'il tienne ces
bienfaits. Derick eſt heureux de leur
bonheur , & ſe livre aux tranſports de ſa
joie & de fa reconnoiſſance.
On fent que le Poëte n'a eu intention
que de mettre ſous les yeux du Spectateur
le tableau intéreſſant de la bienfaiſance ,
& qu'il a négligé les regles de l'art pour
ne faire voir que la ſimple vérité & la
belle nature.
Ce Drame eſt parfaitement joué par
MM. Molé , Préville , Montvel , Dauberval
, & par Mlles Dumeſnil & Doligny.
Le Jeudi 23 on a donné à ce Thea
tre la premiere repréſentation du Barbier
de Séville ou la Précaution inutile , Comédie
nouvelle en cinq actes , réduite à
quatre actes , en proſe , de M. de Beaumarchais.
Les Acteurs font ,
Le Comte d'Almaviva , Amant , tantôt
Lindor , Bachelier , & Cafcarillo , éle
ve du Maître de muſique
M. Belcourt.
Rofine , pupille de Bartholo.
Mile Doligny .
Bartholo ,
MARS. 1775. 161
}
Bartholo , Docteur - Médecin , tuteur de
Rofine M. Déſeſſarts.
Figaro , Barbier de Séville. M. Préville.
Dom Bazile , Maître de muſique.
M. Auger.
L'Eveillé , Laquais de Bartholo.
M. Belmont.
La Jeuneſſe , autre Laquais. M. Dugazon
Le Notaire . M. Bouret.
Bartholo veut épouſer Roſine , ſa pupille.
C'eſt un Tuteur avare , dur & jaloux
qui fait tout ce qu'il faut pour ſe
rendre odieux. Le Comte d'Almaviva ,
jeune homme , cherche tous les moyens
- de gagner le coeur & d'obtenir la main
de Rofine. Il emploie différens ſtratagemes
pour lui faire tenir des lettres , &
pour la voir. Il y parvient en jouant
de la guittare ſous ſes fenêtres , en ſe
déguiſant , en faiſant des confidences ,
qui lui font même contraires , en ſéduifant
les valets. Il eſt ſur tout bien
ſecondé par Figaro , Barbier , qui eſt un
intriguant prêt à tout faire pour de l'argent.
Comme Figaro eſt le Chirurgien
de la maiſon de Bartholo , il rend ſes
valets des ſurveillans inutiles , en donnant
des drogues ſoporifiques à l'Eveillé ,
2 L
162 MERCURE DE FRANCE .
qui ne fait que bailler , & un ſternuta.
toire à la Feuneſſe , qui éternue à chaque
inſtant. Dom Bazile Maître de muſique ,
quoiqu' attaché au Docteur , reçoit de l'argentdu
Comte d'Almaviva , puis le trahit ,
puis le ſeconde dans ſes amours. Rofine
ſe ſert de toutes fortes de rufes pour tromper
ſon Tuteur , qui , toujours très défiant
, eſt toujours dupé. Enfin il mande
le Notaire , qui eſt auſſi mandé par le
Comte d'Almaviva. Le Comte , introduit
dans la maiſon du Tuteur , ſe fait |
connoître àRoſine pour unAmant fidele ,
dérange le projet qu'elle avoit conçu , par
dépit , d'épouſer ſon Tuteur , découvre
dans les différens déguiſemens de Lindor
& de Cafcarillo l'amoureux Comte d'Almaviva
, obtient fon conſentement , ſe
fert des gens mêmes de Bartholo pour être
ſes témoins , & le contraint enfin de
convenir que toutes les précautions font
inutiles contre l'amour. Cette Comédie
eſt un inbroglio comique , où il y a
beaucoup de facéties , d'alluſions plaiſantes
, de jeux de mots , de lazzis , de
ſatires groteſques , de ſituations ſingulieres
& vraiment théâtrales , de caracteres
originaux ,& fur- tout de gaîté vive
& ingénieuſe. Les retranchemens que
l'Auteur a faits à la ſeconde repréſenta
MARS.
163 1775.
tion , aſſurent le ſuccès de cette Comédie.
Elle eſt parfaitement jouée parMM.
Belcourt , Préville , Auger , Déſeſſarts
Dugazon , Belmont , & Mile Doligny.
DÉBUT.
Mlle Lavoy , petite fille d'un Comédien
du Roi , a débuté le ſamedi 11 Février
dans le rôle d'Iphigénie , qu'elle a
encore joué le lundi ſuivant; le mercredi
15 elle a repréſenté le rôle d'Hyperme-
- nestre ; elle a joué enſuite le rôle d'Al .
zire .
Cette jeune Actrice a paru mettre dans
fon jeu beaucoup d'intelligence , de ſenfibilité
& de vérité. On ne perd rien de
ce qu'elle dit , & elle détaille à merveille
fes rôles . Ces avantages peuvent en quelque
forte ſuppléer aux dons naturels que
l'on ſemble exiger des perſonnes qui font
fur la ſcene.
COMÉDIE ITALIENNE.
LESES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont donné le mercredi 1 Février , la
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
premiere repréſentation de la Fauſſe Magie
, Comédie mêlée de chant. Les paroles
font de M. Marmontel , la muſique
eſt de M. Grétry.
Cette Comédie a été d'abord repréſentée
en deux actes ; elle a été enſuite
remiſe en un.
Les perſonnages ſont
Dalin , homme crédule , Tuteur &
Amant de Lucette , Lucette , niece de Dalin
& de Mde de St Clair ; Madame de
Saint Clair , ſoeur de Dalin ; Dorimon , |
vieillard à qui Lucette étoit promiſe ;
Linval , neveu de Dorimon; troupe de
Bohémiens.
Madame de Saint - Clair eſt une bonne
tante qui , dans un âge avancé , ſait goûter
encore des plaiſirs tranquilles , & s'intéreſſer
au bonheur de ſa Niece. Elle la
trouve inquiete , & l'engage à lui faire
l'aveu de ſes amours . Elle lui raconte
comment elle a autrefois aimé , & comment
une vieille Tante a ſervi ſa tendreſſe.
La Niece , encouragée par cette
confidence , lui dit naïvement que fon
ſecret eſt le ſien ; elle la prie de lui ſervir
de mere , & d'être ſon guide & fon appui.
Elle avoue qu'elle aime Linval. Ce
jeune homme implore auſſi Madame de
MARS. 1775. 165
St. Clair. La bonne Tante s'attendrit , &
demande aux jeunes Amans de lui conter
comment cet amour eſt venu.
DUO.
LUCETTE & LINVAL.
Il vous ſouvient de cette fête ,
Où l'on voulut nous voir danſer :
Pour faire de nous ſa conquête ,
L'Amour n'eut qu'un trait à lancer.
LINVAL.
Dans mon ſein une douce flamme
De veine en veine ſe gliſſa..
LUCETTE.
Je ſentis que j'avois une âme :
Un feu naiſſant me l'annonça.
Ma main , qui trembloit dans la fienne ,
LINVAL.
Sa main qui trembloit dans la mienne ,
LUCETTE.
Donna pour moi
L3
166 MERCURE DE FRANCE ,
LINVAL.
Reçut de moi
Ensemble.
Le témoignage de ma foi.
:
LINV L.
Je m'égarois parmi la danſe ;
Je n'entendois plus le hautbois,
LUCETTE,
Je rencontrai ſes yeux deux fois ,
Deux fois j'oubliai la cadence.
Ma main , &c.
LINVAL.
Sa main , &c.
Comme tout cela m'intéreſſe ! dit la Tante
On ne médit de la jeuneſſe
Que par le chagrin de vieillir.
L'oncle de Linval avoit la promeſſe
d'épouſer Lucette , mais Dalin veut le refufer
pour ſe mettre à ſa place. Mde de
Saint-Clair craint ſa folie ; cependant
MARS. 1775 167 .
コ
elle fait un moyen de le déſabuſer en profitant
de ſa crédulité & de la croyance
qu'il donne aux préſages. En effet il eſt
› tourmenté par un fonge dans lequel il a
cru voir un milan enlever une poulette ,
& le coq qui l'aimoit fe changer en oifon.
Il vient parler d'amour à ſa pupille , mais
Lucette , déjà inſtruite de fon rêve , feint
d'en avoir eu un pareil , dont elle ſe dit
fort inquiete. Le Tuteur ne tient pas
à ce préſage ; il avoue qu'il a fait le même
P ſonge ; ce qui donne lieu à un duo charmant
, où chacun dit ce qu'il a vu & ce
qui le tourmente. Dalin veut vaincre ſa
- foibleſſe & pourſuit ſon projet. Il commence
par congédier Dorimon , oncle de
Linval , en lui annonçant que Lucette en
aime un autre que lui. Cet homme raifonnable
ſe rend justice fur fon âge , qui
n'eſt plus le temps de l'amour , mais il ne
- peut s'empêcher de ſe moquer de Dalin ,
quand il lui dit que c'eſt lui que Lucette
préfere. Autre duo délicieux , dans lequel
ces deux vieillards ſe raillent l'un
l'autre. Dorimon uſe de détour pour
faire avouer à Linval que c'eſt lui qui eſt
l'Amant aimé. Il paroît d'abord ſe facher
; mais il eſt enſuite d'intelligence a
L4
168 MERCURE DE FRANCE,
vec Madame de St. Clair & Lucette ,
pour arracher le conſentement du Tuteur.
Cette Tante officieuſe témoigne tout l'intérêt
qu'elle prend au bonheur de ſa chere
Niece , & craint que Linval ne foit un in.
fidele. Elle eſt raſſurée par l'Oncle & le
Neveu , ce qui fait naître un trio contraflé
& parfaitement exprimé. Dalin vient déranger
leur projet , en diſant qu'il a la parole
de ſa Niece. Il ſe forme alors entre
Linval , Lucette , Mde de Saint - Clair &
Dorimon , une ſcene en quatuor , qui eft
raviſſante par l'expreſſion des différens
ſentimens des perſonnages. L'officieufe
Tante diſpoſe une troupe de Bohémiennes
à tirer le blanc - ſeing de Dalin , & à
lui faire une belle peur ſur la folie qu'il a
d'épouſer ſa jeune pupille. On raconte
devant Dalin des chofes merveilleuſes de
ces Magiciens. Il veut les confulter , faifant
toujours l'eſprit fort , & voulant masquer
ſa foibleſſe , qui le trahit à chaque
inſtant. Dorimon eſt bien plus ſage , il
ne cherche pas à prévenir ſon deſtin.
AIR.
Sur l'avenir jamais je ne raiſonne :
Tant mieux pour moi s'il me ſurprend
MARS.
169 1775.
Eſt - ce un plaiſir ? il eſt plus grand,
Et la ſurpriſe l'aſſaiſonne.
Sur l'avenir jamais je ne raiſonne :
Tant mieux pour moi s'il me ſurprend,
Eſt - ce une peine qui n'arrive ?
Qu'ai - je beſoin de la ſavoir ?
En ſera - t - elle plus tardive ;
C'eſt bien aſſez , lorſqu'elle arrive,
De la ſentir ſans la prévoir,
Linval raconte ce que les Bohémiens
ont lu dans ſa main & dans celle de Lucette.
Il rappelle comiquement l'aventure
du coq , de la poule & du milan. Lucette
paroît s'en effrayer , & Dalin en eſt
☑ véritablement inquiet. Enfin les Bohémiens
s'aſſemblent; il font leur invocation
au grand Albert & à Matthieu Lansberch.
Dalin apporte un ruban de Lucette , avec
fa fignature & la ſienne ſur un papier en
blanc; on le fait mettre à genoux devant
un miroir magique, & là il lit ſa deſtinée
; il voit que Lucette en aime un autre
- que lui , & que cet autre eſt Linval. Il
veut ſe fâcher : mais on lui chante en
choeur que c'eſt pour luiune bonne affaire.
• Il eſt donc obligé de prendre ſon parti ,
en enrageant du triomphe de fon rival. Le
comique de cette piece eſt comme celui
L5
170 MERCURE DE FRANCE.
du Bourgeois Gentilhomme , du Malade
imaginaire & de tant d'autres pieces , dont
le principal objet eſt de faire rire , par
l'imbécille crédulité de vieillards , qui ſe
prêtent à tout ce qu'on exige d'eux. Le
défaut du Tuteur de la Fauſſe Magie eſt
de raiſonner , de dire lui- même qu'il n'a
point peur. Un vieux Payſan bien crédule
que des Maîtres , en s'amusant à la campagne
, auroient effrayé par la magie ,
pour le détourner de fon fol amour , eût
fourni peut - être un comique moins invraiſemblable
& plus plaiſant. Au reſte
cette Comédie , quoi qu'on en diſe , eſt
bien écrite , à quelques expreſſions près ,
qui ont été corrigées ; elle n'a point l'intérêt
des autres Drames lyriques de M. Marmontel
, tels que Lucile , Sylvain , l'Ami
de la Maiſon , Zémire & Azor: mais elle
a le même mérite du ſtyle. Le caractere
de la bonne Tante eft charmant . Perſonne
n'entend mieux la préparation des airs &
la coupe des ſcenes de muſique ; & ces
répétitions de mots , qui ont été relevées ,
font ſouvent des graces dans la poëſie lyrique.
C'eſt un état bien pénible.
Que celui d'un jeune coeur ,
MARS. 1775- 171
D'un coeur timide & ſenſible
Que fait taire la pudeur.
On en trouve mille exemples dans Quinault
, dans Racine , & dans ceux qui
ont le mieux entendu la poëſie lyrique.
Il n'y a qu'une ſeule voix fur la muſique
de cette piece. M. Grétry ſemble s'être
furpaſſé lui - même ; chaque air eſt un
morceau achevé , qui charme autant qu'il
étonne. Invention dans les penſées , choix
heureux des motifs , art prodigieux pour
varier les formes muſicales , talent particulier
de rendre tous les inſtrumens
acteurs , goût exquis pour ſaiſir , embellir
& fortifier le langage propre du ſentiment
ou de la paſſion , ſcience profonde
de l'art , avec toutes les graces de la belle
nature ; tant d'avantages réunis feront
toujours diftinguer les compoſitions de
M. Grétry. L'ouverture eſt une très-belle
ſymphonie ſuivie d'un air, dont la modulation
eſt neuve & très agréable. Le
grand air Comme la flatteuse espérance ;
a plus qu'on exige dans ces morceaux
d'éclat ; il y a un chant délicat& varie.
Comme l'expreſſion de l'ariette C'est un
état bien pénible , & de celle Je ne le dis
qu'à vous , eſt ſenſible & intéreſſante , la
172 MERCURE DE FRANCE.
muſique de ce duo Il vous souvient de
cette fête , a une fraîcheur , une aménité ,
un charme délicieux ; qui ſe ſent mieux
qu'on ne peut le décrire. Quoi de plus
comique & d'une imitation plus pantomime
que le duo du ſonge ? Le duo des
vieillards eft encore d'une muſique faillante
& plaiſamment imitative. Le quatuor
eſt un chef- d'oeuvre où les traits de
caracteres & de vérité , où les contraſtes ,
la variété , les différens mouvemens , les
expreſſions pittoreſques de la muſique
forment un enſemble raviſſant. Mais il
faudroit citer tous les airs de ce Drame
pour en citer toutes les beautés ; &
nous craignons de ne pas aſſez dire pour
ceux qui ont entendu cette muſique , &
trop pour ceux qui n'ont encore pu
l'entendre.
Les rôles ont été parfaitement remplis
par M. Trial , excellent muſicien &
charmant acteur , repréſentant Dalin ;
par M. Clairval , qui joue avec autant
de fineſſe qu'il chante avec goût dans le
rôle de Linval ; par Mde Trial , dont
l'organe admirable & le jeu intéreſſant
ont été applaudis dans le perſonnage de
Lucette; par Mde Billioni , qui a joué
& chanté avec beaucoup d'intelligence&
de ſenſibilité le rôle de la Tante ; par
MARS. I1775 173
k
+
r
>
M. Nainville , dont la voix ſuperbe &
le jeu franc & gai , font le plus grand
plaiſir dans le rôle de Dorimon ; par
Mde Moulinghen , qui a très - bien joué
& chanté le rôle de Magicienne.
Le Samedi 25 Février Mde Laruette ,
abſente depuis plus d'un an, pour cauſe
de maladie , a rentré à la Comédie dans
le rôle d'Agathe de l'Ami de la Maiſon ,
& a excité les tranſports de toute l'affemblée
, qu'elle a enchantée par la fineſſe de
ſon jeu , par la beauté de ſon organe , &
par le charme de fon chant.
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE . (1 )
Laféance publique du jeudi 16 Février
eſt une époque mémorable pour la gloire
des Lettres. Ce que la Cour a de plus
brillant , ce que les différens Ordres de
l'Etat ont de plus reſpectable , s'était réuni
pour voir l'Académie Françaiſe préſenter
, au nom de la Nation , une couronne
à la vertu & au génie. Jamais le concours
ne fut plus nombreux , ni les acclama-
(1) Article de M. de la Harpe.
-
174
MERCURE DE FRANCE.
tions plus vives. Dois- je croire , dit mo
deſtement M. de Malesherbes dans fon
exorde , que vous mettez les ſentimens
patriotiques au nombre des titres litté
raires?
Certes les ſentimens patriotiques ſont
le premier titre du Citoyen. Mais quand
ils produiſent d'auffi beaux monumens
que les diſcours de M. de Malesherbes ,
(ce qui eſt fort rare ) la Littérature s'honore
de ces productions glorieuſes qu'elle
annonce à la rénommée & à la poſtérité.
L'illuſtre Récipiendaire ſe propoſe de
conſidérer en Citoyen le rang que tiennent
à préſent les Lettres entre les différens
Ordres de l'Etat.
ود
وا
فو
ود
,, Je félicite l'Académie , je félicite
mon fiecle & ma patrie , de ce qu'au-
„ jourd'hui tout ce qui mérite d'occuper
,, &d'intéreſſer les hommes eſt du reſſort
de la Littérature. Le Public porte une
curioſité avide ſur les objets qui autrefois
lui étaient le plus indifférens.
Il s'eſt élevé un Tribunal indépendant ود de toutes les Puiſſances &que toutes
,, les Puiſſances reſpectent , qui apprécie
tous les talens , qui prononce fur tous
les genres de mérite ; & dans un fiecle
éclairé , dans un fiecle où chaque Ci
دو
ود
ود
ود
MARS. 1775- 175
6
1
5, toyen peut parler à la Nation entiere
,, par la voie de l'impreſſion , ceux qui
و د
ود
ود
ود
ود
ont le talent d'inſtruire les hommes ou
le don de les émouvoir , les Gens de
Lettres en un mot, ſont au millieu du
Public diſperſé , ce qu'étaient les Orateurs
de Rome & d'Athènes au milieu
,, du Peuple aſſemblé. Cette vérité que
j'expoſe dans l'aſſemblée des Gens de
„ Lettres , a déjà été préſentée à des Ma-
,, giftrats , & aucun n'a refuſé de reconnaître
le Tribunal du Public comme le
Juge ſouverain de tous les Juges de la
,, terre " .
و د
ود
ود
M. de Malesherbes jette un coup- d'oeil
lumineux fur les progrès des Lettres depuis
Louis XIV juſqu'à nos jours , & fur
les différens caracteres qui ont marqué
leurs différentes époques.
وو Louis , né avec un eſprit juſte &
,, l'ame la plus ferme & la plus élevée ,
était fait pour porter au plus haut point ود
ود
les vertus où il ſerait appelé par le gé- ود nie de ſon ſiecle. S'il eût vécu dans le
,, temps des Valois , il n'eut peut- être été
,, que Guerrier & Conquérant. S'il ré-
و د
و د
"
gnait aujourd'hui , il ne ferait fans
doute que Législateur & Bienfaiteur
de fon Peuple. Dans le moment où il
176 MERCURE DE FRANCE .
, fut placé ſur le Trône , il mit le com
"
و د
و د
و د
ود
و د
ble à la gloire des Français par des
,, victoires , & prépara leur bonheur par
des Loix plus ſages que celles qu'on
avait connues juſqu'alors , & par la
protection qu'il accorda aux Lettres. La
brillante Littérature , appelée en France
avec les beaux Arts , du temps de Fran-
,, çois Premier , parvint, ſous Louis XIV,
à ce degré de ſplendeur , après lequel
elle ne fait ſouvent que décroître : &
les ſciences de raiſonnement , dont la
marche eſt plus lente , mais qui n'onc
,, jamais de mouvement rétrograde ,
arriverent auſſi à la voix de ce Roi , &
;, furent poſées par lui ſur la plus ſolide
ود
زر
و د
و د
و د
ود de toutes les baſes , ſur les établiſſe-
,, mens dirigés par Colbert. Ce fut fous
ود ce regne que diſparut tout- à- fait le
,, préjugé barbare qui avait condamné
,, nos Ancêtres à l'ignorance. Le nom&
,, l'objet de chaque ſcience furent con-
,, nus , & les Savans de toutes les claſſes
obtinrent la conſidération qui leur eſt
due. Il parut un Sage qui parlait également
la langue des Savans & celle
des Gens du monde , & qui avait le
don de répandre la lumiere & l'agrément
ſur les ſujets les plus obfcurs &
و د
ود
ود
ود
ود
ود
"
les
MARS. 1775. 177
1
» les plus ingrats. C'étoit le neveu des
Corneilles. Ce fut lui qui ſervit d'inter-
,, prete entre tous les hommes de fon
,, fiecle ;& c'eſt depuis cette époque qu'il
n'eſt plus de barriere entre la ſcience
& les talens , & que l'art d'écrire eſt
preſque inſéparable de l'art de penſer.
,, Aujourd'hui les ſecrets de tous les Arts
ود
ود
وا
ود font dévoilés ou vont l'être. On a
,, trouvé ce qu'on aurait cherché inutile-
,, ment dans les fiecles paſſés , des Artis-
ود
دد
ود
"
ود
ce ,
tes capables de les écrire , & des Lecteurs
capables de les entendre. L'étude
de la Nature n'eſt plus une froide con-
,, templation. Elle remue l'ame par des
refforts auſſi puiſſans que ceux de l'épo-
,, pée. Le Pline Français a ſu ,par la ſeule
,, magie du ſtyle & fans le ſecours de la
fiction , prêter aux brutes fon éloquence
, & nous intéreſſer pour les êtres
inanimés . La géométrie même eſt jus-
,,, tifiée du reproche d'aridité qu'on lui a
fait pendant tant de ſiecles. Les oracles
de cette ſcience font encore proférés
dans une langue myſtérieuſe ; mais les
Prêtres de ce Temple ne ſe tiennent
plus éloignés des autres hommes. Celui
,, qui inſtruit les Savans par de lumineuſes
théories , ſait auſſi obtenir du Pu-
"
"
وو
و ا
و د
و د
M
178 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
"
blic les applaudiſſemens dûs à l'hom-
„ me de génie. Le profond Mathématicien
devient le rival de Tacite ; que
dis - je ? il s'éleve au fommet de toutes
les ſciences , & c'eſt lui qui en a tracé
le tableau & tous les rapports. Il marche
au milieu de vous , Meſſieurs , le
front ceint d'un laurier inconnu àNew-
" ton lui -même. Enfin la Littérature &
و د
و د
"
ود
"
"
و د
ود
la Philofophie ſemblent avoir repris le
droit qu'elles avoient dans l'ancienne
Grece , de donner des Légiſſateurs aux
Nations. Nous n'avons plus à la vérité
,, la Tribune des Démosthenes & des
Cicérons. Les Souverains & les Républiques
n'appellent point encore les
,, Philoſophes , ſur la foi de leur renom-
"
و د
" mée , pour leur dicter des Loix. Ce-
,, pendant une voix s'eſt élevée , & c'eſt
,, au milieu de vous , Meſſieurs , c'eſt du
" ſein de cette Académie que Montes-
,, quieu a parlé , & les Nations ont ac-
,, couru pour l'entendre. Il eut des dis-
و د
و د
ciples paſſionnés ; il fit naître de puisſantes
contradictions. Quelque juge-
„ ment qu'en porte la poſtérité, il eſt
toujours certain qu'aujourd'hui les Philofophes
regardent la légiflation comme
un champ ouvert à leurs ſpécula-
و د
دد
MARS. 1775. 179
1
و د
tions , & que les Jurifconfultes cher-
,, chent à porter dans leurs travaux le
flambeau de la philoſophie". ود
وو
ود
ود
A ces différentes révolutions l'Orateur
ne pouvait manquer de joindre celle qui
s'eſt faite dans la maniere d'écrire l'Histoire.
,, L'Hiſtoire , deſtinée à être l'école
des Rois & des Grands , s'était preſque
entiérement bornée , depuis pluſieurs
ſiecles , à des récits de combats. Aujourd'hui
on y démontre aux ambitieux
l'inutilité de leurs rivalités & de leurs
,, guerres. On leur prouve que la cruauté
eſt auſſi une abſurdité ; & j'oſe prédi-
„ re , Meſſieurs , qu'à l'avenir nul de
"
و د
و د
vous ne ſe rappellera le ſouvenir des
,, temps d'héroïſme & de barbarie , ſans
déteſter ce qui a fait l'admiration de
,, nos Ancêtres" .
و د
Il n'eſt pas difficile de reconnaître ici
l'éloquent Auteur de la Rivalité de la
France & de l'Angleterre , & de la belle
Hiſtoire de François Premier , l'un des
Ouvrages les mieux faits dans ce genre
qui aient paru dans ce ſiecle. Tous les
Gens de Lettres applaudiront d'autant
plus volontiers à la juſtice que le reſpectable
Récipiendaire rend ici à M. Gaillard
, que M. Gaillard lui-même la rend
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
à tous ſes Confreres avec la plus noble
impartialité ; que nul homme de talent
n'eſt plus ſenſible aux talens d'autrui ; &
que dans les articles pleins de goût & de
ſaine critique qu'il infere depuis bien des
années dans le Journal des Savans , on a
remarqué toujours & le Littérateur excellent
, &, ce qui eſt beaucoup plus rare ,
l'homme élevé au-deſſus de la jalouſie.
ود
ود
M. de Malesherbes pourſuit ledénombrement
de nos richeſſes Littéraires.
Déjà le progrès des moeurs depuis
Charlemagne juſqu'à nos jours , a été
,, préſenté dans des tableaux faits pour
intéreſſer les Lecteurs de tout âge , de
tout ſexe , de toute condition." On ne
pent méconnaître à ces traits l'Eſſai fur
l'Histoire générale.
ود
ود
L'Auteur de cet article retrace ces éloges
avec d'autant plus de plaiſir , que lui
même eſt le premier qui ait rendu une
juſtice publique à ce grand monument
d'hiſtoire ( 1 ) , en butte à tant de détracteurs
; juſtice qui ne manqua pas de lui
attirer beaucoup d'injures dans certaines
feuilles périodiques.
(1 ) Voyez le Diſcours préliminaire de la traduction de
Suétone .
MARS. 1775. 181
M. de Malesherbes déſigne dans le
paſſage ſuivant , un homme d'une trèsgrande
naiſſance , qui était préſent à l'asſemblée
, & qui entendit le Public confirmer
par ſes applaudiſſemens les témoignages
honorables qu'on lui rendait. ,, Je
ود
vois un Philoſophe , un Littérateur ,
,, qui remplirait plus dignement que moi
la place dont vous m'avez honoré ; je
ود
و د
le vois renoncer aux ſuccès flatteurs
,, qu'il obtint plus d'une fois dans le
,, commerce des Muſes , pour ſe livrer à
ود
ود
de pénibles recherches ſur les cauſes
du bonheur des hommes. Je le vois
,, après s'être diftingué dans la guerre ,
,, annoncer aux Souverains la néceffité
ود de la paix , digne de pluſieurs Ancêtres
,, que l'Hiſtoire nomme parmi nos plus
celebres Guerriers , digne auſſi de ce
,, ſavant, cet éloquent , ce vertueux Ma-
,, giftrat , qu'aucun Citoyen ne peut en-
ود
ود
tendre nommer ſans rendre à ſa mémoire
un tribut de tendreſſe & de vé.
nération , & qui auroit reconnu fon
petit- fils dans l'Auteur de la Félicité
,, publique (2 ) .
ود
(2) Ouvrage plein de connaiſſances , de raiſon &de
1
M 3
132 MERCURE DE FRANCE.
M. de Malesherbes s'acquitte du légìtime
tribut de louanges qu'il devait à la
mémoire de l'Académicien qu'il remplace.
Né dans la Magiſtrature , il avait
ود
و د
ود
ود
و د
ود
و د
ود
été entraîné vers les Lettres par un
,, goût invincible. L'eſſai de ſes talens
avait été d'enrichir notre Littérature
du chef- d'oeuvre de la Nation notre
rivale. C'eſt avec ce titre brillant qu'il
avait été reçu dans cette Académie. Sa
maiſon même devint un Lycée où ſe
réuniſſait la ſcience , l'eſprit & la dé-
,, cence , où ce grand Montesquieu disſertait
avec le naturaliſte Réaumur , où
toutes les ſciences communiquaient
à l'envi leurs ſecrets. C'eſt là , c'eſt au
milieu de ces entretiens intéreſſans que
ce vertueux Citoyen conçut & exécuta
le projet de ſe dévouer entiérement à
de laborieuſes & effrayantes compilations
ſur la valeur des monnoies , fur
le prix des denrées ; travaux faftidieux
,, pour le Traducteur de Milton , mais
و د
ود
ود
ود
ود
ود
”
"
ود
lumieres , déjà traduit dans pluſieurs langues , qui funpoſe
en effet beaucoup d'études & de recherches, &
dont il faut avoir d'autant plus de gré à l'Auteur , qu'après
avoir réuſſi dans des Ouvrages d'agrément , il a
bien voulu être utile .
MARS. 1775 183
1
,, dignes de l'ami de Monteſquieu , puis-
,, qu'ils font utiles à l'humanité".
M. de Malesherbes nous apprend que
les précieux manufcrits de M. Dupré de
Saint Maur ont été remis à un Miniſtre
,, dont les opérations ne font envelop-
,, pées d'aucun voile; qui penſe que fon
,, coeur doit être ouvert à tous les Ci-
,, toyens , parce que leur bonheur doit
و د
être l'unique objet de ſes travaux ; &
,, qui trouvera toujours dans l'eſtime &
l'amitié des Gens de Lettres , le prix
de tout le bien qu'il veut faire aux
hommes" .
و د
ود
"
C'eſt à M. de Malesherbes qu'il convenait
de louer ſi dignement le Citoyen
éclairé & vertueux qui a fait du miniſtere
de la finance un miniſtere de bienfaits.
Enfin l'Orateur termine ainſi tout ce
que les Lettres ont acquis ſous le regne
de Louis XV. ,, Sous son regne , les Sa-
,, vans de tous les genres furent protégés;
,, parce qu'il ſavait que cette protection
,, leur était due; parce qu'un ſentiment
,, naturel le portait à honorer le mérite ,
&toujours fans ce faſte de protection :
fans aucun retour vers ſa propre gloire,
fans vouloir diriger des travaux , qu'un
و و
Souverain ne doit qu'encourager , fans
و د
و د
1
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و
,, prétendre dicter des loix impérieuſes
,, au génie ; & c'eſt ſous cette douce &
,, tranquille adminiſtration que les ſciences
livrées à elles - mêmes ont fait
des progrès ſupérieurs à ceux des autres
,, fiecles ; que la raiſon humaine s'eſt perfectionnée
; enfin , que l'humanité a
ſemblé renaître dans tous les coeurs ,
& en chaſſer les reſtes de la barbarie :
l'humanité qui exiſte en nous avant
la ſcience & même avant la ſageſſe;
l'humanité , qui n'eſt point unpréſent T
de la philoſophie , mais qui ſouvent
,, étouffée par des préjugés , enfans de
,, l'ignorance , par une paſſion excluſive
& infenfée pour la ſeule gloire des
,, armes , par des haines aveugles de
„ parti , de Nation , de Religion , & qui
,, reprend aisément fon empire dans l'ın-
"
ود
ود
ود
ود
ſtant heureux ou le retour de la raiſon
,, ramene la morale à ſes vrais principes ,
& où le charme des Lettres fait revivre
les vrais ſentimens de la Nature",
C'eſt ainſi qu'en préſence de l'élite de
la Nation , un des premiers Magiſtrats du (
Royaume a parlé des Lettres & du bien
qu'elles ont fait à ce fiecle & à ceux qui
le ſuivront. L'Aſſemblée a répondu à ce
témoignage par des applaudiſſemens réi
3
MARS. 1775. 185
}
térés. Ce fut fans doute un beau moment
pour les Lettres , un beau ſpectacle pour
les ames éclairées & ſenſibles ; & ſi l'on
veut oppoſer à ce tableau de gloire l'opprobre
& l'abjection où rampent ceux
qui calomnient les arts & les talens dans
des dictionnaires d'injures , on aura l'idée
des deux extrêmes de l'humanité .
leſſe
ود
Ces mêmes hommes ne feront pas
moins humiliés des actions de grace que
l'on rend dans le même diſcours , au
nom de l'humanité , à ce grand homme
› dont ils inſultent ſi baſſement la vieil-
Songeons que le plus beau génie
de notre ſiecle aurait cru ſa gloire
imparfaire , s'il n'eût employé à ſecourir
les malheureux , l'aſcendant qu'il a
,, pris ſur le Public. Je fais que ce n'eſt
point à moi à louer les talens de cet
homme univerſel en préſence du Prblic
, accoutumé à lui prodiguer ſes.
acclamations , & devant vous , Mes-
,
7
ود
ود
و د
و د
ود
"
"
و د
ود
ſieurs , à qui ſeuls il appartient de dé-
,, cerner la palme du génie. Mais il m'eſt
permis de remercier , au nom de l'humanité
, le généreux défenſeur de pluſieurs
familles infortunées ; celui qui ,
du fond de ſa retraite , ſait mettre les
"
ود
”
M5 L
186 MERCURE DE FRANCE .
و د
و د
و د
و د
"
"
و د
و د
innocens ſous la protection de la Nation
entiere; & je dois obſerver , à
l'honneur de notre ſiecle , que les Poëtes
immortels qui ont illuſtré la Cour
d'Auguſte & celle de Louis XIV,
n'ont pas eu cette gloire , de joindre
aux titres littéraires le titre ſacré de
protecteur des opprimés".
Ce diſcours , plein d'une éloquence
vraie , de cette éloquence de l'ame , qui
rend la vérité touchante & la raiſon perſuaſive
, eſt dignement terminé par les
remerciemens & les voeux que le Magistrat
, le Citoyen , l'homme de Lettres
adreſſe au jeune Monarque qui fait le
bonheur de la France. Il ne loue ce Prince
qu'en lui parlant de tout le bien qu'il
fera & dont celui qu'il a déjà fait eſt le
garant infaillible.
ود Vous , Monfieur, (dit-il au Direc-
,, teur de l'Académie , M. l'Abbé de
,, Radonvilliers ) qui avez le bonheur
,, d'approcher du Roi ,& la gloire d'avoir
و د
1
contribué à ſon éducation , vous nous
„ avez annoncé que ſa grande ame s'indigne
de la louange , dès qu'elle approche
de la flatterie; c'eſt nous dire
aſſez que toute louange nous eſt défen-
و د
و د
ود
,, due; car les éloges donnés à un Roi
MARS. 1775. 187
7
ود
وو
" font toujours voiſins de l'adulation. La
,, poſtérité ſeule peut louer dignement les
Rois , puiſqu'elle ſeule a le droit de
les juger ; mais l'amour des Peuples a
,, une autre expreſſion à laquelle ils ne
ſauraient ſe méprendre , & qui eſt la
récompenſe de leurs bienfaits. Ofons
donc ſubſtituer à ces éloges , qu'un
long | uſage ſemblait avoir conſacrés ,
la naïve & fincere expreſſion des ſen-
,, timens des Gens de Lettres. Plus le Roi
"
ود
ود
ود
ود
ود ſe refuſe aux louanges, plus il nous
,, inſpire la confiance de lui adreſſer nos
,, voeux & de lui montrer nos eſpérances :
,, car une ame inacceſſible à la flatterie
و د
eſt toujours ouverte à la vérité. Le Roi
,, protégera les Lettres. Il le doit à fa
,, gloire , il le doit au Public, à qui la
و د
ود
"
ود
Littérature devient tous les jours plus
,, chere , & dont les voeux unanimes déterminent
toujours la volonté des bons
Rois. Eſpérons qu'il ſera érigé ſous
ſon regne de grands monumens , qu'il
ſera fait des établiſſemens utiles aux
ſciences , qu'on exécutera de ces grandes
entrepriſes qui doivent être faites
,, par les Souverains , parce qu'elles ne
„ peuvent l'être que par eux.
"
"
و و
" Il eſt vrai qu'on ne voit point parmi
188 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
ود
وو
ود
"
,, vous un Miniſtre puiſſant qui vienne ſe
repoſer de ſes travaux dans le ſanctuaire
des Muſes , & faire réfléchir ſur elle
les rayons de ſa gloire : mais il exiſte
un génie inviſible qui prêtant à la jeuneſſe
du Roi les ſecours de l'expérien-
,, , ce lui fera connaître toutes les reſſources
de la Nation qu'il a le bonheur de
,, gouverner ; & on reconnaîtra ſans peine
la main qui raſſembla dans de vaſtes
édifices toutes les productions de la
Nature & dans d'autres , le dépôt immenſe
des connoiſſances humaines ;
qui dirigea les voyages des Savans dans
toutes les parties de l'Univers , ſoit
,, pour recueillir les précieux reſtes de
l'antiquité , ſoit pour rapporter cette
meſure de la terre , que la France a la
gloire d'avoir donnée aux autres Nations.
Mais ces bienfaits éclatans ne
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
رد
ود
ſont pas les ſeuls que les Lettres doi-
,, vent attendre dans le dix- huitieme fiecle.
Quant on fortait de la barbarie ,
c'était aux Princes à faire de grands
efforts pour introduire la Littérature
dans leur patrie. Mais chez une Nation
déja inſtruite , & par qui la
ſcience & les talens font révérés ,
le plus précieux de tous les biens
,, pour les Gens de Lettres , eſt la
"
ود
1
.....
(
,
>
MARS. 1775: 189
„ liberté de donner l'eſſor à leur génie.
La gloire , ſeul but de leurs travaux ,
,, peut ſeule en être le digne ſalaire , ou
ود
و د
ſi les faveurs des Souverains leur font
,, encore néceſſaires , ſi la profeſſion des
,, Lettres exige ce loiſir , qu'un Dieu
,, avait procuré à Virgile , que la car-
ود
riere ſoit ouverte , & ceux qui feront
nommés vainqueurs , par le ſuffrage
„ des Peuples , recevront des prix de la
main des Souverains.
"
ود
Non Meſſieurs , vous ne demande-
,, rez point au Maître d'un grand Empire
,, de ſe diſtraire des ſoins les plus impor-
-,, tans pour ſe livrer lui - même à vos
ſciences & à vos arts , & s'en conſtituer
le Juge. Vous ne lui direz point ,
,, comme dans les ſiecles d'adulation
.,, que ſon goût , toujours sûr , doit ins-
.,, pirer tous les Artiſtes ; que ſes con-
و د
ود noiſſances perſonnelles doivent guider
,, les recherches de tous les Savans ; que
,, ce ſont ſes ſuffrages qui doivent en-
,, traîner ceux du Public. Diſons plutôt
"
ود
و د
à tous les Rois ce que l'antiquité diſait
à Rome , maîtreſſe du monde : que
d'autres faſſent reſpirer le marbre &
,, l'airain , que d'autres décrivent les mou-
,, vemens des aſtres ; vous , Rois , n'ou-
,
190 MERCURE DE FRANCE,
و د
و د
bliez jamais que votre emploi eſt de
régir les Peuples" .
Il faut avouer qu'on rechercherait en
vain dans les recueils Académiques du
fiecle dernier un morceau qui reſſemblât
à ce qu'on vient de lire.
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
"
M. l'Abbé de Radonvilliers a répondu
au Récipiendaire avec beaucoup de fageſſe
& d'eſprit. En vain , pour vous
dérober aux regards , vous avez paſſé
fous filence une révolution dans laquelle
vous étiez perſonnellement intéreſſé.
En vain , pour entrer dans vos
vues , j'uſerai de lamême réſerve. Ces
ménagemens font inutiles. Votre préſence
rappelle ce que votre modeſtie
veut faire oublier ; & le Tribunal du
public , qui s'eſt depuis long - temps
déclaré en votre faveur , vient de confirmer
ſes arrêts par de nouveaux applaudiſſemens.
"
"
"
و د
"
"
و د
و د
و د
23
ود
• •
σ
Lorſque vous cultiviez par l'étude
vos dipoſitions naturelles , vous ne
penſiez qu'à remplir avec honneur les
places où votre naiſſance vous appelait
; mais l'Académie témoin de vos
ſuccès , a dû ſonger à ſa gloire. Elle
eft intéreſſée à adopter les talensgoûtés
:
MARS. 1775. 191
)
▼
,, du Public; & le Public , fur- tout dans
ود ce moment , nous indiquait les vôtres.
,, Il n'a pas tenu à nos Prédéceſſeurs que
,, vous ne trouvaſſiez un de vos An-
,, cêtres infcrit dans nos Faſtes. Vous dé-
,, dommagerez l'Académie , Monfieur ,
ود de ſes regrets paſſés , en lui rendant le
„ même nom , auquel vous avez ajouté
"
un nouveau luftre. Ce nom vous doit
,, la diftinction flatteuſe d'être placé en
„ même temps dans toutes les Acadé-
„ mies , honneur rare , mais juſtement
,, accordé au nombre & à la variété de
,, vos connaiſſances. Je ne fais pourtant
ود
و د
ود
ſi l'amour des ſciences & des lettres
devrait vous être compté pour un mérite
perſonnel ; il eſt ancien dans votre
„ Maiſon , & vous l'avez recueilli dans
la ſucceſſion de vos peres".
و د
ود
Le Directeur revient ſur l'uſage & fur
les travaux de M. Dupré de Saint-Maur.
Il termine très heureuſement fa réponſe
par ce morceau plein de vérité & d'intérêt.
Pour inſpirer le goût de la bien-
,, faiſance , les exemples feront toujours
,, plus éloquens que les diſcours. Il n'eſt
,, pas beſoin d'en chercher loin de nous ,
,, tandis que nous avons ſous les yeux
,, notre auguſte Protecteur. Je ne parle
192 MERCURE DE FRANCE.
و و
ود
ود
ود
ود
و د
ود
و د
ود
" point des preuves journalieres d'un
,, coeur humain & bienfaiſant; je ne parle
point des traits ſouvent répétés d'une
bonté noble & généreuſe. Les dons ,
les graces , les largeſſes , font le bonheur
d'un petit nombre d'hommes. Les
bienfaits d'un Roi doivent rendre heureux
fun Peuple entier. La libéralité eſt
la bienfaiſance des particuliers : la
bienfaiſance des Rois , c'eſt le ſoin de
l'Etat . Un Prince de vingt ans appelle
,, un Sage auprès de lui pour donner à ſa
jeuneſſe l'appui de l'expérience. Dans
le choix de ſes Miniſtres , il ferme
l'oreille aux voeux de l'ambition pour
n'écouter que l'intérêt public. Dans un
„ âge , ennemi de la contrainte , il refuſe
ود
ود
ود
و د
و د
و د
و د
ود
au plaifir toutes les heures demandées
„ par le devoir ; quoique le devoir demande
preſque tous les jours entiers ;
voilà le Roi bienfaiſant. Combien
d'autres traits je pourrais citer ? Mais
,, j'en ai dit aſſez , peut- être même j'en ai
,, trop dit pour lui plaire. Cependant la
bienfaiſance dans le Roi , la reconnoisſance
dans ſes Sujets ſont des vertus
qu'il eſt précieux de publier".
ود
ود
و د
M. l'Abbé de Lille lut enſuite deux
chants d'un Poëme ſur la Nature champêtre
,
MARS. 1775. 193
1
pêtre , Ouvrage charmant , plein depoëfie
, de mouvemens & de ſenſibilité, &
qui a été vivement applaudi. Enfin cette
ſéance ſi intéreſſante a été couronnée par
a la lecture d'un Eloge de l'Abbé de Saint-
Pierre , morceau excellent de M. d'Alembert
, & digne de toute la réputation&
de tout le génie de ſon illuſtre Auteur.
SCIENCES.
Canaux de navigation dans l'intérieur du
Royaume.
N a répandu dans le Public , & même
imprimé dans quelques Gazettes étrangeres
que M. le Contrôleur - Général
avoit créé pour MM. d'Alembert , l'Abbé
Boſſut & le Marquis de Condorcet ,
trois places de Directeurs de la naviga
tion dans l'intérieur du Royaume , chacune
de 6000 liv. d'appointement. Voici
la vérité du fait. M. le Contrôleur Général
, fans créer aucune place pour ces Aca-
- démiciens , les a chargés , par ordre du
Roi , de s'occuper des recherches théoriques
& expérimentales , relatives aux ca
N
194 MERCURE DE FRANCE.
naux de navigation , pour l'avantage du
commerce ; & en ſe chargeant de ce travail,
ces trois Académiciens y ont mis
pour conditions qu'ils ne recevroient
point d'appointement.
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Confiance enfantine & la Crainte enfantine
, deux eſtampes en pendant , de
format in - folio ; prix 6 liv. chaque
eſtampe. A Paris , chez le Pere &
Avaulez , Marchands d'Eſtampes , rue
St Jacques , près la Fontaine St Séverin
, à la ville de Rouen.
CESEs deux eſtampes font gravées par Fr.
Janinet dans la maniere du deſſin au lavis
de pluſieurs couleurs , d'après les deſſins
de même grandeur de M. Frucdeberg. On
connoît la difficulté de cette gravure , qui
exige pluſieurs planches pour rendre avec
une forte d'illuſion les différentes couMARS:
1775- 195
leurs du deſſin original. Le ſieur Janinet
s'eſt déjà fait connoître avantageuſement
dans cette gravure par pluſieurs eſtampes
que nous avons annoncées précédemment.
La premiere de celles qui viennent de
, paroître repréſente un enfant aſſis ſur les
genoux de ſa mere , & qui careſſe un
chat qu'on lui préſente, La ſeconde fait
voir un autre enfant qui apeur d'un gros
chien , & ſe jette dans les bras de ſa
mere. Il y a de la naïveté & de l'effet
dans ces différentes ſcenes .
On diſtribue à la même adreſſe une
eſtampe gravée par le ſieur Ingouf le
jeune, d'après M. Greuze , Peintre du
Roi ; prix 3 liv. Elle repréſente une jeune
. fille qui a la tête appuyée ſur une de ſes
mains , & femble réfléchir à un objet
qui l'intéreſſe. Cette eſtampe , gravée
- avec foin , eſt du même format qu'une
autre eſtampe publiée précédemment , &
repréſente une jeune fille qui pleure fon
oiſeau mort. f
I I.
Portrait fort reſſemblant de Christophe
Gluck , en médaillon , gravé avec beaucoup
de ſoin & de talent , d'après le tableau
de M. Dupleſſis , Peintre du Roi ,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
par M. Miger ; prix 2 liv. 8 f. A Paris ,
chez Miger , Graveur , rue Montmartre ,
au coin de celle des vieux Auguſtins.
On lit ces vers au bas du Portrait :
De l'art d'aller au coeur par des accens touchans ,
Nul autre mieux que lui n'a montré la puiſſance ;
Et de tous ſes rivaux c'eſt le ſeul dont les chants
Aient charmé ſon Pays , l'Italie & la France.
III.
Le Médecin clairvoyant , Eſtampe de 18
pouces 8 lignes ſur 13 pouces 8 lignes
, d'après le tableau de M. le
Prince , gravé par H. M. Helman ,
Graveur de Monſeigneur le Duc de
Chartres.
Une jeune fille conſulte un vieux Médecin
, qui lui apprend que ſa maladie
eſt dans ſon coeur , & que l'amour en eft
la cauſe. Ce ſujet eſt rendu avec intelligence
,& d'une maniere pittoreſque. Prix
61. à Paris chez l'Auteur , rue des Mathurins
, au petit hôtel de Cluni.
MARS. 1775. 197
I V.
La Poule au pot , dédiée & préſentée à la
Reine par M. David.
Cette eſtampe , annoncée ſous le titre
de trait de bienfaiſance , ayant fait le
plus grand plaiſir , & le nombre des bonnes
épreuves tirées n'étant point fuffiſant
pour contenter tous ceux qui vouloient ſe
la procurer , M. David l'a gravée de nouveau.
Elle ſe vend à Paris , chez l'Auteur ,
rue des Noyers , au coin de celle des Anglois
; prix 1 l. 10 f.
V.
Portrait de l'Impératrice de Ruſſie.
Ce Portrait , gravé par M. David, ne
laiſſe rien à deſirer , tant pour la reſſemblance
que pour les travaux , variés avec
intelligence , qui en rendent l'effet trèspiquant.
Prix 1 1. 10 f.
Il ſe trouve à Paris chez l'Auteur , rue
des Noyers , au coin de la rue des Anglois.
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
V I.
La Pharmacie rustique , ou repréſentation
exacte de l'intérieur de la chambre où
Michel Schuppach , connu ſous le nom
de Médecin de la Montagne , tient
ſes conſultations .
Cette eſtampe ſinguliere , & dont
pluſieurs perſonnes ont demandé l'exécution
, repréſente le célebre Médecin
Michel Schuppach , de Langnau , au canton
de Berne , dans le moment où une
Dame de la premiere diſtinction le con
ſulte. Ce perſonnage extraordinaire y eſt
vu de profil , dans tout fon coſtume , &
d'une reſſemblance frappante. On a pareillement
rendu l'arrangement pittoresque
du lieu où il donne ſes audiences ,
avec une telle exactitude , qu'on y lit aiſément
les étiquettes , ſouvent facétieuſes
, du grand nombre de boites & de
flacons qui y font expoſés.
Cette eftampe paroît à Bâle en Suiffe ,
chez M. Chrétien de Mechel , Graveur
eſtimé, ſous la direction duquel elle à
été gravée , & ſe trouve à Paris chez Bafan
& Poignant , rue & hôtel Serpente , &
MARS . 1775. 199
}
chez les principaux Marchands d'Eſtampes.
Elle a environ 12 pouces de largeur
ſur 10 pouces de hauteur. Prix 6
liv.
Ce nouveau morceau , vraiment curieux
& intéreſſant , eſt accompagné d'une
petite vue de la montagne & des habitations
de M. Schuppach , de la largeur
de 6 pouces & de la hauteur de 4 pouces
. Prix 12 f.
L'on trouve de plus aux mêmes adresſes:
La Mort d'Adonis , nouvelle eſtampe
gravée d'après le tableau de Jean Kupertzky
, par L. A. Romanet , hauteur
14 pouces , largeur 11 pouces. Prix 3 1.
VII.
Estampe allégorique préſentée à Monfeigneur
le Garde des Sceaux.
Sur la face antérieure d'un obéliſque ,
qui s'éleve fort haut , eſt attachée une
fuite de médaillons : les premiers font
cachés par des nues , au milieu deſquelles
le ſommet de l'obéliſque va ſe perdre ;
mais on diſtingue parfaitement les portraits
de Montholon , Sulli , Molé , d'Agues-
N 4
200 MERCURE DE FRANCE
feau. Ces deux mots , INTEMERATA
VIRTUTI, écrits en vieux caracteres ,
annoncent l'ancienneté de ce monument.
Sur le devant de l'eſtampe , & à gauche ,
la France , affiſe ſous un palmier , regarde
avec un air de complaiſance & de fatisfaction
un portrait en bas-relief de Mgr
le Garde des Sceaux , gravé par M. Ingouf
le jeune , & très reſſemblant.
Cette allégorie ingénieuſe & parfaitement
rendue, fe vend à Paris chez le Sr
Ingouf , rue de la Parcheminerie , vis àvis
le paſſage St Séverin , maifon de M.
Laurent. Prix 3 1.
:
TOPOGRAPHIE.
Recherches historiques fur la ville de Reims ,
avec le plan aſſujetti à ſes nouveaux
accroiſſemens , embelliſſemens & projets
, dédié & préſenté au Roi par le
ſieur Moithey , Ingénieur Géographe
du Roi , & Profeſſeur de Mathémati,
ques des Pages de LL. AA. SS. Mgrle
Prince de Conti & Mgr le Comte de
la Marche. A Paris chez l'Auteur , rue
de la Harpe , la porte cochere attenant
MARS 1775 201
こ
▼
Je Parfumeur , vis - à- vis la Sorbonne.
Prix 1 1. 16 f. br,
L'AUTEUR , pour dreſſfer le plan hiftorique
de la ville de Reims , s'eſt conformé
au récit des Hiſtoriens ; il a lie l'Histoire
à la Topographie , pour rendre plus
fenſibles les faits énoncés par les Ecrivains.
Il ſuivra la même méthode dans
les plans des principales Villes de France
qu'il ſe propoſe de publier ſucceſſivement,
Ces plans feront , également
que celui-ci , accompagnés de recherches
hiſtoriques , dictées avec la préciſion &
= la netteté que l'on a droit d'exiger dans
ces fortes d'ouvrages.
1
Cen'eſt que chez le Sr Moithey que l'on
pourra ſe procurer les recherches hiſtoriques
ci-deſſus avec le plan. On trouvera
chez lui ce même plan de Reims lavé ſuivant
la méthode des Ingénieurs ; il ſe
vend ſéparément 6 1. Le Sr Moithey distribue
auſſi un petit plan de Paris , où
ſont déſignés par des couleurs , les différens
accroiſſemens de cette ville depuis
Philippe Auguſte juſqu'au regne de Louis
XV; prix en blanc 1 l. 4 f. & lavé 61.
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHIE.
CARTE,
I.
en quatre feuilles , du Gouvernement
de Normandie , diviſé par
Bailliages contenant toutes les Paroiſſes ,
annexes & Abbayes , avec toutes les routes
& chemins , d'après la grande carte
de France ; prix 2 liv. 8 f. A Paris chez
Bourgouin ; Graveur , rue & porte Saint
Jacques , au coin de la rue des Foſſés St
Jacques.
I I.
Plan de Bellevue , Maiſon Royale à
deux lieues oueſt de Paris , chez le Rouge
rue des Grands Auguſtins.
III.
Cartes topographiques des environs de
Paris, en quatre feuilles , dédiées & préſentées
au Roi , par Dom Coutans , Bénédictin
de Saint - Maur. A Paris , chez
Vignon , débitant les nouvelles feuilles
de la France , rue Dauphine , vis - à - vis
MARS.
1775. 203
celle d'Anjou. Prix 16 livres les quatre
feuilles.
MUSIQUE.
I.
Six Sonates pour le Clavecin , par M. Edelmann
, Maître de Clavecin. AParis ,
chez l'Auteur , rue de la Feuillade ,
maiſon de M. le Baron de Bacq ,& aux
adreſſes ordinaires de muſique.
- CESE
s fonates ſont d'un excellent goût
_ de compoſition , & dans les bons principes
des Ecoles Italiennes , où M. Edelmann
a formé ſon talent ; il enſeigne avec
beaucoup de ſuccès le clavecin& le forte
piano , & les regles de l'accompagnement
à la maniere des bons Maîtres Italiens.
I I.
,
Pieces de clavecin , harpe ou piano forte ,
avec l'accompagnement d'un violon
ad libitum , compoſé par M. Chabanon ,
mis au jour par Rigel ; prix 6 liv. A
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris , chez Rigel , Maître de Clave
cin , rue de Grenelle St Honoré , au
n°. 64; & aux adreſſes ordinaires.
Ces pieces de clavecin, de la compoſition
d'un Amateur diftingué & très connu
, méritent l'attention des Muſiciens ;
elles font agréables & chantantes.
III.
Trois quatuors pour le clavecin ou le
piano- forte , la harpe, le violon & l'alto-
obligés , pour ſervir de ſuite aux trois
trio qui ont paru il y a un an , auxquels
l'Auteur a ajouté la partie d'alto, parde
Mignaux , ordinaire de la muſique duRoi.
Prix 7 1. 4 f. A Paris , chez Fleury , Maître
Luthier , rue des Boucheries F. S. G.;
& aux adreſſes ordinaires de muſique , à
Verſailles , chez l'Auteur , rue de la Pompe
, à l'hôtel de Baviere ; & Fournier ,
Libraire , au Château , galerie haute des
Princes.
On diſtribue gratis aux Souſcripteurs
l'alto des trois premiers trio.
1
MARS 1775. 205
I V.
Partition d'Henri IV, Drame lyrique ,
en trois actes & en proſe , mêlé d'ariettes ,
→ mis en muſique par M. Martini , repré-
> ſenté pour la premiere fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 14
Novembre 1774. Cette piece a eu le plus
grand ſuccès , & ſe vend 18 liv. chez le
ſieur Sieber , rue Saint Honoré , à l'hô-
➡te d'Aligre , où l'on trouve pluſieurs autres
oeuvres des bonsAuteurs.
V.
Six quatuors pour deux violons alto&
baſſe , par C. F. Abel , Op . XI ; chez
le ſieur Sieber , rue St Honoré , à l'hôtel
d'Aligre , ancien Grand Confeil.
V I.
Six trio à trois violons concertans , par
Demaky , Opéra VIIIe; chez le même.
VII.
Deux concerto à flûte principale , deux
206 MERCURE DE FRANCE.
violons alto & baſſe , deux cors , par C
Stamitz ; chez le même.
VIII.
Un concerto à violon principal , deux
violons alto & baſſe , par C. Stamitz ;
chez le même.
Ι Χ.
Vingt - neuvieme Recueil d'ariettes d'Opéra
- Comique , arrangées pour le fortepiano
& le clavecin , par M. Pouteau ,
Organiſte de St Jacques de la Boucherie
de St Martin - des Champs , & Maître
de Clavecin ; prix I liv. 16 f. A
Paris , chez M. Bouin , Marchand de
muſique & de cordes d'inſtrument, rue
St Honoré , près Saint Roch , au Gagne-
Petit. Ce recueil eſt compoſé de la
ronde d'Henri IV & autres ariettes.
X.
Six quatuors pour deux violons alto
& violoncelle ; compoſés par M. J. B.
Moulinghen d'Halem , ordinaire de la
Comédie Italienne , mis au jour par M.
Bouin ; OEuvre IIe. Prix 9 1. A Paris , chez
MARS. 1775 207
4
:
.
M. Bouin : Marchand de muſique & de
cordes d'inſtrumens , rue St Honoré , près
Saint Roch ; Mile Caſtagnery , rue des
Prouvaires ; en Province, chez les Marchands
de muſique.
X I.
La Nouveauté , contredanſe Allemande
& Françoiſe , à douze figurans , dont
les figures ſont de M. Bacquoi Guédon ,
ci-devant Danſeur du Théâtre François ;
la muſique par M. Tiffier , de l'Académie
Royale de Muſique.
La Nouvelle Mode, contredanſe à neuf
figurans , dédiée à M. Dauberval , Penfionaire
du Roi, Académicien , & premier
Danfeur de l'Opéra ; par M. Bac-
- quoy Guédon , Auteur des figures & de
la muſique.
La Rose , contredanſe à douze figuans
, dédiée à Mde. de Cardonne'; par
De même , Auteur des figures & de la
anuſique.
Le Génie de la danse , contredanſe
Allemande & Françoiſe à huit figurans ,
208 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à M. Deshayes , Maître & Com
poſiteur des Ballets de la Comédie Françoiſe
; par le même , auteur des figures
& de la muſique.
Chez Bacquoy-Guédon , rue de la Poterie
, la premiere porte cochere à gauche
en entrant par celle de la Tixéranderie. C
Mlle Caſtagnery, rue des Prouvaires
& aux adreſſes ordinaires.
19
:
ACTE DE VALEUR.
Extrait de l'histoire du Maréchal de Saxe
par M. le Baron d'Espagnac.
Au fiege d'Ypres en 1744 , le Roi
viſita les tranchées le 21 & le 24 Juin ;
ce même jour , fur le foir , M. d'Arnaud
de l'Eſtang , Aide - Major d'Artillerie
, ſervant comme volontaire dans
la tranchée , ſous les ordres du Duc de
Biron , obtint la permiffion d'aller avec
deux Mineurs reconnoître ce qui ſe pasfoit
dans la Baſſe- ville ; il ſe gliſſa dans
le foſſé , & après avoir eſcaladé la petite
demi - lune vis - à - vis la poterne , il fi
gratter & arracher par ſes deux Mineurs,
une
e
Π
C
d
MAA1RS. 1775 209
une porte de communication , pratiquée
** dans l'épaiſſeur du rempart; il y monta
- feul , l'épée à la main , en criant , vive
le Roi ; ce qui fut répété par toute la
- tranchée : cet officier revint tout de
fuite demander au Duc de Biron des
Grenadiers , à la tête deſquels il marcha ,
→& s'empara de toute la baſſe - ville ainſi
que de la porte Royale.
4
Ce premier ſuccès ayant furpaſſé ſes
eſpérances , M. de l'Eſtang forma ſur le
champ le deſſein de prendre la hauteville
en vingt - quatre heures , en faiſant
amener deux batteries de canon & de
mortiers (1 ) ; malgré des difficultés presque
infurmontables , il parvint à exécuter
ce ſecond projet , dont l'événement
eut une réuſſite ſi efficace , que les batteries
ayant été dreſſées & placées , la ville
demanda à capituler le 25 au foir. Cette
manoeuvre parut d'autant plus belle , que
d'un côté , elle abrégea ce ſiege au moins
- de huit jours , & que de l'autre , elle conſerva
peut - être deux mille hommes au
(1) Ces deux batteries étoient celles de M. de Bréande
(aujourd'hui Maréchal-de-Camp ) & de M. de Mollaire.
210 MERCURE DE FRANCE.
J
Roi , & épargna plus de douze cents
mille livres de dépenſes extraordinaires.
Cette action s'étant paſſée en préſence
de Sa Majeſté , Elle accorda la Croix de
St Louis à M. de l'Eſtang , & lui permit
de porter dans ſes armes cette deviſe honorable
; Ypris coram Rege captis. (1)
(1) Ce brave Officier , annobli déjà par fon zéle héroïque
, & par le bonheur de ſes actions , le fut encore par
les Lettres honorables que le Roi , qui en avoit été témoin
, lui accorda. Ce fut après avoir rendu à ſa Patrie
tous les ſervices que ſa valeur , ſes talens & fon
expérience pouvoient payer en tribut , qu'il ſe retira du
ſervice , que ſes infirmités , fruits de longs & pénibles
travaux , ne lui permettoient pas de continuer. Il eſt
dans un âge avancé , ſans fortune , pere de pluſieurs jeunes
enfans , dont quatre fils follicitent à tant de titres
les bienfaits de l'Etat & la récompenſe militaire d'un
Officier diftingué.
MARS. 1775.
113
ACTE DE BIENFAISANCE.
ARMI les différens traits de bienfaifance
conſacrés dans l'Hiſtoire , il n'y en
a point de plus capable d'intéreſſer les
ames honnêtes& ſenſibles , que celui qui
vient d'arriver au College d'Harcourt.
C'eſt la leçon de tous les âges & de tous
les fiecles. Il eſt au- deſſus des éloges
comme des expreſſions , parce que le
langage de l'ame ne ſe parle ni ne s'écrit.
Un Ecolier , âgé de dix-sept ans , étudiant
en rhétorique au College d'Harcourt
, a recontré , il y a près de huit
mois , dans une de ſes promenades , un
homme couvert des haillons de la miſere.
L'indigence & les malheurs avoient
altéré dans cet infortuné les traits d'un
ancien domeſtique qui l'avoit ſervi autrefois
chez ſes parens. Il le reconnut avec
peine , & s'en approcha avec la pitié la
plus vive& le plus preſſant intérêt. Après
l'avoir interrogé ſur les cauſes de ſon
infortune , à laquelle il remarqua que les
Aces ni la pareſſe n'avoient aucune part ,
il lui affigna un rendez - vous ſecret pour
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE .
le lendemain matin au College d'Har
court. Il lui donne pour premier ſecours
tout l'argent qu'il poſſédoit alors , & la
portion de pain deſtinée à ſon déjeûner ,
avec ordre de revenir l'après dîner prendre
celle qui lui étoit deſtinée pour fon
goûter. Il le charge de ſe loger dans une
maiſon honnête , & de lui faire connoître
l'Hoteſſe chez laquelle il auroit choiſi
ſon gîte. Il s'excuſe ſur la modicité des
fecours qu'il lui prodigue alors , & l'exhorte
à eſpérer du temps & de ſa bonne
conduite des jours plus calmes & plus t
heureux. L'Hôteſſe choiſie & préſentée
au jeune homme , a reçu , pendant huit
mois , le prix de ſes loyers . Elle a éclairé
les démarches de l'indigent & a rendu
témoignage à ſa conduite. L'infortuné
a vecu , pendant ce long eſpace de
temps , de la portion de pain deſtinée
au déjeûner & au goûter de ce généreux
Ecolier. Mais comme elle n'auroi
pas fuffi , il y a ajouté , par chaque femaine
la modique ſomme d'argent que
ſes parens , en récompenſe de ſon tra
vail , lui abandonnoient pour ſes inno
cens plaiſirs & les beſoins de fon âge. Ce
pendant il retranchoit méthodiquemen
quelque choſe pour mettre en maſſe , afin
d'habiller cet honnête malheureux . Quand
a
MARS . 1775. 213
a
S
il a été aſſez riche , il a employé l'indusstrie
d'un tiers pour acheter à la friperie
un habit qui mit ſon protégé en état de
ſe préſenter fans humiliation , pour folliciter
quelque emploi. Cependant l'im-
- patient jeune homme s'agitoit & s'intriguoit
pour lui trouver une place où il
pût , en travaillant , ſe procurer une vie
plus douce & plus aiſée. Enfin il a eu le
bonheur de prévenir le voeu de cet indigent
qui , pour derniere reſſource , vouloit
s'engager. Il l'a fait entrer comme
domeſtique dans une maiſon où ſa mere
avoit quelques liaiſons. Cette mere dînant
un jour chez fon amie, a reconnu ce laquais
autrefois à ſes gages. La curioſité
l'a portée à lui demander l'hiſtoire de ſa
vie , depuis qu'il avoit quitté ſon ſervice.
Elle finiſſoit par le récit détaillé de la généreuſe
ſenſibilité de ſon fils. Juſques là
un profond fecret avoit été gardé de la
part du jeune bienfaiteur , qui avoit même
trompé ſur cet article la vigilance de
fon Précepteur. C'eſt ſa propre mere qui
a déchiré le voile impénétrable qui couvroit
cette action éclatante. O mere !
adore ton image & bénis la vertu !
Оз
214 MERCURE DE FRANCE .
U
ANECDOTES.
I.
N Empereur Turc ſe faiſoit montrer
ſur la carte , la province de Flandre , le
ſujet & le théâtre de tant de guerres entre
les Princes Chrétiens. Ce n'eſt que
„ cela , diſoit-il avec mépris ? Si c'étoit
„ mon affaire , la querelle ſeroit bientôt
terminée ; j'enverrois un bon nombre
de pionniers & je ferois jeter ce petit
coin de terre - là dans la mer".
ود
ود
"
I I.
Henri IV voyoit Henriette de Balzac
d'Entrague , depuis Marquiſe de Verneuil
, du conſentement de ſes parens ;
mais ils lui ſuſcitoient ſouvent des obstacles
: on vouloit apparemment ammener
le bon Prince à la promeſſe de mariage.
Un jour que le Roi alloit voir fa
Maîtreſſe au Chateau de Marcouſſi , où
elle étoit avec ſa Mere , le Roi fit le tour
du Château , & en trouva tous les ponts
levés & toutes les portes fermées: il ap
MARS. 1775.215
perçut la Dame d'Entrague à une croi-
, ſée , & lui demanda par où on entroit
chez elle : ,, par l'Eglife ," Sire , réponditelle.
11Ι.
Un jeune homme ſe vantoit d'avoir en
peu de temps appris beaucoup de choſes ,
&d'avoir dépensé mille écus pour payer
ſes Maîtres. Quelqu'un de ceux qui l'écoutoient
dit : fi vous trouvez cent écus de tout
ce que vous avez appris, je vous confeille
de les prendre sans hésiter.
I V.
Un Faifeur de critiques périodiques
diſoit dans une compagnie qu'il diſtribuoit
la gloire. Oui , Monsieur , lui répondit
quelqu'un , ſi généreusement , que
vous n'en gardez pas pour vous.
V.
Catherine de Médicis , Reine de
France fit voeu que ſi elle terminoit heureuſement
une entrepriſe , elle enverroit
à Jérusalem un Pélerin , qui en feroit
04
216 MERCURE DE FRANCE ,
le chemin à pied , en avançant de trois
pas & en reculant d'un pas à chaque
troiſieme pas . Il fut queſtion de trouver
un homme aſſez vigoureux pour entreprendre
un ſi long voyage. UnBourgeois
de Verberie , Bourg de Picardie , promit
d'accomplir fcrupuleuſement le voeu ,
& remplir ſes engagemens avec une
exactitude dont la Reine s'aſſura. Cet
homme qui étoit Marchand de profesfion
recut une fomme en récompenſe ,
& fut annobli .
V I.
Une Dame de condition faifoit un
reproche au dernier Ambaſſadeur Ture
en France , de ce que la loi de Mahomet
permettoit d'avoir pluſieurs femmes.
Elle le permet , Madame , lui répondit
galamment cet Ambaſſadeur , afin de
pouvoir trouver dans pluſieurs , toutes
les qualités qui font raſſemblées dans vous
Seule.
MARS. 1775. 217
Journal des Causes célebres , curieuses &
intéreſſantes de toutes les Cours Souveraines
du Royaume , avec les jugemens
qui les ont décidées.
LE
E ſecond volume de ce Journal a paru
le premier Février dernier ; il contient
deux cauſes également célebres. La premiere
préſente une accuſation d'impuisfance
intentée par une Marquise contre
- ſon mari. Elle contient les détails les
plus piquans , & l'analyſe des autorités
qui ſont éparſes dans tous les Ouvrage
des Jurifconfultes qui ont traité cet
queſtion. Ainſi cette cauſe peut fatisfain.
la curioſité de tous les Lecteurs , & ins
truire ceux qui s'occupent de l'étude des
loix.
La ſeconde cauſe eſt la Roſiere de
Salency , qui a été jugée le trois de Décembre
dernier , par le Parlement de Paris
. La célébrité de cette affaire nous dispenſe
d'en donner une idée. Il n'eſt point
de Lecteurs auxquels cette cauſe ne puiffe
plaire. Elle est écrite avec l'intérêt & le
ſtyle qui lui étoit propre.
05
218 MERCURE DE FRANCE.
On doit ſavoir gré aux Auteurs de
cet Ouvrage d'avoir enrichi la littérature
Françoiſe d'un genre qui réunit l'atile à
P'agréable. Ce Journal ſera dans la ſuite
un des recueils les plus intéreſſans & les
plus inſtructifs que nous ayions en Jurisprudence.
Il eſt compoſé de 12 volumes par an,
dont il en paroît un chaque mois. Le
prix de la ſouſcription pour la Province ,
franc de port , eſt de 24 liv. & pour Paris
de 18 liv. On ſouſcrit chez le ſieur Lacombe
, Libraire , rue Chriſtine.
AVIS.
I.
Chocolat de Santé.
LE ſieur Rouſſel , Marchand Epicier dans l'Ab.
baye St Germain des Prez, en entrant par la
rue Sainte Marguerite , attenant à la Fontaine ,
Conſidérant que l'uſage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la ſanté que pour l'agrément
, affuré d'ailleurs de la bonté de ſa fabrique
, par le témoignage & les applaudiſſemens de
plufieurs perſonnes de diſtinction & de goût , qui
fui ont conſeillé de le faire connoître , il donne
avis au Public , qu'en qualité de Citoyen , qui |
1
MARS.
1775. 219
veut être utile à ſes Compatriotes , & pour éviter
toute mépriſe , il fait mettre fur chaque pain de
chocolat fortant de ſa fabrique , l'empreinte de
fon nom & fa demeure. Le prix du chocolat de
ſanté de la meilleure qualité , eſt de 3 liv . à une
demi vanille , 3 liv. , celui à une vanille, 4 l.; &
5 1. pour celui qui eſt à deux vanilles.
I I.
Bolte nouvelle.
La Faye , Marchand , rue Plâtriere , à Paris ,
a eu l'honneur de préſenter , le 17 Janvier , à
Sa Majeſté une boite allégorique du vrai bonheur
des François. C'eſt le Temps qui découvre la Vérité
& terraſſe l'Envie , la Fourberie & la Difcorde.
La Vérité parvient au Roi , qui la ſoutient
avec bonté d'une main , & de l'autre déſigne la
justice qu'il fait rendre à tous ſes Sujets.
Ce médaillon a été trouvé ingénieuſement imaginé,
& intéreſſant ; en conféquence le fieur la
Faye a fait établir de ces mêmes médaillons fur
diverſes boîtes de différens prix , pour mettre le
Public à portée d'avoir l'allégorie qui démontre à
tout bon Citoyen que Sa Majeſté eft toujours
prête à foutenir la Vérité , & à faire le bonheur
de ſes Sujets.
III.
Magasin Littéraire.
Quillau , Libraire à Paris , rue Chriſtine , près
la rue Dauphine , Fauxbourg St Germain , tenant
le Magatin Littéraire pour la lecture par abonne
220 MERCURE DE FRANCE.
1
1
ment , ſoit à l'année , ſoit au mois , donne avis
au Public qu'il vient d'augmenter ſa Bibliotheque
des livres les plus intéreſſans en différens genres
qui ont paru en 1773 & 1774. On trouve auMagaſin
Littéraire le Profpectus de cetutile& agréable
établiſſement , où les conditions de l'abonnement
font expliquées plus au long , avec le catalogue
des livres deſtinés à la lecture. Le prix de
l'abonnement eſt de 24 liv. par an , & de 3 liv.
par mois . Les perſonnes qui font abonnées peuvent
venir lire gratis au Magaſfin les Ouvrages
périodiques , comme Journaux & Gazettes , con
fulter les grands Dictionnaires , ainſi que les Mémoires
de l'Académie des Sciences & ceux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles-Lettres.
I V.
Nécrologie.
Le Nécrologe de l'année derniere eſt imprimé;
ce volume contient les éloges de MM. de la Condamine
, de Pont-de - Vêle , Tannevot , Dupré
de St. Maur , Mariette , Hérifſfant , Dorigny ,
Frézier , l'Abbé de Villars , le Goux de Gerland
& Blondel.
On trouve auffi à la fin de ce volume l'étiquette
de différens deuils de famille.
Cet Ouvrage ne ſe diſtribue qu'au Bureau royal
de correſpondance , rue des deux Portes Saint
Sauveur. La ſouſcription eſt de trois livres , franc
de port , pour Paris , & le même prix pour les
étiquettes des deuils de Cour pour l'année.
On foufcrit auſſi audit Bureau pour la Gazette
d'agriculture , commerce , arts & finances , par
M. l'Abbé Roubaud , ainſi que pour les Nouvel
MARS. 1775 221
1
les Ephémérides économiques par M. l'Abbé Baudeau
; l'abonnement de chacun de ces Ouvrages
périodiques , eſt 24 1. pour l'année , franc de port
par tout le Royaume.
V.
Cours public de maladies des femmes &
d'accouchemens.
M. Alponſe Leroy , Docteur Régent en la Faculté
de Médecine de Paris ; commencera le
lundi 6 Mars 1775 , en faveur des Etudians en
Médecine , un cours public de maladies desfemmes
&d'accouchemens , qu'il continuera les lundi, mardi
, jeudi & vendredi de chaque ſemaine , à
quatre heures & demie du ſoir.
Dans l'amphithéâtre de la Faculté , rue de la
Bucherie , vis - à - vis le Petit Pont de l'Hôtel-
Dieu.
NOUVELLES POLITIQUES.
ON
De Constantinople , le 4 Fanvier 1775 .
N mande que le Comte de Romanzow n'a
point encore achevé l'évacuation de la Molda.
vie. On en donne pour raifon que la Porte ne
lui a pas encore remis la forterelle de Kilbourn .
Suivant le Traité , il eſt autorisé à retenir , dans
ce cas , les villes de Bender & de Choczim. Me
222 MERCURE DE FRANCE.
;
lek Mehemet Pacha ; ci-devant Caîmacan , vient
d'être nommé Pacha de cette derniere ville.
Des Frontieres de la Pologne , le 28 Janvier
1775.
La Cour de Pétersbourg a fait publier une es.
pece de Manifeſte ou de Déclaration fur la fin
des troubles intérieurs de la Ruffie , & fur la pri
ſe du Chef des Rebelles. L'entrée triomphante
du Feld-Maréchal Comte de Romanzow à Moscou
, ſuivra celle de l'Impératrice. Cette Princeſſe
le recevra à cheval ; & le Général ne descendra
pas du fien. Ils paſſeront fous deux arcs
de triomphe oppofés , & fe rencontreront dans
l'intervalle qui les ſépare. L'un de ces arcs a
coûté quinze mille roubles , & l'autre vingt- huit
mille. Toute l'armée Ruſſe a paffé le Dnieſter .
Le Feld Maréchal aura fon quartier général à
Kaniou , près de Bialacierkiew , dans l'Ukraine
Polonoiſe . Vingt Régimens s'étendront du Dniester
, par la Lithuanie , juſqu'à la Livonie. Le
reſte demeurera en Volhynie & en Ukraine avec
le Général .
De Vienne , le 18 Janvier 1775.
Les glaces , en ſe rompant , avoient emporté
une arche du Pont du Danube. L'Empereur a
donné des ordres ſi précis , que cette arche a
été réparée en deux jours , & qu'on paſſe actuel
lement fur le pont.
De Berlin , le 28 Janvier 1775.
Le Profeffeur Gleditſch ayant donné un OuMARS.
1775 223
vrage qui a pour titre : Introduction systématique
à la science des Forets , le Roi en a été ſi ſatisfait
, qu'il lui a fait remettre une ſomme confidérable
par le Directoire en chef des Finances ,
des Guerres & des Domaines , une lettre circulaire
, par laquelle Elle recommande eſſentiellement
la lecture de cet Ouvrage , aux Officiers
des Forêts .
De Bergben en Norwege , le 13 Décembre
1774-
Il regne en ce pays une parfaite tranquillité:
on ne s'y occupe que du ſoin d'en améliorer le
terroir , naturellement peu fertile , & de mettre
à profit le produit des pêches. Quoique la Littérature
& les Arts y foient encore dans l'enfance
, il y a cependant quelques perſonnes éclairées
qui s'occupent des Sciences utiles. Pluſieurs ſe
font réunies , & ont formé une eſpece de Société
d'Agriculture. Ce premier de tous les Arts commence
à faire quelques progrès. Les Cultivateurs
font encouragés par des récompenfes proportionnées
à leurs talens & à leur intelligence.
De Dreſde , le 7 Février 1775.
Il n'y a point eu d'exemple dans ce ſiecle d'un
froid auſſi violent que celui qu'on a éprouvé
deux jours de ſuite en Siléfie. Le 21 Janvier le
thermometre étoit à 17 degrés au - deflous de la
glace , & le lendemain il defcendit à 20. Le froid
apar conféquent été de 4 degrés plus rigoureux
qu'en 1709. Tout commerce a été interrompu
pendant ces deux jours. Des fentinelles ont été
224 MERCURE DE FRANCE.
trouvés gelés dans leurs guérites , & on n'a pu
les rappelier à la vie.
De la Haye , le 10 fanvier 1775.
On a cru ici ne pouvoir mieux remédier à la
mortalité des beftiaux qu'en introduiſant des bêtes
étrangeres , à la faveur d'une diminuation fur
les droits d'entrée qui , en conſequence , feront
réduits cette année de vingt florins à cinq , entre
le premier jour d'Avril & le dernier de Juin.
Les départemens de l'Amirauté d'Amſterdam
& de Rotterdam ont publié , à l'occaſion de la
déclaration de guerre du Roi de Maroc , un avis
qui , à commencer au premier Février prochain ,
affure aux Négocians , un convoi depuis Ports .
mouth juſqu'à Gibraltar .
Les Etats Généraux ont rendu le 23 Janvier ,
une Ordonnance relative à la déclaration de
guerre du Roi de Maroc. En conséquence de
ce réglement , dont les diſpoſitions tendent à exciter
le zêle des Officiers & des Equipages , la
portion des priſes qui a appartenu juſqu'ici au
Fiſc , reſtera en propriété aux vaiſſeaux qui les
auront faites. Il leur ſera cédé un cinquieme
des effets ou des bâtimens Hollandois repris fur
l'ennemi en quarante-huit heures ; & un quart ,
ſi la repriſe a lieu plus tard.
On voit ici depuis quelques jours l'Ukafe de
l'Impératrice de Ruſſie du 19 (30) Décembre ,
concernant le Chef des Rebelles du Jaïch. Le
nom & la patrie que quelques relations lui ont
donnés , s'y trouvent confirmés.
Jemelka Pugatſchew , né ſur le Don , à Stanitza
en Simoweis , a eu pour pere & pour aïeul
des Coſaques du même endroit. Sa femme, appelée
MARS. 1775. 225
r
lée Sopha , eſt fille d'un Coſaque nommé Dmitry
Nicoſorow. Pugatſchew a ſervi chez les Prusfiens
, & enfuite dans les campagnes des Ruffes
&des Tures. Après la priſe de Bender il follicita
fon congé , qui lui fut refuſé. Apprenant que fon
beau frere étoit envoyé à Taganrok , il alla le trouver
, & lui perſuada de fuir avec lui & pluſieurs
de leurs Compatriotes , aux bords du jaïk , où
les nouvelles publiques l'ont l'on ſuivi juſqu'au
› moment de ſa détention.
D'Anamour en Caramanie , le 12 Novembre
1774.
Koyouudgy Pacha , qui paſſe au Gouverne
ment d'Adena , eſt arrivé depuis quelques jours ,
à la tête de dix mille hommes de troupes , de
Conſtantinople au Caraman , ville capitale de certe
Province. Il leve , par-tout où il paffe , de
fortes contributions ; & le Caraman n'en fera pas
quitte pour cent bourſes. Ce Pacha , Grand Justicier
, & muni des ordres de la Porte , fait faifir
fur ſa toute tous les Agas des environs , qui tyranniſoient
les Peuples , & qui s'étoient rendus
indépendans. Il les dépouille & leur fait couper
la tête : il en a déjà fait périr un grand nombre.
La confternation augmente dans chaque endroit
Poù il arrive , à proportion du ſéjour qu'il y fait.
Tout particulier riche craint d'être impofé : cependant
il n'opprime point le peuple , & il fait
obſerver à ſa troupe une exacte diſcipline.
i
P
226 MERCURE DE FRANCE.
De la Corogne , le 21 Janvier 1775.
On vient d'envoyer en toute diligence , à Malaga
, un détachement de deux cents hommes du
Corps Royal d'Artillerie , qui paſſeront vraifemblablement
aux Préfides d'Afrique..
De Carthagene , le 28 Janvier 1775.
Treize bâtimens marchands de différens pavillons
, firent voile hier matin , ſous l'eſcorte d'un
chebec &d'une frégare de Sa Majefté , que commande
le ſieur de Salafranca. Ce convoi transporte
à Oran des munitions de guerre & de bouche.
De Cadix , le 13 Janvier 1775.
Les Eſclaves Maures dont Sa Majeſté fait pré.
fent au Roi de Maroc , ont été embarqués le 9
de ce mois , au nombre de cent treize , avec
l'Envoyé de ce Prince & fa fuite , fur le vaiſſeau
le Saint Fanvier , qui a fait voile , le 11 , pour
Larache.
De Turin , le 15 Janvier 1774.
Dimanche , 12 de ce mois , le Roi déclara
fa Cour le mariage arrêté entre le Prince de Piémont
fon fils & Madame Clotilde de France. II
y a eu beaucoup de fêtes à cette occafion.
De Gênes , le 6 Février 1775 .
Le 26 Janvier , le Doge Pierre- François Grimaldi
, ayant fini le temps preſcrit pour l'exer
cice de cette dignité , quittale Palais Ducal , &
ſe retira dans le fien , avec les formalités ordinai
MARS. 1775. 227
res. Le lendemain matin le Grand Conſeil s'asſembla
pour procéder à l'élection d'un nouveau
Doge. Il nomma quinze Sujets , que le petit Con.
feil réduifit à fix ; & mercredi dernier il choifit
entre ces fix Candidats le noble Brizio Giuftiani.
Cette élection fut annoncée au peuple par le fon
de la grande cloche. Le nouveau Doge reçut le
même jour , les complimens du Corps de la Nobleſſe
, de l'Archevêque , des Miniſtres étrangers ,
▸ & des Chefs d'Ordres Religieux.
Le Capitaine d'un Navire Anglois , venant de
Tunis , a rapporté qu'au moment de ſon départ
il y étoit arrivé une Frégate d'Alger de trentefix
pieces de canon & de cent hommes d'équipage
, avec une Polacre & uneTartane Napolitaines
dont elle s'étoit emparé. La Polacre , qui étoit
en leſt , eſt reftée à Tunis pour y être vendue ;&
la Tartane , qui avoit un chargement de diverſes
marchandises , a été renvoyée à Alger.
De Rome , le 25 Janvier 1775.
Dans une fouille qui ſe fait à deux milles de la
Porte Majeure , on a découvert , entr'autres monumens
antiques , trois grands buſtes de marbre ,
très bien conſervés : on ne fait quels perſonnages
il repréſentent. Il y avoit à côté un ſarcophage
de marbre blanc , orné de bas reliefs , avec
une infcription grecque dans le milieu , & deux
têtes qui paroiſfoient être celles de Bacchus &
d'Ariane.
P2
228 MERCURE DE FRANCE .
1
1
De Londres,le 3 Février 1775.
On mande de Williamsburg dans la Virginie ,
en date du 12 Novembre , que les Virginiens
ſoutiennent avec chaleur la cauſe de l'Amérique.
Le Capitaine Eaſton étant arrivé à New-Yorck
avec deux caiſſes de thé , le Comité du Comté
s'aſſembla & décida que le thé ſeroit détruit , &
que dans vingt jours levaiſſeau partiroit pourLondres
, fans pouvoir faire aucun chargement. Le
the fut en conféquence jeté à la mer , & le vaisſeau
ſera forcé de s'en retourner en left .
Des nouvelles récentes de Boſton portoient que
le 22 Décembre on y avoit reçu de Porſmouth
la lettre ſuivante , datée du 16 du même mois .
Nous avons éprouvé ici , il y a deux jours ,une
violente alarme. Sur un avis reçu de Boſton par
un Exprès , que deux Régimens étoient en marche
pour prendre poffeſſion de notre fort , deux cents
hommes s'affemblerent au bruit du tambour , &
s'y rendirent dans deux Gondoles. Un autre corps
de cent cinquante hommes ſe joignit à eux , &
cette troupe demanda qu'on leur livrat le fort. Le
Capitaine Cookran , qui y commandoit , refuſa
de ſe rendre , & fit pointer contre eux deux canons
. Alors la troupe eſcalada les remparts , défarma
le Capitaine & fes gens , & s'empara de
quatre-vingt dix- sept barils de poudre , qui furent
mis à bord des Gondoles , après quoi on les transporta
dans la ville , & enſuite à quelque diſtance
dans les terres. Depuis cette expédition , une foule
de gens accourent de la campagne en corps de
troupe , & la ville en étoit hier remplie. Ils ont
choiſi des Députés pour aller trouver le Gouver.
neur. Celui - ci les a aſſurés qu'il ignoroit qu'on
eût aucun defſfein d'envoyer des troupes , ni des
vaiſſeaux.
MARS. 1775. 229
De Versailles , le 9 Janvier 1775.
L'Archiduc Maximilien - François , frere de
l'Empereur , qui voyage ſous le nom du Comte
de Bourgau , arriva mardi dernier au Château de
la Muette , où la Reine alla le recevoir ; & le len.
demain il fut préſenté à Leurs Majestés & à la
Famille Royale par le Comte de Mercy , Ambasſadeur
de LL. MM. Imp . & R.
On a appris par un Courier arrivé de Rome le
22 , que le Cardinal Braſchi , né à Cefene le 27
Décembre 1717 , & élevé à la pourpre Romaine
en 1773 , a été élu Pape le 15 de ce mois , &
a pris le nom de Pie VI.
De Paris, le 4 Février 1775.
Les Préſidens & Conſeillers de l'ancien Parlement
de Bretagne , qui avoient été mandés à
Rennes le 15 Décembre , & à qui le Comte de
Goyon , Commendant de la Province , avoit fait
diſtribuer des lettres de cachet , par leſquelles il
leur étoit ordonné de ſe rendre au Palais le lendemain
pour y attendre en filence les ordres du Roi,
qui devoient leur être notifiés par le ſieur de Viarmes
, Conſeiller d'Etat , y entrerent ſéparément le
16 à huit heures du matin ; & à neuf heures , le
fieur de Viarmes y arriva au bruit du canonde la
Ville & au milieu des acclamations du Peuple.
Après fon difcours , on fit lecture de trois Edits,
l'un pour la rentrée du Parlement , l'autre pour ſa -
difcipline & le troiſieme pour l'attribution aux
Préſidiaux. Les Gens du Roi ayant enſuite requis
l'enregiſtrement de ces Edits , on y procéda
dans la même ſéance.
P3
230
MERCURE DE FRANCE .
1
->
-PRESENTATIONS .
T
La marquiſe de Turpin de Criſſé ; & la mar.
quiſe de Courbon-Blenac , furent préfentées le 29
Janvier à Leurs Majeſtés , & à la Famille Royale ;
la premiere , par la Comteffe de Turpin de Criffé ,
& la feconde , par la Ducheffe de la Vauguyon ,
dame d'honneur de Madame.
La vicomteſſe d'Eſpinchal , & la comteſſe de
Pardaillan ont eu l'honneur d'être préſentées , le
5 Février , au Roi & à la Famille Royale ; la
premiere , par la comteſſe de Teffé , & la fecon.
de, par la ducheſſe d'Uzès.
Le 12 Février , le comte d'Adhémar , Ministre
plénipotentiaire du Roi à Bruxelles , lui fut
préſenté par le comte de Vergennes , & prit congé
de Sa Majeſté.
Les fieurs Brunet , Aubier & Dalbiat , députés
de la Sénéchauffée & Siege Préſidial de Clermont-
Ferrand , eurent l'honneur d'être préſentés , le
5 Février , à Monſeigneur le Comte d'Artois , &
de lui faire leurs remercîmens , au nom de leur
compagnie , pour laquelle ils ont obtenu la distinction
de porter la robe rouge.
Le 19 Février , la comteſſe de Ségur fut préfentée
au Roi & à la Reine , ainſi qu'à la Famille
Royale , par la marquiſe de Ségur .
NOMINATIONS.
Le Roi a diſpoſé du Conſulat de Cadix , vacant
par la mort du ſieur de Guyabry , en faveur du
fheur du Pleſſis de Mongelas.
MARS . 1775.. 231
Le Roi a nommé au Conſulat de Lisbonne ,
vacant par la retraite du fieur Beſſiere , le fieur
Brochier , Conful à Alicante ; & à celui d'Alicante,
le fieur de Puyabry. S. M. a également dis.
poſé du Confulat de Gênes , vacant par la re.
traite du fieur Regny , en faveur du ſieur Rau.
lin , Chancelier , & ci- devant Secrétaire d'Ambaffade
à Conftantinople.
Le 12 Février , le due de Coffe , Capitaine
commandant les Cent-Suiffes de la garde du Roi ,
en ſurvivance, eut Phonneur de faire fes remercîmens
à Sa Majeſté , pour la place de Gouver .
neur de Patis , dont Elle l'a pourvu , ſur la démisfion
du Maréchal Duc de Briffac , fon pere . II
fut préſenté , en cette qualité , à la Reine & à la
Famille Royale.
Le même jour , le comte de Caraman prêta
ferment entre les mains du Roi pour la Lieute
nance générale de le province de Languedoc ,
dont s'est démis le comte de Maillebois .
Le Roi a donné l'Abbaye de Fontenay , Ordre
de St. Benoît , dioceſe de Bayeux , à l'abbé de
Montazet , vicaire général de Lyon.
Le 20 Février , le ſieur de Bourgueux , Confeiller
d'Etat , eut l'honneur de faire ſes remer .
cîmens au Roi pour Padjonction à la charged'Intendant
des finances du ſieur Trudaine , & prit en
même temps congé de Sa Majesté , qui l'a nommé
pour accompagner en Guyenne le comte de Noailles
, à la place du ſieur Ogier.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Durfort
un brevet de duc , & lui a permis de prendre le
nom de Civrac , qui eſt celui de ſa branche , dont
il eſt l'aîné. Il a eu l'honneur de faire à ce ſujet
ſes rimercimens au Roi , à la Reine & à la
Famille Royale , & de leur être préſenté ,
cette qualité , le 24 Novembre 1774.
en
P4
232 MERCURE DE FRANCE.
Madame la ducheſſe de Civrac a été préſentée
par madame la ducheſſe de Duras le 27.
NAISSANCE.
Un femme de Clelles , en Dauphiné , nommée
Brun , accoucha au mois de Décembre dernier ,
de deux garçons & d'une fille , qui moururent
peu de jours après .
Marie-Magdeleine- Louiſe Couteux , épouſe de
Nicolas Chaffinte , graveur , eſt accouchée à Paris
le 23 Janvier , de trois garçons , qui ont
été baptifés le même jour St Barthélemy , & qui
fe portent bien , ainſi que leur mere.
La Comteſſe de Baſchi du Cayla eft accouchée
d'un garçon le 17 Février,
Le 23 Décembre 1774 , la nommée Catalina
de Maguera , native d'Ongot , au royaume de
Navarre , étant groſſe de ſept mois accoucha à
ſept heures du matin , d'un garçon , qui mourut
un quart d'heure après ; & à ſept heures du foir ,
d'un garçon & d'une fille , qui ne vécurent qu'une
demi-heure. A minuit , elle fut encore délivrée
d'une fille morte , &dont le corps paroiſſoit meurtri.
Les trois premiers enfans ont été ondoyés ; la
mere , quoiqu'âgée de trente fix ans , n'a été
que peu de temps à ſe rétablir de ſes couches.
On écrit de Poitiers , que la nommée Sufanne-
Elifabeth Rouſſeau , de l'Ile de Noirmoutier ,
enceinte de ſept à huit mois , y eft accouchée le
28 Janvier de quatre filles , qui ont reçu le baptême
, & font mortes quelques heures après.
MARS. 1775. 233
MARIAGES
Le 15 Janvier , Leurs Majestés , ainſi que la
Famille Royale , fignerent le contrat de mariage
da marquis de Fraguier , Brigadier des armées du
Roi , & Lieutenant de ſes Gardes-du- Corps , compagnie
Ecoffoife , avec la marquiſe d'Oyſonville.
Le 29 Janvier , elles fignerent celui du Marquis
d'Eſcorches de Sainte-Croix , &demoiselle Talon .
Le Roi & la Reine , ainſi que la Famille Royale,
fignerent , le 12 Février , le contrat de mariage
- du marquis de Creſt , Lieutenant-colonel d'infan.
térie , avec demoiselle de Raffelot.
Le 14 Janvier , Leurs Majestés & la Famille
Royale, fignerent le contrat de mariage du marquis
de Coigny avec demoiselle de Conflans.
MORTS.
N. de Montvalon , Conſeiller clerc au Parle-.
ment d'Aix , & de la Chambre- Souveraine du ,
Clergé de la Province , abbé commandataire de
l'Abbaye royale de Saint Rambert , Ordre de St
Benoît , dioceſe de Lyon , eſt mort à Aix , le 21
Janvier dernier , dans ſa ſoixante-neuvieme année.
Mare- Joſeph Bally de Roiſon , prévôt du Chapitre
de l'Egliſe collégiale & chapelle royale de
Saint-André , abbé commandataire de l'Abbaye
royale de Bonnevaux , ordre de Citaux , dioceſe de
Vienne , & vicaire général du dioceſe de Grenoble
, eſt mort à Paris , le 24 Janvier , âgé de
quarante trois ans.
1
1
P5
234 MERCURE DE FRANCE.
N. de Piedoue de Charfigné , prêtre , abbécommandataire
del'Abbaye royale de Fontenay , ordre
de St Benoît , dioceſe de Bayeux , eſt mort à
Caen , le 24 Janvier , dans la foixante- treizieme
année de fon âge.
1
Claude-Marie-Joſeph de Saint George , épouse.
d'Abel-Claude-Marie , marquis de Vichy , ancien
guidon des Gendarmes de Berry , & chevalier de
l'ordre royal & militaire de Saint-Louis , e morte
le 27 Janvier en ſon château de Montceaux , en
Maconnois , dans ſa trente-troiſieme année.
Magdeleme - Angélique de Montmorency - Luxembourg
,foeur de la ducheſſe de Montmorency,
& feconde fille du feu duc de Montmorency ,
capitaine des Gardes - du- Corps , & de Louiſe-
Françoife-Pauline de Montmorency- Luxembourg-
Tingry , aujourd'hui princeffe de Montmorency ,
eft morre à Geneve , le 27 Janvier, dans ſa fei
zieme année.
Le nommé Langevin , ancien foldat au régiment
de Champagne , eſt mort à Arpajon , âgé
de cent ans & deux mois ; il ſe reſſouvenoit de
tous les fieges & de toutes les batailles où il s'étoit
trouvé , & il en rendoit un compte exact. II
a joui , juſqu'à ſa mort , d'une bonne ſanté.
Sophie- Auguſte , princeſſe de Salm- Salm , chat
noinefle de Mons , mourut le 30 Janvier à Seno-)
nés , capitale de la principauté de Salm - Salm ,
à quinze lieues de Nancy , âgée de trente- neufans.
Marie-Louiſe Catherine de Rogrès de Luſignan
deCampignelles , veuve du marquis de Dampier.
re , capitaine des vaiſſeaux du Roi, eft morte le
3 Févriern en fon château de Dampierre en Champagne
, auée de ſoixante onze ans.
La nommée Marie Marti eſt morte le 20 Décembre
dans la paroiſſe de la Mongie-Montaſtrue,
près de Bergerac , âgée de cent fix ans. Elle a
MARS. 1775. 235
conſervé , juſqu'au dernier moment de ſal vie ,
tune mémoire furprenante.
コ
Antoine-Joſeph Gaſpart de Noizet de Saint-
Paul , maréchal de camp , directeur des fortifications
de la province d'Artois , & de partie de
celle de Flandre, & commandant pour le Roi au
fort de Saint-Sauveur de l'Ile , eſt mort à Aire ,
elé 8 Février , dans la foixante-ſeizieme année de
= ſon âge.
Jean-Baptifte Vivien de Chateaubrun , l'un des
fous-gouverneurs du duc de Chartres , & l'un des
- quarante de l'Académie Françoiſe , eſt mort à
Paris , le 16 Février , âgé de quatre-vingt- trois
ans .
La nommée Barbe Zakrzewska vient de mou-
- rir à Minski , en Pologne , à l'âge de cent quinze
aps & trois mois.
- La nommée Magdeleine Lori eſt morte à Florence
dans ſa cent quatrieme année. Elle laiffe
- une fille âgée de foixante-treize ans ,& deux fils ,
= dont l'un en a quatre- vingt , & l'autre foixantefeize.
Frere Achill-e Charles-Paul- Alexis.Anne de
Kerouartz , chevalier de l'ordre de Saint-Jean de
Jérufalem , commandeur de la commanderie de
Théval , eſt mort à Paris le 15 Février , dans la
foixante-neuvieme année de ſon âge.
Frere Jacques de Foudras , chevalier-grand'-
croix de l'ordre de Saint-JeandeJérusalem , com .
mandeur des commanderies de Poutaubert , & de
Thors & Corgebin , eſt mort à Paris , le 16 Février
, dans ſa foixante-unieme année.
Jean Joſeph Chapelle de Jumilhac de Saint .
Jean , archevêque d'Arles , abbé commandataire
de l'Abbaye royale de Bonneval-Saint Florentin ,
ordre de Saint Benoît , dioceſe de Chartres , prélat-
commandeur de l'ordre du Saint Eſprit, eſt
236 MERCURE DE FRANCE.
mort à Paris , le 21 Février , dans la foixanteneuvieme
année de ſon âge.
Jean-François Ogier , préſident honoraire au
Parlement de Paris , ci-devant ambaffadeur de
France en Dannemarck , nommé confeiller d'état
en 1766 , eſt mort à Paris , le 23 Février , dans
ſa ſoixante - onzieme année. Ce magiſtrat , qui a
toujours fait connoître des talens ſupérieurs dans
les différentes places qu'il a remplies , eſt univerfellement
regretté .
LOTERIES.
Le cent foixante-dixieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel -de- Ville s'eſt fait , le 25 du mois de
Février , en la maniere accoutumée. Le lot de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 58361. Celui
de vingt mille livres au No. 45996 , & les deux
de dix mille , aux numéros 46251 & 58649.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 6 de Février. Les numéros fortis de
la roue de fortune font 80 , 5 , 11 , 28 , 35. Le
prochain tirage ſe fera le 6 Mars.
MARS. 1775. 237
TABLE.
PIECES IECES FUGITIVES en vers en proſe , page5
Les Chevaux , fable ,
Eglogue , la Bergere déſintéreſſée ,
L'heureux débarquement ,
Quatrain.
La Bienfaiſance ,
Couplets d'Henri IV à M. de Rozoi ,
ibid.
10
13
14
15
29
3
33
Chanſon faite par le Régiment du Roi à Nanci. 34
Iris & fa Bonne , conte.
Au Roi ,
Couplets adreſſés à M. le Marquis de Choiſeul
la Baume , 35
Couplets , 37.
Vers ſur M. le Marquis de Tilly-Blanc , 38
Dialogue entre Olivier Cromwel & le Cardinal
de Richelieu , 39
Quatrain à Mde de Laiſſe , 46
pour mettre au bas du portrait du Roi. 47
- à M*** qui étoit après à faire le portrait
du Roi. ibid.
A M. le Comte de Rocherchouars- Faudouas , 48
Etrennes à Mde la Comteſſe de Brionne.
Quatrain.
Impromptu à M. Pouteau ,
à une jeune Dame ,
A M. Greffet.
Le Miroir & l'Eau , fable.
Mlle de St Marcel ,
49
ibid.
50
ibid
51
52
53
e pouvoir de l'Amour & celui de Plutus. ibid.
nitation d'un madrigal Italien ,
ir,
ableaux de l'Amour & de l'Amitié ,
54
ibid.
55
238 MERCURE DE FRANCE ,
Vers pour les portraits de M. & Mde D. 58
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES , 59
LOGO GRYPHES , 61
Couplets de la Fauſſe Magie. 65
1 Mufique. TIO"ה יד ibid.
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 67
Nouvelles Ephémerides économiques. ibid.
Hiſtoire ſecrete du Prophete des Tures. 70
Direcions pour la confcience d'un Roi , 71
Almanach de l'étranger qui ſéjourne à Paris , 72
Révolutions d'Italie , Tom. VII , VIII. 73
Réfutation de l'Ouvrage qui a pour titre : Dialogue
ſur le commerce des bleds , 81
Almanach encyclopédique de l'Hift. de France, 82
Le Clergé de France , 83
Recherches ſur les remedes capables de diffoudre
la pierre & la gravelle , 85
Traduction d'anciens ouvrages latins relatifs à
l'agriculture , &c. 88
Ecrits politiques & économiques... 90
Eloge de Mathieu Molé , ::
92
Hiſtoire générale de l'Afie , de l'Afrique& de
l'Amérique. 94
George & Molly. 110
Dialogue entre Henri IV, le Maréchal de Biron
& le brave. Crillon , 112
Diſcours fur la découverte de l'eau vulnéraire
de Comere.
"
115
La nouvelle imprévue , Drame. 117
Difcours contenant l'hiſtoire des Jeux Floraux
& celle de Dame Clémence , 131
Almanach dédié à Monfieur , 120
La Ferme de Penſylvanie , ibid.
Hiſtoire de Maurice , Comte de Saxe , 13
Etat actuel de la Muſique du Roi. 134
Les Spectacles de Paris , 135
MARS. 1775 239
Petit guide des lettres , 136
Conférences Eccléſiaſtiques , ibid.
) Opérations des changes des principales places
1 de l'Europe , 137
Contes mis en vers , ibid.
Difcours fur l'éducation , ibid.
1 Cléopâtre , Tragédie , 133
Mémoires pour fervir à l'hiſt . de notre Littérat. ibid.
Théorie des paradoxes , ibid .
Abrégé de l'Hift. & des Mém. de l'Acad. Royale
des Sciences , ibid.
La Finance politique , 139
Examen & réfutation des réflexions ſur le prêt
de commerce , ibid.
: Précis des maladies chroniques & aiguës , ibid.
Des tropes , 140
Mém. de Mlle de Sternheim , ibid .
+ Théâtre de campagne , ibid.
Oeuvres de M. de Saint Mare , ibid.
Zély ou la difficulté d'être heureux , ilid.
- Almanach des Muſes, 141
Oeuvres de Théâtre de M. de Saint-Foix , ibid.
Les confidences d'une jolie femme , ibid.
La Victime mariée , ibid.
Le Décaméron françois , ibid.
Ode fur l'hiſt. de France du Préſid. Hénault , 142
Jean Hennuyer , Evêque de Lisieux , ibid .
Les cent Nouvelles nouvelles , ibid.
L'art de régner , ibid.
Epître à un Ami. :
ibid.
- Eloge de M. Piron . 143
L'ame d'un bon Roi , ibid.
Dict portatif de l'Ecriture Sainte , ibid.
Almanach général des Marchands , 144
- astronom. & hift . de la ville de Lyon , 145
Effai patriotique , 146
Mémoires littéraires , critiques , &c. ibid.
240 MERCURE DE FRANCE.
2
Réflexions ſur la caiſſe de Poiffy , 147
L'étude propre à l'homme ,
ibid.
Le grand- oeuvre dévoilé , ibid.
Le livre ſans titre ,
ibid.
Etrennes du Parnaſſe , ibid.
Recherches & réflex. fur la poëſie en général. 148
Notices des Poëtes Latins & Grecs , ibid
SPECTACLES , Concert Spirituel , ibid.
Opéra . 140
Comédie Françoiſe 15
Comédie Italienne , 16
ACADÉMIE , Françoiſe , 173
Sciences , 193
ARTS , Gravures , 194.
Topographie , 200
Géographie , 202
Mulique. 203
Acte de valeur , 208
bienfaifance , 211
Anecdotes .
214
Journal des cauſes célebres , 217
AVIS , 218
Nouvelles politiques , 221
Préſentations , 230
Nominations , 231
Naiffance ,
232
Mariages , Morts , 233
Loterie , 236
FIN.
D
3
6
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
SAPLURIBUSTOTHO
TUEBOR
SI
QUÆRIS PENINSULAM
ΑΜΝΑM
CIRCUMSPO
1
AP
1
20
M5
177
no.5
(
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTREŠ.
AVRIL. 1775.
PREMIER VOLUME.
N°. V.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MCCLXXV.
LIVRES NOUVEAUX .
MARARCC--MMIICCHHEELL -- RREEYY,, Libraire sur le Cingle à
Amsterdam , continue d'imprimer & de débiter le
MERCURE DE FRANCE , ouvrage périodique contenant
des Pieces Fugitives en Vers & en Profe , des
Enigmes , Logogryphes , Nouvelles Littéraires , Annonces
des pprriix des différentes Académies , Annonces de Spectacles,
Avis concernant les Arts agréables , comme Peinture
, Architecture , Gravure , Musique &c. quelques
Anecdotes ; des Edits , Arrêts , Déclarations ; des Avis ,
des Nouvelles Politiques ; les Naissances & les Morts
des Personnages les plus illustres ; les Nouvelles des Loteries
, & affez ſouvent des Additions intéreſſantes de
l'Editeur de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par
année que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12 : - ceux qui voudront avoir des parties ſéparées les
payeront à raiſon d'un florin . On peut avoir chez lui
les années 1770 , 1771 , 1772 , 1773 , 1774 .
Journal des Sçavans , depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes.
2-Tomes.
dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Décembre 1774
en 78 Volumes.
dito , la fuite , ſous preffe.
Depuis 1764 l'année est compofée de 14 parties à Iz
fols; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande.
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Histoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoires
très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fideles de ceux -mêmes qui ont été
dreſſés alors fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée. 8vo. 1 vol. à f 6 : -
Hiftoire Littéraire des Troubadours , contenant leurs
Vies , les extraits de leurs pieces , pluſieurs particularités
fur les moeurs les uſages , & l'hiſtoire du douzieme
& treizieme ſiecle. 3 vol. grand in- douze ,
Paris 1774.
,
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage pofthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
BungeradyR
11-220-270
S31BLIVRES NOUVEAUX.
Jardin (le) des Racines Grecques miſes en Vers Frans
çois , &c. nouvelle édition , 1 vol. Paris 1774. àf1:10.
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite ac
tuellement les XVII. volumes de la réimpreffion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui fe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Planches
ſans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont ,, ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers Sujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre. Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
Oeuvres Philofophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par
Jean Nic. Seb . Allamand Profeſſeur à Leyde. 4to.
2 vol . avec XXX Planches en taille douce. Amst. 1774.
àf8 : -
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVIe. Livres de
PLINE L'ANCIEN , avec des Notes . Par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition. On y a joint d'antres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vola
La Haye 1773. d f 4 : de Hollande.
Cantiques tirés en partie des Preaumes ,&en partie des
Poëfies Sacrées des meilleurs Poëtes François . Avec
des airs notés , par M. Jean Dumas , Pasteur à Leipfic.
grand in 8vo. I vol. Leipfic , 1775 , à f 3:10.
Regles & Principes de l'art de la Guerre des Meilleurs
Auteurs qui ont écrit fur cette ſcience , recueillis
par G. R. Faeſch , Colonel des Ingénieurs au Service
de Saxe &c. Tome 3. 4. grand in 840. avec fig.
Leipfic 1774 , à f 7:10.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé : Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Difcours de M. Noodt fur les
Droitsdes Souverains. grand in -douze I vol. 1775. à fr :-
AVIS.
J'ai mis ſous preſſe &je ſuis ſur le point de publier
un ouvrage intéreſſant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inftruction de la Jeuneſſe de ſon empire & pour
le bonheur de rous fes Sujets .
A 2
Ces Etabliſſements ſont La Maison d'éducation de
Mosiou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre ; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caissede Dépôt ouverte au Public ,
& un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruffes & ſous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements.
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le compoſent
, à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux ;
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés ,
pour en prévenir de nouveaux ; pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour foulager les
Veuves & les Orphelins ; pour aſſurer les ſucceſſions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour affranchir
des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs.
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail , en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inſtruction de la Jeuneſſe & à la conſervation
de la ſanté , objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
, Ce recueil formera 2 vol. grand in - douze de 50
feuilles d'impreſſion , à f 2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 40. en deux parties , fera ornée
de plus de 90 morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 : 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long- tems la publication de cet ouvrage.
Il eſt propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoftre & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien n'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1775-
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
warind
EPITRE à M. de Saint - LAMBERT.
Par un Ruffe.
T.or dont le pinceau vrai , gracieux & facile
A tous les agrémens du pinceau de Virgile ;
Toi qui ſais dans Paris , émule de Tompson ,
Conſacrer à Cérès des fleurs de l'Hélicon ;
Aimable Saint- Lambert , que ta Muſe m'enchante !
A 3
6 MERCURE DE FRANCE,
Elle est belle fans fard ; à ſa voix conſolante
Un fentiment nouveau penetre dans mon coeur :
J'entrevois les vertus qui menent au bonheur.
Mon ame en treſſaillant rejette l'impoſture ,
Et je me fens meilleur , plus près de la nature.
Ton Poëme à la main , je parcours quelquefois
Mes plaines , mes côteaux , mes vallons & mes bois ;
J'apperçois le flambeau , précédé par l'aurore ,
Sortir du ſein des mers que ſon éclat colore ; (1)
Je jouis du midi ; de la fin d'un beau jour ;
Chaque objet pour tes vers augmente mon amour .
Tu peins ce que je vois , & tu le peins en mattre.
Le bourgeon entr'ouvert , la fleur qui vient de naître
Cette ſource qui fuit , ces odorans berceaux ,
L'haleine des zéphyrs , le doux chant des oiſeaux ,
Mes troupeaux bondiſſans ſur la verte prairie ,
Les épis vacillans dans la plaine jaunie ,
Ces ſites variés , ces grouppes , ce lointain ,
Tout ce qui m'environne eſt tracé de ta main.
Cependant i le ſort t'eût conduit ſur ces rives ,
Où la Newa ſix mois tient ſes ondes captives !
(1 ) La campagne de l'Auteur est fur les bords du
golfe de Finlande.
AVRIL. I. Vol. 1775. 7
Où , d'un char pareſſeux , Phebus verſe long-tems
Une clarté douteuſe & des rayons mourans ;
La Nature , fublime , étonnante , énergique ,
Eût ſans doute occupé ton eſprit poëtique ,
Tu peignis les hivers ; mais ceux de nos climats
Ont pour l'obſervateur de plus piquans appas ,
Des traits plus reffentis , un plus grand caractere.
Quand l'Epoux d'Orythie , exhalant ſa colere ,
Par ſes horribles cris trouble les élémens ,
L'oeil reſte environné de ſpectacles frappans.
Un Océan de neige inonde les campagnes;
On ne diftingue plus les vallons des montagnes ;
Les lacs ſont diſparus , & plus le ciel eſt pur ,
Plus un froid pénétrant condenſe ſon azur.
La fumée , en touchant l'inviſible barriere ,
Retombe fur les toits & roule juſqu'à terre ;
Tandis que le duvet argenté de nos champs
Jette un éclat ſemblable aux feux des diamans,
Les troupes des oiſeaux , dans le vague planantes ,
S'abattent bruſquement & tombent défaillantes.
Sur l'agile courſier le poil eſt hériffe,
Des horreurs du trépas chaque être eſt menacé.
S'éloignant une fois de nos palais profanes ,
La terreur va ſceller les portes des cabanes :
Et Neptune lui-même , en ces lieux confterné ,
Sous un albâtre épais languit emprisonné.
C'eſt dans cette ſaiſon , au milieu des nuits fombres ,
A4
8 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un météore ardent vient triompher des ombres ; (2)
Il ramene le jour. Miniſtre du sommeil ,
Morphée eſt plein d'effroi ſur l'horiſon vermeil ,
En voyant tout-à-coup les traits de la lumiere
Interrompre fes loix , rétrécir ſa carriere.
Une flamme légere en ſes longs mouvemens ,
Eparpille dans l'air des faifceaux ondoyans ,
Et des cieux moins brunis les voûtes impoſantes
Se revêtent ſouvent de colonnes brillantes.
Mais c'eſt peu ; contemplons ces momens déſaſtreux
Ces orages d'hivers , ces ouragans affreux , (3)
१
(2) L'aurore boréale devient plus intéreſſante à me
fure qu'on s'approche du Pole. Ce phénomene ne parolt
dans tout son éclat qu'entre le boe & le 7ce degré
de latitude ſeptentrionale. Ceux qui veulent s'en
former une idée precise peuvent confulter, le grand
Dictionnaire Encyclopédique , article Aurore boréale.
(3) Cette espece d'ouragan , nommé en Ruſſe métel ,
est très redoutée. Elle fait périr nombre de personnes,
en route. Ses effets sont incomparablement plus fenfibles
en Sibérie & dans ce qu'on nomme les ſteps ou
i
AVRIL. Ι. Vol. 1775.
Quand PAquilon , doublant l'horreur & la froidure ,
Charge encor le tableau des maux de la nature,
11 chaſſe des côteaux , dans le fond des vallons ,
Ces humides tapis de neige & de glaçons .
Et lance en même temps , ſur les cimes pelées ,
Les flocons entaſſés dans le creux des vallées .
Ces tourbillons , ces corps l'un à l'autre oppoſés,
Ce choc des élémens l'un par l'autre briſés ,
Troublant le Voyageur dans le champ qui vacille ,
L'enferment avec bruit dans un globe mobile,
Il marche ; l'orbe cede. Où diriger ſes pas !
Près de lui , loin de lui ſe preſent les frimats ,
Et le ciel & la terre , & les objets ſenſibles
A fes yeux étonnés deviennent inviſibles .
Mais il ne reſte plus de traces de nos maux
Quand le foleil vainqueur entre dans les Gémeaux.
Quels tranſports raviſſans ! quel charme inexprimable !
Zéphyr , en devançant une Déeſſe aimable ,
Par un ſouffle paiſible & plein de volupté ,
Epanche mollement la vie & la ſanté.
Il ſe joue , & tout prend une face nouvelle ;
L'Idalie eſt aux lieux rajeunis par fon afle.
Sous les aſtres de l'Ourse on trouve le Lignon.
La folie a banni l'ennui de ce canton.
9
déserts, que dans les provinces intérieures de l'Empire.
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Le fentiment s'éveille & s'enflamme ſans ceffe,
Echo prolonge au loin le cri de l'algéreſſe ,
Ce cri délicieux , le ſignal du printemps ;
Et l'enfant de Paphos eſt le Dieu de nos ſens .
La loi qu'il nous impoſe eſt la ſeule adorée.
On s'abreuve à longs traits dans ſon urne ſacrée.
Que la tendre Euphroſine & ſes touchantes Soeurs ,
Inclinent pour Chloé plus que pour les grandeurs ;
Une Dame titrée au fond de l'ame enrage
De céder d'agrémens aux Nymphes du village;
C'est un affront , dit- on , fait à la qualité. (4)
Ah ! rien ne plaît au coeur ſans la ſimplicité.
En vain à ſe parer Dorphiſe ſe tourmente ,
L'art éblouit ſans doute & la nature enchante.
Ce n'eſt point par degrés que Flore en nos climats
Aſſemble ſes atours & reprend ſes appas.
A peine le Zéphyr careſſe la prairie ,
A peine ces climats font rendus à la vie ,
Que le front de Cybele eſt nuancé d'émaux.
L'émeraude a percé l'écorce des rameaux ,
Et déjà Philomele au ſein d'un verd bocage ,
De ſes acccens perlés charme le voiſinage.
Des parfums du matin les airs ſont imprégnés.
Dans cet enchantement , dans ces temps fortunés ,
Le Laboureur confie au guéret qu'il fillone
(4) Vers de la Comedie de Nanine.
AVRIL. 1. Vol. 1775. II
.........
Des tréſors qu'en deux mois il decuple & moiſfonne. (5 )
Dans le coeur de l'été pénétrons ſous le ciel ,
Où l'on voit dominer les remparts d'Arcangel ;
Minuit ſonne , & le jour éclaire ces contrées. (6)
(5) On a cherché à exprimer deux vérités dans ce
vers ; l'une , qu'entre Moscou & Pétersbourg il ne s'é
coule gueres que deux mois depuis le temps qu'on feme
les grains en Mars , jusqu'à celui où on fait la récolte.
1
L'autre , que les ſemences rapportent dix grains pour un.
C'est même quelque chose de commun en Ingrie , en Estonie
& en Livonie.
(6) Ces vers font imités d'un morceau de la Pétréade
de feu M. Lomonosow , où Pierre le Grand est représentenaviguant
sur la Mer Blanche. En voici la traduction
littérale, Latre du jour atteint minuit & ne cache
point sa face ardente dans Pabysme. Il paroft comme
une montagne de flammes au-deſſus des vagues , &
étend un éclat pourpré de derriere les glaçons. Au
milieu d'une nuit merveilleuse , éclairée de tous les
rayons du soleil , les fommets dorés des flots vacillans
éblouiffent Pail dy Navigateur,
12 MERCURE DE FRANCE.
De l'Océan du Nord les vagues azurées ,
Ecument de fatigue en rompant le rayon
D'un diſque , qui ſe meut fans quitter l'horifon .
L'édifice pompeux , aux afles blanchiſſantes ,
Qui vole en effleurant les plaines mugiſſantes ,
Par les noeuds du commerce arrête ſur ces bords ,
Va tranſporter au loin nos utiles tréſors ; (7 )
Sans avoir entrevu dans ſes courſes célebres ,
Ni les faphirs des nuits , ni l'aſtre des tenebres .
Aux bornes de ces mers , quels coloſſes brillans
Semblent toucher les cieux de leurs fronts menaçans ?
Leur aſpect fait frémir. Ces maſes formidables
Sont l'onde transforinée en rocs inaltérables .
Lefluide , durci par d'éternels hivers ,
Plus haut que l'Apennin s'éleve dans les airs .
Des monftres à fes pieds , méditant ſa ruine ,
(7) Presque toutes les marchandises qui fortent de
Rufſie ſont des objets de premiere nécessité, comme le
chanvre , le fer , le cuivre , les mats , les bois de conſtruction
, la cire , le fuif, &c. & les grains , branche
nouvelle de commerce que le pays doit à l'auguste Catherine
II. On croira dificilement à quel point ce dernier
article augmente l'exportation qui se fait par Arcangel.
AVRIL. I. Vol. 1775. 13
Ne peuvent ébranler ſa profonde racine ;
Et lorſque le ſoleil tempere ſes ardeurs
Ses prismes merveilleux répetent ſes couleurs.
Hélas ! où m'emportai - je , & quel eſpoir m'abuse ?
Pour rendre ces objets il nous faudrait ta Muſe.
Elle ſeule pourrait , ſur ces bords écartés ,
Deffiner noblement ces locales beautés.
O ! combien j'applaudis , alors que ton génie
Des habitans des champs m'offre la bonhommie ,
Leurs vertus ſans apprêts , leurs fêtes ſans langueur,
La chaſteté , la foi , l'équité , la candeur ,
La franchiſe adorable & les amours finceres
Semblent être en dépôt ſous les toits ſolitaires :
Dans ces humbles hameaux que dédaignent les Grands ,
On y trouve , au lieu d'or , de paiſibles momens.
La médiocrité ne connaît point d'alarmes.
Après un long travail le repos a des charmes .
Le plaifir eſt plus pur quand il n'eſt point payé,
Et qui n'eſt pas oiſif n'eſt jamais ennuyé ,
Je les vois quelquefois ces Bergers , ces Bergeres ,
Ces Villageois contents au ſeuil de leur chaumieres .
Que je mépriſe alors nos lambris faſtueux !
Le calme eſt dans mon coeur , la gatté ſous mes yeux ,
Il ne manque plus rien au bonheur de ma vie.
Heureux qui , s'appuyant ſur la philoſophie ,
Modeſte en ſes deſirs & fans biens ſuperſlus ,
Dans un ſéjour obſcur cultive ſes vertus !
MERCURE DE FRANCE,
Lié par ſes devoirs , & non chargé d'entraves ,
Il vit fans préjugés , ſans mattre & fans esclaves ;
Et contemple en pitié les fragiles faveurs ,
L'appareil du pouvoir , le fonge des honneurs ,
Ces titres , ces emplois , brigués avec baſſeſſe ,
Dont l'homme médiocre entoure ſa faibleſſe ;
Qui , charmant ſes regards juſqu'au bord du cercueil ,
Etourdiſſent ſa tête en flattant ſon orgueil.
L'auguſte vérité , ſa compagne fidelle ,
Toujours à ſes côtes , lui ſemble toujours belle
Et la tendre amitié , prodiguant tous ſes dons ,
Embellit ſes foyers de ſes plus doux rayons ;
C'eſt le feu de Veſta que garde l'innocence.
Ah ! dans ce ſiecle affreux de crime & de licence ,
Quand le luxe cruel vient endurcir les coeurs ,
Et briſe infolemment la barriere des moeurs ;
Quand l'homme dégradé, ſans force & fans courage ,
Préſente à Plutus ſeul ſes voeux & fon hommage ,
Et croit que le bonheur , qu'il cherche avec tranſport ,
Ne ſe trouve jamais que fur des piles d'or ;
Il eſt beau de tracer la félicité pure
:
Qu'on goûte à peu de frais , au sein de la nature;
D'offrir à nos Créſus , aux cinq ſens émouſſés ,
Tous les jeux des hameaux par des jeux remplacés;
D'honorer à leurs yeux le foc de Triptoleme ;
De peindre la vertu , baſe du bien fuprême ;
:
AVRIL . I. Vol. 1775. 15
De rappeler enfin les humains étonnés ,
Aux emplois innocens pour leſquels ils font nés :
Ce font- là les travaux de ton génie aimable .
Pourfuis , & Saint - Lambert ! que ta main fecourable
Préſente de nouveau ces tableaux raviſſans ,
Qui ſatisfont l'eſprit, le coeur , l'ame & les fens;
Ajoute à nos plaiſirs en remontant ta lyre :
Un C ** te cenfure & l'Europe t'admire.
C'eſt ainſi qu'autrefois l'ingénieux Maron
S'élevait par ſes chants au sommet d'Hélicon
De l'Empire Romain captivait le ſuffrage ,
Tandis que Mévius lui prodiguait ſa rage.
Ton ame eſt au - deſſus de ces faibles dégoûts ;;
Le talent fut créé pour faire des jaloux.
Malheur à l'Ecrivain qui déſarme la haine.
Les arts ſont devenus une indécente arene ,
Où toujours les vaincus infultent aux vainqueurs ;
Et combien de Lettrés font des Gladiateurs
Cent pédants belliqueux vous déclarent ia guerre (8) ;
Ils font vos ennemis , dès que vous favez plaire.
(8) On diflingue, à Paris la haute& la baffe Litté
rature , comme on distingue à Vienne en Autriche la
grande & la petite Noblesse. Parmi la populace des
16 MERCURE DE FRANCE.
FABLE PRÉSENTÉE A LA REINE.
JUPITER ET LE PAPILLON.
UN Papillon de bonne race
Conçut un jour la noble audace
De tenter la route des cieux ;
Hélas ! diſoit - il , quel eſpace
Entre les hommes & les Dieux !
Fort à propos un Aigle paſſe ,
C'étoit l'oiſeau de Jupiter ;
Il le voit , le ſaiſit , l'embraſſe:
Voilà le Papillon dans l'air.
Il arrive ; tout l'Empirée
Ecrivains , il s'éleve de temps en temps de ces hommes
impudens qui disent au Public qu'il a tort d'estimer tels
& tels Auteurs , dont le mérite prodigieux les humilis.
Čes gens dégoûtans , qui s'érigent en Apotres du goût,
font encore plus ridicules qu'odieux , quoique leurs facéties
Joient ordinairement farcies d'atrocités. Note de
l'Auteur.
Précifement
AVRIL. 1. Vol. 1775. 17
3
Précisément célébroit dans ce jour
Une fète au ciel conſacrée
Par le reſpect & par l'amoura
Plus on ſent , moins on peut ſe taire:
Le Papillon , pour fon malheur .
N'étoit pas brillant orateur ;
Il vouloit parler... Comment faire ?
Il prit ce qu'il dit dans ſon coeur ;
Et ce qu'il bagaya fut plaire.
On applaudit à ſes tranſports.
Avant que de quitter les voûtes éternelles ,
Je veux , dit Jupiter , qu'on lui dore les afles
Pour récompenſer ſes efforts.
L'Olympe retentit à la voix de ſon Maftre ,
Et le Papillon fut content ;
Il fut heureux : je pourrai l'être
Quand vous voudrez en dire autant.
:
Par M. l'Abbéde Morveaui
B
18 MERCURE DE FRANCE.
DIALOGUE.
Entre THAMAS KOULI KAN, Roi de
Perfe ; & LA PRINCESSE AL.....
veuve du Grand Prince de R.....*
LA PRINCESSE AL...
ENFIN , me voilà délivrée du fardeau
de la vie , après l'avoir été auparavant de
celui des grandeurs.
201
TH. KOULI -KAN.
Je perdis la vie& mes grandeurs lorsque
j'allois en jouir le plus tranquillement.
J'avois payé ma fortune affez cher
pour qu'elle dût être plus durable.
LA PRINCESSE AL...
Fûtes vous Monarque ou Empereur ?
TH. KOULI - KAN. -
Je portai le titre de Roi des Rois. Il
* Ce Dialogue eſt anecdotique , & l'anecdote eſt des
plus modernes .
AVRIL . Vol. 1775. 1o
y avoit une diſtance infinie entre ce rang
& celui où la fortune m'avoit fait naître.
Je ne fus d'abord qu'un brigand obſcur ,
& enſuite chef de brigands. Je me vis
→ recherché par le Souverain qui auroit dû
me punir. Je devins ſon appui ; mais je ne
tardai pas à devenir ſon oppreſſeur. J'at
tentai à ſes jours ; je fis périr l'enfant qui
devoit lui fuccéder. Vous frémiſſez ! j'en
frémis moi - même , dans ces lieux où le
. voile de l'ambition ne faſcine plus mes
regards , & me laiſſe enviſager mes forfaits
avec toute leur noirceur. Mais le
Trône de Perſe où je montai , la Turquie
humiliée par mes armes , l'Inde foumiſe
* & dépouillée par mes mains ; tout contribuoit
à nourir l'ivreſſe de mon ame & de
mes deſirs. Un crime couronné par tant
de ſuccès ne me parut plus un crime. Je
ne parus plus occupé que du ſoin d'en
jouir avec éclat. Je gouvernai en maître
abfolu, mais équitable; & fi l'Afie me
confond parmi les Usurpateurs , la Perfe
me comptera toujours au nombre de ſes
- plus grands Rois.
-
:
LA PRINCESSE A L...
Vous êtes donc le célebre Thamas-
Kouli-Kan ? B2
20 MERCURE DE FRANCE.
TH. KουULI-KAN.
Oui , vous voyez en moi ſon ombre.
Je fus précipité du Trône comme j'y étois
monté ; par un crime. Un de mes
neveux trempa ſes mains dans mon fang ;
moins pour punir en moi l'Ufurpateur que
pour s'emparer du rang que j'avois ufurpé.
LA PRINCESSE AL...
Il eſt triſte pour l'humanité que l'envie
de gouverner les hommes rende quelques-
uns d'entre eux ſi criminels. J'étois
née pour contempler de près le rang ſuprême.
Je fus portée, par une alliance ,
à côté du Trôné de R..... ; j'épouſai
l'héritier préſomptif de cet Empire , &
j'attendois ſans impatience que l'ordre de
la Nature lui fit remplacer P.... le
Grand. Je faifois même des voeux pour
que ce ſecoud fondateur de l'Empire des
R.... gouvernât long -temps le peuple
qu'il avoit formé. On accuſa mon époux
de faire des voeux contraires , & même
d'y joindre des projets plus dangereux. Un
pere qui regne eſt peu diſpoſé à rejetter
une accufation. Bientôt le C... ne vit plus
dans ſon fils qu'un chef de révolte. It le
i
AVRIL. I. Vol. 1775. 21
i
4
fit arrêter ; on le jugea coupable ; & cette
tête deſtinée à porter une couronne ,
tomba ſous les coups d'un vil bourreau.
TH. KOULI - KAN.
J'aurois pu , en pareil cas , épargner
cette honte à mon fils ; mais je n'euſſe
pas épargné ſa tête.... Quel fut votre
fort après celui de votre époux ?
LA PRINCESSE AL...
On m'avoit reléguée dans une étroite
priſon : j'y attendois la mort , & je la
défirois . L'Officier chargé de veiller à ma
garde , fut touché de ma ſituation & des
autres malheurs qui pouvoient s'y joindre.
J'étois jeune , j'étois belle , j'étois
en péril & il étoit François. Il riſqua de
ſe perdre pour me ſauver. Je ne me dé-
- terminai qu'avec peine à profiter d'un
fecours ſi dangereux pour lui ; mais il
inſiſta , il preſſa ; nous devions fuir enſemble....
Je crus devoir me fier au
haſard dans une circonſtance où le haſard
ſeul pouvoit me ſervir.
TH. KOULI - KAN.
Je parierois la vigne d'or du Grand-
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
Mogol , fi j'en étois encore le maître ,
que ce François étoit jeune , bien fait ,
&tant ſoit peu étourdi.... Mais ne parlons
que de votre fuite. Fut- elle heureuſe?
LA PRINCESSE AL...
Plus que je n'ofois l'eſpérer. Un déguiſement
bien choiſi nous fit échapper
à toutes les recherches. Mon libérateur
m'amena dans ſa patrie. Il n'y jouiſſoit
pas d'une grande fortune , & il ne me
reſtoit de toute la mienne qu'un titre
dont je n'ofois plus me parer. Il m'ime
portoit d'ailleurs de me ſouſtraire aux
regards de tous ceux qui pouvoient me
reconnoître. Nous prîmes le parti , mon
époux & moi....
TH. KOULI - KAN.
Votre époux !
LA PRINCESSE AL...
Qui ; j'avois épouſé mon libérateur.
Ти. KOULI - KAN.
Vous voyez , Princeſſe , que je n'aurois
pas perdu ma vigne,
AVRIL. I. Vol. 1775. 23
LA PRINCESSE AL...
J'eus à combattre un préjugé trop généralement
reçu en Europe; mais un ſentiment
plus vif me fourniſſoit des armes
contre lui. Il eſt des cas où la reconnois-
- ſance paroît ſi légitime ! mon bienfaiteur
n'exigeoit rien , & je l'en trouvois plus
digne d'obtenir ce qu'il ne demandoit pas.
Il avoit tout haſardé pour moi , & je n'avois
d'autre récompeuſe àlui donner que
moi - même. C'étoit la ſeule choſe que
m'eût laiffée la fortune. Mais celui à qui
j'en voulois faire le ſacrifice combattoit
ſes propres deſirs & les miens : il fon-
- geoit moins à l'état où il me voyoit réduite,
qu'au rang où il m'avoit vue élevée.
Enfin un médiateur plus pluiſſant
nous mit d'accord; ce fut l'Amour. In
ne connoît point les diſtinctions inventées
par la politique. Il aime à les rapprocher
; il ſe joue des conventions humaines
; & lorſqu'il parle fortement , il
- eſt rare qu'on écoute un autre langage.
TH. KOULI - KAN.
Votre Europe auroit grand beſoin de
prendre quelque leçons de notre Afie.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
Elle y apprendroit à ſe familiariſer avec
ces méfalliances , qui ne font point hors
de l'ordre , puiſqu'elles font dans la na
ture.
LA PRINCESSE AL...
1
Sans doute; mais preſque tout eſt con.
vention chez les humains. La beauté
certaines vertus , certains devoirs , certaines
bienféances ne font parmi eux que
l'effet de cette convention, Elles different
chez différens Peuples comme les productions
des climats qu'ils habitent. Mais
j'avois à craindre autre choſe que le blame;
il falloit me ſouſtraire aux recher.
ches d'un ennemi puiſſant. Il falloit , de
plus , me fouftraire , mon époux & moi ,
aux horreurs de l'indigence. Il obtint un
emploi honorable dans les Troupes que
la France envoyoit aux Indes. Je le fuivis
; j'affrontai avec lui les dangers que
l'on court fur ces mers immenfes qui féparent
l'Europe de l'Aſie, Arrivés dans
ces lieux , fi nouveaux pour moi , mon
époux eut d'autres périls à braver. Il y
trouva la mort ; il périt dans un combat
livré aux Anglois. Jugez de ma cruelle
ſituation ! étrangere , ignorée , hors d'état
ε
AVRIL. I. Vol. 1775. 25
de me faire connoître , intéreſſée même
à ne pas être connue , j'éprouvrai toutes
les atteintes de l'infortune , ſans entrevoir
aucun remede à mes diſgraces. Le
préſent m'effrayoit , l'avenir n'offroit à
mon eſprit qu'un nouvel abyſme. J'enviois
le fort des humains les plus abjects ,
&j'aurois voulu pouvoir le partager. II
ne me reſtoit de toutes mes grandeurs
que l'impuiſſance de pouvoir deſcendre
aux derniers rangs .
TH. KOULI-KAN.
J'avoue que ce récit m'intéreſſe. Quel
parti prêtes-vous enfin ?
LA PRINCESSE AL...
Celui de m'expoſer encore à l'inconstance
des mers & des événemens . Mon
fort me réduifſoit à tout braver. Je revins
en France. J'y ſubſiſtai d'une modique
penſion que me valut la mort de mon époux.
J'y vécus perpétuellement inconnue.
Un jour cependant queje meprome-
- nois dans le magnifique jardin des Rois
de France ( 1 ) , j'y fis une rencontre qui
7
(1 ) Aux Tuileries .
BS
26. MERCURE DE FRANCE.
penſa dévoiler mon incognito. Ce fut
celle du célebre Maurice de Saxe , ce Général
qui fit tant de bruit dans le monde ,
quelques temps après que vous l'eûtes
quitté. Il m'avoit vue à Moſcou ; il me
reconnut à Paris. Je cherchai en vain à
m'eſquiver ; il m'aborde & me témoigne
fon étonnement. Il falloit me dé.
barraſſer de ſes queſtions: je lui aſſignai
un autre jour & un autre lieu pour y répondre.
1
TH. KOULIKAN.
Il fut fans doute exact au rendez- vous,
LA PRINCESSE A L...
Je l'ignore ; le rendez vous n'étoit que
fimulé. Je ne voulois point de confident
d'une ſituation qui ne pouvoit plus changer.
Il eſt vrai que mon ennemi n'existoit
plus ; mais le préjugé que j'avois bravé
ſubſiſtoit toujours. Je ne me repentois
, ni ne voulois m'accuſer de rien.
J'étois réfolue de finir dans l'obſcurité
une carriere qui eût été plus heureuſe , ſi
je l'euſſe commencée avec moins d'éclat.
AVRIL. I. Vol. 1775. 27
y
TH . KOULI - KAN.
Ne deviez - vous pas craindre de nouvelles
rencontres ?
1
LA PRINCESSE AL....
Je pris de nouvelles précautions pour
m'y fouſtraire. Je me retirai dans un village
voiſin de la capitale (1) ,& habité par
des humains qui ne ſoupçonnent point la
grandeur où elle ne ſe montre pas . J'y
vécus , oubliée de toute la terre , & oubliant
moi- même qu'on pût y jouer un
plus grand rôle. En un mot, je trouvai
le repos dans ma retraite ; &, dans une
poſition telle que la mienne , c'étoit y
trouver le bonheur
TH. KOULI -KAN.
Pardonnez ; je crois difficilement à ce
bonheur ſi tardif. Il en eſt des grandeurs
comme de certains climats , qu'on ne
quitte pas impunément , lorſqu'on y eſt
né , qu'on n'habite pas impunément ſi
l'on naquit loin d'eux.
(1) Le village de Vitry.
28 MERCURE DE FRANCE.
LA PRINCESSE AL...
Le repos eſt pour l'ame ce que la bonté
du climat eſt pour le corps. Je me
rappellois mes grandeurs paſſées comme
on ſe rappelle un fonge pénible & douloureux.
L'inſtant du réveil eſt toujours
accompagné d'un ſentiment de joie, Vous
ne jouîtes point de cet inſtant ; votre
ſonge ne finit qu'avec vos jours.
TH. KOULI - KAN.
J'aurois voulu pouvoir le prolonger.
Tout est fonge dans la vie , & il vaut
encore mieux rêver qu'on eſt le Maître
d'un vaſte empire , que de ſe croire l'Esclave
de quelque petit Deſpote.
LA PRINCESSE AL ...
Au fond , je crois la choſe aſſez égale ;
mais voyez à quoi tient le repos de la
terre & le bonheur des indiviuus qui l'habitent.
L'aſie eût été bien moins troublée
ſi vous n'euſſiez jamais quitté votre village
, & ma vie eût été bien plus heureuſe
fi j'avois plutôt habité le mien.
Par M. de la Dixmerie.
AVRIL: I. Vol: 17753 29
1
EPITRE à un de mes Amis , auffi conſtant
que malheureux dansses amours.
T
E voilà , nouveau Celadon ,
Toujours plus tendre & plus fidele :
Jamais les rives du Lignon
N'avoient vu de flamme ſi belle ;
Auſſi que ne naiſſois - tu là ?
L'Amour t'eût donné la couronne.
Et de ces beaux ſentimens -là
Aucun en France ne la donne.
Y ſonges-tu ? Ne vif , charmant ,
Le François ne doit l'art de plaire
Qu'à ce rayon de ſentiment ,
Cette étincelle & légere
Qui brille & meurt au même inſtant.
Le coeur eſt une fleur naiſſante
Qu'entrouvre une douce chaleur : ..
Quand elle devient trop ardente ,
On voit foudain languir la fleur ;
Mais un léger ruiſſeau qui coule ,
Bondit & gazouille à l'entour ,
Vient tempérer les feux du jour.
L'inconſtance eſt le flot qui roule
30 MERCURE DE FRANCE.
Pour calmer les feux de PAmour.
Pauline eut ton coeur ; à Julie
Cours à l'inſtant porter tes veus :
Ah ! pour plaire à Nymphe jolie ,
C'eſt un titre bien précieux
Qu'une Beauté déjà trahie.
Te voilà donc tout réformé.
Moins raisonnable & bien plus ſage ,
Moins aimant & bien plus aimé;
Tu vas déſormais faire rage.
Trifte , languiſſant , abattu ,
Le reſpect rampe aux pieds des Bellesa
L'Amant qui veut triompher d'elles
Doit croire moins à leur vertu
Leur coeur , en cherchant à paroître
Ce qu'au fond il dément tout bas ,
Haïroit trop de nous voir être
Comme elles voudroient n'être pas
Julie auroit la fantaiſie
D'un coeur conſtant dans ſes amours
Mais en est - il ? Promets toujours ,
Jure de l'aimer pour la vie.
A quoi t'engagent des fermens ?
Le vent les porte ſur ſes atles.
Le Ciel punit - il les Amans
Pour n'avoir pas été fideles ?
A vingt Déeſſes tour à tour
AVRIL. I. Vol. 1775. 3
(Prenons Jupiter pour modele)
Il fit mille fermens d'amour
Qu'il oublia le même jour
Aux genoux de quelque Mortelle .
Hercule , de grand ſentiment ,
Se piqua-t- il auprès d'Omphale ?
Iole encor l'eut pour Amant.
Phoebus garda-t-il ſon ſerment ?
Mars aima Vénus tendrement ;
Vénus eut plus d'une rivale.
On peut , en imitant les Dieux ,
Ne pas rougir d'être coupable.
En amour , qui trompe le mieux ,
Fut de tout temps le plus aimable.
Dès que ta conquête ne tient
Qu'à quelque peu de perfidie ,
De plein droit elle te revient ;
Et l'uſage t'acquiert Julie.
Mais comment tromper les jaloux
Qui , nuit & jour , en ſentinelle ,
De douze clefs , de vingt verroux
Arment une porte cruelle ?
Sur ſes gonds , comment ébranler
Sa maſſe lourde & gémiſſante ?
L'Amour , que Julie y conſente ,
D'un ſeul doigt la fera rouler.
Argus , vos foins nous font utiles ;
Nous nous plaignons à tort de vous :
32
MERCURE DE FRANCE.
Rendez les plaiſirs difficiles ,
Il n'en feront que bien plus doux
Et les Nymphes bien plus dociles .
Eh ! qui pourroit nous réſiſter
Quand l'Amour ouvre le paſſage ?
Argus , frimats , nuit , vents , orage ,
Que rien ne puiſſe l'arrêter.
Vénus hait les coeurs fans courage ,
Et ſes faveurs font le partage
De ceux qui ſavent tout tenter
A Aix. Par M. d'Hermite de
Maillane.
BOSI ; Conte tiré d'un Auteur Turc.
Bosi , né avec le caractere le plus heureux
, l'ame la plus ſenſible , les ſentimens
les plus diftingués , ſembloit n'avoir
rien à déſirer. Il comptoit pour Aïeux
pluſieurs Muſulmans , qui , par leurs lumieres
, s'étoient illuſtrés à Stamboul. Ce
qui fur-tout lui faisoit beaucoup d'honneur
, c'étoit d'être d'une famille dont
aucun des membres , depuis un temps
immémorial , n'avoit eu la foibleſſe de
rire. Une aiſance honnête le tenoit élevé
au deſſus des malheureux qui rampent
dans
AVRIL. I. Vol. 1775. 33
i
১
dans la pouſſiere. Il vivoit retiré dans
une terre éloignée du fracas de la ville
& du ſiege du deſpotiſme ; & , pour le
récompenſer de ſa vertu , le divin Pro-
> phete verſoit ſur lui la roſée de ſes faveurs.
Le deſtin voulut l'éprouver par
quelques tribulations. Un injuſte voiſin
s'empara de ſes biens , le maltraita & le
chaſſa de fa maiſon. Pénétré de douleur ,
il conſulta des Sages qui lui donnerent
des avis dont l'exécution étoit impoſſible.
Il conſulta ſes amis , qui ne purent que
mêler leurs larmes aux ſiennes. Enfin il
conſulta ſes parens. Ceux- ci lui avouerent
qu'un de leurs proches nommé Mous-
• ſouw , etoit parvenu au rang de Bacha à
trois queues , en achetant , par des basſeſſes
, l'amitié du petitAli ; que ce petit
Ali étoit un compagnon de débauches
de l'Empereur Bajazet II , ſur l'eſprit dus
quel il avoit un afcendant incroyable.
On lui ajouta qu'il fereit bien de recourir
à Mouſſouw pour obtenir une prompte
*juſtice. Boſi refuſa d'abord d'employer à
une auſſi belle oeuvre un homme parvenu
* à un dégré de fortune auſſi éminent , par
› des moyens auſſi bas. Jeune homme ,
lui dit un vieillard ,le fumier fait pousfer
les roſes , & ſouvent Dieu ſe ſert
"
"
ود
C
34 MERCURE DE FRANCE.
"
"
"
du vice pour faire triompher la vertu.
Hâte-toi d'aller trouver Moufſouw ,&
ne néglige rien pour obtenir la punition
de ton voiſin. Si tu lui pardonnes
,, pour toi-même (ce dont je ſuis perſua-
,, dé) je te défends de lui pardonner pour
ود
" la fociété". Boſi obéit. S'appuyant fur
un gros bâton noueux ,il ſe met en chemin
&arrive à Stamboul. Il ſe préſente chez
Mouſſouw , s'annonce comme ſon parent.
On dit à Mouſſouw qu'un homme
feul , venant à pied, de fort loin , à l'audace
de demander à lui parler en qualité
de parent. , Mes parens ,s'écria le Bacha
„ à trois queues , quand ils voyagent , ont
,, une nombreuſe eſcorte ; ils montent
" des chevaux qui ont tous plus de 300
,, ans de nobleffe , & leurs pieds , rougis
„ du ſang du peuple ,ne foulent que des
,, tapis de pourpre.Qu'on chaſſe donc cet
,, homme , je ne veux pas le voir" .
"
"
Boſi fut frappé de cette réponſe comme
d'un coup de foudre ; ,, Ovieillard !
dit- il à l'inftant , quel conſeil m'as - tu
donné ! Si de pareils refus outragent
le dernier des hommes , lorſqu'ils proviennent
d'un étranger , combien ne
doivent - ils pas être ſenſibles pour une
ame noble qui les fouffre d'un parent ? "
ود
وو
"
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 35
>
}
Bofi au défeſpoir , réſolut d'obtenir
juſtice de l'Empereur même. En effet il
faiſit l'inſtant où Bajazet va le matin à la
Moſquée: il fend les rangs des Janiſſaires
, il ſe jette aux genoux du Prince &
lui expoſe en peu de mots ſes fujets de
plainte , tant contre ſon voiſin que contre
fon parent. Bajazet étoit juſte quand
il étoit de ſang-froid: Leve-toi , dit-il à
Boſi ,& va- t -en chez tois Boſi ſe leve ,
s'éloigne avec précipitation , arrive dans
fa terre. Le premier objet qui ſe préſente
= à ſes yeux eſt fon voiſin pendu vis-à-vis
fa porte. ,, Je trouve l'arrêt trop févere ,
,, s'écria le vertueux Musulman ; il n'étoit
3, pas mon parent , on pouvoit efpérer
,,, de lui quelque retour". En entrant dans
ſa maiſon il apperçoit Mouſſouw qui
étoit auſſi pendu : ,, Cette punition eſt
,, juſte, dit alors Boſi: car un tel parent
, ne pouvoit être qu'un monſtre".
Par M. de Lamoligniere.
C2
30 MERCURE
DE FRANCE,
EPITRE à Mademoiselle de P *** , en
lui envoyant un Recueil de vers.
R
ECEVEZ P *** le galant breviaire
Que les neuf Muſes ont dicté ;
Vous y lirez maint cantique chanté
Par les Amours au Temple de Cythere .
Lorſqu'en le feuilletant j'y trouvois les portraits
De Zirphé , de Zélis ou d'une autre Bergere ,
Je me diſois : elle a bien plus d'attraits
La Beauté qui ſait tant me plaire :
Aufſi , pour mon malheur , elle eſt bien plus ſévere.
Ma conſtance , mes foins ne peuvent l'attendrir ;
Elle rit de mes pleurs , s'offenſe d'un ſoupir ;
Un ſeul de mes regards excite ſa colere.
*Amant délicat & difcret ,
J'ai vu deux fois la tendre tourterelle
Céder aux doux tranſports de ſon oiſeau fidele ,
Et repeupler cet antique boſquet ;
Où chaque jour , quand la triple Immortelle
Sous les loix du fommeil enchaîne les humains ,
Je vais gémir des rigueurs de ma Belle ;
Cet antique boſquet où mes tremblantes mains
Ont tracé fi ſouvent le nom de la cruelle .
J'ai vu deux fois la ſaiſon des Amours
Ramener en ces lieux Zéphyr & les beaux jours ;
Deux fois j'ai vu tous les êtres ſenſibles
९
AVRIL, I. Vol. 1775. 37
}
3
>
S'enflammer & s'unir ſur ces rives paiſibles ,
Et , fortunés par lui , célébrer le printemps .
Tout s'eſt renouvelé ſous l'empire de Flores
Et moi ſeul , embraſé du feu qui me dévore ,
Je ſuis reſté toujours en proie à mes tourmens .
Dieu de Paphos , pour prix de ma conſtance ,
Adoucis s'il ſe peut ſa fiere indifférence,
Sous le chever de P ...
Vas dépoſer ce volume chéri,
Des plus belles chanſons fais lui noter la page :
D'Imbert ou de Dorat les chants harmonieux ,
L'attendriront peut- être en lifant cet ouvrage.
Saiſis avec ardeur ce moment précieux.
Dis lui : „ Si ton Berger ne ſauroit faire entendre
Des actens auſſi doux , auſſi mélodieux ;
"
39 S'il ne peut égaler ces Poëtes heureux ,
»Aucun d'eux n'eut un coeur plus ſenſible &plus tendre" .
Par M. de Bellerie .
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
ELÉGIE DE TIBULLE.
P
Divitias alius.
our l'avare mortel que l'or ſeul ait des charmes ,
Qu'il entaſſe à fon gré ce métal précieux ;
Jamais il ne jouit , il vit dans les alarmes :
Le ſommeil fuit loin de ſes yeux.
Dans le ſein du repos je puis couler ma vie ,
Et dans ma pauvreté goûter un fort heureux ;
Si de fruits chaque jour ma corbeille eſt remplie ;
Si Bacchus répond à mes voeux.
Je ne rougirai point de travailler ma vigne ,
D'apporter au bercail le chevreau délaiſfé.
Palès , de tes bienfaits ſi tu me trouves digne ,
Un lait pur te ſera verſé.
Soit qu'un marbre pompeux nous offre ton image,
Soit que par un tronc vil tes traits ſoient reproduits ,
O Déeſſe des champs ! je te ferai l'hommage
Des prémices de tous mes fruits .
Suſpendons , O Cérès ! aux parvis de ton Temple
Les épis des moiſſons , en couronne treſſes ;
Et que dans mes vergers , Priape , on te contemple
Parmi les oiſeaux diſperſés .
AVRIL, I. Vol. 1775. 39
Vous , jadis les gardiens d'un plus riche héritage ,
Mes Lares agréez ce modique préſent :
Un agneau , de mes voeux ſera l'unique gage ,
Tribut d'un mortel indigent,
Exaucez- nous au bruit des chants de la jeuneſſe t
Nos vaſes ſont d'argile , ils font purs , l'age d'or
Ignoroit , comme nous , l'éclat de la richeſſe;
Les dons du coeur font un tréfor.
Pourſuivez les troupeaux qui vont courant la plaine ,
Loups cruels épargnez mes agneaux peu nombreux.
Je ne regrette point un plus vaſte domaine,
Ni l'or des lambris ſomptueux.
Sous un ruſtique toit , dans mon unique couche ,
Que je repoſe en paix, pauvre fans embarras ;
- Que j'entende gronder la tempête farouche ,
Serrant Délie entre mes bras !
Le calme eſt dans mon coeur , & l'Auſter en furie
Fait tomber de la nue un déluge bruyant ;
- Soyez riche , inſenſe qui perdez votre vie
Abraver Neptune écumant.
T
Je fais vivre de peu: le temps m'a rendu ſage.
Je paſſerai mes jours ſur le bord des ruiſſeaux ,
A l'abri du ſoleil , ſous un épais ombrage .
Flatté du murmure des eaux,
}
C4
40 MERCURE DE FRANCE.-
Périſſent les tréſors que le Pactole donne ,
Plutôt que mon départ afflige la Beauté !
Sois vainqueur , Meffala , ſuis le char de Bellone,
L'Amour ſeul me tient arrêté.
Que m'importe l'encens du ſtupide vulgaire
Délie , auprès de toi je trouve l'Univers ;
Près de toi je ſerai paſteur & folitaire ,
Et j'oublierai tous mes revers.,
Sur le ſimple gazon mon ſommeil eſt paiſible ;
L'Amour préfere-t il les fuperbes tapis ?
Délie eft avec moi ! par un charme invincible
Ces aſyles font embellis.
Quel eſt le coeur de fer qui , délaiſſant les Graces ,
Epris d'un fol eſpoir , cherche de vains lauriers ?
Et de Mars en fureur oſant ſuivre les traces ,
S'élance à travers les guerriers ?
Délie , & mes amours ! quand la Mort effrayante
Viendra près de mon lit pour frapper ton Amant,
Puiſſe je te preſſer de ma main défaillante ,
Et mourir en te regardant !
Tes baiſers & tes pleurs réveilleront ma cendre ;
Tu pleureras. Le Ciel , qui voulut te former ,
N'a point couvert d'acier ton coeur fidele & tendre ;
Délie eſt faite pour aimer.
Quand de jeunes Amans une foule éplorée
Gémira fur ma tombe en ce jour douloureux ;
T
AVRILI. Vol. 1775. 41
ל
7
Garde-toi de porter ta main déſeſpérée
Sur ton front , fur tes beaux cheveux.
Mais , le Ciel le permet , embraſfons-nous encore ;
Le voile de la mort trop tôt vient nous couvrir.
Au déclin de mes jours qui rejoindra l'aurore ?
Et pourrai-je aimer ſans tougir ?
Livrons-nous à Vénus , profitons du bel age ;
D'autres iront chercher de l'or & des exploits.
Charmé de tes attraits , content de mon partage ;
Je vois à mes pieds tous les Rois,
Par M. Marteau .
LE SOCLE ET LA STATUE.
Ο
Fable,
SES - TU t'égaler à moi ,
Diſoit au Socle une fiere Statue ;
Je porte mon front dans la nue ,
Et je poſe le pied ſur toi ;
Encore , trop heureux qu'un jour je ne t'écraſe.
Plus de douceur & moins d'emphase :
Il te ſied bien de m'inſulter ,
Etre foible , injuſte & fuperbe !
Si je ceſſois de te porter
Je te verrois bientôt ſous l'herbe.
..
Par M. Feutry.
Cs
42 MERCURE DE FRANCE.
1 QUATRAIN.
Pour être mis au bas d'un Portrait deM.
l'Archevêque Duc de C *** , Prince du
Saint - Empire.
D'UN 'UN aimable Paſteur la douce piété ,
La vertu , les talens , l'eſprit & la bonté ,
De nos derniers neveux ont mérité d'avance
L'amour , l'eſtime & la reconnoiſſance
• Pluſieurs ſervices rendus a la Province & aux Eglifes
de laT...
Par M. B. de R..
:
AVRIL. 1. Vol. 1775. 43
1
3
EPITRE à une jeune femme qui exigeoit
qu'on n'eût pour elle que de l'amitié.
DELPE ELPHIRE à ta morale auſtere
En vain je veux m'accoutumer.
Il eſt aufli par trop ſévere .
De me défendre de t'aimer.
Şans que la plus ardente flamme
T'inſpire la moindre pitié
Tu voudrois qu'on n'ouvrſt fon ame
Qu'au ſeul plaiſir de l'amitié ;
C'eſt pour une ſexagénaire
Qu'eſt fait un pareil ſentiment :
D'une femme en age de plaire ,
L'Ami toujours devient l'Amant.
Ah ! crois que tout ce qui reſpire
Reconnoit les loix de l'Amour ;
Crois que toi-même à ſon empire
Tu te ſoumettras à ton tour.
Rien ne peut égaler ſes charmes :
Unique ſource du bonheur ,
Au ſein même de ſes alarmes
Il eſt encor quelque douceur.
Redoutes pourtant fa colere ,
Crains les foudres qu'il peut lancer ,
En vain on reſſemble à ſa mere
Si l'on ne craint de l'offenſer.
Protecteur des Amans fideles ,
44
MERCURE DE FRANCE,
Il eſt encor moins irrité
De l'inconſtance dans les Belles
Que de l'inſenſibilité.
Renonce donc à ſyſtème ,
Soit par crainte ou par ſentiment :
Et crois que le bonheur ſuprême
Ne peut ſe trouver qu'en aimant.
"
1
Par M. le Seurre de Muſſey.
LA PROSPÉRITÉ ET L'ADVERSITE.
Allégorie traduite de l'Anglois.
LAA Providence envoya un jour deux de
ſes filles , la Proſpérité & l'Adverſité ,
chez un riche Marchand nommé Vélasco
, qui demeuroit à Tyr , capitale du
Royaume de Phénicie.
Vélaſco avoit deux fils , Félix & Uranio.
Tous deux , deſtinés au commerce ,
avoient reçu une éducation proportionnée
à la fortune de leur pere , & avoient
paſſé leur enfance dans l'amitié la plus
intime ; mais l'Amour , devant qui toutes
les affections de l'ame diſparoiſſent comme
les traces d'un vaiſſeau ſur l'Océan ,
trouva bientôt le moyen de les déſunir.
Ils furent tous deux au même inſtant enflammés
par les charmes de Prospérité ;
AVRIL. I..Vol. 1775. 45
1
la Nymphe , ſemblable aux filles des
hommes , flattoit en particulier leurs es
pérances , mais déclaroit en public qu'elle
ne pouvoit prendre aucun engagement
> que ſa ſeur , de qui , diſoit- elle , elle ne
pouvoit être long- temps ſéparée , ne fût
mariée en même temps.
Vélaſco s'apperçut bientôt de la paſſion
de ſes fils , & craignant tout de leur violence
, il voulut en prévenir les ſuites ;
il les contraignit , par ſon autorité , à
ſouffrir que le fort décidât de leurs prétentions
; chacun d'eux s'engagea par un
ferment ſolemnel à épouſer la Nymphe
qui lui tomberoit en partage. Les lots
furent tirés. Proſpérité devint la femme
de Félix , & Adverſité échut à Uranio .
Peu de temps après la célébration de
ces deux mariages , Vélaſco mourut , ayant
légué à ſon fils aîné la maiſon où il
demeuroit , avec la plus grande partie de
ſes biens.
Félix étoit ſi enchanté & fi orgueilleux
de la beauté de ſa femme , que les plus
riches habits & les perles du plus grand
prix furent employées à en relever l'éclat.
Il lui bâtit un palais magnifique ſur les
débris de la maifon modeſte de ſon pere ;
détourna à grands frais une riviere pour
embellir ſon jardin , & en orna le rivage
46 MERCURE DE FRANCE.
de pavillons ſuperbes. Il recevoit à fa
table la Nobleſſe la plus diſtinguée , fai
foit à ſes convives la chere la plus délica
te, réjouiffſoit leurs oreilles par une muſique
délicieuſe , & leurs yeux par la plus
grande magnificence. Bientôt il ne regarda
plus ſes parens les plus proches&
ſes amis les plus intimes que comme des
étrangers ; & fon frere même, devenu
pour lui un objet de mépris , reçut ordre
de ne ſe plus préſenter à ſa porte.
Mais comme l'eau qui forme un grand
canal ſe perd dans les vallées , ſi elle n'eſt
pas contenue par une digue ; de même la
fortune la plus conſidérable eft bientôt
diſſipée quand elle n'eſt pas confervée par
une ſage économie. En peu d'années les
biens de Félix furent altérés par fes extravagances
; ſes marchandises lui man
querent , faute de foins & d'exactitude ,
& ſes meubles furent ſaiſis par les mains
impitoyables de ſes créanciers. Il s'adresfa
dans fa détreſſe aux Nobles qu'il avoit
fêtés & accablés de préfens ; mais il n'en
put rien obtenir quelques- uns même ne
ſe rappelerent pas exactement ſes traits
fes amis , qu'il avoit négligés , le mépriferent
à leur tour ; & fa femme elle-même
inſulta à ſa miſere , & le quitta , après lui
avoir reproché ſes prodigalités. Cepen
AVRIL I. Vol 1775. 47
dant il en étoit fi fortement épris qu'il la
ſuivoit encore; mais Proſpérité, voulant
le fuir avec précipitation, laiſſa tomber
fon maſque & lui découvrit un viſage
auſſi difforme que, ſous le maſque , il l'avoit
trouvé charmant.
Onne fait pas précisément ce qu'il devint
enfuite. On croit qu'il erra dans l'Egypte
, où il vécut miſérablement des ſecours
de quelques amis qui ne l'avoient
pas entiérement abandonné , & qu'il mourut
peu de temps après dans la pauvreté&
dans l'exil..
Retournons maintenant à Uranio, que
nous avons vu chaſſé par ſon frere. Adverſité
, quoiqu'elle ne fût qu'un objet de
haine pour fon coeur& un ſpectre hideux
à ſes yeux, ſuivoit par-tout ſes pas ; pour
aggraver ſon malheur , il reçut la nouvelleque
ſonplus riche vaiſſeauavoit été pris
par un Pirate ; qu'un autre avoit fait naufrage
ſur les côtes de Lybie ; & , pour
comble d'infortune , que le Banquier fur
lequel la plus grande partie de ſes biens
étoit placée , venoit de faire banqueroute
& de ſe retirer en Sicile. Ramaſſant alors
les foibles reſtes de ſa fortune , il abandonna
ſa patrie , &, ſuivi par Adver
fité , à travers des routes défertes & des
48 MERCURE DE FRANCE.
forêts inconnues ; ils arriverent dans un
petit village , ſitué au pied d'une haute
montagne. Là ils fixerent pour quelque
temps leur habitation ;&Adverſité , pour
diminuer les maux qu'il avoit foufferts ,
adouciſſant la ſévérité de ſes regards , lui
donnoit les conſeils les plus falutaires ,
guériſſoit ſon coeur de l'amour immodéré
des biens de la terre , lui apprenoit à révérer
les Dieux & à placer tout fon bonheur
dans leur protection. Elle humanifoit
fon ame , le rendoit humble & modeſte
, compâtiſſant aux maux de ſes ſemblables
, & l'engageoit à les ſecourir.
"
ود
و د
و د
وو Je ſuis , diſoit-elle , envoyée par les
Dieux à ceux qu'ils chérifſſent : car je
les conduis non - feulement , par ma
ſévere diſcipline , à la gloire éternelle ;
mais auſſi je les diſpoſe à recevoir ,
„ avec les plus grands tranſports, la joie
la plus légere. Ce fut moi qui élevai
les caracteres de Caton , de Socrate&
de Timoléon à cette hauteur preſque
divine, qui les rendit l'exemple des
fiecles futurs. Proſpérité , ma flatteuſe
mais perfide ſoeur , ne réduit que trop
ſouvent ceux qu'elle a ſéduits à être
ود
د
و د
"
,, punis par ſes cruels compagnons , le
,, Chagrin
AVRIL. 1. Vol. 1745. 45
ور
ود
;; Chagrin & le Déſeſpoir ; tandis que
,, l'Adverſité ne manque jamais de ren-
,, dre heureux & tranquilles ceux qui
,, profitent de ſes inſtructions. "
ور
"
وو
Uranio écoutoit ces mots avec atten
tion , & regardant le viſage d'Adverſité ,
il lui ſembloit moins affreux. Peu- à- peu
fon averſion diminua : enfin il s'abandonna
entiérement à ſes conſeils. Elle lai
répétoit fréquemment cette ſage maxime
d'un Philofophe : Ceux qui manquent
3, des plus petites choſes reſſemblent le
,, plus à la Divinité , qui ne manque de
;; rien. Elle l'exhortoit à regarder là
foule conſidérable d'êtres qui végétoient
au- deſſous de lui , au lieu de conſidérer
le petit nombre de ceux qui vivoient dans
la pompe & dans la ſplendeur , & de demander
aux Dieux , à la place des riches
ſes & des grandeurs , un eſprit ſage &
vertueux ,& une ame ferme & inaltérable.
Adverſité voyant de jour en jour , Uranio
profiter de ſes leçons , & le trouvant
dant l'état de réſignation où elle le deſiroit
, lui adreſſa ce diſcours: ,, Ainſi que
,, l'or, eſt rafiné par le feu , l'Adverſité
,, eſt envoyée par la Providence pour
;; épurer la vertu des mortels ; ma tâche
رد
D
50
MERCURE DE FRANCE,
:
1
, eſt remplie , je vous quitte & je vais
,, rendrecompte de ma commiffion. Vo-
ود
ود
tre frere , qui eut la Proſpérité pour
ſon lot , & dont le fort étoit envié de
,, tout le monde , après avoir fait l'expé-
„ rience de ſon choix , eſt enfin délivré
,, par la mort, de l'exiſtence la plus mal-
ود
1
heureuſe. C'eſt un bonheur pour Ura-
„ nio que l'Adverſité ait été ſon partage;
s'il t'en fouvient , comme il le doit , ſa
„ vie ſera honorable & fa mort heureuſe
&tranquille."
ود
"
Après avoir dit ces mots , elle diſparut
à ſes yeux. Quoique ſes traits en ce
moment , au lieu d'inſpirer l'horreur accoutumée
, ſemblaſſent faire briller une
forte de beauté douce & languiſſante ,
Uranio , qui n'avoit pu parvenir à l'aimer,
ne regretta point fon départ& ne defira
point fon retour; mais , quoiqu'il ſe réjouſt
de ſon abſence , il conferva précieufement
ſes conſeils au fond de ſon coeur ,
&devint heureux en les pratiquant.
Il ſe remit dans le commerce ; &
ayant en peu d'années , par ſa bonne conduite
, amaſſé un bien ſuffiſant pour fatisfaire
aux beſoins de la vie, il ſe retira
dans une petite ferme qu'il avoit
AVRIL. I. Vol. 1775. 51
٤
achetée , & ſe propoſa d'y finir ſes jours.
Il y employoit le temps à cultiver ſes
) terres & fon jardin, à réprimer ſes pasſions
, & à mettre en pratique les leçons
d'Adverſité. Il paſſoit tous ſes momens
de loiſir dans un petit hermitage qu'il
avoit pratiqué au fond de ſon jardin ſous
un boſquet d'arbres touffus . entourés de
lierre & de chevrefeuil, & où un ruisſeau
, qui tomboit d'un rocher voiſin ,
formoit un bain délicieux. On lifoit ces
mots gravés fur la porte:
"
و د
Sous ce toit couvert de mouffe ha-
,, bitent la vérité , le contentement , la
liberté & la vertu. Dites moi, vous
3, qui ofez mépriſer cette heureuſe retraite
, quels palais magnifiques vous
, procurent des biens plus réels ?"
و د
Il parvint dans cet aſyle juſqu'à un
âge très avancé , & mourat honoré &
regretté de tous ceux qui le connoiffoient:
Par M. Simoneau.
Da
52 MERCURE DE FRANCE.
VERS à Madame de Montanclos , Auteur
du Journal des Dames.
L'AMOUR, fier de donner des loix
Aux mortels même les plus ſages ,
Calculoit au bout de ſes doigts
Et le nombre de ſes exploits ,
Et le produit de tant d'ouvrages ;
Lorſque la Déeſſe aux cent voix ,
Portant trompette en bandouilliere ,
En ſon vol , brillante & légere ,
Fendit les airs rapidement.
Où courez- vous , belle Déeſſe ?
Dit l'Amour en la pourſuivant;
Toujours quelqu'affaire vous preſſe :
Arrêtez-du moins un moment.
La Déeſſe , non complaiſante ,
De ce diſcours fit peu de cas ;
Dans fa courſe , l'indifférente ,
Loin d'arrêter , doubla le pas
Mais , à ſon gré , l'Amour, déroute
Celle qui penſe l'éviter ;
En le fuyant , ſans s'en douter ,
On le retrouve ſur ſa route.
Auſſi le petit Dier. lutin
Dont ſe croyoit bien éloignée
م
AVRIL. I. Vol. 1775. 53
La dédaigneuſe Renommée ,
De nouveau barra fon chemin .
Eh ! quelle eſt donc cette humeur noire
Alors que je vous fais ma cour ?
Reprit malignement l'Amour ;
Je ſuis preſque tenté de croire
Que vous me trouvez dangereux.
Comme votre air eſt ſoucieux !
Auriez -vous donc à la Victoire
A reprocher des faits honteux ?
Eſt- ce que vous boudez la Gloire ?
On fait plus d'ingrats que d'heureux,
Heureux par vous ! quel avantage !
En est- il à lui préférer ?
Et ne l'être pas , quel dommage !
On pourroit s'en déſeſpérer.
Ce mielleux & doux langage
Parut ſans doute un perfifflage ;
Mais la Déeſſe s'arrêta ,
Et redoutant qu'un ton ſévere
Ne piquât l'enfant de Cythere ,
Doucement elle ripoſta :
Non ; je ne veux mal à perſonne ;
Avec la Gloire en paix je vis ,
Et tout le bien dont je jouis
Vient des conſeils qu'elle me donne.
Mais puiſqu'au plus charmant des Dieux
J'ai le flatteur eſpoir de plaire ;
En lui dévoilant un myſtere
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Dont il me ſemble curieux ;
Sans différer je vais l'inſtruire ;
S'il daigne à mon projet ſourire ,
Il me fera plus précieux.
Il faut qu'aux Faſtes du Génie
Soit infcrit glorieuſement
Certain Journal intéreſſant
Qu'en France aujourd'hui l'on public,
L'eſprit , les Graces , l'Harmonie ,
La Décence & le Sentiment
Ont prononcé ce jugement.
Je vais au Temple de Mémoire
Chercher la Muſe de l'Hiſtoire ,
Puis l'une & l'autre , à qui mieux mienx
Nous exalterons la gloire ;
Et tous ces hommes envieux ,
Dont la brigue eſt infatigable ,
Verront enfin qu'un ſexe aimable
Peut s'élever auſſi haut qu'eux.
Ah ! dit l'Amour , rien n'en ſi ſage
Que ce dont vous vous aviſez:
Celle que vous préconiſez
A droit de même à mon hommage,
Mais c'eſt peu de la protéger ;
Vous êtes d'un ſi bon exemple ,
Montons enſemble juſqu'au Temple
Je prétends auſſi l'obliger :
Je veux , pour lui prouver mon zele
Que Clio , quittant le burin ,
in
L
AVRIL . I. Vol. 1775. 55
Arrache de ſa propre main ,
L'une des plumes de mon aile ;
Et que , fur un velin , traçant
En caractere inaltérable ,
De cette femme inimitable
Le nom , les graces , le talent ,
On life: Ces charmans ouvrages
Ont acquis l'immortalité,
Et telle aussi fut sa beauté ,
Qu'elle eetraina tous les suffruges.
Ainsi , Muſe , Déeſſe , Amour
Ont deſiré , divine Hortenfe ,
Vous éterniſer, ſans retour ;
Mais ce n'eſt pas leur complaiſence
Qui ſeule alluma leurs tranſports ;
Croyez qu'à l'envi l'un de l'autre ,
Ils ont fait bien autant d'efforts
Pour leur honneur que pour le vôtre.
CLO
D4
56 MERCURE DE FRANCE.
L'ANE , LE LION ET LE LOUP.
Fable imitée d'une Nouvelle Italienne.
D
ANS l'Arcadie autrefois habitoit
Martin Aliboron , fleur de la race Aſine :
Sur ſon dos un Meunier chaque jour infligeoit ,
D'un gros baton poueux mainte ſalve aſſaffine.
Jamais fourrage ou d'avoine un feul grain ,
N'adouciſſoient fon jeune & fon martyre :
Pour le grifon , nulle fête au moulin ;
Paille & chardons , ſeuls mets du pauvre Sire ,
Excorioient ſa gueule & lui laiſſoient la faim.
Las , excédé d'un si trifte régime ,
Voulant à ſes vieux jours aſſurer du repos ,
Martin rompt ſon licol , & , le bât ſur le dos
D'un mont voiſin eſcalade la cime ,
A l'inſtant qu'on alloit aggraver ſes travaux.
Le fugitif ne voit pas ſans envie ,
Des tréſors de verdure étalés ſous ſes pas;
Sur l'herbe , s'il oſoit , il prendroit ſes ébats.
Un clair ruiffeau l'invite ; mais , hélas !
Goûte-t'on le plaiſir où l'on craint pour la vie
L'Aurore avoit quitté les bras du vieux Titon :
L'Ane guette par- tout en battant la campagne :
Il ne s'arrête point qu'il n'ait mis la montagne
Entre ſon dos & l'énorme bâton .
Tha
2
AVRIL. I. Vol. 1775. 57
1
}
7
Anéanti par la marche accablante ,
Martin , d'une vallée enfiloit le ſentier .
Lorſqu'un Lion , à la gueule béante ,
Branlant ſa fiere queue , arrête le courſier.
Le miférable en fût mort d'épouvante ,
Si le Lion lui-même , effrayé du Rouffin ,
De ſa lugubre voix , de ſes amples oreilles ,
Pour lui nouveautés fans pareilles ,
Oubliant ſa fureur , n'eût dit : Beau pélerin ,
De quel droit , par tes cris , troubles -tu mon empire ?
Ignores- tu que tout ce qui reſpire
Craint ma, griffe & ma queue ; & que , Roi du vallon,
Lion je ſuis ? Et moi , dit l'Etalon ,
Archi- Lion je fuis , & crains peu les bravades;
Vois ſous ma queue un canon ; & foudain
Au curieux il lache vingt ruades ,
Et tout autant de pétarades.
Ami , dit le Monarque , alarmé du tocſin
Sonné par la maligne bête ,
Que l'adreſſe entre-nous , non le ſang ou la mort .
Décide à qui ſera cette belle retraite.
Vois ce foſſé: ſautons à l'autre bord.
Le Lion s'y lança comme un trait d'arbalete.
A toi , l'ami , dit- il à Dom Baudet.
L'Ane fait trois élans & fond fur un piquet ,
Où , par ſon bật , il pendoit comme un luſtre,
Pour le ſauver , ſon rival généreux
Vole au piquet & dégage le ruſtre.
Quel fut le grand- merci ? L'Anne malencontreux
Dit au Lion : maudite ſoir la bete !
D 5
58 1
MERCURE DE FRANCE.
Que ne m'y laiſſois- tu ? Ton humeur indiſcrete ,
Juré coquin , m'a ſevré d'un plaifir...
Pendu ſur le foſſé , j'eſſayois d'éclaircir
Laquelle peſe plus ou la queue ou la tête.
Le Lion lui replique : excuſe mon erreur ,
Mon zele m'excitoit à te ſauver la vie ;
Encore un tour d'adreſſe , auſſi digne d'envie ,
Du beau vallon te rendra le Seigneur.
Le couple s'achemine & ſe rend près d'un fleuve
Impétueux , large profond :
Le Roi des bois s'écrie : alerte Archi- Lion ,
Il nous faut faire', à la nage , une épreuve.
Prends , dit Martin , ſi tu veux les devans ,
T'en laiſſerai - je moins , pauvre fot , en arriere ?
Le Lion , comme un Daim , coupe droit la rivieres
Son émule , tranſi , n'oſoit entrer dedans ,
Tandis qu'à l'autre bord il ſéchoit ſa criniere.
Le défi ſe trouvant par malheur engagé ,
Le Baudet nage enfin , d'une allure affez, vive:
Il ſe croyoit déjà ſur l'autre rive :
Mais un tourbillon d'eau l'a bientôt fubmergé.
Il n'offre plus qu'un pied , puis la croupe ou la tête.
e
Le Lion , d'une part , ayant peur du canon ,
N'oſoit aider la dangereuſe bête ;
Vaincu par la pitié , dans le fleuve il ſe jette ,
Et , par un pied , réchappe Aliboron.
Apeine celui-ci ſe voit fur le rivage ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 59
Q'apostrophant le ſauveur de ſes jours ,
Avec un ton de dépit & de rage :
Scélérat , lui dit -il , faudra-t-il que toujours
Ames côtés , pour ma perte tu veilles !
Et fecouant auſſi-tot ſes oreilles ,
Il tombe des goujons : vois , dit- il , malheureux ,
Par cet eſſai quelle eût été ma pêche ,
Trattre , à qui je devrois fendre la tête en deux !
Maudit ſoit ton ſecours! fans toi , bête revêche ,
J'amenois ſur le ſable un peiſſon monstrueux.
Le Lion part , tout confus , pour le chaſſes
Il voit un Loup : compere , lui dit-il ,
Si tu ne veux y laiſſer ta carcaffe ,
Evite un animal gris , terrible & fubtil ;
Armé d'un gros canon , il foudroie , il afſomme
Tout ce quiil voit errer fur ces côteaux;
Il a voix de tonnerre & felle ſur le dos ;
Ce monftre, à longue oreille , Archi-Lion fe nomme.
Le Loup reconnut Pane àces divers fignaux.
C'eſt , dit- il , Monfeigneur , la bête la plus vile;
Je fais de ſes pareils un morceau journalier ;
Venez voir du maroufe augmenter mon charnier.
Le Sultan des forêts n'en eſt pas plus tranquille.
La peur , de tous les maux , eſt le pire à guérir.
Le Lion cede enfin : mais avant de partir ,
Pour que la fuite au Loup foit empêchée ,
Il veut que l'un à l'autre alt la queue attaché :
;
60 MERCURE DE FRANCE.
Unis ainſi , dit - il , allons vaincre ou périr.
Al'aſpect de Martin le coeur du Loup palpite ;
Il croit déjà fendre l'Ane en quartiers :
Mais fon lâche adjudant , fuyant à l'oppoſite ,
L'entraîne & le déchire à travers les halliers .
Le Lion perd un oeil que lui creve une ronce :
T'ai-je pas dit , bourreau , dit- il à ſon voiſin ,
Qu'Archi- Lion eſt terrible & malin !
Le Loup mourant ne fait point de réponſe,
Le monſtre a de nous vu la fin ,
Lui diſoit le Lion lui fermant la paupiere :
J'y laiſſe un oeil , & toi carcaffe entiere.
Je quitte le vallon fans en être envieux :
Heureux , quoique bleſſe , de revoir ma taniere !
Je laiſſe Archi- Lion régner ſeul en ces lieux.
Ce conte apprend qu'aux champs comme à la ville
Le ſol eſt en ingrats ; en faux braves fertile;
Que le Loup devoit fuir les avis d'un Tyran s
On voit dans le Lion , bravé par un émule
Tel qu'un Baudet , infolent , ridicule ,
Que l'audace au mérite en impofe ſouvent.
ParM. Flandy
$
AVRIL. 1. Vol. 1775. 61
AMadame LA RUETTE , fur fon retour
au Théâtre Italien en Février 1775 ,
après le rétabliſſement deſa ſanté .
CHAHHRAARRMMMAANTE Cantatrice , aimable la Ruette ,
Enfin te voilà donc rendue à nos defirs .
Viens , dédommage nous , ſonge que ta retraite ,
Néceſſaire à tes jours , nous coûta des plaiſirs .
Jouis de tes ſuccés; que ton jeu noble & tendre
S'anime aux doux accens d'un organe enchanteur ;
Le Public fatisfait , empreſfé de t'entendre ,
T'accordera toujours le prix le plus flatteur.
L
:
E mot de la premiere Enigme du volume
du Mercure du mois de Mars 1775
eſt la Fumée ; celui de la ſeconde eſt un
If, où se trouve fo ; celui de la troiſieme
eſt Crible. Le mot du premier Logogryphe
eſt Fauteuil , où l'on trouve eu ,
fat , if, lit , ail , fil , faute , feu , eau ,
ut , fa , la , filet , île , flûte , lia , autel ,
celui du ſecond eſt Chateau , ou ſe trouvent
chat & eau; celui du troiſieme eſt
Conscience , ou l'on trouve ſcience ; celui
du quatrieme eſt Canon , ou ſe trouve
anon.
62 MERCURE DE FRANCE.
L
ÉNIGME.
E luxe fut mon pere ,
La molleſſe ma mere ;
J'entends quant à l'invention ,
Non quant à l'exécution ,
Car , pour que je m'explique,
Je tiens l'exiſtence phyſique
De l'induſtrie ou , ſi l'on veut , de l'art ,
Qui me finit toujours par m'enduire de farda
Ma deſtination eſt de courir le monde
Sur terre &non for londes
Tantôt en l'air , mais plus ſouvent à bas,
De mon pied je ne fais jamais le moindre pass
On a chez moi porte & fenêtres :
Je mets fort à l'aise mes Maftres.
Je... Mais je dirois mon fecret,
Chut. Gardons le tacet.
A Rennes. Par M. de L. G.
AUTRE.
BON HENRI , de tes Sujets le pere !
Qui , toi , dont la mémoire à jamais fera cherey
AVRIL. I. Vol. 1775. 63
Sache que tu revis
Dans la perſonne de Louis ;
It que moi , qui toujours dans le champ de la gloire
T'accompagnai , volant à la victoire ,
Chez le beau Sexe auſſi
Je revis aujourd'hui ;
Avec la ſeule différence
Que de ton temps j'annonçois ta préſence
Et ta bravoure à tes vaillans ſoldats ,
Đàns là mêlée & le fort des combats ,
Au lieu qu'aujourd'hui chez les Belles ,
Dominant fur tous leurs atours ,
Par un emploi plus doux , je rallie autour d'elles
Les Ris , les Jeux & les Amours.
Par le même.
S
AUTRE.
I je n'agis jamais que dans l'obſcurité
En ſuis - je moins de grande utilité?
Non certes ; & chacun l'éprouve fréquemment :
Mais , loin d'y trouver mon bien-être ,
Souvent ma tête on ferre fortement ,
It , par fois , on me fait l'indigne traîteffent
De me jeter par la fenêtre.
Par M. B. L. de Tours.
64 MERCURE DE FRANCE.
A
AUTRE.
BIEN DES GENS , foit de jour ou de nuit ,
Mon voiſinage en toute faiſon nuit ;
Cependant je ne ſors jamais de ma demeure ,
Hors , quand le malheur veut , qu'à ma façon je meure.
Par le méme.
LOGOGRYPНЕ.
EMO
N plus d'un lieu , dans maint appartement ,
Chez les riches ſurtout , je fus toujours d'uſage:
De mon tout les deux tiers n'ornent point un viſage ,
Et la moitié ſous terre a ſon département.
Par le méme.
AUTRE.
MASCULIN , je tiens dans le ciel
Une place honorable ;
Féminin , je ſuis fur l'autel
Objet
AVRIL. I. Vol. 1775. 65
Objet très - reſpectable .
Du même genre enfin très - commune je fuis :
On me trouve par tout pays.
D'autres , du même nom , font rares , curieuſes ,
Et d'autres précieuſes . 4
D'autres prennent naiffance où l'on ne voudroit point,
Et font fouffrir au dernier point.
Il en eſt une autre attirante ;
Une qui ne fert que d'attente ;
Mais je finis par celle enfin
Qu'on cherchera toujours en vain.
Rennes. Par M. L. G.
J
AUTRE.
'AI deux moitiés. On voit dans la premiere
Un mois charmant & gracieux.
Dans la feconde , une écorce groſſiere ,
Reſte léger qui voiloit à tes yeux
L'aliment le plus ſain & le plus précieux.
Par M. Vincent , Curé de Quincy.
E
66. Mercure de France. ::
AIRdelaFausseMagie .
Musique deM.Grétry.
Allegretto:
C'estun étatbienpenible Que
ce-luid'unjeune cooeur,D'un coeur
timide&fenfible. Quefait taire
lapudeur: C'est un é- tạt
:
bienpenibleQue celui d'un :
Adagio.
jeu .
comepprriinma.
-- ne cooeur,D'un coeur -----
timide &fen-fible, Que fait :
Arril. 1775 .
taire lapu- deur: C'est un
é-tat bienpé-nible Que ce luid'un
jeune coeur, Quefait tai- re
la pudeur, Quefait tai- re , :
Quefait taire, Quefait tai- re
lapudeur, Quefait tai- re
:
:
la pudeur.L'Amour luifait:
vio-lence,Le devoir lui dit :
68. Mercure de France.
fi -lence; Comment:
faire,à qui ce- der ? Onné:
faitau- quel en- tendre;
On eft craintive, on est tendre .
Commentfaire à qui ceder
. Et commentse de ci-
Adagio
der? Comment, commentse
de- ci-der?
C'est un.
AVRIL. I. Vol. 1775. 59
۲
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
E
Du Miroir ardent d'Archimede ; par M.
L. Dutens. Brocure in- 80. prix 1 liv.
4 fols. A Paris , chez Debure , fils
aîné , Libraire , quai des Auguſtins.
Le génie fécond d'Archimede s'eſt manifeſté
d'une maniere éclatante , non-feulement
dans les écrits qui nous ont été
conſervés de lui , mais auſſi dans les des-
> criptions que les Auteurs , qui ſont venus
peu de temps après lui , nous ont faites
de ſes découvertes dans les mathématiques
& la mécanique. Quelques - unes
des inventions de ce grand homme ont
paru même tellement au-deſſus des efforts
de l'eſprit humain , que de célebres Philofophes
ont trouvé plus facile de les ré-
, voquer en doute , que d'imaginer comme
elles avoient été miſes en exécution ; &
pluſieurs d'eux ont été juſqu'à prétendre
en démontrer l'impoſſibilité. M. Dutens
ne s'arrête ici que ſur les miroirs ardens
que les anciens Hiſtoriens nous rapportent
avoir été employees par Archimede pour
brûler la flotte des Romains. Kepler ,
<
E 3
79
MERCURE DE FRANCE.
Naudé , Fontenelle , Descartes même ,
ont traité ce fait de pure fable , quoique
Diodore de Sicile , Lucien , Dion , Zo
nare , Galien , Euftathe , Anthemius ,
Tzetzès & pluſieurs autres en euſſent fait
mention. On voit ici , ajoute M. Dutens,
un exemple bien frappant du défaut de
raiſonnement appelé énumération imparfaite
: on ne confidere pas affez tous les
moyens par leſquels une choſe peut être ;
& l'on conclut témérairement qu'elle
n'eſt pas , parce qu'elle n'eſt point d'une
certaine maniere , quoiqu'elle pût être
d'une autre. Deſcartes & Kepler prétendoient
que pour avoir des miroirs ardens
dont le foyer pût atteindre la flotte des
Romains , il eût été néceſſaire d'avoir des
miroirs ou convexes ou concaves , d'une
telle grandeur , que l'exécution en auroit
été abſolument impraticable. Mais ils ne
conſidéroient pas qu'Archimede avoit pu
ſe ſervir d'un autre moyen; ſavoir , de
celui de pluſieurs miroirs plans , réunis &
dirigés vers un même foyer , dont la
longueur n'étoit point par conféquent limitée.
M. Dutens fait voir par les détails
que les anciens Ecrivains nous ont tranfmis
là-deſſus , que c'étoit en effet ſur ce
dernier principe qu'Archimede avoit
AVRIL L. Vol. 1775. ז 7
1
conſtruit fon miroir. Diodore de Sicile,
Dion Caffius & pluſieurs autres Hiftoriens
, qui pouvoient avoir écrit d'après
les mémoires des Contemporains d'Archimede
, ſe contentent de raconter le
fait de l'embraſement de la flotte des Romains
par ce grand homme , ſans entrer
dans aucun détail, Tzetzès , qui vivoit au
douzieme fiecle , non-feulement rapporte
le fait , mais il explique la conſtruction
du miroir Il dit clairement que,, lorſque
les vaiſſeaux de Marcellus ſe trouve-
„ rent à la portée d'un trait d'arbalête ,
„ Archimede fit apporter le miroir qu'il
„ avoit fait; compoſé de petits miroirs
, quadrangulaires , lequel il plaça dans
„ une diſtance proportionnée , & qu'il fit
„ mouvoir en tous ſens , à l'aide de leurs
„ charnieres & de certaines lames ; & que
„ recevant fur ces miroirs les rayons du
„ foleil , & les dirigeant enfuite vers les
vaiſſeaux des Romains , il reduiſit en
cendres toute la flotte , quoiqu'elle fût
„ éloignée de la portée d'un trait " ,
ود
"
Les Savans verront encore avec plaifir
la deſcription qu'Anthemius , de Tralles
en Lydie , nous donne d'un miroir qu'il
- avoit fait à l'imitation de celui d'Archimede.
Anthemius qui vivoit du temps de
E 4
72 MERCURE DE FRANCE .
"
ود
l'Empereur Juſtinien, avoit cultivé avec
ſuccès les mathématiques , la ſculpture &
l'architecture . Le manuscrit grec où ce
Savant parle de ſon miroir ardent , ſe
trouve à la Bibliotheque du Roi ; & M.
Dutens nous donne une traduction fidele
du paſſage qui a rapport à ce miroir. Anthemius
commence par ſe propoſer la
queſtion : Comment dans un lieu donné
, qui ſeroit à la diſtance d'un trait
d'arbalête , on pourroit produire un em-
„braſement par le moyen des rayons
„ du ſoleil ? Il poſe pour principe :
qu'un tel embraſement ne pourroit
être cauſé que par la réflexion des rayons
du foleil , qui ſe feroit dans une direction
inclinée & oppoſée à cet aftre " .
Il ajoute que ladiſtance requiſe étant
„ fort conſidérable , il paroîtroit d'abord
impoſſible que les rayons puſſent pro-
„duire un embraſement ; mais que cependant
perſonne ne pouvant conteſter
„ à Archimede la gloire d'avoir brûlé la
flotte des Romains par la réflexion des
rayons du ſoleil , ce dont on convenoit
„ unanimement , il jugeoit raiſonnable
„ de croire ce problême poſſible ſur le
principe qu'il avoit avancé ". Il approfondit
enſuite la queſtion , & établit
AVRIL I. Vol. 1775. 73
premiérement quelques propoſitions néceſſaires
pour la bien comprendre. ,, Il
>propoſede trouver avec un miroir plan ,
une poſition quelconque qui réfléchiſſe
„ les rayons du ſoleil à un point donné
; il fait voir que l'angle de réflexion
eſt égal à celui d'incidence ; & , après
„ avoir démontré que dans cette poſition
„ d'un point donné , relativement au ſoleil
, les rayons lui peuvent être réflé,
" chis parunmiroir plan , il ſoutient que
„l'embraſement requis peut être produit
» par l'aſſemblage de ces rayons du fo-
„ leil , dirigés à un même foyer , parce
„ qu'alors , de la chaleur réunie & con-
" centrée de ces différens rayons ſur un
„ même point , il en devra réſulter un
„ embraſement ; & de même que quand
, un corps eſt échauffé par le feu , il com-
„munique fa chaleur à l'air qui l'envi-
„ ronne , ainſi tous les rayons du ſoleil
étant raſſemblés vers un même point ,
doivent contribuer réciproquement à
augmenter la puiſſance de la chaleur :
8
" d'où il eſt néceſſaire , continue - t - il ,
„ de conclure qu'avec pluſieurs miroirs
plans , on peut réfléchir vers un foyer
„ donné & à la diſtance d'un trait d'ar
balête , une telle quantité de rayons du
E 5
74 MERCURE DE FRANCE,
foleil , que leur réunion , à un même
„ point , y produiſe un embraſfement".
Quant à la maniere de faire cette expérience,
ildit : ,, qu'elle peut ſe faire par
„le moyen de pluſieurs hommes dont
„ chacun tiendroit un miroir dans la poſition
ci- deſſus indiquée". Mais afin
d'éviter l'embarras d'une telle méthode
, il imagine un autre moyen , qui eſt
de ,, prendre un cadre, auquel on accom-
„ mode vingt - quatre miroirs plans , qui
puiſſent ſe mouvoir dans les directions
» preſcrites , par des plaques ou des bandes
quelconques , qui les joindroient
„ enſemble , ou , encore mieux , par
„ des charnieres ; & préſentant cette machine
aux rayons du ſoleil, faire en-
„ forte (après avoir fixé le miroir du
„milieu) d'ajuſter adroitement& promp-
„ tement les autres miroirs qui l'entou
„ rent , en les inclinant fur celui du mi
lieu , de maniere que les rayons du fo
„leil, partant de ces différens miroirs ,
„feront réfléchis au même foyer que
celui du miroir principal ; & qu'ainfi ,
répétant la même choſe , en plaçant
d'autres miroirs , compofés d'après le
„ même principe&dirigés vers le même
„ lieu que le premier , la réflexion des
"
?
AVRIL I. Vol. 1775. 75
f
"
rayons dn foleil ſe faiſant toute entiere
vers un meme point , il en réſultera
infailliblement l'embraſement requis
dans un point donné" . Il ajoute encore
que , cette expérience réuffira d'autant
„mieux , que l'on préparera une plus
„grande quantité de ces miroirs compo-
„fés , de forte que ſi l'on en aſſemble
„pluſieurs en même temps , on produira
des effets plus ou moins conſidérables".
Enfin Anthemius conclut ſa differtation
en diſant ,, qu'il étoit bon de remarquer
„ que tous les Auteurs qui avoient parlé
„ des miroirs du divin Archimede n'a .
„ voient pas fait mention d'un miroir
„ ſeulement , mais de pluſieurs" . Une
explication auſſi claire de la conſtruction
du miroir ardent d'Archimede , ne peut
plus laiſſer aucun doute fur un fait auſſi
long-tems diſputé ; & l'on ne peut aſſez
s'étonner avec M. Dutens , que les deux
derniers fiecles (que l'on peut regarder
comme les plus éclairés que l'hiſtoire
nous préſente) ſe ſoient obſtinés à traiter
de pure fable une vérité annoncée avec
tant de perſévérance.
M. Dutens , déjà bien connu dans la
- République des Lettres par des Recherches
fur l'origine des découvertes attribuées
76 MERCURE DE FRANCE .
aux Modernes , publiées à Paris en 1766 ,
en deux vol. in- 8°. & dont on prépare
une nouvelle édition avec des additions,
termine l'écrit que nous annonçons par
une réflexion importante ſur le peu d'attention
que l'on donneen ce fiecle à l'étu
de des Anciens. On prend ſouvent , nous
dit - il , pour de nouvelles découvertes
pluſieurs chofes qui leur ont été réellement
connues , ou ſur leſquelles ils ont
du moins répandu le plus grand jour.
Souvent auſſi on leur refuſe d'avoir eu
des connoiſſances que leur attribue l'hiſtoire,
parce qu'elles ne ſe trouvent pas
aſſez clairement énoncées dans leurs Ou
vrages. Cependant il eſt facile de ſecon
vaincre que les grandes vérités des ſyſtêmes
reçus avec tant d'applaudiſſemens
depuis deux fiecles , avoient déjà été
connus & enſeignés par Pythagore , Platon
, Ariftote , Archimede , Euclide ,
Plutarque , &c.; & nous devons penfer
qu'ils favoient démontrer ces mêmes vé,
rités , quoique les raiſonnemens ſur lesquels
une partie de leurs démonſtrations
étoient fondées , ne foient point parvenus
juſqu'à nous. Car fi dans les écrits qui
ſont échappés aux injures du temps , on
trouve une foule de preuves de la pro
AVRIL. I. Vol. 1775. 77
fondeur de leur méditation , & de la
juſteſſe de leur dialectique pour expofer
leurs découvertes , il est très - juſte de
croire qu'ils ont employé les memes ſoins
&la meme force de raiſonnement pour
appuyer les autres vérités que nous trouvons
ſimplement énoncées dans ceux de
leurs écrits que nous connoiffons . Cette
conjecture eft d'autant plus naturelle , que
parmi les titres qui nous ont été conſervés
de ces Ouvrages qui ont péri , on en
trouve pluſieurs qui traitoient de ces
mêmes ſujets , qui ne font qu'énoncés
dans leurs autres écrits ; d'où il eſt naturel
de penſer que l'on y eût trouvé les
démonſtrations qui nous manquent de
ces vérités. Ils jugeoient ſans doute inutile
de les répéter après en avoir parlé
en pluſieurs autres livres , auxquels ils
réferent fort ſouvent , & dont Diogene
Laerce , Suidas & d'autres Anciens nous
ont conſervé les titres , qui ſuffiſent ſeuls
pour nousdonner une idée de la grandeur
de notre perte.
La Pologne telle qu'elle a été , telle qu'elle
est , telle qu'ellefera; 3 parties in- 12.
brochées 2 liv. 8 f. A Poitiers , chez
Chevrier , Libraire ; & à Paris , chez
Valade, rue St. Jacques , & Baſtien ,
78 MERCURE DE FRANCE.
rue du Petit Lion , Fauxbourg Saint
Germain.
L'Auteur a cherché à ſe rendre favo
rable le jugement des Lecteurs , par une
préface où il rend compte de fon Ou
vrage. C'eſt , dit - il , au milieu des tem-
„ pétes qui agitent maintenant la Pologne
, que je fais paroître cet Ouvrage.
On n'est jamais plus attentifà l'orage
,, que lorſqu'il gronde.
,,On me jugera très - impartial fi l'on
,, eſt déſintéreſſé ; mais fansdouteje ferai
5, lu par des hommes de parti. Ily a pré-
,, fentement trop de factions en Pologne
,,pour plaire à tous les Polonois.
,, Le tableau que j'offre au Public n'eſt
3, qu'en miniature. La plupart des hom
,mes , diſtraits par leurs plaiſirs ou par
leurs occupations , n'aiment les hiſtoi-
„ res qu'en abrégé ; d'ailleurs onſe répete
,, lorſqu'on veut tout dire , & l'on eft
s,preſque toujours languiſſant.
55
,, L'événement qui fait le ſujet de cet
„ écrit , mérite l'attention de tous les ef-
,, prits: il nous inſtruit de tout ce que
,, peut la force , & des dangers auxquels
,,un Gouvernement foible eſt toujours
,, expofé.
AVRIL. L I. Vol. 1775. 79
Je n'attends d'autre ſuccès de cet
,, Ouvrage que le plaiſir de rendre hommage
à la vérité , & de mettre ſous les
,, yeux des Lecteurs des faits dont tous
les fiecles parleront , & dont ils feront
,, étonnés .
وو
L'hiſtoire de notre temps doit nous
intéreſſer beaucoup plus que celle des
Grecs & des Romains; on n'eſt jamais
plus affecté d'une Tragédie que lorf
qu'on eſt au parterre. La Pologne eſt
maintenant un vaſte Théâtre où l'on
„voit la ſcene la plus touchante ; & il
n'y a point d'Européen qui ne doive ſe
regarder comme en étant le ſpectateur.
Les Royaumes , à raiſon de la politique
& du commerce, font devenus ,
,depuis long-temps, une feule & même
,,famille.
,, L'homme juſte eſt citoyen du mon
de , il n'arrive point de révolution dans
,, l'étendue des Empires qu'il n'y prenne
„part.
„J'ai ſouvent interrogé un Auteur
moderne qui m'a beaucoup ſervi , &
j'ai placé dans ce petit Ouvrage tout
,, ce que la Pologne , dans ſon principe ,
,dans ſa ſplendeur , dans ſon déclin ,
offre de plus frappant ; on n'y décou-
„vrira rien qui puiſſe bleſfer perſonne.
80 MERCURE DE FRANCE.
ود ,,Laprudencedoit toujours être compa-
,, gne de la vérité" .
L'Ecrivain ne s'eſt point écarté de ce
principe La premiere partie de fon Ouvrage
nous préſente un tableau vrai dela
Pologne , conſidérée depuis fon origine
juſqu'au temps préſent. Les traits rapprochés
dans ce tableau , nous peignent les
moeurs & le caractere des Polonois. Ils
nous donnent une connoiſſance ſuffiſante
de leurs loix , de leur conſtitution & de
l'eſprit de leur Gouvernement. Si la population
eſt une des regles les plus cere
taines pour juger de labonté relative des
Gouvernemens , le Lecteur gémira plus
d'une fois fur celui de la Pologne. II
verra avec douleur unEtat long de quatre
cents lieues& large de deux cents , n'avoir
que fix millions d'habitans , & ne pou
voir conféquemment cultiver que les
deux tiers de ſon terrein , perte d'autant
plus déplorable , que le ſol de la Pologne
eſt excellent. Les villes ainſi que les vil
lages appartiennent aux Grands en propriété
; ils les engagent , ils les vendent;
de forte qu'il ſe rient des Seigneuries de
Paroiſſes dont les principaux droits confiftent
à recevoir avant tous les habitans
de l'eau bénite & de l'encens . Le Comte
Branicki , Grand Général de la Courone
ne ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 8
ne , mort depuis peu , voyant le feu qui
confumoit ſa ville de Bialeſtok , ordonnaqu'on
la laiſſat brûler ,& prit un crayon
pour en deſſiner une autre.
ود
L'Ecrivain termine par cette réflexion
la feconde partie de cet Ouvrage , où il
nous décrit les troubles actuels qui déchirent
la Pologne. Tout Philofophe ,
„ dit- il , qui peſe attentivement ce que
, nous venons d'expoſer , & ce qui ſe
paſſe preſque ſous nos yeux , a bien des
„ſujets de méditer , ſoit ſur l'inſtabilité
des choses humaines , foit ſur la maniere
dont les Empires diminuent ou
,, s'aggrandiffent. Il voit d'un côté tom-
و د
"
و د
ber une République immenſe qui , de-
, puis un temps immémorial , gouvernoit
en quelque forte ſes Rois ; & de l'au-
, tre , s'élever , ſur ſes débris , des voifins
puiſſans , qui métamorphofent des
„Seigneurs dans des vaſſaux , & des ferfs
dans des hommes libres : car voilà
„ l'étrange révolution qui occupe maintenant
tous les eſprits " .
"
L'Auteur , dans la troiſieme partie de
cet écrit , après avoir analyſé les forces
- de la Pologne , & après avoir examiné
le génie & la poſition des Puiſſances qui
environnent cet Etat infortuné , tire des
F ;
82 MERCURE DE FRANCE.
inductions propres à faire croire que la
République de Pologne n'attendra pas
en vain l'heureux moment qui lui rendra
fon patrimoine & fa liberté. „ Si la
„ Pologne , dit- il , a des chaînes , & fi
„ les Puiſſances qui s'emparent de cet
„Etat ſe maintiennent dans leur poffef-
„ ſion , l'équilibre n'a plus lieu , & le
„ commerce eſt gêné. Auffi pluſieurs Po-
„litiques aſſurent - ils que la France ,
„ l'Eſpagne , le Portugal , la Suede , le
„ Dannemarck , l'Angleterre , la Hollan-
„ de, la Sardaigne même , & bien en-
„ tendu la Turquie , formeront une alliance
pour s'oppoſer à une pareille
entrepriſe , & que ces différens Royau-
„mes , felon leurs intérêts , ne peuvent
„ abſolument s'en diſpenſer ". Sans doute
, ſi cela étoit , la Pologne feroit bientôt
dégagée; mais elle n'a pas beſoin de
tous ces ſecours , fuivant la remarque de
l'Ecrivain politique , pour recouvrer fes
terres & fa liberté. Qu'on examine en
effet les Puiſſances qui s'en emparent;
qu'on fuppute en même tems les dépenſes
énormes qu'il faudra faire de toutes
manieres , pour élever des forts & pour
répandre dans ce vaſte Royaume , qui
n'eſt nullement peuplé , des hommes &
des foldats. Outre que ce ne peut écre
AVRIL, I. Vol. 1775.83
qu'en s'appauvriſſant elles-mêmes que les
Puiſſances co- partageantes peupleroient
la Pologne & la fortifieroient , elles ont
toujours à redouter des Nationaux qui
tiennent à leur liberté plus qu'à leur vie ,
& qui , dans la moindre querelle avec
les Ruffes &les Autrichiens , renaîtront
de leurs propres cendres , pour ſe retrouver
comme ils étoient. On les y excitera
quand même ils n'y penſeroient pas
alors ; & lorſqu'une guerre violente s'allumera
fur les bords du Rhin , de l'Efcaut
ou du Pô , ſera-t- il poſſible que la
Pruſſe & l'Autriche ſe répandent de toutes
parts ? & fur-tout ſi la Turquie , qui
'aima toujours la Pologne , & qui eſt intéreſſée
à la protéger , ſe met de la partie.
D'ailleurs les trois Puiflances copartageantes
ne feront pas toujours unies.
Si c'eſt laRuſſie qui entre en guerre avec
les Pruffiens & les Autrichiens , elle
s'unira dès-lors à l'Empire Ottoman pour
les déloger de la Pologne ; & l'on peut
préſumer qu'elle y réuffira. Le Lecteur
ajoutera à ces réflexions que les trois Puifſances
qui partagent aujourd'hui la Pologne
, doivent leurs ſuccès à la ſupériorité
de leur génie & à leur héroïſme , &
qu'ils pourront avoir des ſucceſſeurs foi
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
bles. Il faut des fiecles pour produire des
Héros. Frédéric le Grand peut s'appeller
un Atlas qui porte la Monarchie ſur ſes
épaules . Quelques talens qu'ait celui qui
doit le remplacer , il eſt preſque impoffible
qu'il le rende trait pour trait. Les
événemens dès- lors n'auront pas le même
cours. Ce ne feront plus les mêmes
vues , les mêmes projets, les mêmes defirs
, les mêmes inclinations. Tous les
Souverains n'aiment pas la guerre , &
Pon profite ſouvent de cette difpofition
pour les dépouiller , d'où l'Auteur de cet
écrit oſe aſſurer que la Pologne , à quel .
que choſe près , reviendra quelque jour
ce qu'elle étoit. ,, Cette prédiction , con-
ودtinue- t- il , n'eſt point pour flatter les
,, Polonois , quoique je leur fois fincé-
,, rement attaché , ni pour les engager
,, à ſupporter leur joug impatiemment ,
,,d'autant mieux que les Puiffances co-
,, partageantes traitent tous leurs Sujets
و د
avec bonté , & qu'ils peuvent s'atten-
,, dre , pour le moins, à un pareil traite .
, ment.
„ Quiconque a lu l'hiſtoire de la Po-
,, logne n'a pas manqué d'obſerver que ce
vaſte Royaume eut plus d'une fois af-
,, faire à des ennemis qui le partagerent
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 85
ود
ود
en quelque forte ; &qu'en 1655 , ſous le
,, regne de Cafimir, il eſſuya les plus cruel-
,, les révolutions. Charles Gustave , deve-
,, nu Roi de Suede par l'abdication de
., Chriſtine (cette Reine qui préferala phi-
„ lofophie au plaifir de régner) , ſe rendit
maître en peu de temps d'une partie de la
Mazovie&d'une grande partie de laPo-
„ logne , fans compter la Lithuanie qui
ſe foumit au Vainqueur. Les Hiſtoriens
„ ajoutent qu'alors les Polonois fembloient
être frappés de la foudre , &
,, qu'il ne leur reſtoit qu'un courage inutile
, mêlé de déſeſpoir. Cependant
ces orages fe diſſiperent , & le moment
vint où la Pologne reprit ce
,, qu'elle avoit perdu , malgré les efforts
,, de Ragotski , Prince de Tranſylvanie ,
,, qui s'étoit uni à Guſtave , dans le def-
ود
ود
و د
"
و د
ود
fein même de ravir la couronne à
,, Catimir " . L'niſtoire ancienne & moderne
peut fournir pluſieurs autres exemples
pareils , qui confirmeront la réflexion
que fait ici l'Auteur , qu'il eſt des criſes
dans les révolutions comme dans les maladies
; l'état des chofes change , & fou-
- vent , au moment le moins attendu , un
Empire qu'on croyoit démembré éprouve
une fecouffe & reparoît tel qu'il étoit.
F3
86 MERCURE DE FRANCE,
Temple de Mémoire ou viſion d'un Soli.
taire. A Paris , chez Ruault , Libraire ,
rue de la Harpe.
Thalie conduit le Solitaire dans le
Temple de Mémoire , & lui montre
tous les hommes qui ont mérité d'y avoir
une place diftinguée. Cet édifice , d'une
architecture noble & majestueuſe , &
tout environné de lumiere , n'étoit point
aſſez vaſte pour contenir ceux qui ſe ſont
immortaliſes par leurs talens & par leurs
actions fublimes. Voici comme l'homme
aux viſions nous dépeint Thalie.
Une Nymphe au fouris malin ,
Avec un maſque dans la main ,
Tout-à-coup fortit d'un nuage ;
Ses yeux refpiroient l'enjouement ,
L'eſprit , la fine raillerie .
Une légere draperie ,
Qui couvroit fon buſte charmant ,
En deffinoit correctement
Les contours & la fymmétrie ,
Ses pieds mignons étoient chauſſés
De brodequins ou de fandales ,
Dont les cordons , entrelaſſes ,
Brilloient de rubis enchaſſes ,
AVRIL. I. Vol . 1775. 87
Et de perles orientales .
Pour la fraîcheur du coloris ,
C'étoit une roſe nouvelle
Qu'on voit éclorre entre des lis :
Enfin , à mes ſens interdits ,
Tout annonçoit une immortelle.
Où n'iroit-on pas avec un ſi charmant
guide? Et comment s'égarer avec une
' Nymphe qui ne fait d'autre uſage de ſes
talens que celui d'inſpirer le goût de la
vraie gloire , & d'apprécier avec impartialité
le mérite des hommes qui fe font
rendus dignes de l'immortalite ? ,, La vie
,, des hommes , dit cette aimable Déeſſe ,
,, eſt ſi bornée , qu'il leur eſt bien permis
ودde chercher du moins à perpétuer le
,, ſouvenir de leur exiſtence , j'entends
,, par tout ce qui mérite l'eſtime & l'ad-
,,miration de leurs ſemblables. C'eſt une
و د
"
ſeconde vie qui tourne au profit de
ceux qui reſtent; parce qu'elle entre-
„tient le goût des chofes honnêtes &
,, utiles par les exemples qu'elle laiſſe à
,, imiter. D'ailleurs , la vertu & le ſavoir
و د
font fi mal récompensés ſur la terre ,
,, qu ils tomberoneut dans le décourage-
„ ment s'ils n'étoient foutenus par cette
,, idée de gloire &de renommée qu'ils ſe
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
>>promettent des fiecles à venir " . Et
rien n'eſt plus propre à exciter une noble
émulation & a perpétuer le louable defir
d'imiter les grands hommes ; que la ma.
niere avec laquelle Thalie les offre à nos
yeux.
On eſt ſeulement fâché de voir que
l'enceinte du Temple foit fi étroite, &
que les noms des Monarques , des Capitaines
, des Magiftrats , ne foient pas tou .
jours accompagnés des éloges qu'ils ont
fi juſtement mérités,
Paradoxes par un Citoyen. Lettres de Bru .
tus fur les chars anciens & modernes .
Chez Saillant & Nyon , Libraires , ruę
St. Jean de Beauvais ,
L'Auteur de cet Ouvrage a déjà donné
au Public la Philofophie de la Nature ,
qui a réuni preſque tous les fuffrages. A
la vérité il fut mal accueilli par un Journaliſte
; qu'importe d'être flétri par un
Satirique , dit notre Philofophe ; fi l'Ouvrage
eſt bon , l'opprobre réjaillit tout
entier fur le Faiſeur de fatire. S'il eſt
mauvais , l'Ouvrage & la fatire font oubliés
au même inſtant. D'après cette idée
des critiques qu'on croit être injuſtes , les
AVRIL. I. Vol. 1775. &0
Auteurs des bons Ouvrages devroient
jouir d'une parfaite tranquillité. On a
ſouvent remarqué que lorſqu'un Ouvrage
eft critiqué , ce n'eſt pas l'Auteur de
l'Ouvrage qui ſubit la plus délicate épreu.
ve. Le public intelligent , ſe réſerve le
droit de juger le Cenſeur ; & fi la criti
que eſt injufte & fauſſe , le mépris dont
elle eſt payée ſe meſure à l'idée de ſupériorité
que tout Cenſeur fait préfumer
avoir voulu donner de foi. On ne doit
pas ſe diſſimuler les difficultés de la cri
tique. Rien de plus rare , après les bons
livres , que les bons Juges de livres ;
pour les juger , diſoit Malherbe , il faut
ſcience & confcience. Cette réunion n'eft
pas fi commune qu'on pourroit le penſer,
Convaincu , par principe & par fentiment
, qu'il falloit une baſe à la morale
univerſelle , l'Auteur des nouveaux paradoxes
a épuisé toutes les différentes
preuves de l'existence de Dieu , de la
néceffité de la morale & de notre immortalité
. Les raiſonnemens qu'il a employés
ne menent point au dogme trifte
& froid de l'indifférence. L'indifférence ,
comme l'obferve très bien notre Philo.
- ſophe , eſt le principe de l'homme qui
n'en a point ; c'eſt le plus grand mal que
F5
१० MERCURE DE FRANCE .
le pyrrhoniſme ait pu faire à la terre :
l'indifférence dans les arts conduit à la
barbarie ; dans la vie ſociale, elle produit
des êtres vils & fans caracteres ; dans la
Religion , elle fait des Athees. La faine
philofophie , dont cet Ecrivain prend la
défenſe , s'éloigne également de tous
ces excès fi propres à avilir l'homme &
à nuire à la fociété. Les Philoſophes ,
dignes de porter ce nom glorieux , unif
fent la vertu au génie , & n'admettent
d'autres principes que ceux qui peuvent
rendre l'homme heureux ici bas & dans
l'économie future. C'eſt ſe couvrir d'opprobre
que de calomnier ceux qu'on doit
regarder plutôt comme les bienfaiteurs
de l'humanité. C'eſt le comble de l'injuſtice
que de les confondre avec ces Auteurs
qui voudroient renverſer les regles
immuables des moeurs , & qui n'admettant
point la diftinction du bien & du
mal , ne reconnoiſſent point le Légifla
teur fuprême , qui doit récompenfer l'un
&punir l'autre. Autant l'Auteur des Paradoxes
montre de zele pour la ſaine philofophie
, autant il manifeſte ſon indignation
contre ceux qui ofent méconnoître
P'origine & la deſtination de l'homme ,
& qui ne lui offrent que la perſpective
AVRIL. I. Vol. 1775. 91
du néant pour le conſoler dans les traverſes
& dans les maux auxquels il eſt
expoſe dans le cours de la vie.
L'accuſation de plagiat , qu'on n'emplore
que pour dégrader la perſonne du
Philofophe , & pour éloigner le vulgaire
de la lecture de l'Ecrivain qu'on calomnie
, n'eſt le plus ſouvent que la reffource
de l'envie&de la médiocrité. L'Auteur
des Paradoxes juſtifie pluſieurs Ecrivains
célebres qu'on a cherché à flétrir
par cette odieuſe imputation ; & l'apologie
qu'il fait de ces Ecrivains le conduit
à traiter la fameuſe queſtion de la preſſe,
Il eſt plus aifé de prouver que les loix
peuvent & doivent fixer des limites à la
liberté d'écrire , que de les déterminer
avec cette ſageſſe impartiale qui difcute
également les inconveniens & les avantages.
On regarde comme un principe
incontestable qu'une faculté ſi naturelle
&fi utile ne doit & ne peut être gênée
qu'autant que le bien de l'Etat , cette loi
ſuprême , l'exige. Il n'est pas cependant
auſſi facile qu'on ſe l'imagine de démêler
les circonſtances ou l'intérêt public l'ordonne.
La vérité n'a point à craindre les
-attaques de l'erreur. Multiplier les com-
_ bats , c'eſt multiplier ſes triomphes . C'eſt
92 MERCURE DE FRANCE,
ſouvent du choc des opinions que naît
cette lumiere bienfaiſante qui éclaire
tous les eſprits , & qui termine enfin
toutes ces vaines & ridicules difputes ,
ſouvent fi contraires à l'ordre public & a
la tranquillité des Citoyens .
On trouve à la ſuite de ces diſſertations
une nouvelle édition des Lettres de
Brutus fur les chars anciens & modernes ,
où l'Auteur emploie toute fon érudition
contre ce genre de luxe quia tant de fois
produit des malheurs & des défordres
dans la ſociété . M. de Voltaire , en recevant
la premiere édition de cet Ouvrage
, a écrit cette Lettre de remercier
ment à l'Auteur. ,, Monfieur, il y a deux ans
,,queje ne fors point de ma chambre,& que
la vieilleſſe& les maladies qui accablenţ
mon corps très - foible , me retiennent
preſque toujours dans monlit.Je neprendrai
point contre vous le parti de ceux
,, qui vont en carroſſe; tout ce que je puis
,, vous dire , c'eſt qu'un homme qui écrit
,,auſſi bien que vous , mérite au moins
,, un carofſe à fix chevaux, vous voulez
,, qu'on ſoit porté par des hommes
,, j'irai bientôt ainſi dans ma Paroiſſe ,
,, ſuppoſé qu'on veuille bien m'y recevoir.
Enattendant , j'ai l'honneur d'être
”
"
ود
??
,
AVRİL. I. Vol. 1775. 93
=
avec la plus profonde eſtime & la plus
,, vive reconnoiſſance. "
Discours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , ſuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié. Par M. Auger
, Prêtre , Profeſſeur d'Eloquence
au College de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux peres & aux meres qui font
jaloux de bien élever leurs enfans. La
faine morale qu'il reſpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon ,
Plutarque, Montaigne , Locke, Fénélon ,
Rollin , M. Rouſſeau , rendent ces Difcours
très intéreſſans. Ce Profeſſeur , que
le zele ſeul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
P'Emile de M. Rouſſeau eſt un riche tréfor
où l'on trouve ſur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineuſes ,
les réflexions les plus juſtes & les plus
ſenſées , la morale la plus pure & la plus
94
MERCURE DE FRANCE.
ſévere. Ce Philoſophe, également profond&
éloquent , s'eſt déclaré pour l'education
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur-tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'eſprit & le coeur que par occaſion
& par forme de conſervation. Il veut
qu'on n'exerce le jugement de ſon Eleve
que de vive voix , & qu'on laiſſe ſa mémoire
oiſive ; éloignant de lui toute efpece
de livres , il ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préferela Religion purement naturelle.
La juſte admiration que notre Profefſeur
à conçue pour M. Rouſſeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
çe nouveau ſyſtême d'éducation. Il con
vient qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Eleve en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une choſe moins eſſentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire ſur des objets
agréables & utiles , comme fables , hif
toires , &c . parce que c'eſt dans la pre
miere jeuneſſe que la mémoire eſt bonne
&qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne ſuffit pas de prendre garde
AVRIL. I. Vol. 1775. 95
d'y introduire des idées fauſſes, mais on
doit encore la remplir d'excellens matériaux,
que le jugement trouvera & met
tra en oeuvre quand il fera formé. Le
Profeſſeur respecte trop la Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
eſſentiel de faire connoître au plutôt à
- fon Eleve l'Etre dont il tient l'exiſtence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par ſon amour ,& que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit-on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , ſera environné des
ténebres les plus épaiſſes&des maximes
les plus fauſſes , & qu'il ne manquera
pas de marcher dans ces fentiers téné
breux , fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau céleſte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées,
nous font repréſentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de remedes propres à guérir nos
maladies fpirituelles. Le jeune Eleve ,
fentant ſes propres défauts , pourra trouver
dans ce tréſor de la parole de Dieu ,
Fefpece particuliere de remede qui con96
MERCURE DE FRANCE.
1
vient à ſon mal. Comme Dieu a donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de ſucs deftis
nés à guérir les plaies du corps , il a de
méme rempli les Livres Saints de pré .
ceptes ſalutaires pour remédier aux ma.
ladies de notreame. Qu'on ſe rappelle le
bel éloge que M. Rouſſeau fait de ces
Livres , & l'on ſera ſurpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceſſité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture .
Le Profeſſeur d'Eloquence obſerve judicieuſement
qu'un des plus précieux
avantages de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul& de lutter ſeul contre les difficultés
fans le ſecours d'autrui. C'eſt ſans doute
une excellente méthode d'inſtruire les
enfans en les amusant , en converfant
avec eux , en leur faiſant faire de vive
voix des réflexions qui ſoient à la portée
de leur âge , ſur tout ce qu'ils liſent ,
voient ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la ſcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne ſavons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous ſommes efforcés de trouver ſeuls ,
de
AVRIL. I. Vol. 17756 97.
de réſoudre ſeuls les difficultés. En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inſtruit que par la conversation , ne s'ennuie
& ne ſe morfonde dès qu'il ſera
livré au filence & à la folitude du cabinet.
Quant à l'inconvénient de commen
cer tard à étudier , on ne peut ſe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceſſe d'apprendre;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , ſi le cerveau
, ſiege de la mémoire , n'eſt rempli
ni de mots , ni de faits , ſur quoi opérerat
- il ? Comment manifeſtera - t- il aux autres
ſes opérations , ſi l'on ne l'a pas ac
coutumé de bonne heure à recevoir mille
impreſſions différentes , à ſe plier & ſe
replier de mille manieres diverſes , lorſqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
aattendu que les fibres ſe ſoient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y en.
trera qu'avec peine. Rien ne ſeroit plus
eſſentiel au Profeſſeur que de remplir la
mémoire de ſon Eleve d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au beſoin , & de rendre plus facile , par
- l'habitude , l'application de l'eſprit.
On trouve dans ces Diſcours l'éloge
:
G
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la ſageſſe a devancé
les années , & qui eſt convaincu que
pour affermir ſon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de ſes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le ſoutien de la Puiſſance ſouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eſt
fi viſiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eſt rare de voir les Princes
ſeporter d'eux-mêmes à les détruire. Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent ſe ſouſtraire aux
Loix , & les autres aſpirent à dominer
fur elles . Mais pour faire honorer ces
Loix , fur leſquelles repoſe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniſtres ,& fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépositaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniſſent étroite
ment toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perſonne ſacrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiſſolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'eſprit & au coeur, l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éduca
AVRIL. I. Vol. 1775- 99
- tion des anciens Perfas , & celui de l'inf
titution Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eſt terminé par des réflexions judicieuſes
ſur la véritable amitié.
-Traité complet d'Anatomie , ou deſcription
de toutes les parties du corps
humain ; par M. Sabathier , Membre
du College de Chirurgie de Paris ,
Cenfeur& Profeſſeur Royal , de l'Académie
Royal des Sciences & de celle
de Chirurgie , Chirurgien . Major &
Conſultant de l'Hôtel - Royal des Invalides
, &c. 2 vol. in- 80. chez Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguſtins.
Cet Ouvrage eſt vraiment élémen.
taire ; c'eſt un des meilleurs dans ſon
genre qui ait paru ; l'Auteur a puiſé dans
- ſes propres obſervations &dans ſes diſ
ſections , la doctrine qu'il y expoſe ; il a
confulté en outre , pour ſa rédaction ,
- les Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences ,& il ne ſe trouve preſque aucun
Auteur célebre qu'il n'ait mis , en quel-
- que forte , à contribution , les Morgagni ,
les Haller , les Monro , les Meckel , les
Hunter , les Zinn , les Senac , les Winflow
, les Lieutaud , les Heïſter , font au-
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
tant de célebres Anatomiſtes dont il a
emprunté les lumieres. Il ſe fait un
honneur d'être un des diſciples de M.
Verdier ; & s'il n'avoit été obligé de
céder aux follicitations réitérées de ſes
amis , il auroit continué de faire paroître
cet Ouvrage ſous le nom de ſon Maître
, quoiqu'il puiſſe le réclamer comme
le fruit de ſes travaux , puiſqu'il en a
retranché le peu qui s'y trouvoit de M.
Verdier , & que d'ailleurs il a fait des
additions très - conſidérables.
Cet Ouvrage eſt diviſé en ſept parties ,
en oſtéologie , myologie , ſplanchnolo .
gie , angeiologie , névrologie , adenologie
, & en hiſtoire des tégumens. La
premiere , outre la deſcription des os,
contient celle du périoſte , des cartilages ,
des ligamens , des glandes ſynoviales ,
de la moëlle & de leurs vaiſſeaux. La
ſeconde traite des muſcles. Ces organes
répandus dans la machine animale , ope.
rent le plus grand nombre , ou plutôt ,
preſque tous les mouvemens qui s'y exécutent.
La ſplanchnologie , qui fait la
troiſieme partie de cet Ouvrage , eſt une
des plus intéreſſante; auſſi l'Auteur l'at-
il traitée avec beaucoup d'étendue ; elle
commence par ce qui concerne la tête , &
AVRIL. I. Vol. 1775. ΙΟΙ
continue par l'hiſtoire de la poitrine &
du bas ventre. L'angeiologie a pour objet
la connoiſſance des vaiſſeaux fanguins &
lymphatiques ; M. Sabathier a tiré , pour
la rédaction de cette partie , les plus
grands ſecours des Fafciculi anatomici de
M. de Haller. La névrologie qui vient
enfuite , contient quelques notions ſur
les nerfs en général. L'adenologie , ſur
la deſcription des nerfs ; ce n'eſt , pour
ainſi dire , qu'une récapitulation des
glandes , dont l'Auteur à déjà parlé dans
la ſplanchnologie. Enfin l'hiſtoire des
tégumens comprend celle du tiſſu cellulaire
, qui eſt moins une des enveloppes
ſous leſquelles toutes les parties font enfermées
, qu'un des principes conſtitutifs
de la machine animale.
Telle eſt la diſpoſition de cet Ouvrage
; outre ce qui concerne la forme ,
les dimenſions , la ſtructure & les rap .
ports de tout ce qui entre dans la compoſition
du corps humain , l'Auteur a
eu ſoin d'y inférer encore un aſſez grand
nombre de remarques hiſtoriques , critiques
, phyſiologiques & pathologiques.
On trouve auſſi chez le même Libraire
qui débite cet Ouvrage , & chez l'Au-
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
teur , rue Saint Jacques , un autre qui a
pour titre : Apparatus ad nosologiam , feu
Synopsis nofologiæ methodice , Auct.
Gul. Cullen ; edito novo aucta , Amſte .
lodami 1775 , in . 8°. prix 6 livres broché.
Discours prononcés en différentes folemnités
de piété ; par M. l'Abbé le Couſturier
, Chanoine de Saint Quentin ,
Prédicateur du Roi. A Paris , chez
Moutard , Libraire , rue du Hurpoix
1774. Nouvelle édition ; I vol. de
492 pages.
Ces Difcours ont déjà mérité l'approbation
du Public; celle dont l'Académie
Françoiſe a honoré deuxPanégyriques de
Saint Louis , prononcés devant elle par
le même Orateur, eſt la plus honorable
pour M. l'Abbé C. L'Académie déterminée
par les applaudiſſemens réitérés qui
interrompirent l'Orateur , follicita en ſa
faveur les graces de la Cour. Le change.
ment de Miniſtere fut un obſtacle , &
Orateur applaudi fut oublié. La vérité
& la bonté font les deux grands traits
ſous lesquels M. l'Abbé le Couſturier
repréſente tout le regne de Saint Louis.
AVRIL. I. Vol. 1775. 103
ود
ود
ود
دو
"
ود
Quand la vérité éclaire les Rois , dit il ,
,, que leur regne eſt puiſſant! Elle les
inſtruit dans l'art de gouverner , elle
ſoutient leur Trône , elle met la Juſtice
à côté de la Victoire , le courage à côté
des malheurs ; ils veillent à la fois aux
intérêts du ciel & au bonheur de la
terre. Quand la bonté inſpire les Rois ,
,, que leur empire eſt doux ! L'autorité ,
quelquefois terrible , n'eſt plus que
,, bienfaiſante; ils aiment leurs Peuples ,
ils en font aimés , ils les rendent heureux:
il font plus , ils les rendent di-
„ gnes de l'être. Heureux le Prince qui
,, peut mériter un tel éloge ! heureux le
Peuple qui peut mériter un tel Prince !
la gloire de l'un , le bonheur de l'autre
font inséparables & font également affurés."
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
Voulez - vous , Meſſieurs , dit l'Ora .
teur , un triomphe de la vérité dans un
,, autre genre ? Le ſchiſme , ce monftre
,, qui ébranle les Trônes au nom de la
„ Religion , éclate entre Rome & l'Em-
,, pire ; au milieu des nuages qui s'éle-
,, vent dans l'Europe , Louis , les yeux
ود
و د
12
fixés ſur le centre de lumiere & de vérité
, voit en gémiſſant le glaive des
Pontifes & le glaive des Céſars tour-
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
ود
و د
ود
nés l'un contre l'autre , il reconnoît
avec douleur le déchaînement des pafſions
humaines ; les mots facrés ne lui
en impoſent pas. Il fait que ſouvent ,
ſelon le langage de ſes paffions , ven-
,, ger Dieu , c'eſt ſe venger foi-meme. Il
reſpecte les titres , dévoile les prétex-
,, tes , démêle les intérêts , gémit des excès
& juge les hommes.
ود
ود
22
ود
ود
وو
ود
مد
La Juttice eſt la compagne de la
vérité. Elle ſe foutenoit ſous le regne
de Louis , mais foible , chancelante ,
accablée ſous un fardeau de loix , &
,, ces loix confondues enſemble , défigurées
par la barbarie de leur premiere
origine , amas informe, dont l'obſcurité
diviſoit les Citoyens au lieu de les
unir , dont l'incertitude multiplioit les
,, jugemens , n'arrêtoit pas les coupables ,
,, dont la chaîne , loin d'envelopper le
,, corps focial , fe briſoit à chaque inf.
tant & laiſſoit un vuide ...... Au
"
१७
ود
دو ?? milieu de tant de maux , la Juſtice
éplorée , cherche l'appui de la Vé
,, rité, &c. "
29
Ce Diſcours ne perd rien à la lecture
de la ſenſation qu'il a faite lorſqu'il fut
prononcé. La maniere d'écrire de M.
l'Abbé C. a quelque choſe de touchant,
1
AVRIL. I. Vol. 1775. 105
d'infinuant , de rapide qui entraîne &
ſubjugue l'Auditeur ; on lui a déjà rendu
la justice de dire qu'il poſſédoit & imitoit
l'art d'écrire deBoſſuet, ſi négligé de
nos jours.
Entre pluſieurs Diſcours qui remplifſent
ce volume,& qu'il faut lire de ſuite
dans le volume même , M. l'Abbé C.
varie ſes portraits ſelon les perſonnes
qu'il a à peindre. Voici celui d'une Abbeſſe
Religieuſe , que paroit offrir ou
,, que doit offrir à une jeune perſonne
,, qui ſuit la voix qui l'entraîne au pied
,, de l'autel , cet aſyle religieux , où elle
enſevelit les plus brillans de ſes jours !
Une ſolitude qui la ſépare du monde ,
,, des affaires , des intérêts , des eſpéran
, ces , des plaiſirs du monde , de tout ce
,, qui peut lui plaire , la diſtraire , la
ود
?י
ودflatter dans le monde; une carriere
,plus ou moins longue à terminer ,
,,mais toujours renfermée dans un ef-
,, pace bien étroit & que parcourent les
,,yeux. Une perſpective ſombre de de
„ voirs obfcurs , de fonctions pénibles ,
,, auſteres , rigoureuſes; de ménagemens
,, néceſſaires , de ſacrifices fréquens , de
,, liaiſons forcées , de bienſéances & de
charité , mais bornées aux objets , aux 12
G5
106 MERCURE DE FRANCE,
1
,, perſonnes qui l'entourent ; une fuccef
ود
"
ſion incertaine ,plus ou moins rapide ,
de celles qui précedent & de celles qui
fuivront, mais toujours dans le même
lieu ; un concours de caracteres , d'ef-
,, prits différens que la piété a raſſemblés
"
ود
"
"
ود
& fournis à l'empire de la même loi ;
,, un oubli de foi - même pour ne plus
vivre , pour ne plus voir que par l'oeil
de la foi , & ne reconnoître dans celle
,, qui commande que la voix & l'autorité
du Légiflateur ſuprême." Ce tableau
eſt peint d'après l'expérience&préſenté
par la vérité.
"
: Voici le portrait d'un Pasteur réduit
aux foins méritoires de la campagne.
ود
وو
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
ود
Un Prêtre de la loi nouvelle (*) héritier
du zele & des vertus des Prêtres de
l'ancienne loi ; un homme occupé du
miniſtere évangélique , le plus pénible ,
le plus obfcur , & par là peut- être le
plus méritoire; un homme calomnié
d'abord , épreuve bien rigoureuſe pour
un coeur ſenſible , qui ne peut ſe juſtifier
que par ſa douleur ; l'innocence
connoît-elle d'autres armes ? Un Pafteur
d'un pauvre troupeau , plus pauvre
(*) Le B. P. Fourrier , Curé de Mataincourt.
AVRIL, I, Vol. 1775. 107
ود
ود
lui-même encore par choix & par devoir&
par-la plus véritable Paſteur ; un
" homme connu de Dieu feul & de fon
,, Peuple ; un homme nourri à l'ombre
d'un autel obfcur , bien éloigné d'en
dérober l'encens ou de lui préférer les
,, vapeurs de la molleſſe , ou les fumées
de la vanité. " Cet exemple eſt trop
- beau pour n'être pas trop rare.
ود
و د
ود
Le Diſcours ſur la Révélation , dit
l'Editeur , devoit être prononcé dans
une aſſemblée de perſonnes inſtruites &
éclairées ; ce ſujet n'avoit été traité juf.
qu'ici que dans des écrits polémiques ,
retouchés par des mains ſavantes , mais
moins propres à faire naître dans l'ame
ces émotions falutaires qui caractériſent
l'art oratoire. Ces Discours en général
font dans le ton d'une éloquence vraie ,
pathétique , touchante & éclairée. Les
notes qui les accompagnent méritent
d'être lues.
L'Homme ſenſible; traduit de l'Anglois ,
par M. de Saint-Ange. A Paris , chez
Piſſot , Libraire , quai des Auguftins ,
près la rue Gît- le - coeur. Prix 30 fols
broché.
108 MERCURE DE FRANCE.
Homo fum , humani nihil à me alienum
puto. Ce vers de Térence , dont voici la
traduction littérale : Fe fuis homme : rien
de ce qui est de l'homme ne m'eſt étranger ,
donne une idée juſte & préciſe du fond
de cet Ouvrage; c'eſt un récit très ſimple
d'incidens plus ſimples encore: mais ce
récit , où l'inſtruction ſe trouve toujours
mêlée , devient ſouvent piquant par ſa
ſimplicité même. Le Lecteur attentif ſera
étonné d'y trouver autant ,& même plus ,
de ce qu'on appelle fineſſe d'eſprit , que
dans ces écrits dont le bel eſprit paroît
être le caractere dominant ; ſouvent auſſi
on remarquera dans le ſtyle autant d'élégance
que de naturel. ,, L'Auteur An-
" glois , M. Brook , dit le Traducteur ,
,, paroît avoir adopté la maniere & le
,, ſtyle du Voyage Sentimental. On pour-
ود roit, à beaucoup d'égards , rapprocher
,, ces deux Ouvrages ; même ſagacité
,, d'eſprit , même ſenſibilité d'ame y ren-
ود dent les détails tour-à-tour piquans&
,, intéreſſans . Mais en dépouillant la partialité
ordinaire à un Traducteur , on
ſe haſarde à croire que le parallele ſe-
,, roit à l'avantage de M. Brook.
?د
" On a reproché , avec raiſon , au
,, voyage de Stern un défaut de liaiſon
AVRIL. I. Vol. 1775. 109
ود
و د
,,trop ſenſible ; on ne remarque aucun
,, deſſein dans la diſtribution de ſes cha-
,, pitres ; ce ſont des fragmens ſans fuite ,
,, qui ſouvent finiſſent tout- à - coup , au
,, moment où l'intérêt alloit commencer.
On nepeut faire les mêmes reproches à
notre Auteur. Quoique ſon Livre ſoit
un aſſemblage d'épiſodes détachées , il
,, y a obſervé cette gradation progreſſive
,, d'intérêt que les Italiens appellent en
,,muſique le Crefcendo. Il met dans la
,, main des Lecteurs un fil qui les con-
,, duit à travers les ſcenes différentes ,
,, dont le tiſſu compoſe ſon eſpece de
,,Roman ; ce fil eſt le développement
„ ſucceſſif du caractere de l'homme ſen-
„ſible."
Nous allons en tranſcrire pluſieurspafſages
; l'Ouvrage commence ainfi :
ود
,, Ily a une forte de rouille originelle à
,, l'eſprit de l'homme . Chacun de nous la
,, contracte en naiſſant. Dans certains pays
néanmoins , en France par exemple , les
,, idées des habitans ſont d'une ſi prodi-
„ gieuſe & fi habituelle légéreté , que lors
,, même qu'elles ſont en petit nombre ,
,, elles doivent néceſſairement ſe frotter
,,fans ceſſe ; de maniere que cette rouille
,, de l'eſprit s'efface bientôt. Le contraire
ود
110 MERCURE DE FRANCE.
ود
arrive en Angleterre. UnAnglois meurt
ſouvent avant de s'en être débarraſſé...
„ 'Il y a un moyen sûr de perdre cette
,, rouille , dit le frere du Baronnet , qui
,, étoit un exemple frappant d'un excel-
,,lent métal horriblement rouillé , c'est
„ de voyager. A ces mots j'approchai ma
,, chaiſe de la ſienne. Qu'on me permette
de peindre cet honnête vieillard ; ce
,, n'eſt qu'une phrase en paſſant , pour rap.
,, peler ſon image dans ma mémoire.
"
Son attitude la plus habituelle étoit
,, d'être aſſis , le coude appuyé ſur le
„ genou , & les doigts appliqués ſur la
,, joue. Sa main cachoit à moitié fon vi-
,, ſage. Cependant il avoit dû paſſer autrefois
pour être très - beau ; ſes traits
étoient mâles & frappans; ſes ſourcils ,
ود
”
ود les plus larges que je me rappelle avoir
,, vus , lui donnoient un certain air de
,, dignité. Sa perſonne étoit grande&
bien faite ; mais fon indolence naturelle
lui avoit fait prendre un embonpoint
,, conſidérable.
ود
ود
ود Il parloit peu , & feulement à quel-
,, ques amis particuliers ; mais il ne difoit
rien qui ne méritât d'étre écouté
avec reſpect. Simple & integre dans
,, toutes ses actions, il étoit tout de feu
ود
و د
AVRIL. I. Vol. 1775. 111
3
,, quand il s'agiſſoit des intérets de la
,, vertu & de l'amitié.
,, Aujourd'hui il eſt oublié : il eſt ab.
,, fent. La derniere fois que j'allai à Sil-
,, ton. Halle , je vis ſon fanteuil au coin
,,de la cheminée : on y avoit ajouté un
,, couffin , & il étoit occupé par l'épa
,, gneul de ma jeune maîtreſſe. Je m'en
,,approchai ſans être apperçu , & dans
,,mondépit ſecret , je lui pinçai l'oreil-
,,le; il fit un cri & ſe réfugia auprès de
,, ſa maîtreſſe. Elle ne devina pas l'au-
و د
teur de cette méchanceté ; mais elle
,, déplora l'infortune du pauvre animal
,,dans les termes les plus pathétiques ;
elle le careſſa , le prit ſur ſes genoux ,
,,& le couvrit avec un mouchoir de la
,, plus fine baptifte.
ود
ود
ود
,,Moi , je me plaçai dans le ſiege
,,de mon vieil ami : j'entendis autour
de moi les ris & la gaîté bruyante de
la compagnie ; alors , pauvre Ben-
,, Filton ,je te donnai une larme. Accepte
la: elle coule à l'honneur de ton
,, ſouvenir , &c."
ود
La Lecture de ce morceau a dû faire
plaifir. Le contraſte des foins recherchés
pour l'épagneul & de l'oubli du vieillard,
de la gaîté d'une frivole aſſemblée
112 MERCURE DE FRANCE.
&de la ſenſibilité recueillie d'un homme
ſenſé , préſente une peinture de moeurs
piquante à la fois & attendriſſante. Prefque
tout le Roman eſt compoſé d'une
foule de ſcenes non moins intéreſſantes.
On en pourra juger par les citations que
l'on va lire. Harley , ou l'homme ſenſi
ble , fait un voyage à Londres poury folliciter
une affaire. Son ſéjour en cette
ville donne lieu à pluſieurs incidens d'uri
genre varié ; il en eſt reparti dans une
voiture publique.
"
ود
ود
ود
,, Lorſque le coche fut arrivé à l'en-
,, droit de ſa deſtination , Harley ſe mit
,, à examiner comment il continueroit ſa
,, route. Le Maître del'Hôtellerie l'abor-
,, da avec civilité & lui propoſa le choix
d'un cheval ou d'une chaiſe de poſte.
Mais Harley faiſoit rarement les chofes
de la maniere qu'on appelle communément
la plus naturelle. Il remercial'Hôte
,,& s'achemina à pied , après avoir donné
les ordres néceſſaires pour fon por-
„ te-manteau. C'étoit une façon de voya-
„ ger qui lui étoit ordinaire. Par - là ,
,, fans autre embarras que celui de ſa per-
„ ſonne , il étoit libre de choiſir ſes auber-
,, ges & d'entrer dans la premiere cabane
où il ſeroit attiré par une phyſionomie
ود
ود
,, inAVRIL
1. Vol. 1775. 113
3
, intéreſſante. Enfin , lorſque ſa ſenſibi.
,, lité pour ſes ſemblables n'abſorboit pas
, toutes ses affections , il pouvoit les
,, étendre ſur des êtres d'une eſpece infé-
,, rieure ; il pouvoit , tantôt ſur le pen-
,, chant d'une colline , tantôt ſur le bord
,, d'un ruiſſeau , ſe laiſſer aller au fom-
,,meil ou à ſes rêveries .
•
Le jour étoit ſur ſon déclin , & le
,, ſoir des plus ſereins , lorſqu'il entra
,, dans un chemin creux qui alloit en
,, tournant entre deux hauteurs qui l'en-
,, vironnoient. Ce chemin étoit couvert
,, d'une pelouſe entre - coupée par diffé-
,, rens petits ſentiers , felon les diverſes
,, traces que les voyageurs avoient tenues.
Il paroiſſoit alors peu fréquenté ,
,, & quelques - uns des endroits battus
,, commençoient à ſe recouvrir de ver-
,, dure. Ce ſite agréable l'engagea à s'ar-
,, rêter pour en contempler les beautés.
,, Comme il portoit ſes yeux de côté &
5, d'autre , ſes regards , juſqu'alors penſifs
,,& rêveurs , furent frappés d'un objet
,, qui réveilla ſon attention.
,Un homme âgé , dont l'habit paroif.
3. ſoit avoir été celui d'un ſoldat , dor-
,, moit profondément ſur le gazon ; il
H
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
,avoit à ſa droite un havre- ſac poſé fur
une pierre , & à ſa gauche un ſabre
„ garni de cuivre , placé en travers fur
„fon bâton. Harley le conſidéra attenti-
,, vement ; c'étoit une figure dans legen.
„re des deſſins de Salvator. Les alentours
avoient je ne fais quoi d'agreſte & de
„ ſauvage , qui cadroit avec le fond du
,, tableau. Les hauteurs étoient couron-
,,nées , des deux côtés , d'arbuſtes incul-
,, tes qui croiſſoient irrégulièrement ; fur
,, l'une de ces éminences , on voyoit , à
,, quelque diſtance , un poteau deſtiné à
,, indiquer la différente direction du che-
,,min, qui fe partageoit en deux en cet
, endroit un roc , femé de quelques
,, fleurs champêtres , formoit un avance.
,ment au - deſſus de la tête du foldat en-
,, dormi. Elle étoit ombragée par la ſeule
,, branche encore verte & touffue d'un
,, vieux tronc enraciné ſur le ſommet du
„roc. Leviſage du voyageur avoit les traits
,,mâles d'une belle phyſionomie , altérée
„ par les années ; ſon front n'étoit pas
„ entiérement chauve , mais on auroit
,,pu compter ſes cheveux ; leur blancheur
,, faifoit , avec le brun foncé de fon cou ,
,,uncontraſte vénérable qui ſaiſit de ref-
„ pect l'ame de Harley. Tu es vieux ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 115
"
dit - il en lui-même ; & l'âge qui t'a ôté
les forces , ne t'a pas donné le repos.
Hélas ! peut - être ces cheveux blanchis
- au service de ton pays n'ont pu y trou
,, ver un abri. Le foldat ſe réveilla ; il
,, parut confus en voyant Harley ; mais
,,Harley connoiſſoit trop bien ce genre
,, d'embarras pour ne pas l'épargner àun
. ,, autre: il ſe détourna & reprit ſon che-
,, min. Le vieux ſoldat rajuſta ſon havre-
,,ſac & fuivit un des ſentiers battus , de
- ,, l'autre côté de la route.
,, Lorſque Harley eut entendu derriere
,, lui le bruit des pas du vieux voyageur ,
,, il ne put s'empêcher de lui jeter des
,, regards à la dérobée. Ses reins paroif-
,, foient courbés ſous le poids de fon ha-
,vre-fac. Il étoit eſtropié d'une jambe
,, qui le faiſoit boiter , & perclus d'un
,,, bras qui pendoit en écharpe ſur ſa poitrine.
Ses regards avoient l'expreffion
,, d'un homme aguerri contre les fouf-
> frances , qui avoit appris à enviſager ſes
,,malheurs avec des yeux fees".
Lesdeux voyageurs lient converſation
enſemble; ils alloient tous deux au même
endroit.
,,Nous pouvons , dit Harley , nous
abréger mutuellement la route en la
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
,, faiſant enſemble. Il paroît que vous
„ avez ſervi votre Patrie , & que vous
و د
avez beaucoup fouffert en la fervant.
,, Sachez que je ne connois pointde gen .
,, te de mérite plus glorieux & plus ref-
,, pectable ; mais au nom de votre âge ,
,, permettez - moi , avant tout , de vous
,, foulager de ce havre - fac.
,, Le vieux foldat le regarda avec une
,, larme à l'oeil : Jeune homme, lui ditil
, vous êtes trop bon, puiſſe le ciel
,, vous bénir à la priere'd'un vieillard qui
,,, ne peut vous donner que des bénédic-
,,tions: mais mon havre - fac eſt ſi fami-
,, lier avec mes épaules , que j'en mar-
,, cherois moins bien s'il me manquoit ;
,,cette charge feroit pour vous d'autant
„plus embarraſſante que vous n'y êtes
,, pas accoutumé.-Au contraire , reprit
„ Harley avec feu , j'en ferois plus léger.
,, Je ne porterai jamais un fardeau plus
,, honorable" .
Harley eft reconnu du vieillard , qui
lui raconte ſes malheurs. Il eſt chaffé de
ſa premiere ferme par l'injuſtice & la
dureté d'un Intendant. L'animoſité d'un
Juge de paix cauſe une ſeconde fois le
déſaſtre de ſa famille.
,, Un Officier arriva dans le Comté
AVRIL. I. Vol. 1775. 117
1
„ avec un ordre du Roi pour faire des
„ levées de foldats. Le Juge de paix ſe
„ concerta avec lui pour enlever un cer-
„ tain nombre d'hommes dont il vouloit
„purger le pays , le nom de mon fils
fut inferit ſur la liſte.
"
„ C'étoit une veille de Noël , jour de
„ la naiſſancedu petit garçonde mon fils ,
ainſi que de celle du Sauveur. La nuit
„ étoit d'un froid ſaiſiſſant. Il faiſoit un
„ouragan horrible , accompagné de grêle
„& de neige ; nous nous étions retirés
dans la chambre du fond , où nous
„avions allumé un grand feu . J'étois
S
aſſis devant la cheminée dans un fau-
„ teuil d'ozier , remerciant Dieu de
„ m'avoir laiſſé un abri pour ma famille
& pour moi. Les enfans de mon fils
s'amuſoient à fauter autour de mes
„ genoux. Je me fentois ragaillardi à la
„ vue de leurs petites gambades : j'avois
„mis ſur la table une bouteille de notre
meilleure biere , & nous avions pref.
„ que oublié nos malheurs paſſés.
و د
„ Tous les ans , la nuit de Noël , nous
„étions dans l'uſage de nous amufer au
„ jeu de Colin - Maillard ; conformément
à cette coutume , nous avions tiré ay
■ fort , moi , mon fils , ſa femme , la
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
,, fille d'un Fermier voiſin , qui était
„venue nous rendre viſire , les deux pe-
مو
tits enfans & la bonne vieille qui nous
,, ſervoit , & qui avoit paſſé toute ſa vie
,, avec moi . Le ſort étoit tombé fur
mon fils ; c'étoit à lui d'avoir les yeux
,,bandés .
و د
ود
ودLe jeu commençoit à s'animer. Mon
fils avoit paſſé à tâtons dans la premiere
,,chambre , en poursuivant quelqu'un
qu'il croyoit s'y être réfugié . Nous
nous tenions fans bruit chacun à notre
,, place , & fon erreur nous divertiſſoit.
,, Il y avoit quelque temps qu'il y rodoit
,, en aveugle , lorſqu'il ſentit par derriere
,, quelqu'un qui le frappoit à l'épaule ; il
११
ſe retourna & le ſaiſit en diſant : Vous
,, êtes pris ; - & vous auſſi lui répondit-
,, on , & dans peu l'on vous fera jouer à
,,un autre jeu que celui - ci .
११
,,Harley interrompit ce récit par une
,, exclamation de fureur; l'indignation
ſe peignit ſur ſon viſage. Sa main , par
,,un mouvement machinal, ſe jeta fur
le fabre d'Edouard & le tira à moitié
du foureau Le bonhomme l'y replaça
,,tranquillement & continua ſa narration.
ود
ود
१२
Ces paroles prononcées par une voix
AVRIL. I. Vol. 1775. 119
ל
,, étrangere , nousattirerentdans la cham-
„bre qui fut bientôt remplie d'une trou-
„ pe de vauriens en habit de foldar. Ma
,, belle fille tomba évanouie à leur vue ;
,, la vieille ſervante & moi nous nous
,, empreſſames de la ſecourir , tandis que
,,mon pauvre fils , reſté immobile &
,, comme pétrifié , portoit tour-à-tour ſes
,, regards ſur ſes enfans & fur ſa femme.
,,Nos foins la rappelerent à la vie. Nous
,,voulions qu'elle ſe retirât juſqu'au dé
,, nouement de cette malheureuſe aven-
,, ture; mais elle courut précipitamment
ودdans les bras de fon mari , qu'elle ferra
,,dans les ſiens , dans une attitude qui
,, exprimoit à la fois ſa douleur & fon
,, effroi .
„ Un des hommes de la troupe , que
,, nous prîmes à fon uniforme pour un
,, fergent d'infanterie , s'approcha de moi
,,& me dit que mon fils... pouvoit ſe
,, racheter en donnant un autre homme
,,& en payant une certaine ſomme d'ar-
,,gent pour fa liberté. Nous fûmes aſſez
,, heureux pour ramaſſer la ſomme entre
,, nous , graces à la générofité de la bonne
,, vieille , qui apporta dans une petite
ودbourſe de foie verte tout le produit de
,, ſes économies depuisqu'elle étoit àmon ود
H4
120 MERCURE DE FRANCE .
,, ſervice. Mais il falloit un homme pour
,, remplacer mon fils. Sa femme fixa fur
,, ſes enfans des yeux pleins de tendreſſe
&de déſeſpoir. "
,, Pauvres enfans , s'écria- t- elle , an
,, veut vous arracher votre pere : qui
,, veut-on qui prenne ſoin de vous ? Fau-
,,dra-t-il que votre mere vous voie mou
,, rir de faim , ou qu'elle aille mendier.
,, pour elle & pour vous le ſoutien d'une
,, vie miférable ? Je la priai de ſe tran-
,,quilliſer , mais je n'avois point de vé
,,ritable caution à lui donner. Après un
,, moment de reflexion je pris le Sergent
,, à part , & l'interrogeai pour ſavoir ſi
,,mon âge ne m'empechoit point d'en .
,,trer au ſervice à la place de mon fi's,
Votre âge , me repondit - il , devroit
vous en empêcher ; mais avec de l'ar.
,, gent tout s'accommode. Je lui mis dans
,,la main la ſomme que nous avions
,, recueillie ; je courus enſuite embraſſer
ود
و د
ودmon fils : Jacques , lui dis - je à baſſe
„ voix , vous êtes libre ; vivez pour vo-
,, tre femme & pour ces jeunes enfans.
Il me reſte peu de vie à perdre : ſi je
reſtois , je ne ſerois qu'un malheureux
de plus à charge à d'autres malheureux.
Non , s'écria mon fils , je ne fuis pas
ود
AVRIL. I. Vol. 1775. 121
,, auſſi lâche que vous paroiſſez le croire,
,, Non ; le ciel n'ordonne point que mon
,, pere expoſe ſa tete , déjà blanchie par
,, l'âge , tandis que ſon fils meneroit une
,, vie douce & paiſible. Je ſuis jeune &
,, capable d'endurer la fatigue ; Dieu au-
,, ra pitié de nous ; il ſera , en mon ab-
„fence, le confolateur de ma femme &
,, le pere de mes enfans . -Jacques , lui
,, répondis -je , je veux que cette diſpute
,, finiſſe. Vous m'avez toujours obéi juf-
„qu'à ce moment: vous ne le choiſirez
„pas pour contrevenir à mes volontés .
,, Je vous legue , comme pere , le foin
,,de ma famille , je m'en repoſe ſur
و د
vous comme ami. Notre ſéparation ,
,, M. Harley , fut un déchirement de
,, part & d'autre qui ne peut ſe décrire ;
,, c'étoit pour la premiere fois que nous
,, allions nous quitter. Les ſoldats avoient
,, peine à ſe défendre les larmes , &c. "
Nous ſommes fàchés que les bornes
ordinaires d'un extrait nous aient forcés
de mutiler ce chapitre. Mais nous croyons
que les Lecteurs ſenſbles , & même les
gens de goût nous fauront gré de tranfcrire
encore le morceau qui fuit.
ود Ils n'étoient plus qu'à très -peu de
,,diſtance du village où ils alloient ,
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
,, lorſque Harley s'arrêta tout- à -coup &
,, regarda avec étonnement les décom-
,,bres d'une maiſon ſituée ſur un des
,, côtés de la route. O ciel ! s'écria-t- il ,
,, ô demeure de mon enfance! dans quel
,, état t'apperçois-je aujourd'hui ? Pour-
,, quoi te vois-je ainſi déferte & renver-
,, ſée de fond en comble ? Où eſt allée la
,, troupe enfantine de tes habitans ? Pour-
,,quoi n'entends -je plus bourdonner leur
"
ود
eſſaim folâtre ? Edouard , regardez , re-
,, gardez ici ; voyez le théâtre de mes
premiers amusemens & de mes pre-
,,mieres liaiſons , détruit & devenu un
,, amas de ruines . C'eſt là l'école où j'étois
en penſion dans le temps que vous de-
"meuriez à South-Hill. A peine y a - t - il
„un an qu'elle étoit encore debout , &
,,que ſes bancs étoient remplis d'une
,, foule d'enfans . Vis-à-vis c'étoit une pe-
,,louſe où ils avoient coutume de pren-
,,dre innocemment leurs ébats. Voyez
,, comme la charrue facrilege en a profané
la verdure. J'aurois donné cent
fois la valeur de ce terrein pour le préſerver
de ce ravage.
ود
"
”
ود
גג
Mon bon M. Harley , répondit
Edouard, peut - être cette demeure a-telle
été abandonnée par choix ; peut- être
AVRIL, I. Vol. 1775. 123
-
,
» en a-t-on préféré une autre plus com-
„ mode & mieux ſituée. Cela ne peut
„ être , reprit Harley cela ne peut
être. Eh ! quoi ! cette plaine ne fera
>>donc plus émaillée de fleurs champé.
„ tre ; elle ne fera plus foulée par les
>pieds délicats d'un peuple de jeunes
„ innocens , Je ne verrai plus ce vieux
> tronc paré des guirlandes que leurs
> petites mains entrelacoient en s'amu.
ſant. Ces deux longues pierres qu'on
„ apperçoit à côté , renverſées par terre ,
ſervoient de piliers à une petite hutte
„ que j'avois aidé moi-même à bâtir. Com
» bien de fois m'y ſuis-je aſſis ſur un ſiege
„ de verdure ? Combien de fois y ai-je
”
fait avec mes camarades , un régal de
„ pommes ? Plus heureux alors , oui ,
mon cher Edouard , infiniment plus
„ heureux que je ne puis jamais l'être !
Remede nouveau contre les maladies vénériennes
, tiré du regne végétal ; ou effai
fur la vertu anti vénérienne des alkalis
volatils ; par M. Peyrithe , du College
de Chirurgie de Paris , Docteur en
Médecine , de l'Académie des Scien
ces , Inſcriptions & Belles- Lettres de
Toulouſe , & de celle des Sciences de
Montpellier. A Paris , chez Didot le
124 MERCURE DE FRANCE.
jeune , Libraire . quai des Auguſtins.
Prix 2 liv. br-
Dans l'introduction de cet Ouvrage ,
on voit quelles font les raiſons qui ont
détermine M. P. à faire la recherched'un
anti-vénérien nouveau. La principale eſt
l'erreur où l'on eft , qu'en poſſédant le mercure
, l'art de guérir ne peut eſpérer un
meilleur remede. Les grands Maîtres
avoient pourtant recommandé , mais fans
fruit , de ſe défendre de cette erreur.
Çet eſſai eſt accompagné de notes féparées
, qui font comme un traité à part ,
auffi étendu que l'Ouvrage même. Ce
ſont des réflexions judicieuſes ſur les cas
que M. P. auroit trouvé bon de difcuter
dans le cours de ſon eſſai , s'il n'eût paş
trop détourné le Lecteur , en lui expli.
quant tout ce qui pouvoit l'inſtruire.
On fent que cet Ouvrage eſt de nature
à ne pouvoir qu'être annoncé dans ce
Journal ; mais il fait d'ailleurs honneur
a fon Auteur comme ami de l'humanité ,
comme ſavant praticien & comme bon
écrivain .
Traité élémentaire de Géométrie & de la
maniere d'appliquer l'Algebre à la Gen
AVRIL. I. Vol. 1775. 125
コ
métric ; par M. l'Abbé Boſſut , Examinateur
des Ingénieurs , Membre de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris , de l'Inſtitut de Bologne & de la
Société Royale de Lyon. I vol . in 8°.
A Paris , chez Jombert fils aîné , rue
Dauphine.
Ce Traité eſt la troiſieme partie du
Cours de Mathématiques que l'Auteur
donne au Public , à l'uſage des Ingénieurs
. Il eſt écrit, comme tous ceux qui
l'ont précédé , avec clarté , préciſion &
élégance ; & quoiqu'il ne ſemble promettre
que des connoiffances élémentaires
, on y trouvera beaucoup de choſes
nouvelles & piquantes , fur - tout dans le
traité des ſolides & dans l'application de
l'Algebre à la Géometrie. Nous inférerons
dans le prochain Mercure le Discours
préliminaire que M. l'Abbé Boffut
a mis à la tête de cet Ouvrage.
Lettre & réflexions fur la fureur du jeu ,
auxquelles on a joint une autre Lettre
morale ; par M. Duſaulx , ancien Commiſſaire
de la Gendarmerie , de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles
- Lettres & de celle de Nancy.
126 MERCURE DE FRANCE .
Simplexne furor ? Juvénal.
Vol. in- 8°. prix t liv. rổ f broché.
A Paris , chez Lacombe , Libraire.
rue Criſtine , près la rue Dauphine.
Le ſavant Traducteur de Juvénal emprunte
ici ſa véhémente éloquencepour détourner
les jeunes gens dela fureur dujeu.
Sa Lettre cependant eſt moins une fatirede
cette paſſion qu'un tableau vif, animé ,
mais vrai & effrayant des malheurs dans
leſquels cette paſſion nous précipite , &
des tourmens qu'elle nous fait éprouver,
La Lettre eſt adreſſeé à un jeune homme
qui avoit eſſuyé une perte conſidérable
aujeu. ,, Vous gémiſſez , mon ami , lui
dit- il , & moi je m'applaudis de laperte
que vous venez de faire: mes conſeils ,
vous le ſavez , n'ont pu vous en garantir
; peut - être que la leçon du malheur
fera plus efficace. Il eſt temps de vous
corriger ; mais ne différez point. Quand
il s'agit de la fureur du jeu , l'expérien-
> ce arrive preſque toujours trop tard" .
M. Duſaulx , après avoir fait confidé.
rer à fon ami le danger qu'il a couru ,
eſpere qu'il pourra ſe défendre facilement
de la paſſion du jeu , parce qu'il
VRIL. 1. Vol. 1775. 127
n'eſt pas encorece qu'on appelle un joueur,
& qu'il n'a pas eu le temps d'en contracter
les moeurs. ,, Savez - vous , lui dit - il , ce
,, que c'eſt qu'un joueur ? J'en atteſte tout
,,honnête homme, ce titre ſeul eſt une
,,infulte; vous en auriez horreur , ſi vous
ſaviez , comme moi , ce qu'il exprime
,, d'abjet & d'inhumain. Quiconque ne
.,fait pas réſiſter à ce funeſte penchant ,
quels que foient ſes motifs , ne fauroit
etre qu'un fot , un fourbe ou bien un
,, furieux ; je ne ſache point de termes
,, moyens. Oui , je le ſoutiens , il eſt de la
,,plus abfurde inconféquence de riſquer
„le néceſſaire pour obtenir le ſuperflu ;
,, de ſe permettre , comme un paffe-temps
→ , légitime , d'immoler celui que , bien-
,, tôt après , on ne fauroit s'empêcher de
, plaindre , & quelquefois de ſecourir ,
,, en un mot , de faire le métier de
brigand avec le coeur d'un honnête
,,homme.
„Deteſtons , vous & moi , les uſages
& les maximes qui , dans la ſociété ,
n'ont d'autre fondement , d'autre fanc-
„tion , que le voeu d'acquérir des richef-
,, ſes , au préjudice réciproque des mem-
„bres qui la compofent. Il n'ya, mon
,, ami , de ſalaires légitimes que pour
128 MERCURE DE FRANCE.
les talens utiles ; & duffé- je vous pa-
„ roître trop dur , je ſoutiendrai toujours
,, que les profits des joueurs ne font au
,, fond que des rapines" .
Les fauſſes bienſéances d'un luxe ſcandaleux
& des conventions deſtructives ,
ſemblent aujourd'hui concourir à allumer
la paſſion du jeu. Donner une fête , c'eſt
donner à jouer ; c'eſt , après bien des
tourmens , livrer des victimes au défespoir.
M. Duſaulx auroit pu citer ici une
foule d'exemples tragiques , qui montrent
juſqu'où peut aller le déſeſpoir des
joueurs. Mais il ſe contente de rapporter
ce trait de déſeſpoir d'une nouvelle efpece.
Un Joueur , plegmatique en ap.
parence , après avoir perdu tranquillement
, & même avec ſérénité , la plus
forte partie de ſa fortune , joua fon reſte
d'un ſeul coup , & le perdit ſans murmurer.
On le regarde avec ſurpriſe ; ſa
figure ne change point : on s'apperçoit
ſeulement qu'elle devient fixe & immobile
; l'étonnement redouble. Bientôt
deux ruiſſeaux de larmes coulent rapidement
le long de ſes joues , & toujours
fans que fon viſage en ſoit altéré . D'abord
on ſe mit à rire ; mais , ajoute M. Dufaulx
, je ne sais quelles idées cette statue
pleu
AVRIL. I. Vol. 1775. 129
pleurante réveilla inſenſiblement dans
Tame des ſpectateurs : ils finirent tous
par être ſaiſis de terreur & de pitié .
" J'ai voulu , continue M. Duſaulx ,
,, revoir ces triſtes aſſemblées , où le plai-
: ود
و د
fir fert de prétexte à la cupidité ; j'ai
,, voulu les étudier. Je friſſonnois au ſeul
,, aſpect de la foule pâle , muette &
,, tremblante , qui attendoit ſon arrêt.
,, Quoique ſimple ſpectateur ,je ſouffrois.
,, Tous ces inſenſés , ſuſpendus àla roue
de fortune , qui les agitoit en ſens contraire
, me forçoient , malgré mon indignation
, ou plutôt mes mépris , de
,, compâtir à leur miférable fort. J'ai
ſouvent attendu juſqu'au lever du ſoleil
le dénouement de ces drames ter
,, ribles& trop pleins de vérité. Que l'art
eſt loin d'imiter ce flux & reflux de
,, mouvemens oppoſés , ces ſurpriſes ,
ود
ود
"
”
"
"
ces ſecouſſes , ces tranſes & tous ces
caracteres del'eſpérance & de la crain
,, te , variés à l'infini fur chacun des viſages
! .... Tout cela n'eſt rien , en.
,, comparaiſon des angoiſſes ſecrettes.
Ecoutez & frémiſſez : deux joueurs
manifeſtoient leur rage , l'un par un
-, morne filence , l'autre par des impréca-
,, tions redoublées ; celui-ci choqué du
و د
I
130 MERCURE DE FRANCE.
,, fang froid apparent de fon voiſin , lui
,, reproche d'endurer fans ſeplaindre des
,, revers , coup fur coup multipliés : -
Tiens , répond l'autre , regarde . Il s'étoit
déchiré la poitrine , & lui en montroit
des lambeaux fanglans " .
"
ود
دو
Et l'ame.... que devient- elle , lorsqu'ainſi
battue de toutes parts , & dé
pourvue de motifs honnêtes , elle n'obéit
plus qu'à des impulfions foudaines ? M.
Duſaulx dit avoir vu un jeune homme
de qualité , plein d'honneur & de bravoure
, dont la tête fut tellement bouleverſée
par un coup fatal & ruineux , qu'il
ſe leva bruſquement , regarda d'un air
furieux & égaré ſon camarade qui venoit
de le gagner: ,, Que m'importe ? lui dit-
,, il: je ne dois rien " . Puis tout-à- coup
fondant fur lui , le ſerrant entre ſes bras ,
& l'arrofant de ſes larmes: ,,Ah! mon
ود
ami , tu me connois , ne crains rien ; ſi
, j'avois joué mon ſang contre toi , tu
ſais bien que je le verſerois tout à
l'heure à tes pieds " .
ود
ود
Mais le moment peut-être le plus terrible
& le plus difficile à peindre eſt celui
où le joueur triomphant ſe leve & ſe
retire. ,, Ce départ eſt un coup de foudre
,, pour celui qu'il abandonne. Après un
AVRIL. I. Vol. 1775. 131
j
ود
"
- combat fingulier, la haine expire en-
,, tre les deux rivaux , & le vainqueur
attendri tend la main au vaincu. Après
cet odieux conflit , l'imprudent qui s'eſt
,, compromis , ſans égards à ſes moyens ,
,, a beau chercher ſur le front de fon
Adverſaire le moindre ſentiment de
,, compaſſion ou de généroſité , il n'y lit
) ,, que ces mots: Point de grace , point
de délai ; il faut payer. -Quand ?
Demain . - Hé ! le puis je?- L'horrible
ſituation ! C'eſt là que commence
un nouveau genre de fupplice. Tant
qu'il eſt en action , lejoueur efpere un
heureux retour ; il joue du moins , il
و د
ود
- ود
و د
وو
"
و د
و د
"
-
lutte & s'étourdit : mais rendu à lui-
7 , même , les furies le ſaiſiſſent , l'honneur
réclame ſa parole , il ne lui laiſſe
„ que le terme rigoureux preſcrit par
l'uſage , plus impérieux que les loix &
la raiſon. Dès- lors , éperdu , confus ,
il ne fait à qui recourir : ſes amis les
plus intimes lui deviennent ſuſpects ;
il ſe croit ſeul dans l'Univers : quedis-
,, je ? Il y voit ſon créancier ".
"
ود
ود
Ceux qui font dominés par la paſſion
du jeu n'accuſeront pas M. D. d'avoir
chargé ce tableau. ,,Ah ! fi mon oreiller ,
ور s'écrioit un joueur deprofeſſion, pou-
12
132 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
voit révéler ce que j'ai fouffert pendant
les nuits " ! Lesjoueurs comme le remarque
l'Auteur , ne s'abſtiennent guere du
jeu qu'autant qu'ils font dénués d'argent.
& de refſources. Cette inaction forcée
eſt pour eux un fupplice dont les tourmens
, comme il arrive dans certaines
maladies aiguës , font redoublés pendant
les nuits . Une Demoiselle avancée en
âge (l'exemple n'eſt pas fameux) qui ne
'vivoit que de pain & de laitage , pour
épargner un très - mince revenu qu'elle
perdoit affiduement , ne faisoit pas de
difficulté d'avouer qu'elle avoit plus d'une
fois uſé , déchiré les draps de ſon lit avec
les ongles de ſes pieds , & percé ſon matelas
.
Conſidérens avec M. D. quelles font
les occupations des joueurs , & quelle
eſt leur exiſtence. Cherchons une heure
de calme & de férénité dans le cours de
leur vie ; cherchons-y la moindre tendance
au bien public: nous n'y trouverons
que du vertige , & trop ſouvent
l'oubli des devoirs les plus facrés. Brûlant
de courir de nouveaux hazards ,
dont ils ne ſavent pas ſe défier , ils regardent
comme perdu tout le temps qui
s'écoule juſqu'à ce qu'ils recommencent ,
AVRIL. I. Vol. 1775. 133
1
1
Qui le croiroit , ſans l'avoir éprouvé ,
c'eſt à regret qu'ils voient luire le foleils
s'ils le pouvoient , ils hâteroint ſa courſe.
Auſſi faut- il les voir entre eux , &
lorſqu'ils font libres de toutes bienfeances.
Quand la partie est belle , quand une
fois le defir du gain & le regret de la
perte font bien exaltés, les heures & les
journées s'écoulent ſans qu'ils s'en apperçoivent.
On a vu , le croira- t-on , des
joueurs refter trois , quatre & quelquefois
cinq jours de ſuite affis à la même
table de jeu ; on les a vus dans ce long
ſupplice , dont quelques-uns font morts ,
ne prendre que furtivement , de la main
des valets , de quoi ſe ſubſtanter , & ne
> vaquer qu'en murmurant aux beſoins naturels
. N'eſt- il pas permis de s'écrier avec
Juvenal , fimplexne furor ? N'est - ce là
que de la fureur ?
Ces traits & d'autres rapportés dans
cette même Lettre , ſont bien capables
d'effrayer tout joueur de profeſſion. Si
cependant les catastrophes enfantées par
7 le jeu & déposées dans la plupart des
Greffes criminels , ne peuvent éteindre
dans unjoueur le defir de courir de nouveaux
haſards , pour avoir de nouvelles
fommes à diſſiper ; qu'il calcule du moins
13
134 MERCURE DE FRANCE.
avec un peu de fang froid ; & il verra
que ſon argent ſe trouve néceſſairement
abſorbé par les cartes & par d'autres frais
de convention. En effet , tous ces repaires
, tous ces cloaques , renommés par un
faſte impofteur , & qu'il préfere aux honnêtes
maiſons , ne fubfiftent & ne paient
des tributs fecrets qu'à l'aide des largefſes
uſitées , que font alternativement les
joueurs , quand la fortune leur rit; de
forte qu'à la longue, c'eſt le tapis & la
prodigalité qui dévorent tout. Mais ils
ne ſont occupés que du moment préſent
; l'avenir n'exiſte point pour les
joueurs .
Comme c'eſt principalement en faveur
des jeunes gens que M. D. a fait imprimer
ſa Lettre & ſes réflexions ſur la fureur
du jeu ; il a cru devoir avertir les
parens qui envoient leurs enfans dans
les villes capitales , & fur- tout à Paris ,
de prendre toutes fortes de précautions
contre les intriguans qui ont le département
de la jeuneſſe. Voici la marche ordinaire
de ces hommes dangereux : quand
ils n'ont point de titres , ils s'en fabriquent
;& peu de gens les leur conteſtent,
parce qu'on trouve ces Meſſieurs utiles
aux plaiſirs de la ſociété , dont ils font
AVRIL. I. Vol. 1775. 135
les frais aux dépensdes dupes qu'ils mettent
dans le monde. Le revenu de ces
Chevaliers d'induſtrie eſt ordinairement
fondé ſur l'inexpérience de ceux qui les
regardent comme des modeles & des
oracles . D'abord ils ſe les attachent par
des appas de toute eſpece. Après les avoir
promenés d'erreurs en erreurs , après leur
avoir ſuggéré une foule de beſoins & de
vices , qu ils ne ſont plus en état de fatiffaire
, ils leur enſeignent , s'ils font majeurs
, la reſſource infaillible dujeu ; c'eſtlà
, dès l'origine, le terme fatal où ils
vouloient les mener. Alors le protecteur
livre ſes petits amis à des exécuteurs fubalternes
, qui les ruinent au profit com-
> mun des confédérés.
M. Duſaulx a joint à cette Lettre & à
ces réflexions ſur le jeu , deux ſcenes
d'une Comédie qui y avoit rapport , &
dont l'objet étoit de faire voir le danger
des liaiſons.
Les Lecteurs d'un caractere doux &
paiſible , à qui la manie turbulente que
7 M. D. a tâché de peindre eſt étrangere ,
liront ſans doute avec plus d'intéret la
Lettre morale du même Auteur ſur la
mort d'un honnête homme , d'un homme
qui fut autant qu'il étoit en lui le conſo-
14
r
136 MERCURE DE FRANCE.
lateur & le ſoutien de ſes ſemblables , &
n'eut jamais à rougir des excès qu'il avoit
blâmes . De tous les vices à la mode ,
l'adultere étoit ſans exception celui qui
Jui inſpiroit le plus d'horreur , & dont
il faifoit le mieux ſentir les affreuſes
conféquences. Il avoit le courage de s'en
expliquer hautement : car cet homme à
grand caractere n'avoit plus d'égards , &
ne craignoit plus le ridicule quand il plaidoit
la cauſe des moeurs N'eſpérons
„ pas , diſoit- il , qu'elles ſe rétabliſſent jamais
, tant qu'il ſera du bon ton de
railler le lien conjugal; tant que les
Poëtes & les romanciers diront im
punément comme.Ovide :
"
"
Rufticus eft nimium , quem lædit adultera conjux ,
Et notos mores non fatis urbis habet.
L'honnête homme dont il eſt parlé
dans cette Lettre avoit écrit rapidement
des conſeils à un jeune homme mécontent
de ſon début dans le monde ; & ces
conſeils font ici publiés par M. D. Ce
petit écrit , dicté par un coeur honnête&
ſenſible , & épris du beau moral , eſt le
plus bel éloge que M. D. pouvoit faire
de fon ami.Tout ceci eſt accompagné de
AVRIL. L. Vol. 1775, 137
notes & de citations qui occupent agréa
blement le Lecteur , & font diſparoître
la féchereſſe ordinaire à ces fortes d'écrits .
Oeuvres complettes d'Alexis Piron , propoſées
par ſouſcription. A Paris , chez
: Michel Lambert , Imprimeur Libraire ,
rue de la Harpe , près St. Côme.
:
On n'a pu répondre plutôt à l'empreſ,
ſement du Public au ſujet de l'édition
des Oeuvres complettes defeu Alexis Piron.
Cette édition , actuellement ſous preſſe ,
fera compoſée de ſept volumes in- 8°. &
paroîtra , fans aucun retard , au mois de
Novembre prochain.
Elle contiendra toutes les Pieces qu'il
a données , foit aux Théâtres François &
Italien , foit à l'Opéra - Comique. Celles
qui regardent ce Spectacle forain , en
aſſez grand nombre, n'ont point encore
été imprimées. L'Auteur les avoit raſſem
blées avec ſoin , dans le deſſein de les
joindre à la collection générale de ſes
Oeuvres. On s'eſt d'autant plus volontiers
conformé à ſes intentions , que rien n'eſt
plus gai , plus plaifant & plus ſpirituel
que ces Opéra- Comiques , dont l'ingénieux
& malin vaudeville eſt ſi propre
15
\
138 MERCURE DE FRANCE.
à dérider le frondle plus grave & le plus
févere. On doit regretter que ce genre
de ſpectacle , qui avoit atteint à ſa perfection
ſous le fertile & riant pinceau du
célebre M. Favart , ſoit entiérement perdu
pour nous. :
Les Contes , les Epigrammes & les
Chanfons de Piron , genres dans lesquels
il excelloit , ne feront pas le moindre
ornement de cette édition .
Elle fera précieuſe encore par une in.
finité d'autres Pieces fugitives , qui verront
le jour pour la premiere fois. Il eſt
inutile de faire ici l'éloge des différens
Ouvrages qui compoſent cette collection,
Il fuffit de dire qu'on y reconnoîtra pare
tout le génie de l'illuſtre Auteur de la
Métromanie , dont on trouvera la vie à
la tête du premier volume , par l'Hom.
me de Lettres , à l'amitié duquel il a
confié , en mourant , le ſoin de fa mé.
moire.
CONDITIONS.
On ſouſcrira à Paris , chez Michel
Lambert , Imprimeur Libraire , rue de
la Harpe , près St. Côme.
Cette édition , ornée du Portrait de
l'Auteur , contiendra ſept volumes in-8° .
AVRIL. I. Vol. 1775. 139
en très- beaux caracteres , & fur papier
fin d'Angoulême. Elle fera du prix de
quarante-deux livres en feuilles pour les
Souſcripteurs.
1
On payera en ſouſcrivant
En retirant l'exemplaire complet
au mois de Novembre de la
préſente année.
24 1.
:
18
42 1.
Il y en a vingt-cinq exemplaires en
très-beau papier d'Hollande , dont le prix
ſera de 84 liv. On payera 48 liv. en
ſouſcrivant , & 36.1. en retirant l'exem .
plaire complet.
Vers à ma Patrie ; 8 pages in - 8°. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , rue
Chriſtine.
Ces vers renferment l'expreſſion des
fentimens d'un bon Citoyen , qui célebre
le bonheur de ſa Patrie.
La France a retenti des accens du bonheur ;
J'entends chanter Louis , la Juſtice & l'Honneur :
Tout paroît reſpirer une nouvelle vie ;
Il eſt permis enfin de croire à la Patrie ,
140 MERCURE DE FRANCE.
D'être bon Citoyen ainſi que bon Sujet ,
Et d'adorer ſon Roi dans le bien qu'il nous fait,
O France ! 6 mon Pays , idole de mon ame !
Un nouveau jour m'éclaire , un nouveau jour m'enflamine ;
Par l'eſpoir animé , je reſſens dans mon coeur
L'orgueil du nom François & cette noble ardeur
Qui plaît par fon audace & tient lieu de génie,
C'eſt célébrer ſon Roi que chanter ſa Patrie.
ANNONCES .
Code Ecclésiastique , ou queſtions importantes
& obſervations ſur l'Edit dų
mois d'Avril 1695 , concernant la
Jurisdiction Ecclésiastique ; fur l'Arrệt
du Parlement du 26 Février 1768 ,
concernant les Bulles & autres expé .
ditions de Cour de Rome ; ſur l'Edit
de Mars 1768 , concernant les Ordres
Religieux ; fur l'Edit de Mai 1768 ,
concernant les portions congrues ; &
fur pluſieurs articles de l'Ordonnance
du mois d'Avril 1768 , concernant les
procédures. Par M. J. B. Coudart de
Clozol , Avocat au Parlement. 2 vol.
in- &º. prix 8 l . br & 101. rel . A Paris ,
chez Grangé , Libraire Imprimeur , au
AVRIL. I. Vol. 1775. 141
Cabinet Littéraire , pont Notre-Dame ,
près la Pompe.
La vie du Pape Clément XIV ( Ganganelli
) ; in 12. br. 3 1. A Paris , chez
la veuve Deſaint , Libraire , rue du
Foin Saint Jacques .
Architecture pratique , qui comprend la
conſtruction générale & particuliere
des bâtimens , le détail, les toifé &
devis de chaque partie , ſavoir maçon
nerie , charpenterie , couverture , me
nuiſerie , ferrurerie , vitrerie , plomberie
, peinture d'impreſſion , dorure ,
ſculpture , marbrerie , miroiterie , poëlerie
, &c. avec une explication& une
conférence des trente- fix articles de la
coutume de Paris ſur les titres des Sentences
& rapports qui concernent les
bâtimens & l'Ordonnance de 1673 .
Par M. Bullet , Architecte du Roi ,&
de l'Académie Royale d'Architecture ;
revue , corrigée avec foin , confidérablement
augmentée , fur-tout des détails
eſſentiels à l'uſage actuel du toiſé
des bâtimens , aux us & coutumes de
Paris & aux réglemens des mémoires ,
& à laquelle on ajoint un tarif & des
comptes faits de toutes fortes d'ouvra-
:
142 MERCURE DE FRANCE.
ges en bâtiment , &un autre tarifpour
connoître le poids du pied de fer fuivant
ſesdifférentes groſſeurs.Par M ***
Architecte , ancien Inſpecteur Toiſeur
de bâtimens ; Ouvrage très-utile aux
Architectes & Entrepreneurs , à tous
Propriétaires de maiſons & à ceux qui
veulent bâtir. Nouvelle édition revue
& augmentée ; in- 8°. avec fig. A Paris
, chez Delalain , rue de la Comédie
Françoiſe.
La Confolation du Chrétien , ou motifs
de confiance en Dieu dans les diverſes
circonstances de la vie ; par M.
l'Abbé Roifard ; 2 vol. in- 12. rel . 5 1 .
A Paris , chez Humblot , Libr. rue St.
Jacques , entre la rue du Plâtre & celle
des Noyers , Près St. Yves , 1775.
Le Dentiſte obfervateur , ou recueil abrégé
d'obſervations tant fur les maladies
qui attaquent les gencives& les dents ,
que fur les moyens de les guérir ;dans
lequel on trouve un précis de la ſtructure
, de la formation & de la connexion
des dents , avec une réfutation
de l'efficacité prétendue des eſſences
& élixirs ; & de la deſcription d'un
nouveau pélican , imaginé pour l'exAVRIL.
I. Vol. 1775. 143
3
- traction des dents doubles. Par Honoré
Gaillard Courtois , Expert Dentiſte à
Paris ; vol. in- 12. avec fig. prix 2 1. 8 f.
br. de l'Imprimerie de Michel Lambert
; ſe trouve chez Lacombe , Libr.
rue Chriſtine , près la rue Dauphine.
Détail des ſuccès de l'établiſſement que la
ville de Paris a fait en faveur des per-
Sonnes noyées & qui a été adopté dans
diverses Provinces de France; troiſieme
partie , 1774. On y a joint pluſieurs
exemples des moyens éprouvés pour
rappeler à la vie les perſonnes que des
vapeurs mofétiques & d'autres accidens
de différente nature , ont frappées
d'une mortapparente ,&le procèsverbal
de la mort des ſieur & dame le
Maire , ſuffoqués par la vapeur du
charbon allumé. Par M. Pia. Ampliat
ætatem fuam vir bonus , quando longevitati
confortium prodeft. A Paris , rue
St. Jacques , près St. Yves , au Coq&
Livre d'or , chez Lottin l'aîné , Imprimeur
de la Ville ; & Eugene Ontfroy ,
Libraire.
Lettre apologétique fur les corvées , analyſée
& réfutée , par M. l'Abbé Bau
144 MERCURE DE FRANCE.
deau ; in- 12. de 75 pages. Prix 12 fols .
A Paris , chez Lacombe , Libr. rue
Chriftine.
Lettres & Mémoires à un Magistrat du Parlement
de Paris , ſur l'Arrêt du 13 Septembre
1774 , concernant la liberté du
commerce des grains ; in 12. de 146
pages , prix 24 f. à la même adreſſe.
DISCOURS : Quelles sont les causes générales
des progrès de l'industrie & du
commerce , & quelle a été leur influence
fur l'esprit & les moeurs des Nations ,
prononcé à l'Hôtel - de - Ville de Lyon
le 21 Décembre 1774 , par M. Bergaffe
, Avocat. A Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche ; & à Paris ,
chez Humblot , Libraire , rue Saint
Jacques.
Etabliſſement d'Hôpitaux pour les Enfans
Trouvés , en Bretagne ; in 4°. de
28 pages. Ce Mémoire eſt vendu au
profit des Hôpitaux. A Paris , chez les
Libraires du quai de Gêvres.
Choix de tableaux tirés de diverſes galeries
Angloiſes , par M. Berquin ; in- 80.
de
AVRIL. I. Vol. 1775. 145
de 300 pages. A Paris , chez la veuve
Ducheſne & le Jay, Libraires , rue St
Jacques ; Saillant & Nyon , rue Saint
Jean de Beauvais ; Delalain & Monory
, rue de la Comédie Françoiſe ; &
Ruault , rue de la Harpe.
Pygmalion , ſcene lyrique de M. J. J.
Rouſſeau , miſe en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 80.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv. 8 f. chez Coſtard , rue St Jeande
Beauvais.
Itinéraire des routes les plus fréquentées ,
ouJournal d'un yoyage aux Villes
principales de l'Europe , où l'on a
marqué en heures & minutes le temps
employé à aller d'une poſte à l'autre ,
les diſtances en milles Anglois , mefurées
par un odometre appliqué à la
voiture ; le produit des contrées , la
population des Villes , les choſes remarquables
à voir dans les Villes &
fur les routes , les auberges , &c. &c.
On y a joint le rapport des monnoies
& celui des meſures itinéraires & linéales
, ainſi que le prix des chevaux
de poſte des différens pays ; par M.
K
146 MERCURE DE FRANCE.
Dutens; vol. in-8°. prix br. 11. 16. f.
A Paris , chez Piſſot , Libr. quai des
Auguſtins.
Recueil d'observations ſur les différentes
méthodes propoſéés pour guérir la ma.
ladie épidémique qui attaque les bêtes
à cornes ; ſur les moyens de la reconnoître
par - tout où elle pourra ſe manifeſter
, & fur la maniere de déſinfecter
les étables ; par M. Félix Vicq
d'Azyr , Médecin envoyé par les ordres
du Roi dans les Provinces où regne
la contagion ; in-4°. A Paris de-
Imprimerie Royale.
Instructions ſur la maniere de déſinfecter
les Villages ; par M. Vicq d'Azyr ,
in-4°. A Paris , de l'Imprim. Royale.
C'eſt d'après ces Inſtructions que l'on
procede à l'exécution de l'Arrêt du Con--
ſeil d'Etat du 30 Janvier dernier , qui
ordonne de tuer les bêtes malades.
AVRIL, I. Vol. 1775. 147
ACADEMIES.
I.
DIJON.
Séance publique de l'Académie des Scien
: ces , Arts & Belles- Lettres de Dijon ,
tenue le 14 Août 1774.
:
M. MARET, Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par un Eloge précis de
Louis XV.
L'Académie doit à cet auguſte Monarque
la liberté de s'aſſembler; il lui a
permis de conſacrer aux Muſes l'Hôtel
qu'elle occupe , & d'accepter la donation
du Jardin des plantes qui lui a été faite
par M. Legouz.
Ces bienfaits , en excitant ſa reconnoiſſance
, autoriſoient à donner de la
publicité aux expreſſions de ſa ſenſibilité.
M. Maret s'eſt borné à montrer dans
Louis XV le protecteur éclairé des Lettres
, des Sciences & des Arts , il a rap
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
pelé que ſi la protection accordée par
Louis XIII & par Louis XIV aux Gens
de Lettres , aux Savans & aux Artiſtes , a
hâté les progrès des connoiſſances & fait
prendre à la France une face bien différente
de celle qu'elle avoit avant les
regnes de ces Monarques ; il falloit ,
pour rendre la révolution complette , que
le flambeau des ſciences , allumé dans la
Capitale du Royaume , pût porter ſa
lumiere juſqu'aux extrémités des Provinces
les plus reculées ; que les Lettres ,
en adouciſſant les moeurs de tous les
François , fiſſent ſentir univerſellement
le prix d'une fociété paiſible ; & que les
Sciences & les Arts , vivifiant toutes les
parties de la France , multipliant les occaſions
de travail & les commodités de
la vie , attachaſſent les Sujets à leur Roi
par les liens de l'amour & de la reconnoiffance.
Une énumération rapide des établiſſemens
faits ou autoriſés par Louis XV en
faveur des Lettres , des Sciences & des
Arts , & un tableau des avantages qu'ont
procurés ces établiſſemens , ſervent à MMaret
pour prouver que Louis XV s'eſt
acquis des droits puiſſans à la reconnoisfance
de fes Sujets , & qu'il a aſſuré à la
AVRIL. I. Vol. 1775. 149
France un bonheur dont les vertus éclatantes
de fon Succeſſeur garantiſſent la
durée.
Après avoir payé ce tribut à la mémoire
de ce Monarque , M. Maret a lu
l'éloge de M. Legouz de Gerland , ancien
Grand-Bailli du Dijonois & Académicien
* Honoraire , mort le 17 Mars dernier.
Un précis des Ouvrages donnés au
Public par M. Legouz ou qui ſe ſont
trouvés dans ſes porte - feuilles , fait
d'abord voir qu'avec le deſir de tout apprendre
, cet Académicien avoit les talens
néceſſaires pour réuffir dans tous les genres:
mais que l'hiſtoire naturelle , celle
du coeur de l'homme & celle de l'antiquité
avoient été les principaux objets de ſes
études.
Le portrait de la belle ame de cet
Académicien montre enſuite à quels titres
il s'étoit concilié tous les coeurs ; &
l'expoſition des bienfaits dont il a comblé
l'Académie , des projets qu'il avoit
formés pour l'avantage de ſa Patrie , met
dans le plus beau jour le patriotiſme dont
il étoit animé , & prouve qu'aux qualités
qui rendent les particuliers animables , il
réuniſſoit celles qui font les excellens Citoyens.
:
K3
150
MERCURE DE FRANCE.
Cette lecture a été ſuivie de celles des
ſtances faites par M. Baillot , Suppléant
au College , ſur la mort de M. Legouz.
Les regrets que cette mort a fait naître
dans les coeurs de tous les Citoyens , &
les motifs de ſes regrets , y font rendus
avec une énergie & une harmonie qui
font également honneur à l'eſprit & au
coeur du jeune Poëte. Comme l'Académie
a arrêté qu'elles ſeroient imprimées
à la ſuite de l'éloge de l'Académicien qui
en eſt l'objet * , on n'en citera qu'une qui
caractériſe M. Legouz d'une maniere bien
heureuſe.
Ainſi , d'un feu ſacré, brûlant pour ſa Pattie ,
Sans ceſſe autour de lui Degouz porte la vue ;
Des Arts il eſt l'appui :
A leurs ſavans travaux ſe conſacrant lui - même ,
Son coeur puiſe ſa joie & fon bonheur ſupreme
Dans le bonheur d'autrui. 1
M. de Morveau a lu la premiere fection
d'un Mémoire ſur la maniere d'es-
•Ces deux Ouvrages ont été imprimés à Dijon ehez
Cauffe, & ſe vendent à Paris chez le Jay , Libraire
rue Saint Jacques ; on a placé le portrait de M. Legouz
à la tête de ſon Eloge.
AVRIL.I. Vol. 1775. 151
ſayer les mines de fer , & ſur les avantages
que l'on peut retirer de ſes eſſais pour
perfectionner l'hiſtoire naturelle de ce
minéral , aſſurer la théorie de ſa réduction
, & fur - tout pour diriger les opérations
journalieres des travaux en grand ,
avec une obſervation ſur la cryſtalliſation
- réguliere du fer fondu.
Le deſir de faire connoître une maniere
facile & peu diſpendieuſe d'eſſayer les mines
de fer , ſecret que M. Bouchu avoit
promis de communiquer à l'Académie , que
ſa famille , contre le voeu de ce Savant ,
a cru devoir ſe réſerver , & que M. de
Morveau a découvert , a engagé cet
Académicien à compoſer cet Ouvrage.
Il s'eſt principalement propoſé d'y indiquer
la méthode qu'il a ſuivie , de maniere
que ceux qui ſont le moins verſés
dans la métallurgie puiſſent eſſayer trèspromptement
& à peu de frais toutes
- ſortes de mines de fer , comparer celles
qui font à leur portée , en faire un choix
avantageux , diriger en conféquence leurs
travaux , & en retirer enfin tout le fruit
qu'ils peuvent s'en procurer , en les mettant
à même de juger d'avance , & avec
certitude , de la qualité de leurs mines ,
ce qu'ils n'apprennent ordinairement que
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
très - imparfaitement & par des tâtonnemens
diſpendieux.
M. Mailli , Profeſſeur au College , a
ļu des fragmens d'une introduction à
l'eſprit des Croiſades.
Jugement des Pieces envoyées au concours
pour le prix de 1774.
L'Académie avoit proposé pour le prix
de 1771 de déterminer l'action des acides
fur les huiles , le mécanisme de leur combinaiſon
& la nature des différens compofés
Savoneux qui en résultent.
Elle n'eut pas la fatisfaction de trouver
parmi les Mémoires qui lui furent envoyés
, un Ouvrage digne de la couronne
qu'elle avoit promiſe , & crut engager les
Auteurs à faire des efforts plus heureux ,
en différant juſqu'à cette année la diſtribution
du même prix , & annonçant que
ce prix feroit double.
Les eſpérances de l'Académie ont été
trompées , & loin d'avoir à s'applaudir
du parti qu'elle avoit pris, cette Compagnie
n'a reçu qu'une feule piece , encore
fort au - deſſous de celle dont elle avoit
cru devoir faire l'éloge en 1771. Celleci
ne contient que des experiences trop
AVRIL. 1. Vol. 1775. 153
peu nombreuſes & trop variées pour
donner des reſultats fatisfaiſans ; on n'y
trouve ni explication du mécaniſme de
la combinaiſon des acides avec les huiles ,
ni tentatives faites pour produire des compoſés
ſavoneux nouveaux, ni énumération
des ſubſtances végétales qui font
dans l'état ſavoneux , ni expoſition des
uſages auxquels on peut les employer
dans les Arts ; en un mot , rien de ce
qu'attendoit l'Académie , & fur quoi elle
s'étoit expliquée de la maniere la plus
préciſe & la plus claire.
L'imperfection de cet Ouvrage l'a
forcée à réſerver encore le prix qu'elle
eſpéroit adjuger , & peu s'en eſt fallu
que le mauvais ſuccès de ce ſecond concours
ne l'ait engagée à renoncer à l'eſpérance
de recevoir quelque jour une réponſe
ſatisfaiſante à la queſtion qu'elle avoit
faite aux Phyſiciens Chimiſtes ; mais l'importance
du ſujet l'a déterminée à le propoſer
une troiſieme fois pour l'année
1777. Le prix ſera triple & compofé de
trois médailles , chacune de 300 liv. Elle
ſe réſerve la faculté de partager ce prix ,
ſi pluſieurs des Mémoires qui lui feront
envoyés méritent cette diſtinction ; &
elle annonce dès-à-préſent que fi ce troi-
1
K5
:
inces
T
1775- 43 155
ParHonoré
oba-
Dentiſte à
nanprix21.
8 .
Prochel
Lamſe:
mbe , Libr.
ra-
Dauphine .
ieu
eu.
Tement que is
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int plufeurs
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d'autres aco
-
au
Conand
rrioix
celaunte
entà
n,
&
rée
154
MERCURE DE FRANCE.
ſieme concours ne remplit pas ſes vues ,
elle abandonnera ce ſujet , & employera
la valeur de ce prix à diriger l'émulation
des Phyſiciens ſur quelques autres objets
dans le choix deſquels cette Compagnie
ſe décidera , pour ce qui pourra le plus
contribuer à l'utilité publique , ſuivant
le voeu de M. le Marquis du Terrail ,
fondateur du prix,
I I,
LIMOGES.
La Société Royale d'Agriculture de
Limoges ayant promis , fuivant le programme
qu'elle fit répandre l'année derniere
, une médaille d'or de 300 liv. au
meilleur Mémoire ſur la comparaison de
l'emploi du boeuf ou du cheval dans la culture
des terres.
A, dans ſon aſſemblée du 18 Février
dernier , décerné le prix au Mémoire nº.
3 , ayant pour deviſe : Exercete , viri , tauros
; ferite hordea campis, dont l'Auteur
eſt M. Silvain , natif de la Ville de St
Yrier , Dioceſe & Election de Limoges.
Elle a accordé un acceffit aux deux autres
Mémoires , l'un nº. 5, ayant pour
AVRIL. I. Vol. 1775. 155
deviſe , Argumentum experientia probatum
, dont l'Auteur eſt M. deBraumanfon
, ancien Officier , à St Remi en Provence.
L'autre , no. 9 , ayant pour deviſe :
Depreſſo incipiat jam tum mihi taurus aratro
, dont l'Auteur eſt M. de Villedieu
de Torcy , Seigneur de Torcy , demeu.
rant à Dijon.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
L. Samedi 25 Mars on a donné au
Château des Tuileries un très - beau Concert
, compoſé d'une ſymphonie à grand
orcheſtre de Toeſchy. Madame Larrivée
à chanté avec goût un motet à voix
ſeule. MM. Stamitz & Guénin , excellens
violons , ont exécuté , avec applaudiſſement
, une ſymphonie concertante
de M. Cambiny. Enſuite on a fait entendre
le Dixit Dominus , ſuperbe motet à
grand choeur de Duranti. MM. Klyn ,
> Reyffer , Paiſa , Tiersmith , Richard &
Petit, ont exécuté avec beaucoup de pré
156 MERCURE DE FRANCE.
ciſion & d'intelligence , avec des inſtrumens
à vent , pluſieurs morceaux d'harmonie.
On a été charmé d'un air italien
chanté avec expreſſion par Mlle Duchâteau.
M. de la Mothe , premier violon
de l'Empereur , virtuoſe très -jeune &
très - diftingué , a parfaitement exécuté
un concerto de violon de ſa compoſition.
Ce Concert a fini par Samfon , Oratoire à
grand choeur , qui fait honneur à M. de
Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ACADÉMIE royale de Muſique continue
avec ſuccès les repréſentations d'Iphigénic
en Aulide. Mlle Roſalie joue &
chante avec autant d'énergie que de ſenſibilité
le rôle d'Iphéginie , & y eſt fort
applaudie. On doit beaucoup d'éloges
au zêle de cette jeune Actrice , qui a un
très - bel organe , beaucoup d'intelligence,
d'ame & de ſentiment , & qui fe
rend d'autant plus utile à ce Théâtre ,
qu'elle aime ſon talent & qu'elle tend à
*le perfectionner , en ſuivant les avis des
Maîtres de l'art .
La Reine , Madame , & les Princes
AVRIL. I. Vol. 1775. 157
- freres du Roi , ont honoré ce ſpectacle
-de leur préſence. Il ſeroit difficile de
peindre l'hommage éclatant & les accla-
- mations de l'aſſemblée à leur préſence.
L'Archiduc Maximilien , pendant fon
ſéjour à Paris , & Monſeigneur le Comte
d'Artois , le jour de ſon entrée dans cette
'Capitale , ont aſſiſté à ce ſpectacle , où
ils ont été reçus avec les plus vives démonſtrations
de joie.
Tous les Jeudis font remplis par les
Fragmens , compoſés de l'Acte Turc ,
d'Hilas & Eglé , ballet héroïque , & de
l'Acte de la Provençale.
Le Mercredi 22 Mars on a donné une
repréſentation d'Orphée & Euridice au profit
des Acteurs. Le Public s'eſt porté en
foule à cette repréſentation & aux ſuivantes
, & a prodigué les plus grands applaudiſſemens
à la muſique & à ſa parfaite
exécution.
DÉBUT.
1
1
Mile Aſſelin , niece , très -jeune Danſeuſe
, de la plus grande eſpérance , a débuté
& a été très - applaudie dans le genre
noble & dans celui des Pâtres avec M.
Veſtris fils . Elle eſt éleve de Mile Allard ,
& ſemble être fon émule. On ne peut
158 MERCURE DE FRANCE.
réunir plus de talens avec plus de jeuneſſe
que ces deux charmans Danfeurs , qui
paroiſſent avoir atteint la perfection de
leur art dans l'âge où l'on commençoit à
peine autrefois à en apprendre les élé
mens.
On diſpoſe les répétitions de Céphale &
Procris , Tragédie lyrique en trois actes ,
dont les paroles font de M. Marmontel ,
& la muſique de M. Gřetri ; Opéra qui
doit être joué à l'ouverture du Théâtre
après Pâques. cord s
Sur la réception de LA REINE
l'Opéra d'Iphigénie.
JA
:
'AI vu d'une auguſte Princeſſe
L'embarras , le trouble enchanteur
J'ai reſſenti l'aimable ivreſſe ,
L'enthouſiaſme de fon coeur.
J'ai vu de précieuſes larmes
Couler de ſes yeux attendris ; を分
Eh! comment réſiſter aux charmes
Des voeux touchans de tout Paris !
Partageant fon heureux délirea
VRIL: I. Vol. 1775. 159
Amon tour effuyant mes pleurs ,
Tout bas je me ſuis mis à dire :
Voilà, voilà de vrais honneurs ;
La pompe des Rois nous étonne ,
Et furtout lorſque la beauté
Réunit l'éclat qu'elle donne
A l'éclat de la Majeſté.
Mais ces tranſports de l'alegreſſe ,
L'accord charmant de mille mains ,
Ces voix qu'éleve la tendreſſe ,
Sont-ce là des ſuffrages vains ?
O Rois ! voilà votre richeſſe ,
C'eſt le faſte des Souverains.
Reſpectables Epoux , que le François adore ,
Goûtez , goûtez long-temps un fi parfait bonheur.
Oui , quel que soit pour vous l'excés de la grandeur ,
Un hommage auffi pur eft bien plus doux encore .
* Cette piece eſt de M. Thierry fils Colonel de Dra.
gons , premier Valet-de-Chambre du Roi. La Reine l'a
reçue avec beaucoup de bonté , && voulu qu'elle für
Envoyée à la Cour de Vienne.
160 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE .
LEE Barbier de Séville , dont nous n'avons
pu donner qu'une eſquiſſe légere en atten
dant l'impreſſion , attire toujours , par fa
gaîté , beaucoup de monde à la Comédie
Françoiſe. Les ris des ſpectateurs font les
meilleurs applaudiſſemens qui puiſſent
être donnés à cette Comédie , dont le
principal but eſt rempli , puiſqu'elle amuſe.
Il faut auſſi y diftinguer des ſituations
d'un excellent comique , telle que la ſcene
de la Pupille ſurpriſe par ſon Tuteur
jaloux , & trouvant le moyen de lui donner
le change & de laiſſer prendre , pendant
un feint évanouiſſement , une autre
lettre que celle qu'il vouloit voir.
On a joué le Mercredi 15 Mars Tancrede
, Tragédie de M. de Voltaire ; ce beau
ſpectacle , parfaitement rendu par MM.
Lekain , Brifard , & par Madame Veftris ,
a été honoré de la préſence de Monſeigneur
le Comte d'Artois , qui a reçu avec
ſenſibilité les témoignages redoublés du
reſpect & de la joie de l'aſſemblée la plus
brillante & la plus nombreuſe.
DÉBUTS.
AVRIL. I. Vol. 1775. IỖI
r
L
COMÉDIE ITALIENNE .
ES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont donné le Lundi 20 Mars , la
a
a
DÉB U TS .
M. Beaugrand fils , aprës avoir joué
dans différentes Villes de Province , a
débuté le Jeudi 16 Mars ſur le Théâtre
de la Capitale , dans le rôle du Chevalier
de la Comédie du Diſtrait ; & dans celui
de Lindor d'Heureuſement. Ce jeune Acteur
, avec l'habitude du Théâtre & de
l'intelligence , n'a point cru devoir con
tinuer ſon début.
Mile Pirrot , très - jeune Actrice , dela
figure la plus agréable & la plus intéresfante
, a débuté le 19 Mars dans le rôle
de Junie de la Tragédie de Britannicus ,
& a joué le lendemain la Pupille dans la
Piece de ce nom. Une très-grande timidité
ne lui a gueres permis de dévelop.
per fon organe , & de ſe livrer à ſa ſenſibilité
; mais il faut encourager un talent
fi utile & d'ailleurs ſi bien accompagné
par les graces.
L
162 MERCURE DE FRANCE.
premiere repréſentation des Femmes vengées,
Opéra Comique en un acte , en
vers , par M. Sedaine , la muſique de
M. Philidor.
ACTEURS.
M. Riff. Peintre. M. Clairval .
Mde Riff.
Le Président .
La Présidente
M. Lek.
Mde Moulinghen .
M. Laruette.
Mile Colombe.
Mde Lek.
M. Nainville.
Mde Gault.
CeDrame offre une ſingularité théâtrale
, c'eſt la repréſentation de trois ſcenes
à la fois dans trois lieux différens , en
obſervant l'unité d'action . Mde Riff fe
diſpoſe à venger deux femmes ſes amies
de la perfidie de leurs maris , qui lui font
l'amour. Elle avertit Mde Lek & la Préſidente
, qui croient leurs maris abfens.
Elle leur confie le projet qu'elle a concerté
avec ſon mari , auquel ces femmes
ſouſcrivent de bon, coeur pour punir
leurs infideles. Ce projet eſt de rece.
voir les deux Amans, de paroître céder
à leur amour ; alors M. Riff ſurviendra
; les deux époux , effrayés de ce contre
- temps ,"fe cacheront dans un cabi
AVRIL.I. Vol. 1775. 163
net; arriveront enſuite le femmes trompées
, & chacune d'elles paroîtra tour- atour
demeurer ſeule en tête- à-tête avec
M. Riff , & feindra une infidélité , dont
chacun des maris ſera auſſi tour à tour le
témoin, fans oſer ſe plaindre. Ce projet
s'exécute comme il a été convenu. Mde
Riff reçoit les deux Galans qui viennent
l'un avec un pâté & des biſcuits , l'autre
avec des bouteilles de vin de Champa.
gne. Ils croient le Peintre abſent pour
-long-temps ,& ils aident à mettre le cou
vert: mais à peine ſe diſpoſent- ils à fou
per avec leur voiſine qu'ils entendent
fonner ; c'eſt M. Riſſ que ſa femme leur
annonce. La frayeur les gagne; ils ſerca
chent dans un cabinet où le Spectateur
voit leur embarras. M. Riff ſe félicite en
Friant d'être de retour plutôt qu'il ne le
comptoit. Il demande pour qui ce ſouper
apprêté ; Mde Riff répond , comme en:
aefitant , qu'elle attend Mde Lek & Mde
Fla Préſidente. Le mari dit à ſa femme
de les aller chercher ; & feul alors, il
s'applaudit du plaiſir qu'il aura de fouper
Favec ce qu'il adore. Ce mot commence
intriguer les Epoux cachés dans le cawinet.
M. Riſſ , dans la joie qui le tranfporte
, veut tirer ſon piſtolet contre le
Le
164 MERCURE DE FRANCE.
cabinet , & le percer de deux balles. Les
deux amis effrayés font le plongeon ; le
Peintre chante , en riant , ſes amours. Les
femmes arrivent & mangent avec le
Peintre & fa femme le repas apprêté par
leurs maris ; mais le vin manque. Mde
Riſſ engage Mde la Préſidente à la ſuivre
à la cave. Elles ſe rendent dans le cabinet
oppofé , où elles ſont vues du Spectateur.
Le Peintre joue la ſcene d'Amoureux
avec Mde Lek , & paroît s'abſenter
avec elle , en ſe retirant dans le cabinet.
Le mari , qui entend tout , enrage &
veut faire du bruit ; mais le Préſident le
retient , & l'exhorte à la patience. Lamême
ſcene ne tarde pas à ſe répéter avec
la Préſidente , qui , elle-même , ſemble
prévenir le Peintre & lui faire , avec un
ton comiquement tragique , la déclaration
de fon amour. Les prétendus Amans
fortis & retirés auſſi dans le cabinet où
ils ſont viſibles au Spectateur , le Préſident
s'emporte & eſt raillé par M. Lek
qui prend ſa revanche. Mde Riff revient.
Les deux maris lui content tout ce qui
s'eſt paffé , croyant qu'elle l'ignore ; ils
lui demandent vengeance & font à ſes
genoux. Leurs femmes & le Peintre les
ſurprennent en riant. Les maris ne tar-
1
AVRIL. I. Vol. 1775. 165
dent pas à reconnoître qu'ils ont été dupes
de Mde Riſſ,& perfifiés par leurs femmes
: ils demandent pardon de leur écart :
& ils s'en vont corrigés & contens. Cet
Opéra - Comique a paru fort gai , & chaque
ſcene offre une ſituation plaiſante &
bien intriguée. C'eſt un bon Opéra - Comique
, qui eût beaucoup réuſſi & qui
- eût été fort ſuivi avant que le Public eût
- donné un goût de préférence aux intermedes
d'un genre noble & intéreſſant,
La muſique de M. Philidor , ajoute à la
réputation de ce ſavant Compoſiteur. Il
y a des chants fort agréables. On peut
citer , pour les paroles & pour la muſique,
les airs ſuivans.
M. RIss.
Quand Paris ſur le mont Ida
Jugea trois Beautés immortelles ;
Que de voluptés il goûta ,
1
A l'aſpect enchanteur des charmes de trois Belles !
Je ſuis plus fortuné que n'étoit ce Berger ;
Car il ne fit que les juger ,
Et je ſuis aimé d'elles .
ROMANCE.
Tous les pas d'un difcret Amant
Ne doivent laiſſer nulles traces :
L3
166 MERCURE DE FRANCE ,
Le ſecret eſt au ſentiment
Ce que la pudeur eft aux Graces ;
Vénus fuit l'immortel ſéjour
Pour un Berger qui fait ſe taire :
Car on n'eſtime l'amour.
Qu'accompagné du myſtere.
Cet Opéra - Comédie eſt généralement
bien joué, M. Clairval y fait briller de
nouveau le talent qu'il a d'embellir fon
rôle , & de le rendre avec la plus grande
vérité, Mile Colombe chante & joue à
merveille ; elle est beaucoup applaudie
dans ſa brillante ariette de la Coquette
volage. Le jeu comique de M. Laruette
& de M. Nainville . & la vivacité charmante
de Mde Moulinghen , font auffi
le plus grand plaiſir,
Le Jeudi 23 Mars Monseigneur le
Comte d'Artois eſt venu à la Comédie
Italienne , où il a été reçu avec acclamation
par le Public, honoré & charmé de
ſa préſence. On a repréſenté l'Amoureux
de quinze ans & le Turban enchanté,
AVRIL, I. Vol. 1775. 167
ARTS.
GRAVURES.
I.
Portrait en grand médaillon de Marie-
Antoinette , Archiducheſſe d'Autriche ,
Reine de France .
Quæ te tam leta tulerunt
Sæcula ? qui tanti talem genuere parentes !
CEE Portrait eſt gravé d'après le tableau
de Fredou , par Cathelin , Graveur du
Roi. Il eſt d'un burin délicat & précieux ;
il a le mérite de préſenter à notre hommage
la parfaite reſſemblance de la Beauté
& des Graces qui regnent ſur tous les
coeurs François .
Ce Portrait ſe trouve à Verſailles chez
Blaizot , au Cabinet Littéraire , rue Satory;
& à Paris chez Calenge , rue de la
Harpe , près celle du Foin, maiſon de
M. Fortin , Ingénieur pour les Globes.
L 4
168 MERCURE DE FRANCE,
I I.
Portrait de Georges - Louis le Clerc , Comte
de Buffon , d'après le tableau de M.
Drouais , gravé par M. Savart , rue &
près le petit St Antoine , au coin de
la rue Percée.
Ce Pottrait eſt accompagné des attributs
des travaux & de la gloire de ce
grand homme ; il eſt très reſſemblant &
gravé avec ſoin. Il fait ſuite de la collection
précieuſe des Ecrivains célebres , qui
ont été gravés par MM. Fiquet& Savar.
1
III.
Portrait de M. d'Alembert , deſſiné par
Pujos , & très bien gravé par Maleuvre.
Ce Portrait , qui ne ſe vend point , &
que M. de Beaufleury a fait graver à
l'inſçu de M. d'Alembert , eſt dédié à
M. de Voltaire. On lit au bas ces quatre
vers de M. Marmontel.
Ce ſage à l'amitié rend un culte affidu ,
Se dérobe à la gloire & ſe cache à l'envie :
Modeſte comme le génie
Et fage comme la vertu.
AVRIL. 1. Vol. 1775 169
:
M. Coſſon , Profeſſeur au College
Mazarin , en a fait cette traduction latine
:
Cultor amicitia , fimul & contemptor bonorum
Quæritat bic tenebras , invidiamque fugit ,
Quem comes ingeniiſecura modestia velat
Virtutiſque foror candida fimplicitas,
I V.
La Conversation des Fermieres ; jolie
eſtampe colorée , imitant le deſſin , gravée
par Briceau. Prix 61. chez l'Auteur.
rue St Honoré , près l'Oratoire.
V.
:
Le ſieur Halbou , Graveur en tailledouce
, vient de mettre au jour trois
planches , dont l'une a pour titre le temps
perdu, d'après un deſſin de M. Will ,
•Peintre du Roi. Le ſujet eſt un homme ,
qui engagé par les careſſes d'une femme ,
s'amuſe à enfiler des perles . L'autre a
pour titre l'aventure fréquente , d'après un
deſſin de Scheneau , Peintre de S. A. S.
l'Electeur de Saxe. Le ſujet eſt une jeune
Cardeuſe de matelas ſurpriſe par un Ecolier
, qui lui caſſe ſon ſabot, Ces deux
L5
1
170 MERCURE DE FRANCE.
gravures font pendans; elles ont feize
pouces dehaut fur onze & demi de large.
La troiſieme de ces planches eſt le
Portrait de M. de Troye fils , Peintre du
Roi , Directeur de l'Académie de Rome
& Chevalier de l'Ordre de St Michel ,
mort à Rome en 1752 , âgé de 76 ans ,
gravé au burin d'après le tableau de M.
Aved , pour ſa réception à l'Académie.
Ce Portrait a 9 pouces &demi de haut ,
for 7 de large. Ces gravures ſont faites
avec beaucoup de foin & de talent.
On trouve chez le même Graveur les
Intrigues amoureuses & la Credulité fans
réflexion , qui font pendant. L'adreſſe du
fieur Halbou eſt rue de Fouarre , maiſon
de M. Maillard , Procureur au Parlement.
V I.
Epoques de Thémis , avec des cartels
différens , le tout orné de vers François ;
préſenté à Sa Majeſté Louis XVI.
Thémis militante.
On lit ces vers , qui en font l'explication
Les vices déchaînés à Thémis font la guerre.
AVRIL. I. Vol. 1775. 171
Hélas ! cédera-t-elle à leurs complots cruels ;
S'ils peuvent lui ravir ſon glaive & ſes autels ,
Nous verrons le bonheur s'exiler de la terre.
Cartel.
Minerve préſente à Diogene S. A. R.
› Monfieur, Autour du Portrait de S. A.
R. on lit : Patriæ columen ; à droite & à
gauche du cartel on lit ces vers :
Diogene autrefois , fa lanterne à la main ,
Chercha , fans le trouver , un homme dans Athenes ;
> Minerve offrant ce Prince à fon oeil incertain ,
S'il revenoit un jour termineroit ſes peines,
Themis fouffrante.
Au bas du deſſin on lit ces vers :
Au ſein de ces rochers , l'effroi de la nature .
Themis eft condamnée à l'exil , à l'ennui ;
La Veuve & l'Orphelin , privés de fon appui ,
De l'Oppreſſeur puiſſant deviendront la pâture.
Cartel.
Henri Quatre , ſans doute , eſt bien cher à nos voeux ;
172 MERCURE DE FRANCE .
1
Mais pourquoi dans ce jour lui rendre la lumiere ;
Notre jeune Louis , qu'un même eſprit éclaire ,
Le ſurpaſſe dans l'art de faire des heureux.
Thémis triomphante.
Au bas du deſſin ont lit ces vers :
D'où viennent ces tranſports , & quel chant d'allégreſſe
Un Peuple tout entier éleve juſqu'aux cieux ;
Le retour de Thémis excite ſon ivreſſe ;
Elle abat les méchans & rend le Peuple heureux.
1 Cartel.
Eprouve enfin , Thémis , des tranſports d'allégreſſe.
Hercule vient t'offrir ton zélé Protecteur ;
Ce Prince t'appuyant de ſa rare ſageſſe ,
Par ton heureux retour à fait notre bonheur.
Les exemplaires des gravures ci-deſſus
énoncées ſe trouvent chez le ſieur Bigant ,
Graveur , quai des Auguſtins , dans une
boutique attenant l'Eglife. Prix 6 1.
VII.
Eſtampe repréſentant une petite fille
AVRIL. 1. Vol. 1775. 173
nonchalamment poſée , ayant un livre en
main & pour titre : Honi foit qui mal y
pense. Elle est dédiée à S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres. L'Artiſte ayant repris
le burin pour perfectionner ſa gravure ,
ne reconnoît pour bonnes épreuves que
celles avec la dédicace. Cette eſtampe eſt
▸ d'un travail fini. Prix 3 1.; à Paris , chez
l'Auteur , rue d'Ecoſſe , vis- à-vis la petite
porte de St Hilaire.
>
1
Lettre à M. LACOMBE.
Monfieur , vous êtes François , & c'eſt à ce
titre que je vous prie d'annoncer le projet ſuivant
dans votre Ouvrage. Je me propoſe de dépoſer
dans un recueil les portraits des Hommes chers à
la Nation , par des établiſſemens utiles , par des
découvertes heureuſes , & enfin par tout ce qui
peut intéreſſer la France & ajouter à ſa gloire.
Les portraits feront gravés en bufte de format
in-80. On gravera au bas de chaque planche les
actions qui auront rendu recommandable le Ci.
toyen qui en fera l'objet. L'Ouvrage ſera intitulé :
Les Fastes du Patriotisme.
Ce qui eſt utile eſt toujours au-deſſus de ce qui
eft grand.
1
Thomas , Eloge de Sulli.
176 MERCURE DE FRANCE.
cripteurs qui contribueront à l'établiſſement de
cet Ouvrage National.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très humble & obéiſſant
ferviteur , F. REGNAULT.
Paris , ce 13 Février 1775.
SCULPTURES .
I.
Dans le courant du mois de Mars
1775 , il a été poſé dans une niche de la
Chapelle de Saint Grégoire de l'Egliſe Royale
des Invalides , une figure en marbre
de ſeptpieds cinq pouces de proportion ,
repréſentant Sainte Sylvie , femme de
Gordien , Sénateur Romain , mere de
Saint Grégoire , Pape. Elle eſt repréſentée
dans le moment qu'elle remercie
Dieu de lui avoir donné un fils qui a
été un des plus grands Pontifes. Cette
figure a été exécutée par M. Caffiéri ;
Sculpteur du Roi. 1
Elle eſt habillée d'une longue tunique
& d'un ample manteau , parure ordinaire
des Dames Romaines .
Ce magnifique morceau de ſculpture
fait
AVRİL . I. Vol . 1775. 177
fait infiniment d'honneur à M. Caffieri.
On y trouve , outre la perfection du deffin
, le grand caractere de nobleſſe & de
vertu joint au charme de la beauté. Cette
figure ſera diftinguée parmi les chefs-
-d'oeuvre qui ornent la riche Chapelle
des Invalides .
I I.
Il a été exposé pendant près de quinze
jours dans les Appartemens de Verſailes
, un très -riche cadre doré , deſtiné à
recevoir le portrait de la Reine en pied ,
de grandeur naturelle.
Des Génies ſupportent , dans le couronnement
, le médaillon du chiffre de
cette Princeſſe , ceint d'une bordure de
roſe , ſurmonté d'une couronne royale ,
avec différens acceſſoires.
Le ſupport préſente une portion circulaire
, dans laquelle un Amour unit les
ecuſſons de Leurs Majestés , & ſe termine
en cul- de -lampe avec des feſtons de
leurs .
On a remarqué dans le profil une
Koulure taillée d'une multitude de coeurs
nis par des flocons de chaînes , embrafés
de fleurons qui en forment la circon-
Térence ; les autres font ornées de feuil-
M
178 MERCURE DE FRANCE.
les d'olive , d'entre - lacs de lierre & autres
ſymboles. Des doubles feſtons de
fruits font chûte ſur les montans qui font
flanqués , ſous les croſſettes , de branches
de lis , paſſées dans des couronnes de
feuilles d'olive.
Quand le couronnement & le ſupport
n'annonceroient pas quel doit être l'intéreſſant
objet du tableau ; qui , en voyant
réunis les ſymboles de la beauté de
l'ame , de la pureté du coeur , des charmes
du caractere , de la fraîcheur & des graces
de la jeuneſſe , pourroit méconnoître
l'intention de ces heureuſes allégories ?
Ces coeurs , adroitement ſubſtitués aux
oves ordinaires , ces flocons de chaînes ,
ces feſtons de fleurs , qui s'offrent de toutes
parts , ne font - ils pas éprouver au
Spectateur que c'eſt l'attachement univerfel
de la France & le bonheur du regne
préfent que cette expreſſive ſculpture
a voulu rendre.
La compoſition de ce charmant morceau
, la délicateſſe & le fini de ſon exécution
, juſtifient bien la réputation du
ſieur Boulanger (1) , placé depuis long
temps au rang des plus célebres Artiſtes
(1 ) Sculpteur des Bâtimens du Roi.
AVRİL. I. Vol. 1775. 179
۱
de fon genre : n'eût- il à citer que les
chefs-d'oeuvre de ſculpture tant admirés
à l'Ecole Militaire , ſur-tout dans la Salle
du Conſeil.
. La dorure n'eſt pas moins un chefd'oeuvre
; il eſt à peine concevable comment
cet art peut le diſputer ainſi à l'or
moulu , au point de faire douter ſi ce
n'eſt pas le métal même ſortant des mains
du plus habile Orfevre. Elle a été exécutée
par les ſieurs Watin & Ramier ,
Aſſociés pour les entrepriſes de dorure
& de peinture.
Leurs Majestés & la Famille Royale
ont paru extrêmement fatisfaites. Le ſieur
Watin , à cette occafion , a eu l'honneur
de préſenter à la Reine l'Art du Peintre ,
Doreur , Vernisseur , Ouvrage de ſa compoſition
, qu'Elle a daigné accueillir avec
bonté *.
* Nous avons fait connoître cet Ouvrage dans
le ſecond volume du mois d'Octobre 1773 ; nous
annoncions alors qu'au mérite de décrire ſupérieurement
les procédés de fon art , le ſieur
Watin joignoit celui de les exécuter de même .
Ma
180
MERCURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHI
I
CARTE curieufe des nouvelles limites
de la Pologne , de l'Empire Ottoman &
des Etats voiſins , fixées 10. par les Puisfances
co- partageantes , 2°. par la paix
entre les Ruſſes & les Turcs , 3º. par un
Traité entre la Maiſon d'Autriche & le
Grand- Seigneur ; avec les Places fortes ,
les grandes routes & diſtances entre les
Capitales de ces divers Etats , & des notes
politiques. Par M. Brion , Ingénieur--
Géographe du Roi , à Paris , rue St Jac
ques , à la Ville de Coutances , après la
Fontaine St Séverin , au deuxieme ; feuille
d'Atlas , prix I liv. 4 f. Cette Carte ,
qui s'étend depuis la Mer Baltique jus
qu'à la Mer Noire & la Mer Caſpienne ,
devient un fupplément d'autant plus néceſſaire
aujourd'hui aux Atlas & livres de
Géographie , qu'étant fondée ſur d'exactes
opérations faites ſur les lieux mêmes ,
elle differe eſſentiellement de toute autre
pour les longitudes & les latitudes ,
l'étendue des pays ou leurs diviſions .
AVRIL.I. Vol. 1775. 181
コ
I I.
Cartes géographiques d'une partie de
l'Allemagne , gravées ſous la direction de
l'Académie Royale des Sciences de Berlin
; ſavoir :
La Pruſſe , en 6 feuilles,
La Ruffie , en 3 feuilles.
La Pomeranie citérieure , en 4 feuil.
La Heſſe , en 4 feuilles.
Le Mecklenbourg , en 4 f..
Les Duchés de Brème &de Verden , 2 f.
La Baviere , en 4 f.
Le plan de Berlin ſur papier.
Le même ſur toile fine.
La grande Carte d'Allemagne ſur pap.
La même ſur toile fine.
L'Atlas Marino , en 13 feuilles.
Le Port de Berlin , une feuille.
Ces Cartes ſe trouvent à Paris , chez
Mde Duclos , rue des Singes , Maiſon à
côté du Maréchal.
III.
Nouvelle Carte réduite de la Manche
de Bretagne , en 3 feuilles de papier gr.
aigle , contenant toutes les côtes de france
depuis Dunkerque juſqu'à Oueſſant ,
& les côtes d'Angleterre depuis Colches
M 3
189 MERCURE DE FRANCE.
1
ter , qui eſt au nord de la Tamiſe , jus.
qu'au Cap Clare , en Irlande; les brasfeigges
& qualités des fonds , tant en
dedans qu'en dehors de la Manche , &c.
Cette Carte , qui eſt dédiée au Commerce
, ſe trouve chez le ſieur de Gaulle,
l'Auteur , rue St Jacques , au Havre ; &
chez le ſieur Mérigot l'aîné ; Libr. quai
des Auguſtins , à Paris , qui a le dépôt
des Cartes hidrographiques ; prix 7 liv.
10 f. les 3 feuilles. Les Marchands de
Provinces qui vendent des Cartes , en
en prenant un certain nombre , auront
une diminution honnête. L'on trouve
chez le ſieur de Gaulle tout ce qui concerne
la navigation ; il fait des envois
d'inſtrumens , & n'en vend aucuns qu'il
n'en garantiſſe la préciſion par un billet
ſigné de fa main.
SIX
MUSIQUE.
I.
IX duo pour deux violons, dédiés à M.
Guelle , Contrôleur Général des Suiſſes
&Grifons . Par M. A. Guenin. Oeuv. III
Prix 7 1. 4 f. chez l'Auteur , rue des MouAVRIL
. I. Vol. 1775. 183
lins , butte St Roch , Maiſon de M.
Pérart , Architecte du Roi ; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. En Province
chez les Marchands de muſique.
I I.
Perrin & Lucette , Comédie en deux
actes & en proſe , mêlée d'ariettes , par
M. Cifolelli ; les paroles font de M. Daveſne
; prix 15 liv. A Paris , au Bureau
muſical , rue du Haſard Richelieu ; &
aux adreſſes ordinaires de muſique. A
Lyon , chez M. Caſtau , Marchand Lib.
place de la Comédie.
III.
Les vrais Amans , ariette en rondeau
avec accompagnement de deux violons
& baſſe ; par M. Deſcombes , Auteur de
la muſique & des paroles ; prix 1 1. 16 f.
à Paris chez l'Auteur , cloître St Nicolas
du Louvre , maiſon de M. Lacour , Bi-
Graveur , place du Louvre , à →gnon ,
PAccord Parfait ; & aux adreſſes ordinaires
de muſique.
I V.
Trentieme Recueil périodique d'ariet
M4
184 MERCURE DE FRANCE.
tes d'Opéra - Comiques & autres , arrangées
pour le piano forte & le clavecin ;
par M. Pouteau , Organiſte de St Jacques
de la Boucherie , & Marchand de
clavecin . Prix r liv. 16 ſ. à Paris chez
le ſieur Bouin , Marchand de muſique &
de cordes d'inſtrumens , rue Saint Honoré
, près Saint Roch , au Gagne- Petit.
On trouvera à la même adreſſe plufieurs
Recueils de contre - danſes en potpourri
qui ſe danſent chez la Reine , avec
l'explication des figures,
V.
Sei duetti per due violini , compoſiti
dalla Sig. Madalena - Laura Syrmen. Op.
V. Prix 7 1. 4 f. à Paris chez M. Venier
Editeur de pluſieurs Ouvrages de muſique
, rue St Thomas du Louvre , vis -àvis
le Château d'eau ; & aux adreſſes
ordinaires. En Province, chez tous les
Marchands de muſique.
V I.
On trouve à la même adreſſe : Sei feſtetti
per tre violini , violà , è due violoncelli
obligatti , compoſiti dall. Sig. Gaetano
Brunetti , Virtuoſo della Cappelle
AVRIL. I. Vol. 1775. 185
Reale di S. M. C. & primo Violino e
Compoſitor di Camera di S. A. R. il
Principe d'Afturias. Opera I. Prix 12 1.
N. B. La partie du ſecond violoncelle
ſe poura exécuter ſur l'alto ou un baſſon.
VII.
- Six trio à trois violons, compoſés par
G. de Maki. Prix 7 1. 4 f. à Paris chez
le ſieur Sieber , rue St Honoré , à l'Hôtel
d'Aligre , ancien Grand - Conſeil ; à
Lyon , chez Caſteau ; à Bordeaux , chez
Saunier ; à Bruxelles , chez Godefroy.
>
VIII.
- Ouverture d'Iphigénie en Aulide , arrangée
pour le clavecin ou le forte-pia-
- no , avec accompagnement d'un violon
& violoncelle ad libitum ; par M. Benaut
, Maître de clavecin. Prix 2 l. 8 f. à
Paris , chez l'Auteur , rue Gît-le- coeur , la
deuxieme porte à gauche en entrant par
le Pont-Neuf; & aux adreſſes ordinaires
de muſique.
I X.
On trouve aux mêmes adreſſes l'Ou
M 5
186 MERCURE DE FRANCE,
verture de la Rofiere de Salency , arrangée
pour le clavecin ou le forte piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
, ad libitum ; par M. Benaut. Prix 2
1, 8 f.
Χ.
Et le Premier Recueil de duo d'Opéra
& Opéra-Comiques , &c. arrangés pour
le clavecin ou le fortepiano ; dédié à
Mademoiselle Rofalie de Rohan-Chabot ,
née Comtéſſe de Chabot ; par Benaut.
Prix 1 1. 16 f.
LETTRE du Roi de Suede à M. de Roffet ,
Auteur du Poëme de l'Agriculture.
Monf. de Roffet. J'ai reçu avec plaiſir , & j'ai
lu avec plus de plaifir encore l'Ouvrage que vous
m'avez envoyé. Votre poëſie ſera certainement
louée par les Poëtes. Je me borne à vous remercier
, au nom de l'humanité , de ce que vous avez
conſacré vos talens à embellir les regles d'un art
qui fait la baſe la plus ſolide de la puiſſance des
Empires & du bonheur des Peuples. Cet art ne
peut pas être trop enſeigné par les Savans , ni
trop encouragé par les Princes. Vous devez donc
être perfuadé de toute mon eſtime & de toute ma
bienveillance. Et fur ce , je prie Dieu qu'il vous
AVRIL . I. Vol. 1775. 187
ait , Monf. de Roffet , en ſa ſainte & digne garde.
Fait à Stokholm le 29 Novembre 1774 .
GUSTAVE .
LETTRE de M. de Voltaire à M. de la
Croix , Avocat.
A Ferney , par Lyon , le 21 Janvier 1775.
Il ſemble , Monfieur , qu'en adouciſſant les
maux de ma vieilleffe , & en confolant ma folitude
par la lecture de vos agréables Ouvrages , vous
ayiez voulu me priver du plaifirde vous en remercier.
Vous ne m'avez point donné votre adreſſe;
il y a pluſieurs perſonnes à Paris qui portent votre
nom , quoiqu'il n'y ait que vous qui le rendiez
célebre.
Je hafarde mes remerciemens chez votre Libraire.
Il a imprimé peu de Mémoires auſſi bien
faits . Ceux pour la Rofiere font les premiers , je
crois , qui aient introduit les graces dans l'éloquence
du barreau . Celui de Delpech me ſemble
difcuter les probabilités avec beaucoup de vraiſemblance
: car les hommes ne peuvent juger que
par les probabilités. La certitude n'eſt gueres
faite pour eux , & voilà pourquoi j'ai toujours
penſé que notre Code criminel eſt auſſi abſurde
= que barbare. Il n'y a guere de Tribunal en France
qui n'ait rendu des jugemens affreux & iniques
pour avoir mal raiſonné plutôt que pour avoir eu
l'intention de condamner l'innocence.
138 MERCURE DE FRANCE.
F
J'ai l'honneur d'être , avec toute l'eſtime & la
reconnoiffance que je vous dois ,
Monfieur ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur DE VOLTAIRE.
ANECDOTES.
I.
Un Colonel , fous Louis XIV , frappa
de ſa canne un Grenadier dans un exercice.
La violence du mal fit oublier un
inftant à celui- ci la ſévérité de la difcipline
militaire. Un geſte menaçant annonça
au Colonel le reſſentiment du_brave
homme qu'il venoit d'offenſer. Grenadier
qu'oſez-vous? lui cria vivement le
Colonel.-Ah ! Monfieur, quel mal vous
m'avez fait , reprend le malheureux Grenadier
, en ſe laiſſant tomber ſur les genoux.
On le conduit à l'Hôpital,
On fent quelle rumeur dut exciter cette
action dans toute la garniſon ; elle fut
d'autant plus vive , que celui qui s'en
étoit rendu coupable étoit un Officier
d'une grande eſpérance & d'une des plus
AVRIL: I. Vol. 1775. 189
illuſtres Familles du Royaume. Touché
de repentir , ce jeune Colonel ſe rend à
l'Hôpital . & s'approche du lit du Grenadier
, à qui il offre cinq ou fix louis .
Celui - ci , ſe levant bruſquement ſur ſon
féant : Eh! croyez - vous , Monfieur ,
,, que c'eſt avec de l'or qu'on fait oublier
ود
ود
une injure auſſi ſanglante que celle que
,, vous m'avez faite ; mordieu ! mon Co-
,, lonel , gardez vos louis. Vous avez vu
,, dans quel abyſme de maux vous pouviez
plonger un homme d'honneur ! ...
Un reſte de raiſon m'a retenu ! ... Béniſſons-
en le ciel l'un & l'autre. Allez ,
gardez votre or & corrigez vous . "
ود
ود
I I.
Diogene voyoit un jour un Vainqueur
des Jeux Olympiques faiſant ſon entrée
dans Athenes , fixer , avec un attachement
fingulier , une jeune fille qui le
ſuivoit. ,, Regardez donc ce Vainqueur ,
,, s'écria - t - il ; au milieu même de fon
,, triomphe il eſt déjà vaincu."
III.
Une Princeſſe du Sang paſſoit par une
190 MERCURE DE FRANCE.
Ville de Province ; tous les Corps s'em
preſſerent de l'aller complimenter. Celui
de l'Election n'étoit repréſenté que par
trois Membres. ,, Madame , lui dit le
ود Chef de cette Jurisdiction , nous fom-
,, mes dans ce moment une preuve ſenſible
de cette vérité ſacrée , beaucoup
d'Appelés & peu d'Elus. Notre devoir
eſt de prononcer ſur le fait des Tailles
, & nous certifierons à tout le mon-
. , de que la vôtre eſt des plus élégantes. "
ود
وا
ود
ود
I V.
Fabius Maximus , qui avoit été Dic
tateur à Rome, alloit à cheval au devant
de ſon fils , qui venoit d'être créé
Conful ; celui - ci voyant ſon pere , lui
envoya commander de mettre pied à
terre. Fabius deſcendit auffi - tôt & embraſſant
fon fils , je me réjouis , lui dit - il ,
de ce que tu te comportes en Conful.
V.
Dans le temps que le Duc de Bourgogne
, petit - fils de Louis XIV , commandoit
l'armée en Flandres , un vieux
Officier , qui connoiſſoit mieux ſon mé
AVRIL: I. Vol. 1775. 191
tier que les uſages de la Cour, ſe mit à
la table du Prince fans en avoir obtenu
la permiſſion . On l'avertit de ſa faute ,
& il en demanda pardon. Monfieur , lui
dit obligeamment le jeune Prince , vous
Souperez ovec moi ; je vous apprendrai la
Cour & vous m'apprendrez la guerre.
V I.
M. de Fontenelle étoit dans une com-
› pagnie où l'on montroit un petit ouvrage
d'ivoire , d'un travail ſi délicat , qu'on
n'oſoit le toucher. Chacun l'admiroit ;
pour moi , dit M. de Fontenelle , je n'ai-
* me point ce qu'il faut tant respecter. La
Marquiſe de F. très - belle femme , furvint
tandis qu'il parloit ; M. de Fontenelle
alla au- devant d'elle , & ajouta en
l'abordant , je ne dis pas cela pour vous ,
Madame .
"
VII.
Un enfant s'étoit levé ford tard; fon
pere , pour le rendre plus diligent , lui
dit: Mon fils , vous ne connoiſſez pas
le prix & les avantages de la diligence ;
un homme diligent s'étant levé fort
matin , trouva une bourſe pleine de louis
و د
"
192 MERCURE DE FRANCE.
و و
dans ſoni chemin ". Mais , mon Pere,
répondit l'Enfant , celui qui l'avoit perdue
s'étoit encore levé plus matin.
VIII.
وو
Un jour le Roi Jacques II ordonna au
Poëte Waller de l'attendre , parce qu'il
vouloit lui parler ; c'étoit dans l'aprèsmidi.
Le Roi ne rentra que tard; il conduiſit
Waller dans ſon cabinet , & lui
préſentant un tableau , il lui demnnda ce
qu'il en penſoit. Le temps eft obfcur ,
,, répondit Waller , je ne vois pas bien ce
,, que c'eſt , ſi votre Majesté daignoit
m'aider... C'eſt la Princeſſe d'Oran-
„ ge. Elle reſſemble preſque à la plus
grande Princeſſe du monde.-A quelle
Princeſſe donnez vous ce nom ?-A la
Reine Elifabeth.- Je ſuis ſurpris M.
Waller que vous parliez ainſi ; Elifabeth
étoit comme les autres femmes ,
,, elle dut ſa grandeur à fon Conſeil .
و د
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
-
-
-
Eh ! Sire , croyez - vous que des fous
aient jamais choiſi des Conſeillers
" ſages ?"
१
AVIS.
AVRIL.I. Vol. 1775. 193
AVIS.
L
Bijouterie.
E fieur Grancher , Bijoutier de la RReine, au
petit Dunkerque , vis-à-vis le Pont-Neuf , vient
de mettre au jour un nouveau portrait de la Reine
, exécuté en tale , ſupérieur à tout ce que l'on
a vu en genre , tant pour la gravure que pour
la reſſemblance ; il eſt poſe ſur différentes boîtes,
dites le tableau parlant , à divers prix , dont le
meilleur marché eſt de 30 livres . L'on trouve aufli
fur des tabatieres le même portrait en miniature ,
- de même que celui de l'Archiduc , frere de la
Reine , prix 60 1.
De très-beaux modeles nouveaux de boutons
d'habit en pinsbeck , acier & autres , en argent
émaillé qu'il attendoit depuis long-temps ; ainſi
que des épées d'acier à pointes de diamans &
pinsbeck , faifant un grand effet aux lumieres.
Une collection confidérable d'ouvrages en pierres
de ſtras d'Angleterre , tant en girandoles qu'en
luftres & garnitures de cheminées de la plus grande
beauté ; carafes à oignons , flambeaux , vaſes ,
caffolettes unies , le tout en cryſtal factice de diverfes
couleurs , garnies à Paris en bronze doré
d'or moulu .
De fuperbes jattes à punch & d'autres petits
éryſtaux pour la table.
N
194 MERCURE DE FRANCE.
1
De nouvelles pieces en tole amalgamé en argent,
dites pletedes ; corbeilles à compartiment ,
pour ſervir les rôties ; petits flambeaux de cabinets,
fontaines à thé , ſalieres en bouts de tables.
Teyeres en litron ; écritoires en ébene pour
bureaux , garnies en tole amalgamé en argent ,
avec les pieces en cryſtal taillé.
Cuiſiniere angloiſe pour faire cuir au bainmarie
les viandes ou le fromage.
Bagues d'or montées à l'antique , avec portrait
en relief , émaillé ſous cryſtal , du Roi , de la
Reine , d'Henri IV , de l'Empereur & de l'Impé.
ratrice , gravés par Wurtz , que l'on peut annoncer
pour être le chef-d'oeuvre de reſſemblance;
prix 36 1. piece.
Nouveaux boutons de printemps en pierres
de couleurs , doublés & ornés d'or & de petits
grains ; prix 60 1. la garniture.
Boucles d'argent très-grandes , d'une ciſelure
imitant la broderie.
Nouvelles porcelaine dure , de Clignancourt ,
allant au feu.
Figures en biſcuit de l'Ile St Denis.
Nouveaux flambeaux de marbre blanc , garnis
de bronze doré au mat , & vaſes très-beaux dans
le même genre , ainſi que plufieurs pendules tant
en marbre de Paros , repréſentant un vaſe , &
orné de bronze doré au mat , qu'en bronze ,
repréſentant , l'une l'Innocence , une autre la
Pleureuſe d'oiſeaux , une autre Apollon & Daphné,
& autres ſujets , depuis 1000 1. juſqu'à
2000 1.
AVRİL. I. Vol. 1775. 195
f
>
I I.
Eau Favorite.
Le ſieur Fargeon , Parfumeur du Roi & de la
Cour , a trouvé le ſecret d'enlever les taches de
Fouffeur par le moyen d'un coſmétique appelé
Eau favorite. Aucune tache ne peut réſiſter aux
effets admirables de cette eau , ſi l'on eft constant
à s'en fervir ; elle a la propriété d'éclaircir
le teint & de diffiper les dartres farineuſes , ſans
endommager la dentelure. Le prix eſtde 3. 1:
la petite bouteille: il donne la maniere de s'en
fervir.
Pluſieurs perſonnes s'étant plaintes à lui de la
perte de leurs cheveux , il a compoſé une pommade
à la fleur d'orange , à la moële de boeuf; elle
a l'onctueux de la graiffe d'ours , mais en outre
elle a la vertu de fortifier les racines des cheveux:
- les mélanges dont elle est compoſée étant reconnus
pour les feuis ſpécifiques réels pour leur confervation
, il a pris le parti de les faire entrer dans
toutes ses pommades ; le prix eft de 30 f. l'once.
Sa demeure eſt rue du Roule , au Cygne des
Parfums.
III.
Le Trésor de la Bouche.
Le fieur, Pierre Bocquillon , Marchand Gantier
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Egliſe de St Louis de MM. de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis- à-vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & ap
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
prouvé à la Commiſſion Royale de Médecine , le
11 Octobre 1773 , pour une liqueur nommée le
véritable trésor de la bouche , dont il eſt le ſeul
compofiteur. Ses rares vertus la font préférer , en
lui établiſſant une très-grande réputation. La propriété
de ſa liqueur eſt de guérir tous les mauxde
dents quelque violens qu'ils puiſſent être , de purger
de tout venin , abſcès & ulceres , enfin de
préſerver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conſerve même quoique
gârées. Cette liqueur a un goût très-agréable.
L'Auteur en reçoit tous les jours de nouveaux
fuffrages par des certificats que lui envoient fans
ceſſe les perfonnes de la premiere diftinction .
L'Auteur a des bouteilles à 101.5 1.3 1. & 1 1.
4 f. Il donne la maniere de s'en ſervir , ſignée &
paraphée de fa main ; il met ſon nom de baptême
&de fa famille fur l'étiquette des bouteilles , ainſi
que fur le bouchon , marqué de fon eachet , & un
tableau au deſſus de ſa porte , pour ne pas fe
tromper. Il vend auſſi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brulures ,
approuvé par MM. de la Médecine , le 31 Juillet
1773. L'Auteur prie de lui affranchir le port des
lettres.
Le ſieur Bocquillon a l'honneur de donner avis
au Public qu'il va établir au premier de Mai prochain
, un Bureau de ſa liqueur nommée le Tréfor
de la Bouche , chez le Sr Boufſu , ſon gendre,
Marchand de modes , rue St Honoré, vis-à-vis la
petite porte de la boucherie de Beauvais , entre
la rue Tirechape & la rue des Bourdonois , pour
la facilité du Public , à, Paris.
AVRIL . 1. Vol. 1775. 197
}
I V.
Le ſieur Rouffel , demeurant à Paris , rueJeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte cochere
à côté du Taillandier , au deuxieme appartement
fur le devant , près de la Grêve , donne
▸avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eſt de guérir la goutte.
Les perſonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
› goutte ; en la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 1 .
Le ſieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds .
Le prix des boîtes à douze mouches eſt de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eſt I 1.10 1.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit.
Les pots de pommade ſont de 3 liv. & 11.4 f.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préſident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. &de 1 1. 4 .
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
Du Caire, le 12 Décembre 1774.
ONN travaille ici , par ordre de la Porte , à des
préparatifs pour une expédition contre le Chéik
Daher. Mehemet Bey a impoſé en conféquence
, une taxe de 1800 livres fur chacun des principaux
villages de ce Royaume. On ne croit pas
que l'intention de ce Prince foit de ſe mettre à la
tête des troupes qu'il enverra en Syrie. Il ya
apparence qu'il en deſtine le commandement à
quelques Beys , qui ſejoindront vraiſemblablement
àcelles que la Porte enverra de ſon côté.
De Malaga, le 19 Février 1775.
Les Maures ont commencé le 12 de ce mois ,
le ſiege du Pennen de Velez ; & , juſqu'au 17 ,
ils ont jeté dans cette place deux cents trente deux
bombes , qui ont tué un forçat & en ont blefle
deux autres. Le colonel Don florent Moreno ,
qui y commande , ayant demandé du ſecours à
notre Capitaine Général , celui- ci vient d'ordon .
ner à un détachement de trois cents hommes de
ſe tenir prêt à s'embarquer. Ce détachement
partira auſli- tôt que le vent ſera devenu favorable.
De Madrid ,le 7 Mars 1775.
On a appris par les derniers avis reçus du Com.
mandant Général de Melille , les particularités
fuivantes.:
AVRIL. I. Vol. 1775. 199
)
Le Roi de Maroc ayant aſſemblé le 11 Février
ſes Généraux & les Gens de Loi , pour délibérer
avec eux fur le deſſein qu'il avoit formé de don-
› ner un affaut à la Place , tous s'accorderent à
lui faire des repréſentations ſi ſérieuſes ſur la té.
mérité de cette entrepriſe , qu'il confentit enfin,
à y renoncer , au grand regret de ſes troupes ,
qui eſpéroient par cette action périlleuſe , mettre
fin aux travaux & à la miſere qu'ils éprouvent
dans le camp. Les gens qu'on avoit fait venir
des endroits circonvoilins furent renvoyés immédiatement
après les fêtes de Pâques . L'ennemi
appréhendant que nos vaiſſeaux ne tentaſſent une
defcente , fit élever ſur la plage une nouvelle bat .
terie , & la dirigeant vers la baye , il fortifia
l'artillerie de celle qui eſt placée derriere la pointe ,
à l'embouchure de la Rambla. Il ramena au camp
la plus grande partie de ſes mortiers , & tout
bombardement ceſſa le 12 .
De Trieste , lo 9 Février 1775.
On écrit de Venise , en date du 4 de ce mois ,
qu'un navire de cette République s'étant laifié
aborder par une galiote qui avoit pavillon Ruffe ;
des Pirates qui la montoient , tuerent le Capitaine
&la plupart des Matelots , & conduifurent enfuite
la navire dans une des îles de l'Archipel , où ils
> déchargerent ce qu'il contenoit de plus précieux;
après quoi , ils rendirent à un Pilote & deux Matelots
qui s'étoient cachés , la liberté de ſe reti .
rer , avec leur bâtiment , qui eſt arrivé heureuſfe.
ment à Venife,
N
१९९
MERCURE DE FRANCE.
De Rome , le 15 Fevrier 1775 .
Jean-Ange Braſchi , Cardinal - Prêtre du titre
de Saint-Onuphre , né à Ceſene , ville de l'Etat
Eccléſiaſtique , le 27 Décembre 1717 , Tréſorier
Général du Saint Siege avant ſa promotion au
Cardinalat , arrivée ſous le Pontificat de Clément
XIV , le 26 Avril 1773 , ayant réuni tous les
fuffrages du Sacré College , a été élu Pape au
fcrutin de ce matin , & a pris le nom de Pie VI .
Cette nouvelle a été publiée auſſi- tôt , fuivant
l'uſage , par le Cardinal Alexandre Albani , premier
Cardinal Diacre ,&annoncée en même temps
par une décharge de l'artillerie du Château Saint-
Ange , à laquelle toutes les cloches de la ville ont
répondu .
La vacance du Saint Siege a duré quatre mois
& vingt-deux jours , & le Conclave quatre mois
&dix jours.
Du 22.
La double cérémonie du facre & du couronnement
du Pape s'eſt faite ce matin , avec beau
coup de folemnité , dans l'Egliſe de Saint Pierre.
Lorſque le Cardinal Doyen du Sacré College , a
eu mis la tiarę fur la tête du Souverain Pontife ,
Sa Sainteté a donné la bénédiction à un peuple
immenfe , raffemblé dans la place de Sainte Pier.
re ; & il s'est fait en même temps une décharge
de l'artillerie du Château Saint-Ange. Comme
cette cérémonie ſe trouve tomber le jour de la
fête de la Chaire de St Pierre , Sa Sainteté a voulu
que , pour cette année ſeulement , ce fut fête
de précepte en cette ville.
De la Haye , le 24 Février 1775.
La planete de Saturne a offert aux Aftrono-
4
AVRIL. I. Vol. 1775. 201
1
>
!
2
mes , dans l'eſpace d'environ ſept mois deux
phénomenes intéreſſans. Le premier eſt la réapparition
de fon anneau , qui ne diſparoîtra plus
que du mois de Juillet dernier en quinze ans .
Le ſecond eſt l'occulation de fon globe par la
lune , obſervée à Utrecht le 18 de ce mois , depuis
9 heures 28 minutes 57 ſecondes du foir
(temps vrai ) , moment de l'immerfion, jusqu'à
10 heur. 19 min. 26 ſec. Cette éclipſe , qu'on
n'avoit point obſervée depuis 1678 , a été vue
: également à Paris , & pourra ſervir à déterminer
exactement la longitude d'Utrecht. L'occultation
du centre , à Paris , eſt arrivée à 9 h. 11 m. 14 f.
- & l'émerſion à 10 h. II m. I f.
Les équipemens ordonnés par les Etats-Généraux
ſe font avec tant de célérité , qu'outre les
huit frégates de guerre qui doivent croifer actuellement
vers les côtes d'Afrique , la République
ſera en état d'en mettre fix autres en mer
avant le mois de Mai. Quelques-uns de ces bâtimens
, dont on portera le nombre à dix fept ,
font conſtruits fur une nouvelle méthode , qui
change l'uſage & la diſpoſition des batteries
de canon.
Les lettres les plus récentes de Batavia ne confirment
point les bruits qui avoient couru en
Europe , au ſujet de quelques difficultés qu'on
prétendoit avoir été ſuſcitées aux Hollandois dans
> le Japon ; ces lettres font mention de plufieurs
défaftres arrivés dans ces contrées . Une maladie
contagieuſe , plus violente que celle qu'on y
éprouva il y a ſoixante-deux ans , a enlevé en
1773 , plus de fept cents mille hommes dans la
Capitale & dans d'autres Villes. A cette calamité
ſe ſont jointes des inondations qui ont emporté
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
les habitations les plus élevées. Ailleurs , la mer
ayant rompu ſes digues , a englouti une Ville
entiere , en fubmergeant tous ſes environs , c'eſt .
à-dire, un très-vaſte territoire cultivé & habité.
De Turin,le 19 Février 1775.
Le mariage du Prince de Piémont avec Mada .
me Clotilde de France , eſt fixé au mois de Sep.
tembre prochain. On dit que la Cour fera cet .
été un voyage à Chambéry , où elle attendra
cette Princeſſe.
De Paris, le 10 Mars 1775.
La cérémonie de la réception au Parlement
du Duc de Coffé , nouveau Gouverneur & Lieutenant
-Général pour le Roi , de la Ville , Prévôté
& Vicomté de Paris , & celle de ſon inſtallation
à l'Hôtel-de-Ville , ſe firent le 4 de ce
mois.
Le 7 de ce mois , Monſeigneur le Comte d'Artois
vint dans cette Capitale , accompagné des
principaux Officiers de ſa Maiſon. Il fut falué , à
fon arrivée & à fon départ , par le canon de l'Hộ
tel Royal des Invalides , par celui de la Ville &par
celui de la Baſtille. Le Corps de Ville lui fut pré
ſenté par le Duc de Coffe , Gouverneur de Paris,
qui le reçut à l'endroit où étoit anciennement la
Porte appelée de la Conférence ; & le ſieur de la
Michodiere , Conſeiller d'Etat & Prevôt- des-Marchands
, eut l'honneur de le complimenter. Le ſieur
le Noir , Maitre des Requêtes , & Lieutenant-Gé
néral de Police , s'étoit rendu au même endroit.
Le Prince , en arrivant , monta dans un des car-
4
roſſes de parade qui l'attendoient , & qui furent
AVRIL. I. Vol. 1775. 203
remplis par les perſonnes de fa fuite. Celui qu'occupoit
le Prince étoit précédé & ſuivi de fes Gar.
des -du-Corps. Le cortege prit le chemin de Notre-
Dame , par le quai des Tuileries , le pont Royal ,
les quais des Theatins & de Conti , le Pont Neuf,
le quai des Orfevres , la rue Saint- Louis ,le marché
Neuf& la rue Notre- Dame. Arrivé à la Cathédrale
, Monseigneur le Comte d'Artois fut reçu &
complimenté , à la porte de l'Eglife , par l'Arche- *
Evêque de Paris , revêtu de ſes habits pontificaux
& à la tête des Chanoines. Ce Prince fit ſa priere
dans le Choeur ,& entendit la Meſſe à la Chapelle
de la Vierge ; après quoi , il fut reconduit avec
les mêmes cérémonies , remonta en caroffe , &
alla à Sainte Genevieve , par la rue Notre- Dame,
le marché Neuf , la rue Saint- Louis , le quai des
Orfevres , le pont Neuf, le quai des Auguftins ,
le pont Saint-Michel , la rue de la Bouclerie , les
rues Saint Séverin & Saint-Jacques , le marché &
la place de la nouvelle Eglife. L'Abbé de Sainte-
Genevieve , accompagné des Chanoines Réguliers,
eut l'honneur, de le recevoir & de lui adreffer un
Difcours . Après avoir fait ſa priere dans cette
Eglife , & avoir vu la bibliotheque de la Maiſon ,
-le Prince ſe rendit aux Tuileries , par les rues
Saint Thomas , d'Enfer , des Francs-Bourgeois ,
de Tournon , des Quatre-Vents , de la Comédie
-Françoiſe , Dauphine , le pont Neuf, les rues de
Ma Monnoie , du Roule , Saint-Honoré , Saint- Nicaiſe
, & la place du Carrouſel. Il dîna au Palais
des Tuileries , à une table de quarante couverts .
A une feconde table étoient les Seigneurs à qui ce
Prince avoit fait l'honneur de les inviter. L'aprèsmidi
, Monſeigneur le Comte d'Artois , ainſi que
Jes Seigneurs qui l'avoient accompagné , alla à
Opéra , par la rue Saint-Nicaiſe & larue Saint
204 MERCURE DE FRANCE,
Honoré. Il vit repréſenter l'Opéra d' Iphigénie. En
fortant de ce ſpectacle , il retourna à Versailles ,
par la rue Saint-Honoré , la rue Royale & la place
de Louis XV. Le Gouverneur de Paris , le Lieutenant-
Général de Police & le Prévôt des Marchands
ſe ſont trouvés dans tous les endroits où
le Prince s'eſt arrêté , & où les Gardes Françoiſes
& Suiffes étoient ſous les armes , ayant leurs Officiers
à leur tête. En allant à Sainte Genevieve ,
il fut complimenté à la porte du College de Louisle
Grand, parle Recteur de l'Univerſité à la tête
des Quatre Facultés. Le Peuple , accouru en
foule fur fon paſſage , malgré le mauvais temps ,
lui a donné par-tout des témoignages éclatans de
la joie que ſa préſence lui inſpiroit .
Jean-Ange Braſchi , comme on l'a déja annoncé,
eſt né à Céſene , Ville de la Romagne , le 27 Décembre
1717. Sa Maifon , l'une des plus nobles
de cette province , porte dans ſes Armes l'Aigle &
les Fleurs de Lys. Ce Pontife , qui eſt de la plus
belle repréſentation , a beaucoup d'eſprit , de vi .
wacité & de connoiſſances. Benoît XIV , dont il
étoit eſtimé , lui confia pluſieurs emplois importans
; & dans tous ceux qu'il a occupés , il s'eſt
toujours diftingué par ſon défintéreſſement &
par fon exactitude. Quoiqu'il n'ait jamais joui
que d'une fortune très - médiocre, il ſavoit faifir
à propos les occafions de faire éclater la générofité
de fon coeur & fon goût pour la magnificence.
A ces rares qualités il joint une piété
folide & éclairée , ainſi que le plus grand éloignement
de tout eſprit de parti. Tant de vertus
réunies juſtifient l'applaudiſſement général qui a
été donné à fon exaltation.
On mande de Lyon que le 15 Janvier dernier
une femme en couche , ayant vainement fouffert
AVRIL. I. Vol. 1775. 205
- pendant deux jours les douleurs de l'enfantement
, le ſieur Faiffoltes , Chirurgien du Roi en
cette Ville , qui avoit été appelé auprès d'elle ,
fut obligé du ſe ſervir du forceps pour fauver
cette femme & fon fruit . A huit heures du ſoir il
la délivra d'un enfant fans mouvement , fans
pouls , qui avoit le viſage de couleur violette
foncée , & que ce Chirurgien crut mort. Il ordonna
de faire chauffer du vin , & après avoir foigné
$ la mere , il alla au fecours de l'enfant , auquel on
avoit déjà adminiſtré inutilement pluſieurs remedes.
Il le plongea dans du vin tiede animé avec
de l'eau- de- vie , & lui ſouffla dans la bouche autant
d'air que ſes poumons lui en purent fournir .
›Dix minutes s'étant écoulées ſans ſuccès , il infiſta
ſur ce traitement en faiſant reſpirer à l'enfant
* de l'eau de luce & du vinaigre radical , & en le
tenant toujours dans le vin tiede & continuant
les frictions. Environ une demi heure après , il
fortit de la bouche de cet enfant beaucoup d'eau
écumeuſe ; on lui ſentit quelques légers batte
mens de coeurs , & au bout de trois quarts d'heure
il s'annonça lui-même à ſa mere , par un cri qui
répandit la joie dans toute la famille. C'étoit un
premier enfant après quatre années de mariage. Il
ſe porte aujourd'hui très bien , & il eſt nouri par
fa mere. Cette méthode pour rappeler les enfans
- qui paroiffent avoir été fuffroqués au paflage , à
- également réuffi plufieurs fois à un Chirurgien de
Paris. Le ſieur Portal , dans fon rapport à l'Académie
Royale des Sciences ſur les ſuffroqués , en
sa auſſi parlé de la forte: ,, Nous dirons ici , en
paſſant , que nous avons foufflé dans la bouche
d'un enfant , qui n'avoit encore donné aucun
figne de vie ; à peine le fouffle parvint- il dans
le poumon de cet enfant , qu'on le vit mouvoir
=
"
و د
"
206 MERCURE DE FRANCE.
,, les yeux , & qu'on l'entendit touffer avec ef
,, fort ; il rendit par la toux & par le vomiſffe-
" ment , des glaires qui rempliffoient ſes bron-
,, ches : & il reſpira enfuite avec facilité. "
PRESENTATION S.
La comteffe de Seguin & la baronne de Marfill
furent préſentées le 26 Février , à Leurs Majeftés
& à la FamilleRoyale ; la premiere , par lacomteffe
de Modene , & la feconde , par la marquife
deTilly.
Le i mars le comte de Mercy , ambaſſadeu
extraordinaire de LL. MM. II. préſenta au Ro
le comte de Burgaw , qui prit congé de Sa Majeſté
& de la Reine , pour retourner à Vienne
Le 2 mars la marquiſe de Lefcure fut préſentée
à Leurs Majeſtés par Madame Adélaïde , en qualité
de Dame pour accompagner cette Princeſſe.
Le 5 mars la marquife de Saint Aignan la Frenaye
fut préſentée à Leurs Majestés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la marquiſe de Mailly , dame
du palais de la Reine.
Le duc Charles-Auguſte de Saxe Weimar- Eifenach
,& le prince Frédéric- Ferdinand ſon frere,
qui voyagent fous le nom de comtes d'Alſtedt,
furent préſentés , le 7 Mars , au Roi & à la Rei
ne , ainſi qua la Famille Royale , par le comte
de Mercy, ambaſſadeur de LL. MM . II. en cette
Cour.
Le 5 mars le comte de Clermont- Tonnerre , fils
“ aîné du maréchal de Tonnerre, lieutenant-géné
AVRIL. I. Vol. 1775. 207
ral des armées du Roi , & lieutenal général en
furvivance de la province de Dauphiné , où il
commande en chef, cut l'honneur de faire fes remerciemens
au Roi en qualité de commiffaire
nommé par Sa Majeté pour accompagner Madame
Clotilde. Il fut préſenté en la même qualité à
la Reine & à la Famille Royale.
Le bailli de Saint Simon , ambaffadeur de la
Religion de Malthe , eut , le 14 mars , une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta
à Sa Majeſté ſa lettre de créance. Le ſieur
la Live de la Briche , introducteur des ambaffadeurs
, le conduifit à cette audience , & à celle de
la Reine & de la Famille Royale; le ſieur de Séqueville
, ſecrétaire ordinaire du Roi à la conduite
des ambaſſadeurs , précédoit.
Le Roi ayant nommé maréchaux de France le
duc d'Harcourt , le duc de Noailles , le comte de
Nicolaï , le duc de Fitz -James , le comte de
Noailles , le comte de Muy & le duc de Duras ,
ils eurent l'honneur , dimanche dernier , 26 mars,
de faire leurs remerciemens à S. M. , & d'être
préſentés en cette qualité à la Reine & à la Famille
Royale.
Le même jour , la baronne de Montboiſſier fut
préſentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à a Famille
Royale , par la vicomteſſe de Montboider.
208 MERCURE DE FRANCE.
NOMINATION S.
Le Roi a accordé les entrées de ſa chambre à
l'évêque de Rennes.
Sa Majeflé a diſpoſé de l'archevêché d'Arles en
faveur de l'abbé Dulau , agent-général du Cler.
gé ; & de l'évêché de Mariana & Accia , en Corſe,
en faveur de l'évêque de Nebbio. Elle a nommé
à ce dernier évêché l'abbe de Santini , vicairegénéral
de Sagone.
Le Roi a diſpoſé du gouvernement de l'île de
Rhé , vacant par la mort bailli du d'Aulan ,, en
faveur du chevalier de Chantilly , maréchal-décamp.
Le Roi a nommé au conmandement de la marine
à Breſt le comte d'Orvilliers , chef d'efcadre ,
à la place du comte de Breugnon , qui a démardé
la permiffion de fe démettre de ce comman.
dement .
Le Roi a accordé l'abbaye de Saint Arnould ,
ordre de St Benoît , dioceſe & ville de Metz , à
l'évêque de Metz; celle de Bonneval de St Florentin
, même ordre , dioceſe de Chartres , à l'évêque
d'Autun ;& celle de St Symphorien , même
ordre , dioceſe & ville de Metz , à l'abbé de Polignac
, vicaire général d'Auxerre.
Le 18 mars le comte de Modene , gentilhom
me de Monfieur , fit ſes remercîmens au Roi
pour le gouvernement du palais du Luxembourg ,
que Sa Majesté lui a accordé ſur la démiffion du
marquis de Marigny.
Le
AVRIL. I. Vol. 1775. 209
-Le fieur Gabriel , premier architecte des bâtimens
du Roi , ayant demandé fa retraite , S. M.
a nommé pour le remplacer le ſieur Mique , chevalier
de l'ordre du Roi , premier architecte du
feu Roi de Pologne , duc de Lorraine & de Bar ,
- intendant & contrôleur des bâtimens de la Reine.
Le Roi a bien voulu enmême temps , pour récom.
penfer les ſervices du ſieur Gabriel , lui accorder
- le titre de ſon premier architecte honoraire , & le
maintient , en cette qualité , dans la place de di .
recteur de l'académie royale d'architecture.
MARIAGES.
Le Roi & la Reine , ainſi que la Famille Royale ,
= 6gnerent , le 26 Février , le contrat de mariage
du vicomte de St Vallier , maréchal-de- camp ,
avec demoiselle de Ryante.
Le Roi & la Famille Royale , ſignerent , le 5
mars , le contrat de mariage du comte de Praflin
capitaine à la fuite de la cavalerie , avec demoi
- felle O Brien de Thomond; & celui du marquis
de Rennepont , capitaine de dragons au régiment
de la Reine , avec demoiselle Cheſtret.
Le 19 mars , Leurs Majestés , ainſi que la
Famille Royale , ſignerent le contrat de mariage
du chevalier de la Tour-du-Pin , brigadier des
armées du Roi & Gentilhomme d'honneur de
- Monſeigneur le comte d'Artois , avec demoiſelle
Pajot de Juviſy. Le Roi a trouvé bon que le chevalier
de la Tour- du-Pin portât dorénavant le
nom de vicomte de la Charce.
0
210
MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCE.
Jeanne Roulot , femme du nommé Milloreau ,
meunier au moulin de Beaux , paroiſſe de Saulieu
en Bourgogne , accoucha , le 19 Janvier , de trois
garçons , dont deux ſe portent très-bien ; la mere
en nourrit un elle-même ; l'autre eſt en nourrice
au Jarnol , paroiſſe d'Aligny , le troiſieme
eſt mort le 31 du même mois.
MORTS.
La veuve C. La croix eſt morteà la Haye , âgée
de plus de 105 ans ; quoiqu'elle n'eût qu'une fortune
très -médiocre , la ſanté & la gaîté ne l'ont
abandonnée que la veille de ſa mort.
Le nommé Jacques Scheraf , né en 1667 auц
Petit- Lucelle , canton de Soleure , qu'il quitta en
1679 , pour demeurer avec ſes parens à Neuneich
, métairie ſituée dans une paroiſſe de la hau.
te-Alface , y eſt mort le 27 janvier , âgé de 108
ans. Il a conſervé juſqu'au dernier moment l'ufa.
ge de tous ſens , & une excellente mémoire ; il ne
ſe nourriſſoit que de laitage & de pommes de
terre , & n'avoit eu que deux maladies graves ,
l'une à 7 ans & l'autre à 35 , l'hiver il deſcendoit
tous les jours une montagne très-rapide , d'une
lieue de hauteur , pour foigner ſes beſtiaux , qu'il
étooiitt obligé d'entretenir dans un village, faute
de fourrage fur cette montagne , où il avoit fon
AVRIL. I. Vol. 1775. 211
habitation ; huit mois avant ſa mort il s'occupoit
encore des travaux très rudes , comme de faucher
& de façonner du bois. I laiſſe cinq enfans
&douze petits- enfans , qui ſont preſque tous au
ſervice du Roi .
Pierre- Louis d'Abadie de Cadarcet , chevalier
de l'ordre royal & militaire de Saint- Louis , ancien
maréchal - des - logis dans la premiere compagnie
des Moufquetaires , ayant le brevet de meſtre-deçamp
, eſt le mort le 15 Février , en ſa terre de
Cadarcer , au pays de Foix , dans la 100e année
de fon âge.
Pierre-Marie de Combarel du Gibanel de Vernege
, maréchal-de-camp , chevalier de l'ordre
de St Louis , & commandeur de celui de St Lazare,
major des Gendarmes-de - la- Garde , eſt
mort à Paris le 28 Février , âgé de 78 ans.
Michel , marquis de Vaſſan , ancien ſous- lieutenant
au régiment des Gardes- Françoiſes , capitaine
des levrettes de la chambre du Roi , eft
mort à Paris le 4 mars , dans la 69 année de ſon
age.
Pierre Laurent Buirette de Belloy , avocat , citoyen
de Calais ,& l'un des quarante de l'académie
françoiſe , eſt mort à Paris le 5 mars , âgé
d'environ 47 ans.
Pierre-André comte de Palmes , colonel d'infanterie
, capitaine de grenadiers au régiment des
Gardes-Françoiſes , chevalier de l'ordre royal &
militaire de St Louis , eſt mort à Paris le 6 mars ,
dans la 57e année de ſon âge.
La nommée Marie Labattut , veuve de Jean
Rouge , laboureur , eſt morte dans la paroiffe
d'Ambrus , dioceſe de Condom , à l'âge de 107
2
112 MERCURE DE FRANCE.
ans. Cette femme ſe ſouvenoit parfaitement des
événemens dont elle avoit été témoin dans ſa
jeuneſſe ; elle n'avoit aucune des infirmités de la
vieilleffe , & elle a conſervé toute fa raiſon jusqu'au
dernier moment.
Le chevalier de Crenay , Brigadier des armées
Bavales , neveu du chevalier de Crenay , décédé
vice- amiral de France , eſt mort le 20 février ,
au château de Montaigu en Normandie.
Le nommé Martin , laboureur au village de
Lasbolas , paroiffe d'Uffac , en bas Limousin , eft
mort le 24 février , âgé de 103 ans .
Louis Roger Franſure de'Villers , chef-d'eſcadre
des armées navales de S. M. & chevalier de
l'ordre royal & militaire de St Louis , eſt mort au
Havre-de-Grace , dans la 92e année de fon âge.
Il fervoit le Roi depuis 75 ans , & avoit eu le
talon emporté par un coup de mitraille , au com
bat naval qui fe donna près de Malaga le 24
Août 1704.
François-de-Paule-Philogene , marquis de Blanchefort
, baron d'Afnois , gouverneur pour le Roi
du pays de Cex , eſt mort à Paris le 10 mars ,
dans ſa 7re année .
N. Doat , préſident à mortier au parlement
de Pau , y eſt mort le 10 mars , âgé de 86 ans.
Il a conſervé juſqu'au dernier moment une tête
faine, & beaucoup de ſagacité & de pénétration
pour les affaires ; il s'étoit toujours montré affidu
à remplir ſes fonctions , & il n'y avoit qu'environ
trois ſemaines qu'il avoit ceffé de ſuivre le
palais . Ce magiſtrat étoit le plus ancien préſident
à mortier du Royaume , étant entré dans
cette charge en 1713.
AVRIL. L. Vol 1775. 213
Henri-Claude chevalier de Boulainvillier , cả.
pitaine au régiment de cavalerie , comte de la
Marche , eſt mort à Paris le 16 mars , dans la
23e année de fon âge.
Thadée comte de Tyszkiwicz , grand - notaire
du grand duché de Lithuanie , nommé chevalier
de l'ordre de St. Stanislas , eſt mort à Paris le 14
mars , dans la 25 année de fon âge .
Jean-Baptifte-Elie Camus de Pontcarré de Viarmes
, conſeiller d'état ordinaire & ancien prévôt
des marchands , eſt mort à Paris le 22 mars , Agé
de 73 ans.
La nommée Marie Marguerite St Aubin , men-
- diante , eſt morte à Mantes fur-Seine de 21 février
, âgée de 102 ans ; cette femme, qui aimoit
beaucoup à boire , n'avoit jamais été malade.
LOTERIES.
Le cent ſoixante-onzieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel de-Ville s'eft fait , le 24 du mois de
- Mars , en la maniere accoutumée. Le lor de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 78261. Celui
de vingt mille livres au No. 70205 , & les deux
de dix mille , aux numéros 63580 & 71455 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 6 de Mars. Les numéros fortis
de la roue de fortune font 66 , 9, 7 , 78 , 22.
Le prochain tirage fe fera le 5 Avril..
03
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES IECES FUGITIVES en vers en proſe , page 5
Epître à M. de Saint-Lambert , ibid.
Jupiter & le Papillon , fable. 16
Dialogue entre Thamas-Kouli-Kan , & la Princeffe
Al... 18
Epître à un de mes Amis ,
122
9
Boſi , conte , 32
Epître à Mile de P**. 36
Elégie de Tibulle , 38
Le Socle & la Statue , fable . 41
Quatrain pour être mis au bas d'un portrait de
M. l'Archevêque Duc de C**. 42
Epître à une jeune femme , 43
La Proſpérité & l'Adverſité , allégorie , 44
Vers à Mde de Montanclos , 52
L'Ane , le Lion & le Loup , fable. 56
A Mde Laruette , σε
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES , 62
LOGO GRYPHES , 64
Air de la Fauſſe Magie . 66
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
Du miroir ardent d'Archimede , ibid.
La Pologne telle qu'elle a été , telle qu'elle
eft , & telle qu'elle fera , 27
Temple de Mémoire ,
20086
Paradoxes par un Citoyen , 88
Difcours ſur l'éducation ,
93
Traité complet d'anatomie ,
99
Difcours prononcés en différentes folemnités
de piété , 102
AVRIL. I. Vol. 1775. 215
L'Homme ſenſible , 107
Remede nouveau contre les maladies vénériennes
, 123
Traité élémentaire de géométrie , &c.
124
Lettre & réflexions fur la fureur du jeu , ibid.
Oeuvres complettes d'Alexis Piron ,
137
Vers à ma Patrie ,
139
Code Eccléſiaſtique , 140
La vie du Pape Clément XIV , 141
Architecture pratique , ibid.
La confolation du Chrétien, 142
Le Dentiſte obſervateur , ibid.
Détail des ſuccès de l'établiſſement que la
"
ville de Paris a fait en faveur des per-
1
ſonnes noyées , 143
Lettre apologétique ſur les corvées , ibid .
Lettres & Mémoires à un Magiſtrat du Parlement
de Paris ,
144
Etabliſſemens d'hôpitaux pour les enfanstrouvés
, en Bretagne, ibid.
Choix de tableaux , ibid.
Pygmalion , 145
Itinéraires des routes les plus fréquentées , ibid.
Recneil d'obſervations pour la guériſon de la
maladie épidémique qui attaque les bêtes
à cornes , ibid.
Inſtructions fur la maniere de déſinfecter les
villages, ibid.
ACADÉMIES. 147
de Dijon , ibid.
Opéra .
génie ,
-de Limoges ,
SPECTACLES , Concert Spirituel ,
Sur la réception de la Reine à l'Opéra d'Iphi-
- Comédie Françoiſe
154
155
156
158
160
216 MERCURE DE FRANCE.
Comédie Italienne, 16г
ARTS , Gravures , 167
Lettre à M. Lacombe , 173
Sculpture... 176
Géographie,
1.80
Mafique. 182
Leture du Roi de Suede à M. de Roffet , 186
Lettre de M. de Voltaire à M. de la Croix , 187
Anecdotes. 188
९
AVIS , 193
Nouvelles politiques. 198
Préfentations , 200
Nominations 208
Mariages , 209
Naiffances , 210
Morts, ibid.
Loteries, 5 213
FIN.
ARTES
1837
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
PLURIBUS UNUN
TUEBOR
SI
QUÆRIS PENINSULAM
AMENAM
CIRCUMSPICE
AP
۱
1
20
M51
177:
пот
1
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
MA 1. 1775.
N°. VII.
Mobilitate viget . VIRGILE .
A AMSTERDAM,
hez MARC - MICHEL REY,
MDCCLXXV.
LIVRES NOUVEAUX .
MARC- MICHEL - REY , Libraire fur le Cingle à
Amsterdam , continue d'imprimer & de débiter le
MERCURE DE FRANCE , Ouvrage périodiquè con .
tenant des Pieces Fugitives en Vers & en Profe , des
Enigmes , Logogryphes , Nouvelles Littéraires , Annonces
des prix des différentes Académies , Annonces de Specta
cles,Avis concernant les Arts agréables , comme Pein
ture , Architecture , Gravure , Musique &c. quelques
Anecdotes ; des Edits , Arrêts , Déclarations ; des Avis
des Nouvelles Politiques ; les Naiſſances & les Morts
des Perſonnages les plus illustres ; les Nouvelles des Lo
teries, & alfez ſouvent des Additions intéreſſantes de
Editeur de Hollande. Cet ouvrage a 16 volumes par
année que l'on peut ſe procurer par abonnement pour
f12 : - Ceux qui voudront avoir des parties ſéparées les
payeront à raiſon d'un florin. On peut avoir chez lu
les années 1770 , 1771 , 1772 , 1773 , 1774 .
Journal des Sçavans , depuis fon commencement e
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes.
dite , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 176-
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Décembre 177-
en 78 Volumes.
dito , la ſuite , ſous preffe.
Depuis 1764 l'année eft compofée de 14 parties à 1
fols ; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande.
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Librai
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 en
tre les Ruſſes & les Tures , travaillée fur des Mémoi
res très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fideles de ceux - mêmes qui ont ét
dreffés alors ſur les lieux par ordre du Chef comman
dant de l'Armée. 8vo. 1 vol. à f6 : -
Differtation ſur l'Arsenic , qui a remporté le prix propol
par l'Académie Royale des Sciences & Belles- Lettres
pour l'année 1773. Par M. Monnet , Minéralogift
employé au ſervice du Roi de France &c. &c. &c
Berlin 1774.
Eloge de M. Le Profeffeur Mickel. Lu dans l'Affem
blée publique de l'Académie Royale des Sciences
Belles - Lettres , le 26 Janvier 1775. Par M. Forme
8vo. Berlin 1775-
ingeredy R
LIVRES NOUVEAUX.
Syſtème nouveau & Complet de l'Art des Accouches
ments , tant Théorique que Pratique , avec la Defcrip.
tion des Maladies particulieres aux Femmes enceintes ,
aux Femmes en couche , & aux Enfants nouveaux - nés .
Traduit de l'Anglois de J. Burton . Par M. Le Moine
, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine en
l'Univerſité de Paris. Ouvrage enrichi de Notes , avec
18 Figures . Gr. 86. 2. vol , Paris , 1771 .
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fou
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amsterdam , débite actuellement
les XVII . volumes de la réimpreflion de
L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. 5. 6. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes de Planches
ſans interruption juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Les Loiſirs du Chevalier d'Eon de Beaumont , ancien
Ministre Plénipotentinire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son Séjour
en Angleterre. Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
Oeuvres Philoſophiques & Mathématiques de M. Guil.
Jacob s'Gravesande , raſſemblées & publiées par
Jean Nic. Seb . Allamand Profeffeur à Leyde. 4to.
2 vol. avec XXX Planches en taille douce. Amst. 1774.
af8 : -
Traduction des XXXIV , XXXV , & XXXVIe. Livres de
PLINE L'ANCIEN , avec des Notes. Par ETIENNE
FALCONET. Seconde Edition . On y a joint d'autres
écrits relatifs aux Beaux - Arts. grand 8vo. 2 vols
La Haye 1773. à f 4 : de Hollande.
Droits (les) de Dieu , de la Nature & des Gens , tirés
d'un livre de M. Abbadie , intitulé Défenſe de la
Nation Britannique , ou Réponſe à l'avis aux Réfugiés
. On y a ajouté un Diſcours de M. Noodt fur les
Droits des Souverains . grand in - douze 1 vol. 1775. àf 1 :
AVIS.
J'ai mis fous preſſe & je ſuis fur le point de publier
un ouvrage intéreſfant , pour toutes les nations ; ce font
les Plans & les Statuts des différents établiſſements ordonnés
& fondés par SA MAJESTÉ IMPÉRIALE
pour l'inftruction de la Jeunefle de fon empire & pour
le bonheur de tous fes Sujets .
As
Ces Erabliſſements font La Maison d'éducation de
Moscou ; l'Académie & l'Ecole des Beaux Arts ; la
Communauté des Demoiselles Nobles & des Bourgeoises ;
le Corps des Cadets de terre ; la Caiſſe des Veuves &
des Orphelins ; une Caisse de Dépot ouverte au Public ,
& un Lombard.
La traduction Françoiſe de cet Ouvrage a été faite à
St. Pétersbourg , par un François qui poſſede les deux
Langues , d'après les Originaux Ruffes & ſous les yeux
de Monfieur le Général Betzky , Directeur de tous ces
Etabliſſements .
,
On apprendra dans les différentes pieces qui le com
pofènt , à bien connoître le génie & les moeurs actuelles
de la Nation & les efforts de l'IMPÉRATRICE
pour créer une génération nouvelle d'hommes vertueux ,
inftruits & laborieux ; pour éteindre des abus invétérés ,
pour en prévenir de nouveaux pour conſerver les enfants
abandonnés de leurs parents ; pour ſoulager les
Veuves & les Orphelins ; pour affurer les fucceffions aux
véritables héritiers ; pour mettre en valeur & en circulation
les fonds des ſujets ; pour ſauver les fortunes
des particuliers , de la rapacité des ufuriers ; pour af
franchir des Serfs , & former un tiers état libre &
Manufacturier ; & furtout pour perfectionner l'Education
de l'un & de l'autre ſexe , multiplier les gens , les meres
& les enfants honnêtes , & affurer le regne des bonnes
moeurs .
La ſageſſe des réglements exposés dans le plus grand
détail , en fait une lecture intéreſſante par elle - même ,
& elle le devient davantage encore par des morceaux
relatifs à l'inſtruction de la Jeuneſſe & à la confervation
de la ſanté , objets d'une utilité commune à toutes les
contrées.
Ce recueil formera 2 vol. grand in - douze , de 50
feuilles d'impreffion , à f 2 : 10 courant de Hollande.
Une ſeconde édition in 4to. en deux parties , ſera or
née de plus de go morceaux de gravure plus ou moins
conſidérables , à f 10 10 de Hollande.
On n'a rien négligé pour que l'édition fût belle &
correcte.
Les différentes nations policées de l'Europe defiroient
depuis long-tems la publication de cet ouvrage.
It eft propre à montrer à des peuples qui croient tout
connoître & avoir tout exécuté dans ce genre , qu'ils
pourroient bien n'en être qu'aux premiers éléments.
MERCURE
DE FRANCE.
MAI. 1775.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
SENTIMENS de repentir qu'adreſſe
à Dieu un Philosophe libertin , dans un
état de souffrance.
T.1
of qui nous fait naftre & mourir ,
Matrre abſolu de la nature ,
Témoin des tourmens que j'endure ,
Grand Dieu , daigne me ſecourir.
Le jour ne m'offre plus que des clartés funebres ;
Mais puiſque ton divin flambeau
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Vient de mon coeur féduit diſſiper les ténebres
Qu'il me guide vers le tombeau.
Quand j'eus perdu mon innocence ,
Lorsque le monde enivroit mes deſirs .
Du vain éclat de ſa magnificence
Et du poiſon de ſes plaiſirs ;
Pour m'étourdir ſur ma licence ,
Je ne ceſſois d'avoir recours ,
Et de livrer ma confiance
A ces Oracles de nos jours ,
Organes de l'erreur & de la ſuffiſance ,
Qui de clincant parant leur arrogance ,
Et du ſophifme occupant les détours
Lancent leurs traits impurs contre ton exiſtence.
Alors mon pauvre eſprit fier de fon ignorance ,
D'un abſurde ſyſtème accréditoit le cours ,
Et rejetoit ton évidence:
2
?
L'intérêt de mes ſens dictoit ſeul ma croyance ;
Et grace à mon puiſſant ſecours ,
J'empoiſonnois tous mes diſcours
De ma facrilege démence.
Je maudiſſois le joug de toute autorité ,
Et donnois à mon coeur un pouvoir deſpotique.
Apôtre de la liberté ,
De mon impudence cynique
Je tirois même vanité ;
Et je cherchois un bonheur fantaſtique
Dans le ſein de la volupté.
L'ordre de l'Univers , ſa régularité ,
Sa ſplendeur , image authentique
:
MAI.
7 1775-
De ton pouvoir , de ton immenſité ,
Loin de me pénétrer de ta divinité ,
Par ſon ſpectacle magnifique ,
Confirmoient ma fécurité ,
Excitoient ma témérité ;
De mon orgueil philofophique
Entretenoient l'activité ;
De la raiſon dont un Sage ſe pique
Dégradoient la fublimité ,
Et n'offroient à mon ceil phyſique
Qu'un tout indépendant de toute volonté ,
Mu ſans deſſein par ſa force énergique ,
Et l'effet éternel de la néceſſité,
Ainſi toujours coupable & toujours emporté
Par mon délire phrénétique ,
Joſois donner le nom de politique
A ton auguſte vérité ;
Je renonçois à l'immoralité ,
It mon plaifir préſent étoit mon bien unique.
Pour étayer ce dogme ſéducteur ,
De ma raiſon la lumiere incertaine ,
Venoit ſe joindre à la voix de mon coeur ;
Et je me figurois ſans peine
Qu'on ne pouvoit fe faire honneur ,
Et s'illustrer , parmi l'eſpece humaine ,
Qu'en méconnoiffant ſon auteur.
Sois moins mon juge que mon pere ,
Dieu puiſſant , ſur mon fort fais tomber tes regards ;
Vois mes pleurs ; & ſenſible à ma douleur amere ,
A4
8 MERCURE DE FRANCE
Reçois ici l'aveu fincere
De mes forfaits , de mes écarts .
Oui , fans remords & ſans inquiétude ,
(Que ne puis-je le dire au pied de tes autels !)
La plus conſtante ingratitude
Exerça tes ſoins paternels
Des plaiſirs les plus criminels
Mes ſens formerent l'habitude ,
Et jamais des biens éternels
Mon coeur ne fit la moindre études
Mais las enfin d'être outragé ,
Tu crus devoir lacher le poids de ta colere ;
Je gémis des malheurs où je me fuis plongé ;
J'ai reçu mon digne ſalaire ,
Mes plaiſirs mêmes t'ont venge.
:
Je te bénis pour le mal qui m'accable nr : A
Enfin j'ouvre les yeux , & j'adore ta loi ;
Tel pécheur endurci peut fouffrir moins que moi ,
Mais ſon fort eſt plus déplorable .
C'eſt ainſi , Dieu Sauveur , digne objet de ma foi ,
Que ta main , toujours adorable ,
S'appéfantit fur nous pour nous mener vers toi."
Sois moi toujours auffi propice ;
Par les Maux que je fens confirme mon eſpoir;
Le repentir , l'amour & le devoir.
T'en offrent l'humble ſacrifice ,
Grand Dieu , daigne le recevoir ;
Et que ton fouverain pouvoir
Remette à ta bonté les droits de ta juſtice. N
:
L
Quoniam ego in flagella paratus fum.
MAL1775- 9
VERS adreſſés à un jeune Epicurien de
vingt deux ans , avec lequel je me trouvois
à l'instant qu'expiroit un de ses Amis
, agé de trente fix ans.
VOILA
OILA donc ce Damis , que le pauvre étonné
Nommoit du titre faux de riche fortuné ?
Un moment à détruit ce chef - d'oeuvre admirable ,
Cet animal penſant , cet homme , mon ſemblable.
Sibarite opulent , toi , que la volupté
Fait courir à la mort d'un pas précipité ,
Vois comme on meurt , & crains : la foudre eſt ſur ta
tête ;
Peut- être pourrois-tu , plus fage & plus prudent ,
Ralentir du fuſeau l'éternel mouvement ;
Par un retour heureux éloigne la tempête...
Ton âge t'enhardit ? Jeune préſomptueux ,
L'Etre qui de tout temps régla nos deſtinées ,
A-t- il dit à la Mort de compter nos années ?
Non , lorſqu'il faut mourir on eſt toujours trop vieux,
Hé ! que nous ſerviroit une eſpérance vaine !
A tout âge , en tout lieu , notre fin eſt certaine :
La vie eſt un préſent que chacun , à ſon tour ,
Ou donne , ou doit donner , mais qu'il doit rendre un
jour.
Les Rois , ces demi-Dieux que l'intérêt adore ,
Tous ces inges des Rois , que la baſſeffe honore ,
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Les Grands ſi révérés , & ſouvent ſi petits ,
A cet arrêt ſacré ſont tous aſſujettis .
La Mort qui , ſans pitié , porte par-tout ſa rage ,
Frappe d'un coup égal le méchant & le ſage :
Tout meurt; mais l'honnête homme a du moins , en
mourant.
De l'emploi de ſes jours le tableau confolant ;
Il voit la vérité , qu'il a toujours chérie ,
Au livre des vertus écrire ſes bienfaits ,
Et le dénombrement des heureux qu'il a faits.
Se concentrant alors dans ſa philoſophie ,
Impaſſible & ferein juſqu'au dernier moment ,
Il dit , je vais dormir , & meurt tranquillement,
2
MAI. 1775- II
1
LE CHENE & LE POURCEAU.
Fable.
A
u pied d'un Chene fuperbe
Dom Pourceau , toujours grognant ;
S'en alloit toujours grugeant
Le gland qui tomboit fur l'herbe,
Etonné dé cette humeur
Du Diſciple d'Epicure ,
Notre Chêne , avec douceur ,
Lui dit : Animal grondeur ,
En prenant ta nourriture ,
Au moins à ton bienfaiteur
Daigne épargner le murmure.
A ce portrait , vils ingrats ,
Vous avez baiſſé la tête :
Je ne fais ce qui m'arrête ,
Mais je ne vous nomme pas ,
Quoique ma liſte ſoit prête.
Par M. Bretè
12 MERCURE DE FRANCE.
L
A Monfieur PERRONNET.
ES Eleves des Ponts & Chauſſées
voulant conſacrer leur reconnoiſſance envers
M. Perronnet , par un monument
durable , ont cru devoir placer fon buſte
dans leur Ecole , & lui en ont demande
: la permiffion par les vers ſuivans :
O toi qui de Minerve illuſtres la carriere ,
Permets que fes enfans , marchant à ta lumiere
De tes traits reſpectés embelliſſent ces lieux
Et que fans ceffe ton image
Pour recevoir leur tendre hommage ,
Comme elle eſt dans leur coeur , ſoit préſente à leurs
yeux.
Ayant obtenu cette permiffion , ce
Meſſieurs ont mis au bas dubuſte le qua
train qu'on va lire , & qui caractériſe
l'Artiſte célebre à qui ce juſte hommage
eft rendu.
Marchant au flambeau du génie ,
Dont il offre à nos yeux la fublime candeur ,
Il affure aux François la gloire réunie
Des arts par ſes talens , des vertus par ſon coeur.
MAI.
13 1775.
VERS à M. Trinqueſſefur le Portrait ,
entre autres , qu'il a fait de Madame le
C***.
D
E ton pinceau j'admire la magie
La vérité guide ſes traits :
Tu joins dans tes tableaux la grace à l'énergie ,
L'ame eſt infuſe en tes portraits .
Quelle richeſſe en leur ſimple ordonnance !
Tout s'y rencontre , accord des ombres & des clairs ,
Diftinction des plans , perspective , diſtance ,
Etoffes dont l'éclat n'eſt point nuiſible aux chairs.
Sous ces légeres draperies
Mes yeux charmés , ſuivant le nu;
Parmi ces figures chéries
Une fur-tout frappe mon coeur ému ;
Quelle frafcheur ! quelle nobleffe !
Quel regard à la fois ſage & voluptueux !
Je crois que c'eſt une Déeffe ,
J'approche & reconnois l'aimable le C***
Son Serin qu'elle attire , & non la mélodie
Sur fon épaule a bien ſu ſe poſer ;
Bec ouvert , il s'élance , avide de baifer
Le coin d'une levre fleurie ,
Qu'à ces deſirs on ne diſpute pas ...
* Cette Dame eſt repréſentée jouant de la ſerinette,
14
MERCURE DE FRANCE.
Quelle tête! quel corps ! & la jambel & le bras !
Comme tourne ce ſein ! la main , comme elle eſt faite!
Quelle ſoupleſſe dans les doigts !
Ne nous ſemble - t - il point ouir la ſerinette ?
Le tendre enfant que j'apperçois ,
D'Hercule en arc doit courber la maſſue ,
Sans nul effort , puiſque c'eſt à ſa vue *.
Moi même , je ne puis la contempler envain &
Ce raviſſant objet m'anime , m'encourage ;
Et fi je ne craignois de gåter ton ouvrage ,
Ami , j'y mettrois ce quatrain.
,,Beauté ſans artifice eſt ſon moindre avantage
,, Talens & modeftie afurent ſon pouvoir.
,, Son ſexe-lui pardonne un ſi rare partage:
, Il eſt doux de l'entendre autant que de la voir".
Par M. Guichard.
• Quelques cartons à ſes pieds annoncent qu'elle vient
de deffiner d'après l'Amour de Bouchardon , qui eft
dans le fond du tableau,
MAI.
1775- 15
L'EPREUVE , Comédie de Société.
PERSONNAGES.
DAMON pere.
DAMON fils , Amant de Lucile.
ORONTE
LUCILE , fille d'Oronte.
LA BRANCHE , valet de Damon fils.
La Scene eft chez Damon pere.
SCENE Ι.
DAMON fils , LA BRANCHE .
(Damonfils entre le premier ,il est en habit
de chaffe; la Branche le fuit , portant
deux fufils).
(Damon eft plongé dans la plus profonde
rêverie , & fait pluſieurs tours fur le
Théâtre fans rien dire ).
LA BRANCHE.
LONSIEUR , voilà votre fufil.
DAMON fils , vivement. Mon fafil ,
- pourquoi faire ? qui te l'a demandé ?
16 MERCURE DE FRANCE.
LA BRANCHE. Vous , Monfieur , à
l'inftant.
DAMON fils. Moi? je t'ai demandé
mon fufil ?
LA BRANCHE. Oui Monfieur , dès
le matin vous m'avez réveillé pour une
partie de chaſſe... Vous ne chaffez pas
ſans fuſil , peut- être ?
DAMON fils le regarde , & revient à ſoi
Tu as raiſon , donne; va-t'en. (Il retombe
dans fa rêverie.
LA BRANCHE. Monfieur.
DAMON fils. Va t'en, te dis- je.
LA BRANCHE . Mais , Monfieur , au
moins faut - il que je ſache de quel côté
vous chaſſerez aujourd'hui.
DAMONfils toujours diſtrait. Eh ! que
t'importe ? va toujours.
LA BRANCHE riant . Comment , Monſieur
, que m'importe ?:
DAMON fils , à part. Je ne fais où je
fuis , ni ce que je dis , ni ce que je fais .
(haut) Va m'attendre aux environs de ce
grand bois , où nous chaſſames hier. (La
Branche fort) .
SCENE II.
DAMON fils , feul.
Quel état cruel ! juſte ciel ! aide moi à
calmer
MAI.
1775 37
calmer les tranſports qui m'animent. Jai
mépriſé juſqu'à préſent les coups redoublés
dont la fortune n'a ceffé d'accabler
ma malheureuſe famille: mais depuis que
j'ai vu l'aimable Lucile , depuis que je fai
que le plus avare des hommes met à prix
la poſſeſſion de cette fille adorable ;
Dieux ! que ne ferois -je pas pour fortir
de la ſituation où je ſuis ! ah ! malheureux
Damon !
}
SCENE III .
DAMON pere , DAMON fils.
DAMON pere , furprenant ſon fils. Mon
fils ...
DAMON fils , embarraffe. Mon pere...
DAMON pere. Vous me paroiſſezbien
agité.
DAMON fils. Mon pere... non pas...
autrement... j'ai peu dormi cette nuit...
DAMON pere. L'ardeur de la chaſſe
vous tranſporte... Vous parliez ſeul à
Tinſtant ?
DAMON fils. Mon pere... il eſt vrai ;
la chaſſe ... :
DAMON pore. La chaſſe eſt un divertiſſement
honnête ; mais , mon fils , ce
B
18 MERCURE DE FRANCE.
n'eſt qu'un divertiſſement qui ne doit
point vous occuper tout entier , & devenir
chez vous une paſſion. Comme vous
voilà agité , tout en déſordre... Que les
hommes font ingénieux à ſe tourmenter !
DAMON fils. Mon pere , j'envie votre
fang froid& votre tranquillité.
DAMON pere. Et vous avez raiſon ; il
n'eft point d'état plus heureux.
DAMON fils. Je le crois , mon pere ;
mais c'eſt un bonheur qui n'eſt pas fait
pour moi.---
DAMON pere. Vous vous abuſez , mon
fils ; il ne s'agit que de ſavoir ſe contenter
de peu. -Tiens , cette maiſon , ce
potager, ce verger , cet enclos qui ſuffiſent
à mes beſoins , malgré leur petiteſſe,
bornent tous mes vosux. Si tu penſois
comme moi , mon fils , je t'apprendrois
fans crainte une chofe...
DAMON fils Mon pere!
DAMON pere. Les richeſſes ne te
tourneroſent - elles point la tête ?
DAMON fils. Comment , mon pere?
DAMON pere. Oui , & la fortune ſe
montroit moins ſévere ; n'oublierois - tu
pas bientôt les vertus de la médiocrité ?
DAMONfils. Ah ! mon pere... appre
nez moi... de grace... je vous en conjure
MAI.
1775. 19
DAMON pere. Quelle vivacité ! j'aurois
dû me taire ; mais puiſque je me ſuis ſi
imprudemment avancé , apprenez donc
qu'un nouveau coup du fort nous remet
à la place d'où nous étions tombés. Votre
oncle eſt mort à Pondicheri , & vous
laiſſe ſa fortune , qui ſe monte à plus de
cent mille écus.
DAMON fils avec transport. Juſte ciel !
quel heureux événement !
DAMON pere. Voilà une joie bien vive.
Mon fils , lorſqu'on attache auſſi fortement
fon bonheur aux biens de la fortune
, on eſt prêt à tout faire pour les acquerir
& à tout perdre pour les confer.
ver.
DAMON fils. Mon pere , ne m'humiliez
pas davantage; je ſuis plus digne de
vous que vous ne penſez. Vous ſavez
combien j'aime Lucile ; vous avez agréé
mon amour; vous n'ignorez pas ce qui
m'a fait eſſuyer le plus cruel des refus.
Ah ! mon pere pouvez-vous ne pas excufer
mes tranſports ?
DAMON pere. Oh ! tu es actuellement
dans le cas de faire deſirer cet établiſſement
à M. Oronte.
DAMON fils. Permettez que j'y courre,
mon pere ; je vole leur annoncer....
B 2
20 MERCURE DE FRANCE.
DAMON pere. Qu'allez-vous faire ? quoi
après les plus infultans refus ? ...
tout.
DAMON fils. Ah ! mon pere , oublions
DAMON pere. Quel aveuglement !
SCENE IV.
DAMON perc , feul.
Eſt - il poſſible de prodiguer ainſi aux
paſſions des emportemens réſervés pour
la vertu . O mon fils ! rendrois- tu inutiles
les ſoins que je prends , depuis vingt
ans , pour former ton coeur ? es-tu digne
encore d'entendre la voix de l'honneur ?
Je te prépare une épreuve terrible ; ſi tu
fuccombes , je ſuis le plus malheureux
des peres.
) SCENE V.
DAMON pere , ORONTE .
ORONTE , accourant à bras ouverts. Eh!
bon jour , mon vieil ami , mon cher
voiſin ; que j'ai de plaiſir à vous embrasfer!
DAMON pere , froidement. Je ſuis votre
ſerviteur.
MAI. 1775. 21
ORONTE. Eh bien ! qu'est - ce ? vous
êtes bien joyeux , n'est - ce pas ? comme
j'ai pris part à votre bonheur ! ma foi ,
vous avez en moi un véritable ami.
> DAMON pere. Je vous fuis obligé. ८
ORONTE. Comment , quel air froid !
Eft- ce que vous ne me reconnoiſſez pas ?
C'eſt Oronte , c'eſt votre meilleur ami
qui vous parle.
DAMON pere. Vous me ſurprenez ;
Monfieur ; je ſuis ce même homme à qui
vous fîtes refuser l'entrée de votre maifon
il y a quelques jours.
ORONTE. Qui? moi? à mon ami Danon?
qui font ces impertinens ...
DAMON pere. Ne vous fâchez pas , &
n'accuſez perſonne ; c'eſt vous même :
vous prîtes à inſulte lapropoſition que je
vous fis de marier mon fils à Lucile.
■ ORONTE , éclatant de rire. Ah , ah ,
ah! cette bagatelle-là vous occupe. Eh !
mon cher ami , point de rancune. Je ſuis
if, emporté ; cette petite fotte de Luile
me faifoit tourner la tête avec fes
viſions de couvent , de célibat... Morleu
! que j'étois fâché ! mais , entre nous,
e crois que votre égrillard de fils a fair
hanger ſa réſolution .
* DAMON pere. Comment ?
B 3
22
MERCURE DE FRANCE .
ORONTE. Oui , parbleu : la petite en
tient. Je ne m'en ferois jamais doute...
Ces filles font d'une diſſimulation !-Tou
chez là , mon vieil ami ; j'accepte votre
fils pour mon gendre.
DAMON pere. J'ai tout lieu d'être furpris
, après l'accueil ...
ORONTE. Eh ! que diable , vous e
revenez toujours là. Je vous l'ai déja dia
d'un côté Lucile me paroifſſoit avoir un
éloignement invincible pour le mariage
d'un autre côté , je me voyois propoſet
un aimable jeune homme , vif bien plan
té , fils de mon meilleur ami.... Morble
que j'étois impatienté !
DAMON pere , fouriant. Et puis les cen
mille écus dont mon fils vient d'hériter.
ORONTE. Ah ! mon ami ! que dites
* vous là ? ſe peut-il que vous me connois
fiez ſi peu. La fortune eſt pour moi pe
de choſe ; je ne ſonge qu'au bonheur de
ma Lucile , cette chere enfant , que j'ai
me de tout mon coeur. Votre fils ef
bien né ; ils s'aiment ; que faut- il davan
tage ? Vous êtes bien injuſte , mon ami
eh bien ! tenez , je ſuis meilleur ami qu
vous; je parierois que quand je ne pour
rois donner à Lucile qu'un bien médic
cre , vous ne vous prêteriez pas à ce ma
MAI.
1775- 23
-riage avec moins de joie. Eſt-ce bien
--penſer de ſes amis , cela ?
DAMON pere. Je nous ſuis bien obli-
-gé: vous me rendez juſtice. Ainſi donc
,la fortune n'entre pour rien dans votre
- réſolution.
ORONTE. Non parbleu ; je ne conſulte
que ma tendreſſe pour ma fille.
DAMON pere. Je me plais à vous voir
dans ces ſentimens.
ORONTE un peu intrigué. En doutezvous
? Mais pourquoi ces réflexions ?
DAMON pere. C'eſt que je ſuis enchanté
: vous raſſurez mon coeur , & je ne
crains plus de vous apprendre que...
ORONTE l'interrompt avec vivacité. Comment
? eft ce que votre frere de Pondichéri
ne ſeroit pas mort ?
DAMON pere. Non pas cela ; mais ....
ORONTE. Ah ! je conçois ; il aura déshérité
votre fils .
DAMON pere. Point du tout; daignez
m'entendre .
ORONTE. Morbleu ! vous verrez qu'il
ne s'eſt rien trouvé après ſa mort.
DAMON pere. Pardonnez - moi ; on a
trouvé cent mille écus en or dans ſes coffres
; mais ...
ORONTE brusquement . Mais , quoi !
mais : expliquez donc ce mais.
B 4
24
MERCURE DE FRANCE.
DAMON pere. Quel homme ! laiſſez.
moi parler ; je vous expliquerai. Ces centmille
écus n'appartenoient point à mon
frere ; c'étoit un dépôt qu'on lui avoit
confié.
ORONTE consterné. Un dépôt ?
DAMON pere. Hélas ! oui. Il nous en
inſtruit lui-même par un écrit que l'on a
trouvé dans ſes papiers & que j'ai entre
les mains .
ORONTE. Et que comptez vous faire
de ce bel écrit ?
DAMON pere. Je pourois le fupprimer
; mais l'honneur , mon cher M.
Oronte , l'honneur me fait un devoir de
le rendre public.
ORONTE , avec un soupir. L'honneur ,
oui , c'eſt une belle choſe que l'honneur.
DAMON pere. Après les beaux fentimens
que vous venez de faire paroître ,
je ne doute point que vous ne penfiez.
comme moi , & que vous n'approuviez
la réſolution que j'ai priſe , de reftituer
cette fomme à ſes légitimes maîtres .
Cela ne vous empêche pas de donner les
mains au bonheur de nos enfans ; quelque
médiocre que foient leurs biens , ils
leur fuffiront , s'ils favent s'en contenter.
MAI. 1775. 25
た
r
Mais fuſſent - ils dans la plus cruelle indigence
, je ne voudrois pas les en tirer
par une injustice.
ORONTE qui a paru rêveur pendant cette
tirade , fort brusquement . Serviteur , ferviteur.
SCENE VI.
DAMON pere, DAMON fils , LUCILE .
DAMON fils. Souffrez , mor pere , que
je vous préſente la charmante : Lucile ;
fon pere confent à notre union ; je fuis
le plus heureux des hommes.
DAMON pere. Mon fils , modérez ces
tranſports ; il y a bien du changement.
DAMON fils. Ah ciel ! que dites vous ?
' LUCILE. Quel nouveau malheur nous
menace ?
DAMON pere tirant un papier. Tenez ,
lifez.
DAMON fils prend le papier & le parcourt
. Tout eſt perdu !
LUCILE . Ah ! Damon.
DAMON fils. Aimable Lucile , je vous
perds une feconde fois. Hélas ! mon bonheur
n'a été qu'un ſonge.
DAMON pere. Mes chers enfans , votre
douleur me perce l'ame.
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
DAMON fils. Ah! ſi par un heureux
retour mais... le plus dur des hommes
n'y confentira jamais. Pardon , belle Lucile
; c'eſt votre pere.
LUCILE. Oui , Damon , je dois lui
obéir & me taire.
DAMON fils. Malheureux que je fuis !
mais peut - être ignore- t-il ? ... oui , ſans
doute... Ah ! mon pere , fi vous vouliez.
DAMON pere. Quoi ! mon fils.
DAMON fils. Pardonnez à mes transports
, mon pere : excuſez mon amour.
M. Oronte fait ma fortune, il n'eſt pas
inſtruit du fatal revers .... Profitons de
cette erreur... Mais je m'égare , mon
pere , je lis dans vos yeux ma faute.
7
DAMON pere , froidement . Confultezvous
bien, mon fils; quant à moi , je
n'ai rien à vous dire.
DAMON fils. Eh ! quel crime de tromper
ſon infatiable avarice , d'éviter d'en
devenir la victime ? Na- t- il pas confenti
à notre bonheur ?
DAMON pere. C'eſt donc-là votre avis ,
mon fils ?
DAMON fils , timidement. Oui , mon
pere ; ſi c'eſt le vôtre.
DAMON pere. J'en ſuis bien fâché ;
mais un obſtacle s'oppoſe à ce beau proMAI.
1775- 27
jet. Je quitte M. Oronte : il fait tout.
DAMON fils. Ah ! je ſuis perdu.
SCENE VII & derniere .
DAMON pere , DAMONfils , ORONTE ,
LUCILE.
ORONTE. Je vous trouve tous raſſemblés
fort à propos. Oh! ça , mon vieil
ami , je vous ai quitté tantôt un peu
bruſquement , n'eſt - il pas vrai ? Mais ,
paffons ; j'avois de bonnes raiſons pour
cela.
1
Damon pere. Je les ſoupçonne.
ORONTE. Vous pouvez bien ne vous
pas tromper. Au lieu de perdre le temps ,
ainſi que vous , en de vaines lamentations
, j'ai fait quelque réflexions , dont
je vais vous dire le réſultat.
DAMON pere. Voyons.
ORONTE. Ecoutez moi , je vous préviens
d'abord que fans biens on n'aura
pas ma fille. Je voulois un gendre riche
de cent mille écus , mais je vous paſſe à
cinquante. Voilà ce qui s'appeelle être
raifonnable , cela !
DAMON pere. Mais , où voulez - vous
que je les prenne ? ر
28 MERCURE DE FRANCE:
ORONTE. Patience ; laiſſez - moi faire.
Mais il faudra en paſſer par tout ce que
je dirai.
DAMON pere . Nous verrons.
ORONTE à Damon fils. J'examine que ,
d'un côté , votre oncle vous fait ſon légataire
univerſel ; il vous laiſſe ſes meubles
&fon argent comptant; il ſe trouve dans
fes coffres cent mille écus : donc ces cent
mille écus vous appartiennent.
DAMON pere , fouriant. Voilà un fort
beau raiſonnement; mais ce dépôt.
ORONTE. Bon ! ce dépôt ; il n'en reſte
aucune trace que ce petit morceau de
papier , qu'on peut mettre au_feu.
DAMON pere. L'expédient eſt merveilleux.
Votre avis feroit donc , Monfieur ,
dè nous approprier cet or & d'en dépouiller
les légitimes propriétaires.
ORONTE. Non pas , morbleu ! non pas ;
vous ne connoiſſez pas Oronte. L'honneur
! la probité ! Eh ! je crois que nous
en avons autant qu'un autre. Je diſois
donc que d'un côté il falloit rendre quelque
juſtice aux propriétaires du dépôt.
Ainſi donc on peut donner cinquante
mille écus , & les autres cinquante mille
écus demeureront à mon gendre , pour
lui tenir lieu de legs , & lui faire épouMAIL
17757 29
fer ma fille. Eh bien ! que dites vous de
cet arrangement - la? hem?
DAMON pere . Vous m'en voyez interdit
d'admiration & d'étonnement.
ORONTE. Je le ſavois bien , moi , que
je vous furprendrois .
DAMON pere. Oh ! on ne peut pas
davantage.
ORONTE , à Damon pere. Eh bien !
vous approuvez mon projet; n'eſt - il pas
vrai ? Répondez donc ?
DAMON pere. Je ne puis vous rien dire.
Interrogez mon fils.
› ORONTE. Qui ? mon gendre futur ?
oh! je réponds de lui.
DAMON pere . Non , Monfieur , cette
affaire - ci le regarde: il faut qu'il s'explique.
DAMON fils paroît dans le plus grand
accablement. Doutez-vous de ma réponſe ,
mon pere ? Je préfere de mériter la char-
>mante Lucile , au bonheur de la poſſéder.
LUCILE. Ah ! Damon , cet aveu m'enchante
; il m'arrache celui de vous - aſſurer
que ſi Lucile ne peut être à vous , elle
renonce éternellement à tout autre.
ORONTE . Ouais ; que veut dire ceci
? quel rôle me fait - on jouer ?
MERCURE DE FRANCE .
DAMON pere. Celui que vous méritez ,
mon cher M. Oronte; pouvez-vous vous
laiſſer aveugler ainſi par votre avarice ?
ORONTE , furieux. Allez , vous êtes un
vieux fou. ( à Lucile ). Et vous , Mademoiſelle
l'impertinente , je vous défends
de jamais penfer à ce jeune fot. Partez.
(Il veut fortir).
DAMON pere. Arrêtez un moment. Je
ſuis peu ému de vos injures: mais , avant
que de nous quitter , je veux vous faire
une nouvelle confidence , qui vous plaira
plus que les premieres. Ce dépôt eſt un
jeu de mon imagination. J'ai effectivement
chez moi les cent mille écus , pour
marier mon fils à Lucile.
ORONTE , avec une extrême ſurpriſe.
Oh! oh !
LUCILE. Ah ! ciel .
DAMON fils se jette aux genoux de fon
pere. Ah! mon_pere.
DAMON pere. Relevez vous , mon fils ,
& embraſſez - moi. L'inquiétude & l'agitation
que j'ai remarquée en vous , m'ont
alarmé , mon fils : j'ai craint de vous
voir dédaigner les douceurs de la médiocrité
; mes craintes font heureuſement
diſſipées ; jouiſſez du fruit de la libéralité ,
de votre oncle. On confie aiſément les
MAI. 1775. I 31
richeſſes à ceux qui ſavent les mépriſer.
Recevez pour récompenfe la main de
l'aimable Lucile. (à Oronte). N'y conſentez
- vous pas ?
ORONTE. De tout mon coeur; je ſuis
trop confus de ce qui vient de ſe paſſer...
Mais , cent mille écus !
DAMON pere. Je vous ai tant de fois
trompé , que vous n'ofez plus me croire ;
mais , paffez dans mon cabinet , & je ne
tarderai pas à vous convaincre.
Par Mille Raigner de Malfontaine.
COUPLETS que j'aurois chantés , sij'avois
fait le rôle de M. le Bailli , à la feconde
représentation de la Fête du Château
devant la Reine , au Salon d'Hercule ,
la nuit du 20 au 21 Février 1775.
AIR: Vive Henri , vive Henri.
A Madame la Comteffe DU N ...
D'HEBE , jeune & fratche Déele ,
Cherchez - vous les naiſfans appas ,
La grace , le tein , la ſoupleffe ,
La taille , les traits délicats ?
32
MERCURE DE FRANCE.
Pour vous fatisfaire
Et connoître un objet ſi beau ;
Ne quitttez point le ſéjour de la terre,
Voyez la Dame du Chateau. bis.
Vous dont le pinceau cherche à rendre ,
En peignant la belle Cipris ,
Ce fouris , ce regard fi tendre ,
Vainqueursde Mars & d'Adonis :
Pour vous fatisfaire ,
Et remplir un projet ſi beau ;
Gardez - vous bien de courir à Cythere
Peignez la Dame du Château. bis.
Et vous dont l'oeil n'a point encore ,
En perſonne , vu dans un bal ,
Danfer l'agile Terpſicore ,
Goûtez ce plaiſir fans égal :
Pour vous fatisfaire ,.
N'allez point au docte côteau 9
C'eſt là qu'elle eſt une pure chimere ,
Voyez la Dame du Château . bis .
De ces trois Déeſſes brillantes ,
Ne diroit -on pas que l'Amour
Tout exprès , de ſes mains puiſſantes ,
Forma du Nolſt .... pour la Cour ?
Si dans la Nature
Il fit un miracle auſſi beau,
Prenez
MAI.
33 1775 .
Prenez mes yeux , vous direz, je vous jure ,
C'eſt pour la Dame du Chateau. bis .
Au milieu des brillans fuffrages .
Et de l'encens des plus grands Dieux ,
D'un Mortel les ſimples hommages
Trouveront-ils grace à vos yeux ?
La fiere Diane
D'un Berger a fubi la loi ,
Le plus grand Prince , belle Ba ...
Peut-il vous aimer mieux que moi ? bis.
A Versailles , le 21 Février , à y heures
du matin , par le Chevalier du Luxem.
VFRS adreſſés à Madame la D. DE GR.
Soeur de M. le D. de Ch... à fon paſſage
à Nîmes , ( où elle ne devoit paffer que
deux heures ) , par le Régiment de Bourbonnois
, qui y étoit en garnison.
ENcroirons-nous un bruit répandu dans ces lieux ?
Que le plus pur climat , les eaux d'une fontaine ,
* Ses talens , ſa beauté , ſa modeſtie lui attirerent en
ce moment les applaudiſſemens , & , je puis dire , les
coeurs de tout ce qu'il y a de plus grand à la Cour.
C
34
MERCURE DE FRANCE.
Bains chéris autrefois & délices des Dieux ,
Et tant de monumens de la grandeur Romaine ,
Ne pourront vous fixer ici qu'une heure ou deux ?
Ahl de grace , à nos voeux montrez vous moins contraire;
Des antiques Céſars ces immortels travaux ,
Leurs aigles mutilés , leurs cirques , leurs tombeaux ,
Dans des vaſes briſés , cette vaine pouſſiere ,
(Reſtes inanimés d'équivoques Héros)
Sont- ils les ſeuls objets de votre itinéraire ?
Il en eſt dans ces murs , qui , ſans être antiquaire ,
Je garantis , pour vous , plus touchans & plus beaux
Tout intéreſſe en eux ; tout eſt für de vous plaire:
Et , pour les voir , il faut une ſemaine entiere;
Ne les dédaignez pas .... Pour le dire , en deux mots ,
Nous ſavons tous combien vous chérifiez un frere
De qui la France attend ſa gloire & fon repos ,
Et nous ſommes tous vos rivaux.
Par M.le Chev. Desb...
au nom du Corps.
MAI. 1775- 35
ODE fur le retour du Printems , imitée
de l'Ode d'Horace : Solvitur acris
hyems , &c.
L'HIVER s'enfuit; l'Amant de Flore
Revole en nos heureux climats ;
D'un vert naiſſant l'herbe colore
Les prés blanchis par les frimats.
Banni de fon foyer ruſtique ,
Déjà le Laboureur s'applique
A fertiliſer ſes ſillons ;
Les troupeaux quittent leur aſyle ,
Le vaiſeau fend l'onde tranquille ,
Sans redouter les Aquilons .
Lorſque , ſur la plaine azurée ,
La Lune a répandu ſes feux ,
Vénus , des Graces entourée ,
Raſſemble les Ris & les Jeux.
Des Nymphes la troupe légere ,
Foule en cadence la fougere ,
Au tendre ſon des chalumeaux ;
Tandis qu'au centre de la terre ,
Des noirs artiſans du tonnerre ,
Vulcain embraſe les fourneaux.
Ami de la ſaiſon des roſes ,
C2
36 MERCURE DE FRANCE ,
Laifferons-nous fuir les inftans ?
De fleurs nouvellement écloſes
Parfemons nos cheveux flottans ;
Couronnés d'un naiſſant feuillage ,
Allons ſous cet épais ombrage
Du Printemps chanter le retour ;
Au doux plaiſir tout nous convie ,
Damon , l'éclair de notre vie
Luit pour Bacchus & pour l'Amour.
Peut- être au bout de ta carriere ,
Pourquoi former de vains projets ?
La mort frappe à l'humble chaumiere
Comme aux plus ſuperbes palais ;
Habitans des Royaumes ſombres ,
Bientôt on te verra des ombres
Groffir le fabuleux eſſaim ;
Crois-tu qu'en ces lieux de détreffe
L'on puiſſe avoir une Mattreſſe .
Ou devenir Roi d'un feſtin .
1
Par le Solitaire d'Escates
مس
LEE mot de la premiere Enigme du
volume précédent eſt le Puits ; celui de
la ſeconde eſt Bulle d'eau & de favon ;
celui de la troiſieme eſt Croix ; celui de
MAI. 37 1775.
la quatrieme eſt le Copcau. Le mot du
premier Logogryphe eſt Laboratoire , où
ſe trouvent or , ire , bal , rôtie , rot , boire ,
oratoire , atre , latrie , Baal , lo , lara ,
robe ; celui du ſecond eſt Tambour , où
l'on trouve Amour ; celui du troiſieme eſt
Maiſon , où l'on trouve Mai & fon.
DANS
ENIGME.
Ans les forêts je prends naiſſance ;
En me donnant la ſubſiſtance ,
Ma mere auſſi la donne à mille autres enfans ,
Qui de fon fein renaiffent tous les ans.
Mais que je plains ma deſtinée !
Dans une charrette liée
On m'emmene au fupplice , auffi-tot des bourreaux ,
Ecartant la pitié , me mettent par morceaux :
Enfuite je me vois aux flammes condamnée.
Me tiens- tu maintenant ,
Cher Lecteur ? Non. Hé bien ! rumine.
Je te donne encore un inftant.
Il faut bien que tu me devine ,
Ou je t'appellerai ... Mais non ;
Je te reſpecte trop pour te donner mon nom.
Par M. Raux , Chanoine à Châteaudun.
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
JAL
AUTRE.
'AI douze enfans de taille égale !
On ſe ſert d'eux quand il faut des ſoldats ;
Mais eux , ni moi, de la loi conjugale
N'avons connu les embarras ,
Et chacun d'eux a pourtant douze filles :
Un ſi grand nombre de familles
Avec moi loge au même endroit ;
Adieu , Lecteur , devine-moi.
Par M.le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
A
AUTRE.
ux Gens de Robe , aux Gens d'Egliſe
Je ſers aſſez communément ;
Ma taille eſt mince , aſſez bien priſe ,
Et très - légere , aſſurément ;
Sans être ennemi de la joie ,
A ma ſuite , mon cher Lecteur ,
Prenez bien garde qu'on la voie
Ce feroit ſigne de malheur.
Par M. Bernard du Montelet.
MAI 1775-
39
D
AUTRE.
E même qu'un Etat , plus ou moins rrelevé,
Rend l'homme auffi plus ou moins élevé ,
Tour de même je rends , fans aucun artifice ,
L'homme plus ou moins grand & propre à la milice :
Mais , ſans à l'homme me borner ,
Je fais à la femme donner
Une élévation plus ou moins haute & grande ,
Et ce , ſuivant qu'on le demande.
Engendré dans les bois ou forti des troupeaux ,
J'habite également les palais , les hameaux :
On me voit en caroſſe , on me voit en charrette :
On me voit fur le trône & près de la houlette.
Enfin je ſuis par - tout , au ſpectacle , à l'autel ,
Et fans jamais offenſer l'Eternel.
Mais , malgré tous mes avantages ,
Je ſuis même au-deſſous du Laquais & des Pages.
A Rennes. Par M. de L. G.
C
40 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
LECTEUR, je fuis par- tout fur ce vaſte Univers .
Si le penchant t'engage à faire des voyages ,
Parcours tous les Etats divers ,
Enfonce- toi dans les déſerts ,
Confidere toutes les plages ,
Les lieux arides , les bocages ,
De tous côtés enfin promene tes regards ,
Tu m'apperçois de toutes parts .
Parlons à préſent d'autres choſes .
Je vais te dire un mot de mes métamorphoſes.
Ce n'eſt pas le moins curieux.
Efface tête & queue , une Ville en Champagne
1
T'offre auſſi- tôt un nectar précieux ,
Qu'on pourroit préférer au meilleur vin d'Eſpagne ,
Pour ſon parfum délicieux ,
Qu'à la Cour même , oui , qu'à la Cour on fête .
Par un nouveau renverſement ,
Place ma queue avant mà tête ;
Mais afin que rien ne t'arrête ,
Coupe mon dernier membre : un Village Allemand
Tiès renominé , t'offre une eau ſalutaire ,
Au lieu du bon vin Champenois.
C'eſt - là qu'Amour ; uſant de tous ſes droits
Aux maris , bien ſouvent , n'a pas le don de plaire.
Taiſons nous fur ce point , ce n'eſt pas notre affaire.
Ami Lecteur , fur nouveaux frais ,
1
MAI.
1775- 41
Pardonne-moi cette manie ,
Je veux encore exercer ton genie ;
Mais je n'y mettrai point d'apprêts.
Dans un feul mot reconnois un eſpace
Affez étroit , encavé par les flots ;
Pour fervir de barriere à deux Peuples rivaux ;
Ce que tu fais quand tu quittes ta place ;
Enfuite une conjonction ,
Qui marque une négation.
Ce mot enfin dans la géométrie ,
Science où des humains éclate l'induſtrie ,
Exprime la diſtance . Ote mon chef ici ,
Reſte un terme de jeu . Voilà tout Grand- merci.
Par M. Vincent , Curé de Quincey.
A
AUTRE.
LA plus horrible tempête ,
Réunir le fer & le feu ,
Tout cela pour moi n'est qu'un jeu ;
Mais , à qui me coupe la tête ,
Lecteur , quel heureux changement !
J'offre un falutaire aliment.
Par M. Houllier de Saint- Remy ,
de Sezanne.
C5
42
MERCURE DE FRANCE.
L
AUTRE.
'ARME dont les Romains faisoient uſage en guerre ,
Un outil dont ſe ſert le pauvre Bucheron ,
Ce qui feroit tomber la tête la plus chere ,
Eft rendu dans un mot en commençant mon nom.
Ce nom , pas plus que moi , peut ſe paſſer de tête :
Mais , au lieu d'être en haut , la ſienne eſt par en bas .
On lui compte huit pieds , dont cinq vont à la bête
Que Raton fait crier dans ſes tendres ébats .
Far M. Sarrauton.
AUTRE.
JeEffuuiiss ,, aavveecc ſix pieds , un mets fort uſité;
Ma tête eſt fleuve d'Italie ,
Etma quene offre une Cité
Qu'on ne peut trouver qu'en Afie.
Par M. Lagache , fils.
Mai. 1775.
43.
L
VAUDEVILLEF des Femmes vengées.
Paroles de M. Sedaine ;
Mujique deM.Philidor
M.RISS .
Moderato
4
:
Nedonnonsjamais ànos
femmes Devrais motifs pour
Serenger: Le ciel a placé
dans leurs ames Affiez de
penchantpour changer
Quelquepeu de co- quet- te-
:
44. Mercure deFrance .
ri-e Peutles rendre volages:
mais,Pour ren-:.
dre agré- a- blela vi- e,
Nyregar- donspas detrop
pres,Nyregardonspas
de trop près .
Madame LEK .
Mon Epoux estfroid&faurage:
MWuepuiqtuseouvent derien,
Wecroitungrand personnage,
Etcequ'ilfait efttoujours bbiieenn;;;
Sapetitephilosophie
Pourroitsouvent mefacher;matis,
MAI. 1775 45
Pour rendre agréable la vie , ٤٠٠
N'y regardons pas de trop près.
LA PRÉSIDENTE.
Etre toujours dans ſon ménage ,
En même temps froid & jaloux ;
Un vrai Caton pour le langage :
C'eſt le portrait de mon Epoux.
De ſa galante perfidie ,
Je pourrois bien me venger , mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près.
LE PRÉSIDENT.
Ma Femme eſt tant ſoit peu coquette
Un miroir n'eſt pas fait pour rien ;
Un Monfieur vient à ſa toilette : -
Madame que vous êtes bien ! -
Elle permet quelque folie ;
Cela pourroit me facher ; mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près .
Madame RISS.
Pour peindre une Femme très - belle,
Mon Mari fait venir chez lui ,
Afin de fervir de modele ,
T
:
:
:
:
46 MERCURE DE FRANCE.
Le Tendron le plus accompli,
Un jour la Fillette jolie ,
Avec Monfieur babilloit ; mais ,
Pour rendre agréable la vie ,
N'y regardons pas de trop près.
Aux Spectateurs.
Diverſité : c'eſt la deviſe
Des jeux que nous vous préſentons ,
Votre bonté nous autoriſe
A chanter fur différens tons ;
Celui de cette Comédie
A, ſans doute , des défauts ; mais ,
Mais , Meſſieurs , à cette folie ;
N'y regardez pas de trop près .
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
* Dom Pedre , Roi de Castille , Tragédie ;
& autres Pieces , 1775 , in - 8°. Se
réimprime actuellement chez Rey à Amſterdam
.
CET Ouvrage , attribué au grandhomme
qui a tant de fois enrichi la
• Article de M. de la Harpe.
MA1. 1775- 47
ود
Vous
Scene Françaiſe de ſes chef-d'oeuvres ,
eft précédé d'une Epître dédicatoire de
l'Editeur , à M. d'Alembert :
,, êtes lui dit - il , une de ces ames privi-
,, légiées , dont l'Auteur de D. Pedre
,, parle dans fon Diſcours , (le Difcours
,, hiſtorique & critique qu'on trouve
,, après l'Epître dédicatoire ) ; vous êtes
" de ce petit nombre d'hommes qui
وو favent embellir l'eſprit géométrique ,
,, par l'eſprit de la littérature. L'Acadé-
,, mie Françaiſe a bien ſenti , en vous
,, choiſiſſant pour fon Secrétaire perpé-
,, tuel , & en rendant cet hommage à la
,, profondeur des mathématiques , qu'elle
,, en rendait un autre au bon goût & à
د و
la vraie éloquence. Elle vous a jugé
,, comme l'Académie des Sciences a jugé
و د
M. le Marquis de Condorcet , & tout
,, le public a penſé comme ces deux
Compagnies reſpectables. Vous faites
tous deux revivre ces anciens temps ,
où les plus grands Philofophes de la
Grece enſeignaient les principes de
,, l'éloquence & de l'art dramatique".
Il ajoute :
ود
؟و و
دد
ود
2
" L'auteur n'a point ambitionné de
- donner cette Piece au Théâtre. Il
و د
fait très bien qu'elle n'eſt qu'une es48.
MERCURE DE FRANCE,
و د
ود
"
quiſſe ; mais les portraits reſſemblent.
C'eſt pourquoi il ne la préſente qu'aux
,, hommes inſtruits. Il me diſait d'ail-
,, leurs que le ſuccès au Théâtre dépend
entiérement d'un Acteur ou d'une Ac
,, trice; mais qu'à la lecture il ne dépend
,, que de l'arrêt équitable & févere d'un
,, juge & d'un Ecrivain tel que vous. Il
,, fait qu'un homme de goût ne tolere
aujourd'hui ni déclamation ampoulée
5, de Rhétorique , ni fade déclaration
d'amour à ma Princeſſe ; encore moins
ces infipides barbaries , en ſtyle viligot .
,, qui déchirent l'oreille , fans jamais
parler à la raiſon & au ſentiment ,
deux choſes qu'il ne faut jamais fé-
. parer " . L'Editeur défigne & caractériſe
tous ceux dont il defire plus particuliérement
le fuffrage. Je demande ,
,, pour l'Auteur , l'arrêt de tous les Académiciens
qui ont cultivé affidûment
notre Langue. Je commence par le
,, Philofophe inventeur ( 1 ) , qui , ayant
" fait une deſcription ſi vraie,& fi éloquente
du corps humain , connaît
l'homme moral , auſſi bien qu'il obſerve
ود
و د
و و
و د
و د
ود
دو
و د
و د
.دد
l'homme
( 1 ) M. de Buffon.
MA I. 1773 . 49
ود ,,l'homme phyſique. Je veux pour juge
,, le Philofophe profond (1 ) , qui a percé
,,juſques dans l'origine de nos idées ,
,, fans rien perdre de ſa ſenſibilité. Je
,, veux pour juge l'Auteur du fiege de
,,, Calais , qui a communiqué ſon en-
,, thouſiaſmeà la Nation ; & qui , ayant
,, lui - même compoſé une Tragédie de
" D. Pedre , doit regarder mon ami
,, comme le ſien , & non comme un
,, rival. Je veux pour juge l'Auteur de
,, Spartacus , qui a vengé l'humanité ,
,, dans cette Piece remplie de traits di-
,, gnes du grand Corneille: car la véri-
,, table gloire eſt dans l'approbation des
,, maîtres de l'art. Vous avez dit que
,, rarement un Amateur raiſonnera de
,, l'art , avec autant de lumieres qu'un
و د
habile Artiſte : pour moi , j'ai toujours
,, vu que des Artiſtes ſeuls rendaient
,, une exacte juſtice , quand ils n'étaient
,, pas jaloux
,, Je préſente la Tragédie de D. Pedre
„ à l'Académicien qui a fait parler fi
„ dignement Bélifaire.
(1) M. l'Abbé de Condillac.
D
50
MERCURE DE FRANCE .
و د
,, Je la ſoumets à la faine critique de
ceux qui , dans des Difcours confirmés
„ par l'Académie , ont apprécié, avec tant
,, de goût , les grands hommes du fiecle
„de Louis XIV. Je m'en remets entié--
„ rement à la déciſion de l'Auteur éclaire
,, du Poëme de la peinture (1) , qui ſeul
,, a donné les vraies regles de l'art qu'il
,, chante , & qui le connaît a fond , ainſi
,, que celui de la Poéfie. Je m'en rap-
,, porte au Traducteur de Virgile , ſeul
,, digne de le traduire , parmi tous ceux
,, qui l'ont tenté ; à l'illuftre Auteur des
,, Saiſons , ſi ſupérieur à Thompson &
,, à ſon ſujet , tous juges irréfragables
ودdans l'art des vers très - peu connu , &
,, qui ont été proclamés dans le temple
,, de la gloire , par les cris mêmes de
,, l'envie. Je ſuis bien perfuadé que
,,celui qui met ſur la Scene D. Pedre
„ & Gueſclin préférerait , aux applaudif-
ودſemens paſſagers du Parterre , l'appro-
,, bation réfléchie de l'Officier auſſi inf-
,, truit de cet art , que de celui de la
„ guerre , qui , ayant fait parler ſi noble-
(1) M. Vatelet.
ΜΑΙ. 1775. 51
وو
, ment le célebre Connétable de Bourbon
& le plus célebre Chevalier
,, Bayard , a donné l'exemple à notre
,, Auteur , de ne point prodiguer fa
,, Piece ſur le Théâtre.
,, Il ſouhaite , fans doute d'être jugé
par le Peintre de François - Pre-
,, mier ; d'autant plus que ce ſavant
,,& profond Hiſtorien fait mieux que
,, perfonne , que ſi l'on dut appeler le
,, Roi Charles Cinq , habile , ce fut
,, Henri de Tranſtamare qu'on dut nom-
,, mer cruel. J'attends l'opinion des deux
,, Académiciens Philoſophes , vos dignes
,, confreres , qui ont confondu de la-
,, ches & fots délateurs , par une réponſe
,, auſſi énergique que ſage & délicate ,
,,& qui favent juger comme écrire. Voi-
,,là , Monfieur , l'Aréopage dont vous
,, êtes l'organe , &c."
On pourrait dire de celui qui rend
compte ici de la Tragédie de Dom
Pedre:
Se quoque principibus permiſtum agnovit Achivis.
Mais il fait fort bien que ce qui
n'eſt que juſtice pour les autres , n'eſt
pour lui qu'indulgence & amitié. Cependant
comme l'Editeur joint à fes
D2
52
MERCURE DE FRANCE .
louanges un témoignage infiniment
reſpectable , l'Auteur de cet article
ſe croirait coupable d'ingratitude , s'il
le paſſait ſous filence ; & il croit
devoir le rapporter, non par amour propre
, mais par reconnaiſſance. ,, Je vous-
,, avouerai , dit l'Editeur , que j'aimerais
,, mieux le feul fuffrage de celui qui a
,, reſſuſcité le ſtyle de Racine , dans
„ Mélanie , que de me voir applaudi ,
,, un mois de ſuite , au théâtre " ; &
il ajoute en note : ,, J'oſe dire hardi-
و د
ment que je n'ai point vu de Piece
,, mieux écrite que Mélanie. Ce mérite
,, ſi rare a été fenti par les étrangers
,, qui apprennent notre Langue , par
,, principes & par l'uſage. L'héritier de
la plus vaſte Monarchie ( 1 ) de
,, notre hémiſphere , étonné de n'enten-
و د
و د
dre que très difficilement le jargon
,, de quelques - uns de nos Auteurs nou-
„ veaux , & d'entendre , avec autant de
,, plaifir que de facilité , cette Piece de
„Mélanie & l'éloge de Fénélon , a ré-
,, pandu ſur l'Auteur les bienfaitsles plus
,,honorables. Il a fait , par goût , ce que
- (1) S. A. I. Mgr le grand Duc de Ruſſie.
MAI . 1775. 53
,,Louis XIV fit , autrefois , par un noble
= ,, amour de la gloire.
【
L'Editeur juftifie les louanges qu'il
diftribue . par l'exemple de l'Arioſte ,
qui nommait tous les hommes de fon
temps qui faisaient honneur à l'Italie ,
& fous lefquels il écrivait. Si un Fol-
,, liculaire , dit - il encore , dit que je n'ai
,, donné de fi juſtes éloges à ceux que
,, je prends pour juges de mon ami ,
,, qu'afin de les lui rendre favorables ;
,, je réponds d'avance que je confirme
,, ces éloges , ſi mon ami eft condamné.
,, Je demande pour lui une déciſion &
,, non des louanges .
Le fond de la Tragédie de D. Pedre
eſt d'une extrême ſimplicité. Tranſtamare
, Bîtard legitimé d'Alphonfe , Roi
de Caſtille , a été appelé par les dernieres
volontés de ce Prince , à partager
fon Royaume avec D. Pedre , l'héritier
légitime de la Couronne. Il devait , fuivant
ce même teftament , époufer Léonore
de Lacerda , Princeſſe du Sang
Royal. Ces diſpoſitions d'Alphonſe étaient
une fource de difcorde. D. Pedre en appela
con me d'une injustice. Appuyé par
les Anglais & par le fameux Prince
Noir , il vainquit , à Navarette , Tranſta-
D 3
54
MERCURE DE FRANCE .
mare , & Gueſclin , ſon défenfeur. Cepen
dant il a accordé la paix à fon frere , &
ce frere en a profité pour foulever l'Efpagne
contre lui Les Etats font aſſemblés
, pour prononcer ſur les droits refpectifs
des deux Princes , & ces Etats
prétendent une autorité ſupérieure à l'autorité
Royale. Dans cette orageuſe anarchie
, Tranſtamare attend de nouveau
les ſecours de la France & de Gueſclin ,
& D. Pedre attend tout de fon courage.
Tel eſt l'état des chofes , lorſque la piece
commence. Nous en ſuivronsla marche ,
en nous arrêtant quelquefois ſur les
détails.
Dans la premiere ſcene , Almede , que
Tranſtamare avait envoyé à la Cour de
Charles - Cinq , folliciter les ſecours de
le France , lui annonce qu'ils lui ſont
accordés , & que Gueſclin arrive à Tolede.
Charle, en vous foutenant au bord du précipice ,
Vous tend , par politique , une main ptotectrice ,
Et diviſant l'Eſpagne afin de l'affaiblir ,
Il veut frapper Dom Pedre autant que vous ſervir,
Pour fon intérêt ſeul il entreprend la guerre.
Dom Pedre eut pour appui la ſuperbe Angleterre ;
Le fameux Prince Noir était fon protecteur ;
MAI. 1775- 55
Mais ce Guerrier terrible , & de Gueſclin vainqueur ,
Au milieu de la gloire achevant ſa carriere ,
Approche , dans Bordeaux , de fon heure derniere.
Son génie accablait & la France & Guefclin ;
Et quand des jours fi beaux touchent à leur déclin ,
Ce Français , dont le bras aujourd'hui vous ſeconde,
Demeure , avec éclat , ſeul en ſpectacle au monde.
Charle a choiſi ce temps : l'Anglais tombe épuifé ,
L'Empire a trente Rois , & languit diviſé ;
L'Eſpagnol eſt en proie à la guerre civile ,
Charle eſt le ſeul puiſſant , &, d'un eſprit tranquille ,
Ebranlant , à ſon gré , tous les autres Etats,
Il triomphe à Paris fans employer fon bras.
Charles s'engage à aſſurer à Tranſtamare
, Valence & les autres poffeffions
que lui affignait le teſtament d'Alphonfe.
Il lui promet ſur- tout , la main de la
Princeſſe Léonore.
TRANSTAMARE.
Léonore eſt le bien le plus cher à mes yeux.
Mon pere , tu le ſais , voulut que l'hymenée
Fit revivre , par moi , les Rois dont elle est née.
Il avait gagné Rome : elle approuvait fon choix ,
D 4
56 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eſpagne , à genoux , reconnaiſſait mes droits .
Dans un aſyle faint Léonore enfermée ,
Fuyait les factions de Tolede alarmée .
Elle fuyait Dom Pedre : il la fait enlever.
De mes biens , en tout temps , ardent à me priver ,
It la retient ici captive avec fa mere.
Voudrait - il feulement l'arracher à fon frere ?
Croit- il de tant d'objets , trop heureux féducteur
De ce coeur fimple & vrai corrompre la candeur ?
Craindrait - il en fecret les droits que Léonore
Au Trône Caftillan peut conferver encore ?
Prétend- il l'époufer , ou d'un nouvel amour
Etaler le ſcandale à ſon indigne Cour ?
Veut- il des Lacerda déshonorer la fille ?
La traîner en triomphe après Laure & Padille
Et d'un peuple opprimé bravant les vains foupirs ,
Inſulter aux humains du ſein de ſes plaifirs ?
Le crédit des Etats & les armes des
Français raſſurent Tranſtamare. Il a fou,
levé les eſprits contre D. Pedre,
L'opinion publique eſt une arme puiſſante';
J'en aiguiſe les traits : la Ligue menaçante ,
Ne voit plus dans ſon Roi qu'un Tyran criminel ,
Il n'eſt p'us déſigné que du nom de cruel .
Ne me demande point fi c'eſt avec juſtice ;
Il faut qu'on le déteſte avant qu'on le puniſſe,
La haine eſt ſans ſcrupule : un peuple révolté
MAI. 1775 . 57
Ecoute les rumeurs & non la vérité .
On avilit ſes moeurs , on noircit ſa conduite ,
On le rend odieux à l'Europe féduite ,
On le pourfuit dans Rome à ce vieux Tribunal ,
Qui , par un long abus , peut- être trop fatal ,
Sur tous les Souverains étend ſon vafte empire .
Je l'y fais condamner , & je puis te prédire
Que tu verras l'Eſpagne , en ſa crédulité ,
Exécuter l'arrêt dès qu'il ſera porté.
Mais un foin plus preffant m'agite & me dévore ;
A fes autels ſacrés il ravit Léonore.
De cette Cour profane il faut bien la ſauver.
Arrachons - la des mains qui m'en oſent priver.
Sans doute il s'eſt Batté du grand art de féduire ,
De ſa vaine beauté , de ce frivole empire ,
Qu'il eut fur tous les coeurs aifés à conquérir ;
Tout cet éclat trompeur avec lui va périr.
Tout eſt diſpoſé pour enlever à D.
- Pedre Léonore & le Trône. Léonore
paraît ; elle conſeille à Tranſtamare de
ne point ſe préſenter devant le Roi ;
elle lui promet d'engager ce Prince à la
clémence , & l'on voit déjà , dans ſes
difcours , la préférence qu'elle donne à
D Pedre. Ses offres , ſes conſeils & le
mot de clémence révoltent Tranſtamare .
Il fort , en déclarant qu'il faura défendre
D 5
58
MERCURE DE FRANCE.
ſes droits . Léonore demeure avec Elvire ,
ſa confidente. Elle explique ſa paffion
pour D. Pedre . Sa mere a conſenti à
leur union ſecrette , qui eft prête à s'achever
; mais elle frémit des dangers qui
environnent ſon amant. Elle craint le
caractere violent du Prince , que pourtant
elle efpere d'adoucir.
Son ame eſt noble & généreuſe ,
Elvire ; elle eſt ſenſible autant qu'impétueuſe ,
Et s'il m'aime en effet , j'oſe encore eſpérer
Que des jours moins affreux peuvent nous éclairer.
L'auguſte Lacerda, dont le ciel me fit naître ,
M'inſpira ce projet en me donnant un Maître :
Ah ! fi le Roi voulait , ſi je pouvais un jour
Voir ce Trône ébranlé raffermi par l'amour ,
Si , comme je l'ai cru , les femmes étaient nées
Pour calmer des eſprits les fougues effrénées ,
Pour faire aimer la paix aux féroces humains ,
Pour émouffer le fer en leurs ſanglantes mains !
D. Pedre arrive. Elle le conjure de
pardonner à fon frere. Le Prince lui
rappelle tous les attentats de Tranſtamare.
Il eſt bleſſé de l'intérêt qu'elle
paraît prendre à celui qu'il regarde comme
un rebelle. Léonore fort conſternée.
MAI. 1775. 59
Elle revient au ſecond acte , & Tranftamare
ſe préſente , de nouveau , devant
elle. D. Pedre arrive & voit avec indignation
, qu'il ofe parler à Léonore. Les
deux freres ſe bravent & fe defient. Le
Roi , pouffe à bout, met la main fur fon
épée. Tranſtamare , pret a tirer la fienne,
lui dit:
Sire , oferiez -vous bien me faire cet honneur ?
Léonore ſe jette eutre les deux freres
& leur reproche leurs emportemens. D.
Pedre eſt vivement bleſſé qu'elle paraiſſe
le confondre avec ſon frere.
LÉONORE.
Et vous me reprochez , dans ce déſordre affreux ,
De vouloir épargner un crime à tous les deux f
Vous me connaiſſez mal : apprenez l'un & l'autre
Quels font mes ſentimens , & mon fort & le vôtre.
Tranſtamare , ſachez que vous n'auriez enfin ,
Quandvous feriez mon Roi , ni mon coeur ,ni ma main.
Sire , tombe fur moi la justice éternelle ,
Si , juſqu'à mon trépas , je ne vous fuis fidelle
Mais la guerre civile eſt horrible à mes yeux ,
Et je ne puis me voir entre deux furieux ,
Miférable ſujet de difcorde & de haine ,
1
60 MERCURE DE FRANCE.
Toujours dans la terreur & toujours incertaine ,
Si le feul de vous deux qui doit régner ſur moi ,
Ne me fait pas l'affront de douter de ma foi .
Vous m'arrachez , Seigneur , au folitaire aſyle ,
Où mon coeur , loin de vous , était au moins tranquille .
Je me vois exilée en ce cruel ſéjour,
Dans cet antre ſanglant , que vous nommez la Cour.
Je la fuis. Je retourne à la tombe facrée ,
Où j'étais morte au monde & du monde ignorée.
Qu'un autre ſe complaiſe à nourrit dans les coeurs
Les tourmens de l'Amour & toutes fes fureurs ;
A mêler fans effroi fes langueurs tyranniques
Aux tumultes fanglans des difcordes publiques ;
Qu'elle ſe faffe un jeu du malheur des humains ,
Et des feux de la guerre attiſés par ſes mains ;
Qu'elle y mette , à fon gré , ſa gloire & fon mérite ,
Cette gloire exécrable eſt tout ce que j'évite ;
Mon coeur , qui la déteſte , eſt encore étonné
D'avoir fui cette paix , pour qui ſeule il eſt né ,
Cette paix qu'on regrette au milieu des orages .
Je vais loin de Tolede & de ces grands naufrages .
M'enſevelir , vous plaindre , & fervir à genoux
Un Maître plus puiſſant & plus clément que vous.
Elle fort , & Tranſtamare auſſi , D.
MAI. 1775 . 61
Pedre reſte avec Mendoſe. Ce fidele ami
lui repréſente qu'il devrait mettre dans
fa conduite , plus de ménagement & de
politique ; qu'il a contre lui un parti
puiſſant , qui ne ceſſe de décrier fon ca.
ractere & de le peindre comme un tyran
condamné par Rome & par le Ciel ; &
qu'il ſemble trop juftifier , par fes vio .
lences , les imputations de la haine. D.
Pedre répond:
Ah ! dure iniquité des jugemens humains ,
Fantômes élevés par des caprices vains !
J'ai dédaigné toujours votre vile fumée ;
Je foule aux pieds l'erreur qui fait la renommée.
On ne m'a vu jamais fatiguer mes eſprits
A chercher un fuffrage à Rome ou dans Paris .
J'ai vaincu , j'ai bravé la rumeur populaire ;
Je ne me fens point né pour flatter le vulgaire.
Où tombons , où régnons . L'heureux eft reſpecté ,
Le vainqueur devient cher à la poſtérité ,
Et les infortunés font condamnés par elle .
Rome de Tranſtamare embraſſe la querelle .
Rome fera pour moi quand j'aurai combattu ;
Quand on verra ce traître à mes pieds abattu ,
Me rendre , en expirant , ma puiſſance ufurpée .
Je ne veux plus de droits que ceux de mon épée.
Alvare paraît. Il oſe dire au Roi que
62 MERCURE DE FRANCE.
le Sénat le demande. Ce mot ſeul fait
fentir tout l'orgueil & tout le pouvoir
de ce Corps . D. Pedre en eſt révolté. On
lui déclare qu'il entendra , dans les Etats ,
la lecture d'un Edit rédigé par fon frere ,
& qui réglera le fort de l'Eſpagne.
Au Sénat que faut-il que j'annonce ?
D. PEDRE.
Je ſuis fon Roi . Sortez. Et voilà ma réponſe.
D. Pedre furieux donne ordre au
Chef de ſes Gardes d'arrêter Tranſtamare.
Les troupes du Roi approchent de
Tolede & foutiendront cet acte de vigueur.
Mendoſe lui remontre le danger
où il s'expoſe , en violant des loix &
des privileges qu'on reſpecte.
D. PEDRE.
Moi ! je reſpecterais ce gothique ramas
De privileges vains que je ne connais pas !
Eternels alimens de troubles , de ſcandales ,
Que l'on ofe appeler nos loix fondamentales !
Ces Tyrans féodeaux , ces Barons ſourcilleux ,
Sous leurs ruſtiques toits indigens orgueilleux :
Tous ces Nobles nouveaux , ce Sénat anarchique ,
ΜΑΙ. 1775.
L
Erigeant la licence en liberté publique
Ces Etats déſunis dans leurs vaſtes projets ,
Sous les débris du Trône écrafant les Sujets !
Ils aiment Tranſtamare , ils flattent ſon audace ;
Ils voudraient l'opprimer , s'il régnait en ma place :
Je les punirai tous. Les armes d'un Sénat
N'ont pas beaucoup de force en un jour de combat.
Au troiſieme acte, les troupes de D.
• Pedre font entrées dans Tolede, Il difpoſe
tout pour l'hymen & le couronnement
de Léonore. Il avoue , avec plaiſir ,
tout l'aſcendant qu'elle a pris fur lui. II
eſpere qu'elle voudrabien lui pardonner
ſes ſoupçons & ſes reproches injuftes.
Tranſtamare eſt arrêté , & tous lesGrands
qui compoſent les Etats s'apprêtent à le
défendre & à le venger. Léonore , prête
à ſe voir déclarer Reine , repréſente à
- l'époux dont elle va recevoir la main ,
que la haine publique eſt un fardeau
qu'il lui ferait dur de partager. D. Pedre
l'entend & la prévient. Il fait venir ſon
frere. Il lui rappelle qu'un uſage , confacré
dans l'Eſpagne , permet à une Reine ,
le jour de ſon couronnement , de de .
mander la grace d'un criminel. Léonore
a demandé celle de Tranſtamare , qui
64
MERCURE DE FRANCE.
Dans
a mérité la mort . Il lui laiſſe la vie ,
& fe contente de le bannir. Mais , dans
le meme inſtant , on annonce l'arrivée
de Gueſclin. Il demande audience ,
comme Ambaſſadeur de Charles - Cing ,
& fon armée reſte ſous les murs.
la premiere ſcene du quatrieme acte ,
entre D. Pedre & Mendoſe , on apprend
que l'hymen de Léonore eſt achevé ;
que le parti de Tranſtamare , foutenu
par les Français , l'a délivré des fers.
A peine ce Gueſclin touchait à nos rivages ,
Tous les Grands , à l'envi , lui portant leurs hommages ,
Accouraient dans fon camp , le nommaient à grands cris ,
L'Ange de la Caſtille envoyé de Paris.
Il commande , il s'érige un tribunal ſuprême ,
Où lui ſeul va juger la Caſtille & vous même.
Scipion fut moins fier & moins audacieux ,
Quand il vous apporta ſes aigles & ſes Dieux.
Mendoſe s'étonne que D. Pedre fouffre
dans Tolede la préſence de ce fuperbe
Français , qui a oſé arracher Tranſtamare
de ſes mains .
D. PEDRE.
Il ne fait qu'obéir au Roi qui me l'envoie.
L'orMAI.
1775 . 65
L'orgueil de ce Gueſclin ſe montre & fe déploie
Comme un reſſort puiſſant avec art préparé ,
Qu'un Maître induſtrieux fait mouvoir à ſon gré.
Dans l'Europe aujourd'hui tu fais comme on les
nomme ;
Charle a le nom de ſage & Gueſclin de grand
homme.
Et qui ſuis - je auprès d'eux , moi qui fus leur vain
queur ?
Je pourrais des Français punir l'Ambaſſadeur ,
Qui m'oſant outrager , à ma foi fe confie.
Plus d'un Roi s'eſt vengé par une perfidie ,
Et les ſuccès heureux de ces grands coups d'Etat ,
Souvent à leurs auteurs ont donné quelque éclat .
Leurs flatteurs ont vanté cette infâme prudence.
Ami , je ne veux point d'une telle vengeance.
Dans mes emporteinens & dans mes paſſions ,
Je reſpecte plus qu'eux les droits des Nations.
J'ai déja fur Gueſclin ce premier avantage ,
Et nous verrons bientôt s'il l'emporte en courage.
Un Français peut me vaincre & non m'humilier.
Je ſuis Roi , cher Ami ; mais je ſuis Chevalier.
Vient enſuite la ſcene d'audience , où
D. Pedre , ſur ſon Trône , environné de
toute la pompe de ſa Cour , reçoit l'Ambaſſadeur
Français. La nobleſſe du dialogue
répond à ce grand appareil. Nous
E
66 MERCURE DE FRANCE.
citerons une partie de cette ſcene , qui
certainement produiroit ſur le théâtre
un effet impoſant. Gueſclin explique
nettement tout ce que Charles exige de
D. Pedre , en s'appuyant ſur les dernieres
volontés d'Alphonse , dont il s'établit
le garant.
Rendez à votre frere , injuſtement proſcrit ,
Léonore & les biens qu'un pere lui promit ,
Tous ſes droits reconnus d'un Sénat toujours juſte ,
Dans Rome confirmés par un pouvoir auguſte.
Des Etats Caftillans n'uſurpez point les droits ;
Pour qu'on vous obéiffe , obéiſſez aux loix :
C'eſt-là ce qu'à ma Cour on déclare équitable ,
Et Charle eſt , à ce prix , votre ami véritable .
D. PEDRE.
Inſtruit de ſes deſſeins & non pas effrayé ,
Je préfere ſa haine à ſa fauſſe amitié.
S'il feint de protéger l'enfant de l'adultere ,
Le rebelle inſolent qu'on appelle mon frere ;
Je ſais qu'il n'a donné ces ſecours dangereux
Que pour mieux s'aggrandir & nous perdre tous deux.
Diviſer pour régner , voilà ſa politique.
Mais il en eſt une autre où Dom Pedre s'applique ,
C'eſt de vaincre;& Gueſclin ne doit pas l'ignorer.
MAI. 1775. 67
?
Agent de Tranſtamare , oſez- vous déclarer.
Que vous lui deſtinez la main de Léonore ?
Léonore eſt ma femme . Apprenez plus encore
Sachez que votre Roi , qui penſe m'accabler ,
Des fecrets de mon lit ne doit point ſe mêler ;
Que de l'hymen des Rois Rome n'eſt point le juge.
Je demeure furpris que , pour dernier refuge ,
Au Tribunal de Rome on oſe en appeller ,
Et qu'un Guerrier François s'abaiſſe à m'en parler.
Oubliez - vous , Monfieur , qu'on vous a vu vousmême
,
Vous qui me vantez Rome & fon pouvoir fuprême
,
Extorquer ſes tributs , rançonner ſes Etats ,
Et forcer le Pontife à payer vos ſoldats ?
GUESCLIN.
On dit qu'en tous les temps ma Cour a fu con
noître
Et ſéparer les droits du Monarque & du Prêtre ;
Mais , peu fait pour toucher ces refforts délicats ,
Je combats pour mon Prince & je ne l'inſtruis pas.
Qu'on ait lancé ſur vous ce qu'on nomme anathême
,
Que l'épouſe d'un frere ou vous craigne ou vous aime ,
Je n'examine point ces intrigues des Cours ,
Ces abus des autels , encor moins vos amours.
E2
68 MERCURE DE FRANCE.
Vous ne voyez en moi qu'un organe fidele
D'un Roi l'amide Rome , & qui s'arme pour elle.
On va verſer le ſang , & l'on peut l'épargner :
Fléchiſſez , croyez-moi , ſi vous voulez régner.
D. PEDRE .
J'entends ; vous exigez ma prompte déférence
A ces refcrits de Rome émanés de la France.
Charle adore à genoux ces étonnans decrets ,
Ou les foule à ſes pieds ſuivant ſes intérêts .
L'orgueil me les apporte au nom de la juſtice;
Vous m'offrez un pardon , pourvu que j'obéiſſe .
Ecoutez : fi j'allais , du même zèle épris ,
Envoyer une armée aux remparts de Paris ;
Si l'un de mes foldats diſoit à votre Maître :
„ Sire , cédez le Trône où Dieu vous a fait naître ;
”
Cédez le digne objet pour qui ſeul vous vivez ;
Et de tous ces tréſors à vos mains enlevés ,
„ Enrichiſſez un traître , un fils d'une étrangere ,
,, Indigne de la France , indigne de ſon pere.
,, Gardez-vous de donner vos ordres abſolus
29
Pour former des foldats , pour lever des tributs ;
„ Attendez humblement qu'un Pontife l'ordonne ;
„ Remettez au Sénat les droits de la couronne ;
„Et mon Mattre , à ce prix , veut bien vous protéger.
Votre Maître , à ce point ſe ſentant outrager ,
Pourroit - il écouter , fans un peu de colere ,
MAI 1775. 69
Ce diſcours inſultant d'un ſoldat téméraire,
GUESCLIN.
Je veux bien avouer que votre Ambaſladeur
S'expliqueroit fort mal avec tant de hauteur.
Rien ne juftifieroit l'orgueil & l'imprudence
De donner des leçons & des loix à la France.
Charle s'en tient , Seigneur , à la foi des traités.
Songez aux derniers mots par Alphonse dictés ;
Ils ont rendu mon Roi le tuteur & le pere
De celui que Dom Pedre eût dû traiter en frere.
D. PEDRE .
Le tuteur d'un rebelle ! ah ! noble Chevalier ,
Qu'il vous coûte en ſecret de le juſtifier !
J'en appelle à vous-même , à l'honneur à la gloire .
Votre Prince eſt-il juſte ?
GUESCLIN.
Un Sujet doit le croire.
Je ſuis ſon Général , & le ſers contre tous ,
Comme je ſervirois ſi j'étois né ſous vous.
Je vous ai déclaré les arrêts qu'il prononce :
Je n'y veux rien changer , & j'attends la réponſe :
Bonnez-la ſans réſerve ; il faut vous confulters
E3
70 MERCURE DE FRANCE.
Je viens pour vous combattre & non pour difputer .
Vous m'appellez ſoldat , & je le fuis , fans doute.
Ce n'eſt plus qu'en foldat que Gueſclin vous écoute.
Cédez ou prononcez votre dernier refus .
D. PEDRE.
Je vous refuſe tout excepté mon eſtime , &c .
Il donne à Gueſclin ſon épée. Tout
ſe diſpoſe pour le combat. Tranſtamare ,
au cinquieme acte, revient vainqueur ,
ou plutôt Gueſelin a vaincu pour lui ;
& Tranſtamare a fouillé la victoire , en
aſſaſſinant fon frere déſarmé , prifonnier ,
&bleſſé. Léonore ſe tue Le généreux ,
Gueſclin reproche à Tranſtamare fa lacheté
& fa barbarie , & le laiſſe dans
les remords.
On fent qu'il ne nous conviendroit
point de prononcer un jugement ſur un
Ouvrage de M. de Voltaire. Il eſt trop
au-deſſus de nos éloges & de nos critiques
, & perſonne ne reprochera au dif.
ciple , de ne point juger ſon maître.
Mémoires littéraires , critiques , philofophiques
, biographiques & bibliographiques ,
pour ſervir à l'hiſtoire ancienne &
MAI. 1775. 71
ה
A
1
moderne de la médecine ; dédiés à
Monſeigneur le Garde des Sceaux :
Louis XVI. régnant , année 1775. A
Paris , chez Pire , Libraire , & chez
Baſtien , Libraire. Avec approbation &
privilege du Roi.
Ces Mémoires ſont in-4. Il en paroît
exactement deux feuilles , tous les quinze
jours. Le prix de la ſouſcription eſt de
12 liv. franc de port pour Paris , & de
15 liv. pour la Province.
Il paroît déjà 16 feuilles de cet Ouvrage
, qui avoit commencé en 1769 ,
ſous le titre de Lettres à un Médecin de
Province , leſquelles étoient déjà goûtées ,
lorſqu'elles furent interrompues. L'Auteur
, M. Goulin, en reprenant ſon travail
, ſous un autre titre , l'a annoncé
fimplement , comme devant ſervir de
fuite à l'hiſtoire de l'art de guérir. Ce
projet nous ſemble mériter l'attention
des Médecins , des Chirurgiens , des
Pharmaciens. Tous ſe regardant comme
membres d'une famille ancienne , ſavante
&confacrée , pour ainſi dire ,au ſervice
de l'humanité ſouffrante , ils prendront
intérêt à une histoire qui eſt véritablement&
proprement la leur. Les noms
E 4
72
MERCURE DE FRANCE .
de ceux qui les ont précédés leur font
chers ; ils éprouveront donc un plaifir
ſenſible , en lifant le récit des actes de
leurs vies , de leurs ſuccès , des honneurs
qu'ils ont reçus , des découvertes qu'ils
ont pu faire , des Ouvrages qu'ils ont compoſés.
Tels font les détails dans lesquels
l'Auteur s'engage d'entrer ſucceſſivement,
tant à l'égard des anciens , que des modernes
. Occupé , depuis 15 années , de
ce projet également important& curieux ,
M. Goulin ſe montre préparé pour le
remplir ; il n'écrit pas avant d'avoir lu ,
avant que de s'être inſtruit ; il a parcouru
le vaſte champ de la Médecine , dont
il veut donner , pour ainſi dire , la Topographie.
Il débute par une diſſerta.
tion , dans laquelle il prouve que l'origine
de l'art de guérir remonte preſque
à celle du monde ; que , dans toutes les
Langues , celui qui l'exerce a été déſigné
par le terme de Guériſſeur ; que la Diététique
& la Chirurgie ſont également
nobles ; & que le Chirurgien , qui auroit
conſervé dix citoyens par les reſſources
qu'il a puiſées dans ſon art , ne mérite
pas moins la couronne civique , que le
Médecin ſavant & expérimenté , qui en
auroit rendu à la vie un pareil nombre
MAL. 1775. 73
dévoué à une mort inévitable ; que ,
durant une longue ſuite de fiecles , la
totalité de l'art fut exercée par un ſeul
individu. L'impartialité avec laquelle
M. Goulin parle des trois eſpeces d'hommes
qui ſe ſont partagé l'exercice de
la Medecine , annonce un écrivain raifonnable
, qui ne ſe laiſſe aveugler ni
par les préjugés , ni par l'eſprit de
Corps.
Cette differtation eſt ſuivie d'une notice
fur la Vie & les Ouvrages de Pierre
Abano , un des plus célebres & des
plus ſavans Médecins des treizieme &
quatorzieme fiecles . L'Auteur des Memoires
l'a traduite de l'Italien de M.
Mazzuchelli ; elle eſt curieufe & a de.
mandé beaucoup de recherches , auxquelles
le Traducteur en a joint de
nouvelles , accompagnées d'obſervations
intéreſſantes & inftructives. Un trait ,
peu adroitement lancé contre Pierre
d'Abano que M. Goulin repouſſe , lui
donne occafion d'expliquer avec fagacité
un endroit d'Hippocrate , dont le texte eſt
viſiblement altéré ; & les corrections
qu'il propoſe , en les foumettant au jugement
des Savans , prouvent que la Langue
Grecque lui eſt très - connue. Il de.
E5
74
MERCURE DE FRANCE.
vroit bien s'impoſer lepénible , mais utile
travail de traduire tout Hippocrate en
François ; Ouvrage qui manque à notre
littérature ; & dont nous savons qu'il a
déjà traduit différens traités .
Dans une autre diſſertation , l'on examine
ſi , peu après le déluge , il y avoit
déjà des Anatomiſtes; ſi les Druides &
les Juifs du premier âge doivent être
regardés comme tels , ainſi que l'avoit
annoncé un Ecrivain tres-moderne. On
démontre , par des preuves non équivoques
, qu'on ne s'occupa gueres de
l'Anatomie (des brutes) , avant le fiecle
de Thalès ; & que l'étude de la Philofophie
chez les Grecs, en infpirant du
goût pour les ſciences & pour les arts ,
fit naître le defir de rechercher les cauſes
de divers phénomenes de la nature.
Ceux qui les frapperent dans l'homme
&dans les animaux ne pouvoient s'expliquer
fans connoître leur ſtructure. Ils
commencerent à s'en inſtruire fur ces
derniers , par la diſſection , qui conduifit
inſenſiblement à l'anatomie humaine,
1 ſeule qui foit véritablement néceſſaire
aux Médecins & aux Chirurgiens.
Les gens de Lettres qui aiment la
critique, l'érudition , la philologie , la
MAI. 1775. 75
biographie & la bibliographie , ont de
quoi ſe fatisfaire, en lifant ces nouveaux
Mémoires. On ne fauroit douter qu'ils
n'obtiennent principalementles fuffrages
de ceux pour lesquels ils font deftines ,
ſi le zèle de l'Auteur ne ſe rallentit pas.
Obfervations critiques en faveur du Roi
&de fon peuple , ſur l'Ouvrage de
M. Richard des Glannieres , intitulé
: Plan d'impoſition économique &
d'adminiſtration des Finances , préſenté
à Mgr. Turgot , Contrôleurgénéral
, par M. D. G. , Avocat au
Parlement de Paris.
L'oppoſition des opinions en extrait
la lumiere , & du débat naît enfin le
point qui fixe les jugemens. Voilà la
deviſe de l'Auteur. Les bons patriotes
ne peuvent rien faire de plus utile &
de plus méritoire, que de rédiger leurs
vues & leurs talents ſur un objet auſſi
important au rétabliſſement de l'économie
publique. Chacun eſt obligé d'y contribuer
pour ſa part. On n'a rien à craindre
fous un gouvernement qui fait que le
bien ne peut naître que de la réunion
des lumieres; que les fauſſes vues & les
76
MERCURE DE FRANCE.
erreurs ne peuvent être écartées que
par la contradiction ; & que les vrais
principes ne peuvent acquérir l'autorité
qu'ils doivent avoir , que par la difcuffion
publique , libre & impartiale .
Dans le langage de la ſcience économique
, il n'eſt point d'erreurs légeres ,
ni de petites fautes. En dénaturant les
expreffions de cette doctrine invariable
dans ſes effets comme dans ſa théorie ,
dit l'Auteur des obſervations , on rifque
de faire paffer les finances dans un dédale
auſſi compliqué que celui d'où l'on
voudroit fortir. La route qu'on cherche
eft bordée d'écueils qu'il n'eſt pas toujours
aifé d'appercevoir. La droiture du
coeur & l'amour de la patrie doivent
diriger les talens , mais ne les ſuppoſent
pas toujours. On ne fauroit donc réunir
trop de lumieres , pour traiter une matiere
auſſi étendue & auſſi délicate que
celle des finances.
Code Eccleſiaſtique , ou queſtions importantes
& obſervations ſur l'Edit du
mois d'Avril de 1655 , concernant la
Jurisdiction Eccléſiaſtique ; furl'Arrêt
du Parlement du 26 Février 1768
concernant les bulles & expéditions
,
MA I. 1775- 77
_ de Cour de Rome; ſur l'Edit de Mars
1768 , concernant les Ordres Religieux
; ſur l'Edit de Mai 1768 , concernant
les portions congrues ; & fur
pluſieurs articles de l'Ordonnance du
mois d'Avril 1667 , concernant les
procédures : par M. Condert de Clozol ,
Avocat au Parlement . A Paris , chez
- Grangé , Libraire.
On trouve dans le Droit Eccléſiaſtique
un grand nombre de matieres mixtes ,
dans lesquelles la puiſſance temporelle
concourt avec l'autorité ſpirituelle ; &
- où ces deux puiſſances , fans être ſubordonnées
l'une à l'autre , doivent ſe prêter
un ſecours mutuel : afin qu'étant également
émanées de Dieu , elles agiſſent ,
chacune dans leur genre , pour la gloire
de leur Auteur & pour la félicité , non
ſeulement temporelle , mais encore éternelle
, de leurs ſujets. Il y a donc doubles
loix & des Jugemens de deux eſpeces
différentes;&, par conféquent , deux
* ſortes d'études qu'il faut toujours réunir
pour s'inſtruire pleinement du Droit
Eccléſiaſtique. L'une eſt celle des regles
établies par l'Eglife ; l'autre eſt celle des
loix que les Princes yont ajoutées. Parmi
4
78 MERCURE DE FRANCE.
Il
celles - ci , le Clergé réclame l'Edit de
1695, concernant les droits de l'Eglife
& les privileges des Eccléſiaſtiques .
prétend que cette loi ne fait qu'expliquer
& confirmer le droit ancien , &
n'établit point un droit nouveau. Pluſieurs
Canoniſtes célebres ne penſent pas , à cet
égard, fur tous les articles de cet Edit ,
comme le Commentateur. Son Ouvrage
n'en eſt pas moins utile pour les Supérieurs
Eccléſiaſtiques & pour tous les
Jurifconfultes. Les Commentaires qui
ont précédé celui- ci n'étoient pas aſſez
étendus. On ſe propoſe , dans ce nouvel
Ouvrage, de faire connoître quelles font
les bornes de la Jurifdiction Eccléfiaftique
, quel eſt le pouvoir dont jouiſſent
à préſent les Evêques & les Officiaux ,
&quels font les privileges du Clergé &
de tous ceux qui le compoſent. On a
joint au Commentaire de l'Edit de 1655 ,
celui de pluſieurs Edits nouveaux qui
complettent le Code Eccléſiaſtique .
La confolation du Chrétien , ou motifs de
confiance en Dieu dans les diverses circonstances
de la vie , par M. l'Abbé
Roiffard , en 2 vol. chez Humblot.
MAI. 1775- 79
On ne peut être tenté de découragement&
de défiance au ſervice de Dieu ,
que lorſqu'on n'a pas le bonheur de
connoître l'Evangile , qui renferme les
--motifs les plus puiſſans de l'eſpérance
Chrétienne . L'Auteur , en les réuniſſant ,
nous prouve que cette vertu , ſi néceffaire
dans toutes les ſituations de la vie ,
a , tout à la fois , la propriété de procurer
'à l'homme les biens que ſon indigence
lui rend néceſſaires ; & de rendre à
Dieu , une gloire parfaite pour ces mêmes
biens , en confeſſant qu'ils viennent
de Dieu & qu'il en eſt le maître : enſorte
qu'elle enrichit l'homme , avec une parfaite
dépendance de Dieu. Dans ce point
de vue , toute la puiſſance que nous reconnoiſſons
en Dieu , pour le ſalut des
hommes , devient notre bien propre &
le titre de notre bonheur futur. Toutes
les merveilles de l'oeuvre de J. C. ne
font plus pour nous un ſpectacle ſtérile ;
mais un tréſor dont on entre ſolidairement
en poffeffion , avec tous ceux qui
ont été , dans tous les ſiecles , les objets
des miféricordes de Dieu. Les divines
écritures renferment le gage de la grandeur
deſtinée à ceux qui ſe fient à Dieu.
Quand on poffede cette vertu , ſi bien
}
A
80 MERCURE DE FRANCE.
développée dans l'Ouvrage de M. l'Abbé
Roiffard ; on a le glorieux avantage de
lire les Ecritures , dans le même eſprit
qu'un grand Seigneur parcourt ſes archives
, où il ne voit rien d'énoncé qu'il ne
diſe , en même temps : c'eſt mon bien ;
cela m'appartient. Alors notre foibleſſe
ne nous effraie plus exceſſivement , parce
que nous eſpérons de n'y être pas abandonnés
, & d'être foutenus par le Tout-
Puiſſant. La longueur de la carriere quenous
avons à courir , les difficultés , les
viciffitudes que nous pouvons éprouver
en nous - mêmes , tout cela ne nous fait
pas déſeſpérer d'arriver au terme du ſalut
; puiſque nous avons le bonheur de
nous regarder comme étant du nombre
de ces brebis que Dieu porte dans ſon
ſein & que perſonne ne peut lui ravir.
Un coeur à qui Dieu fait connoître la
vanité de biens périſſables , peut il trop
ſe fier à celuidont il attend ſon bonheur.
Que la religion eſt confolante , quand
elle eft préſentée ſous les caracteres qui
lui font propres & qui ſaiſiſſent le coeur !
Telle eſt la maniere dont M. l'Abbé
Roiſſard la fait enviſager dans fon
Ouvrage.
Louis
MAI. 1775 . 81
Louis XII, furnommé le Pere du Peuple,
dont le préſent regne nous rappelle le
ſouvenir; par M. Auffray , des Académies
de Metz & de Marſeille ; avec
des Notes.
Toutes les actions ſages , réfléchies &
remplies d'équité , de notre auguſte
Monarque , ont déterminé l'Auteur à
compoſer l'éloge hiſtorique de Louis XII.
Marc-Aurele fait penſer à Trajan , Titus
à Sévere , Louis XVI à Louis XII , à
Henri IV. Ces paralleles ſe font tout
naturellement , & fervent à montrer
qu'on n'aime rien tant à louer qu'un
Souverain qui n'écoute que ſon devoir ,
fans ſe laiſſer éblouir par ſon autorité.
Tous les traits remarquables de ſa vie
réveillent des ſentimens qui font naître
ou raniment dans les coeurs l'amour du
bien , & donnent au bonheur national
une conſiſtance que rien ne peut ébranler .
Le même rang qui donne les Rois en
-ſpectacle , a dit un célebre Prédicateur ,
Eles propoſe pour modele. Leurs moeurs
forment bientôt les moeurs publiques.
On ſuppoſe que ceux qui méritent nos
hommages , ne font pas indignes de
notre imitation. La foule n'a point d'autres
loix que les exemples de ceux qui
F
82 MERCURE DE FRANCE.
commandent. Leur vie ſe reproduit,
pour ainſi dire , dans le public. Lanation
Françoiſe ſur-tout , plus attachée à fes
Maîtres & plus reſpectueuſe envers les
Grands , ſe fait une gloirede copier leurs
moeurs , comme un devoir d'aimer leurs
perſonnes. On eſt flatté d'une reſſemblance
, qui , nous rapprochant de leur
conduite , ſemble nous rapprocher de
leur rang. Tout devient honorable dans
de grands modeles. Le Panégyriſte de
Louis XII , en rapprochant tous les traits
de ſa vie , nous inſpire le plus fort intérêt
pour un Prince dont la mémoire
a toujours été en bénédiction parmi les
François. Saplus forte envie fut toujours
de les rendre heureux , & de mériter,
par fon amour pour eux , d'en être ſurnommé
le Pere. Cet éloge prouvera que
les fautes qu'on peut lui reprocher ont
été moins les ſiennes que celles des circonſtances.
Il ne courut oncques , dit S.
Gelais , du regne de nul des autres , fi bon
temps , qu'il a fait durant lefien .
٦٠
Une nation ,dit cet Auteur , ne pourra
jamais avoir une Hiſtoire générale digne
d'attention, tantque ſon rédacteur n'aura
point ſous la main une biographie nom
breuſe & choiſfie de Rois , & d'honmes
MAI. 1775. 83
illuftres dans tous les exemples. L'Hiftorien
, emporté par une nar ation rapide,
eſt ſouvent forcé de négliger des faits
très - importants , que le Biographe , au
contraire , a très-ſoin de raſſembler. Le
mérite du premier eſt de peindre àgrands
traits , de fondre habilement des faits
ſouvent diſparates , & de les enchaîner
avec un art imperceptible. Le ſecond ,
dont la marche eſt plus tranquille , ne
perd jamais de vue ſon Héros , & choiſit
les circonstances les plus propres à faire
connoître les vertus & les vices qui le
caractériſent. Plutarque nous a laiffé des
modeles de ce genre d'écrire , qu'il n'eſt
pas ſi aifé d'imiter. On doit defirer que
ceux qui ont des talens ſe joignent à
M. Auffray , pour nous donner un cours
complet de biographie , & nous mettre
ſous les yeux des exemples propres à
réveiller le goût de la vertu.
Code du faux , ou Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juillet 1737,
avec des notes fur chaque article , une
inſtruction pour les Experts , en matiere
de faux , &un recueil des Edits ,
Arrêts & Réglemens , concernant les
peines contre les fauſſaires; par feu
F2
84
MERCURE DE FRANCE.
M. Serpillon , Lieutenant - Général ,
criminel , honoraire & Conſeillercivil
aux Baillage , Chancellerie , aux
Contrats & Siege Préſidial d'Autun.
M. Le Chancelier d'Agueſſeau , à qui
l'on doit cette Ordonnance , étoit intimement
perfuadé qu'il étoit auſſi important
de régler la forme de la procédure ,
que de fixer des maximes certaines &
invariables ſur le fond des matieres ; &
avouoit que le premier point étoit d'un
uſage plus fréquent & plus général que
le ſecond. Les queſtions difficiles &
problématiques ne ſe préfentent pas dans
toutes les affaires : mais il n'y en a aucune
, ni civile , ni criminelle , où la
régularité de la procédure ne ſoit néceſſaire
; & la voie par laquelle on parvient
à obtenir juſtice , exige une attention
plus continuelle que le fond de
la juſtice même.
Tel fut le principal objet que Louis
XIV ſe propoſa , dans les Codes , ou dans
les Ordonnances générales de 1667 , de
1669 , de 1670 ; ou dans d'autres loix
ſemblables qui regardent l'ordre judi .
ciaire , & qui ne contribuent pas moins.
que ſes autres actions à immortaliſer la
gloire de fon regne.
MAI. 1775. 85
Mais il eſt attaché à la condition humaine
de ne produire aucunOuvrage où
il ne ſe gliffe quelque imperfection : il
n'eſt point d'eſprit , quelque vaſte qu'il
foit , qui puiſſe tout prévoir; & les Légiflateurs
les plus éclairés n'ont pas rougi
d'avouer qu'ils devoient plus ſouvent au
* ſecours de l'uſage & de l'expérience ,
qu'à leurs propres réflexions. C'eſt cet
ufage & cette expérience , plus fûre que
les loix mêmes , qui ont montré qu'il
manquoit encore quelque choſe à l'entiere
perfection des Ordonnances qui
ont établi les regles de la procédure ; &
c'eſt par cette raiſon qu'on jugea à propos
d'en faire une reviſion exacte , ſoit
pour en bannir toute obfcurité ou toute
équivoque , foit pour ſuppléer ce qui y
manque en quelques endroits , foit enfin
pour eſſayer de ſimplifier encore plus le
ſtyle judiciaire , d'abréger la longueur
& de diminuer les frais de la procédure.
Comme il étoit impoſſible d'embraſſer ,
en même temps, toutes les parties d'un
projet ſi étendu , & que les inſtructions
criminelles font les plus importantes &
les plus privilégiées ; Louis XV crut qu'il
falloit commencer cet Ouvrage par un
nouvel examen de l'Ordonnance de 1670 :
F3
86 MERCURE DE FRANCE .
&, dans le grand nombre de matieres
que cette Ordonnance contenoit , on
donna la préférence à ce qui regarde l'inftruction
du faux ; foit parce que la rédac .
tiondes deux titres qui s'y rapportent n'a
pas été faite avec autant d'exactitude , de
diſtinction & de détail qu'il auroit eté
àdefirer ; toit parce que les Juges , obligés
de fuppléer, par leur attention , ce
qui manquoit à ces deux titres de l'Or.
donnance , l'ont expliquée ſi différemment
, ou quelquefois même avec ſi peu
de ſuccès , qu'il ſe trouve peu d'inſtruc.
tions uniformes& régulieres ſur le faux.
Dela vient qu'il n'y en avoit preſque
point où l'on ne decouvrît des défauts
eſſentiels , qui obligent les Tribunaux
ſupérieurs à la déclarer nulle. Ce fut done
pour prévenir tous ces Jugemens , que
M. le Chancelier d'Agueſſeau travailla ,
ſous l'autorité du Souverain , à la rédaction
de l'Ordonnance de 1737. M. Serpillon
, qui avoit étudié , toute ſa vie ,
Jes loix criminelles ,s'étoit fur-tout appliqué
à éclaircir toutes les queſtions qui
avoient rapport au crime de faux; le ſeul
contre lequel nousayons confervé la voie
d'inſcription que le droitRomain exigeoit
pour les plus grands crimes: c'eſt ce qui
MAI. 1775- 87
a fait dire à Coquille , qu'en France nous
n'avons pas reçu la peine du talion , pratiquée
chez les Romains , finon en cas
de crime de faux, auquel l'inſcription eſt
requife ; & , par conféquent , qu'elle a
lieu , dans ce cas, contre le calomniateur
qui accuſe.
Chymie Hydraulique , pour extraire lesfels
effentiels des végétaux , des animaux ,
par le moyen de l'eau pure ; par M.
le Comte de la Garaye: nouvelle Edition
, revue , corrigée & augmentée de
notes , par M. Parmentier , Penſionnaire
du Roi , Maître en Pharmacie ,
ancien Apoticaire Major de l'armée
Saxone & de l'Hôtel des Invalides ,
Membre de l'Académie Royale des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de
Rouen , &c. &c. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire.
La premiere édition de la Chymie Hy
draulique parut en 1746. M. le Comte
⚫de la Garaye répandoit auparavant , dans
le Royaume , les remedes qui provenoient
de fa nouvelle méthode : mais
le Roi ayant deſiré que ces remedes , diftribués
dans le filence , fuſſent rendus
F4
89 MERCURE DE FRANCE.
publics , pour le bien de fes Sujets & de
I humanité , l'Auteur ſe rendit bientôt
aux voeux de Sa Majesté , & publia fes
expériences ; & l'on peut dire que jamais
homme ne porta à un plus haut degré ,
l'amour de l'humanité , le zéle du bien
public , la ſenſibilité pour les malheurs
d'autrui , le defir de prévenir & de foulager
l'infortuné fouffrant. Auffi M. Parmentier
compare - t - il ce vertueux citoyen
àM. de Chamouſſet ; & voici comme
il termine le parallele qu'il en fait :
Ces deux amis des hommes laiſſent de
grands exemples à ſuivre ; j'oſe aſſurer
que leurs imitateurs , quoiqu'en diſent
les détracteurs du genre humain , ne
ſont pas auſſi rares qu'on voudroit le
faire entendre. Le ſentiment de bien .
faiſance nous eſt tellement naturel
qu'en France fur-tout , depuis notre
» jeune Monarque juſqu'au dernier de
ſes Sujets , l'humanité eſt ſûre d'avoir
ſes partiſans & fes protecteurs .
"
"
ود
ود
"
"
"
"
"
,
Cette nouvelle édition eſt conſidérablement
augmentée de notes. Dans la
multitude de celles qui nous ont paru les
plus intéreſſantes , nous allons en citer
une , que nous prenons au hafard , afin
de faire juger du mérite des autres.
MAI. 1775 . 89
ود ,, Il en eſt , ſans doute , des ſels appli-
,, qués à l'exterieur , dit M. Parmentier ,
,, comme de ceux que nous prenons inté-
,, rieurement; c'est- à-dire que dans le
„ nombre il y en a pluſieurs qui ont
,, un effet plus efficace & plus marqué ,
,, que les plantes d'où on les a extraits :
,, par exemple , il eſt bien certain que le
,, fel de Thymelea , pour parler le langage
de cette Chymie, ne produira
,,jamais une action auſſi prompte , ni
,, auſſi vive , que le végétal lui - même
,, dont l'usage , comme topique ou exu-
,, toire , eſt en vogue , depuis que M. le
,, Roi nous en a ſi bien démontré les
,, avantages , dans beaucoup de mala-
,, dies rebelles & difficiles à guérir. A
„ ce ſujet , je dois faire part d'une ob-
,, ſervation qui m'a été communiquée
,, par une Dame aimable & auffi in-
,, téreſſante par les charmes de la figure ,
,, que par les qualités du coeur & de
,, l'eſprit. Madame de B. qu'un tendre &
,, folide attachement pour ſon époux ,
,, avoit condamnée, pendant pluſieurs
,, années , aux fonctions pénibles & dé-.
,, fagréables d'une garde malade affidue ,
,, a remarqué que quand on fait fubir à
,, l'écorce du Garou , ou Thymelea , une
F5
90
MERCURE DE FRANCE.
,, préparation avantde l'employer , ce qui
,,conſiſte à la mettre en macération dans
„ le vinaigre , il en réſulte quelques in-
„convéniens qu'on n'éprouve jamais ,
„lorſque, au lieu de vinaigre , c'eſt de
,, l'eau dont on s'eſt ſervi. Voici comme
„Madame de B. explique l'action de ces
ودdeux fluides ſur l'exutoire en queſtion :
,, l'eau , dit-elle , diſpoſe & développe
,, leprincipe médicamenteux qui va agir ,
,, tandis que le vinaigre , au contraire ,
l'émoufle & le bride , en occaſionnant "
ودde plus, fur la peau, une fortede crif-
,, pation qui en reſſerre les pores. J'ai eu
,, occaſion de vérifier fur le bras d'une
„ Dame, chere à ſa famille &à ſes amis ,
,, qu'en effet cette explication étoit on
,, ne peut plus juſte ,& qu'il falloit , dans
,, ce cas , donner la préférence à l'eau ;
,,& cette circonſtance me rappelle que ,
,, pendant la derniere guerre , j'ai vu
,, ſouvent que les cantharides que l'on
,, met ordinairement avec du levain
ود font agir avec moins d'énergie & de
,, célérité , que ſi l'on avoit pris pour
,, expédient une matiere réſineufe. J'ai
,,déjà dit combien les acides affoiblif-
,, foient les vertus des plantes purga-
„tives ou vénéneuſes. On fait que
MAI. 1775- 91
,les accidens funeſtes , cauſés par le
stramonium , ſont combattus par les
,acides végétaux; que le fuc de citron
,eſt une des ſubſtances les plus propres
, à modérer l'activité de l'Opium , & à
,, remédier aux effets dangereux qui pro -
,, viennent de l'abus qu'on en fait: que
,,l'oximel ſcillitique & colchique opere
,, différemment que ces racines bulbeu.
” ſes , priſes en ſubſtance ou en décoc-
,, tion: mais , quoique les acides foient
,,les plus puiſſans correctifs de tous ces
,, végétaux , il faut cependant bien pren-
,,dre garde de n tes adminiſtrer qu'avec
,,les plus ſages precautions & les plus
,, grands ménagemens".
La maniere diftinguée& éclairée , avec
laquelle M. Parmentier parle des Savans ,
le ton ſimple & modeſte qu'il emploie
pour préſenter fſes judicieuſes réflexions ,
manifeſtent l'homme honnête , le Pharmacien
profond & le Chymiſte inſtruit.
Nous aurions defiré que M. Parmentier
inférât dans la Chymie Hydraulique la
diſſertation de l'eau de la Seine , qu'il
vient de publier , pour raſſurer les habitans
de la Capitale , ſur la falubrité
de leur boiffon ordinaire ; car quel Ouvrage
en étoit plusdigne, que celui dans
:
92
MERCURE DE FRANCE.
lequel il eſt queſtion d'extraire de tous
les corps leurs principes les plus actifs , à
la faveur de l'élément acqueux ?
On trouve chez le même Libraire :
Gaubii Institutiones Pathologiæ ; Lugd.
Bat. 1774 , in- 12. Prix , 3 liv. relie .
Le meme délivre actuellement les
tomes 2 & 3 de l'Hiſtoire des Inſectes
de M. de Réaumur , in- 4 °. aux conditions
du Proſpectus.
La France Illuftre , ou le Plutarque François;
contenant l'histoire des Généraux ,
des Ministres & des Magistrats : par
M. Turpin. Vol. in 8°. A Paris , chez
l'Auteur , porte Saint Jacques ;& chez
Lacombe , Libraire.
Un hommed'efprit interrogé lequelde
tous les livres de l'antiquité il voudroit
conferver , s'il ne pouvoit en obtenir qu'un
feul : les hommes illustres de Plutarque , répondit-
il. Il n'y a peut- étrepoint, en effet,
de livres plus propre à former les hommes
, foit pour la vie publique , foit pour
la vie privée. M. Turpin , en prenant
MAI. 1775 . 93
Plutarque pour modele , s'eſt auſſi propoſé
le même but. Il omettra pluſieurs
détails peu intéreſſans, pour s'occuper plus
particulièrement des traits de caractere ,
de moeurs ou de paſſions , qui non ſeument
peignent l'homme, mais fervent
encore de leçons au lecteur. On doit , de
plus , regarder l'Ouvrage que M. Turpin
entreprend aujourd'hui , comme un mo .
nument élevé à la gloire de la Nobleſſe
Françoise , & de tous ceux qui ont bien
mérité de la nation , par leurs travaux
publics ou privés . Un pareil monument
ne pourroit- il pas remplacer les ſtatues ,
ou les trophées que les anciens avoient
coutumed'ériger à la gloire de leurs grands
hommes ?
Chaque cahier de la France illustre
ſera décoré du portrait du Guerrier , du
Magiſtrat ou de l'Homme public , dont
M. Turpin donnera l'hiſtoire. La comparaiſon
que le lecteur pourra faire des
traits tranſmis par la gravure , avec le
portrait tracé par l'Historien, fixera celuici
dans la mémoire , tandis que l'autre ſe
peindra dans l'imagination. Quel lecteur
d'ailleurs ne prendra plaifir à contempler
les traits de phyſionomie de celui
dont l'Hiſtorien lui peindra l'ame & le
94
MERCURE DE FRANCE.
caractere M. Turpin invite doncles Familles
à lui confier les portraits de leurs
ancêtres pour en perpétuer les traits par
le ſecours du burin. C'eſt un hommage
qu'elles rendront à leur mémoire; c'eſt
une complaiſance pour le public , qui
aime à contempler les traits des bienfaiteurs
de la patrie , dont il lit les actions.
Il feroit auſſi à defirer que Meſſieurs des
Etats-majors vouluſſent bien communiquer
à l'Hiſtorien les traits qui peuvent
relever la gloire de leurs Corps , afin
qu'il en ſoit fait uſage dans l'occaſion.
Les Ecrivains Grecs & Romains ont corrigé
la féchereſſe de leur ſujer , en tirant
de l'oubli une infinite d'actions héroïques
, faites par de ſimples Légionaires.
Ces faits particuliers ſont propres à entretenir
la valeur nationale. Le Militaire ,
à qui l'on rappelle la gloire que fon Régiment
s'eſt acquiſe dans une action , ſe
forme une plus haute idé de ſon métier.
Cette collection renfermera pluſieurs
traits qu'il pourroit lire avec fruit.
Le degré de perfection que l'Auteur
ſe propoſe de donner à cette entrepriſe ,
en rend l'exécution diſpendieuſe ; mais
étant faite pour occuper une place dans
les cabinets de livres les mieux choiſis,
ΜΑΙ. 1775. 95
il n'a été rien épargné pour aſſurer ſa
deſtinée. Le prix , pour chaque année ,
ſera de 30 liv. franc de port , pour les
abonnés ; & de 36 liv. pour ceux qui ne le
ſont point. L'Auteur s'oblige à donner
pour étrennes, àſes abonnés , un treizieme
cahier qui contiendra la vie des Littérateurs
& des Artiſtes contemporains des
grands hommes dont il aura donné l'hiſtoire
pendant l'année. Les grands hommes
, dont il fera mention cette année ,
formeront un hiſtoire complette du regne
de Louis XV.
Le premier cahierdecette importante
collection vientde paroître ; il nous offre
le portrait & l'hiſtoire du Maréchal de
Saxe. ,,Quoique Maurice , Comte de
,, Saxe , foit né, nous dit l'Hiſtorien ,
,, dans une terre étrangere , la France
,, qu'il adopta , & qu'il rendit triomphante
, adroit de l'infcrire dans ſes
,, Faſtes& de le compter parmi ſes Héros.
,, La patrie du grand homme eſt le pays
»qui fut le théâtre de ſa gloire.
,,Maurice , né à Dreſde, le 19 Octo-
,, bre 1696, fut l'unique fruit des amours
,, d'Auguſte II , Electeur de Saxe , & de
,, la Comteſſe de Coniſmark, Suédoiſe ,
,, qui comptoitdes Miniſtres&des He96
MERCURE DE FRANCE.
و د
ros parmi ſes ancêtres , ſa beauté fut le
,, moindre des dons qu'elle reçut de la
,,nature ; ſupérieure à ſon ſexe , par l'af-
,, ſemblage de tous les talens qui forment
,, le grand homme , l'Europe l'eût comp-
,, tée parmi ſes premiers Souverains , fi
,, la naiſſance l'eût appelée au gouverne .
,, ment d'un Empire : mais ſi elle n'eut
,, point de Couronne , elle eut du moins
,, la gloire d'aſſervir un grand Roi. Née
tendre & ſenſible , ſes foibleſſes ſem .
blent avoir été anoblies & par celui
,, qui en fut l'objet , & par celui qui en
,, étoit le fruit. Auguſte étoit le Prince le
,,plus accompli de ſon ſiecle; Maurice
,,devint le Héros du ſien. Les demi-
ود
ود
ود
Dieux de l'antiquité ont eu une tache
,, originelle. La naiſſance d'Hercule n'a
,, point flétri la mémoire d'Alcmene ; on
,, reſpecta des erreurs & des fautes dont
,, on retiroit le fruit , & le merveilleux
,, les conſacra.
ود
ود
" Les premiers penchans de Maurice
ſe manifeſterent pour la guerre. Les
exercices militaires furent les ſeuls
,, amuſemens de ſon enfance ; un beau
, cheval excitoit ſes tranſports , & fon
,,unique paffion étoit deile dompter : à
,, l'exemple d'Achille à Scyros , il s'élan-
„ çoit
MAI. 1775. : 97
D
"
çoit avec enthouſiaſme ſur des armes ,
pour enexaminer la forme & en eſſayer
latrempe. Contempteur dédaigneux de
toutes les frivolités qui captivent l'enfance
, il ſembloit parvenu à la maturité
, ſans le ſecours du temps. L'éducation
Allemande a quelque choſe de
plus viril que la nôtre; nous abandonnons
l'enfance & la jeuneſſe à des Hiftrions
plus propres à former des Héros
de théâtre , qu'à donner des défenſeurs
à la patrie: preſſés dejouir , nous dif
, penſons lesjeunes gens d'être eſſentiels;
il nous ſuffit qu'ils ſoient aimables.
Mais heureuſement nous commençons
,, à nous appercevoir de nós erreurs.
מ
Ce fut contre la France que Maurice fit
ſon apprentiſſage de guerre , à l'école
d'Eugene & de Malbouroug , Généraux
bien dignes de former un pareil Eleve.
L'Hiſtorien fait , à ce ſujet , une réflexion
fur les jeux de la fortune , qui ſe plaît à
tromper la prévoyance humaine.Eugene
sné en France , & dédaigné par elle, en
devient la terreur. Maurice , né en Allemagne
, y apprend l'art de vaincre ; il fait
l'effai de ſes talens militaires contre la
France , & en devient dans la ſuite le
ſoutien.
1
G
98 MERCURE DE FRANCE.
• L'Hiſtorien , fans entrer dans le détai
des expéditions militaires du Comte de
Saxe , n'omet cependant rien de ce qui
peut aſſurer à ceGénéral la gloired'avoir
été le plus grandCapitaine de ſon ſiecle.
La célebre victoire de Fontenoi fut due
principalement à ſa vigilance&à ſa capacité.
Ce Général cependant étoit alors
preſque mourant. Il ſe fit traînerdans une
voitured'ofier, pour viſiter tous les poftes.
Pendant l'action , il monta à cheval ; fon
extrême foibleſſe faiſoit craindre , à tout
moment , qu'il n'expirât : c'eſt ce qui fit
dire au Roi de Pruſſe , dans une Lettre
qu'il écrivit , long-temps après , qu'agie
,, tant, il y a quelques jours ,la queſtion
"
ود
de ſavoir quelle étoit la bataille de ce
ſiecle qui avoit fait le plus d'honneur
,, au Général , les uns avoient propoſe
,, celle d'Almanza , & les autres celle de
"
ود
Turin; maisqu'il étoit d'avis que c'étoit
celle qu'un Général , à l'agonie , rem-
,, porta fur les ennemis de la France.
Maurice a étendu les limites de l'art.
de la guerre , non ſeulement par ſes travaux,
mais encore par unOuvrage inſtructif,
qu'il appeloit modeſtement ſes rêve
ries. C'eſt cedont le lecteur pourra ſe convaincre
, en lifant cette hiſtoire ; &après
ΜΑΙ. 1775.
وو
avoir vu ce grand homme à la tête des
armées , il prendra ſans doute plaiſir à
le foivre avec l'Hiſtorien , preſque dans
-l'intérieur de ſa maiſon , à l'examiner
dans ſon déshabillé , à prêter l'oreille à
fes converſations les plus familieres. Ce
Général , habile à pénétrer dans les coeurs,
recherchoit la valeur modefte, pour l'em-
*ployer ,& refuſoit ſa confiance à ces fanfarons
, toujours empreſſés à demander
ſes ordres pour marcher àl'ennemi. ,, Ces
charlatans , diſoit- il , reſſemblent au
chevalde bronze, qui a toujours le pied
levé & qui ne marche jamais.
ود
ود
Quand on lui propoſoit une attaque où
Il falloit ſacrifier quelques soldats: ,, Dif-
,, férons , répondoit-il,de quelques jours;
,, le plus beau fuccès eſt celui qui coûtele
moins de fang ; un Grenadier m'eſt
,, précieux , il faut vingt ans pour le rem-
,, placer .
ود
La confiance dont l'honoroit le Mo
narque lui attiroit une foule d'impor
tuns , qui follicitoient des graces. Incapable
de tromper par de fauſſes promeſſes ,
il leur diſoit avec ingénuité : ,, Meffieurs ,
,,je ſuis bien le maître de faire caffer des
,, jambes & des bras ; je les épargne ,
> ,, quand je puis: mais je ne diſpoſe pas
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
des graces du Roi ; je rendrai ſimplement
témoignage des ſervices que vous
„ avez rendus." Il eſt vrai que fa recommendation
étoit rarement ſtérile.
Le Maréchal de Saxe penſoit que les
ſpectacles & les fêtes étoient propres à
diſtraire le ſoldat de la réflexion ſur les
dangers & les fatigues de fon métier ;
ainſi il eut ſoin de faire naître , dans ſon
armée , la gaieté qui régnoit dans ſon
coeur. La veille d'une bataille , il avoit
toujours un ſpectacle à donner ; & à peine
étoit on forti de la fête , qu'il falloit
marcher à l'ennemi. Obfervateur rigide
de la difcipline , il vouloit qu'on en tempérât
la rigueur par le ton de l'affabilité.
Le Major d'un Régiment , qui ne favoit
ſe faire obéir qu'en maltraitant le ſoldat ,
reçut un coup de balle à la cuiſſe , dans un
exercice à feu . Ce crime excita une grande
rumeur. Le Maréchal ſe rendit chez le
bleſſé & dit , en préſence de beaucoup
d'Officiers : Voilà comme le ſoldat
,, François paie les coups de canne qu'on
lui donne par humeur.
ور
دو
Quoique le Maréchal de Saxe ne fût
point infatué de la chimere de la naiſſance
,& qu'il reconnût dans les hommes une
égalité établie par la nature , &qui ne deMAI.
1775. 101
voit être dérangée que par l'inégalité des
talens , il ne pouvoit fupporter ceux qui
- s'oublient ; il vouloit que tout fût en
ſa place. On lui reprocha ſouvent de proftituer
ſa confiance , à des perſonnes d'une
réputation équivoque : Que voulez-
,, vous, répondoit.il; on les chaſſe par
ود
"
la porte , ils rentrent par les fenêtres ;
,, tous les gens de ma forte font expoſés à
ود
la ſéduction . D'ailleurs il eſt certaines
,, perſonnes dont on peut exiger des ſervi-
,, ces , que d'autres plus délicates refuſeroient
de rendre. Jeles prends pour ce
,, qu'ils font; il faut tirer parti des moindres
atomes.
ود
Il connoiſſoit parfaitement la meſure
de ſes talens . Convaincu qu'il étoit plutôt
né pour conquérir que pour gouverner ,
il s'abſtenoit de toute diſcuſſion ſur les
myſteres de la politique. Il étoit encore
plus réſervé à parler de guerre avec ceux
dont il ne pouvoit tirer aucune inſtruc
tion. Une femme qui jouiſſoit alors de
la plus haute faveur , exigea ſon ſecret fur
' les opérations de la campagne qu'il alloit
entamer. Il crut que cette complaifance
feroit une foibleſſe; &, ſur ſon refus ,
cette femme irritée jura d'être ſon éternelle
ennemie. Le Maréchal en rendit
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
compte au Roi , qui fit éclater ſonmécon
tentement par de juſtes menaces. C'étoit
le préſage d'une diſgrace que la favorite
crut devoir prévenir ; & , pour en dérober
l'éclat au public , elle envoya prier le
Maréchal de ſe rendre avec elle à l'Opéra.
Il fut exact à l'invitation ; & , en l'abordant,
il lui dit: ,, Oh ! Madame , pour
,, ces fortes de choſes , je ferai toujours à
,,vos ordres.
Le Comte de Saxe avoit un tempérament
ardent qui le livroit aux femmes ;
mais, peu conftant dans ſes goûts , il ne
cherchoit qu'à les varier ,& ſouvent ſans
beaucoup de délicateſſe. Ses paffions pouvoient
même être regardées comme les
ſaillies paſſageres d'un coeur facile à s'enflammer
& à s'éteindre. Une aventure ,
rapportée par fon Hiſtorien, le prouve
aſſez. Mademoiſelle Lecouvreur , célebre
Actrice du Théâtre François , qui aimoit
le Comte de Saxe & en étoit aimée , inftruite
de la ſituation critique de fon
amant , lors du ſéjour qu'il fit en Courlande
, pour faire valoir ſes prétentions
fur ce Duché , avoit , en ſa faveur, fait le
facrifice de tout fon mobilier. Lorsque le
Comte revint àParis , la reconnoiſſance ,
ſous le nom de l'amour , le conduifit
MAI. 1775. JO3
chez Mademoiſelle Lecouvreur. Il ne ſe
donna pas le temps dedéfaire ſes bottes ,
nide réparer ledéſordre d'un long voyage.
C'étoit , dit l'Hiſtorien , un Tartare qui
- ſembloit revenir d'une courſe. L'Héroïne
de théâtre étoit retenue dans ſon cabinet,
pour des affaires preſſées. Se trouvant ſeul
-dans l'appartement , il apperçoit ſur la
cheminée, une Lettre écritepar un amant
favoriſé , qui ſe lamentoit ſur le retour
d'un rival qui alloit le ſupplanter. Il y
avoit ces mots , dans cette douloureuſe
complainte:,, Comment ferons-nous pour
nous revoir ? Je laiſſe à l'amour &à
,, votre coeur le ſoin d'en ménager les
,, moyens." Le Comte , moins affligé
que ſurpris de ſa défaite , voit entrer fon
amante infidelle qui ſe jetta dans ſes
bras , avec un épanouiſſement de joie qui
en eût impoſé à unamant moins inſtruit.
Le Comte , au lieu d'éclater en reproches
-vulgaires , reçoit ſes careſſes avec tranfport;
mais craignant de lui laiſſer appercevoir
un dépit ſecret, il lui dit : ,, Il faut
- ,, que je vous quitte , pour reparoître
ود dans un état plus décent; dans un mo-
,, ment je ſuis à vous." Il la quitte ; &,
au lieu d'aller chez fon baigneur , il ſe
rend chez ſon rival ,ſurpris d'une pareille
G4
104
هيف
MERCURE DE FRANCE.
"
viſite ; il lui propoſe de monter dans un
fiacre avec lui . Cette invitation reſſembloit
à un appel fur l'arene : il fut accepté.
La ſurpriſe fut encore plus grande , lorfqu'il
vit qu'on le menoit chez Mademoifelle
Lecouvreur , à qui le Comte dit ,
en l'abordant : Ma Tourterelle , vous
ne ferez plus embarraſſée des moyens
de revoir Monfieur ; le voilà , c'eſt moi
qui vous l'amene ; c'eſt au vaincu à
couronner le vainqueur." L'amante
confondue pleure , gémit , & veut héroï
quement ſe poignarder, On l'arrête , &
on lui promet fon pardon. Le Comte
étoit lui - même coupable de trop d'infidélités
, pour ne pas excufer les foibleſſes
des autres ; afſuré de trouver partout des
dédommagemens , il ceſſa d'être fon
amant , fans ceſſer d'être ſon ami.
Nous omettrons pluſieurs autres traits ,ou
anecdotes propres à nous faire connoître
le Maréchal de Saxe ; afin de mettre fous
les yeux de nos lecteurs le portrait que
'Hiſtorien nous a tracé de ſa perfonne.
„Maurice , comte de Saxe , étoit d'une
haute taille. Sa force ſemble juſtifier
tout ce que les Grecs exagérateurs ont
,, publié de Milonle Crotoniate, Il rom
poitun ferà cheval , fans efforts : on l'a
MAI. 1775 . 105
4
vu pluſieurs fois tortiller de gros clous
avec fes doigts , & en faire un tirebouchon.
Il fut inſulté , dans les rues
„ de Londres , par un boueur; il le faiſit
„ par le chignon & le jeta ſurſon tombe-
„ reau dégouttant d'une boue liquide. Sontein
baſané , ſes ſourcils noirs & épais
lui donnoient un air dur , qu'il tempé--
roit par un fourire gracieux. Il fuffifoit
„ de le voir , pour deviner qu'il étoit né
„ pour la guerre, Alexandre envioit à
Achille le bonheur d'avoir eu un homme
pour tranſmettre ſes actions héroï
ques à la poſtérité ; le Maréchal de
„ Saxe , auffi grand & plus heureux que
leHéros Macédonien , à eu M. Thomas
» pour panégyriſte.
"
„ L'hommage le plus glorieux , rendu à
„ ſa mémoire , eft celui de ces Grena-
„diers , qui , paſſant à Strasbourg , aiguiferent
la lame de leur fabre fur fon
„ tombeau. Cet enthouſiaſme nous rap-
„ pelle l'admiration dont les Tures , à la
„ priſe de Croya , furent ſaiſis pour Scanderberg
, autrefois leur vainqueur. Ils
„ tirerent fon corps du tombeau , pour
lui rendre des honneurs funebres dignes
d'un Héros. Les uns lui enleverent fon.
GS
106 MERCURE DE FRANCE.
"
caſque , les autres fon bouclier & fon
„ épée , dans la confiance d'être invincibles
en portant ces armes triomphantes.
Ils hacherent tout son corps , pour en
faire des reliques: ceux qui lui coupe-
„ rent les parties naturelles furent per-
„ ſuadés que leurs enfans ſeroient auſſi
„ braves & auſſi vigoureux que lui. Les
„Hymnes de la victoire , chantés par le
„ peuple & le foldat , font le plus beau
•Panégyrique d'un Général.
Cette Hiſtoire , & celles du Maréchal
de Choiſeul & du grand Condé , que M.
Turpin a ajoutées à la ſuite des Vies des
hommes illustres de France , publiées par
l'Abbé Perau , font un für garantde l'intérêt
que l'on doit eſpérer de trouver dans
la collection que nous venons d'annoncer.
M. Turpin , qui a débuté dans la carriere
de l'Hiſtoire , de la maniere la plus honorable
, fait , par l'énergie & la dignité
de ſon ſtyle , foutenir la noble fonction
d'Hiftorien. L "
* Adonis. Imitation du chant huitieme
de l'Adoné du Cavalier Marin : à Lon-
1 Les deux articles ſuivans font deM. de la Harpe.
MA I. 1775. 107
dres; & ſe trouve à Paris , chez Mufier
fils , Libraire,
,, On a tâché , dit le Traducteur , dans
,, ſon avertiſſement , de mettre dans cette
imitation une ſuite & des liaiſons qu'on
chercheroit vainement dans l'Original ;
ود
ود
ود on a même pris la liberté d'y ajouter
,, pluſieurs idées. Mais quelques change.
,, mens , quelques tranſpoſitions qu'on ait
"été obligé de faire , les lecteurs y recon.
,,noſtront fans peine le génie Italien. Si
,, cet eſſai de traduction , ou plutôt d'imi
,, tation très- libre , a le bonheur de plaire,
„ on pourra donner tous les chants de
„ l'Adoné , par morceaux détachés , dans
,, le même goût que celui-ci ; c'eſt-à-dire
,, qu'on ne ſaiſira dans ce Poëme , que
ه و
ce qu'il renferme de plus agréable , &
,,qu'on laiſſera de côté toutes les lon-
,, gueurs , tous les petits détails , tous les
,, concerti qui déparent cette production
,, trop ingénieuſe , diſons le mot , trop Ita-
,, lienne. Par ces retranchemens indiſpen-
,, ſables , il pourra très bien arriver que
de trois ou quatre chants du Cavalier ود
ود Marin, on n'en faſſe qu'un ſeul : ainſi
,, le public n'a point à craindre qu'on le
,, furcharge d'un Ouvrage volumineux.
108 MERCURE DE FRANCE.
,,On ne confultera dans ce travail , que le
,, géniede notre langue & le goût de notre
,,nation. Ces parties ſéparées ſeront im-
,, primées dans le même format , avec
ود
les mêmes embelliſſemens & le même
,, caractere Typographique , que celle
,, qu'on fait paroître aujourd'hui .
L'Adoné eſt un Poëme en 24 chants ,
le plus conſidérable des Ouvrages de J.
Baptifte Marini , célebre poëte Italien ,
que nous appellons le Cavalier Marin. Son
Poëme d'Adonis peche par le défaut d'action
, par la prolixité & la monotonie
des deſcriptions ; mais il eſt ſemé d'idées
fines& délicates , & de peintures voluptueuſes.
Nous en citerons quelques morceaux
, qui ſuffiront pour faire connoître
le génie du poëte Italien , le ton de
l'Ouvrage & le ſtyle de l'Imitateur.
*** Vénus , dans le huitieme chant , ſe préſente
aux regards d'Adonis , au moment
où il s'éveille. Elle l'enleve fur fon char
& le conduit à Paphos. Voici la defcription
du Palais de la Déeffe.
ود
ود
९
,,Qui pourroit décrire ce Palais enchan-
,, teur ! La Flatterie , qui ſe tient ſur le
feuil de la porte, attire les jeunes étran-
,, gers ; la Vanitéleur fait un riantaccueil;
la Confiance encourage les plus timides ; ود
MAI. 1775. 109
,,la Richelle , vêtue d'un habit de pourpre ,
„ étale devant eux tous ſes tréſors ; la
„ Promeffe engageante les prend par la
,, main ; & la Gaieté , au viſage riant , les
,, accompagne. Les Soupirs y font des ha-
ودleines de feu ; le Regard eſt coquet; le
„ Sourire , agaçant les Jeux courent
,, embraſſer les Plaiſirs; les Charmes ſe
„jettent dans les bras des Amusemens ; la
„Foie chaſſe loin d'elle les foucis incom-
„ modes , & folâtre ſans ceſſe; l'Amoureuse
Pensée , le front baiſſé , eſt toute
,, entiere à l'objet qui l'occupe : la Priere ,
,, à genoux , demande du relâche à la
„ Douleur ; & la Paix , à la Guerre. Le
„ Geste , meſſager muet du Defir , ſe fait
,, entendre ; le Baiſer préſente ſes levres
ود&ſe fonddans un baifer ; la Langueur
,, ſe repoſe à chaque pas ; le Sommeil la
,, fuit , avec un front appeſanti ,& ſe ſou-
ودtenant à peine. La troupe des Songes
,, voltige autour de lui , les uns parés de
,, fleurs , les autres couverts de ciprés ; le
,, Mystere eſt enveloppé d'un voile preſque
,,impénétrable. On ne peut l'appercevoir
,, que dans l'ombre dela nuit ou dans l'é-
,paiſſeur des forêts. Chaque jour il s'enri-
,, chit des pertes de l'Indiscrétion . La Complaisance
facile prévient ſes goûts ; les
110 MERCURE DE FRANCE.
,, Soins obligeans compoſent ſon cortege;
ود
ود
la Jeunesse fait des couronnes de lys ,&
,, treſſe avec des roſes les boucles de ſes
,, cheveux. La Beauté , les Graces , les
Agrémens & les Charmes ſe tiennent par
,, lamain; l'aimable Folie danſe au milieu
,, d'eux ; l'Espérance flatteuſe& perfide les
,, fuit , avec le Defir plein d'agitation.
„ L'Occafion ne fait que ſe montrer &
,,diſparoître; elle a peur qu'on ne lui ſaiſiſſe
le toupet de cheveux qu'elle a fur
le front. L'Audace tremble elle- même ,
,, au premier larcin qu'elle fait. La Li-
,, cence porte ſes mains téméraires ſur tout
,, ce qui ſe préſente ; l'adroite Tromperie
,,& l'ingénieux Mensonge , tous deux
,,maſqués , ſe promenent enſemble. La
,, Fraude couvre de fleurs les ferpens de
,, fon horrible chevelure; une voix douce,
un fourire agréable , cachent le venin
de ſa langue. Les Sermens faux , ou in-
,, fideles , s'envolent avec des ailes légeres ,
,, font répandus dans les airs. Les Soupirs ,
ود
"
2" les Sanglots entrecoupés , la Crainte ,
,, au regard abattu , marchent ſur les
,, pas de la Colere , ſi facile à appaiſer.
Ce dernier trait de la colere facile à
appaiſer eft peut- être le plus heureux de
tous , parce qu'il eſt le plus vrai& le plus
MAI. 1775- III
- naturel . Il y en a quelques autres qui ont
de la fineſſe & de l'agrément. Mais d'ailleurs
quel abus d'eſprit ! Que cette pro-
- fuſion d'allégories eſt froide & de mau
vais goût ! C'eſt bien là que les figures
font l'oppoſé de la Poéſie. Combien le
ſeul morceau de la ceinture de Vénus ,
dans Homere , eſt ſupérieur à tout ce clinquant
du bel- efprit moderne ! Comme
toute figure devient un défaut , dèsqu'elle
ne préſente pas un grandſens , ou
une image vraie & frappante ! Qu'impor
te que les Charmes ſe jettent dans les bras
des Amusemens , & que les Jeux embraffent
les Plaiſirs ? Et quelle idée de faire
marcher les Sanglots fur les pas de la
Colere ! Comparez à ce morceau , qui n'eſt
guere qu'un amas de défauts brillants , le
temple de l'amour dans la Henriade; &
voyez combien on retrouve le goût anti.
que , le génie de la belle Poéſie , dans ce
Poëme , que l'envie & l'ignorance ont accuſe
ſi ſouvent de n'être qu'un monument
de bel - eſprit.
Le repentir les ſuit , déteſtant leurs fureurs ,
Et baiſſe , en ſoupirant , ſes yeux mouillés de pleurs .
On croit revoir dans ce tableau celul
112 MERCURE DE FRANCE.
des prieres qui ſuivent l'injure , dans le
neuvieme livre de l'Iliade. Oppoſons cependant
à ces défauts de Marini quelques
traits , dans lesquels il ſe rapproche plus
des anciens , & , par conséquent , de labelle
nature. Il peint Vénus irritant les défirs
d'Adonis .
ود Elle s'étoit un peu enfoncée dans le
,, boſquet , comme par modeſtie , de ma-
,, niere cependant qu'on pouvoit la voir à
,, travers le feuillage. Qui connoît mieux
„ que Vénus l'art d'irriter les yeux ! Elle
,, ſe montre & ſe cache tour-à-tour. On
,, s'apperçoit même qu'elle rougit. Tous
,, ſes geftes , toutes ſes attitudes , tous ſes
,, mouvemens formés à deſſein ſemblent
,, l'ouvrage de la timide retenue. Cette
,, pudeur enfantine , cet embarras qui
,, paroît ingénu , lui prêtent de nouveaux
,, charmes. Tous les arbriſſeaux empreſſés
" ſe diſputent l'honneur de l'ombrager.
,, lls étendent , ils penchent leurs ra-
„meaux à l'envi , moins pour la parer
„ des rayons curieux du Soleil , que pour
ود
s'en approcher eux-mêmes de plus près
,, pour l'embraſſer & la careſſer. Leur
,,ſeve , autrefois vagabonde , ſe préci-
,, pite aux extrémités des branches qui
,, touchent la Déeſſe. On vit même un
,,jeune
MAI. 1775 . 113
- jeune hêtre qui , ne pouvant renfermer
le plaiſir qu'il reſſentait , pouſſa des
, boutons & devint plus touffu " .
Quelle différencede ce morceau , vrai.
ment poëtique , à celui que nous venons
de blâmer ! c'eſt ici que l'imagination eſt
heureuſement employée. Ce n'eſt plus
une foule d'êtres moraux & métaphyfiques
ridiculement perſonnifiés ; c'eſt Vénus
, c'eſt la Déeſſe du plaiſir animant
= tout ce qui l'approche. Les arbres , les
eaux , tout reſſent de l'amour pour elle.
Non - ſeulement il y a de l'intérêt dans
ces fortes de fictions , qui nous rappellent
les idées qui plaiſent le plus à notre
ſenſibilité ; mais il y a même une forte
de vérité convenue.La mythologie , dont
nous avons adopté les inventions aimables
, peuplait tous les élémens d'êtres
ſenſibles; ainſi notre imagination ne ſe
révolte point de voir les feuilles des
arbres ſe pencher amoureuſement vers la
Déeſſe de l'Amour , de voir les flots la
careſſer &s'empreſſer autour d'elle. Cette
image dujeune hêtre qui pouſſe des boutons
& devient plus touffu , eft charmante
& dans le goût des Anciens. Comme
▸ en effet rien ne reſſemble plus à la ſenſibilité
phyſique que la végétation , les
H
114 MERCURE DE FRANCE.
fables qui uniſſaient une Dryade à un
chêne , & faiſaient habiter les Sylvains
dans les forets , avaient l'avantage d'amuſer
l'imagination fans trop bleſſer le bon
fens.
Rien n'eſt beau que le vrai , le vrai feul eſt aimables
Il doit régner par - tout & même dans la fable.
On abien ſouvent cité ces vers , parce
qu'ils ont un grand fens; on les a plus
ſouvent oubliés, parce que le bon goût
eſt fort rare. Le Cavalier Marin a péché
encore contre ce bon goût , même dans
le morceau que nous venons de louer ,
en donnant aux rayons du Soleil l'épithete
de curieux. Quelle idée froide &
bizarre de perſonnifier un rayon ! c'eſt
cette comparaiſon du bon & du mauvais
à côté l'un de l'autre , dans un même
Auteur & dans un meme morceau , qui
peut fervir à former legoût. Lesbonnes
traductions , qui nous font connaître la
Littérature ancienne& étrangere , font ,
en ce ſens , de très - grands ſervices rendus
à la nôtre. Quoique l'Adoné ne ſoit
pas un bon Ouvrage , il n'eſt pas fans
mérite , & la traduction qu'on nous anMAI.
1775 . 115
nonce peut être utile , & fera connaître
de plus en plus le génie des Italiens ,
même en s'écartant un peu de l'original.
Cette verſion eſt élégante en général ;
mais le Traducteur devrait faire attention
à rejeter certains mots néceſſairement
exclus de la langue poëtique ,
comme celui de toupet , que nous avons
remarqué , comme lorſqu'il met des
draps dans le lit de Vénus ; ces fortesde
fautes font faciles à éviter.
Les Conversations d'Emilie . A Leipfic ;
& ſe trouve à Paris , chez Piſſot , Libraire
, quai des Auguſtins.
C'eſt une vérité qui n'a été reconnue
qu'un peu tard , que les livres élémentaires
ne peuvent être bien faits que par
des perfonnes fort ſupérieures à ce genre
de travail. Il faut poſſéder très-bien une
matiere pour n'en offrir que les réſultats
les plus intéreſſans ; il faut beaucoup de
juſteſſe d'eſprit pour les faiſir , beaucoup
de méthode pour les préſenter , beaucoup
de goût pour écarter l'inutile. C'eſt par
toutes ces raiſons (pour le dire en paffant)
qu'un bon Journal ne peut être
Ha
116 MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage que d'un homme de lettres trèsdiftingué
par ſon eſprit & ſes talens.
Chargé de former le goût de ſes lecteurs ,
comment fera - t - il , s'il n'en a pas luimême
, ce qui arrive le plus ſouvent ?
Et quelle grace aura- t- il à parler d'eſprit
& de ſtyle , s'il écrit comme un pédant
ennuyeux ou comme un ſatirique groffier
?
Les converſations d'Emilie font un livre
demorale élémentaire, à la portée d'un enfant
; mais il eſt compoſé de maniere à être
lu avec plaifir par des hommes inſtruits.
Il y regne une ſimplicité aimable , qui
inſpire le goût de la vérité & de la vertu.
La tendreſſe & la vigilance maternelle ,
jettent de l'intérêt dans les converſations
d'Emilie avec ſa mere . On aime à voir
une femme , qui paraît d'un eſprit trèsſage
& très cultivé , deſcendre juſqu'à
celui d'un enfant , pour l'élever , peu- àpeu
, juſqu'au ſien; on fuit les progrès
de l'inſtruction dans une ame neuve &
docile , à qui l'on fait concevoir & fentir
fucceſſivement tous les principes demorale
qui fondent la ſociété & en établiſſent
les rapports . Ces principes ne font
pas prolixement étalés , de maniere à
inſpirer l'l'ennui. La mere , attentive &
MAI. 1775 . 117
ſage , qui ſait que les enfans ont communément
l'eſprit juſte , & qu'il ne s'agit
* que de leur préſenter un objet à propos
pour le leur faire ſaiſir de maniere à
n'être pas oublié , fait toujours naître
un occafion pour enfeigner une verité ,
& même la rend ſi palpable , que c'eſt
l'enfant qui a l'air de la découvrir. Tel
. eſt le louable artifice qui regne dans ces
dialogues , & que quelques exemples
cités feront mieux connaître.
2
La mere veut faire ſentir le ridicule
trop commun de mettre dans la tête des
enfans des mots qu'ils ne comprennent
pas , & dont l'explication tient à des
connaiſſances trop élevées au - deſſus de
leur âge & de leur raiſon C'eſt le ſujet
de la cinquieme converſation.
EMILIE .
Maman , maman , embraſſez - moi.
LA MERE.
Très volontiers. Vous me direz fans
doute pourquoi .
EMILIE.
Oui , maman , c'eſt que je le mérite
Η 3
118 MERCURE DE FRANCE.
bien. C'eſt que je ſuis bien ſavante à
préſent. Je fais trois choſes de plus .
LA MERE.
Trois chofes ! mais vraiment c'eſt beau--
coup de choſes. Etfont-elles belles ? fontelles
utiles?
.
EMILIE.
Vous allez voir , maman. C'eſt queje
fais qu'il y a quatre élémens , le feu ,
l'eau , la terre & l'air.
LA MERE.
Bon!
EMILIE.
Oui , maman , c'eſt très-vrai. Etpuis,
élément veut dire principe qui fait agir.
Vous voyez que j'ai bien retenu. Mais
ce n'eſt pas tout.
LA MERE.
Ehbien!
EMILIE.
Tenez , maman , écoutez. Il y a trois
choſes encore qu'on appelle les trois regnes
; le regne végétal , que vous avez
4
MAI. 1775. 119
eu la bonté de m'expliquer l'autre jour :
ce font les fruits , les arbres, tout ce qui
ſe ſeme ou ſe plante; vous ſavez bien ?
& puis le regne minéral, qui font les
pierres , l'or , l'argent , le fer , qu'on appelle
mines , & qui ſe forment au fond
de la terre ; & puis le regne animal , qui
ſont tous les animaux , les bétes , les
-poiſſons , les oiſeaux &les hommes : &
voilà de quoi tout le monde eſt compofé.
LA MERE
Et c'eſt pour cela qu'il a fallu vous
embraſſer.
EMILIE.
Oui , ſurement , ma chere maman ;
eſt- ce que vous n'êtes pas bien aiſe , bien
contente de moi ? Je fais tout ce qu'il y
adans le monde à préſent.
LA MERE.
Vous croyez cela?
EMILIE.
Mais , oui , maman. Eſt - ce qu'il y a
Aencore autre choſe ?
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
LAMERE.
Et à qui avez - vous l'obligation decette
belle ſcience ?
EMILIE.
Maman , j'aurai l'honneur de vous le
dire. Mais dites - moi donc , ma chere
maman , ſi vous n'êtes pas bien contente
demoi.
LA MERE.
Je le ſuis de votre émulation & du
plaiſir que vous avez en croyant m'en
avoir fait. Je vous en ſais très-bon gré ;
je vous en remercie meme , parce que
cela me prouve , que vous cherchez à
me plaire . Mais , ma chere enfant , fi
vous voulez me faire un bien plus grand
plaifir encore , il faut oublier tout cela ,
EMILIE.
Pourquoi donc , maman ?
LA MERE.
C'eſt que vous ne comprenez pas un
mot de ce que vous croyez ſi bien ſavoir ;
MAI. 1775. 121
&que rien n'eſt ſi dangereux à votre âge
que de parler des choses qu'on n'entend
pas. Il en arrive toutes fortes d'inconvéniens.
EMILIE.
1
Mais pardonnez-moi , maman. J'entends
très bien tout ce quej'ai appris,
LA MERE.
C'eſt ce que nous allons voir. Reprenons
un peu ce que vous avez dit. Savezvous
qu'il y a dequoi cauſer huit jours
avant de comprendre un ſeul des grands
mots dont vous m'avez fait une ſi belle
litanie.
EMILIE.
Oh ! tant mieux , maman. J'aime tant
à cauſer avec vous ! & puis il pleut depuis
ce matin ; j'eſpere qu'il ne viendra
perfonne. Nous aurons bien du temps.
LA MERE.
Profitons -en. Eh bien ! vous dites donc
qu'il y a quatre élémens ?
EMILIE.
Oui , maman : l'air , le feu....
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
LA MERE.
Oh ! doucement. Je ne vais pas fi
vîte , moi . Je dis comme M. Gobemouche
, entendons - nous .
EMILIE riant de tout fon coeur.
M. Gobemouche , c'eſt un drôle de
nom. Queſt-ce que c'eſt que M. Gobemouche?
LA MERE.
C'eſt un original qui n'a que faire à
notre converſation. Nous en parlerons
une autre fois. Nous diſions qu'il y a
quatre élémens. Et n'y en a - t - il que
quatre ?
EMILIE.
Je ne sais pas. On ne m'en a montré
que quatre.
LA MERE.
Et qu'est-ce qu'ils font ces quatre élé.
mens que vous connaiſlez?
EMILIE.
Ah ! j'avais oublié. Il font aller le
monde.
MAI. 1775- 123.
LA MERE.
Mais , qu'est - ce que c'eſt que le
monde?
EMILIE.
Mais , maman , c'eſt tout cela , c'eſt
Paris , c'eſt le Bois de Boulogne ; c'eſt
St. Cloud... Voilà tout.
LA MERE.
Voilà tout ce que vous en connaiſſez :
Eh bien! vos quatre élémens font done
aller St. Cloud & le Bois de Boulogne ?
Mais comment cela?
EMILIE..
Ah! je ne fais pas.
LA MERE.
Bon , voilà déjà votre ſcience en défaut
, &c.
La mere tâche enſuite de lui faire entendre
ſucceſſivement ce qu'eſt chacun
de ces élémens par rapport à l'homme :
mais elle ne va pas loin ſans ſe ſervir
124 MERCURE DE FRANCE.
1
de termes que l'enfant n'entend plus &
dont elle demande la ſignification. Alors
la mere lui dit que cette explication en
entraînerait encore d'autres qu'elle n'entendrait
pas davantage. Elle en prend
occafion de lui perfuader qu'elle doit
s'en tenir à ce que fa mere Iniapprendra ,
parce que ſa mere ſeule peut ſavoir ce
qui lui convient.
Dans un autre dialogue , la mere explique
à Emilie les moyens qui procurent
le bonheur. Elle l'amene , par degrés , à
convenir que le plus grand bonheur eſt
celui d'être content de foi , & on ne l'eſt
que lorſqu'on a fait ſon devoir.
LA MERE .
Quand vous étudiez mal , avec négligence
, avec pareſſe , quelle eſt l'idée qui
vous occupe alors ? quelle en eſt lacauſe ?
EMILLE.
C'eſt que d'apprendre me donne de la
peine.
:
LA MERE.
Et que vous aimeriez mieux aller
jouer , chanter , danſer.
ΜΑΙ. 1775. 125.
EMILI Ε.
Cela eft vrai .
LA MERE.
C'eſt donc pour fuir la peine &
pour avoir plutôt du plaifir que vous
•étudiez mal ? Eh bien ! qu'est - ce qui
en arrive?
EMILI E.
Ah! il en arrive tout le contraire.
Quand j'ai mal étudié , j'étudie plus
long-temps. L'humeur me prend , je fais
tout de travers , & je ne joue pas.
La MERE.
Et quand vous êtes entêtée , & que
vous ſuivez vos fantaiſies , fans égards
pour ce que j'exige de vous , quelle eft
votre idée?
EMILIE.
C'eſt que ce que je veux me fait plaifir
, & que ce qu'on exige de moi ne
m'en fait pas ...
126 MERCURE DE FRANCE,
LA MERE.
C'eſt donc pour fuir la peine & pour
vous procurer du plaiſir. Et qu'en arrivet-
il?
EMILIE,
Que jem'attire une bonne pénitences
que la peine dure tout le jour , & qu'il
n'eſt plus queſtion de jeu ni de plaifir.
LA MERE,
Et quand vous étudiez bien , & que
vous êtes docile , qu'en arrive-t-il ?
EMILIE.
Oh ! que mes devoirs font bientôt
faits ! que je ſuis heureuſe ! heureuſe !
Tenez , ma petite maman , je ſens là
quelque choſe dans mon coeur qui me
rend ſi aife! oh! comme je ſuis gaie &
contente!
LA MERE,
Vous voyez donc bien que quand vous
n'êtes pas raiſonnable, vous vous trom
pez ſur les moyens qui menent au bon
ΜΑΙ. 1775- 127
heur. Lorſque vous vous ſentez le déſir
de contenter une fantaiſie que je déſapprouve
, ou de faire quelque choſe que
je vous défends ; ſi vous vous diſiez : au
lieu du bien que je cherche , il va marriver
malheur , ſi je m'obſtine , & fi au
contraire , je cede , j'aurai un bonheur
plus grand que celui auquel je renonce...
EMILIE,
Et lequel donc ?
LA MERE,
Le plus grand de tous , celui qu'il n'eſt
au pouvoir de perſonne de vous faire
perdre, quand une fois vous l'avez.
EMILIE.
Maman , dites-moi donc vite ce que
c'eſt , je vous en prie.
LA MERI.
Celui d'être contente de vous , de ſentir
là , au coeur , ce qui vous rend ſi
aife.
EMILIE.
Oh ! c'eſt vrai ; c'eſt le plus grand
128 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , quand j'ai là , au coeur , je ne fais
quoi qui me fait rire toute ſeule. Comment
cela s'appelle t- il , maman ?
LA MERE.
Cela s'appelle la joie de la bonne
confcience.
EMILI E.
Qu'est- ce que c'eſt que la confcience?
LA MERE.
C'eſt un fentiment intérieur qui nous
avertit , malgré nous , de notre conduite.
EMILIE.
Quoi ! eſt-ce que cela parle?
LA MERE .
Oui , cela crie au dedans de nous ,
nous met mal à notre aiſe , quand nous
avons fait une faute même ignorée , &
cela nous fait rougir des louanges qu'on
nous donne quand nous ne les méritons
pas.
EMILIE,
Et quand nous les méritons, qu'est- ce
qu'elle dit , la confcience ?
LA
MAI. 1775 . 129
LA MERE.
Elle nous rend la louange agréable.
EMILIE.
Je l'ai entendue quelquefois , je crois ;
mais je ne ſavais pas ce que c'était.
LA MERE.
Vous ne fauriez trop l'écouter , nitrop
chercher à entendre ce qu'elle vous dit.
C'eſt un guide fûr. C'eſt un ami que
nous avons toujours en nous , & qu'on
ne faurait trop ménager . Il faut vous accoutumer
à queſtionner cet ami en vousmeme
pluſieurs fois le jour.
EMILI E.
C'eſt drôle quelque choſe qui parle
comme cela, tout bas en nous mémes. Je
vous promets , maman , que je lui parlerai
tous les jours. Je lui dirai : ma
confcience , êtes - vous contente ?
* Il ya du charme dans cette naïveté
enfantine En général ces dialogues font
agréables à lire ; mais ils doivent avoir
un intérêt particulier pour les perſonnes
I
130 MERCURE DE FRANCE.
qui ont des enfans à élever. Jene connais
point pour cet âge de meilleur cours de
morale. Ce livre ne peut être l'ouvrage
que d'une excellente mere & d'une femme
qui , née avec un eſprit juſte & une
ame ſenſible , a voulu consacrer l'un &
l'autre à l'éducation d'un enfant.
Les Etrennes de Santé , ou l'art de ſe bien
porter, contenant des préceptes pour
apprendre les chofes qui donnent la
vie la plus longue & exempte de maladies
, avec différens préſervatifs . Par
M. de C*** , D. M. P. A Epidaure ;
& ſe trouve à Paris chez Cailleau ,
Imprimeur Libraire , in-24 de 96 pag.
Prix 12 f.
Ces Etrennes font diviſées en trois
parties; les deux premieres ſont confacrées
à l'hygiene, ou la maniere de ſe
conſerver enſanté. L'éducation phyſique
des enfans y tient un rang diftingué . La
troiſieme partie contient : 10. differens remedes
; 20. les cas qui demandent un
prompt ſecours. 30. Des moyens préſervatifs
de nombre de maux ; entre autres
on y trouve le préſervatif de M. de CéMAI,
1775. 131
zan , D. M. P. contre le mal vénérien.
40. Le dépôt à Paris des eaux minérales ,
& leur prix. 50. Les ſecours gratuits , tels
que ceux pour les noyés , &c. 60. Enfin
les adreſſes où l'on trouve différentes
choſes utiles à la ſanté , telles que celle
du ſieur Jacquet , rue de Vaugirard , qui
vend la préparation antimoniale , approu
vée par la Faculté ; celle de M. Martin ,
Apothicaire , rue & vis-à-vis la Croix
des Petits -Champs , qui vend le chocolat
anti-vénérien de M. le Febure , D. M. P.
& de pluſieurs Académies , &c. Le tout
terminé par des traits anecdotiques auffi
curieux qu'amuſans.
Annales du regne de Marie- Therese ,
Impératrice Douariere , Reine de
- Hongrie & de Bohême , Archiducheſſe
-d'Autriche , &c. &c. &c. dédiées à la
Reine par M. Fromageot , Prieur-
Commendataire , Seigneur de Goudargues
, Uſſel , &c. AParis , chez l'Auteur
, rue Saint - Denis , vis - à - vis le
Saint- Sépulchre ; Prault fils , Libraire,
& Lacombe , Libraire. Cet Ouvrage
eſt in- 4. & in- 8 , avec pluſieurs planches
très-bien gravées: le prix de l'in
12
132 MERCURE DE FRANCE.
4. broché eſt de 12 liv. & de l'in - 8.
6 liv .
Les annales du regne de Marie Théreſe
ſont celles de toutes les vertus , de
la grandeur d'ame & de la bienfaiſance .
Cette Impératrice Reine gouverne , depuis
trente quatre ans , une des plus
grandes parties de l'Europe & n'a point ,
comme Titus , perdu un jour ; elle les
à tous conſacrés au bonheur des différens .
peuples qui lui obéiſſent.
Lorſqu'en 1741 , preſque toutes les
puiſſances de l'Europe , liguées contre la
Maiſon d'Autriche , menaçoient Vienne ,
Marie Thereſe ſortit de ſa Capitale , emmenant
avec elle l'Archiduc , aujourd'hui
l'Empereur ; elle alla en Hongrie ; elle
parut devant les Ordres de l'Etat , tenant
entre ſes bras un fils âgé de quelques
mois , & leur adreſſa , en Latin , ces paroles
touchantes : „ Abandonnée de mes
„ amis , perſécutée par mes ennemis , attaquée
par mes plus proches parens , je
n'ai de reſſources que dans votre fide.
„ lité , dans votre courage & dans ma
conſtance ; je remets en vos mains la
fille & le fils de vos Rois , qui attendent
de vous leur falut". A peine lui
"
"
n
MAI. 1775. 133
donne-t-on le temps de finir ce diſcours
énergique. Les Hongrois , tranſportés de
l'enthousiasme qu'elle avoit fait naître ,
tirent leurs fabres & s'écrient , d'une voix
unanime : Mourons tous pour notre Roi
Marie- Therese . Les Hongrois exécuterent
ce qu'ils avoient promis. Des armées ,
forties de la Hongrie , de la Croatie , de
- l'Esclavonie , & pluſieurs grandes alliances
terminerent cette guerre. Dès que
Marie - Thereſe n'eut plus d'ennemis à
combattre , elle ne vit plus que des ſujets
à rendre heureux ; elle employa à ce
grand objet tous les moyens qui font
, entre les mains des Souverains. On vit
cette Souveraine , toujours à la tête de
fon Confeil , guider elle-même les vues
de fes Miniftres ; on la vit veiller également
aux besoins des particuliers & à
la conduite générale des affaires ; on la
vit quitter , de temps en temps , fa Capitale
, & viſiter tantôt une partie de fes
Etats , tantôt une autre , pour y verſer
elle-meme , ſur ſes ſujets , les graces &
les récompenfes , on la vit faire la revue
de fes armées , & préſider aux exercices
militaires ; enfin on fait avec quels foins
elle dirigeoit l'éducation de ſes auguſtes
, enfans. Elle s'affranchitde cette étiquette
13
134 MERCURE DE FRANCE.
qui gênoit ſon affabilité. Elle admit , deux
fois par ſemaine , à ſa table , vingt quatre
perſonnes des principaux Seigneurs , &
quelques - unes des Dames les plus qualifiées
. Jamais l'Impératrice ne refuſa d'audience
, & jamais on n'en fortit mecon.
tent d'elle . Elle établit un Ordre Mili.
taire , auquel elle donna fon nom , &
qui devint la récompenſe des généreux
défenſeurs de l'Etat. L'Empereur & l'Im .
pératrice , apprenant la victoire du Géné
ral Daun , contre les Prufſiens , allerent
chez la Maréchale lui en donner la nouvelle
& s'en féliciter avec elle. Quel
exemple d'humanité , de bienfaiſance &
de bonté , cette auguſte Souveraine ne
donna-t- elle point , lorſqu'étant à Laxembourg
, elle y reçut un meſſager de la part
d'une femme âgée de cent huit ans , qui ,
pendant pluſieurs années , n'avoit pas
manqué de ſe préſenter le jour du Jeudi-
Saint, pour être du nombre de ces pauvres
auxquels Sa Majesté Impériale &
Royale lavoit les pieds! Depuis deux
ans, ſes infirmités l'avoient empêchée de
ſe rendre au Palais; elle fit dire à l'Impératrice
qu'elle avoit le plus vif regret
de n'avoir pu ſe trouver à cette pieuſe
cérémonie , non à cauſe de l'honneur
MAI. 1775. 135
qu'elle auroit reçu , mais parce qu'elle
avoit été privée du bonheur de voir une
- Souveraine adorée. L'Impératrice Reine ,
touchée du meſſage & des ſentimens
de cette bonne femme , ſe rendit dans
le Village qu'elle habitoit ; elle ne dédaigna
pas d'entrer dans une miférable
cabane; elle la trouva ſur un grabat , où
la retenoient ſes infirmités , compagnes
inſéparables de l'âge . Vous regrettez de ne
m'avoir point que , lui dit , avec bonté ,
cette généreuſe Princeſſe ; confolez vous ,
ma bonne , je viens vous voir. Elle l'entretint
pendant long temps , & lui laiſſa
une ſomme d'argent néceſſaire pour lui
procurer les fecours dont elle avoit be.
- foin.
Cette Hiſtoire eſt écrite avec chaleur
& avec intérêt : l'Auteur l'a enrichie des
traits de bienfaiſance & d'humanité de
l'Empereur , & de la Reine de France ,
qui font le plus bel éloge de leur auguſte
mere , & qui , à ſon exemple ,
feront le bonheur & l'admiration de
leurs peuples.
Le Médecin interprête de la nature , ou
recueil de pronoſtics ſur le caractere
des maladies , leur guérison , leurs mé-
14
136 MERCURE DE FRANCE.
taſtaſes & leurs fuites funeftes ; trad.
du Latin de M. le Docteur L. Geoffroy
Klein , Confeiller - Médecin & Phyſicien
, à Erbac ; par M. J. F. A. ,
Docteur en Médecine , de la Faculté
de Montpellier. 2 vol. in - 12.; prix
broché , 4 liv . 4 f.: à Paris , chez Mufier
fils , Libraire.
1
Diſons , d'après le témoignage de M.
le Baron de Haller, que ce Livre,
quoique peu volumineux , renferme des
choſes de la plus grande importance. M.
Klein a puiſé dans les Ouvrages des
meilleurs Ecrivains , tant anciens que
modernes , depuis Hippocrate & Gallien ,
juſqu'aux Auteurs de nos jours ; il a
extrait , de cette multitude d'écrits , un
petit nombre de ſentences qui renferment
, en peu de mots , tout ce qui
concerne l'hiſtoire des maladies , leurs
ſignes & leurs pronoſtics. Les Médecins
praticiens y apprendront à connoître les
phénomenes d'un augure favorable &
ceux qui annoncent le danger. La petiteſſe
de ce volume a même ſon utilité.
Le Médecin pourra le porter partout
commodément , & le conſulter juſqu'auΜΑΙ
1775. 137
près du lit du malade. Un praticien bien
occupé peut aisément ſe paſſer de ces Ouvrages
volumineux , auxquels on trouve
une vaſte érudition , de ſavantes difcuffions
hiſtoriques & des hypothefes ingénieuſes
ſur tous les cas particuliers. M.
Klein n'a preſque choiſi que des phrases
ifolées , qui , ſemblables aux aphorifmes
d'Hippocrate , contiennent des corollaires
déduits d'un grand nombre de réfultats
d'accord entre eux. Il eſt d'autant
plus propre à un pareil travail , qu'il a
appris auprès des malades , à diftinguer
ce qui est vraiment important , de ce qui
n'eſt que ſavant . C'eſt principalement en
faveur des jeunes Médecins que cet Ouvrage
a été compofé. On ne fauroit trop
leur en recommander la lecture. Elle ne
- fera cependant pas tout-à-fait inutile aux
praticiens les plus exercés ; elle leur épargnera
bien de la peine , & ils n'y trouveront
rien à rejeter.
On trouve , chez le même Libraire :
Entretiens Philofophiques & critiques , fur
pluſieurs points de morale & d'hiſtoire
, concernant les principes de la Phi-
☑ loſophie moderne , dans les matieres
I5
138 MERCURE DE FRANCE.
de Religion & de critique ; par M.
M. P. P. C. 2 parties en I vol. in 12.
broché , 2 liv. 8 f.
On réfute , dans ces entretiens , tout
ce que les libertins & les incrédules ſe
permettent journellement de dire & d'é .
crire contre la Religion. Les Chrétiens
inſtruits y retrouveront leurs principes.
Ceux qui ne font pas à portée de puiſer
dans des fources plus étendues , y prendront
du moins des notions ſures , &
ſentiront l'avantage de la vérité & d'une
ſaine logique , ſur la fauſſeté & la fubtilité
du bel - efprit.
La Religion eſt ſi intéreſſante , que
l'homme raisonnable doit chercher , avec
empreſſement , tout ce qui peut éclaircir
ſa divine origine , & diſſiper les nuages
que l'orgueil , l'ignorance & le libertinage
du coeur & de l'eſprit , veulent répandre.
On a beau s'étourdir , on peut
parvenir malheureuſement à éluder , dans
la chaleur des paſſions , la crainte & les
remords : mais on ne peut ni reculer , ni
changer le terme fatal ; & l'évidence ,
dont l'incrédule veut bien ſe flatter , eſt
tout au plus celle de l'aveugle , qui nie
tous les phénomenes lumineux qu'il ne
peut ni voir , ni comprendre. La forme
MAI. 1775. 139
de dialogue , que l'Auteur a choiſie , lui
a facilité les moyens de faire faire les
queſtions , dans le ſtyle meme qu'elles
ont été publiées , & de les réfuter par
des réponſes vraies ſages & folides. Cet
Ouvragepeut fervir infiniment auxEccléſiaſtiques
qui ſe deſtinent au miniftere
de la parole , & aux perſonnes qui font
-chargées de l'éducation.
Propositions avantageuses à l'Etat , Mé .
moire imprimé. Par M. de Forge ,
ancien Ecuyer de main du Roi. A Paris
chez les Libraires au Palais Royal &
ailleurs .
On propoſe l'exécution de l'Ordon.
nance de 1773 , & de former en confé-
- quence une Compagnie pour faire ſigner
& parapher à chaque feuille par l'un des
Confuls , dans les Villes où il y a Jurifdiction
Confulaire; & dans les autres ,
par le Maire , où l'un des Echevins , ou
par telles autres perſonnes commiſes par
la Compagnie; les livres journaux des
Négocians , Marchands , Banquiers &
Agens de change , avec le droit qui fera
perçu d'un fol par page. Le produit de
. cette taxe , eſtimée aux environs d'un
million quatre cents vingt mille livres
140 MERCURE DE FRANCE .
par an, eſt demandé pour vingt ans , au
moyen dequoi la Compagnie ſe charge :
1º. De tenir la main à l'exécution de
l'Ordonnance du commerce , qui peut
ſeule rétablir la confiance dans le Royaume.
2º . D'ouvrir le commerce du Nord
avec un nombre ſuffisant de vaiſſeaux ,
& d'y établir le commerce néceſſaire pour
le bien de ſa correfpondance .
3º. De défricher une partie des terres
incultes de la Guyanne , d'y envoyer un
nombre fuffifant de vaiſſeaux Négriers ,
ainſi que les cargaiſons , vivres & uſtenfiles
propres à faire fleurir cet établiſſement
, &c .
On juſtifie très bien cette perception
d'un droit ſur les livres journaux des
Commerçans , comme très propre à maintenir
la bonne foi , qui fait l'ame du
commerce , & à empêcher & prévenir
le délit des banqueroutes frauduleuſes.
On établit pareillement la facilité de
la perception de cette taxe , quiſe levera
fans inquifition & fans contrainte arbitraire
, & fuivant le voeu du Marchand ,
qui enverra fon regiſtre en blanc au Bureau
, le jour qu'il voudra.
On fait voir les grands avantages qui
ΜΑΙ. 1775- 141
réſulteront pour la France des établiſſemens
projetés .
Entin , on répond avec ſo'idité aux objections
qui ont été faites dans quelques
papiers publics contre la taxe & contre
les entrepriſes propofées.
Peut- être qu'avant de fonger à un
commerce du Nord , & à un défrichement
de terre à la Guyanne , pourroiton
propofer des objets plus importans
pour nous & plus prochains , comme des
défrichemens dans l'intérieur du Royaume
, des défléchemens de marais , des
cultures de landes abandonnées , des che .
mins de traverſes , des canaux de communication
de Province à Province , &c.
Précis d'un projet d'opération de finance
par forme de lotteric ; par M. de la Fontaine
, ancien Officier au Régiment
des Gardes Suiffes. Prix 12 f.
On doit , dit l'Auteur , dans une opération
de finance de cette eſpece , chercher
à remplir deux objets ; le premier
eft de préfenter aux intéreſſés un tableau
qui les flatte , & qui leur offre aſſez
d'avantages pour les engager à y placer
⚫ leurs fonds.
142 MERCURE DE FRANCE.
Le ſecond eſt de procurer un bénéfice
réel au Gouvernement , qui met en uſa
ge un tel moyen .
C'eſt ce qu'on s'eſt proposé dans ce
plan , & ce qu'on prétend démontrer . trer.
Nous renvoyons à l'Ouvrage ceux qui
font curieux d'examiner les opérations
de cette Lotterie de trois cents mille bil.
lets , à fix cents livres chacun , faiſant
un fond de quatre-vingt millions.
Prospectus.
La Gazette connue , depuis 1733 , fous
le titre de Courrier d'Avignon , & fufpendue
par la réunion de cette Ville à
la Couronne de France , va reprendre un
nouveau cours. Les deux Puiſſances ,
dont l'une gouverne & l'autre protege
cepays , favoriſent également cette Feuille
périodique. Avignon & le Comtat
font rendus à leur ancien Maître ; & la
France , qui les remplit de ſes bienfaits ,
& les environne de ſa puiſſance , n'y
veut rien que de juſte , rien qui bleffe
les droits des habitans , nagueres fes
Sujets , aujourd'hui ſes Régnicoles. Ces
droits , & l'ancienne poſſetion de la Gazette
intitulée Courrier d'Avignon , avoient
ΜΑΙ. 1775. 143
été ménagés & reſpectés , pour ainſi dire ,
dans le Privilege accordé pour la Feuille
- de Monaco , & dans les conventions faites
à ce ſujet. Cette Gazette , y est - il dit ,
Substituée à celle d'Avignon , qui a été
Supprimée , pourra , tant que durera cette
Suppreſſion , être introduite dans le Royaume.
Cette ſuppreſſion a été révoquée , &
le temps n'eſt pas loin où le Courrier
d'Avignon reverra la lumiere. Nous fixons
cette époque au Mardi , 4 du mois de
Juillet prochain . Avancer ce terme , c'eût
été manquer d'égards pour le Privilégié
& pour les Souſcripteurs de la Gazettede
Monaco : nous n'avons pas voulu troubler
leur jouiſſance au milieu d'un fémeſtre.
Ce ſeroit peut - être ici l'occaſion de
rappeler ou d'apprendre au Lecteur com
bien notre Gazette a eu de vogue , dans
tous les temps. Où eſt celle qui pourroit
ſe vanter d'un pareil débit ? Cet avantage
eſt dû au bonheur de la poſition où
ſe trouve la ville d'Avignon ; à ſon voifinage
de Marseille , de l'Italie & du
Levant, à ſa correſpondance intime avec
la Cour de Rome ; & dans le cas où
ces lieux feroient le théâtre d'événemens
remarquables , quelle eſt la Gazette qui
144 MERCURE DE FRANCE .
pourroit ſe flatter de donner des nouvelles
auſſi fraîches , auſſi ſures , auſſi multipliées
?
Il n'y a point de guerre au delà des
Alpes ; il n'y en a point en Europe , dans
cet heureux moment ; & nous faiſons ,
avec tous les amis de l'humanité , les
voeux les plus finceres , pour que le ciel
détourne ce fléau redoutable. Eh ! qu'avons
- nous beſoin de ſieges & de batailles
? Loin de manquer de matériaux pour
notre Feuille , nous ferons embarraffés
du choix. Les négociations , les traites &
les alliances entre les Cours , les révolu .
tions intérieures , les viciſſitudes de l'adminiſtration
, la variation des ſyſtemes
politiques , la diverſité des plans économiques
, les differens reſſorts qui meuvent
lamachine des Etats , les événemens
remarquables de la vie civile , les changemens
de ſcene ſi fréquens ſur le théâtre
du monde , la navigation & ſes courſes ,
le commerce & toutes ſes branches ,
l'agriculture floriſſante ſous un Roi dont
les jeunes mains ont conduit le foc , les
impôts & leur diminution , la finance
& fes reſſources , les arts & leurs chefsd'oeuvre
, les ſciences & leurs progrès ,
la littérature & fes nouveautés; voilà
la
MAI
145 1775-
la matiere féconde de notre Gazette.
Avec des correfpondances nombreuſes,
exactes , fûres & promptes ; avec l'intention
de ne jamais tromper , à moins que
nous ne ſoyons trompés les premiers ;
de ne nous expoſer jamais à rougir d'un
menfonge aux yeux du public , auquel
nous aurons quelquefois à demander grace
pour des erreurs & des mépriſes ; nous
nous flattons d'obtenir l'indulgence &
peut - être les fuffrages de nos Lecteurs.
Voilà ce que nous ofons nous promettre ,
tant nous ſommes fûrs de notre zêle &
de notre droiture ; également éloignés
d'une modeſtie affectée , qui n'eſt qu'un
rafinement d'orgueil , ou d'un mal adroit
charlataniſme , dont les promeſſes magnifiques
reſſemblent aux clameurs de la
montagne :
C'eſt promettre beaucoup ; mais qu'en fort - il
ſouvent ?
Du vent.
La Fontaine.
CONDITION S.
1. On foufcrit pour le Courrier d'Avignon
, à Avignon , chez Jean-Joſeph
K
146 MERCURE DE FRANCE.
Niel , ſeul Imprimeur de Sa Sainteté ,
rue de la Balance.
2º. Labonnement ſera de 12 liv. par
an , pour les perſonnes qui le prendront
chez l'Imprimeur , & de 18 liv. pour
celles à qui on l'enverra par la poſte ,
franc de port pour toute la France , &
juſqu'à ſes frontieres pour les pays étrangers.
3º. On pourra s'abonner dans tous les
temps , à fon choix , pour l'année entiere
, ou pour fix mois .
4°. On remettra l'argent , franc de
port , au Bureau de la poſte le plus près
du lieu où l'on voudra recevoir le Courrier
, & l'on adreſſera au même Imprimeur
la Lettre d'avis , où il y aura l'adreſſe
exacte de la perſonne qui voudra
s'abonner : cette Lettre ſera affranchie ,
ainſi que les avis qu'on voudra faire inférer
dans le Courrier , & qu'on aura foin
de faire parvenir avec la rétribution
d'uſage.
5°. Le Courrier contiendra 4 pages
d'impreſſion in-4. Il ſera imprimé avec
des caracteres & fur du papier conformes
au Prospectus.
6°. Il paroîtra deux fois par ſemaine ,
le Mardi & le Vendredi , ce qui rend
MAI. 147 1775.
notre Gazette beancoup moins chere &
bien plus intéreſſante que celles qui ne
font publiées qu'une fois par ſemaine
Gazete des Banquiers , des Marchands
des Négocians , par M. *** , Banquier.
Cette Gazette contiendra le Cours des
• Changes de toutes les Places de l'Europe ;
le prix courant de toutes les Marchandi-
-ſes , dans toutes les Villes de Commerce
de l'Europe ; le Cours des Marchandifes
dans toutes les Ifles Françoiſes & étran
geres ; le Cours du fret des Navires , &
- des aſſurances , l'arrivée & le départ des
Vaiſſeaux , dans toutes les Villes mari
times de l'Europe , avec une notice de
leur cargaison; le cours des matieres d'or
- & d'argent dans toutes les Places de l'Eu
rope ; le nom des principaux Manufac
turiers , avec une notice de leurs Ou
vrages ; le nom des principales Maiſons ,
& leur genre de commerce; le droit or
dinaire de commiffion des Banquiers ,
celui de l'achat & de la vente des marchandifes
; l'annonce & l'extrait de tous
les nouveaux Ouvrage relatifs au com
merce ; une notice des uſages du com-
- merce de l'Europe.
K2
148 MERCURE DE FRANCE.
On parlera quelquefois de la combinaiſon
des Changes & de la maniere
la plus ſimple de les calculer.
On ſe permettra auſſi quelques réflexions
ſur les Jurisdictions Conſulaires ,
dans toutes les Villes de Commerce de
l'Europe , & fur les Jugemens intéreſſans
qui y feront rendus.
Il paroîtra une feuille de cette Gazette,
tous les huit jours. On a choiſi le Jeudi ,
pour pouvoir y inférer les Cours des
Changes qui arriveront le Mercredi , de
tout le Midi , & pour que la Gazette
foit diſtribuée dans tout le Nord , avant
que les Lettres de France , d'Eſpagne &
d'Italie y arrivent.
,
Ceux , qui voudront faire inférer
quelques articles dans cette Gazette
pourront les adreſſer , en affranchiſſant
les Lettres , à M. Ducrocq , rue & en
face du Carrouſel : c'eſt chez lui qu'on
en recevra les ſouſcriptions ; elles feront
de 24 liv. par an , franches de port pour
Paris & pour tout le Royaume.
On ſouſcrira auſſi chez les principaux
Libraires de toutes les Villes de commerce
de l'Europe.
MAI. 1775-
149
ANNONCE.
De la Connoiſſance de l'Homme , dans fon
être & dans ses rapports ; par M. l'Abbé
Joannet , de la Société Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Nancy.
Illi mors gravis incubat qui ignotus moritur fibi.
Sénec. Thyeſt . Act. II.
2 vol. grand in. 80. chacun d'environ
700 pages , avec des notes. Prix broc .
10 liv. A Paris , chez Lacombe , Libr.
Nous donnerons dans les Mercures
ſuivans des notices de cet Ouvrage , le
- plus profond peut - être qui ait été écrit
fur la connoiſſance de l'homme dans ſon
étre & dans ſes rapports.
Abrégé de Histoire Romaine de L. A.
Florus. Traduction nouvelle , avec des
notes ; par M. l'Abbé Paul , Profeſſeur
d'Eloquence au College d'Arles.
In brevi quafi tabella totam ejus ( Populi
K 3
150
MERCURE DE FRANCE .
Rom.) imaginem amplectitur Flor. lib. I,
in præm .
Vol. in - 12 rel. 3 liv. A Paris , chez
Barbou , Imprimeur - Libraire , rue &
vis - à - vis la grille des Mathurins.
M. l'Abbé Paul a pareillement traduit
Velleïus Paterculus , v. in- 12. & Juſtin ,
2. vol. in- 12 . qui ont paru depuis peu
chez le même Libraire Imprimeur.
Histoire du bas Empire , en commençant
à Conſtantin le Grand ; par M. le
Beau , Profeſſeur Emérite en l'Univerſité
de Paris , Profeſſeur d'Eloquence
au College Royal , Secrétaire ordinaire
de Monſeigneur le Duc d'Orléans
& ancien Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Inſcriptions &
Belles- Lettres. Tomes XVII & XVIII,
in- 12 . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
& veuve Defaint, rue du Foin .
Lorezzo , Anecdote Sicilienne , avec fig.
C'eſt la troiſieme du Tome IIIe des
Epreuves du Sentiment. Liebman &
Roſalie , deux autres Anecdotes . font
MAI.
1775. 151
fous preffe & completteront le volume.
A Paris chez Delalain , Libraire.
Histoire des Souverains Pontifes qui ont
fiégé dans Avignon. Vol. in-4º. A Avignon
, chez Jean Aubert , Imprimeur-
Libraire , & chez les principaux Libraires
de chaque Ville de France.
LE
ACADEMIES.
I.
E 25 d'Avril l'Académie des Infcriptions
& Belles - Lettres tint ſa ſéance publique
au Louvre.
Le prix concernant l'Hiſtoire de France
fut adjugé à M. Dumont , connu avantageuſement
par pluſieurs ouvrages.
Enfuite M. l'Abbé Bartelemi lut une
Differtation fur pluſieurs médailles du
Cabinet du Roi , fur lesquelles font repréſentés
les fignes du Zodiaque avec
les planetes.
M. de Guignes lut un Mémoire concernant
la Religion & la philofophie des
K 4
152
MERCURE DE FRANCE.
Chinois , dans lequel il eſſaie de prouver
que ces Peuples ont été inftruits &
policés par les Egyptiens .
1 M. l'Abbé Arnaud en lut un ſur la
proſe grecque.
Et M. le Beau termina la ſéance par
un Mémoire ſur la légion. C'eſt une
ſuite de ceux qu'il a lus fur le même ſujet.
Celui - ci a pour objet la paie du
Soldat Romain.
II.
Aſſemblée publique de l'Académie Royale
des Sciences , du 26 Avril 1775.
M. de Fouchi a annoncé la publication
des Arts ſuivans , approuvés par l'Académie
, ſavoir :
L'Ebénisterie , par M. Roubaut fils ,
Menuifier.
L'Art du Treillageur , par le même.
L'Art du Diſtillateur- Liquoriſte , par
M. de Machy...
L'Art du Savonier, par M. Duhamel.
L'Art de l'Amidonier par le même.
M. de Fouchi lut enſuite l'Eloge de
M. Queſnay , premier Médecin ordinaire
du Roi , homme célebre par fon
/
MAI.
1775. 153
ſavoir , par ſes écrits & par ſes principes
économiques.
Les Mémoires lus dans cette Aſſemblée
ſont 10. des Recherches ſur les cauſes
de la mort certaine & de la mort ap .
parente des noyés , par M. Tenon.
2º. Mémoire ſur la nature du principe
qui ſe combine avec les métaux pendant
la calcination , & qui en augmente
le poids. M. Lavoisier prouve dans ce
- Mémoire , par des expériences auffi ingénieuſes
que déciſives , que la ſubſtance
qui ſe joint aux métaux pendant leur calcination
, & qui augmente conſidérablement
le poids de leurs chaux , n'eſt autre
choſe que de l'air pur , & même d'un
air beaucoup plus pur que celui de l'athmoſphere
; car M. Lavoiſier a conſtaté
par des épreuves certaines , que les animaux
peuvent vivre plus long - temps
dans cet air des chaux métalliques , &
que la flamme des corps allumés y devient
plus grande , plus lumineuſe , &
ſubſiſte plus long - temps que dans l'air
que nous reſpirons.
3º. Obfervations faites aux Indes fur
l'inclinaiſon de l'aiguille aimantée par
M. le Gentil.
K5
154 MERCURE DE FRANCE.
Prix proposé par l'Académie Royale des
Sciences , pour l'année 1777 .
L'Académie avoit propoſé pour le ſujet
du prix de l'année 1775 , la queſtion
fuivante : Quelle est la meilleure maniere
de fabriquer les aiguilles aimantées , de les
Juspendre , de s'affurer qu'elles font dans
le vrai méridien magnétique ; enfin de rendre
raison de leurs variations diurnes régulieres?
Quelques - unes des pieces qui ont concouru
, ont paru contenir des vues ingénieuſes
& utiles même à certains égards ,
on a fur-tout diftingué la piece nº. 2 , qui
a pour deviſe.
Etiam non affecutis voluiſſe , abundè pulchrum atque
magnificum est ,
& qui ſuppoſe beaucoup de connoiſſances
, de travail & d'obſervations : mais
l'Académie auroit deſiré plus d'exactitude
& de préciſion dans les recherches , ſoit
expérimentales , foit purement théoriques
que cet ouvrage renferme ; & , en
général , aucun des Auteurs n'a fuffifamment
rempli les différens objets énoncés
dans le programme.
MAI
1775. 155
En conféquence l'Académie propoſe
de nouveau le même ſujet , pour l'année
1777-
Le prix ſera double , c'est-à-dire de
4000 liv .
Les Savans & les Artiſtes de toutes les
Nations font invités à travailler fur ce
fujet , & même les Aſſociés Etrangers de
l'Académie , Elle s'eſt fait la loi d'exclure
les Académiciens régnicoles de prétendre
aux prix.
Les Auteurs qui ont déjà concouru ,
peuvent envoyer de nouvelles pieces , ou
des ſupplémens à celles que l'Académie a
reçues .
Ceux qui compoſeront font invités à
écrire en françois ou en latin , mais fans
aucune obligation. Ils pourront écrire en
telle langue qu'ils voudront , & l'Académie
fera traduire leurs ouvrages.
On les prie que leurs écrits ſoient fort
liſibles , fur- tout quand il y aura des calculs
d'algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs
- ouvrages , mais ſeulement une ſentence
ou deviſe. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur écrit un billet ſéparé &
cacheté par eux , où feront , avec cette
-même ſentence , leur nom , leurs qualités
156 MERCURE DE FRANCE.
leur adreſſe ; & ce billet ne ſera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la piece
ait remporté le prix.
au
Ceux qui travailleront pour le prix ,
adreſſeront leurs ouvrages à Paris ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , ou
les lui feront remettre entre les mains.
Dans ce ſecond cas le Secrétaire en donnera
en même temps à celui qui les lui
aura remis , fon récépiſſé ou ſera marquée
la ſentence de l'ouvrage & fon numéro
, felon l'ordre ou le temps dans
lequel il aura été reçu.
Les ouvrages ne feront reçus que jusqu'au
rer Septembre 1776 , excluſivement.
L'Académie , à ſon aſſemblée publique
d'aprés Pâques 1777, proclamera la
piece qui aura mérité ce prix.
S'il y a un récépiſſé du Secrétaire pour
la piece qui aura remporté le prix , le
Tréſorier de l'Académie délivrera la ſomme
du prix à celui qui lui rapportera ce
récépiſſé. Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de récépiſſé du Secrétaire
, le Tréſorier ne délivrera le prix
qu'à l'Auteur même , qui ſe fera connoître
ou au porteur d'une procuration
de ſa part.
MAI . 157 1775.
- Prix extraordinaire ſur l'Art de la
Teinture. Le ſujet eſt l'analyſe de l'indigo
; prix de 1200 livres pour Pâques
1777.
III.
Le 27 Avril l'Académie Françoiſe tint
une ſéance publique pour la réception de
M. de Chaſtellux , à la place de feu M.
de Châteaubrun .
Le nouvel Académicien prononça un
beau Difcours , plein de raiſon & de
philofophie , dans lequel il examina les
-ſignes& les cauſes du goût dans la Littérature.
Il honora la mémoire de fon Prédéceſſeur
,& fit le juſte éloge des illuſtres
Protecteurs de l'Académie & des plus
célebres Académiciens.
M. le Comte de Buffon , Directeur ,
répondit avec éloquence à ce diſcours ;
il fit quelques obſervations ſur les éloges
, releva l'éclat des titres littéraires du
I nouvel Académicien , répandit des fleurs
fur la tombe de M. de Châteaubrun , &
paya le tribut de juttice & d'éloges dû au
jeune Monarque qui fait le bonheur de
fes Peuples. Nous rendrons un compte
۱۰ plus détaillé de ces Diſcours, lorſqu'ils
. feront imprimés.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. d'Alembert , Secrétaire perpétuel
de l'Académie , a fini la féance par la
lecture de l'Eloge de la Motte Houdart ,
dont il a parfaitement caractérisé l'eſprit ,
les talens & les ouvrages. Cet Eloge ,
plein de ſaillies , de traits lumineux , &
de vues fines & délicates , avec un pas
rallele brillant entre cet Auteur & Fon
tenelle , ſon ami, fit la plus vive fenfa
tion & le plus grand plaifir.
I V.
COPENHAGUE.
Le 1o Février 1775 , la Société des
Sciences à Copenhague fut aſſemblée pour
examiner les écrits adreſſés à ladite Société
, ſur les ſujets propoſés pour l'année
paſſée.
Le prix d'Hiſtoire fut adjugé à une
Diſſertation fur la ſituation de Jomsborg
, avec cette deviſe : Tempus edax
rerum , tuque invidioſa vetuftas omnia destruitis
, cette piece étant écrite avec beaucoup
de foin & d'érudition : mais comme
l'Auteur n'a point aſſez conſulté les anciens
Ecrivains , dont divers paſſages ,
rapprochés & comparés enfemble , au4
159
MAI.
1775.
roient pu fervir à la ſolution de la question
propofée , la Société ne fauroit a.
dopter l'hypotheſe foutenue dans ce Mé .
Thoire. L'on ne manquera pas de publier
le nom de l'Auteur , dès qu'il voudra le
faire connoître à la Société.
N'ayant reçu aucun Mémoire fatisfai-
Tant ſur les ſujets mathématiques & phyfiques
, la Société trouve bon de continuer
pour l'année prochaine les problêmes
ſuivans :
EN MATHÉMATIQUES .
quæ
Invenire machinam , aut mechanicum
quoddam artificium , cujus ope lacus , stagna
, aliaque id genus aquilegia , commode ,
& fine magno pretio repurgari , & à limo ,
immunditie , fructibusque aquaticis ,
fundum elevant , interitumque lacuum accelerant
liberari poffint ; co imprimis cafu , ubi
effluxus aquarum ad exficcandas & effodendas
ejufmodi aquarum collectiones nimis
Starent impenfis aliaque circumftantia aquas
dulces urbi neceffarias interea perdi , & inutiliter
defluere haud permittunt.
EN PHYSIQUE.
1
Analyſin metallorum in partes conflitutivas
fecundum follicitè inftituta experimenta
tradere.
160 MERCURE DE FRANCE.
Outre ces deux problêmes , il fut ré
folu , dans la même afſſemblée, de propofer
pour cette année les ſujets fuivans
:
' EN MATHÉMATIQUES.
Incurvationem baſis carinæ aquæ diutius
innatantis facili modo , ad calculum revocare
, & demonstrare quænam ſtructura navi
huic vitio præ aliis fit obnoxia ?
EN PHYSIQUE.
Experientid docente , oculus hominis fanus
objecta viſa coloribus peregrinis à diver-
Sa refrangibilitate ortis , non inquinat quamdiu
pupilla integra radios excipit ; hac ver
ad dimidium tecta , objecta viſa omnind coloribus
peregrinis cinguntur. Defideratur itaque
ratio hujus phænomeni , & disquisitio , numnè
ad normam oculi , nova ſpecies vitrorum
objectivorum achromaticorum componi
queat ?
:
EN HISTOIRE .
Requiritur historia juris in homines.
proprios
MAI. 1775.
-proprios glebæ additos quod in Dania vi.
guit , ab origine hujus juris ufque ad ejus
abrogationem
Les Savans , tant Etrangers que Danois
, excepté les Membres de la Société
font invités à concourir pour les prix , &
voudront bien écrire leur Mémoire en
danois , latin , françois où allemand ; les
Ouvrages compoſés en d'autres langues
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à celui
qui , à fon jugement, aura le mieux traité
chaque ſujet , conſiſte en une médaille
d'or de la valeur de roo écus (rixdaler) ,
argent de Dannemark.
Les Concurrens adreſſeront leurs Mémoires
, écrits d'un caractere liſible , &
francs de ports , à M. de Hielmeſtierne ,
Chevalier de l'Ordre de Dannebrogue &
Conſeiller des Conférences du Roi , Secrétaire
de la Société. Aucun écrit ne
fera reçu au Concours , paſſé le dernier
Mars de l'année 1776 .
La diſtribution des prix ſe fera vers
la fin du mois d'Avril 1776 , & le jugeiment
de la Société ſera publié incontinent
après.
Les Auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront une deviſe à la tête
L
162 MERCURE DE FRANCE .
ou à la fin du Mémoire , & y joindront
un billet cacheté qui contiendra la mêmedeviſe
, avec leur nom & le lieu de leur
réſidence.
Ceux qui ſouhaiteront que leurs Ouvrages
, qui ont concouru pour les prix
de l'année 1774 , leur foient rendus ,
ſont priés de s'adreſſer , pour cet effet
à M. de Helmeſtierne , avant la fin de
l'année courante.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LES
1
,
و
ES Concerts donnés aux Tuileries
pendant la vacance des Spectacles , ont
attiré un grand concours d'Amateurs ,
empreſſés d'applaudir à l'excellent choix
de muſique donné par les Directeurs , à la
parfaite exécution de l'orcheſtre , & aux
talens ſupérieurs des voix & des inftrumens.
On a exécuté dans ces Concerts
pluſieurs beaux motets, tels que l'Offertoire
de la Meſſe des Morts , morceaux pa .
thétique de M. Goffec ; le fameux Stabat
de Pergoleſe ; le De profundis , compo.
MAI.
163 1775.
fition ſavante & d'un grand effet , de M.
Langlé ; Cantate ; fuperbe motet à grand
choeur du même Maître ; Confitebor ,
motet de M. l'Abbé Roze , Maître de
Muſique des Saints Innocens , qui a montré
dans cette compoſition le goût de la
muſique en même temps agréable & expreſſive.
L'oratoire d'Esther & le motet
à trois voix de M. Mereaux ont paru
d'une mélodie élégante & d'une harmonie
pittoreſque. M. Cambini , célebre
Compoſiteur , a reçu les plus juſtes ap
plaudiſſemens , pour ſes belles ſymphonies
, pour fon Miferere , motet à grand
choeur ; pour ſes oratoires françois , Joad
& le Sacrifice d'Isaac , tous morceaux qui
annoncent un génie heureux & facile. On
revoit & l'on entend toujours avec plaifir
les belles ſymphonies de M. Goſſec ,
& celles de M. Davaux & de M. Diters.
Les voix récitantes dans ces Concerts
-font Mesdames Larrivée , Charpentier ,
Duchâteau ; MM. Legros , Guichard ,
Borel , Beauvalet , Roier & d'autres ,
dont le Public a admiré l'organe & l'expreſſion.
Les inſtrumens qui ſe ſont dis.
tingués dans les ſymphonies concertantes
font MM. Bertheaume , Guénin , Laurent
, le Jeune , Guerin , Le duc le jeune ,
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
excellens violons ; M. Monin , ſur la
quinte ; M. Petit , ſurile baſſon. M. Baer
a exécuté avec un talent ſupérieur plufieurs
excellens morceaux de clarinette.
M. Schon a fait entendre un concerto de
cor de chaſſe , dont il joue d'une maniere
très diſtinguée. On a auſſi beaucoup
applaudi au jeu brillant & expreffif de
M. Duport le jeune , fur le violoncelle.
M. Lebrun , premier hautbois de S. A.
S. l'Electeur Palatin , a joué pluſieurs
concerto , & toujours avec le même ſuecès
& un talent prodigieux , qui ne laiſſe
rien à déſirer; il a trouvé l'art d'adoucir
& d'animer le hautbois , de lui donner
plus d'étendue dans les tons ſupérieurs ,
de varier ſon jeu , & de le rendre toujours
auſſi flatteur qu'il eſt admirable.
Deux rivaux pour le violon , dignes de
s'eſtimer l'un l'autre , ont paru dans
la lice des talens , M. Jarnovick , célebre
par le beau fini , par l'élégance
& par l'expreffion de ſon jeu ; M.
Lamotte , jeune virtuoſe , qui met dans
fon exécution beaucoup de feu , de variété
& de hardieſſe , ont joué alternativement
des concerto , & ſe ſont enſuite
réunis dans le même Concert , où ils ont
-développé leurs talens & toutes les resMAI.
1775. 165
→
ſources de leur art. Ils ont été l'un &
- l'autre applaudis avec tranſports ; & , réciproquement
vainqueurs & vaincus , ils
ont partagé l'admiration ſans l'affoiblir.
1
OPERA.
ACADÉMIE royale de Muſique a fait
- l'ouverture de ſon Théâtre par Orphée &
Euridice , Drame héroïque en trois actes ,
en attendant Céphale & Procris , Tragédie
lyrique en trois actes , paroles de M.
de Marmontel , muſique de M. Grétry ,
dont la premiere repréſentation eſt annoncée
pour le Mardi 2 Mai. L'Académie
continue , pour les repréſentations
des Jeudis , l'Acte Turc , Hilas & Eglé
& la Provençale.
COMÉDIE FRANÇOISE ...
LESES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné pour l'ouverture de leur
Théâtre , la quatorzieme repréſentation
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
d'Adélaïde de Hongrie , Tragédie nouvel
le de M. Dorat ( 1 ) .
Le compliment d'uſage a été débité
par M. Déſeſſart , dernier Acteur reçu,
Il a été jugé d'une préciſion élégante.
Μ. Larrive , Acteur qui a déjà paru
fur ce Théâtre avec ſuccès , doit y débuter
de nouveau dans le Tragique &
dans le haut Comique, Il jouera le Mercredi
3 Mai le rôle d'Oedipe.
COMÉDIE ITALIENNE.
ΟN a donné , à l'ouverture , la fixieme
repréſentation des Femmes vengées , Co
médie nouvelle en un acte , mêlée d'ariettes
, paroles de M. Sedaine , muſique de
M. Philidor ( 2 ) .
( 1 ) Cette Tragédie eſt imprimée & ſe vend , prix
30 fols , chez Delalain , Libraire , rue de la Comédie
Françoife.
(2 ) Cette Comédie , eſt imprimée & ſe vend , avec
des airs notés & une eftampe néceſſaire pour l'intelligence
de la repréſentation , prix 30 f. à Paris chez Mufier
fils , Lib. rue du Foin. Nous avons rendu compte de
cette Piece dans le fecond volume d'Avril.
MAI. 1775. 167
Le compliment a été débité par M.
Michu , dernier Acteur reçu. Il a paru
un peu long , par la differtation qui lui
étoit étrangere , fur le nouveau genre
héroïque que M. de Rozoi prétend avoir
introduit par fon Drame lyrique de Henri
IV, & qu'il annonce dans un nouveau
Drame de la Réduction de Paris
On attend à ce Théâtre le début de
Mlle de Villeneuve , Actrice intéreſſante
, qui a joué avec ſuccès fur le Théâtre
de Strasbourg & fur celui de la Ville
de Versailles .
BIBLIOTHEQUE UNIVER .
SELLE DES ROMANS
Ouvrage périodique dans lequel on donnera
l'analyſe raiſonnée des Romans
anciens & modernes , François , ou
traduits dans notre Langue ; avec des
anecdotes & des notices hiſtoriques &
critiques , concernant les Auteurs ou
leurs Ouvrages , ainſi que les moeurs ,
les uſages du temps , les circonstances
particulieres & relatives , & les perſonnages
connus , déguisés ou emblé
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
matiques : à Paris , chez Lacombe ,
Libraire.
LESE
S Romans ont été les premiers Livres
de toutes les nations. Ils renferment les
plus fideles notions de leurs moeurs , de
leurs uſages , de leurs vices & de leurs
vertus. Ils font comme autant de tableaux
allégoriques qui préſentent la vérité voilée
, ou embellie par la fiction. Les Hordes
ſauvages , ainſi que les hommes policés
, ont leurs Romans: mais c'eſt chez
un peuple actif , noble & induſtrieux ,
qu'il faut chercher ces fruits heureux de
l'imagination ; c'eſt en France fur - tout
que les Romans deviennent intéreſſans
& utiles pour quiconque veut aller audelà
du but que la frivolité paroît s'être
propoſé. Ils renferment la branche la plus
ancienne , la plus étendue & la plus riche
de notre littérature. La lecture de quelques
Romans iſolés amuſe l'oiſiveté
trompe l'ennui , peut donner de fauſſes
idées & de plus faux ſentimens. Mais
cette même lecture , dirigée par la Philofophie
& embraſſant la généralité des
fictions , devient l'étude la plus fûre & la
plus fuivie de l'Hiſtoire la plus ſecrette
& la plus fidelle par les faits qu'elle
2
2
:
MA 1. 1775 169
raſſemble & les myſteres qu'elles dévoile.
C'eſt une chaîne d'un nouveau genre ,
dont il faut faiſir & fuivre la progreſſion :
elle lie tous les temps , & marque , pour
ainſi dire , les progrès de la Monarchie ,
par les progrès du génie & la peinture
des paffions.
Le Roman a cet avantage ſur l'Hiſtoire,
qu'il peint les moeurs en décrivant les
faits ; qu'il développe & nuance les caracteres
; & qu'il repréſente toute une nation,
dans le récit des aventures de quelques
citoyens. Or , toutes les particularités ,
répandues dans les Romans , forment le
véritable corps de l'Hiſtoire. Il ſeroit fans
doute impoffible , & même abſurde ,
de raſſembler tous les volumes que le
temps a accumulés: il ſuffit de les faire
connoître , en les analyſant ; d'en donner
l'ame , l'eſprit , & , pour ainſi dire ,
la miniature. C'eſt le plan que nous exé
cutons.
La difficulté étoit de retrouver tout ce
qui a été produit , dans ce genre , depuis
des fiecles ; & de raſſembler toutes les richeſſes
, foit nationales , foit étrangeres ,
que la traduction a naturaliſées parmi nous.
Cette difficulté a été levée par la générofité
d'un homme de qualité , qui poſſede
LS
170 MERCURE DE FRANCE.
la bibliotheque la plus complette dans
tous les genres ; qui a réuni un nombre
étonnant de manufcrits précieux ; & qui
a récueilli lui-même , par un travail peutêtre
inconcevable , depuis pluſieurs années
, une infinité d'anecdotes , de notes
hiſtoriques & critiques ſur les Auteurs ,
les ouvrages , & fur les objets qui leur
font relatifs . Il veut bien préſider à notre
p'an , en tracer lui-même le deſſein , &
procurer les matériaux néceſſaires pour
élever un des plus beaux monumens , &
le feul , en ce genre , dont la littérature
puiſſe ſe glorifier. La reconnoiſſance , ici ,
marqueroit un fentiment bien foible , fi
elle trouvoit une expreffion.
Il y avoit pluſieurs formes propres à
préſenter la collection que nous propofons:
ſavoir; 1°. l'ordre chronologique
des Romans , 2º. l'ordre ſyſtématique des
genres ; 3°. l'ordre alphabétique ; 4°. la
forme périodique. Les deux premieres
avoient un grand inconvénient. Il eût
fallu arrêter trop long-temps le lecteur
fur des productions d'une imagination
gothique ; ou le fatiguer par une ſuite
d'objets d'une même eſpece. La troiſieme
forme étoit trop aſſujettiſſante , fans procurer
aucun avantage. Nous avons préféré
la forme du journal , parce qu'elle
MA I. 1775 . 171
met le lecteur à portée de jouir promtement
& fucceſſivement d'un travail déjà
fait ; & d'acquérir , fans ſe fatiguer , les
richeſſes , auſſi variées qu'intéreſſantes ,
de l'imagination. Cependant , pour ne
rien perdre des avantages qui peuvent
réſulter de tous ces plans , nous ferons , à
la fin de chaque année , une table qui
contiendra la chronologie des Romans
analyſés & deux autres tables qui préfenteront
, dans un ordre méthodique &
alphabétique , les genres & les eſpeces,
Ce journal des Romans donnera , (comme
nous l'avons dit) , la miniature de chaque
Roman : le fond du tableau ſera relevé
par le piquant des anecdotes & par la lumiere
des recherches , de la critique &
des traits hiſtoriques. Nous tâcherons que
chaque volume de cette bibliotheque
foit d'une lecture diverſifiée , inſtructive
& amusante , en nous attachant à faire
contrafter les genres , les temps , & l'intérêt
des fictions dont nous rendrons
compte. On ſera bien étonné de voir
dans ce Journal , combien les Romans de
tout genre , ceux même de l'imagina
tion la plus folle , font hiſtoriques ;
combien ils intéreſſent la nation , par les
moeurs & par les perſonnes , combien de
fictions font des vérités. Cadit perfona ,
172 MERCURE DE FRANCE.
1
manet res : le maſque ôté , on reconnoîtra
le perſonnage , ou le fait , déguiſé ſous
le voile de l'allégorie ; & la fable deviendra
le meilleur commentaire de l'Histoire.
Nous aurons l'avantage de faire connoître
auffi beaucoup d'excellens Romans ,
qui ſont d'anciens manuscrits renfermés ,
comme des tréſors , dans l'immenſe bibliotheque
qui nous eſt ouverte , & de
'faire renaître beaucoup d'autres Romans ,
auxquels la rareté ou la vétuſté avoient
ravi les avantages de la publicité , en bornant
, à un très petit nombre , les exemplaires
en quelque forte myſtérieux , qu'on
ne peut que très difficilement trouver. Les
Romans trop connus ne feront point analyſés.
Notre travail, à leur égard, ſe bornera
à de ſimples notices , pour en expliquer
les circonstances , donner l'intelligence
du deſſein,& faire fentir leurs rapports
avec l'Hiſtoire. Cet expoſé ſuffit , ſans
doute , pour justifier les avantages de cette
entrepriſe , agréable à l'homme du monde
qui veut s'amuſer , utile à l'homme
de Lettres qui veut s'inſtruire , féconde
pour les Poëtes qui cherchentdes fictions
heureuſes propres au théâtre , néceſſaire
à l'Hiftorien & à l'Obfervateur des moeurs
MAI.
173 1775.
!
des temps & des uſages anciens & modernes
.
La Bibliotheque universelle des Romans
paroîtra périodiquement , le premier de
chaque mois , à commencer au premier
Juillet 1775. Le volume ſera de neuf
feuilles , au moins , d'impreſſion , caractere
de Cicero. On publiera ſeize volumes
par année ; ſavoir , outre les volumes
du mois , un autre volume , le 15 des
mois de Janvier , Avril , Juillet & Octobre.
Le prix des ſeize volumes
année , ſera de 24 liv. à Paris, & de 32
liv. en Province , rendus francs de port
aux abonnés. Chaque volume fera de
36 f. chez le Libraire , pour ceux qui
n'auront point ſouſcrit.
و
par
On pourra s'abonner, en tout temps ,
chez Lacombe , Libraire , à Paris , rue
Chriſtine ; au bureau des Journaux.
Meſſieurs les Souſcripteurs font priés
d'affranchir le port de leurs Lettres d'avis
& de leur argent.
174 MERCURE DE FRANCE.
VERS à Mademoiselle D. L. B*** , de
Versailles.
CERTAIN ERTAIN foir , qu'il étoit grande fête à Cithere ,
Et qu'on avoit chanté maint cantique à l'Amour ,
Quelques Dieux , à l'envi , s'empreſſant de lui plaire ,
Lui vantoient tour- à-tour ,
Les ſoins qu'ils prenoient tous pour embellir ſa Cour.
Je me donne , dit Terpſicore ,
Une rivale ; elle a mes divers mouvemens :
L'oeil l'admire d'abord , bientôt le coeur l'adore ,
Et ſes pas fur les ſiens attirent mille Amans .
Pour moi , réplique Hébé , je peux citer les charmes
D'un bijou de treize ans , embelli de mes traits ;
Son air naïf ajoute à ſes attraits :
Elle ſourit , & l'on lui rend les, armes .
Fils de Cypris , poursuivit Apollon ,
Tu fais que ta tendre harmonie
Apeuplé de tout temps les boſquets d'Idalie ?
Je m'occupe de toi , même ſur l'Hélicon :
Je m'y plais à former une jeune Mortelle
Dont la flexible voix
Rangera fous tes loix
Le coeur le plus rebelle :
Les accords que ſa harpe ou que ſon clavecin
Soupirent fous ſa main ,
Paroiffent s'échapper de ma lyre immortelle.
Bon ! s'écria l'Amour de plaifir tranſporté !
MAI.
175
1775.
Voyons ces trois merveilles .
Celle qui charmera nos yeux ou nos oreilles ,
Recevra de ma main un prix bien mérité.
Il dit , Mercure part ; l'ordre eſt exécuté.
Mimi ſeule paroft: chacun des Dieux en elle
Voit applaudir l'Emule à ſes leçons fidelle.
L'Amour lui fait préſent d'un trait toujours vainqueur ;
J'ai vu Mimi , le trait eſt dans mon coeur.
Par M. C***.
- A Monseigneur ie Maréchal DE DURAS .
1
Vous venez donc de recevoir
Des Guerriers le ſceptre héroïque ;
Vous allez de plus vous affeoir
Dans le fauteuil Académique :
Double gloire bien due à votre illuftre nom .
La palme de Mars , avec grace ,
Dans vos heureuſes mains s'enlace
Avec les lauriers d'Apollon;
Par Madame Bouret.
176 MERCURE DE FRANCE.
A Monsieur le Marquis DE VERAC.
P
OLITIQUE , guerrier , digne repréſentant
D'un jeune Roi qu'on idolatre ,
Caffel étoit pour vous un trop petit theatre ;
Allez où le Danois & le Nord vous attend.
Hélas ! nous gémirons de vous ſavoir abſent.
Avec un coeur tel que le vôtre ,
Et ce que votre eſprit a par-tout de pouvoir ,
D'un pays on n'eſt point l'eſpoir ,
Sans être le regret d'un autre.
Par la méme.
EPITRE du Prince de Beloſelsky , Ruffe,
à M. de Voltaire.
GRAND RAND Voltaire , de qui la gloire ,
Au ſein de l'immortalité ,
Ira , de mémoire en mémoire ,
Intéreſſer l'humanité ,
Servir de ſujet à l'Hiſtoire ,
De phare à la Poſtérité ;
Acceptez l'hommage fincere
Que vous offre un enfant du Nord,
Qui
1
MAI . 177 1775.
コ
Qui n'a de titre littéraire
Qu'un brûlant deſir de vous plaire :
Ou pardonnez lui ſon tranſport .
Etant ſi près de vous , Monfieur , pouvoit . il
réſiſter plus long - temps à l'impérieuſe démangeaiſon
de vous marquer fa reconnoiffance , pour
tant d'Ouvrages qui l'ont échauffé dans le pays
des frimats.
Mais quoique vous ſoyiez le pere
De ces chants ſi pleins d'agrément ,
Où le plaiſant & le ſévere ;
On le tour & le ſentiment
Diſputent à qui fait mieux plaire ;
Vous êtes bien peu conféquent ,
Sauf votre reſpect liminaire ,
D'avoir au bas mis votre nom :
Il falloit , fublime Voltaire ,
Il falloit figner Apollon .
Je me fuis mis au rang des rimeurs , comme
vous voyez , Monfieur , & dans une langue ,, fi
vous n'y aviez écrit , abſolument étrangere à moi,
mais tout cela moins par étude que par ſentiment;
je me fuis dit de bonne heure :
Comme un torrent impétueux
Le temps coule & ſe précipite :
Se plaire à le fixer eſt la gloire des Dienx ;
- Pour nous un moindre eſpoir doit conronner nos voeux ,
Apprenons à tromper ſa fuite ;
M
178 MERCURE DE FRANCE.
Par nous mêmes ſoyons heureux ;
Et , ſans porter envie au partage fuprême ,
Recueillons notre eſprit à l'aſpect de ce temps ;
Et loin de tout fade ſyſtème ,
Epluchons tous fes traits , goûtons tous ſes inftans.
Le plaifir le prolonge en dépit de lui - même.
LE PRINCE DE BELOSELSM
Réponse de M. de Voltaire.
AFerney, 27 Mars 1775.
MONSIEUR ,
Un Vieillard de quatre-vingt & un ans , accablé
de maladies cruelles , a ſenti quelques adouciſſemens
à ſes maux en recevant la Lettre charmante
en proſe & en vers dont vous l'avez hono
ré , dans une langue qui n'eſt point la vôtre , &
dans laquelle vous écrivez mieux que tous les
jeunes gens de notre Cour. Je viendrais vous en
remercier à Geneve , fi mes fouffrances me le
permettaient , & fi elles ne me privaient pasde
toute ſociété..
J'ai dit tout bas , en reliſant vos vers :
Dans des climats glacés Ovide vit un jour
Une fille du tendre Orphée.
D'un beau feu leur ame échauffée,
Fit des chanfons , des vers, & fur-tout fit l'amour.
MAI. 1775. 179
۲
Les Dieux bénirent leur tendrelle ,
11 en naquit un fils orné de leurs talens ;
Vous en êtes iſſu ; connaiſſez vos parens ,
Et tous vos titres de nobleffe.
Agréez , Monfieur le Prince , le reſpect du
Vieillard de Ferney.
LETTRE de M. de Voltaire à l'Auteur
des Ephémérides du Citoyen.
Je ne puis affez vous remercier , Monfieur ,
de la bonté que vous avez de me faire envoyer
vos Ephémérides. Les vérités utiles y font fi
clairement énoncées , que j'y apprends toujours
quelque choſe , quoiqu'à mon âge on foit d'ordinaire
incapable d'apprendre. La liberté du commerce
des grains y eſt traitée comme elle doit
l'être , & cet avantage inestimable ferait encore
plus grand , fi l'Etat avait pu dépenſer en canaux
de Province à Province la vingtieme partie de ce
qu'il nous en a coûté pour deux guerres , dont la
premiere fut entiérement inutile & l'autre funefte.
S'il y a jamais eu quelque choſe de prouvé , c'eſt
la néceflité d'abolir pour jamais les corvées. Voi
là deux ſervices effentiels que Monfieur Turgot
veut rendre à la France ; & en cela fon adminiſtration
ſera très - ſupérieure à celle du grand
Colbert. J'ai toujours admiré cet habile Miniſtre
de Louis XIV , bien moins pour ce qu'il fit , que
pour ce qu'il voulut faire ; car vous favez que
fon plan était d'écarter pour jamais les Trai-
M 2
م
180 MERCURE DE FRANCE.
tans La guerre plus brilante que ſage , de 1672 ,
détruifit toute ſon économie. Il fallut ſervir la
gloire de. Louis XIV , au lieu de fervir la Fran-
се. Il fallut recourir aux emprunts onéreux , au
lieu d'impoſer un tribut égal & proportionné
comme celui du dixieme.
Que la France foit adminiſtrée comme l'a été
la Province de Limoges , & alors cette France
fortant de ſes ruines , ſera le modele du plus
heureux Gouvernement.
Je ſuis bien content , Monfieur , de tout ce
que vous dites ſur les entraves des Artiſtes , fur
les maîtriſes , ſur les jurandes. J'ai fous mes yeux
un grand exemple de ce que peut une liberté
honnête & modérée en fait de commerce , aufli
bien qu'en fait d'agriculture. Il y avoit dans le
plus bel aſpect de l'Europe , après Conſtantinople
, mais dans le fol le plus ingrat & le plus
mal fain , un petit hameau habité par quarante
malheureux dévorés d'écrouelles & de pauvreté.
Un homme avec un bien honnête , acheta ce
territoire affreux , exprès pour le changer. 11
commença par faire deſſécher des marais em
peſtés . Il défricha. Il fit venir des Artiſtes étran
gers de toute eſpece , & furtout des Horlogers
qui ne connurent ni maîtriſe , ni jurande , ni
compagnonage , mais qui travaillerent avec une
induſtrie merveilleufe , & qui furent en état de
donner des ouvrages finis à un tiers meilleur marché
qu'on ne les vend à Paris.
Monfieur le Duc de Choiſeul les protégea avec
cette nobleffe & cette grandeur qui ont donné /
tant d'éclat à toute ſa conduite.
Monfieur Dogni les foutint par des bontés
fans lesquelles ils étaient perdus.
MAI. 181 1775-
Monfieur Turgot voyant en eux des étrangers
devenus François , & des gens de bien de.
venus utiles , leur a donné toutes les facilités
qui ſe concilient avec les loix.
Enfin , en peu d'années , un repaire de quarante
fauvages est devenu une petite Ville opulente
, habitée par douze cents perſonnes utiles ,
par des Phyſiciens de pratique , par des ſages
dont l'eſprit occupe les mains. Si on les avoit
afſujettis aux loix ridicules inventées pour oppri
mer les Arts , ce lieu ferait encore un défert infect
, habité par les ours des Alpes & du Mont-
Jura .
Continuez , Monfieur , à nous éclairer , à nous
encourager , à préparer les matériaux avec lesquels
■ nos Miniſtres éleveront le temple de la félicité
publique.
L
J'ai l'honneur d'être , avec une reconnoiffance
reſpectueuse , Monfieur ,
Votre tres -humble & très- obéifſfans
ferviteur VOLTAIRE. 1
1
1
1
1
M 3
182
MERCURE DE FRANCE,
LETTRE de M. de Voltaire à M.
Parmentier.
Ferney , le 1 Avril 1775-
J'ai reçu , Monfieur , les deux excellens Mémoires
que vous avez bien voulu m'envoyer ,
l'un fur les Pommes de terre , defiré du Gouvernement
, l'autre ſur les Végétaux nourriffans,
couronné par l'Académie de Besançon. Si j'ai
tardé un peu à vous remercier , c'eſt que je ne
mangerai plus de pommes de terre dont j'ai fait
du pain très- ſavoureux , mêlé avec moitié de fa.
rine de froment, & dont j'ai fait manger à mes
Agriculteurs dans un temps de difette, avec le
plus grand ſuccès. Mais quatre-vingt & un ans,
furchargés de maladies , ne me permettent pas
d'être bien exact à répondre ; je n'en ſuis pas
moins ſenſible à votre mérite , à l'utilité de vos
recherches , & au plaifir que vous m'avez fait.
J'ai l'honneur d'être avec tous les ſentimens
que je vous dois, Monfieur , votre tres-humble
& très-obéiffant ſerviteur.
VOLTAIRE.
MAI. 1775- 183
COURS ET LEGONS PUBLIQUES .
I.
M. Bouchaud , de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , Lecteur
- & Profeſſeur Royal du Droit de la Nature
& des Gens ( Chaire nouvellement
établie) , Docteur-Régent de la Faculté de
Droit , & cenſeur Royal , a repris ſes leçons
au College Royal , le Lundi 24 de
ce mois. Il les continuera les Lundis , Mercredis
& Vendredis à huit heures& demie
du matin , & donnera la premiere partie
de ſes Inſtitutions du Droit des Gens. M.
Bouchaud fera en outre , chez lui , un Cours
particulier de Droit Politique , les Dimanches
depuis dix heures juſqu'à midi ,& les
Jeudis depuis onze heures juſqu'à une.
L'objet de ce Cours ſera de développer la
conſtitution politique & actuelle de tous
les Etats de l'Europe , & de conſidérer ,
ſous un point de vue général ,les intérêts
de chacun d'eux relativement aux autres
Etats .
I I.
M. l'Abbé Aubert , Cenſeur Royal , Di-
M 4
184 MEKCURE DE FRANCE.
recteur de la manutention économique de
la Gazette de France , Lecteur & Profesſeur
Royal en Littérature Françoiſe (Chai
re nouvellement créée ) , a fait l'ouverture
de ſes leçons au College Royal , le Mardi
25 , à onze heures du matin , par un Discours
fur l'origine de la Langue Françoise ,
& il les continuera les Mardis, Jeudis &
Samedis à la même heure. Il y reprendra
la Langue à ſon berceau ; & il en ſuivra
les progrès dans nos vieux Poëtes , en y
joignant tout ce que pourra lui fournir
d'utile & de curieux , l'Hiſtoire littéraire
des Troubadours , compoſée d'après les
manuscrits de M. de Sainte- Pallaye.
III.
M. Junker finira le 22 Mai prochain ,
fon Cours de Grammaire Allemande , auffi
bien que celui de Science Politique . Il recommencera
l'un & l'autre le 24 du même
mois , & les continuera pendant fix mois
comme il a fait juſqu'ici , tous les Lundis
Mercredis & Vendredis , le premier de.
puis neuf heures du matin juſqu'à dix , &
le ſecond depuis dix heures juſqu'à midi.
Le prix du Cours de Grammaire Allemande
eſt de trois Louis , & celui du Cours
MAI. 775- 185
de Science Politique , très utile & même
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent aux af-
- faires , eſt de ſix Louis , qui ſe paient d'avance.
Les perſonnes qui voudront venir
à l'un ou à l'autre , ſont priées de ſe faire
infcrire quelques jours auparavant. M.
Junker demeure rue Saint Benoît , Fauxbourg
Saint Germain , maiſon du Bourrelier
de Monfieur , au ſecond.
I V.
M. Roberts , Profeſſeur de Langue An-
- gloiſe , & Anglois de nation , a l'honneur
d'avertir le Public qu'il eſt de retour de
Londres , qu'il continue de donner des
leçons chez lui & en ville , à ſen ordinaire.
Les perſonnes qui defirent apprendre
l'Anglois , foit par goût ou par beſoin ,
&qui veulent un peu s'y appliquer , peuvent
s'aſſurer qu'elles fauront le lire avec
un très-bon accent , & de maniere à ſe
faire bien entendre au milieu de Londres
même , en très-peu de temps. On dit en
général que la prononciation de cette
Langue eſt d'un difficulté extrême , ſinon
infurmontable ; pour détruire ce prejugé
, il ſuffit de réfléchir que l'homme
eſt né imitateur , & qu'entre les mains
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
d'un Maitre qui ſait tirer parti de ce penchant
naturel , toutes les difficultés difparoiſſent
dans un mois de temps ,
en n'étudiant même qu'une heure par
jour. Les perſonnes , qui éprouvent le
contraire doivent croire , ou qu'elles fuivent
une méthode éloignée de celle de
la nature , qui eſt toujours laplus ſimple
& la plus facile , ou qu'elles font mal enſeignées.
Cours public de Langue Angloise.
M. Roberts , pour faire voir au Public
qu'il ne lui en impoſe pas , & pour concourir
à l'utilité publique autant qu'il eſt
en lui , invite les perſonnes qui deſirent
cultiver l'Anglois , à ſuivre le Cours qu'il
ouvrira le fix Mars prochain à 11 heures
du matin. Ce Cours durera quatre mois ,
il y aura leçon tous les jours , les Fêtes
exceptées ; en liſant quelques - uns des
Hiſtoriens Anglois , on expliquera d'une
maniere nette & préciſe les regles de la
Grammaire àmeſure qu'elles ſe préſenteront
, & on réſervera les fix dernieres ſemaines
pour lire quelques morceaux choiſis
de nos Poëtes les plus célebres, Comme
l'Auteur ne négligera aucun foin pourrenΜΑΙ.
1775. 187
dre ce Cours utile & intéreſſant , il ſe
- flatte de mériter les ſuffrages du Public
& de pouvoir aſſurer que les perſonnes
qui l'auront ſuivi régulièrement , feront
en état de lire toute forte de livres Anglois
, & même de pouvoir s'exprimer
dans cette Langue. Le bonheur d'être
utile ſera la ſeule & la plus flatteuſe récompenfe
qu'il peut recevoir. M. Roberts
demeure rue Pavée Saint - Andrédes
Arts , chez M. Tourillon , Tapiffier ,
à Paris.
ARTS.
GRAVURES.
I.
COLLECTION de planches enluminées &
non enluminées , repréſentant au naturel
ce qui fe trouve de plus intéreſſant
&de plus curieux parmi les animaux ,
les végéraux & les minéraux , par M.
Buc'hoz , Médecin Botaniſte & Surnuméraire
de Monfieur , Auteur de
'Hiſtoire Univerſelle du Regne Végé188
MERCURE DE FRANCE
tal , & des Dictionnaires des trois Regnes
de la France.
CETTE COLLECTION, une des plus curieuſes
& des plus intéreſſantes en fon
genre , paroîtra par cahier régulièrement
tous les trois mois. Le premier cahier qui
a paru dès le commencement de Janvier ,
comprend le regne animal ; il renferme
12 feuilles de gravures tirées ſur grand
papier au Nom de Jésus , & 10 feuilles
d'enluminures faiſant en tout vingt - deux
feuilles .
Le ſecond cahier qui paroît actuellement ,
comprend le regne végétal; on n'y a repréſenté
que les plantes de la Chine , dont (
le plus grand nombre eſt encore actuellement
inconnu dans l'Europe. Depuis longtemps
on déſiroit en Europe la repréſentation
figurée des plantes de la Chine ; il
falloit , pour pouvoir y parvenir , une circonſtance
auffi favorable que celle qui
s'eſt préſentée à l'Auteur ; on n'ignore pas
que l'entrée de la Chine eſt interdite à
tout étranger ; comment donc pouvoir la
parcourir pour en connoître les plantes ?
Un Miſſionnaire qui réuniſſoit à ſes talens
apoftoliques un goût pour la Botanique &
pour la Médecine , tâcha de réunir dans
MAI. 1775. 189
un corps d'ouvrage tout ce qu'il y avoit de
- plus intéreſſant&de plus curieux à ſavoir
fur les plantes , arbres & arbuſtes de la
Chine ; il puiſa, pour cet effet , dans
tous les livres de Botanique du Pays ; il
confulta les Médecins, les Botaniſtes &
les Pharmaciens de la Cour ; il s'aſſocia
pareillement des Peintres pour figurer ces
mêmes plantes ; l'ouvrage qu'il rédigea
fur cet objet , eſt actuellement déposé
dans la Bibliotheque de l'Empereur ; &
les figures des plantes qu'on publie dans
ce recueil, font copiées exactement d'après
cet ouvrage , enforte qu'elle feroient
auſſi rares , fi on les publioit à la Chine ,
qu'elles le font en France , puiſqu'elles ne
1 ſe trouvent que chez l'Empereur. C'eſt un
avantage pour nous d'avoir une notion de
ces plantes , telle que nous en avions de
celle d'Europe du temps de Diofcoride &
de Mathiole ; peut-être un jour pourronsnous
mieux les connoître: du moins , par
la connoiſſance que nous avons de leurs
noms Chinois qui ſe trouvent gravés en
caracteres du pays dans la derniere plan.
che de ce fecond cahier , pourra-t-on les
demander en réalité dans le pays & les
cultiver en France? Ce ſecond cahier qui
les repréſente , eſt , de même que le pre
1
i
1
1
1
1
190 MERCURE DE FRANCE.
mier , de 12 feuilles gravées & de to ena
luminées , il eſt tiré auſſi ſur même pa
pier ; il ſe trouve dans le cahier 30 plantes
figurées ; le recueil de ces plantes pourra ſe
monter environ à 500.
Le troiſieme cahier , qui paroîtra en
Juillet , ne ſera pas moins intéreſſant que
les deux autres,'pour ne pas dire plus : il
eſt actuellement gravé , & on peut dire
que c'eſt un chef- d'oeuvre de gravures ,
même au dire des Amateurs ; il eſt deftiné
au regne minéral; on y trouve des foffiles
très-curieux , des cryſtalliſations , des acci
dens parmi les minéraux , qui ſont rendus
avec la derniere exactitude : il n'y a encore
rien eu de ſi bien exécuté en ce genre
; on ne craint pas de l'avancer .
Le quatrieme cahier paroîtra en Octo
bre; il eſt déjà plus de moitié gravé ; il
recommencera le regne animal; & le cinquieme
qu'on publiera en Janvier 1776 ,
fera la continuation du regne végétal , de
même que le fixieme ſera celle du regne
minéral, & ainſi de ſuite régulièrement
de trois mois en trois mois ; chaque cahier
eſt broché en papier bleu , & entre
chaque planche il y a des feuilles de papier
ferpente ; il faudra réunir dix cahiers
pour un volume.
MA1. 1775.
191
On n'ouvrira aucune ſouſcription pour
cette Collection de planches ; on aime
mieux en offrir l'acquiſition à meſure
que chaque cahier paroîtra , ſans rien
payer d'avance; on n'en fera tirer que
300 Exemplaires ; ceux qui voudront
avoir les premieres épreuves font priés
de ſe faire inſcrire ; la diſtribution s'en
fera felon la date de leur inſcription ; le
prix de chaque cahier eſt de 30 livres ;
on pourra ſe les procurer chez l'Auteur ,
rue Haute- Feuille , & chez Lacombe , Libraire
, rue Chriſtine.
- On invite les Curieux & les Amateurs
qui auront quelques morceaux intéreſſans
d'Hiſtoire Naturelle , de vouloir bien en
donner avis à l'Auteur ; il les fera deſſiner
& graver à ſes frais, & indiquera les endroits
où on les trouve.
On foufcrit chez le même Libraire pour
un Ouvrage périodique ſur l'Hiſtoire Naturelle
, intitulé: la Nature conſidéréeſous
ſes différens Aspects. Il en paroît deux cahiers
par mois , & chaque fix mois , un
de ſupplément; le prix de la ſouſcription ,
pour toute l'année, eſt de 12 livres ; on
trouve raſſemblé dans ce Journal tout ce
qu'il y a de plus intéreſſant ſur la Médecine
, l'Art Vétérinaire , l'Agriculture , le
192 MERCURE DE FRANCE.
Jardinage , la Minéralogie, la Phyſique ,
'Hiftoire des Animaux , &c.; enforte
qu'on peut regarder ce Recueil autant
comme Ouvrage de bibliotheque , que
comme Journal .
On trouve auſſi à la même adreſſe le
Traité économique des Oiseaux de baſſecour
, Ouvrage nouveau , in - 12 , prix 2
1. broché
I I.
L'Agréable Désordre & la Promeſſe du
Retour: deux Eſtampes faiſant pendant
gravées par M. David ; de 14
pouces de hauteur , fur dix de largeur.
Ces deux ſujets n'offrent rien que d'agréable
, & font rendus avec toute la fineſſe
& la préciſion que l'Auteur a ſu ſi
bien répandre dans le Marché aux herbes
&Amsterdam : il ſemble même que le
travail en eſt plus ſoigné.
Elles ſe trouvent à Paris , chez M.
David , Rue des Noyers , au coin de
celle des Anglois ; prix , chacune , 2 1. 8 f.
ΙΙΙ.
Le Sieur Thomas , jeune Graveur
vient
MAI.
1775. 193
vient de mettre au jour le Portrait du
Sieur des Eſſarts , Comédien du Roi ,
repréſenté dans le rôle de Francaleu , lifant
la Tragédie de la mort de Bucéphale.
Ce portrait eſt gravé d'aprés le deſſein
de M. Ingouf , l'aîné. M. Thomas , éleve
du Sieur le Mire, célebre Graveur , annonce
de grandes diſpoſitions: ſon burin
ade la couleur & de la fermeté. On trouve
ce portrait chez M. Le Mire , rue St.
- Etienne- des-Grès. Il ſe vend I liv. 4 f.
I V.
Portrait , en médaillon , du ſieur Jean-
Jofeph Sue , Profeſſeur & Démonſtrateur
aux Ecoles Royales de Chirurgie , de
l'Académie Royale de peinture & fculpture
, &c. Ce portrait eſt gravé avec
beaucoup de ſoin & d'intelligence , d'après
un deſſein de M. Pujos , par M.
Pruneau & ſe vend ; I liv. 4 f. chez
l'Auteur , rue St Jacques , maiſon de
Madame Ducheſne , Libraire.
V.
Le grand tableau de Payſage de M.
-le Prince , qui a été expoſé au dernier
N
194
MERCURE DE FRANCE.
Sallon , ſous le titre de Vue des environs
de Fontainebleau , vient d'être gravé par
M. Godefroy. Cette Eſtampe de 22
pouces ſur 16 , ſe diſtribuera , le 1 Juin,
chez l'Auteur , rue des Francs - Bourgeois
, place St Michel , vis-à-vis la rue
de Vaugirard : prix 12 liv.
V I.
Jardins Anglois..
Les curieux , qui ont ſouſcrit pour les
huit planches faiſant fupplément des Jardins
Anglois , font priés de les faire
retirer.
Le cahier eſt actuellement compoſé
de 27 planches , compris le plan de Bellevue
& la deſcription ; prix 9 liv. broché ;
chez le Sieur le Rouge , Ingénieur - Géographe
, rue des grands Auguſtins .
MUSIQUE.
I.
TROISIEME Recueil d'airs d'Opéra-
Comique & autres , avec accompagne.
MAI. 195 1775.
■ ment de Guittarre , par M. Tiffier , de
l'Académie Royale de Muſique ; mis au
jour par M. Boüin ; Oeuvre ſeptieme :
- prix , 7 l. 4 f.
Ι Ι.
Trente - unieme Recueil périodique d'ariettes
d'Opéra-Comique , arrangées pour
le Forté Piano & le Clavecin : à Paris ,
chez M. Pouteau , Organiſte à St Martin-
des -Champs , & Maître de Clavecin ;
prix , 1 liv. 16 f. à Paris , chez M.
Boüin , Marchand de Muſique , & de
cordes d'inſtrumens , rue St. Honoré ,
au Gagne - petit , près St. Roch.
BAROMETRES ET THERMOMETRES.
LEE SIEUR ASSIER PERICA , Ingénieur-
Conſtructeur de Barometres & Thermometres
, & autres inſtrumens de Phyſique
expérimentale , eſt parvenu , après
un long travail , à ôter le choc du
mercure , ſi long - temps deſiré pour ces
inſtrumens , qui ne pouvoient auparavant
ſe tranſporter d'un lieu à l'autre ,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
ſans être expoſés à ſe caſſer & à ſe dé.
ranger par le choc .
Čes Barometres préviennent les tempêtes
& les ouragans ; & mettent , par conſéquent
, les Capitaines de vaiſſeaux ,
dans le cas de prévoir le danger.
Il a auſſi inventé des Thermometres ,
avec telle ſenſibilité , que dans un quart
de minute , ils ſe dilatent de 50 degrès ,
tandis que les ordinaires n'ont encore
pris aucuns degrés de température.
,
Au premier changement de la condenſation
ou dilatation , les amateurs & obſervateurs
peuvent s'aſſurer de tous les
changemens qui en réſultent. Il conſtruit
auffi des peſe liqueurs de comparaiſon
pour meſurer toutes fortes de liqueurs.
On trouve ces peſe - liqueurs chez M.
Baumé, Membre de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , rue Coquilliere ;
& une table d'explications. Le tout approuvé
par ladite Académie.
'Auteur fait toutes fortes de Barometres
, pour faire parallele aux Pendules
& Cartels.
Il demeure rue Geoffroy- l'Afnier , au
coin de celle de St-Antoine , au Barometre
Royal , à Paris .
1
MAI.
197 1775.
ACTE DE BIENFAISANCE.
- LE jeune Robert attendoit fur le rivage , à
-
-
-
--
Marſeille , que quelqu'un entrat dans son barelet.
Un inconnu s'y place , mais il alloit en fort r incontinent
, en difant à Robert qui ſe préſente , &
qu'il ne ſoupçonne pas en être le Patron , que
puifque le conducteur ne ſe montre point , il va
paffer dans un autre. Celui - ci est le mien ,
Monfieur ; voulez - vous fortir du port ? Non...
Monfieur... Il n'y a plus qu'une heure de jour ... Je
voulois ſeulement faire quelques tours dans le
baflin , pour profiter de la fraîcheur & de la beauté
de la ſoirée... Mais vous n'avez pas l'air d'un
marinier , ni le ton d'un homme de cet état.
Cela est vrai & je ne le ſuis pas en effet : ce n'eſt
que pour gagner plus d'argent que je fais ce métier
les fêtes & les dimanches . Fi! avare à votre
âge ! cela dépare votre jeuneſſe , & étouffe l'intérêt
qu'inſpire d'abord votre heureuſe phyfionomie.
Hélas , ſi vous faviez pourqo je
defire fi fort de gagner de l'argent , li vous me
connoiffiez , vous n'ajouteriez pas à ma peine
celle de me croire un caractere fi bas . -- J'ai pu
vous faire tort : mais vous vous êtes mal exprimé .
Faiſons notre promenade , vous me conterez votre
histoire... Eh bien ! mon cher ami , ditesmoi
done quels font vos chagrins ; vous m'avez
difpofé à y prendre part. Je n'en ai qu'un ,
celui d'avoir mon pere dans les fers , fans pouvoir
l'en tirer encore. Il étoit Courtier dans cette Ville ;
s'étant procuré de fes épargnes & de celles de ma
mere , dans le commerce de modes , un intérêt
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
fur un vaiſſeau en charge pour Smyrne , ii a
voulu lui - même veiller à l'échange de ſa pacotille
& en faire le choix. Le vaiſſeau a été pris par
un Corſaire & conduit à Tétuan , où mon malheureux
pere eſt eſclave avec le reſte de l'équipage,
Il faut deux mille écus pour ſa rançon ;
mais comme il s'étoit épuisé , afin de rendre
plus importante fſon entrepriſe , nous ſommes
bien éloignés d'avoir encore cette ſomme. Cependant
ma mere & mes foeurs travaillent jour
& nuit; j'en fais de même chez mon maître ,
dans l'état de joaillier que j'ai embraffé , & je
cherche à mettre à profit , comme vous voyez ,
les Dimanches & les Fêtes. Nous nous sommes
retranchés juſques ſur les beſoins de premiere
néceſſité; une ſeule petite chambre forme le logement
de notre ménage infortuné . Je croyois
d'abord qu'il m'étoit poſſible d'aller prendre la
place de mon pere & de le délivrer en me chargeant
de fes fers ; j'étois prêt à exécuter ce
projet, lorſque ma mere , qui en fut informée
je ne fais comment , m'aſſura qu'il étoit auſſi
impraticable que chimérique , & fit défendre à
tous les Capitaines pour le Levant de me prendre
à leur bord. Recevez- vous quelquefois des
nouvelles de votre pere ; favez - vous quel eſt ſon
Patron à Tétuan , & quels traitemens il y éprouve
? --- Son Patron eſt Intendant des jardins du
Roi ; on le traite avec humanité ; & les travaux
auxquels on l'emploie ne font pas au -deſſus de fes
forces. Mais nous ne sommes point avec lui pour
le conſoler , pour le foulager , il eſt éloigné de
nous , d'une épouſe chérie & de trois enfans qu'il
aima toujours avec tendreſſe. -- Etquelnom votre
pere porte-t- il à Tétuan ? Il n'en a pas
changé: il s'appelle Robert , comme à Marseille.
---
-
1
MAI. 1775- 199
-
- -
Ha ! ha ! Robert... chez l'Intendant des jardins
. Oui , Monfieur. Votre malheur me
touche ; mais , d'après vos ſentimens qui le méritent
, j'oſe vous préſager un meilleur fort , &
je vous le ſouhaite bien fincérement... En jouisfant
du frais ; je voulois auſſi me livrer à la foli .
tude : ne trouvez donc pas mauvais , mon ami ,
que je fois tranquille un moment.
Lorſqu'il fut nuit , Robert eut ordre d'aborder.
Sortant du bateau , ſans lui donner le temps d'en
defcendre , ni de l'attacher, l'inconnu ne permit
pas à Robert de le remercier de ſa bourſe qu'il lui
laiſſa , en le quittant ainſi avec précipitation. Il y
avoit dans cette bourſe huit doubles louis en or ,
& dix écus en argent. Une généroſité auſſi confidérable
inſpira au jeune homme la plus haute
opinion de la ſenſibilité de l'inconnu : mais ce
fut en vain qu'il faiſoit des voeux pour le rencon
trer & lui en rendre graces .
Six ſemaines après cette époque , cette famille
honnête , qui continuoit , fans relâche , à tra-
■ vailler , pour completter la ſomme dont elle avoit
beſoin , étant à prendre un dîner frugal , compoſé
de pain & d'amandes ſeches , voit arriver le pere
Robert , très proprement vêtu , qui la ſurprend
dans ſa douleur & dans ſa miſere. -- Ah ! ma fem .
me! ah ! mes chers enfans ! comment avez vous
pu me délivrer auſſi promptement , & de la maniere
dont vous l'avez fait ? Voyez un peu comment
vous m'avez équipé ; & puis ces cinquante
louis que l'on m'a compté en m'embarquant fur
le vaiſſeau , cù mon paflage & ma nourriture
étoient acquittés d'avance ! comment reconnoître
tant d'amour , tant de zèle ! & ce dépouillement
affreux où vous vous êtes mis pour moi !
furpriſe de la mere lui ôte d'abord la force de
- La
N 4
200 MERCURE DE FRANCE,
répondre; elle ne peut qu'embraſſer ſon mari ,
fondre en larmes , & fes filles de l'imiter. Pour
le jeune Robert , il reſte immobile ſur ſa chaiſe :
toujours fans mouvement , il s'y évanouit enfin.
Les pleurs qu'il a répandus rendent la parole
à la mere ; elle embraſſe encore fon mari , elle
regarde fon fils , & le montrant au pere : voilà
votre libérateur. Il falloit fix mille francs pour
votre rançon : nous en avons un peu plus de
moitié ſeulement , dont la meilleure partie eſt le
prix du travail & de l'amour de votre fils. Ce
reſpectable enfant aura trouvé des amis , qui ,
touchés de ſes vertus , l'auront aidé ; & puiſqu'il
projettoit , en fecret , dès le principe de votre
eſclavage , d'aller prendre votre place ; c'eſt ſans
doute à lui que nous devons notre bonheur : il a
voulu de même nous en laiſſer la ſurpriſe. Voyez
comme il le ſent ! mais ſecourons- le. La mere vo.
le à lui ; ſes ſoeurs en font de même. Ce n'eſt
qu'avec beaucoup de peine qu'on l'arrache de fon
évanouiſſement ; il jette alors ſes regards languisfans
fur fon pere : mais il n'a point affez de force
pour parler encore.
De fon côté , tout-à-coup rêveur & taciturne ,
le pere paroît bientôt conſterné ; puis s'adreſſant
à fon fils : malheureux ! qu'as-tu fait? comment
puis-je te devoir ma délivrance fans la regretter ?
comment pouvoit- elle reſter un fecret pour ta
mere , fans être acheté au prix de ta vertu ? A ton
âge , fils d'un infortuné , d'un eſclave , on ne ſe
procure point naturellement les reſſources confidérables
qu'il te falloit. Je frémis de penser que
l'amour paternel t'ait rendu coupable! Raffuremoi
, fois vrai , & mourons tous , fi tu as pu
ceffer d'être honnête. Tranquilliſez - vous ,
mon pere , répond - il en ſe levant avec effort :
----
MAI. 1775. 201
embraſſez votre fils ; il n'eſt pas indigne de ce
beau titre , ni aſſez heureux pour avoir pu vous
prouver combien il lui eſt cher. Ce n'eſt point
à moi , ce n'eſt point à nous que vous devez
votre liberté, Je connois notre bienfaiteur ; ma
⚫mere ! cet inconnu qui me donna fa bourſe ,
m'a fait bien des queſtions- Je paſſerai ma vie à
le chercher ; je le rencontrerai : il viendra jouir
de ſes bienfaits , les partager , & verſer avec
nous de douces larmes. Le fils raconte à fon
pere l'anecdote de l'inconnu , & le raffure ainfi
fur ſes craintes.
Rendu à la tranquillité , Robert trouva des
amis & des ſecours. Les ſuccès les plus inattendus
furpaffant ſes eſpérances , couronnent ſes nou
+ velles entrepriſes. Au bout de deux ans , il ſe voit
riche ; fes enfans établis & heureux , goûtent
avec lui & fa femme une félicité qui ſeroit fans
mélange , fi les recherches continuelles du fils
avoient pu lui faire découvrir ce bienfaiteur caché
, objet de leur reconnoiffance & de leurs
voeux.
Il le rencontre enfin un dimanche matin , ſe
promenant ſeul fur le port. Ah ! mon Dieu tutélaire!
C'est tout ce qu'il put prononcer en ſe jettant
à ſes pieds , où il tombe ſans connoiffance .
L'inconnu s'empreſſe de le ſecourir , & par quel
que eau ſpiritueuſe parvient à le faire revenir ; il
n'eſt pas moins empreſſé à lui demander la cauſe
de fon état. Ah ! Monfieur , pouvez - vous
l'ignorer ? Avez-vous oublié Robert & fa famille
infortunée , que vous rendites au bonheur en lui
rendant fon pere ? - Vous vous méprenez , mon
ami , je ne vous connois point , & vous ne fauriez
me connoître , car , étranger à Marfeille , je n'y
" fuis que depuis peu de jours. Tout cela peut
-
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
être: mais rappellez-vous qu'il y a vingt-fix mois
vous y étiez déjà ; cette promenade dans le port ,
l'intérêt que vous prîtes à mon malheur ; les
queſtions que vous me fites , ſeulement ſur les
circonstances qui pouvoient vous éclairer & vous
donner les lumieres néceſſaires pour être mon
bienfaiteur. Libérateur de mon pere , pouvezvous
oublier que vous êtes le ſauveur d'une famille
entiere , qui ne défire plus rien que votre
préſence? Ne vous refuſez pas à ſes voeux ; partagez
ſa joie ; venez confondre les larmes de votre
attendriſſement à celles de notre reconnoiſſance
.. Venez. --- Doucement , mon ami ; je vous
l'ai déjà dit : vous vous méprenez. Non ,
Monfieur , je ne me trompe point... Vos traits
font trop profondément gravés dans mon coeur
pour que je puiffe vous méconnoître : venez , de
grace! .. Et le jeune Robert de le prendre par le
bras & de lui faire ainſi une douce violence pour
l'entraîner , & le peuple de s'aſſembler autour de
ces deux perſonnages.
...
L'inconnu alors , d'un ton plus grave & plus
ferme : Monfieur , cette ſcene me fatigue ſans
vous foulager. Quelque reſſemblance frappante
occafionne votre erreur ; rappellez votre raifon ,
&, dans le ſein de votre famille , allez reprendre
la tranquillité dont vous me paroiſſez avoir beſoin.
-- Quelle barbarie! bienfaiteur de cette famille,
pourquoi , par votre réſiſtance , par votre refus
dem'accompagner , altérer le bonheur qu'elle ne
doit qu'à vous ? Reſterai-je en vain à vos pieds ?
Et ferez vous affez cruel pour rebuter aujourd'hui
le tribut touchant que nous réſervons depuis fi
long- temps à votre ſenſibilité ? Et vous , 6 mes
Concitoyens ! vous tous que le déſordre & le trouble
où je ſuis doivent attendrir , joignez - vous
MAI. 1775- 203
à moi pour que l'auteur de mon falut vienne contempler
lui-même ſon propre ouvrage.
Ici l'inconnu ſe tait. Mais réuniſſant toutes ſes
forces & rappellant fon courage , pour réſiſter à
la ſéductiioonn de la jouiſſance délicieuſe qui lui eſt
offerte , il échappe dans la foule , aux yeux
éteints & égarés du jeune Robert , & laiffe au
peuple étonné , l'exemple d'un héroïſme tel qu'il
n'avoit point encore vu.
Le filence de la déſolation , la fuffocation du
reffentiment ſuccedent à l'agitation dont l'honnête
Robert eſt tourmenté : on eſt obligé de le porter
chez lui , où enfin un torrent de larmes falutaires
l'arrache au danger de ſa ſituation .
L'inconnu dont il a été queſtion juſqu'ici , le
feroit encore maintenant , fi des gens d'affaires
ayant trouvé dans ſes papiers , à la mort de leur
maître , une note de 7500 liv. envoyées à Robert
Mayn , de Cadix , ne lui en euſſent pas demandé
compte: mais ſeulement par curiofité , puiſque
la note étoit bâtonnée & le papier chiffonné ,
comme ceux qu'on deſtine au feu. Ce fameux
Banquier Anglois répond qu'il en a fait uſage
pour délivrer un Marſeillois nommé Robert ,
efclave à Tétuan , conformément aux ordres de
CHARLES IDE SECONDAT , BARON DE
MONTESQUIEU , PRÉSIDENT A MORTIER
AU PARLEMENT DE BORDEAUX. (*)
Lorſque cet Auteur , par ſes écrits , tous éga
lement inſpirés & dictés par l'amour des hommes
& du vrai , éleva , lui - même , à ſa gloire , des
(*) Dans ſa vie , active , laborieuſe & obfervatrice ,
M. de Monte quieu aimoit à voyager. Il viſiroit fréquemment
ſa ſooeur , Madame d'Héricourt , mariée à
Marſeille.
204 MERCURE DE FRANCE.
monumens éternels , j'ai cru qu'en rapportant fim
plement ce fait , c'étoit la ſeule maniere dont
'Humanité , pénétrée de ſa perte , pouvoit , avec
quelque dignité , faire fumer l'encens de la
reconnoiſſance ſur le tombeau de fon immortel
bienfaiteur .
Douce , précieuſe , conſolante philoſophie ,
que de refpect & de vénération n'imprimes - tu
pas dans tous les coeurs , quand ceux dont le gé
nie peut éclairer , rendre meilleurs & plus heureux
leurs ſemblables , font les premiers à donner
l'exemple de la vertu !
Quel tableau touchant pour ceux qui le connois
foient! quel ſpectacle attendriſſant pour ſes amis ,
que la vie de l'Auteur de l'Esprit des Loix ! elle fut
facrifiée toute entiere à la bienfaiſance: les lettres
& le plaifir n'enfurent que les acceſſoires . Quel dut|
être fon bonheur de voir l'Epouſe qu'il adoroit ,
une Epoufe digne de lui , dédaigner , repouffer les
hommages dus aux graces & à la beauté , pour ne
s'occuper que du foulagement des miférables ; pour
ne trouver , avec lui , de fatisfaction &de jouiſſan
ce qu'à faire des heureux ! Leur vie , ſi celle des
êtres bienfaiſans & délicats dans le partage de
leurs dons , pouvoit être connue , ſerviroit de modele&
de confolation aux amis de l'Humanité.
O vous ! moderne Prométhée , dont l'ardent
flambeau furprit la Nature dans ſes projets ,
j'éclaira , l'embellit , vint l'agrandir à nos yeux
& nous découvrir ſes refforts , juſqu'à vous imperceptibles
à la foibleſſe de notre vue , Buffon !
que de moyens n'offrez - vous pas à nos neveux
pour faire de vos vertus le pendant de votre gé.
nie ! combien de traits brûlans de magninamité ,
partis du brafier de votre coeur ! Ainſi que l'aſtre
lumineux qui vivifie & régénere la plante deſſéMAI.
205 1775
chée par accident , vous relevez l'opprimé , vous
■ encouragez le malheureux , & effuyant ſes larmes
, vous favez lui faire oublier juſqu'au ſouvenir
même de ſes revers.
Arbitre & modele du goût , mortel non moins
univerſel qu'étonnant , toi qui , rendant hommage
à mon Héros , a dit il y a deux jours :
De Londres à Pétersbourg on lit l'Eſprit des Loix ; }
C'eſt l'oracle du Peuple & la leçon des Rois.
Epitre à M. le Comtede Treffan.
Toi de qui le nom ſeul eſt un bienfait , puiſqu'il
rappelle fans ceſſe au coeur & à l'eſprit des actes
de générofité , des traits de lumiere , ou l'image
des graces & du plaifir, que ne puis-je anticiper
fur les droits de la poſtérité !! mais la renommée
ſe les eft appropriés ; les noms de Calas , de Sirven
, celui de la race du grand Corneille , & tant
- d'autres , volent à l'Immortalité avec ceux de
Henri & de Jeannie d'Arc :
Et le même laurier couvre Horace & Titus ,
M. le Chev. de Cabierede Palmefeat,
Epitre ſur l'Amour de la Gloire.
a dit , voulant parler de toi & chantant l'union
du génie & de la vertu , l'un de tes plus dignes
admirateurs .
Que ne puis - je raconter quelqu'une de ces
anecdotes qui diftinguent ta délicateſſe ! que ne
m'eſt il permis fur tout d'arracher de l'oubli où
tu l'as plongée , une des circonstances de ta vie ,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
où tu ne fis pas moins d'efforts que Montesquieu
pour te cacher à tous les yeux , & rejetter le tri
but que ta magnanimité venoit de t'affurer ! que
ne puis-je le citer ce fait que j'ignorerois , fi celui
qui fut l'objet de ta bienfaiſance ne me l'eût
point appris , en te reprochant le filence auquel
tu l'as condamné !
Pardonne , 6 Voltaire ! ſi dans une carriere ol
ta préſence entretient , perpétue le printemps &
fait fleurir le myrthe à l'ombre du laurier , pardonne
ſi j'ai tenté de jetter des fleurs fur ta route
glorieufe! ton génie & ton indulgence les fi
rent éclore : l'émulation & la reconnoiſſance t'en
préfentent l'hommage.
Par M. Mingard.
1
1
ΜΑΙ.
207 1775.
ANECDOTES.
I.
Trait de piété filiale.
UNE femme du Japon étoit reſtée
veuve & fans bien, avec trois garçons.
Le travail de ſes enfans ne ſuffiſoit pas
pour entretenir ſa famille. Ils ſe communiquerent
leur chagrin , & ils prirent ,
pour mettre leur mere à ſon aiſe, une
étrange réſolution. On avoit publié, depuis
peu , que quiconque livreroit un
voleur à la Juſtice recevroit , pour récompenfe
, une ſomme aſſez conſidérable.
Les trois freres convinrent enſemble que
l'un d'eux ſeroit livré à la Juſtice par
les deux autres , comme voleur. On tira
au fort , & il tomba ſur le plus jeune-
Onleconduiſitau Magiftrat. Interrogé
par le Juge , le prétendu coupable confeſſa
le vol , & la ſomme promiſe fut
délivrée à ſes freres. Ces infortunés ,
attendris ſur le ſort de la victime , ſe
gliſſerent dans la priſon , pour l'arroſer
de leurs larmes. Le Magiſtrat s'en apper208
MERCURE DE FRANCE.
cut & les fit ſuivre per un domeſtique !
celui - ci les obſerva ; il s'infinua dans
leur maison , & entendit l'aveu qu'ils
firent à leur mere , de ce qui s'étoit
paſſé. Cette femme , au déſeſpoir , refuſa
de conſerver ſa vie , au prix de celle de
fon jeune enfant. Elle commanda aux
deux autres d'aller promptement déclarer
au Magiſtrat la vérité. Le Juge , informé
par le domeſtique, interroge de nouveau
le prifonnier , qui , par ſa conſtance
à foutenir ſa premiere déclaration , ſembloit
vouloir le contraindre à le punir.
Le Magiſtrat inſtruiſit le Cubo , (le Souverain
), de cette action immortelle. Le
•Cubo combla les trois freres de careſſes ,
& aſſigna au plus jeune , quinze cents
écus de rente , & cinq cents à chacun
des deux autres.
I I.
Un Prince Alide demandoit un jour
à Moëz , premier Prince de la Dinaſtie
des Fatimes Egyptiens . de quelle branche
des Alides il ſortoit. Voilà ma généalogie
, lui dit Moëz , en tirant fon
épée; il jeta enſuite de l'argent à ſes
ſoldats attroupes , en diſant : Voilà ma
race, III.
MAI.
1775- 200
111.
1
Onnontagué , Chef des Irroquois , en
guerre avec les Hurons & les François , ne
voulut point chercher ſon ſalut par la fuite
, à la vue d'un corps ennemi infiniment
ſupérieur à ſon détachement , qui ſe diffipa
ſans être attaqué. Il tomba entre
les mains des Hurons , qui , ſuivant
- leurs moeurs , s'acharnerent contre ce
Vieillard , âgé de cent ans. Celui - ci ,
bien loin de pouſſer un foupir , reprocha
aux Hurons d'être les vils eſclaves des
François. Un de ſes bourreaux , outré de
ſes inſultes , lui donne trois coups de
poignard. Tu as tort , lui dit fiérement
Onnontagé , d'abréger ma vie ;
tu aurois eu plus de temps pour apprendre
à mourir en homme.
I V.
Triſtan , ayant pris un Fort dans l'Iſle
de Jocotora , trouva un aveugle qui
s'étoit retiré au fond d'un puits ; il lui
demanda comment il avoit pu y deſcendre
; Les aveugles, répondit il , voient
le chemin de la liberté. La liberté fut
le fruit de ſa réponſe.
0
210 MERCURE DE FRANCE .
1
AVIS.
I.
:
ROBOIBINN,, Libraire , paſſage du Saumon , au-desſus
de l'Egout Mont-Martre , a forme depuis doux
ans un cabinet , où il a raffemblé & raffemble
journellement tout ce qui lui paroît propre à la
lecture.
Il a ramaffé juſqu'à ce jour dix-huit cents articles
, tant d'anciens Romans que de Romans
modernes.
La partie du Théâtre eſt preſque complette ,
indépendamment d'un très-grand nombredePie
ces détachées des différens Théâtres qu'il vend
ſéparément & à juſte prix , & qu'on peut fe pro-
⚫curer pour la lecture ſeulement.
L'Hiſtoire de France eſt une des parties à laquelle
il paroît s'attacher ſpécialement. Outre les
Hiſtoires générales , il raffemble tout ce qu'il
trouve des Mémoires ou Hiſtoires particulieres
relatives à cet objet.
Il ne néglige rien néanmoins pour completter
autant qu'il lui eſt poſſible , les Hiſtoires des autres
Nations , tant anciennes que modernes.
Il a auſſi un grand nombre de Voyageurs .
Enfin , s'il continue comme il a commencé ,
il y a apparence que dans quelques années , il
aura formé le cabinet le plus complet en ce
genre.
MAI. 211 1775.
Il vend fon Catalogue douze fols , & donne
gratis tous les ans le ſupplement .
Les conditions des différens abonnemens font
énoncés à la tête dudit Catalogue.
1 1.
Spectacle pyrique & hydraulique , ou imitation
des effets des feux d'artifices &
des eaux.
Ce ſpectacle conſiſte en différentes exécutions
d'artifices , fur des décorations variées d'Architecture
, de cafcades , &c. Il réunit tout ce que
l'art de l'Artificier embraſſe , ſoit dans la partie
de l'illumination , ſoit dans celles des foleils
fixes & tournans , des napes & jets d'eaux , des
chiffres , des guirlandes & autres eſpeces d'ornement;
la vivacité des feux , leur mouvement &
leur variété ſucceſſive dans les couleurs concourent
à faire l'illuſion la plus parfaite.
Les Amateurs & les Artistes que l'Auteur a
confultés , avant d'en faire part au public , l'ont
afſuré qu'il paſſoit de bien loin toutes les tentatives
faites juſqu'à préſent dans ce genre.
On pourra le voir tous les jours à fix heures
préciſes du ſoir , chez le fieur Le Bailly , qui en
eſt l'Auteur , en ſa demeure , rue des Lavandie .
res , place Maubert , au bureau de la capitation ,
au deuxieme.
Les repréſentations changeront pluſieurs fois
par ſemaine ; les billets feront de 24 fols par
place.
2
A
212
MERCURE DE FRANCE.
Les perſonnes qui ne voudroient pas s'aſſujettir
à l'heure ci - deſſus dite , pourront venir à tout
autre inſtant , en faiſant prévenir la veille le ſieur
Le Bailly.
III .
Cosmétique , Pâte de propreté.
Le moindre des ſecrets propres à conferver la
beauté ou à lui prêter un nouvel éclat , nous paroît
digne d'être diftingué parmi les recettes préſentées
aux Dames. Celui que nous leur offrons
eſt dans les harems des Orientaux & des Levantins
, très recherché des femmes , finon plus belles
que les nôtres , au moins également jalouſes
de l'éclat de leurs attraits. La compoſition que nous
leur avons annoncée dejà les années précédentes ,
s'appelle Guzellik , ou Ekmocq , mot arabe qui
lui vient de l'uſage que la propreté en fait au
ferrail& dans toute l'Afie. Elle est fort au- desfus
de la pâte d'amende , deſtinée ſeulement à ſe
laver les mains. Le reſte du corps méritoit bien
l'attention du beau ſexe , & par conséquent des
Artiſans du luxe. Ce n'eſt point affez de ſe net.
toyer : blanchir , adoucir , rafermir les chairs &
parfumer la peau , ſont des foins importans qu'il
feroit ſouvent dangereux de négliger , s'il eft
vrai qu'en quelque forte ils puiffent relever des
charmes ſéduiſans que la nature donne avant
l'art à cette moitié chérie de l'eſpece humaine .
L'Ekmocq a toutes les propriétés les plus defi .
rées : il ſuffit pour s'en frotter , de l'avoir fait
tremper un inftant dans l'eau , laquelle fert enfui
MAI.
213
1775.
te à ſe laver. Lorsqu'elle eſt tiede , l'effet en
devient plus prompt. C'eſt le ſieur Fagonde ,
Marchand de parfums , qui la débite ſeul . Il
demeure rue Saint - Denis , près de la rue des
Lombards , à la Toilette. Tout ce qui s'achette
ailleurs eſt abſolument contre- fait. Les pains
valent 24 fols piece. Ils ont une odeur trèsagréable
& qui s'évapore peu ; mais pour la con
ferver toujours , il faut les ferrer dans un petit
coffret , doublé d'étain ; ce qui ſe trouve auſſi
chez le même Marchand.
Un pain dure trois mois , fi l'on n'en fait uſage
que pour les mains , & le pain & le coffre ne
coûtent enſemble que 48 fols.
Nota. Des perſonnes dignes de foi qui avoient
le tein échauffé & plein de boutons , après s'être
ſervi de diverſes pommades indiquées & fans
ſuccès , ont fait uſage de cette pâte , en en faifant
fondre dans de l'eau de riviere , juſqu'à ce que
l'eau ſoit un peu épaiffe , & s'en font humecté
le viſage tous les foirs ; cela a produit le meilleur
effet , & a fupprimé entiérement les boutons.
LETTRES - PATENTES , ARRÊTS ,
ORDONNANCES , &c.
LE
I.
CE Parlement a enregiſtré le 16 Mars dernier ,
des Lettres- Patentes du Roi , en date du 12 Jan
3
A
214 MERCURE DE FRANCE.
vier,précédent , données en faveur de la Ville
Impériale de Reutlingen pour l'exemption du
Droit d'Aubaine , & la liberté du Commerce.
II.
Il paroît deux Arrêts du Conſeil d'Etat du Roi ;
le premier en date du 5 Janvier dernier , avec
Lettres-Patentes fur icelui , qui ordonnent que le
franc-falédes Officiers de la Chambre des Comptes
de cette Ville leur ſera délivré ſuivant l'ancien
uſage & comme auparavant les Arrêts des 24
Février & 18 Juillet 1773. Le fecond , en date
du 2 de ce mois , fupprime un ouvrage ayant
pour titre ; Théorie du Libelle , ou l'Art de calomnier
avec fruit , Dialogue Philosophique pour ſervir
de Supplément à la Théorie du Paradoxe.
III.
La Chambre des Comptes a rendu un Arrêt
en date du 22 Février dernier , concernant les
contrats d'échange faits entre le Roi & divers
particuliers , & acquiſitions faites par Sa Majetté
pour être réunies à fon Domaine , depuis le 19
Décembre 1735 , juſqu'au premier Janvier 1771 ;
enſemble des contrats d'échange faits entre le
Duc d'Orléans , en qualité de Prince Apanagiſte ,
& divers particuliers , depuis le 16 Août 1748
juſqu'au premier Janvier 1773.
I V.
L'Intendant de la Généralité de Poitou , informé
que la maladie des bêtes à cornes pénétroit
dans le Périgord & la Saintonge , vient de publier
MAI. 1775. 215
une Ordonnance par laquelle il prend toutes les
meſures convenables pour prévenir ce mal , en
interdiſant les moyens de communication. 11
défend même, par une ſeconde Ordonnance , le
débarquement de tous cuirs dans les Ports ou fur
les Côtes de la Généralité , de quelques lieux
qu'ils puiſſent venir .
V.
Arrêt du Conseil d'Etat du Roi , du 13 de ce
mois , qui ordonne que les droits ſur le poiffon
de mer frais , ne feront perçus pour l'avenir que
fur le pied de la moitié à laquelle ils avoient été
réduits par la Déclaration du 8 Janvier dernier ,
&que la perception des droits ſur le poiſſon fale
ſera & demeurera fupprimée par la fuite , ainfi
qu'elle l'étoit par la même Déclaration. N'enten .
dant néanmoins Sa Majesté comprendre dans la
réduction & fuppreſſion , les droits irréductibles
de Domaine & Barage.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Moscou , le 5 Mars 1775.
LES ES Troupes irrégulieres employées contre les
Tures , font déjà renvoyées , en grande partie ,
dans leurs Provinces : les ſeuls Régimens de
la diviſion de Livonie & d'Estonie reſtent encore
dans leurs quartiers juſqu'à ce que les affaires de
la Pologne foient terminées.
04
A
216 MERCURE DE FRANCE,
-
De Warsovie , le 24 Mars 1775-
On affure qu'actuellement il y a dans leGrand-
Duché de Lithuanie à-peu-près vingt mille Rusfes.
Le Corps d'armée que Sa Majeſté Pruffienne
a dans les Provinces de la Pruſſe , & qu'on fait
monter à trente - fix mille cinq cents hommes ,
doit , à l'exception du Régiment qui eſt auprès
de Dantzick , ſe trouver le 6 Juin près de Graudentz
( Ville du Palatinat de Culm , dans la
Pruſſe Polonoife) , pour y paffer la revue du Roi.
Des lettres récentes des Frontieres de Podolie ,
portent que la garniſon Ruffe de Choczim en
étoit fortie le 10 de ce mois , & avoit remis cette
place aux Turcs , qui y étoient entrés assnombre
de deux cents ſoixante-dix hommes ſeulement ,
commandés par un Aga. De leur côté , les
Tures ont remis Kinburn aux Troupes Ruſſes .
Un Major Français , nommé le Baron de Reuillecourt
, a obtenu le commandement d'une Lé.
gion de douze cents hommes qu'il leve aux dépens
de la République.
Les dernieres lettres de la Podolie annoncent
le départ du Général Romanzow pour Moſcaw.
Quant à l'armée Ruſſe , elle paroît faire quelques
difpofitions pour ſa ſortie de la Pologne.
MAI.
1775. 217
De Copenhague , le 4 Avril 1775 .
Le Baron de Blome , Envoyé extraordinaire à
la Cour de France , ayant obtenu un congé pour
paffer quelques mois dans le Holſtein , le Confeiller
de Légation Schutz eſt chargé à la même
Cour , pendant l'absence de cet Envoyé , des af.
faires de Sa Majeſté .
De Berlin , le 25 Mars 1775.
Par le Traité de Commerce conclu entre le
Roi de Prufle & la République de Pologne , on
a ftipulé la diminution de moitié des droits d'entrée
& de fortie en Pologne , qui font réduits à
2 pour 100. Celui de tranfit a été aufli modifié
à la même taxe , pour les objets fabriqués dans
les deux Etats reſpectifs . Une claufe afſujettit
_ aux anciennes fixations tous les objets néceſſaires
aux fabrications des Etats du Roi de Pruffe.
De Madrid , le 4 Avril 1775.
Les Maures étant fortis de leur camp devant
Mélille , & ayant arboré le drapeau blanc le 16
Mars à deux heures après-midi , on laiſſa en con .
féquence approcher des murs de la place un Alcaïde
qui annonça la levée du ſiege , & qui demanda
que Sidi Hamet Elgazel , Ambaſſadeur à
la Cour d'Eſpagne , lors de la conclufion de la
derniere paix , pût conférer avec le Commandant-
Général.
Don Juan de Sherlock , répondit qu'Elgazel
pouvoit venir , & bientôt il parut , accompagné
de deux autres Officiers Maures , qui donnerent ,
comme lui , en approchant , les marques d'un
05
218 MERCURE DE FRANCE.
reſpect & d'une foumiffion peu ordinaires à cette
Nation.
Le Gouverneur du Préſide du Pennon a auſſi
donné avis que les Maures qui l'affiégeoient ,
avoient arboré l'étendart de la paix le 18 Mars
au foir , & que la place y ayant répondu , ils
firent en ſubſtance les mêmes proteſtations qu'à
Mélille , demandant la paix & ſe retirant avec
leur artillerie,
De Naples , le premier Avril 1775.
Le Roi ayant été informé par fon Miniſtre à
Conſtantinople , que les ſommes deſtinées à l'entretien
des Lieux Saints n'étoient point appliquées
à leur objet , & que les Religieux qui réſident
à Jérufalem , privés de ce ſecours , y ſubſiſtoient
avec peine , Sa Majesté a ordonné au ſieur Léone
, Préſident de la Chambre des Comptes , de (
ſe rendre au Couvent des Cordeliers de Sainte
Marie la Neuve de cette Ville , où ſe reçoivent (
les quêtes rélatives à cet entretien qui ſe font
dans tout le Royaume. Ce Magiſtrat s'est fait
remettre la clef du tréſor , & il y a trouvé plus
de cent mille ducats d'argent comptant ; dont
il s'eſt ſaiſi. Deux jours après , il a paru un
Edit portant défenſes de faire à l'avenir de pareilles
quêtes , Sa Majesté voulant ſe charger >
Elle même de pourvoir à l'entretien des Saints
Lieux de la maniere qu'elle jugera convenable.
De la Haye , le 31 Mars 1775.
Les Etats Généraux ont publié le 20 , un placard
portant défenſe proviſionnelle, pour le terme de
fix mois , d'exporter aucune munition de guerre ,
MAI.
1775- 219
poudre , canons , balles ſur les Vaiffeaux expédiés
vers les Domaines de la Grande Bretagne , ſous
peine de confiſcation des objets prohibés qu'on
y trouveroit & d'une amende de mille florins
dont le Capitaine feroit reſponſable & pour lesquels
fon Vaiſſeau pourroit être exécuté. Les
mêmes peines & faiſies font prononcées par cette
Ordonnance contre tous autres Vaiſſeaux , foit
étrangers , foit nationnaux , s'ils ne font munis
d'une permiſſion expreſſe de ſortir avec les chargemens
ci- deffus déſignés ; on a pourvu à ce que
cette permillion ne pût leur être expédiée que
par le Département de l'Amirauté , ſous l'in
ſpection duquel ſe feront les embarquemens.
De Livourne , le 15 Mars 1775 .
Selon les nouvelles d'Alger , les Sujets de cet.
te Régence voient avec inquiétude les meſures
que prend le Bey pour rendre héréditaire cette
dignité dans la famille. La fermentation des esprits
excite des foulevemens dans la Ville , &
donne quelques alarmes aux Négocians Européens.
Extrait d'une Lettre de Philadelphie en date du
15 Février 1775.
Il regne ici une grande maladie , & particuliérement
dans les Troupes. Le dixieme Régiment
s'est révolté il y a quelques jours , & il a été
défarmé pour avoir refuſé de caſſer la tête à
trois foldats qui avoient déſerté. Les amis de
l'adminiſtration ont eu grand foin d'étouffer cette
affaire.
220 MERCURE DE FRANCE .
De Boston , le 7 Avril 1775.
Le Congrès Provincial aſſemblé le 15 Février
dernier à Cambridge , a décidé que la grande loi
de la conſervation de ſoi-même obligeoit les habitans
de cette Colonie à ſe préparer , fans délai
, contre toute entrepriſe qui pourroit être
formée de les attaquer par ſurpriſe . En conféquence
il eſt ordonné à tout Corps de Milice de
ſe perfectionner dans la difcipline militaire. Il eſt
recommandé aux Villes & Diſtricas de la Colonie
d'encourager les Fabriquans d'armes &d'en pourvoir
les Habitans qui n'en ont point encore : cette
réfolution eſt ſignée John Hencock , Préſident
du Congrès Provincial.
De Londres , le 2 Avril 1775.
Les Généraux Howe , Clinton & Burgoyne ,
qui commanderont les Troupes en Amérique ,
doivent s'embarquer à Portsmouth ; mais l'idée
qu'on s'eſt faite de leurs caracteres patriotriques ,
fait préſumer , qu'autant que l'honneur le leur
permeettttrraa , ils employeront les voies de la perfuafion
& de la douceur , pour ramener ces Pays
à la Mere Patrie avant de recourir aux moyens
de rigueur.
On annonce avec quelques inquiétudes qu'un
Vaiſſeau eſt parti de Stétin , au mois de Mars
dernier , avec un chargement d'armes à feu , de
poudre à canon , de boulets , d'habits d'ordon .
nance& de trente pieces de campagnes légeres ;
que les armes & les munitions ont été payées
par un Agent de l'Amérique à Berlin ; que ce
Vaiſſeau porte huit Officiers Généraux qui ont fervi
long- temps en Allemagne , & du nombre desquels
font les fieurs Roberveils , Larafont &Gurgenſtein.
MAL 1775- 221
De Paris , le 28 Avril 1775.
Les Habitans de Saint Domingue & les Chambres
du commerce du Royaume , ayant fait des
repréſentations fur le bas prix du café , Sa Majeflé
, pour encourager ce genre de culture , a
ordonné que le droit de 14 den. pour liv. qui ſe
perçoit à St. Domingue fur cette denrée , ſera
réduit à 4 pour 100 du prix vénal.
NOMINATIONS.
Le 19 Mars , la Marquise de Caumont de la
Force prêta ferment entre les mains de Monfeigneur
le Comte d'Artois , pour la place de Gouvernante
des Enfans de ce Prince.
Le Roi a accordé l'Evêché de Nantes à lẺ.
vêque de Tréguier ; & celui de Tréguier à l'Ab.
bé de Luberfac , Vicaire-Général d'Arles & Aumônier
de Sa Majefté.
PRÉSENTATIONS.
Le 6 Avril , le ſieur Bertrand de Boucheporne ,
nommé à l'Intendance de Corſe , ſur la démisfion
du fieur de Pradine , a eu l'honneur de
fare fes remercimens au Roi , auquel il a été
préſenté par le ſieur Turgot , Contrôleur-Géneral
des Finances .
Le 12 Mars ,le fieur de Courtilloles , Lieute822
MERCURE DE FRANCE .
nant Général au Baillage & Siege Préfidial d'Alençon
, anti que les ſieurs Dumellanges , Boullay
& de Badoire , Députés de cette Jur fd tien,
curent l'honneur d'être préſentés à Monfieur , &
de lui faire leurs remercimens , au nom de leur
Compagnie , pour laquelle ils ont obtenu la distinction
de porter la robe rouge.
Le 28 Mars , le fieur d'Albertas fils , eut l'honneur
d'être préſenté au Roi par le Sr de Miro
mefnil , Garde des Sceaux , & de faire fes re
mercîmens à Sa Majeſté de l'agrément qu'elle
lui a accordé pour la place de Premier Fréſident
à la Cour des Comptes , Aides & Finances de
Provence.
Le 17 Avril , la Marquiſe de Lomeſnil eut
Phonneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés & à
la Famille Royale , par la Comteffe de Brienne.
M. le Vicomte de Villerau , Officier au Régi.
ment des Gardes Françoiſes , a eu l'honneurd'être
préſenté au Roi , à la Reine , & à la Famille
Royale le 18 d'Avril. Le même jour Monfieur
le Marquis de Baroncelly , Officier au Régiment
des Gardes Françoiſes a auſſi eu l'honneur d'être
préſenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale.
NAISSANCES.
Le to Avril , la nommée Madeleine Vilguenne ,
âgée de quarante deux ans , Femme de Claude
Nigue , Tifferand , de la Paroiffe de Saint Gobain ,
Dioceſe de Laon , eſt accouchée d'un garçon&de
deux filles qui ſe portent très-bien. Cette femme
avoit déjà eu onze enfans , dont les huit premiers
étoient des garçons. Il en reſte ſept vivans au
pere & à la mere qui font fort pauvres .
MAI. 1775. 223
Le 8 de Mars , la Comteſſe héréditaire de Wied-
Neuwied , née Comteffe de Berlebourg , accoucha
heureuſement au Château de Neuwied , de ſon ſecond
fils , qui a été nommé Chrétien-Fréderic.
MARIAGES.
Le 17 Avril le Roi & la Famille Royale ont
ſigné le contrat de mariage du Baron de la
Houze , Chevalier des Ordres Royaux , Militaires
& Hofpitaliers de Notre- Dame du Mont-
Carmel & de Saint Lazare de Jérusalem , Chevalier
Honoraire de l'Ordre de Malte , ci - devant
Miniſtre Plénipotentiaire de Sa Majefté à laCour
de Parme , & actuellement réſidant avec le même
titre près les Princes & Etats du Cercle de la
Baffe-Saxe , avec Demoiselle Favre de Schalens.
actuelleme
Le 18 Avril , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de Mariage du Comte d'Ecquevelli
, Meſtre-de-Camp du Régiment Royal , Cavalerie
, avec Demoiselle de Durfort de Civrac ;
celui du Marquis de Bouzols , Colonel du Ré.
giment de Lyonnois , Infanterie , avec Demoifelledd''
Argout ; & celui du Comte de Puſignieu ,
Capitaine au Régiment Dauphin , Dragons , avec
Demoiselle de Santo.Domingue.
Le 9 Avril , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Comte de Fleurigny
, avec Damoiſelle Defreaulx ; & le 23 , ce.
lui du fieur de Chapt de Raftignac , Comre de
Chapt , Officier au Régiment du Roi , Infanterie
, avec Demoiselle de Forbin de Janſon .
Le 12 Avril , le Comte régnant de Sayn Wittgenſtein
- Berlebourg , époufa , à Grünſtatt , la
224 MERCURE DE FRANCE.
Comteſſe Charlote - Fréderique de Linange- Westerbourg.
MORTS.
Pierre Mauclerc de la Muſanchere , Evêque de
Nantes en Bretagne , Conſeiller du Roi , en tous
ſes Conſeils , eſt mort dans ſon Palais Epifcopal ,
le Avril.
Michel . Armand, Marquis de Broc , Comman
deur de l'Ordre Royal & Militaire de St Louis ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , ci-devant
Commandant en Bretagne , & depuis en
Baffe- Alface , eſt mort dans ſes Terres , au pays
du Maine , le 4 Avril.
On apprend de la Côte d'Or , en Afrique ,
que Dahomay , Roi de Juda , y eſt mort le 12 Mai
1774. Ce Prince étoit fils de Dahomay, un des
plus grands Conquérans de cettepartie dumonde,
&qui en 1727 , du fond des déſerts &des terres ,
à la tête de quelques hordes errantes , ſe rendit
maître des Royaumes d'Ardes , de Jaquin & de
Juda , qu'il réduiſit au point que l'ancienne race
des Judaïques n'existe plus. Adamouſon eft aujourd'hui
ſur le Trone qu'a fondé fon Aïeul par
ledroit de la dévaſtation.
On mande de Caën en Normandie , que le 17
Mars dernier il y eſt mort un particulier nommé
Thomas , âgé de 102 ans , natif de Chinon en
Touraine. Il n'a jamais eu de maladie , & n'a
été alité que ſix à ſept jours avant ſa mort.
Nicolas de Frémont , Préſident honoraire au
Parlement ;
MA 1. 1775 225
Parlement; eſt mort le 6 Avril , dans la 66e an
née .
Etienne , Chevalier d'Eſparbès de Lufian , Bailli
de Manorque , Commandeur de Renneville , eſt
mort à Toulouſe , le 13 Avril , dans ſa 88e arr .
- née ; il étoit le treizieme Chevalier de Malte de
fa maifon .
Au mois de Mars mourut au Château de Berlebourg
Eſter Polyxene-Marie , Comteſſe Douairiere
de Berlebourg , née Comteſſe de Wurmbaand ,
âgée de 79 ans.
IOTERIE.
Le cent ſoixante douzieme tirage de la Loterie
de l'Hôtel de- Ville s'est fait , le 25 du mois d'Avril
, en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 83793. Celui
de vingt mille livres au No. 83532 , & les deux
de dix mille , aux numéros 90103 & 95262 .
ERRATA du Mercure d'Avril 2 vol. 1775.
Page 14 , après le vers :
Ce mot ou cet écueil de l'amour conjugal.
Ajoutez le vers omis :
Où quelquefois l'Amant devient faux & parjure.
P
226 MERCURE DE FRANCE.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe, page 5
Sentimens de repentir ,
Vers adreffés à un jeune Epicurien ,
Le Chêne & le Pourceau , fable.
A M. Perronnet ,
Vers à M. Trinqueſſe ,
L'Epreuve , Comédie de Société ,
Couplets ,
ibid.
9
I I
12
13
15
31
Vers adreſſés à Mde la D. de Gr.
Ode fur le retour du Printemps ,
33
25
Explication des Enigmes & Logogryphes , 36
ENIGMES , 37
LOGO GRYPHES , 39
Vaudeville des Femmes vengées , 43
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 70
Don Pedre , Tragédie , ibid.
Mémoires littéraires , critiques , &c. 70
Obſervations critiques en faveur du Roi & de
fon Peuple , 75
Code Eccléſiaſtique , 76
La confolation du chrétien , 78
Louis XII , furnommé le Pere du Peuple , dont
le préſent regne nous rappelle le ſouvenir , 8
Code du faux , 83
Chimie hydraulique , 87
La France illuftre , 92
Adonis , 106
Les converſations d'Emilie , 115
Les Etrennes de ſanté ,? 130
MAI. 1775. 127
Annales du regne de Marie-Théreſe , 131
Le Médecin interprete de la Nature ,
Entretiens philoſophiques & critiques ,
135
137
Propoſitions avantageuſes à l'Etat , 139
Précis d'un projet d'opérations de finance par
forme de Loterie ,
141
Profpectus de la Gazette du Courrier d'Avignon
, 142
Gazette des Banquiers , &c . 147
Annonces , 149
ACADÉMIES , 151
des Inſcriptions & Belles- Lettres, ibid.
Royale des Sciences , 152
---Françoiſe , 157
-- de Copenhague , 158
SPECTACLES , 162
Concert Spirituei , ibid.
Opéra , 165
Comédie Françoiſe , ibid
Comédie Italienne , 166
Bibliotheque univerſelle des Romans , avec
des notes , Ouvrage périodique 167
Vers à Mile D. L. B. de Verſailles , 174
A Mgr le Maréchal de Duras , 175
A M. le Marquis de Vérac , 176
Epître du Prince de Beloſelsky , Ruſſe , à M.
de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 178
Lettre M. de Voltaire à l'Auteur des Ephé
mérides du Citoyen , 179
Lettre de M. de Voltaire à M. Parmentier , 182
Cours & Leçons publiques , 183
ARTS. 187
Gravures , ibid.
228 MERCURE DE FRANCE.
Muſique.
Barometre & Thermometre ,
Acte de Bienfaifance ,
Anecdotes.
AVIS ,
Lettres-Patentes , &c.
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Naiſſances ,
Mariages ,
Morts,
Loteries ,
FIN.
1
I
194
195
197
207
210
213
215-
221
ibid.
222
223
224
225
UNIVERSITY
OF MICH
3 9015 06370 94
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06370 9458
Qualité de la reconnaissance optique de caractères