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1774, 03, n. 4, 04, vol. 1-2, n. 5-6 (contrefaçon)
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Texte
A 489743
PROPERT? F
The
University of
Michigan
Libraries
1817
RTES SCIENTIA VERITAS
1
!
!
:
ARTES
1337
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
AP
20
M51
1774
no.4
:
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
MARS.
N°. IV.
1774 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX ,
L.
a Tactique , par Mr. de Voltaire. Avec quelques
Epitres nouvelles du même Auteur , & les Réponfes
qui y ont été faites . 8vo. 2
Lettres Nouvelles ou nouvellement recouvrées de la Marquise
de Sévigné ; & de la Marquise de Simiane , fa
Petite Fille. Pour fervir de fonte aux differentes editions
des Lettres de la Marquise de Sévigné. 120.
Mastricht 1774.
Collection Complette des OEuvres de Mr. de Voltaire. 80.
Theatre Complet de Mr. de Voltaire. Le tout revu &
corrigé par l'Auteur même . 120. 10 vol. Amst . 1773.
Réflexions , d'un Militaire fur la Guerre & fur différens
Sujets . 1. Geneve 1772 .
Amusemens de Société , ou Proverbes Dramatiques . 120 .
8 vol. Amft. 1770 .
Mérinsal. Drame . Par Mr. d'Arnaud. 8vo. fig . Paris 1774 .
Les Héros Français ou le Siege de St. Jear - de - Lone.
Drame Héroïque , en trois actes & en Profe fuivi
d'un Precis Hiftorique de cet Evénément. Par Mr. L
d'Uffieux. 8vo. fig. Amfl.1774.
Journal des Scavans , depuis fon commencement en
1665 julques en Décembre 1753 en 170 Volumes .
- dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
- dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Polumes .
dito , Janvier 1764 juſques en Février 1774 en
71Filames.
- dito, la fuite , sous preſſe..
Depuis 1764 l'année est compolée de 14 parties à 12
fols fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande .
Ouvrages d'Architecture de Robert & Jacques ADAM ,
Ecuyers . No. I. Contenant partie des Deffeins du
Château de Sion , magnifique maiton de Campagne du
Duc de Northumberland , dans le Comté de Middlesex ,
Londres forme d'atlas 1773.f 12 : - deHollande.
De l'Homme , de les Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage pofthume de M. Helvetius, 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoires
très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidelles de ceux - mêmes qui ont été
dreſſes ators fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée . 4to. 1 vol. 12 : -
210
LIVRES NOUVEAUX .
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreffion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui fe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Discours
& un Tome de Planches ſans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Traité de l'Autorité des Parents ſur le Mariage des Enfants
de Famille. I vol. gr. 8vo . Londres 1773. à ft : 5
Penſées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
I vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à f I : 10.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont. Ancien
Ministre , Plénipotentiaire de France fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre , Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la République
de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Province
d'Alface,
II . Recherches ſur les Royaumes de Naples & de
Sicile , Deſcription Géographique , des Jurisdictions
ſupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la vil-.
le de Naples , conſeil d'Etat ; Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Noblefe , du Peuple.
III . Abrégé Chronologique de l'Hiſtoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes .
IV. Pensées , Recherches Obſervations fur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ,
fur les changes étrangers , fur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
les péages , projet pour la fuppreiſion des droits intérieurs
, obfervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law.
V. Recherches fur la Ruffie , fur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie , ta
rif ou table Alphabétique des droits impofés fur les
marchandifes importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruflie . Traité de commerce entre la Ruffie & la
Grande Bretagne.
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Foæderowaa
ordonnances de Pierre L. Obfervations far les revenus
& les dépenſes de la république de Gênes , du gou
vernement , grand & petit Confeil , Doge , Sénateurs ,
,
A2
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges de l'Ile de Corſe , des Emprunts , excellence
d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglots :
conftirunon d'une république legitime , le peuple eft
la fource de toute puiffance , &c.
Tome VII . Obfervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribu
naux , gouvernement de la cué de Londres , ufage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Accites
ou maltores , des Finances , de l'Etat militaire de la
population des efpeces , des poids & melures , compagnie
de commerce , d'affurance.
-
-
VIII . Détails for l'Ecoffe , fituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſique , Civil , tribunaux
, poids & mefures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerfités . Tableau des polfellions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , los Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudion , Torre- Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Carolme , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établirements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de fes
plantations & leur commerce.
IX. Sur la Régie des Bleds en France , fur les
mendians & les enfans trouvés , fur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prérogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France ,
Origine , Nature , & produit des impôts fur le clergé
de France , & c .
- XI. Origine & progrès de la taille , fon établiffement
en France , fes variations , fes produits & ta régie
, &c .
- XII . Détail Général de toutes les parties des Finances
du Royaume de France , mémoire fur le domaine
d'Occident , de l'Hôtel - Royal des Invalides ,
maréchaufiées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , firuation de la France
dans l'Inde avant la paix de 1763 .
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII.
Volumes.
1
63
A30
MERCURE
DE FRANCE.
MARS . 1774 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
- Histoire d'une jeune Fille enlevée par un
DAM
Ours.
ANS un rocher creusé nous vimes la caverne
De l'animal velu que l'on nourrit à Berne.
Le fauvage habitant de cette grotte : l'Ours ,
En promenant ſa vue inquiete & hagarde ,
Vit fur les bords que l'Arche arroſe dans ſon cours
Une bergere Savoyardę
11
:
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Appétillante , fratche , au printems de ſes jours.
(Colombe étoit le nom qu'on lui donnoit toujours.)
D'un oeil ardent il la regarde ,
Approche à pas de loup par de fombres détours ,
L'enleve à fon troupeau, l'enleve à ſes amours.
11 la tient embraſfée : elle crie , & l'Ours gronde ,
Grimpe fur le roc ſourcilleux ,
Et dans ſa taniere profonde ,
An milieu de ces bois auſſi vieux que le monde ,
Il la dérobe à l'oeil des mortels amoureux .
:
Là , le nouvel Azor rampe aux pieds de la belle .
Lui gronde ſes amours & la couve des yeux :
L'Amour fait adoucir l'ame la plus cruelle ,
L'Amour fait un agneau d'un tigre furieux.
Mais il faut pâturer , que l'on ſoit homme ou bete ;
Et quand on eſt à jeun lon eſt froid en amour.
Après avoir long-temps admiré ſa conquête ,
Après avoir gardé fa nymphe tout le jour ,
Il fort de fa retraite , & la bête difforme
Ferme le rocher creux avec un roc énorme .
: Il dreſſe des pieges ſecrets ,
Du métier de chaſſeur il fait l'apprentiſſage ;
Pour régaler l'objet dont il ſentit les traits ,
Il pourfuit , il atteint les hôtes des forêts .
Il revient à grands pas dans ſon antre fauvage.
Il révoit fa bergere , il dépoſe à ſes piés
Les corps tout palpitans des lievres effrayés ,
MARS. 1774.
Des fruits groffiers & verds , des racines agreftes ,
De fon repas frugal les miferables reſtes .
L'ingrate ne veut pas toucher
Aux mets qu'il vient de lui chercher.
Il a perdu ſa peine , il a perdu ſa courſe
Et rien ne peut féchir la rigueur de cette Ourſe.
Son amant lui leche la main ,
,
L'invite avec douceur , la flatte , la careffe :
Elle pleure & frémit , & veut mourir de faima
Mais elle forme un projet vain ,
Et bientôt , malgré sa détreſſe ,
Elle cede ſans force au plus grand des beſoins ,
Et l'Ours avec tranſport voit le fruit de ſes ſoins.
Par un murmure fourd il exprima ſa joie ,
Et courut lui chercher une nouvelle proie.
Ainſi , quoi que l'on diſe , on mangera toujours :
Soit au fond du tombeau ſi fameux dans Epheſe ,
Soit dans la caverne d'un Ours ,
Quand on mange on eft à fon aife.
Le galant mal léché couloit les plus beaux jours ,
Lorſqu'à la fin de la neuvaine ,
Pour faire bonne chere à fon aimable Hélene ,
Et par fon appétit dans les bois appelé ,
Il fort , fans refermer ſa maiſon fouterreine :
(Il faut toujours garder les filles fous la clé.)
La belle s'échappa de la fombre taniere ,
Et, fans jamais ofer regarder en arriere ,
Bondiflant par monts & par vaux ,
Arrive ſur le ſeuil de ſa douce chaumiere.
A4
MERCURE DE FRANCE.
Son pere revenoit des ruftiques travaux.
Elle tombe en ſes bras muette & palpitante: ..
C'est ma fille ! ... Sa mere accourut à ces mots ;
Elle ſe jette au cou de fa mere tremblante ;
Elle raconte enfin l'hiſtoire de ſes maux :
Elle laiſſe tomber sa tête défaillante .
Ainſi donc la douleur , les regrets , l'épouvante ,
Et peut-être ſa joie , en revoyant les fiens,
Du tiſſu de ſes jours briferent les liens.
De l'animal fanglant apporté ſur ſa tombe
Les membres étendus fervirent d'hécatombe ,
Et l'on y grava ce difcours :
,, Cy git une fille enlevée
ود Qui partagea , pendant neuf jours ,
„ Et la table & le lit d'un Ours :
Un heureux hazard l'a fauvée ;
,Mais on ne furvit point à de telles amours.
98 Vous qui paſſez ici , fillette réfolue ,
Craignez , craignez les bois & la bête velue. "
Par M. l'Abbé Roman , G. V. de T.
Q
L'HOMME. Ode.
UELLE eſt l'ardeur qui m'anime
Et m'enleves de ces lieux ?
Sous mes pas je vois l'abyme
Le chaos s'ouvre à mes yeux.
::
MARS. 1774
Quelle horreur ! mes ſens frémiſſent .
J'entends les mers qui mugiffent ,
Tout difparoft , tout s'enfuit ,
L'air ſe trouble , les vents grondent ?
Les élémens ſe confondent ,
Ce n'eſt qu'une affreuſe nuit.
Une brillante lumiere
Diffipe l'obſcurité .
C'eſt cette vertu premiere ,
Source de l'éternité.
Elle dit ; & ſa parole ,
Plus prompte qu'un trait qui vole ,
Forme ce vaſte univers.
Elle ordonne ; & la Nature
Soudain compoſe & meſure
Ses arrangemens divers.
Cette puiſſance ineffable
Fait éclore de ſes mains
Un chef- d'oeuvre inimitable
C'eſt le pere des humains ,
Elle met ſous fon empire
La terre & ce qui reſpire ,
Er , le comblant de bienfaits ,
D'un feu céleste l'anime ,
Lui donne un eſprit fublime
Et l'embellit de ſes traits.
A5
Yo MERCURE DE FRANCE.
Conduit par cette fageffe ,
Et maftre de ſes defirs ,
Il auroit goûté fans ceſſe
D'inaltérables plaiſirs :
La Vérité toute nue ,
Toujours préſente & connue
Auroit éclairé ſon coeur.
Il oublie , & fon offenfe
Lui fait perdre l'innocence
Et le foumet à l'erreur.
Et dès - lors l'Incontinence ,
Effaçant ſes plus beaux traits ,
Introduifit la Licence
Et fit nattre les Forfaits .
L'Envie , au regard perfide,
D'un horrible fratricide ,
Montra l'exemple odieux.
L'Orgueil , marchant ſur ſa trace ,
Oſa porter fon audace.
Juſqu'à à menacer les Cieux.
Une ignorance profonde
Se forgea des dieux d'airain ?
Une impiété féconde
Aveugla l'eſprit bumain.
Que leur nature eft diverſe !
L'une , cruelle & perverfe ,
A produit tous nos malheurs.
MARS1 1774.
L'autre , fuperbe & fubtile ,
Dans ſes nouveautés fertile ,
Fut la ſource des erreurs .
Dans ſes voeux toujours avide ,
L'ardente foif de régner
Excuſa le Parricide
Et n'oſa le condamner.
La Trahison criminelle
Couronna le front rebelle
De puiſſance revêtu ,
Et l'injuſte violence
Enleva la récompenſe
Qu'on devoit à la Vertu.
Coupable avant que de naftre ,
Sa triſte poſtérité
Tâche de pouvoir connoftre
Ce qui peut ſa liberté.
Dans cet eſpoir qui l'anime ,
Pour dévoiler cet abyme ,
Il fait des efforts nouveaux ?
Mais , après ſa longue étude ;
Une trifte incertitude
Eſt le fruit de ſes travaux .
Ainſi ſe trouble & s'égare
L'Itomme dans ſes paffions.
Il devient ſombre & bizarre ,
En proie aux illufions : L
MERCURE DE FRANCE.
Il fe dément , il murmure ,
Il place dans la Nature
Et dans ſes arrangemens
L'image de ſes caprices ,
Le défordre de ſes vices
Et de fes déréglemens .
Son eſprit fouille ſans ceſſe
Pour trouver la Vérité ,
Et ce defir qui le preffe
Bannit ſa tranquillité.
Mais dans le ſein de Dieu même
Cette Vérité fuprême
Peut ſeulement réſider.
L'Homme en vain cherche à la ſuivre.
Il est né pour la poursuivre
Et non pour la pofféder.
On s'arme , on ſe fortifie
Contre des penchaps flatteurs :
Que peut la philofophie
Quand ils font maftres des coeurs ?
Les maximes qu'elle étale ,
Dans ſa ſévere morale ,
Ne fauroient nous éputer.
Ce qui nous plaît nous entraîne
Que peut la prudence humaine
Toujours prête à s'égarer ?
Il eſt vrai , malgré ſes crimes ,
MARS .
13 1774.
L'Homme porte ſes regards
Aux objets les plus fublimes.
Il fait fleurir les beaux arts ;
Il fait animer le cuivre ,
Et fa main faire revivre
Les Héros , les Conquérans ;
Voler juſqu'à l'empirée ,
Et de la voûte azurée
Meſurer les mouvemens.
Mais à quoi ſert l'aſſemblage
De tous ces talens divers ,
Si l'Homme , dans leur uſage ,
N'en devient que plus pervers ;
Que fert à ce politique
De ſavoir mettre en pratique
L'art ſublime de régner ,
Si le vice eſt ſon ſeul maître ;
S'il ne fait pas ſe connature ,
Encor moins ſe gouverner ?
Par M. F. L. , de Mittau.
COUPLETS ANACRÉONTIQUES .
A
AIR: Les Talens appellent les Graces.
Au printems j'aime les prairies ;
En automne un riant côteau ;
24 MERCURE DE FRANCE. ;
Au matin les plaines fleuries ;
A midi l'ombre d'un ormeau :
Mais en moi l'amour fit éclore
Des goûts plus chers & plus conftans ;
En tout temps j'aime Eléonore ,
Sa beauté me plaît en tout temps.
Je ſuis gai , lorſqu'en ce bocage
Des oiſeaux j'entends le doux chant
Je ſuis gai quand fur mon viſage
Vient briller le ſoleil couchant ,
Mais ſous ce jeune fycomore.
Je fuis encor bien plus content ,
Quand ma timide Eléonore
Me fourit d'un air innocent.
En contemplant ſa grange pleine ,
Le moiffonneur eft enchanté ;
En foulant les fruits de ſa peine ,
Le vendangeur eft tranporté ,
Je fuis bien plus joyeux encore
Lorſque , fur le déclin du jour ,
Un doux baiſer d'Eléonore
Vient récompenfer mon amour.
Par Mile Coffon de la Creſſonniere.
MARS. C
1774. 15
TRADUCTION de deux Stances tirées
du ſeizieme chant de la Jerufalem
délivrée.
REGAR
EGARDEZ , diſoit- il , (*) cette modeſte roſe
Qui n'oſe découvrir ſes appas innocens :
Elle est moitié fermée , à peine encore écloſe ,
Et moins elle paroft , & plus elle a d'Amans.
Elle étale bientôt ſa beauté plus hardie ;
Je vois pâlir déjà fon brillant coloris :
Ce n'eſt plus , ce n'eſt plus cette roſe chérie
Dont mille & mille coeurs étoient fi fort épris.
L'eſpace , hélas ! trop court d'une belle journée ,
Eſt celui du printems de nos rapides jours :
La Nature reprend ſes atours chaque année :
Mais la fleur de notre âge a féché pour toujours .
La beau temps de la roſe eſt vers la matinée ;
Ses attraits ſur le ſoir vont être diſſipés :
Des rofes de l'Amour telle eſt la deſtinée :
Aimons , lorſqu'en aimant nous pouvons être aimés.
Par M. Labrousse de Veyrazet ,
Mousquetaire.
(*) C'est un oiſeau merveilleux qui chante ces paroles
dans les jardins enchantés du palais d'Armide.
1
16 MERCURE DE FRANCE.
D
EH mira , egli canto , ſpuntar la rofa
Dal verde fuo modesta , e virginella :
Che mezo aperta amora , e mezo afcofa ,
Quanto fi moſtro men , tantò è più bella .
Ecco poi nudo il fen gia baldanzofa
Diſpiega ; ecco poi langue , & non par quella ,
Quella non par , che deſiata avanti
Fà da mille donzelle , e mille amanti.
Cofi trapaſſa al trapaſſar d'un giorno
De la vita mortale il fiore , e'l verde :
Ne perche faccia indietto april riterno ,
Si renfiora ella mai , nè ſi rinverde ;
Cogliam la roſa in m'l matino adorno
Di queſto dì , che toſto il ſeren perde :
Cogliam d'amor la rofa : amiamo hor , quando
Eſſer ſi puote riamato amando .
1
L'AMITIÉ MALHEUREUSE.
Auu milieu d'un vallon qu'arroſe la
Seine , s'éleve fans faste & fans orgueil
un petit hameau. Quelques prés fermés
par d'agréables boſquets , l'environnent
de tous côtés. Là de ſuperbes édifices ,
ouvrages de la vanité , ne fe cachent point
dans les nues ; quelques chaumieres , baties
MARS. 1774. 17
ties fans ordre , en font les beautés. On
n'eſt point épouvanté par le bruit affreux
de ces machines mouvantes , traînées par
d'impétueux courſiers ; le bruit que font
les troupeaux raſſafiés en revenant des
gras pâturages eſt le ſeul qu'on entend.
On ne voit point dans les rues ces pâles
fantômes , enfans de la moleffe : pluſieurs
bergeres leſtes & volages , pluſieurs bergers
aimables ſe raſſemblent au lever de
l'aurore , & menent paître en chantant ,
leurs troupeaux dans les prairies. Le ſoleil
, en fortant du ſein de l'Océan , dore
cette heureuſe contrée. Il ſe plaît à ſemirer
dans l'onde claire des ruiſſeaux fur les
bords deſquels accourent ſouvent les bergeres
les plus coquettes. Pour relever
leurs graces naturelles , elles n'ont point
avec elles cet embarras qu'on nomme
toilette ; leurs cheveux voltigent au gré
des zéphirs ; une fine toile de lin forme
leur ajuſtement; un bouquet mystérieux
couvre les tréſors de leur ſein.
Parmi les bergeres du hameau , Elmire ,
ſe diftingue par ſa beauté. Sa taille eſt
petite , mais délicate ; ſes cheveux font
noirs. Ils font treſſes & attachés ſous un
petit chapeau de fleurs. Ses yeux enfantins
& languiſſans inſpirent la volupté.
Elmire ne connoît point encore l'amour ;
B
18 MERCURE DE FRANCE.
elle entre à peine dans ſa quatorzieme
année. Le fommeil ferme facilement fes
paupieres. Elle ne voit en fonge que fes
moutons chéris. Le matin elle ouvre fans
inquiétude ſes beaux yeux à la lumiere
naiſſante ; enfin elle ſe leve & fe couche
fans pouffer un foupir. Elle a toujours
coutume de conduire ſes brebis au bosquet
prochain. Un jour , occupée à une
corbeille de jonc , elle ne fe doute point
de l'orage que le dieu de Cythere excite
fur ſa tête: le Ciel s'obſcurcit ... Elmire
eft tranquille. Les bergers & les bergeres
retournent au village; l'imprudente ouvriere
s'expoſe au danger. Le tonnerre
s'avance en grondant. Elmire regarde... |
Ses yeux fe rempliffent de pleurs . Que
fera t- eile ? Que le hameau eſt éloigné! ...
Le boſquet eft trop obfcur pour s'y refugier.
La foudre en fureur menace la terre...
Que réfoudre ? Les moutons crain- |
tifs fe fauvent fous un feuillage épais :
elle n'oſe les ſuivre.... Un coup de la
tempête l'oblige enfin à porter au milieu
des tenebres ſes pas tremblans ... Un instant
après ,les aboiemens des chiens viennent
frapper ſes oreilles. Elle penſe qu'ils
poursuivent une bête féroce ; elle fond
deja ſur ſon cher troupeau... Les cris redoublent...
Les chiens approchent...
MARS. 1774 19
Elmire friſſonne... Deux jeunes ſeigneurs
avec leur fuite preſſoient une biche : l'un
ſe nommoit Dublois , & l'autre Aderbel ;
tous deux enfans des Graces ,& tous deux
amis. Dublois lance avec une agilité inconcevable
une fleche qui perce l'animal déjà
bleſſé. Il tombe , il ſe roule dans ſon ſang,
il vient expirer aux pieds d'Elmire épou-
- vantée. Dublois s'élance : il rencontre la
jeune bergere ; il la prend en riant par la
main : Pouquoi , lui dit- il , petite imprudente
, êtes- vous ſeule ici ? N'avez vous
pas peur des loups ? Oui, Monfieur , répond
la bergere ; hélas ! je m'amuſois à
une corbeille de jonc quand l'orage m'a
ſurpriſe. A ces mots tous les chaſſeurs
arrivent ; on lui offre un aſyle. Je vous
remercie ; quand la pluie ceſſera je retournerai
chez mon pere. On ſouhaite à
Elmire toutes fortes de proſpérités. On
enleve la biche , & la troupe , fatisfaite
du butin , diſparoît bientôt.
i
1
4
$
0
او
La foudre , ce jour-là , ne déſola point
les campagnes , & ne détruiſit point l'espérance
du laboureur ; mais l'Amour , enveloppé
d'un nuage , tira trois fleches ,
une au coeur d'Elmire , les deux autres
aux coeurs ſenſibles d'Aderbel & de Dublois.
Le ciel devient tranquille ; Elmire
eſt troublée. Elle ne ſoupçonne point le
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
fis de Vénus ; elle ignore juſqu'où va fa
méchanceté. Elle attribue fon agitation à
l'arrivée ſubite d'une troupe nombreuſe.
En refléchiſſant ſur les charmes de Dublois
elle entre au village ; elle va droit à
la maiſon paternelle , en pouffant le premier
foupir. Ses parens melent à leurs
juſtes reproches les larmes de la plus vive
tendreſſe. Elmire , après un repas frugal,
ſe couche ; & le ſommeil fecoue plus tard
qu'à l'ordinaire ſur ſes beaux yeux fes
pavots enchanteurs. Un fonge la conduit
avec ſes moutons vers cet endroit qu'elle
aime encore davantage. A fon réveil elle
eft confufe ; brûlant dejà d'un feu fecret ,
'elle defcend avec ſes brebis dans les gras
pâturages. Laiffons quelque temps Elmire
rêver à ſon aventure , & revenons aux
jeunes feigneurs.
Dublois fermoit tous les jours difficilement
ſes paupieres. Notre imagination |
nous peint confufément pendant la nuit
les objets qui nous ont frappés ; auffi Dublois
ſe voyoit il au milieu d'une forêt ,
chaflant unjeune cerf fugitif. Un fonge |
favorable offroit à ſes regards la belle Elmire
: Dublois s'entretenoit avec elle
quand l'ombre s'échappoit ; quand il s'éveilloit
: où étes - vous , s'écrioit - il , ma
bergere , où êtes - vous ?
MARS. 1774. 21
!
1
2.
le
Cependant Aderbel , le malheureux
Aderbel traînoit par- tout la fleche empoiſonnée.
Son château étoit à une lieue
de celui de Dublois. Ces deux jeunes feigneurs
, de même âge , étoient unis par
les liens de la plus étroite amitié. Dublois
ne peut vivre fans avoir à ſes côtés
fon cher Aderbel ; Aderbel , ſéparé de
Dublois , ne paſſe que de triſtes momens.
Ils fuivent à l'envi les mouvemens d'une
mutuelle complaifance. L'un propoſe une
partie de chaſſe , l'autre court en ordonner
les apprêts . Aderbel , à fon tour , dépeint
à Dublois le plaiſir innocent de la
pêche , Dublois ſourit ;& bientôt , de desſus
le rivage d'une riviere argentée , ils
tendent des pieges inévitables aux habitans
des eaux . Si l'un s'abandonne au
chagrin , l'autre le partage avec lui , le
confole , & diſſipe inſenſiblement le nuage
répandu fur fon front. Dublois ouvre
fon coeur à fon ami: Aderbel le paie de
|- de retour ; ils couloient enfin , loin du tumulte
des Cours , loin du fracas des ar-
.mes , des jours heureux au ſein de l'héritage
de leurs refpectables ancètres .
Douce amitié , lien précieux de la fociété
, heureux les deux mortels qui goûM
tent le bonheur de te connoître!
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
Après la journée funeſte où l'Amour
remporta trois victoires , Aderbel fatigué
s'arrache aux tendres embraſſemens de
Dublois. Diffimulant fa mélancolie , il
retourne à fon château. Par- tout où il
porte ſes pas errans , il fent la douleur
que lui cauſe ſa bleſſure. Il n'eſt plus occupé
que de l'objet que ſes yeux ont rencontré
dans le boſquet. L'ennui dévorant
le ſuit par-tout. Il peut aisément l'exiler ,
en contemplant les beautés qui l'entourent
fans ceſſe ; il poſſede des appartemens
magnifiques , il y cherche , mais en vain,
la bergere digne de les habiter. Il a des
jardins dont l'ordre , la régularité & les
ornemens méritent l'admiration des curieux
; il s'y promene feul , fans Elmire ,
quel fupplice ! .... Il a lieu de choiſir à
fon gré , des fleurs & d'en reſpirer les
odeurs agréables qu'il en cueilleroit volontiers
, pour lui faire une guirlande ou
pour en parfumer ſes beaux cheveux.
La chaſſe & la pêche n'ont plus d'attraits
pour lui. Il mépriſe tous plaiſirs ;
il n'aſpire qu'à celui de revoir Elmire.
L'amitié , l'amitié même ne réclame plus
ſes droits ; Aderbel ne vole plus vers Dublois
; l'amoureux Dublois oublie Aderbel.
Celui- ci craint à chaque inſtant l'ar
MARS.
1774. 23
rivée ſubite de ſon ami; l'autre n'a pas
moins d'inquiétude. Quelqu'un paroît :
Aderbel s'imagine appercevoir Dublois.
Au moindre bruit , Dublois croit entendre
Aderbel.
Amour , cruel Amour , juſqu'à quand
te plairas tu - à nous rendre malheureux ?
Deux mortels vivoient enſemble: au fein
- de l'abondance & de la félicité , ils oublioient
le reſte des hommes ; tu formes
fur leurs têtes un orage affreux , & , dirigeant
la tempête , tu perces le nuage: ils
font bleſſés ; tu ſouris , barbare ; le deſſein
médité contr'eux va donc s'accomplir !
Aderbel , ne pouvant diffiper l'ennui
qui l'accable , ne pouvant étouffer la pasſion
qui le maîtriſe depuis long - temps ,
prend une plume & trace ces lignes en
foupirant.
Aderbel à Dublois.
Il faut donc que je fois réduit à t'écrire
que je pars & ne te revarrai que dans fix
mois ? Des affaires conſidérables m'appellent
auprès de mon oncie dangereuſement
malade. A la douleur que me caufe
cette triſte nouvelle, le Ciel ajoute encore
celle de la ſéparation. Ne m'accofe
- point d'ingratitude ; hélas ! le temps ne
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
m'a pas permis d'aller te dire adieu ; à
peine ai je eu celui de jeter ces mots , fans
ordre , fur le papier. Adieu , je te porte
dans mon coeur, je ſuis juſqu'à la mort
ton ami.
ADERBEL.
Après avoir relu cette lettre , qu'il
mouille de ſes pleurs , il la ferme fous
l'empreinte d'un cachet cù ſont gravées
des larmes . Il va trouver Coutras , à qui
le foin de fes affaires eft confié . Je vous
prie , lui dit - il , d'envoyer cette lettre à
Dublois , & d'être prêt à me fuivre demain
juſqu'au bois prochain. Coutras
promet de tout exécuter. Le ſoleil , fortant
du ſein de Thétis , n'eut pas plutôt
doré les côteaux rians , qu'Aderbel &
Coutras defcendirent dans les plaines. Le
jeune ſeigneur déclare fon deffein à fon
confident,exige un éternel fecret , & lui |
dépeint avec enthouſiaſme les appas de
fa bergere. Il l'inſtruit de la maniere dont
il doit se comporter pendant fon abfence.
Le voyageur a pour tout ajuſtement une
veſte de lin à laquelle eſt ſuſpendu un
flageolet; ſes cheveux treffés font attachés
fous un petit chapeau blanc. Il embraſſe
Coutras , implore l'Amour & s'enfonce
dans l'obſcurité. Les oiſeaux font retenMARS.
1774- 25
コ
C
és
tir les cieux de leurs agréables concerts.
Ils rendent en s'éveillant leur hommage
à l'Auteur de la Nature. Les gras troupeaux
mugiffent dans les campagnes ; le
laboureur , ſuivi d'une troupe de moisſonneurs
, va couper les blonds épis . Ader .
bel , de ſon côté , s'avance à grands pas
vers le village qui ſe préſente à ſes yeux.
Ce hameau eſt ſinué fur le penchantd'une
fertile colline , à trois lieues de fon château.
Aderbel arrive enfin , & cherche fortune.
Damon , maître de troupeaux nombreux
, lui procure un aſyle. Damon lui
confie le lendemain cinquante moutons ,
lui met lui- même la houlette à la main.
Aderbel change fon nom pour celui de
Lycas. Il mene , à l'aide de fon chien ,
fes brebis dant les pâturages , au milieu
des bergers & des bergeres. Son oeil avide
obſerve tout. Il cherche Elmire... Il ne
la rencontre point; cependant Life maligne
fourit doucement au graces du jeune
ſeigneur. Lycas répondavecfévérité,Glycere
laiſſe a deffein tomber fon bouquet;
le berger rêveur le foule impitoyablement
aux pieds , & s'écarte en dirigeant
fa marche vers les lieux iſolés. Là, cutrieux
, il va, revient perdant tout lejour,
/
ce fans aucun fuccès . Le lendemain , le jour
fuivant , il n'est pas plus heureux. Le qua--
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
trieme enfin , couché fans eſpérance auprès
de ſon chien , il s'exprime ainfi : Déjà
trois fois le ſoleil a paru ſur l'horizon , &
s'eſt caché derriere les hautes montagnes ;
&je n'ai point encore ici trouvé le moindre
foulagement. Le printems fuccede à
l'hiver ; les plaiſirs fuient loin de moi ;
la tourterelle paſſe d'agréables momens
auprès de ſa compagne: je ſuis feul ici !
O toi , qui dois mettre fin à mon tourment
, es tu donc perdue pour moi? Il
dit... & fait ſoupirer ſon flageolet. Il
déplora pendant un mois ſa triſte deſtinée.
Un jour Lycas , à fon ordinaire , la houlette
à la main , les cheveux négligés , alloit
ça & là. Une jeune bergere frappe
foudain ſa vue. Ses moutons broutoient
l'herbe ; elle prodiguoit à fon agneau favori
fes careſſes innocentes. Lycas s'approche
doucement ; il reconnoît avec
tranſport la bergere que ſes voeux hatoient
depuis long - tems . Le boſquet prochain
l'invite à profiter d'une retraite favorable;
il ſaiſit l'avantage , il attend , defire en
filence. A quelque diſtance d'Elmire un
ruiſſeau paiſible roule fans art& fans bruit
fon onde argentée. Elmire raſſemble à la
fontaine ſes moutons altérés Ils boivent
à longs traits cette liqueur pure. La beri
1
MARS. 1774. 27
小
1
1
C
1
a
gere , manquant de coupe , en prend dans
le creux de ſa main, en avale un peu , &
jette le reſte ſur ſon ſein brûlant. Son
agneau favori , baiſſant la tête pour étancher
ſa foif, remarque , dans le miroir
uni des eaux , un agneau tout ſemblable
à lui. Il badine avec lui ; il approche pour
le toucher , mais ne rencontre que l'onde
fraîche & fugitive. Il bondit ſur les bords.
Séduit par ſon image trompeuſe , il s'élance&
tombe au milieu du ruiſſeau. Elmire
, témoin de ce badinage , ne peut retenir
ſes ris enfantins. Lycas partage ſajoie.
Il exprime enſuite fondoux martyre ſur ſon
flageolet. Tout eſt dans l'étonnement. Les
zéphirs retiennent leurs haleines. Les arbres
applaudiſſent en inclinant leur tête
en cadence. Les oiſeaux fur les branches
prêtent une oreille attentive. Les échos
ſenſibles répetent les fons plaintifs. Les
moutons s'arrêtent avec ſurpriſe ; ils ſeregardent
en filence. Le coeur d'Elmire s'intéreſſe
; elle s'avance fans le vouloir
ſemblable à l'acier qui fuit l'aiman qui
l'entraîne. Elle fent un defir ſecret de
connoître l'auteur d'un ſi beau langage.
Hélas ! diſoit- elle , ſi le jeune ſeigneur
que j'ai vu pendant l'orage , & quej'aime,
* étoit celui qui frédonne ainfi , que je ſe
28 MERCURE DE FRANCE.
rois contente ! Elmire ne penſoit plus
qu'à Dublois ; l'Amour avoit imprimé
dans fon imagination les charmes de fa
jeuneſſe. Elle croyoit les appercevoir dans
tous les ruiſſeaux qu'elle confultoit fur les
fiens . La nuit n'avoit pas plutôt étendu
ſes ſombres voiles fur les hameaux & fur
les villes , que le dieu de Cythere enfantoit
à ſes yeux le ſpectacle le plus ravisfant.
Dublois , auffi beau que les Graces
couronnécs de fleurs champêtres , ſe jetoit
à ſes pieds ; Elmire le relevoit en
fouriant. Dubois lui voloit un baifer , la
bergere innocente lui en rendoit deux.
Lycas fait retentir toujours fon inftrument;
Elmire ne ſe laſſe point de l'entendre.
Le berger timide n'oſa parler cé
jour- là.
Le lendemain , plein de confiance , il ſe
rend dans la plaine. Elmire , engagée par
le ſouvenir de la muſique harmonieuſe ,
arrive dans le même endroit. Lycas s'offre
à ſes regards ; elle rougit ; ' elle baiffe
les yeux ; elle ordonne à fon chien de ne
pas fouffrir que fes brebis ſe melent avec
celle de l'étranger. L'animal defobéit ;
elle veut elle - même exécuter ſes ordres ;
fes moutons ne l'écoutent point ; elle les
bat , & c'étoit pour la premiere fois. Ly .
MARS. 1774. 29
cas enhardi s'avance : pourquoi , char
mante bergere , frappez-vous votre troupeau
? Auroit-il pu vous deplaire ? Vous
ſerois-je , dans cette circonſtance , de quelque
utilité ? Recevez mes ſervices , permettez
- moi de m'entretenir avec vous ;
Lycas eſt mon nom ; je demeure au village
prochain. Votre troupeau eſt bien
plus nombreux que le mien: vous trouverez
ailleurs une plus belle compagnie.
Quoi ! parmi nous y auroit-il done différence
de conditions ? Je n'en fais rien :
fouffrez que je m'éloigne de vous ; car ſi
les autres bergeres me ſurprenoient ici ,
vîte elles iroient dire à mon pere que j'ai
un amant. Ne craignez rien: chaque bergere
a fon berger. Voulez- vous queje fois
le vôtre ? -Vous avez cinquante moutons
; je n'en ai que douze: quelle difproportion
! Vous feriez férieuſement le berger
d'une auffi petite bergere ; vous vous
abaiſſeriez juſques -là ! vous n'y penſez
pas.-Retirons-nous à l'écart : il me femble
entrevoir quelqu'un. Oui , le plus riche
ſeigneur quitteroit tout pour vous
fuivre ; il renonceroit à toutes prétentions
pour venir vous plaire. -Quoi ! des feigneurs
fortiroient de leurs beaux châteaux
pour s'amufer à des corbeilles de jonc ?-
Afſurément. Sachez , bergere , que les ri
30
MERCURE DE FRANCE.
cheffe ont avec elles le dégoût. Souvent
les ces quittent la table la plus délicare
& la plus ſomptueuse , pour s'affeoir
à la table ſimple & frugale de l'heureux
habitant de la campagne ; ſouvent même
le Monarque ſe dépouille des marques de
ſa grandeur & du poids accablant de la
couronne ; il va dans la chaumiere du laboureur
pour y trouver le repos qui fuit
le lit enchanteur de la molleſſe. Que l'on
parle bien , Lycas , dans votre hameau !
Je n'entends rien à votre langage. Elevée à
mon village , je fais appeler mes brebis
par leur nom , je fais quelques chanfonnettes
, & c'eſt tout.-Un berger beau &
bienfait vous les aura ſans doute appriſes.
-Non; c'eſt de ma mere que je les tiens ;
elle les chante toujours pendant les viellées
, & j'en ai retenu quelques-unes ; elle
m'a furtout répété bien des fois celle
qui dit qu'il ne faut point écouter les
bergers , parce qu'ils font trompeurs . Je
fuis étonnée pourquoi ma mere l'aime
tant ; pour moi je la déteſte , & il ne m'a
jamais été poſſible d'en retenir deux mots ;
l'air en eſt ſi vilain qu'il rebute au premier
abord. Mais..... je cauſe trop avec
vous : la chanfon me le défend. Répondez
moi de bonne foi , êtes-vous flatteur ?
-Non: j'ai en horreur la flatterie.- Je
ARS.
3
1774.
-
veux bien que vous gardiez les moutons
avec moi ; car j'ai grand peur du loup , & ,
s'il furvient , coupez lui une bonne fois
la tête , afin qu'il ne m'effraie plus.
,
Ils s'entretenoient ainſi tandis que Dublois
gémiſſoit ſous le poids de ſes fers.
Il avoit reçu la lettre d'Aderbel. D'un
côté il étoit inconfolable de l'autre il
étoit amoureux . L'idée d'Elmire étoit
celle qui l'attachoit le plus. Encore , s'écrioit
- il quelquefois ſi je ſavois ton
nom , ma bergere , je le tracerois ſur les
fleurs avec le mien ; je les confierois tous
deux aux zéphirs ; ils les porteroient jusqu'à
toi fur leurs aîles. Il s'efforça mille
fois d'éteindre la flamme qui l'en braſoit ;
plus il la comprime , plus elle eft furieuſe
quand elle commence à reprendre fon
ancien empire. Dublois , après s'être oppoſé
à ſes fréquentes attaques , fans eſpérance
de la vaincre jamais , mit bas les
armes , & s'avoua vaincu. Conſeillé par
ſa paffion , il ſe ſouſtrait à ſa ſuite ; il descend
dans les campagnes , & court avec
■ précipitation droit au boſquet où la bergere
, pendant la tempête , parut pour la
premiere fois à ſa vue.
l'obſcurité. Caché fous un feuillage épais ,
ar il reconnoît dans les pâturages les mouk
1
ゴ
el
1
Il s'enfonce dans
32
MERCURE DE FRANCE.
tons d'Elmire , & plus loin Elmire ellemême
aſſiſe ſur le gazon. Lajoie fufpend
tous ſes ſens ; mais , hélas ! la jalouſie
l'empoisonne bientôt. Un berger étoit
auprés d'Elmire. Ils ſe jettent des fleurs.
Il s'arrachent des bouquets. Lycas vole de
temps en temps quelques baifers , & Elmire
les fouffre. Dublois conçoit de la
haine contre le berger qui lui ravit toute
efpérance. Il ſe livre aux mouvemens
d'une noire jaloufie. Il déteste le berger ,
& n'en aime pas moins Elmire. Sa dou-
Jeur l'accable. La chaleur du foleil oblige
les hommes à fe réfugier à l'ombrage.
Dublois , couché fous un chêne dont les
branches entrelacées imitent un berceau ,
ferme les paupieres & s'endort. Elmire
vole vers le boſquet pour y choiſir une
retraite , où le ſoleil ne darde point fes
rayons . Lycas veut auſſi goûter le repos
à côté d'elle. La bergere , n'ofant ſe fier à
lui , lui défend de la fuivre , fous la puni .
tion la plus terrible pour un amant. Elle
entrevoit bientôt , à travers les feuilles
transparentes , un jeune homme endormi.
Toute fille eft curieuſe : Elmire l'étoit
aufſi. Elle approche en levant légérement
le pied ; elle craint d'agiter les feuilles
indifcretes ; elle retient ton haleine ; elle
regarde
MARS. 1774 33
regarde... C'étoit ſon cher Dublois. Ce
jeune ſeigneur , d'une rare beauté , fommeilloit
dans les bras de Morphée. Diane
l'eût pris pourl'Amour égaré , tant il étoit
charmant ! Ses mains ſe ferrent,de joie ;
elle étend les bras pour l'embraſſer ; elle
a peur de troubler fon repos. Hélas ! difoit-
elle en elle-même: ſi je l'éveille , il
- ſe fâchera ; ſi je le laiſſe ici , le loup le
mangera : ce feroit bien dommage. Dublois
fut témoin , pendant fon fommeil ,
du bonheur de Lycas. Il ſe réveille en
fureur : oui , dit- il en ouvrant les yeux ,
oui , tu périras. Elmire croit entendre l'arrêt
de ſa mort. Elle prend la fuite ; Dublois
la pourſuit & l'atteint. Elle ſe jette
à ſes pieds : pardonnez-moi , Monfieur ;
je ne voulois vous faire aucun mal. Dublois
la releve en fouriant : Raffurezvous
; c'eſt moi qui vous ai parlé , quand
une biche percée de coups expira prés de
vous. Je viens vous offrir mes ſervices :
ne vous offenſez point de ma déclaration ;
vous avez bleſſé mon coeur; il ne m'appartient
plus , il eſt tout àvous ; c'eſt moi
qui dois plutôt embraſſer vos genoux. H
prononce ces paroles avec paſtion. Ses
yeux font enflammés ; ils font attachés
| fur ceux de la bergere tremblante. Peut-
1
コ
구
G
34 MERCURE DE FRANCE .
être , hélas ! continua - t - il, un autre auroit
il ſu vous plaire ? Non , Monfieur :
tous les foupirs des bergers ne me touchent
point. Prenez donc pitié de mon
tourment...Prenez garde , Monfieur : un
berger fait paître ſes moutons , il n'eſt pas
loin d'ici ; s'il ſurvenoit, je ferois perdue.
Elle tâchoit , à cesmots , de ſe débarraſſer
d'entre les bras de Dublois . Promettez
moi donc , charmant objet , que vous
conduirez votre troupeau dans les prairies
voiſines. Je fais plus , Monfieur , je vous
le jure. Dublois l'embraſſe avec vivacité ;
Elmire s'échappe en pouſſant un cri attendriſſant..
Lycas lui demande avec inquiétude
le ſujet de cette rougeur répandue
ſur ſes joues . Hélas ! dit Elmire res
pirant à peine , j'ai vu , mon cher Lycas ,
un gros loup .. Je friffonne... Mes moutons
font en danger. Adieu: je me fauve
bien vîte au hameau. Elle dit , elle ap .
pelle ſon chien & fes moutons &la
troupe craintive court au village.
Le lendemain chacun revient à ſa place
, Lycas , aux pâturages ; Elmire , au
même endroit ; Dublois , au boſquet favorable.
Quel eſt l'étonnement de ce dernier
, de ie ſur l'écorce du chêne aux
pieds duquel il s'étoit repoſé la veille , le
,
MARS.1774. 35
nom d'Elmire & celui de Lycas ! Il ſe
trouble ; il frémit ; il déchire de ſes propres
mains les lettres odieuſes qui forment
le nom d'un berger encore plus
odieux. Il ne doute plus de fon malheur ;
il ne reſpire plus que la vengeance ; il
imagine mille deſſeins. L'Amour les détruit
tous , & ne lui inſpire que celui de
- ſe venger de fon rival. Il a horreur de
cette penſée. Il eſt trop humain pour exé
cuter jamais cet infame projet. On le
préfere à un vil berger ; la rage s'empare
de fon coeur. Il confulte encore l'Amour ,
qui lui crie pour toute réponſe: poignarde
Lycas. Il s'accoutume inſenſiblement
à cette affreuſe idée. Ille découvre de
loin dans la plaine ; il eſt prêt à s'élancer
fur lui ; il n'a point d'armes , il s'arrête.
Lycas , affis auprès de ſe bergere , fait retentir
ſon flageblet. Il exprime , il dés
clare enfuite ſa paſſion à la ſenſible Ela
mire. Elle avoit engagé ſon coeur ; elle eſt
fourde à la voix de fon amant , ellebrûle ,
mais ce n'eſt point pour un berger. Lycas
redouble ſes prieres; les larmes du deſir
coulent de fes yeux . Un ſeul foupir de
Dublois eût attendri la bergere; les fanglots
de Lycas n'ont aucun ſuccès. Une
larme du jeune ſeigneur eût déſarmé la
1
コ
י
e
C2
36 MERCURE DE FRANCE .
pudeur d'Elmire ; Lycas verfe un torrent
de larmes inutiles ; Lycas enflammé veut
faire violence à la bergere , qui , pour ſe
délivrer du péril , donne un rendez -vous
pour le jour ſuivant ſous l'arbre ſur l'écorce
duquel il avoit gravé fon nom. Dublois
, témoin de l'outrage , fort furieux
de fon aſyle. Le coupable prend la fuite ;
Dublois eſt ſeul avec Elmire . Il l'invite à
venir profiter avec lui de l'ombrage. La
bergere s'en défend ; fa réſiſtance irrite
fon cher Dublois : elle le remarque , elle
obéit. Vous me préférez donc , lui ditil
alors , un vil berger ? Je vous ai livré
mon coeur ; vous m'avez promis le
vôtre , & vous êtes infidelle ! Pourquoi
me faites - vous , Monfieur , de fi cruels
reproches ? Allez , vous ne m'aimez pas
tant que je vous aime ; je le comprends
à votre diſcours . Quoi! je ſerois aſſez
heureux ? Qu'ai je entendu ?.. Mon bonheur
furpaſſera bientôt celui des Dieux !
Répondez à mes feux , belle Elmire ;
brûlons tous deux de cette flamme qui
me confume. Que voulez- vous de moi ,
Monfieur ? Quel bruit !.. Laiſſez- moi...
Lycas va paroître ! Venez donc demain ,
belle Elmire , fous cet arbre , avant le lever
du ſoleil, je vous y devancerai , je
MARS. 1774. 37
1
vous prouverai juſqu'où va ma paffion.
Elmire promit tout, ſans ſonger qu'elle
avoit déjà donné un rendez- vous ; deux
baifers font les garans de ſon ferment,
Elmire , en ſautant de joie , retourne ou
village : Lycas , rempli d'eſpoir , porte ſes
pas au hameau ; Dublois , ſoupçonneux ,
monte à ſon château. Le noir Chagrin lui
en ouvre les portes.
A peine l'Aurore eut-elle annoncé le lever
du Soleil , que la Vengeance & laJalouſie
arment d'un poignard la main de
Dublois. Il deſcend dans les prairies. La
Nature languit avec lui ; l'herbe eſt deſſéchée
; les lis out perdu leur éclat. Il n'éprouve
point les mouvemens de l'amour
mais ceux de l'horreur. Il voit s'élever à
ſes côtés un fantôme tout dégouttant de
fang. Il friſſonne... Il frémit. Arrivé
dans le bois ténébreux , il attend la lumiere
du jour. Les oiſeaux ne remplisfoient
point encore les cieux de leurs,
harmonieux concerts . Un morne filence
regnoit par tout ; les Mortels languisfoient
encore dans les bras du repos , l'A-.
mour , la Jaloufie & la Vengeance veilloient
fur la terre.
Lycas , de meilleure heure qu'à l'ordinaire
, ſortit du hameau. Il vole vers le
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
chêne ſous lequel il doit goûter le bonheur
d'être aimé. Il trace quelque mots
fur l'écorce. Il s'éloigne pour aller au-devant
d'Elmire. Dublois approche & lit
ces mots :,, Arbre fortuné , fois le témoin
,,des plaiſirs de Lycas&de ſa bergere." La
foudre éclatant aux pieds de Dublois ,
ne l'eût pas plus épouvanté que ce terrible
ſecret. Il pâlit; il ne ſe poſſede plus :
il s'élance fur les pas de fon rival ; il l'atteint
, &, d'un bras furieux . il lui plonge
le fer dans les flancs. Lycas tombe & fe
roule dans ſon ſang. Dublois , s'écrie-t- il,
mon cher Dublois , où m'a réduit ma pasfion!
L'aſſaffin écoute en tremblant ces
dernieres paroles. Le foleil éclaire le crime
; Dublois regarde... Ce n'eſt plus un
rival ; ce n'eſt plus un berger ; ce n'eſt
plus Lycas : c'eſt l'ami le plus cher à Dublois.
Grand Dieu ! c'eſt Aderbel qui nage
dans ſon ſang; c'eſt Aderbel qui meurt
en lui tendant les bras. Il expire. Dublois
ſe précipite ſur ſon ſein palpitant. Il retire
le poignard fumant & l'enfonce dans
ſa potrine. Leur ſang ſe mêle. Dublois
embraſſe Aderbel ; il attache ſes levres
mourantes ſur ſa bouche glacée.
Elmire cependant fouloit avec fes
moutons l'herbe tendre. Les fleurs naisMARS.
1774 39
ſent ſous ſes pas. Elle s'arrête à l'entrée
du boſquet; elle a promis ; elle a juré ;
elle ne peut ſe réſoudre à violer ſon ſerment.
L'innocence , l'amour , la nature ,
& la curiofité l'attirent & l'appellent.
Tandis qu'elle flotte entre les deſirs & la
crainte , les accens plaintifs d'une voix
mourante frappent foudain ſes oreilles ...
Elle penche la tête en levant les mains
au Ciel ; elle écoute attentivement. Hélas!
diſoit-elle en elle - même , peut- être
Dublois ſe plaint il de ma lenteur en foupirant
; peut - être , hélas ! quelque bête
féroce l'a t- elle terraſſé. Dublois , je vole
à ton ſecours ; elle entre : l'Amour l'enflamme
de courage. Tout ſe tait ; l'herbe
eft teinte de ſang. Elmire eſt ſaiſie d'hor,
reur. La terre ſemble s'échapper. Elle
croit voir des abymes affreux s'entrouvrir.
Elle apperçoit deux hommes qui ſe tiennent
embraſſés ; l'un eſt ſans vie , l'autre
rend les derniers foupirs . Elle avance en
détournant les yeux. Elle ſuit la trace enſanglantée.
Elle fixe un inſtant les yeux,
Lycas eſt pâle & défait. Dublois ouvre
les paupieres qu'il referme auſſi tôt. Elmire
ne ſe connoît plus ; les facultés de
fon ame demeurent fufpendues . Un torrent
de pleurs ſe répand dans fon fein.
C4
MERCURE DE FRANCE.
Elle tombe ſur les cadavres de deux amis
malheureux.
L'Amour inſtruit bientôt la Renom .
mée de ce déſaſtre affreux . Le bruit en
retentit dans les hameaux & dans les villes
. On accourt de tous côtés ; on em.
porte chez ſes parens Elmire évanouie.
Tous les chemins font jonchés de bran.
ches de cyprès . On enleve les deux jeunes
Seigneurs. L'Amour les avoit ſéparés pour
quelque temps ; la Mort les réunit pour
toujours dans le même tombeau.
Par M. Chaperon.
VERS à Madame V*** , par M. d'H..
âgé de 18 ans , qui conſacre les prémiceş
de ſes talens à la reconnoiſſance.
M
ÉCENE bienfaisant d'une Muſe volage
Dont tu vis naître les talens ,
Daigne aujourd'hui ſourire à fon hommage
Et prêter l'oreille à ſes chants .
Tes bienfaits m'ont forcé dès ma plus tendre enfance
A consacrer à la reconnoiffance
Les prénices de mon encens :
Peux- tu me refuſer un regard d'indulgence
MARS. 17747
A préſent que l'adolefcence
Me fait former de plus mâles accens ?
Je voudrois en ce jour , malgré ta modestie ,
De tes bienfaits crayonner le tableau ;
Mais que d'objets s'offrent à mon pincean
Je te dois tout , hormis la vie :
C'eſt toi dont les foins généreux
Ont étayé ma foible enfance ,
Et de principes vertueux
Ont nourri ma raiſon même dès ſa naiſſance .
Semblable au Dieu dont les rayons ,
Par leur falutaire influence ,
D'un feu vivifiant animent la fémence
Et fertiliſent les fillons :
De mes ans à peine à l'aurore ,
Tes regards féconds , indulgens
Surent créer & faire éclorre
Le germe heureux de mes talens .
Mais quand des erreurs de l'enfance
La tardive raiſon déchirant le bandeau .
A mes yeux devoilés ſit briller ſon flambeau .
On vit croftre ton zele avec ta bienfaiſance,
Tu m'appris à ſuivre tes pas
Dans le fentier de la juftice ;
Tu m'ipſtruiſis dans les combats
Que je foutins contre l'effort du vice,
Inépuisable en tes bienfaits ,
Sur ton front de la vertu même ,
Sans le ſavoir , tu me montras les traits .
)
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
J'y reconnus ſes célestes attraits ,
Sa douceur , fa nobleffe & fa beauté fupreme ;
Tes moeurs m'apprirent à Painer ;
Je la connus par tes maximes ;
Sous toi j'appris à l'exercer.
Combien de fois , par tes leçons fublimes ,
J'ai fenti mon coeur exalté ,
Dans fes tranſports te prenant pour ſon guide ,
Planer comme un aigle rapide
Au-deſſus des erreurs du vulguaire inſenſé !
Dans ces momens d'une flatteufe ivreffe
Je croyois voir en toi cette fage déeffe ,
Qui , par la bouche du Mentor.
Au fils d'Ulyſſe enſeignoit la fageffe ,
Où le ſage & prudent Neftor.
Alors , & doux moment d'une volupté pure
Que mon coeur chérit trop pour jamais l'oublier !
De tes nombreux bienfaits tu comblas la mefure ;
Du nom de ton ami tu daignat m'honorer
Vous en futes témoins , aftres dont l'influence
Répand fur l'Univers les ombres , le filence ;
Soyez-le donc encor du ferment folemnel
Que je prononce aujourd'hui fur l'autel
Du Dieu de la Reconnoiffance .
Je jure par toi - même , & j'atteſte les Cieux
De mériter uh jour ce titre précieux ;
Si jamais à ce voeu je devenois parjure ,
Puiſſe le Ciel vengeur , & toute la Nature ,
Sur mon front criminel épuifer leur couroux ;
MARS. 1774 43
Mais d'un ſi cruel fort je ne crains pas les coups.
Tes bienfaits , en lettres de flamme ,
Demeureront toujours imprimés dans mon ame
Comine ton nom l'eſt dans mon coeur.
J'en chérirai le ſouvenir flatteur ,
Et depuis le moment où , ſur ſon char d'albâtre ,
L'Aurore à l'Univers ramenera le jour ,
Juſqu'au moment où , d'un crêpe grifatré ,
)
La fombre nuit , des cieux drappera le contour ,
Dans un cantique a la Reconnoiſſance ,
Ma voix rendra ſans ceſſe hommage àtes bienfaits.
Trop heureux ſi le Ciel , exauçant mes ſouhaits ,
Daigne un jour , mieux que moi , payer ta bienfaiſance !
T Madame la D. de la V** ayant confervé
toutes les graces de la jeuneſſe , dans un
âge où la plupart des autres femmes les
ont perduce , un de ses admirateurs lui
a envoyé , le jour de la nouvelle année ,
les vers fuivans , avec une taſſe de porcelaine
.
V..
A, de ma part , à la V** , :
Offrir , me dit le Dieu d'Amour ,
MERCURE DE FRANCE.
Cette coupe que l'autre jour
Je pris au buffet de ma mere.
Elle lui ſervoit à puiſer
L'onde immortelle de Jouvence.
Le cours des ans n'en peut ufer
La douce & puiſſante influence,
Grand merci de votre bonté .
Dis-je lors au Dieu de Cythere ;
Il ne manquoit à la V**,
!
Que d'avoir l'immortalité.
LE FLEUVE & LE RUISSEAU,
Fable.
UN jour un Fleuve audacieux
Qui , du ſommet des Pyrénées ,
Rouloit ſes flots impétueux
Dans les Mers Méditerrannées ;
Diſoit à l'imprudent Ruiſſeau
Qui de le ſuivre avoit eu la manie :
Ton fort , faquin , n'est- il pas affez beau
D'être en ſi bonne compagnie ?
MARS.
1774. 45
:
Ah! dans les prés qui m'ont vu naftre ,
Je ferpentois entre des fleurs
Avant de vous connoître ;
Je vous rencontre ; & voilà mes malheurs :
Vous m'entraînez daus un abyme.
C'eſt - la ſouvent tout ce que vaut l'eſtime
Et l'amitié des grands Seigneurs.
Par M. Landrin.
A Madame la Marquise D***
DEs fublimes accens d'Homere
Le Dieu de Plinde étant jaloux ,
Il le priva de la lumiere
Dans un accès de fon courroux.
Dès qu'il vous vit , Sapho , vous deviez lui déplaire ,
:. Auſſi fit-il tomber fur vous
Le même trait de ſa colere.
Honteux pourtant du mal qu'il venoit de vous faire ,
Il voulut l'adoucir ; & , pour réparer tout ,
Il vous donna pour ſecrétaires
Les Muſes , les Graces légeres ,
Et pour guide le Goût.
Par M. le Comte d'Albon
46. MERCURE DE FRANCE.
८
EPITRE DE DIDON A ENÉE.
Traduction libre d'Ovide .
LEE Cigné qui lutte contre la mort fait
retentir les rives fleuries du Méandre d'un
chant plaintif & languiſſant. Son dernier
foupir eft encore un fon harmonieux.
C'eſt ainſi que je gémis , accablée ſous le
poids du Sort. L'éſpérance a fui loin de
moi. Mes larmes , mes prieres feront ſans
doute inutiles . Mais , hélas ! qu'ai-je encore
à ménager ? Innocence , pudeur , réputation
; j'ai tout perdu. Il ne me reſte
plus qu'à mourir.
C'en eſt donc fait: cruel Enée , tu veux
m'abandonner. Les tours fuperbes de Carthage
, un royaume diſpoſe à fleurir ſous
tes loix , rien ne peut ébranler ta réſolution.
Tu fuis dans des climats étrangers
pour y fonder un nouvel empire. Les dangers
ne t'effraient point , pourvu que tu
puiffes fuir l'infortunée Didon. Est - il
un Souverain affez généreux pour parMARS.
1774601 47
!
tager ſes Etats avec un peuple errant
& fugitif ? Eſperes - tu trouver encore
une nouvelle victime de ton inconſtance
&de ta perfidie ? Est-il ſur la terre une
ſeconde Didon ? Une Reine étrangere
mettra t-elle ſa couronne à tes pieds ? Un
peuple immenſe ſe rangera-t- il ſous tes
loix ? Pour faciliter tes deſſeins , où trouver
une épouſe auſſi tendre , auſſi ſenſible
que la Reine de Carthage ? Le feu de l'amour
me confume. Furieuſe & déſeſpérée
, je m'efforce en vain d'arracher de
mon coeur le trait qui le déchire : l'image
d'Enée me pourſuit ſans ceſſe. , Je ne
reſpire que pour lui , & l'ingrat ſe rit de
mes malheurs. Non , je ne puis le haïr.
Ton infidelité attiſe le feu qui me dévore.
G.
O puiſſante Vénus ! plains-moi , plains
une. Reine malheureuſe que ton filsa
trahi. Amour , amolis , s'il eſt poſſible ,
le coeur de ton inſenſible frere. Qu'il partage
tous les feux que tu as allumés dans
mon ſein . Oui, je l'avoue ; je l'aimai la
premiere : eh bien! qu'il foit tendre &
ſenſible ; je puis encore l'aimer avec fureur.
Que di-je ? Non , tu n'es pas le fils
de la mere des Amours. Le monftre le
1
48 MERCURE DE FRANCE .
1
plus féroce t'engendra parmi les rochers;
&la Mer en furie t'a vomi ſur ſes bords..
Ah ! fi les reproches les plus tendres ,
fi les larmes d'une amante ne peuvent
t'attendrir , ne fois pas inſenſible à ton
propre intérét. Vois les vagues de la Mer
irritée ſe briſer avec fracas contre les rochers.
Entends les vents mugir & fe déchaîner
contre les flots. Frémis , malheureux
: il eſt des Dieux vengeurs. Ne t'abandonne
pas à la fureur d'une Mer
dont tu as tant de fois éprouvé l'incons
tance. • Vénus naquit du ſein des Ondes ;
n'en doute point , elle vengera une
amante offenſée. Je vois déjà ton vaiſſeau
en proie à la rage des Aquilons. Tous
les Elémens furieux s'armeront contre un
perfide. Alors le ſouvenir de Didon que
tu as outragée , fera naître dans ton coeur
les cruels remords. Mon image pâle &
fanglante s'offrira devant toi. Tu frémiras
d'horreur ; les abymes de la Mer s'ouvriront
pour t'engloutir. La Foudre vengereſſe
éclatera ſur ta tête perfide. Toute
laNature en courroux te reprochera l'atrocité
de ton crime..Ah! reſte , reſte à Carthage.
Les Zéphirs calmeront bientôt
l'agitation des flots. Les Vents pourront
peut- être
1
MARS. 1774. 49
peut-être favoriſer ta perfidie. Alors il te
ſera plus doux de m'abandonner. Tu defires
que je meure ; va , tu ſeras fatisfait.
Mais conſerve ta vie ; elle m'eſt plus
chere que la mienne. Jette les yeux fur
le jeune Afcagne , ſeul rejeton du ſang
de Priam. Que fon innocente te parle en
ſa faveur. A l'aurore de fon âge , ne l'expoſe
pas à périr au milieu des mers. Jette
un coup- d'oeil ſur ces Dieux tutélaires,
reſtes précieux de ta patrie. Ne les as- tu
arrachés du ſein des flammes que pour les
voir le jouet des ondes ? Ah ! crains qu'ils
ne s'élevent contre ton impiété. Non , tu
n'es point ce pieux Enée dont les épaules
ſe courberent fous le poids ſacré d'un
pere. Tu n'es pas ce héros dont j'entendois
avec tranſport raconter les actions
vertueuſes , Ton langage ſéducteur ſe
jouoit de ma crédulité. O Créuſe , épouſe
infortunée , ton cruel époux t'abandonna
fans doute aux flammes qui confumerent
ta patrie. Dévoué au courroux céleſte , les
Dieux vengeurs le poursuivirent fur les
mers . Je le reçus dans mon Empire. Ingrat,
j'ai fait plus: je t'ai placé fur mon
trône. Ah ! plût aux Dieux quej'euſſe fixé
des bornes à ma généroſité. Ce jour ou je
me réfugiai dans cette grotte , trifte témoin
D
50
MERCURE DE FRANCE.
de tes tranſports ; ce jour à jamais détestable
fut la ſource de mes malheurs : l'écho
retentiſſoit au loin des cris horribles
des Eumenides. Elles me préſageoient la
mort la plus funefte. Inſenſée ! je crus
entendre la voix des Nymphes donner le
ſignal de l'Hymenée. L'Honneur ſe tut ,
l'Amour m'aveugla , & je m'oubliai moimême.
Au fond de mon palais eſt un monument
conſacré à la mémoire de Sichée ,
mon premier époux. Accablée par ma
douleur , je m'étois traînée dans ce lieu
funebre pour y gémir. Trois fois un bruit
fourd ſembla fortir du mauſolée ; trois
fois j'entendis la foible voix de mon
époux. ,, Viens , me dit-elle , viens , mal-
,, heureuſe Didon." Ombre offenſée , je
te fuivrai bientôt , mânes facrés de mon
époux , la victime eſt prête ; vous ferez
fatisfaits . Pardonne , cher Sichée , ah !
pardonne à ton épouſe éplorée. Je fus
Téduite , je fus trompée ; mais je ne fus
point criminelle. Le nom de mon amant
ne déshonore point ta mémoire. C'eſt
Enée : c'eſt le fils de Vénus : c'eſt ce héros
généreux qui arracha des flammes ſes
Dieux & fon pere. Je me flattois de le
voir mon époux. Vain eſpoir ! le perfide
MARS. 1774. 51
m'abandonne. Triomphe , barbare Pigmalion
: jouis en paix du fruit de tes crimes
; Didon eſt malheureuſe. J'ai vu la
main d'un frere trancher les jours de mon
époux aux pieds de ſes autels . J'ai vu ce
frere inhumain , armé par l'Avarice , me
pourſuivre fur les mers. Je me fuis foustraite
à ſa fureur. N'eſt - ce , hélas ! que
pour devenir la victime d'un parjure ?
J'ai fui , j'ai abandonné le doux fol de la
patrie , les cendres d'un pere & celles d'un
époux : la fortune m'attendoit dans ces
climats pour m'y perfécuter. Les murs
de Carthage s'éleverent fous mes yeux.
Du haut de ces tours fuperbes , la Difcorde
fit entendre le bruit affreux de ſes clameurs.
L'Envie arma mes voiſins , & les
fureurs de la Guerre menacent de toute
part une femme ſeule & fans appui. Ces
foibles charmes , qui n'ont pu te fixer ,
toucherent le coeur des puiſſans Rois de
ces contrées. Iarbe , le fier Iarbe viendra
ravager mes Etats. Qui pourrois-je oppoſer
à tant de forces réunies ?
Viens , perfide ; mets le comble à ta
cruauté. Traîne ta Didon tremblante
& échevelée aux pieds de ſes farouches
ennemis. Conduis le bras de Pigmalion
moins barbare que toi. Qu'il plonge dans
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
mon ſein ce glaive teint du ſang de morn
époux. Quoi ! tes mains facrileges ofent
profaner les Dieux de ta patrie ! Ta bouche
impure leur adreſſe un hommage
auſſi faux que tes promeſſes ! Ah ! fans
doute , ils euſſent mieux aimé ne point
furvivre au fort de la triſte Ilion.
Hélas ! je plains le malheureux fruit
de nos amours. L'aurore de la vie ne luira
point à ſes yeux. Enfant infortuné , il partagera
le fort de ſa mere. Mais un Dieu
t'ordonne de partir ! Vain prétexte ! Les
Dieux ordonnent - ils le plus affreux des
forfaits ? Trop heureuſe ſi ces Dieux , ſi
indulgens pour ta perfidie , t'euſſent éloigné
des rives de Carthage , je vivrois tranquille.
Précieuſe innocence , tes droits
feroient encore facrés pour moi.
Tu ne vas point fur les bords du Simoïs
voir une nouvelle Troye renaître de
ſes cendres. L'eſpoir d'un Empire imagi-
'naire t'appelle ſur les rives inconnues du
Tybre . Vois les tours de Carthage s'élever
juſqu'aux nuées. Contemple ſes tréfors
, riches dépouilles de la fuperbe Tyr.
Mon fceptre eſt à toi. Regne fur les côtes
de l'Afrique pour y faire revivre l'ancienne
ſplendeur de Troye. Si ta valeur eft
avide de combats ; ſi le jeune Afcagne
IARS. 1774- 53
i
brûle de ſignaler ſon courage naiſſant ,
l'Afrique vous offre des ennemis dignes
de vos conquêtes .
S'il reſte dans ton coeur quelque pitié
pour celle qui t'aima ſi tendrement , ne
m'abandonne point... Je t'en conjure
par tes Dieux tutélaires , par les cendres
de ton pere , par ce qu'il y a de plus facré.
J'en atteſte ici l'Amour & Vénus ta mere.
A-t- on vu mes Tyriens poursuivre ſur les
mers les malheureux Troyens ? La Grece
ne m'a point donné la naiſſance. Mon
pere n'a point armé, ſes foldats contre ta
patrie. Barbare ! Qu'ai-je donc fait ? Je
t'ai aimé avec tranſport. Eft - ce à toi de
m'en faire un crime ? Cher Enée , cher
époux... Malheureuſe ! tu m'envies jusqu'au
nom de ton épouse. Eh ! que m'importe
le titre , pourvu que Didon foit à
toi ? Ah ! differe ton départ ; apprendsmoi
du moins à fouffrir ton abfence.
Hélas ! fi tu pouvois voir l'affreuſe ſituation
de ton amante , peut- être , vain espoir!
peut-être ton coeur s'attendriroit.
D'une main je trace en tremblant ces caracteres
, & de l'autre j'appuie contre mon
ſein la pointe de ce glaive que tu m'as
laiſfé comme un gage de ton amour.
ne prévoyois pas alors l'usage que je vais
Tu
D3
54
MERCURE DE FRANCE.
faire de ce funeſte préſent. Mes joues
pâles & creuſes font fillonnées par mes
larmes . C'en eſt fait, je vais finir mes
malheurs : la mort va terminer une vie
qui m'eſt maintenant odieuſe. O ma
foeur ! ô toi qui as creuſé l'abyme où je
fuis plongée , viens me rendre les derniers
devoirs. Puiſſe l'urne qui va renfermer
mes cendres atteſter à l'Univers les malheurs
de Didon , & la perfidie d'Enée !
Le nom de mon époux ne fera point gravé
fur mon tombeau . On y lira : Didon fut
la victime de l'Amour ; Enée l'abandonna :
elle fe donna la mort. Puiſſe alors la jeune
amante s'attendrir & verſer des larmes !
Par M. D ..... , de Chartres .
LETTRE d'Alexis , déſerteur , dans la
prifon , à Louiſe , ſa maîtreſſe.
C'EN
"EN eſt fait de mon fort ; l'inſtant fatal s'avance :
Ingrate , applaudis - toi 'de ton peu de conftance ;
C'eſt toi qui m'as plongé dans l'abyme où je ſuis ;
Reçois du moins ces traits de la main d'Alexis ,
Ces traits... de ma tendreſſe ils font le dernier gage..
MARS.
55
1774.
Que dis-je , malheureux ? Ton hymen qui m'outrage ,
T'empêcheroit- il ? Non , reçois - les : tu le dois ,
Tu le dois... Je t'écris pour la derniere fois.
Pour la derniere fois ! Que ces mots font terribles !
Que mon coeur eſt en proie à des tourmens horribles !
Je ne te verrai plus ; tu ne vis plus pour moi !
Louiſe , il est donc vrai ! .. Trahir ainſi ſa foi !
Comment tant de candeur avec tant d'impoſture ?.
Nou , je ne le crois pas ; non , tu n'es point parjure ;
Tu m'aimois ! .. Se peut-il que ton coeur ait changé !
Hélas ! .. en d'autres noeuds il eſt donc engagé!
Et ton fidele amant , pour le prix de fa flamme ,
De ſes jours malheureux, verra trancher la trame !
Le Confeil aſſemblé va décider mon fort :
Tu ne m'appartiens plus, que m'importe la mort ?
La mort ! .. c'eſt maintenant le ſeul bien que j'envie ;
Le reſte ne m'eſt rien ; Louiſe m'eſt ravie :
Infidelle Louife ! .. A ce ce nom ſeul je ſens ...
Redoubler dans mon coeur l'excès de, mes tourmens ;
Mon ame eſt déchirée ... O comble de miſere ! ..
Si je t'ouvre aujourd'hui mon ame entiere ,
Pardonne, tu le dois à mon état affreux :
La plainte eſt le feul bien qui reſte aux malheureux .
Te fouvient-il du jour où , renouant ta treffe ,
Je te fis , en tremblant , l'aveu de ma tendreffe ?
Ton coeur ſimple avoua les mêmes ſentimens ,
Et le plus doux baifer confirma nos fermens.
Que de plaiſirs depuis je goûtai dans tes chatnes !
A
D4
L
1
56 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour nous épargnoit les foucis & les peines ...
Les peines ! .. En eft- il pour de tendres amans ?
Nous vîmes à nos voeux ſourire nos parens .
Quel bonheur fut le mien ! Ta main m'étoit promife :
'Alexis ne cherchoit ,n'adoroit que Louiſe ;
Louiſe étoit fidelle au fidele Alexis .
Enfin , heureux amans , nous allions être unis ;
Je preffentois déjà l'aurore fortunde
Qui devoit à la tienne unir ma destinée :
De quelle volupté mes fens étoient faifis ! ..
Combien ? ... Le Sort m'enchaîne aux drapeaux de
Louis.
Au plus faint des devoirs , à ſervir ma patrie ,
Par toi - même animé , je confacrai ma vie.
Je quittai mon hameau pour le champ de l'honneur ;
J'abandonnai Louiſe & je perdis fon coeur.
Souvenir accablant ! Qu'il me coûte de larmes !
Perfide ! .. Ah ! quels adieux pleins de trouble & d'alarmes
!
Renverfé ſur ton fein que je baignois de pleurs ,
Je ſemblois preſſentir l'excès de mes malheurs.
» Cher amant , me dis -tu , ſuis l'honneur qui t'appelle :
Tou amante à ſes feux demeurera fidelle ;
>> Ne crains rien; je mourrai plutôt que de changer :
„ Eh ! qui de tes liens me pourroit dégager ?
ود
Si tu vis fatisfait ; ſe ſerai trop contente :
Adieu; penſe ſouvent à ta fidelle amante ;
Sers en bon citoyen ta patrie & ton Roi ,
1
MARS.
1774. 57
:
Et reçois cet anneau pour gage de ma foi.”
En prononçant ces mots , ces mots pleins de tendreſſes ,
Tes bras me prodigoient d'innocentes careſſes ;
Ta bouche m'imprimoit mille baifers charmans :
J'en étois embraſé ... Louiſe , ah ! quels momens !
Mes pleurs couloient toujours : " quoi ! rien ne te ras-
ود
ود
fure?
Te faut-il des fermens ? T'en faut- il ? .. Je te jure."
Vain ferment , auffi- tôt démenti que formé !
Infidelle , tu fais , tu fais ſi je t'aimai !
Et voilà le retour dont tu payas ma flamme !
Non , non , jamais l'amour ne pénétra ton ame ;
Tu feignis de chérir & de ſuivre ſes loix :
On doit aimer toujours , quand on aime une fois.
Tandis que tu livrois ton coeur à l'inconſtance ,
Trifte , je gémiſſois d'une cruelle abſence :
Je ne penſois qu'à toi , c'eſt toi qui me trahis :
Alexis t'aimoit ſeule , & tu perds Alexis !
Ah! cruelle ... déjà je comptois ſept années
Depuis que loin de toi couloient mes deſtinées .
Un an , un an encor , terme de mes travaux ,
Affuroit mon bonheur & fixoit mon repos .
Un an , & je pouvois , au fort de mon amante ,
Affocier mon fort ! Douce & flatteuſe attente !
Eſpoir délicieux qui , ranimant mon coeur ,
Diffipoit de mes fens la mortelle langueur
O combien j'endurois avec impatience
Le funeſte délai qui cauſoit ma fouffrance !
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , en attendant ce moment fortuné ,
Libre , je pouvois voir le chaume où j'étois né.
Je venois à tes pieds , amant tendre & fidele ,
Ranimer mon eſpoir & foutenir mon zele ,
Dieux ! avec qu'elle ardeur j'allois vers mon hameau !
Déjà je découvrois ce fuperbe côteau ,
Ce côteau , des amans retraite folitaire ,
Où , loin de mes rivaux & de tout oeil ſévere ,
Je te fis cet aveu , ſource de mes malheurs ,
Triſte aveu qui depuis m'a coûté taut de pleurs ! ...
Je redouble mes pas... J'apperçois une fête ...
Mon oeil , quoiqu'éloigné , te diftingue à la tête :
Je m'informe , j'apprends (& je ne ſuis pas mort !)
J'apprends qu'à Palémon tu viens d'unir ton fort !
Frappé comme d'un trait , troublé , l'ame éperdue ,
Je fuis fans ſavoir où ; tout offuſque ma vue .
J'y cherche le trépas ; je vais au fond des eaux
Trouver , déſeſpéré , le terme de mes maux
Rien ne me retient plus ; je m'élance ... On m'arrête :
De ma fuite je dois répondre fur ma tête ,
Coupable , l'on me jette en un cachot affreux ,
Et l'on va me punir de mon fort malheureux .
Telle eſt ma deſtinée ! Eh bien ! .. es- tu contente ?
Mes malheurs ſont comblés , le remords me tourmente ;
Mon coeur lâche eſt en proie à des maux inouis :
J'ai pu trahir mon Roi ! J'ai pu de mon pays ,
Citoyen mépriſable , abandonner la cauſe !
Je l'ai pu : ... de mon fort la Juſtice diſpoſe ;
MARS.
1774. 59
On ne peut trop punir un traftre tel que moi ,
Je dois à tout coeur noble iuſpirer de l'effroi.
Qui pourroit embraſſer la défenſe du crime ?
Mais toi , dont l'inconftance a creusé mon abyme ,
Falloit- il m'abufer auffi cruellement ?
Falloit- il te jouer de ton crédule amant ?
Devois - tu ? .. Ma Louiſe inconftante & fauffaire !
Le ferment d'un coeur liche eſt la preuve ordinaire !?
Un coeur lache ! .. Toi ! Non... Le puis - je croire en-
: core?..
On m'appelle au Conſeil , je vais ouïr mon fort .
O mort , unique eſpoir d'une ame abandonnée ,
Viens finir de mes jours la trame empoiſonnée !
:
Il monte au Conseilde Guerre : à fon
retour , il poursuit .
Mon Juge a prononcé ; c'eſt fait de mon deſtin !
Des maux que j'ai foufferts j'entrevois donc la fin !
Malheureux ! quel état ! Il eſt affreux fans doute ...
Eh ! ce n'eſt point la mort qu'aujourd'hui je redoute !
Je l'ai bravé cent fois , je la bravois encore ;
Mais , comme un criminel , l'attendre , cette mort :
Je ne puis fupporter cette idée accablante....
On entre , on m'apprend.... Ciel! tu n'es point inconftante
,
1
MERCURE DE FRANCE.
.
Et je t'ai ſoupçonnée ! .. Un vain bruit m'a déçu :
J'ai pu te foupçonner , Louiſe , je l'ai pu !
Je me suis donc moi - même enfoncé dans l'abyme !
Je ſuis de mes foupçons devenu la victime.
Je l'ai bien mérité ! malheureux que je fuis !
Louiſe m'eſt rendue , ◊ Ciel ! & je péris !
Sort cruel ! ah ! ce n'est qu'en ce moment funefte
Que j'éprouve l'horreur du deſtin qui me reſte.
Adieu ; quand cet écrit paſſera dans ta main ;
Le glaive de la mort aura percé mon fein.
Ce jour , ce jour ſera le dernier de ma vie ;
A mon plus bel inſtant elle m'eſt donc ravie !
Il eſt donc vrai ! je vais te quitter pour jamais ;
Mes yeux ne verront plus fourire tes attraits !
Ah !fi , dans cet inſtant , & ma tendre Louiſe ,
A ton cher Alexis ta vue étoit permiſe ...
Adieu ; penſe à nos feux, j'ai des droits à tes pleurs :
Tes pleurs allégeront le poids de mes malheurs .
La mort , qui m'affaillit , me paroft moins cruelle ,
Puiſque du moins ton coeur me demeure fidele :
Adieu , Louiſe , adieu : voici l'inſtant fatal ;
Déjà de mon trépas on donne le ſignal ...
Diflipe , Dieu puiſſant ! le trouble qui me preſſe ,
Et fais moi ſurmonter une indigne foibleſſe ! ..
J'entends du bruit... On vient... Ah ! tu n'as plus d'amant
...
MARS. 1774- 位
Se peut - il ? .. me trompé - je ? Est - ce un enchante
ment ?
O Ciel ! j'obtiens ma grace , & c'eſt à ma Louiſe
Que je dois ce bonheur ! O charmante ſurpriſe !
Moment délicieux pour un ſenſible coeur !
A l'objet de mes feux je devrai mon bonheur !
D'un ſoupçon odieux quelle douce vengeance !
Eh ! pourrai - je jamais ... Pardonne , je t'offenſe ...
Libre enfin des liens qui retiennent mes pas ,
Pour ne te quitter plus je vole dans tes bras.
Par M. E. F. D.
ر ا
62 MERCURE DE FRANCE.
LE VRAI BONHEUR.
Ode anacreontique .
FIERS IERS conquérans , vous que la gloire attire ,
Je ne cours point après votre renom ;
Mon coeur préſere au plus puiſſant Empire
Le doux plaifir d'adorer ma Ninon .
Chantre famenx , je vous remets ma lyre ;
Je ne veux point des faveurs d'Apollon ,
Et je préfere à votre heureux délire ,
De pofféder le coeur de ma Ninon .
Richards altiers que la fortune encenfe ,
Gardez , gardez fon funeſte poifon ,
Moi ! je préfere à toute l'opulence
Un doux baifer que j'obtiens de Ninon.
O ma Ninon ; de mon fort tu diſpoſes ,
Oma Ninon ; tu fuffis à mon coeur ;
Baifer cueilli fur tes levres de rofes
Vaut cent fois mieux que richeſſe & grandeur.
Par le même .
MARS.
1774 63
D
MADRIGAL.
E ce Roſier , brillant de fleurs nouvelles ,
A ma Zélis je fais don ; ces honneurs
Lui font bien dûs : c'eſt la Reine des Fleurs
Que j'offre à la Reine des Belles .
Par le même.
L'EXPLICATIO 'EXPLICATION du mot de la premiere
énigme du Mercure du mois de Février
1774, eſt la fauſſe Monnoie ; celui de la
ſeconde eſt la Sonnette ; celui de la troiſieme
eſt la Goutte ; celui de la quatrieme
eſt Huître. Le mot du logogryphe eſt
Ecaille , où ſe trouve caille.
ENTR
ENIGME.
NTRE trois Co - ſeigneurs d'une ancienne famille,
Comme eux , je puis dater depuis Adam ;
Lors de la fameuſe Bisbille
J'aſſiſtois avec eux au conſeil de Satan.
Qui fuis - je done ? Un Duc & Pair , un Comte ?
Non ; mais , lecteur , ſans paroftre trop vain ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Dans mes Etats je regne en Souverain ,
Comme Vénus regne en Amathonte .
J'ai ponr.domaine , l'Univers ;
Pour tributaire , une déeſſe .
Je fais diete les hivers ,
Et le printems fait ma richeſſe.
Paiſible fur mon trône , un élément léger
De mes riches vaffaux vient m'apporter l'hommage :
Sans truchement j'entends bien le langage
De ce fidele meſſager.
Si quelquefois , d'une humeur ambulante ,
Je veux parcourir mes Etats ,
Montagnes & vallons , plaines & pays bas ,
Tout concourt à me faire une cour opulente .
Aux uns je faisun accueil gracieux ,
Et , dans les doux tranſports de mon joyeux délire , }
:
Je reçois leurs dons précieux
Avec les graces du fourire .
Aux autres porte cloſe , & d'un air de mépris ,
De leur tribut je leur paffe quitrance ;
Je ſuis , j'évite leur préſence
Comme , à l'aspect du loup , fuit la douce brebis.
Mais j'ai beau faire : au fond d'une fétide grotte ,
Contre moi , cher lecteur , on machine , on complotte ,
On eſcalade mon palais ;
Victime du poifon , tu m'entends : je me tais.
Par M. C.
€
AUTRE.
MARS. 1774.
J
AUTRE.
E ne fuis , cher lecteur , rien de matériel.
Peut - être me crois - tu d'une illuftre naiſſance
Mais , le dirai - je ? O Ciel !
Oui , j'ai pour mere l'ignorance .
Vil eſclave d'un gros péché ,
Qui ſe dit pere de tout vice ,
Par deux fiers champions je me vois recherché,
Pour m'enrôler dans leur milice.
A qui remportera la palme de vainqueur ,
De droit je ferai la conquête ,
Déja chacun ſe prépare à la fête.
Par un dylemme féducteur ,
1
L'un prouve qu'il fait jour , & l'autre qu'il fait nuits
Que faire contre un incrédule ?
Je me tapis dans mon réduit ,
D'où je ne vois au plus qu'un foible crépuscule.)
L'un , pénitent comme un Chartreux ,
Vante le thon , le brochet & la plie ;
L'autre dit que le gras le rend plus vigoureux :
J'écoute tout , & je reſte amphybie.
N'est- ce pas - là , lecteur bien prendre ſon parti ?
Si je dis oui , je change de nature ;
Si je dis non, je ſuis anéanti.
Ah ! ne vaut - il pas mieux avoir place au Mercure ?
E
66 MERCURE DE FRANCE.
Loin douc d'ici , vils fuborneurs ,
Epagnez - moi l'horreur d'un fuicide ;
Rengainez , fiers tyrans , vos difcours enjoleurs ,
Et , dans votre ennemi , reſpectez un Alcide.
Par ie même.
Je
AUTRE.
e demeure affez près d'un trou ,
Et j'y conſerve la figure
Que je reçus de la Nature ,
On ne fait comment ni par où.
Souvent je ſuis de forme ronde.
Ici carré ; là bas pointu ;
Chez Iris le plus beau du monde ,
Chez Circé , laid & fendu.
On ne me voit guere en Turquie ,
Ni dans le reſte de l'Aſie ,
Que parmi les efféminés ,
Les femmes & les nouveau - nés ,
Très - rarement parmi les hommes ;
Béniffons Dieu fi nous le fommes !
Mais quand Clovis prend par mon nom
Le berger qui lui rend hommage ,
D'un tendre amour c'eſt le préfage ,
Leurs deux coeurs font à l'uniffon .
MARS. 1774. 62
Je n'en dirai pas davantage ;
Car cent mille fois , à ton age ,
Tu m'as vu paroître à tes yeux ,
Sans même en être curieux.
Par M. de B. , des Ponts & Chaussées.
Des
AUTRE.
Es jardins nous tirons notre illuſtre origine ;
Notre nom est connu de Paris à la Chine ;
Preſqu'en tous lieux notre empire s'étend :
Preſqu'en tous lieux hommage l'on nous rend.
L'Hymen fait chaque jour que notre luftre augmente ,
Par les auguſtes noeuds qui comblent notre attente.
Ils ne fauroient qu'être heureux à jamais ,
Ces noeuds qu'Amour & Convenance ont faits !
Ce feroient - là nos voeux , fi nous en pouvions faire !
Le blancheur nous eſt ordinaire .
Quoique nous conviendrons avec vous , chers lecteurs
Que , parmi nos pareils , il eſt d'autres couleurs .
Par M. L. G.
CLIO
E2
৩৪ MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPIН Е.
JE fuis un étranger ,
Propre à faire manger ;
Aufli pour l'ordinaire
J'aſſiſte à tout repas où l'on fait bonne there.
Quatre , trois , cinq & fix , je fuis une cité
Avec titre de vicomté :
Quatre , trois , fix , rien ne m'eſt comparable :
Un , d'eux , trois , cinq & fix , je fuis fruit agréable :
Trois , quatre , cinq & fix , je ſuis hors de raifon :
Un , trois & fix , à craindre à la maifon :
Deux , trois , fix , je fournis inftrument fort utile :
Péché , trois , cinq & fix , à commettre facile :
Un , trois , cinq , fix , je ne fuis pas meilleur.
Enfin , pour finir , cher lectenr ,
Mon ennuyeufe litanie ,
J'offre un chemin , un fleuve d'Italie.
Par un mémes
L
AUTRE.
A foudre aptès l'éclair
Grand bruit avec ravage ;
MARS.
1774. ég
Sur l'horifon , en l'air ,
Voilà de mon ouvrage .
Si je t'échappe à ce début bruyant ,
Compte bien peu fur ma famille :
Des enfans dont elle fourmille ,
Mon portrait , nul n'est bien reſſemblant,
Pourſuis , lecteur ; leve la toile ;
Et tu verras , mais fous le voile ,
Un élément , un mets gafcon ,
L'extrémité d'un bataillon ;
En Artois une forte place ;
Un fynonyme de furface ;
Un "Apôtre de l'Alcotan ;
Une riviere en Gevaudan ;
Ce qu'il faut faire avant que l'on revienne ?
Ce qu'aujourd'hui Versailles eft à Vienne ;
Ce que l'on dicte en Parlement ;
Un nom commun à tout talent ;
Là façon de combattre où la force décide !
Un magiftrat , membre d'élection :
Autre élément , une conjonction ;
Combat & combattant chantés dans l'Enéide ;
Une ville Normande , un pronom mafculin ;
Un article fréquent au genre féminin ;
Une douce liqueur , une herbe potagere ;
L'épouse d'un Hébreu trompé par fon beau - pere
La femelle & l'amour d'un farouche animal ;
Une liqueur qui touche au point final ;
E3
2
70 MERCURE DE FRANCE.
L'infinitif, un des pouvoirs de Pierre ;
L'eſpace déſigné de certaine maniere ?
Un des attributs d'Apollon;
Un lieu tranquille en ta maison ;
La bande peinte au parvis d'une Eglife ;
Un poiffon plat dont on fait chere exquife :
Un oiſeau délicat , un plaifant importun ?
Un animal rongeur , ce qui n'eſt pas commun ;
Une membrane encor qui le rire déploie ,
Un verbe , un fubftantif qui décelent la joie ;
Le nom & le recueil des uſages facrés ;
Le chemin où tu paffe en des dieux habités ;
Dans les fauves , le temps où l'amour ſe réveille ,
Un mal des yeux , un linge où repoſe l'oreille ;
L'acte muet de la difcrétion ;
Un impôt payé par la foule ;
L'artiſan dont tu fais le moule ;
Un fynonyme à diminution ;
Du chanvre le rival propre pour un cordage ;
L'action d'exprimer un blanc & doux breuvage ,
Le trait fatal dont Pyrrbus fut frappé;
De deux femmes le nom jadis fameux à Rome ;
L'époux d'une adultere , épouse d'un ſaint homme :
Un ſubſtantif germain d'utilité ,
Et , pour finir fur le ton pacifique ,
Cherchez en moi trois notes de muſique.
Mars. 1774.. 71
Air:De l'Union de l'Amour et
desArts,parM. Floquet.
Les Amansfercient char-mans ,
Sans l'artqu'ils ont desçavoirfeindre
LAmour à les entendre, est un
Y
Dieupleind'attraits ;Leursfermens,
cha-que jour, at- te-ftont ses
bienfaits , attestentses bienfaits:
W
*
Saflamme,par letemps,ne peut
jamais s'éteindre.Loujours tendres ,
72 Mercurede France:
Toujours tendres,Toujours tendres,
*
toujours conftans,toujours conftans,
toujour's conftans, S'ils res - sentvient
Amour, S'ils ressentoient
*
Amour, commeils sçaventle
:
peindre,comme ilssçavent, le
peindre, Les AmansSeroient
*
*
charmans,Les Amansse-roient
charmans,feroient charmansse-
*
roient char-mans
.
MARS.
73
1774.
NOUVELLES LITTERAIRES.
Dictionnaire raisonné de Diplomatique ,
-contenant les regles principales & esſentielles
pour fervir à déchiffrer les
anciens tîtres , diplômes & monümens ,
ainſi qu'à juſtifier de leur date & deleur
authenticité . On y a joint des planches
rédigées auffi par ordre alphabétique &
revues avec le plus grand fom , avec
des explications à chacune , pour aider
également à connoître les caracteres &
écritures des différens âges & de différentes
Nations. Par Dom de Vaines ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation
de St Maur ; 2 vol. in - 8 . le premier
de 548 pages , fans la préface ,
avec 25 planches ; & le ſecond de
482 pages , y compris la table , avec
planches. A Paris , chez Lacombe , li
braire , rue Chriſtine , 1774 , brochés,
Prix , 12 liv .
I
26
Lone faut pas confondre le dictionnaire
que nous annonçons , avec nombre d'autres
ouvrages qui portent le même tître. Auſſi
l'auteur dit- il avec raiſon dans ſapréface :
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
Qu'il n'a point été effrayé du diſcrédit
dans lequel font tombés les dictionnai-
,, res , ni des reproches fondés qu'on a faits
ود
و د
ود
" ود
à ce genre de littérature , malheureuſement
trop commun de nos jours. Cet
,, ouvrage n'a du dictionnaire que le
,, nom: c'eſt plutôt un recueil des regles
eſſentielles de la diplomatique , au- ود quel on n'a donné la forme alphabéti-
,, que , que pour qu'il y eût plus d'ordre &
de préciſion dans les matieres . Aureſte
on doit ſavoir gré au ſavant Bénédictin
d'avoir cherché à ramener , ſous une
forme que notre ſiecle paroît adopter &
favoriſer ouvertement , le goût de la faine
antiquité ; & de réveiller en quelque
façon par ce moyen , l'étude de la diplomatique.
Il eſt ſurprenant (dit l'auteur
dans fa préface) que cette ſcience , qui
conduit à tantd'heureuſes découvertes ,
& qu'on pourroit appeler en quelque
façon la clef de la littérature , foit auſſi
,, négligée qu'elle l'eſt de nosjours. " On
reviendra bientôt à cette ſcience , & on
lui rendra l'eſtime & l'attention qu'elle
mérite , quand une fois on fera bien perfuadé
qu'ele influe fur la politique , fur la
morale, fur les belles - lettres , fur le droit
civil & canonique . & fur la théologie mé-
ود
ود
ود
ود
و د
MARS. 1774. 75
me , & qu'elle eſt d'une utilité preſque
indiſpendable , 1°. Pour tous les gens de
Jettres , particulièrement les Archivistes ,
les Hiftoriographes , les Généalogiſtes
furtout , cette claſſe de ſavans aujourd'hui
ſi précieuſe à la véritable Nobleſſe ;
2°. Pour tous les Gens de Loi , comme
Juges , Jurifconfultes , Advocats , Notaires,
Procureurs , & autres qui font dans le
cas de lire ou faire valoir des titres. D.
de V. cite à cette occaſion un trait qui
mettra le Public à portée de juger de l'utilité
de la diplomatique , & des ſecours
que fournit l'ouvrage que nous annonçons
pour en faciliter l'étude.
" Tous les jours , dit- il dans ſa préface,
,, pag. 22 , on produit en Juſtice des titres
,, qui font les fondemens de la fortune
;, & de l'état des Citoyens : l'intégrité ne
,, permet pas de prononcer précipitam-
,, ment, ni de hafarder un jugement qui,
و د
faute d'ètre éclairé , fait le malheur d'une
و د
famille , en ruinant ſa fortune. J'ai lu
en 1771 , le mémoire d'un Avocat , enco-
,, re jeune fans doute , qui rejettoit une
و د
و د
و د
charte du 12. fiecle , ſans l'avoir vue ,
;, par la raifon qu'on l'avoit déchiffrée fa-
,, cilement. Un coup-d'oeil rapide ſur les
paragraphes des écritures diplomati76
MERCURE DE FRANCE .
ود
ود
ود
و د
,, ques de ce dictionnaire l'auroit fauvé
de cette mépriſe révoltante , & lui auroit
démontré que , dans le 11 ° & 12 .
fiecle , la plupart des chartes étoient
une minufcule preſqu'auſſi belle & auffi
nette que celle de nos imprimés . Il eſt
au Barreau une infinité d'autres circonſtances
ſemblables , où l'on ne de-
و د
ود
ود vroit choiſir pour défenſeurs que des
,, antiquaires , ou qui paroîtroient requérir
,, que les Avocats le fuſſent eux- mêmes. "
On ne fauroit ſe refufer aux raiſons
que donne le ſavant Bénédictin , du discrédit
& de l'eſpece d'oublioù eſt tombée
la Diplomatique , & du peu de progrès
qu'on a fait dans ce genre d'érudition.
Une des principales caufes vient de ce
que les ouvrages qui en ont traité , étant
trop volumineux , ou trop érudits , ou
écrits dans des Langues ſavantes , furpasfent
les facultés ou l'intelligence de ceux
qui feroient tentés de s'y donner. On
"
وو
ود
ود
commence , dit-il , par être enfant dans
la carriere des connoiſſances humaines :
ce n'eſt que par degrés , & après bien
;, des préludes , qu'on parvient à pénétrer
le ſyſtême de l'attraction neutonienne
&le calcul des ſinus géométriques . 11
faut d'abord des élémens méthodiques
ود
ود
MARS.
1774. 77
i
,& fûrs pour aider la foibleſſe des éle- ود
ود
ves , pour leur frayer le chemin & les
,, conduire comme par la main à des ma-
,, tieres plus approfondies." C'eſt - là le
fecours qui manquoit pour l'étude de la
Diplomatique. Il falloit un ouvrage dont
l'acquiſition fût facile , dont les matieres
fuſſent miſes à la portée de tout le monde
, & qui préſentat , ſous un certain ordre
& avec préciſion , les principes , regles
& exemples relatifs à cet art , & qui,
ود
ود
ſans affecter le ton didactique , pût étre
1 ,, confulté dans le beſoin par les favans
;, même , & fervir d'introduction à la
Diplomatique , en réuniſſant fur chaque
,, partie de cette ſcience priſe en détail
,, tout ce qu'il eſt important de ſavoir.'
Le docte & célebre Frobenius , Abbé
de St Emmeran de Ratisbonne , Prince
du St Empire , voulant familiarifer les
Bénédictins de fon abbaye & de l'Allemagne
avec l'étude de la Diplomatique ,
& fentant l'importance,& l'utilité dont
feroit à cet effet un ouvrage tel que
celui que nous annonçons , crut ne pouvoir
mieux faire en conféquence que
de s'adreſſer à l'illuftre & favante Congrégation
de St Maur , à laquelle la Religion
& la République des lettres doivent
78 MERCURE DE FRANCE.
tant d'excellens ouvrages , & fur - tout la
naiſſance & les fuccès de la ſcience diplomatique
, qui fait encore un des principaux
objets de ſes études. Pour exécuter
ce projet , il ne fuffifoit pas de favoir
extraire avec intelligence les principaux
traités en ce genre, il falloit encore des
connoiſſances profondes dans l'hiſtoire ,
dans les antiquités & dans la ſcience diplomatique
, beaucoup de goût & de discernement
dans le choix des objets , beaucoup
de fagacité pour les préſenter avec
autant de clarté que de préciſion. Le favant
Bénédictin qui a été chargé de l'exécution
du projet , paroît réunir toutes ces
qualités. Il faut lire les obſervations , le
but & le plan de l'auteur dans la préface
même qui préſente des détails intéreſſans
& agréables , & qui eſt écrite d'un ſtyle
pur & élégant. Quant à l'ouvrage , iljoint
à un ſtyle ſimple& concis ,& qui convient
à ce genre , des recherches curieuſes & la
plus fage érudition. Tous les articles font
autant de differtations , dont' l'enſemble
préſente des lumieres ſuffifantes pour aider
à connoître l'âge des chartes , des diplômes
, des manufcrits , à diftinguer le
vrai du faux , le moderne de l'antique , &
même un ficcle d'un autre , par le moyen
MARS.
1774. 79
des écritures. On y voit le commencement
, le progrès , le déclin & la fin de
différens uſages , ainſi que leurs variations
dans les différens fiecles. On y trouve ce
que les actes doivent avoir de diſſemblant
ou d'uniforme dans chaque fiecle , & même
ſous chaque Souverain.
Il eſt impoſſible de ſuivre le ſavant
auteur dans tous ſes détails : les limites
d'un Journal & la nature même de l'ouvrage
nous permettent d'en extraire ſeulement
quelques articles pris au hafard ;
car ils font preſque tous également intéreſſans.
,, Pour pouvoir apprécier les an-
و د
tiques , dit- il à l'article A , & juger fai-
,, nement des anciennes infcriptions , des
manufcrits & des chartes fans dates ;
,, pour réprouver le faux avec connois-
و د
و د
fance de cauſe , & former des antiquai-
,, res fur des principes fûrs , il est nécesfaire
de connoître les métamorphofes
& les variations , ou plutôt les différentes
formes que chaque élément de
l'alphabet à éprouvées comme fucceffivement
& en différens temps. Il n'y a
,, qu'une hiſtoire raifonnée de chaque ca-
و د
و د
و د
و د
و د
و د
ractere pris en particulier , qui puiſſe
,, débrouiller les chaos que forment les
reſſemblances apparentes des caracte-
ود
ود
MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و ر
و د
و د
وو
res ; quoiqu'à les examiner de près , on
5, trouve des différences affez marquées
d'âge en âge : mais c'eſt le feul moyen
de ſaiſir juſqu'aux moindres nuan-
,, ces , & d'en conftater l'uſage en tel
ou tel fiecle. En effet chaque fiecle
a fur cet objet des ſignes diftinctifs
. " On voit par là que chaque lettre
du dictionnaire commence par une disfertation
fur l'origine & les différentes
formes de l'élément dans les différens
fiecles . Dans chaque volume fe trouvent
deux planches qui contiennent autant de
tableaux qu'il y a de lettres de l'alphabet
traitées ſéparément. Ces tableaux ſervent
à l'intelligence des differtations ou des
hiſtoires des Elémens , & concourent à
préſenter l'origine , la filiation , la descendance
& les principales variations de
chaque lettre. Chaque differtations eft encore
ſuivie d'une planche qui contient
les caracteres Phéniciens , Grecs & Latins ,
les capitales des inſcriptions & des manuſcrits
, les minuscules & les curſives ,
& repréſente les métamorphofes ou les
différentes formes de chaque lettre en
différens tems & dans différentes Nations.
L'A des Latins , par exemple , que
رد
Tous
MARS. 1774
-2
tous les Peuples de l'Europe ſe ſontap
„ proprié , tire fon origine des caracte
, res grecs , comme la plupart des autres
lettres : c'eſt un fait atteſté des Anciens
,, & des Modernes: les Grecs eux - mê-
,, mes tenoient leurs caracteres des Phéni-
"
ciens." C'eſt ce qu'on voit plus détaillé
encore à l'article Ecriture. Cet article ,
qui eſt très étendu & très curieux , traite
de l'origine & de l'invention de l'écriture
, de ſon uſage chez les différens Peuples
, anciens & modernes , de ſon déelin,
de fon renouvellement ; & donne
des modeles gravés ſur planches des écritures
onciale , minuscule , curſive , alongée
, &c. ,, Mais quel eſt le Peuple à qui
,, l'invention de l'écriture appartient pri-
و د
mitivement ? C'eſt un point qui n'eſt
,, pas aiſé à décider. Cependant on peut
5, dire que , de toutes les écritures alpha-
,, bétiques , la Chaldaïque , l'Egytienne
ود
وو
& la Samaritaine ou Phénicienne font
les feules qui puiſſent entrer en lice
,, pour diſputer d'antiquité. On tombe
و و
affez d'accord fur ce fait général ; mais,
,, pour deſcendre dans le particulier , c'eſt
,, autre choſe ; les ſentimens font fort
,, partagés. " Le ſavant Bénédictin , après
avoir expoſé les différens ſentimens , in-
F
4
82 MERCURE DE FRANCE.
cline pour les Phéniciens , dont il penſe
que les Grecs tiennent leur écriture.
L'article Alphabet offre fur cet objet d'autres
détails fort curieux. On y voit de
combien d'élémens étoient compoſes les
anciens alphabets grecs & latins , les additions
qu'y voulurent faire l'Empereur
Claude&le Roi Chilperic It , &c. &c.
و د
و د
و د
ود
و د
ود
"
L'article Affranchiſſement est très intéreffant.
Les monuemens anciens , dit le
,, ſavant Benédictin , à prendre fur-tout
au quatrieme fiecle incluſivement , offrent
très fouvent des chartes d'affranchiffement
ou de manumifion , intitulées
, pour l'ordinaire , Charta ingenuitatis
. Pour avoir une idee juſte de ces
affranchiſſemens , il faut remonter un
peu plus haur. Chez les Romains l'affranchiſſement
étoit la récompenfe que
les maîtres accordoient à ceux de leurs
eſclaves dont ils étoient le plus contens
; c'étoit la liberté & l'indépendance.
Cette indépendance s'accordoit de
trois manieres : ou le Maître préſentoit
fon Efclave au Magiſtrat , ou l'affranchiffoit
dans un repas qu'il donnoit à
ود
ود
و د
و د
ود
ود
ود ſes amis , ou il l'affranchiſſoit par fon
5, teftament." Il faut voir dans l'auteur
méme la maniere dont ſe faisoient ces
MARS. 1774 83
fortes d'affranchiſſemens , & les différen
tes dénominations qu'on leur donna en
conféquence.
Voyez les articles Amortiſſement , Anachronisme
, Anneaux , Annonce , Armoiries
, Avoué , Baillif , Banneret , Bulle ,
Chancelier , Charte , Chiffre , Chapeau ou
Chaperon , Cheveux , Contre - Seing , Contre-
Scel , Copies , Date , Fief, Hommage , Imprécations
, Invocation , Investiture , Furifdiction
, Langue , Lettre ou Epître , Majorite
des Rois , Monogramme , Noble & Nobleffe ,
Noms & Surnoms , Notaire , Originaux ,
Papier , Parchemin , Ponctuation , Référendaire
, Sceaux , Signatures , Soufcription
, Sufcription , Tabellion , Vidimus ,
&c. &c. &c. Les titres d'Alteſſe , Amés
& Féaux , César's , Empereurs , Illustre
Majesté , Seigneur , Papes , Rois , Reines ,
Serviteurs , &c. &c. &c. & une infinité
d'autres articles qui font tous aufli curieux
qu'inſtructifs ; on y voit l'antiquité , l'origine
& les variations d'un nombre infini
d'uſages , dont la plupart ſubſiſtent enco .
re aujourd'hui : quant à ceux qui fontabolis
, la connoiſſance en eſt néceſſaire pour
l'hiſtoire & la diplomatique. On y ren .
voie le lecteur ; autrement il faudroit les
copier en entier ,, &ce ſeroit les affoiblir
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
que de les extraire. Le ſavant Bénédictin
conclut ſon ouvrage par des obſervations
générales fur la Diplomatique. ,, D'après
,, cette analyſe raiſonnée de toutes les
,, lettres de l'alphabet , dit - il , on voit
ود
ود
و د
ود
و د
ود
combien nous avons de reſſources pour
découvrir de quel âge font les monumens
& les manuscrits deſtitués de dates
& de tout indice chronologique , &
combien peut être certain un jugement
porté ſur de telles connoiſſances. " II
convient cependant que l'indice d'un ſeul
élément ne ſuffit pas pour affeoir unjugement,
& qu'il eſt plus fûr encore d'avoir
le concours de pluſieurs élémens &
de pluſieurs uſages certains , pour l'authenticité
de certaines pieces. L'ouvrage eſt
terminé par une table de matieres trèsample
& très commode Le ſavant Bénédictin
a rendu un ſervice réel au Public&
à la Litterature en donnant un ouvrage
auſſi intéreſſant , auſſi utile , auſſi bien
fait , & qu'on deſiroit depuis long-temps.
La gravure & la partie typographique
font également bien exécutées , & répondent
au mérite de l'ouvrage.
MARS. 1774. 85
Traité des Fiefs de Dumoulin , analysé &
conféré avec les autres Feudistes , par M.
Henrion de Ponſey , Avocat au Parlement.
A Paris , chez Valade , rue
S. Jacques ; in 4°. Prix 14 liv. rel.
Cet ouvrage manquoit à la Juriſprudence
: depuis long - tems on le defiroit ,
& perſonne n'avoit eu le courage de l'entreprendre.
L'érudition immenſe qu'il
ſuppoſe , l'eſprit de diſcuſſion & de justeſſe
, la patience & l'eſprit d'intrépidité
néceſſaires pour remplir dignement cette
entrepriſe , avoient juſqu'ici rebuté les
Jurifconfultes ; M. Henrion vient de l'exécuter
avec ſuccès. Il ne s'eſt pas con-
> tenté de recourir aux Feudiſtes François;
il a conſulté ceux d'Allemagne & d'Angleterre
, il les comparés aux nôtres , il
a rapproché tous les faits hiſtoriques qui
pouvoient jeter du jour dans un chaos
où l'ignorance , l'oppreffion , l'avarice &
la barbarie ſe trouvoient raſſemblées.
Afin que ſon ouvrage puiſſe être utile
à tout le monde , il l'a mis en François.
Il faut ſuivre l'Auteur dans ſes recherches
fur l'origine & fur la marche
des loix féodales , ſur leurs révolutions
& fur leur influence. Son difcours préliminaire
eſt un morceau qui pourra in-
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
téreſſer les gens de lettres comme les
jurifconfultes. Les faits hiſtoriques , &
les vues du philoſophe s'y prêtent un
mutuel ſecours .
,, On ne trouve pas chez les anciens
,, peuples de Germanie , dit l'Auteur , le
و ر
gouvernement féodal tel que nous l'a-
و د
ود
ود
vons vu depuis ; mais on en apper-
و ر
çoit le germe dans leur caractere , dans
leurs manieres , dans leurs uſages , &
c'eſt ce germe qui , développé par la
„ conquête , par les circonstances qui la
;, préparerent , par les événemens qui la
,, ſuivirent , a donné naiſſance à ce ſystême
bizarre , étonnant , le plus fingulier
que préſente l'hiſtoire des nations ;
ſyſtême tellement lié aux inſtitutions
& au fond du caractere de ces peuples ,
qu'ils l'ont établi par tout d'une maniere
preſqu'uniforme , quoique ſéparés
pour la plupart par des déferts , par
des mers , par la forme de leur gouvernement
, par des inimitiés particulieres.
و د
ود
ود
ود
وو
ود
و د
ود
وو
و د
و د
Dans l'origine , nos Seigneurs étoient
و و
pauvres , généreux & libres ; ils ne
و د
recevoient pour prix de leurs ſervices
,, que des armes , des repas , & une plus
grande part aux périls de la guerre.
C'étoit-là , ſi l'on peut parler ainfi , les
و د
ود
MARS. 1774. 87
ود
5, premiers fiefs des anciens Germains. La
conquête opéra une révolution dans les
,, eſprits comme dans les chofes ; & les
Souverains , devenus propriétaires de
domaines immenfes , donnerent des
terres à leurs fideles ou ſeigneurs ; ces
terres s'appelerent bénéfices ſous la premiere
race , & fiefs fous la ſeconde.
Ces changemens forment presque toute
l'hiſtoire de nos deux premieres dynasties
; le traité d'Andely commença la
révolution à l'égard des bénéfices , &
celui de 615 l'acheva. Charles Martel
en dépouilla le clergé , Sous Louisle Débonnaire
& fes foibles fucceffeurs , les
fiefs devinrent héréditaires. Charles le
Chauve autoriſa l'abus qu'il ne pouvoit
réprimer , & la révolution fut confommée
par la loi de 877 " .
ود
و د
و ا
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
ود
و د
"
و ر
Les notes répandues dans tout ce traité
portent les plus vives lumieres fur la jurifprudence
féodale. Ces notes font
écrites avec préciſion , avec énergie , &
fouvent meme avec élégance. On peut
dire à l'honneur de M H nrion , que fon
ouvrage eſt à cet égard fort au deſſus des
ouvrages de jurifprudence.
L'éloge de Dumoulin qui eſt en tête
de l'ouvrage , annonce une plume exer
F4
MERCURE DE FRANCE.
:
cée , une tête remplie des richeſſes de la
littérature ancienne & moderne.
Un Prince étranger veut obliger Dumoulin
à défendre des prétentions injuſtes
; le jurifconfulte refuſe de prêter
fon miniſtere à l'oppreſſion. On veut
l'intimider : on le met aux fers. Enſeveli
dans un cachot aux pieds des Alpes , Dumoulin
reſte inébranlable ; enfin fon courage
triomphe , ſes fers tombent , ſa prifon
s'ouvre , il voit ſes tyrans à ſes pieds.
.... Amour facré de la juſtice ! tu as
donc tes héros auſſi bien que l'enthouſiaſme
de la gloire. "
ود
ود
.ور
Appelé de toutes parts auxplaces les plus
diſtinguées , D. refuſe tout des étrangers&
ne demande rien à ſapatrie ; fatisfait d'être
utile , il ignore l'art de faire valoir ſes
fervices ; il ignore même qu'il en a rendu.
ود
On lui offre une place de Conſeiller
, au Parlement; il la refuſe. Ne fom-
, mes-nous pas Magiftrats ? N'exerçons-
,, nous pas cette jurifdiction volontaire
,, que les ſages exerçoient fur les nations,
,, avant qu'on y vît des tribunaux revêtus
de la pourpre ?"
Cours d'Etudes des Jeunes Demoiselles ,
ouvrage non moins utile aux jeunes
gens de l'autre ſexe , & pouvant fervir
ش
MARS. 1774.
de complément aux études des colleges ,
avec des cartes pour la géographie , &
des planches en taille- douce pour le
blafon , l'aſtronomie , la phyſique &
l'hiſtoire naturelle. Par M. Fromageot ,
Prieur commendataire , Seigneur de
Goudargues , Uffel , &c. Tomes III ,
IV , V & VI ; à Paris chez Vincent ,
rue des Mathurins , hôtel de Clugny ;
Prault fils , à l'Immortalité , quai des
Auguſtins , & Lacombe , rue Christine.
Il paroît que l'auteur de cet ouvrage ,
encouragé par l'accueil qu'on a fait aux
premiers volumes , s'applique de plus
en plus à rendre ce livre auſſi utile aux
jeunes gens qui font leurs études dans
les colleges , qu'aux jeunes Demoiselles ,
à qui il étoit deſtiné. A la tête du troifieme
volume on trouve un avertiſſement
dans lequel M. F, rend compte de quel .
ques avis qui lui ont été donnés , &dont
il a profité . On lui fait ajouter à fon cours
d'études un traité d'agriculture qui ne
peut manquer d'être très - utile.
M. Suart , de la Doctrine Chrétienne ,
autrefois Profeſſeur d'éloquence dans les
colleges de fa Congrégation , loi fait des
obſervations plus particulièrement rela-
١٠٠
FS
:
90 MERCURE DE FRANCE.
ود
و د
" tives aux études des colleges : on ne
„ peut , lui dit avec juſteſſe M. Suart ,
donner aux jeunes gens qu'une idée
très imparfaire de l'hiſtoire ancienne ,
,, par les morceaux détachés qu'on leur
fait traduire de Salluſte , de Quinte-
Curſe , de Tite - Live , de Cornelius .
Nepos , des Commentaires de Céfar .
Une bonne traduction des plus beaux
endroits qu'on leur choifit , eſt tout ce
qu'on exige d'eux. Quant à l'hiſtoire
moderne , on ne leur en parle jamais ,
& ils entrent dans la fociété fans avoir
la moindre idée de l'hiſtoire de leur
patrie, ni de celle de nos voiſins . Il
feroit done tres- avantageux qu'on leur
fit fuivre un cours complet d'hiſtoire ,
après leur avoir donné une teinture de
géographie. J'ai entrevu méme un autre
,, avantage , & pour les profeffeurs &
„ pour les écoliers , dans le plan que
و د
ود
ود
و د
و د
و د
و د
و د
ود
و د
و و
ود
و د
و د
ود
ود
vous avez adopté. Rien n'exciteroit
, plus l'émulation parmi les jeunes gens ,
, que ces exercices qui pourroient fe
faire dans nos colleges tur la géographie ,
l'hiſtoire , la rhétorique , la poëtique&
les autres parties de la litterature & des
ſciences . Si vous pouviez donc rédiger
tous VOS traités de maniere qu'ils
→, puſſent remplir cet objet , vous épar-
و و
و د
"
MARS. 1774. 91
ود
gneriez beaucoup de tems & de peines
aux profeſſeurs , qui pourroient préparer
,, pluſieurs écoliers ſur des exercices diffé-
„ rens , fans autre foin que de leur faire
ود des répétitions ; & aux écoliers même
,, qui auroient leurs matieres toutes prêtes
ود
ود
و د
ر د
و د
و د
"
dans le cours d'études. Je pense qu'un
,, enfant qui , en fixieme , commence.
roit par la géographie , & qui , chaque
année , ſoutiendroit en public un de
ces exercices , ſe trouveroit , à la fin
de ſes études , avoir acquis beaucoup
de connoiſſances très utiles & très-
,, agréables . Voilà l'obſervation judicieuſe
du ſavant Doctrinaire. M. F. ajoute
que le defir de mettrede la variété dans
fon ouvrage , l'a conduit naturellement
à le diviſer ainſi en petites parties détachées
les unes des autres , & il promet
qu'il n'y aura pas un volume qui
ne contienne la matiere de deux , trois
&même quatre exercices. Il ſeroit à
,, ſouhaiter , ajoute l'Auteur , que ces
ود
”
actes publics ſe multipliaſſent dans les
„ colleges. On exerceroit la mémoire des
,, jeunes gens ; ils apprendroient à par-
و و
ler correctement leur langue , à la bien
„ prononcer , & on les accoutumeroit à
,, parler en public, avec cette hardieffe
92 MERCURE DE FRANCE.
,, décente qui leur manque toujours ,
faute d'uſage. "
” L'Auteur traite avec méthode toutes
les parties néceſſaires à une bonne éducation.
Il nous préſente avec beaucoup
d'art , les différens tableaux de l'hiſtoire ;
mais , en l'abrégeant , il n'en fait pas
une compilation informe de faits détachés
, & , quoiqu'il foit obligé de ferrer
ſa narration , il ne néglige pas les
moyens d'en rendre la lecture agréable ,
même pour les perſonnes inſtruites.
Discours fur la Révélation , brochure in-
12. A Paris , chez Moutard , rue du
Hurepoix , 1773 .
Quand Boffuet prononçoit au milieu
d'une aſſemblée nombreuſe , ces chef
d'oeuvres d'éloquence françoiſe , qui lui
méritoient les applaudiſſemens publics &
tenoient tous fes auditeurs en ſuſpens , la
vue d'une Cour brillante , le ſouvenir en
core récent des perſonnes qu'il louoit , de
foutenoient & animoient le feu dont il
étoit échauffé . La voix des morts dont il
faiſoit l'éloge , ſembloit ſe méler à la
voix de l'orateur. Tranſporté lui - même
par la vue de tant d'objets , il ſembloit
les faire reparoître ſur la ſcene par la
MARS.
1774. 93
3
force de ſes tableaux; ſes titres donnoient
de la dignité à ſes paroles , & les Faſtes
ſacrés de l'Eglife Gallicane , dépoſitaires
de ſon nom , de ſes ſentimens & de ſa
gloire , augmentoient encore l'éclat de ſa
réputation .
Quand un orateur , voulant développer
& peindre les grands objets que la Religion
lui préſente , ne ſe trouve foutenu
que par ſon génie&la ſeule vérité ; quand ,
iſolé d'appuis extérieurs & étrangers ,
abandonné à ſon imagnation , il eſt obligé
de ſe rappeler en détail , de raſſembler ,
de colorier les traits épars du tableau qu'il
veut préſenter au Public : alors il doit
tout tirer de ſon ſujet & de lui - même ,
& n'enviſager , dans le filence de ſon travail
littéraire , que la gloire d'être vrai ,
& l'avantage d'être utile.
/
Ce font ces motifs ſans doute qui ont
inſpiré & foutenu l'auteur du diſcoursfur
la Révélation. Cet objet important par
lui - meme , & plus encore de nos jours ,
méritoit bien un diſcours particulier qui
renfermât ce que tant d'écrits dogmatiques
ont répandu de lumieres fur cette
matiere.
L'orateur imitateur de Boſſuet , nes'arrête
point à ces diviſions artiſtement ſym.
métriſées de nos orateurs modernes , qui
94 MERCURE DE FRANCE.
tournent long - temps autour de leur ſujet
pour le préſenter , pour ainſi dire , ſous
toutes les faces; il ſaiſit ſon ſujet , s'en
empare , le montre fous un afpect ſimple ,
naturel , aifé à concevoir. Il entre dans la
carriere , il voit de loin la courſe qu'il lui
faut parcourir , il s'élance , marche , ſe
repoſe ſur les objets qui lui paroiffent devoir
être éclaircis , les annonce , les discute
, les prouve en orateur , & delà descend
aux conféquences qui en réſultent.
Donnons le plan de ce diſcours d'un
Néceffité de la Révéla- genre nouveau.
tion! Existence de la Révélation : voilà
les deux objets qui fixent l'orateur. Cette
néceſſité lui paroît particulièrement fondée
ſur la gloire de Dieu & le bonheur de
P'Homme. La gloire de Dieu éclate , ſelon
lui , en ce que la révélation nous développe
deux des principaux attributs de
la Divinité : fa puiſſance & fa bonté.
,, L'homme , dit l'auteur, placé fur ce
, globe , abandonné à ſa foibleſſe , envi
5, ronné de tenebres , avide d'illuſion ,
, cherchant toujours la lumiere, ne marchant
, pour ainſi dire , qu'à tâtons ,
tantôt timide & tantôt préſomptueux,
n'eſt - il pas forcé de s'écrier à chaque
,, inſtant : O toi qui m'as créé , fais queje
voie ? Tout lui manque , tout le trompe ;
و د
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و د
و د
1 MARS 1774. 95 .
}
ود
و و
,, mais , à l'aide du flambeau de la Révélation
, fa marche devient fûre ; alors
il ofe approcher du ſanctuaire de la Divinité
, il découvre de nouveaux rap-
,, ports de lui à l'Etre Suprême , il ap-
وو perçoit de nouveaux objets de religion,
,, qui juſqu'alors lui étoient abſolument
inconnus. Chaque prodige eſt pour
lui un trait de lumiere ; plus éclairé
il voit diſtinctement l'empreinte
, d'une grandeur & d'une puiſſance divi-
و د
ود
و د
و د
و د
و د
ne par-tout répandue , il reconnoît l'i-
,, mage de cette Sageſſe ſuprême gravée
fur tous ſes ouvrages. Dans les promesſes
& les bienfaits , les menaces même
& les châtimens ( de Dieu) que l'histoire
de cette Révélation met ſous fes
,, yeux , tout lui rappelle une main tou-
"
و د
و د
و د
te puiſſante étendue ſur l'Univers ; tout
,, lui montre un ordre admirable qu'il
n'auroit pu autrement connoître ni
ſoupçonner. A meſure que la terre ſe
» couvre d'habitans , il y voit en même
; temps cette Révélation acquérir de nouvelles
forces , s'établir par de nouveaux
monumens , aſſurer ſon empire , &
,, perpétuer fon fuccès. Au milieu des
événemens qui ont bouleversé l'Univers,
و د
"
ود
ود
il reconnoît aiſement les traits de cette
96 MERCURE DE FRANCE.
,, Intelligence ſuprême , attentive , cefem
و و
ble, à diſpoſer tout pour ſa gloire ; a
وو conferver dans le ſouvenir & dans le
,, coeur d'un Peuple chéri , la loi qui lui a
été donnée ; à perpétuer le culte faint
au milieu des profanations étrangeres ;
à réunir par les mêmes liens , & tou-
5, jours indiſſolubles , la Religion &l'Etat;
à meſurer les effets de ſa bienfaiſance
fur les beſoins des Peuples & des Nations
; à conferver au milieu des dé-
ود
ود
ود
ور
ود bris des Empires , la foi conftante de
,, ce bienfait donné à la terre ; prévenir
,, par les précautions les plus fûres , l'al-
و د
ود
وو
ور
ور
ود
ود
tération de la loi ; à préparer , pour ainſi
dire , l'Univers à la grande & parfaite
union qui devoit être contractée avec
les hommes juſtifiés par elle ; à réunir
les deux Alliances par des noeuds fecrets
& facrés ; à augmenter le mérite de
, la foi de l'homme par des myſteres . "
De ces principes ainſi expoſés , il descend
à toutes les preuves que ſon ſujet
•lui fournit pour prouver la néceſſité de re-
•connoître & d'admettre des Myſteres ; ces
réflexions font puiſées du fond d'une raifon
éclairée , libre de préjugés ou des
impreffions du vice.
Pour prouver l'exiſtence d'une Révélation
MARS..
1774. 97
↑ tion divine , l'auteur emprunte les preuves
que lui ont fournies dans leurs doctes
écrits les défenſeurs zélés de cette Révélation.
Il fait remarquer que ,
}
ود
و د
و د
,,, par un
enchaînement admirable , toutes les
,, parties ſe prêtent une force mutuelle ,
&ſe tiennent par des rapports néceſſaires&
conftans. Dans l'origine , le progrès
, la consommation de ce prodige ,
, nous trouvons le même plan , ſuivi ,
foutenu , perfectionné. Oracles , promeſſes
, dogmes , loix , cérémonies , cul-
» te extérieur , relation du paffé avec le
préſent , des temps de la Réalité avec
ود
و د
"و
ود
ود
les temps de la Figure ; harmonie de
,, l'ancienne & de la nouvelle Alliance ;
tout ſe réunit dans un centre commun
de lumiere , tout ſe trouve tracé dans
,, un grand & magnifique tableau expofé
à la vue de tous les fiecles : une chaîne
immenſe ſemble lier enſemble le Ciel
& la Terre. "
"
و د
ود
Tout cet expoſé & ce qui le fuit nous
a paru écrit avec nobleffe , & certainement
l'orateur eſt plein de la lecture de
Boſſuet , dont il imite le ton & la ma
niere d'écrire.
Quant aux diſcuſſions raiſonnées &
_ théologiques que des articles répandus
G
1
98 MERCURE DE FRANCE.
dans ce difcours ſemblent exiger , l'au
teur renvoie à des notes qu'il faut lire ;
elles ſont courtes , judicieuſes , & inſtructives.
Traité de l'exploitation des Mines , où
l'on décrit les ſituations des Mines ,
l'ordre d'entailler la roche & la ſubs- ..
tance des filons , de former les puits
& les galeries , &c. avec un traité particulier
fur la préparation & le lavage
des Mines ; le tout traduit de l'Allemand
par M. Monnet. A Paris , chez
Didot l'aîné , libraire & imprimeur ,
rue Pavée , près le quai des Auguſtins ;
& chez Dufour , libraire , rue de la
Juiverie , avec privilege & approbation
du Roi.
Parmi les différens arts , celui qui a fait
le moins de progrès en France eſt l'art de
l'exploitation des Mines. Les Allemands
& les Suédois font les peuples qui ont
le plus excellé dans ces connoiſſances.
C'eſt dans leurs ouvrages qu'il faut les
aller puifer : ils en font les vraies fources.
M. Monnet , qui a voyagé dans ces
contrées , en a été ſi perfuadé , qu'il nous
offre dans ce traité le réſultat de la plupart
de ces ouvrages , entr'autres de celui
MARS 1774.
i
que le College des Mines de Frigberg a
publié en 1769. Il auroit ſeulement été
à deſirer que M. Monnet nous donnât
ſimplement la traduction de cet ouvrage
tel qu'il eſt , ſans y avoir mêlé de ſes réflexions
& fans l'avoir confondu avec
d'autres ; le devoir d'un traducteur eſt
d'expoſer , avec toute l'exactitude poffi-
⚫ble , les ſentimens de fon auteur , fans y
ajouter les ſiens , ou du moins , s'il veut
les expofer , il ne le doit faire que dans
des notes pour ne rien changer au contexte
du difcours .
Le traité de l'exploitation des Mines ,
tel que M. Monnet nous le préſente , ſe
diviſe en fix parties ; la premiere contient
la ſituation des mines , des filons ,
des veines , des couches & amas ; la ſeconde
eſt deſtinée à leur vraie exploitation;
la troiſieme eſt l'art de procurer de
l'air aux mines , dans la quatrieme il s'agit
de l'art d'élever ou d'épuifer les eaux
qui s'y trouvent ; dans la cinquieme il
eſt queſtion de la fortie de leurs roches
& minéraux , & dans la fixieme enfin M.
Monnet fait mention de ce qui peut avoir
rapport aux percemens par le moyen des
tarieres ou perçoirs .
Comme la Nature , dit M. Monnet , a
G2
100 MERCURE DE FRANCE,
déterminé pour la formation des miné
raux , des firuations particulieres , on ne
peut parvenir à la ſcience minéralogique
qu'on ne les connoiffe ; ces ſituations
confiftent en couches , en amas , en fentes
& en veines. Les Minéralogiſtes favent ,
par expérience , qu'on ne trouve des filons
de mines que dans les parties de notre
globe qui paroiffent & font réellement
régulieres. Elles font de premiere formation
, tandis que les autres parties portent
avec elles des marques viſibles de dérangement&
de bouleverſement. M. Monnet
diviſe , par rapport à cet objet , dans la
premiere partie de fon ouvrage , notre
globe en deux états : l'un régulier , primitif
& antécédent , & l'autre nouveau ou
bouleverſé. Dans le premier , ſuivant lui ,
font les filons métalliques & les couches
régulieres ; dans le ſecond il ne ſe trouve
ni filons , ni mines , mais ſeulement des
tourbieres , des crayeres & des matieres
inflammables . D'après cette diviſion du
globe , notre auteur examine les caracteres
qui doivent faire diftinguer les parties
dans leſquelles courent les filons , d'avec
celles dans lesquelles ils ne ſe montrent
point; il s'étend même fort au long à ce
ſujet. Il faut lire dans l'ouvrage même la
MARS. 1774- tor
シ
ſuite de ſes raiſonnemens ; au ſurplus un
oeil accoutumé aux obſervations minéralogiques
, malgré la reſſemblance qui peut
ſe trouver entre les parties à filons & celles
qui ne le font pas , fait très - bien en
faire la diſtinction. Le rocher continu du
globe , montre dans l'aſſemblage de ſes
parties , une eſpece de régularité qui ne
ſe dément jamais. Les montagnes régulieres
, c'est - à-dire , celles dont les arrangemens
ſont ſymmétriques & qui ne font
autre choſe que des prolongemens de la
maſſe générale du globe , font les vraies
montagnes dans lesquelles ſe trouvent les
filons ; ceux-ci ſont des fentes plus ou moins
grandes qui coupent le rocher dans un plan
plus ou moins perpendiculaire , garnies de
mines ou d'autres minéraux , mais toujours
différentes des roches dans lesquelles ils
courent : quand la roche eſt nue , il n'eſt
pas difficile de reconnoître les filons ; on
les apperçoit ſouvent au jour. Pour s'en
aſſurer entiérement , il n'y a qu'à dépouilles
les endroits où on croit les appercevoir.
Si dans ces endroits on trouve du
quartz & de la mine de fer , on peut
être aſſuré qu'on ne ſe trompe pas ; mais
comme pour l'ordinaire les montagnes
font preſque toujours couvertes d'une
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
croûte de terreau plus ou moins épaiffe,
il n'eſt pas facile d'en trouver les filons ,
qui font fouvent perdus ou coupés avant
de parvenir au jour ; cependant dès qu'on
eſt aſſuré qu'une montagne en a , on peut
haſarder quelques fouilles pour les découvrir.
Dès qu'on eſt une fois convaincu de
l'exiſtence d'un filon , il faut examiner , dit
M. Monnet dans la 2º. partie de fon ouvrage,
la nature du lieu & par quel côté on
peut en faire la premiere fouille. Si le filon
court dans une montagne élevée , il y a fans
contredit d'autres arrangemens à prendre
que s'il couroit dans une terre baſſe
& preſqu'uniforme ; on conſidere en
fuite ſi on peut y mener commodément
ce dont on a beſoin; fi on eft à portée
d'avoir du bois , & fi on peut eſpérer d'y
trouver des châtes d'eau pour faire mouvoir
les machines & les roues , pour les
fonderies & les laveries : on examinera
en même temps où il fera le plus commode
de faire ces établiſſemens. La confidération
des dépenses eſt un objet qui
ne doit jamais être oublié dans tout ce
qu'on veut entreprendre , principalement
dans la pourſuite d'un filon. On le prend ,
pour fon exploitation , tantôt par un puits,
tantôt par une galerie , felon la nature du
MAARS.
203
1774
terrein. M. Monnet entre à ce ſujetdans
de très grands détails. Il expoſe en outre
la méthode qu'on doit employer pour entailler
la roche ou le filon au ciſeau & au
marteau , & la façon de les exploiter au
moyen de la poudre , du torrefage ou
calcinage , & il finit la ſeconde partie de
ſon traité par la façon de percer les puits,
d'étayer & de cuveler les galeries.
La troiſieme partie eſt conſacrée à la
ventilation des mines. L'air s'y diſtribue
d'abord par les percemens ; mais quand
on veut établir dans les mines un courant
d'air artificiel , on ſe ſert de tuyaux de
bois ou de canaux à vent auxquels on
donne le nom de ventouſes. On emploie
des foufflets & des ventilateurs. On a en.
core recours à l'application du feu , qui
eſt le plus efficace de tous les moyens
qu'on peut employer pour établir un courant
d'air. Il y a auſſi des moyens d'économiſer
l'air dans les mines : c'eſt ce.
qu'indique M. Monnet. Il expoſe aufſi
les différens états de l'air qui y regne , &
les variations qu'il éprouve ſelon la différence
des ſaiſons. Tels font les objets
qu'il traite dans cette partie ; il paſſe delà
à la quatrieme.
Nous ne fuivrons pas l'auteur dans cette
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
(
quatrieme partie, qui eſt un vrai traité
d'Hydraulique. Il faut lire dans l'ouvrage
même ce qu'il dit ſur l'art d'élever ou
d'épuifer les eaux des mines ; d'ailleurs cet
objet ne peut ſe bien faire connoître que
par le fecours des planches que l'auteur a
eu grand ſoin de faire exécuter dans fon
ouvrage.
La cinquieme partie concerne la fortie
des roches & des minéraux des mines , cе
qui ne peut ſe faire que par le moyen de
machines . On les nomme barital , cabestan,
machine à moulette. Notre auteur en
donne la deſcription , & en décrit trèsbien
le mécanisme . Nous invitons nos
lectcurs de confulter fon ouvrage à ce
ſujet , & d'examiner les planches qu'il y
a jointes & qui repréſentent très - bien ces
machines.
Dans la fixieme & derniere partie il
s'agit des percemens qui ſe pratiquent par
le moyen des tarieres ou perçoirs. M.
Monnet donne la difcription du perçoir
de montagnes , la maniere de s'en fervir
& fon utilité ; il paſſe de- làà la deſcription
du perçoir de terres &du perçoir de puits;
il rapporte la maniere dont on creuſe un
puits à Amſterdam par le moyen du per.
çoir de M. Merſenne.
MARS. 1774. 105
L
!
M. Monnet a joint au traité de l'Exploitation
un autre qui n'eſt pas moins
intéreſſant : c'eſt celui de leur préparation
pour la fonte. Il y expoſe les différentes
qualités des mines , la néceſſité de les
connoître , la maniere d'en faire le triage ,
comment il faut s'y prendre pour piler
les minéraux à ſec , pour les ſéparer & les
laver à la cuve , pour les bocarder & pour
les laver & les ſéparer aux tables. Les
bornes qu'on doit ſe preſcrire dans un
extrait ne nous permettent pas de fuivre
notre auteur dans tous ces détails : nous
nous contenterons ſeulement de dire que
cet ouvrage eſt très-utile &qu'il manquoit
certainement à la France. Tant que M.
Monnet ne s'occupera que d'objets auffi
utiles , on lui aura toujours beaucoup d'obligation:
Histoire Naturelle de Pline , traduite en
françois avec le texte latin , rétabli
d'après les meilleures leçons manuscrites
, &c. Tome VIe. A Paris , chez
la Ve Defaint , libraire , rue du Foin ,
près de la rue St Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi, 1773-
Ce volume renferme les Livres XVII
& XVIIIe. du Naturaliſte Latin . Le 17º.
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
1
livre traite de arbres plantés & cultivés.
L'auteur commence par en faire l'apologie
; & , comme on croyoit fuperftitieuſement
de fon temps à l'aſtrologie , il tâche
de démontrer l'influence que peut avoir
le ciel ſur leurs plantations. Les Modernes
n'ont eu garde de donner dans de pareilles
erreurs . Il entre enfuite dans des
détails ſur la nature du terrein qui leur
convient. Il paſſe de-là aux engrais qu'on
peut employer pour fon amélioration ;
les pépinieres deviennent enfuite le ſujet
des obfervations de Pline. Il indique la
maniere qu'on doit employer pour y replanter
les ſauvageons. L'orme eſt , de
tous les arbres , celui auquel il s'attache
le plus . Après quoi il diviſe les arbres en
deux claffes ; en celle des arbres qui croisfent
lentement , & en celle des arbres qui
croiffent rapidement. La greffe , ceite
opération qui tranſporte une eſpece d'un
fruit fur l'autre , devient le ſujet de fes
plus grandes recherches ; & , en effet ,
cette opération eſt une des plus intéresfantes
du jardinage. On entoit la vigne
du temps de Pline: auſſi en fait- il mention
dans ce livre. Les oliviers font trop
intéreſſans pour ne pas en donner la culture.
Pline rapporte à cet égard d'excellens
préceptes. Il déſigne enfuite les arMARS.
1774. 107
bres qui aiment d'être avoiſinés , & il explique
comment il faut les déchauffer &
les rechauffer. Les ſauſſayes , les différens
taillis , les endroits où on éleve les
roſeaux & les cannes font autant d'objets
auxquels il s'attache dans ce livre . Il y
parle en outre de la vigne , de ſa culture ,
de ſa 'taille , des arbres qui peuvent lui
ſervir d'appui & de la méthode de conſerver
les raiſins. Il finit enfin par les
maladies auxquelles font expoſés les arbres
, & par les remedes qu'on peut employer
, tant pour y obvier que pour y apporter
guérifon. Les Modernes ont donné
fur la culture des arbres , différens procédés
inconnus à notre Naturaliſte ; mais
du moins peut- on juger par le livre qui
les concerne , que , de ſon temps , on en
faifoit grand cas , quoique nous ayons
actuellement un nombre d'eſpeces beaucoup
plus conſidérable qui ſe ſont naturaliſées
dans notre climat.
Le Livre XVIIIe. eſt uniquement con .
facré à l'agriculture. Jamais les Modernes
, malgré les encouragemens que le
Gouvernement a accordés à cet art , n'ont
porté auſſi loin leurs obfervations que
les Anciens. L'agriculture étoit en une
telle vénétation chez eux , que les plus
108 MERCURE DE FRANCE .
tout grands conquérans de l'Univers ,
couvert de lauriers , revenoient jouir des
avantages qu'elle leur procuroit , en ma .
niant eux - mêmes le foc de la charrue.
Un des premiers Ordres qu'inſtitua Romulus
fut celui de Sacrificateurs des
Champs ; il leur donna , pour marque de
leur facerdoce , une couronne d'épis de
bled liée avec des bandelettes blanches.
Le plus grand préſent dont on récompenſoit
à Rome un Général d'armée ou
un bon Citoyen , étoit de lui donner autant
de terre qu'un homme en peut la-_
bourer dans un jour ; en un mot l'agriculture
y étoit en ſi grande vénération ,
que les premieres Maiſons en ont tiré
leurs noms. Nous ne nous étendrons
pas davantage fur cet objet , le moins
verſé dans l'hiſtoire ancienne en a des
notions fuffiſantes. On ne peut donc affez
honorer les laboureurs , puiſque les plus
grands hommes de l'Antiquité n'ont pas
dédaigné cet art. Pline commence par
indiquer les précautions qu'il faut prendre
avant d'acquérir un champ ; il donne
la poſition que doit avoir une maiſon de
campagne. Il faut que cette maiſon ſoit
proportionnée à l'étendue des terres qui
en dépendent. Magon rapporte que celui
MARS. 1774. 109
'ג
,
qui fait l'acquiſition d'un bien de campagne
doit vendre la maiſon qu'il a dans la
ville , pour faire voir combien il importe
à un propriétaire de réſider au milieu de
fes terres On doit fur - tout s'attacher à
faire le choix d'un bon Métayer. Un Métayer
, pour qu'il ſoit habile , doit être ,
dit Pline , auſſi inſtruit que ſon maître
& cependant ne pas ſe croire tel. Notre
auteur donne enſuite des détails ſur la
préparation de la terre ; après quoi il paſſe
aux grains qu'on peut y enſemencer , &
il en diftingue de deux fortes , les bleds
tels que le froment , l'orge & les légumes,
comme les feves , les pois chiches ; il fait
même l'énumération des bleds étrangers.
Il rapporte les uſages auxquels on peut
les employer , tant comme médicameńs
que comme alimens , ce qui lui donne
occaſion de parler de l'art de la Boulangerie.
Les raves , les navets , la veſce ,
l'érobe , les lupins , la fougere , le fainfoin
, le cytiſe ſont autant de plantes dont
il expoſe la culture. Il n'oublie pas de
rapporter les maladies du bled ; en un
mot il ne néglige rien de tout ce qui
pouvoit avoir rapport à l'agriculture de
ſon temps . Le traducteur de ce ſavant
ouvrage n'a omis aucune circonſtance
110 MERCURE DE FRANCE.
pour en faire le parallele avec notre agriculture
moderne ; & les notes qu'il a jointes
à ce volume , de même qu'aux précédens
, en font deſirer la fuite .
M. Sivri , toujours exact & profond ,
a naturaliſé parmi nous le Naturaliſte
Latin par ſa traduction élégante , par fes
notes ſavantes & par fon altention à rapprocher
ſes obfervations , des expériences
&des découvertes modernes .
Traité des maladies vénériennes , par M.
Fabre , Maître en Chirurgie , ancien
Prévôt de ſa Compagnie , Confeiller
du Comité de l'Académie Royale de
Chirurgie , troiſieme édition revue ,
corrigée & augmentée par l'Auteur :
on y a joint une table analytique des
matieres , contenant le précis dechaque
chapitre. Prix 6 1. A Paris , chez P..
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguſtins , 1773 .
Avec approbation & privilege du Roi
Ce traité qui eſt actuellement à la
troiſieme édition , a joui de la plus
grande réputation , & ce n'eſt pas fans
raifon: il eſt tout à la fois théorique &
pratique ; c'eſt le fruit de l'expérience
MARS. 1774. ITË
7
que l'auteur s'eſt acquiſe chez le célebre
M. Petit , pendant près de 8 années conſécutives
, qu'il a ſuivi ce grand maître
dans le traitement des maladies vénériennes.
M. Fabre commence ſon traité
par le tableau général de toutes les maladies
, fans néanmoins entrer dans un
détail étranger à ſon ſujet. M. Aſtruc
n'ayant rien laiffé à defirer fur cet objet ,
M. Fabre s'eſt ſeulement contenté dedonner
une idée générale du virus vérolique ;
il explique la maniere avec laquelle il ſe
communique , les modifications qu'il reçoit
dans le corps felon les différentes
cauſes , la façon dont il ſe détruit dans
la perſonne qui l'a reçu & les moyens
que l'art emploie pour le combattre ;
telle eſt la baſe de toutes les connoiflances
théoriques & pratiques qui font détaillées
dans tout l'ouvrage ; ceux qui
veulent s'adonner au traitement de ces
maladies , ne peuvent confulter un guide
plus fûr & plus expérimenté.
Traité des maladies chirurgicales & des
opérations qui leur conviennent ; ouvrage
pofthume de M. J. L. Petit , de l'Académie
royale des Sciences &de la fociété
royale de Londres , ancien directeur
de l'Académie royale de Chi
112 MERCURE DE FRANCE.
rurgie , &c. mis au jour par M. Leſne ;
ancien Prévôt du College , & Confeiller
du Comité de l'Académie royale
de Chirurgie , 3 vol . in 80 , avec neuf
planches & le portrait de l'auteur. Prix
16 liv. 4 f. les 3 vol. brochés ; chez P.
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguſtins.
La publication de cet ouvrage qui au
roit pu paroître immédiatement après
la mort de M. Petit , a été retardée par
des raiſons qu'on ignore: on peut néanmoins
aſſurer qu'il ne peut que faire beaucoup
d'honneur à la Chirurgie , & être
très- utile à l'humanité. Le premier tome
traite des plaies en général , de celles de
la tête & de la poitrine , des tumeurs &
des maladies des voies lacrymales ; le
fecond tome parle des ulceres en général
& en particulier , des hémorroïdes , de
la fiſtule à l'anus , des hernies , de leurs
différences , de leurs fignes diagnoſtics
& prognoſtics , de leur réduction , de leur
cure & de leur opération , & de pluſieurs
maladies de la veffie;& le troiſieme , de
la fuppreffion , rétention & écoulement
involontaire de l'urine , de l'amputation
des membres , des cas qui l'exigent , &
de l'anévriſme ; on y trouve en mêmetemps
MARS.
1774. 113
temps des obſervations ſur la maladie
des enfans nouveau - nés , qu'on nomme
filet , fur la digestion du lait dans les
enfans qui font à la mamelle , & fur un
accouchement contre nature : les 3 vol.
font ornés de 90 planches qui ont été
exécutées ſous les yeux de M. Petit. On
y voit repréſenté un arſenal preſque complet,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme ,
de tous les inſtrumens de Chirurgie , qui
ont été pour la plupart inventés ou corrigés
par cet habile praticien. M. Leſne ,
éditeur de cet ouvrage , a grand foin dans
undifcours préliminaire , de juſtifier pluſieurs
points de la pratique de fon maître,
contre quelques opinions nouvelles ; &
pour rendre le troiſieme volume plus
utile , il y a joint pluſieurs tables : il a
en outre donné l'explication de toutes
les planches qui s'y trouvent. Cette collection
mérite , fans contredit une
place parmi le petit nombre de bons
livres de Chirurgie qui paroiſſent de nos
jours.
,
;
Lettre à M. le Monier , de l'Académie
royale des Sciences , premier Médecin
du Roi , fur la culture du café ; à Amsterdam;
& ſe trouve à Paris , chez le
H
114 MERCURE DE FRANCE:
Breton , premier Imprimeur ordinaire
du Roi , rue de la Harpe , 1773 .
L'auteur de cette lettre la diviſe en
trois parties ; il traite dans la premiere
des ſemis & de la tranſplantation ; dans
la ſeconde , de l'entretien des plans ; &
dans la troiſieme de ce qui a rapport à la
récolte ; il faut voir dans la lettre même
les détails dans lesquels l'auteur entre à
ce ſujet ; il préfere dans tout ce qu'il
dit , l'utilité des colons pour lesquels il
écrit , à l'inſtruction des curieux , auxquels
il pourra peut - être paroître trop minutieux.
En général , cette lettre eſt très- intéreſſante
pour les habitans de l'Iſle de
Bourbon. Il ſeroit bien à defirer qu'on
eût des traités auſſi détaillés ſur la culture
de chaque plante que celui- ci , & qu'on
eût égard dans ces traités , au climat ,
comme l'auteur l'a fait. On ne peut donc
affez conſeiller la lecture de cette lettre
à ceux qui font dans nos ifles des plantations
de café.
Opufcules Physiques & Chimiques , par
M. Lavoifier , de l'Académie Royale
des Sciences. Tome premier. in 80.
A Paris , chez Durand neveu , Libraire,
rue Galande ; Didot le jeune , Quai
MARS. 1774. 115
des Auguſtins ;Eſprit , au Palais Royal.
Il ne paroît encore que le premier volume
de ces Opufcules Physiques & Chimiques
, titre modeſte ſous lequel M. L.
ſe propoſe de publier des Mémoires &
des obſervations détachées ſur différens
objets relatifs à la Phyſique & à la Chimie.
Comme les Phyſiciens & les Chimiſtes
s'occupent aujourd'hui beaucoup
de recherches ſur l'exiſtence d'un fluide
élaſtique fixé dans quelques ſubſtances',
&fur les émanations qui s'en dégagent ,
foit pendant les combinaiſons , foit par
la décompoſition & la réſolution de leurs
principes , M. L. a cru devoir publier
d'abord les nouvelles recherches ſur cet
objet neuf & intéreſſant pour la Chimie.
Mais afin que le Lecteur qui veut s'instruire
puiſſe mieux juger des travaux qui
reſtent à faire & des difficultés qui peu-
I vent ſe rencontrer pour éclaircir les phénomenes
que l'on a entrepris de développer
, le ſçavant Académicien a commencé
par donner , en hiſtorien impartial
, un précis très - clair & très - fatisfai-
- fant des travaux des Chimiſtes qui l'ont
- précédé. Il a paſſé en revue, en conféquence
, tous les auteurs qui ont parlé
Ha
} .
116 MERCURE DE FRANCE .
des émanations élastiques , depuis Paracelſe
juſques aux Phyſiciens & aux Chimiſtes
de nos jours , & il a inſiſté d'autant
plus fur ce qu'ils ont découvert ou
rapporté , qu'il en peut réſulter plus delumieres
ſur l'objet dont il eſt ici queſtion. \
Ce tableau fidele de tout ce qui a été découvert
& écrit ſur les émanations élaſtiques
des corps , forme la premiere partie
du volume que nous venons d'annoncer.
La ſeconde partie eſt employée à prouver
l'exiſtence du fluide élaſtique dans
certaines ſubſtances , & à expoſer les
phénomenes qui réſultent de fon dégagement
& de fa fixation. Dans cette
ſeconde partie , M. L. ne s'eſt pas contenté
de raiſonner ſimplement d'après
les expériences déjà connues & qu'il avoit
déjà expoſées dans la premiere; il a ſuppoſé
en quelque forte que le fluide élaſtique
n'étoit que foupçonné , & a entrepris
d'en démontrer l'existence & les
propriétés par une ſuite nombreuſe d'expériences
dont cette ſeconde partie eſt
remplie. Mais indépendamment des expériences
déjà connues & publiées , dont
Pouvrage de M. L. contient la vérification
, ce même ouvrage , ſuivant le ſentiment
même des Commiſſaires de l'AMARS.
1774- 117
}
,
cadémie nommés pour l'examiner en
renferme beaucoup de neuves & qui
font propres à l'auteur. Il a foupçonné
que le même fluide qui , par ſa préſence
ou fon abfence , changeoit ſi conſidérablement
les proprietés des terres & des ſels
alkalis , pouvoit influer auffi beaucoup
fur les différens états des métaux & de
leurs terres , & il s'eſt engagé fur cet objet
dans une nouvelle ſuite d'expériences.
L'ouvrage eſt terminé par des experiences
fur la combuftion du phosphore
dans les vaiſſeaux clos.
L'ordre & la clarté avec laquelle tout
ceci eſt expofé ; l'exactitude que le favant
académicien met dans ſes expériences
dont les réſultats font foumis à la meſure,
au calcul & a la balance ; les obſervations
utiles qui accompagnent ces réſultats ,
doivent faire defirer aux phyſiciens &
aux chimiſtes la publication des volumes
ſuivants de ces opufcules. M. L. nous
promet dans l'avertiſſement placé à la
tête du premier volume , de faire entrer
fucceſſivement dans les volumes qui fuivront
une fuite d'expériences.
l'existence du fluide élastique , dans un
grand nombre de corps de la Nature , où
on ne l'a pas encore foupçonné. 2°. fur
la décompoſition totale des trois acides
Io. fur
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
minéraux. 30. ſur l'ébullition des fluides
dans le vuide de la machine pneumatique.
4º. fur une méthode de déterminer la
quantité de matiere ſaline contenue dans
-les eaux minérales , d'après la connoisſance
de leur peſanteur ſpécifique. 5°. fur
l'application de l'uſage , ſoit de l'eſprit
de vin pur , ſoit de l'eſprit de vin mêlangé
d'eau dans certaines proportions ,
àl'analyſe des eaux minérales très - compliquées.
6º, ſur la cauſe du réfroidiſſement
qui s'obſerve dans l'évaporation des
fluides. 70. fur différens points d'optique
dont M. L. a eu occaſion de s'occuper
dans un mémoire relatif à l'illumination
des rues de Paris ; ouvrage que l'Académie
a récompensé à la féance publiqué
de Pâques 1766 , par une médaille d'or ,
& auquel l'auteur a eu occaſion de faire
depuis , des changemens & additions
conſidérables. 8°. ſur la hauteur des principales
montagnes des environs de Paris
par rapport au niveau de la riviere de
Seine. M. L. y joindra une ſuite trèsnombreuſe
d'obſervations de barometre ,
faites dansdifférentes provinces de France,
il donnera le profil de l'intérieur de la
terre , dans ces provinces , à une aſſez
grande profondeur , l'ordre qu'on y obferve
dans les bancs , le niveau conftant
수
MARS. 1774 119
7
!
3
auquel on trouve certaines ſubſtances,
certains coquillages , & l'inclinaiſon remarquable
que quelques bancs ont toujours
dans un même ſens.
Oeuvres de Romagnesi , nouvelle édition ,
augmentée de la vie de l'auteur , 2 vol.
in 8°. Prix , 8 liv. les deux volumes
reliés . A Paris , chez la Ve. Duchefne,
libraire , rue St Jacques .
La vie de Romagneſi , placée à la tête
de cette édition , n'est qu'une ſimple notice
qui nous apprend que cet acteur dela
Comédie Italienne , mort en 1742 , étoit
petit fils d'Antonio Romagneti , dit Cinthio
, comédien de l'ancien théâtre Italien.
Romagneſi perdit ſon pere fort jeune
, & , ſa mere s'étant remariée , fon
beau pere le traita ſi durement qu'il prit
le parti de s'engager. Mais ne trouvant
point dans cet état plus de douceur que
dans la maiſon paternelle , il s'adreſſa à
des Comédiens , amis de fon pere , qui , lui
découvrant des talens pour le théatre ,
obtinrent fon congé , & lui firent jouer
differens rôles de comédie. Romagneſi
s'aquitta de ces rôles avec intelligence ; il
réuffiſſoit particulièrement dans ceux de
Suiſſe , d'Ivrogne & d'Allemand. Il a১
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
L
१
beaucoup contribué par ſes comédies,
opera - comiques , parodies , à foutenir
ſon théâtre. Il a composé pluſieurs de ſes
pieces en ſociété avec différens auteurs.
Mais l'éditeur de ſes oeuvres s'eſt ici borné
à nous donner celles de ſes pieces qui
ont été le plus approuvées & qui ont fait le
plus de plaiſir à la repréſentation. De ce
nombre font Samfon , tragi - comédie en
vers ; Le Petit Maître amoureux , le Frere
ingrat , la Feinte inutile , les Gaulois
la Fille arbitre , l'Amant Prothée , le Superstitieux
, Pigmalion. La précipitation
avec laquelle Romagneſi étoit obligé de
travailler , lorſque , faute de nouveautés ,
ſon théâtre languifſſoit par la diſette des
ſpectateurs , a beaucoup nui à ſes productions
. En ſociété avec deux ou trois
amis , tels que Riccoboni & Dominique ,
&c. , dans huit jours il fourniſſoit une
piece aux Comédiens , & fur - tout une
parodie , genre alors fort goûté. On lit
au bas d'un portrait de ce comédien ces
vers :
Comédien ſenſé , parodiſte plaiſant ,
En traits fins & légers Romagne fi fertile
Couvrit les plats auteurs d'un ridicule utile ;
Qu'on doit le regretter dans le fiecle préſent !
MARS. 1774. 124
- La parodie dont le poëte fait l'éloge
dans ces vers , ne fut entre les mains de
Romagneſi qu'un moyen de plus pour
amufer des ſpectateurs oififs & ignorans.
Cet auteur , ainſi que la plupart des parodiſtes
, fongeoit plus à faire rire qu'à
bien critiquer. Peu délicat fur le choix
des moyens , il ſaiſiſſoit le côté qui ſe prêtoit
le plus au traveſtiſſement , & s'embarraſſoit
fort peu ſi ſa raillerie étoitjuſte.
Nous ne penſons donc point que l'on doive
regretter ces fortes de facéties appe,
lées parodies. Ce genre , qui donne ordi.
nairement des plaifanteries pour des raifons
,& accoutume à croire que ce qui eſt
tourné en ridicule l'eſt en effet , ne contribue
néceſſairement qu'à rendre l'eſprit
faux , & à corrompre le goût,
Almanach général des Marchands , Négo¬
cians , Armateurs & Fabricans de la
France & de l'Europe , & autres parties
du Monde ; année 1774 ; contenant
l'état préſent des principales villes
commerçantes , la nature des marchandiſes
ou denrées qui s'y trouvent , les
différentes manufactures ou fabriques
relatives au commerce , avec les noms
de leurs principaux Marchands , Négo
.. H5
122 MERCURE DE FRANCE .
cians , Fabriquans , Banquiers , Artistes
, &c. dédié a M. de Trudaine ,
Conſeiller d'état & ordinaire au Conſeil
royal du Commerce , & Intendant
des Finances ; vol. in 80. prix ,
4 livres 10 fols broché. A Paris , chez
Grangé , libraire , au Cabinet littéraire
, pont Notre - Dame , près la
pompe.
Cet almanach eſt diviſé en deux parties.
L'Auteur , après avoir fait une defcription
abrégée de la Terre , nous préſente
une idée générale de la France & de fon
commerce , & nous donne des inftructions
fur les lettres & billets de change ,
fur les foires & marchés , &c. Cette premiere
partie contient différens tarifs &diverſes
tables de poids & de meſures ,
d'aunages , &c . La ſeconde partie , qui
eſt la plus conſidérable , offre par ordre
alphabétique l'état des principales villes
commerçantes. La nature des productions
, foit de la Nature , ſoit de l'industrie
que les Négocians de chacune de ces
places de commerce mettent dans la circulation
; les noms & les demeures de
ces Négocians font ici indiqués. On a
auſſi particulièrement déſigné dans ces notices
les fabriquans & tous ceux qui font
MARS. 1774. 123
à la tête de quelques maiſons ou entrepriſes
de commerce , afin que le marchand
- boutiquier & le citoyen conſommateur
puiſſent ſe procurer de la premiere main
les objets de leur conſommation. Les
voies les plus commodes & les moins dispendieuſes
pour le tranſport des marchandiſes
nationales ou étrangeres ſont également
annoncées dans cet almanach & le
rendent d'une utilité plus générale. On
conçoit qu'un ouvrage auffi étendu & qui
embraſſe des objets ſi mobiles & ſi variables
, ne ſera conduit à ſa perfection que
par le concours des Négocians. On peut
néanmoins regarder des à préſent cet almanach
comme un moyen très - propre à
faciliter les correſpondances entre les Négocians
& les Fabriquans , & comme un
répertoire commode pour tous les citoyens.
Eclairciſſemens fur l'invention , la théorie
, la conſtruction & les épreuves des
nouvelles machines propoſées en France
, pour la détermination des longitudes
en mer par la meſure du tems ;
ſervant de ſuite à l'essai sur l'horlo
gerie & au traité des horloges marines
& de réponſe à un écrit qui a pour
124 MERCURE DE FRANCE.
titre : précis des recherches faites en
France , pour la détermination des longitudes
en mer , par la mesure artificielle
du tems. Par M. Ferdinand Berthoud ,
Horloger Mécanicien du Roi & de
la Marine , ayant l'inſpection de la
conſtruction des horloges Marines , &
membre de la ſociété Royale de Londres.
Semper ego auditor tantum ? Nunquamne reponam ,
Vexatus toties ?
JUVEN.
Vol. in - 4°. de 164 pages. A Paris ,
chez Mufier fils , Libraire , Quai des
Auguſtins.
Cet écrit polémique, dont le premier
objet eſt de ſervir de réponſe au précis
des recherches ci- deſſus énoncé ,peut néanmoins
être regardé comme un fupplément
au traité des horloges Marines de
M. Berthoud . L'auteur donne dans ce fupplément
des éclairciſſemens fur ce qui
concerne les recherches faites en France,
depuis pluſieurs années , pour parvenir à
déterminer les longitudes en mer , par
le ſecours des machines propres à mefurer
le tems . Il examine à qui appartiennent
la théorie , Finvention & la consMARS.
1774. 125
truction de ces machines ; diſcute enfin
les différentes épreuves qui en ont
été faites en mer.
Jacobi Vanierii , Prædium Rusticum. Nova
editio cæteris emendatior . Vol . in 8 ° .
A Paris , chez Barbou , rue des Ma-
- thurins .
La beauté du papier , la netteté des
caracteres , la correction du texte & une
jolie gravure de M. Longueil d'après le
deſſin de feu Gravelot , diftinguent cette
nouvelle édition du Prædium Rufticum
qui entrera dans la claffe des auteurs Latins
que M. Barbou a déjà publiée à la fatisfaction
des amateurs de belles éditions.
Le poëte Toulouſain a été quelquefois jugé
digne d'être comparé à Virgile. Le Pradium
Rufticum eſt d'ailleurs l'ouvrage en
vers le plus complet qui ait été compoſé
fur l'economie rurale ; & il méritoit à
ce feul tître les honneurs de la Typographie.
Traités fur différentes Matieres de Droit
Civil , appliquées à l'usage du Barreau ,
de Furisprudence Françoise , par M.
Pothier , Conſeiller au Préfidial d'Orléans
& Profeſſeur de Droit François
126 MERCURE DE FRANCE.
:
en l'Univerſité de la même ville ; to
me IV , in 40. A Paris , chez Jean de
Bure pere , libraire , quai des Augustins
, à l'Image St Paul ; & à Orléans ,
Chez la Ve. Rouzeau - Montaut , imprimeur
du Roi , 1774 .
Ce volume eſt le quatrieme& le dernier
de la collection des ouvrages de feu
M. Pothier . Il contient pluſieurs traités
importans du douaire , du droit d'habitation
, des donations entre mari & femme
, du droit de domaine de propriété ,
de la poſſeſſion , de la preſcription. Le
nom de M. Pothier fuffit pour garantir
l'exactitude , l'érudition & la fagacité
avec lesquelles tous ces objets font approfondis.
L'Art du Manege pris dans ſes vrais principes
, ſuivi d'une nouvelle méthode
pour l'embouchure des chevaux , &
d'une connoiſſance abrégée des principales
maladies auxquelles ils font fujets
, ainſi que du traitement qui leur
eſt propre ; par M. le Baron de Sind ,
colonel d'un régiment de cavalerie ,
premier écuyer de S. A. E. de Cologne,
Prince de Munſter , Membre de pluſieurs
Sociétés des Sciences ; troiſieme
MARS .
1774. 127
4
د
édition revue par l'auteur , augmentée
d'une table alphabétique en françois ,
latin & allemand des termes de manege
& remedes pour la conſervation
du Cheval , avec figures en taille douce.
A Vienne ; & à Paris , chez G. Desprez
, imprimeur du Roi & du Clergé
de France , rue St Jacques , 1774 .
Cet ouvrage eſt diviſé en deux parties.
Dans la premiere l'auteur confidere le
Cheval comme un éleve qu'il faut dresfer.
Il entre dans le détaildes leçons qui
doivent conduire à l'exécution ſimple &
naturelle de tous les airs du manege. Il
rend compte de la méthode dont il ſe
fert pour dégager cette éxécution de toute
contrainte , & pour que l'animal inſtruit
de ſes devoirs s'y prête avec facilité , & y
emploie ſes forces de maniere à opérer
leur plus grand effet ſans les détruire. Le
ſuccès de ces leçons dépend principalement
de l'embouchure du Cheval. Il fait
fentir les défauts & les inconvéniens des
embouchures les plus uſitées chez les différentes
Nations ; & il établit les regles
de la véritable embouchure ſur la connoiſſance
phyſique des organes & de la
ſtructure de l'animal.
Dans la feconde partie , l'auteur con728
MERCURE DE FRANCE..
fidere le Cheval comme un domeſtique
qu'il faut ſoigner. Il expoſe les diverſes
maladies auxquelles il devient ſujet par
le peu d'attention qu'on apporte au choix
de ſes alimens , au ménagement de fes
travaux & à la néceſſité de le garantir des
injures de l'air. Il parcourt la plupart des
maladies aiguës & chroniques. Il développe
leurs caufes , indique leurs ſignes ,
détaille leurs accidens montre l'abus du
traitement ordinaire , & donne les meil
leurs remedes pour leur guérifon .
Nouvelle Chimie du goût & de l'odorat ; ou
l'art de compofer facilement & à peu
de frais les liqueurs à boire & les eaux
de fenteur. Nouvelle édition entiérement
changée , conſidérablement aug-
- mentée & enrichie d'un procédé nouveau
pour compoſer des liqueurs fans
eau- de - vie , ni vin , eſprit- de - vin ,
proprement dit ; de pluſieurs diſſertations
intéreſſantes ,& d'une ſuite d'obſervations
phyſiologiques ſur l'uſage
immodéré des liqueurs fortes avec
figures . in . 8°. Prix relié 6 livres.
A Paris , chez Piſſot , Libraire , Quai
de Conti 1774 .
,
L'Auteur a fait dans cette nouvelle
édition
MARS. 1774 120
édition de grands changemens , beaus
coup d'augmentations , de corrections ,
d'éclairciſſemens ; & il le falloit. Car
tel eſt le fort des ouvrages qui dépendent
de l'expérience : il y a toujours à
retoucher , à corriger , à perfectionner .
L'Auteur n'a pas beaucoup augmenté le
nombre de ſes recettes , mais il a multiplié
les procédés généraux , facilement
applicables aux opérations qui leur font
analogues. Il a difcuté l'importante question
touchant l'action des liqueurs fpiritueuſes
ſur les organes du corps-humain ;
c'est - à - dire leurs effets ou ſalutaires ou
pernicieux. On retrouve par- tout dans
cet ouvrage l'expérience éclairée par la
théorie , & fondée ſur les meilleurs
principes de phyſique & de la Chimie.
L'éleve de la raison & de la religion ; ou
traité d'éducation phyſique , morale &
didactique , par un citoyen , 4 vol .
in - 12 ; à Paris chez Barbou , rue des
* Mathurins , & à Villefranche de
Rouergue , chez Vedeilhié.
も
On peut définir l'éducation l'art de
former des corps plus robustes , des ames
plus vertueuses && des esprits plus éclairés.
2
1
130
MERCURE DE FRANCE .
L'éducation conſidérée ainſi dans toute
fon étendue , a toujours été regardée comme
la ſource la plus certaine du repos ,
non- feulement des familles , mais des
Etats & des Empires. En effet , n'eſt- ce
pas la bonne éducation qui met toutes les
perſonnes qui ont naturellement quelques
diſpoſitions , en état de remplir dignement
leurs fonctions différentes ? N'est - ce pas
de la Jeuneſſe que viennent tous les
Peres de famille tous les Magiſtrats ,
tous les Miniftres , en un mot , toutes
les perſonnes conſtituées en aurorité &
en dignité ?
,
C'eſt en conféquence de ces principes
, que les plus grands hommes de l'Antiquité
ont toujours regardé comme le
devoir le plus eſſentiel des parens , des
Maîtres , des Magiſtrats & des Princes
, de veiller à l'éducation des enfans ;
&ils remarquent que tout le déſordre des
Etats ne vient que de la négligence de ce
devoir.
Platon en cite un illuſtre exemple ,
dans la perſonne du Prince le plus accompli
dont nous parle l'Hiſtoire ancienne
: c'eſt le fameux Cyrus. Occupé
de ſes conquêtes , il abandonna aux femmes
le ſoin de ſes enfans. Ces jeunes
MARS. 1774. 131
Princes furent élevés , non ſuivant la discipline
dure & auſtere des anciens Perfes,
> qui avoit ſi bien réuſſi par rapport à
Cyrus leur pere , mais à la maniere des
Medes , ceſt- à-dire , dans le luxe , la molleſſe
& les délices. Une telle éducation
dont toute remontrance & toute repri
mande étoient ſoigneuſement écartées ,
- eut, dit Platon , tout le ſuccès qu'on en devoit
attendre. Les deux Princes auſſi-tôc
après la mort de Cyrus , ne pouvant ſouf-
, frir ni ſupérieur ni égal , armerent leurs
mains l'un contre l'autre , & Cambyfe ,
devenu le maître par la mort de fon
frere , s'abandonna comme un infenfé &
un furieux , à toute forte d'excès , & mit
l'Empire des Perſes à deux doigts de ſa
perte. Cyrus lui avoit laiſſé une vaſte
étendue de Provinces , de revenus im
> menſes , des armées innombrables ; mais
tout cela tourna à ſa ruine , faute d'un
autre bien infiniment plus eftimable
qu'il négligea de lui donner , une bonne
éducation.
7
,
Cet exemple , qu'on peut appliquer à
tous ceux qui font chargés de l'éducation
des enfans , prouve de quelle impor.
tance il eſt de les bien élever. Mais ,
pour mettre encore cette matiere dans
12
1
132 MERCURE DE FRANCE.
1
un plus grand jour , on peut avancer que
le royaume où l'on procureroit aux jeunes
gens la meilleure éducation poſſible ,
ſeroit le plus floriſſant & le plus heureux
; ce qu'il eſt aiſé de prouver par
'Hiſtoire , par l'obſervation de ce qui
ſe paſſe dans la nature , & par le raiſonnement.
L'auteur n'a rien négligé de ce qui
peut procurer une bonne éducation ; il
a diviſé ſon traité en trois parties : dans
la premiere , il confidere l'éducation par
rapport au corps , ce qui donne l'éducation
physique ; dans la ſeconde , il examine
l'éducation relativement au coeur ,
d'où ſuit l'éducation morale ; dans la troiſieme
, il l'enviſage par rapport à l'esprit
, ce qui produit l'inſtruction ou l'éducation
didactique. Nous dirons , d'après le
jugement de M. Riballier , cenfeur royal ,
que l'auteur donne fur chacun des objets ,
des leçons inftructives & intéreſſantes ;
qu'il s'eſt ſur - tout beaucoup étendu fur
deux points bien importans , c'est- à- dire ,
ſur ce qui eſt relatif à la religion & à la
probité ; & que ceux qui le prendront
pour guide ne peuvent inſpirer que de
bons fentimens à leurs éleves .
MARS. 1774. 133
১
:
L'art des armes , ou la maniere la plus
certaine de ſe ſervir utilement de
l'épée , ſoit pour attaquer , ſoit pour
ſe défendre ; ſimplifiée & démontrée
ſuivant les meilleurs principes de théorie
& de pratique , adoptés actuellement
en France : ouvrage néceſſaire à la
jeune Nobleſſe, aux Militaires &à ceux
qui ſe deſtinent au ſervice du Roi , aux
perſonnes même qui , par la diſtinction
de leur état , ou par leurs charges ,
ſont obligées de porter l'épée , &à tous
ceux qui veulent faire profeſſion des
armes. 2 vol. in - 8°. ornés de 47 planches
en taille douce , reliés. Prix 12 1.
à Paris , chez Jombert pere & fils , rue
Dauphine ; veuve Hériſſant rue Saint
Jacques , & Lacombe , rue Chriſtine.
Le cours de cet ouvrage utile avoit
été interrompu par une conteſtation qui
a été décidée à l'avantage de M. Danet,
& qui rend l'activité à ſon livre. L'auteur
y développe de la maniere la plus
méthodique, les vrais principes de l'art
des armes ; il a tracé avec préciſion
dans un grand nombre de planches ,
les poſitions les plus avantageuſes , foit
, pour attaquer , ſoit pour ſe défendre.
13
134 MERCURE DE FRANCE.
Ce traité diviſé en trois parties qui
compoſent tout l'enſemble de l'art des
armes ; dans la premiere l'habile maître
traite du jeu ſimple , dans la ſeconde du
jeu double ; & dans la troiſieme dujeu
déciſif , c'est - à- dire , ce que l'on doit
faire en avançant , tout ce que l'on
peut entreprendre de pied ferme ſur la
multiplication du même coup , enfin
ce que l'on peut exécuter en rompant
la meſure. M. Danet analyſe chaque
coup; il en fait connoître les mouvemens
& les effets ; enforte que , fans le
ſecours même d'un maître , on peut
parvenir à faire des progrès dans l'art de
l'épée,
Mémoires de Chimie , par M. Sage , vol .
in . 8°. prix 4 liv. 10 fols broché. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue S.
Jacques , vis - à - vis celle des Mathu-
: rins.
Cet ouvrage préſente des recherches
fur la nature du verre ; des obſervations
fur les charbons de terre ; des remarques
ſur le ſpath fuſible , phosphorique , & fur
le ſpath ſéléniteux; une analyſe compa.
rée de différentes eſpeces de tourbes ; un
examen de la terre végétale ; une analyſe
du terreau de couche ; un examen du ſel
:
MARS. 1774. 135
ל
animal , connue ſous le nom d'alkali
phlogiſtique ; des remarques fur le bleu
de Prufſe natif; des obſervations fur les
chaux métalliques & fur les criſtallifations
des ſubſtances métalliques par l'intermede
du mercure ; des remarques fur
l'acide marin retiré des métaux ſpathiques
, & fur une nouvelle eſpece de ſel
ammoniac marin; des eſſais & différentes
analyſes de mines ; des obſervations fur
le mixte falin volatil , qui ſe dégage lorsqu'on
verſe de l'acide vitriolique ſur un
alkali ou fur de la terre calcaire; un mémoire
ſur la peſanteur comparée de différens
fluides; des remarques ſur la table
des rapports , &c. :
Cet ouvrage eſt rempli d'idées & de
propoſitions abſolument neuves & fi éloignées
de tout ce que les Chimiſtes ont
penſé juſqu'à préſent , qu'une feule ſeroit
une découverte de la plus grande
importance , fi elle étoit prouvée; mais
c'eſt précisément la partie foible de ce
livre. Il manque abſolument par les preuves.
Au lieu d'y trouver un grand nombre
d'expériences pour appuyer chaque
aſſertion , on n'y rencontre qu'un grand
nombre d'aſſertions qui ne font établies
preſque ſur aucune expérience déciſive.
14
$36 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez le même Libraire cideſſus
nommé & du même Auteur , les
élémens de minéralogie docimaſtique , vol.
in. 8°. prix 4 liv. 10 fols br. Plus , un
Examen chimique de différentes ſubſtances
minérales ; Effais fur le vin , les pierres ,
les bezpards & d'autres parties d'histoire
naturelle & de chimie ; Traduction d'une
lettre de M. Lehmann ,fur la mine de plomb
rouge , vol . in - 12 , prix 2 liv. br. Ces
deux ouvrages publiés le premier en 1772 ,
& le ſecond en 1769 , ont été annoncés
precédemment dans le Mercure.
Histoire de l'Académie royale de Infcription
& Belles - Lettres , in- 12. tome XV ;
Mémoires de Littérature de la même Académie
, tomes LV , LVI , LVII ,
LVIII & LIX. Ces nouveaux volumes
comprennent les tomes XXXI & XXXII
de l'édition in-4°. Les ſix volume brochés
ſont de 16 liv. 4 f. A Paris , chez Pançkoucke
, rue des Poitevins.
و
rue On publie à l'hôtel de Thou
des Poitevins , le vingt- neuvieme volume
in - 40. , du grand Vacabulaire françois.
Ce volume commence par le mot
MARS. 1774 137
turnere , genre de plante à fleur mono
pétale , & finit au mot viorne , arbriſſeau
qui croît dans les haies.
Lettres nouvelles , au nouvellement recou
vrées de la Marquise de Sévigné & de
la Marquiſe de Simiane ſa petite - fille ,
pour ſervir de ſuite au recueil des
lettres de la Marquiſe de Sévigné ,
petit in - 12 conforme aux éditions
dans ce petit format , prix broché
36 fols. A Paris , chez Lacombe.
Amsterdam chez Rey 1774 .
,
Ceste nouvelle édition a été demandée
par ceux qui ont le petit format des lettres
de Madame la Marquiſe de Sévigné ,
&qui veulent compléter la collection de
cet ouvrage intéreſſant.
MM. les Souſcripteurs de la nouvelle
édition des bibliotheques françoiſes de la
Croix du Maine & de Duverdier , dédiées
au Roi , avec des remarques critiques
& littéraires , par M. Rigoley de
Juvigny , Conseiller Honoraire au Parlement
de Metz , font priés de retirer
leurs exemplaires dans le courant du préſent
mois de Mars , paſſé lequel temps ,
ils ne feront plus admis à les retirer ;
& à compter du premier Avril prochain ,
138 MERCURE DE FRANCE.
le prix des fix volumes ſera de 90 liv. au
lieu de 67 liv. to fols pour le petit papier
, & de 144 liv. pour le grand papier
, attendu le petit nombre d'exemplaires
qui reſtent de l'un & de l'autre format.
ACADÉMIES.
I.
Séance publique du mercredi 4 Août 1773
de l'Académie Royale des Sciences , Belles
- Lettres & Arts de Rouen.
M. HAILLET de Couronne , ſecrétaire
perpétuel pour les belles - lettres & arts
agréables , rendit compte des travaux académiques
de ſon département , & les éleves
des Ecoles du Deſſin furent publiquement
couronnés.
M. l'Abbé Auger , profeſſeur de rhétorique
, lut ſa traduction de la premiere
Catilinaire de Cicéron .
On alu , pour M. Giraud , Prêtre de
l'Oratoire , ſa traduction en vers latins ,
de la 143º. fable de la Fontaine.... le Savetier
& le Financier. Sutor & quæſtor.
M. de Couronne lut fonEloge hiftoMAR.
S. 1774- 139
>
1
rique de feu M. le Carpentier , architecte
du Roi , afſſocié titulaire.
On a la l'Héroïde qui avoit obtenu
l'acceffit l'annéederniere. L'auteur , M.
le Comte de Laurencin , depuis afſocié
adjoint , l'a perfectionnée & renvoyée à
l'Académie , qui a répété publiquement
que fon approbation ne portoit que ſur le
mérite poëtique , & non ſur le ſujet particulier
de ce poëme , à l'égard duquel
elle ne prononçoit pas.
M. Dornay lut le 4º. chant du poëme
de la Peinture de feu M. Bréant. On
expoſa dans cette féance.
Deux eſtampes gravés par M. Bacheley,
titulaire; l'une eſt le portrait de feu
M. le Cat , l'autre eſt une vue du château
de Ryswick , d'après Rhuysdaal , peintre
Hollandois .
Les portraits de l'Empereur & du Roi
de Pruſſe , gravés par M. Lemire , aſſocié,
Les autres ouvrages préſentés pendant
l'année , & dont M. le ſecrétaire rendit
compte , étoient le panégyrique d'Evagoras
par Ifocrates , traduit par M. l'Abbé
Auger.
Une traduction en proſe , de l'art poëtique
d'Horace , avec des notes.
Une piece de vers , intitulée le Tombeau
du Roi de Sardaigne.
140 MERCURE DE FRANCE.
Des principes raiſonnés ſur l'art oratoire
, par Dom Gourdin , profeſſeur de
réthorique à Beaumont en Auge.
Une Differtation intitulée : Notions
grammaticales , par M. Maclot , profeſſeur
de mathématiques à Paris .
Un mémoire de M. le Comte de Lautencin
, ſur l'utilité des Sociétés académiques
, & le bonheur que l'étude des belles-
lettres doit procurer à ceux qui les
cultivent. ;
Le profpectus d'un ouvrage que Dom
Labbé ſe propoſe de publier ſous le tître
de Révolutions des Moeurs .
Trois fables en vers françois par M. de
Machy , la Vigne & le Lierre ; le Paon ;
l'Enfant & ses Foujoux .
M. de Couronne annonça le programme
du prix des belles- lettres , en diſant : Un
des premiers objets de l'Académie ayant
toujours été de s'occuper de l'hiſtoire naturelle
& civile de la Province , elle propoſe
pour ſujet du prix qu'elle aura àdonner
en 1774 .
"
ود
Une notice critique & raiſonnée des
hiſtoriens anciens & modernes de la
Neuſtrie & Normandie , depuis fon
origine connuejuſqu'à notre ſiecle , pour
و و
ſervir d'introduction à l'hiſtoire géné
ود
"
ود
rale de la Province. "
MARS. 1774.141
Ce prix donné par M. le Duc d'Harcourt,
Protecteur de l'Académie , eſt une
médaille d'or , de la valeur de trois cent
livres. Les ouvrages feront adreſſés ,francs
de port , à M. Haillet de Couronne , Secrétaire
perpétuel , & ne feront reçus que
juſqu'au premier Juillet 1774 , incluſivement.
Les auteurs font avertis de ne
point fe faire connoître , mais de joindre
ſeulement à leur mémoire un billet cacheté
, qui contiendra la répétition de
l'épigraphe ou fentence miſe en tête ainſi
que leur nom & leur adreſſe.
M. Dambourney, Secrétaire perpétuel
pour les ſciences & arts , rendit compte
du moyen trouvé par M. Scanégatty , pour
joindre au Peze - liqueur un thermometre
qui indique le plus ou moins de raréfaction
occaſionnée par la température de
l'atmoſphere ; de forte qu'avec cet inftrument
ingénieuſement compliqué , on détermine
précisément la quantité d'eſprit
de vin contenue dans une Eau- de - vie
quelconque , indépendamment du chaud,
ou du froid dont la liqueur est affectée.
D'un mémoire de M. Juvel , Médecin
pour le Roi , fur les eaux de Bourbonne.
De deux nouvelles cartes Marines de
M. l'Abbé Dicquemare , pour les fondes
142 MERCURE DE FRANCE.
en dedans & en dehors de la Manche ,
ainſi que de toutes les côtes du Ponant.
De la ſuite des expériences du même ,
fur la reproduction des parties retranchées
aux anémones de mer.
D'un mémoire dans lequel M. Muſtel
prétend établir que les fourmis loin de
nuire aux arbres , facilitent leur végétation
, par la guerre qu'elles font aux pucerons
, & autres infectes nuiſibles.
D'un recueil d'obſervations de M. de
Saint-Martin , ſur les pernicieux effets de
la céruſe dans le cidre; fur les dangers
des vaiſſeaux de cuivre & de plomb; fur
les coliques minérales , fréquentes dans
les grandes maiſons & les Communatés.
:
De l'obſervation de l'Eclipſe totale de
Lune , le onze Octobre 1772 , par M.
Dulague.
D'une montre qui marque les douze
mois de l'année , l'équation de 10 en ro
jours , les heures , les minutes , les ſecondes
, concentriques & fans renvoi, Un
ſecond Cadran placé au revers du premier
, indique les dates des mois , les
jours de la ſemaine , les phaſes de la Lune
&fon quantieme. L'auteur eſt M. Duval
Horloger , à Rouen.
MARS. 1774 148
M. de la Folie a lu le détail de fes
nouvelles expériences & obſervations
> ſur la vertu magnétique.
!
1
;
L
M. Muſtel a fait voir des feuilles entieres
, des fragmens de feuilles , & des
graines du véritable thé du Paragay.
On diſtribua les prix fondés par le
corps municipal , pour l'Anatomie , la
Chirurgie, la Botanique , les Mathématiques
, l'Hydrographie , & l'art des accouchemens.
Aucun des mémoires qui avoient concouru
au grand prix des ſciences n'ayant
rempli les vues de l'Académie , elle propoſe
pour 1774-
D'indiquer quelles ont été les découvertes
Anatomiques depuis le commencement de ce
fiecle , & les avantages que l'art de guérir
en a retirés ?
Ce prix , donné par M. le Duc d'Har
court , eſt une médaille d'or de trois
cent livres , les ouvrages feront adreſſés
dans la forme & le temps fixés ci - deſſus
à M. L. A. Dambourney , Négociant à
Rouen , Secrétaire perpétuel.
1
144 MERCURE DE FRANCE.
1 1.
Académie - Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Beziers , du Feudi 2 Septem- :
bre 1773.
La ſéance publique qu'on avoit réſolu
de tenir après la quinzaine de Pâques
ayant été renvoyée au premier Jeudi d'après
la faint-Martin , à cauſe des indiſpoſi-"
tions & de la mort de M. Brouzet , alors
directeur , on a cru devoir faire connoître
au Public les ſujets qui ont été traités dans
nos aſſemblées , depuis Pâques juſqu'à ce
jour.
M. Bouillet , Secrétaire , a lu un mémoire
où il répond à la critique qu'on a
faite dans le quatrieme tome de l'Encyclopédie
, des démonftrations des regles fondamentales
de l'art de guérir , qu'il a données
dans le ſecond tome de ſes élémens
de Médecine pratique , imprimé en 1746.
** Comme on a oppoſé pluſieurs raiſonnenemens
à ces démonstrations , M. B. a
été obligé , pour en mieux faire voir le
peu de folidité , de les partager , de même
que ſes réponſes , en huit articles .
Ces articles étant trop longs pour qu'on
puiffe
:
i
MARS. 1774 . 145
2
1
puiſſe les rapporter ici , on ſe contentera
d'annoncer qu'ils paroîtront bientôt, àla
ſuited'un ouvrage que M. Bouillet acompoſé
ſous ce titre: exposition des maladies
aiguës qui ont été obſervées à Beziers,
& dans pluſieurs autres lieux , depuis 1746 ,
jusqu'à la fin de 1769 , &c. &c .
M. de Bouſſanelle , Brigadier des armées
du Roi , lut le commencement
d'un diſcours fur la parure : il en fit
fentir le faux , les caprices , les dangers
; &, pour mieux les peindre , il
n'emprunta d'autres traits que ceux que
l'amour de la patrie & une ſaine philoſophie
peuvent fournir. Il s'attacha fur
tout à démontrer le luxe & l'orgueil de
la plupart des ajuſtemens modernes , &
prouva qu'il n'étoit point de plus grande
illuſion que celle de la parure , puiſqu'elle
porte à l'oubli de leur être , les mortels
les plus vils , des hommes de néant , &
que, non moins pernicieuſe que tout autre
luxe, elle entraîne néceſſairement la
confufion des états. M. de B. promit la
ſuite de ce diſcours , pour l'aſſemblée
prochaine de l'Académie.
M. l'Abbé de Baſtard a fait voir dans une
diſſertation&pardes exemples , les inconvéniens
qui réſultoient de l'hiſtoire , lorf-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
que les hiſtoriens ſe permettoient de blamer
ou de juſtifier mal à propos les faits
& les actions qu'ils rapportoient.
M. l'Abbé Bouillet lut un mémoire
fur quelques nouvelles propriétés des nombres.
Il etablit ſur cette matiere, desprincipes
généraux & indépendans de tout
ſyſtême de numération. Il les applique
enfuite à différentes échelles arithmétiques
, & , pour mieux prouver les avantages
ou les inconvéniens dont elles font
fufceptibles , il compare tous ces ſyſtêmes
les uns avec les autres ; il trouve , par
exemple , que la progreſſion quaternaire feroit
très- commode pour certaines opérations
qui demandent de longs calculs ,
& que ce n'eſt point fans raifon qu'un
Peuple de la Thrace, fort ſpéculatif,
avoit autrefois adopté cette maniere de
compter, fuivant le rapport d'Ariftote. *
L'Auteur paſſe de la théorie à desvérités
utiles dans la pratique. Il donne ,
en particulier , une méthode plus expéditive
que celles de Néper , de Leibnits † ,
&c. pour réduire , dans une infinité de
cas, les multiplications & diviſions des
* Dans ſes problêmes , ſection 15.
+ Hift. de l'Acad. 1703 , pag. 58 , &c. :
MARS. 1774. 147
f
7
)
nombres les plus compoſés , àde ſimples
additions ou ſouſtractions ; & il obſerve
quecette méthode peut devenir générale ,
ou par le moyen de tables beaucoup plus
faciles àconſtruire que celles des logarithmes
, ou peut- être même ſans ce ſecours.
Il indique enfin un moyen fort ſimple de
procurer au ſyſtème de la progreſſion dénaire
, tous les avantages des autres ſyſtêmes
, ſans en avoir à craindre les inconvéniens.
M. Audibert , Avocat , a lu des réflexions
, où , après avoir fait remarquer
que c'eſt undevoir de la Société , de cultiver
l'art des converfations agréables ,, à
cauſe de leur utilité , il a mis en queſtion
ſi la maniere d'exprimer une penſée peut
fournir autant ou plus d'agrément à la
converſation , que la penſée même.
M. Bertholon , prêtre de la Congrégation
de la Miſſion , & Profeſſeur de Théologie
, au Séminaire , a lu auſſi un mé
moire ſur l'influence de quelques météores
ignés , & particulièrement du tonnerre,
ſur les végétaux & les animaux.
L'Auteur prouva par différentes obſervations
les effets de ce météore fur la germination
des plantes , ſur leur accroiffe-
1
K2
148 MERCURE DE FRANCE .
ment & fur la maturation de quelques
fruits . Il montra que le développementdu
germe des plantes eft accéléré , que l'accroiſſement
eſt plus rapide , & que la
matutité eſt ſenſiblement avancée.
Cette nouvelle aſſertion eſt appuyée
fur des obſervations faites dans les mêmes
climats , dans des années où les orages
étoient fréquens , comparées à d'autres
années qui n'avoient point été orageuſes ,
ou du moins très-peu , ainſi que ſur d'autres
obſervations faites dans diverſes régions
où les orages font preſque continuels
, comparées à d'autres pays où la
foudre tombe rarement. On fit voir enfuite
combien ces obſervations étoient
conformes aux vrais principes de l'électricité
, & aux expériences de pluſieurs
phyſiciens , par leſquelles il eſt démontré
que l'électriſation hâte le tems de la germination
; que les plantes électriſées ont
une vigueur plus marquée , &que les parties
de la fructification ſe développent
plutôt.
Notre Académicien prouva encore que
la foudre produit à- peu- près les mêmes
effets fur quelques eſpecesd'inſectes ; que
des tonnerres fréquens ont été cauſe que
4
MARS. 1774. 149
⚫pluſieurs inſectes, principalement des familles
des Coleopteres , des Hémipleres ,
&c. ont été plus multipliés dans certains
temps orageux , & ont paru beaucoup
plutôt ; que les fréquens tonnerres font
très-nuiſibles à pluſieurs lépidopteres ,
du moins à leurs larves. Il parla enfuite
des effets utiles ou pernicieux du tonnerre
fur quelques autres eſpeces d'animaux.
Il ſeroit à ſouhaiter que les naturaliſtes
fiſſent de fréquentes obſervations
fur ce ſujet.
7
コ
III .
MONTAUBAN.
L'Académie des Belles - Lettres de
Montauban tint ſon aſſemblée publique
à l'ordinaire , le 25 Août dernier.
M. le Baron Dupuy Montbrun , Di.
recteur de quartier, ouvrit la féance par
un diſcours mêlé de proſe & de vers , où
› il montra que le ſeul génie ouvre à l'émulation
le temple de la gloire , & lui
fournit de quoi terraſſer les monſtres qui
en défendent l'entrée.
M. l'Abbé de la Tour lut un diſcours
contre la médiſance , où il démontra que
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
tout médiſant devient calomniateur , parce
qu'il parle toujours fans ètre bien inſtruit
des faits , & qu'il ne manque prefque
jamais de les altérer.
M. de Saint-Hubert récita des vers où
il déclara modeſtement qu'il écrivoit fans
prétention ; mais il eut lieu de s'appercevoir
que le Public en a beaucoup pour
lui , & que perſonne n'eſt diſpoſé à ſoufcrire
à l'adieu philofophique qu'il ſemble
vouloir dire à la rime.
M. l'Abbé Bellet lut un difcours contre
l'ennui , dont il rechercha les cauſes
& les remedes. Il eſſaya de prouver
que les lettres ont fupérieurement
la vertu de prévenir ou de diſſiper les
nuages dont il obſcurcit ſi ſouvent notre
exiſtence.
M. Dupuy-Montbrun récita une idylle
fur l'innocence & les agrémens de la
campagne , & l'on convint que fon pinceau
a des couleurs pour tous les genres,
M. l'Abbé Bellet lut une ode imitée
du pſeaume 1x , intitulée : La France re .
nouvelant ſes voeux à Dieu , & fon ferment
de fidélité au Roi , le 28 Octobre
1772 , précédée d'un diſcours où il
montra le tendre intérêt que l'AcadéMARS.
1774. 151
}
}
>
mie ſe fait un devoir de prendre à tout
ce qui intéreſſe le bonheur & la gloire
duRoi.
M. de Saint-Hubert , en lifant des vers
fur ce qu'on a prétendu qu'il n'y a plus
rien de nouveau à dire , confola le Public
, qui avoit témoigné regretter qu'il
parût déterminé à renoncer à la poéfie.
Le prix d'éloquence fut adjugé à un
diſcours de M. l'Abbé Boulogne , de la
Commanderie de S. Jean de Rhodes ,
près S. Agricol à Avignon .
Et celui de poéſie à un poëme de M.
l'Abbé Baltazar , l'un des profeſſeurs du
College , qui fit la lecture de fon ouvrage.
Le prix d'éloquence de 1774 , eſt deftiné
à un diſcours dont le ſujet ſera :
La véritable philosophie est dans les
moeurs plus que dans les paroles , conformément
à ces paroles de l'Ecriture : Di.
centes enim se efſſe ſapientes , stulti facti
funt. Rom 1. 2 .
Les difcours feront adreſſés francs de
port, dans le cours du mois , à M.
l'Abbé Bellet , Secrétaire perpétuel de
l'Académie,
K 4
1
152 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL,
LE Concert ſpirituel du 2 Février
1774 , a commencé par une ſym.
phonie de M. Rigel . M. Naudi a
chanté un motet à voix ſeule. M. Du
port le jeune a joué avec beaucoup d'applaudiſſement
un ſolo de ſa compofi.
tion , ſur le violoncelle. On a exécuté
un nouveau motet à grand choeur , del
Signor Langlé , ci- devant premier Maître
de Chapelle du Conſervatoire de la
Piété de Naples . Les deux premiers verfets
de ce motet ont paru d'une beauté
frappante , d'une expreſſion vive , d'un
chant agréable , ſuperbe & énergique.
Les autres récits & les choeurs ont été
trouvés dignes du génie de ce Maître ,
mais fans avoir le grand caractere des
deux premiers morceaux. Ce motet a
été ſuivi par une grande ſymphonie concertante
de M. Stamitz fils , à quatre parties
obligées & parfaitement exécutée
par MM. Çapron , Duport , Guénin &
Monin. M. Legrand & M. Richer ont
chanté avec goût Chriſte redemptor , ex.
MARS. 1774 . 153
cellent duo de M. Goſſec. M. Leduc le
jeune , virtuoſe admirable , a exécuté
avec beaucoup d'élégance , de juſteſſe &
de préciſion un concerto de violon; le
concert a fini par laudate pueri , motet à
grand choeur , qui fait honneur à M. de
Saint-Amant.
OPERA.
L'Académie royale de Muſique a donné
le mardi 22 Février , la premiere repré.
ſentation de Sabinus , tragédie lyrique
réduite à quatre actes , poeme de M. de
Chabanon, muſique de M. Gofſec.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain,
plus de détails ſur cet opéra. Tout
ce que nous pouvons dire en ce moment
d'après une répétition , c'eſt que le poëme
a de l'intérêt ; la muſique , de l'effet & de
l'expreffion ; le ſpectacle , de la variété&
dela magnificence. Les ballets , compofés
par MM. Veftris , Gardel &d'Auberval ,
& exécutés par les premiers talens que
l'émulation & le zêle ont rapprochés
réunis , fontle plusgrand plaiſir. Le jeune
Veftris étonne & enchante par la force &
K5
154 MERCURE DE FRANCE,
la perfection de ſa danſe. On doit lemê .
me éloge à Mlle d'Orival & à M. Gardel
le jeune. MM. Veſtris , Gardel & d'Auberval
; Mlles Heinel , Guimard , Peflin ,
Aſſelin , enſemble & ſéparément , enle
vent tous les fuffrages. Les principaux
rôles font très bien remplis par M. &
Mde l'Arrivée , par MM. Gelin & Durand.
COMEDIE FRANCOISE.
5
Le vendredi 18 Février , époque de la
mort de Moliere , les Comédiens François
ont donné une repréſentation de la
Centenaire , comédie en un acte de M.
Artaud , qui a l'avantage d'avoir fondé ,
en quelque forte, une fête en l'honneur
du grand homme , le génie , le pere & le
modele de la bonne comédie.
COMEDIE ITALIENNE .
LES Comédiens Italiens ont donné le
jeudi 10 Février , la premiere repréſentation
du rendez-vous bien employé , paMARS
. 1774 . 155
rodie nouvelle en un acte & en vers mêlé
d'ariettes , par M. Anſaulme , mufique
de M. Martini.
Colombine aime Arlequin & en eſt ai.
mée. Arlequin a pourtant des foupçons ;
il craint que l'intérêt ne lui faſſe préférer
Pantalon , ou le Docteur , ſes amans ;
Colombine le raſſure : Arlequin jouit
d'avance de la diſgrace des deux vieillards
trompés. Il s'amuſe àparodier tourà-
tour ces galants furannés ; Colombine
s'apprête auſſi àles bien duper. Pantalon
& le Docteur , excités par une mutuelle
jaloufie , & ridiculement accoutrés en
Spadaffins , entrent en explication , &
ſe font un défi. Chacun des deux champions
tâche d'intimider ſon rival. Pantalon
vante ſes exploits ſur terre , lorfque
dans ſa jeuneſſe il étoit Houzard,
& le Docteur chante ſes exploits fur
mer lorſqu'il étoit Corſaire. Ils ſe battent
à l'épée avec tout le cérémonial de
braves guerriers. Colombine ſurvient &
les fait rengainer. Elle exige de ſes deux
vieux amans un terrible ferment , par lequel
ils jurent de ſe ſoumettre à fon
choix , & de n'en marquer aucun reffentiment
: ce qu'ils promettent très - folemnellement.
Elle donne enfuite , mais en
156 MERCURE DE FRANCE.
ſecret , à l'un & à l'autre , un rendezvous
, lorſque la nuit ſera venue. Chacun
des deux rivaux ſe croit le favori ;
Pantalon gliſſe en cachette un préſent
d'une bourſe remplie d'or à Colombine ,
& le Docteur lui donne avec le même
myſtere un diamant, que Colombine reçoit,
après quelques petites façons , avec
un ſourire malin. Elle s'applaudit d'avoir
fait ſes dupes des deux vieillards , & de
refter fidelle à fon cher Arlequin , préférant
l'amour à ſa fortune. Cependant ,
Arlequin déguisé avec une grande perruque
& un long manteau , guettant Colombine
, & entendant la déclaration de
ſa maîtreſſe , vient lui témoigner fon
contentemeut. Ils rient enſemble de la
crédulité des vieillards. Les deux amans
ſe retirent & font place à Pantalon &
au Docteur , qui viennent en tapinois ,
chacun avec une lanterne fourde au rendez-
vous ; mais au lieu de Colombine
qu'ils cherchent , ils ſe rencontrent nez à
nez ſans ſe chercher. Ils s'interrogent ,
ils ſe querellent , & croient qu'Arlequin
qu'ils n'ont pas reconnu étoit l'un d'eux ,
rival préféré . Ils font bientôt déſabuſés
par Colombine même qui ſe moque de
leur paſſion . Les vieillards jaloux & conMARS.
1774 . 157
১
Y
fus , pardonnent à leur maîtreſſe, pourvu
que l'amant qu'elle choisit ne foit point
Pantalon ou le Docteur : Colombine les
met d'accord , en leur déclarant que c'eſt-
Arlequin qu'elle aime. Les deux vieillards
ſe rendent justice & applaudiſſent à fon
choix , fans pourtant convenir que leur
rendez- vous foit bien employé.
Le rôle d'Arlequin a été joué par M.
Julien; celui de Pantalon par M. Trial ;
celui du Docteur par M. la Ruette ; &
Colombine par Madame Trial , avec le
genre de comique convenable à leur per
ſonnage.
La muſique de M.deMartini eſt agréable
, expreſſive & pittoreſque; elle fait
honneur au génie de cet habile compofiteur
ſi avantageuſement connu par la
muſique délicieuſe de l'Amoureux de quinze
ans. On peut dire pourtant qu'il
a trop foutenu la nobleſſe de ſon ſtyle ,
& qu'il n'a pas ſu lui donner les formes
comiques & propres au genre grotesque
de la parade.
Cette piece a été retirée après la troiſieme
repréſentation , à cauſe des nou,
veautés quel'on prépare à cethéâtre. Les
auteurs du Rendez- vous , poëte & muſi
1
158 MERCURE DE FRANCE.
!
cien , profiteront fans doute de det inter .
valle pour faire quelques changemens &
les corrections que le Public a paru defirer
; nous ne doutons point qu'ils n'embelliffent
cette comédie , & qu'ils ne lui
rendent tout le comique & la gaieté
qu'elle ſemble promettre.
DÉBUT.
Le ſieur le Meunier , qui n'avoit encore
paru fur aucun théâtre , a débuté
le mercredi 9 Février dans le rôle du
Huron , le 20 , dans le rôle de Silvain ,
& le 23 , dans le Désertcur. Cet acteur
eſt grand , d'une taille avantageuſe
, d'une figure très-belle , & peut- être
trop belle pour le théâtre ; fa voix eſt un
concordant , &, ſans être forte , elle eſt
agréable , ſenſible , intéreſſante; il chante
avec ame & avec goût , & joue avee
intelligence , ſans altérer le mouvement
ni le caractere de la muſique. Il peut être
très- utile à ce théâtre , où l'habitude &
l'étude des bons modeles lui donneront
de grands avantages.
MARS . 1774. 159
4
۲
GEOGRAPHIE.
I.
Carte de la Picardie , Artois , Boulonois ,
Flandre françoise , Hainaut & Cambrefis;
contenant toutes les Paroiſſes
annexes & Abbayes , avec les routes&
chemins d'après la carte générale de la
France , en 177 feuilles , de MM. de
l'Académie Royale des Sciences , à Paris
, chez Bourgoin , Graveur, rue de
le Harpe , vis- à- vis le paſſage des Jacobins
, à côté du Café de Condé,
1774.
Cette Carte eſt en quatre feuilles , de
la grandeur de l'itinéraire de la France ,
&du prix de 2 liv. 8 fols .
II.
Guide ou Dictionnaire topographique des
grandes routes de Paris aux Villes ,
Bourgs , Abbayes , Duchés , &c . du
Royaume , proposée parſouſcription.
Cet Ouvrage, diſent les Editeurs, fruit
de 5 années d'un travail pénible, eſt auſſi
utile qu'intéreſſant.
ピ
160 MERCURE DE FRANCE .
travaux .
Depuis long- temps pluſieurs Géographes
habiles & qui méritent fans contredit
l'eſtime & la reconnoiffance publique
, ont fait tous leurs efforts pourdonner
aux Voyageurs des Itinéraires inftructifs&
amufans ; le ſuccès a couronné leur
Un ſeul point manquoit à ces
Itinéraires , la facilité de les rendre portatifs
& de conſerver une échelle affez
grande pour détailler tous les objets qui
ſe préfentent à la vue. Nous croyons avoir
trouvé cet avantage par la commodité du
format & l'ordre avec lequel les Plans
ſont placés. En effet cet ouvrage eſt en
deux volumes in - 12 , d'environ 700
pages les deux volumes. Les 240 Plans qui
s'ytrouvent, donnent environ4000 lieues
de routes , très- détaillées à deux lieues
de chaque côté , &bien lavées ; ils indiquent
les Villes , Bourgs , Villages , Hameaux
, Fermes , Abbayes , Prieurés , Chapelles
, Châteaux , Moulins , Rivieres ,
leurs noms & leurs courans , les chemins
quis'écartentdela grande route, l'endroit
où ils conduiſent , & leur diſtance.
Notre Itinéraire contient en outre des
traits hiſtoriques des endroits les plus remarquables
, des Edifices anciens , des
différens Commerces , des Poids & Mefures,
MARS. 1774. 161
fures , des Foires franches , des Eaux Minérales
, des Grands hommes , &c. Les
Villes un peu conſidérables ont leurs longitudes
& leurs latitudes, leurs diſtances
de Paris par lieues& par toiſes : la longitude
eſt priſe du méridien de l'Obfervatoire.
Quoique chaque Plan ait fon
échelle ; l'on a cependant gravé le long des
routes , des chiffres qui marquentlaquantité
des lieues , pour éviter l'incommodité
du compas : & pour faciliter les perfonnes
qui n'ont aucune connoiſſance de la
Topographie , l'on a mis par addition
vis- à- vis chaque Plan , les noms des endroits
qui ſe trouvent ſur les routes.
Tous les lieux déſignés dans l'ouvrage
- font raſſemblés dans une table en forme
de Dictionnaire : outre les traits hiſtoriques
, on y a joint la diſtance de la Ville la
plus proche au Nord , au Sud , &c. la
Route qu'il faut ſuivre pour y aller , &
- d'un côté le nomdela Province& de l'au .
tre la diſtance de Paris .
Nous finirons le dernier volume par des
Plans qui donneront un détail des voitures
publiques dont on peut faire uſage.
Nous eſpérions publier plutôt cet Itiné-
- raire ; mais nous avons mieux aimé mettre
plus de tems pour le rendre le plus
parfait qu'il a été poffible .
L
162 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'avons épargné ni les peines , ni
les foins , ni la dépense , & nous ofons
nous flatter que le Public fera content.
Tous les ans aumoisdeJanvier nous don .
nerons gratis les changemens qui peuvent
ſe faire fur les routes , & l'on indiquera
la page du livre où il faudra placer les corrections
ou les augmentations.
Le prix de la Souſcription eſtde zr liv. ,
dont on payera 6 liv. en ſouſcrivant& 9
liv. à la livraiſon de chaque volume.
Ceux qui n'auront point ſouſcrit paye.
ront 27 liv.
On pourra ſouſcrire juſqu'au premier
Avril prochain , époque à laquelle paroîtra
le premier volume.
Tout l'ouvrage eft gravé . L'on ſçait
que desplanches gravées ne peuvent fournir
que 800 bonnes épreuves environ ,
fans qu'on foit obligé de les retoucher.
Les Souſcripteurs jouiront de l'avantage
des premieres épreuves.
On donnera le ſecond volume le 10
Mai prochain .
Les ſouſcriptions ſe recevront chezM.
Paſquier , Marchand d'Eſtampes , rue S.
Jacques , vis- à- vis le college de Louis le
Grand, où l'ouvrage ſe vendra.
MARS. 1774. 163
}
}
ARTS.
GRAVURES.
I.
Exemple d'humanité donné par Madame
la Dauphine.
Cette eſtampe eſt dédiée à Sa Majeſté
⚫ l'Impératrice Reine Douairiere ; on y lit
ces vers de M. Marmontel , adreſſés à
> l'auguſte Princeſſe qui a donné un ſi bel
exemple d'humanité , de bienfaiſance &
de ſenſibilité , au village d'Achere.
Vous n'oubliez pas qui nous ſommes ,
Princeſſe , & l'infortune eſt ſacrée à vos yeux.
Conſervez ce reſpect ; il vous eſt glorieux.
C'eſt en s'abaiſſant juſqu'aux hommes
Que les Rois s'approchent des Dieux.
1
Cette eſtampe a environ fix pouces de
hauteur ,& huit de largeur. Lacompofi-
› tion en eſt agréable & très-ingénieuſe ; la
gravure de M. Godefroi eft faite avec
L2
164 MERCURE DE FRANCE
beaucoup de netteté , de délicateſſe & de
talent. Cette eſtampe ſe vend 2 liv. 8 fols .
A Paris , chez M., Godefroi , rue des
Francs - Bourgeois Saint - Michel , vis-àvis
la rue de Vaugirard.
II.
La pêche au Crocodile , d'après le tableau
original qui eſt dans le cabinet du
Roi , de M. Boucher , fon premier Peintre
, gravée par PP. Molès , Graveur du
Roi & Membre des Académies Royales
de Saint- Ferdinand & de Saint Charles
en Eſpagne. Cette eſtampe a 24 pouces de
hauteur & 18 de largeur. La compofition
en eft très riche & très animée ; elle
offre le ſpectacle d'un grand Crocodile
attaqué par une troupe d'Africains ar .
més , & par des chiens qui fondent fur
ce terrible animal On voit dans le lointain
une pyramide , des monumens , &
des arbres propres à l'Egypte ; il s'éleve
des rochers fur le côté ; le ciel eſt chaud
& nébuleux. La gravure eſt d'un ſtyle
ferme , pittoreſque & varié. Les travaux
en font bien entendus , les contraſtes
bien ménagés , les effets bien ſentis , les
détails bien traités. Cet ouvrage fait beaucoup
d'honneur au burin de M. Molės,
MARS. 1774. 165
S
7
& annonce un talent ſupérieur. Le prix
de cette eſtampe eſt de 6 livr. , & fe
vend à Paris chez l'Auteur , Quai St.
Paul à la maiſon neuve ; & chez M.
Flipart , Graveur du Roi & de leurs Majeſtés
Impériales & Royales , rue d'Enfer.
III.
Anthiope , Reine des Amazones , eſtampe
nouvelle , dédiée à S. A. S. Mgr.
Louis , Prince de Salm- Salm. Cette eftampe
a 20 pouces de hauteur & 14 de
largeur. Elle eſt gravée d'après le tableau
de Bennevault , par M. P. Maleuvre.
Anthiope eſt de bout au milieu de ſes
femmes , en habit de guerriere & le
caſque en tête ; elle eſt ſuivie d'autres
Amazones , dont l'une lui apporte fon
carquois. Cette compoſition eſt impoſante
, & exécutée par l'Artiſte avec beaucoup
de talent. Prix 4 liv. A Paris , chez
M. Maleuvre , rue des Mathurins , à côté
de celle des Maçons .
IV.
M. Bonnet , Graveur , rue Saint- Jae-
-ques , au coin de celle du Plâtre , vient
de publier pluſieurs eſtampes qu'il a gra.
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
vées avec beaucoup d'art & de détail :
ſavoir , dans la maniere du paſtel ou du
deſſein à pluſieurs crayons.
Jupiter & Danaé , d'après M. Boucher
; eſtampe de douze pouces de hauteur
, & de ſeize de largeur. Prix , 2 liv .
Venus aux Colombes , même grandeur &
même prix.
Une tête de femme , d'après M. Vien ,
gravée au crayon rouge : hauteur , 16
pouces ; largeur , 12 pouces ; prix 12
fols.
:
MUSIQUE.
SEi Quintetti per vio'ino primo , vio.
lino fecundo , alto primo , alto fecundo
è baſſo , compoſti dal Vanhall. prix 9 liv.
A Paris , chez le ſieur Borrelli , rue &
vis - à- vis la Ferme de l'Abbaye de St. L
Victor , & aux adreſſes ordinaires de
muſique.
Sei Trietti per duo violini , con vio-
Joncelle , compoſti del Signor Helbert ,
opéra III . Prix 7 liv. 4 fols A Paris ,
chez l'Auteur , rue Saint Honoré , près
MARS. 1774. 167
-
}
>
de l'Oratoire , maiſon de M. Cappelle ,
Marchand Tapiffier , & chez le ſieur
Borrelli.
La partition & parties ſéparées de
Melide , ou le Navigateur , mis en muſique
par M. A. D. Philidor , ſe vendent
chez M. de la Chevardiere , rue du
Roule , & aux adreſſes ordinaires . Prix
18 liv. , ainſi que la partition complette
de l'opéra d'Ernelinde , repréſenté aux
fêtes du mariage de Mgr. le Comte d'Artois
; ſe vend chez l'Auteur , M. Philidor
, rue de Cléry , & chez M. la Chevardiere.
Prix 30 liv.
Ouvertures de l'Union de l'Amour &
des Arts , arrangées pour le clavecin , ou
le forte piano , avec accompagnement
d'un violon ad libitum , par M. Bonaut ,
Maître de clavecin. Prix 3 liv. à Paris ,
chez l'Auteur , rue Gît- le- coeur , & aux
adreſſes ordinaires de muſique.
Six fonates , pour un baſſon ſeul ou
un violoncelle avec accompagnement de
baſſe , di Gaudenzio Comi , op. 4. Prix 91.
Quatrieme recueil de 25 airs en duo,
pour deux clarinettes , par. Gaſpar. Prix
2 liv.8 fols; ſe vendent à Paris au Bureau
d'abonnement muſical , cour de l'an-
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
cien Grand Cerf , rues Saint Denis &
des Deux- Portes Saint-Sauveur , & aux
adreſſes ordinaires de muſique. A Lyon ,
chez le ſieur Caſtaud , Marchand Libraire
, Place de la Comédie.
Les IV Saiſons Européennes. Second
recueil , contenant les meilleurs morceaux
de chant , avec leurs parties d'accompagnemens
qui ont été donnés l'année derniere
fur les théâtres d'Italie , d'Allema
gne , d'Angleterre & de Paris , & no .
tamment ſur le théâtre de la Comédie
Italienne ; avec des parties d'accompagnemens
faits pour les différens inſtrumens
, comme harpe , guitare , mandoline
, violon & flûte ; terminé par le
commencement d'un Traité de composttion
musicale , le meilleur qui ait encore
paru en ce genre , qui mettra en
deux ans de tems un Amateur ou Mu .
ficien en état de compofer parfaitement
bien ; le tout , ſuivant le profpectus qui
a paru l'année derniere ; dédié à Mgr.
le Duc de Caylus , Grand-d'Eſpagne de
la premiere Claſſe , &c . , par le ſieur
Pietro Denis . Prix 8 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue St. Honoré , maiſon de M.
Diodet, Marchand, vis-à vis l'Oratoire,
1
MARS. 1774 . 169
?
Et chez M. Garnier, Baſſon de l'Opéra ,
même rue , maiſon de M. Cadet , Apothicaire.
Et aux Adreſſes ordinaires de
muſique.
Avis intéreſſant à MM. les Facteurs
d'Orgues .
LE ſieur Dangeville Facteur d'orgues
& de clavecins de Paris , demeurant à
Angers , vient de relever l'orgue de la
› Cathédrale de cette Ville, qu'il avoit
fait il y a environ trente ans.
Cet orgue eſt undes grands qu'on puiſſe
entendre. C'eſt un trente-deux pieds ouvert
, feize pieds ouverts , bourdon de
feize pieds , bombarde à la main , deux
trompettes , clairon , & tous les jeux
qu'on peut deſirer.
Le Poſitif, eſt un grand huit pieds ouvert
, bourdon de ſeize pieds , grand cornet
, trompette , cromhorne , clairon ,
&c. , le tout d'une excellente harmonie.
Il a ſéparé la ſouflerie du poſitif, de
celle du grand orgue. Les ſouflets du
grand orgue au nombre de fix , ont neuf
L5
170 MERCURE DE FRANCE .
pieds & demi de long fur cinq de large.
Ils fe foulent aux pieds d'une façon trèscommode
& très- aifée .
Il a fait fur tous les jeux de pédales ,
des ravalemens qui vont juſqu'en Fut
fa en bas : ſavoir , fur la flute de huit
pieds , celle de quatre pieds ſur les deux
trompettes . Il a auſſi fait le ravalement (
de la bombarde , qui va juſqu'en Fut
fa en bas ; le tout en étain & de la
plus belle harmonie qu'on puiſſe entendre.
Il a auſſi augmenté ſur le grand orgue ,
un grand cornet à l'octave , qu'ila ajouté
au-deſſous des cornets ordinaires , & ce ,
à cauſe de la bombarde à la main qui ,
fe trouvant trop éloignée du centre
de l'harmonie , fait un très mauvais
effet , en rendant les deſſus très - défagréables
, ce qui arrive dans tous les
orgues où il y a bombarde à la main,
attendu qu'il y a trop de diſtance entre le
cornet & labombarde qui fonne le ſeize
pieds ; par conféquent , le gros cornet à
l'octave qu'il a ajouté , produit un effet
merveilleux , faiſant à la bombarde ce
que fait le cornet ordinaire à la trompette
, & cela n'empêche pas que l'on y
MARS . 171 1774.
1
4
joigne le cornet ordinaire , ce qui fait la
plus belleharmonie ,&tout ſe trouve rempli
, & empêche qu'on n'entende les deffus
de la bombarde au deſſous des autres
jeux, ce qui faiſoit un très-mauvais effet.
Il a auſſi augmenté un hautbois , fur
le cornet de récit, qui va juſqu'en Gre
fol , à la clef defa. Il ſe trouve fur ce
cornet deux jeux d'anches : ſavoir une
trompette de récit & le jeu de hautbois.
Il a fait le jeu de hautbois , ainſi que le
gros cornet à l'octave au-deſſous , fans
rien fupprimer des jeux, ni fans refaire
les fommiers du grand orgue , ni du cornet
de récit.
Cet orgue a quatre claviers très libres
& très - doux à toucher. De forte que
dans les grands jeux où l'on touche trois
claviers enſemble , il ya fur une ſeule
touche trente un tuyaux parlants dans les
deſſus , fans compter la pédale compofée
de la bombarde, deux trompettes & le
clairon , ce qui fait un enſemble de trente
cinq tuyaux.
Monfieur Gervais , Chanoine de la Cathédrale
, habile Organiſte ; le ſieur Bachelier
ancien Maître de muſique de cette
Eglife , & aujourd'hui Chanoine de la
172 MERCURE DE FRANCE.
Collégiale de Saint-Pierre de la même
Ville ; le ſieur Bainville , Organiſte de
ladite Cathédrale , tous trois nommés par
MM. du Chapitre , pour juger du mérite
de l'ouvrage , ont déclaré n'avoir rien vų
en ce genre de plus complet , & dont les
effets fuffent plus nobles & plus majeſtueux
, fuivant leur rapport du 12 Mai
1773 , fait en préſence de M. Caffin ,
Prêtre , Chanoine , & Procureur de Fabrique
, Commiſſaire député à cet effet ,
pour le repréſenter au Chapitre.
On a cru devoir faire part de ceci au
public , & fur- tout à MM. les Facteurs
d'orgues , à caufe du gros cornet à l'octave
& du ravalement de la bombarde , jufqu'en
Futfa en bas , qui n'exiſtent dans
aucun orgue du royaume. Ce dernier
avantage pouvant avoir lieu dans les nouveaux
orgues , doit exciter l'émulation
de MM. les Facteurs , qui feront char
gés de leur conſtruction.
MARS . 1774. 173
i
Ruches de Nouvelle conſtruction & curiofités
de l'Histoire naturelle .
,
Le ſieur Wildman qui , a beaucoup étudié tout
ce qui concerne l'éducation & l'économie des
Abeilles , fait voir actuellement à la foire S. Germain
des ruches de nouvelle conſtruction . Une de
ces ruches d'une forme carrée & conſtruite en bois
des indes , avec beaucoup de propreté , peut trèsbien
s'adapter à la fenêtre d'une chambre ou d'une
falle à la campagne , & laiſſer , par le moyen des
glaces ou verres qui y font pratiqués , le ſpectacle
du travail des Abeilles , aux perſonnes qui defirent
de s'en amuſer. Cinq bocaux de verre font placés
au haut de cette ruche . Ces bocaux , par le
moyen de petites ouvertures communiquent
dans la ruche. Comme les Abeilles commencent
toujours par garnir de cire & de miel , le haut
des endroits où elles ſe trouvent raſſemblées , on
peut les voir remplir facceſſivement ces bocaux.
Lorſqu'un bocal eſt plein, il eſt facile d'enlever ce
bocal , de le vuider , ou d'en mettre un autre à
la place , qui ſoit vuide. Indépendamment de ces
bocaux , la boîte carrée ſur laquelle ils ſont placés
, eſt diviſée en trois caſes , & lorſqu'une de
ces cafes eſt remplie , on peut en interdire la communication
aux Abeilles , par le moyen d'une
planche qui gliſſe entre deux couliſſes . On vuide
à fon aiſe cette cafe , ou on la remplace par une
autre. On ſe procure par ce moyen , en très-peu
de tems , du miel frais ; & , malgré la petireſſe
de la ruche , les Abeilles ne ceſſent de travailler
174 MERCURE DE FRANCE.
faute de place , comme il arrive dans les ruches
ordinaires. On conçoit que cette ruche qui eſt
placée contre la fenêtre de l'appartement , a de
petites ouvertures en dehors pour le paſſage des
Abeilles qui vont à la proviſion ; mais on peut
fermer ces ouvertures à ſa volonté. Cette ruche
a d'ailleurs d'autres avantages agréables & utiles ,
que l'on peut voir dans une brochure que le
fieur Wildnan diſtribue , & qui a pour titre : a
complete guide for the management of Bees , &c.,
L'inventeur de ces ruches fait devaut les Spectateurs
pluſieurs expériences ſur les Abeilles ,
qui prouvent qu'il fait ſe rendre maître de ces,
infectes. Il les fait paſſer de leur ruche dans une
boîte ou même un chapeau , fi on le lui demande.
Il met l'eſſaim entier ſur ſon bras nud ou fur
ſon viſage , ſans en recevoir la moindre piquûre ,
il les fait tomber enſuite par une ſeule ſecouffe
fur une table , les agite , les irrite même , &
les fait enſuite entrer dans leur panier avec la
plus grande docilité. Lorſque le ſieur Wildman
veut faire paffer l'eſſaim de la ruche dans
un chapeau ou ſur ſon bras , il ſe retire hors
de la vue des Spectateurs , & revient trois ou
quatre minutes après , avec le chapeau ou fon bras
couvert de l'eſſaim . Cet Anglois ſemble appréhender
qu'un Spectateur clairvoyant , ne pénetre
ſon ſecret , que l'expérience ſeule peut faire con.
noître , fur - tout s'il conſiſte dans la vapeur ou
l'odeur de quelque drogue qui , agiſſant ſur les
Abeilles , les ſoumet à la volonté de celui qui
fait employer adroitement ce moyen.
MARS . 1774. 175
1
Foire Saint - Germain .
La Foire Saint-Germain , offre quelques autres
objets , qui peuvent intéreſſer les Amateurs d'histoire
naturelle : de ce nombre , font les animaux
étrangers. On diftingue entr'autres un Tigre d'Afrique
, que ceux qui le montrent , appellent le
Tigre Royal ; mais cet animal a plus de rapport
au Léopard qu'au Tigre , car ſa robe ou ſa
fourrure eſt parſemée de taches orbiculaires ,
comme celles du Léopard , & non de taches
longues , comme celles du Tigre. Cet animal , pris
fans doute fort jeune , paroît afſſez doux , & fe
laiſſe careſſer. Cependant il ne ſeroit pas prudent
de s'y fier , car un bruit ou un mouvement extraordinaire
pourroit l'effaroucher & le rendre à
ſa férocité naturelle. D'ailleurs ces fortes d'animaux
ont les pattes fi bien armées , qu'en jouant
même ils peuvent bleſſer.
1
On voit dans la même loge l'Ours blanc du
Nord , animal très -féroce qui ſe met aisément
en colere , & qui , lorſqu'on l'irrite , fait enten
dre un gros murmure mêlé d'un frémiſſement de
dents.
L'Ocelot ou le Chat tigre que l'on voit dans une
autre loge de la Foire , eſt remarquable par labeau,
té de fa robe. Elle préſente différentes figures formées
par des raies & des taches noires & brunes
dont les couleurs font très - vives & variées avec
une forte d'élégance. Cet animal eſt très -prompt
à s'irriter ; il eſt renfermé dans une cage de fer .
Différentes eſpeces de Singes peuvent auſſi attirer
les regards des curieux, On fait voir une famille
de Singes compoſée du pere , de la mere &
176 MERCURE DE FRANCE .
du petit , né à Amſterdam . Cette famille eſt de la
claffe des Singes , que l'on appelle Magots . Cette
claſſe eſt celle qui s'accommode le mieux de la
température de notre climat.
On peut encore prendre plaifir à examiner le
Belier de la Chine , celui d'Iſlande , un Armadille
ou Tatou , venant du Bréfil. Cet animal quadrupede
, qui peut avoir dix ou onze pouces de long
depuis le bout du muſeau juſqu'à la queue , a le
corps couvert d'un teſt oſſeux , comme d'une forte
de cuiraffe . Il n'a ni dents inciſives , ni dents canines
, mais feulement des dents molaires de forme
cylindrique.
Le Pareffeux , autre animal quadrupede , ſe
voit dans la même loge où eſt le Tatou. Le
Pareſſeux , animal long d'environ deux pieds , a
le muſeau toujours fale & couvert de falive.
Il ſe traîne ſur ſon ventre ſans jamais s'élever
fur ſes jambes ; & fon mouvement eſt ſi lent ,
que l'on ſe perfuade facilement qu'il doit être
deux jours à monter ſur un arbre pour y prendre
des feuilles qui eſt ſa nourriture ordinaire.
L'Aigle & le Vautour font affez connus en Furope.
Le Condor l'eſt moins. On en voit un à la
Foire. On peut mettre cet oiſeau de proie dans la
claſſe des Aigles ; mais il paroît plus grand & plus
fort que l'aigle ordinaire. Son vol , ſuivant les
Naturaliſtes , eſt d'ailleurs plus rapide. Lorſque
le Condor eſt dans toute ſa force, il peut avoir
quinze & même ſeize pieds de vol ou d'envergure.
Son bec eſt aſſez fort pour ouvrir le ventre à
un boeuf. Son plumage eſt mêlé de noir & de blanc .
La Foire offre auſſi quelques phénomenes d'his
toire
MARS. 1774 . 177
toire naturelle , une Naine de vingt ans qui n'a de
hauteur que deux pieds quatre pouces. Elle a un
frere de la taille ordinaire des autres hommes .
CetteNaine eſt aſſez bien proportionnée. Sa voix
& ſes manieres enfantines pourroient faire croire
qu'elle n'a point encore atteint l'âge qu'on lui
donne; mais cet âge eſt en quelque forte écrit par
les traits de ſon viſage & par d'autres traits qui
ne paroiffent point équivoques .
Un phénomene beaucoup plus fingulier eſt celui
que préſente une petite fille agée de trois ans.
Čet enfant a le corps preſqu'entiérement couvert
de poils longs de couleur de maron. Elle a d'ailleurs
dans plufieurs parties du corps , & fur- tout
dans le dos , des excroiſſances de chair qui forment
comme des eſpeces de petites poches. L'enfant
avoit une de ces poches au ſein , qui la genoit
beaucoup : on la lui a coupée , & on a trouvé cette
excroiffance abſolument vuide. Cet enfant paroît
jouir d'ailleurs d'un bonne ſanté. Elle eſt vive ,
gaie&d'une humeur trè-s douce ; & , quoiqu'une
partie de ſon viſage ſoit couverte de poils , on
remarque néanmoins une figure aſſez jolie & qui
prévient en ſa faveur.
Curiofités de l'Art .
Le ſieur Jacob , Polonois , demeurant à Paris ,
au café du Commerce rue St. Martin , a fait voir
derniérement aux Curieux des ouvrages , exécutés
en petit avec tant de délicateſſe , que l'oeil le plus
exercé ne peut les détailler qu'avec le ſecours du
microſcope ou d'une forte loupe. On a remarque
1. Une chaîne de deux cents anneaux avec une
clef d'acier , le tout ne pefant qu'un tiers de grain .
M
178 MERCURE DE FRANCE .
2. Un grain de poivre contenant douze douzai
nes de cuillers d'argent ; ce grain n'étoit qu'à moitié
plein. 3. Une paire de ciſeaux d'acier ne pefant
que la ſeizieme partie d'un grain. 4. Une
chaiſe d'ivoire avec quatre roues , & ce qui en
dépend , tournant aifément fur leur effieu , avec
un homme affis dans la chaiſe ; le tout tiré ſans
aucune difficulté par une ſeule puce ornée d'une
chaîne d'or au col. La chaiſe , l'homme & la chaîne
peſent à peine un grain. 5. Un landeau (efpece
de carroſſe) qui s'ouvre & ſe ferme par des resforts
, pendant à des foupentes avec quatre perfonnes
dedans ; deux laquais fur le derriere , un co .
cher fur le fiege avec un chien entre ſes jambes ,
fix chevaux & un poftillon ; le tout tiré par une ſeule
puce. Ce carroffe nous rappelle cette anecdote que
Madame de Sévigné rapporte dans une de ſes lettres
. On contoit l'autre jour à M. le Dauphin ,
"
"
"
ditcette Dame , qu'il y avoit un homme à Paris
,, qui avoit fait pour chef- d'oeuvre un petit chariot
qui étoit traîné par des puces. Le Dauphin
dit à M. le Prince de Conti : mon coufin ,
,, qui eſt ce qui a fait les harnois ? Quelque arai-
, gnée du voisinage , répondit le Prince ".
21
Si ces fortes d'ouvrages ne nous paroiſſent d'aucune
utilité préſente, il nous font voir du moins
juſqu'où peut aller dans cette partie l'induſtrie
humaine ; & il peut arriver qu'un jour on aura
beſoin de cette induſtrie pour des objets utiles .
Cette réflexion peut contribuer à nous faire regarder
avec une forte d'intérêt ou du moins avec
complaifance les bagatelles difficiles que nous venons
d'annoncer.
MARS. 1774.. 179
১
LETTRE de M. Clément à M. l'Abbé
Mignot , Conseiller de la Grand Chambre
du Parlement.
M. le Premier Préſident m'a fait l'honneur de
m'apprendre qu'étant le neveu de M. de Vol .
taire , vous vous trouvez compromis dans une
note où je difois ce que pluſieurs perſonnes m'avoient
dit à moi- même , que M. de Voltaire était
petit neveu du fameux Mignot , Pâtiffier - Traiteur
contemporain de Boileau. M. le Premier
Préſident m'a bien voulu apprendre auſſi que M.
de Voltaire ni vous ne deſcendiez du Mignot
dont il s'agit , mais d'une famille ancienne de
Paris , qui a paſſé du commerce en gros dans la
magiftrature au commencement du fiecle . Comme
je n'avois point l'honneur de vous connoître , je
ne pouvois pas avoir l'intention de vous offenſer.
Je ſuis fâché néanmoins d'avoir publié ſur la foi
d'autrui une erreur ſur M. votre oncle & fur
votre famille : je vous en fais mille excuſes
bien finceres , & vous prie de me croire avec
reſpect.
1
CLÉMENT.
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
JE
LETTRE de M. de la Harpe.
à M. L**.
E fuis chargé , Monfieur , pour l'honneur de la
Poëfie Ruſſe , de revendiquer un morceau de feu
M. Lomonofof, dont on a inféré une imitation
dans l'Almanach des Muſes de 1766 , ſous le
nom de M. le Miere , fans qu'on fit la moindre
mention de l'auteur original. Une perfonne , d'un
rang tres - diftingué à la Cour de Ruffie ( M. le
Comte de S **) avait fait de ce fragment une
verfion françaiſe littérale. Je la joins ici avec l'imitation
de M.le Miere ; mais il faut dire auparavant
un mot du Poëte. Ruffe .
M. Lomonoſof est né en 1711 , dans le voifinage
d'Arcangel. Il eut le bonheur d'être un des
éleves du célebre Volf, & l'un de ceux que ce
philofophe chériſfait le plus. Il joignait de grands
talens à de vaſtes connoiffances. Il fut profeſſeur
en chimie , Membre de l'Académie Impériale de
Pétersbourg , de l'Académie de Stockolm & de
l'Institut de Bologne. Il fut regardé comme le
meilleur poëte , le meilleur hiſtorien & le meilleur
critique de ſon pays. Il avait commencé un
poëme de Pierre le Grand , dont il n'acheva que
Tes deux premiers chants. On s'accorde à y trouver
des beautés fublimes . L'ode que l'on va lire ,
intitulée , Méditation du Matin fur la grandeur
de Dieu , fera juger que M. Lomonoſof avait de
l'élévation & de la richeſſe , & qu'il était animé
de l'eſprit poëtique.
MARS. 1774 . 181
११
ود
"
"
"
Ode de M. Lomonosof , littéralement
traduite .
Déjà le flambeau céleste étend ſa ſplendeur
fur la terre & découvre les oeuvres de Dieu . O
mon ame! treſſaille d'allégreſſe . Pénétrée d'admiration
à l'afpect de ces faisceaux lumineux ,
repréſente-toi ce qu'eſt le Créateur lui-même.
" S'il était poſſible aux mortels de s'élever aſſez
haut , s'il ſe pouvait que notre oeil débile , en
s'approchant du foleil, le contemplât , alors fe
découvrirait de toute part un Océan embrafé
„ depuis la naiſſance des âges .
1
"
"
"
"
" Là des vagues de feu ſe précipitent & nerencontrent
point de bords. Là tournoient des
tourbillons de flamme luttant entr'eux depuis
une multitude de fiecles. Là des pierres bouillonnent
comune l'eau , & l'on entend bruire des
,, pluies ardentes .
دو
"
د
ود
"
و د
" Seigneur , toute cette maſſe impoſante eſt devant
toi comme une feule étincelle . O quel
éclatant luminaire fut alumé de tes mains pour
éclairer la marche des ſaiſons & les actions des
mortels !
" Les plaines , les côteaux , les mers , les bois
font délivrés de la fombre nuit. Ils s'offrent à
,, nos regards chargés de ſes prodiges. Tous les
êtres s'écrient : l'Eternel eſt grand ! "
"
"
" L'Aſtre du jour reſplendit ſeulement ſur la
furface des corps. Ton oeil perce l'abyme ſans
connoître de bornes. De la férénité de tes regards
coule la joie fur toute la Création " .
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Miere a rendu ce morceau
en vers français.
Déjà l'aſtre du jour s'eſt emparé du ciel.
Il lance par faifceaux ſes rayons fur la terre ,
Et je découvre à ſa lumiere.
Les prodiges fortis des mains de l'Eternel .
Mon ame , élance - toi vers cette clarté pure .
Des portes du matin admire la Nature ,
Et remplis - toi de fon Auteur.
Ah ! fi nos yeux pouvaient , fans bleſſer leur paupiere ,
Approcher du ſoleil , contempler ſa fplendeur ,
Et s'enfoncer dans ſa lumiere ,
Ils ne verroient qu'un océan de feux ,
Qui ne rencontre aucuns rivages ,
Et dès la naiſſance des âges
Embraſant les plaines des cieux .
La pierre ſe difſſout , bouillonne avec furie
Au fein de ſes foyers ardens :
La flamme roule des torrens ;
La lumiere par flots jaillit & tombe en pluie.
C'eſt aux clartés de tant de feux divins
Que marchent les Saiſons , qu'agissent les humains .
MARS. 1774 . 183
G
Mais , grand Dieu ! cet amas de lumiere éternelle
Qu'eſt - il devant tes yeux ? A peine une étincelle .
Ce diſque dont tes mains ont arrondi les bords ,
Dont jamais les feux ne s'épuiſent ,
Colore feulement la furface des corps
Où ſes rayons ſe brifent .
Ton oeil plus pénétrant perce leurs profondeurs ,
Réunit ſous un point les déferts de l'eſpace .
Il ne parcourt pas , il embraſſe ,
Et du même regard il fonde tous les coeurs,
Il y a de très beaux vers dans cette imitation
qui pourrait être plus travaillée , mais il eût été
encore mieux de nommer l'auteur de l'ode Ruffe.
Puiſqu'il eſt queſtion de rendre à chacun ce
qui lui appartient , il faut auſſi que je me faſſe
justice , & voici le moment des reſtitutions . Je
commence par la plus conſidérable , quoique ce
ſoit encore affez peu de choſe. Il s'agit de Warvick:
juſqu'ici vous aviez peut - être cru bonne .
ment que j'en étois l'auteur , & j'avoue que je me
l'étois auſſi perfuadé ; mais on eſt toujours à
temps de détromper le Public. Vous faurez donc ,
Monfieur , que Warvick eſt du Pere Kéli ou de
M. Maignan ; car je ne faurais vous dire lequel
des deux . On ne me l'a pas dit , & je n'en fais
pas davantage. Vous me direz , qu'est - ce que le
Pere Kéli ? Je n'en fais rien. Qu'est - ce que M.
M 4
8
784 MERCURE DE FRANCE .
1
Maignan ? Je n'en fais rien. Sont - ils vivans ?
Sont- ils morts ? Je n'en fais rien. Vous n'en avez
jamais entendu parler ni moi non plus. Mais
l'auteur des Trois Siecles en fait apparemment un
peu plus que nous ; du moins , c'est lui qui a découvert
ce grand fecret. Il est vrai qu'il ne garantit
pas l'anecdote , ce qui est d'une difcrétion
rare; inais il en paroît affez convaincu , & je he
doute pas que vous ne le foyiez auffi.
Quant à l'autre plagiat , c'eſt une bagatelle.
Vous connoiſſez peut- être des couplets imprimés
fous mon nom dans l'Almanach des Muſes de
cette année , dans un recueil de romances , & c .
qui commencent par ce vers : vous retracez tous
les appas , &c. il faut auſſi que je les reftitue .
J'avoue que je ne fais à qui m'adreſſer; mais on
dit qu'ils ont été faits ily a vingt ans , qu'ils font
dans un ancien recueil. Je ſuis prêt à les rendre
à l'ancien recueil quand il ſe montrera , ou à
l'auteur quand il voudra ſe préſenter. Mais obſervez
je vous prie , Monfieur , qu'on me difpute
à la fois une tragédie & une chanfon , cela
n'eſt peut - être jamais arrivé qu'à moi.
Je ne fais où j'ai lu , inais j'ai certainement lu
quelque part ces propres mots que j'ai toujours
retenus: tout le monde fait que Zaire n'est point
de M. de Voltaire , mais de l'Abbé Makarti , qus
la lui vendit deux mille francs .
Ce qu'il y a de plus curieux dans cette phrafe ,
c'eſt cette maniere de parler , tout le monde fait ;
elle eſt aujourd'hui fort commune. Tout le monde
fait , tout le Public a dit , c'eſt la phrase banale
de ceux qui n'ont point l'oreille du Public , & que
MARS . 1774. 185
e
-
i
tout le monde ne lit pas. Si l'on veut avancer un
menfonge hardi , une calomnie bien groffiere ,
débiter une hiſtoire bien ridicule , c'eſt toujours
le Public qu'on fait parler. Quand on n'a pas un
garant connu , on en cite cent mille que perfonne
ne connoît, & l'on fait très -bien. De tous
les Particuliers que l'on peut citer , le Public eft
celui qui compromet le moins celui qui le cite.
En général ceux qui font courir des bruits ſcandaleux
ont toujours un avantage ; ces bruits ,
quelqu'abſurdes qu'ils soient , font répétés pendant
quelque temps , & cette vengence noble .
eſt à la portée de tous ceux qui n'en peuvent pas
prétendre une autre.
Je reviens à M. Lomonofof , le principal
objet de cette lettre. Vous ne ferez pas fâché de
ſavoir les honneurs qu'a rendus à la mémoire
de cet illuftre écrivain le grand Chancelier Voronzof;
il a fait faire une très belle urne en
marbre d'Italie , ornée des attributs de la poëſie ;
d'un côté du piédeſtal eſt gravée l'inſcription
latine que vous allez lire , & de l'autre la traduction
en langue Ruſſe. Je joins ici la verfion
Françaiſe pour les lecteurs à qui la langue latine
n'eſt pas familiere.
Viro celeberrimo
Michaeli Lomonofow
Kolmogorodi nato , anno M. DCC . XI.
Auguſtæ Ruffiarum Imperatricis
Confiliario ſtatûs ,
Academiæ Scientiarura
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
Petropolitane
Profeſſori Publico ordinario ,
Holmenfis & Bononienfis focio ,
Qui ingenio excelluit & artibus ,
Patriæ decus eximium ,
Eloquentiæ , Poëfeos
Et
Hiftoriæ patriæ præceptor ,
Metri Ruffici inftitutor ,
Tragædiarum in vernacula auctor ,
Primus Muſivi operis in Ruffia
Pictor auto - didactos
Præmaturâ morte Mufis
Atque Patriæ , feriis Pafchatos
M. DCC. LXV , fcriptis
Et
Operibus oblivioni ereptus ,
Talem civem gratulans patriæ ,
Obitum ejus lugens ,
Michael Comes à Woronzow
Pofuit,
Au très - célebre Michel Lomonofof , né à
„ Kolmogorod , l'an 1711 , Conſeiller d'Etat de
» Sa Majesté l'Impératrice de Ruffie , Profeſſeur
Public ordinaire de l'Académie des Sciences de
Pétersbourg , membre de celles de Stockolm &
de Bologne , qui par ſon génie & fes talens
"
ود
MARS. 1774. 187
ود
?י
ود
variés fut l'honneur de fon pays ; qui ſervit de
modele dans l'éloquence , dans la poësie &
dans l'hiſtoire , qui fut l'inventeur du vers
Ruſſe ; le premier auteur de tragédies en
„ langue Ruſſe; qui , le premier en Ruſſie , fut
,, peintre en moſaïque ſans avoir eu de maître
de cet art. Enlevé par une mort prématurée à
ſes concitoyens & aux Muſes l'an 1765 , le jour
de Pâques , ſes écrits & ſes travaux le déroberont
à l'oubli. C'eſt au nom de la Patrie qui
s'honore d'un tel citoyen , que le Comte Michel
de Voronzof lui a conſacré ce monument com.
,, me un témoignage de ſes regrets " .
ود
"
"
"
J'ai reçu de Pétersbourg , par la même voie ,
une ode ſur le mariage du Grand Duc. Elle eſt
d'un Français , Lecteur & Bibliothécaire de S. A.
Impériale. L'ouvrage de M. de la Fermiere , (c'eſt
le nom de l'auteur ) annonce du talent. Vous
pardonnerez quelque choſe à l'éloignement où il
eſt du ſéjour des Muſes Françoiſes ; je ſuis chargé
de vous demander une place , pour ſon ode , dans
le Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c.
188 MERCURE DE FRANCE.
ODE à l'occaſion du mariage de S. A. L.
M. le Grand Duc , 1773 .
Enfin ce jour pompeux , cet heureux jour nous luit .
CORNEILLE.
QUAUNANDD la Nature rajeunie
Dans les heureux jours du printems
De nouveau rappelle à la vie
Les prés , les côteaux & les champs ,
Si quelque déſaſtreux nuage
Menace d'un foudain ravage
Les fruits annoncés par les fleurs ,
Les habitans des champs frémiſſent
Et les campagnes retentiffent
Des plus lamentables clameurs.
Maisſi quelque Dieu tutélaire ,
Vainqueur des Autans furieux ,
Ramene l'afſtre ſalutaire
Qui ſembloit éclipſé des cieux ,
Alors du ſein de la détreffe
On voit renaître l'alegreffe
MARS . 1774. 189
Avec l'eſpoir de la moiſſon ,
Et , déjà riche en eſpérance ,
Le villageois cueillir d'avance
Les fruits de l'arriere -faifon.
Ainſi nous entendions n'aguere ,
Menacés d'un affreux trépas ,
Gronder en ces lieux le tonnerre
Qui faiſoit trembler tant d'Etats . *
Mais en cette heureuſe journée
Prince ! où nous voyons l'Hymenée
Couronner tes plus tendres voeux ,
Graces à ces aimables fêtes
Nous ne craindrons plus de tempêtes
Pour nous & nos derniers neveux.
Scion d'une tige chérie ! T
Nous ne tremblons plus que la faulx
Vienne trancher avec ta vie
Le doux eſpoir de tes rameaux .
Nous allons voir l'arbre de Pierre
Lever aux cieux ſa tête altiere , )
* Alluſion à la maladie dangereuſe dont Mgr. le Grand
Duc fut attaqué au printems de l'année 1771.
190 MERCURE DE FRANCE .
Et ſous ſes floriffans abris
Le Nord à couvert de l'orage ,
Des aquilons bravant la rage
Jouir à jamais de ſes fruits.
Mais quelle ſcene raviſſante
A mes yeux vient ſe découvrir !
D'une lumiere plus brillante
Je crois voir ces lieux s'embellir.
Un Dieu qu'on ne peut méconnoître
Vient tout-à-coup nous apparoître
C'eſt l'Amour ! l'Amour fans bandeau ;
Il deſcend , dépoſe ſes atles
Aux pieds de ces amans fideles
Et donne à l'Hymen ſon flambeau.
Jeune Epouſe ! dont la ſageſſe
Forma le coeur à la vertu ,
L'Amour , qui pour toi s'intéreſſe
Te donne l'époux qui t'eſt dû .
Trop ſouvent dans le rang ſuprême
On immole l'Amour lui-même
A ce fantôme de grandeur
Que , dans ſon attente fruſtrée ,
Une politique égarée
Achette aux dépens du bonheur.
MARS. 1774. 191
de fi cruels facrifices
Vous n'êtes point aſſujettis
Et ſous de plus heureux aufpices
Vous allez enfin être unis .
Que vos coeurs , formés l'un pour l'autre ,
Sentent leur bonheur & le nôtre
Qui va s'accroître chaque jour !
Richeſſes , Rangs , Grandeur , Naiſſance
Pouvez-vous entrer en balance
Avec les Vertus & l'Amour ?
La Fortune aveugle préſide
Aux biens , à la vie , à la mort ;
Mais l'homme que la vertu guide
Oppoſe fon courage au Sort :
Que l'univers fur lui s'abyme
Sous ſes débris ſon front fublime
N'eſt point altéré par la peur.
Les Dieux diſpoſent du tonnerre ,
Les Rois commandent à la terre ,
Le ſage regne fur fon coeur.
Quelle fubite & fainte flamme
M'échauffe & s'empare de moi !
J'ai fenti treſſaillir mon ame
192 MERCURE DE FRANCE .
De raviſſement & d'effroi.
Eft-ce une prophétique ivreſe
Qui me tourmente & qui me preſſe
De céder à ſes mouvements ?
Quelle voix féconde en merveillis
A foudain frappé mes oreilles
Et ſemble former mes accens ?
O Pierre ! à tes voeux tout conſpire :
Tu vois du ſein des immortels
Repofer enfin ton empire
Sur des fondemens éternels .
A tes regards l'avenir s'ouvre
Et ton oeil fublime y découvre
La ſuite des brillans deftins
Que le temps dévoile à ton ombre
Et que dérobe une nuit fombre
Aux yeux terreftres des humains,
Dis à quel prodige de gloire
Tu vois ton peuple parvenu 5
Dis ! il eſt aifé de t'en croire
Après tous ceux que l'on a vu.
Mais Pierre contemple en filence
Les ſcenes du ſpectacle , immenfe
MARS. 1774. 193
Qui ſe développe à ſes yeux ,
Et l'ame du héros qui fonde
L'abyme des deſtins du monde
Reſpecte le ſecret des Dieux.
Il voit la guerre impatiente ,
Secouant fur nous ſes flambeaux,
Déployer d'une main ſanglante
Nos pavillons & nos drapeaux.
Son oeil s'attache avec ſurpriſe
A cette incroyable entrepriſe
De ſe frayer fur l'Océan
Des routes vaſtes & nouvelles
Et d'aller juſqu'aux Dardanelles
Terraſſer l'orgueil Ottoman .
Dans tous les ſentiers de la gloire
Conſtant à ſuivre nos travaux ,
Il a gravé dans ſa mémoire
Les noms chéris de nos héros.
Mais la paix , la paix à ſa vue
Du ciel eft enfin deſcendue
Au gré des voeux de l'univers ,
Et l'impitoyable Euménide
N
194 MERCURE DE FRANCE.
De fang & de carnage avide ,
Rugit, & fe plonge aux enfers.
Aimable Paix , tant défirée !
Tu vas ramener déſormais
Les temps de Thémis & d'Aſtrée ,
Et le doux regne des bienfaits .
Les loix vont dicter leurs oracles ,
Les arts enfanter leurs miracles ,
Pierre ! que ton oeil eſt flatté
En voyant l'éclat de ton trône
Que de route part environne
Ta nombreuſe poſtérité !
Peuples ! cet Hymen eſt le gage
Des biens qui vous ſont deſtinés ;
Recevez-en. Pheureux préfage
Aux pieds des Autels profternés.
Elevez à Dieu vos prieres ;
Il tient des Nations entieres
Le fort en fés puiſſantes mains.
Par vos voeux & vos facrifices
Rendez-vous ſes décrets propices
Et méritez vos grands deſtins.
MARS. 1774. 195
O Dicu ! du haut de l'empirée
Daigne baiſſer les yeux fur nous ,
Et bénis l'étreinte facrée
Du noeud qui joint ces deux époux.
Verſe de ta coupe ineffable
Tous les flots d'un bonheur durable
Sur cette union , qu'à fon choix
Forma leur amour réciproque ;
Et qu'elle foit pour nous l'époque
D'une longue ſuite de Rois .
AMlle. T. qui avoit demandé des vers a
l'Auteur , & qui a eu depuis la petite
vérole.
JE fais à quoi ma promeſſe m'engage ,
Et fais pour la tenir des efforts fuperflus.
Vous defiriez des vers ; j'euſſe fait davantage .
Vous étiez belle alors , mais vous ne l'êtes plus.
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
t
Mort de M. de la Condamine .
Charles- Marie de la Condamine , Chevalier
des Ordres Royaux , Militaire &
Hofpitalier de Notre- Dame du Mont-
Carmel & de Saint- Lazare de Jérufalem
, l'un des quarante de l'Académie
Françoiſe , penſionnaire de l'Académie
des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies de
Berlin , de Pétersbourg , Bologne , Cortone
, Nancy , &c. célebre par ſes voyages
entrepris par ordre du Roi , pour déterminer
la figure de la Terre ; par ſes
connoiſſances profondes en pluſieurs genres
, par fon zele , ſes divers écrits, en
faveur de l'inoculation , & même par
fon talent pour la poësie , eſt mort le
4 Février dans la foixante quatorzieme
année de fon âge. Malgré les infirmités
dont il étoit accablé , & fur tout une
furdité extrême , il a confervé juſqu'à la
fin de fes jours , une activité , une vivacité
d'eſprit & une gaieté étonnantes .
Quatre jours avant ſa mort, il fit encore
des vers pour Madame Deffant ,
MARS. 1774. 197
quoiqu'alors il'n'eût pas une heure dans
la journée où il pût écrire & parler librement.
Nous ne faurions peindre mieux
Je caractere & les travaux de M. de la
Condamine , qu'en rapportant un paſſage
du diſcours que M. de Buffon lui adreſſa
en le recevant dans l'Académie Fran-
-çoiſe , dont M. de Buffon étoit alors Di.
- recteur .
3
r
Monfieur : du génie pour les ſciences ,
du goût pour la littérature , du talent pour
écrire , de l'ardeur pour entreprendre ,
du courage pour exécuter , de la conſtance
pour archever , de l'amitié pour vos rivaux,
du zele pour vos amis , de l'enthouſiaſme
pour l'humanité : voilà ce que
connoît de vous un ancien ami , un confrere
de trente ans , qui ſe félicite aujourd'hui
de le devenir pour la ſeconde
fois .
Avoir parcouru l'un & l'autre hémiſphere
, traverſé les continens & les mers ,
furmonté les fommets fourcilleux de ces
montagnes embraſées où des glaces éternelles
bravent également , & les feux
fouterreins , & les ardeurs du Midi;
s'être livré à la pente précipitée de ces
cataractes écumantes dont les eaux fuf-
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
pendues ſemblent moins rouler ſur la
terre , que defcendre des mers ; avoir
pénétré dans ces vaſtes déſerts , dans ces
Tolitudes immenfes , où l'on trouve à peine
quelques veſtiges de l'homme, où la
Nature accoutumée au plus profond filence
, dut être étonnée de s'entendre interroger
pour la premiere fois.
Avoir plus fait , en un mot , par le ſeul
motif de la gloire des lettres , que l'on ne
fit jamais pour la foif de l'or: voilà ce
que connoît de vous l'Europe , & ce que
dira la Poſtérité .
ANECDOTES .
Anne Comnene , fille de l'Empereur
Alexis Comnêne , raconte dans l'hiſtoire
de ſon tems , qu'elle a écrite , qu'un
Chevalier françois , qui fit quelque ſéjour
à la Cour de Conftantinople , en al
lant ou en revenant de la Paleſtine , s'aviſa
un jour , que fon pere donnoit audience
avec tout l'éclat & l'appareil de
ſa Majefté Impériale , d'aller avec fon
habit de Guerrier , prendre familiérement
place à côté de l'Empereur ſur ſon
MARS. 1774. 199
1
i
thrône. Elle cite ce trait comme un
exemple de légéreté unique. Notre Nation
avoit apparemment ſes petits Maî
tres dans ce fiecle comme dans le nôtre ;
ils ne différoient que par la mode , ou
bien tous les Gentils Hommes François
de cer âge , qui avoient vu fonder
tantde principautés par les fils de Tancrede
d'Hauteville , croyoient pouvoir
aller de pair avec tous les Souverains.
2000 .
ting of He
Jean Cartriot , furnommé Scanderberg,
joignoit au courage le plus héroïque
, une force de corps extraordinaire.
On prétend que d'un coup de fabre , il
fendoit un homme en écharpe juſqu'à la
ceinture. Lorſqu'il eut délivré fon pays
de la domination des Ruſſes , & forcé le
Sultan Amurat de faire la paix , l'Empereur
lui fit demander ce fabre , dont il
avoit entendu raconter tant de merveil.
les : Scanderberg le lui envoya ; mais le
Sultan ne voyant qu'une arme très -ordinaire
, le jeta avec mépris , en difant
qu'on en fabriquoit de meilleure trempe
dans ſes Arſenaux. Dites à ſa
دد
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
,, Hauteſſe , répondit Scanderberg à qui
cela fut rapporté, que je ne lui ai pas
envoyé le bras auquel il eſt emmanché?
"
ود
ود
III .
!
Le Pape Jean XXII , fi célebre entr'autres
par ſes démêlés avec l'Empereur
Louis de Baviere , étoit de Cahors ,
il étoit Auteur de la Taxe Apoftolique ,
on l'avoit renouvelée , & on avoit af.
fermé les produits à de petites gens de
fon pays, ſes parens pour la plupart ;
ils devinrent tous des Publicains de trèsmauvaiſe
vie. A la mort du Pape on les
enleva avec ignominie ; or , les habitans
de Cahors ſe nomment Cahorfains , & ,
par abréviation , Corſains ; de là cette
façon de parler proverbiale , on l'a enlevé
comme un Corfain , que bien des gens écriroient
Corps . faint, parce qu'il a le même
fon .
I V.
03
Pluſieurs Abbés Gaſcons caufoient enſemble
à Paris fur les penſions que leurs
peres leur donnoient. Cadedis , difoit
MARS . 1774, 201
S
د
l'un d'eux , le mien me donne bien aſſez ce
qu'il me faut ordinairement ; mais pas pour
un diable , il ne veut point fubvenir aux cas
extraordinaires & malheureux qui m'arrivent
: tenez , ajoutatil , voici une lettre
qu'il vient de m'écrire en réponſe d'une que
je lui ai écrite au nouvel an . Ecoutez ce
qu'elle contient . Je viens de recevoir
votre lettre dans laquelle vous me fouhaitez
la bonne année , ce qui eſt bien ,
mais vous me demandez de l'argent ,
ce qui eſt mal ; fi l'on pouvoit envoyer
dans une lettre cent coups de
bâton tournois vous les recevriez
avec la préſente ; car vous êtes un
22
ود
ود
ود
ود
ود
,
fripon , & je ſuis votre pere ".
V.
Un jour que l'on repréſentoit la Phedre
de Racine , le Parterre ſe récria fi
hautement contre les mauvais Acteurs
qui jouoient dans cette Piece , que le Sr
Le Grand , pere , entendit les clameurs du
foyer où il étoit. Cet Acteur s'arma de
hardieſſe , vint ſur le Théâtre , & dit ,
en s'adreſſant à ce même Parterre : ,, Mesſieurs
j'ai entendu vos plaintes ; je ſuis
fâché que mes camarades les excitent ;
ود
ود
N5
202 MERCURE DE FRANCE .
i
ود
ود
دو
”
mais de quelles épithetes ne les orne.
rez - vous point encore, lors que vous
faurez que moi , qui ai l'honneur de
vous parler , je dois remplir le rôle
de Théfée " ? Le Parterre , charmé de
cette faillie , s'appaifa , le laiſſa jouer
tranquillement , & fut très- difpofé à l'écouter
fans aucun dégoût dans la fuite.
ود
L
AVIS.
I.
Es deux Cartes , ayant pour titre Tableau du
produit des affinités chimiques , déjà annoncées dans
les journaux , ſe vendent actuellement chez Collard
, graveur , rue de la Monnoie , chez M. Auguſte
, Md. Orfevre. Prix , 2 liv. 10.
I I.
Le fieur Rouſſel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent, & coupe les ongles des pieds.
Il a une pommade pour les hémorroïdes , les
foulage & les guérit.
Il a une autre pommade pour guérir les brûlures
, approuvée par M. le Doyen & Préſident de la
• Commiffion Royale de Médecine.
Pour guérirles Cors.
On les coupe un peu , & on met un emplâtre un
MARS . 1774. -203
peu plus large que le mal , que l'on enveloppe avec
une bandelette , & au bout de huit jours , on peut
lever ce premier appareil , & remettre un autre
emplâtre pour autant de temps.
Le prix des boîtes , à douze mouches , eſt de
3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches , eſt de I liv.
To fols.
Pour les Hémorroïdes .
On prend gros comme une noiſette de la pom.
made que l'on met ſur un petit linge , & que l'on
poſe ſur le mal: on ſe trouve foulagé & guéri en
peu de temps.
Il y a des pots à 3 liv. & à 1 l . 4 f.
:
I
Pour la Brûlure .
On prend de la pominade dans une bouteille
avec une plume que l'on met ſur la brûlure , &
une feuille de papier brouillard que l'on met deſſus ,
&une bande par-deſſus.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1. 4 f.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jean.
de-l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte cochere
à côté du Taillandier , deuxieme apparte.
ment ſur le derriere , près de la Grêve , donne encore
avis au Public qu'il débite , avec permiffion ,
des bagues dont la propriété eſt de guérir de la
goutte. On portoit autrefois cette bague au doigt
▸ annulaire ; la grande expérience à fait voir qu'on
peut la porter à la main droite , comme à la înain
gauche ; au petit doigt , comme au doigt annulaire
, & que c'eſt du côté où l'on a le plus de mal ,
› que l'on doit porter ladite bague : qu'elle guérit
204 MERCURE DE FRANCE.
les perſonnes qui ont la goutte aux mains & aux
pieds , & en peu de temps celles qui en font moyenpement
attaquées. Quant à celles qui en font fort
affligées , elles doivent la porter avant , ou après
l'attaque de la goutte , & pour lors elle ne revient
plus. En la portant toujours au doigt , elle préferve
d'apoplexie & de paralyfie .
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 .
On le trouve tous les jours , excepté les fêtes &
Dimanches. On prie les perſonnes d'affranchir
leurs lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 11 Décembre 1773 .
L'ARTILLERIE du Château des Sept Tours
vient d'annoncer au Peuple la nouvelle impor
tante de la retraite des Rufſſes au-delà du Danube ,
& de la défaite totale de leur arriere-garde par
Haffan Pacha , près Czernawada. Cette action ,
qui a eu lieu le 6 de ce mois , a été d'autant plus
fanglante que le Général Ruſſe voyant la Cava-
'lerie Ottomane mêlée avec ſon arriere -garde , &
craignant qu'elle ne profitât du défordre de fon
armée pour paſſer le Danube , avoit fait couler à
fond une grande partie des pontons ſur leſquels
fon arriere garde devoit traverſer ce fleuve.
On continue à faire des levées dans tout l'Empire
Ottoman qui paroît inépuisable en hommes
& en argent. La Boſnie ſeule , dont on a déjà tiré
tant de Soldats , doit encore en fournir vingt- mille .
MARS. 1774 . 205
}
Les troupes de cette Province forment la meilleure
Cavalerie de l'armée. La Romélie donnera fix
mille Janiſſaires & autant de Boftangis. Les autres
Provinces font taxées en proportion du nombre
de leurs habitans. L'armée eſt abondaminent
pourvue de vivres , de proviſions & d'argent , &
le Grand Vifir eſt en état d'ouvrir la campagne
avec éclat & même d'envoyer de nombreux Dé.
tachemens , pendant l'hiver , au - delà du Da .
nube.
De Vienne , le 9 Décembre 1774 .
Le 15 de ce mois , on reſſentit dans cette Capitale
& dans les Fauxbourgs , trois ſecouſſes de
tremblement de terre qui durerent environ 35 à
40 ſecondes , fans caufer cependant aucun dommage.
La direction étoit Nord-Oueſt au Sud-
Oueſt. On reſſentit les mêmes ſecouſſes , preſqu'à
la même heure & avec les mêmes circonstances , à
Neustadt.
T
De Hambourg , le 1 Février 1774 .
On parle toujours ici des troubles élevés dans
la Ruffie Afiatique. La révolte a commencé à
Orenbourg , Ville & Fortereſſe bâtie en 1738 ,
ſous l'Empire de l'Impératrice Anne , fur lapetite
'riviere d'Or qui ſe perd , à quelque diſtance de
cette Ville , dans le Jaïk. C'eſt la Capitale du
Gouvernement du même nom , établi pour contenir
les Usbeck , les Buchares & les Chinois.
Ce Gouvernement & ceux d'Aftracan , de Cafan
de Sibérie font les quatre Grands Gouvernemens
de la Ruſſe Aſiatique . Les Peuples réunis
fous celui d'Orenbourg font encore barbares. On
:
206 MERCURE DE FRANCE.
dit qu'une premiere multitude , ſéduite par quel
ques rebelles , s'eſt augmentée juſqu'à trente mil .
le combattans. On craint les ſuites de cette ſé.
dition , qui peuvent être funeſtes dans un Empi
re immenfe , composé d'autant de Peuples diffé
rens qu'il y a de contrées.
De Leipfick , le 22 Janvier 1774.
La Société établie en cette Ville , ſous les auf.
pices du Prince Jablonowski , vient de propoſer
aux Sçavans quelques problêmes importans pour
l'Hiſtoire du genre humain. On demande quelle
a été l'origine des Salves & des Coſaques . Quelques
Hiſtoriens Septentrionaux font de la Scandinavie
la premiere Patrie des Salves , & les
font deſcendre de-là pour conquérir le Midi ; mais
il n'est pas probable que les terres reculées vers
le Nord , aient été peuplées les premieres. On n'y
trouve aucuns documens d'une haute antiquité.
L'idée que pluſieurs Ecrivains ont donnée de la
fécondité des races Septentrionales , après la chitte
de l'Empire Romain , paroît avoir été exagérée.
De Tunis, le 30 Décembre 1773 .
On craint que les Ports du Royaume ne foient
fermés de nouveau , & les Commerçans ſe hâtent
de faire partir leurs Bâtimens . Le Bey perſiſte à
leur refuſer la permiſſion d'exporter des denrées
dont ils offrent des prix exorbitans.
MARS. 1774. 207
De la Haye , le 18 Janvier 1774 .
Les Etats de la Province de Hollande , afſemblés
depuis le 12 de ce mois , ſe ſéparerent le
22 , après avoir conſenti aux mêmes impôts que
l'année derniere.
Il ſortira , cette année , de la Hollande , quarante-
huit Navires pour le détroit de Davis ; on
- ignore le nombre de ceux qui feront expédiés des
Ports de l'Elbe.
+ ' De Londres , le 1 Février 1774.
,
Nos démêlés avec l'Amérique deviennent de
jour en jour plus ſérieux. Voici à quoi ſe réduit
la queſtion. Le Gouvernement Britannique a-t-il
le droit de taxer les Américains ou ceux - ci
- ont-ils le privilege de ſe taxer eux-mêmes ? II
n'y a dans cette affaire aucun milieu à prendre ,
ni aucune eſpece de tempérament à pouvoir adopter
avec honneur & fûreté de part & d'autre ,
parce que l'oppofition de l'Amérique ne porte pas
fur la ſomme à lever , mais fur le droit de la lever.
De Civita-Vecchia , le 28 Décembre 1773.
On continue à exploiter la mine de plomb &
› d'argent qu'on a découverte à trois lieues de cette
Ville vers la montagne.
De Livourne , le 28 Janvier 1774.
1.
Lundi dernier , un courier arriva ici de Pé
tersbourg en dix- huit jours , chargé de dépe
ches pour l'Eſcadre Ruſſe à l'Archipel : il doit
208 MERCURE DE FRANCE.
s'y rendre ſur la Frégate la Minerve , commandée
par le fieur Dogdale , & qu'on eft occupé à ra.
douber. On prétend qu'il porte les ordres de
Pimpératrice pour rappeler l'Amiral Spiritow qui
fera remplacé par le Contre-Amiral Greegh.
De Newyork , le premier Décembre 1774 .
Les nouveaux avis qu'on a reçus de l'Amérique ,
continuent à alarmer le Gouvernement . On man.
de que toutes les Colonies ont pris les armes , &
qu'elles font réſolues à maintenir leurs droits & le
privilege qu'elles s'attribuent de n'être taxées que
par leur propre aſſemblée. Les Habitans de Boſton
&de Philadelphie s'exhortent mutuellement à rompre
toute communication avec le Gouvernement
Britannique. On croit qu'on propoſera des troupes
& des Vaifſſeaux de guerre dans les colonies
pour les faire rentrer dans le devoir . En attendant
ce ſecours , les Gouverneurs ont pris les précautions
néceſſaires pour leur propre fûreté & pour le
maintien du bon ordre : ils ont diftribué le peu de
troupes qu'ils ont, de maniere à prévenir les attroupemens
du Peuple ; ils ont placé de l'artil.
lerie devant leurs maiſons , & réparti quelques
Vaiſſeaux de guerre armés dans les Ports , pour
empêcher les excès qui peuvent ſe commettre ſur
la Côte. Telle étoit la ſituation des colonies , d
la fin de l'année derniere.
De Paris , le 14 Février 1774 .
Le 4 de ce mois , vers les trois heures & de.
mie du matin , le feu prit à l'Hôpital Militaire
de Metz , & ſe communiqua avec tant de rapidité
, qu'en moins de quatre heures fix cents toiſes
quar.
MARS. 1774. 209
quarrées de bâtimens furent embraſées. Malgré
les ſecours prompts & multipliés , malgré le ze
le infatiguable des Citoyens & des troupes de la
Garnifon , on n'a pu ſauver qu'environ la huitieme
partie de cet Hôpital , un des plus beaux & des
plus vaſtes du Royaume:
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé l'archevêché de Vienne à l'Evêque
du Puy en Velay ; l'abbaye de Saint-Jean
de Bonneval - les - Thouars , Ordre de St Benoît ,
dioceſe de Poitiers , à la Dame de Montbas , Religieuſe
du Prieuré de Laveine , dioceſe de Clermont
, & celle de la Couronne , Ordre de St Au .
guſtin , dioceſe d'Angoulême , à l'Abbé Gafton de
Pollier , aumonier de quartier de Mgr le Comte
d'Artois , fur la préſentation de ce Prince en vertu
de fon apanage.
Le Roi a accordé le Gouvernement d'Huningue
, vacant par la mort du Marquis de Chauvelin
, au Marquis de Croiſſy , lieutenant général des
armées de Sa Majeſté.
Sa Majefté a accordé l'évêché du Puy en Velay
à l'Abbé de Galard de Terraube , vicaire-général
de Senlis , aumônier du Roi.
PRÉSEΝΤΑΤΙONS.
La Comteſſe de Bytante a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille Royale par la
Comteſſe de Beaumont, Dame pour accompagner
Madame la Comteſſe de Provence .
Le Prince Xavier de Saxe eſt arrivé ici ſous le
nom de Comte de Luſace , & a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi & à la Famille Royale.
0
210 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 Janvier , le Chevalier de Fleurieu , lieu
tenant de vaiffeau , eut l'honneur d'être préſenté
au Roi par le fieur de Boynes , fecrétaire d'état ,
ayant le département de la Marine , & de remet
tre à Sa Majefté , ainſi qu'à Mgr le Dauphin , à
Mgr le Comte de Provence & à Mgr le Comte
d'Artois , la relation du voyage qu'il a fait , par
ordre du Roi , en 1768 & 1769 , dans différentes
parties duMonde , pour éprouver les horloges inarines
inventées par le Sr. Ferdinand Berthoud.
La Marquiſe du Chilleau a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille Royale par la
Marquiſe de Caumont.
La Comteffe de la Tour - du- Pin de la Charce
& la Conteffe d'Ailly ont eu l'honneur d'être préfentées
au Roi & à la Famille Royale , la premiere
par la Marquise de la Tour- du - Pin , la ſeconde
par la Marquiſe de Brancas .
MARIAGES .
Le 18 Janvier , le ſieur Boyer , vicaire général
de l'évêché d'Orange , bénit dans cette ville , en
préſence de l'Evêque , le mariage d'une petite ,
fille de Catherine Fabre , veuve de François Bef
fac. Cette derniere a trois garçons & fept filles ,
cinquante -deux petits enfans , dix arriere - petitsenfans
, & elle a perdu vingt- trois petits enfants ,
morts au - deſſus de l'âge de quatre à cinq ans.
Ainfi cette femme a vu une poſtérité de quatrevingt
quinze enfans , petits - enfans , & arriere-petits
enfants . Cette famille eſt encore compofée dequatre
- vingt - onze perſonnes , en comptant les
perés & les meres , toutes domiciliées dans cette
ville & dans les environs .
MARS. 1774. 211
L
!
Le Roi a figné le contrat de mariage du Comte
d'Ailly , colonel du régiment provincial de Sens ,
avec Demoiselle le Camus .
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contrat
de mariage du Marquis de Durfort- Civrac
avec Demoiselle Browne , ainſi que celui du Comte
de Pardaillan , colonel du régiment des Grenadiers
- Royaux de Guienne , avec Demoiselle de
Verzien .
MORTS .
Louis-Charles Claude-André , Comte de Fontenay
, lieutenant - général des armées du Roi , infpecteur
- général du Corps Royal d'Artillerie , eft
mort dans la foixante - dix - ſeptieme année de fon
âge.
Claude -Gabriel - Amédé de Rochefort - Dally ,
Marquis de Saint- point , eſt mort dans ſes terres
en Bourgogne , âgé de 85 ans .
Marie - Antoinette - Victoire de Segur , époufe
de Nicolas - Thomas Hue , Vicomte de Miromenil
, brigadier des armées du Roi , colonel du
régiment des Grenadiers-Royaux de l'Ifle de Fran.
ce , eſt morte à Paris , dans la trente -neuvieme
année de fon âge .
Guillaume d'Hugues de la Mothe , Archevêqué
de Vienne , ci-devant Evêque de Nevers , eſt mort
à Grenoble , âgé de 84 ans .
Louis Gabriel des Acres Marquis de l'Aigle ,
dieutenant général des armées du Roi , lieutenant
pour Sa Majesté en ſa province de Normandie , eſt
imort à Paris , âgé de foixante - neuf ans.
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE .
Jean - Pierre Guignon , ordinaire de la Muſique
du Roi , eſt mort à Versailles , le 30 Janvier , agé
d'environ quatre-vingts ans .
Jeanne Ourfin , veuve de Jacques - Antoine de
Ricouart , Marquis d'Hérouville , lieutenant-géné .
ral des armées du Roi , eſt morte dans la foixantefeizieme
année de fon âge .
La nommée Françoiſe Guyot , fille , eſt morte ,
le 29 du mois de Janvier , dans la paroiſſe de St
Martin du Vieux-Bellême , élection de Mortagne ,
âgée de cent deux ans.
Jacques Etienne la Morie , ancien Exempt des
Gardes de Sa Majesté , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St. Louis , eſt mort à Pau , le 13
Janvier, dans la quatre - vingt - dixieme année de
fon âge.
Catherine Fridelberg eſt morte à Berg-op-zoom ,
dans la cent-troifieme année de ſon âge .
Anne Chabane , veuve du ſieur Bourbons , juge
de la jurifdiction de Coulonges en Périgord , eft
morte à Bordeaux , le 16 Janvier , dans la cent .
cinquieme année de fon âge.
Le fieur Gélas , Curé de Lougrates , dans le dioceſe
d'Agen , eſt mort , le 10 Janvier , à l'age de
cent quatre ans. Ses funérailles ont été réglées par
une perfonne âgée de cent - trois ans qui prenoit
foin de lui , & qui continue à jouir d'une bonne
fanté.
La nommée Anne eſt morte à Skeninge , dans
la cent-deuxieme année de fon age.
Le ſieur de la Haye eſt mort à la Haye , le 2
Février , à l'âge de cent-vingt ans . Il étoit né en
France , avoit aſſiſté à la priſe d'Utrecht en 1672 ,
1
MARS . 1774. 213
! &à la bataille de Malpaquet en 1709. Il avoit
fait par terre , & preſque toujours a pied , le voyage
de l'Egypte , de la Perfe, des Indes & de la
Chine. Il vouloit encore s'embarquer , il y a deux
ans , pour aller former un établiſſement en Amérique.
Il s'étoit marié à ſoixante - dix ans , & a
laiffé cinq enfans. Il a confervé la mémoire &
l'uſage de tous ſes ſens juſqu'à la fin de fes jours ;
mais il ſe ſouvenoit plus facilement de ce qui s'étoit
paffé avant le temps de ſa vieilleſſe.
Jean Collet , Prêtre , docteur de Sorbonne , confeffeur
de feu Mgr le Dauphin , conſeiller-clerc du
parlement de Paris , Abbé commendataire de l'abbaye
royale de Chaumes , Ordre de St. Benoît ,
dioceſe de Sens , eſt mort en cette ville , dans la
cinquante-neuvieme année de ſon âge.
7
LOTERIES.
Le cent cinquante - ſeptieme tirage de la Loterie
de l'hôtel- de- ville s'est fait , le 25 Janvier ,
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 89504. Celui de vingt
mille livres au No. 92502 , & les deux de dix
mille , aux numéros 80013 & 96911 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 5 Février . Les numéros fortis de la
roue de fortune , font 69 , 83 , 48 , 6 , 89. Le
prochain tirage ſe fera le 5 Mars 1774.
Dans le Mercure de Février 1774 , page 184 , lig.
10 , les excuſer , lifez les exercer.
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE .
TABLE.
PIECES FUGITIVES en vers & en proſe , page 5
Ours ,
Hiſtoire d'une jeune Fille enlevée par
L'Homme , Ode ,
Couplets anacréontiques ,
Traduction de deux ſtances tirées du 16e
un
ibid.
8
13
chant de la férusalem delivrée , 15
L'Amitié malheureufe , 16
Vers à Madame V *** , 40
A Madame la D. de la V *** ,
Le Fleuve &le Ruiſſeau , fable ,
43
44
A Madame la Marquiſe D *** 45
,
Epître de Didon à Enée , traduction libre
d'Ovide , 46
Lettre d'Alexis , déſerteur , dans la priſon , à
Louiſe ſa maîtreſſe ,
Le vrai Bonheur , Ode anacreontique ,
Madrigal,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOCRYPHES ,
54
62
63
ibid.
ibid.
68
AIR : De l'Union de l'Amour & des Arts , 71
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 73
Dictionnaire raiſonné de Diplomatique ,
Traité des Fiefs de Dumoulin , analyſé &
conféré avec les autres Feudiſtes , & c .
Cours d'Etudes de jeunes Demoiſelles ,
ibid .
85
88
Diſcours ſur la Révélation , 92
Traité de l'Exploitation des Mines , &c. : 98
Hiſtoire naturelle de Pline , 105
Traité des Maladies vénériennes , 110
MARS. 1774. 215
Traité des Maladies chirurgicales, III
Lettre à M. le Monnier , ſur la culture du
Café, 113
Opufcules phyſiques , & chimiques , 114
Oeuvres de Romagneſi , 119
Almanach général des Marchands , 121
Eclairciſſemens ſur l'invention des nouvelles
machines pour la détermination des longitudes
en mer , 123
Jacobi Vanierii , prædium Ruſticum , 125
Traités fur différentes matieres de droit civil
, & c. ibid.
L'Art du Manege , 126
Nouvelle Chimie du Goût & de l'Odorat , 128
L'Eleve de la Raiſon & de la Religion , 129
Mémoires de Chimie , 134
Hiſtoire de l'Académie royale des Inſcrip-
-Montauban ,
tions & Belles - Lettres , &c.
Lettres nouvelles , ou nouvellement recouvrées
de la Marquiſe de Sévigné , & c .
ACADÉMIES , Rouen ,
-Beziers ,
SPECTACLES , Concert ſpirituel ,
136
137
138
144
149
152
! Opéra , 153
Comédie Françoiſe , 154
Comédie Italienne , ibid.
Début , 158
Géographie , 159
ARTS , Gravures , 163
Muſique , 166
Avis à M. M. les Facteurs d'Orgues , 169
Ruches de nouvelle conſtruction , 173
Foire Saint - Germain , 175
Curioſité de l'Art , 177
Lettre de M. Clément à M. l'Abbé Mignot, 179
216 MERCURE DE FRANCE .
Lettre de M. de la Harpe à M. L *** ,
Ode à l'occafion du mariage de S. A. I. M.
le grand Duc ,
A Mile T *** ,
Mort de M. de la Condamine ,
Anecdotes ,
Avis ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Morts ,
Loteries ,
180
188
195
196
198
202
204
209
ibid.
210
211
213
Errata, ibid.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
AVRIL. 1774.
1
PREMIER VOLUME.
No. V.
Mobilitate viget. VIRGILE .
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX.
Caufes auſes Célebres , curieuses & intéreſſantes de toutes
les Cours ſouveraines du Royaume , avec les jugemens
qui les ont décidées , in-douze tom. 1. 2. 3. 4.
5. 6. Paris 1774.
Dictionnaire de Penſées ingénieuſes , tant en vers qu'en proſe
des meilleurs écrivains françois &c . 8vo . 2 vol. 1773 .
Obſervations fur les commencemens de la Société , par
Mr. J. Millar , Profeffeur en droit àGlaſcow , trad .
de l'anglois . 1 vol . Amst. 1773 .
Cours d'Etudes des jeunes Demoiselles &c. 6 vol.
Paris 1774.
L'Homme de Lettres & l'Homme du Monde. I vol.
Orléans 1774-
Traité des Maladies Vénériennes ; par M. Fabre , troifieme
édition &c. 8vo. 1773. 1 vol. à f 3 : -
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs Claſſiques ,
Grecs & Latins , tant facrés que profanes , 8vo. 16
vol . Paris 1774-
Hiſtoire des Philofophes Modernes , avec leurs portraits
gravés dans le goût du Crayon &c. par Mr. Saverien
ind. 8 vol. Paris 1762-1773 .
Hiſtoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année
1770 4to . I vol. fig. Paris 1773 .
Journal de Médecine de 1774.
Oeuvres de Boileau grand in 8vo. 5 vol. fig. Amst. 1773 .
dito , in-douze 5 vol. fig.
Journal des Scavans , depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes .
- dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Avril 1774 en
72 Kolames .
dito , la fuite , ſous preffe.
Depuis 1764 l'année est compofée de 14 parties à 12
fols; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande .
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de ſon
Education , ouvrage pofthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoires
très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidelles de ceux -mêmes qui ont été
dreffés alors fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée. 4to. I vol. à 12 :
1
24-27LIVRES 3/3 NOUVEAUX
☑ MARC-MICHEL REY, Libraire à Amsterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreſſion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches,
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Dise
cours & un Tome de Planches ſans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
}
i
Traité de l'Autorité des Parents fur le Mariage des Enfants
de Famille . I vol . gr . 8vo. Londres 1773. à ft : 5
Penſées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
1 vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à f 1 : 10 .
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont . Ansien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son Séjour
en Angleterre , Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la République
de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Province
d'Alface.
,
II . Recherches ſur les Royaumes de Naples &de
Sicile Deſcription Géographique des Jurifdictions
fupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la ville
de Naples , conſeil d'Etat , Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Nobleſſe , du Peuple .
III. Abrégé Chronologique de l'Hiſtoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes.
IV. Penſées , Recherches , Obſervations ſur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ,
fur les changes étrangers , ſur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
les péages , projet pour la fuppreffion des droits intérieurs
, obſervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law.
V. Recherches fur la Ruſſie , fur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie , tarif
ou table Alphabétique des droits impofés ſur les
marchandiſes importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruffie. Traité de commerce entre la Ruffie & la
Grande - Bretagne .
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Fæderowna
ordonnances de Pierre I. Obſervations fur les revenus
& les dépenſes de la république de Gênes , du gouvernement
, grand & petit Confeil , Doge , Sénateurs ,
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges ; de l'Iſle de Corſe , des Emprunts , excel .
lence d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglois ;
conftitution d'une république légitime , le peuple eft
la fource de route puiſſance , &c.
Tome VII. Obfervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribunaux
, gouvernement de la cité de Londres , uſage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Acciſes
ou mattotes , des Finances , de l'Etat militaire , de la
population des eſpeces , des poids & meſures , compagnie
de commerce , d'affurance.
-
VIII . Détails fur l'Ecofle , ſituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſtique , Civil , tribunaux
, poids & meſures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerſités . Tableau des poffeffions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade , de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , Ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , les Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudſon , Terre - Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Caroline , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établiſſements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de ſes
plantations & leur commerce.
IX. Sur la Régie des Bleds en France , ſur les
mendians & les enfans trouvés , fur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prerogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France ,
Origine , Nature , & produit des impôts fur le clergé
de France , &c .
XI . Origine & progrès de la taille , ſon établiſſement
en France , ſes variations , ſes produits & fa régie,
&c .
XII . Détail Général de toutes les parties des Finances
du Royaume de France , mémoire fur le domaine
d'Occident , de l'Hôtel- Royal des Invalides ,
maréchauffées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , ſituation de la France
dans i'Inde avant la paix de 1763 .
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII.
Volumes.
!
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 177 4 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
N
१०
ODE , tirée du Pfeaume 50.
2
E m'abandonne pas au fort de mes miferes ,
Et , détournant de moi tes jugemens féveres
Pardonne , Dieu puiſfant , à mon iniquité ;
O Dieu que j'outrageai ne venge point ta' caufe !
Ne vois point ſi ta gloire à mon pardon s'oppoſe :
Ne vois que ta bonté.
A 3
1
1
1
6 MERCURE DE FRANCE.
Ne vois que les remor's dont je ſuis la victime :
Mes yeux ne font ouverts que pour pleurer mon crime.
Sa voix , dans tous les temps , crie au fond de mon
coeur.
Elle fait en tous lieux mon éternel ſupplice ;
Et , foit que le jour naiſſe ou que le jour finiſſe ,
Me fert d'accufateur.
De quelle indignité ma mifere eſt ſuivie !
Je fus mort à tes yeux en recevant la vie ,
Puiſque dans le péché ma mere ma conçu ;
Mais , à force d'outrage , à force d'infamie ,
J'ai bien justifié toute l'ignominie
Du jour que j'ai reçu.
T Et néanmoins fur moi ta bonté veut s'étendre :
Non , ce n'eſt point en vain que j'oſe le prétendre .
Par toi- même , o mon Dieu , cet eſpoir m'eſt donné;
Mais ma douleur par-là ne peut être affoiblie
Je t'ai trop irrité pour que mon coeur l'oublie
Si tu m'as pardonné.
Tu m'avois rendu doux ce que tu me commandes.
Tu m'avois inſpiré l'amour que tu demandes.
J'abuſai de tes dons , mais quoi qu'un pécheur fit ,
Il peut encore au Ciel élever des mains pures ;
Il peut être lavé de toutes ſes ſouillures ;
Parle un ſeul mot fuffit.
AVRIL.I. Vol. 1774. 7
Parle , & choiſis mon bras pour venger ta querelle :
Envers tes ennemis tranſporté d'un ſaint zêle ,
Mes crimes contre moi s'éleveroient en vain .
Rends de tes traits puiſfans mes mains dépositaires ,
Et fais luire à mes yeux les rayons ſalutaires
De ton eſprit divin .
Alors tu me verras , fort par ton aſſiſtance ,
Confondre le pécheur qui vante ta clémence ,
Et qui de fon injure attend l'impunité .
Tu me verras briſer tous les vains édifices
Que , pour mettre à couvert toutes fortes de vices ,
Bâtit l'impiété.
Mon Dieu tu vois mes pleurs : pardonne mes offenſes ;
Si je puis , par des chants , ſuſpendre tes vengeances ,
Je te célébrerai par des chants immortels ;
Si le ſang des agneaux peut effacer mes crimes ,
J'irai ſacrifier de nombreuſes victimes
Au pied de tes autels .
Mais je n'ignore pas ,tu nous l'as dit toi-même ,
Que pour nous pardonner tu veux un coeur qui t'aime ,
Un coeur de ſes péchés contrit , humilié.
Que t'importe un encens qu'offre une main impure ,
Ou que , par une bouche ouverte à l'impoſture ,
Ton nom foit publié ?
A4
1
8
MERCURE DE FRANCE..
Grand Dieu , change nos coeurs , renouvelle notre ame
Que l'amour du prochain , que le tien nous enfiamme ,
Et lorſque nous aurons fatisfait à ta loi ,
Allons à tes autels implorer ta juſtice ,
Et le plus foible chant , le moindre ſacrifice
Sera digne de toi.
Par Mlle de F*** , d'Aix.
Imitation de la premiere Ode d'Horace.
Mecenas atavis , &c.
MLÉCENE , iſſu des Rois de l'Etrurie antique ,
O doux appui d'Horace , & fa grandeur unique !
Admirez avec moi que d'intérêts divers.
Que de goûts oppoſés regnent dans l'Univers.
L'un ſur un char aflé franchiſſant la barriere ,
Agite autour de lui l'Olympique pouſſiere ;
Et , ſi la borne atteinte épargne ſon eſſieu ,
Ce n'eſt plus un mortel ; la gloire en fait un Dieu.
L'autre , épris des grandeurs qui flattent fon attente ,
Brigue du Peuple Roi la faveur inconſtante :
Tandis qu'Agricola , cultivateur heureux ,
AVRIL . I. Vol. 1774 . 9
Jaloux du champ fertile où ſe bornent ſes voeux ,
Ne conſentiroit pas pour les tréſors d'Attale
D'affronter de la mer l'inclémence fatale.
1 Mais voici qu'échappé de la fureur des flots ,
Ce Marchand , qui , du port , béniſſoit le repos ,
Raſſemble les débris de ſes derniers naufrages ;
Sur un frêle vaiſſeau court tenter les orages ,
Et foutenir l'aſpect de Neptune irrité ....
Tant eſt dur le mépris qui ſuit la pauvreté !
Plus tranquille , du moins , le buveur pacifique
Fait long- temps ſuccéder le Falerne au Maſſique ,
Sommeille ſous un myrte au doux bruit d'un ruiſſeau ,
Puis retourne au Falerne & s'endort de nouveau.
Pour les coeurs généreux le péril a des charmes.
La trompette a fonné ; le guerrier prend ses armes ,
Suit les drapeaux fanglans ſur la breche arborés ,
Et chérit les combats , des meres abhorrés,
1560
Le chaſſeur , inſenſible aux alarmes d'Iſmene ,
Soit qu'un cerf fugitif ait paru dans la plaine ,
Soit qu'un fier ſanglier ait rompu ſes filets ,
Vit parmi les frimats dans l'horreur des forêts.
hue
Pour moi je crois d'Hébé partager l'ambroiſfie
Și quelquefois Euterpe ou fa foeur Polymnie ,
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Au fond d'un bois ſacré qu'habite la frafcheur ,
Viennent monter ma lyre ou me prêter la leur.
Mais qu'un prix plus flatteur accroîtroit mon audace !
Daignez de lierre un jour ceindre le front d'Horace :
Alors , Mécene , au gré d'un effor glorieux ,
Ma tête radieuſe ira toucher les cieux.
Par M. Poinfinet de Sivry.
VERS à M. le Maréchal Duc de Briffac ,
L
à l'occaſion de ſa convalescence.
A Parque a ſuſpendu ſes ciſeaux inhumains :
J'ai tremblé pour ta vie ,& ma crainte eſt paſſée ;
C'eſt une tempête appaiſée
Qui t'annonce des jours fereins.
J'ai vu la Cour , j'ai vu la Ville
S'intéreſſer en ta faveur ;
Eh ! quel mortel ſeroit tranquile
Quand Briſſac eſt dans la douleur ?
Qui le connoît dit hautement : je l'aime ;
C'eſt l'ami de l'humanité ;
AVRIL. I. Vol. 1774. If
Il eſt plus grand par ſa bonté
Que par ſon origine même.
Ces lauriers ſur ſon front où regne la candeur
Sont le prix de ſa noble audace :
En eft- il un pour fon bon coeur ?
Je laiſſe aux mattres du Parnaſſe
A célébrer tous ſes hauts faits ,
A vanter pour fon Roi ſon amour & fon zèle :
Sur cet article il eſt plus d'un modele ,
Mais pour fon coeur... qui le rendra jamais ?
Si la Parque nos voeux contraire
Nous l'avoit ravi par malheur ,
En lui de deux héros elle eût privé la terre :
Le héros de Bellone & celui de l'Honneur .
Par M. de Laviéville.
VERS pour le portrait de Madame
la Dauphine.
C'EST-ELLE , je
' EST-ELLE , je la vois , cette auguſte Dauphine ,
Telle qu'à fon Hymen elle alloit à l'autel !
Ton ſujet , jeune artiſte , a fixé le paſtel :
Satin couleur de lis , beaux yeux , taille divine ,
Un regard t'inſpira cet enſemble charmant ,
Et la fille d'une Héroïne
Eſt tranſiniſe à nos yeux d'après le ſentiment.
Par Mde Guibert.
1
12 MERCURE DE FRANCE .
ROSAMIRE , Anecdote morale.
ROSOASMAIMIRREE étoit fortie du couvent. La
Marquiſe de Sonnerfon fa mere , jeune
veuve , jouiſſant d'une grande fortune ,
l'avoit menée en triomphe dans ſa famille
& dans les cercles brillans de la
ſociété. Les hommes avoient beaucoup
loué la légéreté de ſa taille , la blancheur
de ſon teint , l'enſemble charmant de ſes
traits , la vivacité de ſes beaux yeux , &
fur-tout fa touchante ingénuité. Les femmes
avoient critiqué ſon maintien & fon
air embarraſſé . Ma petite , diſoit la dédaigneuſe
Cydaliſe , vous a-t-on appris
à parler ?"
ود
ود
ود
66
ود
ود
ود
Votre fille , diſoit la prude Araminthe
, eſt bien neuve ; mais je veux l'instruire
: je me charge de fon éducation."
La coquette Lucinde la prenant par la
main , s'écrioit : ,, Eh ! mais , c'eſt un en-;
fant charmant ! Ah ! ma bonne amie ,
confiez -moi votre chere fille : je la
menerai aux ſpectacles dans ma petite
ود
ود
”
C
AVRIL. I. Vol. 1774. 13
>
,, loge. Vous ſavez que je ſuis merveil-
ود
ود
ود
leuse pour la Jeuneſſe... " Et prenant
délicatement le menton du cher enfant ,
& lui donnant un léger baiſer au front :
N'eſt- il pas vrai , ma toute belle , que
,, vous m'aimez déjà ? Elle eſt au moins
du dernier bien : il ne lui faut qu'un peu
,, d'uſage , vous dis - je ; je prétends en
faire un fujet... Elle est vraiment beau-
,, coup mieux que toutes nos Beautés fi
fieres ! .. "
ود
ود
ود
La Marquiſe , liée par ſon rang à la
haute Nobleſſe , craignoit que la bonne
compagnie n'altérât les moeurs & le caractere
de Roſamire. Un jour , elle la
retint dans ſon appartement, écarta ſes
femmes , inutiles témoins de ſes confidences
, elle embraſſa la jeune Roſamire ;
& , les yeux baignés de pleurs que lui faifoit
verſer la tendreſſe , elle lui dit : ,, Ma
ود
ود
ود
fille , ma chere fille,votre naiſſance, votre
fortune , votre beauté vous deſtinent à
tenir un état diſtingué dans le monde ;
,, vous excitez déjà les voeux & l'ambition
des jeunes gens qui aſpirent à un
établiſſement brillant. Mais avez - vous
,, jamais fongé , ma Roſamire , aux devoirs
que vousavez à remplir dans la fo-
ود
ود
"
14
MERCURE DE FRANCE.
و د
ciété?N'en croyez pas un monde frivole
,, qui vous parlera d'encens & d'adoration,
و د
"
و د
و د
و د
ود
qui volera au-devant de vos defirs , &
„ qui vous éloignera de toutes les affai-
,, res , de tous les ſoins de la vie , pour ne
,, vous préſenter que des plaiſirs. C'eſt
,, par ces dehors féducteurs que les hom-
,, mes préparent à la beauté des chaînes
„ honteuſes ; ils la traitent enReine , &
veulent en faire une eſclave. Il ſemble
à ces hommes vains, que les femmes
font faites pour les charmer , & que
,, tous nos devoirs font remplis lorſque
nous avons ſu leur plaire. Ah ! ma
Roſamire , concevez une idée plus noble
de notre deſtinée. La Nature n'a
mis tant de ſenſibilité dans votre ame ,
tant de douceur dans votre caractere ;
elle n'a répandu ces graces touchantes
dans notre ſexe ; elle ne nous a douées de
la foibleſſe , oui de cette foibleſſe qui défarme
la force , que pour gouverner les
hommes , pour adoucir l'apreté de leurs
,, moeurs , pour les ramener inſenſiblement
à leurs devoirs , pour les rappeler
de leurs écarts , pour gouverner enfin ,
,, pour régner par eux & faire le bonheur
"
"
"
و د
و د
و د
"
"
و د
" du monde. Songez , ô ma Roſamire ,
AVRIL. I. Vol. 1774. 15
1
,, que vous êtes citoyenne & ſujette ;
,, vous êtes ma chere fille ; vous ferez
ود
ود
épouſe & mere: Que de devoirs attachés
à ces nobles titres ! " Ainſi la mere
de Roſamire l'inſtruiſoit ; & , trouvant
en elle d'heureuſes diſpoſitions , elle imprimoit
dans ſon coeur tendre les grands
principes de l'ordre & de la morale.
La fortune & la beauté , ou plutôt
l'ambition & le plaiſir exciterent bientôt
un tourbillon d'amans autour de cette
jeune Grace. Chaque afpirant avoit ſes
protections & ſes recommandations.
Araminthe s'intéreſſoit pour fon neveu
le Comte de la Souche. Elle vantoit
ſes vertus ; elle l'avoit formé , &
en avoit fait un éleve digne d'elle. C'étoit
un jeune homme ſec & hautain , parlant
par fentences , s'eftimant beaucoup ,
s'écoutant avec complaiſance , un fage
précoce , un pédant de vingt ans. Rofamire
ne fut pas flattée des hommages de
cet amant précepteur. Elle le fut encore
moins de la fuffisance , des longs discours
, & de l'importante fatuité du Chevalier
de Vieux Châtel , dont Cydalife
préconiſoit l'eſprit , l'air de dignité & la
nobleſſe. Mais elle s'amuſoit , dans
I16 MERCURE DE FRANCE
la petite loge de Lucinde , des propos
légers du jeune Colonel , ſon parent.
Il ſavoit , dans le plus grand détail , tout
ce qui s'étoit paffé dans les vingt - quatre
heures à la Cour & à la ville. Il étoit
l'homme de toutes les petites affaires.
On le voyoit le matin , dans un char rapide
, aller en négligé faire ſa ronde dans
tous les quartiers de la capitale. Il voltigeoit
aux toilettes des jeunes femmes de
qualité & des nymphes du bon ton , pour
recueillir les aventures de la nuit & du
jour , les bons mots , les perfifflages malins
, les petites méchancetés , les ridicules
comiques , les intrigues arrangées &
dénouées , enfin la gazette myſtérieuſe
qu'il ſe chargeoit de publier. Il voloit
de là faire un tour à la chaſſe , & revenoit
ſe montrer dans les ſpectacles , &
s'arrêter dans la petite loge de Lucinde.
Roſamire l'écoutoit , fourioit. Il glisfoit
un mot flatteur : elle rougiſſoit. Le
Zéphir léger ſe croyoit aimé de la jeune
Flore. Il ne doutoit point que fon
mariage ne fût déjà une affaire décidée.
On lui en faiſoit des complimens qu'il
ne défavouoit pas. Cependant la mere
de Rofamire confultoit la goût de ſa fille ,
&
AVRIL. I. Vol. 1774. 17
&, ne le trouvant pas encore fixé , elle
craignoit que , trop prévenue par ſes remontrances
mêmes , Roſamire ne ſe
rendît trop difficile ſur le choix d'un
époux & qu'elle ne laiſſat paſſer dans
une froide incertitude le printems de fon
âge. Elle lui demandoit ſi , parmi lajeune
Nobleſſe qui s'empreſſoit de lui rendre
hommage , ſon coeur ne l'avoit pas encore
avertie. Rofamire n'oſoit répondre ;
mais , en baiſſant les yeux , fon filence
diſoit aſſez qu'elle avoit fait un choix.
Cette digne mere réſiſta pour ce moment
à ſa tendre inquiétude , & ne voulut
pas encore paroître avoir entendu ſa
fille. Enfin Roſamire ſe jetant dans ſes
bras , lui baiſant les mains , & laiſſant
tomber quelques larmes , non de triſtesſe,
lui dit d'une voix timide : ,, Mon ado-
ود rable mere ! avez - vous remarqué com-
,, me moi , chez la Comteſſe du Nord,
,, ce jeune homme ſi honnête , ſi modes-
,, te , ſi intéreſſant dans ſa perſonne &
dans ſa converſation ? Eh bien , ma
fille ?-Eh bien , c'eſt lui... -Quoi !
وو le connoiſſez - vous ? -Non -Vous
,, a-t- il parlé ?-Non.-Vousa-t- il écrit ?
"
ود
ود
Savez-vous ſeulement ſon nom ? Con-
,, noiſſez-vous ſon état, ſa fortune , ſes
B
18 MERCURE DE FRANCE .
qualités? Hélas ! tout ce que je fais,
c'eſt qu'on l'a nommé le Baron deWal-
,, vight , &qu'ila fait entendre , qu'obligé
, de quitter ſa patrie , il voyageoit ,in-
,, certain s'il devoit fe fixér en France ou
,, ailleurs ; mais c'eſt lui que je préfére-
ود rois , s'il me faut recevoir le nomd'é-
„pouſe. Je crois entendre une voix intérieure
qui me répete continuellement
;, que mon bonheur dépend de cet aimable
étranger." "
Cette tendre mere eſſaya en vain de détruire
l'enchantement de la paffion dont
ſa fille avoit été frappée. Elle alla , ſous
divers prétextes , chez la Comteſſe du
Nord pour s'informer ſans affectation du
jeune étranger. Enfin elle apprit avec
joie qu'il étoit d'une des plus nobles familles
Ecoſſoiſes ; qu'il avoit beaucoup
de fortune ; qu'ayant perdu l'auteur de
ſes jours', & traverſé par des inimitiés
puiſſantes contre lui & fa famille , il cherchoit
le repos hors de fon pays ; on lui
dit beaucoup de bien de fon caractere ,
de fon eſprit & de ſes moeurs; mais on
ignoroit depuis quelque temps s'il étoit
parti , & ce qu'il étoit devenu . ,, Oublie,
ma tendre Rofamire , lui diſoit fa me-
, re , repouſſe un amour fans eſpérance.
AVRLL. I. Vol. 1774. 19
}
12
وو
ود
ود
ود
Eſt-ce àtoi , eſt-ce à ton ſexe , avec tant
„ d'avantages , de faire le premier aveu?
N'as tu donc pas à faire un choix ho-
,, norable dans la Jeuneſſe la plus brillante
qui eſt à tes pieds ? Eh! c'eſt dans le
fein de ma mere , de ma reſpectable
amie que je dépoſe mon ſecret' , lui
,, repondoit Roſamire ; je ſens que j'ai à
répouſſer un amour inſenſe ; mon de.
voir même eſt de le laiſſer ignorer,
,, Cependant ma tête eſt priſe , & mon
,, coeur est échauffé par une paffiondomi-
,, nante , impétueuſe , déraisonnable , ſi
,, vous le voulez , mais tyrannique , que
,, je combats inutilement par la raiſon ,
”
ود
" que le ſpectacle des fêtes & du monde
,, ranime , & que les hommages des jeu-
,, nes gens irritent ; je ne meſens pas libre
de donner mon coeur ni ma main. Je
,, confeſſe ma foibleſſe à ma mere : qu'elle
me plaigne & me pardonne ; elle
feule en fera à jamais le témoin & la
,, confidente ; mais elle m'a fait enviſa-
,, ger tant de devoirs à remplir dans l'état
, du mariage , qu'il faut que mon joug
,, foit doux & facile. J'eſpere que le
,, temps& la folitude pourront affoiblir
,, & peut - être détruire ce fol amour, "
Roſamire , embraſſant les genoux de la
ود
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
Marquiſe , l'attendrifſoit , l'intéreſſoit,
mais la déſeſpéroit par la bizarrerie & les
ſuites d'une paffion d'autant plus malheureuſe
, que l'objet en étoit en quelque
forte incertain & fugitif. Elle ſuivit pourtant
le deſir de Roſamire , elle quitta la
capitale , & alla avec ſa fille dans une de
ſes terres où quelques affaires , dit elle en
partant , exigeoient ſa préſence. Roſamire
éprouva cette douce mélancolie qui
n'eſt que l'aſſoupiſſement d'un paffion
violente. La préſence & le grand ſpectacle
de la belle Nature exaltoit ſon ame
& ravifloit ſes ſens ; elle ſoupiroit encore
, mais du moins elle n'étoit pas contrainte
par une ſociété exigeante dont il
faut toujours faire les agrémens. Enfin
elle commençoit à perdre l'amour avec
l'eſpoir , lorſque ces deux ſentimens ſe
ranimerent avec force à la vue d'un jeune
chaſſeur qui traverſoit la forêt à côté du
château de la Marquiſe. C'étoit le Baron
de Walvight , dont il eſt temps de faire
connoître les ſentimens. Il n'avoit pu voir
la belle Roſamire fans être frappé de l'amour
le plus violent. Depuis cet inſtant
fatal à fon repos , il s'informa de tout ce
qui pouvoit favoriſer ſes deſirs ; mais il
déſeſpéra avec raiſon qu'un étranger ,
AVRIL. I. Vol. 1774. 21
inconnu , hors de ſon pays , ſans emploi
digne de ſa naiſſance , fans appui ,
ſans recommandation , pût faire agréer
ſes voeux par l'héritiere d'un nom diftingué
& d'une grande fortune. Cependant
il portoit toujours dans ſon coeur le trait
qui l'avoit bleſſé ; il ne ſavoit pas qu'il
faiſoit le malheur de Roſamire , lorſque
Rofamire faiſoit le ſien , & que leur
bonheur dépendoit d'un aveu qu'ils devoient
craindre l'un & l'autre de faire.
Mais , toujours attaché à l'objet deſa pasſion
, il préféra la France à tout autre
pays ; il s'y fixa ; il chercha méme à la
ville & à la campagne une habitation
près celle de Roſamire. Il acquit un fief
- conſidérable à côté de celui de la Marquiſe;
il étoit venu pour y rêver à ſes
amours , lorſque Roſamire l'apperçut.
Ce jeune étranger voyant que l'occafion
le favoriſoit , trouva alors des raiſons
pour ſe préſenter chez la Marquiſe ,&des
motifs pour faire connoître ſa naiſſance ,
ſes titres & fes biens. Il y avoit une partie
de ſa terre pour laquelle il avoit un
compte à rendre au régiſſeur du fief de
la Marquiſe. Ce fut un prétexte qu'il faifit.
Il lui confia tous les papiers de fa famille
; la pria de les faire examiner par
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
fon homme- d'affaires , & de permettre
qu'il s'en rapportât à tout ce qu'il feroit .
Un intérêt plus important que celui de
quelques droits dont il étoit redevable ,
fit accepter avec plaiſir ſa demande. La
Marquiſe reconnut bientôt que le Baron
étoit d'une naiſſance très - diſtinguée , &
qu'avec ſon nom & fa fortune , il obtiendroit
facilement du ſervice & de la con
fidération en France. La liberté delacampagne
, le voiſinage & la liaiſon des affaires
l'autoriserent à voir tous les jours
l'objet de ſa paſſion. Le deſfir de plaire
déploya & anima ſes talens agréables ;
ils donnerent plus de luſtre aux qualités
de fon coeur , aux charmes de fon efprit
& aux agrémens de fa perſonne. Il parut
tel que l'Amour defiroit qu'il fût. Rofamire
, dont la ſanté s'étoit altérée , reprit
auſſi ſa gaieté& l'éclat de ſes attraits. Le
Baron , encouragé par les attentions de
la mere & par les regards attendris de
la fille , oſa faire l'aveu de fon amour
que la Marquiſe autoriſa. Ce fut alors
ſeulement qu'il apprit les ſentimens de
Roſamire & tout fon bonheur. Quels
amans furent jamais plus dignes d'être
époux ? Leur mariage fut célébré , non par
des fêtes brillantes , mais par des bienAVRIL
L. Vol. 1774. 23
faits qu'ils répandirent ſur leurs vaſſaux.
La Marquiſe ent la fatisfaction de voir
proſpérer ſes chers enfans ,& fut heureufei
de leur bonheur.
Par M.L***
ינ
LETTRE de M. de la Harpe
A M. Lacombe.
Vous verrez , Monfieur , en liſant la
piece que j'ai l'honneur de vous envoyer,
que dans ce ſiecle où trop d'auteurs font
preſſés d'imprimer leurs plus médiocres
fantaisies , il en eft qui compoſent dans
- le ſecret , d'excellentes choſes que la renommée
dérobe à leur modeſtie. Il m'eſt
tombé entre les mains une copie de l'Idylle
que je joins ici . Je n'en ai gueres
lu de meilleures . La tournure des vers
-eſt élégante & facile ; il y a des idées ,
des ſentimens , des images , & la piece
entiere eſt d'un excellent goût. Elle eſt
intitulée , la Fontaine de Vaucluse. Ceux
qui ont viſité cette fontaine célebre , prétendent
que la deſcription n'eſt pas trèsexacte.
En ce cas , c'eſt le ſeul reproche
qu'on puiſſe faire à ce morceau charmant ,
:
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
& qui doit le paraître d'autant plus qu'on
m'aſſure qu'il eſt d'une femme. Vous favez
que les Deshoulieres & les Lafayette
ont, de nos jours , plus d'une rivale. II
en eſt , même dans un rang très - diſtingué
, qui ne confient qu'à l'amitié , encore
avec une très-grande réſerve , des productions
en proſe & en vers que nos bons
écrivains avoueraient avec plaifir , & qui
auraient beaucoup de ſuccès ſi elles étaient
publiées. Rien ne juſtifie mieux le ſexe
des reproches qu'on lui fait ſur l'article de
la diſcrétion . Il y a bien du mérite à
garder le ſecret de l'amour propre , &
bien de la grace à laiſſer échapper celui
de la ſenſibilité. Quoi qu'il en ſoit , tou
tes les fois qu'on pourra dérober à la modeſtie
d'une femme auteur , des vers ausſi
bien faits que ceux de Mde du V** ,
il me ſemble qu'on fera fort bien de ſe
permettre cette innocente trahison , dont
il n'y a perſonne qui ne voulût être com.
plice.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AVRIL I. Vol. 1774. 25
7
LA FONTAINE DE VAUCLUSE ,
Idylle ; par Mde Duverdier d'Uzès.
C
E c'eſt pas ſeulement ſur des rives fertiles
Que la Nature plaſt à notre oeil enchanté :
Dans les climats les plus ſtériles ,
Elle nous force encor d'admirer ſa beauté.
Tempé nous attendrit , Vaucluſe nous étonne,
Vaucluſe , horrible aſyle où Flore ni Pomone
N'ont jamais prodigué leurs touchantes faveurs ,
Où jamais de ſes dons la Terre ne couronne
L'eſpérance des laboureurs,
Ici , de toutes parts , elle n'offre à la vue
Que les monts eſcarpés qui bordent ces déſerts ;
Et qui , ſe cachant dans la nue ,
Les ſéparent de l'Univers ,
Sous la voûte d'un roc dont la maſſe tranquille
Oppoſe à l'aquilon un rempart immobile ,
Dans un majestueux repos
t
Habite de ces bords la Nayade ſauvage ;
Son front n'eſt point orné de flexibles roſeaux ,
Et la pureté de ſes eaux
Eſt le feul ornement qui pare fon rivage,
J'ai vu ſes flots tumultueux
S'échapper de fon urne en torrens écumeux ;
J'ai vu ſes ondes jailliſfantes
:
T
>
! )
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
Se brifant à grand bruit fur des rochers affreux ,
Précipiter leur cours vers des plaines riantes
Qu'un ciel plus favorable éclaire de ſes feux.
L'Echo gémit au loin ; Philomele craintive
Fuit , & n'oſe ſur cette rive
Faire entendre ſes doux accens .
L'oiſeau ſeul de Pallas , dans ces cavernes fombres ,
Confond pendant la nuit , avec l'horreur des ombres ,
L'horreur de ſes lugubres chants.
Déeſſe de ces bords , ma timide ignorance
N'oſe lever ſur vous des regards indiſcrets ;
Je ne veux point ſonder les abymes ſecrets ,
Où de l'aſtre du jour vous bravez la puiſſance,
Lorſque ſa brûlante influence
*
Deſſeche votre lit ainſi que nos guérets .
Je ne demande point par quel heureux myſtere
Chaque printems vous voit plus belle que jamais ,
1
Tandis qu'au départ de Cérès
** Vous nous offrez à peine une onde falutaire:
Expliquez-moi plutôt les nouveaux fentimens
Qui calment l'horreur de mes ſens .
Quoi ! ces triſtes déſerts , ces arides montagnes ,
• Au milieu du baſſin de la fontaine , il y a uunn gouf
fre dont on n'a jamais pu trouver le fond.
** La fontaine est très-abondante en Avril , & presque
à sec en Septembre.
२६
AVRIL. 1. Vol. 1774. 27
!
1
L'aſpect affreux de ces campagnesh
Devroient- ils inſpirer de fi doux mouvemens ?
Ah ! ſans doute l'Amour y fait briller encore
Un rayon de ce feu que reffentit pour Laure
Le plus fidele des amans.
Pétrarque , auprès de vous , ſoupira ſon martyre .
Pétrarque y chantoit ſur ſa lyre
Sa flamme & ſes tendres ſouhaits ;
Et , tandis que les cris d'une amante trahie
Ou la voix de la perfidie
1
Fatiguent nos côteaux , rempliſſent nos forêts ,
Du ſein de vos grottes profondes
L'écho ne répondit jamais
५०
Qu'aux accens d'un amour auſſi pur que vos ondes .
Trop heureux les amans , l'un de l'autre enchantés
Qui , ſur ces rochers écartés ,
Feroient revivre encor cette tendreſſe extrême ,
Et , dans une douce langueur ,
Oubliés des humains qu'ils oublieroient de même ,
Suffiroient ſeuls à leur bonheur !
Mais hélas ! il n'eſt plus de chaînes anfli belles :
Pétrarque , dans ſa tombe , enferma les Amours.
Nymphes , qui répétiez ſes chanfons immortelles ,
Vous voyez tous les ans la ſaiſon des beaux jours
Vousporter ddeess ondes nouvelles.
Les fiecles ont fourni leur cours ,
Et n'ont point ramené des coeurs auſſi fideles .
し
28 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! conſervez du moins les ſacrés monumens
Qu'il a laiſſes ſur vos rivages ;
Ces chiffres , de ſes feux reſpectables garans ,
Ces murs qu'il habitoit , ces murs ſur qui le temps
N'oſa conſommer ſes outrages.
Sur-tout que vos déſerts , témoins de ſes tranſports ,
Ne recelent jamais l'audace ou l'impoſture ;
Et , ſi quelque infidele oſe ſouiller ces bords ,
Que votre ſeul afpect confonde le parjure
Et faffe naftre ſes remords.
:
SUR
ΕΡΙTRE.
OR bien des choſes dans la vie
Je ſuis affez pirrhonien ;
Je ne ſais trop fi c'eſt un bien ,
Mais enfin c'eſt- là ma folie.
J'entendois parler chaque jour
D'un perſonnage d'importance
Qu'on cherche & qu'on fuit tour-à-tour
Que l'on détefte & qu'on encenſe.
• Cette épitre a été imprimée dans un Almanach des
Muses ( 1771 ) mais moins correctement qu'il ne l'est
ici.
AVRIL. I. Vol. 1774. 29
م
Fixé par état à la Cour ,
Tratnant avec pompe à ſa ſuite
L'étiquette & la dignité ,
Sur fon paſſage il met en fuite
Les plaiſirs & la liberté.
Etendant plus loin ſa puiſſance,
De l'auguſte palais des Rois ,
Il vient fort bien ſans qu'on y penſe
Troubler en un cercle bourgeois
Le gros ríre de la Finance.
Sur tous les rangs il a des droits ,
Et ſon empire eſt ſans limites ;
Souvent dans un cours de viſites
On le rencontre en vingt endroits.
La jeune Ducheſſe à ſa porte
Le configne inutilement ;
Juſqu'à fon boudoir , ſans eſcorte
Il pénetre furtivément ;
Et là , ſaiſiſſant le moment
Où le plafir fait une pauſe ,
Sur un ſopha couleur de roſe
Se place entre elle & ſon amant.
Dans ce ſalon preſque magique ,
Sous ces berceaux voluptueuх
Où loin d'un monde curieux
La plus agréable muſique
Anime un repas ſomptueux
1
Quand à le braver on s'applique;
30
MERCURE DE FRANCE.
On le voit entrer à pas lent
Et fur l'aſſemblée à l'inſtant
Verſer ſon pavot lethargique,
Dès le matin courant Paris
Dans une élégante voiture ,
Au ſpectacle au milieu des ris ,
Dans un fouper fin chez Laïs
Le ſoir il porte ſa figure ;"
Quelquefois dans de vieux châteaux,
Sur de vieux titres de Nobleſſe ,
Il baille aux orgueilleux propos
D'une gothique politeſſe ;
Il ſe plaît auprès des mamans ;
Il attaque à quinze ans les filles ;
Il ſe gliſſe à travers les grilles
Dans tous les dortoirs des couvens ;
Dans les fauteuils des grands parens
Il endort nombre de familles
Par des récits de l'ancien temps ;
Il paroft & ſe multiplie
Sous cent viſages différen
De prédicateurs , de ſavans ,
De robins , d'actrice jolie ;
Par fois même , à ce que l'on dit ,
On l'entend à l'Académie
Parler avec beaucoup d'eſprit :
Il laiſſe rire le village
Où jamais il n'eut grand crédit
AVRIL. I. Vol. 1774. 31
Et fuit le cabinet du Sage :
Cet être bizarre eſt l'ENNUI.
7
Quoiqu'en tous les coins de la France,
On ne m'entretint que de lui ,
Je doutois de ſon exiftence ,
Je ne fais pourquoi juſqu'ici
Fronçant loin de moi ſon ſourci
Il reſpecta mon indolence ,
Au ſein des plaiſirs les plus doux ,
Sans doute ce n'eſt pas chez vous
Que j'en ai fait la connoiffance ;
Depuis ce moment des adieux ,
Où , tâchant de cacher mes larmes ,
Pour un devoir faftidieux
Il fallut quitter tant de charmes ?
Le matin , le ſoir & la nuit ,
Par - tout fans relâche il me fuit.
Loin de vos aimables demeures
Le froid Ennui file ces heures
Que vous n'y faiſiez oublier ;
Le Temps qui , dans ſa marche égale ,
Décrit leur cercle régulier ,
Pour en allonger. Pintervalle
Semble arrêter ſon balancier.
Moi qui faifois ma grande affaire
D'une paiſible oiſiveté.
Qui ſavois ſi bien ne rien faire,
Aujourd'hui je ſuis tourmenté
32
MERCURE DE FRANCE.
Par ce repos qui fut me plaire ,
Et j'ai besoin d'activité.
Si je me vois ſeul , je ſoupire ,
Je deviens chagrin & rêveur ;
Pour tromper le temps , je veux, lire ,
Je maudis le livre & l'auteur ;
Je me trouve , s'il faut écrire ,
Et fans idée & fans chaleur ;
Nos femmes , qu'ici l'on admire ,
Me paroiſſent à faire peur;
Nos beaux eſprits qui les font rire
Ne me donnent que de l'humeur ;
Rien ne peut charmer ma langueur.
Je cherche en ce qui m'environne
Votre raiſon , votre beauté ,
Ce ton que la Nature donne ,
Votre aimable naïveté ,
Le ſel heureux qui l'aſſaiſonne ;
Mais vous ſeule avez le moyen
D'unir tant de graces enſemble ;
Mes ſouvenirs font tout mon bien .
Je ne vois rien qui vous reſſemble.
N
:
nio.
i
Par M. leChey. de B.
VERS
AVRIL . 1. Vol. 17743 33
VERS à Madame Laruette , qui a quitté
le théâtre pour fix mois par ordre de
Son Médecin.
LLO.RSQUE LORSQUE le Roſſignol & la tendre Fauvette ,
De leurs accens ne charment plus nos bois ,
Tout nous ſemble déſert ; la Nature muette
Pour enchanter nos fens , n'a plus d'ame & de voix.
Des plaiſirs la troupe légere
De Laruette a ſuivi les pas ;
Tout a fui ; les Ris & leur mere
Nous les cherchons en vain ; ils ne la quittent pas.
Tơi qui pus ordonner cet exil ſalutaire
Des jours les plus chéris zèlé conſervateur ,
Tu ravis au Public l'objet de ſa tendreſſe :
S'il maudit aujourd'hui ton art & fa rigueur ,
Hélas ! pardonne à ſa juſte douleur ,
C'eſt un amant privé de ſa maftreffe.
Par M. Rangier.
:
CO
C
34 MERCURE DE FRANCE .
A
MADRIGAL.
une Dame qui avoit été piquée par une
abeille.
u déclin d'un beau jour , une folâtre abeille ,
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleſſé , dites - vous , votre bouche vermeille !
Liſe , elle vous prenoit pour la reine des fleurs.
Par M. Joubleau de laMothe.
LA LAITIERE & LE CHAT.
Fable.
LA peſte ſoit de la maudite engeance !
Et toujours des fouris ! .. faites de la dépenſe ...
Nourriſſez bien la vache , & comptez fur fon lait !.
Voyez un peu ... Quelle breche à la crême !
Et ce fromage ! ... Ah Dieux ; comme le voilà fait !
Comme il eſt grignote ! .. Bon ! par ici , de même.
Quel dégât ! .; Quele ordure! .. Un Miris écoutois
Les plaintes de la ménagere.
Si vous vouliez , dit - il , facilement
D'une telle canaille on pourroit vous défaire.
AVRIL. I. Vol. 1774. 35
Comment ;-Laiſſez-moi ſeul , deux heures ſeulement ,
Vous verrez ... Elle fort. Le drole , en un moment ,
Exploite lait , crême & fromage.
Quel procureur , quel intendant
N'en fit pas ſouvent davantage.
Fermons , par fois , les yeux ſur un léger dommage ,
Pour en prévenir un plus grand.
Par M. C. C. do***.
DIALOGUE.
Entre TIBERE & ANTONIN.
TIBERE.
Nous pofſſédâmes tous deux le même
Empire ; nous y fûmes tous deux appellés
ſans l'avoir prévu : mais nous le gouvernâmes
d'une maniere aſſez différente.
ANTONIN.
Je ne connus jamais qu'une ſeule maniere
de bien gouverner.
Vieux style
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
TIBERE.
Quelle eſt elle ?
ANTONIN.
Faire le bien de ceux que l'on gouverne .
TIBERE.
Puiſque régner eſt un art , tout art a
fes principes. Le grand point , c'eſt d'en
faire à propos l'application. Il faut , dans
l'art de régner , diftinguer les temps &
interroger les circonstances. Nous ne les
trouvames pas les mêmes l'un & l'autre.
Votre conduite m'eût perdu ; la mienne
au moins me ſauva.
ANTONIN.
Ne peut on ſe ſauverdunaufrage qu'en
noyant ceux qui navigent avec nous ?
TIBER E.
Rappellez- vous ce qu'étoit Rome quand
elle me reconnut pour ſon chef. Le feu
des factions y fumoit encore. L'édifice
de la liberté n'exiſtoit plus ; mais on en
diftinguoit encore les ruines. Quelques
mains hardies pouvoient tenter de le rétablir
; & il falloit ou que je les prévinſſe,
ou me réfourdre à devenir leur victime.
AVRIL. I. Vol. 1774. 37
ANTONIN .
Vous portâtes un peu loin cette précaution.
Votre prédéceſſeur en uſa longtemps
de même , & ne fit que redoubler
ſes inquiétudes. Les têtes qu'il fit abattre
ne raſſuroient point la fienne. Il pardonna
enfin pour la premiere fois , & pour la
premiere fois on ceſſa de le menacer. On
lui ſçut gré de n'être plus un barbare.
Les coeurs des Romains ſe donnerent à
lui auſſi - tôt qu'il ambitionna de les obtenir.
TIBERE.
Mon caractere ne me permit pas de
croire cette conquête ſi facile. Je joignis
la fermeté à la diſſimulation. La fin du
regne d'Auguſte ne m'avoit point fait oublier
celle du premier Céfar ; & je crus
devoir confier ma vie moins à mon indulgence
qu'à ma ſévérité.
ANTONIN.
Le ſecond de ces moyens eſt encore
moins fûr que le premier. Un Prince doit
être ferme & non cruel , reſpecté plutôt
que redouté. Un Prince que tous ſes ſujets
craignent , doit , à son tour , craindre
tous ſes ſujets.
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
TIBERE .
L'expérience de tous les temps , prouve
qu'il ne fuffit pas d'aimer les hommes
pour en être chéri. Le grand Céſar avoit
toujours pardonné.
ANTONIN.
Il étoit ufurpateur , & Rome vous
avõit reconnu pour ſon chef. La différence
des temps en eût mis dans le caractere
&la conduite des Romains. Suppofons
Céſar le troiſieme Empereur de Rome :
il en eût fait la gloire & les délices ; il
n'eût trouvé que des reſpects dans ce
Capitole où il trouva la mort.
TIBERE.
J'avoue que les Romains étoient déjà
façonnés au joug. La faibleſſe & l'adulation
du Sénat auroient pu me raſſurer ;
mais cette foibleſſe même contribuoit à
nourrir mes ſoupçons.
ΑΝΤΟΝΙ Ν.
Il y a un point que je tolere auffi peu
que vos cruautés. C'eſt l'accueil que vous
fîtes aux délateurs , eſpece d'hommes qui
avilit le plus l'eſpece humaine , & dont
AVRIL. I. Vol 1774. 39
l'emploi conſiſte à aiguiſer ſans ceſſe le
fer d'un tyran , à lui indiquer ſes victimes.
:
TIBERE.
Ce fut encore là un des reſſorts de ma
> politique. Tout m'étoit ſuſpect , &c'étoit
diminuer ma défiance que de la ſemer
entre tous ceux qui la cauſoient.
>
ANTONIN.
Le premier tort de ceux qui oppriment
les hommes , c'eſt de ne point affez les estimer
; c'eſt de ne point aſſez ambitionner
leur eſtime. Il eſt ſi flatteur de la mériter
! Quiconque s'expoſe volontairement
à la perdre , ne trouve en ſoi-même
rien qui l'en dédommage. Le remords
eſt le premier châtiment de l'homme injuſte
, & s'il échappe à d'autres ſupplices ,
le ſouvenir de ſes crimes devient pour lui
un fupplice toujours renaiſſant.
TIBERE. -
Il eſt vrai que je m'accoutumai plus à
commettre des crimes qu'au ſouvenir de
les avoir commis. L'ame croit s'endurcir:
elle ne fait que s'irriter. Le ſang que
nous verſons nous met bientôt dans la
C4
40
MERCURE DE FRANCE.
néceſſité d'en verſer encore : cette horri,
ble foif s'allume par l'aliment qui ſembloit
devoir l'éteindre : ce qui ne fut d'abord
que volontaire devient indiſpenſable
: il faut ou détruire ou être détruit.
Le tyran le plus barbare frémit au premier
meurtre dont il ſe ſouille ;' il frémi
roit bien davantage s'il prévoyoit combien
ce crime doit en entraîner d'autres .
ANTONIN.
Ces réflexions auroient pu être chez
vous moins tardives. Les lumieres ne
vous manquoient pas ; vous eûtes même
de grands talens dans plus d'un genre.
Vous fîtes plus d'un reglement ſage.
Quelques- unes de vos actions feroient
honneur aux meilleurs des Princes : pourquoi
tant d'autres vous rapprochent- elles
des plus mauvais ? Ne fîtes - vous le bien
que pour commettre impunément le mal ,
ou le mal que pour vous venger d'avoir
fait le bien ?
TIBERE.
Remontez à la ſource de toutes mes.
actions : vous me verrez toujours cruel
par défiance & généreux par goût. J'eſtimois
peu les hommes. Le bien que je
AVRIL. I. Vol. 1774 . 40
leur fis ne me raſſura jamais contre le
mal qu'ils pouvoient me faire. Je regardois
les Romains comme une troupe d'animaux
féroces , dont il eſt toujours dangereux
d'être le gardien : qui rugiſſent
contre la main qui les flatte , & qu'il faut
>
enchaîner ſi l'on veut les contenir.
ANTONIN.
Nous les vîmes fous un aſpect bien différent.
Il eſt vrai que ſous mon regne le
fantôme de la liberté s'étoit entiérement
évanoui ; depuis long -temps les Romains
n'avoient combattu que pour ſe donner
des maîtres. Mais rien de ma part ne leur
fit entrevoir la ſervitude. J'étois abſolu ,
& ils pouvoient fe croire libres. Je ne
me crus leur chef que pour être leur modele.
Le ſoin de maintenir mon autorité
m'occupoit moins que le ſoin de la rendre
utile; & chaque Romain , au lieu de
chercher à me la ravir , eût combattu
pour me la conferver .
TIBERE.
-J'ai bien des fois réfléchi ſur cette prétendue
liberté que Rome vouloit garder
pour elle , & enlever à tout le reſte de la
terre, Il falloit bien mettre d'accord ces
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
brigands qui s'entrégorgeoient pour le
partage des dépouilles du monde. C'eſt
ce que Céfar eſſaya de faire , & ce qu'après
lui effectua Auguſte. Je maintins
l'ouvrage de mon prédéceſſeur. J'eus ,
comme lui ,recours tantôt à la force , tantêt
à la ſoupleſſe. Je maintins la paix dans
Rome & dans tout le reſte de l'Empire.
Je ne mis de faſte ni dans mon extérieur,
ni dans mes amuſemens . Je fus le cenſeur
auſtere du luxe des Romains; &mon
ſéjour à Caprée, dont on a tant médit ,
fut moins pour dérober mes plaiſirs à
leurs yeux , que pour les ſouſtraire euxmêmes
à mes regards.
:
ANTONIN .
Autre effet d'une prevention fâcheuſe.
Haïr ainſi les hommes , n'est - ce pas
avouer tacitement qu'on a mérité leur
haine ? L'indulgence eſt la plus noble
compagne de l'équité. Je les fis monter
avec moi ſur le trône. Je n'attendis pas
même , pour être indulgent, que le fort
m'eût élevé au rang ſuprême , qui doit
nous rendre cette vertu ſi facile. Je n'étois
encore que Proconſul d'Afie quand
le Sophiſte Polémon , chez qui je m'étois
choiſi un gîte , me fit fortir de ſa maiſon
۱
AVRIL. I. Vol. 1774. 43
1
à minuit. Il vint me faire ſa cour lorsque
je fus Empereur. Je lui donnai un
logement dans mon palais , en lui diſant :
qu'il ne devoit pas craindre qu'à minuit
perſonne vînt l'en faire fortir.
TIBERE..
Je n'examinerai point ſi ce procédé fut
réellement un trait d'indulgence ; mais
j'avouerai que je me fuſſe vengé différemment.
ANTONIN.
Avouez auſſi qu'un Prince cruel entend
bien peu ſes intérêts. La terreur eſt
un foible reſſort entre ſes mains, Il ne
peut ni abattre , ni enchaîner toutes celles
qui pourroient s'armer contre lui. C'eſt
l'amour ſeul qui a ce pouvoir : & qu'il
eft facile à celui qui peut tout , d'inſpirer
ce ſentiment ! Il n'a beſoin , pour y parvenir
, que de ſe rappeler qu'un homme
à qui tant d'autres obéiſſent, eſt comptable
envers eux de leur bonheur en échangede
fon pouvoir. Alors ſa conſervation
tient à celle de l'Etat. Il a autant de gardiens
qu'il a de ſujets. Son coeur lui épargne
juſqu'à la défiance , &lecoeur de ceux
qu'il gouverne lui répond de ſa ſûreté.
44 MERCURE DE FRANCE. -
TIBERE.
: N'a- t- on pas vu quelques Princes bienfaifans
fubir eux - mêmes ? ...
ANTONIN.
Il y eut des monftres dans tous les fiecles
; mais les monftres font rares, Lorsqu'il
ne s'agira que de veiller ſur eux , ce
genre de précaution deviendra moins pénible
, & , à coup sûr , plus efficace. J'avone
que le rôle d'un Monarque eſt bien
embarraſſant. Il eſt ſouvent obligé de faire
le bien de ſes ſujets malgré eux - mêmes.
Le grand point , c'eſt d'avoir mérité leur
confiance. L'habile médecin preſcrit ,
quand le cas l'exige , des remedes violens
à fon malade. On les prend ſur ſa parole
, on les eût rejetés de la main de
tout autre; & l'on regarde alors comme
un antidote fecourable ce qu'on n'eût enviſagé
que comme un poiſon deſtructeur,
En un mot , il ne ſuffit pas de vouloir
faire le bien des hommes ; il faut leur
perfuader encore que c'eſt leur bien qu'on
yeut faire.
Par M. de la Dixmeric,
}
AVRIL. I. Vol. 1774. 45
e
>
IDYLLE de Gesner , traduite en vers
françois.
D
MIRTILE.
Ans le temps que la nuit bruniſſoit de ſes voiles
L'azur du firmament , & doroit les étoiles ,
Mirtile étoit allé vers un étang voiſin
Dont le contour formoit comme un vaſte baſſin .
La lune étoit levée , & l'onde tranſparente
Réfléchiſſoit alors ſa lumiere tremblante.
Le filence profond des campagnes , des bois ,
Le chant du roſſignol & le ſon du hautbois
Avoient tenu long-temps le bienfaiſant Mirtile
Dans un raviſſement admirable & tranquille.
Mais il revint enfin dans ſon riant berceau
Qu'osnoient des pampres verds , que baignoit un ruis.
ſeau :
Il trouva ſon vieux pere au bord de l'onde pure
Qui dormoit mollement ſur la tendre verdure.
Mirtile s'arrêta , fixant ſur lui ſes yeux ,
Qu'il détournoit ſouvent pour les porter aux cieux ;
Il béniſſoit alors , par de pieuſes larmes ,
Celui qui de ſon coeur faiſoit les plus doux charmes .
O toi qu'après les Dieux , j'aime fi tendrement !
Que ce ſommeil du juſte eſt paiſible & riant !
Sans doute tu feras ſorti de ta chaumiere
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour célébrer le ſoir par la fainte priere ,
Et , lorſque tu priois , le Pere du repos
Aura deſſus tes yeux répandu ſes pavots .
Les Dieux t'ont exaucé; car pourquoi dans la plaine
Feroient- ils des zéphirs ſouffler la douce haleine ?
Pourquoi béniroient- ils nos terres , nos troupeaux ,
Le fruit de nos vergers , nos ruſtiques travaux ?
Pourquoi notre cabane , au milieu des bocages ,
Seroit- elle à l'abri des vents & des orages ?
Pourquoi couvriroient- ils nos guérets de moiſons ;
De verdure nos prés , & de fleurs nos buiffons ?
Lorſque , content des ſoins que j'ai pour ta vieilleſſe ,
Tu bénis mon amour par des chants d'alegreſſe ,
Un tendre ſentiment vient pénétrer mon coeur ,
Je me ſens enflammé d'une plus vive ardeur ;
Même encor ce matin, ſortant de ta chaumiere
Pour ranimer ta force aux feux de la lumiere ,
Et regardant bondir , ſur ces gazons fleuris ,
Nos innocens agneaux de leurs ineres ſuivis ;
Mes cheveux , diſois - tu , ſont blanchis dans la joie ,
Mes jours , o mon cher fils , me font filés de foie !
Champs fortunés ! côteaux ! vallons délicieux !
Bientôt je vous ferai pour toujours mes adieux.
Prés émaillés de fleurs , riches préſens de Flore !
Vos climats bienfaiſans ſous qui je vis l'aurore
Pour la premiere fois m'ouvrant un ciel vermeil ,
Faire luire à mes yeux le flambeau du ſoleil ,
Bientôt je quitterai vos plaines verdoyantes ,
Pour aller poſſéder des rives plus charmantes ?
AVRIL I. Vol. 1774. 47
Mon pere , tu vas donc te ſéparer de moit
O triſte ſouvenir ! j'en friſſone d'effroi !
Alors j'érigerai tout auprès de ta tombe
Un autel deſtiné pour t'offrir l'hécatombe ,
Et lorſque j'aurai put ſecourir l'indigent ,
Je répandrai du lait deſſus ton monument.
Mirtile alors ſe tut: A ces mots fa triſteſſe
S'exhala par des pleurs d'amour & de tendreſſe.
Qu'il dort paiſiblement ! ... ſans doute fes vertus
Viennent ſe retracer à ſes ſens abattus !
Quel éclat ſur ſa tête & ſa barbe grifatre ,
Répand l'aſtre des nuits au teint pâle & blanchâtre !
"
ود
ود
"
Puiſſent les vents du foir, les humides vapeurs
Ne lui faire aucun mal tant qu'il dort fur ces fleurs !
Puiſſent les doux Zéphirs , les enfans de l'aurore ,
Exhaler à ſes ſens tous les parfums de Flore ! "
Par M. Doin , profeſſeur au
College de Valencc.
48 MERCURE DE FRANCE.
LA NOISETTE , Allégorie.
AIR : Belle Brune que j'adore.
COMME POMME une Nymphe ſauvage
Toujours j'habite les bois .
L'ombre d'un épais feuillage
Semble avoir fixé mon choix.
Souvent dans un jour de fête
On voit de jeunes amans
A rechercher ma conquête
Paſſer leur plus beaux momens.
Dans ma taille rondelette
Je plais à tous à la fois ;
Mais , quoique ſimple & jeunette ,
Je ſuis dure , meme aux Rois.
Pourtant , avec quelque adreſſe
On peut vaincre cette humeur ;
Quand un jouvenceau me preſſe
Il obtient enfin mon coeur.
De la Beauté la plus ficre
Ainſi finit la rigueur;
L'amour s'y prend de maniere
Qu'elle connoît un vainqueur.
A votre ardeur ſi Lifette
Paroft ne pas s'émouvoir ,
Bergers,
AVRIL 1. Vol. 1774. 49
Bergers , voyez la noiſette
Et livrez - vous à l'eſpoir.
Par Mile Coſſon de la Creſſonniere.
LES DEUX ROSES. Fable.
SUR
UR la toilette de Julie ,
Un jour une brillante Rofe
Fut mife , fraîchement écloſe ,
Près d'une Rofe d'Italie ;
Celle- ci ne devoit qu'à l'art
Son coloris , fon éclat & fon fard ,
L'autre , de la ſimple Nature
Tenoit ce fard , fans impoſture ,
Qui , par d'agréables couleurs ,
La fait nommer Reine des Fleurs .
Que viens -tu faire ici , dit la Roſe imitée ?
Briller un inſtant & mourir ?
D'égaler mon deſtin te ſerois-tu flattée ?
Non , répondit l'amante de Zéphir :
A tant d'honneur je ſuis loin de prétendre.
Garde ton éclat emprunté ;
Et moi , douce , modeſte & tendre ,
Je préfere la vérité.
ParM. le Clerc de la Motte , Capitaine Chev.
de St Louis au rég. d'Orleans inf.
D
50
MERCURE DE FRANCE.
EPITRE d'Ariane à Thésée ,
Οτι ;
Imitation d'Ovide.
UI ; les monſtres les plus féroces font
moins cruels que toi. Amante trop crédule
, devois- je me fier au plus perfide de
tous les hommes ? C'eſt Ariane qui t'écrit
, la triſte Ariane que tu as délaiſſée
ſeule & fans ſecours ſur des rives inconnues
& fauvages. Les doux pavots du
ſommeil avoient appefanti mes paupieres .
Mon coeur , ſe fiant à tes promeſſes , étoit
dans une tranquillité profonde. Des fonges
légers & agréables m'offroient l'image
de mon amant. Funeſte ſécurité , devois
- tu donc me trahir ?
Déjà la rofée avoir humecté la terre.
Les tendres oiſeaux commençoient à
chanter leurs amours. Je m'éveille. Mes
yeux font baignés de ces douces larmes
que l'amour m'a fait verſer. Je veux faifir
la main de mon amant, la ferrer dans
la mienne , la preſſer contre mes levres.
Je la cherche , je ne la trouve point.
Théſée , où es - tu ? ..... Il ne
me répond point. Il n'eſt plus à mes
1
AVRIL. I. Vol. 1774. 51
}
côtés. Un froid mortel glace mes ſens.
La terreur peinte ſur le viſage , je jette
les yeux autour de moi. Je ne vois que
des arbres & d'arides rochers ; je ne vois
plus mon amant. La foible lueur de la
Lune guide mes pas incertains. Furieuſe
& déſeſpérée ,je parcours le rivage.Ma
voix tremblante prononce le nom de mon
vainqueur. La nymphe Echo ſemble partager
mes peines. Elle appelle auſſi Théſée;
&Théſée ne répond point. Les antres des
rochers , le fond des cavernes , tout répete
à l'envi le nom d'un perfide.
1
Le déſeſpoir précipite mes pas. Je
m'élance ſur un rocher battu par les flots.
Là , ma vue égarée meſure avec effroi
l'immenſité des mers. Je découvre
dans le lointain un vaiſſeau qui fend les
ondes. Les vents inexorables ſemblent
favoriſer ſa fuite. Alors ma douleur ne
connoît plus de bornes. Mes cris percent
les airs. Ah ! reviens , m'écrié je , reviens
, cher Théſée ; Ariane n'eſt pas
avec toi. Mes longs gémiſſemens ne font
point écoutés. Mes bras étendus vers toi
ſemblent implorer ta pitié. Mon voile flotte
dans les airs ; mais ce foible ſignal n'eſt
point apperçu . C'en eſt fait , le vaiſſeau
diſparoît. Je ne vois plus : mes genoux ſe
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
dérobent ſous moi. Un torrent de larmes
inonde mes joues. Ah ! pleure , malheureuſe
Ariane , pleure; tu ne verras plus Théſée.
Semblable à une Bacchante , la tête
échevelée , les yeux troublés , j'erre ça&
là. J'accuſe tous les êtres inanimés. Tantôt
aſſiſe ſur le bord de la mer , je fixemes
yeux fur cet élément perfide. Je vois empreintes
fur le fable les traces de tes pieds.
Souvent j'entre dans cette grotte champêtre
où l'écho ſoupiroit avec nous. Je colle
mes levres froides & tremblantes fur le
lit nuptial. Je lui adreſſe mes plaintes.
Grotte ruſtique , qu'as - tu fait de mon
amant ? Echo ! ſenſible écho , dis moi où
eſt Théſée ? Pourquoi ne vole-t'il plus
dans mes bras ? Pourquoi ne me preſſe-t'il
plus contre ſon ſein ? Je n'entends point
fa voix touchante. Hélas ! ma raifons'égare.
Je ſuis feule , je ſuis abandonnée. Cette
ifle n'offre à ma vue qu'une terre inculte&
déferte. Il n'eſt plus d'aſyle pour moi.
Je ne verrai plus l'ifle de Crete fameuſe
par ſes cent villes . O ma chere patrie ! je
ne te verrai plus. La vue du ſuperbe palais
de Minos eft déformais interdite pour
moi. Princeſſe infortunée! j'ai déshono-
'ré le nom de mes ancêtres. Je me ſuis arrachée
des bras d'un pere pour ſuivre fur
AVRIL. I. Vol. 1774. 53
les mers un amant perfide. Ah ! ſouviens
t'en , Théſée , lorſque je guidois dans le
labyrinthe tes pas égarés , tu me jurois
alors de m'aimer toujours. Ariane , me difois-
tu , chere Ariane , j'en jure par la
reconnoiſſance que je dois à tes bienfaits
tu feras toujours à moi ; oui , tant que
nous vivrons , mon Ariane me fera toujours
chere. Nous vivons , parjure , nous vivons
; & cependant Ariane n'eſt plus à
toi ! Pourquoi la même main qui maſſacra
le Minotaure * mon frere , n'a - t'elle
pas tranché le fil de mes jours infortunés
? Ma mort t'auroit affranchi du joug
des fermens. Malheureuſe ! iſolée dans
cette vaſte ſolitude , je ne vois autour de
moi que des fantômes. La mort , qui ſe
préſente à mes yeux ſous les traits les
plus horribles , ſeroit moins funeſte pour
moi que la cruelle incertitude dans laquelle
je ſuis plongée. Le filence de la
nuit eſt interrompu par les rugiſſemens
des bêtes féroces. La tendre Ariane , qui
* Le Minotaure étoit un monstre moitié bomme
moitié taureau , né de Pasiphae , femme de Minos ,
& d'un taureau . Minos l'enferma dans le labyrinthe .
où il ſe nourriſſoit de chair bumaine. Thefee le tua ,
fortit du labyrinthe par l'adreſſe d'Ariane.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE.
a quitté pour toi ſa patrie& fes Dieux ,
fera peut- être la proie des ces monftres
marins que la mer vomit ſur ſes bords .
Peut - être un fort encore plus affreux
m'eſt - il réſervé. Ah ! ſi de cruels ravisfeurs
me traînoient dans l'eſclavage , non ,
je ne pourrois ſurvivre à cette ignominie .
Fille du grand Minos , petite- fille d'Apollon,
hélas ! moi qui fus autrefois l'épouſe
de Théſée , me verrai-je réduite à
traîner au ſervice d'une Reine étrangere
les reſtes d'une vie languiſſante ? Tout
m'effraie. La Nature ſemble conjurée
contre moi. J'entends gronder la foudre.
Ah! fans doute les Dieux vont punir une
malheureuſe qui a trahi les loix facrées
de l'innocence. Si cette iſle eſt habitée
par des hommes , loin de moi ce ſexe
trompeur ; je n'ai que trop appris à le
connoître,
Plût aux Dieux que tes vaiſſeaux n'eusſent
jamais cotoyé les rivages de la Crete!
Je n'aurois point armé ton bras contre
la vie d'un frere. Innocente & paiſible ,
je vivrois dans le palais du ſage Minos.
Je ſemerois de fleurs le chemin de l'aride
vieilleſſe qu'il va bientôt parcourir. Je
partagerois avec lui les hommages d'un
peuple fidele & ſenſible. O Minos !
/
AVRIL. I. Vol . 1774 . 55
monpere! vous ne rougiriez pas de m'avoir
donné la vie. Aimables compagnes
de mon enfance , je parcourrois encore
avec vous les riantes campagnes de la
Crete. Je verrois ma tendre mere fourire
en voyant ſa fille. Ah! pourquoi les cruels
Athéniens ont- ils moiſſonné les jours de
mon frere Androgée à la fleur de fon age!
* Regrets inutiles !
C'en eſt fait: condamnée à périr dans
çe déſert , je ne recevrai point en mourant
les adieux de ma mere. Je ne verrai
point couler ſes larmes. Une main ché
rie ne fermera point mes yeux. Mon urne
ne fera point arroſée des pleurs de mon
pere. O Phedre ! ô ma ſoeur ! on ne te
verra point , les cheveux épars , déplorer
le fort de la triſte Ariane , & jetter des
fleurs ſur ſon tombeau. Privée de ſépulture
, mon ombre ſera long- temps errante
ſur les rives du noir Cocyte. Eft-ce là
le prix de tant d'amour ? Est-ce là la ré-
* Androgée , fils de Minos & de Pasiphaé , fut
tué par les Athéniens & par les Mégariens. Minos,
en vengeance de cette mort , obligea les Athé
niens d'envoyer tous les ans ſept jeunes hommes en
Crete pour être exposés au Minotaure. Thésée , pour
les délivrer , tua ce monstre.
D 4
56 MERCURE DE FRANCE .
compenſe que je devois attendre de mes
bienfaits ?
Cependant l'ingrat Théſée , enorgueilli
de ſes conquêtes , verra la ſuperbe Athenes
ériger des trophées à ſa gloire. Sans
doute , tu n'oublieras pas de mêler le nom
d'Ariane dans le récit de tes victoires . La
Grece apprendra par quelle perfidie tu
m'as abandonnée à la rigueur du Sort. Va,
digne fils de l'illuftre Ægée , triomphe
de mes malheurs. Une amante trahie , la
foi conjugale outragée , voilà des exploits.
dignes de toi.
Ah ! repréſente- toi ton amante livrée
au plus affreux déſeſpoir. J'arrache mes
cheveux ; je déchire mon ſein. Suſpendue
à la pointe d'un rocher , j'atteſte les
Dieux & les hommes de la folemnité de
tes fermens . Ma main tremblante trace à
peine ces triſtes caracteres. Je verſe des
larmes en abondance. Oublie , s'il eſt
poſſible , que je t'ai ſauvé la vie ; mais au
moins ne me donne pas la mort. Viens
recueillir mes cendres , & puiſſe le fouvenir
d'une femme que tu as tant aimée ,
arracher quelques plaintes à ton coeur en
durci!
Par M. D...... de Chartres.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 57
LA COQUETTE DÉMASQUÉE.
SOEUR
OEUR de la perfidie ,
Elle chérit la feinte & les ſéductions ;
Une maligne fantaiſie
Lui fait , au fond des coeurs , chercher les paſſions ,
Ses modeftes regards n'offrent à qui s'y fie ,
Que douceur , que candeur , vertu , ſévérité ;
Mais un oeil éclairé
Qui la fuit , l'étudie ,
Déchirant un voile impoſteur ,
A bientôt pénétré les replis de fon coeur.
On ne voit plus alors que fauſſe modeſtie ;
Soin de plaire avec art ,
Pruderie & fineſſe
Plus de maintien que de ſageffe ,
De la vertu le fard.
Par M. le Général, à Versailles.
PORTRAIT D'ADÉLAIDE .
AIR : Dans ma cabane obscure.
LEs fons touchans d'Ovide
Auroient ſeuls la douceur
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
De peindre Adélaïde
Comme elle est dans mon coeur
Amour , divin Apelle ,
Offres en le tableau ;
Un fi joli modele
Eſt fait pour ton pinceau !
Songe que rien n'efface
L'éclat de ſa Blancheur ;
Son rire eſt une Grace;
Son teint eft une fleur :
Parure très - légere
Suffit à ſes appas ;
Elle eſt ſûre de plaire ,
Et ne s'en doute pas !
Peins - là ſous la figure
D'un Ange un peu lutin ;
Et, quoiqu'elle en murmure,
Ofe agiter ſon ſein ,
Elle eſt ſage , trop fage
Pour écouter mes voeux ...
Ah ! ton plus bel ouvrage ,
Eſt de faire un heureux !
:
Par M. M. , à Caftrcs.
C
:
1
AVRIL. I. Vol. 1774. 59
RÉPONSE de Mlle T. , aux vers qui lui
fon adreſsés dans le Mercure de Mars
1774.
CES "EST à la Fortune cruelle
Que je dois vos vers impolis :
Vous les eufliez fait plus jolis ,
Sans doute quand j'étois plus belle.
L'EXEPXLPILCIACATTIIOONN du mot de la premiere
énigme du Mercure du mois de Mars
1774, eft Odorat; celui de la feconde
eſt Doute ; celui de la troiſieme eft le
Menton ; celui de la quatrieme eſt Lys
(l'empire des Lys. ) Le mot du premier
logogryphe eſt Poivre , où se trouvent
vire , vie , poire , ivre , Pie , oie (la plume)
ire , pire , voie , po ; celui du ſecond eft
Artilleur , où l'on trouve air , ail , alle ,
Aire , aire , ali , allier , aller , allié , arrêt ,
art , luter , élu , eau & lait , lute , luteur ,
Eu , il , la , lia , laie , lie , lier , licu , lire ,
lit , litre , raic , rale , railleur , rat , rare ,
rate , rire , rieur , rit , rituel , rue , rut ,
60 MERCURE DE FRANCE.
taie , taire , taille , tailleur , tare , tille ,
traire , tuile , Tullie , Urie , utile , ut , ré ,
la.
:
Mo
ENIGME.
on nom est connu dans l'hiſtoire.
D'un Roi je ferois le bonheur.
Un héros devint mon vainqueur ,
M'obtint par des combats & ſe couvrit de gloire.
Iis ne font plus ces temps : j'ai bien changé d'état.
En proie à des mains mercenaires ,
Sans pitié l'on me tord , on me foule , on me bat :
On me déchire enfin de toutes les manieres !
Sans me plaindre pourtant , je ſouffre tous ces maux ;
Je ſuis utile aux arts , & même à ton repos.
Et mes membres épars , que d'habiles mains tiffent ,
Des rigueurs d'Aquilon ſouvent te garantiſſent.
On fait grand cas de ma douceur
Un trait bien digne de remarque ,
Chez le Sujet , chez le Monarque ,
J'annonce toujours la grandeur.
Par M. Hubert.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 6
Du
AUTRE .
'UN logement , lecteur, je ſuis la porte.
Me ferme - t - on ; tout eſt en liberté ;
Si vous m'ouvrez , fans appeler main forte ,
Les habitans ſont en captivité.
Par le même.
AV
AUTRE.
VEC un port mignon , leſte , jamais perplexe ,
Par effort inégal
En route circonflexe ,
J'inquiete bien plus que je ne fais de mal.
Je me fais , il eſt vrai , déteſter du beau ſexe ,
Et du galant heureux je deviens le rival ;
Il prend mille détours que des trois quarts j'abrege
Pour jouir , comme lui , du plus beau privilege.
ParM. leGénéral
62 MERCURE DE FRANCE.
J
AUTRE.
E ne ſuis point un corps fans ame ,
Et mon lecteur va bientôt s'en douter ,...
Car je reſſens toujours la flamme
Que je fais fi bien exciter ;
Quand dans ſes mains il tient les miennes ,
C'eſt pour l'aider à réchauffer les fiennes ;
Şans être délicat , j'ai le tempérament
Sujet à du ménagement :
Le grand air m'eſt ſurtout puiſible ,
Et tellement , qu'il eſt viſible
Que , ſi l'on n'a de la précaution ,
Il peut m'oter la reſpiration.
Mes habits , quelquefois ont aſſez d'apparence ,
Bordés d'or , ſouvent tout unis ,
Ils font toujours beaucoup de plis ,
Mais chez le pauvre ils font moins d'importance ;
Et , ſi l'on prend mon nom dans un ſens différent ,
Tout change , & quelquefois je punis l'inſolent.
L.
Par M. le Clerc de la Motte , Cap . Chey.
de St Louis au rég. d'Orléans , inf.
CLO
AVRILL. Vol. 1774. 63
>
VIF ,
LOGOGRYPHE.
IF , étourdi , femillant ,, amoureux ,
J'imite affez les tours d'un petit - maître ,
Mais plus que lui je ſuis heureux
**Tandis qu'il feint de le paraître.
Je vois Philis ſourire à ce portrait.
J'ai peint ſon amant trait pour trait ;
De mes ſept pieds diviſez la ſtructure ,
Et , fans vous mettre à la torture ,
Bientôt Philis , vous ſçaurez mon ſecret.
Premiérement , des démarches des hommes
Vous devez voir l'unique fondement ;
Je ſuis bien far , dans le ſiecle où nous ſommes ,
Que fur ce point , aucun ne me dément.
Vous voyez à la ſuite un perfide élément;
Un utile animal & qu'à tort on mépriſe :
Hormis fon chant qui n'eſt point à ma guiſe
Je le trouve un être charmant.
Continuez Philis , & vous verrez paroître ,
Un mot que prononcer vous deſirez peut - être .
Pardonnez - moi , Philis , ſi je ſuis indiſcret ;
Déſormais je ſaurai garder mieux le tacet.
Je vais finir tout ce vain étalage ;
Car tant de verbiage
Souvent déplaft :
MERCURE DE FRANCE.
Encore un mot , & vous ferez au fait.
Vous verrez donc celui qui , loin du monde ,
Croit pouvoir à loiſir , dans une paix profonde ,
Contempler le fort des humains ;
Et dont les voeux ſont ſouvent auſſi vains .
Par M. D. E. , de Lamballe.
1. ;
SUIS - je
AUTRE.
UIS - je un bien , ſuis - je un mal ? Je ſuis les deux .
peut - être.
1
Si l'on trouve avec moi le plus doux des plaiſirs ;
Je le change ſouvent en de cuiſans ſoupirs .
O! toi , mon cher lecteur , qui voudrois me connoftre ,
Combine mes ſept pieds , &, ſous quelques inſtans ,
Tu verras ce que fille , à l'âge de quinze ans ,
Atoute autre choſe préfere ,
L'art menſonger qui plaſt au ſot vulgaire ,
Dont il a peur ſans ſçavoir trop pourquoi ;
Ce que ne peut paroître un homme en défarroi ;
Un nom fort à la mode auquel on ne croit gueres ,
Et là-deſſus on a raiſon ;
Car dans un fiecle auſſi félon
On ne voit point de gens finceres
Tu vois encor , ſi tu combines bien ,
Ce
AVRIL. I. Vol. 1774, 65
Ce que dans certains jours doit faire un bon Chrétien.
Ce n'eſt pas tout , lecteurs , Es - tu poëte ?
Tu - dois voir ſans nul interpréte
Ce qui de la raiſon bleſſe ſouvent les droits ;
Et vous enfin , qui rangés ſous mes loix ,
Débitez contre moi votre morale auſtere ,
Que vous feriez heureux ſi vous ſaviez tous plaire!
Par le méme.
1
D
AUTRE.
EPUIS long - tems je regne ſur la terre ;
Il n'eſt pas de pays ou je ſois étrangere.
Le petit & le grand ſont ſoumis à mes loix,
Et chacun d'eux obéit à ma voik.
Le ſage ſeul veut franchir la barriere ,
Mais c'eſt en vain qu'il rit de mes ſujets ;
Il n'a pas achevé ſa pénible carriere ,
Qu'il ſe voit pris dans les mêmes filets ...
Prenez trois pieds de mon architecture ,
Faites en l'anagramme , & vous verrez après ,
Un terme de marin qui veut dire au plus près.
Trois autres pieds , fans changer leur nature ,
Te produiront , lecteur , le fond de ton tonneau;
Trois pieds encor te donneront l'oiſeau
Qui ſauva les Romains par ſon cri ſalutaire ;
Mais prends en quatre , & tu vois un vifcere ;
E
66 MERCURE DE FRANCE .
Deux , une nymphe , un arbre , & cinq qui font mon
tout ,
:
Vont t'offrir à l'inſtant un vaſe bien fragile.
Adieu , lecteur , je ſuis à bout.
Qu'à me trouver ton foin ſoit inutile.
Par le même.
J
AUTRE.
dois être bien fier !
J'établis mon empire
Sur tout ce qui reſpire ,
Et je lui ſers de bouclier.
Par fois , pour me fêter , de fteurs on m'environne ;
Et , fans avoir de front , j'aſpire à la couronne.
A préſent , cher lecteur , comptez - vous me tenir ;
Ou croyez vous pouvoir me découvrir
Toujours impunément ? C'eſt ce qui vous enrhume.
Je ſuis au poil comme à la plume ,
Très - ſouvent entouré d'une épaiſſe forêt ;
J'ai la tête près du bonnet :
Je pourrois vous donner bien de la tablature :
Prenez donc garde à moi. Dans mes cinq pieds entiers ,
Mon nom eſt ſouvent une injure ,
Compriſe dans les trois derniers.
Par un Chapelain de Dourdan.
Avril. 1774. 67.
ROMANCE
.
ParM.Neveu,Maitrede Clavecin.
Detous les Garçons du Village,
Colin eftbi - en leplus charmant;
Etla Bergere laplusfage Le :
choif-iroitpourfonAmant,Le
choi-fi- roitpoursonA-mant, Fir
Sonairses yeux,sonpropos me-me
En lui
toutestfaitpour charmer;
Quand ilditfibienje vous aime,
08. Mercure de France.
Lingratpeut-il ji mal ai-mer .
Detous,&c. PVoolltttii,pour
pour Mincur.
Mineur.
Ah.sijepouvois me dé-fen- dre:
Del'amour quejesens pour lui ,
Taurvis du plaisir àlui ren-dre
Lemalqu'ilmefaitaujourd'hui,
Lemalqu'ilmefaitau-jourdhui:Maj
Mafor-bleffe,helas est extrême,
Moncoeur nefaitques'a- lar- mer :
Avril. 2774 . 69
a
Quandildit si bienje vous aime,
Lingratpeut-il si malaimer .
Ah.six .
NOUVELLES LITTERAIRES .
L'Hygieine , ou l'art de conſerver laſanté;
poëme latin de M. Geoffroy , écuyer ,
docteur- régent de la Faculté de Médecine
en l'Univerſité de Paris , &c. traduit
en françois par M. de Launay ,
docteur en médecine , & membre de
pluſieurs Académies littéraires ; vol.
in-8°. Prix , 3 liv. broché.
On en a imprimé un petit nombre in -4°.
Prix , 6 liv. broché.
Nous ous avons , dans le Mercurede France
du mois de Janvier 1772 , donné une notice
du poëme latin de M. Geoffroy fur
l'art de conſerver la ſanté , & nous avons
dès - lors formé des voeux pour qu'un
E 3
70 MERCURE DE FRANCE,
homme de lettres ſe chargeât de traduire
en françois ce beau poëme qui , par les
préceptes ſalutaires qu'il contient , doit
intéreſſer toutes fortes de lecteurs. Cette
traduction exigeoit que celui qui l'entre
prendroit fût non- feulement verſé dans
les belles lettres , mais encore familiarifé
avec les connoiſſances phyſiques , afin
de pouvoir allier l'exactitude & la propriété
de l'expreſſion aux grâces & à l'harmonie
du ſtyle. Ces voeux ſont aujourd'hui
remplis ; & ceux qui n'ont pu lire
le poëme latin de M. G. ne manqueront
pas de s'en procurer la traduction . Ce
poëme , qui a pour objet de rendre la
ſanté auſſi durable que le comporte la
nature humaine , doit occuper utilement
tous les lecteurs , ceux ſurtout qui penſent
que la ſanté eſt le bien de ce monde
le plus intéreſſant à conferver , le plus
facile à perdre , le plus difficile à recouvrer
, & fans lequel reliqua plùs aloës
quàm mellis habent , ſelon l'expreſſion du
docteur Burnet.
L'Hygieine , portée à ſa perfection, rendroit
, ſuivant les réflexions du traducteur
, les autres parties de la médecine
totalement inutiles pour toute perſonne
bien conftituée , qui ſuivroit exactement
AVRIL. I. Vol. 1774. 71
7
3
1
le régime qu'elle lui preſcriroit. Que faudroit
- il donc imaginer de ſi ſurprenant
pour porter cette ſcience à ce degré de
fublimité dont elle eſt encore fi fort éloignée?
Une ſeule choſe ſuffiroit : ce ſeroit
de trouver le moyen de réparer parfaitement
les déperditions journalieres
qu'éprouve un corps animé plein de fanté,
quand une fois il a pris tout l'accroisſement
dont il eſt ſuſceptible. L'on conçoit
cependant que l'impoſſibilté n'eſt
que morale & non phyſique. Il eſt certain
que , parmi les différentes productions
dont la Nature nous paroît ſouvent inutilement
prodigue , il s'en trouveroit d'entiérement
propres à réintégrer , à revivifier
nos différens organes à meſure que
les frottemens inévitables qu'ils éprouvent
operent leur diſſolution, Il en eſtde
cela comme des remedes à quelques maux
que ce fût , qui ne nous manqueroient jamais
au beſoin , ſi notre ignorance ne nous
les tenoit cachés , ne nous les faifoit même
ſouvent fouler aux pieds comme chofes
inutiles & de pur ornement. Je lifois
,, derniérement, continue M. de L. , un
,, ouvrage intitulé : Traité de la longue
„ vie , dans lequel on s'attachoit à prou-
„ ver que l'homme ne vieillit , ne s'affoi-
وو
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
,, blit & ne meurt que pour avoit pris
,, une nourriture peu convenable. C'eſt-
ود
ود
ود
ود
là , je penſe , le vrai noeud de la difficulté.
Une nourriture bien naturelle &
bien appropriée à la conſtitution d'un
homme , telle qu'elle fût , rempliroit
les vuides , répareroit les breches que
laiſſent en lui les différentes excrétions .
Elle entretiendroit l'équilibre qui doit
,, régner entre les liqueurs & les folides
dont il eſt compoſé. Elle préviendroit
l'altération qui , tôt ou tard , arrive dans
,, ces deux fortes de principes conſtituans.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Elle recrépiteroit , s'il eſt permis de
,, parler ainfi , l'édifice à meſure qu'il ſe
„ dégraderoit. Enfin , ſemblable à ces
ſources intarifſſables qui fourniſſent
dans toutes les ſaiſons de l'année une
même quantité d'eau toujours faine
toujours pure , toujours de même natu-
,, re , elle établiroit un cours non-inter-
,, rompu de ſubſtitutions aux déperdi-
وو
"
وو
ود
ود
?
tions de ſubſtances dont la fuperfluité
devient auſſi nuiſible que l'épuiſement
même. C'eſt par une ſuite d'effets en
,, partie auſſi heureux , que certaines fem-
,, mes confervent juſques dans un âge
" avancé les graces & le fraîcheur de la
jeuneſſes que certains hommes ſe res,
AVRIL. I. Vol. 1774 73
"
و د
ſentent ſi tard des glaces de l'hyver ,&
demeurent ſi long - temps capables de
tous les actes de virilité ; car il eſt à
,, remarquer que la plupart de ces êtres
„ privilégiés ne prolongent ainſi le prin-
,, temps de leurs jours qu'à la faveur d'une
ود
"
"
"
"
forte de régime qu'ils ſe ſont rendu
,, propre , qu'ils étendent juſqu'aux excès
,, qu'ils ſe permettent , & que l'inſtinct
,, ou le haſard leur rend ſalutaires . Il n'eſt
,, pas même néceſſaire d'être fortement
conſtitué pour vivre long - temps : té
moin Louis Cornaro , cet auteur célebre
d'un ouvrage intitulé , Diſcorſi della
Vita fobria , qui , quoique d'un tem-
,, pérament foible & cacochyme , nelaiſſa
„ pas d'atteindre l'âge de cent ans , en ne
,, prenant que quatorze onces de nourri-
,, ture dans l'eſpace de vingt quatre heu-
„ res. Un jour qu'il eut l'imprudence
d'en prendre ſeize , il tomba malade ,
& mourut victime de cette finguliere
intempérance. Mais , continue M. de
L. , ne pouſſons pas plus loin un raifonnement
qui tendroit à prouver qu'il
"
"
"
ود
"
ود
ſeroit poffible que nous nemouruffions
,, point , puiſqu'il feroit poſſible auſſi que
,, nous fiffions uſage de tous les fecours
,, que la Nature ſeroit toujours prête à
Es
1
1
74 MERCURE DE FRANCE,
,, nous fournir pour notre conſervation,
Reconnoiſſons , au contraire , l'inévita- ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ble arrêt de mort porté contre l'hom-
,, me , à l'impoffibilité de lui rendre en
tout temps falutaire la meilleure des
nourritures ; de lui rendre praticable ,
dans toutes les circonstances de la vie ,
le régime le mieux ordonné; d'en rendre
les effets invariables , malgré le
changement des ſaiſons , les intempéries
de l'air , le concours irrégulier de
toutes les cauſes ſecondes. Les diverſes
affections de fon ame , cette foule de
paſſions , de répugnances , de deſirs qui
ſe ſuccedent , qui ſe combattent dans
fon coeur ; l'homme moral enfin , eſt lui
ſeul fuffifant pour opérer dans le même
ſujet la ruine de l'homme phyſique.
Comment, outre cela , généraliſer un
,, aliment , une boiſſon , un genre de vie
,, que l'on auroit jugé préférable à tous
"
ود
ود
ود
ود
و ا
و د
و د
و د
و و
les autres ? Cet aliment , quel qu'il fût,
ou ne croîtroit pas dans tous les climats ,
ou feroit ſujet , comme les autres productions
de la terre , à manquer quelquefois.
Cette boiſſon , ſi ce n'étoit
,, pas l'eau , ne parviendroit dans certaines
contrées qu'à grands frais & qu'en
,, petite quantité ; ce genre de vie ne con-
ور
ود
AVRIL. I. Vol. 1774. 75
}
ود
ود
و د
, viendroit certainement pas à tous les
,, tempéramens , à tous les âges , à tous
les états , dans tous les pays. Il faudroit
autant de combinaiſons différentes qu'il
exiſte de différens hommes. " Ces ſeules
réflexions ſuffiſent pour détruire ces
hypothefes , ces probabilités , ces ingénieuſes
nouveautés plus amuſantes qu'utiles
, par leſquelles on a cherché à flatter
l'attachement que l'homme témoigne pour
la vie. Mais s'il n'eſt pas plus en notre
pouvoir de rendre perpétuel le mouvement
qui nous donne l'exiſtence animale & la
conſtitue , que le mouvement même d'une
machine que nous aurions conſtruite ,
(nous pouvons du moins prolonger ce
mouvement , & nous procurer une vieil.
leſſe ſaine , en ſuivant les préceptes de
l'Hygieine , qu'une connoiſſance profonde
de la phyſique & de l'économie animale a
développés dans ce poëme , & a éclaircis
du flambeau ne l'expérience.
M. de L. avoit d'abord eſſayé de traduire
le poëme latin en vers françois ; &
les fragmens de cette verſion qu'il nous a
donnés dans ſa préface , prouvent qu'il y
auroit réuffi . Mais il a préféré une traduction
qui , n'étant point gênée par les regles
de la verſification , eſt néceſſairement plus
76 MERCURE DE FRANCE.
exacte & plus fidelle ; qualités que l'on exige
fur - tout dans la verſion d'un poëme
didactique , & qui , comme celui - ci ,
traite d'objets d'une utilité vulgaire. On
ſe convaincra fur- tout du mérite d'une
pareille traduction dans les morceaux de
narration purement deſcriptive ; & de ce
nombre eſt l'expoſé que le poëte nous
fait des avantages & des inconvéniens du
café." Que l'on ceſſe de nous vanter le
ود
ود
ود
ود
fuc du lafer , autrefois ſi fameux ; ces
vins mielleux & liquoreux que nos
Anciens eſtimoient tant ,&les différentes
boiſſons ſi bien célébrées par les poë-
,, tes . Les Dieux reçoivent avec trans-
,, port , de la main d'Hébé & de Gani-
,, mede, des taſſes remplies de la liqueur
و د
ود
ود
و د
و و
chaude & fumante du café. Bacchus
lui - même s'abreuve à longs traits de
,, cette nouvelle boiſſon. En effet , Phébus
a doué ce nectar de propriétés les
plus falutaires. Il a voulu qu'il fût capable
de rendre la force , de donner de
la vigueur. Pourroit- il en être autrement
? L'amertume précieuſe qu'il contient
n'a rien de rebutant , ne fait ſur le
palais aucune impreſſion déſagréable;
mais elle eſt tellement tempérée , qu'elle
réveille l'action des vifceres languis-
ود
ود
66
ود
ود
ود
AVRIL. 1. Vol. 1774. 77
}
ود fans ,&délecte en même temps lesbu-
,, veurs. L'uſage habituel du café rend la
,, digestion plus prompte&plus parfaite :
ود
ود
ود
ود
و د
و د
ود
و د
ود
il diſſipe ces amas de pituite que les
alimens laiſſent dans l'eſtomac : il em-
„ pêche qu'il ne s'en éleve des vents &
des flatuoſités acides. Ses ſels corrigent
les aigreurs , ſon ſoufre diviſe les viscofités
, la ſéchereſſe de ſes molécules
abſorbe la féroſité fuperflue des hu-
,, meurs. Dans le temps qu'on ignoroit
les heureuſes propriétés du café , l'on
étoit dans la dure néceſſité d'abreuver
du ſuc d'abſynthe & de centaurée les
infortunés mortels dont l'eſtomac af-
" foibli ſe refuſoit à ſes fonctions. Auſſi
le voyoit - on ſe révolter contre un rémede
auſſi faſtidieux , pour une incommodité
qui ſembloit légere. Souvent
même il le rejetoit avec de violens
efforts. Mais est- il dans ces occurrences
un ſpécifique plus doux que le café ?
C'eſt-là le véritable nepenthes des An-
„ ciens , qui calme les douleurs comme
,, par enchantement. Cette liqueur ſub-
و د
و د
و د
و د
و د
"
و د
و د
" tile , pénétrant juſques dans les plus
,, petits vaiſſeaux , ranime l'action de
leurs fibres , fouette & diviſe le fang.
,, Alors ce liquide accélere ſon mouve
ود
1
78 MERCURE DE FRANCE.
鍵
"
ود
ود
رد
ود
دو
ود
ment , ſe diſperſe mieux dans toutes
les parties du corps , arroſe plus abondamment
les replis tortueux des arteres
,, du cerveau. Je dis plus : le ſang raréfié
dans les veines , les gonfle ; d'où s'enfuit
une compreffion des nerfs voiſins ,
qui rend leur oſcillation plus vive &
plus forte. Par ce moyen, le corps de-
„ vient plus vigoureux, l'eſprit acquiert
plus de liberté , la joie qui ſe peint fur
le viſage , manifeſte les plus heureuſes
diſpoſitions de l'un & de l'autre. Plus
d'un poëte fameux par la beauté de ſes
,, écrits , n'eut jamais que le café pour
Apollon , pour Pégaſe & pour Hippo-
,, crene. Le jus divin de Bacchus ne ré-
, veille pas mieux le courage, n'inſpire
,, pas mieux l'amour. Ne craignez donc
ود
ود
دو
"
ود
pas de faire uſage du café, ſi la pituite
,, vous énerve & vous appeſantit. Il ar-
3, rêtera , s'il le faut, les progrès d'un
embonpoint trop conſidérable ; il em-
„ pêchera que vous ne tombiez dans un
ſommeil accablant après le repas ; enfin
,, il aidera tellement votre eftomac dans
ſes digeftions , que vous ne tarderez
jamais long - temps à fentir l'aiguillon
de l'appétit. Mais il n'eſt point de bien
abfolu. Cette fleur , la gloire du Prin-
ود
ود
"
ود
"
AVRIL. I. Vol. 1774. 79,
}
3
>
k
1
و د
و د
5, tems , le charme & l'ornement de nos
jardins , foit par la douceur de ſon parfum,
ſoit par le majestueux dévelop-
,, pement de ſes feuilles , foit par le tendre
incarnat de ſon coloris ; la roſe
enfin , cette reine de l'empire de Flore ,
cache des épines ſous tant de beautés ,
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
& fait ſouvent de ſenſibles bleſſures : le
,, fer , ce préſent des dieux , qui , pour l'u-
,, tilité des hommes , ſe prête à tant d'uſages
différens , fournit également des
outils propres à la culture de la terre&
des armes qui fervent à multiplier le
,, meurtre & le carnage. Il en eft de même
ducafé: ſa liqueur , toute flatteuſe qu'elle
eſt , devient nuiſible , quand on en
,, abreuve indiſtinctement tous les hom-
„ mes , ou qu'on en uſe fans nulle difcré-
"
ود
ود
و د
و د
tion. La chaleur & la féchereſſe de ſes
principes lui font pomper , il est vrai ,
le fuperflu des humidités de nos vifce-
,, re; mais ſi nos membres ſont déjà fecs ,
,, fi nos humeurs font peu ſéreuſes , ſi nos
ود fibres font trop tendues , fi nos nerfs
,, trop ſenſibles s'ébranlent trop facilement
, quelle foule de maux l'uſage du
café ne produira-t- il pas ? Il ſera comme
de l'huile que l'on verſeroit fur du
feu : de nouveaux tourbillons de flam-
و د
و د
ود
"
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
و د
و د
و د
"
و د
"
"
mes ſe formeront bientôt de ce dange
reux aſſemblage . En vain la nuit couronnée
de pavots couvrira - t - elle la
terre de ſes voiles ſombres ; le café cauſera
des inquiétudes que le lit ne fera
qu'accroître. Vous y ferez dans une
agitation perpétuelle. A peine un léger
afſſoupiſſement ſe ſera-t- il emparé de vos
paupieres , que le ſommeil s'envolera ,
,, que vous reſterez en proie au plus cruel
accablement. Comment , en effet ,
Morphée relâcheroit - il des fibres que
l'effervescence & l'activité du ſang
tiennent dans une tenſion violente ?
Les commotions trop fréquentes qu'elles
éprouvent , les irriteront & les flétriront
de plus en plus. La laſſitude
" rendra le corps incapable de ſe mouvoir
, & le tremblement des membres
ſera la ſuite de leur foibleſſe. "
و د
ود
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
Pluſieurs autres morceaux de cette traduction
pourroient également ſervir à
faire voir que le traducteur , ſans négliger
l'harmonie du ſtyle , a fu faire un choix
heureux des expreſſions les plus propres
à rendre avec juſteſſe & avec préciſion la
penſée du poëte original .
E
1
Lettres
AVRIL. I. Vol. 1774. 81
Lettres fur l'Art d'écrire , ou recherche &
réunion des principes de l'écriture ;
ouvrage utile aux parens , aux maîtres
& aux éleves , par G. Laurent , maître
ès arts en l'Univerſité de Paris , & expert
- écrivain juré , vol. in 8°. de 68
pages. A Paris , chez l'auteur , rue des
Nonaindieres , quartier St Paul ; Couturier
fils , quai des Auguſtins ; Froulé
, pont Notre - Dame.
L'Art d'écrire ou l'écriture areçu de nos
jours un nouveau degré de conſidération
par les recherches de pluſieurs maîtres de
cet art , & fur- tout par celles de M. Laurent.
Cet expert-écrivain entreprend de
faire voir que les vrais principes de l'écriture
, attribués encore aujourd'hui à
l'uſage & au goût , ſont aſſujettis à des
regles géométriques. Il ne faut cependant
pas que ces regles prétendues géométriques
effraient les éleves. Il n'eſt ici question
que de quarrés ou parallélogrammes.
M. Laurent exige que les jeunes gens qui
✓ veulent faire des progrès fürs & rapides
dans l'écriture s'exercent d'abord à tracer
ces parallélogrammes. Il explique dans
fon ouvrage les avantages de cet exercice
& démontre les principes de l'écriture
F
82 MERCURE DE FRANCE .
১
par le moyen de ces figures quarrées. Ces
principes ſont ſimples & faciles à ſaiſir.
Comme ces principes parlent aux yeux ,
il fatisferont l'éleve , & lui donneront la
clarté & la fécurité qui accélerent infailliblement
les progrès.
Questions de Droit , de Jurisprudence &
d'usage des Provinces du Droit - Ecrit
du Reffort du Parlement de Paris , miſes
en ordre alphabétique par M. Mallebay-
de-la-Mothe, conſeiller du Roi ,
: fon avocat & procureur au Siege royal
de Bellac.
Fudex debet judicare fecundùm leges.
vol. in- 12 . Prix , 3 liv. relié. A Paris
chez Saugrain , libraire.
Une partie de la France ſe régit par le
Droit - Ecrit ou Romain , qui en eſt le
Droit commun & univerſel , mis en vigueur
par Clovis , après la défaite d'Alaric
& des Goths , l'an 507 , par Charlemagne
qui l'autoriſa par ſes capitulaires ,
& par Lotaire ſous le regne duquel on
traduifit en françois le Code Juftinien.
Une autre partie de la France ſe régit par
des coutumes ou loix municipales qui ne
AVRIL. I. Vol. 1774. 83
font propres qu'aux Provinces qu'elles
gouvernent. Le mélange du Droit écrit
avec les différens uſages fournit ſouvent
à la chicane un ſujet de trouble qui , par
une ſuite funeſte , peut occaſionner la
ruine des familles. C'eſt pour prévenir
un inconvénient auſſi pernicieux que l'au-
* teur de ces Questions de Droit , de Furisprudence
, &c. s'eſt appliqué à déſigner
les bornes du Droit écrit , & des uſages
pratiqués dans les Provinces régies par
cette loi , dans le reſſort du Parlement de
Paris . M. M. n'a pas prétendu faire un
livre rempli d'érudition & qui ne ſeroit
utile qu'à un petit nombre ; il a voulu
travailler pour tous ſes concitoyens , afin
que chacun pût y prendre une connoisſance
générale de la loi qui le régit , &
diftinguer les cas où l'uſage l'emporte au
préjudice du Droit , & ceux où les Loix
font écoutées au préjudice de l'uſage.
Les matieres ſont rangées dans cet ouvrage
par ordre alphabétique ; & les questions
qu'elles comportent font préſentées
avec la clarté & la préciſion néceſſaires
pour que tout citoyen puiſſe prompte.
ment & fans fatigue , ſaiſir l'inſtruction
> qu'il cherche , & ne ſoit point dans le cas
de prendre un raiſonnement pour un prin-
Fa
84 MERCURE DE FRANCE,
1
cipe , ou une explication pour le texte de
la Loi.
L'Homme du Monde éclairé , entretiens ;
avec cette épigraphe : Qui putat melius
effe quod deterius , fcientia caret . S.
Aug. vol . in- 12 . A Paris , chez Moutard
, libraire.
ود
دو
ود
ود
ود
ود
23
Il ſeroit à ſouhaiter , dit l'auteur dans
ſon avertiſſement , que dans cette foule
d'écrits publiés en faveur de la Reli-
,, gion , on eût eu plus d'égard à la frivolité
des gens du monde. On y fait
des argumens , & les argumens les lasſent
; on y cite de longs paſſages , & les
,, plus courts les ennuient; on les ramene
ſans ceſſe à la théologie , & la théolo-
„ gie eſt leur épouvantail. Il ſemble qu'on
n'ait pas fait affez d'attention que les
adverſaires du Chriſtianiſme ſont des
hommes que l'appareil des armes fait
fuir , & qu'on ne peut terraſſer qu'en
paroifſſant ſe jouer avec eux. Ainſipour
être utile aux gens du monde que l'incrédulité
a féduits , il faut prendre leur
„ langage , plaiſanter avec eux , & ne réfuter
leurs raiſons qu'après avoir montré
le faux de leurs railleries . Le ton
ود
وا
ود
ود
ود
"
ود
ود
ود
"
de légereté & de plaifanterie que l'auteur
AVRIL. I. Vol. 1774. 85
nous annonce n'eſt pas employé dans ces
i entretiens auſſi heureuſement qu'il pourroit
l'être. On est même un peu fâché de
voir dans le premier entretien les efforts
que fait l'auteur pour nous donner une
opinion chagrine de la ſociété . ,, J'ai cru ,
;
し
1
}
}
ود
ود
ود
ود
nous dit- il, trouver des hommes dans mes
ſemblables ; mais hélas ! une fatale expérience
m'apprend qu'il en eſt bien peu
qui ſoient dignes de ce nom. " Dans la
fuite de ces entretiens l'auteur cherche ,
autant qu'il eſt en lui , à diminuer notre
admiration pour les plus grands hommes
de l'antiquité. Il nous fait entendre que
Socrate avoit une vanité hypocrite ; que
Platon étoit un débauché , Cicéron un
orgueilleux , Trajan un ivrogne , Marc-
Aurele un fuperftitieux , &c. Mais ces
accufations fuſſent- elles fondées , eſt - ce
en dépriſant les hommes qui nous ont
donné les plus beaux exemples de vertu ,
que l'on peut eſpérer de la faire aimer de
ſes lecteurs ?
Pluſieurs de ces entretiens ſont polémiques
, & l'auteur a ſouvent fait uſage des
preuves & des expreſſions même des écrivains
qui l'ont précédé . Il avoue auſſi qu'il
a entendu diſcourir pluſieurs incrédules ,
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
1
:
& que ſes entretiens ne font ſouvent que
le réſultat des converſations qu'il a eues
avec eux.
i
Côme de Médicis , Grand - Duc de Toscane
, ou la Nature outragée & vengée
par le crime ; poëme , par M. Mero ;
vol. in 8°. A Paris , chez Gueffier , imprimeur
- libraire , & Moutard.
CÔME , le héros de ce poëme , premier
Grand-Duc de Toſcane , de la branche de
Laurent de Médicis , fut fils de Jean de
Médicis & aïeul de l'épouſe de notre Roi
Henri le Grand. Ses talens politiques lui
attirerent l'eſtime & l'admiration de tous
les Princes de l'Europe. Rome , Madrid,
la France rechercherent tour à tour fon
alliance. Son regne fut long & illuftre.
Il eût été heureux ſans la terrible & funeſte
aventure de deux de ſes fils . Jean ,
l'aîné de ces deux Princes , étoit d'un caractere
doux & bienfaiſant ; Garcias , le
cadet , avoit l'ame barbare ; les vertus de
fon frere exciterent ſa jalouſie. Un jour
qu'ils étoient enſemble à la chaſſe , ils
ſe trouverent par hafard ſéparés de leurs
gens ; Garcias ne laiſſa pas échapper l'ocAVRIL.
I. Vol. 1774. 87
- caſion d'aſſouvir ſa rage; il s'élança fur
Jean , le tua d'un coup de poignard , &
rejoignit ceux de ſa ſuite , ſans paroître
ému de fon forfait. On trouva le cadavre
ſanglant ; le meurtrier diffimula comme
auroit pu faire un ſcélérat nourri depuis
long-temps dans le crime ; mais le pere ſe
doutant de la vérité , renferma ſa douleur
, & fit publier que ſon fils étoit mort
ſubitement. Le jour d'après , il ordonna
à Garcias de le ſuivre dans le lieu où étoit
étendu le corps du Prince aſſaffiné. Là , le
déſeſpoir & la douleur s'emparent de l'ame
de Côme. ,, Voilà , dit alors ce Prin-
,, ce infortuné , voilà le ſang de votre
frere qui vous accuſe, & qui demande
vengeance à Dieu & à moi-même. "
Garcias fit l'aveu de ſon forfait , mais il
accuſa Jean d'avoir voulu attenter à ſes
jours. Le pere , loin de recevoir ſes excuſes
, le tua du même poignard dont
Jean avoit été afſaffiné.
و د
29
Ce fait , rapporté d'après les hiſtoriens
par M. Mero , fait le ſujet de ſon poëme
héroïque diviſé en dix chants ; mais les
huit premiers ſont employés à nous peindre
les amours malheureux de Jean &
d'Herzilie. Cet épiſode , loin de diſtraire
un moment le lecteur des objets triſtes
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
t
qui lui font ici préſentés , augmente enco.
re fa mélancolie par la peinture que le
poëte lui fait de la fin tragique d'une amante
infortunée. On peut encore reprocher
à cet épiſode de ſuffoquer l'action
principale par ſa longueur. Le poëte
avoue dans ſon diſcours préliminaire , qu'il
auroit pu inſpirer à Garcias une paſſion
égale à celle de ſon frere pour Herzilie ;
Mais je m'en ſuis bien gardé , ajoutet-
il. Quoique l'amour ſoit connu des
ſcélérats , il eſt plus ſouvent le parta-
,, ge des ames ſenſibles & vertueuſes , &
,, j'aurois cru déshonorer cette tendre
paffion en la plaçant dans le coeur de ce
" Prince barbare. "
ود
ود
ود
"
Garcias amoureux auroit pu néanmoins
donner occaſion au poëte de nous faire
voir que ſi l'Amour est un dieu ami de la
paix , de l'honneur , de la vertu , c'eſt
auſſi un vainqueur cruel & le pere de tous
les crimes . Cet amour d'ailleurs auroit
produit entre Garcias & fon frere une rivalité
qui auroit motivé ſa vengeance &
ſon attentat. L'épiſode , par cemoyen , auroit
été ſubordonnée à l'action principale
& auroit amené la catastrophe, Mais puisque
le poëte s'eſt borné à nous peindre
Garcias comme un ambitieux forcené , il
AVRIL. I. Vol. 1774.89
auroit dû au moins développer les pasſions
de ce monſtre , les mettre en jeu &
nous attacher à la lecture de ſon poëme
par la peinture du coeur de l'homme livré
à la tyrannie de l'ambition .
L'action de ce poëme eſt renfermée
dans le ſimple récit de l'hiſtorien. Le
poëte y a ajouté uniquement une circonstance
, circonſtance horrible qui fait frémir
la nature & dévoile toute la baſſeſſe
d'ame du ſcélérat Garcias. Ce Prince
étant à la chaſſe , rencontre fon frere qui
étoit ſeul & fans aucune défiance. Il ſe
jette auſſi - tôt ſur lui , le poignard à la
main ; mais Jean évite le coup & ſe met
en défenſe. Le lâche Garcias voyant fon
projet découvert , & lui-même en péril
de la vie , diffimule & feint un repentir ,
afin de trouver un moment plus heureux
pour accomplir fon crime.
Mon frere , fi ce nom m'étoit permis encore ,
Car , après mon forfait que la Nature abhorre ,
Je dois paroftre un monftre à tes yeux effrayés ;
Donne-moi le trépas ; tu me vois à tes pieds :
Au fang des Médicis ma vie eſt une tache ;
Punis - moi , venge-les en immolant un lache.
F5
१० MERCURE DE FRANCE.
J'abhorrai tes vertus que mon coeur n'avoit pas ;
Je fus jaloux de toi , je jurai ton trépas.
L'amour des Florentins , tes talens , ton courage ,
Ton droit d'atneſſe enfin , tout me faiſoit ombrage ;
Ton coeur , en m'épargnant , deviendroit criminel.
Frappe , ou bien à tes yeux . Non , arrête , cruel ;
J'en crois le repentir que ta douleur exprime.
Tes larmes dans mon coeur ont effacé ton crime.
Garcias , il est vrai , vouloit m'affaffiner ;
Garcías ſe repent ; je dois lui pardonner.
Il ſe livre à mes coups , il m'arroſe de larmes .
O doux épanchemens , que je reſſens vos charmes !
O Nature ! & tendreſſe ! & fraternelle ardeur !
Rien ne peut égaler les plaiſirs de mon coeur.
Combien dans ces momens l'existence m'eſt chere !
Garcias m'eſt rendu , j'embraſſe encor mon frere ;
Ce frere , qui tantôt a voulu m'opprimer ;
Ce frere , déformais qui ne veut que m'aimer.
Trônes de l'Univers ! éclat du diademe !
Vous n'êtes rien auprès d'un frere que l'on aime !
Mon coeur eût tout perdu , ſéparé loin de toi ;
Mais il retrouve tout quand tu reviens à moi.
Si la haine eût brifé la chaîne qui nous lie ,
Dans quels malheurs j'aurois paſſe ma triſte vie ;
Mais nous n'étions pas faits pour nous hair tous deux.
Tu m'as rendu ton coeur , & je m'eſtime heureux.
Le temps preſſe; hâtons-nous , allons joindre mon pere ,
Dans cet embraſſement reçois la foi d'un frere.
AVRIL . I. Vol. 1774. 91
Au même inſtant que Jean monte ſur ſon courſier ,
Le monftre dans ſon flanc plonge un mortel acier.
Il tombe ; ſon ſang coule : il ſe trafne , ſoupire ,
Lutte contre la mort : vains efforts , il expire.
Quels défordres affreux cauſa ſon ſang verſé!
Sur la terre à l'inſtant tout parut renverſé.
Vers ſa ſource , l'Orno vit reculer ſes ondes ;
L'Etna fit retentir ſes cavernes profondes ;
Le Soleil s'obſcurcit , la Vertu s'exila !
Le Ciel lança la foudre & l'Univers trembla .
Il étoit bien queſtion ici de faire reculer
les ondes de l'Orno ! Il falloit nous
peindre les agitations & les tourmens qui
ſuivent le crime , nous repréſenter le ſcélerat
Garcias en proie à la terreur & dechiré
mille fois par les remords avant de
recevoir le juſte prix de ſon forfait des
mains mêmes de fon pere. Les agitations
de cepere infortuné qui ſe charge de venger,
par l'effuſion de ſon propre ſang ,
l'innocence & la nature,auroient pu encore
produire ici un tableau pathétique , &donner
à ce poëme l'intérêt & l'action du
drame. Le poëte a cependant cherché à
peindre les douleurs & le trouble de Côme
dans le moment qu'il va accomplir
ſa vengeance ; mais cette peinture ne répond
pas à celle que l'imagination du
92 MERCURE DE FRANCE,
L
4
lecteur a pu ſe former de ce moment terrible.
Ce poëme ne peut donc être re.
gardé que comme un eſſai dont le poëme
de la mort d'Abel de Geſner a pu donner
l'idée ; eſſai néanmoins où il y a quelques
fituations bien rendues. On doit d'ailleurs
bien augurer d'un poëte qui , comme
M. Mero dans ſon diſcours préliminaire
, rend un juſte hommage aux modeles
& aux législateurs de notre poësie.
Minéralogie , ou nouvelle expoſition du
regne minéral ; ouvrage dans lequel
on a tâché de ranger , dans l'ordre le
plus naturel , les ſubſtances de ce regne
, & où l'on expoſe leurs propriétés
& ufages mécaniques , &c. avec un
Lexicon ou Vocabulaire , des Tables
ſynoptiques , & un Dictionnaire minéralogico
-géographique. Par M. Valmont
de Bomare , démonſtrateur d'histoire
- naturelle avoué du Gouvernement
, cenſeur royal , membre de pluſieurs
Académies des ſciences , belleslettres
& beaux arts ; maître en pharmacie
, &c. Seconde édition , 2 vol.
in- 8 °. A Paris , chez Vincent , impris
meur libraire .
AVRIL. I. Vol. 1774. 93
i
:
La premiere édition de cette minéralogie
, publiée il y a environ douze ans ,
a été très - accueillie, M. de Bomare n'a
ceſſé , depuis ce temps , de faire de nouvelles
recherches ſur toutes les parties de
l'hiſtoire naturelle , & particulièrement
fur la minéralogie. Ces recherches , inférées
dans cette ſeconde édition , ont donné
lieu à l'auteur de faire des obſervations
intéreſſantes ſur pluſieurs points d'hiſtoire
naturelle , & de repandre plus d'ordre &
de clarté ſur les divers objets du regne
minéral . On doit donc bien diftinguer
cette ſeconde édition de la premiere.
Notre ſavant Naturaliſte ne s'eſt pas
borné , ainſi que la plupart des auteurs , à
la minéralogie particuliere d'une contrée.
Il a laiſſé à la ſienne ſa plus grande généralité
poſſible. Il a indiqué les ſubſtances
concomitantes des divers individus ; il
les a décrites , &, après avoir marqué les
propriétés qui leur font particulieres &
celles qui leur ſont communes avec d'autres
, il a expoſé celles qui paroiſſent les
plus propres à répandre quelque jour fur
la formation , tant primitive que ſecondaire
, des corps en général. Enfin il les
a rangées ſelon leur moindre ou plus
grande relation. C'eſt cette relation qui ,
94 MERCURE DE FRANCE.
pour nous fervir de l'expreſſion de l'auteur,
forme le fil qui l'a conduit...
L'experience & une pratique journaliere
ont dû faire reconnoître à M. de
Bomare bien des erreurs répandues dans
les ouvrages des minéralogiſtes qui l'ont
précédé. Ces erreurs & l'incertitude des
méthodes employées par ces minéralogistes
ont porté M. de Bomare à adopter un
ſyſtême particulier , mais plus clair , plus
méthodique & plus fûr , objet principal
de cet ouvrage. Cette partie ſyſtématique
eſt formée d'un tableau général des chofes',
d'une diſtribution propre à chaque
genre , d'une nomenclature françoiſe &
latine , & de la deſcription. L'auteur a
renvoyé dans des notes tout ce qui étoit
de diſcuſſion légere , tout ce qui pouvoit
fervir d'éclairciſſement aux endroits obscurs
de quelques auteurs . Des obſervations
accompagnent ſouvent les notes.
Ces obfervations nous inftruiſent des découvertes
ou conjectures que l'on a formées
ſur certains corps du regne minéral ,
des travaux qu'on leur a fait fubir , de
leurs uſages , de leurs propriétés , & des
reſſources que nous en avons tirées. Ces
détails ne peuvent manquer d'intéreſſer
ceux qui n'appercevant pas toujours l'utiAVRIL.
I. Vol. 1774. 95
}
lité des recherches des Naturaliſtes pour
le progrès des arts & de l'induſtrie, ſeroient
tentés de regarder la ſcience comme
un appareil vain & ſtérile...
Supplément à l'Histoire de l'Imprimerie
de Profper Marchand, ou additions &
corrections pour cet ouvrage; vol. in-
4°. de 55 pages. A Paris , de l'imprimerie
de Ph. D. Pierres .
La précipitation avec laquelle Profper
Marchand publia, en 1740, ſon hiſtoire
de l'Imprimerie , lui a fait commettre des
erreurs , des inexactitudes , des contradictions
mêmes dont on releve pluſieurs
dans cet ouvrage. C'eſt une eſpece d'errata
qui ne rectifie pas , à beaucoup près ,
toutes les fautes de l'hiſtorien de l'Imprimerie
, mais qui en corrige un aſſez grand
nombre pour faire regarder le volume que
nous annonçons , comme un ſupplément
néceſſaire à l'Hiſtoire de l'Imprimerie.
Théâtre de Sophocle , contenant les tragédies
de ce poëte , qui n'avoient pas encore
été traduites ; pour ſervir de ſupplément
au Théâtre des Grecs du P.
Brumoy ; par M. Dupuy , de l'Acadé96
MERCURE DE FRANCE.
C
i
mie royale des inſcriptions & belleslettres
; nouvelle édition ; 2 vol in - 12 .
A Paris , chez Coſtard , fils , & Compagnie..
SOPHOCLE avoit compoſé cent vingt tragédies
, dont- il ne reſte que ſept. Le P.
Brumoy a traduit l'Oedipe , l'Electre & le
Philoctete . Il s'étoit contenté de donner
un précis des quatre autres dans ſon Thedtre
des Grecs , avec la traduction de quelques
morceaux qui lui avoient paru mé .
riter d'être connus . Ces quatre tragédies
font les Trachiniennes ou la Mort d'Hercule
, Ajax furieux , Oedipe à Colone &
Antigone. La premiere piece porte le titre
de Trachiniennes , parce que le choeur
eſt compoſé de jeunes filles de Trachine ,
ville de Theſſalie. Ces tragédies ont été
traduites en entier par M. D. La traduction
du ſavant académicien a été d'autant
plus accueillie la premiere fois qu'elle
a été publiée , en 1762 , que le traducteur
a ſu allier à l'élégance du ſtyle la ſimplicite
du texte. Des notes utiles accompagnent
cette traduction. La réimpreffion
que l'on en donne aujourd'hui , en répandant
ces modeles de tragédie grecque
dont la marche eſt moins compliquée
que
AVRIL I. Vol. 1774 97
}
que la nôtre , pourra contribuer à nous
rappeller à ce ton ſimple de la Nature ,
dont quelques uns de nos dramatiques
ſemblent aujourd'hui s'écarter.
Nouvelles Oeuvres de M. de la Fargue ,
des Académies des ſciences , beneslettres
& arts de Bordeaux , de Caën
& de Lyon ; vol. in 8°. de 87 pages ,
orné de gravures ; prix , 5 liv. A Paris
, chez Couturier pere , aux galleries
du Louvre ; & Couturier fils.
Ce nouveau volume des OEuvres de
M. de la F. raſſemble des épîtres& autres
pieces fugitives , un peëme ſur la naviga
tion & un autre poëme ſur les agrémens
de la campagne. Ces deux poëmes ont
été lus dans les aſſemblées publiques de
l'Académie de Bordeaux. On trouve
dans ces poëſies de la facilité , du naturel
, mais point aſſez peut- être de cette
chaleur de ſentiment qui conſtitue le
poëte.
M. de la F. , pour mieux célébrer les
agrémens de la campagne , a cru devoir
remonter tout ſimplement au temps de la
création.
98 MERCURE DE FRANCE.
ةم
1
Dieu dit: que tout commence ; & rien ne reſte à naftre
A ce mot créateur le néant ceſſe d'être.
Le chaos ſe débrouille'; & l'homme voit le jour
Pour être de ce Dieu le prodige & l'amour.
Les deux premiers vers paroîtrontbien
foibles pour exprimer cette fublime image
du Pfalmiſte : Dixit & facta funt . M.
de la F. a mieux réuſſi à nous rendre cette
penſée d'un Ancien , ſur la ſtérilité des
campagnes , occaſionnée par le luxe , qui
détourna les Citoyens Romains de s'occuper
, à l'exemple de leurs premiers Rois,
des travaux de l'agriculture.
Par de royales mains autrefois labourée ,
La terre de fon fort ſe ſentit honorée :
Sa furface partout ſe couvrit de moiſſons ;
Tous les fruits des vergers chargerent les buiſſons.
Mais quand on la livra depuis à des eſclaves ,
Qui déchiroient ſon ſein du fer de leurs entraves ,
If ſembla qu'elle avoit reſſenti cet affront ;
Et la ſtérilité flétrit long-temps fon front.
Les pieces fugitives de ce recueil ne
font point fans agrément ; mais comme
la plupart font des poëſies de ſociété , elles
doivent perdre un peu de leur mé-
:
AVRIL. I. Vol. 1774. 99
rite en paroiſſant au grand jour. La reconnoiſſance
en a dicté pluſieurs , &
quelques - unes font les fruits des loiſirs
d'un citoyen eſtimable qui ſe fait gloire
d'honorer la vertu & de rendre juſtice au
mérite.
La Nature conſidérée ſousfes différens aspects
; ou Journal des trois regnes de
la Nature , contenant tout ce qui a rapport
à la ſcience phyſique de l'homme,
à l'art vétérinaire , à l'hiſtoire des différens
animaux , au regne végétal , à
la connoiſſance des plantes , à l'agriculture
, au jardinage , aux arts , au
regne minéral , à l'exploitation des
mines , aux fingularités & à l'uſage des
différens foffiles , numéros 1 , 2 , 3 &
4. A Paris chez Lacombe , libraire.
Les ouvrages périodiques tels que ce
lui - ci , n'ont beſoin d'autre recommandation
que celle que donne l'importance
des matieres qu'ils embraſſent. Celui de
la Nature conſidérée a particulièrement
pour objet de raſſembler les connoiſſances
phyſiques , économiques ou d'hiſtoire
naturelle relatives aux beſoins & même
aux agrémens de la vie. Ces connoiffan
Ga
100 MERCURE DE FRANCE.
ces font de tous les âges , de tous les
états , de toutes les conditions ; c'eſt pourquoi
le Journaliſte , dont le zele , l'activité
& les lumieres ſont ſuffisamment
connues , s'eſt appliqué particulièrement
en donnant une nouvelle forme à fon
Journal , d'y apporter beaucoup de clarté ,
de préciſion & de variété , afin qu'il foit
à la portée d'un plus grand nombre de
lecteurs. Il paroît actuellement quatre numéros
de ce Journal. L'auteur a recueilli
dans le troiſieme une obſervation d'un
Curé de Tours , qui peut intéreſſer le Naturaliſte
& le Phyſicien. Le hafard ayant
fait tomber ſous la main de ce Curé une
fang fue vivante , il l'enferma dans un
bocal de verre , dans lequel il mit de
l'eau , & le dépoſa ſur la fenêtre de ſa
chambre, M. le Curé viſita pendant longtemps
ſa penſionnaire tous les matins ,
dans la vue de s'aſſurer ſi elle vivroit
dans ce bocal ; mais l'attention finguliere
qu'il apportoit à obſerver tous les différens
mouvemens de cette ſang - fue , furtout
lors des variations de tems , aiguillonna
ſa curioſité au point qu'il en fit fon
barometre. Il obſerva Io. que par un tems
ferein & beau , la fang-fue reſtoit au fond
du bocal fans nourriture , & roulée en
ligne ſpirale. 20. que s'il devoit pleuvoir
•
AVRIL. I. Vol. 1774- 101
avant ou après midi , elle montoit jusqu'à
la furface de l'eau , & y reſtoit jusqu'à
ce que le tems ſe remît au beau ;
3°. que lorſqu'il devoit faire grand vent ,
elle parcouroit ſon habitation liquide avec
une vſteſſe ſurprenante , & ne ceffoit de
ſe mouvoir que lorſque le vent commençoit
à ſouffler ; 4°. que lorſqu'il devoit
furvenir quelque tempête avec tonnerre
& pluie , la fang fue reſtoit preſque continuellement
hors de l'eau pendant pluſieurs
jours ; qu'elle ſe trouvoit mal à
l'aiſe , & dans des agitations & convulfions
violentes ; 5°. que la ſang - fue restoit
conſtamment au fond du bocal pendant
la gelée , & dans la même figure
qu'elle étoit en été dans un tems clair ,
c'est - à - dire, en ligne ſpirale ; 6º. enfin
que dans des tems de neige ou de pluie,
elle fixoit fon habitation à l'embouchure
du bocal. M. le Curé obſerve que fon
bocal de verre ordinaire eſt du poids d'environ
huit onces , qu'il le remplit aux
trois quarts d'eau , & qu'il en couvre l'entrée
avec de la toile ; qu'il change d'eau
en été une fois chaque ſemaine , & en
une autre ſaiſon tous les quinze jours .
Les papiers publics ont annoncé le
#hlaspi arvense comme une plante trèspropre
à détruire les punaiſes ; mais il
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
i
3
paroît , d'après les obſervations rapportées
dans ce Journal , que cette plante ne
produit pas tout l'effet deſiré. L'eau distillée
de cette plante , & d'autres plantes
citées dans le même article , feroit préférable
aux plantes mêmes , parce qu'on
a beaucoup plus de facilité de l'inſinuer
dans les fentes & crevaſſes du lit , dans
les plis des rideaux , fans expoſer les
étoffes à ſe tacher : l'odeur en eſt même
plus développée. On pourroit rendre encore
cette odeur plus active en mettant
l'eau dans un vaſe ſur le feu , & en faiſant
circuler la vapeur dans le lit , dont
les rideaux ſeroient tirés.
Le ſecond numéro de ce Journal fait
mention de différentes méthodes pour
apprêter les peaux des oiſeaux , felon les
uſages pour lesquels on veut s'en ſervir ,
foit pour l'ornement , ſoit pour l'utilité. Il
eſt auſſi indiqué dans ce même cahier un
moyen pour dégraiſſer les velours. Les
moindres procédés concernant les arts &
métiers , ne peuvent manquer d'intéresſer
le plus grand nombre des lecteurs.
Aucun de ces procédés n'eſt ici négligé.
Ceux qui ſe raſent eux-mêmes feront , par
exemple , fatisfaits de la nouvelle méthode
qu'on leur donne pour repaſſer les raſoirs.
On ne fait pas toujours attention que
AVRIL. I. Vol. 1774. 103
:
lorſqu'on paſſe le raſoir ſur le cuir , on
appuie plus ou moins. Le cuir , parfa
foupleſſe , cede ſous la preſſion de la
lame , & tend à ſe remettre à meſure
que le bord du tranchant paſſe : mais le
cuir en ſe relevant arrondit & renverſe le
tranchant ; il produit le même effet que
ſi on paſſoit le raſoir dans une pierre
courte& très-creuſe. Comment remédier
à cet inconvénient ? Liſez les obſervations
relatives à ce ſujet , rapportées dans
le quatrieme cahier.
Ce même cahier , ainſi que les précédens
, fait mention de pluſieurs curioſités
d'hiſtoire naturelle , qui jettent dans ce
Journal autant de variété qued'agrémens.
Le Journaliſte nous entretient dans le
dernier cahier d'une production végétale
qui a des caracteres particuliers qui
l'approchent des ſubſtances animales.
Cette production ſe trouve dans l'ifle de
Sainte - Lucie. Dans une caverne de cette
rifle , près de la mer, eſt un grand baſſin
de douze à quinze pieds de profondeur ,
dont l'eau eſt ſalée : le fond eſt composé
de roches , d'où s'élevent en tout temps
certaines ſubſtances qui préſentent au
premier coup d'oeil de belles fleurs loifantes
, femblables-à peu-près à nos foucis
ſimples , fi ce n'eſt que la couleur en eſt
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
4
:
plus claire , & approche plus de celle de
Ja paille. Quand on veut cueillir ces efpeces
de fleurs , dès que la main ou
autre inſtrument en eſt à deux ou trois
pieds , elles ſe reſſerrent ou s'enfoncent
ſous l'eau ; lorſque cette eſpece de tact
ceſſe , elles reparoiſſent & s'ouvrent de
nouveau . En examinant de près cette
ſubſtance , on trouve dans le centre du
diſque quatre filamens bruns qui reſſemblent
à des jambes d'araignées , & qui ſe
meuvent au- tour d'eſpeces de petales
jaunes avec un mouvement vif & fpontané
: ces jambes ſe réuniſſent comme
des pinces pour ſaiſir la proie , & les petales
jaunes fe reſſerrent auſſi - tôt pour
renfermer cette proie , qui ne peut plus
échapper. Sous cette appérence de fleurs
eſt une tige noire , grande comme la
queue d'un corbeau , qui ſemble être le
corps de l'animal. Il y a apparence qu'il
vit d'infectes que jette la mer dans cette
partie d'eau ſalée qu'il habite. La belle
couleur qu'il porte eft propre àattirer vers
lui ces petits infectes , qui , comme tous
les animaux aquatiques , ſe portent vers
ce qui éclate. On a nommé cette production
finguliere , l'Animal - Fleur.
Une autre curioſité naturelle , mais qui
ſe trouve dans le regne végétal , eſt l'Ar
AVRIL. I. Vol. 1774. 105
bre- fontaine . L'eau douce , ſi néceſſaire à
la ſubſiſtance des animaux , ſe trouve
quelquefois manquer dans certaines contrées
; mais la Nature a, pour réparer ce
défaut , des reſſources , dont une entre
autres mérite d'être remarquée par les
curieux. L'ifle d'Hiero , une des Canaries,
a, pour ſuppléer aux trois ſeules fontaines
qui feroient inſuffiſantes pour fon
étendue , un arbre qu'on peut bien appeler
l'Arbre fontaine : les habitans le nomment
l'Arbre -faint. Ses feuilles diſtillent
continuellement une telle quantité d'eau ,
qu'elle ſuffit pour abreuver les habitans&
les animaux. Sa feuille eſt comme celle
du laurier , mais plus large & toujours
verte: fon fruit reſſemble au gland ; il a
à peu près le goût du pignon , mais plus
doux & plus odorant.
Différens objets de médecine & de
l'art vétérinaire , des obſervations d'histoire
naturelle & de phyſique , des remedes
pour diverſes maladies , recueillies
dans ce Journal , ajoutent à ſon utilité&
le rendent un répertoire très - commode
pour ceux particulièrement qui vivent à
la campagne ou dans la retraite , & ne
font pas toujours à portée de confulter
les gens de l'art. Les réſultats de leurs
GS
:
106 MERCURE DE FRANCE.
!
recherches & de leurs travaux ſont expoſés
ici avec la clarté & la préciſion nécesfaires
pour pouvoir être ſaiſis par toutes
fortes de lecteurs ; qualité eſſentielle d'un
écrit périodique , de celui ſur-tout qui eft
conſacré à l'utilité publique.
Ce Journal des trois regnes de la Nature
, paroît par cahier de deux feuilles
in- 12. , le premier & le quinze de chaque
mois. Le prix de la ſouſcription eſt de 12
liv. par an , rendu port franc par la poſte,
tant à Paris qu'en Province.
Le Spectateur François , pour ſervir de
fuite à celui de M. de Mariveaux.
L'étude Propre à l'homme eſt l'homme même.
POPE.
année 1774 ; tome premier , in- 12 .
Nos. 1 & 2. A Paris , chez Lacombe ,
libraire.
و د
Il ſeroit difficile de décider s'il y a
,, plus de variété dans l'Homme phyſique
,, que dans l'Homme moral. Quand on
ود conſidere que depuis la création il n'y
,, a pas eu deux hommes qui ſe ſoient
entiérement reſſemblés , quoique tous
formés de la même matiere & fur les
و د
ود
,, mêmes proportions , on eſt étonné de
AVRIL. I. Vol. 1774.. 107
1
„ cette fécondité de la Nature. Mais
l'Homme moral eſt bien plus étonnant
encore. Le nombre des vertus & des
vices des défauts & des ridicules ; en
ود
و د
و د
و د
ود
"
ود
"
"
"
ود
"
un mot , l'eſpece des qualités qui com-
,, poſent les caracteres des hommes , nous
,, paroît très-bornée , & cependant la différence
des caracteres qui réſulte de
leurs combinaiſons , eſt inconcevable.
Chaque caractere a ſon viceou ſa vertu
qui lui eſt propre & qui en fait la baſe ;
mais ce vice ou cette vertu prend tant
de formes différentes , a tant de nuan-
,, ces , ſe préſente ſous tant d'aſpects , produit
des effets ſi oppoſés , que dans le
monde entier , il ſeroit plus difficile
,, encore de trouver des hommes qui fe
refſſemblaſſent parfaitement par le caractere
que par les traits de leur viſa-
وو ge. ,, Ces réflexions font l'objet d'un
difcours inféré dans le deuxieme cahier
du Spectateur François. Cet écrit périodique
contribue de jour en jour à nous
convaincre de la vérité des réflexions que
nous venons de rapporter par des peintures
animées & faites d'après nature , des
différens caracteres qu'offre la ſociété.
Une philofophie douce , enjouée & toujours
plus portée à mettre ſes leçons en
ود
ود
108 MERCURE DE FRANCE .
action qu'en raiſonnemens , rend ce Journal
particulierement utile à l'éducation de
la Jeuneffe , & agréable aux perſonnes de
l'on & de l'autre ſexe qui veulent s'instruire
en s'amuſant. Une anecdote pariſienne
, rapportée dans ces feuilles , leur
donnera cette leçon utile de morale ; que
la reconnoiſſance qui examine un bienfait
n'eſt ſouvent qu'une ingratitude déguiſée
. Baife la main qui t'a ſervi , s'écrie
ici le Spectateur , & ne t'inquiete pas fi
• elle eſt lépreuſe.
Les lecteurs ſenſés applaudiront furtout
anx efforts que fait le Spectateur
pour rappeler le François à ſa gaîté naturelle
& primitive. ,, Il eſt ſi doux derire !
ود
و د
ود
ود
ود
D'où vient donc cette manie qu'ont
nos écrivains modernes d'attriſter leurs
lecteurs ? Pluſieurs même ſe diſputent
la gloire d'avoir inventé un genre qu'ils
appellent fombre. Eh ! grand Dieu , de
combien d'horreurs ils ſe rempliſſent
la tête pour y exceller ! Toujours au
milieu des tombeaux , dans les cachots
les plus obfcurs , ſur les échafauds , tou-
,, jours le poignard à la main , & lavant
ود
ود
ود
ود
ود
dans le fang leurs bras enfanglantés ,
,, trempant dans les pleurs de l'infortune
leur plume de fer ; toujours feuilletant
AVRIL. I. Vol. 1774. 109
ود
و د
ود
و د
ود
les archives de la miſere humaine; ود quelle occupation pour un être ſenſible !
Sommes-nous done ou trop gais ou trop
honnêtes gens , pour qu'on ne nous
mette ſous les yeux que ce qui peut ou
nous affliger ou nous corrompre ? Autſi
, voyez les progrés de la philoſophie noi-
,, re : elle gagne même les foldats en bu-
و د
vant bouteille. " Le Spectateur a emprunté
ce dernier mot d'une réponſe de
M. de V. à un de ſes amis , qui lui avoit
annoncé le premier , l'aventure de deux
Dragons de St Denis, qui ſe brûlerent la
cervelle le 25 Décembre 1773. On fait
aujourd'hui que l'un des deux étoit fou ,
&que tous les deux étoient pérdus de débauche
, de dettes , & par conféquent accablés
de remords .
Panurge continue d'annoncer une ſuite
d'animaux d'une eſpece particuliere qu'il
montre à la Foire Saint -Germain , mais
que l'on peut voir auſſi ailleurs. La loge
du premier animal qu'il indique eſt fort
ornée. Cette loge renferme un oiſeau
lourd & peſant , humant ſans ceſſe le vent
qui le gonfle. Il eſt méchant , vindicatif ,
emporté , colere , & ne jette que des cris
aigus. Il étale avec faſte l'éclat de fon plumage
, qui eſt très - brillant , qu'il ſemble
dédaigner quand on le regarde , mais dont
110
MERCURE DE FRANCE.
T
il prend le plus grand ſoin , quand on a
l'air de ne pas s'en appercevoir. Il mépriſe
tous les autres animaux. Eſſayant de
temps en temps de s'élancer comme l'aigle
& le milan; mais retenu par l'habitude
qu'il a contractée d'aller terre- àterre
comme les oies; on l'a ſurpris de
nuit , dérobant en ſecret la pâture des
autres animaux & l'entaſſant, dans ſa loge ;
mais de jour , & fur - tout lorſqu'il voit
nombreuſe compagnie , il la leur diſtribue
lavec un faſte inſultant. Auſſi - tôt
qu'on ceſſe de le regarder , il ceſſe de donner.
Cet animal eſt déſigné dans la liſte ,
fous le nom de Parvenu .
Les arts d'imitation ſi propres à nous
diſtraire des occupations les plus ſérieuſes
, à répandre quelques fleurs ſur le ſentier
de la vie , & à élever nos fentimens
par la vue du beau qu'ils nous préſentent
, deviennent ſouvent le ſujet des réflexions
du Spectateur. Un diſcours particulier
eft ici conſacré à examiner pourquoi
la muſique , qui , au rapport des
poëtes & des orateurs , produiſoit autrefois
des effets ſi puiſſans , ne nous fait
aujourd'hui éprouver que des ſenſations
foibles , momentanées , & qui ſe bornent
le plus ſouvent à flatter agréablement l'oreille.
Mettrons-nous au rang des exagéAVRIL.
I. Vol. 1774. 1
rations de laGrece menſongere , des phénomenes
que nos muſiciens regardent
comme impoffibles , parce qu'ils ne peuvent
ni les expliquer , ni les concevoir.
Cependant ſi l'imitation théâtrale , ſi le
ſimple récit d'une action tragique , ſoit
en proſe, ſoit en vers , peut jeter l'ame
dans la triſteſſe & la terreur ; s'il peut
faire couler des larmes véritables , pourquoi
la muſique n'aura-t-elle pas le même
pouvoir ? N'eſt - elle pas une imitation
comme la poéſie , la peinture & la ſculpture?
Or , ſi elle peut imiter les pasſions
, elle doit en faire éprouver les effets.
Pourquoi donc agit - elle ſi foiblement
fur nous ? Pourquoi la poéſie , ſi
négligée aujourd'hui , trouve- t- elle encore
des ames ſenſibles à ſon imitation ?
Et pourquoi la muſique , ſi généralement
cultivée , ne flatte- t - elle que nos oreilles
, & gliffe t- elle ſi légerement fur nos
coeurs ? Le Spectateur , pour mieux répondre
à ces queſtions , fait habilement
uſage des obſervations des philoſophes
qui ont écrit ſur les beaux- arts , & y ajoute
ſes propres réflexions qui ſont celles
d'un homme de goût , d'un critique judicieux
& d'un obſervateur attentif.
Le Spectateur François eſt compoſé par
an de 15 cahiers , chacun de trois feuil112
MERCURE DE FRANCE.
les ; le prix , franc de port à Paris , par
la poſte , eſt de 9 liv ; en province de 12
liv. On ſouſcrit chez Lacombe , libraire ,
rue Chriſtine , ſeul chargé de la diſtribution
de ce Journal.
Merinval , drame par M. Darnaud , vol.
:
in-4°. à Paris , chez le Jay , libraire.
MERINVAL , Gentilhomme retirédu fervice
, goûtoit les charmes d'une vie douce
& tranquille dans la ſociété d'une épouſe
qu'iladoroit& qui lui étoit devenue encoré
plus chere depuis qu'elle lui avoit donné
un fils. Ce fils , élevé d'abord ſous les yeux
de ſes parens , fut envoyé à Paris pour y
achever ſon éducation. Merinval , ſupportantdifficilement
cette abfence , cher
choit à diſtraire ſes ennuis par la préſence
d'un ami avec lequel il partageoit ſa table
& fa maiſon. Son coeur aimoit à s'épan--
cher tour-à-tour dans le ſein de ſa femme
& dans celui de cet ami. Merinval ignoroit
alors les tourmens de la jaloufie. Des
écrits anonymes qu'on lui fait parvenir par
une main perfide jettent dans ſon eſprit
des ſoupçons qu'une imagination trop
prompte à s'enflammer change bientôt en
certitudes. Merinval croit voir , d'aprés
les
AVRIL. I. Vol. 1774. 113
les circonstances qui lui ſont détaillées ,
les preuves de fon déshonneur. Il ne regarde
plus fon ancien ami que comme un infame
adultere , un monſtre qui a abuſé de
ſa confiance. Lajaloufie & toutes ſes fureurs
s'emparent de Mérinval. Il s'arme
d'un fer vengeur , & court , tranſporté par
la rage , le plonger dans le ſein de ſon ami.
Sa barbarie n'eſt point fatisfaite ; il demande
une ſeconde victime : ſon épouſe eſt
à ſes pieds. Cette femme tremblante ,
échevelée , embraſſe les genoux de ce forčené
, ſe juftifie de ſes cruels ſoupçons &
parvient enfin à lui faire tomber le fer des
mains. Mais de nouveaux écrits anonymes
le rendent à ſes premieres fureurs.
Ces écrits l'accuſent de foibleſſe & lui reprochent
de s'être laiſſé vaincre par les
artifices d'une femme perfide qui porte
même dans ſon ſein le fruit de ſes liaiſons
criminelles . Mérinval , étouffant alors
tout ſentiment en faveur d'une épouſe
qu'il avoit tendrement aimée , ſe préſente
à elle comme ſon juge & fon boureau ,
& la force à prendre le breuvage empoifonné
qu'il a préparé. Cette femme expirante
proteſte de ſon innocence , n'accuſe
que l'excès d'aveuglement qui a furpris
fon mari , & meurt en formant des voeux
H
114 MERCURE DE FRANCE.
pour ſon aſſaffin. Une ſombre mélancolie
s'empare alors de cet époux. Il eſt livré
aux remords qui accompagnent le crime.
L'enfer eſt dans ſon coeur. Il s'agite , il
ſe fuit , il ne peut plus vivre avec luimême.
Cette cruelle ſituation qui ſuit le
crime nous eſt dépeinte dans le premier
acte de ce drame. Mérinval cherche à foulager
ſes tourmens en les dépoſant dans le
fein de ſon fils qui , de retour dans la
maiſon paternelle, après dix ans d'abſence
, n'avoit pas tardé à s'appercevoir du
trouble qui agitoit ſon pere. La ſituation
de cette famille infortunée peut - elle devenir
plus cruelie ? Oui , & le lecteur frémit
d'horreur en lifant cette lettre quere.
çoit Mérinval d'un jeune homme nommé
Šéligni , dont il avoit traverſé les amours.
Je puis enfin jouir d'une juſte vengeance !
Je commencerai par t'offrir
L'image des tourmens dont tu me fais mourir ;
Ils ont paffé ton eſpérance.
Pour moi dans l'Univers il n'eſt plus de plaifir ,
Qu'un ſeul, qu'un ſeul que je goûte d'avance !
Plus que moi tu pourras fouffrir.
Rappelle tes excès : armé contre la flamme
Qu'un amour violent allumoit dans mon ame ,
Ton caprice à ſes loix prétendit m'aſſervir.
L'objet que j'adorois , victime de ta rage ,
Eprouva par tes coups le fort le plus affreux ;
AVRIL. I. Vol. 1774. 115
D'un hymen attendu nous préparions les noeuds ;
Ta fureur les rompit ; elle oſa davantage:
Loin de moi , mon amante enlevée àmes voeux ,
Vit flétrit ſes beaux jours dans un dur eſclavage ;
Le chagrin dans la tombe eſt venu la plonger ;
Elle eſt morte en un mot , cette femme chérie !
Je l'aime encore avec idolatrie !
Et j'ai vécu pour la venger.
Mon ame ici ſe répand toute entiere.
Tels furent tes bienfaits ; en voici le ſalaire :
Habile à me jouer de ta crédulité ;
(Que l'Amour qui ſe venge eſt un puiſſant Génie ! )
J'ai fu , dans ton fein agité ,
Jeter tous les ferpens , toute l'atrocité
D'une ſtupide & noire jaloufie.
J'ai faſciné tes yeux , dénaturé ton coeur ,
Perverti ta raiſon . En eſclave docile ,
Tu ſervois à mon gré mon avide fureur !
Sur tous tes mouvemens j'avois un oeil tranquille 1
Chaque jour , j'ajoutois à ton aveugle erreur.
Qui , c'eſt moi qui , ſans ceſſe irritant ta colere ,
Par le ſecours heureux d'une main étrangere ,
T'écrivois , nourriſſois , échauffois tes tranſports ,
Subjuguois ton amour , étouffois tes remords.
C'eſt moi qui dirigeant un de tes domeſtiques ,
Par l'intérêt , à mes projets foumis ,
Ai de ſes faux rapports appuyé mes écrits ,
H 2
116 MERCURE DE FRANCE .
Et t'ai fait embraſſer mille objets fantaſtiques .
Je comptois tous tes pas dans le piege affermis
Jufqu'au bout ma vengeance a dévoré ſa proie.
Vois donc tous tes forfaits , & fens toute ma joie :
Evard étoit l'exemple des amis ;
Ta femme , celui des épouses ;
Cet enfant , il étoit le tien ; ...
Tous les trois , je fais tout , on ne un'a caché rien ,
Ont fuccombé ſous tes fureurs jalouſes ...
Et c'eſt où t'artendoit un amant outragé !
En vains éclats ton déſeſpoir s'exhale.
Ne meurs pas ; ne meurs pas ; j'en ſerai plus vengé :
Souffre après ces revers tout le malheur de vivre ;
C'eſt à ton propre coeur que Séligni te livre ...
La ſituation de Mérinval , qui étoit
cruelle , devient ici horrible , & cette
horreur s'accroît juſqu'à la fin du drame.
Mérinval fils auquel fon pere a communi
qué la lettre qu'il a reçue , ſe dérobe de
la maiſon paternelle & des bras d'une
épouſe pour courir ſur les traces du ſcélé
rat Séligni. Il le cherche ; le trouve enfin
, & , après l'avoir forcé de ſe mettre
en défenſe , ſon bras conduit par la vengeance
, lui plonge dans le fein un fer
meurtrier. Le jeune Mérinvał eſt arrêté
2
AVRIL . I. Vol. 1774. 117
par les Officiers de la Juſtice & conduit
en prifon. Son procès eſt inſtruit. Cejeune
homme ne veut point avouer fon nom
& le motif de fon action , de peur de dévoiler
le crime de fon pere. Mais ce pere ,
inftruit par ſes perquiſitions de la détention
de fon fils , ne voit que le péril dont
ce cher fils eſt menacé; il ſe préſente devant
le Juge dans le deſſein de ſe déclarer
le feul coupable qui mérite toute la rigueur
des loix , & de ſauver ſon fils ; ce
qui produit ici un combat très-pathétique
entre l'amour paternel & la piété filiale.
Le jeune Mérinval parvient enfin à faire
confentir ſon pere à garder un fecret qui
ne ſerviroit qu'à le conduire fur l'échafaud
fans pouvoir fauver les jours de fon
fils. Il le conjure ; il lui fait même promettre
de confentir à vivre pour rendre à
fon fils un dernier ſervice , un ſervice esfentiel
& le feul qu'il attend dans la poſi-:
tion où il ſe trouve. Quel eſt donc ce
bienfait que le prifonnier demande à fon
pere ? Du poifon , pour ſe ſouſtraire à
l'ignominie de l'échafaud.
La honte eft tout , mon pere , & l'on brave la mort.
Ce pere ſe ſoumet à fon fort plein
d'horreur , il vient trouver ſon fils dans
H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
la priſon , il lui porte le poiſon , mais
après en avoir pris en ſecret , afin que la
mort le réuniſſe à fon fils. Ilenſentdéjà les
approches , & fa main tremblante laiſſe
tomber la boîte fatale que lui demande
le jeune Mérinval. Dans cet intervalle ,
l'épouſe du prifonnier , Eugénie , dont les
inquiétudes ſont dépeintes dans ce drame
avec beaucoup de ſenſibilité ; apporte à
ſon mari des lettres de grace , accordées
d'après l'aveu même que le ſcélérat Séligni
a fait en mourant , de ſes forfaits.
Cependant Mérinval pere fuccombe à l'effort
du poiſon qu'il a pris. Cet homme ,
emporté vers le crime comme malgré lui ,
s'eſt vu ſucceſſivement l'aſſaſſin de fon
ami , de ſa femme , de l'enfant qu'elle
portoit dans ſon ſein & de lui - même.
Quelle leçon plus terrible des malheurs
&des crimes qui ſuivent le fol aveuglement
de la jalouſie ?
Le Comte de Comminge de M. d'Arnaud
a fait verſer des larmes ; ſon Merinval
fera frémir. L'auteur nous prévient
dans ſa préface qu'il a emprunté le ſujet
de ce dernier drame d'un roman intitulé ,
le Monde moral. M. D. , en avouant la
fource où il a puiſé , donne un exemple
qui ſera rarement ſuivi. Maisl'auteur , en
tranſportant l'aventure du roman fur la
م
AVRIL. I. Vol. 1774. 119
L
<
ſcene , y a fait les changemens qu'il a cru
les plus propres à l'action &àl'effet theatral.
Nous doutons cependant que la ſcene
où il nous repréſente un lieutenantcriminel
atfis ſur ſon tribunal & inſtruifant
, avec les formalités uſitées , le procès
d'un priſonnier , puiſſe reuffit fur le théâ
tre françois. Il feroit facile de donner les
raiſons de ce doute. D'ailleurs , quelque
motif qui ait fait agir le fils de Mérinval ,
le ſpectateur ne peut le regarder que comme
un aſſaffin qui rentre dans la claſſe
ordinaire des criminels. Son pere , dont
l'ame foible & crédule dirige tous ſes
mouvemens d'après de ſimples écrits añonymes
, peut encore moins intéreſſer en
ſa faveur. Mais la ſcene de l'inſtruction
criminelle que nous venons de citer , a
donné occaſion au poëte de nous peindre
la ſitutation pathétique d'un pere & d'un
fils qui veulent ſe dévouer l'un pour l'autre
à la mort , & à quelle mort , grand
Dieu! Il y a pluſieurs autres ſituations
dans ce drame qui font friſſonner , & le
poëte a habilement laiſſé des eſpaces pour
le geſte & la pantomime , parce que , dans
ces fortes de peintures , c'eſt la ſcene
muette qui doit achever le tableau.
Cedrame eſt précédé d'un diſcours qui
H 4
120 MERCURE DE FRANCE.
contient pluſieurs obfervations relatives
à l'art dramatique, L'auteur répond dans
cette même préface aux reproches que
quelques perſonnes lui ont faits fur fon
peu d'empreſſement à obtenir les honneurs
de la ſcene françoiſe. Les délais auxquels
il faut ſe ſoumettre pour parvenir à
être repréſenté ne ſont pas fans doute une
des moindres raiſons qui portent un homme
de léttres à s'interdire l'entrée de la
carriere dramatique. Un auteur , preſſé de
jouir , eſt quelquefois obligé d'attendre
cinq ou fix ans pour obtenir les honneurs
de la repréſentation. Ces difficultés ne
peuvent que jeter le talent dans un découragement
nuiſible à l'avancement de l'art
dramatique. Si nous avions deux théâtres ,
comme M. d'Arnaud & pluſieurs autres
écrivains , amis de nos plaiſirs & de notre
gloire littéraire , l'ont remarqué , ces inconvéniens
ne ſubſiſteroient plus ; on auroit
encore l'avantage de voir jouer fur
ces deux théâtres le même ſujet traité
différemment. N'a- t - on pas vu paroître
à la fois la Bérénice de Corneille & celle
de Racine ? Alors le Public feroit en état
de prononcer : ce qui échaufferoit l'eſprit
d'émulation ſi néceſſaire aux progrès des
arts.
AVRIL. I. Vol. 1774. 121
,
Çatalogue des livres de la Bibliotheque de
feu M. Morand , Ecuyer , Chevalier
& Secrétaire de l'Ordre du Roi , affocié
penſionnaire de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de
Londres , & des Académies de Rouen ,
Pétersbourg , Stockolm Bologne ,
Florence , Cortone , Porto , & Harlem
; Inſpecteur - général des hôpitaux
militaires , Chirurgien - major de l'hôtel
royal des Invalides , ancien fecrétaire
de l'Académie royale de Chirurgie
& Cenfeur royal ; dont la vente fe
fera le lundi 14 Avril 1774. & jours
ſuivans , en ſa maiſon rue de Grenelle
; vol, in -8°. A Paris , chez Prault ,
fils ainé , libraire,
Ce catalogue eſt précédé d'une lettre
fur feu M. Morand, traduite du latin de
M. Morand , docteur régent de la Faculté
de Médecine ,& penſionnaire de l'Académie
royale des ſciences. Cette lettre a
été adreſſée aux différentes Académies
des pays étrangers . M. Morand , fils de
feu M. Morand, après avoir rendu compte
dans cette lettre de la perte qu'il vient
de faire , rend un juſte hommage à la
H 5
122 MERCURE DE FRANCE.
i
:
mémoire d'un homme qui ne ceſſa , par
fes conſeils & ſes travaux , de ſe montrer
l'ami de l'humanité & de contribuer par
ſes écrits aux progrès des ſciences qui
avoient fait l'objet de ſes études. Čes
ſciences ; comme on le penſe bien , forment
les claſſes les plus riches & les plus
complettes de la collection que nous venons
d'annoncer . Lecatalogue quicontient
2310 articles a été dreſſé par le Sr Prault ,
libraire , dont le ſyſtême bibliographique
nous a paru plus exact & plus commode
que ceux qui ont été adoptés juſqu'à préſent.
Ce ſyſtême offre beaucoup de divifions
& de fubdiviſions qui facilitent les
recherches & procurent le moyen de reconnoître
promptement les différens
écrits raſſemblés ſur le même objet.
"
Journal des Dames , dédié à Madame la
Dauphine , par Madame la Baronne
de Princen. A Paris , chez Lacombe.
La Mythologie avoit choiſi Apollon
pour préſident aux ſciences & aux arts ,
mais elle lui avoit donné pour compagnés
les neufs Muſes , parce que les Anciens
étoient perfuadés que ſans le concours
d'un ſexe qui fait répandre par-tout les
AVRIL. I. Vol. 1774. 1
graces & l'agrément , les ſciences & les
arts ne préſenteroient rien que de triſte
&de rebutant. Lejournal que nous venons
d'annoncer n'eſt donc pas ſimplement
un hommage rendu aux Dames , c'eſt encore
unmoyen de plus d'étendre l'Empire
de ce beau naturel , de ce ſentiment vif
& délicat , de cette raiſon aſſaiſonnée
qui eſt l'apanage des Dames. L'Auteur
araſſemblé en conféquence dans ce Journal
des analyſes d'écrits dictés par les Dames
ou composés pour elles , des contes
moraux , des poéſies légères , un choix
d'anecdotes & de bons mots. Une autre
partiede ce Journal eſt deſtinée à nous préſenter
des traits ou des précis hiſtoriques
fur les femmes qui ſe ſont rendues recommendables
par des actes de ſenſibilité , de
généroſité , de bienfaiſance ,par des talens
ſupérieurs ou par cet empire que donne la
vertu unie aux graces & à labeauté ; & ce
Journal étoit digne à ce titre d'être préſenté
à l'auguſte Princeſſe qui a bien
voulu en accepter la dédicace.
Parmi les traits hiſtoriques qu'offre ce
Journal , il y en a un qui peut être placé à
côté de celui que l'hiſtoire ancienne rapporte
de cette femme Lacédémonienne
qui arma ſon fils pour la guerre & lui
124 MERCURE DE FRANCE.
E
1
dit , en lui préſentant un bouclier : author ,
aut in illo . Rapporte ce bouclier , ou que
çe bouclier te rapporte. La Marquiſe de
C*** avoit cinq fils au ſervice , qui tous
marchoient fur les traces de leur illuftre
pere. Un fixieme fils étoit reſté à C *** ,
terre de la Marquiſe. Son jeune âge &
une fanté délicate avoient engagé la mere
à le garder auprès d'elle. Au milieu de
la campagne , à la fameuſe bataille d'Arcy
, le Marquis de C *** & ſes cinq fils furent
tués , en combattant glorieuſement ,
preſque ſous les yeux du Roi. Cette triste
nouvelle fut annoncée à la Marquiſe
par un courier que lui avoit dépêché le
Comte de D *** fon frere. Elle parut un
inftant comme accablée d'un coup auſſi
terrible ; mais bientôt, ranimée par le courage
le plus héroïque , elle ordonna
qu'on allât lui chercher une armure qu'elle
avoit fait faire , il y avoit peu de temps ,
pour fon dernier fils ; dès qu'on la lui eut
apportée , elle en couvrit elle - même le
jeune homme en lui diſant : allez , mon
fils , venger votre pere & vos freres , ou
mourir comme eux au service de votre
Roi : enfuite , fans répandre une larme ,
elle donna ſes ſoins pour hâter le départ
d'un fils ſi cher. Comme il montoit à
AVRIL. I. Vol. 1774. 125
cheval , & qu'il lui faiſoit ſes adieux avec
triſteſſe : fongez à la gloire , mon fils , lui
dit la Marquiſe , & point de foibleffe ; rendez
vous digne de mes regrets , ou du plaisir
que j'aurois à vous revoir. Ce jeune homme
و د
ود
ود
- devenu l'héritier du nom & de la valeur de
fes aïeux , & animé par l'exemple de fermeté
qu'il avoit reçu d'une auſſi digne
mere , ſe comporta à l'armée d'une maniere
à s'attirer les regards de Henri le Grand.
Le Prince s'informa qui étoit ce jeune
- Chevalier ; & lorſqu'on le lui eut nom.
mé , il s'écria avec vivacité : ,, Ventrefaint
-gris , la Maiſon de C *** eft
une de mes pépinieres de héros ; it
faut me conferver précieuſement ce
rejeton - là" . Le Chevalier de C ***
non moins brave que fon pere & fes
freres , mais plus heureux , revint à la
fin de la campagne auprès de fon illustre
mere : recevez dans vos bras , lui
,, dit- il , un fils qui vous aime " . F'embraſſe
avec une joie extrême un fils qui
m'honore , répondit la Marquiſe. La
maiſon de C*** eſt une des plus anciennes
du Comtat d'Avignon. L'anecdote
a été fournie par le Marquis de C*** qui
reſte ſeul de cette reſpectable famille , & a
exigé que l'auteur du Journal des Dames
ود
126 MERCURE DE FRANCE,
ſe contentât de déſigner par une ſimple
lettre le nom de la Marquife de C...
Quelques autres anecdotes rapportées
dans le même Journal peuvent ſervir à
nous peindre la vivacité d'eſprit ou l'aimable
naïveté de jeunes perſonnes. Un
fat dépourvu d'eſprit , mais très bavard ,
avoit pendant un heure ennuyé la ſociété
où il étoit ; puis s'adreſſant à Mde la
Marquiſe de ... il lui dit avec un air
fatisfait : N'est - il pas vrai , Madame ,
quc je parle comme un livre ? ,, Oh ! pour
cela oui , Monfieur , lui dit - elle ; il
,, ne vous manque que d'être relié en
,, veau.
ود
Une jeune payſane des environs d'Apt
en Provence , étoit occupée à veiller dans
un champ au ſoinde fon troupeau. Le Marquis
de M... qui chaſſoit dans ce même
lieu , crut pouvoir s'amufer de l'ignoran .
ce qu'il ſuppoſoit à cette bergere: ,, com
bien de fois par jour , lui dit - il , défends-
tu tes agneaux du loup ?" Hélas ,
Monfieur , lui répondit - elle en feignant
un air humble , je ne l'ai jamais vu qu'aujourd'hui
.
ود
و د
Les contes moraux , les analyſes de
livres , les précis hiſtoriques , différentes
pieces de vers compoſés en l'honneur de
AVRIL. 1. Vol 1774 127
la Beauté & de la Vertu doivent être lus
dans l'ouvrage même. Pluſieurs de ces
morceaux , dictés par le ſentiment & la
reconnoiſſance , ont été compoſés par
l'auteur même du Journal , & annoncent
autant de délicateſſe que de goût.
Cet ouvrage périodique peut devenir
de mois en mois plus intéreſſant , fur-tout
ſi l'auteur ne néglige point , comme il le
fait eſpérer , de nous faire connoître nonſeulement
les Dames qui ſe diſtinguent
dans les ſciences & la littérature , mais
encore celles qui contribuent au progrès
des beaux arts par des talens ſupérieurs.
L'Académie royale de Peinture fournira
quelquefois occafion au Journaliſte des
Dames de célébrer des productions qui
ne font pas moins d'honneur à l'académie
qu'au beau ſexe.
L'art de la Toilette & cette partie de
la Médecine qui apprend à conferver la
ſanté & à ſoigner celle des enfans , dont
le dépôt eſt ordinairement confié aux
femmes , peuvent auſſi fournir des articles
intéreſſans au Journaliſte.
Les deux premiers volumes de ce Journal
font publiés. Il en paroîtra un chaque
mois , compoſé de cinq feuilles d'impresfion
in- 12. Le prix de l'abonnement eſt de
128 MERCURE DE FRANCE.
E
12 liv. pour Paris , & de 15 liv . pour la
Province , franc de port. Il faut s'adreſſer
pour foufcrire , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriſtine , & chez Mde la Baronne
de Princen , auteur du Journal , rue des
Bernardins , maiſon de la Dame Corpelet
, vis -à- vis le college St Bernard. Les
perſonnes de province qui voudront s'abonner
pourront mettre le prix de l'abonnement
à la poſte , en l'affranchiſſant &
en écrivant ſeulement une lettre d'avis à
l'une des deux adreſſes ci- deſſus pour
indiquer le nom de la perſonne & du
lieu où l'on poura adreſſer le Journal.
Les ouvrages faits par les Dames ou pour
les Dames , qu'on voudra ſaire inférer
dans le Journal , feront adreſſés , francs de
port , à l'auteur .
,
Les papiers publics d'Allemagne viennent
d'annoncer un ouvrage périodique
deſtiné pareillement à l'inſtruction & à
l'amusement du beau ſexe. Ce nouveau
Journal , compofé en allemand & imprimé
à Halle , a pour titre : Académie des
Graces , ou Entretiens littéraires pour les
Dames.
:
De
AVRIL. I. Vol. 1774. 129
De la connoiſſance & du traitement des
Maladies , principalement des aiguës ;
Ouvrage fondé fur l'obſervation; traduitdu
latin de M. Eller , premier médecin
du Roi de Pruſſe , &c. &c. par
J. Agathange le Roi , docteur en médecine
, médecin de Mgr le Comte de
: Provence & de la compagnie Suiſſe de
ſa Garde ordinaire ; membre des Académies
des Sciences de la Heſſe & de
Mayence , à Erford , chargé en chefdes
pharmacies des hôpitaux ſédentaires
& ambulans des armées du Roi en Allemagne
, pendant la derniere guerre.
Vol. in- 12 ; prix 3 liv. relié. A Paris ,
chez Valade , libraire ; à Montpellier ,
chez Fontanel.
M. ELLER perfuadé de bonne heure du
- danger des hypotheſes dans un art qui doit
être entiérement fondé ſur des connoiſſances
anatomiques & ſur l'obſervation , a
conftamment pratiqué la médecine ſelon
la méthode d'Hippocrate , la raison &l'expérience.
La pratique de M. Eller eſt ſimple
, & on peut dire avec ſon eftimable
traducteur qu'il a exécuté ce que le grand
Boerhaave defiroit faire , la médecine avec
)
I
130 MERCURE DE FRANCE.
peu de drogues. Sathéorie lumineuſe peut
rendre ſenſibles les phénomenes qui embarraſſent
ſouventle praticien dans le cours
d'une maladie , & cette théorie eſt encore
propre à éclairer la marche de la maladie.
L'ouvrage eſt diviſé en 15 fections.
L'auteur , après avoir expoſé dans la premiere
, les conditions qui conftituent la
ſanté , ou la meilleure maniere d'être , traite
dans les ſections ſuivantes des différentes
fortes de fievres , des maladies inflammatoires
& autres. La ſection quatorzieme
concerne l'apoplexie. Les degrés variés
de cette maladie ſont diftingués par les
ſymptômes qui les caractériſent ; les ſignes
qui la font prévoir dans un fujet qui en eſt
menacé font indiqués , ainſi que les
moyens propres à la traiter , avec autant
de ſuccès qu'on peut s'en promettre contre
une maladie qui eſt mortelle , quand elle
eſt complette , & difficile à guérir dans les
cas ordinaires. La paralyfie termine la
quinzieme & derniere ſection. L'auteur ,
en nous faiſant connoître la marche de
cette maladie , y porte le flambeau del'obſervation.
En général cet ouvrage annonce
un obfervateur exact , nourri des écrits
des plus grands praticiens ; & qui ne perd
jamais de vue cette ſage circonfpection
AVRIL. I. Vol. 1774. 131
qui doit caractériſer le médecin chargé &
occupé des intérêts de la Nature.
Ces fortes d'écrits , en éclairant la pratique
de la médecine , ne peuvent manquer
d'écarter cette foule de charlatans
qui abuſent de l'ignorance du malade pour
mettre fa crédulité à contribution. On
ne peut d'ailleurs trop multiplier les
moyens d'inſtructions pour ceux qui par
l'éloignement des ſecours ne peuvent les
réclamer aſſez-tôt. ,, Mais , comme l'obfer-
ود
ود
ود
"
"
ود
ود
ve ſagement le traducteur de M. Eller,
c'eſt dans le cas ſeul d'une impoſſibilité
abſolue que les perſonnes charitables &
les plus intelligentes peuvent ſe permettre
d'adminiſtrer des fecours aux malades.
Dans tout autre , n'héſitons pas
à les croire coupables d'un événement
malheureux. Les médecins eux- mêmes
," ſavent qu'après avoir fait une étude particuliere
& longue de l'art de guérir ,
ils trouvent encore chaque jour desdifficultés
qui les arrêtent & qui les plon-
,, gent dans des incertitudes qui leur rendent
la pratique de leur art très-amere,
,, quand ils font ſenſibles."
ود
ود
و د
و د
Introduction à la Syntaxe latine pour apprendre
aisément à compoſer en latin :
12
132 MERCURE DE FRANCE.
avec des exemples de thêmes appropriés
aux regles de la ſyntaxe , proportionnés
à la portée des enfans : à quoi
l'on a ajouté un abrégé de l'hiſtoire
Grecque & Romaine , par Jean Clarke ,
principal du college de la ville de Hull
dans le comté d'York ; ouvrage traduit
fur la fixieme édition Angloiſe , retouché
, mis à l'uſage des colleges françois,
& augmenté d'un vocabulaire latin &
françois , par M. de Wally ; vol. in - 12 .
à Paris , chez J. Barbou.
CETTE introduction contient les principales
regles de la ſyntaxe & des exemples
pour compofer des phrafes & des thêmes
ſur ces mêmes regles. L'auteur donne un
chapitre fur chaque regle de la ſyntaxe. La
regle eſt ſuivie de différentes phraſes , ou
il fait entrer une grande quantitédemots,
que l'écolier apprend ainfi imperceptiblement.
Il varie tellement ces mots , que
dans chaque chapitre il ſe trouve des noms
& des verbes de différentes déclinaiſons
& conjugaisons ; ce qui ſert à affermir
l'écolier dans cette premiere partie de la
grammaire. Comme rien n'arrête plus les
enfans que la néceſſité de chercher les mots
dans les dictionnaires , & que même le
:
AVRIL. I. Vol. 1774. 133
1
A
plus ſouvent ils ſe méprennent pour le
vrai ſens du mot qu'ils emploient , on le
leur met ici , mais ſeulement au nominatif
, ſi c'eſt un nom , ou à la premiere perſonne
du préſent indicatif, ſi c'eſt un verbe
; c'eſt aux enfans à mettre enfuite ce
nom au cas , ou ce verbe au temps , à la
perſonne & au nombre que demande le
ſens de la phrafe. Et afin qu'ils ſachent ,
en tenant ainſi leur mot , comment il faut
le décliner , ou le conjuguer , on a ajouté
dans cette nouvelle édition un petit dictionnaire
de tous les mots de la premiere
partie de l'ouvrage de M. Clarke. L'auteur,
ſuivant toujours fon plan , a donné dans
la ſeconde partie une ſuite de thêmes qui
contiennent un abrégé de l'hiſtoire grecque
& romaine , hiſtoire dont les enfans
ont le plus beſoin pour entendre leurs auteurs
claſſiques. Cette méthode préſente :
encore d'autres avantages qui peuvent lui
mériter en France le même accueil qu'elle
a reçu en Angleterre,
:
T
Des Causes du Bonheur public , ouvrage ..
dédié à Monſeigneur le Dauphin par
M. l'Abbé Gros de Beſplas , de la Maifon
de Sorbonne , Aumônier de Mgr
Je- Comte Provence , &c. Seconde édi
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
tion revue , corrigée & conſidérablement
augmentée. A Paris , chez la Ve.
Laurent Prault , libraire , 1774; 2 vol.
in- 12.
De tous les ſujets qu'on peut offrir aux
yeux de la philoſophie & de la politique ,
il n'en eſt pas de plus intéreſſant que celui
que nous annonçons. Aucune Nation ,
aucun royaume qui n'y doive prendre part.
Les cauſes du bonheur public ; quelle matiere
renferme de plus grands intérêts !
Le plan de M. l'Abbé de B... eſt ſimple
& la marche de ſon livre , majestueuſe.
L'accord de la morale & de la politique ,
c'eſt à dire , de la ſcience de gouverner les
hommes , voilà , felon lui , le principe
du bonheur des Etats . En vain de fombres
politiques le chercheroient- ils ailleurs ; une
foule de raiſonnemens & de faits raffemblés
dans l'ouvrage , le tableau des différens
Empires anciens & modernes font
voir que la légiflation, de quelque maniere
qu'elle foit modifiée , ne peut porter
fur un autre fondement. De la morale
l'auteur déduit les moeurs , & des moeurs ,
le caractere de la Nation. Ainſi il établit .
pour premiere cauſe du bonheur public ,
le caractere national.
M. de B*** poſe un ſecond principe
AVRIL. I. Vol. 1774. 135
très important , ſavoir que la morale fondée
fur la confcience du bien & du mal ,
eſt elle - même ſans appui durable , fi elle
n'eſt accompagnée du ſecours de la religion.
Il ne lui reſte qu'un dernier trait à ajouter
pour achever ſon plan. Uncaractere&
une Religion font deux grands mobiles
fans doute , mais il faut une premiere
cauſe qui dirige l'un & maintienne l'autre.
L'auteur place avec raiſon cette cauſe
> dans la perſonne & les vertus des Rois.
M. de B *** , qui dirige en partie ſon
ſujet vers la Nation , remarque ſept vertus
principales dans notre caractere : la
Douceur , l'Equité , la Valeur , l'Honneur
, l'Amour pour nos maîtres , le goût
des lettres & des ſciences , enfin lesbonnes
moeurs. Si cette derniere vertu a été fouvent
obſcurcie parminous , il fait voir que
nous avons toujours eu un fond d'eſtime
pour elle , & qu'il a toujours été facilede
nous y ramener. Il développe tous les resforts
que la politique doit faire agir pour
tourner ces vertus au plus grand bien de
l'Etat. Tous les chapitres de cette partie
font très- importans pour un légiflateur
&pour un philoſophe. L'auteur n'y perd
jamais de vue ſon objet, remontant con
14
136 MERCURE DE FRANCE.
tinuellement des effets aux cauſes ,
trouvant dans celles-ci le germe des diffé
rentes opérations du gouvernement. Les
chapitres fur - tout de la Douceur & de
l'Honneur , celui de l'Amour des Lettres
& des bonnes moeurs nous ont paru profondément,
raiſonnés & remplis d'excellentes
vues . On trouvera dans celui de
l'amour pour nos Souverains , un tableau
fort attendriſſant & très animé de l'émotion
des François au moment de la maladie
du Roi à Metz. ১
Il n'eſt pas moins important de ſuivre
M. de B.. dans la ſeconde partie de ſon
ouvrage. Il forme comme une chaîne
de devoirs depuis le trône juſqu'aux dernieres
claſſes de la ſociété , & fait voir
par- tout que dans aucun ordre de citoyens ,
la police publique ne peut ſe paſſer de
l'influence de la Religion. Ce n'eſt point
un théologien prévenu qui parle , mais
un moraliſte éclairé , un politique habile
qui , pénétré de la grandeur & de la
vérité deſon ſujet , montre le rapport de
toutes les parties de ce majestueux édifice.
M. de B** a peut - être même cet avantage
fur les auteurs qui ont traité de cette
matiere , les Puffendorff , les Grotius ,
les Burlamaqui , Montesquieu lui, même ,
AVRIL. 1. Vol. 1774. 137
qu'il a porté plus près de ladémonftration
cette importante vérité. Warburton a
écrit ſur l'accord de la morale , de la Religion
& de la politique , mais fon ouvra- .
ge, diviſé en diſſertations , ne préſente
pas un enchaînement ſuffiſant de principes
&de conféquences ni un tableau aſſez déterminé
de la ſociété. Le livre de M. de B **
au contraire réfléchit par-tout lamêmelumiere
; d'ailleurs, l'auteur Anglois , en
s'égarant dans beaucoup de difcuffions fur
l'initiation aux myſteres des Anciens , eſt
tombé dans un autre défaut , il a tellement
inſiſté ſur la religion nationale & civile
, qu'il n'a fait de ſon ouvrage qu'un
ſyſteme local , dans lequel il a laiſſé voir
à chaque moment l'action de l'homme.
M. de B. , pénétré de l'excellence des
moyens renfermés dans la Religion chrétienne
, en a fait voir l'influence ſur tous les
pays de l'univers , ne laiſſant , pour ainſi
dire , jamais tomber les rênes des Empires
, des mains du Très-Haut. Il montre
la néceſſité de cette influence fur-tout dans
les Magiſtrats , dans l'Homme de Lettres
dont le génie trop diſpoſé à s'égarer a
beſoin de cette digue puiſſante pour être
retenu ; dans les Militaires , dans les Riches
, enfin dans le Peuple. Quelquefois
15
138 MERCURE DE FRANCE.
S
l'auteur entre dans des détails qui , au
premier coup d'oeil , ne paroiſſent pas exiger
la même attention ; mais plus approfondis,
ils ne laiſſent plus lieu de douter
de leur influence fur le bon ordredelaſociété
: tels font les chapitres ſur les Moraliſtes
, les Colleges , les Séminaires ,
le Clergé des Paroiſſes; enfin celui des
couvens. De ces foibles ſources qui échappent
ſouvent à nos regards , l'auteur fait
fortir une partie de la tranquillité publique
, y puiſant les plus fürs moyens de
la maintenir.
M. de B.. , attaché fidélement à ſon
plan,couronne fon ouvrage par les vertus
du chef de la ſociété. Cette partie pourroit
former , toute ſeule, un traité à part
fort intéreſſant. La religion du Souverain
, ſa juſtice , ſa ſageſſe , ſa fermeté , ſa
modération ; enfin ſon amour pour ſes
ſujets font les vertus que l'auteur établit
comme indiſpenſables. Son chapitre de
la Juſtice renferme de fort belles idées ,
des vues très -importantes fur la légifla
tion; celui de la Sageſſe en offre de trèsintéreſſantes
ſur le luxe & la police des
Etats ; celui de la Fermeté & de la Tempérance
eſt peut-être le plus beau de tout
l'ouvrage ; enfin celui de l'Amour pour
1
AVRIL I. Vol. 1774. 139
う
}
!
)
les ſujets eſt très capable d'intéreſſer pour
les bons Souverains , &, par un juſte retour
, pour l'auteur lui-même qui défend ,
avec tant de force & de courage , la cauſe
des Nations devant les Rois , & préſente
à ceux- ci tant de motifs de s'attacher à
leurs peuples & de s'occuper de leur bonheur.
La conclufion qui vient enſuite , eſt le
réfumé de tout l'ouvrage. Ce morceau ,
très bien fait , eſt un fidele tableau de ce
qui a été dit. L'auteur ne s'y répete point,
&préſente ſous un nouveau jour , l'abrégé
de ſon ſujet. La marche de ce morceau
eſt des plus rapides ; il eſt terminé par
une fort belle invocation à la Vérité.
M. de B.. , comme il le dit lui - même
avec raiſon , a renfermé un ſecond ouvrage
dans celui que nous venons d'analyſer.
Nous voulons parler des notes qu'il a placées
à la fin de chaque partie. Nous devons
plutôt les appeler d'importantes
diſſertations ſur les endroits les plus conſidérables
de fon ouvrage: telles font , à
la fin de la premiere partie, la note fur
la Juſtice & la Vérité ; ſur la naturedes
Gouvernemens: à la fin de la ſeconde ,
la note ſur l'intérêt , ſur l'influence des
Femmes dans la ſociété, ſur le théâtre ,
140 MERCURE DE FRANCE.
ſur l'abus du jeu dans les régimens , fur
la licence des plaidoyers , ſur le doute ,
fur la néceſſité & la dignité du travail ,
fur l'uſage de l'argent , ſur la mendicité :
à la fin de la troiſieme partie , la note
ſur la nature du pouvoir , ſur le partage
inégal des terres (differtation des plus
importantes de cet ouvrage & remplie
d'idées neuves ) ſur le ſecret , ſur les fausſes
nouvelles , ſur l'inutilité de la guerre;
enfin , fur les faiſeurs de projets , la connoiſſance
du grand monde , celle de l'intérieur
des confciences. La lecture de
l'hiſtoire & un jugement profond rendent
ces differtations également ſolides
& curieuſes.
Tel eſt le plan , la marche & le fond
de cet ouvrage.
Le talent de l'auteur pour la chaire a
déjà paru , ſoit par un excellent ouvrage
qu'il a donné ſur cette matiere , foit par
la maniere dont il a prêché à Paris & devant
le Roi : on a lieu de croire qu'il n'en
reſtera pas là , & qu'il s'y diftinguera comme
il l'a déjà fait avec éclat dès le temps
de fa licence. Ce nouvel ouvrage annonçe
des talens littéraires & politiques , une
fermeté digne de l'état eccléſiaſtique &
un excellent citoyen.
AVRIL. I. Vol. 1774. 141
}
}
Recueils de Mémoires & d'observations
fur la perfectibilité de l'homme.
こNous avons déjà donné une idée du
premier de ces recueils. L'Auteur en annonce
la continuation par un nouveau
proſpectus , qu'il diſtribue gratuitement
chez lui & chez Moutard , avec celui de
ſa Maison d'Education. Le ſecond recueil
paroîtra dans le mois d'Avril prochain
, & contiendra un nouveau Tableau
d'éducation physique. Les ſuivants ſe ſuccéderont
tous les deux mois , de maniere
qu'il en paroîtra ſix chaque année. L'Auteur
ſe propoſe d'y décrire l'art de former
les organes , par l'uſage bien réglé
des Agents vitaux; l'art de figurer les
membres de la maniere la plus propre à
l'exercice de leurs fonctions , & celui de
guérir les boſſes & autres difformités , au
moyen d'exercices , d'attitudes , de topiques
& de machines ; l'art de donner de
l'adreſſe par la gymnaſtique ; le grand
art enfin ,,, de développer chaque ſens
ود extérieur& intérieur, d'augmenter la
,, mémoire , de ſeconder l'imagination , de
,, rendre la réflexion active ; de donner
142 MERCURE DE FRANCE.
:
:
ود
ود
de la juſteſſe à l'eſprit , & de corriger
ſes vices. ,,
Voila ce que l'Auteur comprend ſous
le titre d'éducation Phyſique & de Médecine
economique. Enyjoignant l'éducation
morale , il ſe propoſe d'éclaircir la
théorie encore ſi obſcuredes paſſions , pour
fonder l'art de faire naître les bonnes
moeurs & corriger les mauvaiſes; il fe
propoſe de plus , de réduire en un ſeul
corps élémentaire , les principes de toutes
les ſciences utiles. Il annonce desmé.
thodes plus fimples , pour enſeigner la
muſique , les langues , les arts & les
fciences . Il doit s'occuper de la confection
& de l'exécution des plans publics
& particuliers d'éducation.
M. Verdier promet de ne point furcharger
ſes recueils de compilations , &
de les faire aux dépens de l'obſervation ,
de l'expérience & de l'analyſe. Joignant
la pratique à la théorie dans fa Maiſon
d'éducation , il peut réunir en effet avec
facilité , le rôle d'Obſervateur à celui de
Philofophe. Il invite les Savants & les
Inſtituteurs , de lui faire part de leurs obſervations
& réflexions ; il promet de les
recevoir avec reconnoiſſance , & de leur
rendre l'hommage qui leur fera dû.
AVRIL. I. Vol. 1774. 143
ود
Chacun de fes recueils ſera compo-
,. fé de fix à ſept feuilles in- 12 , caractere
de cicero , & ſe vendra 24 fols.
Ceux qui deſireront les recevoir chez
eux francs de port , foufcriront pour
l'année , en payant , ſavoir , 7 liv. 4 f.
,, pour Paris , & 9 liv. pour la Province.
,, Ceux qui ont le premier recueil , paye-
} ront 24 fols de moins.
ود
ود
ود
و د
ود
و د
و د
و د
ود
On foufcrira à Paris chez l'Auteur ,
à la Maiſon d'éducation , Quai St Bernard
, près de la rue de Seine ; chez
Moutard , Libraire de Madame la Dauphine,
& chez les Libraires des prin-
,, cipales villes de Province. On aura ſoin
d'adreſſer les lettres & l'argent francs
de port."
ود
ود
Six nouveaux volumes in- 12 de l'His
toire & des Mémoires de Littérature de
l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres; ſavoir , tome quinzieme
de l'Hiſtoire , & les tomes 55 , 56,
57 , 58 , 59 des Mémoires ; le volume
en blanc , 2 liv. to fols , & 3
liv. 5 fols relié , Hôtel de Thou , rue
des Poitevins.
Ces fix volumes que l'on publle au144
MERCURE DE FRANCE.
:
jourd'hui , répondent aux volumes 31 &
32 in-4°. Cette édition in -12 , ſera au
pair de l'in-4°. l'année prochaine : on en
publiera 6 volumes chaque année. L'on
fait combien cette collection eſt utile :
c'eſt un immenſe dépôt de richeſſes littéraires
, où peuvent puiſer tous ceux qui
étudient l'antiquité , ces nouveaux volumes
ne cedent en rien aux précédens ,
pour l'intérêt des matieres & le mérite
de l'exécution . Les noms des hommes
les plus célebres en tout genre de littérature,
infcrits à la tête de ces Mémoires ,
rappellent tout ce qu'on doit à leurs travaux
, & fuffiſent pour établir la confiance
du Lecteur.
On trouve actuellement chez Durand
neveu , Libraire , les ouvrages de M.
Bezout , de l'Académie Royale des
Sciences ; ſavoir :
1º. Le Cours de Mathématiques , à l'uſage
des Gardes du Pavillon & de la Marine
, comprenant 6 vol. in 8°. petit papier
, l'Aritmétique , la Géométrie , &
les deux Trigonométries , l'Algebre &
l'application de l'Algebre à la Géométrie ;
les Elémens du calcul différentiel & intégral
; la mécanique , l'hydroftratique & le
Traité
AVRIL . 1774. 145
}
}
Traité de navigation ; prix 25 liv. 10 f.
20. Le Cours de Mathématique , à l'ufage
du Corps - Royal de l'Artillerie , en
quatre vol. in - 8 °. , grand format ; prix
32 liv.
Le Jay , Libraire, mettra en vente le
20 Avril , les Voyages de Michel de Montaigne
en Italie , par la Suiſſe & l'Allemagne.
Pluſieurs circonstances qui n'a
voient pour but que la perfection de cet
ouvrage , ont contribué juſqu'à ce mo
ment , à en retarder la publication.
Ces voyages font imprimés en trois
formats différens , pour la commodité
des perſonnes qui font pourvues des effais.
On joint ici le prix des différentes
éditions de ces voyages en feuilles . in-
4°. , grand papier , avec le portrait , 18
1. En 2 vol. in 12 , grand papier , avec
le portrait , 5 liv. En 3 vol. in 12 , petit
papier , avec le portrait, 4 liv. 10 fols.
On prie MM. les Souſcripteurs de
l'édition in 4º , de faire retirer leut
exemplaires le jour ci-deſſus ou les ſuivans
.
Fragmens de Tactique , ou fix Mémoi
res; 1 °. Sur les Chafleurs & fur la charge.
20. Sur la manoeuvre de l'Infanterie.
3º. Sur les principes de Tactique & fuf
K
146 MERCURE DE FRANCE .
la colonne. 4°. Sur la marche. 5º. Sur
les ordres de bataille. 6º. Sur l'Effai général
de Tactique , relativement à ces différens
objets , ſuivis de deux additions ;
la premiere , contenant des réflexions
fur une lettre de M. le Marquis de Puiffegur
, dans laquelle il examine les déploiemens
de l'Eſſai général de Tactique ;
la 2º. , fur la vîteſſe des differens pas de
l'Infanterie , précédés d'un diſcours préliminaire
fur la Tactique & ſur ſes ſyſtêmes
, par M. le Baron de Ménildurand ,
volume in -4° . avec des plans. Prix 15
1. relié ; à Paris , chez C. A. Jombert
Pere , rue Dauphine.
LETTRE de M. Blin de Sainmore
à M. Lacombe.
DAnAnss l'extrait que le Mercure de Février vient
de donner d'Orphanis , Monfieur , on prétend ,
pag. 79 , qu'avant de faire imprimer l'Epitre à Racine
, le Secrétaire de l'Académie m'avoit montré le
titre de ma piece enregistré avec les autres , & la
date du jour où elle a été rejetée. Non , Monfieur ,
le Secrétaire n'a rien fait de tout cela ; pour s'en
convaincre , il fuffit de jeter les yeux fur la lettre
AVRIL. 1774. 147
que m'a écrite M. d'Alembert *, à qui j'avois envoyé
un exemplaire de mon ouvrage , après qu'il
fut imprimé. La voici:
A Paris, le 15 Août 1771 .
» Je vous ſuis très-obligé , Monfieur , de l'ou
, vrage que vous m'avez fait l'honneur de m'en-
„ voyer & de tout ce que vous me dites d'obli-
>> geant à ce ſujet. Je ne me fuis point rappellé
„ votre ouvrage, lorſque vous m'avez fait l'honneur
de m'en parler ; mais j'ai vérifié depuis qu'il
» avoit été lu dans une de nos féances. Vous ve-
„ nez de le mettre fous les yeux du Public . C'eſt
» à lui à prononcer entre vous & l'Académie.
"
" J'ai l'honneur d'être avec beaucoup d'eſtimé
& de reconnoiffance , Monfieur ,
" Votre très-humble & très.
obéiſſant ferviteur , "
Signé , d'ALEMBERT ".
On voit clairement que c'eſt depuis l'impreſſion
de l'Epître à Racine que M. d'Alembert m'a fait
ſavoir que cet ouvrage avoit été lu aux féances de
l'Académie.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BLAIN DE SAINMORE.
Ce 18 Février 1774 .
1
* M. d'Alembert faiſoit alors les fonctions de ſecrétaire,
on l'absence de M. Duclos .
:
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
ACADEΜΙΕ.
I.
Sujets des Prix proposés par l'Académie
des Sciences , Arts & Belles- Lettres de
Dijon .
L'ACADÉMIE a déjà fait annoncer le fujet
du prix qu'elle diſtribuera en 1775.
Elle renouvelle aujourd'hui cet avis , &
fait ſavoir que ce prix ſera adjugé à celui
qui aura fait connoître
Quelssont les avantages que les moeurs
ont retirés des Exercices & des Jeux publics
, chez les différens Peuples & dans
les différens temps où ils ont été en usage ?
Elle ſouhaite que les ſavans qui afpireront
aux prix , confiderent les Exercices
& les Jeux publics du côté moral &
politique , & faſſent ſentir juſqu'à quel
point on doit regretter de les avoir abandonnés
.
Cette compagnie n'ayant point été fatisfaite
des ouvrages envoyés au concours
de cette année , propoſe le même ſujet
pour le prix de 1776qui ſera double. Elle
demande :
AVRIL. 1774 . 149
Quelles font les maladies dans lesquelles
la médecine agiſſante est préférable à l'expectante
, & celle-ci à l'agiſſante ; & à quels
fignes le médecin reconnoît qu'il doit agir ou
refter dans l'inaction , en attendant le momentfavorable
pour placer les remedes ?
Depuis pluſieurs fiecles les médecins
font partagés ſur cette grande queſtion .
Les agiſſans & les expectans croient leur
ſyſtême pratique autoriſé par des raiſonnemens
concluans & des expériences décifives
. Le moment où doit ſe diffiper
l'illuſion qu'ils ſe font néceſſairement les
uns ou les autres , ſemble préparé par les
lumieres que la philofophie a portées de
nos jours fur tous les objets. L'Académie
efpere que le prix qu'elle propoſe aujourd'hui
, hâtera la révolution que l'on eſt
dans le cas de prévoir , & qui doit ramener
à une méthode uniforme. Elle invite
denouveau les Praticiens à dérober quelques
momens à leurs pénibles travaux ,
pour former , du réſultat de leurs obſervations,
un corps de doctrine capable de
donner la ſolutiondu problême important
qui fait le ſujet de ſon prix.
Elle ne ſe diſſimule point que la cou
ronne promiſe à celui qui remplira ſes
vues, n'eſt pas d'une valeur proportion-
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
née au ſervice que l'auteur couronné ren .
dra a la Société ; mais elle eſt perfuadée
que la douce fatisfaction d'être utile &
d'infcrire fon nom parmi ceux des bienfaiteurs
de l'humanité , ſuffit pour exciter
les Médecins à entrer dansla lice qu'elle
leur ouvre.
On fera libre de donner aux mémoires
l'étendue qui paroîtra néceſſaire;mais l'on
n'abufera pas de cette liberté , & l'on évitera
avec foin toute diffuſion.
Tous les favans , à l'exception des aca
démiciens réſidens , feront admis au concours.
Ils ne ſe feront connoître ni direc
tement ni indirectement ; ils infcriront
ſeulement leurs noms dans un billet cache .
té , & ils adreſſeront leurs ouvrages, francs
de port, à M. Maret,docteur en médecine,
ſecrétaire perpét. pour la partie des ſcien -
ces , ou à M. Perret , avocat au parlement,
fecrétaire perpétuel pour la partie des belles
- lettres , quiles recevront juſqu'au pre .
mier Avril incluſivement des années pour
leſquelles ces différens prix font propoſés.
Le prixfondé par M. le Marquis du Terrail&
par Madame Crufſol d'Uzès de Montaufier
, Son épouse , à préſent Duchesse de
Caylus , consiste en une Médaille d'or de la
valeur de 300 livres , portant , d'un có
AVRIL. 1774. 151
té , l'empreinte des Armes & du Nom de
M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devise de cette Société
littéraire.
I I.
Distribution de Prix & Sujets proposés par
l'Académie desSciences , belles- lettres &
arts de Lyon.
L'Académie de Lyon avoit propoſé ,
en l'année 1768 , pour ſujet de Prix de
Phyſique fondé par M. Chriſtin , de déterminer
quelsfont les principes qui constituent
la lymphe ; quel est le véritable organe qui
la prépare ; si les vaiſſeaux qui la portent
dans toutes les parties du corps , font une
continuation des dernieres diviſions des arteres
fanguines , ou si ce font des canaux
totalement différens & particuliers à ce fluide
; enfin , quel est fon usage dans l'économie
animale?
L'Académie ſe décida , en l'année 1770,
àcontinuer ce ſujet , &à doubler le Prix ,
conſiſtant en une médaille d'or , de la valeur
de 300 livres , pour être diſtribué
en l'année 1773. Parmi les Mémoires
qu'elle a reçus , pluſieurs lui ont donné
lieu de ſe féliciter du renvoi qu'elle a
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
fait , ſans que ſes vues aient été néanmoins
pleinement remplies.
Elle a procédé à la proclamation du
Prix , dans ſa féance publique du 7 Décembre
dernier ; la Couronne a été décernée
au Mémoire cotté ſuivant l'ordre de
ſa réception , no. 4. (parl'Auteur no. 31.)
avec ce titre , Mémoire fur la lymphe , &
cette épigraphe : Non improbabilis eft cla
rorum virorum , & ferè communis fcholarum
fententia , quæ ſerum coagulabile fanguinis
pro alimento habet. HALL. EL. PHYS.
T. 8 .
L'Auteur eſt M. de Laſſus , Chirurgien
de Meſdames de France , ancien profeſſeur
d'Anatomie , & membre du college & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris ,
à la Cour.
En reconnoiſſant la ſupériorité de ce
Mémoire fur ſes concurrens , l'Académie
auroit defiré que la partie Chimique
eût été traitée avec autant de ſoin que les
autres parties qui compoſent l'Ouvrage,
Elle a arrêté qu'il feroit fait mention ,
avec éloge , d'un autre Mémoire côté
No. 6 , au Concours , ayant pour deviſe :
Societate vigent , en ce qui concerne prin .
cipalement les recherches Chimiques ,
qui annoncent des vues intéreſſantes , que
AVRIL. 1774. 153-
l'Auteur eſt invité de ſuivre pour répandre
encore plus de jour dans cette im.
portante matiere.
L'Académie avoit renvoyé à la même
époque , la diſtribution du Prix pour lequel
M. Pouteau , l'un de ſes Membres ,
avoit anciennement déposé la ſomme de
600 livres , doublée, dans la ſuite, par
un ami de l'humanité , qui a exigé qu'on
nele nommâtpas. Le ſujet propoſé étoit ,
des recherches fur les causes du vice cancéreux
, qui conduiſiſſent à déterminersa nature
,ses effets , & les meilleurs moyens de
le combattre.
Le concours a été nombreux ; il a fourni
pluſieurs ouvrages conſidérables. Dans
le nombre, l'Académie adiftingué le Mémoire
latin , côté no. 8 , intitulé , de Cancro
, differtatio Academica , portant pour
deviſe : Prolem fine matre creatam. Elle
lui a adjugé le prix de 1200 livres .
L'Auteur eſt M. Peyrilhe , Docteur
en Médecine , Membre du college & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Pa.
ris , des Académies des Sciences de Tou .
louſe & Montpellier à Paris. Quoique
le Mémoire ſoit élégamment écrit en latin
, l'Académie invite l'Auteur à le publier
avec une traduction , qui , en la
K5
454 MERCURE DE FRANCE.
mettant à la portée d'un plus grandnom
bre de Lecteurs, le rende d'une utilité
plus générale.
Prix proposé par M. Pouteau , académicien
ordinaire , chirurgien gradué , de l'Aca-
⚫démie royale de chirurgie de Paris & de
celle de Rouen, pour l'année 1775 .
Après l'adjudication du Prixſur le Cancer
, M. Pouteau , portant ſes vues patriotiques
fur la Phthiſie Pulmonaire ,
maladie obfcure & non moins cruelle , a
penſé qu'un Concours Académique étoit
la voie le plus fûre pour parvenir à en
éclaircir la Théorie , & à diriger ſa curation.
En conféquence , il a prié l'Académie
de recevoir , de nouveau , un dépôt
de 600 livres , pour diſtribuer ce Prix à
l'Auteur qu'elle jugeroit avoir le mieux
traité le ſujet dont il s'agit.
L'Académie a accepté la propoſition de
M. Pouteau avec reconnoiſſance ; & ,
en applaudiſſant à fon zèle, elle s'empreſſe
de propoſer aux Savans le ſujet
fuivant : donner la théorie & le traitement
des maladies chroniques du poumon , avec
des recherches historiques & critiques fur les
principaux moyens de guérison , employés ,
AVRIL. 1774. 155
A
contre ces maladies, par les Médecins anciens
& modernes , & même par les Empi.
riques.
Conditions.
廖
Toutes perſonnes pourront concourir
pour ce prix , excepté les Académiciens
Titulaires & les Vétérans ; les Aſſociés y
feront admis . Les Mémoires feront écrits
en François ou en Latin. Les Auteurs ne
fe feront connoître ni directement ni indirectement
; ils mettront une deviſe à la
tête de l'Ouvrage , & yjoindront un billet
cacheté , qui contiendra la même devife
, leurs noms , & le lieu de leur réſidence.
Les paquets feront adreſſés francs
• de port , à Lyon :
A M. de la Tourrette , ancien Con.
ſeiller à la Cour des Monnoies , Secré
taire perpétuel pour la Claſſe des Sciences
, rue Boiffac ;
Ou à M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel pour la Claſſe des belles-
Lettres , rue du Plat ;
Ou chez Aimé de la Roche , imprimeur-
libraire de l'Académie , aux Halles
de la Grenette.
Aucun ouvrage ne ſera reçu au Concours
paſſé le premier Avril 1775 ; le
156 MERCURE DE FRANCE.
コ
terme eſt de rigueur. L'Académie diſtri
buera le Prix dans l'Aſſemblée publique
qu'elle tiendra après la Fête de S. Louis.
La ſomme de 600 livres ſera remiſe à
l'Auteur ou à ſon fondé de procuration .
Prix fondé par M. Christin , pour
l'année 1775 .
A la même époque & aux mêmes con .
ditions que ci -deſſus , l'Académie procédera
à l'adjudication du prix de Mathématiques
fondé par M. Chriſtin. Ce prix
eſt double , conſiſtant en deux médailles
d'or, de la valeur , chacune , de 300 livres
, pour le ſujet continué , énoncé en
ces termes :
Quelsfont les moyens les plus faciles &
les moins difpendieux de procurer à la ville
de Lyon , la meilleure cau , & d'en diftribuer
une quantité ſuffisante dans tous fes quartiers?
On demande de déterminer la quantité
d'eau néceſſaire , & de joindre aux projets
, les plans des machines , les calculs
du produit & de l'entretien , & un de .
vis général.
Prix des Arts , fondé par M. Christin ,
pour l'année 1774.
L'académie a propoſé , pour le prix
AVRIL. 1774. 157
qui ſeradiſtribué en 1774, le ſujet ſuivant:
Quelsfont les moyens les plus fimples & les
moinsfujets à inconvéniens , d'occuper , dans
les Arts mécaniques ou de quelqu'autre maniere
, les ouvriers de Manufacture d' Etoffe,
dans les temps où elle éprouve une ceſſation
de travail : l'expérience ayant appris que la
plupart de ces artiſans font peu propres aux
travaux de la campagne ?
Les conditions font les mêmes qu'aux
annonces précédentes .Le prix eſt une médaille
d'or , de la valeur de 300 liv. On
n'admettra aucun mémoire au concours
après le premier Avril 1774. Ladiftribution
ſe fera après la Fête de St. Louis .
Prix d'Histoire naturelle , fondés par
M. Adamoli , pour l'année 1774 .
L'Académie a propoſé le ſujet qui fuit.
Trouver des plantes indigenes qui puiſſent
remplacer exactement l'Ipecacuanha , le
Quinquina & le Séné.
On a annoncé que l'on couronneroit
ceux qui auront répondu aux vues du pro .
blême au moins fur l'un des trois objets
qu'il embraſſe.
Les prix conſiſtent en deux médailles ,
la premiere en or , de la valeur de 300 livres;
la ſeconde en argent , du prix de
158 MERCURE DE FRANCE .
25 livres. Les conditions comme ci -deffus
. Aucun mémoire ne ſera admis à concourir
paflé le premier Avril 1774. La
proclamation fera faite après la Fête de
St. Pierre .
:
:
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Le dimanche , 20 Mars , on a donné au
Concert fpirituel une belle ſymphonie à
pleine orcheſtre de M. Eichner. M. l'Abbé
Borel a chanté un motet agréable à
voix feule del Signor Langlé. M. Laurent
, virtuoſe de 17 ans , habile compofiteur
& excellent violon , a exécuté une
fymphonie concertante de ſa compofition
, avec M. le Jeune qui l'a très-bien
ſecondé. Cette premiere partie de con .
cert a été terminée par Superflumina Ba
bylonis , motet à grand choeur del Signor
Richter . On y a applaudi les choeurs & la
ſymphonie , qui font d'un très bel effet.
La feconde partie du Concert a commencé
par une ſymphonie de chaſſe de
M. Gofſec, Le tableau muficald'une grande
chaffe eft ici repréſentée par une harAVRIL.
1774. 159
k
monie pittoreſque , agréable & favante.
Mlle Duchâteau , dont l'organe eſt doux
& flatteur , a chanté , avec autant de préciſion
que de goût , un petit motet à voix
feule. M. Capron a joué un concerto de
violon , & a réuni tous les fuffrages par
Paiſance avec laquelle il rend les plus
grandes difficultés , par la préciſion & la
netteté de ſon exécution , par la beauté
& la pureté de ſes ſons. Le Concert a
fini par Cantate Domino , canticum novum ,
motet à grand choeur del fignor Langlé ,
premier maître de Chapelle du Confer-
- vatoire de la Piété de Naples. Ce moter
eſt une compoſition de génie. Le plan en
eſt bien conçu , & l'exécution belle &
majestueuſe. Il y a un mérite fur - tout
qu'il faut remarquer ; c'eſt que le ſens des
paroles eſt toujours confulté , & que la
muſique en eſt énergique , & l'expreffion
fublime.
OPERA.
L'Académie royale de Muſique a donné
le mardi 22 Février dernier , la premiere
✓repréſentation de Sabinus , tragédie ly
く
160 MERCURE DE FRANCE.
rique , repréſentée devant Sa Majeſté
Verſailles le 4 Décembre 1773 .
Le poëme eſt de M. de Chabanon ; la
muſique , de M. Goffee .
Cette tragédie , qui étoit d'abord en
cinq actes , a été réduite à quatre. On a
retranché dans le troiſieme ce qui étoit
relatif à l'objet des fêtes de la Cour ; &
le 4º. & le 5º. actes ſont fondus enſemble
& n'en font plus qu'un. On a fupprimé
la pluie de feu , l'embraſement du
palais , l'urne , l'inſcription funéraire &
d'autres machines qui ne ſervoient qu'à
compliquer l'action & à retarder le dénouement.
Les perſonnages principaux ſont
Sabinus , Prince Gaulois, petit - fils de
Jules - Céfar.
Eponine , Princeſſe Gauloiſe.
Mucien , Romain , Gouverneur de la
Gaule.
Le Grand Druide .
Le Génie de la Gaule , &ci
Le theatre représente une place publique.
ACTE I. Sabinus ſe félicite de voir
enfin le jour qui doit unir ſes deſtins à
ceux d'Eponine ; mais il aſpire auſſi à la
gloire
AVRIL. 1774 161
gloire d'affranchir ſon pays du joug des
Romains. Il ſe rappelle un fonge effrayant
dans lequel le Dieu tutélaire des Gaulois
lui à apparu pâle & défiguré : il s'eſt luimême
ſenti entraîner dans l'horreur des
cachots.
Rempli de cette noire image,
Le trouble eſt encor dans mon coeur ;
La honte ajoute à mon courage ,
Mon courage devient fureur.
Eponine , amante chérie ,
Du doux ſentiment qui nous lie
Je te dois un juſte retour;
La liberté de ta patrie
Sera le prix de ton amour.
Le Peuple s'empreſſe de fêter Sabinus
qu'Eponine préſente auxGaulois. L'allégreſſe
publique eft troublée par un ordre
deMucien, qui défend que l'hymen s'accompliſſe.
Eponine , malgré les menaces
du Gouverneur Romain , oſe déclarer Sabinus
ſon époux . Le Peuple , partageant
l'enthouſiaſme de ces amans , choiſit Sa
binus pour fon maître , & ſe prépare à
venger ſon injure. Le ballet qui terminé
cet acte , offre l'image des Guerriers qui
s'échappent des bras de l'Amour pour vo
ler à la gloire des armes.
4
162 MERCURE DE FRANCE.
:
ACTE II. Le théâtre repréſente la forêt
facrée & leSanctuaire des Druides.
Eponine vient dans le templedes Drui
des confulter l'Oracle. Des Bergers , que
la guerre a épouvantés , cherchent un afyle
dans la forêt. Il s'efforcent de calmer
par leurs jeux la douleur d'Eponine. Arrivent
les Druides , épouvantés des préſages
finiſtres qu'ils ont vus dans l'air ; le
grand Druide , ayant le gui de chêne à la
main , frappe la porte de l'antre myſtérieux
, où il s'enfonce. Un bruit fouterrein
ſe fait entendre ; le Druide fort
échevelé , annonce la colere des Dieux&
l'arrivée des Romains vainqueurs . Mucien
furieux fait arrêter Eponine ; ſes foldats
ravagent la forêt ſacrée; ils détrui.
fent le temple des Druides , & ne font
pas arrêtés par les clameurs & les prieres
desGaulois.
ACTE III. Sabinus , retiré dans une
folitude affreuſe , déplore ſa honte & fes
malheurs. Il apprend le danger d'Eponine,&
veut tout tenter pour la défendre.
Le Génie de la Gaule l'arrête , ſe déclare
fon protecteur & lui fait voir la grandeur
future de fon Empire. On voit s'élever
un palais & la ſtatue de Charlemagne
AVRIL. 1774 263
qu'entourent les différens Peuples de
l'Europe.
Une Femme étrangere chante ces vers !
France , ſéjour rempli d'attraits ,
Sous tes loix que n'ai-je pu naître !
Qui peut te voir & te connaître
Voudroit ne te quitter jamais.
La Beauté , par tout accueillie ,
Se plaît fur-tout dans ces climats ,
Sitôt qu'elle y porte ſes pas ,
Elle ſe dit: C'eſt ma patrie,
Les Grâces , qu'ailleurs on ignore,
En foule ici s'offrent aux yeux ;
Arrive-t on belle en ces lieux ;
On y devient plus belle encore.
A
Le Génie engage Sabinus d'aller dans
les tombeaux de ſes ayeux , & d'y demeu.
rer caché dans l'ombre & le filence,
: ACTE IV. Sabinus , enfermé dans les
fouterreins obſeurs où les Princes Gau
lois font inhumés , s'étonne que ſon ame
éprouve un fort tranquille.
Amour , Amour , c'eſt ton ouvrages
* D'Eponine la douce image
Me fuit au milieu des tombeaux;
De mes ennuis , de ma conftance
:
7
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
Ses jours feront la récompenſe :
Je m'applaudis de tous mes maux.
Eveille- toi , Peuple fidele ,
Peuple , dans les fers endormi ;
Amon courage unis ton zele ,
Reprends une force nouvelle
Pour écrafer notre ennemi.
Une voix ſe fait entendre dans ce lieu
funebre ; c'eſt celle d'Eponine. Sabinus
veut aller au devant d'elle ; mais une
main inviſible le repouſſe & l'entraîne
vers un tombeau dans lequel il s'enferme.
Eponine vient avec ſes compagnes pleurer
ſon époux qu'elle croit mort. Cependant
le cruel Mucien s'empreſſe d'enlever
Eponine à ſon déſeſpoir ; elle n'en eſt
que plus animée à ſe ſouſtraire , par la
mort, à la paſſion du tyran ; elle court
vers le tombeau , le poignard à la main,
prête à ſe frapper. Auſſi-tôt le tonnerre
gronde , la tombe s'abyme ; Sabinus pa-
Toît armé. Il attaque Mucien. Le théâtre
repréſente une place publique où l'on
voit les Romains combattus &défaits par
les Gaulois. Sabinus triomphe de ſon rival.
Le théâtre change encore ; le Génie
de la Gaule defcend dans toute ſa gloire.
Il dit à Sabinus :
AVRI L. 1774. 165
J'ai conduit tes deſtins ; ma promeſſe eſt remplie:
Jouis de tes ſuccès.
Et vous , par qui ma Cour eſt embellie ,
Partagez les tranſports de ſes heureux ſujets ,
Honorez ſa vaillance & chantez mes bienfaits.
Cet acte eſt terminé par une fête à laquelle
prennent part pluſieurs Nations
différentes de l'Europe. :
:
Cet expoſé fait connoître que le poëte
a eu principalement en vue de donner
uneaction grande & rapide , & un ſpectacle
brillant , contraſté & varié. La muſique
fait honneur au génie de M. Gofſec ,
favant compoſiteur , qui a mis dans fon
orcheſtre beaucoup d'effets d'une muſique
- imitative , & fur la ſcene , des chants expreſſifs
& paffionnés. Nous citerons comme
des morceaux diſtingués , le récit&
l'air du ſonge du premier acte , le duo de
Sabinus & d'Eponine, le choeur des Guer-
Tiers. Dans le ſecond acte , les airs champêtres,
le bruit fouterrein, les crisdefu.
reur & de vengeance des Romains & de
Mucien, contraſtés avec les prieres & les
plaintes des Gaulois , lorſqu'on abat la
forêt. Dans le troiſieme acte , le récit de
Sabinus , les choeurs , les airs de danſe &
de chant. Dans le quatrieme acte , l'invo
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
cation de Sabinus à l'Amour , la plainte
d'Eponine , le bruit de guerre & lamufique
brillante du ballet : toutes ces grandes
compoſitions muſicales annoncent & at
teſtent un génie fécond , riche & varié ,
quoique l'on ait paru defirer en général
plus de vérité dans le récit , & un chant
plus ſenſible dans les airs.
M. Larrivée , doué d'une figure avantageufe
& d'une belle voix , a joué le rôle
de Sabinus en acteur consommé , avec
beaucoup d'intelligence , de feu & d'intërệt;
il a rendu fon récit avec la facilité
& la rapidité de la déclamation , & il a
mis dans ſon chant , de l'action , de la
paffion &de l'énergie. Lerôled'Eponine
a été ſupérieurement exécuté par Mde
Larrivée , dont la voix eſt ſi flexible , fi
Hatteuſe & fi brillante. Ce rôle , en l'abfence
de Mde Larrivée, a été très-bien
fecondé , joué & chanté par Mile Roſalie.
M. Gelin a repréſenté avec nobleſſe &
avec intelligence le grand Druide & le
Génie de la Gaule. M. Durand a été applaudi
dans le perſonnage de Mucien.
Les autres rôles ont été rendus avecſuccès
par Miles Châteauneuf& Dupuis , par
MM. Muguet, Cavalier , Tirot&Beauvalet.
14
AVRIL. 1774 167
Les ballets occupent la place la plus
conſidérable dans cet opéra. Leur beauté ,
leur variété & leur deffin ont réuni tous
les fuffrages. M. Gardel a compofé les
ballets du premier & du quatrieme actes ;
M. d'Auberval , celui du ſecond acte , &
M. Veſtris celui du troiſieme ; mais après
quelques repréſentations , le divertiſſe.
ment du troiſieme acte a été reporté au
quatrieme , & le quatrieme au troiſieme.
• Les talens les plus diſtingués de la danſe
ont concouru à l'eclat & à la parfaite exécution
de ces ballets , Miles Heinel , Guimard
, Peſlin , Aſſelin , qui tiennent le
premier rang de la danſe ; Miles Leclerc ,
Compain, Julie, Cléophile , la très-jeune,
- & très -étonnante Mlle Dorival ; MM.
Veftris , Gardel , d'Auberval , qui font les
premiers maîtres dans leur art ; MM. le
Fèvre , Deſpréaux , Malter , Giroux , le
jeune Veftris qui à peine forti de l'enfance,
al'abandon, la force, l'élégance , la préciſion&
la fûreté d'un talent ſupérieur&
exercé ; le jeune Gardel , fon digne émule;
tous ces premiers talens , d'ailleurs
bien accompagnés par les autres ſujets ,
ont fait l'admiration & les plaiſirs des
amateurs & du Public. Enfin l'ordonnance&
la beautédes décorations , lavariété,
L 4
163 MERCURE DE FRANCE.
&la richeſſe des habillemens ontencore
augmenté la magnificence de ce ſpec
tacle,
COMEDIE FRANCOISE.
3
LE
ES Comédiens François ont donné le
famedi 26 Février , la repriſe de la tragédie
de Venceslas par Rotrou . Cette piece
fut jouée , pour la premiere fois , en 1647 ,
& eut alors un très-grand fuccès. Le caractere
de Ladiſlas , fils de Venceſlas , eſt
un des plus beaux, des plus fiers & des
plus énergiques qui ſoient connus. Il n'y
én a peut être pas qui ſoit auſſi foutenu
& auſſi paſſionné ; le célebre Baron finit
par ce rôle à ſa premiere ſortie du théâtre ,
& par celui de Venceſſas à la feconde.
Un acteur , encore plus étonnant que Baron
, qui a plus approfondi fon art & qui
s'eſt plus approché de la perfection , M.le
Kain , a rendu le rôle de Ladiſlas avec
une ſenſibilité profonde , & avec une expreffion
forte & impoſante qui a étonné
ému , ravi les ſpectateurs. Cet acteur
fublime réalife tout ce qu'on a dit du jeu
prodigieux des pantomimes anciens , &
ajoute à leur talent les accens ſi vrais, fi
:
AVRIL. 1774 169
pathétiques , fi énergiques de toutes les
paſſions. Qui ne ſe rappelle encore avec
frémiſſement le tableau terrible de l'agonie
de Maſſiniſſe dans le cinquieme acte
de Sophonisbe ! Quel mélange de tous
les ſentimens , de la rage & de la foiblefſe
, du déſeſpoir & de la douleur , d'une
ame convulfive& expirante ! C'eſt avec la
même force qu'il nous a peint les fureurs
d'Oreſte dans Andromaque , tragédie
jouée pour la clôture du théâtre. Quel
ſpectateur n'a point friſſonné d'horreur &
d'épouvante en lui entendant réciter ces
vers , dont il animoit toutes les affreuſes
images !
Quels démons ! quels ferpens traîne-t-elle après ſoi ?
Eh bien ! filles d'enfers , vos mains font-elles prêtes ?
Pour qui font ces ferpens qui fifflent ſur vos têtes ?
A qui deſtinez-vous l'appareil qui vous fuit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
;
On a remis à ce Théâtre pluſieurs pie.
ees qui ont attiré beaucoup de monde ;
ſavoir , le Bourgeois Gentilhomme , Comédie
de Molière, que l'on revoit toujours
avec un nouveau plaiſir , & dans
170 MERCURE DE FRANCE.
laquelle M. Préville rend avec tant de
gaîté & de vérité , le rôle principal.
L'Andrienne a été jouée le 28 Février ,
piece imitée de Térence par Baron , dans
laquelle il y a beaucoup d'intérêt &d'ac
tion. Le rôle du pere eſt parfaitement joué
par M. Brifart ; celui de Dave , par M.
Préville , l'Andrienne par Mlle.Doligni ,
l'amant par M. Molé.
Le mercredi 16 Mars , on a repris la
Gageure , Comédie en un acte , en profe ,
de M. Sedaine. Madame Préville y joue
avec beaucoup de fineſſe & de naturel ;
& M. Préville met dans le rôledu mari ,
une vérité de caractere qui charme au
tant qu'elle amuſe. Cette Comédie a eu
un grand ſuccès à cette repriſe.
Le compliment d'uſage de clôture a
été fait par M. du Gazon , frere de Mde
Veftris , comédien dernier reçu. Cet acteur
, aimé du Public , a été bien accueilli
&très-applaudi.
DÉBUTS.
M. Fleury , acteur qui a joué avec applaudiſſement
ſur pluſieurs théâtres de
province , a débuté dans la tragédie & la
comédie.
Il a joué avec beaucoup d'intelligence ,
AVRIL. 1774. 171
de feu & de vérité pluſieurs rôles de l'emploi
de M. Molé. Cet acteur réuffit prin
cipalement dans la comédie ; il a une
figure agréable , de l'aiſance , de l'uſage
&de la facilité. Sa voix eſt un peu fombre,
mais il fait la ménager & la faire
valoir.
M. Chazel , qui a joué ſur différens
Théâtres de Province, a débuté ſans étre
annoncé à la Comédie Françoiſe , le mardi
22 Février , dans le rôle de Philippe
Hombert , de Nanine ; le 4 Mars , dans
celui d'Ariſte , du Méchant ; le 8 , dans
celui du Marquis , de Mélanide; le 14,
dans le rôled'Arbate , de Mithridate. Cet
Acteur a l'uſage de la ſcene; il montrede
l'intelligence & du talent. Plus de faci
lité dans la prononciation , moins de ti
midité dans ſon jeu , le rendront un Acteur
utile à ce Théâtre.
COMEDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné le
lundi 28 Février 1774 , la premiere repréſentation
de la Rosiere de Salency , co
médie nouvelle en quatre actes & en
vers, mêléed'ariettes , repréſentée devant
1
172 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majeſté à Fontainebleau , le ſamedi 23
Octobre 1773 .
: Les paroles font de M. le M. de P.;
lamuſique eſt de M. Gretry.
On fait qu'à Salency dans le Soiffonnois
, il y a une fête qui ſe renouvelle
toutes les années en l'honneur de la vertu.
La fille du village dont la ſageſſe , laconduite
& le caractere ont mérité les ſuffrages
du Paſteur & des peres de famille,
reçoit au milieu des applaudiſſemens de
tous les Habitans , une roſe des mains du
Seigneur de Salency ou de fon Préposé.
La Rofiere eſt ordinairement mariéedans
l'année même , & le Seigneur lui fait un
préſent. Cet ufage ſi reſpectable a fourni
à M. de Sauvigni le ſujet d'un Roman
fort agréable ; à M. Favart le plan de la
Comédie de la Rosiere , qui a été jouée à
Fontainebleau en 1768 ; & à M. le M.
de P. , la nouvelle Roſiere de Salency ,
dont il eſt ici queſtion .
PERSONNAGES :
Cécile , déſignée Roſiere , .. Mde Trial .
Colin , amant de la Rofiere, M. Clairval.
Herpin .pere de la Roſiere , M. Nainville.
Le Bailly de Salency , ... M. Laruette.
AVRIL. 1774. 173 :
Le Seigneur . M. Narbonne.
Prétendantes à la Rose , Miles Beaupré
& Linguet.
Jean Gaud , meunier d'un village voiſin ,
M. Trial.
Les Juges Vieillards.
:
Habitans & Habitantes de Salency.
Le théâtre repréſente une place du
village. Cécile paroît , travaillant près de
ſa maiſon qui eſt ornée de guirlandes
de fleurs & du drapeau d'honneur. Elle
chante :
Quel beau jour ſe diſpoſe !
Qu'il promet de douceur !
Je recevrai la rofe
Des mains de Monseigneur.
Ce beau drapeair , ce verd feuillage
Et ces rameaux en fleur ,
よい
:
Sont le fignal & le préſage
:
1
De ma gloire & de mon bonheur.
L'un & l'autre eſt cher à mon coeur :
Tout ce que j'aime les partages
Encor ce matin
Mon père & Colin
Sourioient ,
Me paroient
De cette fleur ſichere, I
174: MERCURE DE FRANCE.
:
S'embra ſſoient
M'appeloient
La belle Roſiere .
:
Ah Colin ! Ah mon pere !
Venez tous deux ,
Que mon bonheur vous rende heureux.
Colin accourt près de la Roſiere ; elle
lui dit que le Bailli eſt venu chez fon
pere , & qu'il eſt amoureux d'elle ; ils
ne comprennent pas comment il peut ſe
croire aimable ; mais ce qui réjouit Colin
, c'eſt que le pere de Cécile approuve
leur amour ; ils ſe félicitent de leur bonheur
, & fe donnent rendez-vous pour
le foir. Colin demande le baiſer de l'adieu
, que Cécile ne lui refuſe pas , &
porte fa main ſur le coeur de ſa maîtreffe
, qui bat , dit - elle , de plaiſir
quand il la voit , & de chagrin quand
il la quitte. Cependant , le Bailli jaloux
obſerve ces amans avec les Afpirantes à
la rofe : il verbalife , & leur recommande
de répandre dans tout le village
la nouvelle de cet événement ; Herpin
fait l'éloge de ſa fille, & chante ces paroles.
O ciel ! entends la voix d'un pere,
Eleve juſqu'à toi fes voeux ,
AVRIL. 1774- 475
-1
A
٠٢٩
Dès-apréſent ſi tu veux
Tu peux terminer ſa carriere ;
Olla, pour fermer fa paupiere .
La main d'un enfant vertueux.
Aujourd'hui , lorſque j'enviſage
La longue ſuite de mes ans ,
Le cours entier de mon grand age
Ne me paroît qu'un long printems .
Herpin & Cécile ſe repoſent à l'ombre
d'un arbre planté par Herpin. Il de
mande à ſa fille ſi elle a vu Colin ; &
comme elle héſite de répondre , il la reprimande
de ce myſtere ; mais bientôt il
fe radoucit , & lui dit :
Va , ce n'étoit point du courrout,
Ne crois point la vertu févere;
1
1101
cha
Ma fille , fon uſage eſt doux :
De ce qui doit te plaireb
:
Un mot va t'éclaircir : :
Tout ce que , fans rougir ,
Tu peux dire à ton pere ,
Te promet un plaifir.
Elle reconduit fon pere dans ſa maifon.
Le Bailli eſt fort agité , & a du
dépit de ſon amour. Il regarde comme
une diſgrace , quand le Ciel ordonne d'aimer
à qui ne fauroit plaire. La Rofiere
176 MERCURE DE FRANCE.
vient ; le Bailli l'aborde , & lui déclare
ſa paſſion qu'elle reçoit mal. Illui annonce
alors qu'il eſt maître de la Roſe en
l'absence du Seigneur ; il la menace de
fon procès verbal.
Là font marqués à chaque page ,
Là ſont notés , la font écrits ,
Les rendez- vous , les baiſers pris.
91
Le Bailli avertit les villageois , & fait
arracher les guirlandes & le drapeau
d'honneur.
Les deux Afpirantes à la roſe ſe flat
tent , chacune en ſecret , du fuffrage du
Bailli , & d'être nommées Rofiere; mais
enſemble, elles ſe font des reproches qui
doivent les exclure. Cécile déplore fon
malheureux fort , qui lui fait perdre
la ſageſſe de 15 années , & l'objet de
fon tendre amour. Le tonnerre annonce
un orage; Colin alarmé du fort de Cé
cile , vient la confoler & lui faire part du
projet qu'il a d'aller trouver le Seigneur ,
&de l'inſtruire de la tyrannie du Bailli ;
Cécile craint pour fon amant , à cauſe de
l'orage & de la riviere qu'il veut franchir
à la nage. Herpin vient trouver ſa
fille , & , ne fachant pas encore ſes malheurs
, il continue de la féliciter. Il eft
pourAVRIL.
1. Vol. 1774. 177
t pourtant inquiet de la voir trifte & ac-
- cablée , ayant les yeux toujours tournés
vers ſa maiſon. Il regarde auſſi , &,
ne trouvant plus les guirlandes & le
drapeau d'honneur , il s'emporte contre
fa fille, qu'il croit coupable. Letonnerre
augmente , & le pere atteſte que le Ciel
manifeſte ſa colere. On entend crier :
Sauvez ce malheureux qui nage . Cécile
eſt dans la plus grande contrainte avec
fon pere , & dans une alarme cruelle
fur le fort de Colin. Herpin entraîne ſa
fille. Le Bailli eſt épouvanté de la mort
de Colin qu'il croit noyé. Il va trouver
le pere de Cécile ; mais Herpin , inſtruit
de ſes intrigues , le repouſſe avec violence.
Cependant , le Bailli l'engage à l'écouter
, & lui propoſe d'épouſer ſa fille ,
&de la faire Roſiere ; ce vieillard lui
répond :
A préſent que me fait la roſe ,
Cruel , quand ta main en diſpoſe ?
Quel prix peut avoir cette fleur ?
Long- temps la main de Monfeigneur
Sut la rendre digne d'envie ;
Elle étoit le prix des vertus ,
Tu la donnes elle eſt flétrie , ..
Et ma Cecile n'en veut plus .
M
178 MERCURE DE FRANCE.
Ce pere rejette ſa main & ſes richeſſes,
& préfere pour l'époux de fa fille, Colin ,
pauvre, mais honnête & fans remord. Lé
Bailli lui apprend la mort de Colin. Cécile
entendant cette funeſte nouvelle ,
tombe évanouie entre les bras de fon pere
qui la reconduit à ſa maifon. Arrive Jean
Gaud, Meunier , qui veut parler au pere
de Cécile ; il rencontre le Bailli qu'il
ne connoît pas , & à qui il dit beaucoup
de mal de lui- même , parce que le Bailli
laiſſe accroire qu'il eſt Herpin. Ce Meûnier
annonce que Colin l'a fauvé.
ARIETTE.
Ma barque légere
Portoit mes filets ;
L'eau la plus claire
Servoit mes projets.
Soudain un tapage.
A faire trembler ,
Au Ciel faiſant rage ,
Vient tout ébranler ;
Ma barque s'engage ,
S'échappe en débris ,
L'écho du rivage
Repouſſe mes cris .
Colin à la nage
S'unit à mon fort ,
1
,
AVRIL. 1. Vol. 1774. 179
7 Et , malgré l'orage ,
Me conduit à bord.
Il raconte encore que Cécile ſera Rofiere
malgré le Bailli , & que le Seigneur
va venir pour lui donner la rofe.
A cette nouvelle , le Bailli renvoie
le Meunier. Il preſſe la fête , pour
fruſtrer Cécile du prix qui lui eſt dû , &
pour diſpoſer de la roſe avant l'arrivée
du Seigneur. Les Payſans s'aſſemblent ,
&travaillent pour les préparatifs aux ordres
du Bailli. Cécile qui n'eſt pas encore
déſabuſée , vient ſeule, les cheveux
épars , pleurer la perte de ſon amant &
de la roſe. Elle eſt prête à ſuccomber à
ſa douleur , lorſque Colin paroît , & ranime
fa joie & fes eſpérances. La fête
commence ; le Seigneur n'eſt pas venu ,
& le Bailli croit triompher. Cécile s'écrie
déſeſpérée:
C'en eſt fait , j'ai perdu la roſe.
LE BAILLI.
Oui , oui vous la perdez !
LE SEIGNEUR.
Vous vous trompez , Bailli.
En même temps , le Seigneur plaide
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
la cauſe de Cécile devant les vieillards
, & obtient la roſe pour elle ; il y
joint une dot , & le pere lui accorde
fon amant pour époux. Herpin , Cécile
& Colin demandent grace pour le Bailli
; mais lorſqu'il veut ſe retirer de la
fête , le Seigneur l'arrête , & lui dit :
Non... le bonheur de l'innocence
Eſt le ſupplice des méchans.
Vous en ferez témoin. •Que la fête commence. •
Cette fête ſe termine par une ronde
ou romance, par un chenr , & par des
danſes.
La muſique de cette comédie eſt agréa
ble, pleinede goût&d'élégance ; il y a des
chants neufs , variés , d'une fraîcheur délicieuſe,&
d'uneffet très-piquant. Elle plaît
d'autant plus, quel'on peuten ſaiſir davantage
les fineſſes , les détails heureux , les
traitsd'analogie&de vérité, fur- tout cette
propriété d'expreffion , ce choix raiſonné
d'harmonie , cet emploi ſenti de la mélodie
qui diftinguent chacunedes compofitions
de M. Gretry , & qui leur donnent à
toutes des formes ſenſibles & du caractere
le plus convenable.
Les Acteurs de cette piece ont fait
le compliment de clôture , & ont chante
des airs choiſis de différens drames. Les
AVRIL. I. Vol. 1774. 181
paroles , la muſique & l'exécution ont été
fort applaudies.
ARTS.
GRAVURES.
I.
PORTRAIT en médaillon de M. de la
Condamine , Chevalier des Ordres du
Roi , Militaire & Hoſpitalier de Notre-
Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare
de Jérusalem , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , de celle des Sciences
de Paris , de la Société Royale de Londres
, des Académies de Berlin , Péters .
bourg , Bologne , Cortone , Nancy , Secrétaire
honoraire de S. A. S. Mgr le Duc
d'Orléans , né en Janvier 1702 , mort
en Février 1774. Ceportrait eſt très- refſemblant
, & parfaitement gravé d'après
Je deſſin de M. Cochin . Prix , 1 liv. 4
fols . A Paris , chez Chereau , rue S.
Jacques , aux deux Piliers d'or.
I I.
Costume des anciens Peuples , par M. Dan .
dré Bardon , profeſſeur de l'Académie
M3
-182 MERCURE DE FRANCE.
royale de peinture & de ſculpture , directeur
perpétuel de celle de Marseille ,
& membre de l'Académie des belleslettres
, ſciences & arts de la même
Ville :
Segnius irritant animos demiſſa per aurem ,
Quàm quæ funt oculis commiffa fidelibus.
Hor. de art. Poët. v. 180.
Seconde partie in - 4. A Paris , rue
Dauphine , chez Jombert , libraire , &
Cellot , imprimeur.
M. Dandré Bardon , qui a dévoilé le
coftume des Grecs & des Romains dans
la premiere partie de cet ouvrage , ſe propoſe
de parcourir dans la ſeconde les divers
uſages des autres Peuples qui ont
joué des rôles diſtingués ſur la ſcene du
monde. Les Ifraëlites tiendront la premiere
place à titre de Peuple de Dieu.
L'auteur nous entretiendra enſuite des
cérémonies religieuſes de diverſes Nations
barbares , des coſtumesdeleur pays ,
des vêtemens & des armes qui leur font
propres. Cette derniere partie a dû exiger
d'autant plus de recherches , que les hiſto .
riens ont fouvent négligé derecueillir les
particularités qui avoient rapport au gouvernement
religieux & civil des BarbaAVRIL.
1. Vot. 1774. 183
- res . Le petit nombre d'objets relatifs à
leur coſtume , qui feront raffenblés dans
la derniere partie de cet ouvrage , ne peut
cependant manquer d'intéreſſer les artif,
tes & de piquer la curiofite des lecteurs
par la variété des formes , le pittoreſque
du point de vue & la fingularité des ufages
que ces objets rappelleront .
Ce cahier du coſtume des anciens Peuples
qui vient de paroître , forme le premier
de la ſeconde partie de l'ouvrage &
le ſeizieme de la ſuite entiere. Ce cahier
nous fait connoître les uſages religieux
des Ifraëlites. Il eſt , ainſi que les précé
dens , compoſé de douze planches avec
leurs explications . Ces planches offrent
des images du Tabernacle , de l'Arche
fainte , de la Table des Pains de propofition
, du Chandelier d'or à ſept branches ,
du Parvis qui renfermoit le Tabernacle ,
de la Piſcine où ſe lavoient les Prêtres ,&
■ de l'Autel des Holocauftes.
(
III.
LesApproches de la Guinguette.
Les Amusemens Espagnols.
Deux petites eſtampes deſſinées&gravées
avec beaucoup de foin &de talent
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
par M. Marchand, & ſe vendent chacune
12 fols. A Paris chez l'Auteur , rue Mazarine
, la ſeconde porte cochere à droite
en entrant par la rue de Buſſy.
MUSIQUE.
I.
XXVII Livre de Guitare , contenant
des airs d'Opéra - comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des
préludes & des ritournelles par M. Merchi
, oeuvre xxxI . Prix , 7 liv. 4 ſols.
A Paris chez l'Auteur, rue S. Thomas
du Louvre , en entrant du côté du Château
d'eau , près de M. Godin , & aux
adreſſes ordinaires de muſique. A Lyon ,
chez M. Caſtaud , place dela Comédie.
II.
Duo de deſſus & baſſe taille à grand orcheſtre
, dédié à M. le Marquis de Querrhoënt
, compoſfé par M. Duqueſnoy ,
Prix i liv. 16 fols. A Paris chez l'Auteur
, rue de Seve , hôtel de Querrhoënt ,
& aux adreſſes ordinaires de muſique.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 185
III.
Premier Livre de pieces de clavecin , ou
le forte piano , dédié à Madame la Princeſſe
de Robecq , compoſé par M. Renaut
, maître de clavecin. Prix , 7 liv. 4
fols. A Paris chez l'auteur , rue Gît- lecoeur
, la deuxieme porte cochere à gauche
en entrant par le quai , & aux adrefſes
ordinaires de muſique.
I V.
Douze Duo pour deux violoncelles ,
affez faciles pour être exécutés par les
commençans ; par M. ***. Prix , 3 liv .
12 fols.
V.
Six Quatuor pour deux violons , alto
&baffe, compoſés par George Hayden ,
maître de muſique de Sa Majeſté le Roi
de Pruffe , op . 8. Prix 9 liv.
V I.
Six Quatuor pour deux violons , alto
&baſſe, par F. P. Ricci , maître de chapelle
de la cathédrale de Como , op. 8 .
Prix 9 liv.
MS
186 MERCURE DE FRANCE.
VII.
Quatre Symphonies pour deux violons ,
deux hautbois , deux flûtes ou clarinettes ,
deux cors , altoviola , & baſſe , compoſées
par Charles Diters , op. 17. Prix 9 liv.
VIII.
Deux Symphonies à grand orchestre ; la
premiere eft pour violons , hautbois ou
clarinettes & quatre cors , alto & baſſe ,
par Vannhal , op. 17. Prix 6 liv.
1Χ.
• Six Sonates , ou divertiſſement en trio
pour deux violons & violoncelle , com.
poſées par M. Afſpolmay , maître de muſique
de la chambre de S. M. I. l'Empereur
Joſeph II , op. 4. Prix 9 liv. Ces fix
derniers articles ſe vendent àParis au bu
reau d'abonnement muſical, cour de l'ancien
Grand-Cerf , rues St Denis & des
Deux Portes St Sauveur , & aux adreſſes
ordinaires de muſique. A Lyon , chez Caftaud
, marchand libraire, place de la Comédie.
(
AVRIL. L. Vol. 1774. 187
COSMOGRAPHIE.
L
Es libraires de Paris , Saillant & Nyon ,
rue S. Jean de Beauvais , &la Ve Defaint ,
rue du Foin S. Jacq. débitent depuis peu
la Cofmographie universelle , physique &
astronomique pour l'étude de tous les áges
de l'Histoire , par M. Philippe , des Aca.
démies d'Angers & de Rouen , Cenfeur
Royal ,& Profeſſeur en Hiſtoire. Cet atlas
eſt actuellement compoſé de ſoixante,
douze cartes , du plus grand format in
4° , lavées & enluminées à la maniere
des Ingénieurs , dans toutes les premieres!
diviſions pour les cartes générales , &
dans toutes les fubdiviſions pour les cho
rographies particulieres des grands Etats.
Outre deux cartes pour les hémiſpheres
célettes , feptentrional & méridional , on
trouvera deux feuilles pour les notions
élémentaires de la Coſmographie. La plupart
des nouvelles qui paroiſſent , pré,
fentent les objets de la Géographie hifto .
rique ancienne , ce qui facilite la comparaiſon
des développemens donnés précé
demment de la Géographie moderne,
188 MERCURE DE FRANCE.
i
Cet ouvrage , relié en baſane , eſt du
prix de 60 liv. Toutes les feuilles ſe vendent
ſéparément , ſi l'on veut, au prix
de 20 fols chacune. En prenant les dixſept
cartes de France , on les aura à 18
fols piece ; & au même taux les quatorze
numéros de l'Allemagne , mais fans reliure.
Le zèle de M. Philippe , & les lumieres
qu'une étude conſtante de l'Hiſtoire
&de la Géographie lui ont données , font
fuffisamment connus. Ils doivent inſpirer
au Public la plus grande confiance fur
cette collection utile , néceſſaire même à
l'éducation de la Jeuneſſe.
NOUVELLES SCIERIES .
M. LOMBERT , architecte , géometre &
mécanicien , à Commerci en Lorraine , inventeur
d'une machine hydraulique qui
fournit , à peu de frais , une grande quan.
tité d'eau , vient d'adapter preſque leméme
moteur à des ſcieries qui ont la facilité
de ſedémonterpieces parpieces , &de
pouvoir être tranſportées aisément dans
les forêts qui font en exploitation. Cet
artiſte en a déjà exécuté une en Lorraine
AVRIL. I. Vol. 1774. 189
qui ſcie le plus gros bois avec profit , &
le réduit à tous les échantillons , même au
treillage & à la marquéterie. Sa conftruction
reſſemble beaucoup aux ſcieries à
eau quant à l'équipage; mais le moteur
eſt le même que celui de fa machine hydraulique.
Le rouet n'a qu'unedeſes parties
alluchonnée; elle engraine dans des
dents pratiquées dans une piece de bois
placée verticalement , à laquelle tient le
chaſſis qui porteles ſcies. Le balancement
d'un long pendule met le rouet en action ,
& celui - ci fait mouvoir la ſcie: deux
hommes fuffiſent pour cette manoeuvre.
M. Lombert vient encore d'appliquer le
même moteur à des foufflets de forges&
de fourneaux.
Les plus habiles mécaniciens géome .
tres conviennent qu'on peut tirer quelque
avantage du pendule appliqué à une machine
comme moteur; mais ces avanta
ges n'ont guere lieu que pour des machines
qui ne demandent pas toute la force
d'un homme pour être miſes en mouvement.
Dans celles au contraire qui exigentune
force ſupérieure ,le pendule, loin
d'être préférable à d'autres moteurs plus
uſités , leur eſt au contraire inférieur à
pluſieurs égards , & fur-tout en ce que fon
190 MERCURE DE FRANCE.
action s'exerçant alternativement en ſens
contraire , on perd néceſſairement le degré
de force que produit l'accélération
dans les mouvemens qui ſe font toujours
dans la même direction .
:
:
Amour d'un Lapin male pour des
Poules.
Un Particulier a fait imprimer dans les
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
Papiers publics l'obſervation ſuivante :
Nous avons eu un gros lapin qui s'étoit
tellement attaché à deux poules , qu'il
ne les quittoit ni la nuit ni le jour. Il
couchoit au milieu d'elles , & venoit
dérober à notre table du pain qu'il
alloit enſuite leur partager dans la cour.
Cet animal avoit rongé les plumes de
la queue de ces poules , pour les pouvoir
couvrir plus aisément , ce qu'il a
fait pluſieurs fois en préſence de quantité
de témoins. Après que nous nous
fûmes apperçus qu'il rempliſſoit auprès
d'elles la fonction de coq , nous en recueillîmes
huit oeufs , que nous envoyâmes
àune perſonne qui vouloit les
faire couver ; mais malheureuſement ,
ود
१५
و د
ود
ود
و د
ود
ود
ود
AVRIL. I. Vol. 1774. 191
!
ود
. , d'un côté , ſa cuiſiniere , qui n'étoit pas
dans la confidence, en fit le ſoir meme
, une omelette , & de l'autre , le lapin
s'étrangla le lendemain aux barreaux
d'une porte à claire-voie , voulant tenter
de pénétrer dans un jardin. "
و د
ود
ود
Cette forte d'amour contre nature n'eſt
point fans exemple. M. de Réaumur l'a
obſervé pareillement entre un lapin &
une poule , mais ce n'eſt que l'effet de la
lubricité exceſſive d'un mâle privé de la
jouiſſance des femelles de ſon eſpece. On
voit fréquemment d'autres animaux , des
chiens , par exemple , & des taureaux ,
chercher à couvrir des animaux d'eſpeces
différentes , & juſqu'à des corpsinanimés.
On a fort bien fait de faire une omelette
avec les oeufs de la poule dont il eſt ici
queſtion ; car il eſt certain qu'avec un pareil
coq , ces oeufs ne pouvoient être
qu'inféconds . M. de Buffon a prouvé par
des expériences déciſives , que laNature
a mis des obſtacles infurmontables à la
confufion des eſpeces , & qu'il ne peut
naître des mulets que de la copulation
d'animaux d'une eſpece ſi voifine , qu'à
peine peut- on y obſerver quelques diffé
rences ſenſibles Ce feroit donc bien peц
connoître les loix de la Nature , que d'at192
MERCURE DE FRANCE.
tendre une progéniture de l'union de
deux animaux auſſi hétérogenes que le
font les quadrupedes & les oiſeaux. Sans
cette loi ſi ſage & fi néceſſaire , quimaintient
chaque eſpece d'animal dans un
état permanent , tout feroit confondu
dans le regne animal. Il n'y auroit depuis
long- temps qu'une ſeule eſpece d'animaux
; ce feroit celle des monftres , dont
les formes ſe combinant perpétuellement
de la maniere la plus bizarre & la plus
vicieuſe , parviendroient enfin à rendre
même leur exiſtence impoſſible.
ANECDOTES.
I.
Dans le prologue de la comédie du
Roi de Cocagne , il y a un poëte nommé
la Fariniere , dont l'original étoit un
homme très- connu ſous le nom du poëte
May; il avoit fait une trentaine d'ouvrages
tant tragiques que comiques , ſans
avoir pu réuffir à en faire un quipût ſou .
tenir la repréſentation. Il étoit toujours
poudré à blanc. La peinture étoit ſi refſemblante
que le poéte May s'en plaignit
au
AVRIL. 1774. 193
au Lieutenant de Police, mais fans aucun
fuccès. La Thorilliere pere , qui repréſentoit
ce rôle , pour appaiſer le poëte
- May , le conduiſit dans un cabaret; &,
pour confommer la réconciliation , lui fit
- boire beaucoup de vin de Champagne
qui le mit dans un état à ne plus rien ſen .
tir. On le coucha dans un lit du cabaret;
on prit ſes habits , & la Thorilliere re .
préſenta fon rôle avec les propres vête
mens de ce poëte.
:
II.
Le Pédant joué de Bergerac eſt la pres
miere repréſentation où l'on ait ofé haſarder
un Payſan avec le jargon de fon
village. C'eſt auſſi la premiere comédie
qui ait paru en proſe depuis que Hardi
&fes contemporains ont établi un ſpec
›tacle régulier à Paris .
111.
A la première repréſentation de la co
médie de Pamela , par M. de la Chauſſée,
quelqu'un demanda à la porte : Comment
va Pamela ? Un mauvais plaiſant répon
dit : Elle pame , hélas !
N
194 MERCURE DE FRANCE .
AVIS.
I.
Penſionnat.
MADAME LEPRINCE , belle - foeur & éleve de
Mde. Leprince de Beaumont , auteur du Magasin
desEnfans , demeurant ci - devant fur le quai de
l'Ecole , demeure à préſent rue Royale place Louis
Quinze , chez M. Lucotte , maison à porte cochere.
Eile prend des penfionnaires depuis l'âge de fix
ans juſqu'à douze ; elle leur montre la géographie ,
l'hiſtoire , la mythologie , la ſphère; de plus l'écriture
& l'orthographe. La penſion eſt de ſept
cents livres ; elles ont une bonne nourriture. Les
Demoiſelles qu'elle a actuellement chezelle , peuvent
faire preuve des ſoins qu'elle met à les avancer;
elles répéteront non ſuperficiellement devant
les perſonnes qui defireront les entendre pour les
convaincre de la vérité de l'énoncé .
Mde Leprince prend des Demoiselles Etrangeres.
Elle en a qui lui font honneur; elle ne les
quitte point, & eſt occupée ſans ceſſe à les inſtrui
re& à leur former le caractere ; elle a des Demoi.
felles de condition , & autres de bonne famille.
Les penſionnaires ſont dans une maiſon honnête
, en bon air & à la proximité des promenades .
Elle ſe charge de les faire inſtruire , & de les faire
préparer à la premiere Communion.
11.
Béchique ou Sirop pectoral , en liqueurs .
Le fieur Valade , auteur du Béchique ſouverain
AVRIL, 1774 195
ou Sirop pectoral , approuvé par brevet du 24 Λοût
1750 , pour les maladies de poitrine , comme rhume
, toux invétérée , oppreffion , foibleſſe de poitrine
& afthme humide , donne avis au Public que
fon Béchique ne ſe débite que chez lui , afin que
les perſonnes qui feront dans le cas d'en faire
uſage puiſſent le confulter , comme elles ont paru,
le défirer.
Son Béchique , en tant que balfamique , a la
propriété de fondre & d'atténuer les humeurs engorgées
dans le poumon , d'adoucir l'acrimonie
de la lymphe; & comme parfait reſtaurant , il
rétablit les forces abattues , rappelle peu à - peu
l'appétit & le fommeil produit en un mot des
effets ſi rapides , dans les maladies énoncées ,
qu'une bouteille , taxée à 6 livres , ſcellée de fon
cachet & étiquetée de ſa main, ſuffit pour en
faire éprouver toute l'efficacité avec ſuccès .
,
Le fieur Valade demeure toujours au Temple,
dans le bâtiment neuf, chez le Boulanger , vis- àvis
le Serrurier , au deuxieme No. 10 à Paris . II
continue le débit de ſes Liqueurs fines & étrange.
res, d'un goût exquis , que d'ailleurs on eft libre
de n'acheter qu'après les avoir goûtées. On
trouve le ſieur Valade journellement : & , en cas
d'abſence , il faudra s'adreſſer chez Mde Barilles ,
fabricante de manchons de plumes , la porte à
côté , No. 9.
III.
Le véritable Trésor de la Bouche.
T
Le ſieur Pierre Bocquillon , marchand gantier.
parfumeur , à la Providence , à Paris , entre l'Eglife
St. Louis de MM. de Ste Catherine & la rue Percée,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
vis-à-vis celle des Balets , annonce qu'il a été reçu
à la Commiſſion royale de Médecine le 11 Octo
bre 1773 , & qu'il eft le ſeul compoſiteur de la
liqueur nommée le véritable Trésor de la Bouche.
Les vertus de ſa liqueur ſont de guérir tous les
maux de dents , tels violens qu'ils puiſſent être ;
de purger de tout venin , chancres , abſcès , &
enfin de préſerver la bouche de tout ce qui peut
contribuer à gâter les dents . Cette liqueur a un
goût gracieux à la bouche , rend l'haleine agréa .
ble & douce , conſerve les dents quoique gâtées,
L'auteur reçoit tous les jours de nouveaux fuffrages
fur l'excellence de ſa liqueur. Il a des bouteilles
à 10 , 5 , 3 liv. & 24 ſols. Il donne la
maniere de s'en ſervir , fignée & paraphée de ſa
main , & met ſon nom de baptême & de famille
fur les étiquettes & bouchons marqués de fon ca.
chet. Il a fon tableau à ſa porte , afin de ne point
ſe tromper de boutique.
Il vend auſſi le taffetas d'Angleterre blanc &
noir , propre pour les coupures & brûlures , ap .
prouvé par la Commiſſion royale de Médecine ,
le 31 Juillet 1773.
L'auteur prie les perſonnes qui lui feront l'hon.
neur de lui écrire , d'affranchir le port des lettres.
I V.
Tapiſſeries en papiers.
L'invention des Tapiſſeries en papiers eſt d'au.
tant plus heureuſe , qu'en procurant au Public le
moyen de ſe meubler très - proprement & à bon
compte , elle devient de jour en jour une branche
de commerce très - importante pour le royaume
chez l'Etranger. Ce qui s'étoit fait dans ce genre
AVRIL. 1774.- 197
juſqu'à ce jour , n'étoit point forti d'une certaine
meſure de procédés qui en mettoit preſque toutes
les productions au même niveau. Celles qu'une
manufacture dont le magaſin eſt fiué rue Comteſſe
d'Artois , a mis au jour depuis quelque temps,
ſont d'un genre ſi neuf & d'une exécution fi frappante
, qu'on est obligé de convenir que rien n'eft
impoſſible à l'induſtrie françoiſe. Ce n'eſt point
les étoffes de la manufacture de Lyon , ni les bel.
les tentures des Gobelins , c'eſt un genre de mé
rite qui ſoutient la comparaiſon de ces produc.
tions admirables ; l'artiſte , car l'auteur de ces papiers
en mérite le nom , promet inceſſamment au
Public de nouveaux deſſins .
Les Etrangers s'adreſſeront à Mlle. Hemeri ,
chargé de la vente de ces tapiſſeries , rue Comteſſe
d'Artois , au Café d'Apollon , vis-à-vis la rue
Mauconfeil.
V.
Effence de Beauté .
Le ſieur Duboſt , ſergent en charge des Gar.
des de la Ville de Paris , diſtillateur & parfumeur
, enclos de St. Martin-des-Champs , au grand
paſſage près la grille , vend l'Essence de Beauté,
renommée tant pour la barbe que pour la peau,
& approuvée tant par la Commiſſion royale que
par les Communautés des Barbiers de Paris , de
Lyon , de Marseille & de Rouen. On trouve
auſſi cette eſſence à Verſailles , au château , ſur
le grand eſcalier du Roi ; à St. Germain-en- Laye,
chez le Sr. François , limonadier, près la paroisſe
; à Sens , chez le fieur Chambre , rue du Tripot.
N3
193 MERCURE DE FRANCE.
Maniere de s'en fervir.
A
Les Dames mettront une goutte d'efſſence dans
une cuillerée d'eau pour ſe laver le viſage le ſfoir
en ſe couchant & le matin en ſe levant: cela leur
tient le teint frais & empêche le rouge de gâter la
peau; on en mettra deux gouttes pour les mains.
Pour la barbe verſez quatre gouttes de cette
effence dans une cuillerée d'eau , battez - la avec
un pinceau , & ſavonnez-vous en.
Le prix des bouteilles eſt de 6 & 3 liv. Il y
a auſſi des eſſais à 1 liv. 4 ſols , avec lesquels on
peut faire au moins quatre - vingts barbes . On
fournira les pinceaux à ceux qui prendront des
bouteilles de 6 & 3 liv. Il a auſſi , pour les voyages
, des bouteilles doublées de fer blanc , qui
coûtent 20 fols de plus , ;
LETTRE à M. L. , auteur de Mercure.
M. l'abrégé chronologique de l'hiſtoire de
France du Préſident Hénaut eſt un ouvrage d'un
mérite généralement reconnu , & dont on admi .
rera toujours la préciſion , l'ordre & la clarté;
mais plus la conſidération due à cet illustre écrivain
donne de poids à ſes aſſertions , plus ſes
moindres erreurs font d'une dangereuſe confé
quence.
Un hiftorien ne fauroit mettre trop d'attention
àrapporter les noms propres ortographiés exactement
comine ils doivent l'être; une feule lettre
ajoutée ou retranchée dans un nom propre , ſuffit
pour mettre en contradiction les différens auteurs
qui en ont parlé. Cette contradiction répand touAVRIL.
1774. 199
jours de l'incertitude dans l'hiſtoire , & ſouvent
beaucoup de confuſion ſur l'origine de certaines
familles très- différentes les unes des autres , dont
le nom cependant eſt à - peu - près le même. Il eſt
échappé à M. le Préſident Hénaut une erreur de
cette nature. Dans fon abrégé chronologique de
l'hiſtoire de France il donne le nom de Bertrandi
à Jean de Bertrand , qui ſous le regne de François
I. & d'Henri II. fut fucceffivement premier
préſident du parlement de Toulouſe; préſident à
mortier & premier préſident du parlement de Pa
ris ; premier garde des ſceaux en titre d'office ,
chancelier de France , archevêque de Sens & car.
dinal. Il eſt prouvé par les proviſions des diffé
rentes charges qu'il a occupées , par ſes ſignatu
res très-multipliées dans les regiſtres du parlement
de Paris * & par le témoignage des meilleurs
auteurs généalogiſtes : † qu'il a toujours porté le
nom de Bertrand , & que celui de Bertrandi ne
lui a été donné que dans quelques actes latins
dans lesquels il eſt auſſi appellé Bertrandus , Bertrando
, Bertrandum , felon le ſens de la phrafe. S
* Registres dn parlement de Paris depuis l'année 1539.
jusqu'en 1559.
† Le Pere Anfelme , histoire des grands Officiers de la Couronne
, premiere & derniere édition à l'article Bertrand; les
MM. de Ste. Marthe , François Duchaîne , histoire des Chan
celiers , à Particle Bertrand ; Blanchard , histoire des Mattres
des Requétes , page 287 ; Nognier , histoire toulousaine edition
de 1556 , pag. 171 , &c, &c . &c .
§ Ampliffima eft inter Tololates Bertrandorum familia è
qua Joannes Tolofæ oriundus fuit , &c. Histoire de Jean
Bertrand par Frifon , dans le Gallia purpuratte , pag. 623 ...
Joanni Bertrando Tolofano , Senonenti archiepifcopo , cardinali
primario , &c. Epitaphe du cardinal Bertrand , tirée de
Péglise des Augustins de Venise , où il fut inhumé en 1560 ,
rapportée par le Pere Anfelme.
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
Peu de gens font inſtruits de toutes ces particu
Jarités , & ceux qui les ignorent pourroient fort
bien confondre la famille du chancelier de Bertrand
en le voyant appellé Bertrandi , avec une
famille de Bertrandi qui eſt établie dans le pays
de Comminge , & qui fut anoblie vers l'an 1580.
L'époque de cet anobliſſement prouve bien la différence
des deux familles ; mais cette époque n'eſt
pas connue de tout le monde. Le chancelier de
Bertrand , fils de Nicolas de Bertrand & de Dame
Jacquette de Sauran * , naquit à Toulouſe. Il
épouſa Dame Françoiſe de Riviere , dont il eut
un fils & deux filles ; ſon fils mourut ſans poſté,
rité. La premiere de ſes filles épouſa Germain
Gaſton de Foix; la ſeconde fut mariée à Jean Dil.
lier , Seigneur de Chantemerle & de Vaupillon,
François de Bertrand , frere aîné du Chancelier,
quatrieme préſident au parlement de Toulouſe ,
feigneur de Moleville , qui épouſa en premieres
noces Jeanne de Segnier ; & en ſecondes noces,
Marie de Foix de Carmain , eſt celui dont la poſtérité
eſt perpétuée à Toulouſe , & fubſiſte encore
aujourd'hui.
Comme la littérature embraſſe auſſi la connoiffance
de l'hiſtoire , j'ai cru , Monfieur , que la découverte
d'une erreur hiſtorique étoit faite pour
trouver place dans votre Journal.
Je ſuis avec la plus parfaite conſidération , &c.
Procès - verbal des preuves de Malte , dreſſées en 1620.
pour François de Bertrand , petit-fils de François ,frere aîné
du Chancelier, où le testament de Nicolas de Bertrand oft
rapporté.
AVRIL . 1774. 201
NOUVELLES POLITIQUES.
LA
De Constantinople , le 22 Janvier 1774.
A mort du Sultan n'a occaſionné aucun trouble
, & l'on eft perfuadé que cet événement n'ap .
portera point de changement aux meſures priſes
pour la ccaammppaaggnnee prochaine.
Quelques inftans avant que de mourir , Muſta.
pha III . fit appeller , auprès de lui , ſon frere Ab .
doul Hamed; il le nomma ſon ſucceſſeur , lui
expoſa la ſituation actuelle de la Turquie & les
projets qu'il avoit formés , ſoit pour le gouver
hement de l'Empire , foit pour continuer la guerre
, foit enfin pour parvenir à l'ouvrage de la pa.
cification . Il lui recommanda , de la maniere la
plus tendre & la plus forte, le Sultan Selim , fon
fils unique. Il laiſſe , de plus , trois filles dont l'afnée
, âgée d'environ quatorze ans , eſt déjà veuve
de deux grands Viſirs. Le droit d'aîneſſe ne regle
pas chez les Turcs la ſucceſſion au Trône qui appartient
à tout le Sang Ottoman. Les Princes exclus
ne font point immolés à la défiance de l'Empereur
: ils ſont ſeulement ſurveillés & privés de
femmes dont ils puiſſent avoir des enfans .
On fit derniérement la cérémonie qui répond
en Turquie au Couronnement des Souverains
chez les Chrétiens . Elle conſiſte à ceindre le Sul .
tan proclamé par le Muphti , l'Ulema (les Gens
de Loi) & la Milice , du cimeterre d'Ottoman chef
de la race Impériale , qu'on garde dans la mofquée
d'Ayoub. Mustapha III , eſt mort dans les
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
circonstances les plus glorieuſes de la guerre qu'il
Toutenoit contre la Ruffie. Il laiſſe à ſon frere des
plans de campagne ou des projets de paix tout
dreffés , des armées exercées & des tréſors. II
avoit fuccédé en 1757 , comme nous l'avons dit,
Oſinan Ibrahim , & celui-ci en 1754 à fon frere
Mahomet V. Ils étoient fils de Mustapha II. dépoſé
en 1730 & remplacé par fon frere Achmet
II , à qui fuccéda par dépoſition auſſi en 1730 ,
Mahomet V. dont on vient de parler , & qui étoit
né à Belgrade en 1696. Mustapha II. & Achmet
III. avoient pour pere Mahomet IV. &, à ce qu'on
prétend , pour frere puîné Muſtapha Aga, mort à
Bruxelles en 1729.
De Vienne , le 5 Mars 1774.
L'Académie de Peinture & de Deſſin , qui eſt
établie en cette ville depuis quelques années , a
obtenu de Leurs Majeſtés Impériales la permisfion
d'expoſer , tous les ans , aux yeux du Public ,
les ouvrages de ſes Membres & de ſes Eleves
ainſi que cela ſe pratique dans pluſieurs grandes
villes. On lui a aſſigné pour cet effet la petite
falle de redoute qu'on ouvrit , avant hier , pour la
premiere fois , & où chacun s'empreſſe d'aller voir
des productions nationales , fruits de la protection
particuliere que Leurs Majestés Impériales aiment
à donner aux beaux arts .
:
:
De Hambourg , le 14 Février 1774-
Toutes les lettres qu'on reçoit ici de Ruffie ,
n'ont pour objet que la révolte de Pugatschew.
On recherche toutes les particularités de la vie
AVRIL , 1774. 203
de cet homme fingulier que ſa hardieſſe crimi .
nelle a rendu fameux : voici des détails qu'on
nous a écrits de Moscow. On prétend que ce Cofaque
est né d'une famille diftinguée de fon pays.
Le fieur Rafoumowski que l'impératrice Elifabeth
fit Herman (général) des Coſaques , ſe l'attacha
, le conduifit à Pétersbourg& le fit recevoir
Page de l'Impératrice . On l'envoya à Berlin pour
yfaire quelques études. Il ſervit chez les Pruffiens
dans la derniere guerre. Il fut fait Gentilhomme
du Grand Duc , développa dans cette place fon
eſprit de révolte & d'indépendance , & fut , pour
cette raiſon , éloigné de la Cour. Il voyagen dans
les pays étrangers ; ſon inquiétude naturelle ne
lui permit de ſe fixer nulle part , il revint en Rus .
fie & fit quelques campagnes contre les Turcs &
contre les Polonois ; il ſe retira enſuite dans ſa
patrie , où il a fomenté ſourdement la rebellion
qu'il vient de faire éclater. On dit que , pour en
impoſer à ſes complices , il leur diftribue les Titres
, les Offices & les Ordres de Chevalerie de
l'Empire. Il décore , dans les déſerts où il com.
mande , des cordons de différens Ordres de Ruffie ,
les chefs de fon armée qui n'ontjamais dû préten.
dre à cet honneur. C'eſt par des moyens de cette
nature & par d'autres fingularités que cet homme
donne à ſa révolte un caractere particulier & cherche
à s'attacher davantage ceux qui ont eule malheur
& la foibleſſe de ſe laiſſer ſéduire par ſes impoſtures.
De Warsovie , le 29 Janvier 1774.
La Délégation va continuer ſes ſéances & s'occuper
des moyens de régler l'adminiſtration intérieure
du royaume , afin qu'il ne reſte plus à l'afſemblée
nationale qu'à confirmer ce qui aura été
conclut & déterminé .
204 MERCURE DE FRANCE
On prétend que la Cour de Vienne a réſolu
d'envoyer, dans ſes nouvelles acquifitions en Pologne
, fix régimens de Houſſards , outre les fix
régimens d'Infanterie & les quatre de Chevaux .
Légers , qu'elle avoit d'abord deſtinés pour la garde
de ces Districts .
La Délégation s'occupe actuellement de l'affaire
concernant les impôts , & l'on préſume que
le projet de l'acciſe à établir en Pologne , comme
dans pluſieurs pays de l'Europe , ſera adopté ,
quoiqu'on ne ſoit point d'accord ſur les arrangemens
propres à en régler la perception. L'affaire
de l'Ordinacie d'Oſtrog eſt ſuſpendue , & il ne
paroît pas qu'on travaille férieuſement à conclure
les articles ſéparés des Traités de partage.
Le 13 de Février , le ſieur Janoski , premier
bibliothécaire de la célebre bibliotheque Zaluski ,
eut l'honneur de remercier le Roi des bontés qu'il
a eues pour lui. Les héritiers du feu Evêque de
Kiovie font tous leurs efforts pour ſe rendre maîtres
de cette riche collection de livres. Ce Prélat
a laiſſé 40, coo florins de dettes qu'ils refuſent
d'acquitter , & ils renvoient les créanciers à la
Commiſſion qui a pris poſſeſſion de la bibliotheque,
au nom de la République.
Quelques détachemens de Dragons Pruffiens
font arrivés en cette ville , & doivent fe rendre en
Podolie & dans la Volhynie, pour y acheter des
chevaux.
Le terine du départ des Commiſſaires chargés de
régler avec ceux des Puiſſances copartageantes les
pouvelles frontieres de la Pologne , n'eſt point en
core fixé. On croit que cette affaire , avant que
d'être conclue , éprouvera beaucoup de délais &
de difficultés .
1
AVRIL. 1774. 205
De Dantzick , le 8 Janvier 1774.
Les nouvelles qu'on reçoit ici de l'intérieur de
la Ruſſie ſont ſi contradictoires , qu'il eſt très-difficile
d'y démêler la vérité. Ce qui paroît certain ,
c'eſt que la révolte de Pugatschew , loin d'être
étouffée , s'accroît de jour en jour. Ce rebelle ravage
& défole les provinces par leſquelles il préſume
que le général Bibikow pourroit diriger ſa
marche : il a déjà pillé & détruit les mines de fer
du gouvernement d'Orenbourg , & il a groſſi ſon
parti d'une foule d'habitans ruinés , auxquels il
ne reſtoit quc ce moyen pour ſe procurer des ſubſiſtances:
il a converti le ſiege d'Orenbourg en
blocus , afin d'oppoſer de plus grandes forces au
général Ruſſe ; on craint même qu'il n'ait des liaifons
ſecretes avec les Tartares de Cuban.
La ſituation des affaires de cette ville eſt toujours
la même. Le Magiſtrat ſe flatte cependant
que l'entremiſe de l'Angleterre & la médiation de
la Ruſſie garantiront le commerce de Dantzick de
la ruine dont il eſt menacé ; mais on n'eſt pas
fans inquiétude , ſurtout depuis qu'on a répandu
ici la nouvelle que le Miniſtre de Sa Majesté Pruffienne
auprès du Roi & de la République de Pologne
, avoit déclaré que ce Monarque n'adopteroit
aucun arrangement relatif au commerce en
général , & ſpécialement à celui de la Viſtule.
:
De Stockolm , le 19 Février 1774 .
Le Comte, Charles Scheffer a remis entre les
mains de la Société Patriotique une ſomme de
2000 écus , monnoie de cuivre , qui lui avoit été
envoyée avec un billet écrit en françois & conçu
dans les termes ſuivans : La charité que vous "
206 MERCURE DE FRANCE .
:
و د
"
79
و د
"
"
exercez eſt la récompenſe du travail. C'eſt la
rappeller à ſa véritable inſtitution ; c'eſt faire du
malheur de quelques - uns la ſource du bonheur
public. Permettez moi de concourir au ſuccès
de votre bienfaiſance , en lui offrant un tribut
» que je paie volontiers aux vues qui dirigent la
Société Patriotique. Je vous prie de taire mon
nom. Si la fomme doit être inſcrite ſur un regiftre
, il importe peu qu'on y liſe de qui elle
„ vient ". La Société Patriotique a crune pouvoir
mieux remplir les intentions du donateur qu'en
abandonnant cette ſomme à la direction de la
Maiſon du Travail établie en cette Ville , & elle
eſpere en même temps que cet exemple de libéralité,
donné par un étranger , excitera une noble
émulation , & qu'on s'empreſſera à maintenir un
établiſſement dont le Public retire les avantages
les plus folides . Elle a diftribué différens prix aux
payſans de la Bothnie Occidentale qui ſe font
adonnés à la culture des pommes de terre. Ces
prix confiftoient en gobelets , en cuillers & en médailles
d'argent. Pour en obtenir un , il falloit que
Je payſan eût étendu ſa culture en défrichant une
nouvelle terre .
De la Haye , le 11 Mars 1774.
Les alarmes qu'on avoit eues ſur les inondations
fe font renouvelées depuis quelque temps.
Pluſieurs digues ont beaucoup fouffert , & l'on y
a envoyé des inſpecteurs & des ouvriers. Trois
cents hommes ont été employés à prévenir les
brêches que l'eau alloit faire à une grande digue
qui fert de rempart vers l'embouchure de la Meuſe
à la partie méridionale de la Hollande. Le gon.
flement du Vahal & celui du lac de Harlem , ont
allariné les contrées adjacentes . Cedernier lac , qui
AVRIL. 1774. 207
eſt devenu avec le temps une mer intérieure , ne
peut être contenu par des digues & le volume de
fes eaux paroît augmenter tous les jours.
De Pife, le 17 Février 1774.
On vient d'établir en cette Ville , aux frais de
l'Impératrice de Ruffie , un college pour centvingt
jeunes gens arrivés du Levant. Ils y feront
habillés , nourris & inſtruits dans les ſciences , arts
& métiers . Soixante jeunes filles Grecques feront
également entretenues aux dépens de cette Princeffe
, & apprendront à travailler à différens ouvrages
convenables à leur ſexe. Le docteur Céfar
Studiati , médecin , a été nommé directeur & furintendant
de ces deux maiſons .
De Venise , le 29 Janvier 1774 .
Des lettres de Raguſe portent que quatre navires
Ruſſes armés en guerre , & qui croiſent entre
Zante & Corfou , inquietent les navires marchands,
& qu'ils les vifitent avec une extrême rigueur.
De Londres , le 10 Février 1774 .
Le 28 du mois dernier , le Vice Roi d'Irlande
ſe rendit à la Chambre Haute du Parlement à Du .
blin , & donna , en préſence des Communes , le
confentement Royal au Bill pour lever 265,000
liv. ſterl par annuités & à celui pour établir plufieurs
droits de timbre en Irlande ; ainſi ces deux
Bills qui ont excité au Parlement d'Irlande des débats
ſi vifs & fi longs , ſont enfin paſſés en Loi.
Un particulier arrivé de Boſton , d'où il étoit
parti le 20 Janvier de cette année , affure que , la
veille de ſon départ , on y brûla pluſieurs caiſſes
203 MERCURE DE FRANCE.
de thé vis-à-vis la Douane , en préſence d'une fou
le de peuple prodigieuſe.
On écrit de la Virginie , qu'en deſſéchant un
marais dans lequel il y avoit une grande quantité
d'arbres , on apperçut dernierement deux créatures
à figure humaine , qui prirent auſſi - tôt la fuite.
On courut vers elles ; on les atteignit , & leurs
cris firent venir une femme à leurs ſecours . Ces
trois Sauvages parurent effrayés , & aucun d'eux
ne put proférer un ſeul mot dans aucune langue.
D'après les recherches faites dans le pays , quelques
perſonnes ſe rappelerent qu'un pauvre hom .
me des environs avoit diſparu avec ſa femme dé .
puis un certain nombre d'années , & l'on ſuppoſe
qu'ils s'étoient retirés dans ce marais , au milieu
duquel ſe trouvoit un petit mont où ils avoient
vécu , & avoient eu deux enfans . L'homme étant
mort , la feinme avoit perdu inſenſiblement l'uſa.
ge de parler , parce qu'elle n'avoit perſonne avec
qui elle pût s'entretenir , & les enfans font reſtés
muets. On n'a négligé aucuns moyens pour leur
apprendre à parler ; mais ils n'avoient fait que
très-peu de progrés au départ des dernieres lettres .
De Paris , le 21 Mars 1774 .
Le 16 de ce mois , le ſieur de Sartine , conſeil
ler d'état & lieutenant - général de police , poſa la
premiere pierre de la nouvelle Halle aux veaux ,
élevée ſur les deſſfins du ſieur le Noir , architecte ,
& exécutée par le ſieur le Foulon , expert - entre.
preneur , dans le marais qui appartenoit ci-devant
aux Bernardins , près le quai de la Tournelle. Ce
magiſtrat fut reçu par les propriétaires du marché
&complimenté par l'un d'eux. Le Public , qui étoit
accouru en foule, marqua la plus grande fatisfaction
AVRIL. L. Vol . 1774. 209
1
faction d'un établiſſement: qu'on defiroit depuis
long-temps , & que Sa Majesté , après en avoir reconnu
la néceſſité & les avantages , a autorifé-par
lettres -patentes.
NOMINATIONS.
Le fieur de Boynes , fecrétaire d'état au département
de la Marine , entra , le 20 Février , au
Conſeil d'état , en qualité de Mimſtre .
Le Roi a accordé au Marquis de Conflans , ma
réchal de camp , colonel d'une Légion , le gouvernement
du Neuf- Briſac , vacant par la mort du
Maréchal d'Armentieres , à la charge d'une penfion
de 6000 liv. fut les appointemens de ce gou.
vernement , en faveur de la Maréchale d'Armen
tieres . S. M. a donné à Monſeigneur le Comte de
Provence le régiment de Dragons , vacant par la
mort du Chevalier de Montecler ; Elle a accordé
au Comte de la Chaftre-Nancay , colonel en fecond
du régiment Royal des Vaiſſeaux , la charge
de Meſtre-de-camp-lieutenant; au Marquis de la
Roche - Aymon , colonel du régiment provincial
de Périgueux , celle de Meſtre-de-camp-lieutenant
du régiment Royal Navarre , vacante par la démiffion
du Marquis de Damas ; au Marquis du
Chilleau , major du régiment d'infanterie de la
Sarre avec rang de colonel , celle de colonel du
régiment provincial à Périgueux , & au Duc de
Lauzun , capitaine commandant de la compagnie
Colonelle du régiment de ſes Gardes - Françoiſes ,
celle de colonel de la Légion Royale , vacante
par la démiſſion du Comte de Coigny.
Le Roi a accordé les Entrées de fa Chambre au
Comte de Chaſtellux , Chevalier d'Honneur en
furvivance de Madame Victoire...
210 MERCURE DE FRANCE.
PRÉSEΝΤΑΤΙΟNS.
Le 22 Février , le Prince Héréditaire de Heſſe-
Rheinsfeldt-Rottenbourg fut préſenté au Roi & à
la Famille Royale.
Les Députés des Bureaux des Finances de Riom
& de Limoges ont eu l'honneur d'être préſentés à
Monſeigneur le Comte d'Artois , & de le remercier
de ce qu'il a bien voulu leur attribuer la connoiſſance
des Matieres féodales de ſon apanage.
Le ſieur Viſſaguet , premier Préſident , porta la
parole pour la Ville de Riom , & le ſieur Durand
de la Couture , pour celle de Limoges .
Le Comte de Priego , Colonel des Gardes Wallones
& Grand d'Eſpagne , a été préſenté au Koi
&à la Famille royale .
La Comteſſe Louiſe d'Helmſtatt a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi par la Comteſſe d'Helmſtatt.
MARIAGES.
Le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de mariage du Comte d'Helmſtatt , avec Demoi.
ſelle de Broglie.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte de Guebrian avec Demoiſelle
de Boneuil , ainſi que celui du Comte de
Chaſteigner , meſtre -de - camp de cavalerie , avec
Demoiselle de Traiſnel . 1
Le 12 Février , on célébra à Dreſde le mariage
du Prince Charles - Auguſte Comte Palatin de
Deux Ponts , avec la Princeſſe Amélie , ſoeur de
l'Electeur de Saxe. La Princeſſe avoit fait , la veil .
le, les renonciations uſitées dans la Maiſon de
Saxe . Le Prince Charles-Auguſte , fils du feu Prince
Frédéric & neveu du Duc Régnant de DeuxAVRIL.
I. Vol. 1774. 211
Fonts , eſt né le 24 Octobre 1746 , & la Princeſſe
Marie-Amélie de Saxe , fille du feu Electeur Fréderic
Chriſtian & de Marie-Antoinette de Baviere,
eſt née le 26 Septembre 1757 .
Le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de Mariage du Marquis de Vaſſan avec Dile de
Quehillac, ainſi que celui du Comte de Dudrenucq
avec Dile de Champoleon.
NAISSANCES.
La femme du St. Hennequin , confiſeur à Metz,
y accoucha , le 20 Février , de trois garçons qui
ſe portent bien, ainſi que leur mere.
La Princeſſe épouſe du Stathouder-Général des
Provinces - Unies accoucha , le 15 Février , d'un
garçon.
La nommée Anne Bailly , femme de Pierre l'Efpagnier
, laboureur à Corgoloin , baillage de Nuits,
accoucha , le 15 Février , dans le quatrieme mois
de ſa groſſeſſe , de quatre enfans mâles , dont trois
ont vécu aſſez de temps pour recevoir le baptême.
Marie Bigant , femme d'Etienne Dardinier ,
vigneron à Houdreville près Vézelize , en Lorrairaine
, accoucha, le 7 Février , de trois enfans qui
vécurent vingt- quatre heures; elle jouit à- préſent
d'une bonne ſanté.
La Reine d'Angleterre accoucha , hier , d'un
Prince qui eſt le dixieme enfant de Sa Majeſté .
Elle a eu le bonheur de les conſerver tous , &
Elle jouit , ainſi que le Prince nouveau né , d'une
bonné ſanté.
02
212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Marie - Angelique-Auguſtine - Armande d'Au
male , penfionnaire du Roi , fille de Jacques - Antoine
Comte d'Aumale , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St. Louis , ancien colonel d'infanterie
, épouſe de Gabriel - Florent , Marquis de la
Tour de Saint- Paulet , eſt morte en fon château
d'Auzeville , près Toulouſe , dans la trente-huitieme
année de ſon âge.
Louis - Philippe Potin, Comte du Cheſne , eſt
mort dans ſon château , en Normandie , âgé de
foixante quatorze ans .
: Jacques Clare de Periffac , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Brionne , eſt mort à Beau
lieu , en Bas - Limofin , dans la quatre- vingt- ſeptieme
année de fon âge.
Roſe Adelaïde - Victoire de Caſtille , épouse du
Marquis d'Hervilly , eſt morte au château de l'Echelle
près Guife.
La nommée Catherine Bazille , veuve de François
Helene , jardinier , eſt morte à Rouen , dans
la cent-deuxieme année de ſon âge,
Le nommé Barthelemi Eſpenan , de la paroiffe
de Gauffan , vallée de Magnoac , y est mort derniérement.
On n'a point trouvé ſon extrait baptiſtaire
dans les regiſtres de la paroiſſe ; mais on
lit dans celui de 1670, qu'il aſſiſta à une bénédiction
nuptiale , époque dont le ſouvenir ne lui avoit
point échappé , ainſi qu'il l'a aſſuré avant ſa mort
au Curé du lieu , ce qui fait préſumer qu'il étoit
agé de cent-dix-sept ans .
Marie Théreſe Deſmier, des Comtes d'Olbreuze,
eſt morte à l'Abbaye royale de Notre - Dame de
Soiffons ,dans la vingt-ſeptieme année de ſon âge.
20
AVRILL. Vol. 1774. 213
René- François de Biandos , Marquis de Caſteja ,
Seigneur de Courouges , ancien capitaine au régi
ment de Bourbonnois , infanterie , chevalier de
l'Ordre royal & militaire de St. Louis', commandant
à Marienbourg , eft mort à Marienbourg ,
âgé de foixante-neuf ans.
Jean- Elzeartde Ripert de Monclar , Prêtre ,
licencié en théologie de Paris , de la Maiſon &
Société royale de Navarre , vicaire général &
grand- archidiacre d'Orléans , abbé commendataire
des Abbayes royales d'Ivri , Ordre de faint Be
noît , congrégation de St. Maur , dioceſe d'Evreux,
& de St. Allyre , même Ordre & même congré
gation , dioceſe de Clermont en Auvergne , eſt
mort à Paris , dans la quarante - cinquieme année
de fon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante-huîtieme tirage de la Loterie
de l'hôtel-de-ville s'eſt fait, le 25 Février , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au No 1618. Celui de vingt mille
livres au No. 5276 , & les deux de dix mille , aux
numéros 6954 & 15982 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le 5 Mars. Les numéros fortis de
la roue de fortune , font 73,85,9,33,68. Le
prochain tirage ſe fera le 6 Avril.
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
page 5
ibid.
PIEICEECESS FUGITIVES en vers & en proſe ,
Öde , tirée du Pſeaume 50.
Imitation de la premiere ode d'Horace ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Briſſac , à
l'occaſion de ſa convalefcence ,
Vers pour le portrait de Mde la Dauphine ,
Roſamire , anecdote morale ,
Lettre de M. de la Harpe à M. Lacombe ,
La Fontaine de Vaucluſe ,
Epître ,
Vers à Mde Laruette , qui a quitté le théâtre
* pour fix mois , par ordre de ſon médecin ,
8
IO
1 [
12
23
25
28
33
Madrigal , 34
La Laitiere & le Chat , fable , ibid.
Dialogue entre Tibere & Antonin , 35
Idylle de Geſner , traduite en vers françois , 45
La Noiſette , allégorie , 48
Les deux Roſes , fable , 49
Epître d'Ariane à Théſée , imitation d'Ovide , 50
La Coquette démaſquée, 57
Portrait d'Adélaïde , ibid.
Réponſe de Mile. T. aux vers qui lui ſont
adreſſés dans le Mercure de Mars 1774 . 59
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid .
ENIGMES , 60
LOGOGRYPHES , 63
Romance , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
L'Hygieine , ou l'art de conſerver la ſanté , ibid.
Lettre ſur l'art d'écrire , 81
AVRIL. I. Vol. 1774. 215
Queſtions de Droit , de Jurisprudence , &c, 82
L'Homme du Monde éclairé , 84
Côme de Médicis , grand Duc de Toſcane , 86
Minéralogie , 92
Profper Marchand,
Supplément à l'hiſtoire de l'imprimerie de
95
Théâtre de Sophocle , ibid.
Nouvelles oeuvres de M. de la Fargue , 97
La Nature conſidérée ſous ſes différens aſpects , 99
Le Spectateur François , 106
Mérinval , drame par M. Darnaud , 112
Catalogue des livres de la bibliotheque de
M. Morand , 121
Journal des Dames , 122
De la connoiſſance & du traitement des Maladies
, 129
Introduction à la Syntaxe latine , 131
Des Cauſes du Bonheur public , 133
Recueils de Mémoires & d'obſervations ſur
la perfectibilité de l'Homme ,
Six nouveaux volumes in - 12. de l'hiſtoire &
des mémoires de littérature de l'Académie
royale des infcriptions & belles- lettres ,
Ouvrages de M. Bezout , de l'Académie royale
des ſciences ,
141
143
144
Les Voyages de Michel de Montaigne en 1
Italie , 145
Fragmens de Tactique , en fix mémoires .
Lettre de M. Blin de Sainmore à M. Lacom .
ibid.
be 146
ACADÉMIES , de Dijon , 148
- de Lyon , 151
- de Rouen , 154
SPECTACLES , Concert ſpirituel, 158
Opéra , 159
Comédie Françoiſe , 168
Débuts , 170
216 MERCURE DE FRANCE .
Comédie Italienne ,
ARTS , Gravures ,
Matique ,
Cofmographie,
Nouvelles Scieries ,
Amour d'un Lapin mâle pour des Poules ,
Anecdotes ,
AVIS ,
Lettre à M. L. , Auteur du Mercure ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Naiſſances
Morts ,
Loteries ,
3
171
181
184
186
188
190
192
194
198
201
209
210
ibid..
211
212
213
LIVRES NOUVEAUX.
Coſtume des Anciens Peuples , par Dandré Bardon
, Profeſſeur de l'Académie Royale de Peinture&
de Sculpture &c. 4to. fig Paris 1772-1773 .
les XIII premiers Cahiers .
Oeuvres de Mathématiques & de Phyſiques de
's Graveſande , 4to . 2 vol. fig. Amsterdam , 1774.
af 8 : de Hollande.
D
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
LAPLUATIOUS DEUR
TUEBOR
SI
QUARIS PENINSULAM
AMENAM
CIRCUMSPICE
20
M51
1774
по. 6
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
AVRIL. 1774-
SECOND VOLUME.
N°. VI.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX.
Coftume Joſtume des Anciens Peuples , par Dandré Bardon ,
4to. fig. Paris. 1772-1773 les XIII premiers Cahiers.
Oeuvres de Mathématiques & de Phyſiques de 's Gra
vefande , 4to. 2 vol. fig. Amsterdam 1774. à f 8-
de Hollande.
1
Précis des Arguments contre les Matérialiſtes , avec de
Nouvelles Réflexions ſur la Nature de nos Connoiffan
ces , l'Existence de Dieu , l'immatérialité , & l'immortalité
de l'Ame. Par M. J. De Pinto, 8vo. La Hayı
1774 : 15 fols de Hollande.
Dictionnaire de Penſées ingénieuſes , tant en vers qu'en proſe
des meilleurs écrivains françois &c . 8vo. 2 vol. 17730
Obſervations fur les commencemens de la Société , par
Mr. J. Millar , Profeſſeur en droit à Glafcow , trad.
de l'anglois. I vol. Amst. 1773.
L'Homme de Lettres & l'Homme du Monde . I vol.
Orléans 1774.
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs Claſſiques ,
Grecs & Latins , tant ſacrés que profanes , 8νο. 16
vol. Paris 1774-
Hiftoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année
1770 410. I vol. fig. Paris 1773 .
Journal de Médecine de 1774.
Oeuvres de Boileau grand in 8vo. 5 vol. fig. Amft. 1773.
dito , in -douze 5 vol. fig.
, Journal des Scavans depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes.
-dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Avril 1774 en
72 Volumes.
dito , la ſuite , Sous preffe.
Depuis 1764 l'année eſt compofée de 14 parties à 12
fols ; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoi
res très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidettes de ceux -mêmes ququi ont été
dreſſés alors fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée, 4to. I vol. af 12 :
3.
LIVRES NOUVEAUX.
MARC-MICHEL REY, Libraire à Amsterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreffion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève : du
Discours, & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Dis
cours & un Tome de Planches fans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Traité de l'Autorité des Parents ſur le Mariage des Enfants
de Famille. I vol. gr. 8vo . Londres 1773. à ft : 5
Penfées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
I vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à fi : 10 .
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont. Ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre , Grand 8vo. en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la Républi
que de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Provinced'Alface.
II. Recherches ſur les Royaumes de Naples & do
Sicile , Deſcription Géographique , des Jurifdictions
ſupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la ville
de Naples , confeil d'Etat ; Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Nobleſſe , du Peuple .
III. Abrégé Chronologique de l'Hiftoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes.
- IV. Penſées , Recherches , Obſervations fur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ;
fur les changes étrangers , fur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
lés péages , projet pour la fuppreffion des droits in
térieurs , obſervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law:
V. Recherches ſur la Ruſſie , ſur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie, tarif
ou table Alphabétique des droits impoſés ſur les
marchandises importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruffie. Traité de commerce entre la Ruſſie & la
Grande - Bretagne .
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Fæderowna ;
ordonnances de Pierre I. Obfervations fur les revenus -
& les dépenſes de la république de Gênes , du gouvernement
, grand & petit Confeil , Doge, Sénateurs
Az
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges ; de l'ifle de Corſe , des Emprunts , excel
lence d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglois ;
conftitution d'une république légitime , le peuple eft
la fource de toute puiſſance , &c.
Tome VII. Obſervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribunaux,
gouvernement de la cité de Londres , uſage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Accifes
ou maltotes , des Finances , de l'Etat militaire , de la
population des eſpeces , des poids & meſures , compagnie
de commerce , d'aſſurance.
-
-
VII. Détails ſur l'Ecoſſe , ſituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſtique , Civil , tribunaux
, poids & meſures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerſités . Tableau des poffeſſions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade , de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , Ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , les Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudſon , Terre-Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Caroline , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établiſſements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de ſes
plantations & leur commerce.
IX . Sur la Régie des Bleds en France , ſur les
mendians & les enfans trouvés , ſur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prerogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France
Origine , Nature , & produit des impôts ſur le clergé
de France , &c.
XI . Origine & progrès de la taille , ſon établiſſement
en France , ſes variations , ſes produits & fa régie
, & c.
,
XII . Détail Général de toutes les parties des Fi.
nances du Royaume de Franice, mémoire fur le domaine
d'Occident de l'Hôtel-Royal des Invalides ,
maréchauffées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , ſituation de la France
dans i'Inde avant la paix de 1763.
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII,
Volumes.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRI L. 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE GÉNIE , Epitre. *
REMPLI EMPLI du feu facré dont brûle le Génie
Toi , qu'inſpire en naiſſant le Dieu de l'harmonie ;
Digne Eleve du Pinde , en tes nouveaux efforts ,
• Cette épître étoit deſtinée à coucourir pour le prix
de l'Académie Françoiſe en 1773. Elle est imprimée ;
& ſe trouve à Paris , chez la V. d'Houry , rue St Severin
, & Eſprit , au Palais royal.
A 3
1
6 MERCURE DE FRANCE.
Aux accens de ma voix, redouble tes tranſports.
Guidant ton vol rapide aux rives du Permeſſe ,
Sur ces lieux renommés fixe les yeux fans ceſſe.
Crains de te ralentir dans ton effor pompeux :
C'eſt en volant toujours qu'on voit ce Mont fameux.
Il faut ſouvent fortir des traces ordinaires :
On rampe en ſe traînant dans les routes vulgaires .
Ne ſuis que la Nature , & , du Beau ſeul épris ,
Que le charme des vers enleve tes eſprits ..
Aux fougues du Génie , abandonne ton ame :
Que ce ſublime élan la raviſſe & l'enflamme.
Dans ton ardeur brûlante , invoque les Neuf Soeurs ,
Tout plein de leur ivreſſe , on obtient leurs faveurs .
Mais pour te couronner d'une gloire immortelle ,
Fais éclater toujours cette heureuſe étincelle.
Hélas ! trop fortuné , ſi , ton guide en ce jour ,
Je m'éclaire moi - même , & m'inſtruis à mon tour.
C'eſt du ciel que deſcend la flamme du Génie.
Tout brille à ce flambeau ; ſans lui tout eſt ſans vie.
Un ouvrage languit , privé de ſa chaleur ;
Sans force , il ne répand que l'ennui dans le coeur.
Mais quand ce feu divin dans ſes pages reſpire ,
Il aaggite , il ravit : tout cede à cet empire :
Et ce feu , reproduit ſous inille aſpects divers ,
Fait rejaillir foudain les plus brillans éclairs .
Notre eſprit enchanté , qu'il frappe & qu'il étonne
Aux plus douces erreurs ſe livre & s'abandonne.
AVRIL. II. Vol. 1774. 7
Vois l'homme de Génie inſpiré par les Cieux ;
La fureur qui l'embraſe éclate dans ſes yeux.
Quel air terrible ! il ſemble être armé du tonnerre ;
Les traits qu'il va lancer vont effrayer la terre
Il veut tout aſſervir , tout foumettre à ſes loix :
Les mortels entraînés frémiſſent à ſa voix.
D'un coup d'oeil embraſfant les fiecles & les ages ,
De l'avenir encore il perce les nuages ;
Raſſemble dans un point tous les êtres divers ,
Et de ſes fiers regards meſure l'Univers .
Mais que va - t - il créer , ce Roi de la Nature ?
Il oſe l'aſſervir au joug de l'impoſture.
A l'inſtant du délire , il trace ſes tableaux ,
Et leur fait reſpirer le feu de ſes pinceaux ,
Il va peindre des mers la maſſe mugiſſante ,
Sur l'empire des eaux la tempête éclatante ;
Et Neptune en courroux , vainqueur du Dieu du jour .
De ſes flots menaçant le célelte ſéjour ;
Là les Tyrans des airs , qui , pouſſant les nuages .
Dans leurs flancs déchirés font tonner les orages ,
La fourdre qui ſerpente , & répand la terreur ;
Et le Globe ébranlé , dans ces moments d'horreur.
Ici plus vivement ſes touches enflammées
Expriment les combats & le choc des armées ,
Les glaives des Guerriers brillans de toutes parts ,
Les fureurs, le fracas de Bellonne & de Mars,
A 4
MERCURE DE FRANCE.
Dans fa marche incertaine , il s'éleve au ſublime .
Et ſe laiſſe emporter par l'inftinct qui l'anime.
Le Paysage change : il prend un ton nouveau :
L'aimable Fiction lui remet ſon pinceau ,
Et fes crayons , guidés d'une main plus légere ,
Eſquiffent des ſujets qu'il invente pour plaire.
11 leur prête à ſon gré les plus vives couleurs :
Sa Muſe n'aime plus qu'à répandre des fleurs,
Il offre à nos regards le palais de l'Aurore ,
Le temple de Vénus & le jardin de Flore ,
Ou le char du Soleil , ce Dieu de l'Univers ,
Qui , poufant ſes Courſiers ſur la voûte des airs ,
Diſpenſe dans ſa gloire & la flamme & la vie,
Il peint tous les tréſors de la Terre embellie ,
La Nature naiſſante au ſouffle du Zéphir ,
Les filles du Printems qui vont s'épanouir ,
Et l'eſſaim des Plaiſirs , fur de charmantes rives ,
Invitant les Sylvains , les Nymphes fugitives.
Il montre le bonheur au sein d'heureux lejours
Habités par les Ris , les Graces , les Amours .
1
Peintre des paſſions qu'il loue ou qu'il condamne ,
Il devient tour - à - tour Michel - Ange ou l'Albane.
En plongeant un oeil für dans l'abyme du coeur ,
Pénétrant ſes replis , fondant ſa profondeur ,
Il voit des chocs affreux , des combats , des orages ,
Dans cet autre Océan , entraîner leurs ravages,
!
1
AVRIL II. Vol. 1774.
1
Des mêmes paffions il ſe remplit alors :
Il brûle de leurs feux , il reſſent leurs tranſports.
Des Etres qu'il anime il prend le caractere ,
Frémit ; en trait de flamme il dépeint la colere.
Le coeur plein de regrets , l'oeil humide de pleurs ,
Des amans malheureux il trace les douleurs .
Par la valeur guidé , ſur le char de la Gloire
Il conduit un Héros qui vole à la victoire :
Graces , vous l'inſpirez ; dans le plus heureux jour ,
Il décrit vos attraits & les feux de l'Amour.
Veut - il nous pénétrer des plus fortes images ,
Il brûle , & , de la terre abandonnant les plages ,
Semblable à Prométhée , il vole dans les cieux ,
Ravir le feu ſacré dans le palais des Dieux .
L'enthouſiaſme alors le preſſe & le domine ,
Et tous les traits brûlans de ſa fureur divine , !
Portent l'émotion le trouble dans nos fens ,
Et rempliffent nos coeurs de fes grands fentimens.
Aux fublimes objets ſouvent l'ame élancée
Puiſſe - t - il , en ſuivant le vol de ſa penſée ,
Dans ſon expreſſion , au gré de ſes ardeurs ,
A ces Etres donner la vie & les couleurs !
Dans fes deſſins reſpire une heureuſe magic.
Quels grouppes variés ! que d'ame & d'énergie !
A 5
1
19
MERCURE DE FRANCE.
Tout frappe , tout enchante en ſes portraits divers ,
Et ſa touche divine embellit l'Univers .
On le voit réunir les teintes les plus fombres ,
S'il veut nous entraîner dans l'empire des ombres ;
Mais loin des triſtes bords , revolant juſqu'aux cieux ,
Il verſe le nectar dans la coupe des Dieux.
Un merveilleux touchant , de brillantes images ,
Un coloris flatteur animent fes ouvrages .
Il aime à varier le ton de ſes accens ,
A former des accords enchanteurs ou puiſſans.
Tantôt , pour donner l'ètre à d'aimables chimeres ,
Quittant de forts pinceaux pour des touches légeres.
Tantôt c'eſt l'aigle altiere , au vol audacieux ,
Qui fend les champs de l'air & plane dans les cieux.
Il nous plaît, il nous frappe , & le Dieu qui l'inſpire
Lui remet à ſon choix la trompette ou la lyre.
De fon coeur enfilammé partent ces traits divins ,
Qui charment leurs eſprits , éclairent les humains,
Dans une longue nuit , près du berceau du monde,
Erra de nos aïeux la troupe vagabonde :
Et dans ces temps obfcurs , le Génie inventeur
N'exerçoit point encor ſon inſtinct créateur,
Enfin , graces aux Dieux, ſa clarté vive & pure
Perça le voile épais qui couvroit la Nature,
AVRIL. II. Vol. 1774. II
Il lui donna la vie au feu de ſes regards ;
En Souverain du monde y fit régner les Arts ,
Détrôna l'ignorance , & vint prendre ſa place.
Apollon defcendit ſur les bords du Parnaſſe ;
Aux accords de ſa lyre attira les neuf Soeurs :
L'Olympe fut ſenſible aux concerts de leurs choeurs,
Les Mortels envioient les honneurs du Permeſſe,
On admira d'abord les Chantres de la Grece.
Quand Homere parut , égal au Dieu des vers ,
Ses fublimes accens remplirent l'Univers..
Les peuples étonnés publierent fa gloire :
Il tient le ſceptre encore au Temple de Mémoire,
:
Rome enfin triomphante affermit ſa grandeur :
Mais ce fut aux beaux arts qu'elle dut ſa ſplendeur,
Plus doux , plus gracieux , plus élégant , Virgile
Porta ſon vol moins haut que le chantre d'Achille,
L'un ſembloit un torrent : l'autre , paré de fleurs ,
Imitoit dans leurs cours les ruiſſeaux enchanteurs .
Sur les rives du Tibre , Ovide fit entendre
D'un luth voluptueux le ſon flatteur & tendre.
Harmonieux poëte & peintre ingénieux ,
Horace célébra les Belles & les Dieux .
L'immortel Cicéron , rival de Démosthene ,
Dans Rome rappela l'éloquence d'Athene.
1
12 MERCURE DE FRANCE,
Chez ces Peuples fameux , le Génie adoré
Parvint dans leurs écrits à fon plus haut degré ;
Mais depuis ces beaux jours , depuis ces temps célebres,
Il ſembloit replongé dans d'épailles tenebres .
Nos Peres ignorans méconnoiffoient fon prix ;
Et les talens reſtoient en butte à leurs mépris .
Enfin Lours , des Arts entrouvrant la carriere ,
Fit rejaillir fur eux l'éclat de ſa lumiere.
Les Muſes , qu'enchantoient d'auſſi brillans accords ,
Regarderent la France & vinrent ſur ces bords.
Deſpréaux , ſecondé d'une belle cadence ,
Poliſſoit avec goût des vers pleins d'élégance .
Ce grand homme , l'honneur du Théâtre François ,
Corneille , avec moins d'art ; alloit aux grands ſuccès :
Heureux dans ces élans qu'inſpire le Génie ,
De pouvoir dédaigner les loix de l'harmonie.
Le Dieu du ſentiment , Racine ſur les coeurs
Etablit ſon empire ; & Melpomene en pleurs ,
A fa voix , de l'Amour déployant tous les charmes ,
Touchoit & répandoit les plus vives alarmes .
Savant peintre des moeurs , habile en ſes deſſins,
Moliere ſaiſiſſoit les travers des humains .
La Fontaine , inſpiré par la ſeule Nature ,
En badinant , du vrai crayonnoit la peinture.
D'Horace & de Pindare émule harmonieux ,
Rouſſeau pouvoit franchir la barriere des Cieux ,
Et peindre du Très - Haut la majeſté ſupreme :
AVRIL. II. Vol. 1774. I1
Dans des ſujets moins grands il s'égayoit lui - même.
Le tendre Fénelon reſpiroit la douceur.
Boſſuet eut pour lui la force & la grandeur.
Dans ces Auteurs divins , vois ce mortel encore ,
Qui triomphe ſans ceſſe , & que la France adore ,
Qui , ſur le Pinde affis , près du Taſſe & Milton ,
Unit en lui Sophocle , Ovide , Anacreon.
Il entaſſe toujours les lauriers qu'il moiſonne.
Apollon lui ſourit , & toujours le couronne.
Toi qui brûles au nom de ces Chantres fameux ,
Embraſe ton génie aux rayons de leur feux.
Si tu veux remporter les palmes de la gloire ,
Deviens comme eux l'amant des Filles de Mémoire :
Et par eux entraînés vers le ſacré Vallon ,
Qu'ils dirigent tes pas aux ſentiers d'Apollon.
Charmé de tes tranſports , que le Dieu de la lyre
T'inſpire les accès d'un fublime délire !
Plein d'un noble courage , ofant fixer le prix ,
Au Temple des neuf Soeurs vole offrir tes écrits.
Ces arbitres du Goût , les cenſeurs du Parnaſſe ,
Y peuvent approuver tes chants & ton audace.
Don ſuprême des Cieux ! ame des grands Talens I
Par qui l'homme eſt vainqueur des outrages du Temps ,
rayon immortel ! Ô charme de la viel
14 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'égales aux Dieux , o céleste Génie !
Tu fais , de l'Univers balançant les deſtins,
En maftre fubjuguer la foule des humains ;
Mais les Arts enchanteurs , que ta lueur éclaire ,
Pour embellir leurs jours , triomphent ſur la Terre.
しい
Par M. de Vollanges
AVRIL. II. Vol. 1774. 15
LE MUET, Conte dramatique.
ACTEURS.
MERVAIN pere.
Mde MERVAIN.
MERVAIN fils .
EMILIE.
Le Docteur L'APOSEME.
LA ROSE .
V
SCENE PREMIERE.
MERVAIN , Mde MERVAIN.
Mde. MERVAIN.
OILA pourtant huit jours , Monfieur.
MERVAIN. Je le ſais. Oui , voilà le
huitieme jour.
MAD. MERVAIN. Huit grands jours
ſans parler.
MERVAIN. Cela vous paroît monstrueux.
MAD . MERVAIN. Et à vous , Monſieur
?
MERVAIN. Cela me paroît d'une bizarrerie
, d'un entêtement inconcevables.
MAD. MERVAIN. Un entêtement?
Non Monfieur , non : c'eſt une maladie
16 MERCURE DE FRANCE.
affreuſe , ſuite du chargrin que vous lui
avez caufé ...
MERVAIN. Un entêtement , vous disje
, & d'autant plus fingulier , qu'il
vous reſſembloit un peu, qu'il avoit le
défaut de trop parler , & qu'il paſſoit
même pour indiſcret. Et en effet , c'eſt
à ſon indifcrétion que j'ai dû la découverte
de ſa paſſion pour Emilie , pour une
fille dont je hais le pere , & dont je me
fuis bien promis de ne jamais faire ma
belle fille.
MAD. MERVAIN. Vous voilàbien avancé!
vous aurez un fils muet. Un fils
muet! Je ne fais pas ce que je ne préférerois
point à ce malheur ; mais Monſieur
, votre ſang froid ſur cet article me
met hors de moi-même. Vous traitez ceci
comme un accident ordinaire ; il ſemble
qu'on vous diſe que votre fils a la migraine...
il eſt muet Monfieur... muet ...
ce qu'on apelle muet.
MERVAIN. Et vous voulez me rendre
fourd?
MAD . MERVAIN. C'eſt votre coeur
qui l'eſt. Oui vous êtes inſenſible au plus
grand, au plus affreux des malheurs. La
douleur où l'a jeté votre défenſe de parler
à Emilie , & fur- tout d'eſpérer jamais
de
AVRIL. II. Vol. 1774. 17
de l'épouſer', a' fait ſans doute une ré
volution ſubite d'humeurs , qui aura frappé
ſa langue de paralyfie. Voyez donc ce
qu'il y a à faire là- deſſus... J'ai fait venir
chaque jour ſes meilleurs amis , mais il
n'y en a pas qui lui ait arraché un mot...
Si ce n'étoit que pour vous qu'il ſe tût ,
je'n'en ſerois pas ſurpriſe: votre dureté ,
votre avarice lui ont ſouvent fermé la
bouche; mais c'eſt pour moi-même , c'eſt
pour tout le monde... N'ya - t'il donc
point de remede à cela ? & ſerai - je la
plus infortunée des meres ?
MERVAIN. Si vous imaginez , ma femme,
que ce ſoit une maladie , faites le voir à
notre voiſin le docteur , à M. L'apoſeme.
J'y confens , mais je ne ſais ſi la Faculté
a des remedes pour cela. LeDocteur vous
dira bien , en voyant que votre fils ne
parle point , qu'il eſt muet; c'eſt - à- dire
qu'il en faura autant que le Sganarelle
de Moliere ; mais pour le faire parler ,
c'eſtuneautre affaire. Ecoutez , ma femme:
vous ſavez que les grandes querelles de
votre fils &de moi tomboient toujours fur
l'argent , dont je n'étois jamais aſſez prodigue
envers lui: eh bien , ... envoyez-le
moi , ma femme , je vous en prie.
MAD. MERVAIN. Ne lui parlez pas
d'Emilie ; vous aggraveriez fon mal.
B
18 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN. Soit: je n'en parlerai pas.
MAD. MERVAIN. Ah , mon ami ! s'il
dit un mot, faites moi appeller ſur le
champ , que je jouiſſe du plaiſir de l'en- |
tendre.
MERVAIN. Je n'y manquerai pas.
MAD. MERVAIN. De grace , de la
douceur avec lui , & rendez - moi mon
fils , ſi vous le pouvez.
MERVAIN. Eh allez , vous dis - je ; je
l'attends. ( Elle fort. )
:
SCENE II .
MERVAIN.
:
MERVAIN. Que diantre imaginer fur
tout ceci ? Une révolution d'humeurs ,
.....une paralyfie.... cela eſt incroya
ble... mais huit jours fans avoir proféré
une ſeule parole , ... avec ſa mere qui
le gâte , avec ſes meilleurs amis... avec
fon valet , avec moi ... un étourdi , un
cauſeur éternel comme ſa mere ... cela
me paſſe , mais je le vois.
SCENE III .
MERVAIN pere , MERVAIN fils.
MERVAIN pere.
Eh bien , mon ami , qu'eſt-ce ? veux - tu
:
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 19
toujours déſeſpérer ta mere & moi , par
un filence opiniâtre ?
Mervain f. falue fon pere , le regarde ,
&se taît.
MERVAIN P. Monfils ! tu m'effraies..
Mervain f. prend la main defon pere ,
& la ferre avec tendreſſe.
MERVAIN p. , quoi , tu ne nous dira
rien?
1
Mervain f. , fait figne qu'il ne le peut
pas.
MERVAIN p. C'eſt une choſe affreuſe.
Mais mon fils , écoute moi: je fais que
tu m'as boudé quelquefois de l'épargne que
je mettois à ta dépenſe ; tu m'as pris pour
un avare , & je n'étois qu'un pere attentif
à ne pas donner trop d'alimens àdes
goûts toujours dangereux à ton âge....
Tiens , veux- tu que je te donne une preuve
que de ma part ce n'eſt point un vil
attachement à l'argent ? ... Vois-tu cette
bourſe : il y a 25 beaux louis d'or dedans.
Les veux - tu ?
Mervain f. fait figne qu'oui , & tend les
mains
MERVAIN p. Tu entends bien que je
mets une condition à cela &que je
compte fur ta reconnoiſſance.
19
Mervain f. peint la reconnoiſſance qu'il
en aura. B2
20 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN p. Tu acceptes donc le mar
ché ? Tiens , les voilà; ils font à toi.
Mervainf. demande parſigne , s'ils font
bien à lui.
MERVAIN P. Oui , oui .... je te les
donne.
Mervain f. exige toujours en pantomime ,
que fon pere en jure.
MERVAIN P. Oui , foi de pere.
Mervain f. embraſſe ſon pere , & fe
Sauve avec la bourse.
SCENE IV.
MERVAIN pere.
MERVAIN , Mervain... il fuit à toutes
jambes. Oh ! parbleu , ce n'eſt pas là mon
compte; pas un mot de remerciement ,
& j'en ſuis pour 25 louis ? ... Laroſe ,
Laroſe !
SCENE V.
MERVAIN pere , LA ROSE .
LAROSE. Que vous plaît il , Monfieur ?
MERVAIN P. As-tu vu paſſer mon fils ?
LAROSE . Oui Monfieur , fort vîte &
fort gaiement. Qu'a - t - il done ? Il y a
huit jours qu'il n'a eu l'air auſſi ouvert.
MERVAIN p. J'ai voulu le faire parler
AVRIL. II. Vol. 1774. 21
en lui offrant de l'argent; il n'a pas dit
un mot , & s'eſt enfui avec ma bourſe.
LAROSE. C'eſt qu'il n'eſt pas manchot.
MERVAIN. Je le vois bien; mais dismoi
: penſes - tu comme ma femme , qu'il
eſt véritablement , abſolument muet?
LAROSE. Ce qu'il y a de certain Monſieur
, c'eſt qu'il n'a pas prononcé une
ſyllabe de toute la ſemaine. Mais c'eſt
plaiſant : vous avez fait une tentative de
votre côté ; & moi du mien , j'en voulois
faire une ; mais votre peu de ſuccès
m'épouvante.
MERVAIN p. De quoi étoit- il queſtion?
LAROSE. Vous vouliez le prendre par
l'argent ,& ce n'étoit pas mal imaginé de
votre part ; mais moi je connois un autre
foible , & je voulois en profiter. Monſieur
, Monfieur , je l'apperçois : ah ! de
grace , laiſſez - moi avec lui.
MERVAIN P. Allons: fais ce que tu
voudras ; je me retire; mais dis lui queje
ne prétends pas qu'il garde mon argent
pour rien. (Il fort.)
SCENE VI.
MERVAIN fils , LA ROSE.
LAROSE , Le voilà qui vient à moi :
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
bon. Nous verrons ſi je ne lui ferai pas
prononcer quelques-uns de ces jolis mots
dont il m'honoroit dans ſa colere.
Mervain fait figne à Laroſe , qu'il veut
changer d'habit , & qu'il en veut un
brodé.
LAROSE. Monfieur , je n'entends pas
Autre pantomime de Mervain , pour fe
faire comprendre.
LAROSE . Ah , oui , oui , je comprends....
j'y vais .
Mervain se promene fans mot dire , fe
met le doigt fur la bouche , &semble se recommander
le filence.
LAROSE , ( apportant un habit noir )
Le voilà , Monfieur.
Mervain les yeux enflammés , le prend
à la gorge , & lui explique de nouveau par
fignes ce qu'il demande : Larofe fort : autre
pantomime.
LAROSE. Que ne le diſiez - vous plus
clairement ? La voilà , votre robe de
chambre .
Mervain frappe du pied.
LAROSE. Bon: voilà la machine en
mouvement ; il accouchera peut - être.
Nouvelle explication par fignes , de ce
que Mervain demande. Larose fort , &
Mervain pendant ce tems - là , cherche des
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 23
yeux dans la chambre , apperçoit une baguette
& la met près de lui .
LAROSE (apportant l'habit brode , ) ah !
pour le coup , m'y voilà , je crois.
Mervain fait figne qu'il a bien fait cette
fois de ne passe tromper. Ilse fait mettre
cet habit : Larose fait mille gaucheries , &
dit à part :
Quel diable d'homme ! Comment ! il
ne me dira pas une injure , lui qui en a
le recueil le plus complet?
Mervain faitfigne qu'il veut écrire : nouvelles
gaucheries affectées de Larose , même
filence de la part du maître qui écrit enfin.
LAROSE. A propos , Monfieur , je viens
de quitter Monfieur votre pere , qui eſt
très-fâché du petit tour que vous lui avez
fait. Il comptoit fur vos remerciemens :
25 louis valoient bien un petit mot ; on
feroit un difcours académique à moins de
cela.
Mervain fait figne à Laroſe de ſe taire.
LAROSE. Oh ! Monfieur , cela ne m'eſt
pas ſi aiſé qu'à vous.
Autre figne de ſe taire.
LAROSE . Parbleu , ſi tout le monde ſe
taſt ici comme vous , cela fera une maiſon
fort gaie. Je ne veux pas oublier ce
que je fais ; il faut que je parle.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
Mervain fait figne à Larose de cacheter
Sa lettre.
LAROSE (à part.) Ah ! bon: nous verrons
s'il tiendra à celui-ci.
Larose brûle la lettre en la cachetant.
Mervain prend le bâton , le roffe & s'en va.
LAROSE (criant.) Peſte ſoit du brutal :
encore s'il avoit aſſaiſonné cela de quelques
paroles ! mais point.
SCENE VII.
MERVAIN pere , LA ROSE.
MERVAIN pere.
Eh bien , es- tu venu à bout de le faire
parler?
LAROSE. Non , de par tous les diables ,
il n'y a point de mauvais tour que je ne
lui aie fait , & au lieu de me tenir de ces
diſcours cavaliers qui lui étoient ordinaires
, il a pris en filence le bâton que vous
voyez , & m'a roué de coups.
MERVAIN p. C'eſt qu'il n'eſt pas manchot
, comme tu diſois. Et mon argent ,
lui en as- tu parlé ?
LAROSE. Point de réponſe Monfieur :
oh ! il eſt muet comme tous les muets du
férail.
MERVAIN P. Comment : eſt-ce que ma
AVRIL. II. Vol. 1774.
femme auroit raiſon ? & qu'une paralyfie
ſubite tombée ſur ſa langue?
LAROSE , Oh oui , Monfieur : c'eſt cela
, à coup sûr ; mais la paralyfie n'a point
gagné le bras , je vous aſſure.
MERVAIN p. Vois qui eſt-ce qui frappe...
Il faut que je fois bien malheureux !
Je n'ai qu'un fils , & je ne pourrai me
voir revivre dans ſes enfans , car perſonne
n'en voudra en cet état-là.
LAROSE. Monfieur , c'eſt un de vos
voiſins ; c'eſt M. L'Apoſeme qui vient ,
dit- il , de la part de Madame.
MERVAIN p. Faites entrer.
SCENE VIII.
M. L'APOSEME , M. MERVAIN pere ,
LA ROSE.
M. L'APOSEME. Monfieur , Madame Mervain
m'a fait l'honneur de paſſer chez moi,
pour me dire de venir voir M. votre fil,s
qui tout à coup eſt devenu muet , à ce
qu'elle dit.
MERVAIN p. Ne vous a-t'elle pas conté
auſſi ? ....
L'APOSEME. Oui Monfieur , que c'étoit
l'effet d'un violent chagrin. A
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN p. Eh ! croyez - vous cela
poſſible ?
L'APOSEME . Comment , poſſible ? Et n'avez-
vous pas oui dire cent fois que les
grandes paffions font muettes ?
MERVAIN p. Oui , pour un moment ;
mais huit jours , Monfieur.
L'APOSEME. Il faut voir le ſujet , Monſieur
, il faut le voir : à la ſeule inſpection
, je vais vous dire ce qui en eſt.
MERVAIN p. Laroſe , fais venir mon
fils.
LAROSE. Oui , Monfieur. (Il fort.)
SCENE IX.
M. MERVAIN pere , M. L'APOSEME .
MERVAIN P. Et ſuppoſé qu'il ſoit
muet , la Médecine a-t- elle des ſecrets ?...
L'APOSEME ( vivement). Si elle en a ?
Voilà un doute bien ſingulier ! Eſt-il un
mal , un dérangement phyſique quelconque
, devant lequel la Médecine s'arrête?
MERVAIN p. Je fais que c'eſt l'opinion
de vos Confreres; mais....
L'APOSEME. Monfieur , les plaifanteries
fur mon art font un peu uſées , Dieu
AVRIL. II. Vol. 1774 27
merci , & la confiance que nous avons
droit d'exiger , ne ſe ridiculiſe plus en
- plein Théâtre , prenez y garde.
MERVAIN. Tout comme il vous plaira
, pourvu que vous faſſiez parler mon
fils.
L'APOSEME. Si je le ferai parler ! oh ,
je vous en réponds , quand il n'auroit
parlé de ſa vie...
MERVAIN P. Le voici ...
SCENE X.
MERVAIN fils & les mêmes.
L'APOSEME . Oh qu'il a bien les yeux
d'un muet !
MERVAIN P. Comment est-ce que vous
voyez cela dans les yeux ?
L'APOSEME . Une fonction interrompue
altere toutes les autres : ne vous ai-je pas
dit que la premiere inſpection ?..
LAROSE. Oh oui , c'eſt vrai au moins
il ne regarde pas comme un autre : ce
que c'eſt que la Médecine , pour ouvrir
l'eſprit ! je n'avois rien vu de cela.
MERVAIN P. Mon fils , voilà un habile
homme qui vient examiner votre état , &
y apporter du remede. ٥٠١
Mervain fait figne que le Docteur n'y fera
rien .
28 MERCURE DE FRANCE.
1
:
L'APOSEME. Tout beau , tout beau !
jeune homme , eſt-ce que vous êtes auſſi
un peu incrédule en médecine ?
Mervain fait figne que oui.
L'APOSEME. Tant pis , Monfieur , tant
pis ; l'on vous guérira auſſi de cette maladie
- là . Voyons le bras... Eh donnez
donc, & ne faites pas l'enfant... (il tâte
le pouls.) La pulſation du mutiſme.... oui,
le vrai pouls d'un muet.
MERVAIN P. Comment le pouls...
L'APOSEME. Tout s'y peint , tout s'y
meſure , pour qui ſait y voir & y entendre
: vous n'avez donc pas vu ma theſe
fur le pouls?... Il n'y a pas un Docteur
Indien qui en ſache plus long que moi làdeſſus...
mais il faut que je conſidere un
peu la langue du malade.
Mervain fils refuse.
L'APOSEME. Il le faut , jeune homme ,
il le faut ... 1
MERVAINP. Ah! mon fils , je t'en
conjure.
L'APOSEME. Eh non , mon voiſin ; il
n'y a qu'à le faire attacher.
Mervain fils veut fuir ; le Docteur le retient.
Doucement , s'il vous plaît. Oh ,
vous me montrerez la langue , ou vous
direz pourquoi.
AVRIL. II. Vol. 1774. 29
• LAROSE. S'il eſt muet , comment vou
lez-vous qu'il vous le diſe?
L'APOSEME (à Larose). Vous avez raifon
, mon ami. Ce Valet a de la justeffe
LAROSE. Monfieur , vous êtes bien
bon.
L'APOSEME. Allons , beau muet , ne vous
faites point tirailler , & faites les choſes
de bonne amitié.
LAROSE. Pardi , je tirerois fort bien la
langue à M. le Docteur.
Mervain fils..... rit , & montre fa
langue.
L'APOSEME. Belle & brillante pour des
yeux ignorans ; mais inflammatoire , engorgée
pour les miens.... voilà qui eſt
clair... & j'ai juſtement ici ſur moi une
lancette propre à faire une petite inciſion
dans cette langue pareſſeuſe.
Mervain s'échappe & s'enfuit.
LAROSE. Oh , notre jeune maître n'aime
pas la ſaignée; je le ſavois bien.
L'APOSEME. Monfieur , Monfieur ,
voilà une conduite bien légere; c'eſt une
rebellion en forme à la médecine : on
n'en agit pas ainſi avec un homme tel
que moi. Que diable , je vous dis de faire
attacher cet homme là , & vous n'en fai-
1
30
MERCURE DE FRANCE.
tes rien & yous mm'expoſez à cet affront!
MERVAIN P. Monfieur , on lui fera
entendre raiſon.
L'APOSEME. La paralyſie a attaqué une
partie du cerveau , auſſi bien que la langue.
Adieu , Monfieur ;diſpoſez votre ma
lade, & rendez - le plus docile , fi vous
voulez que je le revoie. Votre fils eſt
muet, & c'eſt à moi de le guérir.
SCENE XI.
で
MERVAIN pere , LA ROSE.
LAROSE.Le Docteur s'en va mécontent;
car vous avez oublié la petite cérémonie
de le payer.
MERVAIN p. Ah tu as raiſon; mais il
reviendra. Voilà mon fils décidé muet :
cependant , que je ſuis malheureux ! Il
falloit qu'il aimât prodigieuſement cette
Emilie que je lui ai défendu de voir !
LAROSE. Voici Madame!
SCENE XII.
Mde MERVAIN , les précédens.
MAD. MERVAIN. Je viens de rencontrer
le Docteur. Eh bien , que vous avoisAVRIL.
II. Vol 1774. 31
je dit ? Mervain eſt muet inconteſtablement.
MERVAIN p. Je leſais bien, j'en ſuis déſeſpéré,
car nous ne pourrons pluslemarier.
MAD. MERVAIN. Ce feroit le comble
de l'infortune , ſi je ne m'étois pas conduite
comme je l'ai fait. J'ai été voir cette
Emilie que vous refuſiez à mon fils. Gra-
-ces, eſprit , beauté , talens , c'eſt un prodige,
& je ferois étonnée que Mervain
ne l'adorât pas dès qu'il l'a connue. J'ai
fait plus: j'ai voulu voir ſon pere ; vous
le croyez de vos ennemis , iln'en eſt rien ;
vous en avez cru de mauvaiſes langues ,
à ce qu'il m'a dit ,&je l'ai trouvé toutdispoſé
à faire tout pour vous.
MERVAIN P. Comment ! Il défavoue...
MAD . MERVAIN . Tout. Laiſſez - moi
achever. Je ſuis revenue à ſa fille , je lui
ai conté notre infortune , elle y a été
ſenſible ; & , ſi vous le voulez , elle épouſe
votre fils .
LAROSE. Quoi ! tel qu'il eſt? malgré
toutes les paralyfies poſſibles ? Voilà une
bien honnête perſonne,
MAD. MERVAIN. Décidez - vous , mon
mari... Et que ſavez-vous , fi en lui accordant
ce que vous lui aviez défendu
d'eſpérer , vous ne lui cauferezpasuneré32
MERCURE DE FRANCE.
:
1
volution contraire à celle qui lui a ôté
la parole ?
MERVAIN. P. Oui vous avez raiſon : cela
eſt très poſſible. Je vous avoue de tout ,
ma femme ; mais où avez - vous laiſſé Emilie.
2
MAD. MERVAIN. Elle est ici dans la
chambre voiſine.
MERVAIN. p. Tant mieux ; m'y voilà réfolu:
allons , je ſacrifie mon petit reſſentiment
au bonheur de mon fils , au vôtre ,
au mien , je conſens à tout. Laroſe , allez
faire deſcendre mon fils : dites-lui qu'il
n'eſt pas queſtion de Médecin. (Larofe
fort.)Pour vous , ma femme , laiſſez moi
un moment eſſayer ſi la bonne nouvelle
que je vais lui donner , fera quelque effet.
MAD. MERVAIN. Vous ne voulez pas
que j'en ſois témoin ?
MERVAIN P. Je vous appellerai avec
Emilie quand il ſera temps. Le voici ,
rentrez vîte...
SCENE ΧΙΙΙ.
J
:
MERVAIN pere , MERVAIN fils.
MERVAIN p. Baſſurez- vous , mon fils :
il n'eſt pas queſtion du Docteur l'Apoſeme
, ni d'inciſion ; ... au contraire , je
vais
AVRIL. II. Vol. 1774. 33
1
vais vous apprendre une bonne nouvelle;..
ah! cela vous émeut... eh bien , vous ne
devinez pas ?
Mervain fils fait figne que non.
MERVAIN pere. Il eſt pourtant question
d'Emilie.
L'agitation de Mervainf. est encore pluš
grande.
Oui , d'Emilie... que je ne connoiſſois
point , mais que je trouve charmante
comme vous .
Mervain f. prend les mains deſon pere ,
& les baise.
Demandez - moi - la en mariage , & je
vous la donne.
Mervain f. ouvre 10 fois la bouche , la
referme auſſi- tôt , & fait figne à son pere
qu'il ne peut la lui demander.
Il faut donc y renoncer ; car aſſurément
, une fille comme elle ne s'aſſociera
pas à un muet.
Mervain se jette aux pieds de fon pere.
Pauvre malheureux ! ah, mon coeur ſe dé
chire. C'en eſt fait, je n'ai plus d'eſpérance.
Venez ma femme , venez : dans notre
malheur , nous ſommes trop heureux
qu'Emilie ſe condamne à le partager.
C
34 MERCURE DE FRANCE
SCENE XIV.
Les mêmes , EMILIE , Mde MERVAIN.
MERVAIN p. Rien ne peut réparer ſa
perte , (à Emilie,) puiſque l'offre que
je lui ai faite , de vous accorder à ſa
demande , n'a pu lui arracher un feul
mot.
Etonnement de Mervainf. en voyant Emilie
; il tombe aux pieds defa mere.
1
MAD. MERVAIN. Triſte infortuné ! tu
vas du moins jouir del'objet de tes voeux ;
oui , mon fils , Emilie conſent à s'unir
avec toi. Que ne lui devras - tu point
ainſi que nous ?
EMILIE. Ah Madame ! ſi vous faviez
ce que cet himen ade charmes pour moi!
(à Mervain p.) Mais Monfieur , c'eſt de
votre main , que je veux tenir celle de
votre fils .
MERVAIN p. Volontiers , belle Emilie.
Il met la main de fon fils dans celle d'Emilie.
Soyez heureuſe , & comptez fur le
pere le plus tendre & le plus reconnoisfant.
EMILIE. Mon bonheur eſt ſûr & le
vôtre auſſi , Monfieur , & le vôtre , mere
charmante d'un fils à qui je vais ordonner
de ſécher vos larmes. Oui , Mervain,
AVRIL II. Vol. 1774. 35
oui , je fuis fatisfaite, our , vous méritez
mon coeur ; oui , vous ſavez aimer...
parlez.
MERVAIN f. (avec transport.) Ah mon
pere! Oh mere adorable ! oh divine Emilie!
vous le ſavez , ſi je ſais me foumettre
& vous obéir.
LAROSE , miracle !
MAD . MERVAIN. Oh mon fils ! ohmoment
délicieux ! Je reſpire à peine.
MERVAIN P. Ma fille ! un peu trop
d'art peut- être....
EMILIE. Vous vous trompez,Monfieur;
ce n'eſt point cedénouement heureux que
j'avois enviſagé , en exigeant de votre
fils qu'il ne parlat que lorſqu'il en recevroit
l'ordre de moi. Je voulois éprouver
fon amour , & fur-tout m'aſſurer qu'il fau
voit ſe taire , & dompter un penchant
que je lui ſoupçonnois à l'indifcrétion.
Le ſuccès a paſſé mon attente...
MERVAIN f. Il a comblé la mienne ,
Emilie: je ſuis à vous , & j'y fuis pour
la vie; je n'ai point trop acheté le plus
grand des bonheurs. Mais laiſſez-moi parler
déſormais , pour vous dire fansceſſe
combien je vous adore.
Ca
36 MERCURE DE FRANCE.
MON
EPITRE.
à M. le Chevalier Bonnard.
LON jeune ami ! je ne viens point t'inſtruire
En l'art des vers , où dès le premier pas
Avec tranſport ta Muſe ſe fit lire .
Sous l'étendard de ce Dieu qui t'inſpire
Je ſuis au plus au nombre des ſoldats ;
La Gloire veut qu'on l'aime avec délire ,
Je ſoupirai , mais je ne brûlai pas.
J'avois gardé tous mes feux pour Thémire.
Mais toi , l'amant de la Divinité
A double titre , & l'amant bien traité ,
Remplis ton coeur de flammes pour la belle
Conſume toi , fur-tout fois lui fidele;
Que tour à-tour ſa main , d'un beau laurier
Ceigne le front du Chantre & du Guerrier.
A Maillebois ton deſtin fut de plaire ;
C'eſt un préſage heureux pour tes travaux ,
De nos foldats ſa voix fait des héros ;
Tu le verras quelque jour à la guerre ,
Près de Condé n'avoir plus de rivaux ,
Tu marcheras , ami , ſous leurs drapeaux :
En les ſuivant que ne peux-tu pas faire ?
2
AVRIL. II. Vol. 1774. 37
Sur l'autre point , je te ſais des amis
Qu'en ſes projets Apollon t'a choiſis ..
Et ce Bertin dont la joyeuſe ſeve
Décrit fi bien les bachiques concerts ;
Et ce Dorat qui , chaque jour , s'élève , :
Et qui fervit de modele à tes vers.
Toujours féconde en hommes de génie,
Du ſeul Buffon notre heureuſe patrie
Peut ſe vanter ; Buffon en vaut plus d'un ;
Il les vaut tous ; mais de la poéle bion
Le luth ſe tait ; rends lui ton harmonie :
Il eſt à toi , s'il doit être à quelqu'un.
Ce luth ſacré perdit ſa mélodie.
Au même inſtant qui nous ravit Piron,.
Et fous ſesdoigts rendit le dernier fons
2
છે ? ????
ف
Si tu le prends , Melpomene ou Thalie
Viendront bientôt s'offrir à tes regards ;
Mais ſauve toi des modernes écarts
Ton coeur est vrai , fuis fon heureuſe pente,
Et ne vas point , traveſtiſſant nos arts
Prendre une voix fauſſement éloquentest
Te propoſer de factices vertus ,
Des paffions dont l'excès épouvante ;
Et démentant la Nature conſtante
1
!!
7 '"
み
r
ど
Changer ſes tons par un cruel abus .
Il eſt encore un écueil redoutabley
Ecueil funeſte aux beaux efprits du temps
C3
33 MERCURE DE FRANCE.
On te dira qu'il fuffit d'être aimable ;
Qu'un vain ſavoir ne fait que des pédans :
Si tu le crois , tu bornes ta carriere
Au ſeul plaiſir de careſſer tes ſens.
Eh quoi ! toujours avec des verts galans
Payer le coeur d'une Beauté peu fiere
Qui te paroît ſenſible à tes accens ,
Mais qui ſe rend à ta fraîcheur premiere ,
Au doux tribut qu'annonce ton printems ?
Et quand du poids des rapides années
Ton coeur flétri ſentira les effets ;
Quand du matin les fleurs feront fanées ,
De ton midi quels feront les ſuccès ?
Flore à tes yeux , de fon alle légere ,
Careſſera le bouton jeune & frais ;
Tu gémiras : eſt - ce un moyen de plaire ?
Flore te laiſſe à de triſtes regrets.
Ah mon ami ; Racine à ſon aurore
A des Anciens déjà vu les préſors ;
Il les relit , il les médite encore.
३
Il n'a point fait d'inutiles efforts .
Racine laiſſe un nom que l'on adore ,
Lorſque Pradon , écrivain ignorant ,
Des froids rimeurs obtient le dernier rang..
Duffé je ici paſſer pour pédagogue ,
A ce propos écoute un apologue
Court ſi je puis , utile heureſement.
1
T
AVRIL. II. Vol. 1774. 39
On dit qu'un jour l'orgueilleuſe Science
En ſon chemin trouva le Bel - Eſprit.
Fier des ſuccès qu'il eut toujours en France ,
Dit - il un mot , lui - même s'applaudit ;
De cent objets prend la ſuperficie
En un moment , & croit qu'il ſe varie ,
Qu'il eſt profond & fait pour tout charmer.
Il croyoit vrai . Notre Beauté Romaine
Le trouve aimable & finit par l'aimer.
Or voilà donc le petit maître en ſcene;
Comme Français il fait , tendre & coquet ,
Saiſir l'inſtant ; l'aventure lui plaſt
Tant & fi bien que la bonne Lucine
Eſt appelée , & vient à la ſourdine ,
Après neuf mois , faire le dénouement.
Quel fruit heureux d'une union ſi belle !
Lui ſeul pourroit ſe peindre dignement.
Un feu rapide en ſes yeux étincelle ,
Ce qu'en ſon ſein la Nature recelle
N'a rien d'obſcur pour ſon entendement.
Tout ce qu'il peint , il le peint d'après elle.
Ici PAlbane , & , quand il veut , Apelle ;
Il réunit la force à l'agrément :
D'un demi - Dieu c'eſt l'image fidelle.
De ſon front part un céleſte rayon :
Tout garantit la durée éternelle
Qu'auront ſes jours ; le Génie eſt ſon nom.
Cher Chevalier , ma fable te plaft - elle?
C 4
40 MERCURE DE FRANCE.
Au bel Esprit réunis le ſavoir ,
Et tes écrits , ( j'en ai le doux eſpoir )
Seront payés d'une vie immortelle.
Lorſqu'arrivant aux bords de l'Armançon , ( 1 )
Tu reverras l'Emule de Buffon ,
Ce Pline aimable en qui de la ſcience ,
Depuis long -temps tous les tréſors ouverts
N'ont pu ravir ni la male éloquence ,
Ni l'agrément , ni le don des bons vers ,
Guenault enfin , ami für & fidele :
Dans le tranſport qui viendra te ſaiſir ,
Tu t'écrieras : oui , voilà mon modele ,
Et j'avouerai qu'on ne peut mieux choiſfir.
1
ParM. B....
EPITRE ( 2 ) fur la Fontaine de Vaucluse.
AMadame de ** , qui en avoit demande
la description , & qui appelle l'auteur fon
Pétrarque,
JE les ai vus , ces lieux charmans ,
Où d'une languiſſante ivreſſe
(1 ) Riviere qui paſſe à Semur en Auxois.
( 2 ) Cette épitre a été imprimée en province avec
beaucoup de fautes ; l'auteur nous en a envoyé une
copie qui eſt la ſeule qu'il avoue.
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 4
Le plus fidele des amans *
Séchoit aux pieds de fa mattreſſe.
Avec ſes vers ſi langoureux
Ah! qu'il étoit fottement tendre 1
Que j'aime à le voir malheureux !
Il parloit toujours de ſes feux
Et ne ſavoit rien entreprendre.
Car eût-elle le coeur de fer
Cette Laureſi difficile ,
A force enfin de le chauffer
Le fer doit devenir ductile.
Qui ? moi ! que j'aille déſormais ,
La lyre en main , ſuivre vos traces
Et , ſans en obtenir jamais ,
Célébrer ſans ceſſe vos graces ?
Vos yeux pour moi n'ont plus d'appas
S'il n'ont jamais rien à me dire .
Que me fait votre fin fourire
Quand vous ne me ſouriez pas ?
Votre bouche eſt plus fraiche encore
Et plus vermeille qu'une fleur
A l'inſtant qu'elle vient d'éclore.
Mais cet éclat , cette frafcheur...
Ah ! ſous une image infidelle
L'art bien ſouvent peut ſe cacher.
:
•Pétrarque eut toujours à eſſuyer les rigueurs de la
ueuſe Demoiselle , à ce que
etrarque
belle Laure, qui fut une vertueuſe
ditl'hiſtoire.
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
Puis-je la croire naturelle
Tant qu'on me défend d'y toucher ?
Par-tout on vous trouve divine.
Vit-on de figure plus fine ?
Oui , Vénus étoit faite ainti.
Mais , hélas ! en revanche sulli ,
A-t-on va d'humeur plus chagrine ?
Vous boudez lorſque je badine.
Vous riez quand j'ai cu fouci.
Je vais là; venez donc ici .
Par fois avec vous je promene;
Si je marche légérement.
Mais , vous allez à perdre haleine.
Je vais alors plus doucement.
Mais , Monfieur , faut- il qu'on vous traine ?
Ce livre est écrit joliment.
Mais il eſt horrible , aſſommant ;
Il vous a donné la migraine.
Oh le caractere charmant !
Ame contrarier ſans ceſſe
Vous mettez vos ſoins les plus doux,
Et vous ſeule auriez ma tendreſſe !
Hortence ! Hortence , y penſez-vous ?
L'Amour de fleches moins cruelles
Aujourd'hui remplit ſon carquois ,
On ne voit plus comme autrefois
Les amans , triſtement fideles ,
Aller des rigueurs de leurs belles
Etourdir les échos des bois.
AVRIL. II. Vol. 1774. 48
Mais un poëte , aimable Hortence .
Volant à l'immortalité ,
D'un trait dont ſa Muſe s'élance ,
Pouſſe le char de la Beauté.
Quelle gloire feroit la vôtre
Si dans les ſiecles à venir
On s'entretenoit du plaifir
Que vous aurez fait dans le notre i
Vous le pouvez , & ſeulement ,
Commencez d'être moins cruelle....
Enfin eſt- il rien qu'une Belle
Doive payer plus chérement
Que le plaiſir d'être immortelle ?
Mais c'eſt aſſez papilloner.
Prends tes pinceaux , volage Muſe ,
Et fur les rives de Vaucluſe
Vole pour nous les crayonner.
Au ſein d'une fertile plaine
Lifle voit des monts ſourcilleux •
S'étendre , & , repliant leur chatne ,
Former un vallon ténébreux :
Là , des flancs d'une grotte obfcure ,
Roulant ſur des rochers affreux ,
Une ſource abondante & pure
Lifle,petite ville du Comtat , à une lieue de Vaucluuſfee,,
Ses dehors font ſi agréables , qu'on croit y voir
réaliſées toutes les fictions des Poëtes ſur les beautés de
la Nature.
MERCURE DE FRANCE
Fait bondir ſes flots écumeux ,
Avec un effrayant murmure.
On croiroit qu'au féjour des morts
Brifant l'urne qui le refferre
ட்
Par les entrailles de la terre *
1
Le S'yx arrive fur ces bords.
Déjà fous deux arches antiques
Le cours impétueux de l'eau
Se brife , & d'un petit hameau
Mouille en grondant les murs gothiques ;
)
Puis dans de fouterrains canaux
Tournant un cylindre rapide :
:
Avec des coups toujours égaux ,
D'un affreux amas de lambeaux
Forme une matiere liquide. X
L'habitant de ces triſtes lieux
Vit dans l'obſcurité profonde ;
Sans lancer un rayon fur eux
Le ſoleil fait le tour du monde.
Non loin ſe préſente à nos yeux
Sur un rocher inacceſſible ..
Le débris du château fameux .
De ce Pétrarque ſ ſenſible.
Par un heureux enchantement
1..
:
1
7
t
:
J
•On a toujours tenté inutilement de connoftre la profondeur
de la Fontaine de Vaucluſe ; & elle fort avec
tant d'abondance , qu'elle porte batteau même à fa
Cource.
** La papeterie,
VRIL. II. Vol. 1774. 45
On croit encor voir fon ombre
Chercher fur ce rivage ſombre
L'objet cruel de ſon tourment.
Des forêts l'effrayant ombrage ,
Le repaire le plus ſauvage
Peut ſervir d'aſyle aux amours.
.
T
Dans ces lieux tout nous fait entendre
Que pour un coeur fidele & tendre
Il n'eſt jamais d'affreux ſéjours.
Mais déjà les ondes tranquilles
Peignent les cieux dans leur criſtal ,
Déjà les bateliers agiles
Vont en chantant fur ce canal ;
Puis d'une rame pareſſeuſe
Conduisant leurs petits bateaux
Dans ſa retraite limoneuſe
Vont troubler l'habitant des eaux.
Les plaines que le Nil féconde ,
De Tempé les bords enchantés
Sont l'image de ceux qu'inonde
Le cours de ces flots argentés.
Mais ma Muſe , toujours diſtraite
Par un objet cent fois plus doux ,
Laiſſe là pinceaux & palette
Pour ne s'occuper que de vous.
Par M. d'Hermite de Maillannes
40 MERCURE DE FRANCE.
LA BONNE MERE.
....
COMME il dort bien , mon enfant !
Que fon fouffle eft doux; que fa bouche
eſt fraîche ! Que je m'eſtime heureuſe
de pouvoir dire : il eſt l'enfant de
l'amour conjugal & de la ſanté ! .. Il y en
a qui naiſſent ſouvent auſſi avec le germe
d'un poiſon mortel ... Ah! ſi mon fils ...
j'irois enfevelir ma honte dans les abymes
, &, pour lui épargner à lui - même
les horreurs d'une vie pénible & fouffrante
, je le précipiterois avec moi
La nature eſt tellement dépravée , qu'une
femme peut voir le fruit de ſon infidélité ,
ſans mourir de douleur & de remords !
Ο Moncalm ! ... tu es né comme moi ,
d'une famille où la vertu ſe tranſmet de
race en race : nous la tranſmettrons à
notre fils avec le ſang que nous avons
reçu de nos peres.... Viens , mon ami ,
embraſſons cet enfant qui fait notre bonheur.
...
..
Julie ne ſçavoit pas que Moncalm fût
près d'elle , il avoit tout entendu. Il l'accabla
de careſſes : l'enfant s'éveilla ; il
leur ſourit , ils le prirent dans ſon berAVRIL.
II. Vol. 1774. 47
ceau, le couvrirent de baiſers &delarmes.
Ils éprouverent en ce moment un plaifir
plus délicieux que tous les plaiſirs enſemble;
& ce plaifir, ils le font renaître cent
fois le jour. Rends le moi , Moncalm ,
dit Julie, rends- le moi, que je lui donne
à tetter, qu'il vive de la ſubſtance de fa
mere , qu'en ſuçant mon lait, ſa bouche
innocente porte à mon coeur les plus douces
impreſſions de la tendreſſe.
Moncalm reſta prés de Julie , baiſa ſon
ſein , la regarda... L'Amour voulut peindre
cette ſcene muette; le pinceau lui
tomba des mains.
Madame la Marquise de Grieu.
Catherine de Paulmier de Vendeuvre ,
fille de Monfieur de Paulmier de Vendeuvre
, Brigadier des Armées du Roi ,
mort en 170r ou 1702 , naquit en Normandie
en 1680. Sa beauté , ſes graces
& fon eſprit ont été célébrés par beau
coup de Poëtes fes contemporains. Elle
avoit un talent naturel pour la poéſie. A
l'âge de 18 ans , elle obtint le prix de
l'Académie Françoife par un fonnet à
ja gloire de Louis XIV. Elle a fait dans
MERCURE DE FRANCE.
toutes les occaſions , des vers de ſociété,
où régnoient ſur-tout la préciſion & la
fineſſe, Elle n'a jamais voulu permettre
que ſes petits ouvrages fuſſent donnés au |
Public , & les a preſque tous brûlés . A
l'âge de 88 ans , elle fit ces quatre vers
pour M. le Préſident de Meſnieres.
Simple dans ſes diſcours , fublime en ſes penſées,
Tant qu'il fut magiſtrat , patriote zélé;
Aujourd'hui , par ſon choix , de tous ſoins iſole,
Il jouit des vertus qu'il a tant exercées.
En voici d'autres qu'elle fit quatre ans
après , en envoyant une écritoire à un de
ſes amis.
Comment offrir une écritoire ;
Elle tire de vous ſa gloire.
Si vous daignez vous en ſervir ,
Par elle tracez le modele
Du bon goût dont le ſouvenir
A grand beſoin qu'on le rappelle.
,
Une voix touchante & légere , les charmes
de la figure , une taille élégante
toutes les graces del'eſprit , réunies à celles
de la jeuneſſe , répandirent un grand éclat
fur ſes premieres années .
Elle épouſa M. le Marquis de Grieu à
30
AVRIL. II. Vol. 1774. 49
30 ans paſſés. Des affaires de famille l'appelerent
dans ſes Terres : elle y reſta
long- temps. En 1752 , elle revint à Paris
avec ſon mari. Ilmourut en 1755. Depuis
ce temps , elle a vécu dans la plus
grande retraite , ſéparée de tout & parfai
tement ignorée. C'eſt ſous lenom de Mile
de Vendeuvre , qu'elle a été célébre. M.
l'Abbé de Laporte a parlé d'elle dans fon
hiſtoire des femmes illuſtres. Il la croyoit
morte alors. Il dit que les Auteurs de fon
temps l'ont nommée une Grace pour la figure,
une Syrene pour la voix , une Muſe pour
l'eſprit. On luilut ſon article. Le ſentiment
qu'elle éprouva à cette lecture , fut vif &
compliqué . La douceur de s'entendre louer
pour le feul intérêt de la vérité , les regrets
du paſſé , le triſte retour ſur le préfent
, toutes ces idées réunies mouillerent
ſes yeux de quelques larmes . Elle avoit
alors 90 ans paſſés. Elle mourut le 18
Décembre 1773 dans ſa 94ª année , fans
aucune autre infirmité que l'affoibliſſement
des organes , & ayant conſervé ,
preſque juſqu'à la fin , tous les agrémens
de fon eſprit , les charmes de ſa converſation
, & la politeſſe la plus ingénieuſe.
Une fingularité très- remarquable dans ſa
vie, c'eſt d'avoir paſſé environ 40 ans
de la maniere la plus brillante , & plus
D
50 MERCURE DE FRANCE.
de so dans l'obſcurité , & enfin dans
l'oubli. Sa vieilleſſe a été très - longue :
par juſteſſe & par expérience des uſages
du monde , elle l'avoit commencée de
bonne heure. Ses idées ſur la vieilleſſe
des femmes fur- tout , étoient profondes
& fines ; quoi qu'il en ſoit , on doute
que l'exemple d'une retraite commencée
d'ans ſi bonne heure , ait beaucoup d'imitateurs
; & bien des gens , trouvant moins
de reſſources en eux - mêmes , penſeront
peut - être que la décence ne fauve pas
toujours de l'ennui.
VERS fur la mort de Mde la Marquise
de Grieu , habitante de la rue St Louis
au marais , où elle a fini ſes jours dans
fa 97º année.
DEPUIS long - temps la Mort cruelle
Sembloit reſpecter l'étincelle
Qui reſtoit à Grieu de ſes beaux jours paſſés :
Sous la glace des ans étoient encor tracés
Les traits charmans dont la Nature
Avoit décoré ſa figure.
Eſprit , vertu , goût , mémoire & talens ,
Ces dons , qu'à fon berceau jadis on vit éclore ,
AVRIL. II. Vol. 1774. 58
En ſa faveur avoient trompé le Temps.
Et ſon hiver ne paroiſſoit encore
Qu'être la fin de fon printens.
ENVΟΙ.
A M. Fumé , docteur en médecine.
O toi docteur aimable , & miniſtre de vie ,
Qui de celle de mon amie
Au dix-neuvieme luftre as fu porter le cours ,
Que ne peut de ton art la fublime induſtrie
Avec ta gloire éternifer tes jours !
Echantillon des Poësies compofées par Madame
de Grieu .
Bouquet à Madame de Vendeuvre.
QUE
:
De ce beau jour eſt en gros caractere
Sur l'agenda de mes tendres amours !
Songez y bien , Muſe , c'eſt pour ma mere;
Ne négligez aucun de vos atours .
Depuis vingt ans , avec votre fecours ,
Dans mes boſquets , des riens ont ſu lui plair,e
Montrez encore , en variant vos tours ,
Que ce beau jour eſt en gros caractere
Sur l'agenda de mes tendres amours.
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'un jeune homme de province ,
fur la bonté généreuse que Madame la
Dauphine a fait paroître au village d'Acheres.
A M. L**.
0
a
Tor que j'atme ſans connoftre ,
Et dont jeſtime le talent ,
Je te fais mon remerciement
Pour une précieuſe lettre
Que le Public reconnoiſſant
Dans ton Mercure a vu paroftre ,
Et für de ton difcernement ,
Juge moi , je te rends le maître
D'un tranſport françois qui me prend.
Je ſuis ſans doute un téméraire :
Je voulois mourir inconnu,:
Aſſuré de ne pouvoir plaire :
Mais aux charmes de la vertu ,
Ma muſe ne fait plus ſe taire.
Je m'égare fur l'Hélicon...
Quelle puiſſance infurmontable
S'empare de mon timpanon !
J'oſe célébrer l'action
Qu'a fait pour une miſérable
L'auguſte épouſe de Bourbon.
Un cri perçant ſe fait entendre ;
Soudain fon char eft arrêté...
こ
AVRIL. II. Vol. 1774. 53
Le cri redouble , & fon coeur tendre ,
Dans un élan précipité ,
Vole au devant de l'infortune :
Combien d'objets intéreſſans
Dans cette ſcene peu commune !
A mon ame ils font tous préſens.
Je vois dans des miroirs frappans
Le digne époux de l'héroïne ,
Notre bon pere , & ſes enfans
De l'incomparable Dauphine
Partager tous les ſentimens ;
Je les vois tous dans les allarmes ,
Répandre l'or fur le malheur.
Ce n'eſt point affez : & des larmes ,
Peignent la bonté de leur coeur.
Heureux François ... dans la mémoire
Que vous laiſſez à vos neveux ,
Sur le marbre gravez l'hiſtoire
D'un trait ſi grand , ſi généreux.
Pour moi dans mon canton ſauvage ,
Triſte ſéjour des aquilons ,
Où nous plaçons , malgré l'orage ,
Sous les débris de nos maiſons
Tout ce qui peut offrir l'image
Du zêle qu'on doit aux Bourbons ,
Lorſque je raconte au village
Ce beau trait que nous admirons ,
J'apperçois en pleurant de joie
Juſqu'à nos moindres nouriffons
1
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Dont l'amour pour nos Rois déploie
Les plus vives affections .
Oui , les miens dans leur foible aurore
Me montrent déjà le deſir
Qu'ils ont de vaincre , ou de mourir
Sous les héros qui vont éclorre
Du beau ſang qui vient de s'unir.
O France heureuſe ! O ma patrie !
Rejouis toi . Ces noeuds brillans
Bientôt vont donner à la vie
Les plus illuftres defcendans .
Le Dieu dont le pouvoir immenfe
Regne dans le coeur de nos Rois ,
Ce grand Dieu dont la providence
De notre dauphine a fait choix ,
N'accorde point dans ſa ſageſſe
Tant de vertus ſans ſes faveurs :
Louis obtint cette Princeſſe ;
Elle aura mille fucceffeurs .
EPITRE à M. le Chevalier Defezgaulx
qui me preſſoit de cultiver la poësie.
EST-CE
ST- ce toi , Deſezgaulx , qui me forges des fers ?
Qui veux que déſormais je ne parle qu'en vers ?
As-tu prévu les maux dont tu peux être cauſe ?
• St Louis.
AVRIL. II. Vol. 1774-55
Connois-tu le fardeau qu'en rimant je m'impofe?
Vois l'effronté railleur envenimant ſes dards ,
Sans nul ménagement me lancer des brocards ;
Vois Cléon , vois Damis , vois Te pédant Aubrate ,
En parcourant mes vers , s'épanouir la rate :
Ce début , dit l'un d'eux , eſt à prétention ;
Mon ami, dit un autre , ah ! quelle inverſion !
Ce morceau ne vaut rien ; mais cette phraſe eſt louche !
Si tu connois l'auteur , dis lui qu'il y retouche ,
Et que dorénavant , chatiant mieux ſes vers ,
Il n'apprête pas tant à rire à l'Univers.
Continuons. Pas mal : cette idée eft jolie ,
Dit le plaifant Damon , mais elle eſt recrépie.
Enfin tout calcul fait , & d'un commun aveu ,
L'épître eſt déchirée & condamnée au feu.
De mes productions tel ſeroit le ſalaire ;
Du médiocre auteur c'eſt le ſort ordinaire :
Il n'appartient qu'à ceux qui reçurent des Cieux
L'heureux don de parler le langage des Dieux ,
D'éclairer le Public , de graver pour la gloire ,
D'être les favoris des filles de Mémoire.
Pour moi , qui n'eus du Ciel qu'un coeur compatiffant .
Si je puis fecourir le mérite indigent ;
Si des infortunés j'adoucis la miſere ;
Si le pauvre orphelin en moi retrouve un pere,
Et que dans le recoin où l'Eternel m'a mis .
Je fois aſſez heureux pour ſervir mes amis &
Alors , fans envier les dons de Calliope ,
Je vivrai fortuné près de ina Pénélope :
D4
56 MERCURE DE FRANCE,
Et lorſque d'Atropos l'homicide cifeau
Me précipitera dans la nuit du tombeau ,
On dira qu'à l'Amour , à l'Amitié fidelle ,
Des amans , des amis , Souchés fut le modele.
Par M. Souchés de Labremaudiere.
lieutenant au rég . de Beaujolois.
LE LOUIS D'OR & LE LIARD.
AA
u fond d'un fac , enfermé par hafard ,
Près d'un louis ſe trouvoit un liard.
Dès le moment grande querelle
Sur la valeur de chacun d'eux.
Ne m'approche pas , malheureux ,
Crioit le morceau d'or : va joindre ta fequelle ,
Cours te cacher dans la poche d'un gueux ;
Il te fied bien de paroître en ces lieux ! .,
Notre liard , modefte & fage ,
Lui répondit : pardon , Monfieur le Financier ,
Je connois tout votre avantage.
Mais à quoi bon m'humilier ?
Si bien plutôt , quittant votre arrogance
Vous vouliez vous apprécier ,
Vous fauriez que votre opulence
commencé par un denier,
AVRIL. II. Vol. 1774. 57
Nous avons tous origine commune ;
La Vertu ſeule a droit de diftinguer les rangs ,
Et l'on ne voit que les méchans
S'énorgueillir de leur fortune.
Par M. de la Garde.
A
AVIS.
MESSIEURS de la Faculté
De la falubre Médecine ,
Docteurs fourrés en hiver , en été ,
De peaux de lapin ou d'hermine ,
Il n'importe ; l'habit ne fait pas la doctrine ,
Ni le plumet l'homme de qualité.
Dignes ſuppots d'Hyppocrate , Avicene ,
De Gallien , d'Averroës ;
Vous qui , pour le ſecours de la nature humaine ,
De la régliſſe , l'aloës ,
De la rhubarbe , de la manne ,
De la guimauve , du pas d'âne ,
De la caſſe , du quinquina ,
De l'agaric , & catera ,
Recherchez les vertus occultes
!"
Pour guérir , moitié par hasard ,
Moitié par vos ſoins & votre art
Grands & petits , vieillards , adultes ;
1
D5
58
MERCURE DE FRANCE.
D'un important & falutaire avis
Que vous donne aujourd'hui Dame de haut parage ,
Si vous ſavez faire un adroit uſage ,
Vous obtiendrez renom & grands profits.
Tout mal contre lequel échoue
Votre art ténébreux , incertain ,
Sera guéri d'un tour de main ;
Et la Mort qui de vous ſe joue ,
Sera contrainte de laifer
Jouir encor de la lumiere ,
Tel qui , finiſſant ſa carriere ,
Etoit tout prêt à trépaſſer.
Le hasard & l'expérience
Sont & feront dans tous les temps
Les plus folides fondemens
De la galénique ſcience :
Croyez donc l'effet éprouvé
D'un remede au hafard trouvé.
Certaine jeune & charmante Comteſſe *
Chez qui tout plaft , tout intéreſſe ,
Dont on priſe l'eſprit , les graces , la beauté ,
Mais plus encor les vertus , la conduite
Et les ſoins peu communs de la maternité ,
A fon dernier moment réduite ,
• Mde la Comteſſe de S..., Dame de Mesdames.
** Elle a nourri ſes enfans.
AVRIL. II. Vol. 1774. 59
Expirant & n'en pouvant plus ,
Par ſon Curé bien exhortée ,
Des médecins abandonnée ,
Alloit dire fon in manus.
Heureuſement notre Comteſſe aimable
Etoit à Pabri des terreurs
Qui troublent une ame coupable ,
Dans cet inſtant de remords & d'horreurs .
Elle avoit conſervé ſa tête ;
Son corps ſeul étoit languiſſant ;
Mais au reſte , l'eſprit préſent ;
Avec courage, elle s'apprête
A voir ce pays inconnu ,
Plus loin de nous que n'eſt le bout du monde ,
Et pourtant où l'on eſt rendu
Souvent en moins d'une ſeconde.
Bref, fans crainte & fans repentir ,
Pour ce voyage on la voyoit partir .
Il en eſt peu de cette étoffe.
Notre Comteſſe nous fait voir
Que c'eſt bien moins l'étude & le ſavoir
Que la vertu , qui font le Philoſophe.
Mais , malgré cette fermeté ,
Chez les hommes , chez le beau ſexe ,
Dans cet état dangereux & perplexe ,
Le cri de la Nature eft encore écouté.
De la comteſſe il vient frapper l'oreille :
Elle s'émeut ; & ce n'eſt pas merveille.
e
6. MERCURE DE FRANCE.
Jeune , chérie , à la fleur de ſes ans ,
Il eſt dur de quitter amis , époux , enfans ,
Etat brillant qui ſéduit , intéreſſe ,
Adorateurs que l'on n'écoute pas ,
Mais qui nous rappellent fans ceffe
Le ſouvenir flatteur de nos appas .
Par un inftinct de la Nature ,
Tranquille , en attendant ſa fin ,
D'une voix caffée & peu fûre
Elle demande... Eh quoi ! .. le médecin ?..
Quelque julep ? ... quelque nouveau remede ?
Non , non ; ces drogues n'y font rien ,
Elle demande un bon muficien
Et yeut entendre un intermede
De comédie ou d'opéra ,
On demeure interdit ; chacun n'oſa rien dire...
A ce propos , qu'on prend pour l'effet d'un délire ,
On ne fait ſi l'on répondra.
Mais elle inſiſte , & d'un ton de maſtreſſe
Ordonne : on obéit ; alors chacun s'empreſſe ,
Et bientôt dans ſa chambre arrive un violon.
Qui peut imaginer ſon trouble & ſa triſteſſe !
Il ne peut voir la mourante Comteſſe ,
Sans une tendre émotion .
De ſes languiſſantes prunelles
S'échappoient quelques étincelles ,
Seuls reſtes de ces feux ſi beaux
Où l'Amour avec l'Hymenée ,
Pour embellir ſa deſtinée ,
AVRIL. II. Vol. 1774. 6
Avoient allumé leurs flambeaux : :
Tels , du ſoleil ſe plongeant dans les eaux ,
On voit quelques rayons qui s'ouvrent un paſſage
Et dont l'éclat encor nous éblouit ,
Au travers d'un épais nuage
Qui dérobe à nos yeux la lumiere qui fuit.
Enfin , preſſé par la malade ,
Le violon tout interdit ,
En ſe rapprochant de ſon lit ,
Joue , en tremblant , ſa ſerénade.
O merveilleux effet d'un harmonique ſon !
Sur ſes nerfs auſſi-tôt la Comteſſe ſurpriſe
Eprouve une vibration
Qui commence une heureuſe crife.
Son oeil s'anime , & fa débile voix
Se raffermit , les langueurs ceffent ,
A meſure que ſous les doigts
Et ſous l'archet les fons renaiſſent.
Enfin , pour le dire en un mot ,
Un quart-d'heure de ſymphonie
Guerit & rappelle à la vie
Notre Comteſſe , & fait la Faculté capot.
De cette heureuſe expérience
On peut tirer la conféquence
Que loin de purger , de ſaigner ,
Suivant la routine vulgaire ,
Loin d'avoir à ſa ſuite un triſte apothicaire ;
Tout médecin devroit ſe faire accompagner ,
Dès qu'il eſt appelé près de femme jolie ;
62 MERCURE DE FRANCE.
Quelle que foit la maladie,
D'un violon , d'un flutteur , d'un harpeur ;
Bien aſſuré qu'il n'eſt point de vapeur ,
De maux de nerfs & de jauniſſe
Que la muſique ne guériſſe,
Et que chez le beau Sexe adroit , tendre , ruſé ,
Pour un mal fſouvent déguisé
Dont on s'alarme , on s'inquiette ,
Les plaiſirs font toujours la meilleure recette.
Histoire de la vie de M*** , poëme en
quatre chants , par lui - même
JE
CHANT І.
Mon état.
E ne fuis rien & rien ne veux être ;
Que le maître de rien : c'est-à-dire , mon mattre.
!
CHANT ІІ.
Mon train de vie.
Loin de cet age heureux des brillantes conquétes **
•Ce conte a , par- deſſus beaucoup d'autres , le mérité
de la vérité .
** L'auteur a 53 ang.
AVRIL. II . Vol. 1774. 63
Les Graces & les Arts nourriſſent mes defirs.
Mes affaires ſont des plaiſirs
Et tous mes inſtans ſont des fêtes.
CHANT ІІІ.
Mon adreffe.
Si vous ne me trouvez dans les bras du Parnaſſe
Paſſez à Gnide ou chez Momus :
Allez enfin , s'il n'eſt point là de V**,
Ou chez Morphée ou chez Comus.
CHANT IV.
Mon épitaphe.
Cy git l'égal d'Alexandre ,
Moi , c'est - à- dire un peu de cendre.
SON
Epitaphe de M. de la Condamine.
On coeur avec excès aima la vérité ;
Ses travaux , ſes vertus aſſurent ſa mémoire ;
Il vécut affez pour la gloire ,
Et trop peu pour l'humanité.
Par M. Houzeau , si - devant secrétaire
deM. de la Condamine.
64 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la premiere
énigme du Mercure du premier vol. du
mois d'Avril 1774, eſt Toison ; celui de
la ſeconde eſt la Bonde des étangs ; celui
de la troiſieme eſt la Puce ; celui de la
quatrieme eſt Soufflet. Le mot du premier
logogryphe eſt Moineau , où ſe trouvent
moi , eau , dne , oui &Moine ; celui du
ſecond eſt Mariage , dans lequel ſe trouve
Mari , mari , magie , gai , ami , maigre ,
rime ; celui du troiſieme eſt Folie , où l'on
trouve lof, lie , oie , foie , Io , if &fiole ;
celui du quatrieme eſt Crane , où ſe trouve
Ane.
ENIGME.
Tres -long-temps j'ai vécu fans que j'euſſe de frere.
Je m'en vois un pourtant , dont je n'avois que faire .
Il eſt donc mon cadet ? Point du tout , mon jumeau ,
Jumeau plus reſſemblant que ne ſont gouttes d'eau.
Mercure étoit moins bien l'infortuné Sofie ,
Menechmes
AVRIL: II. Vol. 1774. 55
Menechmes & Jumeau frais venu d'Italie
Se diftinguent bien mieux. Un très - différent fort
Nous attend l'un & l'autre , & c'eſt par notre mort
Que nos droits font réglés. Hélas ! la ſurvivance
Ne nous vaut pas toujours une bien bonne chance
Tu demandes , lecteur , ſi nous ſommes amis ?
Eh ! mais oui , quelquefois. Plus ſouvent ennemis.
Dans l'un & l'autre cas portant tout à l'extrême ,
On peut haïr autant, on n'aime plus de même.
Amis : Pilade , Oreſte étoient moins généreux.
Et l'un de nous toujours ſe trouve fort heureux
Si , courant à la mort & certaine & punie ,
De ſon frere en péril il peut ſauver la vie.
Ennemis : on nous voit avec ſoldats de coeur
Nous livrer maints aſſauts , & , dans notre fureur
Qui vis-à- vis redouble , abdiquant l'avantage
Promis au ſurvivant , mépriſer le paſſage
De la vie à la mort , dans l'eſpoir incertain
De cauſer à ce frere un plus mauvais deſtin.
Par M. F**, de Blois
66 MERCURE DE FRANCE.
ENFANT
AUTRE.
INFANT d'une haute ſcience
L'Intérêt & la Défiance
M'ont pris pour juge de l'Eſprit :
Je l'apprécie & le balance.
Plus je me cache en ſa préſence ,
Plus haut fon mérite eſt inſcrit ,
Mais plus je coûte de finance.
A qui mon arrêt par écrit
Eſt délivré , la loi preſcrit
La plus exacte obéiſſance.
Le paſtient ſans réſiſtance
A la taxe toujours ſouſcrit ,
Et met en moi ſa confiance
Par M. de B... des ponts & chaussées.
FILLE
AUTRE.
ILLE du plus charmant des Dieux ,
La nuit comme le jour je ne ſuis point tranquille ;
Mon pere , dit-on , eſt ſans yeux ,
Mais pour moi j'en ai plus de mille.
Par M. Houllier de St Remi.
AVRIL. II. Vol. 1774. 07
N
AUTRE.
ous ſommes quatre foeurs ; je ſuis la plus friponne,
Et tout ce que j'ai , Dieu merci ,
On me le prend , ou je le donne ;
Pourquoi , ſexe charmant , ne pas agir ainſi ;
Par le même.
LOGOGRYPHE.
AVEECc trois piede, lecteur , je te préſente
Un grand fleuve , fameux par ſes débordemens :
Renverſe les : je deviens une plante
D'où les Anciens tiroient leurs plus beaux vêtemens
Par M. J. P. F.. de Nimes.
PRISE
AUTRE.
RIS tout entier , je ſuis un inſtrument ;
Décompoſé , je ſuis tout autre choſe :
Sans la moindre métamorphoſe ,
Je deviens à la fois animal , élement.
Par M. V. de P. , filsa
E 2
68 MERCURE DE FRANCE
J
D
AUTRE.
E divers animaux je ſuis la couverture :
Choiſis mon premier tiers , lecteur; tu trouveras ,
Sans te caufer grand embarras ,
Une bête à deux pieds d'une fiere encolure.
Il ne faut que rêver un peu
Sur ces combinaiſons qui font affez gentilles ;
Car m'otant tête & cou , je ne ſuis plus qu'un jeu
Qui plaſt ſouvent aux jeunes filles.
Je
AUTRRE.
E fuis fort doux , dans mon entier ,
Dans l'une de mes parts , fort rude & fort ſauvage ;
Evêque & Saint. Daus mon autre partage ,
En latin , je ſers à lier.
Par M. Ricatte d'Huviller.
AVRIL. II. Vol. 1774. 69
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Les Princes d'Arménie , nouvelle par M.
d'Uffieux , in 80. , prix 2 liv. 8 fols.
A Paris , chez Dufour Libraire.
AMBYSE venoit de fuccéder au trône
de Cyrus le Grand , fon pere , Roi de
Perſe. Ce Prince nourriſſoit depuis longtemps
une haine mortelle contre Tygrane ,
Roi d'Arménie , qui lui avoit enlevé la
jeune Iſmene , Princeſſe que la loi des
combats avoit fait tomber au pouvoir de
Cyrus , & dont l'hymen devoit aſſocier le
fort à celui de Cambyſe ſon fils. Les premiers
ſoins du nouveau Monarque furent
de tirer vengeance de cette injure. Ce
Prince auſſi cruel que vindicatif , ne bornoit
point les projets de ſon reſſentiment
, à porter le fer & la flamme dans
les Etats de ſon ennemi. Il deſiroit encore
ſe rendre maître de la perſonne de cet
ennemi & de fa famille , afin de les livrer
aux tourmens que fa fureur leur préparoit.
Mitrane fils aîné de Cambyſe , eſt
-chargé par ſon pere de mettre à exécu-
E3 ? (
70 MERCURE DE FRANCE.
tion ce projet de vengeance. Il s'en acquitteavec
peine , parce que ſon coeur eft
ſenſible & généreux. Il cherche même à
retarder la ruine d'un Monarque qui , ſur
la foi d'anciens Traités , vivoit paiſible ,
& ignoroit juſqu'alors combien étoit
implacable la haine de fon rival. Mais
les ordres réitérés de Cambyſe , qui vouloit
être obéi , obligent Mitrane à ne plus
écouter que les loix de la guerre. La valeur
de ce Prince & les forces de Perfe
qu'il commande , lui livrent bientôt Tigrane
entre les mains. Arſene fils de ce
Monarque , & Apamie ſa fille , dignes par
leurs vertus & leur courage d'un meilleur
fort , tombent également , après pluſieurs
incidens , au pouvoir de Cambyſe. Le farouche
Tyran veut d'abord livrer toute
cette famille aux flammes d'un bûcher ;
mais , par un rafinement de cruautédigne
de lui , & pour paroître condeſcendre aux
prieres du jeune Vainqueur, qui implore
ſa clémence , il conſent à ſe contenter
d'une ſeule victime. Il accorde la vie à
Tygrane , à condition que ce Prince infortuné
choiſira lui - même cette victime
entre ſon fils & ſa fille: Incident qui a
donné à l'Auteur occaſion de peindre le
trouble & les agitations d'un malheureux
pere , forcé de vouer à la mort la plus
AVRIL . II. Vol. 1774. 71
cruelle , un de ſes enfans. Cette ſituation
offre aufli un combat très- touchant entre
un frere & une ſoeur , pour déterminer
le choix fatal du pere. La belle & vertueuſe
Apamie parvient enfin à fixer ce
choix furelle. Le fils de Cambyſe ajoute
à l'intérêt que l'on prend à cette ſcene
par les ſentimens de généroſité qu'il fait
paroître. Ce jeune Prince n'avoit ceſſé
d'inſpirer les mêmes ſentimens à Cambyfe
ſon pere ; mais voyant tous ſes efforts
inutiles & la victime prête à être jetée ſur
le bûcher allumé , il n'écoute plus que fon
déſeſpoir. Eh bien , s'écrie - t - il en
adreſſant la voix au Tyran , afſſouvis
ta haine. Pour moi , qui ne me par-
,, donnerois jamais d'en avoir été le pre-
و د
"
و د
و و
mier miniſtre , je vais dérober ma vie
,, aux remords. Et ſi tu prends plaiſir à
و د
voir mourir les enfans aux yeux de leur
,, pere , jouis du bonheur de voir expirer
و د
je tien dans les flammes. " Soudain il
court vers le bûcher. Le peuple pouffe
des cris d'indignation & de douleur , &
Cambyſe lui même , frappé au ſeul endroit
où ſon ame étoit encore ſenſible :
و د
arrête , dit - il , ô mon fils ! arrête ; res
„ pecte tes jours , & je fais grace à toute
,, cette famille. " Le peuple applaudit à
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
cette nouvelle inattendue , par des acclamations
multipliées .
L'Auteur auroit pu rendre le fils de
Cambyſe amoureux d'Apamie , fille de
Tygrane ; mais il a bien fenti que cet
amour eût affoibli l'exemple de généroſité
que donne ici le vertueux Mitrane.
Cette nouvelle eſt la fixieme du Décaméron
françois ,& la premiere du tome II.
L'Auteur , en employant dans cetteNouvelle
, ainſi que dans les précédentes , le
ſtyle grave de l'hiſtoire , a ſu , ſuivant les
ſituations qu'il avoit à peindre , animer
ce ſtyle par le ton du ſentiment ou le cri
des paſſions.
Obfervations fur le Cartesianiſme moderne ,
pour ſervir d'éclairciſſement au livre
de l'Hipotheſe des petits tourbillons , par
M. de Keranflech , vol. in- 12 de 136
pages. A Rennes , chez Julien-Charles
Vatar , Libraire.
IL Y Adeux cartéſianiſmes , l'ancien &
le moderne. Le premier , nous dit M. de
K. dans fon diſcours préliminaire , conſiſte
dans le ſyſtême des tourbillons de
Defcartes , avec ſes trois matieres , fubtile ,
globuleuſe & rameuſe , que ce philoſophe
crut ſuffiſantes pour rendre raiſon de
.ا
AVRIL. II . Vol. 1774. 73
tout ce qu'il voyoitdans lemonde. Ce ſystême
mis en comparaiſon avec l'ancienne
philoſophie , l'emporta d'abord ; mais il fut
peut-être plus redevable de ſon triomphe
& de ſa vogue au ridicule du péripaté.
tiſme , qu'à ſon propre mérite; car , après
la défaite de ſes ennemis , quand on l'a
examiné à ſon tour , on l'a trouvé bien
imparfait. La raiſon & l'expérience l'ont
déſavoué dans le détail , & il n'a pu foutenir
la réputation qu'il s'étoit faite. Il
a eu , continue M. de K. , des ennemis
qui ont fait remarquer ſes défauts ; & il
a eu des amis qui l'ont heureuſement rectifié.
Ceux- ci ont vu que Descartes , au
lieu d'imaginer ſes trois matieres , auroit
dû approfondir l'idée du tourbillon , &
porter dans ſes détails un mécaniſme
lumineux qu'il avoit apperçu dans l'enſemble
de l'univers. En conséquence , ils
ont ſubdiviſé les grands tourbillons en
d'autres infiniment petits , compofés d'autres
encore indéfiniment moindres , & pareillement
compoſés d'un ordre de ſubalternes
; ainſi de ſuite à l'infini ; autant qu'il
a plu à Dieu de pouſſer la diviſion de la
matiere. Cette idée n'eſt point une nouvelle
hypotheſe ajoutée à celle de Descartes.
C'eſt une extenſion de celle - ci ,
un développement de ſon ſyſtême qui le
a
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
perfectionne ſans le compofer. C'eſtenfin
cette transformation des trois matieres
cartéſiennes en petits tourbillons de divers
ordres , qui fait ce que M. de K. appelle
ici le cartesianiſme moderne. Cette
transformation s'eſt faite par degrés. D'abord
le pere Mallebranche réforma le ſecond
élément de Descartes ; il ſubſtitua
aux globules durs , de petits tourbillons
de matiere ſubtile. Privat de Molieres
imagina les petits tourbillons compoſés ;
& ſubſtitua aux élémens du premier cartéſianiſme
, trois ordres de petits tourbillons
emboîtés les uns dans les autres.
Degamaches , au lieu de trois ordres , en
ſuppoſa à l'infini. D'autres Académiciens
ont adopté cette ſuppoſition , & l'ont favamment
employée en différens morceaux
de phyſique. Du reſte , il en eft
de cette ſuppoſition comme de la plupart
des ſyſtêmes philoſophiques. Les
uns l'approuvent , & les autres la condamnent
, fans pouvoir donner des raifons
déciſives de leur ſentiment.
M. de K. a tâché de faire voir dans
fon livre de l'hypothese des petits tourbillons
, que cette hypotheſe s'applique
heureuſement à tous les phénomenes de la
Nature; qu'il ne faut qu'en ſuivre ledéveloppementpour
expliquer tous les effets ,&
que c'eſt ſur ce fondement qu'il convient
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 75
de bâtir , ſi l'on veut conſtruire unebonne
phyſique ; mais l'Auteur qui a compofé
cet ouvrage pour les perſonnes très - instruites
, y a ſuppoſé des connoiſſances
que tout le monde n'a pas , & cependant
néceſſaires pour bien entendre ce petit
écrit. C'eſt ce qui l'a porté à publier les
obſervations que nous venonsd'annoncer.
M. de K. y donne une notion ſenſible du
cartéſianiſme moderne ; il y explique fes
principes par des figures , & les expoſe
avec aſſez d'ordre & de clarté , pour que
ceux mêmes qui nont pas le livre de
l'hypothese des petits tourbillons , puiſſent
voir la fécondité & les avantages de ce
ſyſtême.
Le livre de l'hypothese_des petits tourbillons
, ſe trouve chez l'Imprimeur des
Observations fur le cartesianiſme moderne ,
avec l'Effai fur la raiſon & autres ouvrages
du même Auteur.
Oeuvres de Charles Dumoulin , nouvelle
édition en cinq volumes in folio , propoſés
par ſouſcription. A Paris , chez
Deſprez , Imprimeur , rue St Jacques.
A Avignon , chez Garrigan , Imprimeur.
ON NE public encore que le profpectus
de cette nouvelle édition. Ce prospectus
76 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
nous préſente les principaux traits de la
vie de Charles Dumoulin. L'Editeur ,
après nous avoir peint l'héroïſme de caractere
de ce célebre Jurifconfulte , ajoute
que la force de fon génie en atteignit
, & furpaſſa peut-être l'élévation .
Son coeur fut comme le foyer où les
traits de lumiere de ſon eſprit ſe réunirent
, fe concentrerent , ſechangerent
,, en traits de flamme ; ſes connoiſſances
s'ennoblirent par ſes vertus , & fes
penſées ſe colorerent du fublime de
ſes ſentimens. ,;
"
"
ود
ود
"
१०
Son vaſte génie parcourut tout l'Empire
de la Juriſprudence , & l'on diroit ,
en le ſuivant , qu'il a poſé les dernieres
limites du droit françois , du droit romain
, & du droit canonique.
ود
وو
ود
ود
ود
ود
Quelle immenſe érudition ne brille
,, pas dans ſes écrits ! Quelle étude ! Quel
travail! Quelle profondes recherches !
» Il offre en même temps à l'avidité du
Lecteur , tous les tréſors des connois-
,, ſances humaines , les faits de l'hiſtoire ,
ود
ود le ſens des livres ſacrés , le fil dela
,, tradition , les dogmes de la théologie ,
,, les principes de la métaphyſique , les
,, maximes de la morale & les regles de
,, la critique. L'univerſalité des ſciences ود
" ſemble être à ſa ſolde ; & dans une
AVRIL. II. Vol. 1774. 77
,, ſeule tête , ſe réuniſſent les lumieres de
tous les Savans , l'expérience de tous
les ſiecles , & les loix de tous les
و د
و د
„ pays.
و د
و د
Au jugement le plus ſolide , Du-
,, moulin aſſocie la dialectique la plus
exacte. L'on fent , en lifant ſes ou-
,, vrages , cette impreſſion vive qui ſub-
„ jugue & qui entraîne. L'on voit , pour
,, ainſi dire , croître le jour del'évidence,
„ juſqu'à cette plénitude de lumiere ,
و د
و د
qui éblouit les yeux , & qui force la
conviction de l'eſprit le plus obſtiné.
,, Qu'on reliſe donc fans ceſſe les productions
de cet Auteur incomparable.
" Qu'on les médite fans ceſſe. Que fans
ceſſe l'on en faſſe d'utiles extraits. Tel
étoit le conſeil que donnoit à ſon fils
l'illuſtre d'Agueſſeau.
و د
"
ود
و د
و د
و د
ود
و د
C'eſt avoir fait de grands progrès
dans le droit , que de ſentir le mérite
de Dumoulin , & c'eſt les rendre durables
, que de s'approprier ſes écrits ,
en les gravant dans ſa mémoire.
ود Ainſi qu'un chêne antique éleve ſa
" tête orgueilleuſe ſur tous les autres ar-
„ bres ; ainſi ce grand homme domine&
,, regne fur tous les autres Jurifconfultes.
" Il jouit de ſon vivant même , d'uneré-
,, putation que l'envie de ſes contempos
78 MERCURE DE FRANCE,
ود
,, rains ne put affoiblir. L'autorité de ſes
déciſions l'emporta fur celle des Arrêts
,, ou du moins elle la balança: Telle la
,, raiſon de Socrate prévaloit dans Athe-
„ nes fur celle de l'Aréopage. " C'eſt ſans
doute ce qui avoit énorgueilli Dumoulin
; mais fon orgueil , quoique juſte à
bien des égards , ſe montroit trop à découvert
, & lui ſuſcita bien des chagrins.
Pouvoit - on en effet ſupporter patiemment
qu'un homme s'appelât le Docteur
de la France & de l'Allemagne , & qu'il
mît à la tête de ſes conſultations : moi qui
ne cede à personne , & à qui perſonne ne
peut rien apprendre ?
L'éloge de ce Juriſconſulte , dont nous
avons cité quelques traits , pouvoit être
écrit dans un ſtyle plus ſimple ; & cet
éloge n'auroit fait que plus d'impreſſion
fur l'eſprit du lecteur , qui n'apperçoit
ſouvent que l'auteur de l'éloge , au lieu
du Juriſconſulte qu'il voudroit connoître.
La collection de ſes écrits eſt diviſée dans
la nouvelle édition , faite d'après celle de
1681 , en trois parties. Lapremiere traite
du droit françois ; la ſeconde , du droit
romain; & la derniere , du droit canonique.
La premiere diviſion contient les
deux premiers volumes; la ſeconde , le
troiſieme ; & la derniere, le quatrieme &
inquieme.
AVRIL. II. Vol. 1774. 79
Le ſieur Garrigan , Imprimeur-Libraire
à Avignon , Editeur des mémoires du
Clergé , 14 vol. in 4°. , exact à remplir
tous les engagemens qu'il contracte envers
le Public , ne négligera rien pour
donner à cette nouvelle édition la plus
grande perfection; &, pour débaraſſer le
lecteur de recherches toujours pénibles ,
il placera à la tête du premier volume un
tableau qui indiquera au ſeul coup d'oeil ,
les rapports de l'ancienne Coutume de Paris
avec la nouvelle.
L'ouvrage fera imprimé en beau papier
, caracteres neufs de Paris , du meilleur
goût dans la diſtribution , & de la
plus grande exactitude dans la correction.
Des Jurifconfultes éclairés ſe chargent de
relire toutes les épreuves.
18 liv.
La ſouſcription ſera de go livres pour
les cinq volumes in - folio en feuille , indépendamment
des frais de voiture qui
feront à la charge des Souſcripteurs.
On payera en ſouſcrivant.
Dans le courant de Juillet 1774 ,
en retirant le premier volume , 18
Dans le courant de Janvier 1775 ,
en retirant le ſecond volume , 18
Dans le courant de Juillet 1775 ,
en retirant le troiſieme vol... 18
80 MERCURE DE FRANCE,
1
Dans le courant de Janvier 1776 ,
en retirant le quatrieme vol.. 18
Dans le courant de Juillet 1776 ,
en retirant le cinquieme vol.,
il ne fera rien donné.
TOTAL. 90
La ſouſcription ſera ouverte juſqu'au
premier Août 1774 , chez les Impris
meurs - Libraires ci- deſſus nommés , &
chez les principaux Libraires duRoyaume
&des pays étrangers. Les perſonnes qui
n'auront pas ſouſcrit dans cet intervalle ,
paieront la collection en feuilles 120 li
vres.
La Nouvelle Clémentine , ou Lettres de
Henriette de Berville , par M. Leonard.
Nunc fcio quid fit amor. :
•
Improbus ille puer , crudelis tu quoque mater !
VIRG.
vol. in - 12. A Paris , chez Monory ,
rue de la Comédie Françoiſe.
Dès qu'une fille s'ennuie , elle n'eſt
pas loin d'aimer , & c'eſt la ſituation que
Henriette
AVRIL. II. Vol. 1774. 81
Henriette de Berville nous dépeint dans
ſa premiere lettre. En fortant du cloître
elle crut renaître un inſtant. L'air ſi doux
de la liberté qu'elle commençoit à reſpirer
, le tableau d'un monde enchanteur ,
des amuſemens nouveaux , tout confpiroit
à la féduire. Son ivreſſe dura peu ;
elle reconnut bientôt l'illuſion de ces
plaiſirs. La campagne ſembloit lui promettre
des objets plus faits pour fon
coeur ; elle trouvoit par-tout le même dégoût.
" Que vois-je autour de moi , écrit-
,, elle à Emilie ſon amie ? Une Nature
," muette , d'ennuyeux déſerts. Rien n'y
,, parle à mon ame. Je ne fais quelle
fourde inquiétude me fuit au milieu
de nos fêtes villageoiſes & de nos cercles
bourgeois. J'ai vu le temps où le
,, payſage que j'habite m'auroit charmée ;
,, mais les goûts changent , & je com-
و ر
mence à m'appercevoir que je fuis feu-
,, le. D'où vient donc ce malaiſe qui
,, me fait fuir le monde & foupirer loin
,, de lui ; chercher la folitude & m'y dé
,, plaire; rêver fans objet ; m'attriſter ſans
,, cauſe ; qui me rend diſtraite , indiffé
و د
ر د
و د
rente , & me met ſans ceſſe en contra-
,, diction avec moi- même ? O ma chere
, amie , que cet état me peſe ! " Il étoit
F
82 MERCURE DE FRANCE.
réſervé au jeune & vertueux Seligny de
foulager Henriette de ce fardeau , & de
lui rendre la folitude même agréable.
Et comment les lieux les plus ſolitaires
pourroient- ils maintenant l'attriſter ? Elle
y porte l'image de fon amant, & cette
image embellit la Nature à ſes yeux.
Souvent, nous dit Henriette , Seligny
m'entretient de ſes voyages. Avecquelle
avidité je l'écoute ! Je frémis quand
il peint les dangers qu'ila courus. Jele
fuis dans chaque pays. Vante-t-il les
charmes de ſes habitantes ? Je voudrois
alors qu'il n'eût tenu à perſonne dans
le monde. Quelquefois je lui demande
, enriant , s'il n'ajamais aimé ? Il s'en
, défend , je ne fais pourquoi : & je ne
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
و د
و د
ود
il
ſais pourquoi j'ai fait cette queſtion."
Seligny n'avoit inſpiré des ſentimens
tendres à Henriette que parce que cette
jeune perſonne lui en avoit fait éprouver
de ſemblables. Avant de la connoître ,
avoit des goûts & non des ſentimens.
Mais le lecteur prendra plus de plaiſir à
entendre Seligny lui - même nous instruire
de l'état de ſon coeur. ,, Loinde
5, Henriette , que le monde me paroît
frivole! Je ne fuis occupé que d'elle ;
,, je ne fuis bien qu'auprès d'elle ; un
ſeul inſtant où je la perds de vue eft
وو
رد
AVRIL. II. Vol. 1774. 83
"
"
un tourment pour moi. Je vais vous
,, peindre celle que vous aimeriez , fi
vous l'aviez vue : elle a la phyſionomie
la plus douce , la plus touchante. Ilya
dans ſes traits quelque choſedecéleſte :
c'eſt une ſérénité angélique qui donne
,, l'idée d'un bonheur ſans mélange. Sa
,, voix... on dit que la voix d'une aman-
,, te eſt la plus douce de toutes les har-
„ monies ; mais celle de Henriette s'in-
ود
دو
"
ود
"
ſinue avec volupté dans votre ame ,&
,, vous croyez toujours l'entendre. Ajou
tez à cela une modeſtie ſi noble : elle
baiſſe avec tant de graces ſes longues
paupieres , & rougit d'un air fi naïf ,
qu'on ne peut la voir ſans être ému,
Nous avons fait ces jours pafſfés une
promenade ſur une petite riviere qui
,, baigne les murs du parc: elle coule à
,, travers une longue allée de peupliers&
"
و د
و د
ود
ود
de frênes qui forment des deux côtés
,, une voûte impénétrable au jour. Nous
trouvames fur le rivage une troupe de
,, villageoiſes qui danſoient au ſon de la
flûte. Nos Dames ſe mirent de la fête ;
, & je ſentis , dans cette occaſion , combien
l'art quelquefois embellit la Na-
„ ture. Toutes vives , toutes légeres qu'étoient
ces villageoiſes , leur danſe me
Fa
"
84 MERCURE DE FRANCE.
,, parut froide & fans grace : il falloit
,, voir Henriette; il falloit voir la molle. ود
ود
ود
ود
ود
foupleſſe de ſes mouvemens , cette né-
,, gligence aifée qui plaît fans y préten-
,, dre , cette variété de formes , de poſitions
, de tableaux , qui préſentent la
,, beauté ſous les aſpects les plus riants. "
Madame de Berville qui voyoit chaque
jour le jeune Seligny donner ſes ſoins
à Henriette , ignoroit néanmoins leur
amour. Il auroit dû frapper les yeux d'une
mere ; mais Mde de Berville s'étoit toujours
moins occupée de fes enfans que
d'elle méme. Qui peut cependant ignorer
le danger qu'il y a de livrer une jeune
fille à fes premieres idées ? Son imagination
s'exerce alors fur tous les objets. Si
elle ne trouve pas une ſociété dans ſa
mere , elle ne tarde point de s'en choiſir
une , & l'on peut juger quel en ſera le
fruit : des peines , des inquiétudes , & tôt
ou tard de longs regrets. Henriette de
Berville en a fait la triſte expérience. Elle
avoit donné à Seligny un coeur dont elle
ne pouvoit diſpoſer que du conſentement
de fa mere. Mais cette mere étoit
bien éloignée de répondre aux voeux de
fa fille , & de lui acorder pour époux un
jeune homme qui n'avoit que des vertus
&des talens. Elle fuivoit la maxime orAVRIL.
II . Vol. 1774. 85
dinaire des familles orgueilleuſes & intéreſſées
, qui eſt de moins s'occuper d'affortir
les coeurs que les fortunes. Elle
avoit depuis quelque temps choiſi pour
époux à ſa fille un grand garçon bien décontenancé
, bien gauche & dont les regards
ſtupides ne prévenoient nullement
en ſa faveur ; mais il avoit une fortune
& un rang afſurés. Norton (c'eſt le nom
du protégé de M de Berville ) ne ceſſoit
d'obſéder Henriette par ſes affiduités On
peut ſe figurer ici la ſituation d'une jeune
perſonne qui , le coeur rempli d'un objet
aimé , ſe voit preſſée par un homme qu'elle
ne peut fouffrir. Henriette n'a pas méme
la confolation de ſe réfugier dans l'aſyle
de la Nature. Madame de Berville a
banni fa fille de ſa préſence , elle l'a fait
renfermer dans une triſte ſolitude où cette
jeune perſonne ſe voit réduite à pleurer
-nuit&jour ſur ſon triſte fort qui la ſépare
de ce qu'elle a au monde de plus cher ,
d'une mere & d'un amant. Le chagrin
*détruit ſa ſanté , ſon foible cerveau ſe
trouble , ſes ſens s'alterent , ſa raiſon s'éteint.
Elle n'a plus qu'une idée confufe
des perſonnes qu'elle a connues. Le feul
objet de fa fatale erreur l'occupe toute
-entiere : elle l'appelle. Souvent elle croit
F3
86 MERCURE DE FRANCE'
le voir. Elle obſerve d'un oeil inquiet
tous ceux qui l'approchent , & paroît
chercher à le reconnoître. Mais ce qui
l'affecte encore plus , c'eſt l'idée de Norton.
Elle n'entend ſon nom qu'avec un
ſentiment de terreur. Quand on en parle ,
ſes yeux s'égarent , ſon viſage s'enflamme.
Rendue à elle- même , elle ſent toute
l'horreur de fon état , & n'en eſt que plus
à plaindre. Ces intervalles de raiſon la
plongent dans une douleur muette , concentrée:
elle arracheroit alors des larmes
au coeur le plus dur. Ayant dans unde ces
momens apperçu Cécile, ſa jeune, ſoeur ,
auprès d'elle , elle lui parla des malheurs
de l'amour ; & elle ajouta , en lui ferrant
lamain: Souvenez - vous de moi , ma
ود
"
و د
ود
ود
وو
ſoeur , pour ne jamais aimer. Je reconnois
l'erreur qui m'a ſéduite , & je ne
crains plus de l'avouer. J'aimois : j'aime
peut-être encore; mais bientôt je n'aimerai
plus. " La mort en effetne tarda
point à délivrer Henriette du délire de
l'amour & de la haine d'une mere qui , après
avoir égaré la raiſon de ſa fille par
les procédés les plus durs , avoit rejeté
cet enfant loin d'elle comme un objet
d'opprobre.
Cette hiſtoire , écrite avec ſentiment ,
peut ſervir de leçon aux meres ; s'il en eſt
AVRIL. II. Vol. 1774. 87
et
=
encore d'aſſez cruelles pour refuſer la
moindre conſolation à leur enfant dont
le ſeul défaut eſt d'avoir un coeur trop ſen.
ſible. Cette leçon doit même les affecter
d'autant plus que l'éditeur des lettres de
Henriette de Berville nous prévient que
ces lettres ne ſont point le fruit de l'imagination.
Tous les détails en font vrais :
l'événement qui les termine eſt arrivé
l'année derniere.
Il y a quelques exemplaires de ces lettres
en grand papier pour joindre aux ouvrages
du même auteur qui ſont dans ce
format. On trouve ces ouvrages chez
Monory , libraire , qui vient auſſi de mettre
en vente les fables de M. Dorat , fuperbe
édition ornée d'un grand nombre de
gravures. Il y a un petit nombre d'exemplaires
de ces fables imprimées ſur du
papier d'Hollande.
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
règnes de Claude & de Néron , par le
P. Dotteville , de l'Oratoire , pour
ſervir de ſuite à la traduction de l'abbé
de la Bletterie , chez Moutard , libraire.
TACITE a toujours été l'écueil des traducteurs:
on peut appliquer à un hiſto-
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
rien auffi profond ce que l'élégant traduc-
• teur de Juvenal a dit des Poëtes. Il faudroit
une ame vaſte pour contenir la fienne
, & un eſprit fouple & hardi pour ſe
plier au ſien. Parmi les différents traducteurs
de Tacite , quelques-uns ſe ſont
attachés à rendre le ſens littéral de l'auteur.
Comme ſouvent il eſt profond , &
quelquefois même énigmatique , il a fallu
le périphrafer , parce que le caractere de
notre langue étant la clarté , elle n'admet
point de ſens obfcur. Dès lors le ſtyle
eſt devenu froid & languiſſant. A ces
mots ſimples & énergiques qui dans Tacite
peignent les caracteres , ils ont ſubſtitué
de longues périphraſes ſans couleur&
ſans vie , qui donnent au diſcours une
marche peſante. Le P. Dotteville a confidéré
ſon objet ſous un autre point de
vue : il a cherché à rendre en françois
la briéveté du latin.
Le génie des deux langues étant différent
, ſi quelquefois il y eſt parvenu ,
ce n'a été qu'aux dépens de la clarté &de
l'énergie de l'expreffion. Son but étant
d'être utile dans les colleges , on doit lui
ſavoir gré de ſes efforts . Son ouvrage à
• M. du Saulx , de l'Académie des infcriptions & bel
les - lettres.
AVRIL. II. Vol. 1774: 89
at
d'autant plus de mérite , qu'il s'eſt attaché
au ſens de l'auteur avec aſſez de ris
gueur. Lorſque les commentateurs ne
- ſont point d'accord (ce qui arrive fort
ſouvent ) il a ſuivi le ſentiment qui lui a
paru le plus probable , & il en rend
compte dans des notes. Pour donner une
idée de cette nouvelle traduction , nous
allons mettre ſous les yeux du lecteur la
mort de Meſſaline.
30
8
e
Interim Meſſalina Lucullanis in hortis
prolatare vitam : cependant Meffaline retirée
dans les jardins de Lucullus , ne renonçoit
point à la vie ; non - ſeulement
elle n'y renonçoit point , mais elle cherchoit
à la prolonger , prolatare vitam.
Componere preces , nonnulla ſpe , &
aliquando ira ; tantâ inter extrema ſuperbiâ
agebat. Des espérances , & quelquefois
le dépit feul ( tant l'orgueil agis-
Joit encore fur elle à ſa derniere heure ) lui
faisoient composer une requête. Contrefens
; car outre qu'ici dépit ne répond
point au mot latin ird , c'eſt qu'on ne
conçoit point comment le dépit peut engager
une femme à faire des prieres ;
alors c'eſt moins le dépit que l'humiliation.
Le ſens d'Ablancourt paroît être le
véritable : des prieres dans lesquelles il
entroit de la colere & de l'eſpérance.
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
Composer une requête n'eſt pas élégant : d
Saderniere heure ne rend pas la force de la
penſée; il falloit dire au comble du malheur,
inter extrema.
Ac ni cædem ejus Narciſſus properaviſſet
, verterit pernicies in accufatorem.
La délation de Narciſſe retomboit fur
lui - même , s'il n'en eût haté l'effet . Il falloit
dire quel étoit cet effet. Tacite l'a dit ,
cædem ejus, la mort de Meſſaline. Nam
Claudius , domum regreſſus , & tempeſtivis
epulis delinitus, ubi vino incaluit
, iri jubet , nuntiarique mifera ( hoc
enim verbo uſum ferunt) dicendam ad
cauſam poſterâ die adeſſet. Une table opulente
dont on avoit devancé l'heure , diſſipoit
les chagrins de Claude. Que de mots
pour rendre tempeftivis epulis delinitus.
Le traducteur a ſuivi par préférence le
ſens du Dictionnaire de Novitius ; mais
quoi qu'il en ſoit , on dit bien avancer
l'heure d'un repas , mais on ne dit pas devancer
l'heure d'une table opulente , cette
épithete eſt inutile ; car il n'eſt pas bien
extraordinaire que la table d'un Empereur
Romain ſoit opulente ; & puis d'ailleurs
c'eſt moins l'opulence d'une table , que la
délicateſſe des mets qui diſſipe les chagrins.
Il venoit de dire , échauffé par le
vin, qu'on avertiſſe cette malheureuse, (on
:
AVRIL. II. Vol. 1774 91
ت
a
d
: affure qu'ilsefervit de ce terme) de sejustiel
fier demain devant moi : Ici on eſt tenté de
prendre cette malheureuse en mauvaiſe
part , comme on le fait ſouvent dans
notre langue. Cependant la phraſe ſuivante
prouve que le motif qui faiſoit
parler l'Empereur , étoit la compaffion
& non pas le mépris. D'ailleurs le mot
it, mifer chez les Latins ſe prenoit-il dans le
m ſens du mépris ? Le traducteur ne pouvoit
dire cette infortunée: cette épithete
n'auroit point convenu à Meſſaline , qui
méritoit tous ſes malheurs. Bernardo Davanzati
, traducteur Italien , a rendu ce
mot mifera par poverella. Quod ubi auditum
, & languefcere ira , redire amor ,
ficunctarentur , propinqua nox ,
& uxorii cubiculi memoria timebantur.
Ces mots marquoient que fa colere s'affoibliſſoit
; on craignit un retour de tendreſſe ;
la nuit approchoit , la chambre pouvoit
- rappeler le ſouvenir de l'épouse. Ce tour
n'eſt pas clair , il auroit été plus ſimplede
dire : la chambre de l'épouse pouvoit en
rappeler le ſouvenir. Prorumpit Narciſſus ,
denuntiatque centurionibus & tribuno
qui aderant , exſequi cædem: ita imperatorem
jubere : Narciffefort bruſquement ;
les centurions & le tribun attendoient l'ordre
en dehors : il leur commande au nom
e
S
ac
92 MERCURE DE FRANCE.
de l'empereur de faire mourir Meffaline.
Ces mots prorumpit denuntiatque ne devoient
pas etre ſéparés dans le françois :
outre que cette diviſion ôte la vivacité ,
c'eſt que Narciſſe ne fortoit que pour
donner cet ordre. Il falloit au moins le
faire fentir. Cuſtos & exactor è libertis
Evodus datur. Iſque raptim in hortos prægreſſus
reperit fufam humi , affidente matre
Lepida , quæ florenti filiæ haud concors
, ſupremis ejus neceffitatibus ad miſerationem
evicta erat. On leur joignit l'affranchi
Evodus pour s'affurer d'elle , &
faire exécuter la Sentence . Evodus les devance
en grand hate : il trouve l'impératrice
étendue par terre ; à côté d'elle étoit afſfife
Lepida , fa mere Lepida , brouillée avec
Meſſaline pendant Sa fortune , étoit accourue
pour prendre part à fon malheur.
Evicta erat n'eſt point rendu. Suadebatque
, ne percufforem opperiretur : tranſiſſe
vitam , neque aliud quàm morte
decus , quærendum. Elle lui conſeilloit
de ne point attendre qu'un bourreau portât
la main fur elle ; sa vie étoit pasfée
, il n'étoit question que de périr fans
honte.
Qu'un bourreau portât la main fur elle ,
n'eſt point dans le latin. Périrfans honte
: )
AVRIL. II. Vol. 1774. 93
>
ne dit pas périr avec gloire , morte decus.
✓ Sed animo per libidines corrupto , nihil
honeſtum inerat ; lacrimæque & quæftus
invicti ducebantur quum impetu venientium
, pulſæ fores. Mais cette ame flétrie
par la volupté n'étoit plus fusceptible
d'honneur . Toutes deux s'abandonnoient
aux larmes & à des regrets fuperflus , lorsque
les foldats , dès leur arrivée , enfoncent
la porte. " Tacite ne dit point que
toutes deux s'abandonnoient aux larmes ;
- il ne parle que de la foibleſſe de Meſſaline:
ſa mere au contraire s'efforçoit de
l'encourager par ſes diſcours. Adſtititque
tribunus per filentium , at libertus incre-
- pans multis ac fervilibus probris. Le tri-
- bun se présente debout en filence devant
- Meſſaline ; l'affranchi l'accable d'injures
groſſieres : se préſente debout ; debout eft
- inutile , parce qu'on ne ſe préſente point
affis.
On trouve chez le même Libraire la
traduction complette de Tacite. Savoir :
la Vie d'Agricola & les Moeurs desGermains
, trad. par l'abbé de la Bletterie ,
2 vol . in - 12. 6 liv.
Les fix premiers Livres des Annales de
Tacite , trad. par le même , 3 vol. in- 12.
fig. relié , 10 liv. 10 ſols.
1
94
MERCURE DE FRANCE.
Les fix derniers Livres des Annales ,
trad. par le P. Dotteville de l'Oratoire ,
2vol in - 12 . rel. 6 liv.
Histoire de Tacite trad. enfrançois , avec
'le latin à côté & des notes , par le même ,
2 vol. in - 12. avec des plans rel. 6 liv.
Elémens de l'Histoire Romaine , diviſés
en trois parties , avec des cartes &des
tableaux analytiques ; nouvelle édition
revue , corrigée & conſidérablement
augmentée d'une géographie ancienne
de l'Italie. Par M. Mentelle , profesfeur
d'hiſtoire & de géographie à l'Ecole
royale militaire , de l'Académie
des ſciences & belles-lettres deRouen,
&c. 2 vol. in- 12 . A Paris , chez Delalain
, libraire. 177 .
La premiere édition de cet ouvrage ,
ne formant qu'un volume , parut en 1766.
Il fut dès lors regardé comme un livre
claſſique & admis dans toutesles maiſons
conſacrées à l'éducation. Cette feconde
édition eſt , comme la premiere , dédiée
à Meſſieurs les Eleves de l'Ecole royale
militaire , où l'auteur profeſſe l'hiſtoire&
la géographie. En augmentant cet ouvrage
, M. M. vient d'ajouter infiniment à
AVRIL. II. Vol. 1774. 95
fon utilité. Il eſt diviſé en trois parties.
La premiere renferme la géographie ancienne
de l'Italie , que l'on ne trouve nulle
part traitée avec autant de méthode &
de clarté , & que l'on n'avoit pas même
encore donnée en françois dans une certaine
étendue. On ne peutdiſconvenir cependant
qu'elle n'importe infiniment pour
l'intelligence de la plupart des auteurs latins.
Comme c'eſt dans cette partie que
ſe trouve la plus grande augmentation
faite à ce livre, nous nous y bornerons
dans cet extrait.
M. Mentelle a placé à la tête une carte
de l'Italie ancienne extraite de l'excellente
carte de M. d'Anville. S'il ya de la
ſageſſe à ſuivre un ſi bon guide , il n'y a
pas moins de bonne foi à en convenir.
L'auteur a eu ſoin de n'y admettre queles
lieux nommés dans ſon ouvrage. Le ſyſ
tême de M. Fréret ſur les anciens habi
tans de l'Italie , auſſi bien que les diviſions
, les fubdiviſions , les montagnes ,
les fleuves , les peuples , les villes &c. ,
} &c.. commencent l'ouvrage & font indiqués
par une ſuite de tableaux , dans
leſquels on doit remarquer l'exactitude de
l'auteur & l'intelligence typographique,
On y trouve , en caracteres différens , les
96
MERCURE DE FRANCE.
noms modernes à côté des noms anciens.
Ce parallele eſt obſervé de même dans le
reſte de l'ouvrage.
Nous ne ſuivrons pas M. M. dans la
fuite de la géographie de l'Italie , quin'eſt
que le développement de ces premiers tableaux
; mais nous remarquerons 1º. qu'il
rapporte un grand nombre d'étymologies
très-heureuſes , * dont la plupart ne font
ni dans Cluvier , ni dans Cellarius , &c.
20. qu'il rapporte ſur chaque peuple ,
quelque choſe de ſon origine , deſes loix ,
de ſa religion , de ſes uſages , &c ; 3 °. que
par rapport aux villes , il fauve la ſéchereſſe
de la nomenclature en rapportant
des traits d'hiſtoire qui y ont rapport. 4°.
que partout il cite les dates des événe
mens , & les auteurs ſur le témoignage
deſquels il s'appuie; 5°. que quand un
paſſage grec ou latin , qu'un mot celtique
ou oriental eſt ſuſceptible de difcuffion,
il en fait l'objet d'une note , dont la
plupart font inſtructives & quelquefois
au-deſſus des écoliers. 6º. Enfin que chaque
article de géographie ancienne eſt
toujours
*
Voy. celles de Bergomum , de Brixia , de Luna , de
Cære , de Sybaris , de Regium , de Cluſium, d'Etruria ,
&c , &c.
AVRIL. II. Vol. 1774. 97
toujours ſuivi d'un article plus court de
géographie moderne , qui fait connoître
l'état préſent de la province ou de la ville
dont il eſt queſtion.
La ſeconde partie des Elémens de l'histoire
Romaine renferme , dans un afſez
court eſpace , une infinité de choſes eſſentielles
ſur le droit , les magiftratures ,
l'art militaire , le commerce , les uſages
&c. , &c. , des Romains. Et ces différens
objets étant liés entre eux dans un
tableau analytique qui précede cette feconde
partie , les jeunes gens les retiennent
en en ſaiſiſſant tout l'enſemble..
La troiſieme partie, qui forme le ſecond
volume , n'eſt qu'une narration abrégée
de l'hiſtoire de la République Romaine.
Elle eſt ſuivie d'une table chronologique
des années ſelon Varron & les
marbres capitolins , comparées aux années
qui ont précédé le commencément de
l'Ere vulgaire. Le ſecond volume eſt terminé
par une eſpece de dictionnaire qui
fert auffi de table des matieres. On y renvoie
pour chaque nom aux différentes pages
du livre. Mais tous les noms des grands
hommes y font accompagnés d'une petite
notice qui ſert à les faire connoître ;
ceux de beaucoup d'objets y ont leur éty-
G
98 MERCURE DE FRANCE.
mologie ; enfin il paroît que l'auteur ne
s'eſt épargné aucune peine pour hâter les
progrès de ſes éleves , & multiplier leurs
connoiſſances en applaniſſant , le plus qu'il
eſt poſſible , les difficultés inſéparables de
l'étude.
L'auteur avoit donné précédemment
la Géographie ancienne de la Grece : * ces
ouvrages font faits pour aller enſemble ,
& contribueront à faire connoître mieux
que jamais deux des plus fameux Peuples
de l'antiquité.
Raton aux Enfers , imitation libre & en
vers , du Murner in der bôlle de M. Frédéric
- Guillaume Zacharie , ſuivie de la
traduction littérale de ce poëme allemand
; par M. ***, de l'Académie des
ſciences , belles- lettres& arts deRouen ,
&, ci - devant un des inſpecteurs de
MM. les Eleves de l'Ecole royale mi .
litaire. Prix , I liv. 4 fols. AGenève ;
& ſe trouve à Paris , chez Dubois ,
pere & fils , libraires. 1774.
Le Murner in der holle ou le Mâtou aux
** Chez Barbou , rue des Mathurins , I , vol. in- 8 . relié,
2 liv..
AVRIL. II. Vol. 1774.99
Enfers de M. Zacharie , avoit juſqu'a
préſent été négligé de ceux qui nous ont
donné des traductions de poëſies allemandes.
On ne peut diſconvenir cependant
qu'il n'y ait de l'invention , de la conduite
, des deſcriptions agréables & pluſieurs
endroits heureux & bien frappés . Il
eft vrai que , donné ſeul , il eût pu ne
pas faire une grande ſenſation , par le peu
d'importance du ſujet , & le peu d'étendue
dans l'exécution ; mais , en y joignant
une imitation en vers , M *** lui aſſure
une réputationdiftinguée ,& a fait de cette
production un tout fort agréable. Faiſons
connoître d'abord la traduction littérale ,
ou , ſi l'on veut , le poëme allemand .
Chant. I. Après une invocation à ſa
mufe , M. Zacharie raconte que ſur les
bords de l'Elbe eſt un château où le vieux
Raban vit avec une niece d'autant plus
aimable , qu'elle eſt fort économe. Cette
Demoiſelle a pour compagnie ordinaire
une Suivante , un chat & un perroquet.
Pendant que le chat , fatigué d'avoir
couru toute la nuit, repoſe dans l'appartement
de ſa maîtreſſe , le perroquet apperçoit
une Furie dans les airs , s'écrie :
,, ah! qu'elle eſt laide ! " La furie , pour
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
s'en venger , ſuſcite contre lui le chat (1) .
Le vieil oncle arrive , tue le chat d'un
coup de bâton. Surviennent bientôt la
Demoiselle & fa Suivante. La premiere
montre une douleur très-vive , & la Suivante
l'imite. La Furie regarde ces objets
d'un oeil content.
Chant II. Liſette ſeule , ſe félicite de
la mort du chat dont elle avoit fort à ſe
plaindre. Elle jette fon cadavre ſur du
fumier. Cependant la Demoiſelle Rofaure
perd de vue le ſujet de ſa triſteſſe ;
elle ſe met à ſa toilette : il arrive compagnie
; on ſe met à table ,,, & le petit-
,, maître (2 ) ne ceſſa de vuider les cou-
,, pes , que lorſque l'étoile du ſoir , àtravers
les nuages , eut fait briller fon ai-
,, mable lumiere.
و د
Cependant le chat deſcend aux enfers ,
& ne peut être admis dans la barque de
Caron , parce que fon corps eſt demeuré
fans ſépulture.
Il prend le parti de ſe mêler parmi les
revenants .
(1 ) M. ** a changé ceci dans ſes vers , & il en prévient
dans un avertiſement. Il ſuppoſe la Furie jalouſe
du bonheur du Chat , & c'eſt en effet lui qui meurt.
(2) de Petit - Maftre Allemand.
;
AVRIL . II. Vol. 1774. ΙΟΙ
Chant III. Lifettte veilloit pour broder
des manchettes à fon amant. Minuit fonne
; c'eſt l'heure où l'on voit des ſpectres.
Elle veut ſe ſauver à ſa chambre qui eſt
au haut de la maiſon; la peur la fait descendre
à la cave. Un peu remiſe , elle remonte
; mais elle apperçoit Murner tout
en feu. Il ſe préſente preſque auſſi - tôt à
Raban , & enfin à ſa maîtreſſe Roſaure ,
à laquelle il adreſſe une priere fort tendre.
La Demoiselle ſonne avec effroi.
Liſette arrive ; l'oncle ſurvient. Tous
concluent qu'il faut mettre en terre le cadavre
du chat. Cet ordre eſt exécuté , &
l'ombre de Murner ſe mêle parmi les
ames qui s'approchent de la barque du
vieux Caron.
Chant IV. Le Poëte Allemand décrit
les enfers , le paſſage du chat , & la tranquillité
dont il va jouir dans les champs
Elyſées .
Chant V. Rofaure apperçoit le jardinier
qui vient d'enterrer fon chat ; cette
vue réveille ſa douleur : elle veut ellemême
jeter des fleurs ſur ſon tombeau.
La Renommée va trouver le Magifter ,
lui rappelle ſes talens , & l'invite à faire
l'épitaphe de Murner. Bientôt il l'apporte
à Roſaure , qui lui promet une forte récompenfe.
L'épitaphe eſt gravée ſur un
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
marbre. ,, L'Etranger curieux vient le
„ contempler ſouvent ; & le Voyageur
,, inſtruit , détaille au loin la beauté de
„ ce monument." Pour avoir une idée des
détails , il ſuffira de rapprocher quelques
morceaux de la traduction littérale & de
l'imitation en vers .
"
ود
ود
,
Chant I. Invocation. Chante-moi
Muſe enjouée , les exploits héroïques
&la mort déplorable d'un chat immor-
„ tel , qui a traverſé les eaux du noir
Cocyte , & qui a vu fon corps repoſer
dansun tombeau de marbre, ainſi que
,, ceux des plus grands héros."
ود
ود
Voici le début de l'imitation.
Toi , qui jadis d'un héros perroquet
Chantas les faits par la voix de Greffet ;
Toi , qui dictois à ſa plume badine
Ces vers légers , enfans d'un doux loiſir ,
Lorſqu'un rayon de la Grace divine
Vint l'enflammer d'un plus noble defir ;
Lui fit quitter la riante doctrine
Des jeux badins , des folâtres amours
Pour la retraite où , ſe taiſant toujours ,
Il craint de voir le Ciel impitoyable
Lui reprocher à la fin de ſes jours
D'avoir uſé d'un talent agréable ;
Muſe charmante , anime mes écrits
AVRIL. II. Vol. 1774. 103
1
De la galté , des riantes peintures
Qui , dans ſes vers , enchantent les eſprits.
Quand de Vert-vert on lit les aventures .
De mon héros & l'eſpece & le nom
Auſſi fameux , n'auront pas moins de charmes ,
Et les deſtins du malheureux Raton
Aux tendres coeurs arracheront des larmes .
Eh ! qui pourroit ne pas donner des pleurs
Au coup fatal qui termina ſa vie ,
Au fort affreux dont elle fut ſuivie ,
Lorſque , privé des funebres honneurs ,
Il demeura fur les bords du Cocyte ,
Et vint enfin rendre aux humains viſite ,
Tant qu'il obtint que , Mauſole nouveau ,
Il ſeroit mis en ſuperbe tombeau ?
Au commencement du printems , Murner
quitte la chambre de ſa maîtreſſe pour
aller courir. ,, L'Hiver , dit le poëte Alle-
"
"
ود
ود
mand , venoit de verſer de ſes aîles
,, orageuſes les derniers frimats accom-
,, pagnés de grêle ; le Printems s'avançoit
en triomphe ſur d'agréables tapis
bigarrés de violettes & de tulipes ; &
la fille de Pandion, ſur des haies ver-
,, doyantes , commençoit à faire entendre
ſes aimables chansons , lorſque
l'Aurore , fortant de la mer , parut fur
l'horizon & pouſſa devant elle des vents
,, impétueux. Ils mugirent avec tant de
"
ود
ود
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
,, fureur autour du château , qu'ils oblige
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
rent le chauffeur de deſcendre en murmurant
ſous un vaſte bûcher & de rallumer
dans les poëles un feu bienfaifant.
Ciper (c'étoit le nom du chat )
trottoit ſur les toits : il avoit paſſé la
nuit à courir dans les gouttieres , & à
donner la chaſſe à des légions de rats.
Sa gueule , armée de dents meurtrieres ,
étoit teinte de ſang coulant de toutes
,, parts: enivré de ſa victoire , il s'étoit
vautré en rugiſſant ſur leurs cadavres. II
ſe gliſſa dans la chambre , au moment
,, que la ſuivante portoit de l'eau bouillante
pour donner à ſa maîtreſſe une
taſſe de thé ; mais l'ayant trouvée profondément
endormie , elle referma fon
rideau fans bruit & fortit doucement
de la chambre. Ciper , que ſes aventures
avoient fatigué , fe coucha commodément
ſous le poële ardent , étendit
devant lui ſes griffes de lion , & tomba
bientôt dans le plus doux aſſoupiſſement.
" La maniere de M. Zacharie
eſt forte , mais un peu ſérieuſe dans ce
morceau . Le voici dans l'imitation .
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
ود
و د
ود
Déjà l'hiver avoit vu dans les plaines
Tomber fon char hériſſe de glaçons ;
AVRIL: II. Vol. 1774. rog
Des aquilons les fougueuſes haleines
Se retiroient dans leurs antres profonds ,
Sur les ormeaux la tendre Philomele
Faiſoit ouïr ſes accords raviſſans ;
Et les bergers , dans leurs jeux innocens ,
Rendoient hommage à la ſaiſon nouvelle.
Voulant auſſi des charmes du printems ,
Pour ſes plaiſirs tirer quelque avantage ,
Des chats fameux ſuivant l'antique uſage ,
Raton , les nuits , ſe donnoit du bon temps ;
Couroit les toits , les greniers , les gouttieres ,
Guettoit ſouris , & de mille manieres
Les attrapoit , malgré tous leurs détours ;
Puis , recourbant ſa patte de velours ,
Les balottoit en avant , en arriere ,
Tant que , laſſe de ce barbare jeu ;
Il les croquoit de ſa dent meurtriere .
Mais ce bonheur , hélas ! dura trop peu.
Fut- il jamais un beau jour ſans nuage ! &c , &c.
Enfin le chat entre chez sa maîtresse & s'endort . ১
On voit que M. ** y met plus de gaîté
que l'auteur Allemand. Il a partagé le
premier chant de ſon auteur en deux.
Voici comme il commence le chant II.
Il eſt un âge où tout ſe peint en beau ,
Où tout fourit à notre ame enchantée ;
Par le defir vivement agitée
/
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
1
Elle s'enflamme à chaque objet nouveau ;
Et même encor doucement affectée ,
Lorſque la nuit a tiré fon rideau ,
Elle ſe prête aux erreurs du cerveau.
Chacun alors de l'aveugle fortune
Abondamment partage les faveurs ;
Mais des amans l'eſpece aſſez commune
Fournit , dit- on , les plus heureux rêveurs.
Beauté farouche eſt alors moins cruelle ,
Beauté volage alors fixe ſon choix ;
Et , de l'Amour ſuivant les douces loix ,
L'une eſt plus tendre & l'autre plus fidelle.
De la Nature & merveilleux préſens !
Vous ajoutez au bonheur de notre être ;
Lorsque le coeur , abuſé par les ſens ,
Se croit heureux , n'est- ce pas vraiment l'étre ?
Mais ce n'eſt pas ſeulement des humains
Que la Nature ainſi fit le partage ;
Chaque animal a reçu de ſes mains
Don de rêver tout auſſi-bien qu'un ſage ,
Ainſi Raton , &c , &c.
Ce petit exorde eſt fort joli , & n'eſt
point dans l'auteur Allemand. Il en eſt
de même du commencement du chant III .
L'auteur va faire connoître la politique
de la Suivante qui a feint de pleurer la
mort du chat pour complaire à ſa maîtreffe.
AVRIL. II. Vol. 1774. 107
Talent heureux , talent inestimable ,
Vertu des grands , ignorée autrefois .
De nos aïeux les bons & francs Gaulois ,
Qui , ſignalant leurs bras par mille exploits
Et d'un gros vin s'enivrant à leur table ,
Sans cultiver tant de moyens adroits
D'envelopper , fous un dehors affable ,
Les mouvemens de leur coeur intraitable ,
Du fier honneur n'écoutoient que la voix ;
Toi qui , parant d'un vernis agréable
Le froid refus & la haine implacable
Es cultivé chez l'opulent bourgeois ,
Chez le prélat , & fur- tout près des Rois;
Art précieux de feindre avec tendreſſe
Un fentiment que l'on n'éprouve pas ,
Et qui nous fait , bleſſant goût & juſteſſe ,
Louer tout haut , quand nous blamons tout bas ;
Tu fais voiler d'une gaze légere
La Vérité dont le front trop ſévere ,
Bleſſe nos yeux devenus délicats :
Vers les honneurs tu menes à grands pas
Le fourbe adroit qui fait fe contrefaire ;
Et la vertu , belle de ſes appas ,
Sans ton fecours , languit dans la miſere ;
Toi ſeul enfin peux donner l'art de plaire :
Malheur chez nous à qui ne t'aura pas !
Laure à vingt ans , quoique née au village ,
Heureuſement n'étoit point dans ce cas , &c.
10S MERCURE DE FRANCE .
Il ya encore d'autres détails fort agréa
bles auxquels nous ne pouvons nous arrêter.
Cette traduction , & fur- tout cette
imitation en vers , doivent être d'autant
mieux accueillies , que l'auteur s'annonce
dans ſa préface pour un homme occupé
d'études plus profondes. Nous le croyons
volontiers , s'il eſt vrai , comme on nous
l'a dit , que ce badinage ſoit de M. Mentelle
, qui vient de donner une nouvelle
édition de ſes Elémens de l'Histoire Romaine
, dans leſquels la géographie ancienne
de l'Italie eſt traitée d'une maniere
fort ſavante.
Mémoire fur la meilleure maniere de construire
un Hôpital de Malades ; par M.
A. Petit , docteur- régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de Paris ,
ancien profeſſeur d'anatomie , de Chirurgie
& de l'art des accouchemens aux
écoles de médecine , profeſſeur d'anatomie&
de chirurgie au jardin du Roi;
membre des Académies royales des
ſciences de Paris & de Stockholm ; inspecteur
des hôpitaux militaires , &c ,
&c. A Paris , de l'imprimerie de L.
Cellot , rue Dauphine , in - 4°. de 16
pages avec deux planches gravées en
taille douce , 1774.
AVRIL. II. Vol. 1774 109
Après le déſaſtre arrivé derniérement
à l'Hôtel-Dieu de Paris , plufiers de nos
artiſtes & de nos citoyens éclairés préſenterent
différens projets pour le reconstruire
hors de cette capitale , conformément
aux voeux du Public qui deſiroit
depuis long- temps cette tranflation. Les
uns choiſirent le terrein du couvent des
Bons - Hommes ; ſur la rive droite de la
Seine près Paſſy ; les autres proposerent
de le placer à l'oppoſite , fur la rive gauche
de cette riviere , près de l'Ecole militaire :
d'autres conſeillerent d'augmenter les anciens
bâtimens de l'hôpital St Louis , enfin
il y en eut , & ce fut le plus grand nombre
, qui choiſirent l'Iſle des Cygnes. Suivant
le projet de M. Petit , il faudroit rebâtir
l'Hôtel - Dieu ſur le terrein qui s'étend
entre l'hôpital St Louis & le monticule
de Belle - Ville , il regarde cet endroit
comme réuniſſant tous les avantages
que l'on peut deſirer pour le plus parfait
des emplacemens ; le but de ſon mémoire
eſt de les développer & d'expoſer enſuite
ſes vues particulieres par rapport à un
plan de diſtribution le plus capable de
favoriſer ſon ſervice.
Il commence d'abord par faire voir
qu'on doit avoir égard , dans la fitutaion
(
IIO MERCURE DE FRANCE.
d'un hôpital de malades , à la pureté de
l'air , à la falubrité , à l'abondance des
eaux , à la facilité du ſervice , à la tranquillité
, & que toutes ces choſes nepouvant
ſe trouver au milieu des grandes
villes , il eſt indiſpenſable de transférer
ces maiſons au- dehors de leur enceinte .
M. Petit ajoute à ces conſidérations
qu'un hôpital ne fauroit être bien placé
que ſur un terrein élevé , à cauſede l'humidité
qui regne dans les lieux bas , &
qu'il feroit importantde le ſituer toujours
à l'abri du vent du Nord , qui eſt un fléau
pour les malades. Venant enſuite à l'examen
de l'emplacement qu'il a choiſi , il
démontre qu'il réunit toutes les perfections
qu'on peut defirer: il eſt aſſez loin
de Paris , ſans l'être cependant trop , pour
être garanti du bruit : les malades pourroienty
être transférés fans inconvéniens ,
du dépôt général qu'on laiſſeroit ſubſiſter
à l'ancien Hôtel-Dieu , & où l'on ne retiendroit
que ceux qui feroient hors d'état
d'être conduits au nouveau:l'air en eſt pur;
la maiſon qu'on y bâtiroit ſeroit garantie
du vent du Nord par le monticule de Belle-
Ville qui le couvriroit comme un rideau
; elle pourroit être approviſionnée
d'eau par celle que l'on tire de Belle
AVRIL. II. Vol. 1774.
et
de ViVlilllee ,, de Ménil - montant &du Pré St
Gervais ; en un mot, le paſſage du grand
égout de Paris dans ſes environs faciliteroit
l'écoulement de ſes immondices.
Que l'on ajoute àtout cela l'avantage précieux
qui réſulteroit pour l'Hôtel - Dieu
bâti en cet endroit , du voiſinage de l'hôpital
St Louis , qui deviendroit pour lui
une eſpece de ſuccurſale où l'on placeroit
les magaſins , où l'on pourroit mettre un
grand nombre de malades en cas d'épidé-
5. mie , & où l'on pourroit traiter en tout
temps les maladies contagieuſes , la petite
vérole , la rougeole , &c. & l'on ſera
convaincu qu'il ſeroit bien difficile de
trouver , aux environs de Paris , une
ſituation plus favorable pour un pareil
établiſſement.
र
Quant à la diſtribution de fon plan ,
M. Petit propoſe de lui donner la forme
d'une étoile , & de diſpoſer ſes ſalles comme
autant de rayons tendant vers un centre
où feroit placée la chapelle , & au
pourtour de cette chapelle des portiques
dans leſquels déboucheroient les falles
des médecins , des chirurgiens & des meres
ſurveillantes , l'apothicairerie , les cuifines
, &c, en un mot tous les lieux d'où
peuvent partir tous les ſecours pour les
112 MERCURE DE FRANCE.
malades. Pour ce qui eſt des bâtimensquirégreroient
dans la circonférence extérieure
de cette étoile , ils ſerviroient aux dortoirs
des foeurs , aux logemens des chirurgiens ,
des prétres , à faire des promenades couvertes
pour les convalefcens : & les eſpaces
triangulaires compris entre les ſalles
feroient occupés par des cours & jardins
qui les aëreroient. Ainsi , au moyen de
cette diſpoſition , il y auroit la plus grande
facilité poffible pour le ſervice desmalades
; tous les ſecours ſe trouveroient à
leur portée , & il n'y auroit que le moindre
eſpace poſſible à parcourir pour arriver à
eux.
Outre ces vues générales , la conſtruction
particuliere des falles mérite la plus
grande attention. M. Petit propoſede les
faire de 40 pieds de haut fur 36de large ,
& 50 toiſes de long , & de diſpoſer les
lits des malades de chaque côté en quatre
rangs , les uns au -deſſus des autres , àpeu
- près comme les loges des ſalles de
ſpectacle : chaque lit occuperoit le milieu
d'une eſpece de niche ou aclove de neuf
pieds de haut ſur ſept enquarré. Un ſeul
malade ſeroit couché dans ce lit , aux
deux côtés duquel ſe trouveroit une ruelle
de deux pieds : au bout de l'une de ces
ruelles
AVRIL. II. Vol. 1774. 113
S,
1
B
de
-
F
ruelle s'ouvriroit dans le gros du mur
une fenêtre deſtinée à donner du jour &
de l'air à l'alcove , ainſi qu'à vuider & jeter
dehors les excrémens & les autres
choſes dont le voiſinage ſeroit incommode
au malade. La ſéparation des alcoves
ſe feroit par le moyen d'un petit mur
de briques , & tout cet appareil de loges,
les planchers même ſeroient de la même
conſtruction ; un rideau de toile ferme-
בי
roit l'alcove au pied du lit ; il ſeroit ouvert
le jour & tiré la nuit, ou quand le
malade voudroit dormir. Il régneroit ſur
le devant de ces alcoves une gallerie grillée
de quatre ou cinq pieds de large , par
le moyen de laquelle le ſervice ſe feroit
avec la plus grande promptitude. Entre
les galleries d'un côté & celles de l'autre
ſe trouveroit un espace de 12 ou 15 pieds
de large qui régneroit d'un bout à l'autre
de la falle , & depuis le rez - de - chauſſée
juſqu'au comble : on placeroit les poëles
deſtinés à chauffer les ſalles l'hiver.
,, Les avantages fans nombre qui réfultent
de cette diſpoſition ſe préſentent,
dit M. Petit , en foule à l'eſprit.Je pla-
,, ce d'abord trois fois plus de malades
ود
ود
" dans mes falles qu'on y en met commu-
,, nément. Je donne à chaque malade fon
,, lit & même ſa chambre. On ne verra
H
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و د
plus , à la honte de l'humanité & au
Icandale de la Religion , fix malheureux
amoncelés dans un même lit , ſe nuire,
s'alarmer , s'infecter mutuellement :
„ l'un , ſe tourmenter & crier quand les
„ autres ont beſoin de repos :: on ne verra
, plus un moribond ſe confeſſer àcôté de
„ cing malades qui entendent tout ce
,, qu'il dit: un autre recevoir leViatique
fur un grabat que fouille au même ins-
,, tant un agoniſant qui ſe vuide en rendant
le dernier ſoupir , ou bien un ma-
" lade qui ne peut retenir l'effet d'un purgatif
ou d'un émétique , ou bien enfin
,, dans un même lit où se trouve un fré-
" nétique qui , dans ſon tranſport , forme
„ un déplorable contraſte avec le prêtre
„ qui récite les prieres des mourans. Ma
و د
و و
و د
و د
main s'arrête , & le frémiſſement que
tant d'horreurs lui font éprouver , l'em-
» pêche d'achever cet abominable tableau."
ود
On ne fauroit afſurément qu'applaudir
à la compoſition du plan de cet hôpital
de malades , & nous ne croyons pas qu'il
foit poffible d'en imaginer un qui foit
plus propre , non feulement à fatisfaire
aux beſoins de tous les malades , fûrement
, promptement , avec le moins de
dépenſe , mais encore à en raſſembler dans
AVRIL. II. Vol. 1774. 115
un même lieu un très-grand nombre, fans
que leur multitude puiſſe leur étre pernicieuſe.
M. Petit paroît au ſurplus diſpoſé
à partager la gloire decette heureuſe diſtribution
avec M. Prunneaude Mont-Louis,
unde nos plus habiles architectes-experts;
il convient s'être rencontré avec lui à cet
égard , & fe fait même un devoir de le
publier. En effet , le projet de M. Prunneau
de Mont- Louis , que nous avons vu,
&auquel les connoiffeurs ont beaucoup
applaudi lorſqu'il en préſenta en fon
temps , le modele à MM. les Adminiſtrateurs
de l'Hôtel-Dieu , eſt abſolument
femblable dans ſon enſemble : leur différence
ne conſiſte gueres que dans la posſibilité
de l'exécution qui avoit été méditée
dans le dernier projet , & qui
paroît avoir été tout- à- fait négligée dans
l'autre. M. Petit a imaginé au centre de
cet hôpital , dans le point de réunion , des
falles où eſt placée la chapelle , un grand
cône de pierres ou de briques de 12 toifes
de diametre & de 35 toiſes de haut ,
entiérement porté ſur des colonnes iſolées
, le long des côtés duquel cône il fait
en outre ramper les tuyaux de toutes les
cheminées des cuiſines & des ſalles adjacentes
, ainſi que des poëles ; ce qui eſt
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
abſolument impraticable , au lieu que M.
Prunneau de Mont-Louis a tout - à- fait
ifolé ſa chapelle au milieu d'une cour
circulaire , & l'a entourée de portiques
ſervant de débouchés aux cuiſines , aux
falles des médecins , des chirurgiens , &c.
arrangement fans comparaiſon plus avantageux
, & qui n'offre aucune difficulté
pour l'exécution : au ſurplus M. Petit n'a
prétendu , comme il le dit lui - même ,
que propofer une eſquiſſe qu'il laiſſe à
développer aux maîtres de l'art ; & tous
les médecins ne font pas obligés d'être
auſſi habiles que le célebre Perrault dans
la conſtruction.
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la ſaine philoſophie ; par P. J.
Boudier de Villemaire , écuyer.
Leves gustus in philosophid movent ad atheismum , plesiores
ad Religionem .
BACON.
vol. in - 12. A Paris , chez Dufour , libraire
, & Monory , vis- à- vis la Comédie
Françoiſe.
Le nom feul de Philofophie , nous dit
l'auteur au commencement de cet ouvra-
„ ge , annonce le plus fublime emploi de la
و د
AVRIL . II. Vol. 1774. 117
S
5, raiſon. La vérité qu'elle recherche , &
ود
ود
ود
les principes des chofes ne ſe trouvant
qu'en Dieu , c'eſt à lui qu'il faut néces-
,, fairement qu'elle remonte pour atteindre
fon but. Les intelligences créées , dans
,, quelque ordre qu'elles foient , n'ont de
lumiere que par une émanation de la
,, Sageſſe incréée , & ne font que réfléchir
les rayons de celle dont elle veut
ود
ود
ود
bien les éclairer. La bonté a la même
„ origine ; le bon n'eſt que le vrai réduit
,, en acte , & dérive des convenances po-
ود
ود
ود
ود
ſées par leCréateur entre les êtres . Qui-
,, conque le méconnoît , doit donc perdre
de vue la regle , & du bon & du vrai.
L'un & l'autre font l'objet de la philoſophie
, & ne peuvent être ſaiſis que
,, par l'homme qui fixe ſes regards fur
la Vérité éternelle . Elle eſt le ſoleil de
l'ame. Lorſqu'entre elle & nous s'interpofent
les objets de nos cupidités ,
la raiſon ſouveraine eſt éclipſée , & la
nôtre tombe dans d'épaiſſes ténebres.
C'eſt à la philofophie à éloigner ces objets
qui ferment le paſſage à lalumiere ;
la philofophie eſt , comme on le voit ,
,, une théologie naturelle qui rapproche
l'homme de Dieu , au lieu de l'en éloi-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
,, gner."
Ce principe poſé , comment a- t- on pu
1
H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
1
décorer du nom de philoſophes ces esprits
ténébreux , qui , tels que l'auteur du
Systême de la Nature , veulent enlever au
genre humain les vérités les plus conſolantes
, & comment a-t-on pu nommer
ſageſſe une fauſſe dialectique qui attaque
les fondemens de la Société ? Le but de
l'ouvrage que nous venons d'annoncer eſt
de venger la philoſophie d'un tel outrage ,
en faiſant voir qu'elle s'éleve également
contre l'audace effrénée qui attaque les
grandes vérités de la Religion , & contre
la ſuperſtition qui la déshonore. Autant
éloignée d'une crédulité aveugle que d'un
doute obſtiné , elle marche d'un pas ferme
entre ces deux écueils. Conftamment
appuyée ſur la foi , elle ne reçoit rien
qu'elle ne l'ait jugé digne de cette origine
divine , & qu'elle n'en ait examiné les
preuves.
L'auteur ſuit la philoſophie dans cette
marche , & , après avoir reconnu la certitude
d'un petit nombre de principes fur
leſquels la raiſon s'appuie , il fait voir que
de tous , le plus évident eſt l'existence du
premier être & fon action ſur ſes créatures.
Revenant fur nous - mêmes , il examine
quel peut être le principe de notre
penſée , que tout nous annonce immaté
riel & immortel. Vérité d'où découlent
AVRIL. II. Vol. 1774. 119
des devoirs & un culte envers l'auteur de
tous les êtres. L'auteur termine fon ouvrage
par chercher ce qui peut caractérifer
le vrai culte , & il trouve ce caractere
dans la Religion Chrétienne , la ſeule qui
ſoit d'accord avec la ſaine philofophie.
L'auteur , pour compoſer cet ouvrage,
n'a eu beſoin que de ſe recueillir en filence
, de ſuivre l'enchaînement des penſées
de l'homme exempt de paffions , & de
tranſcrire les inſtructions que dicte l'amour
de l'ordre moral & civil , amour
qui naît de la connoiſſance du véritable
bonheur de l'homme,& fans lequel il n'y
a point de vrai philoſophe.
Recherches critiques , historiques & topographiques
fur la Ville de Paris , depuis
ſes commencemens connus juſqu'à préſent
, avec le plan de chaque quartier :
par le Sr Jaillot , géographe ordinaire
du Roi , de l'Académie royale des ſciences
& belles - lettres d'Angers .
Quid verum... curo & rogo , & omnis in hoc sum.
HOR. , lib. 1 , ep. 1.
XVe. cahier in- 8°. quartier StAntoine.
H 4
120 MERCURE DE FRANCE.
:
A Paris , chez l'auteur , quai & à côté
des grands Auguſtins ; & chez Aug.
Mart. Lottin aîné , imprimeur- libraire.
Ce nouveau cahier préſente , ainſi que
les précédens , des recherches curieuſes ,
utiles & éclairées par une ſage critique.
On lira fur- tout avec intérêt les difcusfions
dans lesquelles l'auteur eſt entré ſur
ce qui regarde les différens établiſſemens
qu'ont formés à Paris les Annonciades
Céleſtes ou les Filles-Bleues , les Religieuſes
Annonciades du St Eſprit , les
Religieuſes de Notre-Dame de Bon- Secours
, de la Charité de Notre Dame , de
la Magdeleine de Trainel , de la Viſitation
de Sainte- Marie , de la Conception,
les Hoſpitalieres de la Raquette , de Ste
Anaſtaſe , les Filles de la Ste Trinité , de
la Croix , les Chanoineſſes de Notre-Dame
de la Victoire , les Chanoines Réguliers
de Ste Catherine du Val-des-Ecoliers
, les Pénitens réformés du Tiers Ordre
de St François , vulgairement appelés
les Picpus ; les Minimes , &c. Ces
difcuffions critiques ne ſont point particulieres
à l'hiſtoire topographique de Paris
; elles répandent auſſi quelques lumieres
ſur l'hiſtoire eccléſiaſtique de la
AVRIL. II. Vol. 1774. 121
re
e
בי
es
France. Ces diſcuſſions , ainſi que pluſieurs
que l'auteur nous donne fur l'abbaye
St Antoine , la Baſtille , la Porte St
Antoine , l'Hôtel royal de l'Arquebuſe ,
l'Egliſe de Ste Marguerite , celle du petit
Saint - Antoine & autres monumens , en
inſtruiſant le lecteur , le convaincront facilement
qu'il courra preſque toujours le
rifque de ſe tromper , ſi , dans les études
qu'il ſe propoſe de faire de l'hiſtoire , il
ajoute foi à des copies ſouvent très- fautives
, ou s'il s'en rapporte à des écrivains
qui ſe ſont contentés de travailler fur les
mémoires qu'on leur a communiqués ſans
les avoir examinés ou approfondis , & fans
avoir , comme fait ici l'auteur des recherches
que nous annonçons , rectifié les
faits fur les originaux qui les conſtatent
avec plus de certitude que la tradition la
plus accréditée .
Les hiſtoriens ont quelquefois rapporté
fur l'origine de certains monumens reli.
gieux , des opinions qui ne paroiſſent
avoir d'autre fondement que la pieuſe
crédulite de nos ancêtres. M. J. fait à ce
ſujet une réflexion qui doit guider celle
du lecteur , lorſqu'il rencontre dans l'histoire
des exemples d'une ſemblable crédulité.
,, Dans ces ſiecles d'ignorance , où 1
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
ود
la France fut fi long-temps plongée, il
étoit aiſé de ſéduire les eſprits ; les vé-
,, rités ſimples n'étoient ni connues , ni
,, écoutées ; l'imagination ſeule avoit le
,, privilege de perfuader les fables qu'elle
" avoit enfantées , tout ce qui portoit le
,, caractere du merveilleux étoit reçu ſans
réflexion , & adopté fans examen : il
ſuffiſoit qu'une viſion prétendue , une
révélation imaginaire , euſſent quelque
trait à la religion , pour qu'on les conſidérât
comme des ordres du Ciel , dont
il eût été téméraire d'approfondir la vérité
& auxquels l'impiété ſeule pouvoit
refuſer d'obéir. Des temps plus heu-
,, reux ont diffipé ces ténebres ; mais ſi les
connoiſſances & les lumieres qu'il nous
ود
ود
وو
ود
ود
ود
ود
ود
ont procurées nous ont mis en état de
,, difcerner le vrai d'avec le faux , elles
,, nous ont en même temps fait un devoir
ود
de reſpecter les motifs d'une piété qui
,, n'étoit pas éclairée, & ceux des établis-
,, ſemens qu'elle inſpiroit , parce que la
,, religion & l'utilité publique en faifoient
le principal objet." "
Ce quinzieme cahier eſt , ainſi que les
précédens , enrichi d'un très-beau plan.
Ce plan, à cauſe de l'étendue du quartier
St Antoine , eſt divifé en trois planches ,
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 123
gravées avec beaucoup d'exactitude & de
é netteté.
e Tableau de l'Analyse Chimique , ou procédés
du cours de chimie de M. Rouelle
, apothicaire de S. A. S. Monſeigneur
le Duc d'Orléans , démonftrateur
de chimie au jardin royal des plantes ,
de la ſociété des arts de Londres , &
de l'académie électorale d'Erfort . Vol.
in-8 °. petit format de 182 pages. A Paris
, chez Vincent , imprimeur , rue des
Mathurins , & chez l'auteur , rue Jacob.
e
e
DIFFÉRENS démonſtrateurs en chimie
ont reconnu l'utilité du tableau que nous
annonçons. M. Baumé , de l'académie
royale des ſciences , a publié , ſous le titre
de Manuel de chimie , un précis exact des
opérations fondamentales de la chymie.
M. de Machy a donné depuis unouvrage
dans le même genre qui a pourtitre procédés
chimiques. Le tableau de l'analyſe
chimique de M. Rouelle préſente le même
objet d'utilité. L'auteur dit dans ſon
avertiſſement que feu M. Rouelle fon
frere , de l'académie royale des ſciences
, avoit ſenti de bonne heure la néceſſité
de préſenter à ceux qui ſuivoient
ſes cours de chimie un tableau précis ,
124 MERCURE DE FRANCE
mais ſenſible de toutes les opérations qui
formoient la chaîne de ſes démonſtrations
, & fervoient de fondement à fa
doctrine. Il crut qu'il n'y avoit rien de
plus propre à remplir cet objet que d'expoſer
dans des flacons & des bocaux de
verre tous les produits bien diſtincts &
bien ſéparés de chaque opération , en même
temps que l'écriteau qu'il feroit coller
fur les vaiſſeaux contiendroit l'indication
très - ſimple , très - courte , mais fort claire
, de chacune de ſes expériences , &
des réſultats qu'il en avoit obtenus ; &
il leur donna le nom de procédés du cours
de chimie. Comme ces procédés ſuivoient
pas à pas l'ordre & le , progrès de ſes
, leçons , il les faifoit placer , à meſure
,, qu'ils ſe multiploient , ſur les tablettes
و د
ود
"
de fon laboratoire , pour y reſter pendant
tout le cours. L'expérience a
fait voir de quelle utilité cette expoſition
étoit pour ſes auditeurs. Ils y
trouvoient une répétition très-courte ,
mais ſenſible , de ce qu'ils avoient déjà
,, vu; enſorte que l'opération ſe répétoit
" encore , pour ainſi dire , une ſeconde ,
"
"
ود une troiſieme fois , en un mot , tant
,, qu'ils vouloient , ſous leurs yeux. L'utilitéde
ces procédés fut tellement ſentie
, par tous ceux qui ſuivoient les leçons
ود
AVRIL. II . Vol. 1774. 125
1
t
ود
de feu M.Rouelle , que , parmi ſes diſci-
,, ples , il y en aeu beaucoup qui ont vou-
ود
ود
ود
lu en avoir une ſuite complette des trois
,, regnes chez eux , & les autres , à qui ou
,, l'éloignement de leur patrie , ou d'au-
,, tres circonstances particulieres ne permettoient
pas de ſe procurer cette resſource,
s'en dédommageoient en copiant
,, ou faiſant copier les écriteaux deces procédés
, dans lemême ordre qu'ils étoient
„ exposés. "Maisles copies manufcrites ou
( imprimées qui s'en ſontfort multipliées ne
( préſentent pas à beaucoup près une ſuite
0
a
ود
des trois regnes auffi complette que celle
- que M. Rouelle vient de publier. Les recherches
de l'auteur , les expériencesmultipliées
qu'il a faites & ſes obſervations
■ journalieres ont porté ce tableau de l'ana-
- lyſe chimique à un degré d'utilité trèsétendu.
L'analyſe animale offre elle ſeule
218 procédés au lieu de 44 qu'on trouve
dans les cahiers de feu M. Rouelle.
1
On conçoit de quel avantage cetableau
des analyſes des trois regnes doit être pour
ceux qui ſuivent les cours de M. Rouelle.
Les perſonnes qui , par état ou par goût , ſe
font livrées à l'étude de la chimie , trouveront
de leur côté dans ce tableau les réfultats
d'une infinité d'expériences qui les
126 MERCURE DE FRANCE.
empêcheront d'oublier ce qu'elles ontap.
pris , ou exciteront leur curioſité ſur plufieurs
objets importans de la chimie qu'elles
peuvent ignorer.
L'auteur pourrendre ces procédésd'une
utilité plus générale , en a fait faire une
édition fous format in 4°. , de maniere
qu'il y a un côté de chaque page en blanc ,
afin qu'on puiſſe couper & coller chaque
procédé en écriteau aux flacons&bocaux,
& que ceux qui voudront répéter toutes
ces expériences & fe faire une collection
de procédés chimiques , ſoient par-la dispenſés
d'écrire chaque étiquette.
Comme ce tableau de l'analyſe chimique
eſt particulièrement deſtiné à rappeler
aux éleves les opérations d'un coursde
chimie , on ne peut qu'exhorter M. Rouelle
à mettre dans l'énoncé de ſes opérations
toute la clarté , toute la préciſion
& toute l'exactitude dont cet énoncé eſt
fufceptible. Le procédé 4, par exemple ,
pouvoit être indiqué avec plus de précifion;
il eſt dit: ,, huile effentielle deromarin
, retirée en diftillantavecl'eau de
romarin frais , au degré de chaleur
de l'eau bouillante. " Ne feroit- il pas
mieux pour laclarté & l'exactitude , d'écri
re : huile effentielle de romarin , retirée du
"
ود
"
AVRIL. II. Vol. 1774. 127
el
0
jer
10
te
romarin frais distillé avec de l'eau au degré
de chaleur de l'eau bouillante ?
Le procédé 45 , page 8 , eſt ainſi énoncé:
,, foude; cendres retirées par la combus-
,, tion de différentes plantes. Elles con-
ود
tiennent l'alcali fixe , baſe du ſel ma-
,, rin ou natrum des anciens; du ſel ma-
,, rin, du ſel fébrifuge , un peu d'alkali
ود
fixe végétal , du tartre vitriolé& de la
,, terre du végétal." Les expériences de la
chimie nous démontrent que la foude
contient une très-grande quantité d'alkali
marin , & même que ce ſel eſt la baſe de
la ſoude ; & ce n'eſt point là l'idée que les
étudians prendront d'après l'étiquette que
nous venons de rapporter. L'alkali fixe
d'ailleurs , comme la même étiquette
ſemble l'énoncer , n'eſt point la baſe du
ſel marin: ce fel a pour baſe , ainſi que
l'enſeigne la chimie , l'alkali minéral ou
les criſtaux de ſoude.
Ileſtdit , page 149 , que ,, la porcelaine
,, chinoiſe eſt compoſée de Ka-o-lin , de
, Spath fuſible & d'argille. " Les chimistes
qui ont le plus travaillé ſur cette matiere,
ont reconnu que le Ka-o-lin eſt une
véritable argile blanche , &, ſuivant l'énoncé
ci- deſſus , il paroſtroit que ce ſeroit
une terre à 1 art.
128 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
Nous ne citerons plus que cet article
page 130. , Mercure précipité per se:
,, mercure réduit en poudre rouge par la
,, ſimple coction ou ébullition , ſans qu'il
, ait perdu ſon phlogiſtique. Ce faux
précipité , pouſſé au feu à le faire rougir
, ſe revivifie en mercure coulant. "
Le précipité perſe ſoumis à la diſtillation
fournit à la vérité une petite quantite de
mercure coulant , mais c'eſt la portion
qui n'étoit point calcinée. Le reſte ne ſe
revivifie point en mercure à moins qu'on
n'ajoute quelque matiere propre à fournir
du phlogiſtique. Il ſe ſublime au contraire
en un fublimé rouge très -beau & trèsbien
criſtalliſé.
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deſſfin , où l'on montre l'utilité de
cet établiſſement , les avantages qui en
réſultent , les détails de l'adminiſtration
& de la direction ; & généralement
tout ce qui peut yavoir rapport ;
volume in-4° d'environ 40 pages , de
l'imprimerie royale. On peut ſe procurer
ce mémoire à Paris , chez M.
Bachelier , peintre du Roi , directeur
de l'Ecole , aux Tuileries , cour royale
, ſous le veſtibule , no . Ir. & aux Ecoles
AVRIL. II. Vol. 1774. 129
ノ
t
les gratuites de Deſſin , college d'Autun
, rue & vis- à- vis St André des-Arts.
Ce mémoire eſt un compte rendu au
Public , de l'utilité , des avantages & des
détails d'un établiſſement qui l'intéreſſe
particulièrement , puiſqu'il procure à une
Jeuneſſe toujours turbulente le moyen
et d'employer utilement ſon temps , de
to s'inſtruire gratuitement des élémens du
1 deſſin , & de contribuer par un travail fuiavi
aux progrès des arts. Ces progrès dépendent
plus qu'on ne penſe ordinaireiment
de la main d'un ouvrier inſtruit. En
effet ſi un artiſte , au lieu de trouver un
- homme déjà préparé & en état de lire ſa
penſée , ne rencontre qu'un manoeuvre , il
ſe rebute ou il ſe voit obligé de rétrécir
ſes idées pour ſe conformer au peu de capacité
de ſon ouvrier.
Les études de cette Ecole gratuite de
deſſin ſont diviſées en trois genres : la
géométrie & l'architecture ; la figure &
les animaux ; les fleurs & l'ornement.
Cette diviſion comprend tous les rapports
des différens arts mécaniques. On a de
même diviſé toutes les eſpeces de profesſions
connues en trois claſſes , afin de pouvoir
adapter à chacune d'elles le genre d'é-
I
130 MERCURE DE FRANCE.A
و د
tude qui lui eſt le plus analogue ; de forte
qu'un éleve qui ſe préfente à l'école , indiquant
le genre de profeſſion à laquelle il
ſe deſtine , eft admis au genre d'étude
qui y eſt affecté plus ſpécialement, Par
exemple , un éleve qui fe deſtine à être
maître maçon , eſt admis dans le genre
de la géométrie & de l'architecture , &
ainſi des autres. L'inſtruction dans tous les
genres commence par lagéométrie. "Elle
,, ſeule comme le remarque judicieuſe-
,, ment l'auteur de ce mémoire , peut arrêter
les écarts de l'imagination , lacontenir
dans les bornes de la raiſon , &
faire circuler , s'il eſt permis de s'ex-
,, primer ainſi , les idées dans des canaux
réguliers lorſqu'on s'eſt éloigné de ſe,s
,, principes. Que font devenus les ornemens
qu'on répandoit fans goût dans
tous les genres d'ouvrages , fous prétexte
deles rendre pittoreſques ? Quelques artiſtes
ſe ſont élevés contre ce genreba-
,, roque , mais la multitude ignorante a
,, confervé ſes préjugés & ſuivi le tor-
ود
ود
"
ود
ود
"
ود
وا
ود
"
ود
"
rent : leurs productions , que lebon ſens
déſavoue , révoltent les lumieres de la
raiſon par la monstrueuſediſproportion
des objets qu'ils ont réunis : nos appartemens
font encore chargés de ces décorations
informes enfantées ſans génie ;
AVRIL . II. Vol. 1774. 131
di
i
He
ar
&
e
5
و ت
des formes irrégulieres en ont banni le
,, quarré , le rond & l'ovale comme des
,, pauvretés gothiques : à cesbelles corni-
,, ches qui décoroient ſi richement nos pla-
,, fonds , ont été ſubſtitués les dentelles ,
,, - la broderie , les roſettes en filigrane ,
११९
les cartels de travers & autres ornemens
,, auffi frivoles , bien plus faciles à exé-
,, cuter en cequ'ils n'aſtreignent à aucune
,, dimenſion raiſonnée: la noble ſymmé
,, trie , puiſée dans la nature , paroiſſoit
,, froide , à des cerveaux brûlés ; les for
" mes tourmentées avoient la préférence
,, ſur cette heureuſe ſimplicité conſacrée
,, par l'approbation & l'admirationdetant
,, de fiecles. C'eſt donc rendre un grand
,, ſervice aux arts que d'élever la Jeuneſſe
ود
dans les principes de lagéométrie : non-
,, feulement cette ſcience développe l'in
,, telligence , elle rend encore lapréciſion
"
ود
ود
familiere , par la connoiſſance exacte
,, des dimenſions de tous les corps , conſidérés
ſous différens aſpects. Quelle
immenſe quantité de rapports utiles &
,, ignorés , & qu'on n'eût apperçus que
,, peu - à - peu , par hafard & fucceffive-
,, ment , qui ſe manifeſtent , pour ainfi
,, dire , en un clin d'oeil par le ſecoursde
,, la géométrie !"
٦
12
132 MERCURE DE FRANCE.
Ces réflexions & le zêle de celui qui
eſt à la tête de la direction de cette école
ne peuvent que contribuer à fixer parmi
nous , les belles proportions & le goût noble
& fimple de la ſage Antiquité. Le directeur
, en excluant de ſon école ce tortillé
ridicule dont il vient d'être parlé ,
veillera également pour empêcher qu'on
ne lui ſubſtitue un ſtyle maigre , de petites
recherches de diſtributions , un rafinement
de décorations & d'ornemens
dont pluſieurs de nos ſalons modernes font
furchargés ; ce qui les fait plutôt reſſembler
à une boutique d'orfévrerie qu'à un
lieu décoré par le génie des arts.
Les détails qui concernent l'administration
de l'Ecole gratuite doivent être
lus dans ce mémoire. Le tableau de cette
adminiſtration à laquelle préſide un zêle
vraiment patriotique , portera ſans doute
le citoyen aiſé à fe ranger au nombre des
bienfaiteurs de cette école dont on a donné
ici la lifte . :
La protection ſignalée que Sa Majeſté..
a , par ſes lettres - patentes du 20 Octobre
1767 , accordée à cette école ; le concours
de citoyens de tous les Ordres pour foutenir
cet établiſſement , &l'empreſſement
des familles ouvrieres à en profiter , font
AVRIL . II. Vol. 1774. 133
ſans doute la meilleure réponſe que l'on
puiſſe faire à cet eſprit détracteur qui a
mi cherché à former des objections contre
コー
é,
1
cet établiſſement. L'utilité qui en réſulte
pour les arts eſt ſuffisamment démontrée
dans le mémoire que nous venons d'annoncer.
Mais , en accordant aux adverſaires
de cette école que pluſieurs des éleves
qui y font admis n'y font que des progrès
infructueux , ne doit- on pas toujours regarder
comme un grand avantage pour la
ſociété en général la facilité que cet établiſſement
procure aux familles pauvres ,
1 de retenir une Jeuneſſe tumultueuſe , indocile
& ordinairement diſpoſée , par le
défaut d'occupation , à s'adonner à toutes
fortes de vices ? Il y a donc lieu d'eſpérer
que cet établiſſement , que nous avons
vu ſe former ſous nos yeux , trouvera en
tout temps des protecteurs dans ceux qui
s'intéreſſent aux progrès du goût & des
arts , & dans les Magiſtrats qui veillent
au bonheur de la ſociété.
Methode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , ſans qu'ils y penſent ; par
M. le Baron de Bouis , auteur du Parterre
géographique & historique & du Solitaire
géométrique. Dédié à Mgr le Duc
I3
134
MERCURE DE FRANCE
d'Enguien. Brochure , in 8°. prix 12
fols . A Paris , chez l'auteur , quai de
Bourbon , Ifle, St Louis , près de la rue
de la Femme-fans-tête ; & chez Delaguette
, imprimeur - libraire.
L'AUTEUR a auſſi nommé cetteméthode
Syllabaire joyeux , parce que dans la vue
d'épargner à l'enfant le travail & les
pleurs , il a imaginé de lui enſeigner l'alphabet
& de lui apprendre à lire par le
moyen de différens jouets qui excitent ſa
curiofité & fixent ſon application ſans la
fatiguer & même en la récréant.
s. On trouve à l'adreſſe ci-deſſus & chez
Deſnos , libraire , rue St Jacques , un
autre ouvrage du même auteur , ſervant
de ſupplément ou d'explication àſonParterre
géographique & historique. Ce parterre
a été publié pour lapremiere fois en 1753 .
Pluſieurs inſtituteurs ont applaudi à laméthode
de l'auteur de repréſenter en relief
ou par des objets ſenſibles & recréatifs
pour l'enfant , ce qu'on ne lui enſeigne ordinairement
que par le moyen de caracteres
d'imprimerie. Les progrès que desenfans
du plus bas âge ont faits dans la lecture
, la géographie & l'hiſtoire par la
méthode de M. deBouis , font la meilleure
AVRIL. II . Vol. 1774. 135
1
1
preuve que nous puiffions donner de la
bonté de ſon ſyſtême. On conçoit d'ailleurs
qu'une méthode qui parle plus aux
fens & à l'imagination qu'à l'eſprit , &
qui fait ſervir les jouets ordinaires des
enfans aux leçons qu'on leur donne ,
bannit néceſſairement de ces leçons tout
eſprit de contrainte , laiſſe l'enfant ſe
livrer à ſa gaieté ordinaire , & grave
a fans peine dans ſa mémoire les objets que
I l'on veut y tracer.
:
Principes de l'Art du Tapiſſier : ouvrage
utile aux gens de la profeſſion , & à
3J1irceux qui les emploient ; dédié à Monbi
ſeigneur le Dauphin. Nouvelle édi
tion , revue , corrigée & augmentée ,
& enrichie de figures en taille douce.
Par M. Bimont, maître & marchand
Tapiffier ; vol. in- 12 . A Paris , del'imprimerie
de Lottin l'aîné,
La premiere édition de cet ouvrage a
été publiée ſous le titre de Manuel des
Tapiffiers. Les additions conſidérables que
P'auteur a faites à ce manuel l'ont autoriſé
à lui donner un titre qui annonçât les
inſtructions méthodiques que l'auteur
publie aujourd'hui ſur ſon art. L'ouvrage ,
14
136 MERCURE DE FRANCE.
dans cette nouvelle édition , eſt diviſé en
deux parties. La premiere traite de la qualité
, de l'uſage & des façons que l'on
doit donner aux étoffes & autres marchandiſes
qui fervent à meubler les appartemens.
La ſeconde en marque la quantité
& les prix , autant que les matieres ,
qui ne confervent pas toujours la même
valeur dans le commerce , peuvent le
permettre. Ce ſimple expoſé ſuffit pour
faire connoître l'utilité de cet ouvrage ,
non-feulement pour les jeunes Tapiffiers
& tous ceux qui s'occupent par état des
ameublemens , mais encore pour les particuliers
qui veulent n'être pas tout- à-fait
étrangers à cette partie de l'économie
domeſtique. :
Nouvelle édition revue & corrigée en
deux tomes in-4o. de plus de 800 pag.
chacun , de la Défense de la Déclaration
du Clergé de France , de 1682 ,
touchant la Puiſſance Ecclésiastique ,
compoſée en latin par M. Boſſuet , Evêque
de Meaux , & traduite en françois
avec des notes hiſtoriques , critiques ,
théologiques ; & d'une diſſertation réfutative
des quatre tomes in - 40. du
Cardinal Orfi , contre ladite Défense ,
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 137
a
en
par M***. A Paris , chez Louis Ce!-
lot , imprimeur - libraire , rue Dauphine
, avec approbation & privilege du
Roi , 1774 .
Dans la préface miſe à la tête de cette
nouvelle édition , le traducteur fait l'histoire
littéraire de l'ouvrage de M. Bosfuet
, dont il montre l'importance & même
la néceſſité , raconte les divers contre
- tems qui , pendant la vie de ce Prélat
, empêcherent de le publier , détaille
tous les ſoins que le ſavant auteur s'eſt
donnés pour le rendre parfait , ſes fréquentes
reviſions , les changemens & additions
que les circonstances l'ont l'obligé
d'y faire , & dit comment M. l'Evêque
de Troyes , neveu du grand Evêque de
Meaux , lui perſuada d'être éditeur de
l'ouvrage latin de ſon oncle , de le traduire
en François , & de mettre , tant
dans le latin que dans le françois , des notes
aux endroits qui pouvoient en avoir
beſoin . Il ſuit de la narration de ce traducteur
, que de tous les ouvrages de M.
- Boſſuet , ſa Défense de la Déclaration eſt
celui dont il s'eſt le plus occupé pendant
un grand nombre d'années ; &que cet ouvrage
qui doit infinement intéreſſer tous les
bons François, eſt le plus profond,leplus fa-
15
138 MERCURE DE FRANCE.
vant & le plus théologique & tout à- la
fois le plus méthodique & le plus clair
qu'on ait jamais compofé en faveur des
maximes & des libertés de l'Eglife Gallicanne.
Cette édition a, ſur la premiere, un
avantage conſidérable , en ce qu'elle eſt
augmentée d'une differtation réfutative
des quatre gros volumes in 4°. de M. le
Cardinal Orfi , contre quatre ou cinq livres
de la Défenfe , &c. de M. Boffuet.
La traduction a été revue & corrigée avec
ſoin ; il y a beaucoup de notes nouvelles
&une table détaillée des matieres.
-
Effaifur la taille des arbresfruitiers , par une
Société d'Amateurs , in- 8 °. , d'environ
70 pages , avec figures. On en trouve
des exemplaires chez Langlois , Libraire
, rue du Petit-Pont St Jacques.
AParis .
Une Société d'Amateurs donne dans
ce petit ouvrage ſes obſervations ſur la
taille des arbres fruitiers. Elle a imaginé ,
pour rendre fes précepres plus ſenſibles ,
de réduire en plan géométrique , la forme
que doit avoir l'arbre perfectionné par
l'art , & d'aſſujettir en quelque forte aux
regles de la géométrie , la taille des ardres
fruitiers. Ce petit Traité eſt accom-
८
AVRIL. II. Vol. 1774. 139
it
F
pagné de pluſieurs planches gravées , dans
leſquelles les lettres & chiffres joints aux
figures indiquent au Cultivateur , les
branches qu'il doit couper ou conſerver ,
incliner ou redreſſer .
On ſe propoſe d'établir dans la production
des branches & des fruits , un ordre
dont l'effet eſt d'augmenter l'utilité & la
décoration des jardins. Les moyens d'y
parvenir font , la taille , le pincement ,
l'ébourgeonnement & le paliſſage. Mais on
ne peut les employer avec ſuccès , qu'en y
apportant la plus juſte combinaiſon , pour
ne point s'écarter de l'ordre de la végétation.
Ce Traité donne les meilleurs procédés
, pour élever l'art de la taille des arbres
fruitiers au degré de perfection dont il
peut être ſuſceptible; ils font fondés fur
l'expérience & le raiſonnement , & expoſés
avec autant de clarté que de précifion.
L'Evangile médité & diſtribué pour tous
les jours de l'année , ſuivant la concorde
des quatre Evangéliſtes ; ouvrage
diviſé en 12 volumes. A Paris , chez
C. P Berton , Libraire , rue St Victor ,
vis-à - vis le féminaire de St Nicolasdu
- Chardonnet , & Ch. Simon , Imprimeur
- libraire , rue des Mathurins.
140 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage eſt d'un homme profond
dans la ſcience du falut & dans l'intelligence
des livres facrés. Ily a long-temps ,
comme il l'obſerve lui-même , que l'on
defiroit des méditations ſur tout le texte
de l'Evangile ; perſonne n'avoit encore
tenté cette entrepriſe. On s'étoit borné à
quelques traits particuliers ſur quelques
verſets du texte facré ; mais on ne s'étoit
pas donné la peine d'expliquer le ſens
littéral de l'Evangile , de lever les difficultés
qui s'y rencontrent , de ſuivre la
concorde des Evangéliſtes , &d'en tirer des
vérités morales liées & ſuivies : il ne faut
donc pas confondre cet ouvrage avec tant
d'autres livres de méditations. Celui - ci
préſente la ſuite de l'hiſtoire évangélique,
la concorde des quatre Evangéliſtes , l'analyſe
& l'explication du texte. Le Lecteur
y verra des réflexions morales ; un
commentaire ſuivi: le ſens littéral & fpirituel
, expliqué & réuni ſous un même
point de vue. Chaque trait particulier y
eſt développé ſéparément , diviſé en ſes
points naturels & fous- diviſé ſuivant
l'ordre du texte & l'exigence des matieres.
Enfin , on y trouve des ſujets d'homélies
, d'exhortations , d'inſtructions familieres
, dont chaque méditation eſt
AVRIL. II. Vol. 1774. 141
ne
-
es
it
S
comme le cannevas tout préparé , que
chacun pourra aisément remplir , augmenter
&perfectionner , felon que les circonstances
l'exigent. Cet ouvrage eſt diviſé
en 12 volumes , chaque volume contenant
30 méditations par chaque mois. Ce
n'eſt point faire l'éloge de ce livre , mais
celui de l'Evangile , que de dire qu'en le liſant
, on s'inſtruit à fonds de la religion
& des devoirs qu'elle impoſe ; qu'on apprend
à connoître J. C. , & à penſer ſe-
Ion l'eſprit de Dieu ; qu'on ſe déſabuſe
des folles erreurs qui ſéduiſent & occupent
les mondains ; qu'on ſe délivre des
ſuperſtitions & des vains fcrupules qui
déshonorent la vraie piété ; qu'on ſe remplit
d'une foi vive , de l'eſpérance des
biens éternels & de l'amour du ſouverain
bien ; qu'on ſe procure la paix du
coeur & les reſſources de cette conſolation
ſolide qui ne vient que de Dieu , qui
adoucit tous les maux , & qui feule eſt
capable de nous foutenir dans toutes les
ſituations tumultueuſes , critiques & facheuſes
de la vie.
Tout le texte ſacré des quatre Evangeliſtes
entre dans ces méditations , &
s'y trouve preſque tout traduit ; mais ni
dans la traduction , ni dans la concorde
142. MERCURE DE FRANCE.
qu'on en donne ici, on ne s'eft attaché
à aucun Auteur en particulier. Souvent
la néceſſité de faire fentir l'énergie d'une
expreffion, a obligé de traduire plus littéralement
qu'on n'a coutume de faire ;
& fouvent , pour repréſenter letexted'un
Evangéliſte dans toute fa force , on a négligé
des détails de concorde, qui n'auroient
pu que jeter de la confufion , &
dont on n'auroit pu tirer aucune utilité.
,
Comme on a écrit cet ouvrage fans
prétention & fans ſyſtême , on n'a point .
ſuivi d'interprétation particuliere , mais
le torrent des interpretes ; on s'eſt ſeulement
permis dans certaines occafions
de faire quelques notes. L'Auteur n'a
point négligé de répandre dans cet ouvrage
, tous les ſecours néceſſaires au
Lecteur , pour qu'il trouve facilement
les objets qu'il veut connoître, ſoit du
texte facré , ſoit des méditations . Au
refte , le, pieux Auteur de ce livre confeille
à ſes Lecteurs de ſe borner à une
méditation par jour , de s'en entretenir
de s'en nourrir, & de ne jamais empiéter
fur les ſuivantes.
AVRIL. II. Vol. 1774. 143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majesté
: Britannique George III , pour faire
des découvertes dans l'hémiſphere austral
, exécutés ſucceſſivement par le
Commodor Byron , le Capitaine Wallis
, le Capitaine Carteret , & le Capitaine
Cook , ſur les vaiſſeaux le
Dauphin , le Swallow & l'Endeavour ,
tirés des Journaux anthentiques des
différens Commandans & des papiers
de Jofeph Bancks , Ecuyer , redigés
par Jean Hawkeſworth , Ecuyer , en
4 volumes in 4°. avec figures & cartes
en grand nombre , &c. traduits en françois.
CET ouvrage important doit exciter
l'attention & la curioſité du Public , &
intéreſſer les perſonnes qui veulent s'instruire&
s'amuſer utilement. On y lit un
grand nombre d'obſervations ſur la navigation
, fur l'aſtronomie , ſur l'hiſtoire naturelle
, ſur la ſcience phyſique de l'homme
, ſur les moeurs , les uſages , les loix
& les fingularités de nations inconnues
& ſauvages ; enfin on y trouve rasſemblé
tout ce qu'on a droit d'attendre
de voyageurs hardis , qui racontent leurs
,
144 MERCURE DE FRANCE.
entrepriſes , leurs dangers , leurs plaiſirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs des
mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure.
7
, Tractatus de Incarnatione Verbi divini
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio ſecunda auctior , 3 vol. in - 12 .
A Paris , chez J. G. Cloufier , Imprimeur
- Libraire , rue St Jacques.
L'INCARNATION du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter tropd'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité ſenſible & démontrée. Le
Javant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de ſes
prédéceſſeurs qui ont diſcuté le même
objet; il a mis dans ſon ouvrage unautre
plan , & il a employé d'autres raiſonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à conſolider
cette baſe de notre croyance & de notre
falut.
La premiere édition de cet excellent
Traité étoit épuiſée depuis long temps ,
& c'eſt pour fatisfaire à beaucoup de demandes
,
AVRIL. II. Vol. 1774. 145
mandes , que l'Auteur a donné cette ſeconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de pluſieurs Papes &de la Faculté
de Théologie de Paris .
Vie Chretienne , ou Principes de la Sa.
geſſe, diviſés en quatre parties , dont
la premiere traite de l'inſtruction &
du devoir de la Jeuneſſe; la ſeconde
embraſſe les obligations de l'âge
moyen ; la troiſieme traite de la conduite
de la Vieilleſſe ; la quatrieme
renferme des principes pour la com.
munion , avec la maniere de bien afſiſter
à la Sainte Meſſe; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol. in 12. A
Paris , chez Laurent Prault; Gogué ,
Humaire.
CET ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes
les conditions de la vie , & remédie aux
inconvéniens d'une morale trop générale
, dont l'application n'eſt pas toujours
aiſée à toutes fortes de perſonnes. Les
jeunes gens y apprendront ce qu'ils doivent
à Dieu , à leurs parens & à la ſociété.
Ils y trouveront l'eſprit de la re-
K
T
146 MERCURE DE FRANCE.
ligion , & la maniere dont ils doivent en
remplir les devoirs. Les peres & les meres
y verront dans toute leur étendue ,
les obligations de leur état , l'étroite relation
qui ſe trouve entre leur falut &
celui de leurs enfans , la néceſſité de veiller
fur leur conduite, de les former de
bonne heure aux pratiques du Chriſtianiſme
, & de les garantir des pieges du
mauvais exemple. Les Maîtres & les
Maîtreſſes y apprendront les devoirs que
la religion leur impoſe à l'égard de leurs
ferviteurs , l'attention qu'ils doivent apporter
à leur ſalut , & l'usage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Les ſerviteurs eux- mêmes s'y inſtruiront
de l'eſprit dans lequel ils doivent fervir ,
de l'attention avec laquelle ils doivent
ménager & les intérêts & la réputation
de leurs maîtres , du reſpect & de l'attachementqu'ils
font obligés de leur vouer.
:
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à ſedétacher de la vie , à fouffrir
, d'une maniere utile à leur ſalut , les
peines & les infirmités de la vieilleſſe , à
revenir ſur le paſſé , à régler les affaires
de leur confcience , & à tâcher de ſe
mettre dans l'état où elles voudroient
êtretrouvées lorſque le Seigneur les reti
AVRILII. Vol. 1774. 147
rera de ce monde. Elles y apprendront
à pratiquer la patience , à réparer les fautes
paffées , & à ne s'occuper que de la
penſée de leur mort.
La quatrieme partie qui traite du Sa
crement de l'Euchariftie , renferme des
instructions ſur les diſpoſitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pour bien aſſiſter à la fainte Meſſe.
1. Le ſtyle de cet ouvrage eſt ſimple
comme il convient à un livre de piété .
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but ,
qui eft de perfuader la néceſſité des vertus
chrétiennes ,d'en faire fentir les avantages
, d'en développer les caracteres &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui-même , ſecon
de édition revue , corrigée & confidé
rablement augmentée; brochure d'en
viron 200 pag. petit in- 12 . A Londres;
:& fe trouve à Paris, chez Moutard ,
& Jorry , imprimeur.
é
L'AUTEUR s'eſt attaché à repréſenter
les funeſtes effets de l'oiſiveté , du jeu,
des préjugés , de l'amour propre, de l'orgueil,
de l'amour , de l'ambition ; il fait
voir les avantages de la douceur , de l'a-
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
mitié , de la vertu. Tout fon ouvrage
tend à prouver ,, combien l'homme livré
ود
ود
ود
ود
ود
دو
ود
à ſes paffions jouit peu de lui - même ,
&des plaiſirs qu'elles ſemblent lui offrir;
combien leur joug eſt odieux ;
combien elles menacent ſans ceſſe la
ſociété d'une diſſolution générale ; combien
enfin l'homme qui a le bonheur
de revenirde ſon ivreſſe ſe trouve con.
,, fondu par lui-même , c'est- à-dire, par
„ la honte& le remords ". ود
Hiſtoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-40. enrichi de planches
gravées , propoſée par ſouſcription.
1
CETTE hiſtoire doit préſenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont
ſuccédé & les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paſſer ſous
différens maîtres; les troubles excités
dans ſon ſein par des diviſions inteſtines ;
ſes premieres loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés; ſes uſages les plus
remarquables , ſon commerce , la connoiſſance
générale de ſes vins , les éta
bliſſemens formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perſonnes
qui l'ont illuftré par leurs talens &
AVRIL. II. Vol. 1774. 149
par leurs vertus éminentes; ſon cérémonial
dans les occaſions les plus remarquables
, enfin la liſte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ceplan renferme tout ce qu'il eſt important
& curieux de connoître de la
ville de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude.
Oncontinuera de recevoir les ſouſcriptions
à Bordeaux , chez les libraires ; &
chez l'auteur à l'abbaye de Ste. Croix ; à
Paris , chez la Ve. Deſſaint, Saillant &
Nyon , & Crapart. Le prix de la ſoufcription
pour le ſecond volume en feuilles
eſt , ainſi que celle du premier , de 6
liv. en ſouſcrivant , & de 6 liv. en retirant
l'ouvrage. L'impreſſion en commencera
auſſi - tôt que les ſouſcripteurs du
premier volume auront remis les fonds ,
& il paroîtra dans le courant de l'année
1775. On trouvera auſſi , chez l'auteur
& chez les libraires indiqués , le premier
volume au prix de la ſouſcription juſqu'à
ce qu'on ferme celle du ſecond.
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
1
ACADEMIES .
I.
Prix proposés par la Société royale d'Agriculture
de Limoges .
La Société d'Agriculture de Limoges a
diſtribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elle avoit propoſe ſur l'hiſtoire du Charançon
& les moyens d'en préſerver les
grains , dont elle avoit donné le ſujet
dans un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonstances dont
il eft inutile de rendre compte l'ont empêchée
d'annoncer juſqu'à préſent la distribution
de ce prix donné au mémoire
No. 4, qui avoit pour deviſe, Populatque
ingentem farris acervum curculio. L'auteur
de ce Mémoire étoit M. Joyeuſe l'aîné ,
ancien écrivain principal de la Marine à
Marſeille. Son ouvrage a été imprimé.
La Société avoit reçu ſur la même question
deux Mémoires qui lui ont paru
mériter des éloges ;le premier avoit pour
deviſe, Quidnam est fapientiſſimum ? experientia
, & le ſecond , Teftamur quod
vidimus. L'auteur du premier eſt M. le
24
AVRIL. II. Vol. 1774. 151
Fuel , Curé de Jamméricourt près Chaumont
en Vexin. L'auteur du ſecond eſt
M. Lættinger , Médecin penſionné de la
ville de Sarbourg.
La Société avoit annoncé un autre
prix qui devoit être donné en même
temps au meilleur Mémoire ſur la maniere
d'eſtimer exactement les revenus des
Fonds dans les différens genres de Cultu
re. Ilne lui a été envoyé aucun Mémoire
qui ait paru digne du Prix, ni même qui
ait approché de traiter le point de la
queſtion.
La Société s'étoit propoſé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deſtinoit à la
meilleure machine pour battre les grains ,
avec la condition qu'elle fût applicable à
lapratique , mais il lui a été préſenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui aparu remplir parfaitement
ſes vues & les beſoins des cultivateurs.
L'inventeur de cette machine eſt M.Mufnier
, Sous- ingénieur des Ponts & Chauf
ſées de laGénéralité deLimoges &membre
de la Société , au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens, la
Société apenſé que l'utilité de ſon inven
tion méritoit qu'elle lui donnât le prix.
- La Société perfuadée qu'un des ſujets
K4
152 MERCURE DE FRANCE.
les plus utiles à traiter eſt celui qu'elle a
propoſé& qui n'a point été rempl fur la
meilleure maniere d'estimer exactement les
revenus des biens Fonds dans les différens
genres de culture , propoſe de nouveau ce
ſujet avec un prix double qui ſera donné
au mois de Janvier 1776.
On entend par le revenu des Biensfonds
, non le produit total des récoltes ,
mais ce qui en revient de net au Propriétaire
, déduction faite des frais d'exploitation
ou de culture , entretien & autres
charges , profits &repriſes du cultivateur ,
en un mot ce que le cultivateur peut &
doit en donner de ferme.
+
La Société voudroit qu'on indiquât des
principes fûrs pour faire avec précifion
les calculs que fait néceſſairement d'une
maniere plus ou moins vague, plus ou
moins tâtonneuſe , toutFermier qui paſſe
le Bail d'un Fond de terre qu'il entreprend
d'exploiter , ou tout homme qui
veut l'acheter .
Le prix confiſtera en une médailled'or
de la valeur de 600 liv.
La Société ſe propoſe de diſtribuer au
mois de Janvier 1775 un autre prix confiftant
en une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. au meilleur Mémoire fur la
AVRIL. II. Vol. 1774. 153
comparaison de l'emploi des Chevaux &de
- celui des Boeufs pour la culture.
Il faut voir dans le programme quel .
ques détails propres à donner aux auteurs
une idée de la maniere dont l'Académie
enviſage ce ſujet.
Toutes perſonnes feront admiſes à concourir
, à l'exception des membres de la
Société qui compoſent le Bureau d'Agriculture
de Limoges. :
Les Pieces pourront être écrites en
françois ou en latin , & les Auteurs ſeront
libres de leur donner toute l'étendue
qu'exigera le développement du Sujet.
Ils ne mettront pas leur Nom ſur leur
ouvrage, mais un Numéro & une Devife,
& ils yjoindront un Billet cacheté ſur
l'extérieur duquel ſeront écrits le No. &
la deviſe de la Piece , & dans lequel ils
écriront leur nom & leur demeure. Ces
paquets ne feront ouverts qu'après le jugement
des Prix.
Les pieces feront adreſſées à M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , le .
quel fera paſſer les Récépiſſés du Secrétaire
de la Société à l'adreſſe que les Auteurs
indiqueront. Il eſt néceſſaire que
les Mémoires ſur les principes de l'évaluation
des fonds parviennent au Secrépar
K 5
454 MERCURE DE FRANCE.
taire avant le premier Décembre 1775,
& les Mémoires ſur la comparaiſon de
l'emploi des Boeufs &de celui des Chevaux
, avant le premier Décembre 1774.
LeSecrétaire délivrera les Prix fans autre
formalité à ceux qui lui repréſenteront
les Récépiſſés des Pieces couronnées.
II.
COPENHAGUE.
Le 16 Décembre 1773 , la Société des
Sciences à Copenhague fut aſſemblée
pour examiner les écrits adreſſés à ladite
Société ſur les ſujets propoſés pour la
même année.
La Société trouva le problême mathématique
concernant la forme la plus convenable
des mortiers à feu , le plus folidement
traité par le Sr. J. G. Marſſon ,
maître de mathématique à l'Univerſité
de Strasbourg , à qui le prix fut décerné
en conféquence.
Le prix de phyſique ſur la queſtion
touchant les Pendules des Horloges aſtronomiques
, fut adjugé au mémoire ſatis.
faiſant, compoſé ſur cette matiere , par
M. Charles Vicomte Mahon , Membre
de la Société Royale de Londres
AVRIL.II. Vol. 1774. 155
1 Quand au ſujet hiſtorique: ,,An Joms-
,, burgum in populorum feptentrionalium
,, monumentis celebratiſſimum , cum Ju-
,, lino , Pomeraniæ olim inclyto emporio ,
unum idemque fuerit nec ne ?Argumentis
firmis & fufficientibus ita folvere ,
ut res pro definitâ haberi poffit.
ود
ود
ود
La Société n'avoit rien reçu ſur cette
matiere qui répondît à ſes vues , & elle
trouva bon de continuer ce ſujet à l'année
1774.
Dans la même aſſemblée du 16 Décembre
, il fut réſolu de propoſer pour
l'année 1774 , ( outre ladite queſtion fur
la ſituation de Jomsbourg ,) les ſujets
ſuivants.
En Mathématique.
„Invenire machinam aut mechanicum
„quoddam artificium cujus ope lacus,
,, ſtagna aliaque id genus aquilegia com-
„modè & fine magno pretio repurgari ,
ود& à limo , immunditie fructicibuſque
,, aquaticis , quæ fundum elevant interi-
,,tumque lacuum accelerant, liberari pos-
„ fint , eo imprimis caſu , ubi effluxum
,,aquarum ad exficcandas & effodiendas
„ ejufmodi aquarum collectiones nimio
ſtant pretio , aliæque circumſtantiæ aquas
dulces , urbi neceſſarias , perdi &
inutiler defluere haud permittunt.
ود
ود
156 MERCURE DE FRANCE
ود
En Physique .
Analyſin metallorum in partes con
,, ſtitutivas ſecundum ſollicitè inſtituta
,, experimenta tradere.
e
En Histoire .
,, Requiritur perfpicua , &, quantùm
fieri poterit , ſufficiens commentatio
ad illuftrandam Venantii Fortunati
,, epiſtolam ad Flavum , quæ eſt libri
ود
ود
ود VII decima-octava, ubi fimul indice-
,, tur , unde fuamde Runis notitiam hau
rire potuerit Venantius , & cujus po-
,, puli eæ fuerint ".
ود
Les Savans tant étrangers queDanois,
excepté les Membres de la Société , ſont
invités à concourir pour ces prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en danois
, latin , françois ou allemand , les
ouvrages compoſés en d'autres langues ,
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à
celui qui,à ſon jugement , aura lemieux
traité chaque ſujet , conſiſte en une mé.
daille d'or de la valeur de cent écus
(rixdaler , ) argent de Danemarck , (environ
425 liv) ...
Les Concurrens adreſſeront leurs Mé
AVRIL. II. Vol. 1774. 157
moires écrits d'un caractere liſible& franc
de port à M. Heilmſtierne , Chevalier de
l'Ordre de Dannebroque & Conſeiller
■ de Conférence du Roi , Secrétaire de la
Société. Aucun écrit neſera reçu au con-
-cours , paſſé le dernier Décembre de l'année
1774 .
La diſtribution des prix ſe fera vers
la fin du mois de Janvier 1775 , & le jugement
de la Société ſera publié incontinent
après.
Les auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront une deviſe à la tête ou
à la fin du Mémoire , & y joindront un
billet cacheté , qui contiendra la même
deviſe avec leur nom & le lieu de leur
réſidence.
Ceux qui ſouhaiteront que leurs ouvrages
qui ont concouru pour les prix de
l'année 1773 , leur foient rendus , font
priés de s'adreſſer pour cet effet à M.
de Hielmſtierne , avant la fin de l'année.
courante.
TABLEAU de l'Ecole Militaire de
Colmar.
Fournir à l'Etat des Citoyens eſtimables
, des Officiers inſtruits: tel eſt en
158 MERCURE DE FRANCE.
deux mots l'objet de l'établiſſement nouvellement
agréé par la Cour, pour l'édu
cation de la jeune Nobleſſe d'Alface , &
commencé en Octobre 1773. Ceſt un diminutifduplan
vaſte& brillant de l'Ecole
royale militaire de Paris.
10. Les Eleves y font ſousune inſpection
vigilante & religieuſe , que l'on fait
tempérer autant qu'il eſt néceſſaire par
P'Indulgence , & les agrémens qui en font
inféparables.
20. Dans les leçons qu'on leur donne ,
on a tâché de raſſembler les connoiſſances
les plus eſſentielles à leur deſtination :
telles que la religion , les langues allemande,
françoiſe (& fi l'on defire la latine)
, l'hiſtoire , la Géographie appliquée
à l'art de la guerre , les Mathématiques ,
les principes du droit des gens , des notionsgénéralesde
l'Etat politique de l'Eu .
rope , le Blafon , l'Ecriture , le Deffin ,
la Danfe , l'Eſcrime , les élémens de la
Tactique , les Ordonnances militaires &
l'exercice.
30. L'inſtruction ſe faitpar forme d'en .
tretien, & en occupant lejugement autant
que la mémoire. Chaque leçon eſt
ſuivie d'un petit examen, dans lequel on
s'inſtruit ſi les Eleves ont profité. Pour
AVRIL. II. Vol. 1774. 159
1
joindre les exemples à la théorie , on ſe
propoſe de leur donner le ſpectacledu fervicemilitaire
, des fimulacres de guerre ,
de leur faire voir les parties eſſentielles
de la fortification .
: 40. Comme la formation du coeur fera
toujours l'objet principal de cette éduca
tion, le flambeau de la Religion joint à
celui d'une ſaine Philofophie , ſert à éclai
rer les Eleves ſur les devoirs ſacrés de
P'homme & du citoyen: & l'on s'appli
que à ſaiſir toutes les occaſions deleur inf
pirer les vertus militaires, la probité ,
le déſintéreſſement , la justice , & cette
humanité compatiſſante , généreuſe , ſans
préjugés , qui caractériſe le vrai Héros ,
dont nous trouvons tant d'exemples dans
les Hiſtoires grecque & romaine ,& dans
celle de l'ancienne Chevalerie françoiſe.
50. Ces jeunes gens étant fur- tout deſti.
nés à la ſociété , on s'attache particuliérement
à leurs manieres & à leurs moeurs.
On les produit dans des maiſons refpec
tables ; & l'on ne néglige rien de ce qui
peut contribuer à les faire paroître avec
avantage.
60. Les récompenſes &les peines font
toutes militaires, c'est- à- dire, fondées
fur l'honneur: les vertus n'ont pasmoins
160 MERCURE DE FRANCE.
de part aux premieres , que le ſavoir,
qui eſt ſouvent le fruit d'une mémoire heureuſe,
plutôt que celui de l'application.
70. On tient des regiſtres fideles de la
conduite & des étudesdes enfans. Ces regiſtres
mettront les Directeurs à portée
d'inſtruire les parens, par des extraits ,
qu'ils auront ſoin de leur envoyer réguliérement.
2
80. Pour exciter l'émulation , il y aura
tous les ans un examen public , ſuivi
d'une diſtribution de prix & de promotions
relatives aux progrès des Eleves.
Les premiers de chaque claſſe prononcerontà
cetteoccaſion un petit diſcoursdans
le genre déclamatoire ; ce qui contribuera
à leur donner cette noble aſſurance &
cet art de s'énoncer avec grace , qui ont
ſouventtantd'influence ſur lafortuned'un
Militaire .
9º. Lesjeunes Etrangers deſtinés au ſervice,
& les enfans de familles patriciennes
, ne font point exclus de cet établiſſement
: pour y être reçus , il eſt à propos
que les jeunes gens fachent lire& écrire
en françois & en allemand. Ceux cependant
qui ne connoiſſent qu'une ſeule de
ces langues ne font point refuſés ; mais il
leur
AVRIL. 11. Vol. 1774. 161
leur faut au moins une année de plus
pour achever le cours.
: 100. L'âge de la réception eſt fixé depuis
10 juſqu'à 14 ans , ſi néanmoins il ſe
préſente des ſujets plus jeunes& en affez
grand nombre pour former une claſſe préparatoire
, on les admettra ſans difficulté
& ſous des conditions proportionnées à
leur âge. Au reſte on defire que les récipiendaires
foient fains de corps , & qu'ils
aient paſſé les maladies de l'enfance.
110. Les Eleves auxquels on voudra
faire apprendre la muſique , trouveront à
Colmar des maîtres habiles , qui la leur
enſeigneront à un prix raiſonnable.
120. Quant à la partie phyſique , on
ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à la ſanté des Eleves , & à fortifier leur
tempérament. Outre la falubrité reconnue
de l'air de Colmar , & une maiſon
bien expoſée , on leur donne des alimens
fains , & fervis avec propreté , un lit ſé .
paré pour chacun d'eux , des bains felon
la ſaiſon , des divertiſſemens honnêtes ,
des jeux propres à former le coup d'oeil ,
& à rendre le corps agile , des promena .
des fréquentes & modérées.
: 130. Pour éviter le faſte & la jaloufie ,
on a donné aux Eleves un uniforme ,
L
1
:
162 MERCURE DE FRANCE.
conſiſtant en un habit de drap bleu de
roi , collet , revers & paremens de mê.
me couleur , doublure , veſte culotte &
bas chamois , boutons jaunes , col rouge ,
chapeau bordé d'or ;& pour ménager cet
habillement , on leur fait porter d'ordi .
naire à la maifon une redingotte à l'angloiſe
avec une veſte à bavaroiſes de la
couleur de l'uniforme.
140. Le prix de la penſion annuelle eſt
de mille livres tournois , faiſant 41 de
Louis - neufs , & les quartiers s'en payeront
d'avance. On comprend ſous ce titre
: 10. Le logement, la nourriture , le
chauffage , la lumiere , le blanchiſſage ,&
ce qu'on appelle ſervices domeſtiques ,
hors le cas de maladie. 20. L'inſpection &
l'inſtruction dans tous les objets détaillés
au § 2 , & dont le tableau fucceffif fera
arrêté chaque ſémeſtre. 30. Lafriſure ,
poudre & pommade , le papier , encre
plumes , crayons , ainſi que les menus
raccommodages de la garde-robe .
150. On tiendra des comptes exacts
des dépenſes extraordinaires , comme habillemens
, livres , inſtrumens de Mathématiques
, fleurets , couleurs , &c. & ces
comptes feront envoyés & foldés tous
les quartiers.
A V.RAIL II. Vol. 1774. 163
0
160. Chaque Eleve doit apporter en
entrant à l'École militaire, outre l'uniforme
à l'angloiſe dont on a parlé , deux
douzaines de chemiſes , douze paires de
bas , moitié d'été , moitié d'hiver , dont
deux paires de chaque eſpece chamois ,
les autres mêlés de bleu & de blanc ,
douze ſerviettes ou eſſui-mains ,& un fers
vice d'argent , le tout marqué de fon nom.
170. L'armement néceſſaire à chaque
Eleve , conſiſte en un fufil garni de fa
bayonnette , un ceinturon & unegiberne,
indépendamment d'une épée courte del
fimilor. Ceux qui voudront ſe difpenfer
de les acheter, payeront un abonnement
de deux louis pour tout le tems qu'ils
refteront à l'Ecole.
180. On offre aux parens embarraſſés
du voyage deleurs enfans ,de les envoyer
chercher , à leurs dépens ,dans tel endroit
qu'ils voudront fixer , par une perſonne
dont on garantit la prudence&la probité.
Au reſte , ceux qui defireront de plus
amples éclairciſſemens fur cet inſtitut ,
font priés de s'adreſſer à M. PFEFFEL,
Confeiller Aulique de S. A. S. Mgr. le
Landgrave de Heſſe Darmstadt, lequel a
pris la direction , conjointement avecM.
DE BELLIFONTAINE , Officier d'Infante-
م
L. 2
164 MERCURE DE FRANCE.
rie, ci - devant attaché à l'Ecole Royale
Militaire de Paris.
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
DANS
ANS la vacance des Spectacles on a
donné au Château des Tuileries pluſieurs
concerts qui ont attiré & charmé les amateurs
de la muſique &des talens. La plus
belle exécution , la diſtribution la mieux
entendue, le choix le plus parfait & le
plus varié , l'intelligence des directeurs
&l'union des concertans aſſurant le ſuccès
de ces magnifiques concerts. On ya
applaudi pluſieurs belles ſymphonies de
MM. Goſſec , Davaux , Diters , Toefchy ,
Stamitz , Boccherini & d'autres maîtres.
On y a exécuté pluſieurs motets à grands
choeurs, tels que Dixit Dominus , motet
admirable del Signor Duranti ; Exurgat ,
Memento ; beaux motets de M. l'Abbé
Daudimont ; Dies ira , ſuperbe muſique
del Signor Langlé ; Diligam te ; Magnificat
; Confitemini . Benedic , anima mea ;
motets diftingués de M. l'Abbé Girouft ;
De profondis , dont la compoſition fait
AVRIL. II. Vol. 1774. 165
I honneur à M. le M. de C... Paratum
cor meum , de M. Alexandre.
Il y a eu auſſi pluſieurs petits motets
à voix ſeule de la compoſition de M.
Cambini & l'Abbé Girouſt.
Le Stabat , compoſition fublime de
Pergoleſe , a été exécuté dans pluſieurs
*concerto.
On a beaucoup applaudi au motet à
trois voix de M. Moreau , & à ſon oratoire
françois , dont les paroles ſont tirées
de l'opéra de Samſon , par M. de
Voltaire. Cette grande compoſition eft
riche de chant , d'expreſſion & d'effet.
Le facrifice d'Ifaac , autre oratoire fran-
⚫⚫çois de M. Cambini , a été fort applaudi.
Les Virtuoſes qui ſe ſont diftingués ,
font MM. le Duc l'aîné & le jeune ,
Caperon , Guénin , Moria , Laurent &
Lejeune , ſur le violon ; M. Duport le
jeune, fur le violencelle ; M. Philippe ,
fur la clarinette ; M. Bezozzi , pour le
hautbois ; M. Sejan , ſur le piano - forte
organiſé ; M. Valentin, ſur le corno-baffetto
, ou contra - clarinette. On a entendu
avec la plus grande admiration , deux
concerto de violon , par Mlle Defchams
, âgée d'onze ans , Eleve de M.
Caperon : jamais talent ne parut plus
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
précoce & plus étonnant; fon jeu eſt
vif & brillant , & les plus grandes difficultés
n'en alterent ni la force ni la
préciſion .
Les belles voix récitantes applaudies
dans ces moters , font Mesdames Larriavée
, Rofalie, Duchateau, Charpentier;
& MM.le Gros , Richer , Nihoul , Bofrel
, Naudy , Ronvalet , Malet..
Mlle Davantois ,de l'Académie Royale
de muſique , a chanté dans ces concerts
pluſieurs petits motets à voix feule. On a
beaucoup applaudi l'étendue & la beauté
de ſa voix , ainſi que le goût & l'expref-
-fion qu'elle met dans fon chant. Ses fuccès
font eſpérer que le Public aura fouvent
occaſion de l'encouragerpar ſes ſuffrages
, dans des rôles qu'elle remplit
avec diftinction. Son zèle , fon application
, l'honnêteté de fes moeurs , fa tendreſſe
filiale font encore de puiffantes
recommandations qui doivent intéreſſer
& folliciter en faveur de ſes talens & de
fes fentimens.
AVRIL. II. Vol. 1774. 167
ARRTS.
Collection de Tableaux , peintures à goua .
che , mignatures , deſſins , estampes ,
médailles , Sculptures , bronzes , ivoires ,
porcelaines & autres effets , provenans
du cabinet de M. Van Schorel , Seigneur
de Wilrick, ancien premier bour .
guemaître de la ville d'Anvers , dont
la vente ſe fera en argent de change ,
à Anvers , le 7 Juin 1774 & jours fuivans.
Le catalogue de cette collection , riche
fur tout en tableaux, deſſins & eftampes
de l'Ecole flamande , forme un volume
in 80. de 427 pages. On le diſtribue à
Anvers , chez J. Grangé imprimeur de
la Ville , & à Paris , chez Muſier pere ,
libraire , quai des Auguſtins .
Les tableaux des grands maîtres , &
les deſſins capitaux ſont décritsavec aſſezde
détail & d'exactitude dans ce catalogue,
pour que l'amateur éloigné puiſſe
ſedéterminer ſur les acquiſitions. Ces def.
criptions détaillées procurent d'ailleurs à
ceux qui forment des collections la facilité
L 4
158 MERCURE DE FRANCE.
defuivre,decabinet en cabinet,les tableaux
de marque , &de s'aſſurer parcemoyende
leur originalité. Le cabinet que nous venons
d'annoncer eſt particulièrement recominandable
par le grand nombre d'eftampes
flamandes qui y font raſſemblées .
Nous avons remarqué , parmi ces eſtampes
, un oeuvre de Rubens , compoſé de
plus de 3200 morceaux. Cet oeuvre préſente
pluſieurs épreuves retouchées par
Rubens lui-même & un grand nombre
d'autres où il ſe trouve des différences qui
diftinguent ces épreuves , des épreuves ordinaires.
Cet oeuvre , unique en fon genre
, eſt annoncé comme devant être vendu
en un ſeul article dans les dix portefeuilles
qui le renferment. Il y a auffi
dans cette collection un ſecond oeuvre de
Rubens compoſé de près de 700 eftampes
recommandables parla beauté &le choix
des épreuves. Ces eſtampes feront vendues
par articles ſéparés. Le rédacteur du
catalogue a répandudans ces articles quelques
notes inſtructives qui fatisferont les
amateurs dont le plus grand nombre recherche
avec empreſſement les eſtampes
flamandes gravées d'après Rubens ; & il
faut avouer que la prédilection qu'on leur
donne aujourd'huieſt fondée ſurla richeſſe
VRIL. II. Vol. 1774. 16
&le pittoreſque de la compoſition , lavé.
rité des expreſſions & l'intelligence avec
laquelle les graveurs flamands ont rendu
le clair obfcur , & en quelque ſorte le coloris
de ce premier peintre de l'Ecole de
Flandre.
MUSIQUE.
I.
La Lyre , ariette nouvelleavec ſymphonie
, dédiée à Madame la Vicomteſſe
de Thury , par M. Legat de Furcy ,
Maître de goût de chant, Organiſte
des R. P. Carmes de la Place Maubert
& de MM. de Ste Croix de laBretonnerie.
Prix I liv. 16 f. chez l'Auteur,
parvis Notre Dame , & aux
adreſſes ordinairesde muſique. ALyon ,
Bordeaux, Nantes , Toulouſe& Mons ,
&c.
L
Es paroles de cette ariette ſont trèsagréables&
d'ungenre anacréontique. Elles
ont été tirées de lacomédie lyrique du
Maître de Guitarre , laquelle fait partiedu
théâtre de M. Poinſinetde Sivry , édition
de 1772. La muſique eſt d'un chant dé
licat & gracieux...
LS
170 MERCURE DE FRANCE.
II.
II. Recueil des vaudevilles des opéras
comiques , arrangés pour le clavecin , ou
le fortepiano , dédiés à Madame la
Comteſſe d'Herouville , par M. Benaut ,
maître de clavecin . Prix 1 liv. 16 f.
AUIILUX .
II. Recueil d'ariettes choiſies , arrangées
pour le clavecin , ou le forte-piano ,
avec accompagnement de deux violons
& la baffe chiffrée ; dédiées à Mlle, de
Schoébeque , par M. Benaut. Prix ,
I liv. 16. A Paris chez l'Auteur , rue
Gît- le- coeur,la deuxieme porte cochere en
entrant par le Pont-neuf, & aux adreſſes
ordinaires de muſique.
Observations phyſiques fur les Anémones
de mer , par M. l'Abbé Dicquemare ,
-de plusieurs Académies , Profeffeur de
Physique expérimentale , &c. au Havre.
LE
E compte que différens journaux ont
rendu des premieres obſervations de M.
l'Abbé Dicquemarre , nous diſpenſe de
nous étendre ſur les vues qui les lui font
A
20
AVRIL. II. Vol. 1774. 171
ſuivre. On fait que tout ce qui a rapport
aux animaux , doit intéreſſer l'homme :
Que ſi ſon Etre moral n'offre avec eux
aucune analogie , ſa conſtitution phyſique
permet des ſimilitudes : Que les fonc.
tions qui dépendent de la diſpoſition or
ganique des parties & qui font peut-être
le principe de beaucoup d'autres , pour
roient recevoir une nouvelle lumiere des
obſervations à faire fur les animaux qui
ſemblent , comme ceux- ci , s'éloigner le
plus de notre maniere d'être: Que nous
ſommes peu avancés dans l'hiſtoire des
reproductions & dans pluſieurs points
principaux de la phyſique de l'économie
animale, qui eſt labaſe de l'art de guérir :
Que notre admiration peut croître à
meſure que la Nature ſe dévoile. C'eſt
dans l'ouvrage même qu'il faudra voir le
détail de ſes expériences. Ce mémoire,
quoique le fruit de pluſieurs années , ne
ſera pas volumineux: mais il offrira 20
planches in -40. deffinées d'après nature
par l'Auteur. Quand on ne dit que ce
qu'on a vu, fans ſe livrer à l'efprit de
ſyſtême & à des raifonnemens à perte de
vue; quand on ne paſſe pas inconfidé
rément de la ſcience des corps dans celle
des idées , on a bientôt fini . Nous nous
bornerons ici à une des dernieres décau
172 MERCURE DE FRANCE.
vertes de cePhyſicien, dont l'affiduité aux
obſervations force enfin la Nature à lui
dévoiler peu-à-peu quelques - uns de ſes
ſecrets . La belle & grande eſpece d'anémones
de mer qu'il nomme la quatrieme ,
cachée dans des lieux d'où la mer ne ſe
retire jamais , & qui , comme la troiſieme
, ne paroît avoir attiré la curioſité
d'aucun Naturaliſte , d'aucun Phyſicien ,
lui avoit bien offert une multitude de
petits , mais il ignoroit abſolument la
maniere dont ils prennent naiſſance. L'analogie
auroit pu lui faire penſer , que
comme dans la premiere eſpece , ils naiffoient
tous formés par la bouche. Cette
analogie l'auroit trompé; il faut voir &
non pas deviner les opérations de la Nature.
Des fuites d'expériences lui ont appris
entr'autres fingularités , que ces animaux
ayant la baſe inégalement étendue
&fortement attachée par quelques points
de ſes extrémités ſur un corps dur , (fouvent
une très groſſe huitre) il s'y fait des
déchiremens ; une ou pluſieurs petites
parties plus ou moins grandes qu'une lentille
, s'en arrachent. Ces morceaux pa-
* roiſſent d'abord informes ; ils s'arrondiffent
peu-à-peu en goutte de fuif; enfin ,
dans l'eſpace d'environ deux à trois mois ,
on y obſerve un trou dans le milieu :
AVRIL . II. Vol. 1774. 173
c'eſt la bouche; des apparences de membres
, une organiſation intérieure , des di
Jatations , des contractions , la ſenſibilité,
&c. &c. Quelques mois après , les membres
deviennent longs , & cet animal fi
petit , eſt deſtiné à croître juſqu'à acquérir
deux pieds de circonférence & une
quantité innombrable de membres. Souvent
pluſieurs petites anémones ſe développent
d'un même lambeau ; deſorte
qu'elles font adhérentes entre elles. Peua-
peu il ſe forme entre l'une & l'autre
un petit étranglement qui les ſépare. Quelquefoisauſſi
elles reſtent unies : alors il
en réfulte des fingularités ou même des
monſtres . M. Dicquemare en a deſſiné
un fort gros , qui paroiſſoit contenir trois
individus réunis& en quelque forte confondus.
L'anémone mere, de cette elpece
, qui lui a dévoilé plus particuliément
le ſecret , étoit formée comme un
Y, c'est - à-dire , qu'elle avoit deux corps
parfaits , dont les baſes étoient adhérentes
ou ſe réuniſſoient à une même tige ,
par laquelle ils communiquoient: auſſi ces
deux anemones n'ont- elles jamais paru
à ce Phyſicien avoir deux volontés,comme
il l'a pluſieurs fois remarqué dans celles
qui ſe diſputent la proie.
174 MERCURE DE FRANCE.
Les anémones de mer , conſervées vis
vantes dans le cabinet , annoncent les
tempêtes , ce qui pourroit peut- être nous
tenir lieu un jour de barometre marin.
L'eſpérance de nouvelles découvertes &
des occafions favorables pour terminer
les planches d'après nature , oblige enco .
re pour quelque temps M. l'Abbé Dicquemare
à différer la publication de fon
mémoire.
Cours de Langue Angloise.
L'UTILITÉ de la langue angloiſe eſt
trop connue aux perſonnes de tout rang
& condition , pour qu'il foit néceſſaire
d'en faire l'éloge ; preſque tous les Sa
vans de l'Europe font charmés des excellens
ouvrages qui paroiſſent tous les jours
dans cette langue. Le Marchand l'apprend
ou doit l'apprendre pour l'intérêt de fon
commerce ; & chacun aujourd'hui en
connoît l'utilité & la beauté , &c. Ces
motifs ont déterminé le ſieur Berry ,
Auteur de la Grammaire générale an
gloiſe , de donner un cours pour la facilité
des Marchands & autres perſonnes
qui ſouhaitent apprendre l'anglois , &
AVRIL. II. Vol. 1774. 175
qui cependant ſont occupées dans le cou
rant de la journée ; lequel cours commen
cera la ſemaine après la Quasimodo ; il durera
fix mois & tiendra trois fois la femaine
, depuis fix heures du matin juſ
qu'à huit. Ceux qui voudront apprendre
cette langue tant recherchée , auront l'avantage
d'être enſeignés par un Anglois
de Nation , & toutes les difficultés de la
prononciation , qui font tant de peine
aux Français , feront levées en huit leçons
. Le fieur Berry va en ville à toutes
les autres heures de la journée. Il demeure
chez M. Philippe , Marchand de
vin , rue St. Germain- l'Auxerrois , entre
l'abreuvoir & la rue de la Sonnerie , la
porte cochere vis- à- vis le Tonnelier , au
troiſieme fur le devant.
On pourra s'abonner pour les fix mois.
Cours de Chirurgie.
M. Felix Vicq d'Azir , de l'Académie
Royale des Sciences , Médecin de
Monſeigneur le Comte d'Artois , ouvrira
le 18 de ce mois à midi, dans ſon amphithéâtre
, tue de la Pelleterie, un Cours
176 MERCURE DE FRANCE.
élémentaire de Chirurgie dans lequel ,
avant de traiter des maladies chirurgicales
& du manuel des opérations , il expoſera
la ſtructure anatomique des parties
fur leſquelles elles doivent être pratiquées.
: A. M. L.
MONSIEUR ,
La littérature a toujours été un champ vaſte , ou
vert aux rapines , aux ruſes de guerre de toute efpece
, aux brigandages , & aux plagiats . Apollon
a ſes Houſards , ainſi que les Rois ; mais il a auffi
fes maraudeurs,& ſes filoux. Vous ſavez , Monſieur
, & qui eft-ce qui ne fait pas cela ? que le
grandVirgile a pillé ou imité , comine il vous plaira,
Héfiode & Homere; que le grand Corneille a
mis à contribution Lucain & Guillem de Caſtro ;
que le grand Racine a puiſé de très belles ſcenes
dans Euripide. Le Chantre de Henri a pillé , diton
, Monfieur Maffei , Sebaſtien Garnier , Shake.
ſpéar , & Mademoiſelle Bernard. Enfin vous le dirai-
je ? J'ai entendu des Vendeurs d'orviétan qui
avoient pris leurs harangues dans Démofthene.
Tout cela ne m'étonne point. Les eſprits ne peuvent
pas toujours créer . Ce qui me ſurprend ,
c'eſt qu'on me faſſe auſſi l'honneur de me piller ,
moi qui n'ai compofé ni poëmes épiques , ni tragédies
, moi qui ne fais des vers qu'à mes amis ,
ou à ces êtres doux & ſenſibles ſans qui les arts
perdroient tout leur charme ; moi für-tout qui n'ai
rien
AVRIL. II. Vol. 1774. 177
rien dérobé à perſonne ſans le dire. Quoique je
ne fois gueres riche , je ne me fache point de cet.
te eſpece de larcin. Mes biens font de trop peti.
te valeur; d'ailleurs ce que je réclame eſt ſi peu
de choſe , que je rougirois de me mettre en co.
lere. Croyez donc , Monfieur , que c'eſt fans humeur
que je vous rappelle que dans votre dernier
Mercure , vous avez inféré un madrigal dont je
crois que l'idée n'appartient , vous allez en juger
par la comparaiſon. Voici celui du Mercure.
A une Dame qui avoit été piquée par une
abeille.
Au déclin d'un beau jour , une folâtre abeille
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleffé , dites-vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la Reine des fleurs.
Voici le mien , qui a été inféré dans l'Almanach
des Muſes de cette année.
:
Impromptu d'une Dame que fon pere venoit
de marier malgré elle à un boiteux , &
- qui, le même jour , avoit été piquée par
une abeille ..
:
L'abeille , en te piquant , te fait verſer des pleurs ,
Et ton pere te plonge en des peines nouvelles
Par un hymen contraire à tes ardeurs :
L'un t'a priſe , Aglaé , pour la Reine des belles ,
L'autre pour la Reine des fleurs .
Il eſt clair que l'impromptu du Mercure a été
M
178 MERCURE DE FRANCE.
fait d'après le mien. Je ſuis honteux de vous dis.
traire de vos occupations pour de pareilles mife
res. Pardonnez ; je ne reſſemble point à ces peres
qui ont des fils rachitiques , & qui , malgré leur
difformité , les chériſſent autant que s'ils n'avoient
aucun défaut. Quand mes enfans font boſſus , j'aime
à les redreſſer moi-même , & je ne veux pour
cela du ſecours de perſonne.
Je vous prie d'inférer ma Lettre dans votre pro
chain Mercure , & de croire à la parfaite conſidé
ration avec laquelle j'ai l'honneur d'être , &c.
le Chevalier DE CUBIERES .
A Versailles, le 6 Avril 1774.
Point de vue d'humanité pour les Ames
Sensibles.
T
PLULUSS uneNation vit dans l'abondance, plus elle
s'abandonne à la diffipation , & plus le nombre
des malheureux s'y multiplie. Le luxe entretient
une émulation dangereuſe, &dans un pays de repréſentation
comme la France , chacun , pour paroître
avec avantage , ſe permet de dépenſer
annuellement plus qu'il ne peut. Le grand Seigneur
s'épuiſe & fait des dettes pour foutenir un nom
qui conſtitue ſon unique grandeur. Le Financier
cherche à ſe diſtinguer par une profuſion qui le
rapproche à ſes yeux de la Nobleſſe dont il ſe flattede
faire unjour partie , par lui ou par les fiens .
Le Négociant , qui s'eſtime plus que les Fermiers
de la Couronne, ne néglige rien de ce qui peut
AVRILII. Vol. 1774. 179
relever l'importance utile de fon état , & il lutte
conſtainment avec la Finance pour n'en être point
effacé dans la jouiſſance d'un appareil opulent &
des recherches cominodes. Le Marchand ſe montre
jaloux d'imiter les premiers de fon ordre , &
il excede ſes forces , ſans fonger que la plus gran.
de partie de ſa fortune eſt dans les mains de dé.
biteurs aſſez élevés pour qu'il ne puiſſe pas la retirer
à ſon gré , au moment où il en aura le plus
de beſoins ; au moyen de quoi ſon crédit ſera anéanti
, & ſa chûte deviendra néceſſaire. L'Artifan
qui acquiert la vogue ne le veut céder en rien au
Marchand, qu'il ſoutient par le débit de ſes talens ,
& il ſe pique même de le primer par l'apparence
féduiſante d'une maiſon bien montée. Le Journalier,
habile ou non , met ſagloire à jouir de ſon indépendance
; & , foumis uniquement à ſa propre fantaiſie
, il compte faire ufage de fa liberté, en ſe
livrant au déſoeuvrement & aux excès qui en ſont
les fuites. Vous en voyez journellement dix mille
meubler les environs de la capitale. Les uns ,
les bras croifés , s'extaſient ſur les Boulevards aux
parades dont les groſſieretés les tranſportent hors
d'eux-mêmes . D'autres rempliffent les guinguet.
tes , les billards , les jeux de boule , & noient
dans le vin le ſouvenir de leur famille oppreffée.
Leurs femmes , leurs enfans attendent en vain avec
impatience le retour d'un chef qui doit rapporter
un pain néceſſaire à leur ſubſiſtance . Funeſte efpoir!
Les injures & même les coups font ſouvent
les ſeuls fruits qu'ils recueillent de l'oiſiveté & de
l'intempérance du barbare chargé d'entretenir la
vie qu'ils ont reçue de lui. Les délaſſemens font
fans doute néceſſaires dans une grande ville; mais
faut- il que vingt mille journées s'y perdent habituellement
dans l'inaction ? Le maître d'un attelier
reſte ſouvent ſeul , parce qu'on ſe débauche Hun
M 2
180 MERCURE
T
DE FRANCE.
l'autre. Le Bourgeois attend ſon ouvrage qui ne
ſe fait que huit jours après , & qui eſt défectueux
par la précipitation qu'on y a miſe pour regagner
le temps perdu. L'entrepreneur même eſt forcé
de recevoir la loi de ſes garçons ; & ainfi , de
proche en proche , la machine générale ſe décompoſe;
&, pour courir après l'ombre de l'Abondance,
fille du Luxe , l'on tombe inſenſiblement
dans une pauvreté réelle. L'économie ſemble être
devenue un vice parmi nous , & l'on ne ſonge à
vivre que pour ſoi.
C'eſt ce dangereux préjugé , ce ſont les ſpécu
lations enfantines & téméraires qui occaſionnent
les banqueroutes fréquentes que nous voyons
journellement dans tous les états. Quelques Seigeurs
n'en ont pas été plus affranchis que les au
tres , & la contagion s'eſt gliſſée parmi les Finan.
ciers , les Banquiers , les Marchands , les Artiſans ,
les Commis , les Ouvriers , & juſques chez des Laïs
qui avoient ébloui la capitale du faſte de leur dé.
penſe indécente.
Ces faillites fi préjudiciables au bien public ,
ont des nuances , & ne font pas toutes également
criminelles. Un homme qui , par ſon luxe dépla .
cé , a mangé le bien de ſes créanciers , en croyant
ne diſſiper que le fien , eſt aſſurément coupable :
il eſt injuſte, en ce qu'il fait payer aux autres fes
folies & la bonne opinion qu'il a eue de ſes talens
& de ſon induſtrie; mais il doit être ſujet à
de moindres peines que celui qui , par un artifice
médité , ſuppoſe la néceſſité d'une faillite pour
s'engraifſſer de la ſubſtance des créanciers de bon.
ne foi qu'il vole impudemment.
Un homme , dans la néceſſité d'une défenſe lé.
AVRIL. II. Vol. 1774. 181
gitime , tue fon adverſaire; la raiſon & la loi ne
permettent pas qu'il foit traité comme un cruel
affaffin , qui , par un attentat refléchi , Ôte la vie
à un citoyen dont il veut envahir le bien.
Un jeune homme ſans expérience a fait inconfidérément
des lettres - de - change pour fatisfaire
fon caprice. Un artiſan , dans un accès d'ivreſſe ,
a caffé des lanternes , a maltraité quelqu'un ou a
fait des étourderies ſcandaleuſes ; ils ont conſtamment
tort & méritent correction ; mais elle ne doit
pas être auſſi forte que celle d'un voleur qui , par
aſtuce où à main armée , enleve à quelqu'un le
fruit entier de ſes travaux .
Or , puiſqu'il y a une différence ſenſible dans
l'ordre des crimes & des peines , pourquoi n'en
a-t-on pas introduit une dans la façon de s'aſſurer
de tous ceux qui doivent être les objets d'une
pourſuite criminelle ? Pourquoi , pendant le cours
d'une inſtruction ſouvent longue , confond- t - on
le citoyen qui n'eſt ſuſceptible que d'une correction
légere , avec le monstre deſtiné à ſervir d'e .
xemple pour effrayer ſes ſemblables ?
Il eſt étonnant que , parmi une Nation policée
& amie de l'humanité , on n'ait jamais imaginé de
faire éprouver aux accuſés un traitement propor.
tionné à la gravité des peines auxquelles ils font
réſervés .
Pour évaluer l'injuſtice de notre procédé à cet
égard , entrez dans nos priſons , ſi vous avez la
force d'en franchir le feuil , & qu'y verrez-vous ?
un tableau d'horreur & l'image vivante du déſeſ
poir.
Le ſommeil eſt banni de ces antres ténébreux
par les cris continuels & effrayans des malheureu
ſes victimes de l'infortune. Elles méditent ſans ceſſe
M 3
183 MERCURE DE FRANCE.
les attentats les plus noirs pour ſe procurer une li
berté qui les déroberoit aux plus grands fupplices
,& elles ne s'occupent que du ſoin d'ajouter de
nouveaux crimes à ceux dont elles ſont déjà noire
cies . La Religion , l'honneur & l'humanité font
pour elles de foibles barrieres , & la cruauté de
vient néceſſaire à ceux qui font chargés du ſoin de
rendre leur méchanceté & leur fureur impuiſſantes.
Il ſeroit donc important d'établir une différence
entre les maiſons de correction ou de fûreté ,&
celles qui font deſtinées aux criminels dont le gi.
bet eſt la perſpective. La priſon , ſuivant les loix ,
n'eſt établie que pour s'aſſurer des coupables , &
nonpas pour leur en faire un tourment. Elle n'entre
point dans l'ordre des peines judiciaires : &
cependant ces lieux de tenebres raſſemblent ici
tous les maux imaginables . Ils font tellement
reſſerrés que l'air y pénetre à peine; l'on n'en ref.
pire qu'une foible portion fans ceſſe infectée par
les vapeurs que produiſent le mauvais ferment &
l'altération des corps. La lie de l'humanité ſemble
s'y être réunie dans un gouffre d'infection . Les
malheureux y defirent le ſupplice comme le terme
de leurs maux , & leur paſſe-temps habituel eſt ,
pour occuper leur déſoeuvrement, de ſe gangrener
mutuellement le corps & le coeur par des propos ,
par des récits dont l'atrocité révolte la nature . Le
vin eſt leur ſeule confolation , & ils y noient
leurs afflictions dès qu'ils en trouvent le moyen.
Pourquoi faut-il qquu''uunnpere de famille bien ne,
bien élevé , foit confondu dans un même aſyle
avec ce vil rebut de la terre , fi la fortune ceffe
de favoriſer ſes projets , ſi la mauvaiſe foi lui
ravit ſes biens , fi des malheurs imprévus vient
nent tout -à- coup l'accabler ; Pourquoi un Offi
AVRIL. II. Vol. 1774. 183
cier , un homme même de diſtinction , s'il lui
furvient un malbeur inévitable; pourquoi un citoyen
recommandable , s'il eſt calomnié , ferontils
plongés dans la fange avec la plus vile canaille
, juſqu'à ce que les longueurs d'une lente juftifi
cation leur permettent de faire éclater leur innocence
? Les peines du corps ne les flétriſſent pas
moins que les tribulations de l'eſprit ; leur repos
ſeperd, leur ſanté ſe dérange , leur raiſon s'offufque,
&il eſt tel homme irréprochable qui traîne
toute ſa vie le ſouvenir douloureux d'une injuſte
captivité. Quel contraſte avec les moeurs d'un
peuple police!
Gémiſſons fur ces maux déchirans , & tâchons
d'en tarir la ſource.
Il eſt étonnantque dans un royaume auſſi florifſant
que la France , où la foi & la charité ne font
pas totalementéteintes , il ne ſe ſoit encore trouvé
aucune ame pieuſe qui ait conçu le defir de remé.
dier à un déſordre ſi funeſte à l'humanité. L'on a
multiplié les fondations en tout genre & l'on en
a négligé une dont l'érection conſerveroit annuellement
la vie à une foule de citoyens englou
tis dans le bourbier obſcur des priſons .
Les maux qui ſe renouvellent ſans ceſſe auroient
pu ſans doute devenir un des objets de l'attention
duGouvernement. La conſervation , la libre exif.
tence de ſes membres ont le droit d'intéreſſer ſa
ſenſibilité; mais la fatalité des guerres ruineuſes
& l'enchaînement de circonſtances malheureuſes
n'ont pas permis à des Miniſtres ſages & bien intentionnés
d'abattre leurs vues juſques ſur des infortunés
dont la proſcription intéreſſe ſouvent lé
bonheur public. Tous les priſonniers , enviſagés
du même oeil , ont été collectivement négligés
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
comme mauvaiſe compagnie , & l'on a laiſſé à la
charité publique le ſoin de leur conſervation .
Qu'il nous foit pourtant permis de dire qu'il en eft
fréquemment qui , par leur naiſſance , leur édu.
cation, leur état & leurs moeurs , ne ſont point
indignes des regards des gens en place , & qu'il y
a une rigueur exceſſive à les ſacrifier à la misere
avant qu'on fache ſi le glaive de la Juſtice doit
légitimement les immoler. Un Négociant abuſé ,
un jeune homme turbulent , un bourgeois indo .
cile , un militaire imprudent ne doivent pas être
plongés dans la boue , & , pour ainſi dire , retranchés
de la fociété civile , quand on n'a à leur reprocher
que des meſures fautives , des indocilités ,
des étourderies ou des inconſidérations ; la Juſtice
qui s'en empare , leur doit ſa protection juf.
ques dans le ſéjour de la douleur.
Il y a dans Paris & dans les villes commerçantes
du royaume , telles que Lyon , Marseille,
Rouen , Bordeaux , Nantes , la Rochelle & autres
, plus de quatre millions d'habitans qui , par
la nature de leur négoce , font expoſés à la contrainte
par corps . Ces femmes même ſont ſu
jettes à partager le fort trifte & ignominieux de
ceux qui gémiſſent dans la captivité. Or , fi
chacun de ces individus donnoit ſeulement quatre
fols par année pendant trois ans , voilà déjà deux
millions deux cents mille livres dont l'emploi
tourneroit au profit de l'infortune. Que le Négo .
ciant le plus accrédité par ſes richeſſes & fa
probité ſoit nominé le dépofitaire de cette ré .
colte peu gênante : il n'eſt pas de commerçant ,
de banquier , d'agent de change , de marchand ,
d'artiſan , de fermier qui ne concoure volontiers
à l'adouciſſement d'un état violent dont , en cas
de malheur , il eſt menacé lui-même. Les ames
pieuſes s'échaufferont d'elles - mêmes , & l'ému
AVRIL. II. Vol. 1774. 185
tation s'empreſſera de ſe ſignaler , ſurtout , ſi
les premiers de la Nation , fi les Prélats excitent
le zêle , & fi des femmes d'un grand nom le
fomentent par leur ardeur à ſe charger de la
Collecte. L'on fait annuellement des fermons de
charité pour le foulagement des prifonniers ,
mais , pendant le cours d'une année , l'activité ſe
réfroidit & le nombre en eſt ſi grand, que le
bénéfice qui en réſulte , partagé entre eux , ne pro-
*duit qu'un mince adouciſſement à leurs maux ;
le point eſſentiel ſeroit de commencer par les
loger , parce que l'air ſalubre eſt auſſi néceſſaire
à la vie que les alimens. L'on met pour eux
des troncs dans les Egliſes : mais ces dépôts
confondus avec tant d'autres , ne frappent perfonne;
l'on ne lit pas même l'inſcription , & la
maiſon reſte ſtérile , au lieu qu'une quête menée
avec chaleur & accréditée par de grands perſonnages
, produiroit un effet auſſi rapide qu'avantageux.
Qu'on en juge par la profufion obligeante
avec laquelle l'on s'empreſſe de gratifier
un Comédien , un homine à talens , lorſque des
gens de marque mettent à contribution la générofite
publique. Aſſurément ceux qui contri .
buent à nos plaiſirs méritent des faveurs ; mais ,
quoique nous préférions l'agréable à l'utile , il
faut convenir que l'aiſance d'un acteur , quelqu'excellent
qu'il ſoit , a moins de droits au ſentiment
humain que la ſubſiſtance de 5000 mille
priſonniers , engloutis journellement dans la pour.
riture.
Tout eſt de mode en France: le bien & le
mal. Il ne faut que de grands exemples pour
mettre les génies en fermentation. Il eſt encore
parmi nous beaucoup plus d'ames pieuſes &
nobles qu'on ne le croit ; mais elles cachent leurs
M 5
186 MERCURE DE FRANCE
bienfaits , & l'on ſe pique moins de publier les
bonnes oeuvres que les mauvaiſes . Nombre de
gens religieux & vraiment charitables s'em.
preſſeroient de contribuer fecrétement au falut
de leurs malheureux freres. D'autres voudroient
ajouter encore aux fondations , & ſe ſignaler
pardes libéralités ſolemnelles. Les paſſions mêmes
ſerviroient à l'accompliſſementdu projet , fil'on fa
voit les mettre en jeu. Quelques-uns feconderoient
les bonnes intentions par des profuſions teftamen.
taires. De riches marins avanceroient des fonds
ſans intérêts. Des banquiers opulens voudroient
peut-être mériter des ſtatues telles que celles értgées
à la bourſe de Londres , à Gresham &
Barnard ; enfin , l'empreſſement ſeroit auſſi gé.
néral que la magnificence , car il ne s'agit que
de mettre en mouvement le génie françois , mais
il faut le connoître & le diriger avec art. Or,
c'eſtuneétude peut-être trop négligée , quoiqu'elle
ſoit inépuiſable en reſſources.
Cependant , quel eſt le citoyen , excepté les mendians
& les journaliers , qui ne conſentira pas volontiers
à donnerdeuxou trois ſous par année , pour
adoucir la barbarie du fort d'une foulede ſes ſeinblables
? Nous envoyons à grand frais racheter
des captifs en Afrique , & nous ſommes de bronze
pour la miſere de ceux qui gémiſſent ſous nos
yeux! Le remede eſt- il donc impraticable ? Il y
auroit de la foibleſſe à le croire. Qu'une ame
ſenſible & courageuſe ait le courage de ſe mettre
à la tête de l'entrepriſe ; qu'elle foit autoriſée par
le Gouvernement , & qu'elle ait le bon eſprit de
braver ou de mépriſer les brocards des petitsmaîtres
, des ſots, des bavards & des déſoeuvrés :
alors la Nation entiere la bénira & lui élevera
des autels. Qu'un autre perſonnage connu & ir
AVRIL. II. Vol. 1774. 187
réprochable ſoit chargé de la caiffe , & qu'il
reçoive de l'argent ou des ſoumiffions pour les
rendre publiques ou cachées , au gré des contri,
buans: nous verrons alors les coeurs & les
bourſes s'ouvrir à l'humanité , & notre Nation ſe
laver du reproche d'allier encore l'urbanité avec
les reſtes de l'ancienne barbarie.
: Il eſt encore mille moyens que , ſans exciter des
murmures , l'on pourroit employer pour accélé
rer un établiſſement profitable. Cent livres de
marchandiſes importées par l'Etranger pourroient
payer un fou , ſans que la taxe parût onéreuſe.
Chaque nouveau titulaire de bénéfice pourroit .
ſans ſe plaindre , configner cinq fols ; & d'autres
droits auſſi inſenſibles conduiroient promptement
l'ouvrage à ſa perfection. Chacun s'applaudiroit
de concourir au bien général. Le Receveur en chef
ſe choiſiroit lui-même des coopérateurs dans les
provinces , & ceux-ci , animés de ſon bon eſprit,
ſeconderoient ſes vues ſans frais & fans rétribu .
tion.
L'on ſe livreroit au travail à meſure qu'on
auroit des fonds , & le premier emploi de l'argent
feroit d'acheter un terrein vaſte où l'air & l'eau
aſſuraſſent la ſalubrité. Nous avons vu bâtir un
opéra & des ſpectacles dans tous les genres. Le
goût univerſel eſt pour les bâtimens , & la ville
ſemble s'être renouvelée. Quoi ! pendant le ré
gne de l'épidémie dominante , ferons-nous affez
durs pour refuſer un aſyle fain & commode à des
ſujets que poursuit la fatalité ? Les grandes villes
de commerce s'empreſſeroient de ſe modeler fur
la capitale , & l'on pourroit fe flatter de voir la
fanté & la propreté remplacer les horreurs des
repaires infects où l'innocence gémit auprès du
crime.
188 MERCURE DE FRANCE.
Des Négocians dans le déſaſtre n'auroient plus
la douleur de voir perpétuellement des ſcélerats
tirés de leur communauté pour aller fubir publiquement
la peine due à leur monſtruoſité. -
: Un bon Bourgeois , accablé de chagrin , d'infirmités
ou de maladies , pourroit avoir ſa femme auprès
de lui pour lui adminiſtrer les confolations
corporelles & fpirituelles que la dégradation de
fon état lui rend néceſſaires.
Un homme qui s'eſt vu dans l'élévation , profiteroit
de la ſociété de ſes amis & de ſes confola .
teurs , ſans avoir à rougir de l'impureté de l'air qu'il
leur fait reſpirer , & de l'atrocité des diſcours qu'il
les force d'entendre.
1
Un jeune homme détenu pour une inconſidéra.
tion paſſagere n'auroit plus les oreilles & l'imagination
ſalies par les obſcénités dont retentit le
ſéjour du brigandage & de la corruption..
Enfin l'humanité rentreroit dans ſes droits. La
priſon , ſuivant ſa vraie deſtination , ne ſeroit
plus un fupplice auſſi cruel que la mort , & les
malheureux qu'on y renferme pourroient méditer
dans le repos fur les diſgraces d'une fituation
forcée qui les enleve à leur état , à leur famille
& aux douceurs de la ſociété.
Par M. M. A.
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 189
MORT d'un Homme bienfaisant.
A Dijon , 17 Mars , à M. L. R.
M. Nous venons de perdre notre bienfaiteur
M. Legouz ; il eſt mort ce matin,
âgé de 79 ans . J'ai vu , en cette triſte
circonſtance , ce que Lafontaine a fi bien
exprimé dans ce vers :
La mort du Sage eſt le foir d'un beau jour.
La bienfaiſance de ſon coeur & la férénité
de fon ame ſe ſont conſervées juſqu'au
dernier inftant ; & toujours occupé du
bien qu'il pouvoit faire , & de celui qu'il
auroit voulu pouvoir faire , il n'avoit dé
regrets que d'avoir été dans l'impoffibilite
d'en faire autant qu'il auroit defiré.
Sa mort cauſe un deuil univerſel dans
la ville; le pauvre y perd un pere ; les
Arts, un protecteur généreux ; l'Acadé
mie, un bienfaiteur qui l'éclairoit par ſes
veilles, & l'enrichiſſoit par ſes bienfaits ;
la ſociété , un homme aimable , qui en
faifoit les plaiſirs par ſes manieres & fon
enjouement ; la ville, un citoyen géné
reux , & aimant le bon ordre & le bien.
J'y perds un ami tendre , ardent , qui
m'aimoit , parce qu'il m'eſtimoit. Ma
ſeule confolation ſera de payer à ſa me690
MERCURE DE FRANCE.
mone un juſte tribut d'éloges. Je compte
m'en- acquitter pour le mois d'Août ; mon
coeur dirigera ma plume ; & , ſi je réuſſis
à peindre mon ami tel qu'il y eſt gravé ,
Poſe eſpérer que je ferai partager ma
douleur à mes lecteurs.
Vous favez , Monfieur , qu'il avoit
donné à l'Académie un Cabinet d'Hiſtoire
naturelle , qu'il a établi un Jardin de
Plantes & une Cours de Botanique , &
formé une Galerie de nos célebres Bourguignons.
J'ai exprimé ces differens bienfaits
dans trois vers latins , que j'ai placés
au bas de fon buſte , qui décore mon
cabinet; & les voici :
Jussit , & egregii ſpirant in marmore cives;
Germinat agrorum ſolamen planta falubris
Thesauroſque fuos reſcrant coelum , æquora , tellus.
:
1
Pardon, Monfieur, des détails peu ſcientifiques
, & conféquemment peu intéreſſans
pour vous , dans lesquels je viens
d'entrer; mais mon coeur , pénétré de lá
plus vive douleur, ſe ſoulage en parlant
de l'ami qu'il a perdu.
Je fuis , &c .
٤٠٠
MARET.
Secrét. de l'Acad. de Dijon.
AVRIL. II. Vol. 1774. 191
:
BIENFAISANCE.
Lettre de M. Dufot , médecin penſionnaire
du Roi & de la Ville de Soiffons , &c.
M. J'ai l'honneur de vous faire part
d'un Etabliſſement qui intéreſſe l'humanité.
Le ſage Adminiſtrateur de cette
Province (M. le Pelletier de Mortefontaine)
qui ſemble né pour faire le bonheurde
ceux qui ſont confiés à fes foins,
vientde formerdans cette ville un Dépôt
de Remedes gratuits pour les Habitans des
campagnes du Soiſſonnois. Sa ſenſibilité
tendre & compatiſſante lui repréſente
fans ceſſe le pauvre cultivateur au fond
de ſa chaumiere, ſouffrant & délaiſſé ....
Il vient à fon fecours. Son ame géné
reuſe peut ſe dire à elle-même.... Salus
publica , mea falus....
Parmi tant d'Etabliſſemens utiles qu'on
voit ſe former, celui - ci manquoit au
foulagement des gens de la campagne....
Cette portion des hommes la plus utile ,
&peut-être la plus négligée , eſt attaquée
de mille maux. Pauvres , quoique ce
ſoient eux qui nous enrichiſſent, ils ne
font point en état de payer ni les remedes
, ni les avis des Médecins. On en
voit tous les jours périr, fautede ſecours ;
192 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un objet continuel de regrets pour
les Curés de la campagne & pour les Sei.
gneurs , qui ne voient , dans la plupart
des maiſons de leurs Paroiſſiens , ou de
leurs Vaffaux malades, que la triſte image
de la mifere. Ce ſpectacle ſi attendriſſant
pour tout homme, & fur- tout pour des
Miniſtres de charité , nous a été ſouvent
retracé par eux. Plus souvent encore ,
depuis le long eſpace d'années que je
parcours , comme Médecin , les campagnes
, j'ai été le triſte témoin de la pauvreté
qui y régnoit. De tels ſpectacles
déchirent toute ame ſenſible....
La fonction la plus ſainte d'un Paſteur
& d'un Médecin , eſt le ſoin d'être le
confolateur & l'ami de ces infortunés.
Ces deux états ſont un état de bienfai .
ſance ; mais le pouvoir de l'exercer nous
manque ſouvent : nous donnons ce que
nous avons ; l'homme ſenſible & puif.
fant vient de ſe joindre à nous : l'humanité
même eſt venue au ſecours de l'humanité;
cette vertu ſi néceſſaire où il
y a des hommes qui fouffrent , a formé
cet établiſſement : il n'eſt pas le ſeul en
ce genre. Celui que j'ai formé à Laon ,
y eſt continué ſous les mêmes aufpices ,
&la charité d'un citoyen de cette ville
contribue
AVRIL. II. Vol. 1774. 193
contribue auſſi à cette bonne oeuvre....
Puiſſent de tels bienfaiteurs de l'humanité
fouffrante , étre imités ! Plus ily aura
en France de ſemblables Etabliſſemens ,
plus on pourra ſecourir de ces malheu
reux cultivateurs qui croient avoir plus
beſoin de fanté que de vie.
Lorſqu'une maladie épidémique fait
des ravages dans nos contrées , on porte
auffi-tôt des ſecours à ces malheureux
cultivateurs , qui ne peuvent s'en procurer
par eux- mêmes. C'eſt principalement
ſur eux que le Magiſtrat reſpectable
qui nous gouverne , répand ſes bienfaits....
J'atteſte ce que j'ai vu. Voici la neuvieme
année qu'il m'a honoré de fa con
fiance , pour traiter les maladies épidé.
miques dans ſa Généralité , & donner à
ceux qui en étoient attaqués , tous les
ſecours néceſſaires . Chaque année , les
fievres putrides , pourpreuſes , malignes ,
& ſouvent contagieuſes , la dyſſenterie ,
la pleuréſie , & d'autres maladies populaires
défolent nos campagnes. C'eſt à
ſes ſoins paternels , que tant de villages
doivent la conſervation de leurs habis
tans. τ
Ce n'eſt donc pas dans ces terribles
fléaux que le nouvel Etabliſſement feroit
N
194 MERCURE DE FRANCE.
le plus utile; mais c'eſt dans lesmaladies
ordinaires des gens de la campagne , &
fur-tout dans celles de langueur. Ils s'adreſſent
ſouvent aux Charlatans , qui leur
donnent de forts purgatifs &des remedes
incendiaires qui ne font que les affoiblir
& les brûler , laiſſent croître le mal ,
& ne guériſſent que l'indigence de ceux
qui les vendent. Mais ces Remedes Spécifiques
, qui font l'unique reſſource de
l'ignorance & de la charlatanerie,
font pas toujours homicides.... Le malade
guerit quelquefois ? .... C'eſt qu'il exiſte
dans chaque individu un être ſurveillant ,
une puiſſance conſervatrice , un agent
bienfaiſant , qui combat& triomphe alors
de l'ignorance impardonnable des Chalatans.
ne
MM. les Curés & les Seigneurs de
Paroiffes , s'oppoſent , autant qu'ils le
peuvent , à la ſéduction de ces Miniftres
de mort; mais le defir de la guérifon ,
la prétendue certitude qu'on en a, la
malheureuſe facilité d'avoir les remedes
dans le moment, entraînent les pauvres
malades.... C'eſt le préjugé & l'ignorance
qui perpétuent les erreurs & les
crimes des Charlatans.... Quoiqu'ils ne
fachent que déraiſonner , cependant ils
AVRIL. II. Vol. 1774. 195
perfuadent ces malheureuſes victimes de
ſeur fordide cupidité ; ils les précipitent
dans le tombeau , ou les rendent inutiles
à la Société , à charge à eux - mêmes &
à leur famille.
Eſt il donc un Etabliſſement plus
intéreſſant que le Dépôt des Remedes gratuits
pour les cultivateurs ? C'eſt l'utilité
qui décide , ou du moins qui doit déci
der de notre eftime. Or , un des objets
les plus utiles à la fociété , eſt de con
ſerver les habitans des campagnes....
J'aurai rempli une partie de la tâche d'utilité
dont tout homme eſt tenu envers
ſes ſemblables , ſi je puis ſecourir dans
leurs maladies ceux que le fort a deſtinés
à nous nourrir.
* Médecin du Dépôt des Remedes gratuits
du Soiffonnois , je donnerai gratuitement
à tous ceux qui chaque jour ſe préfenteront
, & les confultations & les remedes
appropriés à leurs maux , en leur indiquant
la façon d'en uſer ; j'aurai le foin
d'écrire l'ufage particulier de chaque re
mede , & le régime à obſerver. MM. les
Curés , les Seigneurs , on les principaux
habitans des villages voudront bien les
- faire exécuter.... Enfin , on leur dira s'il
faut plus compten ſur la nature , pour le
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
ſoulagement de leur maux , que ſur les
ſecours de la Médecine.
Quoique les remedes ſoient gratuits ,
ils ne feront pas compoſés avec moins
de ſoin que s'ils étoient achetés . On
promet & on aſſure la plus grande fidélité
dans le choix des drogues & dans
leur compoſition. Eſt-il un intérêt plus
grand que celui de l'humanité ? .... La
plénitudede la loi eſt la charité.... La béatitude
eſt pour les bienfaifans.
* Je ſuis , &c.
I I.
A. DU FOT.
Un Négociant établi à Uddewalla ,
vient de s'attirer l'admirationde ſes compatriotes
, par une action qui mérite d'être
connue, & qui prouve que les exemples
de vertu&de patriotiſme , ſans ceſſedonnés
par le Roi de Suede , excitent parmi
ſes Sujets une noble émulation. Ce citoyen
s'appelle André Knape. Il ſe préſenta,
il y a quelques jours , à l'audience
de Sa Majefté , &lui dit que , Dieu ayant
béni ſes travaux & fon commerce , & ne
lui ayant point donné d'enfans , il defiroit
de faire ſervir ſa fortune à l'utilité
de ſa patrie ; qu'il ſupplioit Sa Majeſté
AVRIL. II. Vol. 1774. 197
de lui permettre d'employer , dès à-préfent
, une fomme de 600000 dalhers de
cuivre ( environ 200000 liv. ) à l'établiſſement
d'une maiſon à Uddewalla ,
pour l'éducation des Enfans-Trouvés &
des Orphelins du canton ; & qu'il eſpéroit
de pouvoir laiſſer, après ſa mort,
une égale ſomme, pour maintenir cet
établiſſement. Le Roi agréa cette propoſition
, & ſe diſpoſoit à lui en marquer
ſa fatisfaction , en le décorant de l'Ordre
de Vaſa; mais ce Négociant , inſtruit
des intentions de Sa Majesté , a fait les
plus fortes inſtances , pour être diſpenſé
d'accepter cette marque d'honneur , ou
toute autre récompenſe. Il a eu l'honneur
d'être préſenté depuis à la Reine & à la
Reine-Mere , qui lui ont parlé avecbeau
coup debonté.
ANECDOTES.
I.
M. de Sivry , Seigneur de Longuion ,
village qui s'étoit reſſenti long - temps
des effets de ſa libéralité , étant décédé
dans ſa maiſon à Verdun , le bruit d'une
nouvelle ſi fâcheuſe ne tarda pas à ſe
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
répandre dans ſa Seigneurie. Un enfant
courut vers ſon camarade , & lui dit ,
tout pénétré de douleur: M. de Sivry
eſt donc mort ? Hélas, oui , repartit
l'autre ; mais il n'eſt pas mort ici: le
bon Dieu de notre village ne l'y auroit
pas laiſſé mourir; car il y faiſoit trop
de bien.
11.
Ala premiere repréſentation de l'opéra
dePerfée , qui ſe fit àVersailles , ily eut
quelques Dames qui déſapprouverent les
ſentimens de Phinée : Elles demandoient
s'il étoit d'un véritable amant de dire
qu'il aime mieux voir ſa maſtreſſe dévorée
par un monftre qu'entre les bras de
ſon rival. Cette queſtion fut tellement
agitée par les beaux eſprits , que les Journaux
ſe trouverent remplis des réponſes
que l'on y fit. Voici l'endroit de l'opéra
de Perſée : Phinée dit :
L'amour meurt dans mon coeur , la rage lui fuccede
J'aime mieux voir un monftre affreux
Dévorer l'ingrate Andromede
Que la voir dans les bras de mon rival heureux.
Un bel eſprit appuya ce ſentiment par
'ces vers .
AVRIL. II. Vol. 1774. 199
Voilà ce que Phinée a dit dans ſa colere
Et ce que tout autre auroit dit.
Qu'on ne s'y trompe pas , un amant qu'on trahit
Eſt en droit de tout dire , eſt en droit de tout faire ,
Et , fans craindre d'en ufer mal ,
Peut voir avec plaiſir périr une infidelle .
Ce n'eſt pas que cela ſe doive à cauſe d'elle ;
Mais ſeulement pour faire enrager fon rival.
111.
Ondit à tout propos aſſis en rang d'oignonsſans
en ſavoir l'origine , quoiqu'elle
he ſoit pas fort ancienne. C'eſt qu'il y
avoit aux Etats de Blois de 1576, un
Grand- Maître des Cérémonies , qu'on
appeloit le Baron d'Oignon. Son nom
& ſon ſurnom étoient Attus de la Fontaine
de Solare.
1
ORDONNANCES , ARRÊTS , &c.
I.
ORDONNANCE du Roi , du 11 Février 1774 ,
concernant la Compagnie de Maréchauffée de
P'ifle de France. Sa Majesté ordonne que la compagnie
de Maréchauſſée de l'Iſle de France continuera
d'être du corps de la Gendarmerie , fous
le commandement des Sieurs Maréchaux de Fran .
ce. Elle détermine les qualités & le temps de fer .
vice néceſſaires pour être admis dans les différen
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
tes places de cette compagnie. La Maréchauffée
fera diviſée en autant d'arrondiſſemens qu'il fera
jugé néceſſaire. Sa Majesté veut que le Prevêt général
ait rang de lieutenant-colonel de cavalerie ;
les Lieutenans & Guidons , de capitaines ; les
Exempts , de lieutenans , & qu'ils soient admis, à
l'Hôtel des Invalides ſuivant ces grades , lorſqu'a .
près vingt ans de ſervice , tant dans les troupes
que dans ladite compagnie , ils ſe trouveront hors
d'état de les continuer , & que les bas officiers y
foient pareillement admis comme bas-Officiers .
II.
Lettres patentes du Roi , en forme d'édit, enré
giſtrées en Parlement le II Mars 1774 , portant
rétabliſſement de l'Hôtel -Dieu de Paris. Il eſt ordonné
que l'Hôtel - Dieu de Paris ſera augmenté
& fupplée par l'hôpital St. Louis , & par la maiſon
dite de la Santé; & qu'il y ſera ajouté en conféquence
les bâtimens néceſſaires , ſoit pour auginenter
le nombre des falles , ſoit pour les autres
parties du ſervice des malades.
ΙΙΙ .
Arrêt du conſeil d'état du 20 Janvier 1774 , qui
ordonne à tous locataires , fermiers ou autres ré.
giſſeurs de terres , bois , maiſons ou autres biens
que conques dépendans des maiſons des ci - devant
Jeſuites , ſituées en pays étrangers , de dénonc
& fournir leurs déclarations des époques & termes
de leurs baux ou autres titres de leur jouiſſance
ainſi que du montant des rentes & redevances
dont ils peuvent être tenus,
IV.
Arrêt du conſeil d'état, du 26 Février 1774 ,
qui autoriſe les Officiers de la Maréchauffée de
AVRIL. II. Vol. 1774. 201
Chinon à faire juger leur compétence au bailliage
de cette ville,
V.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du premier Mars 1774, concernant
l'ouverture des rues néceſſaires pour l'éta.
bliſſement du Marché aux Veaux.
VI.
Ordonnance du bureau des finances de la géné.
ralité de Paris , du 8 Mars 1774 , concernant
l'élargiſſement de deux grands chemins dans la
province du Gatinois , traverſant la ville de Courtenai.
L
AVIS.
I.
E ſieur Thomaſſin , également verſé dans la
théorie & la pratique de la géométrie , donne des
leçons de cette ſcience ſur le terrein. Il offre en
même-temps ſes ſervices aux Seigneurs qui voudroient
faire lever le plan de leurs terres , ou
mettre leurs forêts en coupes réglées. On eſt prié
de lui écrire franc de port, chez le ſieur Bernier ,
ingénieur pour les inſtrumens de mathématiques ,
demeurant à Paris ſur le quai de l'horloge du pa-
Jais , au Niveau d'or.
I I.
Effence virginale.
Le ſieur Cattinée , diſtillateur au clos St. Mar
NS
202 MERCURE DE FRANCE.
tin à Paris , & dans le château de Versailles au
bas de l'eſcalier des Princes , donne avis que,
malgré les contrefacteurs , il continue avec ſuccès
la vente de fon Effence virginale , nommée Savonnettes
de la Cour, qui eſt autorisée par la Commisfion
royale.
III.
Art du Perruquier.
!
Memeurs les Commiſſaires qui avoient été
nommés pour examiner une nouvelle maniere de
travailler le toupet des perruques , propoſé par le
fieur Chaumont , perruquier , en ayant fait leur
rapport & fait voir pluſieurs deſſins de têtes toutes
coëffées de diverſes manieres , faits de ſa main ,
avec toute l'entente & toute la correction poffi.
bles , l'Académie a jugé que la pratique du ſieur
Chaumont , par laquelle il parvient à diminuer
l'épaiſſeur des perruques , à en faire rapprocher
les bords très-près de la peau & à y placer les
cheveux fur le front d'une maniere affez ſemblable
à celle dont ils fortent naturellement de la
tête , ne pouvoit que tendre à la perfection de fon
art, qu'elle marquoit en lui du talent & de l'intelligence
; & qu'en attendant que des expérień.
ces multipliées euſſent juſtifié ſes eſſais & apprécié
fon invention , elle ne pouvoit lui refuſer fon
approbation & les encouragemens qu'elle a coutume
d'accorder à toutes les tentatives raiſonnéés
qui ont pour but la perfection des arts utiles. i
Le ſieur Chaumont demeure rue des Poulies ,
à droite en entrant par la rue St Honoré , à Paris.
.७..
AVRIL. II. Vol. 1774. 203
- NOUVELLES POLITIQUES.
a
De Pétersbourg, le 5 Mars 3774-
LAA Cour a reçu la nouvelle que l'armée du Gé.
néral Bibikow eſt arrivée dans le royaume de Cafan
, & qu'elle a remporté pluſieurs avantages
fur les rebelles . Elle leur a enlevé , entr'autres ,
la Ville de Samara & le poſte de Cliſnow dont
ils s'étoient rendus maîtres. Seize cents hommes
qui formoient la garniſon de ces deux endroits ,
ont été taillés en pieces après une réſiſtance opiniâtre.
La Cour a fait partir un train d'artillerie &
quantité de munitions pour Pultava. Il y a apparence
qu'elle fait ces préparatifs pour pouvoir ou.
vrir la campagne par le ſiege d'Oczakow.
De Cafan , le 7 Février 1774.
Le général Bibikow , que l'Impératrice avoit
fait marcher contre Pugatschew , a remporte
par lui & par ſes lieutenans des avantages qui
mettent les Rebelles dans l'impuiſſance de rien
entreprendre , & qui ne leur laiſſent que le parti
de la fuite. Là Nobleſſe de Caſan ayant donné la
première l'exemple de former un corps pour la
défenſe de la patrie , l'Impératrice a fait dire
qu'elle vouloit devenir elle-même Membre de la
Nobleſſe de Caſan & être regardée comme Bourgeoiſe
de cette ville , ce qui a été entendu avec
acclamation par toute la Nobleſſe.
De Warfovie , le 27 Février 1774.
Les lettres de Cracovie portent que l'eſpérance
1
204 MERCURE DE FRANCE.
qu'on y avoit conçue de voir rentrer le fauxbourg
de Caſimir ſous la domination de la République ,
s'eſt évanouie , depuis que les Autrichiens com
mencent à y élever de nouveaux édifices & à y
raſſembler des magaſins conſidérables. D'un autre
côté , les changemens qu'on avoit cru devoir arriver
dans l'adminiſtration de la Pologne Autrichienne
, après la preſtation de l'hommage , n'ont
point encore eu lieu , & tout eſt retté fur l'ancien
pied , tant à l'égard des revenus publics , des
douanes & des ſervices domaniaux , que par rap.
port aux Tribunaux civils.
On s'occupe beaucoup ici de l'affaire des Diſm .
dens . Les Evêques qui ont aſſiſté aux conférences
tenues à ce ſujet chez le Baron de Rewitzki , ont
remis aux trois Miniſtres des obfervations intéreſſantes
auxquelles ces derniers n'ont point répondu.
La liberté de paſſer d'une Religion àune
autre eſt un des articles qui rencontrent le plus
de difficultés . Les Evêques ont demandé avec chaleur
qu'il fût rejeté. Le Nonce du Pape , qu'on
accuſoit de favoriſer le parti des Diffidens , a dé.
claré , à la follicitation des principaux Membres
du Clergé , qu'il s'oppoſeroit aux privileges qu'on
vouloit leur accorder. D'un autre côté , les Diffi .
dens ſe diſpoſent à répondre aux objections faites
par le Nonce ou par les Evêques , & l'on croit
qu'ils feront fortement appuyés.
La Ville de Dantzick éprouve les funeſtes effets
de la perſévérance avec laquelle elle a refuſé de
livrer à Sa Majesté Pruſſienne les natifs de la Nouvelle
Pruſſe qui ſe ſont retirés dans ſes murs &
dans ſon territoire. Le Magiſtrat avoit oppoſé les
regles établies par la convention de 1770 , parce
que c'eſt poſtérieurement à ce traité que cette province
a paffé ſous ladomination duRoi de PrufAVRIL.
II. Vol. 1774. 205
i
fe. Des détachemens Pruſſiens enlevent dans
les villages qui forment le Territoire , les jeunes
gens capables de porter les armes ; ceux qui peuveût
échapper à cette deſtinée , ſe réfugient dans
la ville. Le tranſport des vivres néceſſaires pour
la conſommation des habitans a été interrompu ,
dans le temps même que le nombre des confommateurs
s'eſt accru par l'arrivée de tous ces fugi.
tifs . Tout ſemble annoncer une catastrophe prévue
depuis long- temps , mais que le Magiſtrat
avoit ſu éloigner juſqu'à ce jour.
De Constantinople , le 3 Mars 1774.
T
Le Grand Seigneur a fait grace de la vie à Sun.
ghieri - Ali - Effendi , favori de l'Empereur Muſtapha
, & au ſecond aſtronome de ce Prince , accu-
Tés l'ún & l'autre de délits qui pouvoient leur
faire perdre la tête. On croit que cet acte de clémence
eſt dû aux follicitations de la Sultane Efma
, ſoeur de Sa Hauteſſe , & l'on aſſure que te
Sultan va bahnit du ſérail tous les aſtronomés
qui étoient en grande vénération ſous le regne de
ſon prédéceſſeur.
De Tunis, le 28 Janvier 1774 .
L'eſcadre du Bey , compoſée de quatre frégates
de vingt à vingt-cinq canons & d'un chebec de
dix-huit, mit à la voile , le 13 de ce mois , fous
les ordres du Reis Moustapha Candiote . On prétend
qu'elle a ordre de ſe joindre aux vaiſſeaux
du Grand Seigneur qui mouillent aux Dardanel.
les , & l'on eſpere ici que ces différens bâtimens
Ruſſes qui croiſent dans l'Archipel , ne mettront
point d'obſtacle à l'exécution de ce projet.
:
206 MERCURE DE FRANCE.
De Cadix , le 28 Février 1774-
On apprend de Larrache que pluſieurs Négocians
étrangers de Fédala font allés s'établir à
Salé , d'où l'Empereur de Maroc leur a permis
d'exporter du bled. Le Conſul d'Eſpagne doit en .
core en extraire trente mille quintaux par le port
de Fédala , pour compléter les cent mille quintaux
qui ont été accordés au Roi , ſon maître.
De Gênes, le 14 Mars 1774.
,
Le Gouvernement ayant eu avis qu'il y avoit
beaucoup de malades ſur les vaiſſeaux de guerre
Ruſſes qui mouillent à Livourne , & craignant
que leur maladie ne ſe communiquât a cru devoir
prendre les précautions néceſſaires à ce ſujet ;
mais un chirurgien qu'il avoit chargé d'aller conf
tater le genre de maladie dont les Ruſſes étoient
attaqués , vient de diſſiper toute eſpece d'inquiétude
, en mandant qu'elle n'eſt point contagieuſe ,
& que le ſcorbut a ſeulement altéré ou ruiné la
ſanté de quelques,perſonnes.
De Rome , le 2 Mars 1774.
On a trouvé , ces jours derniers , dans une excavation
qu'on fait au voisinage de l'Eglise de
St Sébastien , extra muros , une urne de marbre ,
ronde , cannelée , & dont le couvercle , ſurmonté
d'une petite pomme de pin, étoit ſoudé avec du
plomb. Il y a extérieurement deux petits génies ,
tenant chacun un flambeau renverſé , & au milieu
d'eux , en caracteres romains , l'inſcription
ſuivante , placée perpendiculairement , de manie.
re que chaque ligne ne contient qu'un mot ou
deux, & laquelle nous tranfcrirons de ſuite , pour
ne pas perdre trop de place (elle contient dix liAVRIL,
11. Vol. 1774. 207
gnes ſur le vaſe ) : Servilice S. V. M. Pheruſæ
conjugi incomparabili M. Servilius Turannus fesit
quæ vixit mecum A. XXXI. Cette urne é
toit remplie d'une liqueur très- odoriférante , à
peu-près comme l'effence de bergamote ; mais , en
Pouvrant, on en a répandu la plus grande partie.
On dit que ce qui reſte eſt merveilleux pour les
bleffures. Elle renfermoit auſſi des oſſemens brû
lés. C'étoient vraiſemblablement ceux de la per
fonne déſignée par l'inſcription: On préſume que
ce monument est antérieur à Jeſus-Chrift. Dans
une autre excavation qu'on fait auprès de l'aro
triomphal de Septime Sévere, on apperçoit deux
grandes colonnes de marbre; mais on ne fait pas
encore fi elles ſont entieres ſous terre , ou fi ce ne
font que des tronçons .
: 1. De Venise , le 26 Février 1774.
Les dernieres nouvelles reçues du Danube an
noncent que Haſſan Pacha a obtenu de la Porte
- trente mille homines & la permiffion de paſſer à
la rive ſeptentrionale de ce fleuve pour inquiéter
les Ruſſes dans leurs quartiers d'hiver . On ajouté
que le Grand Viſir vient de lui envoyer encore
Quinze mille hommes qui renforceront le corps
d'obſervation destiné à garder la partie méridio
nale. :
Dimanche dernier , quoiqu'il ne fit pas le moin
dre vent , le clocher de l'abbaye de St George , de
F'Ordre de St Benoît, s'écroula juſqu'aux fonde
mens & tomba fur le choeur qui fut entiérement
abattu . Deux religieux ont été tués ; deux autres
font bleſſes dangereuſement. Il en coûtera vingt
mille ducats pour rétablir cet édifice ; mais on ne
☐ pourra jamais réparer la perte des peintures des
plus grands maîtres des derniers fięcles , qui y
■ étoient raſſemblées.
208 MERCURE DE FRANCE..
:
De la Haye , le 22 Mars 1774.
Mahamout Hoya , prenant la qualité d'Envoyé
de Tripoli auprès des Etats-Généraux des Provinces-
Unies , arriva à Rotterdam , le 15 de ce mois.
11 notifia , le 16 , ſon arrivée & ſa miſſion aux
Etats Généraux. Le lendemain , les Etats qui
avoient formé , dès la veille , la réſolution de ne
pas l'admettre , d'après les repréſentations de leur
Conful , réſidant à Tripoli , firent ſignifier leurs
intentions à ce Miniſtre inattendu , par un officier
qui fait les fonctions de Maître-d'Hôtel des
Etats . L'Envoyé Maure répondit que, s'il ne dé
ployoit pas fon caractere public à la Haye , il
perdroit la tête à Tripoli. On ne prévoit pas quel
fera l'effet de cette réponſe ſur l'eſprit de, Leurs
Hautes Puiſſances ; en attendant leur déciſion ultérieure
, cet Envoyé eſt parti de Rotterdam pour
ſe rendre ici .
! De Londres, le 21 Mars 1774.
T
1
Le Miniftere & le Parlement paroiſſent décidés
à prendre les réſolutions les plus vigoureuſes
contre la réſiſtance des Colonies. On ne peut ſe
diffimuler l'embarras qui doit réſulter de cette
rigueur , tant pour les Négocians Anglois , dont
la propriété en Amérique peut monter à plus de
quatre millions ſterling , que pour les Manufac.
tures Britanniques , où plus de cent, mille perſon .
nes doivent leur ſubſiſtance journaliere au com.
merce ouvert avec les Colonies. L'Amérique ,
dont on dit que les Eſpagnols ont tiré plus de cin
quante milliards de France , pays immenſe dont
on ne connoît pas la vingtieme partie , n'y ayant
que les Côtes & les Iſles occupées par les Colons
étrangers , peut encore , à ce qu'on croit , contenir
quatre - vingt- dix millions d'indigenes. Ils
em.
AVRÍL. II. Vol. 1774. 209
empruntent de la diverſité des climats, des caracteres
plus ou moins difficiles à gouverner. Nos
Navigateurs , qui ont bien étudié le demi -continent
feptentrional , prétendent qu'un goût inné
pour la liberté eſt inſéparable du fol , du ciel , des
forêts & des lacs qui empêchent cette terre vaſte
& encore neuve d'y reſſembler aux autres parties
de l'Univers. Ils font perfuadés que tout Européen
transplanté dans ces climats , en contractera
le caractere particulier.
Il y a eu à Frittenden , bourg dans le Comtéde
Kent , un bal qui a été ouvert par un vieillard de
quatre- vingt- cinq ans & par fa femme âgée de
foixante dix-ſept. Il a été foutenu par cinquante
de leurs enfans , petits-enfans & arriere-petits en.
fans qui ont paſſe toute la ſoirée à danſer au fon
du violon dont jouoit leur vieux pere. Ce dernier
exerce ce métier depuis ſoixante dix ans .
De Versailles , le 17 Mars 1774-
•Le 22 du mois dernier , Mgr. le Comte d'Artois
ent un accés de fievre afſez violent qui conti.
nua , le lendemain, avec des redoublemens. Deux
faignées faites à propos ont arrêté les progrès de
la fievre, & la ſanté de ce Prince eſt parfaitement
rétablie.
De Paris, le 25 Mars 1774.
L'Académie Françoiſe a élu , avec l'agrément
du Roi , l'Abbé Delille , pour remplir la place
vacante par la mort du ſieur de la Condamine.
L'Académie Royale des Sciences ayant préſen
té au Roi, dans la forme ordinaire , fon élection
pour les deux places d'Adjoints , vacantes dans la
Claſſe d'Anatomie par la promotion des fieurs Petit&
Portal à celles d'Aſſociés , Sa Majesté a agréé
0
210 MERCURE DE FRANCE.
pour remplir ces deux places , le ſieur Sabatier,
Chirurgien - Major de l'Hôtel Royal des Invalides
, & le ſieur Vicq d'Azyr , Médecin de la Fa.
culté de Paris , & Médecin de Monſeigneur le
Comte d'Artois .
Le 22 du même mois , le Duc de la Vrilliere ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ſe rendit au college
Royal pour y poſer la première pierre des nouveaux
Bâtimens qu'on y conſtruit. Il fut reçu , à
la deſcente de fon carroſſe , par les Lecteurs & Profefſeurs
Royaux , ayant à leur tête le Doyen &
l'Inſpecteur de ce college.
Le 26 du même mois , des Maçons , travaillant
à la démolition d'une maiſon Canoniale du
Chapitre de Rennes en Bretagne , trouverent
ſous l'eſcalier , à fix ou ſept pieds de profondeur ,
auprès de quelques oſſemens , I. une patere décorée
d'un entourage de ſeize médailles Impériales.
Cette patere unique dans ſon eſpece , par fa
grandeur , ſon travail & fa matiere , a neuf pouces
cing lignes de diametre ,& elle eſt ornée dans
le fond d'un bas relief repréſentant des Bacchanales;
2. quatre- vingt - quatorze médailles , égale
ment d'or , de différens Empereurs , depuis Né .
ron juſqu'à Aurélien; 3. quatre médailles de même
métal , enchaſſées dans des cercles travaillés
en filigrane , avec une belliere à chacune ; 4.
trois chaînes d'or. Ces précieux monumens qui
font de la plus parfaite conſervation , peſent huit
mare cinq onces quatre gros. Le Chapitre de
Rennes les a envoyés au Duc de Penthievre ,
Gouverneur de la Province , en le priant de les
préſenter au Roi. Le Duc de Penthievre a eu
I'honneur de les préſenter à Sa Majeſté.
Le II du mois dernier , on découvrit à Targe ,
près de Chatellerault en Poiton , à fix pieds de
profondeur en terre , un tombeau, d'une forme
AVRIL. II. Vol. 1774. 211
antique , revêtu de groſſes pierres de tailles &
chargé d'une inſcription qu'on n'a pu lire. Il renfermoit
une ſquelete , une lampe ſépulcrale de
terre & quelques lames de fer rouillé.
NOMINATIONS.
LeRoi a accordé au Duc de Mortemart , capi
taine commandant dans le régiment de Navarre ,
le régiment d'infanterie de Lorraine , vacant par
la démiſſion du Comte de Boiſgelin; au Comte
de Chaſtellux , colonel d'infanterie , le régiment
d'infanterie de Beaujolois , vacant par la mort du
Prince de Berghes ; au Comte de Meſines , capitaine
dans le régiment de cavalerie de Berry , le
régiment provincial d'Alby , vacant par la démiſ.
fion du Chevalier de Meſmes , & au Prince de
Poix , capitaine dans le régiment de cavalerie de
Noailles , la charge de meſtre-de-camp-commandant
de ce régiment , vacante par la démiſſion du
marquis de Noailles.
L'Empereur ayant élevé à la dignité de Prince
du Saint Empire le Comte de St Mauris - Montbarey
, maréchal des camps & armées du Roi ,
inſpecteur général d'infanterie , & capitaine des
Gardes Suiſſes de Monſeigneur le Comte de Provence
, Sa Majesté lui a permis de prendre cette
qualité.
PRÉSENTATION S.,
La Marquiſe d'Eſpinay-Saint- Luc a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi & à la Famille Royale par
la Comteſſe de Lillebonne.
Le ſieur Radix de Sainte-Foy ayant été nommé
Miniſtre plénipotentiaire de France auprès du Duc
des Deux - Ponts , a eu l'honneur d'être préſenté
zu Roi par le Duc d'Aiguillon , miniſtre & fecré,
:
02
212 MERCURE DE FRANCE.
taire d'état , ayant le département des Affaires
étrangeres & de la guerre.
Le 5Avril, leCommandeur de Weltheim , che
valier de l'Ordre Teutonique , Miniftre plénipo
tentiaire du Landgrave de Heſſe-Caffel , eut une
audience particuliere du Roi , à qui il remit ſes
-lettres de créance. Il fut conduit à cette audience
& à celle de la Famille Royale par le ſieur la Live
de la Briche , introducteur des Ambaſſadeurs.
MARIAGES,
1
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné le contrat
de mariage du Marquis de la Fayette avec
Demoiselle de Noailles .
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contratde
mariage du Marquis de Sainte-Marie avec
Demoiselle de Peſtalozy , & celui du Sr de Souzy
avec Demoiselle de Mackau .
1
MORTS.
Jean-Jacques Comte d'Eſparbés de Luſſan , eſt
mort àAuch , dans la quatre-vingt-dixieme année
de ſon âge.
Jeanne de Quincarnou , Dame de la Chapelle
&Baronne des Ventes , eſt morte en ſon château
de la Chapelle , dioceſe & élection d'Evreux , à
l'âge de cent- fix ans ; elle n'avoit jamais été malade,
& elle a confervé juſqu'au dernier moment
ſa mémoire & l'uſage de ſes ſens.
Charles - Philippe de Pierre , Marquis de Bernis
, Baron des Etats du Languedoc , frere du Cardinal
de cenom, eſt mort, le 17 Mars , dans ſes
terres , âgé de foixante ans.
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 213
François - Léon Comte de Dreux-Nancré , eft
mort dans la ſoixante - neuvieme année de fon
age.
Génevieve - Jeanne - Emilie Fourché de Quehilhac,
épouſe de Louis-Zacharie , Marquis de Vaf
ſan , meſtre de camp de cavalerie , capitaine en
ſurvivance des Levrettes de la Chambre du Roi ,
eſt morte à Paris , dans la trente-unieme année de
ſon age.
Le jeune Infant Don Charles - Clément , fils
unique du Prince des Afturies , eſt mort àMadrid
le 7 Mars au matin , à fix heures un quart. Il étoit
né à l'Eſcurial le 19 Septembre 1771 .
Pierre Charles de Molette , Marquis de Mo.
rangiés , lieutenant général des armées du Roi,
baron des Etats de la province du Languedoc , eſt
mort à Paris , dans la ſoixante-huitieme année de
fon âge.
Caroline , Princeſſe Douairiere du Duc Palatin
Chrétien III de Deux - Ponts , née Comteſſe de
Naſſau Saarbruck , l'une des filles du Comte Louis
Crato de Saarbruck , eſt morte à Darmſtadt , le 25
Mars , dans la ſoixante dixieme année de ſon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - neuvieme tirage de la Loterie
de l'hôtel-de-ville s'est fait , le 26 Mars ,
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 26224. Celui de vingt
mille livres au No. 21944 , & les deux de dix
mille , aux numéros 24976 & 29914.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eſt fait le 6Avril. Les numéros fortis de la roue
03
214 MERCURE DE FRANCE.
de fortune , font 40, 24 , 78 , 6, 53. Le pro
chain tirage fe fera le 5 Mai.
P
TABLE
IECES FUGITIVES en vers & en profe , page 5
Le Génie , ibid.
Le Muet , conte dramatique . IS
Epitre à M.le Chevalier Bonnard , 36
-Sur la Fontaine de Vaucluſe , à Madame
)
de ** , &c. 40
La bonne Mere , 46
Madame la Marquiſe de Grieu , 47
Vers ſur la mort de Madame la Marquiſe de
Grieu ,
Echantillon des Poëſies compoſées par Mde
de Grieu , 5
Eſſai d'un jeune homme de province , ſur la
bonté généreuſe que Madame la Dauphine
a fait paroître au village d'Acheres , 524
Epitre à M. le Chevalier Deſezgaulx , 54
Le Louis d'or & le Liard , 56
Avis , 57
Hiſtoire de la Vie de M *** , poëme en
quatre chants , par lui-même , 62
Epitaphe de M. de la Condamine , 63
Explication des Enigmes & Logogryphes , 64
1 ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
Les Princes d'Arménie , ibid.
Obſervations ſur le Cartéſianiſme moderne ,
72
AVRIL. II. Vol. 1774. 225
Oeuvres de Charles Dumoulin , 75
La Nouvelle Clémentine , 80
Annales de Tacite , en latin & en françois , 87
Elémens de l'Hiſtoire Romaine , 94
Raton aux Enfers , 98
Mémoire fur la meilleure maniere de conftruire
un hôpital de Malades , 108
L'Irréligion dévoilée & demontrée contraire
à la faine Philofophie , 116
Recherches critiques , hiſtoriques , &c. 119
Tableau de l'Analyſe chimique , 123
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deſſin , 128
Méthode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , 133
Principes de l'art du Tapiſſier , 135
Nouvelle édition de la défenſe de la Déclaration
du Clergé de France , &c. 136
Eſſai ſur la taille des arbres fruitiers , 138
L'Evangile médité , 139
143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majeſté
Britannique George III , & c.
Tractatus de incarnatione Verbi divini , &c. 144
Vie Chrétienne ,
L'Homme confondu par lui-même ,
Hiſtoire de la Ville de Bordeaux,
ACADÉMIES , de Limoges ,
- Copenhague ,
Tableau de l'Ecole militaire de Colmar ,
SPECTACLES , Concert ſpirituel ,
ARTS ,
Muſique ,
Obſervations phyſiques ſur les Anemones de
mer ,
Cours de Langue Angloiſe ,
- De Chirurgie ,
Lettre à M. L. ,
145
147
148
150
154
157
164
167
169
170
174
175
176
216 MERCURE DE FRANCE
Points de vue d'humanité pour les ames ſenſibles
, 178
Mort d'un homme bienfaiſant, 189
Bienfaiſance, 191
Anecdotes , 197
Ordonnances , Arrêts , &c. 199
AVIS ,
201
Nouvelles politiques . 203
Nominations , 211
Préſentations, ibid.
Mariages ,
212
Morts , ibid.
Loteries . 213
FIN.
UNIVERSITY OF
MICHIGAN
3 9015 06370 9508
PROPERT? F
The
University of
Michigan
Libraries
1817
RTES SCIENTIA VERITAS
1
!
!
:
ARTES
1337
SCIENTIA
LIBRARY
VERITAS
OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
TUEBOR
AP
20
M51
1774
no.4
:
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
MARS.
N°. IV.
1774 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX ,
L.
a Tactique , par Mr. de Voltaire. Avec quelques
Epitres nouvelles du même Auteur , & les Réponfes
qui y ont été faites . 8vo. 2
Lettres Nouvelles ou nouvellement recouvrées de la Marquise
de Sévigné ; & de la Marquise de Simiane , fa
Petite Fille. Pour fervir de fonte aux differentes editions
des Lettres de la Marquise de Sévigné. 120.
Mastricht 1774.
Collection Complette des OEuvres de Mr. de Voltaire. 80.
Theatre Complet de Mr. de Voltaire. Le tout revu &
corrigé par l'Auteur même . 120. 10 vol. Amst . 1773.
Réflexions , d'un Militaire fur la Guerre & fur différens
Sujets . 1. Geneve 1772 .
Amusemens de Société , ou Proverbes Dramatiques . 120 .
8 vol. Amft. 1770 .
Mérinsal. Drame . Par Mr. d'Arnaud. 8vo. fig . Paris 1774 .
Les Héros Français ou le Siege de St. Jear - de - Lone.
Drame Héroïque , en trois actes & en Profe fuivi
d'un Precis Hiftorique de cet Evénément. Par Mr. L
d'Uffieux. 8vo. fig. Amfl.1774.
Journal des Scavans , depuis fon commencement en
1665 julques en Décembre 1753 en 170 Volumes .
- dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
- dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Polumes .
dito , Janvier 1764 juſques en Février 1774 en
71Filames.
- dito, la fuite , sous preſſe..
Depuis 1764 l'année est compolée de 14 parties à 12
fols fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande .
Ouvrages d'Architecture de Robert & Jacques ADAM ,
Ecuyers . No. I. Contenant partie des Deffeins du
Château de Sion , magnifique maiton de Campagne du
Duc de Northumberland , dans le Comté de Middlesex ,
Londres forme d'atlas 1773.f 12 : - deHollande.
De l'Homme , de les Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage pofthume de M. Helvetius, 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoires
très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidelles de ceux - mêmes qui ont été
dreſſes ators fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée . 4to. 1 vol. 12 : -
210
LIVRES NOUVEAUX .
MARC-MICHEL REY , Libraire à Amſterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreffion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui fe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Discours
& un Tome de Planches ſans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Traité de l'Autorité des Parents ſur le Mariage des Enfants
de Famille. I vol. gr. 8vo . Londres 1773. à ft : 5
Penſées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
I vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à f I : 10.
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont. Ancien
Ministre , Plénipotentiaire de France fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre , Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la République
de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Province
d'Alface,
II . Recherches ſur les Royaumes de Naples & de
Sicile , Deſcription Géographique , des Jurisdictions
ſupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la vil-.
le de Naples , conſeil d'Etat ; Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Noblefe , du Peuple.
III . Abrégé Chronologique de l'Hiſtoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes .
IV. Pensées , Recherches Obſervations fur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ,
fur les changes étrangers , fur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
les péages , projet pour la fuppreiſion des droits intérieurs
, obfervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law.
V. Recherches fur la Ruffie , fur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie , ta
rif ou table Alphabétique des droits impofés fur les
marchandifes importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruflie . Traité de commerce entre la Ruffie & la
Grande Bretagne.
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Foæderowaa
ordonnances de Pierre L. Obfervations far les revenus
& les dépenſes de la république de Gênes , du gou
vernement , grand & petit Confeil , Doge , Sénateurs ,
,
A2
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges de l'Ile de Corſe , des Emprunts , excellence
d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglots :
conftirunon d'une république legitime , le peuple eft
la fource de toute puiffance , &c.
Tome VII . Obfervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribu
naux , gouvernement de la cué de Londres , ufage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Accites
ou maltores , des Finances , de l'Etat militaire de la
population des efpeces , des poids & melures , compagnie
de commerce , d'affurance.
-
-
VIII . Détails for l'Ecoffe , fituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſique , Civil , tribunaux
, poids & mefures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerfités . Tableau des polfellions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , los Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudion , Torre- Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Carolme , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établirements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de fes
plantations & leur commerce.
IX. Sur la Régie des Bleds en France , fur les
mendians & les enfans trouvés , fur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prérogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France ,
Origine , Nature , & produit des impôts fur le clergé
de France , & c .
- XI. Origine & progrès de la taille , fon établiffement
en France , fes variations , fes produits & ta régie
, &c .
- XII . Détail Général de toutes les parties des Finances
du Royaume de France , mémoire fur le domaine
d'Occident , de l'Hôtel - Royal des Invalides ,
maréchaufiées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , firuation de la France
dans l'Inde avant la paix de 1763 .
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII.
Volumes.
1
63
A30
MERCURE
DE FRANCE.
MARS . 1774 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
- Histoire d'une jeune Fille enlevée par un
DAM
Ours.
ANS un rocher creusé nous vimes la caverne
De l'animal velu que l'on nourrit à Berne.
Le fauvage habitant de cette grotte : l'Ours ,
En promenant ſa vue inquiete & hagarde ,
Vit fur les bords que l'Arche arroſe dans ſon cours
Une bergere Savoyardę
11
:
A 3
6 MERCURE DE FRANCE.
Appétillante , fratche , au printems de ſes jours.
(Colombe étoit le nom qu'on lui donnoit toujours.)
D'un oeil ardent il la regarde ,
Approche à pas de loup par de fombres détours ,
L'enleve à fon troupeau, l'enleve à ſes amours.
11 la tient embraſfée : elle crie , & l'Ours gronde ,
Grimpe fur le roc ſourcilleux ,
Et dans ſa taniere profonde ,
An milieu de ces bois auſſi vieux que le monde ,
Il la dérobe à l'oeil des mortels amoureux .
:
Là , le nouvel Azor rampe aux pieds de la belle .
Lui gronde ſes amours & la couve des yeux :
L'Amour fait adoucir l'ame la plus cruelle ,
L'Amour fait un agneau d'un tigre furieux.
Mais il faut pâturer , que l'on ſoit homme ou bete ;
Et quand on eſt à jeun lon eſt froid en amour.
Après avoir long-temps admiré ſa conquête ,
Après avoir gardé fa nymphe tout le jour ,
Il fort de fa retraite , & la bête difforme
Ferme le rocher creux avec un roc énorme .
: Il dreſſe des pieges ſecrets ,
Du métier de chaſſeur il fait l'apprentiſſage ;
Pour régaler l'objet dont il ſentit les traits ,
Il pourfuit , il atteint les hôtes des forêts .
Il revient à grands pas dans ſon antre fauvage.
Il révoit fa bergere , il dépoſe à ſes piés
Les corps tout palpitans des lievres effrayés ,
MARS. 1774.
Des fruits groffiers & verds , des racines agreftes ,
De fon repas frugal les miferables reſtes .
L'ingrate ne veut pas toucher
Aux mets qu'il vient de lui chercher.
Il a perdu ſa peine , il a perdu ſa courſe
Et rien ne peut féchir la rigueur de cette Ourſe.
Son amant lui leche la main ,
,
L'invite avec douceur , la flatte , la careffe :
Elle pleure & frémit , & veut mourir de faima
Mais elle forme un projet vain ,
Et bientôt , malgré sa détreſſe ,
Elle cede ſans force au plus grand des beſoins ,
Et l'Ours avec tranſport voit le fruit de ſes ſoins.
Par un murmure fourd il exprima ſa joie ,
Et courut lui chercher une nouvelle proie.
Ainſi , quoi que l'on diſe , on mangera toujours :
Soit au fond du tombeau ſi fameux dans Epheſe ,
Soit dans la caverne d'un Ours ,
Quand on mange on eft à fon aife.
Le galant mal léché couloit les plus beaux jours ,
Lorſqu'à la fin de la neuvaine ,
Pour faire bonne chere à fon aimable Hélene ,
Et par fon appétit dans les bois appelé ,
Il fort , fans refermer ſa maiſon fouterreine :
(Il faut toujours garder les filles fous la clé.)
La belle s'échappa de la fombre taniere ,
Et, fans jamais ofer regarder en arriere ,
Bondiflant par monts & par vaux ,
Arrive ſur le ſeuil de ſa douce chaumiere.
A4
MERCURE DE FRANCE.
Son pere revenoit des ruftiques travaux.
Elle tombe en ſes bras muette & palpitante: ..
C'est ma fille ! ... Sa mere accourut à ces mots ;
Elle ſe jette au cou de fa mere tremblante ;
Elle raconte enfin l'hiſtoire de ſes maux :
Elle laiſſe tomber sa tête défaillante .
Ainſi donc la douleur , les regrets , l'épouvante ,
Et peut-être ſa joie , en revoyant les fiens,
Du tiſſu de ſes jours briferent les liens.
De l'animal fanglant apporté ſur ſa tombe
Les membres étendus fervirent d'hécatombe ,
Et l'on y grava ce difcours :
,, Cy git une fille enlevée
ود Qui partagea , pendant neuf jours ,
„ Et la table & le lit d'un Ours :
Un heureux hazard l'a fauvée ;
,Mais on ne furvit point à de telles amours.
98 Vous qui paſſez ici , fillette réfolue ,
Craignez , craignez les bois & la bête velue. "
Par M. l'Abbé Roman , G. V. de T.
Q
L'HOMME. Ode.
UELLE eſt l'ardeur qui m'anime
Et m'enleves de ces lieux ?
Sous mes pas je vois l'abyme
Le chaos s'ouvre à mes yeux.
::
MARS. 1774
Quelle horreur ! mes ſens frémiſſent .
J'entends les mers qui mugiffent ,
Tout difparoft , tout s'enfuit ,
L'air ſe trouble , les vents grondent ?
Les élémens ſe confondent ,
Ce n'eſt qu'une affreuſe nuit.
Une brillante lumiere
Diffipe l'obſcurité .
C'eſt cette vertu premiere ,
Source de l'éternité.
Elle dit ; & ſa parole ,
Plus prompte qu'un trait qui vole ,
Forme ce vaſte univers.
Elle ordonne ; & la Nature
Soudain compoſe & meſure
Ses arrangemens divers.
Cette puiſſance ineffable
Fait éclore de ſes mains
Un chef- d'oeuvre inimitable
C'eſt le pere des humains ,
Elle met ſous fon empire
La terre & ce qui reſpire ,
Er , le comblant de bienfaits ,
D'un feu céleste l'anime ,
Lui donne un eſprit fublime
Et l'embellit de ſes traits.
A5
Yo MERCURE DE FRANCE.
Conduit par cette fageffe ,
Et maftre de ſes defirs ,
Il auroit goûté fans ceſſe
D'inaltérables plaiſirs :
La Vérité toute nue ,
Toujours préſente & connue
Auroit éclairé ſon coeur.
Il oublie , & fon offenfe
Lui fait perdre l'innocence
Et le foumet à l'erreur.
Et dès - lors l'Incontinence ,
Effaçant ſes plus beaux traits ,
Introduifit la Licence
Et fit nattre les Forfaits .
L'Envie , au regard perfide,
D'un horrible fratricide ,
Montra l'exemple odieux.
L'Orgueil , marchant ſur ſa trace ,
Oſa porter fon audace.
Juſqu'à à menacer les Cieux.
Une ignorance profonde
Se forgea des dieux d'airain ?
Une impiété féconde
Aveugla l'eſprit bumain.
Que leur nature eft diverſe !
L'une , cruelle & perverfe ,
A produit tous nos malheurs.
MARS1 1774.
L'autre , fuperbe & fubtile ,
Dans ſes nouveautés fertile ,
Fut la ſource des erreurs .
Dans ſes voeux toujours avide ,
L'ardente foif de régner
Excuſa le Parricide
Et n'oſa le condamner.
La Trahison criminelle
Couronna le front rebelle
De puiſſance revêtu ,
Et l'injuſte violence
Enleva la récompenſe
Qu'on devoit à la Vertu.
Coupable avant que de naftre ,
Sa triſte poſtérité
Tâche de pouvoir connoftre
Ce qui peut ſa liberté.
Dans cet eſpoir qui l'anime ,
Pour dévoiler cet abyme ,
Il fait des efforts nouveaux ?
Mais , après ſa longue étude ;
Une trifte incertitude
Eſt le fruit de ſes travaux .
Ainſi ſe trouble & s'égare
L'Itomme dans ſes paffions.
Il devient ſombre & bizarre ,
En proie aux illufions : L
MERCURE DE FRANCE.
Il fe dément , il murmure ,
Il place dans la Nature
Et dans ſes arrangemens
L'image de ſes caprices ,
Le défordre de ſes vices
Et de fes déréglemens .
Son eſprit fouille ſans ceſſe
Pour trouver la Vérité ,
Et ce defir qui le preffe
Bannit ſa tranquillité.
Mais dans le ſein de Dieu même
Cette Vérité fuprême
Peut ſeulement réſider.
L'Homme en vain cherche à la ſuivre.
Il est né pour la poursuivre
Et non pour la pofféder.
On s'arme , on ſe fortifie
Contre des penchaps flatteurs :
Que peut la philofophie
Quand ils font maftres des coeurs ?
Les maximes qu'elle étale ,
Dans ſa ſévere morale ,
Ne fauroient nous éputer.
Ce qui nous plaît nous entraîne
Que peut la prudence humaine
Toujours prête à s'égarer ?
Il eſt vrai , malgré ſes crimes ,
MARS .
13 1774.
L'Homme porte ſes regards
Aux objets les plus fublimes.
Il fait fleurir les beaux arts ;
Il fait animer le cuivre ,
Et fa main faire revivre
Les Héros , les Conquérans ;
Voler juſqu'à l'empirée ,
Et de la voûte azurée
Meſurer les mouvemens.
Mais à quoi ſert l'aſſemblage
De tous ces talens divers ,
Si l'Homme , dans leur uſage ,
N'en devient que plus pervers ;
Que fert à ce politique
De ſavoir mettre en pratique
L'art ſublime de régner ,
Si le vice eſt ſon ſeul maître ;
S'il ne fait pas ſe connature ,
Encor moins ſe gouverner ?
Par M. F. L. , de Mittau.
COUPLETS ANACRÉONTIQUES .
A
AIR: Les Talens appellent les Graces.
Au printems j'aime les prairies ;
En automne un riant côteau ;
24 MERCURE DE FRANCE. ;
Au matin les plaines fleuries ;
A midi l'ombre d'un ormeau :
Mais en moi l'amour fit éclore
Des goûts plus chers & plus conftans ;
En tout temps j'aime Eléonore ,
Sa beauté me plaît en tout temps.
Je ſuis gai , lorſqu'en ce bocage
Des oiſeaux j'entends le doux chant
Je ſuis gai quand fur mon viſage
Vient briller le ſoleil couchant ,
Mais ſous ce jeune fycomore.
Je fuis encor bien plus content ,
Quand ma timide Eléonore
Me fourit d'un air innocent.
En contemplant ſa grange pleine ,
Le moiffonneur eft enchanté ;
En foulant les fruits de ſa peine ,
Le vendangeur eft tranporté ,
Je fuis bien plus joyeux encore
Lorſque , fur le déclin du jour ,
Un doux baiſer d'Eléonore
Vient récompenfer mon amour.
Par Mile Coffon de la Creſſonniere.
MARS. C
1774. 15
TRADUCTION de deux Stances tirées
du ſeizieme chant de la Jerufalem
délivrée.
REGAR
EGARDEZ , diſoit- il , (*) cette modeſte roſe
Qui n'oſe découvrir ſes appas innocens :
Elle est moitié fermée , à peine encore écloſe ,
Et moins elle paroft , & plus elle a d'Amans.
Elle étale bientôt ſa beauté plus hardie ;
Je vois pâlir déjà fon brillant coloris :
Ce n'eſt plus , ce n'eſt plus cette roſe chérie
Dont mille & mille coeurs étoient fi fort épris.
L'eſpace , hélas ! trop court d'une belle journée ,
Eſt celui du printems de nos rapides jours :
La Nature reprend ſes atours chaque année :
Mais la fleur de notre âge a féché pour toujours .
La beau temps de la roſe eſt vers la matinée ;
Ses attraits ſur le ſoir vont être diſſipés :
Des rofes de l'Amour telle eſt la deſtinée :
Aimons , lorſqu'en aimant nous pouvons être aimés.
Par M. Labrousse de Veyrazet ,
Mousquetaire.
(*) C'est un oiſeau merveilleux qui chante ces paroles
dans les jardins enchantés du palais d'Armide.
1
16 MERCURE DE FRANCE.
D
EH mira , egli canto , ſpuntar la rofa
Dal verde fuo modesta , e virginella :
Che mezo aperta amora , e mezo afcofa ,
Quanto fi moſtro men , tantò è più bella .
Ecco poi nudo il fen gia baldanzofa
Diſpiega ; ecco poi langue , & non par quella ,
Quella non par , che deſiata avanti
Fà da mille donzelle , e mille amanti.
Cofi trapaſſa al trapaſſar d'un giorno
De la vita mortale il fiore , e'l verde :
Ne perche faccia indietto april riterno ,
Si renfiora ella mai , nè ſi rinverde ;
Cogliam la roſa in m'l matino adorno
Di queſto dì , che toſto il ſeren perde :
Cogliam d'amor la rofa : amiamo hor , quando
Eſſer ſi puote riamato amando .
1
L'AMITIÉ MALHEUREUSE.
Auu milieu d'un vallon qu'arroſe la
Seine , s'éleve fans faste & fans orgueil
un petit hameau. Quelques prés fermés
par d'agréables boſquets , l'environnent
de tous côtés. Là de ſuperbes édifices ,
ouvrages de la vanité , ne fe cachent point
dans les nues ; quelques chaumieres , baties
MARS. 1774. 17
ties fans ordre , en font les beautés. On
n'eſt point épouvanté par le bruit affreux
de ces machines mouvantes , traînées par
d'impétueux courſiers ; le bruit que font
les troupeaux raſſafiés en revenant des
gras pâturages eſt le ſeul qu'on entend.
On ne voit point dans les rues ces pâles
fantômes , enfans de la moleffe : pluſieurs
bergeres leſtes & volages , pluſieurs bergers
aimables ſe raſſemblent au lever de
l'aurore , & menent paître en chantant ,
leurs troupeaux dans les prairies. Le ſoleil
, en fortant du ſein de l'Océan , dore
cette heureuſe contrée. Il ſe plaît à ſemirer
dans l'onde claire des ruiſſeaux fur les
bords deſquels accourent ſouvent les bergeres
les plus coquettes. Pour relever
leurs graces naturelles , elles n'ont point
avec elles cet embarras qu'on nomme
toilette ; leurs cheveux voltigent au gré
des zéphirs ; une fine toile de lin forme
leur ajuſtement; un bouquet mystérieux
couvre les tréſors de leur ſein.
Parmi les bergeres du hameau , Elmire ,
ſe diftingue par ſa beauté. Sa taille eſt
petite , mais délicate ; ſes cheveux font
noirs. Ils font treſſes & attachés ſous un
petit chapeau de fleurs. Ses yeux enfantins
& languiſſans inſpirent la volupté.
Elmire ne connoît point encore l'amour ;
B
18 MERCURE DE FRANCE.
elle entre à peine dans ſa quatorzieme
année. Le fommeil ferme facilement fes
paupieres. Elle ne voit en fonge que fes
moutons chéris. Le matin elle ouvre fans
inquiétude ſes beaux yeux à la lumiere
naiſſante ; enfin elle ſe leve & fe couche
fans pouffer un foupir. Elle a toujours
coutume de conduire ſes brebis au bosquet
prochain. Un jour , occupée à une
corbeille de jonc , elle ne fe doute point
de l'orage que le dieu de Cythere excite
fur ſa tête: le Ciel s'obſcurcit ... Elmire
eft tranquille. Les bergers & les bergeres
retournent au village; l'imprudente ouvriere
s'expoſe au danger. Le tonnerre
s'avance en grondant. Elmire regarde... |
Ses yeux fe rempliffent de pleurs . Que
fera t- eile ? Que le hameau eſt éloigné! ...
Le boſquet eft trop obfcur pour s'y refugier.
La foudre en fureur menace la terre...
Que réfoudre ? Les moutons crain- |
tifs fe fauvent fous un feuillage épais :
elle n'oſe les ſuivre.... Un coup de la
tempête l'oblige enfin à porter au milieu
des tenebres ſes pas tremblans ... Un instant
après ,les aboiemens des chiens viennent
frapper ſes oreilles. Elle penſe qu'ils
poursuivent une bête féroce ; elle fond
deja ſur ſon cher troupeau... Les cris redoublent...
Les chiens approchent...
MARS. 1774 19
Elmire friſſonne... Deux jeunes ſeigneurs
avec leur fuite preſſoient une biche : l'un
ſe nommoit Dublois , & l'autre Aderbel ;
tous deux enfans des Graces ,& tous deux
amis. Dublois lance avec une agilité inconcevable
une fleche qui perce l'animal déjà
bleſſé. Il tombe , il ſe roule dans ſon ſang,
il vient expirer aux pieds d'Elmire épou-
- vantée. Dublois s'élance : il rencontre la
jeune bergere ; il la prend en riant par la
main : Pouquoi , lui dit- il , petite imprudente
, êtes- vous ſeule ici ? N'avez vous
pas peur des loups ? Oui, Monfieur , répond
la bergere ; hélas ! je m'amuſois à
une corbeille de jonc quand l'orage m'a
ſurpriſe. A ces mots tous les chaſſeurs
arrivent ; on lui offre un aſyle. Je vous
remercie ; quand la pluie ceſſera je retournerai
chez mon pere. On ſouhaite à
Elmire toutes fortes de proſpérités. On
enleve la biche , & la troupe , fatisfaite
du butin , diſparoît bientôt.
i
1
4
$
0
او
La foudre , ce jour-là , ne déſola point
les campagnes , & ne détruiſit point l'espérance
du laboureur ; mais l'Amour , enveloppé
d'un nuage , tira trois fleches ,
une au coeur d'Elmire , les deux autres
aux coeurs ſenſibles d'Aderbel & de Dublois.
Le ciel devient tranquille ; Elmire
eſt troublée. Elle ne ſoupçonne point le
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
fis de Vénus ; elle ignore juſqu'où va fa
méchanceté. Elle attribue fon agitation à
l'arrivée ſubite d'une troupe nombreuſe.
En refléchiſſant ſur les charmes de Dublois
elle entre au village ; elle va droit à
la maiſon paternelle , en pouffant le premier
foupir. Ses parens melent à leurs
juſtes reproches les larmes de la plus vive
tendreſſe. Elmire , après un repas frugal,
ſe couche ; & le ſommeil fecoue plus tard
qu'à l'ordinaire ſur ſes beaux yeux fes
pavots enchanteurs. Un fonge la conduit
avec ſes moutons vers cet endroit qu'elle
aime encore davantage. A fon réveil elle
eft confufe ; brûlant dejà d'un feu fecret ,
'elle defcend avec ſes brebis dans les gras
pâturages. Laiffons quelque temps Elmire
rêver à ſon aventure , & revenons aux
jeunes feigneurs.
Dublois fermoit tous les jours difficilement
ſes paupieres. Notre imagination |
nous peint confufément pendant la nuit
les objets qui nous ont frappés ; auffi Dublois
ſe voyoit il au milieu d'une forêt ,
chaflant unjeune cerf fugitif. Un fonge |
favorable offroit à ſes regards la belle Elmire
: Dublois s'entretenoit avec elle
quand l'ombre s'échappoit ; quand il s'éveilloit
: où étes - vous , s'écrioit - il , ma
bergere , où êtes - vous ?
MARS. 1774. 21
!
1
2.
le
Cependant Aderbel , le malheureux
Aderbel traînoit par- tout la fleche empoiſonnée.
Son château étoit à une lieue
de celui de Dublois. Ces deux jeunes feigneurs
, de même âge , étoient unis par
les liens de la plus étroite amitié. Dublois
ne peut vivre fans avoir à ſes côtés
fon cher Aderbel ; Aderbel , ſéparé de
Dublois , ne paſſe que de triſtes momens.
Ils fuivent à l'envi les mouvemens d'une
mutuelle complaifance. L'un propoſe une
partie de chaſſe , l'autre court en ordonner
les apprêts . Aderbel , à fon tour , dépeint
à Dublois le plaiſir innocent de la
pêche , Dublois ſourit ;& bientôt , de desſus
le rivage d'une riviere argentée , ils
tendent des pieges inévitables aux habitans
des eaux . Si l'un s'abandonne au
chagrin , l'autre le partage avec lui , le
confole , & diſſipe inſenſiblement le nuage
répandu fur fon front. Dublois ouvre
fon coeur à fon ami: Aderbel le paie de
|- de retour ; ils couloient enfin , loin du tumulte
des Cours , loin du fracas des ar-
.mes , des jours heureux au ſein de l'héritage
de leurs refpectables ancètres .
Douce amitié , lien précieux de la fociété
, heureux les deux mortels qui goûM
tent le bonheur de te connoître!
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
Après la journée funeſte où l'Amour
remporta trois victoires , Aderbel fatigué
s'arrache aux tendres embraſſemens de
Dublois. Diffimulant fa mélancolie , il
retourne à fon château. Par- tout où il
porte ſes pas errans , il fent la douleur
que lui cauſe ſa bleſſure. Il n'eſt plus occupé
que de l'objet que ſes yeux ont rencontré
dans le boſquet. L'ennui dévorant
le ſuit par-tout. Il peut aisément l'exiler ,
en contemplant les beautés qui l'entourent
fans ceſſe ; il poſſede des appartemens
magnifiques , il y cherche , mais en vain,
la bergere digne de les habiter. Il a des
jardins dont l'ordre , la régularité & les
ornemens méritent l'admiration des curieux
; il s'y promene feul , fans Elmire ,
quel fupplice ! .... Il a lieu de choiſir à
fon gré , des fleurs & d'en reſpirer les
odeurs agréables qu'il en cueilleroit volontiers
, pour lui faire une guirlande ou
pour en parfumer ſes beaux cheveux.
La chaſſe & la pêche n'ont plus d'attraits
pour lui. Il mépriſe tous plaiſirs ;
il n'aſpire qu'à celui de revoir Elmire.
L'amitié , l'amitié même ne réclame plus
ſes droits ; Aderbel ne vole plus vers Dublois
; l'amoureux Dublois oublie Aderbel.
Celui- ci craint à chaque inſtant l'ar
MARS.
1774. 23
rivée ſubite de ſon ami; l'autre n'a pas
moins d'inquiétude. Quelqu'un paroît :
Aderbel s'imagine appercevoir Dublois.
Au moindre bruit , Dublois croit entendre
Aderbel.
Amour , cruel Amour , juſqu'à quand
te plairas tu - à nous rendre malheureux ?
Deux mortels vivoient enſemble: au fein
- de l'abondance & de la félicité , ils oublioient
le reſte des hommes ; tu formes
fur leurs têtes un orage affreux , & , dirigeant
la tempête , tu perces le nuage: ils
font bleſſés ; tu ſouris , barbare ; le deſſein
médité contr'eux va donc s'accomplir !
Aderbel , ne pouvant diffiper l'ennui
qui l'accable , ne pouvant étouffer la pasſion
qui le maîtriſe depuis long - temps ,
prend une plume & trace ces lignes en
foupirant.
Aderbel à Dublois.
Il faut donc que je fois réduit à t'écrire
que je pars & ne te revarrai que dans fix
mois ? Des affaires conſidérables m'appellent
auprès de mon oncie dangereuſement
malade. A la douleur que me caufe
cette triſte nouvelle, le Ciel ajoute encore
celle de la ſéparation. Ne m'accofe
- point d'ingratitude ; hélas ! le temps ne
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
m'a pas permis d'aller te dire adieu ; à
peine ai je eu celui de jeter ces mots , fans
ordre , fur le papier. Adieu , je te porte
dans mon coeur, je ſuis juſqu'à la mort
ton ami.
ADERBEL.
Après avoir relu cette lettre , qu'il
mouille de ſes pleurs , il la ferme fous
l'empreinte d'un cachet cù ſont gravées
des larmes . Il va trouver Coutras , à qui
le foin de fes affaires eft confié . Je vous
prie , lui dit - il , d'envoyer cette lettre à
Dublois , & d'être prêt à me fuivre demain
juſqu'au bois prochain. Coutras
promet de tout exécuter. Le ſoleil , fortant
du ſein de Thétis , n'eut pas plutôt
doré les côteaux rians , qu'Aderbel &
Coutras defcendirent dans les plaines. Le
jeune ſeigneur déclare fon deffein à fon
confident,exige un éternel fecret , & lui |
dépeint avec enthouſiaſme les appas de
fa bergere. Il l'inſtruit de la maniere dont
il doit se comporter pendant fon abfence.
Le voyageur a pour tout ajuſtement une
veſte de lin à laquelle eſt ſuſpendu un
flageolet; ſes cheveux treffés font attachés
fous un petit chapeau blanc. Il embraſſe
Coutras , implore l'Amour & s'enfonce
dans l'obſcurité. Les oiſeaux font retenMARS.
1774- 25
コ
C
és
tir les cieux de leurs agréables concerts.
Ils rendent en s'éveillant leur hommage
à l'Auteur de la Nature. Les gras troupeaux
mugiffent dans les campagnes ; le
laboureur , ſuivi d'une troupe de moisſonneurs
, va couper les blonds épis . Ader .
bel , de ſon côté , s'avance à grands pas
vers le village qui ſe préſente à ſes yeux.
Ce hameau eſt ſinué fur le penchantd'une
fertile colline , à trois lieues de fon château.
Aderbel arrive enfin , & cherche fortune.
Damon , maître de troupeaux nombreux
, lui procure un aſyle. Damon lui
confie le lendemain cinquante moutons ,
lui met lui- même la houlette à la main.
Aderbel change fon nom pour celui de
Lycas. Il mene , à l'aide de fon chien ,
fes brebis dant les pâturages , au milieu
des bergers & des bergeres. Son oeil avide
obſerve tout. Il cherche Elmire... Il ne
la rencontre point; cependant Life maligne
fourit doucement au graces du jeune
ſeigneur. Lycas répondavecfévérité,Glycere
laiſſe a deffein tomber fon bouquet;
le berger rêveur le foule impitoyablement
aux pieds , & s'écarte en dirigeant
fa marche vers les lieux iſolés. Là, cutrieux
, il va, revient perdant tout lejour,
/
ce fans aucun fuccès . Le lendemain , le jour
fuivant , il n'est pas plus heureux. Le qua--
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
trieme enfin , couché fans eſpérance auprès
de ſon chien , il s'exprime ainfi : Déjà
trois fois le ſoleil a paru ſur l'horizon , &
s'eſt caché derriere les hautes montagnes ;
&je n'ai point encore ici trouvé le moindre
foulagement. Le printems fuccede à
l'hiver ; les plaiſirs fuient loin de moi ;
la tourterelle paſſe d'agréables momens
auprès de ſa compagne: je ſuis feul ici !
O toi , qui dois mettre fin à mon tourment
, es tu donc perdue pour moi? Il
dit... & fait ſoupirer ſon flageolet. Il
déplora pendant un mois ſa triſte deſtinée.
Un jour Lycas , à fon ordinaire , la houlette
à la main , les cheveux négligés , alloit
ça & là. Une jeune bergere frappe
foudain ſa vue. Ses moutons broutoient
l'herbe ; elle prodiguoit à fon agneau favori
fes careſſes innocentes. Lycas s'approche
doucement ; il reconnoît avec
tranſport la bergere que ſes voeux hatoient
depuis long - tems . Le boſquet prochain
l'invite à profiter d'une retraite favorable;
il ſaiſit l'avantage , il attend , defire en
filence. A quelque diſtance d'Elmire un
ruiſſeau paiſible roule fans art& fans bruit
fon onde argentée. Elmire raſſemble à la
fontaine ſes moutons altérés Ils boivent
à longs traits cette liqueur pure. La beri
1
MARS. 1774. 27
小
1
1
C
1
a
gere , manquant de coupe , en prend dans
le creux de ſa main, en avale un peu , &
jette le reſte ſur ſon ſein brûlant. Son
agneau favori , baiſſant la tête pour étancher
ſa foif, remarque , dans le miroir
uni des eaux , un agneau tout ſemblable
à lui. Il badine avec lui ; il approche pour
le toucher , mais ne rencontre que l'onde
fraîche & fugitive. Il bondit ſur les bords.
Séduit par ſon image trompeuſe , il s'élance&
tombe au milieu du ruiſſeau. Elmire
, témoin de ce badinage , ne peut retenir
ſes ris enfantins. Lycas partage ſajoie.
Il exprime enſuite fondoux martyre ſur ſon
flageolet. Tout eſt dans l'étonnement. Les
zéphirs retiennent leurs haleines. Les arbres
applaudiſſent en inclinant leur tête
en cadence. Les oiſeaux fur les branches
prêtent une oreille attentive. Les échos
ſenſibles répetent les fons plaintifs. Les
moutons s'arrêtent avec ſurpriſe ; ils ſeregardent
en filence. Le coeur d'Elmire s'intéreſſe
; elle s'avance fans le vouloir
ſemblable à l'acier qui fuit l'aiman qui
l'entraîne. Elle fent un defir ſecret de
connoître l'auteur d'un ſi beau langage.
Hélas ! diſoit- elle , ſi le jeune ſeigneur
que j'ai vu pendant l'orage , & quej'aime,
* étoit celui qui frédonne ainfi , que je ſe
28 MERCURE DE FRANCE.
rois contente ! Elmire ne penſoit plus
qu'à Dublois ; l'Amour avoit imprimé
dans fon imagination les charmes de fa
jeuneſſe. Elle croyoit les appercevoir dans
tous les ruiſſeaux qu'elle confultoit fur les
fiens . La nuit n'avoit pas plutôt étendu
ſes ſombres voiles fur les hameaux & fur
les villes , que le dieu de Cythere enfantoit
à ſes yeux le ſpectacle le plus ravisfant.
Dublois , auffi beau que les Graces
couronnécs de fleurs champêtres , ſe jetoit
à ſes pieds ; Elmire le relevoit en
fouriant. Dubois lui voloit un baifer , la
bergere innocente lui en rendoit deux.
Lycas fait retentir toujours fon inftrument;
Elmire ne ſe laſſe point de l'entendre.
Le berger timide n'oſa parler cé
jour- là.
Le lendemain , plein de confiance , il ſe
rend dans la plaine. Elmire , engagée par
le ſouvenir de la muſique harmonieuſe ,
arrive dans le même endroit. Lycas s'offre
à ſes regards ; elle rougit ; ' elle baiffe
les yeux ; elle ordonne à fon chien de ne
pas fouffrir que fes brebis ſe melent avec
celle de l'étranger. L'animal defobéit ;
elle veut elle - même exécuter ſes ordres ;
fes moutons ne l'écoutent point ; elle les
bat , & c'étoit pour la premiere fois. Ly .
MARS. 1774. 29
cas enhardi s'avance : pourquoi , char
mante bergere , frappez-vous votre troupeau
? Auroit-il pu vous deplaire ? Vous
ſerois-je , dans cette circonſtance , de quelque
utilité ? Recevez mes ſervices , permettez
- moi de m'entretenir avec vous ;
Lycas eſt mon nom ; je demeure au village
prochain. Votre troupeau eſt bien
plus nombreux que le mien: vous trouverez
ailleurs une plus belle compagnie.
Quoi ! parmi nous y auroit-il done différence
de conditions ? Je n'en fais rien :
fouffrez que je m'éloigne de vous ; car ſi
les autres bergeres me ſurprenoient ici ,
vîte elles iroient dire à mon pere que j'ai
un amant. Ne craignez rien: chaque bergere
a fon berger. Voulez- vous queje fois
le vôtre ? -Vous avez cinquante moutons
; je n'en ai que douze: quelle difproportion
! Vous feriez férieuſement le berger
d'une auffi petite bergere ; vous vous
abaiſſeriez juſques -là ! vous n'y penſez
pas.-Retirons-nous à l'écart : il me femble
entrevoir quelqu'un. Oui , le plus riche
ſeigneur quitteroit tout pour vous
fuivre ; il renonceroit à toutes prétentions
pour venir vous plaire. -Quoi ! des feigneurs
fortiroient de leurs beaux châteaux
pour s'amufer à des corbeilles de jonc ?-
Afſurément. Sachez , bergere , que les ri
30
MERCURE DE FRANCE.
cheffe ont avec elles le dégoût. Souvent
les ces quittent la table la plus délicare
& la plus ſomptueuse , pour s'affeoir
à la table ſimple & frugale de l'heureux
habitant de la campagne ; ſouvent même
le Monarque ſe dépouille des marques de
ſa grandeur & du poids accablant de la
couronne ; il va dans la chaumiere du laboureur
pour y trouver le repos qui fuit
le lit enchanteur de la molleſſe. Que l'on
parle bien , Lycas , dans votre hameau !
Je n'entends rien à votre langage. Elevée à
mon village , je fais appeler mes brebis
par leur nom , je fais quelques chanfonnettes
, & c'eſt tout.-Un berger beau &
bienfait vous les aura ſans doute appriſes.
-Non; c'eſt de ma mere que je les tiens ;
elle les chante toujours pendant les viellées
, & j'en ai retenu quelques-unes ; elle
m'a furtout répété bien des fois celle
qui dit qu'il ne faut point écouter les
bergers , parce qu'ils font trompeurs . Je
fuis étonnée pourquoi ma mere l'aime
tant ; pour moi je la déteſte , & il ne m'a
jamais été poſſible d'en retenir deux mots ;
l'air en eſt ſi vilain qu'il rebute au premier
abord. Mais..... je cauſe trop avec
vous : la chanfon me le défend. Répondez
moi de bonne foi , êtes-vous flatteur ?
-Non: j'ai en horreur la flatterie.- Je
ARS.
3
1774.
-
veux bien que vous gardiez les moutons
avec moi ; car j'ai grand peur du loup , & ,
s'il furvient , coupez lui une bonne fois
la tête , afin qu'il ne m'effraie plus.
,
Ils s'entretenoient ainſi tandis que Dublois
gémiſſoit ſous le poids de ſes fers.
Il avoit reçu la lettre d'Aderbel. D'un
côté il étoit inconfolable de l'autre il
étoit amoureux . L'idée d'Elmire étoit
celle qui l'attachoit le plus. Encore , s'écrioit
- il quelquefois ſi je ſavois ton
nom , ma bergere , je le tracerois ſur les
fleurs avec le mien ; je les confierois tous
deux aux zéphirs ; ils les porteroient jusqu'à
toi fur leurs aîles. Il s'efforça mille
fois d'éteindre la flamme qui l'en braſoit ;
plus il la comprime , plus elle eft furieuſe
quand elle commence à reprendre fon
ancien empire. Dublois , après s'être oppoſé
à ſes fréquentes attaques , fans eſpérance
de la vaincre jamais , mit bas les
armes , & s'avoua vaincu. Conſeillé par
ſa paffion , il ſe ſouſtrait à ſa ſuite ; il descend
dans les campagnes , & court avec
■ précipitation droit au boſquet où la bergere
, pendant la tempête , parut pour la
premiere fois à ſa vue.
l'obſcurité. Caché fous un feuillage épais ,
ar il reconnoît dans les pâturages les mouk
1
ゴ
el
1
Il s'enfonce dans
32
MERCURE DE FRANCE.
tons d'Elmire , & plus loin Elmire ellemême
aſſiſe ſur le gazon. Lajoie fufpend
tous ſes ſens ; mais , hélas ! la jalouſie
l'empoisonne bientôt. Un berger étoit
auprés d'Elmire. Ils ſe jettent des fleurs.
Il s'arrachent des bouquets. Lycas vole de
temps en temps quelques baifers , & Elmire
les fouffre. Dublois conçoit de la
haine contre le berger qui lui ravit toute
efpérance. Il ſe livre aux mouvemens
d'une noire jaloufie. Il déteste le berger ,
& n'en aime pas moins Elmire. Sa dou-
Jeur l'accable. La chaleur du foleil oblige
les hommes à fe réfugier à l'ombrage.
Dublois , couché fous un chêne dont les
branches entrelacées imitent un berceau ,
ferme les paupieres & s'endort. Elmire
vole vers le boſquet pour y choiſir une
retraite , où le ſoleil ne darde point fes
rayons . Lycas veut auſſi goûter le repos
à côté d'elle. La bergere , n'ofant ſe fier à
lui , lui défend de la fuivre , fous la puni .
tion la plus terrible pour un amant. Elle
entrevoit bientôt , à travers les feuilles
transparentes , un jeune homme endormi.
Toute fille eft curieuſe : Elmire l'étoit
aufſi. Elle approche en levant légérement
le pied ; elle craint d'agiter les feuilles
indifcretes ; elle retient ton haleine ; elle
regarde
MARS. 1774 33
regarde... C'étoit ſon cher Dublois. Ce
jeune ſeigneur , d'une rare beauté , fommeilloit
dans les bras de Morphée. Diane
l'eût pris pourl'Amour égaré , tant il étoit
charmant ! Ses mains ſe ferrent,de joie ;
elle étend les bras pour l'embraſſer ; elle
a peur de troubler fon repos. Hélas ! difoit-
elle en elle-même: ſi je l'éveille , il
- ſe fâchera ; ſi je le laiſſe ici , le loup le
mangera : ce feroit bien dommage. Dublois
fut témoin , pendant fon fommeil ,
du bonheur de Lycas. Il ſe réveille en
fureur : oui , dit- il en ouvrant les yeux ,
oui , tu périras. Elmire croit entendre l'arrêt
de ſa mort. Elle prend la fuite ; Dublois
la pourſuit & l'atteint. Elle ſe jette
à ſes pieds : pardonnez-moi , Monfieur ;
je ne voulois vous faire aucun mal. Dublois
la releve en fouriant : Raffurezvous
; c'eſt moi qui vous ai parlé , quand
une biche percée de coups expira prés de
vous. Je viens vous offrir mes ſervices :
ne vous offenſez point de ma déclaration ;
vous avez bleſſé mon coeur; il ne m'appartient
plus , il eſt tout àvous ; c'eſt moi
qui dois plutôt embraſſer vos genoux. H
prononce ces paroles avec paſtion. Ses
yeux font enflammés ; ils font attachés
| fur ceux de la bergere tremblante. Peut-
1
コ
구
G
34 MERCURE DE FRANCE .
être , hélas ! continua - t - il, un autre auroit
il ſu vous plaire ? Non , Monfieur :
tous les foupirs des bergers ne me touchent
point. Prenez donc pitié de mon
tourment...Prenez garde , Monfieur : un
berger fait paître ſes moutons , il n'eſt pas
loin d'ici ; s'il ſurvenoit, je ferois perdue.
Elle tâchoit , à cesmots , de ſe débarraſſer
d'entre les bras de Dublois . Promettez
moi donc , charmant objet , que vous
conduirez votre troupeau dans les prairies
voiſines. Je fais plus , Monfieur , je vous
le jure. Dublois l'embraſſe avec vivacité ;
Elmire s'échappe en pouſſant un cri attendriſſant..
Lycas lui demande avec inquiétude
le ſujet de cette rougeur répandue
ſur ſes joues . Hélas ! dit Elmire res
pirant à peine , j'ai vu , mon cher Lycas ,
un gros loup .. Je friffonne... Mes moutons
font en danger. Adieu: je me fauve
bien vîte au hameau. Elle dit , elle ap .
pelle ſon chien & fes moutons &la
troupe craintive court au village.
Le lendemain chacun revient à ſa place
, Lycas , aux pâturages ; Elmire , au
même endroit ; Dublois , au boſquet favorable.
Quel eſt l'étonnement de ce dernier
, de ie ſur l'écorce du chêne aux
pieds duquel il s'étoit repoſé la veille , le
,
MARS.1774. 35
nom d'Elmire & celui de Lycas ! Il ſe
trouble ; il frémit ; il déchire de ſes propres
mains les lettres odieuſes qui forment
le nom d'un berger encore plus
odieux. Il ne doute plus de fon malheur ;
il ne reſpire plus que la vengeance ; il
imagine mille deſſeins. L'Amour les détruit
tous , & ne lui inſpire que celui de
- ſe venger de fon rival. Il a horreur de
cette penſée. Il eſt trop humain pour exé
cuter jamais cet infame projet. On le
préfere à un vil berger ; la rage s'empare
de fon coeur. Il confulte encore l'Amour ,
qui lui crie pour toute réponſe: poignarde
Lycas. Il s'accoutume inſenſiblement
à cette affreuſe idée. Ille découvre de
loin dans la plaine ; il eſt prêt à s'élancer
fur lui ; il n'a point d'armes , il s'arrête.
Lycas , affis auprès de ſe bergere , fait retentir
ſon flageblet. Il exprime , il dés
clare enfuite ſa paſſion à la ſenſible Ela
mire. Elle avoit engagé ſon coeur ; elle eſt
fourde à la voix de fon amant , ellebrûle ,
mais ce n'eſt point pour un berger. Lycas
redouble ſes prieres; les larmes du deſir
coulent de fes yeux . Un ſeul foupir de
Dublois eût attendri la bergere; les fanglots
de Lycas n'ont aucun ſuccès. Une
larme du jeune ſeigneur eût déſarmé la
1
コ
י
e
C2
36 MERCURE DE FRANCE .
pudeur d'Elmire ; Lycas verfe un torrent
de larmes inutiles ; Lycas enflammé veut
faire violence à la bergere , qui , pour ſe
délivrer du péril , donne un rendez -vous
pour le jour ſuivant ſous l'arbre ſur l'écorce
duquel il avoit gravé fon nom. Dublois
, témoin de l'outrage , fort furieux
de fon aſyle. Le coupable prend la fuite ;
Dublois eſt ſeul avec Elmire . Il l'invite à
venir profiter avec lui de l'ombrage. La
bergere s'en défend ; fa réſiſtance irrite
fon cher Dublois : elle le remarque , elle
obéit. Vous me préférez donc , lui ditil
alors , un vil berger ? Je vous ai livré
mon coeur ; vous m'avez promis le
vôtre , & vous êtes infidelle ! Pourquoi
me faites - vous , Monfieur , de fi cruels
reproches ? Allez , vous ne m'aimez pas
tant que je vous aime ; je le comprends
à votre diſcours . Quoi! je ſerois aſſez
heureux ? Qu'ai je entendu ?.. Mon bonheur
furpaſſera bientôt celui des Dieux !
Répondez à mes feux , belle Elmire ;
brûlons tous deux de cette flamme qui
me confume. Que voulez- vous de moi ,
Monfieur ? Quel bruit !.. Laiſſez- moi...
Lycas va paroître ! Venez donc demain ,
belle Elmire , fous cet arbre , avant le lever
du ſoleil, je vous y devancerai , je
MARS. 1774. 37
1
vous prouverai juſqu'où va ma paffion.
Elmire promit tout, ſans ſonger qu'elle
avoit déjà donné un rendez- vous ; deux
baifers font les garans de ſon ferment,
Elmire , en ſautant de joie , retourne ou
village : Lycas , rempli d'eſpoir , porte ſes
pas au hameau ; Dublois , ſoupçonneux ,
monte à ſon château. Le noir Chagrin lui
en ouvre les portes.
A peine l'Aurore eut-elle annoncé le lever
du Soleil , que la Vengeance & laJalouſie
arment d'un poignard la main de
Dublois. Il deſcend dans les prairies. La
Nature languit avec lui ; l'herbe eſt deſſéchée
; les lis out perdu leur éclat. Il n'éprouve
point les mouvemens de l'amour
mais ceux de l'horreur. Il voit s'élever à
ſes côtés un fantôme tout dégouttant de
fang. Il friſſonne... Il frémit. Arrivé
dans le bois ténébreux , il attend la lumiere
du jour. Les oiſeaux ne remplisfoient
point encore les cieux de leurs,
harmonieux concerts . Un morne filence
regnoit par tout ; les Mortels languisfoient
encore dans les bras du repos , l'A-.
mour , la Jaloufie & la Vengeance veilloient
fur la terre.
Lycas , de meilleure heure qu'à l'ordinaire
, ſortit du hameau. Il vole vers le
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
chêne ſous lequel il doit goûter le bonheur
d'être aimé. Il trace quelque mots
fur l'écorce. Il s'éloigne pour aller au-devant
d'Elmire. Dublois approche & lit
ces mots :,, Arbre fortuné , fois le témoin
,,des plaiſirs de Lycas&de ſa bergere." La
foudre éclatant aux pieds de Dublois ,
ne l'eût pas plus épouvanté que ce terrible
ſecret. Il pâlit; il ne ſe poſſede plus :
il s'élance fur les pas de fon rival ; il l'atteint
, &, d'un bras furieux . il lui plonge
le fer dans les flancs. Lycas tombe & fe
roule dans ſon ſang. Dublois , s'écrie-t- il,
mon cher Dublois , où m'a réduit ma pasfion!
L'aſſaffin écoute en tremblant ces
dernieres paroles. Le foleil éclaire le crime
; Dublois regarde... Ce n'eſt plus un
rival ; ce n'eſt plus un berger ; ce n'eſt
plus Lycas : c'eſt l'ami le plus cher à Dublois.
Grand Dieu ! c'eſt Aderbel qui nage
dans ſon ſang; c'eſt Aderbel qui meurt
en lui tendant les bras. Il expire. Dublois
ſe précipite ſur ſon ſein palpitant. Il retire
le poignard fumant & l'enfonce dans
ſa potrine. Leur ſang ſe mêle. Dublois
embraſſe Aderbel ; il attache ſes levres
mourantes ſur ſa bouche glacée.
Elmire cependant fouloit avec fes
moutons l'herbe tendre. Les fleurs naisMARS.
1774 39
ſent ſous ſes pas. Elle s'arrête à l'entrée
du boſquet; elle a promis ; elle a juré ;
elle ne peut ſe réſoudre à violer ſon ſerment.
L'innocence , l'amour , la nature ,
& la curiofité l'attirent & l'appellent.
Tandis qu'elle flotte entre les deſirs & la
crainte , les accens plaintifs d'une voix
mourante frappent foudain ſes oreilles ...
Elle penche la tête en levant les mains
au Ciel ; elle écoute attentivement. Hélas!
diſoit-elle en elle - même , peut- être
Dublois ſe plaint il de ma lenteur en foupirant
; peut - être , hélas ! quelque bête
féroce l'a t- elle terraſſé. Dublois , je vole
à ton ſecours ; elle entre : l'Amour l'enflamme
de courage. Tout ſe tait ; l'herbe
eft teinte de ſang. Elmire eſt ſaiſie d'hor,
reur. La terre ſemble s'échapper. Elle
croit voir des abymes affreux s'entrouvrir.
Elle apperçoit deux hommes qui ſe tiennent
embraſſés ; l'un eſt ſans vie , l'autre
rend les derniers foupirs . Elle avance en
détournant les yeux. Elle ſuit la trace enſanglantée.
Elle fixe un inſtant les yeux,
Lycas eſt pâle & défait. Dublois ouvre
les paupieres qu'il referme auſſi tôt. Elmire
ne ſe connoît plus ; les facultés de
fon ame demeurent fufpendues . Un torrent
de pleurs ſe répand dans fon fein.
C4
MERCURE DE FRANCE.
Elle tombe ſur les cadavres de deux amis
malheureux.
L'Amour inſtruit bientôt la Renom .
mée de ce déſaſtre affreux . Le bruit en
retentit dans les hameaux & dans les villes
. On accourt de tous côtés ; on em.
porte chez ſes parens Elmire évanouie.
Tous les chemins font jonchés de bran.
ches de cyprès . On enleve les deux jeunes
Seigneurs. L'Amour les avoit ſéparés pour
quelque temps ; la Mort les réunit pour
toujours dans le même tombeau.
Par M. Chaperon.
VERS à Madame V*** , par M. d'H..
âgé de 18 ans , qui conſacre les prémiceş
de ſes talens à la reconnoiſſance.
M
ÉCENE bienfaisant d'une Muſe volage
Dont tu vis naître les talens ,
Daigne aujourd'hui ſourire à fon hommage
Et prêter l'oreille à ſes chants .
Tes bienfaits m'ont forcé dès ma plus tendre enfance
A consacrer à la reconnoiffance
Les prénices de mon encens :
Peux- tu me refuſer un regard d'indulgence
MARS. 17747
A préſent que l'adolefcence
Me fait former de plus mâles accens ?
Je voudrois en ce jour , malgré ta modestie ,
De tes bienfaits crayonner le tableau ;
Mais que d'objets s'offrent à mon pincean
Je te dois tout , hormis la vie :
C'eſt toi dont les foins généreux
Ont étayé ma foible enfance ,
Et de principes vertueux
Ont nourri ma raiſon même dès ſa naiſſance .
Semblable au Dieu dont les rayons ,
Par leur falutaire influence ,
D'un feu vivifiant animent la fémence
Et fertiliſent les fillons :
De mes ans à peine à l'aurore ,
Tes regards féconds , indulgens
Surent créer & faire éclorre
Le germe heureux de mes talens .
Mais quand des erreurs de l'enfance
La tardive raiſon déchirant le bandeau .
A mes yeux devoilés ſit briller ſon flambeau .
On vit croftre ton zele avec ta bienfaiſance,
Tu m'appris à ſuivre tes pas
Dans le fentier de la juftice ;
Tu m'ipſtruiſis dans les combats
Que je foutins contre l'effort du vice,
Inépuisable en tes bienfaits ,
Sur ton front de la vertu même ,
Sans le ſavoir , tu me montras les traits .
)
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
J'y reconnus ſes célestes attraits ,
Sa douceur , fa nobleffe & fa beauté fupreme ;
Tes moeurs m'apprirent à Painer ;
Je la connus par tes maximes ;
Sous toi j'appris à l'exercer.
Combien de fois , par tes leçons fublimes ,
J'ai fenti mon coeur exalté ,
Dans fes tranſports te prenant pour ſon guide ,
Planer comme un aigle rapide
Au-deſſus des erreurs du vulguaire inſenſé !
Dans ces momens d'une flatteufe ivreffe
Je croyois voir en toi cette fage déeffe ,
Qui , par la bouche du Mentor.
Au fils d'Ulyſſe enſeignoit la fageffe ,
Où le ſage & prudent Neftor.
Alors , & doux moment d'une volupté pure
Que mon coeur chérit trop pour jamais l'oublier !
De tes nombreux bienfaits tu comblas la mefure ;
Du nom de ton ami tu daignat m'honorer
Vous en futes témoins , aftres dont l'influence
Répand fur l'Univers les ombres , le filence ;
Soyez-le donc encor du ferment folemnel
Que je prononce aujourd'hui fur l'autel
Du Dieu de la Reconnoiffance .
Je jure par toi - même , & j'atteſte les Cieux
De mériter uh jour ce titre précieux ;
Si jamais à ce voeu je devenois parjure ,
Puiſſe le Ciel vengeur , & toute la Nature ,
Sur mon front criminel épuifer leur couroux ;
MARS. 1774 43
Mais d'un ſi cruel fort je ne crains pas les coups.
Tes bienfaits , en lettres de flamme ,
Demeureront toujours imprimés dans mon ame
Comine ton nom l'eſt dans mon coeur.
J'en chérirai le ſouvenir flatteur ,
Et depuis le moment où , ſur ſon char d'albâtre ,
L'Aurore à l'Univers ramenera le jour ,
Juſqu'au moment où , d'un crêpe grifatré ,
)
La fombre nuit , des cieux drappera le contour ,
Dans un cantique a la Reconnoiſſance ,
Ma voix rendra ſans ceſſe hommage àtes bienfaits.
Trop heureux ſi le Ciel , exauçant mes ſouhaits ,
Daigne un jour , mieux que moi , payer ta bienfaiſance !
T Madame la D. de la V** ayant confervé
toutes les graces de la jeuneſſe , dans un
âge où la plupart des autres femmes les
ont perduce , un de ses admirateurs lui
a envoyé , le jour de la nouvelle année ,
les vers fuivans , avec une taſſe de porcelaine
.
V..
A, de ma part , à la V** , :
Offrir , me dit le Dieu d'Amour ,
MERCURE DE FRANCE.
Cette coupe que l'autre jour
Je pris au buffet de ma mere.
Elle lui ſervoit à puiſer
L'onde immortelle de Jouvence.
Le cours des ans n'en peut ufer
La douce & puiſſante influence,
Grand merci de votre bonté .
Dis-je lors au Dieu de Cythere ;
Il ne manquoit à la V**,
!
Que d'avoir l'immortalité.
LE FLEUVE & LE RUISSEAU,
Fable.
UN jour un Fleuve audacieux
Qui , du ſommet des Pyrénées ,
Rouloit ſes flots impétueux
Dans les Mers Méditerrannées ;
Diſoit à l'imprudent Ruiſſeau
Qui de le ſuivre avoit eu la manie :
Ton fort , faquin , n'est- il pas affez beau
D'être en ſi bonne compagnie ?
MARS.
1774. 45
:
Ah! dans les prés qui m'ont vu naftre ,
Je ferpentois entre des fleurs
Avant de vous connoître ;
Je vous rencontre ; & voilà mes malheurs :
Vous m'entraînez daus un abyme.
C'eſt - la ſouvent tout ce que vaut l'eſtime
Et l'amitié des grands Seigneurs.
Par M. Landrin.
A Madame la Marquise D***
DEs fublimes accens d'Homere
Le Dieu de Plinde étant jaloux ,
Il le priva de la lumiere
Dans un accès de fon courroux.
Dès qu'il vous vit , Sapho , vous deviez lui déplaire ,
:. Auſſi fit-il tomber fur vous
Le même trait de ſa colere.
Honteux pourtant du mal qu'il venoit de vous faire ,
Il voulut l'adoucir ; & , pour réparer tout ,
Il vous donna pour ſecrétaires
Les Muſes , les Graces légeres ,
Et pour guide le Goût.
Par M. le Comte d'Albon
46. MERCURE DE FRANCE.
८
EPITRE DE DIDON A ENÉE.
Traduction libre d'Ovide .
LEE Cigné qui lutte contre la mort fait
retentir les rives fleuries du Méandre d'un
chant plaintif & languiſſant. Son dernier
foupir eft encore un fon harmonieux.
C'eſt ainſi que je gémis , accablée ſous le
poids du Sort. L'éſpérance a fui loin de
moi. Mes larmes , mes prieres feront ſans
doute inutiles . Mais , hélas ! qu'ai-je encore
à ménager ? Innocence , pudeur , réputation
; j'ai tout perdu. Il ne me reſte
plus qu'à mourir.
C'en eſt donc fait: cruel Enée , tu veux
m'abandonner. Les tours fuperbes de Carthage
, un royaume diſpoſe à fleurir ſous
tes loix , rien ne peut ébranler ta réſolution.
Tu fuis dans des climats étrangers
pour y fonder un nouvel empire. Les dangers
ne t'effraient point , pourvu que tu
puiffes fuir l'infortunée Didon. Est - il
un Souverain affez généreux pour parMARS.
1774601 47
!
tager ſes Etats avec un peuple errant
& fugitif ? Eſperes - tu trouver encore
une nouvelle victime de ton inconſtance
&de ta perfidie ? Est-il ſur la terre une
ſeconde Didon ? Une Reine étrangere
mettra t-elle ſa couronne à tes pieds ? Un
peuple immenſe ſe rangera-t- il ſous tes
loix ? Pour faciliter tes deſſeins , où trouver
une épouſe auſſi tendre , auſſi ſenſible
que la Reine de Carthage ? Le feu de l'amour
me confume. Furieuſe & déſeſpérée
, je m'efforce en vain d'arracher de
mon coeur le trait qui le déchire : l'image
d'Enée me pourſuit ſans ceſſe. , Je ne
reſpire que pour lui , & l'ingrat ſe rit de
mes malheurs. Non , je ne puis le haïr.
Ton infidelité attiſe le feu qui me dévore.
G.
O puiſſante Vénus ! plains-moi , plains
une. Reine malheureuſe que ton filsa
trahi. Amour , amolis , s'il eſt poſſible ,
le coeur de ton inſenſible frere. Qu'il partage
tous les feux que tu as allumés dans
mon ſein . Oui, je l'avoue ; je l'aimai la
premiere : eh bien! qu'il foit tendre &
ſenſible ; je puis encore l'aimer avec fureur.
Que di-je ? Non , tu n'es pas le fils
de la mere des Amours. Le monftre le
1
48 MERCURE DE FRANCE .
1
plus féroce t'engendra parmi les rochers;
&la Mer en furie t'a vomi ſur ſes bords..
Ah ! fi les reproches les plus tendres ,
fi les larmes d'une amante ne peuvent
t'attendrir , ne fois pas inſenſible à ton
propre intérét. Vois les vagues de la Mer
irritée ſe briſer avec fracas contre les rochers.
Entends les vents mugir & fe déchaîner
contre les flots. Frémis , malheureux
: il eſt des Dieux vengeurs. Ne t'abandonne
pas à la fureur d'une Mer
dont tu as tant de fois éprouvé l'incons
tance. • Vénus naquit du ſein des Ondes ;
n'en doute point , elle vengera une
amante offenſée. Je vois déjà ton vaiſſeau
en proie à la rage des Aquilons. Tous
les Elémens furieux s'armeront contre un
perfide. Alors le ſouvenir de Didon que
tu as outragée , fera naître dans ton coeur
les cruels remords. Mon image pâle &
fanglante s'offrira devant toi. Tu frémiras
d'horreur ; les abymes de la Mer s'ouvriront
pour t'engloutir. La Foudre vengereſſe
éclatera ſur ta tête perfide. Toute
laNature en courroux te reprochera l'atrocité
de ton crime..Ah! reſte , reſte à Carthage.
Les Zéphirs calmeront bientôt
l'agitation des flots. Les Vents pourront
peut- être
1
MARS. 1774. 49
peut-être favoriſer ta perfidie. Alors il te
ſera plus doux de m'abandonner. Tu defires
que je meure ; va , tu ſeras fatisfait.
Mais conſerve ta vie ; elle m'eſt plus
chere que la mienne. Jette les yeux fur
le jeune Afcagne , ſeul rejeton du ſang
de Priam. Que fon innocente te parle en
ſa faveur. A l'aurore de fon âge , ne l'expoſe
pas à périr au milieu des mers. Jette
un coup- d'oeil ſur ces Dieux tutélaires,
reſtes précieux de ta patrie. Ne les as- tu
arrachés du ſein des flammes que pour les
voir le jouet des ondes ? Ah ! crains qu'ils
ne s'élevent contre ton impiété. Non , tu
n'es point ce pieux Enée dont les épaules
ſe courberent fous le poids ſacré d'un
pere. Tu n'es pas ce héros dont j'entendois
avec tranſport raconter les actions
vertueuſes , Ton langage ſéducteur ſe
jouoit de ma crédulité. O Créuſe , épouſe
infortunée , ton cruel époux t'abandonna
fans doute aux flammes qui confumerent
ta patrie. Dévoué au courroux céleſte , les
Dieux vengeurs le poursuivirent fur les
mers . Je le reçus dans mon Empire. Ingrat,
j'ai fait plus: je t'ai placé fur mon
trône. Ah ! plût aux Dieux quej'euſſe fixé
des bornes à ma généroſité. Ce jour ou je
me réfugiai dans cette grotte , trifte témoin
D
50
MERCURE DE FRANCE.
de tes tranſports ; ce jour à jamais détestable
fut la ſource de mes malheurs : l'écho
retentiſſoit au loin des cris horribles
des Eumenides. Elles me préſageoient la
mort la plus funefte. Inſenſée ! je crus
entendre la voix des Nymphes donner le
ſignal de l'Hymenée. L'Honneur ſe tut ,
l'Amour m'aveugla , & je m'oubliai moimême.
Au fond de mon palais eſt un monument
conſacré à la mémoire de Sichée ,
mon premier époux. Accablée par ma
douleur , je m'étois traînée dans ce lieu
funebre pour y gémir. Trois fois un bruit
fourd ſembla fortir du mauſolée ; trois
fois j'entendis la foible voix de mon
époux. ,, Viens , me dit-elle , viens , mal-
,, heureuſe Didon." Ombre offenſée , je
te fuivrai bientôt , mânes facrés de mon
époux , la victime eſt prête ; vous ferez
fatisfaits . Pardonne , cher Sichée , ah !
pardonne à ton épouſe éplorée. Je fus
Téduite , je fus trompée ; mais je ne fus
point criminelle. Le nom de mon amant
ne déshonore point ta mémoire. C'eſt
Enée : c'eſt le fils de Vénus : c'eſt ce héros
généreux qui arracha des flammes ſes
Dieux & fon pere. Je me flattois de le
voir mon époux. Vain eſpoir ! le perfide
MARS. 1774. 51
m'abandonne. Triomphe , barbare Pigmalion
: jouis en paix du fruit de tes crimes
; Didon eſt malheureuſe. J'ai vu la
main d'un frere trancher les jours de mon
époux aux pieds de ſes autels . J'ai vu ce
frere inhumain , armé par l'Avarice , me
pourſuivre fur les mers. Je me fuis foustraite
à ſa fureur. N'eſt - ce , hélas ! que
pour devenir la victime d'un parjure ?
J'ai fui , j'ai abandonné le doux fol de la
patrie , les cendres d'un pere & celles d'un
époux : la fortune m'attendoit dans ces
climats pour m'y perfécuter. Les murs
de Carthage s'éleverent fous mes yeux.
Du haut de ces tours fuperbes , la Difcorde
fit entendre le bruit affreux de ſes clameurs.
L'Envie arma mes voiſins , & les
fureurs de la Guerre menacent de toute
part une femme ſeule & fans appui. Ces
foibles charmes , qui n'ont pu te fixer ,
toucherent le coeur des puiſſans Rois de
ces contrées. Iarbe , le fier Iarbe viendra
ravager mes Etats. Qui pourrois-je oppoſer
à tant de forces réunies ?
Viens , perfide ; mets le comble à ta
cruauté. Traîne ta Didon tremblante
& échevelée aux pieds de ſes farouches
ennemis. Conduis le bras de Pigmalion
moins barbare que toi. Qu'il plonge dans
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
mon ſein ce glaive teint du ſang de morn
époux. Quoi ! tes mains facrileges ofent
profaner les Dieux de ta patrie ! Ta bouche
impure leur adreſſe un hommage
auſſi faux que tes promeſſes ! Ah ! fans
doute , ils euſſent mieux aimé ne point
furvivre au fort de la triſte Ilion.
Hélas ! je plains le malheureux fruit
de nos amours. L'aurore de la vie ne luira
point à ſes yeux. Enfant infortuné , il partagera
le fort de ſa mere. Mais un Dieu
t'ordonne de partir ! Vain prétexte ! Les
Dieux ordonnent - ils le plus affreux des
forfaits ? Trop heureuſe ſi ces Dieux , ſi
indulgens pour ta perfidie , t'euſſent éloigné
des rives de Carthage , je vivrois tranquille.
Précieuſe innocence , tes droits
feroient encore facrés pour moi.
Tu ne vas point fur les bords du Simoïs
voir une nouvelle Troye renaître de
ſes cendres. L'eſpoir d'un Empire imagi-
'naire t'appelle ſur les rives inconnues du
Tybre . Vois les tours de Carthage s'élever
juſqu'aux nuées. Contemple ſes tréfors
, riches dépouilles de la fuperbe Tyr.
Mon fceptre eſt à toi. Regne fur les côtes
de l'Afrique pour y faire revivre l'ancienne
ſplendeur de Troye. Si ta valeur eft
avide de combats ; ſi le jeune Afcagne
IARS. 1774- 53
i
brûle de ſignaler ſon courage naiſſant ,
l'Afrique vous offre des ennemis dignes
de vos conquêtes .
S'il reſte dans ton coeur quelque pitié
pour celle qui t'aima ſi tendrement , ne
m'abandonne point... Je t'en conjure
par tes Dieux tutélaires , par les cendres
de ton pere , par ce qu'il y a de plus facré.
J'en atteſte ici l'Amour & Vénus ta mere.
A-t- on vu mes Tyriens poursuivre ſur les
mers les malheureux Troyens ? La Grece
ne m'a point donné la naiſſance. Mon
pere n'a point armé, ſes foldats contre ta
patrie. Barbare ! Qu'ai-je donc fait ? Je
t'ai aimé avec tranſport. Eft - ce à toi de
m'en faire un crime ? Cher Enée , cher
époux... Malheureuſe ! tu m'envies jusqu'au
nom de ton épouse. Eh ! que m'importe
le titre , pourvu que Didon foit à
toi ? Ah ! differe ton départ ; apprendsmoi
du moins à fouffrir ton abfence.
Hélas ! fi tu pouvois voir l'affreuſe ſituation
de ton amante , peut- être , vain espoir!
peut-être ton coeur s'attendriroit.
D'une main je trace en tremblant ces caracteres
, & de l'autre j'appuie contre mon
ſein la pointe de ce glaive que tu m'as
laiſfé comme un gage de ton amour.
ne prévoyois pas alors l'usage que je vais
Tu
D3
54
MERCURE DE FRANCE.
faire de ce funeſte préſent. Mes joues
pâles & creuſes font fillonnées par mes
larmes . C'en eſt fait, je vais finir mes
malheurs : la mort va terminer une vie
qui m'eſt maintenant odieuſe. O ma
foeur ! ô toi qui as creuſé l'abyme où je
fuis plongée , viens me rendre les derniers
devoirs. Puiſſe l'urne qui va renfermer
mes cendres atteſter à l'Univers les malheurs
de Didon , & la perfidie d'Enée !
Le nom de mon époux ne fera point gravé
fur mon tombeau . On y lira : Didon fut
la victime de l'Amour ; Enée l'abandonna :
elle fe donna la mort. Puiſſe alors la jeune
amante s'attendrir & verſer des larmes !
Par M. D ..... , de Chartres .
LETTRE d'Alexis , déſerteur , dans la
prifon , à Louiſe , ſa maîtreſſe.
C'EN
"EN eſt fait de mon fort ; l'inſtant fatal s'avance :
Ingrate , applaudis - toi 'de ton peu de conftance ;
C'eſt toi qui m'as plongé dans l'abyme où je ſuis ;
Reçois du moins ces traits de la main d'Alexis ,
Ces traits... de ma tendreſſe ils font le dernier gage..
MARS.
55
1774.
Que dis-je , malheureux ? Ton hymen qui m'outrage ,
T'empêcheroit- il ? Non , reçois - les : tu le dois ,
Tu le dois... Je t'écris pour la derniere fois.
Pour la derniere fois ! Que ces mots font terribles !
Que mon coeur eſt en proie à des tourmens horribles !
Je ne te verrai plus ; tu ne vis plus pour moi !
Louiſe , il est donc vrai ! .. Trahir ainſi ſa foi !
Comment tant de candeur avec tant d'impoſture ?.
Nou , je ne le crois pas ; non , tu n'es point parjure ;
Tu m'aimois ! .. Se peut-il que ton coeur ait changé !
Hélas ! .. en d'autres noeuds il eſt donc engagé!
Et ton fidele amant , pour le prix de fa flamme ,
De ſes jours malheureux, verra trancher la trame !
Le Confeil aſſemblé va décider mon fort :
Tu ne m'appartiens plus, que m'importe la mort ?
La mort ! .. c'eſt maintenant le ſeul bien que j'envie ;
Le reſte ne m'eſt rien ; Louiſe m'eſt ravie :
Infidelle Louife ! .. A ce ce nom ſeul je ſens ...
Redoubler dans mon coeur l'excès de, mes tourmens ;
Mon ame eſt déchirée ... O comble de miſere ! ..
Si je t'ouvre aujourd'hui mon ame entiere ,
Pardonne, tu le dois à mon état affreux :
La plainte eſt le feul bien qui reſte aux malheureux .
Te fouvient-il du jour où , renouant ta treffe ,
Je te fis , en tremblant , l'aveu de ma tendreffe ?
Ton coeur ſimple avoua les mêmes ſentimens ,
Et le plus doux baifer confirma nos fermens.
Que de plaiſirs depuis je goûtai dans tes chatnes !
A
D4
L
1
56 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour nous épargnoit les foucis & les peines ...
Les peines ! .. En eft- il pour de tendres amans ?
Nous vîmes à nos voeux ſourire nos parens .
Quel bonheur fut le mien ! Ta main m'étoit promife :
'Alexis ne cherchoit ,n'adoroit que Louiſe ;
Louiſe étoit fidelle au fidele Alexis .
Enfin , heureux amans , nous allions être unis ;
Je preffentois déjà l'aurore fortunde
Qui devoit à la tienne unir ma destinée :
De quelle volupté mes fens étoient faifis ! ..
Combien ? ... Le Sort m'enchaîne aux drapeaux de
Louis.
Au plus faint des devoirs , à ſervir ma patrie ,
Par toi - même animé , je confacrai ma vie.
Je quittai mon hameau pour le champ de l'honneur ;
J'abandonnai Louiſe & je perdis fon coeur.
Souvenir accablant ! Qu'il me coûte de larmes !
Perfide ! .. Ah ! quels adieux pleins de trouble & d'alarmes
!
Renverfé ſur ton fein que je baignois de pleurs ,
Je ſemblois preſſentir l'excès de mes malheurs.
» Cher amant , me dis -tu , ſuis l'honneur qui t'appelle :
Tou amante à ſes feux demeurera fidelle ;
>> Ne crains rien; je mourrai plutôt que de changer :
„ Eh ! qui de tes liens me pourroit dégager ?
ود
Si tu vis fatisfait ; ſe ſerai trop contente :
Adieu; penſe ſouvent à ta fidelle amante ;
Sers en bon citoyen ta patrie & ton Roi ,
1
MARS.
1774. 57
:
Et reçois cet anneau pour gage de ma foi.”
En prononçant ces mots , ces mots pleins de tendreſſes ,
Tes bras me prodigoient d'innocentes careſſes ;
Ta bouche m'imprimoit mille baifers charmans :
J'en étois embraſé ... Louiſe , ah ! quels momens !
Mes pleurs couloient toujours : " quoi ! rien ne te ras-
ود
ود
fure?
Te faut-il des fermens ? T'en faut- il ? .. Je te jure."
Vain ferment , auffi- tôt démenti que formé !
Infidelle , tu fais , tu fais ſi je t'aimai !
Et voilà le retour dont tu payas ma flamme !
Non , non , jamais l'amour ne pénétra ton ame ;
Tu feignis de chérir & de ſuivre ſes loix :
On doit aimer toujours , quand on aime une fois.
Tandis que tu livrois ton coeur à l'inconſtance ,
Trifte , je gémiſſois d'une cruelle abſence :
Je ne penſois qu'à toi , c'eſt toi qui me trahis :
Alexis t'aimoit ſeule , & tu perds Alexis !
Ah! cruelle ... déjà je comptois ſept années
Depuis que loin de toi couloient mes deſtinées .
Un an , un an encor , terme de mes travaux ,
Affuroit mon bonheur & fixoit mon repos .
Un an , & je pouvois , au fort de mon amante ,
Affocier mon fort ! Douce & flatteuſe attente !
Eſpoir délicieux qui , ranimant mon coeur ,
Diffipoit de mes fens la mortelle langueur
O combien j'endurois avec impatience
Le funeſte délai qui cauſoit ma fouffrance !
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , en attendant ce moment fortuné ,
Libre , je pouvois voir le chaume où j'étois né.
Je venois à tes pieds , amant tendre & fidele ,
Ranimer mon eſpoir & foutenir mon zele ,
Dieux ! avec qu'elle ardeur j'allois vers mon hameau !
Déjà je découvrois ce fuperbe côteau ,
Ce côteau , des amans retraite folitaire ,
Où , loin de mes rivaux & de tout oeil ſévere ,
Je te fis cet aveu , ſource de mes malheurs ,
Triſte aveu qui depuis m'a coûté taut de pleurs ! ...
Je redouble mes pas... J'apperçois une fête ...
Mon oeil , quoiqu'éloigné , te diftingue à la tête :
Je m'informe , j'apprends (& je ne ſuis pas mort !)
J'apprends qu'à Palémon tu viens d'unir ton fort !
Frappé comme d'un trait , troublé , l'ame éperdue ,
Je fuis fans ſavoir où ; tout offuſque ma vue .
J'y cherche le trépas ; je vais au fond des eaux
Trouver , déſeſpéré , le terme de mes maux
Rien ne me retient plus ; je m'élance ... On m'arrête :
De ma fuite je dois répondre fur ma tête ,
Coupable , l'on me jette en un cachot affreux ,
Et l'on va me punir de mon fort malheureux .
Telle eſt ma deſtinée ! Eh bien ! .. es- tu contente ?
Mes malheurs ſont comblés , le remords me tourmente ;
Mon coeur lâche eſt en proie à des maux inouis :
J'ai pu trahir mon Roi ! J'ai pu de mon pays ,
Citoyen mépriſable , abandonner la cauſe !
Je l'ai pu : ... de mon fort la Juſtice diſpoſe ;
MARS.
1774. 59
On ne peut trop punir un traftre tel que moi ,
Je dois à tout coeur noble iuſpirer de l'effroi.
Qui pourroit embraſſer la défenſe du crime ?
Mais toi , dont l'inconftance a creusé mon abyme ,
Falloit- il m'abufer auffi cruellement ?
Falloit- il te jouer de ton crédule amant ?
Devois - tu ? .. Ma Louiſe inconftante & fauffaire !
Le ferment d'un coeur liche eſt la preuve ordinaire !?
Un coeur lache ! .. Toi ! Non... Le puis - je croire en-
: core?..
On m'appelle au Conſeil , je vais ouïr mon fort .
O mort , unique eſpoir d'une ame abandonnée ,
Viens finir de mes jours la trame empoiſonnée !
:
Il monte au Conseilde Guerre : à fon
retour , il poursuit .
Mon Juge a prononcé ; c'eſt fait de mon deſtin !
Des maux que j'ai foufferts j'entrevois donc la fin !
Malheureux ! quel état ! Il eſt affreux fans doute ...
Eh ! ce n'eſt point la mort qu'aujourd'hui je redoute !
Je l'ai bravé cent fois , je la bravois encore ;
Mais , comme un criminel , l'attendre , cette mort :
Je ne puis fupporter cette idée accablante....
On entre , on m'apprend.... Ciel! tu n'es point inconftante
,
1
MERCURE DE FRANCE.
.
Et je t'ai ſoupçonnée ! .. Un vain bruit m'a déçu :
J'ai pu te foupçonner , Louiſe , je l'ai pu !
Je me suis donc moi - même enfoncé dans l'abyme !
Je ſuis de mes foupçons devenu la victime.
Je l'ai bien mérité ! malheureux que je fuis !
Louiſe m'eſt rendue , ◊ Ciel ! & je péris !
Sort cruel ! ah ! ce n'est qu'en ce moment funefte
Que j'éprouve l'horreur du deſtin qui me reſte.
Adieu ; quand cet écrit paſſera dans ta main ;
Le glaive de la mort aura percé mon fein.
Ce jour , ce jour ſera le dernier de ma vie ;
A mon plus bel inſtant elle m'eſt donc ravie !
Il eſt donc vrai ! je vais te quitter pour jamais ;
Mes yeux ne verront plus fourire tes attraits !
Ah !fi , dans cet inſtant , & ma tendre Louiſe ,
A ton cher Alexis ta vue étoit permiſe ...
Adieu ; penſe à nos feux, j'ai des droits à tes pleurs :
Tes pleurs allégeront le poids de mes malheurs .
La mort , qui m'affaillit , me paroft moins cruelle ,
Puiſque du moins ton coeur me demeure fidele :
Adieu , Louiſe , adieu : voici l'inſtant fatal ;
Déjà de mon trépas on donne le ſignal ...
Diflipe , Dieu puiſſant ! le trouble qui me preſſe ,
Et fais moi ſurmonter une indigne foibleſſe ! ..
J'entends du bruit... On vient... Ah ! tu n'as plus d'amant
...
MARS. 1774- 位
Se peut - il ? .. me trompé - je ? Est - ce un enchante
ment ?
O Ciel ! j'obtiens ma grace , & c'eſt à ma Louiſe
Que je dois ce bonheur ! O charmante ſurpriſe !
Moment délicieux pour un ſenſible coeur !
A l'objet de mes feux je devrai mon bonheur !
D'un ſoupçon odieux quelle douce vengeance !
Eh ! pourrai - je jamais ... Pardonne , je t'offenſe ...
Libre enfin des liens qui retiennent mes pas ,
Pour ne te quitter plus je vole dans tes bras.
Par M. E. F. D.
ر ا
62 MERCURE DE FRANCE.
LE VRAI BONHEUR.
Ode anacreontique .
FIERS IERS conquérans , vous que la gloire attire ,
Je ne cours point après votre renom ;
Mon coeur préſere au plus puiſſant Empire
Le doux plaifir d'adorer ma Ninon .
Chantre famenx , je vous remets ma lyre ;
Je ne veux point des faveurs d'Apollon ,
Et je préfere à votre heureux délire ,
De pofféder le coeur de ma Ninon .
Richards altiers que la fortune encenfe ,
Gardez , gardez fon funeſte poifon ,
Moi ! je préfere à toute l'opulence
Un doux baifer que j'obtiens de Ninon.
O ma Ninon ; de mon fort tu diſpoſes ,
Oma Ninon ; tu fuffis à mon coeur ;
Baifer cueilli fur tes levres de rofes
Vaut cent fois mieux que richeſſe & grandeur.
Par le même .
MARS.
1774 63
D
MADRIGAL.
E ce Roſier , brillant de fleurs nouvelles ,
A ma Zélis je fais don ; ces honneurs
Lui font bien dûs : c'eſt la Reine des Fleurs
Que j'offre à la Reine des Belles .
Par le même.
L'EXPLICATIO 'EXPLICATION du mot de la premiere
énigme du Mercure du mois de Février
1774, eſt la fauſſe Monnoie ; celui de la
ſeconde eſt la Sonnette ; celui de la troiſieme
eſt la Goutte ; celui de la quatrieme
eſt Huître. Le mot du logogryphe eſt
Ecaille , où ſe trouve caille.
ENTR
ENIGME.
NTRE trois Co - ſeigneurs d'une ancienne famille,
Comme eux , je puis dater depuis Adam ;
Lors de la fameuſe Bisbille
J'aſſiſtois avec eux au conſeil de Satan.
Qui fuis - je done ? Un Duc & Pair , un Comte ?
Non ; mais , lecteur , ſans paroftre trop vain ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Dans mes Etats je regne en Souverain ,
Comme Vénus regne en Amathonte .
J'ai ponr.domaine , l'Univers ;
Pour tributaire , une déeſſe .
Je fais diete les hivers ,
Et le printems fait ma richeſſe.
Paiſible fur mon trône , un élément léger
De mes riches vaffaux vient m'apporter l'hommage :
Sans truchement j'entends bien le langage
De ce fidele meſſager.
Si quelquefois , d'une humeur ambulante ,
Je veux parcourir mes Etats ,
Montagnes & vallons , plaines & pays bas ,
Tout concourt à me faire une cour opulente .
Aux uns je faisun accueil gracieux ,
Et , dans les doux tranſports de mon joyeux délire , }
:
Je reçois leurs dons précieux
Avec les graces du fourire .
Aux autres porte cloſe , & d'un air de mépris ,
De leur tribut je leur paffe quitrance ;
Je ſuis , j'évite leur préſence
Comme , à l'aspect du loup , fuit la douce brebis.
Mais j'ai beau faire : au fond d'une fétide grotte ,
Contre moi , cher lecteur , on machine , on complotte ,
On eſcalade mon palais ;
Victime du poifon , tu m'entends : je me tais.
Par M. C.
€
AUTRE.
MARS. 1774.
J
AUTRE.
E ne fuis , cher lecteur , rien de matériel.
Peut - être me crois - tu d'une illuftre naiſſance
Mais , le dirai - je ? O Ciel !
Oui , j'ai pour mere l'ignorance .
Vil eſclave d'un gros péché ,
Qui ſe dit pere de tout vice ,
Par deux fiers champions je me vois recherché,
Pour m'enrôler dans leur milice.
A qui remportera la palme de vainqueur ,
De droit je ferai la conquête ,
Déja chacun ſe prépare à la fête.
Par un dylemme féducteur ,
1
L'un prouve qu'il fait jour , & l'autre qu'il fait nuits
Que faire contre un incrédule ?
Je me tapis dans mon réduit ,
D'où je ne vois au plus qu'un foible crépuscule.)
L'un , pénitent comme un Chartreux ,
Vante le thon , le brochet & la plie ;
L'autre dit que le gras le rend plus vigoureux :
J'écoute tout , & je reſte amphybie.
N'est- ce pas - là , lecteur bien prendre ſon parti ?
Si je dis oui , je change de nature ;
Si je dis non, je ſuis anéanti.
Ah ! ne vaut - il pas mieux avoir place au Mercure ?
E
66 MERCURE DE FRANCE.
Loin douc d'ici , vils fuborneurs ,
Epagnez - moi l'horreur d'un fuicide ;
Rengainez , fiers tyrans , vos difcours enjoleurs ,
Et , dans votre ennemi , reſpectez un Alcide.
Par ie même.
Je
AUTRE.
e demeure affez près d'un trou ,
Et j'y conſerve la figure
Que je reçus de la Nature ,
On ne fait comment ni par où.
Souvent je ſuis de forme ronde.
Ici carré ; là bas pointu ;
Chez Iris le plus beau du monde ,
Chez Circé , laid & fendu.
On ne me voit guere en Turquie ,
Ni dans le reſte de l'Aſie ,
Que parmi les efféminés ,
Les femmes & les nouveau - nés ,
Très - rarement parmi les hommes ;
Béniffons Dieu fi nous le fommes !
Mais quand Clovis prend par mon nom
Le berger qui lui rend hommage ,
D'un tendre amour c'eſt le préfage ,
Leurs deux coeurs font à l'uniffon .
MARS. 1774. 62
Je n'en dirai pas davantage ;
Car cent mille fois , à ton age ,
Tu m'as vu paroître à tes yeux ,
Sans même en être curieux.
Par M. de B. , des Ponts & Chaussées.
Des
AUTRE.
Es jardins nous tirons notre illuſtre origine ;
Notre nom est connu de Paris à la Chine ;
Preſqu'en tous lieux notre empire s'étend :
Preſqu'en tous lieux hommage l'on nous rend.
L'Hymen fait chaque jour que notre luftre augmente ,
Par les auguſtes noeuds qui comblent notre attente.
Ils ne fauroient qu'être heureux à jamais ,
Ces noeuds qu'Amour & Convenance ont faits !
Ce feroient - là nos voeux , fi nous en pouvions faire !
Le blancheur nous eſt ordinaire .
Quoique nous conviendrons avec vous , chers lecteurs
Que , parmi nos pareils , il eſt d'autres couleurs .
Par M. L. G.
CLIO
E2
৩৪ MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPIН Е.
JE fuis un étranger ,
Propre à faire manger ;
Aufli pour l'ordinaire
J'aſſiſte à tout repas où l'on fait bonne there.
Quatre , trois , cinq & fix , je fuis une cité
Avec titre de vicomté :
Quatre , trois , fix , rien ne m'eſt comparable :
Un , d'eux , trois , cinq & fix , je fuis fruit agréable :
Trois , quatre , cinq & fix , je ſuis hors de raifon :
Un , trois & fix , à craindre à la maifon :
Deux , trois , fix , je fournis inftrument fort utile :
Péché , trois , cinq & fix , à commettre facile :
Un , trois , cinq , fix , je ne fuis pas meilleur.
Enfin , pour finir , cher lectenr ,
Mon ennuyeufe litanie ,
J'offre un chemin , un fleuve d'Italie.
Par un mémes
L
AUTRE.
A foudre aptès l'éclair
Grand bruit avec ravage ;
MARS.
1774. ég
Sur l'horifon , en l'air ,
Voilà de mon ouvrage .
Si je t'échappe à ce début bruyant ,
Compte bien peu fur ma famille :
Des enfans dont elle fourmille ,
Mon portrait , nul n'est bien reſſemblant,
Pourſuis , lecteur ; leve la toile ;
Et tu verras , mais fous le voile ,
Un élément , un mets gafcon ,
L'extrémité d'un bataillon ;
En Artois une forte place ;
Un fynonyme de furface ;
Un "Apôtre de l'Alcotan ;
Une riviere en Gevaudan ;
Ce qu'il faut faire avant que l'on revienne ?
Ce qu'aujourd'hui Versailles eft à Vienne ;
Ce que l'on dicte en Parlement ;
Un nom commun à tout talent ;
Là façon de combattre où la force décide !
Un magiftrat , membre d'élection :
Autre élément , une conjonction ;
Combat & combattant chantés dans l'Enéide ;
Une ville Normande , un pronom mafculin ;
Un article fréquent au genre féminin ;
Une douce liqueur , une herbe potagere ;
L'épouse d'un Hébreu trompé par fon beau - pere
La femelle & l'amour d'un farouche animal ;
Une liqueur qui touche au point final ;
E3
2
70 MERCURE DE FRANCE.
L'infinitif, un des pouvoirs de Pierre ;
L'eſpace déſigné de certaine maniere ?
Un des attributs d'Apollon;
Un lieu tranquille en ta maison ;
La bande peinte au parvis d'une Eglife ;
Un poiffon plat dont on fait chere exquife :
Un oiſeau délicat , un plaifant importun ?
Un animal rongeur , ce qui n'eſt pas commun ;
Une membrane encor qui le rire déploie ,
Un verbe , un fubftantif qui décelent la joie ;
Le nom & le recueil des uſages facrés ;
Le chemin où tu paffe en des dieux habités ;
Dans les fauves , le temps où l'amour ſe réveille ,
Un mal des yeux , un linge où repoſe l'oreille ;
L'acte muet de la difcrétion ;
Un impôt payé par la foule ;
L'artiſan dont tu fais le moule ;
Un fynonyme à diminution ;
Du chanvre le rival propre pour un cordage ;
L'action d'exprimer un blanc & doux breuvage ,
Le trait fatal dont Pyrrbus fut frappé;
De deux femmes le nom jadis fameux à Rome ;
L'époux d'une adultere , épouse d'un ſaint homme :
Un ſubſtantif germain d'utilité ,
Et , pour finir fur le ton pacifique ,
Cherchez en moi trois notes de muſique.
Mars. 1774.. 71
Air:De l'Union de l'Amour et
desArts,parM. Floquet.
Les Amansfercient char-mans ,
Sans l'artqu'ils ont desçavoirfeindre
LAmour à les entendre, est un
Y
Dieupleind'attraits ;Leursfermens,
cha-que jour, at- te-ftont ses
bienfaits , attestentses bienfaits:
W
*
Saflamme,par letemps,ne peut
jamais s'éteindre.Loujours tendres ,
72 Mercurede France:
Toujours tendres,Toujours tendres,
*
toujours conftans,toujours conftans,
toujour's conftans, S'ils res - sentvient
Amour, S'ils ressentoient
*
Amour, commeils sçaventle
:
peindre,comme ilssçavent, le
peindre, Les AmansSeroient
*
*
charmans,Les Amansse-roient
charmans,feroient charmansse-
*
roient char-mans
.
MARS.
73
1774.
NOUVELLES LITTERAIRES.
Dictionnaire raisonné de Diplomatique ,
-contenant les regles principales & esſentielles
pour fervir à déchiffrer les
anciens tîtres , diplômes & monümens ,
ainſi qu'à juſtifier de leur date & deleur
authenticité . On y a joint des planches
rédigées auffi par ordre alphabétique &
revues avec le plus grand fom , avec
des explications à chacune , pour aider
également à connoître les caracteres &
écritures des différens âges & de différentes
Nations. Par Dom de Vaines ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation
de St Maur ; 2 vol. in - 8 . le premier
de 548 pages , fans la préface ,
avec 25 planches ; & le ſecond de
482 pages , y compris la table , avec
planches. A Paris , chez Lacombe , li
braire , rue Chriſtine , 1774 , brochés,
Prix , 12 liv .
I
26
Lone faut pas confondre le dictionnaire
que nous annonçons , avec nombre d'autres
ouvrages qui portent le même tître. Auſſi
l'auteur dit- il avec raiſon dans ſapréface :
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
Qu'il n'a point été effrayé du diſcrédit
dans lequel font tombés les dictionnai-
,, res , ni des reproches fondés qu'on a faits
ود
و د
ود
" ود
à ce genre de littérature , malheureuſement
trop commun de nos jours. Cet
,, ouvrage n'a du dictionnaire que le
,, nom: c'eſt plutôt un recueil des regles
eſſentielles de la diplomatique , au- ود quel on n'a donné la forme alphabéti-
,, que , que pour qu'il y eût plus d'ordre &
de préciſion dans les matieres . Aureſte
on doit ſavoir gré au ſavant Bénédictin
d'avoir cherché à ramener , ſous une
forme que notre ſiecle paroît adopter &
favoriſer ouvertement , le goût de la faine
antiquité ; & de réveiller en quelque
façon par ce moyen , l'étude de la diplomatique.
Il eſt ſurprenant (dit l'auteur
dans fa préface) que cette ſcience , qui
conduit à tantd'heureuſes découvertes ,
& qu'on pourroit appeler en quelque
façon la clef de la littérature , foit auſſi
,, négligée qu'elle l'eſt de nosjours. " On
reviendra bientôt à cette ſcience , & on
lui rendra l'eſtime & l'attention qu'elle
mérite , quand une fois on fera bien perfuadé
qu'ele influe fur la politique , fur la
morale, fur les belles - lettres , fur le droit
civil & canonique . & fur la théologie mé-
ود
ود
ود
ود
و د
MARS. 1774. 75
me , & qu'elle eſt d'une utilité preſque
indiſpendable , 1°. Pour tous les gens de
Jettres , particulièrement les Archivistes ,
les Hiftoriographes , les Généalogiſtes
furtout , cette claſſe de ſavans aujourd'hui
ſi précieuſe à la véritable Nobleſſe ;
2°. Pour tous les Gens de Loi , comme
Juges , Jurifconfultes , Advocats , Notaires,
Procureurs , & autres qui font dans le
cas de lire ou faire valoir des titres. D.
de V. cite à cette occaſion un trait qui
mettra le Public à portée de juger de l'utilité
de la diplomatique , & des ſecours
que fournit l'ouvrage que nous annonçons
pour en faciliter l'étude.
" Tous les jours , dit- il dans ſa préface,
,, pag. 22 , on produit en Juſtice des titres
,, qui font les fondemens de la fortune
;, & de l'état des Citoyens : l'intégrité ne
,, permet pas de prononcer précipitam-
,, ment, ni de hafarder un jugement qui,
و د
faute d'ètre éclairé , fait le malheur d'une
و د
famille , en ruinant ſa fortune. J'ai lu
en 1771 , le mémoire d'un Avocat , enco-
,, re jeune fans doute , qui rejettoit une
و د
و د
و د
charte du 12. fiecle , ſans l'avoir vue ,
;, par la raifon qu'on l'avoit déchiffrée fa-
,, cilement. Un coup-d'oeil rapide ſur les
paragraphes des écritures diplomati76
MERCURE DE FRANCE .
ود
ود
ود
و د
,, ques de ce dictionnaire l'auroit fauvé
de cette mépriſe révoltante , & lui auroit
démontré que , dans le 11 ° & 12 .
fiecle , la plupart des chartes étoient
une minufcule preſqu'auſſi belle & auffi
nette que celle de nos imprimés . Il eſt
au Barreau une infinité d'autres circonſtances
ſemblables , où l'on ne de-
و د
ود
ود vroit choiſir pour défenſeurs que des
,, antiquaires , ou qui paroîtroient requérir
,, que les Avocats le fuſſent eux- mêmes. "
On ne fauroit ſe refufer aux raiſons
que donne le ſavant Bénédictin , du discrédit
& de l'eſpece d'oublioù eſt tombée
la Diplomatique , & du peu de progrès
qu'on a fait dans ce genre d'érudition.
Une des principales caufes vient de ce
que les ouvrages qui en ont traité , étant
trop volumineux , ou trop érudits , ou
écrits dans des Langues ſavantes , furpasfent
les facultés ou l'intelligence de ceux
qui feroient tentés de s'y donner. On
"
وو
ود
ود
commence , dit-il , par être enfant dans
la carriere des connoiſſances humaines :
ce n'eſt que par degrés , & après bien
;, des préludes , qu'on parvient à pénétrer
le ſyſtême de l'attraction neutonienne
&le calcul des ſinus géométriques . 11
faut d'abord des élémens méthodiques
ود
ود
MARS.
1774. 77
i
,& fûrs pour aider la foibleſſe des éle- ود
ود
ves , pour leur frayer le chemin & les
,, conduire comme par la main à des ma-
,, tieres plus approfondies." C'eſt - là le
fecours qui manquoit pour l'étude de la
Diplomatique. Il falloit un ouvrage dont
l'acquiſition fût facile , dont les matieres
fuſſent miſes à la portée de tout le monde
, & qui préſentat , ſous un certain ordre
& avec préciſion , les principes , regles
& exemples relatifs à cet art , & qui,
ود
ود
ſans affecter le ton didactique , pût étre
1 ,, confulté dans le beſoin par les favans
;, même , & fervir d'introduction à la
Diplomatique , en réuniſſant fur chaque
,, partie de cette ſcience priſe en détail
,, tout ce qu'il eſt important de ſavoir.'
Le docte & célebre Frobenius , Abbé
de St Emmeran de Ratisbonne , Prince
du St Empire , voulant familiarifer les
Bénédictins de fon abbaye & de l'Allemagne
avec l'étude de la Diplomatique ,
& fentant l'importance,& l'utilité dont
feroit à cet effet un ouvrage tel que
celui que nous annonçons , crut ne pouvoir
mieux faire en conféquence que
de s'adreſſer à l'illuftre & favante Congrégation
de St Maur , à laquelle la Religion
& la République des lettres doivent
78 MERCURE DE FRANCE.
tant d'excellens ouvrages , & fur - tout la
naiſſance & les fuccès de la ſcience diplomatique
, qui fait encore un des principaux
objets de ſes études. Pour exécuter
ce projet , il ne fuffifoit pas de favoir
extraire avec intelligence les principaux
traités en ce genre, il falloit encore des
connoiſſances profondes dans l'hiſtoire ,
dans les antiquités & dans la ſcience diplomatique
, beaucoup de goût & de discernement
dans le choix des objets , beaucoup
de fagacité pour les préſenter avec
autant de clarté que de préciſion. Le favant
Bénédictin qui a été chargé de l'exécution
du projet , paroît réunir toutes ces
qualités. Il faut lire les obſervations , le
but & le plan de l'auteur dans la préface
même qui préſente des détails intéreſſans
& agréables , & qui eſt écrite d'un ſtyle
pur & élégant. Quant à l'ouvrage , iljoint
à un ſtyle ſimple& concis ,& qui convient
à ce genre , des recherches curieuſes & la
plus fage érudition. Tous les articles font
autant de differtations , dont' l'enſemble
préſente des lumieres ſuffifantes pour aider
à connoître l'âge des chartes , des diplômes
, des manufcrits , à diftinguer le
vrai du faux , le moderne de l'antique , &
même un ficcle d'un autre , par le moyen
MARS.
1774. 79
des écritures. On y voit le commencement
, le progrès , le déclin & la fin de
différens uſages , ainſi que leurs variations
dans les différens fiecles. On y trouve ce
que les actes doivent avoir de diſſemblant
ou d'uniforme dans chaque fiecle , & même
ſous chaque Souverain.
Il eſt impoſſible de ſuivre le ſavant
auteur dans tous ſes détails : les limites
d'un Journal & la nature même de l'ouvrage
nous permettent d'en extraire ſeulement
quelques articles pris au hafard ;
car ils font preſque tous également intéreſſans.
,, Pour pouvoir apprécier les an-
و د
tiques , dit- il à l'article A , & juger fai-
,, nement des anciennes infcriptions , des
manufcrits & des chartes fans dates ;
,, pour réprouver le faux avec connois-
و د
و د
fance de cauſe , & former des antiquai-
,, res fur des principes fûrs , il est nécesfaire
de connoître les métamorphofes
& les variations , ou plutôt les différentes
formes que chaque élément de
l'alphabet à éprouvées comme fucceffivement
& en différens temps. Il n'y a
,, qu'une hiſtoire raifonnée de chaque ca-
و د
و د
و د
و د
و د
و د
ractere pris en particulier , qui puiſſe
,, débrouiller les chaos que forment les
reſſemblances apparentes des caracte-
ود
ود
MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و ر
و د
و د
وو
res ; quoiqu'à les examiner de près , on
5, trouve des différences affez marquées
d'âge en âge : mais c'eſt le feul moyen
de ſaiſir juſqu'aux moindres nuan-
,, ces , & d'en conftater l'uſage en tel
ou tel fiecle. En effet chaque fiecle
a fur cet objet des ſignes diftinctifs
. " On voit par là que chaque lettre
du dictionnaire commence par une disfertation
fur l'origine & les différentes
formes de l'élément dans les différens
fiecles . Dans chaque volume fe trouvent
deux planches qui contiennent autant de
tableaux qu'il y a de lettres de l'alphabet
traitées ſéparément. Ces tableaux ſervent
à l'intelligence des differtations ou des
hiſtoires des Elémens , & concourent à
préſenter l'origine , la filiation , la descendance
& les principales variations de
chaque lettre. Chaque differtations eft encore
ſuivie d'une planche qui contient
les caracteres Phéniciens , Grecs & Latins ,
les capitales des inſcriptions & des manuſcrits
, les minuscules & les curſives ,
& repréſente les métamorphofes ou les
différentes formes de chaque lettre en
différens tems & dans différentes Nations.
L'A des Latins , par exemple , que
رد
Tous
MARS. 1774
-2
tous les Peuples de l'Europe ſe ſontap
„ proprié , tire fon origine des caracte
, res grecs , comme la plupart des autres
lettres : c'eſt un fait atteſté des Anciens
,, & des Modernes: les Grecs eux - mê-
,, mes tenoient leurs caracteres des Phéni-
"
ciens." C'eſt ce qu'on voit plus détaillé
encore à l'article Ecriture. Cet article ,
qui eſt très étendu & très curieux , traite
de l'origine & de l'invention de l'écriture
, de ſon uſage chez les différens Peuples
, anciens & modernes , de ſon déelin,
de fon renouvellement ; & donne
des modeles gravés ſur planches des écritures
onciale , minuscule , curſive , alongée
, &c. ,, Mais quel eſt le Peuple à qui
,, l'invention de l'écriture appartient pri-
و د
mitivement ? C'eſt un point qui n'eſt
,, pas aiſé à décider. Cependant on peut
5, dire que , de toutes les écritures alpha-
,, bétiques , la Chaldaïque , l'Egytienne
ود
وو
& la Samaritaine ou Phénicienne font
les feules qui puiſſent entrer en lice
,, pour diſputer d'antiquité. On tombe
و و
affez d'accord fur ce fait général ; mais,
,, pour deſcendre dans le particulier , c'eſt
,, autre choſe ; les ſentimens font fort
,, partagés. " Le ſavant Bénédictin , après
avoir expoſé les différens ſentimens , in-
F
4
82 MERCURE DE FRANCE.
cline pour les Phéniciens , dont il penſe
que les Grecs tiennent leur écriture.
L'article Alphabet offre fur cet objet d'autres
détails fort curieux. On y voit de
combien d'élémens étoient compoſes les
anciens alphabets grecs & latins , les additions
qu'y voulurent faire l'Empereur
Claude&le Roi Chilperic It , &c. &c.
و د
و د
و د
ود
و د
ود
"
L'article Affranchiſſement est très intéreffant.
Les monuemens anciens , dit le
,, ſavant Benédictin , à prendre fur-tout
au quatrieme fiecle incluſivement , offrent
très fouvent des chartes d'affranchiffement
ou de manumifion , intitulées
, pour l'ordinaire , Charta ingenuitatis
. Pour avoir une idee juſte de ces
affranchiſſemens , il faut remonter un
peu plus haur. Chez les Romains l'affranchiſſement
étoit la récompenfe que
les maîtres accordoient à ceux de leurs
eſclaves dont ils étoient le plus contens
; c'étoit la liberté & l'indépendance.
Cette indépendance s'accordoit de
trois manieres : ou le Maître préſentoit
fon Efclave au Magiſtrat , ou l'affranchiffoit
dans un repas qu'il donnoit à
ود
ود
و د
و د
ود
ود
ود ſes amis , ou il l'affranchiſſoit par fon
5, teftament." Il faut voir dans l'auteur
méme la maniere dont ſe faisoient ces
MARS. 1774 83
fortes d'affranchiſſemens , & les différen
tes dénominations qu'on leur donna en
conféquence.
Voyez les articles Amortiſſement , Anachronisme
, Anneaux , Annonce , Armoiries
, Avoué , Baillif , Banneret , Bulle ,
Chancelier , Charte , Chiffre , Chapeau ou
Chaperon , Cheveux , Contre - Seing , Contre-
Scel , Copies , Date , Fief, Hommage , Imprécations
, Invocation , Investiture , Furifdiction
, Langue , Lettre ou Epître , Majorite
des Rois , Monogramme , Noble & Nobleffe ,
Noms & Surnoms , Notaire , Originaux ,
Papier , Parchemin , Ponctuation , Référendaire
, Sceaux , Signatures , Soufcription
, Sufcription , Tabellion , Vidimus ,
&c. &c. &c. Les titres d'Alteſſe , Amés
& Féaux , César's , Empereurs , Illustre
Majesté , Seigneur , Papes , Rois , Reines ,
Serviteurs , &c. &c. &c. & une infinité
d'autres articles qui font tous aufli curieux
qu'inſtructifs ; on y voit l'antiquité , l'origine
& les variations d'un nombre infini
d'uſages , dont la plupart ſubſiſtent enco .
re aujourd'hui : quant à ceux qui fontabolis
, la connoiſſance en eſt néceſſaire pour
l'hiſtoire & la diplomatique. On y ren .
voie le lecteur ; autrement il faudroit les
copier en entier ,, &ce ſeroit les affoiblir
F2
84 MERCURE DE FRANCE.
que de les extraire. Le ſavant Bénédictin
conclut ſon ouvrage par des obſervations
générales fur la Diplomatique. ,, D'après
,, cette analyſe raiſonnée de toutes les
,, lettres de l'alphabet , dit - il , on voit
ود
ود
و د
ود
و د
ود
combien nous avons de reſſources pour
découvrir de quel âge font les monumens
& les manuscrits deſtitués de dates
& de tout indice chronologique , &
combien peut être certain un jugement
porté ſur de telles connoiſſances. " II
convient cependant que l'indice d'un ſeul
élément ne ſuffit pas pour affeoir unjugement,
& qu'il eſt plus fûr encore d'avoir
le concours de pluſieurs élémens &
de pluſieurs uſages certains , pour l'authenticité
de certaines pieces. L'ouvrage eſt
terminé par une table de matieres trèsample
& très commode Le ſavant Bénédictin
a rendu un ſervice réel au Public&
à la Litterature en donnant un ouvrage
auſſi intéreſſant , auſſi utile , auſſi bien
fait , & qu'on deſiroit depuis long-temps.
La gravure & la partie typographique
font également bien exécutées , & répondent
au mérite de l'ouvrage.
MARS. 1774. 85
Traité des Fiefs de Dumoulin , analysé &
conféré avec les autres Feudistes , par M.
Henrion de Ponſey , Avocat au Parlement.
A Paris , chez Valade , rue
S. Jacques ; in 4°. Prix 14 liv. rel.
Cet ouvrage manquoit à la Juriſprudence
: depuis long - tems on le defiroit ,
& perſonne n'avoit eu le courage de l'entreprendre.
L'érudition immenſe qu'il
ſuppoſe , l'eſprit de diſcuſſion & de justeſſe
, la patience & l'eſprit d'intrépidité
néceſſaires pour remplir dignement cette
entrepriſe , avoient juſqu'ici rebuté les
Jurifconfultes ; M. Henrion vient de l'exécuter
avec ſuccès. Il ne s'eſt pas con-
> tenté de recourir aux Feudiſtes François;
il a conſulté ceux d'Allemagne & d'Angleterre
, il les comparés aux nôtres , il
a rapproché tous les faits hiſtoriques qui
pouvoient jeter du jour dans un chaos
où l'ignorance , l'oppreffion , l'avarice &
la barbarie ſe trouvoient raſſemblées.
Afin que ſon ouvrage puiſſe être utile
à tout le monde , il l'a mis en François.
Il faut ſuivre l'Auteur dans ſes recherches
fur l'origine & fur la marche
des loix féodales , ſur leurs révolutions
& fur leur influence. Son difcours préliminaire
eſt un morceau qui pourra in-
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
téreſſer les gens de lettres comme les
jurifconfultes. Les faits hiſtoriques , &
les vues du philoſophe s'y prêtent un
mutuel ſecours .
,, On ne trouve pas chez les anciens
,, peuples de Germanie , dit l'Auteur , le
و ر
gouvernement féodal tel que nous l'a-
و د
ود
ود
vons vu depuis ; mais on en apper-
و ر
çoit le germe dans leur caractere , dans
leurs manieres , dans leurs uſages , &
c'eſt ce germe qui , développé par la
„ conquête , par les circonstances qui la
;, préparerent , par les événemens qui la
,, ſuivirent , a donné naiſſance à ce ſystême
bizarre , étonnant , le plus fingulier
que préſente l'hiſtoire des nations ;
ſyſtême tellement lié aux inſtitutions
& au fond du caractere de ces peuples ,
qu'ils l'ont établi par tout d'une maniere
preſqu'uniforme , quoique ſéparés
pour la plupart par des déferts , par
des mers , par la forme de leur gouvernement
, par des inimitiés particulieres.
و د
ود
ود
ود
وو
ود
و د
ود
وو
و د
و د
Dans l'origine , nos Seigneurs étoient
و و
pauvres , généreux & libres ; ils ne
و د
recevoient pour prix de leurs ſervices
,, que des armes , des repas , & une plus
grande part aux périls de la guerre.
C'étoit-là , ſi l'on peut parler ainfi , les
و د
ود
MARS. 1774. 87
ود
5, premiers fiefs des anciens Germains. La
conquête opéra une révolution dans les
,, eſprits comme dans les chofes ; & les
Souverains , devenus propriétaires de
domaines immenfes , donnerent des
terres à leurs fideles ou ſeigneurs ; ces
terres s'appelerent bénéfices ſous la premiere
race , & fiefs fous la ſeconde.
Ces changemens forment presque toute
l'hiſtoire de nos deux premieres dynasties
; le traité d'Andely commença la
révolution à l'égard des bénéfices , &
celui de 615 l'acheva. Charles Martel
en dépouilla le clergé , Sous Louisle Débonnaire
& fes foibles fucceffeurs , les
fiefs devinrent héréditaires. Charles le
Chauve autoriſa l'abus qu'il ne pouvoit
réprimer , & la révolution fut confommée
par la loi de 877 " .
ود
و د
و ا
و د
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
ود
و د
"
و ر
Les notes répandues dans tout ce traité
portent les plus vives lumieres fur la jurifprudence
féodale. Ces notes font
écrites avec préciſion , avec énergie , &
fouvent meme avec élégance. On peut
dire à l'honneur de M H nrion , que fon
ouvrage eſt à cet égard fort au deſſus des
ouvrages de jurifprudence.
L'éloge de Dumoulin qui eſt en tête
de l'ouvrage , annonce une plume exer
F4
MERCURE DE FRANCE.
:
cée , une tête remplie des richeſſes de la
littérature ancienne & moderne.
Un Prince étranger veut obliger Dumoulin
à défendre des prétentions injuſtes
; le jurifconfulte refuſe de prêter
fon miniſtere à l'oppreſſion. On veut
l'intimider : on le met aux fers. Enſeveli
dans un cachot aux pieds des Alpes , Dumoulin
reſte inébranlable ; enfin fon courage
triomphe , ſes fers tombent , ſa prifon
s'ouvre , il voit ſes tyrans à ſes pieds.
.... Amour facré de la juſtice ! tu as
donc tes héros auſſi bien que l'enthouſiaſme
de la gloire. "
ود
ود
.ور
Appelé de toutes parts auxplaces les plus
diſtinguées , D. refuſe tout des étrangers&
ne demande rien à ſapatrie ; fatisfait d'être
utile , il ignore l'art de faire valoir ſes
fervices ; il ignore même qu'il en a rendu.
ود
On lui offre une place de Conſeiller
, au Parlement; il la refuſe. Ne fom-
, mes-nous pas Magiftrats ? N'exerçons-
,, nous pas cette jurifdiction volontaire
,, que les ſages exerçoient fur les nations,
,, avant qu'on y vît des tribunaux revêtus
de la pourpre ?"
Cours d'Etudes des Jeunes Demoiselles ,
ouvrage non moins utile aux jeunes
gens de l'autre ſexe , & pouvant fervir
ش
MARS. 1774.
de complément aux études des colleges ,
avec des cartes pour la géographie , &
des planches en taille- douce pour le
blafon , l'aſtronomie , la phyſique &
l'hiſtoire naturelle. Par M. Fromageot ,
Prieur commendataire , Seigneur de
Goudargues , Uffel , &c. Tomes III ,
IV , V & VI ; à Paris chez Vincent ,
rue des Mathurins , hôtel de Clugny ;
Prault fils , à l'Immortalité , quai des
Auguſtins , & Lacombe , rue Christine.
Il paroît que l'auteur de cet ouvrage ,
encouragé par l'accueil qu'on a fait aux
premiers volumes , s'applique de plus
en plus à rendre ce livre auſſi utile aux
jeunes gens qui font leurs études dans
les colleges , qu'aux jeunes Demoiselles ,
à qui il étoit deſtiné. A la tête du troifieme
volume on trouve un avertiſſement
dans lequel M. F, rend compte de quel .
ques avis qui lui ont été donnés , &dont
il a profité . On lui fait ajouter à fon cours
d'études un traité d'agriculture qui ne
peut manquer d'être très - utile.
M. Suart , de la Doctrine Chrétienne ,
autrefois Profeſſeur d'éloquence dans les
colleges de fa Congrégation , loi fait des
obſervations plus particulièrement rela-
١٠٠
FS
:
90 MERCURE DE FRANCE.
ود
و د
" tives aux études des colleges : on ne
„ peut , lui dit avec juſteſſe M. Suart ,
donner aux jeunes gens qu'une idée
très imparfaire de l'hiſtoire ancienne ,
,, par les morceaux détachés qu'on leur
fait traduire de Salluſte , de Quinte-
Curſe , de Tite - Live , de Cornelius .
Nepos , des Commentaires de Céfar .
Une bonne traduction des plus beaux
endroits qu'on leur choifit , eſt tout ce
qu'on exige d'eux. Quant à l'hiſtoire
moderne , on ne leur en parle jamais ,
& ils entrent dans la fociété fans avoir
la moindre idée de l'hiſtoire de leur
patrie, ni de celle de nos voiſins . Il
feroit done tres- avantageux qu'on leur
fit fuivre un cours complet d'hiſtoire ,
après leur avoir donné une teinture de
géographie. J'ai entrevu méme un autre
,, avantage , & pour les profeffeurs &
„ pour les écoliers , dans le plan que
و د
ود
ود
و د
و د
و د
و د
و د
ود
و د
و و
ود
و د
و د
ود
ود
vous avez adopté. Rien n'exciteroit
, plus l'émulation parmi les jeunes gens ,
, que ces exercices qui pourroient fe
faire dans nos colleges tur la géographie ,
l'hiſtoire , la rhétorique , la poëtique&
les autres parties de la litterature & des
ſciences . Si vous pouviez donc rédiger
tous VOS traités de maniere qu'ils
→, puſſent remplir cet objet , vous épar-
و و
و د
"
MARS. 1774. 91
ود
gneriez beaucoup de tems & de peines
aux profeſſeurs , qui pourroient préparer
,, pluſieurs écoliers ſur des exercices diffé-
„ rens , fans autre foin que de leur faire
ود des répétitions ; & aux écoliers même
,, qui auroient leurs matieres toutes prêtes
ود
ود
و د
ر د
و د
و د
"
dans le cours d'études. Je pense qu'un
,, enfant qui , en fixieme , commence.
roit par la géographie , & qui , chaque
année , ſoutiendroit en public un de
ces exercices , ſe trouveroit , à la fin
de ſes études , avoir acquis beaucoup
de connoiſſances très utiles & très-
,, agréables . Voilà l'obſervation judicieuſe
du ſavant Doctrinaire. M. F. ajoute
que le defir de mettrede la variété dans
fon ouvrage , l'a conduit naturellement
à le diviſer ainſi en petites parties détachées
les unes des autres , & il promet
qu'il n'y aura pas un volume qui
ne contienne la matiere de deux , trois
&même quatre exercices. Il ſeroit à
,, ſouhaiter , ajoute l'Auteur , que ces
ود
”
actes publics ſe multipliaſſent dans les
„ colleges. On exerceroit la mémoire des
,, jeunes gens ; ils apprendroient à par-
و و
ler correctement leur langue , à la bien
„ prononcer , & on les accoutumeroit à
,, parler en public, avec cette hardieffe
92 MERCURE DE FRANCE.
,, décente qui leur manque toujours ,
faute d'uſage. "
” L'Auteur traite avec méthode toutes
les parties néceſſaires à une bonne éducation.
Il nous préſente avec beaucoup
d'art , les différens tableaux de l'hiſtoire ;
mais , en l'abrégeant , il n'en fait pas
une compilation informe de faits détachés
, & , quoiqu'il foit obligé de ferrer
ſa narration , il ne néglige pas les
moyens d'en rendre la lecture agréable ,
même pour les perſonnes inſtruites.
Discours fur la Révélation , brochure in-
12. A Paris , chez Moutard , rue du
Hurepoix , 1773 .
Quand Boffuet prononçoit au milieu
d'une aſſemblée nombreuſe , ces chef
d'oeuvres d'éloquence françoiſe , qui lui
méritoient les applaudiſſemens publics &
tenoient tous fes auditeurs en ſuſpens , la
vue d'une Cour brillante , le ſouvenir en
core récent des perſonnes qu'il louoit , de
foutenoient & animoient le feu dont il
étoit échauffé . La voix des morts dont il
faiſoit l'éloge , ſembloit ſe méler à la
voix de l'orateur. Tranſporté lui - même
par la vue de tant d'objets , il ſembloit
les faire reparoître ſur la ſcene par la
MARS.
1774. 93
3
force de ſes tableaux; ſes titres donnoient
de la dignité à ſes paroles , & les Faſtes
ſacrés de l'Eglife Gallicane , dépoſitaires
de ſon nom , de ſes ſentimens & de ſa
gloire , augmentoient encore l'éclat de ſa
réputation .
Quand un orateur , voulant développer
& peindre les grands objets que la Religion
lui préſente , ne ſe trouve foutenu
que par ſon génie&la ſeule vérité ; quand ,
iſolé d'appuis extérieurs & étrangers ,
abandonné à ſon imagnation , il eſt obligé
de ſe rappeler en détail , de raſſembler ,
de colorier les traits épars du tableau qu'il
veut préſenter au Public : alors il doit
tout tirer de ſon ſujet & de lui - même ,
& n'enviſager , dans le filence de ſon travail
littéraire , que la gloire d'être vrai ,
& l'avantage d'être utile.
/
Ce font ces motifs ſans doute qui ont
inſpiré & foutenu l'auteur du diſcoursfur
la Révélation. Cet objet important par
lui - meme , & plus encore de nos jours ,
méritoit bien un diſcours particulier qui
renfermât ce que tant d'écrits dogmatiques
ont répandu de lumieres fur cette
matiere.
L'orateur imitateur de Boſſuet , nes'arrête
point à ces diviſions artiſtement ſym.
métriſées de nos orateurs modernes , qui
94 MERCURE DE FRANCE.
tournent long - temps autour de leur ſujet
pour le préſenter , pour ainſi dire , ſous
toutes les faces; il ſaiſit ſon ſujet , s'en
empare , le montre fous un afpect ſimple ,
naturel , aifé à concevoir. Il entre dans la
carriere , il voit de loin la courſe qu'il lui
faut parcourir , il s'élance , marche , ſe
repoſe ſur les objets qui lui paroiffent devoir
être éclaircis , les annonce , les discute
, les prouve en orateur , & delà descend
aux conféquences qui en réſultent.
Donnons le plan de ce diſcours d'un
Néceffité de la Révéla- genre nouveau.
tion! Existence de la Révélation : voilà
les deux objets qui fixent l'orateur. Cette
néceſſité lui paroît particulièrement fondée
ſur la gloire de Dieu & le bonheur de
P'Homme. La gloire de Dieu éclate , ſelon
lui , en ce que la révélation nous développe
deux des principaux attributs de
la Divinité : fa puiſſance & fa bonté.
,, L'homme , dit l'auteur, placé fur ce
, globe , abandonné à ſa foibleſſe , envi
5, ronné de tenebres , avide d'illuſion ,
, cherchant toujours la lumiere, ne marchant
, pour ainſi dire , qu'à tâtons ,
tantôt timide & tantôt préſomptueux,
n'eſt - il pas forcé de s'écrier à chaque
,, inſtant : O toi qui m'as créé , fais queje
voie ? Tout lui manque , tout le trompe ;
و د
ر ا
و د
و د
1 MARS 1774. 95 .
}
ود
و و
,, mais , à l'aide du flambeau de la Révélation
, fa marche devient fûre ; alors
il ofe approcher du ſanctuaire de la Divinité
, il découvre de nouveaux rap-
,, ports de lui à l'Etre Suprême , il ap-
وو perçoit de nouveaux objets de religion,
,, qui juſqu'alors lui étoient abſolument
inconnus. Chaque prodige eſt pour
lui un trait de lumiere ; plus éclairé
il voit diſtinctement l'empreinte
, d'une grandeur & d'une puiſſance divi-
و د
ود
و د
و د
و د
و د
ne par-tout répandue , il reconnoît l'i-
,, mage de cette Sageſſe ſuprême gravée
fur tous ſes ouvrages. Dans les promesſes
& les bienfaits , les menaces même
& les châtimens ( de Dieu) que l'histoire
de cette Révélation met ſous fes
,, yeux , tout lui rappelle une main tou-
"
و د
و د
و د
te puiſſante étendue ſur l'Univers ; tout
,, lui montre un ordre admirable qu'il
n'auroit pu autrement connoître ni
ſoupçonner. A meſure que la terre ſe
» couvre d'habitans , il y voit en même
; temps cette Révélation acquérir de nouvelles
forces , s'établir par de nouveaux
monumens , aſſurer ſon empire , &
,, perpétuer fon fuccès. Au milieu des
événemens qui ont bouleversé l'Univers,
و د
"
ود
ود
il reconnoît aiſement les traits de cette
96 MERCURE DE FRANCE.
,, Intelligence ſuprême , attentive , cefem
و و
ble, à diſpoſer tout pour ſa gloire ; a
وو conferver dans le ſouvenir & dans le
,, coeur d'un Peuple chéri , la loi qui lui a
été donnée ; à perpétuer le culte faint
au milieu des profanations étrangeres ;
à réunir par les mêmes liens , & tou-
5, jours indiſſolubles , la Religion &l'Etat;
à meſurer les effets de ſa bienfaiſance
fur les beſoins des Peuples & des Nations
; à conferver au milieu des dé-
ود
ود
ود
ور
ود bris des Empires , la foi conftante de
,, ce bienfait donné à la terre ; prévenir
,, par les précautions les plus fûres , l'al-
و د
ود
وو
ور
ور
ود
ود
tération de la loi ; à préparer , pour ainſi
dire , l'Univers à la grande & parfaite
union qui devoit être contractée avec
les hommes juſtifiés par elle ; à réunir
les deux Alliances par des noeuds fecrets
& facrés ; à augmenter le mérite de
, la foi de l'homme par des myſteres . "
De ces principes ainſi expoſés , il descend
à toutes les preuves que ſon ſujet
•lui fournit pour prouver la néceſſité de re-
•connoître & d'admettre des Myſteres ; ces
réflexions font puiſées du fond d'une raifon
éclairée , libre de préjugés ou des
impreffions du vice.
Pour prouver l'exiſtence d'une Révélation
MARS..
1774. 97
↑ tion divine , l'auteur emprunte les preuves
que lui ont fournies dans leurs doctes
écrits les défenſeurs zélés de cette Révélation.
Il fait remarquer que ,
}
ود
و د
و د
,,, par un
enchaînement admirable , toutes les
,, parties ſe prêtent une force mutuelle ,
&ſe tiennent par des rapports néceſſaires&
conftans. Dans l'origine , le progrès
, la consommation de ce prodige ,
, nous trouvons le même plan , ſuivi ,
foutenu , perfectionné. Oracles , promeſſes
, dogmes , loix , cérémonies , cul-
» te extérieur , relation du paffé avec le
préſent , des temps de la Réalité avec
ود
و د
"و
ود
ود
les temps de la Figure ; harmonie de
,, l'ancienne & de la nouvelle Alliance ;
tout ſe réunit dans un centre commun
de lumiere , tout ſe trouve tracé dans
,, un grand & magnifique tableau expofé
à la vue de tous les fiecles : une chaîne
immenſe ſemble lier enſemble le Ciel
& la Terre. "
"
و د
ود
Tout cet expoſé & ce qui le fuit nous
a paru écrit avec nobleffe , & certainement
l'orateur eſt plein de la lecture de
Boſſuet , dont il imite le ton & la ma
niere d'écrire.
Quant aux diſcuſſions raiſonnées &
_ théologiques que des articles répandus
G
1
98 MERCURE DE FRANCE.
dans ce difcours ſemblent exiger , l'au
teur renvoie à des notes qu'il faut lire ;
elles ſont courtes , judicieuſes , & inſtructives.
Traité de l'exploitation des Mines , où
l'on décrit les ſituations des Mines ,
l'ordre d'entailler la roche & la ſubs- ..
tance des filons , de former les puits
& les galeries , &c. avec un traité particulier
fur la préparation & le lavage
des Mines ; le tout traduit de l'Allemand
par M. Monnet. A Paris , chez
Didot l'aîné , libraire & imprimeur ,
rue Pavée , près le quai des Auguſtins ;
& chez Dufour , libraire , rue de la
Juiverie , avec privilege & approbation
du Roi.
Parmi les différens arts , celui qui a fait
le moins de progrès en France eſt l'art de
l'exploitation des Mines. Les Allemands
& les Suédois font les peuples qui ont
le plus excellé dans ces connoiſſances.
C'eſt dans leurs ouvrages qu'il faut les
aller puifer : ils en font les vraies fources.
M. Monnet , qui a voyagé dans ces
contrées , en a été ſi perfuadé , qu'il nous
offre dans ce traité le réſultat de la plupart
de ces ouvrages , entr'autres de celui
MARS 1774.
i
que le College des Mines de Frigberg a
publié en 1769. Il auroit ſeulement été
à deſirer que M. Monnet nous donnât
ſimplement la traduction de cet ouvrage
tel qu'il eſt , ſans y avoir mêlé de ſes réflexions
& fans l'avoir confondu avec
d'autres ; le devoir d'un traducteur eſt
d'expoſer , avec toute l'exactitude poffi-
⚫ble , les ſentimens de fon auteur , fans y
ajouter les ſiens , ou du moins , s'il veut
les expofer , il ne le doit faire que dans
des notes pour ne rien changer au contexte
du difcours .
Le traité de l'exploitation des Mines ,
tel que M. Monnet nous le préſente , ſe
diviſe en fix parties ; la premiere contient
la ſituation des mines , des filons ,
des veines , des couches & amas ; la ſeconde
eſt deſtinée à leur vraie exploitation;
la troiſieme eſt l'art de procurer de
l'air aux mines , dans la quatrieme il s'agit
de l'art d'élever ou d'épuifer les eaux
qui s'y trouvent ; dans la cinquieme il
eſt queſtion de la fortie de leurs roches
& minéraux , & dans la fixieme enfin M.
Monnet fait mention de ce qui peut avoir
rapport aux percemens par le moyen des
tarieres ou perçoirs .
Comme la Nature , dit M. Monnet , a
G2
100 MERCURE DE FRANCE,
déterminé pour la formation des miné
raux , des firuations particulieres , on ne
peut parvenir à la ſcience minéralogique
qu'on ne les connoiffe ; ces ſituations
confiftent en couches , en amas , en fentes
& en veines. Les Minéralogiſtes favent ,
par expérience , qu'on ne trouve des filons
de mines que dans les parties de notre
globe qui paroiffent & font réellement
régulieres. Elles font de premiere formation
, tandis que les autres parties portent
avec elles des marques viſibles de dérangement&
de bouleverſement. M. Monnet
diviſe , par rapport à cet objet , dans la
premiere partie de fon ouvrage , notre
globe en deux états : l'un régulier , primitif
& antécédent , & l'autre nouveau ou
bouleverſé. Dans le premier , ſuivant lui ,
font les filons métalliques & les couches
régulieres ; dans le ſecond il ne ſe trouve
ni filons , ni mines , mais ſeulement des
tourbieres , des crayeres & des matieres
inflammables . D'après cette diviſion du
globe , notre auteur examine les caracteres
qui doivent faire diftinguer les parties
dans leſquelles courent les filons , d'avec
celles dans lesquelles ils ne ſe montrent
point; il s'étend même fort au long à ce
ſujet. Il faut lire dans l'ouvrage même la
MARS. 1774- tor
シ
ſuite de ſes raiſonnemens ; au ſurplus un
oeil accoutumé aux obſervations minéralogiques
, malgré la reſſemblance qui peut
ſe trouver entre les parties à filons & celles
qui ne le font pas , fait très - bien en
faire la diſtinction. Le rocher continu du
globe , montre dans l'aſſemblage de ſes
parties , une eſpece de régularité qui ne
ſe dément jamais. Les montagnes régulieres
, c'est - à-dire , celles dont les arrangemens
ſont ſymmétriques & qui ne font
autre choſe que des prolongemens de la
maſſe générale du globe , font les vraies
montagnes dans lesquelles ſe trouvent les
filons ; ceux-ci ſont des fentes plus ou moins
grandes qui coupent le rocher dans un plan
plus ou moins perpendiculaire , garnies de
mines ou d'autres minéraux , mais toujours
différentes des roches dans lesquelles ils
courent : quand la roche eſt nue , il n'eſt
pas difficile de reconnoître les filons ; on
les apperçoit ſouvent au jour. Pour s'en
aſſurer entiérement , il n'y a qu'à dépouilles
les endroits où on croit les appercevoir.
Si dans ces endroits on trouve du
quartz & de la mine de fer , on peut
être aſſuré qu'on ne ſe trompe pas ; mais
comme pour l'ordinaire les montagnes
font preſque toujours couvertes d'une
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
croûte de terreau plus ou moins épaiffe,
il n'eſt pas facile d'en trouver les filons ,
qui font fouvent perdus ou coupés avant
de parvenir au jour ; cependant dès qu'on
eſt aſſuré qu'une montagne en a , on peut
haſarder quelques fouilles pour les découvrir.
Dès qu'on eſt une fois convaincu de
l'exiſtence d'un filon , il faut examiner , dit
M. Monnet dans la 2º. partie de fon ouvrage,
la nature du lieu & par quel côté on
peut en faire la premiere fouille. Si le filon
court dans une montagne élevée , il y a fans
contredit d'autres arrangemens à prendre
que s'il couroit dans une terre baſſe
& preſqu'uniforme ; on conſidere en
fuite ſi on peut y mener commodément
ce dont on a beſoin; fi on eft à portée
d'avoir du bois , & fi on peut eſpérer d'y
trouver des châtes d'eau pour faire mouvoir
les machines & les roues , pour les
fonderies & les laveries : on examinera
en même temps où il fera le plus commode
de faire ces établiſſemens. La confidération
des dépenses eſt un objet qui
ne doit jamais être oublié dans tout ce
qu'on veut entreprendre , principalement
dans la pourſuite d'un filon. On le prend ,
pour fon exploitation , tantôt par un puits,
tantôt par une galerie , felon la nature du
MAARS.
203
1774
terrein. M. Monnet entre à ce ſujetdans
de très grands détails. Il expoſe en outre
la méthode qu'on doit employer pour entailler
la roche ou le filon au ciſeau & au
marteau , & la façon de les exploiter au
moyen de la poudre , du torrefage ou
calcinage , & il finit la ſeconde partie de
ſon traité par la façon de percer les puits,
d'étayer & de cuveler les galeries.
La troiſieme partie eſt conſacrée à la
ventilation des mines. L'air s'y diſtribue
d'abord par les percemens ; mais quand
on veut établir dans les mines un courant
d'air artificiel , on ſe ſert de tuyaux de
bois ou de canaux à vent auxquels on
donne le nom de ventouſes. On emploie
des foufflets & des ventilateurs. On a en.
core recours à l'application du feu , qui
eſt le plus efficace de tous les moyens
qu'on peut employer pour établir un courant
d'air. Il y a auſſi des moyens d'économiſer
l'air dans les mines : c'eſt ce.
qu'indique M. Monnet. Il expoſe aufſi
les différens états de l'air qui y regne , &
les variations qu'il éprouve ſelon la différence
des ſaiſons. Tels font les objets
qu'il traite dans cette partie ; il paſſe delà
à la quatrieme.
Nous ne fuivrons pas l'auteur dans cette
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
(
quatrieme partie, qui eſt un vrai traité
d'Hydraulique. Il faut lire dans l'ouvrage
même ce qu'il dit ſur l'art d'élever ou
d'épuifer les eaux des mines ; d'ailleurs cet
objet ne peut ſe bien faire connoître que
par le fecours des planches que l'auteur a
eu grand ſoin de faire exécuter dans fon
ouvrage.
La cinquieme partie concerne la fortie
des roches & des minéraux des mines , cе
qui ne peut ſe faire que par le moyen de
machines . On les nomme barital , cabestan,
machine à moulette. Notre auteur en
donne la deſcription , & en décrit trèsbien
le mécanisme . Nous invitons nos
lectcurs de confulter fon ouvrage à ce
ſujet , & d'examiner les planches qu'il y
a jointes & qui repréſentent très - bien ces
machines.
Dans la fixieme & derniere partie il
s'agit des percemens qui ſe pratiquent par
le moyen des tarieres ou perçoirs. M.
Monnet donne la difcription du perçoir
de montagnes , la maniere de s'en fervir
& fon utilité ; il paſſe de- làà la deſcription
du perçoir de terres &du perçoir de puits;
il rapporte la maniere dont on creuſe un
puits à Amſterdam par le moyen du per.
çoir de M. Merſenne.
MARS. 1774. 105
L
!
M. Monnet a joint au traité de l'Exploitation
un autre qui n'eſt pas moins
intéreſſant : c'eſt celui de leur préparation
pour la fonte. Il y expoſe les différentes
qualités des mines , la néceſſité de les
connoître , la maniere d'en faire le triage ,
comment il faut s'y prendre pour piler
les minéraux à ſec , pour les ſéparer & les
laver à la cuve , pour les bocarder & pour
les laver & les ſéparer aux tables. Les
bornes qu'on doit ſe preſcrire dans un
extrait ne nous permettent pas de fuivre
notre auteur dans tous ces détails : nous
nous contenterons ſeulement de dire que
cet ouvrage eſt très-utile &qu'il manquoit
certainement à la France. Tant que M.
Monnet ne s'occupera que d'objets auffi
utiles , on lui aura toujours beaucoup d'obligation:
Histoire Naturelle de Pline , traduite en
françois avec le texte latin , rétabli
d'après les meilleures leçons manuscrites
, &c. Tome VIe. A Paris , chez
la Ve Defaint , libraire , rue du Foin ,
près de la rue St Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi, 1773-
Ce volume renferme les Livres XVII
& XVIIIe. du Naturaliſte Latin . Le 17º.
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
1
livre traite de arbres plantés & cultivés.
L'auteur commence par en faire l'apologie
; & , comme on croyoit fuperftitieuſement
de fon temps à l'aſtrologie , il tâche
de démontrer l'influence que peut avoir
le ciel ſur leurs plantations. Les Modernes
n'ont eu garde de donner dans de pareilles
erreurs . Il entre enfuite dans des
détails ſur la nature du terrein qui leur
convient. Il paſſe de-là aux engrais qu'on
peut employer pour fon amélioration ;
les pépinieres deviennent enfuite le ſujet
des obfervations de Pline. Il indique la
maniere qu'on doit employer pour y replanter
les ſauvageons. L'orme eſt , de
tous les arbres , celui auquel il s'attache
le plus . Après quoi il diviſe les arbres en
deux claffes ; en celle des arbres qui croisfent
lentement , & en celle des arbres qui
croiffent rapidement. La greffe , ceite
opération qui tranſporte une eſpece d'un
fruit fur l'autre , devient le ſujet de fes
plus grandes recherches ; & , en effet ,
cette opération eſt une des plus intéresfantes
du jardinage. On entoit la vigne
du temps de Pline: auſſi en fait- il mention
dans ce livre. Les oliviers font trop
intéreſſans pour ne pas en donner la culture.
Pline rapporte à cet égard d'excellens
préceptes. Il déſigne enfuite les arMARS.
1774. 107
bres qui aiment d'être avoiſinés , & il explique
comment il faut les déchauffer &
les rechauffer. Les ſauſſayes , les différens
taillis , les endroits où on éleve les
roſeaux & les cannes font autant d'objets
auxquels il s'attache dans ce livre . Il y
parle en outre de la vigne , de ſa culture ,
de ſa 'taille , des arbres qui peuvent lui
ſervir d'appui & de la méthode de conſerver
les raiſins. Il finit enfin par les
maladies auxquelles font expoſés les arbres
, & par les remedes qu'on peut employer
, tant pour y obvier que pour y apporter
guérifon. Les Modernes ont donné
fur la culture des arbres , différens procédés
inconnus à notre Naturaliſte ; mais
du moins peut- on juger par le livre qui
les concerne , que , de ſon temps , on en
faifoit grand cas , quoique nous ayons
actuellement un nombre d'eſpeces beaucoup
plus conſidérable qui ſe ſont naturaliſées
dans notre climat.
Le Livre XVIIIe. eſt uniquement con .
facré à l'agriculture. Jamais les Modernes
, malgré les encouragemens que le
Gouvernement a accordés à cet art , n'ont
porté auſſi loin leurs obfervations que
les Anciens. L'agriculture étoit en une
telle vénétation chez eux , que les plus
108 MERCURE DE FRANCE .
tout grands conquérans de l'Univers ,
couvert de lauriers , revenoient jouir des
avantages qu'elle leur procuroit , en ma .
niant eux - mêmes le foc de la charrue.
Un des premiers Ordres qu'inſtitua Romulus
fut celui de Sacrificateurs des
Champs ; il leur donna , pour marque de
leur facerdoce , une couronne d'épis de
bled liée avec des bandelettes blanches.
Le plus grand préſent dont on récompenſoit
à Rome un Général d'armée ou
un bon Citoyen , étoit de lui donner autant
de terre qu'un homme en peut la-_
bourer dans un jour ; en un mot l'agriculture
y étoit en ſi grande vénération ,
que les premieres Maiſons en ont tiré
leurs noms. Nous ne nous étendrons
pas davantage fur cet objet , le moins
verſé dans l'hiſtoire ancienne en a des
notions fuffiſantes. On ne peut donc affez
honorer les laboureurs , puiſque les plus
grands hommes de l'Antiquité n'ont pas
dédaigné cet art. Pline commence par
indiquer les précautions qu'il faut prendre
avant d'acquérir un champ ; il donne
la poſition que doit avoir une maiſon de
campagne. Il faut que cette maiſon ſoit
proportionnée à l'étendue des terres qui
en dépendent. Magon rapporte que celui
MARS. 1774. 109
'ג
,
qui fait l'acquiſition d'un bien de campagne
doit vendre la maiſon qu'il a dans la
ville , pour faire voir combien il importe
à un propriétaire de réſider au milieu de
fes terres On doit fur - tout s'attacher à
faire le choix d'un bon Métayer. Un Métayer
, pour qu'il ſoit habile , doit être ,
dit Pline , auſſi inſtruit que ſon maître
& cependant ne pas ſe croire tel. Notre
auteur donne enſuite des détails ſur la
préparation de la terre ; après quoi il paſſe
aux grains qu'on peut y enſemencer , &
il en diftingue de deux fortes , les bleds
tels que le froment , l'orge & les légumes,
comme les feves , les pois chiches ; il fait
même l'énumération des bleds étrangers.
Il rapporte les uſages auxquels on peut
les employer , tant comme médicameńs
que comme alimens , ce qui lui donne
occaſion de parler de l'art de la Boulangerie.
Les raves , les navets , la veſce ,
l'érobe , les lupins , la fougere , le fainfoin
, le cytiſe ſont autant de plantes dont
il expoſe la culture. Il n'oublie pas de
rapporter les maladies du bled ; en un
mot il ne néglige rien de tout ce qui
pouvoit avoir rapport à l'agriculture de
ſon temps . Le traducteur de ce ſavant
ouvrage n'a omis aucune circonſtance
110 MERCURE DE FRANCE.
pour en faire le parallele avec notre agriculture
moderne ; & les notes qu'il a jointes
à ce volume , de même qu'aux précédens
, en font deſirer la fuite .
M. Sivri , toujours exact & profond ,
a naturaliſé parmi nous le Naturaliſte
Latin par ſa traduction élégante , par fes
notes ſavantes & par fon altention à rapprocher
ſes obfervations , des expériences
&des découvertes modernes .
Traité des maladies vénériennes , par M.
Fabre , Maître en Chirurgie , ancien
Prévôt de ſa Compagnie , Confeiller
du Comité de l'Académie Royale de
Chirurgie , troiſieme édition revue ,
corrigée & augmentée par l'Auteur :
on y a joint une table analytique des
matieres , contenant le précis dechaque
chapitre. Prix 6 1. A Paris , chez P..
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguſtins , 1773 .
Avec approbation & privilege du Roi
Ce traité qui eſt actuellement à la
troiſieme édition , a joui de la plus
grande réputation , & ce n'eſt pas fans
raifon: il eſt tout à la fois théorique &
pratique ; c'eſt le fruit de l'expérience
MARS. 1774. ITË
7
que l'auteur s'eſt acquiſe chez le célebre
M. Petit , pendant près de 8 années conſécutives
, qu'il a ſuivi ce grand maître
dans le traitement des maladies vénériennes.
M. Fabre commence ſon traité
par le tableau général de toutes les maladies
, fans néanmoins entrer dans un
détail étranger à ſon ſujet. M. Aſtruc
n'ayant rien laiffé à defirer fur cet objet ,
M. Fabre s'eſt ſeulement contenté dedonner
une idée générale du virus vérolique ;
il explique la maniere avec laquelle il ſe
communique , les modifications qu'il reçoit
dans le corps felon les différentes
cauſes , la façon dont il ſe détruit dans
la perſonne qui l'a reçu & les moyens
que l'art emploie pour le combattre ;
telle eſt la baſe de toutes les connoiflances
théoriques & pratiques qui font détaillées
dans tout l'ouvrage ; ceux qui
veulent s'adonner au traitement de ces
maladies , ne peuvent confulter un guide
plus fûr & plus expérimenté.
Traité des maladies chirurgicales & des
opérations qui leur conviennent ; ouvrage
pofthume de M. J. L. Petit , de l'Académie
royale des Sciences &de la fociété
royale de Londres , ancien directeur
de l'Académie royale de Chi
112 MERCURE DE FRANCE.
rurgie , &c. mis au jour par M. Leſne ;
ancien Prévôt du College , & Confeiller
du Comité de l'Académie royale
de Chirurgie , 3 vol . in 80 , avec neuf
planches & le portrait de l'auteur. Prix
16 liv. 4 f. les 3 vol. brochés ; chez P.
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguſtins.
La publication de cet ouvrage qui au
roit pu paroître immédiatement après
la mort de M. Petit , a été retardée par
des raiſons qu'on ignore: on peut néanmoins
aſſurer qu'il ne peut que faire beaucoup
d'honneur à la Chirurgie , & être
très- utile à l'humanité. Le premier tome
traite des plaies en général , de celles de
la tête & de la poitrine , des tumeurs &
des maladies des voies lacrymales ; le
fecond tome parle des ulceres en général
& en particulier , des hémorroïdes , de
la fiſtule à l'anus , des hernies , de leurs
différences , de leurs fignes diagnoſtics
& prognoſtics , de leur réduction , de leur
cure & de leur opération , & de pluſieurs
maladies de la veffie;& le troiſieme , de
la fuppreffion , rétention & écoulement
involontaire de l'urine , de l'amputation
des membres , des cas qui l'exigent , &
de l'anévriſme ; on y trouve en mêmetemps
MARS.
1774. 113
temps des obſervations ſur la maladie
des enfans nouveau - nés , qu'on nomme
filet , fur la digestion du lait dans les
enfans qui font à la mamelle , & fur un
accouchement contre nature : les 3 vol.
font ornés de 90 planches qui ont été
exécutées ſous les yeux de M. Petit. On
y voit repréſenté un arſenal preſque complet,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme ,
de tous les inſtrumens de Chirurgie , qui
ont été pour la plupart inventés ou corrigés
par cet habile praticien. M. Leſne ,
éditeur de cet ouvrage , a grand foin dans
undifcours préliminaire , de juſtifier pluſieurs
points de la pratique de fon maître,
contre quelques opinions nouvelles ; &
pour rendre le troiſieme volume plus
utile , il y a joint pluſieurs tables : il a
en outre donné l'explication de toutes
les planches qui s'y trouvent. Cette collection
mérite , fans contredit une
place parmi le petit nombre de bons
livres de Chirurgie qui paroiſſent de nos
jours.
,
;
Lettre à M. le Monier , de l'Académie
royale des Sciences , premier Médecin
du Roi , fur la culture du café ; à Amsterdam;
& ſe trouve à Paris , chez le
H
114 MERCURE DE FRANCE:
Breton , premier Imprimeur ordinaire
du Roi , rue de la Harpe , 1773 .
L'auteur de cette lettre la diviſe en
trois parties ; il traite dans la premiere
des ſemis & de la tranſplantation ; dans
la ſeconde , de l'entretien des plans ; &
dans la troiſieme de ce qui a rapport à la
récolte ; il faut voir dans la lettre même
les détails dans lesquels l'auteur entre à
ce ſujet ; il préfere dans tout ce qu'il
dit , l'utilité des colons pour lesquels il
écrit , à l'inſtruction des curieux , auxquels
il pourra peut - être paroître trop minutieux.
En général , cette lettre eſt très- intéreſſante
pour les habitans de l'Iſle de
Bourbon. Il ſeroit bien à defirer qu'on
eût des traités auſſi détaillés ſur la culture
de chaque plante que celui- ci , & qu'on
eût égard dans ces traités , au climat ,
comme l'auteur l'a fait. On ne peut donc
affez conſeiller la lecture de cette lettre
à ceux qui font dans nos ifles des plantations
de café.
Opufcules Physiques & Chimiques , par
M. Lavoifier , de l'Académie Royale
des Sciences. Tome premier. in 80.
A Paris , chez Durand neveu , Libraire,
rue Galande ; Didot le jeune , Quai
MARS. 1774. 115
des Auguſtins ;Eſprit , au Palais Royal.
Il ne paroît encore que le premier volume
de ces Opufcules Physiques & Chimiques
, titre modeſte ſous lequel M. L.
ſe propoſe de publier des Mémoires &
des obſervations détachées ſur différens
objets relatifs à la Phyſique & à la Chimie.
Comme les Phyſiciens & les Chimiſtes
s'occupent aujourd'hui beaucoup
de recherches ſur l'exiſtence d'un fluide
élaſtique fixé dans quelques ſubſtances',
&fur les émanations qui s'en dégagent ,
foit pendant les combinaiſons , foit par
la décompoſition & la réſolution de leurs
principes , M. L. a cru devoir publier
d'abord les nouvelles recherches ſur cet
objet neuf & intéreſſant pour la Chimie.
Mais afin que le Lecteur qui veut s'instruire
puiſſe mieux juger des travaux qui
reſtent à faire & des difficultés qui peu-
I vent ſe rencontrer pour éclaircir les phénomenes
que l'on a entrepris de développer
, le ſçavant Académicien a commencé
par donner , en hiſtorien impartial
, un précis très - clair & très - fatisfai-
- fant des travaux des Chimiſtes qui l'ont
- précédé. Il a paſſé en revue, en conféquence
, tous les auteurs qui ont parlé
Ha
} .
116 MERCURE DE FRANCE .
des émanations élastiques , depuis Paracelſe
juſques aux Phyſiciens & aux Chimiſtes
de nos jours , & il a inſiſté d'autant
plus fur ce qu'ils ont découvert ou
rapporté , qu'il en peut réſulter plus delumieres
ſur l'objet dont il eſt ici queſtion. \
Ce tableau fidele de tout ce qui a été découvert
& écrit ſur les émanations élaſtiques
des corps , forme la premiere partie
du volume que nous venons d'annoncer.
La ſeconde partie eſt employée à prouver
l'exiſtence du fluide élaſtique dans
certaines ſubſtances , & à expoſer les
phénomenes qui réſultent de fon dégagement
& de fa fixation. Dans cette
ſeconde partie , M. L. ne s'eſt pas contenté
de raiſonner ſimplement d'après
les expériences déjà connues & qu'il avoit
déjà expoſées dans la premiere; il a ſuppoſé
en quelque forte que le fluide élaſtique
n'étoit que foupçonné , & a entrepris
d'en démontrer l'existence & les
propriétés par une ſuite nombreuſe d'expériences
dont cette ſeconde partie eſt
remplie. Mais indépendamment des expériences
déjà connues & publiées , dont
Pouvrage de M. L. contient la vérification
, ce même ouvrage , ſuivant le ſentiment
même des Commiſſaires de l'AMARS.
1774- 117
}
,
cadémie nommés pour l'examiner en
renferme beaucoup de neuves & qui
font propres à l'auteur. Il a foupçonné
que le même fluide qui , par ſa préſence
ou fon abfence , changeoit ſi conſidérablement
les proprietés des terres & des ſels
alkalis , pouvoit influer auffi beaucoup
fur les différens états des métaux & de
leurs terres , & il s'eſt engagé fur cet objet
dans une nouvelle ſuite d'expériences.
L'ouvrage eſt terminé par des experiences
fur la combuftion du phosphore
dans les vaiſſeaux clos.
L'ordre & la clarté avec laquelle tout
ceci eſt expofé ; l'exactitude que le favant
académicien met dans ſes expériences
dont les réſultats font foumis à la meſure,
au calcul & a la balance ; les obſervations
utiles qui accompagnent ces réſultats ,
doivent faire defirer aux phyſiciens &
aux chimiſtes la publication des volumes
ſuivants de ces opufcules. M. L. nous
promet dans l'avertiſſement placé à la
tête du premier volume , de faire entrer
fucceſſivement dans les volumes qui fuivront
une fuite d'expériences.
l'existence du fluide élastique , dans un
grand nombre de corps de la Nature , où
on ne l'a pas encore foupçonné. 2°. fur
la décompoſition totale des trois acides
Io. fur
H3
118 MERCURE DE FRANCE.
minéraux. 30. ſur l'ébullition des fluides
dans le vuide de la machine pneumatique.
4º. fur une méthode de déterminer la
quantité de matiere ſaline contenue dans
-les eaux minérales , d'après la connoisſance
de leur peſanteur ſpécifique. 5°. fur
l'application de l'uſage , ſoit de l'eſprit
de vin pur , ſoit de l'eſprit de vin mêlangé
d'eau dans certaines proportions ,
àl'analyſe des eaux minérales très - compliquées.
6º, ſur la cauſe du réfroidiſſement
qui s'obſerve dans l'évaporation des
fluides. 70. fur différens points d'optique
dont M. L. a eu occaſion de s'occuper
dans un mémoire relatif à l'illumination
des rues de Paris ; ouvrage que l'Académie
a récompensé à la féance publiqué
de Pâques 1766 , par une médaille d'or ,
& auquel l'auteur a eu occaſion de faire
depuis , des changemens & additions
conſidérables. 8°. ſur la hauteur des principales
montagnes des environs de Paris
par rapport au niveau de la riviere de
Seine. M. L. y joindra une ſuite trèsnombreuſe
d'obſervations de barometre ,
faites dansdifférentes provinces de France,
il donnera le profil de l'intérieur de la
terre , dans ces provinces , à une aſſez
grande profondeur , l'ordre qu'on y obferve
dans les bancs , le niveau conftant
수
MARS. 1774 119
7
!
3
auquel on trouve certaines ſubſtances,
certains coquillages , & l'inclinaiſon remarquable
que quelques bancs ont toujours
dans un même ſens.
Oeuvres de Romagnesi , nouvelle édition ,
augmentée de la vie de l'auteur , 2 vol.
in 8°. Prix , 8 liv. les deux volumes
reliés . A Paris , chez la Ve. Duchefne,
libraire , rue St Jacques .
La vie de Romagneſi , placée à la tête
de cette édition , n'est qu'une ſimple notice
qui nous apprend que cet acteur dela
Comédie Italienne , mort en 1742 , étoit
petit fils d'Antonio Romagneti , dit Cinthio
, comédien de l'ancien théâtre Italien.
Romagneſi perdit ſon pere fort jeune
, & , ſa mere s'étant remariée , fon
beau pere le traita ſi durement qu'il prit
le parti de s'engager. Mais ne trouvant
point dans cet état plus de douceur que
dans la maiſon paternelle , il s'adreſſa à
des Comédiens , amis de fon pere , qui , lui
découvrant des talens pour le théatre ,
obtinrent fon congé , & lui firent jouer
differens rôles de comédie. Romagneſi
s'aquitta de ces rôles avec intelligence ; il
réuffiſſoit particulièrement dans ceux de
Suiſſe , d'Ivrogne & d'Allemand. Il a১
Η 4
120 MERCURE DE FRANCE.
L
१
beaucoup contribué par ſes comédies,
opera - comiques , parodies , à foutenir
ſon théâtre. Il a composé pluſieurs de ſes
pieces en ſociété avec différens auteurs.
Mais l'éditeur de ſes oeuvres s'eſt ici borné
à nous donner celles de ſes pieces qui
ont été le plus approuvées & qui ont fait le
plus de plaiſir à la repréſentation. De ce
nombre font Samfon , tragi - comédie en
vers ; Le Petit Maître amoureux , le Frere
ingrat , la Feinte inutile , les Gaulois
la Fille arbitre , l'Amant Prothée , le Superstitieux
, Pigmalion. La précipitation
avec laquelle Romagneſi étoit obligé de
travailler , lorſque , faute de nouveautés ,
ſon théâtre languifſſoit par la diſette des
ſpectateurs , a beaucoup nui à ſes productions
. En ſociété avec deux ou trois
amis , tels que Riccoboni & Dominique ,
&c. , dans huit jours il fourniſſoit une
piece aux Comédiens , & fur - tout une
parodie , genre alors fort goûté. On lit
au bas d'un portrait de ce comédien ces
vers :
Comédien ſenſé , parodiſte plaiſant ,
En traits fins & légers Romagne fi fertile
Couvrit les plats auteurs d'un ridicule utile ;
Qu'on doit le regretter dans le fiecle préſent !
MARS. 1774. 124
- La parodie dont le poëte fait l'éloge
dans ces vers , ne fut entre les mains de
Romagneſi qu'un moyen de plus pour
amufer des ſpectateurs oififs & ignorans.
Cet auteur , ainſi que la plupart des parodiſtes
, fongeoit plus à faire rire qu'à
bien critiquer. Peu délicat fur le choix
des moyens , il ſaiſiſſoit le côté qui ſe prêtoit
le plus au traveſtiſſement , & s'embarraſſoit
fort peu ſi ſa raillerie étoitjuſte.
Nous ne penſons donc point que l'on doive
regretter ces fortes de facéties appe,
lées parodies. Ce genre , qui donne ordi.
nairement des plaifanteries pour des raifons
,& accoutume à croire que ce qui eſt
tourné en ridicule l'eſt en effet , ne contribue
néceſſairement qu'à rendre l'eſprit
faux , & à corrompre le goût,
Almanach général des Marchands , Négo¬
cians , Armateurs & Fabricans de la
France & de l'Europe , & autres parties
du Monde ; année 1774 ; contenant
l'état préſent des principales villes
commerçantes , la nature des marchandiſes
ou denrées qui s'y trouvent , les
différentes manufactures ou fabriques
relatives au commerce , avec les noms
de leurs principaux Marchands , Négo
.. H5
122 MERCURE DE FRANCE .
cians , Fabriquans , Banquiers , Artistes
, &c. dédié a M. de Trudaine ,
Conſeiller d'état & ordinaire au Conſeil
royal du Commerce , & Intendant
des Finances ; vol. in 80. prix ,
4 livres 10 fols broché. A Paris , chez
Grangé , libraire , au Cabinet littéraire
, pont Notre - Dame , près la
pompe.
Cet almanach eſt diviſé en deux parties.
L'Auteur , après avoir fait une defcription
abrégée de la Terre , nous préſente
une idée générale de la France & de fon
commerce , & nous donne des inftructions
fur les lettres & billets de change ,
fur les foires & marchés , &c. Cette premiere
partie contient différens tarifs &diverſes
tables de poids & de meſures ,
d'aunages , &c . La ſeconde partie , qui
eſt la plus conſidérable , offre par ordre
alphabétique l'état des principales villes
commerçantes. La nature des productions
, foit de la Nature , ſoit de l'industrie
que les Négocians de chacune de ces
places de commerce mettent dans la circulation
; les noms & les demeures de
ces Négocians font ici indiqués. On a
auſſi particulièrement déſigné dans ces notices
les fabriquans & tous ceux qui font
MARS. 1774. 123
à la tête de quelques maiſons ou entrepriſes
de commerce , afin que le marchand
- boutiquier & le citoyen conſommateur
puiſſent ſe procurer de la premiere main
les objets de leur conſommation. Les
voies les plus commodes & les moins dispendieuſes
pour le tranſport des marchandiſes
nationales ou étrangeres ſont également
annoncées dans cet almanach & le
rendent d'une utilité plus générale. On
conçoit qu'un ouvrage auffi étendu & qui
embraſſe des objets ſi mobiles & ſi variables
, ne ſera conduit à ſa perfection que
par le concours des Négocians. On peut
néanmoins regarder des à préſent cet almanach
comme un moyen très - propre à
faciliter les correſpondances entre les Négocians
& les Fabriquans , & comme un
répertoire commode pour tous les citoyens.
Eclairciſſemens fur l'invention , la théorie
, la conſtruction & les épreuves des
nouvelles machines propoſées en France
, pour la détermination des longitudes
en mer par la meſure du tems ;
ſervant de ſuite à l'essai sur l'horlo
gerie & au traité des horloges marines
& de réponſe à un écrit qui a pour
124 MERCURE DE FRANCE.
titre : précis des recherches faites en
France , pour la détermination des longitudes
en mer , par la mesure artificielle
du tems. Par M. Ferdinand Berthoud ,
Horloger Mécanicien du Roi & de
la Marine , ayant l'inſpection de la
conſtruction des horloges Marines , &
membre de la ſociété Royale de Londres.
Semper ego auditor tantum ? Nunquamne reponam ,
Vexatus toties ?
JUVEN.
Vol. in - 4°. de 164 pages. A Paris ,
chez Mufier fils , Libraire , Quai des
Auguſtins.
Cet écrit polémique, dont le premier
objet eſt de ſervir de réponſe au précis
des recherches ci- deſſus énoncé ,peut néanmoins
être regardé comme un fupplément
au traité des horloges Marines de
M. Berthoud . L'auteur donne dans ce fupplément
des éclairciſſemens fur ce qui
concerne les recherches faites en France,
depuis pluſieurs années , pour parvenir à
déterminer les longitudes en mer , par
le ſecours des machines propres à mefurer
le tems . Il examine à qui appartiennent
la théorie , Finvention & la consMARS.
1774. 125
truction de ces machines ; diſcute enfin
les différentes épreuves qui en ont
été faites en mer.
Jacobi Vanierii , Prædium Rusticum. Nova
editio cæteris emendatior . Vol . in 8 ° .
A Paris , chez Barbou , rue des Ma-
- thurins .
La beauté du papier , la netteté des
caracteres , la correction du texte & une
jolie gravure de M. Longueil d'après le
deſſin de feu Gravelot , diftinguent cette
nouvelle édition du Prædium Rufticum
qui entrera dans la claffe des auteurs Latins
que M. Barbou a déjà publiée à la fatisfaction
des amateurs de belles éditions.
Le poëte Toulouſain a été quelquefois jugé
digne d'être comparé à Virgile. Le Pradium
Rufticum eſt d'ailleurs l'ouvrage en
vers le plus complet qui ait été compoſé
fur l'economie rurale ; & il méritoit à
ce feul tître les honneurs de la Typographie.
Traités fur différentes Matieres de Droit
Civil , appliquées à l'usage du Barreau ,
de Furisprudence Françoise , par M.
Pothier , Conſeiller au Préfidial d'Orléans
& Profeſſeur de Droit François
126 MERCURE DE FRANCE.
:
en l'Univerſité de la même ville ; to
me IV , in 40. A Paris , chez Jean de
Bure pere , libraire , quai des Augustins
, à l'Image St Paul ; & à Orléans ,
Chez la Ve. Rouzeau - Montaut , imprimeur
du Roi , 1774 .
Ce volume eſt le quatrieme& le dernier
de la collection des ouvrages de feu
M. Pothier . Il contient pluſieurs traités
importans du douaire , du droit d'habitation
, des donations entre mari & femme
, du droit de domaine de propriété ,
de la poſſeſſion , de la preſcription. Le
nom de M. Pothier fuffit pour garantir
l'exactitude , l'érudition & la fagacité
avec lesquelles tous ces objets font approfondis.
L'Art du Manege pris dans ſes vrais principes
, ſuivi d'une nouvelle méthode
pour l'embouchure des chevaux , &
d'une connoiſſance abrégée des principales
maladies auxquelles ils font fujets
, ainſi que du traitement qui leur
eſt propre ; par M. le Baron de Sind ,
colonel d'un régiment de cavalerie ,
premier écuyer de S. A. E. de Cologne,
Prince de Munſter , Membre de pluſieurs
Sociétés des Sciences ; troiſieme
MARS .
1774. 127
4
د
édition revue par l'auteur , augmentée
d'une table alphabétique en françois ,
latin & allemand des termes de manege
& remedes pour la conſervation
du Cheval , avec figures en taille douce.
A Vienne ; & à Paris , chez G. Desprez
, imprimeur du Roi & du Clergé
de France , rue St Jacques , 1774 .
Cet ouvrage eſt diviſé en deux parties.
Dans la premiere l'auteur confidere le
Cheval comme un éleve qu'il faut dresfer.
Il entre dans le détaildes leçons qui
doivent conduire à l'exécution ſimple &
naturelle de tous les airs du manege. Il
rend compte de la méthode dont il ſe
fert pour dégager cette éxécution de toute
contrainte , & pour que l'animal inſtruit
de ſes devoirs s'y prête avec facilité , & y
emploie ſes forces de maniere à opérer
leur plus grand effet ſans les détruire. Le
ſuccès de ces leçons dépend principalement
de l'embouchure du Cheval. Il fait
fentir les défauts & les inconvéniens des
embouchures les plus uſitées chez les différentes
Nations ; & il établit les regles
de la véritable embouchure ſur la connoiſſance
phyſique des organes & de la
ſtructure de l'animal.
Dans la feconde partie , l'auteur con728
MERCURE DE FRANCE..
fidere le Cheval comme un domeſtique
qu'il faut ſoigner. Il expoſe les diverſes
maladies auxquelles il devient ſujet par
le peu d'attention qu'on apporte au choix
de ſes alimens , au ménagement de fes
travaux & à la néceſſité de le garantir des
injures de l'air. Il parcourt la plupart des
maladies aiguës & chroniques. Il développe
leurs caufes , indique leurs ſignes ,
détaille leurs accidens montre l'abus du
traitement ordinaire , & donne les meil
leurs remedes pour leur guérifon .
Nouvelle Chimie du goût & de l'odorat ; ou
l'art de compofer facilement & à peu
de frais les liqueurs à boire & les eaux
de fenteur. Nouvelle édition entiérement
changée , conſidérablement aug-
- mentée & enrichie d'un procédé nouveau
pour compoſer des liqueurs fans
eau- de - vie , ni vin , eſprit- de - vin ,
proprement dit ; de pluſieurs diſſertations
intéreſſantes ,& d'une ſuite d'obſervations
phyſiologiques ſur l'uſage
immodéré des liqueurs fortes avec
figures . in . 8°. Prix relié 6 livres.
A Paris , chez Piſſot , Libraire , Quai
de Conti 1774 .
,
L'Auteur a fait dans cette nouvelle
édition
MARS. 1774 120
édition de grands changemens , beaus
coup d'augmentations , de corrections ,
d'éclairciſſemens ; & il le falloit. Car
tel eſt le fort des ouvrages qui dépendent
de l'expérience : il y a toujours à
retoucher , à corriger , à perfectionner .
L'Auteur n'a pas beaucoup augmenté le
nombre de ſes recettes , mais il a multiplié
les procédés généraux , facilement
applicables aux opérations qui leur font
analogues. Il a difcuté l'importante question
touchant l'action des liqueurs fpiritueuſes
ſur les organes du corps-humain ;
c'est - à - dire leurs effets ou ſalutaires ou
pernicieux. On retrouve par- tout dans
cet ouvrage l'expérience éclairée par la
théorie , & fondée ſur les meilleurs
principes de phyſique & de la Chimie.
L'éleve de la raison & de la religion ; ou
traité d'éducation phyſique , morale &
didactique , par un citoyen , 4 vol .
in - 12 ; à Paris chez Barbou , rue des
* Mathurins , & à Villefranche de
Rouergue , chez Vedeilhié.
も
On peut définir l'éducation l'art de
former des corps plus robustes , des ames
plus vertueuses && des esprits plus éclairés.
2
1
130
MERCURE DE FRANCE .
L'éducation conſidérée ainſi dans toute
fon étendue , a toujours été regardée comme
la ſource la plus certaine du repos ,
non- feulement des familles , mais des
Etats & des Empires. En effet , n'eſt- ce
pas la bonne éducation qui met toutes les
perſonnes qui ont naturellement quelques
diſpoſitions , en état de remplir dignement
leurs fonctions différentes ? N'est - ce pas
de la Jeuneſſe que viennent tous les
Peres de famille tous les Magiſtrats ,
tous les Miniftres , en un mot , toutes
les perſonnes conſtituées en aurorité &
en dignité ?
,
C'eſt en conféquence de ces principes
, que les plus grands hommes de l'Antiquité
ont toujours regardé comme le
devoir le plus eſſentiel des parens , des
Maîtres , des Magiſtrats & des Princes
, de veiller à l'éducation des enfans ;
&ils remarquent que tout le déſordre des
Etats ne vient que de la négligence de ce
devoir.
Platon en cite un illuſtre exemple ,
dans la perſonne du Prince le plus accompli
dont nous parle l'Hiſtoire ancienne
: c'eſt le fameux Cyrus. Occupé
de ſes conquêtes , il abandonna aux femmes
le ſoin de ſes enfans. Ces jeunes
MARS. 1774. 131
Princes furent élevés , non ſuivant la discipline
dure & auſtere des anciens Perfes,
> qui avoit ſi bien réuſſi par rapport à
Cyrus leur pere , mais à la maniere des
Medes , ceſt- à-dire , dans le luxe , la molleſſe
& les délices. Une telle éducation
dont toute remontrance & toute repri
mande étoient ſoigneuſement écartées ,
- eut, dit Platon , tout le ſuccès qu'on en devoit
attendre. Les deux Princes auſſi-tôc
après la mort de Cyrus , ne pouvant ſouf-
, frir ni ſupérieur ni égal , armerent leurs
mains l'un contre l'autre , & Cambyfe ,
devenu le maître par la mort de fon
frere , s'abandonna comme un infenfé &
un furieux , à toute forte d'excès , & mit
l'Empire des Perſes à deux doigts de ſa
perte. Cyrus lui avoit laiſſé une vaſte
étendue de Provinces , de revenus im
> menſes , des armées innombrables ; mais
tout cela tourna à ſa ruine , faute d'un
autre bien infiniment plus eftimable
qu'il négligea de lui donner , une bonne
éducation.
7
,
Cet exemple , qu'on peut appliquer à
tous ceux qui font chargés de l'éducation
des enfans , prouve de quelle impor.
tance il eſt de les bien élever. Mais ,
pour mettre encore cette matiere dans
12
1
132 MERCURE DE FRANCE.
1
un plus grand jour , on peut avancer que
le royaume où l'on procureroit aux jeunes
gens la meilleure éducation poſſible ,
ſeroit le plus floriſſant & le plus heureux
; ce qu'il eſt aiſé de prouver par
'Hiſtoire , par l'obſervation de ce qui
ſe paſſe dans la nature , & par le raiſonnement.
L'auteur n'a rien négligé de ce qui
peut procurer une bonne éducation ; il
a diviſé ſon traité en trois parties : dans
la premiere , il confidere l'éducation par
rapport au corps , ce qui donne l'éducation
physique ; dans la ſeconde , il examine
l'éducation relativement au coeur ,
d'où ſuit l'éducation morale ; dans la troiſieme
, il l'enviſage par rapport à l'esprit
, ce qui produit l'inſtruction ou l'éducation
didactique. Nous dirons , d'après le
jugement de M. Riballier , cenfeur royal ,
que l'auteur donne fur chacun des objets ,
des leçons inftructives & intéreſſantes ;
qu'il s'eſt ſur - tout beaucoup étendu fur
deux points bien importans , c'est- à- dire ,
ſur ce qui eſt relatif à la religion & à la
probité ; & que ceux qui le prendront
pour guide ne peuvent inſpirer que de
bons fentimens à leurs éleves .
MARS. 1774. 133
১
:
L'art des armes , ou la maniere la plus
certaine de ſe ſervir utilement de
l'épée , ſoit pour attaquer , ſoit pour
ſe défendre ; ſimplifiée & démontrée
ſuivant les meilleurs principes de théorie
& de pratique , adoptés actuellement
en France : ouvrage néceſſaire à la
jeune Nobleſſe, aux Militaires &à ceux
qui ſe deſtinent au ſervice du Roi , aux
perſonnes même qui , par la diſtinction
de leur état , ou par leurs charges ,
ſont obligées de porter l'épée , &à tous
ceux qui veulent faire profeſſion des
armes. 2 vol. in - 8°. ornés de 47 planches
en taille douce , reliés. Prix 12 1.
à Paris , chez Jombert pere & fils , rue
Dauphine ; veuve Hériſſant rue Saint
Jacques , & Lacombe , rue Chriſtine.
Le cours de cet ouvrage utile avoit
été interrompu par une conteſtation qui
a été décidée à l'avantage de M. Danet,
& qui rend l'activité à ſon livre. L'auteur
y développe de la maniere la plus
méthodique, les vrais principes de l'art
des armes ; il a tracé avec préciſion
dans un grand nombre de planches ,
les poſitions les plus avantageuſes , foit
, pour attaquer , ſoit pour ſe défendre.
13
134 MERCURE DE FRANCE.
Ce traité diviſé en trois parties qui
compoſent tout l'enſemble de l'art des
armes ; dans la premiere l'habile maître
traite du jeu ſimple , dans la ſeconde du
jeu double ; & dans la troiſieme dujeu
déciſif , c'est - à- dire , ce que l'on doit
faire en avançant , tout ce que l'on
peut entreprendre de pied ferme ſur la
multiplication du même coup , enfin
ce que l'on peut exécuter en rompant
la meſure. M. Danet analyſe chaque
coup; il en fait connoître les mouvemens
& les effets ; enforte que , fans le
ſecours même d'un maître , on peut
parvenir à faire des progrès dans l'art de
l'épée,
Mémoires de Chimie , par M. Sage , vol .
in . 8°. prix 4 liv. 10 fols broché. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue S.
Jacques , vis - à - vis celle des Mathu-
: rins.
Cet ouvrage préſente des recherches
fur la nature du verre ; des obſervations
fur les charbons de terre ; des remarques
ſur le ſpath fuſible , phosphorique , & fur
le ſpath ſéléniteux; une analyſe compa.
rée de différentes eſpeces de tourbes ; un
examen de la terre végétale ; une analyſe
du terreau de couche ; un examen du ſel
:
MARS. 1774. 135
ל
animal , connue ſous le nom d'alkali
phlogiſtique ; des remarques fur le bleu
de Prufſe natif; des obſervations fur les
chaux métalliques & fur les criſtallifations
des ſubſtances métalliques par l'intermede
du mercure ; des remarques fur
l'acide marin retiré des métaux ſpathiques
, & fur une nouvelle eſpece de ſel
ammoniac marin; des eſſais & différentes
analyſes de mines ; des obſervations fur
le mixte falin volatil , qui ſe dégage lorsqu'on
verſe de l'acide vitriolique ſur un
alkali ou fur de la terre calcaire; un mémoire
ſur la peſanteur comparée de différens
fluides; des remarques ſur la table
des rapports , &c. :
Cet ouvrage eſt rempli d'idées & de
propoſitions abſolument neuves & fi éloignées
de tout ce que les Chimiſtes ont
penſé juſqu'à préſent , qu'une feule ſeroit
une découverte de la plus grande
importance , fi elle étoit prouvée; mais
c'eſt précisément la partie foible de ce
livre. Il manque abſolument par les preuves.
Au lieu d'y trouver un grand nombre
d'expériences pour appuyer chaque
aſſertion , on n'y rencontre qu'un grand
nombre d'aſſertions qui ne font établies
preſque ſur aucune expérience déciſive.
14
$36 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez le même Libraire cideſſus
nommé & du même Auteur , les
élémens de minéralogie docimaſtique , vol.
in. 8°. prix 4 liv. 10 fols br. Plus , un
Examen chimique de différentes ſubſtances
minérales ; Effais fur le vin , les pierres ,
les bezpards & d'autres parties d'histoire
naturelle & de chimie ; Traduction d'une
lettre de M. Lehmann ,fur la mine de plomb
rouge , vol . in - 12 , prix 2 liv. br. Ces
deux ouvrages publiés le premier en 1772 ,
& le ſecond en 1769 , ont été annoncés
precédemment dans le Mercure.
Histoire de l'Académie royale de Infcription
& Belles - Lettres , in- 12. tome XV ;
Mémoires de Littérature de la même Académie
, tomes LV , LVI , LVII ,
LVIII & LIX. Ces nouveaux volumes
comprennent les tomes XXXI & XXXII
de l'édition in-4°. Les ſix volume brochés
ſont de 16 liv. 4 f. A Paris , chez Pançkoucke
, rue des Poitevins.
و
rue On publie à l'hôtel de Thou
des Poitevins , le vingt- neuvieme volume
in - 40. , du grand Vacabulaire françois.
Ce volume commence par le mot
MARS. 1774 137
turnere , genre de plante à fleur mono
pétale , & finit au mot viorne , arbriſſeau
qui croît dans les haies.
Lettres nouvelles , au nouvellement recou
vrées de la Marquise de Sévigné & de
la Marquiſe de Simiane ſa petite - fille ,
pour ſervir de ſuite au recueil des
lettres de la Marquiſe de Sévigné ,
petit in - 12 conforme aux éditions
dans ce petit format , prix broché
36 fols. A Paris , chez Lacombe.
Amsterdam chez Rey 1774 .
,
Ceste nouvelle édition a été demandée
par ceux qui ont le petit format des lettres
de Madame la Marquiſe de Sévigné ,
&qui veulent compléter la collection de
cet ouvrage intéreſſant.
MM. les Souſcripteurs de la nouvelle
édition des bibliotheques françoiſes de la
Croix du Maine & de Duverdier , dédiées
au Roi , avec des remarques critiques
& littéraires , par M. Rigoley de
Juvigny , Conseiller Honoraire au Parlement
de Metz , font priés de retirer
leurs exemplaires dans le courant du préſent
mois de Mars , paſſé lequel temps ,
ils ne feront plus admis à les retirer ;
& à compter du premier Avril prochain ,
138 MERCURE DE FRANCE.
le prix des fix volumes ſera de 90 liv. au
lieu de 67 liv. to fols pour le petit papier
, & de 144 liv. pour le grand papier
, attendu le petit nombre d'exemplaires
qui reſtent de l'un & de l'autre format.
ACADÉMIES.
I.
Séance publique du mercredi 4 Août 1773
de l'Académie Royale des Sciences , Belles
- Lettres & Arts de Rouen.
M. HAILLET de Couronne , ſecrétaire
perpétuel pour les belles - lettres & arts
agréables , rendit compte des travaux académiques
de ſon département , & les éleves
des Ecoles du Deſſin furent publiquement
couronnés.
M. l'Abbé Auger , profeſſeur de rhétorique
, lut ſa traduction de la premiere
Catilinaire de Cicéron .
On alu , pour M. Giraud , Prêtre de
l'Oratoire , ſa traduction en vers latins ,
de la 143º. fable de la Fontaine.... le Savetier
& le Financier. Sutor & quæſtor.
M. de Couronne lut fonEloge hiftoMAR.
S. 1774- 139
>
1
rique de feu M. le Carpentier , architecte
du Roi , afſſocié titulaire.
On a la l'Héroïde qui avoit obtenu
l'acceffit l'annéederniere. L'auteur , M.
le Comte de Laurencin , depuis afſocié
adjoint , l'a perfectionnée & renvoyée à
l'Académie , qui a répété publiquement
que fon approbation ne portoit que ſur le
mérite poëtique , & non ſur le ſujet particulier
de ce poëme , à l'égard duquel
elle ne prononçoit pas.
M. Dornay lut le 4º. chant du poëme
de la Peinture de feu M. Bréant. On
expoſa dans cette féance.
Deux eſtampes gravés par M. Bacheley,
titulaire; l'une eſt le portrait de feu
M. le Cat , l'autre eſt une vue du château
de Ryswick , d'après Rhuysdaal , peintre
Hollandois .
Les portraits de l'Empereur & du Roi
de Pruſſe , gravés par M. Lemire , aſſocié,
Les autres ouvrages préſentés pendant
l'année , & dont M. le ſecrétaire rendit
compte , étoient le panégyrique d'Evagoras
par Ifocrates , traduit par M. l'Abbé
Auger.
Une traduction en proſe , de l'art poëtique
d'Horace , avec des notes.
Une piece de vers , intitulée le Tombeau
du Roi de Sardaigne.
140 MERCURE DE FRANCE.
Des principes raiſonnés ſur l'art oratoire
, par Dom Gourdin , profeſſeur de
réthorique à Beaumont en Auge.
Une Differtation intitulée : Notions
grammaticales , par M. Maclot , profeſſeur
de mathématiques à Paris .
Un mémoire de M. le Comte de Lautencin
, ſur l'utilité des Sociétés académiques
, & le bonheur que l'étude des belles-
lettres doit procurer à ceux qui les
cultivent. ;
Le profpectus d'un ouvrage que Dom
Labbé ſe propoſe de publier ſous le tître
de Révolutions des Moeurs .
Trois fables en vers françois par M. de
Machy , la Vigne & le Lierre ; le Paon ;
l'Enfant & ses Foujoux .
M. de Couronne annonça le programme
du prix des belles- lettres , en diſant : Un
des premiers objets de l'Académie ayant
toujours été de s'occuper de l'hiſtoire naturelle
& civile de la Province , elle propoſe
pour ſujet du prix qu'elle aura àdonner
en 1774 .
"
ود
Une notice critique & raiſonnée des
hiſtoriens anciens & modernes de la
Neuſtrie & Normandie , depuis fon
origine connuejuſqu'à notre ſiecle , pour
و و
ſervir d'introduction à l'hiſtoire géné
ود
"
ود
rale de la Province. "
MARS. 1774.141
Ce prix donné par M. le Duc d'Harcourt,
Protecteur de l'Académie , eſt une
médaille d'or , de la valeur de trois cent
livres. Les ouvrages feront adreſſés ,francs
de port , à M. Haillet de Couronne , Secrétaire
perpétuel , & ne feront reçus que
juſqu'au premier Juillet 1774 , incluſivement.
Les auteurs font avertis de ne
point fe faire connoître , mais de joindre
ſeulement à leur mémoire un billet cacheté
, qui contiendra la répétition de
l'épigraphe ou fentence miſe en tête ainſi
que leur nom & leur adreſſe.
M. Dambourney, Secrétaire perpétuel
pour les ſciences & arts , rendit compte
du moyen trouvé par M. Scanégatty , pour
joindre au Peze - liqueur un thermometre
qui indique le plus ou moins de raréfaction
occaſionnée par la température de
l'atmoſphere ; de forte qu'avec cet inftrument
ingénieuſement compliqué , on détermine
précisément la quantité d'eſprit
de vin contenue dans une Eau- de - vie
quelconque , indépendamment du chaud,
ou du froid dont la liqueur est affectée.
D'un mémoire de M. Juvel , Médecin
pour le Roi , fur les eaux de Bourbonne.
De deux nouvelles cartes Marines de
M. l'Abbé Dicquemare , pour les fondes
142 MERCURE DE FRANCE.
en dedans & en dehors de la Manche ,
ainſi que de toutes les côtes du Ponant.
De la ſuite des expériences du même ,
fur la reproduction des parties retranchées
aux anémones de mer.
D'un mémoire dans lequel M. Muſtel
prétend établir que les fourmis loin de
nuire aux arbres , facilitent leur végétation
, par la guerre qu'elles font aux pucerons
, & autres infectes nuiſibles.
D'un recueil d'obſervations de M. de
Saint-Martin , ſur les pernicieux effets de
la céruſe dans le cidre; fur les dangers
des vaiſſeaux de cuivre & de plomb; fur
les coliques minérales , fréquentes dans
les grandes maiſons & les Communatés.
:
De l'obſervation de l'Eclipſe totale de
Lune , le onze Octobre 1772 , par M.
Dulague.
D'une montre qui marque les douze
mois de l'année , l'équation de 10 en ro
jours , les heures , les minutes , les ſecondes
, concentriques & fans renvoi, Un
ſecond Cadran placé au revers du premier
, indique les dates des mois , les
jours de la ſemaine , les phaſes de la Lune
&fon quantieme. L'auteur eſt M. Duval
Horloger , à Rouen.
MARS. 1774 148
M. de la Folie a lu le détail de fes
nouvelles expériences & obſervations
> ſur la vertu magnétique.
!
1
;
L
M. Muſtel a fait voir des feuilles entieres
, des fragmens de feuilles , & des
graines du véritable thé du Paragay.
On diſtribua les prix fondés par le
corps municipal , pour l'Anatomie , la
Chirurgie, la Botanique , les Mathématiques
, l'Hydrographie , & l'art des accouchemens.
Aucun des mémoires qui avoient concouru
au grand prix des ſciences n'ayant
rempli les vues de l'Académie , elle propoſe
pour 1774-
D'indiquer quelles ont été les découvertes
Anatomiques depuis le commencement de ce
fiecle , & les avantages que l'art de guérir
en a retirés ?
Ce prix , donné par M. le Duc d'Har
court , eſt une médaille d'or de trois
cent livres , les ouvrages feront adreſſés
dans la forme & le temps fixés ci - deſſus
à M. L. A. Dambourney , Négociant à
Rouen , Secrétaire perpétuel.
1
144 MERCURE DE FRANCE.
1 1.
Académie - Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Beziers , du Feudi 2 Septem- :
bre 1773.
La ſéance publique qu'on avoit réſolu
de tenir après la quinzaine de Pâques
ayant été renvoyée au premier Jeudi d'après
la faint-Martin , à cauſe des indiſpoſi-"
tions & de la mort de M. Brouzet , alors
directeur , on a cru devoir faire connoître
au Public les ſujets qui ont été traités dans
nos aſſemblées , depuis Pâques juſqu'à ce
jour.
M. Bouillet , Secrétaire , a lu un mémoire
où il répond à la critique qu'on a
faite dans le quatrieme tome de l'Encyclopédie
, des démonftrations des regles fondamentales
de l'art de guérir , qu'il a données
dans le ſecond tome de ſes élémens
de Médecine pratique , imprimé en 1746.
** Comme on a oppoſé pluſieurs raiſonnenemens
à ces démonstrations , M. B. a
été obligé , pour en mieux faire voir le
peu de folidité , de les partager , de même
que ſes réponſes , en huit articles .
Ces articles étant trop longs pour qu'on
puiffe
:
i
MARS. 1774 . 145
2
1
puiſſe les rapporter ici , on ſe contentera
d'annoncer qu'ils paroîtront bientôt, àla
ſuited'un ouvrage que M. Bouillet acompoſé
ſous ce titre: exposition des maladies
aiguës qui ont été obſervées à Beziers,
& dans pluſieurs autres lieux , depuis 1746 ,
jusqu'à la fin de 1769 , &c. &c .
M. de Bouſſanelle , Brigadier des armées
du Roi , lut le commencement
d'un diſcours fur la parure : il en fit
fentir le faux , les caprices , les dangers
; &, pour mieux les peindre , il
n'emprunta d'autres traits que ceux que
l'amour de la patrie & une ſaine philoſophie
peuvent fournir. Il s'attacha fur
tout à démontrer le luxe & l'orgueil de
la plupart des ajuſtemens modernes , &
prouva qu'il n'étoit point de plus grande
illuſion que celle de la parure , puiſqu'elle
porte à l'oubli de leur être , les mortels
les plus vils , des hommes de néant , &
que, non moins pernicieuſe que tout autre
luxe, elle entraîne néceſſairement la
confufion des états. M. de B. promit la
ſuite de ce diſcours , pour l'aſſemblée
prochaine de l'Académie.
M. l'Abbé de Baſtard a fait voir dans une
diſſertation&pardes exemples , les inconvéniens
qui réſultoient de l'hiſtoire , lorf-
K
146 MERCURE DE FRANCE.
que les hiſtoriens ſe permettoient de blamer
ou de juſtifier mal à propos les faits
& les actions qu'ils rapportoient.
M. l'Abbé Bouillet lut un mémoire
fur quelques nouvelles propriétés des nombres.
Il etablit ſur cette matiere, desprincipes
généraux & indépendans de tout
ſyſtême de numération. Il les applique
enfuite à différentes échelles arithmétiques
, & , pour mieux prouver les avantages
ou les inconvéniens dont elles font
fufceptibles , il compare tous ces ſyſtêmes
les uns avec les autres ; il trouve , par
exemple , que la progreſſion quaternaire feroit
très- commode pour certaines opérations
qui demandent de longs calculs ,
& que ce n'eſt point fans raifon qu'un
Peuple de la Thrace, fort ſpéculatif,
avoit autrefois adopté cette maniere de
compter, fuivant le rapport d'Ariftote. *
L'Auteur paſſe de la théorie à desvérités
utiles dans la pratique. Il donne ,
en particulier , une méthode plus expéditive
que celles de Néper , de Leibnits † ,
&c. pour réduire , dans une infinité de
cas, les multiplications & diviſions des
* Dans ſes problêmes , ſection 15.
+ Hift. de l'Acad. 1703 , pag. 58 , &c. :
MARS. 1774. 147
f
7
)
nombres les plus compoſés , àde ſimples
additions ou ſouſtractions ; & il obſerve
quecette méthode peut devenir générale ,
ou par le moyen de tables beaucoup plus
faciles àconſtruire que celles des logarithmes
, ou peut- être même ſans ce ſecours.
Il indique enfin un moyen fort ſimple de
procurer au ſyſtème de la progreſſion dénaire
, tous les avantages des autres ſyſtêmes
, ſans en avoir à craindre les inconvéniens.
M. Audibert , Avocat , a lu des réflexions
, où , après avoir fait remarquer
que c'eſt undevoir de la Société , de cultiver
l'art des converfations agréables ,, à
cauſe de leur utilité , il a mis en queſtion
ſi la maniere d'exprimer une penſée peut
fournir autant ou plus d'agrément à la
converſation , que la penſée même.
M. Bertholon , prêtre de la Congrégation
de la Miſſion , & Profeſſeur de Théologie
, au Séminaire , a lu auſſi un mé
moire ſur l'influence de quelques météores
ignés , & particulièrement du tonnerre,
ſur les végétaux & les animaux.
L'Auteur prouva par différentes obſervations
les effets de ce météore fur la germination
des plantes , ſur leur accroiffe-
1
K2
148 MERCURE DE FRANCE .
ment & fur la maturation de quelques
fruits . Il montra que le développementdu
germe des plantes eft accéléré , que l'accroiſſement
eſt plus rapide , & que la
matutité eſt ſenſiblement avancée.
Cette nouvelle aſſertion eſt appuyée
fur des obſervations faites dans les mêmes
climats , dans des années où les orages
étoient fréquens , comparées à d'autres
années qui n'avoient point été orageuſes ,
ou du moins très-peu , ainſi que ſur d'autres
obſervations faites dans diverſes régions
où les orages font preſque continuels
, comparées à d'autres pays où la
foudre tombe rarement. On fit voir enfuite
combien ces obſervations étoient
conformes aux vrais principes de l'électricité
, & aux expériences de pluſieurs
phyſiciens , par leſquelles il eſt démontré
que l'électriſation hâte le tems de la germination
; que les plantes électriſées ont
une vigueur plus marquée , &que les parties
de la fructification ſe développent
plutôt.
Notre Académicien prouva encore que
la foudre produit à- peu- près les mêmes
effets fur quelques eſpecesd'inſectes ; que
des tonnerres fréquens ont été cauſe que
4
MARS. 1774. 149
⚫pluſieurs inſectes, principalement des familles
des Coleopteres , des Hémipleres ,
&c. ont été plus multipliés dans certains
temps orageux , & ont paru beaucoup
plutôt ; que les fréquens tonnerres font
très-nuiſibles à pluſieurs lépidopteres ,
du moins à leurs larves. Il parla enfuite
des effets utiles ou pernicieux du tonnerre
fur quelques autres eſpeces d'animaux.
Il ſeroit à ſouhaiter que les naturaliſtes
fiſſent de fréquentes obſervations
fur ce ſujet.
7
コ
III .
MONTAUBAN.
L'Académie des Belles - Lettres de
Montauban tint ſon aſſemblée publique
à l'ordinaire , le 25 Août dernier.
M. le Baron Dupuy Montbrun , Di.
recteur de quartier, ouvrit la féance par
un diſcours mêlé de proſe & de vers , où
› il montra que le ſeul génie ouvre à l'émulation
le temple de la gloire , & lui
fournit de quoi terraſſer les monſtres qui
en défendent l'entrée.
M. l'Abbé de la Tour lut un diſcours
contre la médiſance , où il démontra que
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
tout médiſant devient calomniateur , parce
qu'il parle toujours fans ètre bien inſtruit
des faits , & qu'il ne manque prefque
jamais de les altérer.
M. de Saint-Hubert récita des vers où
il déclara modeſtement qu'il écrivoit fans
prétention ; mais il eut lieu de s'appercevoir
que le Public en a beaucoup pour
lui , & que perſonne n'eſt diſpoſé à ſoufcrire
à l'adieu philofophique qu'il ſemble
vouloir dire à la rime.
M. l'Abbé Bellet lut un difcours contre
l'ennui , dont il rechercha les cauſes
& les remedes. Il eſſaya de prouver
que les lettres ont fupérieurement
la vertu de prévenir ou de diſſiper les
nuages dont il obſcurcit ſi ſouvent notre
exiſtence.
M. Dupuy-Montbrun récita une idylle
fur l'innocence & les agrémens de la
campagne , & l'on convint que fon pinceau
a des couleurs pour tous les genres,
M. l'Abbé Bellet lut une ode imitée
du pſeaume 1x , intitulée : La France re .
nouvelant ſes voeux à Dieu , & fon ferment
de fidélité au Roi , le 28 Octobre
1772 , précédée d'un diſcours où il
montra le tendre intérêt que l'AcadéMARS.
1774. 151
}
}
>
mie ſe fait un devoir de prendre à tout
ce qui intéreſſe le bonheur & la gloire
duRoi.
M. de Saint-Hubert , en lifant des vers
fur ce qu'on a prétendu qu'il n'y a plus
rien de nouveau à dire , confola le Public
, qui avoit témoigné regretter qu'il
parût déterminé à renoncer à la poéfie.
Le prix d'éloquence fut adjugé à un
diſcours de M. l'Abbé Boulogne , de la
Commanderie de S. Jean de Rhodes ,
près S. Agricol à Avignon .
Et celui de poéſie à un poëme de M.
l'Abbé Baltazar , l'un des profeſſeurs du
College , qui fit la lecture de fon ouvrage.
Le prix d'éloquence de 1774 , eſt deftiné
à un diſcours dont le ſujet ſera :
La véritable philosophie est dans les
moeurs plus que dans les paroles , conformément
à ces paroles de l'Ecriture : Di.
centes enim se efſſe ſapientes , stulti facti
funt. Rom 1. 2 .
Les difcours feront adreſſés francs de
port, dans le cours du mois , à M.
l'Abbé Bellet , Secrétaire perpétuel de
l'Académie,
K 4
1
152 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL,
LE Concert ſpirituel du 2 Février
1774 , a commencé par une ſym.
phonie de M. Rigel . M. Naudi a
chanté un motet à voix ſeule. M. Du
port le jeune a joué avec beaucoup d'applaudiſſement
un ſolo de ſa compofi.
tion , ſur le violoncelle. On a exécuté
un nouveau motet à grand choeur , del
Signor Langlé , ci- devant premier Maître
de Chapelle du Conſervatoire de la
Piété de Naples . Les deux premiers verfets
de ce motet ont paru d'une beauté
frappante , d'une expreſſion vive , d'un
chant agréable , ſuperbe & énergique.
Les autres récits & les choeurs ont été
trouvés dignes du génie de ce Maître ,
mais fans avoir le grand caractere des
deux premiers morceaux. Ce motet a
été ſuivi par une grande ſymphonie concertante
de M. Stamitz fils , à quatre parties
obligées & parfaitement exécutée
par MM. Çapron , Duport , Guénin &
Monin. M. Legrand & M. Richer ont
chanté avec goût Chriſte redemptor , ex.
MARS. 1774 . 153
cellent duo de M. Goſſec. M. Leduc le
jeune , virtuoſe admirable , a exécuté
avec beaucoup d'élégance , de juſteſſe &
de préciſion un concerto de violon; le
concert a fini par laudate pueri , motet à
grand choeur , qui fait honneur à M. de
Saint-Amant.
OPERA.
L'Académie royale de Muſique a donné
le mardi 22 Février , la premiere repré.
ſentation de Sabinus , tragédie lyrique
réduite à quatre actes , poeme de M. de
Chabanon, muſique de M. Gofſec.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain,
plus de détails ſur cet opéra. Tout
ce que nous pouvons dire en ce moment
d'après une répétition , c'eſt que le poëme
a de l'intérêt ; la muſique , de l'effet & de
l'expreffion ; le ſpectacle , de la variété&
dela magnificence. Les ballets , compofés
par MM. Veftris , Gardel &d'Auberval ,
& exécutés par les premiers talens que
l'émulation & le zêle ont rapprochés
réunis , fontle plusgrand plaiſir. Le jeune
Veftris étonne & enchante par la force &
K5
154 MERCURE DE FRANCE,
la perfection de ſa danſe. On doit lemê .
me éloge à Mlle d'Orival & à M. Gardel
le jeune. MM. Veſtris , Gardel & d'Auberval
; Mlles Heinel , Guimard , Peflin ,
Aſſelin , enſemble & ſéparément , enle
vent tous les fuffrages. Les principaux
rôles font très bien remplis par M. &
Mde l'Arrivée , par MM. Gelin & Durand.
COMEDIE FRANCOISE.
5
Le vendredi 18 Février , époque de la
mort de Moliere , les Comédiens François
ont donné une repréſentation de la
Centenaire , comédie en un acte de M.
Artaud , qui a l'avantage d'avoir fondé ,
en quelque forte, une fête en l'honneur
du grand homme , le génie , le pere & le
modele de la bonne comédie.
COMEDIE ITALIENNE .
LES Comédiens Italiens ont donné le
jeudi 10 Février , la premiere repréſentation
du rendez-vous bien employé , paMARS
. 1774 . 155
rodie nouvelle en un acte & en vers mêlé
d'ariettes , par M. Anſaulme , mufique
de M. Martini.
Colombine aime Arlequin & en eſt ai.
mée. Arlequin a pourtant des foupçons ;
il craint que l'intérêt ne lui faſſe préférer
Pantalon , ou le Docteur , ſes amans ;
Colombine le raſſure : Arlequin jouit
d'avance de la diſgrace des deux vieillards
trompés. Il s'amuſe àparodier tourà-
tour ces galants furannés ; Colombine
s'apprête auſſi àles bien duper. Pantalon
& le Docteur , excités par une mutuelle
jaloufie , & ridiculement accoutrés en
Spadaffins , entrent en explication , &
ſe font un défi. Chacun des deux champions
tâche d'intimider ſon rival. Pantalon
vante ſes exploits ſur terre , lorfque
dans ſa jeuneſſe il étoit Houzard,
& le Docteur chante ſes exploits fur
mer lorſqu'il étoit Corſaire. Ils ſe battent
à l'épée avec tout le cérémonial de
braves guerriers. Colombine ſurvient &
les fait rengainer. Elle exige de ſes deux
vieux amans un terrible ferment , par lequel
ils jurent de ſe ſoumettre à fon
choix , & de n'en marquer aucun reffentiment
: ce qu'ils promettent très - folemnellement.
Elle donne enfuite , mais en
156 MERCURE DE FRANCE.
ſecret , à l'un & à l'autre , un rendezvous
, lorſque la nuit ſera venue. Chacun
des deux rivaux ſe croit le favori ;
Pantalon gliſſe en cachette un préſent
d'une bourſe remplie d'or à Colombine ,
& le Docteur lui donne avec le même
myſtere un diamant, que Colombine reçoit,
après quelques petites façons , avec
un ſourire malin. Elle s'applaudit d'avoir
fait ſes dupes des deux vieillards , & de
refter fidelle à fon cher Arlequin , préférant
l'amour à ſa fortune. Cependant ,
Arlequin déguisé avec une grande perruque
& un long manteau , guettant Colombine
, & entendant la déclaration de
ſa maîtreſſe , vient lui témoigner fon
contentemeut. Ils rient enſemble de la
crédulité des vieillards. Les deux amans
ſe retirent & font place à Pantalon &
au Docteur , qui viennent en tapinois ,
chacun avec une lanterne fourde au rendez-
vous ; mais au lieu de Colombine
qu'ils cherchent , ils ſe rencontrent nez à
nez ſans ſe chercher. Ils s'interrogent ,
ils ſe querellent , & croient qu'Arlequin
qu'ils n'ont pas reconnu étoit l'un d'eux ,
rival préféré . Ils font bientôt déſabuſés
par Colombine même qui ſe moque de
leur paſſion . Les vieillards jaloux & conMARS.
1774 . 157
১
Y
fus , pardonnent à leur maîtreſſe, pourvu
que l'amant qu'elle choisit ne foit point
Pantalon ou le Docteur : Colombine les
met d'accord , en leur déclarant que c'eſt-
Arlequin qu'elle aime. Les deux vieillards
ſe rendent justice & applaudiſſent à fon
choix , fans pourtant convenir que leur
rendez- vous foit bien employé.
Le rôle d'Arlequin a été joué par M.
Julien; celui de Pantalon par M. Trial ;
celui du Docteur par M. la Ruette ; &
Colombine par Madame Trial , avec le
genre de comique convenable à leur per
ſonnage.
La muſique de M.deMartini eſt agréable
, expreſſive & pittoreſque; elle fait
honneur au génie de cet habile compofiteur
ſi avantageuſement connu par la
muſique délicieuſe de l'Amoureux de quinze
ans. On peut dire pourtant qu'il
a trop foutenu la nobleſſe de ſon ſtyle ,
& qu'il n'a pas ſu lui donner les formes
comiques & propres au genre grotesque
de la parade.
Cette piece a été retirée après la troiſieme
repréſentation , à cauſe des nou,
veautés quel'on prépare à cethéâtre. Les
auteurs du Rendez- vous , poëte & muſi
1
158 MERCURE DE FRANCE.
!
cien , profiteront fans doute de det inter .
valle pour faire quelques changemens &
les corrections que le Public a paru defirer
; nous ne doutons point qu'ils n'embelliffent
cette comédie , & qu'ils ne lui
rendent tout le comique & la gaieté
qu'elle ſemble promettre.
DÉBUT.
Le ſieur le Meunier , qui n'avoit encore
paru fur aucun théâtre , a débuté
le mercredi 9 Février dans le rôle du
Huron , le 20 , dans le rôle de Silvain ,
& le 23 , dans le Désertcur. Cet acteur
eſt grand , d'une taille avantageuſe
, d'une figure très-belle , & peut- être
trop belle pour le théâtre ; fa voix eſt un
concordant , &, ſans être forte , elle eſt
agréable , ſenſible , intéreſſante; il chante
avec ame & avec goût , & joue avee
intelligence , ſans altérer le mouvement
ni le caractere de la muſique. Il peut être
très- utile à ce théâtre , où l'habitude &
l'étude des bons modeles lui donneront
de grands avantages.
MARS . 1774. 159
4
۲
GEOGRAPHIE.
I.
Carte de la Picardie , Artois , Boulonois ,
Flandre françoise , Hainaut & Cambrefis;
contenant toutes les Paroiſſes
annexes & Abbayes , avec les routes&
chemins d'après la carte générale de la
France , en 177 feuilles , de MM. de
l'Académie Royale des Sciences , à Paris
, chez Bourgoin , Graveur, rue de
le Harpe , vis- à- vis le paſſage des Jacobins
, à côté du Café de Condé,
1774.
Cette Carte eſt en quatre feuilles , de
la grandeur de l'itinéraire de la France ,
&du prix de 2 liv. 8 fols .
II.
Guide ou Dictionnaire topographique des
grandes routes de Paris aux Villes ,
Bourgs , Abbayes , Duchés , &c . du
Royaume , proposée parſouſcription.
Cet Ouvrage, diſent les Editeurs, fruit
de 5 années d'un travail pénible, eſt auſſi
utile qu'intéreſſant.
ピ
160 MERCURE DE FRANCE .
travaux .
Depuis long- temps pluſieurs Géographes
habiles & qui méritent fans contredit
l'eſtime & la reconnoiffance publique
, ont fait tous leurs efforts pourdonner
aux Voyageurs des Itinéraires inftructifs&
amufans ; le ſuccès a couronné leur
Un ſeul point manquoit à ces
Itinéraires , la facilité de les rendre portatifs
& de conſerver une échelle affez
grande pour détailler tous les objets qui
ſe préfentent à la vue. Nous croyons avoir
trouvé cet avantage par la commodité du
format & l'ordre avec lequel les Plans
ſont placés. En effet cet ouvrage eſt en
deux volumes in - 12 , d'environ 700
pages les deux volumes. Les 240 Plans qui
s'ytrouvent, donnent environ4000 lieues
de routes , très- détaillées à deux lieues
de chaque côté , &bien lavées ; ils indiquent
les Villes , Bourgs , Villages , Hameaux
, Fermes , Abbayes , Prieurés , Chapelles
, Châteaux , Moulins , Rivieres ,
leurs noms & leurs courans , les chemins
quis'écartentdela grande route, l'endroit
où ils conduiſent , & leur diſtance.
Notre Itinéraire contient en outre des
traits hiſtoriques des endroits les plus remarquables
, des Edifices anciens , des
différens Commerces , des Poids & Mefures,
MARS. 1774. 161
fures , des Foires franches , des Eaux Minérales
, des Grands hommes , &c. Les
Villes un peu conſidérables ont leurs longitudes
& leurs latitudes, leurs diſtances
de Paris par lieues& par toiſes : la longitude
eſt priſe du méridien de l'Obfervatoire.
Quoique chaque Plan ait fon
échelle ; l'on a cependant gravé le long des
routes , des chiffres qui marquentlaquantité
des lieues , pour éviter l'incommodité
du compas : & pour faciliter les perfonnes
qui n'ont aucune connoiſſance de la
Topographie , l'on a mis par addition
vis- à- vis chaque Plan , les noms des endroits
qui ſe trouvent ſur les routes.
Tous les lieux déſignés dans l'ouvrage
- font raſſemblés dans une table en forme
de Dictionnaire : outre les traits hiſtoriques
, on y a joint la diſtance de la Ville la
plus proche au Nord , au Sud , &c. la
Route qu'il faut ſuivre pour y aller , &
- d'un côté le nomdela Province& de l'au .
tre la diſtance de Paris .
Nous finirons le dernier volume par des
Plans qui donneront un détail des voitures
publiques dont on peut faire uſage.
Nous eſpérions publier plutôt cet Itiné-
- raire ; mais nous avons mieux aimé mettre
plus de tems pour le rendre le plus
parfait qu'il a été poffible .
L
162 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'avons épargné ni les peines , ni
les foins , ni la dépense , & nous ofons
nous flatter que le Public fera content.
Tous les ans aumoisdeJanvier nous don .
nerons gratis les changemens qui peuvent
ſe faire fur les routes , & l'on indiquera
la page du livre où il faudra placer les corrections
ou les augmentations.
Le prix de la Souſcription eſtde zr liv. ,
dont on payera 6 liv. en ſouſcrivant& 9
liv. à la livraiſon de chaque volume.
Ceux qui n'auront point ſouſcrit paye.
ront 27 liv.
On pourra ſouſcrire juſqu'au premier
Avril prochain , époque à laquelle paroîtra
le premier volume.
Tout l'ouvrage eft gravé . L'on ſçait
que desplanches gravées ne peuvent fournir
que 800 bonnes épreuves environ ,
fans qu'on foit obligé de les retoucher.
Les Souſcripteurs jouiront de l'avantage
des premieres épreuves.
On donnera le ſecond volume le 10
Mai prochain .
Les ſouſcriptions ſe recevront chezM.
Paſquier , Marchand d'Eſtampes , rue S.
Jacques , vis- à- vis le college de Louis le
Grand, où l'ouvrage ſe vendra.
MARS. 1774. 163
}
}
ARTS.
GRAVURES.
I.
Exemple d'humanité donné par Madame
la Dauphine.
Cette eſtampe eſt dédiée à Sa Majeſté
⚫ l'Impératrice Reine Douairiere ; on y lit
ces vers de M. Marmontel , adreſſés à
> l'auguſte Princeſſe qui a donné un ſi bel
exemple d'humanité , de bienfaiſance &
de ſenſibilité , au village d'Achere.
Vous n'oubliez pas qui nous ſommes ,
Princeſſe , & l'infortune eſt ſacrée à vos yeux.
Conſervez ce reſpect ; il vous eſt glorieux.
C'eſt en s'abaiſſant juſqu'aux hommes
Que les Rois s'approchent des Dieux.
1
Cette eſtampe a environ fix pouces de
hauteur ,& huit de largeur. Lacompofi-
› tion en eſt agréable & très-ingénieuſe ; la
gravure de M. Godefroi eft faite avec
L2
164 MERCURE DE FRANCE
beaucoup de netteté , de délicateſſe & de
talent. Cette eſtampe ſe vend 2 liv. 8 fols .
A Paris , chez M., Godefroi , rue des
Francs - Bourgeois Saint - Michel , vis-àvis
la rue de Vaugirard.
II.
La pêche au Crocodile , d'après le tableau
original qui eſt dans le cabinet du
Roi , de M. Boucher , fon premier Peintre
, gravée par PP. Molès , Graveur du
Roi & Membre des Académies Royales
de Saint- Ferdinand & de Saint Charles
en Eſpagne. Cette eſtampe a 24 pouces de
hauteur & 18 de largeur. La compofition
en eft très riche & très animée ; elle
offre le ſpectacle d'un grand Crocodile
attaqué par une troupe d'Africains ar .
més , & par des chiens qui fondent fur
ce terrible animal On voit dans le lointain
une pyramide , des monumens , &
des arbres propres à l'Egypte ; il s'éleve
des rochers fur le côté ; le ciel eſt chaud
& nébuleux. La gravure eſt d'un ſtyle
ferme , pittoreſque & varié. Les travaux
en font bien entendus , les contraſtes
bien ménagés , les effets bien ſentis , les
détails bien traités. Cet ouvrage fait beaucoup
d'honneur au burin de M. Molės,
MARS. 1774. 165
S
7
& annonce un talent ſupérieur. Le prix
de cette eſtampe eſt de 6 livr. , & fe
vend à Paris chez l'Auteur , Quai St.
Paul à la maiſon neuve ; & chez M.
Flipart , Graveur du Roi & de leurs Majeſtés
Impériales & Royales , rue d'Enfer.
III.
Anthiope , Reine des Amazones , eſtampe
nouvelle , dédiée à S. A. S. Mgr.
Louis , Prince de Salm- Salm. Cette eftampe
a 20 pouces de hauteur & 14 de
largeur. Elle eſt gravée d'après le tableau
de Bennevault , par M. P. Maleuvre.
Anthiope eſt de bout au milieu de ſes
femmes , en habit de guerriere & le
caſque en tête ; elle eſt ſuivie d'autres
Amazones , dont l'une lui apporte fon
carquois. Cette compoſition eſt impoſante
, & exécutée par l'Artiſte avec beaucoup
de talent. Prix 4 liv. A Paris , chez
M. Maleuvre , rue des Mathurins , à côté
de celle des Maçons .
IV.
M. Bonnet , Graveur , rue Saint- Jae-
-ques , au coin de celle du Plâtre , vient
de publier pluſieurs eſtampes qu'il a gra.
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
vées avec beaucoup d'art & de détail :
ſavoir , dans la maniere du paſtel ou du
deſſein à pluſieurs crayons.
Jupiter & Danaé , d'après M. Boucher
; eſtampe de douze pouces de hauteur
, & de ſeize de largeur. Prix , 2 liv .
Venus aux Colombes , même grandeur &
même prix.
Une tête de femme , d'après M. Vien ,
gravée au crayon rouge : hauteur , 16
pouces ; largeur , 12 pouces ; prix 12
fols.
:
MUSIQUE.
SEi Quintetti per vio'ino primo , vio.
lino fecundo , alto primo , alto fecundo
è baſſo , compoſti dal Vanhall. prix 9 liv.
A Paris , chez le ſieur Borrelli , rue &
vis - à- vis la Ferme de l'Abbaye de St. L
Victor , & aux adreſſes ordinaires de
muſique.
Sei Trietti per duo violini , con vio-
Joncelle , compoſti del Signor Helbert ,
opéra III . Prix 7 liv. 4 fols A Paris ,
chez l'Auteur , rue Saint Honoré , près
MARS. 1774. 167
-
}
>
de l'Oratoire , maiſon de M. Cappelle ,
Marchand Tapiffier , & chez le ſieur
Borrelli.
La partition & parties ſéparées de
Melide , ou le Navigateur , mis en muſique
par M. A. D. Philidor , ſe vendent
chez M. de la Chevardiere , rue du
Roule , & aux adreſſes ordinaires . Prix
18 liv. , ainſi que la partition complette
de l'opéra d'Ernelinde , repréſenté aux
fêtes du mariage de Mgr. le Comte d'Artois
; ſe vend chez l'Auteur , M. Philidor
, rue de Cléry , & chez M. la Chevardiere.
Prix 30 liv.
Ouvertures de l'Union de l'Amour &
des Arts , arrangées pour le clavecin , ou
le forte piano , avec accompagnement
d'un violon ad libitum , par M. Bonaut ,
Maître de clavecin. Prix 3 liv. à Paris ,
chez l'Auteur , rue Gît- le- coeur , & aux
adreſſes ordinaires de muſique.
Six fonates , pour un baſſon ſeul ou
un violoncelle avec accompagnement de
baſſe , di Gaudenzio Comi , op. 4. Prix 91.
Quatrieme recueil de 25 airs en duo,
pour deux clarinettes , par. Gaſpar. Prix
2 liv.8 fols; ſe vendent à Paris au Bureau
d'abonnement muſical , cour de l'an-
L 4
168 MERCURE DE FRANCE.
cien Grand Cerf , rues Saint Denis &
des Deux- Portes Saint-Sauveur , & aux
adreſſes ordinaires de muſique. A Lyon ,
chez le ſieur Caſtaud , Marchand Libraire
, Place de la Comédie.
Les IV Saiſons Européennes. Second
recueil , contenant les meilleurs morceaux
de chant , avec leurs parties d'accompagnemens
qui ont été donnés l'année derniere
fur les théâtres d'Italie , d'Allema
gne , d'Angleterre & de Paris , & no .
tamment ſur le théâtre de la Comédie
Italienne ; avec des parties d'accompagnemens
faits pour les différens inſtrumens
, comme harpe , guitare , mandoline
, violon & flûte ; terminé par le
commencement d'un Traité de composttion
musicale , le meilleur qui ait encore
paru en ce genre , qui mettra en
deux ans de tems un Amateur ou Mu .
ficien en état de compofer parfaitement
bien ; le tout , ſuivant le profpectus qui
a paru l'année derniere ; dédié à Mgr.
le Duc de Caylus , Grand-d'Eſpagne de
la premiere Claſſe , &c . , par le ſieur
Pietro Denis . Prix 8 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue St. Honoré , maiſon de M.
Diodet, Marchand, vis-à vis l'Oratoire,
1
MARS. 1774 . 169
?
Et chez M. Garnier, Baſſon de l'Opéra ,
même rue , maiſon de M. Cadet , Apothicaire.
Et aux Adreſſes ordinaires de
muſique.
Avis intéreſſant à MM. les Facteurs
d'Orgues .
LE ſieur Dangeville Facteur d'orgues
& de clavecins de Paris , demeurant à
Angers , vient de relever l'orgue de la
› Cathédrale de cette Ville, qu'il avoit
fait il y a environ trente ans.
Cet orgue eſt undes grands qu'on puiſſe
entendre. C'eſt un trente-deux pieds ouvert
, feize pieds ouverts , bourdon de
feize pieds , bombarde à la main , deux
trompettes , clairon , & tous les jeux
qu'on peut deſirer.
Le Poſitif, eſt un grand huit pieds ouvert
, bourdon de ſeize pieds , grand cornet
, trompette , cromhorne , clairon ,
&c. , le tout d'une excellente harmonie.
Il a ſéparé la ſouflerie du poſitif, de
celle du grand orgue. Les ſouflets du
grand orgue au nombre de fix , ont neuf
L5
170 MERCURE DE FRANCE .
pieds & demi de long fur cinq de large.
Ils fe foulent aux pieds d'une façon trèscommode
& très- aifée .
Il a fait fur tous les jeux de pédales ,
des ravalemens qui vont juſqu'en Fut
fa en bas : ſavoir , fur la flute de huit
pieds , celle de quatre pieds ſur les deux
trompettes . Il a auſſi fait le ravalement (
de la bombarde , qui va juſqu'en Fut
fa en bas ; le tout en étain & de la
plus belle harmonie qu'on puiſſe entendre.
Il a auſſi augmenté ſur le grand orgue ,
un grand cornet à l'octave , qu'ila ajouté
au-deſſous des cornets ordinaires , & ce ,
à cauſe de la bombarde à la main qui ,
fe trouvant trop éloignée du centre
de l'harmonie , fait un très mauvais
effet , en rendant les deſſus très - défagréables
, ce qui arrive dans tous les
orgues où il y a bombarde à la main,
attendu qu'il y a trop de diſtance entre le
cornet & labombarde qui fonne le ſeize
pieds ; par conféquent , le gros cornet à
l'octave qu'il a ajouté , produit un effet
merveilleux , faiſant à la bombarde ce
que fait le cornet ordinaire à la trompette
, & cela n'empêche pas que l'on y
MARS . 171 1774.
1
4
joigne le cornet ordinaire , ce qui fait la
plus belleharmonie ,&tout ſe trouve rempli
, & empêche qu'on n'entende les deffus
de la bombarde au deſſous des autres
jeux, ce qui faiſoit un très-mauvais effet.
Il a auſſi augmenté un hautbois , fur
le cornet de récit, qui va juſqu'en Gre
fol , à la clef defa. Il ſe trouve fur ce
cornet deux jeux d'anches : ſavoir une
trompette de récit & le jeu de hautbois.
Il a fait le jeu de hautbois , ainſi que le
gros cornet à l'octave au-deſſous , fans
rien fupprimer des jeux, ni fans refaire
les fommiers du grand orgue , ni du cornet
de récit.
Cet orgue a quatre claviers très libres
& très - doux à toucher. De forte que
dans les grands jeux où l'on touche trois
claviers enſemble , il ya fur une ſeule
touche trente un tuyaux parlants dans les
deſſus , fans compter la pédale compofée
de la bombarde, deux trompettes & le
clairon , ce qui fait un enſemble de trente
cinq tuyaux.
Monfieur Gervais , Chanoine de la Cathédrale
, habile Organiſte ; le ſieur Bachelier
ancien Maître de muſique de cette
Eglife , & aujourd'hui Chanoine de la
172 MERCURE DE FRANCE.
Collégiale de Saint-Pierre de la même
Ville ; le ſieur Bainville , Organiſte de
ladite Cathédrale , tous trois nommés par
MM. du Chapitre , pour juger du mérite
de l'ouvrage , ont déclaré n'avoir rien vų
en ce genre de plus complet , & dont les
effets fuffent plus nobles & plus majeſtueux
, fuivant leur rapport du 12 Mai
1773 , fait en préſence de M. Caffin ,
Prêtre , Chanoine , & Procureur de Fabrique
, Commiſſaire député à cet effet ,
pour le repréſenter au Chapitre.
On a cru devoir faire part de ceci au
public , & fur- tout à MM. les Facteurs
d'orgues , à caufe du gros cornet à l'octave
& du ravalement de la bombarde , jufqu'en
Futfa en bas , qui n'exiſtent dans
aucun orgue du royaume. Ce dernier
avantage pouvant avoir lieu dans les nouveaux
orgues , doit exciter l'émulation
de MM. les Facteurs , qui feront char
gés de leur conſtruction.
MARS . 1774. 173
i
Ruches de Nouvelle conſtruction & curiofités
de l'Histoire naturelle .
,
Le ſieur Wildman qui , a beaucoup étudié tout
ce qui concerne l'éducation & l'économie des
Abeilles , fait voir actuellement à la foire S. Germain
des ruches de nouvelle conſtruction . Une de
ces ruches d'une forme carrée & conſtruite en bois
des indes , avec beaucoup de propreté , peut trèsbien
s'adapter à la fenêtre d'une chambre ou d'une
falle à la campagne , & laiſſer , par le moyen des
glaces ou verres qui y font pratiqués , le ſpectacle
du travail des Abeilles , aux perſonnes qui defirent
de s'en amuſer. Cinq bocaux de verre font placés
au haut de cette ruche . Ces bocaux , par le
moyen de petites ouvertures communiquent
dans la ruche. Comme les Abeilles commencent
toujours par garnir de cire & de miel , le haut
des endroits où elles ſe trouvent raſſemblées , on
peut les voir remplir facceſſivement ces bocaux.
Lorſqu'un bocal eſt plein, il eſt facile d'enlever ce
bocal , de le vuider , ou d'en mettre un autre à
la place , qui ſoit vuide. Indépendamment de ces
bocaux , la boîte carrée ſur laquelle ils ſont placés
, eſt diviſée en trois caſes , & lorſqu'une de
ces cafes eſt remplie , on peut en interdire la communication
aux Abeilles , par le moyen d'une
planche qui gliſſe entre deux couliſſes . On vuide
à fon aiſe cette cafe , ou on la remplace par une
autre. On ſe procure par ce moyen , en très-peu
de tems , du miel frais ; & , malgré la petireſſe
de la ruche , les Abeilles ne ceſſent de travailler
174 MERCURE DE FRANCE.
faute de place , comme il arrive dans les ruches
ordinaires. On conçoit que cette ruche qui eſt
placée contre la fenêtre de l'appartement , a de
petites ouvertures en dehors pour le paſſage des
Abeilles qui vont à la proviſion ; mais on peut
fermer ces ouvertures à ſa volonté. Cette ruche
a d'ailleurs d'autres avantages agréables & utiles ,
que l'on peut voir dans une brochure que le
fieur Wildnan diſtribue , & qui a pour titre : a
complete guide for the management of Bees , &c.,
L'inventeur de ces ruches fait devaut les Spectateurs
pluſieurs expériences ſur les Abeilles ,
qui prouvent qu'il fait ſe rendre maître de ces,
infectes. Il les fait paſſer de leur ruche dans une
boîte ou même un chapeau , fi on le lui demande.
Il met l'eſſaim entier ſur ſon bras nud ou fur
ſon viſage , ſans en recevoir la moindre piquûre ,
il les fait tomber enſuite par une ſeule ſecouffe
fur une table , les agite , les irrite même , &
les fait enſuite entrer dans leur panier avec la
plus grande docilité. Lorſque le ſieur Wildman
veut faire paffer l'eſſaim de la ruche dans
un chapeau ou ſur ſon bras , il ſe retire hors
de la vue des Spectateurs , & revient trois ou
quatre minutes après , avec le chapeau ou fon bras
couvert de l'eſſaim . Cet Anglois ſemble appréhender
qu'un Spectateur clairvoyant , ne pénetre
ſon ſecret , que l'expérience ſeule peut faire con.
noître , fur - tout s'il conſiſte dans la vapeur ou
l'odeur de quelque drogue qui , agiſſant ſur les
Abeilles , les ſoumet à la volonté de celui qui
fait employer adroitement ce moyen.
MARS . 1774. 175
1
Foire Saint - Germain .
La Foire Saint-Germain , offre quelques autres
objets , qui peuvent intéreſſer les Amateurs d'histoire
naturelle : de ce nombre , font les animaux
étrangers. On diftingue entr'autres un Tigre d'Afrique
, que ceux qui le montrent , appellent le
Tigre Royal ; mais cet animal a plus de rapport
au Léopard qu'au Tigre , car ſa robe ou ſa
fourrure eſt parſemée de taches orbiculaires ,
comme celles du Léopard , & non de taches
longues , comme celles du Tigre. Cet animal , pris
fans doute fort jeune , paroît afſſez doux , & fe
laiſſe careſſer. Cependant il ne ſeroit pas prudent
de s'y fier , car un bruit ou un mouvement extraordinaire
pourroit l'effaroucher & le rendre à
ſa férocité naturelle. D'ailleurs ces fortes d'animaux
ont les pattes fi bien armées , qu'en jouant
même ils peuvent bleſſer.
1
On voit dans la même loge l'Ours blanc du
Nord , animal très -féroce qui ſe met aisément
en colere , & qui , lorſqu'on l'irrite , fait enten
dre un gros murmure mêlé d'un frémiſſement de
dents.
L'Ocelot ou le Chat tigre que l'on voit dans une
autre loge de la Foire , eſt remarquable par labeau,
té de fa robe. Elle préſente différentes figures formées
par des raies & des taches noires & brunes
dont les couleurs font très - vives & variées avec
une forte d'élégance. Cet animal eſt très -prompt
à s'irriter ; il eſt renfermé dans une cage de fer .
Différentes eſpeces de Singes peuvent auſſi attirer
les regards des curieux, On fait voir une famille
de Singes compoſée du pere , de la mere &
176 MERCURE DE FRANCE .
du petit , né à Amſterdam . Cette famille eſt de la
claffe des Singes , que l'on appelle Magots . Cette
claſſe eſt celle qui s'accommode le mieux de la
température de notre climat.
On peut encore prendre plaifir à examiner le
Belier de la Chine , celui d'Iſlande , un Armadille
ou Tatou , venant du Bréfil. Cet animal quadrupede
, qui peut avoir dix ou onze pouces de long
depuis le bout du muſeau juſqu'à la queue , a le
corps couvert d'un teſt oſſeux , comme d'une forte
de cuiraffe . Il n'a ni dents inciſives , ni dents canines
, mais feulement des dents molaires de forme
cylindrique.
Le Pareffeux , autre animal quadrupede , ſe
voit dans la même loge où eſt le Tatou. Le
Pareſſeux , animal long d'environ deux pieds , a
le muſeau toujours fale & couvert de falive.
Il ſe traîne ſur ſon ventre ſans jamais s'élever
fur ſes jambes ; & fon mouvement eſt ſi lent ,
que l'on ſe perfuade facilement qu'il doit être
deux jours à monter ſur un arbre pour y prendre
des feuilles qui eſt ſa nourriture ordinaire.
L'Aigle & le Vautour font affez connus en Furope.
Le Condor l'eſt moins. On en voit un à la
Foire. On peut mettre cet oiſeau de proie dans la
claſſe des Aigles ; mais il paroît plus grand & plus
fort que l'aigle ordinaire. Son vol , ſuivant les
Naturaliſtes , eſt d'ailleurs plus rapide. Lorſque
le Condor eſt dans toute ſa force, il peut avoir
quinze & même ſeize pieds de vol ou d'envergure.
Son bec eſt aſſez fort pour ouvrir le ventre à
un boeuf. Son plumage eſt mêlé de noir & de blanc .
La Foire offre auſſi quelques phénomenes d'his
toire
MARS. 1774 . 177
toire naturelle , une Naine de vingt ans qui n'a de
hauteur que deux pieds quatre pouces. Elle a un
frere de la taille ordinaire des autres hommes .
CetteNaine eſt aſſez bien proportionnée. Sa voix
& ſes manieres enfantines pourroient faire croire
qu'elle n'a point encore atteint l'âge qu'on lui
donne; mais cet âge eſt en quelque forte écrit par
les traits de ſon viſage & par d'autres traits qui
ne paroiffent point équivoques .
Un phénomene beaucoup plus fingulier eſt celui
que préſente une petite fille agée de trois ans.
Čet enfant a le corps preſqu'entiérement couvert
de poils longs de couleur de maron. Elle a d'ailleurs
dans plufieurs parties du corps , & fur- tout
dans le dos , des excroiſſances de chair qui forment
comme des eſpeces de petites poches. L'enfant
avoit une de ces poches au ſein , qui la genoit
beaucoup : on la lui a coupée , & on a trouvé cette
excroiffance abſolument vuide. Cet enfant paroît
jouir d'ailleurs d'un bonne ſanté. Elle eſt vive ,
gaie&d'une humeur trè-s douce ; & , quoiqu'une
partie de ſon viſage ſoit couverte de poils , on
remarque néanmoins une figure aſſez jolie & qui
prévient en ſa faveur.
Curiofités de l'Art .
Le ſieur Jacob , Polonois , demeurant à Paris ,
au café du Commerce rue St. Martin , a fait voir
derniérement aux Curieux des ouvrages , exécutés
en petit avec tant de délicateſſe , que l'oeil le plus
exercé ne peut les détailler qu'avec le ſecours du
microſcope ou d'une forte loupe. On a remarque
1. Une chaîne de deux cents anneaux avec une
clef d'acier , le tout ne pefant qu'un tiers de grain .
M
178 MERCURE DE FRANCE .
2. Un grain de poivre contenant douze douzai
nes de cuillers d'argent ; ce grain n'étoit qu'à moitié
plein. 3. Une paire de ciſeaux d'acier ne pefant
que la ſeizieme partie d'un grain. 4. Une
chaiſe d'ivoire avec quatre roues , & ce qui en
dépend , tournant aifément fur leur effieu , avec
un homme affis dans la chaiſe ; le tout tiré ſans
aucune difficulté par une ſeule puce ornée d'une
chaîne d'or au col. La chaiſe , l'homme & la chaîne
peſent à peine un grain. 5. Un landeau (efpece
de carroſſe) qui s'ouvre & ſe ferme par des resforts
, pendant à des foupentes avec quatre perfonnes
dedans ; deux laquais fur le derriere , un co .
cher fur le fiege avec un chien entre ſes jambes ,
fix chevaux & un poftillon ; le tout tiré par une ſeule
puce. Ce carroffe nous rappelle cette anecdote que
Madame de Sévigné rapporte dans une de ſes lettres
. On contoit l'autre jour à M. le Dauphin ,
"
"
"
ditcette Dame , qu'il y avoit un homme à Paris
,, qui avoit fait pour chef- d'oeuvre un petit chariot
qui étoit traîné par des puces. Le Dauphin
dit à M. le Prince de Conti : mon coufin ,
,, qui eſt ce qui a fait les harnois ? Quelque arai-
, gnée du voisinage , répondit le Prince ".
21
Si ces fortes d'ouvrages ne nous paroiſſent d'aucune
utilité préſente, il nous font voir du moins
juſqu'où peut aller dans cette partie l'induſtrie
humaine ; & il peut arriver qu'un jour on aura
beſoin de cette induſtrie pour des objets utiles .
Cette réflexion peut contribuer à nous faire regarder
avec une forte d'intérêt ou du moins avec
complaifance les bagatelles difficiles que nous venons
d'annoncer.
MARS. 1774.. 179
১
LETTRE de M. Clément à M. l'Abbé
Mignot , Conseiller de la Grand Chambre
du Parlement.
M. le Premier Préſident m'a fait l'honneur de
m'apprendre qu'étant le neveu de M. de Vol .
taire , vous vous trouvez compromis dans une
note où je difois ce que pluſieurs perſonnes m'avoient
dit à moi- même , que M. de Voltaire était
petit neveu du fameux Mignot , Pâtiffier - Traiteur
contemporain de Boileau. M. le Premier
Préſident m'a bien voulu apprendre auſſi que M.
de Voltaire ni vous ne deſcendiez du Mignot
dont il s'agit , mais d'une famille ancienne de
Paris , qui a paſſé du commerce en gros dans la
magiftrature au commencement du fiecle . Comme
je n'avois point l'honneur de vous connoître , je
ne pouvois pas avoir l'intention de vous offenſer.
Je ſuis fâché néanmoins d'avoir publié ſur la foi
d'autrui une erreur ſur M. votre oncle & fur
votre famille : je vous en fais mille excuſes
bien finceres , & vous prie de me croire avec
reſpect.
1
CLÉMENT.
M 2
180 MERCURE DE FRANCE.
JE
LETTRE de M. de la Harpe.
à M. L**.
E fuis chargé , Monfieur , pour l'honneur de la
Poëfie Ruſſe , de revendiquer un morceau de feu
M. Lomonofof, dont on a inféré une imitation
dans l'Almanach des Muſes de 1766 , ſous le
nom de M. le Miere , fans qu'on fit la moindre
mention de l'auteur original. Une perfonne , d'un
rang tres - diftingué à la Cour de Ruffie ( M. le
Comte de S **) avait fait de ce fragment une
verfion françaiſe littérale. Je la joins ici avec l'imitation
de M.le Miere ; mais il faut dire auparavant
un mot du Poëte. Ruffe .
M. Lomonoſof est né en 1711 , dans le voifinage
d'Arcangel. Il eut le bonheur d'être un des
éleves du célebre Volf, & l'un de ceux que ce
philofophe chériſfait le plus. Il joignait de grands
talens à de vaſtes connoiffances. Il fut profeſſeur
en chimie , Membre de l'Académie Impériale de
Pétersbourg , de l'Académie de Stockolm & de
l'Institut de Bologne. Il fut regardé comme le
meilleur poëte , le meilleur hiſtorien & le meilleur
critique de ſon pays. Il avait commencé un
poëme de Pierre le Grand , dont il n'acheva que
Tes deux premiers chants. On s'accorde à y trouver
des beautés fublimes . L'ode que l'on va lire ,
intitulée , Méditation du Matin fur la grandeur
de Dieu , fera juger que M. Lomonoſof avait de
l'élévation & de la richeſſe , & qu'il était animé
de l'eſprit poëtique.
MARS. 1774 . 181
११
ود
"
"
"
Ode de M. Lomonosof , littéralement
traduite .
Déjà le flambeau céleste étend ſa ſplendeur
fur la terre & découvre les oeuvres de Dieu . O
mon ame! treſſaille d'allégreſſe . Pénétrée d'admiration
à l'afpect de ces faisceaux lumineux ,
repréſente-toi ce qu'eſt le Créateur lui-même.
" S'il était poſſible aux mortels de s'élever aſſez
haut , s'il ſe pouvait que notre oeil débile , en
s'approchant du foleil, le contemplât , alors fe
découvrirait de toute part un Océan embrafé
„ depuis la naiſſance des âges .
1
"
"
"
"
" Là des vagues de feu ſe précipitent & nerencontrent
point de bords. Là tournoient des
tourbillons de flamme luttant entr'eux depuis
une multitude de fiecles. Là des pierres bouillonnent
comune l'eau , & l'on entend bruire des
,, pluies ardentes .
دو
"
د
ود
"
و د
" Seigneur , toute cette maſſe impoſante eſt devant
toi comme une feule étincelle . O quel
éclatant luminaire fut alumé de tes mains pour
éclairer la marche des ſaiſons & les actions des
mortels !
" Les plaines , les côteaux , les mers , les bois
font délivrés de la fombre nuit. Ils s'offrent à
,, nos regards chargés de ſes prodiges. Tous les
êtres s'écrient : l'Eternel eſt grand ! "
"
"
" L'Aſtre du jour reſplendit ſeulement ſur la
furface des corps. Ton oeil perce l'abyme ſans
connoître de bornes. De la férénité de tes regards
coule la joie fur toute la Création " .
M 3
182 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Miere a rendu ce morceau
en vers français.
Déjà l'aſtre du jour s'eſt emparé du ciel.
Il lance par faifceaux ſes rayons fur la terre ,
Et je découvre à ſa lumiere.
Les prodiges fortis des mains de l'Eternel .
Mon ame , élance - toi vers cette clarté pure .
Des portes du matin admire la Nature ,
Et remplis - toi de fon Auteur.
Ah ! fi nos yeux pouvaient , fans bleſſer leur paupiere ,
Approcher du ſoleil , contempler ſa fplendeur ,
Et s'enfoncer dans ſa lumiere ,
Ils ne verroient qu'un océan de feux ,
Qui ne rencontre aucuns rivages ,
Et dès la naiſſance des âges
Embraſant les plaines des cieux .
La pierre ſe difſſout , bouillonne avec furie
Au fein de ſes foyers ardens :
La flamme roule des torrens ;
La lumiere par flots jaillit & tombe en pluie.
C'eſt aux clartés de tant de feux divins
Que marchent les Saiſons , qu'agissent les humains .
MARS. 1774 . 183
G
Mais , grand Dieu ! cet amas de lumiere éternelle
Qu'eſt - il devant tes yeux ? A peine une étincelle .
Ce diſque dont tes mains ont arrondi les bords ,
Dont jamais les feux ne s'épuiſent ,
Colore feulement la furface des corps
Où ſes rayons ſe brifent .
Ton oeil plus pénétrant perce leurs profondeurs ,
Réunit ſous un point les déferts de l'eſpace .
Il ne parcourt pas , il embraſſe ,
Et du même regard il fonde tous les coeurs,
Il y a de très beaux vers dans cette imitation
qui pourrait être plus travaillée , mais il eût été
encore mieux de nommer l'auteur de l'ode Ruffe.
Puiſqu'il eſt queſtion de rendre à chacun ce
qui lui appartient , il faut auſſi que je me faſſe
justice , & voici le moment des reſtitutions . Je
commence par la plus conſidérable , quoique ce
ſoit encore affez peu de choſe. Il s'agit de Warvick:
juſqu'ici vous aviez peut - être cru bonne .
ment que j'en étois l'auteur , & j'avoue que je me
l'étois auſſi perfuadé ; mais on eſt toujours à
temps de détromper le Public. Vous faurez donc ,
Monfieur , que Warvick eſt du Pere Kéli ou de
M. Maignan ; car je ne faurais vous dire lequel
des deux . On ne me l'a pas dit , & je n'en fais
pas davantage. Vous me direz , qu'est - ce que le
Pere Kéli ? Je n'en fais rien. Qu'est - ce que M.
M 4
8
784 MERCURE DE FRANCE .
1
Maignan ? Je n'en fais rien. Sont - ils vivans ?
Sont- ils morts ? Je n'en fais rien. Vous n'en avez
jamais entendu parler ni moi non plus. Mais
l'auteur des Trois Siecles en fait apparemment un
peu plus que nous ; du moins , c'est lui qui a découvert
ce grand fecret. Il est vrai qu'il ne garantit
pas l'anecdote , ce qui est d'une difcrétion
rare; inais il en paroît affez convaincu , & je he
doute pas que vous ne le foyiez auffi.
Quant à l'autre plagiat , c'eſt une bagatelle.
Vous connoiſſez peut- être des couplets imprimés
fous mon nom dans l'Almanach des Muſes de
cette année , dans un recueil de romances , & c .
qui commencent par ce vers : vous retracez tous
les appas , &c. il faut auſſi que je les reftitue .
J'avoue que je ne fais à qui m'adreſſer; mais on
dit qu'ils ont été faits ily a vingt ans , qu'ils font
dans un ancien recueil. Je ſuis prêt à les rendre
à l'ancien recueil quand il ſe montrera , ou à
l'auteur quand il voudra ſe préſenter. Mais obſervez
je vous prie , Monfieur , qu'on me difpute
à la fois une tragédie & une chanfon , cela
n'eſt peut - être jamais arrivé qu'à moi.
Je ne fais où j'ai lu , inais j'ai certainement lu
quelque part ces propres mots que j'ai toujours
retenus: tout le monde fait que Zaire n'est point
de M. de Voltaire , mais de l'Abbé Makarti , qus
la lui vendit deux mille francs .
Ce qu'il y a de plus curieux dans cette phrafe ,
c'eſt cette maniere de parler , tout le monde fait ;
elle eſt aujourd'hui fort commune. Tout le monde
fait , tout le Public a dit , c'eſt la phrase banale
de ceux qui n'ont point l'oreille du Public , & que
MARS . 1774. 185
e
-
i
tout le monde ne lit pas. Si l'on veut avancer un
menfonge hardi , une calomnie bien groffiere ,
débiter une hiſtoire bien ridicule , c'eſt toujours
le Public qu'on fait parler. Quand on n'a pas un
garant connu , on en cite cent mille que perfonne
ne connoît, & l'on fait très -bien. De tous
les Particuliers que l'on peut citer , le Public eft
celui qui compromet le moins celui qui le cite.
En général ceux qui font courir des bruits ſcandaleux
ont toujours un avantage ; ces bruits ,
quelqu'abſurdes qu'ils soient , font répétés pendant
quelque temps , & cette vengence noble .
eſt à la portée de tous ceux qui n'en peuvent pas
prétendre une autre.
Je reviens à M. Lomonofof , le principal
objet de cette lettre. Vous ne ferez pas fâché de
ſavoir les honneurs qu'a rendus à la mémoire
de cet illuftre écrivain le grand Chancelier Voronzof;
il a fait faire une très belle urne en
marbre d'Italie , ornée des attributs de la poëſie ;
d'un côté du piédeſtal eſt gravée l'inſcription
latine que vous allez lire , & de l'autre la traduction
en langue Ruſſe. Je joins ici la verfion
Françaiſe pour les lecteurs à qui la langue latine
n'eſt pas familiere.
Viro celeberrimo
Michaeli Lomonofow
Kolmogorodi nato , anno M. DCC . XI.
Auguſtæ Ruffiarum Imperatricis
Confiliario ſtatûs ,
Academiæ Scientiarura
M5
186 MERCURE DE FRANCE.
Petropolitane
Profeſſori Publico ordinario ,
Holmenfis & Bononienfis focio ,
Qui ingenio excelluit & artibus ,
Patriæ decus eximium ,
Eloquentiæ , Poëfeos
Et
Hiftoriæ patriæ præceptor ,
Metri Ruffici inftitutor ,
Tragædiarum in vernacula auctor ,
Primus Muſivi operis in Ruffia
Pictor auto - didactos
Præmaturâ morte Mufis
Atque Patriæ , feriis Pafchatos
M. DCC. LXV , fcriptis
Et
Operibus oblivioni ereptus ,
Talem civem gratulans patriæ ,
Obitum ejus lugens ,
Michael Comes à Woronzow
Pofuit,
Au très - célebre Michel Lomonofof , né à
„ Kolmogorod , l'an 1711 , Conſeiller d'Etat de
» Sa Majesté l'Impératrice de Ruffie , Profeſſeur
Public ordinaire de l'Académie des Sciences de
Pétersbourg , membre de celles de Stockolm &
de Bologne , qui par ſon génie & fes talens
"
ود
MARS. 1774. 187
ود
?י
ود
variés fut l'honneur de fon pays ; qui ſervit de
modele dans l'éloquence , dans la poësie &
dans l'hiſtoire , qui fut l'inventeur du vers
Ruſſe ; le premier auteur de tragédies en
„ langue Ruſſe; qui , le premier en Ruſſie , fut
,, peintre en moſaïque ſans avoir eu de maître
de cet art. Enlevé par une mort prématurée à
ſes concitoyens & aux Muſes l'an 1765 , le jour
de Pâques , ſes écrits & ſes travaux le déroberont
à l'oubli. C'eſt au nom de la Patrie qui
s'honore d'un tel citoyen , que le Comte Michel
de Voronzof lui a conſacré ce monument com.
,, me un témoignage de ſes regrets " .
ود
"
"
"
J'ai reçu de Pétersbourg , par la même voie ,
une ode ſur le mariage du Grand Duc. Elle eſt
d'un Français , Lecteur & Bibliothécaire de S. A.
Impériale. L'ouvrage de M. de la Fermiere , (c'eſt
le nom de l'auteur ) annonce du talent. Vous
pardonnerez quelque choſe à l'éloignement où il
eſt du ſéjour des Muſes Françoiſes ; je ſuis chargé
de vous demander une place , pour ſon ode , dans
le Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c.
188 MERCURE DE FRANCE.
ODE à l'occaſion du mariage de S. A. L.
M. le Grand Duc , 1773 .
Enfin ce jour pompeux , cet heureux jour nous luit .
CORNEILLE.
QUAUNANDD la Nature rajeunie
Dans les heureux jours du printems
De nouveau rappelle à la vie
Les prés , les côteaux & les champs ,
Si quelque déſaſtreux nuage
Menace d'un foudain ravage
Les fruits annoncés par les fleurs ,
Les habitans des champs frémiſſent
Et les campagnes retentiffent
Des plus lamentables clameurs.
Maisſi quelque Dieu tutélaire ,
Vainqueur des Autans furieux ,
Ramene l'afſtre ſalutaire
Qui ſembloit éclipſé des cieux ,
Alors du ſein de la détreffe
On voit renaître l'alegreffe
MARS . 1774. 189
Avec l'eſpoir de la moiſſon ,
Et , déjà riche en eſpérance ,
Le villageois cueillir d'avance
Les fruits de l'arriere -faifon.
Ainſi nous entendions n'aguere ,
Menacés d'un affreux trépas ,
Gronder en ces lieux le tonnerre
Qui faiſoit trembler tant d'Etats . *
Mais en cette heureuſe journée
Prince ! où nous voyons l'Hymenée
Couronner tes plus tendres voeux ,
Graces à ces aimables fêtes
Nous ne craindrons plus de tempêtes
Pour nous & nos derniers neveux.
Scion d'une tige chérie ! T
Nous ne tremblons plus que la faulx
Vienne trancher avec ta vie
Le doux eſpoir de tes rameaux .
Nous allons voir l'arbre de Pierre
Lever aux cieux ſa tête altiere , )
* Alluſion à la maladie dangereuſe dont Mgr. le Grand
Duc fut attaqué au printems de l'année 1771.
190 MERCURE DE FRANCE .
Et ſous ſes floriffans abris
Le Nord à couvert de l'orage ,
Des aquilons bravant la rage
Jouir à jamais de ſes fruits.
Mais quelle ſcene raviſſante
A mes yeux vient ſe découvrir !
D'une lumiere plus brillante
Je crois voir ces lieux s'embellir.
Un Dieu qu'on ne peut méconnoître
Vient tout-à-coup nous apparoître
C'eſt l'Amour ! l'Amour fans bandeau ;
Il deſcend , dépoſe ſes atles
Aux pieds de ces amans fideles
Et donne à l'Hymen ſon flambeau.
Jeune Epouſe ! dont la ſageſſe
Forma le coeur à la vertu ,
L'Amour , qui pour toi s'intéreſſe
Te donne l'époux qui t'eſt dû .
Trop ſouvent dans le rang ſuprême
On immole l'Amour lui-même
A ce fantôme de grandeur
Que , dans ſon attente fruſtrée ,
Une politique égarée
Achette aux dépens du bonheur.
MARS. 1774. 191
de fi cruels facrifices
Vous n'êtes point aſſujettis
Et ſous de plus heureux aufpices
Vous allez enfin être unis .
Que vos coeurs , formés l'un pour l'autre ,
Sentent leur bonheur & le nôtre
Qui va s'accroître chaque jour !
Richeſſes , Rangs , Grandeur , Naiſſance
Pouvez-vous entrer en balance
Avec les Vertus & l'Amour ?
La Fortune aveugle préſide
Aux biens , à la vie , à la mort ;
Mais l'homme que la vertu guide
Oppoſe fon courage au Sort :
Que l'univers fur lui s'abyme
Sous ſes débris ſon front fublime
N'eſt point altéré par la peur.
Les Dieux diſpoſent du tonnerre ,
Les Rois commandent à la terre ,
Le ſage regne fur fon coeur.
Quelle fubite & fainte flamme
M'échauffe & s'empare de moi !
J'ai fenti treſſaillir mon ame
192 MERCURE DE FRANCE .
De raviſſement & d'effroi.
Eft-ce une prophétique ivreſe
Qui me tourmente & qui me preſſe
De céder à ſes mouvements ?
Quelle voix féconde en merveillis
A foudain frappé mes oreilles
Et ſemble former mes accens ?
O Pierre ! à tes voeux tout conſpire :
Tu vois du ſein des immortels
Repofer enfin ton empire
Sur des fondemens éternels .
A tes regards l'avenir s'ouvre
Et ton oeil fublime y découvre
La ſuite des brillans deftins
Que le temps dévoile à ton ombre
Et que dérobe une nuit fombre
Aux yeux terreftres des humains,
Dis à quel prodige de gloire
Tu vois ton peuple parvenu 5
Dis ! il eſt aifé de t'en croire
Après tous ceux que l'on a vu.
Mais Pierre contemple en filence
Les ſcenes du ſpectacle , immenfe
MARS. 1774. 193
Qui ſe développe à ſes yeux ,
Et l'ame du héros qui fonde
L'abyme des deſtins du monde
Reſpecte le ſecret des Dieux.
Il voit la guerre impatiente ,
Secouant fur nous ſes flambeaux,
Déployer d'une main ſanglante
Nos pavillons & nos drapeaux.
Son oeil s'attache avec ſurpriſe
A cette incroyable entrepriſe
De ſe frayer fur l'Océan
Des routes vaſtes & nouvelles
Et d'aller juſqu'aux Dardanelles
Terraſſer l'orgueil Ottoman .
Dans tous les ſentiers de la gloire
Conſtant à ſuivre nos travaux ,
Il a gravé dans ſa mémoire
Les noms chéris de nos héros.
Mais la paix , la paix à ſa vue
Du ciel eft enfin deſcendue
Au gré des voeux de l'univers ,
Et l'impitoyable Euménide
N
194 MERCURE DE FRANCE.
De fang & de carnage avide ,
Rugit, & fe plonge aux enfers.
Aimable Paix , tant défirée !
Tu vas ramener déſormais
Les temps de Thémis & d'Aſtrée ,
Et le doux regne des bienfaits .
Les loix vont dicter leurs oracles ,
Les arts enfanter leurs miracles ,
Pierre ! que ton oeil eſt flatté
En voyant l'éclat de ton trône
Que de route part environne
Ta nombreuſe poſtérité !
Peuples ! cet Hymen eſt le gage
Des biens qui vous ſont deſtinés ;
Recevez-en. Pheureux préfage
Aux pieds des Autels profternés.
Elevez à Dieu vos prieres ;
Il tient des Nations entieres
Le fort en fés puiſſantes mains.
Par vos voeux & vos facrifices
Rendez-vous ſes décrets propices
Et méritez vos grands deſtins.
MARS. 1774. 195
O Dicu ! du haut de l'empirée
Daigne baiſſer les yeux fur nous ,
Et bénis l'étreinte facrée
Du noeud qui joint ces deux époux.
Verſe de ta coupe ineffable
Tous les flots d'un bonheur durable
Sur cette union , qu'à fon choix
Forma leur amour réciproque ;
Et qu'elle foit pour nous l'époque
D'une longue ſuite de Rois .
AMlle. T. qui avoit demandé des vers a
l'Auteur , & qui a eu depuis la petite
vérole.
JE fais à quoi ma promeſſe m'engage ,
Et fais pour la tenir des efforts fuperflus.
Vous defiriez des vers ; j'euſſe fait davantage .
Vous étiez belle alors , mais vous ne l'êtes plus.
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
t
Mort de M. de la Condamine .
Charles- Marie de la Condamine , Chevalier
des Ordres Royaux , Militaire &
Hofpitalier de Notre- Dame du Mont-
Carmel & de Saint- Lazare de Jérufalem
, l'un des quarante de l'Académie
Françoiſe , penſionnaire de l'Académie
des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies de
Berlin , de Pétersbourg , Bologne , Cortone
, Nancy , &c. célebre par ſes voyages
entrepris par ordre du Roi , pour déterminer
la figure de la Terre ; par ſes
connoiſſances profondes en pluſieurs genres
, par fon zele , ſes divers écrits, en
faveur de l'inoculation , & même par
fon talent pour la poësie , eſt mort le
4 Février dans la foixante quatorzieme
année de fon âge. Malgré les infirmités
dont il étoit accablé , & fur tout une
furdité extrême , il a confervé juſqu'à la
fin de fes jours , une activité , une vivacité
d'eſprit & une gaieté étonnantes .
Quatre jours avant ſa mort, il fit encore
des vers pour Madame Deffant ,
MARS. 1774. 197
quoiqu'alors il'n'eût pas une heure dans
la journée où il pût écrire & parler librement.
Nous ne faurions peindre mieux
Je caractere & les travaux de M. de la
Condamine , qu'en rapportant un paſſage
du diſcours que M. de Buffon lui adreſſa
en le recevant dans l'Académie Fran-
-çoiſe , dont M. de Buffon étoit alors Di.
- recteur .
3
r
Monfieur : du génie pour les ſciences ,
du goût pour la littérature , du talent pour
écrire , de l'ardeur pour entreprendre ,
du courage pour exécuter , de la conſtance
pour archever , de l'amitié pour vos rivaux,
du zele pour vos amis , de l'enthouſiaſme
pour l'humanité : voilà ce que
connoît de vous un ancien ami , un confrere
de trente ans , qui ſe félicite aujourd'hui
de le devenir pour la ſeconde
fois .
Avoir parcouru l'un & l'autre hémiſphere
, traverſé les continens & les mers ,
furmonté les fommets fourcilleux de ces
montagnes embraſées où des glaces éternelles
bravent également , & les feux
fouterreins , & les ardeurs du Midi;
s'être livré à la pente précipitée de ces
cataractes écumantes dont les eaux fuf-
N3
198 MERCURE DE FRANCE.
pendues ſemblent moins rouler ſur la
terre , que defcendre des mers ; avoir
pénétré dans ces vaſtes déſerts , dans ces
Tolitudes immenfes , où l'on trouve à peine
quelques veſtiges de l'homme, où la
Nature accoutumée au plus profond filence
, dut être étonnée de s'entendre interroger
pour la premiere fois.
Avoir plus fait , en un mot , par le ſeul
motif de la gloire des lettres , que l'on ne
fit jamais pour la foif de l'or: voilà ce
que connoît de vous l'Europe , & ce que
dira la Poſtérité .
ANECDOTES .
Anne Comnene , fille de l'Empereur
Alexis Comnêne , raconte dans l'hiſtoire
de ſon tems , qu'elle a écrite , qu'un
Chevalier françois , qui fit quelque ſéjour
à la Cour de Conftantinople , en al
lant ou en revenant de la Paleſtine , s'aviſa
un jour , que fon pere donnoit audience
avec tout l'éclat & l'appareil de
ſa Majefté Impériale , d'aller avec fon
habit de Guerrier , prendre familiérement
place à côté de l'Empereur ſur ſon
MARS. 1774. 199
1
i
thrône. Elle cite ce trait comme un
exemple de légéreté unique. Notre Nation
avoit apparemment ſes petits Maî
tres dans ce fiecle comme dans le nôtre ;
ils ne différoient que par la mode , ou
bien tous les Gentils Hommes François
de cer âge , qui avoient vu fonder
tantde principautés par les fils de Tancrede
d'Hauteville , croyoient pouvoir
aller de pair avec tous les Souverains.
2000 .
ting of He
Jean Cartriot , furnommé Scanderberg,
joignoit au courage le plus héroïque
, une force de corps extraordinaire.
On prétend que d'un coup de fabre , il
fendoit un homme en écharpe juſqu'à la
ceinture. Lorſqu'il eut délivré fon pays
de la domination des Ruſſes , & forcé le
Sultan Amurat de faire la paix , l'Empereur
lui fit demander ce fabre , dont il
avoit entendu raconter tant de merveil.
les : Scanderberg le lui envoya ; mais le
Sultan ne voyant qu'une arme très -ordinaire
, le jeta avec mépris , en difant
qu'on en fabriquoit de meilleure trempe
dans ſes Arſenaux. Dites à ſa
دد
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
,, Hauteſſe , répondit Scanderberg à qui
cela fut rapporté, que je ne lui ai pas
envoyé le bras auquel il eſt emmanché?
"
ود
ود
III .
!
Le Pape Jean XXII , fi célebre entr'autres
par ſes démêlés avec l'Empereur
Louis de Baviere , étoit de Cahors ,
il étoit Auteur de la Taxe Apoftolique ,
on l'avoit renouvelée , & on avoit af.
fermé les produits à de petites gens de
fon pays, ſes parens pour la plupart ;
ils devinrent tous des Publicains de trèsmauvaiſe
vie. A la mort du Pape on les
enleva avec ignominie ; or , les habitans
de Cahors ſe nomment Cahorfains , & ,
par abréviation , Corſains ; de là cette
façon de parler proverbiale , on l'a enlevé
comme un Corfain , que bien des gens écriroient
Corps . faint, parce qu'il a le même
fon .
I V.
03
Pluſieurs Abbés Gaſcons caufoient enſemble
à Paris fur les penſions que leurs
peres leur donnoient. Cadedis , difoit
MARS . 1774, 201
S
د
l'un d'eux , le mien me donne bien aſſez ce
qu'il me faut ordinairement ; mais pas pour
un diable , il ne veut point fubvenir aux cas
extraordinaires & malheureux qui m'arrivent
: tenez , ajoutatil , voici une lettre
qu'il vient de m'écrire en réponſe d'une que
je lui ai écrite au nouvel an . Ecoutez ce
qu'elle contient . Je viens de recevoir
votre lettre dans laquelle vous me fouhaitez
la bonne année , ce qui eſt bien ,
mais vous me demandez de l'argent ,
ce qui eſt mal ; fi l'on pouvoit envoyer
dans une lettre cent coups de
bâton tournois vous les recevriez
avec la préſente ; car vous êtes un
22
ود
ود
ود
ود
ود
,
fripon , & je ſuis votre pere ".
V.
Un jour que l'on repréſentoit la Phedre
de Racine , le Parterre ſe récria fi
hautement contre les mauvais Acteurs
qui jouoient dans cette Piece , que le Sr
Le Grand , pere , entendit les clameurs du
foyer où il étoit. Cet Acteur s'arma de
hardieſſe , vint ſur le Théâtre , & dit ,
en s'adreſſant à ce même Parterre : ,, Mesſieurs
j'ai entendu vos plaintes ; je ſuis
fâché que mes camarades les excitent ;
ود
ود
N5
202 MERCURE DE FRANCE .
i
ود
ود
دو
”
mais de quelles épithetes ne les orne.
rez - vous point encore, lors que vous
faurez que moi , qui ai l'honneur de
vous parler , je dois remplir le rôle
de Théfée " ? Le Parterre , charmé de
cette faillie , s'appaifa , le laiſſa jouer
tranquillement , & fut très- difpofé à l'écouter
fans aucun dégoût dans la fuite.
ود
L
AVIS.
I.
Es deux Cartes , ayant pour titre Tableau du
produit des affinités chimiques , déjà annoncées dans
les journaux , ſe vendent actuellement chez Collard
, graveur , rue de la Monnoie , chez M. Auguſte
, Md. Orfevre. Prix , 2 liv. 10.
I I.
Le fieur Rouſſel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent, & coupe les ongles des pieds.
Il a une pommade pour les hémorroïdes , les
foulage & les guérit.
Il a une autre pommade pour guérir les brûlures
, approuvée par M. le Doyen & Préſident de la
• Commiffion Royale de Médecine.
Pour guérirles Cors.
On les coupe un peu , & on met un emplâtre un
MARS . 1774. -203
peu plus large que le mal , que l'on enveloppe avec
une bandelette , & au bout de huit jours , on peut
lever ce premier appareil , & remettre un autre
emplâtre pour autant de temps.
Le prix des boîtes , à douze mouches , eſt de
3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches , eſt de I liv.
To fols.
Pour les Hémorroïdes .
On prend gros comme une noiſette de la pom.
made que l'on met ſur un petit linge , & que l'on
poſe ſur le mal: on ſe trouve foulagé & guéri en
peu de temps.
Il y a des pots à 3 liv. & à 1 l . 4 f.
:
I
Pour la Brûlure .
On prend de la pominade dans une bouteille
avec une plume que l'on met ſur la brûlure , &
une feuille de papier brouillard que l'on met deſſus ,
&une bande par-deſſus.
Le prix des bouteilles eſt de 3 liv. & de 1 1. 4 f.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jean.
de-l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte cochere
à côté du Taillandier , deuxieme apparte.
ment ſur le derriere , près de la Grêve , donne encore
avis au Public qu'il débite , avec permiffion ,
des bagues dont la propriété eſt de guérir de la
goutte. On portoit autrefois cette bague au doigt
▸ annulaire ; la grande expérience à fait voir qu'on
peut la porter à la main droite , comme à la înain
gauche ; au petit doigt , comme au doigt annulaire
, & que c'eſt du côté où l'on a le plus de mal ,
› que l'on doit porter ladite bague : qu'elle guérit
204 MERCURE DE FRANCE.
les perſonnes qui ont la goutte aux mains & aux
pieds , & en peu de temps celles qui en font moyenpement
attaquées. Quant à celles qui en font fort
affligées , elles doivent la porter avant , ou après
l'attaque de la goutte , & pour lors elle ne revient
plus. En la portant toujours au doigt , elle préferve
d'apoplexie & de paralyfie .
Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 .
On le trouve tous les jours , excepté les fêtes &
Dimanches. On prie les perſonnes d'affranchir
leurs lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 11 Décembre 1773 .
L'ARTILLERIE du Château des Sept Tours
vient d'annoncer au Peuple la nouvelle impor
tante de la retraite des Rufſſes au-delà du Danube ,
& de la défaite totale de leur arriere-garde par
Haffan Pacha , près Czernawada. Cette action ,
qui a eu lieu le 6 de ce mois , a été d'autant plus
fanglante que le Général Ruſſe voyant la Cava-
'lerie Ottomane mêlée avec ſon arriere -garde , &
craignant qu'elle ne profitât du défordre de fon
armée pour paſſer le Danube , avoit fait couler à
fond une grande partie des pontons ſur leſquels
fon arriere garde devoit traverſer ce fleuve.
On continue à faire des levées dans tout l'Empire
Ottoman qui paroît inépuisable en hommes
& en argent. La Boſnie ſeule , dont on a déjà tiré
tant de Soldats , doit encore en fournir vingt- mille .
MARS. 1774 . 205
}
Les troupes de cette Province forment la meilleure
Cavalerie de l'armée. La Romélie donnera fix
mille Janiſſaires & autant de Boftangis. Les autres
Provinces font taxées en proportion du nombre
de leurs habitans. L'armée eſt abondaminent
pourvue de vivres , de proviſions & d'argent , &
le Grand Vifir eſt en état d'ouvrir la campagne
avec éclat & même d'envoyer de nombreux Dé.
tachemens , pendant l'hiver , au - delà du Da .
nube.
De Vienne , le 9 Décembre 1774 .
Le 15 de ce mois , on reſſentit dans cette Capitale
& dans les Fauxbourgs , trois ſecouſſes de
tremblement de terre qui durerent environ 35 à
40 ſecondes , fans caufer cependant aucun dommage.
La direction étoit Nord-Oueſt au Sud-
Oueſt. On reſſentit les mêmes ſecouſſes , preſqu'à
la même heure & avec les mêmes circonstances , à
Neustadt.
T
De Hambourg , le 1 Février 1774 .
On parle toujours ici des troubles élevés dans
la Ruffie Afiatique. La révolte a commencé à
Orenbourg , Ville & Fortereſſe bâtie en 1738 ,
ſous l'Empire de l'Impératrice Anne , fur lapetite
'riviere d'Or qui ſe perd , à quelque diſtance de
cette Ville , dans le Jaïk. C'eſt la Capitale du
Gouvernement du même nom , établi pour contenir
les Usbeck , les Buchares & les Chinois.
Ce Gouvernement & ceux d'Aftracan , de Cafan
de Sibérie font les quatre Grands Gouvernemens
de la Ruſſe Aſiatique . Les Peuples réunis
fous celui d'Orenbourg font encore barbares. On
:
206 MERCURE DE FRANCE.
dit qu'une premiere multitude , ſéduite par quel
ques rebelles , s'eſt augmentée juſqu'à trente mil .
le combattans. On craint les ſuites de cette ſé.
dition , qui peuvent être funeſtes dans un Empi
re immenfe , composé d'autant de Peuples diffé
rens qu'il y a de contrées.
De Leipfick , le 22 Janvier 1774.
La Société établie en cette Ville , ſous les auf.
pices du Prince Jablonowski , vient de propoſer
aux Sçavans quelques problêmes importans pour
l'Hiſtoire du genre humain. On demande quelle
a été l'origine des Salves & des Coſaques . Quelques
Hiſtoriens Septentrionaux font de la Scandinavie
la premiere Patrie des Salves , & les
font deſcendre de-là pour conquérir le Midi ; mais
il n'est pas probable que les terres reculées vers
le Nord , aient été peuplées les premieres. On n'y
trouve aucuns documens d'une haute antiquité.
L'idée que pluſieurs Ecrivains ont donnée de la
fécondité des races Septentrionales , après la chitte
de l'Empire Romain , paroît avoir été exagérée.
De Tunis, le 30 Décembre 1773 .
On craint que les Ports du Royaume ne foient
fermés de nouveau , & les Commerçans ſe hâtent
de faire partir leurs Bâtimens . Le Bey perſiſte à
leur refuſer la permiſſion d'exporter des denrées
dont ils offrent des prix exorbitans.
MARS. 1774. 207
De la Haye , le 18 Janvier 1774 .
Les Etats de la Province de Hollande , afſemblés
depuis le 12 de ce mois , ſe ſéparerent le
22 , après avoir conſenti aux mêmes impôts que
l'année derniere.
Il ſortira , cette année , de la Hollande , quarante-
huit Navires pour le détroit de Davis ; on
- ignore le nombre de ceux qui feront expédiés des
Ports de l'Elbe.
+ ' De Londres , le 1 Février 1774.
,
Nos démêlés avec l'Amérique deviennent de
jour en jour plus ſérieux. Voici à quoi ſe réduit
la queſtion. Le Gouvernement Britannique a-t-il
le droit de taxer les Américains ou ceux - ci
- ont-ils le privilege de ſe taxer eux-mêmes ? II
n'y a dans cette affaire aucun milieu à prendre ,
ni aucune eſpece de tempérament à pouvoir adopter
avec honneur & fûreté de part & d'autre ,
parce que l'oppofition de l'Amérique ne porte pas
fur la ſomme à lever , mais fur le droit de la lever.
De Civita-Vecchia , le 28 Décembre 1773.
On continue à exploiter la mine de plomb &
› d'argent qu'on a découverte à trois lieues de cette
Ville vers la montagne.
De Livourne , le 28 Janvier 1774.
1.
Lundi dernier , un courier arriva ici de Pé
tersbourg en dix- huit jours , chargé de dépe
ches pour l'Eſcadre Ruſſe à l'Archipel : il doit
208 MERCURE DE FRANCE.
s'y rendre ſur la Frégate la Minerve , commandée
par le fieur Dogdale , & qu'on eft occupé à ra.
douber. On prétend qu'il porte les ordres de
Pimpératrice pour rappeler l'Amiral Spiritow qui
fera remplacé par le Contre-Amiral Greegh.
De Newyork , le premier Décembre 1774 .
Les nouveaux avis qu'on a reçus de l'Amérique ,
continuent à alarmer le Gouvernement . On man.
de que toutes les Colonies ont pris les armes , &
qu'elles font réſolues à maintenir leurs droits & le
privilege qu'elles s'attribuent de n'être taxées que
par leur propre aſſemblée. Les Habitans de Boſton
&de Philadelphie s'exhortent mutuellement à rompre
toute communication avec le Gouvernement
Britannique. On croit qu'on propoſera des troupes
& des Vaifſſeaux de guerre dans les colonies
pour les faire rentrer dans le devoir . En attendant
ce ſecours , les Gouverneurs ont pris les précautions
néceſſaires pour leur propre fûreté & pour le
maintien du bon ordre : ils ont diftribué le peu de
troupes qu'ils ont, de maniere à prévenir les attroupemens
du Peuple ; ils ont placé de l'artil.
lerie devant leurs maiſons , & réparti quelques
Vaiſſeaux de guerre armés dans les Ports , pour
empêcher les excès qui peuvent ſe commettre ſur
la Côte. Telle étoit la ſituation des colonies , d
la fin de l'année derniere.
De Paris , le 14 Février 1774 .
Le 4 de ce mois , vers les trois heures & de.
mie du matin , le feu prit à l'Hôpital Militaire
de Metz , & ſe communiqua avec tant de rapidité
, qu'en moins de quatre heures fix cents toiſes
quar.
MARS. 1774. 209
quarrées de bâtimens furent embraſées. Malgré
les ſecours prompts & multipliés , malgré le ze
le infatiguable des Citoyens & des troupes de la
Garnifon , on n'a pu ſauver qu'environ la huitieme
partie de cet Hôpital , un des plus beaux & des
plus vaſtes du Royaume:
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé l'archevêché de Vienne à l'Evêque
du Puy en Velay ; l'abbaye de Saint-Jean
de Bonneval - les - Thouars , Ordre de St Benoît ,
dioceſe de Poitiers , à la Dame de Montbas , Religieuſe
du Prieuré de Laveine , dioceſe de Clermont
, & celle de la Couronne , Ordre de St Au .
guſtin , dioceſe d'Angoulême , à l'Abbé Gafton de
Pollier , aumonier de quartier de Mgr le Comte
d'Artois , fur la préſentation de ce Prince en vertu
de fon apanage.
Le Roi a accordé le Gouvernement d'Huningue
, vacant par la mort du Marquis de Chauvelin
, au Marquis de Croiſſy , lieutenant général des
armées de Sa Majeſté.
Sa Majefté a accordé l'évêché du Puy en Velay
à l'Abbé de Galard de Terraube , vicaire-général
de Senlis , aumônier du Roi.
PRÉSEΝΤΑΤΙONS.
La Comteſſe de Bytante a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille Royale par la
Comteſſe de Beaumont, Dame pour accompagner
Madame la Comteſſe de Provence .
Le Prince Xavier de Saxe eſt arrivé ici ſous le
nom de Comte de Luſace , & a eu l'honneur d'être
préſenté au Roi & à la Famille Royale.
0
210 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 Janvier , le Chevalier de Fleurieu , lieu
tenant de vaiffeau , eut l'honneur d'être préſenté
au Roi par le fieur de Boynes , fecrétaire d'état ,
ayant le département de la Marine , & de remet
tre à Sa Majefté , ainſi qu'à Mgr le Dauphin , à
Mgr le Comte de Provence & à Mgr le Comte
d'Artois , la relation du voyage qu'il a fait , par
ordre du Roi , en 1768 & 1769 , dans différentes
parties duMonde , pour éprouver les horloges inarines
inventées par le Sr. Ferdinand Berthoud.
La Marquiſe du Chilleau a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille Royale par la
Marquiſe de Caumont.
La Comteffe de la Tour - du- Pin de la Charce
& la Conteffe d'Ailly ont eu l'honneur d'être préfentées
au Roi & à la Famille Royale , la premiere
par la Marquise de la Tour- du - Pin , la ſeconde
par la Marquiſe de Brancas .
MARIAGES .
Le 18 Janvier , le ſieur Boyer , vicaire général
de l'évêché d'Orange , bénit dans cette ville , en
préſence de l'Evêque , le mariage d'une petite ,
fille de Catherine Fabre , veuve de François Bef
fac. Cette derniere a trois garçons & fept filles ,
cinquante -deux petits enfans , dix arriere - petitsenfans
, & elle a perdu vingt- trois petits enfants ,
morts au - deſſus de l'âge de quatre à cinq ans.
Ainfi cette femme a vu une poſtérité de quatrevingt
quinze enfans , petits - enfans , & arriere-petits
enfants . Cette famille eſt encore compofée dequatre
- vingt - onze perſonnes , en comptant les
perés & les meres , toutes domiciliées dans cette
ville & dans les environs .
MARS. 1774. 211
L
!
Le Roi a figné le contrat de mariage du Comte
d'Ailly , colonel du régiment provincial de Sens ,
avec Demoiselle le Camus .
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contrat
de mariage du Marquis de Durfort- Civrac
avec Demoiselle Browne , ainſi que celui du Comte
de Pardaillan , colonel du régiment des Grenadiers
- Royaux de Guienne , avec Demoiselle de
Verzien .
MORTS .
Louis-Charles Claude-André , Comte de Fontenay
, lieutenant - général des armées du Roi , infpecteur
- général du Corps Royal d'Artillerie , eft
mort dans la foixante - dix - ſeptieme année de fon
âge.
Claude -Gabriel - Amédé de Rochefort - Dally ,
Marquis de Saint- point , eſt mort dans ſes terres
en Bourgogne , âgé de 85 ans .
Marie - Antoinette - Victoire de Segur , époufe
de Nicolas - Thomas Hue , Vicomte de Miromenil
, brigadier des armées du Roi , colonel du
régiment des Grenadiers-Royaux de l'Ifle de Fran.
ce , eſt morte à Paris , dans la trente -neuvieme
année de fon âge .
Guillaume d'Hugues de la Mothe , Archevêqué
de Vienne , ci-devant Evêque de Nevers , eſt mort
à Grenoble , âgé de 84 ans .
Louis Gabriel des Acres Marquis de l'Aigle ,
dieutenant général des armées du Roi , lieutenant
pour Sa Majesté en ſa province de Normandie , eſt
imort à Paris , âgé de foixante - neuf ans.
Ο 2
212 MERCURE DE FRANCE .
Jean - Pierre Guignon , ordinaire de la Muſique
du Roi , eſt mort à Versailles , le 30 Janvier , agé
d'environ quatre-vingts ans .
Jeanne Ourfin , veuve de Jacques - Antoine de
Ricouart , Marquis d'Hérouville , lieutenant-géné .
ral des armées du Roi , eſt morte dans la foixantefeizieme
année de fon âge .
La nommée Françoiſe Guyot , fille , eſt morte ,
le 29 du mois de Janvier , dans la paroiſſe de St
Martin du Vieux-Bellême , élection de Mortagne ,
âgée de cent deux ans.
Jacques Etienne la Morie , ancien Exempt des
Gardes de Sa Majesté , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St. Louis , eſt mort à Pau , le 13
Janvier, dans la quatre - vingt - dixieme année de
fon âge.
Catherine Fridelberg eſt morte à Berg-op-zoom ,
dans la cent-troifieme année de ſon âge .
Anne Chabane , veuve du ſieur Bourbons , juge
de la jurifdiction de Coulonges en Périgord , eft
morte à Bordeaux , le 16 Janvier , dans la cent .
cinquieme année de fon âge.
Le fieur Gélas , Curé de Lougrates , dans le dioceſe
d'Agen , eſt mort , le 10 Janvier , à l'age de
cent quatre ans. Ses funérailles ont été réglées par
une perfonne âgée de cent - trois ans qui prenoit
foin de lui , & qui continue à jouir d'une bonne
fanté.
La nommée Anne eſt morte à Skeninge , dans
la cent-deuxieme année de fon age.
Le ſieur de la Haye eſt mort à la Haye , le 2
Février , à l'âge de cent-vingt ans . Il étoit né en
France , avoit aſſiſté à la priſe d'Utrecht en 1672 ,
1
MARS . 1774. 213
! &à la bataille de Malpaquet en 1709. Il avoit
fait par terre , & preſque toujours a pied , le voyage
de l'Egypte , de la Perfe, des Indes & de la
Chine. Il vouloit encore s'embarquer , il y a deux
ans , pour aller former un établiſſement en Amérique.
Il s'étoit marié à ſoixante - dix ans , & a
laiffé cinq enfans. Il a confervé la mémoire &
l'uſage de tous ſes ſens juſqu'à la fin de fes jours ;
mais il ſe ſouvenoit plus facilement de ce qui s'étoit
paffé avant le temps de ſa vieilleſſe.
Jean Collet , Prêtre , docteur de Sorbonne , confeffeur
de feu Mgr le Dauphin , conſeiller-clerc du
parlement de Paris , Abbé commendataire de l'abbaye
royale de Chaumes , Ordre de St. Benoît ,
dioceſe de Sens , eſt mort en cette ville , dans la
cinquante-neuvieme année de ſon âge.
7
LOTERIES.
Le cent cinquante - ſeptieme tirage de la Loterie
de l'hôtel- de- ville s'est fait , le 25 Janvier ,
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 89504. Celui de vingt
mille livres au No. 92502 , & les deux de dix
mille , aux numéros 80013 & 96911 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait le 5 Février . Les numéros fortis de la
roue de fortune , font 69 , 83 , 48 , 6 , 89. Le
prochain tirage ſe fera le 5 Mars 1774.
Dans le Mercure de Février 1774 , page 184 , lig.
10 , les excuſer , lifez les exercer.
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE .
TABLE.
PIECES FUGITIVES en vers & en proſe , page 5
Ours ,
Hiſtoire d'une jeune Fille enlevée par
L'Homme , Ode ,
Couplets anacréontiques ,
Traduction de deux ſtances tirées du 16e
un
ibid.
8
13
chant de la férusalem delivrée , 15
L'Amitié malheureufe , 16
Vers à Madame V *** , 40
A Madame la D. de la V *** ,
Le Fleuve &le Ruiſſeau , fable ,
43
44
A Madame la Marquiſe D *** 45
,
Epître de Didon à Enée , traduction libre
d'Ovide , 46
Lettre d'Alexis , déſerteur , dans la priſon , à
Louiſe ſa maîtreſſe ,
Le vrai Bonheur , Ode anacreontique ,
Madrigal,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOCRYPHES ,
54
62
63
ibid.
ibid.
68
AIR : De l'Union de l'Amour & des Arts , 71
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 73
Dictionnaire raiſonné de Diplomatique ,
Traité des Fiefs de Dumoulin , analyſé &
conféré avec les autres Feudiſtes , & c .
Cours d'Etudes de jeunes Demoiſelles ,
ibid .
85
88
Diſcours ſur la Révélation , 92
Traité de l'Exploitation des Mines , &c. : 98
Hiſtoire naturelle de Pline , 105
Traité des Maladies vénériennes , 110
MARS. 1774. 215
Traité des Maladies chirurgicales, III
Lettre à M. le Monnier , ſur la culture du
Café, 113
Opufcules phyſiques , & chimiques , 114
Oeuvres de Romagneſi , 119
Almanach général des Marchands , 121
Eclairciſſemens ſur l'invention des nouvelles
machines pour la détermination des longitudes
en mer , 123
Jacobi Vanierii , prædium Ruſticum , 125
Traités fur différentes matieres de droit civil
, & c. ibid.
L'Art du Manege , 126
Nouvelle Chimie du Goût & de l'Odorat , 128
L'Eleve de la Raiſon & de la Religion , 129
Mémoires de Chimie , 134
Hiſtoire de l'Académie royale des Inſcrip-
-Montauban ,
tions & Belles - Lettres , &c.
Lettres nouvelles , ou nouvellement recouvrées
de la Marquiſe de Sévigné , & c .
ACADÉMIES , Rouen ,
-Beziers ,
SPECTACLES , Concert ſpirituel ,
136
137
138
144
149
152
! Opéra , 153
Comédie Françoiſe , 154
Comédie Italienne , ibid.
Début , 158
Géographie , 159
ARTS , Gravures , 163
Muſique , 166
Avis à M. M. les Facteurs d'Orgues , 169
Ruches de nouvelle conſtruction , 173
Foire Saint - Germain , 175
Curioſité de l'Art , 177
Lettre de M. Clément à M. l'Abbé Mignot, 179
216 MERCURE DE FRANCE .
Lettre de M. de la Harpe à M. L *** ,
Ode à l'occafion du mariage de S. A. I. M.
le grand Duc ,
A Mile T *** ,
Mort de M. de la Condamine ,
Anecdotes ,
Avis ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Morts ,
Loteries ,
180
188
195
196
198
202
204
209
ibid.
210
211
213
Errata, ibid.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
AVRIL. 1774.
1
PREMIER VOLUME.
No. V.
Mobilitate viget. VIRGILE .
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX.
Caufes auſes Célebres , curieuses & intéreſſantes de toutes
les Cours ſouveraines du Royaume , avec les jugemens
qui les ont décidées , in-douze tom. 1. 2. 3. 4.
5. 6. Paris 1774.
Dictionnaire de Penſées ingénieuſes , tant en vers qu'en proſe
des meilleurs écrivains françois &c . 8vo . 2 vol. 1773 .
Obſervations fur les commencemens de la Société , par
Mr. J. Millar , Profeffeur en droit àGlaſcow , trad .
de l'anglois . 1 vol . Amst. 1773 .
Cours d'Etudes des jeunes Demoiselles &c. 6 vol.
Paris 1774.
L'Homme de Lettres & l'Homme du Monde. I vol.
Orléans 1774-
Traité des Maladies Vénériennes ; par M. Fabre , troifieme
édition &c. 8vo. 1773. 1 vol. à f 3 : -
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs Claſſiques ,
Grecs & Latins , tant facrés que profanes , 8vo. 16
vol . Paris 1774-
Hiſtoire des Philofophes Modernes , avec leurs portraits
gravés dans le goût du Crayon &c. par Mr. Saverien
ind. 8 vol. Paris 1762-1773 .
Hiſtoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année
1770 4to . I vol. fig. Paris 1773 .
Journal de Médecine de 1774.
Oeuvres de Boileau grand in 8vo. 5 vol. fig. Amst. 1773 .
dito , in-douze 5 vol. fig.
Journal des Scavans , depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes .
- dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Avril 1774 en
72 Kolames .
dito , la fuite , ſous preffe.
Depuis 1764 l'année est compofée de 14 parties à 12
fols; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande .
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de ſon
Education , ouvrage pofthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoires
très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidelles de ceux -mêmes qui ont été
dreffés alors fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée. 4to. I vol. à 12 :
1
24-27LIVRES 3/3 NOUVEAUX
☑ MARC-MICHEL REY, Libraire à Amsterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreſſion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève , du
Discours , & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches,
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Dise
cours & un Tome de Planches ſans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
}
i
Traité de l'Autorité des Parents fur le Mariage des Enfants
de Famille . I vol . gr . 8vo. Londres 1773. à ft : 5
Penſées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
1 vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à f 1 : 10 .
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont . Ansien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers sujets
importans d'administration , &c. pendant son Séjour
en Angleterre , Grand 8vo . en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la République
de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Province
d'Alface.
,
II . Recherches ſur les Royaumes de Naples &de
Sicile Deſcription Géographique des Jurifdictions
fupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la ville
de Naples , conſeil d'Etat , Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Nobleſſe , du Peuple .
III. Abrégé Chronologique de l'Hiſtoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes.
IV. Penſées , Recherches , Obſervations ſur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ,
fur les changes étrangers , ſur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
les péages , projet pour la fuppreffion des droits intérieurs
, obſervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law.
V. Recherches fur la Ruſſie , fur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie , tarif
ou table Alphabétique des droits impofés ſur les
marchandiſes importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruffie. Traité de commerce entre la Ruffie & la
Grande - Bretagne .
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Fæderowna
ordonnances de Pierre I. Obſervations fur les revenus
& les dépenſes de la république de Gênes , du gouvernement
, grand & petit Confeil , Doge , Sénateurs ,
A 2
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges ; de l'Iſle de Corſe , des Emprunts , excel .
lence d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglois ;
conftitution d'une république légitime , le peuple eft
la fource de route puiſſance , &c.
Tome VII. Obfervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribunaux
, gouvernement de la cité de Londres , uſage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Acciſes
ou mattotes , des Finances , de l'Etat militaire , de la
population des eſpeces , des poids & meſures , compagnie
de commerce , d'affurance.
-
VIII . Détails fur l'Ecofle , ſituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſtique , Civil , tribunaux
, poids & meſures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerſités . Tableau des poffeffions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade , de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , Ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , les Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudſon , Terre - Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Caroline , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établiſſements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de ſes
plantations & leur commerce.
IX. Sur la Régie des Bleds en France , ſur les
mendians & les enfans trouvés , fur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prerogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France ,
Origine , Nature , & produit des impôts fur le clergé
de France , &c .
XI . Origine & progrès de la taille , ſon établiſſement
en France , ſes variations , ſes produits & fa régie,
&c .
XII . Détail Général de toutes les parties des Finances
du Royaume de France , mémoire fur le domaine
d'Occident , de l'Hôtel- Royal des Invalides ,
maréchauffées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , ſituation de la France
dans i'Inde avant la paix de 1763 .
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII.
Volumes.
!
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 177 4 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
N
१०
ODE , tirée du Pfeaume 50.
2
E m'abandonne pas au fort de mes miferes ,
Et , détournant de moi tes jugemens féveres
Pardonne , Dieu puiſfant , à mon iniquité ;
O Dieu que j'outrageai ne venge point ta' caufe !
Ne vois point ſi ta gloire à mon pardon s'oppoſe :
Ne vois que ta bonté.
A 3
1
1
1
6 MERCURE DE FRANCE.
Ne vois que les remor's dont je ſuis la victime :
Mes yeux ne font ouverts que pour pleurer mon crime.
Sa voix , dans tous les temps , crie au fond de mon
coeur.
Elle fait en tous lieux mon éternel ſupplice ;
Et , foit que le jour naiſſe ou que le jour finiſſe ,
Me fert d'accufateur.
De quelle indignité ma mifere eſt ſuivie !
Je fus mort à tes yeux en recevant la vie ,
Puiſque dans le péché ma mere ma conçu ;
Mais , à force d'outrage , à force d'infamie ,
J'ai bien justifié toute l'ignominie
Du jour que j'ai reçu.
T Et néanmoins fur moi ta bonté veut s'étendre :
Non , ce n'eſt point en vain que j'oſe le prétendre .
Par toi- même , o mon Dieu , cet eſpoir m'eſt donné;
Mais ma douleur par-là ne peut être affoiblie
Je t'ai trop irrité pour que mon coeur l'oublie
Si tu m'as pardonné.
Tu m'avois rendu doux ce que tu me commandes.
Tu m'avois inſpiré l'amour que tu demandes.
J'abuſai de tes dons , mais quoi qu'un pécheur fit ,
Il peut encore au Ciel élever des mains pures ;
Il peut être lavé de toutes ſes ſouillures ;
Parle un ſeul mot fuffit.
AVRIL.I. Vol. 1774. 7
Parle , & choiſis mon bras pour venger ta querelle :
Envers tes ennemis tranſporté d'un ſaint zêle ,
Mes crimes contre moi s'éleveroient en vain .
Rends de tes traits puiſfans mes mains dépositaires ,
Et fais luire à mes yeux les rayons ſalutaires
De ton eſprit divin .
Alors tu me verras , fort par ton aſſiſtance ,
Confondre le pécheur qui vante ta clémence ,
Et qui de fon injure attend l'impunité .
Tu me verras briſer tous les vains édifices
Que , pour mettre à couvert toutes fortes de vices ,
Bâtit l'impiété.
Mon Dieu tu vois mes pleurs : pardonne mes offenſes ;
Si je puis , par des chants , ſuſpendre tes vengeances ,
Je te célébrerai par des chants immortels ;
Si le ſang des agneaux peut effacer mes crimes ,
J'irai ſacrifier de nombreuſes victimes
Au pied de tes autels .
Mais je n'ignore pas ,tu nous l'as dit toi-même ,
Que pour nous pardonner tu veux un coeur qui t'aime ,
Un coeur de ſes péchés contrit , humilié.
Que t'importe un encens qu'offre une main impure ,
Ou que , par une bouche ouverte à l'impoſture ,
Ton nom foit publié ?
A4
1
8
MERCURE DE FRANCE..
Grand Dieu , change nos coeurs , renouvelle notre ame
Que l'amour du prochain , que le tien nous enfiamme ,
Et lorſque nous aurons fatisfait à ta loi ,
Allons à tes autels implorer ta juſtice ,
Et le plus foible chant , le moindre ſacrifice
Sera digne de toi.
Par Mlle de F*** , d'Aix.
Imitation de la premiere Ode d'Horace.
Mecenas atavis , &c.
MLÉCENE , iſſu des Rois de l'Etrurie antique ,
O doux appui d'Horace , & fa grandeur unique !
Admirez avec moi que d'intérêts divers.
Que de goûts oppoſés regnent dans l'Univers.
L'un ſur un char aflé franchiſſant la barriere ,
Agite autour de lui l'Olympique pouſſiere ;
Et , ſi la borne atteinte épargne ſon eſſieu ,
Ce n'eſt plus un mortel ; la gloire en fait un Dieu.
L'autre , épris des grandeurs qui flattent fon attente ,
Brigue du Peuple Roi la faveur inconſtante :
Tandis qu'Agricola , cultivateur heureux ,
AVRIL . I. Vol. 1774 . 9
Jaloux du champ fertile où ſe bornent ſes voeux ,
Ne conſentiroit pas pour les tréſors d'Attale
D'affronter de la mer l'inclémence fatale.
1 Mais voici qu'échappé de la fureur des flots ,
Ce Marchand , qui , du port , béniſſoit le repos ,
Raſſemble les débris de ſes derniers naufrages ;
Sur un frêle vaiſſeau court tenter les orages ,
Et foutenir l'aſpect de Neptune irrité ....
Tant eſt dur le mépris qui ſuit la pauvreté !
Plus tranquille , du moins , le buveur pacifique
Fait long- temps ſuccéder le Falerne au Maſſique ,
Sommeille ſous un myrte au doux bruit d'un ruiſſeau ,
Puis retourne au Falerne & s'endort de nouveau.
Pour les coeurs généreux le péril a des charmes.
La trompette a fonné ; le guerrier prend ses armes ,
Suit les drapeaux fanglans ſur la breche arborés ,
Et chérit les combats , des meres abhorrés,
1560
Le chaſſeur , inſenſible aux alarmes d'Iſmene ,
Soit qu'un cerf fugitif ait paru dans la plaine ,
Soit qu'un fier ſanglier ait rompu ſes filets ,
Vit parmi les frimats dans l'horreur des forêts.
hue
Pour moi je crois d'Hébé partager l'ambroiſfie
Și quelquefois Euterpe ou fa foeur Polymnie ,
A 5
10 MERCURE DE FRANCE.
Au fond d'un bois ſacré qu'habite la frafcheur ,
Viennent monter ma lyre ou me prêter la leur.
Mais qu'un prix plus flatteur accroîtroit mon audace !
Daignez de lierre un jour ceindre le front d'Horace :
Alors , Mécene , au gré d'un effor glorieux ,
Ma tête radieuſe ira toucher les cieux.
Par M. Poinfinet de Sivry.
VERS à M. le Maréchal Duc de Briffac ,
L
à l'occaſion de ſa convalescence.
A Parque a ſuſpendu ſes ciſeaux inhumains :
J'ai tremblé pour ta vie ,& ma crainte eſt paſſée ;
C'eſt une tempête appaiſée
Qui t'annonce des jours fereins.
J'ai vu la Cour , j'ai vu la Ville
S'intéreſſer en ta faveur ;
Eh ! quel mortel ſeroit tranquile
Quand Briſſac eſt dans la douleur ?
Qui le connoît dit hautement : je l'aime ;
C'eſt l'ami de l'humanité ;
AVRIL. I. Vol. 1774. If
Il eſt plus grand par ſa bonté
Que par ſon origine même.
Ces lauriers ſur ſon front où regne la candeur
Sont le prix de ſa noble audace :
En eft- il un pour fon bon coeur ?
Je laiſſe aux mattres du Parnaſſe
A célébrer tous ſes hauts faits ,
A vanter pour fon Roi ſon amour & fon zèle :
Sur cet article il eſt plus d'un modele ,
Mais pour fon coeur... qui le rendra jamais ?
Si la Parque nos voeux contraire
Nous l'avoit ravi par malheur ,
En lui de deux héros elle eût privé la terre :
Le héros de Bellone & celui de l'Honneur .
Par M. de Laviéville.
VERS pour le portrait de Madame
la Dauphine.
C'EST-ELLE , je
' EST-ELLE , je la vois , cette auguſte Dauphine ,
Telle qu'à fon Hymen elle alloit à l'autel !
Ton ſujet , jeune artiſte , a fixé le paſtel :
Satin couleur de lis , beaux yeux , taille divine ,
Un regard t'inſpira cet enſemble charmant ,
Et la fille d'une Héroïne
Eſt tranſiniſe à nos yeux d'après le ſentiment.
Par Mde Guibert.
1
12 MERCURE DE FRANCE .
ROSAMIRE , Anecdote morale.
ROSOASMAIMIRREE étoit fortie du couvent. La
Marquiſe de Sonnerfon fa mere , jeune
veuve , jouiſſant d'une grande fortune ,
l'avoit menée en triomphe dans ſa famille
& dans les cercles brillans de la
ſociété. Les hommes avoient beaucoup
loué la légéreté de ſa taille , la blancheur
de ſon teint , l'enſemble charmant de ſes
traits , la vivacité de ſes beaux yeux , &
fur-tout fa touchante ingénuité. Les femmes
avoient critiqué ſon maintien & fon
air embarraſſé . Ma petite , diſoit la dédaigneuſe
Cydaliſe , vous a-t-on appris
à parler ?"
ود
ود
ود
66
ود
ود
ود
Votre fille , diſoit la prude Araminthe
, eſt bien neuve ; mais je veux l'instruire
: je me charge de fon éducation."
La coquette Lucinde la prenant par la
main , s'écrioit : ,, Eh ! mais , c'eſt un en-;
fant charmant ! Ah ! ma bonne amie ,
confiez -moi votre chere fille : je la
menerai aux ſpectacles dans ma petite
ود
ود
”
C
AVRIL. I. Vol. 1774. 13
>
,, loge. Vous ſavez que je ſuis merveil-
ود
ود
ود
leuse pour la Jeuneſſe... " Et prenant
délicatement le menton du cher enfant ,
& lui donnant un léger baiſer au front :
N'eſt- il pas vrai , ma toute belle , que
,, vous m'aimez déjà ? Elle eſt au moins
du dernier bien : il ne lui faut qu'un peu
,, d'uſage , vous dis - je ; je prétends en
faire un fujet... Elle est vraiment beau-
,, coup mieux que toutes nos Beautés fi
fieres ! .. "
ود
ود
ود
La Marquiſe , liée par ſon rang à la
haute Nobleſſe , craignoit que la bonne
compagnie n'altérât les moeurs & le caractere
de Roſamire. Un jour , elle la
retint dans ſon appartement, écarta ſes
femmes , inutiles témoins de ſes confidences
, elle embraſſa la jeune Roſamire ;
& , les yeux baignés de pleurs que lui faifoit
verſer la tendreſſe , elle lui dit : ,, Ma
ود
ود
ود
fille , ma chere fille,votre naiſſance, votre
fortune , votre beauté vous deſtinent à
tenir un état diſtingué dans le monde ;
,, vous excitez déjà les voeux & l'ambition
des jeunes gens qui aſpirent à un
établiſſement brillant. Mais avez - vous
,, jamais fongé , ma Roſamire , aux devoirs
que vousavez à remplir dans la fo-
ود
ود
"
14
MERCURE DE FRANCE.
و د
ciété?N'en croyez pas un monde frivole
,, qui vous parlera d'encens & d'adoration,
و د
"
و د
و د
و د
ود
qui volera au-devant de vos defirs , &
„ qui vous éloignera de toutes les affai-
,, res , de tous les ſoins de la vie , pour ne
,, vous préſenter que des plaiſirs. C'eſt
,, par ces dehors féducteurs que les hom-
,, mes préparent à la beauté des chaînes
„ honteuſes ; ils la traitent enReine , &
veulent en faire une eſclave. Il ſemble
à ces hommes vains, que les femmes
font faites pour les charmer , & que
,, tous nos devoirs font remplis lorſque
nous avons ſu leur plaire. Ah ! ma
Roſamire , concevez une idée plus noble
de notre deſtinée. La Nature n'a
mis tant de ſenſibilité dans votre ame ,
tant de douceur dans votre caractere ;
elle n'a répandu ces graces touchantes
dans notre ſexe ; elle ne nous a douées de
la foibleſſe , oui de cette foibleſſe qui défarme
la force , que pour gouverner les
hommes , pour adoucir l'apreté de leurs
,, moeurs , pour les ramener inſenſiblement
à leurs devoirs , pour les rappeler
de leurs écarts , pour gouverner enfin ,
,, pour régner par eux & faire le bonheur
"
"
"
و د
و د
و د
"
"
و د
" du monde. Songez , ô ma Roſamire ,
AVRIL. I. Vol. 1774. 15
1
,, que vous êtes citoyenne & ſujette ;
,, vous êtes ma chere fille ; vous ferez
ود
ود
épouſe & mere: Que de devoirs attachés
à ces nobles titres ! " Ainſi la mere
de Roſamire l'inſtruiſoit ; & , trouvant
en elle d'heureuſes diſpoſitions , elle imprimoit
dans ſon coeur tendre les grands
principes de l'ordre & de la morale.
La fortune & la beauté , ou plutôt
l'ambition & le plaiſir exciterent bientôt
un tourbillon d'amans autour de cette
jeune Grace. Chaque afpirant avoit ſes
protections & ſes recommandations.
Araminthe s'intéreſſoit pour fon neveu
le Comte de la Souche. Elle vantoit
ſes vertus ; elle l'avoit formé , &
en avoit fait un éleve digne d'elle. C'étoit
un jeune homme ſec & hautain , parlant
par fentences , s'eftimant beaucoup ,
s'écoutant avec complaiſance , un fage
précoce , un pédant de vingt ans. Rofamire
ne fut pas flattée des hommages de
cet amant précepteur. Elle le fut encore
moins de la fuffisance , des longs discours
, & de l'importante fatuité du Chevalier
de Vieux Châtel , dont Cydalife
préconiſoit l'eſprit , l'air de dignité & la
nobleſſe. Mais elle s'amuſoit , dans
I16 MERCURE DE FRANCE
la petite loge de Lucinde , des propos
légers du jeune Colonel , ſon parent.
Il ſavoit , dans le plus grand détail , tout
ce qui s'étoit paffé dans les vingt - quatre
heures à la Cour & à la ville. Il étoit
l'homme de toutes les petites affaires.
On le voyoit le matin , dans un char rapide
, aller en négligé faire ſa ronde dans
tous les quartiers de la capitale. Il voltigeoit
aux toilettes des jeunes femmes de
qualité & des nymphes du bon ton , pour
recueillir les aventures de la nuit & du
jour , les bons mots , les perfifflages malins
, les petites méchancetés , les ridicules
comiques , les intrigues arrangées &
dénouées , enfin la gazette myſtérieuſe
qu'il ſe chargeoit de publier. Il voloit
de là faire un tour à la chaſſe , & revenoit
ſe montrer dans les ſpectacles , &
s'arrêter dans la petite loge de Lucinde.
Roſamire l'écoutoit , fourioit. Il glisfoit
un mot flatteur : elle rougiſſoit. Le
Zéphir léger ſe croyoit aimé de la jeune
Flore. Il ne doutoit point que fon
mariage ne fût déjà une affaire décidée.
On lui en faiſoit des complimens qu'il
ne défavouoit pas. Cependant la mere
de Rofamire confultoit la goût de ſa fille ,
&
AVRIL. I. Vol. 1774. 17
&, ne le trouvant pas encore fixé , elle
craignoit que , trop prévenue par ſes remontrances
mêmes , Roſamire ne ſe
rendît trop difficile ſur le choix d'un
époux & qu'elle ne laiſſat paſſer dans
une froide incertitude le printems de fon
âge. Elle lui demandoit ſi , parmi lajeune
Nobleſſe qui s'empreſſoit de lui rendre
hommage , ſon coeur ne l'avoit pas encore
avertie. Rofamire n'oſoit répondre ;
mais , en baiſſant les yeux , fon filence
diſoit aſſez qu'elle avoit fait un choix.
Cette digne mere réſiſta pour ce moment
à ſa tendre inquiétude , & ne voulut
pas encore paroître avoir entendu ſa
fille. Enfin Roſamire ſe jetant dans ſes
bras , lui baiſant les mains , & laiſſant
tomber quelques larmes , non de triſtesſe,
lui dit d'une voix timide : ,, Mon ado-
ود rable mere ! avez - vous remarqué com-
,, me moi , chez la Comteſſe du Nord,
,, ce jeune homme ſi honnête , ſi modes-
,, te , ſi intéreſſant dans ſa perſonne &
dans ſa converſation ? Eh bien , ma
fille ?-Eh bien , c'eſt lui... -Quoi !
وو le connoiſſez - vous ? -Non -Vous
,, a-t- il parlé ?-Non.-Vousa-t- il écrit ?
"
ود
ود
Savez-vous ſeulement ſon nom ? Con-
,, noiſſez-vous ſon état, ſa fortune , ſes
B
18 MERCURE DE FRANCE .
qualités? Hélas ! tout ce que je fais,
c'eſt qu'on l'a nommé le Baron deWal-
,, vight , &qu'ila fait entendre , qu'obligé
, de quitter ſa patrie , il voyageoit ,in-
,, certain s'il devoit fe fixér en France ou
,, ailleurs ; mais c'eſt lui que je préfére-
ود rois , s'il me faut recevoir le nomd'é-
„pouſe. Je crois entendre une voix intérieure
qui me répete continuellement
;, que mon bonheur dépend de cet aimable
étranger." "
Cette tendre mere eſſaya en vain de détruire
l'enchantement de la paffion dont
ſa fille avoit été frappée. Elle alla , ſous
divers prétextes , chez la Comteſſe du
Nord pour s'informer ſans affectation du
jeune étranger. Enfin elle apprit avec
joie qu'il étoit d'une des plus nobles familles
Ecoſſoiſes ; qu'il avoit beaucoup
de fortune ; qu'ayant perdu l'auteur de
ſes jours', & traverſé par des inimitiés
puiſſantes contre lui & fa famille , il cherchoit
le repos hors de fon pays ; on lui
dit beaucoup de bien de fon caractere ,
de fon eſprit & de ſes moeurs; mais on
ignoroit depuis quelque temps s'il étoit
parti , & ce qu'il étoit devenu . ,, Oublie,
ma tendre Rofamire , lui diſoit fa me-
, re , repouſſe un amour fans eſpérance.
AVRLL. I. Vol. 1774. 19
}
12
وو
ود
ود
ود
Eſt-ce àtoi , eſt-ce à ton ſexe , avec tant
„ d'avantages , de faire le premier aveu?
N'as tu donc pas à faire un choix ho-
,, norable dans la Jeuneſſe la plus brillante
qui eſt à tes pieds ? Eh! c'eſt dans le
fein de ma mere , de ma reſpectable
amie que je dépoſe mon ſecret' , lui
,, repondoit Roſamire ; je ſens que j'ai à
répouſſer un amour inſenſe ; mon de.
voir même eſt de le laiſſer ignorer,
,, Cependant ma tête eſt priſe , & mon
,, coeur est échauffé par une paffiondomi-
,, nante , impétueuſe , déraisonnable , ſi
,, vous le voulez , mais tyrannique , que
,, je combats inutilement par la raiſon ,
”
ود
" que le ſpectacle des fêtes & du monde
,, ranime , & que les hommages des jeu-
,, nes gens irritent ; je ne meſens pas libre
de donner mon coeur ni ma main. Je
,, confeſſe ma foibleſſe à ma mere : qu'elle
me plaigne & me pardonne ; elle
feule en fera à jamais le témoin & la
,, confidente ; mais elle m'a fait enviſa-
,, ger tant de devoirs à remplir dans l'état
, du mariage , qu'il faut que mon joug
,, foit doux & facile. J'eſpere que le
,, temps& la folitude pourront affoiblir
,, & peut - être détruire ce fol amour, "
Roſamire , embraſſant les genoux de la
ود
B2
20 MERCURE DE FRANCE.
Marquiſe , l'attendrifſoit , l'intéreſſoit,
mais la déſeſpéroit par la bizarrerie & les
ſuites d'une paffion d'autant plus malheureuſe
, que l'objet en étoit en quelque
forte incertain & fugitif. Elle ſuivit pourtant
le deſir de Roſamire , elle quitta la
capitale , & alla avec ſa fille dans une de
ſes terres où quelques affaires , dit elle en
partant , exigeoient ſa préſence. Roſamire
éprouva cette douce mélancolie qui
n'eſt que l'aſſoupiſſement d'un paffion
violente. La préſence & le grand ſpectacle
de la belle Nature exaltoit ſon ame
& ravifloit ſes ſens ; elle ſoupiroit encore
, mais du moins elle n'étoit pas contrainte
par une ſociété exigeante dont il
faut toujours faire les agrémens. Enfin
elle commençoit à perdre l'amour avec
l'eſpoir , lorſque ces deux ſentimens ſe
ranimerent avec force à la vue d'un jeune
chaſſeur qui traverſoit la forêt à côté du
château de la Marquiſe. C'étoit le Baron
de Walvight , dont il eſt temps de faire
connoître les ſentimens. Il n'avoit pu voir
la belle Roſamire fans être frappé de l'amour
le plus violent. Depuis cet inſtant
fatal à fon repos , il s'informa de tout ce
qui pouvoit favoriſer ſes deſirs ; mais il
déſeſpéra avec raiſon qu'un étranger ,
AVRIL. I. Vol. 1774. 21
inconnu , hors de ſon pays , ſans emploi
digne de ſa naiſſance , fans appui ,
ſans recommandation , pût faire agréer
ſes voeux par l'héritiere d'un nom diftingué
& d'une grande fortune. Cependant
il portoit toujours dans ſon coeur le trait
qui l'avoit bleſſé ; il ne ſavoit pas qu'il
faiſoit le malheur de Roſamire , lorſque
Rofamire faiſoit le ſien , & que leur
bonheur dépendoit d'un aveu qu'ils devoient
craindre l'un & l'autre de faire.
Mais , toujours attaché à l'objet deſa pasſion
, il préféra la France à tout autre
pays ; il s'y fixa ; il chercha méme à la
ville & à la campagne une habitation
près celle de Roſamire. Il acquit un fief
- conſidérable à côté de celui de la Marquiſe;
il étoit venu pour y rêver à ſes
amours , lorſque Roſamire l'apperçut.
Ce jeune étranger voyant que l'occafion
le favoriſoit , trouva alors des raiſons
pour ſe préſenter chez la Marquiſe ,&des
motifs pour faire connoître ſa naiſſance ,
ſes titres & fes biens. Il y avoit une partie
de ſa terre pour laquelle il avoit un
compte à rendre au régiſſeur du fief de
la Marquiſe. Ce fut un prétexte qu'il faifit.
Il lui confia tous les papiers de fa famille
; la pria de les faire examiner par
B 3
22 MERCURE DE FRANCE.
fon homme- d'affaires , & de permettre
qu'il s'en rapportât à tout ce qu'il feroit .
Un intérêt plus important que celui de
quelques droits dont il étoit redevable ,
fit accepter avec plaiſir ſa demande. La
Marquiſe reconnut bientôt que le Baron
étoit d'une naiſſance très - diſtinguée , &
qu'avec ſon nom & fa fortune , il obtiendroit
facilement du ſervice & de la con
fidération en France. La liberté delacampagne
, le voiſinage & la liaiſon des affaires
l'autoriserent à voir tous les jours
l'objet de ſa paſſion. Le deſfir de plaire
déploya & anima ſes talens agréables ;
ils donnerent plus de luſtre aux qualités
de fon coeur , aux charmes de fon efprit
& aux agrémens de fa perſonne. Il parut
tel que l'Amour defiroit qu'il fût. Rofamire
, dont la ſanté s'étoit altérée , reprit
auſſi ſa gaieté& l'éclat de ſes attraits. Le
Baron , encouragé par les attentions de
la mere & par les regards attendris de
la fille , oſa faire l'aveu de fon amour
que la Marquiſe autoriſa. Ce fut alors
ſeulement qu'il apprit les ſentimens de
Roſamire & tout fon bonheur. Quels
amans furent jamais plus dignes d'être
époux ? Leur mariage fut célébré , non par
des fêtes brillantes , mais par des bienAVRIL
L. Vol. 1774. 23
faits qu'ils répandirent ſur leurs vaſſaux.
La Marquiſe ent la fatisfaction de voir
proſpérer ſes chers enfans ,& fut heureufei
de leur bonheur.
Par M.L***
ינ
LETTRE de M. de la Harpe
A M. Lacombe.
Vous verrez , Monfieur , en liſant la
piece que j'ai l'honneur de vous envoyer,
que dans ce ſiecle où trop d'auteurs font
preſſés d'imprimer leurs plus médiocres
fantaisies , il en eft qui compoſent dans
- le ſecret , d'excellentes choſes que la renommée
dérobe à leur modeſtie. Il m'eſt
tombé entre les mains une copie de l'Idylle
que je joins ici . Je n'en ai gueres
lu de meilleures . La tournure des vers
-eſt élégante & facile ; il y a des idées ,
des ſentimens , des images , & la piece
entiere eſt d'un excellent goût. Elle eſt
intitulée , la Fontaine de Vaucluse. Ceux
qui ont viſité cette fontaine célebre , prétendent
que la deſcription n'eſt pas trèsexacte.
En ce cas , c'eſt le ſeul reproche
qu'on puiſſe faire à ce morceau charmant ,
:
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
& qui doit le paraître d'autant plus qu'on
m'aſſure qu'il eſt d'une femme. Vous favez
que les Deshoulieres & les Lafayette
ont, de nos jours , plus d'une rivale. II
en eſt , même dans un rang très - diſtingué
, qui ne confient qu'à l'amitié , encore
avec une très-grande réſerve , des productions
en proſe & en vers que nos bons
écrivains avoueraient avec plaifir , & qui
auraient beaucoup de ſuccès ſi elles étaient
publiées. Rien ne juſtifie mieux le ſexe
des reproches qu'on lui fait ſur l'article de
la diſcrétion . Il y a bien du mérite à
garder le ſecret de l'amour propre , &
bien de la grace à laiſſer échapper celui
de la ſenſibilité. Quoi qu'il en ſoit , tou
tes les fois qu'on pourra dérober à la modeſtie
d'une femme auteur , des vers ausſi
bien faits que ceux de Mde du V** ,
il me ſemble qu'on fera fort bien de ſe
permettre cette innocente trahison , dont
il n'y a perſonne qui ne voulût être com.
plice.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AVRIL I. Vol. 1774. 25
7
LA FONTAINE DE VAUCLUSE ,
Idylle ; par Mde Duverdier d'Uzès.
C
E c'eſt pas ſeulement ſur des rives fertiles
Que la Nature plaſt à notre oeil enchanté :
Dans les climats les plus ſtériles ,
Elle nous force encor d'admirer ſa beauté.
Tempé nous attendrit , Vaucluſe nous étonne,
Vaucluſe , horrible aſyle où Flore ni Pomone
N'ont jamais prodigué leurs touchantes faveurs ,
Où jamais de ſes dons la Terre ne couronne
L'eſpérance des laboureurs,
Ici , de toutes parts , elle n'offre à la vue
Que les monts eſcarpés qui bordent ces déſerts ;
Et qui , ſe cachant dans la nue ,
Les ſéparent de l'Univers ,
Sous la voûte d'un roc dont la maſſe tranquille
Oppoſe à l'aquilon un rempart immobile ,
Dans un majestueux repos
t
Habite de ces bords la Nayade ſauvage ;
Son front n'eſt point orné de flexibles roſeaux ,
Et la pureté de ſes eaux
Eſt le feul ornement qui pare fon rivage,
J'ai vu ſes flots tumultueux
S'échapper de fon urne en torrens écumeux ;
J'ai vu ſes ondes jailliſfantes
:
T
>
! )
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
Se brifant à grand bruit fur des rochers affreux ,
Précipiter leur cours vers des plaines riantes
Qu'un ciel plus favorable éclaire de ſes feux.
L'Echo gémit au loin ; Philomele craintive
Fuit , & n'oſe ſur cette rive
Faire entendre ſes doux accens .
L'oiſeau ſeul de Pallas , dans ces cavernes fombres ,
Confond pendant la nuit , avec l'horreur des ombres ,
L'horreur de ſes lugubres chants.
Déeſſe de ces bords , ma timide ignorance
N'oſe lever ſur vous des regards indiſcrets ;
Je ne veux point ſonder les abymes ſecrets ,
Où de l'aſtre du jour vous bravez la puiſſance,
Lorſque ſa brûlante influence
*
Deſſeche votre lit ainſi que nos guérets .
Je ne demande point par quel heureux myſtere
Chaque printems vous voit plus belle que jamais ,
1
Tandis qu'au départ de Cérès
** Vous nous offrez à peine une onde falutaire:
Expliquez-moi plutôt les nouveaux fentimens
Qui calment l'horreur de mes ſens .
Quoi ! ces triſtes déſerts , ces arides montagnes ,
• Au milieu du baſſin de la fontaine , il y a uunn gouf
fre dont on n'a jamais pu trouver le fond.
** La fontaine est très-abondante en Avril , & presque
à sec en Septembre.
२६
AVRIL. 1. Vol. 1774. 27
!
1
L'aſpect affreux de ces campagnesh
Devroient- ils inſpirer de fi doux mouvemens ?
Ah ! ſans doute l'Amour y fait briller encore
Un rayon de ce feu que reffentit pour Laure
Le plus fidele des amans.
Pétrarque , auprès de vous , ſoupira ſon martyre .
Pétrarque y chantoit ſur ſa lyre
Sa flamme & ſes tendres ſouhaits ;
Et , tandis que les cris d'une amante trahie
Ou la voix de la perfidie
1
Fatiguent nos côteaux , rempliſſent nos forêts ,
Du ſein de vos grottes profondes
L'écho ne répondit jamais
५०
Qu'aux accens d'un amour auſſi pur que vos ondes .
Trop heureux les amans , l'un de l'autre enchantés
Qui , ſur ces rochers écartés ,
Feroient revivre encor cette tendreſſe extrême ,
Et , dans une douce langueur ,
Oubliés des humains qu'ils oublieroient de même ,
Suffiroient ſeuls à leur bonheur !
Mais hélas ! il n'eſt plus de chaînes anfli belles :
Pétrarque , dans ſa tombe , enferma les Amours.
Nymphes , qui répétiez ſes chanfons immortelles ,
Vous voyez tous les ans la ſaiſon des beaux jours
Vousporter ddeess ondes nouvelles.
Les fiecles ont fourni leur cours ,
Et n'ont point ramené des coeurs auſſi fideles .
し
28 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! conſervez du moins les ſacrés monumens
Qu'il a laiſſes ſur vos rivages ;
Ces chiffres , de ſes feux reſpectables garans ,
Ces murs qu'il habitoit , ces murs ſur qui le temps
N'oſa conſommer ſes outrages.
Sur-tout que vos déſerts , témoins de ſes tranſports ,
Ne recelent jamais l'audace ou l'impoſture ;
Et , ſi quelque infidele oſe ſouiller ces bords ,
Que votre ſeul afpect confonde le parjure
Et faffe naftre ſes remords.
:
SUR
ΕΡΙTRE.
OR bien des choſes dans la vie
Je ſuis affez pirrhonien ;
Je ne ſais trop fi c'eſt un bien ,
Mais enfin c'eſt- là ma folie.
J'entendois parler chaque jour
D'un perſonnage d'importance
Qu'on cherche & qu'on fuit tour-à-tour
Que l'on détefte & qu'on encenſe.
• Cette épitre a été imprimée dans un Almanach des
Muses ( 1771 ) mais moins correctement qu'il ne l'est
ici.
AVRIL. I. Vol. 1774. 29
م
Fixé par état à la Cour ,
Tratnant avec pompe à ſa ſuite
L'étiquette & la dignité ,
Sur fon paſſage il met en fuite
Les plaiſirs & la liberté.
Etendant plus loin ſa puiſſance,
De l'auguſte palais des Rois ,
Il vient fort bien ſans qu'on y penſe
Troubler en un cercle bourgeois
Le gros ríre de la Finance.
Sur tous les rangs il a des droits ,
Et ſon empire eſt ſans limites ;
Souvent dans un cours de viſites
On le rencontre en vingt endroits.
La jeune Ducheſſe à ſa porte
Le configne inutilement ;
Juſqu'à fon boudoir , ſans eſcorte
Il pénetre furtivément ;
Et là , ſaiſiſſant le moment
Où le plafir fait une pauſe ,
Sur un ſopha couleur de roſe
Se place entre elle & ſon amant.
Dans ce ſalon preſque magique ,
Sous ces berceaux voluptueuх
Où loin d'un monde curieux
La plus agréable muſique
Anime un repas ſomptueux
1
Quand à le braver on s'applique;
30
MERCURE DE FRANCE.
On le voit entrer à pas lent
Et fur l'aſſemblée à l'inſtant
Verſer ſon pavot lethargique,
Dès le matin courant Paris
Dans une élégante voiture ,
Au ſpectacle au milieu des ris ,
Dans un fouper fin chez Laïs
Le ſoir il porte ſa figure ;"
Quelquefois dans de vieux châteaux,
Sur de vieux titres de Nobleſſe ,
Il baille aux orgueilleux propos
D'une gothique politeſſe ;
Il ſe plaît auprès des mamans ;
Il attaque à quinze ans les filles ;
Il ſe gliſſe à travers les grilles
Dans tous les dortoirs des couvens ;
Dans les fauteuils des grands parens
Il endort nombre de familles
Par des récits de l'ancien temps ;
Il paroft & ſe multiplie
Sous cent viſages différen
De prédicateurs , de ſavans ,
De robins , d'actrice jolie ;
Par fois même , à ce que l'on dit ,
On l'entend à l'Académie
Parler avec beaucoup d'eſprit :
Il laiſſe rire le village
Où jamais il n'eut grand crédit
AVRIL. I. Vol. 1774. 31
Et fuit le cabinet du Sage :
Cet être bizarre eſt l'ENNUI.
7
Quoiqu'en tous les coins de la France,
On ne m'entretint que de lui ,
Je doutois de ſon exiftence ,
Je ne fais pourquoi juſqu'ici
Fronçant loin de moi ſon ſourci
Il reſpecta mon indolence ,
Au ſein des plaiſirs les plus doux ,
Sans doute ce n'eſt pas chez vous
Que j'en ai fait la connoiffance ;
Depuis ce moment des adieux ,
Où , tâchant de cacher mes larmes ,
Pour un devoir faftidieux
Il fallut quitter tant de charmes ?
Le matin , le ſoir & la nuit ,
Par - tout fans relâche il me fuit.
Loin de vos aimables demeures
Le froid Ennui file ces heures
Que vous n'y faiſiez oublier ;
Le Temps qui , dans ſa marche égale ,
Décrit leur cercle régulier ,
Pour en allonger. Pintervalle
Semble arrêter ſon balancier.
Moi qui faifois ma grande affaire
D'une paiſible oiſiveté.
Qui ſavois ſi bien ne rien faire,
Aujourd'hui je ſuis tourmenté
32
MERCURE DE FRANCE.
Par ce repos qui fut me plaire ,
Et j'ai besoin d'activité.
Si je me vois ſeul , je ſoupire ,
Je deviens chagrin & rêveur ;
Pour tromper le temps , je veux, lire ,
Je maudis le livre & l'auteur ;
Je me trouve , s'il faut écrire ,
Et fans idée & fans chaleur ;
Nos femmes , qu'ici l'on admire ,
Me paroiſſent à faire peur;
Nos beaux eſprits qui les font rire
Ne me donnent que de l'humeur ;
Rien ne peut charmer ma langueur.
Je cherche en ce qui m'environne
Votre raiſon , votre beauté ,
Ce ton que la Nature donne ,
Votre aimable naïveté ,
Le ſel heureux qui l'aſſaiſonne ;
Mais vous ſeule avez le moyen
D'unir tant de graces enſemble ;
Mes ſouvenirs font tout mon bien .
Je ne vois rien qui vous reſſemble.
N
:
nio.
i
Par M. leChey. de B.
VERS
AVRIL . 1. Vol. 17743 33
VERS à Madame Laruette , qui a quitté
le théâtre pour fix mois par ordre de
Son Médecin.
LLO.RSQUE LORSQUE le Roſſignol & la tendre Fauvette ,
De leurs accens ne charment plus nos bois ,
Tout nous ſemble déſert ; la Nature muette
Pour enchanter nos fens , n'a plus d'ame & de voix.
Des plaiſirs la troupe légere
De Laruette a ſuivi les pas ;
Tout a fui ; les Ris & leur mere
Nous les cherchons en vain ; ils ne la quittent pas.
Tơi qui pus ordonner cet exil ſalutaire
Des jours les plus chéris zèlé conſervateur ,
Tu ravis au Public l'objet de ſa tendreſſe :
S'il maudit aujourd'hui ton art & fa rigueur ,
Hélas ! pardonne à ſa juſte douleur ,
C'eſt un amant privé de ſa maftreffe.
Par M. Rangier.
:
CO
C
34 MERCURE DE FRANCE .
A
MADRIGAL.
une Dame qui avoit été piquée par une
abeille.
u déclin d'un beau jour , une folâtre abeille ,
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleſſé , dites - vous , votre bouche vermeille !
Liſe , elle vous prenoit pour la reine des fleurs.
Par M. Joubleau de laMothe.
LA LAITIERE & LE CHAT.
Fable.
LA peſte ſoit de la maudite engeance !
Et toujours des fouris ! .. faites de la dépenſe ...
Nourriſſez bien la vache , & comptez fur fon lait !.
Voyez un peu ... Quelle breche à la crême !
Et ce fromage ! ... Ah Dieux ; comme le voilà fait !
Comme il eſt grignote ! .. Bon ! par ici , de même.
Quel dégât ! .; Quele ordure! .. Un Miris écoutois
Les plaintes de la ménagere.
Si vous vouliez , dit - il , facilement
D'une telle canaille on pourroit vous défaire.
AVRIL. I. Vol. 1774. 35
Comment ;-Laiſſez-moi ſeul , deux heures ſeulement ,
Vous verrez ... Elle fort. Le drole , en un moment ,
Exploite lait , crême & fromage.
Quel procureur , quel intendant
N'en fit pas ſouvent davantage.
Fermons , par fois , les yeux ſur un léger dommage ,
Pour en prévenir un plus grand.
Par M. C. C. do***.
DIALOGUE.
Entre TIBERE & ANTONIN.
TIBERE.
Nous pofſſédâmes tous deux le même
Empire ; nous y fûmes tous deux appellés
ſans l'avoir prévu : mais nous le gouvernâmes
d'une maniere aſſez différente.
ANTONIN.
Je ne connus jamais qu'une ſeule maniere
de bien gouverner.
Vieux style
C2
36 MERCURE DE FRANCE.
TIBERE.
Quelle eſt elle ?
ANTONIN.
Faire le bien de ceux que l'on gouverne .
TIBERE.
Puiſque régner eſt un art , tout art a
fes principes. Le grand point , c'eſt d'en
faire à propos l'application. Il faut , dans
l'art de régner , diftinguer les temps &
interroger les circonstances. Nous ne les
trouvames pas les mêmes l'un & l'autre.
Votre conduite m'eût perdu ; la mienne
au moins me ſauva.
ANTONIN.
Ne peut on ſe ſauverdunaufrage qu'en
noyant ceux qui navigent avec nous ?
TIBER E.
Rappellez- vous ce qu'étoit Rome quand
elle me reconnut pour ſon chef. Le feu
des factions y fumoit encore. L'édifice
de la liberté n'exiſtoit plus ; mais on en
diftinguoit encore les ruines. Quelques
mains hardies pouvoient tenter de le rétablir
; & il falloit ou que je les prévinſſe,
ou me réfourdre à devenir leur victime.
AVRIL. I. Vol. 1774. 37
ANTONIN .
Vous portâtes un peu loin cette précaution.
Votre prédéceſſeur en uſa longtemps
de même , & ne fit que redoubler
ſes inquiétudes. Les têtes qu'il fit abattre
ne raſſuroient point la fienne. Il pardonna
enfin pour la premiere fois , & pour la
premiere fois on ceſſa de le menacer. On
lui ſçut gré de n'être plus un barbare.
Les coeurs des Romains ſe donnerent à
lui auſſi - tôt qu'il ambitionna de les obtenir.
TIBERE.
Mon caractere ne me permit pas de
croire cette conquête ſi facile. Je joignis
la fermeté à la diſſimulation. La fin du
regne d'Auguſte ne m'avoit point fait oublier
celle du premier Céfar ; & je crus
devoir confier ma vie moins à mon indulgence
qu'à ma ſévérité.
ANTONIN.
Le ſecond de ces moyens eſt encore
moins fûr que le premier. Un Prince doit
être ferme & non cruel , reſpecté plutôt
que redouté. Un Prince que tous ſes ſujets
craignent , doit , à son tour , craindre
tous ſes ſujets.
C3
38 MERCURE DE FRANCE.
TIBERE .
L'expérience de tous les temps , prouve
qu'il ne fuffit pas d'aimer les hommes
pour en être chéri. Le grand Céſar avoit
toujours pardonné.
ANTONIN.
Il étoit ufurpateur , & Rome vous
avõit reconnu pour ſon chef. La différence
des temps en eût mis dans le caractere
&la conduite des Romains. Suppofons
Céſar le troiſieme Empereur de Rome :
il en eût fait la gloire & les délices ; il
n'eût trouvé que des reſpects dans ce
Capitole où il trouva la mort.
TIBERE.
J'avoue que les Romains étoient déjà
façonnés au joug. La faibleſſe & l'adulation
du Sénat auroient pu me raſſurer ;
mais cette foibleſſe même contribuoit à
nourrir mes ſoupçons.
ΑΝΤΟΝΙ Ν.
Il y a un point que je tolere auffi peu
que vos cruautés. C'eſt l'accueil que vous
fîtes aux délateurs , eſpece d'hommes qui
avilit le plus l'eſpece humaine , & dont
AVRIL. I. Vol 1774. 39
l'emploi conſiſte à aiguiſer ſans ceſſe le
fer d'un tyran , à lui indiquer ſes victimes.
:
TIBERE.
Ce fut encore là un des reſſorts de ma
> politique. Tout m'étoit ſuſpect , &c'étoit
diminuer ma défiance que de la ſemer
entre tous ceux qui la cauſoient.
>
ANTONIN.
Le premier tort de ceux qui oppriment
les hommes , c'eſt de ne point affez les estimer
; c'eſt de ne point aſſez ambitionner
leur eſtime. Il eſt ſi flatteur de la mériter
! Quiconque s'expoſe volontairement
à la perdre , ne trouve en ſoi-même
rien qui l'en dédommage. Le remords
eſt le premier châtiment de l'homme injuſte
, & s'il échappe à d'autres ſupplices ,
le ſouvenir de ſes crimes devient pour lui
un fupplice toujours renaiſſant.
TIBERE. -
Il eſt vrai que je m'accoutumai plus à
commettre des crimes qu'au ſouvenir de
les avoir commis. L'ame croit s'endurcir:
elle ne fait que s'irriter. Le ſang que
nous verſons nous met bientôt dans la
C4
40
MERCURE DE FRANCE.
néceſſité d'en verſer encore : cette horri,
ble foif s'allume par l'aliment qui ſembloit
devoir l'éteindre : ce qui ne fut d'abord
que volontaire devient indiſpenſable
: il faut ou détruire ou être détruit.
Le tyran le plus barbare frémit au premier
meurtre dont il ſe ſouille ;' il frémi
roit bien davantage s'il prévoyoit combien
ce crime doit en entraîner d'autres .
ANTONIN.
Ces réflexions auroient pu être chez
vous moins tardives. Les lumieres ne
vous manquoient pas ; vous eûtes même
de grands talens dans plus d'un genre.
Vous fîtes plus d'un reglement ſage.
Quelques- unes de vos actions feroient
honneur aux meilleurs des Princes : pourquoi
tant d'autres vous rapprochent- elles
des plus mauvais ? Ne fîtes - vous le bien
que pour commettre impunément le mal ,
ou le mal que pour vous venger d'avoir
fait le bien ?
TIBERE.
Remontez à la ſource de toutes mes.
actions : vous me verrez toujours cruel
par défiance & généreux par goût. J'eſtimois
peu les hommes. Le bien que je
AVRIL. I. Vol. 1774 . 40
leur fis ne me raſſura jamais contre le
mal qu'ils pouvoient me faire. Je regardois
les Romains comme une troupe d'animaux
féroces , dont il eſt toujours dangereux
d'être le gardien : qui rugiſſent
contre la main qui les flatte , & qu'il faut
>
enchaîner ſi l'on veut les contenir.
ANTONIN.
Nous les vîmes fous un aſpect bien différent.
Il eſt vrai que ſous mon regne le
fantôme de la liberté s'étoit entiérement
évanoui ; depuis long -temps les Romains
n'avoient combattu que pour ſe donner
des maîtres. Mais rien de ma part ne leur
fit entrevoir la ſervitude. J'étois abſolu ,
& ils pouvoient fe croire libres. Je ne
me crus leur chef que pour être leur modele.
Le ſoin de maintenir mon autorité
m'occupoit moins que le ſoin de la rendre
utile; & chaque Romain , au lieu de
chercher à me la ravir , eût combattu
pour me la conferver .
TIBERE.
-J'ai bien des fois réfléchi ſur cette prétendue
liberté que Rome vouloit garder
pour elle , & enlever à tout le reſte de la
terre, Il falloit bien mettre d'accord ces
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
brigands qui s'entrégorgeoient pour le
partage des dépouilles du monde. C'eſt
ce que Céfar eſſaya de faire , & ce qu'après
lui effectua Auguſte. Je maintins
l'ouvrage de mon prédéceſſeur. J'eus ,
comme lui ,recours tantôt à la force , tantêt
à la ſoupleſſe. Je maintins la paix dans
Rome & dans tout le reſte de l'Empire.
Je ne mis de faſte ni dans mon extérieur,
ni dans mes amuſemens . Je fus le cenſeur
auſtere du luxe des Romains; &mon
ſéjour à Caprée, dont on a tant médit ,
fut moins pour dérober mes plaiſirs à
leurs yeux , que pour les ſouſtraire euxmêmes
à mes regards.
:
ANTONIN .
Autre effet d'une prevention fâcheuſe.
Haïr ainſi les hommes , n'est - ce pas
avouer tacitement qu'on a mérité leur
haine ? L'indulgence eſt la plus noble
compagne de l'équité. Je les fis monter
avec moi ſur le trône. Je n'attendis pas
même , pour être indulgent, que le fort
m'eût élevé au rang ſuprême , qui doit
nous rendre cette vertu ſi facile. Je n'étois
encore que Proconſul d'Afie quand
le Sophiſte Polémon , chez qui je m'étois
choiſi un gîte , me fit fortir de ſa maiſon
۱
AVRIL. I. Vol. 1774. 43
1
à minuit. Il vint me faire ſa cour lorsque
je fus Empereur. Je lui donnai un
logement dans mon palais , en lui diſant :
qu'il ne devoit pas craindre qu'à minuit
perſonne vînt l'en faire fortir.
TIBERE..
Je n'examinerai point ſi ce procédé fut
réellement un trait d'indulgence ; mais
j'avouerai que je me fuſſe vengé différemment.
ANTONIN.
Avouez auſſi qu'un Prince cruel entend
bien peu ſes intérêts. La terreur eſt
un foible reſſort entre ſes mains, Il ne
peut ni abattre , ni enchaîner toutes celles
qui pourroient s'armer contre lui. C'eſt
l'amour ſeul qui a ce pouvoir : & qu'il
eft facile à celui qui peut tout , d'inſpirer
ce ſentiment ! Il n'a beſoin , pour y parvenir
, que de ſe rappeler qu'un homme
à qui tant d'autres obéiſſent, eſt comptable
envers eux de leur bonheur en échangede
fon pouvoir. Alors ſa conſervation
tient à celle de l'Etat. Il a autant de gardiens
qu'il a de ſujets. Son coeur lui épargne
juſqu'à la défiance , &lecoeur de ceux
qu'il gouverne lui répond de ſa ſûreté.
44 MERCURE DE FRANCE. -
TIBERE.
: N'a- t- on pas vu quelques Princes bienfaifans
fubir eux - mêmes ? ...
ANTONIN.
Il y eut des monftres dans tous les fiecles
; mais les monftres font rares, Lorsqu'il
ne s'agira que de veiller ſur eux , ce
genre de précaution deviendra moins pénible
, & , à coup sûr , plus efficace. J'avone
que le rôle d'un Monarque eſt bien
embarraſſant. Il eſt ſouvent obligé de faire
le bien de ſes ſujets malgré eux - mêmes.
Le grand point , c'eſt d'avoir mérité leur
confiance. L'habile médecin preſcrit ,
quand le cas l'exige , des remedes violens
à fon malade. On les prend ſur ſa parole
, on les eût rejetés de la main de
tout autre; & l'on regarde alors comme
un antidote fecourable ce qu'on n'eût enviſagé
que comme un poiſon deſtructeur,
En un mot , il ne ſuffit pas de vouloir
faire le bien des hommes ; il faut leur
perfuader encore que c'eſt leur bien qu'on
yeut faire.
Par M. de la Dixmeric,
}
AVRIL. I. Vol. 1774. 45
e
>
IDYLLE de Gesner , traduite en vers
françois.
D
MIRTILE.
Ans le temps que la nuit bruniſſoit de ſes voiles
L'azur du firmament , & doroit les étoiles ,
Mirtile étoit allé vers un étang voiſin
Dont le contour formoit comme un vaſte baſſin .
La lune étoit levée , & l'onde tranſparente
Réfléchiſſoit alors ſa lumiere tremblante.
Le filence profond des campagnes , des bois ,
Le chant du roſſignol & le ſon du hautbois
Avoient tenu long-temps le bienfaiſant Mirtile
Dans un raviſſement admirable & tranquille.
Mais il revint enfin dans ſon riant berceau
Qu'osnoient des pampres verds , que baignoit un ruis.
ſeau :
Il trouva ſon vieux pere au bord de l'onde pure
Qui dormoit mollement ſur la tendre verdure.
Mirtile s'arrêta , fixant ſur lui ſes yeux ,
Qu'il détournoit ſouvent pour les porter aux cieux ;
Il béniſſoit alors , par de pieuſes larmes ,
Celui qui de ſon coeur faiſoit les plus doux charmes .
O toi qu'après les Dieux , j'aime fi tendrement !
Que ce ſommeil du juſte eſt paiſible & riant !
Sans doute tu feras ſorti de ta chaumiere
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour célébrer le ſoir par la fainte priere ,
Et , lorſque tu priois , le Pere du repos
Aura deſſus tes yeux répandu ſes pavots .
Les Dieux t'ont exaucé; car pourquoi dans la plaine
Feroient- ils des zéphirs ſouffler la douce haleine ?
Pourquoi béniroient- ils nos terres , nos troupeaux ,
Le fruit de nos vergers , nos ruſtiques travaux ?
Pourquoi notre cabane , au milieu des bocages ,
Seroit- elle à l'abri des vents & des orages ?
Pourquoi couvriroient- ils nos guérets de moiſons ;
De verdure nos prés , & de fleurs nos buiffons ?
Lorſque , content des ſoins que j'ai pour ta vieilleſſe ,
Tu bénis mon amour par des chants d'alegreſſe ,
Un tendre ſentiment vient pénétrer mon coeur ,
Je me ſens enflammé d'une plus vive ardeur ;
Même encor ce matin, ſortant de ta chaumiere
Pour ranimer ta force aux feux de la lumiere ,
Et regardant bondir , ſur ces gazons fleuris ,
Nos innocens agneaux de leurs ineres ſuivis ;
Mes cheveux , diſois - tu , ſont blanchis dans la joie ,
Mes jours , o mon cher fils , me font filés de foie !
Champs fortunés ! côteaux ! vallons délicieux !
Bientôt je vous ferai pour toujours mes adieux.
Prés émaillés de fleurs , riches préſens de Flore !
Vos climats bienfaiſans ſous qui je vis l'aurore
Pour la premiere fois m'ouvrant un ciel vermeil ,
Faire luire à mes yeux le flambeau du ſoleil ,
Bientôt je quitterai vos plaines verdoyantes ,
Pour aller poſſéder des rives plus charmantes ?
AVRIL I. Vol. 1774. 47
Mon pere , tu vas donc te ſéparer de moit
O triſte ſouvenir ! j'en friſſone d'effroi !
Alors j'érigerai tout auprès de ta tombe
Un autel deſtiné pour t'offrir l'hécatombe ,
Et lorſque j'aurai put ſecourir l'indigent ,
Je répandrai du lait deſſus ton monument.
Mirtile alors ſe tut: A ces mots fa triſteſſe
S'exhala par des pleurs d'amour & de tendreſſe.
Qu'il dort paiſiblement ! ... ſans doute fes vertus
Viennent ſe retracer à ſes ſens abattus !
Quel éclat ſur ſa tête & ſa barbe grifatre ,
Répand l'aſtre des nuits au teint pâle & blanchâtre !
"
ود
ود
"
Puiſſent les vents du foir, les humides vapeurs
Ne lui faire aucun mal tant qu'il dort fur ces fleurs !
Puiſſent les doux Zéphirs , les enfans de l'aurore ,
Exhaler à ſes ſens tous les parfums de Flore ! "
Par M. Doin , profeſſeur au
College de Valencc.
48 MERCURE DE FRANCE.
LA NOISETTE , Allégorie.
AIR : Belle Brune que j'adore.
COMME POMME une Nymphe ſauvage
Toujours j'habite les bois .
L'ombre d'un épais feuillage
Semble avoir fixé mon choix.
Souvent dans un jour de fête
On voit de jeunes amans
A rechercher ma conquête
Paſſer leur plus beaux momens.
Dans ma taille rondelette
Je plais à tous à la fois ;
Mais , quoique ſimple & jeunette ,
Je ſuis dure , meme aux Rois.
Pourtant , avec quelque adreſſe
On peut vaincre cette humeur ;
Quand un jouvenceau me preſſe
Il obtient enfin mon coeur.
De la Beauté la plus ficre
Ainſi finit la rigueur;
L'amour s'y prend de maniere
Qu'elle connoît un vainqueur.
A votre ardeur ſi Lifette
Paroft ne pas s'émouvoir ,
Bergers,
AVRIL 1. Vol. 1774. 49
Bergers , voyez la noiſette
Et livrez - vous à l'eſpoir.
Par Mile Coſſon de la Creſſonniere.
LES DEUX ROSES. Fable.
SUR
UR la toilette de Julie ,
Un jour une brillante Rofe
Fut mife , fraîchement écloſe ,
Près d'une Rofe d'Italie ;
Celle- ci ne devoit qu'à l'art
Son coloris , fon éclat & fon fard ,
L'autre , de la ſimple Nature
Tenoit ce fard , fans impoſture ,
Qui , par d'agréables couleurs ,
La fait nommer Reine des Fleurs .
Que viens -tu faire ici , dit la Roſe imitée ?
Briller un inſtant & mourir ?
D'égaler mon deſtin te ſerois-tu flattée ?
Non , répondit l'amante de Zéphir :
A tant d'honneur je ſuis loin de prétendre.
Garde ton éclat emprunté ;
Et moi , douce , modeſte & tendre ,
Je préfere la vérité.
ParM. le Clerc de la Motte , Capitaine Chev.
de St Louis au rég. d'Orleans inf.
D
50
MERCURE DE FRANCE.
EPITRE d'Ariane à Thésée ,
Οτι ;
Imitation d'Ovide.
UI ; les monſtres les plus féroces font
moins cruels que toi. Amante trop crédule
, devois- je me fier au plus perfide de
tous les hommes ? C'eſt Ariane qui t'écrit
, la triſte Ariane que tu as délaiſſée
ſeule & fans ſecours ſur des rives inconnues
& fauvages. Les doux pavots du
ſommeil avoient appefanti mes paupieres .
Mon coeur , ſe fiant à tes promeſſes , étoit
dans une tranquillité profonde. Des fonges
légers & agréables m'offroient l'image
de mon amant. Funeſte ſécurité , devois
- tu donc me trahir ?
Déjà la rofée avoir humecté la terre.
Les tendres oiſeaux commençoient à
chanter leurs amours. Je m'éveille. Mes
yeux font baignés de ces douces larmes
que l'amour m'a fait verſer. Je veux faifir
la main de mon amant, la ferrer dans
la mienne , la preſſer contre mes levres.
Je la cherche , je ne la trouve point.
Théſée , où es - tu ? ..... Il ne
me répond point. Il n'eſt plus à mes
1
AVRIL. I. Vol. 1774. 51
}
côtés. Un froid mortel glace mes ſens.
La terreur peinte ſur le viſage , je jette
les yeux autour de moi. Je ne vois que
des arbres & d'arides rochers ; je ne vois
plus mon amant. La foible lueur de la
Lune guide mes pas incertains. Furieuſe
& déſeſpérée ,je parcours le rivage.Ma
voix tremblante prononce le nom de mon
vainqueur. La nymphe Echo ſemble partager
mes peines. Elle appelle auſſi Théſée;
&Théſée ne répond point. Les antres des
rochers , le fond des cavernes , tout répete
à l'envi le nom d'un perfide.
1
Le déſeſpoir précipite mes pas. Je
m'élance ſur un rocher battu par les flots.
Là , ma vue égarée meſure avec effroi
l'immenſité des mers. Je découvre
dans le lointain un vaiſſeau qui fend les
ondes. Les vents inexorables ſemblent
favoriſer ſa fuite. Alors ma douleur ne
connoît plus de bornes. Mes cris percent
les airs. Ah ! reviens , m'écrié je , reviens
, cher Théſée ; Ariane n'eſt pas
avec toi. Mes longs gémiſſemens ne font
point écoutés. Mes bras étendus vers toi
ſemblent implorer ta pitié. Mon voile flotte
dans les airs ; mais ce foible ſignal n'eſt
point apperçu . C'en eſt fait , le vaiſſeau
diſparoît. Je ne vois plus : mes genoux ſe
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
dérobent ſous moi. Un torrent de larmes
inonde mes joues. Ah ! pleure , malheureuſe
Ariane , pleure; tu ne verras plus Théſée.
Semblable à une Bacchante , la tête
échevelée , les yeux troublés , j'erre ça&
là. J'accuſe tous les êtres inanimés. Tantôt
aſſiſe ſur le bord de la mer , je fixemes
yeux fur cet élément perfide. Je vois empreintes
fur le fable les traces de tes pieds.
Souvent j'entre dans cette grotte champêtre
où l'écho ſoupiroit avec nous. Je colle
mes levres froides & tremblantes fur le
lit nuptial. Je lui adreſſe mes plaintes.
Grotte ruſtique , qu'as - tu fait de mon
amant ? Echo ! ſenſible écho , dis moi où
eſt Théſée ? Pourquoi ne vole-t'il plus
dans mes bras ? Pourquoi ne me preſſe-t'il
plus contre ſon ſein ? Je n'entends point
fa voix touchante. Hélas ! ma raifons'égare.
Je ſuis feule , je ſuis abandonnée. Cette
ifle n'offre à ma vue qu'une terre inculte&
déferte. Il n'eſt plus d'aſyle pour moi.
Je ne verrai plus l'ifle de Crete fameuſe
par ſes cent villes . O ma chere patrie ! je
ne te verrai plus. La vue du ſuperbe palais
de Minos eft déformais interdite pour
moi. Princeſſe infortunée! j'ai déshono-
'ré le nom de mes ancêtres. Je me ſuis arrachée
des bras d'un pere pour ſuivre fur
AVRIL. I. Vol. 1774. 53
les mers un amant perfide. Ah ! ſouviens
t'en , Théſée , lorſque je guidois dans le
labyrinthe tes pas égarés , tu me jurois
alors de m'aimer toujours. Ariane , me difois-
tu , chere Ariane , j'en jure par la
reconnoiſſance que je dois à tes bienfaits
tu feras toujours à moi ; oui , tant que
nous vivrons , mon Ariane me fera toujours
chere. Nous vivons , parjure , nous vivons
; & cependant Ariane n'eſt plus à
toi ! Pourquoi la même main qui maſſacra
le Minotaure * mon frere , n'a - t'elle
pas tranché le fil de mes jours infortunés
? Ma mort t'auroit affranchi du joug
des fermens. Malheureuſe ! iſolée dans
cette vaſte ſolitude , je ne vois autour de
moi que des fantômes. La mort , qui ſe
préſente à mes yeux ſous les traits les
plus horribles , ſeroit moins funeſte pour
moi que la cruelle incertitude dans laquelle
je ſuis plongée. Le filence de la
nuit eſt interrompu par les rugiſſemens
des bêtes féroces. La tendre Ariane , qui
* Le Minotaure étoit un monstre moitié bomme
moitié taureau , né de Pasiphae , femme de Minos ,
& d'un taureau . Minos l'enferma dans le labyrinthe .
où il ſe nourriſſoit de chair bumaine. Thefee le tua ,
fortit du labyrinthe par l'adreſſe d'Ariane.
D 3
54 MERCURE DE FRANCE.
a quitté pour toi ſa patrie& fes Dieux ,
fera peut- être la proie des ces monftres
marins que la mer vomit ſur ſes bords .
Peut - être un fort encore plus affreux
m'eſt - il réſervé. Ah ! ſi de cruels ravisfeurs
me traînoient dans l'eſclavage , non ,
je ne pourrois ſurvivre à cette ignominie .
Fille du grand Minos , petite- fille d'Apollon,
hélas ! moi qui fus autrefois l'épouſe
de Théſée , me verrai-je réduite à
traîner au ſervice d'une Reine étrangere
les reſtes d'une vie languiſſante ? Tout
m'effraie. La Nature ſemble conjurée
contre moi. J'entends gronder la foudre.
Ah! fans doute les Dieux vont punir une
malheureuſe qui a trahi les loix facrées
de l'innocence. Si cette iſle eſt habitée
par des hommes , loin de moi ce ſexe
trompeur ; je n'ai que trop appris à le
connoître,
Plût aux Dieux que tes vaiſſeaux n'eusſent
jamais cotoyé les rivages de la Crete!
Je n'aurois point armé ton bras contre
la vie d'un frere. Innocente & paiſible ,
je vivrois dans le palais du ſage Minos.
Je ſemerois de fleurs le chemin de l'aride
vieilleſſe qu'il va bientôt parcourir. Je
partagerois avec lui les hommages d'un
peuple fidele & ſenſible. O Minos !
/
AVRIL. I. Vol . 1774 . 55
monpere! vous ne rougiriez pas de m'avoir
donné la vie. Aimables compagnes
de mon enfance , je parcourrois encore
avec vous les riantes campagnes de la
Crete. Je verrois ma tendre mere fourire
en voyant ſa fille. Ah! pourquoi les cruels
Athéniens ont- ils moiſſonné les jours de
mon frere Androgée à la fleur de fon age!
* Regrets inutiles !
C'en eſt fait: condamnée à périr dans
çe déſert , je ne recevrai point en mourant
les adieux de ma mere. Je ne verrai
point couler ſes larmes. Une main ché
rie ne fermera point mes yeux. Mon urne
ne fera point arroſée des pleurs de mon
pere. O Phedre ! ô ma ſoeur ! on ne te
verra point , les cheveux épars , déplorer
le fort de la triſte Ariane , & jetter des
fleurs ſur ſon tombeau. Privée de ſépulture
, mon ombre ſera long- temps errante
ſur les rives du noir Cocyte. Eft-ce là
le prix de tant d'amour ? Est-ce là la ré-
* Androgée , fils de Minos & de Pasiphaé , fut
tué par les Athéniens & par les Mégariens. Minos,
en vengeance de cette mort , obligea les Athé
niens d'envoyer tous les ans ſept jeunes hommes en
Crete pour être exposés au Minotaure. Thésée , pour
les délivrer , tua ce monstre.
D 4
56 MERCURE DE FRANCE .
compenſe que je devois attendre de mes
bienfaits ?
Cependant l'ingrat Théſée , enorgueilli
de ſes conquêtes , verra la ſuperbe Athenes
ériger des trophées à ſa gloire. Sans
doute , tu n'oublieras pas de mêler le nom
d'Ariane dans le récit de tes victoires . La
Grece apprendra par quelle perfidie tu
m'as abandonnée à la rigueur du Sort. Va,
digne fils de l'illuftre Ægée , triomphe
de mes malheurs. Une amante trahie , la
foi conjugale outragée , voilà des exploits.
dignes de toi.
Ah ! repréſente- toi ton amante livrée
au plus affreux déſeſpoir. J'arrache mes
cheveux ; je déchire mon ſein. Suſpendue
à la pointe d'un rocher , j'atteſte les
Dieux & les hommes de la folemnité de
tes fermens . Ma main tremblante trace à
peine ces triſtes caracteres. Je verſe des
larmes en abondance. Oublie , s'il eſt
poſſible , que je t'ai ſauvé la vie ; mais au
moins ne me donne pas la mort. Viens
recueillir mes cendres , & puiſſe le fouvenir
d'une femme que tu as tant aimée ,
arracher quelques plaintes à ton coeur en
durci!
Par M. D...... de Chartres.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 57
LA COQUETTE DÉMASQUÉE.
SOEUR
OEUR de la perfidie ,
Elle chérit la feinte & les ſéductions ;
Une maligne fantaiſie
Lui fait , au fond des coeurs , chercher les paſſions ,
Ses modeftes regards n'offrent à qui s'y fie ,
Que douceur , que candeur , vertu , ſévérité ;
Mais un oeil éclairé
Qui la fuit , l'étudie ,
Déchirant un voile impoſteur ,
A bientôt pénétré les replis de fon coeur.
On ne voit plus alors que fauſſe modeſtie ;
Soin de plaire avec art ,
Pruderie & fineſſe
Plus de maintien que de ſageffe ,
De la vertu le fard.
Par M. le Général, à Versailles.
PORTRAIT D'ADÉLAIDE .
AIR : Dans ma cabane obscure.
LEs fons touchans d'Ovide
Auroient ſeuls la douceur
D5
58 MERCURE DE FRANCE.
De peindre Adélaïde
Comme elle est dans mon coeur
Amour , divin Apelle ,
Offres en le tableau ;
Un fi joli modele
Eſt fait pour ton pinceau !
Songe que rien n'efface
L'éclat de ſa Blancheur ;
Son rire eſt une Grace;
Son teint eft une fleur :
Parure très - légere
Suffit à ſes appas ;
Elle eſt ſûre de plaire ,
Et ne s'en doute pas !
Peins - là ſous la figure
D'un Ange un peu lutin ;
Et, quoiqu'elle en murmure,
Ofe agiter ſon ſein ,
Elle eſt ſage , trop fage
Pour écouter mes voeux ...
Ah ! ton plus bel ouvrage ,
Eſt de faire un heureux !
:
Par M. M. , à Caftrcs.
C
:
1
AVRIL. I. Vol. 1774. 59
RÉPONSE de Mlle T. , aux vers qui lui
fon adreſsés dans le Mercure de Mars
1774.
CES "EST à la Fortune cruelle
Que je dois vos vers impolis :
Vous les eufliez fait plus jolis ,
Sans doute quand j'étois plus belle.
L'EXEPXLPILCIACATTIIOONN du mot de la premiere
énigme du Mercure du mois de Mars
1774, eft Odorat; celui de la feconde
eſt Doute ; celui de la troiſieme eft le
Menton ; celui de la quatrieme eſt Lys
(l'empire des Lys. ) Le mot du premier
logogryphe eſt Poivre , où se trouvent
vire , vie , poire , ivre , Pie , oie (la plume)
ire , pire , voie , po ; celui du ſecond eft
Artilleur , où l'on trouve air , ail , alle ,
Aire , aire , ali , allier , aller , allié , arrêt ,
art , luter , élu , eau & lait , lute , luteur ,
Eu , il , la , lia , laie , lie , lier , licu , lire ,
lit , litre , raic , rale , railleur , rat , rare ,
rate , rire , rieur , rit , rituel , rue , rut ,
60 MERCURE DE FRANCE.
taie , taire , taille , tailleur , tare , tille ,
traire , tuile , Tullie , Urie , utile , ut , ré ,
la.
:
Mo
ENIGME.
on nom est connu dans l'hiſtoire.
D'un Roi je ferois le bonheur.
Un héros devint mon vainqueur ,
M'obtint par des combats & ſe couvrit de gloire.
Iis ne font plus ces temps : j'ai bien changé d'état.
En proie à des mains mercenaires ,
Sans pitié l'on me tord , on me foule , on me bat :
On me déchire enfin de toutes les manieres !
Sans me plaindre pourtant , je ſouffre tous ces maux ;
Je ſuis utile aux arts , & même à ton repos.
Et mes membres épars , que d'habiles mains tiffent ,
Des rigueurs d'Aquilon ſouvent te garantiſſent.
On fait grand cas de ma douceur
Un trait bien digne de remarque ,
Chez le Sujet , chez le Monarque ,
J'annonce toujours la grandeur.
Par M. Hubert.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 6
Du
AUTRE .
'UN logement , lecteur, je ſuis la porte.
Me ferme - t - on ; tout eſt en liberté ;
Si vous m'ouvrez , fans appeler main forte ,
Les habitans ſont en captivité.
Par le même.
AV
AUTRE.
VEC un port mignon , leſte , jamais perplexe ,
Par effort inégal
En route circonflexe ,
J'inquiete bien plus que je ne fais de mal.
Je me fais , il eſt vrai , déteſter du beau ſexe ,
Et du galant heureux je deviens le rival ;
Il prend mille détours que des trois quarts j'abrege
Pour jouir , comme lui , du plus beau privilege.
ParM. leGénéral
62 MERCURE DE FRANCE.
J
AUTRE.
E ne ſuis point un corps fans ame ,
Et mon lecteur va bientôt s'en douter ,...
Car je reſſens toujours la flamme
Que je fais fi bien exciter ;
Quand dans ſes mains il tient les miennes ,
C'eſt pour l'aider à réchauffer les fiennes ;
Şans être délicat , j'ai le tempérament
Sujet à du ménagement :
Le grand air m'eſt ſurtout puiſible ,
Et tellement , qu'il eſt viſible
Que , ſi l'on n'a de la précaution ,
Il peut m'oter la reſpiration.
Mes habits , quelquefois ont aſſez d'apparence ,
Bordés d'or , ſouvent tout unis ,
Ils font toujours beaucoup de plis ,
Mais chez le pauvre ils font moins d'importance ;
Et , ſi l'on prend mon nom dans un ſens différent ,
Tout change , & quelquefois je punis l'inſolent.
L.
Par M. le Clerc de la Motte , Cap . Chey.
de St Louis au rég. d'Orléans , inf.
CLO
AVRILL. Vol. 1774. 63
>
VIF ,
LOGOGRYPHE.
IF , étourdi , femillant ,, amoureux ,
J'imite affez les tours d'un petit - maître ,
Mais plus que lui je ſuis heureux
**Tandis qu'il feint de le paraître.
Je vois Philis ſourire à ce portrait.
J'ai peint ſon amant trait pour trait ;
De mes ſept pieds diviſez la ſtructure ,
Et , fans vous mettre à la torture ,
Bientôt Philis , vous ſçaurez mon ſecret.
Premiérement , des démarches des hommes
Vous devez voir l'unique fondement ;
Je ſuis bien far , dans le ſiecle où nous ſommes ,
Que fur ce point , aucun ne me dément.
Vous voyez à la ſuite un perfide élément;
Un utile animal & qu'à tort on mépriſe :
Hormis fon chant qui n'eſt point à ma guiſe
Je le trouve un être charmant.
Continuez Philis , & vous verrez paroître ,
Un mot que prononcer vous deſirez peut - être .
Pardonnez - moi , Philis , ſi je ſuis indiſcret ;
Déſormais je ſaurai garder mieux le tacet.
Je vais finir tout ce vain étalage ;
Car tant de verbiage
Souvent déplaft :
MERCURE DE FRANCE.
Encore un mot , & vous ferez au fait.
Vous verrez donc celui qui , loin du monde ,
Croit pouvoir à loiſir , dans une paix profonde ,
Contempler le fort des humains ;
Et dont les voeux ſont ſouvent auſſi vains .
Par M. D. E. , de Lamballe.
1. ;
SUIS - je
AUTRE.
UIS - je un bien , ſuis - je un mal ? Je ſuis les deux .
peut - être.
1
Si l'on trouve avec moi le plus doux des plaiſirs ;
Je le change ſouvent en de cuiſans ſoupirs .
O! toi , mon cher lecteur , qui voudrois me connoftre ,
Combine mes ſept pieds , &, ſous quelques inſtans ,
Tu verras ce que fille , à l'âge de quinze ans ,
Atoute autre choſe préfere ,
L'art menſonger qui plaſt au ſot vulgaire ,
Dont il a peur ſans ſçavoir trop pourquoi ;
Ce que ne peut paroître un homme en défarroi ;
Un nom fort à la mode auquel on ne croit gueres ,
Et là-deſſus on a raiſon ;
Car dans un fiecle auſſi félon
On ne voit point de gens finceres
Tu vois encor , ſi tu combines bien ,
Ce
AVRIL. I. Vol. 1774, 65
Ce que dans certains jours doit faire un bon Chrétien.
Ce n'eſt pas tout , lecteurs , Es - tu poëte ?
Tu - dois voir ſans nul interpréte
Ce qui de la raiſon bleſſe ſouvent les droits ;
Et vous enfin , qui rangés ſous mes loix ,
Débitez contre moi votre morale auſtere ,
Que vous feriez heureux ſi vous ſaviez tous plaire!
Par le méme.
1
D
AUTRE.
EPUIS long - tems je regne ſur la terre ;
Il n'eſt pas de pays ou je ſois étrangere.
Le petit & le grand ſont ſoumis à mes loix,
Et chacun d'eux obéit à ma voik.
Le ſage ſeul veut franchir la barriere ,
Mais c'eſt en vain qu'il rit de mes ſujets ;
Il n'a pas achevé ſa pénible carriere ,
Qu'il ſe voit pris dans les mêmes filets ...
Prenez trois pieds de mon architecture ,
Faites en l'anagramme , & vous verrez après ,
Un terme de marin qui veut dire au plus près.
Trois autres pieds , fans changer leur nature ,
Te produiront , lecteur , le fond de ton tonneau;
Trois pieds encor te donneront l'oiſeau
Qui ſauva les Romains par ſon cri ſalutaire ;
Mais prends en quatre , & tu vois un vifcere ;
E
66 MERCURE DE FRANCE .
Deux , une nymphe , un arbre , & cinq qui font mon
tout ,
:
Vont t'offrir à l'inſtant un vaſe bien fragile.
Adieu , lecteur , je ſuis à bout.
Qu'à me trouver ton foin ſoit inutile.
Par le même.
J
AUTRE.
dois être bien fier !
J'établis mon empire
Sur tout ce qui reſpire ,
Et je lui ſers de bouclier.
Par fois , pour me fêter , de fteurs on m'environne ;
Et , fans avoir de front , j'aſpire à la couronne.
A préſent , cher lecteur , comptez - vous me tenir ;
Ou croyez vous pouvoir me découvrir
Toujours impunément ? C'eſt ce qui vous enrhume.
Je ſuis au poil comme à la plume ,
Très - ſouvent entouré d'une épaiſſe forêt ;
J'ai la tête près du bonnet :
Je pourrois vous donner bien de la tablature :
Prenez donc garde à moi. Dans mes cinq pieds entiers ,
Mon nom eſt ſouvent une injure ,
Compriſe dans les trois derniers.
Par un Chapelain de Dourdan.
Avril. 1774. 67.
ROMANCE
.
ParM.Neveu,Maitrede Clavecin.
Detous les Garçons du Village,
Colin eftbi - en leplus charmant;
Etla Bergere laplusfage Le :
choif-iroitpourfonAmant,Le
choi-fi- roitpoursonA-mant, Fir
Sonairses yeux,sonpropos me-me
En lui
toutestfaitpour charmer;
Quand ilditfibienje vous aime,
08. Mercure de France.
Lingratpeut-il ji mal ai-mer .
Detous,&c. PVoolltttii,pour
pour Mincur.
Mineur.
Ah.sijepouvois me dé-fen- dre:
Del'amour quejesens pour lui ,
Taurvis du plaisir àlui ren-dre
Lemalqu'ilmefaitaujourd'hui,
Lemalqu'ilmefaitau-jourdhui:Maj
Mafor-bleffe,helas est extrême,
Moncoeur nefaitques'a- lar- mer :
Avril. 2774 . 69
a
Quandildit si bienje vous aime,
Lingratpeut-il si malaimer .
Ah.six .
NOUVELLES LITTERAIRES .
L'Hygieine , ou l'art de conſerver laſanté;
poëme latin de M. Geoffroy , écuyer ,
docteur- régent de la Faculté de Médecine
en l'Univerſité de Paris , &c. traduit
en françois par M. de Launay ,
docteur en médecine , & membre de
pluſieurs Académies littéraires ; vol.
in-8°. Prix , 3 liv. broché.
On en a imprimé un petit nombre in -4°.
Prix , 6 liv. broché.
Nous ous avons , dans le Mercurede France
du mois de Janvier 1772 , donné une notice
du poëme latin de M. Geoffroy fur
l'art de conſerver la ſanté , & nous avons
dès - lors formé des voeux pour qu'un
E 3
70 MERCURE DE FRANCE,
homme de lettres ſe chargeât de traduire
en françois ce beau poëme qui , par les
préceptes ſalutaires qu'il contient , doit
intéreſſer toutes fortes de lecteurs. Cette
traduction exigeoit que celui qui l'entre
prendroit fût non- feulement verſé dans
les belles lettres , mais encore familiarifé
avec les connoiſſances phyſiques , afin
de pouvoir allier l'exactitude & la propriété
de l'expreſſion aux grâces & à l'harmonie
du ſtyle. Ces voeux ſont aujourd'hui
remplis ; & ceux qui n'ont pu lire
le poëme latin de M. G. ne manqueront
pas de s'en procurer la traduction . Ce
poëme , qui a pour objet de rendre la
ſanté auſſi durable que le comporte la
nature humaine , doit occuper utilement
tous les lecteurs , ceux ſurtout qui penſent
que la ſanté eſt le bien de ce monde
le plus intéreſſant à conferver , le plus
facile à perdre , le plus difficile à recouvrer
, & fans lequel reliqua plùs aloës
quàm mellis habent , ſelon l'expreſſion du
docteur Burnet.
L'Hygieine , portée à ſa perfection, rendroit
, ſuivant les réflexions du traducteur
, les autres parties de la médecine
totalement inutiles pour toute perſonne
bien conftituée , qui ſuivroit exactement
AVRIL. I. Vol. 1774. 71
7
3
1
le régime qu'elle lui preſcriroit. Que faudroit
- il donc imaginer de ſi ſurprenant
pour porter cette ſcience à ce degré de
fublimité dont elle eſt encore fi fort éloignée?
Une ſeule choſe ſuffiroit : ce ſeroit
de trouver le moyen de réparer parfaitement
les déperditions journalieres
qu'éprouve un corps animé plein de fanté,
quand une fois il a pris tout l'accroisſement
dont il eſt ſuſceptible. L'on conçoit
cependant que l'impoſſibilté n'eſt
que morale & non phyſique. Il eſt certain
que , parmi les différentes productions
dont la Nature nous paroît ſouvent inutilement
prodigue , il s'en trouveroit d'entiérement
propres à réintégrer , à revivifier
nos différens organes à meſure que
les frottemens inévitables qu'ils éprouvent
operent leur diſſolution, Il en eſtde
cela comme des remedes à quelques maux
que ce fût , qui ne nous manqueroient jamais
au beſoin , ſi notre ignorance ne nous
les tenoit cachés , ne nous les faifoit même
ſouvent fouler aux pieds comme chofes
inutiles & de pur ornement. Je lifois
,, derniérement, continue M. de L. , un
,, ouvrage intitulé : Traité de la longue
„ vie , dans lequel on s'attachoit à prou-
„ ver que l'homme ne vieillit , ne s'affoi-
وو
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
,, blit & ne meurt que pour avoit pris
,, une nourriture peu convenable. C'eſt-
ود
ود
ود
ود
là , je penſe , le vrai noeud de la difficulté.
Une nourriture bien naturelle &
bien appropriée à la conſtitution d'un
homme , telle qu'elle fût , rempliroit
les vuides , répareroit les breches que
laiſſent en lui les différentes excrétions .
Elle entretiendroit l'équilibre qui doit
,, régner entre les liqueurs & les folides
dont il eſt compoſé. Elle préviendroit
l'altération qui , tôt ou tard , arrive dans
,, ces deux fortes de principes conſtituans.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
Elle recrépiteroit , s'il eſt permis de
,, parler ainfi , l'édifice à meſure qu'il ſe
„ dégraderoit. Enfin , ſemblable à ces
ſources intarifſſables qui fourniſſent
dans toutes les ſaiſons de l'année une
même quantité d'eau toujours faine
toujours pure , toujours de même natu-
,, re , elle établiroit un cours non-inter-
,, rompu de ſubſtitutions aux déperdi-
وو
"
وو
ود
ود
?
tions de ſubſtances dont la fuperfluité
devient auſſi nuiſible que l'épuiſement
même. C'eſt par une ſuite d'effets en
,, partie auſſi heureux , que certaines fem-
,, mes confervent juſques dans un âge
" avancé les graces & le fraîcheur de la
jeuneſſes que certains hommes ſe res,
AVRIL. I. Vol. 1774 73
"
و د
ſentent ſi tard des glaces de l'hyver ,&
demeurent ſi long - temps capables de
tous les actes de virilité ; car il eſt à
,, remarquer que la plupart de ces êtres
„ privilégiés ne prolongent ainſi le prin-
,, temps de leurs jours qu'à la faveur d'une
ود
"
"
"
"
forte de régime qu'ils ſe ſont rendu
,, propre , qu'ils étendent juſqu'aux excès
,, qu'ils ſe permettent , & que l'inſtinct
,, ou le haſard leur rend ſalutaires . Il n'eſt
,, pas même néceſſaire d'être fortement
conſtitué pour vivre long - temps : té
moin Louis Cornaro , cet auteur célebre
d'un ouvrage intitulé , Diſcorſi della
Vita fobria , qui , quoique d'un tem-
,, pérament foible & cacochyme , nelaiſſa
„ pas d'atteindre l'âge de cent ans , en ne
,, prenant que quatorze onces de nourri-
,, ture dans l'eſpace de vingt quatre heu-
„ res. Un jour qu'il eut l'imprudence
d'en prendre ſeize , il tomba malade ,
& mourut victime de cette finguliere
intempérance. Mais , continue M. de
L. , ne pouſſons pas plus loin un raifonnement
qui tendroit à prouver qu'il
"
"
"
ود
"
ود
ſeroit poffible que nous nemouruffions
,, point , puiſqu'il feroit poſſible auſſi que
,, nous fiffions uſage de tous les fecours
,, que la Nature ſeroit toujours prête à
Es
1
1
74 MERCURE DE FRANCE,
,, nous fournir pour notre conſervation,
Reconnoiſſons , au contraire , l'inévita- ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ble arrêt de mort porté contre l'hom-
,, me , à l'impoffibilité de lui rendre en
tout temps falutaire la meilleure des
nourritures ; de lui rendre praticable ,
dans toutes les circonstances de la vie ,
le régime le mieux ordonné; d'en rendre
les effets invariables , malgré le
changement des ſaiſons , les intempéries
de l'air , le concours irrégulier de
toutes les cauſes ſecondes. Les diverſes
affections de fon ame , cette foule de
paſſions , de répugnances , de deſirs qui
ſe ſuccedent , qui ſe combattent dans
fon coeur ; l'homme moral enfin , eſt lui
ſeul fuffifant pour opérer dans le même
ſujet la ruine de l'homme phyſique.
Comment, outre cela , généraliſer un
,, aliment , une boiſſon , un genre de vie
,, que l'on auroit jugé préférable à tous
"
ود
ود
ود
ود
و ا
و د
و د
و د
و و
les autres ? Cet aliment , quel qu'il fût,
ou ne croîtroit pas dans tous les climats ,
ou feroit ſujet , comme les autres productions
de la terre , à manquer quelquefois.
Cette boiſſon , ſi ce n'étoit
,, pas l'eau , ne parviendroit dans certaines
contrées qu'à grands frais & qu'en
,, petite quantité ; ce genre de vie ne con-
ور
ود
AVRIL. I. Vol. 1774. 75
}
ود
ود
و د
, viendroit certainement pas à tous les
,, tempéramens , à tous les âges , à tous
les états , dans tous les pays. Il faudroit
autant de combinaiſons différentes qu'il
exiſte de différens hommes. " Ces ſeules
réflexions ſuffiſent pour détruire ces
hypothefes , ces probabilités , ces ingénieuſes
nouveautés plus amuſantes qu'utiles
, par leſquelles on a cherché à flatter
l'attachement que l'homme témoigne pour
la vie. Mais s'il n'eſt pas plus en notre
pouvoir de rendre perpétuel le mouvement
qui nous donne l'exiſtence animale & la
conſtitue , que le mouvement même d'une
machine que nous aurions conſtruite ,
(nous pouvons du moins prolonger ce
mouvement , & nous procurer une vieil.
leſſe ſaine , en ſuivant les préceptes de
l'Hygieine , qu'une connoiſſance profonde
de la phyſique & de l'économie animale a
développés dans ce poëme , & a éclaircis
du flambeau ne l'expérience.
M. de L. avoit d'abord eſſayé de traduire
le poëme latin en vers françois ; &
les fragmens de cette verſion qu'il nous a
donnés dans ſa préface , prouvent qu'il y
auroit réuffi . Mais il a préféré une traduction
qui , n'étant point gênée par les regles
de la verſification , eſt néceſſairement plus
76 MERCURE DE FRANCE.
exacte & plus fidelle ; qualités que l'on exige
fur - tout dans la verſion d'un poëme
didactique , & qui , comme celui - ci ,
traite d'objets d'une utilité vulgaire. On
ſe convaincra fur- tout du mérite d'une
pareille traduction dans les morceaux de
narration purement deſcriptive ; & de ce
nombre eſt l'expoſé que le poëte nous
fait des avantages & des inconvéniens du
café." Que l'on ceſſe de nous vanter le
ود
ود
ود
ود
fuc du lafer , autrefois ſi fameux ; ces
vins mielleux & liquoreux que nos
Anciens eſtimoient tant ,&les différentes
boiſſons ſi bien célébrées par les poë-
,, tes . Les Dieux reçoivent avec trans-
,, port , de la main d'Hébé & de Gani-
,, mede, des taſſes remplies de la liqueur
و د
ود
ود
و د
و و
chaude & fumante du café. Bacchus
lui - même s'abreuve à longs traits de
,, cette nouvelle boiſſon. En effet , Phébus
a doué ce nectar de propriétés les
plus falutaires. Il a voulu qu'il fût capable
de rendre la force , de donner de
la vigueur. Pourroit- il en être autrement
? L'amertume précieuſe qu'il contient
n'a rien de rebutant , ne fait ſur le
palais aucune impreſſion déſagréable;
mais elle eſt tellement tempérée , qu'elle
réveille l'action des vifceres languis-
ود
ود
66
ود
ود
ود
AVRIL. 1. Vol. 1774. 77
}
ود fans ,&délecte en même temps lesbu-
,, veurs. L'uſage habituel du café rend la
,, digestion plus prompte&plus parfaite :
ود
ود
ود
ود
و د
و د
ود
و د
ود
il diſſipe ces amas de pituite que les
alimens laiſſent dans l'eſtomac : il em-
„ pêche qu'il ne s'en éleve des vents &
des flatuoſités acides. Ses ſels corrigent
les aigreurs , ſon ſoufre diviſe les viscofités
, la ſéchereſſe de ſes molécules
abſorbe la féroſité fuperflue des hu-
,, meurs. Dans le temps qu'on ignoroit
les heureuſes propriétés du café , l'on
étoit dans la dure néceſſité d'abreuver
du ſuc d'abſynthe & de centaurée les
infortunés mortels dont l'eſtomac af-
" foibli ſe refuſoit à ſes fonctions. Auſſi
le voyoit - on ſe révolter contre un rémede
auſſi faſtidieux , pour une incommodité
qui ſembloit légere. Souvent
même il le rejetoit avec de violens
efforts. Mais est- il dans ces occurrences
un ſpécifique plus doux que le café ?
C'eſt-là le véritable nepenthes des An-
„ ciens , qui calme les douleurs comme
,, par enchantement. Cette liqueur ſub-
و د
و د
و د
و د
و د
"
و د
و د
" tile , pénétrant juſques dans les plus
,, petits vaiſſeaux , ranime l'action de
leurs fibres , fouette & diviſe le fang.
,, Alors ce liquide accélere ſon mouve
ود
1
78 MERCURE DE FRANCE.
鍵
"
ود
ود
رد
ود
دو
ود
ment , ſe diſperſe mieux dans toutes
les parties du corps , arroſe plus abondamment
les replis tortueux des arteres
,, du cerveau. Je dis plus : le ſang raréfié
dans les veines , les gonfle ; d'où s'enfuit
une compreffion des nerfs voiſins ,
qui rend leur oſcillation plus vive &
plus forte. Par ce moyen, le corps de-
„ vient plus vigoureux, l'eſprit acquiert
plus de liberté , la joie qui ſe peint fur
le viſage , manifeſte les plus heureuſes
diſpoſitions de l'un & de l'autre. Plus
d'un poëte fameux par la beauté de ſes
,, écrits , n'eut jamais que le café pour
Apollon , pour Pégaſe & pour Hippo-
,, crene. Le jus divin de Bacchus ne ré-
, veille pas mieux le courage, n'inſpire
,, pas mieux l'amour. Ne craignez donc
ود
ود
دو
"
ود
pas de faire uſage du café, ſi la pituite
,, vous énerve & vous appeſantit. Il ar-
3, rêtera , s'il le faut, les progrès d'un
embonpoint trop conſidérable ; il em-
„ pêchera que vous ne tombiez dans un
ſommeil accablant après le repas ; enfin
,, il aidera tellement votre eftomac dans
ſes digeftions , que vous ne tarderez
jamais long - temps à fentir l'aiguillon
de l'appétit. Mais il n'eſt point de bien
abfolu. Cette fleur , la gloire du Prin-
ود
ود
"
ود
"
AVRIL. I. Vol. 1774. 79,
}
3
>
k
1
و د
و د
5, tems , le charme & l'ornement de nos
jardins , foit par la douceur de ſon parfum,
ſoit par le majestueux dévelop-
,, pement de ſes feuilles , foit par le tendre
incarnat de ſon coloris ; la roſe
enfin , cette reine de l'empire de Flore ,
cache des épines ſous tant de beautés ,
و د
و د
و د
و د
و د
و د
و د
& fait ſouvent de ſenſibles bleſſures : le
,, fer , ce préſent des dieux , qui , pour l'u-
,, tilité des hommes , ſe prête à tant d'uſages
différens , fournit également des
outils propres à la culture de la terre&
des armes qui fervent à multiplier le
,, meurtre & le carnage. Il en eft de même
ducafé: ſa liqueur , toute flatteuſe qu'elle
eſt , devient nuiſible , quand on en
,, abreuve indiſtinctement tous les hom-
„ mes , ou qu'on en uſe fans nulle difcré-
"
ود
ود
و د
و د
tion. La chaleur & la féchereſſe de ſes
principes lui font pomper , il est vrai ,
le fuperflu des humidités de nos vifce-
,, re; mais ſi nos membres ſont déjà fecs ,
,, fi nos humeurs font peu ſéreuſes , ſi nos
ود fibres font trop tendues , fi nos nerfs
,, trop ſenſibles s'ébranlent trop facilement
, quelle foule de maux l'uſage du
café ne produira-t- il pas ? Il ſera comme
de l'huile que l'on verſeroit fur du
feu : de nouveaux tourbillons de flam-
و د
و د
ود
"
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
و د
و د
و د
"
و د
"
"
mes ſe formeront bientôt de ce dange
reux aſſemblage . En vain la nuit couronnée
de pavots couvrira - t - elle la
terre de ſes voiles ſombres ; le café cauſera
des inquiétudes que le lit ne fera
qu'accroître. Vous y ferez dans une
agitation perpétuelle. A peine un léger
afſſoupiſſement ſe ſera-t- il emparé de vos
paupieres , que le ſommeil s'envolera ,
,, que vous reſterez en proie au plus cruel
accablement. Comment , en effet ,
Morphée relâcheroit - il des fibres que
l'effervescence & l'activité du ſang
tiennent dans une tenſion violente ?
Les commotions trop fréquentes qu'elles
éprouvent , les irriteront & les flétriront
de plus en plus. La laſſitude
" rendra le corps incapable de ſe mouvoir
, & le tremblement des membres
ſera la ſuite de leur foibleſſe. "
و د
ود
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
Pluſieurs autres morceaux de cette traduction
pourroient également ſervir à
faire voir que le traducteur , ſans négliger
l'harmonie du ſtyle , a fu faire un choix
heureux des expreſſions les plus propres
à rendre avec juſteſſe & avec préciſion la
penſée du poëte original .
E
1
Lettres
AVRIL. I. Vol. 1774. 81
Lettres fur l'Art d'écrire , ou recherche &
réunion des principes de l'écriture ;
ouvrage utile aux parens , aux maîtres
& aux éleves , par G. Laurent , maître
ès arts en l'Univerſité de Paris , & expert
- écrivain juré , vol. in 8°. de 68
pages. A Paris , chez l'auteur , rue des
Nonaindieres , quartier St Paul ; Couturier
fils , quai des Auguſtins ; Froulé
, pont Notre - Dame.
L'Art d'écrire ou l'écriture areçu de nos
jours un nouveau degré de conſidération
par les recherches de pluſieurs maîtres de
cet art , & fur- tout par celles de M. Laurent.
Cet expert-écrivain entreprend de
faire voir que les vrais principes de l'écriture
, attribués encore aujourd'hui à
l'uſage & au goût , ſont aſſujettis à des
regles géométriques. Il ne faut cependant
pas que ces regles prétendues géométriques
effraient les éleves. Il n'eſt ici question
que de quarrés ou parallélogrammes.
M. Laurent exige que les jeunes gens qui
✓ veulent faire des progrès fürs & rapides
dans l'écriture s'exercent d'abord à tracer
ces parallélogrammes. Il explique dans
fon ouvrage les avantages de cet exercice
& démontre les principes de l'écriture
F
82 MERCURE DE FRANCE .
১
par le moyen de ces figures quarrées. Ces
principes ſont ſimples & faciles à ſaiſir.
Comme ces principes parlent aux yeux ,
il fatisferont l'éleve , & lui donneront la
clarté & la fécurité qui accélerent infailliblement
les progrès.
Questions de Droit , de Jurisprudence &
d'usage des Provinces du Droit - Ecrit
du Reffort du Parlement de Paris , miſes
en ordre alphabétique par M. Mallebay-
de-la-Mothe, conſeiller du Roi ,
: fon avocat & procureur au Siege royal
de Bellac.
Fudex debet judicare fecundùm leges.
vol. in- 12 . Prix , 3 liv. relié. A Paris
chez Saugrain , libraire.
Une partie de la France ſe régit par le
Droit - Ecrit ou Romain , qui en eſt le
Droit commun & univerſel , mis en vigueur
par Clovis , après la défaite d'Alaric
& des Goths , l'an 507 , par Charlemagne
qui l'autoriſa par ſes capitulaires ,
& par Lotaire ſous le regne duquel on
traduifit en françois le Code Juftinien.
Une autre partie de la France ſe régit par
des coutumes ou loix municipales qui ne
AVRIL. I. Vol. 1774. 83
font propres qu'aux Provinces qu'elles
gouvernent. Le mélange du Droit écrit
avec les différens uſages fournit ſouvent
à la chicane un ſujet de trouble qui , par
une ſuite funeſte , peut occaſionner la
ruine des familles. C'eſt pour prévenir
un inconvénient auſſi pernicieux que l'au-
* teur de ces Questions de Droit , de Furisprudence
, &c. s'eſt appliqué à déſigner
les bornes du Droit écrit , & des uſages
pratiqués dans les Provinces régies par
cette loi , dans le reſſort du Parlement de
Paris . M. M. n'a pas prétendu faire un
livre rempli d'érudition & qui ne ſeroit
utile qu'à un petit nombre ; il a voulu
travailler pour tous ſes concitoyens , afin
que chacun pût y prendre une connoisſance
générale de la loi qui le régit , &
diftinguer les cas où l'uſage l'emporte au
préjudice du Droit , & ceux où les Loix
font écoutées au préjudice de l'uſage.
Les matieres ſont rangées dans cet ouvrage
par ordre alphabétique ; & les questions
qu'elles comportent font préſentées
avec la clarté & la préciſion néceſſaires
pour que tout citoyen puiſſe prompte.
ment & fans fatigue , ſaiſir l'inſtruction
> qu'il cherche , & ne ſoit point dans le cas
de prendre un raiſonnement pour un prin-
Fa
84 MERCURE DE FRANCE,
1
cipe , ou une explication pour le texte de
la Loi.
L'Homme du Monde éclairé , entretiens ;
avec cette épigraphe : Qui putat melius
effe quod deterius , fcientia caret . S.
Aug. vol . in- 12 . A Paris , chez Moutard
, libraire.
ود
دو
ود
ود
ود
ود
23
Il ſeroit à ſouhaiter , dit l'auteur dans
ſon avertiſſement , que dans cette foule
d'écrits publiés en faveur de la Reli-
,, gion , on eût eu plus d'égard à la frivolité
des gens du monde. On y fait
des argumens , & les argumens les lasſent
; on y cite de longs paſſages , & les
,, plus courts les ennuient; on les ramene
ſans ceſſe à la théologie , & la théolo-
„ gie eſt leur épouvantail. Il ſemble qu'on
n'ait pas fait affez d'attention que les
adverſaires du Chriſtianiſme ſont des
hommes que l'appareil des armes fait
fuir , & qu'on ne peut terraſſer qu'en
paroifſſant ſe jouer avec eux. Ainſipour
être utile aux gens du monde que l'incrédulité
a féduits , il faut prendre leur
„ langage , plaiſanter avec eux , & ne réfuter
leurs raiſons qu'après avoir montré
le faux de leurs railleries . Le ton
ود
وا
ود
ود
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"
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"
de légereté & de plaifanterie que l'auteur
AVRIL. I. Vol. 1774. 85
nous annonce n'eſt pas employé dans ces
i entretiens auſſi heureuſement qu'il pourroit
l'être. On est même un peu fâché de
voir dans le premier entretien les efforts
que fait l'auteur pour nous donner une
opinion chagrine de la ſociété . ,, J'ai cru ,
;
し
1
}
}
ود
ود
ود
ود
nous dit- il, trouver des hommes dans mes
ſemblables ; mais hélas ! une fatale expérience
m'apprend qu'il en eſt bien peu
qui ſoient dignes de ce nom. " Dans la
fuite de ces entretiens l'auteur cherche ,
autant qu'il eſt en lui , à diminuer notre
admiration pour les plus grands hommes
de l'antiquité. Il nous fait entendre que
Socrate avoit une vanité hypocrite ; que
Platon étoit un débauché , Cicéron un
orgueilleux , Trajan un ivrogne , Marc-
Aurele un fuperftitieux , &c. Mais ces
accufations fuſſent- elles fondées , eſt - ce
en dépriſant les hommes qui nous ont
donné les plus beaux exemples de vertu ,
que l'on peut eſpérer de la faire aimer de
ſes lecteurs ?
Pluſieurs de ces entretiens ſont polémiques
, & l'auteur a ſouvent fait uſage des
preuves & des expreſſions même des écrivains
qui l'ont précédé . Il avoue auſſi qu'il
a entendu diſcourir pluſieurs incrédules ,
F3
86 MERCURE DE FRANCE.
1
:
& que ſes entretiens ne font ſouvent que
le réſultat des converſations qu'il a eues
avec eux.
i
Côme de Médicis , Grand - Duc de Toscane
, ou la Nature outragée & vengée
par le crime ; poëme , par M. Mero ;
vol. in 8°. A Paris , chez Gueffier , imprimeur
- libraire , & Moutard.
CÔME , le héros de ce poëme , premier
Grand-Duc de Toſcane , de la branche de
Laurent de Médicis , fut fils de Jean de
Médicis & aïeul de l'épouſe de notre Roi
Henri le Grand. Ses talens politiques lui
attirerent l'eſtime & l'admiration de tous
les Princes de l'Europe. Rome , Madrid,
la France rechercherent tour à tour fon
alliance. Son regne fut long & illuftre.
Il eût été heureux ſans la terrible & funeſte
aventure de deux de ſes fils . Jean ,
l'aîné de ces deux Princes , étoit d'un caractere
doux & bienfaiſant ; Garcias , le
cadet , avoit l'ame barbare ; les vertus de
fon frere exciterent ſa jalouſie. Un jour
qu'ils étoient enſemble à la chaſſe , ils
ſe trouverent par hafard ſéparés de leurs
gens ; Garcias ne laiſſa pas échapper l'ocAVRIL.
I. Vol. 1774. 87
- caſion d'aſſouvir ſa rage; il s'élança fur
Jean , le tua d'un coup de poignard , &
rejoignit ceux de ſa ſuite , ſans paroître
ému de fon forfait. On trouva le cadavre
ſanglant ; le meurtrier diffimula comme
auroit pu faire un ſcélérat nourri depuis
long-temps dans le crime ; mais le pere ſe
doutant de la vérité , renferma ſa douleur
, & fit publier que ſon fils étoit mort
ſubitement. Le jour d'après , il ordonna
à Garcias de le ſuivre dans le lieu où étoit
étendu le corps du Prince aſſaffiné. Là , le
déſeſpoir & la douleur s'emparent de l'ame
de Côme. ,, Voilà , dit alors ce Prin-
,, ce infortuné , voilà le ſang de votre
frere qui vous accuſe, & qui demande
vengeance à Dieu & à moi-même. "
Garcias fit l'aveu de ſon forfait , mais il
accuſa Jean d'avoir voulu attenter à ſes
jours. Le pere , loin de recevoir ſes excuſes
, le tua du même poignard dont
Jean avoit été afſaffiné.
و د
29
Ce fait , rapporté d'après les hiſtoriens
par M. Mero , fait le ſujet de ſon poëme
héroïque diviſé en dix chants ; mais les
huit premiers ſont employés à nous peindre
les amours malheureux de Jean &
d'Herzilie. Cet épiſode , loin de diſtraire
un moment le lecteur des objets triſtes
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
t
qui lui font ici préſentés , augmente enco.
re fa mélancolie par la peinture que le
poëte lui fait de la fin tragique d'une amante
infortunée. On peut encore reprocher
à cet épiſode de ſuffoquer l'action
principale par ſa longueur. Le poëte
avoue dans ſon diſcours préliminaire , qu'il
auroit pu inſpirer à Garcias une paſſion
égale à celle de ſon frere pour Herzilie ;
Mais je m'en ſuis bien gardé , ajoutet-
il. Quoique l'amour ſoit connu des
ſcélérats , il eſt plus ſouvent le parta-
,, ge des ames ſenſibles & vertueuſes , &
,, j'aurois cru déshonorer cette tendre
paffion en la plaçant dans le coeur de ce
" Prince barbare. "
ود
ود
ود
"
Garcias amoureux auroit pu néanmoins
donner occaſion au poëte de nous faire
voir que ſi l'Amour est un dieu ami de la
paix , de l'honneur , de la vertu , c'eſt
auſſi un vainqueur cruel & le pere de tous
les crimes . Cet amour d'ailleurs auroit
produit entre Garcias & fon frere une rivalité
qui auroit motivé ſa vengeance &
ſon attentat. L'épiſode , par cemoyen , auroit
été ſubordonnée à l'action principale
& auroit amené la catastrophe, Mais puisque
le poëte s'eſt borné à nous peindre
Garcias comme un ambitieux forcené , il
AVRIL. I. Vol. 1774.89
auroit dû au moins développer les pasſions
de ce monſtre , les mettre en jeu &
nous attacher à la lecture de ſon poëme
par la peinture du coeur de l'homme livré
à la tyrannie de l'ambition .
L'action de ce poëme eſt renfermée
dans le ſimple récit de l'hiſtorien. Le
poëte y a ajouté uniquement une circonstance
, circonſtance horrible qui fait frémir
la nature & dévoile toute la baſſeſſe
d'ame du ſcélérat Garcias. Ce Prince
étant à la chaſſe , rencontre fon frere qui
étoit ſeul & fans aucune défiance. Il ſe
jette auſſi - tôt ſur lui , le poignard à la
main ; mais Jean évite le coup & ſe met
en défenſe. Le lâche Garcias voyant fon
projet découvert , & lui-même en péril
de la vie , diffimule & feint un repentir ,
afin de trouver un moment plus heureux
pour accomplir fon crime.
Mon frere , fi ce nom m'étoit permis encore ,
Car , après mon forfait que la Nature abhorre ,
Je dois paroftre un monftre à tes yeux effrayés ;
Donne-moi le trépas ; tu me vois à tes pieds :
Au fang des Médicis ma vie eſt une tache ;
Punis - moi , venge-les en immolant un lache.
F5
१० MERCURE DE FRANCE.
J'abhorrai tes vertus que mon coeur n'avoit pas ;
Je fus jaloux de toi , je jurai ton trépas.
L'amour des Florentins , tes talens , ton courage ,
Ton droit d'atneſſe enfin , tout me faiſoit ombrage ;
Ton coeur , en m'épargnant , deviendroit criminel.
Frappe , ou bien à tes yeux . Non , arrête , cruel ;
J'en crois le repentir que ta douleur exprime.
Tes larmes dans mon coeur ont effacé ton crime.
Garcias , il est vrai , vouloit m'affaffiner ;
Garcías ſe repent ; je dois lui pardonner.
Il ſe livre à mes coups , il m'arroſe de larmes .
O doux épanchemens , que je reſſens vos charmes !
O Nature ! & tendreſſe ! & fraternelle ardeur !
Rien ne peut égaler les plaiſirs de mon coeur.
Combien dans ces momens l'existence m'eſt chere !
Garcias m'eſt rendu , j'embraſſe encor mon frere ;
Ce frere , qui tantôt a voulu m'opprimer ;
Ce frere , déformais qui ne veut que m'aimer.
Trônes de l'Univers ! éclat du diademe !
Vous n'êtes rien auprès d'un frere que l'on aime !
Mon coeur eût tout perdu , ſéparé loin de toi ;
Mais il retrouve tout quand tu reviens à moi.
Si la haine eût brifé la chaîne qui nous lie ,
Dans quels malheurs j'aurois paſſe ma triſte vie ;
Mais nous n'étions pas faits pour nous hair tous deux.
Tu m'as rendu ton coeur , & je m'eſtime heureux.
Le temps preſſe; hâtons-nous , allons joindre mon pere ,
Dans cet embraſſement reçois la foi d'un frere.
AVRIL . I. Vol. 1774. 91
Au même inſtant que Jean monte ſur ſon courſier ,
Le monftre dans ſon flanc plonge un mortel acier.
Il tombe ; ſon ſang coule : il ſe trafne , ſoupire ,
Lutte contre la mort : vains efforts , il expire.
Quels défordres affreux cauſa ſon ſang verſé!
Sur la terre à l'inſtant tout parut renverſé.
Vers ſa ſource , l'Orno vit reculer ſes ondes ;
L'Etna fit retentir ſes cavernes profondes ;
Le Soleil s'obſcurcit , la Vertu s'exila !
Le Ciel lança la foudre & l'Univers trembla .
Il étoit bien queſtion ici de faire reculer
les ondes de l'Orno ! Il falloit nous
peindre les agitations & les tourmens qui
ſuivent le crime , nous repréſenter le ſcélerat
Garcias en proie à la terreur & dechiré
mille fois par les remords avant de
recevoir le juſte prix de ſon forfait des
mains mêmes de fon pere. Les agitations
de cepere infortuné qui ſe charge de venger,
par l'effuſion de ſon propre ſang ,
l'innocence & la nature,auroient pu encore
produire ici un tableau pathétique , &donner
à ce poëme l'intérêt & l'action du
drame. Le poëte a cependant cherché à
peindre les douleurs & le trouble de Côme
dans le moment qu'il va accomplir
ſa vengeance ; mais cette peinture ne répond
pas à celle que l'imagination du
92 MERCURE DE FRANCE,
L
4
lecteur a pu ſe former de ce moment terrible.
Ce poëme ne peut donc être re.
gardé que comme un eſſai dont le poëme
de la mort d'Abel de Geſner a pu donner
l'idée ; eſſai néanmoins où il y a quelques
fituations bien rendues. On doit d'ailleurs
bien augurer d'un poëte qui , comme
M. Mero dans ſon diſcours préliminaire
, rend un juſte hommage aux modeles
& aux législateurs de notre poësie.
Minéralogie , ou nouvelle expoſition du
regne minéral ; ouvrage dans lequel
on a tâché de ranger , dans l'ordre le
plus naturel , les ſubſtances de ce regne
, & où l'on expoſe leurs propriétés
& ufages mécaniques , &c. avec un
Lexicon ou Vocabulaire , des Tables
ſynoptiques , & un Dictionnaire minéralogico
-géographique. Par M. Valmont
de Bomare , démonſtrateur d'histoire
- naturelle avoué du Gouvernement
, cenſeur royal , membre de pluſieurs
Académies des ſciences , belleslettres
& beaux arts ; maître en pharmacie
, &c. Seconde édition , 2 vol.
in- 8 °. A Paris , chez Vincent , impris
meur libraire .
AVRIL. I. Vol. 1774. 93
i
:
La premiere édition de cette minéralogie
, publiée il y a environ douze ans ,
a été très - accueillie, M. de Bomare n'a
ceſſé , depuis ce temps , de faire de nouvelles
recherches ſur toutes les parties de
l'hiſtoire naturelle , & particulièrement
fur la minéralogie. Ces recherches , inférées
dans cette ſeconde édition , ont donné
lieu à l'auteur de faire des obſervations
intéreſſantes ſur pluſieurs points d'hiſtoire
naturelle , & de repandre plus d'ordre &
de clarté ſur les divers objets du regne
minéral . On doit donc bien diftinguer
cette ſeconde édition de la premiere.
Notre ſavant Naturaliſte ne s'eſt pas
borné , ainſi que la plupart des auteurs , à
la minéralogie particuliere d'une contrée.
Il a laiſſé à la ſienne ſa plus grande généralité
poſſible. Il a indiqué les ſubſtances
concomitantes des divers individus ; il
les a décrites , &, après avoir marqué les
propriétés qui leur font particulieres &
celles qui leur ſont communes avec d'autres
, il a expoſé celles qui paroiſſent les
plus propres à répandre quelque jour fur
la formation , tant primitive que ſecondaire
, des corps en général. Enfin il les
a rangées ſelon leur moindre ou plus
grande relation. C'eſt cette relation qui ,
94 MERCURE DE FRANCE.
pour nous fervir de l'expreſſion de l'auteur,
forme le fil qui l'a conduit...
L'experience & une pratique journaliere
ont dû faire reconnoître à M. de
Bomare bien des erreurs répandues dans
les ouvrages des minéralogiſtes qui l'ont
précédé. Ces erreurs & l'incertitude des
méthodes employées par ces minéralogistes
ont porté M. de Bomare à adopter un
ſyſtême particulier , mais plus clair , plus
méthodique & plus fûr , objet principal
de cet ouvrage. Cette partie ſyſtématique
eſt formée d'un tableau général des chofes',
d'une diſtribution propre à chaque
genre , d'une nomenclature françoiſe &
latine , & de la deſcription. L'auteur a
renvoyé dans des notes tout ce qui étoit
de diſcuſſion légere , tout ce qui pouvoit
fervir d'éclairciſſement aux endroits obscurs
de quelques auteurs . Des obſervations
accompagnent ſouvent les notes.
Ces obfervations nous inftruiſent des découvertes
ou conjectures que l'on a formées
ſur certains corps du regne minéral ,
des travaux qu'on leur a fait fubir , de
leurs uſages , de leurs propriétés , & des
reſſources que nous en avons tirées. Ces
détails ne peuvent manquer d'intéreſſer
ceux qui n'appercevant pas toujours l'utiAVRIL.
I. Vol. 1774. 95
}
lité des recherches des Naturaliſtes pour
le progrès des arts & de l'induſtrie, ſeroient
tentés de regarder la ſcience comme
un appareil vain & ſtérile...
Supplément à l'Histoire de l'Imprimerie
de Profper Marchand, ou additions &
corrections pour cet ouvrage; vol. in-
4°. de 55 pages. A Paris , de l'imprimerie
de Ph. D. Pierres .
La précipitation avec laquelle Profper
Marchand publia, en 1740, ſon hiſtoire
de l'Imprimerie , lui a fait commettre des
erreurs , des inexactitudes , des contradictions
mêmes dont on releve pluſieurs
dans cet ouvrage. C'eſt une eſpece d'errata
qui ne rectifie pas , à beaucoup près ,
toutes les fautes de l'hiſtorien de l'Imprimerie
, mais qui en corrige un aſſez grand
nombre pour faire regarder le volume que
nous annonçons , comme un ſupplément
néceſſaire à l'Hiſtoire de l'Imprimerie.
Théâtre de Sophocle , contenant les tragédies
de ce poëte , qui n'avoient pas encore
été traduites ; pour ſervir de ſupplément
au Théâtre des Grecs du P.
Brumoy ; par M. Dupuy , de l'Acadé96
MERCURE DE FRANCE.
C
i
mie royale des inſcriptions & belleslettres
; nouvelle édition ; 2 vol in - 12 .
A Paris , chez Coſtard , fils , & Compagnie..
SOPHOCLE avoit compoſé cent vingt tragédies
, dont- il ne reſte que ſept. Le P.
Brumoy a traduit l'Oedipe , l'Electre & le
Philoctete . Il s'étoit contenté de donner
un précis des quatre autres dans ſon Thedtre
des Grecs , avec la traduction de quelques
morceaux qui lui avoient paru mé .
riter d'être connus . Ces quatre tragédies
font les Trachiniennes ou la Mort d'Hercule
, Ajax furieux , Oedipe à Colone &
Antigone. La premiere piece porte le titre
de Trachiniennes , parce que le choeur
eſt compoſé de jeunes filles de Trachine ,
ville de Theſſalie. Ces tragédies ont été
traduites en entier par M. D. La traduction
du ſavant académicien a été d'autant
plus accueillie la premiere fois qu'elle
a été publiée , en 1762 , que le traducteur
a ſu allier à l'élégance du ſtyle la ſimplicite
du texte. Des notes utiles accompagnent
cette traduction. La réimpreffion
que l'on en donne aujourd'hui , en répandant
ces modeles de tragédie grecque
dont la marche eſt moins compliquée
que
AVRIL I. Vol. 1774 97
}
que la nôtre , pourra contribuer à nous
rappeller à ce ton ſimple de la Nature ,
dont quelques uns de nos dramatiques
ſemblent aujourd'hui s'écarter.
Nouvelles Oeuvres de M. de la Fargue ,
des Académies des ſciences , beneslettres
& arts de Bordeaux , de Caën
& de Lyon ; vol. in 8°. de 87 pages ,
orné de gravures ; prix , 5 liv. A Paris
, chez Couturier pere , aux galleries
du Louvre ; & Couturier fils.
Ce nouveau volume des OEuvres de
M. de la F. raſſemble des épîtres& autres
pieces fugitives , un peëme ſur la naviga
tion & un autre poëme ſur les agrémens
de la campagne. Ces deux poëmes ont
été lus dans les aſſemblées publiques de
l'Académie de Bordeaux. On trouve
dans ces poëſies de la facilité , du naturel
, mais point aſſez peut- être de cette
chaleur de ſentiment qui conſtitue le
poëte.
M. de la F. , pour mieux célébrer les
agrémens de la campagne , a cru devoir
remonter tout ſimplement au temps de la
création.
98 MERCURE DE FRANCE.
ةم
1
Dieu dit: que tout commence ; & rien ne reſte à naftre
A ce mot créateur le néant ceſſe d'être.
Le chaos ſe débrouille'; & l'homme voit le jour
Pour être de ce Dieu le prodige & l'amour.
Les deux premiers vers paroîtrontbien
foibles pour exprimer cette fublime image
du Pfalmiſte : Dixit & facta funt . M.
de la F. a mieux réuſſi à nous rendre cette
penſée d'un Ancien , ſur la ſtérilité des
campagnes , occaſionnée par le luxe , qui
détourna les Citoyens Romains de s'occuper
, à l'exemple de leurs premiers Rois,
des travaux de l'agriculture.
Par de royales mains autrefois labourée ,
La terre de fon fort ſe ſentit honorée :
Sa furface partout ſe couvrit de moiſſons ;
Tous les fruits des vergers chargerent les buiſſons.
Mais quand on la livra depuis à des eſclaves ,
Qui déchiroient ſon ſein du fer de leurs entraves ,
If ſembla qu'elle avoit reſſenti cet affront ;
Et la ſtérilité flétrit long-temps fon front.
Les pieces fugitives de ce recueil ne
font point fans agrément ; mais comme
la plupart font des poëſies de ſociété , elles
doivent perdre un peu de leur mé-
:
AVRIL. I. Vol. 1774. 99
rite en paroiſſant au grand jour. La reconnoiſſance
en a dicté pluſieurs , &
quelques - unes font les fruits des loiſirs
d'un citoyen eſtimable qui ſe fait gloire
d'honorer la vertu & de rendre juſtice au
mérite.
La Nature conſidérée ſousfes différens aspects
; ou Journal des trois regnes de
la Nature , contenant tout ce qui a rapport
à la ſcience phyſique de l'homme,
à l'art vétérinaire , à l'hiſtoire des différens
animaux , au regne végétal , à
la connoiſſance des plantes , à l'agriculture
, au jardinage , aux arts , au
regne minéral , à l'exploitation des
mines , aux fingularités & à l'uſage des
différens foffiles , numéros 1 , 2 , 3 &
4. A Paris chez Lacombe , libraire.
Les ouvrages périodiques tels que ce
lui - ci , n'ont beſoin d'autre recommandation
que celle que donne l'importance
des matieres qu'ils embraſſent. Celui de
la Nature conſidérée a particulièrement
pour objet de raſſembler les connoiſſances
phyſiques , économiques ou d'hiſtoire
naturelle relatives aux beſoins & même
aux agrémens de la vie. Ces connoiffan
Ga
100 MERCURE DE FRANCE.
ces font de tous les âges , de tous les
états , de toutes les conditions ; c'eſt pourquoi
le Journaliſte , dont le zele , l'activité
& les lumieres ſont ſuffisamment
connues , s'eſt appliqué particulièrement
en donnant une nouvelle forme à fon
Journal , d'y apporter beaucoup de clarté ,
de préciſion & de variété , afin qu'il foit
à la portée d'un plus grand nombre de
lecteurs. Il paroît actuellement quatre numéros
de ce Journal. L'auteur a recueilli
dans le troiſieme une obſervation d'un
Curé de Tours , qui peut intéreſſer le Naturaliſte
& le Phyſicien. Le hafard ayant
fait tomber ſous la main de ce Curé une
fang fue vivante , il l'enferma dans un
bocal de verre , dans lequel il mit de
l'eau , & le dépoſa ſur la fenêtre de ſa
chambre, M. le Curé viſita pendant longtemps
ſa penſionnaire tous les matins ,
dans la vue de s'aſſurer ſi elle vivroit
dans ce bocal ; mais l'attention finguliere
qu'il apportoit à obſerver tous les différens
mouvemens de cette ſang - fue , furtout
lors des variations de tems , aiguillonna
ſa curioſité au point qu'il en fit fon
barometre. Il obſerva Io. que par un tems
ferein & beau , la fang-fue reſtoit au fond
du bocal fans nourriture , & roulée en
ligne ſpirale. 20. que s'il devoit pleuvoir
•
AVRIL. I. Vol. 1774- 101
avant ou après midi , elle montoit jusqu'à
la furface de l'eau , & y reſtoit jusqu'à
ce que le tems ſe remît au beau ;
3°. que lorſqu'il devoit faire grand vent ,
elle parcouroit ſon habitation liquide avec
une vſteſſe ſurprenante , & ne ceffoit de
ſe mouvoir que lorſque le vent commençoit
à ſouffler ; 4°. que lorſqu'il devoit
furvenir quelque tempête avec tonnerre
& pluie , la fang fue reſtoit preſque continuellement
hors de l'eau pendant pluſieurs
jours ; qu'elle ſe trouvoit mal à
l'aiſe , & dans des agitations & convulfions
violentes ; 5°. que la ſang - fue restoit
conſtamment au fond du bocal pendant
la gelée , & dans la même figure
qu'elle étoit en été dans un tems clair ,
c'est - à - dire, en ligne ſpirale ; 6º. enfin
que dans des tems de neige ou de pluie,
elle fixoit fon habitation à l'embouchure
du bocal. M. le Curé obſerve que fon
bocal de verre ordinaire eſt du poids d'environ
huit onces , qu'il le remplit aux
trois quarts d'eau , & qu'il en couvre l'entrée
avec de la toile ; qu'il change d'eau
en été une fois chaque ſemaine , & en
une autre ſaiſon tous les quinze jours .
Les papiers publics ont annoncé le
#hlaspi arvense comme une plante trèspropre
à détruire les punaiſes ; mais il
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
i
3
paroît , d'après les obſervations rapportées
dans ce Journal , que cette plante ne
produit pas tout l'effet deſiré. L'eau distillée
de cette plante , & d'autres plantes
citées dans le même article , feroit préférable
aux plantes mêmes , parce qu'on
a beaucoup plus de facilité de l'inſinuer
dans les fentes & crevaſſes du lit , dans
les plis des rideaux , fans expoſer les
étoffes à ſe tacher : l'odeur en eſt même
plus développée. On pourroit rendre encore
cette odeur plus active en mettant
l'eau dans un vaſe ſur le feu , & en faiſant
circuler la vapeur dans le lit , dont
les rideaux ſeroient tirés.
Le ſecond numéro de ce Journal fait
mention de différentes méthodes pour
apprêter les peaux des oiſeaux , felon les
uſages pour lesquels on veut s'en ſervir ,
foit pour l'ornement , ſoit pour l'utilité. Il
eſt auſſi indiqué dans ce même cahier un
moyen pour dégraiſſer les velours. Les
moindres procédés concernant les arts &
métiers , ne peuvent manquer d'intéresſer
le plus grand nombre des lecteurs.
Aucun de ces procédés n'eſt ici négligé.
Ceux qui ſe raſent eux-mêmes feront , par
exemple , fatisfaits de la nouvelle méthode
qu'on leur donne pour repaſſer les raſoirs.
On ne fait pas toujours attention que
AVRIL. I. Vol. 1774. 103
:
lorſqu'on paſſe le raſoir ſur le cuir , on
appuie plus ou moins. Le cuir , parfa
foupleſſe , cede ſous la preſſion de la
lame , & tend à ſe remettre à meſure
que le bord du tranchant paſſe : mais le
cuir en ſe relevant arrondit & renverſe le
tranchant ; il produit le même effet que
ſi on paſſoit le raſoir dans une pierre
courte& très-creuſe. Comment remédier
à cet inconvénient ? Liſez les obſervations
relatives à ce ſujet , rapportées dans
le quatrieme cahier.
Ce même cahier , ainſi que les précédens
, fait mention de pluſieurs curioſités
d'hiſtoire naturelle , qui jettent dans ce
Journal autant de variété qued'agrémens.
Le Journaliſte nous entretient dans le
dernier cahier d'une production végétale
qui a des caracteres particuliers qui
l'approchent des ſubſtances animales.
Cette production ſe trouve dans l'ifle de
Sainte - Lucie. Dans une caverne de cette
rifle , près de la mer, eſt un grand baſſin
de douze à quinze pieds de profondeur ,
dont l'eau eſt ſalée : le fond eſt composé
de roches , d'où s'élevent en tout temps
certaines ſubſtances qui préſentent au
premier coup d'oeil de belles fleurs loifantes
, femblables-à peu-près à nos foucis
ſimples , fi ce n'eſt que la couleur en eſt
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
4
:
plus claire , & approche plus de celle de
Ja paille. Quand on veut cueillir ces efpeces
de fleurs , dès que la main ou
autre inſtrument en eſt à deux ou trois
pieds , elles ſe reſſerrent ou s'enfoncent
ſous l'eau ; lorſque cette eſpece de tact
ceſſe , elles reparoiſſent & s'ouvrent de
nouveau . En examinant de près cette
ſubſtance , on trouve dans le centre du
diſque quatre filamens bruns qui reſſemblent
à des jambes d'araignées , & qui ſe
meuvent au- tour d'eſpeces de petales
jaunes avec un mouvement vif & fpontané
: ces jambes ſe réuniſſent comme
des pinces pour ſaiſir la proie , & les petales
jaunes fe reſſerrent auſſi - tôt pour
renfermer cette proie , qui ne peut plus
échapper. Sous cette appérence de fleurs
eſt une tige noire , grande comme la
queue d'un corbeau , qui ſemble être le
corps de l'animal. Il y a apparence qu'il
vit d'infectes que jette la mer dans cette
partie d'eau ſalée qu'il habite. La belle
couleur qu'il porte eft propre àattirer vers
lui ces petits infectes , qui , comme tous
les animaux aquatiques , ſe portent vers
ce qui éclate. On a nommé cette production
finguliere , l'Animal - Fleur.
Une autre curioſité naturelle , mais qui
ſe trouve dans le regne végétal , eſt l'Ar
AVRIL. I. Vol. 1774. 105
bre- fontaine . L'eau douce , ſi néceſſaire à
la ſubſiſtance des animaux , ſe trouve
quelquefois manquer dans certaines contrées
; mais la Nature a, pour réparer ce
défaut , des reſſources , dont une entre
autres mérite d'être remarquée par les
curieux. L'ifle d'Hiero , une des Canaries,
a, pour ſuppléer aux trois ſeules fontaines
qui feroient inſuffiſantes pour fon
étendue , un arbre qu'on peut bien appeler
l'Arbre fontaine : les habitans le nomment
l'Arbre -faint. Ses feuilles diſtillent
continuellement une telle quantité d'eau ,
qu'elle ſuffit pour abreuver les habitans&
les animaux. Sa feuille eſt comme celle
du laurier , mais plus large & toujours
verte: fon fruit reſſemble au gland ; il a
à peu près le goût du pignon , mais plus
doux & plus odorant.
Différens objets de médecine & de
l'art vétérinaire , des obſervations d'histoire
naturelle & de phyſique , des remedes
pour diverſes maladies , recueillies
dans ce Journal , ajoutent à ſon utilité&
le rendent un répertoire très - commode
pour ceux particulièrement qui vivent à
la campagne ou dans la retraite , & ne
font pas toujours à portée de confulter
les gens de l'art. Les réſultats de leurs
GS
:
106 MERCURE DE FRANCE.
!
recherches & de leurs travaux ſont expoſés
ici avec la clarté & la préciſion nécesfaires
pour pouvoir être ſaiſis par toutes
fortes de lecteurs ; qualité eſſentielle d'un
écrit périodique , de celui ſur-tout qui eft
conſacré à l'utilité publique.
Ce Journal des trois regnes de la Nature
, paroît par cahier de deux feuilles
in- 12. , le premier & le quinze de chaque
mois. Le prix de la ſouſcription eſt de 12
liv. par an , rendu port franc par la poſte,
tant à Paris qu'en Province.
Le Spectateur François , pour ſervir de
fuite à celui de M. de Mariveaux.
L'étude Propre à l'homme eſt l'homme même.
POPE.
année 1774 ; tome premier , in- 12 .
Nos. 1 & 2. A Paris , chez Lacombe ,
libraire.
و د
Il ſeroit difficile de décider s'il y a
,, plus de variété dans l'Homme phyſique
,, que dans l'Homme moral. Quand on
ود conſidere que depuis la création il n'y
,, a pas eu deux hommes qui ſe ſoient
entiérement reſſemblés , quoique tous
formés de la même matiere & fur les
و د
ود
,, mêmes proportions , on eſt étonné de
AVRIL. I. Vol. 1774.. 107
1
„ cette fécondité de la Nature. Mais
l'Homme moral eſt bien plus étonnant
encore. Le nombre des vertus & des
vices des défauts & des ridicules ; en
ود
و د
و د
و د
ود
"
ود
"
"
"
ود
"
un mot , l'eſpece des qualités qui com-
,, poſent les caracteres des hommes , nous
,, paroît très-bornée , & cependant la différence
des caracteres qui réſulte de
leurs combinaiſons , eſt inconcevable.
Chaque caractere a ſon viceou ſa vertu
qui lui eſt propre & qui en fait la baſe ;
mais ce vice ou cette vertu prend tant
de formes différentes , a tant de nuan-
,, ces , ſe préſente ſous tant d'aſpects , produit
des effets ſi oppoſés , que dans le
monde entier , il ſeroit plus difficile
,, encore de trouver des hommes qui fe
refſſemblaſſent parfaitement par le caractere
que par les traits de leur viſa-
وو ge. ,, Ces réflexions font l'objet d'un
difcours inféré dans le deuxieme cahier
du Spectateur François. Cet écrit périodique
contribue de jour en jour à nous
convaincre de la vérité des réflexions que
nous venons de rapporter par des peintures
animées & faites d'après nature , des
différens caracteres qu'offre la ſociété.
Une philofophie douce , enjouée & toujours
plus portée à mettre ſes leçons en
ود
ود
108 MERCURE DE FRANCE .
action qu'en raiſonnemens , rend ce Journal
particulierement utile à l'éducation de
la Jeuneffe , & agréable aux perſonnes de
l'on & de l'autre ſexe qui veulent s'instruire
en s'amuſant. Une anecdote pariſienne
, rapportée dans ces feuilles , leur
donnera cette leçon utile de morale ; que
la reconnoiſſance qui examine un bienfait
n'eſt ſouvent qu'une ingratitude déguiſée
. Baife la main qui t'a ſervi , s'écrie
ici le Spectateur , & ne t'inquiete pas fi
• elle eſt lépreuſe.
Les lecteurs ſenſés applaudiront furtout
anx efforts que fait le Spectateur
pour rappeler le François à ſa gaîté naturelle
& primitive. ,, Il eſt ſi doux derire !
ود
و د
ود
ود
ود
D'où vient donc cette manie qu'ont
nos écrivains modernes d'attriſter leurs
lecteurs ? Pluſieurs même ſe diſputent
la gloire d'avoir inventé un genre qu'ils
appellent fombre. Eh ! grand Dieu , de
combien d'horreurs ils ſe rempliſſent
la tête pour y exceller ! Toujours au
milieu des tombeaux , dans les cachots
les plus obfcurs , ſur les échafauds , tou-
,, jours le poignard à la main , & lavant
ود
ود
ود
ود
ود
dans le fang leurs bras enfanglantés ,
,, trempant dans les pleurs de l'infortune
leur plume de fer ; toujours feuilletant
AVRIL. I. Vol. 1774. 109
ود
و د
ود
و د
ود
les archives de la miſere humaine; ود quelle occupation pour un être ſenſible !
Sommes-nous done ou trop gais ou trop
honnêtes gens , pour qu'on ne nous
mette ſous les yeux que ce qui peut ou
nous affliger ou nous corrompre ? Autſi
, voyez les progrés de la philoſophie noi-
,, re : elle gagne même les foldats en bu-
و د
vant bouteille. " Le Spectateur a emprunté
ce dernier mot d'une réponſe de
M. de V. à un de ſes amis , qui lui avoit
annoncé le premier , l'aventure de deux
Dragons de St Denis, qui ſe brûlerent la
cervelle le 25 Décembre 1773. On fait
aujourd'hui que l'un des deux étoit fou ,
&que tous les deux étoient pérdus de débauche
, de dettes , & par conféquent accablés
de remords .
Panurge continue d'annoncer une ſuite
d'animaux d'une eſpece particuliere qu'il
montre à la Foire Saint -Germain , mais
que l'on peut voir auſſi ailleurs. La loge
du premier animal qu'il indique eſt fort
ornée. Cette loge renferme un oiſeau
lourd & peſant , humant ſans ceſſe le vent
qui le gonfle. Il eſt méchant , vindicatif ,
emporté , colere , & ne jette que des cris
aigus. Il étale avec faſte l'éclat de fon plumage
, qui eſt très - brillant , qu'il ſemble
dédaigner quand on le regarde , mais dont
110
MERCURE DE FRANCE.
T
il prend le plus grand ſoin , quand on a
l'air de ne pas s'en appercevoir. Il mépriſe
tous les autres animaux. Eſſayant de
temps en temps de s'élancer comme l'aigle
& le milan; mais retenu par l'habitude
qu'il a contractée d'aller terre- àterre
comme les oies; on l'a ſurpris de
nuit , dérobant en ſecret la pâture des
autres animaux & l'entaſſant, dans ſa loge ;
mais de jour , & fur - tout lorſqu'il voit
nombreuſe compagnie , il la leur diſtribue
lavec un faſte inſultant. Auſſi - tôt
qu'on ceſſe de le regarder , il ceſſe de donner.
Cet animal eſt déſigné dans la liſte ,
fous le nom de Parvenu .
Les arts d'imitation ſi propres à nous
diſtraire des occupations les plus ſérieuſes
, à répandre quelques fleurs ſur le ſentier
de la vie , & à élever nos fentimens
par la vue du beau qu'ils nous préſentent
, deviennent ſouvent le ſujet des réflexions
du Spectateur. Un diſcours particulier
eft ici conſacré à examiner pourquoi
la muſique , qui , au rapport des
poëtes & des orateurs , produiſoit autrefois
des effets ſi puiſſans , ne nous fait
aujourd'hui éprouver que des ſenſations
foibles , momentanées , & qui ſe bornent
le plus ſouvent à flatter agréablement l'oreille.
Mettrons-nous au rang des exagéAVRIL.
I. Vol. 1774. 1
rations de laGrece menſongere , des phénomenes
que nos muſiciens regardent
comme impoffibles , parce qu'ils ne peuvent
ni les expliquer , ni les concevoir.
Cependant ſi l'imitation théâtrale , ſi le
ſimple récit d'une action tragique , ſoit
en proſe, ſoit en vers , peut jeter l'ame
dans la triſteſſe & la terreur ; s'il peut
faire couler des larmes véritables , pourquoi
la muſique n'aura-t-elle pas le même
pouvoir ? N'eſt - elle pas une imitation
comme la poéſie , la peinture & la ſculpture?
Or , ſi elle peut imiter les pasſions
, elle doit en faire éprouver les effets.
Pourquoi donc agit - elle ſi foiblement
fur nous ? Pourquoi la poéſie , ſi
négligée aujourd'hui , trouve- t- elle encore
des ames ſenſibles à ſon imitation ?
Et pourquoi la muſique , ſi généralement
cultivée , ne flatte- t - elle que nos oreilles
, & gliffe t- elle ſi légerement fur nos
coeurs ? Le Spectateur , pour mieux répondre
à ces queſtions , fait habilement
uſage des obſervations des philoſophes
qui ont écrit ſur les beaux- arts , & y ajoute
ſes propres réflexions qui ſont celles
d'un homme de goût , d'un critique judicieux
& d'un obſervateur attentif.
Le Spectateur François eſt compoſé par
an de 15 cahiers , chacun de trois feuil112
MERCURE DE FRANCE.
les ; le prix , franc de port à Paris , par
la poſte , eſt de 9 liv ; en province de 12
liv. On ſouſcrit chez Lacombe , libraire ,
rue Chriſtine , ſeul chargé de la diſtribution
de ce Journal.
Merinval , drame par M. Darnaud , vol.
:
in-4°. à Paris , chez le Jay , libraire.
MERINVAL , Gentilhomme retirédu fervice
, goûtoit les charmes d'une vie douce
& tranquille dans la ſociété d'une épouſe
qu'iladoroit& qui lui étoit devenue encoré
plus chere depuis qu'elle lui avoit donné
un fils. Ce fils , élevé d'abord ſous les yeux
de ſes parens , fut envoyé à Paris pour y
achever ſon éducation. Merinval , ſupportantdifficilement
cette abfence , cher
choit à diſtraire ſes ennuis par la préſence
d'un ami avec lequel il partageoit ſa table
& fa maiſon. Son coeur aimoit à s'épan--
cher tour-à-tour dans le ſein de ſa femme
& dans celui de cet ami. Merinval ignoroit
alors les tourmens de la jaloufie. Des
écrits anonymes qu'on lui fait parvenir par
une main perfide jettent dans ſon eſprit
des ſoupçons qu'une imagination trop
prompte à s'enflammer change bientôt en
certitudes. Merinval croit voir , d'aprés
les
AVRIL. I. Vol. 1774. 113
les circonstances qui lui ſont détaillées ,
les preuves de fon déshonneur. Il ne regarde
plus fon ancien ami que comme un infame
adultere , un monſtre qui a abuſé de
ſa confiance. Lajaloufie & toutes ſes fureurs
s'emparent de Mérinval. Il s'arme
d'un fer vengeur , & court , tranſporté par
la rage , le plonger dans le ſein de ſon ami.
Sa barbarie n'eſt point fatisfaite ; il demande
une ſeconde victime : ſon épouſe eſt
à ſes pieds. Cette femme tremblante ,
échevelée , embraſſe les genoux de ce forčené
, ſe juftifie de ſes cruels ſoupçons &
parvient enfin à lui faire tomber le fer des
mains. Mais de nouveaux écrits anonymes
le rendent à ſes premieres fureurs.
Ces écrits l'accuſent de foibleſſe & lui reprochent
de s'être laiſſé vaincre par les
artifices d'une femme perfide qui porte
même dans ſon ſein le fruit de ſes liaiſons
criminelles . Mérinval , étouffant alors
tout ſentiment en faveur d'une épouſe
qu'il avoit tendrement aimée , ſe préſente
à elle comme ſon juge & fon boureau ,
& la force à prendre le breuvage empoifonné
qu'il a préparé. Cette femme expirante
proteſte de ſon innocence , n'accuſe
que l'excès d'aveuglement qui a furpris
fon mari , & meurt en formant des voeux
H
114 MERCURE DE FRANCE.
pour ſon aſſaffin. Une ſombre mélancolie
s'empare alors de cet époux. Il eſt livré
aux remords qui accompagnent le crime.
L'enfer eſt dans ſon coeur. Il s'agite , il
ſe fuit , il ne peut plus vivre avec luimême.
Cette cruelle ſituation qui ſuit le
crime nous eſt dépeinte dans le premier
acte de ce drame. Mérinval cherche à foulager
ſes tourmens en les dépoſant dans le
fein de ſon fils qui , de retour dans la
maiſon paternelle, après dix ans d'abſence
, n'avoit pas tardé à s'appercevoir du
trouble qui agitoit ſon pere. La ſituation
de cette famille infortunée peut - elle devenir
plus cruelie ? Oui , & le lecteur frémit
d'horreur en lifant cette lettre quere.
çoit Mérinval d'un jeune homme nommé
Šéligni , dont il avoit traverſé les amours.
Je puis enfin jouir d'une juſte vengeance !
Je commencerai par t'offrir
L'image des tourmens dont tu me fais mourir ;
Ils ont paffé ton eſpérance.
Pour moi dans l'Univers il n'eſt plus de plaifir ,
Qu'un ſeul, qu'un ſeul que je goûte d'avance !
Plus que moi tu pourras fouffrir.
Rappelle tes excès : armé contre la flamme
Qu'un amour violent allumoit dans mon ame ,
Ton caprice à ſes loix prétendit m'aſſervir.
L'objet que j'adorois , victime de ta rage ,
Eprouva par tes coups le fort le plus affreux ;
AVRIL. I. Vol. 1774. 115
D'un hymen attendu nous préparions les noeuds ;
Ta fureur les rompit ; elle oſa davantage:
Loin de moi , mon amante enlevée àmes voeux ,
Vit flétrit ſes beaux jours dans un dur eſclavage ;
Le chagrin dans la tombe eſt venu la plonger ;
Elle eſt morte en un mot , cette femme chérie !
Je l'aime encore avec idolatrie !
Et j'ai vécu pour la venger.
Mon ame ici ſe répand toute entiere.
Tels furent tes bienfaits ; en voici le ſalaire :
Habile à me jouer de ta crédulité ;
(Que l'Amour qui ſe venge eſt un puiſſant Génie ! )
J'ai fu , dans ton fein agité ,
Jeter tous les ferpens , toute l'atrocité
D'une ſtupide & noire jaloufie.
J'ai faſciné tes yeux , dénaturé ton coeur ,
Perverti ta raiſon . En eſclave docile ,
Tu ſervois à mon gré mon avide fureur !
Sur tous tes mouvemens j'avois un oeil tranquille 1
Chaque jour , j'ajoutois à ton aveugle erreur.
Qui , c'eſt moi qui , ſans ceſſe irritant ta colere ,
Par le ſecours heureux d'une main étrangere ,
T'écrivois , nourriſſois , échauffois tes tranſports ,
Subjuguois ton amour , étouffois tes remords.
C'eſt moi qui dirigeant un de tes domeſtiques ,
Par l'intérêt , à mes projets foumis ,
Ai de ſes faux rapports appuyé mes écrits ,
H 2
116 MERCURE DE FRANCE .
Et t'ai fait embraſſer mille objets fantaſtiques .
Je comptois tous tes pas dans le piege affermis
Jufqu'au bout ma vengeance a dévoré ſa proie.
Vois donc tous tes forfaits , & fens toute ma joie :
Evard étoit l'exemple des amis ;
Ta femme , celui des épouses ;
Cet enfant , il étoit le tien ; ...
Tous les trois , je fais tout , on ne un'a caché rien ,
Ont fuccombé ſous tes fureurs jalouſes ...
Et c'eſt où t'artendoit un amant outragé !
En vains éclats ton déſeſpoir s'exhale.
Ne meurs pas ; ne meurs pas ; j'en ſerai plus vengé :
Souffre après ces revers tout le malheur de vivre ;
C'eſt à ton propre coeur que Séligni te livre ...
La ſituation de Mérinval , qui étoit
cruelle , devient ici horrible , & cette
horreur s'accroît juſqu'à la fin du drame.
Mérinval fils auquel fon pere a communi
qué la lettre qu'il a reçue , ſe dérobe de
la maiſon paternelle & des bras d'une
épouſe pour courir ſur les traces du ſcélé
rat Séligni. Il le cherche ; le trouve enfin
, & , après l'avoir forcé de ſe mettre
en défenſe , ſon bras conduit par la vengeance
, lui plonge dans le fein un fer
meurtrier. Le jeune Mérinvał eſt arrêté
2
AVRIL . I. Vol. 1774. 117
par les Officiers de la Juſtice & conduit
en prifon. Son procès eſt inſtruit. Cejeune
homme ne veut point avouer fon nom
& le motif de fon action , de peur de dévoiler
le crime de fon pere. Mais ce pere ,
inftruit par ſes perquiſitions de la détention
de fon fils , ne voit que le péril dont
ce cher fils eſt menacé; il ſe préſente devant
le Juge dans le deſſein de ſe déclarer
le feul coupable qui mérite toute la rigueur
des loix , & de ſauver ſon fils ; ce
qui produit ici un combat très-pathétique
entre l'amour paternel & la piété filiale.
Le jeune Mérinval parvient enfin à faire
confentir ſon pere à garder un fecret qui
ne ſerviroit qu'à le conduire fur l'échafaud
fans pouvoir fauver les jours de fon
fils. Il le conjure ; il lui fait même promettre
de confentir à vivre pour rendre à
fon fils un dernier ſervice , un ſervice esfentiel
& le feul qu'il attend dans la poſi-:
tion où il ſe trouve. Quel eſt donc ce
bienfait que le prifonnier demande à fon
pere ? Du poifon , pour ſe ſouſtraire à
l'ignominie de l'échafaud.
La honte eft tout , mon pere , & l'on brave la mort.
Ce pere ſe ſoumet à fon fort plein
d'horreur , il vient trouver ſon fils dans
H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
la priſon , il lui porte le poiſon , mais
après en avoir pris en ſecret , afin que la
mort le réuniſſe à fon fils. Ilenſentdéjà les
approches , & fa main tremblante laiſſe
tomber la boîte fatale que lui demande
le jeune Mérinval. Dans cet intervalle ,
l'épouſe du prifonnier , Eugénie , dont les
inquiétudes ſont dépeintes dans ce drame
avec beaucoup de ſenſibilité ; apporte à
ſon mari des lettres de grace , accordées
d'après l'aveu même que le ſcélérat Séligni
a fait en mourant , de ſes forfaits.
Cependant Mérinval pere fuccombe à l'effort
du poiſon qu'il a pris. Cet homme ,
emporté vers le crime comme malgré lui ,
s'eſt vu ſucceſſivement l'aſſaſſin de fon
ami , de ſa femme , de l'enfant qu'elle
portoit dans ſon ſein & de lui - même.
Quelle leçon plus terrible des malheurs
&des crimes qui ſuivent le fol aveuglement
de la jalouſie ?
Le Comte de Comminge de M. d'Arnaud
a fait verſer des larmes ; ſon Merinval
fera frémir. L'auteur nous prévient
dans ſa préface qu'il a emprunté le ſujet
de ce dernier drame d'un roman intitulé ,
le Monde moral. M. D. , en avouant la
fource où il a puiſé , donne un exemple
qui ſera rarement ſuivi. Maisl'auteur , en
tranſportant l'aventure du roman fur la
م
AVRIL. I. Vol. 1774. 119
L
<
ſcene , y a fait les changemens qu'il a cru
les plus propres à l'action &àl'effet theatral.
Nous doutons cependant que la ſcene
où il nous repréſente un lieutenantcriminel
atfis ſur ſon tribunal & inſtruifant
, avec les formalités uſitées , le procès
d'un priſonnier , puiſſe reuffit fur le théâ
tre françois. Il feroit facile de donner les
raiſons de ce doute. D'ailleurs , quelque
motif qui ait fait agir le fils de Mérinval ,
le ſpectateur ne peut le regarder que comme
un aſſaffin qui rentre dans la claſſe
ordinaire des criminels. Son pere , dont
l'ame foible & crédule dirige tous ſes
mouvemens d'après de ſimples écrits añonymes
, peut encore moins intéreſſer en
ſa faveur. Mais la ſcene de l'inſtruction
criminelle que nous venons de citer , a
donné occaſion au poëte de nous peindre
la ſitutation pathétique d'un pere & d'un
fils qui veulent ſe dévouer l'un pour l'autre
à la mort , & à quelle mort , grand
Dieu! Il y a pluſieurs autres ſituations
dans ce drame qui font friſſonner , & le
poëte a habilement laiſſé des eſpaces pour
le geſte & la pantomime , parce que , dans
ces fortes de peintures , c'eſt la ſcene
muette qui doit achever le tableau.
Cedrame eſt précédé d'un diſcours qui
H 4
120 MERCURE DE FRANCE.
contient pluſieurs obfervations relatives
à l'art dramatique, L'auteur répond dans
cette même préface aux reproches que
quelques perſonnes lui ont faits fur fon
peu d'empreſſement à obtenir les honneurs
de la ſcene françoiſe. Les délais auxquels
il faut ſe ſoumettre pour parvenir à
être repréſenté ne ſont pas fans doute une
des moindres raiſons qui portent un homme
de léttres à s'interdire l'entrée de la
carriere dramatique. Un auteur , preſſé de
jouir , eſt quelquefois obligé d'attendre
cinq ou fix ans pour obtenir les honneurs
de la repréſentation. Ces difficultés ne
peuvent que jeter le talent dans un découragement
nuiſible à l'avancement de l'art
dramatique. Si nous avions deux théâtres ,
comme M. d'Arnaud & pluſieurs autres
écrivains , amis de nos plaiſirs & de notre
gloire littéraire , l'ont remarqué , ces inconvéniens
ne ſubſiſteroient plus ; on auroit
encore l'avantage de voir jouer fur
ces deux théâtres le même ſujet traité
différemment. N'a- t - on pas vu paroître
à la fois la Bérénice de Corneille & celle
de Racine ? Alors le Public feroit en état
de prononcer : ce qui échaufferoit l'eſprit
d'émulation ſi néceſſaire aux progrès des
arts.
AVRIL. I. Vol. 1774. 121
,
Çatalogue des livres de la Bibliotheque de
feu M. Morand , Ecuyer , Chevalier
& Secrétaire de l'Ordre du Roi , affocié
penſionnaire de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de
Londres , & des Académies de Rouen ,
Pétersbourg , Stockolm Bologne ,
Florence , Cortone , Porto , & Harlem
; Inſpecteur - général des hôpitaux
militaires , Chirurgien - major de l'hôtel
royal des Invalides , ancien fecrétaire
de l'Académie royale de Chirurgie
& Cenfeur royal ; dont la vente fe
fera le lundi 14 Avril 1774. & jours
ſuivans , en ſa maiſon rue de Grenelle
; vol, in -8°. A Paris , chez Prault ,
fils ainé , libraire,
Ce catalogue eſt précédé d'une lettre
fur feu M. Morand, traduite du latin de
M. Morand , docteur régent de la Faculté
de Médecine ,& penſionnaire de l'Académie
royale des ſciences. Cette lettre a
été adreſſée aux différentes Académies
des pays étrangers . M. Morand , fils de
feu M. Morand, après avoir rendu compte
dans cette lettre de la perte qu'il vient
de faire , rend un juſte hommage à la
H 5
122 MERCURE DE FRANCE.
i
:
mémoire d'un homme qui ne ceſſa , par
fes conſeils & ſes travaux , de ſe montrer
l'ami de l'humanité & de contribuer par
ſes écrits aux progrès des ſciences qui
avoient fait l'objet de ſes études. Čes
ſciences ; comme on le penſe bien , forment
les claſſes les plus riches & les plus
complettes de la collection que nous venons
d'annoncer . Lecatalogue quicontient
2310 articles a été dreſſé par le Sr Prault ,
libraire , dont le ſyſtême bibliographique
nous a paru plus exact & plus commode
que ceux qui ont été adoptés juſqu'à préſent.
Ce ſyſtême offre beaucoup de divifions
& de fubdiviſions qui facilitent les
recherches & procurent le moyen de reconnoître
promptement les différens
écrits raſſemblés ſur le même objet.
"
Journal des Dames , dédié à Madame la
Dauphine , par Madame la Baronne
de Princen. A Paris , chez Lacombe.
La Mythologie avoit choiſi Apollon
pour préſident aux ſciences & aux arts ,
mais elle lui avoit donné pour compagnés
les neufs Muſes , parce que les Anciens
étoient perfuadés que ſans le concours
d'un ſexe qui fait répandre par-tout les
AVRIL. I. Vol. 1774. 1
graces & l'agrément , les ſciences & les
arts ne préſenteroient rien que de triſte
&de rebutant. Lejournal que nous venons
d'annoncer n'eſt donc pas ſimplement
un hommage rendu aux Dames , c'eſt encore
unmoyen de plus d'étendre l'Empire
de ce beau naturel , de ce ſentiment vif
& délicat , de cette raiſon aſſaiſonnée
qui eſt l'apanage des Dames. L'Auteur
araſſemblé en conféquence dans ce Journal
des analyſes d'écrits dictés par les Dames
ou composés pour elles , des contes
moraux , des poéſies légères , un choix
d'anecdotes & de bons mots. Une autre
partiede ce Journal eſt deſtinée à nous préſenter
des traits ou des précis hiſtoriques
fur les femmes qui ſe ſont rendues recommendables
par des actes de ſenſibilité , de
généroſité , de bienfaiſance ,par des talens
ſupérieurs ou par cet empire que donne la
vertu unie aux graces & à labeauté ; & ce
Journal étoit digne à ce titre d'être préſenté
à l'auguſte Princeſſe qui a bien
voulu en accepter la dédicace.
Parmi les traits hiſtoriques qu'offre ce
Journal , il y en a un qui peut être placé à
côté de celui que l'hiſtoire ancienne rapporte
de cette femme Lacédémonienne
qui arma ſon fils pour la guerre & lui
124 MERCURE DE FRANCE.
E
1
dit , en lui préſentant un bouclier : author ,
aut in illo . Rapporte ce bouclier , ou que
çe bouclier te rapporte. La Marquiſe de
C*** avoit cinq fils au ſervice , qui tous
marchoient fur les traces de leur illuftre
pere. Un fixieme fils étoit reſté à C *** ,
terre de la Marquiſe. Son jeune âge &
une fanté délicate avoient engagé la mere
à le garder auprès d'elle. Au milieu de
la campagne , à la fameuſe bataille d'Arcy
, le Marquis de C *** & ſes cinq fils furent
tués , en combattant glorieuſement ,
preſque ſous les yeux du Roi. Cette triste
nouvelle fut annoncée à la Marquiſe
par un courier que lui avoit dépêché le
Comte de D *** fon frere. Elle parut un
inftant comme accablée d'un coup auſſi
terrible ; mais bientôt, ranimée par le courage
le plus héroïque , elle ordonna
qu'on allât lui chercher une armure qu'elle
avoit fait faire , il y avoit peu de temps ,
pour fon dernier fils ; dès qu'on la lui eut
apportée , elle en couvrit elle - même le
jeune homme en lui diſant : allez , mon
fils , venger votre pere & vos freres , ou
mourir comme eux au service de votre
Roi : enfuite , fans répandre une larme ,
elle donna ſes ſoins pour hâter le départ
d'un fils ſi cher. Comme il montoit à
AVRIL. I. Vol. 1774. 125
cheval , & qu'il lui faiſoit ſes adieux avec
triſteſſe : fongez à la gloire , mon fils , lui
dit la Marquiſe , & point de foibleffe ; rendez
vous digne de mes regrets , ou du plaisir
que j'aurois à vous revoir. Ce jeune homme
و د
ود
ود
- devenu l'héritier du nom & de la valeur de
fes aïeux , & animé par l'exemple de fermeté
qu'il avoit reçu d'une auſſi digne
mere , ſe comporta à l'armée d'une maniere
à s'attirer les regards de Henri le Grand.
Le Prince s'informa qui étoit ce jeune
- Chevalier ; & lorſqu'on le lui eut nom.
mé , il s'écria avec vivacité : ,, Ventrefaint
-gris , la Maiſon de C *** eft
une de mes pépinieres de héros ; it
faut me conferver précieuſement ce
rejeton - là" . Le Chevalier de C ***
non moins brave que fon pere & fes
freres , mais plus heureux , revint à la
fin de la campagne auprès de fon illustre
mere : recevez dans vos bras , lui
,, dit- il , un fils qui vous aime " . F'embraſſe
avec une joie extrême un fils qui
m'honore , répondit la Marquiſe. La
maiſon de C*** eſt une des plus anciennes
du Comtat d'Avignon. L'anecdote
a été fournie par le Marquis de C*** qui
reſte ſeul de cette reſpectable famille , & a
exigé que l'auteur du Journal des Dames
ود
126 MERCURE DE FRANCE,
ſe contentât de déſigner par une ſimple
lettre le nom de la Marquife de C...
Quelques autres anecdotes rapportées
dans le même Journal peuvent ſervir à
nous peindre la vivacité d'eſprit ou l'aimable
naïveté de jeunes perſonnes. Un
fat dépourvu d'eſprit , mais très bavard ,
avoit pendant un heure ennuyé la ſociété
où il étoit ; puis s'adreſſant à Mde la
Marquiſe de ... il lui dit avec un air
fatisfait : N'est - il pas vrai , Madame ,
quc je parle comme un livre ? ,, Oh ! pour
cela oui , Monfieur , lui dit - elle ; il
,, ne vous manque que d'être relié en
,, veau.
ود
Une jeune payſane des environs d'Apt
en Provence , étoit occupée à veiller dans
un champ au ſoinde fon troupeau. Le Marquis
de M... qui chaſſoit dans ce même
lieu , crut pouvoir s'amufer de l'ignoran .
ce qu'il ſuppoſoit à cette bergere: ,, com
bien de fois par jour , lui dit - il , défends-
tu tes agneaux du loup ?" Hélas ,
Monfieur , lui répondit - elle en feignant
un air humble , je ne l'ai jamais vu qu'aujourd'hui
.
ود
و د
Les contes moraux , les analyſes de
livres , les précis hiſtoriques , différentes
pieces de vers compoſés en l'honneur de
AVRIL. 1. Vol 1774 127
la Beauté & de la Vertu doivent être lus
dans l'ouvrage même. Pluſieurs de ces
morceaux , dictés par le ſentiment & la
reconnoiſſance , ont été compoſés par
l'auteur même du Journal , & annoncent
autant de délicateſſe que de goût.
Cet ouvrage périodique peut devenir
de mois en mois plus intéreſſant , fur-tout
ſi l'auteur ne néglige point , comme il le
fait eſpérer , de nous faire connoître nonſeulement
les Dames qui ſe diſtinguent
dans les ſciences & la littérature , mais
encore celles qui contribuent au progrès
des beaux arts par des talens ſupérieurs.
L'Académie royale de Peinture fournira
quelquefois occafion au Journaliſte des
Dames de célébrer des productions qui
ne font pas moins d'honneur à l'académie
qu'au beau ſexe.
L'art de la Toilette & cette partie de
la Médecine qui apprend à conferver la
ſanté & à ſoigner celle des enfans , dont
le dépôt eſt ordinairement confié aux
femmes , peuvent auſſi fournir des articles
intéreſſans au Journaliſte.
Les deux premiers volumes de ce Journal
font publiés. Il en paroîtra un chaque
mois , compoſé de cinq feuilles d'impresfion
in- 12. Le prix de l'abonnement eſt de
128 MERCURE DE FRANCE.
E
12 liv. pour Paris , & de 15 liv . pour la
Province , franc de port. Il faut s'adreſſer
pour foufcrire , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriſtine , & chez Mde la Baronne
de Princen , auteur du Journal , rue des
Bernardins , maiſon de la Dame Corpelet
, vis -à- vis le college St Bernard. Les
perſonnes de province qui voudront s'abonner
pourront mettre le prix de l'abonnement
à la poſte , en l'affranchiſſant &
en écrivant ſeulement une lettre d'avis à
l'une des deux adreſſes ci- deſſus pour
indiquer le nom de la perſonne & du
lieu où l'on poura adreſſer le Journal.
Les ouvrages faits par les Dames ou pour
les Dames , qu'on voudra ſaire inférer
dans le Journal , feront adreſſés , francs de
port , à l'auteur .
,
Les papiers publics d'Allemagne viennent
d'annoncer un ouvrage périodique
deſtiné pareillement à l'inſtruction & à
l'amusement du beau ſexe. Ce nouveau
Journal , compofé en allemand & imprimé
à Halle , a pour titre : Académie des
Graces , ou Entretiens littéraires pour les
Dames.
:
De
AVRIL. I. Vol. 1774. 129
De la connoiſſance & du traitement des
Maladies , principalement des aiguës ;
Ouvrage fondé fur l'obſervation; traduitdu
latin de M. Eller , premier médecin
du Roi de Pruſſe , &c. &c. par
J. Agathange le Roi , docteur en médecine
, médecin de Mgr le Comte de
: Provence & de la compagnie Suiſſe de
ſa Garde ordinaire ; membre des Académies
des Sciences de la Heſſe & de
Mayence , à Erford , chargé en chefdes
pharmacies des hôpitaux ſédentaires
& ambulans des armées du Roi en Allemagne
, pendant la derniere guerre.
Vol. in- 12 ; prix 3 liv. relié. A Paris ,
chez Valade , libraire ; à Montpellier ,
chez Fontanel.
M. ELLER perfuadé de bonne heure du
- danger des hypotheſes dans un art qui doit
être entiérement fondé ſur des connoiſſances
anatomiques & ſur l'obſervation , a
conftamment pratiqué la médecine ſelon
la méthode d'Hippocrate , la raison &l'expérience.
La pratique de M. Eller eſt ſimple
, & on peut dire avec ſon eftimable
traducteur qu'il a exécuté ce que le grand
Boerhaave defiroit faire , la médecine avec
)
I
130 MERCURE DE FRANCE.
peu de drogues. Sathéorie lumineuſe peut
rendre ſenſibles les phénomenes qui embarraſſent
ſouventle praticien dans le cours
d'une maladie , & cette théorie eſt encore
propre à éclairer la marche de la maladie.
L'ouvrage eſt diviſé en 15 fections.
L'auteur , après avoir expoſé dans la premiere
, les conditions qui conftituent la
ſanté , ou la meilleure maniere d'être , traite
dans les ſections ſuivantes des différentes
fortes de fievres , des maladies inflammatoires
& autres. La ſection quatorzieme
concerne l'apoplexie. Les degrés variés
de cette maladie ſont diftingués par les
ſymptômes qui les caractériſent ; les ſignes
qui la font prévoir dans un fujet qui en eſt
menacé font indiqués , ainſi que les
moyens propres à la traiter , avec autant
de ſuccès qu'on peut s'en promettre contre
une maladie qui eſt mortelle , quand elle
eſt complette , & difficile à guérir dans les
cas ordinaires. La paralyfie termine la
quinzieme & derniere ſection. L'auteur ,
en nous faiſant connoître la marche de
cette maladie , y porte le flambeau del'obſervation.
En général cet ouvrage annonce
un obfervateur exact , nourri des écrits
des plus grands praticiens ; & qui ne perd
jamais de vue cette ſage circonfpection
AVRIL. I. Vol. 1774. 131
qui doit caractériſer le médecin chargé &
occupé des intérêts de la Nature.
Ces fortes d'écrits , en éclairant la pratique
de la médecine , ne peuvent manquer
d'écarter cette foule de charlatans
qui abuſent de l'ignorance du malade pour
mettre fa crédulité à contribution. On
ne peut d'ailleurs trop multiplier les
moyens d'inſtructions pour ceux qui par
l'éloignement des ſecours ne peuvent les
réclamer aſſez-tôt. ,, Mais , comme l'obfer-
ود
ود
ود
"
"
ود
ود
ve ſagement le traducteur de M. Eller,
c'eſt dans le cas ſeul d'une impoſſibilité
abſolue que les perſonnes charitables &
les plus intelligentes peuvent ſe permettre
d'adminiſtrer des fecours aux malades.
Dans tout autre , n'héſitons pas
à les croire coupables d'un événement
malheureux. Les médecins eux- mêmes
," ſavent qu'après avoir fait une étude particuliere
& longue de l'art de guérir ,
ils trouvent encore chaque jour desdifficultés
qui les arrêtent & qui les plon-
,, gent dans des incertitudes qui leur rendent
la pratique de leur art très-amere,
,, quand ils font ſenſibles."
ود
ود
و د
و د
Introduction à la Syntaxe latine pour apprendre
aisément à compoſer en latin :
12
132 MERCURE DE FRANCE.
avec des exemples de thêmes appropriés
aux regles de la ſyntaxe , proportionnés
à la portée des enfans : à quoi
l'on a ajouté un abrégé de l'hiſtoire
Grecque & Romaine , par Jean Clarke ,
principal du college de la ville de Hull
dans le comté d'York ; ouvrage traduit
fur la fixieme édition Angloiſe , retouché
, mis à l'uſage des colleges françois,
& augmenté d'un vocabulaire latin &
françois , par M. de Wally ; vol. in - 12 .
à Paris , chez J. Barbou.
CETTE introduction contient les principales
regles de la ſyntaxe & des exemples
pour compofer des phrafes & des thêmes
ſur ces mêmes regles. L'auteur donne un
chapitre fur chaque regle de la ſyntaxe. La
regle eſt ſuivie de différentes phraſes , ou
il fait entrer une grande quantitédemots,
que l'écolier apprend ainfi imperceptiblement.
Il varie tellement ces mots , que
dans chaque chapitre il ſe trouve des noms
& des verbes de différentes déclinaiſons
& conjugaisons ; ce qui ſert à affermir
l'écolier dans cette premiere partie de la
grammaire. Comme rien n'arrête plus les
enfans que la néceſſité de chercher les mots
dans les dictionnaires , & que même le
:
AVRIL. I. Vol. 1774. 133
1
A
plus ſouvent ils ſe méprennent pour le
vrai ſens du mot qu'ils emploient , on le
leur met ici , mais ſeulement au nominatif
, ſi c'eſt un nom , ou à la premiere perſonne
du préſent indicatif, ſi c'eſt un verbe
; c'eſt aux enfans à mettre enfuite ce
nom au cas , ou ce verbe au temps , à la
perſonne & au nombre que demande le
ſens de la phrafe. Et afin qu'ils ſachent ,
en tenant ainſi leur mot , comment il faut
le décliner , ou le conjuguer , on a ajouté
dans cette nouvelle édition un petit dictionnaire
de tous les mots de la premiere
partie de l'ouvrage de M. Clarke. L'auteur,
ſuivant toujours fon plan , a donné dans
la ſeconde partie une ſuite de thêmes qui
contiennent un abrégé de l'hiſtoire grecque
& romaine , hiſtoire dont les enfans
ont le plus beſoin pour entendre leurs auteurs
claſſiques. Cette méthode préſente :
encore d'autres avantages qui peuvent lui
mériter en France le même accueil qu'elle
a reçu en Angleterre,
:
T
Des Causes du Bonheur public , ouvrage ..
dédié à Monſeigneur le Dauphin par
M. l'Abbé Gros de Beſplas , de la Maifon
de Sorbonne , Aumônier de Mgr
Je- Comte Provence , &c. Seconde édi
I3
134 MERCURE DE FRANCE.
tion revue , corrigée & conſidérablement
augmentée. A Paris , chez la Ve.
Laurent Prault , libraire , 1774; 2 vol.
in- 12.
De tous les ſujets qu'on peut offrir aux
yeux de la philoſophie & de la politique ,
il n'en eſt pas de plus intéreſſant que celui
que nous annonçons. Aucune Nation ,
aucun royaume qui n'y doive prendre part.
Les cauſes du bonheur public ; quelle matiere
renferme de plus grands intérêts !
Le plan de M. l'Abbé de B... eſt ſimple
& la marche de ſon livre , majestueuſe.
L'accord de la morale & de la politique ,
c'eſt à dire , de la ſcience de gouverner les
hommes , voilà , felon lui , le principe
du bonheur des Etats . En vain de fombres
politiques le chercheroient- ils ailleurs ; une
foule de raiſonnemens & de faits raffemblés
dans l'ouvrage , le tableau des différens
Empires anciens & modernes font
voir que la légiflation, de quelque maniere
qu'elle foit modifiée , ne peut porter
fur un autre fondement. De la morale
l'auteur déduit les moeurs , & des moeurs ,
le caractere de la Nation. Ainſi il établit .
pour premiere cauſe du bonheur public ,
le caractere national.
M. de B*** poſe un ſecond principe
AVRIL. I. Vol. 1774. 135
très important , ſavoir que la morale fondée
fur la confcience du bien & du mal ,
eſt elle - même ſans appui durable , fi elle
n'eſt accompagnée du ſecours de la religion.
Il ne lui reſte qu'un dernier trait à ajouter
pour achever ſon plan. Uncaractere&
une Religion font deux grands mobiles
fans doute , mais il faut une premiere
cauſe qui dirige l'un & maintienne l'autre.
L'auteur place avec raiſon cette cauſe
> dans la perſonne & les vertus des Rois.
M. de B *** , qui dirige en partie ſon
ſujet vers la Nation , remarque ſept vertus
principales dans notre caractere : la
Douceur , l'Equité , la Valeur , l'Honneur
, l'Amour pour nos maîtres , le goût
des lettres & des ſciences , enfin lesbonnes
moeurs. Si cette derniere vertu a été fouvent
obſcurcie parminous , il fait voir que
nous avons toujours eu un fond d'eſtime
pour elle , & qu'il a toujours été facilede
nous y ramener. Il développe tous les resforts
que la politique doit faire agir pour
tourner ces vertus au plus grand bien de
l'Etat. Tous les chapitres de cette partie
font très- importans pour un légiflateur
&pour un philoſophe. L'auteur n'y perd
jamais de vue ſon objet, remontant con
14
136 MERCURE DE FRANCE.
tinuellement des effets aux cauſes ,
trouvant dans celles-ci le germe des diffé
rentes opérations du gouvernement. Les
chapitres fur - tout de la Douceur & de
l'Honneur , celui de l'Amour des Lettres
& des bonnes moeurs nous ont paru profondément,
raiſonnés & remplis d'excellentes
vues . On trouvera dans celui de
l'amour pour nos Souverains , un tableau
fort attendriſſant & très animé de l'émotion
des François au moment de la maladie
du Roi à Metz. ১
Il n'eſt pas moins important de ſuivre
M. de B.. dans la ſeconde partie de ſon
ouvrage. Il forme comme une chaîne
de devoirs depuis le trône juſqu'aux dernieres
claſſes de la ſociété , & fait voir
par- tout que dans aucun ordre de citoyens ,
la police publique ne peut ſe paſſer de
l'influence de la Religion. Ce n'eſt point
un théologien prévenu qui parle , mais
un moraliſte éclairé , un politique habile
qui , pénétré de la grandeur & de la
vérité deſon ſujet , montre le rapport de
toutes les parties de ce majestueux édifice.
M. de B** a peut - être même cet avantage
fur les auteurs qui ont traité de cette
matiere , les Puffendorff , les Grotius ,
les Burlamaqui , Montesquieu lui, même ,
AVRIL. 1. Vol. 1774. 137
qu'il a porté plus près de ladémonftration
cette importante vérité. Warburton a
écrit ſur l'accord de la morale , de la Religion
& de la politique , mais fon ouvra- .
ge, diviſé en diſſertations , ne préſente
pas un enchaînement ſuffiſant de principes
&de conféquences ni un tableau aſſez déterminé
de la ſociété. Le livre de M. de B **
au contraire réfléchit par-tout lamêmelumiere
; d'ailleurs, l'auteur Anglois , en
s'égarant dans beaucoup de difcuffions fur
l'initiation aux myſteres des Anciens , eſt
tombé dans un autre défaut , il a tellement
inſiſté ſur la religion nationale & civile
, qu'il n'a fait de ſon ouvrage qu'un
ſyſteme local , dans lequel il a laiſſé voir
à chaque moment l'action de l'homme.
M. de B. , pénétré de l'excellence des
moyens renfermés dans la Religion chrétienne
, en a fait voir l'influence ſur tous les
pays de l'univers , ne laiſſant , pour ainſi
dire , jamais tomber les rênes des Empires
, des mains du Très-Haut. Il montre
la néceſſité de cette influence fur-tout dans
les Magiſtrats , dans l'Homme de Lettres
dont le génie trop diſpoſé à s'égarer a
beſoin de cette digue puiſſante pour être
retenu ; dans les Militaires , dans les Riches
, enfin dans le Peuple. Quelquefois
15
138 MERCURE DE FRANCE.
S
l'auteur entre dans des détails qui , au
premier coup d'oeil , ne paroiſſent pas exiger
la même attention ; mais plus approfondis,
ils ne laiſſent plus lieu de douter
de leur influence fur le bon ordredelaſociété
: tels font les chapitres ſur les Moraliſtes
, les Colleges , les Séminaires ,
le Clergé des Paroiſſes; enfin celui des
couvens. De ces foibles ſources qui échappent
ſouvent à nos regards , l'auteur fait
fortir une partie de la tranquillité publique
, y puiſant les plus fürs moyens de
la maintenir.
M. de B.. , attaché fidélement à ſon
plan,couronne fon ouvrage par les vertus
du chef de la ſociété. Cette partie pourroit
former , toute ſeule, un traité à part
fort intéreſſant. La religion du Souverain
, ſa juſtice , ſa ſageſſe , ſa fermeté , ſa
modération ; enfin ſon amour pour ſes
ſujets font les vertus que l'auteur établit
comme indiſpenſables. Son chapitre de
la Juſtice renferme de fort belles idées ,
des vues très -importantes fur la légifla
tion; celui de la Sageſſe en offre de trèsintéreſſantes
ſur le luxe & la police des
Etats ; celui de la Fermeté & de la Tempérance
eſt peut-être le plus beau de tout
l'ouvrage ; enfin celui de l'Amour pour
1
AVRIL I. Vol. 1774. 139
う
}
!
)
les ſujets eſt très capable d'intéreſſer pour
les bons Souverains , &, par un juſte retour
, pour l'auteur lui-même qui défend ,
avec tant de force & de courage , la cauſe
des Nations devant les Rois , & préſente
à ceux- ci tant de motifs de s'attacher à
leurs peuples & de s'occuper de leur bonheur.
La conclufion qui vient enſuite , eſt le
réfumé de tout l'ouvrage. Ce morceau ,
très bien fait , eſt un fidele tableau de ce
qui a été dit. L'auteur ne s'y répete point,
&préſente ſous un nouveau jour , l'abrégé
de ſon ſujet. La marche de ce morceau
eſt des plus rapides ; il eſt terminé par
une fort belle invocation à la Vérité.
M. de B.. , comme il le dit lui - même
avec raiſon , a renfermé un ſecond ouvrage
dans celui que nous venons d'analyſer.
Nous voulons parler des notes qu'il a placées
à la fin de chaque partie. Nous devons
plutôt les appeler d'importantes
diſſertations ſur les endroits les plus conſidérables
de fon ouvrage: telles font , à
la fin de la premiere partie, la note fur
la Juſtice & la Vérité ; ſur la naturedes
Gouvernemens: à la fin de la ſeconde ,
la note ſur l'intérêt , ſur l'influence des
Femmes dans la ſociété, ſur le théâtre ,
140 MERCURE DE FRANCE.
ſur l'abus du jeu dans les régimens , fur
la licence des plaidoyers , ſur le doute ,
fur la néceſſité & la dignité du travail ,
fur l'uſage de l'argent , ſur la mendicité :
à la fin de la troiſieme partie , la note
ſur la nature du pouvoir , ſur le partage
inégal des terres (differtation des plus
importantes de cet ouvrage & remplie
d'idées neuves ) ſur le ſecret , ſur les fausſes
nouvelles , ſur l'inutilité de la guerre;
enfin , fur les faiſeurs de projets , la connoiſſance
du grand monde , celle de l'intérieur
des confciences. La lecture de
l'hiſtoire & un jugement profond rendent
ces differtations également ſolides
& curieuſes.
Tel eſt le plan , la marche & le fond
de cet ouvrage.
Le talent de l'auteur pour la chaire a
déjà paru , ſoit par un excellent ouvrage
qu'il a donné ſur cette matiere , foit par
la maniere dont il a prêché à Paris & devant
le Roi : on a lieu de croire qu'il n'en
reſtera pas là , & qu'il s'y diftinguera comme
il l'a déjà fait avec éclat dès le temps
de fa licence. Ce nouvel ouvrage annonçe
des talens littéraires & politiques , une
fermeté digne de l'état eccléſiaſtique &
un excellent citoyen.
AVRIL. I. Vol. 1774. 141
}
}
Recueils de Mémoires & d'observations
fur la perfectibilité de l'homme.
こNous avons déjà donné une idée du
premier de ces recueils. L'Auteur en annonce
la continuation par un nouveau
proſpectus , qu'il diſtribue gratuitement
chez lui & chez Moutard , avec celui de
ſa Maison d'Education. Le ſecond recueil
paroîtra dans le mois d'Avril prochain
, & contiendra un nouveau Tableau
d'éducation physique. Les ſuivants ſe ſuccéderont
tous les deux mois , de maniere
qu'il en paroîtra ſix chaque année. L'Auteur
ſe propoſe d'y décrire l'art de former
les organes , par l'uſage bien réglé
des Agents vitaux; l'art de figurer les
membres de la maniere la plus propre à
l'exercice de leurs fonctions , & celui de
guérir les boſſes & autres difformités , au
moyen d'exercices , d'attitudes , de topiques
& de machines ; l'art de donner de
l'adreſſe par la gymnaſtique ; le grand
art enfin ,,, de développer chaque ſens
ود extérieur& intérieur, d'augmenter la
,, mémoire , de ſeconder l'imagination , de
,, rendre la réflexion active ; de donner
142 MERCURE DE FRANCE.
:
:
ود
ود
de la juſteſſe à l'eſprit , & de corriger
ſes vices. ,,
Voila ce que l'Auteur comprend ſous
le titre d'éducation Phyſique & de Médecine
economique. Enyjoignant l'éducation
morale , il ſe propoſe d'éclaircir la
théorie encore ſi obſcuredes paſſions , pour
fonder l'art de faire naître les bonnes
moeurs & corriger les mauvaiſes; il fe
propoſe de plus , de réduire en un ſeul
corps élémentaire , les principes de toutes
les ſciences utiles. Il annonce desmé.
thodes plus fimples , pour enſeigner la
muſique , les langues , les arts & les
fciences . Il doit s'occuper de la confection
& de l'exécution des plans publics
& particuliers d'éducation.
M. Verdier promet de ne point furcharger
ſes recueils de compilations , &
de les faire aux dépens de l'obſervation ,
de l'expérience & de l'analyſe. Joignant
la pratique à la théorie dans fa Maiſon
d'éducation , il peut réunir en effet avec
facilité , le rôle d'Obſervateur à celui de
Philofophe. Il invite les Savants & les
Inſtituteurs , de lui faire part de leurs obſervations
& réflexions ; il promet de les
recevoir avec reconnoiſſance , & de leur
rendre l'hommage qui leur fera dû.
AVRIL. I. Vol. 1774. 143
ود
Chacun de fes recueils ſera compo-
,. fé de fix à ſept feuilles in- 12 , caractere
de cicero , & ſe vendra 24 fols.
Ceux qui deſireront les recevoir chez
eux francs de port , foufcriront pour
l'année , en payant , ſavoir , 7 liv. 4 f.
,, pour Paris , & 9 liv. pour la Province.
,, Ceux qui ont le premier recueil , paye-
} ront 24 fols de moins.
ود
ود
ود
و د
ود
و د
و د
و د
ود
On foufcrira à Paris chez l'Auteur ,
à la Maiſon d'éducation , Quai St Bernard
, près de la rue de Seine ; chez
Moutard , Libraire de Madame la Dauphine,
& chez les Libraires des prin-
,, cipales villes de Province. On aura ſoin
d'adreſſer les lettres & l'argent francs
de port."
ود
ود
Six nouveaux volumes in- 12 de l'His
toire & des Mémoires de Littérature de
l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres; ſavoir , tome quinzieme
de l'Hiſtoire , & les tomes 55 , 56,
57 , 58 , 59 des Mémoires ; le volume
en blanc , 2 liv. to fols , & 3
liv. 5 fols relié , Hôtel de Thou , rue
des Poitevins.
Ces fix volumes que l'on publle au144
MERCURE DE FRANCE.
:
jourd'hui , répondent aux volumes 31 &
32 in-4°. Cette édition in -12 , ſera au
pair de l'in-4°. l'année prochaine : on en
publiera 6 volumes chaque année. L'on
fait combien cette collection eſt utile :
c'eſt un immenſe dépôt de richeſſes littéraires
, où peuvent puiſer tous ceux qui
étudient l'antiquité , ces nouveaux volumes
ne cedent en rien aux précédens ,
pour l'intérêt des matieres & le mérite
de l'exécution . Les noms des hommes
les plus célebres en tout genre de littérature,
infcrits à la tête de ces Mémoires ,
rappellent tout ce qu'on doit à leurs travaux
, & fuffiſent pour établir la confiance
du Lecteur.
On trouve actuellement chez Durand
neveu , Libraire , les ouvrages de M.
Bezout , de l'Académie Royale des
Sciences ; ſavoir :
1º. Le Cours de Mathématiques , à l'uſage
des Gardes du Pavillon & de la Marine
, comprenant 6 vol. in 8°. petit papier
, l'Aritmétique , la Géométrie , &
les deux Trigonométries , l'Algebre &
l'application de l'Algebre à la Géométrie ;
les Elémens du calcul différentiel & intégral
; la mécanique , l'hydroftratique & le
Traité
AVRIL . 1774. 145
}
}
Traité de navigation ; prix 25 liv. 10 f.
20. Le Cours de Mathématique , à l'ufage
du Corps - Royal de l'Artillerie , en
quatre vol. in - 8 °. , grand format ; prix
32 liv.
Le Jay , Libraire, mettra en vente le
20 Avril , les Voyages de Michel de Montaigne
en Italie , par la Suiſſe & l'Allemagne.
Pluſieurs circonstances qui n'a
voient pour but que la perfection de cet
ouvrage , ont contribué juſqu'à ce mo
ment , à en retarder la publication.
Ces voyages font imprimés en trois
formats différens , pour la commodité
des perſonnes qui font pourvues des effais.
On joint ici le prix des différentes
éditions de ces voyages en feuilles . in-
4°. , grand papier , avec le portrait , 18
1. En 2 vol. in 12 , grand papier , avec
le portrait , 5 liv. En 3 vol. in 12 , petit
papier , avec le portrait, 4 liv. 10 fols.
On prie MM. les Souſcripteurs de
l'édition in 4º , de faire retirer leut
exemplaires le jour ci-deſſus ou les ſuivans
.
Fragmens de Tactique , ou fix Mémoi
res; 1 °. Sur les Chafleurs & fur la charge.
20. Sur la manoeuvre de l'Infanterie.
3º. Sur les principes de Tactique & fuf
K
146 MERCURE DE FRANCE .
la colonne. 4°. Sur la marche. 5º. Sur
les ordres de bataille. 6º. Sur l'Effai général
de Tactique , relativement à ces différens
objets , ſuivis de deux additions ;
la premiere , contenant des réflexions
fur une lettre de M. le Marquis de Puiffegur
, dans laquelle il examine les déploiemens
de l'Eſſai général de Tactique ;
la 2º. , fur la vîteſſe des differens pas de
l'Infanterie , précédés d'un diſcours préliminaire
fur la Tactique & ſur ſes ſyſtêmes
, par M. le Baron de Ménildurand ,
volume in -4° . avec des plans. Prix 15
1. relié ; à Paris , chez C. A. Jombert
Pere , rue Dauphine.
LETTRE de M. Blin de Sainmore
à M. Lacombe.
DAnAnss l'extrait que le Mercure de Février vient
de donner d'Orphanis , Monfieur , on prétend ,
pag. 79 , qu'avant de faire imprimer l'Epitre à Racine
, le Secrétaire de l'Académie m'avoit montré le
titre de ma piece enregistré avec les autres , & la
date du jour où elle a été rejetée. Non , Monfieur ,
le Secrétaire n'a rien fait de tout cela ; pour s'en
convaincre , il fuffit de jeter les yeux fur la lettre
AVRIL. 1774. 147
que m'a écrite M. d'Alembert *, à qui j'avois envoyé
un exemplaire de mon ouvrage , après qu'il
fut imprimé. La voici:
A Paris, le 15 Août 1771 .
» Je vous ſuis très-obligé , Monfieur , de l'ou
, vrage que vous m'avez fait l'honneur de m'en-
„ voyer & de tout ce que vous me dites d'obli-
>> geant à ce ſujet. Je ne me fuis point rappellé
„ votre ouvrage, lorſque vous m'avez fait l'honneur
de m'en parler ; mais j'ai vérifié depuis qu'il
» avoit été lu dans une de nos féances. Vous ve-
„ nez de le mettre fous les yeux du Public . C'eſt
» à lui à prononcer entre vous & l'Académie.
"
" J'ai l'honneur d'être avec beaucoup d'eſtimé
& de reconnoiffance , Monfieur ,
" Votre très-humble & très.
obéiſſant ferviteur , "
Signé , d'ALEMBERT ".
On voit clairement que c'eſt depuis l'impreſſion
de l'Epître à Racine que M. d'Alembert m'a fait
ſavoir que cet ouvrage avoit été lu aux féances de
l'Académie.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BLAIN DE SAINMORE.
Ce 18 Février 1774 .
1
* M. d'Alembert faiſoit alors les fonctions de ſecrétaire,
on l'absence de M. Duclos .
:
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
ACADEΜΙΕ.
I.
Sujets des Prix proposés par l'Académie
des Sciences , Arts & Belles- Lettres de
Dijon .
L'ACADÉMIE a déjà fait annoncer le fujet
du prix qu'elle diſtribuera en 1775.
Elle renouvelle aujourd'hui cet avis , &
fait ſavoir que ce prix ſera adjugé à celui
qui aura fait connoître
Quelssont les avantages que les moeurs
ont retirés des Exercices & des Jeux publics
, chez les différens Peuples & dans
les différens temps où ils ont été en usage ?
Elle ſouhaite que les ſavans qui afpireront
aux prix , confiderent les Exercices
& les Jeux publics du côté moral &
politique , & faſſent ſentir juſqu'à quel
point on doit regretter de les avoir abandonnés
.
Cette compagnie n'ayant point été fatisfaite
des ouvrages envoyés au concours
de cette année , propoſe le même ſujet
pour le prix de 1776qui ſera double. Elle
demande :
AVRIL. 1774 . 149
Quelles font les maladies dans lesquelles
la médecine agiſſante est préférable à l'expectante
, & celle-ci à l'agiſſante ; & à quels
fignes le médecin reconnoît qu'il doit agir ou
refter dans l'inaction , en attendant le momentfavorable
pour placer les remedes ?
Depuis pluſieurs fiecles les médecins
font partagés ſur cette grande queſtion .
Les agiſſans & les expectans croient leur
ſyſtême pratique autoriſé par des raiſonnemens
concluans & des expériences décifives
. Le moment où doit ſe diffiper
l'illuſion qu'ils ſe font néceſſairement les
uns ou les autres , ſemble préparé par les
lumieres que la philofophie a portées de
nos jours fur tous les objets. L'Académie
efpere que le prix qu'elle propoſe aujourd'hui
, hâtera la révolution que l'on eſt
dans le cas de prévoir , & qui doit ramener
à une méthode uniforme. Elle invite
denouveau les Praticiens à dérober quelques
momens à leurs pénibles travaux ,
pour former , du réſultat de leurs obſervations,
un corps de doctrine capable de
donner la ſolutiondu problême important
qui fait le ſujet de ſon prix.
Elle ne ſe diſſimule point que la cou
ronne promiſe à celui qui remplira ſes
vues, n'eſt pas d'une valeur proportion-
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
née au ſervice que l'auteur couronné ren .
dra a la Société ; mais elle eſt perfuadée
que la douce fatisfaction d'être utile &
d'infcrire fon nom parmi ceux des bienfaiteurs
de l'humanité , ſuffit pour exciter
les Médecins à entrer dansla lice qu'elle
leur ouvre.
On fera libre de donner aux mémoires
l'étendue qui paroîtra néceſſaire;mais l'on
n'abufera pas de cette liberté , & l'on évitera
avec foin toute diffuſion.
Tous les favans , à l'exception des aca
démiciens réſidens , feront admis au concours.
Ils ne ſe feront connoître ni direc
tement ni indirectement ; ils infcriront
ſeulement leurs noms dans un billet cache .
té , & ils adreſſeront leurs ouvrages, francs
de port, à M. Maret,docteur en médecine,
ſecrétaire perpét. pour la partie des ſcien -
ces , ou à M. Perret , avocat au parlement,
fecrétaire perpétuel pour la partie des belles
- lettres , quiles recevront juſqu'au pre .
mier Avril incluſivement des années pour
leſquelles ces différens prix font propoſés.
Le prixfondé par M. le Marquis du Terrail&
par Madame Crufſol d'Uzès de Montaufier
, Son épouse , à préſent Duchesse de
Caylus , consiste en une Médaille d'or de la
valeur de 300 livres , portant , d'un có
AVRIL. 1774. 151
té , l'empreinte des Armes & du Nom de
M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devise de cette Société
littéraire.
I I.
Distribution de Prix & Sujets proposés par
l'Académie desSciences , belles- lettres &
arts de Lyon.
L'Académie de Lyon avoit propoſé ,
en l'année 1768 , pour ſujet de Prix de
Phyſique fondé par M. Chriſtin , de déterminer
quelsfont les principes qui constituent
la lymphe ; quel est le véritable organe qui
la prépare ; si les vaiſſeaux qui la portent
dans toutes les parties du corps , font une
continuation des dernieres diviſions des arteres
fanguines , ou si ce font des canaux
totalement différens & particuliers à ce fluide
; enfin , quel est fon usage dans l'économie
animale?
L'Académie ſe décida , en l'année 1770,
àcontinuer ce ſujet , &à doubler le Prix ,
conſiſtant en une médaille d'or , de la valeur
de 300 livres , pour être diſtribué
en l'année 1773. Parmi les Mémoires
qu'elle a reçus , pluſieurs lui ont donné
lieu de ſe féliciter du renvoi qu'elle a
K 4
152 MERCURE DE FRANCE.
fait , ſans que ſes vues aient été néanmoins
pleinement remplies.
Elle a procédé à la proclamation du
Prix , dans ſa féance publique du 7 Décembre
dernier ; la Couronne a été décernée
au Mémoire cotté ſuivant l'ordre de
ſa réception , no. 4. (parl'Auteur no. 31.)
avec ce titre , Mémoire fur la lymphe , &
cette épigraphe : Non improbabilis eft cla
rorum virorum , & ferè communis fcholarum
fententia , quæ ſerum coagulabile fanguinis
pro alimento habet. HALL. EL. PHYS.
T. 8 .
L'Auteur eſt M. de Laſſus , Chirurgien
de Meſdames de France , ancien profeſſeur
d'Anatomie , & membre du college & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris ,
à la Cour.
En reconnoiſſant la ſupériorité de ce
Mémoire fur ſes concurrens , l'Académie
auroit defiré que la partie Chimique
eût été traitée avec autant de ſoin que les
autres parties qui compoſent l'Ouvrage,
Elle a arrêté qu'il feroit fait mention ,
avec éloge , d'un autre Mémoire côté
No. 6 , au Concours , ayant pour deviſe :
Societate vigent , en ce qui concerne prin .
cipalement les recherches Chimiques ,
qui annoncent des vues intéreſſantes , que
AVRIL. 1774. 153-
l'Auteur eſt invité de ſuivre pour répandre
encore plus de jour dans cette im.
portante matiere.
L'Académie avoit renvoyé à la même
époque , la diſtribution du Prix pour lequel
M. Pouteau , l'un de ſes Membres ,
avoit anciennement déposé la ſomme de
600 livres , doublée, dans la ſuite, par
un ami de l'humanité , qui a exigé qu'on
nele nommâtpas. Le ſujet propoſé étoit ,
des recherches fur les causes du vice cancéreux
, qui conduiſiſſent à déterminersa nature
,ses effets , & les meilleurs moyens de
le combattre.
Le concours a été nombreux ; il a fourni
pluſieurs ouvrages conſidérables. Dans
le nombre, l'Académie adiftingué le Mémoire
latin , côté no. 8 , intitulé , de Cancro
, differtatio Academica , portant pour
deviſe : Prolem fine matre creatam. Elle
lui a adjugé le prix de 1200 livres .
L'Auteur eſt M. Peyrilhe , Docteur
en Médecine , Membre du college & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Pa.
ris , des Académies des Sciences de Tou .
louſe & Montpellier à Paris. Quoique
le Mémoire ſoit élégamment écrit en latin
, l'Académie invite l'Auteur à le publier
avec une traduction , qui , en la
K5
454 MERCURE DE FRANCE.
mettant à la portée d'un plus grandnom
bre de Lecteurs, le rende d'une utilité
plus générale.
Prix proposé par M. Pouteau , académicien
ordinaire , chirurgien gradué , de l'Aca-
⚫démie royale de chirurgie de Paris & de
celle de Rouen, pour l'année 1775 .
Après l'adjudication du Prixſur le Cancer
, M. Pouteau , portant ſes vues patriotiques
fur la Phthiſie Pulmonaire ,
maladie obfcure & non moins cruelle , a
penſé qu'un Concours Académique étoit
la voie le plus fûre pour parvenir à en
éclaircir la Théorie , & à diriger ſa curation.
En conféquence , il a prié l'Académie
de recevoir , de nouveau , un dépôt
de 600 livres , pour diſtribuer ce Prix à
l'Auteur qu'elle jugeroit avoir le mieux
traité le ſujet dont il s'agit.
L'Académie a accepté la propoſition de
M. Pouteau avec reconnoiſſance ; & ,
en applaudiſſant à fon zèle, elle s'empreſſe
de propoſer aux Savans le ſujet
fuivant : donner la théorie & le traitement
des maladies chroniques du poumon , avec
des recherches historiques & critiques fur les
principaux moyens de guérison , employés ,
AVRIL. 1774. 155
A
contre ces maladies, par les Médecins anciens
& modernes , & même par les Empi.
riques.
Conditions.
廖
Toutes perſonnes pourront concourir
pour ce prix , excepté les Académiciens
Titulaires & les Vétérans ; les Aſſociés y
feront admis . Les Mémoires feront écrits
en François ou en Latin. Les Auteurs ne
fe feront connoître ni directement ni indirectement
; ils mettront une deviſe à la
tête de l'Ouvrage , & yjoindront un billet
cacheté , qui contiendra la même devife
, leurs noms , & le lieu de leur réſidence.
Les paquets feront adreſſés francs
• de port , à Lyon :
A M. de la Tourrette , ancien Con.
ſeiller à la Cour des Monnoies , Secré
taire perpétuel pour la Claſſe des Sciences
, rue Boiffac ;
Ou à M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel pour la Claſſe des belles-
Lettres , rue du Plat ;
Ou chez Aimé de la Roche , imprimeur-
libraire de l'Académie , aux Halles
de la Grenette.
Aucun ouvrage ne ſera reçu au Concours
paſſé le premier Avril 1775 ; le
156 MERCURE DE FRANCE.
コ
terme eſt de rigueur. L'Académie diſtri
buera le Prix dans l'Aſſemblée publique
qu'elle tiendra après la Fête de S. Louis.
La ſomme de 600 livres ſera remiſe à
l'Auteur ou à ſon fondé de procuration .
Prix fondé par M. Christin , pour
l'année 1775 .
A la même époque & aux mêmes con .
ditions que ci -deſſus , l'Académie procédera
à l'adjudication du prix de Mathématiques
fondé par M. Chriſtin. Ce prix
eſt double , conſiſtant en deux médailles
d'or, de la valeur , chacune , de 300 livres
, pour le ſujet continué , énoncé en
ces termes :
Quelsfont les moyens les plus faciles &
les moins difpendieux de procurer à la ville
de Lyon , la meilleure cau , & d'en diftribuer
une quantité ſuffisante dans tous fes quartiers?
On demande de déterminer la quantité
d'eau néceſſaire , & de joindre aux projets
, les plans des machines , les calculs
du produit & de l'entretien , & un de .
vis général.
Prix des Arts , fondé par M. Christin ,
pour l'année 1774.
L'académie a propoſé , pour le prix
AVRIL. 1774. 157
qui ſeradiſtribué en 1774, le ſujet ſuivant:
Quelsfont les moyens les plus fimples & les
moinsfujets à inconvéniens , d'occuper , dans
les Arts mécaniques ou de quelqu'autre maniere
, les ouvriers de Manufacture d' Etoffe,
dans les temps où elle éprouve une ceſſation
de travail : l'expérience ayant appris que la
plupart de ces artiſans font peu propres aux
travaux de la campagne ?
Les conditions font les mêmes qu'aux
annonces précédentes .Le prix eſt une médaille
d'or , de la valeur de 300 liv. On
n'admettra aucun mémoire au concours
après le premier Avril 1774. Ladiftribution
ſe fera après la Fête de St. Louis .
Prix d'Histoire naturelle , fondés par
M. Adamoli , pour l'année 1774 .
L'Académie a propoſé le ſujet qui fuit.
Trouver des plantes indigenes qui puiſſent
remplacer exactement l'Ipecacuanha , le
Quinquina & le Séné.
On a annoncé que l'on couronneroit
ceux qui auront répondu aux vues du pro .
blême au moins fur l'un des trois objets
qu'il embraſſe.
Les prix conſiſtent en deux médailles ,
la premiere en or , de la valeur de 300 livres;
la ſeconde en argent , du prix de
158 MERCURE DE FRANCE .
25 livres. Les conditions comme ci -deffus
. Aucun mémoire ne ſera admis à concourir
paflé le premier Avril 1774. La
proclamation fera faite après la Fête de
St. Pierre .
:
:
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Le dimanche , 20 Mars , on a donné au
Concert fpirituel une belle ſymphonie à
pleine orcheſtre de M. Eichner. M. l'Abbé
Borel a chanté un motet agréable à
voix feule del Signor Langlé. M. Laurent
, virtuoſe de 17 ans , habile compofiteur
& excellent violon , a exécuté une
fymphonie concertante de ſa compofition
, avec M. le Jeune qui l'a très-bien
ſecondé. Cette premiere partie de con .
cert a été terminée par Superflumina Ba
bylonis , motet à grand choeur del Signor
Richter . On y a applaudi les choeurs & la
ſymphonie , qui font d'un très bel effet.
La feconde partie du Concert a commencé
par une ſymphonie de chaſſe de
M. Gofſec, Le tableau muficald'une grande
chaffe eft ici repréſentée par une harAVRIL.
1774. 159
k
monie pittoreſque , agréable & favante.
Mlle Duchâteau , dont l'organe eſt doux
& flatteur , a chanté , avec autant de préciſion
que de goût , un petit motet à voix
feule. M. Capron a joué un concerto de
violon , & a réuni tous les fuffrages par
Paiſance avec laquelle il rend les plus
grandes difficultés , par la préciſion & la
netteté de ſon exécution , par la beauté
& la pureté de ſes ſons. Le Concert a
fini par Cantate Domino , canticum novum ,
motet à grand choeur del fignor Langlé ,
premier maître de Chapelle du Confer-
- vatoire de la Piété de Naples. Ce moter
eſt une compoſition de génie. Le plan en
eſt bien conçu , & l'exécution belle &
majestueuſe. Il y a un mérite fur - tout
qu'il faut remarquer ; c'eſt que le ſens des
paroles eſt toujours confulté , & que la
muſique en eſt énergique , & l'expreffion
fublime.
OPERA.
L'Académie royale de Muſique a donné
le mardi 22 Février dernier , la premiere
✓repréſentation de Sabinus , tragédie ly
く
160 MERCURE DE FRANCE.
rique , repréſentée devant Sa Majeſté
Verſailles le 4 Décembre 1773 .
Le poëme eſt de M. de Chabanon ; la
muſique , de M. Goffee .
Cette tragédie , qui étoit d'abord en
cinq actes , a été réduite à quatre. On a
retranché dans le troiſieme ce qui étoit
relatif à l'objet des fêtes de la Cour ; &
le 4º. & le 5º. actes ſont fondus enſemble
& n'en font plus qu'un. On a fupprimé
la pluie de feu , l'embraſement du
palais , l'urne , l'inſcription funéraire &
d'autres machines qui ne ſervoient qu'à
compliquer l'action & à retarder le dénouement.
Les perſonnages principaux ſont
Sabinus , Prince Gaulois, petit - fils de
Jules - Céfar.
Eponine , Princeſſe Gauloiſe.
Mucien , Romain , Gouverneur de la
Gaule.
Le Grand Druide .
Le Génie de la Gaule , &ci
Le theatre représente une place publique.
ACTE I. Sabinus ſe félicite de voir
enfin le jour qui doit unir ſes deſtins à
ceux d'Eponine ; mais il aſpire auſſi à la
gloire
AVRIL. 1774 161
gloire d'affranchir ſon pays du joug des
Romains. Il ſe rappelle un fonge effrayant
dans lequel le Dieu tutélaire des Gaulois
lui à apparu pâle & défiguré : il s'eſt luimême
ſenti entraîner dans l'horreur des
cachots.
Rempli de cette noire image,
Le trouble eſt encor dans mon coeur ;
La honte ajoute à mon courage ,
Mon courage devient fureur.
Eponine , amante chérie ,
Du doux ſentiment qui nous lie
Je te dois un juſte retour;
La liberté de ta patrie
Sera le prix de ton amour.
Le Peuple s'empreſſe de fêter Sabinus
qu'Eponine préſente auxGaulois. L'allégreſſe
publique eft troublée par un ordre
deMucien, qui défend que l'hymen s'accompliſſe.
Eponine , malgré les menaces
du Gouverneur Romain , oſe déclarer Sabinus
ſon époux . Le Peuple , partageant
l'enthouſiaſme de ces amans , choiſit Sa
binus pour fon maître , & ſe prépare à
venger ſon injure. Le ballet qui terminé
cet acte , offre l'image des Guerriers qui
s'échappent des bras de l'Amour pour vo
ler à la gloire des armes.
4
162 MERCURE DE FRANCE.
:
ACTE II. Le théâtre repréſente la forêt
facrée & leSanctuaire des Druides.
Eponine vient dans le templedes Drui
des confulter l'Oracle. Des Bergers , que
la guerre a épouvantés , cherchent un afyle
dans la forêt. Il s'efforcent de calmer
par leurs jeux la douleur d'Eponine. Arrivent
les Druides , épouvantés des préſages
finiſtres qu'ils ont vus dans l'air ; le
grand Druide , ayant le gui de chêne à la
main , frappe la porte de l'antre myſtérieux
, où il s'enfonce. Un bruit fouterrein
ſe fait entendre ; le Druide fort
échevelé , annonce la colere des Dieux&
l'arrivée des Romains vainqueurs . Mucien
furieux fait arrêter Eponine ; ſes foldats
ravagent la forêt ſacrée; ils détrui.
fent le temple des Druides , & ne font
pas arrêtés par les clameurs & les prieres
desGaulois.
ACTE III. Sabinus , retiré dans une
folitude affreuſe , déplore ſa honte & fes
malheurs. Il apprend le danger d'Eponine,&
veut tout tenter pour la défendre.
Le Génie de la Gaule l'arrête , ſe déclare
fon protecteur & lui fait voir la grandeur
future de fon Empire. On voit s'élever
un palais & la ſtatue de Charlemagne
AVRIL. 1774 263
qu'entourent les différens Peuples de
l'Europe.
Une Femme étrangere chante ces vers !
France , ſéjour rempli d'attraits ,
Sous tes loix que n'ai-je pu naître !
Qui peut te voir & te connaître
Voudroit ne te quitter jamais.
La Beauté , par tout accueillie ,
Se plaît fur-tout dans ces climats ,
Sitôt qu'elle y porte ſes pas ,
Elle ſe dit: C'eſt ma patrie,
Les Grâces , qu'ailleurs on ignore,
En foule ici s'offrent aux yeux ;
Arrive-t on belle en ces lieux ;
On y devient plus belle encore.
A
Le Génie engage Sabinus d'aller dans
les tombeaux de ſes ayeux , & d'y demeu.
rer caché dans l'ombre & le filence,
: ACTE IV. Sabinus , enfermé dans les
fouterreins obſeurs où les Princes Gau
lois font inhumés , s'étonne que ſon ame
éprouve un fort tranquille.
Amour , Amour , c'eſt ton ouvrages
* D'Eponine la douce image
Me fuit au milieu des tombeaux;
De mes ennuis , de ma conftance
:
7
L2
164 MERCURE DE FRANCE.
Ses jours feront la récompenſe :
Je m'applaudis de tous mes maux.
Eveille- toi , Peuple fidele ,
Peuple , dans les fers endormi ;
Amon courage unis ton zele ,
Reprends une force nouvelle
Pour écrafer notre ennemi.
Une voix ſe fait entendre dans ce lieu
funebre ; c'eſt celle d'Eponine. Sabinus
veut aller au devant d'elle ; mais une
main inviſible le repouſſe & l'entraîne
vers un tombeau dans lequel il s'enferme.
Eponine vient avec ſes compagnes pleurer
ſon époux qu'elle croit mort. Cependant
le cruel Mucien s'empreſſe d'enlever
Eponine à ſon déſeſpoir ; elle n'en eſt
que plus animée à ſe ſouſtraire , par la
mort, à la paſſion du tyran ; elle court
vers le tombeau , le poignard à la main,
prête à ſe frapper. Auſſi-tôt le tonnerre
gronde , la tombe s'abyme ; Sabinus pa-
Toît armé. Il attaque Mucien. Le théâtre
repréſente une place publique où l'on
voit les Romains combattus &défaits par
les Gaulois. Sabinus triomphe de ſon rival.
Le théâtre change encore ; le Génie
de la Gaule defcend dans toute ſa gloire.
Il dit à Sabinus :
AVRI L. 1774. 165
J'ai conduit tes deſtins ; ma promeſſe eſt remplie:
Jouis de tes ſuccès.
Et vous , par qui ma Cour eſt embellie ,
Partagez les tranſports de ſes heureux ſujets ,
Honorez ſa vaillance & chantez mes bienfaits.
Cet acte eſt terminé par une fête à laquelle
prennent part pluſieurs Nations
différentes de l'Europe. :
:
Cet expoſé fait connoître que le poëte
a eu principalement en vue de donner
uneaction grande & rapide , & un ſpectacle
brillant , contraſté & varié. La muſique
fait honneur au génie de M. Gofſec ,
favant compoſiteur , qui a mis dans fon
orcheſtre beaucoup d'effets d'une muſique
- imitative , & fur la ſcene , des chants expreſſifs
& paffionnés. Nous citerons comme
des morceaux diſtingués , le récit&
l'air du ſonge du premier acte , le duo de
Sabinus & d'Eponine, le choeur des Guer-
Tiers. Dans le ſecond acte , les airs champêtres,
le bruit fouterrein, les crisdefu.
reur & de vengeance des Romains & de
Mucien, contraſtés avec les prieres & les
plaintes des Gaulois , lorſqu'on abat la
forêt. Dans le troiſieme acte , le récit de
Sabinus , les choeurs , les airs de danſe &
de chant. Dans le quatrieme acte , l'invo
L3
166 MERCURE DE FRANCE.
cation de Sabinus à l'Amour , la plainte
d'Eponine , le bruit de guerre & lamufique
brillante du ballet : toutes ces grandes
compoſitions muſicales annoncent & at
teſtent un génie fécond , riche & varié ,
quoique l'on ait paru defirer en général
plus de vérité dans le récit , & un chant
plus ſenſible dans les airs.
M. Larrivée , doué d'une figure avantageufe
& d'une belle voix , a joué le rôle
de Sabinus en acteur consommé , avec
beaucoup d'intelligence , de feu & d'intërệt;
il a rendu fon récit avec la facilité
& la rapidité de la déclamation , & il a
mis dans ſon chant , de l'action , de la
paffion &de l'énergie. Lerôled'Eponine
a été ſupérieurement exécuté par Mde
Larrivée , dont la voix eſt ſi flexible , fi
Hatteuſe & fi brillante. Ce rôle , en l'abfence
de Mde Larrivée, a été très-bien
fecondé , joué & chanté par Mile Roſalie.
M. Gelin a repréſenté avec nobleſſe &
avec intelligence le grand Druide & le
Génie de la Gaule. M. Durand a été applaudi
dans le perſonnage de Mucien.
Les autres rôles ont été rendus avecſuccès
par Miles Châteauneuf& Dupuis , par
MM. Muguet, Cavalier , Tirot&Beauvalet.
14
AVRIL. 1774 167
Les ballets occupent la place la plus
conſidérable dans cet opéra. Leur beauté ,
leur variété & leur deffin ont réuni tous
les fuffrages. M. Gardel a compofé les
ballets du premier & du quatrieme actes ;
M. d'Auberval , celui du ſecond acte , &
M. Veſtris celui du troiſieme ; mais après
quelques repréſentations , le divertiſſe.
ment du troiſieme acte a été reporté au
quatrieme , & le quatrieme au troiſieme.
• Les talens les plus diſtingués de la danſe
ont concouru à l'eclat & à la parfaite exécution
de ces ballets , Miles Heinel , Guimard
, Peſlin , Aſſelin , qui tiennent le
premier rang de la danſe ; Miles Leclerc ,
Compain, Julie, Cléophile , la très-jeune,
- & très -étonnante Mlle Dorival ; MM.
Veftris , Gardel , d'Auberval , qui font les
premiers maîtres dans leur art ; MM. le
Fèvre , Deſpréaux , Malter , Giroux , le
jeune Veftris qui à peine forti de l'enfance,
al'abandon, la force, l'élégance , la préciſion&
la fûreté d'un talent ſupérieur&
exercé ; le jeune Gardel , fon digne émule;
tous ces premiers talens , d'ailleurs
bien accompagnés par les autres ſujets ,
ont fait l'admiration & les plaiſirs des
amateurs & du Public. Enfin l'ordonnance&
la beautédes décorations , lavariété,
L 4
163 MERCURE DE FRANCE.
&la richeſſe des habillemens ontencore
augmenté la magnificence de ce ſpec
tacle,
COMEDIE FRANCOISE.
3
LE
ES Comédiens François ont donné le
famedi 26 Février , la repriſe de la tragédie
de Venceslas par Rotrou . Cette piece
fut jouée , pour la premiere fois , en 1647 ,
& eut alors un très-grand fuccès. Le caractere
de Ladiſlas , fils de Venceſlas , eſt
un des plus beaux, des plus fiers & des
plus énergiques qui ſoient connus. Il n'y
én a peut être pas qui ſoit auſſi foutenu
& auſſi paſſionné ; le célebre Baron finit
par ce rôle à ſa premiere ſortie du théâtre ,
& par celui de Venceſſas à la feconde.
Un acteur , encore plus étonnant que Baron
, qui a plus approfondi fon art & qui
s'eſt plus approché de la perfection , M.le
Kain , a rendu le rôle de Ladiſlas avec
une ſenſibilité profonde , & avec une expreffion
forte & impoſante qui a étonné
ému , ravi les ſpectateurs. Cet acteur
fublime réalife tout ce qu'on a dit du jeu
prodigieux des pantomimes anciens , &
ajoute à leur talent les accens ſi vrais, fi
:
AVRIL. 1774 169
pathétiques , fi énergiques de toutes les
paſſions. Qui ne ſe rappelle encore avec
frémiſſement le tableau terrible de l'agonie
de Maſſiniſſe dans le cinquieme acte
de Sophonisbe ! Quel mélange de tous
les ſentimens , de la rage & de la foiblefſe
, du déſeſpoir & de la douleur , d'une
ame convulfive& expirante ! C'eſt avec la
même force qu'il nous a peint les fureurs
d'Oreſte dans Andromaque , tragédie
jouée pour la clôture du théâtre. Quel
ſpectateur n'a point friſſonné d'horreur &
d'épouvante en lui entendant réciter ces
vers , dont il animoit toutes les affreuſes
images !
Quels démons ! quels ferpens traîne-t-elle après ſoi ?
Eh bien ! filles d'enfers , vos mains font-elles prêtes ?
Pour qui font ces ferpens qui fifflent ſur vos têtes ?
A qui deſtinez-vous l'appareil qui vous fuit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
;
On a remis à ce Théâtre pluſieurs pie.
ees qui ont attiré beaucoup de monde ;
ſavoir , le Bourgeois Gentilhomme , Comédie
de Molière, que l'on revoit toujours
avec un nouveau plaiſir , & dans
170 MERCURE DE FRANCE.
laquelle M. Préville rend avec tant de
gaîté & de vérité , le rôle principal.
L'Andrienne a été jouée le 28 Février ,
piece imitée de Térence par Baron , dans
laquelle il y a beaucoup d'intérêt &d'ac
tion. Le rôle du pere eſt parfaitement joué
par M. Brifart ; celui de Dave , par M.
Préville , l'Andrienne par Mlle.Doligni ,
l'amant par M. Molé.
Le mercredi 16 Mars , on a repris la
Gageure , Comédie en un acte , en profe ,
de M. Sedaine. Madame Préville y joue
avec beaucoup de fineſſe & de naturel ;
& M. Préville met dans le rôledu mari ,
une vérité de caractere qui charme au
tant qu'elle amuſe. Cette Comédie a eu
un grand ſuccès à cette repriſe.
Le compliment d'uſage de clôture a
été fait par M. du Gazon , frere de Mde
Veftris , comédien dernier reçu. Cet acteur
, aimé du Public , a été bien accueilli
&très-applaudi.
DÉBUTS.
M. Fleury , acteur qui a joué avec applaudiſſement
ſur pluſieurs théâtres de
province , a débuté dans la tragédie & la
comédie.
Il a joué avec beaucoup d'intelligence ,
AVRIL. 1774. 171
de feu & de vérité pluſieurs rôles de l'emploi
de M. Molé. Cet acteur réuffit prin
cipalement dans la comédie ; il a une
figure agréable , de l'aiſance , de l'uſage
&de la facilité. Sa voix eſt un peu fombre,
mais il fait la ménager & la faire
valoir.
M. Chazel , qui a joué ſur différens
Théâtres de Province, a débuté ſans étre
annoncé à la Comédie Françoiſe , le mardi
22 Février , dans le rôle de Philippe
Hombert , de Nanine ; le 4 Mars , dans
celui d'Ariſte , du Méchant ; le 8 , dans
celui du Marquis , de Mélanide; le 14,
dans le rôled'Arbate , de Mithridate. Cet
Acteur a l'uſage de la ſcene; il montrede
l'intelligence & du talent. Plus de faci
lité dans la prononciation , moins de ti
midité dans ſon jeu , le rendront un Acteur
utile à ce Théâtre.
COMEDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné le
lundi 28 Février 1774 , la premiere repréſentation
de la Rosiere de Salency , co
médie nouvelle en quatre actes & en
vers, mêléed'ariettes , repréſentée devant
1
172 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majeſté à Fontainebleau , le ſamedi 23
Octobre 1773 .
: Les paroles font de M. le M. de P.;
lamuſique eſt de M. Gretry.
On fait qu'à Salency dans le Soiffonnois
, il y a une fête qui ſe renouvelle
toutes les années en l'honneur de la vertu.
La fille du village dont la ſageſſe , laconduite
& le caractere ont mérité les ſuffrages
du Paſteur & des peres de famille,
reçoit au milieu des applaudiſſemens de
tous les Habitans , une roſe des mains du
Seigneur de Salency ou de fon Préposé.
La Rofiere eſt ordinairement mariéedans
l'année même , & le Seigneur lui fait un
préſent. Cet ufage ſi reſpectable a fourni
à M. de Sauvigni le ſujet d'un Roman
fort agréable ; à M. Favart le plan de la
Comédie de la Rosiere , qui a été jouée à
Fontainebleau en 1768 ; & à M. le M.
de P. , la nouvelle Roſiere de Salency ,
dont il eſt ici queſtion .
PERSONNAGES :
Cécile , déſignée Roſiere , .. Mde Trial .
Colin , amant de la Rofiere, M. Clairval.
Herpin .pere de la Roſiere , M. Nainville.
Le Bailly de Salency , ... M. Laruette.
AVRIL. 1774. 173 :
Le Seigneur . M. Narbonne.
Prétendantes à la Rose , Miles Beaupré
& Linguet.
Jean Gaud , meunier d'un village voiſin ,
M. Trial.
Les Juges Vieillards.
:
Habitans & Habitantes de Salency.
Le théâtre repréſente une place du
village. Cécile paroît , travaillant près de
ſa maiſon qui eſt ornée de guirlandes
de fleurs & du drapeau d'honneur. Elle
chante :
Quel beau jour ſe diſpoſe !
Qu'il promet de douceur !
Je recevrai la rofe
Des mains de Monseigneur.
Ce beau drapeair , ce verd feuillage
Et ces rameaux en fleur ,
よい
:
Sont le fignal & le préſage
:
1
De ma gloire & de mon bonheur.
L'un & l'autre eſt cher à mon coeur :
Tout ce que j'aime les partages
Encor ce matin
Mon père & Colin
Sourioient ,
Me paroient
De cette fleur ſichere, I
174: MERCURE DE FRANCE.
:
S'embra ſſoient
M'appeloient
La belle Roſiere .
:
Ah Colin ! Ah mon pere !
Venez tous deux ,
Que mon bonheur vous rende heureux.
Colin accourt près de la Roſiere ; elle
lui dit que le Bailli eſt venu chez fon
pere , & qu'il eſt amoureux d'elle ; ils
ne comprennent pas comment il peut ſe
croire aimable ; mais ce qui réjouit Colin
, c'eſt que le pere de Cécile approuve
leur amour ; ils ſe félicitent de leur bonheur
, & fe donnent rendez-vous pour
le foir. Colin demande le baiſer de l'adieu
, que Cécile ne lui refuſe pas , &
porte fa main ſur le coeur de ſa maîtreffe
, qui bat , dit - elle , de plaiſir
quand il la voit , & de chagrin quand
il la quitte. Cependant , le Bailli jaloux
obſerve ces amans avec les Afpirantes à
la rofe : il verbalife , & leur recommande
de répandre dans tout le village
la nouvelle de cet événement ; Herpin
fait l'éloge de ſa fille, & chante ces paroles.
O ciel ! entends la voix d'un pere,
Eleve juſqu'à toi fes voeux ,
AVRIL. 1774- 475
-1
A
٠٢٩
Dès-apréſent ſi tu veux
Tu peux terminer ſa carriere ;
Olla, pour fermer fa paupiere .
La main d'un enfant vertueux.
Aujourd'hui , lorſque j'enviſage
La longue ſuite de mes ans ,
Le cours entier de mon grand age
Ne me paroît qu'un long printems .
Herpin & Cécile ſe repoſent à l'ombre
d'un arbre planté par Herpin. Il de
mande à ſa fille ſi elle a vu Colin ; &
comme elle héſite de répondre , il la reprimande
de ce myſtere ; mais bientôt il
fe radoucit , & lui dit :
Va , ce n'étoit point du courrout,
Ne crois point la vertu févere;
1
1101
cha
Ma fille , fon uſage eſt doux :
De ce qui doit te plaireb
:
Un mot va t'éclaircir : :
Tout ce que , fans rougir ,
Tu peux dire à ton pere ,
Te promet un plaifir.
Elle reconduit fon pere dans ſa maifon.
Le Bailli eſt fort agité , & a du
dépit de ſon amour. Il regarde comme
une diſgrace , quand le Ciel ordonne d'aimer
à qui ne fauroit plaire. La Rofiere
176 MERCURE DE FRANCE.
vient ; le Bailli l'aborde , & lui déclare
ſa paſſion qu'elle reçoit mal. Illui annonce
alors qu'il eſt maître de la Roſe en
l'absence du Seigneur ; il la menace de
fon procès verbal.
Là font marqués à chaque page ,
Là ſont notés , la font écrits ,
Les rendez- vous , les baiſers pris.
91
Le Bailli avertit les villageois , & fait
arracher les guirlandes & le drapeau
d'honneur.
Les deux Afpirantes à la roſe ſe flat
tent , chacune en ſecret , du fuffrage du
Bailli , & d'être nommées Rofiere; mais
enſemble, elles ſe font des reproches qui
doivent les exclure. Cécile déplore fon
malheureux fort , qui lui fait perdre
la ſageſſe de 15 années , & l'objet de
fon tendre amour. Le tonnerre annonce
un orage; Colin alarmé du fort de Cé
cile , vient la confoler & lui faire part du
projet qu'il a d'aller trouver le Seigneur ,
&de l'inſtruire de la tyrannie du Bailli ;
Cécile craint pour fon amant , à cauſe de
l'orage & de la riviere qu'il veut franchir
à la nage. Herpin vient trouver ſa
fille , & , ne fachant pas encore ſes malheurs
, il continue de la féliciter. Il eft
pourAVRIL.
1. Vol. 1774. 177
t pourtant inquiet de la voir trifte & ac-
- cablée , ayant les yeux toujours tournés
vers ſa maiſon. Il regarde auſſi , &,
ne trouvant plus les guirlandes & le
drapeau d'honneur , il s'emporte contre
fa fille, qu'il croit coupable. Letonnerre
augmente , & le pere atteſte que le Ciel
manifeſte ſa colere. On entend crier :
Sauvez ce malheureux qui nage . Cécile
eſt dans la plus grande contrainte avec
fon pere , & dans une alarme cruelle
fur le fort de Colin. Herpin entraîne ſa
fille. Le Bailli eſt épouvanté de la mort
de Colin qu'il croit noyé. Il va trouver
le pere de Cécile ; mais Herpin , inſtruit
de ſes intrigues , le repouſſe avec violence.
Cependant , le Bailli l'engage à l'écouter
, & lui propoſe d'épouſer ſa fille ,
&de la faire Roſiere ; ce vieillard lui
répond :
A préſent que me fait la roſe ,
Cruel , quand ta main en diſpoſe ?
Quel prix peut avoir cette fleur ?
Long- temps la main de Monfeigneur
Sut la rendre digne d'envie ;
Elle étoit le prix des vertus ,
Tu la donnes elle eſt flétrie , ..
Et ma Cecile n'en veut plus .
M
178 MERCURE DE FRANCE.
Ce pere rejette ſa main & ſes richeſſes,
& préfere pour l'époux de fa fille, Colin ,
pauvre, mais honnête & fans remord. Lé
Bailli lui apprend la mort de Colin. Cécile
entendant cette funeſte nouvelle ,
tombe évanouie entre les bras de fon pere
qui la reconduit à ſa maifon. Arrive Jean
Gaud, Meunier , qui veut parler au pere
de Cécile ; il rencontre le Bailli qu'il
ne connoît pas , & à qui il dit beaucoup
de mal de lui- même , parce que le Bailli
laiſſe accroire qu'il eſt Herpin. Ce Meûnier
annonce que Colin l'a fauvé.
ARIETTE.
Ma barque légere
Portoit mes filets ;
L'eau la plus claire
Servoit mes projets.
Soudain un tapage.
A faire trembler ,
Au Ciel faiſant rage ,
Vient tout ébranler ;
Ma barque s'engage ,
S'échappe en débris ,
L'écho du rivage
Repouſſe mes cris .
Colin à la nage
S'unit à mon fort ,
1
,
AVRIL. 1. Vol. 1774. 179
7 Et , malgré l'orage ,
Me conduit à bord.
Il raconte encore que Cécile ſera Rofiere
malgré le Bailli , & que le Seigneur
va venir pour lui donner la rofe.
A cette nouvelle , le Bailli renvoie
le Meunier. Il preſſe la fête , pour
fruſtrer Cécile du prix qui lui eſt dû , &
pour diſpoſer de la roſe avant l'arrivée
du Seigneur. Les Payſans s'aſſemblent ,
&travaillent pour les préparatifs aux ordres
du Bailli. Cécile qui n'eſt pas encore
déſabuſée , vient ſeule, les cheveux
épars , pleurer la perte de ſon amant &
de la roſe. Elle eſt prête à ſuccomber à
ſa douleur , lorſque Colin paroît , & ranime
fa joie & fes eſpérances. La fête
commence ; le Seigneur n'eſt pas venu ,
& le Bailli croit triompher. Cécile s'écrie
déſeſpérée:
C'en eſt fait , j'ai perdu la roſe.
LE BAILLI.
Oui , oui vous la perdez !
LE SEIGNEUR.
Vous vous trompez , Bailli.
En même temps , le Seigneur plaide
M2
180 MERCURE DE FRANCE.
la cauſe de Cécile devant les vieillards
, & obtient la roſe pour elle ; il y
joint une dot , & le pere lui accorde
fon amant pour époux. Herpin , Cécile
& Colin demandent grace pour le Bailli
; mais lorſqu'il veut ſe retirer de la
fête , le Seigneur l'arrête , & lui dit :
Non... le bonheur de l'innocence
Eſt le ſupplice des méchans.
Vous en ferez témoin. •Que la fête commence. •
Cette fête ſe termine par une ronde
ou romance, par un chenr , & par des
danſes.
La muſique de cette comédie eſt agréa
ble, pleinede goût&d'élégance ; il y a des
chants neufs , variés , d'une fraîcheur délicieuſe,&
d'uneffet très-piquant. Elle plaît
d'autant plus, quel'on peuten ſaiſir davantage
les fineſſes , les détails heureux , les
traitsd'analogie&de vérité, fur- tout cette
propriété d'expreffion , ce choix raiſonné
d'harmonie , cet emploi ſenti de la mélodie
qui diftinguent chacunedes compofitions
de M. Gretry , & qui leur donnent à
toutes des formes ſenſibles & du caractere
le plus convenable.
Les Acteurs de cette piece ont fait
le compliment de clôture , & ont chante
des airs choiſis de différens drames. Les
AVRIL. I. Vol. 1774. 181
paroles , la muſique & l'exécution ont été
fort applaudies.
ARTS.
GRAVURES.
I.
PORTRAIT en médaillon de M. de la
Condamine , Chevalier des Ordres du
Roi , Militaire & Hoſpitalier de Notre-
Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare
de Jérusalem , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , de celle des Sciences
de Paris , de la Société Royale de Londres
, des Académies de Berlin , Péters .
bourg , Bologne , Cortone , Nancy , Secrétaire
honoraire de S. A. S. Mgr le Duc
d'Orléans , né en Janvier 1702 , mort
en Février 1774. Ceportrait eſt très- refſemblant
, & parfaitement gravé d'après
Je deſſin de M. Cochin . Prix , 1 liv. 4
fols . A Paris , chez Chereau , rue S.
Jacques , aux deux Piliers d'or.
I I.
Costume des anciens Peuples , par M. Dan .
dré Bardon , profeſſeur de l'Académie
M3
-182 MERCURE DE FRANCE.
royale de peinture & de ſculpture , directeur
perpétuel de celle de Marseille ,
& membre de l'Académie des belleslettres
, ſciences & arts de la même
Ville :
Segnius irritant animos demiſſa per aurem ,
Quàm quæ funt oculis commiffa fidelibus.
Hor. de art. Poët. v. 180.
Seconde partie in - 4. A Paris , rue
Dauphine , chez Jombert , libraire , &
Cellot , imprimeur.
M. Dandré Bardon , qui a dévoilé le
coftume des Grecs & des Romains dans
la premiere partie de cet ouvrage , ſe propoſe
de parcourir dans la ſeconde les divers
uſages des autres Peuples qui ont
joué des rôles diſtingués ſur la ſcene du
monde. Les Ifraëlites tiendront la premiere
place à titre de Peuple de Dieu.
L'auteur nous entretiendra enſuite des
cérémonies religieuſes de diverſes Nations
barbares , des coſtumesdeleur pays ,
des vêtemens & des armes qui leur font
propres. Cette derniere partie a dû exiger
d'autant plus de recherches , que les hiſto .
riens ont fouvent négligé derecueillir les
particularités qui avoient rapport au gouvernement
religieux & civil des BarbaAVRIL.
1. Vot. 1774. 183
- res . Le petit nombre d'objets relatifs à
leur coſtume , qui feront raffenblés dans
la derniere partie de cet ouvrage , ne peut
cependant manquer d'intéreſſer les artif,
tes & de piquer la curiofite des lecteurs
par la variété des formes , le pittoreſque
du point de vue & la fingularité des ufages
que ces objets rappelleront .
Ce cahier du coſtume des anciens Peuples
qui vient de paroître , forme le premier
de la ſeconde partie de l'ouvrage &
le ſeizieme de la ſuite entiere. Ce cahier
nous fait connoître les uſages religieux
des Ifraëlites. Il eſt , ainſi que les précé
dens , compoſé de douze planches avec
leurs explications . Ces planches offrent
des images du Tabernacle , de l'Arche
fainte , de la Table des Pains de propofition
, du Chandelier d'or à ſept branches ,
du Parvis qui renfermoit le Tabernacle ,
de la Piſcine où ſe lavoient les Prêtres ,&
■ de l'Autel des Holocauftes.
(
III.
LesApproches de la Guinguette.
Les Amusemens Espagnols.
Deux petites eſtampes deſſinées&gravées
avec beaucoup de foin &de talent
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
par M. Marchand, & ſe vendent chacune
12 fols. A Paris chez l'Auteur , rue Mazarine
, la ſeconde porte cochere à droite
en entrant par la rue de Buſſy.
MUSIQUE.
I.
XXVII Livre de Guitare , contenant
des airs d'Opéra - comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des
préludes & des ritournelles par M. Merchi
, oeuvre xxxI . Prix , 7 liv. 4 ſols.
A Paris chez l'Auteur, rue S. Thomas
du Louvre , en entrant du côté du Château
d'eau , près de M. Godin , & aux
adreſſes ordinaires de muſique. A Lyon ,
chez M. Caſtaud , place dela Comédie.
II.
Duo de deſſus & baſſe taille à grand orcheſtre
, dédié à M. le Marquis de Querrhoënt
, compoſfé par M. Duqueſnoy ,
Prix i liv. 16 fols. A Paris chez l'Auteur
, rue de Seve , hôtel de Querrhoënt ,
& aux adreſſes ordinaires de muſique.
AVRIL. 1. Vol. 1774. 185
III.
Premier Livre de pieces de clavecin , ou
le forte piano , dédié à Madame la Princeſſe
de Robecq , compoſé par M. Renaut
, maître de clavecin. Prix , 7 liv. 4
fols. A Paris chez l'auteur , rue Gît- lecoeur
, la deuxieme porte cochere à gauche
en entrant par le quai , & aux adrefſes
ordinaires de muſique.
I V.
Douze Duo pour deux violoncelles ,
affez faciles pour être exécutés par les
commençans ; par M. ***. Prix , 3 liv .
12 fols.
V.
Six Quatuor pour deux violons , alto
&baffe, compoſés par George Hayden ,
maître de muſique de Sa Majeſté le Roi
de Pruffe , op . 8. Prix 9 liv.
V I.
Six Quatuor pour deux violons , alto
&baſſe, par F. P. Ricci , maître de chapelle
de la cathédrale de Como , op. 8 .
Prix 9 liv.
MS
186 MERCURE DE FRANCE.
VII.
Quatre Symphonies pour deux violons ,
deux hautbois , deux flûtes ou clarinettes ,
deux cors , altoviola , & baſſe , compoſées
par Charles Diters , op. 17. Prix 9 liv.
VIII.
Deux Symphonies à grand orchestre ; la
premiere eft pour violons , hautbois ou
clarinettes & quatre cors , alto & baſſe ,
par Vannhal , op. 17. Prix 6 liv.
1Χ.
• Six Sonates , ou divertiſſement en trio
pour deux violons & violoncelle , com.
poſées par M. Afſpolmay , maître de muſique
de la chambre de S. M. I. l'Empereur
Joſeph II , op. 4. Prix 9 liv. Ces fix
derniers articles ſe vendent àParis au bu
reau d'abonnement muſical, cour de l'ancien
Grand-Cerf , rues St Denis & des
Deux Portes St Sauveur , & aux adreſſes
ordinaires de muſique. A Lyon , chez Caftaud
, marchand libraire, place de la Comédie.
(
AVRIL. L. Vol. 1774. 187
COSMOGRAPHIE.
L
Es libraires de Paris , Saillant & Nyon ,
rue S. Jean de Beauvais , &la Ve Defaint ,
rue du Foin S. Jacq. débitent depuis peu
la Cofmographie universelle , physique &
astronomique pour l'étude de tous les áges
de l'Histoire , par M. Philippe , des Aca.
démies d'Angers & de Rouen , Cenfeur
Royal ,& Profeſſeur en Hiſtoire. Cet atlas
eſt actuellement compoſé de ſoixante,
douze cartes , du plus grand format in
4° , lavées & enluminées à la maniere
des Ingénieurs , dans toutes les premieres!
diviſions pour les cartes générales , &
dans toutes les fubdiviſions pour les cho
rographies particulieres des grands Etats.
Outre deux cartes pour les hémiſpheres
célettes , feptentrional & méridional , on
trouvera deux feuilles pour les notions
élémentaires de la Coſmographie. La plupart
des nouvelles qui paroiſſent , pré,
fentent les objets de la Géographie hifto .
rique ancienne , ce qui facilite la comparaiſon
des développemens donnés précé
demment de la Géographie moderne,
188 MERCURE DE FRANCE.
i
Cet ouvrage , relié en baſane , eſt du
prix de 60 liv. Toutes les feuilles ſe vendent
ſéparément , ſi l'on veut, au prix
de 20 fols chacune. En prenant les dixſept
cartes de France , on les aura à 18
fols piece ; & au même taux les quatorze
numéros de l'Allemagne , mais fans reliure.
Le zèle de M. Philippe , & les lumieres
qu'une étude conſtante de l'Hiſtoire
&de la Géographie lui ont données , font
fuffisamment connus. Ils doivent inſpirer
au Public la plus grande confiance fur
cette collection utile , néceſſaire même à
l'éducation de la Jeuneſſe.
NOUVELLES SCIERIES .
M. LOMBERT , architecte , géometre &
mécanicien , à Commerci en Lorraine , inventeur
d'une machine hydraulique qui
fournit , à peu de frais , une grande quan.
tité d'eau , vient d'adapter preſque leméme
moteur à des ſcieries qui ont la facilité
de ſedémonterpieces parpieces , &de
pouvoir être tranſportées aisément dans
les forêts qui font en exploitation. Cet
artiſte en a déjà exécuté une en Lorraine
AVRIL. I. Vol. 1774. 189
qui ſcie le plus gros bois avec profit , &
le réduit à tous les échantillons , même au
treillage & à la marquéterie. Sa conftruction
reſſemble beaucoup aux ſcieries à
eau quant à l'équipage; mais le moteur
eſt le même que celui de fa machine hydraulique.
Le rouet n'a qu'unedeſes parties
alluchonnée; elle engraine dans des
dents pratiquées dans une piece de bois
placée verticalement , à laquelle tient le
chaſſis qui porteles ſcies. Le balancement
d'un long pendule met le rouet en action ,
& celui - ci fait mouvoir la ſcie: deux
hommes fuffiſent pour cette manoeuvre.
M. Lombert vient encore d'appliquer le
même moteur à des foufflets de forges&
de fourneaux.
Les plus habiles mécaniciens géome .
tres conviennent qu'on peut tirer quelque
avantage du pendule appliqué à une machine
comme moteur; mais ces avanta
ges n'ont guere lieu que pour des machines
qui ne demandent pas toute la force
d'un homme pour être miſes en mouvement.
Dans celles au contraire qui exigentune
force ſupérieure ,le pendule, loin
d'être préférable à d'autres moteurs plus
uſités , leur eſt au contraire inférieur à
pluſieurs égards , & fur-tout en ce que fon
190 MERCURE DE FRANCE.
action s'exerçant alternativement en ſens
contraire , on perd néceſſairement le degré
de force que produit l'accélération
dans les mouvemens qui ſe font toujours
dans la même direction .
:
:
Amour d'un Lapin male pour des
Poules.
Un Particulier a fait imprimer dans les
ود
ود
ود
ود
ود
ود
"
Papiers publics l'obſervation ſuivante :
Nous avons eu un gros lapin qui s'étoit
tellement attaché à deux poules , qu'il
ne les quittoit ni la nuit ni le jour. Il
couchoit au milieu d'elles , & venoit
dérober à notre table du pain qu'il
alloit enſuite leur partager dans la cour.
Cet animal avoit rongé les plumes de
la queue de ces poules , pour les pouvoir
couvrir plus aisément , ce qu'il a
fait pluſieurs fois en préſence de quantité
de témoins. Après que nous nous
fûmes apperçus qu'il rempliſſoit auprès
d'elles la fonction de coq , nous en recueillîmes
huit oeufs , que nous envoyâmes
àune perſonne qui vouloit les
faire couver ; mais malheureuſement ,
ود
१५
و د
ود
ود
و د
ود
ود
ود
AVRIL. I. Vol. 1774. 191
!
ود
. , d'un côté , ſa cuiſiniere , qui n'étoit pas
dans la confidence, en fit le ſoir meme
, une omelette , & de l'autre , le lapin
s'étrangla le lendemain aux barreaux
d'une porte à claire-voie , voulant tenter
de pénétrer dans un jardin. "
و د
ود
ود
Cette forte d'amour contre nature n'eſt
point fans exemple. M. de Réaumur l'a
obſervé pareillement entre un lapin &
une poule , mais ce n'eſt que l'effet de la
lubricité exceſſive d'un mâle privé de la
jouiſſance des femelles de ſon eſpece. On
voit fréquemment d'autres animaux , des
chiens , par exemple , & des taureaux ,
chercher à couvrir des animaux d'eſpeces
différentes , & juſqu'à des corpsinanimés.
On a fort bien fait de faire une omelette
avec les oeufs de la poule dont il eſt ici
queſtion ; car il eſt certain qu'avec un pareil
coq , ces oeufs ne pouvoient être
qu'inféconds . M. de Buffon a prouvé par
des expériences déciſives , que laNature
a mis des obſtacles infurmontables à la
confufion des eſpeces , & qu'il ne peut
naître des mulets que de la copulation
d'animaux d'une eſpece ſi voifine , qu'à
peine peut- on y obſerver quelques diffé
rences ſenſibles Ce feroit donc bien peц
connoître les loix de la Nature , que d'at192
MERCURE DE FRANCE.
tendre une progéniture de l'union de
deux animaux auſſi hétérogenes que le
font les quadrupedes & les oiſeaux. Sans
cette loi ſi ſage & fi néceſſaire , quimaintient
chaque eſpece d'animal dans un
état permanent , tout feroit confondu
dans le regne animal. Il n'y auroit depuis
long- temps qu'une ſeule eſpece d'animaux
; ce feroit celle des monftres , dont
les formes ſe combinant perpétuellement
de la maniere la plus bizarre & la plus
vicieuſe , parviendroient enfin à rendre
même leur exiſtence impoſſible.
ANECDOTES.
I.
Dans le prologue de la comédie du
Roi de Cocagne , il y a un poëte nommé
la Fariniere , dont l'original étoit un
homme très- connu ſous le nom du poëte
May; il avoit fait une trentaine d'ouvrages
tant tragiques que comiques , ſans
avoir pu réuffir à en faire un quipût ſou .
tenir la repréſentation. Il étoit toujours
poudré à blanc. La peinture étoit ſi refſemblante
que le poéte May s'en plaignit
au
AVRIL. 1774. 193
au Lieutenant de Police, mais fans aucun
fuccès. La Thorilliere pere , qui repréſentoit
ce rôle , pour appaiſer le poëte
- May , le conduiſit dans un cabaret; &,
pour confommer la réconciliation , lui fit
- boire beaucoup de vin de Champagne
qui le mit dans un état à ne plus rien ſen .
tir. On le coucha dans un lit du cabaret;
on prit ſes habits , & la Thorilliere re .
préſenta fon rôle avec les propres vête
mens de ce poëte.
:
II.
Le Pédant joué de Bergerac eſt la pres
miere repréſentation où l'on ait ofé haſarder
un Payſan avec le jargon de fon
village. C'eſt auſſi la premiere comédie
qui ait paru en proſe depuis que Hardi
&fes contemporains ont établi un ſpec
›tacle régulier à Paris .
111.
A la première repréſentation de la co
médie de Pamela , par M. de la Chauſſée,
quelqu'un demanda à la porte : Comment
va Pamela ? Un mauvais plaiſant répon
dit : Elle pame , hélas !
N
194 MERCURE DE FRANCE .
AVIS.
I.
Penſionnat.
MADAME LEPRINCE , belle - foeur & éleve de
Mde. Leprince de Beaumont , auteur du Magasin
desEnfans , demeurant ci - devant fur le quai de
l'Ecole , demeure à préſent rue Royale place Louis
Quinze , chez M. Lucotte , maison à porte cochere.
Eile prend des penfionnaires depuis l'âge de fix
ans juſqu'à douze ; elle leur montre la géographie ,
l'hiſtoire , la mythologie , la ſphère; de plus l'écriture
& l'orthographe. La penſion eſt de ſept
cents livres ; elles ont une bonne nourriture. Les
Demoiſelles qu'elle a actuellement chezelle , peuvent
faire preuve des ſoins qu'elle met à les avancer;
elles répéteront non ſuperficiellement devant
les perſonnes qui defireront les entendre pour les
convaincre de la vérité de l'énoncé .
Mde Leprince prend des Demoiselles Etrangeres.
Elle en a qui lui font honneur; elle ne les
quitte point, & eſt occupée ſans ceſſe à les inſtrui
re& à leur former le caractere ; elle a des Demoi.
felles de condition , & autres de bonne famille.
Les penſionnaires ſont dans une maiſon honnête
, en bon air & à la proximité des promenades .
Elle ſe charge de les faire inſtruire , & de les faire
préparer à la premiere Communion.
11.
Béchique ou Sirop pectoral , en liqueurs .
Le fieur Valade , auteur du Béchique ſouverain
AVRIL, 1774 195
ou Sirop pectoral , approuvé par brevet du 24 Λοût
1750 , pour les maladies de poitrine , comme rhume
, toux invétérée , oppreffion , foibleſſe de poitrine
& afthme humide , donne avis au Public que
fon Béchique ne ſe débite que chez lui , afin que
les perſonnes qui feront dans le cas d'en faire
uſage puiſſent le confulter , comme elles ont paru,
le défirer.
Son Béchique , en tant que balfamique , a la
propriété de fondre & d'atténuer les humeurs engorgées
dans le poumon , d'adoucir l'acrimonie
de la lymphe; & comme parfait reſtaurant , il
rétablit les forces abattues , rappelle peu à - peu
l'appétit & le fommeil produit en un mot des
effets ſi rapides , dans les maladies énoncées ,
qu'une bouteille , taxée à 6 livres , ſcellée de fon
cachet & étiquetée de ſa main, ſuffit pour en
faire éprouver toute l'efficacité avec ſuccès .
,
Le fieur Valade demeure toujours au Temple,
dans le bâtiment neuf, chez le Boulanger , vis- àvis
le Serrurier , au deuxieme No. 10 à Paris . II
continue le débit de ſes Liqueurs fines & étrange.
res, d'un goût exquis , que d'ailleurs on eft libre
de n'acheter qu'après les avoir goûtées. On
trouve le ſieur Valade journellement : & , en cas
d'abſence , il faudra s'adreſſer chez Mde Barilles ,
fabricante de manchons de plumes , la porte à
côté , No. 9.
III.
Le véritable Trésor de la Bouche.
T
Le ſieur Pierre Bocquillon , marchand gantier.
parfumeur , à la Providence , à Paris , entre l'Eglife
St. Louis de MM. de Ste Catherine & la rue Percée,
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
vis-à-vis celle des Balets , annonce qu'il a été reçu
à la Commiſſion royale de Médecine le 11 Octo
bre 1773 , & qu'il eft le ſeul compoſiteur de la
liqueur nommée le véritable Trésor de la Bouche.
Les vertus de ſa liqueur ſont de guérir tous les
maux de dents , tels violens qu'ils puiſſent être ;
de purger de tout venin , chancres , abſcès , &
enfin de préſerver la bouche de tout ce qui peut
contribuer à gâter les dents . Cette liqueur a un
goût gracieux à la bouche , rend l'haleine agréa .
ble & douce , conſerve les dents quoique gâtées,
L'auteur reçoit tous les jours de nouveaux fuffrages
fur l'excellence de ſa liqueur. Il a des bouteilles
à 10 , 5 , 3 liv. & 24 ſols. Il donne la
maniere de s'en ſervir , fignée & paraphée de ſa
main , & met ſon nom de baptême & de famille
fur les étiquettes & bouchons marqués de fon ca.
chet. Il a fon tableau à ſa porte , afin de ne point
ſe tromper de boutique.
Il vend auſſi le taffetas d'Angleterre blanc &
noir , propre pour les coupures & brûlures , ap .
prouvé par la Commiſſion royale de Médecine ,
le 31 Juillet 1773.
L'auteur prie les perſonnes qui lui feront l'hon.
neur de lui écrire , d'affranchir le port des lettres.
I V.
Tapiſſeries en papiers.
L'invention des Tapiſſeries en papiers eſt d'au.
tant plus heureuſe , qu'en procurant au Public le
moyen de ſe meubler très - proprement & à bon
compte , elle devient de jour en jour une branche
de commerce très - importante pour le royaume
chez l'Etranger. Ce qui s'étoit fait dans ce genre
AVRIL. 1774.- 197
juſqu'à ce jour , n'étoit point forti d'une certaine
meſure de procédés qui en mettoit preſque toutes
les productions au même niveau. Celles qu'une
manufacture dont le magaſin eſt fiué rue Comteſſe
d'Artois , a mis au jour depuis quelque temps,
ſont d'un genre ſi neuf & d'une exécution fi frappante
, qu'on est obligé de convenir que rien n'eft
impoſſible à l'induſtrie françoiſe. Ce n'eſt point
les étoffes de la manufacture de Lyon , ni les bel.
les tentures des Gobelins , c'eſt un genre de mé
rite qui ſoutient la comparaiſon de ces produc.
tions admirables ; l'artiſte , car l'auteur de ces papiers
en mérite le nom , promet inceſſamment au
Public de nouveaux deſſins .
Les Etrangers s'adreſſeront à Mlle. Hemeri ,
chargé de la vente de ces tapiſſeries , rue Comteſſe
d'Artois , au Café d'Apollon , vis-à-vis la rue
Mauconfeil.
V.
Effence de Beauté .
Le ſieur Duboſt , ſergent en charge des Gar.
des de la Ville de Paris , diſtillateur & parfumeur
, enclos de St. Martin-des-Champs , au grand
paſſage près la grille , vend l'Essence de Beauté,
renommée tant pour la barbe que pour la peau,
& approuvée tant par la Commiſſion royale que
par les Communautés des Barbiers de Paris , de
Lyon , de Marseille & de Rouen. On trouve
auſſi cette eſſence à Verſailles , au château , ſur
le grand eſcalier du Roi ; à St. Germain-en- Laye,
chez le Sr. François , limonadier, près la paroisſe
; à Sens , chez le fieur Chambre , rue du Tripot.
N3
193 MERCURE DE FRANCE.
Maniere de s'en fervir.
A
Les Dames mettront une goutte d'efſſence dans
une cuillerée d'eau pour ſe laver le viſage le ſfoir
en ſe couchant & le matin en ſe levant: cela leur
tient le teint frais & empêche le rouge de gâter la
peau; on en mettra deux gouttes pour les mains.
Pour la barbe verſez quatre gouttes de cette
effence dans une cuillerée d'eau , battez - la avec
un pinceau , & ſavonnez-vous en.
Le prix des bouteilles eſt de 6 & 3 liv. Il y
a auſſi des eſſais à 1 liv. 4 ſols , avec lesquels on
peut faire au moins quatre - vingts barbes . On
fournira les pinceaux à ceux qui prendront des
bouteilles de 6 & 3 liv. Il a auſſi , pour les voyages
, des bouteilles doublées de fer blanc , qui
coûtent 20 fols de plus , ;
LETTRE à M. L. , auteur de Mercure.
M. l'abrégé chronologique de l'hiſtoire de
France du Préſident Hénaut eſt un ouvrage d'un
mérite généralement reconnu , & dont on admi .
rera toujours la préciſion , l'ordre & la clarté;
mais plus la conſidération due à cet illustre écrivain
donne de poids à ſes aſſertions , plus ſes
moindres erreurs font d'une dangereuſe confé
quence.
Un hiftorien ne fauroit mettre trop d'attention
àrapporter les noms propres ortographiés exactement
comine ils doivent l'être; une feule lettre
ajoutée ou retranchée dans un nom propre , ſuffit
pour mettre en contradiction les différens auteurs
qui en ont parlé. Cette contradiction répand touAVRIL.
1774. 199
jours de l'incertitude dans l'hiſtoire , & ſouvent
beaucoup de confuſion ſur l'origine de certaines
familles très- différentes les unes des autres , dont
le nom cependant eſt à - peu - près le même. Il eſt
échappé à M. le Préſident Hénaut une erreur de
cette nature. Dans fon abrégé chronologique de
l'hiſtoire de France il donne le nom de Bertrandi
à Jean de Bertrand , qui ſous le regne de François
I. & d'Henri II. fut fucceffivement premier
préſident du parlement de Toulouſe; préſident à
mortier & premier préſident du parlement de Pa
ris ; premier garde des ſceaux en titre d'office ,
chancelier de France , archevêque de Sens & car.
dinal. Il eſt prouvé par les proviſions des diffé
rentes charges qu'il a occupées , par ſes ſignatu
res très-multipliées dans les regiſtres du parlement
de Paris * & par le témoignage des meilleurs
auteurs généalogiſtes : † qu'il a toujours porté le
nom de Bertrand , & que celui de Bertrandi ne
lui a été donné que dans quelques actes latins
dans lesquels il eſt auſſi appellé Bertrandus , Bertrando
, Bertrandum , felon le ſens de la phrafe. S
* Registres dn parlement de Paris depuis l'année 1539.
jusqu'en 1559.
† Le Pere Anfelme , histoire des grands Officiers de la Couronne
, premiere & derniere édition à l'article Bertrand; les
MM. de Ste. Marthe , François Duchaîne , histoire des Chan
celiers , à Particle Bertrand ; Blanchard , histoire des Mattres
des Requétes , page 287 ; Nognier , histoire toulousaine edition
de 1556 , pag. 171 , &c, &c . &c .
§ Ampliffima eft inter Tololates Bertrandorum familia è
qua Joannes Tolofæ oriundus fuit , &c. Histoire de Jean
Bertrand par Frifon , dans le Gallia purpuratte , pag. 623 ...
Joanni Bertrando Tolofano , Senonenti archiepifcopo , cardinali
primario , &c. Epitaphe du cardinal Bertrand , tirée de
Péglise des Augustins de Venise , où il fut inhumé en 1560 ,
rapportée par le Pere Anfelme.
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
Peu de gens font inſtruits de toutes ces particu
Jarités , & ceux qui les ignorent pourroient fort
bien confondre la famille du chancelier de Bertrand
en le voyant appellé Bertrandi , avec une
famille de Bertrandi qui eſt établie dans le pays
de Comminge , & qui fut anoblie vers l'an 1580.
L'époque de cet anobliſſement prouve bien la différence
des deux familles ; mais cette époque n'eſt
pas connue de tout le monde. Le chancelier de
Bertrand , fils de Nicolas de Bertrand & de Dame
Jacquette de Sauran * , naquit à Toulouſe. Il
épouſa Dame Françoiſe de Riviere , dont il eut
un fils & deux filles ; ſon fils mourut ſans poſté,
rité. La premiere de ſes filles épouſa Germain
Gaſton de Foix; la ſeconde fut mariée à Jean Dil.
lier , Seigneur de Chantemerle & de Vaupillon,
François de Bertrand , frere aîné du Chancelier,
quatrieme préſident au parlement de Toulouſe ,
feigneur de Moleville , qui épouſa en premieres
noces Jeanne de Segnier ; & en ſecondes noces,
Marie de Foix de Carmain , eſt celui dont la poſtérité
eſt perpétuée à Toulouſe , & fubſiſte encore
aujourd'hui.
Comme la littérature embraſſe auſſi la connoiffance
de l'hiſtoire , j'ai cru , Monfieur , que la découverte
d'une erreur hiſtorique étoit faite pour
trouver place dans votre Journal.
Je ſuis avec la plus parfaite conſidération , &c.
Procès - verbal des preuves de Malte , dreſſées en 1620.
pour François de Bertrand , petit-fils de François ,frere aîné
du Chancelier, où le testament de Nicolas de Bertrand oft
rapporté.
AVRIL . 1774. 201
NOUVELLES POLITIQUES.
LA
De Constantinople , le 22 Janvier 1774.
A mort du Sultan n'a occaſionné aucun trouble
, & l'on eft perfuadé que cet événement n'ap .
portera point de changement aux meſures priſes
pour la ccaammppaaggnnee prochaine.
Quelques inftans avant que de mourir , Muſta.
pha III . fit appeller , auprès de lui , ſon frere Ab .
doul Hamed; il le nomma ſon ſucceſſeur , lui
expoſa la ſituation actuelle de la Turquie & les
projets qu'il avoit formés , ſoit pour le gouver
hement de l'Empire , foit pour continuer la guerre
, foit enfin pour parvenir à l'ouvrage de la pa.
cification . Il lui recommanda , de la maniere la
plus tendre & la plus forte, le Sultan Selim , fon
fils unique. Il laiſſe , de plus , trois filles dont l'afnée
, âgée d'environ quatorze ans , eſt déjà veuve
de deux grands Viſirs. Le droit d'aîneſſe ne regle
pas chez les Turcs la ſucceſſion au Trône qui appartient
à tout le Sang Ottoman. Les Princes exclus
ne font point immolés à la défiance de l'Empereur
: ils ſont ſeulement ſurveillés & privés de
femmes dont ils puiſſent avoir des enfans .
On fit derniérement la cérémonie qui répond
en Turquie au Couronnement des Souverains
chez les Chrétiens . Elle conſiſte à ceindre le Sul .
tan proclamé par le Muphti , l'Ulema (les Gens
de Loi) & la Milice , du cimeterre d'Ottoman chef
de la race Impériale , qu'on garde dans la mofquée
d'Ayoub. Mustapha III , eſt mort dans les
N5
202 MERCURE DE FRANCE.
circonstances les plus glorieuſes de la guerre qu'il
Toutenoit contre la Ruffie. Il laiſſe à ſon frere des
plans de campagne ou des projets de paix tout
dreffés , des armées exercées & des tréſors. II
avoit fuccédé en 1757 , comme nous l'avons dit,
Oſinan Ibrahim , & celui-ci en 1754 à fon frere
Mahomet V. Ils étoient fils de Mustapha II. dépoſé
en 1730 & remplacé par fon frere Achmet
II , à qui fuccéda par dépoſition auſſi en 1730 ,
Mahomet V. dont on vient de parler , & qui étoit
né à Belgrade en 1696. Mustapha II. & Achmet
III. avoient pour pere Mahomet IV. &, à ce qu'on
prétend , pour frere puîné Muſtapha Aga, mort à
Bruxelles en 1729.
De Vienne , le 5 Mars 1774.
L'Académie de Peinture & de Deſſin , qui eſt
établie en cette ville depuis quelques années , a
obtenu de Leurs Majeſtés Impériales la permisfion
d'expoſer , tous les ans , aux yeux du Public ,
les ouvrages de ſes Membres & de ſes Eleves
ainſi que cela ſe pratique dans pluſieurs grandes
villes. On lui a aſſigné pour cet effet la petite
falle de redoute qu'on ouvrit , avant hier , pour la
premiere fois , & où chacun s'empreſſe d'aller voir
des productions nationales , fruits de la protection
particuliere que Leurs Majestés Impériales aiment
à donner aux beaux arts .
:
:
De Hambourg , le 14 Février 1774-
Toutes les lettres qu'on reçoit ici de Ruffie ,
n'ont pour objet que la révolte de Pugatschew.
On recherche toutes les particularités de la vie
AVRIL , 1774. 203
de cet homme fingulier que ſa hardieſſe crimi .
nelle a rendu fameux : voici des détails qu'on
nous a écrits de Moscow. On prétend que ce Cofaque
est né d'une famille diftinguée de fon pays.
Le fieur Rafoumowski que l'impératrice Elifabeth
fit Herman (général) des Coſaques , ſe l'attacha
, le conduifit à Pétersbourg& le fit recevoir
Page de l'Impératrice . On l'envoya à Berlin pour
yfaire quelques études. Il ſervit chez les Pruffiens
dans la derniere guerre. Il fut fait Gentilhomme
du Grand Duc , développa dans cette place fon
eſprit de révolte & d'indépendance , & fut , pour
cette raiſon , éloigné de la Cour. Il voyagen dans
les pays étrangers ; ſon inquiétude naturelle ne
lui permit de ſe fixer nulle part , il revint en Rus .
fie & fit quelques campagnes contre les Turcs &
contre les Polonois ; il ſe retira enſuite dans ſa
patrie , où il a fomenté ſourdement la rebellion
qu'il vient de faire éclater. On dit que , pour en
impoſer à ſes complices , il leur diftribue les Titres
, les Offices & les Ordres de Chevalerie de
l'Empire. Il décore , dans les déſerts où il com.
mande , des cordons de différens Ordres de Ruffie ,
les chefs de fon armée qui n'ontjamais dû préten.
dre à cet honneur. C'eſt par des moyens de cette
nature & par d'autres fingularités que cet homme
donne à ſa révolte un caractere particulier & cherche
à s'attacher davantage ceux qui ont eule malheur
& la foibleſſe de ſe laiſſer ſéduire par ſes impoſtures.
De Warsovie , le 29 Janvier 1774.
La Délégation va continuer ſes ſéances & s'occuper
des moyens de régler l'adminiſtration intérieure
du royaume , afin qu'il ne reſte plus à l'afſemblée
nationale qu'à confirmer ce qui aura été
conclut & déterminé .
204 MERCURE DE FRANCE
On prétend que la Cour de Vienne a réſolu
d'envoyer, dans ſes nouvelles acquifitions en Pologne
, fix régimens de Houſſards , outre les fix
régimens d'Infanterie & les quatre de Chevaux .
Légers , qu'elle avoit d'abord deſtinés pour la garde
de ces Districts .
La Délégation s'occupe actuellement de l'affaire
concernant les impôts , & l'on préſume que
le projet de l'acciſe à établir en Pologne , comme
dans pluſieurs pays de l'Europe , ſera adopté ,
quoiqu'on ne ſoit point d'accord ſur les arrangemens
propres à en régler la perception. L'affaire
de l'Ordinacie d'Oſtrog eſt ſuſpendue , & il ne
paroît pas qu'on travaille férieuſement à conclure
les articles ſéparés des Traités de partage.
Le 13 de Février , le ſieur Janoski , premier
bibliothécaire de la célebre bibliotheque Zaluski ,
eut l'honneur de remercier le Roi des bontés qu'il
a eues pour lui. Les héritiers du feu Evêque de
Kiovie font tous leurs efforts pour ſe rendre maîtres
de cette riche collection de livres. Ce Prélat
a laiſſé 40, coo florins de dettes qu'ils refuſent
d'acquitter , & ils renvoient les créanciers à la
Commiſſion qui a pris poſſeſſion de la bibliotheque,
au nom de la République.
Quelques détachemens de Dragons Pruffiens
font arrivés en cette ville , & doivent fe rendre en
Podolie & dans la Volhynie, pour y acheter des
chevaux.
Le terine du départ des Commiſſaires chargés de
régler avec ceux des Puiſſances copartageantes les
pouvelles frontieres de la Pologne , n'eſt point en
core fixé. On croit que cette affaire , avant que
d'être conclue , éprouvera beaucoup de délais &
de difficultés .
1
AVRIL. 1774. 205
De Dantzick , le 8 Janvier 1774.
Les nouvelles qu'on reçoit ici de l'intérieur de
la Ruſſie ſont ſi contradictoires , qu'il eſt très-difficile
d'y démêler la vérité. Ce qui paroît certain ,
c'eſt que la révolte de Pugatschew , loin d'être
étouffée , s'accroît de jour en jour. Ce rebelle ravage
& défole les provinces par leſquelles il préſume
que le général Bibikow pourroit diriger ſa
marche : il a déjà pillé & détruit les mines de fer
du gouvernement d'Orenbourg , & il a groſſi ſon
parti d'une foule d'habitans ruinés , auxquels il
ne reſtoit quc ce moyen pour ſe procurer des ſubſiſtances:
il a converti le ſiege d'Orenbourg en
blocus , afin d'oppoſer de plus grandes forces au
général Ruſſe ; on craint même qu'il n'ait des liaifons
ſecretes avec les Tartares de Cuban.
La ſituation des affaires de cette ville eſt toujours
la même. Le Magiſtrat ſe flatte cependant
que l'entremiſe de l'Angleterre & la médiation de
la Ruſſie garantiront le commerce de Dantzick de
la ruine dont il eſt menacé ; mais on n'eſt pas
fans inquiétude , ſurtout depuis qu'on a répandu
ici la nouvelle que le Miniſtre de Sa Majesté Pruffienne
auprès du Roi & de la République de Pologne
, avoit déclaré que ce Monarque n'adopteroit
aucun arrangement relatif au commerce en
général , & ſpécialement à celui de la Viſtule.
:
De Stockolm , le 19 Février 1774 .
Le Comte, Charles Scheffer a remis entre les
mains de la Société Patriotique une ſomme de
2000 écus , monnoie de cuivre , qui lui avoit été
envoyée avec un billet écrit en françois & conçu
dans les termes ſuivans : La charité que vous "
206 MERCURE DE FRANCE .
:
و د
"
79
و د
"
"
exercez eſt la récompenſe du travail. C'eſt la
rappeller à ſa véritable inſtitution ; c'eſt faire du
malheur de quelques - uns la ſource du bonheur
public. Permettez moi de concourir au ſuccès
de votre bienfaiſance , en lui offrant un tribut
» que je paie volontiers aux vues qui dirigent la
Société Patriotique. Je vous prie de taire mon
nom. Si la fomme doit être inſcrite ſur un regiftre
, il importe peu qu'on y liſe de qui elle
„ vient ". La Société Patriotique a crune pouvoir
mieux remplir les intentions du donateur qu'en
abandonnant cette ſomme à la direction de la
Maiſon du Travail établie en cette Ville , & elle
eſpere en même temps que cet exemple de libéralité,
donné par un étranger , excitera une noble
émulation , & qu'on s'empreſſera à maintenir un
établiſſement dont le Public retire les avantages
les plus folides . Elle a diftribué différens prix aux
payſans de la Bothnie Occidentale qui ſe font
adonnés à la culture des pommes de terre. Ces
prix confiftoient en gobelets , en cuillers & en médailles
d'argent. Pour en obtenir un , il falloit que
Je payſan eût étendu ſa culture en défrichant une
nouvelle terre .
De la Haye , le 11 Mars 1774.
Les alarmes qu'on avoit eues ſur les inondations
fe font renouvelées depuis quelque temps.
Pluſieurs digues ont beaucoup fouffert , & l'on y
a envoyé des inſpecteurs & des ouvriers. Trois
cents hommes ont été employés à prévenir les
brêches que l'eau alloit faire à une grande digue
qui fert de rempart vers l'embouchure de la Meuſe
à la partie méridionale de la Hollande. Le gon.
flement du Vahal & celui du lac de Harlem , ont
allariné les contrées adjacentes . Cedernier lac , qui
AVRIL. 1774. 207
eſt devenu avec le temps une mer intérieure , ne
peut être contenu par des digues & le volume de
fes eaux paroît augmenter tous les jours.
De Pife, le 17 Février 1774.
On vient d'établir en cette Ville , aux frais de
l'Impératrice de Ruffie , un college pour centvingt
jeunes gens arrivés du Levant. Ils y feront
habillés , nourris & inſtruits dans les ſciences , arts
& métiers . Soixante jeunes filles Grecques feront
également entretenues aux dépens de cette Princeffe
, & apprendront à travailler à différens ouvrages
convenables à leur ſexe. Le docteur Céfar
Studiati , médecin , a été nommé directeur & furintendant
de ces deux maiſons .
De Venise , le 29 Janvier 1774 .
Des lettres de Raguſe portent que quatre navires
Ruſſes armés en guerre , & qui croiſent entre
Zante & Corfou , inquietent les navires marchands,
& qu'ils les vifitent avec une extrême rigueur.
De Londres , le 10 Février 1774 .
Le 28 du mois dernier , le Vice Roi d'Irlande
ſe rendit à la Chambre Haute du Parlement à Du .
blin , & donna , en préſence des Communes , le
confentement Royal au Bill pour lever 265,000
liv. ſterl par annuités & à celui pour établir plufieurs
droits de timbre en Irlande ; ainſi ces deux
Bills qui ont excité au Parlement d'Irlande des débats
ſi vifs & fi longs , ſont enfin paſſés en Loi.
Un particulier arrivé de Boſton , d'où il étoit
parti le 20 Janvier de cette année , affure que , la
veille de ſon départ , on y brûla pluſieurs caiſſes
203 MERCURE DE FRANCE.
de thé vis-à-vis la Douane , en préſence d'une fou
le de peuple prodigieuſe.
On écrit de la Virginie , qu'en deſſéchant un
marais dans lequel il y avoit une grande quantité
d'arbres , on apperçut dernierement deux créatures
à figure humaine , qui prirent auſſi - tôt la fuite.
On courut vers elles ; on les atteignit , & leurs
cris firent venir une femme à leurs ſecours . Ces
trois Sauvages parurent effrayés , & aucun d'eux
ne put proférer un ſeul mot dans aucune langue.
D'après les recherches faites dans le pays , quelques
perſonnes ſe rappelerent qu'un pauvre hom .
me des environs avoit diſparu avec ſa femme dé .
puis un certain nombre d'années , & l'on ſuppoſe
qu'ils s'étoient retirés dans ce marais , au milieu
duquel ſe trouvoit un petit mont où ils avoient
vécu , & avoient eu deux enfans . L'homme étant
mort , la feinme avoit perdu inſenſiblement l'uſa.
ge de parler , parce qu'elle n'avoit perſonne avec
qui elle pût s'entretenir , & les enfans font reſtés
muets. On n'a négligé aucuns moyens pour leur
apprendre à parler ; mais ils n'avoient fait que
très-peu de progrés au départ des dernieres lettres .
De Paris , le 21 Mars 1774 .
Le 16 de ce mois , le ſieur de Sartine , conſeil
ler d'état & lieutenant - général de police , poſa la
premiere pierre de la nouvelle Halle aux veaux ,
élevée ſur les deſſfins du ſieur le Noir , architecte ,
& exécutée par le ſieur le Foulon , expert - entre.
preneur , dans le marais qui appartenoit ci-devant
aux Bernardins , près le quai de la Tournelle. Ce
magiſtrat fut reçu par les propriétaires du marché
&complimenté par l'un d'eux. Le Public , qui étoit
accouru en foule, marqua la plus grande fatisfaction
AVRIL. L. Vol . 1774. 209
1
faction d'un établiſſement: qu'on defiroit depuis
long-temps , & que Sa Majesté , après en avoir reconnu
la néceſſité & les avantages , a autorifé-par
lettres -patentes.
NOMINATIONS.
Le fieur de Boynes , fecrétaire d'état au département
de la Marine , entra , le 20 Février , au
Conſeil d'état , en qualité de Mimſtre .
Le Roi a accordé au Marquis de Conflans , ma
réchal de camp , colonel d'une Légion , le gouvernement
du Neuf- Briſac , vacant par la mort du
Maréchal d'Armentieres , à la charge d'une penfion
de 6000 liv. fut les appointemens de ce gou.
vernement , en faveur de la Maréchale d'Armen
tieres . S. M. a donné à Monſeigneur le Comte de
Provence le régiment de Dragons , vacant par la
mort du Chevalier de Montecler ; Elle a accordé
au Comte de la Chaftre-Nancay , colonel en fecond
du régiment Royal des Vaiſſeaux , la charge
de Meſtre-de-camp-lieutenant; au Marquis de la
Roche - Aymon , colonel du régiment provincial
de Périgueux , celle de Meſtre-de-camp-lieutenant
du régiment Royal Navarre , vacante par la démiffion
du Marquis de Damas ; au Marquis du
Chilleau , major du régiment d'infanterie de la
Sarre avec rang de colonel , celle de colonel du
régiment provincial à Périgueux , & au Duc de
Lauzun , capitaine commandant de la compagnie
Colonelle du régiment de ſes Gardes - Françoiſes ,
celle de colonel de la Légion Royale , vacante
par la démiſſion du Comte de Coigny.
Le Roi a accordé les Entrées de fa Chambre au
Comte de Chaſtellux , Chevalier d'Honneur en
furvivance de Madame Victoire...
210 MERCURE DE FRANCE.
PRÉSEΝΤΑΤΙΟNS.
Le 22 Février , le Prince Héréditaire de Heſſe-
Rheinsfeldt-Rottenbourg fut préſenté au Roi & à
la Famille Royale.
Les Députés des Bureaux des Finances de Riom
& de Limoges ont eu l'honneur d'être préſentés à
Monſeigneur le Comte d'Artois , & de le remercier
de ce qu'il a bien voulu leur attribuer la connoiſſance
des Matieres féodales de ſon apanage.
Le ſieur Viſſaguet , premier Préſident , porta la
parole pour la Ville de Riom , & le ſieur Durand
de la Couture , pour celle de Limoges .
Le Comte de Priego , Colonel des Gardes Wallones
& Grand d'Eſpagne , a été préſenté au Koi
&à la Famille royale .
La Comteſſe Louiſe d'Helmſtatt a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi par la Comteſſe d'Helmſtatt.
MARIAGES.
Le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de mariage du Comte d'Helmſtatt , avec Demoi.
ſelle de Broglie.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte de Guebrian avec Demoiſelle
de Boneuil , ainſi que celui du Comte de
Chaſteigner , meſtre -de - camp de cavalerie , avec
Demoiselle de Traiſnel . 1
Le 12 Février , on célébra à Dreſde le mariage
du Prince Charles - Auguſte Comte Palatin de
Deux Ponts , avec la Princeſſe Amélie , ſoeur de
l'Electeur de Saxe. La Princeſſe avoit fait , la veil .
le, les renonciations uſitées dans la Maiſon de
Saxe . Le Prince Charles-Auguſte , fils du feu Prince
Frédéric & neveu du Duc Régnant de DeuxAVRIL.
I. Vol. 1774. 211
Fonts , eſt né le 24 Octobre 1746 , & la Princeſſe
Marie-Amélie de Saxe , fille du feu Electeur Fréderic
Chriſtian & de Marie-Antoinette de Baviere,
eſt née le 26 Septembre 1757 .
Le Roi & la Famille royale ont ſigné le contrat
de Mariage du Marquis de Vaſſan avec Dile de
Quehillac, ainſi que celui du Comte de Dudrenucq
avec Dile de Champoleon.
NAISSANCES.
La femme du St. Hennequin , confiſeur à Metz,
y accoucha , le 20 Février , de trois garçons qui
ſe portent bien, ainſi que leur mere.
La Princeſſe épouſe du Stathouder-Général des
Provinces - Unies accoucha , le 15 Février , d'un
garçon.
La nommée Anne Bailly , femme de Pierre l'Efpagnier
, laboureur à Corgoloin , baillage de Nuits,
accoucha , le 15 Février , dans le quatrieme mois
de ſa groſſeſſe , de quatre enfans mâles , dont trois
ont vécu aſſez de temps pour recevoir le baptême.
Marie Bigant , femme d'Etienne Dardinier ,
vigneron à Houdreville près Vézelize , en Lorrairaine
, accoucha, le 7 Février , de trois enfans qui
vécurent vingt- quatre heures; elle jouit à- préſent
d'une bonne ſanté.
La Reine d'Angleterre accoucha , hier , d'un
Prince qui eſt le dixieme enfant de Sa Majeſté .
Elle a eu le bonheur de les conſerver tous , &
Elle jouit , ainſi que le Prince nouveau né , d'une
bonné ſanté.
02
212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Marie - Angelique-Auguſtine - Armande d'Au
male , penfionnaire du Roi , fille de Jacques - Antoine
Comte d'Aumale , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St. Louis , ancien colonel d'infanterie
, épouſe de Gabriel - Florent , Marquis de la
Tour de Saint- Paulet , eſt morte en fon château
d'Auzeville , près Toulouſe , dans la trente-huitieme
année de ſon âge.
Louis - Philippe Potin, Comte du Cheſne , eſt
mort dans ſon château , en Normandie , âgé de
foixante quatorze ans .
: Jacques Clare de Periffac , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Brionne , eſt mort à Beau
lieu , en Bas - Limofin , dans la quatre- vingt- ſeptieme
année de fon âge.
Roſe Adelaïde - Victoire de Caſtille , épouse du
Marquis d'Hervilly , eſt morte au château de l'Echelle
près Guife.
La nommée Catherine Bazille , veuve de François
Helene , jardinier , eſt morte à Rouen , dans
la cent-deuxieme année de ſon âge,
Le nommé Barthelemi Eſpenan , de la paroiffe
de Gauffan , vallée de Magnoac , y est mort derniérement.
On n'a point trouvé ſon extrait baptiſtaire
dans les regiſtres de la paroiſſe ; mais on
lit dans celui de 1670, qu'il aſſiſta à une bénédiction
nuptiale , époque dont le ſouvenir ne lui avoit
point échappé , ainſi qu'il l'a aſſuré avant ſa mort
au Curé du lieu , ce qui fait préſumer qu'il étoit
agé de cent-dix-sept ans .
Marie Théreſe Deſmier, des Comtes d'Olbreuze,
eſt morte à l'Abbaye royale de Notre - Dame de
Soiffons ,dans la vingt-ſeptieme année de ſon âge.
20
AVRILL. Vol. 1774. 213
René- François de Biandos , Marquis de Caſteja ,
Seigneur de Courouges , ancien capitaine au régi
ment de Bourbonnois , infanterie , chevalier de
l'Ordre royal & militaire de St. Louis', commandant
à Marienbourg , eft mort à Marienbourg ,
âgé de foixante-neuf ans.
Jean- Elzeartde Ripert de Monclar , Prêtre ,
licencié en théologie de Paris , de la Maiſon &
Société royale de Navarre , vicaire général &
grand- archidiacre d'Orléans , abbé commendataire
des Abbayes royales d'Ivri , Ordre de faint Be
noît , congrégation de St. Maur , dioceſe d'Evreux,
& de St. Allyre , même Ordre & même congré
gation , dioceſe de Clermont en Auvergne , eſt
mort à Paris , dans la quarante - cinquieme année
de fon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante-huîtieme tirage de la Loterie
de l'hôtel-de-ville s'eſt fait, le 25 Février , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au No 1618. Celui de vingt mille
livres au No. 5276 , & les deux de dix mille , aux
numéros 6954 & 15982 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le 5 Mars. Les numéros fortis de
la roue de fortune , font 73,85,9,33,68. Le
prochain tirage ſe fera le 6 Avril.
Ο 3
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
page 5
ibid.
PIEICEECESS FUGITIVES en vers & en proſe ,
Öde , tirée du Pſeaume 50.
Imitation de la premiere ode d'Horace ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Briſſac , à
l'occaſion de ſa convalefcence ,
Vers pour le portrait de Mde la Dauphine ,
Roſamire , anecdote morale ,
Lettre de M. de la Harpe à M. Lacombe ,
La Fontaine de Vaucluſe ,
Epître ,
Vers à Mde Laruette , qui a quitté le théâtre
* pour fix mois , par ordre de ſon médecin ,
8
IO
1 [
12
23
25
28
33
Madrigal , 34
La Laitiere & le Chat , fable , ibid.
Dialogue entre Tibere & Antonin , 35
Idylle de Geſner , traduite en vers françois , 45
La Noiſette , allégorie , 48
Les deux Roſes , fable , 49
Epître d'Ariane à Théſée , imitation d'Ovide , 50
La Coquette démaſquée, 57
Portrait d'Adélaïde , ibid.
Réponſe de Mile. T. aux vers qui lui ſont
adreſſés dans le Mercure de Mars 1774 . 59
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid .
ENIGMES , 60
LOGOGRYPHES , 63
Romance , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
L'Hygieine , ou l'art de conſerver la ſanté , ibid.
Lettre ſur l'art d'écrire , 81
AVRIL. I. Vol. 1774. 215
Queſtions de Droit , de Jurisprudence , &c, 82
L'Homme du Monde éclairé , 84
Côme de Médicis , grand Duc de Toſcane , 86
Minéralogie , 92
Profper Marchand,
Supplément à l'hiſtoire de l'imprimerie de
95
Théâtre de Sophocle , ibid.
Nouvelles oeuvres de M. de la Fargue , 97
La Nature conſidérée ſous ſes différens aſpects , 99
Le Spectateur François , 106
Mérinval , drame par M. Darnaud , 112
Catalogue des livres de la bibliotheque de
M. Morand , 121
Journal des Dames , 122
De la connoiſſance & du traitement des Maladies
, 129
Introduction à la Syntaxe latine , 131
Des Cauſes du Bonheur public , 133
Recueils de Mémoires & d'obſervations ſur
la perfectibilité de l'Homme ,
Six nouveaux volumes in - 12. de l'hiſtoire &
des mémoires de littérature de l'Académie
royale des infcriptions & belles- lettres ,
Ouvrages de M. Bezout , de l'Académie royale
des ſciences ,
141
143
144
Les Voyages de Michel de Montaigne en 1
Italie , 145
Fragmens de Tactique , en fix mémoires .
Lettre de M. Blin de Sainmore à M. Lacom .
ibid.
be 146
ACADÉMIES , de Dijon , 148
- de Lyon , 151
- de Rouen , 154
SPECTACLES , Concert ſpirituel, 158
Opéra , 159
Comédie Françoiſe , 168
Débuts , 170
216 MERCURE DE FRANCE .
Comédie Italienne ,
ARTS , Gravures ,
Matique ,
Cofmographie,
Nouvelles Scieries ,
Amour d'un Lapin mâle pour des Poules ,
Anecdotes ,
AVIS ,
Lettre à M. L. , Auteur du Mercure ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Naiſſances
Morts ,
Loteries ,
3
171
181
184
186
188
190
192
194
198
201
209
210
ibid..
211
212
213
LIVRES NOUVEAUX.
Coſtume des Anciens Peuples , par Dandré Bardon
, Profeſſeur de l'Académie Royale de Peinture&
de Sculpture &c. 4to. fig Paris 1772-1773 .
les XIII premiers Cahiers .
Oeuvres de Mathématiques & de Phyſiques de
's Graveſande , 4to . 2 vol. fig. Amsterdam , 1774.
af 8 : de Hollande.
D
1837
ARTES
SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
LAPLUATIOUS DEUR
TUEBOR
SI
QUARIS PENINSULAM
AMENAM
CIRCUMSPICE
20
M51
1774
по. 6
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUX OISIFS.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
AVRIL. 1774-
SECOND VOLUME.
N°. VI.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A AMSTERDAM,
Chez MARC - MICHEL REY ,
MDCCLXXIV.
LIVRES NOUVEAUX.
Coftume Joſtume des Anciens Peuples , par Dandré Bardon ,
4to. fig. Paris. 1772-1773 les XIII premiers Cahiers.
Oeuvres de Mathématiques & de Phyſiques de 's Gra
vefande , 4to. 2 vol. fig. Amsterdam 1774. à f 8-
de Hollande.
1
Précis des Arguments contre les Matérialiſtes , avec de
Nouvelles Réflexions ſur la Nature de nos Connoiffan
ces , l'Existence de Dieu , l'immatérialité , & l'immortalité
de l'Ame. Par M. J. De Pinto, 8vo. La Hayı
1774 : 15 fols de Hollande.
Dictionnaire de Penſées ingénieuſes , tant en vers qu'en proſe
des meilleurs écrivains françois &c . 8vo. 2 vol. 17730
Obſervations fur les commencemens de la Société , par
Mr. J. Millar , Profeſſeur en droit à Glafcow , trad.
de l'anglois. I vol. Amst. 1773.
L'Homme de Lettres & l'Homme du Monde . I vol.
Orléans 1774.
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs Claſſiques ,
Grecs & Latins , tant ſacrés que profanes , 8νο. 16
vol. Paris 1774-
Hiftoire de l'Académie Royale des Sciences pour l'année
1770 410. I vol. fig. Paris 1773 .
Journal de Médecine de 1774.
Oeuvres de Boileau grand in 8vo. 5 vol. fig. Amft. 1773.
dito , in -douze 5 vol. fig.
, Journal des Scavans depuis fon commencement en
1665 juſques en Décembre 1753 en 170 Volumes.
-dito , la Table Générale des 170 Volumes , en
2 Tomes.
dito , Janvier 1754 juſques en Décembre 1763
en 79 Volumes.
dito , Janvier 1764 juſques en Avril 1774 en
72 Volumes.
dito , la ſuite , Sous preffe.
Depuis 1764 l'année eſt compofée de 14 parties à 12
fols ; fait pour l'année entiere f 8 : 8 de Hollande.
De l'Homme , de ſes Facultés intellectuelles & de fon
Education , ouvrage poſthume de M. Helvetius , 8vo.
3 vol. 1774. àf3 : -
On trouve chez MARC - MICHEL REY , Libraire
à Amsterdam , l'Hiftoire de la Campagne de 1769 entre
les Ruffes & les Turcs , travaillée fur des Mémoi
res très authentiques ; les Cartes & Plans font des
copies exactes & fidettes de ceux -mêmes ququi ont été
dreſſés alors fur les lieux par ordre du Chef commandant
de l'Armée, 4to. I vol. af 12 :
3.
LIVRES NOUVEAUX.
MARC-MICHEL REY, Libraire à Amsterdam , débite ac
tuellement les XIII . premiers volumes de la réimpreffion
de L'ENCYCLOPÉDIE , Folio , qui ſe fait à Genève : du
Discours, & les Tomes 1. 2. 3. 4. des Planches.
On publiera de fix en fix mois deux tomes du Dis
cours & un Tome de Planches fans interruption jusqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Traité de l'Autorité des Parents ſur le Mariage des Enfants
de Famille. I vol. gr. 8vo . Londres 1773. à ft : 5
Penfées Théologiques relatives aux erreurs du Temps
I vol. gr. 120. Bruxelles 1773. à fi : 10 .
Les Loisirs du Chevalier d'Eon de Beaumont. Ancien
Ministre Plénipotentiaire de France , fur divers ſujets
importans d'administration , &c. pendant son séjour
en Angleterre , Grand 8vo. en XIII. Volumes 1774.
CONTIENNENT :
Tome I. Tableau Hiſtorique & Politique de la Républi
que de Pologne. Recherches hiſtoriques fur la Provinced'Alface.
II. Recherches ſur les Royaumes de Naples & do
Sicile , Deſcription Géographique , des Jurifdictions
ſupérieures , tribunaux inférieurs , des Sieges de la ville
de Naples , confeil d'Etat ; Commerce , revenus ,
charges du Roi , forces militaires , de la Religion ,
des Moeurs , de la Nobleſſe , du Peuple .
III. Abrégé Chronologique de l'Hiftoire Sacrée ,
Eccléſiaſtique , & des Papes.
- IV. Penſées , Recherches , Obſervations fur le
Commerce & la Navigation , balance du commerce ;
fur les changes étrangers , fur les grands chemins de
France , droits d'entrée & de fortie du Royaume , fur
lés péages , projet pour la fuppreffion des droits in
térieurs , obſervations fur les foies , remarques importantes
fur le célibat , examen de la Banque de Law:
V. Recherches ſur la Ruſſie , ſur les Loix , le
commerce , monnoie , droits d'entrée & de fortie, tarif
ou table Alphabétique des droits impoſés ſur les
marchandises importées & exportées & qui doivent
être payées aux ports & aux douanes des frontieres
de Ruffie. Traité de commerce entre la Ruſſie & la
Grande - Bretagne .
VI. Hiftoire impartiale d'Eudoxie Fæderowna ;
ordonnances de Pierre I. Obfervations fur les revenus -
& les dépenſes de la république de Gênes , du gouvernement
, grand & petit Confeil , Doge, Sénateurs
Az
LIVRES NOUVEAUX.
Colleges ; de l'ifle de Corſe , des Emprunts , excel
lence d'un Etat libre , ouvrage traduit de l'Anglois ;
conftitution d'une république légitime , le peuple eft
la fource de toute puiſſance , &c.
Tome VII. Obſervations fur le Royaume d'Angleterre ,
du gouvernement , des grands Officiers , des Tribunaux,
gouvernement de la cité de Londres , uſage
particulier à l'Angleterre , des Douanes , des Accifes
ou maltotes , des Finances , de l'Etat militaire , de la
population des eſpeces , des poids & meſures , compagnie
de commerce , d'aſſurance.
-
-
VII. Détails ſur l'Ecoſſe , ſituation , climat , des
anciens rois , gouvernement Eccléſiaſtique , Civil , tribunaux
, poids & meſures , des femmes , enfans , domeſtiques
, des Loix , d'Edimbourg , des places fortes ,
univerſités . Tableau des poffeſſions de l'Angleterre
dans l'Amérique , de la Barbade , de la Jamaïque , Antigoa
, S. Chriftophe , Ifle de Nevis , Montferrat , la
Barboude , l'Anguille , les Vierges , les Lucayes , les
Bermudes , Baye de Hudſon , Terre-Neuve , Acadie ,
nouvelle Angleterre , nouvelle Yorck , de la Penfilvanie
, de la Virginie & le Mariland , la Caroline , la
nouvelle Géorgie , le Canada , établiſſements des Anglois
aux Indes Orientales , extraits des principaux actes
du Parlement , pour régler le Gouvernement de ſes
plantations & leur commerce.
IX . Sur la Régie des Bleds en France , ſur les
mendians & les enfans trouvés , ſur le domaine du
Roi , fur la Gabelle , les aides , la taille.
X. Origine , Droits , & prerogatives des principaux
emplois qui relevent de la couronne de France
Origine , Nature , & produit des impôts ſur le clergé
de France , &c.
XI . Origine & progrès de la taille , ſon établiſſement
en France , ſes variations , ſes produits & fa régie
, & c.
,
XII . Détail Général de toutes les parties des Fi.
nances du Royaume de Franice, mémoire fur le domaine
d'Occident de l'Hôtel-Royal des Invalides ,
maréchauffées de France , des troupes de terre , recherches
fur les trois évêchés , ſituation de la France
dans i'Inde avant la paix de 1763.
XIII. Table Générale des Matieres pour les XII,
Volumes.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRI L. 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE GÉNIE , Epitre. *
REMPLI EMPLI du feu facré dont brûle le Génie
Toi , qu'inſpire en naiſſant le Dieu de l'harmonie ;
Digne Eleve du Pinde , en tes nouveaux efforts ,
• Cette épître étoit deſtinée à coucourir pour le prix
de l'Académie Françoiſe en 1773. Elle est imprimée ;
& ſe trouve à Paris , chez la V. d'Houry , rue St Severin
, & Eſprit , au Palais royal.
A 3
1
6 MERCURE DE FRANCE.
Aux accens de ma voix, redouble tes tranſports.
Guidant ton vol rapide aux rives du Permeſſe ,
Sur ces lieux renommés fixe les yeux fans ceſſe.
Crains de te ralentir dans ton effor pompeux :
C'eſt en volant toujours qu'on voit ce Mont fameux.
Il faut ſouvent fortir des traces ordinaires :
On rampe en ſe traînant dans les routes vulgaires .
Ne ſuis que la Nature , & , du Beau ſeul épris ,
Que le charme des vers enleve tes eſprits ..
Aux fougues du Génie , abandonne ton ame :
Que ce ſublime élan la raviſſe & l'enflamme.
Dans ton ardeur brûlante , invoque les Neuf Soeurs ,
Tout plein de leur ivreſſe , on obtient leurs faveurs .
Mais pour te couronner d'une gloire immortelle ,
Fais éclater toujours cette heureuſe étincelle.
Hélas ! trop fortuné , ſi , ton guide en ce jour ,
Je m'éclaire moi - même , & m'inſtruis à mon tour.
C'eſt du ciel que deſcend la flamme du Génie.
Tout brille à ce flambeau ; ſans lui tout eſt ſans vie.
Un ouvrage languit , privé de ſa chaleur ;
Sans force , il ne répand que l'ennui dans le coeur.
Mais quand ce feu divin dans ſes pages reſpire ,
Il aaggite , il ravit : tout cede à cet empire :
Et ce feu , reproduit ſous inille aſpects divers ,
Fait rejaillir foudain les plus brillans éclairs .
Notre eſprit enchanté , qu'il frappe & qu'il étonne
Aux plus douces erreurs ſe livre & s'abandonne.
AVRIL. II. Vol. 1774. 7
Vois l'homme de Génie inſpiré par les Cieux ;
La fureur qui l'embraſe éclate dans ſes yeux.
Quel air terrible ! il ſemble être armé du tonnerre ;
Les traits qu'il va lancer vont effrayer la terre
Il veut tout aſſervir , tout foumettre à ſes loix :
Les mortels entraînés frémiſſent à ſa voix.
D'un coup d'oeil embraſfant les fiecles & les ages ,
De l'avenir encore il perce les nuages ;
Raſſemble dans un point tous les êtres divers ,
Et de ſes fiers regards meſure l'Univers .
Mais que va - t - il créer , ce Roi de la Nature ?
Il oſe l'aſſervir au joug de l'impoſture.
A l'inſtant du délire , il trace ſes tableaux ,
Et leur fait reſpirer le feu de ſes pinceaux ,
Il va peindre des mers la maſſe mugiſſante ,
Sur l'empire des eaux la tempête éclatante ;
Et Neptune en courroux , vainqueur du Dieu du jour .
De ſes flots menaçant le célelte ſéjour ;
Là les Tyrans des airs , qui , pouſſant les nuages .
Dans leurs flancs déchirés font tonner les orages ,
La fourdre qui ſerpente , & répand la terreur ;
Et le Globe ébranlé , dans ces moments d'horreur.
Ici plus vivement ſes touches enflammées
Expriment les combats & le choc des armées ,
Les glaives des Guerriers brillans de toutes parts ,
Les fureurs, le fracas de Bellonne & de Mars,
A 4
MERCURE DE FRANCE.
Dans fa marche incertaine , il s'éleve au ſublime .
Et ſe laiſſe emporter par l'inftinct qui l'anime.
Le Paysage change : il prend un ton nouveau :
L'aimable Fiction lui remet ſon pinceau ,
Et fes crayons , guidés d'une main plus légere ,
Eſquiffent des ſujets qu'il invente pour plaire.
11 leur prête à ſon gré les plus vives couleurs :
Sa Muſe n'aime plus qu'à répandre des fleurs,
Il offre à nos regards le palais de l'Aurore ,
Le temple de Vénus & le jardin de Flore ,
Ou le char du Soleil , ce Dieu de l'Univers ,
Qui , poufant ſes Courſiers ſur la voûte des airs ,
Diſpenſe dans ſa gloire & la flamme & la vie,
Il peint tous les tréſors de la Terre embellie ,
La Nature naiſſante au ſouffle du Zéphir ,
Les filles du Printems qui vont s'épanouir ,
Et l'eſſaim des Plaiſirs , fur de charmantes rives ,
Invitant les Sylvains , les Nymphes fugitives.
Il montre le bonheur au sein d'heureux lejours
Habités par les Ris , les Graces , les Amours .
1
Peintre des paſſions qu'il loue ou qu'il condamne ,
Il devient tour - à - tour Michel - Ange ou l'Albane.
En plongeant un oeil für dans l'abyme du coeur ,
Pénétrant ſes replis , fondant ſa profondeur ,
Il voit des chocs affreux , des combats , des orages ,
Dans cet autre Océan , entraîner leurs ravages,
!
1
AVRIL II. Vol. 1774.
1
Des mêmes paffions il ſe remplit alors :
Il brûle de leurs feux , il reſſent leurs tranſports.
Des Etres qu'il anime il prend le caractere ,
Frémit ; en trait de flamme il dépeint la colere.
Le coeur plein de regrets , l'oeil humide de pleurs ,
Des amans malheureux il trace les douleurs .
Par la valeur guidé , ſur le char de la Gloire
Il conduit un Héros qui vole à la victoire :
Graces , vous l'inſpirez ; dans le plus heureux jour ,
Il décrit vos attraits & les feux de l'Amour.
Veut - il nous pénétrer des plus fortes images ,
Il brûle , & , de la terre abandonnant les plages ,
Semblable à Prométhée , il vole dans les cieux ,
Ravir le feu ſacré dans le palais des Dieux .
L'enthouſiaſme alors le preſſe & le domine ,
Et tous les traits brûlans de ſa fureur divine , !
Portent l'émotion le trouble dans nos fens ,
Et rempliffent nos coeurs de fes grands fentimens.
Aux fublimes objets ſouvent l'ame élancée
Puiſſe - t - il , en ſuivant le vol de ſa penſée ,
Dans ſon expreſſion , au gré de ſes ardeurs ,
A ces Etres donner la vie & les couleurs !
Dans fes deſſins reſpire une heureuſe magic.
Quels grouppes variés ! que d'ame & d'énergie !
A 5
1
19
MERCURE DE FRANCE.
Tout frappe , tout enchante en ſes portraits divers ,
Et ſa touche divine embellit l'Univers .
On le voit réunir les teintes les plus fombres ,
S'il veut nous entraîner dans l'empire des ombres ;
Mais loin des triſtes bords , revolant juſqu'aux cieux ,
Il verſe le nectar dans la coupe des Dieux.
Un merveilleux touchant , de brillantes images ,
Un coloris flatteur animent fes ouvrages .
Il aime à varier le ton de ſes accens ,
A former des accords enchanteurs ou puiſſans.
Tantôt , pour donner l'ètre à d'aimables chimeres ,
Quittant de forts pinceaux pour des touches légeres.
Tantôt c'eſt l'aigle altiere , au vol audacieux ,
Qui fend les champs de l'air & plane dans les cieux.
Il nous plaît, il nous frappe , & le Dieu qui l'inſpire
Lui remet à ſon choix la trompette ou la lyre.
De fon coeur enfilammé partent ces traits divins ,
Qui charment leurs eſprits , éclairent les humains,
Dans une longue nuit , près du berceau du monde,
Erra de nos aïeux la troupe vagabonde :
Et dans ces temps obfcurs , le Génie inventeur
N'exerçoit point encor ſon inſtinct créateur,
Enfin , graces aux Dieux, ſa clarté vive & pure
Perça le voile épais qui couvroit la Nature,
AVRIL. II. Vol. 1774. II
Il lui donna la vie au feu de ſes regards ;
En Souverain du monde y fit régner les Arts ,
Détrôna l'ignorance , & vint prendre ſa place.
Apollon defcendit ſur les bords du Parnaſſe ;
Aux accords de ſa lyre attira les neuf Soeurs :
L'Olympe fut ſenſible aux concerts de leurs choeurs,
Les Mortels envioient les honneurs du Permeſſe,
On admira d'abord les Chantres de la Grece.
Quand Homere parut , égal au Dieu des vers ,
Ses fublimes accens remplirent l'Univers..
Les peuples étonnés publierent fa gloire :
Il tient le ſceptre encore au Temple de Mémoire,
:
Rome enfin triomphante affermit ſa grandeur :
Mais ce fut aux beaux arts qu'elle dut ſa ſplendeur,
Plus doux , plus gracieux , plus élégant , Virgile
Porta ſon vol moins haut que le chantre d'Achille,
L'un ſembloit un torrent : l'autre , paré de fleurs ,
Imitoit dans leurs cours les ruiſſeaux enchanteurs .
Sur les rives du Tibre , Ovide fit entendre
D'un luth voluptueux le ſon flatteur & tendre.
Harmonieux poëte & peintre ingénieux ,
Horace célébra les Belles & les Dieux .
L'immortel Cicéron , rival de Démosthene ,
Dans Rome rappela l'éloquence d'Athene.
1
12 MERCURE DE FRANCE,
Chez ces Peuples fameux , le Génie adoré
Parvint dans leurs écrits à fon plus haut degré ;
Mais depuis ces beaux jours , depuis ces temps célebres,
Il ſembloit replongé dans d'épailles tenebres .
Nos Peres ignorans méconnoiffoient fon prix ;
Et les talens reſtoient en butte à leurs mépris .
Enfin Lours , des Arts entrouvrant la carriere ,
Fit rejaillir fur eux l'éclat de ſa lumiere.
Les Muſes , qu'enchantoient d'auſſi brillans accords ,
Regarderent la France & vinrent ſur ces bords.
Deſpréaux , ſecondé d'une belle cadence ,
Poliſſoit avec goût des vers pleins d'élégance .
Ce grand homme , l'honneur du Théâtre François ,
Corneille , avec moins d'art ; alloit aux grands ſuccès :
Heureux dans ces élans qu'inſpire le Génie ,
De pouvoir dédaigner les loix de l'harmonie.
Le Dieu du ſentiment , Racine ſur les coeurs
Etablit ſon empire ; & Melpomene en pleurs ,
A fa voix , de l'Amour déployant tous les charmes ,
Touchoit & répandoit les plus vives alarmes .
Savant peintre des moeurs , habile en ſes deſſins,
Moliere ſaiſiſſoit les travers des humains .
La Fontaine , inſpiré par la ſeule Nature ,
En badinant , du vrai crayonnoit la peinture.
D'Horace & de Pindare émule harmonieux ,
Rouſſeau pouvoit franchir la barriere des Cieux ,
Et peindre du Très - Haut la majeſté ſupreme :
AVRIL. II. Vol. 1774. I1
Dans des ſujets moins grands il s'égayoit lui - même.
Le tendre Fénelon reſpiroit la douceur.
Boſſuet eut pour lui la force & la grandeur.
Dans ces Auteurs divins , vois ce mortel encore ,
Qui triomphe ſans ceſſe , & que la France adore ,
Qui , ſur le Pinde affis , près du Taſſe & Milton ,
Unit en lui Sophocle , Ovide , Anacreon.
Il entaſſe toujours les lauriers qu'il moiſonne.
Apollon lui ſourit , & toujours le couronne.
Toi qui brûles au nom de ces Chantres fameux ,
Embraſe ton génie aux rayons de leur feux.
Si tu veux remporter les palmes de la gloire ,
Deviens comme eux l'amant des Filles de Mémoire :
Et par eux entraînés vers le ſacré Vallon ,
Qu'ils dirigent tes pas aux ſentiers d'Apollon.
Charmé de tes tranſports , que le Dieu de la lyre
T'inſpire les accès d'un fublime délire !
Plein d'un noble courage , ofant fixer le prix ,
Au Temple des neuf Soeurs vole offrir tes écrits.
Ces arbitres du Goût , les cenſeurs du Parnaſſe ,
Y peuvent approuver tes chants & ton audace.
Don ſuprême des Cieux ! ame des grands Talens I
Par qui l'homme eſt vainqueur des outrages du Temps ,
rayon immortel ! Ô charme de la viel
14 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'égales aux Dieux , o céleste Génie !
Tu fais , de l'Univers balançant les deſtins,
En maftre fubjuguer la foule des humains ;
Mais les Arts enchanteurs , que ta lueur éclaire ,
Pour embellir leurs jours , triomphent ſur la Terre.
しい
Par M. de Vollanges
AVRIL. II. Vol. 1774. 15
LE MUET, Conte dramatique.
ACTEURS.
MERVAIN pere.
Mde MERVAIN.
MERVAIN fils .
EMILIE.
Le Docteur L'APOSEME.
LA ROSE .
V
SCENE PREMIERE.
MERVAIN , Mde MERVAIN.
Mde. MERVAIN.
OILA pourtant huit jours , Monfieur.
MERVAIN. Je le ſais. Oui , voilà le
huitieme jour.
MAD. MERVAIN. Huit grands jours
ſans parler.
MERVAIN. Cela vous paroît monstrueux.
MAD . MERVAIN. Et à vous , Monſieur
?
MERVAIN. Cela me paroît d'une bizarrerie
, d'un entêtement inconcevables.
MAD. MERVAIN. Un entêtement?
Non Monfieur , non : c'eſt une maladie
16 MERCURE DE FRANCE.
affreuſe , ſuite du chargrin que vous lui
avez caufé ...
MERVAIN. Un entêtement , vous disje
, & d'autant plus fingulier , qu'il
vous reſſembloit un peu, qu'il avoit le
défaut de trop parler , & qu'il paſſoit
même pour indiſcret. Et en effet , c'eſt
à ſon indifcrétion que j'ai dû la découverte
de ſa paſſion pour Emilie , pour une
fille dont je hais le pere , & dont je me
fuis bien promis de ne jamais faire ma
belle fille.
MAD. MERVAIN. Vous voilàbien avancé!
vous aurez un fils muet. Un fils
muet! Je ne fais pas ce que je ne préférerois
point à ce malheur ; mais Monſieur
, votre ſang froid ſur cet article me
met hors de moi-même. Vous traitez ceci
comme un accident ordinaire ; il ſemble
qu'on vous diſe que votre fils a la migraine...
il eſt muet Monfieur... muet ...
ce qu'on apelle muet.
MERVAIN. Et vous voulez me rendre
fourd?
MAD . MERVAIN. C'eſt votre coeur
qui l'eſt. Oui vous êtes inſenſible au plus
grand, au plus affreux des malheurs. La
douleur où l'a jeté votre défenſe de parler
à Emilie , & fur- tout d'eſpérer jamais
de
AVRIL. II. Vol. 1774. 17
de l'épouſer', a' fait ſans doute une ré
volution ſubite d'humeurs , qui aura frappé
ſa langue de paralyfie. Voyez donc ce
qu'il y a à faire là- deſſus... J'ai fait venir
chaque jour ſes meilleurs amis , mais il
n'y en a pas qui lui ait arraché un mot...
Si ce n'étoit que pour vous qu'il ſe tût ,
je'n'en ſerois pas ſurpriſe: votre dureté ,
votre avarice lui ont ſouvent fermé la
bouche; mais c'eſt pour moi-même , c'eſt
pour tout le monde... N'ya - t'il donc
point de remede à cela ? & ſerai - je la
plus infortunée des meres ?
MERVAIN. Si vous imaginez , ma femme,
que ce ſoit une maladie , faites le voir à
notre voiſin le docteur , à M. L'apoſeme.
J'y confens , mais je ne ſais ſi la Faculté
a des remedes pour cela. LeDocteur vous
dira bien , en voyant que votre fils ne
parle point , qu'il eſt muet; c'eſt - à- dire
qu'il en faura autant que le Sganarelle
de Moliere ; mais pour le faire parler ,
c'eſtuneautre affaire. Ecoutez , ma femme:
vous ſavez que les grandes querelles de
votre fils &de moi tomboient toujours fur
l'argent , dont je n'étois jamais aſſez prodigue
envers lui: eh bien , ... envoyez-le
moi , ma femme , je vous en prie.
MAD. MERVAIN. Ne lui parlez pas
d'Emilie ; vous aggraveriez fon mal.
B
18 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN. Soit: je n'en parlerai pas.
MAD. MERVAIN. Ah , mon ami ! s'il
dit un mot, faites moi appeller ſur le
champ , que je jouiſſe du plaiſir de l'en- |
tendre.
MERVAIN. Je n'y manquerai pas.
MAD. MERVAIN. De grace , de la
douceur avec lui , & rendez - moi mon
fils , ſi vous le pouvez.
MERVAIN. Eh allez , vous dis - je ; je
l'attends. ( Elle fort. )
:
SCENE II .
MERVAIN.
:
MERVAIN. Que diantre imaginer fur
tout ceci ? Une révolution d'humeurs ,
.....une paralyfie.... cela eſt incroya
ble... mais huit jours fans avoir proféré
une ſeule parole , ... avec ſa mere qui
le gâte , avec ſes meilleurs amis... avec
fon valet , avec moi ... un étourdi , un
cauſeur éternel comme ſa mere ... cela
me paſſe , mais je le vois.
SCENE III .
MERVAIN pere , MERVAIN fils.
MERVAIN pere.
Eh bien , mon ami , qu'eſt-ce ? veux - tu
:
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 19
toujours déſeſpérer ta mere & moi , par
un filence opiniâtre ?
Mervain f. falue fon pere , le regarde ,
&se taît.
MERVAIN P. Monfils ! tu m'effraies..
Mervain f. prend la main defon pere ,
& la ferre avec tendreſſe.
MERVAIN p. , quoi , tu ne nous dira
rien?
1
Mervain f. , fait figne qu'il ne le peut
pas.
MERVAIN p. C'eſt une choſe affreuſe.
Mais mon fils , écoute moi: je fais que
tu m'as boudé quelquefois de l'épargne que
je mettois à ta dépenſe ; tu m'as pris pour
un avare , & je n'étois qu'un pere attentif
à ne pas donner trop d'alimens àdes
goûts toujours dangereux à ton âge....
Tiens , veux- tu que je te donne une preuve
que de ma part ce n'eſt point un vil
attachement à l'argent ? ... Vois-tu cette
bourſe : il y a 25 beaux louis d'or dedans.
Les veux - tu ?
Mervain f. fait figne qu'oui , & tend les
mains
MERVAIN p. Tu entends bien que je
mets une condition à cela &que je
compte fur ta reconnoiſſance.
19
Mervain f. peint la reconnoiſſance qu'il
en aura. B2
20 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN p. Tu acceptes donc le mar
ché ? Tiens , les voilà; ils font à toi.
Mervainf. demande parſigne , s'ils font
bien à lui.
MERVAIN P. Oui , oui .... je te les
donne.
Mervain f. exige toujours en pantomime ,
que fon pere en jure.
MERVAIN P. Oui , foi de pere.
Mervain f. embraſſe ſon pere , & fe
Sauve avec la bourse.
SCENE IV.
MERVAIN pere.
MERVAIN , Mervain... il fuit à toutes
jambes. Oh ! parbleu , ce n'eſt pas là mon
compte; pas un mot de remerciement ,
& j'en ſuis pour 25 louis ? ... Laroſe ,
Laroſe !
SCENE V.
MERVAIN pere , LA ROSE .
LAROSE. Que vous plaît il , Monfieur ?
MERVAIN P. As-tu vu paſſer mon fils ?
LAROSE . Oui Monfieur , fort vîte &
fort gaiement. Qu'a - t - il done ? Il y a
huit jours qu'il n'a eu l'air auſſi ouvert.
MERVAIN p. J'ai voulu le faire parler
AVRIL. II. Vol. 1774. 21
en lui offrant de l'argent; il n'a pas dit
un mot , & s'eſt enfui avec ma bourſe.
LAROSE. C'eſt qu'il n'eſt pas manchot.
MERVAIN. Je le vois bien; mais dismoi
: penſes - tu comme ma femme , qu'il
eſt véritablement , abſolument muet?
LAROSE. Ce qu'il y a de certain Monſieur
, c'eſt qu'il n'a pas prononcé une
ſyllabe de toute la ſemaine. Mais c'eſt
plaiſant : vous avez fait une tentative de
votre côté ; & moi du mien , j'en voulois
faire une ; mais votre peu de ſuccès
m'épouvante.
MERVAIN p. De quoi étoit- il queſtion?
LAROSE. Vous vouliez le prendre par
l'argent ,& ce n'étoit pas mal imaginé de
votre part ; mais moi je connois un autre
foible , & je voulois en profiter. Monſieur
, Monfieur , je l'apperçois : ah ! de
grace , laiſſez - moi avec lui.
MERVAIN P. Allons: fais ce que tu
voudras ; je me retire; mais dis lui queje
ne prétends pas qu'il garde mon argent
pour rien. (Il fort.)
SCENE VI.
MERVAIN fils , LA ROSE.
LAROSE , Le voilà qui vient à moi :
B3
22 MERCURE DE FRANCE.
bon. Nous verrons ſi je ne lui ferai pas
prononcer quelques-uns de ces jolis mots
dont il m'honoroit dans ſa colere.
Mervain fait figne à Laroſe , qu'il veut
changer d'habit , & qu'il en veut un
brodé.
LAROSE. Monfieur , je n'entends pas
Autre pantomime de Mervain , pour fe
faire comprendre.
LAROSE . Ah , oui , oui , je comprends....
j'y vais .
Mervain se promene fans mot dire , fe
met le doigt fur la bouche , &semble se recommander
le filence.
LAROSE , ( apportant un habit noir )
Le voilà , Monfieur.
Mervain les yeux enflammés , le prend
à la gorge , & lui explique de nouveau par
fignes ce qu'il demande : Larofe fort : autre
pantomime.
LAROSE. Que ne le diſiez - vous plus
clairement ? La voilà , votre robe de
chambre .
Mervain frappe du pied.
LAROSE. Bon: voilà la machine en
mouvement ; il accouchera peut - être.
Nouvelle explication par fignes , de ce
que Mervain demande. Larose fort , &
Mervain pendant ce tems - là , cherche des
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 23
yeux dans la chambre , apperçoit une baguette
& la met près de lui .
LAROSE (apportant l'habit brode , ) ah !
pour le coup , m'y voilà , je crois.
Mervain fait figne qu'il a bien fait cette
fois de ne passe tromper. Ilse fait mettre
cet habit : Larose fait mille gaucheries , &
dit à part :
Quel diable d'homme ! Comment ! il
ne me dira pas une injure , lui qui en a
le recueil le plus complet?
Mervain faitfigne qu'il veut écrire : nouvelles
gaucheries affectées de Larose , même
filence de la part du maître qui écrit enfin.
LAROSE. A propos , Monfieur , je viens
de quitter Monfieur votre pere , qui eſt
très-fâché du petit tour que vous lui avez
fait. Il comptoit fur vos remerciemens :
25 louis valoient bien un petit mot ; on
feroit un difcours académique à moins de
cela.
Mervain fait figne à Laroſe de ſe taire.
LAROSE. Oh ! Monfieur , cela ne m'eſt
pas ſi aiſé qu'à vous.
Autre figne de ſe taire.
LAROSE . Parbleu , ſi tout le monde ſe
taſt ici comme vous , cela fera une maiſon
fort gaie. Je ne veux pas oublier ce
que je fais ; il faut que je parle.
B 4
24 MERCURE DE FRANCE.
Mervain fait figne à Larose de cacheter
Sa lettre.
LAROSE (à part.) Ah ! bon: nous verrons
s'il tiendra à celui-ci.
Larose brûle la lettre en la cachetant.
Mervain prend le bâton , le roffe & s'en va.
LAROSE (criant.) Peſte ſoit du brutal :
encore s'il avoit aſſaiſonné cela de quelques
paroles ! mais point.
SCENE VII.
MERVAIN pere , LA ROSE.
MERVAIN pere.
Eh bien , es- tu venu à bout de le faire
parler?
LAROSE. Non , de par tous les diables ,
il n'y a point de mauvais tour que je ne
lui aie fait , & au lieu de me tenir de ces
diſcours cavaliers qui lui étoient ordinaires
, il a pris en filence le bâton que vous
voyez , & m'a roué de coups.
MERVAIN p. C'eſt qu'il n'eſt pas manchot
, comme tu diſois. Et mon argent ,
lui en as- tu parlé ?
LAROSE. Point de réponſe Monfieur :
oh ! il eſt muet comme tous les muets du
férail.
MERVAIN P. Comment : eſt-ce que ma
AVRIL. II. Vol. 1774.
femme auroit raiſon ? & qu'une paralyfie
ſubite tombée ſur ſa langue?
LAROSE , Oh oui , Monfieur : c'eſt cela
, à coup sûr ; mais la paralyfie n'a point
gagné le bras , je vous aſſure.
MERVAIN p. Vois qui eſt-ce qui frappe...
Il faut que je fois bien malheureux !
Je n'ai qu'un fils , & je ne pourrai me
voir revivre dans ſes enfans , car perſonne
n'en voudra en cet état-là.
LAROSE. Monfieur , c'eſt un de vos
voiſins ; c'eſt M. L'Apoſeme qui vient ,
dit- il , de la part de Madame.
MERVAIN p. Faites entrer.
SCENE VIII.
M. L'APOSEME , M. MERVAIN pere ,
LA ROSE.
M. L'APOSEME. Monfieur , Madame Mervain
m'a fait l'honneur de paſſer chez moi,
pour me dire de venir voir M. votre fil,s
qui tout à coup eſt devenu muet , à ce
qu'elle dit.
MERVAIN p. Ne vous a-t'elle pas conté
auſſi ? ....
L'APOSEME. Oui Monfieur , que c'étoit
l'effet d'un violent chagrin. A
B5
26 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN p. Eh ! croyez - vous cela
poſſible ?
L'APOSEME . Comment , poſſible ? Et n'avez-
vous pas oui dire cent fois que les
grandes paffions font muettes ?
MERVAIN p. Oui , pour un moment ;
mais huit jours , Monfieur.
L'APOSEME. Il faut voir le ſujet , Monſieur
, il faut le voir : à la ſeule inſpection
, je vais vous dire ce qui en eſt.
MERVAIN p. Laroſe , fais venir mon
fils.
LAROSE. Oui , Monfieur. (Il fort.)
SCENE IX.
M. MERVAIN pere , M. L'APOSEME .
MERVAIN P. Et ſuppoſé qu'il ſoit
muet , la Médecine a-t- elle des ſecrets ?...
L'APOSEME ( vivement). Si elle en a ?
Voilà un doute bien ſingulier ! Eſt-il un
mal , un dérangement phyſique quelconque
, devant lequel la Médecine s'arrête?
MERVAIN p. Je fais que c'eſt l'opinion
de vos Confreres; mais....
L'APOSEME. Monfieur , les plaifanteries
fur mon art font un peu uſées , Dieu
AVRIL. II. Vol. 1774 27
merci , & la confiance que nous avons
droit d'exiger , ne ſe ridiculiſe plus en
- plein Théâtre , prenez y garde.
MERVAIN. Tout comme il vous plaira
, pourvu que vous faſſiez parler mon
fils.
L'APOSEME. Si je le ferai parler ! oh ,
je vous en réponds , quand il n'auroit
parlé de ſa vie...
MERVAIN P. Le voici ...
SCENE X.
MERVAIN fils & les mêmes.
L'APOSEME . Oh qu'il a bien les yeux
d'un muet !
MERVAIN P. Comment est-ce que vous
voyez cela dans les yeux ?
L'APOSEME . Une fonction interrompue
altere toutes les autres : ne vous ai-je pas
dit que la premiere inſpection ?..
LAROSE. Oh oui , c'eſt vrai au moins
il ne regarde pas comme un autre : ce
que c'eſt que la Médecine , pour ouvrir
l'eſprit ! je n'avois rien vu de cela.
MERVAIN P. Mon fils , voilà un habile
homme qui vient examiner votre état , &
y apporter du remede. ٥٠١
Mervain fait figne que le Docteur n'y fera
rien .
28 MERCURE DE FRANCE.
1
:
L'APOSEME. Tout beau , tout beau !
jeune homme , eſt-ce que vous êtes auſſi
un peu incrédule en médecine ?
Mervain fait figne que oui.
L'APOSEME. Tant pis , Monfieur , tant
pis ; l'on vous guérira auſſi de cette maladie
- là . Voyons le bras... Eh donnez
donc, & ne faites pas l'enfant... (il tâte
le pouls.) La pulſation du mutiſme.... oui,
le vrai pouls d'un muet.
MERVAIN P. Comment le pouls...
L'APOSEME. Tout s'y peint , tout s'y
meſure , pour qui ſait y voir & y entendre
: vous n'avez donc pas vu ma theſe
fur le pouls?... Il n'y a pas un Docteur
Indien qui en ſache plus long que moi làdeſſus...
mais il faut que je conſidere un
peu la langue du malade.
Mervain fils refuse.
L'APOSEME. Il le faut , jeune homme ,
il le faut ... 1
MERVAINP. Ah! mon fils , je t'en
conjure.
L'APOSEME. Eh non , mon voiſin ; il
n'y a qu'à le faire attacher.
Mervain fils veut fuir ; le Docteur le retient.
Doucement , s'il vous plaît. Oh ,
vous me montrerez la langue , ou vous
direz pourquoi.
AVRIL. II. Vol. 1774. 29
• LAROSE. S'il eſt muet , comment vou
lez-vous qu'il vous le diſe?
L'APOSEME (à Larose). Vous avez raifon
, mon ami. Ce Valet a de la justeffe
LAROSE. Monfieur , vous êtes bien
bon.
L'APOSEME. Allons , beau muet , ne vous
faites point tirailler , & faites les choſes
de bonne amitié.
LAROSE. Pardi , je tirerois fort bien la
langue à M. le Docteur.
Mervain fils..... rit , & montre fa
langue.
L'APOSEME. Belle & brillante pour des
yeux ignorans ; mais inflammatoire , engorgée
pour les miens.... voilà qui eſt
clair... & j'ai juſtement ici ſur moi une
lancette propre à faire une petite inciſion
dans cette langue pareſſeuſe.
Mervain s'échappe & s'enfuit.
LAROSE. Oh , notre jeune maître n'aime
pas la ſaignée; je le ſavois bien.
L'APOSEME. Monfieur , Monfieur ,
voilà une conduite bien légere; c'eſt une
rebellion en forme à la médecine : on
n'en agit pas ainſi avec un homme tel
que moi. Que diable , je vous dis de faire
attacher cet homme là , & vous n'en fai-
1
30
MERCURE DE FRANCE.
tes rien & yous mm'expoſez à cet affront!
MERVAIN P. Monfieur , on lui fera
entendre raiſon.
L'APOSEME. La paralyſie a attaqué une
partie du cerveau , auſſi bien que la langue.
Adieu , Monfieur ;diſpoſez votre ma
lade, & rendez - le plus docile , fi vous
voulez que je le revoie. Votre fils eſt
muet, & c'eſt à moi de le guérir.
SCENE XI.
で
MERVAIN pere , LA ROSE.
LAROSE.Le Docteur s'en va mécontent;
car vous avez oublié la petite cérémonie
de le payer.
MERVAIN p. Ah tu as raiſon; mais il
reviendra. Voilà mon fils décidé muet :
cependant , que je ſuis malheureux ! Il
falloit qu'il aimât prodigieuſement cette
Emilie que je lui ai défendu de voir !
LAROSE. Voici Madame!
SCENE XII.
Mde MERVAIN , les précédens.
MAD. MERVAIN. Je viens de rencontrer
le Docteur. Eh bien , que vous avoisAVRIL.
II. Vol 1774. 31
je dit ? Mervain eſt muet inconteſtablement.
MERVAIN p. Je leſais bien, j'en ſuis déſeſpéré,
car nous ne pourrons pluslemarier.
MAD. MERVAIN. Ce feroit le comble
de l'infortune , ſi je ne m'étois pas conduite
comme je l'ai fait. J'ai été voir cette
Emilie que vous refuſiez à mon fils. Gra-
-ces, eſprit , beauté , talens , c'eſt un prodige,
& je ferois étonnée que Mervain
ne l'adorât pas dès qu'il l'a connue. J'ai
fait plus: j'ai voulu voir ſon pere ; vous
le croyez de vos ennemis , iln'en eſt rien ;
vous en avez cru de mauvaiſes langues ,
à ce qu'il m'a dit ,&je l'ai trouvé toutdispoſé
à faire tout pour vous.
MERVAIN P. Comment ! Il défavoue...
MAD . MERVAIN . Tout. Laiſſez - moi
achever. Je ſuis revenue à ſa fille , je lui
ai conté notre infortune , elle y a été
ſenſible ; & , ſi vous le voulez , elle épouſe
votre fils .
LAROSE. Quoi ! tel qu'il eſt? malgré
toutes les paralyfies poſſibles ? Voilà une
bien honnête perſonne,
MAD. MERVAIN. Décidez - vous , mon
mari... Et que ſavez-vous , fi en lui accordant
ce que vous lui aviez défendu
d'eſpérer , vous ne lui cauferezpasuneré32
MERCURE DE FRANCE.
:
1
volution contraire à celle qui lui a ôté
la parole ?
MERVAIN. P. Oui vous avez raiſon : cela
eſt très poſſible. Je vous avoue de tout ,
ma femme ; mais où avez - vous laiſſé Emilie.
2
MAD. MERVAIN. Elle est ici dans la
chambre voiſine.
MERVAIN. p. Tant mieux ; m'y voilà réfolu:
allons , je ſacrifie mon petit reſſentiment
au bonheur de mon fils , au vôtre ,
au mien , je conſens à tout. Laroſe , allez
faire deſcendre mon fils : dites-lui qu'il
n'eſt pas queſtion de Médecin. (Larofe
fort.)Pour vous , ma femme , laiſſez moi
un moment eſſayer ſi la bonne nouvelle
que je vais lui donner , fera quelque effet.
MAD. MERVAIN. Vous ne voulez pas
que j'en ſois témoin ?
MERVAIN P. Je vous appellerai avec
Emilie quand il ſera temps. Le voici ,
rentrez vîte...
SCENE ΧΙΙΙ.
J
:
MERVAIN pere , MERVAIN fils.
MERVAIN p. Baſſurez- vous , mon fils :
il n'eſt pas queſtion du Docteur l'Apoſeme
, ni d'inciſion ; ... au contraire , je
vais
AVRIL. II. Vol. 1774. 33
1
vais vous apprendre une bonne nouvelle;..
ah! cela vous émeut... eh bien , vous ne
devinez pas ?
Mervain fils fait figne que non.
MERVAIN pere. Il eſt pourtant question
d'Emilie.
L'agitation de Mervainf. est encore pluš
grande.
Oui , d'Emilie... que je ne connoiſſois
point , mais que je trouve charmante
comme vous .
Mervain f. prend les mains deſon pere ,
& les baise.
Demandez - moi - la en mariage , & je
vous la donne.
Mervain f. ouvre 10 fois la bouche , la
referme auſſi- tôt , & fait figne à son pere
qu'il ne peut la lui demander.
Il faut donc y renoncer ; car aſſurément
, une fille comme elle ne s'aſſociera
pas à un muet.
Mervain se jette aux pieds de fon pere.
Pauvre malheureux ! ah, mon coeur ſe dé
chire. C'en eſt fait, je n'ai plus d'eſpérance.
Venez ma femme , venez : dans notre
malheur , nous ſommes trop heureux
qu'Emilie ſe condamne à le partager.
C
34 MERCURE DE FRANCE
SCENE XIV.
Les mêmes , EMILIE , Mde MERVAIN.
MERVAIN p. Rien ne peut réparer ſa
perte , (à Emilie,) puiſque l'offre que
je lui ai faite , de vous accorder à ſa
demande , n'a pu lui arracher un feul
mot.
Etonnement de Mervainf. en voyant Emilie
; il tombe aux pieds defa mere.
1
MAD. MERVAIN. Triſte infortuné ! tu
vas du moins jouir del'objet de tes voeux ;
oui , mon fils , Emilie conſent à s'unir
avec toi. Que ne lui devras - tu point
ainſi que nous ?
EMILIE. Ah Madame ! ſi vous faviez
ce que cet himen ade charmes pour moi!
(à Mervain p.) Mais Monfieur , c'eſt de
votre main , que je veux tenir celle de
votre fils .
MERVAIN p. Volontiers , belle Emilie.
Il met la main de fon fils dans celle d'Emilie.
Soyez heureuſe , & comptez fur le
pere le plus tendre & le plus reconnoisfant.
EMILIE. Mon bonheur eſt ſûr & le
vôtre auſſi , Monfieur , & le vôtre , mere
charmante d'un fils à qui je vais ordonner
de ſécher vos larmes. Oui , Mervain,
AVRIL II. Vol. 1774. 35
oui , je fuis fatisfaite, our , vous méritez
mon coeur ; oui , vous ſavez aimer...
parlez.
MERVAIN f. (avec transport.) Ah mon
pere! Oh mere adorable ! oh divine Emilie!
vous le ſavez , ſi je ſais me foumettre
& vous obéir.
LAROSE , miracle !
MAD . MERVAIN. Oh mon fils ! ohmoment
délicieux ! Je reſpire à peine.
MERVAIN P. Ma fille ! un peu trop
d'art peut- être....
EMILIE. Vous vous trompez,Monfieur;
ce n'eſt point cedénouement heureux que
j'avois enviſagé , en exigeant de votre
fils qu'il ne parlat que lorſqu'il en recevroit
l'ordre de moi. Je voulois éprouver
fon amour , & fur-tout m'aſſurer qu'il fau
voit ſe taire , & dompter un penchant
que je lui ſoupçonnois à l'indifcrétion.
Le ſuccès a paſſé mon attente...
MERVAIN f. Il a comblé la mienne ,
Emilie: je ſuis à vous , & j'y fuis pour
la vie; je n'ai point trop acheté le plus
grand des bonheurs. Mais laiſſez-moi parler
déſormais , pour vous dire fansceſſe
combien je vous adore.
Ca
36 MERCURE DE FRANCE.
MON
EPITRE.
à M. le Chevalier Bonnard.
LON jeune ami ! je ne viens point t'inſtruire
En l'art des vers , où dès le premier pas
Avec tranſport ta Muſe ſe fit lire .
Sous l'étendard de ce Dieu qui t'inſpire
Je ſuis au plus au nombre des ſoldats ;
La Gloire veut qu'on l'aime avec délire ,
Je ſoupirai , mais je ne brûlai pas.
J'avois gardé tous mes feux pour Thémire.
Mais toi , l'amant de la Divinité
A double titre , & l'amant bien traité ,
Remplis ton coeur de flammes pour la belle
Conſume toi , fur-tout fois lui fidele;
Que tour à-tour ſa main , d'un beau laurier
Ceigne le front du Chantre & du Guerrier.
A Maillebois ton deſtin fut de plaire ;
C'eſt un préſage heureux pour tes travaux ,
De nos foldats ſa voix fait des héros ;
Tu le verras quelque jour à la guerre ,
Près de Condé n'avoir plus de rivaux ,
Tu marcheras , ami , ſous leurs drapeaux :
En les ſuivant que ne peux-tu pas faire ?
2
AVRIL. II. Vol. 1774. 37
Sur l'autre point , je te ſais des amis
Qu'en ſes projets Apollon t'a choiſis ..
Et ce Bertin dont la joyeuſe ſeve
Décrit fi bien les bachiques concerts ;
Et ce Dorat qui , chaque jour , s'élève , :
Et qui fervit de modele à tes vers.
Toujours féconde en hommes de génie,
Du ſeul Buffon notre heureuſe patrie
Peut ſe vanter ; Buffon en vaut plus d'un ;
Il les vaut tous ; mais de la poéle bion
Le luth ſe tait ; rends lui ton harmonie :
Il eſt à toi , s'il doit être à quelqu'un.
Ce luth ſacré perdit ſa mélodie.
Au même inſtant qui nous ravit Piron,.
Et fous ſesdoigts rendit le dernier fons
2
છે ? ????
ف
Si tu le prends , Melpomene ou Thalie
Viendront bientôt s'offrir à tes regards ;
Mais ſauve toi des modernes écarts
Ton coeur est vrai , fuis fon heureuſe pente,
Et ne vas point , traveſtiſſant nos arts
Prendre une voix fauſſement éloquentest
Te propoſer de factices vertus ,
Des paffions dont l'excès épouvante ;
Et démentant la Nature conſtante
1
!!
7 '"
み
r
ど
Changer ſes tons par un cruel abus .
Il eſt encore un écueil redoutabley
Ecueil funeſte aux beaux efprits du temps
C3
33 MERCURE DE FRANCE.
On te dira qu'il fuffit d'être aimable ;
Qu'un vain ſavoir ne fait que des pédans :
Si tu le crois , tu bornes ta carriere
Au ſeul plaiſir de careſſer tes ſens.
Eh quoi ! toujours avec des verts galans
Payer le coeur d'une Beauté peu fiere
Qui te paroît ſenſible à tes accens ,
Mais qui ſe rend à ta fraîcheur premiere ,
Au doux tribut qu'annonce ton printems ?
Et quand du poids des rapides années
Ton coeur flétri ſentira les effets ;
Quand du matin les fleurs feront fanées ,
De ton midi quels feront les ſuccès ?
Flore à tes yeux , de fon alle légere ,
Careſſera le bouton jeune & frais ;
Tu gémiras : eſt - ce un moyen de plaire ?
Flore te laiſſe à de triſtes regrets.
Ah mon ami ; Racine à ſon aurore
A des Anciens déjà vu les préſors ;
Il les relit , il les médite encore.
३
Il n'a point fait d'inutiles efforts .
Racine laiſſe un nom que l'on adore ,
Lorſque Pradon , écrivain ignorant ,
Des froids rimeurs obtient le dernier rang..
Duffé je ici paſſer pour pédagogue ,
A ce propos écoute un apologue
Court ſi je puis , utile heureſement.
1
T
AVRIL. II. Vol. 1774. 39
On dit qu'un jour l'orgueilleuſe Science
En ſon chemin trouva le Bel - Eſprit.
Fier des ſuccès qu'il eut toujours en France ,
Dit - il un mot , lui - même s'applaudit ;
De cent objets prend la ſuperficie
En un moment , & croit qu'il ſe varie ,
Qu'il eſt profond & fait pour tout charmer.
Il croyoit vrai . Notre Beauté Romaine
Le trouve aimable & finit par l'aimer.
Or voilà donc le petit maître en ſcene;
Comme Français il fait , tendre & coquet ,
Saiſir l'inſtant ; l'aventure lui plaſt
Tant & fi bien que la bonne Lucine
Eſt appelée , & vient à la ſourdine ,
Après neuf mois , faire le dénouement.
Quel fruit heureux d'une union ſi belle !
Lui ſeul pourroit ſe peindre dignement.
Un feu rapide en ſes yeux étincelle ,
Ce qu'en ſon ſein la Nature recelle
N'a rien d'obſcur pour ſon entendement.
Tout ce qu'il peint , il le peint d'après elle.
Ici PAlbane , & , quand il veut , Apelle ;
Il réunit la force à l'agrément :
D'un demi - Dieu c'eſt l'image fidelle.
De ſon front part un céleſte rayon :
Tout garantit la durée éternelle
Qu'auront ſes jours ; le Génie eſt ſon nom.
Cher Chevalier , ma fable te plaft - elle?
C 4
40 MERCURE DE FRANCE.
Au bel Esprit réunis le ſavoir ,
Et tes écrits , ( j'en ai le doux eſpoir )
Seront payés d'une vie immortelle.
Lorſqu'arrivant aux bords de l'Armançon , ( 1 )
Tu reverras l'Emule de Buffon ,
Ce Pline aimable en qui de la ſcience ,
Depuis long -temps tous les tréſors ouverts
N'ont pu ravir ni la male éloquence ,
Ni l'agrément , ni le don des bons vers ,
Guenault enfin , ami für & fidele :
Dans le tranſport qui viendra te ſaiſir ,
Tu t'écrieras : oui , voilà mon modele ,
Et j'avouerai qu'on ne peut mieux choiſfir.
1
ParM. B....
EPITRE ( 2 ) fur la Fontaine de Vaucluse.
AMadame de ** , qui en avoit demande
la description , & qui appelle l'auteur fon
Pétrarque,
JE les ai vus , ces lieux charmans ,
Où d'une languiſſante ivreſſe
(1 ) Riviere qui paſſe à Semur en Auxois.
( 2 ) Cette épitre a été imprimée en province avec
beaucoup de fautes ; l'auteur nous en a envoyé une
copie qui eſt la ſeule qu'il avoue.
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 4
Le plus fidele des amans *
Séchoit aux pieds de fa mattreſſe.
Avec ſes vers ſi langoureux
Ah! qu'il étoit fottement tendre 1
Que j'aime à le voir malheureux !
Il parloit toujours de ſes feux
Et ne ſavoit rien entreprendre.
Car eût-elle le coeur de fer
Cette Laureſi difficile ,
A force enfin de le chauffer
Le fer doit devenir ductile.
Qui ? moi ! que j'aille déſormais ,
La lyre en main , ſuivre vos traces
Et , ſans en obtenir jamais ,
Célébrer ſans ceſſe vos graces ?
Vos yeux pour moi n'ont plus d'appas
S'il n'ont jamais rien à me dire .
Que me fait votre fin fourire
Quand vous ne me ſouriez pas ?
Votre bouche eſt plus fraiche encore
Et plus vermeille qu'une fleur
A l'inſtant qu'elle vient d'éclore.
Mais cet éclat , cette frafcheur...
Ah ! ſous une image infidelle
L'art bien ſouvent peut ſe cacher.
:
•Pétrarque eut toujours à eſſuyer les rigueurs de la
ueuſe Demoiselle , à ce que
etrarque
belle Laure, qui fut une vertueuſe
ditl'hiſtoire.
C5
42 MERCURE DE FRANCE.
Puis-je la croire naturelle
Tant qu'on me défend d'y toucher ?
Par-tout on vous trouve divine.
Vit-on de figure plus fine ?
Oui , Vénus étoit faite ainti.
Mais , hélas ! en revanche sulli ,
A-t-on va d'humeur plus chagrine ?
Vous boudez lorſque je badine.
Vous riez quand j'ai cu fouci.
Je vais là; venez donc ici .
Par fois avec vous je promene;
Si je marche légérement.
Mais , vous allez à perdre haleine.
Je vais alors plus doucement.
Mais , Monfieur , faut- il qu'on vous traine ?
Ce livre est écrit joliment.
Mais il eſt horrible , aſſommant ;
Il vous a donné la migraine.
Oh le caractere charmant !
Ame contrarier ſans ceſſe
Vous mettez vos ſoins les plus doux,
Et vous ſeule auriez ma tendreſſe !
Hortence ! Hortence , y penſez-vous ?
L'Amour de fleches moins cruelles
Aujourd'hui remplit ſon carquois ,
On ne voit plus comme autrefois
Les amans , triſtement fideles ,
Aller des rigueurs de leurs belles
Etourdir les échos des bois.
AVRIL. II. Vol. 1774. 48
Mais un poëte , aimable Hortence .
Volant à l'immortalité ,
D'un trait dont ſa Muſe s'élance ,
Pouſſe le char de la Beauté.
Quelle gloire feroit la vôtre
Si dans les ſiecles à venir
On s'entretenoit du plaifir
Que vous aurez fait dans le notre i
Vous le pouvez , & ſeulement ,
Commencez d'être moins cruelle....
Enfin eſt- il rien qu'une Belle
Doive payer plus chérement
Que le plaiſir d'être immortelle ?
Mais c'eſt aſſez papilloner.
Prends tes pinceaux , volage Muſe ,
Et fur les rives de Vaucluſe
Vole pour nous les crayonner.
Au ſein d'une fertile plaine
Lifle voit des monts ſourcilleux •
S'étendre , & , repliant leur chatne ,
Former un vallon ténébreux :
Là , des flancs d'une grotte obfcure ,
Roulant ſur des rochers affreux ,
Une ſource abondante & pure
Lifle,petite ville du Comtat , à une lieue de Vaucluuſfee,,
Ses dehors font ſi agréables , qu'on croit y voir
réaliſées toutes les fictions des Poëtes ſur les beautés de
la Nature.
MERCURE DE FRANCE
Fait bondir ſes flots écumeux ,
Avec un effrayant murmure.
On croiroit qu'au féjour des morts
Brifant l'urne qui le refferre
ட்
Par les entrailles de la terre *
1
Le S'yx arrive fur ces bords.
Déjà fous deux arches antiques
Le cours impétueux de l'eau
Se brife , & d'un petit hameau
Mouille en grondant les murs gothiques ;
)
Puis dans de fouterrains canaux
Tournant un cylindre rapide :
:
Avec des coups toujours égaux ,
D'un affreux amas de lambeaux
Forme une matiere liquide. X
L'habitant de ces triſtes lieux
Vit dans l'obſcurité profonde ;
Sans lancer un rayon fur eux
Le ſoleil fait le tour du monde.
Non loin ſe préſente à nos yeux
Sur un rocher inacceſſible ..
Le débris du château fameux .
De ce Pétrarque ſ ſenſible.
Par un heureux enchantement
1..
:
1
7
t
:
J
•On a toujours tenté inutilement de connoftre la profondeur
de la Fontaine de Vaucluſe ; & elle fort avec
tant d'abondance , qu'elle porte batteau même à fa
Cource.
** La papeterie,
VRIL. II. Vol. 1774. 45
On croit encor voir fon ombre
Chercher fur ce rivage ſombre
L'objet cruel de ſon tourment.
Des forêts l'effrayant ombrage ,
Le repaire le plus ſauvage
Peut ſervir d'aſyle aux amours.
.
T
Dans ces lieux tout nous fait entendre
Que pour un coeur fidele & tendre
Il n'eſt jamais d'affreux ſéjours.
Mais déjà les ondes tranquilles
Peignent les cieux dans leur criſtal ,
Déjà les bateliers agiles
Vont en chantant fur ce canal ;
Puis d'une rame pareſſeuſe
Conduisant leurs petits bateaux
Dans ſa retraite limoneuſe
Vont troubler l'habitant des eaux.
Les plaines que le Nil féconde ,
De Tempé les bords enchantés
Sont l'image de ceux qu'inonde
Le cours de ces flots argentés.
Mais ma Muſe , toujours diſtraite
Par un objet cent fois plus doux ,
Laiſſe là pinceaux & palette
Pour ne s'occuper que de vous.
Par M. d'Hermite de Maillannes
40 MERCURE DE FRANCE.
LA BONNE MERE.
....
COMME il dort bien , mon enfant !
Que fon fouffle eft doux; que fa bouche
eſt fraîche ! Que je m'eſtime heureuſe
de pouvoir dire : il eſt l'enfant de
l'amour conjugal & de la ſanté ! .. Il y en
a qui naiſſent ſouvent auſſi avec le germe
d'un poiſon mortel ... Ah! ſi mon fils ...
j'irois enfevelir ma honte dans les abymes
, &, pour lui épargner à lui - même
les horreurs d'une vie pénible & fouffrante
, je le précipiterois avec moi
La nature eſt tellement dépravée , qu'une
femme peut voir le fruit de ſon infidélité ,
ſans mourir de douleur & de remords !
Ο Moncalm ! ... tu es né comme moi ,
d'une famille où la vertu ſe tranſmet de
race en race : nous la tranſmettrons à
notre fils avec le ſang que nous avons
reçu de nos peres.... Viens , mon ami ,
embraſſons cet enfant qui fait notre bonheur.
...
..
Julie ne ſçavoit pas que Moncalm fût
près d'elle , il avoit tout entendu. Il l'accabla
de careſſes : l'enfant s'éveilla ; il
leur ſourit , ils le prirent dans ſon berAVRIL.
II. Vol. 1774. 47
ceau, le couvrirent de baiſers &delarmes.
Ils éprouverent en ce moment un plaifir
plus délicieux que tous les plaiſirs enſemble;
& ce plaifir, ils le font renaître cent
fois le jour. Rends le moi , Moncalm ,
dit Julie, rends- le moi, que je lui donne
à tetter, qu'il vive de la ſubſtance de fa
mere , qu'en ſuçant mon lait, ſa bouche
innocente porte à mon coeur les plus douces
impreſſions de la tendreſſe.
Moncalm reſta prés de Julie , baiſa ſon
ſein , la regarda... L'Amour voulut peindre
cette ſcene muette; le pinceau lui
tomba des mains.
Madame la Marquise de Grieu.
Catherine de Paulmier de Vendeuvre ,
fille de Monfieur de Paulmier de Vendeuvre
, Brigadier des Armées du Roi ,
mort en 170r ou 1702 , naquit en Normandie
en 1680. Sa beauté , ſes graces
& fon eſprit ont été célébrés par beau
coup de Poëtes fes contemporains. Elle
avoit un talent naturel pour la poéſie. A
l'âge de 18 ans , elle obtint le prix de
l'Académie Françoife par un fonnet à
ja gloire de Louis XIV. Elle a fait dans
MERCURE DE FRANCE.
toutes les occaſions , des vers de ſociété,
où régnoient ſur-tout la préciſion & la
fineſſe, Elle n'a jamais voulu permettre
que ſes petits ouvrages fuſſent donnés au |
Public , & les a preſque tous brûlés . A
l'âge de 88 ans , elle fit ces quatre vers
pour M. le Préſident de Meſnieres.
Simple dans ſes diſcours , fublime en ſes penſées,
Tant qu'il fut magiſtrat , patriote zélé;
Aujourd'hui , par ſon choix , de tous ſoins iſole,
Il jouit des vertus qu'il a tant exercées.
En voici d'autres qu'elle fit quatre ans
après , en envoyant une écritoire à un de
ſes amis.
Comment offrir une écritoire ;
Elle tire de vous ſa gloire.
Si vous daignez vous en ſervir ,
Par elle tracez le modele
Du bon goût dont le ſouvenir
A grand beſoin qu'on le rappelle.
,
Une voix touchante & légere , les charmes
de la figure , une taille élégante
toutes les graces del'eſprit , réunies à celles
de la jeuneſſe , répandirent un grand éclat
fur ſes premieres années .
Elle épouſa M. le Marquis de Grieu à
30
AVRIL. II. Vol. 1774. 49
30 ans paſſés. Des affaires de famille l'appelerent
dans ſes Terres : elle y reſta
long- temps. En 1752 , elle revint à Paris
avec ſon mari. Ilmourut en 1755. Depuis
ce temps , elle a vécu dans la plus
grande retraite , ſéparée de tout & parfai
tement ignorée. C'eſt ſous lenom de Mile
de Vendeuvre , qu'elle a été célébre. M.
l'Abbé de Laporte a parlé d'elle dans fon
hiſtoire des femmes illuſtres. Il la croyoit
morte alors. Il dit que les Auteurs de fon
temps l'ont nommée une Grace pour la figure,
une Syrene pour la voix , une Muſe pour
l'eſprit. On luilut ſon article. Le ſentiment
qu'elle éprouva à cette lecture , fut vif &
compliqué . La douceur de s'entendre louer
pour le feul intérêt de la vérité , les regrets
du paſſé , le triſte retour ſur le préfent
, toutes ces idées réunies mouillerent
ſes yeux de quelques larmes . Elle avoit
alors 90 ans paſſés. Elle mourut le 18
Décembre 1773 dans ſa 94ª année , fans
aucune autre infirmité que l'affoibliſſement
des organes , & ayant conſervé ,
preſque juſqu'à la fin , tous les agrémens
de fon eſprit , les charmes de ſa converſation
, & la politeſſe la plus ingénieuſe.
Une fingularité très- remarquable dans ſa
vie, c'eſt d'avoir paſſé environ 40 ans
de la maniere la plus brillante , & plus
D
50 MERCURE DE FRANCE.
de so dans l'obſcurité , & enfin dans
l'oubli. Sa vieilleſſe a été très - longue :
par juſteſſe & par expérience des uſages
du monde , elle l'avoit commencée de
bonne heure. Ses idées ſur la vieilleſſe
des femmes fur- tout , étoient profondes
& fines ; quoi qu'il en ſoit , on doute
que l'exemple d'une retraite commencée
d'ans ſi bonne heure , ait beaucoup d'imitateurs
; & bien des gens , trouvant moins
de reſſources en eux - mêmes , penſeront
peut - être que la décence ne fauve pas
toujours de l'ennui.
VERS fur la mort de Mde la Marquise
de Grieu , habitante de la rue St Louis
au marais , où elle a fini ſes jours dans
fa 97º année.
DEPUIS long - temps la Mort cruelle
Sembloit reſpecter l'étincelle
Qui reſtoit à Grieu de ſes beaux jours paſſés :
Sous la glace des ans étoient encor tracés
Les traits charmans dont la Nature
Avoit décoré ſa figure.
Eſprit , vertu , goût , mémoire & talens ,
Ces dons , qu'à fon berceau jadis on vit éclore ,
AVRIL. II. Vol. 1774. 58
En ſa faveur avoient trompé le Temps.
Et ſon hiver ne paroiſſoit encore
Qu'être la fin de fon printens.
ENVΟΙ.
A M. Fumé , docteur en médecine.
O toi docteur aimable , & miniſtre de vie ,
Qui de celle de mon amie
Au dix-neuvieme luftre as fu porter le cours ,
Que ne peut de ton art la fublime induſtrie
Avec ta gloire éternifer tes jours !
Echantillon des Poësies compofées par Madame
de Grieu .
Bouquet à Madame de Vendeuvre.
QUE
:
De ce beau jour eſt en gros caractere
Sur l'agenda de mes tendres amours !
Songez y bien , Muſe , c'eſt pour ma mere;
Ne négligez aucun de vos atours .
Depuis vingt ans , avec votre fecours ,
Dans mes boſquets , des riens ont ſu lui plair,e
Montrez encore , en variant vos tours ,
Que ce beau jour eſt en gros caractere
Sur l'agenda de mes tendres amours.
D2
52 MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'un jeune homme de province ,
fur la bonté généreuse que Madame la
Dauphine a fait paroître au village d'Acheres.
A M. L**.
0
a
Tor que j'atme ſans connoftre ,
Et dont jeſtime le talent ,
Je te fais mon remerciement
Pour une précieuſe lettre
Que le Public reconnoiſſant
Dans ton Mercure a vu paroftre ,
Et für de ton difcernement ,
Juge moi , je te rends le maître
D'un tranſport françois qui me prend.
Je ſuis ſans doute un téméraire :
Je voulois mourir inconnu,:
Aſſuré de ne pouvoir plaire :
Mais aux charmes de la vertu ,
Ma muſe ne fait plus ſe taire.
Je m'égare fur l'Hélicon...
Quelle puiſſance infurmontable
S'empare de mon timpanon !
J'oſe célébrer l'action
Qu'a fait pour une miſérable
L'auguſte épouſe de Bourbon.
Un cri perçant ſe fait entendre ;
Soudain fon char eft arrêté...
こ
AVRIL. II. Vol. 1774. 53
Le cri redouble , & fon coeur tendre ,
Dans un élan précipité ,
Vole au devant de l'infortune :
Combien d'objets intéreſſans
Dans cette ſcene peu commune !
A mon ame ils font tous préſens.
Je vois dans des miroirs frappans
Le digne époux de l'héroïne ,
Notre bon pere , & ſes enfans
De l'incomparable Dauphine
Partager tous les ſentimens ;
Je les vois tous dans les allarmes ,
Répandre l'or fur le malheur.
Ce n'eſt point affez : & des larmes ,
Peignent la bonté de leur coeur.
Heureux François ... dans la mémoire
Que vous laiſſez à vos neveux ,
Sur le marbre gravez l'hiſtoire
D'un trait ſi grand , ſi généreux.
Pour moi dans mon canton ſauvage ,
Triſte ſéjour des aquilons ,
Où nous plaçons , malgré l'orage ,
Sous les débris de nos maiſons
Tout ce qui peut offrir l'image
Du zêle qu'on doit aux Bourbons ,
Lorſque je raconte au village
Ce beau trait que nous admirons ,
J'apperçois en pleurant de joie
Juſqu'à nos moindres nouriffons
1
D3
54 MERCURE DE FRANCE.
Dont l'amour pour nos Rois déploie
Les plus vives affections .
Oui , les miens dans leur foible aurore
Me montrent déjà le deſir
Qu'ils ont de vaincre , ou de mourir
Sous les héros qui vont éclorre
Du beau ſang qui vient de s'unir.
O France heureuſe ! O ma patrie !
Rejouis toi . Ces noeuds brillans
Bientôt vont donner à la vie
Les plus illuftres defcendans .
Le Dieu dont le pouvoir immenfe
Regne dans le coeur de nos Rois ,
Ce grand Dieu dont la providence
De notre dauphine a fait choix ,
N'accorde point dans ſa ſageſſe
Tant de vertus ſans ſes faveurs :
Louis obtint cette Princeſſe ;
Elle aura mille fucceffeurs .
EPITRE à M. le Chevalier Defezgaulx
qui me preſſoit de cultiver la poësie.
EST-CE
ST- ce toi , Deſezgaulx , qui me forges des fers ?
Qui veux que déſormais je ne parle qu'en vers ?
As-tu prévu les maux dont tu peux être cauſe ?
• St Louis.
AVRIL. II. Vol. 1774-55
Connois-tu le fardeau qu'en rimant je m'impofe?
Vois l'effronté railleur envenimant ſes dards ,
Sans nul ménagement me lancer des brocards ;
Vois Cléon , vois Damis , vois Te pédant Aubrate ,
En parcourant mes vers , s'épanouir la rate :
Ce début , dit l'un d'eux , eſt à prétention ;
Mon ami, dit un autre , ah ! quelle inverſion !
Ce morceau ne vaut rien ; mais cette phraſe eſt louche !
Si tu connois l'auteur , dis lui qu'il y retouche ,
Et que dorénavant , chatiant mieux ſes vers ,
Il n'apprête pas tant à rire à l'Univers.
Continuons. Pas mal : cette idée eft jolie ,
Dit le plaifant Damon , mais elle eſt recrépie.
Enfin tout calcul fait , & d'un commun aveu ,
L'épître eſt déchirée & condamnée au feu.
De mes productions tel ſeroit le ſalaire ;
Du médiocre auteur c'eſt le ſort ordinaire :
Il n'appartient qu'à ceux qui reçurent des Cieux
L'heureux don de parler le langage des Dieux ,
D'éclairer le Public , de graver pour la gloire ,
D'être les favoris des filles de Mémoire.
Pour moi , qui n'eus du Ciel qu'un coeur compatiffant .
Si je puis fecourir le mérite indigent ;
Si des infortunés j'adoucis la miſere ;
Si le pauvre orphelin en moi retrouve un pere,
Et que dans le recoin où l'Eternel m'a mis .
Je fois aſſez heureux pour ſervir mes amis &
Alors , fans envier les dons de Calliope ,
Je vivrai fortuné près de ina Pénélope :
D4
56 MERCURE DE FRANCE,
Et lorſque d'Atropos l'homicide cifeau
Me précipitera dans la nuit du tombeau ,
On dira qu'à l'Amour , à l'Amitié fidelle ,
Des amans , des amis , Souchés fut le modele.
Par M. Souchés de Labremaudiere.
lieutenant au rég . de Beaujolois.
LE LOUIS D'OR & LE LIARD.
AA
u fond d'un fac , enfermé par hafard ,
Près d'un louis ſe trouvoit un liard.
Dès le moment grande querelle
Sur la valeur de chacun d'eux.
Ne m'approche pas , malheureux ,
Crioit le morceau d'or : va joindre ta fequelle ,
Cours te cacher dans la poche d'un gueux ;
Il te fied bien de paroître en ces lieux ! .,
Notre liard , modefte & fage ,
Lui répondit : pardon , Monfieur le Financier ,
Je connois tout votre avantage.
Mais à quoi bon m'humilier ?
Si bien plutôt , quittant votre arrogance
Vous vouliez vous apprécier ,
Vous fauriez que votre opulence
commencé par un denier,
AVRIL. II. Vol. 1774. 57
Nous avons tous origine commune ;
La Vertu ſeule a droit de diftinguer les rangs ,
Et l'on ne voit que les méchans
S'énorgueillir de leur fortune.
Par M. de la Garde.
A
AVIS.
MESSIEURS de la Faculté
De la falubre Médecine ,
Docteurs fourrés en hiver , en été ,
De peaux de lapin ou d'hermine ,
Il n'importe ; l'habit ne fait pas la doctrine ,
Ni le plumet l'homme de qualité.
Dignes ſuppots d'Hyppocrate , Avicene ,
De Gallien , d'Averroës ;
Vous qui , pour le ſecours de la nature humaine ,
De la régliſſe , l'aloës ,
De la rhubarbe , de la manne ,
De la guimauve , du pas d'âne ,
De la caſſe , du quinquina ,
De l'agaric , & catera ,
Recherchez les vertus occultes
!"
Pour guérir , moitié par hasard ,
Moitié par vos ſoins & votre art
Grands & petits , vieillards , adultes ;
1
D5
58
MERCURE DE FRANCE.
D'un important & falutaire avis
Que vous donne aujourd'hui Dame de haut parage ,
Si vous ſavez faire un adroit uſage ,
Vous obtiendrez renom & grands profits.
Tout mal contre lequel échoue
Votre art ténébreux , incertain ,
Sera guéri d'un tour de main ;
Et la Mort qui de vous ſe joue ,
Sera contrainte de laifer
Jouir encor de la lumiere ,
Tel qui , finiſſant ſa carriere ,
Etoit tout prêt à trépaſſer.
Le hasard & l'expérience
Sont & feront dans tous les temps
Les plus folides fondemens
De la galénique ſcience :
Croyez donc l'effet éprouvé
D'un remede au hafard trouvé.
Certaine jeune & charmante Comteſſe *
Chez qui tout plaft , tout intéreſſe ,
Dont on priſe l'eſprit , les graces , la beauté ,
Mais plus encor les vertus , la conduite
Et les ſoins peu communs de la maternité ,
A fon dernier moment réduite ,
• Mde la Comteſſe de S..., Dame de Mesdames.
** Elle a nourri ſes enfans.
AVRIL. II. Vol. 1774. 59
Expirant & n'en pouvant plus ,
Par ſon Curé bien exhortée ,
Des médecins abandonnée ,
Alloit dire fon in manus.
Heureuſement notre Comteſſe aimable
Etoit à Pabri des terreurs
Qui troublent une ame coupable ,
Dans cet inſtant de remords & d'horreurs .
Elle avoit conſervé ſa tête ;
Son corps ſeul étoit languiſſant ;
Mais au reſte , l'eſprit préſent ;
Avec courage, elle s'apprête
A voir ce pays inconnu ,
Plus loin de nous que n'eſt le bout du monde ,
Et pourtant où l'on eſt rendu
Souvent en moins d'une ſeconde.
Bref, fans crainte & fans repentir ,
Pour ce voyage on la voyoit partir .
Il en eſt peu de cette étoffe.
Notre Comteſſe nous fait voir
Que c'eſt bien moins l'étude & le ſavoir
Que la vertu , qui font le Philoſophe.
Mais , malgré cette fermeté ,
Chez les hommes , chez le beau ſexe ,
Dans cet état dangereux & perplexe ,
Le cri de la Nature eft encore écouté.
De la comteſſe il vient frapper l'oreille :
Elle s'émeut ; & ce n'eſt pas merveille.
e
6. MERCURE DE FRANCE.
Jeune , chérie , à la fleur de ſes ans ,
Il eſt dur de quitter amis , époux , enfans ,
Etat brillant qui ſéduit , intéreſſe ,
Adorateurs que l'on n'écoute pas ,
Mais qui nous rappellent fans ceffe
Le ſouvenir flatteur de nos appas .
Par un inftinct de la Nature ,
Tranquille , en attendant ſa fin ,
D'une voix caffée & peu fûre
Elle demande... Eh quoi ! .. le médecin ?..
Quelque julep ? ... quelque nouveau remede ?
Non , non ; ces drogues n'y font rien ,
Elle demande un bon muficien
Et yeut entendre un intermede
De comédie ou d'opéra ,
On demeure interdit ; chacun n'oſa rien dire...
A ce propos , qu'on prend pour l'effet d'un délire ,
On ne fait ſi l'on répondra.
Mais elle inſiſte , & d'un ton de maſtreſſe
Ordonne : on obéit ; alors chacun s'empreſſe ,
Et bientôt dans ſa chambre arrive un violon.
Qui peut imaginer ſon trouble & ſa triſteſſe !
Il ne peut voir la mourante Comteſſe ,
Sans une tendre émotion .
De ſes languiſſantes prunelles
S'échappoient quelques étincelles ,
Seuls reſtes de ces feux ſi beaux
Où l'Amour avec l'Hymenée ,
Pour embellir ſa deſtinée ,
AVRIL. II. Vol. 1774. 6
Avoient allumé leurs flambeaux : :
Tels , du ſoleil ſe plongeant dans les eaux ,
On voit quelques rayons qui s'ouvrent un paſſage
Et dont l'éclat encor nous éblouit ,
Au travers d'un épais nuage
Qui dérobe à nos yeux la lumiere qui fuit.
Enfin , preſſé par la malade ,
Le violon tout interdit ,
En ſe rapprochant de ſon lit ,
Joue , en tremblant , ſa ſerénade.
O merveilleux effet d'un harmonique ſon !
Sur ſes nerfs auſſi-tôt la Comteſſe ſurpriſe
Eprouve une vibration
Qui commence une heureuſe crife.
Son oeil s'anime , & fa débile voix
Se raffermit , les langueurs ceffent ,
A meſure que ſous les doigts
Et ſous l'archet les fons renaiſſent.
Enfin , pour le dire en un mot ,
Un quart-d'heure de ſymphonie
Guerit & rappelle à la vie
Notre Comteſſe , & fait la Faculté capot.
De cette heureuſe expérience
On peut tirer la conféquence
Que loin de purger , de ſaigner ,
Suivant la routine vulgaire ,
Loin d'avoir à ſa ſuite un triſte apothicaire ;
Tout médecin devroit ſe faire accompagner ,
Dès qu'il eſt appelé près de femme jolie ;
62 MERCURE DE FRANCE.
Quelle que foit la maladie,
D'un violon , d'un flutteur , d'un harpeur ;
Bien aſſuré qu'il n'eſt point de vapeur ,
De maux de nerfs & de jauniſſe
Que la muſique ne guériſſe,
Et que chez le beau Sexe adroit , tendre , ruſé ,
Pour un mal fſouvent déguisé
Dont on s'alarme , on s'inquiette ,
Les plaiſirs font toujours la meilleure recette.
Histoire de la vie de M*** , poëme en
quatre chants , par lui - même
JE
CHANT І.
Mon état.
E ne fuis rien & rien ne veux être ;
Que le maître de rien : c'est-à-dire , mon mattre.
!
CHANT ІІ.
Mon train de vie.
Loin de cet age heureux des brillantes conquétes **
•Ce conte a , par- deſſus beaucoup d'autres , le mérité
de la vérité .
** L'auteur a 53 ang.
AVRIL. II . Vol. 1774. 63
Les Graces & les Arts nourriſſent mes defirs.
Mes affaires ſont des plaiſirs
Et tous mes inſtans ſont des fêtes.
CHANT ІІІ.
Mon adreffe.
Si vous ne me trouvez dans les bras du Parnaſſe
Paſſez à Gnide ou chez Momus :
Allez enfin , s'il n'eſt point là de V**,
Ou chez Morphée ou chez Comus.
CHANT IV.
Mon épitaphe.
Cy git l'égal d'Alexandre ,
Moi , c'est - à- dire un peu de cendre.
SON
Epitaphe de M. de la Condamine.
On coeur avec excès aima la vérité ;
Ses travaux , ſes vertus aſſurent ſa mémoire ;
Il vécut affez pour la gloire ,
Et trop peu pour l'humanité.
Par M. Houzeau , si - devant secrétaire
deM. de la Condamine.
64 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la premiere
énigme du Mercure du premier vol. du
mois d'Avril 1774, eſt Toison ; celui de
la ſeconde eſt la Bonde des étangs ; celui
de la troiſieme eſt la Puce ; celui de la
quatrieme eſt Soufflet. Le mot du premier
logogryphe eſt Moineau , où ſe trouvent
moi , eau , dne , oui &Moine ; celui du
ſecond eſt Mariage , dans lequel ſe trouve
Mari , mari , magie , gai , ami , maigre ,
rime ; celui du troiſieme eſt Folie , où l'on
trouve lof, lie , oie , foie , Io , if &fiole ;
celui du quatrieme eſt Crane , où ſe trouve
Ane.
ENIGME.
Tres -long-temps j'ai vécu fans que j'euſſe de frere.
Je m'en vois un pourtant , dont je n'avois que faire .
Il eſt donc mon cadet ? Point du tout , mon jumeau ,
Jumeau plus reſſemblant que ne ſont gouttes d'eau.
Mercure étoit moins bien l'infortuné Sofie ,
Menechmes
AVRIL: II. Vol. 1774. 55
Menechmes & Jumeau frais venu d'Italie
Se diftinguent bien mieux. Un très - différent fort
Nous attend l'un & l'autre , & c'eſt par notre mort
Que nos droits font réglés. Hélas ! la ſurvivance
Ne nous vaut pas toujours une bien bonne chance
Tu demandes , lecteur , ſi nous ſommes amis ?
Eh ! mais oui , quelquefois. Plus ſouvent ennemis.
Dans l'un & l'autre cas portant tout à l'extrême ,
On peut haïr autant, on n'aime plus de même.
Amis : Pilade , Oreſte étoient moins généreux.
Et l'un de nous toujours ſe trouve fort heureux
Si , courant à la mort & certaine & punie ,
De ſon frere en péril il peut ſauver la vie.
Ennemis : on nous voit avec ſoldats de coeur
Nous livrer maints aſſauts , & , dans notre fureur
Qui vis-à- vis redouble , abdiquant l'avantage
Promis au ſurvivant , mépriſer le paſſage
De la vie à la mort , dans l'eſpoir incertain
De cauſer à ce frere un plus mauvais deſtin.
Par M. F**, de Blois
66 MERCURE DE FRANCE.
ENFANT
AUTRE.
INFANT d'une haute ſcience
L'Intérêt & la Défiance
M'ont pris pour juge de l'Eſprit :
Je l'apprécie & le balance.
Plus je me cache en ſa préſence ,
Plus haut fon mérite eſt inſcrit ,
Mais plus je coûte de finance.
A qui mon arrêt par écrit
Eſt délivré , la loi preſcrit
La plus exacte obéiſſance.
Le paſtient ſans réſiſtance
A la taxe toujours ſouſcrit ,
Et met en moi ſa confiance
Par M. de B... des ponts & chaussées.
FILLE
AUTRE.
ILLE du plus charmant des Dieux ,
La nuit comme le jour je ne ſuis point tranquille ;
Mon pere , dit-on , eſt ſans yeux ,
Mais pour moi j'en ai plus de mille.
Par M. Houllier de St Remi.
AVRIL. II. Vol. 1774. 07
N
AUTRE.
ous ſommes quatre foeurs ; je ſuis la plus friponne,
Et tout ce que j'ai , Dieu merci ,
On me le prend , ou je le donne ;
Pourquoi , ſexe charmant , ne pas agir ainſi ;
Par le même.
LOGOGRYPHE.
AVEECc trois piede, lecteur , je te préſente
Un grand fleuve , fameux par ſes débordemens :
Renverſe les : je deviens une plante
D'où les Anciens tiroient leurs plus beaux vêtemens
Par M. J. P. F.. de Nimes.
PRISE
AUTRE.
RIS tout entier , je ſuis un inſtrument ;
Décompoſé , je ſuis tout autre choſe :
Sans la moindre métamorphoſe ,
Je deviens à la fois animal , élement.
Par M. V. de P. , filsa
E 2
68 MERCURE DE FRANCE
J
D
AUTRE.
E divers animaux je ſuis la couverture :
Choiſis mon premier tiers , lecteur; tu trouveras ,
Sans te caufer grand embarras ,
Une bête à deux pieds d'une fiere encolure.
Il ne faut que rêver un peu
Sur ces combinaiſons qui font affez gentilles ;
Car m'otant tête & cou , je ne ſuis plus qu'un jeu
Qui plaſt ſouvent aux jeunes filles.
Je
AUTRRE.
E fuis fort doux , dans mon entier ,
Dans l'une de mes parts , fort rude & fort ſauvage ;
Evêque & Saint. Daus mon autre partage ,
En latin , je ſers à lier.
Par M. Ricatte d'Huviller.
AVRIL. II. Vol. 1774. 69
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Les Princes d'Arménie , nouvelle par M.
d'Uffieux , in 80. , prix 2 liv. 8 fols.
A Paris , chez Dufour Libraire.
AMBYSE venoit de fuccéder au trône
de Cyrus le Grand , fon pere , Roi de
Perſe. Ce Prince nourriſſoit depuis longtemps
une haine mortelle contre Tygrane ,
Roi d'Arménie , qui lui avoit enlevé la
jeune Iſmene , Princeſſe que la loi des
combats avoit fait tomber au pouvoir de
Cyrus , & dont l'hymen devoit aſſocier le
fort à celui de Cambyſe ſon fils. Les premiers
ſoins du nouveau Monarque furent
de tirer vengeance de cette injure. Ce
Prince auſſi cruel que vindicatif , ne bornoit
point les projets de ſon reſſentiment
, à porter le fer & la flamme dans
les Etats de ſon ennemi. Il deſiroit encore
ſe rendre maître de la perſonne de cet
ennemi & de fa famille , afin de les livrer
aux tourmens que fa fureur leur préparoit.
Mitrane fils aîné de Cambyſe , eſt
-chargé par ſon pere de mettre à exécu-
E3 ? (
70 MERCURE DE FRANCE.
tion ce projet de vengeance. Il s'en acquitteavec
peine , parce que ſon coeur eft
ſenſible & généreux. Il cherche même à
retarder la ruine d'un Monarque qui , ſur
la foi d'anciens Traités , vivoit paiſible ,
& ignoroit juſqu'alors combien étoit
implacable la haine de fon rival. Mais
les ordres réitérés de Cambyſe , qui vouloit
être obéi , obligent Mitrane à ne plus
écouter que les loix de la guerre. La valeur
de ce Prince & les forces de Perfe
qu'il commande , lui livrent bientôt Tigrane
entre les mains. Arſene fils de ce
Monarque , & Apamie ſa fille , dignes par
leurs vertus & leur courage d'un meilleur
fort , tombent également , après pluſieurs
incidens , au pouvoir de Cambyſe. Le farouche
Tyran veut d'abord livrer toute
cette famille aux flammes d'un bûcher ;
mais , par un rafinement de cruautédigne
de lui , & pour paroître condeſcendre aux
prieres du jeune Vainqueur, qui implore
ſa clémence , il conſent à ſe contenter
d'une ſeule victime. Il accorde la vie à
Tygrane , à condition que ce Prince infortuné
choiſira lui - même cette victime
entre ſon fils & ſa fille: Incident qui a
donné à l'Auteur occaſion de peindre le
trouble & les agitations d'un malheureux
pere , forcé de vouer à la mort la plus
AVRIL . II. Vol. 1774. 71
cruelle , un de ſes enfans. Cette ſituation
offre aufli un combat très- touchant entre
un frere & une ſoeur , pour déterminer
le choix fatal du pere. La belle & vertueuſe
Apamie parvient enfin à fixer ce
choix furelle. Le fils de Cambyſe ajoute
à l'intérêt que l'on prend à cette ſcene
par les ſentimens de généroſité qu'il fait
paroître. Ce jeune Prince n'avoit ceſſé
d'inſpirer les mêmes ſentimens à Cambyfe
ſon pere ; mais voyant tous ſes efforts
inutiles & la victime prête à être jetée ſur
le bûcher allumé , il n'écoute plus que fon
déſeſpoir. Eh bien , s'écrie - t - il en
adreſſant la voix au Tyran , afſſouvis
ta haine. Pour moi , qui ne me par-
,, donnerois jamais d'en avoir été le pre-
و د
"
و د
و و
mier miniſtre , je vais dérober ma vie
,, aux remords. Et ſi tu prends plaiſir à
و د
voir mourir les enfans aux yeux de leur
,, pere , jouis du bonheur de voir expirer
و د
je tien dans les flammes. " Soudain il
court vers le bûcher. Le peuple pouffe
des cris d'indignation & de douleur , &
Cambyſe lui même , frappé au ſeul endroit
où ſon ame étoit encore ſenſible :
و د
arrête , dit - il , ô mon fils ! arrête ; res
„ pecte tes jours , & je fais grace à toute
,, cette famille. " Le peuple applaudit à
E 4
72 MERCURE DE FRANCE.
cette nouvelle inattendue , par des acclamations
multipliées .
L'Auteur auroit pu rendre le fils de
Cambyſe amoureux d'Apamie , fille de
Tygrane ; mais il a bien fenti que cet
amour eût affoibli l'exemple de généroſité
que donne ici le vertueux Mitrane.
Cette nouvelle eſt la fixieme du Décaméron
françois ,& la premiere du tome II.
L'Auteur , en employant dans cetteNouvelle
, ainſi que dans les précédentes , le
ſtyle grave de l'hiſtoire , a ſu , ſuivant les
ſituations qu'il avoit à peindre , animer
ce ſtyle par le ton du ſentiment ou le cri
des paſſions.
Obfervations fur le Cartesianiſme moderne ,
pour ſervir d'éclairciſſement au livre
de l'Hipotheſe des petits tourbillons , par
M. de Keranflech , vol. in- 12 de 136
pages. A Rennes , chez Julien-Charles
Vatar , Libraire.
IL Y Adeux cartéſianiſmes , l'ancien &
le moderne. Le premier , nous dit M. de
K. dans fon diſcours préliminaire , conſiſte
dans le ſyſtême des tourbillons de
Defcartes , avec ſes trois matieres , fubtile ,
globuleuſe & rameuſe , que ce philoſophe
crut ſuffiſantes pour rendre raiſon de
.ا
AVRIL. II . Vol. 1774. 73
tout ce qu'il voyoitdans lemonde. Ce ſystême
mis en comparaiſon avec l'ancienne
philoſophie , l'emporta d'abord ; mais il fut
peut-être plus redevable de ſon triomphe
& de ſa vogue au ridicule du péripaté.
tiſme , qu'à ſon propre mérite; car , après
la défaite de ſes ennemis , quand on l'a
examiné à ſon tour , on l'a trouvé bien
imparfait. La raiſon & l'expérience l'ont
déſavoué dans le détail , & il n'a pu foutenir
la réputation qu'il s'étoit faite. Il
a eu , continue M. de K. , des ennemis
qui ont fait remarquer ſes défauts ; & il
a eu des amis qui l'ont heureuſement rectifié.
Ceux- ci ont vu que Descartes , au
lieu d'imaginer ſes trois matieres , auroit
dû approfondir l'idée du tourbillon , &
porter dans ſes détails un mécaniſme
lumineux qu'il avoit apperçu dans l'enſemble
de l'univers. En conséquence , ils
ont ſubdiviſé les grands tourbillons en
d'autres infiniment petits , compofés d'autres
encore indéfiniment moindres , & pareillement
compoſés d'un ordre de ſubalternes
; ainſi de ſuite à l'infini ; autant qu'il
a plu à Dieu de pouſſer la diviſion de la
matiere. Cette idée n'eſt point une nouvelle
hypotheſe ajoutée à celle de Descartes.
C'eſt une extenſion de celle - ci ,
un développement de ſon ſyſtême qui le
a
E5
74 MERCURE DE FRANCE.
perfectionne ſans le compofer. C'eſtenfin
cette transformation des trois matieres
cartéſiennes en petits tourbillons de divers
ordres , qui fait ce que M. de K. appelle
ici le cartesianiſme moderne. Cette
transformation s'eſt faite par degrés. D'abord
le pere Mallebranche réforma le ſecond
élément de Descartes ; il ſubſtitua
aux globules durs , de petits tourbillons
de matiere ſubtile. Privat de Molieres
imagina les petits tourbillons compoſés ;
& ſubſtitua aux élémens du premier cartéſianiſme
, trois ordres de petits tourbillons
emboîtés les uns dans les autres.
Degamaches , au lieu de trois ordres , en
ſuppoſa à l'infini. D'autres Académiciens
ont adopté cette ſuppoſition , & l'ont favamment
employée en différens morceaux
de phyſique. Du reſte , il en eft
de cette ſuppoſition comme de la plupart
des ſyſtêmes philoſophiques. Les
uns l'approuvent , & les autres la condamnent
, fans pouvoir donner des raifons
déciſives de leur ſentiment.
M. de K. a tâché de faire voir dans
fon livre de l'hypothese des petits tourbillons
, que cette hypotheſe s'applique
heureuſement à tous les phénomenes de la
Nature; qu'il ne faut qu'en ſuivre ledéveloppementpour
expliquer tous les effets ,&
que c'eſt ſur ce fondement qu'il convient
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 75
de bâtir , ſi l'on veut conſtruire unebonne
phyſique ; mais l'Auteur qui a compofé
cet ouvrage pour les perſonnes très - instruites
, y a ſuppoſé des connoiſſances
que tout le monde n'a pas , & cependant
néceſſaires pour bien entendre ce petit
écrit. C'eſt ce qui l'a porté à publier les
obſervations que nous venonsd'annoncer.
M. de K. y donne une notion ſenſible du
cartéſianiſme moderne ; il y explique fes
principes par des figures , & les expoſe
avec aſſez d'ordre & de clarté , pour que
ceux mêmes qui nont pas le livre de
l'hypothese des petits tourbillons , puiſſent
voir la fécondité & les avantages de ce
ſyſtême.
Le livre de l'hypothese_des petits tourbillons
, ſe trouve chez l'Imprimeur des
Observations fur le cartesianiſme moderne ,
avec l'Effai fur la raiſon & autres ouvrages
du même Auteur.
Oeuvres de Charles Dumoulin , nouvelle
édition en cinq volumes in folio , propoſés
par ſouſcription. A Paris , chez
Deſprez , Imprimeur , rue St Jacques.
A Avignon , chez Garrigan , Imprimeur.
ON NE public encore que le profpectus
de cette nouvelle édition. Ce prospectus
76 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
nous préſente les principaux traits de la
vie de Charles Dumoulin. L'Editeur ,
après nous avoir peint l'héroïſme de caractere
de ce célebre Jurifconfulte , ajoute
que la force de fon génie en atteignit
, & furpaſſa peut-être l'élévation .
Son coeur fut comme le foyer où les
traits de lumiere de ſon eſprit ſe réunirent
, fe concentrerent , ſechangerent
,, en traits de flamme ; ſes connoiſſances
s'ennoblirent par ſes vertus , & fes
penſées ſe colorerent du fublime de
ſes ſentimens. ,;
"
"
ود
ود
"
१०
Son vaſte génie parcourut tout l'Empire
de la Juriſprudence , & l'on diroit ,
en le ſuivant , qu'il a poſé les dernieres
limites du droit françois , du droit romain
, & du droit canonique.
ود
وو
ود
ود
ود
ود
Quelle immenſe érudition ne brille
,, pas dans ſes écrits ! Quelle étude ! Quel
travail! Quelle profondes recherches !
» Il offre en même temps à l'avidité du
Lecteur , tous les tréſors des connois-
,, ſances humaines , les faits de l'hiſtoire ,
ود
ود le ſens des livres ſacrés , le fil dela
,, tradition , les dogmes de la théologie ,
,, les principes de la métaphyſique , les
,, maximes de la morale & les regles de
,, la critique. L'univerſalité des ſciences ود
" ſemble être à ſa ſolde ; & dans une
AVRIL. II. Vol. 1774. 77
,, ſeule tête , ſe réuniſſent les lumieres de
tous les Savans , l'expérience de tous
les ſiecles , & les loix de tous les
و د
و د
„ pays.
و د
و د
Au jugement le plus ſolide , Du-
,, moulin aſſocie la dialectique la plus
exacte. L'on fent , en lifant ſes ou-
,, vrages , cette impreſſion vive qui ſub-
„ jugue & qui entraîne. L'on voit , pour
,, ainſi dire , croître le jour del'évidence,
„ juſqu'à cette plénitude de lumiere ,
و د
و د
qui éblouit les yeux , & qui force la
conviction de l'eſprit le plus obſtiné.
,, Qu'on reliſe donc fans ceſſe les productions
de cet Auteur incomparable.
" Qu'on les médite fans ceſſe. Que fans
ceſſe l'on en faſſe d'utiles extraits. Tel
étoit le conſeil que donnoit à ſon fils
l'illuſtre d'Agueſſeau.
و د
"
ود
و د
و د
و د
ود
و د
C'eſt avoir fait de grands progrès
dans le droit , que de ſentir le mérite
de Dumoulin , & c'eſt les rendre durables
, que de s'approprier ſes écrits ,
en les gravant dans ſa mémoire.
ود Ainſi qu'un chêne antique éleve ſa
" tête orgueilleuſe ſur tous les autres ar-
„ bres ; ainſi ce grand homme domine&
,, regne fur tous les autres Jurifconfultes.
" Il jouit de ſon vivant même , d'uneré-
,, putation que l'envie de ſes contempos
78 MERCURE DE FRANCE,
ود
,, rains ne put affoiblir. L'autorité de ſes
déciſions l'emporta fur celle des Arrêts
,, ou du moins elle la balança: Telle la
,, raiſon de Socrate prévaloit dans Athe-
„ nes fur celle de l'Aréopage. " C'eſt ſans
doute ce qui avoit énorgueilli Dumoulin
; mais fon orgueil , quoique juſte à
bien des égards , ſe montroit trop à découvert
, & lui ſuſcita bien des chagrins.
Pouvoit - on en effet ſupporter patiemment
qu'un homme s'appelât le Docteur
de la France & de l'Allemagne , & qu'il
mît à la tête de ſes conſultations : moi qui
ne cede à personne , & à qui perſonne ne
peut rien apprendre ?
L'éloge de ce Juriſconſulte , dont nous
avons cité quelques traits , pouvoit être
écrit dans un ſtyle plus ſimple ; & cet
éloge n'auroit fait que plus d'impreſſion
fur l'eſprit du lecteur , qui n'apperçoit
ſouvent que l'auteur de l'éloge , au lieu
du Juriſconſulte qu'il voudroit connoître.
La collection de ſes écrits eſt diviſée dans
la nouvelle édition , faite d'après celle de
1681 , en trois parties. Lapremiere traite
du droit françois ; la ſeconde , du droit
romain; & la derniere , du droit canonique.
La premiere diviſion contient les
deux premiers volumes; la ſeconde , le
troiſieme ; & la derniere, le quatrieme &
inquieme.
AVRIL. II. Vol. 1774. 79
Le ſieur Garrigan , Imprimeur-Libraire
à Avignon , Editeur des mémoires du
Clergé , 14 vol. in 4°. , exact à remplir
tous les engagemens qu'il contracte envers
le Public , ne négligera rien pour
donner à cette nouvelle édition la plus
grande perfection; &, pour débaraſſer le
lecteur de recherches toujours pénibles ,
il placera à la tête du premier volume un
tableau qui indiquera au ſeul coup d'oeil ,
les rapports de l'ancienne Coutume de Paris
avec la nouvelle.
L'ouvrage fera imprimé en beau papier
, caracteres neufs de Paris , du meilleur
goût dans la diſtribution , & de la
plus grande exactitude dans la correction.
Des Jurifconfultes éclairés ſe chargent de
relire toutes les épreuves.
18 liv.
La ſouſcription ſera de go livres pour
les cinq volumes in - folio en feuille , indépendamment
des frais de voiture qui
feront à la charge des Souſcripteurs.
On payera en ſouſcrivant.
Dans le courant de Juillet 1774 ,
en retirant le premier volume , 18
Dans le courant de Janvier 1775 ,
en retirant le ſecond volume , 18
Dans le courant de Juillet 1775 ,
en retirant le troiſieme vol... 18
80 MERCURE DE FRANCE,
1
Dans le courant de Janvier 1776 ,
en retirant le quatrieme vol.. 18
Dans le courant de Juillet 1776 ,
en retirant le cinquieme vol.,
il ne fera rien donné.
TOTAL. 90
La ſouſcription ſera ouverte juſqu'au
premier Août 1774 , chez les Impris
meurs - Libraires ci- deſſus nommés , &
chez les principaux Libraires duRoyaume
&des pays étrangers. Les perſonnes qui
n'auront pas ſouſcrit dans cet intervalle ,
paieront la collection en feuilles 120 li
vres.
La Nouvelle Clémentine , ou Lettres de
Henriette de Berville , par M. Leonard.
Nunc fcio quid fit amor. :
•
Improbus ille puer , crudelis tu quoque mater !
VIRG.
vol. in - 12. A Paris , chez Monory ,
rue de la Comédie Françoiſe.
Dès qu'une fille s'ennuie , elle n'eſt
pas loin d'aimer , & c'eſt la ſituation que
Henriette
AVRIL. II. Vol. 1774. 81
Henriette de Berville nous dépeint dans
ſa premiere lettre. En fortant du cloître
elle crut renaître un inſtant. L'air ſi doux
de la liberté qu'elle commençoit à reſpirer
, le tableau d'un monde enchanteur ,
des amuſemens nouveaux , tout confpiroit
à la féduire. Son ivreſſe dura peu ;
elle reconnut bientôt l'illuſion de ces
plaiſirs. La campagne ſembloit lui promettre
des objets plus faits pour fon
coeur ; elle trouvoit par-tout le même dégoût.
" Que vois-je autour de moi , écrit-
,, elle à Emilie ſon amie ? Une Nature
," muette , d'ennuyeux déſerts. Rien n'y
,, parle à mon ame. Je ne fais quelle
fourde inquiétude me fuit au milieu
de nos fêtes villageoiſes & de nos cercles
bourgeois. J'ai vu le temps où le
,, payſage que j'habite m'auroit charmée ;
,, mais les goûts changent , & je com-
و ر
mence à m'appercevoir que je fuis feu-
,, le. D'où vient donc ce malaiſe qui
,, me fait fuir le monde & foupirer loin
,, de lui ; chercher la folitude & m'y dé
,, plaire; rêver fans objet ; m'attriſter ſans
,, cauſe ; qui me rend diſtraite , indiffé
و د
ر د
و د
rente , & me met ſans ceſſe en contra-
,, diction avec moi- même ? O ma chere
, amie , que cet état me peſe ! " Il étoit
F
82 MERCURE DE FRANCE.
réſervé au jeune & vertueux Seligny de
foulager Henriette de ce fardeau , & de
lui rendre la folitude même agréable.
Et comment les lieux les plus ſolitaires
pourroient- ils maintenant l'attriſter ? Elle
y porte l'image de fon amant, & cette
image embellit la Nature à ſes yeux.
Souvent, nous dit Henriette , Seligny
m'entretient de ſes voyages. Avecquelle
avidité je l'écoute ! Je frémis quand
il peint les dangers qu'ila courus. Jele
fuis dans chaque pays. Vante-t-il les
charmes de ſes habitantes ? Je voudrois
alors qu'il n'eût tenu à perſonne dans
le monde. Quelquefois je lui demande
, enriant , s'il n'ajamais aimé ? Il s'en
, défend , je ne fais pourquoi : & je ne
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
ود
و د
و د
ود
il
ſais pourquoi j'ai fait cette queſtion."
Seligny n'avoit inſpiré des ſentimens
tendres à Henriette que parce que cette
jeune perſonne lui en avoit fait éprouver
de ſemblables. Avant de la connoître ,
avoit des goûts & non des ſentimens.
Mais le lecteur prendra plus de plaiſir à
entendre Seligny lui - même nous instruire
de l'état de ſon coeur. ,, Loinde
5, Henriette , que le monde me paroît
frivole! Je ne fuis occupé que d'elle ;
,, je ne fuis bien qu'auprès d'elle ; un
ſeul inſtant où je la perds de vue eft
وو
رد
AVRIL. II. Vol. 1774. 83
"
"
un tourment pour moi. Je vais vous
,, peindre celle que vous aimeriez , fi
vous l'aviez vue : elle a la phyſionomie
la plus douce , la plus touchante. Ilya
dans ſes traits quelque choſedecéleſte :
c'eſt une ſérénité angélique qui donne
,, l'idée d'un bonheur ſans mélange. Sa
,, voix... on dit que la voix d'une aman-
,, te eſt la plus douce de toutes les har-
„ monies ; mais celle de Henriette s'in-
ود
دو
"
ود
"
ſinue avec volupté dans votre ame ,&
,, vous croyez toujours l'entendre. Ajou
tez à cela une modeſtie ſi noble : elle
baiſſe avec tant de graces ſes longues
paupieres , & rougit d'un air fi naïf ,
qu'on ne peut la voir ſans être ému,
Nous avons fait ces jours pafſfés une
promenade ſur une petite riviere qui
,, baigne les murs du parc: elle coule à
,, travers une longue allée de peupliers&
"
و د
و د
ود
ود
de frênes qui forment des deux côtés
,, une voûte impénétrable au jour. Nous
trouvames fur le rivage une troupe de
,, villageoiſes qui danſoient au ſon de la
flûte. Nos Dames ſe mirent de la fête ;
, & je ſentis , dans cette occaſion , combien
l'art quelquefois embellit la Na-
„ ture. Toutes vives , toutes légeres qu'étoient
ces villageoiſes , leur danſe me
Fa
"
84 MERCURE DE FRANCE.
,, parut froide & fans grace : il falloit
,, voir Henriette; il falloit voir la molle. ود
ود
ود
ود
ود
foupleſſe de ſes mouvemens , cette né-
,, gligence aifée qui plaît fans y préten-
,, dre , cette variété de formes , de poſitions
, de tableaux , qui préſentent la
,, beauté ſous les aſpects les plus riants. "
Madame de Berville qui voyoit chaque
jour le jeune Seligny donner ſes ſoins
à Henriette , ignoroit néanmoins leur
amour. Il auroit dû frapper les yeux d'une
mere ; mais Mde de Berville s'étoit toujours
moins occupée de fes enfans que
d'elle méme. Qui peut cependant ignorer
le danger qu'il y a de livrer une jeune
fille à fes premieres idées ? Son imagination
s'exerce alors fur tous les objets. Si
elle ne trouve pas une ſociété dans ſa
mere , elle ne tarde point de s'en choiſir
une , & l'on peut juger quel en ſera le
fruit : des peines , des inquiétudes , & tôt
ou tard de longs regrets. Henriette de
Berville en a fait la triſte expérience. Elle
avoit donné à Seligny un coeur dont elle
ne pouvoit diſpoſer que du conſentement
de fa mere. Mais cette mere étoit
bien éloignée de répondre aux voeux de
fa fille , & de lui acorder pour époux un
jeune homme qui n'avoit que des vertus
&des talens. Elle fuivoit la maxime orAVRIL.
II . Vol. 1774. 85
dinaire des familles orgueilleuſes & intéreſſées
, qui eſt de moins s'occuper d'affortir
les coeurs que les fortunes. Elle
avoit depuis quelque temps choiſi pour
époux à ſa fille un grand garçon bien décontenancé
, bien gauche & dont les regards
ſtupides ne prévenoient nullement
en ſa faveur ; mais il avoit une fortune
& un rang afſurés. Norton (c'eſt le nom
du protégé de M de Berville ) ne ceſſoit
d'obſéder Henriette par ſes affiduités On
peut ſe figurer ici la ſituation d'une jeune
perſonne qui , le coeur rempli d'un objet
aimé , ſe voit preſſée par un homme qu'elle
ne peut fouffrir. Henriette n'a pas méme
la confolation de ſe réfugier dans l'aſyle
de la Nature. Madame de Berville a
banni fa fille de ſa préſence , elle l'a fait
renfermer dans une triſte ſolitude où cette
jeune perſonne ſe voit réduite à pleurer
-nuit&jour ſur ſon triſte fort qui la ſépare
de ce qu'elle a au monde de plus cher ,
d'une mere & d'un amant. Le chagrin
*détruit ſa ſanté , ſon foible cerveau ſe
trouble , ſes ſens s'alterent , ſa raiſon s'éteint.
Elle n'a plus qu'une idée confufe
des perſonnes qu'elle a connues. Le feul
objet de fa fatale erreur l'occupe toute
-entiere : elle l'appelle. Souvent elle croit
F3
86 MERCURE DE FRANCE'
le voir. Elle obſerve d'un oeil inquiet
tous ceux qui l'approchent , & paroît
chercher à le reconnoître. Mais ce qui
l'affecte encore plus , c'eſt l'idée de Norton.
Elle n'entend ſon nom qu'avec un
ſentiment de terreur. Quand on en parle ,
ſes yeux s'égarent , ſon viſage s'enflamme.
Rendue à elle- même , elle ſent toute
l'horreur de fon état , & n'en eſt que plus
à plaindre. Ces intervalles de raiſon la
plongent dans une douleur muette , concentrée:
elle arracheroit alors des larmes
au coeur le plus dur. Ayant dans unde ces
momens apperçu Cécile, ſa jeune, ſoeur ,
auprès d'elle , elle lui parla des malheurs
de l'amour ; & elle ajouta , en lui ferrant
lamain: Souvenez - vous de moi , ma
ود
"
و د
ود
ود
وو
ſoeur , pour ne jamais aimer. Je reconnois
l'erreur qui m'a ſéduite , & je ne
crains plus de l'avouer. J'aimois : j'aime
peut-être encore; mais bientôt je n'aimerai
plus. " La mort en effetne tarda
point à délivrer Henriette du délire de
l'amour & de la haine d'une mere qui , après
avoir égaré la raiſon de ſa fille par
les procédés les plus durs , avoit rejeté
cet enfant loin d'elle comme un objet
d'opprobre.
Cette hiſtoire , écrite avec ſentiment ,
peut ſervir de leçon aux meres ; s'il en eſt
AVRIL. II. Vol. 1774. 87
et
=
encore d'aſſez cruelles pour refuſer la
moindre conſolation à leur enfant dont
le ſeul défaut eſt d'avoir un coeur trop ſen.
ſible. Cette leçon doit même les affecter
d'autant plus que l'éditeur des lettres de
Henriette de Berville nous prévient que
ces lettres ne ſont point le fruit de l'imagination.
Tous les détails en font vrais :
l'événement qui les termine eſt arrivé
l'année derniere.
Il y a quelques exemplaires de ces lettres
en grand papier pour joindre aux ouvrages
du même auteur qui ſont dans ce
format. On trouve ces ouvrages chez
Monory , libraire , qui vient auſſi de mettre
en vente les fables de M. Dorat , fuperbe
édition ornée d'un grand nombre de
gravures. Il y a un petit nombre d'exemplaires
de ces fables imprimées ſur du
papier d'Hollande.
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
règnes de Claude & de Néron , par le
P. Dotteville , de l'Oratoire , pour
ſervir de ſuite à la traduction de l'abbé
de la Bletterie , chez Moutard , libraire.
TACITE a toujours été l'écueil des traducteurs:
on peut appliquer à un hiſto-
F4
88 MERCURE DE FRANCE.
rien auffi profond ce que l'élégant traduc-
• teur de Juvenal a dit des Poëtes. Il faudroit
une ame vaſte pour contenir la fienne
, & un eſprit fouple & hardi pour ſe
plier au ſien. Parmi les différents traducteurs
de Tacite , quelques-uns ſe ſont
attachés à rendre le ſens littéral de l'auteur.
Comme ſouvent il eſt profond , &
quelquefois même énigmatique , il a fallu
le périphrafer , parce que le caractere de
notre langue étant la clarté , elle n'admet
point de ſens obfcur. Dès lors le ſtyle
eſt devenu froid & languiſſant. A ces
mots ſimples & énergiques qui dans Tacite
peignent les caracteres , ils ont ſubſtitué
de longues périphraſes ſans couleur&
ſans vie , qui donnent au diſcours une
marche peſante. Le P. Dotteville a confidéré
ſon objet ſous un autre point de
vue : il a cherché à rendre en françois
la briéveté du latin.
Le génie des deux langues étant différent
, ſi quelquefois il y eſt parvenu ,
ce n'a été qu'aux dépens de la clarté &de
l'énergie de l'expreffion. Son but étant
d'être utile dans les colleges , on doit lui
ſavoir gré de ſes efforts . Son ouvrage à
• M. du Saulx , de l'Académie des infcriptions & bel
les - lettres.
AVRIL. II. Vol. 1774: 89
at
d'autant plus de mérite , qu'il s'eſt attaché
au ſens de l'auteur avec aſſez de ris
gueur. Lorſque les commentateurs ne
- ſont point d'accord (ce qui arrive fort
ſouvent ) il a ſuivi le ſentiment qui lui a
paru le plus probable , & il en rend
compte dans des notes. Pour donner une
idée de cette nouvelle traduction , nous
allons mettre ſous les yeux du lecteur la
mort de Meſſaline.
30
8
e
Interim Meſſalina Lucullanis in hortis
prolatare vitam : cependant Meffaline retirée
dans les jardins de Lucullus , ne renonçoit
point à la vie ; non - ſeulement
elle n'y renonçoit point , mais elle cherchoit
à la prolonger , prolatare vitam.
Componere preces , nonnulla ſpe , &
aliquando ira ; tantâ inter extrema ſuperbiâ
agebat. Des espérances , & quelquefois
le dépit feul ( tant l'orgueil agis-
Joit encore fur elle à ſa derniere heure ) lui
faisoient composer une requête. Contrefens
; car outre qu'ici dépit ne répond
point au mot latin ird , c'eſt qu'on ne
conçoit point comment le dépit peut engager
une femme à faire des prieres ;
alors c'eſt moins le dépit que l'humiliation.
Le ſens d'Ablancourt paroît être le
véritable : des prieres dans lesquelles il
entroit de la colere & de l'eſpérance.
F5
90 MERCURE DE FRANCE.
Composer une requête n'eſt pas élégant : d
Saderniere heure ne rend pas la force de la
penſée; il falloit dire au comble du malheur,
inter extrema.
Ac ni cædem ejus Narciſſus properaviſſet
, verterit pernicies in accufatorem.
La délation de Narciſſe retomboit fur
lui - même , s'il n'en eût haté l'effet . Il falloit
dire quel étoit cet effet. Tacite l'a dit ,
cædem ejus, la mort de Meſſaline. Nam
Claudius , domum regreſſus , & tempeſtivis
epulis delinitus, ubi vino incaluit
, iri jubet , nuntiarique mifera ( hoc
enim verbo uſum ferunt) dicendam ad
cauſam poſterâ die adeſſet. Une table opulente
dont on avoit devancé l'heure , diſſipoit
les chagrins de Claude. Que de mots
pour rendre tempeftivis epulis delinitus.
Le traducteur a ſuivi par préférence le
ſens du Dictionnaire de Novitius ; mais
quoi qu'il en ſoit , on dit bien avancer
l'heure d'un repas , mais on ne dit pas devancer
l'heure d'une table opulente , cette
épithete eſt inutile ; car il n'eſt pas bien
extraordinaire que la table d'un Empereur
Romain ſoit opulente ; & puis d'ailleurs
c'eſt moins l'opulence d'une table , que la
délicateſſe des mets qui diſſipe les chagrins.
Il venoit de dire , échauffé par le
vin, qu'on avertiſſe cette malheureuse, (on
:
AVRIL. II. Vol. 1774 91
ت
a
d
: affure qu'ilsefervit de ce terme) de sejustiel
fier demain devant moi : Ici on eſt tenté de
prendre cette malheureuse en mauvaiſe
part , comme on le fait ſouvent dans
notre langue. Cependant la phraſe ſuivante
prouve que le motif qui faiſoit
parler l'Empereur , étoit la compaffion
& non pas le mépris. D'ailleurs le mot
it, mifer chez les Latins ſe prenoit-il dans le
m ſens du mépris ? Le traducteur ne pouvoit
dire cette infortunée: cette épithete
n'auroit point convenu à Meſſaline , qui
méritoit tous ſes malheurs. Bernardo Davanzati
, traducteur Italien , a rendu ce
mot mifera par poverella. Quod ubi auditum
, & languefcere ira , redire amor ,
ficunctarentur , propinqua nox ,
& uxorii cubiculi memoria timebantur.
Ces mots marquoient que fa colere s'affoibliſſoit
; on craignit un retour de tendreſſe ;
la nuit approchoit , la chambre pouvoit
- rappeler le ſouvenir de l'épouse. Ce tour
n'eſt pas clair , il auroit été plus ſimplede
dire : la chambre de l'épouse pouvoit en
rappeler le ſouvenir. Prorumpit Narciſſus ,
denuntiatque centurionibus & tribuno
qui aderant , exſequi cædem: ita imperatorem
jubere : Narciffefort bruſquement ;
les centurions & le tribun attendoient l'ordre
en dehors : il leur commande au nom
e
S
ac
92 MERCURE DE FRANCE.
de l'empereur de faire mourir Meffaline.
Ces mots prorumpit denuntiatque ne devoient
pas etre ſéparés dans le françois :
outre que cette diviſion ôte la vivacité ,
c'eſt que Narciſſe ne fortoit que pour
donner cet ordre. Il falloit au moins le
faire fentir. Cuſtos & exactor è libertis
Evodus datur. Iſque raptim in hortos prægreſſus
reperit fufam humi , affidente matre
Lepida , quæ florenti filiæ haud concors
, ſupremis ejus neceffitatibus ad miſerationem
evicta erat. On leur joignit l'affranchi
Evodus pour s'affurer d'elle , &
faire exécuter la Sentence . Evodus les devance
en grand hate : il trouve l'impératrice
étendue par terre ; à côté d'elle étoit afſfife
Lepida , fa mere Lepida , brouillée avec
Meſſaline pendant Sa fortune , étoit accourue
pour prendre part à fon malheur.
Evicta erat n'eſt point rendu. Suadebatque
, ne percufforem opperiretur : tranſiſſe
vitam , neque aliud quàm morte
decus , quærendum. Elle lui conſeilloit
de ne point attendre qu'un bourreau portât
la main fur elle ; sa vie étoit pasfée
, il n'étoit question que de périr fans
honte.
Qu'un bourreau portât la main fur elle ,
n'eſt point dans le latin. Périrfans honte
: )
AVRIL. II. Vol. 1774. 93
>
ne dit pas périr avec gloire , morte decus.
✓ Sed animo per libidines corrupto , nihil
honeſtum inerat ; lacrimæque & quæftus
invicti ducebantur quum impetu venientium
, pulſæ fores. Mais cette ame flétrie
par la volupté n'étoit plus fusceptible
d'honneur . Toutes deux s'abandonnoient
aux larmes & à des regrets fuperflus , lorsque
les foldats , dès leur arrivée , enfoncent
la porte. " Tacite ne dit point que
toutes deux s'abandonnoient aux larmes ;
- il ne parle que de la foibleſſe de Meſſaline:
ſa mere au contraire s'efforçoit de
l'encourager par ſes diſcours. Adſtititque
tribunus per filentium , at libertus incre-
- pans multis ac fervilibus probris. Le tri-
- bun se présente debout en filence devant
- Meſſaline ; l'affranchi l'accable d'injures
groſſieres : se préſente debout ; debout eft
- inutile , parce qu'on ne ſe préſente point
affis.
On trouve chez le même Libraire la
traduction complette de Tacite. Savoir :
la Vie d'Agricola & les Moeurs desGermains
, trad. par l'abbé de la Bletterie ,
2 vol . in - 12. 6 liv.
Les fix premiers Livres des Annales de
Tacite , trad. par le même , 3 vol. in- 12.
fig. relié , 10 liv. 10 ſols.
1
94
MERCURE DE FRANCE.
Les fix derniers Livres des Annales ,
trad. par le P. Dotteville de l'Oratoire ,
2vol in - 12 . rel. 6 liv.
Histoire de Tacite trad. enfrançois , avec
'le latin à côté & des notes , par le même ,
2 vol. in - 12. avec des plans rel. 6 liv.
Elémens de l'Histoire Romaine , diviſés
en trois parties , avec des cartes &des
tableaux analytiques ; nouvelle édition
revue , corrigée & conſidérablement
augmentée d'une géographie ancienne
de l'Italie. Par M. Mentelle , profesfeur
d'hiſtoire & de géographie à l'Ecole
royale militaire , de l'Académie
des ſciences & belles-lettres deRouen,
&c. 2 vol. in- 12 . A Paris , chez Delalain
, libraire. 177 .
La premiere édition de cet ouvrage ,
ne formant qu'un volume , parut en 1766.
Il fut dès lors regardé comme un livre
claſſique & admis dans toutesles maiſons
conſacrées à l'éducation. Cette feconde
édition eſt , comme la premiere , dédiée
à Meſſieurs les Eleves de l'Ecole royale
militaire , où l'auteur profeſſe l'hiſtoire&
la géographie. En augmentant cet ouvrage
, M. M. vient d'ajouter infiniment à
AVRIL. II. Vol. 1774. 95
fon utilité. Il eſt diviſé en trois parties.
La premiere renferme la géographie ancienne
de l'Italie , que l'on ne trouve nulle
part traitée avec autant de méthode &
de clarté , & que l'on n'avoit pas même
encore donnée en françois dans une certaine
étendue. On ne peutdiſconvenir cependant
qu'elle n'importe infiniment pour
l'intelligence de la plupart des auteurs latins.
Comme c'eſt dans cette partie que
ſe trouve la plus grande augmentation
faite à ce livre, nous nous y bornerons
dans cet extrait.
M. Mentelle a placé à la tête une carte
de l'Italie ancienne extraite de l'excellente
carte de M. d'Anville. S'il ya de la
ſageſſe à ſuivre un ſi bon guide , il n'y a
pas moins de bonne foi à en convenir.
L'auteur a eu ſoin de n'y admettre queles
lieux nommés dans ſon ouvrage. Le ſyſ
tême de M. Fréret ſur les anciens habi
tans de l'Italie , auſſi bien que les diviſions
, les fubdiviſions , les montagnes ,
les fleuves , les peuples , les villes &c. ,
} &c.. commencent l'ouvrage & font indiqués
par une ſuite de tableaux , dans
leſquels on doit remarquer l'exactitude de
l'auteur & l'intelligence typographique,
On y trouve , en caracteres différens , les
96
MERCURE DE FRANCE.
noms modernes à côté des noms anciens.
Ce parallele eſt obſervé de même dans le
reſte de l'ouvrage.
Nous ne ſuivrons pas M. M. dans la
fuite de la géographie de l'Italie , quin'eſt
que le développement de ces premiers tableaux
; mais nous remarquerons 1º. qu'il
rapporte un grand nombre d'étymologies
très-heureuſes , * dont la plupart ne font
ni dans Cluvier , ni dans Cellarius , &c.
20. qu'il rapporte ſur chaque peuple ,
quelque choſe de ſon origine , deſes loix ,
de ſa religion , de ſes uſages , &c ; 3 °. que
par rapport aux villes , il fauve la ſéchereſſe
de la nomenclature en rapportant
des traits d'hiſtoire qui y ont rapport. 4°.
que partout il cite les dates des événe
mens , & les auteurs ſur le témoignage
deſquels il s'appuie; 5°. que quand un
paſſage grec ou latin , qu'un mot celtique
ou oriental eſt ſuſceptible de difcuffion,
il en fait l'objet d'une note , dont la
plupart font inſtructives & quelquefois
au-deſſus des écoliers. 6º. Enfin que chaque
article de géographie ancienne eſt
toujours
*
Voy. celles de Bergomum , de Brixia , de Luna , de
Cære , de Sybaris , de Regium , de Cluſium, d'Etruria ,
&c , &c.
AVRIL. II. Vol. 1774. 97
toujours ſuivi d'un article plus court de
géographie moderne , qui fait connoître
l'état préſent de la province ou de la ville
dont il eſt queſtion.
La ſeconde partie des Elémens de l'histoire
Romaine renferme , dans un afſez
court eſpace , une infinité de choſes eſſentielles
ſur le droit , les magiftratures ,
l'art militaire , le commerce , les uſages
&c. , &c. , des Romains. Et ces différens
objets étant liés entre eux dans un
tableau analytique qui précede cette feconde
partie , les jeunes gens les retiennent
en en ſaiſiſſant tout l'enſemble..
La troiſieme partie, qui forme le ſecond
volume , n'eſt qu'une narration abrégée
de l'hiſtoire de la République Romaine.
Elle eſt ſuivie d'une table chronologique
des années ſelon Varron & les
marbres capitolins , comparées aux années
qui ont précédé le commencément de
l'Ere vulgaire. Le ſecond volume eſt terminé
par une eſpece de dictionnaire qui
fert auffi de table des matieres. On y renvoie
pour chaque nom aux différentes pages
du livre. Mais tous les noms des grands
hommes y font accompagnés d'une petite
notice qui ſert à les faire connoître ;
ceux de beaucoup d'objets y ont leur éty-
G
98 MERCURE DE FRANCE.
mologie ; enfin il paroît que l'auteur ne
s'eſt épargné aucune peine pour hâter les
progrès de ſes éleves , & multiplier leurs
connoiſſances en applaniſſant , le plus qu'il
eſt poſſible , les difficultés inſéparables de
l'étude.
L'auteur avoit donné précédemment
la Géographie ancienne de la Grece : * ces
ouvrages font faits pour aller enſemble ,
& contribueront à faire connoître mieux
que jamais deux des plus fameux Peuples
de l'antiquité.
Raton aux Enfers , imitation libre & en
vers , du Murner in der bôlle de M. Frédéric
- Guillaume Zacharie , ſuivie de la
traduction littérale de ce poëme allemand
; par M. ***, de l'Académie des
ſciences , belles- lettres& arts deRouen ,
&, ci - devant un des inſpecteurs de
MM. les Eleves de l'Ecole royale mi .
litaire. Prix , I liv. 4 fols. AGenève ;
& ſe trouve à Paris , chez Dubois ,
pere & fils , libraires. 1774.
Le Murner in der holle ou le Mâtou aux
** Chez Barbou , rue des Mathurins , I , vol. in- 8 . relié,
2 liv..
AVRIL. II. Vol. 1774.99
Enfers de M. Zacharie , avoit juſqu'a
préſent été négligé de ceux qui nous ont
donné des traductions de poëſies allemandes.
On ne peut diſconvenir cependant
qu'il n'y ait de l'invention , de la conduite
, des deſcriptions agréables & pluſieurs
endroits heureux & bien frappés . Il
eft vrai que , donné ſeul , il eût pu ne
pas faire une grande ſenſation , par le peu
d'importance du ſujet , & le peu d'étendue
dans l'exécution ; mais , en y joignant
une imitation en vers , M *** lui aſſure
une réputationdiftinguée ,& a fait de cette
production un tout fort agréable. Faiſons
connoître d'abord la traduction littérale ,
ou , ſi l'on veut , le poëme allemand .
Chant. I. Après une invocation à ſa
mufe , M. Zacharie raconte que ſur les
bords de l'Elbe eſt un château où le vieux
Raban vit avec une niece d'autant plus
aimable , qu'elle eſt fort économe. Cette
Demoiſelle a pour compagnie ordinaire
une Suivante , un chat & un perroquet.
Pendant que le chat , fatigué d'avoir
couru toute la nuit, repoſe dans l'appartement
de ſa maîtreſſe , le perroquet apperçoit
une Furie dans les airs , s'écrie :
,, ah! qu'elle eſt laide ! " La furie , pour
G2
100 MERCURE DE FRANCE.
s'en venger , ſuſcite contre lui le chat (1) .
Le vieil oncle arrive , tue le chat d'un
coup de bâton. Surviennent bientôt la
Demoiselle & fa Suivante. La premiere
montre une douleur très-vive , & la Suivante
l'imite. La Furie regarde ces objets
d'un oeil content.
Chant II. Liſette ſeule , ſe félicite de
la mort du chat dont elle avoit fort à ſe
plaindre. Elle jette fon cadavre ſur du
fumier. Cependant la Demoiſelle Rofaure
perd de vue le ſujet de ſa triſteſſe ;
elle ſe met à ſa toilette : il arrive compagnie
; on ſe met à table ,,, & le petit-
,, maître (2 ) ne ceſſa de vuider les cou-
,, pes , que lorſque l'étoile du ſoir , àtravers
les nuages , eut fait briller fon ai-
,, mable lumiere.
و د
Cependant le chat deſcend aux enfers ,
& ne peut être admis dans la barque de
Caron , parce que fon corps eſt demeuré
fans ſépulture.
Il prend le parti de ſe mêler parmi les
revenants .
(1 ) M. ** a changé ceci dans ſes vers , & il en prévient
dans un avertiſement. Il ſuppoſe la Furie jalouſe
du bonheur du Chat , & c'eſt en effet lui qui meurt.
(2) de Petit - Maftre Allemand.
;
AVRIL . II. Vol. 1774. ΙΟΙ
Chant III. Lifettte veilloit pour broder
des manchettes à fon amant. Minuit fonne
; c'eſt l'heure où l'on voit des ſpectres.
Elle veut ſe ſauver à ſa chambre qui eſt
au haut de la maiſon; la peur la fait descendre
à la cave. Un peu remiſe , elle remonte
; mais elle apperçoit Murner tout
en feu. Il ſe préſente preſque auſſi - tôt à
Raban , & enfin à ſa maîtreſſe Roſaure ,
à laquelle il adreſſe une priere fort tendre.
La Demoiselle ſonne avec effroi.
Liſette arrive ; l'oncle ſurvient. Tous
concluent qu'il faut mettre en terre le cadavre
du chat. Cet ordre eſt exécuté , &
l'ombre de Murner ſe mêle parmi les
ames qui s'approchent de la barque du
vieux Caron.
Chant IV. Le Poëte Allemand décrit
les enfers , le paſſage du chat , & la tranquillité
dont il va jouir dans les champs
Elyſées .
Chant V. Rofaure apperçoit le jardinier
qui vient d'enterrer fon chat ; cette
vue réveille ſa douleur : elle veut ellemême
jeter des fleurs ſur ſon tombeau.
La Renommée va trouver le Magifter ,
lui rappelle ſes talens , & l'invite à faire
l'épitaphe de Murner. Bientôt il l'apporte
à Roſaure , qui lui promet une forte récompenfe.
L'épitaphe eſt gravée ſur un
G3
102 MERCURE DE FRANCE.
marbre. ,, L'Etranger curieux vient le
„ contempler ſouvent ; & le Voyageur
,, inſtruit , détaille au loin la beauté de
„ ce monument." Pour avoir une idée des
détails , il ſuffira de rapprocher quelques
morceaux de la traduction littérale & de
l'imitation en vers .
"
ود
ود
,
Chant I. Invocation. Chante-moi
Muſe enjouée , les exploits héroïques
&la mort déplorable d'un chat immor-
„ tel , qui a traverſé les eaux du noir
Cocyte , & qui a vu fon corps repoſer
dansun tombeau de marbre, ainſi que
,, ceux des plus grands héros."
ود
ود
Voici le début de l'imitation.
Toi , qui jadis d'un héros perroquet
Chantas les faits par la voix de Greffet ;
Toi , qui dictois à ſa plume badine
Ces vers légers , enfans d'un doux loiſir ,
Lorſqu'un rayon de la Grace divine
Vint l'enflammer d'un plus noble defir ;
Lui fit quitter la riante doctrine
Des jeux badins , des folâtres amours
Pour la retraite où , ſe taiſant toujours ,
Il craint de voir le Ciel impitoyable
Lui reprocher à la fin de ſes jours
D'avoir uſé d'un talent agréable ;
Muſe charmante , anime mes écrits
AVRIL. II. Vol. 1774. 103
1
De la galté , des riantes peintures
Qui , dans ſes vers , enchantent les eſprits.
Quand de Vert-vert on lit les aventures .
De mon héros & l'eſpece & le nom
Auſſi fameux , n'auront pas moins de charmes ,
Et les deſtins du malheureux Raton
Aux tendres coeurs arracheront des larmes .
Eh ! qui pourroit ne pas donner des pleurs
Au coup fatal qui termina ſa vie ,
Au fort affreux dont elle fut ſuivie ,
Lorſque , privé des funebres honneurs ,
Il demeura fur les bords du Cocyte ,
Et vint enfin rendre aux humains viſite ,
Tant qu'il obtint que , Mauſole nouveau ,
Il ſeroit mis en ſuperbe tombeau ?
Au commencement du printems , Murner
quitte la chambre de ſa maîtreſſe pour
aller courir. ,, L'Hiver , dit le poëte Alle-
"
"
ود
ود
mand , venoit de verſer de ſes aîles
,, orageuſes les derniers frimats accom-
,, pagnés de grêle ; le Printems s'avançoit
en triomphe ſur d'agréables tapis
bigarrés de violettes & de tulipes ; &
la fille de Pandion, ſur des haies ver-
,, doyantes , commençoit à faire entendre
ſes aimables chansons , lorſque
l'Aurore , fortant de la mer , parut fur
l'horizon & pouſſa devant elle des vents
,, impétueux. Ils mugirent avec tant de
"
ود
ود
G4
104 MERCURE DE FRANCE.
,, fureur autour du château , qu'ils oblige
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
و د
و د
rent le chauffeur de deſcendre en murmurant
ſous un vaſte bûcher & de rallumer
dans les poëles un feu bienfaifant.
Ciper (c'étoit le nom du chat )
trottoit ſur les toits : il avoit paſſé la
nuit à courir dans les gouttieres , & à
donner la chaſſe à des légions de rats.
Sa gueule , armée de dents meurtrieres ,
étoit teinte de ſang coulant de toutes
,, parts: enivré de ſa victoire , il s'étoit
vautré en rugiſſant ſur leurs cadavres. II
ſe gliſſa dans la chambre , au moment
,, que la ſuivante portoit de l'eau bouillante
pour donner à ſa maîtreſſe une
taſſe de thé ; mais l'ayant trouvée profondément
endormie , elle referma fon
rideau fans bruit & fortit doucement
de la chambre. Ciper , que ſes aventures
avoient fatigué , fe coucha commodément
ſous le poële ardent , étendit
devant lui ſes griffes de lion , & tomba
bientôt dans le plus doux aſſoupiſſement.
" La maniere de M. Zacharie
eſt forte , mais un peu ſérieuſe dans ce
morceau . Le voici dans l'imitation .
ود
ود
ود
ود
و د
و د
و د
ود
و د
ود
Déjà l'hiver avoit vu dans les plaines
Tomber fon char hériſſe de glaçons ;
AVRIL: II. Vol. 1774. rog
Des aquilons les fougueuſes haleines
Se retiroient dans leurs antres profonds ,
Sur les ormeaux la tendre Philomele
Faiſoit ouïr ſes accords raviſſans ;
Et les bergers , dans leurs jeux innocens ,
Rendoient hommage à la ſaiſon nouvelle.
Voulant auſſi des charmes du printems ,
Pour ſes plaiſirs tirer quelque avantage ,
Des chats fameux ſuivant l'antique uſage ,
Raton , les nuits , ſe donnoit du bon temps ;
Couroit les toits , les greniers , les gouttieres ,
Guettoit ſouris , & de mille manieres
Les attrapoit , malgré tous leurs détours ;
Puis , recourbant ſa patte de velours ,
Les balottoit en avant , en arriere ,
Tant que , laſſe de ce barbare jeu ;
Il les croquoit de ſa dent meurtriere .
Mais ce bonheur , hélas ! dura trop peu.
Fut- il jamais un beau jour ſans nuage ! &c , &c.
Enfin le chat entre chez sa maîtresse & s'endort . ১
On voit que M. ** y met plus de gaîté
que l'auteur Allemand. Il a partagé le
premier chant de ſon auteur en deux.
Voici comme il commence le chant II.
Il eſt un âge où tout ſe peint en beau ,
Où tout fourit à notre ame enchantée ;
Par le defir vivement agitée
/
G5
106 MERCURE DE FRANCE.
1
Elle s'enflamme à chaque objet nouveau ;
Et même encor doucement affectée ,
Lorſque la nuit a tiré fon rideau ,
Elle ſe prête aux erreurs du cerveau.
Chacun alors de l'aveugle fortune
Abondamment partage les faveurs ;
Mais des amans l'eſpece aſſez commune
Fournit , dit- on , les plus heureux rêveurs.
Beauté farouche eſt alors moins cruelle ,
Beauté volage alors fixe ſon choix ;
Et , de l'Amour ſuivant les douces loix ,
L'une eſt plus tendre & l'autre plus fidelle.
De la Nature & merveilleux préſens !
Vous ajoutez au bonheur de notre être ;
Lorsque le coeur , abuſé par les ſens ,
Se croit heureux , n'est- ce pas vraiment l'étre ?
Mais ce n'eſt pas ſeulement des humains
Que la Nature ainſi fit le partage ;
Chaque animal a reçu de ſes mains
Don de rêver tout auſſi-bien qu'un ſage ,
Ainſi Raton , &c , &c.
Ce petit exorde eſt fort joli , & n'eſt
point dans l'auteur Allemand. Il en eſt
de même du commencement du chant III .
L'auteur va faire connoître la politique
de la Suivante qui a feint de pleurer la
mort du chat pour complaire à ſa maîtreffe.
AVRIL. II. Vol. 1774. 107
Talent heureux , talent inestimable ,
Vertu des grands , ignorée autrefois .
De nos aïeux les bons & francs Gaulois ,
Qui , ſignalant leurs bras par mille exploits
Et d'un gros vin s'enivrant à leur table ,
Sans cultiver tant de moyens adroits
D'envelopper , fous un dehors affable ,
Les mouvemens de leur coeur intraitable ,
Du fier honneur n'écoutoient que la voix ;
Toi qui , parant d'un vernis agréable
Le froid refus & la haine implacable
Es cultivé chez l'opulent bourgeois ,
Chez le prélat , & fur- tout près des Rois;
Art précieux de feindre avec tendreſſe
Un fentiment que l'on n'éprouve pas ,
Et qui nous fait , bleſſant goût & juſteſſe ,
Louer tout haut , quand nous blamons tout bas ;
Tu fais voiler d'une gaze légere
La Vérité dont le front trop ſévere ,
Bleſſe nos yeux devenus délicats :
Vers les honneurs tu menes à grands pas
Le fourbe adroit qui fait fe contrefaire ;
Et la vertu , belle de ſes appas ,
Sans ton fecours , languit dans la miſere ;
Toi ſeul enfin peux donner l'art de plaire :
Malheur chez nous à qui ne t'aura pas !
Laure à vingt ans , quoique née au village ,
Heureuſement n'étoit point dans ce cas , &c.
10S MERCURE DE FRANCE .
Il ya encore d'autres détails fort agréa
bles auxquels nous ne pouvons nous arrêter.
Cette traduction , & fur- tout cette
imitation en vers , doivent être d'autant
mieux accueillies , que l'auteur s'annonce
dans ſa préface pour un homme occupé
d'études plus profondes. Nous le croyons
volontiers , s'il eſt vrai , comme on nous
l'a dit , que ce badinage ſoit de M. Mentelle
, qui vient de donner une nouvelle
édition de ſes Elémens de l'Histoire Romaine
, dans leſquels la géographie ancienne
de l'Italie eſt traitée d'une maniere
fort ſavante.
Mémoire fur la meilleure maniere de construire
un Hôpital de Malades ; par M.
A. Petit , docteur- régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de Paris ,
ancien profeſſeur d'anatomie , de Chirurgie
& de l'art des accouchemens aux
écoles de médecine , profeſſeur d'anatomie&
de chirurgie au jardin du Roi;
membre des Académies royales des
ſciences de Paris & de Stockholm ; inspecteur
des hôpitaux militaires , &c ,
&c. A Paris , de l'imprimerie de L.
Cellot , rue Dauphine , in - 4°. de 16
pages avec deux planches gravées en
taille douce , 1774.
AVRIL. II. Vol. 1774 109
Après le déſaſtre arrivé derniérement
à l'Hôtel-Dieu de Paris , plufiers de nos
artiſtes & de nos citoyens éclairés préſenterent
différens projets pour le reconstruire
hors de cette capitale , conformément
aux voeux du Public qui deſiroit
depuis long- temps cette tranflation. Les
uns choiſirent le terrein du couvent des
Bons - Hommes ; ſur la rive droite de la
Seine près Paſſy ; les autres proposerent
de le placer à l'oppoſite , fur la rive gauche
de cette riviere , près de l'Ecole militaire :
d'autres conſeillerent d'augmenter les anciens
bâtimens de l'hôpital St Louis , enfin
il y en eut , & ce fut le plus grand nombre
, qui choiſirent l'Iſle des Cygnes. Suivant
le projet de M. Petit , il faudroit rebâtir
l'Hôtel - Dieu ſur le terrein qui s'étend
entre l'hôpital St Louis & le monticule
de Belle - Ville , il regarde cet endroit
comme réuniſſant tous les avantages
que l'on peut deſirer pour le plus parfait
des emplacemens ; le but de ſon mémoire
eſt de les développer & d'expoſer enſuite
ſes vues particulieres par rapport à un
plan de diſtribution le plus capable de
favoriſer ſon ſervice.
Il commence d'abord par faire voir
qu'on doit avoir égard , dans la fitutaion
(
IIO MERCURE DE FRANCE.
d'un hôpital de malades , à la pureté de
l'air , à la falubrité , à l'abondance des
eaux , à la facilité du ſervice , à la tranquillité
, & que toutes ces choſes nepouvant
ſe trouver au milieu des grandes
villes , il eſt indiſpenſable de transférer
ces maiſons au- dehors de leur enceinte .
M. Petit ajoute à ces conſidérations
qu'un hôpital ne fauroit être bien placé
que ſur un terrein élevé , à cauſede l'humidité
qui regne dans les lieux bas , &
qu'il feroit importantde le ſituer toujours
à l'abri du vent du Nord , qui eſt un fléau
pour les malades. Venant enſuite à l'examen
de l'emplacement qu'il a choiſi , il
démontre qu'il réunit toutes les perfections
qu'on peut defirer: il eſt aſſez loin
de Paris , ſans l'être cependant trop , pour
être garanti du bruit : les malades pourroienty
être transférés fans inconvéniens ,
du dépôt général qu'on laiſſeroit ſubſiſter
à l'ancien Hôtel-Dieu , & où l'on ne retiendroit
que ceux qui feroient hors d'état
d'être conduits au nouveau:l'air en eſt pur;
la maiſon qu'on y bâtiroit ſeroit garantie
du vent du Nord par le monticule de Belle-
Ville qui le couvriroit comme un rideau
; elle pourroit être approviſionnée
d'eau par celle que l'on tire de Belle
AVRIL. II. Vol. 1774.
et
de ViVlilllee ,, de Ménil - montant &du Pré St
Gervais ; en un mot, le paſſage du grand
égout de Paris dans ſes environs faciliteroit
l'écoulement de ſes immondices.
Que l'on ajoute àtout cela l'avantage précieux
qui réſulteroit pour l'Hôtel - Dieu
bâti en cet endroit , du voiſinage de l'hôpital
St Louis , qui deviendroit pour lui
une eſpece de ſuccurſale où l'on placeroit
les magaſins , où l'on pourroit mettre un
grand nombre de malades en cas d'épidé-
5. mie , & où l'on pourroit traiter en tout
temps les maladies contagieuſes , la petite
vérole , la rougeole , &c. & l'on ſera
convaincu qu'il ſeroit bien difficile de
trouver , aux environs de Paris , une
ſituation plus favorable pour un pareil
établiſſement.
र
Quant à la diſtribution de fon plan ,
M. Petit propoſe de lui donner la forme
d'une étoile , & de diſpoſer ſes ſalles comme
autant de rayons tendant vers un centre
où feroit placée la chapelle , & au
pourtour de cette chapelle des portiques
dans leſquels déboucheroient les falles
des médecins , des chirurgiens & des meres
ſurveillantes , l'apothicairerie , les cuifines
, &c, en un mot tous les lieux d'où
peuvent partir tous les ſecours pour les
112 MERCURE DE FRANCE.
malades. Pour ce qui eſt des bâtimensquirégreroient
dans la circonférence extérieure
de cette étoile , ils ſerviroient aux dortoirs
des foeurs , aux logemens des chirurgiens ,
des prétres , à faire des promenades couvertes
pour les convalefcens : & les eſpaces
triangulaires compris entre les ſalles
feroient occupés par des cours & jardins
qui les aëreroient. Ainsi , au moyen de
cette diſpoſition , il y auroit la plus grande
facilité poffible pour le ſervice desmalades
; tous les ſecours ſe trouveroient à
leur portée , & il n'y auroit que le moindre
eſpace poſſible à parcourir pour arriver à
eux.
Outre ces vues générales , la conſtruction
particuliere des falles mérite la plus
grande attention. M. Petit propoſede les
faire de 40 pieds de haut fur 36de large ,
& 50 toiſes de long , & de diſpoſer les
lits des malades de chaque côté en quatre
rangs , les uns au -deſſus des autres , àpeu
- près comme les loges des ſalles de
ſpectacle : chaque lit occuperoit le milieu
d'une eſpece de niche ou aclove de neuf
pieds de haut ſur ſept enquarré. Un ſeul
malade ſeroit couché dans ce lit , aux
deux côtés duquel ſe trouveroit une ruelle
de deux pieds : au bout de l'une de ces
ruelles
AVRIL. II. Vol. 1774. 113
S,
1
B
de
-
F
ruelle s'ouvriroit dans le gros du mur
une fenêtre deſtinée à donner du jour &
de l'air à l'alcove , ainſi qu'à vuider & jeter
dehors les excrémens & les autres
choſes dont le voiſinage ſeroit incommode
au malade. La ſéparation des alcoves
ſe feroit par le moyen d'un petit mur
de briques , & tout cet appareil de loges,
les planchers même ſeroient de la même
conſtruction ; un rideau de toile ferme-
בי
roit l'alcove au pied du lit ; il ſeroit ouvert
le jour & tiré la nuit, ou quand le
malade voudroit dormir. Il régneroit ſur
le devant de ces alcoves une gallerie grillée
de quatre ou cinq pieds de large , par
le moyen de laquelle le ſervice ſe feroit
avec la plus grande promptitude. Entre
les galleries d'un côté & celles de l'autre
ſe trouveroit un espace de 12 ou 15 pieds
de large qui régneroit d'un bout à l'autre
de la falle , & depuis le rez - de - chauſſée
juſqu'au comble : on placeroit les poëles
deſtinés à chauffer les ſalles l'hiver.
,, Les avantages fans nombre qui réfultent
de cette diſpoſition ſe préſentent,
dit M. Petit , en foule à l'eſprit.Je pla-
,, ce d'abord trois fois plus de malades
ود
ود
" dans mes falles qu'on y en met commu-
,, nément. Je donne à chaque malade fon
,, lit & même ſa chambre. On ne verra
H
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
و د
plus , à la honte de l'humanité & au
Icandale de la Religion , fix malheureux
amoncelés dans un même lit , ſe nuire,
s'alarmer , s'infecter mutuellement :
„ l'un , ſe tourmenter & crier quand les
„ autres ont beſoin de repos :: on ne verra
, plus un moribond ſe confeſſer àcôté de
„ cing malades qui entendent tout ce
,, qu'il dit: un autre recevoir leViatique
fur un grabat que fouille au même ins-
,, tant un agoniſant qui ſe vuide en rendant
le dernier ſoupir , ou bien un ma-
" lade qui ne peut retenir l'effet d'un purgatif
ou d'un émétique , ou bien enfin
,, dans un même lit où se trouve un fré-
" nétique qui , dans ſon tranſport , forme
„ un déplorable contraſte avec le prêtre
„ qui récite les prieres des mourans. Ma
و د
و و
و د
و د
main s'arrête , & le frémiſſement que
tant d'horreurs lui font éprouver , l'em-
» pêche d'achever cet abominable tableau."
ود
On ne fauroit afſurément qu'applaudir
à la compoſition du plan de cet hôpital
de malades , & nous ne croyons pas qu'il
foit poffible d'en imaginer un qui foit
plus propre , non feulement à fatisfaire
aux beſoins de tous les malades , fûrement
, promptement , avec le moins de
dépenſe , mais encore à en raſſembler dans
AVRIL. II. Vol. 1774. 115
un même lieu un très-grand nombre, fans
que leur multitude puiſſe leur étre pernicieuſe.
M. Petit paroît au ſurplus diſpoſé
à partager la gloire decette heureuſe diſtribution
avec M. Prunneaude Mont-Louis,
unde nos plus habiles architectes-experts;
il convient s'être rencontré avec lui à cet
égard , & fe fait même un devoir de le
publier. En effet , le projet de M. Prunneau
de Mont- Louis , que nous avons vu,
&auquel les connoiffeurs ont beaucoup
applaudi lorſqu'il en préſenta en fon
temps , le modele à MM. les Adminiſtrateurs
de l'Hôtel-Dieu , eſt abſolument
femblable dans ſon enſemble : leur différence
ne conſiſte gueres que dans la posſibilité
de l'exécution qui avoit été méditée
dans le dernier projet , & qui
paroît avoir été tout- à- fait négligée dans
l'autre. M. Petit a imaginé au centre de
cet hôpital , dans le point de réunion , des
falles où eſt placée la chapelle , un grand
cône de pierres ou de briques de 12 toifes
de diametre & de 35 toiſes de haut ,
entiérement porté ſur des colonnes iſolées
, le long des côtés duquel cône il fait
en outre ramper les tuyaux de toutes les
cheminées des cuiſines & des ſalles adjacentes
, ainſi que des poëles ; ce qui eſt
H2
116 MERCURE DE FRANCE.
abſolument impraticable , au lieu que M.
Prunneau de Mont-Louis a tout - à- fait
ifolé ſa chapelle au milieu d'une cour
circulaire , & l'a entourée de portiques
ſervant de débouchés aux cuiſines , aux
falles des médecins , des chirurgiens , &c.
arrangement fans comparaiſon plus avantageux
, & qui n'offre aucune difficulté
pour l'exécution : au ſurplus M. Petit n'a
prétendu , comme il le dit lui - même ,
que propofer une eſquiſſe qu'il laiſſe à
développer aux maîtres de l'art ; & tous
les médecins ne font pas obligés d'être
auſſi habiles que le célebre Perrault dans
la conſtruction.
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la ſaine philoſophie ; par P. J.
Boudier de Villemaire , écuyer.
Leves gustus in philosophid movent ad atheismum , plesiores
ad Religionem .
BACON.
vol. in - 12. A Paris , chez Dufour , libraire
, & Monory , vis- à- vis la Comédie
Françoiſe.
Le nom feul de Philofophie , nous dit
l'auteur au commencement de cet ouvra-
„ ge , annonce le plus fublime emploi de la
و د
AVRIL . II. Vol. 1774. 117
S
5, raiſon. La vérité qu'elle recherche , &
ود
ود
ود
les principes des chofes ne ſe trouvant
qu'en Dieu , c'eſt à lui qu'il faut néces-
,, fairement qu'elle remonte pour atteindre
fon but. Les intelligences créées , dans
,, quelque ordre qu'elles foient , n'ont de
lumiere que par une émanation de la
,, Sageſſe incréée , & ne font que réfléchir
les rayons de celle dont elle veut
ود
ود
ود
bien les éclairer. La bonté a la même
„ origine ; le bon n'eſt que le vrai réduit
,, en acte , & dérive des convenances po-
ود
ود
ود
ود
ſées par leCréateur entre les êtres . Qui-
,, conque le méconnoît , doit donc perdre
de vue la regle , & du bon & du vrai.
L'un & l'autre font l'objet de la philoſophie
, & ne peuvent être ſaiſis que
,, par l'homme qui fixe ſes regards fur
la Vérité éternelle . Elle eſt le ſoleil de
l'ame. Lorſqu'entre elle & nous s'interpofent
les objets de nos cupidités ,
la raiſon ſouveraine eſt éclipſée , & la
nôtre tombe dans d'épaiſſes ténebres.
C'eſt à la philofophie à éloigner ces objets
qui ferment le paſſage à lalumiere ;
la philofophie eſt , comme on le voit ,
,, une théologie naturelle qui rapproche
l'homme de Dieu , au lieu de l'en éloi-
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
,, gner."
Ce principe poſé , comment a- t- on pu
1
H 3
118 MERCURE DE FRANCE.
1
décorer du nom de philoſophes ces esprits
ténébreux , qui , tels que l'auteur du
Systême de la Nature , veulent enlever au
genre humain les vérités les plus conſolantes
, & comment a-t-on pu nommer
ſageſſe une fauſſe dialectique qui attaque
les fondemens de la Société ? Le but de
l'ouvrage que nous venons d'annoncer eſt
de venger la philoſophie d'un tel outrage ,
en faiſant voir qu'elle s'éleve également
contre l'audace effrénée qui attaque les
grandes vérités de la Religion , & contre
la ſuperſtition qui la déshonore. Autant
éloignée d'une crédulité aveugle que d'un
doute obſtiné , elle marche d'un pas ferme
entre ces deux écueils. Conftamment
appuyée ſur la foi , elle ne reçoit rien
qu'elle ne l'ait jugé digne de cette origine
divine , & qu'elle n'en ait examiné les
preuves.
L'auteur ſuit la philoſophie dans cette
marche , & , après avoir reconnu la certitude
d'un petit nombre de principes fur
leſquels la raiſon s'appuie , il fait voir que
de tous , le plus évident eſt l'existence du
premier être & fon action ſur ſes créatures.
Revenant fur nous - mêmes , il examine
quel peut être le principe de notre
penſée , que tout nous annonce immaté
riel & immortel. Vérité d'où découlent
AVRIL. II. Vol. 1774. 119
des devoirs & un culte envers l'auteur de
tous les êtres. L'auteur termine fon ouvrage
par chercher ce qui peut caractérifer
le vrai culte , & il trouve ce caractere
dans la Religion Chrétienne , la ſeule qui
ſoit d'accord avec la ſaine philofophie.
L'auteur , pour compoſer cet ouvrage,
n'a eu beſoin que de ſe recueillir en filence
, de ſuivre l'enchaînement des penſées
de l'homme exempt de paffions , & de
tranſcrire les inſtructions que dicte l'amour
de l'ordre moral & civil , amour
qui naît de la connoiſſance du véritable
bonheur de l'homme,& fans lequel il n'y
a point de vrai philoſophe.
Recherches critiques , historiques & topographiques
fur la Ville de Paris , depuis
ſes commencemens connus juſqu'à préſent
, avec le plan de chaque quartier :
par le Sr Jaillot , géographe ordinaire
du Roi , de l'Académie royale des ſciences
& belles - lettres d'Angers .
Quid verum... curo & rogo , & omnis in hoc sum.
HOR. , lib. 1 , ep. 1.
XVe. cahier in- 8°. quartier StAntoine.
H 4
120 MERCURE DE FRANCE.
:
A Paris , chez l'auteur , quai & à côté
des grands Auguſtins ; & chez Aug.
Mart. Lottin aîné , imprimeur- libraire.
Ce nouveau cahier préſente , ainſi que
les précédens , des recherches curieuſes ,
utiles & éclairées par une ſage critique.
On lira fur- tout avec intérêt les difcusfions
dans lesquelles l'auteur eſt entré ſur
ce qui regarde les différens établiſſemens
qu'ont formés à Paris les Annonciades
Céleſtes ou les Filles-Bleues , les Religieuſes
Annonciades du St Eſprit , les
Religieuſes de Notre-Dame de Bon- Secours
, de la Charité de Notre Dame , de
la Magdeleine de Trainel , de la Viſitation
de Sainte- Marie , de la Conception,
les Hoſpitalieres de la Raquette , de Ste
Anaſtaſe , les Filles de la Ste Trinité , de
la Croix , les Chanoineſſes de Notre-Dame
de la Victoire , les Chanoines Réguliers
de Ste Catherine du Val-des-Ecoliers
, les Pénitens réformés du Tiers Ordre
de St François , vulgairement appelés
les Picpus ; les Minimes , &c. Ces
difcuffions critiques ne ſont point particulieres
à l'hiſtoire topographique de Paris
; elles répandent auſſi quelques lumieres
ſur l'hiſtoire eccléſiaſtique de la
AVRIL. II. Vol. 1774. 121
re
e
בי
es
France. Ces diſcuſſions , ainſi que pluſieurs
que l'auteur nous donne fur l'abbaye
St Antoine , la Baſtille , la Porte St
Antoine , l'Hôtel royal de l'Arquebuſe ,
l'Egliſe de Ste Marguerite , celle du petit
Saint - Antoine & autres monumens , en
inſtruiſant le lecteur , le convaincront facilement
qu'il courra preſque toujours le
rifque de ſe tromper , ſi , dans les études
qu'il ſe propoſe de faire de l'hiſtoire , il
ajoute foi à des copies ſouvent très- fautives
, ou s'il s'en rapporte à des écrivains
qui ſe ſont contentés de travailler fur les
mémoires qu'on leur a communiqués ſans
les avoir examinés ou approfondis , & fans
avoir , comme fait ici l'auteur des recherches
que nous annonçons , rectifié les
faits fur les originaux qui les conſtatent
avec plus de certitude que la tradition la
plus accréditée .
Les hiſtoriens ont quelquefois rapporté
fur l'origine de certains monumens reli.
gieux , des opinions qui ne paroiſſent
avoir d'autre fondement que la pieuſe
crédulite de nos ancêtres. M. J. fait à ce
ſujet une réflexion qui doit guider celle
du lecteur , lorſqu'il rencontre dans l'histoire
des exemples d'une ſemblable crédulité.
,, Dans ces ſiecles d'ignorance , où 1
H5
122 MERCURE DE FRANCE.
ود
la France fut fi long-temps plongée, il
étoit aiſé de ſéduire les eſprits ; les vé-
,, rités ſimples n'étoient ni connues , ni
,, écoutées ; l'imagination ſeule avoit le
,, privilege de perfuader les fables qu'elle
" avoit enfantées , tout ce qui portoit le
,, caractere du merveilleux étoit reçu ſans
réflexion , & adopté fans examen : il
ſuffiſoit qu'une viſion prétendue , une
révélation imaginaire , euſſent quelque
trait à la religion , pour qu'on les conſidérât
comme des ordres du Ciel , dont
il eût été téméraire d'approfondir la vérité
& auxquels l'impiété ſeule pouvoit
refuſer d'obéir. Des temps plus heu-
,, reux ont diffipé ces ténebres ; mais ſi les
connoiſſances & les lumieres qu'il nous
ود
ود
وو
ود
ود
ود
ود
ود
ont procurées nous ont mis en état de
,, difcerner le vrai d'avec le faux , elles
,, nous ont en même temps fait un devoir
ود
de reſpecter les motifs d'une piété qui
,, n'étoit pas éclairée, & ceux des établis-
,, ſemens qu'elle inſpiroit , parce que la
,, religion & l'utilité publique en faifoient
le principal objet." "
Ce quinzieme cahier eſt , ainſi que les
précédens , enrichi d'un très-beau plan.
Ce plan, à cauſe de l'étendue du quartier
St Antoine , eſt divifé en trois planches ,
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 123
gravées avec beaucoup d'exactitude & de
é netteté.
e Tableau de l'Analyse Chimique , ou procédés
du cours de chimie de M. Rouelle
, apothicaire de S. A. S. Monſeigneur
le Duc d'Orléans , démonftrateur
de chimie au jardin royal des plantes ,
de la ſociété des arts de Londres , &
de l'académie électorale d'Erfort . Vol.
in-8 °. petit format de 182 pages. A Paris
, chez Vincent , imprimeur , rue des
Mathurins , & chez l'auteur , rue Jacob.
e
e
DIFFÉRENS démonſtrateurs en chimie
ont reconnu l'utilité du tableau que nous
annonçons. M. Baumé , de l'académie
royale des ſciences , a publié , ſous le titre
de Manuel de chimie , un précis exact des
opérations fondamentales de la chymie.
M. de Machy a donné depuis unouvrage
dans le même genre qui a pourtitre procédés
chimiques. Le tableau de l'analyſe
chimique de M. Rouelle préſente le même
objet d'utilité. L'auteur dit dans ſon
avertiſſement que feu M. Rouelle fon
frere , de l'académie royale des ſciences
, avoit ſenti de bonne heure la néceſſité
de préſenter à ceux qui ſuivoient
ſes cours de chimie un tableau précis ,
124 MERCURE DE FRANCE
mais ſenſible de toutes les opérations qui
formoient la chaîne de ſes démonſtrations
, & fervoient de fondement à fa
doctrine. Il crut qu'il n'y avoit rien de
plus propre à remplir cet objet que d'expoſer
dans des flacons & des bocaux de
verre tous les produits bien diſtincts &
bien ſéparés de chaque opération , en même
temps que l'écriteau qu'il feroit coller
fur les vaiſſeaux contiendroit l'indication
très - ſimple , très - courte , mais fort claire
, de chacune de ſes expériences , &
des réſultats qu'il en avoit obtenus ; &
il leur donna le nom de procédés du cours
de chimie. Comme ces procédés ſuivoient
pas à pas l'ordre & le , progrès de ſes
, leçons , il les faifoit placer , à meſure
,, qu'ils ſe multiploient , ſur les tablettes
و د
ود
"
de fon laboratoire , pour y reſter pendant
tout le cours. L'expérience a
fait voir de quelle utilité cette expoſition
étoit pour ſes auditeurs. Ils y
trouvoient une répétition très-courte ,
mais ſenſible , de ce qu'ils avoient déjà
,, vu; enſorte que l'opération ſe répétoit
" encore , pour ainſi dire , une ſeconde ,
"
"
ود une troiſieme fois , en un mot , tant
,, qu'ils vouloient , ſous leurs yeux. L'utilitéde
ces procédés fut tellement ſentie
, par tous ceux qui ſuivoient les leçons
ود
AVRIL. II . Vol. 1774. 125
1
t
ود
de feu M.Rouelle , que , parmi ſes diſci-
,, ples , il y en aeu beaucoup qui ont vou-
ود
ود
ود
lu en avoir une ſuite complette des trois
,, regnes chez eux , & les autres , à qui ou
,, l'éloignement de leur patrie , ou d'au-
,, tres circonstances particulieres ne permettoient
pas de ſe procurer cette resſource,
s'en dédommageoient en copiant
,, ou faiſant copier les écriteaux deces procédés
, dans lemême ordre qu'ils étoient
„ exposés. "Maisles copies manufcrites ou
( imprimées qui s'en ſontfort multipliées ne
( préſentent pas à beaucoup près une ſuite
0
a
ود
des trois regnes auffi complette que celle
- que M. Rouelle vient de publier. Les recherches
de l'auteur , les expériencesmultipliées
qu'il a faites & ſes obſervations
■ journalieres ont porté ce tableau de l'ana-
- lyſe chimique à un degré d'utilité trèsétendu.
L'analyſe animale offre elle ſeule
218 procédés au lieu de 44 qu'on trouve
dans les cahiers de feu M. Rouelle.
1
On conçoit de quel avantage cetableau
des analyſes des trois regnes doit être pour
ceux qui ſuivent les cours de M. Rouelle.
Les perſonnes qui , par état ou par goût , ſe
font livrées à l'étude de la chimie , trouveront
de leur côté dans ce tableau les réfultats
d'une infinité d'expériences qui les
126 MERCURE DE FRANCE.
empêcheront d'oublier ce qu'elles ontap.
pris , ou exciteront leur curioſité ſur plufieurs
objets importans de la chimie qu'elles
peuvent ignorer.
L'auteur pourrendre ces procédésd'une
utilité plus générale , en a fait faire une
édition fous format in 4°. , de maniere
qu'il y a un côté de chaque page en blanc ,
afin qu'on puiſſe couper & coller chaque
procédé en écriteau aux flacons&bocaux,
& que ceux qui voudront répéter toutes
ces expériences & fe faire une collection
de procédés chimiques , ſoient par-la dispenſés
d'écrire chaque étiquette.
Comme ce tableau de l'analyſe chimique
eſt particulièrement deſtiné à rappeler
aux éleves les opérations d'un coursde
chimie , on ne peut qu'exhorter M. Rouelle
à mettre dans l'énoncé de ſes opérations
toute la clarté , toute la préciſion
& toute l'exactitude dont cet énoncé eſt
fufceptible. Le procédé 4, par exemple ,
pouvoit être indiqué avec plus de précifion;
il eſt dit: ,, huile effentielle deromarin
, retirée en diftillantavecl'eau de
romarin frais , au degré de chaleur
de l'eau bouillante. " Ne feroit- il pas
mieux pour laclarté & l'exactitude , d'écri
re : huile effentielle de romarin , retirée du
"
ود
"
AVRIL. II. Vol. 1774. 127
el
0
jer
10
te
romarin frais distillé avec de l'eau au degré
de chaleur de l'eau bouillante ?
Le procédé 45 , page 8 , eſt ainſi énoncé:
,, foude; cendres retirées par la combus-
,, tion de différentes plantes. Elles con-
ود
tiennent l'alcali fixe , baſe du ſel ma-
,, rin ou natrum des anciens; du ſel ma-
,, rin, du ſel fébrifuge , un peu d'alkali
ود
fixe végétal , du tartre vitriolé& de la
,, terre du végétal." Les expériences de la
chimie nous démontrent que la foude
contient une très-grande quantité d'alkali
marin , & même que ce ſel eſt la baſe de
la ſoude ; & ce n'eſt point là l'idée que les
étudians prendront d'après l'étiquette que
nous venons de rapporter. L'alkali fixe
d'ailleurs , comme la même étiquette
ſemble l'énoncer , n'eſt point la baſe du
ſel marin: ce fel a pour baſe , ainſi que
l'enſeigne la chimie , l'alkali minéral ou
les criſtaux de ſoude.
Ileſtdit , page 149 , que ,, la porcelaine
,, chinoiſe eſt compoſée de Ka-o-lin , de
, Spath fuſible & d'argille. " Les chimistes
qui ont le plus travaillé ſur cette matiere,
ont reconnu que le Ka-o-lin eſt une
véritable argile blanche , &, ſuivant l'énoncé
ci- deſſus , il paroſtroit que ce ſeroit
une terre à 1 art.
128 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
Nous ne citerons plus que cet article
page 130. , Mercure précipité per se:
,, mercure réduit en poudre rouge par la
,, ſimple coction ou ébullition , ſans qu'il
, ait perdu ſon phlogiſtique. Ce faux
précipité , pouſſé au feu à le faire rougir
, ſe revivifie en mercure coulant. "
Le précipité perſe ſoumis à la diſtillation
fournit à la vérité une petite quantite de
mercure coulant , mais c'eſt la portion
qui n'étoit point calcinée. Le reſte ne ſe
revivifie point en mercure à moins qu'on
n'ajoute quelque matiere propre à fournir
du phlogiſtique. Il ſe ſublime au contraire
en un fublimé rouge très -beau & trèsbien
criſtalliſé.
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deſſfin , où l'on montre l'utilité de
cet établiſſement , les avantages qui en
réſultent , les détails de l'adminiſtration
& de la direction ; & généralement
tout ce qui peut yavoir rapport ;
volume in-4° d'environ 40 pages , de
l'imprimerie royale. On peut ſe procurer
ce mémoire à Paris , chez M.
Bachelier , peintre du Roi , directeur
de l'Ecole , aux Tuileries , cour royale
, ſous le veſtibule , no . Ir. & aux Ecoles
AVRIL. II. Vol. 1774. 129
ノ
t
les gratuites de Deſſin , college d'Autun
, rue & vis- à- vis St André des-Arts.
Ce mémoire eſt un compte rendu au
Public , de l'utilité , des avantages & des
détails d'un établiſſement qui l'intéreſſe
particulièrement , puiſqu'il procure à une
Jeuneſſe toujours turbulente le moyen
et d'employer utilement ſon temps , de
to s'inſtruire gratuitement des élémens du
1 deſſin , & de contribuer par un travail fuiavi
aux progrès des arts. Ces progrès dépendent
plus qu'on ne penſe ordinaireiment
de la main d'un ouvrier inſtruit. En
effet ſi un artiſte , au lieu de trouver un
- homme déjà préparé & en état de lire ſa
penſée , ne rencontre qu'un manoeuvre , il
ſe rebute ou il ſe voit obligé de rétrécir
ſes idées pour ſe conformer au peu de capacité
de ſon ouvrier.
Les études de cette Ecole gratuite de
deſſin ſont diviſées en trois genres : la
géométrie & l'architecture ; la figure &
les animaux ; les fleurs & l'ornement.
Cette diviſion comprend tous les rapports
des différens arts mécaniques. On a de
même diviſé toutes les eſpeces de profesſions
connues en trois claſſes , afin de pouvoir
adapter à chacune d'elles le genre d'é-
I
130 MERCURE DE FRANCE.A
و د
tude qui lui eſt le plus analogue ; de forte
qu'un éleve qui ſe préfente à l'école , indiquant
le genre de profeſſion à laquelle il
ſe deſtine , eft admis au genre d'étude
qui y eſt affecté plus ſpécialement, Par
exemple , un éleve qui fe deſtine à être
maître maçon , eſt admis dans le genre
de la géométrie & de l'architecture , &
ainſi des autres. L'inſtruction dans tous les
genres commence par lagéométrie. "Elle
,, ſeule comme le remarque judicieuſe-
,, ment l'auteur de ce mémoire , peut arrêter
les écarts de l'imagination , lacontenir
dans les bornes de la raiſon , &
faire circuler , s'il eſt permis de s'ex-
,, primer ainſi , les idées dans des canaux
réguliers lorſqu'on s'eſt éloigné de ſe,s
,, principes. Que font devenus les ornemens
qu'on répandoit fans goût dans
tous les genres d'ouvrages , fous prétexte
deles rendre pittoreſques ? Quelques artiſtes
ſe ſont élevés contre ce genreba-
,, roque , mais la multitude ignorante a
,, confervé ſes préjugés & ſuivi le tor-
ود
ود
"
ود
ود
"
ود
وا
ود
"
ود
"
rent : leurs productions , que lebon ſens
déſavoue , révoltent les lumieres de la
raiſon par la monstrueuſediſproportion
des objets qu'ils ont réunis : nos appartemens
font encore chargés de ces décorations
informes enfantées ſans génie ;
AVRIL . II. Vol. 1774. 131
di
i
He
ar
&
e
5
و ت
des formes irrégulieres en ont banni le
,, quarré , le rond & l'ovale comme des
,, pauvretés gothiques : à cesbelles corni-
,, ches qui décoroient ſi richement nos pla-
,, fonds , ont été ſubſtitués les dentelles ,
,, - la broderie , les roſettes en filigrane ,
११९
les cartels de travers & autres ornemens
,, auffi frivoles , bien plus faciles à exé-
,, cuter en cequ'ils n'aſtreignent à aucune
,, dimenſion raiſonnée: la noble ſymmé
,, trie , puiſée dans la nature , paroiſſoit
,, froide , à des cerveaux brûlés ; les for
" mes tourmentées avoient la préférence
,, ſur cette heureuſe ſimplicité conſacrée
,, par l'approbation & l'admirationdetant
,, de fiecles. C'eſt donc rendre un grand
,, ſervice aux arts que d'élever la Jeuneſſe
ود
dans les principes de lagéométrie : non-
,, feulement cette ſcience développe l'in
,, telligence , elle rend encore lapréciſion
"
ود
ود
familiere , par la connoiſſance exacte
,, des dimenſions de tous les corps , conſidérés
ſous différens aſpects. Quelle
immenſe quantité de rapports utiles &
,, ignorés , & qu'on n'eût apperçus que
,, peu - à - peu , par hafard & fucceffive-
,, ment , qui ſe manifeſtent , pour ainfi
,, dire , en un clin d'oeil par le ſecoursde
,, la géométrie !"
٦
12
132 MERCURE DE FRANCE.
Ces réflexions & le zêle de celui qui
eſt à la tête de la direction de cette école
ne peuvent que contribuer à fixer parmi
nous , les belles proportions & le goût noble
& fimple de la ſage Antiquité. Le directeur
, en excluant de ſon école ce tortillé
ridicule dont il vient d'être parlé ,
veillera également pour empêcher qu'on
ne lui ſubſtitue un ſtyle maigre , de petites
recherches de diſtributions , un rafinement
de décorations & d'ornemens
dont pluſieurs de nos ſalons modernes font
furchargés ; ce qui les fait plutôt reſſembler
à une boutique d'orfévrerie qu'à un
lieu décoré par le génie des arts.
Les détails qui concernent l'administration
de l'Ecole gratuite doivent être
lus dans ce mémoire. Le tableau de cette
adminiſtration à laquelle préſide un zêle
vraiment patriotique , portera ſans doute
le citoyen aiſé à fe ranger au nombre des
bienfaiteurs de cette école dont on a donné
ici la lifte . :
La protection ſignalée que Sa Majeſté..
a , par ſes lettres - patentes du 20 Octobre
1767 , accordée à cette école ; le concours
de citoyens de tous les Ordres pour foutenir
cet établiſſement , &l'empreſſement
des familles ouvrieres à en profiter , font
AVRIL . II. Vol. 1774. 133
ſans doute la meilleure réponſe que l'on
puiſſe faire à cet eſprit détracteur qui a
mi cherché à former des objections contre
コー
é,
1
cet établiſſement. L'utilité qui en réſulte
pour les arts eſt ſuffisamment démontrée
dans le mémoire que nous venons d'annoncer.
Mais , en accordant aux adverſaires
de cette école que pluſieurs des éleves
qui y font admis n'y font que des progrès
infructueux , ne doit- on pas toujours regarder
comme un grand avantage pour la
ſociété en général la facilité que cet établiſſement
procure aux familles pauvres ,
1 de retenir une Jeuneſſe tumultueuſe , indocile
& ordinairement diſpoſée , par le
défaut d'occupation , à s'adonner à toutes
fortes de vices ? Il y a donc lieu d'eſpérer
que cet établiſſement , que nous avons
vu ſe former ſous nos yeux , trouvera en
tout temps des protecteurs dans ceux qui
s'intéreſſent aux progrès du goût & des
arts , & dans les Magiſtrats qui veillent
au bonheur de la ſociété.
Methode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , ſans qu'ils y penſent ; par
M. le Baron de Bouis , auteur du Parterre
géographique & historique & du Solitaire
géométrique. Dédié à Mgr le Duc
I3
134
MERCURE DE FRANCE
d'Enguien. Brochure , in 8°. prix 12
fols . A Paris , chez l'auteur , quai de
Bourbon , Ifle, St Louis , près de la rue
de la Femme-fans-tête ; & chez Delaguette
, imprimeur - libraire.
L'AUTEUR a auſſi nommé cetteméthode
Syllabaire joyeux , parce que dans la vue
d'épargner à l'enfant le travail & les
pleurs , il a imaginé de lui enſeigner l'alphabet
& de lui apprendre à lire par le
moyen de différens jouets qui excitent ſa
curiofité & fixent ſon application ſans la
fatiguer & même en la récréant.
s. On trouve à l'adreſſe ci-deſſus & chez
Deſnos , libraire , rue St Jacques , un
autre ouvrage du même auteur , ſervant
de ſupplément ou d'explication àſonParterre
géographique & historique. Ce parterre
a été publié pour lapremiere fois en 1753 .
Pluſieurs inſtituteurs ont applaudi à laméthode
de l'auteur de repréſenter en relief
ou par des objets ſenſibles & recréatifs
pour l'enfant , ce qu'on ne lui enſeigne ordinairement
que par le moyen de caracteres
d'imprimerie. Les progrès que desenfans
du plus bas âge ont faits dans la lecture
, la géographie & l'hiſtoire par la
méthode de M. deBouis , font la meilleure
AVRIL. II . Vol. 1774. 135
1
1
preuve que nous puiffions donner de la
bonté de ſon ſyſtême. On conçoit d'ailleurs
qu'une méthode qui parle plus aux
fens & à l'imagination qu'à l'eſprit , &
qui fait ſervir les jouets ordinaires des
enfans aux leçons qu'on leur donne ,
bannit néceſſairement de ces leçons tout
eſprit de contrainte , laiſſe l'enfant ſe
livrer à ſa gaieté ordinaire , & grave
a fans peine dans ſa mémoire les objets que
I l'on veut y tracer.
:
Principes de l'Art du Tapiſſier : ouvrage
utile aux gens de la profeſſion , & à
3J1irceux qui les emploient ; dédié à Monbi
ſeigneur le Dauphin. Nouvelle édi
tion , revue , corrigée & augmentée ,
& enrichie de figures en taille douce.
Par M. Bimont, maître & marchand
Tapiffier ; vol. in- 12 . A Paris , del'imprimerie
de Lottin l'aîné,
La premiere édition de cet ouvrage a
été publiée ſous le titre de Manuel des
Tapiffiers. Les additions conſidérables que
P'auteur a faites à ce manuel l'ont autoriſé
à lui donner un titre qui annonçât les
inſtructions méthodiques que l'auteur
publie aujourd'hui ſur ſon art. L'ouvrage ,
14
136 MERCURE DE FRANCE.
dans cette nouvelle édition , eſt diviſé en
deux parties. La premiere traite de la qualité
, de l'uſage & des façons que l'on
doit donner aux étoffes & autres marchandiſes
qui fervent à meubler les appartemens.
La ſeconde en marque la quantité
& les prix , autant que les matieres ,
qui ne confervent pas toujours la même
valeur dans le commerce , peuvent le
permettre. Ce ſimple expoſé ſuffit pour
faire connoître l'utilité de cet ouvrage ,
non-feulement pour les jeunes Tapiffiers
& tous ceux qui s'occupent par état des
ameublemens , mais encore pour les particuliers
qui veulent n'être pas tout- à-fait
étrangers à cette partie de l'économie
domeſtique. :
Nouvelle édition revue & corrigée en
deux tomes in-4o. de plus de 800 pag.
chacun , de la Défense de la Déclaration
du Clergé de France , de 1682 ,
touchant la Puiſſance Ecclésiastique ,
compoſée en latin par M. Boſſuet , Evêque
de Meaux , & traduite en françois
avec des notes hiſtoriques , critiques ,
théologiques ; & d'une diſſertation réfutative
des quatre tomes in - 40. du
Cardinal Orfi , contre ladite Défense ,
1
AVRIL. II. Vol. 1774. 137
a
en
par M***. A Paris , chez Louis Ce!-
lot , imprimeur - libraire , rue Dauphine
, avec approbation & privilege du
Roi , 1774 .
Dans la préface miſe à la tête de cette
nouvelle édition , le traducteur fait l'histoire
littéraire de l'ouvrage de M. Bosfuet
, dont il montre l'importance & même
la néceſſité , raconte les divers contre
- tems qui , pendant la vie de ce Prélat
, empêcherent de le publier , détaille
tous les ſoins que le ſavant auteur s'eſt
donnés pour le rendre parfait , ſes fréquentes
reviſions , les changemens & additions
que les circonstances l'ont l'obligé
d'y faire , & dit comment M. l'Evêque
de Troyes , neveu du grand Evêque de
Meaux , lui perſuada d'être éditeur de
l'ouvrage latin de ſon oncle , de le traduire
en François , & de mettre , tant
dans le latin que dans le françois , des notes
aux endroits qui pouvoient en avoir
beſoin . Il ſuit de la narration de ce traducteur
, que de tous les ouvrages de M.
- Boſſuet , ſa Défense de la Déclaration eſt
celui dont il s'eſt le plus occupé pendant
un grand nombre d'années ; &que cet ouvrage
qui doit infinement intéreſſer tous les
bons François, eſt le plus profond,leplus fa-
15
138 MERCURE DE FRANCE.
vant & le plus théologique & tout à- la
fois le plus méthodique & le plus clair
qu'on ait jamais compofé en faveur des
maximes & des libertés de l'Eglife Gallicanne.
Cette édition a, ſur la premiere, un
avantage conſidérable , en ce qu'elle eſt
augmentée d'une differtation réfutative
des quatre gros volumes in 4°. de M. le
Cardinal Orfi , contre quatre ou cinq livres
de la Défenfe , &c. de M. Boffuet.
La traduction a été revue & corrigée avec
ſoin ; il y a beaucoup de notes nouvelles
&une table détaillée des matieres.
-
Effaifur la taille des arbresfruitiers , par une
Société d'Amateurs , in- 8 °. , d'environ
70 pages , avec figures. On en trouve
des exemplaires chez Langlois , Libraire
, rue du Petit-Pont St Jacques.
AParis .
Une Société d'Amateurs donne dans
ce petit ouvrage ſes obſervations ſur la
taille des arbres fruitiers. Elle a imaginé ,
pour rendre fes précepres plus ſenſibles ,
de réduire en plan géométrique , la forme
que doit avoir l'arbre perfectionné par
l'art , & d'aſſujettir en quelque forte aux
regles de la géométrie , la taille des ardres
fruitiers. Ce petit Traité eſt accom-
८
AVRIL. II. Vol. 1774. 139
it
F
pagné de pluſieurs planches gravées , dans
leſquelles les lettres & chiffres joints aux
figures indiquent au Cultivateur , les
branches qu'il doit couper ou conſerver ,
incliner ou redreſſer .
On ſe propoſe d'établir dans la production
des branches & des fruits , un ordre
dont l'effet eſt d'augmenter l'utilité & la
décoration des jardins. Les moyens d'y
parvenir font , la taille , le pincement ,
l'ébourgeonnement & le paliſſage. Mais on
ne peut les employer avec ſuccès , qu'en y
apportant la plus juſte combinaiſon , pour
ne point s'écarter de l'ordre de la végétation.
Ce Traité donne les meilleurs procédés
, pour élever l'art de la taille des arbres
fruitiers au degré de perfection dont il
peut être ſuſceptible; ils font fondés fur
l'expérience & le raiſonnement , & expoſés
avec autant de clarté que de précifion.
L'Evangile médité & diſtribué pour tous
les jours de l'année , ſuivant la concorde
des quatre Evangéliſtes ; ouvrage
diviſé en 12 volumes. A Paris , chez
C. P Berton , Libraire , rue St Victor ,
vis-à - vis le féminaire de St Nicolasdu
- Chardonnet , & Ch. Simon , Imprimeur
- libraire , rue des Mathurins.
140 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage eſt d'un homme profond
dans la ſcience du falut & dans l'intelligence
des livres facrés. Ily a long-temps ,
comme il l'obſerve lui-même , que l'on
defiroit des méditations ſur tout le texte
de l'Evangile ; perſonne n'avoit encore
tenté cette entrepriſe. On s'étoit borné à
quelques traits particuliers ſur quelques
verſets du texte facré ; mais on ne s'étoit
pas donné la peine d'expliquer le ſens
littéral de l'Evangile , de lever les difficultés
qui s'y rencontrent , de ſuivre la
concorde des Evangéliſtes , &d'en tirer des
vérités morales liées & ſuivies : il ne faut
donc pas confondre cet ouvrage avec tant
d'autres livres de méditations. Celui - ci
préſente la ſuite de l'hiſtoire évangélique,
la concorde des quatre Evangéliſtes , l'analyſe
& l'explication du texte. Le Lecteur
y verra des réflexions morales ; un
commentaire ſuivi: le ſens littéral & fpirituel
, expliqué & réuni ſous un même
point de vue. Chaque trait particulier y
eſt développé ſéparément , diviſé en ſes
points naturels & fous- diviſé ſuivant
l'ordre du texte & l'exigence des matieres.
Enfin , on y trouve des ſujets d'homélies
, d'exhortations , d'inſtructions familieres
, dont chaque méditation eſt
AVRIL. II. Vol. 1774. 141
ne
-
es
it
S
comme le cannevas tout préparé , que
chacun pourra aisément remplir , augmenter
&perfectionner , felon que les circonstances
l'exigent. Cet ouvrage eſt diviſé
en 12 volumes , chaque volume contenant
30 méditations par chaque mois. Ce
n'eſt point faire l'éloge de ce livre , mais
celui de l'Evangile , que de dire qu'en le liſant
, on s'inſtruit à fonds de la religion
& des devoirs qu'elle impoſe ; qu'on apprend
à connoître J. C. , & à penſer ſe-
Ion l'eſprit de Dieu ; qu'on ſe déſabuſe
des folles erreurs qui ſéduiſent & occupent
les mondains ; qu'on ſe délivre des
ſuperſtitions & des vains fcrupules qui
déshonorent la vraie piété ; qu'on ſe remplit
d'une foi vive , de l'eſpérance des
biens éternels & de l'amour du ſouverain
bien ; qu'on ſe procure la paix du
coeur & les reſſources de cette conſolation
ſolide qui ne vient que de Dieu , qui
adoucit tous les maux , & qui feule eſt
capable de nous foutenir dans toutes les
ſituations tumultueuſes , critiques & facheuſes
de la vie.
Tout le texte ſacré des quatre Evangeliſtes
entre dans ces méditations , &
s'y trouve preſque tout traduit ; mais ni
dans la traduction , ni dans la concorde
142. MERCURE DE FRANCE.
qu'on en donne ici, on ne s'eft attaché
à aucun Auteur en particulier. Souvent
la néceſſité de faire fentir l'énergie d'une
expreffion, a obligé de traduire plus littéralement
qu'on n'a coutume de faire ;
& fouvent , pour repréſenter letexted'un
Evangéliſte dans toute fa force , on a négligé
des détails de concorde, qui n'auroient
pu que jeter de la confufion , &
dont on n'auroit pu tirer aucune utilité.
,
Comme on a écrit cet ouvrage fans
prétention & fans ſyſtême , on n'a point .
ſuivi d'interprétation particuliere , mais
le torrent des interpretes ; on s'eſt ſeulement
permis dans certaines occafions
de faire quelques notes. L'Auteur n'a
point négligé de répandre dans cet ouvrage
, tous les ſecours néceſſaires au
Lecteur , pour qu'il trouve facilement
les objets qu'il veut connoître, ſoit du
texte facré , ſoit des méditations . Au
refte , le, pieux Auteur de ce livre confeille
à ſes Lecteurs de ſe borner à une
méditation par jour , de s'en entretenir
de s'en nourrir, & de ne jamais empiéter
fur les ſuivantes.
AVRIL. II. Vol. 1774. 143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majesté
: Britannique George III , pour faire
des découvertes dans l'hémiſphere austral
, exécutés ſucceſſivement par le
Commodor Byron , le Capitaine Wallis
, le Capitaine Carteret , & le Capitaine
Cook , ſur les vaiſſeaux le
Dauphin , le Swallow & l'Endeavour ,
tirés des Journaux anthentiques des
différens Commandans & des papiers
de Jofeph Bancks , Ecuyer , redigés
par Jean Hawkeſworth , Ecuyer , en
4 volumes in 4°. avec figures & cartes
en grand nombre , &c. traduits en françois.
CET ouvrage important doit exciter
l'attention & la curioſité du Public , &
intéreſſer les perſonnes qui veulent s'instruire&
s'amuſer utilement. On y lit un
grand nombre d'obſervations ſur la navigation
, fur l'aſtronomie , ſur l'hiſtoire naturelle
, ſur la ſcience phyſique de l'homme
, ſur les moeurs , les uſages , les loix
& les fingularités de nations inconnues
& ſauvages ; enfin on y trouve rasſemblé
tout ce qu'on a droit d'attendre
de voyageurs hardis , qui racontent leurs
,
144 MERCURE DE FRANCE.
entrepriſes , leurs dangers , leurs plaiſirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs des
mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure.
7
, Tractatus de Incarnatione Verbi divini
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio ſecunda auctior , 3 vol. in - 12 .
A Paris , chez J. G. Cloufier , Imprimeur
- Libraire , rue St Jacques.
L'INCARNATION du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter tropd'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité ſenſible & démontrée. Le
Javant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de ſes
prédéceſſeurs qui ont diſcuté le même
objet; il a mis dans ſon ouvrage unautre
plan , & il a employé d'autres raiſonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à conſolider
cette baſe de notre croyance & de notre
falut.
La premiere édition de cet excellent
Traité étoit épuiſée depuis long temps ,
& c'eſt pour fatisfaire à beaucoup de demandes
,
AVRIL. II. Vol. 1774. 145
mandes , que l'Auteur a donné cette ſeconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de pluſieurs Papes &de la Faculté
de Théologie de Paris .
Vie Chretienne , ou Principes de la Sa.
geſſe, diviſés en quatre parties , dont
la premiere traite de l'inſtruction &
du devoir de la Jeuneſſe; la ſeconde
embraſſe les obligations de l'âge
moyen ; la troiſieme traite de la conduite
de la Vieilleſſe ; la quatrieme
renferme des principes pour la com.
munion , avec la maniere de bien afſiſter
à la Sainte Meſſe; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol. in 12. A
Paris , chez Laurent Prault; Gogué ,
Humaire.
CET ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes
les conditions de la vie , & remédie aux
inconvéniens d'une morale trop générale
, dont l'application n'eſt pas toujours
aiſée à toutes fortes de perſonnes. Les
jeunes gens y apprendront ce qu'ils doivent
à Dieu , à leurs parens & à la ſociété.
Ils y trouveront l'eſprit de la re-
K
T
146 MERCURE DE FRANCE.
ligion , & la maniere dont ils doivent en
remplir les devoirs. Les peres & les meres
y verront dans toute leur étendue ,
les obligations de leur état , l'étroite relation
qui ſe trouve entre leur falut &
celui de leurs enfans , la néceſſité de veiller
fur leur conduite, de les former de
bonne heure aux pratiques du Chriſtianiſme
, & de les garantir des pieges du
mauvais exemple. Les Maîtres & les
Maîtreſſes y apprendront les devoirs que
la religion leur impoſe à l'égard de leurs
ferviteurs , l'attention qu'ils doivent apporter
à leur ſalut , & l'usage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Les ſerviteurs eux- mêmes s'y inſtruiront
de l'eſprit dans lequel ils doivent fervir ,
de l'attention avec laquelle ils doivent
ménager & les intérêts & la réputation
de leurs maîtres , du reſpect & de l'attachementqu'ils
font obligés de leur vouer.
:
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à ſedétacher de la vie , à fouffrir
, d'une maniere utile à leur ſalut , les
peines & les infirmités de la vieilleſſe , à
revenir ſur le paſſé , à régler les affaires
de leur confcience , & à tâcher de ſe
mettre dans l'état où elles voudroient
êtretrouvées lorſque le Seigneur les reti
AVRILII. Vol. 1774. 147
rera de ce monde. Elles y apprendront
à pratiquer la patience , à réparer les fautes
paffées , & à ne s'occuper que de la
penſée de leur mort.
La quatrieme partie qui traite du Sa
crement de l'Euchariftie , renferme des
instructions ſur les diſpoſitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pour bien aſſiſter à la fainte Meſſe.
1. Le ſtyle de cet ouvrage eſt ſimple
comme il convient à un livre de piété .
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but ,
qui eft de perfuader la néceſſité des vertus
chrétiennes ,d'en faire fentir les avantages
, d'en développer les caracteres &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui-même , ſecon
de édition revue , corrigée & confidé
rablement augmentée; brochure d'en
viron 200 pag. petit in- 12 . A Londres;
:& fe trouve à Paris, chez Moutard ,
& Jorry , imprimeur.
é
L'AUTEUR s'eſt attaché à repréſenter
les funeſtes effets de l'oiſiveté , du jeu,
des préjugés , de l'amour propre, de l'orgueil,
de l'amour , de l'ambition ; il fait
voir les avantages de la douceur , de l'a-
K 2
148 MERCURE DE FRANCE.
mitié , de la vertu. Tout fon ouvrage
tend à prouver ,, combien l'homme livré
ود
ود
ود
ود
ود
دو
ود
à ſes paffions jouit peu de lui - même ,
&des plaiſirs qu'elles ſemblent lui offrir;
combien leur joug eſt odieux ;
combien elles menacent ſans ceſſe la
ſociété d'une diſſolution générale ; combien
enfin l'homme qui a le bonheur
de revenirde ſon ivreſſe ſe trouve con.
,, fondu par lui-même , c'est- à-dire, par
„ la honte& le remords ". ود
Hiſtoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-40. enrichi de planches
gravées , propoſée par ſouſcription.
1
CETTE hiſtoire doit préſenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont
ſuccédé & les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paſſer ſous
différens maîtres; les troubles excités
dans ſon ſein par des diviſions inteſtines ;
ſes premieres loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés; ſes uſages les plus
remarquables , ſon commerce , la connoiſſance
générale de ſes vins , les éta
bliſſemens formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perſonnes
qui l'ont illuftré par leurs talens &
AVRIL. II. Vol. 1774. 149
par leurs vertus éminentes; ſon cérémonial
dans les occaſions les plus remarquables
, enfin la liſte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ceplan renferme tout ce qu'il eſt important
& curieux de connoître de la
ville de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude.
Oncontinuera de recevoir les ſouſcriptions
à Bordeaux , chez les libraires ; &
chez l'auteur à l'abbaye de Ste. Croix ; à
Paris , chez la Ve. Deſſaint, Saillant &
Nyon , & Crapart. Le prix de la ſoufcription
pour le ſecond volume en feuilles
eſt , ainſi que celle du premier , de 6
liv. en ſouſcrivant , & de 6 liv. en retirant
l'ouvrage. L'impreſſion en commencera
auſſi - tôt que les ſouſcripteurs du
premier volume auront remis les fonds ,
& il paroîtra dans le courant de l'année
1775. On trouvera auſſi , chez l'auteur
& chez les libraires indiqués , le premier
volume au prix de la ſouſcription juſqu'à
ce qu'on ferme celle du ſecond.
K 3
150 MERCURE DE FRANCE.
1
ACADEMIES .
I.
Prix proposés par la Société royale d'Agriculture
de Limoges .
La Société d'Agriculture de Limoges a
diſtribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elle avoit propoſe ſur l'hiſtoire du Charançon
& les moyens d'en préſerver les
grains , dont elle avoit donné le ſujet
dans un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonstances dont
il eft inutile de rendre compte l'ont empêchée
d'annoncer juſqu'à préſent la distribution
de ce prix donné au mémoire
No. 4, qui avoit pour deviſe, Populatque
ingentem farris acervum curculio. L'auteur
de ce Mémoire étoit M. Joyeuſe l'aîné ,
ancien écrivain principal de la Marine à
Marſeille. Son ouvrage a été imprimé.
La Société avoit reçu ſur la même question
deux Mémoires qui lui ont paru
mériter des éloges ;le premier avoit pour
deviſe, Quidnam est fapientiſſimum ? experientia
, & le ſecond , Teftamur quod
vidimus. L'auteur du premier eſt M. le
24
AVRIL. II. Vol. 1774. 151
Fuel , Curé de Jamméricourt près Chaumont
en Vexin. L'auteur du ſecond eſt
M. Lættinger , Médecin penſionné de la
ville de Sarbourg.
La Société avoit annoncé un autre
prix qui devoit être donné en même
temps au meilleur Mémoire ſur la maniere
d'eſtimer exactement les revenus des
Fonds dans les différens genres de Cultu
re. Ilne lui a été envoyé aucun Mémoire
qui ait paru digne du Prix, ni même qui
ait approché de traiter le point de la
queſtion.
La Société s'étoit propoſé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deſtinoit à la
meilleure machine pour battre les grains ,
avec la condition qu'elle fût applicable à
lapratique , mais il lui a été préſenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui aparu remplir parfaitement
ſes vues & les beſoins des cultivateurs.
L'inventeur de cette machine eſt M.Mufnier
, Sous- ingénieur des Ponts & Chauf
ſées de laGénéralité deLimoges &membre
de la Société , au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens, la
Société apenſé que l'utilité de ſon inven
tion méritoit qu'elle lui donnât le prix.
- La Société perfuadée qu'un des ſujets
K4
152 MERCURE DE FRANCE.
les plus utiles à traiter eſt celui qu'elle a
propoſé& qui n'a point été rempl fur la
meilleure maniere d'estimer exactement les
revenus des biens Fonds dans les différens
genres de culture , propoſe de nouveau ce
ſujet avec un prix double qui ſera donné
au mois de Janvier 1776.
On entend par le revenu des Biensfonds
, non le produit total des récoltes ,
mais ce qui en revient de net au Propriétaire
, déduction faite des frais d'exploitation
ou de culture , entretien & autres
charges , profits &repriſes du cultivateur ,
en un mot ce que le cultivateur peut &
doit en donner de ferme.
+
La Société voudroit qu'on indiquât des
principes fûrs pour faire avec précifion
les calculs que fait néceſſairement d'une
maniere plus ou moins vague, plus ou
moins tâtonneuſe , toutFermier qui paſſe
le Bail d'un Fond de terre qu'il entreprend
d'exploiter , ou tout homme qui
veut l'acheter .
Le prix confiſtera en une médailled'or
de la valeur de 600 liv.
La Société ſe propoſe de diſtribuer au
mois de Janvier 1775 un autre prix confiftant
en une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. au meilleur Mémoire fur la
AVRIL. II. Vol. 1774. 153
comparaison de l'emploi des Chevaux &de
- celui des Boeufs pour la culture.
Il faut voir dans le programme quel .
ques détails propres à donner aux auteurs
une idée de la maniere dont l'Académie
enviſage ce ſujet.
Toutes perſonnes feront admiſes à concourir
, à l'exception des membres de la
Société qui compoſent le Bureau d'Agriculture
de Limoges. :
Les Pieces pourront être écrites en
françois ou en latin , & les Auteurs ſeront
libres de leur donner toute l'étendue
qu'exigera le développement du Sujet.
Ils ne mettront pas leur Nom ſur leur
ouvrage, mais un Numéro & une Devife,
& ils yjoindront un Billet cacheté ſur
l'extérieur duquel ſeront écrits le No. &
la deviſe de la Piece , & dans lequel ils
écriront leur nom & leur demeure. Ces
paquets ne feront ouverts qu'après le jugement
des Prix.
Les pieces feront adreſſées à M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , le .
quel fera paſſer les Récépiſſés du Secrétaire
de la Société à l'adreſſe que les Auteurs
indiqueront. Il eſt néceſſaire que
les Mémoires ſur les principes de l'évaluation
des fonds parviennent au Secrépar
K 5
454 MERCURE DE FRANCE.
taire avant le premier Décembre 1775,
& les Mémoires ſur la comparaiſon de
l'emploi des Boeufs &de celui des Chevaux
, avant le premier Décembre 1774.
LeSecrétaire délivrera les Prix fans autre
formalité à ceux qui lui repréſenteront
les Récépiſſés des Pieces couronnées.
II.
COPENHAGUE.
Le 16 Décembre 1773 , la Société des
Sciences à Copenhague fut aſſemblée
pour examiner les écrits adreſſés à ladite
Société ſur les ſujets propoſés pour la
même année.
La Société trouva le problême mathématique
concernant la forme la plus convenable
des mortiers à feu , le plus folidement
traité par le Sr. J. G. Marſſon ,
maître de mathématique à l'Univerſité
de Strasbourg , à qui le prix fut décerné
en conféquence.
Le prix de phyſique ſur la queſtion
touchant les Pendules des Horloges aſtronomiques
, fut adjugé au mémoire ſatis.
faiſant, compoſé ſur cette matiere , par
M. Charles Vicomte Mahon , Membre
de la Société Royale de Londres
AVRIL.II. Vol. 1774. 155
1 Quand au ſujet hiſtorique: ,,An Joms-
,, burgum in populorum feptentrionalium
,, monumentis celebratiſſimum , cum Ju-
,, lino , Pomeraniæ olim inclyto emporio ,
unum idemque fuerit nec ne ?Argumentis
firmis & fufficientibus ita folvere ,
ut res pro definitâ haberi poffit.
ود
ود
ود
La Société n'avoit rien reçu ſur cette
matiere qui répondît à ſes vues , & elle
trouva bon de continuer ce ſujet à l'année
1774.
Dans la même aſſemblée du 16 Décembre
, il fut réſolu de propoſer pour
l'année 1774 , ( outre ladite queſtion fur
la ſituation de Jomsbourg ,) les ſujets
ſuivants.
En Mathématique.
„Invenire machinam aut mechanicum
„quoddam artificium cujus ope lacus,
,, ſtagna aliaque id genus aquilegia com-
„modè & fine magno pretio repurgari ,
ود& à limo , immunditie fructicibuſque
,, aquaticis , quæ fundum elevant interi-
,,tumque lacuum accelerant, liberari pos-
„ fint , eo imprimis caſu , ubi effluxum
,,aquarum ad exficcandas & effodiendas
„ ejufmodi aquarum collectiones nimio
ſtant pretio , aliæque circumſtantiæ aquas
dulces , urbi neceſſarias , perdi &
inutiler defluere haud permittunt.
ود
ود
156 MERCURE DE FRANCE
ود
En Physique .
Analyſin metallorum in partes con
,, ſtitutivas ſecundum ſollicitè inſtituta
,, experimenta tradere.
e
En Histoire .
,, Requiritur perfpicua , &, quantùm
fieri poterit , ſufficiens commentatio
ad illuftrandam Venantii Fortunati
,, epiſtolam ad Flavum , quæ eſt libri
ود
ود
ود VII decima-octava, ubi fimul indice-
,, tur , unde fuamde Runis notitiam hau
rire potuerit Venantius , & cujus po-
,, puli eæ fuerint ".
ود
Les Savans tant étrangers queDanois,
excepté les Membres de la Société , ſont
invités à concourir pour ces prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en danois
, latin , françois ou allemand , les
ouvrages compoſés en d'autres langues ,
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à
celui qui,à ſon jugement , aura lemieux
traité chaque ſujet , conſiſte en une mé.
daille d'or de la valeur de cent écus
(rixdaler , ) argent de Danemarck , (environ
425 liv) ...
Les Concurrens adreſſeront leurs Mé
AVRIL. II. Vol. 1774. 157
moires écrits d'un caractere liſible& franc
de port à M. Heilmſtierne , Chevalier de
l'Ordre de Dannebroque & Conſeiller
■ de Conférence du Roi , Secrétaire de la
Société. Aucun écrit neſera reçu au con-
-cours , paſſé le dernier Décembre de l'année
1774 .
La diſtribution des prix ſe fera vers
la fin du mois de Janvier 1775 , & le jugement
de la Société ſera publié incontinent
après.
Les auteurs ne ſe feront point connoître
; ils mettront une deviſe à la tête ou
à la fin du Mémoire , & y joindront un
billet cacheté , qui contiendra la même
deviſe avec leur nom & le lieu de leur
réſidence.
Ceux qui ſouhaiteront que leurs ouvrages
qui ont concouru pour les prix de
l'année 1773 , leur foient rendus , font
priés de s'adreſſer pour cet effet à M.
de Hielmſtierne , avant la fin de l'année.
courante.
TABLEAU de l'Ecole Militaire de
Colmar.
Fournir à l'Etat des Citoyens eſtimables
, des Officiers inſtruits: tel eſt en
158 MERCURE DE FRANCE.
deux mots l'objet de l'établiſſement nouvellement
agréé par la Cour, pour l'édu
cation de la jeune Nobleſſe d'Alface , &
commencé en Octobre 1773. Ceſt un diminutifduplan
vaſte& brillant de l'Ecole
royale militaire de Paris.
10. Les Eleves y font ſousune inſpection
vigilante & religieuſe , que l'on fait
tempérer autant qu'il eſt néceſſaire par
P'Indulgence , & les agrémens qui en font
inféparables.
20. Dans les leçons qu'on leur donne ,
on a tâché de raſſembler les connoiſſances
les plus eſſentielles à leur deſtination :
telles que la religion , les langues allemande,
françoiſe (& fi l'on defire la latine)
, l'hiſtoire , la Géographie appliquée
à l'art de la guerre , les Mathématiques ,
les principes du droit des gens , des notionsgénéralesde
l'Etat politique de l'Eu .
rope , le Blafon , l'Ecriture , le Deffin ,
la Danfe , l'Eſcrime , les élémens de la
Tactique , les Ordonnances militaires &
l'exercice.
30. L'inſtruction ſe faitpar forme d'en .
tretien, & en occupant lejugement autant
que la mémoire. Chaque leçon eſt
ſuivie d'un petit examen, dans lequel on
s'inſtruit ſi les Eleves ont profité. Pour
AVRIL. II. Vol. 1774. 159
1
joindre les exemples à la théorie , on ſe
propoſe de leur donner le ſpectacledu fervicemilitaire
, des fimulacres de guerre ,
de leur faire voir les parties eſſentielles
de la fortification .
: 40. Comme la formation du coeur fera
toujours l'objet principal de cette éduca
tion, le flambeau de la Religion joint à
celui d'une ſaine Philofophie , ſert à éclai
rer les Eleves ſur les devoirs ſacrés de
P'homme & du citoyen: & l'on s'appli
que à ſaiſir toutes les occaſions deleur inf
pirer les vertus militaires, la probité ,
le déſintéreſſement , la justice , & cette
humanité compatiſſante , généreuſe , ſans
préjugés , qui caractériſe le vrai Héros ,
dont nous trouvons tant d'exemples dans
les Hiſtoires grecque & romaine ,& dans
celle de l'ancienne Chevalerie françoiſe.
50. Ces jeunes gens étant fur- tout deſti.
nés à la ſociété , on s'attache particuliérement
à leurs manieres & à leurs moeurs.
On les produit dans des maiſons refpec
tables ; & l'on ne néglige rien de ce qui
peut contribuer à les faire paroître avec
avantage.
60. Les récompenſes &les peines font
toutes militaires, c'est- à- dire, fondées
fur l'honneur: les vertus n'ont pasmoins
160 MERCURE DE FRANCE.
de part aux premieres , que le ſavoir,
qui eſt ſouvent le fruit d'une mémoire heureuſe,
plutôt que celui de l'application.
70. On tient des regiſtres fideles de la
conduite & des étudesdes enfans. Ces regiſtres
mettront les Directeurs à portée
d'inſtruire les parens, par des extraits ,
qu'ils auront ſoin de leur envoyer réguliérement.
2
80. Pour exciter l'émulation , il y aura
tous les ans un examen public , ſuivi
d'une diſtribution de prix & de promotions
relatives aux progrès des Eleves.
Les premiers de chaque claſſe prononcerontà
cetteoccaſion un petit diſcoursdans
le genre déclamatoire ; ce qui contribuera
à leur donner cette noble aſſurance &
cet art de s'énoncer avec grace , qui ont
ſouventtantd'influence ſur lafortuned'un
Militaire .
9º. Lesjeunes Etrangers deſtinés au ſervice,
& les enfans de familles patriciennes
, ne font point exclus de cet établiſſement
: pour y être reçus , il eſt à propos
que les jeunes gens fachent lire& écrire
en françois & en allemand. Ceux cependant
qui ne connoiſſent qu'une ſeule de
ces langues ne font point refuſés ; mais il
leur
AVRIL. 11. Vol. 1774. 161
leur faut au moins une année de plus
pour achever le cours.
: 100. L'âge de la réception eſt fixé depuis
10 juſqu'à 14 ans , ſi néanmoins il ſe
préſente des ſujets plus jeunes& en affez
grand nombre pour former une claſſe préparatoire
, on les admettra ſans difficulté
& ſous des conditions proportionnées à
leur âge. Au reſte on defire que les récipiendaires
foient fains de corps , & qu'ils
aient paſſé les maladies de l'enfance.
110. Les Eleves auxquels on voudra
faire apprendre la muſique , trouveront à
Colmar des maîtres habiles , qui la leur
enſeigneront à un prix raiſonnable.
120. Quant à la partie phyſique , on
ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à la ſanté des Eleves , & à fortifier leur
tempérament. Outre la falubrité reconnue
de l'air de Colmar , & une maiſon
bien expoſée , on leur donne des alimens
fains , & fervis avec propreté , un lit ſé .
paré pour chacun d'eux , des bains felon
la ſaiſon , des divertiſſemens honnêtes ,
des jeux propres à former le coup d'oeil ,
& à rendre le corps agile , des promena .
des fréquentes & modérées.
: 130. Pour éviter le faſte & la jaloufie ,
on a donné aux Eleves un uniforme ,
L
1
:
162 MERCURE DE FRANCE.
conſiſtant en un habit de drap bleu de
roi , collet , revers & paremens de mê.
me couleur , doublure , veſte culotte &
bas chamois , boutons jaunes , col rouge ,
chapeau bordé d'or ;& pour ménager cet
habillement , on leur fait porter d'ordi .
naire à la maifon une redingotte à l'angloiſe
avec une veſte à bavaroiſes de la
couleur de l'uniforme.
140. Le prix de la penſion annuelle eſt
de mille livres tournois , faiſant 41 de
Louis - neufs , & les quartiers s'en payeront
d'avance. On comprend ſous ce titre
: 10. Le logement, la nourriture , le
chauffage , la lumiere , le blanchiſſage ,&
ce qu'on appelle ſervices domeſtiques ,
hors le cas de maladie. 20. L'inſpection &
l'inſtruction dans tous les objets détaillés
au § 2 , & dont le tableau fucceffif fera
arrêté chaque ſémeſtre. 30. Lafriſure ,
poudre & pommade , le papier , encre
plumes , crayons , ainſi que les menus
raccommodages de la garde-robe .
150. On tiendra des comptes exacts
des dépenſes extraordinaires , comme habillemens
, livres , inſtrumens de Mathématiques
, fleurets , couleurs , &c. & ces
comptes feront envoyés & foldés tous
les quartiers.
A V.RAIL II. Vol. 1774. 163
0
160. Chaque Eleve doit apporter en
entrant à l'École militaire, outre l'uniforme
à l'angloiſe dont on a parlé , deux
douzaines de chemiſes , douze paires de
bas , moitié d'été , moitié d'hiver , dont
deux paires de chaque eſpece chamois ,
les autres mêlés de bleu & de blanc ,
douze ſerviettes ou eſſui-mains ,& un fers
vice d'argent , le tout marqué de fon nom.
170. L'armement néceſſaire à chaque
Eleve , conſiſte en un fufil garni de fa
bayonnette , un ceinturon & unegiberne,
indépendamment d'une épée courte del
fimilor. Ceux qui voudront ſe difpenfer
de les acheter, payeront un abonnement
de deux louis pour tout le tems qu'ils
refteront à l'Ecole.
180. On offre aux parens embarraſſés
du voyage deleurs enfans ,de les envoyer
chercher , à leurs dépens ,dans tel endroit
qu'ils voudront fixer , par une perſonne
dont on garantit la prudence&la probité.
Au reſte , ceux qui defireront de plus
amples éclairciſſemens fur cet inſtitut ,
font priés de s'adreſſer à M. PFEFFEL,
Confeiller Aulique de S. A. S. Mgr. le
Landgrave de Heſſe Darmstadt, lequel a
pris la direction , conjointement avecM.
DE BELLIFONTAINE , Officier d'Infante-
م
L. 2
164 MERCURE DE FRANCE.
rie, ci - devant attaché à l'Ecole Royale
Militaire de Paris.
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
DANS
ANS la vacance des Spectacles on a
donné au Château des Tuileries pluſieurs
concerts qui ont attiré & charmé les amateurs
de la muſique &des talens. La plus
belle exécution , la diſtribution la mieux
entendue, le choix le plus parfait & le
plus varié , l'intelligence des directeurs
&l'union des concertans aſſurant le ſuccès
de ces magnifiques concerts. On ya
applaudi pluſieurs belles ſymphonies de
MM. Goſſec , Davaux , Diters , Toefchy ,
Stamitz , Boccherini & d'autres maîtres.
On y a exécuté pluſieurs motets à grands
choeurs, tels que Dixit Dominus , motet
admirable del Signor Duranti ; Exurgat ,
Memento ; beaux motets de M. l'Abbé
Daudimont ; Dies ira , ſuperbe muſique
del Signor Langlé ; Diligam te ; Magnificat
; Confitemini . Benedic , anima mea ;
motets diftingués de M. l'Abbé Girouft ;
De profondis , dont la compoſition fait
AVRIL. II. Vol. 1774. 165
I honneur à M. le M. de C... Paratum
cor meum , de M. Alexandre.
Il y a eu auſſi pluſieurs petits motets
à voix ſeule de la compoſition de M.
Cambini & l'Abbé Girouſt.
Le Stabat , compoſition fublime de
Pergoleſe , a été exécuté dans pluſieurs
*concerto.
On a beaucoup applaudi au motet à
trois voix de M. Moreau , & à ſon oratoire
françois , dont les paroles ſont tirées
de l'opéra de Samſon , par M. de
Voltaire. Cette grande compoſition eft
riche de chant , d'expreſſion & d'effet.
Le facrifice d'Ifaac , autre oratoire fran-
⚫⚫çois de M. Cambini , a été fort applaudi.
Les Virtuoſes qui ſe ſont diftingués ,
font MM. le Duc l'aîné & le jeune ,
Caperon , Guénin , Moria , Laurent &
Lejeune , ſur le violon ; M. Duport le
jeune, fur le violencelle ; M. Philippe ,
fur la clarinette ; M. Bezozzi , pour le
hautbois ; M. Sejan , ſur le piano - forte
organiſé ; M. Valentin, ſur le corno-baffetto
, ou contra - clarinette. On a entendu
avec la plus grande admiration , deux
concerto de violon , par Mlle Defchams
, âgée d'onze ans , Eleve de M.
Caperon : jamais talent ne parut plus
L3
166 MERCURE DE FRANCE .
précoce & plus étonnant; fon jeu eſt
vif & brillant , & les plus grandes difficultés
n'en alterent ni la force ni la
préciſion .
Les belles voix récitantes applaudies
dans ces moters , font Mesdames Larriavée
, Rofalie, Duchateau, Charpentier;
& MM.le Gros , Richer , Nihoul , Bofrel
, Naudy , Ronvalet , Malet..
Mlle Davantois ,de l'Académie Royale
de muſique , a chanté dans ces concerts
pluſieurs petits motets à voix feule. On a
beaucoup applaudi l'étendue & la beauté
de ſa voix , ainſi que le goût & l'expref-
-fion qu'elle met dans fon chant. Ses fuccès
font eſpérer que le Public aura fouvent
occaſion de l'encouragerpar ſes ſuffrages
, dans des rôles qu'elle remplit
avec diftinction. Son zèle , fon application
, l'honnêteté de fes moeurs , fa tendreſſe
filiale font encore de puiffantes
recommandations qui doivent intéreſſer
& folliciter en faveur de ſes talens & de
fes fentimens.
AVRIL. II. Vol. 1774. 167
ARRTS.
Collection de Tableaux , peintures à goua .
che , mignatures , deſſins , estampes ,
médailles , Sculptures , bronzes , ivoires ,
porcelaines & autres effets , provenans
du cabinet de M. Van Schorel , Seigneur
de Wilrick, ancien premier bour .
guemaître de la ville d'Anvers , dont
la vente ſe fera en argent de change ,
à Anvers , le 7 Juin 1774 & jours fuivans.
Le catalogue de cette collection , riche
fur tout en tableaux, deſſins & eftampes
de l'Ecole flamande , forme un volume
in 80. de 427 pages. On le diſtribue à
Anvers , chez J. Grangé imprimeur de
la Ville , & à Paris , chez Muſier pere ,
libraire , quai des Auguſtins .
Les tableaux des grands maîtres , &
les deſſins capitaux ſont décritsavec aſſezde
détail & d'exactitude dans ce catalogue,
pour que l'amateur éloigné puiſſe
ſedéterminer ſur les acquiſitions. Ces def.
criptions détaillées procurent d'ailleurs à
ceux qui forment des collections la facilité
L 4
158 MERCURE DE FRANCE.
defuivre,decabinet en cabinet,les tableaux
de marque , &de s'aſſurer parcemoyende
leur originalité. Le cabinet que nous venons
d'annoncer eſt particulièrement recominandable
par le grand nombre d'eftampes
flamandes qui y font raſſemblées .
Nous avons remarqué , parmi ces eſtampes
, un oeuvre de Rubens , compoſé de
plus de 3200 morceaux. Cet oeuvre préſente
pluſieurs épreuves retouchées par
Rubens lui-même & un grand nombre
d'autres où il ſe trouve des différences qui
diftinguent ces épreuves , des épreuves ordinaires.
Cet oeuvre , unique en fon genre
, eſt annoncé comme devant être vendu
en un ſeul article dans les dix portefeuilles
qui le renferment. Il y a auffi
dans cette collection un ſecond oeuvre de
Rubens compoſé de près de 700 eftampes
recommandables parla beauté &le choix
des épreuves. Ces eſtampes feront vendues
par articles ſéparés. Le rédacteur du
catalogue a répandudans ces articles quelques
notes inſtructives qui fatisferont les
amateurs dont le plus grand nombre recherche
avec empreſſement les eſtampes
flamandes gravées d'après Rubens ; & il
faut avouer que la prédilection qu'on leur
donne aujourd'huieſt fondée ſurla richeſſe
VRIL. II. Vol. 1774. 16
&le pittoreſque de la compoſition , lavé.
rité des expreſſions & l'intelligence avec
laquelle les graveurs flamands ont rendu
le clair obfcur , & en quelque ſorte le coloris
de ce premier peintre de l'Ecole de
Flandre.
MUSIQUE.
I.
La Lyre , ariette nouvelleavec ſymphonie
, dédiée à Madame la Vicomteſſe
de Thury , par M. Legat de Furcy ,
Maître de goût de chant, Organiſte
des R. P. Carmes de la Place Maubert
& de MM. de Ste Croix de laBretonnerie.
Prix I liv. 16 f. chez l'Auteur,
parvis Notre Dame , & aux
adreſſes ordinairesde muſique. ALyon ,
Bordeaux, Nantes , Toulouſe& Mons ,
&c.
L
Es paroles de cette ariette ſont trèsagréables&
d'ungenre anacréontique. Elles
ont été tirées de lacomédie lyrique du
Maître de Guitarre , laquelle fait partiedu
théâtre de M. Poinſinetde Sivry , édition
de 1772. La muſique eſt d'un chant dé
licat & gracieux...
LS
170 MERCURE DE FRANCE.
II.
II. Recueil des vaudevilles des opéras
comiques , arrangés pour le clavecin , ou
le fortepiano , dédiés à Madame la
Comteſſe d'Herouville , par M. Benaut ,
maître de clavecin . Prix 1 liv. 16 f.
AUIILUX .
II. Recueil d'ariettes choiſies , arrangées
pour le clavecin , ou le forte-piano ,
avec accompagnement de deux violons
& la baffe chiffrée ; dédiées à Mlle, de
Schoébeque , par M. Benaut. Prix ,
I liv. 16. A Paris chez l'Auteur , rue
Gît- le- coeur,la deuxieme porte cochere en
entrant par le Pont-neuf, & aux adreſſes
ordinaires de muſique.
Observations phyſiques fur les Anémones
de mer , par M. l'Abbé Dicquemare ,
-de plusieurs Académies , Profeffeur de
Physique expérimentale , &c. au Havre.
LE
E compte que différens journaux ont
rendu des premieres obſervations de M.
l'Abbé Dicquemarre , nous diſpenſe de
nous étendre ſur les vues qui les lui font
A
20
AVRIL. II. Vol. 1774. 171
ſuivre. On fait que tout ce qui a rapport
aux animaux , doit intéreſſer l'homme :
Que ſi ſon Etre moral n'offre avec eux
aucune analogie , ſa conſtitution phyſique
permet des ſimilitudes : Que les fonc.
tions qui dépendent de la diſpoſition or
ganique des parties & qui font peut-être
le principe de beaucoup d'autres , pour
roient recevoir une nouvelle lumiere des
obſervations à faire fur les animaux qui
ſemblent , comme ceux- ci , s'éloigner le
plus de notre maniere d'être: Que nous
ſommes peu avancés dans l'hiſtoire des
reproductions & dans pluſieurs points
principaux de la phyſique de l'économie
animale, qui eſt labaſe de l'art de guérir :
Que notre admiration peut croître à
meſure que la Nature ſe dévoile. C'eſt
dans l'ouvrage même qu'il faudra voir le
détail de ſes expériences. Ce mémoire,
quoique le fruit de pluſieurs années , ne
ſera pas volumineux: mais il offrira 20
planches in -40. deffinées d'après nature
par l'Auteur. Quand on ne dit que ce
qu'on a vu, fans ſe livrer à l'efprit de
ſyſtême & à des raifonnemens à perte de
vue; quand on ne paſſe pas inconfidé
rément de la ſcience des corps dans celle
des idées , on a bientôt fini . Nous nous
bornerons ici à une des dernieres décau
172 MERCURE DE FRANCE.
vertes de cePhyſicien, dont l'affiduité aux
obſervations force enfin la Nature à lui
dévoiler peu-à-peu quelques - uns de ſes
ſecrets . La belle & grande eſpece d'anémones
de mer qu'il nomme la quatrieme ,
cachée dans des lieux d'où la mer ne ſe
retire jamais , & qui , comme la troiſieme
, ne paroît avoir attiré la curioſité
d'aucun Naturaliſte , d'aucun Phyſicien ,
lui avoit bien offert une multitude de
petits , mais il ignoroit abſolument la
maniere dont ils prennent naiſſance. L'analogie
auroit pu lui faire penſer , que
comme dans la premiere eſpece , ils naiffoient
tous formés par la bouche. Cette
analogie l'auroit trompé; il faut voir &
non pas deviner les opérations de la Nature.
Des fuites d'expériences lui ont appris
entr'autres fingularités , que ces animaux
ayant la baſe inégalement étendue
&fortement attachée par quelques points
de ſes extrémités ſur un corps dur , (fouvent
une très groſſe huitre) il s'y fait des
déchiremens ; une ou pluſieurs petites
parties plus ou moins grandes qu'une lentille
, s'en arrachent. Ces morceaux pa-
* roiſſent d'abord informes ; ils s'arrondiffent
peu-à-peu en goutte de fuif; enfin ,
dans l'eſpace d'environ deux à trois mois ,
on y obſerve un trou dans le milieu :
AVRIL . II. Vol. 1774. 173
c'eſt la bouche; des apparences de membres
, une organiſation intérieure , des di
Jatations , des contractions , la ſenſibilité,
&c. &c. Quelques mois après , les membres
deviennent longs , & cet animal fi
petit , eſt deſtiné à croître juſqu'à acquérir
deux pieds de circonférence & une
quantité innombrable de membres. Souvent
pluſieurs petites anémones ſe développent
d'un même lambeau ; deſorte
qu'elles font adhérentes entre elles. Peua-
peu il ſe forme entre l'une & l'autre
un petit étranglement qui les ſépare. Quelquefoisauſſi
elles reſtent unies : alors il
en réfulte des fingularités ou même des
monſtres . M. Dicquemare en a deſſiné
un fort gros , qui paroiſſoit contenir trois
individus réunis& en quelque forte confondus.
L'anémone mere, de cette elpece
, qui lui a dévoilé plus particuliément
le ſecret , étoit formée comme un
Y, c'est - à-dire , qu'elle avoit deux corps
parfaits , dont les baſes étoient adhérentes
ou ſe réuniſſoient à une même tige ,
par laquelle ils communiquoient: auſſi ces
deux anemones n'ont- elles jamais paru
à ce Phyſicien avoir deux volontés,comme
il l'a pluſieurs fois remarqué dans celles
qui ſe diſputent la proie.
174 MERCURE DE FRANCE.
Les anémones de mer , conſervées vis
vantes dans le cabinet , annoncent les
tempêtes , ce qui pourroit peut- être nous
tenir lieu un jour de barometre marin.
L'eſpérance de nouvelles découvertes &
des occafions favorables pour terminer
les planches d'après nature , oblige enco .
re pour quelque temps M. l'Abbé Dicquemare
à différer la publication de fon
mémoire.
Cours de Langue Angloise.
L'UTILITÉ de la langue angloiſe eſt
trop connue aux perſonnes de tout rang
& condition , pour qu'il foit néceſſaire
d'en faire l'éloge ; preſque tous les Sa
vans de l'Europe font charmés des excellens
ouvrages qui paroiſſent tous les jours
dans cette langue. Le Marchand l'apprend
ou doit l'apprendre pour l'intérêt de fon
commerce ; & chacun aujourd'hui en
connoît l'utilité & la beauté , &c. Ces
motifs ont déterminé le ſieur Berry ,
Auteur de la Grammaire générale an
gloiſe , de donner un cours pour la facilité
des Marchands & autres perſonnes
qui ſouhaitent apprendre l'anglois , &
AVRIL. II. Vol. 1774. 175
qui cependant ſont occupées dans le cou
rant de la journée ; lequel cours commen
cera la ſemaine après la Quasimodo ; il durera
fix mois & tiendra trois fois la femaine
, depuis fix heures du matin juſ
qu'à huit. Ceux qui voudront apprendre
cette langue tant recherchée , auront l'avantage
d'être enſeignés par un Anglois
de Nation , & toutes les difficultés de la
prononciation , qui font tant de peine
aux Français , feront levées en huit leçons
. Le fieur Berry va en ville à toutes
les autres heures de la journée. Il demeure
chez M. Philippe , Marchand de
vin , rue St. Germain- l'Auxerrois , entre
l'abreuvoir & la rue de la Sonnerie , la
porte cochere vis- à- vis le Tonnelier , au
troiſieme fur le devant.
On pourra s'abonner pour les fix mois.
Cours de Chirurgie.
M. Felix Vicq d'Azir , de l'Académie
Royale des Sciences , Médecin de
Monſeigneur le Comte d'Artois , ouvrira
le 18 de ce mois à midi, dans ſon amphithéâtre
, tue de la Pelleterie, un Cours
176 MERCURE DE FRANCE.
élémentaire de Chirurgie dans lequel ,
avant de traiter des maladies chirurgicales
& du manuel des opérations , il expoſera
la ſtructure anatomique des parties
fur leſquelles elles doivent être pratiquées.
: A. M. L.
MONSIEUR ,
La littérature a toujours été un champ vaſte , ou
vert aux rapines , aux ruſes de guerre de toute efpece
, aux brigandages , & aux plagiats . Apollon
a ſes Houſards , ainſi que les Rois ; mais il a auffi
fes maraudeurs,& ſes filoux. Vous ſavez , Monſieur
, & qui eft-ce qui ne fait pas cela ? que le
grandVirgile a pillé ou imité , comine il vous plaira,
Héfiode & Homere; que le grand Corneille a
mis à contribution Lucain & Guillem de Caſtro ;
que le grand Racine a puiſé de très belles ſcenes
dans Euripide. Le Chantre de Henri a pillé , diton
, Monfieur Maffei , Sebaſtien Garnier , Shake.
ſpéar , & Mademoiſelle Bernard. Enfin vous le dirai-
je ? J'ai entendu des Vendeurs d'orviétan qui
avoient pris leurs harangues dans Démofthene.
Tout cela ne m'étonne point. Les eſprits ne peuvent
pas toujours créer . Ce qui me ſurprend ,
c'eſt qu'on me faſſe auſſi l'honneur de me piller ,
moi qui n'ai compofé ni poëmes épiques , ni tragédies
, moi qui ne fais des vers qu'à mes amis ,
ou à ces êtres doux & ſenſibles ſans qui les arts
perdroient tout leur charme ; moi für-tout qui n'ai
rien
AVRIL. II. Vol. 1774. 177
rien dérobé à perſonne ſans le dire. Quoique je
ne fois gueres riche , je ne me fache point de cet.
te eſpece de larcin. Mes biens font de trop peti.
te valeur; d'ailleurs ce que je réclame eſt ſi peu
de choſe , que je rougirois de me mettre en co.
lere. Croyez donc , Monfieur , que c'eſt fans humeur
que je vous rappelle que dans votre dernier
Mercure , vous avez inféré un madrigal dont je
crois que l'idée n'appartient , vous allez en juger
par la comparaiſon. Voici celui du Mercure.
A une Dame qui avoit été piquée par une
abeille.
Au déclin d'un beau jour , une folâtre abeille
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleffé , dites-vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la Reine des fleurs.
Voici le mien , qui a été inféré dans l'Almanach
des Muſes de cette année.
:
Impromptu d'une Dame que fon pere venoit
de marier malgré elle à un boiteux , &
- qui, le même jour , avoit été piquée par
une abeille ..
:
L'abeille , en te piquant , te fait verſer des pleurs ,
Et ton pere te plonge en des peines nouvelles
Par un hymen contraire à tes ardeurs :
L'un t'a priſe , Aglaé , pour la Reine des belles ,
L'autre pour la Reine des fleurs .
Il eſt clair que l'impromptu du Mercure a été
M
178 MERCURE DE FRANCE.
fait d'après le mien. Je ſuis honteux de vous dis.
traire de vos occupations pour de pareilles mife
res. Pardonnez ; je ne reſſemble point à ces peres
qui ont des fils rachitiques , & qui , malgré leur
difformité , les chériſſent autant que s'ils n'avoient
aucun défaut. Quand mes enfans font boſſus , j'aime
à les redreſſer moi-même , & je ne veux pour
cela du ſecours de perſonne.
Je vous prie d'inférer ma Lettre dans votre pro
chain Mercure , & de croire à la parfaite conſidé
ration avec laquelle j'ai l'honneur d'être , &c.
le Chevalier DE CUBIERES .
A Versailles, le 6 Avril 1774.
Point de vue d'humanité pour les Ames
Sensibles.
T
PLULUSS uneNation vit dans l'abondance, plus elle
s'abandonne à la diffipation , & plus le nombre
des malheureux s'y multiplie. Le luxe entretient
une émulation dangereuſe, &dans un pays de repréſentation
comme la France , chacun , pour paroître
avec avantage , ſe permet de dépenſer
annuellement plus qu'il ne peut. Le grand Seigneur
s'épuiſe & fait des dettes pour foutenir un nom
qui conſtitue ſon unique grandeur. Le Financier
cherche à ſe diſtinguer par une profuſion qui le
rapproche à ſes yeux de la Nobleſſe dont il ſe flattede
faire unjour partie , par lui ou par les fiens .
Le Négociant , qui s'eſtime plus que les Fermiers
de la Couronne, ne néglige rien de ce qui peut
AVRILII. Vol. 1774. 179
relever l'importance utile de fon état , & il lutte
conſtainment avec la Finance pour n'en être point
effacé dans la jouiſſance d'un appareil opulent &
des recherches cominodes. Le Marchand ſe montre
jaloux d'imiter les premiers de fon ordre , &
il excede ſes forces , ſans fonger que la plus gran.
de partie de ſa fortune eſt dans les mains de dé.
biteurs aſſez élevés pour qu'il ne puiſſe pas la retirer
à ſon gré , au moment où il en aura le plus
de beſoins ; au moyen de quoi ſon crédit ſera anéanti
, & ſa chûte deviendra néceſſaire. L'Artifan
qui acquiert la vogue ne le veut céder en rien au
Marchand, qu'il ſoutient par le débit de ſes talens ,
& il ſe pique même de le primer par l'apparence
féduiſante d'une maiſon bien montée. Le Journalier,
habile ou non , met ſagloire à jouir de ſon indépendance
; & , foumis uniquement à ſa propre fantaiſie
, il compte faire ufage de fa liberté, en ſe
livrant au déſoeuvrement & aux excès qui en ſont
les fuites. Vous en voyez journellement dix mille
meubler les environs de la capitale. Les uns ,
les bras croifés , s'extaſient ſur les Boulevards aux
parades dont les groſſieretés les tranſportent hors
d'eux-mêmes . D'autres rempliffent les guinguet.
tes , les billards , les jeux de boule , & noient
dans le vin le ſouvenir de leur famille oppreffée.
Leurs femmes , leurs enfans attendent en vain avec
impatience le retour d'un chef qui doit rapporter
un pain néceſſaire à leur ſubſiſtance . Funeſte efpoir!
Les injures & même les coups font ſouvent
les ſeuls fruits qu'ils recueillent de l'oiſiveté & de
l'intempérance du barbare chargé d'entretenir la
vie qu'ils ont reçue de lui. Les délaſſemens font
fans doute néceſſaires dans une grande ville; mais
faut- il que vingt mille journées s'y perdent habituellement
dans l'inaction ? Le maître d'un attelier
reſte ſouvent ſeul , parce qu'on ſe débauche Hun
M 2
180 MERCURE
T
DE FRANCE.
l'autre. Le Bourgeois attend ſon ouvrage qui ne
ſe fait que huit jours après , & qui eſt défectueux
par la précipitation qu'on y a miſe pour regagner
le temps perdu. L'entrepreneur même eſt forcé
de recevoir la loi de ſes garçons ; & ainfi , de
proche en proche , la machine générale ſe décompoſe;
&, pour courir après l'ombre de l'Abondance,
fille du Luxe , l'on tombe inſenſiblement
dans une pauvreté réelle. L'économie ſemble être
devenue un vice parmi nous , & l'on ne ſonge à
vivre que pour ſoi.
C'eſt ce dangereux préjugé , ce ſont les ſpécu
lations enfantines & téméraires qui occaſionnent
les banqueroutes fréquentes que nous voyons
journellement dans tous les états. Quelques Seigeurs
n'en ont pas été plus affranchis que les au
tres , & la contagion s'eſt gliſſée parmi les Finan.
ciers , les Banquiers , les Marchands , les Artiſans ,
les Commis , les Ouvriers , & juſques chez des Laïs
qui avoient ébloui la capitale du faſte de leur dé.
penſe indécente.
Ces faillites fi préjudiciables au bien public ,
ont des nuances , & ne font pas toutes également
criminelles. Un homme qui , par ſon luxe dépla .
cé , a mangé le bien de ſes créanciers , en croyant
ne diſſiper que le fien , eſt aſſurément coupable :
il eſt injuſte, en ce qu'il fait payer aux autres fes
folies & la bonne opinion qu'il a eue de ſes talens
& de ſon induſtrie; mais il doit être ſujet à
de moindres peines que celui qui , par un artifice
médité , ſuppoſe la néceſſité d'une faillite pour
s'engraifſſer de la ſubſtance des créanciers de bon.
ne foi qu'il vole impudemment.
Un homme , dans la néceſſité d'une défenſe lé.
AVRIL. II. Vol. 1774. 181
gitime , tue fon adverſaire; la raiſon & la loi ne
permettent pas qu'il foit traité comme un cruel
affaffin , qui , par un attentat refléchi , Ôte la vie
à un citoyen dont il veut envahir le bien.
Un jeune homme ſans expérience a fait inconfidérément
des lettres - de - change pour fatisfaire
fon caprice. Un artiſan , dans un accès d'ivreſſe ,
a caffé des lanternes , a maltraité quelqu'un ou a
fait des étourderies ſcandaleuſes ; ils ont conſtamment
tort & méritent correction ; mais elle ne doit
pas être auſſi forte que celle d'un voleur qui , par
aſtuce où à main armée , enleve à quelqu'un le
fruit entier de ſes travaux .
Or , puiſqu'il y a une différence ſenſible dans
l'ordre des crimes & des peines , pourquoi n'en
a-t-on pas introduit une dans la façon de s'aſſurer
de tous ceux qui doivent être les objets d'une
pourſuite criminelle ? Pourquoi , pendant le cours
d'une inſtruction ſouvent longue , confond- t - on
le citoyen qui n'eſt ſuſceptible que d'une correction
légere , avec le monstre deſtiné à ſervir d'e .
xemple pour effrayer ſes ſemblables ?
Il eſt étonnant que , parmi une Nation policée
& amie de l'humanité , on n'ait jamais imaginé de
faire éprouver aux accuſés un traitement propor.
tionné à la gravité des peines auxquelles ils font
réſervés .
Pour évaluer l'injuſtice de notre procédé à cet
égard , entrez dans nos priſons , ſi vous avez la
force d'en franchir le feuil , & qu'y verrez-vous ?
un tableau d'horreur & l'image vivante du déſeſ
poir.
Le ſommeil eſt banni de ces antres ténébreux
par les cris continuels & effrayans des malheureu
ſes victimes de l'infortune. Elles méditent ſans ceſſe
M 3
183 MERCURE DE FRANCE.
les attentats les plus noirs pour ſe procurer une li
berté qui les déroberoit aux plus grands fupplices
,& elles ne s'occupent que du ſoin d'ajouter de
nouveaux crimes à ceux dont elles ſont déjà noire
cies . La Religion , l'honneur & l'humanité font
pour elles de foibles barrieres , & la cruauté de
vient néceſſaire à ceux qui font chargés du ſoin de
rendre leur méchanceté & leur fureur impuiſſantes.
Il ſeroit donc important d'établir une différence
entre les maiſons de correction ou de fûreté ,&
celles qui font deſtinées aux criminels dont le gi.
bet eſt la perſpective. La priſon , ſuivant les loix ,
n'eſt établie que pour s'aſſurer des coupables , &
nonpas pour leur en faire un tourment. Elle n'entre
point dans l'ordre des peines judiciaires : &
cependant ces lieux de tenebres raſſemblent ici
tous les maux imaginables . Ils font tellement
reſſerrés que l'air y pénetre à peine; l'on n'en ref.
pire qu'une foible portion fans ceſſe infectée par
les vapeurs que produiſent le mauvais ferment &
l'altération des corps. La lie de l'humanité ſemble
s'y être réunie dans un gouffre d'infection . Les
malheureux y defirent le ſupplice comme le terme
de leurs maux , & leur paſſe-temps habituel eſt ,
pour occuper leur déſoeuvrement, de ſe gangrener
mutuellement le corps & le coeur par des propos ,
par des récits dont l'atrocité révolte la nature . Le
vin eſt leur ſeule confolation , & ils y noient
leurs afflictions dès qu'ils en trouvent le moyen.
Pourquoi faut-il qquu''uunnpere de famille bien ne,
bien élevé , foit confondu dans un même aſyle
avec ce vil rebut de la terre , fi la fortune ceffe
de favoriſer ſes projets , ſi la mauvaiſe foi lui
ravit ſes biens , fi des malheurs imprévus vient
nent tout -à- coup l'accabler ; Pourquoi un Offi
AVRIL. II. Vol. 1774. 183
cier , un homme même de diſtinction , s'il lui
furvient un malbeur inévitable; pourquoi un citoyen
recommandable , s'il eſt calomnié , ferontils
plongés dans la fange avec la plus vile canaille
, juſqu'à ce que les longueurs d'une lente juftifi
cation leur permettent de faire éclater leur innocence
? Les peines du corps ne les flétriſſent pas
moins que les tribulations de l'eſprit ; leur repos
ſeperd, leur ſanté ſe dérange , leur raiſon s'offufque,
&il eſt tel homme irréprochable qui traîne
toute ſa vie le ſouvenir douloureux d'une injuſte
captivité. Quel contraſte avec les moeurs d'un
peuple police!
Gémiſſons fur ces maux déchirans , & tâchons
d'en tarir la ſource.
Il eſt étonnantque dans un royaume auſſi florifſant
que la France , où la foi & la charité ne font
pas totalementéteintes , il ne ſe ſoit encore trouvé
aucune ame pieuſe qui ait conçu le defir de remé.
dier à un déſordre ſi funeſte à l'humanité. L'on a
multiplié les fondations en tout genre & l'on en
a négligé une dont l'érection conſerveroit annuellement
la vie à une foule de citoyens englou
tis dans le bourbier obſcur des priſons .
Les maux qui ſe renouvellent ſans ceſſe auroient
pu ſans doute devenir un des objets de l'attention
duGouvernement. La conſervation , la libre exif.
tence de ſes membres ont le droit d'intéreſſer ſa
ſenſibilité; mais la fatalité des guerres ruineuſes
& l'enchaînement de circonſtances malheureuſes
n'ont pas permis à des Miniſtres ſages & bien intentionnés
d'abattre leurs vues juſques ſur des infortunés
dont la proſcription intéreſſe ſouvent lé
bonheur public. Tous les priſonniers , enviſagés
du même oeil , ont été collectivement négligés
M 4
184 MERCURE DE FRANCE.
comme mauvaiſe compagnie , & l'on a laiſſé à la
charité publique le ſoin de leur conſervation .
Qu'il nous foit pourtant permis de dire qu'il en eft
fréquemment qui , par leur naiſſance , leur édu.
cation, leur état & leurs moeurs , ne ſont point
indignes des regards des gens en place , & qu'il y
a une rigueur exceſſive à les ſacrifier à la misere
avant qu'on fache ſi le glaive de la Juſtice doit
légitimement les immoler. Un Négociant abuſé ,
un jeune homme turbulent , un bourgeois indo .
cile , un militaire imprudent ne doivent pas être
plongés dans la boue , & , pour ainſi dire , retranchés
de la fociété civile , quand on n'a à leur reprocher
que des meſures fautives , des indocilités ,
des étourderies ou des inconſidérations ; la Juſtice
qui s'en empare , leur doit ſa protection juf.
ques dans le ſéjour de la douleur.
Il y a dans Paris & dans les villes commerçantes
du royaume , telles que Lyon , Marseille,
Rouen , Bordeaux , Nantes , la Rochelle & autres
, plus de quatre millions d'habitans qui , par
la nature de leur négoce , font expoſés à la contrainte
par corps . Ces femmes même ſont ſu
jettes à partager le fort trifte & ignominieux de
ceux qui gémiſſent dans la captivité. Or , fi
chacun de ces individus donnoit ſeulement quatre
fols par année pendant trois ans , voilà déjà deux
millions deux cents mille livres dont l'emploi
tourneroit au profit de l'infortune. Que le Négo .
ciant le plus accrédité par ſes richeſſes & fa
probité ſoit nominé le dépofitaire de cette ré .
colte peu gênante : il n'eſt pas de commerçant ,
de banquier , d'agent de change , de marchand ,
d'artiſan , de fermier qui ne concoure volontiers
à l'adouciſſement d'un état violent dont , en cas
de malheur , il eſt menacé lui-même. Les ames
pieuſes s'échaufferont d'elles - mêmes , & l'ému
AVRIL. II. Vol. 1774. 185
tation s'empreſſera de ſe ſignaler , ſurtout , ſi
les premiers de la Nation , fi les Prélats excitent
le zêle , & fi des femmes d'un grand nom le
fomentent par leur ardeur à ſe charger de la
Collecte. L'on fait annuellement des fermons de
charité pour le foulagement des prifonniers ,
mais , pendant le cours d'une année , l'activité ſe
réfroidit & le nombre en eſt ſi grand, que le
bénéfice qui en réſulte , partagé entre eux , ne pro-
*duit qu'un mince adouciſſement à leurs maux ;
le point eſſentiel ſeroit de commencer par les
loger , parce que l'air ſalubre eſt auſſi néceſſaire
à la vie que les alimens. L'on met pour eux
des troncs dans les Egliſes : mais ces dépôts
confondus avec tant d'autres , ne frappent perfonne;
l'on ne lit pas même l'inſcription , & la
maiſon reſte ſtérile , au lieu qu'une quête menée
avec chaleur & accréditée par de grands perſonnages
, produiroit un effet auſſi rapide qu'avantageux.
Qu'on en juge par la profufion obligeante
avec laquelle l'on s'empreſſe de gratifier
un Comédien , un homine à talens , lorſque des
gens de marque mettent à contribution la générofite
publique. Aſſurément ceux qui contri .
buent à nos plaiſirs méritent des faveurs ; mais ,
quoique nous préférions l'agréable à l'utile , il
faut convenir que l'aiſance d'un acteur , quelqu'excellent
qu'il ſoit , a moins de droits au ſentiment
humain que la ſubſiſtance de 5000 mille
priſonniers , engloutis journellement dans la pour.
riture.
Tout eſt de mode en France: le bien & le
mal. Il ne faut que de grands exemples pour
mettre les génies en fermentation. Il eſt encore
parmi nous beaucoup plus d'ames pieuſes &
nobles qu'on ne le croit ; mais elles cachent leurs
M 5
186 MERCURE DE FRANCE
bienfaits , & l'on ſe pique moins de publier les
bonnes oeuvres que les mauvaiſes . Nombre de
gens religieux & vraiment charitables s'em.
preſſeroient de contribuer fecrétement au falut
de leurs malheureux freres. D'autres voudroient
ajouter encore aux fondations , & ſe ſignaler
pardes libéralités ſolemnelles. Les paſſions mêmes
ſerviroient à l'accompliſſementdu projet , fil'on fa
voit les mettre en jeu. Quelques-uns feconderoient
les bonnes intentions par des profuſions teftamen.
taires. De riches marins avanceroient des fonds
ſans intérêts. Des banquiers opulens voudroient
peut-être mériter des ſtatues telles que celles értgées
à la bourſe de Londres , à Gresham &
Barnard ; enfin , l'empreſſement ſeroit auſſi gé.
néral que la magnificence , car il ne s'agit que
de mettre en mouvement le génie françois , mais
il faut le connoître & le diriger avec art. Or,
c'eſtuneétude peut-être trop négligée , quoiqu'elle
ſoit inépuiſable en reſſources.
Cependant , quel eſt le citoyen , excepté les mendians
& les journaliers , qui ne conſentira pas volontiers
à donnerdeuxou trois ſous par année , pour
adoucir la barbarie du fort d'une foulede ſes ſeinblables
? Nous envoyons à grand frais racheter
des captifs en Afrique , & nous ſommes de bronze
pour la miſere de ceux qui gémiſſent ſous nos
yeux! Le remede eſt- il donc impraticable ? Il y
auroit de la foibleſſe à le croire. Qu'une ame
ſenſible & courageuſe ait le courage de ſe mettre
à la tête de l'entrepriſe ; qu'elle foit autoriſée par
le Gouvernement , & qu'elle ait le bon eſprit de
braver ou de mépriſer les brocards des petitsmaîtres
, des ſots, des bavards & des déſoeuvrés :
alors la Nation entiere la bénira & lui élevera
des autels. Qu'un autre perſonnage connu & ir
AVRIL. II. Vol. 1774. 187
réprochable ſoit chargé de la caiffe , & qu'il
reçoive de l'argent ou des ſoumiffions pour les
rendre publiques ou cachées , au gré des contri,
buans: nous verrons alors les coeurs & les
bourſes s'ouvrir à l'humanité , & notre Nation ſe
laver du reproche d'allier encore l'urbanité avec
les reſtes de l'ancienne barbarie.
: Il eſt encore mille moyens que , ſans exciter des
murmures , l'on pourroit employer pour accélé
rer un établiſſement profitable. Cent livres de
marchandiſes importées par l'Etranger pourroient
payer un fou , ſans que la taxe parût onéreuſe.
Chaque nouveau titulaire de bénéfice pourroit .
ſans ſe plaindre , configner cinq fols ; & d'autres
droits auſſi inſenſibles conduiroient promptement
l'ouvrage à ſa perfection. Chacun s'applaudiroit
de concourir au bien général. Le Receveur en chef
ſe choiſiroit lui-même des coopérateurs dans les
provinces , & ceux-ci , animés de ſon bon eſprit,
ſeconderoient ſes vues ſans frais & fans rétribu .
tion.
L'on ſe livreroit au travail à meſure qu'on
auroit des fonds , & le premier emploi de l'argent
feroit d'acheter un terrein vaſte où l'air & l'eau
aſſuraſſent la ſalubrité. Nous avons vu bâtir un
opéra & des ſpectacles dans tous les genres. Le
goût univerſel eſt pour les bâtimens , & la ville
ſemble s'être renouvelée. Quoi ! pendant le ré
gne de l'épidémie dominante , ferons-nous affez
durs pour refuſer un aſyle fain & commode à des
ſujets que poursuit la fatalité ? Les grandes villes
de commerce s'empreſſeroient de ſe modeler fur
la capitale , & l'on pourroit fe flatter de voir la
fanté & la propreté remplacer les horreurs des
repaires infects où l'innocence gémit auprès du
crime.
188 MERCURE DE FRANCE.
Des Négocians dans le déſaſtre n'auroient plus
la douleur de voir perpétuellement des ſcélerats
tirés de leur communauté pour aller fubir publiquement
la peine due à leur monſtruoſité. -
: Un bon Bourgeois , accablé de chagrin , d'infirmités
ou de maladies , pourroit avoir ſa femme auprès
de lui pour lui adminiſtrer les confolations
corporelles & fpirituelles que la dégradation de
fon état lui rend néceſſaires.
Un homme qui s'eſt vu dans l'élévation , profiteroit
de la ſociété de ſes amis & de ſes confola .
teurs , ſans avoir à rougir de l'impureté de l'air qu'il
leur fait reſpirer , & de l'atrocité des diſcours qu'il
les force d'entendre.
1
Un jeune homme détenu pour une inconſidéra.
tion paſſagere n'auroit plus les oreilles & l'imagination
ſalies par les obſcénités dont retentit le
ſéjour du brigandage & de la corruption..
Enfin l'humanité rentreroit dans ſes droits. La
priſon , ſuivant ſa vraie deſtination , ne ſeroit
plus un fupplice auſſi cruel que la mort , & les
malheureux qu'on y renferme pourroient méditer
dans le repos fur les diſgraces d'une fituation
forcée qui les enleve à leur état , à leur famille
& aux douceurs de la ſociété.
Par M. M. A.
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 189
MORT d'un Homme bienfaisant.
A Dijon , 17 Mars , à M. L. R.
M. Nous venons de perdre notre bienfaiteur
M. Legouz ; il eſt mort ce matin,
âgé de 79 ans . J'ai vu , en cette triſte
circonſtance , ce que Lafontaine a fi bien
exprimé dans ce vers :
La mort du Sage eſt le foir d'un beau jour.
La bienfaiſance de ſon coeur & la férénité
de fon ame ſe ſont conſervées juſqu'au
dernier inftant ; & toujours occupé du
bien qu'il pouvoit faire , & de celui qu'il
auroit voulu pouvoir faire , il n'avoit dé
regrets que d'avoir été dans l'impoffibilite
d'en faire autant qu'il auroit defiré.
Sa mort cauſe un deuil univerſel dans
la ville; le pauvre y perd un pere ; les
Arts, un protecteur généreux ; l'Acadé
mie, un bienfaiteur qui l'éclairoit par ſes
veilles, & l'enrichiſſoit par ſes bienfaits ;
la ſociété , un homme aimable , qui en
faifoit les plaiſirs par ſes manieres & fon
enjouement ; la ville, un citoyen géné
reux , & aimant le bon ordre & le bien.
J'y perds un ami tendre , ardent , qui
m'aimoit , parce qu'il m'eſtimoit. Ma
ſeule confolation ſera de payer à ſa me690
MERCURE DE FRANCE.
mone un juſte tribut d'éloges. Je compte
m'en- acquitter pour le mois d'Août ; mon
coeur dirigera ma plume ; & , ſi je réuſſis
à peindre mon ami tel qu'il y eſt gravé ,
Poſe eſpérer que je ferai partager ma
douleur à mes lecteurs.
Vous favez , Monfieur , qu'il avoit
donné à l'Académie un Cabinet d'Hiſtoire
naturelle , qu'il a établi un Jardin de
Plantes & une Cours de Botanique , &
formé une Galerie de nos célebres Bourguignons.
J'ai exprimé ces differens bienfaits
dans trois vers latins , que j'ai placés
au bas de fon buſte , qui décore mon
cabinet; & les voici :
Jussit , & egregii ſpirant in marmore cives;
Germinat agrorum ſolamen planta falubris
Thesauroſque fuos reſcrant coelum , æquora , tellus.
:
1
Pardon, Monfieur, des détails peu ſcientifiques
, & conféquemment peu intéreſſans
pour vous , dans lesquels je viens
d'entrer; mais mon coeur , pénétré de lá
plus vive douleur, ſe ſoulage en parlant
de l'ami qu'il a perdu.
Je fuis , &c .
٤٠٠
MARET.
Secrét. de l'Acad. de Dijon.
AVRIL. II. Vol. 1774. 191
:
BIENFAISANCE.
Lettre de M. Dufot , médecin penſionnaire
du Roi & de la Ville de Soiffons , &c.
M. J'ai l'honneur de vous faire part
d'un Etabliſſement qui intéreſſe l'humanité.
Le ſage Adminiſtrateur de cette
Province (M. le Pelletier de Mortefontaine)
qui ſemble né pour faire le bonheurde
ceux qui ſont confiés à fes foins,
vientde formerdans cette ville un Dépôt
de Remedes gratuits pour les Habitans des
campagnes du Soiſſonnois. Sa ſenſibilité
tendre & compatiſſante lui repréſente
fans ceſſe le pauvre cultivateur au fond
de ſa chaumiere, ſouffrant & délaiſſé ....
Il vient à fon fecours. Son ame géné
reuſe peut ſe dire à elle-même.... Salus
publica , mea falus....
Parmi tant d'Etabliſſemens utiles qu'on
voit ſe former, celui - ci manquoit au
foulagement des gens de la campagne....
Cette portion des hommes la plus utile ,
&peut-être la plus négligée , eſt attaquée
de mille maux. Pauvres , quoique ce
ſoient eux qui nous enrichiſſent, ils ne
font point en état de payer ni les remedes
, ni les avis des Médecins. On en
voit tous les jours périr, fautede ſecours ;
192 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un objet continuel de regrets pour
les Curés de la campagne & pour les Sei.
gneurs , qui ne voient , dans la plupart
des maiſons de leurs Paroiſſiens , ou de
leurs Vaffaux malades, que la triſte image
de la mifere. Ce ſpectacle ſi attendriſſant
pour tout homme, & fur- tout pour des
Miniſtres de charité , nous a été ſouvent
retracé par eux. Plus souvent encore ,
depuis le long eſpace d'années que je
parcours , comme Médecin , les campagnes
, j'ai été le triſte témoin de la pauvreté
qui y régnoit. De tels ſpectacles
déchirent toute ame ſenſible....
La fonction la plus ſainte d'un Paſteur
& d'un Médecin , eſt le ſoin d'être le
confolateur & l'ami de ces infortunés.
Ces deux états ſont un état de bienfai .
ſance ; mais le pouvoir de l'exercer nous
manque ſouvent : nous donnons ce que
nous avons ; l'homme ſenſible & puif.
fant vient de ſe joindre à nous : l'humanité
même eſt venue au ſecours de l'humanité;
cette vertu ſi néceſſaire où il
y a des hommes qui fouffrent , a formé
cet établiſſement : il n'eſt pas le ſeul en
ce genre. Celui que j'ai formé à Laon ,
y eſt continué ſous les mêmes aufpices ,
&la charité d'un citoyen de cette ville
contribue
AVRIL. II. Vol. 1774. 193
contribue auſſi à cette bonne oeuvre....
Puiſſent de tels bienfaiteurs de l'humanité
fouffrante , étre imités ! Plus ily aura
en France de ſemblables Etabliſſemens ,
plus on pourra ſecourir de ces malheu
reux cultivateurs qui croient avoir plus
beſoin de fanté que de vie.
Lorſqu'une maladie épidémique fait
des ravages dans nos contrées , on porte
auffi-tôt des ſecours à ces malheureux
cultivateurs , qui ne peuvent s'en procurer
par eux- mêmes. C'eſt principalement
ſur eux que le Magiſtrat reſpectable
qui nous gouverne , répand ſes bienfaits....
J'atteſte ce que j'ai vu. Voici la neuvieme
année qu'il m'a honoré de fa con
fiance , pour traiter les maladies épidé.
miques dans ſa Généralité , & donner à
ceux qui en étoient attaqués , tous les
ſecours néceſſaires . Chaque année , les
fievres putrides , pourpreuſes , malignes ,
& ſouvent contagieuſes , la dyſſenterie ,
la pleuréſie , & d'autres maladies populaires
défolent nos campagnes. C'eſt à
ſes ſoins paternels , que tant de villages
doivent la conſervation de leurs habis
tans. τ
Ce n'eſt donc pas dans ces terribles
fléaux que le nouvel Etabliſſement feroit
N
194 MERCURE DE FRANCE.
le plus utile; mais c'eſt dans lesmaladies
ordinaires des gens de la campagne , &
fur-tout dans celles de langueur. Ils s'adreſſent
ſouvent aux Charlatans , qui leur
donnent de forts purgatifs &des remedes
incendiaires qui ne font que les affoiblir
& les brûler , laiſſent croître le mal ,
& ne guériſſent que l'indigence de ceux
qui les vendent. Mais ces Remedes Spécifiques
, qui font l'unique reſſource de
l'ignorance & de la charlatanerie,
font pas toujours homicides.... Le malade
guerit quelquefois ? .... C'eſt qu'il exiſte
dans chaque individu un être ſurveillant ,
une puiſſance conſervatrice , un agent
bienfaiſant , qui combat& triomphe alors
de l'ignorance impardonnable des Chalatans.
ne
MM. les Curés & les Seigneurs de
Paroiffes , s'oppoſent , autant qu'ils le
peuvent , à la ſéduction de ces Miniftres
de mort; mais le defir de la guérifon ,
la prétendue certitude qu'on en a, la
malheureuſe facilité d'avoir les remedes
dans le moment, entraînent les pauvres
malades.... C'eſt le préjugé & l'ignorance
qui perpétuent les erreurs & les
crimes des Charlatans.... Quoiqu'ils ne
fachent que déraiſonner , cependant ils
AVRIL. II. Vol. 1774. 195
perfuadent ces malheureuſes victimes de
ſeur fordide cupidité ; ils les précipitent
dans le tombeau , ou les rendent inutiles
à la Société , à charge à eux - mêmes &
à leur famille.
Eſt il donc un Etabliſſement plus
intéreſſant que le Dépôt des Remedes gratuits
pour les cultivateurs ? C'eſt l'utilité
qui décide , ou du moins qui doit déci
der de notre eftime. Or , un des objets
les plus utiles à la fociété , eſt de con
ſerver les habitans des campagnes....
J'aurai rempli une partie de la tâche d'utilité
dont tout homme eſt tenu envers
ſes ſemblables , ſi je puis ſecourir dans
leurs maladies ceux que le fort a deſtinés
à nous nourrir.
* Médecin du Dépôt des Remedes gratuits
du Soiffonnois , je donnerai gratuitement
à tous ceux qui chaque jour ſe préfenteront
, & les confultations & les remedes
appropriés à leurs maux , en leur indiquant
la façon d'en uſer ; j'aurai le foin
d'écrire l'ufage particulier de chaque re
mede , & le régime à obſerver. MM. les
Curés , les Seigneurs , on les principaux
habitans des villages voudront bien les
- faire exécuter.... Enfin , on leur dira s'il
faut plus compten ſur la nature , pour le
N2
196 MERCURE DE FRANCE.
ſoulagement de leur maux , que ſur les
ſecours de la Médecine.
Quoique les remedes ſoient gratuits ,
ils ne feront pas compoſés avec moins
de ſoin que s'ils étoient achetés . On
promet & on aſſure la plus grande fidélité
dans le choix des drogues & dans
leur compoſition. Eſt-il un intérêt plus
grand que celui de l'humanité ? .... La
plénitudede la loi eſt la charité.... La béatitude
eſt pour les bienfaifans.
* Je ſuis , &c.
I I.
A. DU FOT.
Un Négociant établi à Uddewalla ,
vient de s'attirer l'admirationde ſes compatriotes
, par une action qui mérite d'être
connue, & qui prouve que les exemples
de vertu&de patriotiſme , ſans ceſſedonnés
par le Roi de Suede , excitent parmi
ſes Sujets une noble émulation. Ce citoyen
s'appelle André Knape. Il ſe préſenta,
il y a quelques jours , à l'audience
de Sa Majefté , &lui dit que , Dieu ayant
béni ſes travaux & fon commerce , & ne
lui ayant point donné d'enfans , il defiroit
de faire ſervir ſa fortune à l'utilité
de ſa patrie ; qu'il ſupplioit Sa Majeſté
AVRIL. II. Vol. 1774. 197
de lui permettre d'employer , dès à-préfent
, une fomme de 600000 dalhers de
cuivre ( environ 200000 liv. ) à l'établiſſement
d'une maiſon à Uddewalla ,
pour l'éducation des Enfans-Trouvés &
des Orphelins du canton ; & qu'il eſpéroit
de pouvoir laiſſer, après ſa mort,
une égale ſomme, pour maintenir cet
établiſſement. Le Roi agréa cette propoſition
, & ſe diſpoſoit à lui en marquer
ſa fatisfaction , en le décorant de l'Ordre
de Vaſa; mais ce Négociant , inſtruit
des intentions de Sa Majesté , a fait les
plus fortes inſtances , pour être diſpenſé
d'accepter cette marque d'honneur , ou
toute autre récompenſe. Il a eu l'honneur
d'être préſenté depuis à la Reine & à la
Reine-Mere , qui lui ont parlé avecbeau
coup debonté.
ANECDOTES.
I.
M. de Sivry , Seigneur de Longuion ,
village qui s'étoit reſſenti long - temps
des effets de ſa libéralité , étant décédé
dans ſa maiſon à Verdun , le bruit d'une
nouvelle ſi fâcheuſe ne tarda pas à ſe
N 3
198 MERCURE DE FRANCE.
répandre dans ſa Seigneurie. Un enfant
courut vers ſon camarade , & lui dit ,
tout pénétré de douleur: M. de Sivry
eſt donc mort ? Hélas, oui , repartit
l'autre ; mais il n'eſt pas mort ici: le
bon Dieu de notre village ne l'y auroit
pas laiſſé mourir; car il y faiſoit trop
de bien.
11.
Ala premiere repréſentation de l'opéra
dePerfée , qui ſe fit àVersailles , ily eut
quelques Dames qui déſapprouverent les
ſentimens de Phinée : Elles demandoient
s'il étoit d'un véritable amant de dire
qu'il aime mieux voir ſa maſtreſſe dévorée
par un monftre qu'entre les bras de
ſon rival. Cette queſtion fut tellement
agitée par les beaux eſprits , que les Journaux
ſe trouverent remplis des réponſes
que l'on y fit. Voici l'endroit de l'opéra
de Perſée : Phinée dit :
L'amour meurt dans mon coeur , la rage lui fuccede
J'aime mieux voir un monftre affreux
Dévorer l'ingrate Andromede
Que la voir dans les bras de mon rival heureux.
Un bel eſprit appuya ce ſentiment par
'ces vers .
AVRIL. II. Vol. 1774. 199
Voilà ce que Phinée a dit dans ſa colere
Et ce que tout autre auroit dit.
Qu'on ne s'y trompe pas , un amant qu'on trahit
Eſt en droit de tout dire , eſt en droit de tout faire ,
Et , fans craindre d'en ufer mal ,
Peut voir avec plaiſir périr une infidelle .
Ce n'eſt pas que cela ſe doive à cauſe d'elle ;
Mais ſeulement pour faire enrager fon rival.
111.
Ondit à tout propos aſſis en rang d'oignonsſans
en ſavoir l'origine , quoiqu'elle
he ſoit pas fort ancienne. C'eſt qu'il y
avoit aux Etats de Blois de 1576, un
Grand- Maître des Cérémonies , qu'on
appeloit le Baron d'Oignon. Son nom
& ſon ſurnom étoient Attus de la Fontaine
de Solare.
1
ORDONNANCES , ARRÊTS , &c.
I.
ORDONNANCE du Roi , du 11 Février 1774 ,
concernant la Compagnie de Maréchauffée de
P'ifle de France. Sa Majesté ordonne que la compagnie
de Maréchauſſée de l'Iſle de France continuera
d'être du corps de la Gendarmerie , fous
le commandement des Sieurs Maréchaux de Fran .
ce. Elle détermine les qualités & le temps de fer .
vice néceſſaires pour être admis dans les différen
N 4
200 MERCURE DE FRANCE.
tes places de cette compagnie. La Maréchauffée
fera diviſée en autant d'arrondiſſemens qu'il fera
jugé néceſſaire. Sa Majesté veut que le Prevêt général
ait rang de lieutenant-colonel de cavalerie ;
les Lieutenans & Guidons , de capitaines ; les
Exempts , de lieutenans , & qu'ils soient admis, à
l'Hôtel des Invalides ſuivant ces grades , lorſqu'a .
près vingt ans de ſervice , tant dans les troupes
que dans ladite compagnie , ils ſe trouveront hors
d'état de les continuer , & que les bas officiers y
foient pareillement admis comme bas-Officiers .
II.
Lettres patentes du Roi , en forme d'édit, enré
giſtrées en Parlement le II Mars 1774 , portant
rétabliſſement de l'Hôtel -Dieu de Paris. Il eſt ordonné
que l'Hôtel - Dieu de Paris ſera augmenté
& fupplée par l'hôpital St. Louis , & par la maiſon
dite de la Santé; & qu'il y ſera ajouté en conféquence
les bâtimens néceſſaires , ſoit pour auginenter
le nombre des falles , ſoit pour les autres
parties du ſervice des malades.
ΙΙΙ .
Arrêt du conſeil d'état du 20 Janvier 1774 , qui
ordonne à tous locataires , fermiers ou autres ré.
giſſeurs de terres , bois , maiſons ou autres biens
que conques dépendans des maiſons des ci - devant
Jeſuites , ſituées en pays étrangers , de dénonc
& fournir leurs déclarations des époques & termes
de leurs baux ou autres titres de leur jouiſſance
ainſi que du montant des rentes & redevances
dont ils peuvent être tenus,
IV.
Arrêt du conſeil d'état, du 26 Février 1774 ,
qui autoriſe les Officiers de la Maréchauffée de
AVRIL. II. Vol. 1774. 201
Chinon à faire juger leur compétence au bailliage
de cette ville,
V.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du premier Mars 1774, concernant
l'ouverture des rues néceſſaires pour l'éta.
bliſſement du Marché aux Veaux.
VI.
Ordonnance du bureau des finances de la géné.
ralité de Paris , du 8 Mars 1774 , concernant
l'élargiſſement de deux grands chemins dans la
province du Gatinois , traverſant la ville de Courtenai.
L
AVIS.
I.
E ſieur Thomaſſin , également verſé dans la
théorie & la pratique de la géométrie , donne des
leçons de cette ſcience ſur le terrein. Il offre en
même-temps ſes ſervices aux Seigneurs qui voudroient
faire lever le plan de leurs terres , ou
mettre leurs forêts en coupes réglées. On eſt prié
de lui écrire franc de port, chez le ſieur Bernier ,
ingénieur pour les inſtrumens de mathématiques ,
demeurant à Paris ſur le quai de l'horloge du pa-
Jais , au Niveau d'or.
I I.
Effence virginale.
Le ſieur Cattinée , diſtillateur au clos St. Mar
NS
202 MERCURE DE FRANCE.
tin à Paris , & dans le château de Versailles au
bas de l'eſcalier des Princes , donne avis que,
malgré les contrefacteurs , il continue avec ſuccès
la vente de fon Effence virginale , nommée Savonnettes
de la Cour, qui eſt autorisée par la Commisfion
royale.
III.
Art du Perruquier.
!
Memeurs les Commiſſaires qui avoient été
nommés pour examiner une nouvelle maniere de
travailler le toupet des perruques , propoſé par le
fieur Chaumont , perruquier , en ayant fait leur
rapport & fait voir pluſieurs deſſins de têtes toutes
coëffées de diverſes manieres , faits de ſa main ,
avec toute l'entente & toute la correction poffi.
bles , l'Académie a jugé que la pratique du ſieur
Chaumont , par laquelle il parvient à diminuer
l'épaiſſeur des perruques , à en faire rapprocher
les bords très-près de la peau & à y placer les
cheveux fur le front d'une maniere affez ſemblable
à celle dont ils fortent naturellement de la
tête , ne pouvoit que tendre à la perfection de fon
art, qu'elle marquoit en lui du talent & de l'intelligence
; & qu'en attendant que des expérień.
ces multipliées euſſent juſtifié ſes eſſais & apprécié
fon invention , elle ne pouvoit lui refuſer fon
approbation & les encouragemens qu'elle a coutume
d'accorder à toutes les tentatives raiſonnéés
qui ont pour but la perfection des arts utiles. i
Le ſieur Chaumont demeure rue des Poulies ,
à droite en entrant par la rue St Honoré , à Paris.
.७..
AVRIL. II. Vol. 1774. 203
- NOUVELLES POLITIQUES.
a
De Pétersbourg, le 5 Mars 3774-
LAA Cour a reçu la nouvelle que l'armée du Gé.
néral Bibikow eſt arrivée dans le royaume de Cafan
, & qu'elle a remporté pluſieurs avantages
fur les rebelles . Elle leur a enlevé , entr'autres ,
la Ville de Samara & le poſte de Cliſnow dont
ils s'étoient rendus maîtres. Seize cents hommes
qui formoient la garniſon de ces deux endroits ,
ont été taillés en pieces après une réſiſtance opiniâtre.
La Cour a fait partir un train d'artillerie &
quantité de munitions pour Pultava. Il y a apparence
qu'elle fait ces préparatifs pour pouvoir ou.
vrir la campagne par le ſiege d'Oczakow.
De Cafan , le 7 Février 1774.
Le général Bibikow , que l'Impératrice avoit
fait marcher contre Pugatschew , a remporte
par lui & par ſes lieutenans des avantages qui
mettent les Rebelles dans l'impuiſſance de rien
entreprendre , & qui ne leur laiſſent que le parti
de la fuite. Là Nobleſſe de Caſan ayant donné la
première l'exemple de former un corps pour la
défenſe de la patrie , l'Impératrice a fait dire
qu'elle vouloit devenir elle-même Membre de la
Nobleſſe de Caſan & être regardée comme Bourgeoiſe
de cette ville , ce qui a été entendu avec
acclamation par toute la Nobleſſe.
De Warfovie , le 27 Février 1774.
Les lettres de Cracovie portent que l'eſpérance
1
204 MERCURE DE FRANCE.
qu'on y avoit conçue de voir rentrer le fauxbourg
de Caſimir ſous la domination de la République ,
s'eſt évanouie , depuis que les Autrichiens com
mencent à y élever de nouveaux édifices & à y
raſſembler des magaſins conſidérables. D'un autre
côté , les changemens qu'on avoit cru devoir arriver
dans l'adminiſtration de la Pologne Autrichienne
, après la preſtation de l'hommage , n'ont
point encore eu lieu , & tout eſt retté fur l'ancien
pied , tant à l'égard des revenus publics , des
douanes & des ſervices domaniaux , que par rap.
port aux Tribunaux civils.
On s'occupe beaucoup ici de l'affaire des Diſm .
dens . Les Evêques qui ont aſſiſté aux conférences
tenues à ce ſujet chez le Baron de Rewitzki , ont
remis aux trois Miniſtres des obfervations intéreſſantes
auxquelles ces derniers n'ont point répondu.
La liberté de paſſer d'une Religion àune
autre eſt un des articles qui rencontrent le plus
de difficultés . Les Evêques ont demandé avec chaleur
qu'il fût rejeté. Le Nonce du Pape , qu'on
accuſoit de favoriſer le parti des Diffidens , a dé.
claré , à la follicitation des principaux Membres
du Clergé , qu'il s'oppoſeroit aux privileges qu'on
vouloit leur accorder. D'un autre côté , les Diffi .
dens ſe diſpoſent à répondre aux objections faites
par le Nonce ou par les Evêques , & l'on croit
qu'ils feront fortement appuyés.
La Ville de Dantzick éprouve les funeſtes effets
de la perſévérance avec laquelle elle a refuſé de
livrer à Sa Majesté Pruſſienne les natifs de la Nouvelle
Pruſſe qui ſe ſont retirés dans ſes murs &
dans ſon territoire. Le Magiſtrat avoit oppoſé les
regles établies par la convention de 1770 , parce
que c'eſt poſtérieurement à ce traité que cette province
a paffé ſous ladomination duRoi de PrufAVRIL.
II. Vol. 1774. 205
i
fe. Des détachemens Pruſſiens enlevent dans
les villages qui forment le Territoire , les jeunes
gens capables de porter les armes ; ceux qui peuveût
échapper à cette deſtinée , ſe réfugient dans
la ville. Le tranſport des vivres néceſſaires pour
la conſommation des habitans a été interrompu ,
dans le temps même que le nombre des confommateurs
s'eſt accru par l'arrivée de tous ces fugi.
tifs . Tout ſemble annoncer une catastrophe prévue
depuis long- temps , mais que le Magiſtrat
avoit ſu éloigner juſqu'à ce jour.
De Constantinople , le 3 Mars 1774.
T
Le Grand Seigneur a fait grace de la vie à Sun.
ghieri - Ali - Effendi , favori de l'Empereur Muſtapha
, & au ſecond aſtronome de ce Prince , accu-
Tés l'ún & l'autre de délits qui pouvoient leur
faire perdre la tête. On croit que cet acte de clémence
eſt dû aux follicitations de la Sultane Efma
, ſoeur de Sa Hauteſſe , & l'on aſſure que te
Sultan va bahnit du ſérail tous les aſtronomés
qui étoient en grande vénération ſous le regne de
ſon prédéceſſeur.
De Tunis, le 28 Janvier 1774 .
L'eſcadre du Bey , compoſée de quatre frégates
de vingt à vingt-cinq canons & d'un chebec de
dix-huit, mit à la voile , le 13 de ce mois , fous
les ordres du Reis Moustapha Candiote . On prétend
qu'elle a ordre de ſe joindre aux vaiſſeaux
du Grand Seigneur qui mouillent aux Dardanel.
les , & l'on eſpere ici que ces différens bâtimens
Ruſſes qui croiſent dans l'Archipel , ne mettront
point d'obſtacle à l'exécution de ce projet.
:
206 MERCURE DE FRANCE.
De Cadix , le 28 Février 1774-
On apprend de Larrache que pluſieurs Négocians
étrangers de Fédala font allés s'établir à
Salé , d'où l'Empereur de Maroc leur a permis
d'exporter du bled. Le Conſul d'Eſpagne doit en .
core en extraire trente mille quintaux par le port
de Fédala , pour compléter les cent mille quintaux
qui ont été accordés au Roi , ſon maître.
De Gênes, le 14 Mars 1774.
,
Le Gouvernement ayant eu avis qu'il y avoit
beaucoup de malades ſur les vaiſſeaux de guerre
Ruſſes qui mouillent à Livourne , & craignant
que leur maladie ne ſe communiquât a cru devoir
prendre les précautions néceſſaires à ce ſujet ;
mais un chirurgien qu'il avoit chargé d'aller conf
tater le genre de maladie dont les Ruſſes étoient
attaqués , vient de diſſiper toute eſpece d'inquiétude
, en mandant qu'elle n'eſt point contagieuſe ,
& que le ſcorbut a ſeulement altéré ou ruiné la
ſanté de quelques,perſonnes.
De Rome , le 2 Mars 1774.
On a trouvé , ces jours derniers , dans une excavation
qu'on fait au voisinage de l'Eglise de
St Sébastien , extra muros , une urne de marbre ,
ronde , cannelée , & dont le couvercle , ſurmonté
d'une petite pomme de pin, étoit ſoudé avec du
plomb. Il y a extérieurement deux petits génies ,
tenant chacun un flambeau renverſé , & au milieu
d'eux , en caracteres romains , l'inſcription
ſuivante , placée perpendiculairement , de manie.
re que chaque ligne ne contient qu'un mot ou
deux, & laquelle nous tranfcrirons de ſuite , pour
ne pas perdre trop de place (elle contient dix liAVRIL,
11. Vol. 1774. 207
gnes ſur le vaſe ) : Servilice S. V. M. Pheruſæ
conjugi incomparabili M. Servilius Turannus fesit
quæ vixit mecum A. XXXI. Cette urne é
toit remplie d'une liqueur très- odoriférante , à
peu-près comme l'effence de bergamote ; mais , en
Pouvrant, on en a répandu la plus grande partie.
On dit que ce qui reſte eſt merveilleux pour les
bleffures. Elle renfermoit auſſi des oſſemens brû
lés. C'étoient vraiſemblablement ceux de la per
fonne déſignée par l'inſcription: On préſume que
ce monument est antérieur à Jeſus-Chrift. Dans
une autre excavation qu'on fait auprès de l'aro
triomphal de Septime Sévere, on apperçoit deux
grandes colonnes de marbre; mais on ne fait pas
encore fi elles ſont entieres ſous terre , ou fi ce ne
font que des tronçons .
: 1. De Venise , le 26 Février 1774.
Les dernieres nouvelles reçues du Danube an
noncent que Haſſan Pacha a obtenu de la Porte
- trente mille homines & la permiffion de paſſer à
la rive ſeptentrionale de ce fleuve pour inquiéter
les Ruſſes dans leurs quartiers d'hiver . On ajouté
que le Grand Viſir vient de lui envoyer encore
Quinze mille hommes qui renforceront le corps
d'obſervation destiné à garder la partie méridio
nale. :
Dimanche dernier , quoiqu'il ne fit pas le moin
dre vent , le clocher de l'abbaye de St George , de
F'Ordre de St Benoît, s'écroula juſqu'aux fonde
mens & tomba fur le choeur qui fut entiérement
abattu . Deux religieux ont été tués ; deux autres
font bleſſes dangereuſement. Il en coûtera vingt
mille ducats pour rétablir cet édifice ; mais on ne
☐ pourra jamais réparer la perte des peintures des
plus grands maîtres des derniers fięcles , qui y
■ étoient raſſemblées.
208 MERCURE DE FRANCE..
:
De la Haye , le 22 Mars 1774.
Mahamout Hoya , prenant la qualité d'Envoyé
de Tripoli auprès des Etats-Généraux des Provinces-
Unies , arriva à Rotterdam , le 15 de ce mois.
11 notifia , le 16 , ſon arrivée & ſa miſſion aux
Etats Généraux. Le lendemain , les Etats qui
avoient formé , dès la veille , la réſolution de ne
pas l'admettre , d'après les repréſentations de leur
Conful , réſidant à Tripoli , firent ſignifier leurs
intentions à ce Miniſtre inattendu , par un officier
qui fait les fonctions de Maître-d'Hôtel des
Etats . L'Envoyé Maure répondit que, s'il ne dé
ployoit pas fon caractere public à la Haye , il
perdroit la tête à Tripoli. On ne prévoit pas quel
fera l'effet de cette réponſe ſur l'eſprit de, Leurs
Hautes Puiſſances ; en attendant leur déciſion ultérieure
, cet Envoyé eſt parti de Rotterdam pour
ſe rendre ici .
! De Londres, le 21 Mars 1774.
T
1
Le Miniftere & le Parlement paroiſſent décidés
à prendre les réſolutions les plus vigoureuſes
contre la réſiſtance des Colonies. On ne peut ſe
diffimuler l'embarras qui doit réſulter de cette
rigueur , tant pour les Négocians Anglois , dont
la propriété en Amérique peut monter à plus de
quatre millions ſterling , que pour les Manufac.
tures Britanniques , où plus de cent, mille perſon .
nes doivent leur ſubſiſtance journaliere au com.
merce ouvert avec les Colonies. L'Amérique ,
dont on dit que les Eſpagnols ont tiré plus de cin
quante milliards de France , pays immenſe dont
on ne connoît pas la vingtieme partie , n'y ayant
que les Côtes & les Iſles occupées par les Colons
étrangers , peut encore , à ce qu'on croit , contenir
quatre - vingt- dix millions d'indigenes. Ils
em.
AVRÍL. II. Vol. 1774. 209
empruntent de la diverſité des climats, des caracteres
plus ou moins difficiles à gouverner. Nos
Navigateurs , qui ont bien étudié le demi -continent
feptentrional , prétendent qu'un goût inné
pour la liberté eſt inſéparable du fol , du ciel , des
forêts & des lacs qui empêchent cette terre vaſte
& encore neuve d'y reſſembler aux autres parties
de l'Univers. Ils font perfuadés que tout Européen
transplanté dans ces climats , en contractera
le caractere particulier.
Il y a eu à Frittenden , bourg dans le Comtéde
Kent , un bal qui a été ouvert par un vieillard de
quatre- vingt- cinq ans & par fa femme âgée de
foixante dix-ſept. Il a été foutenu par cinquante
de leurs enfans , petits-enfans & arriere-petits en.
fans qui ont paſſe toute la ſoirée à danſer au fon
du violon dont jouoit leur vieux pere. Ce dernier
exerce ce métier depuis ſoixante dix ans .
De Versailles , le 17 Mars 1774-
•Le 22 du mois dernier , Mgr. le Comte d'Artois
ent un accés de fievre afſez violent qui conti.
nua , le lendemain, avec des redoublemens. Deux
faignées faites à propos ont arrêté les progrès de
la fievre, & la ſanté de ce Prince eſt parfaitement
rétablie.
De Paris, le 25 Mars 1774.
L'Académie Françoiſe a élu , avec l'agrément
du Roi , l'Abbé Delille , pour remplir la place
vacante par la mort du ſieur de la Condamine.
L'Académie Royale des Sciences ayant préſen
té au Roi, dans la forme ordinaire , fon élection
pour les deux places d'Adjoints , vacantes dans la
Claſſe d'Anatomie par la promotion des fieurs Petit&
Portal à celles d'Aſſociés , Sa Majesté a agréé
0
210 MERCURE DE FRANCE.
pour remplir ces deux places , le ſieur Sabatier,
Chirurgien - Major de l'Hôtel Royal des Invalides
, & le ſieur Vicq d'Azyr , Médecin de la Fa.
culté de Paris , & Médecin de Monſeigneur le
Comte d'Artois .
Le 22 du même mois , le Duc de la Vrilliere ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ſe rendit au college
Royal pour y poſer la première pierre des nouveaux
Bâtimens qu'on y conſtruit. Il fut reçu , à
la deſcente de fon carroſſe , par les Lecteurs & Profefſeurs
Royaux , ayant à leur tête le Doyen &
l'Inſpecteur de ce college.
Le 26 du même mois , des Maçons , travaillant
à la démolition d'une maiſon Canoniale du
Chapitre de Rennes en Bretagne , trouverent
ſous l'eſcalier , à fix ou ſept pieds de profondeur ,
auprès de quelques oſſemens , I. une patere décorée
d'un entourage de ſeize médailles Impériales.
Cette patere unique dans ſon eſpece , par fa
grandeur , ſon travail & fa matiere , a neuf pouces
cing lignes de diametre ,& elle eſt ornée dans
le fond d'un bas relief repréſentant des Bacchanales;
2. quatre- vingt - quatorze médailles , égale
ment d'or , de différens Empereurs , depuis Né .
ron juſqu'à Aurélien; 3. quatre médailles de même
métal , enchaſſées dans des cercles travaillés
en filigrane , avec une belliere à chacune ; 4.
trois chaînes d'or. Ces précieux monumens qui
font de la plus parfaite conſervation , peſent huit
mare cinq onces quatre gros. Le Chapitre de
Rennes les a envoyés au Duc de Penthievre ,
Gouverneur de la Province , en le priant de les
préſenter au Roi. Le Duc de Penthievre a eu
I'honneur de les préſenter à Sa Majeſté.
Le II du mois dernier , on découvrit à Targe ,
près de Chatellerault en Poiton , à fix pieds de
profondeur en terre , un tombeau, d'une forme
AVRIL. II. Vol. 1774. 211
antique , revêtu de groſſes pierres de tailles &
chargé d'une inſcription qu'on n'a pu lire. Il renfermoit
une ſquelete , une lampe ſépulcrale de
terre & quelques lames de fer rouillé.
NOMINATIONS.
LeRoi a accordé au Duc de Mortemart , capi
taine commandant dans le régiment de Navarre ,
le régiment d'infanterie de Lorraine , vacant par
la démiſſion du Comte de Boiſgelin; au Comte
de Chaſtellux , colonel d'infanterie , le régiment
d'infanterie de Beaujolois , vacant par la mort du
Prince de Berghes ; au Comte de Meſines , capitaine
dans le régiment de cavalerie de Berry , le
régiment provincial d'Alby , vacant par la démiſ.
fion du Chevalier de Meſmes , & au Prince de
Poix , capitaine dans le régiment de cavalerie de
Noailles , la charge de meſtre-de-camp-commandant
de ce régiment , vacante par la démiſſion du
marquis de Noailles.
L'Empereur ayant élevé à la dignité de Prince
du Saint Empire le Comte de St Mauris - Montbarey
, maréchal des camps & armées du Roi ,
inſpecteur général d'infanterie , & capitaine des
Gardes Suiſſes de Monſeigneur le Comte de Provence
, Sa Majesté lui a permis de prendre cette
qualité.
PRÉSENTATION S.,
La Marquiſe d'Eſpinay-Saint- Luc a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi & à la Famille Royale par
la Comteſſe de Lillebonne.
Le ſieur Radix de Sainte-Foy ayant été nommé
Miniſtre plénipotentiaire de France auprès du Duc
des Deux - Ponts , a eu l'honneur d'être préſenté
zu Roi par le Duc d'Aiguillon , miniſtre & fecré,
:
02
212 MERCURE DE FRANCE.
taire d'état , ayant le département des Affaires
étrangeres & de la guerre.
Le 5Avril, leCommandeur de Weltheim , che
valier de l'Ordre Teutonique , Miniftre plénipo
tentiaire du Landgrave de Heſſe-Caffel , eut une
audience particuliere du Roi , à qui il remit ſes
-lettres de créance. Il fut conduit à cette audience
& à celle de la Famille Royale par le ſieur la Live
de la Briche , introducteur des Ambaſſadeurs.
MARIAGES,
1
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné le contrat
de mariage du Marquis de la Fayette avec
Demoiselle de Noailles .
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contratde
mariage du Marquis de Sainte-Marie avec
Demoiselle de Peſtalozy , & celui du Sr de Souzy
avec Demoiselle de Mackau .
1
MORTS.
Jean-Jacques Comte d'Eſparbés de Luſſan , eſt
mort àAuch , dans la quatre-vingt-dixieme année
de ſon âge.
Jeanne de Quincarnou , Dame de la Chapelle
&Baronne des Ventes , eſt morte en ſon château
de la Chapelle , dioceſe & élection d'Evreux , à
l'âge de cent- fix ans ; elle n'avoit jamais été malade,
& elle a confervé juſqu'au dernier moment
ſa mémoire & l'uſage de ſes ſens.
Charles - Philippe de Pierre , Marquis de Bernis
, Baron des Etats du Languedoc , frere du Cardinal
de cenom, eſt mort, le 17 Mars , dans ſes
terres , âgé de foixante ans.
:
AVRIL. II. Vol. 1774. 213
François - Léon Comte de Dreux-Nancré , eft
mort dans la ſoixante - neuvieme année de fon
age.
Génevieve - Jeanne - Emilie Fourché de Quehilhac,
épouſe de Louis-Zacharie , Marquis de Vaf
ſan , meſtre de camp de cavalerie , capitaine en
ſurvivance des Levrettes de la Chambre du Roi ,
eſt morte à Paris , dans la trente-unieme année de
ſon age.
Le jeune Infant Don Charles - Clément , fils
unique du Prince des Afturies , eſt mort àMadrid
le 7 Mars au matin , à fix heures un quart. Il étoit
né à l'Eſcurial le 19 Septembre 1771 .
Pierre Charles de Molette , Marquis de Mo.
rangiés , lieutenant général des armées du Roi,
baron des Etats de la province du Languedoc , eſt
mort à Paris , dans la ſoixante-huitieme année de
fon âge.
Caroline , Princeſſe Douairiere du Duc Palatin
Chrétien III de Deux - Ponts , née Comteſſe de
Naſſau Saarbruck , l'une des filles du Comte Louis
Crato de Saarbruck , eſt morte à Darmſtadt , le 25
Mars , dans la ſoixante dixieme année de ſon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - neuvieme tirage de la Loterie
de l'hôtel-de-ville s'est fait , le 26 Mars ,
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eſt échu au No. 26224. Celui de vingt
mille livres au No. 21944 , & les deux de dix
mille , aux numéros 24976 & 29914.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eſt fait le 6Avril. Les numéros fortis de la roue
03
214 MERCURE DE FRANCE.
de fortune , font 40, 24 , 78 , 6, 53. Le pro
chain tirage fe fera le 5 Mai.
P
TABLE
IECES FUGITIVES en vers & en profe , page 5
Le Génie , ibid.
Le Muet , conte dramatique . IS
Epitre à M.le Chevalier Bonnard , 36
-Sur la Fontaine de Vaucluſe , à Madame
)
de ** , &c. 40
La bonne Mere , 46
Madame la Marquiſe de Grieu , 47
Vers ſur la mort de Madame la Marquiſe de
Grieu ,
Echantillon des Poëſies compoſées par Mde
de Grieu , 5
Eſſai d'un jeune homme de province , ſur la
bonté généreuſe que Madame la Dauphine
a fait paroître au village d'Acheres , 524
Epitre à M. le Chevalier Deſezgaulx , 54
Le Louis d'or & le Liard , 56
Avis , 57
Hiſtoire de la Vie de M *** , poëme en
quatre chants , par lui-même , 62
Epitaphe de M. de la Condamine , 63
Explication des Enigmes & Logogryphes , 64
1 ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 69
Les Princes d'Arménie , ibid.
Obſervations ſur le Cartéſianiſme moderne ,
72
AVRIL. II. Vol. 1774. 225
Oeuvres de Charles Dumoulin , 75
La Nouvelle Clémentine , 80
Annales de Tacite , en latin & en françois , 87
Elémens de l'Hiſtoire Romaine , 94
Raton aux Enfers , 98
Mémoire fur la meilleure maniere de conftruire
un hôpital de Malades , 108
L'Irréligion dévoilée & demontrée contraire
à la faine Philofophie , 116
Recherches critiques , hiſtoriques , &c. 119
Tableau de l'Analyſe chimique , 123
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deſſin , 128
Méthode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , 133
Principes de l'art du Tapiſſier , 135
Nouvelle édition de la défenſe de la Déclaration
du Clergé de France , &c. 136
Eſſai ſur la taille des arbres fruitiers , 138
L'Evangile médité , 139
143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majeſté
Britannique George III , & c.
Tractatus de incarnatione Verbi divini , &c. 144
Vie Chrétienne ,
L'Homme confondu par lui-même ,
Hiſtoire de la Ville de Bordeaux,
ACADÉMIES , de Limoges ,
- Copenhague ,
Tableau de l'Ecole militaire de Colmar ,
SPECTACLES , Concert ſpirituel ,
ARTS ,
Muſique ,
Obſervations phyſiques ſur les Anemones de
mer ,
Cours de Langue Angloiſe ,
- De Chirurgie ,
Lettre à M. L. ,
145
147
148
150
154
157
164
167
169
170
174
175
176
216 MERCURE DE FRANCE
Points de vue d'humanité pour les ames ſenſibles
, 178
Mort d'un homme bienfaiſant, 189
Bienfaiſance, 191
Anecdotes , 197
Ordonnances , Arrêts , &c. 199
AVIS ,
201
Nouvelles politiques . 203
Nominations , 211
Préſentations, ibid.
Mariages ,
212
Morts , ibid.
Loteries . 213
FIN.
UNIVERSITY OF
MICHIGAN
3 9015 06370 9508
Qualité de la reconnaissance optique de caractères