Titre
LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
Titre d'après la table
Lettre d'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure,
Fait partie d'une livraison
Page de début
57
Page de début dans la numérisation
790
Page de fin
63
Page de fin dans la numérisation
796
Incipit
MONSIEUR, en lisant votre Mercure, j'ai trouvé une lettre de l'illustre
Texte
LETTRE
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
Signature
De Bordeaux, le 14 Janvier 1756.
Lieu
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Un bourgeois de Bordeaux écrit au rédacteur du Mercure pour réagir à la défense de Jean-Jacques Rousseau contre les critiques de ses œuvres. Le bourgeois exprime sa surprise face à l'arrogance de Rousseau, qui nie que ses écrits aient pour but d'amuser ou d'instruire, bien qu'ils remplissent ces fonctions. Il s'étonne également de la colère de Rousseau et affirme que Bordeaux, comme le reste du monde, admire son éloquence. Le bourgeois critique l'idée que Rousseau écrive uniquement pour les Genevois, soulignant que les philosophes doivent aimer l'humanité entière. Il met en doute la sincérité de Rousseau lorsqu'il prétend mépriser l'estime des hommes, y voyant une volonté de supériorité. Il trouve ridicule l'attitude altière et cruelle de Rousseau, tout en reconnaissant ses qualités, telles que son caractère aimable, ses mœurs estimables et ses écrits admirables. Cependant, il critique certaines réponses dures et colériques de Rousseau. L'auteur de la lettre précise qu'il n'avait pas pour but de pousser Rousseau à abandonner les discussions politiques pour écrire des opéras, mais de l'encourager à éviter les principes dangereux. Il espère que Rousseau acceptera la publication de cette lettre dans le Mercure de France, affirmant n'avoir rien écrit de choquant et exprimant son estime, admiration et respect pour Rousseau. La lettre est datée du 14 janvier 1756.
Constitue la réponse à un autre texte
Est adressé ou dédié à une personne
Provient d'un lieu
Remarque
Édité dans Jean-Jacques Rousseau, Correspondance complète, Ralph A. Leigh (éd.), Genève, Institut et Musée Voltaire ; Oxford, Voltaire Foundation, 1972-1998, no 370.
Fait partie d'un dossier