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Titre d'après la table

Aventure singuliere.

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75
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81
Page de fin
85
Page de fin dans la numérisation
91
Incipit

La police exacte qui s'observe à Paris est sans contredit

Texte
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte relate l'enlèvement du Chevalier de P. à Paris, malgré la surveillance de la police. L'incident se produit alors que le Chevalier quitte la résidence du Prince de Transylvanie. Quatre individus déguisés l'enlèvent et le conduisent dans une cave. On lui annonce qu'il sera exécuté en raison de ses imprudences. Le Chevalier, affirmant ne pas avoir d'ennemis, demande à manger. Pendant la nuit, un homme armé d'une épée pénètre dans la cave. Après avoir réprimandé ses complices, il décide de libérer le Chevalier. Ce dernier est ensuite ramené à Paris, où on lui restitue ses effets personnels. Dès le lendemain, il raconte son aventure.
Soumis par kipfmullerl le