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Titre d'après la table

Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile.

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271
Incipit

Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes

Texte
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration

GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &


pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,

wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Soumis par conusm le