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Titre d'après la table

Lettre d'un nouveau Converty.

Page de début
216
Page de début dans la numérisation
227
Page de fin
222
Page de fin dans la numérisation
233
Incipit

Je vous envoye un Fragment de Lettre qui m'a paru assez / J'ay passé icy avec trente ou quarante personnes,

Texte
Je vous envoye un Fragment
de Lettre qui m'a paru
affez curieux . La Lettre eft
d'un Voyageur nouveau Converty
, qui rend compte de
ce qu'il a veu à un autre nouveau
Converty. Je ne vous
dis point le nom de la Ville
d'où
GALANT 217
d'où elle a cfté écrite . Si vous
ne pouvez le deviner , il eft
du moins impoffible que la
connoiffance du pays vous
en échape .
*
Fay paße icy avec trente ou
quarante perfonnes , & nous
avons trouvé les charitez tres
minces,quoy que la Ville foit une
desplus riches du Pays.Les Magiftrats
ont défendu à chaque
particulier de donner plus de
vingt-cinq livres , & un Mniftre
cut la prévoyance de dire
en Chaire , qu'il ne fallait zien
donnerdu tout.D'ailleurs l'argent
ne vaut icy que comme en An-
Decembre 1687. T
218 MERCURE
:
gleterre , trois pour cent tout au
plus , & il ne vaut qu'un &
demy fi on le veut placer feurement
. Outre cela les espèces
diminuent de la fixiéme partie.
Les Louis d'or ne valent que
neuflivres dix fols . Il faut encorepayer
tres -fouvent les deuxcentiémes
deniers de tous les
biens qu'on poffede , ce qu'on a
veu arriver jufques à trois fois
en une année , pendant la derniere
Guerre. Il n'y a rien icy
qui ne paye quelque droit . Une
paire de fouliers paye un fol ,
nne paire de bottes , deux ; un
muid de vin , vingr-fix livres ,
GALANT. 219
Si on veut avoir des Valets &
des chevaux , on paye fix livres
par an pour chacun. Si la terre
eft bonnerelle paye jufqu'à dix
livres l'arpent. Unfac de bled
pefant cent foixante livres ,
paye quatre livres d'entrée , &
le reste des denrées à proporcion.
La biere ne vaut rien , parce
que les caux font mauvaiſes ;
ainfi quiconque n'en peut boire ,
ne veut pas faire la dépenfe
d'acheter du vin , eft obligée , à
l'exemple de quantité de perfon.
nes de ma connoiffance , de boire
du lait. Aprés cela fi quelqu'un
vous vante ce pays- cy , répon-
Tij
220 MERCURE
ي ت
dez-buy fans befiter qu'il ne die
pas vray. Il n'y apoint de bois ,
les herbes fentent mauvais ; il
eft vray qu'on s'y accoûtume
mais je doute file cerveau &
les poulmons s'en trouvent
bien. S'il y avoit du moins
de la focieté , ceferoit une confolation
, mais il n'y en a aucune
à esperer avec les Habitans
de tout le pays . On n'y voit aucune
pieté, pas mefme à la Huguenote
; car on y travaille les
Dimanches , & l'on va lire les
Gazetes dans les Eglifes.Jy vis
mefme dernierement un Devideur
de foye avecfon rouet, On
GALANT. 221
n'y trouve pas quatre Miniftres
du mefme fentiment. Il y a une
Secte de gens qui ne vont jamais
au Prefche. As difent qu'un
Predicateur ne peut que gafter
l'Ecriture en l'expliquant , &
qu'il vaut mieux demeurer chez
foy à la lire. Peut- eftre croyezvous
que j'exagere mais au contraire
,je referve beaucoup de chofestouchant
l'eftat de laReligion ,
que je vous diray à mon retour.
Je vous laiffe faire vos reflexions
là - deffus. Elles ne
peuvent eftre qu'avantageufes
à la France, & à la veritable
Religion , qui eft la feule
Tiij
222 MERCURE
qu'on y profeffe aujourdhuy
.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Un voyageur nouvellement converti décrit une ville riche mais où les charités sont rares. Les magistrats ont limité les dons à vingt-cinq livres par personne. La monnaie locale a peu de valeur, valant trois pour cent de celle en Angleterre. Les espèces monétaires perdent six pour cent de leur valeur, et les Louis d'or valent neuf livres dix sols. Des taxes fréquentes sont imposées sur divers biens et services, tels que les chaussures, les bottes, le vin, les valets, les chevaux et les terres. La bière étant de mauvaise qualité, certains préfèrent boire du lait. Le pays manque de bois, et les herbes dégagent une mauvaise odeur, bien que les habitants s'y habituent. La société locale manque de piété, même parmi les huguenots, qui travaillent les dimanches et lisent des gazettes dans les églises. Une secte refuse d'assister aux prêches, préférant lire l'Écriture chez soi. Le voyageur réserve pour plus tard des réflexions sur la religion, estimant qu'elles pourraient être bénéfiques pour la France et la véritable religion.
Soumis par conusm le