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Conversions.

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150
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163
Incipit

Vous sçavez, Madame, que Mr le Comte de Roye est heureux

Texte
Vous fçavez , Madame,
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
En juin 1686, plusieurs événements notables ont marqué la noblesse française, notamment des conversions religieuses et des distinctions honorifiques. Le Comte de Roye, père de nombreux enfants, a vu ses fils, les Comtes de Rouffy et de Blanfac, honorés lors du Carrousel, une célébration prestigieuse. Ses trois filles, résidant au couvent de Notre-Dame de Soissons, ont abandonné le calvinisme sous l'influence de l'abbé Huet, nouvel évêque de Soissons. Quatre jours plus tard, deux de leurs frères, élèves au Collège de Louis le Grand, ont également renoncé au calvinisme. La révocation de l'Édit de Nantes a incité Madame de Saint-Glie, âgée de quatre-vingt-neuf ans, à se convertir après une longue résistance. Marie-Agnès de Noël, une demoiselle de Cologne, a converti un gentilhomme allemand, Jean-Juste de Bourchers, lors d'un séjour à Paris. De plus, un gentilhomme a abjuré ses croyances calvinistes après une conférence avec Monsieur de Blampignon, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Médéric, et a reçu les sacrements catholiques avec ferveur. Ces conversions mettent en lumière l'impact de l'instruction religieuse et de la grâce divine.
Soumis par conusm le