Titre
REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Titre d'après la table
Réponse des nouveaux Convertis, à un Ecrit d'une Ministre.
Fait partie d'une livraison
Page de début
264
Page de début dans la numérisation
293
Page de fin
283
Page de fin dans la numérisation
312
Incipit
Il a paru un Ecrit plein de calomnies, contre la conduite / Il ne faut que voir le titre de cette Lettre, pour juger
Texte
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Un écrit contenant des calomnies contre les méthodes françaises de reconversion des protestants au catholicisme a été publié. En réponse, une 'Lettre Pastorale aux Protestants de France, tombés par la force des tourments' dénonce ces accusations. La lettre pastorale critique l'usage de la force et des tourments pour la conversion, bien que le roi ait agi en dernier recours après des tentatives de persuasion infructueuses. Elle affirme que les conversions ont été réalisées sans violence excessive et que les dragons n'ont causé de souffrances que dans les biens, non dans les personnes. L'auteur de la lettre pastorale est accusé de déformer la réalité et d'alarmer les consciences des convertis. La lettre pastorale critique les protestants se ralliant à l'Église romaine, les qualifiant de 'tombez' et les accusant d'apostasie et de blasphème. Elle les exhorte à se repentir publiquement. Cependant, la réponse réfute ces accusations en soulignant que l'Église romaine partage les mêmes croyances fondamentales que les protestants, notamment l'adoration de Jésus-Christ, la Trinité, la divinité de Jésus, sa naissance virginale, son sacrifice rédempteur, et son retour pour juger le monde. Elle mentionne également la pratique des sacrements comme le baptême et l'eucharistie, ainsi que la promotion de la piété et de la charité. La réponse espère que les 'tombez' défendront leur foi sincèrement et vivront selon les enseignements chrétiens. Elle appelle les pasteurs ayant rejoint l'Église romaine à pardonner à l'auteur de la lettre et à prier pour qu'il reconnaisse la véritable nature de l'Église romaine, vue comme l'épouse de Jésus-Christ.
Fait partie d'un dossier