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Uu


MERCURE
DE FRANCE,
DE1 DIEr AV ROIA
PARIS,
Chez
La Veuve PIS SOT, Quai de Conty.
à la defcenre duPont-Neuf.
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JEANDE NULLY.auPalais.
DUCHESSE, rue Saint Jacques,
,
auTernpieduGotlt,ik
M. DCC, LUI.
Avsc Approbation & Privilège du R{)Î.'
AV1S.
L'ADRESSE du Mercure efi à M. MERIEN
Commit mu Mercure, rue des Fejjez S. Girmain
>ÏAuxtrroi>, au coin de celle de iJ..dr;,.'c:-,U
mettrahM.l'AbbéHaynal. , fsurre-
Ko:<sprions trh-infiarnmeut ceux qui mus aJrtffepreontudre's'-
Paequuetssfar loi fOjÎt. d'en ajfr.n;cb:r le pjrt , le detLv 7r d" les rtkutîx, & à eux
Ci lu (htt-A .:1 p.IToztrr leurs O:(7)r','!:.¡:.
L., 1_I..i:'::: de: Puvncesoh des Pays Etrangers,
r*.,:<ij'ri'ueb*.:.*r-n;,-.v ,if le Mercure de l rv,cc ie lu pre- m.,&f.«.«prjm^'ement, n'auront qu'à
*:r:<e .- \r .'>
'.- L" -
..f* is i.-idiyeée.
0" erzr-i l'{I}:, AUX perftnnesdeFro-
*•:'aen..-Miteui,l-ifrais de lup'jle ne font pas
ce ,,¡ l; rr.l-li:. !..<J¡'ah'I*ittCfHXouivoudront.tïV. le porte
chez, (hx à 1 xr:s chaque mets, n'ont qu'hfih-e r>.?. -.»kr
leurs htentionsJeur nom & leur demeureahd.-tjimr
Meriin.CommisauMercure, on leur p:r;e:a le Mercure
tres-exaclttr.ent
,
moyennantzil.ir>sparan,qu'il
payèrent,Jcxvoir,10liv,-10fenrecevantl:fécond
volume de Juin,&iol.1of.tnreceuA/.tiejcccad
volume de Décembre. On les fupplrt injlamment d,
dinner leurs ordres four que ces payement soientsahs
dans leitr: tern;
On prie ut:Illes perCannes de Province,aqui on
envsys le A'tretire p:!y 1.1 i rfi. d'être exjcle< àc?Àre
fayerau BMtiJU du M rciire ala V; Je chaîneJ":;:ftre,
sans al" nn ;eYÓlit hors d'état de soutenir lej
fiiMiteei lonfiJérables qu'exigel'iwpreffta* de cet .Ht.. On adrejje la même priereaux Libraires de Province.
On.trouver* le fiettr Merien chez, lui les mercredi
y
vendredi
,
& samedidechaquefcmaine..
PKIX XXX. SoLs.
MERCURE
DE FRANCE.
1 1 DEDIE LiV ROI.
1
MARS. 1753.
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profr.
LES DOUCEURS
DE LA VIE CHAMPETRE,
Poï'r.e lit hjj.cde S.L*H:S
,
d*tmPyfcadé.
mie de; Arts & Biles Lft!l-fC d• fillefranche.
Par M. le ,f.H! de Lt J{ri/ff , Secrétaire du Roi3 un des Académiciens.
P 0 r, M E. J
E chante les plaisirs
,
les douceurs, Jet; atrrairsj
Qui fiient mes loisirs au mili:u des Guerets i
Philosophe tranquille : ami de hNarste
J'y contemple avec foin sa naïve parure.
Un infeste
, une fleur
, un arbrisseau naiflanr,
M'y retracent sans cesse un Etre tout puissant
Dont la main bienfaisante & prodigue en mer
veilles
, Mérite nos transports, notre amour & nos veil-*
les.
Mufe, si quelquefois dans des riens trop heQ.
reux,
Tu daignas feconder mesefforts & mes vcetix,
Souffre qu'en ce moment mon encens te rappelle:
Excite dans ma veine une flamme nouvelle,
Pour peindre d'gnement des objets enchanteurs;
Sur mes foibles accordsviens rtpandre des fleurs.
Le Printems recommence, & déja Philoinele
Annonce par Tes ehanrs la (liCou la plus belle;
Heuteux
,
qui déformais sans foins & sans tourmens
,
Teut jouir en repos du (peéhcle des clumps.
Par tout l'on voit briller, par tour l'on voit
éclore
Les superbes piéfens de Pomone& deFlore;
La verdure renaît sur nos riches côreaux,
Du fond de ces bofquecs mille tendres oiseaux
Célebrent à l'envi par le plus doux ramage ,
Les inîhns fortunés d'un fideie esclavage;
Le long de ces vallons entourés d'arbritreaux,
Leb&rgeisatisfait de sesnombreux agneaux
Rit de les voir d'un pas encor foible & timide,
Se-confier à peine à la main qui les guide;
Sans foins & sans Concis, ce fortuné mortel
Ne va point de Plutus faire fumer l'Autel;
Content de son troupeau,de retour au Village,
Il retrouve avec joie un tranquille ménage
,
Dans on repasfrugaloffert par la moitié,
Il reconnoît les foins de sa tendre amitié;
Bientôt an doux sommeil de ses membres s'eajpare,
Les dispose aux travaux que le jour leur prépare ;
Des songes effrayans n'interrompent jamais
De ses momens heureux lespailiblesbienfJIts ;
Riche du peu qu'ila, sans desirs & sans crainte,
ALaveroe jamais il n'adressa sa plainte ;
De foins ambitieux sans être inquiété
,
Même au fein du travail il trouve la gayté.
Que le riche orgueilleux des dons de la Foïtune,
Montre dans ses desirs une fois importune;
Que pour le satisfaire on parcoure les mers,
Et que d'un Pôle à l'autre on force l'Univers;
Que produisent enfin ces fatigues immenies ?
Un luxe immodéré
,
mille folles dépenses ;
Les mets les plus exquis ,les vins les plus fameux
Dont l'apprêt fédaifant
,
mais toujours dangereux
Au milieu des excès, des ptaHirs de la table,
Précipite au tombeau ce riche insatiable.
Laissons donc ce mortel ennemi de Tes jours j
Se servir de son or pour en hâter le cours;
Mille objets plus Batteurs s'offriront dans q~.
plaines,
L'ombre de ces taillis
,
de Zephir les baleines,
Tout concourt à la. fois à rendre ces beaux lieux
Le séjour des humains le plus délicieux.
Que j'y trouve d'attraitsJ que mon ame contenir
S'arrête avsç plaisir à l'objet qui l'enchante1
A travers la prairie, un fertile ruiIeatz
Sur un fabledoré m'y piéfenrc son eau ,
Dont le piiiible cours au loin sur Ion tïvjge
Offrede tous côtés un riche pâturage;
C'est li que pour rêrer
,
fixé par la fraîcheur,
D'un iiLnce profond je goûte la douceur.
Qyc ces j rdins (ont be.tu:r!l'Art joint à la Natureo".
S'y pJî[ à rassembler une élégance pure;
L'oranger qui d'abord s'y présente à mes yeux
Unit à son feuillage un parfum précieux 3
J'admire ce parterre OÙ les fleurs les plus belles
Produisènt chaque jour desnuances nouvelles j
Lelysavec-larose y disputerl'éclat,
La julienne & l'oeillet y charment l'odout'.
Dans ces compartiment une heureuse findfe,
A d'une habilemainfavorisé 1adreiïe.
Ici le chevrefeuil embrassant un berceau
,
Aux rayons du Soleil nous oppose un rideau;
Là, le jafmia docile aux foins de sa culture,
Orne ces cabinets de fleurs & de verdure ;
ces tapis de gazon ,
la charmille & l'ormeau t
Paéfentent tour à tour un fpeliade nouveau;
Quej'aime la fraîcheur & l'air qu'on y respire F
Les mlibresIbmptaeuj & le rare porphyre,
N'ajoutent point ici des attraits fuperfîus ;
Da maître de ces lieux ilsne font point connus y
Ses desirs satisfaits de son simple héritage li , fuitde la grandeur le faperb: étalage;
sous un lait qu'i.coaUcre àsatranquillité
Ileft contentd'y voir regner la propreté ;
Empressé de joair il en fait son étude,
Sans former des objets i ion inquiétude ;
La feule coebuion qui 3itte Ces desirs
,
C'est d'y voir (es amis partager ses loifiis.
De ia félicité,c'est (ans doate rirnage
,
Et le ifde nos jours le plus parfait usage
f"
Si l'on reut loin du bruit & du faste mondais ,
Chercher à se connoîrre & préparer la fin.
Mais que voir-je? des bras armés de sauze
tranchantes,
Abbattent fous leurs coups les herbes jauiiffantes»
Le Cie' répand ses dons,& bientôt nos greniers-
Vont fè remplir au gré des vigilans Fermiers.
D'un pas tardif& sur à son maître docile,
Le toeuf traîne à la grange une pâtare utile,
Loifque la terre en proyeaux fougueuxAqlcns
A-coavre de frimats, de neige & de glacen33,
Ccrès vient à fan tour remplir notre esperance,,
Par les heureux succês d'une riche semence
Quela terre reçue, fit croître dans sonfein,
Pour la rendre au centuple à sa prerniere main.
Au plus ardent Soleille Moissonneur avide
Se Ifvrc avec plaisir par l'espoir qui le guide
Des fertiles épis les monceaux entasses,
Se levent àl'inihnt qu'on les a ramafsésî
.Tout prend part au travail„ tout semble infatigable,
CJeft la manne du Ciel, le rréfor véritable,
Qu'un Dieu plein de bonté reproduit tous tes ans)
Pour exciter en nous des coeurs reconnoifsans.
La Déesse des bledsdisparoît, & Pomone
Dans Tes nouveaux bienfaits) &les fruits qu'elle
- -
donne, -
Egale l'abondance à la diversité :
Qn s'apprête à jouir de la fécondité;
Rien ne peut déformais troubler l'heureux pré*
fage»
Echappé des assauts
, des fureurs de l'orage ;
Le Vigneron joyeux du fruit de ses travaux D'une , riche bofsoo va remplit ses tonneaux ;
D'un bois foible & rempant j'admire la richesse,
De lui fort la liqueur la plus enchanteresse ,
Et de lui je reçois cette utile leçon
,
Que Dieu ne rend point compte, & qu'envain lié
çaifoA
Càercbe pourquoi cet arbreéicre dans la une
De férilcsraneaazanetêteloufrucy
- Tamfisqoecelui-ciméix:fableànosyeux,
Présente i notre goût un fruit délicieux :
Tel est"ordre fuptême, à l'arbre pen fertile
Il donne la haatear à des bcfoins utiles -
Le parfais délicat de ce bois torraeax ,
Aa défaut de grandesr
, dl son partage heureu.
De dacfa de de chants la vendange est suivie
Jo
Le vin propre à calmer les chagiinsde la,vie
x
Répare en un momenr par an fecoursaiié
1
La foibldle du corps de fatigue épaifé-
Il C:t n2îre la joie, il ajoate au courage i
KIJe autres qualités en font chérir iuragc ;
Alors que ses excès fagemtnt éviics
, Ne ucwbbrt point cos feos follement excités.
Mais cc ¿'d là
,
graodDieo, qu'an {cu! de TC-i
miracics,
Tocs nos champs font consens de TES ditics
oracles,
Le moindre de nos fraies, parieen votre fawsr,
Ce gertte imperceptible ecrercié dans (on coear
Airbrre bientôt lai-même,eâ propre à nous ap_1_1 prendreire i a?-
Qoe 1rt jeux de vos mains ce se pesveoc cosà*
prendre.
Ce lpÜlr>cc ver, papirer. r¡gjlf:.M
U5 sa Lutuwâulrtbosc objet "Cffamf,.
Vil infeste sur terre, à peine [upporrable,
Dans Tes belles couleurs tout à coup admirable
Par quel Art surprenant ? quel méchanifaie heureux
,
Porte-t'il dans les airs Ton toi impétueux ?
C'cft sans doute vous seul
,
Seigneur',dontla
puissance
De nos foibles esprits confond l'intelligence;
En vain le fol orgue:! des mortels curieux,
Aspire à pénétrer le mystere des Cieux;
Leurs projets, leurs efforts ne montrent qu'impuiflanee
,
Admirer & Ce raire est l'unique rcience.
Mais bientôt dans nos champs les filions renvel
rés,
Des mains du Laboureur vont être ensemencés i
La terre ouvre son fein
, notre espoir y confie
Le gage précieux du soutien de la vie,
Mere toujours féconde & soumise aux besoinsj:
Facile à feconder nos effoits & nos foins.
Ses succès bienfaisans confirment notre 3:tenre ;
Dans ses productions admirable & fçsvanre
,
Par ses lues nourrissans ce foible grain germé,
Ep de nombreux épis doit être transformé.
A nos yeux cependant disparoît sa parure,
Nos jardins & nos bois dépouillés de verdure,
Nous annoncent l'hiver & ses trilles frimats)
Tout féchc, tout languit,& déjànosclimats
YEFIRENT plus aux regarda cette rianteûnigs
QBÏdes autres Caifoos difiisgsaïc l'avantage ;
Ÿliarcre épuisée à force ti: bienfàizi
ÏÎogs donne le lokr d'en godier les e.^;.s.
Occupésdéformais d'eae amirié sincere ,
A la fodeté payons on doux faLaiie ;
Actoar deaos foyers par la G-Ton conduits,
Fatà miles propos difiponslesessais.
OIIia--oo- des :*pas ,
mais :JVOQSl'ak»>
daace;
QEuetle ckolx des anis en fasse î'elegance, de aoae bouche, Ímerprèrc ia csar ,
La ainqae au tour blême écarte û no-rcear.
Nos joHrsainsiguides par les avis da Sâgï,
-: fioiTcnt qoe des Âeors qui cocneat Uv
paffsge : it BOTS! vivons heoreui,dignesdoCréaie«rt_T
Le principe & la fia àù Lprèaie baaheur.
SIXI E'M E. LETTRE
D'UN Prussien,
ji Ai. l'Abbé Raynul
t
A i'Allema¡su¡rdla(L,ittérature .ttériiiire
ON ne couronne plus aujourd'hui les.
Poëtes, on s'imagine, Monsieur, que
les suffra ges du Public ne le gagnent plus
par ces sortes de cérémonies que la lareté
des grands hommes avoir introduites,
que la raison a détruites : cette coutume
presqu'entierement oubliée n'a été mite
en u sagequ'une seul e fois depuis plus
de cinquante ans. Madame deSteinver, -t après avoir composé quelques piéces de
poësies
,
demanda à être couronnée Pcëre
à 1-ero, & voulut bien rous rappeller
ainsi les récompenses que l'on n'accordoit
autrefois qu'à des génies du premier
ordre. Le premier qui reçut cet honneur
sur Conrad Celtes ; l'Empereur Frédéric IIK
le couronna lu i-mêmeàNuremberg ( a ),
à la recommandationde Frédéric l. 1efige*
Duc àzSaxe.MaxirréilienX.lui accorda ches.
(A) On dû qu'on voit encore à Vienne le laiîr
liçr (Jlç rÇinpçieur u;it ÍijI la :êce de Co^es,
la suite le priviléged'encouronnerd'autres
(b). CePoëte naquit le 22 Mars 1459t,à.
Svjsinfurt près de Wurt^lmrg, il se sentit
dès son enfance un goûtdécidé pour les
Belles Lettres, & sur-tout pour la Poësie.
Son pere ne put lui refuser la grace qu'il
lui. demandoit de le faire étudier; mais
préférant ses intérêts
,
peut-être trop for-,
dides, à ceux de sonfils, il ne le laissa
pas long-tems dans les Colléges,mais le
rappcHa bienôJ, pour se décharger sur
lui dessoins desesjardins & deses Vignes.
Le jeune homme pleind'amour pour les
Sciences, & brûlant du désir de cultiver
ses talens, ne put que trouver du dégoût
pour toutes lesOcct-, pations de la cam pagne
:. cette noble passion sur la plus forte
, il céda aux desseins qu'elle lui sa;foie
former, iz voyant qu'il n'y avoit aucun
moyen propre à porter son pere à des.
iuçes plussaines, il se sauva de la maifoa
paternelle , se mir sur un petit bateau,
qu'il trouva sur le Ikiein,. & alla continuer
ses études à Cologne
,
d'où il paiTa.
suçcessîvementàHideUerg
,
à Erfurt
,
à
Leipsig, & à Rostoch. Apres avoir été ainsi
pendant quelques années dans les plus
celebres Univesitésd'Allemagne, il alla
(t.) Voyez-en le Diplôme> dans le III. Toroc-
«kiCcnfliutOtmIn.>péjia)esdeGoU*Jlpn^c ^4^
en 1tali, pour y profiter de ces grands
Maîtres, dont la réputation attiroit un G,..
grand nombre d'Etrangers : il étudia fous
GalphurmusàPadotté, fous Guarini à Ferrare
, fous Beroalde à Boulogne, fous Ficini
à Florence, fous Sabellic à Venise, &.-
fous Fompone Læt; à Rome. De retour en -
Allemagne, il se rendit vers l'an 1495à
Ingolstad ,
où il obtint une Chaire de
Philosophie; qu'ilgarda pendant six ans.
Aumilieu de l'an 1501 il fut appelle à-,
Vienne pour yoccuper la Charge de Bibliothécaire
de l'empereur. C'est là qu'il,
mouruten 1 508Celtesjoignoità unesprit
enjoué,du goût&undiscernement peucommun
:il avoit dela noblesse dans sa-e
façon de penser « les quatre Livres d'Odes
en font foi, de la douceur dans ses
expressions, & peignoitbien,comme on
peur le voir par son Poëme sur l'Amour..
Ses Epigrammes nous apprennenr qu'il ne
manquoit pas de cet esprit de faillie, qui
sans blesser personne
,
fait le charmede
lasocieté. Nous avons encore de lui un
Poëme sur les moeurs des Allemands, UIl;
sur les coutumes & la situation de Nuremberg,
& quelqu'autres piéces en Prose Se:
en Vers. Il est le premierqui air fait 'COfl-'-.
noître à sa Nation, ce que c'est que Jer
PoëJUc Dramatique,&ilosa donjnçxuaai:
espece deComédie héroïque -& la faire;
représenter en public par quelques jeunes
gens:cette Piéce
, au plutôt ce Dialogue,
n'est pas parvenu jusqu'à nous. il aimoit
la Musique jusqu'à la passion : il avoir accoutumé
de dire, qu'il n'y avoit point d'hommequin'eûtsafolie
; que les Princes ignorans
n'étoient que les organes de leur Etat ;-.
qu'il ne falloit se vanger de Ces ennemis
qu'en les forçant à se repentir de nous avoir
effensés. Enfince fut Celtes qui établit le
premier une societé de gens de Lettres, qui a fleurilong-tems fous le nom de ScittzsRhcnttna
(c). Tant de mérites rassemblés
en un seul homme peuvent bien
nousengager à lui pardonner des négligences
continuelles de stile
,
des pointes,
ëc des idées peu philosophiques;cene - sont pas là Ces défauts,ce sontceux du.;
fijécle-.
Agricola avoirun mérite tott différent;
de celuid-O/rw
,
il étoit (hlS Philosophe
& plus sçavant quecedernier, son
stile est plus épurémais il n'avoit ni la
délicatesse; ni toute l'élévation de PaëJc. ilnaquit en 1441(d)3 dans le Village
(c) Voyez Tentzel, âiiis ses Dialogues LittirXJ-
« rs , aorvée 1693
, p. 90. (cl) Voyez.Adamdansses Fiesdequelques, lôfij&esAllemands}yol. 1: p. 14^foiv*
de Bafjlon (situé à quatre lieues de GroenÍnt
dans 101Frist), & donna dès le bas âge
des marques de son goût pour l'étude t
quoiqu'enfant il préferoit des papiers à
dss jouers
& quand il sur une fois en état
de profiter des infirudions de ses maîtres
, on le vit (urpafTer de beaucoup tous
ses camarades,
Se leur (ervir d'exemple.
On le crut bientôt en état d'aller pourluivre
Tes études dans quelqu'Université célébre
, & on l'envoya à Lonvain. Il y fit
ses études avec une application & des rue..
cès étonnans
,
Se s'y fit admirer par sa
maniéré de difeurer les marieres, de faire
des objections, & de les résoudre. Ses ta-
Icns lui firent obtenir de bonne heure les
dégrés avec tous les honneurs qu'il meritoir.
On lui fit des propoGrions fort avantageufes
pour l'engager à enseigner; mais,
son goût pour la méditation le détourna,
d'unemploi qui luiauroi r enlevé la plus
grande & la meilleure partie de son rems.
Il apprit le François à Loitvain à cause de
la musique & du chant qu'il aimoit beaucoup.
Il quirra au commencement de l'année
1474 l'Université
, pour parcourir la.
France, & se rendit en 1476 à Ferrare»
u4gricotayfutarrêtélong-tems par plus d'u--
ne raison : les libéralités du Duc Hercule
:).> de ta famille d'E[Ile aocubrç des bons.Mu^
sciens qui s'y trouvoient, & l'amitié qu'il
avoir pour Théodore de Gaze ( un des plus
grands hommes de son tems) ,
fous lequel
il étudia la Philofopljied'Aristote
, écoient
des motifs bien forts pour lui rendre
agréable le [ejour de Ferrare,Agricola y
enseigna, y soutint quelques theses, 8c
y harangua si bien, que l'on eut la bonté
de dire, que fume d'un Italien étoit pafifie
dans le corps d'un Allemand (e). Au
bout de deux ans il s'en retourna dans sa
patrie : le Sénat mit tout en oeuvre pour
le porter à se charger d'un emploi, mais
en vain; son penchant pour l'érnde étoic
invincible; il fallut des conjonctures fâcheuses
pour (a patrie, pour le déterminer
enfin à prendre l'emploi de Syndic à la
Cour de empereur: il l'exerça pendant
six mois
, & rendit au Sénat de Groening
dtsservices importans
,
qui ne fu-
(e ) Beaucoup de SçavjnsItaliens ont reffem.
blé à l'Evéque Canipcno, cet aveu nous l'apprend.
Qu'auioitditHdeStehwehr,s'il avoit
vécu djns le courant de ce fié-le? au lieu de donner
pour titre à un de les Discours : de Germano.
mmtngtniopergrande mfas ipsis abjiiàicAto ,il alt.
reic nvis per tnexpiabile fcclm? Sans railierie on
a eu tort de pouffer la chose jusquesli, comme
je l'ai Lit voir, & on se trompe encore plus
goffiereinent si l'on ôte inijourd'hui aux Allemands
unefprit déllcar. qui a été si long-tcms.la
prérogative des François & desItaliens*
rent jamais récompenlés. Maximilien.
charmé du mérite d'Agricold, voulut l'engager
d'enrrer à Ton fervicc
,
& peu de
(ems après on lmoffriruneChaire de Philosophie
à Envers ; mais encore plus dégoûté
des emplois qu'il ne l'avoir été jufqucs-
ici
,
il le crut trop heureux-de Ce
voir déchargé de l'emploi de Syndic, pour
penser à en accepter un autre, Agricala
ainioit à voyager;ilalloit d'un endroit
, l' * d A
-
a l'autre, tarir pour apprendre à connOIrre
les hommes, que pour chercher ceux
dont il croyoit pouvoir profirer. Il avoit
toujours avec lui XHfiwenaturelle de Plitie
, Quintilien, l'l(fto/1, 8: C.ice,on, qu'il
lisoitcontinuellement. Elifin Dalburq EveÓ
que de IVorms
, & di{cipIed'Agricola sollicitaTonm*îue (f) , pour qu'il le fixât;
mais tout ce qu'il en put obtenir ,ce fut la"
promette qp"i!lui fit de passer savieen partie
à Hodelter^ & en partie à ll^orms. Philippey
Comre Palatin, aima beaucoup notre
Philosophe Allemand; il l'engagea à travailler
à un abrégé de l'Binaire des quatres
Monarchies, ce qu'il fie) il la tira
d'i-lerowote, de Ihucidide,deXenophon
,
de
Diodore & de Polyke, & y ajoura une idée
de l'Empire d' Aliemagne.Lorsqu'il étoit
'Cf) En 1481. Voyez Adam
,
dans l'endroit ci-* tê,pag.16.
arrive a Worms, il y enteignoit ; il en raifoit
autant à Heidelbcrg, où il expliquoit
la Philosophie SAriftotc. Sur la fin de sa
vieil s'avisa de s'appliquer avec beaucoup
de foin à l'Hebrcu. Il sur opposé au célibat
des Prêtres. Il mourut d'une fièvre
en 148f ,
âgé de 42 ans ,
chez les Minorires
d'Hciddberg. sïgyicolaéroit un homme
vrai, grave, (age; c'est lui qui rétablit
la bonne latinité enAllemagne(g ).
Ila peu écrit :ce que nous en svons ,
nous fait regretter ce qu'il auroir ptl donner
au Public, s'il CliC vécu plus long-tem*».
Tous Ces ouvrages, foit en prose
,
(oit en
vers, ont été raffemblcs & publiés par sîltrdAmflcrodam (b), qui nous lesadonnés
en deux volumes; ils Font foi d'un
esprit juste & éclalté. Je n'ai pour faire
connoître tout le mérite de ce Philolo»
phe, qu'à renvoyer ceux qui pourroient
en dourer, au jugement d' Erasme ( i)
,
5c
à l'Epitaphe que lui dreîTii le Içavanr Venitien
HsrmolaHi Barbanes, que voici.
lnviin clauferunt hoc marmorefila Rodolpbum
j$*ricolam, FrijîifpemqucdtcufqueJoli,
(g) Voyez Cbyiraens dans son Histoire tic la
Saxe, L. ç.p. Sc. 131.
lb
(b) Voyez-en le Catalogue, djns la Bibliothe
* que de Cefmr
,
motAfricain.
(1) DJIISles,c.IV.p.ntf.
Sciîicethocvivo mtrutt GermAni" laudii,
Qutequid habet Latium, Gncaque quicquid hdet;
Melanckton en fait aussi un très-grand
éloge (/).
Parmi les grands hommes que je tâche
de tirer de l'obscurité, où ils font si injustement
plongés, Rodolphe Languis n'est
pas celui qui mérite le moins d'attention.
Il étoit de IPeflphûlie, né d'une Famille no..
ble & fort estimée dans le Pays, il trouva
dans Ton oncle Herman, Doyen de 1Eglise
CathédraledeAiunfter, un homme trèspropre
à lui former & à lui inspirerdu
goût pour les Lettres; il l'instruisit aussi
pendant plusieurs années, au bout desquelles
Lamnif fut envoyé en Italie, où il
poursuivit (es études fous Laurent Vtlla,
Maphé Pegitis
,
François Philelphe
, Se
Theolore de G:lze. De retour il travailla
avec Agricola,&quelques aorres,
à épurer le langage, il se livra beaucoup
à la Pcëfie, & devint un fort bon Poëre
(m ). Il chassa des vers Latins cette rime
si odieuse pour des oreilles délicates, 6c
tâcha de leur rendre la cadence & l'har-
( 1) Dans Ces DicltmAtions,t. i. p 446. &fu;v
(m) VfJyezLJtfmelnucn, dans Ton Difeturssur
les SfAvans de IFtjlphlie ,
qui se trouve dans ses
OEuvres hiltOliqucs, p. icy, 1Il.,
tnonie qui y font si nécessaires. Nous
avons de lui un Pocme sur le siége & la
ruinedeJerusalem, sur S. Paul, sur la
Vierge
, un Livre sur les Mages, quelques
Epirres & autres petites pieces.L'Evêque
deAdunfier l'envoya en 14S0 au Pape
SixitIV., qui le reçut avec beaucou p de
bonré; la lettre que le S. Pere écrivit sur
son sujet à l'Evêque & aux Chanoines, lui
fair bien de l'honneur. Languii Llliciroit
depuislong-tems son Evêqe, pour l'engager
à réformer les Coliges, & la maniere
d'érudier; la plupart des Sç,wans
Italiens écrivirent à ce dernier pour le
faire entrer dans des vues aussi salutaires.
L'Evêque se rendit & déféra au jugement
de ces grands hommes On connoilîoit le
génie de LllnguiJ, & slgricoia qui voyoit
tour le bien quiréfulteroit des beaux deffeins
qu'il avoir formés, ne celloit de lui
en écrire: voici ce qu'il lui dit dans une
de ses lettres :Vnum hoc tibi IlffÙmo, ingentern
dt te concipio fiducittm, fummumtjHe
in fpem adducor fore altcjuan 10, ut prifeaw
insolents Italia
,
(y propt modum occupa/am
benehetndi gloriam exurgneamu>:vmdicetnufejHt
nos ab tgnominia
,
cjun nos barl-aros
indorefîne&,O" sicjutd est bis Ínç14!.
ins, effe, /VHuant, exohamus : f/!!Ilrt?m-
'JI!: '.PlÍ doilar/jf.tcjM litttrtitaM noftramGsrmanmm
Ht non Intimas vel ipsum fit L4-
tinm. L'école de ( rt) Mttnflcr fut rétablioe
8c dirigée par les foins de ce grand homfne,
elle a fleuri depuis rrès-Iong-tems,
Quelqu'utiles cependant que fussent les
conseils de Ltngttis, il se trouva des gens
allez bornés & a(fez mécbans pour s'opposer
de toutes leurs forces à ces changemens.
Ceux de Cologne mirent tout en
oeuvre pour empçcherqu'on introduisît
chez eux cette nouvelle façon d'érnciier,
&: pour rétablir l'ancienne, là où Lungars
avoir eu le bonheur de faire goûter ses
idées
, tant ouétoir infarué de son ignorance
& de ses préjugés. La nouveauté a
chez un certain ordre de perronnes, de
quoi inlpirer de laterreur : les A llemands
plus que toute autre nation, méritentce
reproche; on peut le sa ire de nos jours
aux Portugais, aux Italiens, lorsqu'on donna
une Bulle contre les Partisans du fyftème
de Copernic;aux Protestans
,
lorfqu'ils'agiote
de la réforme du Calendrier.
Il est difficile de furraonter tous les
obstacles dans de pareils projets, & nous
devons de la rcconnoiffance à ceux qui par
un travail infatigable, & foavent par le
sacrifice de leur fortune, font venus à
(n) VoyezCkytroeus dans son Hifloire de lA 5*4-
xetL. 3.An. 14^7.p.$0,
l'botit de leurs desseins:l'efpru humain cft
1fufceprible de tous les écarts & il est
bien difficile de le faire revenir de fçs
préjugés. On peut juger par li de l'amour
que Languis avoit pour les Lftires ; (a
maison écoit le rendez-vous de tous les Sca.
1*vans qui se trouvoient aux environs. Ses
moeurs, .ses talens, lx ce qui vaut plus
que tous les avantages de l'elpritSe da
corps ,
l'excellence de (on car3&ete
,
ic firent
chérir de tour le monde. On rapporte
qu'en lisant peu de jours avanr sa mort
un ouvrage de Luher, qui commençoir à
répandre la dochine, il dit: Nous voilà
au moment d'une réforme, les Théologiens
t commincerem à étudier& à bannir les puéri.
t lités (0 ). Il mourut enfin gé de plus de
: quatre vingt ans, a Munftcr, l'an1579
(jp).MeUnchion(y) fait une remarque
qu'ilne faut pas tailler échapper, &c qui se
• trouve naturellement pheée ici: c'est que
la décadence des letrres & du bon goût
commmença par le mépris de la poësie.,
ôc leur rétablissement par la culture de
cet art : en effetl'Italie, la France & l'Al-
: lemagne virent renaître chez eux lesfcien-
( 0 ) T'itrcburdui,defaûs lingus, Latinî. apud Cet-
Wa(nopi), C. 4 p. 131. Voyez Cky.rcrm à l'endroit cité. L 3.
1 ( qj DtcUmat.T. r. p. iO.
ces à mefurc que l'on y culcivoit la Poëlie1;
& la barbarie se répandit en Italie après
qu'on l'eur abandonnée. Il faut dugénie
pour erre bon Poëte, & quand on a du
génie, on ell bon à tour.
Je vous ai dit bien du mal
, 1onlieur
dans quelques endroirs de , mes Lettres
précédertcs du mérite littéraire des Moines
;j'ai crû ne devoir rien déguiser
,
j'ai
mêmepouffé par bien des raisons lacirconfpedhon
aulli loin qu'il étoit possible ;
je ne (uis qu'Historien
,
& non le juge
des personnes dont je parle: je leur rends
la justice que de fages Ecrivains leur rendent.
Mais voici un Moine dont on ne
peur prononcer le nom qu'avecrefpeft,
& qu'on ne (çauroit trop élever au-dessus
du commun des Sçavans; cest l'Abbé
Tritheme dont je veux parler.Son pere qui
s'appelloitJeanHeiàcnberg, lui donna le
nom fous lequel il est connu, parce qu'il
ctoit né à Trittenkeim (en 1461)Ville
firuée sur la Moflle, dans le Diocése de
Treves. Tritheme s'appliqua de bonne
heure à l'étude,& pour le faire avec plus
de(uctès, il quitta le monde,& entra à
l'âge de dix neuf ans dans un Couvent de
Bénédictins. Son mérite le sir bientôr
connoître; on le fit Supérieur de l'Abbaye
deSpAtihcPTi3 dans le Diocéle de May:r.cey
C:Î
3,quoiqu'iln'eût alors que vingtans.
C'est-là où il fc livra roue entier
a l'étude
,
pendant plus de vingt-trois ans,
Uialgré le désagrément qu'ilavoit de vivre
avec des Moines autli vicieux qu'ignorans
: las pourtant d'une pareille compagnie
,il sacrifia (on Abbaye pour pou- -
voir vivre avec des gens plus éclairés.
C'est sans doute le mépris, qu'il marqua
a ces Moines
,
qui les engagea à l'accuser
de magie: il écrivit fnr cette accusation
une Lettre à Capcllan
,
Mathématicien de
Farts,où il avoue avoir beaucoup lâ les
Livres qui traitent de cet Art,aussifrivole
que ridiculejtnais uniquement dans le dcffein
d'en counoîrre toute la foiblesse ( r) , & d'en réfuter les principes. Tritbeme se
retira en 1506 àl'Abbayede Saint Jacquesy
près de lVurtz.burg, dont il fut Abbé
jusqu'à la fin de sa vie, qui arriva en
1516 (fJ. On lui doit beaucoup pour
lout ce qui regarde J'Hifloire, foit Eccléfiaftique,
foit Prophane,foit Littéraire.
On n'oubliera jamais les peines que ce
digne Abbé s'est données pour former une
( r ( Boville ,Jf^teriui,Boti'i k Adam Txnner
ont eu lafoiblessede fonteoircetteimputation;
tiaudé l'a fuffifamraenr disculpé dans sonApolotie. (f)Voycx le Lhrjnnon Sp.itleme*ft à l'année
I4S3.
Bibliothèque à Ton Abbaye deSpanheim;
qu'il sur pourtant obligé d'abandonner;
il y avoir rademblé (t], non feulemenc
la pLûpatc des Livres imprimés, mais encore
une grande quantité de manuferits.
Tous Tes ouvrages n'ont pas encore été
publiés, ce qu'il a écritd'historique a été
lalfembl:J & donné au Public en 1607,
en deux volumes par Aiirejuayj Frchsr ;
on trouve dans le premier10. saC hronologieMystique
,
dédiée à M.¡xirr.lhen-;
ao. [Og abrégé du premier volume de la
Chronique des Rois des Francs, pendant
lpe ucoiusrsjudes1q1Su9an'ànées,à compter d. Pepin; 30. un traite
de l'origine des Francs ; 4* une Chronique
de la luccefljon des Ducs de Bavière
& des Comtes Palatins,jusqua l'an
3475 ; 50.uneHistoire des Allemands,
qui se font distingués par leur sçavoir ;
6°. un Catalogue raisonné des Ecrivains
Ecclésiastiques. On voir dans la fécondé;
]O. une Chronique du Couvent deH/r.
faug ; 2°, une autre de l'Abbaye de Spjnhnm
30. & Tes Lettres Familières qu'il
écrivit, après s'être reciré a l'Abbaye de
SaintJacquts ,
à quelques Princes & à
plutîeurs Scavans de son tems. Ces Lettres
font remplies de faits curieux,& on a
(t) Voyez lemême, pages 39j.4t\£
rairon d'en faire beaucoup decas ( It
).
-Ses ouvrages pieux ont été publiés par un Jcfuite Flamand en 1604. Ilest bon de
fçjvoitqu'il Te trouve parmi ces pièces
une Chronique de l'Abbaye de Saint Jacque
; quaue Lettres sur les sçavans Bénédictins
,
& des Exhortations au Clergé.
Nous avons encore du mêmeAbbé,un
ouvrage intitulé, la Curiojité Royale
,
qui
cft un examen & une réponse à huit questions
que FEmpereur Maximilien I, lui
avoit faites sur quelques points de la Religion
: une Histoire de l'Ordre des Carmélites
; lavie de Rabanus Manras, celle
deS.Maximin, Archevêquede Trcves. Six
Livres très-curieux & rrès-savans sur la
Polygraphiej le sixiéme contient les Alphabets
des anciens Francs
,
des Germains,
desNormands; lX une Sténographié, ou la
manière d'écrire,foit: en chiffres, foit par
des caraGteres particuliers. C'cft ce dernier
ouvrage (v), qui a donné occasion aux
ennemis de Trithcme de l'accuser de magie
: il le composa à la requisition de'Jotl.
(«) Voyez les Lettres choisîts de M. Simon,
Tome IV.p.131.& surtout l'Extrait étendu
Seraisonné qu'en a faitle célébré M Hettman,
Professeur à Goeting, dans les Nova Mtfcellanea
lipf(ien711. Tome II. p. iog-12.1. v)Voycz Schtxlhernti arncenitutts,T. VII.
p,ln.
chirn, Electeur de Brandebourg. On n'en
a publié que les treize (x)premiers !ivres
,ausquelspn a joint la clef; il est
vraisemblable
, que le titre deMaître trèsprfaitenMagje
donné à l'Auteurdans ce
dernier ouvrage,a été ajouté par les Copistes
ou par les Editeurs. Enfin on trouve
encore un Traité sur la Geomancie
, ua
autre sur la Chyme
,
& un troiiféme sur les
empoisonneurs
: ouvrages où le bon (ens
fie Tritheme paroît à chaque page. Outre
ces Livres dont je viens de parler, on en
a eucore plus de vingt-cinq qui ne font
pas imprimés, mais qu'on trouvemanufcrits
dans pluficurs Bibliothèques. Tritheme
joignoit à beaucoup d'ér.udirion beaucoup
de jugement j ses moenrs étoient
dignes d'un esprit éclairé, & sa vie a été
une fuite d'adions ,qui doivenr .nous
rendre sa mémoire aussi chere que refpectable.
Mepermettre^ vous ,
Monsieur
,
de
vous dire un mot avant que de finir,
de trois ou quatre Sçavans peu connus,
mais qui ne font pourtant pas [ans
mérite ? je veux dire de Martin Bshaim,
de IVermer Roltwinc,4, de Jean Cufpinianus
Se de Nicolaus de Cusa. Le premier naquit
à Nuremberg d'une famille noble, il ob-
(x ) Publiés à Francfort in-4°. en itfc*.
tint quelques secours de la Duchesse Isabdlt
en J460 , pour équiper un Navire,
à dessein d'aller à la découverte de l'Amérique.
Il découvrit effectivement le
£rsùl,mais n'ayant eu ni le tems, ni les
moyens de passer outre & de tenter quelques
nouvelles découvertes
, ,
il revint 5c
abandonna sa premiere tentative. Jean If.
le créa Chevalier; il mourut à Lisbonne en
lscG. Quelques-uns précendent qu'il a
trouvé la Boussole.
wermerRoltwinckde Laer
3
Moine dans
unCouvent de Chartreux à Cologne
,
étoit
né dans le Diocése de AIiinger, en westpbdlie.
C'étoit un homme sort sçavant:
il a écrit un ouvrage sur la dignité du
Sacerdoce,un Traité de politique sur la
maniere de gouverner un Etat ;un Livre
intituléFasciculus tempornm ,
qui est une
Chronique qui s'étend depuis 1-j création
jusqu'à l'an 1474 (y),& un ouvrage
sur la situation de la Westphalie qui efl:
fort utile (z) ; Tritbeme en faitunfore
bel éloge. Il mourut en 1$01.
• (y) On trouve des éditions decetonvrnge,
qui s'étenient jusqu'à l'année 1480. Un Sçavant
l'a con tinué jusqu'à l'an 1Ç14. (z) Voyez ArnoldusBostius,dans son Livre
de Viris illustribus Cartbusianis, chapitre dernier,
5c Antoine Possevin, dans le fecond terne de fog
jipinratfacié.
Jean CufpiniartHS, étoit Médecin & Poète.
Ses recherches sur l'antiquité sont estimées;
son ouvrage sur les Consuls Romains
, son Commentaire sur les Césars
& son Traité sur l'origine des Turcs, ne
sont pas inutiles pour ceux qui aiment ce
genre de Littérature.
Nicolaus de Cuse, Evêque de Brixen
dans le Tirol, & Cardinal, naquit à Cusu
Ville limée sur la Moselle, dans le Diocése
de Treves. Il sur un des plus grands
Théologiens de son tems: beaucoup de
Philosophie
,
quelque peu de Mathématique
, une éloquence mâle; un génie
subtil
, & la connoissance de plusieurs
Langues sçavantes
,
lui acquirent la réputationd'un
homme très sçavant. Nous
avons de lui un Livre sur le changement
à faire au Calendrier, un ouvragede
Mathématiques,farlesCompléments : trois
Livres sur la docte ignorance,& deux
sur les conjectures. Tout cela passe pour
bon. Il mourut âgé de 6; ans en 1464.
Vous trouverez peut-être encore, Monsieur,
que je loue trop des Auteursque peu
de gens lisent aujourd'hui. Mais je vous
avoue , que lorsque je pense à ce qu'il en
coûte à l'esprit humain pour se délivrer de
l'ignorance où il croupit, & pour secouer
le joug de préjugés généralement reçus,je
ne sçauroisassez admirerlesSavans.
donc je vous ai parlé jusqu'ici. Qu'il est
beau, de voir on homme au milieu
de la pins grande barbarie, s'élever
au-dessus du médiocre, & travailler
sans relâche au rétablissement des Lettres.
C'est peu de perfectionner un Arc , mais c'est beaucoup de l'inventer, ou de
le retrouver après qu'il a été perdu. L'ignorance
est un obstacle
,
mais le préjugé
en est un bien plus considérable. Rendons
justice à ces Héros Littéraires, & tî le ficlc
d'à présent les méprite
,
pensons qu'il
viendra un tems où nos Neveux avec une
nouvelle Philofopbie&une nouvelle Lngue
nous rendrons la pareille, & ne nc_:«
mettront peut-être pas a bien des égards
à côté de ces personnes, qui ont rompu
la glace & fraye le chemin. Je finirai ici
ce qui regarde l'état des Lettres en Allemagne
dans le courant du quinzième siécle
, & je passerai à préfenr à l'Histoire de laPhilosophie,depuis le seiziéme juf
qu'à prêtent.
J'ai l'honneur d'être
, &c.
l'ÃTis, ce premier Février 175 J.
LA VIGNE
SUBST1TUEJEAUCyPR.EJS.
FABLE
De AI. de U SortTiure,tdrejfée à un Académicien
deses amist
DAns
un climat aimé de la Nature,
Vanté Couvent pour sa température,
Un Potentat Et planter un jitdinj
Là le tilleul, le platane
,
le pin,
Etaloient leur riche parure,
Et portoient jusqu'aux Cieux leurs superbes r&i
meaux.
Là, parmi maints jeunes ormeaux, Maints arbres radieux conservoient leur verdure
Au milieu des hyvers glacés;
Et de leurs bras entrelasses
Formoient dans la saison un toit impénétrable
A l'ardeur du chien de Procris.
Il ne manquait à ces arbres chéris
Que de mêler an peul'utile à l'agréable,
Et de payer du moins de quelques fruirs
,
Les foins constans d'une longue culture :
Mais tous stériles par nature,
Un telespoir eût été vainOr
il avint que par un coup de soudre
»
Un haut cyprès atteint, réduiten poudre;
Fit telle brèche au beau jardin
Que pour la réparer roudain
,
t.
On auroit compté grossesomme:?
t Et je vais vous déduire en (omne que sur ce propos un bon vieux jardinier
Ofa remontrer à son Maître :
Seigneur,dit-il ,
il est à naître
Que dans ce pare aucun fruitier
Ait de ses dons encor décoré votre table.
Aii ! si du moins quelque pommier,
Ou tel autre bon régétable,
Eûr pris racine dans ces lieux. !
Je n'ose en diredavantage;
Trop parler nuit; mais faisons mieur
Pour réparerle grand dommage
Qu'a causé la mort du cyprès,
Je sens que mon devoir m'engage
A calme: vos justes regrets.
Plantons en sa place une vigne
Sous cette influence benigne
,
Ces beaux orraeaux devenus ses appnis,.
Pomone tous les ans vous donnera des fruits
Qui charmeront votre Hautesse ;
Ce bois rampant , frêle 3c tortu,
Dont vous accusez la soiblesse,
Coalisât.„ Seigneur
)
telle Yerttt
Qui de vos arbres verds compense la Noblesse.
Pour terminer ce conte biscornu,
Dont la peinture est souvent inégale ,
Plaçons,ami très-cher, quatre mots de morale;
Il faut regarder au talent
Dans les sujets qu'on s'associe ;
C'est moins le fang qui s'apprécie,
\1' Qu'un esprit juste
, un sçavoir éminent.
REFLEXIONS
Sur IA Profession d'Avocat, par M. de
Ronpnel de Chenilly
, Avocat. LA Profession qui va faire l'objet de
mes Réflexions, a été consacrée par
bien des éloges qu'on lit avec plaisir :on
n'y oubliepoint l'anriqtlirc'& la noblesse
de son origine, la liste des grands hommes
qu'elle à produir
,
dans laquelle des
Princes, des Rois, des Empereurs,des
Prélats, des souverains Pontisesoccupent
une place, & les services importansétendus
aux Corps politiques& aux particuliers.
Cependant des hommes d'esprit, mais
que leur penchant éloigne du Barreau,
ent exageré de nos jours le dégoût & les
ennuis inséparables de cette Profession;
ces spéculatifs peignent avec vivacité le
prix de la liberré sacrifiée, la difficulté
dans les succès ,& les retours amers des
partions des autres hommes qu'elle a sans
cesse à combattre; leurs ouvrages sont
d'aurant plus séduisans,qu'ils sont parés
de toutes les traces de la Littérature.
Pour prévenir le danger d'une révolution
dans les idées, lui conserver l'amour
qu'on a pour elle, ou lui réconcilier ses
ad versaires; il suffit d'interroger le coeur
humain sur le sentimentvif & délicatqui
fait la tarisfachon intérieure, & d'examiner
s'il est compatible avec les préparations
qu'elle suppose, & le cours de lesopérations
,car on convient
, que sans les
sentimens il n'y a point de bonheur solide,&
que le bonheur estle plus paillant
ressort de l'ame.
J'ose donc développer une vérité qui
n'est connue que de nous-mêmes; je perce
les dehors de notre Profession,j'expose
l'Avocat dans sa perspective, je le fuis
dans l'étude des Loix, dans l'étude de
l'Eloquence, dans les conférences avec
lesgrands hommes;dansles travaux éclatans
de la plaidoirie, Si dans les opérations
du Cabinet, &je m'engagede prOQ.
Kr., que les écueils qu'il rencontre fuu
son panade ne doivent point l'arrêter, Bl:.
qu'il est pour lui mille sources d'une volupté
délicate qui l'accompagnent dansledéclin
de l'âge, de même que dans le feu.
dela jeunesse.
Je n'ignore pas l'étendue de mon dessein
, mais je me suis prescrit des limites
étroites ; j'en dirai assez pour les personnes
qui pensent, & toujours trop, pour
les hommes qui ne suivent dans leurs jugemens
qu'une opiniâtretéinflexible &£
dont la critiqueestméprisable.
La Science des loix est une Science
vaste & étendue,puisqu'ellerenfermela
connoissance du sens des loix dans leur
expression, & celle de leur principe &
de leur origine: mais l'étude de cette
Science a d'autant plus de charmes qu'e lle
s'exerce surdes objets plus intéressans
,
&
qu'elle estdirigée par le fil de la mé-
-
thode.
Dans son azilc Littéraire,le tableau
des tems ,
des peuples, des Gouvernemens,
des révolutions se représentent devant
quiconque sçait étudier les Loix, il
s'enrichit des sçavantes veilles des illustres
modernes du siécle de LouisXIV. & de
LouisXV. ces hommes célébres saisissent
les loix dans leur berceau : Historiens
sçavans,Jurisconsultes profonds
,
Politiques
habiles,ils puisent les principes
,
les
motifs des loix dans les époques de la formation
des Etats & dans le génie des peuples.
Lis indiquentlasource duchangement
des loix
, en observant les variations
faites dans l'administration générale,&
dans l'ordre public; aucune des causes qui
influent sur la législation n'échape à leurs
exades recherches:l'élevé des loix ém.,
die, suit leur vûe & leur manlere:avec
de semblablesflambeaux,il n'est point
pour lui de nuage sur l'horison des loix ;
tout étincelle de proche en proche de la
plus grande clartés
On peut en juger sur l'étude des loix
Romaines & loix Canoniques
, & de
notre Droit ancien & nouveau,sans entrer
dans le détail, des loix des peuples
voisins.
Qu'illife les loixanciennes, les trésors
de la législation lui sont ouverts, il voit
les difficultés prévues
,
les intérêts protégés
,
les pallions enchaînées ; il pénétre
tout : dans les formules les plus inutiles
en apparence,il découvre le mystére de
l'utilité de la Patrie
, un moyen facile de
rappeller les Romains à leur origine. Ce
n'est pas qu'il ne soit surprisqu'un peuple
aussi sageait quelquefois emprunté chez
les Etrangers des loix qui neconvien
nent po,int à sÎo.n.coara.c.tere , ,& cette réflexion
le dirige dans les antinomies, ce
n'est pas encore que comme le culte qu'ik
rend aux loix n'est point un culte superstitieux
,
il n'observe bien des défauts, mais
il en découvrelasource dans laclef des
evenemens.
Qu'il lise le Droit -Canon il a devant
les yeux les ravages que les malheurs des
rems, l'ambition des Papes, la foiblesse
des divers Gouvernemens ont causé, il
évalue le poids & l'autoritédesloix nées
d'un pouvoirusurpé,& portéesausein
de la division & du trouble: mais tant
de Conciles,monumens de la vertu & de
l'érudition; tant de Constitutions émanéesde
souverains Pontifes dignes du premier
Siège
, tant de sages Réglemens des
Princes Chrétiens; quels fonds de lumicfO
res! quelles richesses !
Qu'illise notre ancien Droit au milieu
de ces Réglemens minutieux, mais queles
tems justifient ; de ces punitions frivoles
, mais qui s'accommodentau génie
de nos Peres de ces usages qui paroîssent
purement féroces,mais qui prouvent
ou tiennent en alerte la valeur guerriere
, valeur qui a été long tems l'appui
unique des Etats ; de ces cérémonies dont
notre goût S,Cft.si sort éloigné,,mais daat
la plupart tendent à maintenirl'équilibre
, ou la subordination dans les conditions
, à cimenter la fidélité dans les
engagemens, & à les précautionner contre
la fraude & l'artifice, il remarque des
traits de la sagesse Romaine, des maximes
de politique qui font encore partie
de l'administration publique, & le fondement
des loix qui assurent l'Etat & la
fortune des François.
Qu'il life les Coûtumes,les Ordonnances
de nos Rois qui sonten vigueur,
les décisions des Cours Souveraines,il
estintéressé par la découverte des motifs
qui ont porté à déroger,tantôt aux loix
établies & tantôt à les abroger enrierement
parl'examendesobies qui ont
échappé à la prévoyance des Législateurs
qui ont précédé, & par le détail même
des abus qui ont occasionné de nouvelles
dispositions.
Ainsi l'éleve des loix après un assez
court espace de tems jouit des travaux
finis des grands hommes, &participe à
leur esprit & à leur raient,biendifferent
de ces hommes à qui peu de loix paroissent
assez fages,& auez. clairement conçues
, pour ne pas présenter plusieurs faces.
qui en rendent l'application arbitraire,
& trompent la plus exacte pénétraronne
,le charme & ne les séduit pas,il
n'éprouve point cette folle joie, cette,
yvressequiest le partage des géniesmédiocres,
mais la réflexion & le sentiment
par un accord merveilleux fc confondent
pourlui procurer une volupté complette.
Du Barreau il passe dans les Cabinets
des Avocats célébres,habiles à diriger 1er
goût, où la confiance & l'estime l'appellant,
il trace l'histoire de ces contestations
intéressantes qui partagent les opinions,
il démêle les rapports qu'il a obà
servés entre l'autorité desloix&lapuissance
de l'éloquence; il développe les
objections élevées contre le parti qu'il a
pris: comme ses raisonnemens sont exaéb
& compassés, ils leur accordent un accueil
favorable, dont on mesure le prix
sur l'étendue de la lumiere : c'estainsi
qu'il prélude aux combats & aux succès
de la plaidoirie. Ils arri vent ces tems où
l'Avocatdescend en lice au Barreau. La
Public qui le voit paroître sur ce Théa
tre »
le fuit, pour dire, de tous ses yeux ,
momens critiques & dangereuxpour
la réputation
,
mais comme il n'a rien
négligé de ce qui prépare sa carriere, il
y entre avec dignité, & le public satisfait
forme des présages heureux sur foa.
jjhiftratioiu
On rappelle ici les louanges qui couronnent
ses premiers travaux, louanges
précieuses qui partent des Magistrats refpectables,
qui dans leurs éloges ne lui
refusent point cette justice dont ils sont
redevables à tous; louanges non suspectes
de ses Confreres qui le regardent £omme
un membre propre à soutenir le poids
de leurs travaux & l'honneur de l'Ordre ;
louangesdélicieuses de la part d'une troupe
d'amis ou d'une famille, qui envisagent
l'accomplissement de leurs voetixi louanges qui prévalent aux acclamations
del'ancienne Rome.
Je ne me fixe point sur cette saison,
qui sans être obscure chez l'Avocat, a
fait place à cette saisonlumineuse, dont
on ne peut donner une idée aÍfez magnifique.
Je vois les momens où il doit développer
unecause au Barreauanticipée par les
voeux: sçaiton qu'on n'attend point inutilement
des auditeurs nombreux; des
auditeurs intelligens comme immobiles &
suspendus à la bouche reçoivent ses oracles.
Je serois infini si je voulois vous le dépeindre
danslacarriere du Barreau prenant
un ascendant sur les matieres qui semblent
devoirl'accabler, & les subjuguant ; l'état
le siécled'Auguste. Le Maître,Patru Erad, Gillet, Terrasson , , Cochin feront à
jamais sa gloire.
Le Maître
,
supérieur à tous ceux qui
l'ont précédé,lute sans celTe contre le£
défauts de son tems ,
il est comme le restaurateur
de son Art,& s'il échoue contre
les écueils, le grand homme ne s'éclipse
jamais. Patru pluscorrect, annonce
mieux le goût, il polir adroirement tous
les matériaux qu'il employe
, & il use des
dépouilles des anciens,comme d'un bien
qui lui appartient. Erad ne manque point
les impressions qu'il veut faire naître;
Gillet abondant,inimitable dans les portraits
qu'il frappe, ne laisse à désirer
,qu'un peu plus d'égalité.Terrasson attache
,plaît jusques dans ses négligences
& Cochin semble formé de l'ame de De
mosthene & de celle de Ciceron.
Les ouvrages de ces fameux Auteurs
réveillent dans l'éleve de l'éloquence l'idée
sublime de toute l'excellence de sots
origine, lui apprennent ta puissance de
l'homme, & lui donnent un pressentiment
de ses propres forces; si la sçavante
antiquitéattire son admiration ,nos François
captivent son goût, en lui offrant
des fruits nés dans le climat, fruits conformes
à son génie qui le.font. savourez
agréablement, fruits d'autant plus exquis,
qu'ils ne lui laissent point lieu de douter
que sa Nation, & son siécle même ne
puissentfaire éclore des chef-d'oeuvres
d'éloquence;une nouvelle ardeur l'enflam-
Dle, il est épris dudésir impatient de s'instruire
des effetsqueproduisentau grand
jour dans les autres hommes,ces ouvrages
qui ont sçû dans la retraite exciter les.
étincelles du feu qu'il porte au-dedans de
lui même, & qui cherche à s'élancer, (OB
empressement le conduit au Barreau.
L'éloquence y parle par la bouche de
nos Maîtres,de concert avec la Science
des loix
,
elle ne (eise de se produire sous
differentes formes; ici elle aime à se cac
her ,pour ne remplir que des intérêts
qu'elle défend;là ,elle adopte les nuances
8c la variété des couleurs, & tantôt
elle exprime aux passions les grands ressorts
du coeur humain, & pour en triompher
tlie use de toutes ses armes.
On ne peut concevoir un plus beau
spectacle
, pour un homme qui a réuni
à l'étude des loix la méditation de nos
véritables modèles d'éloquence. Quelle
fijccclfion continuelle d'idées! leur rapidité
fuir la rapidité de l'Orateur; mille
objets se présentent avec leur parure &
leurs ornemens, La pompe qui lesenvironne
,le charme & ne les séduit pas,il
n'éprouve point cette folle joie
, cette'
yvresse qui est le partage des génies médiocres,
mais la réflexion & le sentiment
par un accord merveilleux se confondent
pourlui procurer une volupté complette.
Du Barreau il passe dans les Cabinets
des Avocatscélébres,habiles à diriger le
goût, où la confiance & l'estimel'appellant,
il trace l'histoire de ces contestations
intéressantes qui partagent les opinions
, il démêle les rapports qu'il a obi
servés entre l'autorité desloix&lapuissance
de l'éloquence; il développe les
objections élevées contre le parti qu'il a
pris: comme ses raisonnemens sfont exatb
& compassées,ils leur accordent un accueil
favorable, dont on mesure le prix
sur l'étendue de la lumiere : c'estainsi
qu'il prélude aux combats & aux succès
de la plaidoirie. Ils arrivent ces tems où
l'Avocatdescend en lice au Barreau. Ls
Public qui le voit paroître sur ce Théatre
,le suit, pour dire, de tous ses yeux :
momens critiques & dangereuxpour
la répurarion
,
mais comme il n'a rien
négligé de ce qui prépare sa carriere, il
y entre avec dignité,& le public satisfait
forme des présages heureux sur son
illustration.
, On rappelle ici les louanges qui couronnent
ses premiers travaux, louanges
précieuses qui partent des Magistrats respectables
, qui dans leurs éloges ne lui
refusent point cette justice dont ils sont
redevables à tous; louanges non suspectes
de ses Confreres qui le regardent comtne
un membre propre à soutenir le poids
de leurs travaux & l'honneur de l'Ordre ;
louanges délicieuses de la part d'une troupe
d'amis ou d'une famille, qui envisagent
l'accomplissement de leurs voeux;
louanges qui prévalent aux acclamations
de l'ancienne Rome.
Je ne me fixe point sur cette saison,
.qi sans être obscure chez l'Avocat, a
fait place à cette saison lumineuse, donc
on ne peut donner une idée assez magni- fique.
Je vois les momens où il doit développer
unecause au Barreauanticipée par les
voeux:sçait-on qu'on n'attend point inutilement
des auditeurs nombreux; des
auditeurs intelligens comme immobiles 6c
suspendus à la bouche reçoivent ses oracles.
Je serois infini (î je voulois vous le dépeindre
dans lacarriere du Barreau prenant
un ascendant sur les matieres qui semblent
devoirl'accabler, & les subjuguant ; iécac
des ciroyens assuré contre les efforts de-sa
malignité qui étouffe la voix de la natu- J
re, où l'imposture impatiente de son obs- ¡
curité
,
contrainte de rendre les armes,
la vertu flétrie, vengée des attentats du
crime, malgré le crédtt, l'opulence, qui
semblent se mettre à l'abri du glaive des
loix, le foudre de l'exhérédation anéanti
dans les mains d'un pere injuste, le fils
rebelle prêt à deshonorer l'éclat de son
nom par une alliance honteuse
,
fixé, réduit
au devoir;l'épouse protégée contre j
les injustices & les violences de l'époux,
l'épouse bizarre & capricieusesoumiseà
la puissance. maritale, les biens consacrés
à Dieu, les biens destinés à l'entretien de
son culte & de les ministres mis hors d'infuite;
voila des ex quisses de ses exploits
& de ses triomphes.
Les trésors de l'opulence, la pompe
qui suit les titres & les dignités, l'éclat
mêmedudiadême ne doivent point enrrer
en parallele avec l'empire absolu qu'il
éxerce sur les esprits & sur les coeurs, en
contribuant avec une compagnie de Magistrats
sçavans au bien de l'équité & de
lajustice.
Le hazard peut donner les richesses,
la faveur distribue souvent les dignités,
le choix populaire ou des Grands, les
;
droits de la naissance ou l'usurpation forment
un Souverain; maisl'Avocat obtient
: ses victoires, Se n'enchaîne les volontés
- que par la superiorité de ses talens.
Il
Cependant sa gloire ne ic> borne point
à celle qu'il moissonne dans l'éclat de la
plaidoirie, il est pour lui un genre de
gloire pluspaisible;loin des agitations du
Barreau,qu'on leconsidére dans le réduit
du cabinet, il n'y est point soutenu par
le concours d'Auditeurs qui donne de l'te.
for & de l'expression aux pensées, mais
ses productions ne font pas moins un objet
digne de l'examen
,
il est sage & éxact
dans la distribution
,
il a placé ses preuves
à propos, sesraisonnemens font frappans
& solides
,
ses sentimens nobles 3c élevés,
ses figures variées & naturelles, son stile
neuf & énergique, ses tours fins & délicats
; en un mot, il a mis en oeuvre avec
un art merveilleux, ce qui peut être utile
à la matiere qu'il traite. Tandis que Thémis
rejette avec mépris le stile trop leché,
les tours dérobés au Roman, & les ajusmensétrangers
qui ne parent point, mais
qui éblouissent la raison : ces doctes écrits
lui attirent non- seulement l'admiration
de ses compatriotes, par tout où le E?ieu
w
du goût a des autels
,
ils vont lui acquerir
des suffrages dans leslieux les plus éloignés.
Dela cette confiance générale qui la maison de cet homme célébre est
cesse remplie de personnes de tous états, de toutes les conditions. De
que côté qu'il tourne les yeux, illes
ne sur un peuple d'hommes qui s'empre
Íe'nt de lui confier leurs interêts
, ou
d'hommes protégés dont il reçoit des témoignages
non équivoques de reconnoissance.
Le tems qui affoiblit tout ne ternit
point l'éclat dont il jouit dans le déclin
de l'âge, l'obscurité du soir n'éfface point
le brillant de son midi. Cesse-t-il en efset
de prêter sa plume aux contestations
qui se terminent dans le secret des Tribunaux,
le Public lui érige un tribunal domestique
, de-la il met en usage toutes les
lumieres que donne l'expérience unie à la
capacité. Tantôt il balance
,
il discute les
différens qui doivent être terminés par
des jugemens, & quoiqu'iln'ait pas de
même que les Juriconfultes Romains
,
la
puissance législative, comme il est en
possession de la prudence & de la maturité
qui font les bonnes loix
,
il annonce
& il prévient les oracles de Ja justice ,
tantôt il desarme la discorde & la haine
en réunissant les efprirS) il établit le regne
de la paix dans les familles qui lui
sont
sont souvent redevables de leur élévation puisque , la division eût étouffé les efforts
qui procurent les succès.
Ce quine contribue pas moins à occuper
& à embellir les dernieres années de
l'Avocat
,
il forme une troupe de jeunes
éleves dans la science du Barreau , le
souvenir des secours puissans, qu'il a reçus
de ceux à qui il a succédé,l'amour de
l'ordre excite son zele; par des moyens
faciles & (ûrs il applanit la route qui mene
a la perfection, & il leur donne les
principes d'une nouvelle vie, sans comparaisonpins
précieuse que celle qu'ils
ont reçu de leur pere.
Je ne parle point des secours qu'il peut
préparer à la postérité dans des Livres
utiles, dont il est l'auteur oa l'interprete :
n'estce pas encore dans l'âge avancé qu'il
dispenseauPublic ces monumens si estimables
de son amour peur la patrie, ou
qu'il y met le dernier sceau de la critique ?
Concluons donc que le sort de l'Avocat
l'emporte sur le fort de Titus
,
les délices
du genre humain ; l'un soupire la
perte d'un jour écoulésansbienfaits, l'autre
a toujours l'heureux pouvoir de faire
du bien & de rendre des services importans
à la societé.
On dit cependant que l'Avocat immole
les jours aux attraits d'une gloirequile
féduir, qu'il renonce aux délices de la fociecé
pour dessuccès incertains ou trop
lents, que dans le brillant de son éclat,
il ne cesse d'être aux prises avec les passions
si contraires à la vériré & à la vertu
, & qu'un nom célèbre lui suscite des
envieux
,
qui par des trames secrettes,
travaillent continuellement à l'obscurcir.
Il est vrai que ce n'est pas sans un travail
constamment assidu que l'Avocat se
distingue,Se que ce travail est incompatible
avec la dissipation qui n'a d'autre emploi
que celui de figurer; mais outre qu'il
a des charmes, il n'enleve point aux douceurs
de la societé : l'homme prudent sçait
économiser le tems ,
& il réserve des mo
mens pour cultiver les vertus civiles.
On convient que tous ceux qui entrent
dans la carrier. du Barreau, ne la parcourent
pas avec gloire, que plusieurs
expolés au grand-jour se couvrent d'un
opprobre éternel, s'ils ne font une prompte
retraite; mais ces hommes n'ont point
consulté leurs forces, & n'onrpoint mesuré
la hauteur & l'elévation de leur prosession;
la gloire qui l'accompagne ne se
trouve point dans l'absence des talens
& n'est point due à une imprudente t-cmé.
rité.
Les véritables succès ne font ni précipités
ni trop lents, des succès prématurés
inspireroient une confiance & une présomption
propres a faire secouer le joug
du travail; il n'est pas. moins rare qu'un
homme obscur, inconnu dans la maturité
des années, s'illustre dans un âgeavancé,
il ne peut communément se produire
au Barreau, qu'il n'éprouve le fiel amer
de la satyre ou une compassion plus flétrissante
encore.
Il faut avouer encore que l'Avocat est
comme investi des passions desautres hommes
, & que les passions cherchent à
érouffer la vérité, ôc à porter des coups
violens à la vertu; mais le pilote qui par
sa manoeuvre rend inutiles les efforts des
flots mutinés, jouit du calmeavec des
plaisirs inconnus avant l'orage; mais le
Médecin qui fait couler la santé dans le
fein d'un moribond qui attend le coup fatal
, trouve dans le succès de sa prudence
des douceurs qui surpassent ses soins.
Qui peur nier que l'amour propre consterné
par les talens supérieurs, cherche à
se venger par les voyes les plus injustes
de l'empire qu'ils lui enlevent? Rien de
semblable néanmoins n'est à craindre pour
l'A vocat ; l'envie qui trouble le repos des
hommes illustres n'altére point le sien,
les jours s'ecoulent tranquilement à l'abri
de la justice, sa gloire ne descend point
avec lui au tombeau, & la reconnoissanceexige
dans les coeurs des trophées à sa
mémoire qui la rendent recommandable.
On a comparé il y a long-tems, la milice
guerriere avec la milice du Barreau;mais
on ne s'occupe du Héros qu'avec une horreur
secrette, & quelle différence ne meton
pas entre un Alexandre ou un Charles
XII. & un Démosthênes ou un Cochin.
C'est donc une vérité intimequ'on conreste
, parce qu'on ne la sent point, lorsqu'on
attaque la professïon d'A vocat ; ne
soyons point surpris au contraire, si on voit
tant de grands hommes dans cette professîon
s'élever du sein des travaux,les dominer
& tempérer a leur gré les passions qui
ravagent la societé; les plaisirsqu'offre
leur carricre ont des appas auxquels ne
resistent point la force de l'esprit
,
la vi vacité
de l'imagination,lanoblessedans le
coeur & dans les fenrimens : je porte mes
vûes dans l'avenir, la nature produira
toujours de grands hommes, & il y aura
toujours defameux Avocats.
O D E
SUR LASOLITUDE.
A Madame de L., par M. de Laforgue*
EEfroi
des sots
, amour du sage,
Source fertile du bonheur,
Où, libre de tout esclavage,
Je jouis en paix de mon coeur;
Toi, dont les portes font fermées
Aux mains au crime accoutumées
,
Solitude, séjour charmant,
Malgré ton attrait qui m'inspire ,
De la douceur de ton empire,
Puis-jepeindre l'enchantement?
«o
Non, dans ma retraite profonde,
Heureux,riche de mes amis,
Desuiens,ni de l'éclat du monde,
Mes yeux ne font point éblouis.
La crainte, les pâles allarmes
,
L'ennui,le désespoir, les larmes,
Habitent les lambris dorés.
Exempt desoins, d'inquiétude,
Tous mesjouis. danslasolitude,
Par les plaisirs font entourés.
~3S~
La, mes travers font mes viftimes,
Je les immole aux sentimens.
L'oisiveté, mere des crimes,
N'y souille aucun de mes momens.
Je lis, j'occupe mon génie
D'une simple philosophie
,
Libre du sasse de Zenon
,
Mes yeux fixésàsa lumiere,
Me font marcher dans ma carriere
Sur les traces de la raison.
**SSX«
Aux devoirs ou le sort m'appelle
Mon coeur est constâmment lié;
Si j'ypouvoisêtreinfidele,
Je ferois trop humilié.
Privé d'esperance& de crainte,
Pensant tout haut, je vis sans feinte
Esclave des Loix de l'honneur,
L'ambition m'est étrangère :
Si quelquesois je cherche à plaire;
Je luis la pente de mon coeur.
Horace, Virgile, Montagne
Sénéque, Pline avéc Newton,
chaulieu que Malherbe accompagne
Acôté deSaintEvremond,
Tendres,délicates, légeres,
Les Ville-Dieux,les Deshoulieres
Gresles, ce chantre harmonieux ;
Despréaux, Corneille,Racine,
Sontavec l'amant de Corine(A ),
Mes amis, mes maîtres
, mes Dieux.
Ainsi que l'éxige Tibule (b),
Je m'y suis seul un monde entier.
J'y vois le vrai, le ridicule;
Sans suivre le mauvais sentier.
De son propre prix idolâtre,
L'homme à mes yeux est un théâtre ( c)
Où mon audace ose monter.
A moi tout en lui me rappelle:
Je m'étudie à cemodele ;
Et j'apprends à me respecter ( d ).
TVAJVVT
J'y traîne l'univers docile,
(a) Ovide.
(b) InJolisfit tibi turbalocis. Tibul. liv. 4. Elég;
13.
( c ) S- attsmagnumalter alteri theatrumsumus
Senec. Epit. 7.
( d) Rarum est enim utsatissequisquevereatur,
Tereut. Adelph. act. 1. sec. 1.
Les hommes,lesrems& les lieux.
Mon esprit d'une course agile,
Y vole de la terre aux cieux.
Je pénétre dans lanature:
Tout m'enchante, tout me raffine ;
En cherchant à l'approfondir,
Un nouveau jour pour moi se leve ;
Mon ét,e à sa lueur s'acheve :
jc sens mon ame s'aggrandir. -t
Oui, toujours la retraite, Arainte,
A de nouveaux attraits pour moi ;
Câline les excès de ta craince
)
J'y deviens plus digne de toi.
Souvent en un péril extrême,
Rome vola loin d'eitemême
,
,Y chercher ces Cincinnatus
,
Qui retournoient dans leur afile ,
Après avoir fauve leur Ville,
uivre leurs premieresvertus.
LETTRE
A M. LE C. DES.
SUR L'INVENTEUR DE l'Imprimerie L Amour que vous avez pour les Sciences
& les Arts, vous fait approfondir
, Monsieur, tout ce qui peut y avoir
rapport. Dans la derniere convcrfation
que nous eûmes ensemble sur l'Imprimerie
, & à propos de la Lettre infcrée dans
le Mercure du deuxième Volume de Décembre
dernier laquelle rouie sur ce lujet,
& d'une façon qui pouvoir vous satisfaire
, vous vouliez, absolument que je
vous déterminaile le nom de l'inventeur,
la Ville qui servit de berceau à ce bel
Arc, 6c l'année qui vie éclore un jour si
beau & si nouveau ; je ne pus farisfaire sur
le champ à tant de demandes, mais j'ai
étudiélamariere, & je vous envoye le
refulrat de mon étude,.
L'on peut jouir & l'on jouit effc&ivem:
nt de beaucoup de biens sans en connoitre
l'origine. Les sources du Nil font.
encore inconnues, & ce Fleuve néanmoins
engraisse & enrichit 1er. vastes pays, del'Egypte.Cependant
,
Monsieur, je
vais tacher de répondre a ce que vous défirez
de moi. Permettez que j'encre dans
quelques légeres discussions quej'abrégerai,
& que j'appuyerai le mieux qu'il me
fera possible.
Plusieurs Villes se vantenr d'avoir été
la patrie d'Homere ; ici trois Villes se
disputent l'honneur d'avoir été le berceau
de l'Imprimerie:chacune cite les époques,
chacune nomme un inventeur. Démêlons
les preuves de chacune, & tâchons de tirer
la vérité de la poussiere des chroniques
& des titresanciens:plaidons de bonnefoi,
pour chacune d'elles en particulier.
I. Harlem, ville de Hollande vient
la premiere sur les rangs; elle proclame
un Laurent Coderpour le véritable inventeur
de l'art Typographique. Laurent
Coster a pour lui les témoignages de
Junius, de Schriverius, deBofchornius
$c de beaucoup d'autresécrivains; outre
cela deux Inscriptions que l'on voit
encore ,
apposées à la maisondeCoster
fous son portrait, semblent devoir assurer
incontetfablement a Harlem,la gloire
de la découverte.
II. Autre prétention formée par la visse
de Strsfbourg & sourenue par Jacques
ivlentel & le P. Jacob Carme, appuyés d'une
très-ancienne chronique de ladite Ville
qui dit effectivement que l'Imprimerie
fut inventée par Jean Menter, citoyen de
la ville de Strasbourg, lequel joignit à
son titre de Chevalier d'autres titres plut
glorieux encore, que ladire Ville lui donna
en considération decetre découverte.
III. Mayence vient ensuite après, &
munie pour le moins d'autant de preuves.
que les deux autres ,
elle revendiquehautement
l'honneur de la découverte pour
un de ses citoyens, & elle le nomme Jean
Guttemberg.
IV. Enfin des Auteurs * viennent impi
toyablement renverser toutes ces autorirés,
& soutiennent qu'aucun en Europe ne
fut l'inventeur de l'Imprimerie,que cet
Art étoit depuis long-tems en vogue à la
Chine: & qu'il en sur apporté des productions
par des marchands François qui
trafiquaientdanscePays-là,lefqueisvenant
en l'Arabie heureuse, passerent li
mer rouge, allèrent ensuite en Russie &
Moscovie,oùils laisserent des Livres.
imprimés à la Chine, en caracteres du
P.) ys, &que les Livres ayantété portés
en Allemagne, vinrent à la connoissance
de Guttemberg, & lui servirent d'éxemple
pour les imiter, & pour monter des
caractères.
* Histoire de laXhiae- pal: MicbeiBaltdirle
L..I1"CWC.
Voici ce que je réponds aux prétentions
de chacune de ces Villes.
I. Je dis à Harlem qu'il lui est naturel
d'attribuer par des inscri ptions, l'honneur
d'une si belle découverte à un de ses citoyens
: que les Auteurs qui veulent concourir
avec elle pour assurer la gloire de ce
psirbélteesndu inventeur, sontaussi peu admisqu'elle
, étant tous Hollandois : que
les deux inscriptions, monumens si autentiques
pour la vérité d'un tel fait, varient
sur l'époque de l'évenement; l'une
datant de 1430 & l'autre de 1440; qu'en-
:fin il est confiant que l'Imprimerie ne s'établitchez
elle qu'en 1459, encore futce
par le ministere de Guttemberg
,
qui
s'y étoit transporté
,
& le premier Livre
quienfortic ne parut qu'en 1484, tandis
qu'en 1457 nous en avons déjà un de Mayence
,
qui produisit encore avant Harlem
plus de vingt ouvrages, dont dix-sept
in- folio.
II. le réponds à Strasbourg
,
à Jacob
Carme & à Jacques Mentel
, que la chronique
qui fait tour le fond de leurs preuves
avance un fait faux, en dilant que
Gensfleich, domestique de Menrel avoic
,,
été puni par la justice de la perte de Ces
yeux, pour avoir enlevé à son maître le secreten
question : & des contemporains afsurent
au contraire,que ce Genssteich ne
devint aveugle que de vieillesse. Quel
fonds faire sur un pareil monument, qui
semble cependant devoir être décisif sur
l'article. Je dis à Jacques Mentel, qui a
composé exprès un Traité in-4°. pour assurer
à Jean Mentel cet honneur équivoque
, qu'étant un des descendans de ce
prérendu inventeur, il n'est nullement
recevable à être cru sur sa parole. L'amour
que l'on a pour ses ancêtres.n'eff-il pas
capable de faire altérer la vérité l Quand,
à ce P. Jacob, Carme, sa liaison étroite
avec Jacques Mentel, a droit de faire regarder
tout ce qu'il dit en faveur de Jean
Mentel comme un service d'ami, plutôt
que comme un hommage rendu à la vérité
des faits ; mais - pour couper court, si
Strasbourg est. véritablement le berceau de
l'Imprimerie, qu'elle nous en montre
donc les productions avant lesautres Villes
: & c'est ce qu'elle ne fait pas. Nous
n'en voyonssortir de chez elle qu'en 147 1;
ç'est à-dire, trente & un an après l'époque
fixée par la chronique citéeavectant
d'emphase, tandis que plus de douze Vil.
„ les faisoient voir les productions decet Art établi chez elles.
III. Vous avez déjàdeviné que c'est à
Mayence à qui je vais donner gain de eau?.-
se, & vous avez deviné juste. Cette Ville
réunit tous les suffrages & les moins
équivoques. L'Inventeur qu'elle réclame,
Guttemberg, a en sa saveur une foule
d'Auteurs même étrangers, & le plus
grand nombre de témoignages, qui tous
disent que Guttemberg inventa réellement
l'art d'imprimer; mais qu'ayant dépensé
une grande partie de son bien pour
perfectionner sa découverte,& se voyant
prêt de succomber à la dépense & aux difficultés
immenses & continuelles,plutôt
que de voir échouer tous ses devins, s'associa
pour le conseil & la dépense, Jean
Faust ou Fust, aussi citoyen de Mayence;
qu'ainsi réunis, ils se trouvèrent en état
d'avancer & de terminer les ouvrages commencés,
lorsque Pierre Sc heffer, ouvrier &
dépendant des deux autres , ayant inventé
l'art de fondre des caractères devint leur
associé & mêmegendre du fecoud. Voila
des faits qui établirent & qui assurent incontestablement
à Guttemberg l'honneur
de l'invention de l'Imprimerie, & tous
ces fais font appuyés par des faits encoreplus
graves, i*. Toutes les premieres impressions
font de Mayence; cette Villeposséda
jusqu'en 1465la gloire d'imprimer
feule. 2°. Tous ces Livres portent les,
noms )
il est vrai, de Faust & de SchefEci: ,
& non de Guttemberg ; parce que celuici
ent une alrercarion avec Faust & Schetfer
qui fit rompre cette societé en 1475 ,
c'est-à dire, deux ans avant que le premier
Livre parût encore, & ce fait est artesté
par un acte Juridique, daté du six
Novembre1455,lequel se lit encore aujourd'hui
sur le dossierou plumitif.
IV. Enfin je réponds pour n'avoir rief}.
à me reproch er , aux Auteurs qui veulent
que les Chinois ayent inventé l'Imprimerie.
1°. Que cet Art ne s'opéroit chez eux,
comme il s'opere encore aujourd'hui ;
que sur des planches de bois; & qu'en ce
cas, les Chinoisn'auroient tout au plus
inventé que l'accessoire, au lieu que les
Européens ont découvert 3c perfectionné
la choie même, c'està-dire, l'art de composer
des Livres avec des caractères mobiles.
z*. Que ces Marchandsvenus de la
Chine font tout-à-fait supposés. Personnene
passa de la Chine en ces Pays que longtems
après la découverte de l'I mprimerie.
3°. Que ces Livresimprimés à la Chine&
apportés en ces Pays,n'éroient pas plus,
capables de fournir l'idée de l'Imprimerie
que les manuscrits que l'on avoir en foule
; rien ne ressemblant mieux à l'écriture
que la production de l'Imprimerie: à la
bonneheure ¡.Íi L'on eût apporté des planches
en bois. 411. Quand cette opinion seroit
aussi sûre qu'elle est douteuse
, on
peut bien s'imaginer que les Chinois ayent
inventé l'art de graver sur bois & les Européens
de même. Dans la vaste étendue
de l'Univers une découverte peut bien se
faire chez deux Peuples différens
,
sans;
que l'un la doive à l'autre..
De tout cecije conc lus,
1°. Que suivant le système du plusgrand
nombre
, les premieres idées de l'art de
l'Imprimerie vinrent vers l'an 1443i mais
que la premiere production en lettres mobiles
ne parut qu'en 1457 : ces dix-sept années
ayant été employées àfaire plusieurs
essais & tentatives de différentes sortes
de caracteres, dabord sur des planches de
bois, ensuite sur des caracteres mobiles.
2°. Que Guttemberg sur le véritable
Inventeur de l'Imprimerie. Que Faust &
Scheffer ne furent que les associés : qu'ils
ne resterent seuls les maîtres de l'Imprimerie
qu'après la séparation de Guttemberg
, qui s'en alla porter ailleurs son secret
inconnu avant lui.
3°. Que Mayence est véritablement le
berceau de l'Imprimerie, ayant été même
pendant un tems feule à imprimer.
le fuis, votre,&c. A. M.L.
LETTRE
ENVERS,
A M. DE MAL*
O
Ui je cédois en imbeciile,
Quand vous m'avez cru courageux ;
Mon coeur trop tendre & trop facile
M'a souvent rendu malheureux.
J'aimois, j'adorois la sagesse
Dont la voix condamnoit mes feux,
Je gémissois de mafoiblesse
,
Et formois malgré moi de pitoyables voeux.
C'est ainsi que dans ma jeunesse
Subjugué par la passion
,
J'attendois mon bonheur d'une fougueuse yvresse
Détestant son illusion.
A cet aveu qui m'humilie,
Connoissez ma sincérité,
Avec la même vérité.
Je vous proteste encor qu'abjurant ma folie,
J' écarte le voile enchanté,
Qui tint mon ame ensevelie
Dans une triste obscurité :
Ma raison n'est plus avilie
Par le déffaut de liberté,
Elle reprend sa force & son activité.
Dans ce nouveau jour qui m'éclaire
Ne me soupçonnez plus d'insipides projet;
Avec un CJXC auteur de toute la misere
Qui cause aujourd'hui mes regret
J'en craindrois même le succès.
Son éternel enfantillage
Engourdit le bon sens, rallentit sesprogrès ;
Le frivole est son appanage ,
De tout temsil fit son partage
D'un cercle de minces objets ;
Un ruban, un ponpon, une robe, une juppe,
Un équipage leste, un bijou bien monté,
Sont les fatras dont il occupe
Sa puerile oisiveté.
Veut-il du jugement affecter l'apparence;
Un Vaudeville, une Romance,
Une brochure, un Opera
Seront les sujets d'imporrance
Que d'un style profond il analysera.
Quittez les Romans,la Musique,
Parlez ou morale ou Physique,
Une belle s'endormira,
Ou répandra sur vous son fiel & sa critique.
Auprès de ce sexe amusant,
Osez être un homme pensant,
Vous serez un sot personnage ;
J'en atteste lepersiflage ;
A quiconque en est partisan.
Je ne pourrois donc plus, je neveut pluslqi
plaire,
Huit lustres & mon sérieux ;
Font entre nous une barriere
Qui me met à l'abri d'un écueil dangereux
Mais en brifant d'intimes noeuds
Je ne prétends paeime soustraire
rÀu spectacle brillant dont il charme nos yeux ;
Je veux le voir, je veux l'entendre,
A ses genoux encor je veux jouer le tendre
y
Comme il jouera la dignité,
Le mépris & la majesté,
En recevant mon feint hommage;
J'en rirai sans étre attecté.
Enfin bien résolu de me conserver CageJ
Sans renoncer à lagayté,
J'en veux feulement faite urap
Pour tempérer magravité.
DISCOURS
Prononcé en la Séancepublique dela Société
Royale de Nancy, le 10 Janvier1753.
3 E profite de l'occasion que votre Séance
publique me donne aujourd 'hui , Messîeurs. En me présentant devanr vous,
j'espere un accès favorable; je n'aspire
point à l'honneur de vous être associé;je;
sçais trop à quoi on s'expofercit en voulant
se mettre de niveau avec vous, je ne
viens pas non plus dans le dessein de disputer
des Prix honorables,que vous n'adjugez
qu'à des talens supérieurs. Sans intérêc
& sans partialité
,
je viens, Messieurs,
en qualité de Citoyen, qui n'a eri..
vûe que le bien public, vous féliciter
tous en général & chacun en particulier
de votre zéle pour la Partie; si vous mettez
votre gloire à la servir
,
& si vous envisagez
comme une récompense les avantages
qu'elle retire de vos services, soyez
satisfaits de vous-mêmes, Meissieurs, &
comptez sur la reconnoissance de vos
compatriotes.
L'homme est fait pour la société;la
feule loi naturelle, qui est gravée dans
tons les coeurs, auroit dû
, ce me semble
, réunir tout le genre humain, & de ses
membres differens n'en composer qu'une
mêmefamille ; mais cette loi générale fut
d'abord altérée par la nature dépravée de
l'homme ; cependant l'homme, malgré sa
dépravation, sentit bientôt, à la vue de
sa foiblesse & par l'expérience de ses malheurs
,
la nécessité de vivre avec ses semblables,
des besoins réciproques & des
services mutuelsrapprocherent insensiblement
les esprits & les coeurs ,
les ramenerent
aux vues primitives du Créateur, &
donnerent naissance à plusieurs Sociérés
particulieres
,
(pi, quoique bonnes en elles-
mêmes pour différentes fins, font presque
toutes défectueuses àcertains égards.
Société Politique pour le gouvernement
des Etats ; mais à combien de révolutions
une République n'est elle pas exposée
? Elle porte dans son sein, par la
diversité des caracteres, & par la contrariété
des intérêts, des semences de discorde
& les principes de sa ruine.
Société.Militaire pour ladéfensedes
peuples; mais un Corps d'armée ne se rend
utile que par sa propre destruction
,
& ne
devient célèbre qu'aux dépens de l'humanité.
Société Religieuse pour conserver
,
à
l'abri de la retraite, l'innocence des
moeurs; mais quand même dans les Communautés
les plus serventes, la paix regneroit
sans celle, tourneroit-elle toujours
au profit du Public?
Société de Commerce pourenrichir les
Concitoyens des dépouilles de l'Etranger
-, mais l'industriene s'exerce-t'elle jamaisaupréjudice
de l'équité? Et la cupidité
toujours insatiable,n'employe-t'elle
pas souventsesefforts & ses ressources
pour cimenter l'opulence de quelques
particuliers sur la misére de tout un peu-
Société d'éducation pour l'instruction
de la jeunesse ; mais si dans des Ecoles publiques
& dans les Universités les plus célébres
, on fait à force de tems & de travail
quelques progrès dans les Sciences,y
apprend-on le grand Arr,& les moyens
sûrs d'en faire un bon usage?
Société deplaisir
, pour amuser son oisiveté
& charmer ses ennuis; mais trouvet'on
toujours l'agrémept qu'on va chercher
dans ces assemblées publiques ou particulieres
? La vertu confondue avec le vice
dans celles-là, n'a t'elle ni assauts à essuyer
,
ni dangers à craindre? Et ne voiron
jamais dans celles-ci la haine cachée
fous le masque de l'amitié
, & les noirceurs
delatrahison fous les dehors de la
politesse ?
Société de famille pour perpé1 tuerson
nom, & par l'union des coeurs s'assurer
d'heureux jours; mais si la concorde est
assez rare parmi les freres ; est-il bien rare
de voir les liens les plus chers, les liaisons
les plus tendres, les noeuds les plus intimes
& les plus forts, s'affaiblir par la jalousie
,
se dénouer par l'inconstance, se
rompre par le caprice,& finirparl'indifserence
ou par la perfidie?
Quelle est donc l'espéce de Société qui
pourroitsuppléer ïftix défauts de toutes
les autres, leur servir de modéle
,
leur
donner le ton, devenir souverainement
utile aux hommes,rendre unEtatfloriffant,
procurer sa gloire, perpétuer son
bonheur & ramener dans l'U nivers l'harmonie
8: la paix? Ce seroit celle (à mon
avis) ,
Messieurs, qui réuniroit les Ans,
les Sciences & les Venus.
Vous le sçavez, Meilleurs, le génie est
un des plus beaux dons de la Nature ;
mais s'il est isolé
,
c'est un feu qui se consume
& s'évapore,sans secours pour le
rallumer quand il s'éteint, ou pour le
modérer quand il s'enflamme; c'est un
torrent qui s'élance avec rapidité, & qui
entraîne dans la violence de sa chûte les
choses les plus précieusesavec les plus
communes, qui s'efforce sans cesse de
franchir ce qui est le plus insurmontable,
& de parvenir à ce qui est le plus inaccessible
,
jusqu'à ce qu'enfin il s'ouvre des
voies inconnues pour se répandre, se
précipiter de nouveau,& se perdre sans
retour.
Ne pourroir on mettre aucun frein à
cette iiiipétuocité? Cherc hons, Meilleurs»
un guide au génie pour l'empêcher de s'égarer
; nous le trouverons dans un jugement
sain & réflechi. Oui, Messieurs,
c'estl'accord d'un rit fécond en idées,
en images
,
& d'une raison pure, exempte
de préjugés ? c'est le concert d'une imagiration
vive & brillante, avec un goût
sûr & éclairé, qui peut seul conduire le
génie, lui ouvrir une route assurée
,
le
rappe ller dans ses écarts, le contenir dans
ses bornes, le diriger heureusement dans
sacourse;&voilà l'avantage singulier&
inestimable, le bien infiniment précieux
que procureroit l'érablissementd'une Académie
,
qui feroit composée d'hommes
sçavans & vertueux; & voilà,Messieurs
,
ce qu'on voit réuni dans votre Société .:
Littéraire, où l'on se communique ses lumieres
sans prévention, où l'on se pique "j
d'émulation sans envie, où l'on montre
une
une noble ambition sans orgueil
,
où l'on
renonce à tout amour propre; ou si on
l'écoute,cc n'est qu'en ce qui intéresse
l'honneur de la Compagnie;où l'on se
fait des objections
,
plutôt pour s'instruire
& pour instruire les autres, que pour
l'emporter sur eux & les contredire; où
l'on tire des disputes les plus sérieuses
les concl usions les plus sages , & les avis
les plus salutaires;où la contrariété des
opinions se concilie par une estimeréciproque,
& le sentiment particulier, dénué
de tout intérêt personnel, devient
commun pour servir de leçon & de régle
au Public;où enfin le génie se dévelope
-
par la diversité des lumieres respectives
& le jugement se perfectionne par lacommunicationdes
bons con [cils
,
& Dar le:
concert des sages réflexions;c'est-là
, en
un mot, où toutes les Sciences font cultivées
par les talens, & toutes les vertus
accréditées par les exemples;de façon
que le génie,d'accord avec le jugement
& l'imagination , avec la raison
,
dispose
l'esprit & le coeur auxconnoissances les
plus sublimes, à la morale la plus parfaite
, ramene naturellement l'homme à
l'admiration,a la reconnoissance qu'il
doit à l'Auteur de son être, son principe
& sa fin ; soumet son intelligence à l'au'!
tenticité de la révélation,subordonne sa
volonté à l'autorité des loix
, & rapporte
tout à lagloire du Créateur.
C'est dans ce point de vue, Messieurs
,
que nous prenons plaisir àenvisager
votre établissement,aussi glorieux pour
vous ,
qu'utile à vos Concitoyens ; la
confiance que nous avons en vos lumieres
nous rend attentifs aux jugemens que
vous prononcerez. Sans prétendre à la
gloire de vous imiter, nous nous empres.
serons à vous suivre; vous avez déjà fait
de grands progrès, en excitant l'émulalion
dansceux à qui la Nature a donne
des talens, en inspirant aux autres le désir
d'en avoir, en nous procurant àtousla
satisfaction de les voir éclore, appréciés,
couronnés. Continuez à marcher dans la
carriere brillante qui est ouverte devant
vous; toute la profondeur des Sciences,
tous les secrets des Arts
, toutes les merveilles
de la Nature s'offrent à vos spécularions,
à vos réflexions, à vos expériences
,à vos sçavantes recherches; la matiere
est vaste ,
elle répond à la supériorité
,à la sagacité
,
à la fertilité de vos esprits
,ellesuffit à l'étendue de vos lumieres
,
elle est digne de tous vos efforts,
Combattez l'erreur, l'ignorance, l'oisiveté
; votre Académie est votre champ de
bataille; vos talens font vos armes; votre
zèle nous répond de votre coufélge,&
votre courage vous assure la victoire.
Réunissez de concert toues les diverses
connoinances que vous avez acquises chacun
en particulier; faites-en un tableau
qui rassemble toutes vos idées ; que par le
mêlange & l'assortiment des couleurs,il
représente àtous les yeux,& dans tous les
siécles les traits differens qui vous carattérisent
; qu'il subsiste à jamais comme un
dépôtprécieux que la reconnoissance de
vos Compatriotes transmettraàlapostétiré,
ôf qu'il foit consigné dans les fastes
de votre Patrie, comme un tribut que
vous payez à l'immortalité.,
L'esprit qui vous anime, déja répandu
dans route la Lorraine, nous fera bientôt
recueillir les fruits de vos travaux, &
rien ne nous fera plus agréable que de
voir chaque jour s'accroître vos succès,
que de lire vos ouvrages, que d'applaudir
àvos triomphes,& que d'avoir sans cesse
à vous féliciter de votre constanteapplication
à remplir
, pour votre gloire &e
pour l'utilité publique, les intentions de
votre Fondateur.
Le Discours qu'on vient de lire futremisca*
cheté au Secrétaire de la Société, peu de
tems avant la Séance publique. MM. les
Académiciensn'eurent point de peinea en
reconnaître Auteur, & le P. de Menoux
ayantétéchargé d'enfaire la letlure à
l'Assemblée
,
ditenfutte ces mots:
Permettez-moi
,
Messieurs
,
de vous
communiquer mes conjectures sur l'écrit
que je viens de lire: quoique,de son
propre aveu, l'Anonyme ne foit ni Académicien
ni Artiste, & qu'il n'aspire ni à
nos prix ni à nos éloges; cependant à en
juger par les vûes profondes& les avis
judicieux répandus dans son ouvrage, je
croirois volontiers que cet Auteur, justement
applaudi,a mérité plus d'une fois
d'être couronné; qu'au milieumême d'une
Académie des Sciences, il se seroit
respecter par les plus Sçavans, & pourroit
leur parler en Maître.
Il ne m'est pas permis de le nommer; mais qui peut le méconnoître ici? Qui
dans la Lorraine n'a pas éprouvé ses bienfaits
? Qui dans l'Europe n'a pas entendu
parler de ses vertus? A la tête des armées,
c'étoit un Héros; dans les revers, c'étoit
un Sage; dans la prospérité,c'est un
Philosophe ; dans le Christianisme,c'est
un exemple; aux piedsdesAutels, c'est
un spetacle *,
dans l'Etat, c'est un Citoyen
; dans le commerce de la vie, c'est
un ami; pour le peuple
,
c'est un Pere *, parmi les hommes,c'est un homme; sur
le Trône,c'est un Roi.
Il est beau,Meilleurs, d'écrire comme
César & de gouverner comme Auguste.
VERS
Sur le mariage de M. le Comte de C.,
présentés le jour de tan 175"5, J
Oindre à l'éclat de la naissance,
Et larichesse&les randeu1st
De ses ayeux comblés d'honneur,
Etre l'amour & l'esperance ;
Voir son Roi, lui parler & rencontrer ses yeux ,
Voler en tous lieux sur ses traces,
Dans le séjourcharmant des Grâces,
S'asseoir à la table des Dieux ;
Vivre, en dépit de l'opulence
,
Entre les bras de la Candeur,
Et conserver son innocence
Au sein du plaisir séducteur ;
Unique appui d'un nom illustre
,
Affronter,dèsson second lustre ,
Les dangers & la mort, Bellone & sa fureur;
O favori de la Fortune
,
Que manquoit-il à ton bonheur?
Il manquoit un bien enchanteur;
Des grandeurs l'éclat importune
,
Et laisse un vuide dans le coeur;
On croiroit que des biens l'attrait nous dédommage
,
Mais de ces biens que sert l'usage ,
Si quelqu'un avec nous, Comte,ne les partage.
Sensiblesà nos voeuxardens,
Les Dieux vont te donner une épouse adorable,
Qui fçaura dissiper par ses appas touchans
L'ennui, ce tyran indomptable
Qui nous poursuit& nous accable,
Jusques dans le fein des plaisirs.
Mais laisse reposer ses armes ,
La Paix, l'aimable Paix, verse sur nous ses charmes,
Qu'il est doux d'offrirsesloisirs
De consacrer ses jours au petit Dieu volage;
Que tu vas fixer pourtoujours,
Et de voler dans le bel âge,
Des bras d'un Dieu fier & sauvage;
Dans les bras des tendres Amours!
Que l'hymen en formant cette unioncharmante;
Vouscomble, heureux amans, de sesdonsles
plus beaux,
Qu'une postérité brillante
Nous donne un peuple de Héros,
Qui suivant vos augustes traces,,
5oit comblé de biens & d'honneurs,
Et regne à jamais fut les coeurs ,
Comme vous regnez par les grâces.
De Beaumont.
MEMOIRE
Sur la vie de feu M. Bertrand, Avocat au
Parlement de Bretagne ,
de l'Académie
d'Angers. F Rançois-Seraphique Bertrand naquit
àNantes le 30 Octobre 1702*. Son
pere avec une grande réputation de probité
étoit regardé comme le plus habile
Notaire de la Province; ayant reconnu
dans son fils les dispositions les plus heureuses
; il l'envoya faire sesétudes au Collége
de Pont-le-Voix
,
qui étoit alors sort
florissant. Le jeune Bertrand s'y distingua
par une facilité rare ,
& par une mémoire
extraordinaire. Il fit des progrès rapides,
& il surpassa bientôt tous ses compagnons;
quand il fut un peu avancé dans* ses Classes
, on le fit palier à Paris pour les achever.
Il entra au Collège de Sainte Barbe.
Les Bénédictins de l'Abbaye de Saint
Germaindes-Prez
, 8c principalement le
célébre Dom Vincent le Thuillier
,
prirent
soin de veiller sur sa conduite & sur
ses études,ils lui donnerent des marques
singulieres d'estime & deconfiance. Ces
attentions étoient un peu intéressées
,
ils
avoient dessein de s'attacher un sujet qui
annonçoit tant de mérite; cet empressement
fait également l'éloge de ces Peres
& du jeune éleve. Il parut flatté d'avoir
été souhaité dans une Compagnie recommandable
par la piétéde par l'érudition.
mais il crut que sa liberté étoit un bien
trop précieux pour en faire un sacrifice irrévocable.
Il revint en Bretagne en tyiot
& il se fit recevoirAvocat. Son début au
Barreau lui mérita les applaudissemens de
ses Confreres
,
& il ne tarda pas à se faire
cette grande réputation,dont il a joui
jusqu'à sa mort. Après avoir plaidé pendant
quelques années, les infirmités qui
l'ont assiégé presque toute sa vie,l'obligerent
de se borner aux fonctions du Cabinet.
On venoit de toutes parts le consulter,
& son avis avoit presque toujours
cette autorité souveraine que donne la
supérioritédesconnoissances. La Ville de
Saint-Malo ayant formé il y a quelques
années, le projet ambitieux d'un Port
franc, la Ville de Nantes, à qui ces vûes
n'étoient pas moins funests qu'aux antres
Ports du Royaume, jetta les yeux
sur M. Bertrand pour sa défense. Il eue
été difficile de choisir un Ciroyen plus
zélé & plus capable; la cause sur traitée
avec cette netteté, cette élegance &
cette précision qui n'appartiennent qu'aux
Maîtres de l'Art. Le Comte de Maurepas
dont le témoignage en matiere de Littérature
n'est pas moins respectable qu'en
toute autre, loua hautement le Mémoire
deNantes. Feu M. le Chancelier le lut
aussi, & il en fut si satisfaitqu'il fit proposer
à l'Auteur de s'attacher à lui à des
condirions fort avantageuses. Comme
l'ambition n'entra jamais dans son ame, il remercia M.Daguesseau
, & il fitvaloir
avec empressement le prétexte heureux
que lui foumiffoitlafoiblessede sa santé.
La vie privée lui paroissoit préférable à
tout l'éclat du monde; cependant sa fortune
étoit au-dessous du médiocre, & il
ne pensajamais aux richesses. Son désintéressement
alloit si loin, qu'il regardoit
comme un désagrément de son état d'être
obligé de recevoir les honoraires qui lui
étoient si légitimement dûs.
Sa santés'affoiblit sur la fin de sa vie
,
au point qu'il a passé dans son lit la plus
grande partie de ses dix à douze dernieres
années. Travaillé par des sueurs continuelles
,
condamné à ne prendre d'autres
nourritures que le lait
,
&ce qui lui
paroissoit beaucoup plus rude,ne pouvant
ni écrire ni lire, il n'eût pas résisté,longtems
à un état si triste
,
sans les ressources
qu'il trouva dans les Belles-Lettres, &
dans un fond de gayeté qui ne le quitta
jamais,parce qu'il le devoit à la beauté
de son ame.
Quoiqu'il se fût principalement appliqué
à ce qui pouvoit intéresser sa Profession
, il fut sensible anx charmes de la
Poësie,& il s'exerça dans ce genre avec
succès. Comme il sçavoit par coeur une
bonne partie des Auteurs Classiques
, &
surtout Horace, il s'amusoit à traduire les
Odes de ce grand Poëte en vers François, pendant que les sueurs ne lui laissoient
aucune liberté dans son lit; il en a paru
plusieurs de sa façon dans les ouvrages,
périodiques qui ont été bien reçus du Public.
Il a imité aussi plusieurs Epigrammes
de Martial,& il a fait plusieurs autres
ouvrages de Poësie. Enfin en 1749 ,
cédantaux
instances de ses amis, il fit im-i
primerà Nantes fous le titre de Leyde,
un petit volume,intitulé:Poësies diverses
, avec cette devise
,
Longe folatia morbi,
Ce Recueil estestimable à bien des égards,
& l'on ne sçauroit assez s'étonner cjuç
l'Auteur ait pû travailler les piéces qui le
composent,accablé par des
sueurs
, & par
des expectorations fatigantes & continuelles.
Comme les ouvrages quis'impriment
en Province ont le desagrément de n'être
guéres répandus dans la Capitale
,
il ne
fera peut- être pas hors de propos de donner
ici quelque détail sur celui ci.
L'Auteur débute par une petite Préface
en vers que nous allons copier, pour faire
connoître sa maniere & sa modestie.
Dans un triste loisir
,
à moi même livré,
J'allois périr d'ennui
,
lorsque la Foefie
M'offrit un remède assûré
Contre ce poison de la vie;
Heureux, si ces vers au Lcéter--
Ne donnent pointla maladie,
Dont ils ont sçû guérir l'Auteur.
La premierepiéce du recueil est une
Ode
,
inritulée : l'Ingratitude
, mere de
L'Impiété, adressée à l'Académie d'Angers,
à laquelle l'Auteur venoit d'êtreallocié.
On trouve ensuite quatre Odes d'Horace.
en vers François, parmilesquelles est la
fameuse Epode
, Beatus ille, &c. Dans
une nouvelle édition on pourra augmenter
facilement le nombre de ces rraJuc"
tions.Cet article est suividequatre-vingtonze
Epigrammes imitée de l\'fartiL'),
d'une de Catulle, d'une de Buchanam ;
de cinq de Sangenefius
,
de six d'Owen.
Voici la premiere de Martial.
Lecteur, si vous trouvez ici
Du bon,du mauvais,du passable , Vous êtes un juge équitable ;
Et l'Auteur vous dit grand-merci;
Mais si quelqu'un s'écrie: Ah! si;
Tout le recueil est détestable,
L'Auteur dit qu'il en a menti.
Après ces imitateurs, il y a v ingtdeux
Epigrammes de la façon de l'Auteur,
On trouve ensuite un petit Conte,tiré
du Decameron de Bocace, qui est tout-àfait
sur le bon ton. Personnen'étoit plus
capable de remplacer la Fontaine que notre
Auteur;il sembloit en avoir saisi les
tours, la finesse & la naïveté,mais il
n'étoit pas homme à s'abandonner à un
genre qui ne réussit guére qu'aux dépens
des moeurs;il lui en échappa à la vérité,
quelqu'un dans sa jeunesse
,
mais il eut
la sagesse de ne les point donner àl'impression
, & cette retenue est d'autant plus
louable, que ces piéces font achevées, si
on fait abstraction du genre. Cependant
des amis, peut-être un peu trop faciles à
s'allarmer,le blâmerent d'avoir publié le
Conte dont nous avons parlé. Il n'en fallut
pas davantage pour qu'il se crût COlpable
, & pour faire connoître le repentir
sincere qu'il en avoit; il publia une imitation
du Miserere
,
dans laquelle on reconnoît
la douceur de son caractere
,
&:
le langage d'un coeur vraiementpénitent.
La derniere pièceFrançoise de ce recueil
,
est un remerciement à M. des Forges-
Maillard
,
qui pour fairel'éloge de
l'Auteur qui étoit réduit au lait, lui avoir
retracé le portrait qu'Homere fait des
Galactophages.
Cette piéce cft suivie d'une Traduction
en vers Saphiques de la Chanson de
Rousseau
,
sortez de vos retraites,&c.
& de quatre Fables de la Fontaine mises en
vers lambes.
La pureté
,
la douceur & l'élégance caractérisent
tous les morceaux de ce recueil.
Les piéces Latinessont excellentes.
Phedre qui a servi de modéle
,
auroit pû
les avouer. L'Auteur a enrichi son recueil
déja si précieux, de trois piéces de son
ami. M. Chevair
,
Auditeur Honoraire
de la Chambre des Comptes de Bretagne,
homme également recommandable par
les Belles-Lettres & par la vertu. La premiere
cft une Inscription latine pour l'Isle
Feydean de Nantes, digne de Santeüil ôc
de Sannazar;elle est si belle qu'on Re:
peutresister au plaisir de la copier ici.
XanguebatLigeris vaflia diffufm in alvo
,
PAflperAIJUI.
,
afpecîu ingratus :fedprovida curât
Mms brovii; extemplo contrariaspulchier undat
Vtlvit&tnvifAcumulis mrraturarent.
Çessafuperbarum succedere teé/A domorum.
La seconde est une Traduction Latine.
de l'Eglogue de Rousseau. Ce grand Poëte
en futextrêmement satisfait. Onytrouve
par tout destraits de maître.Voici. un.
morceau qui est un chef-d'oeuvre.
Sed tu tantorum prtreptis ipsèbeatus
Tafiorum,rtofira*, memini, modulttibus aures
MulcehastÙm
,
calamo cum pul/us bianti
Carmina àŸuiaeret digitis modtranùbus der.
Latroisiéme est une Traduction en vers
François,d'une Ode d'Horace.
Les infirmités de M. Bertrand devinrent
si considérables au commencement
de cette année, qu'il s'apperçur bientôt
qu'il ysuccomberoit. Comme il avoitun
grand fond de Religion
,
il se prépara aisément
à attendre la mort. Il continua de
voir sesamis comme auparavant. Tantôt
il les entrerenoit de ses fautes, & il jugeoit
les plus legeres, avec autant de sé-
7ori;é. qu'U avoit d'indulgence pour a;l.
ks des autres. Tantôt illeur parloit de
Littérature avec son goüt & son aisanceordinaire.
Onadmiroit à la fois sa piérét
la facilité de son esprit, & la tranquilité
de son ame. C'est dans cet état que la
mort l'arracha à sa famille & à ses amis
le 15Juillet de cette année,âgé de quarante-
neuf ans huit mois quinze jours.
C'est une véritable perte pour le Barreau
:>-,
pour les Belles-Lettres & pour notre Ville..
Pour faire connoître combien cet illustre
Citoyen a été regretté
,
il suffira de dire
que plusieurs personnes avoient projette
de lui faire faire un Service solemnel avec
une Oraison funébre, C. projet a été
poussé fort-loin, & il auroit cûson exécution
,
si on n'avoit pas confidéré ensuite
que tout cet éclat répugnoit ala grandemodestie
du défunt. On se propose de
réduire la cérémonie àune moindre pompe.
Après un Service rortnmple, on réitéra.
lorailon funèbre en formed'éloge
académique dans une Sale particulière.
Ce morceau intéressera doublement par
la matiere du discours, & par l'habileté
de celui qui l'a traitée. C'est le R. P. Dominique
de l'Euvreüil, ancien Commisfaire
des Recollets,quiégalement rempli,
de science & de vertu, sçait encore assortit:
les agrémens dela belle Littératures
avec les fatigues de son état. M. Chevair
dont nous avons déja parlé, a élevé à la
mémoiredel'illustre défunt un monument
bien honorable pour l'un & pour l'autre.
C'est une épitaphe en ftylc lapidaire, &
nous ne croyons pas pouvoir mieux finir
cette notice qu'en la copiant ici.
HIC. JACET
S. Franciscus. Bertrand Nannetaus
in ftpremâ. Aremoricorum.Cttriâ Patronus.
JMareJcallorum furifdittionis Procurator.
JRegiHS.
Régia. Scientiarum.&.humanitrum Litterarum.
Academia Andegavenfis Socins.
MorIUUS. est.
Jdib. JhUL anno. 1752.
atatis. pttt. 4p.
menses oao. dies
1 5.
dignus. qui. longiore. vità.frueretur'.
7nm. ob.[Ua. in.Remp. Litterarum mérita,
quam. in. urbe. hac. Nttnnetenfi.
mirificè. ornabat C. augebat.
Utrn
,
¡ocie/atis. civilis.gratiâ,
eni.Confiliis. & calamo fno
fient. O".religiofijftma. probitatis exempta.
egregiè. inferviebat.
&. si. [mis. ftbi. &fam. fia.vixit.
»
ob. l hCillenta qn& pojieris reliqnit,
ingénu. fui. monumenta
in. ore. honinum. femper -
ore.hominum. fempsr futurus
qua. patientiâ. vitam p,;orh:I"vim
,
tulit,
dr qua pietate mortem.immaturamaccepte,
rncliorem, in coelo. fibi. vitdm. comparavit , El. benè. precare quifjuis. legis
& , virilités ejus imitare.
P. C.
Amici. jur. ck.trijfîmi.& uxor ,
amantijfma, tnoerentes.
EPITRE
A M. Titan du Tillet. Doù nous vient, cher Titon,ce desirunanime,
Ce vifempressement
,
cetteardeur légitime
Qui nous fait aspirer à d'illustres renoms,
Et nous porte à vouloir éterniser nos noms?
D'où naît ce noble feu, cette puissante flâme ,
Dont la force jamais ne s'éteint dans notre ame î*
Conduit par sa clarté,le Héros aux combats
Pour s'immortaliser affronte le trépas;
Le Poëte poussé d'une divine audace,
Monte près de Virgile au sommet du Parnasse;
L'Avocat à travers un pénible chemin,
Se plaît à protéger la veuve & l'orphelin.
L'espoir d'un nom fameux enfante des merveilles:
C'est la source & le but de nos heureuses veilles.
Toi-même, cher Titon, guidé par ce flambeau t~
Ty sçûs nous présenter unchef-d'oeuvrenouveau
Ton Parnasse François, sur garant de ta gloire
Te place pour jamais au Temple de Mémoire ;
Ton nom sera chéri de la poftériré
.voilà , le vrai chemin de l'immortalité.
Par ce brillant aspect l'équitable Nature,
De nos jours limités prolonge lamesuse;
Ou plutôt, à nos voeux donnant un sort plusbeau
Nous fait-elle survivre audelà du tombeau.
Notre ame désormais libre de la matiere
Se verra sans nuage&vivre toute entiere t
Enveloppée alors de gloire & de vertus,
Sa lumiere croîtra pour ne s'éteindre plus.
Le mérite vivant, poursuivi par l'envie,
En triomphe toujours au fortirde la vie j.
Et sans cesse ici-bas hai persécuté,
N'a de repos qu'au sein de l'immortalité.
Tel au fond des forêts un chêne vénérable,
Présente aux-ouragans sa tête inébranlable;
Sans relâche agité par les vents furieux,
Il braveleur courroux ,
s'élance vers les Cieux.
Oüi, Titon
,
s'élevant au-dessus du vulgaire,
On s'attire bientôt son injuste colere;
Ôa est l'heureux objet de ses cris impuissans,
Et l'on voir s'irriter mille infettes rampans.
Hé! n'ont-ils pas voulu dans leur sombre malice,
Renverser de tes mains le superbeédifice? ute vois au dessus de leurs lâches efforts.
Car les coeurs généreux font enfinles plus forts.
D sublimes mortels, d'une ame courageuse
,
Sçachez voguer au fein d'une mer orageuse;
Le Port vous est ouvert,sçachez-y parvenir ;
Supportez le présent, contemplez l'avenir:
A vos ardens efforts plus les vents font contraires,
Plus grande est votre gloire & vos coursesprof
péres ;
On s'endort aisément sur le calme des flots
,
La tempête fait voir tout l'art des matelots.
De l'insolent Pradon l'audace téméraire,
Entraîne quelque tems un aveugle parterre ;
Mais Racine bientôt par des accens vainqueurs
Sous la loi du génie enchaîne tous les coeurs:
Son triomphe dès-lors éclate davantage;
Sa splendeur tout-à coup dissipe ce nuage:
Il auroiteusans doutd un fort moins glorieux,
S'il ne s'étoit jamais suscité d'envieux.
O mortels malheureux
,
qui jouet de lenvie
Nourrissez dans vos coeurs cette noire furie;
De cee monstre odieux trop fidéles suppôts,
Voyez quel est le fruit de vos honteux complots.
Vous pensez opprimer par d'indignes outrages
Ceux qui m ériteroient votre encens,vos hommages
;
Un grand coeur vous méprise
,
& l'effort dé VOl
coups
Trop foible contre lui rejaillit contre vous ;
De vos propres furcurs vous êtes lcvidime.s¡
Vous ne pouvez l'atteindre en ses essors sublimes;
Il ne vous laisse voir ni foible, ni défaut;
> Voulant Je rabbaifser ,vous l'élevez plus haut,
Telle est de l'envieux la barbare injustice : la richesse d'autrui lui devient un supplice
Furieux il voudrait à force d'attentats
Etouffer les vertus ,les talens qu'il n'a pas.
Les assaurs violens de sa jalouse rage
Nous font chercher un port éloigné de l'orage3
Nous le trouvons enfin ce port tant souhaité,
Le jour que nous volons à l'Immortalité.
L'affreuse envie alors voit finir son empire;
Nous mourons pour renaître ,à jamais elle expire;
D'une telle Mégéreimplacable ennemi,
Cher Titon
,
dans nos coeurs ton regne est affermi,
Ton esprit biensaint,& ton coeur magnanime,
Seront le digne objet d'une éternelle estime;
Nos voeux t'éleveront au rang des immortels:
A de moindre vertus on dresse des Autels.
Les Poëtes gui lé, par leur reconnoissance,
Te feront déformaisl'Apollon dela France.
Hélas !que ne peux-tu , pour combler nos souhaits,
jouir d'un fort si beau sans nous quitter jamais.
Du moins qu'enta fav eur ledestin moins sévére"
Daigne étendre pour toi notre course ordinaire:
Oui, fois long-tems mortel, plein de gloire à nos
yeux;
Hé, laleft-on point assez immortel dans les Cieux
L. Sancy.
LADEFFENSE D'IRIS.
Ntre vous & le Dieu d'Amour,
oridon trouvoit l'autre jour,
ne parfaite ressemblance
; is, je pris votre deffense
,
lui montrai la différence
11e l'on apperçoit à l'instant
grevons &ce jeune enfant.
U311d ce petit Dieu de Cythere;
ui dis-je, veut soumettre un coeur,
our lui c'est une grande affaire,
s'ea va consulter sa mere,
oute son lsle est en rumeur :
fait un bruit épouvantable,
prend son carquois redoutable
choisit parmi tous ses traits
celui dont la pointe cruelle
ourra par sa trempe mortelle
e ceconder dans ses projets;
part, il revient, il s'arrête,
craint, il s'émeut, il tempête.»
Coridon! peux-tu comparer
e Dieu d'amour avec ma belle,
Pour triompher d'un coeur rebelle
Mon Iris n'a qu'à se montrer.
f. De la Cité. Geneve. j
VATRAJNà MlleT.,bfente fut*
compagnie ou étoit l'Auteur.
Je pense à vous, belle Glycère ,
J
Parmi les graces & les ris ; 1
Quelqu'un en seroit-il surpris? î
Les enfansrappellent la mere. 1
Par le même,
Le mot de la premiere Enigmedu Mercure
de Février est l'Ambition. Celui de
< la seconde est le Fourreur. Celui du Logogriphe
est émulation; dans lequel on
trouve mule, Milan
,
Matines, mâtin
3
IImfn , tonneau, Leon, tÏtmm, ut, mi, la , Teno, taon, moule, lion, allin, isle, âne, ;
Latin, Talion, ame, miel, Loi, lime, ami,
aumone,Milton, Mi/ln, Moine, Latium,
& mÂt.
ENIGME.
AUjourd'hui,
Lecteur, je te sers,
quelque tems après je deviens inutile:
outme counoître il est une route facile ; r mon corps est décrit l'ordre de l'Univers ;
e Soleil est mon pere,&jen marque la course ;
paroisen tous lieux du Midijusqu'à 1 Ourse,
annonce le travail
,
j'annonce le repos,
rappelle souvent les hauts faits des Heros:
ans ma forme changeant comme un autre Pro
thée :
Mon regne cependant est de peu de durée,
P. L. M.
LOG0GR1PHE..
)
Ans la societé
,
j'établis mon commerce,
lund quelqu'un tres-diferet,sçaitmemettreà
profit,
'a bon mot, cher Lecteur ,
souvent n'y réuflïc;
Mais si quelque esprit lourd par hasard me ua..
verse
:'d\ , un des vains frondeurs dont la societé
De honte & de mépris
,
sçait couvrir la écrté.
Ces traits font suffisans, mais pour mieux me connoître,
Je t'offrirai d'abord celui qui me fait naître
,
Certain petit vaisseau qu'à table
on voit servir,
Deux endroits qu'en Hyver on garde avec plaisir,
Un gibier fort commun , une ville de France,
Ce qui le plus souvent nous porte à la clémence ,
:
Un Juge qui livra par pur respect humain j
A des peuples cruels leur maître Souverain;
Une rare beauté dans Corinthe connue ,
I
Un aliment très-bon & qui plaît à la vûe,
Ce qu'un chacun recherche avec empressement
Un Saint Pere prêcheur,un fruit, un élément,
L'oiseau le plus voleur & quelqu'autre de proye,
Ce Prince qui causa la destruction de Troye,
Le tribut qu'un Seigneur exige d'un VassalJ
Un Historien fameux, un arbre, un animal,
Ce qui n'est pas commun & dont chacun se pif
que,
Deux sortes de métaux, trois notes de Musique
La femme de Jacob, un Empereur Romain,
Un Pays très-fertile ,:un Royaume voisin
,
Deux fleuves très-connus quisortant de leurs cou*
ches,
Vomissent nuit & jour par tantdiverses bouches
L'orgueil de leurs grands flots dansle sein écumeux
Où mille vont se perdre & s'abimer comme
eux,
Ce
Ce feu dont quelquefois à peine on est le maître,
Ce qui n'éxistepas & qui ne sçauroit être,
Cequ'un sexe charmant veut toujours déguiser.
Finissons
,
cher Lecteur
,
je pourrois t'ennuyer,
Car il estbien douteux qu'un essairéussisse.
Je ne dis plus qu'un mot, une belle faison.
Reconnois-moi, Lecteur, à ce nouvel indice,
Cherche les douze pieds qui composent mon nam.
AVTRGuaErlan.eg
FRuit
de l'imagination
,
Aux plaisirs je dois ma naissance ,
Le déffaut d'occupation,
Souvent même la passion
- Contribue à mon existence.
J'ai des freres sans nombre, & fuis en vogue en
France,
On trouve en moi,Lecteur, certains appas:
Dailleurs je me plaisaux débats.
Etne sçaisamuser gens de ma connoissance,
Que par un genre de combats,
Où souventtel triomphe & se moque tout bas
D'un vaincu qui se plaint & fonge à la vengeance ,
Qui peut bien le moins qu'il y pmre>
Se trouverdamecas.
Eh bien,à ces traies de lumiere,
Lecteur, ne me connois-tupas?
Je vais mieux me montrer, fuis-moi dans la carriere,
Sois attentif: sur- tout prends garde à ma derniere,
Peut être tu m'y trouveras.
Vois d'abord quatre Chefs, vois six fqis huit soldats
,
Dont quatre toujours inutiles,
Souvent des chefs les plus habiles,
Font le principal embarras.
Vois chez moi briller la science
,
Du hazard connois la puissance.
Lecteur
, ce n'est pas encor tout,
Un champion tiré du sein de la canaille,
Parmi les combattans tient toujours le haut bout;
Il estl'ame de la bartaille:
Telle garde à regret, telle poursuit par tout :
Un autre à l'éviter travaille.
Reçois encor, Lecteur, un éclaircissement
Par où ma nature s'explique.
Quoique fait pour l'amusement,
Souvent j'embarasse & je pique,
Tel se donne pour pacifique,
Pour qui je suis pierre d'achoppement
Dans une occasion de critique.
Tu m'apperçois, Lecteur, peut-être encor que
non?
A cecas,je veux bien par ma combinaison
Te procurer ma connoissance.
Sept lettres forment mon essence :
Dabord tu trouveras dans moi
Ce que tout arbre porte en foi.
Une note de Musique
,
Un ouvrage où souvent plus d'un mortels'applique
,
Où pourtant l'esprit a seul droit de réussir.
Ce qui fit prendre Troye & ce qu'était Ulysse.
Ce que le Créateur veut être avec justice,
Poursuis, tu verras un plaisir
Dont je fais moi-même partie. (
Un lieu dont l'on permet l'entrée& la sortie,
Ou pour mieux m'exqliquer, l'entre-deux des
maisons.
Ce que font un bouffon
, un fou, la Comédie.
Ce qu'on fait quand on dort, ou bien en maladie
Le mot Latin des lieux qui portent les moissons,
Et celui d'une des Saisons,
Un Royaume en Afrique, une Ville en Provence,
Uneautre dans l'Asieautrefois d'importance,
Le bien le plus chéri de tout le genre humaïn
,
Que souvent le Héros lacnfic* à sa glo.re.
Ce que dit Perrete à Grégoire
Quand il a la bouteille en main.
Un mot uèi-rerpc:a:able en France,
Qu'on prononce avec revérence
, Ce qu'on voit faire à l'homme, aucheval, à l'oeuf
.fIaisJ
Et que le chien ne fit jamais
,
Un légume bon en potage ,
Ce qu'on aime à voir quand on nage,
Le plus-grand ennemi de la prospetité
,
Un corps connu par sa fragilité
,
Qui se forme en sortant des flammes ;
Et le nom de celle dP5 femmes,
Qui fit le plus de ma! à sa posterité.
J'ajouterois, Lecteur, ce qu'estpour l'ordinaire
A la Cour de Venus un septuagenaire
;
Mais c'est trop babiller
,
finissons
, car enfin
Je c'ennuye
,
& je suis au bout de mon latin.
Par M. G. A. D. D.
NOUVELLES LITTERAIRES.
ANECDOTESHistoriques, Militaires
& politiques de l'Europe,depuis
l'élévation de Charles Quint au Trône
de l'Empire jusqu'au Traité d'Aix-la-
Chapelle en 1748.Par M. l'Abbé Raynal , de l'Academie des Sciences Si Belles Lettres
de Prusse. A Amsterdam se trouve
à Paris
,
chrz Durarnd, rue S. Jacques,
au Gnnon, 1753.in-8°,vol.2.
Le Publicnes'attend pas que je l'entretienne
de mon Ouvrage : en rapporter
le titre est tout ce que je me crois permis.
DICTIONNAIRE Anaromique suivi
d'une BibliothèqueAnatomique,&
Physiologique. Par M. Tarin, Médecin.
A Paris, chez Briasson, rue S. Jacques,
17 53. in 4°. vol. 1.
Voici deux morceaux détachés d'un Ouvrage
dont le premier Volume va paroître
incessamment ; l'un est une explication
des termes les plus usités en Anatomie,
& l'autre une Bibliothéquedestraités cri
ce genre. Ces préliminaires sont si méthodiques
, si ferrés, & à ce que disent
les Connoisseurs
,
si exacts qu'on doit ac<
tendre l'Ouvrage entier avec impatience.
NouvEL abregé Chronologique de
l'Histoire des Empereurs. Par M. Richer.
A Paris,chez David, le jeune, Quai
desAugustins;1753.in 8°. vol. I.
Cet Ouvrage que je présente au Pur.
blic
,
dit l'Auteur
,
est un abrégé chro-
» nologique & historique des Empereurs.
» depuis Jules Cesar jusqu'à Theodose le-
» Grand. Le second Volume finira les
.» Empereurs Romains. L'on donnera aussi
» l'Histoire des Empereurs d'Allemagne,
» jusqu'à celui qui regne aétuellem,:nr.
» J'ai fixé le plus que j-'ai pll;1 la date de
» la naissance de chaque Empereur, celle
» de son élévation à l'Empire, & celle
» de sa mort. J'ai fait connoîrre au coml'
mencement de son Regne, sa famille &"
» son origine, & à la fin j'ai tracé en peu
» de mots, son portrait & son caractere.
» Sur une page sont les faits mémorables,
» <5c sur la page opposée on trouve un
» abrégé de la vie des femmes & enfans
» de chaque Empereur, des Princes con-

temporains, un portrait des grands hom-
» mes, & un abrégé de la vie des Sça-
» vans 5c illustres avec une notice de IcLirg.
» Ouvrages. Cet ordre eu interrompu à
s*la division de l'Empire. D'un côté j'ai
rt mis l'Empire d'Occident, & les femmes,
» en sans
,
Princes contemporains, Sça-
» vans & illulhes sont à la fin des il egnes.
Ce plan qui est fort sage, est exécuté
avecordre,avecprécision
,
6c avec choix.
Pour mettre nos Lecteurs en état de juger
du stile de l'Auteur
, nîtis allons copierle
portrait de Tibere.
Tibere étoit un des plus grands génies
qui ait paru: mais il avoit le coeur dépravé.
Composé de vertus & de vices, il
étoit courageux, prudent & actif; enfin
ce qu'on appelle un grand Capitaine, cruel,méfiant, de moeurs dissolues. Parvenu
à la suprême puissance, il ne regla
sa conduire que sur la politique la plus
déliée, qu'ilpoussa même souventà l'excès.
Voyant que le Senat lui étoit entièrement
soumis, il ôta au peuple ce reste
d'autorité qu'Auguste lui avoit laissée. Sa
défiance lui fit entretenir la paix dans l'Etat
, craignant toujours que ceuxauxquels
il confieroit les forces de l'Empire, ne
s'en servissent contre lui-même. Il ne pardonnoit
jamais une faute qui l'interessoit ;
il suffisoit d'être soupçonné pour être coupable
, & d'être accusé pour être condamné.
Il aimoit mieux faire périr un innocent
que de laisser un criminel impuni.
Il eut honte à la fin de rester à Rome on
tout lui retraçoit ses crimes, où chaque
famille lui reprochoit la mort de son chef,
où chaque Ordre pleuroit le meurtre de
ses plus illustres membres:il se retira dans
l'isle de Caprée, où sans discontinuer ses
crimes, il le livra aux plus infâmes débauches.
Il poussoit l'avarice jusqu'à refuser
aux pauvres les besoins les plus e(-
sentiels de la vie. Il suffisoit d'être son
parent, pour être criminel. On ne sçart
quel étoitlemotifqui lui faisoit chercher
ladestruction de ses proches. Ne seroit-ce
point aller trop loin de croire que par un
excès de cmauré, il vouloir faire oublier
ses crimes, en ne laissant de sa famille
que le seul Caligula qui pût lui succéder.
PIE CES fugitives de M. S ** *. un
volume in-1 2 qui se trouve chez Durand
,
a Paris, rue S. Jacques; 1753.
Ce Recueil dans lequel on trouve des
Poësies de tous les genres , que nos agréables
Poëtes ne rougiroient point d'avoir
faites
,
est réellemenr de M. Sedaine,
Alaîrre Maçon, très-habile dans sa prosession.
Il y a du feu
,
de l'esprit, du sti-
1e, du naturel; & ce qui est plus furprenant,
de l'élégance & de la correction
dans presque toutes les Piecesqui le cornpofenr.
Nous apporterons en preuve de
notre jugement, la Piecemêmequel'Auteur
nous reproche d'avoir défigurée autrefois
dans le Mercure.
DISCOURSEN VERS.
A mon habit.
AH!
mon habit
, que jevous remercie,
Que je valus hier, grace à vetre valeur !
Je me connois; & plus je m'apprécie,
Plus j'entrevois qu'il faut que mon Tailleur,
Par une secrette magie,
Ait caché dans vos plis un Talismanvainqueur,
Capable de gagner & l'esprit & le coeur.
Dansce cercle nombreux de bonne compagnie
Quels honneurs je reçus! quelségards! quelaccueil
!
Auprès de ma maîtresse 8c dans un grand fauteuil Tf nevis quedes yeux toujours prêts à sourire ,
J eus le droit de patler & parler sans rien dire.
Cette femmeà grands falbalas
Me consulta sur l'air de son visage:
Un blondin sur un mot d'usage;
,Un Robin sur des Opéras;
Ce quejedécidaifut le nec plus ullt'If.
On applaudit à tout, j'avois tant de génie!
Ali4 mon habit, que je vous reme[cl-'f:
C'est vous qui me valez cela.
De complimens bons pour une maîtresse ;,
Un petitmaître m'accabla,
Et pour m'exprimer sa tendresse
, Dans ses propos guindés me dit tout Angola.
Ce poupart à simple tonsure
Qui , ne songe qu'à vivre, & ne vit que pour foi.
Oublia queque tems son rabat, sa figure,
Pour ne s'occuper que de moi.
Ce Marquis autrefois mon ami de Collége,
Mereconnutenfin,& du premier coup d'oeil
Il m'accabla par privilege ;
Un tendre embrassement qu'approuvoit Ton 014
gueil,
Ce qu'une liaison dès l'enfance établie
,
Ma probité, des moeurs que rien ne dérégla,
N'eussent obtenu de ma vie
,
Votre alpect seul me l'attira.
Ah ! mon habit, que je vous remercie !
C'est vous qui me valez cela.
Mais ma surprise fut extrême
,
Je m'apperçois que sur moi-même
Le charme sans doute opéroit..
J'entrois jadis d'un air discret;
Ensuite suspendu sur le bord de ma chaise J"
J'écoutois en silence
,
& ne me permettois
Le moindre si
,
le moindre mais,
Avecmoi tout le mondç, étoit fort àson aise
Et moi je ne l'étois jamais;
Un rien auroit pi3 me confondre,
Un regard, tout m'étoit fatal ;
Je ne parlois que pour répondre,
Je parlois bas, je parlois mal.
Un sot Provincial arrivé par le Coche
Eût été moins que moi tourmenté dans sa pean ;
le me mouchois preiqu'au bord de ma poche;
J'éternuois dans mon chapeau.
On pouvait me priver sans aucune indécence
De ce salut que l'urage introduit,
Il n'en codcoit de révérence
Qu'à quelqu'un trompé par le bruit.
Mais àprésent, mon cher habit,
Tout est de mon ressort, les airs, la suffisance ;
Et ces tons décidés qu'on prend pour de l'aisance
Deviennent mes tons favoris.
Est-cema faute, à moi, puisqu'ils font applaudis?
Dieu,quel bonheur pour moi, pour cette étoffe,
De ne point habiter ce Pays limitrophe
Des conquêtes de notre Roi!
Dans la Hollande il est une autre Loi,
En vain j'etalerôis ce galon qu'on renomme t
En vain j'exalterois sa valeur, son débit:
Ici l'habit fait valoir l'homme ;
Là l'homme fait valoir l'habit.
Mais chez noas ( peuple aimable ), oùlesgta.
ces, l'esptit
,
Buillent à piélént dansleur force,
L'arbre n'est point jugé sur ses fleurs ou son fruit,
On le juge sur son écorce.
DICTIONNAIREuniversel deMathématique
& de Physique, où l'on traite
de l'origine, du progrès de ces deux
Sciences 6c des Arts qui en dépendenr ôf
des diversesrévolutions qui leur fonr arrivéesjusqu'ànotre
rems; avec l'exposition
de leurs principes & l'anal yse des
sentimens des plus célébres Auteurs sur
chaque matiere. Par M. Saverien, de la
SociétéRoyale de Lyon
,
&c. deux Volumes
, grand in.40.; enrichis de centune
Planches. A Paris, chez Jacques Rnlïtn
, QuaidesAugustins ; & Charles-Anoin-e
Jombert, rueDauphine, 1753. - Nous avons fait assezconnoître toure
l'oeconomie de ce grand Ouvrage, lad:'
que nous avons rendu compte du Plan
qui en sut publié il y a quelquesmob.
On peur se rappeller que l'Auteur a coniidéré
les Mathématiques fous trois points
de vue, que fournirent naturellement les
facultésde l'enrendemenr humain, l'imaginarion
,
l'usage des sens & le raifonnemenr.
Les Mathématiques pures sont les
fruits de l'imagination; la Physique celui
de i'ufagç des sens, & les sciences Phyico-
mathématiques appartiennent au raisonnement
,
c'est-à dire ,à l'art de la comparaison.
Ceci est rappellé dans le Discours
préliminaire qui est à la tête de ce
Dictionnaire. Ce sont les trois branches
de l'arbre de Mathématique dont les ra.
meaux sont les articles qui le compofenr.
Le tirre fait voir de quelle maniéré ces
articles fontremplis. On trouve ici l'Histoire
, la théorie, la pratique & les usages.
des matieres qui en sont l'objet : 81
cet objet est pour les Mathématiques pures
, l'Arithmétique qu'on soudivise en
Arithmétiquecommune,texagénmale, décimale
,
des infinis, tetrafique,.binair
re , &c. l'Algebre
,
l'Analyle appliquée
aux jeux de hazard
,
à l'art des combinai-
[ans, aux calculs de probabilité, &c. les
caculs différentiels,& intégral, la mé.
thode des fluxions,&c. la Géométrie,
l'Arpentage, la Géodehe, le Toisé
,
le
Nivellement, &c.. peur la. Physique exprimentale
,les expériences sur l'aimant
l'Electricité „ , la congélation,la cohesion le feu , , les. fermentations, le froid, l'eau , l'air, les couleurs, &c. pour la Physique
systèmatique, les différens systèmes
Astronomique
,
Physique & Philosophi-
I(jue de Thalès, d' Anaxagore, d'Héraclite,
d'£picure,,<ie Gassendi
,
d'Aiiftate5.cU
Prolomée,de Copernic ,&c. de Newton,
de Leibnitz, des Bernoulli, de Demair-
an, &c. & enfin l'objet des Mathématiques
mixtes, est l'Optique, la Dioptrie
que, la perfpedtive l'aoouftique
, &c..
A l'égard des Arts, M. Saverien traite de
la Chronolocie, de l'Archire£hire civile ÔC
Militaire, de l'Artillerie, de la Musique
& de l'Horlogerie. Nous ne parlons pas
de la Physique occulte, c'ctta-dire, de
la Chiromancie, de l'Astrologie, de la
Palingerefie, de la baguette divinatoire ,,
&c. dont l'Auteurdévoile les illulions..
Tout cela est trop vaste pour pouvoirêtre
r-enfermé même dans plusieurs extraits &:
nosbornes font encore plus limirées. Nousnous
contenterons donc d'atiurer qu'ih
n'y a point d'article qui ne (oit une differra;
ioll traitée avec beaucoup de foin &'
d'érudition,& dans lequelon ne trouve
quelque nouveauté. Les Planches mêmesreprelentent
les expériences, les machines
, & les illftruétions d'une manière
agréable. En un mot, on peur appliquer
à l'Ouvrage même l'Epigraphe qn'on voir
au Frontilpice & quia rapport aux Sciences
&c aux Arts qui en font l'ohjet.
Hoec injpiccre
,
hoec difcerc, hîc inclimbere
, nonne tranfiltre est rnorraliratem suam é in melioremtranferibifortem ? Scncque.
En attendant que nous donnions quelques
articles pour faire connoîtrerexccu--
rion, on peur en prendre une idée en li--
fant les articles calcul, courbe, fluxion,,
&c. Cormetes Eclipse) &c. fortaine
,
force
}
corps, monades, &c.Musique, montre
Fendule ,&c. On trouve danscet arricle
une description abrégée de la Pendule ài
june roue de M. Pierre le Roy, fils.
LFs moeurs & coutumes des François .t'
dans les premiers teins de la Monarchie.-
Par M. l'Abbé le Gendre,Chanoine de'
l'Eglile de Paris; précédées des moeurs deg:,
anciens Germains, traduites du Latin de
C. TaGire, & d'unePréface conrenant
quelques remarques relatives aux u(ages..
anciens-ou modernes de ces deux peuples*
A Paris', chez Briasson,17y$.
L'Histoire de France
, par M.l'Abbé le
Gendre, est tombée dans l'oubli. Les
moeurs des François,qui faisoientoriginairement
partie de cet ouvrage,neméritaient
pas ce fort, & on vient de les donner
à part. C'est une entreprise sage qu'il
feroit à fouhairer, que des Libraires intelligensrenouvellassentsouvenr.
Onajoint
au Traitécurieux & tout-à-faitinftru&if
de l'Abbé le Gendre, une Traduction bien
faite des moeurs des anciens Geimains.
LE Docteur Jean Lami, prépare une
édition de Meurcius, qui formera douze
volumes in-fol. dont dix sont déjàimprimes.
On peut souscrire jusqu'au premier
de Mars 1753, moyennant36 Jules pour
chaque volume qui en coûtera 54 à
ceux qui n'auront pas souscrit. Ce (ont
les Libraires Tartini& Franchi de Florence
, qui ont formé cette grande entreprise
,
& qui sont bien capables de l'exécuter
avec goût. -
LE P. Bouquet, de la Congrégation de
Saint Maur, vientdepublier le huitième
volume du Recueil des Historiens des
Gaules & de la France. Les Sçavans de
toure l'Europe qui ontapplaudià l'entrepriselorsqu'elle
aété formée, ont occasion
d'applaudiràl'exécution routes les
fois qu'il paroît un nouveau tome.
EPHEMERIDES Cosmographiques,oùle
cours vrai du Soleil & des Plantes est représenté
, & expliqué en détail dans l'apparence
de tous ses aces consécutifs par sa
réalité, d'après les Tables, lesrégles, les
calculs & équations agronomiques,pour
l'année1753, avec d'importantesobservations
sur la Cosmographie,l'Astronowi
>
l'Histoire naturelle
,
la Phyil.{ito:
Systématique & experimentale,qui forment
une suite aux articles de trois années
précédentes.A Paris. chez Durand,rue
Saint Jacques. Un volume in-16. de 312.
pages.
Ce titre estsi développé qu'il tient
lieu d'un Extrait. Tout le monde sçait
que l'ouvrage est de M. l'Abbé de Brancas
, qui n'a jamais perdu de vûe dans ses
écrits le projet qu'il a formé de faire respecter
la Religion,& de contribuer au
progrès des Sciences. Les differentes productions
qui sont sorties de sa plume ont
toujours eu ce double objet,& l'ont toutà-
fait bien rempli. Les Ephemerides ea
particulier nous ramenent toujours aux
; grands principes,& présentent chaque
année de nouvelles observations pleines
de lumiere & de sagesse.
GGesrr.. Nicolai FHfeeeerrhk*tnf, Medditccii GGrroonnlinn--
ger-fis, de officio MediciPoèma ded. ErninentifîfmoS.
R. E. CaY'dinali Ang. Mar;
Quirim, Acceiunt duæ Epiflo!æ, 1. ad IIhtftrijf,
virum Jac. le Franc,fitprernum CISriæ
mentis AlbaniPreridern ; ad racobum * de Bunttng
, equllem Grrmarmm. Gronin*
gæ ,
typis Joecobi Boit. 1751.
Ce Recueil de Poësies Larinesest dédié
à M. le Cardinal Quirini, quimérite ôc
qui reçoit tant d'hommages de la part de"
gens de Letres. L'Auteur est homme d'esprit
& Poëte
,
deux qualités qui ne vont
pas toujours ensemble,
DISCOURS sur l'utilitédes Lettres
,
paf
M. l'Abbé B. de L. R. A Paris,chz:
Prault ,fils, Quai de Conti;la veuve
Mord
,
le jeune, au Palais, & MU'Ua/dnt y Quai des Augustins.
C'est encore un ouvrage sur la fameuse
controverse,si les Lettres & les Arts servent
on nuisent aux moeurs. Cette production
se ressent de l'âge de l'Auteur qui n'a
que dix-neuf ans.
!
ALMANACH Agronomique & Historique
de la Ville de Lyon, & des Provinces
de Lyonnois, Forez & Beaujolois, revû & augmenté pour l'année de grâce
1753. A Lyon, de l'Imprimeried'Aymé
Delaroihe , rue Merciere 1753 ; & se trouve
àParis, chez Dessaint &Saillant, rue
Saint Jean de Beauvais,gros in-8e.
Tout se perfectionne dans ce siécle, jusqu'aux
Almanachs;celui que nous annonçons
eit très bien exécuté par le Libraire,
& imaginé avec beaucoup d'ordre & de
goût par celui qui l'a rédigé. On ne peut
pas avoit de curiosité sur les Pays qui font
l'objet de l'Almanach, qu'on ne trouve à far,
satisfaire ; nous y desirerions seulement
quelques détails de plus sur le Commerce.
Lyon offre en ce genre des chosessi rares
& si précieuses, qu'on ne peut les décrire
avec trop de soin.
MEMOIRES deGaudence d-OLtiqueg,,
prifonnnier de l'Inquisition
,
augmentés
de plusieurs cahiers qui avoient été perdus
à la Douane de Marseille
,
enrichis
des sçavantes remarques de M.Rhedi, & de figures en taille-douce. A Amsterdam
17Yi & se trouve à Paris chez plusieurs
Libraires. Quatre volumes in-12.
Il parut, il y a deux ou trois ans, un
ou deux volumes de Mémoires de Gaudence
de Luques;on vient d'en donner
une nouvelle édition complette. La curiosité
est piquée par le fonds de ces Mémoires,&
par la maniere dont ilssont
parvenus au public. Ils contiennent la vie
d'un homme retenu à l'Inquisition de Bologne
, & écrite par luimême.
On y trouve la description des,,moetlrs
les Coutumes
,
la Religion d'un Pays qui
est au milieu des vastes désertsdel'Afrique
, & qui, a resté inconnu à toute lw
terre plus de troismille ans. Ce Pays e-st:
inaccessible de toutes parts,à l'exception
du seul chemin par lequel on y a conduit
notre Voyageur.
Ces Mémoires sont parvenus à l'Editeur
par le moyen du célebre M. Rhedi
Bibliothéquaire de Saint ,, Marc,à Vénise;
qui les tenoit du Secrétaire de l'Inquisition
de Bologne,son ami; & il semble
qu'il ne manque rien de ce qui petit(a
rendre la vérité authenrique. Il y a même
une Lettre du Pere Alisio de Santo lvorio,
Secrétaire de l'Inquisition de Bologne.
qu'il estnécessaire de lire, & qui sert d'écltiircifTbnient
& de discours préliminaire.
On a confervé un ordre de procédure
dans la Traduction
,
qui y jette une espéce
de monotonie désagréable;on asacrifié
sans doute la chaleur & la variété à une
espéce d'autenticité qu'on a voulu répandre
danscet ouvrage. Le Lecteur n'a que
faire par exemple,de la prudence ennuyeuse
des précautions puériles, des
délicatesses pédantesques des Reverends
Peres Inquisiteurs,
Ces Mémoires rédu its à ce qu'ils ont
d'intéressant ou d'instructif, en seroient
assurément plus agréables;mais c'est une
pièce originale qu'on nous donne dans la
forme qu'on a crû la plus capable d'en
conflater la vérité, & malgré le foin &
les Remarques de M.Rhedi,il est bien
«Mcile de ne pas la prendre pour un Roman
; les moeurs, les richesses
,
l'égalité,
les Arts ,
le goût, ôc la grandeur du peuple
Mezzoranien pour une chimere, &
son Gouvernement pour une copie de la
République de Platon. Cet ouvrage a un
avantage qui manque souvent à ceux de
cette nature, il devient plus intéressant &
plus chaud à mesure qu'iltire vers sa fin ; il est d'ailleurs exécuté avec goût & avec
soin par les Libraires.
PRIX
Des ~/j_, pour l'année 17Ç3. LA Ville de Besançon voulant concourir,
par des moyens quipuissent seconder
les talens
, aux progrès & à la
gloire de l'Académie des Sciences, Belles-
Lettres & Arts qui y a été établie, vient,
en augmentant les revenus de cette Académie
,
de fonder un prix pour les Arts;
& comme elle desire que ce prix soit distribué
avec ceux de l'E loquence& de la
Littérature, l'Académie,pour ne pas retarder
d'un an la distribution dudit prix qu'elle , a nommé prix de la Ville, déclare
qu'elle l'adjugera le vingt-quatrième jour
du mois d'Août prochain,veille de la Fête
de S. Louis, en même tems que lesdeux
premiers fondés par M. le Duc de Tallard,
& dont les Programmes ont déjà été envoyés.
Ce prix fera une médaille d'or, de la
valeur de deux cens livres, destinée à celui
qui, pour éviter les frais & les difficultés
considérables qu'exige la nécessité
de détourner une riviere, & de faire
souvent
,
malgré cela, des épuisemens
coûteux&pénibles en proportion des
transpirations qu'on ne peur arrêter
, profitera
les meilleurs moyens de fonder des 1
Piles de Ponts sous une hauteur d'eau de 18 1
à 20 pieds
,
de façon que ces Piles soient pilotéesgrillées
& maçonnéesaussisolidement
cjite(îles eaux détournéesenavoient facilité
l'exécution.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages, mais feulement
unee marque ou un parafe, avec telle devise
ou sentence qu'il leur plaira. Ilsexpliqueront
en détail les moyens qu'ils
comptent employer depuis le commence*
menr jusqu'à la fin de l'opération. Cette
explication écrite sera accompagnée des
plans & profils de la Machine en général
& des Machines particulières, s'il en
est qui doivent entrer dans la composiion
du tout; de façon qu'au moyen de
cettes de renvoi, le Mémoire & le Def-
:iD présentent ecxactement ensemble
idée des Auteurs & les exactes propore
Lons de leurs Machines. On croit que
pourcela une échelle de trois lignes pour
piedseroit la plus convenable.
Ceux qui prétendront aux prix, sont
vertis de faire remettre leurs ouvragas
pour le premier jour de Juillet
, au plus
ard ,au SieurDaclin
,
Imprimeur de l'Aaldémie
à Besançon, & d'en affrancchir le
port : précaution sans laquelleils ne fksoient
pas retirés.
LETTRE d'un Curé de Paris à un de
res amis, sur les vertus de Jean Bessard , Paysan de Stain
,
près SaintDenis. A Paris
,
chez Guillaume Desprez,rue Saint
Jacques 17f3. Brochure in-12. de 15
pages.
C'estl'abrégé de la vie d'un homme
qui a remplisesdevoirs de Chrétien dans
la plus grande perfection, & qui a exhorté
& aidé ses semblables à remplir les
leurs avec édification. Il est à souhaiter
que ce conrt écrit, où nous avons trouve
beaucoup d'oncton & de naturel, se répande
vîte & généralement. Les ouvriers
ÔC les gens de la campagne, trouveront
dans Jean Deffard un modèle de toutes les
vertus de leur état.
MANDEMENT de Monseigneur l'Evque
Comte de Valence, au sujet de la
Béatification de la BienheureuseJeanne-
Françoise Fremiot de Chantal, Fondatrice
de l'Ordre des Religieuses de la Visitation
de Sainte Marie.AFalence,de l'Imprimerie
de Philippe Gilibert.
La BéatificationdeMadame Chantai
a causé une joie si vive a toute la France,
que nous avons crû devoir rendre compte
¿es differens ouvrages qu'elle a occasionnés.
Un des plus précieux est le Mandement
que nous annonçons. Après un
précis,ferré
,
bien écrit,6c plein d'onction
des actions de Madame de Chantal 1
dans son enfance, dans sa jeunesse, dans
le tems de son mariage & de son veuvage, M. de Valence continue ainsi : ;
» Il lui falloir un Ananie qui fît tomber.
J) entièrementlesécailles de ses yeux,8c
i)lui montrât à découvert le vaste champ
qu'elle devoit parcourir. Cet Ananie lui
» sur envoyé,mes freres
,
& ce fut François
de Sales; cet homme si versé dans
>» les voies dusalut, ce nouvel Esdras
» qui avoit si bien approfondi la loi de
» Dieu, & scavoit la faire observer comtue
me il l'observoit lui-même;ce saint
»
Evêque dont les lumieres égaloient le
»
zélé
, & dont le zéle toujours temperé
» par la douceur
,
rendoit les lumieres (i+
persuasives
,
si efficaces ; le réparateur
des brèches du temple & défenseur de
«
la loi; le fléau de l'hérésie
,
le sel de la
» terre *,
Pontise compatissant, humain,
»
WcharIitgabltemaître des coeurs, mais pour à Dieu
,
& les remplir du feu •divin(font il étoit lui-même embrasé
»aussi , propre à travailler à l'avancement
l' des juites qu'à la conversion des pét-
I
cheurs.

x>La bienheureuse de Chantal n'eut pas
» plutôt entendu la voix de cet homme
» apostolique
,
qu'il se fit en elle un dou-
» dain changement. Une joie secrette al-
« légea le poids dont elle étoit comme
» accablée, ce que la prédication avoit
nelélbeauché, des conférences l'acheverent. ; lui ouvrit son coeur, François de
» Sales en mesura toute l'étendue; &
» quelles généreusesdispositions n'y trou- va-t'il pas? Une soumission entiere à
» entrer aveuglément dans les vûes de
»Dieu sur elle, & autant d'ardeur pour
» entreprendre
, que de courage pour exéter
ce qui lui étoitproposé pour sa
» gloire.
»Il portoit encore dans son sein le
« projet de l'Ordrequ'il dévoiebientôc
établir:Ordre admirable, formé pour
»tous les tempéramens & pour tous les
J) âges, dont la ferveur nous rappellesi
»bien les beaux jours de la primitiveEgli-
» se. La charité en est le fondement, l'hu-
«militélesoutien,le désintéressement
vla gloire. Doux en apparence,mais :,(hns le fond severe:s'il n'assujetrit pas
) le corps à d'excessives austérirés, il soumer
l'esprit à mille pratiques gênantes.,
:r'
dont la continuité ne demande pas moins
» d'attention que leur uniformitde vio.
„. lence pour en éviter la négligence ou le
» dégoût. La volonté ne doit plus y con-
M
server d'empire, la liberté de droit, l'a-
» moue propre de réserve. Ce seroit un
crime de ne pas y dévoiler son coeur,
»6c lui laisserprendre d'autres impres-
»sions que celle de la régie & du devoir.
» Son véritablecarn&ere est d'en détruire
» les afflictions, d'en immoler les desirs,
»de quitter sans ccire ce qui plairoir le »plus, pour faire ,ce qui est jugé le plus
%)
utile; de s'oublier pour le prochain,de
» mourir entièrement à loi-même, & de
n'envisager dans tout ce qu'on fait que
lag loirede Dieu&de son salut.
QuellePiofélite plus propre que ia
boienheureufe de Chantai pour servir de
» premiere pierre à cet édifice spiriruel.
François de Sales le lui proposa;mais
»quelque déterminée qu'il la vît à dcve.
» nir sa coapératrice, par combien d'en-
» droits n'éprouva-t'il pas sa vocation ?
tt Il ne lui en dissimula pas les difficuhés;
» il fit naître obstacle sur obstacle
, & la
prépara à essuyer plus de conrradittions
»encore qu'il ne lui en montroit:mais
enfin touché de sa perséverance
,
il céda
v a ses empressemens
,
& l'admir avec ses
D Compagnes aux premiercs épreuves.
» Qui pourroit exprimer la ferveur de
ncette Congrégation naidanre
,
& la joie
S) du Fondateur? Il ne pouvoir propoièr.
»aucun bien que ce petir troupeau ne le
w saisît, ne l'cmbraffâr. Il falloit moins le
» presserque le retenir: l'aitfioii n'atten-
» doit pas le commandemenr.
w La bienheureuse de Chantal éroir le
M mobile, l'ame de tour. Jamais elle n'a-
»voitgoûté de plaisir plus pur, plus
ai continuel que dans ce nouveau genre de
» vie, & il lui tardoic de s'y dévouer, de
H s'y consacrer.
»>
Mais quel trouble au moment dti
» sacrifice ! Dieu éprouve ordinairement
» ceux qu'il aime : mille penséesaccablan-
»tes vinrent déchirer son ame.. Tout ce
» qu'elle avoit quitté, abandonné, foulé
,, aux pieds, se retrouva dans son efprie
« elle ne vit plus que dureté, qu'inhuma-
I pité dans la résolution qu'elle avoir priaise.
Deux vieillards vénérables, prêts de
r descendre dans le tombeau; de jeunes
» enfans, entrant à peine dans la vie, les
» uns & les autres demandant des con-
» folations,des soins, des conseils;quels
» objets pour une fille refpedlueufe,pour
J) une mere tendre, pour un bon coeur 1
»la nature en poussa les plus hauts cris,
mais la grâce plus forte triompha: la
avictime fut immolée
, & ce sacrifice
*>
donr l'appareil avoir paru si douloureux
"ne fut plus qu'un sacrifice de joie, de
u louanges, d'actions de grâces.
M
Dès ce moment élevée audessus d'elle-
» même,onla vit aller de vertus en venus;
» & comme un géant dans sa rapide course,
» voler plutôt que marcher,& rempor-
» ter continuellement de nouvelles dé-
»pouilles sur le monde & sur elle-même.
« Elle n'eut plus de volonté propre, tou-
,, jours dans la main de Dieu elle ne con- j
n fulta
,
elle n'écouta que lui seul.
n Avec quelle soumissîonnereçut-elle
M pas toutes les afflictions dont ellefut
M comme invertie ? Il sembla que Dieu en
»versoit sur elle le calice jusqu'à la lie.
»i Le tombeau venoit à peine de s'ouvrir
» pour son pere , que son beau- pere y sur
»précipité: & elle les pleuroit encore,
» quand la mort cruelle dévora à ses yeux apresque sa famille enriere. Au milieu
« de ces coups redoublés, sensible, mais »inébranlable,elle n'éclata pas en murai
mure;elle mit tout aux pieds de la
» Croix. L'esperance chrétienne essuya
M
ses larmes,& Dieu prit dans son coeur
» la place de tout ce qu'il lui avoit en-
» levé.
» Engagéeparunvoeuirrévocable à fai-
» re toujours ce qu'elle croiroit de plus
»»
parfait
,
elle examina dés-lors toutes
« les voyes en présence duSeigneur, 8c
» releva ses moindres avions par les plus
Mgrands motifs. Elle ne s'occupa plus qu'à
«avancer,qu'à perfectionner le grand ou.
» vrage pour lequel elle avoir été choisie
,
u & quels travaux, & quelles fatigues
» n'essuya-t elle pas? On la vit sur les aîles
» de la chari tépasser de Provinces en Pro-
» vinces.L'amour de Jesus-Christ qui 11
» pressoit, la porta par tour où il y eut du
» bien à faire. Le salut des autres ne la
« touchoit pas moins que le fien propre,
» & volontiers elle eût donné sa vie pour
» le procurer.
» Déjà elle avoit formé quelques Mai*
» sons du nouvel Ordre
,
& son accrois- 1
» sement ne lui laissa plus de relâche. Une 1
» encreprife fuccédoit à aUtre, & aucu-
»ne n'épuisoit
, ne lassoit fort courage.
» Il sembloit qu'elle eût pris tout le zele!
» de François de Sales. Elle en avoit les
» sentimens> & quand cet appui vint à
»lui manquer, elle n'en parut pas moins
» forte. Comme Eliséeelle recueillit tout
J) l'esprit de ce nouvel Elie; elle le con-
» vertic en sa substance, & n'eu:rien ds
Il plus à coeur que de lé répandre.
u La Savoy, U France, la Lorraine
» la foihaicerenr,U virent, l'admirerenr»
«Elle ne pouvoir suffire aux établissemens
M qu'on lui detnandoie, & le grandnomv
bre n'en diminuoit pas la bonne difei-
»pline. Touts'animoit fous sa conduite*
» Des Elèves de peu d'années devenoient
» fous ses ordres des maîtresses conCom-
» mées : on rerrouvoit toujours la mere
»*
dans ses cheres filles.
» Quel attrait pour allumer leur zeleA
» Elle ne sçavoit rien leur preferire qu'elle
J) ne commençât par le faiTOlHes Tes ac-
» rions éroient toujours une expression de
» la regle, & semblable à ces fleuves, qui
» sans s'épuiser fertilisent leurs bords
,
el -
» le excicoit leurs activités sans rien per-
:.H dre de la sienne. Elle croyoitquerien
» ne prêche plus efficacement que l'éxem-
» ple, & que c'étoit la solution de tou-
»tesles difficultés.
» Détachée de tout, aucun événement
® ne pouvoir la surprendre. Elle fut in-
»
sensible aux traits de la calomnie, les
> contradictions ne la découragerent pas ;
» la faim & la misere dont le sage redou-
» toit si fort l'épreuve, ne firent qu'aug-
» menter sa confiance, & dans la plus ru-
It de tempête
,
elle attendit tranquilement
Ji le calme.
ta Jusqu'où sa sollicitudenes'étenditte
t'elle pas ? C'étoit celle d'un S. Paul
» s'interelîant à toutes les Eglises. Ici par
» ses lumieres elle calme une conscience
allarmée; &ràla plus affligeante aridité
» fait succéder le plus consolant espoir;
» là par ses insinuationselleréforme, el-
» le renouvelle un Monastere
,
& d'un
Jo) loup ravissant fait un agneau paisible;
» par-tout elle édifie, elle plante,elle
» introduit le goût de la piété
,
de la hai-
» ne du vice, le regne de Jesus Christ.
» Elle ne souffrit jamais qu'en sa fat,
veur on donnât la moindre atteinteaux
Ji constitutions de l'Ordre, elle ne voulue
*> qu'on la distinguât que par plus d'éxac-
» titude à les observer. Dans son éloignesi
ment d'Annecy, on La nomme Supé»
rieure perpetuelle, tout s'unir pour l'y
» faire consentir ; elle seule contre tous, »elle fait révoquer cette élection. Tout
» nom de prééminence lui paroît un titre
"de vanité, une supériorité prolongée 1
» au delà du terme ordinaire, une inno-
»vation contre laquelle elle { ne peut
» trop s'élever; l'avenir ne l'occupe pas
» moins que le présent ; & elle ne permet
33 pas que l'on donne le moindre prétexte
J) à l'ambition
,
la plus dangéreuse enne-
» mie de la régularité. Mieux elle sçavoit
» commander, plus elle désiroit d'obéir.
*
» Jamais plus contente que quand elle se
» voyoit dans la derniere place, ou qu'elle
» pouvoit recevoir les ordres d'un autre,
» c'étoit par sa soumission qu'elle établif-
» soit l'amour de l'obéissance.
,
» L'humilité sur toujours sa vertu fa- 4
» vorite : elle la regardoit comme la fau- ]
» ve-garde de l'étatReligieux, & la plus
»utile leçon que le Sauveur du monde
» eût donnée à ses Disciples. Plus on lui
» marquoitd'estime,plus elle s'avilissoit
» à ses propres yeux. Elle croyoit toujours
»>qu'on la louoit par prévention, &
» qu'elle s'abbaissoit par connoissance.
» Dans la cour d'un Prince où tout re-
»tentilToit de ses éloges,humiliée de cety
te admiration ; fanvons-nons, dit-elle à
5' ses Compagnes:On se méprend ici à l4
» bonne opinion qu'on a de nous: on en juge-
» roit bien autrement, si nous étions mieux
J) connuës. Sa réputation lui étoit à char-
J) ge ; rien ne l'allarmoit plus que ses
» succès : elle craignoit toujours de rete-
» nir pour elle quelque grain d'un encens
J) qu'elle sentoit n'être dû qu'à Dieu: et-
» le auroit souhaité
, comme elle le dit
» elle-même, de n'être connue que de Dieu
1) seul.
» Sa charité envers ses soeurs n'étoit
»pas moins grande; une mere n'a pas
» plus de tendresse pour ses enfans ; elle
» les portoit toutes dans son sein
& n'a-
»voie point de satisfaction plus grande
»que de se livrer à tous leurs besoins.
M Etoient-elles dans les souffrances,
elle
» souffroit avec elles: leurs peines deve-
» noient les siennes; elle les servoit dans
» leurs maladies; elle les consoloit dans
» leurs afflictions, e les éclairoit dans
» leurs doutes;& s'accommodant à leurs
» différentessituations, elle se faisoit toute
» à routes, distribuant le lait aux foibles,
» aux fortes la nourriture solide
, & à
» chacune ce qui lui étoit convenable ;
» grave sans hauteur, zelée sans indisere-
» tion
,
indulgente sans relâchement; ô-
>» tant à la pieté ce que l'humeur y met
« derebutant, allégeant la rigueur des
v Loix par la douceur des manieres; ne
» donnant du poids à l'autorité que par
» la force de l'éxemple, & pouvant
8) toujours dire à ses Soeurs, comme l'A-
» pôtre à ses Disciples; Soyez, mes imita-
»trices , comme je le fuis moi-même de
Jesus-Christ
LES Vies des Hommes illustres de la
France,continuées par M.l'Abbé Pérau,
Licentié de la Maison&Societé de Sorbonne.
Tome X X. A Amsterdam
,
& se
vend à Parts, chez Legras, ,
grande Salle
du Palais. Nous rendrons compte le
mois prochain de cet Ouvrage qui devient
tous les jours plus intéressant par la matiere
& par la forme.
LES Regles du Médiateur, recuei llies
& expliquées pour l'utilité du beau sexe
)
&c des personnes qui n'ont aucune nonon.
de ce Jeu. A Paru, chez de Laguette, ÔC
Duchesne, in-12.vol. 1.
Ceux à qui il convient de juger de ccrte
bagatelle y trouvent de l'éxactitude ôc
desdétails.
BEAUXARTS.
LETTRE
De Ai.Julltn Senxrd, à M.*** , en rèponft
à la critique cjua fuiteA4.Godefroy
; [uy la nouveileco;qflrud,on des
Montres de M. Pierre It Roy. I L y a long-tems que je vous auroisdit,
Moniteur, mon sentiment ( comme$e
vous l'avois promis) sur la critique que
M. Godcfroy a fait de la Lettre de M,
Pierre le Roy,insérée dans le Mercure
de Juin de l'an pasle
,
si je n'avois psnfé
que cet habile homme en répondant lui
même à cette critique
, vous instruiroit
beaucoup mieuxque moi, de ce que vous
en devez penser. Mais comme il me pl."
roît occupé de choses plus importantes
, je rentre dans mes engagemens & vais
vous tenir ma parole, en vous promettant
de garder fidélement cette impartialité
que vous me recommandez tant.
Vous me demandez si l'on a étéamfr
surpris que vous de lamaniere avec laquelle
M. Godefroy attaque un homme
dont la rsmmtkmcilaussi bien établie. Je
vous repondrai qu'oui, & que tel a étéle
sentiment général de la meilleure partie
des Horlogers. Vousajoutez qu'un homme
qui attaque M. P.le Roy de cette façon,qui
s'annonce pour le deffenseur de l'échappement
à cilindre
,
& qui au lieu de bonnes
raisons nous débite ses opinions d'un
ton si assuré, leur a (çu donner apparemment
un certainpoids par les connoissances
& ses découvertes dans l'Horlogerie,
& par son sçavoir dans les Mathématiques
& danslaPhysique. Pour cela c'est une
autre chose. M. Godefroy est un Horloger,
qui fait des montres à Cilindre comme
beaucoup d'autres, qui bon ouvrier
( car je serois fâché de ne pas rendre justice
à qui elle appartient) n'est connu que
surce ton là parmi les Horlogers. Après
vous avoir satisfait sur ces deux articles je
me hâte d'entrer en matiere.Nevous attendez
pas à un examen bien suivi de la critique
de M. Godefroy :comme il n'y a qu'un
seul endroitoù il semble vouloir employer
des rai sons pour combattre les objections
de M. P. le Roy contre l'échappement à
Cilindre,
,
je ne m'attacherai gueres qu'à
cet endroit, pourvous fairevoir la foiblesse
de ses raisons & le peu de rapport
qu'elles ont avec l'objection de M. le
Roy: pour le reste j'espere vous faire voir
sans peine le cas que vous endevezfaire.
M. P. le Roy, dit dans sa Lettre (jI/ll
faut abondamment de l'huile à l'échappement
à cilindre: que tant que cete huileconserve
saqualité, les montres à Cilindre font plus
jltjles que celles à rouë de rencontre; mais il
ajoute que quand cette huile devient tenace ou
desséchée
, cette justessesedétruit, parce que
h rs(fort spiral, dont l'effet cft de rtJli,lwr le
mouvement au balancier, devient tropfoible
paul' vaincre la resistance dit frottement de
la rouë d'échappement. Il en donne la raison
qui est que la résistance du frottement du
cilindre contre la dent du rochet se trouvant
augmentée, elle varie suivant le rapport de
son augmentation ; quelquefois jusqu'au point
que le ressortspiral ne peut plus la vaincre.
Que répond M. Godefroy à cette objection
? Le voici: M. le Roy prend le change dit-il, lorsqu'il attaquelafoiblesseduressor,t
spiral, car c'cjl une perfection dans cet échappement
à repos dont toute la rijijllmce Cy tout
le frottement ne font autre chose que la résistance
du ressort spiral. M. le Roy ne prend
point le change sur l'échappement à cilindre,
pourroit-on répondre à M. Godefroy?
mais vous le prenez vous, & sur les
paroles de cet habile Artiste & sur l'échappement
en question : car 1°.M. le Roy
ne dit pas que c'est un défaut dans cet
échappement d'avoir un spiral foible;
mais que c'est un défaur d'avoirbesoin
d'huile,parce que lorsque cette huile est
dessechée
,
le ressort spiral n'est plus assez
fort pour vaincre la résistance du frottenient
de la rouëd'échappement, ce qui
détruit la juftdle de la Montre. 2". Vous
prenez le change sur la nature de cet
échappement, lorsque mous ditesquetoute
la résistance C7 tout le frOtlqiliem qui s'y
trouve iiiy? autrechose que la résistance du
ressortspiral : car par vos paroles,par cette
résistance du ressort spiral, on ne peut
certainement entendre, & vous n'avez
pû avoir en vue d'autre résistance que celle
que ce ressort oppose par (on élasticité
au mouvement de la rouë, c'est- à dire
la quantité dont elle est obligée de le ban-,.
der pour échapper:mais ce n 'est ni de
cette résistance ni de ce frottement dont
M. le Roy a entendu parler, comme il paroîtclairement
par ses paroles;c'est du
frottement qui résulte de l'espace parcouru
par la circonférence intérieure ou extérieure
du cilindre sous la pression de la
dent. Comment avez vous pu vous y méprendre
? comment avez-vouspûoublier
ce frottement qui s'apperçoit à la seule
inspection du jeu de cet échappement.Cet
oubli paroît à extraordinaire que. j'aime.
mieux croire que sentant toute la Force
de l'objection de M. le Roy, vous avefc,
crû qu'il falloit plutôt que d'y répondre , l'esquiver, si cela se peut dire, en supposant
qu'elle regardoit une autre partie
de cet échappement. Tout ce que vous
ajoûtez donc enfuire
, que si le ressort spiral
avoit moitié moins de force, le frottement
seroit moinsleger, &c. Tout cela, dis-je,
tft donc inutile& ne prouve absolument
rien, puisqu'il n'est point question de
cette espece de frottement. Cependant ,, quoique M. P. le Roy n'attaque point la
foiblesseduressort spiral dans les échappemens
à cilindre, ne croyez pas que
nous pensions avec vous que ce soit une
perfection : tout le contraire; il seroit
aisé à prouver que pluson pourroit appliquer
un ressort spiral fort à ces fortes de
Montres, toutes choses d'ailleurségales,
& moins les différens changemens qui arriveroient
dans le frottement & la liquidité
de l'huile en apporteroient à la grandeur &
à la durée des vibrations du balancier..Vous
pouvezjuger, Monsieur,parce que je
viens de vous rapporter ,
de la maniere
dont M. Godefroy répondaux objections
de M. le Roy contre l'échappement à c ilindre
; mais entrons dans quelque détail
sur le frottement que sa construction Ç.'Ltraine
nécessairement
,
afin de vous faire
voir plus clairement la solidité des objections
qu'ilfournit contre sa justesse.
Toutes les fois qu'un corps parcourt un
espace sur un autre corps, en sorte que
les parties des surfaces qui se touchent se
trouvent successivementappliquées les unes
aux autres, on dit qu'il y a du frottement,
frottement que vous diminuez à la verité
, en donnant un grand poli à ces furfaces
ou en interposant de l'huile entr'elles,
mais que vous ne détruirez jamais.
De plus ce frottement augmente, toutes
choses d'ailleurségales, toutes les fois
que vous augmentez ou la vîtesse ducorps
frottant, ou la force qui le presse contre
l'autre corps , ou l'une & l'autre tout à la
fois, ou enfin lorsque la liquidité de l'huile
est altérée. Le frottement produit l'usure
: c'est un principe de fait qu'aucun méchanicien
ne peutcontester ;
usure qui varie
suivant la nature des surfaces qui se
frottent, leurs vitessesrélatives, la force
qui les presse l'une contre l'autre, & enfin
suivant l'état de l'huile interposée entre
elles; mais cette usure changeant incontestablement
la nature des surfaces qui
se frottent, il s'enfuit nécessairement qu'elle
changera la nature du frottement luimême
:appliquons ceci àl'échappement à
cilindre.
Par le jeu de cet échappement on voie
clairement que dans la levée les levres du
cilindre sont obligées alternativement de
parcourir un espace sous la pression de la
dent de la roue derencontre ,& que dans
le repos, la circonférence intérieure ou
extérieureducilindre en parcourt un aussi
sous la pression de cette dent; puis-qii'llya
dans ces deux cas un espace parcouru, il
y aura donc aussi du frottement
,
& ce
frottement fera d'autant plus difficile à
vaincre, & apportera d'autant plus d'obstacle
à la justesse de la montre, qu'il se
fait ici loin du centre à la circonférence
du cilindre; maispuisqu'il y a du frottement
,
il y aura donc de l'usure
,
& d'aurant
plus que les denrs de cette roue , toujours humectées d'huilearrêtant les petits
atômes qui nagent dans l'air, il pourra
s'en trouver, qui comme de l'émeri,
lui serviront à user & trancher le cilindre,
c'est ce. qui est arrivé maintes fois
aux Montres de M. Graham, & ce grand
Horloger étoit trop vrai pour le nier. En
vain donc, M. Godefroy avance-t'il que
cet échappement ne tirerapoint à ufitre si la
matiere en est bonne, bien choisie & mise dans
les proportions requises. Je luirepondrai
d'après les principes de fait que je viens
de rapporter : que quelque matiere qtxc
l'on employe
,
quelques proportions que
l'on observe, l'usure est comme inévitable
dans cet échappement, puisqu'elle est
une suite nécessaire du frottement qui s'y
trouve, & qu'il ne nous a point montré
par ses montres, qu'il soit plus en état de
la prévenir que les autres Horlogers
qui ont pratiqué cet échappement,
malgré qu'il nous fasse entendre dans
sa critique qu'il a sur ce sujet des connoissances
particulieres. Cette usure n'ira
lpeas toujours, je l'avoue, jusqu'à trancher
cilindre, ou à l'user d'une maniere bien
remarquable t, mais cela n'empêchera pas
qu'elle ne dépolisse les surfaces : de'Ia le
frottement n'étant pas toujours le même
par le changement des surfaces frottantes,
il en résulte incontestablement un principe
d'irrégularité dans le mouvement de la
montre: irrégularité qui augmentera par
l'augmentation de toutes les circonstances
dont nous venons de parler.
Remarquez, Monsieur
, que ce n'est
pas une petite imperfection dans cet échappement
d'avoir besoin d'une matiere si
bien choisie pour que son usure ne soit
pas à craindre, puisque malgré la confiance
avec laquelleM. Godefroy s'exprime
à ce sujet, nos connoissances sur la nature
des métaux font si imparfaites, que le
tettts seul peut nous assurer si le cilindre
d'une montre s'useraou s'il ne s'usera pas
considérablement ; & s'il s'use, je vous
laisse à juger comment la montre ira pendant
ce tems-là. Mais supposons pour un
moment,qu'on ait réussi à avoiruncilindrequi
ne s'use pas, voyons ce qui doit
résulter simplement de l'huile absolument
nécessaire à cet échappement.
La fluidir de cette huile changera,soit
par les différentes temperatures de l'air,
soit parce qui se paiîeta dans la liqueur
même indépendamment de toute cause
étrangere : or comme j'ai montré que cette
différence de fluidité sera une source de
variations dans le frottement, c'en sera
donc aussi une dans le mouvement de la
montre:mais au bout d'un tems & qui
souvent ne fera pas long, cette huile s'évaporera
ou se desséchera entierement , quoiqu'en dise M. Godefroy & c'e st
alors que le frottement augmentera selon
les expériences de M. Muschembrock ,&
l'on sçait avec quelle précision ce sçavant
Physicien les a faites. Le frottement de
l'acier contre le cuivre
,
lorsqu'il y a de
l'huile &c quelavîtesseest fort petite, est
à celui sans huile comme3 est à 4; mais
lorsque la vitesse est fort grande. par
exemple
,
quadruple comme de celle dtt.
balancier d'une montre ,
le frottement (an
huile en:a celui avec de l'huile comme 1 28
à 64. Il suitde là qu'en estimant les choses
au plus bas le frottement de la pointe
de la dent sur le cilindre sera considerablement
augmenté, lorsquel'huile sera ou
dissipée on épaissie ; ce qui gênera conséquemment
les vibrations du balancier, fera
retarder ou avancer la montre, suivant
l'arc qu'il parcourera & la fera même arrêter
lorsque ce frottement sera fort considérable
,
effet qui arrive tous les jours.
J'aurois pu me dispenser de rapporter les
expériences deM.Muschembrock; mais
elles ne vous déplairont pas, je le sçais,
-
parce que pour vous persuader
,
il ne suffit
pas d'avancer qu'une chose est vraie ou
fausse
,
il faut vous le prouver par des expériences
& des raisonnemens solides.
C'est ce que je me flate d'avoir fait en vous;
démontrant, comme je me l'étois proposé
la solidité des objections que l'on fait contre
la bonté de l'échappement à cilindre,
& que, si les montres ausquelles il est appliqué,
vont avec beaucoup de justesse pendant
que les huiles sont fraîches, cette
justesse se detruit avec leur fluidité & s'évanouitenfin
entierement.
Par l'examen que je viens de faire de
cet échappement, vous penserez, M. qu'il
l'étoit pas bien difficile à un Horloger de
a capacité de M. le Roi, de sçavoir à quoi
en tenir sur sa bonté, 6c qu'il est fort singulier
, pour ne rien dire de plus, que M.
Gidefroy luifasse une espécede reproche
l'en juger sans l'avoir exécuté:quand cela
ètoit vrai, ce qui surement ne l'est pas,
,£S montres de M. Graham sont-elles si races
& si cheres qu'un homme zélé pour son
art comme M. P.le Roi n'ait pu s'en procurer,
afin de juger d'après les meilleures
montres à cilindre
,
si la durée de leur justesse
l'emportoit sur ce qu'il en avoit pensé.
Aussi vous pouvez être assuré que lui,
M. Julien le Roi, son frere, & d'autres
habiles Horlogers ont fait l'acquisition de
plusieurs deces montres pour reconnoître
par leur propre expérience la justesse qu'on
en devoit attendre
, & que M. P. le Roin'a
parlé que d'après une théorie confirmée
par l'expérience.
Voyez le danger qu'il y a de critiquer,
En même-tems que M. Godefroi fait ce reg
proche à M. le Roi, il s'y ex poselui-même,
en se déclarant contre la nouvelle
disposition que ce dernier a imaginée pour
perfectionner les montres plattcs & celles
de hauteur ordinaire
, en se déclarant,
disje , contre la nouvelle disposition sans
ça avoir exécutées;car M. le Roi pourroit,
employant ses mêmes termes, lui d-t..:
rc» commentsans avoir fait des Montres selon
ma nouvelle disposition
, ave^-vons
pK la critiquer «'Si vous n'en avez pas fait,
lie prononcez donc pas contre des ouvrages
dont la construction avantageuse aété
approuvéeparl'Académie des Sciences,
& est entiérement fondée sur les principes
dela méchanique.
Après cette analyse de l'échappement à
cilindre,je ne croispas que vous soyiez
séduit par la grande énumération
, que
M. Godefroy nous fait de ses avantages
car dans ces sortes de marines, il faut peser
les avantages & non les compter:pesons-
les donc, & vous verrez à quoi ils se
réduisent.
Il nous dit dabord qu'il a une roue d*êchappementbeaucoupplusgrande
que ne
pfittrra la faire M. le Roy parsa nouvelle
metbode; mais qu'il y prenne garde,le cas
lyeft pas demêmedans ses deux échappenictis,
car si les grandes roues de rencontre
sont avantageuses dans les montres
ordinaires, c'est que par la construction
elles ne peuventjamais le devenir assez,
1 pour que les inconvéniens qui peuvent !
naître de leur inertie l'emportant sur les
avantages résultans. de leur grandeur,
soit par.rapport àta facilité Qtl'\:xécution
bu àla diminution du frottement sur les
pivors ; au lieu que dans l'échappement à
cilindre,la roue de rencontre étant nécessairement
beaucoup plus grande & plus
pesante
,
son inertiemultipliée par ces
deux causes lui fait perdre beaucoup de sa
vîtesse, & par conséquent de sa force
pour mouvoir le balancier: si vous joignez
à cela que 1.1 nécessité où l'on est de
xie mettre que treize dents à cette roue, au
lieu de quinze,comme dans les montres
ordinaires,entraîneplusieursinconvéniens
par ra pport aux dentures,aux pignons
auxpivots, par l'obligdtion où l'onest
d'augmenter le nombre de chaque roue,
ou de diminuer celui des pignons, ponr
faire faire toujours le nombre des vibrations
requises; vous verrez qu'il n'y a aucun
avantage réel à attendre de la grandeur
de ces roues. M.Godefroy rapporte
un peu plus bas ce qui aété déja tant
..répété par les partisans de l'échappement
à-cilindre
, que toutes ses roues foMt en cage
horisontalement. Il faut qu'il ait bien peu
de chose à nous dire en faveur de cet
échappement
, pour nous entretenir d'un
pareil iviiitacre;car qiie fait la position
à-une roue,s'il n'en résulte aucun bien
pour la justesse de la montre par la ma- Jlre dont 1", choses sont disposées
aujourd'hui? je puis vous assurer que la
liberté de ces roues, qui est ce qu'il y a de
plus à desirer
,
est au moins aussi grande
dans les montres ordinaires que
dans les
montres à cilindre. Autre avantage non
moins rebattu & pas plus réel : c'est nous,
dit-il
,
qu'iln'a point d'engrenage de rouede
champ. Il semble
,
à entendre les partîfans
des cilindres, que cet engrenage
ait quelque chose de funeste à lajustesse
de la montre; mais rassurez-vous, Monheur,
la plus legere attention vousfera
voir qu'il est tout comme les autres ,
qu'il
est fondé sur la même théorie, c'est-àdire,
sur les rapports des vîtesses de la
circonference de la roue ,
& de celle du
pignon, qui doivent toujours être les
mêmes pour que la roue le mene uniformément;
pour produire cet effet il faut
feulement, au lieu de former les faces des
dents de la roue par des portions d'épicycloïdes
ordinaires, les former comme l'a
démontré M. le Camus dans saméchanique
par des épicycloïdes sphériques. Peutêtre
, diront-ils avec ce gavant Geométre,
qu'il faudroit que le pignon fût un
cône tronqué,ayant son sommet au centre
de la roue de champ;mais cette circonstance
n'est point essentielle pour les
montres ordinaires où cette roue est fort
mince ¡
inince., & l'arc qu'elle décrit dans sa menée
fort petit.Tout ce que je vous dis ici
est si vrai, que je défierois qu'on me fit
voir mie montre sortie des mains de quelqu'habile
Horloger, dans laquelle il soit
résulté le plus leger inconvénient de cet
engrenage.
Quant à ce que dit M. Godefroyde la
roue de rencontre qui engraine entre les deux
pivot! du balancier, je conviens que c'efl:
un avantage; pour ce qu'il ajoute, au sujet
desrenversemens & accrochemens qu'ils
font moins à craindre daus l'échappement
à cilindre
, que dans l'échappement ordinaire
,
il en est quelque chose : mais lorsque
celui-ci est aussi-bien fait qu'on le fait
aujourd'hui ,on n'a rien à craindre de
ces deux accidens. J'oubliois de vous parler
d'un aurre avantage des montres à cilindre
qui fait, selon M. Godefroy, que
quoi qu'elles soient plus cheres que les
autres,elles font cependant à meilleur
marché: C'est qu'elles tomberont dix fois
sans que les pivots du balancier en foifrentparce
que, dit-il
, ce n'elfjarnais le coup qui
fait casser les pivots, mais le contre-coup qui
opére cet accident ; la raison en estsensible,
en ce que la dent de la roue & l'échappement
à cilindre est toujours prêteàappuyer le ci4
lmare pour mrcr cette fécondé commotion.
Quoique M.Godefroi s'exprime ici d'une
maniere peu juste
, en disant que cet accident
arrive par le contre-coup , vous concevrez
facilement, Monsieur
, qu'il effc
produitpar l'inertie du balancier ou sa
tendance à conserver le mouvementen
lignedroite qu'il a acquis par la chute
pe la montre ; & vous ne concevez pas
.moins facilement combien est futile la
raisonqu'il allégue" pour prouver qu.: les
montres à cilindre sontmoins sujettes à
cet accident que les autres, parce-que
par l'action des dents de laroue,& sur
les levres & sur la circonfcrence du cilindre
,
il y a autant ds cas où elle pourra
accélerer la rupture du pi vot que de ceux
joù elle pourra le prévenir; ainsi vous
voyez toute la foiblelïe de cette reflourcp
pour persuader au Public leur bon marché.
Quant aux fuites d'accident dans les
montres à rouede rencontre, il est facile
de sentir combienelles sont exagérées;
vouscomprenez sans peine, par la feule
inspection dela distance du balaucier au
cocq ou à lacoulisse,l'impossîbilité où la
verge se trouve de pouvoir s'éloigner
assez des dents delà roue de rencontre
pour lui permettre de courir.
Pour donner plus de force à tout ce ijueM.Godefroi nous dit
-
sur l'échappe.:
ment a cilindre, il s'appuyesur les comfltmens
que lui fit M. Chabert, Officier des
Vaisseaux du Roi, au retour d'un voyage
qu'il avoit fait dans l'Amérique, sur nne
montre à cilindre de sa façon, & sur les
grands éloges que M. le Monier
, Membre
de l'Académie Royale des Sciences,
fait d'une montre qu'il a de même construction
,
& qui est du célébre M. Graham.
Je fais un cas infini de l'approbarion de
ces Meisseurs, mais sans vous faire remarquer
qu'iln'y a presque point d'Hor-
:Iogcr qui n'ait reçu complimens
sur plusieurs de ses montres;s'il n'tft
question que d'opposer témoignage à témoignage
, M. le Roy en a pour lui de
plus frappans & de plus aurhentiqucs.
Je ne crois pouvoir mieux faire que de
vous rapporter à cette occasion ce que
l'on lit à la page 160, de l'Histoire de
l'Académie de l'année 1742 *; la premiere
montre qu'il ait exécuté sur ce plan, (dit M. le Secrétaire en parlant de M. le
Roy ) & servit d'exemple
,
(r servit de
preuve pour une gageure cohf dir^ble
3
'Id
avoit été faite a Lisbonne> sur la préferenec
qu'on devoit donner aux montres d'slnoleterrû
on de France; celle ci soutint Jibien
*Voyez auSi le Mercure d'Avril 1744, cage fHi
l'épreuve, qui enfut faite avee une montre
du célebre M. Graham
}
qu'il fut impossible
de décider laquelle était la meilleure. Il faut
que cette montre ait été du moinsaussi
juste que celle de M.Graham,-carMeflîeurs
les Anglois font trop partisans de
leui Nation pour n'avoir pas'exigé
, avant
de fc rendre, les preuves les plus certaine*
de sa justesse : cependant corrmevous venez
de voir,la gageure rcfiaindéci(e.Vous
remarquerez ,
Monsieur
, que M.leRoy,
n'ayant écrit à Lisbonneque pourrendre
l'épreuveplus convaincante
,
il falloit
'qu'elle se fit pendant plus long-tems,&
- furrout pendant l'hyver
,
les Anglois ne
voulurent point acceptercette condition.
Quand M. Godefroy auroit fait la montre,
auroit-il cfpcre quelque chdfe,de plus?
Je ne sçais,mais il me semble que la ma- j
niere feule, dont M. le Roy sourient la
réputation de la Nation sur l'Horlogerie,
mérite bien quelques égards de sa part.
Quoique cette Lettre ne foit déjà que
trop longue, je ne puis finir sans vous
dire encore un mot sur cette longue de.
clamation ou plainte, plutôt far la forme
des dentures,par laquelle M.Godefroy
termine sa réponse. A l'entendre vous
: croiriez que M.le Roy dans sa pratique
J j
& dans ce qu'il a dit dans son MémpjfCf ]
i J
S'éloigne beaucoup de ce que M. le Ca.-
mus a démontté sur la forme des dents
éïrs roués & desaîles des pignons, mai
ce qu'il y a de fingulicee& ce qui ne vous
étonnera pas ptu,c1eft que ce fçavanc
Académicien n'a écrit fuc- cette matière
qu'à la sollicitation de cet habile Actifte ; èc que ce que dir sur ce sujet M. P. le
Roy dans [on) Mémoire, forme propres
ment l'énoncé du Théorème fondamental
de la théorie des engrénages••car il die
posisivendent que les courbes des dents des
roues & les faces des aties des pignons, doivent
être tellement formées que les bras dg
levier de chaîne arledécroisse dans le même
rapport que ceux de la dent qui lapoujfev
Or c.'dl cette véritéque M. le Camus a
démontrée dans fow Mémoire, en faifanc
voir en même tems quelles dévoient être
les figures de la face de la dent & de l'aîle
disc pignon dans les différentes espéces
de menée pour que cette propriété eur
lielt. Bft-il possible que les gens se trahiffent
de cette maniere
, & que par leur envie
de critiquer,ils- Ce montrent ainsi à
découvert ?
Au reste pour terminer, je vous dirai
que tout le monde a été fort étonné det
éloges qu'il prodigue à M. Graham ôc
aux Angiois, en affèaant de ne point readre
à nos habiles Horlogers ce qui leur
est dû. Car quoique ce sçavant Anglois
sa sans doute un grand Horloger,&
que
l'Astronomie lut ait de grandes obligations
pour les excellens instrumens qu'il
a fairs pour le voyage du Nord,& les
plus habiles Astronomes de l'Europe; son
mérire n'exclut pas celui des habiles Horlogers
François, & s'il a fait d'cxcellens
ouvrages d'Horlogerie* on en peur compter
ici plusîeurs qui en ont fait aussi, &
a qui l'Horlogerie a pour le moins autant
d'obligation. Mais la réputation de ces
Artistes n'a rien à craindre d'une partialité
si marquée; le Public éclairé estrarement
la dupe d'un pareillangage,ne
se trompe guéres sur les motifs qui le
font tenir. Envain M. Godefroy,nous
dira t'il que les montres de Tompion,
faites ilyafoixanre ans, vont aussi-bien
que les montres de nos habiles Horlogers
d'aujourd'hui ; le public choqué & scandalisé
qu'onpuille avancer une fausseté
nuiMnotoire, n'en croit rien; elle ne
trouvera de crédit que dans l'esprit de
quelques Anglois : je dis de quelquestins
, car un très grand nombre de ces
MefFeuts nous rendent plus de justice que
lui, & ont achetédepuis plusîeurs années
des montres de nos plus fameux .Maîrrea
V
pour des sommes considérables. Des gens
tropfaciles à prendre l'allarmc, vous diroient
que décrierainsi nos ouvrages
d'Horlogerie, c'est détruire une branche
de notre Commerce parla faire mal
sa cour à nos fages Ministres, dont les
efforts continuels ne rendent au contraire
qu'à les augmenîermais il n'y a rienà
craindre, leur répondrai- je ? la réputation
de notre Horlogerie est trop bien
établie parmi nous & chez l'Etranger,
pour que tout ce qu'en peut dire M. Godefroy
,
puisse lui nuire le moins du monde
,
& influer en aucune façon sur l'idée
que l'on a du mérire des habiles Horlogers,
à qui tout Paris, disons mieux,
toute la France sçair que nous devons
cette réputation, & l'état storissant où est
norre Art dans le Royaume.
Voilà, ManGeur) ce que j'avoi s à vous
dire sur la Critiquede M.Godefroy. &
ce que pensent plusieurs personnestrèséclairées,
que j'ai cru devoi r con su lter
avant que de vous écrire. S'il vous reftoic
quelques difficultés. vous me ferez plaisir
de me les marquer ,
je tâcherai de les
éclaircir. J'ai l'honneur d'être, &c.
Julien Senard.
L'AMANT DESABUSE.
CHANSON.
J
E vous aime sans partage,
Vous avez fixé mon choix;
Vous seul avez mon hommage,
Je veux vivre sous vos loix.
A vos graces ,
à vos charmos
,
Hélas! qui peut résister ?
Qui vous voit vous rend les armes ;,
Sans ua. inÍbDt hésiter.
,. Mais Dieux! toujours inflexible
tI
Toujours de rigueur s'armer!
Craignez-vous d'être f;;:n(ible
,
Nous sommes nés pour aimer:
Ah! d'un regard moin severe
l'ayez ma sincérité.
Quittez
,
charmanre Bergere
Quittez cette cruauté.
Eh quoi! vous bailtevlavûe
Ce discours vous fait rougir ,.
Vous paroissez toute émûe ,
Que veut dire ce soupir ?
Amour m'est-il favorable
-ûmûnC.tiâofoeéufd

rÀi-je enfin touché son coeur ?
Parle. Bergere adorable, «
Puis-je esperer ce bonheur ?
Que veur-tu de moi, Philinte? ; ;.
iQe trouble point, mon repos.
Ah ! c'est assez , chere Aminte ,
Cet aveu calme mesmaur.
O Ciel! quelplaisîr me presse !
J'aurois touché vos appas?
Gui, je sens de la tendresse.
Maisc'est pour le beau Lucas..
B. G. Do*-*»?..
S P E C t A CL ES.
L'ACADEMIE Royale de Musique
continue toujours avecle plus grand
succès les Vendredis & les Dimanches les
representations. de Titon & l'Aurore.
Le Mardi 13 lamême. Académie dir..
continua les Amours deTempé a près 34
representations ,&: la Donasuperba, intermède
Italien, & elle donna la-Gouvernante
rusée, Opera bouffon,dont la mufique
est du Signor Cocchy. Cette nouveauté
qui est en trois actes avec des ballets
est jouée les Mardis & les Jeudis avec
lin succès que les Amateurs de la musique
italienne ne trouvent pas proportionné
au mérite de l'ouvrage. Plusîeurs causes.
ont concouru, à cette infortuné : la trop
grande quantité de récitatif, l'ignorance
de la langue italienne , un trop grand
nombre d'ariettes du même genre, le jeu
de quelques Acteurs
,
& peut-être un défaut
de caractère dans la musique. Ces dé.
saurs ou ces inconvériens sont racherés parde
grandes beaurés. Lesmorceaux qu'on a
leplus remarques,sont la seconde partie de
.i'()!JYërt\&r ariettesgQdovcl4 , & non
gadaquelL'inftio(du premier acte ; la musette
admirable du premier divertissement dan.
fée supérieurement par M. & Mlle Vestris.
Dans le fecond acte les ariertes Dru--
sillina de O quanti Mastri, le récitatif de
Fazio auquel il n'a manqué pour être applaudi
,que d'être écouté, & enfin le quatuor
qui terminel'acte. Dans le troisiéme
acVe le meilleur de l'Opéra,l'Ariette Gi,
sbirrigial'aspettano comparable pour la
vérité & pour l'expression aux plus belles
Ariettes de la Serva Padrona
,
l'Ariette non
son piccina. agréablement chantée par Mlle
Tonelli ;letrioscellerata a merispondiexécuré
par MM. Manelli & Cosimi & par
Mlle Tonelli avec beaucoup de précision;
& enfin le coeur qui terminel'Opéra. Dans les représentationsqui ont fui-
'Vi la premiere
, on a abrégélerécitatif,
& ajouté plusieurs ariettes, une entr'autres
dans le coût de l'Ariette Cola fut
praticollo
,
quia si bien réussîdansla Finta
cameriera.
Une maladie de Mlle Tonelli a suspendu
durant une quinzaine de jours, lesrepresentations
de la Gouvernante. Cevuide
a été rempli par les Amours de:
Tempé ausquels on rend maintenantplus k justice qu'on ne vouloir, ou qu'on n"()10.-
fois le fkife dans la nouveauté. LaGoisivernante
a été reprise le jeudi 21 , &£
Mlle Tonelii a été reçue avec transport.
M. Rousseau de Geneve vient de faire:
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
EXTRAIT DE NARCISSE.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
Suite du débat de MtftlemGlfJle Hhî.
-
Le mercredi 2.4 Janvier
, pour la (e:gr* fois Hermione dansAndromaque. Le Samedi 27& 's,
lundi 29 ,
Maxime dans Mithridate. Le mercredi
31 & le samdi 3 Fevrier
,
Chimene dans le Cid.
Le vendredi~16dumême awis. Agnèsdansl'E- *
cole des Femmes, & Agathe dans les Fente
camonteuses. Dans tous les differens rolles, Mlle
~Pus qui n'a pas dix-huit ans -& qui a une titu;e-
"zrJTI:JPIr
, a mOtih aa£ belle von, du te-\}-&' ég.
x.uteiligeuce»..
VERS
A MLLE DANGEVILLE,
Atisujet de la representation de la Femme
luge & Partie, àort elle a rempli le principal
rôle le Dimar.che 18 janvier175^
LAS
du jargon du Dieu de la folie,
Le messager de la céleste Cour
Voulut donner à Jupiter,un jour,
Plaisirs nouveaux ,
tels que la Comédie.
Ordres portés aussî-tôr à Thalle
De convoquer ses plus chers favoris;
Ils vinrent tous. L'aimable Dangeviile
Pas n'y manqua; mais cette actrice habile
Prir pour la fête,un habit de Mar quis.
Thalie en fut la duppe
,
la premiere :
A son maintien, la ReinedeCithére
,
En l'embrassant, la prit pour Adonis;
Ir l'Amour seul
,
débrouillant le rrlilcrc,,
La reconnut à son malin soûtis.
ENVOI.
Vous, de qui lesappas,ainsi que lestalens
Srs de chunixci toujours &; la Cour& la Ville,
Méritent le plus par encens,
Jettez un oeil propice, aimable Dangeville,
Sur ces vers qu'Apollon a daigné m'inspirer :
Que cédant aux transports d'une ardeur téméraire,
Un autre ose briguer la gloire de vous plaire,
Je ne veux que vous admirer.
DELAUNE
Les Comédiens François ont donné le 5 Février
Egyptus, Tragédie nouvelle
, que l'Auteur,
M. Marmontel , a retiré après la premiere repre.
sentation.
EXTRAIT
De la frivolité,Comédie en un Aile & en
vers ,
de M. de Boissy.
L'Esprit de frivolité,dont le nom mêmeétoit
ignoré il y a vingt ans, a fait par degrés tant
de progrès en France
,
qu'il est devenu,pour ainfL
dire, le caractere, ou du moins la fantaisie de la
Nation. Elle a d'abord protégé tous les Arts & les
ralens agréables,elle s'enestinstruite pour (on,
amusement: voilà le bon emploi. Mais ensuite
s'appliquant sérieusement àce qu'ils ont de frivole,
elle en a fait sa premiere occupation,5C
bientôt son affaire capitale:voilà l'abus. Etcomme
de l'abus on passe ordinairement à l'excès,
son goût a redoublé pour eux èè; qu'ils ont paru
siccessivement sous un habit étranger, au point
q-uil a dégeneré en tlUnle,!-{ qu'il les a préferes
~auxsenspropres.C'est cenouveauridicule,ou
plutôt ce mal épidemique que l'Auteur a eu lccourage
d'attaquer en plein Théâtre
,
mais avec
toute la circonspection d'un prudent Médecin
qui ménage son malade & tâche de l'égayer , pour
le guérir plus Jurement. Le spécifiqne a heureusement
réiifll; le François, qui parmi ses bonnes
qualités a celle d'entendre parfaitement la raillerie,
& de rire le premier de les écarts,s'est
prêté à la plaisanterie de la meilleure grâce du
monde.U a senti que laleçon n'avoir rien d'offensant,
& qu'elle étoit vraiment philosophique
; sous,
un air de badinage ill'a goûtée en conséquence;
& le succès le plus grand, le plus unanime &le
plus fouteru
,
est le prix dont il l'a généreusement
payée. Exempledigne d'être imité par plusieursde
ses voisins, donc la vertu n'est pas desouffrir
patiemment qu'on le badine en public, même
pour son utilité. Pama oublié dans cette occasion
que laPiéceétoit jouée auThéâtre Italien,,
où il est du mauvais ton de trouver bonne une
Comédie Françoise. Il a jugé l'ouvrage par luimême
,& lui a accordé toutel'estimequ'ileût p:
ebrenir dans la bouche des Afteurs du fauxbourg
Saint-Germain. Mais ce qu'il y a de plus lfnrreur
pour M de Body, c'est que laCour & la Vi!:e
ont témoigné tout haut qu'elles croient charmées
de sa réussite; le talent a recueilli le fruit de la
probité
,
plaisir rare Se pur dont jouissent peu
d'Ecrivair.s.
L'Hyver ouvre la Piéce avec laFrivolicé,qui
lui fait compliment sur sa parure il lui répond
qu'il s'est paré exprès pourelle, & qu'il étoit impatient
de la revoir.
Pour vous., dit-il
,
j'étens mesdroits sur toutes les-
[airons;
Je racourcis PAutoomc, & Couvent je recule:
lesrofes du Printems, qu'allarment mes glaçons.
Je fais trembler l'Eté
,
quelque feu qui le brûle,
Et pour vous je ramene ici les aquilons
Dans le fort de la canicule.
Elle lui fait entendre qu'il fait murmurer Paris,
f\f cet empressement qui le géle, ajourant cepense
dant qu'il est sa faisonfavorire, puisqu'il rappelle
tous les ris & les jeux avec lui. Ensuite elle
é:ab!ic son pouvoir; j'ai pris, dit-elle, les traits
d'une jeune veuve de finance, & je résiste dans.,
son richeHôtel.
J'attire ici toute la France
,
Dont je suis la divinité;
Legere, vive ,gaye, étourdie &coquette»
Je fixe L*s ddirs de ce peuple brillant.
Les ris composent seuls le culte qu'il me rend ; >•
Et mon autel est ma toilette
Où jereçois les verux en minaudant.
Le Magistrat que je délasse,
Vient me rendre le soir son hommagebadin;
AuMilitaire il dispute la place
De mon premier Menin;
Et le jeune Marquis qui tous deux les Curpasse , Sur.lebeau sexe même,a le pas dans ma Cour
)
Il taille mes ponpons, il leur donne la grace,
Et j'en fais macoiff-'i/e
, ou ma Dame d'atour.
L'Hyverlaq-iitre,eu l'assurant qu'il va rar-"
fcmbier tous les plains de sa suite pour venir «ixcélt.b:v'ributetour. avec M, Fauster, qw.e'iuij,,.
Suisse instruit,vient le premier rendre bommageà
la Frivolué, il établit ainsi son caractere.
Madame,vous voyez un Socrate moderne,
Qui, pour ne rien sçavoir, étudia vingt ans,
Et qui honteux d'avoir perdu son tems,
De dépit est parti de Berne,
Pour devenir en France un aimable ignorant.
Tout ce que j'ai, Madame,appris certainement i
C'est qu'ici-bas tour est frivole,
Que la réalité n'est que l'amusement,
Etpour apprendre promptement
Cejoli sçavoir-là,je viens à votre école.
La Frivolité lui répond qu'il prend le bon parti.
Tout est
,
dit-ellefournis à mon éventail , le sage
comme le sou est au rang de mes sujets.
Et l'Anglois si profond, ou qui passe pour tel,
Creuse dans le frivole
,
& tombe dans le vuide.
Le François qui tout haut s'honore de mes sers.
Est plus raisonnable & moins dupe;
Son esprit leger ne s'occupe
Qu'à parer ses dehors, à varier ses jeux,
Qu'à goûter le plaisir, sans rechercher sa cause ,
Et qu'à prendre en passautla fleur de chaque.-
chose
;
Par ce systême avantageux
Ilenestplus aimable,& cent fois plus heureu
Le Suirre luidit que pour l'imiter,il compose
aa-roman.qa'il vientlui. dédier &,q'ilj'"r.i:..c:l:1
hnoisd'un style fortléger.LaFfivolitcparoîc
surprise d'un honneur si rare, & lui demande le,
litre de l'ouvrage.
:;'elt, réplique-t'il, le Suisse qui rêve, ou la Phi-
- losophie,
Réduite à rien par un homme d'esprit. •• » •-•• Ce paradoxe vous étonne.
Et choque ouvertement le proverbe reçu.-
La Frivolitélui avoue franchementque l'erprit.
n'estpas une vertu donc on soupçonne ceux deson
pays.
Cleti-li, reprendil, ce que j'aicombattu dans
nu Iliéfacel'efpiit comme le Soleil répand folumiere
par tout égaiemeot, onle uaofplaotc.C:Il.
commerçant..
il s'embarqu sur mer ,franchit les Dardanelles,
,
Et circulecommel'argent.
Voilà pourquoichaque peuple varie ::.:
Entrafiquant dans les autres climats,
Il en prend l'air, les façons, le génie,
Communique le sien à ces mêmes Etats.
Les moeurs ainsi par tout se mêlent en partie;
Et forment par degiés un morde tout nouveau. -.
L'Europe maintenant, & qui plus est l'Asie
, iiosyeuxun différenttableau;
c: beau sexe n'est plus esclave en Italie,
Et l'on boit du vin en Turquie;
En France l'on s'est mis à l'eau
l'on faitdes vesi ceRuilU,
Votre commerce,ajoute-t'il,& vos ouvragesnous
ontpolis; & nous prenons des armes chez
vous pour vous vaincre un jour. On parle votre,
idiome dans tous les pays.
Comme celui de Rome & de la Gréce
A Coppenhague on le professe;
Er j'J(qu'en Amérique il fait des beaux esprits.
La révolution n'est pas si loin qu'on pense,
Notre bon goût se forme,& le votre commence
A s'altérer dans vos écrits.
Le Sçavant parmi vous tombé dans le mépris
,
Fait dans le Nord sa résidence,
Et pour les Arts qu'il récompense
,
Berlin déjale dispute à Paris.
Nous n'estimons pas moins, interrompt-elle ;
l'aqfiraic que l'agréable.
Neuton plus que Dupré nous paroît admirable
,
Et l'Electricté nous frappe uniquement:
Ses invincibles coups, qui tiennent de la sable
Comme ceux de l'Amour,exercent à présent
Un empire aussî fort qu'il est inexpliquable,
Nous l'employons univesellement,
Et dans notre fureur,jusqu'au feu du tonnerte,
,
Nous électrisons tout impitoyablement.
Nouveaux Titans, dans cette guerre
Nous voulons désarmer le Roi du Firmament,
,
Et soumettre le Ciel au pouvoirde la terre,
». *»•- 1.
Pour l'éruditiondont la lourdeur accable,
Si nous la négligeons, le mal n'dl: pas bien
grand.
Le gros sçavoir fait un pédant,
L'espritlui seul fait l'hommeaimable;
Qui chez nous dl le vrai sçavant.
M. Fausterrépond que l'esprit en faitpartous.
La Frivolité le persisle un peu là-dessus. Il réplique
àcette ironie,que nos piéces comme nos
p/opoi, font les Susses les héros de la bêcHe, &
les chargent d'un vieux ridicule quin'existeplus
que dans notre idée, & qu'il vient prendre sa revanche.
Comme Berne, dit-il, Paris 4 ses originaux.
Cette Ville qui toujours tranche,
Ne doit pas se mocquer de nos treize Cantons,
Madame,Se vosMarquis valent bien nos Barons.
UneAngloisesurvient, il s'éloigne un momens.
Miss Blar, qui est le nom de cetteEtrangere ,
vient prendre congé de la Frivolité
,
& se plaint de
ce que l'air de Paris a augmenté s'espritnoir qui
la tourmente, au lieudelediminuer. M.Fausster
s'avance à ce propos,& lui fait offre en qualité
de Médecin des Dames, de la guérir la Frivolité
se joint à lui, & dit à Mis Blar qu'il faut se dissiper:
Eh!le moyen, repart-elle?rien ne m'amuse
& tout m'enauye; M.Fauster luipropose
de prendre un amant pour son Médecin. Elle dit
:. que le reméde estpire que le mal. Vous l'ave!:,'
donc essayé,réplique-t-il Non pas à Londres.
tépand-cile,
M. Fauster.
En France,Miledi, l'auriez-vous éprouvé ?
MissBlar.
Me taire, c'est assez répondre.
LaFrivolité.
Chere Miss, votre coeur s'en est-il bien trouvé ?
Miss Blar.
Au m ieux le premier jour, je crus alors renaître.
Pour la premiere fois le jour me parut beau,
Et je goûtaile bon-heur d'être.
Le second jour mon plaisir s'altéra,
Mon amant fut absent
, mon coeur en soupira.
Le troisiéme il revint, & chassa ce nuage.
Le quatriéme, il parut moinsardent,
Et mon amour troublé s'allarma vivement.
Le cinquième il devint volage
,
Et tout mon bonheur disparut,
En quatre mots, voilà mon histoire finie;
Tout calculé bien justement.
Je n'ai vécu quetrois joursdans ma vie.
La Frivolité lui demande le nom de son amant,
elle dit que c'est son savois ;ce fripon de Marquis,
qu'elle lui a fait connoître.
Elle ajoute qu'elle atoujours confervé eHae,
Went sa sagesse, malgré tout son amour.
Al.Fanfter.
C'estun effort bien surptenant.
-
Miss Blr.
Monsieur, particulierement
Dans une fille de spectacle.
M Fauster paroît surpris, & lui avoue qu'il la
oyoitMiledi.
MissBlar.
Souvent je le suisau Théatre.
M. Fauster.
ous pourriezl'être ailleurs,par un litre plus
fort.
}¡1i;1BLuo°
Lmai; je ne m, avec amun Milord;
lotre profession à Londre est gloiseuse
,
fne Atteiee de nom,quandelle est vertueuse, ]
eutaspirerchez nous an patti le plus grand)
)n
y rougit du vice & non pas du talent.
Jt1. b'aufier.
Si vous jouez la Comédie
En pluGeurs langues
,
•••mo•i,j'en.•fais fa•cilement. Tout à coup dans moncoeur jesensnaîtrepour
vous,
Mestris, une estime amoureuse.
Il se jette à ses ,genoux..
AsisBlar.
Our faites-vous
Jii. Fauster.
Devant «neA&riîe fameuse,
On Auteur doit toujours fléchir les deux genouz.
MissBlar, qui voit venir le Marquis
,
oblige le
Suisse de se lever, & s'éloigne avec lui, pourap-'
prendre sans être vue, quelle raison amene son
persi se. 4
Le Marquis entre transporté dejoie,&vient
annoncer à la Faivoliré qu'ils ne partiront point,
qu'ils vont lesrevoir qu'ils vont les entendre.
Quidrie,">'4cr.e-t'elle?le Marquis pour défi-4
gner les Bousons,parodre alors l'air que chante M.
Manelli d,Ha la 's"fva padrona ,fem?reineomrajîi,
si & no. La
Frivolité
de son côté partageant
son transport,chante ASerpintPensoreta, & UJ
Jardiniere de la fausse Suivante ibtgnfio. C'est
danç cette Scéne toute de jeu, cd Mad. Favard, qui joue la Frivolité
,
déployé tout son ralent
pour la Parodie. Le Marquis termine la Scéne,
tft. faisant éclazzer son goût pour Serpilla, qu'il
exprimeparcetpatôdiedecelui de uno diilo.
basso, basso ,duMaître de Musique.
Ecoutez, tout bas, tout bas,
Je fuis fou de ses appas; *>
Et pour faire un grand fracas,
Nous irons tous à l'Opéra.
Ma main la cla
,
claquera.
MissBlar, s'approchant&l'interrompant-
Quel secret,dites-v-ous-là ?
Je disois que je vous adore, répond le Marqiufr
abarrassé. Non,répliqua-t'elle c'est Serpilla
Ine vous aimez; elle le presse en même tenis de
rononcer sur le choix, qu'elle ne veut point de
attage.
Le Uargtiii.
: ne prononce point entre Londre& Florence,
te vos divers talens je ne puis me passer
,
apprends à chanter d elle & de vous à penser.
M. Fauster s'écrie à cette décision
,
voilà bien
: François.
ontransport l'autrejour étoit l'anglomanie,
u-dessus de Corneille il mettoit sa Kespir ;
Une nouvelle frénésie
Aujourd'hui vient de le (aiftr,
C'.:llla fureur des accords d'Italie.
Le Marquis protesse qu'il veut les établir tout
cul,
et qu'il veut qu'à leur gloire un Autel soit dreÍfé.
Sur les derniers débris & d'Armide & d'islé.
M. Fauter l'apostrophe ainsi:
François dénaturé,quel transport vous égare
CesOpéra du sentiment,
Dont la mélodie est si tendre
,
Vous les sacrifîez,Monsieur.
Le MarquiJ.
Oui, forcément.
4ous n'avons plusd'Acteurs aujourd'huipour les
rendre;
te dernier desRomains est prêt à nous quitter.
Miss Blaar sourient qu'il est indécent de rire ] l'Opéra. Le Marquis répond que l'indécence
, l'Opéra est dans la mauvaise Musique
,
& que
plus noble cft celle quial'approbation desam
reurs.
M-'JfÏÏlar.
Tous ces prétendus amateurs
Qui la vantent par air avec un son le aî.re-,
AParisenfontleshonneur.
Sans avoir bien souvent celui de la connoître.
La Frivolité s'adressant àM Fattfïer+
Monsieur est d'une Nation,
Qui toujours neutre agit îans passion;
Je m'en rapporte à lui
,
quM décide la chose.
M. Foeulhr prononce.
Votre Opéra Parisien
Me fait priser Lulli
,
mais Quinaut davantage,
L'intérêt de la Scène est son premier soutien,
Et le Poëte (çJtt si bien
* "De la tendresse exprimer le langage,
Que le coeur avec lui devient Musicien.
A l'égard du chant italique,
Comme j'ai calculé ses accords séducteurs;
Etvû sonaction,d'unoell ,
J'applaudis tout haut la musique,
E* ris tout basdujeudesesActeurs.
Miss Blar témoigne, qu'elle sortmoins trlfl
après ce jugement. Le Marquis lui dit guM r.ej
bitre pas sa main pour la conduire, qu'ellea un
meilleur EcuyerdansM.Fauster,qui saisivive.
mentcette occasion pour se déclarer. Il se récrie
dans son transport :
Que l'hymen nous unisse!
Nous sommes faits pour nous lier,
La raison est Angloise
,
& le bon sens est Suisse.
Le Marquis.
Etl'esprit est François, qui n'en est pointjaloux.
Ii sist compliment à l'époux,
Quand sa maîtressese marie ,:
Sûr que le lendemain
,
appaifant son courroux,
Elle sera sa bonne amie.
Mij]BlaraM.Fausser.
Monsieur, je vous donne ma main.
Pourvous qui tournez tout,Marquis ,en raillerie.
Vous n'aurez point de lendemain.
La Frivolité.
Vous partez mécontente.
.A--il!/BlMr..
Oui, puisqu'il faut répondre.
• , , Vos speciales changés ne sont plus une école.
On ne voir plusregner chez eux
Qu'un plagiat qui me désole
,
Ec qu'un déplacement affreux.
C'est l'Opéra que par tout on copie;
Cn chante au T héâtre François,
Où comme lui plutôt on crie *
Des vers bouffis faits pour mugir exprès.
X-a troupe Italienne en tout le parodie,
Et lui dérobant ses moutons,
Ne quitte plus la bergerie;
Pour avoir sa revanche il a pris leurs bouffons.
Tout paroîttravesti,toutest lazzis,chantons.
Comme on outre le j en ,
l'on c haigelamusique
Et tout Paris n'est plus qu'un Opéra Comique.
A4. Flluficr en s'en allant.
5
Pour étrebien, Messieurs ,resteztoujours Fran.
çois,
N'imitez que vous-même & vous ferez parfaits.
Revenant.
3fe reviens sur mes pas vous dire une nouvelle
, *
Tout à coup il se levé une aurore si belle
,
Qu'elle a rendu le jour à votre chant.
Je vous en félicite, adieu
,
bon jour, bon an.
Ces troisScénes duSuisse,del'Angloise,da
Marquis & de la Fuvolté, quoiqu'elles paroissent
épisodiques composent un tout si bien lié,
qu'on ne peut les séparer sans détruirele corps
de la Pièce. Ellesforment un noeud par l'incident
du Marquis,& un dénouement par le mariage de
Miss Blar avec M. Fiuller. Mlle Sylvia rend
l'Angloise parfaitement; M Dehesserpréssente le
Suisse avec beaucoupd'intelligence, & MlleFavard
mer beaucoup d'art & ce grace dans le rôle
de la Frivolité, le principalde la Piéce.
11rIc;a
Après leur départ, la Frivolité dit au Marquis,
que pour combattre le succès de Tiron & l'Aurore,
il faut célébrer leurs favoris par un duo;
le Marquis veut que cesoit par un trio,de la
façon d'un Serin de Bergame
,
qui est Arlequin
déguisé en chanteur. Il arrive tout en désordre ,
& fait la description d'uncombat ridicule que les
deux partis se sont livré au Cat1, où il a étéluimême
très-maltraité. On l'a prispourlemusico
des bouffons, sur quoi la Frivolité lui demande:
Seriez-vous en effet ce fausses si vanté?
.ArLequin.
1\08, Madame, je suis une taille accomplie.
0
Le Marquis ajoute:
Qu'il compose lui seul des Opéraburlesques
Qu'il fait des vct4 Gascons, des airs Toscans,
Et des Ballets TellJeIqus,
Arlequin.
J'en tiens de sûrs garans.
Voilà pour vous ,Madame,une chanson d'élite,
Et voici pour nous trois un morceau triomphant.
La Frivolité.
Pour assurer la réullîre,
Il faut l'accompagner d'un Ballet Allemand.
Arlequin,
En attendant, Madame,un Danseur Moscovite.
La Frivolité chante.
AIR.
Commeal'auselprèsolniou,
Mon cor clido
, que sa pietat,
Ausî que sa piou
,
piou
,
Per aber la libertat.
Cet air est suivi d'un trio,chantéparlaFrivolité,
le Marquis,&Arlequin,qui sortent tous
trois à reculons, en saluantJe Public à la manière
des bouffons, Un Ballet Allemand termine la Piéce.
1: est de la composition deM.Dehesse,&
mérite les applaudissemens qu'il reçoit du Parterre.
La Musique de l'Ariette Gasconne, est de M.
Blaise; elle lui fait honneur. Mad. Favart qui la
chante
,
lui prête de nouvelles beautés.
Voici des vers anonymes qu'on aenvoyés à
M. deBoissysur sa Pièce, ils ne doivent pas être
oubliés.
Dans les couleurs de la Nature
Les Graces trempent tes pinceaux,
Et la Raison d'une main sûre
,
Ordonne & finit tes tableaux;
Ton génie, à chaque parole,
Exprime une moralité.
Boissy
,
dans ta frivolité,
Le titre seul tient du frivole.
C'étoit le 17 de ce mois la douzième représentation
,elle alloit àprès de quatre mille francs,
La Pièce a été jouée deux fois à la Cour avec le
même succès qu'à laVille. C'estunediftinttion
d'autant plus flatteuse,que les Comédiens Italiens
depuis long rems Wy représentent plus de
Pièces Françoises.
A Madame Favart, sur la Comédie
de M. de Boissy. U
Ne Muse aimable & riante,
Vient de mettre au grand jour une jeune beauté,
Folâtre, fine,séduisante,
Et qui par sa legereté
Du François seul devroit être l'amante,
Ou plutôt la Divinité;
Mais craignons la rivalité,
Car déja l'Etranger la chante,
Et quand Favart la représente
Avec tant d'agrément & de vivacité,
Tous les coeurs font épris de la Frivolité.
Guerin,
L'Opéra Comique a fait l'ouverture de son
Théatre à la Foire Saint Germain, par le Remouleur
d'amour, le Rossignol, & la fausseRidicule.
Il n'a donné depuis d'autre nouveauté que leParnajje
moderne. Ce spectacle n'a pas le succès qu'il
a eu à la Foire Saint Lauréat.
CONCERT SPIRITUEL.
L E Concert du jour de la Purification commença
par la premiere Sonate des Pièces de
Clavecin de M. Mondouville
,
mise en grand
Concert. Ensuite Qjuamddefia
,
Ps. 83. nouveau
Motet à grand choeur de M. Giraud: un récit que
MlleFelrendit parfaitement, & le dernier choeur,
furent unanimentapprouvés.Mlle DupereY'lu'on
souhaite toujours de voir rentrer à l'Opéra,
chanta avec une grande & belle voix un petit
Motet. M.Florio Grassy,delaMusique duRoi
de Pologne Electeur de Saxe, joua avec goût un
Concerto diflûte ; ensuite Diligam te, Motet à
grand choeur,dp Gilles ;
il commença par le Verfct
Laudans invocabo Doinirum ; Mlle Chevalier
chanta Be,¡t. gens, morceau ajouté de Lalande.
M.Albaneze,de la Musiquede laChapelledu
Roi, chanta deux morceaux Italiens; le premier
quiétoit excellent, du Signor Caputi, & le second
eut n'étoit que bon, de M. Hasse. M. Albaneze
léu/îît beaucoup: on fut également content de
son organe & du goût de son chant. Le délicieux
petit Motet de M. Martin Latentur coeli, fut embelli
encore par MlleFel. M.Gaviniésjouaseul
& bien. Le Concert finit parleNisi Dominus,de
M. -èvivnuollvtlle
, qu'on ne se lasse jamais d'entendre.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE CONSTANTINOPLE, le 1 Décembre.
LE Kiaya du Grand Visir a été déposé. On répand
de toutes parts que le Prince Heraclius
après plusieursavantages remportés sur Schah-,
Doub, l'a défait entièrement dans un dernier combat.
Onajoûte que Schah-Doub a été bJeHé,
qu'il a laissé sur la place envrion douze mille
hommes, & qu'il s'estretiré avec les débris de toa
Armée versl'Indostan.
DU NORD.
DE PETERSBOURG,le30 Décer¡r!Jr-t;
Le 27 de ce mois, vers les quatre heures après
midi, l'Impératrice partit pour Moscou
, au bruit
du canon de la Citadelle & du Port. Le Comte de
Eefincltef. Grand Chancelier, se trouvantincommodé
depuis quelques jours, n'a pû prendre encore
la route de Moscou.
DESOT0CKH0LM)le 11 Janvier,
L'usage du nouveau Style dans ce Royaume
commencerale premier du mois de Mars prochain.
DECOPPENHAGUE,le 27Janvier.
Par une Ordonnance du Roi, il est défendu à
tous les Marchands d'Altena , de faire construire
ou réparer desVaisseaux à Hambourg. Une autre
Ordonnance de Sa Majesté porte qu'aucun Vaisseau
d'Altena re pourra être commandé par un
Capitaine Hambourgeois. On doit renouveller
la défense de porter des pierreries, & depuisplusieurs
jours les Dames de la Cour se font conformées
d'avanceà ce règlement.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE, le16Janvier.
Les trois nouveaux Ministres, nommés pour
les Cours de France, de Naples & de Turin, sont
le Comte George de Scahienber., qui doit partir
incessamment pour Paris; le Baron Firmiani,&
le Comte Ernest de Harrach. Ils seront remplacés
dans leurs postes de Conseillers Impériaux par les
Comtes de Colloredo, deDietrichstein, & de
Schonborn.
L'élection de l'ArchevêquedeSaltzbourgest
fixée au 20 du mois prochain.
DE DRESDE, le30 Janvier.
L'Anniversaire de la mort de l'Empereur Charles
VII. futcélébré le 14 dans la Chapelle dela
Princesse Royale. Le 26, les Princes Xavier, Albert
& Clément, firent une promenade en Traînaux
hors de la Ville,& revinrent lesoità l'Opera.
DE TIERLIN, le9 Janvier.
Suivant les dernieres lettres d'Don: Frise, il y a
eu dans cette Province une inondation considérable
, causée par l'écroulement de l'écluse de Dollei
t. La mer a couver r une partie du plat-païs, Se
les environs d'Embden ont beaucoup souffert.
DESALTZBOURG, leS Janvier.
André.Jacques de Dietrichstein,Archevêque de
cette Ville, Légat né du Saint Siege
,
Prince de
l'Empire, mourut avant hier en son Palais Archiepiscopal
,
âgé de 63 ans & quelques mois. Il étoit
le cinquième fils de Maximilien,Comte de Dietrichstein
, Chevalier de l'Ordre de Calatrava en
Espagne, mort le 4 Décembre 1692) & de Marie-
J ustine de Schwartzenberg.
DE MAYENCE,le22Janvier.
Entre Kempen & Bingen
,
à quelque dift.ec:
du grand chemin, on a trouvé Le dans un boisà
un arbre le Courier qui porte les lettres de Weltphalie
& cellesde Hollande. Six voleurs à cheval
& masqués
,
après avoir enlevé tout ce qu'il
portoit ,
l'avoient mis dans cet état. Il y avoit
dans sa malle, des lettres de change pour des
Tommes considérables.
DESTUTGARD,le28 Janvier.
Par ordre du Duc notre Souverain,on confiruit
dans la Ville dç Tubingen
,
dont l'Université est
célébre, un Observatoire & un Laboratoire de
Chymie. Ce Prince fait ajouter autit quelques bâtimens
au Théatre d'Anatomie.
DE BAREITH, le28 janvier.
Avant-hier, vers les huit heures du foir,le feu
prit au Palais du Margrave avec une telle violence
, que cet édifice est presque entièrement consumé.
On n'a eu que le tems rie sauver ce qu'il y
avoit de plas rare & de plus précieux. Les rt.uu-.
mes portées par le vent, se font communiquées
à la Chapelle, & elle n'est plus qu'un monceau de
cendres. Cet accident a été causé par l'imprudence
d'un Valet de chambre, qui s'étoit endormi tn fumant, dans une Garde-robbe.
ESPAGNE.
DE LIsBONNE,l.21 Décembrr.
Une Flotte, composée de seize Navires Mar.
chands
,
partit d'ici le 4 de ce mois pour la Baye
de Tous-les-Saints,fous l'efcorre du Vaisseau de
gucucle SaintAntoine, commandé par Don G onfale-
Xavier de Barros d'Alvin. Le ij,leVaifTeati
de guerre la Notre-Dame de l* Nativité, que com.
mande Don Juan da Cossa de Brito
,
mit à la voile
pour Mazagam
,
où il conduit Don Joseph Leite
dé Soufa, Gouverneur de cette Place.
DE Madrid,leaJanvier.
Il est venu de Cadix un Courier, par lequel
Don Julien d'Arriaga,Président du Tribunal de
la Contraction,amandé au Roi que le Vasseau
deRegistre la Lidie était entré le zo du mois
dernier dans ce Port. CeBâtiment revient de Buenos-
Ayrcs,& il a été escorté depuis les Canaries
par le Vaisseau de guerre laVrfoctjje, Il a appoité
li valeur de 414057 piastres en or ou argent; 700
Quintaux de cuivre; 1411 livres de laine de Vigogne,&
10400 cuirs. Une Frégate, nommée le
Saint Ftrdir::::d, est arrivée aussi de BuenosAyres
svec un riche chargement,
On a reçaavis que le 10 de ce mois le Vaisseau
deRegiltre le Triomphant, étoit entré dans la
Baye de Cadix. Le 15 Juillet de l'année demiere,
ce Bâtiment est puti de la Vera-Cruz pour la Ha-
-vanr.e ,
d'où il a remis à la voile le 14 Octobre. il
a apporté, tant pour le compte de sa Majesté, que
pour celui des particuliers, beaucoup d'argent
monnoyé, de marcs d'or Se d'argent, cuivre, cochenille,
lucre
,
cuins, tabac, & autres matchandiles.
LePrésidentduTribunal de la Contractation
des Indes, a mandé au Roy, que les Vaisseaux le
lhiïlavt & le Faucon, étaient arrivés à Cadix, l'un
le 17, l'autre le 18
, tous deux richement chargés.
Sa Majesté a alini appris par Don Manuel Diegue
Èfcobedo, Commissaire Ordonnateur de matin;
àSaintSébastien,que le 13 la Frégate le Saint
10achim1 était entrée dans It Port du Passage, &
qu'elle avoit apporté pour le compte de la Compa.
gnie des Caraques, une grande quantité de cacao,
& 15s97 prâtres.
ITALIE.
nE Rome, le 25 Janvier
L'arrangement que Sa Sainteté a fair mettre
danslaCollection duCapitole,ajoute un nouveau
prix aux richesses que cette Collection renferme.
Dans la Chambre des Empereurs, on voit
sur deux rangs de gradins qui regnentautour de
cetre Pièce, une suite de Bustes d'Empereurs,de
Césars & d'impératrices. On admire entr'autres
ce!ui deTibére,quieft d'albâtre; celui de Prufus
son frere, d'un très- beau marbre blanc;latête
d'Antonia
,
femme deDrufus
,
les Bustes de Germanicus
& d'Agrippins
,
sa femme
; ceux de
l'Empereur. Claude & delajeuneAgrippine,sa
firénie femme, tous deux de marbre blanc ; Se
un Buste de Poppée
,
seconde femme de Neron.
Ce dernier morceau surtout etl: d'une grande
beauté. Il y a dans ta Galletie un Jupiter foudroyant,
de pierre noire antique, qu'on a placê
sur un Autel tOod, orné d'un bas-relief d.ins le
goût Etrusque, Un autre Autel de même forme
porte une Statue d'Esculape, aoifi de pierre noire.
On remarque aussi dans cette Gallerie un Butte
d'Antonin le Pieux; un Apollon grand cmme
titure,& tenant sa Lyre; une tète d'Adrien
^albâtre oriental transparent.
GRANDE BRETAGNE..
DE LONDRES, le 11Janvier.
Aujourd'hui,le Roi s'etf rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées
, &
Sa Majesté, ayant mandéla Chambre des Communes,
a fait l'ouverture de laLouvelle Session
du Parlement par un fort beau discours, Le 18,
les Pairs & la Chambre des Communes présenterent
leur adresse au Roi, qui y a répondu trèsgracieurement.
Le 31 ,les Seigneurs ordonnèrent de dresser uot
Bill contre les mariages clandestins. Le 26 du
mois dernier, la Chambre des Communes fit la
premiere lecture du Bill, pour continuer les
droits sur la Dreche. Cette Chambre s'étant assemblée
en grand Committé pour déliberer sur le
subside,on proposi d'entretenir sur pied dans la-
Grande Bretagne pendant l'année courante dixhuit
mille huit cens cinquante- sept hommes de
troupes, en y comprenant dix-huit cens quinze
Invalides. Il s'éleva desvifs débatsàcette occa-
110n, mais la proposition passa à la pluralité de
deux cens cinquante-nois voix contre soixantecinq.
DES PROVINCES-VNIES.
DELA HAYE,le16 Janvier.
Les dernieres Lettres de Surinam marquent
qu'un détachement de troupes, ayant été envoyé
contre les Nègres rebelles qui se font jettés dans
les bpÍJi).noie été repoussé par ces fugitifs. Le
mauvais état, où se trouve actuellement cette
Colonie,engage les Directeurs de la Compagnie,
à solliciter lerétablissementde M. Mauritius, ancien
Gouverneur ,& la Ville d'AiiiflerdamiIil).
puye fortement leur demande.
Don Joachim Ignace de Barenechea, Marquis
del Puerto,Chevalier de l'Ordre de Calatrava
, & de celui des Séraphins,Doyen du Conh.;.:
Finances du Roi d'Espagne,& Ambassadeurde
Sa Majesté Catholique auprès de leurs ri.i.i '.;
Puissances
, mourut en cette Ville le 19iUta
mois, dans la soixante-quinziéme année de son âge.
FRANCE.
Nouvelles de 14 Cour3 de Paris,&c.
•LE Roi qui étoit depuis le trois Janvier au
Château de Bellevûe
,
revint à Versailles le
six.
Le même jour, fête de l'Epipl
communia par les mains de 1'
Rouen,son Grand Aumônier.
Ce jour,ainsique le lendemain
tés souperent au grand couvert
Royale.
Le 8 & les jours suivans, le ci
de la seconde Lotterie Royale s
grande Salle de l'Hôtel de Vil
Lot elt échû au numéro 23872,
Prime au numéro 16813.
Le 9 ,
le Roi se rendit au Chât
Le 10 au soir, Monseigneur le
joindre Sa Majesté, Mesdames de
unie, la Reine
Archevêque de
n ,
Leurs Majesavec
la Famille
nquiéme Tirage
;'elf fait dans la
ie. Le principal
& la premiere
eau de la Meute.
Dauphin alla y
e France furent
y dînerle 11. Ivj
La Compagnie des Indes a reçu avis que ses
Vaisseaux l'jlclrills & le Saint PrÙjl, destinés l'un
pour l'Isle de France, l'autre pour Bengale, étoient partis du Port de l'Orient le 28 Décembre
dernier. La Frégate la Sainte Reine & les Ba -
teaux l'Ours & la Biche qui appartiennent à cette
Compagnie, partirent le même jour pour le Sénégal
Le 29, le Vaisseau l'Indien, appartenant
aussi à la même Compagnie, fit voile du même
Port pour l'Isle de France.
Leurs Majestés & la Famille Royale avoient signé
le 31 Décembre dernier, le Contrat de mariage
du Comte de Gacé, & le 2 Janvier celui
du Comte de Crussol.
La Faculté de Droit a adjugé à M. Martin,
l'un de ses Docteurs Aggrégés, la Chaire vacante
dans cette Faculté par la mort de M. Cugnet.
M. Pinon de Quincy & M. de Fieubet de Beauregard,
Conseillers de Grand'Chambre
, ont sffifté
de la part du Parlement, à l'Election.
Le Roi en considération du même & des fervicesde
M. Morand
,
Chirurgien-Major de l'HÔ..
tel Royal des Invalides, Chnuigien-Infpe<fteur-
Général des Trois-Evêchés
,
Pensionnaire de l'Académie
des Sciences dans i~ Classe de rAnato"
mie, & Secrétaire perpétuel de l'Académie de
Chirurgie, l'a nomme Chevalier de l'Ordre de
Saint Mihel. Sa Majestél'avoit honoré dejad'une
marque particulière de distinction
, en lui
donnant des Lettres de Noblesse.
Les Lettres de Bourdeaux marquent que les.
derniers Bâtimensqui y lotit arrivés, sont le M*rst
de Rouen; l'Expédition, de Cherbourg ;
le S,iÍnt
Jacques, de l'Isle-Dieu; l* /0,1,11iede Ptailac
; i]ctcq-ics-Loms
,
de Douernency , le
Saint Cotentin
,
de Quimper, la Dil gence )
de.
d'Abrilduc; le Duc de Cumberland
,
de Dublin;
l'Amitié, du même Port ; le VéritableAmant, de
Londondery
; leMeufenden, de Bedford; le Hcllena
&Allida, la Dame Marie, & laPomme de
Pin, d'Amsterdam; 1* Dame Meta, de Bremen;
& la DemoiselleChristine, de Flensbourg.
Le II ,
les Actions de la Compagnie des Indes,
les Billets de la premiere Lotterie Royale &
ceux de la seconde
,
n'avoient point de prix fixe.
Les Comédiens François représenterentle même
jour, à la Cour, la Tragédie d'Electre, de
M. de Crebillon, de l'Académie Françoise, Se
YLjprit de Contradiction, de du Fresny.
Le Roirevint le 12 duChâteau de Bellevue,
eu Sa Majesté étoit depuis le 9.
Le Il & le 13, M. Richer, Ordinaire de la
MdiquJela Chapelle& dela Chambre du Roi,
fit executer pendant la Messe de leurs Majestés le
P.'eauisc :"":ltj.:Jle Dominum
, omnes Gentes, Motet
de sa composition.
Leurs Mjjeiié^lfouperent le 14 au grand Couer:
vcc ta Famille Roy ale.
Il y eut le 13 3c le 1 5 un Concert chez Madame
ta Dauphine, & la Reineyassista. O n chanta
le Prologue & les trois premiers Actes del'Opéra
d'Omphale, dont les paroles font de feu Hondartde
la Mothe, & la Musique de feu Destouches.
Le 16, après la Comédie, le Roi se rendit à
Trianon
, pour y passer que'ques jours.
LesComédiens François jouerent le même jour laComédie du Muet, de l'Abbé Brueys& de Palaprat,
&: la Comtesse d'Ejcxrbagnas.
Le 17, les Comédiens Italiens donnèrent Arlijum
muet par cra ale) avec deux. Ballets.
On a apprispar un Coutier cxUAordiaûifç
que le 4 de ce mois, la Princesse épouse du Prince
héréditairede Modene, étoit accouchée heureusementd'un
Prince.
Sa Majesté étant informée du bon usage que
les Capitaines de ses troupes d'Infanterie Françoise
& Etrangère ont fait du produit du rapel du
(ompJer, qu'Elle leur a accordé par son Ordonnance
du premier Janvier i7fi, en rétablissant
leurs Compagnies par de nombreuses & belles recrues
, Elle a ordonné, pour leur en témoigner
sa satisfaction, & pour leur procurer les mêmes
moyens de continuer lin trarail utile au bien de
son fetvice :
1°. que l'Ordonnance ci-dessus mentionnée
, portant réglement pour un supplément
de décompte de la solde & des payes de gratification
aux Compagniesd'Infantetie Frarçoise &
Etrangère, <3u premier Juillet 1751 au 30 Juin
17J1; & l'Ordonnance du 13 Avril de la même
année 1752, pour les Compagniesà pied des
Troupes légeres, continuassent d'avoir leur exécution
pour lesdites Troupes, à commencer du
premier Juillet1752jusqu'au 30 Juin1753, tant
au fL;jt du supplément de décompte de la solde
& des payes de gratification
, que pour tout ce
que contiennent lesdites deuxOrdonnances. 1.0.
Que les Compagnies des Régimens d'Infanterie
Allemande ayant été reduites par une Ordonnancedu
premier Mai 1752 ,
il leur fût fait unsupplément
de décompte pendant les douze mois cidessus
, cour la solde des hommes qui auront
p.'iflcdeplus à la revûe de Mai & Juin 1753, qu'à
cellesdesdix moisprécédens, à commencer du
premier Juillec 1752. Cesupplément dedécompte
n'aura lieu que pour celles desdites Compagnies
qui aurontà la revûe un certain nombre
d'hommes prescrit. A l'égard des payes de gra»
tification desdites Compagnies d'InfanterieAllemande
, les Capitaines dont les Compagnies
doivent être de cinquante hOlnmes) ne recevront
point ces payes si leurs Compagnies font au-dessous
du nombre de quarante-cinq Soldats. Il en
fera de même pour les Capitaines dont les Compagnies
doivent être de soixante sept ,si elles font
au-dessous de soixante. Les Ordonnances des 3
Juillet 1749 & 3 Décembre 1750 , portant réglement
sur les Revues desCommissaires & les
décomptes, continueront d'avoir leur exécution
pour la Cavalerie Françoise & Etrangère, pour
les Compagnies de Dragons à cheval & à pied,
& pour les Compagnies à cheval des Troupes I&.
geres.
Sur le rapport qur a été fait au Roi, que plu;,
sieurs Soldats, Cavaliers & Dragonsde sesTroupes,
obtenant des congés limités, en abusoient
pour venir à Paris , où ils vivoient licentieusement
, & donnoient oeçaiion à des querelles,
combats, & autres excès contraires à l'ordre public
; Sa Majesté a fait publier une Ordonnance ,
portant que tous Soldats, Cavaliers & Dragn5,.
FrançoisouEtrangers,qui font actuellement ,
ou qui viendront datrs la suite en cette Capiule, feront tenus, fous peine de prison
,
de Lire vtfer
par le Lieutenant Genéral de Police les cartouches
de leurs congés
,
& de lui déclarer le lieu
de leur demeure, dont il fera tenu registre. Veut
Sa Majesté, qu'ils déclarent pareillement le tems
où ils devront partir de cette Ville; Sa Majesté
leurdéfendant d'y demeurer au delà du terme de
leurs congés, fous quelque prétexte que ce puisse
être.
Il paroîtune autre Ordonnance, par laquelle
il 0 dit que le montant des faiaircs échus pour
les Matelots & gens de mer qui auront défeitê
des Bâtimens marchands, continue d'être mis en
dépôt dans les Bureaux des Classes ,afin qu'il en
soit enfuire difporé, comme il a été fait jusqu'à
présent, pour le bien & l'avantage du commerce, La même Ordonnance porte qu'il fera fuifis à
l'expédition des Navires appartcnans aux Armateurs
qui se trouveront dans le cas de faire lesdits
cîépôrs, jusqu'à ce qu'ils y ayent satisfait
; Sa Majcfté
se réservant néanmoins d'avoir égard aux repiéfcntations
qui pourront lui être faites à ce sujet
par les parties intéressées.
Par un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, il est
défendu à tous Propriétaires de fonds & héritages,
maisons & Offices, de retenir le vingtième
des arrérages des rentes, pensions & autres redevances
, de quelque nature qu'elles soient dûes
auxHôpitaux. En même-tems, SaMajeltc permet
à ces Propriétaires de présenter leurs Requêtes
, dans la Ville de Paris, au Prévôt des Marchands,
& dans les Provinces, aux Intendans,
pour demander qu'illeur foir fait déludhon
,
sur
Je vingtième qu'ils payent du revenu de leurs
biens fonds, du vingtième qu'ils ne peuvent retenir
auxdits Hôpitaux, en juftiSantde la réalité
des rentes & pensions dont ils font redevables, &
en rapportant les contrats, quittances, & autres
actes à ce nécessaires.
SaMajefiéa nommé M. Bossu pour remplir à
Mezieres la Chaire de Professeur de Mathématiques
dans l'Ecole du Génie.
M. de la Martiniere, Premier Chirurgien du
Roi, n'étant pas à portée d'examiner lui-même
les Maîtres en Chirurgie capables de remplir les
cinq places d'Adjoints à Professeurs
,
qui font vamanies
? Montpellier, a confié ce soinaux
frofeffeurs & Démonstrateurs Royaux déja nommés
depuislong-tems. Jurqu'à ce que l'Edifice
fondépar M. de la Peyronie foir achevé, ûx jeunes
Maîtres continuent de faire successîvement
un certain nombre de Leçons d'Anatomie&de
Chirurgie dans l'ancien Amphithéâtre. On fait
tirer au fort les six Contendans la veille de chaque
Leçon, de sorte qu'ils n'ont que vingt-quatre
heures pour se préparer sur chaque matiere. Il
assiste ordinairement à ces Leçons près de trois
cens Etudians de différentes Nations,3cl'émulation
s'accroît tous les jours.
Pendant le cours de l'année derniere
, on a
bapnfé à Paris dix mille trois cens huit garçons ,
& neuf inillcneufcens dix-neuf filles Le nombre
des enfans-trouvés a monté à quatre mille cent
vingt.Cept. Il s'est fait quatre mille trois cens cinquante-
neuf maiiages, & ilest mortdix-sept mille
sept cens soixante-deirx personnes, dont neuf mille
cinq cens quatre-vingt-trois hommes
, & huit
mille cent soixante dix-neuf femmes.
Au départ du Courier de Marseille, il n'étoit
entré dans ce Port depuis le 30 du mois dernier,
que cinq Vaisseaux;sçavoir
,
le Saint-Francois
venant de Caithagêne
,
& chargé de diverses marchandises
; la Marie, partie du Cap François avec
un chargement de sucre & d'indigo ; le Vaisseau
la Galere de Suderzée
, apportant de Petersbourg
du chanvre & du fer
;
la Charmante Elizabeth, Bâtiment chargé de provisions, &venant de CorK
en Irlande; & la Sara, Bateau chargé de bled,
parti de Beiv/icK en EcoiTe.
Il s'est commis deux vols dans les Egîifes de
FellacSedeBegle, près de Bourdeaux. Le pre-
1111er a été fait le 22 du mois dernier, & le fecond
pendant la nuit du deux au trois de Janvier.
On a enlevé dans l'Eglise de Pessac deux Calice,
avec leurs Patenes, l'un ancien
,
l'autre trèsbeau
& à la moderne; une Croix d'argent
,
deux
Couronnes d'argent ; un Éncensoir de même métal,
& sa Naveue. Dans 1Lglife de Begle
, on a
pris un Sdnt Cboire, deux Calices & deux Patenes
un Soleil
, une Custode pour porter lé
Viatique,une Lampe,deux Encensoirs, une Navert4
,des Euie:tes & le Plat sur lequel elles
étoient potées Tous ces différensVases& Ornemens
étoient d argentou de vermeil, la plûpalë
travaillés àa moderne. Les Voleurs ont emporté
adTi deux Bâtons de Croix, couverts d'ar..
gent, & une grande quantité degalons.
Le 1S
,
les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-sept cens quatrevingt-dix-sept
livres dix sols, & lesBillets de la premiere Lotlerie
Royale à six cens quatre-vingt-six. Ceux des
la seconde n'ont point de prix fixe.
BE'N ElF1c EDONNE*.
LE Roi a donné le Prieuré de Notre-Dame de
Crots, dépendant de Maini-oiitier,Diocèec
d'Evreux
,
à M. Pegouer, Docteur de Sorbonne
, Supérieur des Théologiens du Collége de
Sainte-Barbe.
NAISSANCEET MORTS.,
L E 7 Février, la Marquise de Valbelle, accoucha
d'une fille qui fut baptisée le lendemain
dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice, & nommée
Louise-Delphine.
.,'Le 3 Novembre fut inhumé à 5.Sulpice Meflîrc
Paul de Grivel, Comte d'Ouroi, ci-devaht Mesre
de Camp du Régimentd'Anjou, Cavalerie,
lécédé la veille, nte des SS. Peres, sans laisser
l'enfansde sa seconde femme Henriette-Antoinette
de Bourbon-Busset,qu'il avoir épousée eil
octobre 1747 ,étant veuf depuis le mois d'Avril
736 de Marguerite-Françoise de Bourgoing de
~Fauleins, de laquelle il reste pour fils unique Alé.
sandre-Auguste
,
Marquis d'Ouroi, ci-devant Coonel
d'un Régiment d'Infanterie de son nom , ~marie au mois de Juin 1739 avec Anne-Françoise
Foucaud de S. Germain-Beaupré. Le Comte d'Ou-
~oi descendoit de Jean de Grivel, Ife du nom, auquel
Louis Duc de Bourbon, Comte de Clermont,&
Grand-Chambrier de France, fit don,
de la terre & maison forte de Groslouves, avec
haute, moyenne & basseJusticepour lui & les
descendans, enconsidération de ses services & de
ceux de feu Jean de Grivel son pere ; & dans lcf
Lettres patentes de ce don datées du mois de Février
1364. & ratifiées par d'autres du mois d'Aniï
135^> ce Prince le qualifiesonAme~r Féal
Chevalier Conseiller & Bailly du Bourbonnois. Ce.
Jean de Grivel servoit dans les Armées du Rot
Charles VIles années 1386 & 1387. en qualité 'If
Chevalier, avec un autre Chevalier & 18 Ecuyers.
Son fils aînéHenri eut de sa femme Jeannede
Troussebois, Jean de Grivel III. du nom,Seigneur
de Grossouves,qui étoit en 1407. fous la
tutelledeson oncle Jean de Grivel, Chevalier de'
S. Jean de Jérusalem, Commandeur de Chambereau
& de la Vaufranche ,& laissa de sa séconde
femme Marie de Chauvigni, Bertrand de Grivel £
Seigneur de Grossouve
,
Montcoublain
,
&c. qui
servit les Rois Louis XI & Charles VIII. & laïf*
desesdeux femmes Peronelle de Bar.>-& MiÀ
chelle de Rochefort de Châteauvert, un grand
nombre d'enfans. Les aînés de chaque lit, Claude
& Hugues, firent les deux branches de Grossouve
& d'Ouroi. Claude de Grivel, Chevalier, Sei-.
gneur de Grossouve,S. Aubin
,
&c. après avoir été;
élevé enfant d'honneur du Roi Charles VIII suivit
les Rois Louis XII. & François I. dans leurs expéditions
d'Italie. Sa femme Françoise-Ebrard det;
Montefpedon le rendit pere entr'autres enfans de
Philippe de Grivel, Chevalier,Seigneur de Grosfouve
,
allié en 1547 à Magdelaine de Gaucourr, dont le fils aîné Marc de Grivel
,
Seigneur de
Grossouve & de S. Aubin, Chevalier de l'Ordre:
du Roi,Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Duc d'Alençon, puisdu Roi Henri III. servit
avec beaucoup de zélé dans les guerres contre
les Religionnaires. Il resta en IS38, & laissa de sa-,
femme Jeanne de Gadagrie
,
Thomas, mou)
sans alliance,& Louis de Grivel,Mestre de Campd'un
Régiment d'Infanterie en J610, mort sans
postérité après1640. Sa veuve Gabrielle de laq
Cressonniere
,
Dame d'honneur de la Reine, vendit
la terre de Grossouve en 1651. à Hubert de-
Grivel
,
Seigneur de Pesselieres,de la branche
d'Ouroi.
Cette branche avoit été formée,comme nous
l'avons dit, par Hugues de Grivel,Chevalier,
Seigneur de Montcoublain & d'Ouroi
,
fils de-,
Bertrand & de sa seconde femme,lequel de Magdelaine
de Pelourde, Dame d'Ouroi en partie,;
eut Guillaume de Grivel allié en 1y3<f à Marie
deChamps, Dame de Pesselieres:celui-ci qui
fut Lieutenant de 50 hommes d'armes des Or«;
donnances du Roi, & Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Alençon,fut pere entr'autres en<<
sans de Jean de.Grivel, Seigneur de Pesselieres,
lontcoublain,&c. marié le21 Mars q.s i,aver.
Gabrielle Damas de Thianges
, A mourut en
596. Leur fils aîné Hubert de Grivel
,
Marquis
ePesselieres & Comte d'Ouroi, Vicomte d'Anrin,
Seigneur de Gioflouve, fut fait Mettre de
ampd'unRégiment de dix Compagnies de cent
tommes chacune, de gens de pied François a Commission du trois Juillet 1630; puisMaéchal
des Camps & Armées du Roi, Gouverleur
de Saveme, Château d'Eaubard, Falsbourg
Salsbourg, & Pays en dépendans. Il avoit
pouséen 161Q Anne de Garaachessa parente,
Dame en partie d'Ouroi, de laquelle ileutenr'autres
enfans Charles de Grivel, Comte d'Ouoi
,
Maréchal de Camp par Brevet de 16p.,af.
assinéà Paris en 1658 sans laisser d'enfans d'Ane
de Gucmadeuc qu'il avoit épouséeétant veu-
'e du Marquis de Pontcourlai. Et Claude de Cri.
el
,
Marquis dePesselieres &Comte d'Ouroi,
lui continua la postérité par foa mariage conraété
le 23 Juillet 1668 avec Anne-Marguerite
le Buffevant, mere du Comte d'Ouroi qui donne
ieu à cet article.
La lifte des alliances des deux sexes de la mai.
on de Grivel, dont les armes font d'or, à la banale
échiquetée d'argent & de fable, de deux traits,
uffiroit pour faire connoître que c'est à juste tire
qu'elle ert comptée parmi les plus nobles des
Provinces de Bou bonnois & de Berri, où elle a
oujours possédé des terres considerables. Ses aliances
font:Avantois,Bar,des Barres, Bourbon-Busft,
BfJflrgoz,¡g de Fauleim, de Buffexant, deChamps,
Chastelas
,
Cbauiigpi
,
Conrnon, la Cressoniere
Crevant, Crevecoetir, Ebral de la Courtade, Ebrard
ie iHontefpedon
,
Damas de Thianges, Dmtand de riileignln, CaJegnt, Gllmlfches de Julfi, Gomachei
de RemonJ. Gaucourt, S. Gerpjtin-Benu
pré,Guemudeut, Legiac,Mauvoisin, Meungd
la Fetté,Montaulieu
,
Murât, de PAs de Veuqmt
res, Pdourde,5\Phale,Pierrepont, PontvilleH
Poplion,Régnier, Rochefort de O'âteauver,l, Thil
ges, Truflebois
,
PeiJhan, Vlllelume. !
AVIS.
M. Leclerc l'aîné vient de donner un Rccuefl
d'Ouvertures & de Sonates en trio. Si notre fusy
frage particulier pouvoir ajouter quelque chose1
l'idée qu'a l'Europe entiere de cet Artiste ,le plu
célébre qu'ait eu la France pour la Musique
pul
xement ÍnÍrrumentale ,nous dirions que les no
veaux ouvrages de ce Musicien font'égauk
,
supe
rieurs mêmeàtout ce qu'il afaitdeplusestimé
Nous en jugeons ainsi d'aprèslesimpression
vives &fortes qu'a fait sur nous l'exécution de
pl
iieurs morceaux du Recueil que nous annonçonij
On trouve ce Recueil chez l'Autreur
, rue Tarant
ne , & aux adreÛM oreiriaires. "j
FENTEDE CCTNSEENCE4
Consistant en un grand nombre deTableaux
originaux, des Peintres les plus célébres des diffé
rentes Ecoles,qui étoient à Aix dans le Cabine.
de MM. BoYER. o'Aiguilles. Cefontlesméfies
dont on a donné une description raisonnée ;
& dont il a paru des Estampes gravées par J:
Codmans,d'Anvers
,
qui ont été publiées à Parii
chez M Mariette en 1744, & que pourront con
fulter les personnes qui defireroient avoir tJn,
connoiiïance plus cnticre du mérite de chaqufi
Tableau.
»
Cette Vente se fiera à Paris dans le courant dtj,
Carême prochain de cette année 1753 , en 1-
klaifon de feu M. le PrévientCrozat de Tugny ,-
)Jace de Louis le Grand, au plus offrant & derier
enchérisseur. On avertira du jour par de,
affiches. Il est inutile de faire l'éloge de cette
belle & importante collection. Elle est si connue
en France & dans les Pays Etrangers,que tout.
ce que nous eu pouvons dire n'ajoute lien à l'idée
qu'on en a.
APPROBATION.
J'Ai lu
, par ordre de Monseigneur le Chance- j lier, le Mercure de fronce
,
du mois de Mars.
à Paris, le 3 Mars 1753.
Sixiéme Lettre d'un Prussîen à M.l'Abbé Raynal, surlaLitteratureAllemande,1t.
La Vigne fubftiruée au Cyprès. Fable,3z,
Réflexions sur Ii profession d'Avocat, par M. de
Roupnel de Chenilly ; Avocat, 34
Odesurlafolirude, 53
Lettre à M. le C. de S. far l'Inventeur de l'Imprimerie
lettre e. , j7 Versà M. de Mal**.6$ pifeours prononcé en la Séance publique de la
Société Royale de Nancy, le zo Janvier 1753, si
Vers sur le mariage de M. le Comte de C. pr$| fenteslejourdel'an1753.
Mémoire sur la vie de feu M. Bertrand, Arocac
au Parlement de Bretagne ,
de l'Académie
d'Angers,
EpitreàM.TitonduTillet w 789^
La detfenfe d'iris, 93
Mots des Enigmes & du Logogriglie du Mercure
de Fevrier,
Enigmes & Logogripfaes,
Nouvelles^cteraues loi Beaux-Ait
131
L'Amant délabuféChinfon152.
Speétacles, 154,
Eitrait deNarcifle, jet
Vers i Mlle Dangeville
, j78
Extrait de laFrivolité, J79
Concert Spirituel
, 191
NouvellesEtrangères, 196
France. Nouvelles de la Cour
,
Bénéficedondne Péari,sx, &ci.q103
Naissance & mort, ibid.
Avis, 114
La Chtxjtr* notée doit regwdfr b fÂge l ;t,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le