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Référence

LA CONDAMINE (DE) Pierre, « Il y a trois siècles : le poète Paul Desforges-Maillard », Les cahiers du Pays de Guérande, no 40, 2000, p. 3-8.

Référence courte
La Condamine 2000
Type de référence
Texte
Les Cahiers du Pays de Guêrande -N° 40- Année 2000 3
Pierre de La Condamine
IL Y A TROIS SIÈCLES :
LE POÈTE PAUL DESFORGES-MAILLARD
Tout comme René Gentilhomme de l’Espine, Paul Desforges-Maillard naquit au Croisic, fut poète et eut une
carrière non exempte de singularité. Son ambition fut aussi de se faire écouter des princes... mais des princes
selon l’esprit. Comme la gloire semblait le bouder, il imagina, pour la conquérir, de s’affubler d’une personnalité
fictive. Quel fut exactement son stratagème ? Comment s ’y prit-il pour conduire et dénouer l’une des mystifications
les plus amusantes de l’histoire littéraire ? Comment survécut-il à son personnage d’emprunt ? C’est ce que nous
allons voir.
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Si l’on en croit Paul Desforges-Maillard, il aurait
été poète dès le berceau : «Arrêtépresque toute
ma vie sur une côte où le trafic du sel marin est
plus en crédit que les Muses, j’y naquis pour elles
avec une passion que je n’ai jamais pu ni vaincre
ni satisfaire. » Ne discutons pas cette précocité :
la lumière nacrée du Croisic n’est-elle pas, à elle
seule, un bien joli poème ?
C’est donc au Croisic que, le 24 avril 1699
un petit Paul vint égayer le foyer de Paui
Maillard, sieur des Forges, et de Marie Audet.
Et pour que ce premier enfant ne s’ennuyât
point, ses parents eurent la générosité de
lui offrir douze ou treize frères et soeurs,
dont neuf survivront. Plus tard, le poète
traduira en vers ses sentiments fami- ç „
liaux, vénérant la mémoire de son père : ;
Sçavant, ingénieux,
l'ornement et la gloire
De la société...
et qui avait été maire du Croisic comme le sera 1 ’un de ses
fils, Louis. Celui-ci, comme son père, s’adonnera au commerce
maritime. Un autre fils, René, fera de même. Joseph
sera prêtre. Enfin Olivier, le plus jeune des garçons, d’abord
capitaine dans la marine marchande, commandera par la
suite la frégate du roi, Calypso, à bord de laquelle il forcera,
pendant la guerre de Sept Ans (1762) l’embouchure
de la Vilaine bloquée par la flotte anglaise.
Premiers succès et premiers échecs
Paul, lui, au terme de ses études chez les jésuites de
Vannes, puis chez les oratoriens de Nantes, ira à Rennes se
faire recevoir avocat au parlement. Mais sa vocation n’est
pas là : « Mon aversion décidée pour tout ce qui
s'appelle chicane ou procès me fit renoncer. »
Déjà il ressent ce qu’il y a parfois de contradictoire
entre la vocation et la profession.
Vocation d’abord ! Revenu au Croisic sous le
toit des siens, il se met à son écritoire en même
temps que mûrit son amitié toute fraternelle,
une amitié de toujours, avec Pierre Bouguer,
son compagnon d’enfance et qui promet
d’être un grand astronome. Le Croisic saura
bien donner au siècle un adepte de
Newton et un disciple d’Horace. Pour
sa part, Paul Desforges-Maillard compose
des poésies, des études littéraires et
remporte quelques succès. Il est lauréat
des jeux floraux; il collabore au Mercure
de France et au Journal de Verdun.
Il va vers ses trente ans et accède à une
certaine notoriété.
Serait-ce là toute son ambition ? De
Paris retentit le nom de Voltaire. Ah ! si ce prince des
beaux esprits pouvait le remarquer, l’encourager, le patronner
! D’un élan de sa meilleure plume, Maillard lui avait
adressé un vibrant message. Poliment, Voltaire répond :
«... Les louanges que vous me donnez m'ont inspiré de
la jalousie, et en même temps bien de l’estime et de l’amitié
pour l’auteur. Je souhaite, Monsieur, que vous veniez à
Paris perfectionner l ’heureux talent que la nature vous a
donné. Je vous aimerais mieux avocat à Paris qu ’à Rennes.
Il faut de grands théâtres pour de grands talents, et la capitale
est le séjour des gens de lettres. S’il m’était permis
d’oser joindre quelques conseils aux remercîments que je
vous dois, je prendrais la liberté de vous prier de regarder
4 Les Cahiers du Pays de Guérande -N°40-Année 2000
Ici poésie comme un amusement qui ne doit pas vous dérober
à des occupations plus utiles. Vous paraissez avoir un
esprit aussi capable du solide que de l'agréable. Soyez sûr
que si vous n’occupiez, votre jeunesse que de l’étude des poètes,
vous vous en repentiriez, dans un âge plus avancé... »
De cette lettre, dans le ton d’un auteur arrivé jouant
au chat et à la souris, avec un débutant, que fallait-il retenir
? Elle distillait les compliments et les conseils selon un
dosage bien subtil ! Maillard n’en continua pas moins de
perfectionner son “heureux talent”, et, lorsque l’Académie
française eut annoncé qu'elle attribuerait son prix de poésie
à une oeuvre consacrée aux progrès de la navigation
sous.Louis XIV, il concourut. Hélas ! il n’obtint pas le prix.
L’échec lui fut cuisant, mais il sut souffler sur la brûlure.
Et le voilà qui rédige son propre plaidoyer (n’a-t-il pas été
avocat ?), bien résolu de le faire insérer, avec le poème
non couronné, dans le Mercure de France. Il veut en appeler
au public. Aux lecteurs déjuger !
Encore fallait-il que le directeur du Mercure admît cette
sorte de recours. Aussi, plutôt que d’intervenir par
correspondance, Maillard pensa qu’une visite conviendrait
mieux, et il chargea de cette démarche un abbé de sa famille,
M. de Morinays, qui résidait à Paris.
Le directeur du Mercure était le chevalier de la Roque.
Il vit qu’on cherchait à le compromettre dans un esclandre.
Que lui demandait-on ? De provoquer un débat qui
promettait à Maillard la célébrité. Que lui offrait-on en
échange ? Une brouille certaine avec l’Académie française.
Le refus du chevalier fit tourner l’entretien à l’algarade.
Jamais plus, jura-t-il, les vers de Maillard ne prendraient
place au Mercure ! Et, s’emparant des feuillets que l’abbé
exhibait, il les jeta au feu de la cheminée.
Mademoiselle de Malcrais de la Vigne
Desforgcs-Maillard allait prouver qu’un homme d’esprit
sait toujours réparer les faux pas d’une confiance en soi
quelquefois maladroite.
Il possédait près d’Escoublac une modeste maison de
campagne, Brédérac, « cabane rustique, aussi simple que
son maître et dont le meilleur revenu est la tranquillité ».
A l’automne, dans la vigne de Malcrais, toute proche, on
cueille gaîment les raisins. Et ce fut un soir de vendange
que l’idée pétilla. Sa vigne de Malcrais ! De cette étiquette
obscure, Maillard allait faire un grand cru dont il soûlera
le récalcitrant chevalier de la Roque et bien d’autres !
Désormais, scs poésies charmeront les censeurs les plus
sévères, lui attireront la louange, l’enthousiasme et jusqu’à
une sorte de culte.
Comment cela ? Tout simplement parce que ce n’est
plus Paul Desforges-Maillard qui fait scs envois au Mercure,
c’est M"c de Malcrais de la Vigne. Mais alors, rien de plus
qu’un pseudonyme ? Beaucoup plus : une métamorphose
! L’avocat manqué qui, au Croisic, ronge son mors, s’est
transformé en une noble demoiselle, recluse dans un lointain
manoir battu par l’Océan et dont l’âme exhale des
chants sublimes !
Brédérac
Tout en s’exprimant d’une manière féminine, le précautionneux
Maillard faisait transcrire de la main d’une
cousine, M""' de Mondoré, les poésies qu’il destinait au
Mercure. Et voici la réponse que fit La Roque à M"e de
Malcrais :
« A Paris, le 16 mai 1731.
« Je n ’ai garde, Mademoiselle, de laisser à mon commis
le soin de répondre à la lettre dont vous l’avez, honoré
le 29 du mois dernier. J'avais trop d’impatience de trouver
l’occasion de vous marquer le cas que je fais de vos
heureux talents, combien je vous honore et combien les
gens du meilleur goût, les plus délicats et les plus difficiles,
admirent vos ouvrages. Tours ingénieux, pensées brillantes,
belle simplicité, etc., tout s’y trouve... On doit vous regarder
comme la Deshoulières de notre siècle; puissions-nous
vous voir faire comme elle l’ornement de la capitale du
royaume qui enviera sans cesse au Croisic une chose qui
lui ferait tant d’honneur. »
Les Cahiers du Pays de Guérande - N° 40 - Année 2000
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Comment le chevalier n’aurait-il pas délicieusement tressailli à l’arrivée de courriers qui lui apportaient des poésies telles que Vldylle des Tourterelles, où M"c de Malcrais se complaisait dans de roucoulantes pâmoisons : Hélas ! constantes tourterelles, Que vos caresses et vos jeux Ont des attraits touchants pour un coeur amoureux ! Redoublez, s’il se peut, vos flammes mutuelles; Pâmez-vous, languissez, mourez dans les plaisirs. Ah ! j’entends vos petits soupirs De vos transports secrets interprètes fidèles. Etc.
Les billets doux que La Roque dirigera vers Le Croisic ne se compteront plus. On citerait le début de l’un d’eux : « Je vous aime, ma chère Bretonne; pardonnez-moi cet aveu, mais le mot est lâché... »
Et puisque au-devant de M,te de Malcrais les portes du Mercure de France se sont largement ouvertes, toute une nuée de troubadours porteurs de madrigaux s’y engouffre. Combien de messages fleuris, dédiés à M"cde Malcrais de la Vigne, répandent leurs pétales dans les pages de la revue ! Certes, le parfum en est d’autant plus léger que beaucoup de fleurs artificielles se mêlent à ces bouquets, mais que d’empressement, que d’émulation, que de flamme ! « Je recevais, écrira Maillard, les missives les plus tendres : on gémissait sur ma destinée; j’étais une autre Andromède que le bras du sort liait cruellement ci des rochers effroyables, et tous étaient des Pensées. Cent Bacchus amoureux s’apprêtaient à fendre les ondes pour arriver dans l’île de Naxos et pour y consoler Ariane. »
De Châlons-sur-Marne surgit une ode à la gloire de Malcrais :
On parle du Croisic comme on parle d’Astrée, De Smyrne, de Lesbos;
Ta Muse de nos jours y mon tre Cythérée Plus belle qu’à Paphos !
Jusque du fond de l’Auvergne, un même encens s’élève :
A Saint-Denis-Comharncizat
Auriez-vous cru, Malcrais, qu’on vous préconisât ?
Antoinette de Malcrais - car il ne coûtait pas plus cher d’arborer un prénom - devient la Sirène de la Loire, la Sapho bretonne, la moderne Deshoulières, la dixième Muse. Remerciés en vers, ses adorateurs sont proclamés favoris d’Apollon, esprits inspirés, sublimes génies. Un « chevalier de Leucotèce » célèbre « l’infante de Malcrais, princesse Armorique ». Pour Carrelet d’Haulefeuille, elle est « une Sapho adorable... tout esprit et sans faiblesse ». Aux yeux de Neufville de Montador, elle remplace toutes les Muses et Apollon lui-même !
Voltaire mystifié
Parmi les plus fameux mystifiés, on nommerait Destouches et Voltaire. C’est que, avant de jeter ses hameçons dans la mare, Maillard les enduisait de louanges dont il savait que les plus fins poissons ne sont pas toujours les moins voraces. Destouches mordit à merveille : Je veux d’une Muse nouvelle Chanter les admirables traits Et la déesse la plus belle
Pour mon coeur aurait moins d’attraits Que n’en a. l’illustre immortelle Qui porte le nom de Malcrais.
Que l’on célèbre vos talents Du couchant jusques à l’aurore; Qu’on vous admire, j’y consens. Moi je fais plus : je vous adore !
Quant à Voltaire, il prit sa plume de grand seigneur. Toi dont la voix brillante a volé sur nos rives; Toi qui tiens dans Paris nos Muses attentives : Qui sait si bien associer Et la science et l’art de plaire Et les talents de Deshoulières Et les études de Dacier;
J’ose envoyer aux pieds de ta Muse divine Quelques faibles écrits, enfants de mon repos. Charles fut seulement l'objet de mes travaux, Henri Quatre fut mon héros Et tu seras mon héroïne.
Outre de nombreuses pièces de vers, le Met cm e de France publia sous le nom de Mlle de Malcrais la pertinente réfutation d’un abracadabrant projet : il s'agissait de réaliser une « adaptation » de Montaigne dans le style du XVIIIe siècle. Maillard, sous son déguisement, refusait d’imaginer Montaigne en travesti !
On en venait fatalement à se demander qui était M"c de Malcrais de la Vigne. Assailli de questions, et réduit a confesser son ignorance, le directeur du Mercure avouait son embarras à la pseudo-poétesse : « Plusieurs personnes d’esprit et de goût, qui lisent vos productions avec avidité et qui y trouvent mille agréments, seraient bien aises de connaître plus particulièrement votre caractère; on s adresse à moi pour cela, et je ne puis que les satisfaire imparfaitement. » Restait donc à mettre fin à une supercherie qui avait réussi au-delà de toute prévision. Après s’être honnêtement diverti, Maillard entendant se débarrasser de ses jupons et faire passer au crédit de sa véritable personnalité la consécration accordée à M”‘! de Malcrais.
Pour l’aider à dénouer la comédie, un personnage entra
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Les Cahiers du Pays de Guérande -NQ 40- Art^,
Au Croisic, Pau! Dosforges-Maillard résidait
dans cette maison construite par lui
fort opportunément en scène ; c’était un homme qui tenait
une grande place dans la société parisienne, où l’on vantait,
et ajuste titre, son amour des lettres, son désintéressement
et sa bienfaisance. Il s’appelait Evrard Titon du Tillet et
avait été successivement capitaine de dragons, maître
d’hôtel de la duchesse de Bourgogne et commissaire des
guerres. Il écrivit à M"c de Materais. Maillard éprouva des
scrupules et considéra qu’il eût été inélégant d’abuser ce
correspondant dont il devinait l’âme généreuse et droite. Il
lui révéla sa véritable identité sous le sceau du secret. Cette
confiance plut à Titon du Tillet. Il voulut connaître Maillard
qui, de son côté, aurait volontiers pris le chemin de Paris,
n’eût été la maigreur de son escarcelle. Qu’à cela ne tienne,
répondit Titon, ne vous souciez de rien; vous êtes mon
invité. Maillard accepta et, à son arrivée dans la capitale
du royaume, trouva un carrosse et un valet de chambre
envoyés par le mécène qui devenait et restera toujours son
bienfaiteur et ami.
Est-il besoin de dire que la présence de Maillard à Paris
fut fertile en effets de la plus pure cocasserie ? On répandit,
par exemple, que M'k’ de Malcrais avait etc vue habillée
en homme pour se livrer plus commodément à la débauche,
et le lieutenant de police fit une enquête.
Maillard a raconté sa visite à Voltaire : « Voltaire fut
d’abord étonné de cette apparition; mais, revenu de sa
surprise, il m'accueillit avec gaîté et m'honora d’autant de
marques d’estime et d’amitié que J’en pouvais attendre du
plus bel esprit de l’Europe. Il plaisanta lui-même sur son
erreur amoureuse avec grâce et légèreté. Il me dit même
que, sans s’égarer dans le formosum pastor Corîq^ sa
tendresse pour moi allait se changer en amitié. »
Le vieux Fontcnclle. qui lui aussi avait entonné les
louanges de M"L' de Malcrais, reçut Maillard « ovec cetajr
de politesse, ces manières d’honnête homme quipeiglt(licl!t
si bien sa belle âme ». et Destouches le prit en |laute
estime, tant pour sa personne que pour son talent.
Si d’aucuns ne lui pardonnèrent pas d’avoir été bernés,
le public, dans son ensemble, jugea avec bon sens ■
En fait d’esprit, qu ’on soit mâle ou femelle,
Qu’importe-t-il, pourvu que l'on excelle ?
De sorte que Jean-Baptiste Rousseau n’a point fardé
le vrai ;
Si sous un nom d’emprunt, autrefois si charmant.
Maillard brilla sur le Parnasse,
Aujourd’hui sous le sien, encor plus dignement,
Il sait y conserver sa place.
Au pays de l’Astrée
Malheureusement, tout en « brillant sur le Parnasse »,
Maillard avilit besoin d'une situation qui remédiât à son
peu de fortune. Après un séjour d’environ quinze mois à Paris
chez Titon du Tillet, il accepte donc, pendant la guerre de
Succession de Pologne, un poste de contrôleur de l'impôt
du dixième dans le Forez. Mais ce pays, c’est celui où la
vallée du Lignon fut promue à la gloire par Honoré d’urfé
dans l’Astrée. Et le fonctionnaire poète adopte ce livre pour
compagnon de scs pèlerinages littéraires.
Occupe de mener une vie des plus gaies et de se faire
de nouveaux amis, il ne néglige pas de donner de ses nouvelles
à Voltaire qui lui répond de Vassy en Champagne :
« Voire changement de sexe, monsieur, n 'a rien altéré de
mon estime pour vous. La plaisanterie que vous avez faite
est un des bons tours dont on se soit avisé, et cela seul
serait auprès de moi un grand mérite: mais vous en avez
d'autres que celui d'attraper le monde. Vous avez celui de
plaire, soit en homme, soit en femme. Vous êtes actuellement
sur les bords du Lignon et, de nymphe de la met; vous
voilà devenu berger d'Astrée. Si ce pays-là vous inspire
quelques vers, je vous prie de m’en faire part... Je suis
fâché que la Champagne soit si loin du Lignon; mais c 'est
véritablement vivre ensemble que de se communiquer les
productions de son esprit et les sentiments de son âme. »
Et puis, la guerre touchant à sa fin et l’impôt du dixième
allant être supprimé. Maillard descend la Loire en
bateau depuis Roanne jusqu’à Nantes et aboutit au Croisic
une quinzaine de jours après son départ. Il se remet à l’étude,
fréquente à nouveau scs chers poètes latins, écrit deux
comédies en vers... et reçoit son évêque.
Les Cahiers du Pays de Guérande - N° 40 ~ Année 2000
Le poète reçoit son évêque.
Une lettre de Desforges-Maillard à Titon du Tillet
nous apprend ce que fut, en mai 1737, l’entrée au
Croisic de Christophe-Louis de Crissé de Sanzay en
tournée épiscopale.
Un petit groupe de notables à cheval, Maillard parmi
eux, se porta au-devant du prélat, à environ une lieue du
Croisic. Maillard harangua l’évêque, en prose et en vers,
après quoi le cortège pénétra dans la ville, au son des
cloches et de l’artillerie. Mais, dans les moments les plus
solennels, souvent le plus menu des incidents est d’un
comique irrésistible. Laissons parler Maillard : « Nous
fûmes devancés par un fourgon
où s’étaient nichés nombre de
laquais et de servantes; le peuple
de notre ville, qui n’est pas dans
l’habitude de voir des étrangers
de marque, crut de bonne foi, en
voyant arriver cette machine, que
l’évêque était dedans. Voilà tout
aussitôt une multitude d’hommes
et de femmes à genoux, qui se poussaient
et se jetaient les uns sur les
autres pour être plus à portée de
recevoir sa bénédiction. Mais jugez
combien ces braves dévots demeurèrent
étonnés quand ils virent
sortir du fond du chariot quantité
de domestiques des deux sexes,
qui folâtraient en riant de leur
simplicité crédule et curieuse. »
Rentré à Nantes, l’évêque voulut
remercier Maillard; il le fit
sous la forme d’un compliment en
vers à M"e de Materais :
Tes vers, ton esprit, tout m ’enchante.
Mais comment répondrais-je à de si doux accents
Il faudrait, en ce jour, pour le faire avec grâce,
Qu’en ma faveur Apollon libéral
De mon palais épiscopal
Fit un nouveau Parnasse;
Ou que, parmi ses nourrissons
M’assignant une place,
Il me donnât, par toi, de savantes leçons.
Galant homme, M. de Crissé de Sanzay était un très
digne évêque; et Desforges-Maillard a noté « sa douceur
populaire, sa charité compatissante, sa politesse attentive,
le bon exemple qu’il prêche et qu’il donne ».
Un nouveau séjour du poète à Paris, et qui dura près
d’un an (1737-1738), nous le montre à l’affût de quelque
emploi lui permettant de s’y fixer, mais ne trouvant qu’une
pleurésie dont il faillit mourir.
La guerre de Succession d’Autriche lui rendra ses fonctions
de naguère : le dixième est rétabli, et Maillard ira
exercer son office de contrôleur à Fontenay-le-Comte et
aux Sables-d’Olonne. Mais il sera victime d’une soudaine
disgrâce. Un receveur dont il avait modifié certaines taxations
trop sévères, le fera révoquer, et le coup lui sera
d’autant plus pénible qu’il avait cru se faire un ami de ce
receveur lettré.
Une veuve jeune et jolie
De retour au Croisic,
Desforges-Maillard y épousait à
l’âge de 44 ans, le 5 décembre
1743, Marie-Anne Le François,
veuve de Guillaume de Boutouillic,
conseiller au présidial de Vannes.
Elle était jolie, assez jeune, spirituelle
et sans plus de fortune que
lui. Quelques jours après ses noces,
le poète écrivait à son ami
M. Chevaye, auditeur à la Chambre
des comptes de Nantes : « Ma femme
est très aimable, elle a beaucoup
d’esprit; mais elle joue, prend du
café et tracasse la petite pretintaille
des personnes qui ont vécu
dans le grand monde. Je n’aime
rien de tout cela... Suis-je mieux
marié ? Oui, si je n’examine que
l’agrément de vivre avec une femme
que j’aime. Mais si je pense
aux suites, le fiel vient sur mes
lèvres. Ma femme a ses quarante ans. Je me disais : Je
l’épouse âgée, nous n’aurons point de postérité, et au
moyen de nos revenus nous verrons s’écouler nos jours
dans la douceur. Elle est déjà grosse, mon pauvre ami... »
Maillard n’avait pas renoncé à l’idée de s établir à
Paris. Il y fit, sans résultat positif, un troisième voyage,
cette fois en compagnie du marquis de Robien, président
à mortier au parlement de Bretagne et membre de 1 Académie
de Berlin. Et ce fut un voyage d’adieu :
Adieu, ville enchantée; adieu, Reine des Arts;
Adieu, cafés et promenades,
Comédie, Opéra, ballets, pantalonnades...
Souvent on l’entendra maugréer contre le sort qui le
retient désormais en Bretagne ; « Condamné par la loi de
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11’> Cn dédontm ’ho"'Kl,rdc son caractère ei^’
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